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IIBIIOTHEQUE DE U CHA5SE IllUSTH^E.
LA RAGE
LES EXPERIENCES DE M. I^ASTEUR,
GASTON PERCHERON.
MiMrHmvm genus morbi, in quo sinus ceger et sifi, et aquce tnHii cruciatur. (Celse.)
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PARIS,
LIBRAIRIE DE FJKMIN-DIDO* ET C^:-äS
IMl'UIMKi.RS DE L'iNSTITLT, RUE JACOB, 36.
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Typographie Firmin-Didot. — Mcsnil (Eure).
BIBLIOTHEEK UNIVERSITEIT UTRECHT
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BIBLIOTHEQUE DE LA CHASSE ILLUSTREE.
LA RAGE
ET
LES EXPERIENCES DE M. PASTEUR,
GASTON PERCHERON.
Miserrimum (jeuus morU, in quo sinus cer/er et siti, et fiquce metü cruciatut'. ( Celse. )
PARIS,
LIBEAIRIE DE PIRMIN-DIDOT ET 0quot;, iHPitiHEDns de l'institi;t, rle iacob, S6.
1885.
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INTRODUCTION.
Le 27 avril 1882, M. Ernest Renan, charge par FAcademie francaise de repondre au dis-cours de M. Pasteur, qui prenait seance ce jour-lä, disait ä l'illustre chimiste :
laquo; C'est la rage. Monsieur, qui est en ce mo­ment l'objet de vos etudes; vous en cherchez Forganisme microscopique, vous letrouverez; I'humanite vous devra la suppression d'un mal horrible, et aussi d'une triste anomalie, je veux parier de la döfiance qui se m6le toujours un peu pour nous aux caresses de I'animal dans lequel la nature nous montre le mieux son sou-rire bienveillant. raquo;
M. Pasteur n'a pas trouve Torganisme mi­croscopique de la rage, mais il a reussi ä trans-muer en vaccin le virus de ce mal terrible.
Qu'importe, d'ailleurs, le microbe, si la ma-tiere virulente, completement transsubstan-tiee, devient capable d'investir I'organisme
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2nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; INTRODUCTION.
d'une complete immunite contre les atteintes du mal.
Et ce point, on le salt, est aujourd'hui 6tabli sans conteste :
Les chiens vaccines par M. Pasleur sonl refrac-taires ä la rage.
Mais, sont-ils dans un etat de sante aussi bon que les chiens non vaccines?
Le temps et l'experimentation peuvent seuls repondre k cette interrogation.
Autre question, — celle-ci dominante :
La vaccination est-elle efficace k empfecher les agissements du virus introduit clans I'orga-nisme par une morsure?
M. Pasteur ne croit pas qu'il lui soit encore possible de repondre sur ce point.
Quoi qu'il en soit, un pas est fait dans la pro-phylaxie de la rage et ce pas est d'un geant!
Gaston Pekciieron.
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LA RAGE.
LA RAGE
Que de terreurs ce mot, — incidemment lance dans une conversation, — ne jette-t-il pas chez tous! Ghacun, alors, d'evoquer ses souvenirs pour se rappeler si aujourd'hui, hier, il y a un mois on plus, la dent de quel-que chien n'a pas eraillö son epiderme.
Et de fait, cette peur est justifiee quand on songe aux consequences terribles que pent occasionner la morsure la plus infime, quand on se prend ä penser que l'excellente b6te qui fait la joie de toute la maison, que chacun aime et caresse ä l'envi, qui partage les jeux des
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babys et la chambre des maltres, peut de sa dent aceree, en nioins d'une seconde, vous inoculerla plus terrible, la plus poignante des maladies quisoient, et cela au moment meme oü, — deception cruelle, — son affection pour toutes les personnes qui lui sont familieres ne s'est jamais affirmee avec une ardeur plus grande.
Quoi de plus affreux que cette maladie, si terrible en ses manifestations qu'elle fait une victime de chaque sujet qu'elle frappe, et qui, vieille comme l'animal dont eile a pris possession des les premiers äges de l'liumanite, n'a, jusqu'ä present, respecte les chiens d'A-grigente et du palais Doria ä Genes que parce qu'ils sont de marbrel
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HISTORIQUE.
La rage est vieille comme le chieu, ai-je dit. Elle a done ete de tons les temps et de tons les peuples, s'il est vrai que laquo; le monde ne sub-
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siste quepar rintelligence du chien raquo;, comme le proclame le Zend Avesta, le plus ancien temoignage de la civilisation aryenne.
Aussi loin, du reste, qu'on cherche ä re-monter dans l'histoire de Thumanite on aper-coit le chien domestiqueaux cotes deIhoinme, son maltre; les plus vieux monuments de la Chine, de l'Inde, de la Perse et de l'Egypte attestent l'existence du fidele animal au sein de la famille. Meme on sait que les sujets des Pharaons l'avaient öleve au rang des dieux sous lenom d'Anubis.
On adore Anubis dans des cites entieres.
Et le temple de Diane, helas! est sans prieres,
s'ecriait Juvönal.
Faut-il apres cela s'ötonner de trouver cette maladie, tant redoutable et si impression-nante, mentionn^e dans la plupart des ecrits des naturalistes et des medecins de l'antiquitö; decrite plus oumoinsiidelement, —suivantles variations des doctrines medicales, — par les auteurs du Moyen Age et de la Renaissance; si diversement interpretee, quant ä sa nature,
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par les modernes ; si anxieusement interrogöe par les contemporains dont quelques-uns en ont fait l'objet d'incessantes etudes et de patientes recherches ?
Aussi, Ton peut dire, sans etre taxe d'hyper-bole, qu'entre toutes les maladies il n'en est pasune seule dont se soient plus occupees la science et l'opinion, parce qu'il n'en est pas une seule qui puisse inspirer autant d'effroi.
Sans vouloir faire deliler devant mes lec-teurs tous les ecrivains qui ont traite de cette etude si haute, au point de vue humanitaire, — le travail serait d'un benedictin, —je dois pourtant parier ici de quelques-uns.
C'est ainsi qu'il me faut citer Aristote (1), Celse (2), Pline (3), Gallen (4), Dioscoride (5), Aretee (6), Coelius-Aurelianus (7), Paul d'E-gine (8), Aetius (9) chez les anciens; Sera-
(1)nbsp; Histoire des animaux, liv. VIII.
(2)nbsp; De Medicinä, liv. V.
(3)nbsp; Opera, liv. III.
(4)nbsp; De locis affecüs. Liv. VI.
(5)nbsp; Opera, liv. VII.
(6)nbsp; De causis et sigtiis morhorum, liv. I.
(7)nbsp; Auclor morbortim, liv. VIII.
(8)nbsp; Liv. V, caput III.
(9)nbsp; Tctrahilos, Venise, 1534.
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pion (1) et Avicenne (2) chez les Arabes; puis, plus tard, Ambroise Pare (3), Frascator (4), Bonaventura (5); puis, plus tard encore, Lan-zoni (6), Sauvages (7), Morgagni (8) , Pou-teau (9); puis, enfin, ä une epoque plus rap-procheede nous, Gohier(lO), Marochetti (11), Magendie (12), Delabere-Blaine, Renault, Youatt, Toffoli, Tardieu, H. Bouley, Vernois, Gosselin, Sanson, Lafosse, Auzias-Turenne, Virchow, Fleming, C. Leblanc, Brouardel, Ber­geron, Duboue, Pasteur, Galtier, Gibier, etc. Parmi tous les noms qui figurent dans cette liste dejäi bien longue, encore quelle ne re-presente qu'une faible partie des auteurs qui out öcrit sur la rage, je dois mentionner celui
(1)nbsp; Canon., liv. IV.
(2)nbsp; nbsp;Canon., liv. VII.
(3)nbsp; Edition Malgaicne, Paris, 1841.
(4)nbsp; De morbis contagiosis, liv. II.
(5)nbsp; An homo afjici rabie possit ? Uibini, 1627.
(6)nbsp; (Euvres conqjletes. (Du poison du chien enrage.)
(7)nbsp; Dissertation sur la nature et la cause de la rage.
(8)nbsp; Desedibus et cawsis, 1760.
(9)nbsp; Essai sur la rage, Lyon, 1763.
(10)nbsp; Memoircs et observations, Lyon, 1813.
(11)nbsp; Theoret.prakt. Abonolungen über die Wassenchcn, Wien, 1843.
(12)nbsp; Comptes rendus. Acad. so., 1840.
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de M. Fleming, le veterinaire-inspecteur de la cavalerie anglaise, ä Ferudition daquel je fais appel pour m'aider dans cette partie de mon travail.
Avec une patience qu'on ne saurait trop admirer, le savant clinicien a reuni tons les documents traitant de Fhistoire du mal qui nous occupe et les a classes de teile facon qu'on pent suivre pas ä pas les düferentes epizootics rabiques qui, de 1586 ä 1872, c'est-ä-dire pen­dant pres de trois siecles, ont attaque tour ä tour les divers Etats d'Europe, FAmerique du Nord et FAmerique du Sud, les Indes, la Chine et FAbyssinie. Gar, si le fleau, aujourd'hui, ne se montre guere avec une physionomie aussi terrible — physionomie dont la peur a peut-etre un peu grossi les traits — il est hon de savoir, qu'ä, certaines epoques, on Fa vu s'at­taquer en masse aux b6tes, puls aux gens. Parmi ces epizootics furieuses, suivies d'epi­demics de möme nature, quelques-unes sont demeurees fameuses dans les fastes de la science. Teile est celle qui sevit, ä Paris, en 1604; puis celles qui se montrerent en Hon-grie, en 1712; en Antriebe, en 1815; dans la
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Prusse Rhenane, en 1860 et enfin, en Angle-terre, particulierement dans le Lancashire, en 1864.
III.
SYNONYMIK.
L'incertitude, qui, avant les remarquables travaux de M. Pasteur, plana pendant si long-temps sur l'essence du mal, n'a pas manque de jeter quelque confusion dans les termes employes äle qualifier. Ainsi, leterme rage, par lequel cette maladie est generalement connue, ne donne pas, il faut en convenir, une idee bien exacte de la nature du mal. Par le mot laquo; en­rage raquo; on suppose naturellement qu'un chien affecte de rage doit necessairement etre farou­che et furieux. Dans tons les tableaux qu'on se fait de cette affection, on se le represente tou-jours ainsi. Eh bien , cette interpretation n'est pas completement vraie, attendu que, dans la presque totalite des cas, les malheureuses b^tes victimes de l'impitoyable mal recon-
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naissent la voix de ceux qui leur sont chers, et cela m6me jusqu'au moment oü elles suc-combent.
Si cette qualification de laquo; rage raquo; est incor-recte, celle d' laquo; hydrophobie raquo;, qu'onlui donne egalement, est encore moins propre, car eile exprime une manifestation symptomatique qu'on rencontre dans certaines n^vroses. Et puis, combien de cbiens qui boivent, meme avec avidite, jusqu'au moment de mourir!
IV.
DEFINITION.
La rage est une maladie gön^rale, conta-gieuse, virulente, k evolution rapide, caracte-risee par un trouble general et profond de toutes les fonetions nerveuses et dont le con-tage reside particulierement dans la substance meme des centres nerveux.
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V.
SYMPTÖMES.
S'il est un point important dans l'histoire de la rage, c'est l'etude approfondie des symp-tumes par lesquels eile s'affirme , car, mal-heureusement, les erreurs qui s'attaclient ä la description de ces symptömes ne sont plus a compter. Le prejuge, toujours ami de l'exa-geration, a donne ä la physionomie, — pour-tant si caracteristique, — du chien enrage des traits absolument imaginaires; de lä des me-prises fatales et des malheurs irreparables. Mais pour en simplifier 1'expose, je diviserai ma description en trois phases distinctes.
1quot; Periode. — Periode d'inquietude (du premier au troisieme jour).
Gette premiere phase du mal est essentielle-ment caracterisee par un changement d'humeur.
L'aniraal subit comme une veritable depres­sion morale, son etat general exprime Tin-quietude.
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A lafois triste et agite, il s'isole, recherche les endroits sombres et, apres y avoir fait choix cl'une place, s'y installe, s'y blottit la t6te ap-puy^e sur le sol et cachee entre ses pattes de devant; puis, comme mil par un irresistible be-soin de mouvement, il quitte cette place pour recommencer le möme manege tout pres de lä. Il semble qu'il ne se trouve bien nulle part.
Quelquefois, mais plus rarement, le debut de la maladie est marque par un redouble-ment de gaiete ; devenu plus aimant, l'animal accable son maltre de caresses; — tout se re-duit, alors, k une exageration de tendresse.
D'autres fois, au contraire, il se montre plus impatient, plus irritable.
Mais, dans tous les cas, le changement d'hu-meur est manifeste.
Survient ensuite un changement de physiom-mie. L'oeil est fixe et brillant. L'agitation va croissant. Dans son inquietude, l'animal flaire, comme s'il les voyait pour la premiere fois, les objets qui l'entourent.
Par instants, il semble en proie k de verita-bles hallucinations. Un moment, il s'arrete at-tentif, il ecoute des bruits imaginaires; puis,
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brutalement se jette dans Fespace comme pour saisir l'objet quiavait fixe son attention.
Bientöt son gout se deprave.
D'abord il leche les meubles, les parquets, les chaussures et jusqu'ä son urine. Ensuite, il mord tout ce qui se trouve a. sa portee, lace-rant le bois, la paille, le cuir, avalant ses ex­crements et se jetant fievreusement sur I'eau qui reflete son image pour la dechirer. II prend en degoüt tons les aliments, m6me ceux qu'en temps ordinaire il appete le plus. Lorsqu'il mange, c'est en tres petite quantite, et, en quelque sorte, pour obeir aux sollicitations de ceux qu'il aime, car il possede encore toute sa raison et n'a rien perdu de son obamp;ssance.
lt;( Une des particularitös les plus curieuses et les plus importantes ä connaltre de la rage du chien, — dit le professeur Bouley, dans la remarquable description qu'il a faite de cette maladie, — c'est la perseverance chez cet ani­mal, m6me dans les periodes les plus avan-cees du mal, des sentiments d'affection envers les personnes auxquellesil est attache. Ces sen­timents demeurent si forts en lui que le mal-heureux animal s'abstient souvent de diriger
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ses atteintes contre ceux qu'il aime, alors m6me qu'ilest en pleine rage. raquo;
Seuls, les sujets mechants et irritables font exception ä cette loi, et deviennent dangereux pour leur maitre, des le debut du mal.
En mfeme temps, on constate l'apparition d'une constipation des plus opiniätres et, dans quelques cas, des nausees et des vomissements.
Parfois, aussi, la peau devient le siege d'un prurit insupportable, encore bien quelle ne presente ni rougeur, ni chaleur, ni alteration particuliere.
II n'est pas tout ä fait rare, — lorsque le mal est le fait de l'inoculation, — de voir, au moment de l'cxplosion de ses premiers symp-tömes, la cicatrice, qui s'etait regulierement fermee, se tumefier et donner passage ä un suintement sero-purulent; d'autres fois, la ci­catrice n'a pas change d*aspect, mais il s'eta-blit, dans la region oü eile siege, des douleurs sourdes, lancinantes qui ne laissent ä l'animal aueun repos.
Ce phenomene est connu depuis longtemps. Haller, qui l'a constate, dit c\ ce propos : laquo; Prx-palitur pars qum morsu fuerit vexata. raquo;
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Tels sont, groupes aussi fidelement que pos­sible, les caract^res qui decelent la p^riode d'invasion du mal.
2quot; Periode. — Periode d'hypereslhesie (du quatriöme au sixieme jour).
Alors apparaissent d'autres symptomes plxis graves, et la rage arrive ä son apogee.
La sensibilite g6nerale, dejä, exaltee, s'exa-gere encore. Un bruit soudain, une lumiere trop vive, un courant d'air, provoquent chez le malade autant d'impressions douloureuses. L'oeil fixe et egare se cercle dune aureole rou-geätre. La gueule, legerement entr'ouverte, laisse voir les muqueuses violemment conges-tionnees et la langue salie ä sa surface d'un enduit d'un bleu noirätre. La vue des objets brillants, le miroitement de l'eau provoquent des spasmes qui empeclient la deglutition. Cependant quelques malades peuvent boire jusqu'au moment de mourir.
L'envie de mordre devient plus imperieuse si la böte est enferm6e dans une cage; eile mord sur le fer ä s'y briser les dents, fait sau-ter le bois en eclats, prend sa litiere ä pleine gueule, la secoue violemment et la rejette
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14nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
loin d'elle; dechire, broie, lacere tout ce qui est ä sa portee et n'a de cesse qu'elle n'ait force les barreaux qui la retiennent prisonniere. Parfois c'est centre elle-m6me qu'elle tourne sa fureur : on la voit se ronger ferocement un membre ou l'extremite de la queue. Une barre de fer rougie au feu ne la fait pas reculer; eile se jette dessus, et il faut l'atroce douleur de sa cbair qui gresille pour lui faire lädier prise, — mais sans qu'elle laisse jamais s'ex-haler aucune plainte.
Si eile est attachee, c'est sur sa chaine qu'elle fait rage.
Si eile est libre, eile s'attaque ä tout ce qu'elle rencontre, mais surtout ä ses conge-neres.
Puis, sa colere assouvie, eile tombe dans un etat complct de prostration : l'oeil s'eteint, se ferme, les muscles se detendent, une torpeur generale s'empare de tout son etre, — la fati­gue l'a vaincue.
On observe alors une salivation plus ou moins abondante qui pent tenir autant de la difficulte qu'a la böte d'avaler que de l'exa-geration möme de la secretion salivaire.
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laquo; L'envie de mordre, dit avec beaucoup de justesse le docteur Hertwig, est, chez quelques chiens, le premier Symptome distinct, car des chasseurs trös attentifs ont observö que leurs chiens, ä la chasse, n'avaient montre rien d'anormal, si ce n'est le dechirement du lievre saisi au lieu de le rapporter tranquillement comme d'habitude. raquo;
De meme, des bergers n'ont, tres souvent, trouve d'autres changements dans l'etat de leurs chiens que celui d'etre plus hargneux en chas-sant le troupeau et de mordre plus que d'habi­tude.
Mais ces faits-lä sent rares; l'envie de mor­dre ne se montre jamais que vers le troisieme et le quatrieme jour.
Ces paroxysmes, que la moindre excitation sensorielle fait naltre, se manifestent chaque fois avec une intensite et une horreur crois-santes, jetant l'animal, ä chaque reprise, dans un etat comateux plus ou moins prolonge, oü sa fureur puise de nouvelles forces pour de nouveaux acces.
Dans ces acces, certains malades sont agites de secousses violentes et se heurtent contre les
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murs on les objets environnants sans pousser aucune plainte. Ces secousses sont dues aux contractions des muscles inspirateurs qui ren-dent la respiration spasmodique, entrecoupee, penible.
Certains sujets sont pris de satyriasis, et si grande est leur ardeur erotique qu'ils oublient leur fureur, r^priment leur envie de mordre pour caresser de leur langue empoisonnee la victime — chien ou chienne — que le hasard a jete sur leurspas. Mais, la plupart du temps, apres avoir essaye vainement de donner satis­faction a leurs desirs, leur rage, un instant comprimee, eclate plus feroce, et ils dechirent ä belles dents la böte que , tout ä l'heure, ils couvraient de caresses.
Tel n'est pas toujours le tableau symptoma-tique de la rage. II est des chiens chez les-quels les paroxysmes sont rares; d'autres meme cliez lesquels ils sont a peine marques. Les manifestations du mal se reduisent alors, chez ces derniers, ä quelques phenomenes d'excita-tion generate.
Une particularite importante et sur laquelle on ne saurait trop s'appesantir est celle qui
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;17
consiste dans Valteralion du timbre de la voix. Celle-ci ne s'echappe plus de la gorge que raucpae, ^tranglöe, convulsive. Apres un aboiement lance ä pleine gueule, eile s'arrete ä travers la glotte contractee par les secousses saccadees des muscles inspirateurs et du dia-pliragme, hausse d'un ton et s'eteint dans un hurlement penible.
Mais ce n'est qu'en tenant la tete haute et en l'etendant fortement sur le cou, — proba-blement pour essayer de vaincre le spasme qui convulse la glotte, — que l'animal arrive a jeter dans Fair cette sörie de notes ä la fois sinistres et caract^ristiques.
Cependant, — mais tres rarement, — quel-ques chiens restent muets tout le temps de la duree de la maladie.
Cette modification de la voix dans son tim­bre et dans son mode est tellement remarqua-ble que I'oreille, — m6me inexperimentee, — ne saurait Foublier des qu'elle l'a entendue, et teile est, en outre, la valeur symptomatique de ce phenomene, qu'il suffit ä lui scul pour caracteriser le mal.
Ce n'est pas k dire pourtant, — ainsi que
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18nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
certains auteurs l'affirment, — que l'alteration du timbre de la voix ne soit particuliere qu'ä la rage. Il pent arriver, comme dans l'angine, que la voix presente certaines modifications; mais, alors, l'aboiement est simplement voile, au lieu d'etre rauque et casse. De meme encore chez le chien effraye ou chez celui qui est arrive k un kge avance, la voix pent changer d'expression, mais ce sont lä des differences que l'oreille pent toujours saisir sans confusion.
C'est generalement au debut de ce deuxieme stade que le chien abandonne la maison fami-liere.
II lui vient subitement comme un irresisti­ble besoin de liberte. Peut-etre craint-il de se laisser aller k commettre quelques sevices sur ceux qu'il n'est habitue qu'ä caresser.
II s'enfuit et va porter au loin ses terribles morsures.
Le plus souvent ses allures attirent l'atten-tion et on l'abat sur place; mais, parfois, apres avoir assouvi sa fureur sur tout ce qu'il a trouve ä portee de sa dent, il revient ä la mai­son, sali, echine, fourbu, efflanque, la t6te hasse, l'oeil hagard, brillant et haineux, la
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gueule pleine de bave et de sang, ou encore souillee des corps plus ou moins boueux qu'il a laceres sur sa route, chercbaut partout un coin obscur pour s'y reposer. Malbeur alors ä qui le toucbe! car il a perdu la raison sous les secousses repetees du paroxysme; il n'a plus conscience de ses actes et il oppose les coups de dent aux caresses.
A cöte de ces differents symptömes, il faut placer quelques troubles des fonctions diges­tives.
La constipation est constante et, en m6me temps, Ton constate, dans quelques cas, des vomissements de sang qui proviennent de blessures faites ä la muqueuse de l'estomac par les corps etrangers que la b6te a ingeres. Les urines sont rares. A ce propos, j'ignore si elles sont modifiees dans leur composition, comme chez Thomme, et sil'ony rencontre de l'albumine (Bergeron) ou de l'albumine et du sucre (Landrieux).
J'ignore, en outre, si Ton observe egalement chez le chien enrage, comme chez I'homme, cette elevation extraordinaire dc temperature not^e par certains auteurs. Les pratiques
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experimentales necessaires h une etude de ce genre offrent, en pareil cas, trop de danger pour qu'il soit permis de les tenter.
3C Periode. — Periode dquot;1 aneslhesie (du sixieme au huitieme jour).
Cette derniere phase du mal est la plus courte.
La frequence et la violence des acces ont epuise les forces du malade. Sa demarche, deja penible, ne s'effectue plus qu'ä l'aide des membres anterieurs qui trainent ä leur suite le train de derriere que la paralysie progressive immobilise de plus en plus. Le pouls est ä peine marque; l'ceil, immobile, est terne et vitreux; on observe, parfois, comme une sorte de strabisme convergent (Youatt, Bouley).
La gueule entr'ouverte laisse pendre la langue öpaissie, tumefiee, bleuätre, souvent blessee, toujours souillee de have, de boue et de sang. La voix s'arrete dans la gorge. Vox famibus hsesitl...
Le chien est en proie k un collapsus general.
De temps en temps, cependant, cette insen-sibilite fait place k quelques acces; mais ils n'ont que la duree de l'eclair.
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Le pauvre animal, completement ä bout de forces, est cloue au sol; et la paralysie göne-rale survient, qui met un terme k tant de souffrances.
Resume des symplömes.
V Periode. — Changemenl d'humeur : in­quietude, tristesse, inappetence.
Changemenl de physionomie : regard som­bre et faroucbe, redoublement de tendresse, nombreuses marques d'impatience, tendance ä lecheries corps froids, envies de mordre.
2deg; Periode. — Excitation sensorielle generate, envies de mordre plus imperieuses, paroxys-mes, comas, alteration du timbre de la voix, tendance ä fuir la maison familiere, satyriasis, constipation, vomissements, difficulte du-riner.
3deg; Periode. — Epuisement, paralysie, as­phyxia.
En dehors de ces symptömes qui caracteri-sent la forme la plus ordinaire de la rage, il en est d'autres qui s'appliquent k une autre manifestation de cette terrible maladie qu'on
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LA RAGE.
designe sous le nom de rage mue. Nous allons les passer en revue.
RAf.E MUE.
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laquo; La rage mue est la rage, car eile est inocu-lable comme la rage furieuse, et son inocula­tion pent donner lieu k la manifestation de la maladie sous cette derniere forme, de m6me que, reciproquement, la rage furieuse inoculee pent se traduire par la manifestation de la rage mue. Enfin celle-lä, a sa periode ultime, se transforme souvent en celle-ci; ou, pour mieux dire, il est commun de voir la paraly-sie de la mächoire inferieure intervenir a cette periode et donner ä la physionomie du chien, tout k I'heure furieuse, la meme expression symptomatique que celle qui caract^rise la rage mue. Identite de nature des deux rages, unicite de la maladie sous la diversite de ses formes; voilä ce que les fails d'observation et d'experimentation mettent absolument hors de doute (1). raquo;
(1) IIerui Bouley, Dictionnaire encyclopc'dique des sciences mcdicales, art. Ra^e.
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On observe, tout k fait au debut du mal, de l'inquietude et, en m6me temps, comme une certaine fatigue; le chien se couche ä tout instant, mais en se laissant tomber, pour ainsi dire, tout d'une piece; on le voit, en outre, faire, de temps en temps, un läger mouvement d'extension de la tete sur le cou, comme lors-que quelque obstacle s'oppose äla deglutition.
Les selles et les urines sont rares; l'appetit a disparu ou a pen pres.
L'aboiement modifie, comme dans la rage furieuse, s'echappe avec plus de peine encore.
Puis on constate un relächement des muscles releveurs de la mächoire, ainsi que de ceux qui sont preposes aux mouvements de la lan-gue. L'animal tient la gueule beantc, ce qui lui donne un air hebete, qu'exagere encore l'expression fixe de son regard.
Dans cet etat, le malade ne pent plus pren-dre ni solides, ni liquides. II chercbe bien a lapper I'eau, — car souvent sa soif est des plus vives, — mais le liquide, impuissant a fran-chir l'isthme du gosier, retombe aussitot.
II est incapable de mordre et ne peut plus aboyer.
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Cet abaissement de la mAchoire inferieure procede-t-il, comme on I'a pretendu, d'une contraction spasmodique des muscles abais-seurs? Je ne le pense pas, attendu qu'il est toujours possible, en soulevant leg^rement la nulchoire inferieure, de la rapprocher de la superieure. Get etat depend, comme I'a fait remarquer Hertwig, dun relächement et m6me, ä un degre plus avance de la maladie, d'une paralysie des muscles releveurs.
La salivation est plus abondante que dans la rage furieuse, ce qui tient, vraisemblable-ment, au defaut de mobilite de la langue et de la mAchoire superieure.
L'envie de mordre est generalement pen marquee; —pourtant eile existe.
Ajoutons, pour completer ce tableau, qu'on n'observe pas dans cette forme de la maladie cettemarche remittente, composee de paroxys-mes et de comas, qui caracterise si franche-
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ment la rage furieuse.
L'animal, absolumentprostre, semble indif­ferent ä tout ce qui se passe autour de lui. La vue d'un congenere le laisse froitl; il reste in­sensible ä toutes les provocations.
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Dans les derniers jours, il va se coucher, pour y mourir, dans un endroit obscur.
Cast encore, cette fois, la paralysie et l'as-phyxie qui sont les expressions ultimes du mal.
PARTICÜLARITES.
D'apres M. Bouley (1), le chien enrage impressionne singulierement celui qui nc Fest pas. laquo; Cette impression, dit l'eminent pro-fesseur, est tellement puissante, eile est si efficace ä donner lieu immediatement ä la manifestation d'un acces, qu'il est vrai de dire que le chien est le reaclif sür ä l'aide duquel on pent deceler la rage encore latente dans l'animal qui la couve. raquo;
Ceci n'est pas toujours exact, et M. Bouley a sacrifie lä k une vieille erreur : erreur aussi ancienne que la rage elle-m6me, et que l'il-lustre Ambroise Pare n'a pas peu contribue ä accrediter parmi le vulgaire, ainsi qu'en temoi-gnent les indications qu'il donne pour connois-ire le chien eslre enrage : laquo; Les autres chiens
(1) Encyclopedic pratique de Vagriculteur, art. Rage.
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le fuyent et le sentent de loing; et s'il s'en trouve quelqu'un pr^s de luy, il le flatte et lui obeit et tasche ä se desrober et fair de luy, encore qu'ilsoit plus grand et plus fort. raquo;
A maintes reprises, il m'est arrive de placer, pour experimenter, des chiens en bonne sante avec descbiens enrages sansque ceux-lä parus-sent avoir peur de ceux-ci et cherchassent ä les eviter.
Je me Mte d'ajouter, du reste, que M. Bouley a mis un correctif ä sa premiere opinion an cours du remarquable article qu'il a consacre ä la rage, dans le Diclionnaire encyclopedique des sciences medicales.
On y lit : laquo; Les signes fournis par I'impres-sionnabilite du cbien bien portant doivent etre consider^s, sinon comme nuls, dumoins comme des plus infideles... raquo;
Unfait non moins contraire äla verite, c'est que ni la chair ni le sang du cbien enrage ne produisent la moindre terreur sur les autres animaux de son esp^ce.
Ce qui est indamp;iiable, par exemple, c'est que les animaux enrages, k quelque espece qu'ils appartiennent, se jettent toujours de
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preference, pour lesmordre, sur ceux de l'es-pece d'oü precede le virus. Un cheval se pre-cipitera sur le chien; un boeuf, un mouton agiront de m6me.
VI.
RAGE A CARACTERES INTERMITTENTS.
U y a deux ans, le Recueil de medecine veleri-naire publiait deux cas de rage canine dont les caract^res tout ä fait extraordinaires ne laisse-rent pas que de produire quelque etonnement parmi les veterinaires. II s'agissait de deux chiens, qui apr^s avoir ete pendant quelques jours, aux prises avec la rage avaient vu, sans qu'ons'yattendlt, lamaladie battre enretraite, — a tel point qu'onles pouvait croire gueris, — puis, au bout d'un temps plus ou moins long, reprendre Toffensive et entrainer la mort.
Le premier cas est rapporte par M. Perrin, veterinaire militaire ä Orleansville :
Un chien est mordu, qui, six mois apr^s I'ac-cident, presente tous les symptömes de la rage
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la mieux caracterisee; au bout de quelques jours, son etat paralt s'amender, puis, 6 sur­prise, le malade revient tout ä fait ä la saute. On ne pensait plus au terrible mal, auquel il avait si heureusement echappe, quand six mois plus tard, c'est-d-dire un an apresla morsure, le voilct de nouveau en proie ä un nouvel acces rabique. Mais, cette fois, la mort en fut la con­sequence.
Le second cas, qui n'est pas moins curieux, a ete recueilli par M. Berger, veterinaire äNice:
Un chien qui lui appartenait fut mordu par un chien enrage conduit ä sa consultation. En depit de la cauterisation au fer rouge, imme-diatement pratiqu^e, la rage fit son apparition soixante-dix jours apres la morsure. Mais au bout de six jours, le calme revint, en m6me temps que I'appetit. Malheureusement, deux mois apres apparut un nouvel acces, qui dura une douzaine de jours, aprös lesquels le chien se r^tablit de nouveau. Le mieux ne fut que de courte duree, car un mois apres la böte subis-sait une nouvelle attaque rabique, — mais alors pour en mourir.
Comment done expliquer ces manifestations
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du mal qu'interrompent un retour ä la sante suivi, ä plus ou moins longue echeance, denou-velles apparitions morbides amenant fatale-ment la mort ?
laquo; II semble, dit M. H. Bouley, qui a com­ments ces deux cas dans une de ses savantes chroniques du Recueil de midecine veteri-mire, que la maladie a eu deux incubations successives, une premiere qui s'est jugee par une Sorte d'acces critique et une deuxieme apres laquelle le virus repullule a pu etre productif de tons les effets ordinaires de l'appareil ner-veux. raquo;
Je ne sais si Fexplication de l'eminent pro-fesseur est la vraie. Toujours est-il que ces faits si rares dans la pratique, qu'ils se trouvent reduits aux deux seuls cas dont on vient de lire I'histoire, se sont montr^s assez frequents dans lelaboratoire, commerattestent deux communi­cations faites par M. Pasteur 4 l'Academie des sciences, Tune dans la seance du 15 septembre 1881, I'autre dans celle du 11 decembre 1882.
Resumant dans celle-ci les propositions enon-cees dans la premiere, rillustre chimiste dit :
laquo; Dans une precedente lettre sur la rage, j'ai
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fait savoir que nous avions rencontr6 chez le chien des cas de disparition des premiers symp-tomes rabiques, avec reprise du mal assez long-temps apres. Nous avons depuis reconnu I'exac-titude de ce fait sur des lapins. En voici un exemple : un lapin est pris de paralysie rabi-que 13 jours apres la trepanation; les jours sui-vants il se guerit completement. La paralysie reprend 40 jours apres, et il meurt rabique le W jour.
laquo; Ces faits sont cependant fort rares, chez le lapin comme chez le chien; mais nous les avons vus se produire un grand nombre de fois chez les poules, et, dans cette espece, la mort pent sui're la reprise du mal, ou ne pas avoir lieu, comme nous en avons cite un exemple chez le chien. Je ferai observer, en passant, que la poule, qui est prise de rage, ne nous a jamais offert des symptömes violents; les symptömes se manifestent simplement par de la somnolence, de l'inappetence, de la paralysie des membres et souvent une grande anemie, qui se traduit par la decoloration de la cr6te. raquo;
Ce sont ces faits, qui, comme on le verra ul-terieurement, ont conduit M. Pasteur ä la decou-
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verte d'un virus attenue conferant Fiminunite !)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; rabique ä la suite d'une premiere attaque non
suivie de mort, — c'est-ä-dire ä la vaccinifica-tion du virus.
VII.
*nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;ETATS MORBIDES POUVANT SIMÜLER LA RAGE.
Quelques-uns des symptömes dont j'ai eta-bli le trace aussi fidelement que possible dans le tableau que je me suis efforce de faire de la |nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;rage se retrouvent, parfois, dans quelques au-
|nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; tres maladies, particulierement dans certains
6tats morbides de l'estomac dus k la presence de corps etrangers dans ce viscere.
C'est ainsi qu'on peut voir, en ce cas, les lnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;chiens inquiets, agaces, se deplacer ä tout
instant, s'en prendre aux meubles, au tapis, ä leur niche, a leur litiere, etc., des atroces dou-leurs qu'ils eprouvent, dechirer des dents et des pattes tout ce qui se trouve ä leur port^e, — meme, faire mine de mordre les personnes qui les approchent. Lesm6mes manifestations mor-
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bides peuvent se produire, mais avec moins d'intensite, toutefois, lorsque les animaux hebergent des parasites tels cpie, pour ne citer que les plus communs, Vascaris tnarginata et le twnia serrata, ces hötes ordinaires, le pre­mier, de l'estomac, le second, de l'intestin du chien.
Ce sont lä desfaits de tous les jours dont tous les praticiens qui s'occupent de medecine canine ont tous ete plus ou moins souvent temoins. Äussi bien, ces faits s'expliquent: L'irritation qu'eprouve l'estomac sous Taction excitante des corps etrangers ou des parasites est transmise au cerveau qui la percoit, rea-git et provoque instantanement par l'interme-diaire des fdets nerveux propres aux mouve-ments une excitation motrice plus ou moins violente qui se traduit par de l'inquietude, des envies demordre, etc., — c'est-ä-dire par cer-taines expressions morbides, qui, on Fa vu, ont avec celles de la rage une similitude frappante. Mais, si loin que puisse etre poussee cette res-semblance, il est un Symptome, je me Mte de le dire, qui n'est propre qu'ä la rage, dont il est la caracteristique dominante; j'en ai dejä
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 33
parle : c'est l'alteration du timbre de la voix, le hurlement rabique.
Ce n'est pas ä dire qu'il faille faire bon mar-che des autres symptömes. Bien au contraire, devant la difficulte qu'on eprouve parfois k en determiner exactement la nature, mieux vaut considerer comme l'expression de la rage — en attendant que le mal se trahisse par des affir­mations plus precises, — tous les phenomenes qui de pres ou de loin rentrent dans le cadre symptomatologique dont on a lu la description.
VIII.
CAUSES.
sect; 1. — La spontaneüe.
La rage peut-elle se developper spontane-ment?
Leblanc pere, Tardieu, Vernois, Lecoeur, Hu-zard, MM. Lafosse, Camille Leblanc, etc., ont admis ou admettent encore que l'apparition de la rage pent 6tre spontanee chez le chien.
Delaböre-Blaine, Renault, Key, au contraire.
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ont nie la spontaneite de cette affection. M. Pas­teur, et avec lui M. Bouley et toute l'ecole ac-tuelle, ne soufFre pas qu'on invoque une autre cause que la contagion.
Ceci vaut d'etre explique : D'apres la theorie du savant professeur de l'Ecole normale, toutes les maladies contagieuses seraient dues, comme on sait, ä l'introduction dans l'economie de Ybtve vivant d'un micro-organisme (microbe), qui s'y developpe, s'y multiplie ä ses depens, et l'empoisonne finalement par les combinai-sons et les decompositions qu'il provoque.
Dors-tu content, Raspail?...
Ton temps elait, dil-on, tropjeune pour te lire. Le nötre Uoit tc plaire et tcs homines sont nes.
Cette fameuse doctrine du parasitisme, qui I'aisait sourire la science officielle, h l'epoque l'infatigable apologiste du camphre cher-chait ä mettre sa theorie en lumiere, a si bien pris pied, aujourd'hui, en medecine, qu'elle tient, — ä en croire ses partisans, — toutes nos maladies sous sa dependance.
Et ces partisans de clamer sur tons les tons : laquo; Les microbes, c'cst la mort! raquo;
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laquo; Les microbes? mais c'est la vie! raquo; s'^-crient, ä leur tour, les adversaires de la theorie des germes. laquo; Ne rencontre-t-on pas partout ces atomes vivants : dans l'air que nous respi-rons, au plus profond de nos tissus et j usque dans certaines cavites closes, telles que le sac peritoneal des poissons, comme Font constate MM. Olivier et Riebet? Done, pourquoi vouloir, a tonte force, en faire les fauteurs de tous nos maux, alors qu'ils n'en sont peut-6tre que les temoins? raquo;
Les extremes engendrent les extrömes et cette tbeorie a peut-etre le tort de tomber dans l'exageration pour mieux datier, saus doute, celle qu'elleala pretention de combattre.
Mais, ä cöte de ces deux doctrines par trop exclusives, il faut l'avouer, deux microgra-phes d'une haute valeur, MM. Bechamp et Es-tor, en out edifie un autre, qui, pour n'avoir pas eu l'heur d'etre acclamee par le public sur un mode hyperbolique, — eile n'a rien fait pour cela, d'ailleurs, — comme la doctrine mi-crobienne de M. Pasteur, n'en est pas moins, ä l'heure presente, aeeeptee par bon nombre d'esprits serieux.
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Pour MM. Bechamp et Estor, nous portons en nous nos germes morbides, non pas ä l'etat de microbes, comme nous les montre M. Pas­teur, mais sous la forme plus simple de gra­nulations, qu'ils nomment microzymas. Mais ces microzymas ne sont pas des parasites, ils sont la partie vivante des cellules constitutives de nos tissus. Ce n'est qu'en certaines circons-tances, sous l'influence de certains ötats mor­bides, qu'ils evoluent en microbes.
Voilä, au moins, une conception qui expli-que, ce me semble, de facon plus satisfaisante, la genese des maladies contagieuses, car eile ne pousse pas l'intolerance jusqu'ät bannir la spontaneite du domaine de l'etiologie.
On aura beau dire et beau ecrire, il est, k mon sens, difficile de regarder la doctrine du contagivm vivum, — la contagion, pour parier plus simplement, — comme le dernier mot de l'etiologie. II faut toujours compter avec certain vieil argument, devenu banal, peut-etre ä force d'etre invoquö, mais qui n'a Ja­mals ete retorque : que si la contagion est ne-cessaire, pour provoquer l'apparition d'un mal contagieux, oü, comment et de qui le premier
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individu I'a-t-il pris? Car, on aura beau re-monter, dans la suite des Ages, jusqu'ä I'homme preliistorique, il faudra bien quand nifime s'arr^ter k un premier individu qui aura contracte cette maladie sans Temprunter k son voisin, — puisqu'il etait le premier ä la presenter.
Quant k moi, je trouve tout simplement I'ar-gument tres fort; je m'incline et je passe.
Je passe et, au risque d'6tre accuse de faire montre d'un esprit retrograde, je dis que la rage pent, dans quelques cas rares, il est vrai, naitre en dehors de tonte contagion, sous I'in-fluence de causes qu'on n'a pas encore suf-fisamment etudiees, mais qui, pour cela, n'en existent pas moins, — causes qui occasionnent une deviation dans le mode d'existence des microzymas qui, changes alors en Elements morbides, font sentir leur action nocive sur le Systeme nerveux central qu'elles excitent jusqu'ä provoquer des manifestations hyperes-thesiques, bientöt suivies de paralysie et d'as-phyxie.
Pour si obscures que soient ces causes il me semble necessaire de les passer en revue,
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d'abord parce qn'elles ne sont pas sans inte-r6t au point de vue de l'histoire de la rag-e, ensuite parce qu'il en est quelques-unes qui valent d'arreter rattention. C'est ainsi qu'on a successivement accuse les influences meteoro-logiques, hygieniques, et certaines causes te­nant aux mdividus, d'etre les agents fauteurs du terrible mal.
Que dire des climats, sinon qu'ils ne parais-sent pas avoir, comme on Fa cru, la moindre influence sur son apparition? S'il est ignore dans les contrees les plus chaudes de l'Afri-que, il sevit, par contre, dans d'autres con-trees oü les chaleurs sont tout aussi excessives, telles que I'Abyssinie, THindoustan, le Perou, le Chili, etc.; il est inconnu en Siberie et au Kamschatka, — ce qui, au dire de Hayes (1), n'est rien moins que prouve, — et il se montre assez frequemment en Suede, en Norvege et en Laponie.
Quant fi Fopinion qui veut que la rage se manifeste particulierement dans la saison chaude et plus particulierement encore dans
(1) La Mer librc dn ptilc (1872).
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les jours de la canicule, eile merite qu'on s'y airßte, car eile parait tirer quelque va-leur des statistiques sur lesquelles eile s'ap-puie, et ces statistiques sont assez nombreu-ses.
C'est ainsi qua, depuis un certain nombre d'annees, des documents de cette nature ont ete publies par Hey, MM. Saint-Cyr et Peuch, dans les journaux veterinaires; par Tardieu, dans son Diclionnaire d'hygiene et de salubrite; par Delafond, dans le Recueil de medecine velc-rinaire; par M. Raynal, dans son Traue de po­lice sanilaire; par M. H. Bouley, dans les Comples rendus de VAcademie des sciences; par U. Leblanc et M. Camille Leblanc, dans le Bulletin de VAcademie de medecine; par le doc-teur Roucher, dans les Annales d'hygiene pu-hlique, etc.
M. H. Bouley, qui a fait la recapitulation de tons les cas de rage mentionnes par les dif-ferents auteurs, arrive au chififre respectable de 3,096, dont la repartition par groupes de trois mois, correspondant aux quatre saisons, donne les resultats indiques par le tableau suivant :
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D'oü il appert que, loin d'etre une affection saisonniere, larage sevit clurant toute l'annöe avec une certaine intensite. D'oü il appert en­core que ce serait ä l'epoque du printemps que ses manifestations seraient le plus frequentes; viendraient ensuite l'ete, l'liiver et rautomne.
laquo; Mais, fait remarquer justement M. Bouley, il faut considerer que ces resultats etablissent non pas un fait constant, mais seulement la plus grande frequence, dans un certain nombre de cas, des accidents rabiques, ä l'epoque du printemps que dans les autres Saisons. raquo;
Done, en depit de ces jeux de chiffres, il faut admettre que les Saisons ne jouent pas, dans le developpement de la maladie, le röle efficient qu'on veut bien leur attribuer; et si
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les cas de rage sont im pen plus frequents au printemps et en ete, cela tient uniquement a ce que les chiens vagabond ent plus dans la Saison chaude que dans la Saison froide, et, partant, courant plus de dangers, sont plus exposes aux coups de dents de leurs congeneres.
Faut-il maintenant incriminer les souffrances physiques telles que la faira et la soif ? Les phy-siologistes qui out etudie les effets de l'absti-nence et de Finanition chez le chien, vont nous repondre. Bourgelat, le celebre fondateur des ecoles veterinaires, Magendie, Dupuytren, Ber-thet, M. Colin d'Alfort, out fait mourir des chiens par inanition, sans avoir reussi k les rendre enrages.
On s'est rejete alors surla mauvaise alimen­tation, comme si la plupart des canides, le chien y compris, n'avaient pas une certaine ap­petence pour les viandes en putrefaction, disons le mot, pour la charogne. Chacun salt, en effet, que le chien le mieux nourri, place entre une noix de cötelette et un morceau de viande decomposee, loin de montrer l'hesitation de l'dne de Buridan entre ses deux picotins, ira immediatement ä celui des deux morceaux de
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viande qui chatouille le plus vivement son odo-rat. Aussi bien, l'hyene et le chacal, qui sont aptes ä contracter la maladie, ne la presentent jamais spontanement, encore bien quils ne se nourrissent cpie d'aliments plus ou moins älte­res. Et puis, peut-il exister quelque relation entre la maladie que nous etudions actuelle-ment et Tingestion de matieres decomposees qui, ä la suite du travail de restomac et de l'in-testin, fournissent au sang des elements aussi purs que s'ils provenaient des meilleurs ali­ments? Cette opinion ne soutient pas la discus­sion et je ne m'y arrMerais pas si un medecin distingue de Paris, le docteur Chairou, ne s'en etait fait l'ardent defenseur, dans un travail qui a pour titre : Leltres sur la rage, adressees ä M. de Quatrefages, membre de l'Instilut.
laquo; Quelle est la cause de la rage? raquo; se de-mande le docteur Chairou.
Voici de quelle maniere il repond ä cette question :
laquo; Cette cause, je crois la trouver dans l'ali-mentation. La rage est au chien ce que le typhus et la fievre typhoide sont a l'espece humaine. L'animal, en effet, en raison de sa predilection
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native pour toutes sortes d'immondices et d'or-dures, doit 6tre un foyer de putrefaction per­manent. Tant que la saute est dans son etat normal, tant que les fonctions physiologiques accomplissent parfaitement toutes leurs phases, que tons les organes sont dans un etat d'inte-grite satisfaisant, l'equilibre se maintient. II peut lutter pour I'existence, vivre.
laquo; Mais des que cet equilibre est rompu, la nutrition est incomplete; la maladie arrive; le foyer de putrefaction qui existe d'une maniere latente dans le chien ne se trouvant plus brule et regenere ä chaque instant, donne naissance ä ces produits veneneux et septiques qui alte­rant l'organisme et determinent les modifica­tions moleculaires des centres nerveux dont les manifestations sont la rage. En m6me temps tons les liquides physiologiques, vicies, älteres, communiquent le virus par la morsure, comme ils le communiqueraient par le sang, si on inoculait dans une plaie quelque parcelle du liquide nourricier. raquo;
A ce compte-lä, en dehors du chien, tous les animaux qui vivent de viande corrompue, tels le porc, le vautour, le corbeau, le rat, etc.,
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seraient susceptibles de contractor la malaclie spontanement. Et il n'en est rien.
Me voici arriv^ a une autre question d'une certaine importance, car eile a arröte longtemps l'attention d'hommes considerables en mede-cine veterinaire comme en medecine humaine : Le sexe des animauxpeul-il ein considere comme une cause predisposante ä Vinvasion du mal?
Renault — dont les recherches sur les virus sont demeurees classiques, — admettait que la rage est spontanöe chez les males seulement. laquo; Bien que nous possedions, — dit Lafosse, — deux faits de rage developpes spontanement, en apparence du moins, sur des chiennes qui etaient constamment renfermees ou qui ne sor-taient que sous la surveillance de leur maltre, un autre sur une chatte qui ne quittait jamais le salon de sa maitresse; bien que Tardicu cite le cas d'une cbatte rendue enragee par Fenle-vement de ses petits, nous nous garderons bien d'etayer sur des observations si restreintes, ou sur quelques assertions de personnes saus res-ponsabilite scientifique, une opposition si dia-metralement opposee ä celle de notre savant maitre. raquo;
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U faut bien dire que les statistiques semblent clonner raison k ces deux cliniciens, car la rage s'attaque plus souvent aux males. C'est ainsi qu'Eckel, de Vienne, a vu le mal ainsi reparti : en 1841, sur 141 animaux de l'espece canine, 124 etaient des males et 15 seulement apparte-naient a Fautre sexe. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a toujours une assez grande dispropor­tion entre le nombre des chiens et celui des chiennes. Enmoyenne, d'apres les releves sta­tistiques fournis par differents auteurs, il n'y aurait guere que 30 femelles pour 100 males.
Que conclure des faits allegues plus haut? En depit de l'appui que prötent les noms de Renault et de Lafosse ä l'opinion qui range parmi les causes du mal la predisposition re­sultant du sexe, il faut avouer quelle n'est rien moins que fondee. On ne pent guere tirer de cet expose que des presomptions, et, en matiere de science, les presomptions ne sauraient rem-placer les observations demonstratives.
Uneautre question, quiest intimement liee ä celle-ci, consiste k savoir si la rage est suscep­tible de naltre de rinassouvissement des desirs veneriens.
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Cette opinion, depuis longtemps exprimee par Capello, cpii pretend que cette maladie peut provenir laquo; d'une excitation amoureuse qui, apres avoir tourmente lanimal aplusieurs re­prises , n'aurait pas ete satisfaite raquo;, cette opi­nion, dis-je, a eu de nombreux defenseurs, parmi lesquels il faut surtout nommer deux medecins distingues, MM. Bachelet et Frous-sard (1). Ils invoquent a l'appui de leur these la plus grande frequence de la rage dans les pays les plus avances en civilisation. Si quelques manifestations du mal se sont produites en Al-gerie, c'est, disent-ils, dans les centres peuples par les Europeens et non dans les regions ha-hitees par les Bedouins, qui vivent, comme on sait, de la vie nomade et laissent leurs chiens en pleine et entiere liberte.
Cette opinion a ete reprise par Sacc, qui rap-porte que, dans un voyage qu'il fit en Hon-grie, en 1852, il apprit que sur la rive gauche on chretienne du Danube, on voit, chaque an-nee, eclore de nombreux cas de rage, tandis que ce mal est inconnu sur la rive droite ou musul-
(1) Cause de la rage et moyen d'en preserver I'hnmanitc. Paris. 1857.
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mane. Et cependant les deux cötes du fleuve sont habites par la m6me race de chiens. Cette difference tient, d'aprös lui, ä ce que les musul-mans conservent ä peu pr6s autant de mäles que de femelles, tandis que les cliretiens ne gardent guere que des mcdes.
En admettant qu'il en soit ainsi, est-il possi­ble, comme l'a si justement fait remarquer le professeur Lafosse, que, sous Yimpetus des ar-deurs genesiques, les chiens des chretiens, moins audacieux que Leandre, n'osent affronter les eaux tranquilles du Danube pour aller porter aux Heros musulmanes l'expression de leur im-perieux amour?
Heureusement des faits plus serieux out ete invoques par L. Toffoli, de Bassano, qui out ete publies en 1^83 par le Journal veterinaire et agricole de Belgique, et reproduits par M. H. Bouley dans son important article sur la Rage du Diclionnaire encyclopedique des sciences me­dicates. En voici le resume :
A Compese, petite village ä quelques milles de Bassano, une chienne metis etant entree en rut, fut entouree immediatement, comme c'est rhabitude en pared cas, par une foule de pre-
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tendants qui lui faisaient cortege. Parmi eux se trouvait un chien bätard, hargneux, trös ar­dent et jaloux, qui s'etait, pour ainsi dire, ac-croche k eile et suivait tous ses pas. Mais comme ce chien etait toujours maltraite et repousse par des rivaux plus vigoureux, toutes ses tentatives pour obtenir les faveurs de celle qu'il poursui-vait restaient infructueux. Malgre tout, cepen-dant, il continua jour et nuit k braver tous les dangers, luttant toujours contre ses rivaux et subissant leurs sevices, jusqu'ä ce qu'enfin, de-courage et accable, il se retira de la lutte. Alors son changement de caractere se manifesta par une morsure faite a un chat, qui etait aupara-vant le compagnon de ses jeux.
Puis, il s'attaqua h tous les chiens qu'il ren-contrait, et particuliferement ä ceux qui avaient ete ses rivaux. Enfin, il fit ä un enfant de cruel-les morsures, ce qui decida ä le mettre k mort, pour eviter la repetition de pareils accidents.
A l'occasion de ce fait, Toffoli, croyant voir un exemple de rage primitive, nee sous l'in-iluence des desirs genesiques saus cesse entraves par les heureux rivaux que le malheureux ani­mal trouvait toujours devant lui, essaya d'ob-
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tenir par voie experimentale la confirmation de ses presomptions. U alia s'enfermer, loin de tout commerce humain, dans une maison de cam-pagne, ou ilproceda äune serie d'experiences, dont les rösultats furent, parait-il, laquo; si decisifs et si constants qu'on ne put s'empöcher d'y ajoviter foi raquo;.
Et Toffoli ajoute que laquo; les femelies dans le genre canis sont la cause prochaine du develop-pement de la rage spontanee, et qu'ä elles seules on doit prMer attention, en les tenant soigneu-sement separees des chiens et soumises ä une surveillance diligente pendant les vingt-quatre jours que dureleur passion amoureuse raquo;.
i ,jnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Malheureusement, les experiences de Toffoli
n'ont pas ^te repetees, et on ne peut leur op-poser que les faits courants, qui, — il faut l'a-
((inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; vouer, — semblent leur infliger un dementi.
Si, eneffet, repondrai-je avec M. H. Bouley, les rivalites amoureuses etaient veritablement susceptibles de transformer en manifestations rabiques les ardeurs gönesiques qu'engendrent chez les mAlesles effluves de la femelle en rut, la rage serait de tous les pays. Est-il done une
y ,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; contree oü, ä l'epoque des chaleurs, la femelle
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ne soit pas l'objet des convoitises de plusieurs milles a la fois? Et combien, parmi ccs galants empresses pres d'elle, voient leurs desirs satis-faits? La plupart, forces de ceder devant de plus forts et de plus audacieux, se retirent inas-souvis.
De meme encore, la rage ferait montre d'une certaine recrudescence au printemps et ä l'au-tomne, — c'est-ä-dire aux deux saisons ou la nature, qui ne perd jamais ses droits, allume chez les chiennes les feux de l'amour en vue de la reproduction de l'espece. —C'est done pen­dant les mois de fevrier et d'aoüt, c'est-ci-dire quelque temps apres les chaleurs, que la ma-ladie devrait surtout faire son apparition, et nous avons vu, d'apres les statistiques, que ces deux mois sont precisement ceux pendant les-quels eile se montre le moins frequemment.
II est encore une autre cause ä examiner parmi celles qui ont ete mises en avant pour ex-pliquer la spontaneite du mal, j'entends parier de l'infiuence de la race.
Les seules recherches qui aient ete faites ä cet egard sont dues au professeur Eckel, de Vienne, dont j'ai parle plus haut; il a etabli les propor-
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tions suivantes, sur 241 chiens atteints de rage pendant l'annee 1841 :
Chiens bätards, sans race delenmnee.nbsp; nbsp; nbsp; 53 1/3 p. 100.
Petite race anglaisc..................nbsp; nbsp; nbsp; 12 1/5nbsp; nbsp; nbsp;—
Chiens courants.....................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 6 1/3nbsp; nbsp; nbsp;—
Caniches..........................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;5nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; —
Chiens darröt......................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 2 6/7nbsp; nbsp; nbsp; —
Chiens loups.......................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 2 2/7
Roquets et bassets..................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 2 1/7nbsp; nbsp; nbsp; —
Matins.............................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 13/7nbsp; nbsp; nbsp;—
Levriers, dogues, chiens de berger___nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 0 5/7nbsp; nbsp; nbsp;—
Comme le savant professeur, ainsi qu'illefait remarquerlui-m6me, ne connait pas le total des chiens de chaque race, il n'est guere possible de tabler sur les cbiffres de cette statistique pour en tirer profit. Neanmoins, il pense que, quelle que soit leur race, les chiens d'apparte-ment, en raison de l'hygiene qu'on leur impose et de la non satisfaction de leurs desirs vene-riens, souvent portes ä l'extreme, sont de tous les plus exposes ä la rage.
Mais, au vrai, ce n'est lä qu'une opinion.
Pour ceux qui se refusent, de formelle l'acon, ä admettre que la rage puisse trouver matiere ä se developper en dehors de l'inoculation, cette enumeration des diverses causes, dont on a
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tour a tour invoque l'action pour expliquer cer­tains accidents rabiens qu'il est impossible, parfois, meme avec la meilleure volonte, de mettre au compte de la contagion, cette enu­meration, dis-je, etaittout au moins inutile.
N'importe. Comme j'entends presenter une histoire aussi complete que possible de la ma-ladie, en meme temps que m'elever contra cer-taines theories doctrinales, dont ons'efforce de faire notre credo medical, j'ai tenu a ce que tout ce passe de la rage , qui, d'ailleurs, est Toeuvre d'un grand nombre de savants honnetes et, partant, convaincus, ne fut pas raye de la nosographie sous pretexte qu'il est subversif des verites prechees par les novateurs de la science.
sect; 2. — La contagion et le siege du virus rahique.
La contagion, voici, au jugement de M. Pas­teur et de son ecole, la seule cause genesiaque de la rage.
J'ai dit ce qu'il fallait penser, ä mon humble avis, de cette facon de voir, Toutefois j'ajoute-rai qu'il faut bien reconnaitre que si la conta-
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gion n'est pas la seule cause capable de faire naltre la maladie eile en est certainement le facteur le plus puissant.
Et, maintenant, oü reside le principe de la contagion, — c'est-ä-dire le virus rabique.
Pendant longtemps, la salive a ete consideree comme le seul liquide de rorganisme pouvant lui servir de vehicule; mais il est d'autres pro-duits de secretion et möme divers tissus, qui, comme nous le verrons plus loin, peuvent ega-lement devenir virulents.
Etudions d'abord la salive.
Ce liquide, comme on le sait, est produit par le melange de plusieurs secretions prove-nant des differentes glandes salivaires aux-quelles s'associe une certaine quantite de mu­cus du larynx et des bronches. laquo; Quelle est la partie qui apporte avec eile la virulence? se de mande le professeur Galtier. Celle-ci resulterait-elle, par hasard, du melange de ces diverses secretions^ et de leur sejour dans la bouche? raquo;
Ces questions, plusieurs physiologistes se les sont pos6es, et Tun deux, M. Paul Bert, croit avoir reconnu, a la suite de nombreuses expe­riences , que le virus ne reside pas dans le pro-
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duit des glandes salivaires, mais clans le mucus de la bouche et du pharynx. La salive devien-drait seulement virulente par son melange avec ce mucus. Telest egalement l'avis de M. Galtier, de l'Ecolc veterinaire de Lyon. Tout porte ä croire qu'il en est ainsi; pourtant la chose a besoin d'etre demontree plus completement.
Aussi bien, cette opinion n'est pas nouvelle. Un certain nombre d'auteurs, parmi lesquels il faut citer les docteurs Millard, Fereol, Gros, etc, se basant sur ce fait que la sputation, par-fois si abondante chez les enrages, hommes on ])6tes, est surtout due ä la secretion bronchi que, ont admis que le virus prenait sa source dans les voies respiratoires plutot que dans les glan­des salivaires. Icise place un incident qui vaut d'etre rappele, car il fit quelque bruit ä Fepo-quc ou il se produisit.
Un enfant venait de mourir de la rage ä l'ho-pital Sainte-Eugenie (c'etait le 11 decembre 1880). M. Pasteur recueillit, quatre heures apres la mort, du mucus buccal qu'il delaya dans l'eau et inocula a deux lapins. Ceux-ci moururent trente-six heures apres Finoculation. De nouveaux lapins furcnt inocules les uns avec
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la salive, les autres avec le sang- des premiers, ils moururent en moins de temps encore.
En examinant le virus au microscope M. Pas­teur y reconnut la presence d'un micro-orga-nisme, sorte de bätonnet extrömement court, deprime vers son milieu et doue de proprietes vraimcnt curieuses, car si inocule ä des lapins il amenait en pen de temps la mort chez ces animaux, introduit chez des cobayes il laissait ces derniers aussi indifferents que si rien ne se füt passe.
Les m6mes faits se reproduisirent, ä quelque temps de lä, ä la suite de nouvelles inoculations pratiquees avec du mucus pris sur une petite fdle morte de la rage, a Montmartre. Cette mal-heureuse enfant, ä l'agonie de laquelle j'ai eu ladouleurd'assister, en compagniede mon con­frere M. Houssin, venait de succomber, secouee par d'atroces convulsions, quand M. Pasteur, quej'avais fait prevenir, m'envoya im de ses aides, celui-lät qui, trois ans plus tard, devait tomber glorieusement en Egypte sous les coups du fleau qu'il etait alle combattre, le jeune et in-fortune Thuillier, pour recueillir du virus. Les lapins sur lesquels on l'expcrimenta moururent
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comme les premiers aubout de quelques hcures. Seulement, il faut dire que, dans cette expe­rience , comme dans la premiere d'ailleurs, la maladie occasionnee n'avait rien de commun avec la rage.
Quelle maladie etait-ce done?
Peut-6tre la septicemie; mais la chose n'a jamais et6 tiree au clair en depit des discussions academiques assez vives auxquelles ces fails donnerent lieu ä l'epoque. Mais ce qu'il y eut de plus singulier encore e'est que le professeur Vulpian ayant eu l'idee d'emplir de salive nor­male — eile provenait d'un de ses aides, — une seringue de Pravaz et d'en inoculer le con-tenu ä des lapins, ceux-ci moururent comme ceux de M. Pasteur et tout aussi promptement.
On essaya d'expliquer le fait sans pouvoir y parvenir et les clioses en sont toujours res-tees lä,.
Voilapour la salive. Voyons maintenant ce qui se passe avec le sang :
Le sang est-il virulent ?
Voici le resume des experiences qui out ete faites pour eclairer cette question, non moins interessante que celle qui vient d'etre examinee:
plusmn;
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Le professeur Eckel, de Vienne, en 1841, ino-cula au nez, auxlfrvres et ala queue d'un mou-ton le sang, encore chaud, d'un bouc atteint de rage. Vingt-cinq jours apres, le mouton ötait malade, mais les symptomes qu'il a presentes n'ont pu etre rattaches ni a la rage ni ä aucune autre maladie connue.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; | i-
Breschet, le savant physiologue, a cherche,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; i |
ä plusieurs reprises, ä faire passer, ä l'aide de la transfusion, le sang d'un chien enrage dans le Systeme circulatoire d'un chien en bonne
!
sante, mais il declare que dans aucune de ses experiences il n'est parvenu ä determiner le de-veloppement de la rage.
Voici par contre, un fait, tres remarquable cite par M. Lafosse, dans son traite de Patho­logie velerinaire :
laquo; M. Canillac, veterinaire dans l'Allier, rap-porte qu'une vache de venue enragee, quarante jours apres avoir ete assaillie par un chien mort
(
de la rage, mit has pendant sa maladie un veau, qui, le troisieme jour de la naissance, presentait aussi les symptomes de la rage. Et, pourtant, on avait pris des precautions pour empöcher lanbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;\ h
vache de lecher son fruit, qui fat allaite pendant
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deux jours par une autre nourrice. Comment le jeune animal a-t-il contracts la maladie? Est-ce par les lechements de sa mere ou par le sang qui leur etait commun pendant qu'il fai-sait, pour ainsi dire, corps avee eile? On nepeut guere s'arreter qu'a cette derniere hypothese, etant donne le pen de temps qui se serait ecoule entre le moment oü la vache aurait leche son veau et celui oü la maladie a fait eclosion. raquo; A cela M. H. Bouley repond non sans raison : laquo; Ge fait unique aurait effectivenient une grande valeur probative si toutes les precau­tions avaient ete prises pour prevenir I'mocu-lation. On a empeclie la vache de lecher son veau; mais il y avait de la have sur la litiere de la vache, les personnes qui out recueilli le veau pouvaient en avoir les mains impregnees On a pu se servir de cette litiere pour le secher plus vite. Dans une question de cette nature on ne saurait se montrer trop exigeant ä l'egard des preuves. raquo;
Si ce fait est discutahle il n'en est pas de meme de celui, beaucoupmoinsconnu, qu'on valire et dont I'interet se trouve encore releve par les poignantescirconstancesqui Font accompagnö:
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C'est ä la Gazetta medica ilaliana que je l'em-prunte :
ün jour le docteur Agostino Marin de Pa-doue, fut mordu par un chien enrage. A cpielque temps de lä, se voyant en proie aux pi'emieres atteintes du mal qu' il redoutait, il se fit herolquement conduire ä I'liopital pour ne pas attrister les siens du spectacle de son agonie. Le professeurF. Lussana qui le soignail tira un peu de sang et l'inocula ä deux chicns. Tons deux moururent de la rage.
Cette experience a une valeur — ä moins, toutefois, qu'on ne se plaise ä admettre que les chiens portaient dejä en eux le gerine de la rage au moment ou ils affrontaient Finoculation du professeur Lussana.
Une autre question maintenant :
La chair est-eile virulente?
Gohier a observe deux cas de rage sur des chiens qui avaient mange des debris provenant d'animaux enrages. Mais rien ne prouve que ces chiens, dont on ne connaissait qu'imparfaite-ment les antecedents, n'avaient pas ete victimes anterieurement de quelque morsure anonyme.
M. Lafosse a repete ces experiences en faisant
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manger ä plusieurs chiens de la chair fralche de boeufs, de moutons et de chiens morts enra­ges , et tons les sujets d'experience se sont con­serves en bonne sante. laquo; Un seul chien, dit le savant clinicien, qui avait consomme de la brebis enragee, mourut au bout de cent cin-quante jours, apres avoir presente des symp-tomes que nous ne pouvons rapporter k aucune maladie connue. raquo;
Puis, etant admise, pour un instant, la conta­gion par l'ingestion de viande provenant d'ani-maux enrages, peut-on en conclure que le virus a 6ie absorbe par la muqueuse des voies diges­tives? Non, ä mon sens. Saifc-on si lesanimaux qui ont servi aux experiences avaient la mu­queuse absolument indemme de toute plaie ou ecorchure? Rienn'est moinsrare, aucontraire, que de remarquer dans la bouche du chien des excoriations faites par les os qu'il s'est efforce de broyer.
Des faits bien etablis semblent prouver, au contraire, qu'on peut impunement consommer la chair des animaux morts de la rage. M. Thou-venin, de Pont-ä-Mousson, pour rassurer des personnes qui avaient mange de la viande dune
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vache enrag-ee, mangea, lui-m6me, un beefs­teak saignant pris sur ie cadavre d'une autre böte qui venait de succomber sous les coups de la rage. M. Decroix, — qui soutient qu'on peut impunement faire usage de la chair des ani-maux malades, quelle que soit la maladie ä la-quelle ils aient succombe, — a mange de la viande crue arrosee de bave, provenant d'une b6te enragee, sans en eprouver aucun malaise.
Autre question encore :
Le lait esl-il virulent ?
Audry rapporte que des paysans out bu pen­dant plusieursj ours le lait d'une vache enragee sans en avoir jamais ete incommodes.
Le professeur Gelle, commissionne par le pre-fet dela Haute-Garonne pour constater l'etat de rage dans lequel se trouvait une vache du can­ton de Gagnac, a observe que plusieurs per-sonnes de ce canton avaient bu du lait de cette vache depuis le debut jusqu'ä la fin de la mala­die, qui n'avaient ressenti aucun effet fAcheux de cette alimentation, malgre qu'elles eussentnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;)/
eprouve une vive frayeur ä la nouvelle que lanbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;•
böte qui leur avait fourni leur lait habituel,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;/,
etait morte de la rage. 11 est vrai qu'on a omis
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de dire si le lait en question a ete consomme apres avoir ou non ete soumis a rebullition, apres avoir ete ou non mele avec d'autres subs­tances, notamment du cafe, ce qui ne laisserait pas que de le modifier considerablement dans ses proprietes.
A cöte de ces faits, Balthazar Timoeus rap-porte qu'un paysan, sa femme, ses enfants et plusieurs autres personnes contracterent la rage pour avoir bu du lait dune vacbe qui en etait atteinte : laquo; Mais quelle croyance accorder a cette observation, — dit le professeur Lafosse, qui rapporte le fait, — lorsqu'on voit son au-teur affirmer que ce paysan et Tame de ses en­fants furent sauves par les remedes qu'on leur fit prendre, tandis que onze personnes ne purent etre arrachees ä la mort! raquo;
Fleming', le savant inspecteur veterinaire de la cavalerie anglaise, cite le cas d'unc negresse qui aurait transmis la rage ä son nourrisson au moyen de son lait; mais, dans ce cas, la maladie ne peut-elle avoir ete transmise ä l'enfant par la salive que la mere deposait sur la figure du petit 6tre dans ses transports d'amour ?
En ce qui me concerne, il m'a ete donne de
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voir une chienne mettre bas au moment oü la rage frappait ses premiers coups, puis allaiter ses petits pendant deux jours sans qu'aucun des jeunes animaux, rpie j'ai conserves pendant trois mois, ait Jamals presente le moindre Symp­tome touchant de pres ou de loin ä la rage.
M. Galtier a inoculö par injection sous-cu-tanee ä quatre lapins le lait d'une chienne en-ragee sans en obtenir le moindre resultat.
II a pareillement inocule inutilement I'hu-meur aqueuse de 1'oeil, le sue de la glande la-crymale et le sue du pancreas.
M. Paul Bert a vu la rage se declarer sur un chien inocule avec de la serosite pulmonaire. Mais e'est lü un cas isole dont on ne pent tirer aucune conclusion.
Mais e'est ä M. Pasteur qu'on doit de connal-tre, aujourd'hui, le veritable siege de la viru­lence. D'apres I'illustre chimiste, e'est dans la trame meine des centres nerveux que reside, porte ä sa plus haute puissance, l'element de la contagion rabique. C'est la surtout qu'il vit et pullule.
Ufaut dire, pour etre juste, que M. Pasteur a ete precede dans cette voie par le professeur
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Rossi, de Turin. laquo; Les nerfs ont ete regardes, disent MM. A. Berard et Denonvilliers (1), par le professeur Rossi comme jouissant de la pro­priety de transmettre la rage lorsqu'ils sont en­core fumants. ML Rossi pretend avoir inocule une fois cette maladie, en introduisant dans une incision un morceau du nerf crural posterieur extirpe ä un chat enrage encore vivant. Cefait, ajoute-t-il est encore unique jusqu'ici et n'a point, ä notre connaissance, ete reproduit : il n'est done pas permis d'en tirer une conclusion generate. raquo;
Mais, je reviens aux experiences de M. Pas­teur.
En depit de toutes ses recherches histo-chi-miques I'habile experimentateur n'est pas en­core parvenu ä decouvrir au sein des parties altereespar lemal la presence d'aucun element vivant, d'aucun microbe; — ce qui tendrait ä prouver, une fois de plus, que les microbes sont plutöt les temoins que les fauteurs des maladies contagieuses.
Quant aux alterations de la substance ner-
(1) Compendium de Chirurgie pratique.
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veuse, dies sont plus ou moins legeres; elles se traduisent par des points moleculaires d'une infmie petitesse, sortes de granulations, — peut-6tre les microzymas de MM. B^champ et Estor, — que M. Pasteur a pu separer de la trame nerveuse, cultiver et, grace ä ses mer-veilleux precedes, transformer en vaccin.
IX.
INOCULATION.
D'apres ce qui precede, on voit que, pour qu'ii y ait contagion, il est necessaire que I'element virulent entre dans I'organisme par effraction : morsure, plaie, ecorchure, piqüre, eraillure, que sais-je encore?
John Hunter cite, en effet, le cas d'un homme devenu enrage pour s'etre fait lecher une dar­tre des levres par son chien.
De meme, le chat peut inoculer la maladie k l'aide de ses griffes souillees de salive.
Le virus alors est absorbe par les vaisseaux sanguins et lymphatiques qui le charrient, ä
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travers Torganisme, jusqu'aux centres nerveux.
C'est du moins la theorie qu'on admet gene-ralement.
11 en est une autre, pourtant, que je ne puis passer sous silence, qui soutient que c'est par les nerfs que le virus arrive jusqu'au cerveau. Celle-ci est due au docteur Duboue, de Pan. Cette facon d'expliquer le mode de transmis­sion de la maladie n'est rien moins que satis-faisante, car je ne crois pas qu'il soit possible de demontrer par quel mecanisme le contagium peut ainsi cheminer ä travers les nerfs, qui ne sont pas, — mais pas du tout, — des organes d'absorption.
laquo; L'impossibilite d'absorber le virus rabique paries muqueuses, dit le professeur Brouardel, est plus contestee. Paulmier, Pascal, Mathieu, etc., rapportent que le contact de la bave d'un chien enrage et des levres de sa victime, qui a embrasse son chien malade, qui a bu an m6me vase, qui a mis dans sa bouche un linge souil-16, quelquefois depuis des mois, par la salive de ranimal, a ete l'occasion du developpement de la rage. Mais nous ferons remarquer qu'au-cune observation recente ne tend ä confirmer
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ces hypotheses, et nous pouvons nous deman-der si quelque fissure des levres ou des genci-ves n'a pas ete la porte d'entree du virus. raquo;
Aussi hien,—plaiesdelamuqueuseä part, — on ne saurait admettre, en raisonnant par ana-logie, que le virus rabique puisse penetrer la membrane qui tapisse la bouche, quand les fails prouvent, de tonte antiquite, que les venins n'ont aucune prise sur eile. Plutarque, dans sa Vie des hommes illustres, ne rapporte-t-il pas que les legionnaires, an temps de Caton d'Utique, etaient suivis par des androldes, appeles Marses et Psylles, charges de sucer les plaies empoisonnees.
D'apres Renault et M. Decroix, qui, comme on I'a vu, out fait ing^rer a des animaux des morceaux de viande imbibes de la have de chien enrage, la muqueuse digestive, — qui, du reste, est organisee, comme on sail, de faconädenaturer les substances organiques, — n'absorberait pas non plus le virus rabique; ä condition, toutefois, qu'elle soil, comme dans le cas precedent, indemne de tonte plaie ou excoriation.
Teln'estpaspourtantl'avis de M. Galtier, qui
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croit que I'element virulent peut traverser les voies dig-estives pour arriver clans I'economie. Yoici comment s'explique ä ce sujetnotre jeune confrere de l'ecole veterinaire de Lyon :
lt;( La rage peut etre transmise par l'ingestion de la matiere rabique, et, bien que le lieu oü se fait rinoculation en pareil cas n'ait pas encore ete determine, il n'en estpas moins demontre qu'il y a danger de contracter la maladie pour toute personne ou tout animal, qui, en quelque circonstance que ce soit, vient ä intro-duire du virus rabique dans les voies diges­tives (1).
INCUBATION.
La periode d'incubation, c'est-ä-dire la duree pendant laquelle le virus peut sejourner i . '#9632;#9632;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;dans I'economie sans faire eclore la rage, est
des plus variables. Elle peut etre de plusieurs
(1) Rccvcilde mcdecine vvk'rinaire, du ISaodt 1881.
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jours ou de plusieurs mois. Elle peut etre abre-gee par certaines influences morales, la peur, la joie, etc., et par les excitations genesiques.
Chez le chien, eile oscille entre cinq et soixante jours. Pourtant, on cite des cas oü eile a dure pendant huit ou neuf mois.
II en est de m6me chez riiomme.
Quelques auteurs out bien avance que le mal pouvait apparaitre le jour meme de lamorsure, temoin Fhistoired'un jeune homme qui,mordu par un chien enrage le matin de ses noces, passa la journee ä se divertir, et le lendemain fut trouve dans un tel accös de rage qu'il mor-dait le ventre de sa femme, dont il avait les intestins enroiiles autour du bras. Mais, comme se le demande justement M. Brouardel, qui rapporte le fait, etait-ce bien la rage ? N'etait-ce pas plutöt un acces de folie furieuse?
Aussi bien, les resultats del'enqu^te du Co-mite d'hygiene, de 1862 ä 1872, —enquete qui ne porte pas sur moins de cent soixante-dix cas bien observes, — dem outre que la maladie s'est declar^e cent quarante-sept fois dans les trois premiers mois qui out suivi la morsure, et vingt-trois fois seulement ä une epoque plus eloignee.
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En resume, la rage survient le plus souvent dans le cours du second mois qui suit I'inocu-lation. Elle est rare apres le troisieme mois, et ce n'est que tres exceptionnellement qu'elle at­tend six mois avant d'eclore.
Et, maintenant, a quelles causes faut-il attri-huer cette variabilite de la dureede I'incubation du virus? Tient-elle au virus lui-m6me, on bien procede-t-elle des conditions individuelles dans lesquelles peuvent se trouver, apres morsure, les sujets contamines? C'est ce que je veux examiner.
On admet generalement aujourd'hui, — nombre de faits semblent le prouver — que certaines influences morales sont susceptibles de hater l'avenement du mal chez un chien marque par I'inoculation.
Entre autres faits, les trois qu'a rapportes M. Brissi, veterinaire derarmee, dans le Recueil de medecine velerinaire (15 octobre 81) ne sont pas les moins curieux :
Le premier a trait ä un chien tenu en sus­picion ä la suite d'une morsure rabique, chez lequel la rage s'abattit brutalement apres une immersion forcee dans une riviere.
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Le second porte sur un pauvre animal devenu suspect, lui aussi, ä la suite d'une morsure qui lui avait et6 infligee par un de ses congeneres atteint de rage. On le condamna, pour cela, ä trois mois de prison qu'il subit dans las höpitaux d'Alfort. Sapeine finie, il venait d'6tre mis en liberte et, ivre de bonheur, saluait de ses aboiements joyeux son retour ä la vie d'au-trefois, quand le mal vint le saisir et l'em porter.
Dans le troisieme, on voit un chien de berger victime egalement d'une morsure rabique, le-quel ne presente rien d'anormal jusqu'au jour oü un braque querelleur vient fondre sur lui et le provoque au combat. Une bataiile s'ensuit, terrible, apres laquelle on constate cliez notre suspect les premiers signes de la rage.
Voilä pour le chien. Voici maintenant pour I'liomme :
laquo; Un nomme Jacquelin, rapporte Trolliet [Diciionnaire en 60 volumes), fut appele laquo; reste de chien enrage raquo; quarante jours apres la mor­sure que lui fit une chienne hydrophobe : ilresta interdit, se rendit tristement ä la maison, se plaignit de grandes douleurs dans la blessure
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7*2nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
et fut aussit6t saisi des premiers symptömes de la rage, dont il mourüt le quaranti^me jour. raquo;
On lit dans la Gazette des höpilaux, annee 1868 :
laquo; Ily a trois semaines, une femmefut mordue au visag-e par un chien de chasse. Elle entra dans le service de M. Maisonneuve, qui, vu le siege de la blessure, se borna ä la laver avec I'acide phenique. Unit jours apres, les plaies etaient cicatrisees.
laquo; Cette femme ne se preoccupait en aucune maniere de cet accident, lorsqu'un homme, pres duquel eile passait, s'ecria en la regardant:
— laquo; Tiens, eile n'est done pas encore en-ragee? raquo;
laquo; Elle rentra tristement chez eile, eprouva quelques difficultes a avaler les boissons, re-tournaä lIIotel-Dieu, futadmise dans le service de M. Bucquoy, oü eile succomba, huit jours apres, ä des accidents rabiquesbien evidents. raquo;
Une autre question :
La duree de la periode d'incubation peut-elle tenir aux conditions personnelles dans les-quelles se trouvent les individus mordus?
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— Peut-6tre.
Tel est, du moins, I'avis d'uncertain nombre de cliniciens.
G'est ainsi que Wirchow, Chomel, Tardieu ont admis, -—ce dernier d'apramp;s des documents recueillis de 1862 ä 1872 par le Comite d'hy-giene, — que la duree de l'incubation est plus courte chez les enfants que chez les adultes.
En effet, chez :
Enfants : 8 de 2 ü 13 ans, l'incubalioii a time 13 jours.
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 dc 3 a 3 ans 1/2,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; —nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 15nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 de 11 ans 1/2,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 19nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 2 de 3 ä 11 ans 1/2,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; —nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 20nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 de 13 ans,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 23nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 de 5 ans,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 25nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 de II ans 1/2,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 29nbsp; nbsp; nbsp;—
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 de 2 ans 1/2,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 30nbsp; nbsp; nbsp; —
laquo; Ce n'est pas lä, sans doute, une loi abso-lue, - dit M. Tardieu, — car nous avons note d'autres cas ou, chez des enfants de deux a trois ans, l'incubation a ete de trente, quarante jours et plus. Mais il y a, certainement dans le fait que nous avons releve une parlicularile qu'il n'est pas permis de considerer comme imignißante
-' #9632;#9632;-—--- -nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ----------------------._._____________-..-:.., ^-__________ ---^—quot;-—
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74nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA KAGK.
el qui eclaire cerlainemenl un point de l'histoire pathogenique de la rage. raquo;
Chez les adultes, au contraire , la duree moyenne de l'incubation est de soixante-sept jours.
Mais ce n'est pas tout.
Au jugement de M. Brouardel, que je me plais k citer, le siege de la morsure aurait sur la duree de l'incubation une influence non moins marquee que I'Age. U resulte d'un tableau comparatif, soigneusement etabli par le savant medecin-legiste, que cette duree est representee par une moyenne de quarante-liuit jours pour les morsures faites au visage, tandis qu'elle atteint une moyenne de soixante-neuf jours pour les morsures s'adressant auxmembres.
Le docteur Duboue, de Pan, s'appuyant sur ces donnees statistiques, admet que la princi-pale cause qui fait varier la duree de la periode d'incubation est la distance qui existe entre la morsure et le bulbe racbidien.
J'ai parle, dans un precedent chapitre de la theorie de M. Duboue. J'ai dit que ce medecin-physiologue soutient que les nerfs seuls servent de conducteurs au virus, et cela parce qu'il est
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impossible d'expliquer, ä. l'aide de la transmis­sion par la voie sanguine, la lenteur dansl'ab-sorption si accusee dans certains cas. Comment se fait-il, se demande M. Duboue, que le virus rabique mette des mois ä se faire charrier par le sangjusqu'au bulbe, tandis que les poisons, les venins sont absorbes en quelques minutes et quelquefois avec une rapidite foudroyante? Comment expliquer que le sang des enrages ne soit pas toujours virulent, comme paraissent I'etablir les experiences les plus s^rieuses? Com­ment expliquer I'efficacite relative de la caute­risation tardive de la plaie? Comment?...
Tout cela est, en effet, il faut I'avouer difficile-ment explicable.
C'estpourquoi M. Duboue a imagine latheorie nerveuse et il nous montre, comme je l'ai deja dit, le virus rabique cheminant le long des nerfs et finalement arrivantau bulbe, aprös un trajet variable, suivant que le point oü a penetre la dent chargee plus ou moins du poison rabique se trouve plus ou moins eloigne de la partie terminale de l'encepliale.
D'ou il suit, —jene veuxpas, qu'onle croie bien, badiner en un aussi grave sujet, —que.
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chez un lapin mordu au cou, par exemple, la duree de l'incubation ne doit etre fatalement que de quelques jours; tandis que chez une girafe, atteinte au paturon, le virus, force de mettre, pour arriver jusqu'au bulbe, un temps proportionne 4 la distance relativement prodi-gieuse qui existe entre la region confinant au sabot, et celle oü s'emmanche la nuque chez cet animal, la maladie ne devrait, dis-je, faire acte d'avenement qu'au bout de plusieurs mois.
Mais aucune experience n'a ete faite dans ce sens.
Pour revenir ä la premiere partie de la ques­tion, —j'entends parier de l'influence de l'iYge sur la duree de l'incubation, — le fait s'ex-plique :
La plupart des enfants attaqu^s par un einen enrage sont, en raison de l'exigulite de leur taille, mordus k la figure et aux mains. Et puis, dans les villages, e'est souvent ä la sortie de l'^cole, comme l'a signale justement M. Phi­lippe Heu, quand ils sont rassemblös pour termi-nerpar dejoyeux ebatslajourn^e scolaire, avant que chacun ne reprenne le chemin de lamaison, que les pauvres petits se trouvent surpris par
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les attaques de la böte, dont la rage se trouve encore excitee par leurs cris.
Tout ceci se trouve confirme par les experien­ces de M. Pasteur puisant le virus ä sa source rapine, — c'est-ä-dire dans le cerveau, — puis, le portant dans le milieu organique oü il pul-lule avec le plus d'intensite, — c'est-ä-dire tou-jours dans le cerveau —et constatant finale-ment que l'inoculation a lieu ä tout coup et cela apres un temps d'incubation tres court.
Ainsi s'expliquent egalement certaines dif­ferences dans la duree de I'mcubation qu'on ne savait ä quelles circonstances rapporter, comme dans le cas suivant :
laquo; Dans la nuit du 27janvier, rapportait, ily a quelques annees, le Courrier de Vilna, un loup enrage penetrant dans le village d'Ewan-guliensenvic, y mordit trente-cinq hommes et vingt-trois femmes, apres qu'il venait de de-vorer un juif et quatre autres personnes ail-leurs. Le proprietaire du village, M. Resen, recut ces cinquante-huit victimes dans son cha­teau, oü elles furent placees separement, selon la gravite de leurs blessures. Apres le lavage des plaies avec une solution de potasse caus-
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tique, on donnait trois cuillerees ä cafe, par jour, de poudre de piloseille et une cuilleree, matin et soir, d'un melange de limaille de plomb et de cuivre, remade auquel les habitants attribuent une grande propriete, etc.
;
laquo; Le premier cas de mort eut lieu le 16 fe-vrier, vingt jours aprfes l'evönement, et le der­nier apres plus de six mois; trente-neuf per-sonnes, dont vingt-quatre hommes et quinze
femmes, succomberent ainsi, — le reste sur-vecut. raquo;
Un fait analogue a ete constate en France
au siecle dernier.
Au mois de mai 1784, un loup enrage mor-dit dix-sept personnes, pres de Dives. Dix
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eurent la rage, savoir : la premiere, le quin-zieme jour apres sa morsure ; la deuxieme, le dix-huitieme jour; la troisieme, le dix-neu-viemejour, etc.; ladixiamp;ne, enfin, le soixante-
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huitieme jour.
11 faut remarquer que, dans ce cas, I'ordre dans lequel sent morts les malades est preci-sement celui dans lequel ils ont ete mordus. Est-ce que le virus n'avait pas perdu, apres chaque morsure, un pen de son intensite, jus-
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qu'ä attenuation complete? Car, enfin, ceux qui ont ete atteints les derniers par la dent de l'a-nimal n'ont pas succombe. Ce pent 6tre, mais qui oserait Taffirmer?
Ce n'est pas tout encore. La nature du virus pent, eile aussi, — d'apres M. Pasteur, — in-fluer sur la duree de la periode d'incubation.
On lit, en effet, dans une de ses communi­cations k l'Academie des sciences ;
lt;( Nous possedons, dit-il, presentement un virus qui donne la rage au lapin, en 7 ou 8 heures, avec une Constance si grande, qu'on peut assigner, k quelques heures pres, pour ainsi dire, la duree de 1'incubation, mesuree par un changement dans la temperature ou par l'apparition des premiers symptömes rabi-ques exterieurs. Nous possedons egalement un virus rabique qui donne la rage aux cobayes en 5 ou 6 jours, avec moins de certitude dans la duree de l'incubation. raquo;
U n'est pas — toujours d'apres I'illustre chimiste, — jusqu'ä la quantite m6me du virus qui n'ait quelque influence sur la duree de son sejour dans Teconomie avant I'eclosion du mal.
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Aussi la rage n'apparalt jamais qu'ä tres longue echeance quand rinoculation a ete pra-tiquee avec de petites quantity de matiere vi­rulente. Meme, la maladie n'apparait plus du tout — ce qui n'etonnera personne — quand le virus est reduit ä d'infimes proportions.
Mais qu'on ne croie pas pour cela qua le sujet soit vaccine. Non pas. Encore bien que l'inocu-lation soit demeuree sans effet, eile ne procure pas Fimmunite pour cela, car la rage peut toujours etre provoquee sous l'action d'une inoculation intensive.
A cote de cela quelques auteurs soutiennent que certaines conditions individuelles sem-blent prolonger la duree de l'incubation, telles sont: la grossesse d'apres Spinola et P. Rüge (1) et l'embonpoint selon le docteur Menecier (de Marseille).
(1) Revue des sciences mödicales, 1873.
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XI.
LA CONSERVABILITE DU VIRUS.
Pendant longtemps on a cru que le virus rabique perdait immediatement apres la mort toute son action nocive.
Morte la bite, mort le venin. Get adage dont on saluait avec empressement le cadavre d'une b6te enragee est ä mettre au rancart, ainsi qu'en temoignent les experiences du regrette Maurice Raynaud, de M. Galtier de Lyon et de M. Pasteur.
Ayant dans son service, ä l'höpital Lariboi-siere un malheureux atteint de rage confirmee, Maurice Raynaud eut l'idee de transmettre le mal ä des lapins.
Un premier fut inocule avec le sang du ma­lade, — mais sans resultat. Un second inocule avec sa salive mourut enrage. A l'autopsie, praliquee trcnle-six heures apres la mort, on re-cueillit les deux glandes sous-maxillaires dont on introduisit des fragments sous la peau d'au-
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tres lapins : ceux-ci perirent egalement de la rage.
M. Galtier, qui a institue des experiences analogues, declare que la salive d'un chien enrage pent conserver sa virulence pendant un certain temps, — au moins, vingt-quatre heures apres la mort. D'oü le conseil ä ceux qui feront des autopsies de ne jamais perdre de vue les mesures de precaution que com-mande toujours une pareille operation quand il s'agit d'une affection contagieuse.
M. Pasteur assure, de son cöte, que le virus pent conserver sa virulence dans l'encephale et dans la moelle pendant plusieurs semaines lorsque la putrefaction des cadavres est empe-chee par une temperature comprise entre 0deg; et 12deg;.
laquo; Nous avons reconnu, dit-il, que le virus enferme dans des tubes scelles ä la lampe, se conservait egalement pendant trois semaines et un mois, meme aux temperatures de l'ete. raquo;
Tels sont les fails reveles par l'experimen-tation.
Mais il faut r^pudier certaines interpreta­tions raises en avant par des esprits trop amis
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du merveilleux; je veux parier des exemples cites par Enaux et Chaussier, dans lesquels plusieurs personnes auraient pris la rage en se moucliant avec du linge souille de la bave d'animaux enrages.
D'apres Ccelius Aurelianus, une couturiere aurait eprouve le m6me sort apres s'6tre ser-vie de ses dents pour decoudre le manteau d'un homme mort de la rage. Enfin, cette ma-ladie aurait ete aussi produite par la piqüre faite par un couteau de chasse, qui, plusieurs annees avant, avait servi ä tuer une bete en-ragee.
II suffit du plus simple bon sens pour faire justice de pareils racontars.
XII.
LESIONS.
La rage laisse-t-elle, apres eile, sur le ca-davre des alterations suffisamment caracteris-tiques pour la denoncer?
Devant cette question, les plus savants s'ar-
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retent. Seul, M. Pasteur al'firme que si on lui presentait un cerveau rabique et im cerveau sain, il saurait dire ä l'examen microscopique de la substance des deux bulbes laquo; celui qui est rabique et celui qui ne Test pas raquo;.
Ce n'est pas k dire que l'auteur de la theorie des germes soit le seul qui p retende avoir ren­contre au sein de la substance nerveuse des lesions pathognomoniques — pour parier le langage medical, — mais il est le seul qui appuie sa decouverte d'une pareille assurance.
C'est lä, on ne saurait le nier, un fait con­siderable.
Jusqu'alors la certitude du mal ne pouvait s'acquerir que par Texamen des symptömes observes sur I'animal vivant, — les alterations du cadavre ne pouvant jamais autoriser que la presomption. Ce n'est pas que ces altera­tions ne soient pas nombreuses. Si fait. Mais dies sont, en propre, la caracteristique de l'asphyxie, I'etape derniere par laquelle pas-sent les enrages avant de mourir.
Et le scalpel et le microscope demeuraient confondus de lours vaines investigations!
Ces lesions caracteristiques de la rage, —
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lesions qu'on peut appeler primitives pour les distinguer des autres, — frappent le tissu ner-veux lui-meme et se traduisent par une mo­dification de substance apercevable seulement au microscope.
Selon le professeur Benedikt (de Vienne), ces alterations figurent de petits foyers miliaires • constitues par le tissu cerebral laquo; en etat de disorganisation granulaire gt;gt;.
Au rapport de M. W.-B. Chcable, la seule alteration qui puisse denoncer la maladie est l'opacite des cellules nerveuses de la protube­rance et de la moelle.
Pour M. Polaillon, c'est l'aspect dechiquete de ces cellules dont quelques-unes sont re-duites a un etat granulaire.
M. Pasteur, lui, n'a rencontre que des gra­nulations moleculaires qu'il parvient ä isoler de la substance mere.
Somme tonte, les alterations propres que laisse le mal apres lui seraient une opacite des cellules nerveuses, bientöt suivie de leur desagregation et de leur transformation en fines granulations isolables et cultivables dans un milieu appropriö.
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Cette decomposition de la substance ner-veuse, produite par l'effet du virus, ne tarde pas amp; amener, comme alterations secondaires, toute uns serie de phenomönes congestifs, tels : l'afflux du sang dans les enveloppes cerebra-les et l'accumulation de globules blancs dans le tissu interstitiel du cerveau et dans les gaines qni entourent les vaisseaux. D'ou I'in-duration d'abord, puis le ramollissement du cerveau, — suivant que la maladie a dure plus ou moins de temps.
A cöte de ces lesions secondaires, propres au cerveau, il en est d'autres qu'on rencontre reparties un peu dans tons les organes.
Teiles sont principalement celles de l'appa-reil digestif. On trouve la muqueuse de la bouche rouge, violacee, souvent excoriee par les corps etrangers que I'animal a laceres ; les ganglions de la gorge congestionnes, parfois plus ou moins ramollis; lestomac, I'mtestia et, dans quelques cas, l'oesopbage pleins de matieres de toute nature et etrangeres ä Tali-mentation.
La constatation de cette accumulation de corps etrangers avait son importance — encore
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bien qu'elle ne piit conduire ä la certitude absolue, — avant que les recherches histolo-giques n'eussent permis de decouvrir les le­sions primitives de la rage, — lesions dont je me suis efforce de donner plus haut une courte et fidele description.
J'ajouterai, pour terminer brievement la no­menclature des alterations secondaires, qu'on rencontre encore le foie et la rate congestion-nes ; la muqueuse des voies respiratoires rouge et parsem^e de suffusions sanguines; le tissu des reins rempli de sang; la vessie souvent vide et ratatinee.
XIII.
LA NATURE DE LA RAGE.
On l'a vu par tout ce qui precede, aussi bien par l'expression des symptömes que par la physionomie des alterations afferentes au cer-veau, la rage est une maladie du Systeme ner-veux central.
En outre, la rage est une maladie conta-gieuse, mais exempte de microbe. Ce qui tend
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ä montrer, une fois de plus, — comme je l'ai fait remarquer dhs le debut de ce travail, — que le microbe n'est pastoujours I'mfime genie malfaisant auquel il faut fatalement rapporter toutes les maladies contagieuses, — celles des betes comme celles des gens.
Voici done enfin une affection ä propos de laquelle on pent parier virus sans qu'on vous reponde microbe; aborder cette grande ques­tion de la vaccinification de la matiere virulente sans qu'on entame l'etonnant chapitre de la domestication des germes.
Maintenant ce virus est-il constitue par la septine, comme le croit Panum, ou par un fer­ment, selon l'opinion de Plinio Schwardt? C'est la une question ä laquelle je ne me charge pas de repondre.
C'est, on 1'a vu, en se portant au cerveau — son vrai foyer de pullulation, — par un mode de cheminement qui n'est pas encore explique, ct aprcs un temps plus ou moins long, que le virus, qui a penetre par efFraction dans I'eco-nomie, fait eclater le mal.
Mais la modalite des accidents nerveux qui se montrent alors varie suivant les points de
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la substance cerebrale oü relement conta-gieux a principalement fait sentir son action — action qui s'affirme, je l'ai dit, par une cle-sagregation du tissu nerveux.
On sait en effet que les masses nerveuses en-fermees dans le cräne n'ont pas en toutes leurs parties le m6me röle fonctionnel.
Mais pourquoi le contagium se porte-t-il ici plutöt que lä? Cc pourquoi l'expliquera-t-on jamais! Qioi qu'il en soit, le faltest inde-niable : la matiere virulente arrivee en un point quelconque du cerveau en provoque la desa-gregation et, alors, suivant le point attaque, le mal se traduit par des phenomenes d'excitation ou se denoue par des symptömes de paralysie.
XIV.
LA RAGE CHEZ LES DIFVERENTES ESPECES AIS'IMALES.
La rage, ai-je dit, peut se transmettre ä toutes les especes animates. Elle a ete, en effet, ob-serv^e chez le loup, le renard, le chat, le porc,
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le cheval, 1c boeaf, le chameau, le mouton, le lapin, le cochon cTInde, le rat, — voire chez les oiseaux.
Je veux jeter, ne fut-ce qu'en passant, un coup d'oeil rapide sur les differentes modifica­tions qu'elle pent presenter d'apres l'organisa-tion des animaux auxquels eile s'attaque :
C'est ainsi que le chat enrage se sert plutot de ses griffes que de ses dents. U n'en est pas moins dangereux pour cela, car les griffes, chargees de virus, peuvent, plus facilement encore que les dents, entrer profondement dans les chairs. De plus, sa voix comme celle du chien se modifie. Son miaulement se fait en­tendre rauque, etrangle, convulsif.
Le cheval enrage est agite, mais cherche ra-rement k mordre. Ce n'est que sous le coup des paroxysmes qu'il fait usage de ses dents et plus souvent encore de ses pieds.
Le boeuf pousse des mugissements sourds, gratte le sol et cherche ä frapper avec ses cornes quandon s'approche de lui.
Les symptomes sont k peu pros les m6mes chez le mouton; il cherche constamment k heurter du front les objets qui l'excitent.
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Le pore grogne, cherche ä mordre et l'ouille le sol de son groin.
Chez tons les paroxysmes et les envies de mordre sont provoques par la vue du chien.
Ceci dit sommairement sur les differences que presente la rage etudiee chez nos diffe-rents animaux domestiques, je veux etudier une question pleine d'interöt et que se sont posee bon nombre de cliniciens :
Le virus rabique perd-il de son action nocive en traversant differents organismes?
— Oui, croit-on gen6ralement.
Un medecin Italien, Gapello, a institue une serie d'experiences, dans lesquelles il est par­venu ci faire passer successivement par plusieurs organismes differents le virus rabique, puise d'abord k une source unique. Ce virus, — comme I'attestent encore les experiences de M. Rey, un ancien professeur de l'Ecole vamp;eri-naire de Lyon, — a paru agir avec moins d'ac-tion sur les derniers animaux inocul^s que sur les premiers auxquels on a fait sentir son ac­tion.
laquo; II est ä presumer, dit le professeur Lafosse, que les premieres morsures d'un animal enrage
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sont plus dangereuses que celles qu'il fait en-suite, surtout si c'est k des intervalles rappro-ches; car les dents qui se sont essuyees aux premieres morsures en penetrant dans les tissus vifs ou non, peuvent ne plus ^tre im-pregnees de salive lorsque s'effectuent les sui-vantes. raquo;
A mon avis, cela est vrai. Mais il est encore une autre circonstance, dont les auteurs ne me paraissent pas avoir tenu un compte süffisant, et qui, eile aussi, peut s'opposer, dans une cer-taine mesure, ä l'inoculation du mal; j'entends parier de l'etat d'inflammation excessive dans lequel setrouve, ä certaine periode de la rage, toute la muqueuse buccale, et qui fait que Fin-terieur de la gueule, au lieu d'6tre baigne par la salive, se montre rouge et sec comme si la secretion de cette derniere etait momentane-ment tarie.
Dans ces conditions, s'il y a morsure, la dent penetre dans les chairs des gens ou des betes mordus, veuve de tout virus, partant indemne de toute souillure contagieuse, — cela va de soi. Mais il s'agit ici du virus parcourant successi-vement plusieurs organismes, appartenant tous
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ä la möme espece animale, — c'est-ä-dire ense-mencant le meme terrain.
Maintenant, ce qu'il faut savoir, c'est si le virus, en changeant de milieu, c'est-ä-dire en passant d'une espece animale ä une autre, est susceptible de voir augmenter ou diminuer sa puissance.
Les seules recherches qni aient ete reelle-ment instituees dans ce sens sont dues ä M. Pas­teur.
U rösulte, comme on le verra plus loin, des dernieres experiences de ce savant, que si Ton inocule le virus recueilli sur le chien ä quelque rongeur, lapin ou cobaye, et de Tun de ceux-ci ä un autre lapin ou ä un autre cobaye, le virus alors s'exalte et acquiert une intensite mortelle. Que si l'on inocule ce virus rabique — encore pris sur le chien — ä un singe et de celui-ci ü un autre singe, et ainsi de suite, le virus finit par s'attenuer manifestement en passant par ce quadrumane.
U s'attenue si bien que si l'on vient a l'ino-culer au chien, il ne communique plus c\ ce dernier, — encore que le terrain lui soit pro-pice, — qu'une rage ebauchee, dont l'aniinal
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ne meurt pas et qui le rend desormais refrac-taire aux virus les plus puissants — voire a celui dont est chargöe la dent du chien qui, en rupture de domicile et sous l'imperieux incilus du mal, parcourt les rues avec fureur quserens quem devoret.
D'oü il suit qu'on pourrait done laquo; vacciner raquo; le chien contre la rage, et comme c'est de cet animal que procede toujours primitivement le terrible mal, mettre desormais rhomme et les animaux k l'abri de ses atteintes.
Voilä le probleme dont M. Pasteur vient de trouver la solution.
XV.
L HEREDITK DE LA RAGE.
Une grosse question :
La rage est-elle hereditaire?
Je necrois pas qu'on puisse, quant a präsent, du moins, repondre ä cette interrogation d'une facon satisfaisante.
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II faudrait pour cela que l'experimentation eutprononce. Etil n'en est rien.
A part les deux faits signales par M. Gibier, le preparateur de M. H. Bouley, au Museum, et celui relate dans le Recueil de medecine veleri-naire, du 15 janvier 1884, par M. Liard, je ne connais, actuellement, aucune autre observa­tion susceptible de jeter quelque jour sur cette question si hautement interessante.
M. Gibier, lui, a Fair de croire fermement que la rage peut se transmettre de la m^re au foetus, et il invoque ^ l'appui de son opinion les deux faits qui suivent :
Dans le premier, il est question d'une lapine qui meurt dix-sept jours apres avoir ete inoculee de la rage et apres avoir mis bas plusieurs petits qui sont immediatement confies ä une autre lapine, chargee de les allaiter. Les choses vont ainsi pendant quelques jours, puis les nourrissons sont pris de convulsions et meurent tous jusqu'au dernier. Mais qu'etaient-ce que ces convulsions ? M. Gibier ne nous le dit pas. Pourtant, il n'ignore pas que les convulsions ne constituent pas ä elles seules une maladie; qu'elles sont toujours, dans le jeune Age sur-
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tout, un phenomeue symptomatique dont la signification est, d'ailleurs, entierement va­riable.
Et puis, il s'agit, en l'espece du lapin; du lapin, b6te a surprises s'il en fut, et dont on a le tort de vouloir faire, dans tous les labo-ratoires, Tanimal-reactif par excellence — te-moins ceux qu'inocula M. Pasteur avec du mucus bronchique provenant d'enfants morts enrages.
Ceslapins, on se le rappelie, succomberent a une maladie d'essence sisinguliere qu'ellen'a pas encore trouve place, ä l'heure actuelle, dans le cadre nosologique.
Le second cas, mentionne par M. Gibier, a trait ä deuxlapins — toujours eux! —qui sont inocules avec du virus pris dans la matiere cerebrale d'un foetus trouve a I'autopsie d'une lapine morte apres inoculation de la rage et qui succombent au bout de peu de jours. Cette fois encore, M. Gibier a neglige de nous donner communication des symptömes et des altera­tions morbides presentes par les deux sujets d'experience dont il a ainsi provoque la mort.
D'un autre cute, M. Liard,plus haut nomme,
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invoque contre l'heredite le fait d'une jument morte de la rage, qui a allaite son poulain pendant toute la duree de la periode d'incu-bation, sans que celui-ci ait jamais montre, de pres ou de loin, le moindre accident sympto-matique se rapportant ä larage.
Tels sont les faits. La question, je le repete, a encore besoin d'Mre etudiee.
XVI.
LA RAGE EST-ELLE CURABLE?
Encore que la therapeutique, malgre tous ses efforts et le nombre des substances qu'elle a tour ä tour prönees, n'ait pu jusqu'ä present repondre ä* cette interrogation, ce n'est pas une raison pour se resigner a croire que la science soit ä tout jamais impuissante ä pour-suivre l'extinction du terrible mal.
Je n'entends parier, en ce moment, que du traitement curatif et non du traitement pre-ventif par la vaccination, dont l'etude trouvera sa place plus loin.
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Et je reprendsma question : La rage est-elle curable ?
Voici ce qu'on lit ä ce propos dans le Dic-tionnaire general de medecine et de Chirurgie, publie ä Lyon en 1850 par les professeurs Le-cocq, Rey, Tisserand et Tabourin : laquo; On a ob­serve ä l'Ecole vetörinaire de Lyon plusieurs cas de guerison de rage par les seuls efforts de la nature. raquo;
A cote de cette attestation donn^e par le corps professoral de l'Ecole veterinaire de Lyon, il faut placer d'autres faits de guerison relates par des hommes tout aussi dignes de foi que ceux dont je viens d'ecrire les noms. Je citerai entre autres ceux qu'a publies M. De-croix dans l'Abeille medicale, puis encore ceux qu'a relates Mr Harold Leaney dans le Veteri­nary Journal et entin les curieuses observations dont le docteur Menessier, de Marseille , a en-tretenu la Societe de medecine veterinaire pra­tique, dans sa seance du 13 avril 1880, en l'appuyant, comme on va le voir, de quelques donnees experimentales :
laquo; Dans les premiers temps oü je faisais des experiences sur les animaux enrages, dit
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M. Menessier, il m'etait arrive que des chiens inocules, refusant de manger, devenus tristes, agiles et irascibles, sans cause bien deter-minee, reprenaient apres quelques jours leur premiere physionomie. Pendant ce que j'ap-pelais alors leur courte indisposition, je les avals surpris cependant mordant leur voisin de chalne. Quelques semaines plus tard, j'e-tais tres etonne de voir ces derniers devenir enrages et mourir, alors que les premiers con-tinuaient de se bien porter.
laquo; Trois chiens etaient ainsi morts enrages dans mon chenil a la suite des m6mes obser­vations : Je ne savais qu'en penser, lorsque sur ces entrefaites, ayant du faire changer la disposition du local de mes experiences, je pus bientut m'eclairer completement sur cette question. — En effet, le 14 juin 1864 Tun de mes chiens inocules devenait triste et refusait sa nourriture; blotti an fond de sa cage, il fit entendre des le soir plusieurs aboiements caracteristiques. Le lendemain, il passa une partie de la journee ä ronger les angles de sa cellule. La pupille est dilatee, les mAchoires ne serrent qu'avec difficulte , il plonge souvent
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le rauseau clans l'eau de l'abreuvoir sans lap­per. Je diagnostique la rage.
laquo; Le 16, ä dix heures, je trouve l'animal couche sur le flanc, la litiere bouleversee de­note une scene d'agitation extreme. II est place dans le coin le plus recule et le plus obscur de sa cage. Dans cette position, je le crois mort et j'introduis un crochet de fer pour l'attirer vers moi. Mais ä peine apercoit-il l'instrument qu'il se leve et le saisit entre les dents. Je re-cueille a ce moment de la salive et l'mocule ä un lapin et ä deux chiens, en distribuant (commej'ai couturae dele faire), les piqüres sur le nez, les oreilles et les cuisses. Dans la nuit du 18, l'animal avait bu toute l'eau de son abreuvoir. II est reste couche toute la journee. Le soir, ä six heures, lorsqu'on lui presente du pain trempe, il s'approche et en mange quelques morceaux. Bientöt apres 11 est pris d'efforts de vomissements, mais il ne rend qu'une salive striee d'un sang brunätre. Le 19, ä ma visite, l'animal se presente devant la grille, la tete basse et agitant timidement la queue. II se dresse cependant sur ses pattes de derriere et me presente une gueule tres injec-
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tee, qui laisse decouler sur les cötes une salive peu abonclante. Lui presentant une barre de bois, il se retire aussitöt sans la mordre. Son appetit est meilleur. Le 21, le chien ne mani­feste plus qu'un peu de lassitude. Son aboie-ment faible, est moral. Les jours suivants, il reprend peu ä peu toutes les allures de l'animal enparfaite sante. Je l'ai garde encore plusieurs mois dans le chenil sans autre accident. raquo;
Les lapins inocules sont tous morts de la rage, Tun au bout de cpiarante-huit jours, l'autre le cinquante-troisieme jour et le troi-sieme, le soixantieme jour.
Ces faits, qui, ä l'epoque oü ils furent pour la premiere fois portes ä la connaissance ge­nerate, ne laisserent pas que de provoquer quelque surprise, pour ne pas dire plus , pa-raissent aujourdhui plus recevables depuis que I'experimentation, qui les a vus se repro-duire, — dans d'autres conditions, il est vrai, — a rappele sur eux Tattention des savants.
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XVII.
DU TRAITEMENT DE LA RAGE.
J'aborde maintenant un des points les plus interessants de mon sujet :
Existe-t-il, ä l'heure presente, un traitement susceptible d'enrayer dans sa marche cette epouvantable maladie ?
Je n'hesite pas ä repondre : non.
Les mille et millc medicaments employes depuis des siecles, tous ceux que conseille en­core journellement l'ignorance on la mode, sont egalement restes inefficaces, et n'ont servi qu'ä montrer ä quel degre peut attcindre la credulite des hommes.
Mais, 11 faut bien l'avouer, si l'insucces a ete, dans tous les cas, le couronnement des traitements multiples mis en usage jusqu'a ce jour, cela tient peut-etre a ce que au lieu d'ins-tituer un plan general et rationnel de traite­ment, on s'est adresse, sans discernement, ä toutes sortes de medicaments, qui n'avaient
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pour eux que la vogue ou leur etrangete I
On cite , on vient de le voir, quelques cas de guerison de rage, mais ils se sont produits, pour ceux qui les acceptent, sous les seuls ef­forts de la nature.
Je reviens, pour memoire, encore que je ne veuille pas les enumerer tous, aux moyens preconises dans le traitement de la rage. Un pareil inventaire , en depit des insucces cons­tates, ne saurait 6tre inutile, n'eüt-il pour effet que d'empecher les guerisseurs de l'a-venir de s'engager dans des voies que bien d'autres ont parcourues sans succes.
Pour mieux diviser mon sujet, je vais d'a-bord indiquer les remedes prescrits pour l'u-sage externe, c'est-ä-dire pour le pansement des morsures; puis, j'examinerai ceux qui ont ete conseilles pour l'interieur.
Remedes externes. — Parmi ceux-ci il en est un qui a eu des partisans celebres, c'cst l'am-moniaque ou alcali volatil.
Un autre remede, non moins fameux, pre-conise par Dessault, fut le mercure qu'on em-ployait en frictions jusqua ce qu'on füt arrive a une salivation abondante.
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Puis, ce fut le tour du beurre cl'antimoine, de l'acide plienique.
Malheureusement, la statistique, avec sa brutalite habituelle, a enregistre autant de preservations par l'expectation que par l'inter-vention de ces medicaments.
U n'est pas de remede qu'on n'ait essaye contre la rage. On a demande aux pays les plus lointains leurs productions les plus etran-ges — avec le meme insucces toujours. Le hoang-nan, lui-meme, qui, pendant quelque temps, a fixe rattention de quelques cliniciens de grande marque, a du etre mis au rancart apres une Serie d'experiences infructueuses.
Malgre cette impuissance de la therapeu-tique, le röle du medecin n'en a pas moins une certaine importance, car il est, apres morsu-res, certaines indications k remplir qui de-coulent forcement des faits que j'ai precedem-ment exposes.
Ces indications, qui ont ete parfaitement de-finies par le docteur Duboue, de Pan, consis­tent ;
1deg; A detruirc le virus surplace;
2deg; A l'empecher d'arrher jusqu'au bulbe ra-
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chidten, dans le cas oü il naurait pas ete de-truit;
3deg; A emousser d'avance, pendant tres long-lemps et dans la plus large mesure du possible, la sensibilile du bulbe, dans le cas oü les deux premieres indications rfauraient pas ete rem-plies.
La premiere indication, qui consiste ä de-truire le virus sur place, se trouve remplie par la cauterisation des morsures, cauterisation qui doit 6tre faite le plus promptement et le plus completement possible.
laquo; On a pretendu, disait, il y a quelque temps, le professeur Galtier, dans une note presentee a l'Academie de medecine, que le virus ra-bique etait absorbe tres lentement et que, par consequent, les cauterisations tardives pou-vaient 6tre efficaces; mes experiences m'em-pechent de partager cet optimisme. L'absorp-tion semble s'effectuer promptement apres les inoculations et probablement aussi apr^s les morsures; en amputant I'oreille inoculee des lapins d'experience, uneheure, trois quarts d'heure, une demi-heure apres 1'inoculation, on n'empeche pas l'eclosion de la maladie. raquo;
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Voilä qui est clair : la cauterisation doit etre efFectuee dans les premieres minutes qui sui-vent la morsure.
Mais quel est I'agent caustique auquel il faut donner la preference ?
Celse recommande la cauterisation au fer rouge; Pravaz la cauterisation galvanique; Uochoux accordait la preference au nitrate acide de mercure; Virchow a preconise le caus­tique de Vienne; d'autres out vante I'ammo-niaque, le perchlorure de fer, le beurre d'an-timoine, etc.
laquo; Les bons esprits, dit le professeur Lafosse, sont d'avis de ne point accorder au cautere ac-tuel, — c'est-ä-dire au fer rouge , une effica-cite superieure a celle des caustiques potentiels, et de reconnaitre que tons ces derniers peu-vent donner des resultats avantagelix, a la condition d'6trc bien employes. raquo;
L'essentiel, en effet, est de recourir au caus­tique que Ton pent se procurer le plus promp-tement.
On ne saurait done repeter avec trop d'insis-tance que le seul remede contre la morsure est la cauterisation immediate, et que, comme le
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fait remarquer M. Bouchardat, tout autre moyen peut compromettre l'avenir par la perte irreparable des seuls moments oü le traitement preventif est applicable.
Le fait suivant, rapporte par le docteur Ca-telan, est im puissant exemple des eifets de la cauterisation :
Dans les Hautes-Alpes, seize personnes et une Anesse sont mordues, sans provocation, par un chien reconnu enrage, ayant les yeux hagards, la gueule ecumante, ne s'arretant nulle part et ne donnant aucun son de voix. Toutes les personnes furent cauterisees; quelques-unes im-mediatement et par un medecin, d'autres ite­rativem ent avec le fer rouge ou les caustiques.
Aucune d'elles n'a ele alteinte de rage.
Mais Finesse, qui n'avait ete Tobjet d'aucun traitement et n'avait pas ete cauterisee, devint enragee et mourut, comme pour confirmer ä la fois la realite de la contagion virulente et Fefficacite des cauterisations preventives.
Aussi, non seulement tons les medecins sont penetres de la necessite qu'il y a de detruire le virus sur place par faction d'un cautere quel-conque, mais quelques-uns recommandent
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mönie la cauterisation dans le cas ou l'existence de la rage est douteuse.
Qu'importe, en effet, la douleur d'une cau­terisation devant une eventualite aussi terrible que l'apparition du redoutable mal!
Pendant que le fer cliauffe, ou en l'absence de caastique — et par caustique je n'entends parier ici que du beurre d'antimoine et de la päte de Vienna, repudiant tout ä fait les autres comme insuffisants, — il sera utile de donner issue au virus, en debridant la plaie, c'est-ä-dire en l'ouvrant davantage, amp; Faide d'un couteau, d'un canif, d'un clou, etc., et en la comprimant fortement, par une ligature , si on le pent, pour provoquer une abondante hemorrhagie. Bien entendu , le lien ne doit pas rester en place assez longtemps pour pro-duire la mortification de la region dans la-quelle on a intercepte la circulation.
C'est le moyen dont usent les negres, dans quelques parties de l'Amerique, quand ils sont piques par un serpent : ils ouvrent im-mediatement la plaie, arrachent une liane dont ils enserrent le membre mordu au-des-sus de la piqiire. II est rare, qu'en pareille
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occurrence, celle-ci soit suivie d'accidents.
A defaut de caustique, on peut encore faire usage de ventouses dont I'application devra 6tre ^galement precedee de la compression des par­ties, qui, outre qu'elle s'oppose ä l'absorption, a encore pour effet de provcquer une hemor-rhagie plus ou moins abondante. laquo; Les verres, les vases profonds et offrant des ouvertures sensiblement plus larges que le plus grand diametre des plaies, peuvent, dit le professeur Lafosse , 6tre utilement appliques , apres que I'air en a amp;iamp; rarefie par la combustion, lorsque Ton ne possede pas de ventouse ä pompe. raquo;
Enfin, ä defaut de ventouses ou de tout autre objet pouvant les remplacer, la succion, — si la par tie mordue est ä la portee de la bouche, — peut etre ^galement employee avec succes.
Teiles sont les regies de la medication qu'on peut appeler preservative.
Me voici maintenant arrive ä la deuxteme indication, qui consisted empecher le virus d'ar-river jusqu'au bulbe, en admettant qu'on n'ait pas r^ussi k le detruire sur place. On a conseille pour cela de sectionner le nerf ou les filets ner-veux qui mettent la plaie en communication
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avec le bulbe rachidien. Mais c'est lä une vue theorique dont la pratique n'a pas encore sanctionne les efFets.
liemedes internes.
Pour si certaine qua soit la cauterisation
quand eile est employee k temps et dans les conditions qui viennent d'etre exposees , ce n'est pas ä. dire que les remedes Interieurs doi-vent 6tre absolument frappes d'ostracisme; on doit, au contraire, recourir ä leur intervention qui a pour but d'emousser d'avance la sensibilite du bulbe rachidien.
Que faut-il faire pour priver celui-ci de l'ex-quisesensibilite dontil est donehletatnormal? Faire intervenir, dit le docteur Duboue, le bro-mure de potassium, que ses proprietes physiolo-giques et tberapeutiques designent, parmi tons les agents de la matiere medicale, comme le plus propre ä atteindre ce but.
Et lä-dessus, M. Dubou6 conseille de donner d'emblee a un adulte une dose qui ne soit pas de moins de quatre grammes le premier jour, et qu'on augmente de 50 centigrammes par jour,
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laquo; sans se preoccuper aucunement de la dose maximum qui pourrait 6tre atteinte raquo;.
Malheureusement, le bromure de potassium ne semble pas avoir donne , jusqu'A, ce jour, des resultats favorables. II en est de möme du chloral, du chloroforme, du curare, du chlorhy-drate de gelsemine, et, enfin, du nitrite d'a-myle, sur la puissance anesthesique duquel les Anglais ont appele, en ces derniers temps, l'attention du monde savant.
La saignee et l'electricite n'ont pas mieux r^ussi.
II me serait facile de grossir la liste de ces agents par l'addition d'une foule de medica­ments, les uns mis en avant par la science, les autres prongs par I'ignorance.
A quoi bon ? J'aime mieux laisser la place aux experiences de M. Pasteur.
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XVIII.
I,'ATTENUATION Du VIRUS ET LES EXPERIENCES DE M. PASTEUR.
Le virus rabique, — comme quelques autres virus, — est susceptible de sattenuer sous l'ac-tion de certains agents physiques ou chimi-ques.
G'est ainsi que le professeur Toussaint, de l'ecole vetörinaire de Toulouse, a reussi ä pre­server du charbon des animaux inocules avec du sang charbonneux, depouille de sa fibrine et porte ä une temperature de 55 degres.
D'autre part, le professeur Chauveau , de Tecole veterinaire de Lyon, a pu, sous I'in-tluence de l'oxygene comprime, attenuer et m6me neutraliser l'action nocive de certains virus.
Quant k M. Pasteur, c'est en modifiant le milieu de l'agent virulent qu'il arrive ä aug­menter ou k diminuer sa puissance. Dans ces conditions, il a pu constater que le virus
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rabique s'attenue chez certaines especes ani-males, tandis qu'il se developpe considerable-ment chez d'autres. D'oü il suit qu'en trans-portant le virus de l'animal le plus sujet ä la maladie ä celui quelle öprouve le moins, M. Pasteur est arrive a diminuer le virus au point de lui enlever toute nocuite.
Aussi bien voici dans toute sa teneur la communication que le savant chimiste a faite, sur ce sujet, ä l'Academie des sciences, au mois de mai dernier, — communication qui a ete reproduite par les journaux de toutes nuances et de tous formats.
Communication de M. Paslenr.
(( Le grand fait de la virulence variable de certains virus et de la preservation d'une viru­lence par une autre de moindre intensite est aujourd'hui non seulement acquis äla science, mais encore entre dans le domaine de la prati­que. Dans une teile direction d'etudes on com-prend tont l'interet qu'offre la recherche de methodes d'attenuation appropriees ä de nou-veaux virus.
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laquo; J'ai l'honneur d'apporter aujourd'hui ä l'Academie un progres dans ce sens , relatif ä la rage.
laquo; I. Si Ton passe du chien au singe, et ulte-rieurement de singe ä singe, la virulence du virus rabique s'affaiblitä chaque passage. Lors-que la virulence a 6te diminu^e par ces passages de singe ä singe, si le virus est ensuite reporte surle chien, sur le lapin, surle cobaye, il reste encore attenue. En d'autres termes, la virulence ne revient pas de prime-saut ä la virulence du chien ä rage des rues. L'attenuation , dans ces conditions, pent 6tre amenee facilement par un petit nombre de passages de singe a singe, jusqu'au point de ne jamais donnerla rage au chien par les inoculations hypodermiques. L'i-noculation par la trepanation, methode siinfail-lible pour la communication de la rage, pent meme ne produire aucun resultat, en creant neanmoins pour l'animal un etat refractaire ä la rage.
laquo; II. La virulence du virus rabique s'exalte quand on passe de lapin k lapin, de cobaye ä cobaye. Lorsque la virulence est cxaltöe et fixee au maximum sur le lapin, eile passe exal-
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tee sur le chien et eile s'y montre beaucoup plus intense que la virulence du virus rabique du chien ä rage des rues. Cette virulence est teile, dans ces conditions, que le virus qui la possamp;de, inocule dans le systöme sanguin du chien, lui donne constamment une rage mor-telle.
lt;( III. Quoique la virulence rabique s'exalte dans son passage de lapin ä lapin ou de cobaye ä cobaye, il faut plusieurs passages par le corps de ces animaux pour qu'elle recupere son etat de virulence maximum, quand eile a ete diminuee d'abord cliez le singe. De möme la virulence du chien ä rage des rues, qui, comme je viens de le dire, n'est pas de virulence maximum ä. beaucoup pres, exige, quand eile est portee sur le lapin, plusieurs passages par des individus de cette espöce avant d'atteindre son maxi­mum.
laquo; Une application raisonnee des resultats que je viens de faire connaitre permet aisöment de rendre les chiens refractaires k la rage. On comprend, en effet, que l'experimentateur puisse avoir ä sa disposition des virus rabiques attenues de diverses forces; les uns , non mor-
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tels, preservent l'economie des efforts de virus plus actifs, et ceux-ci de virus mortel.
(( Prenons un exemple. On extrait le virus rabique d'un lapin mort par trepanation ä la suite d'une duree d'incubation qui depasse de plusieurs jours rincubation la plus courte chez le lapin. Celle-ci est invariablement com­prise entre sept et huit jours k la suite de l'ino-culation, par trepanation , du virus le plus virulent. Le virus du lapin, ä plus longue incu­bation, est inocule, toujours par trepanation, ä un second lapin; le virus de celui-ci ä un troi-siöme. A chaque fois, ces virus, qui devien-nent de plus en plus forts , sont inocules ä un chien. Ge dernier se trouve 6tre ensuite capable de supporter un virus mortel. II devient entie-rement refractaire ä la rage, soit par inoculation intraveineuse, soit par trepanation, du virus de chien ä rage des rues.
lt;( Par des inoculations de sang d'animaux, je suis arrive ä simplifier beaucoup les opera­tions de la vaccination et ä procurer au chien l'etat refractaire le plus decide. Je ferai con-naltre bientöt ä l'Academie l'ensemble des experiences sur ce point.
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laquo; U y aurait un int^röt considerable, pre-sentement et jusqu'ä l'epoque eloignee de l'ex-tinction de la rage par la vaccination, äi pouvoir supprimer le döveloppement de cette affection a la suite de morsures par des chiens enrages. Sur ce point, les premieres tentatives que j'ai entreprises me donnent les pins grandes espe-rances de succös. Grace ä la duree d'incubation de la rage ä la suite de morsures, j'ai tout lieu de croire que Ton pent sürement determiner l'etat r^fractaire des sujets avant que la ma-ladie mortelle eclate ä la suite de la morsure.
laquo; Les premieres experiences sont tr^s favo-rables a cette maniere de voir, mais il faut en multiplier les preuves k l'infini sur des especes animales diverses avant que la th^rapeutique humaine ait la hardiesse de tenter sur Fhomme cette prophylaxie.
laquo; L'Academic comprendra que, malgre la confiance que m'inspirent mes nombreuses ex­periences , poursuivies depuis quatre annees, ce n'est pas sans quelque apprehension que je public aujourd'hui des faits qui ne tendent ä rien moins qu'a une prophylaxie possible de la rage.
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laquo; Si j'avals eu k ma disposition des moyens materiels suffisants, j'auraisete heureux de ne faire cette communication qu'apres avoir solli-citö de l'obligeance de quelques-uns de mes confreres de cette Academic et de l'Academie de medecine le contröle des conclusions que je viens de faire connaitre.
(( C'est pour obeir 4 ces scrupules et k ces mobiles que j'ai pris la liberte d'ecrire, ces jours derniers, ä M. Falberes, ministre de l'ins-truction publique, en le priant de vouloir bien nommer une commission ä laquelle je soumet-trais mes chiens refractaires a la rage. Inexpe­rience maitresse que je tenterais en premier lieu consisterait k extraire de mes chenils vingt chiens refractaires ä la rage qu'on placerait en comparaison avec vingt chiens devant servir de temoins. On ferait mordre par des chiens enrages successivement ces quarante chiens.
laquo; Si les faits que j'ai annonces sont exacts, les vingt chiens consideres par moi comme refractaires resisteront tons, pendant que les vingt temoins prendront la rage. Une seconde experience non moins decisive aurait pour objet quarante chiens dont vingt vaccines de-
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vant la commission et ving-t non vaccines. Les quarante chiens seront ensuite trepanes par le virus de chiens ä rage des rues. Les vingt chiens vaccines resisteront; les vingt autres mourront tousde larage, soit paralytique, soitfurieuse. raquo;
Ala suite de lalettrepar laquelle M. Pasteur a demande la nomination d'une commission speciale chargee de contröler ses experiences sur la prophylaxie de la rage, M. Fallieres, mi-nistre de l'instruction publique, a nomme les commissaires suivants :
M. le docteur Beclard, secretaire perpetuel de 1'Academic de medecine, doyen de lafaculte de medecine de Paris, professeur de physiolo­gic ei la m6me faculte.
M. Paul Bert, membre de l'Institut, profes­seur de physiologic generate ä la faculte des sciences de Paris.
M. Bouley, membre de l'Institut, professeur de pathologic comparee au Museum d'histoire naturelle.
M. le docteur Villemin, membre de l'Aca-
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demie de medecine, professeur de clinique medicale k l'ecole d'application de medecine et de pharmacie militaire de Paris.
M. le docteur Vulpian, membre de l'Institut, professeur de pathologie comparee et experi-mentale amp; la faculte de medecine de Paris.
M. Tisserand, conseiller d'Etat, directeur au ministere de l'agriculture.
Le rapport de la commission.
Cette commission a presente son rapport, et, dans son numero du 8 aoüt,le Journal of fidel le publiait en le faisant preceder d'une lettre de M. Bouley, I'eminent professeur du Museum.
M. Bouley, s'adressant au ministre, declare que M. Pasteur n'a rien avancö qui ne füt ri-goureusement exact. laquo; Oui, dit-il, la science, entre les mains deM. Pasteur, a resolu le pro-bleme de rendre le chien r^fractaire k la rage par une inoculation preventive du virus attenue de cette maladie, comme eile avait r^ussi, par une methode identique, ä investir I'organisme du mouton d'une complete immunite contre les atteintes du charbon. Tous les chiens que
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M. Pasteur nous a declares re/ractmm, de par rimmunitö qu'illeur avait conferee, out resiste aux epreuves d'inoculation qui leur ont ete faites avec les virus les plus forts et par les pro-cedes reconnus les plus sürs, tandis que la plu-part des chiens qui leur servaient de temoins, c'est-£L-dire qui ont ete soumis aux memes epreuves, sans avoir ete premunis contre leurs effets par une inoculation preventive, n'ont pu les supporter et ont peri par la rage. raquo;
Du 28 mai au 28 juin, la commission a mis en observation, dans des experiences de diverse nature, 42 chiens, dont 23 präsentes par M.Pas­teur comme refractaires amp; la rage et 19 temoins n'ayant subi aucune inoculation preventive ou vaccinale.
Les rösultats constates par la commission se decomposent ainsi qu'il suit :
Les 19 temoins ont presente 3 cas de rage sur 6, ä la suite des morsures par chiens enra­ges;
6 cas de rage sur 8, ä la suite des inocula­tions intra-veineuses;
Enfin 5 cas de rage sur 5, ä la suite des ino­culations par trepanation.
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122nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
Les 23 vaccinös, au contraire, n'ont pas offert un seul cas de rage.
Cependant, dit le rapport, au cours des ex­periences , un refractaire inoculö par trepana­tion, le 6 juin, est mort le 13 juillet, ä la suite d'une diarrhee avec Evacuations noires.
Afin de voir si ce chien a pu mourir de rage, on a inoculc son bulbe, le 13 juillet, ä trois la-pins et ä un cobaye. Aujourd'hui, k aoüt, ces sujets sont encore tres bien portants, et cepen­dant ils ont depasse le terme habituel oü la rage apparait chez les animaux de leur espece apres l'inoculation intra-crAnienne. Ils sont tenus en observation suivie.
Le rapport conclut ainsi :
laquo; La serie des experiences faites sur les chiens vaccines par M. Pasteur a donne des re-sultats decisifs. II reste maintenant, ä la com­mission, ä soumettre ä des epreuves multiples et variees de nombreux animaux qu'elle aura vaccines de meme.
((Plustard, eile aura ä s'occuper de la prophy-laxie de la rage chez des cbiens mordus, en creant chez eux, pendant la duree de l'incu-bation, une immunite capable d'empecher le
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virus de la morsure de determiner la rag's. raquo;
Voici done un premier point etabli : I'indi-vidu vaccine est refraclaire ä la rage.
Le second point k etablir et qui n'est pas en­core etabli est le suivant : les chiens vaccines sont-ils dans une situation de sante aussi bonne que les chiens non vaccines et le fail d'inoculer la rage, tout en preservant le sujet de la rage, riest-ilpas nuisible ä sa sante?
La commission nous promet de continuer ses experiences et d'examiner attentivement cette question; il ne restera done plus qu'un troisieme point ä eclaircir : Lindividu mordu peut-il etre gueri, grace aux moyens indiques par M. Pas­teur?
C'est IcY la grande question, si importante an point de vue de la prophylaxie de la rage humaine, celle de savoir, selon la formule de M. Bouley laquo; si, apres une raorsure recue faction preventive de l'inoculation avec le virus attenue pent etre efficace a annuler celle du virus ino-culepar la morsure. raquo;
La commission n'a point cm qu'il lui füt en­core possible de repondre sur ce point.
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124nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA KAGE.
XIX.
LEGISLATION.
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La rage,— nous I'avons vu, — cst une mala-die contagieuse, D'ouil suit qu'elle tombe sous l'application de la loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux domestiques.
L'article 3 de cette loi est ainsi concu :
Tout proprielaire, (oute personne ayanl, ä quelque litre que ce soit, la charge des soins ou la garde d'un animal alleint ou soupgonne d'etre atteint d'une maladie contagieuse dans les cas prevus par les articles lor el 2, est lenu d'en faire sur-le-champ la declaration au maire de la commune oü se trouve cet animal.
Sont egalement tenus de faire cette declara­tion tons les veterinaires qui seraient appeles ä le soigner.
Vanimal atteint ou soupgonne d'etre atteint de l'une des maladies specißecs dans l'article Ier, devra immediatement, et avanl meme que Vau-toritc administrative ait repondu a I'avertisse-
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ment, elre stqueslre, separe el maintenu isole aulant que possible des autres animaux suscepti-bles de contracter cette maladie.
11 est interdit de le transporter avant que le veterinaire delegue par VAdministration l'ait examine. La möme interdiction est applicable ä Venfouissement, ä moins que le maire, en cm d'ur-gence, vüen ait donne Vaulorisation speciale.
Ces prescriptions s'adressent ä toutes les maladies contagieuses en general. Voyons, maintenant, celles qui visent specialement la maladie qui nous occupe.
Mesures ä prendre ä l'egard des chiens enrages.
Ces mesures sont reglees par la loi du 21 juillet 1881 dejä citee, et par le decret du 22 juin 1882, portant reglement d'administration publique pour son execution.
Parmi ces mesures, les unes sont permanen­tes, les autres temporaires.
sect; 1. ---- MESURES PERMANENTES.
Celles-ci sont ordonnees par les articles 51 et 52 du reglement d'administration publique :
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126
LA RAGE.
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L'article 51 rend le port du collier obliga-toire pour tout chien circulant sur la voie publique, m6me lorsqu'il est tenu en laisse.
Voici cet article :
Art. 51. — Tout chien circulant sur la voie publique, en liberte ou mime tenu en laisse, doit elre muni d'un collier portant, graves sur une plaque de melal, les noms et demeure de son pro-prielaire.
Sont eocceptes de cetle prescription les chiens courants portant la marque de leur maitre.
G'est Itl une obligation absolue dont la viola­tion fait encourir au contrevenant une amende de 1 ä 200 francs.
Gelte disposition a son importance, car eile perm et de recbercher ä qui les animaux appar-tiennent et de faire remonter les responsa-bilites a qui de droit, lorsque des accidents viennent ä se produire par le fait de ces animaux.
C'est ainsi quele tribunal de Clamecy a con-damnö, par deux jugements rendus en 1881, le proprietaire d'un chien enrage ä 1,000 francs de dommages-interets et A tons les frais, par suite de morsures faites ä un boeuf et
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a une vache qui ont succombe k la rage.
Si ce sont des personnes qui ont 6te mordues et sont devenues enragees, les proprietaires des animaux fauteurs des morsures peuvent encou-rir l'application de Tarticle 319 du Code penal, ainsi concu :
laquo; Quiconque par maladresse, imprudence, inattention, negligence ou inobservation des reglements, aura commis involontairement un homicide, ou en aura etc involonlairemcnl la cause, sera puni d'un emprisonnement de irois mots ä deux ans el d'une amende de 50 francs ä 600 francs. raquo;
On ne saurait trop rappeler ces dispositions aux proprietaires de chiens, qui, par I'obliga-tion du collier, se trouvent interesses ä exercer sur ces animaux une surveillance attentive, afin de ne pas encourir les risques des peines et des dommages-interets auxquels les accidents causes par eux pourraient donner lieu.
Le danger de la rage dans les villes et sur-tout dans les grandes villes est accru, comme on salt, par le nombre considerable des chiens qui divaguent par rues et par chemins; aussi les chiens trouves sur la voie publique sans
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128nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGK.
collier et les chiens errants meine munis de collier doivent-ils 6tre captures et mis en fourriere. Ces mesures sent prescrites par I'ar-ticle 52 du reglement.
Art. 52. — Les chiens errants Irouves sans collier snr la vote publique et les chiens errants meme munis de collier sontsaisis et mis en four­riere.
Ceux qui n'ont pas de collier et dont le pro-prielaire est inconnu dans la localite sonl abat-tus sans delai.
Ceux qui portent le collier present par I'arti-cle precedent et les chiens sans collier dont le proprietaire est connu sont abatlus sHls ne sont pas reclames avant Vexpiration d'un delai de trois jours francs. Ce delai eslporte ä cinq jours francs pour les chiens courants avec collier ou portant la marque de leur maitre.
Les chiens destines ä elre abatlus peuvent elre livres ä des etablissements publics d'enseignement ou de recherches scienlißques.
En cas de remiseauproprietaire, ce dernier sera tenu d'acquitter les frais deconduite, de nourriture et de garde d'apresun tarif ßxepar Vautorite mu-nicipale.
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Geci a ^te present en vue de s'opposer ä certaine pratique susceptible d'entralner les plus graves consequences et qui consistait cl iriettre en vente, dans certaines localites, des chiens mis en fourriere et non reclames par leurs proprietaires.
Voilä, pour les mesures permanentes; passons maintenant aux mesures temporaires.
sect; 2. — MESURES TEMPORAIRES.
Ces mesures sent prescrites par les articles 53 et 54 du röglement.
Art. 53. —L'autorite administralive pourra, lorsqu'elle croira cette mesure ulile, particuliere-ment dans les villes, ordonner par arrSle que tons les chiens circulant sur la voie publique soient museles ou terms en laisse.
Comme l'accroissement des cas de rage est toujours corr61atif ä l'augmentation de la po­pulation canine, cette mesure s'explique d'elle-m6me. Toutefois, il faut convenir qu'elle n'est pas d'une application facile — quant au mu-sellement, du moins. Si Ton peut toujours sortir avec son chien en laisse, il est moins aise
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de rastreindre ä porter une museliere, je veux dire une museliere qui lui permettra de respi-rer tout en l'empöchant de mordre. Or, cette museliere n'est pas encore trouvee. Et puis, ce n'est pas toujours au dehors que les animaux atteints de rage commettent leurs sevices; sou-vent, c'est äl'interieur meme de la maison fa-miliere que leur dent meurtriere va chercher ses victimes.
Aussi, la promenade en laisse et le muselle-ment ne sont, en l'espece, que des mesures sa-nitaires auxquelles il ne faut pas ajouter plus d'importance qu'elles n'en meritent.
Des mesures ä prendre lorsqu'un cas de rage est conslate dans une commune.
Une des principales causes de la propaga­tion du mal etantlaliberte de divagation laissee aux chiens, dontquelques-uns peuvent avoir ete mordus k l'insu de leurs proprietaires, le maire doit, des qu'un cas de rage a ete constate dans sa commune, prendreun arrete pour empeclier la circulation de ces animaux.
Cette mesure est edictee par I'article 54 du reglement :
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Art. 54. — Lorsqu'un cas de rage a ete cons-late dans une commune, le maire prend un ar-rele pour inier dire, pendant six semaines au moins, la circulation des chiens, ämoinsqu'ilsne soienl tenus en laisse. La meme mesure esl prise pour les communes qui ont ele parcourues par un chien enrage.
Pendant le meme temps, il est interdit aux proprietaires de se dessaisir de leurs chiens ou de les conduire en dehors de leur residence, si ce n'est pour les faire aballre. Toutefois, peuvent etre admis ä circuler librement, mais seulemenl pour Vusage auquel Us sont employes, les chiens de berger, de bouvier ainsi que les chiens de chasse.
U ne s'agit, en cet article, que de la rage du chien dont la constatation peut 6tre faite soit sur le vivant, soit sur le cadavre.
Dans ce dernier cas, il suffit pour se con-vaincre de l'existence du mal, puisque les le­sions qu'il laisse apres lui ne sont pas suffisam-ment affirmatives, d'inoculer soit ä un chien, soit d un lapin ou encore ä un cobaye, un peu de la substance nerveuse prise dans la masse cerebrate ou dans le bulbe racbidien et delayee dans une petite quantite d'eau. On pratique
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ensuite la trepanation et on injecte le liquide dans le cerveau, soit d'apres le proc^d6 de M. Pasteur, soit d'apres celui de M. Gibier — qui, comme on I'a vu, est beaucoup plus simple.
Mesures concernant les chiens et les chals suspects de rage.
Ces mesures sont prescrites par le deuxifeme alineade rarticle 10 de laloi du21 juillet 1881, qui est ainsi concu :
laquo; Les chiens et les chats suspects de rage doi-vent Sire immedialemenl abattus. Le proprietaire de Vanimal suspect es(tenu, meme endehorsd'un ordre des agents de Vadministration, depourvoir ä l'execution de cette mesure. raquo;
Elle semblc, de prime abord, un peu draco-nienne, cette mesure de Fabatage visant des animaux qui ne sont qu'en etat de suspicion. Pourtant eile est legitime, etant donnee la lon­gueur indeterminee de la'periode d'incubation. U peut arriver, en effet, — et cela ne s'est vu que trop souvent, — que le proprietaire, ras-sure par le temps ecoule depuis le moment oü son chien a öte mordu, croyant ne plus avoir
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 133
de precautions ä prendre, se reläche de sa surveillance jusqu'au jour oü le mal fond sur la b6te au moment oü on s'y attend le moins.
Malheureusement, cet article de la loi est un de ceux que les proprietaires.de chiens cher-chent surtout a eluder.
laquo; D£jä, dit M. Peuch dans son Precis de po­lice sanitaire, la cour supreme a du intervenir pour faire observer la loi du 21 juillet 1881, en ce qui concerne les carnivores suspects. Ainsi, en 1883, la chambre criminelle de la Cour de cassation a annule un jugement du tribunal de simple police de Prades (Pyrönees-Orientales), et decide que I'arrtit pr^fectoral on municipal qui dispose que laquo; seront abattus laquo; les cbiens et les cbats enrages et les animaux laquo; de m6me espece qui out ete mordus par des laquo; animaux enrages, on qui sont soupconnes de laquo; l'avoirete raquo;, est legal et obligatoire, et qu'en outre ledit arrete s'applique aussi bien aux chiens et chats conserves dans la maison de leurs maltres et rest^s sous leur surveillance qu'aux chiens ou chats vaguant sur la voie pu-blique. raquo;
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LA RAGE.
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Mesures concernant les animaux herbivores suspects de rage.
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Ces mesures sont ^dictees par Particle 55 du reglement :
Art. 55. — Lorsque des animaux herbivores ont ete morduspar un animal enrage, le maire prend un arrete pour metlre ces animaux sous la surveillance d'un veterinaire delegue ä cet effet.
Ces animaux sont marques et il est interdit aux proprieiaires de s'en dessaisir avant Vexpira-tion de ce delai, si ce nest pour les faire abaltre. Dans ce cas, il est delivre un laissez-passer qui est rapporle au maire, dans le delai de cinq jours, avec uncertificat attestant que les animaux ont ete abatlus. Ce certißcat est delivre par le ve­terinaire delegue ä la surveillance de Vatelier d'equarrissage.
L'utilisalion des chevaux el des hmufs pour le travail peul etre autorisee, ä condition, pour les chevaux, d'etre muscles.
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Mesures a prendre apres Vabatage des animaux enrages.
Des que ranimal est abattu, son cadavre doit 6tre enfoui ou livre a l'equarrisseur.
Quant ä sa peau, eile nepeut etre utilises qu'apres avoir ete desinfectee par une immer­sion complete dans une solution de sulfate de zinc ä 2 p. 100.
Instruction sommaire sur les caracteres disiinclifs de larage duchien.
laquo; U ne suffit pas, ditM. Peuch(l), que l'au-torite applique les dispositions de la loi sani-taire, il faut encore que les populations soient mises en garde contre cette maladie par la con-naissance des premiers symptömes qui la denoncent, afin que le chien suspect soit imme-diatement sequestre et mis ainsi dans l'impos-sibilite de nuire. raquo;
C'est lä, une excellente mesure et plus efficace qu'on ne le croit generalement.
(1) Loco citato.
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laquo; J'en ai acquis, dit M. H. Bouley, person-nellement la preuve par plusieurs fails dont je ne veux rappeler ici qu'un seul qui est demons-tratif.
laquo; Le Petit Journal avail public, il y aune quin-zaine d'annees, les symptömes de la rage, d'a-pres la description que j'en avals faite k I'Aca-demie de medecine. Quelque temps apres cette publication, un marchand de vins des Carrie-res-Charenton conduisit k ma clinique un chien terrier on bouledogue, encore inoffensif, qui manifestait d'une maniere tout ä fait inusitee une tendance aux lechements, et avalait avec une sorte d'avidite les grains de raisin qu'on lui jetait, chose que cet animal n'avait jamais fait avant. Tout plein de la description qu'il venait de lire, cet bom me donna leur vraic signification aux fails exceptionnels qui se pas-saient sous ses yeux. 11 soupconna la rage et conduisit son cbien ä l'Ecole, oil ses soupcons furent reconnus fondes. Ce chien etait effecti-vement enrage et netarda pas a devenir feroce des qu'il fut mis en cage. laquo; Sans le recit dn laquo; Petit Journal, medisait cethomme,je neme (( serais jamais defie d'un animal qui parais-
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 137
laquo; sait si caressant et, ä coup sür, il aurait fini laquo; par causer des malheurs dans un etablisse-laquo; ment comme celui d'un marchand de vins laquo; oü le va-et-vient du public est tres actif. raquo; Voilä une preuve bien demonstrative de l'uti-lite de la vulgarisation des symptömes rabi-ques. raquo;
U serait ädesirer que les notions sur ce point se repandissent encore davantage, que, cha-que annee, et ä plusieurs reprises, on les pla-cardät sur tous les murs des villes, des villages et des hameaux et que tous les journaux grands et petits tinssent k honneur de les reproduire en bonne place.
Par ainsi, tous les proprietaires de cbiens seraient ä meme, comme on vient de le dire, de reconnaitre la maladie ä sa periode initiale et, partant, pourraient se mettre en garde centre eile avant le moment oü eile devient dangereuse.
G'est pour ce motif que j'ai resume, apres l'enumeration generale des signes qui caracte-risent la maladie, ceux d'entreeux qui sontles plus saillants et les plus demonstratifs.
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138nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
XX.
STATISTIQUE DES CAS DE RAGE EN 1883.
On vient de lire, enumerees tout au long, les mesures de police sanitaire prescrites contre la rage?
Ces mesures, on ne saurait le nier, ont une utility incontestable. Je n'en veux pour preuve que les tableaux fournis, cette annee, par mon savant confrere, M. C. Leblanc, qui, pendant pres de trente ans, a ete k la töte du service sanitaire vöterinaire du departemcnt de la Seine :
laquo; En 1881 le nombre de cas de rage ötait de 615; il etait de 276 en 1882, et en 1883 il tombe ä. 182.
Soit : 1881 615 cas de rage.
1882nbsp; nbsp; nbsp;276 id.
1883nbsp; nbsp; nbsp; 182 id.
laquo; II en est de meme pourle nombre d'animaux mordus, qui a ete :
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LA RAGE.
1881
729 cas de morsure
1882
294 id.
1883
198 id.
139
(( Pour les personnes mordues, la proportion a ete aussi en decroissant:
En 1881
1S6 personnes mordues.
1882
67 id.
1883
4b id.
laquo; Le resultat le plus heureux a ete la dimi­nution des cas de rage chez Thomme :
Le norabre des cas a ete en 1881 de 17. —nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; —nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1882 de 11.
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1883 de 6.
Et M. Leblanc, tablant sur ces chiffres, insiste, non sans raison, k ce que j'estime, pour que l'autorite fasse executer sans miseri-corde le reglement.
laquo; li n'est pasmoins urgent, dit-il, de pousser ä fond les en quotes faites sur les chiens mor-dus et de faire abattre tons ces animaux et m6me ceux qui sent suspects d'avoir ete mor-dus. C'est ä tort qu'on autorise encore, quoique rarement, les proprietaires ä, sequestrer, les chiens de cette derniere categoric; la loi est
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140nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;LA RAGE.
formelle et l'abatage doit 6tre execute en de-pit detoute reclamation et de tonte resistance. raquo; M. Leblanc on le voit, n'admet pas les demi-moyens. Je suis de son avis. Puisqu'il resulte des tableaux ci-dessus qu'on pent, par la stricte observance des mesures de police sanitaire, diminuer, dans une certaine propor­tion, le cercle de la contagion, pourquoi ne pas mettre tout en oeuvre pour faire res­pecter ces mesures?
XXI.
RESUME.
I.nbsp; — La rage est une maladie generate, contagieuse, virulente, dont le principe trans­missible reside particulierement dans le cer-veau.
II.nbsp; — La rage presente dans ses manifesta­tions trois pbases distinctes :
1deg; Changement d'humeur, changement de pbysionomie!
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;14t
2deg; Excitation sensorielle generale, envie de mordre, alteration du timbre de la voix; 3deg; Epuisement, paralysie, asphyxie.
III.nbsp;— La rage pent encore se montrer sous une forme particuliere qui est la rage-mue.
La rage-mue, malgre sa physionomie at-tenuee, estla rage. Elle est contagieuse comme eile.
IV.nbsp; — La rage pent, dans quelques circons-tances fort rares, se montrer avec des carac-teres intermittents; mais eile se termine tou-jours, malgre tout, par la mort.
V.nbsp;— La rage pent 6tre simulee par certains etats morbides : telles sont l'excitation provo-quee dans l'estomac par la presence de corps etrangers et l'existence de certains parasites.
VI.nbsp; —La rage pent naitre spontanöment, mais, dans le plus grand nombre des cas, eile est produite par la contagion.
VII.nbsp; — Le virus rabique existe particulie-rement dans la substance nerveuse, dans le mucus bronchique et dans la salive.
Quant ä la question de savoir si le sang, le lait et la chair des animaux enrages sont viru-lents, eile n'est pas encore suffisamment eluci-
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142nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
dee pour qu'on puisse y repondre avec certi­tude.
VIII.nbsp; — La rage ne peut se transmettre que par inoculation; il est n^cessaire alors que l'element virulent entre dans l'organisme par effraction : morsure, plaie, öcorchure, piqüre, eraillure, etc.
IX.nbsp; — La p^riode d'incubation de la rage peut 6tre de plusieurs jours ou de plusieurs mois. Elle peut 6tre abregne par certaines influences morales ou physiques.
X.nbsp; — Le virus rabique ne meurt pas avec la bete enrag^e. II peut meme, quand la putre­faction du cadavre est empöchee par le froid, se conserver pendant plusieurs semaines.
XL — Les lesions de la rage sont les unes primitives, les autres secondaires.
Les premieres frappent le tissu nerveux lui-m6me, les autres se repartissent un peu dans tous les organes.
XII. — La rage est transmissible k l'homme et k toutes les especes animates.
XIIL — La rage se montre avec des carac-töres differents suivant l'organisme qui a recu le virus.
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LA RAGE.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 143
Le virus acquiert une intensity mortelle sur le cobaye, par exemple, tandis qu'il s'attenue en passant par le singe.
XIV.nbsp; — La rage est-elle heräditaire? — Oui, suivant les uns, non, suivant les aulres. La question n'est pas encore r^solue.
XV.nbsp; — La rage est-elle curable? Encore que la solution de cette question ne soit pas admise par la science, on pent cependant exciper de certains faits bien observes, par des hommes dignes de toute creance, pour admettre que la rage pent, dans certains cas, se guerir par les seules forces de la nature.
XVI.nbsp; nbsp;— Est-il un traitement susceptible d'enrayer la rage dans sa marche ?
— Non.
Mais il \j a certaines indications th^rapeu-tiques qu'on doit remplir, apres morsures, et qui sont :
1deg; La cauterisation de la plaie ä l'aide du fer rouge, du beurre d'antimoine on de la pAte de Vienne;
2deg; Adefaut de la cauterisation immediate, le debridement et la compression des parties malades;
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144nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; LA RAGE.
3deg; A döfaut de ces moyens, l'application de ventouses ou la succion.
XYII. — Le virus de la rage est attenuö par la chaleur, l'oxygene comprime , ou certains changements de milieu.
II est alors vaccinifie.
Dans ces conditions, il peut etre inocuM et investir l'organisme du chien dune complete immunite contre les atteintes de la rage.
Mais il n'est pas encore etabli que les cliiens vaccines soient pour jamais indemnes du terrible mal.
XVIII. — L'observance des mesures de police sanitaire prescrites par la loi du 21 juillet 1881 doit 6tre aussi stride cpie possible.
FIN.
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TABLE DES MAXIERES.
Vages
iNTKODIXTION.......................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; I
I.nbsp; — La Rage!.....................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1
II.nbsp; — Historique...................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;2
III.nbsp; — Synonymio..................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;7
IV.nbsp; — Definition...................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 8
V.nbsp; nbsp;— Symptomes..................................nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Vi
VI.nbsp; — Rage ä caractöres intermittents................nbsp; nbsp; nbsp; 27
VII.nbsp; — Etats morbides pouvant simuler la rage.......nbsp; nbsp; nbsp; 31
VIII.nbsp; nbsp;— Causes....................................nbsp; nbsp; nbsp; 33
IX.nbsp; — Inoculation..................................nbsp; nbsp; nbsp; 65
X.nbsp; nbsp;— Incubation...................................nbsp; nbsp; nbsp; 68
XI.nbsp; — La conservabilile du virus....................nbsp; nbsp; nbsp; 81
XII.nbsp; — Lesions....................................nbsp; nbsp; nbsp; 83
XIII.nbsp; nbsp;— La nature de la rage........................nbsp; nbsp; nbsp; 87
XIV.nbsp; nbsp;— La rage cliez les differenles especes animales...nbsp; nbsp; nbsp; 89
XV.nbsp; nbsp;— Lheredite de la rage........................nbsp; nbsp; nbsp; 94
XVI.nbsp; nbsp;— La rage est-elle curable.....................nbsp; nbsp; nbsp; 97
XVII.nbsp; — Du traitcment de la rage...................nbsp; nbsp; 102
XVIII.nbsp; — L'attenuation du virus et les experiences de
M. Pasteur...............................nbsp; nbsp; 112
XIX.nbsp; nbsp;— Legislation.................................nbsp; nbsp; 124
XX.nbsp; — Statistique de la rage en 1883.................nbsp; nbsp; 138
XXI.nbsp; nbsp;— Resume....................................nbsp; nbsp; 140
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