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P. HENRI DE GRÃZES
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PARIS
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RUE CASSETTE, 1»
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JEANNE D'ARC FRANfilSfjAINF
BJbliotheca Ccnventus
La souvernine decision de Rome a fait éclater sur lous les points de la France, avec les accents d'une palriotique allégresse, d'ardentes prières; car les prières peuvent, dés maintenant, en toute liberie, solliciter l'appui de Ia vénérable Jeanne d'Arc. A cette joie et a ces prières, Ia familie franciscaine s'unit avec un indicible bonheur. En elle, le doux sentiment de la fraternité s'unit aux nobles émotions de piétó et de patriotisme, réveillées ou provoquées par les solennités de Tlieure présente. Ello voit une soeur dans la libéralrice, dans I'héroïque martyre dont Ie nom est en ce moment sur toutes les lèvres, dont Ie souvenir fait battre tous les coeurs. Notre Ordre a de trés fortes raisons de croire que Jeanne d'Arc a élé imprégnée de Ia sève du mysticisme franciscain, et a professé Ia régie du Tiers-ürdre séculier,
Jeanne, sans doute, appartient avant tout au catholicisme et 11 la France. Son affiliation au Tiers-Ordre ne saurait ni la leur enlever ni I'amoindrir a leurs yeux. Qui fut plus catbolique do fait, et plus francais de nom et de cueur que le sóraphiquo 1'. S. Francois. Saint Louis, saint Elzéar, saint Roch appar-lenaient au Tiers-Ordre. En ont-ils été pour cela moins catho-liques et moins francais? Blanche de Castiüe, Ia bienheureuse Jeanne-Marie de Maiüé, Ia bienheureuse Jeanne de France étaient Tertiaires. Leur ame a-t-elle été pour cela moins fran-caise et moins catholique? Le Tiers-Ordre n'est pas une pclile église; encore moins une association anti-nationale.
Née a Domrémy, sur les extrêmes confins de Ia France du xv0 siècle, Jeanne lut manifestée a Vaucouleurs, dans la móme
JEANNE D'AHC I'RANCISCAINE
region. De la lui vinl le surnom de bonne Lorraine, qua Ton rnlrouve encore tons les jours sur les lèvres des riverains de la Meuse. La bonne Lorraine n'en fut pas moins juslement pro-clamée de son vivant, comme elle Test de nos jours, la grande Francaise. Ainsi en esl-il, loule proportion gardóe, par rapport a nous, Franciscains. En réclamant Jeanne commc notre soour en saint Francois, nous ne la ravissons pas a la grande fraternité du catholicisme et de la patrie.
La question que nous voulons étudier n'est point absolument nouvelle, du moins quant a ses apercus gónéraux. Elle fut traitée il y a quelques années par un écrivain de mérite, qui eut le tort de mêler, a des récits trés vrais sur les relations de Jeanne d'Arc avec l'Ordre de saint Francois, des imputations trés injustes contre les fils de saint Dominique (1); aussi nous garderons-nous bien de le suivre. Après lui, des écrivains catholiques ontabordé le mème sujet dans des publications de nuances diverses {VHuivers, le Monde, le Ciloyen, de Marseille, la Revue franciseaine, publiée par les 1'P. Franciscains de X'Observance). M. Léon Gautier terminait ainsi quelques pages émues qu'il venaitd'écrire sur notre héroïne : « Quelle joie pour l'Ordre de saint Francois, quand il sera prouvé que Jeanne d'Arc était une tertiaire franciscaine! Le fait est probable, et j'en suis deja tout joyeux. Espérons (2). »
Le 28 juin 1888, le Hme P. Général des Franciscains, dans sa lettre postulatoire pour l'introduction de la cause de Jeanne d'Arc, rappelait longuement les relations dc la Pucelle avec l'Ordre do saint Francois. « Ces relations, ajoutait-il, ont fait penser, non sans fondement, qu'elle apparlenait au Tiers-Ordre séculier... »
Depuis, cette question n'a cessé de préoccuper les esprits les plus élevés, mème ceux qui semblaient devoir être ii peu prés indifférents a la solution. Tout récemment, les Annates reli-(jieuses du diocèse d'Or/éans (n0 du 24 avril 1891) annoncaient les
1. Jeanne d'Arc et les Ordres mendianis, étudo publiée par SI. Simeon laicc, dans la llevue des Deux Mondcs, nquot; de mai 18S1. (jet article ot deux autres s'y rattachant ont 6té, par rauteur, róunis en un volume, sous le titre : Jeanne d'Arc a Domrémy. Paris, IH86. â Les Pères Doniiuicains, pour ce qui les concernc, ont complètement rópondu a M. Siméon I.uce, dans une brochure intitulee : La i/uerre de Cent am, Jeanne d'Arc el les Dominicains.
2. Jeanne d'Arc el le mouvement reliijieux du xv* siècle, feuilleton scicnti(iquc du Monde, 2 juin 1881.
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JEANNE D'AHC FRANCISCAINE ll
fétes splendides et prochaines des 0, 7 et 8 mai. Or, en regard de rannonce des fetes, s'étale un long article intitule : Jeanne d'Arc franciscaine (1). « La question, bien que malaisée a tran-cher, dit l'auteur, n'est pas dépourvue d'intérêt, soit en raison de l'héroïne elie-mème, dont l'ame religieuse el les habitudes de piété ne sauraient nous laisser indifférents, soit a cause de la connexion qui pouvait exister entre son litre de franciscaine et sa mission de libératrice do la France. Geile connexion, disons-Ie tout de suite, si on parvenait a l'élablir, n'aurail rien qui put obscurcir a nos yeux l'origino surnaturelle de la mission de Jeanne. »
L'auteur rapporte ensuito sommairemenl certaines données historiques, desquelles on peut conjecturer que la Pucelle fut affiliée a la familie tranciscaine; puis il conclul; «. 11 nous parail, ainsi qu'a M. Siméon Luce, difficile de douter, d'aprés tous ces oopuments réunis, que Jeanne d'Arc n'ait éte réellement tertiaire de Saint-Francois, k 'l'oul en cilaut M. Siméon Luce, et en s'inspirant principalement de ses travaux, l'auteur s'est pourtant bien gardé de le suivre, méme de loin, dans ses diatribes pas-sionnées contre les Frères l'rêcheurs; nous ne pouvons que l'en féliciter.
fin voyant les élrangers s'occuper de Jeanne d'Arc franciscaine, et s'intéresser vivement a la solution d'une question qui semblait de prime abord purement familiale, nous, jils de la familie, nous nous sommes reproché d'avoir lardé a publier les notes, depuis longtemps et paliemmcnt recueillies sur ce sujet dans la Vie de Jeanne d'Arc et dans los acles autlientiques de soa procés.
11 y a, dans la vie do la Pucelle, tout un, ensemble de fails certains, indéniables, qui ne peuvent s'expliquer que par le fait de son aflilialion au Tiers-Ordre. Nous avons a cacur do nous en souvenir el de les faire connaitre.
I. â Jeanne d'Arc el la regie du Tiers-Ordre.
11 ne peul èlre question ici de ia régie acluolle, récemment modifiéo par Léon Xlll; uotre argumentation serail Irop facile, el par la moins probante. Cetlc régie, en effet, sauf en deux ou trois points, ne prescrit guérc quo les devoirs généraux de la vie
1. L'arlicle est signé : .1. de Squot; Cr.
JEANNK D'ARG FBANCISCAINE
chrétienne, prise bien au sérieux ; ellc n'entre pas dans les détails. 11 s'agit ici uniquement de Tancionne regie, publiée a la lln du xiu0 siècle par Nicolas IV, et qui a été en vigueur jusqu'a ces derniers temps. Nous allons voir comment Jeanne l'a étudiée, comprise et pratiquée.
1° Des vólements. â « Que les Frères et les Soeurs de cette Fraternité sortent ordinairement vêtus d'une étoffe humble, et pour le prix et pour la couleur, qui no doit ótre ni entièrement blanche ni entièrement noire... leurs vêtements seront agrafés et non ouverts, comme l'exige la bienséance, et leurs manches seront fermées... Les Suuurs n'useront ni de rubans ni de cordons de soie... afin que, selon le conseil de saint Pierre, prince des apótres, elles renoncent entièrement aux vaines parures de ce siècle. â Régie de Nic. IV, oh. 111.
Dans la pratique, si les Soeurs tertiaires n'étaient pas entièrement vêtues de gris ou de brun, comme la bienheureuse Jeanne-Marie de Mailló, du moins, pour se rapprocher le plus possible de la règle, elles évitaient avec soin d'etre entièrement vêtues de noir, et surlout de blanc, couleur voyante. Le noir, couleur humble et austère, dominaitdans leur vètement; mals toujours quelque partie de celui-ci venait rompre runiformité, et rappeler la couleur prèférée de l'Ordre.
En plus de la règle, un usage séculaire, sanctionnè par l'au-torité des supérieurs, imposait alors aux Suuurs d'avoir les eheveux coupés en rond, ii la hauteur du cou et du bas de l'oreille. Omnes Sorores communiler capillos suos usque ad aures, eer lis lemporibus londeant in rolundum (Speculum Minorum, Tract. Ill, fol. 220, V0.Rouen, 1500.
Mettons en regard de ces prescriptions minutieuses et de ces usages ayant force de loi, les données les plus authentiques sur la vie de Jeanne. Nous serons étonnés et édifiés. Rarement on vit une tertiaire plus fidéle.
Tous les auteurs, d'après la deposition du greffier de la fto-ehelle, nous décrivent le costumc et rextériour de Jeanne, a son départ de Vaucouleurs, le 22 février 1420, et a son arrivée a Chinon, onze jours plus tard (6 mars). Tous, anciens et mo-dernes, nous la représentent vêtue d'un pourpoint noir, ayant les chausses attachées avec des aiguillettes, portant une tunique ou robe courto de gros gris noir, sur la téte un chaperon ou cha-peau, ayant les eheveux coupés courts et en rond.
Rappelons brièvement les prescriptions de la règle et les '
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usages ; ótoffes humbles pour le prix ot la couleur... vótement soigneusement fermê, costume qui ne soit pas entièremcnt noir, cheveux coupes en rond. N'est-ce pas frappant?
Jeanne n'avait pas toujours revèlu des couleurs aussi humbles. Lorsqu'elle s'était présentée, pour la première fois, devant Robert de Baudricourt, vers la mi-mai 4i28, elle élait vêtue d'ctolïes grossièrcs, comme en portent les gens de la campagne, mais ces étoffes étaient de couleur voyante; 1c rouge y dominait; le fait est atlesté par plusieurs témoins (1). Nul d'entre eux ne fait observer quo Jeanne ait eu, a cette époque, les cheveux disposés d'une facon insolite. Que s'est-il done passé entre ces deux dates (13mai l i28 et janvier-février 1429), el comment expliquer un changement si sensible? La suite de l'histoire va nous 1'ap-prendre.
Le sire de Baudricourt a considéré les affirmations de Jeanne comme les réves d'un cerveau malade, et il a dit a Durand Laxart, qui lui présentait la jeune fille, de la reconduirc a son père, non sans lui avoir préalablement administré une verte correction (2). Jeanne est revenue a Domrémy. Or, deux mois après, des bruits de guerre la contraignent a quitter précipi-tamment son village et a se réfugier avec ses parents a Neufcha-teau. Elle y demeurc quatre jours, disent les uns, environ quinze jours, déclare-t-elle au procés (3). La, quelle qu'ait été la durée de son séjour, elle ouvre son A me aux Cordeliers, qui depuis deux siécles y sont établis; et elle se confesse deux ou trois fois a Tun d'eux (4). Jeanne avait alors seize ans et demi. C'est alors, selon toute probabilité, qu'elle a été admise dans le Tiers-Ordre.
1. .. Ipso testis loriuens didit victam Johannam, indutam pauperi-Ims vestibus, rubris. » â Proces, II, 436. Deposition do Bertram! do Poulangy, uu dos deux hommes d'armes qui accompagnèrent la Pu-celle, do Vaucoulours a Oliinon; et plusicurs autres.
2. Qui Robertas pluries ei (a Durand Laxart) dixit quod reducerot cam ad domain patris sui, et darot ei alapas. â Procés, II, 44i.
3. Propter Burgundos recossit è domo patris, et ivit ad villam qiuo dicitur Novum Castrum, et ibi stelit quasi quindecim dies. I, öl et 214. â D'après Jl. Qaicherat (II, 302, note 2), c'ost bien i la fin de juillet 142S ([n'ont eu Hou los cvcncments dont il est question.
4. Aliquotiens etiam, liis aut tor, prout credit (Johanna), confessa fuit rcligiosis mendicantlbus. Et hoc orat apud dictam villam do Novo Castro. â Id. 51.
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jeanne d'arc pkanciscaine
Avant cette époque (juillet 1 W8), Jeanne aurait certes pu être admise dans le Tiers-Ordre. Les relations étaient fréquenles enlre Domrémy el Neufchateau, ct les l'P. Cordeliers de cetle dernlère ville avaient dü passer plus d'une fois par Domrémy, et y recevoir rhospilalité dans la maison de Jacques d'Arc. Nous reviendrons sur cc point de détail quand nous parierons des relations do Jeanne avec les Franciscains.
Mais il n'ótait point dans les habitudes de ces religieux d'ad-mettre au Tiers-Ordre des sujets trés jeunes. D'autre part, dans ces relations passagères, ils n'avaient pu suftlsamment apprécier la jeune fllle pour la revelir ainsi, sans autre examen, des livrées franciscaines. Lors de son séjour forcé a NeufcluUeau, Jeanne n'était plus une enfant; elle paraissait méme un peu plus agée qu'elle n'était en réalité. Par la nous est expliquée Terreur dequelques chroniqueurs de son temps qui, jugeant d'après les apparences extérieures, lui attrihuèrent vingt ou vingt et un ans au début de sa mission, alors qu'elle en avait seulement dix-sept.
Aucun portrait authentique de Jeanne d'Arc, dessiné, peint ou sculpté, n'est parvenu jusqu'a nous. Mais, en fusionnant les temoignages de ses contemporains, nous pouvons nous faire une idéé exacte de ce qu'elle était a l'époque dont nous parions. « Développée de bonne heure par le grand air et ractivité labo-rieuse des champs, elle était, nous disent ceux qui Tont vuBj forte et bien conformée, grande, du moins pour son sexe, un peu brune de teint, comme tous ceux qui ont vécu au grand air; ses cheveux étaient noirs. Sa vigueur, peu commune, contrastait avec une voix singulièrement douce. Elle apparaissait noble et modeste dans sonmaintien, gracieusement enjouée dans le commerce ordinaire de la vie (1). » Le lecteur franciscain nous par-donnera facilement cetle digression sur le portrait de notre chére soeur Jeanne.
Pendant son séjour a Neufchateau, fidéle a ses habitudes pieuses, la jeune fllle alia se confesser aux PP. Cordeliers. Elle ne put pas ne pas leur parler dos vols mystórieuses qu'elle en-tendait depuis bientót quatre ans. Emerveillés de ces communi-
1. Golle et bien conformée,... grande et moult belle,... Uien com-passóe do membres ct forto... liusticana facie,... nigra capillo,.,. vocem gracilem,... yeslu mullhm simplex,... hilarem yeril vullum. â Déposit. de plus. lim, au procés. Voy. Jeanne d'Arc a Domrémy, p. ci.xxii ct suiv.
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JEANNE D'AUC FIUNCISCAINK
cations qui s'accordaient pleinement avec leurs senlimenls patriotiques, ne voyant dans cello amc candide que him, virgi-nité, devotion, humilüé el simplcsse (1), ils firent revenir Jeanne les jours suivanls, pour I'interroger a loisir. Le résultat do cot examen et de ces entrevues fut l'agrógalion de Jeanne au Tiers-Ordre. Elle n'en fit point mystère ii sa familie, tout au moins a sa mère. Un des signes de cette agrégation, oulro les modifications déja constalées dans ses yétements, élait l'anneau béni, sur lequel ótait gravé en relief le saint nom de Jésus. A daler de cette époque, on le voit toujours au doigt de Jeanne, jusqu'au jour oü il lui fut enlevé par les Bourguignons qui la firent pri-sonnière sous les nmrs de Compiègne (24 mai 1130). Or cel anneau lui avait étó donné par sa mère; elle-même fa dóclaré formellement et a diverses reprises.
Depuis cc séjour mémorable a Neufchateau, Jeanne a compló-ternent renoncé aux étoffes de couleur voyante, prohibées par la régie du Tiers-Ordre. Pendant son séjour prés du roi, si les princesses lui font présent de vêtements somptueux, elle les distribue aussitót aux personnes de son entourage. Ses contemporains, en relatant ces parlicularités, exaltent les goüts simples et rno-destes, et le couur généreux de 1'héroïne. Avec eux nous adrni-rons les sentiments de Jeanne; en même temps, nous constalons sa fldélité persévérante a gardor la régie qu'elle a vouée.
Cette régie prescrivait en outre aux Tertiaires de tenir leurs vêtements agrafés cl non ouverts, et d'avoir les manches fermèes. Jeanne fut scrupuleusemenl fidéle a cetle prescription. D'aprés le témoignago de tous ceux qui 1'accompagnérent dans ses voyages et dans ses campagnes, elle gardait toujours ses vêtements soigneusement agrafes, même la nuit, lorsqu'elle élait obligee de reposer dans le même appartement quo d'autres personnes. (Veslibus vaginalis. â Procés, passim.)
Enfin, selon la dernière recommandation de ce chapitre 111, Jeanne renonca complètement aux vaines parures de ce siècle. Une petite brochure de propagande, d'aüleurs trés intéressante, et récemment parue (2), donne en première page une gravure représentant la Pucelle. De longs cheveux bouclés floltcnt sur ses êpaules; sur sa tête est coquettement posée une toque élégante,
â 1. Deposit, des contemporains et compatriotes de .Jeanne.
2. La venerable Jeanne d'Arc, dédiée lt;i la jeuuesse cliréticnne, par la comtesse Armand do Chabanncs, in-16quot; de 46 p. Imprinierie Saiut-Paul, Uar-le-Duc.
JEANNE D ARC FUANCISCAINE
amplement agrémentée de panaches ondoyanls. La gravure est trés gracieuse: elle n'esl pas conforme aux données de l'histoire. Pour la chevelure, nous savons ce qu'il faut en penser. Quant au couvre-chef, nous avons de bonnes raisons pour penser que Jeanne n'en porta jamais de semblable.
On a conservé a Orleans, jusqu'ö la grande Revolution, un chapeau de la Pucelle. 11 utait de simple feutre gris, sans autre ornement qu'une petite fleur de lys dorée qui rattachait le bord relevé par devant. Laissé par Jeanne en souvenir a la familie qui lui avail donné l'hospitalité pendant son séjour, il avait été pré-cieusement conservé a travers les siècles. En 17!)0, les Jacobins s'en emparèrent, et, dressant un bücher sur la place publique, le brülèrent en dansant autour des flammes et en chantant le (Ja ira!... Des mains francaises, reprenant Toeuvre des Anglais, ont accompli cette odieuse profanation, anéantissant la seule reliquo authentique de Jeanne d'Arc.
Ainsi, de Théroique et sainte martyre il ne reste plus rien; pas un fragment d'os calciné, pas un lambeau d etcffe, pas mórne un cheveu (1). Do Jeanne il ne subsiste rien; cornme si rien de ma-tériel n'avait du rester d'elle; comme si le feu qui a consume son corps virginal, n'avait dü nous laisser a jamais que son umo el son souvenir.
2° üu jeune. â « Que les Frères el les Soeurs jeünent lous les vendredis de l'année, a moins qu'ils n'en soient emi)êchés par la maladie ou par loule autre cause légilime... Mais depuis la fête de Tous les Saints jusqu'a Paques, ils jeüneronl lous les mercre-dis et vendredis. » [Règlc de Nic. IV, chap. V.)
Tous les témoins nous affirment que Jeanne jeünait fréquem-ment, notarament les vendredis. De la, ses ennemis voulurenl la faire passer pour hallucinée. 11 leur sembla plaisantd'altribuerses visions a une imagination surexcilée par le jeune. « Aviez-vous jeüné quand vous entendiles vos voix pour la première fois? lui demandèrent ses juges. âNon », répondit-elle simplement, sans
t. Aux arcliivos de Uiom (Puy-de-Dóme), on conscrvail un cheveu do la Pucello. 11 ólait flxé par uno do ses extrómilés dans le sceau do cire rouge authentiquanl la loltre qu'clic fit écrire anx habitants do cette vllle. A diverses reprises, nous avions eu la consolation de lo voir et de le vénérer. Depuis 188S, II a dlsparu, avec lo cachet dans lequel il étall scellé, dérobé sans doule par (iiielque visiteur Indls-cret, a qui ou aura imprudemment conllé sans témoins le précieux document.
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JUANNE I) AUG FHANCISCAINE U
voir la perfuiie de la question. En fait, ses voix s'claient fait on-tendre a elle tout d'abord en \42!i. Or, a celte date, d'après lout ce que nous avons dit, i'enfant n'avait pas encore été agrégée au 'l'iers-Ordre.
3U Des armes ojfensives. â i Quo ceus qui appartiennent a cette Fraternité ne portent point sur eux d'armes offensives, si ce n'est pour la defense de l'Hglise romaine, ou de la foi cliré-tienne, ou de leur propre pays, ou Lien encore avec la permission de leurs ministres. » (Rrgledc Nic. IV, cii. VII.)
Si Jeanne a portee l'épée, e'est qu'il s'agissait de défendre le beau pays de France, et de houter l'étranger dehors. Mais, même avec tin motif si lógilime, elle ne se servil que Lien rarement de son épée, et jamais pour frapper a mort. « J'aimais beaucoup mieux, quarante fois plus, la bannière que l'épée, dit-elle a ses juges. Quand je chargeais IVnnemi, je portais ma bannière, pour éviter de tuer; jamais je n'ai tué personne. »
40 hes sermenls. â « Que le5 Frères et les Sceurs s'abstiennent dos sermenls solennels, a moins qu'ils nquot;y soient contraints par la nécessité, et seulement dans les cas exceptés par le Siège Apos-tolique, c'esl-a-dire jiour le bien de la paix, pourjuslifier leur foi, pour réfuter une calomnie, conflrmer un témoignage... lis óviteront avec le plus grand soin les jurcments dans les conversations ordinaires... » (/leg. de Nic. IV, ch. XII.)
Tons les acles des divers procés s'accordent a nous dire que Jeanne considcra toujours le serment comme un acle de religion ; chaque fois qu'elle crut pouvoir le próter, elle faisait auparavant un grand et dévot signc dc croix. Jamais on ne put I'amener a Ie próter en dehors de la stricto nécessité. A Rouen, l'évêque do lieauvais prétendait exiger d'elle qu'elle corroborat par serment la vórité de chacune de ses réponses, alors même qu'il ne s'agissait que de choses de peu d'importance. Jeanne hésita beaucoup, elle ne voulait jurer que pour les réponses concernant sa foi ou son honneur. Elle finit pourtant par céder quand cllc vit que ses adversaires se faisaient un prétexle do son refus pour I'accuser de mauvaise foi.
L'évêque chercha alors a la prendre en défaut les jours suivants en lui posant de nouveau les mêmes questions; et de nouveau il exigeait le serment de l'accusée. Cette fois, Jeanne se récrie : « Je l'ai prêté bier, dit-elle, cela doit vous sufliro; vous me cluir-gez Irop. » Et ses plaintes deviennent lelies, qu'un des assesseurs, pris de pitié, prend la défense do Ia pauvrette, el déclare que,
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â 10 JEANNK «'ARC FRANGISCAINE
pour des questions tout a fait semblables, il doit lui suffire do s'on référer a sa première réponse et au scrment qui I'a accom-pagnée.
L'évèque voulut du moins la contraindro a jurev par serment qu'ellc répondrait a toutes les questions qui lui seraient posées, quelque cachées et secretes que pussent être les choses sur les-quclles olie serait interrogée. Par une prudence supérieure a son age, autant que par esprit do religion, Jeanne protesta plus vive-mcnt etrefusa net de s'engager ainsi. « Non, dit-elle, jo ne puis faire un tel serment. Jamais, quoi qu'il puissc m'en advenir, jamais je no répondrai, lorsque mes réponses pourraient compro-mettre la dignité du Roi, Thonneur ou la sécurité des miens et de la cause royale. »
Aux questions complexes, embrassant des choses auxquelles 1'accusée pouvait répondre et d'autres sur lesquelles ello devait se taire, Jeanne ne répondait que par un serment accompagné de restrictions. L'évöque ayant voulu I'obliger a juror simple-ment et sans restrictions, la menacanl, si ello s'y refusait, de regarder les accusations comme fondées, ello ne voulut pourlant jamais faire un pareil serment. « J'ai juré, dit-elle, de ne pas dire certaines choses; et vous no devrioz pas in'exciter a me par-juror. » (1'. Ayroles, t. I, p. 26ö et 3U3.)
Est-il besoin d'ajouter quo non seulement on n'entendit jamais sortir des lèvres de Jeanne ni jurement ni parole malséante, mais qu elle les avait en abomination,et ne les toléra jamais dans ceux qui I'entouraient.
B0 La mesne tons les jours. â « Que les Frères et les Scaurs qui jouissent d'une bonne santé entendent tous les jours la messe dans le lieu ou lis se trouvent, s'ils le peuvent commodément... {Rig. de Nic. IV, ch. XIII.)
Totis les lérnoins nous affirmont que Jeanne, en tous ses voyages el an milieu des camps, quelles que fussentses préoccu-pations ou ses fatigues, ne se priva jamais de I'assistance quoti-dienne au saint Sacrifice.
« Quand elle fut citée a Rouen, dit l'inquisiteur Bréhal, elle fit trois demandes aussi pieuses que raisonnables, auxquelles ledit évèque (Gauchon) opposa un cruel refus. La première fut de pouvoir entendre la messe. » (Apud Ayroles, p. Ã39.)
« Dès la première séance, dit le sommaire de Paul Pontanus, elle a requis trés instamment, a I'honneur de Dieu et de la bien-beurcuse Vierge, qu'on lui permit d'entendre la messe. » (Id.,
JEANNE D'AHC I'BANCISCAINF,
p. lOtj.) On lui promet qu'ello aura la messe, si die depose ses vétemenls d'homme. Elle y consent, malgré les fortes raisons qu'elle avail de lesgardcr; tant était grand sondésirde participer au saint Sacrifice! Mais on ne tient pas la promesse, ct elle reprend ses vêtements d'homme : ce dont on ne manque pas do lui faire un crime.
II. Jeanne dWrc cl Ic cultc du sainl Norn de Jesus.
Nous disons : le culle du saint Nom de Jésus, et non la devotion a ce Nom adorable. II ya, en elTet, une grande difference eulre les deux choses. Pour mieux la saisir, rappelons briève-ment ce qui s'est passó pour le culle du Sacré-Coeur.
La devotion au Sacré-Cceur de Jésus avail commence sur le Galvaire; elle grandit avoc les siécles. Mais le culle extérieur de ce Coeur adorable n'a commencé que bien plus lard; et 11 n'a recu sa pleine illumination que par les revelations du Sauveur a la Bienheureuse Marguerite-Marie (1673-1693). Encore fut-il a cette époque et pendant prés d'un siècle l'objet d'indignes attaques; nous n'avons pas a redire ici loutes ces choses. Ainsi en a-t-il clé, loutes proportions gardées, de la devotion au sainl Nom de Jésus el du culle extérieur de cel auguste Nom.
i Le nom, a-t-on dit, n'est que la personne rappeléc par I'oreille a notre esprit el a noire coeur, coinme le portrait nous en rappelle la vue.» La devotion au Nom adorable de Jesus a done du etre aussi ancionne que le christianisme. Saint Paul, dans ses Epitres inspirées, le répéte fréquemment, lors méme que la phrase ne le demande pas, uniquement pour avoir le boniieur de l'écrire; on 1'a compté jusqu'a prés de deux cent cinquante fois dans ses quatorze Epitres. Les premiers chrélions, ne pouvant, par crainle des persecutions, le graver dans leurs lieux do réunion, ni le prononcer en public, avaient trouvé un moyen aussi touchant qu'ingénieux de se le rappeler et de l'bonorer. lis peignaient un poisson, et les cinq lettres du mot grec Ichthus (poisson) leur représentaient le nom de Jésus avee un commen-taire expressif {Jésus, Christ, Fils de Dieu, Sauveur.)
Saint Bernard a parlé plus éloquemmenl que tout autre du Nom de Jésus. Nous lisons dans la vie de quelques saints qu'ils le gravérent sur la chair vivo de leur coeur, pour que tous les battements de ce cceur fussenl a I'honneur de ce Nom adorable.
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iü JEANNE D'ABO FRANCISCAINE
Tout cela, c'esl la divolion; ou, si Ton veut, un culle individuel et privé : ce nest pas le culle extérieur, solennel et public.
Nous avons raconté ailleurs la part glorieuse de la familie franciscaine dans la preparation et la propagation du culte du Sacré-Coeur (I). Pour le culte du saint Nom de Jésus, Taction franciscaine fut encore plus manifeste et plus décisive. II était réservé a nos saints Bernardin de Sienne et Jean de Capistran et a leurs Frères, de propager ie culle et do faire établir la fête du saint Nom de Jésus. Cette fète, avant d'ótre universelle, fut d'abord franciscaine; lo suprème témoignage de l'Ãglise ne permet a personne d'en douter. Nous lisons, effet, dans nos livres liturgiques, approuvés par le Saint-Sióge : « Le culle de ce saint Nom, propagé dc lous cótés par saint Bernardin de Sienne et sainl Jean de Capisteau, fut accru par la célébration d'un office spécial, autorisé par Clément VII dans lout l'Ordre des Mineurs. De nouvelles concessions des Pontifes Remains éten-dirent successivement eet office a d'aulres Ordres religieux, a diverses provinces, a divers royaumes. Enfin, Innocent Xlll l'étendit a I'Eglise universelle, en assignant pour cette fète le deuxième dimanche aprés l'Epiphanie (2) ». â « La fète du sainl nom de Jésus. Clément VII permit aux Frères Mineurs do la célébrer chaque année le M janvier, en souvenr de 1'insigne triomphe remporté a Rome (ce jour-la), sous le Pape Eugéne IV, par saint Bernardin de Sienne. Clément VIII l'enrichit d'indul-gences. Enfin la solennité annuelle de cette fête fut étendue a l'Ãglise universelle par Innocent XIII, qui commanda de Ia célébrer le deuxième dimanche après I'Ãpiphanie (3). »
1. Le Sacré-Cwur de Jésus : Ãtudes franciscaines, 1 vol. in-liü. Lyon ct Paris, Delhomme et Briguet.
2. Ilujus autem sanctissimi Nominis cultum ii sanctis Bernardino Sencnsi et Joanne è Capistrano longè latèquc propagatum, et in Mino-rilico ürdine officio ecclesiastico ex indulto Clemenlis septimi auc-tum, novis subindè Romanorum Pontifieum concessionibus ad alios roligiosos Ordines, provincias ct rogna ampliatum, Innocenlius ter-tius decimus codem solemni ritu ad universam Ecclesiam extendit, assignata ejus festivilale dominicas secundiu post Epiphaniam. â /irev. FF. MM. Capuc. in feslo SS. Nom. Jesu. Led. VI, in fine.
3. Festum sanctissimi Nominis Jesu, quod Clemons VII, ob inssi-gnem triumphum Ronue sub Eugenio IV reportatum a sancto Bernardino Senensi, quotannis die decima quarta Januarii celebrandum indulsit, et Clemens VIII indulgentiis auxit: cujus tandem fosli an-nuam solcmnitatem Innocenlius XIII ad universalem Ecclesiam extendit, ac Dominica secunda post Epiphaniam celebrari mandavit. â Marlyrolog. FF. MM. Capuc., ibid.
JEANNE d'aiIC FliANCISCAINE
Dans les premières années du xv0 siècle, saint Bcrnardin de Sienne avail commencé a exciter parmi ses confrères une teudre devotion au Noin adorable de Jésus et au saint Nom de Marie, qui en est le complément. Tous les couvents fondés par lui a celle epoque furent appelés par lui : couvent de Jésus ou de sainte Marie de Jésus. Par suite de ses exhortations, les Frères-Mineurs de l'Observance prirent l'habitude de répéter fréquem-ment le saint Nom de Jésus et de l'écrire en tête même de leurs lettres privées. Les peuples le remarquèrent. Saint Jean Colom-bini et ses disciples avaient été appelés Jèsuales, paree qu'ils avaient continuellement le nom de Jésus sur les lévres. Pour la méme raison, les Franciscains, a Tépoque dont nous parions, furent appelés les Jésus. Selon leur règle, ils allaient a la quéle. Quelqu'un voulait-il se débarrasser d'eux, il leur criait tout sim-plement : « Dehors, le Jésus! i (F or as Jcsus) (1).
En 1123, le saint, préchant a 1'église Saint-Pétrone, a Bologne, commenca a prêcher aux peuples le culte du saint Nom de Jésus (2). A la fin de ses prédications, il présentait ce Nom, écrit en lettres d'or sur une tablette et environné de rayons, el le faisail vénérer au peuple qui lombait a genoux. II exhortail les gens a l'écrire ou a le graver sur le seuilde leurs demeures,pour en éloigner les démons. Après ces prédications, il laissait cel adorable Nom exposé a la vónération publique dans les églises.
Toules cos pratiques nouvelles suscilèrent parfois d'élranges oppositions, Un jour, a Bologne, le grand Inquisiteur, Louis de Pise, fit efi'acer le Nom de Jésus sur une tablette franciscaine qu'on avait fixée au maitre-autel. Cette innovation fut considérée commc dangereuse el porlée au Concile de Bale, oü elleflt grand émoi. Le cardinal d'Arles (le B. Louis Aleman) ne parvint a l'assoupir qu'en déclarant que Bernardin lui-mème avait renoncé a celte pratique. L'asserlion du Cardinal n'était pas exacte; mais le Concile n'en exigea pas la verification.
Nous Irouvons une trés curieuse indication do l'élat des esprits sur ce sujet dans une lettre du Pogge (3), secrétaire aposlolique, a un certain Fr. Barbaro, franciscoin.
1. Documents cités par M. Loon Gautier, dans lo feuilleton scienli-/ique dont nous avons parlé.
2. Unc chapollc dédiéo au Saint, dans cette móme églisc Saint-Pé-tronn, perpétue la mémoire do ce fait.
3. Poggio Bracciolini, vulgairemcnt appelé en France Lc Pogge, savant italien, nó a Terranova, en 1380, fut secrétaire aposlolique
!o
jeanne d ahc kranciscaink
Le Franciscain élait en commerce cpistolnire avec le secretaire aposloliiiue; et, comme lous ses confrères, il avail I'habilude d'écrire ie saint nom de Jósus en têto de ses lettres. Le secrétaire avail du lui en témoigner son déplaisir. Un jour done, Fr. liar-baro joignit le mot Christ au mot Jesus, Le Pogge lui en exprime aussitol son extréme satisfaction.
lt;i Quelle joie pour moi, lui ócril-il, de vous voir enfin redevenu chrétien et émancipé de votre ancien jésuüisme. Jo constate, en efïet, que vous ne partagez plus 1'audace coupable de ceux qui, s'attachant au seul nom de Jésus, cherchaient a introduire dans l'Ãglise je ne sais plus quelle nouvelle secte... (1). » Quand on Irouve de telles expressions sous la plume d'un secrétaire aposto-lique, on peut juger des dispositions hostiles d'un grand nombre d'esprits a cette époque.
C'est en 14*^3, avons-nous dit, que saint Bernardin de Sienne commenca a prècher les excellences et les grandeurs du saint nom de Jésus. Mais c'est surtout a partir de H2K qu'il en prêcha ouvertement le culte, multiplianl et faisant multiplier partout oü 11 passait, les représentations matérielles de eet adorable Nom. Ses adversaires dénoncérent ces nouvelles pratiques au pape Martin V, comme entachées d'idolatrie ou de superstition. Dans les premiers jours de janvier 1427, le saint prèchant a Viterbe, recut l'ordre de se rendre immédiatement a Rome, pour se justilier.
Le plus illustre de ses disciples, Jean de Capistran, prechait alors dans les Abruzzes. Apprenant l'accusation qui pése sur son mailre, il arbore une blanche bannière, sur laquelle resplendit le Nom do Jésus, et se meten marche vers liome, suivi de quel-ques fidéles. En chemin, sa petite escorte se grossit de tous les zélés qu'il rencontre et entraine; a son arrivée a Rome, l'escorte est devenue une armée. Portant la sainte bannière, Capistran marche le premier; ses prosélytes le suivent en chanlant un can-lique en l'honneur du Nom do Jésus. Le peuple de Rome, électrisé par ce spectacle, se joint a la manifestation el la rend plus imposante. L'issue du procés ful enlièremenl favorable a Bernardin.
sous huil Papos succcssifs, a commcncer par Boniface IX. II assista au Concile de Constance, et mourut a Florcncc, en 14ö!gt;, flgé do soixante-dix-neuf ans.
I. Jam tandem gaudco le- esse chrislianmn, relicU'i ill;\ Jrsuitate... Animadverto quidom to descivisse ab corum impudentia qui, nomini Jesu soli inhojrentos, novam hasresis seclam moliebantur... ⢠â CUé par M. Léon Gauthicr.
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JEANNE D'ARC FRANC1SGAINE
A la suite d'un débat contradictoire, 1'ortliodoxie des pratiques recommandées par le Franciscain ful reconnue; et le culte extérieur rendu au saint Kom de Jésus, soil seul, soit associé au saint Nom de Marie, fut approuvé en principe.
Le 8 juin suivant, les Frères-Mineurs de l'Observanco tenaient a Verceil leur Chapitre général. 11 y ful ordonné a tous les Pro-vinciaux d'user de toute leur influence pour propager le culte du Nom do Jésus, et a tous les prédicateurs do l'ordre de meltro leur élorjuence el leur zèle au service d'une si noblo cause. On vil alors les Franciscains de tous les pays rivaliser d'une sainteérau-lation. A Paris, en avril-mai Itói), le fameux Fr. Hichard amena les bourgeois de la grande cité a porter sur eux des médailles oü élait gravé le monogramme du sainl Nom de Jésus. En Lorraine, el plus particulièrement a Neufchaleau, quelques Franciscains firent plus encore, lis se mirent a fabriquer des médailles el autres objets pieux a Fempreinte du monogramme 11IS. Non contents de répandre autour d'cuxces produits de leur industrie, pour les metlre plus facilement a la portée des masses populaires, ils allaient les exposer au beau milieu des marcliés les plus fré-quentés de la région, el recevaient en échange de ces objets co que leur offrait la piété reconnnissante des bonnes gens; des documents de l'époque nous l'afflrmenl (1).
Dans ces premiers temps, oü les Franciscains étaient seuls a propager, a travers mille contradictions, le culte extérieur du saint Nom dc Jésus, Ie seul fait d'arborer ou de porter ostensiblement les objets oü le monogramme élait gravé, était considéré comme un signo de fraternité spirituelle avec la familie franciscaine. On prenait la médaille quand on voulait monlrer une sympathie plus vive pour les Franciscains; on la rejetait au contraire quand on voulail se séparer d'eux; la conduite dos bourgeois de Paris nous en fournit une preuve manifeste. A la parole enflammée de Fr. Hichard, ils avaienl pris en masse la médaille au monogramme. Malheureusemenl, cette dévolion enthousiaste ne les empêcha pas de resler d'enragés bourguignons. Quatre inois plus tard, lis apprenaient quo leur prédicateur préféré suivait l'armée de Charles VII, et allail venir les assiéger en compagnie de la Pucelle. Pour bien monlrer alors qu'ils rompaient complètc-
1. Un ancien rogistro t!u droit (l'étal, conserve anx archives de la Meuso, mentionno comme payé amp; la foiro do saint Luc i Etaiii (IS octo-brc 1429). « l'ar deux Frères du Nuef-Chastel, 4 sols, ïi deniers. » II n'y avait alors S NeufchAteau, d'autros Kivres quo les Franciscains.
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JEANNE D'AHC. FIUNCISCAINE
ment avec lui, ils mirenten pièces les médailles au monogramme, ou les jetèrenl ii la Seine. » Et aussitóst queceulx de Paris furent certains qu'il chevnulchait ainsi (d Ui suite de Varmée royale), et que par son langaige il faisoit ainsi tourner les citez qui avoient faiz les sermons nu régent (anglais) de France ou a ses commis, ilz le maudissoient de Dieu et de ses sains,... et mesme ung mériau (médaille) d'estaing ou estoit empraint le nom do Jhesus, qu'il leur avoit fait prendre, laissèrent-ilz, el prindrent tretous la croix Saint-Andry. » (Journal d'nn bourgeois de Paris, cilé par Sim. Luce, p. cCxlix.).
Ainsi, tandis que la croix de saint André devenait le signe reli-gieux distinctif des bourguignons et des partisans des anglais, par centre, le monogramme du saint Nom de Jésus, signe jus-qu'alors franciscain, devenait le signe religieux distinctif dos partisans de Charles VII et des défenseurs de l'indépendance nationale. Nous aliens entendre Jeanne elle-méme déclarer nettement que ce signe était cher d ceux de son parti.
Cette digression était nécessaire pour bien préciser la question et la présenter sous son véritable jour; elle ne nous a point fait oublier notre cliére héroïne. Dés les débuts de sa mission, Jeanne nous npparait en toute circonstance avoc le signe de la familie 1'ranciscaine. La bague qui fut prise sur elle a Gompiégne, par les Bourguignons, portait Ie monogramme du saint Nom de Jésus. Par son ordre exprès, les saints Noms de Jésus etdeMarieétaient brodés sur Tétendard qu'elle se fit confectionner avant de marcher au secours d'Orléans.
A I'imitation de sainte Colette, son illustre contemporaine, Jeanne fait écrire les noms de Jésus et de Marie sur toutes les lettres qu'elle envoie. On a d'elle, soit en original, soit en copies authentiques, outro la Icttre aux habitants de liiom: les deux sommations aux anglais (23 mars et 5 mai 1420), Ie billet envoyé de Gien (25 juin 1420), aux habitants de Tournay, le message transmis de Reims (17 juillel 1429), ii Philippe due de Bourgogne, la réponse au comte d'Armagnac, dictée a Gompiégne (22 aoüt 1429), la leltre comminatoire adressée aux Hussites (Smars 14;i0). Tons cos documents, sauf la lettre aux habitants de Iliom, sont précédés do Ia subscription Jésus, Maria. Seule, la sommation aux anglais (5 mai, jour de l'Ascension)Iesporte en souscrlption: Sic signalum: HIS, M. (1).
1. JI. Sim. Luco prétend que Jeanne tcnait do Fr. Richard la duvo-
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.IF, ANN F. D Alii; FHANCISCAINF,
On avail fait un crime a saint Bernardin de Sienne et aux Franciscains de leurs rcprósonlalions malériellcs el de l'emploi répété du saint Nom de Jésus. Les ennemis de Jeanne se firenl des mêmes clioses une armecontre elle. L'emploi de la suscrip-tion Jésus, Marie, dans une correspondance laïque élail alors considóré comme une innovation suspocle et presque sacrilege.
Interrogóe a Houen sur le motif qui l'avait poussée a faire ainsi précéder ou suivre ses lettres des noms de Jésus el de Marie, Jeanne répond simplement qu'elle a suivi en cela le conseil des gens de son parli; et que ses clercs ou secrétaires ont ensuile pris rhabilude de mellre d'eux-mcmes cello suscripliou {Procés, /, (V.?, 183,2i2, 250).Dans celte réponse, perce surtout le désir de ne compromettre personne el d'éluder 1c fond mème de la question. Mais si elle semble laisser une part d'initialive aux secrétaires, pour los lettres libellées par eux, par contre, elle revendique rinitialive toule entiére pour l'étendard el l'anneau.
Ses juges d'ailleurs ne s'arrélent pas au vague de sa réponse sur la suscription de ses lettres; ils lui en altribuent toule^ la responsabilité, el elle ne proteste pas. « Jeanne, disent ils, poussée, soit par la témérité, soil par la présomplion, a fait écrire cl envoyer en son nom un grand nombre de lettres, en lête des-quelles on lisait cello suscription Jhesus Maria, avec un signe de croix enlre les deux noms... Elle le reconnait el l'avoue... (1). »
A l'heure du supplice, Ie Nom de Jésus fut encore la conso-lalion et l'espérance do Jeanne. Du haul do son bucber, elle ne cessa d'acclamer a grands cris ce nom sacré, nomen Jhesus eon-linuè acclamando, el e'est en l acelamanl encore une fois, de facon a doininer le crépitement des Hammes, qu elle rendil le
lion au saint Nom do Jésus. (Vesl uno orrcur; tout co qn'on vionl do lire nous lo prouvo. Jeanne pouvait enrtes avoir entendu parlor du fainonx Cordelier; mais avant son passage a Troyes (juillot MJ'.t), cllo nc l'avait jamais vu. Or, les faits de l'anneau marqué du saint mono-gramme, do l'étendard aux saints Noms de Jésus et do Mario, cl des lettres des ;gt; mars, ±2 mai et ii juin 14:29, porlant cos noms en suscription, sonl tous antérieurs a la rencontre de Jeaiino el de Fr. Ili-chard.
1. quot; Hem, dicta Johanna, sivo temcrilatc sivo prajsumptiono ducla, litteras nominibus istis Jhe-tus Maria prajmissis, signo crucis inlerpo-sito, conlici fecit ol transmitti ex parte sui. » Procés, 1, iii). â « Item. conntetur etasserit dicta foemina quod ipsa multas litterasscribi fccit, in quarum quidem (capile) luoc nomina Jhesus Maria cum signo crucis apponebantur â gt; id., il'.i.
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JEANNE D AHC FRANOISCAINE
dernier soupir, tandem ad extremum Salvaloris nomen cum cla-rnora, inter flammarum cestum vociferans, c. mini I spiritum (1). Le nom adorable du Sauveur, lant glorifle a cette époque par I'Or-dre séraphique, a plané, ce semble, sur la magnanime figure de la marlyre juscjue dans la mort; des témoins ont affirmé avoir vu briller en lettres étincelantes, au milieu dc la fumóe du bücher, le nom de Jósus que Jeanne avait tant vénéré (2).
111. â Relations de Jeanne avec VOrdrc de Saint-Francois.
üès ses plus jeunes années, Jeanne avait connu les religieux de Saint-Francois et n'avait pu cn connaitre d'aulres, puisqu'ils élaient les seuls établis dans sa region natale. Après l'avoir con-scillée et encouragée a une époque solennelle de sa vic, ils se montrèrent, dés les premières heures de sa mission, ses conseillers dévoués, 11 n'est done pas étonnant qu'elle se soit fortement atta-chée a eux plutót qu'a des religieux d'un autre Ordre. « Cost vers les Franeiscains, dit M. Léon Gauticr, qu'elle devail se tourner. C'est vers eux qu'elle se tourna. »
1. â Domremy, patrie de Jeanne, était situé sur une des routes les plus fréquentées de cette région occidentale du royaume au xvquot; siècle. C'était rancienne voie romaine améliorée de Langres a Verdun, par Neufchateau, Domremy, Vaucouleurs, Commercy et Saint-Mihiel ; elle passait au seuil mème de la maison de Jeanne. Les Cordeliers de NeufchAteau, pour aller a leurs convents de Toul et de Verdun, ou pour cn revenir, n'avaient pas d'autre route. La charité de la familie d'Arc était proverbiale dans teute la contrce ; elle s'estimait heureuse dassister et d'abri-
1. Rapport do l'inquisiteur Bróhal, pour la révision dc la sentonco portée contro Joanne.
a. Jeanne parait avoir été initiée a toute l'hlstoire du culto du saint Nom dc Jósus. Parmi les precurseurs imraédiats de saint Bernardin do Slenne, nous avons mentionné saint Jean Colombini et ses disciples les Jésuates. Or ces Religieux avaient pour armes un nora de Jósus entouró de rayons d'or sur champ d'azur, et au-dessous une colorabe blanche, par allusion au nom de leur fondateur (Colombini). Le dessin du petit ótendard que Jeanne se fit faire a Poitiers semble empruntó aux armes des Jósuates. Sur eet ótendard, cn cffet, dit uu contemporain : 11 y avait un cscu d'azur, et un coulon (pigeon) blanc estoit sur eet ócu, lequel coulon tenait un rule on son bee, ou il y avait escrit : De par le voy du del. (lievue historique, iv, 338. â 1877).
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JEANNE D'AIIC FI1ANC1SCAINE
ter sous son loit les pólerins el les meines mendianis. Plus qua tous los aulres, les Gordeliers furenl ii même d'apprécier les bienfaits de cello hospilalilé palriarcale (1). En relour, ils prodi-guaienl a la candide Jeannette leurs meilleures bénédiclions et de précieux enseignements qu'elle ne devail pas oublier.
Nous aurons a parler de l'enlrevue de Jeanne avec sainte Colette a Moulins, en li2i). Est-il téméraire de penser que ces deux grandes ames s'élaient renconlrées quelques années auparavant ? La sainte abbesse avail personnellement fondé ou réformé les monaslères des Clarisses de Pont-a-Mousson,Verdun, Toul, Neuf-chaleau ; ses contemporains nous afflrment qu'elle les visila a diverses reprises. En cos voyages, suivant nécessairement la route donl nous avons parlé, puisqu'il n'y en avait pas d'aulre, elle dut accepter rhospitalité des parents de la Pucelle, et bénir l'enfant. L'empressement extréme de Jeanne a quiller son armée, lors-qu'elle apprend la présence a Moulins de l'illustre réformalrice, le fait do s'êlre enfermée avec elle pendant trois jours aumonas-lère des Clarisses, alors qua sas gens bataillaienl sous les murs de La Charité, ne peuvent s'expliquer que par la désir de ravoir una personne déja connua et aiméa.
Par ses relations avec sainte Colette cl les Franciscains, Jeanne fut iniliéa au culla du Saint Nom de Jésus el a toules les devotions franciscaines. Aussi, Tavons-nous vue utiliser avec bonheur les loisirs de son séjour force a Neufcbateau, en se meltanl sous la direction das PP. Cordeliers de cello ville.
II. â Lorsque Jeanne arriva a la cour de Chinon, Charles VII, a l'instigation de sa bella-mèra, la raina Yolande, nomma une commission de docles at pieux parsonnages pour interroger la Pucelle et approfondir la vérita de ses déclaralions. Parmi aux nous remarquons un saint at savant Cordelier, Fr. Jean de Raf-fanel, alors confesseur da la reine Marie el plus tard évóque de Senlis. Leur avis fut qu'una enquête secréte devail ótre faile au plulót sur les antecedents de Jeanne dans son pays natal. Le roi, toujours a rinsligalion de la reine Yolande, confla cello mission délicale aux Franciscains. Evidemmenl, il aurait pu la confiara d'aulres religieux, ou a des ecolésiasliquos séculiers, ou même a de simples laïques, commo cela se taisait fréquemmenl. Les préférences bian marquéas de la reine Yolande pour les
1. Voyez La Familie de Jeanne d'Arc, par E. de Boutillier et G. de Braux.
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20 . JEANNE n'AHC FRANCISCAINE
Franciscains, no furent pas )e molif délerminanl du choix du mo-narque. II pensaavecraisonquecesreligieux, ayanl élé fróquem-ment et intimement en communications avec la Pucelle et sa familie, le renseigneraient plus vile ct plus sürement.
Son cspoir ne fut pas décu. L'enquóte fut rapidemenl menée et les conclusions, toutes ;i la louange de Jeanne, édiflèrent la cour de Chinon. l)ès ce moment, ii n'y eut plus d'hésitation dans Ten-tourage du monarque ; on donna a l'envoyée de Dieu des amies et des guerriers, el elle pul se porter au secours d'Orléans (1).
Le fait de cette enquête, conduite en grand secret par les Franciscains, est hors de tout doute ; plusieurs auteurs en parlent; deus témoins notamment y font allusion au procés de rehabilitation de la Pucelle. « Le témoin Dominique Jacques, cure de Montier-sur-Saux, declare avoir entendu diro autrefois que plusieurs Frères Mineurs étaient venus dans le pays poury faire une information; il ne sail pas autre chose a ce sujet. â Le témoin Béatrix Estellin declare avoir entendu dire que los Frères Mineurs vinrent dans ledit village pour y faire, comme on disait, des informations. Mais, comme elle ne fut pas citóe et interrogée, elle no sait pas autre chose (2). »
Sans nier le fait do l'enquête des Franciscains, quelques auteurs voulent qu'elle aitété provoquée, non par le roi Charles VII, mais par Pierre Cauchon, le grand ennemi de Jeanne. « Les témoins, disent-ils, étaient interrogés sur la question de savoir si, pendant la détention de Jeanne, des informations avaient été prises dans son pays, par ordrc de ses accusateurs. Leur réponse doit done s'entendre d'une enquête de ce genre. »
Cette conclusion ne nous parait point justiflée. Les témoins, a la verité, ne sont pas assez précis; mais si I'on songe qu'ils sont interrogés vingt-cinq ans après les événements, et sur des faits qu'ils ne connaissent que par ouï-dire, on interprétera ainsi leur déposition : » Nous n'avons pas connaissance d'informations prises dans le pays de Jeanne par ses ennemis ; ils dovaiont bien savoir que tous les témoignages lui seraient favorables. Par contre, nous
1. Jeanne d'Arc, modèle des verlus chrétiennes, par l'abbó Mourot.
2. « Dicit (dom. Jacques) quod alias audivit dici quod nonnulli Fratros Minores fucrunt prajsenti in patria, ad faciendum informa-tioncs, sod ncscit si fecerlnt. » T. 11, 394. â « Dicit (Beatrix Estellin), quod audivit dici quod fuerunt Fratros Minoros in dicta villa, ad faciendum informationes, ut dicobatur : nee allud scit, quia nihil sibi petitum fuit. »ld.. 3'J7.
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avons entendu dire que les Frères Mineurs, ses amis, avaient inlerrogé bien des gens a son sujet. »
D'autre part, on no saurait admeltre que Pierre Cauchon ait contié a des Franciscains une mission dont les conclusions devaient servir sa haine ; il les savait trop dóvoués a la cause francaise en general, et amp; rhóroïque Pucelle en particulier. Le rusé prélat n'employait en pareille occurrence que des Anglais, ou des Francais bien connus pour être partisans des Anglais. En tout cas, si, contre toute vraisemblance, des Franciscains avaient étc chargés par lui d'informer contre Jeanne, leur enquête dut ctrc singu-lièrement favorable a celle-ci, caril n'en est pas fait la plus petite mention dans les actes du procés de Rouen.
HI. â Tout cet ensemble de faits nous prouve clairement que des liens d'une étroite fraternité rattacliaient Jeanne a I'Ordre de saint Francois. Ainsi nous est expliquée l'attitude vraiment singuliére du célébre Fr. liichard en jjrésence de la Pucelle.
En avril-mai 142!), le Cordelier prêchait a Paris avec un succés qu'on a peine a s'imaginer ; seuls, en ces derniers temps, les meetings d'O'Gonnel ont pu nous en donner une idée. On vit une fois six mille Parisiens passer la nuit a la belle étoile pour entendre le grand prédicateur. Or, cclui-ci n'avait pas la main légère quand il flagellait les vices de son temps. Après l'avoir entendu, les hommes jetaient leurs dés, les femmes mondaines brüiaient leurs atours. Quelles flambées! Précédemment nous avons raconté comment Fr. Richard avait amené les bourgeois de Paris a porter sur eux des médailles oil était gravé le inonograinme du Sacré-Nom de Jésus.
Le Cordelier ne déguisait nullement ses préférences pour la cause de Charles VII et de l'indépendanpe nationale ; aussi fut-il exilé de Paris par un déoret du Parlement sanctionné par le régent anglais. « Un Praicheur, dit Monstrelet, nommé Fr. Richard, avoit esté débouté de la ville de Paris et d'aultres lieux en i'obéyssancbe des Angloix, oü il avoit foit plusieurs prédicacions, pour die que, en ycelles, se monstroit trop plaincment estre favourable et estre de la partie des Franchoix (1). »
Fr. Richard se trouvait a Troyes, lorsque la Pucelle arriva sous les murs de cettc ville dans sa marche sur Reims. Pendant que
â 1. Procés, IV, o7(), 377. â Monstrelet commot uno erreur manifesto quand 11 dit quo Fr. Uichard était de l'Ordre dos Augustlns; il a été prouve jusqu'a l'évidence qu'il était Cordelier de l'übservance.
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l'évéque, Jean I'Aiguise, réunissait les principaux habitants pour aviser sur ce qu'il convenait de faire, Fr. Ricliard se rendait au camp francais. « Un saint prudhomme Cordelier, en qui tous ceux de la ville et de tout le pays avail grande foy et confiance, yssit (sortit) de la ville pour aller voir la Pucelle. Et sitot qu'il la vit, et d'assez loin s'agenouilla devant elle. El quand laditc 1'ucclle le vit, pareillemenl s'agenouilla devant luy ; et s'entreflrent grande révérence et parlèrent longtemps ensemble. Et après, ledit Gordelier s'en alla en la ville et prescha moult grandemenl au peuple, en leur admonestant de faire leur devoir envers le roy, et leur remontrant comment Dieu advisait son fait et luy avail baillé pour l'accompagner el le conduire a son sacre une sainle Pucelle. Laquelle, comme il croit fermement, scavoit au-tant et avoit assez grande puissance de scavoir des secrets de Dieu comme saint qui ful en l'aradis après saint Jean l'évangé-liste, el que il esloil bien en sa puissance, si ello vouloil, do faire entrer lous les gens d'armes du roy par dessus les murs, en quelque manière qu'elle voudroit, et plusieurs autres choses. Et incontinent crièrent lous a une voix: Vive le roy Charles de France! Et les aulcuns vindrent devers le roy luy faire obéissance pour loute la ville, el lui crier mercy ! « (Relation du greHier de Ld Rochelle. Revue hislorique, IV, 342).
Tout en applaudissant au but patriotique poursuivi par le Cordelier, Jeanne avail Irop de droilurepour ne pasêtre oifusquée des fables étranges qu'il répandait sur son comple. Aussi lorsque, deux ou Irois jours plus lard, les habitants vinrent en masse vers elle, guidés par Fr. Richard, Jeanne proflta de l'occasion pour démentir, sous une forme railleuse, les propos inconsidérés qu'il avail lenus. » Approchez hardiment, leur dit-ellc non sans quelque malice, approchez : je ne m'envolerai pas. » (Procés /, p. 100).
Jeanne a déclaré au Procés n'avoir jamais vu le Cordelier avanl son passage a Troyes. Comment expliquer leur emotion quand ils se rencontrent pour la première fois, sinon par les sentiments de la fraternité spirituelle qui les unissaildéja. Fr. Richard a élé le prédicateur éloquent du saint nom de Jésus el le défenseur intrépide de la cause royale; Jeanne est heureuse de saluer en lui un frére. De son cóté Fr. Richard, voyant une soeur en l'héroïque libératrice, se proslerne dès qu'il l'apercoit, pour remercier Dieu de tant d'événemenls inervcilleux accomplis sous la livrée franciscaine.
JEANNE D ARC FRANCISGAINE
A daler de ce moment, Fr. Richard lit parlie du cortègc de Jeanne, et i'accompagna dans ses expeditions. Dans Ia solennité du sacre do Charles Vil, il étaitau premier rang, ct eut I'insigne honneur de tenir pendant quelques instants I'ctendard de la i'ucelle. Interrogée au Procés sur cctte particularitó, Jeanne répond simplement n'en avoir pas eu cunnaissance. Toute a ia joie el aux émotions de la cérémonie qui s'accomplissait, elle n'avaitpas observéque ceux de son entourage se passaient de main on main le glorieux étendard. (Proces, note, 1,104.). Pendant plus desixmois, Fr. Richard fut le confesseur el le chapelain de la pieuse héroïne. A ces deux litres il lui administrait souvent la sainte Communion (id. II, 430; IV, 474.). Par loutes los villes oii ollo passail, il prêchait le peuple el proelamail que Dieu l'avail envoyée pour expulsor les Anglais et remettre le royauihe en rohéissance de l'héritier légilime (Dullelin de la Soc. de i'Hisl. de France, 18Ã7-Ã8, p. 102, 103).
L'entenle cessa entre Jeanne et Fr. Richard sur la fin de décemhre 14-2!), ou dans les premiers mois de 1430. Le Cordelier avail usé do son influence pour faire accepter par les partisans de Charles VII une illuminée qu'on appelail Catherine de La Roebelle. Jeanne au contraire, aprós Tavoir misea l'épreuve, écrivil au rui que le fail de Catherine n'étail que folie (Procés, I, 107). A parlir de celte époque, Fr, Richard cesse d'etre mentionné parmi ceux qui forment l'enlourage de la Pucelle. Vers ce raéme temps d'ailleurs, il alia prêcher le Carême a Orléans, ou il eul un grand succes. Le souvenir du role qu'il avail rempli prés de Jeanne ne fut sans doute pas étranger a I'accucil enthousiaste qui lui fut fail dans celte ville. II disparait ensuite, et il nest plus question
de lui. WaLI
Tous les Franciscains ne disparurent pas de la suite do Jeanne avec Fr. Richard; bon nombre d'cnlre eux restérenl a l'armée royale en qualilé do chapelains. « Tous les soirs, a l'heure du crépuscule, dépose le fidéle Dunois, Jeanne se rendail a Téglise du lieu oü elle se trouvait. Par son ordre, on sonnait les clochcs pendant environ demi-heure pour réunir lous los religieux men diants (1) qui suivaient l'armée du roi. El pendant que la pieuse fille conlinuail sa prière, ces religieux mendianis chanlaienl,
1. Toules les fois qu'il est. parlé do roligionx mendianis dans les documenls historiques de celte époque, ii faul renlondre des souls religiuux franciscains, car ils elaient. les seuls qui vivaienl d'aumónes.
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ü'i JEANNE D'AHC FHANCISCAINE
selon son désir, une antienne a la bienheureuse Vierge Mèro de Dicu (1). » Lorsque l'armée ólail campée hors dos bourgades, la reunion et les chants avaient lieu sous une tento.
« Toutes les fois que Jeanne se trouvait cn un lieu ou élail un couvenl de religieux mendianis, dépose Fr. Joan Paquerel, son aumónier, cllevoulail ótro exactement informée par lui des jours oü les petits élèves de ces religieux mendianis recevaienl la sainto Eucharistie, afin de pouvoir y participer en leur compagnie. G'ctait en elïel pour ellc un Irès grand bonheur, que de recevoir le sacremenl de rEucharistie avec los pelils élèves des religieux mendianis (2). »
L'insistance et les répétitions voulues de Fr. Jean Paquerel sonl a reinarquer, ct nous ne iisons nulle part ailleurs que Jeanne ait manifesté les memos sympathies pour les petits novices ou élèves d'aucun autre Ãrdre religieux.
Ce simple détail de la vie intime de Jeanne nous prouve une fois de plus la vérité de cette parole de VEccUsiasle : « Rien n'est nouveau sous le soloil, et nul ne peut dire : o Voila une « chose nouvelle »; car elle a déja été dans les siècles passés. II est vrai qu'on oublie facilement les choses anciennes... ('i). »
Plusiours ont voulu voir dans 1'établissemenl récent de nos li coles sèraphiques une OHuvre sans precedents, une innovation absolue. Vhisloirc de la vénérable Jeanne, a défaut d'autres documents, sufflrait a les réfuter. D'aprés cette histoire, en ellet, 11 demeuro étnbli que nos Pères, les Franciscains du xv' siècle,
â ikanne d'aHC kkanciscainu 2.quot;i
recevaient dans leurs monastères de lou.s jeunes ólóves (parvi pueri); qu'ils les initiaient aux sciences humaines et surlout les formaient a la piété, en vue do les admellre un jour dans 1'Ordre. Les lendres sympalliies de Jeanne pour ces jeunes planles, espoir du grand jardin séraphique, ne sont-elles pas un encouragement pour les bienfaiteurs de nos juvénats? Mais ne sont-elles pas aussi une consolation et un gage d'espérance pour nos petits sérapidques? Sur cette terre, la Venerable aimait tendre-ment leurs devanciers du xv(i siècle, et ne laissait échapper aucune occasion de s'agenouiller tout a cóté d'eux a la table sainte. En méme temps qu'elle s'édiflait de leur candeur et de leurs généreuses aspirations, elle demandait pour eux, dans une large mesure, les dons de foi, de pureté, de vaillance. Au sein de la gloire oü nous la croyons pieusement, pourrait-elle étre indiirérente a la resurrection d'une ceuvre qui lui fut particuliè-rement chère? 11 nous est doux de penser qu'elle environne de ses sympathies et protégé de ses supplications nos modernes écoles séraphiques, les jeunes élèves qui les peuplent {parvi pueri mendicanlium), et tous ceux qui s'intéressent a eux.
S'il y avait dans 1'armée francaise, a la suite de Jeanne, des Franciscnins uniquement appliqués aux ministères spirituels, il y en eut aussi qui n'bésilèrent pas a prendre les armes et a coin-battre avec les guerriers. La defense de l'indépendance nationale leur paraissait une raison suffisante pour sortir du róle essen-tiellement paciflque assignè par l'Eglise a ses ministres. Un d'entre eux surtout se dislingua a la defense de Compiègne, en mai \VM. La Chronique de Georges Gbastellain (1), écrivain bourguignon, hostile par conséquent a la cause francaise, nous iait entendre un écho de la colère et des terreurs qu'inspiraient aux Anglais les hauls fails de ce Franciscain.
A la tête de ceux qui causèrenl Ie plus d'ennuis el de pertes aux assiégeants, « esloit, nous dit Cliaslellain, ung Cordelier natii el vestu a Valenciennes, nommé Xoiroufle, ung haul grand homme noir, alout (avec) un laid meurtrier visaige et une felle vue et un grand long nez, porlant rude grosse faconde el sem-blant espouvantable entre los aulres. Cesluy esloil tous les jours aux crénaux, alout {avec) une coulcuvrine dout il esloit Ie ministro, Ie non pareil des aulres. II se vantoit d'avoir lué a luy lout soul Irois cents Anglais-Bourguignons par Ie tir de sa cou-
1. Publiée par Kervyu d(! Lettenhovc, BnixoUes, l8(jU.
JEANNE n'ARC FRANCISCAINE
leuvrine, et en fnisoil sn risée, el s'en lenoil a tout honoré el joyeux. II se Irouva en plusieurs aulres villes assiégées et ès fails do guerre longueinenl... el vinl a eslre de la relenue du service parliculier du roy... el souvenl disoil messe devant luy. «
Ce qui avail lo i)lus conlribué a allacher inlimemenl Jeanne aux Franciscains, el ceux-ci a la grande libéralrice, c'élail la parfaile communauló de leurs aspiralions el de leur dévouemenl a la cause de I'lndiipendance nationale. Dés le 10 juillet HiO, le Cordelier, Fr. Thomas de Conneclé, prêchant a Nolre-Dame du 1'uy, avail pródit haulemenl le fulur Iriomphe du dauphin. Dans loule la première partie du xv siècle, on Irouve, en mainles occasions, des Frères-Mineurs employés comme émissaires par Charles VII el ses parlisans.
En 1423, le roi depute au pape Martin V Fr. .lean de Ra flanel, confesseur de la reine, pour lui nolilier la naissance du dauphin [Louis XI), el I'enlrelenir coniidenliellemenl. Dans sa réponse, le pape declare avoir recu les communications du Franciscain el charge celui ci do transmettre au roi l'expression de sa pensée el de ses dispositions bienveillantes (1).
En 1424, Odette de Champdinier, alors retiree a Saint-Jean de Lone, en Bourgogne, choisit Fr. Elienne Chariot, Cordelier du couvenl de Beuvray-lès-Aulun, pour porter a Charles VII la nouvelle d'une conspiration tramce a Lyon conlre son autorité par ([uelques notables de celle ville, qui avaient noué des intelligences avec le comle de Salisbury. (D. Planchet, Hist, itc ISour-Uogne, iv, 8!).)
Les sympathies el Ie dévouemenl aclif du plus grand nombre des Frères-Mineurs pour la cause de Charles VII n'étaient un myslére pour personne, et le seul fait d'apparlenir a TOrdre rendait les indiyidus suspects aux Bourguignons. Appelés a sta-tuer, le 20 apul 4424, dans une afl'aire oü ètail partie Fr. Thibaud Perrin, Cordelier, les conseillers du due de Bo'urgogne chargèrent aussitót le Procureur du due de s'informer exaclement « si ledil Fr. Thibaud élait Armagnac on non ». (Archives de la Cdle-d'Or. B. H.403.)
1\'. â Une des gioires les plus pures de l'Ordre .séra])liique au
1. ... Pilcctuiii lilium Johanncm liafatielii, Urrlinis Minorum, in theologia magistrum, oonfussorem reginalem, libenter audivinius, el cum co plura contulimus, nl de paterna dilectione nostra possit luain rogiam eelsitudinem infonnare. (Bref de Martin V a Ch. VU. 1423.)
â¢IRANNE D'AtlC FIIANCISCAINF
temps de Jeanne, fut sainte Colette. En méme temps, I'liistoire nous montre en la sainte abbesse la personnalitó la ])lus mar-quante du xvn siècle. « Son action sur la politique lie son temps el sur la destinée do son pays, dit M. Léon Gautier, est aujour-d'liui un des faits les mieux démontrés. Hn peuple plus tradi-tionnel que nous no le sommes saurait s'en montrer hautement reconnaissant. » (Feuilleton scienlijlque déjd cilé).
Nous avons de bonnes raisons de croire que niluslre Réforma-trice avait vu et béni Jeanne dans son enfance (V. précédemmenl, j). 10). Celle-ci, tout en guerroyant contre les Anglais et leurs partisans, après le sacre de Charles VII, ne laissa pas échapper l'occasion qui s'offrit a elle do voir do nouveau Colette et de jouir encore de ses entretiens. Jeanne pi'éparait Ie siège de La Charitó-sur-Loire, lorsqu'elle apprend que la sainte Abesse venant d'Ai-gueperse el allant a Decize(4) vient d'arriver a Moulins. Malgré tout son désir do rester a la trie de sa petite troupe, ello part immédiatement pour Moulins, et y arrive le 7 octobre 140!). La tradition moulinoise est que Jeanne, refusant la fastueuse bospi-talité qui lui étail préparée au palais ducal, voulut descendre au monaslère des Clarisses. Elle y demeura trois jours en la compagnie de Colette. Quels colloques écbangèrent ces deux grandes amesquot;? Nul ne le sul jamais. Toujours esl-il que, forte des encouragements de Colette, éclairée peut étre par elle do communications propbétiques, Jeanne retourna plus intrépide que jamais a celte vie de fatigues qui devait bientót se terminer par le mar-tyre.
Do tous temps, l'Ordre de Sainl-Francois avait été animé d'une grande dóvotion au myslère de l Annoncialion. Les PP. de l'Obser-vance entre tous les autres, so distinguèrenl dans cello dévotion; la première chapelle de leur rétonne, construite en i:!68, avail été placée sous le vocable de l'Annonciade par le li. 1'auluccio do Foligno. S'inspiranl des pieux souvenirs de l'Observance, sainte Colelte propagea do toutes ses forces la dévolion au mystère par lequel commenca le salul du monde; la vie lout entière do l'il-lustre Réformatrice est la pour l'attester. Pour ne citer qu'un seul détail, e'est a son instigation qu'Amédée VIII, due de Savoie, institua Tordre cbevaleresque do l'Annonciade.
Jeanne n'avait sans doute pas attendu son entrevue avec sainte
I. Dans ces doiix potilos villes, tont comme a Moulins, existaient des Monaslères de la réforme de sainte Colette.
JEANNF D'ARC FRANCISCAINK
Coletle pour honorer d'un culte particulier io mystóre de l'Annon-cialion; olie 1'avait nppris des cordeliers do Neufclidteau. Aussi la voyons-nous, a l'heure même do sou départ pour les combats, prier sa mere de faire pour elle ie pèlerinage de Nolre-Dame du 1'uy, a roccasion du grand jubilé qui y esl célébré loutes les fois (|ue la fóle de rAnnonciation coincide avec le Vendredi saint. Celte coincidence cut effectivement lieu en 1429; et le Pape, a la prière de Charles Vil, prorogea jusqu'au dimanche in albis (3 avril) le jubilé qui ne devait aulremenl durer que trois jours.
Aux pieds do la Vierge noire duPuy, Isabella Romée rencontra un religieux Augustin, Fr. Jean Paquerel. Favorablement impres-sionnée par la piété de co religieus, olie recherclia sa conversation, et put apprécier a loisir sa foi, son patriotisme, la droiture de ses pensees, rélévation do son esprit, la noblesse de ses sentiments. Sachant que Fr. Richard n'était plus auprès de Jeanne, la mere supplia Fr. Paquerel de vouloir bien remplacer ie Fran-ciscain prés de la jeune fille, en qualité de confesscur et de cha-pelain; Fr. Jean Paquerel l'a affirrné par serment au procés de rehabilitation. De son cóté, Jeanne recut le moine augustin avec une double joie : il lui était envoyé tout a Ia fois par sa mère et par la Vierge Marie, a la suite du grand jubilé de rAnnonciation.
Aprés ses entretiens intimes avec sainte Colette, Jeanne mani-festa plus ostensibleinent sa devotion pour l'Annonciade. Elle se fit faire uno bannière représentant la Vierge saluée par l'Ange. C'était autour de celte bannière que se réunissaient tous les soirs les Franciscains de la suite de la Pucelle, pour les chants en l'honneur de Marie (V. prdcédemment, p. 23).
II ne sera pas hors de propos, a cette occasion, do décrire brié-vement ici les diverses bannières que Jeanne lit confectionner, soit pour olle-même, soit pour son entourage. La première par ordre de date ost demeurée la plu.s célébre, car c'était cello que Joanne portalt dans tous les combats de préférence a l'épée, pour éviter do verser le sang; elle n'on était pas moins 1'effroi de l'en-nemi. Getto bannière était de laine blanche hrodée de soie, au champ d'argent semé de lis. On y voyait : sur la face, avec les saints nom Jhesus Maria séparés par une croix, l'image de Ãieu assis sur les nuées, portant le monde dans sa main, et de chaque cóté uu ange lui présontant une fleur de lis, symbole de la Tri-nité; sur le revers, l'ócu do France tenu par deux anges. La seconde fut celle que nous avons décrite précédemment (p. 18, a la note 2). Jeanne la portalt dans les occasions moins solen-
JEANNH n'AIii; PnANCISOAINE
nelles, et dans les simples voyages. Sur la Iroisième élait lirodé le saint Crucitix. Celle-ci élait réservóe aux prèlres en general qui suivaient Jeanne el l'armée. On la promenail dans le camp pour annoncer les offices lilurgiques, el spécialement le saint sacrifice de la Messe. Enfin In qualrième, confeclionnée après l'entrevue de Moulins, élait celle de \'Annonciude: nous venons d'en parler. 'I'oule spéciale nux religieux franciscains, elle les réunissait lous les soirs aulour de ia pieuse libéralrice, ainsi que nous l'avons dit.
Par suite de leur devotion pai'ticulière au myslére de l'Annon-ciation, les Franciscains, dés l'origine, avaient voué un eulte spécial a l'archange sainl Gabriel, qui en avail élé le messager; ils le vénéraient comme le protecleur secondaire de l'Ordre. Aussi trouve-l-on dans les plus anciens bréviaires franciscains, en riiouneur de sainl Gabriel, un office spécial, rylhmique selon le goiit du \iiiquot; siècle. Si de nos jours les diverses branches de l'Ordre ont adopté l'office de sainl Gabriel lel qu'il se Irouveau supplément du Bréviaire romain, elles ont pourlanl gardé les anciennes hymnes En nor lis medium de Malines, et Menlibus Up lis des Vêpres el de Lnudes. L'anlique Lègendaire /'ranciscain, conformément a son litre, devail s'occuper uniquemenl des Saints, des Bienbeureux, et des autres personnages de l'Ordre, illustres en sainteté. Nous remarquons cependant deux exceptions : la première en l'bonneur de l'archange sainl Gabriel, protecleur de TOrdre; la seconde en I honneur de la bonne mère sainte Anne, mère de Marie, aïeule du Verbe fait chair. A Tun el a l'aulre, l'auleur du Lègendaire consacre de longues pages.
Jeanne, si inlimement liée avec l'Ordre franciscain, ne pouvail pas resler élrangère au culle spécial professé par cel Ordre envers l'angélique messager de I'lncarnalion. II ne nous est parvenu sur co point aucun détail anlérieur au procés de Rouen. On ne peul douler cependant que Jeanne n'ail manifesté exlérieure-menl une dévolion particuliére ])our le grand archange, antérieu-rement a sa comparulion devant ses juges. Geux-ci, en effet, après avoir éludié a fond la vie de leur captive, pour pouvoir la prendre en défaul, lui demandenl si sainl Gabriel n'accompagnait pas sainl Michel lorsque celui-ci lui apparaissait; elle répond simple-ment n'avoir de cela aucune souvenance (i).
1. Inlerrogata an S'. Gabriel cral cum Squot; Michaele quando venil ad earn, respondit quod do hoe non recordatur. â 1'rocès, 1, 8ij, 93.
2!t
JEANNE u'Anr. FHANT.ISr.AINE
I)U fond de son cachot, Jeanne continue a invoquer I'Ange pro-tecteur de l'Ordre séraphique, el I'esprit celeste n'est pas sourd a cette voix suppliante. A I'lieure oil la tribulation devient plus poignante, quand la captive, ])lus méclmrninent liarcelée par ses ennemis, se sent :i bout de forces et comme réduite a I'agonie, I'ange de I'Annonciation vient a elle, la console et releve ses forces abattues (Apparuil ei angeltis de cailo non/'ovlam earn). lt; Au jour en particulier de I'lnvention de la sainte Croix, :) mai 1431, lisons-nous au procés, Jeanne fut merveilleusement réconfortée par une apparition de saint Gabriel. Le messager celeste ne s'était pas nommé, mais a certains signes caractéristiques elle l'avait reconnu et no doutait point. Pour lui enlever lo moindre doute a eet égard, ses voix lui assurérent que cet ange conso-lateur était bien réellement saint Gabriel (â !). »
De tout ce que nous venous de dire en ce paragraphe, ne résulle-t-il pas évidemment que Jeanne fut en rapports continuels avec les Franciscains, depuis sa première enfance jusqu'a I'heure douloureuse de sa captivité ? Les ayant eu pour conseillers au début de sa carrière militante, elle les prend en cette carrière pour ses confesseurs et ses chapelains, Ghaque soir, elle veul prier en leur compagnie et les entendre chanter les louanges de la Mère do Dieu autour de la banniére de VAnnonciade. Partout oil elle passe, s'ils ont une église, elle veut y prier et y com-munier ü cöté de leurs pelitx novices. Surtoutaprès ses entreliens inlimes avec sainte Colette, nous la voyons lout imprégnée du mysticisme de l'Ordre, et en particulier d'une tendre dévotion au mystère de I'Annonciation et a saint Gabriel, le célesle messager des flancailles divines avec Marie (Virginis summn; Para-nymphiis, Brév. francisc.). Al'heure des terribles éprcuves, 1'ange protecteur spécial de la familie séraphique apparait a Jeanne et relève son courage.
Que voudrait-on de plus? V eut-il jamais relations plus fraternel les?
Après le martyre de Jeanne, les Franciscains n'eurent garde d'oublier leur illustre sneur. En UüO, Charles VII demanda des Mèmoirer, a différents illustres personnages, en vue d'obtenir le procés de rehabilitation. De tous ces Mémoires, le plus long, le
I. In novissimo festo Squot; Crucls, habuit (Johanna) confortationem a Squot; Gabriele, et credit qnod fiiorit S' Gabriel, et hoc seivit per voces suas quod ipso erat Squot; Gabriel. â Procés, 1, 4ÃÃ.
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â¢iiïanne d'arc franciscaine
plus détaillé, après celui de I'lnquisiteur dominicain Bréhal, est celui du Franciscain Elie de Bourdeilles, nlors évèque de Péri-gueux (4). L'original de cette pièce ne comprend pas moins de trenle-deux pages d'un long et large parchemin. L'évêque prer.d un a un lous los chefs d'accusation (il en cornple vingl), et les réfute l'un après l'autre. « Sa Majcsté, dit-il dans Ie prélude, a bien voulu par lettres patentes savoir l'avis d'un homme aussi enveloppé des ténèbres de rignorance que je le suis, moi, Frère Hélle, le dernier des Frères Mineurs, qu'on appelle évèque de Périgueux. Pour lui obèir dans la faible mesure de mon exiguïté, j'ai étudié le sommnire du jjrocés fait centre la jeune lille, el la sentence qui la condamnait, etc... »
IV. â Lex circonslances de temps el de Hen 01) s'e.rerca 1'art ion de Jeanne d'Arc.
i C'est a peine, lisons-nous dans un document du xiiic siècle, s'il y a un homme ou une femme dont on ne trouve le nom sur la liste des membres des Tiers-Ordres, fondés tant par les Frères Mineurs que par les Frères Prêcheurs (5). »
En ce qui concerne le Tiers-Ordre franciscain, ces paroles peuvent ètre prises presque a la lettre, si on les applique a cer-taines contrées de la France au temps de Jeanne d'Arc. Ces contrées étaient cellesoü les Franciscains exercaient une influence prédominante : soit par stille de protections princières, soil par la propagande active de religieux plus renommés ou d'évèques pris parmi les Franciscains, soit par le rapprochement de leurs couvents. Or, ces trois causes occasionnelles de la diffusion du Tiers-Ordre se trouvent précisément réunies dans la Lorraine et le Barrois au lomps de Jeanne d'Arc, et aux temps qui précé-dèrent immédiatement.
1. Elie do Bourdeilles, né on 1413, évèque do Périgueux (1439), ar-chovèquo de Tours (1468), cardinal (148:!), mort en odeur do saiuteté, quot;2. juillet 1484.
2. Tous los historions qui ont parlé do ce document, y compris M. Siméon Luce, l'attribuent au chancelier de Krótléric 11, Pierre de la Vigne. C'est une erreur. Le document se trouve, en offet, dans le recueil dos lettres du chancelier; mais lo litre el plus encore le con-tonu indiquent que ce document émano de l'épiscopat ilalien. Les auteurs, en elïet. do cotto pièce vont jusqu'4 dire : « L'élan (|iii eni-porte vers los Mendianis est tel, iju'il no nous restera bientót plus qu'a louer nos cathédrales commos magasins... â â (Lonionnier, Hitt. de saint Francois, t. 11, p. 10, (i la nolo.]
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JKANNK D'ARC. FRANCISCAINK
lu Les faveurs princièrcs.
,1 usque vers la fin du xiV' siècle, les Franciscains, plus spécia-lemenl adonnés a la predication populaire, avaient laissé a d'au-tres religieux la primauté dans le haul enseignement, a la cour des princes coinme dans les chaires des universités. Lc célébre plaidoyer de Fr. Jean Vital, pour la defense de rimmaculée Conception, prononcé dans le cloitro des Mathurins en presence de Charles VI (li!87), changea la face des choses. A la suite de ce plaidoyer, le roi et son frère Louis, due d'Orléans, prirent osten-siblement leurs confesseurs dans la familie franciscaine. Mais déja, le vieux due Jean de Berry, frère de Charles V, un des premiers chefs de ce parti armagnac qui devait être plus tard le principal appui de Charles Vil et de rindépendance nationale, avait pour confesseur Fr. Jean Arnaud, plus tard èvêque de Sar-lat (HM).
Aprés la morl du vieux due (Hiü), la reine Yolande, helle-mère de Charles VII, alors encore Dauphin, exerca sur celui-ci une véritable lutelle. Epouse de Louis II, due d'Anjou, comte de Provence et roi titulaire de Naples, lille de Yolande de I!ar et de Jean leiquot;, roi d'Aragon, petile-fille du due Robert de Bar el de Marie, la plus distinguée des soeurs de Charles le Sage (CharlesV),elle joignait a la solidilé barroise, l'ènergie et la vivacité catalanes, la gracieuse courloisie de la Maison de France. Avant eoinme après le décós du roi Louis II, son époux (1417), elle se jilut u marquer bautement ses preferences pour les Franciscains,el a les comhler des j)lus insignes faveurs. Par ses soins, sa lillo Marie, épouse de Charles VII, eul pour confesseur Fr. Jean de liaffanel, duquel nous avons déja parlé (p. 19 et ^(i). Dès rintroduction en France des Frères Mineurs Observants, Yolande les pril ouvertemenl sous sa protection spéciale, el favorisa grandemenl leur extension ; plus tard, elle fil partager ses sentiments a Charles VII. Ainsi, grace a elle el a son royal gendre, Ie mysticisme de saint Francois eul en nos contrées une renaissance admirable.
Celle predilection trés avérée de la reine Yolande pour les Franciscains n'était pas seulemenl en elle Tellet d'un sentiment personnel. En devenant l'ópouse du roi Louis 11, due d'Anjou, elle avait en quelque sorte épousé toules les traditions de la dynastie angevine. Or, 1'atlachement a la familie franciscaine était, de vieille date, une des traditions les plus chères de celle dynastie. En souvenir de saint Louis, évéque de Toulouse, mort en
JEANNE D'AHC FRANCISCAINE
1^07 sous l'habil des Frères Mineurs (1), lous les rojetoiis de la Maison d'Anjou avaient la prélention d'appartenir en quelque sorte par droit de naissance a l'Ordre séraphique. La plupari des princes el princesses de celle Maison linrenl a honneur de se faire représenler sur leurs inausolées avec ia livrée de saint Francois.
Revótue elle-inème de celle livrée, ires assidue aux reunions du Tiers-Ordre ü Angers, Yolande y enlraina les plus grandes dames de sa cour, nolamment la bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé; le fait est liors de doute. Par suite, un courant trés pro-noncé vers le Tiers-Ordre s'établit dans tous les pays oü s'exer-cait l'influence de cette prlncesse. Le Barrois. auquel Yolande se rattachait par sa mère. ne pouvait y éciiapper. Toutofois, a sup-poser que Jeanne d'Arc n'ait pas été enrólée dans le Tiers-Ordre avant son départ pour Gliinon, peut-on admettre que la reine Yolande, qui lui porla de prime abord un si vif inlérêt, n'ait pas clierché a I'attirer dans cette association donl elle était une ar-dente zélatrice ?
â¢2quot; L'aclioii des évéques et des prédicaletirs /'runciscaiiis.
Dans la France anglo-bourguignonne, les inquisiteurs de ia foi étaient d'ordinaire pris parmi les Frères Prècheurs. Dans les contrées, au contraire, soumises a l'autorité de Charles Vil ou a rinfluence de la reine Yolande, ils étaient clioisis de préférence parmi les Frères Mineurs.
De même, un grand nombre d'èvèques de France furenl tirés de l'Ordre de saint Francois pendant tout le cours du xv0 siècle. Nous restreignant a la courte période qui précéda immédiatement l'entrée en scène de Jeanne d'Arc (HÃO-I'WÃ), nous trouvons entre autres : d-ilO. Pierre de Foix, èvêque de Comminges, puis arclievêque d'Arles; 1410, Jean Lami, èvêque de Sarlat; dil l, Jean Arnaud, item; 1414, Jean Morin, évèque de 1424, Bernard de Rappe, èvêque de Cavaillon ; 1526, Martin Guiter, èvêque de Lectoure: etc.
En Lorraine, le vaste diocèse de Toul, duquel dépendait Dom-rémy, avait pour évèque auxiliaire, depuis 1422, un Franciscain, Fr. Henri de Vaucouleurs, èvêque (Wadingue dit: arclievêque) de Chrystopolis. Gardien de Toul iors de son élévation a l'èpiscopat.
I. Pils do CliaHos II d'Anjou, rol do Naples (I28.')-I.'ilt;i9).
JEANNE D'ARO FHANCISCAINK
il avail été précédemment Gardien de Verdun. Sa piété, son zèle, ses talents, sa reputation comraeorateur 1'avaienl désignê au choix de l'évéque de Toul, Henri de Ville-sur-IUon. Tandis que ce der-nier était retenu dans sa ville episcopale ou -k la cour de Lorraine, par les liens multiples qui enserraient alors les prélats-princes de certains grands sièges, l'évéque auxiliaire parcourait inces-samment le diocése, visitait les moindres bourgades, et se mélait étroitement aux populations.
On peut se faire une idéé de l'impression nécessairement pro-duite par ce prélat, enfant du pays (Vaucouleurs), et, dés avant sa promotion, vénéró cornine un apótre. Le Tiers-Ordre était fier de l'évéque auxiliaire; et partout, le passage de celui-ci provo-quait de nouveaux accroissemenls de la familie franciscaine. Jeanne recut la confirmation des mains de l'évéque de Clirysto-polis, et la vue de l'humble livrée franciscaine, rehaussée par les insignes de l'épiscopat, dut laisser dans l'öme impressionnable de l'enfant un souvenir ineffacable.
En méine temps que les évéques franciscains honoraient gran-dement l'Ordre séraphique et lui attiraient incessamment de nou-veües recrues, les nombreux prédicateurs du méme Ordre faisaient une propaganda active. Nous venons de nommer Fr. Henri de Vaucouleurs; précédemment nous avons parló du fameux Fr. Richard. L'liistoire, a la vérité, no nous dit pas que ce dernier ait préché en Lorraine, mais elle nous le montre en Champagne, province contigue. La renommée ducélèbre orateur eut vite franchi les distances. En tous les villages situés sur les routes fréquentées, tel qu'était Domremy, les échos de ses prédications étaient rapidernent portés par les pélerins et les commercants; ils se répercutaient ensuite jusqu'aux moindres hameaux.
riquot; Le rapprochement des convents franciscains.
Neufchateau, tout voisin de Domremy, avail eu, dés le milieu du xiii0 siècle, un convent de Gordeliers. Au teinps de nolre héroïne, on vénérail dans leuréglise une cliaire dans laquelle avail préché saint Bonavenlure, au cours d'une de ses visiles comme général de i'Ãrdre (1). Ces Péres n'avaient pas tardé a exercer
On montrait encore les restes de cette chaire vers la fin du xvu0 siècle.
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JEANNE D'AKC FRANC1SCA1NE SEi
une influence prépondérante dans la ville et les conlrées envi-ronnantes. Toutes les assemblées populaires se lenaient sous leur cloitre ou dans leur église; ils élaient les conseillers écoulés et les apótres vénérés de toule la région, oü, du resle, ils élaionl seuls.
La même ville possédait aussi un monaplères de Pauvres Cla-risses, récemment réformé par sainle Colelte. fin ces lemps, tout comrne et encore plus que de nos jours, les populations ve-naient, parfois de bien loin, a ces asiles bénis. En retour de quel-que modeste offrande, elles réclninaient, dans les maux qui les affligeaient, de bonneset compatissantes paroles et les priéres des saintes recluses.
Dans le mérne temps et depuis prés de deux siècles, les Corde liers étaient établis ii Toul, centre du diocese, a Bar eta Verdun. Les Tertiaires réguliers, appelés en Lorraine Tiercelins, élaient plus multipliés encore. On comptait aussi de nombreux étublis-sements de Tteredines, vouées a diverses bonnes oouvres, et plus particulièrement a l'enseignement populaire. Au temps de Jeanne d'Arc, en un mot, la Lorraine était toute pénétrée d'une atmo-spbére franciscaine. Toutes les ames ardentes en subissaient la douce influence; comment supposer que Jeanne seule ait pu s'y soustraire ?
Concluons. Oui, Jeanne était Franciscaine, tout nous Icdit : les circonstances de temps et de lieu oü elle a vécu ut exercé sou action ; ses relations avec les Franciscains depuis sa première enfance jusqu'a sa cnptivité; ses rapports intimes avec sainle Colette el In reine Yolande, les plus ardentes propagatrices du mysticisme franciscain au xv0 siècle; le culte qu'elle professa pour le sainl Nom de Jésus, alors que cc culte tout récent était pratiqué par les seuls Franciscains el par ceux qui se meltaient sous leur direction ; enfin la conl'ormité de sa vie avec les prescriptions de la régie du Tiers-Ordre. Sans doule, nous n'avons pas apporté de preuves absolument péremptoires; aussi, n'en avions-nous pas annoncé de seniblables. Mais, de tout ce qu'on vient de lire, dolt résulter en tout esprit sérieux une trés i'orte présoinption en faveur de noire these. N'a-t-on pas vu, dans le préambule do cette Etude, que nous n'étions pas le seul ni le premier a parler de Jeiinne d'Arc Franciscaine?
On peul voir au musée franciscain de notre couvent de Marseille un émail ancien représentant Jeanne d'Arc en costume de
3fi JEANNE D'ARC FRANCISCAINE
guerrière. Tout autour du médaillon (1), la corde franciscaine a plusieurs noeuds se détache trés ostensiblement sur le fond bleu de rémail, et forme comme un encadrement a l'héroïne. De quelle époque precise est eet objet d'art? Nous sommes réduit aux suppositions ; mals il nous parait provenir du xvii0 siècle. N'est-ce pas tout a la fois une inspiration franciscaine, et 1'indice d'une tradition préexistante ? Dieu veuille qu'on en puisse retrouver d'autres témoignages!
Tous les faits allégués dans cette Elude sont indéniables. Leur ensemble impose tout au moins celle conclusion : que Jeanne et la familie franciscaine ont élé unies par les liens réciproques d'une tendre et tout exceptionnelle sympathie. N'est-ce pas assez pour que nous ayons le droit de nous occuper de Jeanne ? Et tous tant que nous sommes de coeurs Franciscains, nous ne cesserons d'appeler de nos voeux les plus ardenls le jour oü il nous sera permis d'offrir a notre héroïque soeur I'lioinmage d'un culte public.
Et maintenant, vous qui ètes sainte, priez pour nous : Nunc ergo, ora pro nobis, quoniam muiier sancta ««/(Judith, vin, 29.) Amen !
Fr. Henri de Grèzes, Miss. cap.
1. Dc forme ovale, co médaillon mesure environ 8 ccntimètros de hauteur, siu- X â¢) de largeur. L'héroïne y est representee debout, les mains jointes, le regard dirigé vers le ciel. La hampe de son óten-dard est passée entre sa poitrine ot son bras gauche. Son casque est a ses pieds. Tout autour de la partie supérieure, entre le per-sonnage ot la corde franciscaine. on lit cette inscription : joanna d'arc aureuanensis vulg' pu.k. fJeanne d'Are d'Orlóans communément appelée In Pitcellc.j
Paris. â J. Merscli, imp., 4',M, Av. deChatillo/ï.
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