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DISCOURS
l'rononct1 lo 'â [ Janvier 1SS(».
a l'occasion tin 300e amiiversaire lt;1p l't'hihlissciiiciil du Consistoire, et de la fond at ion de I'Efflise wallomie
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j. Tenez-vuua Icrines duns Ia liberlt'; dans laquelle Christ nous a mis.quot;
Galates V, 1.
Mrs Jfrères!
Nous célébrons aujonrd'hui lo 300e anniversaii'o de rétablissement du Consistoire de notre Eglise, et, on peut le dire aussi, de la fondatiou de cette Eglise elle-même. Sans doute, au point de vue de l'liistoire générale du protestantisme dans les Pays-Bas, et ,-ui milieu de la hitte héroïquo qu'un petit peuple soutenait alors contre le tout puissant Philippe 11, et i[iii ahoutit a rindépendance des Provinces-Unies, c'est un fait d'uue bieii petite importance que la fondation d'une Eglise wallonne a Dordrecht. Je ue chercherai pas a en exagérer la signification. La celebration de cet anniversaire est pour nous une tote de familie, un pieux souvenir accordé a ceux qui nous out precedes. A prés trois
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sièclos écoulés, nons sommes aujourd'hui membres de cette Eglise, a laquelle nous sommes attaches; nous nous intéressons d'une fagon tuute particuliere a sou histoire et a ses destinées, et nous no pouvous laisser passer cette date sans nous recueillir mi instant devant ce passé qui est déja si loin de nous.
II serait assez difficile de dire d'une faroii precise a quelle époque les Wallons réfugiés a Dordrecht commencèrent a y célébrer une culte en langue frangaise. Quand l'arrivée du due d'Albe dans los Pays-Bas, en 1568, forga un grand nombre do protestants quitter lours foyers pour écbapper a la persecution, l'Augloterre fut lo premier refuge dos proscrits. Ce n'ost que quelques années plus tard. quand los Espagnols eurent été a pou pres chassés dos Provinces du Nord, que les Wallons purent y trouver un asilo sur, et par conséquent songer ïi s'y établir. Los premières traces de Texistenco d'un culte en langue frangaise a Doidrocht remontent a 1576. Lo 13 Octobre de cetto année, le cousistoiro hollandais décida d'exhortor les pastours wallons ainsi i|Uo los anciens a célébrer pour cetto fois la Sainte-Cèno avoc eux. Ce fait montre qu'il y avait aloi's a Dordrecht un certain uombre de Wallons,
ot parmi oux plusiours pastciirs et plusieurs anciens, et que ces réfugiés vivaient en bomie harmonie avec la communauté liollandaise. Ces pasteurs et ces ancioiis, (Tailleurs iiicoimus, chassés probablement dos provinces du Sud, s'étaient réfugiés a Dordrecht et coutiuuaieut a y remplir lours fonctions au milieu de leurs compagnons d'exil, sans qu'on ait encore songé a établir officiellement une Eglise wallonue. Le culto était pourtant célébré régulièrement a partir de 1577, et il y eut même, cette année, ii Dordrecht un Synode des Eglises wallonnes. Mais l'aimée suivante, ))oui des raisons qui nous sont inconnues, ces pasteurs quittèrent la ville, ot los prédications en langue frangaise cessèrent tout a fait pendant 7 aus.
C'est après cette longue interruption que fut orga-nisé, en 1586, le Consistoire do notre Eglise. Nous ne possédons plus les registres originaux relatant les délibérations de ce Consistoire. La copie qui en a été faite, et qui se trouve dans nos archives, commence par cette mention: â Ceste Eglise frangaise de la ville de Dordrecht a esté dressée au mois de Janvier 1586, par Jacques de la Drève, ministro de la parole de Dien.quot; Le Consistoire était composé du pasteur, de deux anciens et de deux diacres; les
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deux anciens étaicnt Gérard Ie Brun et Bastion Cliuquandt, les diacros, Martin Cavillon ot Pierre Baron. A partir do co moment, le consistoire et FEgliso so sont maintenus jusqu'a nos jours sans interruption. Ce n'est toutefois qu'au mois de Soptembre de la méme année quo la vocation du pasteui' fut approuvee par le Synode de Leydo.
Le peu que nous savons de la vie antérioure de Jacqiuis de la Drève peut vous donner une idéé des alarmos continuelles dans les quelles vivaient pasteurs et troupeaux, et du désarroi qui régait dans ces temps agités. Co no sont que quelques dates et quolquos faits, mais los uns ot les autres sont siguificatit's. 11 était pasteur a Nivelle en 1580: nous le trouvoiis en 1581 pasteur a Malines; rannée suivanto il exerce le ministère a Bruxellos, et, en 1583 a Bruges; les troupes ospaguoles y étant surveiiues, il part avec les anciens, les diacres et une partie do son tioupeau, et va se réfugier a Leyde; il y continuo son ministère en 1584, et est onvoyé a Ostoude en 1585. C'est de la qu'il fut a])polé a Dordreclit rannée suivante; après avoir erré de paroisse en paroisse au gré des événomonts, il avait désormais un posto lixe, et pouvait espérer enfin un peu de repos après tant de tribulations; il u'eu
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jouit ])iis longtemps et mourut dans los premiers mois do 1588, après un ministère d un pen muiiis d'un an et demi dans cette Eglise.
Son snccesseur fut Gaspard üsile, qui était proba-blement pasteur a Ostende au moment oü il fut appelé. Un détail de son installation montre qua cette époque l'Eglise wallonne de Dordrecht n'était )gt;a« dans une situation tinancière trés brillante. Elle faisait son possible pour pourvoir a Fentretien de son pasteur, mais Fancien boursier d'alors devait avoir bien de la peine a faire face aux dépenses extraordinaires. Le Consistoire, so trouvant bors d'état de payer les frais de voyage do son pasteur, domanda, en 1589, au Synode réuni ti Amsterdam, de I'aider a acquitter cette dette, et le Synode, ,, vu la pauvreté de cette Eglisequot; lui preta 30 florins, a la condition qu'elle les rembourserait quand elle eu aurait le moyeii. Cette sommo n'était qu'une partie do ce qui aurait été nécessaire pour indemniser le pasteur, et Gaspard Usile dut atteudre longtemps encore le remboursement total de ce qui lui était dn. car en 1590 le Synode de Elessingue invita l'Eglise de Dordrecht a faire son possible pour payer a Gaspard Usile 22 florins qui lui étaient encore dus.
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Honorable pauvreté, qui nous montre que le.s réfugiés wallous avaicut tout sacrifié, ct avaiout chorclié uu asile sur un sol plus libre ot plus hospitalier, n'einportaut avoo eux pour tout bien que leur tidélité a leur conscience et a l'évangile. Cette gêne pécunière n'empêcha pas du reste la commu-nauté wallouue fle grandir et de se développer. De nouveaux réfugiés arrivaient saus cesse. En 1615, l'Eglise était devenue si noinbreuse qu'elle demanda au Synode 1'autorisation d'appeler un second pasteur. Cette aütorisation lui fut accordée, a la condition qu'elle fournirait a ce second pasteui- un traitemeut convenable. Le pasteur fut nommé: mais la ricbesse â¢Ie l'Eglise ne s'était pas accrue aussi vite que le nombre de ses membres; la question du traitemeut demeura, parait-il, une diffieulté insoluble. Le second pasteur ne tarda pas a quitter, et il n'en fut plus question dans la suite.
11 n'est pas nécessaire d entrer dans beaucoup do détails pour vous donner une idéé de la pbysionomie de cette aucienne Eglise: c'était celle do toutes les Eglises réformées de la tin du XVIU siècle, avec leur sévérité rigide et l'austérité de lours moeurs. 11 est a cbaque instant mention, dans les actes du
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Ccmsistoire, de censures adi'essées a tol nu tel membre, dunt la conduite a semblé légere ot a scandalisé la communauté; il no fallait pas bcaucoup alors puur scandaliser les consciences. Ce sont la des mceurs qui ue sont plus les nótres; mais il y avait, sous cette austérité qui nous semble parfois un peu étroite, une honnêteté et uue droiture si vraies, une piété si sincère, que nous ue pouvons nous empêcher de rendre hommage a cette Eglise du passé, et d'admirer ce qu'il y avait en ellc de sérieux, d'élevé et de vivant.
C'est la un trait commun a toutes les Eglises de la Réforme. Le caractère particulier des Eglises avallo mies, de la notre comme de ses sceurs des autres villos dos Pays-Bas, est que leur existence méme a été une revendication do la liberté de conscience. Non pas que les Protestants do co temps-la aient songé un soul instant a reconnaitre en principe ou a proclamer la liberté de conscience; ils n'y pensaient pas; ils auraient peut-être méme considéré cette liberté comme chose hérétique et dangereuse au premier chef; mais ils firont mieux que proclamer ce principe, ils le pratiquèrent pour leur propre compte. So sentant libres, et no pouvant faire respecter cette liberté dans leur pays, ils
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aimèrent mieux s'expatrier que d'y reiioneer. Tous los membres de cette Eglise cjui s'est foiidée ici il y a trois siècics, dcpuis le pasteur jusqu'au plus humble dos iidèles, étaieut des cbrétieus qui avaiont résisté a la persecution et a la violence, et qui avaiont refuse de courber la tête devant la toute jmissauce do Philippe II; tous ils avaiont mesuré Tétenduo des sacriiices a faire, et ils s'étaient dit: ma couscionco ne s'inclinera que devant la vérité: renongons a tout, sacrifions tout, mais restons libres 1 lis se couformèrent ainsi a l'exhortation adrossée par l'apótre Paul aux Galates: Tenez-vous fermes dans la liberté dans laquelle Christ nous a mis. Je ne connais pas, pour ma part, de meilleure proclamation, ni de meilleure démunstration de la liberté do conscience que celle-la.
Tel est le veritable caractère de nos Eglises wallonnes: elles sont nées d'un sentiment profond des droits de la conscience, et leur existence mêine en est une affirmation. Cost a cette origine et a ce caractère qu'elles doivent de s'étre mamtenues jusqu'a nos jours. Car, chose remarquable, elles out survécu aux uécessités qui les ont appelées ii l'existence Absolument nécessaires a la tin du XYIC siècle, puisque le premier besoin dos Wallons
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chasscs do leur pays par la persecution religicuse, était de cólébrei leur culte, et qu'ils uo pouvaient le faire que dans leur langue; nécessaires encore uii siècle plus tard, lorsque les réfugiés francais arrivèrent en foule dans les Pays-Bas, olies ne sont plus aujourd'hui indispensables; elles pourraient disparaitre presque partout, sans que personne tut l)rivé do culte on do moyens d'édification, par lo fait qu'il n'y aurait plus de predication on langue IVaugaise. Comment se fait-il que ces Eglises se soient consorvéos, même lorsque leur utilité pratique est devenue contestable? Getto porsistanco peut s'oxpliquor sans douto a certains égards par l'at-tachoment naturel dos tidèles pour l'Eglise dans laquello ils sont nés, par dos traditions et des souvenirs de familie; inais la cause la plus puissante de leur maintien, c'ost qu'olles sont comme un monument et un souvenir vivant des luttos béroïques et glorieuses d'autrefois, un symbole toujours présent de eet amour indomptable de la liberté auquel les Provinces-Uuios durent leur indépendance, et qui poussa les réfugiés, rnoins houroux, hors de lours frontières, vers uno patiie nouvelle oü ils ne sontissont aucun joug poser sur leurs têtos; c'est que ces Eglises tiennent d'une fagon si intimo a
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1'histoii'P do la Hollande que, les faire disparaitre ce sorait rompre mi des liens encore visibles qui nous rattaclient a unc époque glorieuse et fecondo de cette histoire.
Nos Eglises ont conserve ce vif sentiment de la liberte, qui les a coiiduites a la tolerance et a la largeur chrctienne. Elles ue sont pas absolument unanimes, sans doute; chacune d'elles a sa tendance particuliere, et elles out résolu dans des sens différents les grands problèmes religieux qui se sont posés dans notre siècle. Mes les cceurs sont restés unis, et je ue connais pas d'Eglise oü on retrouvc au même degré le respect de la liberte. l'esprit de fraternité et de support mutuel. C'est lïi un état de choses dont nous avons tout lieu de nous féliciter, en mi temps oü los passions religieuses entrainent de nouveau bien des ames a toutes los violences du fanatisme.
Ai-je besoin d'ajouter, en terminant, mos chers Frères, que nous saurons conserver ces traditions? Nous n'oublierous pas saus doute qu'une Eglise chrétienno doit être avant tout un foyer, aussi intense que possible, de vie roligieuse et morale, et que sa première tacbe est, aujourd'bui plus que jamais, de s'adresser au couur et a la conscience;
mais nous nous souvicndrons aussi que nous sommes imc Eglise de liberté et do progrès; et si, ce qu'a Dieu no plaise, l'étroitesso d'esprit et I'oppression religieuse venaient a régner de nouveau au milieu do aous, nos Eglises pourraient êtve encore un refuge pour les consciences droites qui refuseraient d'accoptor cette servitude, et sauraient redire encore la tière parole de Tapótro: demeurez formes dans la liberté dans laquolle Christ nous a mis!
Cost avec ces sentiments de fidélitc a nos traditions ot a Févangile que nous célébrous cot anniversaire, on demandant a Dieu do bénir notro Eglise dans le present et dans I'avenir, comme il Fa bcnio dans le passé, en lui demandant surtout do répandre sin tons sos membros son esprit de vérité et de cbarité.