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UN TÃMOIGNAGE.
SERMON V
prèclié dans l'Ãgiisc walloniie de Rottei'dam.
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Ie 21 juin 1891, -
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AkX r/., ,
par \fXMiy--C/
profe.sseur d'ITistoirc. des Religions au Colh'ge de France, ancien pasteur de ceite (k/llse.
M. WVT amp; ZONEN, Kottcnlam.
Ci-k^S)
PAS EN VENTE.
Ceux qui désirent encore den exemplaires .iunt priés de s'adresser aux éditeurs ijui en ont d Leur disposition un nombre restreud h raison de â gt;0 cents, uu propt d un bul ph ilanthrop ique.
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UN TÃMOIGNAGE.
SEK-nvEOisr
prêché dans l'Ãglise wallonne de Botterdam,
le 21 juin 1891,
par
A. RÃVILLE,
professeur d'Histoire des Religions au Collége de France, ancien pasteur de cette église.
M. WYT amp; ZONEN, Rotterdam.
UN TÃMOIGNAGE.
Texte: II y eut uu liomme euvoyé de Dieu, dout le noin était Jeim. Tl viut pour témoigiier, pour rendre témoiguage a la luiuière. II n'était pas lui-même la lumière, mais il devait rendre témoiguage a la lumière. La veritable lumière, qui éclaire tout homme, venait daus le moude.
Jeau I, Gâ9.
Mes frères,
11 est une règle observée par toul prédicateur conscien-cieux, c'est de ne jamais abuser de sa position privilégiée dans l'égiise pour se prêcher lui-même, et, voulant y raster fidèles, vos pasteurs s'abstiennent scrupuleusement, u moins de circonstances tout a fait exceptionnelles, de mettre en avant leurs personnes et ce qui les concerne personnellement dans les instructions qu'ils vous font entendre. - Je crois avoir toujours observé ce principe durant les vingt et un ans que j'ai eu Fhonneur d'etre 1'un des pasteurs de cette église. Mais aujourd'hui, franchement, n'y aurait-il pas quelque affectation ü faire complètement abstraction de ce que suppose et suggère ma presence inusitée dans cette chaire? Je suis certain que vous me reprocheriez ce silence. Je tromperais votre legitime attente, et je me ferais violence a moi-même, si Je ne vous exprimais pas l'émotion profonde avec laquelle j'ai gravi une fois encore ces degrés qui me furent si familiers aux jours de ma jeunesse et de mon age mür. Jeunes gens, c'est un vieillard qui se représente ici, et quand il porie ses regards sur son auditoire,
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que de vides, ó mon Dien! ou du moins que de manquants a ce rendez-vous religieux oü l'on aurait voulu se retrouver, saus déroger a la solennité du jour et du lieu, entre frères et entre vieux amis! Combien de ceux qu'on pouvait espérer revoir dans cette enceinte, manquent a notre fraternelle réunion! . . Oh! oui, je me rappelle. Souffrez que je revive un moment dans le passé . . . lei et la, il y avait des tètes vénérables, types de droiture, de dignité, de sa voir et de capacité, de charité et d'énergie, de piété sincere et profonde, rhonneur de leur cité et de leur église. 11 y en avait d'autres, plus jeu nes; mes compagnons d'age, a qui m'unissaient des liens d'intime el mutuelle affection. Que dis-je? Parmi ceux que leurs parents nvavaient confiés pour les initier a la connaissance du grand trésor de I'Evangile, parmi ceux que je pourrais appeler mes enfants spirituels, beaucoup ont déja disparu, les uns frappés dans tout l'éclat charmant de la jeunesse, les autres enlevés dans leur maturité a ceux qui les aimaient! Quels ravages, grand Dieu! la faux impitoyable de la mort a portés dans cette communauté, et combien celui qui vous parle est douloureusement impressionné par cette mise en évidence de tont ce quïl y a de précaire, de fragile, d'épbémère, dans nos destinées terrestres!
Mais aussi comme le sens intime profeste et s'insurge! Ah! ne me parlez pas des theories désolantes et que, pour ma part, je déclare fausses, qui born ent a la tombe la destinée de la personnalité humaine. lei, dans cette chaire oü je remonte encore mie to is, a la vue de ce défilé des générations qui se succèdent et se poussent, dirait-on. l'uno après l'autre dans le gouffre béant devant nous, je profeste contre la doctrine du néant, j'en appelle aux promesses divines inscrites dans nos consciences, et devant ce triomphe apparent de la mort,
je proclame avec tons les grands prophètes, avec tons les grands inluitifs, avec tons les grands voyants dgt;T noire race, avec le grand maitre Jésus-Ghrist. la doctrine de rinnnortalité. lis ne sont pas perdus, ils nons ont devancés. Saint, hommage a lenrs mémoires, elles planent snr notrc assemblre: et je mets sons le patronage de leur cher souvenir tout ce que jo vals vous exposer!
Assurément, mes frères, j'aurais beaucoup, énormément a vous dire pendant cette heure qui m'est accordée et que je suis intimément heureux de vous consacror. II faul pourtant nous borner, et il m'a semblé que je ne pouvais mieux l'employer qu'en vous apportant un témoignage, le témoignage d'un bomme qui a déja beaucoup vécu, qui peut saus outrecnidance declarer qivil a beaucoup lu, beaucoup comparé, beaucoup médité, que rien ni personne ne forcail a parler, et qui a éprouvé le besoin d'apporter a son ancienne église le témoignage d'une experience longue et mürie. G'est en definitive ce que tons les serviteurs de l'Ãvangile doivent a leurs semblables. Ce i)oint de vue justifie le cboix du texte que j'ai soumis a vos reflexions.
11 serait d'un orgueil absurde de se comparer a 1'nn quelconque de ces géants de lliistoire religieuse qui ont jeté les fondements de l'édifice oü nous nous abritons. Jean Baptiste, dont il est question dans notre texte, fut lui-même un modèle d'humilité en mème temps que de conviction. Son röle fut de rendre témoignage a la vérité, a la lumière, a cette Inmière destinée a éclairer tont bomme et qui venait dans le monde. S:il ne put la contempler dans son radieux éclat, 11 la pressent il. il la prédit. II avait le pressentiment qu'une grande clarté allait briller a Fhorizon. Car la lumière spiriluelle a ses crépuscules et ses aurores. Elle a des moments d'irradiation éblouissante, précédés et suivis
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par des périodes de pénombre et d'obscurité. âJean n'était pas lui-inème la lumière.quot; Nous no le sommes i)as j)liis que lui, mais comme lui. chacun dans ia mesure de uos forces, nous devons lui rendre témoignage. G'est cc que j'ai taché de faire tout le temps que j'ai été parmi vous, c'est ce ([ue je voudrais faire encore aujourd'hui. Le temps oü nous vivons rend ce devoir plus impérieux que jamais. C'est ce que je tacherni de vous démontrer en premier lieu.
I. On me dira: Pourquoi done faut-il rendre témoignage a, la lumière? N'est-il pas de l'essence même de la lumière de briller pour tons et de s'imposer a tons? Qui done, a moins d'etre aveugle, s'aviserait de nier la lumière en plein midi? - Soit, mais ce serait faire injure a votre intelligence, que de supposer que vous n'avez pas compris tout de suite qu'il ne s'agissait pas ici de la lumière physique, mais de cette lumière inférieure, religieuse, morale, que nous appelons ainsi par analogie, puisque nous sommes forcés de donner aux réalités de l'esprit des noms emprantés a notre expérience sensible. La lumière religieuse et morale, c'est ce qui pénètre et domine notre conscience qnand nous avons l'intuition d'une vérité et d'une destinée supérieures aux réalités de la vie des sens, de l'égoïsme individuel et du cercle restreint oü s'écoule notre existence terrestre. Ceux-la sont les prophètes, les inspirés, les révélateurs, chez qui cette lumière inférieure brille d'un éclat si intense qu'ils ne coneoivent plus la vie en dehors d'elle el qu'ils dégagent la vérité confusément soupconnée, imparfaitement percue par nous qui ne jouissons pas de leur privilege. Jésus, par exemple, est un soleil et nous sommes ses satellites. Ge n'est pas seulement en religion que cette différence dans la perception de Ia lumière peut être observée, c'est aussi dans I'art,
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dans la science, clans toul ce qui est du ressort de l'esprit. Le génie ir est pas autre chose dans Lous les clomaines qu'une irradiation exceptionnelle dans une ame cl'óliLe de cette lumière virtuellement destinée a éclairer tout homme vivant.
Ici nous n'avons a nous occuper que de notre illumination intérieure sur le domaine religieux et moral. Voir clair, et dans les choses de la foi, et dans les principes supérieurs de la vie pratique, voila le désir cpie je vous attribue, paree que si vons ne l'éprouviez pas, c'est que la vie spirituelle serait chez vous anémiée, atrophiée, éteinte, vous seriez au dessous de rhomme qui ne se résigne pas a n'étre cju'un animal plus intelligent et plus habile que les autres.
Or la première condition pour jouir de la lumière dont je parle, c'est d'en avoir le désir. Hé bien! cette lumière intérieure et supérieure, non seulement tons ne la désirent pas, inais tous ne sont pas dans l'état voulu pour la percevoir. Trop de choses l'obscurcissent en eux-mêmes, trop de images en voilent le divin rayonnement. 11 y a des passions qui aveuglent, un égoïsme qui pousse a se faire une loi d'en détourner les yeux, des enivrements sensuels c[ni paralysent l'organe destiné a en recevoir les rayons; il y a cette espèce d'anesthésie spirituelle qu'engendre la recherche exclusive et minutiense dn bien-ètre physique. Défiez vous de ce danger-la, qui est grand. L'homme intérieur s'endort sur ce mol oreiller et ferme systématiquement roreille aux inqniétudes sacrées qui devraient le réveiller. II y a même un engom-dissement de la flbre religieuse qui provient de l'exercice absorbant de la pure intelligence, quaud la soif de connaitre les secrets de la nature ou de Fhistoire oblitère la pensée au point de la rendre sourde aux revendications de la
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conscience et du coeur et qu'on ne considère plus Dieu que comme mie hypothese non démontrée. Comme si c'était une hypothese que le sentiment intérieur, immédiat, impérieux, de son action sur l'ame en pleine possession d'elle même!
Voila pourquoi, lorsque les circonstances y prêtent, quand une époque se signale par de grandes découvertes, par Fenrichissement d'un grand nombre, par les ardentes con-voitises que eet enrichissement provoque chez ceux qui n'y ont pas participé, lorsque le bien-être et le luxe augmentent, lorsque la science de la nature se développe dans des proportions auparavant inconnues, voila pourquoi il y a des périodes de refroidissement, d'indifférence roligieuse, d'alanguissement moral. On ne se soucie plus des choses du royaume de Dieu. On se laisse absorber par la figure de ce monde. On s'imagine que les croyances religieuses et les grands principes moraux sont des choses du passé, dont Thumanité émancipée n'a plus a se préoccuper. Les intéréts religieux, le progrès religieux, les questions religieuses, vieilleries que tout cela! Buvons et mangeons, réjouissons-nous et amusons-nous, travaillons pour nous réjouir et nous amuser, travaillons même beaucoup pour beaucoup nous réjouir et beaucoup nous amuser, tout le reste est folie ou rêverie, nous sommes au dessus de tout cela! G'est la congélation du sens religieux, c'est une période glaciaire de l'esprit religieux analogue a celles que, d'après la géologie, le continent que nous habitons a traversées dans les siècles de la pré-histoire. Heureusement la nature en rappelle, et, voyez-vous, ia nature qui irest que le revêtement de Dieu a toujours le dernier mot. La vie religieuse a ce caractère qu'elle ne meurt jamais qu'a la surface dans 1'humanité et qu'elle ressuscite toujours, paree
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que, figéo a la superficie, ello reste dans les profondeurs et que, les ivresses une fois dissipées, elle remonte et dit: Je suis toujours la, je ne me rends pas, je ne meurs pas, je ne peux pas mourir!
Ah! vous avez bien senti qu'en vous parlant de ces périodes de refroidissement de la vie religieuse, je tracais l'esquisse du temps oü nous vivons. Oui, de nos jours, dans cette fin de siècle, il y a comme une atonie du sentiment religieux et de la vio religieuse. On Irouve même que c'est bien porté, que c'est distingué, c'est comme une mode - destinée comme toutes les modes ;i panntre souve-rainement ridicule aux générations qui viendront après nous. Et ne vous imaginez pas (ine cette défaillance momontanée de la vie religieuse soit quelque cliose d'inouï, de nouveau, de spécial a notre temps. L'lmmanité civilisée a connu des' périodes analogues oil des voix présomp-tueuses ou mal éclairées proclamaient la lin des religions. Jamais cette prétention ne fut autre chose qu'une illusion. La religion ne finissait pas, elle recommencait.
J'accorderai pourtant une chose. C'est qu'a ces époques d'alanguissement une bonne part de responsabilité doit être reportée sur ceux qui, insensibles aux besoins nouveaux des intelligences et des cocurs, prétendent emprisonner la religion et la vie religieuse dans les cadres et les formules d'un temps dépassé. Ils voudraient les accaparer, lis en font une momie respectable, mals sans action sur la société qui entend vivre ailleurs que dans les sépulcres si redorés qu'ils soient, et ils créent par la un deplorable malentendu que beaucoup ne savent pas éclaircir. Leur intransigeance, leur maxime de âtout ou rienquot; éloignent du royaume de Dieu bon nombre de ceux qui auraient voulu y entrer. Ils portent les indécis et les faibles a confondre Ia religion
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avec leur système étroii, et ils aggravant ainsi le mal qu'ils s'évertuent a déplorer.
Mais avouons aussi que beaucoup parmi nous n'avalent pas besoin de ce repoussoir pour s'abandonner a cetto indifference religieuse qn'ils regardent comme la sagesse. II est certain que notre siècle a vu se coaliser tous les dissolvants possibles de la vie religieuse. Je ne répéterai pas rénumération do tout a l'heure. Découvertes presti-gieuses, amour passionné du bien-être, cupidité surexcitée par tant de speculations et d'entreprises colossales, progrès magnifiques des sciences de la nature, absorptions de l'esprit par la politique, rivalités et désarroi des écoles philosopbiques, matérialisme théorique el surtout pratique, notre siècle a vu s'accumuler tous les narcotiques imaginables de la vie religieuse, et c'est merveille qu'elle ait résisté a tant de causes de dissolution et de mort. Nous avons entendu proner par dés voix éloquentes et l'athéisme, et l'immoralité, et le nihilisme, et le pessimisme absolu qui nen est cju'une forme, et quand même la grande masse, au nom du bon sens et de ses instincts indéracinables, a refusé de donner dans ces excès, il n'est pas moins sorti de toutes ces tbéories dissolvantes je ne sais quelle brume épaisse et froide qui a pour un trop grand nombre littéralement intercepté la lumière. G'est nn brouillard qui pénètre et qui transit. La face de Dien est voilée et, si 1'on ne sait pas s'élever au dessus de cette lourde buée par un effort énergique de volonté, on demeure dans l'humidité malsaine oü 1'on ne peut plus voir que ce qui est a portée de la main.
Voila le mal du siècle. On en est atteint ici, je le sais, comme ailleurs, et prenez-y garde, ce n'est pas impunément qu'on reste dans ce miasme délétère. On s'y empoisonne moralement, et on en meurt. Oui, on en meurt; non pas
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tout de suite, mais lentenienl, imperceptiblement, comme dans ces terribles maladies qui tarisscal pen a pen les sources do la vie et qui marchent inexorableraent vers ieur fin lamentable. La société hnmaine, toute société, qu'il s'agisse d'ane race, d'une nation ou d'une cite, no saurait a la longue se passer de principes ni d'idéal, autrement dit de morale et de religion. On nous parle de morale indépendante, ne relevant que d'clle-même et gt;aris ancun principe religieux. Hé bien! oui, la morale théoriquement, abstraitement, est indépendante et ne relève que d'elle-mêrne. La religion aussi est indépendante et peut se concevoir, comme elle a pu exister, en dehors de toute morale. II n'en est pas moins vrai que d'une manière générale, et sau I' exceptions trés rares qu'il faudrait uième étudier de prés pour savoir jusqu'a quel point elles méritent leur uom, les deux divines sceurs ne peuvent depuis longtemps se séparer Tune de l'autre. La morale est a la religion ce que les feuilles, los fleurs et los fruits d'un arbre sent ;i sa vie végétale, car la morale rovondique un principe absolu, la morale est impérieuse, elle commando et no supporte pas la contradiction. Cost assez dire que si son principe n'est pas divin, c'est :ï diro si ollo n est pas la lei suprème, la loi souveraine, la loi des lois, olie ne repose plus sur rien. A son tour, la religion est a la morale ce quo la sève nourriciére est a l'arbro tout en tier. C'est grace a la religion, que le devoir n'est pas soulement un ordre, un com-mandement, une loi péniblo a laquelle on obéit servilement, a laquelle on se soustrait tant qu'on peut, mais un bonhour, mais une félicité rochorchéo, mais nno beauté passionnénient aimée. Et savez-vous la grande supériorité de l'Evangile sur tontcs les autres religions, j'entends de l'Ãvangile pris a sa source et dans la bouehe de cclui qui l'a tiré de bon
coeur pur pour nous eu enrichir, c'est qu'aucune autre religion n'a si bien fondu ensemble la religion el la morale, an point que dans l'enseignement du Christ on ne sait plus distinguer clairement l'une de Fautre. On fait le bien paree qu'on aime Dien et on aime Dieu parce qu'on fait le bien. Ne séparons pas ce qui est essentiellement un. Ge sont deux rayonnements distincts de la lumière éternelle qui, réunis, font la lumière blanche, la bonne, la pure, la vraie. C'est a cette lumière de religion et de morale, incarnée et rayonnante en Jésus Christ, qu'il nous faut rendre hommage et témoignage. Et voici maintenant le témoignage que je voudrais lui rendre devant vous.
11. Permettez que, toujours par exception, je vous parle encore un peu de celui qui occupe cette chaire.
Depuis que le contrat qui m'unissait conime pasteur a cette église s'est trouvé résilié, quelques changements se sont effectués dans ma destinée terrestre. Une science nouvelle, ou qui du moins n'avait pas encore été comprise dans son ampleur et cultivée avec autant de zéle, qui d'ailleurs n'a réuni que dans notre siècle la majeure partie des renseignements et des documents donl elle peut disposer, I'Histoire des Religions, a conquis sa place dans l'enseignement supérieur des pays civilises. Regardée avec defiance par les uns, confondue par d'autres avec les machines do guerre dirigées contre les croyances traditionnelles, dédaignée par d'autres encore comme inutile et oiseuse, elle s'est fait sa place au soleil par cela seiü qu'elle s'est affirmée, développée et qu'elle a prouvé sa légitimité en vivant et en marchant. Elle est cultivée dans votre pays qui ne le cède a aucun autre pour le développement de la science humaine par des hommes d'élile, et c'est dans ce pays que j'en ai puisé
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moi-même les éléments el l;i rnéüiodo. Voici maintenant ce qui m'cst arrivé. Le gouvernement de la République francaise, a qui Ton ne saurait, a quelque point de vuo qu'on se place, dénier le mérite d'avoir énormément fait pour réparer les retards et les regrettables insouciances des régimes antérieurs en fait d'instruction publique ;i tous les degrés, se convainquit de la nécessité de fonder dans son plus haut établissement d'enseignement supérieur une chaire professorale destinée a cette branche auparavant si négligée de la science historique, et même il la fortifia d'un groupe de cours spéciaux, roulant sur chacune des grandes religions qui se partagent l'humanité ancienne et moderne. Votre ancien pasteur recut Finsigne honneur d'inaugurer la chaire de l'Histoire des Religions et de présider a rorganisation de ce groupe spécial qui est venu s'y annexer. 11 ne s'agit pas la d'une de ces démonstrations retentissantes qui soulèvent les controverses ardentes et même les commotions de la place publique. La science vraie tuit l'agitation et les débats tumultueux. G'est dans la tranquillité de ses recherches, dans le silence de ses cellules, si je puis ainsi dire, dans le désintéressement de ses conclusions, dans la sévère méthode de ses procédés, qu'elle puise la dignité, la légitimité et la sécurité de ses operations: c'est done une action paisible et lente que la sienne, et par conséquent il ne saurait être question de l'une de ces revolutions soudaines, parfois nécessaires, trop souvent violentes, toujours redoutables, que le passé a connues. G'est dans ces conditions, et je n'en aurais pas voulu d'autres, que j'acceptai le mandat qui m'était conflé. J'y trouvais d'ailleurs le moyen de me vouer exclusivement ;ï ce qui avait toujours été le but principal de mos travaux et de mes reflexions, la recherche de la vérité religieuse, et ce qui me charmait
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et me charme toujours, c'esl que, libre de tout engagement, membre d'un Gollège qui, depuis sa fondation au XVIC siècle, a toujours assure a ses professeurs la plus entière liberie d'enseignement, j'échappais a tout soupcon comme a toute en vie de plier les résultats de mes recherches a des considerations de parti, d'église on d'intérêt.
Hé bien! mon désir, en demandant a vos honorables pasteurs la permission de monter encore une fois dans cette chaire, c'est de vous apporter a vous aussi, membres de mon ancienne église, le résultat essentiel de mes études prolongées. Assurément je ne pretends a aucune espèce dïnfaillibilité. Je sais trop bien que 1'histoire se fait el se refait constamraent. Mais j'ai un témoignage a rendre devant vous, en un sens je vous le dois, et je viens acquitter ma dette.
J'ai done par devoir professionnel et par goüt individuel eonsacré mes efforts et mon temps a 1'étude de cetle immense histoire des religions, qui remonte jusqu'aux jours lointains oii l'homme des temps préhistoriques commencait a balbutier le langage d'un être qui réfléchit et qui raisonne. Depuis les traditions étranges, tantot naïves, tantot mon-strueuses, des peuples encore enfants, ici d'un charme poétique délicieux. la d'une grossiéreté qui nous révolte, jusqu'a ces opulentes mytliologies cpii furent un jour l'ensemble des croyances professées dans l'Ãgypte et ses hypogées, dans l'Inde et ses sombres forêts, en Mésopotamie, a Ninive et a Babylone avec leurs tours qui semblaient vouloir monter jusqu'au ciel, en Grèce, a Rome, et même dans cette demi-civilisation indigene de l'Amérique centrale et du Pérou, qui se révéla aux yeux stupéfaits des Européens du XVie siècle, j'ai vu défiler toutes les créations du sentiment religieux s'inspirant encore des rêves d'une intelligence
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imparfaitement óclairée. J'ai pu étudier les contes bizarrcs et parfumés des insulaires de la grande mer du Sud, les croyances plus sévères des populations boréales et cette étrange juxtaposition de la superstition la plus arriérée et du rationalisme le plus prosaïque, par laquelle se distingue depuis des miliiers d'années cette iuunense et immu-able Chine et les contrées sur lesquelles son antique civilisation s'est étendue. Tyr et Carthage avec leurs Baals et leurs Astartés, la vieille Gaule et la vieille Germanie avec leurs légendes rêveuses, i'Arabie antérieure :ï Mahomet, la Perse mazdéenne et sa religion dualiste, l'Asie Mineure et son mélange hybride tie croyances superposées, tons les chapitres de cette interminable histoire ont dü être l'objet do mon examen attentif. Puis, sont venues ces grandes creations religieuses qui se distinguent des précé-dentes en ce que celles-ci étaient toujours frappées an coin d'un peuple, d'une nation, d'un territoire, tandis que ces nouvelles venues prétendaient ;i l'universalité et parvenaient en effet a réunir dans une foi commune cles peuples nom-breux et divers, le bouddhisme, Fislamisme et le christianisme.
Naturellement, au milieu de ce développement qui diffère partout, et partout aussi passe par les raèmes phases premières et parait commandé par les mêmes lois, mon attention devait se porter trés particulièrement sur une histoire qu'on peut dire unique, non pas qu'elle n'ait ailleurs aussi des parallèles et des analogies, mals c'est la seule de ce genre qui ait abouti, la seule qui ait été féconde et qui ait fini par renouveler la face dn monde, je veux parler de cette merveilleuse histoire d'Israël qui a fondé dans 1'humanité le monothéisme, la reconnaissance du Dieu unique, et qui l'a fondé au prix des vicissitudes les plus étonnantes et des épreuves les plus terribles, des
épreuves qui eussent tué tout autre peuple moins résistant et moins tenace dans sa vie religieuse. La aussi, grace aux travaux d'infatigables chercheurs, on est parvenu ;i reconstituer rhistoire. On a pu marquer les moments successifs qui out transformé si profondément une religion originairement trés semblable a ses voisines. Pourtant et de trés bonne heure, elle devait aussi une certaine supé-riorité morale au culte du dieu particulier des cimes sévéres du Sinuï, du dieu de l'orage et de la foudre, du dieu solitaire et redoutable, qui n'aimait pas la compagnie des autres divinités, qui se plaisait ;i rester invisible dans la nuée orageuse annon^ant sa presence et qui réprouvait les rites licencieux et les orgies délirantes si fréquemment célébrées en l'honneur de dieux identifies avec les forces sans moralité dt; la nature. C.ela méne d'abord au cnlle exclusif de ce Dieu différent des autres, qui veut être adoré seul et répugne au partage. Cette adoration exclusive finit un jour trés naturellement par rejeter dans le néant les divinités rivales. On en vient a les nier carrément, puisqu'il est impie de les adorer, et Jahvé, l'Ãternel, demeure enfin seul dans la croyance et la conscience d'un peuple criblé par les événements et que sa foi seule a sauvé. Vous avez certainement reconnu l'oeuvre dix et douze fois séculaire des sages, des admi-rables prophétes, des législateurs d'lsraël. J'avoue que cette manière de résumer leur prodigieux travail différe nota-blement du point de vue auquel d'anciennes traditions nous avaient accoutumés. Elle n'en est pas moins uu hommage rendu a leur grandeur historique et a leur mémoire sacrée. A la fin il reste le Dieu unique de l'univers et une loi dans laquelle sou unité et sa sainteté, c'est ii dire son identité avec la loi morale souveraine, sont enseignées et
inculquees ii un peuple entier. Tontefois il y a encore la une contradiction interne. Ce Uieu est en réaiité celui de tous les hommes, la loi morale doit obliger lous les hommes, et pourtant ce peuple ne peut se défaire de Fidée qu'il est privilégié, préféré, robjet exclusif des faveurs de ce Dieu universel qu'il s'opiniatre a vouloir garder pour lui seul, et sa loi joint a de magnifiques préceptes quantité de stipulations qui éloignent. qui repoussent tout ce qui n'est pas juif. Gela ne pouvait toujours durer ainsi.
G'est alors que Jésus de Nazareth se leva sur le monde.
Mes Frères, j'arrête la cette trop rapide esquisse dans laquelle j'ai entassé les siècles et les espaces. Je tenais pourtant a vous donner un apercu de ce que comporte et embrasse le champ d'études qui m'a été assigné. Vous dire qu'en m'y livrant de toutes les forces de mon intelligence, je n'aie pas dü modifier sur plus d'un point mes idéés antérieures, ce serait trahir la vérité. Vous présenter cette branche touffue des sciences historiques comme inventoriée jusque dans ses moindres ramures, ce serait encore une présomption ridicule. Gependant je peux bien vous affirmer saus crainte de démenti que les grandes lignes sont dèsor-mais tracées. 11 en est comme de notre globe dont plus d'une region attend encore ses explorateurs, mais le tomen est fait et on ne découvrira plus de nouveaux continents habitables. Et c'est en m'appuyant sur cette masse de comparaisons, d'expériences et d'inductions que je vous présente avec conflance le témoignage que voici.
Et d'abord n'êtes-vous frappés avec moi de cette univer-salité majestueuse de la religion dans l'humanité? Ne vous arrètez pas aux exceptions. Est-ce que 1'existence des aveugles et des sourds defend de considérer l'homme comme un ètre doué normalement de deux yeux pour voir et de
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deux oreilles pour entendre? Le fait est que la religion esl un phénomène humain, quelque chose d'inhérent a la race enLière et qu'on ne peut en detacher. Premier fait.
Le second fait, c'est qu'au travers de ces milliers de formes si différentes, si inégales d'aspect, de valeur, de niveau esthétique et moral, la religion dénote partem, toiijours, le besoin permanent chez l'homme de chercher le mot suprème et rharmonie de sa destinée dans le recours a une puissance mystérieuse, supérieure, plus ou moins cachée dans la nature qui i'entoure et la dominant. C'est une aspiration continue vers un ideal, dependant évidemment quant a sa conception de l'idée qu'on peut s'en faire, inais grandissant et s'épurant avec cette idée. L'homme ne concoil jamais, ne pent jamais rien concevoir de supérieur ;i son Dien. La preuve en est que toujours, partout, quand les formes qu'il lui appliquait se révèlent a lui comme défectueuses, insuffisantes ou fausses, il les brise, mais ce n'est pas pour renoncer a son ]])iou, c'est pour le mettre plus liaut, c'est pour épurer sa religion et son adoration. C'est pour cela que la religion a une liistoire. C'est l'histoire des conceptions successives de l'idéal, c'est a dire de la perfection pure. Voila le second fait qui en même temps sert de ressort, do moteur a cette histoire.
Cet idéal a son tour grandit et se purifie a deux conditions: une connaissance progressive du monde et de sa constitution, un sens moral plus délicat. L'unité de l'univers et celle de Dieu sont solidaires. La conscience morale s'éclaire et se rectifie avec l'expérience des siécles. La souveraineté universelle et la sainteté deviennent ainsi les deux facteurs principaux de l'idéal divin. Les grandes religions universalistes sont autant d'efforts gigantesques pour faire droit ;i ces deux elements rigoureusement exigés par la conscience religieuse, le Dieu tout-puissant et le Dieu source et executeur de la loi
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morale. Mais ce pi'Ogrès ne s'accomplit jjas mécaniqupn;ent. Nous 1'avons dit, 11 y a des liauts eL des lias dans ses réalisalions successives. 11 y a des temps de refroidissemenl el de défaillance. Alais ces temps-la sont régulièrement suivis do reactions commandées par la nature humaine qui, après un efïacement relatif et momentané du sens religieux, clu besoin religieux. de I'aspiration religieuse, rebondit en quelque sorte sur elle-même et recherche de nouveau son Dieu dont elle ne sait jamais longtemps se priver.
Hé bien! nous avons passé, nous passons par une crise de ce genre. Ge n'est pas tant le christianisme qui est en question que l'idée religieuse elle-même. On est assez généralement d'accord pour reconnaïtre que si, de nos jours, dans noire civilisation, il faut ètre religieux, il faut aussi ètre chrétien, chrétien, dis-je, en principe et indépendam-ment des formes particulières que le christianisme du passé a pu revêtir. Mais c'est le sens religieux, la vie religieuse qui sont affaiblis, et qui sont reconverts par une couche épaisse d'indifférence et d'insouciance, quand ce n'est pas d'hostilité.
Et pourtant la nature humaine est au fond toujours la même. On ne peut pas lui donner longtemps le change. Ses besoins primordiaux sont toujours la. Voyez done l'existence terne et décolorée que crée l'absence de religion! C'est comme si dans un paysage on supprimait le ciel. Ce hideux matérialisme, qui profane tont et enlaidit tout, ne peut pas longtemps suffire. L'heure vient oii l'ame dégoütée proteste. murmure, vent vivre. Elle a pu dans quelques heures d'ivresse s'imaginer quelle pouvait se confiner dans ce qui passe et périt. L'ivresse se dissipe, et elle se réveille dénuée, appauvrie, mal a l'aise. 11 lui manque ce dont elle a besoin. Et puls, la soufi'rance Farrache tót ou
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lard a sa somnolence. La vie sans épreuves, sans douleurs, n'est qu'une ulopie. Force est bien de détourner les yeux du sol et de les relever vers le cicl. Ileureux ceux qui onl eu assez de sagesse et d'énergie pour entretenir en eux-mêmes la flamme sacrée et conserver eet oeil net dont parle Jésus, cette lumière intérieure qui permet d'entrevoir la face du Pére infini! G'est la que l'Evangile de Jésus Christ, dégagé de tontes les superfétations qui en nltóraienl la divine simplicité, attend cette generation qui le dédaignait a chaque instant sans le connaïtre. Vous avez vu, vous pouvez voir encore cette littérature matérialiste et systémati-quement irréligieuse, qui sous prétexte de réalisme nous promène dans toutes les fanges et dans tous les égouts. Voila ce que Ton gagne a bannir l'idéal religieux. Bientöt l'idéal moral sombre avec lui et I on arrive a pas rapides aux derniers bas-fonds du vice et de 1'infection. Hé bien! faites y attention. A plus d'un symptome il est facile de voir que le dégoüt commence. La nostalgie de Dieu se fait sentir aux ames. Assez de theories desséchantes et corrosives. On étouffe dans l'atmosphère qu'elles créent. La nausée monte a la gorge. II nous faut de l'air ])ur qu'on puisse respirer, de l'eau vive qu'on puisse boire, du pain non frelaté dont on puisse se nourrir. Vos théories ne peuvent pas être vraies, puisqu'on n'en vit pas, puisqu'on en meurt, puisque notie meilleure nature ;i la longue s'insurge et vent autre chose. Le signe de la vérité dans ce qui en soi est mystérieux et difficile a com prendre, e'est rharmonie avec nous-mêmes, nos besoins. nos consciences et nos misères. Du moment qu'au lieu de faire la lumière vous nous laissez dans la nuit noire, e'est que vos theories sont fausses. Voila ce qu'on commence ;i sentir et a dire dans les milieux eux-mêmes on il semblait que les thèses les plus negatives eussent remporté une victoire
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défmitive. Voila ce que la jeunesse la plus instruite ('ans les milieux intellectuellenient les plus brillant.- de l'Europe commence ;i réclamer de ses maitres. Tenez, il est toujours imprudent de s'ériger en prophéte, mais ou tout me trompe dans les signes des tem])s, ou nous sommes a la veille d'un puissant retour aux idees religieuses. Les hommes de mon age pourront tout au i)lus en voir l'aurore, mais les jeunes gens d'aujourd'hui verront se lever co soleil ([ue je leur prédis, et je le leur prédis au nom de l'histoire, et quand nous n'y serons plus, ils se rappelleront que je le leur ai annoncé. Ce ne sont en ce moment que de pales el faibles lueurs cpii raient tout la-bas, :i l'horizon, le ciel encore noir. Sentinelles, oü en sommes nous de la nuit? La nuit saus étoiles couvre encore la Lorre des vivants, mais la-bas, tont la-bas, quelques rayons s'allument. Encore un peu de patience, et l'orient s'illuminei'a.
Mes frères, je suis trés disposé a penser, toujours au nom de rhistoire, que l'avenir réserve ii la religion comme a la société humaine des formes et des modes de realisation dont nous ne pouvons avoir a cette heure aucune idéé précise. Gependant il ne faut pas oublier cette autre loi de l'histoire qui veut qu'a travers tous les changements successifs quelque chose de substantiel et de permanent subsiste. Un siècle, une génération ont toujours tort de s'imaginer que l'éternité a attendu leur heure pour dire en quoi que ce soit, sur quoi que ce soit, le mot définitif. Mais il faut tirer de toutes ces considérations une conclusion que nous puissions nous appliquer, et cette conclusion, la voici.
La religion est éternelle et dans son évolution séculaire le devoir de chacun de nous est de se rattacher, dans l'espace de temps, toujours bien court, qui lui est départi, a ce qui lui en parait la realisation la meilleure, la plus en
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harmonie avec les besoins do sa conscience et de sa faiblesse, je peux bien dire aussi la plus rationnelle et la plus lumineuse. La rupture absolue avec le passé est mie idéé fausse aussi bien que la conservation superstitieuse de ce qu'il a lègué. D'autant plus que cette rupture absolue n'est jamais qu'une illusion. Nous ne pouvons faire que nous ne soyons les ills de nos ancêtres. La sagesse est de donnar la main au passé tout en le continuant avec intelligence et par cela mème en Ie corrigeant et en le perfectionnant. Mais rhoinme isolé est impuissant, en religion peut-ètre plus que partout ailleurs. 11 lui faut l'association, j'ai dit par conséquent âil lui faut l'Eglisequot; comprise comme une association librement adoptée et ouverte a la liberté du progrès. II y a des fers brisés qu'on ne reforgera pas, cela est certain. .Mais il y a aussi la sainte liberté des enfants de Dieu qu'il ne faut pas perdre en la confondant avec la licence et l'anarchie. La religion ot sa nécessité, individuelle et sociale, une Ibis posées, le Christ demeure jusqu'a présent et demeurera indéfmiment le grand maitre; celui qui a le mieux vu et senti Dieu, celui qui a le mieux vécu en Lui et de Lui. Qui pourrait-on lui comparer? Ne vous laissez pas influencer par les difficultés et les étranges lacunes qu'une critique minutieuse signale dans l'histoire évangélique. Cette étude microsco-pique est légitime, nécessaire mème, elle ne change rien au résultat essentiel. Quand vous regardez do tout prés un des chefs d'ceuvre de vos grands maitres, rensemble vous échap])e, vous ne voyez que des coups de pinceau d'appa-rence incohérente et heurtée. Reculez de quelque pas, et la conception géniale de 1'artiste se dégage a vos yeux et vous ravit par sa beauté saisissante. De mème, les évangiles considérés sous leur vrai jour nous mettent en face d'un
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idéal de vie humaine dont rien n'égale la pureté, l'énergie, la tendresse virile, le charme attiranl et suprème. Voilii Tessentiel, et voila aussi l'inaliénable, le permanent, l'in-destructible élément de l'Evangile. Jésus est la vérité rell-gieuse incarnée, paree qu'en son coeur pur Dieu se reflète et se ré véle avee nne merveilleuse intensité. C'est la conscience de Jésus qui sert toujours de lumière a la nótre, non pour que nous fassions d'elle un fétiche, c'est ce qu'il ne voudrait ii aucun prix, inais pour qu'en communion avec son esprit, nous le soyons par conséquent avec le Dieu qu'il adorait lui-même, le Dieu unique, Père des esprits et dont 1'amour pateruel se révèle en ceci qu'il ne cesse jamais de solliciter nos coeurs. Get appel de Dieu est individuel, personnel. Nous sommes done individuellement pour Dieu, quelle que soit noire infime petitesse, autre chose cju'un chilïre, un numéro insignifiant dans l'ensemble des étres. Chacun de nous est quelqu'un dans la pensée infinie. C'est la pression divine que chacun de nous ressent quand il aspire a s'unir a Dieu et quand il s'efforce d'etre fidéle a son devoir. Ah! nous touchons ici le fond même de la vie religieuse. C'est cette conviction d'un lien individuel, personnel, nous rattachant a Dieu par nos consciences, qui doil nous rassurer sur les desseins de sa Toute-Puissanco ii notre égard. C'est olie qui doit ramener la paix dans nos cceurs troublés. C'est elle qui, de nos jours comme autrefois, nous défend la désespérance et qui doit nous consoler dans nos épreuves, dans nos amertumes, dans nos souffrances, en face du grand et redoutable inconnu dont la mort est le prélude. Restez done dans cette bienfaisante lumière et, si vous vous en ètes écartés, faites effort pour y revenir. Je ne vous prèche ni soumission aveugle a un livre, ni abdication de votre dignité d'homme aux plods d'un prètre, ni pratiques abrutissantes.
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ni croyances torturant la raison. Maïs je vous dis: En vérité, en vérité, on ne se passé pas impunément de religion, il n'y a rien de plus religienx que l'Evangile, le Christ a des paroles de vie éternelle, il nous faut aspirer en haut, plus haut que los plaisirs mesquins, plus haut que les cupidités et que les ambitions d'un jour, plus haut que nos douleurs, plus haut que la terre, voila pour chacun de nous. Puis, et en société avec les autres, il nous faut continuer et développer la tradition chrétienne, laissant ii l'avenir le soin d'en extraire de nouvelles richesses, inais puisant l'eau vive a inêine du grand fleuve aux hords duquel nous passons quelques jours. Telle est la conclusion pratique de l'histoire religieuse, et c'est la, mes Frères, le témoignage que je voulais rendre devant vous a la lumière.
Dieu et l'Evangile, tout dans cette histoire converge dans cette direction, de même que tout en repart pour de nouvelles evolutions de l'esprit humain montant vers Dieu.
Mon témoignage est rendu, c'est a vous d'en juger.
Puisse-t-il avoir trouvé le chemin de vos consciences! Amen.