ocr page 1
J'
TRATTE
DE
MICROBIOL'ÖGIE
appliquee ä la Mödecine vetön'naipe
A L'USAGE DES MEDECINS ET DES ^TUDIANTS VETERINAIRES
PAR
M. L. GEDOELST
CHARGK DE COURS A l'eCOLE DE MEDECINE VETERINaJe
de l'Etat a Cureghem-Bruxelles
AVEC 64 FIGURES^mTERCALEES DANS LE .*EXTE
Xfi
y'
LIERREnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; quot;-------f
JOSEPH VAN IN amp; O, IMPRIMEURS-EDITEURS Rue Droite, 48
1892
ocr page 2
//
ocr page 3
ocr page 4
ocr page 5
#9632;k
TRAITE
DE
Microbiologie
appliquEe a la i^decine v^tErinaire
o
ocr page 6
BIBUOTHEEK UNIVERSITEIT UTRECHT
11
2911 501 5
ocr page 7
TRATTE
^- ?z deg; /£^o
DE
MICROBIOLOGIE
appliquee ä la Medecine velerinaire
A L'USAGE DES M^DECINS ET DES ETUDIANTS V^TERINAIRES
PAR
M. L. GEDOELST
CHARGK DE COURS A l'kCOLE DE MEDECINE VKTERINAIKE
de l'Etat a Curegiiem-Bruxelles
AVEC 64 FIGURES INTERCALEES DA
i lt;
y
LIERRE
JOSEPH VAN IN amp; O, IMPRIMEURS-EDITEURS Rue Droite, 48
1892
ocr page 8
ocr page 9
p
REFACE
Lorsque nous nous sommes decide a publier un Traitd de Microbiologie appliquee a la medecine veterinaire, nous avons obci ä des considerations multiples, dont I'expose suffira pour justifier I'entreprise que nous avons realisee.
Les donnces que Ton possede actuellement sur l'etiologie des maladies infectieuses sont considerables et se trouvent eparpillöes dans un grand nombre de revues, dont plusieurs sont peu rc-pandues. II etait done desirable de recueillir toutes ces notions, de les reunir en un recueil qui pourrait etre utilement consulte par tous ceux qui s'interessent ä l'etude des maladies contagieuses des animaux domestiques.
Un semblable recueil, rendant comptc de tous les travaux qui ont etc publies sur les maladies microbiennes, n'existe pas encore dans la bibliotlieque du medecin veterinaire. On possede, il cst vrai, un certain nombre dc Traitcs de bacteriologie, dans lesquels sont consignees des donnees nombreuses concernant les affections microbiennes des animaux domestiques ; il nous suffira de citer les TraiUs de Cornil et Babes, de Thoinot et Masseun, etc.; mais, ces ouvrages s'occiipcnt principalcment des maladies propres a I'homme, maladies qui n'offrent qu'un intcret ties secon-daire pour le medecin veterinaire; dc plus, ils sont fort incomplets sur le domaine de la pathologic animale. Une semblable observation pent s'adresser au Manuel pyatique de Bacteriologie et d'A iiatomie patho-logiqtu du professeur Kitt, qui ne traite que d'une douzaine dc maladies infectieuses, en meme temps qu'il ctudie de nombreuses questions qui n'ont aucun rapport avec les affections microbiennes.
Le grand Traite des maladies contagieuses de Galtier ne s'oc-cupe que des affections qui tombent sous l'application des lois
i
ocr page 10
VI
de la police sanitaire. L'extension que I'auteur a donnöe ä son ouvrage empeche que celui-ci puissc 6tre einploy6 comme ouvrage classique; du restc, n'exposant qu'un nombre limits de maladies microbiennes, il nc pent ctre considerö comme donnant I'etat actual de nos connaissances microbiologiques sur la pathologie vet6rinaiie.
Enfin, quand nous aurons cito l'ouvrage de Zürn sur les parasites, nous aurons a peu pres 6puise la liste des Traitös etudiant les microbes qui Interessent le medecin vetörinaire (i).
Tons ccs Traites ou Precis ne se bornent pas ä faire l'etude microbiologiquc des affections qu'ils d6crivcnt ; ils exposent aussi la Symptomatologie, 1c pronostic, I'anatomic pathologique, lo diagnostic et la th6rapeutique. Nous n'avons pas cru devoir agir de meme. Nous nous sommes rappele qu'en notre quality de membre du corps professoral de l'^cole de medecine vöterinaire de Cureghem, nous nous adressions avant tout a nos eleves. Notre ouvrage reproduit, en eflet, notre enseignement, que nous main-tenons exclusivement sur le terrain microbiologique. Les notions concernant la Symptomatologie, le pronostic, I'anatomie patholo­gique, le diagnostic et la thörapeutique des maladies infectieuses sont donnees dans d'autres cours par des professeurs qui enseignent ces notions avec une competence que nous ne saurions possöder. Nous restreignant ainsi sur le seul terrain qui nous soit familier, nous 6vitons des redites et une perte de temps, deux facteurs qui ne pourraient que porter prejudice aux etudes r6guli6res des etudiants. Les m^decins .v^törinaires, qui voudraient consulter notre Traiie, n'y rechercheront pas davantage ces indications, qu'ils possedent d6ja de par les 6tudes qu'ils ont faites ant6rieurement.
(i) Cornil et Babes, Les Bacteries et leur role dans I'anatomie et Vhistologie pathologiqucs des maladies infectieuses; 3deg; Edition, Paris, 1888. — Thoinot et Massei.in, Precis de microbic medicate et vcterinaire; Paris, 1889. — Kitt, 'Bactertologische und pathologisch-histologische Uebungen für T/tierär^te und Studirende der Thicrhcilkitnde; Wien, 188g. — Galtier, Traite des maladies contagienses et de la police sanitaire des animaux da-mestiques; iquot; Edition, Paris, 1891. —Zürn, Die Schmarotzer auf und in dem Körper unserer Haussäugetiere, etc.; 20 Edition, Weimar, 1887.
I
M
ocr page 11
VII
Si nous nous sommes ainsi born6 ä exposer l'histoire des microbes pathogenes, nous avons pu dormer d'autant plus d'ex-tension a. notre sujet et elargir davantage les limites de notre ensei'gnement. Nous avons etudio avcc tous les details necessaires les principales affections contagieuscs et avons esquiss6 ä grands traits un certain nombre de maladies spcciales, rares ou peu interessantes, dont I'etude microbiologique offre encore de nom-bieuses lacunes. Nous nous sommes eflforce d'etre aussi complet que possible. Certcs, nous no nous lo dissimulons pas, notre ccuvre offrira de nombreux dcfauts, des lacunes multiples, que nous chercherons ä faire disparaitre dans notre enseigneinent.
Toutefois la craintc d'elaborer unc oeuvre, quo nous con-siderions commc fataloment defectueuse ä raison memo du caractere que nous voulions lui donner, ne nous a pas arrete, parce que, en agissant ainsi, nous etions convaineu de faire une ceuvre utile, sollicitee du rcste do divers cötes par les veterinaires eux-memes. En outre, nous avons voulu nous conformer aux vceux emis par le corps profcssoral do recole veterinaire. Dans le Rapport sur les deliberations du corps professoral de l'ecole de medecine veterinaire de l'Etat relatives aux modi­fications ä apporter a I'cnseignement veterinaire et au regime de l'Ecole de Cureghem, formulees par M. Proost, inspecteur general de l'agriculture, nous lisons, en effet, aux pages i3 et 14 : laquo; Pour la grande majoriii des etudiants, les cours imprimds soui de nature ä contribuer pour une large part ä assurer le suce'es des etudes. On ajoute qu'un cours imprime ne doit pas etre un simple resume on un programme ditaille; pour avoir ioute son action utile, il doit etre aussi explicite que possible et contenir an moins les elements esseniiels que I'eleve doit nccessai-retnent possöder pour exercer avec fruit la medecine veterinaire.
)) ..... la publication des cours constituerait un moyen precieux pour
permettre ä tout medecin veterinaire de se tenir an courant des progres rea­lises dans les differentes branches de la science et de l'art veterinaire; chaque professeur pourrait ainsi prendre connaissance de I'enseiguemeni de ses coll'e-gues et combiner ses efforts aux lews sans t'exposer ä les contredire et ä faire des repetitions inutilcs. raquo;
ocr page 12
VIII
Nous inspirant de ces considerations, nous avons publie notie traitö, convaincu que nous avons rendu service aux etu-diants et aux medecins veterinaires.
On nous reprocliera peut-ctre d'avoir neglige le cöte anatomo-pathologiquc dans notre Traite. Nous avons dejä repondu a ce reproche. Pour justifier coinplotement notre manierc de faire, il nous suffira d'exposer les relations qui existent, ä notre avis, entre la microbiologie d'une part et l'anatomie pathologique d'autre part.
Cellc-ci est une science d'ordre morphologique, cellelä est une science d'ordre physiologique; l'une et l'autre se servent de methodes essenticllement diffcrcntes. Ces deux sciences constituent deux scienccs-socurs, absolument independantes l'une de l'autre, et non deux membres d'un seul et meine organisme.
L'une etudie les troubles anatomiques et les alterations histo-logiques qui peuvent sc produire sous des influences multiples; l'autre, au contrairc, s'occupe des microbes, poursuit leur evo­lution tant dans 1c monde extcrieur que dans le corps meme des animaux. Les microbes sont des facteurs etiologiques de troubles pathologiques. Or, si Tanatomie pathologique netudie pas en eux-memes les facteurs des alterations que Ton observe dans les maladies, si ellc nc traite pas des causes physiques, telles quo le froid, le surmenage, etc., de meme eile ne peut pas s'occuper des microbes. Pourquoi le fcrait-elle du reste? L'anatomio pathologique existait dejä de toutes pieces, alors qu'on ne connaissait pas encore les microbes ou qu'on n'en avait qu'une idee excessivement vague. Au commencement de ce siecle, Bichat avait dejä cree l'anatomie pathologique, tandis que la microbiologie n'cxiste guere que depuis une vingtaine d'annees. Et celle-ci n'a guere modific l'elat de ccllc-lä, du moins au point de vue morphologique. Ciiarrin le fait justement remar-quer, lorqu'il 6crit : (( // est difficile de comprendre Vopinion de ceux qui supposent qtie la bacUrioIogie a reduit ä lüant la vieille histologie
pathologique; il faut penser precisement le contraire..... Les microbes n'ont
pas plus supprime cette vieille histologie, qiiils n'ont fait disparaitre les
ocr page 13
IX
causes secondes, telles que le froid, le jeme, le surmenage, etc. raquo; (Tmitd de midecine, 1891.) Ces considerations prouvent suffisam-ment l'independance de la microbiologie et de l'anatomie patho-logique.
La microbiologie, ötudiant une categoric determin6e de fac-teurs 6tiologiques, constituerait plutot un chapitie special de la pathologic generale. Mais si Ton considere plutot les rösultats pratiques, nombreux et feconds qu'a procures letude des microbes, resultats dont I'hygicniste a fait une si heureuse application, on reconnaitra que cette brauche des sciences mcdicales offre une affinity etroite avec l'hyglöne generale. C'est ce qu'on a parfai-tement compris, lorsqu'on a etabli dans les universitcs les Insti­tuts de baetöriologie. Les principaux d'entre eux sont annexes aux Instituts d'hygiene : il nous sufflra de citer les Instituts de Berlin, Munich, Göttingue, Breslau, Gand, etc.; celui de Wies­baden est une dependance de l'institut chimique; celui de Co-penhague a etc rattachc a l'institut de botanique.
La microbiologie offre surtout pour le medecin veterinaire une importance qui ne pourra quo croitre tous les jours par suite des progres incessants qui sont realises dans cette brauche dos sciences mcdicales. Les maladies infectieuses des animaux domesti-ques sent nombreuses et variees; Eisenberg releve deja io5 especes differentes de microbes qui sont pathogenes pour les animaux, tandis qu'il n'enumcre que 38 especes pathogenes pour 1'homtne; dc ccs dernieres, la plupart attaquent les animaux egalement, Ces chiffrcs, qui sont dejä depasscs aujourd'hui, suffisent pour demontier l'intert't que les etudes microbiologiques offrent pour le medecin veterinaire.
Mieux qu'en medecine humaine, letude des maladies infec­tieuses pent ctre poursuivie avec succes en medecine veterinaire. Ici, aucuno consideration d'ordre supcrieur n'intervient pour ar-reter I'experimentateur dans ses recherches ; non seulement il pent rccourir a l'autopsie des bfetes aussitöt apres la mort, mais encore il pent devancer ou precipiter celle-ci; il pcut recourir a I'expe-rimentation sur les animaux les plus divers et en sacrifier autant
ocr page 14
de t6tes que l'exigont ses recher'ches, En mcdccinc humaine, au contraire, non seulement l'autopsie nc peut 6tre pratiquee que plusieurs heures apres la mort, alors que des facteurs microbiens etrangeis ont pu intervenir pour troubler le probleme et en rendre quelquefois la solution impossible, niais encore l'experimentation sur l'homrne est defendue; le m6decin ne peut done conclure (]uc par analogic, conclusion toujours precaire, apres avoir ex-pcrimentc sur des animaux, dont la maniere d'etre vis-ä-vis des microbes est rarement identique a celle de rhomme. Aussi la microbiologie humaine offre des lacunes plus considerables quo la microbiologie veterinaire.
Non seulement la microbiologie a ölueide l'etiologie dc la plupart des maladies infectieuses des animaux domestiques, mais eile louinit dans un grand nombre de cas les moyens de pr6-munir les animaux par des vaccinations preventives. La pre­paration des vaccins constituc une de ses conquetes les ' plus precieuses; on a pu ainsi immuniser les animaux contre les prill-cipales maladies contagieuses et preserver d'une perte certaine le b6tail qui represente une partie importantc de la fortune pu-bliquc. Le veterinaire doit done fetre familiarise avee ccs vaccina­tions preventives et posseder les donnees scientifiques sur lesquelles elles reposent.
La guärison des maladies infectieuses deja declar^es, par les injections de sang d'animaux vaccines, ouvre une 6re nouvelle a la th6rapeutique de ces affections. On est ddja parvenu a. guerir clans ces conditions le tetanos, la morve, ct plus recem-ment encore la rage, toutes maladies qui avaient resistc jusqu'ici a toutes les ressourccs de la therapeutique. II est ä espcrer quc des reeberebes nouvelles rcussiront ä obtenir des resultats ana­logues pour les autres maladies microbiennes.
Enfln la ddeouverte de la tubcrculine, d'une part, et de la malleinc, d'autre part, a pcrmis d'assurer le diagnostic dans les cas doutcux et de combattrc ainsi plus rapidement la tubercu-lose ct la morve, avant que ccs maladies aient pu exerccr des degäts plus considerables.
\
ocr page 15
XI
On voit par ce rapide apercu I'interet qui s'attache aux etudes ' microbiologiques et l'importance qu'il convient de leur accorder dans le programme des etudes de la m6decine veteri-naire. A juger des progres incessants qne cette science realise, des döcouvertes journalieres qu'elle amöne et des applications pratiques nouvelles qui en sont faitcs dans le domaine do I'hy-giene et de la therapeutique, on pent, sans tcmerite, affirmer que cette branche des sciences m^dicales est appelee a occuper une place pr6ponderante dans les ötudes de medecine.
Nous serions satisfait si nous constations que la publication dc notre Traite pouvait donner plus d'amplcur ä l'enseignement de la microbiologie et eveiller le zele des vöterinaires pour la recherche et l'etude des maladies infecticuses de nos animaux domestiques.
Nous terminons cette introduction en adressant nos remer-cicments ä tous ceux qui nous ont encourage dans I'entreprise que nous avons poursuivie et ä tous ceux qui nous ont aide de leurs conseils et de lours lumicres.
ocr page 16
ocr page 17
Table des Matieres
PREMIERE PARTIE
Microbiologie generale
CItapitre I. Chapitre II,
Morphologie des microbes Physiologie des microbes.
i5 16 32
47 47 63 82 82 io5
125
153
sect; i. Multiplication des microbes sect; 2. Nutrition des microbes Chapitre III. Action des milieux sur les microbes sect; i. Milieux inertes sect; 2. Milieux vivants
Chapitre IV.
Action des microbes sur les milieux
Chapitre V. Chapitre VI,
sect; i. Milieux inertes sect; 2. Milieux vivants Theorie de l'infection et de l'immunit6 De la signification et du röle des microbes dans la nature
DEUX1EME PARTIE
Mici'obiologie .speciale
Chapitre I. Etude microbiologique de la suppuration. —Microcoques pyogfenes ......
CItapitre II. Etude microbiologique des mammites .
sect; 1. Mammite contagieuse des vaches laitiferei
sect; 2. Mammite gangreneuse des brebis laitiferes Chapitre III. Etude microbiologique des pneumonies.
sect; 1. Pneumonie du cheval
g 2. Pleuropneumonie contagieuse du boeuf .
sect; 3. Pneumonies chez differents animaux
Chapitre 1 V. Etude microbiologique des pneumo-enterites infectieuses
des solipfedes ......
i63 182 182 184 187 187 192 198
ocr page 18
XIV
Chapitre V.
C/mpitre VI. Chapitre VU.
Etude microbiologique de l'adenite purulente du cheval .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ....
Etude microbiologique du mycofibrorae Etude microbiologique de la variole. sect; I, La variole • vaccine (cow-pox) sect; 2. l.a variole equine (horse-pox| . sect; 3. La variole ovine (clavelee) Etude microbiologique dts affections hematuriques sect; i. H6moglobinurie bacterienne du boeuf . sect; 2. Maladie du Texas sect; 3. Hematurie essentielle du boeuf. Etude microbiologique de l'hepatite enzootique des porcelelsnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.....
Etude microbiologique de la rage Etude microbiologique du charbon bacteridien Etude microbiologique du charbon bacterien Etude microbiologique de la septicemie gangreneuse Etude microbiologique du rouget du pore . Etude microbiologique des scpticemies hemorrha-giqucs ......
sect; i. Pneumonie infectieuse des pores (Schweine'
seuche) .....
205
209
213 2l3
22JI 223 220 226 229 23l
232
233 245 260 2C7
276
280
281 283 288 292 294
297 299 3oo
302
304 307
3o8
Chapitre VIII.
Chapitre IX.
Chapitre X. Chapitre XI. Chapitre XII. Chapitre XIII. Chapitre XIV. Chapitre XV,
sect;
2.
sect;
3.
sect;
4-
sect;
5.
sect;
6.
sect;
7-
sect;
8.
sect;
9-
sect;
10.
sect;
11.
sect;
12.
Pneumo eiueiite des pores
Hog-eholera ....
Swine-plague ....
Svinpest .....
Maladie ^pid^mique des beeufs et des animaux
sauvages .....
Barbone des buffles
Corn stalk disease
Pleuropneumonie septique des veaux.
Septicömies des lapins .
Epizootie des furets
Cholera des poules
Chapitre XVI.
Etude comparative des divers microorganismes r6unis dans le groupe des microbes des septicemies \\k morrhagiques ..... Etude microbiologique des affections typhoides sect; i. Fifevre typhoule du cheval sect; 2. Feste bovinenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;....
sect; 3. Maladie des jeuncs chiens
3:5
320 320
323 324
ocr page 19
XV
Chapitre XVÜ. Chapitre XVIII. Chapitre XIX.
Etude microbiologique de la morve
Etude microbiologique de la tuberculose
Etude microbiologique des pseudo-tuberculoses.
sect; i. Tuberculose zoogleiquc
sect; 2. Pseudo-tuberculose bacillaire de Courmont
g 3. Pseudo-tuberculose bacillaire de Pfeiffer
Etude microbiologique du tetanos
Etude microbiologique des affections diphth6ri-
tiques ..... sect; i. Diphtherie des pigeons sect; 2. Diphtherie des vcaux sect; 3. Diphtherie intestinale des lapins . sect; 4. Fievre catarrhale maligne . Etude microbiologique de la pyelonephrite du
booufnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; .....
Etude microbiologique de l'acne contagieuse du
cheval ..... Etude microbiologique de la maladie pyocya-
niquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.....
Etude microbiologique de la gastro-enterite cho
lerique des oiseaux Etude microbiologique de quelques affections
speciales .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; .
sect; 1. Septicemie des oies. sect; 2. Gastromycose du mouton . sect; 3. Fifevre aphtheuse . sect; 4. Pietinnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;....
sect; 5. Dourine .... sect; 6. Avortement epizootique sect; 7. Septicemies conseculives k la parturition sect; 8. Lymphangite Epizootique . sect; 9. Proieosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;....
sect; 10. Maladie des penoqucts sect; 11. Flacherie des vers ä sole . sect; 12. Maladies des abeilles Etude microbiologique du contenu intestinal Etude microbiologique des alterations du lait et
de la viande .... sect; 1. Alterations du lait . sect; 2. Alteration de la viande
PAGE
329 340
355 355 357 359
362
371 371
374 374 375
377
38o
382
386
389 38() 3go Sgt 393 393 394 Sgß 397 398 399 899
399
401
410 411 421
Chapitre XX. Chapitre XXI.
Chapitre XXII. Chapitre XXIII. Chapitre XXIV. Chapitre XXV. Chapitre XXVI.
Chapitre XXVII. Chapitre XXVIII.
ocr page 20
XVI
TROISIEME PARTIE
Technique microbiologique
sect; l, Examen mlcroscoplque des microbes
sect; 2. Methodes de culture des microbes
S 3, Methodes d'experimentation sur les animaux
PAGE
42Ö
432 445
Index alphabetique des matieres
447
ocr page 21
PAGE 426
445
Premiere Partie.
MICROBIOLOGIE GKNERALE
CHAPITRE I.
Morphologie des Microbes.
Les microbes sont des organismes microscopiques, dont les dimensions valient d'une fraction de micromillimctre ä 10 micro -millimetres, suivant la forme qu'ils affectent. C'est assez dire qu'ils appartiennent aux organismes les plus petits.
Lcurs formes sont diverses, mais peuvent se rapporter tou-jotirs ä deux types fondamentaux : le type globulaire et 1c type cylindrique.
Les microbes, qui affectent la forme globulaire, ont recu le nom genörique de microcoques {Micrococcus), fig. 1. Ce sont des Clements arrondis ou legerement ellipso'ides,
mesurant o,5 |j. ä 1 011 2 \gt;.\ ils sont isoles (microcoques proprement dits), ou reunis en
•v-'
chapelets, en chainettes, ou agglomeres en
Fig. 1.
•
amas sans forme bien determinöe. Ccs dis­positions specialcs rcsultcnt de Icuis modes de pullulation. Comme ccs dispositions sont
caraetcristiques et se reproduisent assez r6-gulierement pour une meme espece donnee, on a cru avan-tageux de leur attribuer des noms sp6ciaux, Les microcoques
ocr page 22
en chainettes ont refpu le nom de strept'ocoques (Streptococcus), fig. 2, et les microcoques agglomeres, celui de staphylocoques (Staphylo-coccus), fig. 3. Commc on observe assez souvent des chainettes
%
.1-
EÄ.laquo;-
'*\lt;
5W •
Fig 2. — Microcoques affectant la disposition de streptocoques.
Fig. 3. — Micvocoques affectant la disposition de staphylocoques.
composces de deux iadividus, Pasteur a cree pour ces formes lo Icrme dc diplocoques [Diplococcus). Cette derniere denomination n'a guere etc adoptee, car les microcoques qui affectent cette disposition, quo Pasteur a appelce en 8 de chiffre, nc constituent que des individus en voie de division, qui reproduiront dans le corns de lour Evolution l'une des formes microcoques, strepto­coques on staphylocoques,
Les microbes du type cylindrique representent des elements filiformes, allonges, ressemblant a de petits batonnets, Leur lon­gueur oscille entre i \). et 10 [*, leur epaisseur entre o,i \). et 2 ij.. Les uns sent rectilignes, les autres sent au contraire ondul6s ou spirals. Les premiers, suivant leurs dimensions, ont
recu dos denominations sp6-
ciales : les plus petits, ceux
dont la longueur ne d6-passe guere deux fois la largeur, sont dits bacteria s
ii?i..T
{Bacterium), fig. 4; ceux dont
Fig 4 — Bacteries.
ig. . — act cs. ja ^ongUeur eg). SUperieure
au double de la largeur et constituent ainsi de vöritables ba­tonnets, ont re9U le nom de bacilles [Bacillus), fig. 5 ; enfin ceux, qui affectent la forme de filaments tres allonges, sont dits Leptothrix,
ocr page 23
quand ces filaments sont simples, ou Cladothrix, tig. 6, quand ils offrent des ramifications.
Les formes incurvees constituent les vibrions [Vibrio), fig. 7; les formes nettement spiralees sont appelees spirilles {Spirillum), fig. 8,
\
(
*{
Fig. 6.
Cladothrix
Fig. 7. — Vibrions. Fig 8. — Spirilles.
quand les tours de spires sont rigides, et spiroclietes {Spirochäte), quand les tours de spires sont plus longs et flexibles.
En g6n6ral, cctte multiplication de termes n'est pas avan-tageuse, car eile ne pent que surcharger bien inutilement le langage scicntifiquo. Cette observation est d'autant plus justifiee qu'actuellcment tous les savants sont d'accord pour reconnaitre que ces termes ne peuvent avoir aucunc valeur generique, puis-qu'une meme espdcc microbienne peut se presenter sous plusieurs de ces formes et les reproduire invariablement suivant les con­ditions speciales oü cllc est appelce a vegeter.
Les observations de Cienkowski et de Neelsen sur le Bac­terium cyanogenum du lait bleu ont mis en evidence que ce microbe peut so developper sous les formes de microcoques, de bacilles et de leptothrix. De meine Buchner a signale pour le bacille du cbarbon la meme multiplicite de formes. Toutes ces obser­vations et bien d'autres encore ont 6tabli la theorie du polj'-morphisme ou plöomorphisme des microbes et renvers6 la doctrine de Cohn sur la Constance des formes microbiennes. Ce n'est pas ä dire qii'il faille nier avec NäcELi toute specificite aux microbes, n'admettre entre ces 616mcnts aucune distinction ct rapporter a une espece polymorphe toutes les fermentations ou toutes les maladies infectieuses, Ce que nous voulons (jtablir,
ocr page 24
— 4 —
c'est que les caracteres morphologiques n'ont pas une valcur absoluc au point de vue genciique et specifique.
Cette variete d'aspect que peut offrir une mcme espece resultc uniqucmcnt des conditions difiercntcs dans lesquelles I'organisme vegetc. II suffit de modifier dans une certaine me-sure la composition du milieu et les condi­tions physiques (chaleur, etc.) pour voir appa-( raitre des formes differentes, anormales, qui retoumeront au type normal, lorsqu'on rota-J blit les conditions ordinaires de vegetation. J*nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Lorsquc ces conditions deviennent defavora-
'nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; bles au developpement, on constate la pro-
Fig. 9. Formes duction dc formes absolument anormales, dinvoliuion.
irregulieres, formes dites d'involution, fig. 9.
Celles-ci se caracterisent par des dimensions plus grandes, par des rcnflements; elles constituent des 6tats de degen6rescence, de mortification.
La doctrine du polymorphistne etant ainsi comprise, on con-coit que Ton doivo plutot condamncr la multiplicit6 des termes que Ton a. introduite dans la morphologie des microbes, et qu'il convient de simplifier le plus possible la nomenclature micro-bienne. Car bien souvent rien n'est plus difficile de distinguer, p. ex., une bactdrie d'un bacille. Si ces deux formes se differencient par des caracteres spöeiaux, il n'on est pas moins vrai qu'il n'est pas toujours possible de les observer et on ne peut le plus souvent les caracteriser que par leurs dimensions. Or tous les intermediaires existent entre la bacteria et le bacille et il est impossible dans bien des cas de determiner si on a une grande bacterie ou un court bacille. Bien plus pour une meme espece de microcoque ou de bacterie, on peut observer des dimensions fort variables, qui compliquent encore davantage le problcme. Suivant que la bacterie sera jeunc ou adulte, qu'elle sera a letat de repos ou en voie de division, qu'elle disposera d'une nourriture abondante ou non, eile possedera des dimen­sions variables, qui en feront tantot une bacterie proprement dite, tantot un bacille bien caraetörisö.
ocr page 25
— 5 -
Dans ces conditions, conformement ä la tendance qui se fait sentir de plus en plus en microbiologie, nous n'adopterons que les trois tennes generaux de Micrococcus, Bacillus et Spirillum. Nous nous boinerons ä signaler les Varietes de ces formes fon-damentales, lorsqu'il y aura lieu.
Nous pourrons ainsi nous dispenser de reproduire tous les essais de classification des microbes qui ont etc tentes. Von NäGELi, Cohn, Van Tiegiiem, Zopf, Rabeniiorst, Guignard ont tour ä tour propose des classifications, mais aucune d'elles n'est pleinement satisfaisante, parce qu'elles sent toujours etablies sur quelques caracteres isoles et non sur l'ensemble des manifestations vitales de ces organismes. En outre, tous ces savants, en 61a-borant leurs classifications, se sont places au point de vue botanique pur et ont du par consequent rapprocher des microbes proprement dits des formes vegetales voisines, qui n'offrent aucun interet pour le medecin. En nous tenant exclusivement sur le terrain de la m6decine, nous pourrons reunir dans le tableau suivant, qui ne constitue pas une classification, les formes micro-biennes dont 1c medecin a h connaitre.
I. Formes globulaires
Micrococcus. Streptococcus. Staphylococcus. Diplococcus.
I rectiligncs
Bacterium. Bacillus. Lcptothrix. Cladothrix.
Vibrio.
Spirillum.
Spirochtvk.
II. Formes cylindi'iques .
spiralees
La constitution des microbes est tics simple. A un examen supcrficiel, on n'y rcconnait pas trace de structure; cc sont des
ocr page 26
_ 6 —
petits corps transparents, le plus souvent homogenes, d'un aspect brillant. En faisant agir sur eux des rdactifs microchimiques, on acquiert quelques connaissances plus precises sur leur orga­nisation. C'est ainsi qu'en employant de l'alcool fort, on parvient ä distinguer une membrane d'enveloppe et un contenu qui s'est rdtracte sous Faction du reactif.
Cette membrane d'enveloppe est dclimitee par un contour tres net; le plus souvent fort delicate, eile peut acquerir chez certaines especes une epaisseur notable et presenter alors deux couches bien distinctes, dont I'externe est la plus 6paisse.
Tantot eile est rigide, tantot au contraire eile est flexible; eile possede une rösistance remarquable ä Faction des alcalis et des acides forts. C'est sur cette propriete interessante que Recklinghausen avait base sa m6thode de recherches des mi­crobes dans les tissus animaux, avant qu'on cut appris a les colorer; il emploj'ait ä cet effet de la potasse ou de 1'acide aedtique, qui dissout et fait disparaitre toutes les granulations proteiques, et respecte absolument les microbes. C'est aussi a raison de ces details que Robin rattacha les microbes au regne vegetal, la membrane des cellules v^getales jouissant de la meme resistance aux reactifs chimiques.
En effet, des analyses chimiques auraient montre que la membrane d'enveloppe de certains microbes est formee d'un hydrate de carbone voisin de la cellulose. D'apres Nencki, au contraire, la membrane de certaines especes serait constitute plutot par une substance albumino'ide (myco-proteine). Chez le bacille du charbon, p. ex., cette substance proteique ressemblerait beaucoup a la casamp;ne des plantes et a la substance muqueuse des ani­maux. Elle est depourvue de soufre, et a recu le nom special de anthrax-proteine (Nencki).
Nos connaissances sur la composition chimique de la mem­brane des microbes sont encore fort incompletes. Le fait ne paraitra pas 6tonnant si 1'on songe combien il est difficile d'ob-tenir ces membranes, ä l'dtat d'isolement, completement d6barrass6es de leur contenu. Mais selon toute probabilit6 cette membrane,
ocr page 27
par sa composition, se rapprocherait de celles des algues m{6-rieures, comme tend ä le prouver la propri6t6 qvi'elle possede de se g61ifier.
Los membranes des microbes pr^sentent en effet souvent une tendance fort marquee a se g61ifier, La couche externe se gonfle fortcment, devient moins röfringente et constitue autour de Forganisme une aire claire, que Ton' fait apparaitre ties aisement en colo­rant la preparation. Cette membrane g6lifi6e prend les matieres colorantes, mais se d6-cblore aisement sous Faction des reactifs decolorants et apparait alors tres nettement
fl„ jq __ Micro- sur ^e f0:ncl color6 de la preparation. C'est
coques possedant une cette aire blanche que Ton a decrite sous
capsule (pneumocoques).
le nom de capsule autour de certains microbes
(pneumocoques), fig. 10.
C'est aussi a cette propriötö qu'il
faut attribuer la formation des zooglöes, FIG, 11. Les zoogl^es sent dos amns do microbes rcunis entre eux par une masse fondamentale de nature glaireusc, mucilagincusc, qui rcsulte cle la gcli-fication des membranes. Celles-ci s'ag-glutinent, se fusionnent et constituent
une ganguc muqueuse, qui incorporc
Fig. 11. — Microcoqucs en zooglee.
tons les microbes. Ces amas zooglciqucs
s'observent souvent ä la surface dos liquides en fermentation sous forme de pellicule ou \-oile, (iue Ton pout cnlever d'unc piece. Cette pellicule est I'onnce exclu-sivement dc microbes en zooglöo.
Cette ganguo, mucilagineuso est constitute parfois par une substance qui possede tons les caracteres do la cellulose, comme Brown 1'a constate pour son Bacterium xylinum, ou dune substance tres voisine comme dans le Bacillus meseutericus vulgatiis, le Bacillus lactis viscosns, etc.
ocr page 28
— 8 —
D'apres NäGELi, la membrane d'enveloppe chez certaines especes est color6e en jaune, rouge, vert, bleu, etc. Ces colo­rations ne s'observent qu'en masse; les microbes isoles paraissent toujours incolores Aussi le plus souvent est-il difficile de decider si le pigment a son siege dans la membrane, ou dans le con-tenu, ou dans les deux elements ensemble. En outre, ces pigments, qui ont leur siege dans la membrane, ötant solubles dans I'eau, se repandent dans le milieu exteneur. Par l'ensemble de leurs reactions et par leurs propn6t6s optiques, ils ont line analogie remarquablc avec les couleurs d'aniline : la substance rouge du Mürococcus prodigiosus ressemble ä la fuchsine. Ce pigment est jaune dans le Micrococcus pyogenes auveus ct dans le Bacillus syn-xantkus du lait jaune; bleu dans le Bacillus cyanogenus du lait bleu; rouge dans le Micrococcus prodigiosus, le Spirillum rubrum ; bleu-vert dans le Bacillus pyocyaneus; violet-noir dans le Bacillus violaceus, etc.
Le contenu des microbes est form6 par un plasma homogene, d'une r6fringence peu superieure ä celle de I'eau. Quand on fait agir sur lui I'alcool iod6, on constate qu'il se r6tracte et se colore en jaune d'or, ce qui le rapproche du protoplasme et dccele sa nature prot^iquc. II est forme en effet en grande partie de mycoprot6ine. On n'y observe qu'exceptionnellement des vacuoles, mais on y a constate quelquefois des inclusions spöciales : granulations brillantes noircissant par I'acide osmique (graisse); grains r6fnngents solubles dans le sulfure de carbone (soufre dans les sulfuraires); une substance repandue dans le proto­plasme et se colorant en bleu foncc par l'iode (granulöse dans le Bacillus amylobacter, la Sarcina ventriculi, etc.).
Wahrlich, qui a applique aux microbes les mdthodes qui avaient servi a Schwarz pour l'etude microchimique des cellules v6getales, a trouv6 que le contenu plasmatique des cellules v6g6tatives des microbes est forme au moins de deux substan­ces : Tune existe sous la forme d'un reticulum et est identique a la linine; I'autre s'observe, dans les mailies de la premiere, sous forme de corpuscules avides pour les matieres colorantes :
ocr page 29
eile se rapproche de la chromatine (= nucleine). II n'existe pas de cytoplastine (i).
Le contenu des microbes est aussi impregnö de pigments. C'est ainsi qu'on peut signaler, bien qu'ä titre exceptionnel, la presence de la cliloropbylle qui se rencontre chez quclques rares especes ä l'etat d'impregnation homogene (Van Tieghem, Engel­mann); d'autres ont leur protoplasme uniformement color6 par line maticre rouge, la bacUriopurpuvine. Ce pigment, dont la teinte vire parfois au bleu ou au bran, est insoluble dans I'eau, I'al-icool, le chloroforme, I'ammoniaque, I'acidc sulfurique, I'acide acetique, etc. II est ties avide d'oxygene. A chaud, clans I'alcool, il se transforme en un corps brun, dans le chloroforme en un corps brun-orange. Lors de la mort de l'organisme la bacterio-purpurine vire au brun.
Beyerinck a propose de repartir les microbes chromogenes en trois groupes : les chromophores, les chromopares et les pa-rachromophores. Dans le premier groupe il range les microbes, dont le pigment repr6sente un clement constitutif du corps, comme la chlorophylle des chromatophorcs des plantes supe-rieures ou l'hemoglobinc des corpuscules du sang. A cc groupe appartiennent les microbes pourpres (charges de bactcriopiupu-rine), ainsi que les especes vertcs, rouges, jaunes et brunes ne liquöfiant pas la gölatine. Les microbes chromopares ont 1c corps incolore, mais ils excretent un pigment qui doit ainsi 6tre con-
(i) Au sujet de ces distinctions que Schwakz a introcluites dans les substances albuminokles qui existent dans les cellules, il convient de faire les ramp;erves les plus expresses, comme nous l'avons dejä fait rcmaiquer en 1888 [Las progrl's de la Biologie celhdaiie depuis t8(5S, Paris). Pour adopter les termes de linine, de cytoplastine, etc, il faudrait etablir au prcalable que les substances, auxquelles Schwarz a donne ces denominations, sent nettcment distinctes de la plastinc de Rkinke et sen differcnciqnt par des propriety fondamcntales. Cette preuve fait defaut; aussi DBTMBR iSAfanuel tcchniqua dc phrsiologie vegetale, Paris, 181)0, p, 190) a-t-il raison de declarer quot; que I'on ne pent attribuer aucune valeur, au point de vue de la chimie .• pure, a la plupart des ramp;ultats fournis par Frank Schwarz (voyez Beiträge quot; fUf Biologie der Pflanzen de Cohn, vol. 5, c. 1). lt;•
ocr page 30
---- IO —nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ,
sidere comme un produit de desassimilation. Ces microbes, places dans des conditions speciales, peuvent donner des cultures absolument depourvues dc coloration. Parmi eux, il faut citer le Bacillus prodigiosus, le Bacillus cyanogenus, le Bacillus pyocyaneus, etc. Lc troisieme groupe cst constituü par les microbes dent le pigment est encore un produit de desassimilation, mais un produit qui reste uni aux microbes eux-memes comme dans le premier groupe. Ces especcs peuvent aussi fournir des cultures incolores, ce qui n'est jamais le cas pour les microbes cbromophores.
Weigert a decouvert une propriete ties interessante du conraquo; tenu des microbes, cclle dc se colorer par les matieres colorantes, surtout les couleurs derivöes de l'aniline, que Ehrlich designe sous le nom dc couleurs basiques d'aniline. L'affinite des microbes pour cos matieres colorantes est plus vive quo celle du proto-plasme des cellules animales, plus vive meme que celle du noyau de ces cellules.
La methode de coloration de Weigert pennet non seule-ment de deceler facilement la presence des microbes, mais a servi egalement ;i clucider certains points intcrcssants de la con­stitution de ces organismes. C'est ainsi que Ernst est parvenu par une metbode spöciale ä mettre en Evidence, ä rint6rieur des microbes, des grains speciaux qui possedent les principales reac­tions caracteristiques de la nucleine. Ils se colorent en effet par rhematoxylinc de Delafield et par la nigrosine, et resistent ä l'action du sue gastricjue. Ces grains n'apparaissent qu'a un moment donne du developpemcnt, moment qui precede I'appa-rition des spores. Ils sont les prccurseurs de ces dernieres, et se transforment ensuite en cclles-ci. Cost pourquoi Ernst leur a donne le nom de laquo; grains sporogeiics raquo;. Cct auteur a assimile ces Elements aux noyaux des cellules en general. II les a deceles dans le bacille fluorescent, le bacille du lait bleu, le bacille bu-tyrique, le bacille typbiquc, le bacille de la septicörnie des souris, le bacille de la tuberculose, divers microcoques et sarcines.
Baues confirma la decouverte de Ernst et signala ces grains metacbromatiques dans le bacille du cholera, le bacille de la diphterie et le bacille de la fievre typho'ide.
ocr page 31
Mais c'est ä Bütschli surtout qu'on doit la solution de cette question interessante. En s'adrcssant ä des especes de grande taille [Cliromatinm Okenii Winogradsky, Ophidomonas jenensis Ehe.), Bütschli a mis en evidence, a l'inteiieur de l'organisme, un corps special ä structure nettcment areolöe, contenant des grains colores, laquo; grains rouges raquo;, situes de preference aux points d'intersection des trabecules du reticulum, grains probablement identiques aux grains de Ernst. Bütschli a reconnu la meme structure dans les microbes proprement dites (unc bacterie aquatile voisine du Bacterium lineola Cohn, le Spirillum ttndula Ehb., le Spirochäte plicatilis Cohn), Dans la plupart des autres microbes la coucbe externe non coloree, qui entoure le corps central, manque compl6tement et le microbe semble rcduit au corps central soul. Ce corps se colore par las matieres colorantes et resiste ä la digestion commc la nucldinc. Les grains rouges seraient les grains de ebromatine. Bütschli n'hesite pas a assimiler ce corps au noyau cellulaire, dont il possederait toutes les propri6t6s fon-damentales, et considere done les microbes comme des elements nude-aires depourvus de protoplasme ou ponrvus d'un protoplasme tout ä fait atrophie et rudimentaire. Depuis, Jon. Frenzel et Wager ont ap-puye les observations de Bütschli pour les formes microbiennes proprement' dites.
Plus recemment encore Wahrlich et Nils Sjöbring se sont prononc6s egalement en faveur de l'existence dans les microbes de corpuscules assimilables aux elements chromatiques des noyaux des cellules complctcment difierenciecs.
En prösence du pen de precision et du peu d'accord qui existent dans la plupart de ces multiples observations, il y a lieu de n'admettre qu'avcc les plus grandes reserves l'existence Chez les microbes d'un noyau analogue a celui de la plupart des cellules. Ce qui est plus probable, dans l'etat actuel de nos connaissances, c'cst qu'il n'cxiste pas de noyau figure, mais que le contenu de l'cldment microbien renferme la substance carac-teristique du noyau, la nucleine, ä Fetat diffus ou sous forme de granulations, comme c'est le cas notamment pour la levure de
ocr page 32
biere. II resulte en effet des analyses chimiques qua Vandevelde a faites du Bacillus sublilis, que ce microbe renferme une quan-tite notable de nucleine.
Tel est brievement esquisse l'etat actuel de nos connaissances sur la constitution des microbes. S'il est encore certains points qui ne sont pas suffisamment etablis, on pcut neanmoins con-clure de l'ensemble des faits connus que les microbes possedent dans ses grandes lignes la meme constitution que toutes les cellules, qu'ils possedent les memes elements constitutifs que celles-ci : une membrane d'enveloppe, un contenu protoplasmique et lequivalent d'un noyau; elements qui pr6sentent toutes les proprictes caracteristiques des ölements analogues qui entrent dans la constitution gönörale des cellules; en un mot qa'au point de vue morphologique les microbes sont des elements cellulahes, L'6tude pbysio-logique, que nous tracerons dans le chapitre suivant, achevera cette identification.
Mais, avant de clore cette etude morphologique, il reste ä con-siderer encore certains organes spöeiaux et certaines propriötös physiques des microbes.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; lt;•
Quand on observe au microscope des liquides contenant des microbes en suspension, on constate que ceux-ci sont ani-mes de mouvements tres vifs, mouvements parfaitement distincts
Fig. 12nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Fig 13.
Bacilles munis dc cilsnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; l^acilles munis de cils sur
terminaux.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; toute leur surface.
du mouvement brownien. Ces mouvements actifs sont determines par des organes spteiaux, cils ou flagella, dont les microbes sont munis. Ces cils sont Ires diflkiles a observer a raison de leur tenuitö, de leur faible refringence et des mouvements ex-
ocr page 33
i3 —
trßmement rapides donl ils sont animes. On ne parvient ä les mettre en evidence qu'a l'aide de mcthodes speciales de coloration et mieux encore ä l'aide de la photographie, C'est grace a ce double procede que LoEFFLER a pu reconnaitre l'existence de cils sur tous les microbes mobiles sans exception. Cos cils sont uniques ou multiples, implantcs principalement aux poles des organismes, fig. 12, ou sur toutc leur surface, fig. 13.
D'apres Zopf, ces cils seraient constitues par des expansions protoplasrniques, qui traverseraient la membrane d'enveloppe et pourraient se projeter et se rötracter ä volonte a travers un pore special de la membrane. Van Tieghem et Bütschli, au contraire, les considerent comme des dependanecs de la mem­brane d'enveloppe, dont ils possedent les propriet6s. Si l'on considere que la membrane elle-memc n'est qu'une differentiation du protoplasme lui-mcme, on reconnaitra que le differend sou-leve par ces auteurs n'a pas grande importance.
Un certain nombre de microbes sont absolument depourvus de mobilitö et par consequent d'organcs de locomotion, p. ex., le bacille du charbon, le bacillc dc la tuberculose et la plupart des microcoques.
Une propriete interessante que possedent certains microbes est d'6mettre, dans des conditions donnees, de la lumiere, en un mot, d'etre phospborcscents. Cette phosphorescence est n6ces-sairement bee a la presence de l'oxygene et ä une certaine composition du milieu oü ils sont appel6s a. se developper. La lumiere 6inise est ordinaircment vert-bleuatre; les radiations lumi-neuses sont formecs de jaune, de vert et de bleu. C'est ä la presence de microbes de ce genre qu'est due la phosphorescence de la viande.
La densite des microbes est ä peu pies egale a celle de 1'eau. D'apres M. Miquel, il faudrait 600 a 700,000 baetöries pour peser un milligramme. D'apres une autre evaluation, il faudrait 636 milliards de microcoques pour peser un seal gramme.
ocr page 34
— 14 —
Litterature (i) : Cohn, Untersuchungen über Bactcricn; Beiträge zur Biologie der Pflanzen, Bd. I, Heft II, 1872. — NäGELi, Die niederen Pil\e in ihren Beziehungen ^u den Infectionshranlclicitcn, München, 1877. — Zopf, Die Spaltpilze, Breslau, 1884. — De Bary, Vergleichende Morphologie und Biologie der Pllqe, Mycelo^ocn und Bacterien, Leipzig, i88.|, et LefOtlS sur les Bactenes, Paris, 1886. — Cienkowski, Zur Morphologie der Bacterien, Petersbourg, 1S77. — Nhelsen, Studien über die blaue Milch; Cohn's Beiträge zur Biologie, Bd. Ill, 1880. — Buchner, Nägeli's Untersuchungen über niedere Pil^e, München, 1882. — Nencki, Beitrage ,-raquo;/#9632; Biologie der Spaltpilze, Journ. für pract Chemie, neue Folge, Bd. XIX XX : Ueber die chemische Zusainn\ensct\ung der Faulnissbactericn. — Vincenzi, Ucber die chemische Best andt hei In der Spaltpilze; Zeiischr. f. phys. Chemie, XI, 1886, — Brown, Chem. Soc., t. 49. — Wahrlich, Bakteriologische Studien : Zur Frage über d. Bau d. Bakttrienxelle; Scripta botanica, S'-Pelersbourg, 1890-1891. — BÜTSCHLt, Ucber den Bau der Bacterien, Leipzig. 1890 — Van Tieghem, Observations sur des Bactcriaeecs vertes; Bull, de la Soc. bot., XXVII, 1880. — Engelmann, Les Bacterie's pourprees et Icnr.s relations avec la lumiere; Archives n^er-landaises, XXXIII, i88(). — Ernst, Ueber den Bacillus Xcrosis und seine Sporenbildung; Zeitschrift f. Hyg., 1888, Bd. IV; Ueber Kern- und Sporen-bitdung bei Bacterien; Ibid., 1889, Bd. V. — Bades, Ueber isolirt fdrbbare An-theile von Bakterien) Ibid., IM. V, 1889, — Jon. Frenzel, Ucber den Bau und die Sporenhihlung grüner Kaulquappenbacillen. Ein Beitrag jur Kennt' niss der Bacterien; Zeitschr. f. Hygiene u. Infectionskrankheiten, XI, 1891. — Wager, On a nuclear Structure in the Bacteria; Report of the Meeting of the British Association, 1891. — Nils Sjouiung, Ueber Kern und Theilungcn bei den Bakterien; Ccntralbl. f. Bakier., XI, 3-4, 1892. — Vandevei.de, Studien Zur Chemie des Bacillus su'/tilis; Zeiischr. f. phys. Chemie, VIII, 1884. — Zori', Zur Morphologie der Spaltpßanzen; Leipzig, 1882. #9632;— Van TlEQHBM, Sur les pretendus eils des Bacteries; Bull, de la Soc. bot. de F'rance, 1880. — Fischer, Ueber einen neuen lichtentwickelnden Bacillus ; Ccntralbl. f. Bakteriologie, III. Bd., 1888. — Beyerinck, Lc Thotobacterium luminosum et les Bacteries lumineuses dans leurs rapports avec l'oxygene; Archives neerlandaises, XXIII, 1889. — Straus, Sur la Morphologie de la cellule bacterienne; Progrfes medical, 1891, et Journal de micrographie, XV, 1891. — Beyerinck, Die Lebensgeschichte einer Pigmentbactcrie; Botanische Zeitung, 49. Jahrg., 189t.
fl) II Importe de remarquer cjue nous lie pouvons reproduire dans ces index bibliographiqnes tous les travaux qui out ete publies sur les microbes. Nous nous bornerons ä citer les prineipaux memoires qui out fait progresser la science microbiologique.
ocr page 35
— i5 —
CHAPITRE 11
Physiologie des Microbes.
La physiologie des microbes est l'ctude de renscmble des phenomenes vitaux qu'ils aecomplissent. Avant de faire cotte ctude, il COnvient d'etablir la nature aniincc de ces elements. Dans le chapitre pr6cedent, nous avons demontre qu'ils possedent la con­stitution generale des cellules; dans le present chapitre on vena qu'ils possedent les meines propri6tes vitales que ces derniercs, c'est-ä-dire qu'ils sont susceptibles de croitre et de se reproduire dans des milieux appropriös.
C'est Delafond, ancien professeur de l'ecole veterinaire d'Alfort, qui soupconna, le premier en i860, la nature vivante du bacille du charbon. II constata en effet que les batonnets du sang charbonneux avaient acquis des dimensions plus con­siderables depuis le debut de ses observations et n'hesita pas a. leur reconnaitre la nature vegetale, bien qu'il n'eüt pu constatcr la formation de spores.
Ce n'est qu'en 1876, que Koch parvint ä observer ce der­nier phenomene. II fit une etude complete du bacille charbonneux : non seulement il confirma pleinement les observations antcrieurcs de Delafond, mais il les completa et decrivit la formation des spores, dont il put suivre la complete evolution. II constata successivement leur formation, leur mise en libertö, leur germi­nation et la reproduction ä leurs d6pens d'elements nouveaux, semblables ä ceux qui leur avaient donn6 naissance, et suscep­tibles de parcourir ä leur tour le meme cycle devolution. Koch completa ses observations par l'etude de l'influence de la tem­perature, de l'air, de l'oxygene, etc., sur ces 61einents. II etablit ainsi qu'ä l'instar de tous les organismes vivants, ils avaient besoin d'oxygene pour vögeter, et que leur croissance n'est pos­sible que dans certaines conditions de temperature.
L'annäe suivante les observations de Pasteur et Joucert aclieverent la demonstration de la nature anim6e des microbes.
ocr page 36
— i6 —
Grace ä ses methodes de culture, Pasteur prouva que la partie liquide, filtree sur porcelainc et ainsi debarrassee de tout element microbien, etait incapable de foconder de nouveaux milieux f . de determiner une maladie mortelle; tandis que la partie solide seule etait ä memo d'opcrer ces phenomenes.
Toutcs ces observations concordantes ont ötabli completement la nature animee du microbe du charbon. De semblables ob­servations ont ete faites pour les agents d'un grand nombre d'autres affections infectieuses. Cost ainsi que Pasteur a etudie 1c microbe du cholera des ponies, qu'il parvint ä cultiver dans, des milieux artificiels; des observations analogues ont ete faites pour 1c vibrion septique, l'agent de la septicemie gangreneuse (Pasteur, Chauveau et Arloing), pour la tuberculose (Koch), rosteoin5,elite, etc.
II rcsulte done de toutes ces observations, que les microbes sont des organismes vivants, qu'ils sont capables de vegöter, de se multiplier et par consequent de se nourrir et de se reproduire. Nous pourrons done diviser leur etude pliysiologique en deux parties : la multiplication des microbes ct la nutrition des microbes.
sect; i. Multiplication des microbes.
L'extension des microbes dans le temps et dans I'espace, s'opere suivant deux modes principaux ; i0 par segmentation, 2deg; par sporulation.
La segmentation ou scissipanti constitue le mode de multiplication par excellence. Des que les microbes rencontrent des conditions favorables de developpement, ils se multiplient par simple divi­sion. II est probable que les phenomenes qui accompagnent cette division de l'element microbien, sont ceux qui caraetö-l'isent en g6n6ral toute cytodierese ; mais a raison de la tenuite extreme des el6ments, on n'a guere pu suivre ces phönomenes intimes chez les microbes; toutefois Bütschli protend avoir con-stat6 que la caryocinese s'opere toujours par voie directe ou ötranglement. Nils Sjobrikg a reproduit cependant une image qui permettrait d'admettre I'existence d'une division cinctique chez les microbes.
ocr page 37
i7
II est plus aise de pouisuivre les phenomenes de la cyto-di6rese ellö-meme, ou du moins d'en constater les rösultats. En effet, si Ton observe au microscope un microbe en voie de division, on constate d'abord qu'il s'est allong6 dans une certaine mcsure; puis on voit apparaitre en son milieu une cloison tres mince, .hyaline, qui le divise en deux parties egales. Cette cloison s'accentue peu ä pen en gagnant en epaisseur ; plus tard sa partie moycnne se gelifie, se dissocie, et met ainsi en liberte les deux nouveaux elements. Souvent cette dissociation ne se produit pas ct il se forme de v6ritables filaments, quand il s'agit de bacilles; ou bien des chapelets, quand il s'agit de microcoques {Streptococcus). Dans ce dernier cas, quand on n'a que deux elements unis, on observe la forme Diplococcus. La forme Staphylococcus est produlte par des microcoques, s6pares des la division, mais reunis ensuite en amas irreguliers.
Lc plus souvent la division s'opere suivant une direction unique, transversale pour les formes bacillaires. Metchnikoff a signale une exception ä cette regle et decrit une forme micro-bienne, 0Ü la division est toujours longitudinale. On a cree pour cette espece une famille ä laquelle on a donnc
lt;amp; laquo;
le nom de Pasteuriaccies.
Un certain nombre de microcoques sc divi-
*•*
sent suivant deux plans perpendiculaires, dc ma-
s
niere a former des tetrades et a constituer apres
Fig. 14.
Microcoques
affectant ladispo
sitiondesarcines
un certain nombre de proliferations de petites tablettes aplaties, des lamelies quadratiques {Micro-coccus tetragenus); d'autrcs encore se divisont suivant
trois plans perpendiculaires dans I'espacc : ce sont les sarcines, fig. 14. On observe ainsi de petits cubes formes de huit 6l6ments, dont cbacun d'eux continue ä se diviser de la meme manierc, de fa^on k donner naissance ä des masses cubiques plus ou moins volumineuscs.
On a aussi decrit pour les microcoques un mode de mul­tiplication par gemmation ou bourgeonnement; mais ce mode.
ocr page 38
— i8 —
qu'on n'a admis que par analogic avec les levures, ne semble pas devoir etre distingue de la bipartition par scissiparitc, comme nous venons de la deciire. Aussi ne convient-il d'admcttre I'cxis-tence de ce mode de multiplication quo sous les plus grandes röserves, du moins pour les microbes ordinaires. II semble toute-fois sc produire en rcalite chez une forme aberrante, le Rhizohium, que Ton a rattache au groupe des Pasteuriacees, mais dont les affinitcs ne sont pas encore parfaitement connucs. Ces Pasteur­iacees scmblcnt constituer un groupe cntrc les microbes pro-prcment dits et les champignons filamenteux les plus iuförieurs (ustilaginees, hyphomyc^tes ct levures). (Laurent.)
La sporulation constituc un veritable mode de reproduction des microbes. II cst mis en oeuvre, lorsque les conditions de-viennent dcl'avorablcs k la vegetation et quo les microbes sont voues ä une mort prochaine. Les spores se caracterisent par une resistance bcaucoup plus considerable aux agents de destruc­tion et peuvent conserver leur vitalite, la oü les microbes eux-memes succombent.
C'est Pasteur le premier en 1870, qui decrivit les spores du bacille dc la flacherie des vers a. sole. II observa des noyaux brillanls, qui constituaient de vcritables gennes capables de r^sister a la dessiccation, tout en conservant Igur vitalite et la faculty de reproduire lo microbe primitif. Ensuite Cohn chez le Bacillus suhtilis et Kocn chez le Bacillus anthmcis observerent la formation des spores, dont I'existence a ete constatee depuis k.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; chez un grand nombre d'autres especes.
L'elemont, qui se dispose ä sporuler, de-
gnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;vient turgescent; son protoplasmc prend un
*nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; aspect granuleux, se retracte et se S(sect;pare de
p. ._nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; la membrane. Au centre apparait un point
Bacilles sporu'fe. clair, ties röfringent, qui grandit et s'entoure
d'une membrane ä double contour fort lt;5paisse.
Ce corpuscule refringent constituc la spore, qui affecte g6n6rale-
ment une forme sphcrique ou ovnlaire, fig. 15.
ocr page 39
— ig —
Le contenu de la spore est forme de protoplasme condense,
comme il resulte des observations de Nencki. A cote de la
spore on distingue encore un restc de proto-
w ^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; plasme qui n'a pas ete utilise ä sa formation.
J^fquot;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Q II no se forme qu'une spore par element mi-
^^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; crobien; eile occupc 1c centre du batonnet,
vnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;fig. 15, ou une de ses cxtrcmites, rrc. 16.
Fig. 16.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Quelquefois eile presente un diametrc superieur
Bacillcs sporulfe , , • i i ..nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;,., •nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;,
rnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; a ceku du batonnet et determine alors chez
pramp;enlant la forme
... . , , .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;celui-ci des formes en fuseau ou en battant
de battant de cloche.
de cloche, fig. 16, suivant la position quelle occupe. Frenzel a etudie tine espece qui donne deux spores par 616ment. Ces deux spores occupent les deux extremitcs du batonnet.
Wahrlich a döerit aussi la formation des spores. II admet que les granulations qui apparaisscnt dans la cellule, pen avant la sporulation, sent des grains de chromatine. Cos grains se fusionneraient entre eux et formcraient le contenu de la spore, tandis que la linine interviendrait dans la formation de la membrane de la spore, C'est ä la linine que cctte membrane devrait sa resistance extraordinaire aux acides et aux alcalis (i).
L'existence de spores a etc signalee chez les differentes formes microbienncs (microcoqucs, bacilles, spirilles).
On leur a donne le nom d'endospoi'cs, et aux microbes celui d'endosporis, parce que les spores sont formees a l'interieur des cellules vegetatives.
De Bary a cr6e, avec une certaine reserve, un second groupe de microbes, les arthvospores, oü les arthvospores se difleren-cient tres peu des cellules vegetatives; elles n'en different que par leur plus grande resistance aux causes exterieures de des­truction. Mais il resulte des observations de Prazmowski, que les formes microcoques, qui, d'apres De Bary et HuEPPE, ne presentaient jamais d'endospores, possedent de semblables spores,
(i) A propos de ccs indications, nous ne pouvons que renvoyer aux r^-s^rves que nous avons faites en note au-bas de la page 9.
ocr page 40
repiescntees par des cellules brillantes, refringentes, entouröes d'une membrane epaisse, resistantcs ä l'action de la chaleur et de la dessiccation et capablcs de germer, comme de veritables spores, en donnant naissance a de nouvcllcs cellules vegetatives.
Quoi qu'il en soit, si dans letat actuel des observations, on ne pent considerer comme etant exacte Fopinion ancienne, qui n'admettait pour tous les microbes qu'un seul mode de repro­duction par endosporeS; on nc peut admettre l'existence de verita­bles arthrospores que sous les reserves les pllis expresses. De nou-velles observations sont necessaires pour elucider cette question.
En gdnamp;'al, les spores se caracterisent par leur resistance considerable ä des conditions de vie auxquelles succombent les cellules vegetatives, lilies peuvent resister a des temperatures de iooquot; el au-dessus, a une dessiccation prolongee, a I'oxj'gene com-pjime, a I'absence d'air, toutes conditions qui entrainent inevita-blement la mort des microbes cux-memes. Leur resistance parait due surtout ä la constitution de leur membrane, qui peut m6me resister ä l'action de l'acide sulfurique concentre. C'est a cela aussi qu'on doit attribuer la difficult^ qu'on rencontre a colorer les spores, tandis que les microbes absorbent intensement les matieres colorantes. On concoit que dans ces conditions les microbes, grace ä leurs spores, peuvent se pcrpetuer indefini-ment et se reproduiie apres avoir traverse les circonstances les plus defavorables.
Une fois form^es, les spores sont mises en liberte par geli-fication de la membrane des microbes qui leur ont donne naissance. Les unes peuvent germer immediatement, lorsqu'elles rcncontient des conditions favorablcs; les autres, au contraire, ont besoin dun temps de repos plus ou moins prolonge.
Lorsque la spore va germer, eile perd de sa r6fringence, devient turgesccnte; sa membrane d'enveloppe externe se rompt indifferemment a I'un des pöles du grand axe ou en tout autre point de sa surface. Le contenu fait hernie, s'allonge et finalement constituc un nouvel individu semblable ä celui dont la spore est issue, et un nouveau cycle 6volutif commence. Dans la
ocr page 41
germination des spores du charbon, la membrane ne so dechin: pas; la spore se tiansforme directement en bacille; il est pro­bable quo la membrane de la spore disparait rapidement par g61ification et resorption.
Tels sont las deux modes quo les microbes mettcnt en ceuvre pour se multiplier et se perpctuer dans le temps et dans I'espace. Quand toutes les conditions de vegetation et de pullulation sont favorables, cette multiplication est fort rapide. C'est ainsi que Cohn a calcule que d'unc seule cellule microbienne, qui se divise en deux au bout d'une beure, on obtient apres 24 beures 16 1/2 millions d'individus; apres deux jours 281 12 billions et apres trois jours 47 trillions. Un simple bacille, donl 1c diametrc transversal ne depasse pas en general un millieme de millimetre et dont la longueur est triple ou quadruple de la largeur, pent donner naissance apres cinq jours ä une masse d'individus qui remplirait complctcment toute la capacite des oceans. La des-| cendance d'un simple coccus, dont le poids est si minime qu'il faut 636 milliards d'individus pour peser un seul gramme, con-stituerait aprds trois jours le.poids phenomenal de 7 12 millions de kilogrammes. S'il faut en croire Buchner et Riedlin, le vibrion cholerique met pour doublet un temps qui varic entre 1 g ct 40 minutes. Dans ces conditions il suffnait ä un seul indi-vidu de moins de 10 hcuros pour en engendrer un milliard.
L'examen de ces clnffies suffit pour montier avec quelle rapidit6 foudro}'anlc ces organismes inferieurs se multiplieraient, si ils rencontraient dans la nature toutes les conditions favorables a leur pullulation. Hcurcusemcnt ces conditions ne se trouvent Jamals rcalisees. Comme nous le venous, de nombreux facteurs intervienncnt pour aireter le developpcment des microbes et pour aneantir meme un grand nombre d'individus. Ces facteurs sont meme si nombreux ct si cflicaccs, que si les microbes ne pou-vaient se pcrpetuer par dos spores plus resistantcs e( capables d'attendre des circonstances plus favorables pour vegeter, la plupart des especes auraient deja cesse d'exister.
On concevra neanmoins aisement d'aprcs cela, que \cn mi­crobes sont repandus par toute la nature, et que dans les
ocr page 42
conditions ordinaires, on les rencontre dans tous les milieux. Aussi les dcfcnseurs dc la thcorie de la generation spontanee, sc servaicnt de cc fait pour soutenir leurs idees. Confondus par les donnees nouvelles de la science concernant les organismes superieurs, ils sc rabattirent sur les etres tout ä fait inferieurs, les microbes. Mais lä encore ils ne rencontrerent aucun succes, et aujourd'hui la thcorie de I'lieterogenie n'a plus qu'un interöt historlque.
Needham eut beau montier que ses infusions veg6tales, meme chauff6es, nc tardaient pas ä se peupler de microbes, Spallanzani n'eut pas de peine a prouver que ce fait 6tait du ä cette circonstance, qu'il ne chauffait pas suffisamment. II est vrai qu'ä cette objection Needham, et apres lui Pouchet et Joly, repondirent qu'en chauffant au-dclä d'une certaine limite, on detruisait la vertu v6g6talive du milieu. En quoi consistait cette vertu vegetative, mil ne parvint ä l'etablir; les h6terog6nistes se contcntaicnt ainsi de mots absolument vides de sens.
Aussi Pasteur put aisement, par ses memorables expdriences, etablir Finanite de la thcorie de la g6n6ration spontanee. Pasteur prouva que les infusions ctaient ensemencees par les germes infinimcnt petits qui existent partout dans l'air, et qu'il suffisait de mettre les ballons de culture ä l'abri de ces germes, pour eviter l'apparition de tout organisme ä leur int6rieur, C'est ainsi qu'il d6montra quo Fair filtre abandonne sur le filtre des organismes ou des germes d'organisines; que Fair ainsi filtre, mis au contact d'infusions organiques störilisees, ^tait incapable de les ensemencer et que celles-ci restaient dans ces conditions indefiniment steriles; tandis qu'une parcelle du filtre, introduite dans ces memes infusions, y düterminait immddiate-ment l'apparition d'etres vivants.
Ces faits ont 6t6 mis en evidence par les experiences suivantes. Des ballons de verre, renfermant des infusions orga­niques, ctaient sterilises jusqu'ä destruction de tous les germes qu'ils pouvaient contenir. L'air exterieur ne pouvait y p6n6trer qu'ä travels un tampon d'ouatc, sur lequel il abandonnait tous
ocr page 43
— sa­les organismes en suspension. Ces ballons maintenus dans ces conditions restaient indefiniment steriles. Or il suffisait de faire totnber dans ces memes infusions un fragment dc la ouate, sur laquelle I'air a etc flltre, pour y voir apparaitre bientöt la vie. Ce qui prouve suflisamment que la vertu vögetativc des liötero-genistes n'ötait qu'un vain mot.
A la tbeorie de la generation spontanee, Pasteur opposa cede de la panspermic. Lcs germes sont rdpandus partout; ils sont en suspension dans I'air qui nous environne, et ce sont eux qui, venant an contact des milieux orguniques, les conta-minent et 3' determinent rapparition de la vie qu'on y constate toujours. Pasteur etablit sa theorie par des experiences multiples, qui toutes avaient pour objet de mettre les ballons de culture plus ou moins ä l'abri des poussieres de I'air. Suivant quo le contact de celles-ci 6tait plus ou moins difficile, la vie y apparaissait plus ou moins tardivement, pour n'apparaitre jamais, quand ce contact 6tait rendu absolument impossible. Cast ainsi que Pasteur put repondre ä toutes les objections de ses adversaires, et d6-montrer que toujours leurs experiences etaient dofectucuses.
La theorie de la panspermic, ainsi definitivement 6tahlic, demontre d'une facon irrefutable, quo I'apparition d'un microbe, dans un milieu donn6, est toujours intimement lice a rcxistencc d'un gcrmc preexistant dans le milieu extörieur. Ce fait offrc un inWret capital, parce qu'il demontre quo dans lcs maladies in-fectieuses, la contagion est absolument ncccssairo et (]u'elle rie pent se faire que par I'introduction d'un gcrmc pathogenc de l'cxtcrieur dans I'organisme infecte.
Lcs milieux qui peuvent servil* de vehiculo aux germes sont multiples, mais on peut lcs rapporter a quatrc, qui sont 1 i0 I'atmospherc; 2quot; 1'eau; 3deg; le sol; 4quot; les corps vivants.
Atmosphere. — Lcs experiences de Pasteur pour etablir sa tlieoric dc la panspermic ont montre suffisamment la pre­sence des germes microbiens dans Fair. On peut affirmcr qu'il n'est guere de partie de I'atmospherc qui en soit depourvue, mais elles n'en sont pas toutes pourvues dans une memo proportion.
ocr page 44
— 24 —
Diverses möthodes ont 6te proposecs pcmr effectuer la numeration des microbes de l'air. Si elles no sont pas toujours parfaites, elles sont du moins süffisantes pour donner une -idee de la repartition relative des microbes dans las differentes parties de ratmosphere.
Nous nous bornerons a rapporter les resultats obtcnus. C'est principalement ä M. Miquel, chef du service micrographique ä l'observatoire de Montsouris, que nous devons les donnees les plus completes sur cette question.
L'abondance des microbes diminue en raison inverse de l'altitude. C'est ainsi que Pasteur avait döjä constate qua, si ä Paris toutes las conserves de bouillon ouvertes au ras du sol se troublaient bientot, cellos qui 6taient ouvartes au sommet du Montanvert ne s'alteraient que dans la proportion de 5 pour 100. D'apres M. Miquel, il existe 462 germes par metre cube dans la rue do Rivoli, 45 dans le pare de Montsouris et 28 au sommet du Pantheon. M. Freudenreich a constate la presence de 3,44 germes par metre cube ä 23oo metres et zero ä 4000 metres.
Un grand nombre da facteurs interviannent pour faire varier dans une large mesure la quantity des microbes. Letat hygro-mötrique de 1'air exerce une influence notable. Cast ainsi que la sechercsse, qui facilite la dissemination das germes, succ6dant ä une pöriode chaude et humide, qui favorise la pullulation des microbes, en fait augmenter le nombre; mais une söcharasse prolongee le diminue rapidement, parce que la plupart des mi­crobes sont detruits par la dessiccation.
D'apres M. Miquel, en automne l'air contient 121 germes par metre cube, en hiver 53, au printemps 70 et en et6 92. Mais ces chiffres, qui reprcsentent les moyennes de cinq ann6es, sont susceptibles de varier notablement.
La presence d'un grand nombre d'etres vivants amene une augmentation de microbes. L'encombrement constitua ainsi un facteur important, dont 1'hygicniste doit tenir compte. C'est ainsi que la numeration a döcale 29,000 microbes par metre cube dans une salle d'höpital ä la Pitie , alors qu'il n'y an avait qua 160 a l'extörieur.
ocr page 45
— 25 —
La quantite des microbes subit aussi des fluctuations suivant las heures de la journee. On observe un minimum ties sensible ä 2 heures du malin, 2 heures du soir, 8 heures du matin et 7 heures du soir.
La pluie, en balayant l'atmosphere, entraine avec eile une grande partie des microbes, et joue ainsi un role öminemment bienfaisant. Les vents aussi, en transnortant les microorganismes qui sont en suspension dans les airs et en soulevant ceux qui sont ä la surface du sol, modifient la teneur en microbes, sui­vant les points d'oü ils souftlent. S'ils spufflent d'une region chaude et humide ou s'ils ont passe au-dcssus d'une agglome­ration plus ou moins considerable, ils vehiculcront une grande quantite de microbes. C'est ainsi qu'on a pu expliquer souvent l'explosion d'aeeidents dans certains services hospitalicrs.
Les i)oussieres dans les maisons sont constituecs par un nombre incalculable de microbes. On a constate l'cxistence de 75o,ooo par gramme ä l'observatoire de Montsouris, i,3oo,ooo dans les maisons rue de Reimes et 2,100,000 dans les maisons rue Monge.
L'air expire en est presque totalement depourvu. D'apres le professcur Straus, il n'en rejettcrait que 1 sur 600.
Teiles sont les dounees gencralcs acquises sur la quantite des microbes repandus dans l'air. On a obtcnu aussi quelques renseignements interessants sur leur qualite. C'est ainsi qu'on a constate dans l'air la presence des microbes de la suppuration, du bacille de la tuberculosc, du bacille de la septicemie gan-greneuse, etc. II rcsulte ainsi de la presence do microbes pathogencs dans Fatmosphcre, qu'on est fonde a admettre la contagion par Fair.
Eau. — L'eau constituc un milieu des plus favorables a la conservation des microbes et a lour pullulation. Les coins d'eau se peuplent de microorganismes par le contact direct de l'atmosphere et surtout par les pluies, qui entraincnt non seule-ment les microbes de Fair, mais aussi, en sccoulant a la surface du sol, tons les organismes qui y sont döposös, soit avec les
ocr page 46
26
poussicres atmosplieiiques, soit avec les cl6jections de rhomme et des animaux. Les eaux de pluie qui filtrent ä travers le sol, s'y debanassent de tons les microbes dont elles s'etaient char-gees ; aussi les eaux de source, a condition qu'elles aient filtr6 ä travels line couche de terrain suffisainment epaisse ct a texture assez homogene et serree, sont absolument depourvucs de mi­crobes ä leur emergence a la surface du sol, mais elles ne tardent pas ä s'y contaminer an contact de l'air et du sol.
Le nombre des germes est extremement variable ct depend surtout de la nature des eaux et des causes de contamination de ccs dernicres. M. MlQUBL a trouve que l'eau de la Seine prise en amont de Paris contcnait 4,800,000 germes par litre, tandis qu'en aval clle en contcnait 12,800,000. L'eau d'egout a Clichy contient 6,000,000 de germes par centimetre cube et l'eau d'essangeage cles lavoirs 26,000,000.
L'eau, bien quelle ne constitue qu'un milieu peu favorable ä la nutrition de la plupart des microbes, est pourtant le siege d'une pullulation assez active, s'il faut en croire les rcsultats obtenus par M, Miqukl. Voici les chiffres fouruis a cet egard pour l'eau de la Vannc :
Eau de la Vanne a Tarrivöe
3 heures apres I'arrivec
24nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
48nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;(i
72nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; (inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;(i
48nbsp; par cent. c.
125nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
38,000nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
i25,ooonbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
5oo,ooonbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; (i
Ces chiffres n'ont qu'une valcur relative, parce (]ue la teneur
en microbes pent varier dans des proportions considerables suivant
la saison et l'etat des hautes et basses eaux, comme le prouvent
les rcsultats obtenus par M. MlQUEL pour Teau de la Vanne,
au reservoir de Montrougc, en 1890 :
Analyse du 29 Janviernbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 5o microbes par c. c,
(inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;2 5 fevriernbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 100nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;u
laquo;
23
mai
(1
6
juin
((
8
juillet
laquo;
1
aoiit
5oonbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; (i
1000nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 11
5 goonbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;
14000nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;
ocr page 47
27
Lean cst principalement le conducteur des microbes patho-genes. On y a rencontre des cspcces pyogenes et septiques, les microbes de la fievrc typhoi'de, du cholera, de la d3'senterie, du charbon, du tötanos, etc. Tous ces microbes peuvent y se-journer un temps plus on moins long, en conscrvant non seule-ment leur vitalite, mais encore leur virulence. Les microbes de la suppuration peuvent la garder pres de vingt jours; les spores du bacille charbonneux environ un an; le bacille dc la fievre typhoi'de, deux mois; le bacille de la morve, neuf ä vingt jours; et ceh'i de la tuberculose, dix a douze jours, etc.
II resulte de ces donnees, que l'etudc bacteriologique des eaux d'alimentation offre un int6ret considerable pour I'hygieniste. La nocuite d'une eau ne depend pas tant de la quantitö des microbes qu'elle contient que de leur qualite. Una eau, chargöe de dix microbes pathogenes par centimetre cube, sera plus dan-gereuse qu'une eau contenant un million de microbes non pa­thogenes. II est övident n6anmoins, que plus unc eau contiendra de microbes, plus grandes seront les chances d'}' rencontrer des especes pathogenes. M. Miquel ayant observe qu'un million de microbes par centimetre cube n'altcrent pas la transparence cris-talline de lean, a montrc que ce caractere est insuffisant pour apprecier la valeur alimentaire d'une eau. A la suite de nombreux examens d'eau, M. Miquel est arrive au resultat suivant, pour ce qui concerne la qualit6 relative d'une eau d'alimentation.
Une eau peut etre consid6ree comme :
excessivement pure qiiand eile contient
trfes purenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
purenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;
o microbe ä 10 microbes ft loo lt;t
10 par c c. ICO laquo; iooo laquo; loooo laquo; iooooo laquo;
mediocrenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; iooo
impurenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 10000
tres impurenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;iooooo et au delä.
On voit par la quel int6ret s'attacho ä l'analyse bacteriolo­gique des eaux. Get examen seul est capable de faire apprecier la valeur d'une eau potable et meritc ainsi toutc l'attention de I'hygieniste.
i
ocr page 48
— 28 —
L'interet de la question ne s'attache done pas tanl au nombre absolu des individus microbiens qu'au nombre relatif d'especes existant dans une eau. En d'autres termes, le nombre des especes est beaucoup plus important que celui des colonies contenues dans i centimetre cube. II rösulte ä cc point do vue des ana­lyses de M. MlGULA quo sur 400 cchantillons d'eau, 21,75 pour 100 ne renfermaient que 1 a 4. especes microbiennes, 5,25 pour 100 ne possedaient qu'une seule espece, tandis que 78,25 pour 100 contenaient 5 a 10 especes et 14,75 pour 100 plus de 10 especes.
Si Ton admct, avec M. MlGULA, qu'une eau, contenant 10 especes microbiennes, peut encore etre considerce commc potable, on constate que moins de 1/8 des echantillons examines devaient etre consideres comme mauvais et impurs; tandis qu'en admcttant la proportion de 5o a 5oo colonies par centimetre cube pour une eau potable, on constate que 1/10 seulement des eaux peuvent etre conside'rees comme bonnes. C'est done sur ces donnees nouvclles que I'hygieniste doit se baser et dans cette voie que I'anatyste doit se diriger.
La repartition des microbes dans la mer fournit quelques donnees interessantes. Sanfelice a constate que la quantity des microovganismes diminue a\Tec I'öloignement des cötes. Russell qui a tout recemment repris cette 6tude, est arrive aux r6sultats suivants : Lcs microbes sont en general beaucoup moins nom-breux dans l'eau de mer que dans I'eau douce; ils paraissent etre rcpandus aussi bicn dans les coucbes profondes que dans les coucbes moyenncs ou superficielles; dans le limon ils sont plus abondants quo dans les couches d'eau susjacentes; il se produit une diminution evidente des microbes du limon jusqu'a une profondeur de 200 metres; ä partir de la jusqu'a 1100 metres le nombre reste sensibleraent le memo; le maximum dc deve-loppement dans le limon se trouve pies de la surface; mais le minimum n'est pas encore atteint a une profondeur de plus de 1000 metres. Regnakd a signale au congres de la Society fran-^aise pour l'avanccment des sciences ä Marseille, qu'il resulte
ocr page 49
— 29 —
des observations faites par le prince de Monaco que dans las grandes profondeurs de la mer (4000 m, et plus) les cadavres des animaux s'y conscvvent frais meine apres plusieurs mois. Ce fait ne s'explique que par rabsence de tout microbe a ces grandes profondeurs; la pression y est representee par une colonne d'eau de plusieurs kilometres. C'est probablement a raison de ce fait que la vie microbienne devient impossible dans les regions abyssales de la mer.
Sol. — Le sol est le milieu oü les microbes se rencontrent avec la plus grande abondance. II est en effct le receptacle naturel de tous les germes de l'air, qui s'y deposent par leur propre poids, ou qui y sont entraines avec les eaux des pluies. II est aussi sans cesse contamine par toutcs les dejections de l'homme et des animaux et recoit tous les debris vegetaux et tous les cadavres animaux qui y sont enfouis.
En outre il offre aux microorganismes les conditions les plus favorables pour y pulluler. En effet, ces dcrniers y trouvent des matieres organiques en abondance aux depens dcsquelles ils se nourrissent; ils y sont ä l'abri dc la dessiccation et des rayons directs du soleil, deux facteurs qui leur sont des plus nuisibles. Suivant qu'ils ont ou non besoin d'oxygene pour vivre, ils peuvent veg6ter activement a la surface ou dans la profon-deur du sol.
Comme nous I'avons vu les terrains constituent des fibres excellents qui retiennent tous les organismes des eaux. Ce sont surtout les couches superficielles qui jouent ce role; aussi a une certaine profondeur on ne rencontre plus de microbes.
Le nombre des microbes diminue rapidement dans les couches profondes; d'apres M. Koch, il n'y en aurait plus a 1 metre de profondeur, tandis que Fraenkel porte cette limile ä 3 metres. Mais ces limites sont en rapport direct avec la nature memo du sol examine.
Les chiffics suivants, obtenus par Reimers dans l'une de ses experiences, permettent de se faire une idee des differences de la teneur en microbes des couches successives de terra prises en un mamp;ne endroit.
ocr page 50
— 3o —
Germes par c.c. Terrc dc la surface d'un champnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 2 564 800
laquo; prise a 2 metres dc profondeui' (argile)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 23 100
(inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;3 1'2nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;(gravier)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;6 170
. , laquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;4 I/2nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; quot;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; (sable)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 58o
((nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; laquo; 6nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; lt;inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;(gi'es)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;o
M. Miquel a trouvc de 800 000 a 1 million de microbes dans 1 gramme de terra desscchee, ä l'observatoire de Mont-souris. Mais cette teneur en microbes des terres varie dans une large mesure ct est toujours proportionnellc a la quantitö de substances organiques contcnues dans ces terres. C'est ainsi que le meme auteur a pu constater que le nombre des germes augmente avec I'activitc dc la culture et avec l'abondance des fumicrs.
Si la plupart des microbes contenus dans le sol sent d6-pourvus de proprietes pathogenes, il en est an contraire qui sont nettcment morbifiques. On y a constate la presence du bacille charbonneux, du bacille do la septic^mie gangreneuse, du typhus, du tetanos. Certains d'entre eu)c peuvent y conserver pendant longtemps leurs proprietes virulentes. Pasteur a montre qu'en inoculant ä des moutons dc I'eau, ayant lave de la terra re-cucillie sur une fosse, ou douze ans auparavant on avait enfoui un animal charbonneux, on rendait les sujets d'experience char­bonneux, sans exception.
Corps vivants. — La surface des corps vivants, veg6taux et animaux, continuellement en contact avec les milieux ext6-i'ieurs, est peuplee de micro-organismes varies qui s'y deposent et peuvent s'y dcvelopper. Les uns se conservent ä la surface mfime des teguments, les autres s'enfoncent dans les canaux des glandes sudoriparcs et des glandes s6bacees, ou dans les couches de l'epidcrme, Ils se d6veloppent surtout avec abondance, dans les regions sudorales et dans celles oü se trouvent accumul^es des matiercs grasses. Mais les tissus et los cavitös parfaitement closes sont toujours depourvus dc microbes. La demonstration
ocr page 51
— 3i
en a ete faite par Pasteur pour le sang et I'lirinc a l'ötat normal. Ils penetrent dans les cavitcs naturelles, en communi­cation directe et permanente avec l'extericur, soit avec Fair inspire ou degluti, soit avec les matieres alimentaircs, etc.
VlGNAL a isole dans la bouche 17 espcecs diflercntcs, dont les unes sont utiles : grace ä leurs proprictes diastasiques, elles intcrviennent dans la digestion ; les autres sont au contraire nui-sibles : certaines sont les facteurs principaux de la carie dentairc, d'autres determincnt la formation du tartre dentaire. Podbielskij qui a fait une etude complete sur la {lore bacteriologique de la bouche, y a signale l'existence de 38 cspeces diffcrentes ob-servees sur 5o individus. Parmi cllcs, un certain nombre se sont montrees pathogenes : Staphylococcns pyogenes nureus ct albtts. La presence du microbe dc la pneumonic 3' a etc egalemcnt signalee. a maintes reprises.
D'apres Podbielskij, un centimetre cube dc salive, examine cbgz trois personnes diffcrentes, contenait respectivement 123 jSo, 586 450 et 246 85o microbes.
De semblables observations ont etc faites chez les animaux domestiques. List signale dans la cavite buccalc du mouton 7 especes diffcrentes.
L'estomac, a I'etat normal, constitue un milieu rclativement peu favorable au dcveloppement des microbes, a raison de sa reaction acidc. Cependant il est une sarcine qui 3' vegete dc pr6ference. D'apres List, dans la pause et le bonnet du mouton, il existe 9 especes microbiennes; dans le feuillet et la caillette il en a Egalemcnt comptc 9 especes, mais en partie diffcrentes de celles des deux premieres divisions de l'estomac. Raczvnski a signale, dans l'estomac de chiens nourris ä la viandc, la presence dc 3 bacilles, jouissant du pouvoir de peptonifier les albumines.
Dans les intestins, Vignal a signale 10 especes diflTcrentes. Elies abondent surtout dans le gros intcstin, oü cet auteur les 6value a 40 millions par gramme. Parmi elles, il convient de citer surtout le bacillc commun de l'intestin, le vibrion septique et le Bacterium cmylvhader, Ce dernier joue un role important
ocr page 52
— 32 —
dans la digestion en prösidant ä la fermentation de la cellulose. Aussi le rencontre-t-on surtout en grande abondance, dans I'in-testin des herbivores, qui scraient incapablcs d'assimiler la cel­lulose sans l'intervention de ce microbe,
Indöpendammcnt de cette especc, List en signale encore 5 autres especes dans l'intestin du moulon.
Les microbes de lair penetrent egalement dans I'appareil respiratoirc, oü ils sont retenus par le mucus; la plupart sont rejetes ensuite avec les mucosites, les crachats. Le mucus tra-clieal du mouton en contient deux especes.
On observe aussi des microbes dans les voies genito-uri-naires, mais jamais dans la vessie sainc. Le mucus vaginal en contient un grand nombre. Chez le mouton, List en signale 5 especes. Dans I'urethrc d'un chien on a observe un micro coque, le Mkrccoccus citreus conglomeratus.
% 2. Nutrition des microbes.
Pour determiner les elements chimiqucs necessaires ä la nutrition dc certains organismes, il suffit de connaitre les elements qui entrent dans leur composition. Les analyses microchimiques ont (Stabil que les microbes, comme toutes les cellules du reste, renfennent au moins dix corps simples qui sont C, H, O, N, P, S, Fe, K, Ca et Mg. A ces dix corps principaux on pent encore ajouter Cl, Zn, Si, etc., comme Elements secondaires, qui peuvent etre utiles au d6veloppement de certaines especes.
Done pour faire vegöter une espece microbienne, il faut lui fournir au moins les dix corps principaux que nous venous de raentionner. Toutefois il Importe de remarquer que les orga­nismes ne sont pas aptes a utiliser tous ces foments comme tels; la plupart d'entre ceux-ci pour etrc employes par les cellules doivent leur etre offerts a l'etat de combinaison. II n'en est guere que deux, O et N, qui peuvent etre absorbs comme tels, et encore I'azote ne le peut-il qu'ä titre tout a fait exceptionnel, comme nous le verrons,
ocr page 53
laquo;i
33 —
L'oxygene pent etre absorb6 comme tel. Les microbes 1'em-pruntent directement au milieu exterieur, Cet element est ntees-saire au developpcment de la plupart des microorganismes. Un certain nombre pourtant peuvent vögetcr a l'abri absolu dc I'air; bien plus la presence dc l'oxygene leur est defavorable et peut meme les tuer, tandis quo ces memes organismes, places dans le vide ou dans I'acide carbonique ou I'lij-drogene, donnent lieu ä unc pullulation ties active.
C'est ;i Pasteur qu'on doit la premiere indication d'un semblable developpement de la vie ä l'abri de l'air. II a d6signe ces organismes sous le nom cXanaerobies, pour les distingucr de ceux qui exigeaieut la presence de l'air pour v6geter et qu'il a appel6s aerobies.
Est-ce ä dire que ces organismes anaerobies n'ont pas besoin d'oxygene pour vivre? Evidemment non; mais au lieu de l'emprunter ä Fair, ils le retirent des composös oxj'genes aux depens desquels ils vivent.
II est un grand nombre de microbes qui peuvent vivre in-differemment en presence de l'air et a l'abri de l'air. On les a appeles anaerobies facultatifs. Toutefois il Importe de remarquer que ces organismes ne sont pas absolument indifferents vis-a-vis de l'oxygene. La plupart d'entre eux vegetent plus abondamment en presence de l'oxygene. En son absence, ils determinent qucl-quefois dans le milieu nutritif des phenomencs cbimiques difle-rents de ceux qu'ils y devclopperaient en vivant de la vie aerobic.
Quoi qu'il en soit, il est ctabli que I'oxj-gcne constituc un aliment necessairc pour les microbes; la source scule dc ce corps varie(i).
Depuis les belles rechcrches de NäcEi.i sur la nutrition des champignons, on admcttait en physiologic generalc que I'azote
(i) Nous n'avons pas jugo ä propos detndier ['absorption de TO par les microbes, dans un chapilre special, distinct de cclui de la nutrition, sous la rubrique de respiration, comme la plupart des auteurs le font. L'O est un aliment au meme title que les autres corps simples que nous avons signals et il n'y a done pas lieu de distraire son 6tude de celle de ces derniers.
ocr page 54
- 34 -
libre ne pouvait 6tre directement assimilö. Cependant des obser­vations plus recentes tendent ä apporter certain temperament ä ce que cette regle aurait de trop exclusif. Depuis longtemps on savait que les legumineuscs etaient capables de fixer l'azote de l'air. Mais ce n'est que dans ccs dernieres annees qu'on est parvenu ä elucider ce phönomenc. On a reconnu que le facteur de cette fixation d'azote 6tait un organisme special, bact^ro'ide, qu'on rencontrait en abondance dans les nodosites des racines des legumineuscs. Differents auteurs sont parvenus a cultiver in vitro cet organisme et ont pu 6tudier les conditions de sa nutrition. Prazmowski, le premier, annonca que des solutions privies de composes azot6s sont capables de le nourrir. Cette observation fut confirmee bientot par Frank, Beyerinck, et demontrce d'unc maniere definitive par Laurent. Ce dernier observateur parvint a cultiver cet organisme dans I'eau pure, additionnee d'un millieme de phosphate de potassium, d'un dix millieme de sulfate de magnesium et de 5 a 10 dix milliemes de saccharose. La solution minerale etait priv6e de tout azote et permettait neanmoins au bacteroide de se ddvelopper avec abondance dans des conditions, oü tout autre microbe n'aurait pu vivre. On ne pent naturelle-ment expliquer ce fait qu'en admettant que le bacteroide des legu­mineuscs est capable d'emprunter I'azote au milieu ext6iieur, seule source d'azote dont il puisse disposer. Or, il suffit de le sous-traire au contact de l'air, pour 1c voir arr6t6 dans son deve-loppement. Cet organisme qui a refu le nom de Rhizobium est le seul qui soit dou6 de ce pouvoir de fixer directement I'azote libre. Tous les autres microbes ne peuvent assimiler que I'azote en combinaison, comme NäGELi l'a etabli et comme nous I'ex-poserons plus loin.
Abstraction faite du Rhkobium des 16gumineuses les microbes ne peuvent utiliscr que FO a I'etat libre, Tous les autres corps n^cessaires a. leur nutrition ne sont assimiles qu'en combinaison, soit a I'etat de composes mineraux, soit a l'ötat de composes organiques. Un grand nombre de composes sont susceptibles de fournir aux microbes les ölements dont ils ont bcsoin. Nügeli a formula les conditions de structure auxquelles ils doivent
ocr page 55
m
— 35 -
satisfaire, pour servilquot; d'aliments aux microorganismes. Ce sont ces lois que nous ctudierons succcssivement pour les differents corps simples neccssaircs a la nutrition,
L'assimilation du C par les cellules chlorophyllees est un phenomene parfaitcmcnt connu. Grace aux radiations solaires absorbees par la chloropbylle, I'anhydride carbonique, en presence de l'eau, est transform6e en aldehyde formique avec degagement d'O, comme la formule suivante le montre : C02 HsO=CH20 02
Mais ce pouvoir de dissociation est l'apanage exclusif des cellules vertes. Si done on peut expliquer de cette maniere l'as­similation du C par les microbes verts, si tant est que leur matiere colorante soit identique a. la chloropbylle (Van Tieghem, Engelmann), il n'en est plus de mßme pour l'immense majorite des microbes.
Est-ce ä dire que les microbes ne sont pas capables d'opörer la dissociation dc C02? Ne peuvent-ils posscder unc matiere colorante, qui jouerait le m6me role que la chlorophylle? Ou bien ne peuvent-ils emprunter ä des reactions spccialcs, I'energie n6cessaire pour dissocier CO,, Energie qu'ils ne pcuvent em­prunter directement aux radiations solaires? Tputes ces questions doivent etre rlt;5solues par laffirmative.
Nous avons vu en 6tudiant les pigments des microbes, quo certains d'entre cux etaient colores uniformement par une ma­tiere rouge, plus ou moins foncce, virant parfois au bleu ou au brun, et ä laquelle on a donne le nom do bacteriopurpu-rine. A I'examen spcctroscop.ique, on constate qu'elle offre trois bandes principales d'absorption : la premiere et la plus forte, dans le vert bleuätrc, pies de la raic F; la seconde, un pcu moins forte, dans le jaune au voisinage de la raie D; et une troisieme , a. peine moins forte que la seconde, dans I'infra-rouge, entre les longueurs d'onde 0,8 et 0,9. Si Ton projette un semblable spectre sur une culture de microbes pourpres, avides d'O, dans de l'eau chargee d'acidc carbonique, on constate que ces microbes se röunissent prdcisömcnt dans les trois bandes d'absorption; ce qui prouve que e'est Id seulement que se produit
mi
ocr page 56
- 36 —
un degagement d'oxj'genc. Les microbes pourpres absorbent ainsi trois groupes de radiations, ä l'aide desquelles ils dccomposent CO, et dcgagent de l'O, c'est-ä-dire qu'ils realiscnt ainsi la dis­sociation de C02 sans Fintervcntion de la chlorophyllc.
Quant aux microbes absolument depourvus de matiere co-lorante, ils peuvent aussi dans ccrtaines circonstances speciales, emprunter le C de I'anhydride carbonique. La demonstration de ce fait a etc fournie recemment par Winogradsky pour le microbe de la nitrification, Winogradsky a cultive cct organisme dans une solution minerale contenant pour i litre d'eau distillee, i gr. sulfate d'ammoniaque, i gr. phosphate dc potassium ct 5 a id gr. carbonate basique de magnesium. Cette solution 6tait absolument depourvue de tout carbone organique. Neanmoins le microbe y vegetait et 3' pullulait avec abondance meine ä l'abri de la lumiere; il y fabriquait done une quantite de substance organique , pour laquelle il ne pouvait emprunter le C qu'ä I'anhydride carbonique qui lui etait presentee sous forme de carbonate de magnesium. A quelle source cet organisme puise-t-il l'6nergie necessaire a. la dissociation de COs? Les organismes incolores ne peuvent I'emprunter qu'a la döcomposition de la matiere fcnnentescible qui doit etre form6e par des compos6s endothermiques assez eleves, ou ä des röaetions chimiques exother-miques qui met en liberte cette energie necessaire. Dans le cas du microbe de la nitrification, e'est l'oxydation de l'ammoniaque qu'il determine, qui d6gagc les calories necessaires pour d6com-poscr CO,. Cette decomposition se faisant toujours en pr6sence de H,0, fournit comme nous I'avons vu plus haut de l'aldehyde formique avec mise en liberte d'O.
Loew conceit un peu differemment les processus chimiques que produit l'organisme de la nitrification. II lui parait plus probable que l'H de NH5 est employ6 a reduire CO,. II suf-firait d'aclmettre que le microbe n'acheve pas Toxydation de NH5 en acide nitreux et HjO, comme le montre liquation :
2NH3 30, = 2N0,H 2HsO mais l'exöcute en partie suivant I'equation :
2NH. 20, mm 2N0,H 4 4H
ocr page 57
- 37 -
L'H devenu ainsi disponible n'est pas mis en libcrte, mais
est employe dans le protoplasme ä la reduction de CO, suivant
I'equation :
CO, 4H = CH „O HsO
C'cst ce qui se produit tres proLablement dans la fermen­tation nitreuse,
En debors de ces conditions speciales que nous venons d'exposer, les microbes sont incapables d'emprunter 1c C a CO,. Ils doivent s'adresser a des composes organiques oü le C est en combinaisons diverses, NaGELi a ctabli que le C n'est assi­milable que pour autant qu'il existe a r6tat de groupemcnt CH, et C„H. Dans tout autre etat, il ne peut etre assimilö (CN, CO, etc.). Les combinaisons organiques sont d'autant plus facilement assimilees qu'elles contiennent un groupement atomiquc plus voisin de celui qui doit etre ölabore et une combinaison nourrit d'autant moins qu'elle contient moins completement ce groupemcftit. Elle constituera un aliment d'autant plus favorable, qu'elle contiendra un plus grand nombre de fois les groupements CH, ou CnH. D'apres ces considerations, Nügeli a dressö un tableau des substances carbonees qü'il a rangees par ordre de puissance nutritive :
1quot; Sucres.
aquot; Peptones.
3deg; Mannite, glycerine, leucines.
40 Acide tartrique, acide citrique, acide succinique, asparagine.
5deg; Acide acctiquc, alcool ethylique, acide quiniquc.
6raquo; Acide bcnzoique, acide salicylique, propylamitie.
7deg; Metbylamine, pbenol.
Abstraction faite de l'assimilation directs de l'azote, que Ton doit considcrer comme exceptionnclle, l'azote n'est assimi­lable qu'en combinaison. Le groupement 1c plus favorable est NH, ; le groupement NH est moins facilement assimilable et NO encore moins. Associe ä d'autres elements que H et O, N ne peut etre utilise. NUgeli a montr6 que l'assimilation des com­poses azotes etait soumise aux memes lois que celle des composes
ocr page 58
— 38 —
carbonös, et on peut ainsi diessö la liste suivante des composes azotös, disposes suivant leur degre d'assimilaliihtö :
1deg; Peptones.
2deg; Syntonines et ferments solubles.
3deg; Leucines.
4deg; Tartrate d'ammonium, succinate d'ammonium, asparagine,
5deg; Acetate d'ammonium.
6deg; Acötamide, mamp;hylamine, ethylamine, propylamine.
7deg; Carbamide, oxamide.
8deg; Sels ammoniacaux mineraux.
9deg; Nitrates mineraux.
L'hydrogene est fouvni en abondance par l'eau et les grou-pemcnts CH, et NHä utilises par les organismes.
Quant aux P, S, Fe, K, Ca, Mg, ils sont utilises ä l'ötat de sels minöraux solubles, phosphates, sulfates, carbonates, nitrates, etc.
II rösulte de l'ensemble de ces donn6es, que les mic^o-organismes peuvent vivre exclusivement aux d6pens de substances minörales ou de composes chimiques formes de toutes pieces dans les laboratoires, et c'est commettrc une erreur grave, que de declarer que la nutrition des microbes, ßtres depourvus de chlorophylle, exige des produits 61abor6s directement par les vegötaux ou les animaux. Nügeli a, depuis' longtemps, donn6 la formule suivante d'un milieu purement minöral, apte a nourrir les microbes :
Eaunbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; loo grammes.
Tartrate d'ammoniaquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
Phosphate bipotassiquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; o,i laquo;
Sulfate de magnesiumnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;0,02 ((
Chlorure de calciumnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 0,01 laquo;
Cohn, Pasteur, Loevv, etc., ont propos6 ögalement de sem-blables formules, dont la composition generale peut toujours se ramener ä celle de NäcELi. Nous croyons done inutile de les reproduire ici; nous en verrons du reste encore d'autres exemples plus loin.
Connaissant la forme sous laquelle les microbes peuvent assimiler les divers corps simples n6cessaires ä leur nutrition, il
ocr page 59
39 -
importe d'examiner le mode suivant lequel, a l'aide de ces dements premiers, ils operent 1 edification de molecules aussi complexes que celles des hydrates de carbone et des matieres albumino'ides. L'ensemble des phdinomenes chimiques qui accompagnent cette Edification moleculaire constitue I'assimilation proprement dite.
Nous avons vu que lors de la dissociation de CO, par les microbes, le premier produit forme est I'aldehyde formique CH,0. Ce compose est excessivement instable et jouit, comme toutes les ald6hydes, du pouvoir de se condenser et de se polymeriser. Cette condensation donne naissance aux hydrates de carbone. II suffit en eilet de 6 molecules d'aldehyde formique pour obtenir les glycoses CuH^Oj. On peut comprendre de meme la forma­tion des saccharoses :
(CeHM06), ~HfO-CllH110M
Cette condensation avec 61imination d'eau n^cessite seule-ment la presence de sols potassiques, qui existent toujours en quantity süffisante dans les milieux de culture. La formation de la cellulose, de la fecule, de la dextrine, des gommes, de l'inuline, du glycogene, etc., s'explique de la mCme maniere, comme le prouve I'equation suivante :
n(C8HM06) - n(H2O) = n(C0H10O„)
C'est 6videmment par une semblablo reaction que le Bacillus amylobacter forme la fecule. On a constate en effet que ce micro-organisme est capable dedifier de toutes pieces la molecule de la f6cule dans des milieux de culture absolumcnt depourvus de ce corps.
Enfin la mannite, ^H^O;., est produitc aux depens des glycoses par hydrog^nation. Dans certaines fermentations il y a mise en libertc d'hydrog6ne. Celui-ci ä I'ctat naissant se portc sur la molecule des glycoses et la transforme en mannite : C6H)2O0 H,==CüH,4O0
Dans la fermentation mannitique des sucres, la mannite prend naissance par hydratation avec mise en liberte de CO,, comme le montre la fonmüc suivante :
26(C0H(,O0) i2H,0 = 24(C6HuOe) i2COs
Nous voyons done que I'aldehj-de formique constitue le groupement primordial grace auquel la cellule peut construirc
ocr page 60
— 4deg;
la molecule de lous los hydrates de carbone. Ce principe a cte demontrö par l'expörience directe. A cet effet, Bokorny a employ^ un compose organique qui par sa decomposition ne poiivait fournir que de Faldehyde formique. Ce compos6 esl l'oxym6thyl-sulfonatc de sodium, dont la formula est
CH,
lt;
OH
SOjNa
Ce corps se decompose tres facilement en donnant CH,0 et S05HNa. Bokorny a observe qu'en nourrissant des algues avec ce corps, cos algues formaient do la fdcule en abondance, bien qn'slles eussent 6tc soigneusement soustraites ä la presence de COt de l'air, de facon ä eviter toute elaboration chlorophyl-lienne. On ne peut done comprendre dans ce cas la formation des hydrates de carbone que par la condensation de CHjO. En presence de ce fait experimental, il n'est plus permis de mettre en doute cette verity.
Mais nous avons vu que la plupart des microbes sent in-capablcs de dissocier COs ; ils sont obliges de prendre leur carbone ä des composes organiques plus complexes, dont ils doivent operer la decomposition prealable. Ces organismes operent-ils l'cdification des Hydrates de carbone aux depens d'un autre groupement carbone que Faldehyde formique ? Loew ne le croit pas. II est d'avis que les microbes decomposent les acides gras, tartrique, citrique, malique, etc., les anaerobies par simple dis­sociation, les aerobics apres Oxydation. Les formules suivantes le demontrcnt; I'acide tartrique est pris comme exemple :
I.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; COO 11
II.
CHOH
choh'
COOIi
GOGH
CHOH
H, 2CG4 2CH,G.
-f- O—H.G aGO.H-aCH.O.
CHOH COOH
ocr page 61
— 41
La formule I montre la decomposition de l'acide tartrique par un microbe anaerobie; la formule II, la döcomposition du möme acide par im microbe aerobic. Dans les deux cas il y a formation d'aldehyde formique. On pourrait montrer, par des equations analogues, la formation de l'aldöhyde formique aux d6pens des autres acides gras. Done la formation de CHsO est un phenomene general de la nutrition de tous les microbes, et le point de d6part de tous les hydrates de carbone.
II nous reste maintenant ä examiner la formation de la molecule albuminoi'de. Loew, a la suite de considörations mul­tiples, a formule une thdorie, que de nombreuses observations n'ont fait que confirmer. D'apres lui, l'aldöhyde formique serait ögalement le point de depart pour la formation des albuminoidcs; celles-ci s'edifieraient ä la suite de reactions diverses, que Loew a inscrites dans les 6quations suivantes :
I.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 4CH10 NH3=C4H7NO, 2HsO.
aldehyde aspartlque
II.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;SCQHjNO,)—C^H^NjO^ aH.O.
III.nbsp; nbsp; nbsp;6(CMH„N80,) i2H H2S = C7SH.u,N,8SOä4-f 2HsO.
C,jHUsNt8SO,s constituerait I'expression la plus simple pour representer la molecule albuminoi'de.
Ces diverses equations n'ont pas etc etablios a la suite d'observations reelles, mais sent 1c rcsultat de simples vucs do I'esprit. Quoi qu'il en seit, la formation des substances albumi-noides aux döpens du groupement CH20 peut etre admise. La demonstration experimentale en a ete faitc par Loew lui-meme pour divers oiganismes vegetaux. II a röussi ä cultiver des microbes ordinaires dans le milieu suivant :
Eaunbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;ioo
Oxymcthylsulfonatc dc sodiumnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; o,5
Phosphate diammonique
Phosphate monopotassique
Sulfate de magnesium
Clilorure de calcium
0,1 0,2 0,01 0,01
ocr page 62
rr
— 42 —
Bien que les microbes en experience fussent des microbes ordinaires, incapablcs de dissocier COs de Fair, Loew obtint un döveloppement abondant. Le seul compose organique, mis ä la disposition des microbes, etait dans ce cas I'oxymdthylsulfonate de sodium, et comme nous I'avons vu, ce compost, on se disso-ciant, ne pouvait fournir que le groupement CHjO, que seul les microbes ont pu utiliser pour 6difier leur molecule albuminoide.
II est done 6tabli que pour servir d'aliment, les compos6s organiques doivent satisfaire ä cette condition de poss6der dans leur molecule le groupement CH(OH) isomere de l'ald^hyde formique, ou un groupement qui, par deplacement atomique, peut se transformer en celui-la, tel que le groupement carbinol primaire CH,(OH) ou tertiaire C(OH). Les composes qui ne peuvent fournir le chainon CH(OH) qu'apres Oxydation, ne peuvent etre utilises que par les microbes aerobies.
Ces composes albuminoi'des ainsi form6s subissent une der-niere modification, qui les transforment en matiere vivante. Elles font alors partie integrante du protoplasme de la cellule vivante; mais elles ne restent pas longtemps dans cet etat. Elles sont reprises par les reactions chimiqucs, dont le protoplasme vivant est sans cesse le siege, et subissent une serie de transformations, dont I'ensemble constitue la dcsassimilation de la cellule.-
Les phdnomenes de la dösassimilation sont la contre-partie des ph^nomenes de l'assimilation. Ces derniers, comme nous I'avons vu, constituent des röaetions de deshydratations et de reductions successives, qui ont pour resultat la Synthese de corps complexes aux depens de corps elementaires. Les pli6-nomenes de desassimilation sont au contraire des phenomenes d'hydratations et d'oxydations successives, qui ont pour resultat la dissociation de corps complexes en leurs composants elemen­taires; en un mot c'est le retour des composes organiques aux composes mineraux.
La dissociation des substances albuminoi'des se fait in plu-sieurs etapes, dont on est loin de connaitre tous les produits intermediaircs. La desassimilation organique, etant determinee
ocr page 63
- 43 -
par des phenomenes hydrolytiques, est comparable a la saponi-fication des matieres albuminoides si bien 6tudiee par Schützen-berger, ou ä la digestion de ces meines substances par les ferments hydrolytiques (pepsine, trypsine). Etudier les produits de ces reactions chimiques, c'est 6tudier les produits de la dcs-asshnilation organique, Nous exposerons de preference les re-sultats de la digestion des substances albuminoides.
Le premier degre de l'hydratation de ces substances est represent6 par les albumoses (antialbumoses et hemialbumoses), qui ne tardent pas ä se transformer par unc hj-dratation plus complete en peptones (antipeptones et hcmipeptones). La disso­ciation de ces dcrnieres donne naissancc a des composes mul­tiples qui peuvent se rcpartir en quatre groupes : a) Des composes de la s6rie grasse : leucine (leuceines, glycoprot6ines), les acides aspartique et glutamique; b) des bases : la lysine et la lysatinine; c) des composes aromatiques ; la tyrosine, la phei^dalanine (scatol); d) des produits inorganiques : NH,, HäS.
Alors se produisent des phenomenes d'oxydation. Les difi'c-rents corps, que nous venons d'enumörer, sont combures el donnent naissance a des composes plus simples. Les acides amidös du premier groupe sont decomposes en CO,, NH, et des acides gras inferieurs (acide valerianique, etc.). Ceux-ci a leur tour sont transformes en oxyacides, en acides bibasiques, qui subissent une nouvelle dissociation en CO,, et en oxyacides In-f^rieurs, jusqua la decomposition complete en C02 et H,0.
Les produits d'oxydation des bases du second groupe sont encore inconnus. II est probable que ces bases sont comburees en donnant finalement les meines produits que la leucine. Toutefois la lysatinine peut subir une hydratation nouvelle, qui la transforme en uree.
Les chaincs laterales des composes aromatiques du troisieme groupe sont oxydces, comme les acides amides, en donnant CO, ct HsO; le noyau aromatique subit des hydratations et des oxyda tions successives avec dissociation identique ä celle de la leucine; ou bien il s'associe ä d'autres composes pour donner naissance
ocr page 64
— 44 ~
a des produits de Synthese. Lc plienol et ses homologues s'unissen a I'acide sulfurique, ä la suite d'oxydation et de reduction, pour former des acides ethers sulfuriques (acides phenolsulfurique, indoxylsulfurique, scatoxylsulfurique, paiquot;oxyph6nylac6tique, etc.).
L'ammoniaque du quatrieme groupc s,ox3'dc aussi avec for­mation de nitrites et de nitrates; ou bien eile se combine ä COj pour former du carbonate d'ammoniaque, qui par reduction et Oxydation successive donne de I'liree et de l'eau. Enfin I'hy-diogene sulfure est transformc en acide sulfurique qui s'unit aux composes aromatiques, comme il vient d'etre dit. L'uree elle-meme par Hydratation se transformc en carbonate d'ammoniaque, dont les produits do dissociation sont encore une fois CO,, NH, et H,0.
Nous voici done revenu aux composes mineraux d'oü nous etions parti pour edifier les molecules albuminoi'des. Ces com­poses seront de nouveau repris par la cellule pour opörer la Synthese des albumines et subiront toujours la meme suite de syntheses et de dissociations successives. Ce mouvement de la matiere a etc designe sous lc nom de cycle vital de la matiere. II constitue un cchange incessant entre le regne organique et le regne inorganique.
Que ce schema de la decomposition des albuminoi'des, dresse par Dkeciisel, s'applique parfaitement ä la desassimilation des microbes, le fait n'est gucre douteux. II suffit pour s'en con-vaincre dc jcter un coup d'oeil sur les produits de secretion et d'excretion de ces organismes,
Au premier rang dc ces produits excrementitiels, on observe des albumoscs et des ferments solubles. Ce sont övidemment les premiers produits de i'hydrolyse, A ce groupe de composes on doit rattacber ces toxines ou toxalbumines, dont l'ötude est si interessante et qui a jete un jour tout nouveau sur la patho-gönie des maladies infectleuses. Ces toxines semblent se rattacher aux diastases par leur action physiologique el aux albumoscs par leur constitution cbimique. Nous ötudierons dans un chapitre special les proprietes de ces corps.
ocr page 65
- 45 -
Comme etape ulterieure de la desassimilation des microbes, on observe la production dc leucines, d'acides aspartiquc, glu-tamique, etc., dc carbamide, d'acötamidc, d'oxamide, etc., dent les produits de decomposition apparaissent bientot sous forme d'acides gras inferieurs (oxalique, acctique, propionique, butyrique, lactique, succinique, etc.). A cote de ces acidos amides se trouvent des bases azotees (creatine, creatinine, guaninc, guani-dine, xanthine, hypoxanthinc, etc.), dont un groupe special est forma par les alcaloi'des, ptomaines ou leucoma'ines. Ces pto­maines deriveraient probablemcnt de certaines bases (lysine, lysatinine, Drechsel). Nous aurons l'occasion de revenir sur .ces composes.
Enfin il se forme en outre une scric de composes aroma-tiques (tyrosine, phenol, indol, scatol), dont les produits de syntheses (ethers sulfuriques composes) dctermincnt I'odeur speciale que dcveloppent un grand nombrc dc microbes.
Comme termes ultimes do la dissociation organiquo, il se forme de l'eau, des gaz : hydrogene, acide carboniquc, carbuies d'hydrogene, hydrogene sulfure, hj-drogene phosphore, azote, ammoniaque; des sels mineraux : sulfates, phosphates, sels am-moniacaux, nitrates, carbonates, etc.
Litterature. — Delafond, Recueil de med. veteiv, i8ho. — KOCH, Bei­träge ffraquo;- Biologie der Pflanzen, II, 2, 1876. — Pasteur et Joudert, Elude sur la maladie cluvbonneuse; Comptes rendus, 1877, t. S4. — Pasteur, Sur le cholera des poulcs; Comptes renclus, 1880, t. go, — Pasteur, Sur le vi-brion scptique; Bullet. Acad, med., 1877, 18S1. — Arloing et Chauveau, Recherches sur les Seplicemics; Lyon, 1884. — Kocn, Die /Ktiologie der Tuberculose\ Beil. klin. Wochensclir,, 1882, et Miltheil. a. d. Kais. Ges.. Amt, II, 1884. — Metcmnikoff, Pasteuria ramosa. une bacterie ä division longitudiiuile; Ann. Instit. Pasteur, 1888. — Pasteur, Etudes sur les Ala-ladies des vers ä sole; Paris, 1870. — Hueppe, Die Formen der Bakterien und ihre Beziehungen $11 den Gatlungen und Arten; Wiesb.iden, 1886. — Prazmowski, lieber Sporenbildung bei den Bakterien; Biol. Cemralbl., VIII, 1888-89. — Neediiam, Dceouvertes faites avee le microscope; Leyde, 1747. — Spallanzani, Opuscule de pliysique animale et vcgclale; Paris, 1777. — Pouchet, Heterogdnie ou Traue dc la generation spontance; Paris, 1859. — Pasteur, Mancirc sur les cöipuscules organises qui existent dans tat-
ocr page 66
- 46
mosphere, cxamcn de la doctrine des generations spontanees; Ann. Sc. nat, zool., 1861, et Ann. pliys. et chim., 1862. — Miquei.. Les organismes vi-vants de l'atinosphere\ Paris, 1882, et Annuaire de l'Observatoire de Mont-sonris, 1880 ä 1887. — Straus, Absence des microbes dans I'air expire; Comptcis reiulus, 1887. — MlQOEL, Analyse bactcriologique des eaux; Paris, 1891. — Roux, Analyse microbiologique de Vcau; Paris, 1892. — Migula, Die Art^ahl der Bakterien bei der Beurtheilung des Trinkwassers; Centralbl. f. Bakter. U, Parasitenk., VIII, 1890. — Sanfelice, Ricerche batteriologiche delle acque del mare in vicinanfa dello sbocco delle fognature ed in Ion-tanan^a da queste; Boll, della Soc. d. nat. in Napoli, 1889. - Russell, Un­tersuchungen über im Golf von Neapel lebende Dacterien \ Zeitschr. f. Hy­giene und Infectionskrankheiten, XI, 1891. — Regnard, Congrfes de la Soc. francaise pour l'avancement des sciences naturelles, 1891. — Fraenkel, Un­tersuchungen üb. das Vorkommen von Mikroorganismen in verschiedenen Bodenschichten; Zeitschr. f. Hygiene, II, 1887. — Ri-imers, Ueber den Gehalt des Bodens an Bakterien; Zeitschr. f. Hygiene, VII, 1889. — Pasteur, ChaMBERLAND et Roux, Sur la longue durce des germes charbonnenx et lew conservation dans les terres adlivees; Acad, de möd., 1881. — Pasteur, Comptes rendns, i863, — Vignal, Recherches sur les microorganismes de la bouche; Archives de physiologie, 1886. - Pohbielsku, Untersuchung der Mikroben der Mundhöhle von Erwachsenen und Kindern im gemnden Zn­stand; Kasan, 1800; Ret. In Centralbl. f. Bakter. u Parasit., IX, 18-19, 1891. — List, Untersuchungen über die in und auf dem Korper des gesunden Schafes vorkommenden niederen Pil^e; Leipzig, i885. — Raczinski, Zur Frage über die Mikroorganismen des Verdauungskanals : Eiweispcptonisirende Bakterien im Magen von Hunden hei Fleischnahrung; S'Petersburg, 1888; Rf. in Centralbl. f. Bakter. U, Parasit., VI, 4, 1889. — Pasteur, Infusoires vivant sans ga$ oxygene litre; Comptes rendus, 52, 1861 et Etudes sur la bicre; Paris, 1870. — NäGEi.i, Ernährung der niederen Pil^e durch Koh­lenstoff- und Stickstoffverbindun% und durch Mineralstoffe; Sitzungsberichte d. math -phys. CI. d. k. b. Akad. d. Wiss. München. — Prazmowski, Die Wur^clknollehen der Erbse; Landwirthsch. Versuchs Stationen, 37, 1890. — Frank, Berichte d. deut. bot. Gesellschaft, 1890, — Beyerinck, Künstliche Infection von Vicia Faba mit Bacillus radicicola. Ernährungsbedingungen dieser Bakterie; Botan. Zeitung, Nr 52, 1890. — Laurent, Recherches stil­les nodosites radicales des legumineuses; Ann. de l'Inst. Pasteur, V, 2, 1891, et Sur le Microbe des nodosites des legumineuses; Comptes rendus, t. in, 20, 1890. — Winogradsky. Recherches sur les organismes de la nitrification; Ann. de l'Inst. PASTEUR, IV, 1890. — Loew et Bokorny, Die chemische Kraftquelle im lebenden Protoplasma; München, 1882. — Bokorny, Ueber Stärkebildung aus Formaldehyd; Her. d. deut. bot. Ges.,
ocr page 67
- 47 -
IX, i8gi, — Loew, Ueber die Ernährungsweise des nitrificerenden Spalt­pilzes Nitromonas; Botan. Contralbl,, 20, i8gi. — Loew, Die chemischen Verhältnisse des Bakterienlebens\ Centralbl. f. Bakter. u. Parasit., IX, 1891. — Loew, Ernähruni* von P/Ianfenfellen mit Formaldehyd; Botan. Centralbl,, 49, 1890. — Schützenberger, Constitution des matiercs proteiques; Ann. de chim. et de phys., XVI. — Drechsel, Der Abbau der Eiweissstojfe; Archiv f. Anat. u. Phys., phys. Abth., III-IV, 1891,
CHAPITRE III.
Action des milieux sur les microbes.
La phj'siologie genörale des microbes nous a appris que pour obtenir un devcloppemcnt microbien, il faut que le milieu de culture possdde des substances qui peuvent servir d'aliments; que, pour etre emploj'ees ä l'assimilation, ces substances doivent satisfaire ä certaines conditions de structure moleculaire. La com­position des milieux exerce ainsi une influence considerable sur la vie microbienne; eile peut la favoriser, l'arrßter dans son Evolution, ou meme la detruire completcment. II Importe done d'ätudier, avec quelques details, cette question aussi importante pour l'hygieniste que pour le pathologiste.
Mais la composition chimique des milieux n'est pas seule a influencer la vie des micioorganismes. Les agents physiques interviennent ögalement, et peuvent meine exercer une action pröpondörante. Ces agents sont ; la chaleur, la lumiere, l'^lec-tricitö, la pesanteur, etc.
D'une maniere g6n6rale, on peut diviser les milieux en deux categories bien distinctes : les milieux inertes, naturels ou ar-tificiels, et les milieux vivants, les organismes divers. II Importe de faire s6par6ment letude de ces deux ordres de milieux.
sect; 1. Milieux inertes.
Les milieux inertes naturels sont le sol et l'eau, qui peuvent etre envahis par les micioorganismes. Les milieux artificiels sont ceux que r6alisent les bacteriologistes dans leurs laboratoires,
ocr page 68
- 48 -
pour ctudier la vie des microbes in vitro, däns des conditions nettement düterminces, qu'on peut varier a. volont6; ce sont aussi les milieux speciaux qui sont prepares dans I'industrie, pour obtenir, grace a 1'interventiori des microorganismcs, des produits particuliers utilises par I'homme (brasserie, vinaigicrie, fabrication des vins, etc.).
Nous etudierons les conditions, tant chimiques que physiques, que ccs milieux doivent offrir pour permettre 1c developpement des microbes. Nous commencons cette 6tude par i'examen de la composition chimique des milieux.
i0 Action des agents chimiques. Comme nous I'avons vu, la vie microbienne n'est possible qu'en presence d'un certain nombre de composes chimiques, absolument neccssaires ä l'ela-boration. Ces composes, nous les avons ctudies dans le chapitre precedent.
Mais toutes les especes microbiennes ne sont pas egalement exigentes pour leur alimentation. S'il en est un grand nombre qui ne pcuvent veg6ter en l'absence de composes organiques complexes, (peptones, etc.), il en est an contraire qui se contentent de quantites bien minimes dc maticres alimentaires. Ainsi Meade Bolton a prouve que ccrtaines bacteries, et en particulier deux especes communes de l'eau, le Micrococcns aquaiilis et le Bacillus eyythrflsponis, pcuvent pulluler dans l'eau distillcie contenant des quantites de maticres organiques a peine appröciables. De meine Wolffhuegel et Riedel ont montre que le bacille du charbon pouvait fort bien vivre et croitre dans l'eau de boisson ordinaire. D'autres se contentent, comme nous I'avons exposö dans le cha­pitre pröeödent, de substances exclusivement minörales; mais le plus grand nombre exigent des composes plus complexes, des composes organiques ä molecule plus 61ev6e.
Mais ä cotö de ces composes indispensables ä la vie mi­crobienne, il y en a dont la presence ou l'absence peut exercer une influence considerable sur le ddveloppement. Aussi la ddter-mination de la formule du milieu le plus favorable au deve­loppement d'une espece donnee, constitue une operation longue
ocr page 69
*m
— 49 —
:t difficile, que Ton ne icussit qu'apies de multiples essais. M. Raulin, apres de minuticuses rcchcichcs, cst parvenu ä realiser un milieu somblable pour un champignon, VAspcrgillns niger. Ce milieu possedait la composition suivante :
Eau .... i5oo gr.
Sucre candi .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;. 70
Acide tartrique .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 4
Azotate d'ammoniaquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;4
Phosphate d'ammoniaque 60 ctgr.
Carbonate de potassenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;60
Carbonate de magnesic 40
Sulfate d'ammoniaquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 25
Sulfate de zinc .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 7
Sulfate de fer .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 7
Sulfate de potasse .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 7
Lc liquide ainsi compose cst eclui qui donnait les plus belies recoltes. Au bout de six jours dans une cuvette d'en-viron 40 centimetres canes, la recolte pesait a letat sec 25 gr. En variant legercment la composition de son liquide, M. Raulin a obtenu des resultats excessivement interessants sur 1'influence exerc6e par differentes substances, memc en proportion minimc. C'est ainsi qu'en soustrayant au milieu les 60 centigrammes de carbonate de potasse, la recolte etait reduitc au vingt-cinquiemc de la recolte primitive. Si d'autre part, on supprimc le phos­phate d'ammoniaque, la recolte cst reduitc au 200^. La sup­pression du sulfatc de zinc, qui n'existe dans le liquide quo dans la proportion de 7 centigrammes, soit o,o32 dc zinc, domic unc recolte de 2 gr. 5o, au lieu de 25 gr.
D'autre part, l'addition de ccrtaines substances, meine ä dose infinitösimale, pout arreter tout developpement. Cost 1c cas par exemple pour le nitrate d'argent. M. Raulin a constate qu'un seize cent millicmc dc ce compose suffit pour empechcr tout developpement. Bien plus, la vegetation nc parvicnt pas ä s'6ta-blir, lorsque lc liquide cst place dans un vase en argent. Et pourtant I'analysc chimique la plus delicate ne parvicnt pas a
ocr page 70
5o
d6celer dans ce cas la moindrc trace d'argent dans 1c liquide, et la pesee la plus cxactc du vase avant et apres I'exptinence nc denote aucune difference de poids. Cos faits suffisent pour faire apprecier la scnsibilitc des microorganismes vis-ä-vis do ccrtaines substances et l'influcnce quo peuvent par consequent exercer sur eux las milieux de compositions diverses.
Los microbes jouisscnt-ils de la mrme sensibility vis-a-vis des milieux? II j1 a lieu de le croire, bien qu'on n'ait pas obtcnu A lour sujet des resultats aussi precis. Pasteur a constate que le milieu 1c plus favorable au devcloppcment des microbes de la salive etait un melange de deux parties de bouillon do vcau et dune partic de sang de lapin. Toutc autrc proportion dans le melange de ces deux liquides excrce line influence nuisible sur la vegetation. II en est de meme si on remplace le bouillon dc veau par un autre bouillon, de mouton, de poulet ou dc lapin. Le microbe du rougct se developpc dans du bouillon frais, mais non dans le memo bouillon vieilli.
II est un grand nombre de substances, qui, a Texcmple du nitrate d'argent, excrcent une influence fächeusc sur le develop-pement des microbes. On leur a donn6 le nom de antiscptiquos. Lcur pouvoir de desinfoction varie dans une tres large mesure, suivant les substances examinees et suivant Ics especes micro-biennes sur lesquelles on les fait agir. En genfcd les acides, les bases, les coagulants ct les oxydants, les alcools, les huiles essentielles, les phenols, sont en general de bons antiseptiques. II est encore impossible dans letat actuel de la question de tracer une classification m6thodiquc de ces substances. Leur action est trop variable : ainsi I'acide salic3'lique, qui est sans effet sur le Streptococcus septicus puerpcralis, tue parfaitement le microbe du charbon symptomatique; l'essence de teröbenthine, qui n'agit pas sur ce dernier, detruit aisement le bacillc du charbon bacteridien, etc.
II Importe en outre de remarquer que Uaction d'un anti-septique varie suivant la dose employee; e'est ainsi que Jalan de la Croix a eu soin de distinguer les doses qui empechent
ocr page 71
— 5i —
ou n'empcchent pas le developpement des microbes; celles qui arrötent ou n'anctent pas le developpement quand il a com­mence; enfm celles qui steriliscnt ou no sterilisent pas. Do plus, il convient detablir une distinction nettcment tranchöe cntrc les formes vegetatives et les spores des microbes. Ces dcrnieres peuvent reslcr en vie au contact de doses d'antiseptiques qui detruisent completement les 61ements en voie de vegetation. C'est ainsi que Buciiner ost parvenu a faire genner des spores de Bacillus siibtilis qui avaient sejouniö dans de l'acide sulfurique concentre.
L'effet destructeur des antiseptiqucs n'est obtenu qua con­ditionraquo; d'en efTectuer 1c contact intime avec les microbes, et de le prolonger pendant un certain temps : ainsi le microbe du charbon symptomatique necessite une durec de contact de 8 ä 48 heures.
La cbaleur est un adjuvant des antiseptiqucs. Signale pour la premiere fois par Richet, ce fait a etc confirm^ ensuite par Arloing ct Chauveau. Ccs autcurs ont montr6 qu'une solution d'acide phenique ä Sob nc tue pas 1c microbe de la septicemie gangrencusc aprcs un contact de 24 heures a 15 degres, tandis qu'elle le dctruit aprcs 6 ä 8 heures, a la tem­perature dc 36 dogres. De semblablcs observations ont etc faites avec l'acide borique, le sublime et le chlorurc de zinc, par Truchot ct Saint-Hilaire. Cc dernier aulcur a tire de ses ex­periences la conclusion que dans la pratique medico-chirurgicalc, il doit ehe possible d'abaisser le titre des solutions antiseptiqucs, si Ton eleve lour temperature.
Les dissolvants exerccnt tantot une action favorisantc, lantot une action nuisiblc; ainsi l'acide phenique en solution alcoolique ne tue plus les virus ä spores. D'autre part, le vohicule des microbes ou les microbes eux-memes nuiscnt parfois ä 1'action des antiseptiqucs. Ainsi, I'eau oxygen6c cst un excellent desin-fectant, aussi longtemps qu'elle n'est pas decompos(;e; or le staphylocoque pyogene dore la dissocic rapidement, sans en subir I'action antiseptique.
ocr page 72
52
Les microbes s'accoutument ties aiscment aux effets des desinfcctants. KOSSIAKOFF a constate quo s'il fallait ajoutcr I 250 do boratc do soude pour cmpccher la vegetation du Bacillus cmthvacis, 11 n'cn fallait plus ([uc 1143, pour s'opposer a cclui du meine bacillc accoutume ä cctte substance. Dc semblables observations ont ete faites pour d'autres microbes et d'autres antiscptiques.
Non sculemcnt les antiseptiqucs peuvent nuire au dcvelop-pement des microbes, mais ils peuvent aussi modifier leur mor-phologie, faire apparaitre des formes anormales absolument me-connaissables. C'est cc quo Guignard et Charrin out observe pour 1c bacillc pyocyanique, et Wasserzug pour le MicnJcoccus pvodigiosns.
Ils peuvent aussi empeeher 1c developpement des spores. MM. Ciiamberlanu et Roux ont constate que le bacille du charbon est incapable de former des spores dans des bouillons additionnes dc bichromate de potasse. Toussaint avait d6jii fait une observation analogue en employant I'acidc phenique.
Enfin certains antiseptiqucs empecbent la production et rexcretion de la substance chromogene par le bacille pyocyaquot; nique. De meme ils diminuent l'action des diastases : ainsi, le sublime affaiblit la sucrase et l'amylase; le borax, le nitrate d'argent, le sulfatc dc quinine, I'alcool, les essences exerccnt une semblablc action. Kc pcut-on pas, en presence dc ces fails, supposer que certains antiscptiques jouissent du pouvoir d'em-pecher la secretion des autres prodults microbiens, toxincs , toxalbumincs, ptomaines, etc., ou tout au moins d'en neutraliser les effets sur I'organisme? Jusqu'ici aucune exp6riencc n'en a fourni la demonstration.
Si les antiseptiqucs constituent ainsi des substances nuisibles, il y a d'autres substances, au contrairc, qui sont favorables aux microbes; ceux-ci sont attires vers ces substances. Ali Cohen a montre en effet, que le sue de pomme de terre, riebe en potasse et en asparagine, exerce une semblablc action sur les bacillcs typliiques et les spirillcs du cholera. L'influcncc cxercec
ocr page 73
— 53 —
par les substances chimiques suiquot; les microbes a etc döerite sous le nom de chimiotaxismc : celui-ci est tantöt positif, quand les microbes sont attires, tantot ncgatif, quand ils sont repousses par ces substances,
On volt par cet expose, combicn la composition chimiquc des corps est de nature a influencer le dcveloppement des mi­crobes. La structure molcculairc do certains composes organiqucs meritc aussi d'etre considcree ä cc point dc vuc. II existc deux vari6tes d'acidc tartrique ä constitution molcculairc identique, qui ne so difTerencicnt que par des details dans leur mode de cristallisation ct par leur action sur le plan de polarisation. L'une 1c devic a droite ct constituc la varietc droite; lautre le dövie. a gauche et constituc la variete gauche. Or, il a etc prouvc que certains microbes ne pouvaient faire fermentcr quo I'acide tartrique droit sans modifier I'acidc tartrique gauche, qui etait incapable cle les nourrir; tandis que d'autrcs cspeces faisaient fer­menter cc dernier sans influencer le premier. Si on met fermenter un mölange de ces deux acides, I'espece microbienne en experience agit sur la variete pour laquellc ellc a de laffinite et se deve-loppe jusqu'ä complet epuiscment de cette variete, laissant 1'autre ä l'etat de puretö.
Enfin, les milieux favorablcs au dcveloppement des microbes doivent satisfaire encore a quelques conditions specialcs. La reac­tion doit en ctre ncutrc oil legerement alcalinc pour neutralise!' les acides qui sc forment souvent aussitot quo la vegetation s'etahlit. 11 n'existe qu'un petit nombrc d'especcs capablcs dc vegeter dans des milieux acides; 1c Bacillus accti do la mere du vinaigre en est un exemple, Un certain nombrc de microbes produisent des acides; des que le milieu en contient unc pro­portion dctennincc, I'organisme ccsse dc vegeter ct la fermenta­tion no reprend que lorsque I'acide a etc absorbö. C'cst cc qu'on realise dans les fermentations lactiqucs, butyriques, etc., en in-troduisant dans le milieu du carbonate de chaux qui absorbe les acides ä mesure de lour production. Le milieu rcstc ainsi toujours scnsiblement neutre.
ocr page 74
- 54 -
La concentration du milieu, e'est-a-dire la proportion d'eau, est aussi fort interessante a ctudier. Les substances organiques seches no sont jamais envahics par les microbes, qui exigent pour vegeter une certaine quantito d'eau. La salure conserve les viandes, parce qaclle döshydrate ccs matteres. En general, les microbes sont fort sensibles a la concentration des liquides. La plupart d'entre eux sont adaptes ä des milieux d'une con­centration determinee et fuicnt avee vivacite les solutions d'une concentration difl'erente. Ccs mouvements des microbes consti­tuent le tonotaxisme, qui cst positif quand ils sont dirig6s vers les solutions plus concentrees, n^gatif dans le cas contrairc (Massart).
On concoit d'apres cela que la dessiccation doive exercer une action nuisiblc sur les microbes. La plupart d'entre eux sont tues par une dessiccation absolue. Ce resultat est atteint aprcs un temps qui varie naturcllement avec les especes microbienncs. Une dessiccation relative est mieux supportde, surtout par les spores. Celles-ci du rcstc se ferment principalement, quand les conditions normales commencent a faire d6faut, et sont destinees ä reproduire rcspecc, des que les conditions normales se trouvent reproduites. Une dessiccation moderce et lente peut attenuer la virulence de certains gennes; e'est k co proc6de que Pasteur doit la confection de son vaccin antirabique.
La presence ou Fabsonce de l'oxygene cst interessante ä examiner, suivant qu'on etudie les microbes exclusivement a6robics ou les microbes exclusivement ana6robies. Si pour les premiers la vie est difficile, sinon impossible, sans la prösence de gaz, pour les seconds la vie cst entravue au contact do ce m6me gaz. D'une maniere genörale, un afflux trop abondant d'oxygene est nuisiblc ä la vie des microbes. Duclaux a montr6 en effet quo certains microbes, en presence d'un execs d'oxygene, s'affai-blissent lentement et mcurent au bout d'un certain temps; tandis quo ces menjes especes conscrvent parfaitement leur vitalitc, quand clles n'ont que dc minimes portions de ce gaz a con-sommcr. C'est ainsi aussi que Pasteur est parvenu a attenuer
ik
ocr page 75
55
la virulence du microbe du cholera des poules. II suffisait ä cet effet de laisscr vicillir unc culture de ce microbe en presence do I'air. La virulence diminuc peu a peu pour s'6teindre com-plctement au bout d'un certain temps; tandis qu'une memo culture, a l'abri de I'air, conserve indefiniment sa virulence.
Paul Bert a montr6 que I'oxygene comprime produit le memo rcsultat, mais en un temps beaucoup plus court. Una pression dc i5 atmospheres tue tous les microbes, du moins leurs cellules vdgetatives. L'air comprime est beaucoup moins actif. Certes a pu soumettrc a des pressions de 5oo a. 600 at­mospheres, sans arreter la vegetation. Dans les experiences de P. Bert, le pouvoir comburant dc I'oxygene scrait exalte par la pression ct exercerait unc action mortellc sur les microbes. Chauveau a constate que la pression ne determine pas une mort immediate; la vitalite diminue insensiblement et avec eile la virulence.
Les spores sont beaucoup plus resistantes ä Faction de I'oxy­gene, qu'elles appartiennent ä des especcs aerobics ou ä des espcecs anaerobies; qu'elles supportent le contact dc l'air ordi­naire, de l'air comprime ou meine do l'oxygenc comprime. Pasteur a montrc que les spores du bacille charbonneux sup-portent sans perir Faction de I'oxygene comprime, ä condition toutefois que cette action ne soit pas de trop longue duree.
Les microbes mobiles montrent trcs ncttement leur avidite pour I'oxygene. Quand on examine au microscope une prepa­ration recouverte d'un petit verre, on voit bicntot toutcs les especcs aerobics se porter vers les bords de la lamclle couvrc-objets, ou bion autour des bulles d'air contenues dans la pre­paration ; les individus qui ne parviennent pas a attcindre ces endroils de la preparation, cessent bicntot tout mouvement et ne tardent pas a perir faute d'oxygene. Les especcs anaerobies, au contrairc, fuient ces meines points de la preparation et se montrent surtout actives lä ou I'oxygene de l'air ne pent pas les attcindre. Engelmann a realise une ties interessante experience pour montrer lavidite pour I'oxygene do certaines especcs aero-
ocr page 76
— 56 —
bies. II dispose quclqucs filaments d'algUQS vcrtcs dans line goutte d'eau contcnant des microbes aerobics. Ceux-ci s'accumulent aus-sitot tout lo long dc ces filaments. Mais si Ton fait ensuite tomber un microspectrc sur ces filaments d'algues, on constate que les microbes sc localisent dans les points speciaux qui correspondent aux bandes d'absorption des rayons lumineux par la chlorophylle, Le maximum d'accumulation se produit dans le rouge entrc les raics B et C et va en diminuant pour s'arreter dans 1c vert. On apcrcoit un second groupement dans la moitie la plus refrangible du spectre, au niveau cle la raie F dans le violet.
2deg; Action des agents physiques. #9632;— Les divers agents phy­siques, dont on a etudie Faction sur les microbes, sont la chaleur, la lumierc, relectricite, le magnetisme ct la pesantcur.
Chaleur. — La chaleur exerce une action considerable sur la vie des microbes. En dessous d'unc certaine temperature, tout developpcment microbien est impossible; au-delä d'un certain degre dc temperature, tout developpcmcnt cesse. Ces deux limites constituent les temperatures minima, et maxima, cntre lesquelles les microorganismes peuvent vegeter. Cos limites sont fort variables, suivant les especes que Ton considere. En effct, si Ton peut affirmer que d'une maniere genörale une temperature de 5o0 ä 6o0 tue la plupart des microbes, il faut tenir compte dc quol-ques exceptions interessantes. Van Tieghem, MlQUEL et Globig ont signale des especes pouvant v6geter ä des temperatures de 700, 710, 740 et meme de 770 centigrades.
La limite inferieurc de temperature offre des variations tout aussi interessantes. Si cn genöral aueun developpemcnt ne s'ob-serve en dessous de 6deg; centigrades, il est des especes qui se multiplient activement a oquot; (Forster, Fischer).
La temperature optima, la plus favorable au d6veloppemeiit, se trouvc cntre ces deux limites et oscille entre 200 et 400. Mais ici encore on observe les variations les plus curieuses. Ainsi il est une espece, le Micrococcus tetramitus, qui no peut se devclopper ä une temperature superieure a 6deg; centigrades, tandis qu'un bacille
Lk.
ocr page 77
- 57 -
observe par Van Tiegiiem prcsentc son maximum dc vegetation a 77deg; centigrades.
En dehors des limites maxima et minima quo nous vcnons de tracer, le developpement est mil; mais les microbes nc sont pas nccessairement detruits. Ils semblent au contraire supporter sans perir des temperatures tres basses. Certaines especcs pcuvent supporter la congelation pendant un temps fort long; d'autres, au contraire, perdent lour vitality dans un temps plus court. II resulte des observations de Fuaenkel et de Pkudden quo la congelation ne tue pas la plupart des microbes; eile ne fait qu'arreter leur developpement qui reprend aussitöt que le froid cesse. Une congelation prolongee pout en diminucr le nombre ou en attenuer la virulence.
La resistance aux temperatures extremes est ties variable suivant les especes etudiees. Toutefois on pent dire qu'en general cette resistance doit principalcmcnt etre rapportce aux spores. Von Frisch a pu soumettre a une temperature dc —noquot; un liquide oü plusieurs especes avaient sporulc, sans les tuer; il s'etait borne a ramener lentcment la culture ä la temperature ordinaire, Pasteur avait dejä fait ccttc observation et constate que les spores resistaient ä un froid dc —3oquot;. Des cultures de Bacillm anihracis et dc Bacillus sepiicus ne sont pas tuees ä #9632;—45deg; pendant cinq heurcs, tandis (jue le microbe du cholera des ponies est detruit A —35deg;. Le virus rabique s'attenue ä —400. Pictet et Yung ont fait de scmblables observations sur divers microbes, mais ils ont neglige de faire line distinction entre la resistance de la spore et cclle de la cellule vegetative.
Les spores resistent egalement bien aux temperatures elevees. Elles peuvent encore germer apres avoir ete portccs a 100quot; et au-dela. On n'obtient une sterilisation absolue qu'a i5o0.
L'iniluence des hautes temperatures est en rapport avec la durec d'action. Ainsi d'apres Roux, on pent chauffer pendant longtemps ä 80quot; les spores du bacillo du eharbon sans les faire perir, tandis qu'elles sont tuees apres 10 minutes a ySquot; et apres 5 minutes ä looquot;.
ocr page 78
m
58
Unc chalour humide cst plus nuisiblc qu'une chaleur seclie. On pent porter ä 123deg; dans lair sec les spores du Bacillus authracis, sans leur faire perdre leur vertu gcrminative (Koch). Arloing, Coknevin et Thomas out constat6 que les spores du bacillc du charbon symptomatiquc dans 1c sang sont tu^es apres deux minutes dans I'eau bouillante; tandis que dessöchees au prealablc ä 33deg;, il faut unc ebullition de deux hcures pour obtenir le meme resultat. Enfin Miquel a pu chauffer dans I'air sec ä noquot;, 120quot;, i3o0 et memo 145deg;, sans tuer toutcs les spores.
La reaction du milieu influe aussi sur 1c degre de resis­tance; dans un milieu acide, la resistance ä la chaleur cst diminuee dans unc large mesure. Les deux especcs, etudifics par Van Tiegmem, qui se cultivent parfaitement a 74deg; dans un milieu neutre ou legerem ent alcalin, cessent de se d6velopper en presence de la moindrc trace d'acide.
Bien qu'en general, les microbes soient tres sensibles ä I'action dc la chaleur, il en est qui peuvent s'accoutumer tres aisement ä des temperatures anormales. II suffit pour obtenir ce resultat dc les y amener insensiblement. Döllinger cst par­venu ä demontrer ce fait en cxp6rimentant sur unc cspece, 1c Micrococcus ieimmitus, qui nc vit normalement qu'ä des tempera­tures ties basses, 6deg; au maximum. Get auteur a reussi ä cultiver ce microcoque ä 70deg;. A cct effet il eleva tres lentement la tem­perature et ne proceda que par des augmentations tres legeres; il conduisit cette experience pendant quarantc-six mois.
On concoit que si la chaleur influence ainsi le dcveloppc-ment des microbes, clle doit dans unc semblablc mesure influencer leurs actes physiologiques, En effet ceux-ci sont en correlation in-time avee celui-la ; I'un diminuant, les autres doivent s'affaiblir dans la meme proportion. Ainsi Richet a montrc quo la fermentation lactique, determinee par le Bacillus lactkus, croit jusqu'ä 440. De 44deg; ä 53quot;, eile reste sensiblemcnt constante pour decroitre au-dela dc cette dei nierc temperature. De semblables observations
ocr page 79
- 59 -
ont etc faltes pour la fermentation butylique par Fitz, pour la nitrification par Schloesing et Müntz,
De m6me la virulence s'attenue a mesure quo la temperature s'elcve et pent disparaitre completement. C'est Toussaint, 1c pre­mier, qui a appele I'attention sur cette action attenuatrice de la chaleur. II constata en effet que du sang charbonneux, chauffo pen­dant cinq minutes vers 55deg;, ne donnait qu'unc affection benigne aux moutons, auxquels on I'inoculait. Chauveau a confirmc cc fait et montre que I'attcnuation est en rapport direct avee la durec de chaufFe et le degre de chaleur. Lc Bacillus anthracis perd sa virulence en tres peu de temps a 55deg;; il faut seize minutes ä 52deg; pour obtenir le meme resultat. La virulence est de moins en moins amoindrie, si Ton ne chauffe que 12, 10, 8, 6 minutes.
La sporulation est cgalement sous la dependance do la tem­perature. Kocn a montre qua 35deg;, le bacillc charbonneux sporule apres 20 minutes, ä 3oquot; aprcs 3o niinutes ct a 18deg;—200 au bout de 2 ä 3 jours. Pasteur a montre en outre que eultivü a 42—43deg;, il nc produit plus de spores vcritablcs. La germi­nation des spores exige egalcment une temperature detcrminec ; ainsi les spores du charbon ne gcrment qu'ä 35—37quot;.
La chaleur exercc une influence notable non sculemcnt sur les proprictes physiologiques des microbes, mais aussi sur leurs caractercs morpbologiques. Une temperature anormale peut faire naitre des formes d'involution.
II rcsulte ainsi de cct ensemble de faits qu'il y a lieu de distinguer dans les temperatures, cclles qui favorisent, celles qui entravent, et celles qui suppriment le dcveloppemcnt microbicn. Chauveau a propose dc les appeler temperatures eugenesiques, cl3^sgenesiqiies ct agencsiques. II est evident que ces temperatures varient suivant les especes inicrobiennes obscrvees.
Lumiöre. — La lumicro n'est pas utile au dcvelop-pement des microbes. Une exception doit etre faite pourtant pour les microbes pourprcs et verts quo nous avons vu capablcs d'effectuer lelaboration de COs sous Faction des rayons solaires.
ocr page 80
6o
On concoit quc pour ccs cspcces la lumicre exerce unc in­fluence favorable sur le developpement. Engelmann a montrc en clfct quc pour son Bacterium chlorinmn la quantito dc C02 dc-composec est proportion nolle ä l'intensite des rayons lumineux et surtout ä l'intcnsitö des rayons chimiques. Aussi ces microbes sont-ils attires par les rayons lumineux, La grandc majoritö des microbes, au contraire, scmblent douös d'un lieliotropismc nögatif: ils paraisscnt fuir la lumierc ; e'est ainsi que le bacille du char-bon cidtive sur gelatine creuse son support du cote oppose a l'arrivec des rayons lumineux.
De memo Warrington a constate que la nitrification nc s'effectue qu'a robscurite. Downes et Blunt, Duclaux out mon-tre egalement quo la lumiere pent causer la mort des microbes aprcs un temps variable d'exposition, plus court pour les especes d6pourvucs de spores. Celles-ci ne scmblent toutefois pas ßtre donees d'une resistance plus considerable que les cellules vege­tatives. Elles ne conservent plus longtemps leur vitalite que lorsqu'elles subissent l'insolation ä Fabri de lair; ce qui scmble prouver que Faction nuisible dc la lumicre est intimement liee a l'action de l'oxygene. Aussi la plupart des germes de l'air, exposes sans ccsse a cette double action, sont-ils depourvus de toute vitalite.
La lumiere, exercant ainsi une action modificatricc sur la vitality des microbes, devrait aussi en attenucr la virulence. C'est cc que Arloing a demontre pour le bacille du charbon. II a constate qu'unc culture ensoleillee pendant 19 heures tue le co-baj-e a la dose d'une goutte; apres 20 heures, eile ne tue qu'un cobayc sur deux; apres 25 heures, eile nc tue plus les cobayes, mais les vaccine.
Les differents rayons du spectre n'excrccnt pas tons la memo action. Si Ton projette un microspectre sur une preparation con-tenant des microbes mobiles, on constate bicntot quc ceux-ci affectent une disposition speciale et constante. Le maximum d'accumulation se produit dans I'ultra rouge; leur nombre diminue ensuite rcgulieremcnt dans le jaune, le vert, le bleu et 1c violet.
ocr page 81
— 6i —
II en resultcrait que les rayons caloiifiqucs leur scraicnt plus favorablcs quc les rayons chimiqucs.
Engelmann a constate aussi quc des espcecs immobiles clans les conditions ordinaires peuvent so mouvoir sous 1'influence clc rayons lumincux d'unc certaine intensite. La lumierc pout cxerccr une influence sur la production du pigment chez les cspeccs chromogenes en en diniinuant l'intensitö ou en en alterant la nature (Pansini).
Pansini, qui a rcpris cctto etude tout recemment. et qui a experimentc sur de nombreuses especes bien detcrminees, a for-mule cntre autres les conclusions suivantcs :
iquot; La lumierc diffuse a une action rctardantc sur 1c deve-loppement des microorganismes;
2deg; La lumierc dircetc du soleil exerce une action rctardantc sur 1c developpcmcnt et une action sterilisante sur les microbes ; ccllc-ci se produit surtout quand les rayons solaircs tombent perpendiculaircment sur les cultures;
3deg; Lc degre de l'action dc la lumierc varie suivant les especes microbienncs et le terrain dc culture;
4deg; Les spores du charbon dans le bouillon ne resistcnt guere plus que les cellules veg6tatives; dessechces, ellcs resistcnt plus longtemps que dans le bouillon;
5deg; La lumierc rctarde mais n'empeche pas la sporulation ;
6deg; La lumiere attenuc la virulence des bacilles du cluubon, mais ce cbarbon attenue recupere sa virulence par les cultures suivantes,
Electricite. — Cost a Coiin et Benno Mendelsohn quc sont dues les premieres observations precises sur Faction de l'61ectricitc sur les microbes. Ces auteurs ont constatö que les troubles apportes au ddveloppement microbien r(jsultent de l'action electrolytique des courants; quc les courants induils, depourvus de toute action electrolytique, n'ont aucunc action sur la \'6g6-tatlon des microbes.
Si lc courant continu cst tres faiblc, il ne determine aucune modification ; s'il cst d'unc intensite moyenne, il sterilise autour
ocr page 82
— 62 —
du pole positif et diminue la veg6tation au pole negatif. Au pole positif il y a formation d'acide, ce qui est nuisiblc aux microbes mais ties favorable aux champignons qu'on voit ap-paraitic aussitöt autour de ce pöle, Si le courant est tres fort, il exerce peut-etre aussi une action sur les organismes eux-memes.
Les rcsultats obtcnus par APOSTOLI et Delaquekriüre d'une part, par Puochownick et Spaeth, d'autre part, doivcnt aussi etre rapportes ä Faction chimique produite par les courants sur les milieux.
Magnetisme. — L'action du magnclisme n'est guere connue, On ne peut que citcr Fobscrvation de Dubois qui a signals l'influcnce de forts aimants sur Forientation des colonies du Micrococcus prodigiosus. Le magnetisme retarde d'une manierc tres sensible la fermentation alcoolique de la levure. II est probable qu'il en est do meine pour les fermentations bacteriennes, mais les observations font düfaut sur ce point.
Pesanteur. — Massart a etudie a ce point de vue la sen-sibilit6 de deux spirilles niarins. II a constate que Fun presentait le geotaxismo positif, Fautre le geotaxisme negatif. Ces pheno-menes sont 1c resultat de Firritabilite de ccs organismes. L'auteur a mis ce fait en evidence en introduisant le liquide contenant ces deux spirilles dans des tubes etroils de omm5 de diametre, ouverts aux deux extremites. En tenant ccs tubes verticalement, il a constate que Fune espece restait confinöe ä Fcxtremite införieurc, tandis que Fautre etait remontee a Fextremitd supörieure. En renversant alors le tube, il a observe le transport des deux spi­rilles d'une extrömite a Fautre du tube.
Agitation. — Les rcsultats rccueillis sur l'influcnce de l'agita-tion sur le developpemcnt des microbes sont trop discordants pour qu'on puisse en tirer la moindre conclusion. Si une agi­tation forte semble nuire au developpemcnt normal, un mouvement mod6r6 au contraire serait de nature a favoriser la v6g6tation.
ik
ocr page 83
— 63 —
II est evident qu'une agitation quclcon'que doit 6tre d6favorable a la vie des microbes aerobics, parce qu'elle a pour premier resultat de briser le voile qu'ils formont ä la surface des liquides et a les faire toinber clans les coucbes profondes, oil ils nc trouvent plus I'oxygene dont ils ont besoin pour vivre.
sect; 2. Milieux vivants.
Les milieux vivants, dans lesquels les microbes pcuvent evo-lucr, sont les divers organismes dans lesquels ils penetrent et oü ils vegctent. Comme les milieux inertes, les milieux vivants doi-vent satisfaire ä des conditions spcciales pour favoriser le deve-loppemcnt des microbes. Cos conditions spcciales ne sont guere röalisecs pour la plupart des microbes; la grandc majoritc de cos dernicrs ne peuvent pulluler dans les organismes ou ils nc tardent pas a. disparaitrc : cc sont la plupart des microbes sa-propbytes, Les autres au contrairc pcuvent se multiplier ct envahir I'organisme tout entier : ce sont les microbes pathogencs. Ils dcterminent des troubles physiologiques et morpbologiques d'unc intensito variable qui peuvent entraincr la mort de I'organisme envabi.
Mais entre l'envahi et l'envabisseur, il sutablit unc lutte dans laquelle la victoire appartient tan tot ä Fun, tantöt a l'autre des combattants. Si le microbe obtient I'avantage, I'organisme succombc et celui-ci est dit rcceptif; si au contraire il triomphe du microbe, il est dit r6fractaire et le microbe est dötruit,
Entre la röceptivitc et l'immunitö il y a tons les inlcnn6-diaires ; ces etats sont rarement absolus ; ils sont le plus souvent relatifs et peuvent varier par suite dc circonstances spcciales et de dispositions individuelles. Les conditions de race suffisent pour influencer la rdceptivitd vis-a-vis d'un microbe pathogenc. tun exemple frappant est fourni par certaines races do moutons pour le microbe du charbon. Tandis que les moutons dc race fran-9aise succombent rapidement au charbon, il est une race qui est refractaire a cette affection : cc sont les moutons d'Algöric,
ocr page 84
64 -
dits moutons barbarins. Les individus de cette race peuvent etrc maintenus dans des conditions oil les especes francaises prennent la maladie, sans en etrc infoctcs; ils peuvent memo cohabiter avee des moutons charbonneux sans sc contagionncr. Cette race est non sculcmcnt icfractairc ä la contagion naturelle, mais eile r6sistc de mumc ä l'inoculation directe d'unc dose de virus ca­pable do tuer un mouton francais.
Un second cxcmplc non moins interessant est ofl'ert par certainc race do pores pour l'affection du rougct. Tandis quo les races anglaiscs et allemandcs contractent aiscment cette afTcction, il est une race absolunicnt icfractairc, cclle des pores du Pcrigord. La promiscuity avee des animaux malades est incapable de triompher de cette immunitc naturelle. De meme on a constatö que les rats et les souris des maisons sont susceptibles de p6rir de scpticcmic ä la suite d'inoeulation de liquides de putrefaction, tandis que les souris des champs sont rcfractaires aux inocu­lations tie ccs memes produits.
S'il est ainsi des races qui sont douees de dispositions spe-ciales, il Importe de remarqucr quo dans une scule et meme race on pent rencontrer de semblablcs variations individuelles. L'agc semble influenccr dans une large mesure la receptivite ou I'immunite pour certains microbes patbogenes. On a reconnu en effet (pic les cobayes adultcs rcsistent a l'inoculation de la rage, tandis (pie les jeunes sujets y succombent rapidement. De sem­blablcs constatations ont etc faitcs avee la bacteridie cbarbonneusc, mais ici les predispositions sont renversees : cc sont los jeunes individus qui sont r6fractaires, tandis quo les adultes prennent l'affection. Lc contraire s'observe chez les rats : les adultes possedent l'immunitö, tandis que les jeunes sont reccptifs.
La nature du regime des animaux parait modifier ögalement la receptivite ou I'immunite des animaux. Ainsi Akloing, Cornevin et Thomas ont montre que les veaux sont rcfractaires au cbarbon symptomatique aussi longtcmps qu'ils sont soumis au regime lacte. Des qu'ils son! soustraits a co regime, ils deviennent reccptifs el
ocr page 85
1
— 65 —
n'acquieient ä nouveau l'immunitö que s'ils sont ramenes ä leur premier mode d'alimentation. L'evolution du bacille tuberculeux semble aussi ctre influencee par le regime. On a constate, en effet, que la tuberculose evoluc plus puissamment chez les her­bivores que chez les carnivores.
La chaleur qui exerce une influence si notable sur le damp;ve-loppement des microbes dans les milieux inertes, fait ögalement sentir son action sur revolution microbicnne dans les milieux vivants. Cc fait a ete mis en evidence par la manicre do se comporter do la poule et de la grenouille vis-ä-vis do la bactcridie charbonneuse. Dans les conditions normales ces deux especes animales no prennent pas la maladie. Le sang do la poule est trop chaud, celui de la grenouille trop froid pour permettre 1c d^veloppement du microbe. II a suffi de rcfroidir la poule ou cle r6chauffer la grenouille pour voir sc dovclopper I'affection charbonneuse. A cet effet, Pasteur placail la poule dans un milieu refrigerant en lui maintcnant simplement les pattes dans de l'cau froide, de maniere ä abaisscr la temperature du corps de 4 a 5 degres. La grenouille, au contrairc, etait placce dans une atmosphere chaude, avec laquelle eile se mettait cllc-meme en 6quilibre de temperature. Dans ces conditions nouvelles, ces animaux tombent malades et no reviennent ä la santc que si on les replace dans les conditions normales, c'cst-a-diic des qu'ils ont repris leurs temperatures ordinaires, alors meme qu'ils auraicnt presente les premiers symptomes de I'affection charbonneuse (i).
On voit par lä combien de circonstanccs inherentes ä l'or-ganisme meme peuvent inlluencer le developpcment des microbes. A cot6 de celles-lä, il convient d'attirer I'attention sur les circon­stanccs extrinseques qui peuvent modifier aussi le terrain vivant, tantot pour le rendre favorable, tantot pour le rendre defavor able ä Fenvahissement par les especes pathogenes.
(i) Ces fails ont et6 expliqu^s de cette fa^on par Pasteur; ils sont cepen-dant susccptibles d'une autre inter^r^talion, comme nnus le verrons en faisant letude microbiologiquc speciale du charbon bacteridien.
6
ocr page 86
— 66
Un organismc primitivement refractaire pour un microbe patho-gene peut ctre modific par lo devcloppcment prealablc ou simultane d'unc autre espece microbicnne. ROGER a montre que 1c lapin, qui est naturellement refractaire au microbe du charbon symptomatique, s'y montre au contraire sensible, si on lui injecte en memo temps une culture vivante de Bacillus prodigiosus. II obtient le meme resultat en injectant simplcment de semblables cultures sterilisees. Monti a constatö des faits analogues par I'injection simultan^e de microbes pyogönes et de Proteus vulgaris. De mßme l'infcction tötanique ne se produit que pour autant qu'au point d'infection il existe d'autres especes microbiennes (Vaillard et Vincent).
D'autre part, il existe des especes microbiennes qui sont antagonistes les unes des autres, qui, injectees dans un organisme infectc par un microbe pathogene, s'opposent au developpement de celui-ci. Un grand nombre d'autcurs (Emmerich, Bouchard, Büchner, Blagovestchensky, etc.), sont ainsi parvenus ä com-battre le charbon bacteridien en inoculant le strcptocoque, 1c pneumocoque, le bacillc pj-ocyanique, le bacille typhique, le pneumobacille de. Friedl/ender, etc. II rcsultc des observations de ccs mCmes auteurs qu'on obtient des cfiets identiques en injectant les cultures sterilisees de ces memes microbes, de sorte qu'il faut rapporter ces actions non tant aux microbes eux-memes qu'ä leurs produits de secretion. L'injcction de substances chimiques peut produire du restc de semblables effets, Arloing, Cornevin et Thomas ont montr6 qu'en injectant de l'acide lactiquc au point oü Ton a inocul6 du virus attenu6 dn charbon symptomatique, celui-ci r^cupere toute sa virulence et donne naissance a la ma-ladie avec tons ses symptomes morbides. Une semblable obser­vation a 6t6 faite pour le t6tanos (Vaillard et Vincent). Nocard et Roux ont 6tabli que l'acide n'agit pas sur le microbe pour exalter son activity, mais plutot sur les tissus pour diminuer leur resistance. Leo, par I'injection de pbloridzine, a rendu les rats r^ceptifs pour le charbon, et les souris pour la morve. Platania et Wagner ont obtcnu do semblables rteultats pour le charbon en injectant des substances anesthesiantes a. des chiens, des poules, des pigeons, des grenouilles (curare, alcool, chloral).
ocr page 87
67 -
Enfin l'exposition de l'organisme ä des conditions döfavorables ä son existence et la production de lesions traumatiques sent de nature ä modifier egalcment son immunitö vis-ä-vis de certains microbes pathogencs. II nous suffira ä cet effet de rappeler les interessantes experiences sur I'netion d'une temperature anormale sur la poule et la grenouille pour rendre ces animaux receptifs au charbon. Ces experiences ont 6te reprises, modifiees et con­firmees par Wagner et . Charrin. L'influcnce des traumatismes a 6t6 6tudi6e par Nocard et Roux et par Platania; celle du surmenage par Charrin et Roger; celle du jcunc par Canai.is ct Morpdgo; celle de la saignee par Serafini et Rodet; celle de la section nerveuse par Charrin et Ruffer, par Roger, Herman, etc.
Toutes ces observations tendent ä demontrcr que plus un organisme se trouvera dans des conditions defavorables, moins il pourra rösister ä l'envahisscment des microbes pathogencs. Ceux-ci se porteront dc preference au point ou I'organe est le plus d6vie de son fonctionnement normal, parce que lä il ren-contrera un locus minoris resistentisc oü il pourra se dövelopper avec plus d'aisance. C'est a ces circonstanccs qu'on doit rappor­ter la production d'une osteomyelitc au nivcau d'une fracture osseuse, si Ton injecte dans le torrent circulatoirc une culture de Staphylococcus pyogenes aiircus. Ce microbe ne se developpera en effet qu'au point oü le trauraatisme a etc produit. De meme Chauveau a constate que si Ton injecte 1c microbe de la scpti-cemie gangrencusc dans la jugulairc dun mouton bistourne d'un scul cöte, au bout dc peu dc temps le tcsticulc qui a subi le traumatisme est convert! en une bouillic purulentc, tandis que I'autre tcsticule est rcst6 normal.
Certes, toutes les autres conditions restant normales du reste, il est possible dc vaincre quelquefois l'immunite naturelle de certaines especes. Cette immunite n'est en effet que relative. Nous avons cit6 l'exemple des moutons barbarins qui sont refractaircs au charbon. On pout pourtant les faire pörir de cette affection, en leur inoculant des doses massives de sang charbonneux,
ocr page 88
-- 68 —
On voit ainsi par l'ensemble des faits exposes quelles mul­tiples circonstances accidentelles ou dispositions naturelles pcuvent intevvenir pour varicr l'action du milieu vivant sur les microbes. Tantot les organismes triomplient de leurs envaliisseui's, tantot, au contraire, ils succombent sous l'attaque de ces derniers, Dans le premier cas les microbes rencontrent des conditions defavorables ä leur döveloppement et ne tardent pas ä disparaitre; dans le second cas, au contraire, ils pullulent plus ou moins activement, se r6pandent dans I'organisme ou y deversent leurs produits de secretion, et y produisent des troubles fonctionnels qui entrainent in^vitablement la mort. Dans cette kitte l'envahi et l'envahisscur usent d'armes spöciales pour se d6banasser de son adversaire. Ce sont ces moyens de defense que 1'organisnic possede vis-ä-vis des microbes qu'il importe dc connaitrc. Mais au prealablc il faut rechercher ce que deviennent les microbes introduits dans I'organisme.
D'une maniere generale on peut dire que les microbes in-jectes dans 1c sang y subissent une diminution de nombrc ties appreciable dans les premiers temps. II se produit une rarefaction considerable dans le torrent circulatoire, rarefaction qui peut aller jusqua la disparition complete. Ce fait est ties aisc ä constater en prenant a des intervalles egaux assez rapprochds une goutte de sang dans laquclle on examine le nombre des microbes. Ce nombre diminue rapidement ä niesurc qu'on observe urje prise dc sang a un moment plus 61oign6 de l'injection. Cette dispa­rition progressive des 6l6ments microbiens peut 6tre complete et definitive; e'est le cas pour les especes non pathogenes et pour les especes pathogenes inject6es dans un organisme r6fractaire. D'autres fois, au contraire, eile n'est que partielle et passagere : e'est le cas pour les microbes pathogenes dans un organisme r6cep-tif. Ainsi Wyssokowitsch ct v. Fodor out montr6 que les bacilles charbonneux ont disparu de la circulation apres quatre heures; Is se sont accumul6s dans les visceres oü ils pullulent et ne ireparaissent dans le torrent circulatoire que de vingt a cinquante-quatre heures apres leur injection, pour s'y ddvelopper et entraincr rapidement la mort.
Mk
ocr page 89
m
69 -
Ciiarrin a observd une scmblable evolution des microbes inocules dans le tissu soiis-cutan6. II a exp^rimente avec le ba-cille du pus bleu inject6 aux lapins vaccines et non vaccin6s. II a constate que, dejä apres deux heures, les microbes libres sont beaucoup moins abondants au point dc I'inoculation chez I'animal r6fractaire que chez le sujet rcceptif. Ils ont presque disjiaru aprcs 24 heures chez le premier, tandis quo chez le second ils ont cnvahi tout rorganisme.
Les organismes rcfractaires sont ainsi doues du pouvoir de se debarrasser des microbes; ils obtiennent ce r6sultat par eli­mination et par destruction.
L'elimination peut s'effectuer suivant plusieurs modes. Tantöt autour des microbes il so produit, au sein des tissus conjonctifs, une accumulation de globules blancs qui determinent un travail eliminatoire. Les globules de pus et les microbes qu'ils entourent finissent par se separer des tissus environnants et a etrc resorbes ou 61imincs du milieu des tissus sains. C'est ce qu'on observe dans la furonculosc. Un scmblable processus se produit dans la vaccine et la variole.
Dans la tuberculose il so passerait un phenomenc analogue, mais rclimination ctant impossible, les tissus dc nouvcllc forma­tion auraient pour unique effet d'isoler les microbes et de les empecber ainsi de se röpandre dans tout I'organismc.
L'elimination des microbes peut 6galement se faire par les glandcs. La virulence du lait dans la tuberculose, de la have salivairc dans la rage, des sficretions lacrymales dans le typhus des beeufs, de la secretion biliaire dans 1c charbon symptoma-tique, dc I'urine dans l'hömaturie essentielle du bonif, etc., demontre suffisamment la presence des microbes virulents dans les produits de secretion et d'excr6tion.
Les reins joucnt un certain role dans lelimination des microbes pathogenes; ils servent aussi a debarrasser I'organisme infecte des divers produits de desassimilation de ccs memes microbes, produits qui excrccnt souvent une action toxique con­siderable. Par ce double mecanisme, les glandes renalcs debar-
ocr page 90
— 7deg; —
rassent l'organisme et lui permettent de r6sister a I'invasion microbienne.
Mais l'organisme envahi agit en outre sur les microbes en-vahisscius en attenuant leur vitalite et par consequent leur -virulence, Un virus fort, inoculö clans un organisme refractaire, subit une attenuation rapide dans les tissus de l'animal. Charrin et GamaleVa ont constate que cettc attenuation est dejä trcs sensible apres quarante minutes. Ainsi l'organisme est capable dans certaines conditions de modifier ä ce point l'activitö pbysiologique des microbes, qu'il pent transformer une espece pathogene en une variete absolument inoffensive, dont il pourra alors se döbarrasser, soit par lelimination, soit par la destruction, soit par ces deux modes en memo temps, sans avoir au prcalable ä subir I'action toxique des produits de desassimilation de ce microbe.
Cctte attenuation apportee ä la vitalite des microbes pent etre pousscc jusqua leur destruction complete. L'organisme dis­pose a cet eflet de deux moyens, dont il pent se servir soit concurremment, soit scparcment, pour se mettre ä l'abri des attaques des microbes.
Le premier dc ces moyens est 1c pouvoir phagocytaire que possedent certains elements tissulaires. La theorie de la phago-cytose a ete introduite dans la science par Metchnikoff. D'aprcs cet auteur, divers Elements cellulaires sont capables d'englober des solides, grains de poussiere, microbes, etc. Les microbes ainsi englob^s sont lues et digeres par ces cellules. Deux especes dc cellules jouissent de cette propriete. Ce sont d'abord les leucocytes ou globules blancs du sang et de la lymphe, cellules migratriees, qui sont dhs micropbages; ce sont ensuite les elements fixes du tissu conjonctif, de la rate, de la moelle osseuse, des amj'gdales, des follicules clos de l'intestm, des plaques de Peyer, des ganglions, certains epitheliums, les cel­lules cpithclialcs des alv6oles pulmonaires, etc. ; on les appelle les macrophages. Les microphages, A raison de leur pouvoir migratour, jouent un role plus considerable que les macrophages, parce qu'ils pcuvent aller a la rencontre des microbes ct les
Ik
ocr page 91
— 7i
empcchcr ainsi de penctrer davantagc au sein des tissus, tandis quo les macrophages, au contraire, sont des cellules fixes qui nc peuvent absorber quo les microbes qui arrivent a leur contact.
Les microbes, qui sont absorbes par les 61ements pbagocy-taires, subissent une degenercsccnce et meurent. Ils prcsentent des alterations morphologiques et se coiorent irr6gulierement par les couleurs d'aniline ou ne prennent plus la coloration. Enfin on observe des vacuoles,. des modifications dans la refringence, et ensuite survient la dissolution complete.
La phagocytose se produit normalcmcnt au niveau do cer­tains epitheliums. En ces endroits il cxistc toujours un grand nombre de microorganismes qui tentent de penctrer ä travers les cellules cpitheliales dans 1c tissu conjonctif. Cette penetration serait effective, si les leucocytes n'intervenaient pas pour arreter ces microbes envahisseurs. Aussi ä letat normal, aucun microbe ne parvient a franchir cette barriere protectrice et ä s'insinueiquot; dans I'organisme. Mais il suffit d'une cause accidentellc pertur-batrice pour suspendre la phagocytose ct permcttrc rintroduction des microbes dans 1c torrent circulatoirc. Comme Pasteur 1'a demontre, le sang normal est depourvu de microorganismes, mais il cst facile dc determiner leur apparition dans le sang en sou-mettant les animaux ä rapplication dc causes pcrturbatrices. Bouchard a obtcnu cc resultat en provoquant la refrigeration chez un grand nombre d'animaux, par I'immobilisation, 1c sejour dans la glaciere, la faradisation cutanee, le vernissage. Au bout de deux heures, chez un certain nombre d'animaux en expe­rience, une gouttc de sang donne des colonies miciobienncs. Charrin et Roger obtinrcnt le meme resultat en placant un cobaye pendant quatre heures dans une roue comparable A celle des cages d'ecureuils ct animce d'un mouvement continu dc rotation. Bicn (iuc l'animal eüt etc absolument passif dans cette experienco, il avail etc simplcmcnt roule, une goutte de sang donna huit colonies microbiennes, Cette experience montre que les impressions morales, la fraycur, sont de nature ä modifier la phagocytose et par consequent letat d'iminunitü des animaux.
ocr page 92
72
Toutes les autres circonstances quo nous avons signalees comme capables de favoriser la receptivite d'animaux naturellcment ou artificiellement rcfractaires, peuvent s'cxpliqucr de mcme par les actions inhibitoircs qu'elles exercent sur la phagoc3'tose.
Les microbes petfvent aussi exercer une action sur la pha-goc3'tose, soit en la favorisant, soit en I'entravant. Cos actions microbiennes seront eludiees dans 1c clmpitre suivant, lorsque sera exposee l'action des microbes sur les milieux vivants.
Quoi qu'il en soit, nous pouvons dire avec Bouchard : (i Qu'on 1c considere dans les conditions normales ou dans les laquo; conditions pathologiques, le phagocj'tisme est l'une des mani-laquo; festations de la nature medicatrice, Tun des modes de l'effort laquo; nature] preservateur et curateur. laquo;
Le second de cos modes consiste dans I'etat microbicide. Avec Bouchard, nous cntendons par etat microbicide non seu lement ce qui detruit les microbes, mais tout ce qui cntrave leur vegetation ct leur multiplication, arrete leur nutrition et annihile leurs fonclions. Entrevue par Groiimann et Fodor, cette propriete a ete principalement etudiee par Flügge, Nuttal, Nissen, Büchner, etc. II resulte des travaux de ces divers autcurs, que les microbes introduits dans le sang, y subissent une degenerescence qui va jusqua la destruction complete. Au bout d'un certain temps de sejour dans le sang on constate quo le nombre des microorganismes va sans cesse en diminuant, et que ceux-ci finissent meine par disparaitre totalement. Buchner a montre que, dans le sang, e'est le serum seul qui est doue de cette propriete microbicide, tandis que les elements figures en sont comple'tement depourvus. Le serum sanguin debarrasse de tous les elements figures du sang est aussi actif que le sang lui-meme, Cette propriete peut sc conserver pendant un temps plus ou moins long ; on a pu encore la constater apres 20 jours dans du sang conserve en un endroit froid. Toutefois on con­state aprcs six a huit jours quelle a perdu de son activite. Mais on peut la detruirc rapidement en chauffant le sang pen­dant une heure a 55quot;, ou en le soumcttant a une congelation
ocr page 93
73
et ä un dögel successif. Mais la congelation suivie du degel du s6mm seul ne prive pas celui-ci de son pouvoir microbieide. Cette Operation pratiquöc sur le sang a pour resultat de detruire les 616ments figures, dont les Clements constitutifs se dissolvent dans le plasma et introduisent une certaine quantite de materiaux nutritifs qui masquent le pouvoir microbieide. Celui-ci et le pou­voir nutritif sont done antagonistes, comma le prouve du reste ce fait qu'il suffit d'ajouter des substances nutritives au serum pour lui faire perdre son pouvoir microbieide.
La substance microbieide est en solution dans le summ et serait de nature albumino'ide. Ogata a montrö quelle est soluble dans l'eau et la glycerine, insoluble dans l'alcool et l'ether; eile n'est pas d6truite par l'addition d'alcool et d'öther. Son action est suspendue par de faibles doses d'aeide plienique et d'aeide chlorhydrique, mais non par les alcalis faibles. Elle est inactive en presence des sues digestifs, possede des proprietes immunisantes et desinfectantes, et conserve pendant longtemps son pouvoir clans la glycerine sans changement appröciable; mais eile ne possede pas le pouvoir de transformer la flbrine en peptone, ni I'empois .d'amidon en sucre.
Ce pouvoir microbieide ne resulte pas d'une transformation cadaveriquc du sang; Büchner a constate que le sang intra-vasculaire en est egalement done. Cette proprietc n'est pas g6n6rale : ainsi si les sangs de lapin et de chien sont micro-bieides, ceux de cheval et de boeuf ne le sont absolument pas.
Mais si ce pouvoir varie ainsi d'une cspece animale ä l'autrc, il peut aussi varier d'un individu ä un autre individu dc la meme espece; on explique ainsi certaines predispositions speciales. Ce pouvoir differe Egalement dans son intensite vis-ä-vis des divers microbes. D'apres BÜCHNER, le microbe le plus resistant a faction microbieide est le bacille du pus bleu; le bacille typhique, le vibrion cbolerique et le bacille commun de l'intcstin sont fort sensibles; enfin le bacille charbonneux et le bacille du rouget du pore occupent une position intermediaire entrc ces deux extremes,
ocr page 94
— 74 —
Co pouvoir peut ctre attenuc par I'action do certains mi­crobes inoffensifs. Nissen a montre qu'en injcctanl de fortes doses dc Micrococcus aquaiilis, le sang pcrd vine grandc partic de son pouvoir microbicidc, Mais les produits d'unc culture filtree ne modifient en ricn Faction du sang. Cctte attenuation nc rcsulte done pas de l'injcction des produits solubles secretes par les microbes, mais bien plutöt de la presence de ccs microbes eux-memes.
La qualite du sang scmble aussi influencer 1c pouvoir mi­crobicidc. FoDOR a constate que le sang arteriel cst plus actif quo le sang veincux. Son action augmentc avec la temperature jusqua 38quot;—40deg;, oü cllc prescntc un optimum, Au-dclä de cctte temperature, ellc diniinue rapidement pour disparaitre comple-tcment vers 5o0 a 55deg;. Kile cst independantc des gaz contenus dans le sang, mais diminne dans une atmosphere d'oxj'gcne ou d'acidc carbonique ; ellc manque completement au sang des lapins empoisonnes par l'oxydc de carbone. Elle augmente notablement avec l'alcalinisation du sang. C'est mome ä l'alca-linite du sang des rats blancs quo Behring attribue la resis­tance de ces animaux au charbon. Quoi qu'il en soit, I'injection do carbonate ou de phosphate do sodium augmente le pouvoir microbicidc.
Les microbes semes dans du serum microbicidc s'y dcvelop-pent peniblement et affectent des modifications morphologiques : leurs contours sent irrcguliers, leurs extremites sont tantot renflecs en massuc, tantöt effilees; ils offrcnt ainsi des formes involutivcs qui degeuerent rapidement et mcurent.
Le sang n'est pas la seule humeur qui soit dou6s du pou­voir germicide. Stern a montre que les exsudats ct les transsudats jouissent de la meme propriete ct avec la memc intensite. D'apresnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;\raquo;I
Lehmann, l'urine aurait une semblablc action sur les cultures de charbon et de cholera, line action plus faible sur les cultures du bacille typhique. Certains liquides pathologiques seraient ega-lemcnt microbicides, tcls (pic le pus, la serosite charbonneuse, etc. (Lubarsch).
ocr page 95
75
On s'est naturcllenient demande si cct ctat microbicidc etait en rapport direct avec rimmunite naturelle, dont certains animaux sont doues ä l'egard dc divers microbes pathogönes. Metchnikoff et Hesse ont constate que 1c sang des animaux naturellement r6fractaires pouvait constituer un excellent milieu de culture. D'autre part, Lubarscii, Ciiarrin et Roger ont mo'^trc que 1c sang d'animaux receptifs pouvait ctre microbicidc. Ces consta-tations prouvent suffisammcnt que rimmunite naturelle nc depend pas de V6tat microbicide et que la receptivite ne r6sultc pas de Tabsence de cet etat, qui ne pent acquerir de l'importance que pour l'immunitö acquisc.
L'immunite acquise par la vaccination determine dans le sang un 6tat nouveau plus ou moins durable, 6tat nuisible aux microbes qui sont atteints dans leur vitalitc et par consequent dans leur virulence. Metchnikoff a mis ce fait en pleine lumicre par les experiences qu'il a instituces avec le bacille char-bonneux stir les moutons refraetaircs ct non refractaires, II a constate que ce microbe sem6 dans le sang d'un animal vaccine se developpait parfailcment, mais s'attenuait au point do n'excrccr aucune action noeive sur des animaux non refractaires; tandis que ce meme microbe eultive dans du sang d'animaux non r6fractaires ou d'animaux naturellement refractaires conservait toutes ses proprietes virulentes.
Charrin et Roger ont obtenu des r6sultats scmblables en cultivant le bacille pyocyanique dans le scrum sanguin dc lapins neufs et de lapins vaccines. Tandis que le serum des lapins neufs constituait un milieu favorable au dcvcloppement de cc bacille, le serum des lapins vaccines est microbicide pour cc meme microorganisme, II s'y döveloppe, mais lentement et mediocre-ment, n'y secrete pas de pyocyanine et ne parvient a rerouvrer toute son activite physiologique qu'apres plusieurs generations obtenues dans un milieu favorable.
On voit done que rimmunite acquise a pour effct de modifier le sang de teile I'acon que celui-ci oxerce sur les microorganismes une action attenuatrice. L'inoculation d'un mi-
ocr page 96
- 76 -
crobc virulent chcz un animal vaccine est ainsi scmblable ä l'injection de ce ineme microbe attenue cbez un animal röceptif; seulcmcnt dans le premier cas l'attenuation se produit apres I'inoculation, dans les tissus meines de l'animal, tandis que dans le second cas eile est faitc artificiellcmcnt avant I'inoculation,
L'attenuation subie par le microbe clans le sang d'un animal vaccine se produit egalcment quand il est injecte ä un , animal vacclnfi vivant. C'est ce que Emmerich et Di Mattei avaient d6ja observe pour le bacille du rouget, et que Charrin et Gamai.eia ont confirme pour le bacille pyocyaniquc. Cette atte­nuation se fait tres rapidement. Cette meme attenuation se fait spontanement dans le corps de l'animal malade, quand ['affection guerit (Charrin).
Les tissus des animaux vaccines jouissent, aussi bien que les humeurs, du pouvoir microbicide. Roger 1'a prouvc par une experience ingenieuse, II detacbe les deux membres posterieurs de deux cobayes, I'un vaccine contrc le microbe du charbon symptomatiquc, I'autre r6ceptif pour ce meme microorganisme. Dans Tun des membres de cbaque animal il injecte une cul­ture virulente et dispose les quatre membresquot; ä letuvc. Apres 15 heures, le membre inocule du lapin sain presente de l'emphy-seme et du crepitement ä la pression; tandis qu'aucunc production de gaz n'est appreciable dans les trois auties membres. Pour eviter quo ce resultat nc soit du ä la presence du sang, Roger rcnouvclle cette meme experience apres avoir fait passer ä travcrs les membres un courant d'eau salee physiologique, afin d'en chasser tout 1c sang. Le resultat de cette nouvelle experience a etc identique ä celui de la premiere.
II est ainsi demontre quo la vaccination determine letat microbicide : cette demonstration a deja 6t6 faite pour le bacille du charbon (Gamalei'a, Nuttal), pour 1c bacille pyocyanique (Charrin et Roger), pour le bacille du charbon symptomatiquc (Charrin ct Roger), pour 1c vibrion chol6rique (Z^esslein), pour le vibrion de MetchnikoI'T (Beiiking et Nissen).
ocr page 97
TP
— 77 —
Les recherches de Buchner, Ogata, Tizzoni et Cattani, Hankin ont niontre que la substance a laquelle les humours doivcnt lo pouvoir microbicide cst de nature albuminoi'dc et doit ctre lapprochöe des globulines diastasiques. La globulinc protectiice du rat possede une reaction alcaline, tandis que cclles du chien, du chat, du lapin, du cobaye ne possedent pas une semblable reaction. Suivant que ces substances existent naturel-lement dans le corps dc Fanimal, ou qu'elles n'apparaisscnt qu'apres vaccination, Hankin propose de les designer sous les noms de (( Sozine raquo; et de laquo; Phylaxine. raquo;
D'apres cet autour, ces globulines protectrices pourraient agir de deux facons differentes; les unes s'attaqueraient aux microbes eux-meines, pour les att^nuer dans leur vitalitc et les detruire meme completement : ce sont les microbicides proprement dites. Les autres n'auraient aueune action sur les microbes; ellcs anniliile-raient le pouvoir toxique de leurs secretions : cc sont plutöt des toxicides. D'apres cela, Hankin propose de subdiviser les sozines et les phylaxines en deux groupes d'apres leurs proprietes physiologfques. II distingue des m3'COsozincs qui sont microbicides et des toxosozincs qui sont toxicides; de memo 11 distingue des mycophylaxines et des toxophylaxines. Coimne mycosozlnes, il Importe de signaler les sozines du sang de rat, de einen, dc chat, de lapin, de cobaye, de grenouille, etc. ; cominc toxosozincs, la sozine contenue dans le sörum du lapin, capable d'annihiler l'action de la toxine du vibrion de Metchnikoff (Gamaleia). Une mycophylaxine a 6t6 signalee chez les lapins vaccin6s centre le rouget du pore (Emmerich et Mastbaum) ; une toxophylaxine est l'antitoxine tetanique de Tizzoni et Cattani.
Nous avons vu que le sang d'un animal r6ceptif pouvait 6tre bactericide. Ce fait semble indiquer que la globulinc pro-tectrice n'existerait pas dans le corps de l'aniinal vivant ct no se formerait que dans le sang extravase. Cost cc qui semble resultcr des observations de Hankin sur la sozine du rat. Les jeunes de ces animaux sont receptifs pour le charbon, mais le sang de ces jeunes rats pent devenir microbicide apres la mort et
ocr page 98
- 78 -
servir ainsi ä vacciner d'autrcs jcuncs rats. II resultc done de cette observation que cette sozine du rat n'existe pas ä l'etat libre dans 1c scrum sanguin pendant 1c jeune äge et qu'ello n'apparait qu'ä läge adulte ou apres la mort du jeune animal. Comment apparait-elle? On peut ä ce sujet faire deux hypo­theses : ou bien la sozine provient de certaines ecllules qui la mettent en liberte dans certaines conditions dans le serum; ou bien eile provient du plasma lui-meme, probablement aux depens d'une substance-mere qui y est en solution et qui so transformc en sozine ä la suite d'une certaine impulsion, comme pour la formation de la fibrinc lors de la coagulation du sang. On voit ainsi que les oiganismes disposent de deux moyens pour se mettre -a l'abri des attaques des microbes pathogenes : Tun qui est generalement repandu, le phagocytisme; l'autre, qui est plus individualise, l'etat microbieide. Celui-ci peut etre con-fere artificielleinent par la vaccination preventive. Cos deux modes peuvent concourir pour excrcer simultanement ou successivement leurs actions protectriccs. On doit en effet se demander si la phagocytose ne s'exercc pas plutöt apres l'action microbieide, et ne s'opere quo sur des microbes deja morts ou du moins considcrablement attenues dans leur vitalite. II est encore un grand nombre d'autcurs qui eontestent aux phagocytes le pouvoir d'englober des bacilles vivants doues dc toute leur activite viru­lente. Lc fait que le pouvoir phagoeytaire s'exerce sur les microbes attenues, ct non sur ecs memes microbes virulents, semble appuyer cette opinion. Quoi qu'il en soit, ces deux actions peuvent 6tre favorisees ou entrav6es suivant les circonstances. Ces circon-stances favorisantes ou empechantes sont tantol inherentcs ä l'organisme lui-meme, comme nous I'avons expose dans ce ehapitre; tantot elles sont extrinseques ct peuvent etre sous la dependance des microbes pathogenes eux-memes. Ainsi les microbes peuvent, comme nous le verrons dans le ehapitre suivant, fournir ä l'or­ganisme envahi des moyens de defense qu'il ne possedait pas par lui-meme et le mettre dans des conditions plus favorables
ocr page 99
^
— 79 —
pour rösister ä l'envahisseur. Certains microbes apportcnt ainsi, ä cote du mal qu'ils provoquent, 1c rcmedc pour le combattrc. C'est a letude do cos actions favorablcs que I'avcnir dovra la solution dc la plupart dos succes dans la therapeutiquc des maladies infectiouscs. La nature a mis ä la disposition de l'or-ganisme trap dc moyens dc defense, pour quo Ton ne puissc, en les mettant en ceuvre avec intelligence, triomplier des microor-ganismes pathogenes.
Litterature. — Meade Boi.ton, Ueber das Verhalten verschiedener Dae-terienarten im Trinkwasser; Zeitschr. f. Hygiene, I, 1886. — Woi.ffhuegel et Riedel, Die Versuchung der Dacterten im Trinkwasser; Arbeiten a. d. kais. Ges.-Amte, I, 1886, — Raulin, Kindes chimiques sur la vegetation. Jiec/tcrcliei sur le dcvclnppement d'une muccdim'e dans im milieu artificiel; Ann. des Sc. nat., 1870. — Jalan de la Croix, Das Verhalten der liacterien des Fleischwassers gegen einige Antiscplica; Arch. f. exper. Path.. ySSi. — Richet, De faction toxique snivant la iemperaturc; Comptes-rendus Soc. Biol., i885. — Arloing, Comptes rendus Soc. Bio!., i885. — Arloing et Chauvkau, Septicemie gangreneuse, i883. — Truchot, Thise doctorat, Lyon, i883. — Saint-Hilaire, Thise doctorat, Paris, 188laquo;, et Influence de la temperature sur la rapidile de faction des antiseptiques; Comptes rendus Soc, Biol., n1' 3l, 1891. — Kossiakoff, De la ipropriete que possedent les microbes de s'aecommoder au.v milieux antiseptiques; Ann. Inst. Pasteur, I, 10, 1887. — Ciiarrin et Guignard, Sur les variations morpliologiques des microbes; Comptes rendus, 1887; Sur le polymarphismc des microbes; Journal de mamp;Jecine, 1888. — Ciiarrin, La maladie pyocyanique\ Paris, 1889. — Wasserzug, Variations durables de la forme et dc la fonetion chef les Bac-teries ; Ann. Inst. Pasteur, II, 2, 1888. — Chamberland et Roux, Sur l'attenuation de la virulence de la baetcridie charbonneuse sous l'influencc des substances antiseptiques; Comptes rendus, t. 96, nquot;s i5 et 20, i883. — Toussaint, De rimmunite pour le charbon; Comptes rendus, t. 91, 2, 1880. — Am Cohen, #9632;Die Chemotaxis als llülfsnütlel der bacteriolagischen Forschung; Centrabl. f. Bacter,, VIII, 1880. — Massart, Recherchcs sur les organismes iuferieurs; Bullet. Acad. Sc. Belgique, 8, 1891. — Duclaux, Chimic biologique, Paris. — Pasteur, De l'attenuation du virus du cholera des poulcs; Comptes rendus, t. 90, 1890. — P. Bert, Oxygene comprimc; Comptes rendus, t. 80 et 84. — Certes, De laction des hautes pressions sur les phcnoniencs de putrefaction; Comptes rendus, t. 99. — Chauveau, De l'atteuuatioii des cultures virulentes par l'oxygcne comprimc; Comptes rendus, t, 98, 1884 et t. 100. i885. — Pasteur, Attenuation du virus charbonneux; Comptes rendus, t. 92, 1881. —
ocr page 100
— 8o —
Engelmann, Recherches sur les relations quantitatives entre Vabsorption de la liniiicrc et Vassimilation; Technique el critique de la metliode des bacteries ; Arch, neerland., XIX, 1H84 et XXI, 1886. - Van Tiegiiem, Sur les bade-riacees vivant ä la temperature de jqquot; ccntigrades; Bullet. Soc. bot., t. XXVIII, 1881. — MiQUEi-, Monographie d'un bacille vivant audclä de 700 centigrades; Ann. de micrographie, I, 1888. — Globig, Ueber Dactericn-Wachsthum bis 500—70deg;; Zeitschr. f. Hygiene, III, 1888. — Fraenkel, Ueber den Dacterien-gclialt des Eises; Zeitschr. f. Hygiene, I, 2. — Phddden, New-York med. Record, 1887. — Forster, Ueber einige Eigenschaften leuchtender Bacterien; Centralbl. f. Bacter. u. Parasit., II, 1887. — Fischer, 'Bacterien-Wachsthum bei 0deg;C, etC.\ Centralbl. f. Bacter. u. Paras., IV, 1888. — Von Frisch, Ueber den Einfluss niederer Temperaturen auf die Lebensfähigkeit der 'Bacterien; Sitzungsber. d. Wiener Akacl. d. Wiss., 1887. — Pictet et Yung, De iaction du froid sur les microbes; Comptes rendus, 1884, t. 98. — Roux, De Iaction de la chaleur et de fair sur les spores de la bacteridie du charbon; Ann. Inst. Pasteur, I, 1887. — Arloing, Cornevin et Thomas, Comptes rendus, t. 94, 1882. — MißUEL, Les organismes vivants de l'atmos-phere; Paris, 1882. — Richet, De quelques conditioni de la fermentation lactique; Comptes rendus, t. 88, 1879. — Fitz, Ueber Spaltpil^gährungen ; Ber. d. deut. ehem. Ges., IX—XV. — Schloesing et Müntz, Comptes rendus, t. ög, 1870. — Toussaint, De rimmunite pour le charbon; Comptes rendus, t. Ql, 1880. — Chauveau, De I'attenuation des cultures virulentes par la chaleur; Comptes rendus, t. 94, 1882 et t. gG, i883. — Engelmann, Bacterium photometiicinn; Unters, a. d. physiol. Labor., Utrecht, 18S2. — Warrington, Journ. Chemie. Soc. London, XXXIII. — Downes et Blunt, Proceedings of the royal Society, 1886. — Duglaux, Action de la lumiere sur les microbes ; Comptes rendus, t 100-101, i885, et Ann. Instit. Pasteur, I, 1887. — Arloing, Influence de la lumiere blanche et de ses rayons constitnants sur les pro-prietes du Bacillus anthracis; Arch, de physiol., 1886. — Pansini, Action de la lumiere solaire sur les microorganismes; Rivista d'higiene, 1880, et Ann. de micrographie, 1890. — Cohn et Mendelsohn, Ueber Eimvirkung des elcctrischen Stromes auf die Vermehrung der Bacterien; Beitr. z. Bid. d. Pflanzen, III, l883, — Apostoli et Laquekriere, De faction polaire posi­tive du courant galvaniquc constant sur les microbes et en particulier sur la bacteridie cltarbonneuse; Comptes rendus, t. 110, 1890. — Pbochownick, et Spaeth, Deutsche med. Wochenschr., 1890. — Dubois, Influence du magne-tisme sur I'orientation des colonies microbiennes; Comptes rendus Soc. de Biol., jHSC. — Roger, Inoculation du charbon symptomatiqne au lapin; Comptes rendus Soc. Biol., 18S9. — Monti, Influenza di prodotti tossici del saprofiti nella restittifione delta virulen^a i microparassiti attenuati; Rendiconto d. R. Ace. d. Lincei, V, 7, 1889. — Vaillard et Vincent, Contribution A l'etude du
ocr page 101
#9632;^1
8i
tetanos; Ann. Instit. Pasteur, 1891. — Nocard et Roux, Sur la recupera­tion ct Vaugmoitation de la virulence de la bacterie du charbon symptotna-tique; Ann. Inst. I'asteur, 1887. — Emmerich, Arch. f. Hygiene, T. VI,
—nbsp; nbsp;Bouchard, Compies rendus Ac. Sc, 1888, et Action des produits secretes par les microbes pathogenes, Paris, 1890. — Buchner, Ueber Hemmung der Mil^brandinfckiion und über das aseptische Fieber; Berl. klin. Wochenschr., 1890.
—nbsp; Bi.agovestchknsky, Sur Vantagonismc entre les baciiles du charbon et ceux du pus bleu; Ann. Inst. Pasteur, IV, 1890. — Leo, Beitrag j-w fmmunitäts-lehre; Zeitschr. f. Hygiene, VII, i88(), — Platania, Dell' influenza del sistema nervoso sulle infepone; Giern, inteniaz. d. Sc. med., 1889, — Wagnkr, Le charbon des poules; Ann. Inst. Pasteur, 1890. — Charrin, Influence des modifications generates ct locales du terrain sur le dcveloppement de l'infection; Comptes rendus Soc. Biol., 1889. — Charrin et Roger, Influence de la fatigue sur revolution des maladies microbiennes; Comptes rendus Soc. Biol., 1890. — Canalik et Morpugo, Influence du jeiine sur la disposition aux maladies infectieuses; resume dans Ann. Inst. Pasteur, 1890. — Serafini, Sulla causa delle febre nelle pulmonite fibrinosa generata dal microorganisme
di Friedlägt;ider; Riv. intern, d. Sc. med., 1889. — Charrin et Ruffer, Influence du Systeme nerveux sur l'infection; Comptes rendus Soc. Biol, 1889.
—nbsp; nbsp;Roger, Influence des paralysies vaso-molriccs sur revolution de l'erysipele experimental; Comptes rendus Soc. Biol., 1890. — Herman, quot;De l'influence de quelques variations du terrain organique sur faction des microbes patho-genes ; Ann. Inst. Pasteur, 1891. — Chaüveau, Nouvclles experiences sur la resistance des moutons algeriens au sang de rate; Comptes rendus, t. 90-91.
—nbsp; nbsp;Wissokowitsch, Ueber die Schicksale der in 's Blut injicirten Mikroor­ganismen im Korper der Warmblüter; Zeitschr. f. Hygiene, I, i88(j. — v. Fodor, Neue Versuche mit Injection von Bacterien in die Venen; Deuts, med. Wochensciir., 1886. — Charrin, Evolution des microbes chef les ani-maux vaccines; Comptes rendus Soc Biol,, 1889, — Mf.tchnikoff, Ueber die Beziehung der Phagocyten ^u Mil^brandbaeitlen; Virchows Archiv, 1884, et Theorie des phagocytes; Ann. Inst. Pasteur, I, 1887. — Bouchard, Pro-eddes par lesquels l'organisme animal influence les microbes; Verhandl. d. X. intern, med. Congresses, Berlin, I, 1890, — Nuttal, Experimente über die bactericnfeindlichcn Einflüsse des thierischen Korpers; Zeitschr. f. Hygiene, IV, 1888. — Nissen, Zur Kenntniss der Bacterien vernichtenden Eigenschaft des Blutes; Zeitsch. f. Hygiene, VI, 18H9. — Büchner, Ueber Bacterientod-tende Wirkung der ^ellenfreien Blutserum; Centralbl. f. Bakter., VI, 1889.
—nbsp; nbsp;Ogata, Ueber die Baclerienfeindliche Substan^ des Blutes; Centralbl. f. Bakter., IX, 1891. — Stern, Ueber die Wirkung des menschlichen Blutes und anderer Korperflüssigkeiten auf pathogene Mikroorganismen; Zeitschr, f. klin. Med., XVIII, — Ltjbarsch, Abschv-nchung Mil^brandbacilten im
ocr page 102
— 82 —
Froschkoiyer; Fortschr. d. Med., VI, 1888. — Metchnikoff, Stir lattentia-tion des bacteridics c/iarbonncimcs dans le sang des moutoiis rc/ractaires ; Ann. Inst Pasteur, 1887. — Lehmann, Uebcr die piljlödfciule Wirkung des frischen Harns des gesunden Menschen, 1890. — Tizzoni et Cattani, lieber die Eigenschaften des Tetanus-Antitoxins; Centralbl. f. Bakter., IX, 1891. — Hankin, On a bacteria-killing globulin; Proceedings of the royal See. London, vol. ^8, 1890; Uebcr den schützenden Eiweisskorpcr der Ratte; Centralbl. f. Bakter., IX, 18911 et Ueber die Nomenclatur der schützenden Eiweisskorpcr; Centralbl. f. Bakter., X, 1891. — Gamaleia, Semaine medicale, 1890. — Emmerich et Mastdaum, Die Ursache der Immunität, die Heilung von Infektionskrankheiten, speziell des Rotlilaufes der Schweine und ein neues Schutzimpfiingsverfahrcn gegen diese Krankheit; Arch. f. Hygiene, 1891.
CIIAPITRlä IV.
Action des Microbes sur les milieux.
Les microbes, en se developpant dans les milieux, y deter-minent des modifications qui sont le resultat. des echanges nutritifs qui s'y produisent. Les micioorganismes ompruntent aux milieux les elements necessaires a lour vegetation et y deversent leurs produits de desassimilation. 11s exercent done dans les milieux des modifications de deux ordies differents, en appauvrissant d'une part ces milieux de certaines substances utilisables et en les enrichissant d'autre part de substances nouvelles qui constituent les deehets de l'assimilation des premieres. Ces modifications sont done avant tout d'ordre chimique ; mais elles entrainent naturel-lement avec elles des modifications physiques.
Comme dans le chapitre precedent nous aurons ä distinguer deux especes de milieux : les milieux inertes et les milieux vivants.
sect; 1. Milieux inertes.
Nous avons vu dans le chapitre consacre ä la physiologic des microbes les formes sous lesquelles les microorganismes peuvent absorber les differents elements chimiques qui sont necessaires ä leur nutrition. Ces elements se rencontrent exceptionnellement dans la nature sous la forme directement assimilable; ils existent
ocr page 103
83 —
presque toujours ä l'etat de combinaisons plus ou moins com­plexes, au sein desquelles les microbes doivent les retirer pour pouvoir les utiliser. Les microbes doivent done pouvoir agir sur ces combinaisons complexes pour pouvoir les dissocier, les de­composer en groupements plus simples.
Les substances, que les microbes rencontrent principalement dans les milieux naturels, sont les albuminoides, les hydrates de carbone et les sels mineraux, Cos corps, pour ctre utilises dans I'elaboration, doivent satisfaire a cette condition d'etre solubles dans l'eau et diffusibles dans la cellule. Un certain nombre d'hydrates de carbone sont insolublcs dans l'eau; les albuminoides sont de nature colloi'dale. Par consequent les microbes doivent agir prealablement sur ces composes pour les rendre solubles ' et diffusibles. Ils parviennent ä cc rcsultat en secretant des zymases ou ferments solubles capables de produire ces transformations.
Les zymases sont multiples et president chacune d'elles ä une transformation chimique nettement determinee. L'amylase transforme I'amidon en produits solubles : dextrine et maltose; la sucrase, ferment inversif on invertine, dedouble les saccharoses en glycoses : dextrose ct levulose; la presurc coagule la caseine; la pepsine et la casease transforment les albuminoides et la caseine en produits dialysablcs : peptones.
L'existence de ces zymases chez les microbes a etc demontree parfaitement par Fermi qui a reussi amp; les isoler et qui en a fait une etude complete. Cet auteur a constate d'abord l'existence d'un ferment peptonifiant chez de nombreux microorganismes, parmi lesquels il importe de citer le bacillc du charbon, le bacille pyocyanique, le Micrococcus prodigiosus, le vibrion du cholera, les spirilles du fromage, etc.
Ce ferment devient inactif, quand on le soumet a une tem­perature qui varie de 55deg; k 700 suivant les especes microbiennes dont il derive; mais a l'etat sec, il supporte sans s'alterer une temperature de 120deg; ä i4onC. Differentes substances cbimiques peuvent attenuer l'activite de cette zymase : 5 0/00 d'acide chlor-hydrique, 1 0,00 de sublime, 5 0,00 d'acide phenique, d'acide
ocr page 104
- 84 -
salicj'lique, etc. Cc ferment agit moins facilcment sur la fibrine que sur la gelatine; il attaque difficilcmcnt l'albumine de l'ceuf, le serum du sang et les membranes diphtheritiques.
A cöte dc ce ferment peptonifiant, Fermi a signale la pre­sence d'un ferment diastasiquc proprcment dit. II Fa constate chez le bacille du charbon, les spirillcs du fromage, le bacille pyogene foetidc, le bacille dc la pneumonic, le bacille de la morve, etc. Mais le Staphylococcus pyogenes citreus, le Micrococcus prodigiosus, le Bacillus Pyocyanens en sent depourvus.
Ce ferment est actif entre 40 et 5oquot; C. et presente un op­timum ;i 37deg; C. Une temperature de 700 le detruit. Son action n'est pas entravee par ['addition de 3 00 d'acide pbenique, 10 o'o de soude caustique ct d'une solution saturee d'acide salicylique; eile est afiaiblie par la presence de 5 000 d'acide chlorhydrique. Ce ferment n'a aucune action sur la gomme arabique, Femulsine, l'amygdaline et la salicine,
De l'ensemblc de ces observations, Fermi a conclu que le ferment peptonifiant et le ferment diastasiquc sont deux ferments differents. Celui-ci est plus repandu que cclui-lä. La secretion dc ces ferments constiluc une fonction des microbes, fonction qui s'exerce naturellement, automatiquement sans devoir 6tre deter-minee par une excitation specialc. Ces ferments pcuvent etre indifferemment secretes et leur secretion n'est pas necessairement en rapport avee la nature du milieu de culture. Une seule et mtoie espece microbienne pcut secreter ces deux ferments, qui n'ont rien de commun avec les toxines ou toxalbumoses et qui n'exercent aucune action nuisible sur I'organisme. Mais ces deux ferments different suivant les especcs qui leur ont donn6 naissance, II n'existe pas de microbes possedant un ferment liquefiant la fibrine en presence des acides, comme la pepsine. On concevra aisement ce fait en se rappelant que la plupart des microbes ne se developpent bien que dans des milieux neutres ou legercment alcalins.
Les microbes sont des facteurs importants de fermentation. Les pbenomenes fermenlatifs qu'ils detcrminent sont variables et
ocr page 105
85 —
correspondent a des actions chimiqucs diverses. On pout diviser les fermentations en fermentations avec hydratation (fermentation ammoniacale, peptonisation des albuminoVdes); fermentations avec dedoublement : cc dedoublemcnt s'accompagne d'une hydratation (decomposition des albuminoVdes, decomposition des amides, fer­mentation cellulosique, saccharification de 1'amidon, decomposition des glucosidcs, saponification des graisses, etc.), ou se produit sans hydratation (fermentation alcoolique du sucre); fermentations avec reduction (fermentation butyrique, reduction des nitrates, des Sulfates, etc.); et fermentations par Oxydation (fermentation acetique). La plupart de ces fermentations sont determinees par des microbes. Aussi convient-il de los passer rapidement en revue pour se faire une idee des modifications que ces microorganismes peuvent apporter dans les milieux dans lesquels ils vegetent.
Fermentation ammoniacale — Cette fermentation constitue
le type des fermentations par simple hydratation, Le processus
cliimique qu'elle determine est represente par I'equation suivante :
^ z NIL H,0nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; s NLL
CO lt;^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;s -f 4 = CO, lt;fnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;*
\ Nil, ^ H,0nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;raquo; ^ NH4
urecnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; carbonate d'ammonium.
Un grand nombre de microbes effeetuent cette hydratation, Une des especcs le plus anciennement connues etait le Micro-coccus urea (Coiin). Tout recemment M. Miquei. a repris cette etude et constate qu'un grand nombre de microorganism! s peuvent produire cette fermentation. II les a rapportes aux genres micro-coques, bacilles et sarcines et les a designes sous les denomi­nations generiqucs de Uroinkrococcns, Urohacillns et Urosarciua. Lc pouvoir hydratant de ces diverses cspeces est fort variable. UUrobacillits Pastcttrii transforme 3 gr. d'uree par licuro. En 48 heures il a pu dans un cas hydrater 100 gr. d'uree. UUro-bncillus Duclauxii est moins energiquc : il n'hydrate que i,5-i,6 gr. par heure et VUrobacillus Frcndcnrcichii o,3 gr. par heure. D'autrcs especes ont un pouvoir d'hydratalion plus faible encore.
M. Miquel a constate que I'uree n'est pas utilisee par les microbes comme source d'azote; ceux-ci utilisent de preference, la
ocr page 106
— 86 —
peptone ou d'autres composes azotes analogues. L'auteur est ainsi d'avis qua les organismes nc transforment pas eux-memes l'uree, mais plutöt excretcnt vm ferment qui cffcctue cctte trans­formation. Ce ferment est l'iuase. Cette urase agit le plus vivement vers 5o-550, s'altcre cependant a 5o0 apres 3 ou 4 heures, ä 75deg; aprcs quelques minutes, ä 800 en quelques secondes; mais eile se conserve parfaitemcnt ä o0 dans le bouillon pendant plusieurs semaines. M. Miquel a isole cc ferment, et a obtcnu avec VUrobacitlus Duclauxii cultive sur 20 gr. de peptone une quantite de ferment capable de transformer 5 kilogr. d'uree.
L'urine subit spontanement la fermentation ammoniacale quand eile est conseiv6e au contact de 1'air; la reaction du milieu ne tarde pas ä changer : primitivement acide, eile devient inscnsiblement alcaline. Les ferments ammoniacaux existent dans 1'air. La temperature la plus favorable est de 370; la fermentation s'arrete lorsque le milieu contient i3 pour 100 de carbonate ammonique.
Les ferments ammoniacaux peuvent faire fermenter, outre
l'uree, l'acide hippurique qui existe surtout dans l'urine des
herbivores. Cet acide est decompose avec hydratation en acide
benzoi'que et glycocolle d'apres la formule suivante :
C9H9N03 H,0 = C7H6Os C^^O,
ac. hippuriquenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;ac. benzoique glycocolle.
L'acide urique peut egalement subir l'hydratation et etre transforme, en presence de l'air, en carbonate d'ammoniaque avec degagement abondant d'acide carbonique, comme le montre I'equation suivante : CBH4N405 SHjO-l-aO —4(NH HCO,) 4- CO, (F. et L. Sestini).
Dans certains cas pathologiques, les urines sont ammoniacales. Cette reaction est toujours subordonnee ä l'introduction, de l'exte-rieur dans la vessie, d'un microorganisme capable de determiner la fermentation ammoniacale. Cctte infection sc produit surtout ä la suite de sondages opcrcs avec des instruments malpropres. Mais pour que 1'infcction sc produise, il faut en outre une lesion primitive de l'appareil urinaire. Feltz et Ritter ont constate
ocr page 107
- Sy -
en effet que la penetration de ferments ammoniacaux clans la vessie saine n'y developpait aucune alteration, les microbes etant incapables de s'y developper. Morklle est arrive aux memes resultats dans ses recherches bacteriologiques sur les cystites.
Peptonisation des albuminoides — La transformation des albuminoides en peptones est un phenomene d'hydratation, qui se produit dans 1c tube digestif des animaux sous laction des ferments pepsinique et trypsinique. Fermi a montre que les microbes secretent dc semblablcs zymases et peuvent ainsi ega-lement effeetuer la peptonisation des substances albuminoides. Ce qui prouve qu'il en est ainsi en realite, e'est qu'au debut dc la putrefaction des substances albuminoides, on constate tou-jours la presence de peptones. Or les phenomenes de la putre­faction sont determines par les microbes. D'autre part, nous avons vu que les microbes, pour assimiler les substances pro-teiques non diffusibles, sont obliges de les transformer preala-blement en composes diffusibles, e'est-d-dke en peptones ; par consequent on doit admettre que ce pouvoir est inherent ä toutes les especes qui vivent aux depens des substances proteiques repandues dans la nature.
Cette peptonisation ne sc fait pas en une etapc. Entre le point de depart, les albuminoides, et le resultat, les peptones, il y a plusicurs degres d'hydratation, qui sont representes par des substances diverses, auxquelles on a dqnne le nom cl'albu-moscs (protalbumoses, iieteroalbumoses, deutcroalbumoscs). Nous verrons que les microbes donncnt naissancc a dc semblablcs composes, qui ont acquis une importance considerable dans ccs derniers temps.
Decomposition des albuminoides. — La decomposition, ou mieux la fermentation putride des matteres albuminoVdcs, se trouve sous la dependance des microbes. Elle constitue un phe­nomene complcxe auquel prennent part un grand nombre d'especes microbiennes, et dont on nc connait qu'imparfaitcmcnt les diverses etapes. Elle est determinee par des especes microbiennes aerobies
ocr page 108
— 88 —
et anaerobies, et eile comportc des phenomencs d'hydratation, de dedoublement et d'ox3,dation. Les especcs aerobies sont celles qui appaiaissent les premieres; elles cmpruntent tout l'oxygene libre du milieu et preparent ainsi celui-ci au developpement des , especes anaerobies qui interviennent alors.
Les premieres modifications chimiques qui se produisent consistent dans la peptonisation des substances proteiques, phe­nomencs quo nous venons d'exposer. Les peptones ainsi formees subissent un dedoublement en composes plus simples, qui peuvent ttie ranges en quatre groupes : i0 des corps de la serie grasse (leucines, acides aspartique et glutamique); 2deg; des bases (lysine et lysatinine); 3deg; des substances aromatiques (tyrosine, phenyl-alanine); 40 des produits mincraux (ammoniaque, acide sulf-hydrique).
Ces quatre groupes de produits subissent ensuite des phe-nomenes d'oxydation avec decomposition en acide carbonique, ammoniaque et acides gras inferieurs. Les composes aromatiques s'unissent avec I'acide sulfurique qui provient de l'oxydation de H2S et donnent des ethers sulfuriques composes. La pkqiart de ces transformations chimiques ont ete cxposees a I'occasion de la desassimilation des microbes. En effet la putrefaction cst un phenomene vital ct les proccssus chimiques qui I'accompagnent sont identiques a ceux qui accompagnent la desassimilation des microbes.
La decomposition des matieres albuminoi'des sc produit ega-lement dans le tube digestif des animaux. Elle y est dcterminee non sculement par les sues digestifs de ces animaux, mais aussi en partie par les microbes qui pcuplent en grancle quantite le tractus intestinal dans toute sa longueur. Ils constituent ainsi des factcurs de la plupart des fermentations qui s'y passent.
Les germes dc la putrefaction existent dans ratmospherc et viennent se deposer sur les substances organiques cxposees librc-ment ä Fair. Ils s'y developpent aussitot et decomposent leur substratum organiquc. A I'abji dc Fair, au contrairc, ou au contact d'un air filtre ou sterilise, les substances organiques
ocr page 109
- 89 -
peuvent se conserver sans alteration putrefactive pendant un temps indefini : la putrefaction ne parvient pas a s'y etablir; mais 11 suffit d'effectuer le contact avec I'air libre, pour voir debuter aussitot les premiers processus de la decomposition.
Fermentation cellulosique. — Dans cette fermentation, la cellulose subit d'abord une Hydratation qui la transforme en glycose et celle-ci est decomposee ensuite en acide butyrique, acide carbonique et eau, comme le montrent les equations suivantes :
C6H10O, HiO-C6H1,O0 CnHO„ = C.HgO, 2CO, 21-1,0
van Senus a etudie tout dcrnieremcnt cette fermentation et a constate qu'elle est determinee par un grand nombre de mi­crobes, au premier rang desquels il importc do citer le Bacillus amylohacter. Mais contrairement a cc qu'on admcttait jusqu'ici, cet auteur a reconnu quo cette derniere espece isolee est inca­pable d'effectuer cette fermentation; eile n'y parvient qu'associee ä un autre petit bacille avec lequel eile vit pour ainsi dire en Symbiose, Ce petit bacille egalement no produit pas la fermen­tation; ce quo I'autem* explique en disant que Tun des bacilles neutralise un produit, musiblc ä la fermentation, secrete par son symbiote.
Le Baalim amylohacter seul n'atlaque done pas les mem­branes cellulosiques des aliments vegetaux; il separe seulement les cellules les lines dos autres, en dissolvant probablemcnt la lamelle moyenne par un ferment special, la pectase. La fermentation cellulosique ost une fermentation anaerobic. D'apres van Sknus, la cellulose serait decomposee en hydrogene , acide carbonique at acide acetique et peut-etre aussi en acide butyrique. L'hyclrogeno reduirait ensuite I'acide acetique succes-sivement en aldehyde, .'dcool, ethane ct methane, jusqu'a cc que tout I'acide acetique ait disparu. Cost pourquoi Hoppe-Seyler a constate que la cellulose so transformait en parties egales d'acidc carbonique el do methane.
van Senus est parvenu a isoler la zymasc qui transforme la cellulose.
ocr page 110
— go — •
Cette fermentation sc produit spontanement dans la nature, dans la putrefaction' do produits vegetaux, dans le rouissage du lin, etc, Ellcopy; s'effectue aussi dans le tube digestif des herbivores. Dans la pause du bceuf, dans le tube digestif du lapin, du pigeon, van Senus a rencontre, des microbes qui detcrminaient la fermentation cellulosique et parmi eux toujours le Bacillus amylohader, sauf chez le pigeon oü il n'a pu le trouver. C'est ä 1'action exclusive de ces microorganismes qu'il faut rapporter la transformation de la cellulose dans le tractus digestif des herbivores, car la paroi dc la pause, le pancreas, I'intestin grele et 1c gros intcstin du bceuf ne contiennent pas trace de ferment cellulosique. Certaincs formes de meteorisme des betes ä cornes doit etre attribuce a la fermentation cellulosique, avec formation abondantc d'hydrog^ne protocarhone forme sous I'action d'un petit bacille, qui existc dans la vase des marais et qui, depose sur le foin, est absorbe par 1'animal.
Saccharification de la fecule. — Sous I'action de l'amylase, I'amidon absorbe de l'eau et sc transforme en dextrine et en maltose, comme Fcxprime lequation :
2(C,.Ht0O6) 4- H.O = C6H10OB C.H^O, amidonnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; dextrine maltose
Cette transformation n'est pas aussi simple que l'indique l'equation, qui ne tient compte que des termes extremes et non des processus intermediaires. En realite, il se forme d'abord dc I'amidon soluble et ensuite de l'erythrodextrinc. Celle-ci se trans-forme ulterieurcment en achroodextrinc et en maltose, melangec ä une faible quantitc dc glycose,
Letudc de cette fermentation, a conduit ä admcttrc que l'amylase serait un melange de deux ferments distincts, la mal-tase ct la dcxtrinasc. Wysman, qui a repris tout recemment letudc de cette question, a constate que la maltase transforme la f6ciile en maltose et en erythrogranulosc; la dextrinase, d'autre part, transforme lerythrogranulose en leucodexthne et la fecule directement en maltodextrine, qui sous I'action de la mal­tase se transforme en maltose.
ocr page 111
— 9i —
L'amidon, 1'amidon soluble, la dextrine et le glycogene peu-vent subir la saccharification sous Faction de cette diastase. Ce ferment agit dejä a la temperature ordinaire; son activite aug-mente jusqu'a ySquot;, pour s'affaiblir au-dela. Lebullition la detruit completement.
Les observations de Fermi ont montre que les microbes secretent egalement un ferment diastasique capable de saccharificr l'amidon. Vignal avait ddjä montre que plusieurs des especcs microbiennes, dont il avait constate la presence dans la bouclie, sent doues du pouvoir dc dissoudre la fecule. Le Bacillus mny-lobacter, qui contient souvent une substance amylacee, ne peut utiliser cette reserve qu'en agissant sur celle-ci par I'intermediaire d'un ferment diastasique.
Fermentation alcoolique. — Cette fermentation est oper6e principalement par un groups de champignons ä forme levure, auxquels on donne le nom de saccharomveetes. Ces organismes transforment les glycoses en alcool ethylique et degagent une grande quantite d'acide carboniquc, commc la formule suivante le montre :
CeH^Oe-aC.H.O aCO,
Mais a cöte de ces produits principaux, il sen forme encore plusieurs autres en petite quantite, panni lesquels il convient de citer la glycerine, I'acide succinique, etc. La presence de ces composes montre que la transformation de la glycose n'est pas aussi simple quo l'indique la formule ci-dessus et que dans la fermentation alcoolique, il se produit des phenomenes cbimiques qu'on n'a pu encore exprimer en equation d'une maniere bien netto.
La fermentation alcoolique se produit dejä ä 6deg; ou io0 et se montre surtout active vcrs 25 ä 3on; la levure mcurt vers 6o a 65deg;. Lorsquo la proportion d'alcool fonn6 dans le liquide attaint 16 ä 17 pour 100, la fermentation s'arrcte pour reprendre si Ton etend le liquide d'eau.
Les levures ne sont pas les seuls organismes capables dc, faire fermenter les glycoses; il est certaincs especes microbiennes qui sont douecs du meme pouvoir; e'est ainsi qu'on a constate,
ocr page 112
— ga­ll, ex., que le bacille commun de l'intestin, le bacillc aerogenc du kit, cultivös dans un bouillon sucie, donnent naissanco ä de ralcool. Les glycoscs et les saccharoses peuvcnl subir la fermentation alcoolique; mais tandis que les premieres sont directement fer-mentcsciblcs, les secondes doivent subir une hydratation prealable qui les transfonne en sucre intcrvcrti, melange de dextrose et de levulose, comme le montre lequation suivantc :
citnuou HtO- C0H(,O8 4 C.H.jO,,
saccharosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; dextrose levulose
Cette inversion est effectucc par un ferment special, la su-crasc ou invertine. Aussi la fermentation des saccharoses par les levures est plus lento que cclle des glycoses. Certaines especes microbiennes produisent egalcment l'bydiata.tion des saccharoses, comme Manfredi, Boccardi et Japf.lli I'ont montr6. Ces auteurs ont constate aussi que dans l'intestin grele des animaux (chiens et lapins) I'invertine, qui s'y trouve en abondance, n'est pas un produit de secretion des glandes, mais est fournic par les mi­crobes intestinaux. Dans l'estomac oü ces microbes ne se d6ve-loppent pas, il ne se produit pas d'inversion des saccharoses. C'est a la presence de semblablcs microorganismes quo ces auteurs rapportent le pouvoir d'inversion que possede la saliva. Vignal a en effet rencontre dans la salive sept especes microbiennes donees du pouvoir d'intervertir les saccharoses.
Fermentation lactique — Cette fermentation est caractcrisee
par la formation d'acide lactique aux clepens du sucre. Elle est
due a un microbe particulier d^coiivort par Pasteur, le Bacterium
lactis. Les gheoses ct les sucres convcrsibles an glycoses peuvent
subir cette transformation. Cc sont les saccharoses, qui se trans-
forment le plus dinicilement en alcool, qui se dcdoublent le
plus aisement en aeide lactique. D'apres les rccherches de M.
Bourquelot, les saccharoses nc doivent pas etre prealablcment
converties en g^xoses pour subir la fermentation lactique. Aussi
peut-on repr^senter leur transformation par la formule generale
suivantc :
C,,!!,/),,^ H,0-4C8H908
lactosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ac. lactique
ocr page 113
1
- 93 -
Les glycoses sc transforment par simple clivage de leur molecule Ce^.O.-aC.H.O, gh'cose ac. lactiquc La sorbine, I'inosite, la dulcite ct la mannite sont facilement attaquables par le ferment lactique. Dans le cas de la mannite et de la dulcite il y a degagement d'hydiogene libra, C,HuO, - C0if,2O(i Hs =2CS1I(103 H, mannite glycosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ac. lactique
Dans la fermentation lactique du malatc do chaux, il 3' a mise en liberte d'acide carbonique.
0,11,0, - C5H603 C02 ac, malique ac. lactique Ccttc fermentation nc pent s'effectuer que dans un liquide neutre ou peu acide; eile s'arretc des que le milieu contient i5 pour 1000 d'acide. Aussi convient-il de le faire absorber ä mesure de sa production.
L'activite de 'la fermentation croit jusqu'a 440; au-dola dc 52deg;, eile decroit pour s'eteindre avant la tcmpcratuie de l'ebul-lition. Elle ne sc produit bien qu'au contact d'une atmosphere gazeuse oxygen^e.
Le lait, abandonne a lui-meme au contact de Fair, subit spontanement la fermentation lactique. La formation d'acide libre a pour resultat de le faire tourner, c'est-ä-dire coaguler.
Fermentation butyrique. — A la fermentation lactique peut quelqucfois succeder une fermentation butyrique. L'acide lactique est transform^ ä son tour en acide butj'iique, comme le montre la formule suivante ;
2C3II(i05 = C4H802 2C0, -f. aH, ac. lactique ac. butj'iique
Cette fermentation se produit sous rinfluence du Bacillus amvlohacier. Independammcnt de l'acide lactique, les sucrcs, les substances amylacfes, la glycerine, I'arabinc, la lichenine, les acides tartrique, citrique, malique, les matieres albuminoides, sont susceptibles de subir eelte fermentation, soit directement, soit
ocr page 114
— 94 —
apres transformation prealable en acide lactique; les hydrates de carbono sorit probablcment transform6s d'abord en glycose sous raction d'unc diastase secretee par le bacille.
Cette fermentation est plus complexe qua ne 1'indique liqua­tion ci-dessus. A c6t6 de Tacide carbonique et l'hydrogene, il se forme encore de l'acide acetique,. de l'acide propionique, de l'acide valerique, de l'acide succinique, quelquefois de ralcool butylique, tous produits dont le mode de formation n'est guere connu.
La temperature la plus favorable est de 25a-3o0; le Bacillus amylobaciev pent resistor a une temperature de io50, ce qui permet de l'obtenir ä l'etat de purete. La reaction du milieu ne peut depasser un certain degre d'acidite; aussi l'acide butyrique doit fetre absorbe a mesure dc sa formation pour que la fermen­tation puisse se continuer. Le Bacillus amylobacter est un microbe qui ne peut vivre qu'anaerobiquement.
Fermentation visqueuse des Sucres. — Cette fermentation est due ä cliffcrents microbes, et en particulier au Micrococctis viscosus. Elle se produit quelquefois spontanement dans les sucreries et les distilleries et transformc les melasses en une liqueur visqueuse tenant en suspension des grumeaux insolu-bles, formant une masse gclatineuse compacte, appelee gomme de sucrerie en France et frai de grcnouille en Allemagne (Froschlaich). Cette alteration est determin6c par un microcoque qui developpe des zooglees abondantes ct auquel on a donn6 le nom de Leuconosioc mesenterioides.
Cette fermentation a pour resultat de transformer les sucres en une variety speciale de gomme, en mannite ct en acide car­bonique. Tantot la production de la gomme est plus abondante que celle de la mannite, tantot e'est le contraire qui se produit. II est possible que la production variable de ces deux composes soit en rapport avec la coexistence de deux microorganismes differents. Fun determinant la fermentation mannitique, I'autre
ocr page 115
- gS -
la fermentation gommeuse. Ces fermentations sont exprim^es par
les equations suivantcs :
iSC^H^O,, i2ilsO = 24C(1HllOt, i2COs glycosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; mannite
i2C)sH2l0ls = i2C12H20O)0 2411,0 glycosenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; gommo
La gomme ainsi formee ressemble plus ä la dextrine qu'ä la gomme arabique. Les glycoses et les saccharoses apres inter-version peuvent sublr cette fermentation. Elle se produit spon-tan6ment dans les jus sucres naturels, jus de betteraves, dans certains vins, principalement dans les vins blaues, oü ello cons-titue la maladie de la graissc, La temperature la plus favorable 11 son developpement est de 3o0.
Cette fermentation ne pent s'effectuer quo dans des milieux qui contiennent des matieres albumino'ides et des sels mineraux : la presence de phosphates alcalins est absolument indispensable. Un grand nombre dc microbes duterminent cette fermentation : dans des liqueurs neutres ou faiblement alcalines contenant de la saccharose, on rencontre le Bacillus viscosus sacchari, qui ,se developpe surtout activement a 220; dans des liqueius acides contenant de la glycose, on trouvc 1c Bacillus viscosus vini qui est anaerobic; enfin dans des liqueurs sucrees neutres, tel quo le lait, on observe des microcoquea qui out et6 decrits par Schmidt-Mülheim. D'autres especes peuvent encore operer la fer­mentation visqueuse du lait : on pcut citer les formes Acti-nobacter decrites par Duclaux, etc. Le lait pent encore subir la transformation muqueusc, sans donner lieu ä une fermentation visqueuse, par la presence de microbes qui se developpent en formant des zooglees abondantes. Bacillus lactis viscosus Adametz, Bacillus mesenimcus vulgatus, etc. II Importe de distinguer cette transformation de la veritable fermentation visqueuse
Reduction des Sulfates et des nitrates. — Le pouvoir de reduction que possedent certains microbes leur appartient moins en propre qu'ä l'hydrogene naissant qu'ils mottent en
ocr page 116
- 96 -
liberty dans les diverses fermentations dont ils sont les facteurs, C'est a la presence de cet hydrogamp;ie qu'est due la formation d'hydrogenc sulfure aux dcpens du soufrc des albuminoides dans la fermentation putride dc cos substances. Si le milieu est alcalin, il se forme des sulfures.
C'est egalemcnt ä la presence de certaines formes micro bienncs, qu'il faut rappoitci' la formation des sulfures et de l'hydrogene sulfur6 aux depens des sulfates dans certaines eaux minerales sulfurfes.
La reduction des nitrates s'effectue de meine sous l'influence de certains microbes qXii les decomposent en nitrites ct meme on azote libre, comme Gayon et Dupetit Font observe. Deiierain et Maquenne ont etudie une scmblable reduction des nitrates, qui s'arretait a la phase de protoxyde d'azotc.
Differents microbes sont capables de produire ces phenomenes de reduction; ils sont repandus en grande quantite dans les terres, les eaux, etc., oü ils president a la formation des sulfates et des nitrates. Des especcs patbogenes sont egalement dou6es de ce pouvoir, mais avee une aclivite moindre ; tel serait 1c cas pour le microbe du cholera des poules, du charbon, de la septiccmic, etc.
Fermentation acetique. — Cette fermentation constitue le type des fermentations par Oxydation. Elle se produit aux depens des liqueurs alcooliques sous l'influence d'un organisme repandu dans Fair et qui constitue la fleur ou la mere du vinaigre. C'est le Mycoderma aceti ou Bacillus aceti : c'est un organisme qui se presente sous forme de chapelets composös d'articles plus ou moins nettement strangles en leur milieu. Exclusivement aörobie, il se depose ä la surface des liquides et y forme un voile : sa proliferation- est tellement rapide dans ces conditions qu'une quantite imperceptible, ensemencee ä la surface d'un liquide, recouvre un metre carr6 en vingt-quatre heurcs.
ocr page 117
97 —
L'alcool est son aliment par excellence; il le brüle pour en faire de l'acide acetique.
C,H60 0, - C,HtO, If ,0 alcoolnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ac. acetique
Le sucre peut egalement etre acetifie sans passer d'abord a I'etat d'alcool.
L'oxydation de l'alcool se fait en deux temps; il y a d'abord production d'aldehyde, qui se transformc ensuite par Oxydation ultericure en acide acetique. Les deux equations suivantes rendent compte de la chose.
CjHjO O = CjH^ HsO alcoolnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; aldehyde
, CsHtO O — C,H40, aldehydenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ac. acetique
A cöte de l'acide acetique, il se forme des produits secon-daires ctheres (ether acetique et homologucs). Quand l'alcool a disparu, le microbe continue a oxyder l'acide acetique et les autres produits formes et les rcduit en acide carboniquc et eau. CjH^O, 20, = aCO, 2FIi!0 On voit alors se produire un abondant degagemcnt de gaz carboniquc, en mcme temps que disparait l'acidite du liquide. La temperature la plus favorable au mj'coderme est de 200 ä 3o0; la fermentation est nulle au-dessous de ioquot; et au-dessus de 35deg;. La reaction du milieu doit ctre acide pour permettre le developpement du microbe. Lc liquide ne peut pas renfermer plus de io pour ioo d'alcool.
La fermentation ac6tique est utilisee dans I'industrie pour la fabrication du vinaigre. Cettc fermentation se produit quel-quefois spontan^mcnt dans les vins, les bieres, et constitue la maladie des vins et des bieres acides.
La maladie des vins plats est due a un autre mycoderme, le Mycodenna vini, qui ne se düveloppe bien que dans un milieu peu ou point acide et qui oxyde l'alcool complotement, sans produire de l'acide acötique, comme le montre lequation suivante :
CjHjOH-SO, —aCO, 3H,0
ocr page 118
_ 98 -
Un grand nombrc d'autres especes microbicnnes pcuvcnt determiner la fermentation acctique.
Fermentation nitrique. — L'ammoniaquc contcnuc dans 1c sol y subit unc oxydation qui la transforme en nitrites ct en nitrates, Cette oxydation est I'oeuvre de microbes specianx qui vt'getcnt dans le sol, dans les caux et surtout dans la vase de fond. Ccs organismes s'atlaqucnt principalcment a I'ammo-niaque ct a ses sols ct les transforment en produits azotes oxygencs; ils decomposent anssi les derives azotes do la desassi-milation organiquc en acide carboniquo, cau ct acidc nitrique. Pour opcrcr cette nitrification, les organismes doivent pouvoir vegcter au contact de l'air et a unc temperature supericure ä 20quot;; si ccs conditions font dufaut, I'oxydation est nulle ou s'arrcte seulemcnt a la phase des nitrites. La fermentation nitreusc setablit toujonrs, lorsque les conditions ne sont pas suffisamment favorables ä la fermentation nitrique. La temperature la plus favorable cst do 37quot;; vcrs 55deg; la fermentation s'arrcte et entrc goquot; et 1000 les organismes sont tries. La reaction du milieu doit etre legercment alcaline. L'action do la lumicrc est nuisible; rintensite do la fermentation atteint son maximum dans I'obscurite.
WlNOGRADSKY cst parvenu a isoler le microbe dc la nitri­fication. II resultc do ses observations qu'il cxisterait doux orga­nismes diffcrents ; i'un effectuerait la fermentation nitreusc, I'autre serait le facteur do la fermentation nitrique. II cst probable qu'il existe plusieurs especes dc microbes nitrificatcurs. P. et G. Frankland out, indöpendamment dc Winogradsky, isol6 egale-ment un bacille, qui ne parait pas completemcnt identique d I'especc decrite par cc dernier auteur.
Fermentation photogene. — Dubois a constat6 quo la phosphorescence etait due a la presence dc certains microbes qui sc-crotent une z3-mase specialo, a laquelle il a donne 1c nom de luciferasc. II cst parvenu ä eultiver ccs especes microbicnnes et ä leur faire produirc la phosphorescence in vitro. A cct effet il cmployait des bouillons alcalins convcnablemcnt sal6s et- con-
ocr page 119
— 99 —
tenant des matiercs azot6es phosphorccs (nucleincs, lecithincs). La presence de l'oxygenc cst indispensable. On voit alors s'accu-muler des granules cristallins bi-refringcnts, formes d'unc substance voisine cle la leucinc, ä laquellc Dubois a donnc 1c nom dc luciferine. C'est celtc substance caracteristiquc qui forme la coucbc craj-eusc des tissus lumincux. II se forme aussi des cristaux de phosphate ammoniaco-magnesicn et de phosphate calcairc; les phospbatcs alcalins rcstont en dissolution. Cos sels rcsultent de l'oxydation des matiercs azotecs pbospborees. Cos matiercs, qui ne sont pas directement oxydablcs ä Fair, sont decomposecs par le ferment ct fournissent une substance qui possede cette propriete.
AutreS fermentations. — Les microbes peuvent encore secreter d'autres ferments ct devenir ainsi les factcurs de fermen­tations specialos, Fitz a fait une etude ties complete de ces diverses cspeces. II a decrit 1c Bacillus crthylicns qui fait fermenter la glycerine et la transforme en alcool etbylique; le bacillc succiniquc agit dc la meme facon; le Bacillus htttylicus, bacille anaerobic, forme aux depens dc la glycerine de l'alcool butylique et de l'acidc butyriquc.
Duclaux a montr6 que le Tyrothrix teimis elabore la presure qui coagulo la caseinc et la caseasc qui dissout ensuife cellc-ci.
Duclaux a constate que dans la fabrication des fromages intervenaient plusiours microbes qui saponifiaicnt les graisses ; la glycerine qui en resultc fenncnte a son tour pour donncr des alcools gras et des acides gras qui saturent I'ainmoniaque qui se forme dans la fermentation des fromages.
Certains autrcs microbes peuvent effectuer la fermentation propionique aux depens de l'acide lactique, dc 1'acide malique; la fermentation succinique aux depens de l'acidc tartrique, de l'asparagine, des acides maleicjuc, fumarique, aconitique, aspar-tiejue, etc.
La fermentation pannairc est soumise egalement a Faction de divers microbes. A cote des saccharotnyc^tes, on trouve dans le levain cinq bacilles differents qui effectuent la dissolution do
ocr page 120
---- 100 ----
la f6cule, ou produisent la fermentation lactique ou acdtique. La fermentation pannaire consistc done en unc serie de trans­formations, dont la principale constitue la fermentation alcoolique effectuec par les saccharomycctes. Les fermentations acides et les dissolutions produites par les microbes ne doivent etre considerees que comme des processus seeondaires (Peters).
Les microbes sent done les facteurs dc la plupart des fermentations; ils modifient le milieu dans lequcl ils vegetent en utilisant les substances assimilables ct en les transformant en produits divers, dont les principaux caracterisent les diverses fermentations qu'ils y determinent. Mais a cötc de ces produits principaux, les microbes röpandent en outre dans les milieux un grand nombre d'autres composes de dcsassimilation, composes volatils ou fixes, dont la presence dans les milieux en voie de fermentation prouve que les processus qui s'y passent sont iden-tiques ä ceux qui se produisent dans la dcsassimilation des microbes.
Ces differents produits de dechets ont 6t6 studies dans le chapitre de la dcsassimilation. II est done inutile dc revenir ici sur cette question; il suflira simplement de s'arrcter un instant sur deux groupes de composes auxqucls s'attache un int6r6t Special : les ptomaines et les toxines.
Les ptomaines sont des bases, qui ont et6 trouvees tout d'abord par Selmi et par Gautier dans, les putrefactions et les decompositions des matieres animales. Elles ont et6 6tudiees ensuite par Gautier et par Brieger, qui en ont fait une 6tudc approfondie. Ces bases constituent des corps liquides ou solides, capables de se combiner avec les acides. On pent les ranger en deux groupes : les unes sont liquides, volatiles, ä odeur speciale et depourvues d'oxygene; les autres sont solides, non volatiles et oxyg6ndes.
Les ptomaines liquides possedent une odeur penetrante, tres persistantc, desagröable, rappelant l'odeur des cadavres; elles sont solubles dans l'öther, en partie aussi dans l'alcool amylique et le chloroforme. Les ptomaines solides, au contrairc, sont ordi-
ocr page 121
---- 101
nairement cnstallisöcs, constituent des corps blancs, solubles dans I'eau, insolubles dans Talcool, la benzine ot 1c chloroforme.
Elles so combinent avec les acides, qui, ajout^s en exces, les decomposent en uno masse resincuse brune. Leurs chloihy-drates se combinent au chlorure de platine et ferment des chlorhydratcs doubles, solubles, plus ou moins cristallises. Uh exces de chlorine dc platine, ainsi que la lumiere, les decompose; il en est de meme d'un grand nombre de reactifs, tels que la liqueur de Meyer, la liqueur de Nessler, l'iodure de potassium iodure, l'iodure de potassium simple, l'iodure de bismuth, le phospho-molybdate de sodium, le chlorure mercurique, le chlorure d'or, I'acide picrique, Ic tannin, I'acidc phospho-molybdique. Tous ces reactifs peuvent donner naissance a des colorations ou a des pr6cipit6s color6s qui sont quclqucfois caracteristiques.
Ces ptomaines sont tres voisines des alcalo'ides v^getaux, dont elles possedent la plupart des caractcres. Aussi est-il souvent difficile de differencier les alcaloicles vegctaux des ptomaines putr6factives. Certaines de ces dernieres cxercent sur I'organisme animal une action tres toxique; d'autres, au contraire, sont d6-pourvues de cette propriety.
Les ptomaines se diviscnt en ptomaines ä radicaux gras et a chaines ouvertes, et en ptomaines ä radicaux aromatiques et ä chaines fermces. Elles se ferment en grande abondance dans les putrefactions et principalemcnt dans les premiers temps de la fermentation putridc ; plus tard, certaines d'entrc elles ont disparu ou ont cte transformecs ä leur tour en d'autres bases. Celles qui apparaissent les deux premiers jours nc sont pas toxiqucs; les bases toxiques nc se forment qu'ä partir du troisiemc jour.
On connait jusqu'ici un grand nombre dc ptomaines, dont on a fait une etude complete , mais on n'est pas encore parvenu ä rapporter la production des diffcrentes bases ä des microbes nettement determines. Dans les putrefactions diverses especes microbiennes interviennent et peuvent donner naissance ä des produits nomhrcux, qui sont melanges dans le milieu. On a essaye d'obtcnir des resultats plus precis, en cultivant des
ocr page 122
microbes pathogamp;ies snr les milieux organiqucs. C'est ce quo Bribger a fait pour plusieurs ospeces. Tito Carbone a tcntc la m6me experience en s'adrcssant ä une espece qui sc rencontre abonclammcnt dans les putrefactions animalcs, le Proteus vulgavis. II a reconnu, panni les produits dc scs cultures, differentes bases qüi sc forment clans les putrefactions de chair dc poisson, la choline, rethylcnc diamine, la gadinine et le trimctlvylamine.
La production dc ptomaines par les microbes pathogenes a et6 demontrce pour plusieurs especes : le bacille dc la fievre typhoi'dcopy;, le bacille du tetanos, le vibrion du cholera, 1c bacille pyocyanique, etc.
Gautier a montre le premier que ces bases derivent de la decomposition des substances albuminoides; d'apres Drechsel, elles proviendraient de la lysine et de la lysatinine, deux bases azot6es qui sc forment toujours lors de l'bydrolise des albumi­noides. Gautier applique le tenne dc ptomaines ä tons les al-caloTdes qui resultent de toute fermentation anaerobic et ä ceux qui sc forment dans les tissus des animaux, lorsqu'ils fonctionnent sans air ou avec une quantite d'oxygenc insuffisante. II reserve le nom de leucomai'nes aux alcaloi'dcs oxygenes, qui so produisent durant la vie normale et aerobic.
Les leucomai'nes sont egalemcnt des bases qui resultent du dedoublement des albuminoides; elles sc divisent en leucomai'nes xanthiqucs et en leucomai'nes creatiniqucs. Elles se forment 6ga-lement dans les putrefactions et dans les decompositions hydro-lytiqucs des substances albuminoi'des par les microbes.
Le second groupe de produits microbiens, auquel il convient de s'arreter, renferme des composes moins bicn delinis au point de vue chimiquc, des substances de composition plus complexc, se rapprochant davantagc des albuminoi'des et plus particuliere-ment des diastases, et cxercant une action toxique sur I'orga-nisme animal. On leur a donn6 des noms divers rappclant I'une ou l'autre de burs proprietes caractdristiques : albumines toxiqucs, toxalbumines, toxines, etc.
ocr page 123
— io3
Signalces pour la premiere fois par Roux et Yersin dans les cultures du bacille do la diphtheric, ces toxincs out etc retrouvees depuis par Christmas dans les cultures du Staphylococcus pyogenes aurens, par Hankin dans cclles du charbon, et par d'autres encore dans celles du tetanos, dc la fievre typhoi'de, du cholera, de la peripneumonic epizootique, etc. Depuis ces premieres ob­servations, la liste des toxincs no fait que croitre tons les jours, Brieger et Fraenkel, qui ont repris l'etude de la toxine diphtheritiquc, I'ont decrito comme une substance incolorc, fai-blement soluble dans I'eau, pr^cipitable par I'alcool, les aeides mineraux concentres, les sels des metaux lourds, non prccipitable par l'acctate de plomb, le sol marin, 1c sull'atc de sodium, le sulfate de magnesium. Elle donne la reaction de Mii.lon et celle du biuret. Elle devient inactive quand on chauffe scs solutions vers 600; seche, clle supports sans s alterer une temperature de 70quot;. Par tous ces caractcrcs, clle so rapproche des albumoses et des diastases; e'est, comme Roux et Yersin I'ont dit, un fer­ment albumineux toxique.
GamaleVa a complete lelude de la toxino diphtherilique et a constate qu'ellc se laisse attaquer par la pepsinc et par la trypsine. Cos ferments la dcdoublent en deux substances, dont 1'une rests inalteree, meme apres I'action prolongce de la trypsine. Ccttc substance est toxique et umene la cachexie chez les animaux auxquels on 1'inocule, Chauffce en presence cl'alcalis fixes, ellc est detruitc rapidement. A raison dc cc\s caractcrcs, Gamai.eTa n'hesitc pas ä rapprochcr co poison cacheclisant des nucleincs ct la toxine clle-mcmc des nucleoalbumines. On conceit d'aprcs cela l'innocuile de la toxine introduite par la voie digestive, les nucleincs n'etant ])as absorljees par I'intestin, A la suite de ses recherclies, Gamale'i'a conclut quo les nucleoalbumines et les nucleincs toxiques forment deux grandes classes dc poisons, dans lesquelles se rangent la plupart des toxincs raicrobiennes actuel-lemcnt connucs. II est probable que e'est dans ccttc voie qu'on trouvera la solution de la plupart des questions qui se rattachent aux toxincs microbiennes.
ocr page 124
— io4 —
L'intörfet qui s'attache ä ccs substances, ptomaines, leuco-maines, toxines, resulte principalement de leur action sur las organismes vivants. Nous nous reservons d'etudier cette question , en exposant l'action des microbes sur les milieux vivants. Ici nous ne pouvons trailer que dos modifications chimiques que les microbes effectuent dans les milieux, Mais ä cotö de ces modifications clümiqucs, ils produisent en meme temps des modifications physiques, sur lesquelics il convient de s'arräter un instant.
Elles portent principalement sur la couleur et la consistance. Certains microbes ebromogencs secretent un pigment qui diffuse dans Ic milieu et en modifie ainsi Taspcct primitif. Tel est 1c cas pour le bacille pyocyanique, dont le pigment a 6t6 isol6 et d6crit sous le nom de pyocyanlne. II est soluble dans lether, auquel il communique unc teinte bleue. Le bacille fluorescent des eaux courantes s6crete egalement une matiere vert pale; le bacille de l'intcstin, decrit par Charrin et Roger, produit une substance vert lumicre, etc.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;f
La söcretion de ces pigments peut ctre modifiöe par 1^,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;\
nature du milieu, la presence de la lumiere, de rox3'gene, par les antiseptiques, etc.
Certains microbes exercent aussi une action liquefiante sur cer­tains milieux; il y a un grand nombre d'cspcces qui liquöfient la gelatine; d'autres sont depourvues de cette propriete. Celles qui la possedent effectuent cette liquefaction suivant un mode döter-min6, qui fait que leurs cultures sect;ur gelatine sont plus ou moins caracteristiques. Cette liquefaction est probablement d6termin6e par une zymase spöciale.
Certains microbes degagent des gaz au sein des milieux dans lesqucls ils vegetent. C'est le cas, par exemple, pour le bacille aerogene du lait au sein de la gelatine. Celle-ci se crevasse en differents endroits sous la tension des gaz qui se produisent au sein de la masse.
Si nous rösumons maintenant l'action des microbes sur les milieux inertes, nous constatons qu'elle consiste dans des mo-
ocr page 125
— io5 —
difications physiques et chimiques. Cos dernieres sont de loin les plus importantes. Les microbes cmpruntcnt au milieu les ölements qui leur sont neccssaires ä leur vegetation et y d6-versent les produits de desassimilation qui s'y accumulent. Les microbes, pour utiliser les substances qu'ils trouvent a leur disposition, s^crctent des ferments speeiaux, multiples, variant naturellement avec les substances a. assimilcr. Ils excretent en outre des produits dc dechets qui nc sont plus utilisables par eux et qui s'accumulent lentement dans le milieu. Celui-ci est ainsi modifie dans sa composition chimique par une double action : elimination des substances assimilables et formation de produits de desassimilation. Cost done uniquement par leurs secretions ct leurs excretions quo les microbes agissent sur les milieux pour les transformer complötemcnt. Nous vcrrons que e'est de la meme manicre que les microbes agissent sur les milieux vivants.
sect; 2. Milieux vivants.
Nous avons vu dans le chapitrc precedent que certains or-ganismes sont rcfractaires a l'action de certains microbes patho-genes, possedent pour eux une immunite plus ou moins complete et ne subissent de leur part qu'une influence nulle ou minime. Nous n'aurons ici a nous occuper que des organismes receptifs. De meme nous n'avons ä examiner que Faction des microbes pathogenes, les microbes non pathogenes, n'excrcant qu'une action nulle ou fugitive sur les organismes dans lesquels ils penctrent.
Les microbes pathogenes excrcent sur les organismes des modifications d'ordre physiologique et d'ordre morphologique. Comme nous I'avons vu pour les milieux inertes, e'est aussi par leurs secretions que les microbes influencent I'organisme animal.
Co fait a ete ctabli pour la premiere fois par Pasteur, lorsqu'il injecta i une poule une culture sterilis6e du microbe du cholera aviaire, et qu'il vit se produire les principaux sym-ptomes de la maladie : la somnolence, le pelotonnement, le h6quot;
ocr page 126
— 106 —
rissomcnt des plumes, etc. Cos phönomenes ne pouvaient, etre attribues qu'a la presence dans le bouillon de culture des pro-duits solubles secretes par le microbe.
Les secretions microbienncs jouissent de proprictcs physio-logiques diverses, qui ont etc etudiees pendant ces dernieres annccs, principalement par Bouchard. Nous les passerons suc-cinctcment en revue.
Secretions microbiennes qui provoquent la diapedese, —
Les travaux de Grawitz et de Bary, de Sciieuerlen, de Leder, do von Christmas, etc., ont montr6 que les cultures des micro-coquo:, pyogenes contienncnt une substance douee du pouvoir de de erminer la production do processus inflammatoires, En cflct, uae culture sterilisüc do Stapltylococcns aureus, injectec sous la pcau est pyog^ne; le pus ainsi forme, est depourvu de tout microbe et denue de proprietes pj-ogenes. L'inflammation ainsi produitc tie tarde pas ä disparaitre et le pus est naturellement i-6sorbc. Leber a isolo la substance pyogöne contenue dans les bouillons de culture et l'a decrite sous forme d'uno substance cristallinc spc'ciale, soluble, ä laquelle il a donne le nom de Phlogosine. Cctto substance, injectee sous la peau, determine de l'inflammation et de la necrose, von Christmas a isol6 un corps de nature albuminoidc, qui par ses proprietes se rapprochc des zymases et qui excrce une action pyogene. Cette substance, qui n'est pas dötruite par une temperature de 100quot;, perd toute action quand on la chauffe a l'autoclavc ä 1200. Les cultures de Sia-phylococcus aureus, filtrecs sur porcelaine, conservent leurs pro­prietes pj-ogenes. Injcctees au chien, elles produisent un abces sous-cutane; introduites dans la chambre anterieure de l'oeil du lapin, dies determinent un o;demc de la conjonctivc, la decol­lation de l'iris et la formation de pus. Ce pus est prive do tout microbe.
Depuis on a signale dans les cultures de divers microbes, de semblables substances pyogenes appartcnant au groupe des ptomaines ou des toxincs. Büchner en a rencontre dans les
ocr page 127
io7 —
v;
cultures du pncumocoquc de Friedlünder, du bacille charbonneux, du bacille morvcux; Koch en a rcconnu unc dans les produits de culture du bacille de la tuberculose; Arloing avait, un des premiers, Signale l'existcnce d'une substance phlogogcnc dans les bouillons de culture et dans les humours naturelles ou avait vecu 1c microbe de la peripneumonie contagieuse des betes bovines, et il a confirme pour le staphylocoque pyogünc les observations de Grawitz, etc.
Le fait etabli par les observations de Grawitz, Scheuerlen, etc., quo certaincs substances chimiques, solutions de cadaverine, de putroscine, liquides de putrefaction sterilises, sont douees du pouvoir pyogene, prouve a toute evidence que rintlammation est due bien plutot a la secretion de ces substances phlogogenes qu'ä la presence des microbes pyogenes eux-memes, et qu'on peut produire de la suppuration sans microbes. Bouchard a propose pour ces substances Fappellation de ectasinc pour rap-peler leur propriete de faciliter la congestion,
Comment agissent ces substances irritantes? Faut-il avee Leber admettre que ces substances sont douees de proprietös chimiotaxiques positives ä l'cgard des leucocytes, qui s'accumu-lent Id ou ces substances sont sccretces ou injectces? Ou bien ces substances agisscnt-ellcs direetement sur les vaisscaux, sur lesquels elles exerceraient unc action cbimiquc immediate, qui favoriscrait la diapedesc des globules blancs? Ou bien faut-il adopter I'liypotbesc do Bouchard qui intcrprcte ce pbenomene en admcttant que ces produits microbiens irritent les filets ner-veux, qui transmettent cctte irritation et developpcnt un reflexe qui sc traduit dans la region excitee par une dilatation vascu-laire active? Cettc dilatation aurait pour cflet de faciliter la diapedesc. II est probable que la solution de cc problöme se trouve dans ces trois hypotheses : le chimiotaxisme, I'irritation vasculaire directe et I'irritation nervcusc avec dilatation vasculaire r6flexe, intcrviennent chacun pour leur part pour favoriser la diapedesc ct determiner l'cedcme ct la suppuration resultant de l'exsudation et de la diapedesc.
ocr page 128
— io8 —
Secretions microbiennes qui emp6chent la diapedfese.
— Bouchaud a constate qu'en injectant les produits solubles du bacillc charbonneux, du bacille pyooyanique, du staphylocoque dore, du bacillc du cholera des poulcs, il supprimait la diape-dese et lo phagocytisme que d6tcrminaient ccs mcmes microbes, quand ils sont injectes ä des animaux vaccines ou ä des animaux naturellemcnt refractaires. II a demonlre ce fait en introduisant, sous la peau des animaux en experience, des cellules capillaires contenant des cultures dc divers microbes et en observant la rapidite avec laquelle sc faisait Icnvaliisscmeiit des leucocytes et l'englobement des microbes chcz les animaux inocules, dont les uns recevaient line injection de culture sterilisee et dont les autres, au contraire, ne recevaient pas vine pareille injection.
Bouchard a observe que si Ton injecte i c. c. de culture virulente du bacillc pyocyanique sous la peau d'un lapin vaccin6 contrc ce bacille, il sc produit au point d'inoculalion une dia-pedese abondante; mais si Ton injecte pcu apres quelques centimetres cubes des produits solubles secretes par ce bacille, la diapedese ne sc produit plus. Ce resiiltat est encore plus marque quand I'injection est faite dans le Systeme circulatoire lui-meme.
L'arret dc la diapedese e.st-il du ä la production d'une secretion qui emjieche la diapedese, ou bien est-il du ä un pro­duit qui supprimc la secretion dc la substance qui favorise la diapedese? Une experience de Charkin et Gamale'i'a semble donner la solution de cette question, parce que ces autcurs ont produit une irritation locale, non pas ä l'aide de produits microbiens favorisant la diapedese, mais au moyen d'une substance chimique. Chez deux lapins on frotte d'une manierc identiquc une oreille avec une egale quantite d'huile de crotun; ä Tun des deux lapins on injecte aussitöt dans les veincs 10 cc. dc culture sterilisee du bacille pyocyanique.
Au bout de quatrc hcures, Forcille du lapin non injecte est congestionnee, cpaissie et couverte dc phlyctenes, tandis que celle du lapin injecte apparait normale, la vascularisation n'y
ocr page 129
— log —
6tant pas plus considerable qua dans I'oreille non frottee. Au bout do six a huit heures l'effet de l'injcction disparait ct I'in-flammation, qui n'a ete quc retardee, se produit si Ton pas sein de renouveler l'injection des produits pj'ocyaniqucs. On pent ainsi l'empöcher complctcmcnt en repetant pendant deux jours la meme injection trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures. De meme, si on attend d'oporer l'injection que les pre­miers symptomes de l'inflammation so soient produits, on les voit s'efiacer aussitöt qu'on recourt ä l'injection.
Cette experience ingenicuse montre que les produits du ba-cille pyocyanique exercent une action tres nette sur la diapedese, action qui a pour effet d'inhiber completement. Comment s'effectue cette action? S'exerce-t-elle sur les leucoc3ltes, sur les vaisseaux on sur I'appareil ncrveux vaso-moteur ? Charkin ct Gley ont r6solu cette question par deux experiences interessantes,
Dans une premiere experience ccs auteurs excitent le bout central du nerf deprcsseur chcz un lapin curarisc; la pression arterielle tombe aussitöt par suite do la dilatation do tous les vaisseaux; des qu'on ccsse I'excitation, la pression redevient aus­sitöt normale. Si Ton injectc aid's dans les veines de l'animal 20 cc. de culture pyocyanique sterilisee, on constate en excitant de nouveau le bout central du nerf depresseur, un abaisscment beaucoup moindre de la pression sanguine. II se produit une paralysie plus ou moins notable du centre vaso-dilatateur qui ne repond plus ä I'excitation. Cette diminution de la pression sanguine apres injection pent (itre representee par une colonne de mercure de I4mm, alors qu'clle correspondait ä une colonne de 3omm avant l'injection. En outre, la pörlode latente d'excitation est doublee et l'effet est moins durable.
Dans une seconde exp6rience on excite le bout central du nerf auriculo-cervical d'un cöte chez un lapin curarisö, Aussitöt I'oreille du meme cöte se congestionnc; il y a dilatation de tous les vaisseaux du pavilion auriculaire. On injecte alors dans les veines 20 cc. de culture sterilisee du bacille pyocyanique, et on excite de nouveau le bout central du nerf auriculo-cervical; la dilatation vasculaire est nulle.
ocr page 130
— no —
Cette difference dans la congestion est fort appreciable au tliennomctrc : alors qu'avant 1'injection ['augmentation dc la tem-p6rature de rorcillc ctait en moyenne do iquot;,-2, apres I'injection clle n'etait plus ([uc dc 00,6 011 o0,7 sous l'influcncc des courants de mäme intensitc.
Toutcs ccs experiences montrcnt quo le bacille pyocyanique secrete unc substance speciale qui cxcrcc sur le centre vaso-dilatatcur unc action paralysante, action qui a pour resultat d'empecher I'cxsudation ct la diapedesc. C'est ä des substances analogues quo d'autrcs microbes patbogencs doivent cgalement Icur action inhibitricc sur la phagocytosc. Bouchard a proposö pour ces substances i'appellation dc anectasinc. Ccs produits sont antagonistes dc ceux qui favorisent la diapedesc ct pcuvent dans certaincs circonstances annibilcr totalcment l'offet de ces derniercs.
Les experiences dc Morat ct Doyon , dc Courmont , sont venues confinncr les observations de Charrin et Gley, et demontrcr I'action paralysante des substances s6cret6es par le bacille pyocyanique, L'interprötation de ces auteurs permet 6ga-Icment dc comprendre les experiences dc Charrin ct Gamaleia sur 1'inflamtnation,
Charrin a montre quo certaincs substances chimiques sont douecs aussi d'action antipblogistique; teile cst I'eau salee (5 ä 10. p. c), II a obtenu avee cette solution saline les memes re-sultats quc ccux lt;]u'il avait obtcnus avee les produits solubles du bacille pyocyanique injectc au lapin, doilt unc orcillc avait etc frottee avee dc I'liuilc de croton.
Massart et Bordet out cru pouvoir cxpliqucr les resultats obtcnus par Charrin ct Glky, par I'action chimiotaxiquc des produits solubles des microbes. Ils contestent I'action paraly­sante dc ces produits sur 1c centre vaso-motcur, ct constatcnt, en effet, qu'en cautcrisant I'oreillc a des animaux auxquels on injectc unc culture stcrilisee du bacille pyocyanique, la dilata­tion vasculaire so produit autour de la partic caut6risee. Pour ces auteurs, si la diaptdese no so produit pas, ce n'est pas
ocr page 131
— Ill —
par suite d'unc paralysio du centre vaso-dilatateur, mais bien plutot parce quo I'injection intra-vcincuse des produits microbiens introduit clans 1c Systeme ciiculatoirc une proportion de sub­stance positivement chimiotaxique egale ä cclle qui est produite par les: microbes qui ont ete inocules localcmcnt. La migration des leucocytes , sollicitec par des substances chimiotaxiqucs, n'cst, en cffet, possible qu'ä condition qua la proportion dc ces substances, dans 1c milieu ou sc trouvcnt les leucocytes, est moindrc que ccllc qui cxistc an point vers locpiel les globules blancs tendent a sc diriger.
Que le chimiotaxisme intervienne dans les experiences in-stituees par Massart et Bordet, la chose est probable. S'en suit-il quo ce phenomene soit süffisant pour cxpliquer les obser­vations de Ciiarrin et Glev? Nous ne 1c croyons pas. Nous prcferons admettre I'mtervcntion dc deux factcurs (pii peuvent participer simultanement dans une proportion variable dans la production des phenomenes decrits d'unc part par Charrin et Gley, ct d'autrc part par Massart et BoRDET. II n'est pas pos­sible dans l'etat actucl de la question, d'adopter une interpre­tation exclusive. II Importe que de nouvelles experiences plus nombreuses soient institutes pour clucidcr cctte question.
Secretions microbiennes vaccinantes. — Cost en 1886 que Salmon et Smith signalerent, pour la premicro ibis parmi les produits de secretion des microbes, des substances specialcs douees du pouvoir dc vacciner les animaux, auxquels on les in-jer.te, centre les maladies developpccs par ccs memes microbes. La demonstration dc cc fait resultc de leurs observations sur 1c cholera des pores (Hogcholcra). 11s constaterent qu'en injectant ä des pigeons des cultures sterilisees du microbe du cholera des pores, on proeurait ä ces oiscaux I'immunite contre cette affection.
Cettc observation des deux savants americains fut bientöt confirmee par Charrin pour le bacillc pyocyanique, dont les cultures sterilisees donnaient an lapin I'immunite contre la ma-ladie pyocyanique.
ocr page 132
---- 112 —
Depuis lors la liste des vaccins chimiques s'est considerablc-ment accrue. Des substances vaccinantes ont ete constatees dans les cultures du bacille de l'cedeme malin (Roux et Chamberland), du bacille dc la fievre tj'pbo'ide (Chantemesse et Widal), du bacille du charbon bacteridien (Wooldridge et Hankin), du bacille du charbon symptomatique (Roux), du pneumocoque et du cholera des poules (Foa ct Bonome), etc.
Bouchard a constate que ces substances vaccinantes seli-minent par les urines. II a montre en effet qu'en injectant des urines provenant d'animaux inocules avec le bacille pyocyanique, on pouvait developper rimmunite centre cette affection. Ciiarrin et Ruffer ont confirme cette observation et ont fait voir que l'elimination de ces substances est complete apres quatorze jours, L'immunite qu'elles produisent se conserve apres leur elimination. Bouchard a du restc constate que le degre de l'immunite n'est pas en rapport avec la quantite de substance vaccinante qui peut cxister dans I'organisme. L'immunite est nulle immediate-ment apres l'injection, e'est-a-dire an moment oü le sang contient la totalite do la matiere vaccinante injectee; eile est douteuse pendant les vingt-quatre premieres heures; eile ne s'accuse net-tement qu'apres 1c second jour et eile n'est bien evidente qu'apres le troisieme et surtout le quatrieme jour, lorsqu'une trös grande partie de la matiere vaccinante a öte eliminee.
L'immunite est ainsi un etat secondaire qui resulte de Fac­tion des substances vaccinantes. Par leur passage a. travers I'organisme, elles impriment aux tissus, aux elöments eellulaires un 6tal nouveau, durable, qui modifie a ce point leur mantere d'etre, leur nutrition gen6rale, qu'ils peuvent resister avec avan-tage a l'invasion des microbes pathogenes. Cet etat est proba-blement un etat microbicide qui se maintient apr6s l'elimination des substances vaccinantes. Ces substances different ainsi dans leur action sur I'organisme des substances qui s'opposent a la diapedese. Ces dernieres agissenl aussitot qu'elles sent introduites dans le sang et leur action cesse definitivement des qu'elles ont 6t6 6liminees, e'est-a-dire apres six ou huit heures.
ocr page 133
- ii3 —
Autres actions des produits microbiens. — Certains pro-duits dc secretion exercent une action hypothcnnisante sur Torga-nisme (vibrion du cholera, vibrion septiquc, staphylocoquc pyogene dore); d'autrcs fois cette action est hyperthcrmisante (bacilles de la tuberculosc, bacilles de la morve, bacilles pyocyaniques). La fievre qui accompagne les maladies infectieuscs est detennin^e par certaines substances pyretiques, comme Ciiakrin et Ruffer 1'ont etabli en injcctant des poisons microbiens; la fievre ainsi produite est d'ordre toxique. Elle est provoquee par des diastases, comme celle que Roussy a etudiec, ou par des ptomaines, tclles que la mydalcine de Brieger.
D'autres substances sont toxiques et dctcrminent dans I'or-ganisme des phenomenes variables ; ces phenomenes sont d'ordre ncrveux : I'abattement, la somnolence, les convulsions, les con­tractions speciales, etc., tous symptomcs qui suivent I'injection de cultures stcrilisecs du bacille pyocyanique, comme Charuin et Badinski Font montre; Brieger a isole aussi des cultures du tutanos des bases convulsivantes.
Ces phenomenes consistent d'autrcs fois dans des troubles S(sect;cretoires, des modifications dans la nutrition de certaines cel­lules , alterations qui peuvent entraincr des degenerescences musculaires ou viscerales, tclles que la dlt;5generescence amyloYde observee par Bouchard et Ciiarrin. Arloing a constate que son Bacillus herniuecrobiophiltts exerce une action paralysante sur le coeur; que le Pneumobacillvs bovis accelere la respiration, etc. Ces substances toxiques sont en parlie des ptomaines. Brieger a isole ainsi des cultures de cholera sept bases; des bouillons typhiques, une base, la typhotoxine; des cultures du tetanos, quatre ptomaines. D'apres Manfredi et Traversa, le Streptococcus erysipclatis secrete des substances convulsivantes et paralysantes. De semblables observations ont ete faites pour les cultures du charbon, du cholera aviaire, de la gangrene gazeuse, de la pneu­monic, etc. Dans certains cas, au contraire, ces substances toxiques paraissent appartenir plutöt au groupe des diastases, des albumoses. C'est le cas pour celle ä laquclle Gamaleia
ocr page 134
— ii4 —
attribue la dianhee que piovoque rinjcction des cultures sterilisees du vibrion cholerique. C'est lo cas egalcment pour la toxine decrite par Roux et Yersin dans les cultures du bacille de la diphtheric.
Certains produils microbiens sont doues du pouvoir chimio-taxique vis-ä-vis des leucocytes. Massart et Bordet ont mis ce fait en evidence dans des recherches fort ingenieuses. Ces auteurs introduisaient dans la cavite abdominale ou sous la peau de divers animaux des tubes capillaires ouverts a une ex-tremite et contenant des cultures de differents microbes. Ils ont toujours constate un afllux tres abondant de leucocytes ä l'interieur de l'extremite ouverte du tube, la oil ils subissaient Finflucnce des produits microbiens.
Uanesthesie qui arrete la diapedese empßche aussi cette migration des leucocytes.
Gadritchewsky a renouvele ces observations et a obtenu des resultats semblables. II a constate que la plupart des cultures jouissaient de la chimiotaxie positive. II n'a rencontre qu'une exception a cette regie pour le bacille du cholera des poules qui est doue du chimiotaxismc ncgatif.
Büchner, qui a repris recemment cette etude, a constate que le corps meine des microbes doit contcnir une substance qui attire les leucocytes et dont l'injection peut produire de rinflammation purulente et de la fievre. L'auteur a fait des observations avec le pneumocoquc de Friediünder et a observö qu'une 6inulsion de ce microbe, depourvue de tout produit de secretion, exerce une action pyr^togene sur I'organisme. Cette action rösulte de la presence d'unc substance sp6ciale, qui n'est pas alteree par une temperature de 1200 et qui est necessairement li^e ä la presence des microbes, puisque l'amp;nulsion filtr^e ne piovoque pas d'inflammation. Cette substance qui fait partie du corps meme des microorganismes n'est excrd-tee que dans certaines conditions.
Büchner est parvenu a isoler cette substance et a constat6 qu'ellc offrc bcaucoup d'analogic avec les albuminoides. II lui
ocr page 135
- ii5 —
a donne le nom de proteine des pneumocoques. Cette proteine presente les reactions des albmninoi'des, mais eile se distingue par diflcrents caractcres de la mycoproteine de Nencki ; eile se rapproche davantage de l'anthraxproteine de Nencki ct Dyrmont. Par injection a des animaux, Büchner a rcconnu que cette substance est douce dc proprietes pyogenes, Les microbes, qui sent detruits dans I'organistne, mettent cette substance en liberte et provoquent ainsi une diapedese abondante. De semblables proteines ont 6te obtenues chez un grand nombre d'autres cspeces microbiennes (staphylocoque pyogene dore, bacillc typhiqne, ba-cille pyocyaniquc, etc.).
Büchner est d'avis qu'on nc peut rien conclure des ex­periences faites avec des bouillons sterilises, puisque ces liquides de culture peuvent contenir des proteines .chimiotaxiqucs; que dans ces cas on ne peut rapporter l'action pyogene ä des pro-duits de desassimilation ou dc secretion des microbes. II a constate en effet que le butyratc ct le valerianate d'ammonium, la trimetbylamine, la leucine, la tyrosinc, 1'uree, le scatol, etc., en solution aqueuse, n'excrcent aucune action chimiotaxiquc ; tandis que les caseincs vcgetales, la legumine, sont chimiota­xiqucs. II en est de meine de la gelatine, des albuminates alcalins. Buchner conclut de la que cc nc sont pas les produits ultimes de l'oxydation organique qui sont actifs vis-a-vis des leucocytes, mais bien plutöt les premiers produits de la desas­similation des albuminoi'des. L'injcction intraveincusc de la pro­teine pyocyanique augmente considerablement le nombre des leucocytes. Büchner dans un cas a constate que la proportion des globules blancs aux globules rouges avail monte de i : 3i8 ä i : 38. La cascine vegetale ct 1'albuminate alcalin ont exerce une semblable action.
Ces faits 6tablis, Büchner expliquc comme suit I'mflamma-tion. Les microbes introduits dans I'organisme sont en partie detruits et deversent leur proteine qui attire les leucocytes. Quand cette destruction partielle ne se produit pas, comma dans le charbon des rongeurs, la septic6mie des lapins, etc., il n'y a pas formation de pus.
ocr page 136
— ii6
La oü il y a inflammation ä la suite de l'injection d'un produit de dcsassimilation, cadaverine, eile est due non pas tant ä cc produit lui-incme qua des substances chimiotaxiques sccietees par les cellules irritees par le contact de cc produit.
Le chimiotaxisme est quelquefois negatif. C'est probablement a des substances douees de cette propriete negative qu'il faut rapporter le fait do Innpossibilite pour los leucocytes d'englober certains microbes. Ccux-ci sucreteraient une matiere stupefiante pour les globules blancs, qui les paralyserait. Les leucocj'tes, qui penetrent dans un foyer de suppuration, ne tardent pas ä etre paralyses; ils subissent la dögcncrcscence graisseusc, ils s'ae-cumulcnt et finissent par mourir. Ce sont ces accumulations de leucocytes morls qui constituent les collections purulentes, les abees, etc.
GamaleVa a observe que certaines especes microbiennes sont capables de transformer l'hemoglobine du sang en methemoglo-bine. C'est le cas notamment pour le vibrion du cholöra et le vibrion de MeTCHNIKOFF. Or, cette transformation exerce une action predisposante ties manifeste; eile a pour resultat de sup-primer l'ctat bacterieide des Immeurs et de favoriser ainsi l'invasion gencrale ou locale.
Enfm certaines especes provoquent ä l'interieur des tissus des phenomenes de fermentation. II nous suffira de citer le bacillc du cbarbon symptomatique, 1c bacillc septique, le Bacillus hemineci-ohiophilus de Arloing. 11 est probable que ces microbes agissent par l'intennediaire de leurs diastases sur les 61ements organiques qu'ils rencontrent dans les tissus.
Indepcndamment de ces actions directes sur l'organismc, les microbes peuvent encore l'influencer, de maniere ä le rendre r6ccptif ou refraetaire pour d'autres especes microbiennes. Roger a observe, en effet, que le lapin, qui est naturellement refraetaire au bacille de l'ccdeme malin, suecombe ä cette affection, si Ton inocule en meine temps une culture du Micrococcus prodigiosus. Co dernier organisme influence le lapin, de maniere ä le ren­dre reeeptif; il agit par un de ses produits de secretion, car
ocr page 137
— ii7 —
on obtient le meme rcsultat en injectant une culture sterilisec. Ce produit de secretion est soluble dans la glycerine et offre bcaucoup d'analogie avec les ferments solubles. Le Micrococcus prodigiosus excrce la meme influence sur I'infection par le bacillc du charbon. Monti a fait la memo observation en injectant les produits solubles secretes par certains microbes saprophytes, II obtcnait ainsi 1c retour ä la virulence de microbes pathogenes, dont la puissance nocivc setait affaiblie dans des circonstances diverses.
D'autre part, certains microbes exercent des actions antago-nistes les uns sur les autres, quand ils sc rencontrent dans un m6me organisme. Nous n'insisterons pas sur ces faits qui out dejä etc exposes dans 1c chapitre precedent, nous nous bornerons seulement ä faire remarquer que certains auteurs out cherchö ä utiliser ces antagonismes pour combattre certaines infections mi-crobiennes. C'est ainsi qu'on a combattu le charbon bacteridien en inoculant le streptocoque, le pneumocoque, le bacillc pyocya-nique, le bacille typhique, le pncumobacille de FriedlUndek, le vibrion du cholera, etc.
Woodhead et Wood ont montre, en injectant des cultures sterilisees, quo ce rcsultat serait dii aux produits solubles du bacille pyocyaniquc.
Comment agissent clans ce cas ces substances solubles? Dctruisent-elles Fötat baclericide dans certains cas, 1c devclop-pent-elles dans d'autrcs cas? Quand il y a antagouismc, les se­cretions de Tun annihilent-elles les secretions de rauhe? Wood-head et Wood interpretont leurs resultals, en admcttant que les poisons formes par le bacille pyocyaniquc ct le bacillc charbonneux s'annulent röciproquement dans I'organisme,
L'antagonisme des diverses cspeces microbiennes, les uncs pour les autres, a etc demontre par Garkh, Freudenreich et Soyka. Ces differents auteurs ont constate que des milieux, qui avaient servi au developpement dc certains microbes, devenaient impropres ä la vegetation d'autrcs cspeces. La cause, la plus commune en cst I'cxistcncc dans le milieu des produits solubles.
ocr page 138
excretes par l'espcce qui y a d'abord vegcte. Guignard et Charrin ont inontr6, en effet, que si on cultivait ensemble le bacille du charbori et celui du pus bleu, eclui-ci ne tarde pas a prendrc i'avantage, tandis que le premier dögönere et dis-parait rapidement. De memo le bacille cbarbonneux ne se döveloppe pas clans les bouillons de culture du bacille pyo-cyaniquc. Le bacille de la tubcrculose et le vibrion du cliol6ra, ne poussent pas sur un terrain d6jä occup6 par le Micrococcus prodigioms.
Les produits de s6cretion influencent non seulement I'infec-tion produitc par des microbes difierents, mais ils agissent 6gale-ment sur I'infection due ä l'espcce microbienne dont ils proviennent. Ces substances solubles, introduites au moment mßme de 1'in-oculation, favoriscnt plutot I'infection. L'affection, au lieu de restcr locale, se generalise, commc Bouchard Fa constate pour le bacille pyocyanique chez le coba3'e. Des observations ana­logues ont 6te faites par Rodet sur le cliarbon symptomatique, par Courmont sur une pseudo-tubcrculose, etc. L'emploi de la tuberculine de Koch, chez le cobaye tuberculeux, a donn6, dans ceitaines conditions, des r6sultats semblables.
Cette predisposition ä I'infection, produite par les substances favorisantes, pcut se maintenir pendant longtcmps. Cast ainsi quo Rodet et Courmont ont constate que I'impregnation par les produits solubles du staphylocoque p3,ogcne cst encore sensible apres trois mois. Cette influence prolongee ne peut s'expliquer que par une modification des proprictes des phagocytes ou par un 6tat microbiophile des humeurs. Roger, experimentant avec le streptocoque de lerysipele, a fait une observation qui vient confirmer cette dernicre hypothese. II a constat6 que I'injection de la culture filtrce augmente la rcceptivite, memo apres un mois, ct que sous rinfluence des cultures filtrecs, le serum du lapin se modifie, et ses proprictes bactericides diminuent d'une facon tres notable. L'etat microbiophile, developpc par les sub­stances favorisantes, scrait le contraire de l'etat microbicide, pro-voquc par les substances vaccinantes.
ocr page 139
— ii9 —
Dans d'aiitres cas, ces mßmes substances favorisantes agissent tout difteremment, quand dies sont injectees un certain temps avant l'inoculation des microbes virulents. Ellas d6veloppent alors rimmunit6, commc Roger l'a observe ä propos du cbarbon bacterien. L'inoculation de la sörosite filtree au lapin n'entraine pas la mort; l'animal se montre subitement somnolent. Mais si en meme temps qu'on injeete la s6rosit6 dans les veines, on in-ocule le microbe virulent dans les muscles, l'animal meurt du charbon. Si au contraire, l'inoculation de la culture virulente s'effectue vingt-quatre heures apres l'injection intra-veineuse, l'animal se montre refraetaire contre la maladie.
Courmont a 6tabli deux categories parmi ces substances favorisantes : les unes exercent une action rapide, mais passagöre, fugitive; les autres n'agissent que lentement, mais conferent une predisposition durable. Des substances de cette dernicre categorie sont söcretöes par 1c bacille de la tuberculose bovine (Courmont), le staphylocoque p3'ogeiie et le streptocoque de l'erysipelc.
Celles-ci sont favorisantes, tantöt pour l'organisme infecte, tantot pour 1c microbe envaliisseur. EUcs developpent des alte­rations dans le fonetionnement normal des organes, cllcs produisent des modifications physiologiques. Mais ä cöte de celles-ci les microbes determinent aussi des troubles d'ordre morphologique, des troubles anatomiques, qui tantot resultcnt des troubles phy­siologiques cux-memes, tantöt developpent au contraire de sem-blables manifestations pathologiques.
Les troubles anatomiques sont cssentiellement caracterises par une alteration des cellules, envisagecs en elles-mcmes ou dans leurs rapports entre ellcs. Cette alteration consiste quelcpiefois dans la dissolution complete, comrne e'est le cas pour lepithelium intestinal dans 1c cholera; d'autres fois, cllc se borne ä unc tumefaction des cellules uu a des d6generescences diverses (grais-scusc, colloi'de, amylol'de, vitrcuse, caseeusc, etc.), comme on j'obscrvc dans la tuberculose, dans le charbon sj-mptomatique, dans le cholera des poules; d'autres fois encore, eile pcut con-duire a la moitificalion lenle, a la necrose des elements ccllu-
-v
ocr page 140
laires, comme on en voit des exemples dans la pneumo-ent^rite des pores, dans I'enWrite necrosique de Salmon, etc. La mor­tification se constate egalement dans la pustule maligne de l'homme. Dans la pustule vaccinale. Weigert a signale la dögenerescence vitreuse necrosique des cellules du corps muqueux.
Dans certains cas, les cellules, qui subissent Faction irritante des microbes, se mcttent ä prolifcrer, comme on le constate dans les tuberculcs. Autour des parasites, il apparait des cellules gdantes et des cellules epithelioides, dont I'ensemble constitue la granula­tion tuberculeuse miliairc. Des formations analogues s'observent dans la tubcrculose, dans la morve, etc.
Les elements qui entrent dans la constitution du tubercule nc tardent pas ä subir une degcnerescencc vitreuse qui se ter-niinc par une veritable caseification.
Des microbes differcnts peuvent engendrer des alterations analogues, comme on I'observc clans les tubercules de la tubcrcu­lose, de la morve, do la lepre, etc. Mais le sort de ces formations varic quelqucfois d'un organisme ä l'autre; ainsi si le tubercule dc la poule subit une dcgenerescencc vitro-caseeuse, chcz le faisan, il ne subit jamais qu'unc degenerescence amyloide, bien que chez ces deux especcs animales on ait ä faire au meme agent infectieux.
Ces alterations gcncralcs peuvent se produire dans les divers organes oü parviennent les microbes. C'est ainsi que dans le coins de certaines maladies infectieuses, on observe des nephrites parenchymateuses et intcrstitielles avec degenerescence amylo'ide, des hepatites parenchymateuses ct intcrstitielles, etc.
Les microbes, qui se repandent dans le Systeme circulatoire, y provoqucnt egalement des alterations graves. Par leur accu­mulation dans les capillaircs, ils peuvent former des embolies, des thromboses, par obliteration des artercs. II pent en r6sulter des infarctus plus ou moins etendus dans divers organes (foie, reins, etc.). Dans les vaisseaux, ils peuvent occasionner des de-generescences athcromatcuses, exercer sur les parois des alterations qui les rendent plus fragiles et favorisent ainsi les hemorrhagies, les suffusions sanguines (purpura, etc.). Dans le cocur, ils peuvent
ocr page 141
121
vegeter sur l'cndocarde et y determiner la formation de nodosites sur les valvules, au point de compromettre gravement la circu­lation g6nerale.
Dans les poumons, ils peuvcnt causer une proliferation 6pitheliale dans les infundibula et des formations fibrineuses dans les cspaces interlobulaires des poumons. Dans la trachöe et dans le larynx, ils peuvent engendrer des pseudo-membranes, dont la presence pent entrainer la suffocation.
Toutes ces alterations des tissus et des organes peuvent entrainer avec elles les phenomenes morbides qui resultent des troubles apport^s dans le fonctionnement normal de ces organes. C'est ainsi que les nephrites infectieuses peuvent etre accom-pagnces d'albuminurie, d'hemoglobinurie, d'accidents ur6miques, etc. Los h6patites se compliquent naturellement de troubles de la nutrition, de glycosurie, etc. Les 16sions de l'apparcil circu-latoire donncnt lieu ä des hyperemies ou a des anemies, a des cedemes, a des hydropisies, etc.
Tous ces troubles anatomiques et les alterations physiolo-giqucs qu'ils engendrent sont sous la dependance directe des microbes, comme c'est le cas, par exemplc, pour les tubercules, les obliterations vasculaires, etc. Dans d'autres cas, ils sont pro-voquös par leurs sdcretions, comme nous 1'avons vu pour I'in-flammation, la suppuration, les intoxications septicemiques, etc. Bien souvent ces deux facteurs interviennent chacun pour leur part et concourent a determiner des alterations multiples.
Nous n'avons pas ä etudier plus en detail ces diverses lesions histologiques. Cette etude revient ä l'anatomo-pathologiste. La bacteriologie n'a en ricn modifie nos connaissanccs en Histo­logie patliologique, du moins sur le terrain morphologique. Et nous pouvons repeter avec Charrin : laquo; II est difficile de com-prendre l'opinion de ceux qui supposent que la bacteriologie a reduit a nöant la vieille Histologie patliologi(]ue; il faut pen-
ser pr6cisenient le contrairc....... Los microbes n'ont pas plus
supprimc ccttc vieille histologic, qu'ils n'ont fait dispnraitrc les causes secondes, telles que le froid, le jeüne, 1c surmenagc, etc. raquo; (TraiU de mtdecine, 1891.)
ocr page 142
Litt6rature. — Fermi, Die Leim und Fibrin lösenden und die diasta­tischen Fermente der Mikroorganismen; Arch f. Hygiene, X, i, 1890; et Weitere Untersuchungen über die tryplischcraquo; Enzyme d?r Mikroorganismen; Centralbl. f. Bakter., X, 1891. — Miquel, Finde sur la fermentation am-moniaeale et sur les ferments de Vurce; Ann. de micrographie, I, II, III,
1889,nbsp; nbsp; 1890, 189I) et Sur le ferment soluble de I'tiree; Comptes rendus, t. 111,
1890.nbsp; nbsp;— F. et L. Sestini, Ucber die ammoniakalische Gähruug der Harn­säure; Landw. Versuchsstationen, Bd. 33, 1890, et Gazz, chim. ital , vol. XX. — Feltz et Kitter, Comptes rendus, 1873. — Morelle. F.tudc bacteriologique sur les cj'stites-, La Cellule, VII, 2, 1891. — van Senus, Bijdrage tot de kennis der eellnloscgistingj Leiden, 1890. — Wysman, De diastase beschomvd als mengsei van maltase cn dextrinase; Amsterdam, 1890; et Recueil des travaux chimiques des Pays-Bas, IX, 1890. — Vignal, Sur Faction des microorganismes de la bouche et des maticres fecales sur quelques substances aUmentaires 1 Coaiplea tendixs, t. io5, 1889. — Manfredi, Boccardi et Jappelli, Influenza dei microorgaitismi sull inversione del saccarosio; Giorn. intern, d. Sc. medichc, 1887; et Sul fermento inversivo nelt organismo animate ; Mem. d. Soc. ital. d. Sc, vol. VII , ser. III, Napoli, 1888. — Gayon et Dupetit, Comptes rendus, t. 95, 1882. — Deherain et Maquenne, Comptes rendus, t. 95, 1882; et Ann. agronomiques, IX, i883, — Winogradsky, Recherchcs sur les organismes de la nitrification; Ann. Inst Pasteur, 1890 et 1891.
#9632;— Franki.and, P, et G., The nitrifying process and its specific ferment; Proc. of the royal Soc , vol, 47; Philos. transact, of the R. Soc. London, vol. 181, 1890. — Dueois, Dc la fonction photogeniquc chc$ le Pholas dactylus; Comptes rendus, t io5, 1887; et Sur le role de la Symbiose chef certains animaux matins lumineux; Comptes rendus, t. 107, 1888. — Fitz, Ber. d. deutsch, ehem. Ges., 1878, 1881, 1882, XI, XIII et XV. — Duclaux, Le lait. Etudes chimiques et microbiologiques; Paris, 1887. — Peters, Die Organismen des Sauerteigs und ihre Bedeutung für die Broigährung', Botan. Zeitung, 47, 1889. — Selmi, Sui prineipii alcaloidi natural! net visceri onde puo nascere sospetto di alcaloidi venefici; Atti Arad. delle Scicnze, Rologna, 1872. — Gautier, Tratte de chimie appliquee ä la physiologic; Paris, 1874. — Brieger, Ueber 'Ptomaine et Weitere Untersuchungen über Ptomaine; Berlin. i885. — Gautier, Cours de chimie; T. III, Paris, 1892. — Tito Careone, Ucber die von Proteus vulgaris erzeugten Gifte; Centralbl. f. Bakter., 1890. — Roux et Yersin, Memoires sur la diphtherie; Ann. Insl. Pasteur, 1S88 et 1889. — Christmas, Recherches experimentales sur la suppuration; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Hankin, Immunity produced by albumose isolated from anthrax cultures; British mod. Journ., 1889 — Brieger et Fraenkel, Untersuchungen über liaetcriengifte; Berl. klin. Wo-chenschr., 1890; et Deutsch, ehem. Ges , 1890. — Bouchard, Theorie dc
ocr page 143
- 123 —
Vinfection; Verhandl. d. X. internal, ined. Congresses, Berlin, i8qo; et Action des produits secretes par les microbes; Paris, 1890. — Grawitz et De Bary, Ueber die Ursachen der stibcuianen Entzündung und Eiterung; Virchow's Archiv, Bd. 108, iSSG. — Grawitz, Ueber die Bedeutung des Cadaverins (X Brieger) //'ir das Entstehen von Eiterung; Virchow's Archiv, Bd. 110, 1887. — Scheuerlen, Weitere Untersuchungen über die Entstehung der Eiterung, ihr Verhältniss pi den Ptoma'inen und ^ur Blutgerinnung; Fortschr. d. Med,, V, 1887. — Leber, Ueber die Entstehung der Entzündung und die Wirkung der ent^ündungserregenden Schädlichkeiten; Fortschr. d. Med., VI, 1888. — Arloing, Sur la presence d'une matiere phlogoginc dans les bouillons de culture et dans les humeurs naturelles oil ont vecti certains microbes; Comptes rendus, t. 106, 1888. — De Christmas, Recherches expcrimentales sur la suppuration; Ann. Inst. Pasteur, II, 1888. — Büchner, Berl. Klin. Wochenschrift, 1S90. —#9632; Koch, Communications sur le traitement de la tuberculose; 1890-1891. — Charrin et Gamaleia, Sur Vinflammation ; Comptes remlus Soc. Biol,, 1890. — Charrin et Gley, Recherches e.vperi-mentales sur faction des produits secretes par le bacille pyoeyanique sur le Systeme nerveux vaso-motew; Arch, de yihysiol. norm, et pathol , 1890.
—nbsp; nbsp;Charrin, Mode d'aetion des produits secretes par les microbes sur le Systeme nerveux vaso-moteur. Deductions pathologiques ; Verhandl. d. X. internat. med. Congresses Berlin, 1890, Bd. II, Berlin, 1891. — Morat et Doyon, Lyon medical, 1891. — Courmont, Thöse, Lyon, 1891. — Charrin et Gamaleia, Comptes rendus Soc. Biol., 1890. — Roger, Comptes rendus Soc. Biol., 1890. — Charrin, Sur les actions antiphlogistiques; Verhandl. d. X. internat. med. Congresses Berlin, 1890, Bd. II, Berlin, 1891. — Salmon et Smith, Experiments on the production of immunity by hypodermic injec­tion of sterilised cultures; IX. internat. med. Congress Washington, 1887 et Centralbl. f. Bacter. u. Parasitenk , II, 18S7. — Salmon et Smith, On a new method of producing immunity from contagious diseases; Proceedings of the Biological Soc. of Washington, III, 1886 — Charrin, Sur des proccdes capables d'augmenter la resistance de l'organisme ä l'action des microbes; Comptes rendus, t. io5, 1887. — Roux et Chamberland, Immunite contrc la septicemie, conferee par des substances solubles; Ann. Inst. Pasteur, 1887.
—nbsp; nbsp;Chantemesse et Widal, De Vinmumite contre le virus de la ßevre ty-pho'ide conferee par des substances solubles; Ann. Inst. Pasteur, II, 1888.
—nbsp; nbsp;Wooldridge, Note on protection in anthrax; Proceed, of the Royal Soc, vol. 42, 1887. — Roux, Immunite contre le charbon symptomatique, conferee par des substances solubles; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Hankin, Immunity produced by an albumose isolated from anthrax cultures; British medic. Journ., i88q. — Bouchard, 5h;' rclimination par les urines dans les mala­dies infectieuscs de maticres solubles, morbifiques et vaccinantes; Comptes
ocr page 144
124 —
rencUis, t. ioG, 1888. — Charrin et Ruffer, Comptes rendus Soc. Biol., 18S8. — Foa et Bonomr, Sur les intoxications preventives; Arch. ital. de Biol., X, 1S88. — EUbinski et Charrin, Soc. de Biol.. 10 mars 1888. — Manfredi et Traversa. Suit apona fisioiogica e tossica dei prodotti di coltnra dello streptoencco dell erisipela; Giorn internaz d. Sc. med., X, 1888. — Bouchard et Charrin, Sog. de Biologic, octobre 1888. — Büchner, Uebcr die im Bacterieiihorpcr enthaltene Eiterung- erregende Snbstan^ j Ucbcr pyogene Wirkung des Bactcrieninhalts; Die chemische Reizbarkeit der Leukocyten und deren ße^ie/nmg jnr Entzündung und Eiterung; Sitzungsber. d. Ges. f. Morph. p. Phys , München, VI, 2, 3, 1890. — Massart et Bordet, Recherches sur l'irritabilite des leucpcj'tes; Journ. de m6d , chir. et pharmac, 1890, et Le chimiotaxisme des leucocytes et l'iv.-fection microbienne ; Ann. Inst. Pasteur , i8.ji. — Gabritchewsky, Stil­les proprietes chimiotaxiqnes des leucocytes; Ann Inst. Pasteur, 1890, — Gamaleia, Sur la reproduction du cholera che% les lapins; Verhanill. d. X. intern, med. Congresses Berlin, 1890, II. Bd., Abth. III. — Ari.oing, Effets locaux ^ymotiques des substances solubles contenues dans les cultures du Bacillus hcminecrobiophilns; Comptes rendus, t 108, 1889. — Roger, Effets des associations microbiennes; Comptes rendus Soc. Biol, 1889. — Monti, Influenza dei prodotti tossiei dei saprophyti sulla restitutione della virulen^a di micfoparttssiti attenuati; Ac. di Lincei, i88(), II. — Woodiiead et Cartwight Wood, De faction antidotiijue, exerece par les liquides pyoeyaniques sur le cours de la maladie charbonneuse; Comptes rendus, t. 109, 1889. — Garre, Ueber Antagonistcn unter Bacterien; Correspon-denzblatt f. schweitzigen Aerzte, XVII, 1887. — Freudenreich, De Vantago-uisine des baetcries et de l'immunite qu'il con/ere aux milieux de culture; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Soyka et Bandler, Die Kntwickelung von pathogenen Spaltpilzen unter dem wechselseitigen Einßuss ihrer Zersetzungs-produlde; Fortschritte d, Med., 1888. — Guignaru et Charrin, Comptes rendus, i88((. — Roger, tgt;e la production par les microbes pathog'enes de substances solubles qui favorisent lew developpement; Comptes re1 dus Soc. Biol., 1889. — Courmont, Substances solubles favorisantes fabriquees par un bacille tuberculeux; Comptes rendus Soc. Biol., 1889. — Rodet et Courmont, Etude sur les produits solubles favorisants, secretes par le sta-jjliylocoque pyog'ene; Comptes rendus Soc. Biol., 1891. — Roger, Action des produits solubles du streptocoque de l'erysipele; Comptes rendus Soc. Bid., 1891. — Courmont, E.tude sur les substances solubles predisposant ä {'action pathog'ene de leurs microbes producteurs ; Rev. de med., 1891.
ocr page 145
125
CHAPITRE V.
Theorie de I'lnfection et de llmmunite.
L'exposition, qui a 6te faite dans les chapitres pröcedents du mode d'action des microbes sur les milieux et des milieux sur les microbes, permettra d'csquisser maintenant une thlt;5oiie de l'infection.
L'infection consiste dans l'envahissement d'un orgauisnie par un microbe pathogene.
Pour que l'infection sc produise, il faut done et il suffit que l'agent infectieux viennc au contact de l'organisine et penetre ä rinterieur des tissus de ce dernier. Getto Intervention du mi­crobe pathogene constilue la contagion. Celle-ci peut etre mediate ou immediate. La contagion est elite immediate, lorsque la com­munication de l'agent pathogene est produite par le contact direct d'un organisme malade virulifere avec im organisme sain, qiü prend par le fait meme la maladie infectieuse. Elle est ditc au contraire mediate, lorsqu'elle se fait sans ce contact direct, par le transport du virus ä travers les milieux extericurs, dc I'orga-nisme contagifcre ä I'organisme sain. Cette dcrniere a 6te appelce encore miasmatique bu infectieuse.
Independammcnt de ccs conditions, I'organisme peut encore s'infecter par les microbes qu'il hebcrgc et qui , saprophytes dans les conditions ordinaires, devienncnt pathogenes par suite de circonstances sp6cialcs. Tel est le cas du bacille commun de l'intestin qui determine la pöritonite, des qii'ime rupture de 1'intestin se produit (Laruelle), du bacille aerogene du lait qui vit 6galement dans l'intestin et pout provoquer la cystite (Mo-kelle), etc.
Verneuil a cr66 l'expression de microbisme latent pour designer cot etat de I'organisme, rccclant des microbes pathogenes qui n'attendent qu'une occasion favorable pour exercer lours actions nocives. Cette thöorie renverse d6finitu'ement la doctrine do la spontaneity, que Ton invoquait dans les cas oü Ton ne pouvait saisir l'intervention de la contagion.
ocr page 146
--- 126
Ces distinctions dans le mode de la contagion ne corres­pondent pas ä des differences dans la nature du contage; dans tons les cas la nature du contage est la meme, mais le mode de transmission diflere. La vaccine humaine et la clavelee ovine represcntent les deux types d'affection ä contagion immediate et d'affection a contagion mediate. An point de vuc niorphologique les deux virus sent identiqucs, mais tandis que la vaccine ne sc transmct que par l'insertion directe du virus dans I'epiderme, la clavel6e ovine sc communique avec une extreme facilit6 sans contact direct, loin du malade.
CiiAUVEAi) a cherche ii expliqucr cctte difference dans le mode de contagion de ces deux affections si voisines dans le nombre des parcelles virulentes ömises par les malades. Tandis que dans la vaccine les pustules sent toujours discretes, elles sont fort nombreuses dans la clavelee. Ces derniercs sont aussi plus 6tenducs et fournissent une quantite de serosite virulente bcaucoup plus grande que les pustules vaccinales. En outre la serosite de la clavelee est beaucoup plus richc en elements infectieux que la serosite vaccinalc. Chauveau a montre que le virus claveleux est trente fois plus riche en parcelles virulentes que le vaccin. De plus, si Ton songe qu'un sujet claveleux produit cent fois plus d'humeur virulente qu'un malade vaccini-fere, on rcconnaitra qu'un malade atteint de clavelee emcttra trois mille fois plus d'agents infectieux qu'un malade portant des pustules vaccinales.
On concevra aisement par la que le virus claveleux pourra se transmettre plus aisement ä travers I'atmosphere que le virus vaccin et que par consequent la contagion se transmettra plus souvent par la vole mediate dans la premiere affection que dans la seconde.
Tons les milieux peuvent servir d'intermediaire pour eflfectuer la contagion mediate. En effet, on a vu que les microbes sont r6pandus dans toute la nature avec une 6tonnante profusion ; que tous les milieux, 1'air, I'eau, le sol et tons les objets, les aliments, etc., qui sont plonges dans Tun de ces trois milieux principaux, contiennent une quantity prodigieusc de microbes ;
ocr page 147
127
que dans tous ces milieux on a döcele la presence de microbes pathogenes doues encore de toutes lours qualites virulentes et qu'ils peuvent les y conservcr pendant un temps plus ou moins long, jusqu'ä ce qu'ils arrivent au contact dun organisme dans lequel ils peuvent se dovelopper.
On conceit aisement que la presence de microbes pathogenes virulents sera surtout abondante dans les locaux oü out sojournc des animaux attcints de maladie infectieuse, les höpitaux, les etables, les ecuries, les chenils, les basscs-cours, etc. Tous les objets qui ont etc employes a l'usage cle ces animaux malades, litiere, creche, ratelier, foUrrage, harnais, couvertures, pieces de pansement, etc., pourront etre contamines et servir ä propager la maladie.
Dans tous ces cas la contagion est dite naturelle; eile nc s'attaque qu'ä des animaux qui prennent spontanement la maladie, e'est-d-dire qui la prennent dans les conditions naturelles, indc-pendamment de l'intervention do I'homme. II est des animaux qui ne contractent jamais spontanement certaincs affections micro-biennes, mais qui la prennent parfaitement a la suite d'une inoculation experimentale. Tel est lo cas, par exemple, pour I'homme et le bceuf ä regard do la vaccine, tamlis que les solipodes la prennent en dehors de l'intervention de l'cxperimentateur. D'autro part, la tubcrculose s'attaque spontanement a I'lioinmc, au bceuf, quelquefois au cheval, et au pore; olio est inoculablc au lapin et au cobaye. Le charbon bactcrion frappe spontan6ment le mouton, le bceuf, le cheval, le rat, le cobaj'e, le lapin; le chicn et le pore ne le prennent que par inoculation.
Dans tous les cas oü la contagion necessite l'intervention de l'expöiimentateur, eile est dite artificielle ou experimentale.
La contagion effectu6e, e'est-a-dire le contact du virus avec un organisme stabil, pour que l'infection se produise, il faut que les germes infectieux penetrent ä l'intörieur des tissus de cet organisme.
Aussi longtemps que les germes restent localises au sein des Epitheliums, ä la surface de la peau et des muqueuses, ils n'excrcent aueune action sur rorganismc; mais aussitot qu'ils ont d6pass6 cette barri^re, qu'üs ont p£n6tr6 ä l'intörieur du tissu
ocr page 148
128
conjonctif, ils sc mcttcnt a v6g6ter et developper des phenomenes morbides, dont I'ensemble constitue la maladie infectieuse.
Les microbes sont absolumcnt incapablcs do traverser les epitheliums stratifies, normaux; ils doivent a cct eftet, rencontrer une erosion, une solution de continuity, Une exception doit fetre etablic pour la muqueuse oculaire, qui pent parfaitement se laisser traverser par les microbes, en debors de tout trau-matisme. Dans les regions oil il n'existe qu'un epithelium simple, forme d'unc scule couche de cellules, comme dans 1'appareil digestif, les poumons, la penetration des microbes s'effectue tr6s aisement. Cettc penetration sera surtout facile, si Ton songe qua le tissu conjonctif reticule dc la muqueuse intcstinale s'engage entre les elements epitheliaux, ct atteint ainsi la lumiere de de l'intestin, comme M. De Bruyne vient de l'ötablir en rap-pelant une opinion oubliee de Watney.
Une fois que les microbes ont penetre a l'interieur du tissu conjonctif, ils se mettent ä v6g6ter, Cette vegetation s'accompagne naturellement d'line multiplication active et d'une secretion toxique. Cette double action a pour r6sultat de produire, au point oü la penetration s'est effectu6e, un accident local, variable. Get accident sera tantöt un oedeme simple determine par I'accumu-lation d'une serosite pale entre les fibrilles du tissu conjonctif; tantöt ce sera un oedeme inflammatoire formö d'un exsudat et accompagnc d'une diap6dese de globules blancs. D'autres fois, il y aura formation d'une pustule entource d'une simple aureole phlogosec, comme dans la vaccine, ou d'un oedöme etendu, comme dans le charbon de l'homme. On pent observer egale-ment des tubercules ulceres ou non, des tumefactions plus, ou moins etendues, des collections purulentes, de la n6crose ou des fermentations, comme e'est le cas, par exemple, dans la septicömic gangrencuse et le charbon symptomatique.
Dans d'autres cas, on n'observe aucun accident local; e'est le cas, par exemple, pour la rage, le charbon chez les animaux, lorsque rinoculation est faite dans l'epaisseur de la peau. Dans le tissu conjonctif lache, l'inoculation du charbon determine un ccdeme aigu.
ocr page 149
— lag —
En m6me temps que les microbes determinent ainsi I'acci-dent local, ils clieminent a travels les mailles du tissu conjonctif et penetrent dans les espaces et les vaisseaux lymphatiques. C'est principalement par la voic lymphatique que les germes infectieux se r6pandent dans 1'organisme, Cctte v6rite a ete mise en evi­dence par les observations de Colin et de Toussaint. Ces auteurs ont montre que les ganglions dc la region inoculee etaient les premiers infectes, et qu'ils contcnaient les microbes avant qu'il y en eut clans le sang. Ils ont pu ainsi etablir dans la plupart des cas le mode d'infection, en rccherchant les ganglions qui avaient subi les premiers l'infection. MuSKATBLÜTH a etabli de memo quo les microbes pathogenes, introduits sur la face interne du poumon, se propagent par les Ij'mphatiques, plutöt que par les vaisseaux sanguins. #9632;
Dans tous les cas, la propagation des microbes se fait par le Systeme lymphatique. On ne connait qu'une seule exception ä cette regie : 1c virus tuberculcux inocule au lapin frappe directement le poumon, sans laisser aucunc trace de son pas­sage dans le S5'steine lymphatique.
On a admis pour la rage unc autre voie de propagation, la voie nerveuse. On a ete amenc ä cette conception par des considerations d'ordre clinique. On observe, en effet, du four-millement dans la region mordue, et de l'endolonssement dans les nerfs etendus de ce point aux centres nervcux. En outre, il existe un rapport constant entrc la dur6e de l'incubation et la longueur des cordons nerveux se rendant vers la morsure.
II rösulte en outre des experiences de di Vestea et Zagari, que I'inoculation rabique a I'interieur d'un nerf cst plus sine que I'inoculation sous-cutanee; quo l'incubation cst plus courte, quand I'inoculation est intra-ncrveuse que quand clle est sous-cutanöe et faitc a la memo region, mais eile est plus longue qu'apres une inoculation intra-eränienne; qu'apres une inoculation dans le nerf sciatique ou dans le nerf cubital, la paralysie de­bute toujours par le mcnibre corrcspondant et s'y montre toujours plus considerable; enfin, qu'apres I'inoculation du nerf sciatique.
10
ocr page 150
i3o
la virulence et les troubles fonctionnels apparaissent d'abord dans la moelle lombairc, ensuite dans le bnlbe rachidien. Les observations de Bardach et de Roux confinnerent les observations des deux savants Italiens; ils constaterent la presence du virus rabique dans les nerff. ptfripberiques, et Bardach transmit la rage en inoculant 1c sue des nerfs du bras droit d'un liommo qui avait suecombe ä la suite d'une morsure faite ä la main droite par im loup enrage. Lc sue du nerf du bras gauche du m6me individu fut inoculö sans resultat. Toutes ces observations ten-dent done ä faire admettre la propagation du virus rabique par la voie nerveuso ; mais il serait temeraire d'affirmer qu'elle s'ef-feclue exclusivement par cette voie. II est probable qu'elle peut sc faire egalement par la voie lymphatique et sanguine.
La rapidite, avec laquelle les virus se propagent au-delä du point d'inoculation, est ties variable. Dans tous los cas, eile semble ties grandc. On a cssaye de la calculer en detruisant apres un temps plus ou moins long Tendroit oü Tinoculation a 6t6 pratiqu6e, soit par cauterisation, soit par ablation com­plete. Les resultats obtenus ne permettent guere de formuler de regle uniforme; on ne peut que citer des observations isolees. La cauterisation pratiquöe dix heures apres Finoculation n'a pas arr6t6 le d6veloppcment de la morve; apres cinq minutes, eile a 6t6 incapable dc prevenir revolution de la clavelee (Renault). L'amputation de Ibrcille inoculee avec le charbon n'a pu, apres cinq, quatre et meme trois minutes, arreter la maladie.
II est probable que la rapiditö de la propagation des virus depend dc la vitesse de la circulation lymphatique, de la qualit6 de la lymphe, de la temperature et de l'activitö des phagocytes. De plus, il est probable que la vitalite des microbes eux-m6mes exerce une influence sur cette rapiditd : si la v6g6tation est lente, la propagation se fera tardivement; si au contraire eile est active, eile se fera rapidement.
Cette incubation locale dtant ainsi fort variable, on con9oit qu'au point de vne prophylactique, il Importe toujours de s'atta-quer le plutot possible ä l'accident local, par la cauterisation
ocr page 151
— i3i —
ou par I'ablation. Cette pratique donnc en effet des resultats satisfaisants dans la propliylaxie de la rage.
Les virus, circulant ainsi dans le Systeme lymphatique, ne tardent pas a penctrer dans le Systeme sanguin. On confoit qua la gön6ralisation de Finfection est obtenue alors d'cmblöe. On obtient le memo resultat en introduisant directement les virus dans le sang par i'lnjection experimentale. Si celle-ci est bien faite, si aucun microbe nest repandu dans les tissus cir-convoisins, il n'y aura pas de lesion locale au point do I'injection, et l'infcction se generalisera immediatement. Si alors on observe des localisations speciales, celles-ci constituent des accidents secondaires, qui peuvent se produire loin du point oü I'injection a 6t6 faite. C'est ce qu'on observe, par exemple, pour les Erup­tions qui suivent parfois les injections intraveineuses de vaccin chez le cheval et les tumeurs crepitantes qui accompagnent exceptionnellement les injections de charbon symptomatique chez le bceuf.
Le sort des microbes introduits dans le sang, les troubles anatomiques et physiologiques qu'ils peuvent y determiner, ont 6t6 exposes dans les chapitres precedents. Nous n'avons pas ä y revenir ici.
La voic d'introduction des microbes exerce unc notable influence sur l'infcction. S'il y a des microbes qui sont inoculables par toutes les voies (peau, tube digestif, apparcil rcspiratoire) , il en est d'autres qui ont des voies de predilection, oü lour action est plus sure. Tel est le cas pour 1c virus rabique qui s'inocule de pröference dans les centres ncrveux. Par la voie sanguine, il döveloppe l'immunitö.
De semblables observations ont et6 faites pour la peripneu-monie contagieuse (Chauveau), pour le charbon symptomatique (Aeloing), pour la septiccmie gangreneuse (Chauveau et Arloing), etc.
La vaccine est inoculable aux solipedes par la voic sanguine; eile ne Test pas chez le boeuf par I'inoculation intraveineuse. Le virus de la p6ripneumonie bovine et celui du charbon symp­tomatique sont inoculables dans les regions oü le tissu conjonctif
ocr page 152
l32
est lache; ils ne le sont pas lä oü cc tissu est dense (extrömitö de la queue). Les effcts sont alors purement vaccinaux. Unc observation analogue a cte faite pour le microbe du cholera des poules, tpiand I'injection est faite a l'iiiterieur des muscles pectoraux.
Les conditions n6cessaires ä la production d'unc infection sont done multiples et variables suivant les microbes pathogenes et suivant les organismes infectcs. Mais cllcs ne nous renseignent guere sur la maniere dont I'infection setablit. Bouchard a essay6 d'esquisser une theorie de I'infection basee sur I'action reciproque des agents infectieux et des organismes les uns sur les autrcs.
Quand un microbe patbogenc penetrc, ä la faveur de con­ditions particulieres, a l'interieur des tissus ou des humeurs d'un animal, il y rencontre un milieu plus ou moins favorable ä son devcloppement. Si ce milieu est douc de proprietes micro-bicides, le microbe ne se multiplie pas et il n'y a pas de maladie. Si au contraire le milieu n'est pas microbicide, le developpement so produit aussitöt. S'il est mediocrement microbide, il se pro-duit une destruction premiere d'un certain nombre delöments microbiens. Cettc destruction a pour effet de mettre en liberte unc ccrtaine quantite dc proteine qui favorise la diapedese ct parlant la phagocytosc; celle-ci intcrvient egalement pour de-truire un certain nombre delements infectieux. Mais en meine temps que ces plienomenes se passent, les microbes non attaints secrctent leurs diastases, qui modifient plus ou moins le milieu ambiant ct le rendent favorable a la v6g6tation microbienne. Alors le developpement de l'agent infectieux peut se poursuivre et la maladie a commencö.
Des lors le microbe se multiplie ct secrete de plus en plus ses produits toxiques, dont I'action a etc etudife dans les cha-pitres precedents. L'intoxication se poursuivant sans cesse a mesure du developpement des microorganismes, la raort ne tarde pas a survenir, malgre les efforts que I'organisme fait pour filiminer les poisons par le rein, pour les transformer a l'intörieur des tissus. Mais e'est alors aussi que I'organisme met en ceuvre des moyens dc defense qui sont le phagocytisme et l'etat microbi-
ocr page 153
— i33
cide. Nous avons vu que ces deux moyens de defense pouvaient etre incites par I'action microbienne elle-meme : I'etat microbicide est dcveloppe par les secretions microbiennes et ne constitue ainsi qu'une arme d'emprunt; 1c phagocytisme, au contraire; appartient en propre ä l'organisme, mais est sollicite par les microbes eux-memes secretant leurs produits favorisant la diape-dese. Si les söcretions microbiennes developpant letat microbicide et la phagocytose font dcfaut ou si elles sont masquees par des secretions plus abondantcs ou plus actives, douees de proprietes opposces, rorganisme est livrc sans defense a l'cnvahissement de ses enncmis. Si, au contraire, ces secretions favorisantes effectucnt pleinement leur action, rorganisme se trouve ä meme de lutter avec avantage et parvient a se debanasscr de ses envahisscurs.
On pcut ainsi conccvoir dans la maladic infectieuse une premiere periode, pendant laquellc les microbes paralysent le centre vaso-dilatateur, et font que Finfection et l'intoxication vont sans cesse croissantes; a cette premiere periode en succedc une seconde, pendant laquellc s'etablit letat microbicide qui attenuc le microbe, diminue ses secretions toxiq ues, de manicrc a laisser s'accomplir le phagocytisme c|ui terminc la maladie. On voit done quo les produits microbions nuisiblcs agissent les premiers; les produits utiles n'agissent que tardivement. Mais reffet nuisiblo cesse bientöt, tandis quo I'cffet utile persistc longtcmps.
La guerison ainsi obtcnue est la principalc manifestation de rimmunite. L'immunite est naturelle ou clle est acquisc. On a proposö un grand nombre de theories pour cxpliqucr I'immunitu. A raison du grand intüict qui s'attachc a cetlc question, nous les passerons rapidement en revue en en faisant la critique.
D'apres une premiere thtorie, un premier devcloppement de microbes soustrait dc rorganisme une substance necessaire au devcloppement de cette espece, et Fabsence de cette substance empeehe toute invasion nouvellc de cc memo microbe. Formulec tout d'abord par KLEES, ccttc tlieorie fut mise en lionncur par PASTEUR, a la suite de ses etudes sur le cholera des ponies. Pasteur avait observö que le bouillon, clans Icquel il cultivait
ocr page 154
134
ce microbe, devenait peu a peu impropre ä une nouvelle culture, ä mesure quo la vegetation progressait ä son Interieur. Lorsque la vegetation 6tait achevee, le bouillon 6tait incapable de nourrir une nouvelle culture de ce meme microbe, tandis qu'il pouvait favoriser la culture d'une autre esp^ce microbienne. D'apres cela Pasteur concluait ciu'un microorganisme puise, dans le milieu oü il vegete, les elements qui lui sont necessaires et qu'une fois que ces elements sont epuisös, le milieu devenait impropre a une nouvelle culture. II etendait cette conclusion aux organismes qui, ayant ete en proie ä une premiere attaque des microbes, conservaicnt leur immunite contre une seconde attaque.
Cette theorie n'est pas a l'abri des objections. La theorie de lepuisement Concorde mal avec cette observation de Grawitz, quo I'immunite conferee, d'une part par une pustule vaccinale, et d'autre part par les nombreuses pustules d'une variole con-fluente, est cgalement effective, bien que dans les deux cas eile soit due ä des masses de microbes qui ne sont pas numeri-quement comparables.
En outre, la tbeorie de l'epuisement explique mal la persistance de I'immunite; car on concoit difficilement,. que I'organisme , obeissant ä sa tendance naturelle qu'il prcsente ä se reconstituer ä l'dtat normal, ne röacquerrait ces substances absorbees par un premier d6vcloppement de microbes,
Aussi Chauveau ne tarda pas a proposer une seconde thdorie, qui s'appliquait aussi bien aux faits observes par lui, qu'a ceux sur lesquels Pasteur avait base sa theorie, A la theorie de l'epuisement, Chauveau opposa sa theorie de l'addition d'une matiere empechante, Chauveau avait cbserv6 que les moutons barbarins etaient refractaires contre le charbon bact^ridien, mais qu'ils prenaient la maladie lorsqu'on leur injectait des doses massives de microbes charbonneux, Ce fait concordait fort mal avec la theorie de Pasteur, car des terrains impropres ä la vie de quelques bacilles, soi-disant par epuisement, deviennent tout s. coup aptes a en nourrir des legions, Chauveau en a conclu que les microbes ne rendaient pas les milieux impropres
ocr page 155
— i35 —
ä de nouvellcs cultures par 6puisement des 616ments necessaires au d6veloppement, mais par addition de substances nuisibles, produits de desassimilation, qui, s'aecumulant, finissent par rendre le milieu inapte ä nourrir les meines microorganismes.
Chauveau crut dömontrer la röalite do sa. theorie eu etablis-sant que les agneaux, nes de meres inoculees du sang de rate pendant la gestation, deviennent tous refraetaires au virus char-bonneux. II achnettait ä cet effet, que le placenta jouait le role de filtre, que les microbes ne pouvaient traverser le placenta pour venir influencer les foetus, mais que les substances solubles, söcretees par les bacilles, traversaient le placenta et venaient modifier rorganisme des agneaux, au point de les rendre re­fraetaires. Nous verrons, en ctudiant l'heredite de rimmunite, ce qu'il faut penser de cette observation de Chauveau.
Cette observation netait du restc pas de nature ä renyerser la theorie de lepuisemcnt; car si le placenta laissait filtrer les produits nuisibles de la mere au feetus, il pourrait aussi per-mettre le passage des substances utiles du foetus ä la mere, et produire ainsi rimmunite par lepuisement de rorganisme fcetal.
La theorie de Chauveau , pas plus que celle de Pasteur, n'est ä meine d'expliquer la persistance et l'heredite de rimmunite.
En presence de l'insuffisance de ces theories, on a cherchö a expliquer rimmunite par ce fait que dans la lutte entre les cellules du corps et les germes pathogenes, l'energie vitale et le pouvoir d'assimilation des premieres etaient augmentes. La trans­mission hereditaire de ces proprietes physiologiques aux genera­tions suivantes de cellules provoquerait rimmunite. Grawitz, qui a propos6 cette thöorie, ne l'a appuyee d'aucuno demonstration experimentale. Dans cette hypothese, les virus attenues habitue-raient les elements anatomiques ä la lutte, les aguerriraient en quelque sorte en les obligeant ä se defendre et ä ropousser les attaques du parasite; en un mot, les cellules de l'organisme sortiraient de la lutte avec des proprietes nouvelles qui les ren-draient plus r6sistantes,
Cette interpretation, conforme aux idees de Viuchow sur la
ocr page 156
— 136
I
theorie cellulaire, ne constitue en sommc qu'une simple vue do l'esprit. Ccttc accoutumancc de l'organisme aux attaques des microbes n'a pas 6te confirmee par rexperimcntation et la lutte des 616ments cellulaires contrc les microbes n'a pas cte davantage scientifiqucment demontrec.
La decouvertc dc la phagocytose par Metchnikoff cst venue donncr line certaine consecration ä cette theorie. Pour cet auteur rimmunitc consistcrait dans une aptitude des leucocytes et des cellules fixes du tissu conjonctif a englober ct detruire les mi­crobes. Cette aptitude serait plus ou moins dcveloppee chcz les diverses especes animales; rödulte au minimum chez les especes receptives, eile existerait ä un degre 61ev6 chez les especes refrac-taires. Entre ces deux extremes il existerait tous les intermödiaires. Dans rimmunit6 acquise, eile resulterait de l'habitude eveillee dans les phagocytes par un premier contact avec des microbes attenues.
D'apres Metchnikoff , rimmunitc resulterait done d'une modification dynamique des leucocytes.
Commc toutes les theories anterieurement expos^es, la th6orie de la phagocytose est insuffisante pour expliquer tous les faits observes. Comment du reste admettre qua la phagocytose s'exerce par. le simple contact avec les microbes. Ce contact est 6videm-ment le meme qu'il s'agisse de microbes virulente ou de microbes attenuös. Or, eile ne s'exerce en realitö, efficacement du moins, qu'a regard de ces derniers. De meme, comment expliquer 1'im-munit6 du foetus dans le sein de sa mere, si le phagocytisme resulte du simple contact avec les microbes? En outre, la pha­gocytose ne s'exercant qu'en un point restrcint de l'organisme, comment expliquer I'immunite acquise par l'organisme tout entier.
Toutes ces questions sont insolubles, si le phagocytisme ne rösulte que du simple contact des leucocytes avec les microbes. La phagocytose est un ph6nomene bien reel, düment constate, qui s'exerce normalcment avec plus ou moins d'intensitö dans les divers organismes. Mais ne pcut-il etre mis en jcu par d'autres actions que cclle du simple contact? Les observations
ocr page 157
137
de Massart et Boudet d'une part, et de Gabritschewsky d'autre part, ont attir6 l'attention sur un mode d'aetion sp6cial qui serait de nature a öclaircir cette theorie de la phagocytose. Ces auteurs ont observö en effet, comme nous l'avons vu, que las microbes jouissont de la proprietö de seeröter des substances spdciales douees de chimiotaxie vis-ä-vis des cellules migratrices. Les leucoe3'tes seraient attires par ces substances et se porteraient en abundance vers le point ou elles sont seeröttes et oü par consequent se rencontrent les microbes. Arrives au contact de ces derniers, les globules blancs rempliraient leur röle de pha­gocytes et d6truiraient les parasites.
Cette thtorie de la chimiotaxie complete tics heureusement la th6orie de Metchnikoff ; eile est de nature ä expliquer des particularity que la phagocytisme laissait encore sans solution ; mais ce serait s'abuser que de croire qu'elle suffit ä expliquer d'une maniere satisfaisante tous les fails observes. En effet, on a constate que le bacille du cholera des poules secrete des produits a chimiotaxie negative, e'est-a-dire des produits qui exercent une action repulsive sur les leucocj'tes et par consequent empecbent la phagocytose. Et pourtant une premiere atteinte dc la maladie confere Fimniunite. D'autre part, il est des microbes pathogenes a chimiotaxie positive qui ne conforent pas I'immu-nite. Tel est, par exemple, le cas pour le streptocoque de Fery-sipele. Dans cette affection on constate les signes d'une phagocytose tres 6nergique et pourtant les malades ne recueillent pas les benöfices de l'immunit6.
La decouverte des vaccinations chimiques est venu jetcr un jour tout nouveau sur cette question dc rimmunitc. Elle a montre quo les microbes n'agissent pas tant par leur contact avee I'orga-nismc que par leurs produits solubles d'excretion; que parmi ces produits il y en avait qui dcterminaient rcnsemble des symp-tomes morbides qui accompagnent la maladio infecticuse, quo d'autres exercent une action favorable, vaccinante. L'action de ces produits a ete etudiee dans le chapilre prc'ccdcnt. Nous y avons vu quo les uns favoriscnt la phagocytose, quo les autres
ocr page 158
— i38 —
cr6ent l'ötat microbicide. Ces derniers sont les plus importants au point de vue de Fimmunite acquise, parce que I'etat microbicide consiste en un effet qui durc longtemps. C'est cet effet durable qui constitue Fimmunite.
On concoit en effet d'apres cela que si un microbe, par Utl premier söjour dans I'organisme, y produit par ses söcrötions I'etat microbicide, il trouvcra dans les tissus de cet animal un milieu fort döfavorable ä un nouveau d6veloppement, qui le plus souvent sera tres difficile et peut-ctre mcme impossible. La premiere atteinte de la maladie a procure ainsi a. I'organisme une vaccination contre toute nouvclle atteinte. Ainsi un meme microbe virulent, introduit chez un animal vaccine, s'y com-porte tout diflcremment que chez un animal neuf. Tandis qu'il ne developpe pas la moindre diapedese chez celui-ci, il en provoquera une abondante chez celui-lä. Chez l'animal vaccinö le microbe pathogene se developpe mal et ses secretions sont partiellement taries : elles sollicitent la diapedese, mais elles ne produisent plus en quantite süffisante la substance qui s'oppose ä la diapedese et le phagocytisme pent s'effectuer sans entraves,
Teile esl brievement exposöe la thcorie de l'immunite teile que Bouchard I'a formulee ä la suite des nombreuses observa­tions faites ä ce sujet dans ces derniercs annees tant en Allemagne qu'en France. Mais si cette theorie est plcinement satisfaisante pour expliquer l'immunitö acquise, il n'en est plus de möme, quand il s'agit de l'immunite naturelle. En effet, nous avons vu qu'il resulte des travaux de Beiiring et Nissen que le s6rum des animaux refractaircs pent constituer d'cxcellents milieux de culture pour les microbes pathogenes, tandis que le s6rurn d'animaux reccptifs pouvait ctre microbicide pour les microor-ganismes infecticux. Par consequent riminunite naturelle ne resulte pas de I'etat microbicide.
Certes, chez l'animal naturcllement rcfractaire, les microbes virulents provoqucnt egalcment la diapedese et le phagocytisme; mais ce n'est pas parcc quo le virus s'attenuc au sein des tissus comme chez le vaccine. Bouchard suppose que ce resultat est
ocr page 159
quot;#9632;#9632;quot;
i3g
du a. line sensibilite moindre du Systeme nerveux pour les pro-duits toxiques qui empechent la diapedese. Cette indifference naturelle du Systeme nerveux n'est pas absolue; eile peut 6tre vaincue. II suffit a cet effet d'augmentcr la dose des produits microbiens; on einpeche ainsi la diapedese et on obtient I'infection gönerale. Une experience de Roger vient corroborer cette con­ception de 1'immunite. Le lapin est naturellement refractaire au bacille du charbon symptomatique. On inocule dans la chambre anterieure de l'ceil chez cet animal une culture de ce microbe. Ainsi a l'abri des leucocytes, il se developpe et secrete ses poisons qui so repandent pen a peu clans I'organisme, Alors on fait une seconde inoculation ä la cuisse et I'infection gene-rale se produit. Cette experience montre que la vegetation du microbe a jete dans la circulation une proportion süffisante de substances pour empecher la diapedese. On obtient un semblable resultat en inoculant directement le microbe accompagne d'une grande quantite de ses produits.
Cette conception de l'immunitö, outre qu'elle a I'avantage de comprendre les diff6rents facteurs qui intcrviennent dans la lutte reciproque des organismes et des microbes, et qu'elle est ainsi de nature a donner une interpretation satisfaisante de la plupart des faits observes, permet cgalcment d'expliquer la transmission höröditaire de l'immunite.
Deux cas peuvent se presenter : la maladie virulente attaquc la mere pendant sa gestation, ou bien la mere est guerie depuis un temps plus on moins long, avant la conception.
Dans le premier cas, rien n'est plus aise que de concevoir la transmission hereditairc de l'itnmunitö an foetus. Les rapports de ce dernier avee sa mere sont assez etroits, pour permcttre tons les ^changes nutritifs, et par consequent toutes les modifica­tions que subit la mere peuvent affecter egalement le foetus. Le placenta constitue un filtre, ä travers lequel les produits micro­biens, deverses dans le Systeme circulatoire de la mere, peuvent passer pour aller influenccr I'organisme fcetal. Bien plus, on s'est demande si les microbes ne pouvaient pas passer dc la mere au
ocr page 160
— 140
fetus par les vaisseaux placentaires. Sur la foi d'observations anciennes de Buauell, Davaine et Bollinger, ce passage avait ete nie, et 1c placenta etait considerc comme opposant une bar-ricie infranchissable au passage des microbes de la mere au fcctus. Mais plus recemmcnt, les observations simultanees de Straus et Chamberland , de Sangalli et de Perroncito ont montre que ce passage est possible ct s'effectue en realite dans certains cas. Depuis lots des observations somblables ont 6te faites par un si grand nombre d'obscrvateurs, qu'il n'est plus pertnis de doutcr de la realite do ce passage des microbes de la mere au fcetus, ä travels le placenta.
Pour les uns, ce passage s'effectue par simple diapedese des microbes ä travers les endotbcliums vasculaires • du placenta, sans neccssiter des alterations pathologiques preexistantes, he-morrhagics suites de thrombus bacillaires (Birch-Hirschfeld , Latis, LUBARSCH, etc.). Pour d'autres, au contraire, ce passage n'est possible qu a la favour d'alterations vasculaires (Wolff , Malvoz, Rosenblath, etc.). Ces 16sions n'ont pu etre observees dans tons les cas, et quand elles existent, clles sont produites par les microbes eux-memes (Birch - Hirschfeld , Virchow , Lubarsch, etc.). Par consequent il Importe peu de savoir si les microbes passent par diapedese ou a la faveur d'alterations vas­culaires, du moment qu'ils provoquent eux-memes ces alterations. On peut conclure que ce passage est possible.
II a du reste ete constate cxperimcntalement et clinique-ment pour le cbarbon bacteridien (Straus, Chamberland, Perron­cito, Koudassoff, Birch-Hirschfeld, Simon, Malvoz, Latis, etc.); pour le charbon bacterien (Arloinc, Cornevin et Thomas); pour la morvc (Löffler, Cadeac et Malet) ; pour le cholera des poules (Kroner, Malvoz); pour le rouget des pores (Koudassoff); pour le diplocoque de la pneumonie (Foa et Bordoni-Uffre-duzzi , Lubarsch) ; pour le microbe de la pneumonie bovine (Hell, Martens); pour 1c bacille de l'oedöme malin (Koubassoff); pour le bacille dc la tuberculosc (Johne, Malvoz ct Brouwier, Birch-Hirschfeld et Schmore, Rindfleisch, Gaertner, etc.); pour le typhus (Reher, Neuhauss, Chantemesse et VVidal, Ederth,
ocr page 161
— i4i
Hildebrandt, etc.); pour le cholera (Tizzoni et Cattani); pour le streptocoque septique et le staphylocoque pj'ogene dore (Oberdiek).
La transmission de la rage de la mere au foetus, a etc aussi observee par Perroncito et Carita.
En presence d'observations aussi nombreuses, il n'est plus permis de nier la possibilite du passage des microbes do la mere au feetus, ä travers le placenta; aussi dans ce cas, rinterpre-tation theorique dc la propagation de rimmunite ne presente pas de difficultes serieuses. Mais il n'en est plus de meme, lorsque la maladic infeetieuse a evolue avant repoque de la conception.
Pour interpreter dans ce dernier cas la transmission dc rimmunite, il faut sc rappelcr la modification provoquec dans I'organisme materncl par le devcloppemcnt microbien. Cettc mo­dification, qui consiste dans I'etat microbicide, cst durable et assure ainsi la perennite de rimmunite acquise. Cot etat microbicide, qui affecte non seulement les humeurs de I'organisme, mais encore les differents tissus, se transmct dans les elements dc ceux-ci de generations en generations. Or I'oeuf, comme toutes les autres cellules, participe aux modifications introduites dans I'organisme par les microbes; il est egalemcnt done de proprietes nouvclles qui se retrouveront dans toutes les cellules qui proviendront dc l'ovLÜe. Dans ces conditions on concoit aisement que les pro-pn6t6s de la femelle soient ainsi transmises au produit. Cette transmission est, du resle, un fait d'observation ; Arloing, Cor-nevin et Thomas, out constate, en effet, que le produit d'un taureau et d'une vache, vaccines contre le charbon symptoma-tique, est doue d'immunite ä legard dc cette affection,
Ici se pose naturellement la question dans quelle mesure intervient le pere dans la transmission de rimmunite. Si Torga-nisme paternel est sous 1c coup d'une infection, au moment de l'acte fecondant, les microbes peuvent etre rejet6s avec la liqueur fecondante, et venir infecter non seulement I'ovule, mais encore I'organisme maternel. Les observations de Landouzy et Martin ne laissent aucun douto ä ce sujet. De plus, LlNGARD, en in-oculant les fujtus avec le charbon, a constate que les bacilles
ocr page 162
— 142 —
passaient du foetus a la mere, et que celle-ci pouvait acquörir Fimmunitö contre la maladie, par l'intermddiaire de 1'organisme foetal.
Lorsque la maladie infecticuse a evolue longtemps avant l'acte de la fecondation, le pere devenu refractairc peut encore transmcttre I'immunite au produit. Cette transmission s'explique chez le pere comme chez la mere. En eflfet, dans l'acte de la fecondation I'clement male intervient pour une part cgale avec lelemcnt femello ä la constitution du nouveau geline. M. Carnov a ete le premier a montier que le spermatozoide participait non seulcment par son noyau, mais egalcment par son protpplasme, ä la fecondation de l'ovule. Depuis lors ses observations ont ete confirmees par divers auteurs et v^rifiees non seulement dans le regnc animal, mais encore dans le regne vegetal. On concoit done que dans ces conditions le spermatozoVde transmette au gernie les proprietes paterncllcs, au meme title que l'ovule lui transmet les proprietes maternelles.
En presence des benefices que confere l'immunitö naturelle, on a chcrche ä procurer I'immunitfi artificielle. On a observe quo dans la plupart des maladies infectieuses, une premiere atteinto premunit l'orgänisme contre toute nouvelle attaque de la meme affection et qu'une atteintc legere suffit pour creer I'imniunite a legard de l'affection la plus virulente. On a done chcrche les mo3'ens de provoquer par des inoculations preventives des troubles d'une benignity sure et constante. A cet effet on dispose de six methodes que nous examinerons successivement.
Inoculation dun petit nombre de microbes infectieux.
— On conjoit que pour une meme espece microbienne virulente l'action sur l'orgänisme sera d'autant plus intense que le nombre des agents infectieux sera plus considerable. L'orgänisme pourra lutter avec avantage contre une petite quantity de virus, qu'il ne le pourra plus contre une quantite plus forte. C'est ce que Chauveau avait deja montr6 par ses experiences avec des doses massives de bacilles charbonneux sur les moutons d'Algdrie. II essaya done de vacciner les moutons contre le charbon bactamp;idien
ocr page 163
#9632;^
— 143 —
et le charbon bacterien avec des humeurs ou des cultures viru­lentes diluees. Mais comme la virulence est une qualite eminom-ment variable et impossible le plus souvent a determiner, il est difficile d'apprecier le degr6 de dilution convenable et les resultats sent le plus souvent incertains.
Neanmoins l'influence de la dose des virus sur les resultats de l'inoculation a etc constatee pour 1c charbon, le virus clave-leux (Peuch), la rage (Hoegyes), le staphylocoque pj'ogene (Rodet). Suivant la dose employ6e, on obtient des resultats variables. Watson-Cheyne a cherche ä preciser le nombre de microbes, d'une espece pyogene necessaircs pour produire des effets difierents. II a constate que g millions do microbes n'exer-caient aucune action sur I'organisme, quo 10 ä 112 millions determinaient la formation d'un abees et que plus de 225 millions entrainaient inevitablcment la mort.
Mode particulier d'introduction des agents infectieux.
— Le mode d'introduction des microbes excrce une influence considerable sur le rösultat de l'inoculation. C'est ainsi que le virus de la peripneumonie contagicuse du bceuf, inocule dans le tissu conjonctif sous-cutane, dense, serve, de la region caudalo, determine generalement une legere tumefaction et conferc I'im-munite; tandis quo ce meme virus inocule en toute autre region cause des tumefactions 6tenducs, presque toujours mcurtrieres. De meme l'inoculation sous-epidermique de la vaccine donne naissance ä des pustules vaccinales et confere I'iminunite; tandis que l'inoculation intra-veineuse ne donne ni eruption ni immunite. Arloing, Cornevin et Thomas constaterent (jgalement que l'ino­culation intraveineuse de la s6rosit6 du charbon symptomatiquo confere l'immunitö au mouton et au boeuf, tandis que l'inoculation sous-cutanee determine des troubles presque constamment mortels. Des constatations analogues ont ete faites par Chauveau et Arloing pour le virus de la septicemie. Inocule dans le Systeme veineux, il donne l'immunite ä l'äne et au chien, Galtier a observe ögalement quö l'injection du virus rabique dans le sang provoque l'immunitö chez les ruminants. Straus a reussi de
ocr page 164
— 144 —
rnöme ä conförer l'immunitc au chien contre la morve par l'in-jection du vims morveux dans les vcines, a petites doses.
Toutefois cettc metliode de rinoculation intraveineuse n'est pas applicable a tons les virus; il en cst un grand nombre qui peuvent manifesten- lour nocivitc par ce mode d'introduction.
Emploi de virus benins de meme famille. — La vac­cine procure l'immunitö contrc la variole; le virus attenue du cbolera aviaire preaiunit les poules contre le cbarbon (Pasteur) ct le lapin contrc la septicemie (Toussaint); le microbe attenue dc la septicemie preserve le lapin contre le charbon (Semmer); il en est de meme du streptocoque de l'eiysipele (Emmerich) ; le vibrion de Metchnikoff annihile Faction du microbe du chol6ia et reciproquonient (Gamaleia) ; l'inoculation du microbe de la pestc du gibicr confere ä la poule rimmunite contre le cholera a\iaire et recipioquement. On pourrait citer encore de nombreux exemplcs analogues; nous avons Signale du reste plus haut ccs faits d'antagonisme que nous prescntent un grand nombre de microbes. On a essaye meme de baser sur ces notions un Systeme de bactcriotherapie, mais les resultats qu'on a obterius sont trop ineertains, pour qu'on en puisse faire une application courante commc procede curatif.
Modifications apportees a la composition du milieu organique. — L etude dc Faction des produits microbiens a naturellement provoque l'emploi des substances chimiques vacci-nantes pour conferer Timmunitö aux animaux. L'injection de ccs substances determine clans I'organisme une modification dans la composition du milieu organique, qui le rend impropre au deve-loppement des especes pathogenes dont on a injecte les produits solubles. Nous avons dejä expose les resultats obtenus dans cette voie; nous nous bornerons a rappeler succinctement les diverses affections microbiennes dans lesquelles on est parvenu a conferer riminunite par la vaccination chimique : septicemie gangreneu'se (Roux et Chamberland), charbon symptomatique (Roux), typhus (Chantemesse et Widal), tuberculose des oiseaux (Richet et HihucouuT, CoURMONT et Dor), etc.
ocr page 165
— 145 —
On a obtenu dos resultats seinblables avec des substances d'origine non microbienne. Cost ainsi qu'on a preconise I'emploi do rossence de tanaisie contrc la rage; la strychnine contrc le tetanos; 1c tannin, l'iodofonne, l'iodure do potassium contre la tuberculose; les sols d'argent contre le charbon-; le trichloride d'iodo, I'acide trichloracetique contre la diphtheric, etc. Tous ces essais, s'ils se sent montres satisfaisants quand on les employait a la premonition dos maladies infecticuses, n'ont plus etc aussi favorables, quand il s'est agi do guerir les affections microbionncs.
Vaccinations avec le sang des animaux refractaires. —
Nous avons vu quo l'immunitö naturelle ou artificielle pouvait
resulter d'une modalite spöeialo du serum sanguin, qui faisait
que celui-ci est done du pouvoir microbicide. Differcnts exp6ii-
mentateurs se sont demande si l'injection du sang d'animaux
refractaires ne provoquerait pas dans I'organisme des. animaux
receptifs un etat nouvcau qui les rendrait cux-mGmes refractaires.
Ogata et Jasuiiara out reussi ainsi, en injectant du sang do
grenouille, a preserver dos souris dc Finfection charbonnouse.
Le resultat 6tait toujours lo mßmo, lorsque l'injection etait faite
72 heures avant jusque 5 hcures apres Finfection. Les souris
ainsi traitees se sont encore montrces refractaires au charbon
plusieurs semaines apres. Cos auteurs obtinrent des resultats
analogues avec los cobaj'os et les lapins, on utilisant egalcmcnt
le sang de chien. Ils constaterent quo 0,26 goutte do serum
sanguin dc chien sufiit pour preserver un souris do 10 gr.,
e'est-a-dire qu'il agit dans la proportion de 1 : 800 du poids
du corps.
Behring ct KlTASATO ont fait des observations analogues
pour le tetanos. Ils ont injocte a des souris du sang d'un lapin
vaccine contre le tetanos, Ces animaux, inocules 24 heures apres
avec uno culture virulente de tötanos, rcsterent sains, tandis que
les souris do controle moururcnt apres 36 heures. L'infection
peut preceder l'injection sanguine sans que le resultat soit modific.
Le sang d'animaux non refractaires s'est toujours montre de-
pourvu d'unc semblable action.
11
ocr page 166
•—• 146 —
Tizzoni et Cattani ont montrö quo ce pouvolr vaccinant du sang dos animaux refractaircs etait du ä la presence d'une sub­stance specialo qu'ils sont parvenus u isoler et ä laquellc ils ont donne 1c nom d'antitoxine du tctanos. Lcs injections do ce compose ctant encore officaccs alors quo I'infection est deja pro-duite depuis un certain temps, il est possible de lcs utilise!' comme moyen curatif. C'est ce qui a et6 realise tout recemment dans un cas de tetanos humain qui a ete rapporte par Schwarz, Depuis plusicurs autres cas ont 6t6 signales presentant des re-sultats tout aussi beureux.
Tizzoni et Schwarz ont reussi egalement ä conferer aux cbiens 1'immunite contre la rage en leur injeetant du sang de chiens deja vaccines contre cette maladie; et Ciienot et Picq ont obtcnu des resultats fort encourageants en combattant la morve experimentale du cobaye par l'injection du serum de sang de bovides.
Cost sur ce meme principe que sont bases les essais que Ton a tentes pour obtenir la guerison de la tuberculose en pra-tiquant des injections de serum de sang de chien ou de chevre (Hhricoukt et Richet). Bouchard pense que 1'action favorable do cos injections differo radiealement du mecanisme de la vaccina­tion ; eile no serait qu'un mode nouveau de l'antisepsie generale.
Emploi de virus attenues. —L'injection de microbes attenues dans lour virulence a pour effet de produire dans I'organisme une maladie benignc, passagere, qui cree l'immunite. L'att^nua-tion artifidelle des microbes, pouvant etre provoqu6e aisement, on conceit l'intöret qui s'attache ä cette qiiestion, au point de vue dc la prophylaxie des maladies infeclievises. Aussi croyons-nous devoir exposcr, avec quelques d6tails, les divers modes que ron met en oeuvre pour obtenir cette attenuation artificielle.
En general, toutes les causes, qui cutravent la v6getation des microbes et qui lendent ä les detruire, sont de nature ä provoqucr leur attenuation. Parmi ces causes, les principalcs sont la chaleur, la lumiere, les antiseptiques, la composition de l'at-mosphere ambiantc, etc. L'attenuation ainsi produitc est tantot
ocr page 167
147
/
passagere, individuelle, non transmissible; tantot, au contraire, eile est permanente, transmissible. Entre ces deux extremes, il cxiste tons les intermediaircs. Le degro dc I'attenuation resulto le plus souvent dc la duree plus ou moins grande d'application des causes d'attcnuation. En cherchant ä provoqucr une att6-nuation dircctc, extemporanee, on obticnt souvent une attenuation definitive, qui pcut se fixer dans la descendance, comme un caractere de race. Les agents qui produisent I'attenuation indi­viduelle sont les memes qui produisent I'attenuation transmissible. Nous passerons successivement en revue les divers modes d'attcnuation et Fapplication qu'on en a faite pour la fabrication des vaccins centre les principalcs affections microbiennes.
Chaleur. — La clialeur fut le premier tacteur employe ä I'attenuation des microbes; il est aussi un des plus importants, Toussaint montra que le sang cbarbonncux defibrine, chauffe pendant dix minutes ä 55deg;, se transforme en une humcur vac-cinale. Chauveau reprit la question et constata que I'attenuation etait d'autant plus complete que le chauffage avait dure plus longtemps ct qu'il utait effectue a une temperature plus elcvee. D'apres cela, Chauveau adopta la temperature 5o0 et proposa de preparer deux vaccins d'intensitcs differcntes : un premier vaccin apres un chauffage de quiiize minutes et un second apres un chauffage de neuf a dix minutes.
Chauveau a obtcnu de meme I'attenuation des cultures du Bacillus anthracis; 11 soumet les cultures pendant vingt heures k une temperature de 420-430. A cette temperature il ne se forme plus que des spores rudimentaires. 11 porte alors les cultures a. 47deg; pendant trois heures. Au bout de ce temps, le virus est suffisamment attenue pour 6tre inoffensif pour le cobaye adulte.
Cette m^thodc permet d'ebtcnir rapidement des virus dent I'attenuation n'est que passagere. Pour obtenir une attönuation definitive et transmissible, il faut recourir a. un mode op^ratoire different!
Pasteur cultive la bactdridie ä la temperature de 4205. A ccttc temperature, eile vegcte en un mycelium toujours depourvu
ocr page 168
— 148 —
de spores; en meme temps eile s'attenue rapidement au point de ne plus pouvoir tucr les coba5-es apres 12 jours. Si on reporte alors les cultures a la temperature de 370, les bacilles donnent des spores qui reproduisent le meme degre de virulence.
Pasteur, Ciiamderland et Roux ont preconise deux vaccins; Utl premier apres un sejour de quinzc a vingt jours a la tem­perature de 42quot;5 ct un second apres un sejour de dix a douze jours ä la meme temperature.
Chauveau oblient le meme rösultat par un procede un peu plus compliquc. II cultive une gouttc de sang charbonneux dans un bouillon leger ä la temp6rature de 4205. Apres un jour, les bacilles se sont developpes en longs filaments myceliens aspo-rogenes. On attenue leur virulence en les portant pendant trois bcures a une temperature de 470. Ensuite on ramene la culture a la temperature de 350-370 et on laisse vegetcr le microorganisme jusqu'ä cc qu'il ait donne des spores, ce que Ton obtient apr^snbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;j^
cinq ä sept jours. Quand ce resultat est atteint, on soumct la culture sporulee ä 800 pendant une beure ä une hcurc ct demie. On a obtenu alors le degre d'attenuation voulu ct les spores donnent naissance ä du mycölium qui conserve toujours la memo attenuation.
Auloing, Cornevin et Thomas ont attönue de meme par Faction de la cbaleur la serosite virulente du cliarbon sympto-matique. Une temperature de 65deg; a. 700, pendant un temps plus ou moins long, effectuc l'attenuation de la serosite fraiche extraite d'unc tumeur charbonneuse. Mais cette operation est delicate et in-ccrtaine dans ses rdsultats. On obtient un resultat. plus constant en soumettant ä la chaleur la serosite virulente prealablement dcssecbcc ä 3q0-35o. On peut alors faire agir une temperature qui peut varicr entre 600 et no0. D'apres cela on prepare pour la pratique deux virus attenuös : un premier vaccin est chauffe a 1000; un second n'est porte qua 85deg;. Kitt ne prepare qu'un vaccin unique en soumettant le virus ä la temperature de go0. Ces vaccins conservent fort longtemps leurs propri6t6s a condition de les conscrver dans des flacons bouebes a l'abri de l'humidite.
ocr page 169
— 149
C
Pour les employer on les reduit en poudre fine, on los dölaye dans l'eau et on les injccte sous la peau do la rögion caudale ou de la region auriculaire.
Antiseptiques. — Toussaint obtint l'attenuation du Bacillus (inikracis, en mölangeant l'acidc phenique au sang charbonneux, dans la proportion de i ä i5 p. c. Plus tard, ChambERLAND ct Roux arrivcrent au meme r6sultat en cultivant la bactcridic dans l'eau distillee additionnoc d'acide phenique, dans la proportion de i pour 900, ou de bichromate de potasse dans la propor­tion de 1 pour 2000 ou 5ooo. L'attönuation produite dans ccs conditions n'est que passagcrc; en modifiant I6geremcnt leur mode opöratoire, Chamberland et Roux sont parvenus ä con-ferer une attenuation transmissible par generation. L'acide phe­nique ajout6 au bouillon, dans la proportion de 1 pour 800, s'oppose ä la formation des spores, mais laissc croitre le my-c61ium qui perd peu a pcu sa virulence. Au bout dun mois, il est inoffensif pour le lapin et le cobaye. Le bichromate dc potasse exerce le meme effet et attenue complctcment aprcs une quinzaine de jours.
Une attenuation analogue s'obtient en cultivant la bactcridie dans des bouillons oü a vegctu le vibrion du cholöra (Zagari), ou le bacille typhiquc (Pavone).
Arloing, Cornevin et Thomas out aussi utilise les antisep­tiques pour attenuer la virulence dc la scrositc fraiche d'une tumeur symptomatique. Ils ont employe ä cct efl'et la glycerine pheniquec, le sublime corrosif a I pour 5ooo, I'eucalyptol, le thymol, etc.
Cornevin a attenue le virus dc la septic6mie gangroncuse en le mettant en contact avec la coumarine.
#9632;
t
Lumiere. — La lumiere solaire dirccte diminuc la virulence des cultures du charbon en meme temps quo le pouvoir v6g6-tatif, mais non proportionnellement. II suffit, en effet, de soumettre une culture pendant vingt-cinq heurcs ä l'action dirccte des rayons solaires pour obtenir une culture ne tuant plus les cobayes, mais les vaccinant et dont la vcgetabilitc est considörablement ralentie.
ocr page 170
— i5o —
Oxygene. — Pasteur a attribue ä l'influence de l'oxygcnc de l'air l'attenuation du microbe du cholera des poules. II avait constate, en effet, que les cultures laissces a lair perdeyt peu ä peu de leur virulence jusqu'ä constituer des virus ne tuant plus, mais conferant encore I'immunite, Mais si ccs cultures sont con-scrvecs ä l'abri de l'air dans des tubes scelles, la virulence peut resister au vicillisscment au-delä do dix mois.
L'air comprimc cxcrcc cgalement une action attenuante sur le bacille charbonneux. Ciiauveau a montrc qu'en faisant agir Fair comprimc a g atmospheres sur une longue suite de gene­rations on parvient a obtenir une attenuation fixe pour en assurer la transmission hcreditaire. Des resultats semblables s'obtiennent avec l'oxygcnc pur, mais comprimc ä un nombre d'atmospheres cinq fois moindre qu'avec l'air ordinaire.
Corps vivants. — Nous avons vu que certains organismes exerccnt une action attenuante ä l'egard de certains microbes pathogenes. Cette propriete a etc utilisec pour obtenir des virus vaccins qui, reportcs sur d'autrcs animaux, sont susccptibles de leur procurer I'immunite. C'est ainsi que Pasteur avait observö que le microbe du rouget des pores, apres plusieurs passages ä travel's l'organismc du lapin, se montre attenue pour le pore. Reporte sur ce dernier animal, il ne lui donne plus qu'une maladie benigne et lui confere en meine temps l'immunitö. Le virus du rouget ainsi modifie peut etre cultive et servir avan-tageusement pour vacciner les pores.
Le virus du charbon symptomatiquc et celui du charbon bacteridien, introduits clans les sacs lymphatiques de la gre-nouille, ne tardent pas a y perdre leur virulence (Thomas, Lubarsch).
Le virus de la septicemie des lapins, entretenu pendant plusieurs g6nörations sur de jeunes cobayes, ne tue plus les lapins; il leur donne une maladie spontanement curable et leur confere le pouvoir de resister ä l'inoculation. du virus puise directement sur le lapin (Pasteur).
ocr page 171
— i5i —
Pasteur a montre ögalement que le virus rabique s'attenue pour le chien ä la suite d'uu certain nombre de passages ä travers le singe. Transporte ensuite du singe au chien, le virus rabique ne donne jamais la rage par injection intraveineuse et ne la donne pas toujours par inoculation intraeräniennc. On obticnt ainsi un virus attenuö qui peut scrvir de vaccin pour premunir les chiens contre la rage des rues.
Dessiccation. — Pasteur a bas6 sur la dessiccation unc methode pour l'attenuation du virus de la rage. II soumit ä la dessiccation les moelles de lapins qui ont succombc a I'inocu-lation du virus le plus actif. L'attenuation cst propoi tionncllc ä la durec dc la dessiccation. Pasteur cst parvenu a graducr ainsi a volonte l'attenuation des differents vaccins qu'il prepare, depuis eclui dont laltenuation cst complete jusqua eclui oil l'attenuation est ä peine ebauchöe. Chacun des tennes de cette s6rie de virus attenu6s vaccine contre le terme qui lui cst immddiatement superieur en virulence jusqu'au terme le plus virulent.
Tels sont les divers moyens dont dispose rcxpcrimcntatcur pour obtenir l'attenuation de la virulence des microbes pathogencs. Cette attenuation obtenuc, il n'est pas impossible de restitucr la virulence primitive ä ces organismes attenues. Pasteur a observe que des cultures do bacillcs charbonncux, attenues au point de ne plus pouvoir tucr les cobayes adultcs, peuvent encore faire perir un cobaye nouvcau-ne. Par co premier passage, le virus s'est renforce et se montre maintenant capable dc tuer un cobaye de quelquc's jours. Apres un certain nombre de passages ä travels des cobayes de plus en plus ages, on finit par ob­tenir un virus capable dc tucr directcment un cobaye adulte, e'est-a-dire un virus qui a recupcrc sa virulence primitive.
De meme en transportant le virus rabique attenue du singe au lapin, on peut restitucr unc virulence supericurc a ccllc dc la rage canine aprcs un certain nombre dc passages dc lapin ä lapin (Pasteur).
ocr page 172
---- 152 —
On obtient de semblables resultats en cultivant les virus attenues sur des milieux speciaux comme Chauveau 1'a montr6 pour la bactcridie charbonneuse.
L'injection des produits toxiques de certains microbes sapro­phytes pent dans certaines conditions restituer la virulence aux microbes pathogenes qu'on inoculc en meme temps. Monti en a fourni la preuve pour les cultures attönuees du pneumocoque, du staphylocoque pyogene dore et du streptocoque pyogene. Quand on inocule ces microbes att6nu6s en meme temps que les produits du Proteus vulgaris, on constate que les animaux succombent et que les microbes pathogenes ont iecup6r6 leur virulence premiere.
Litterature — De Bruyne, quot;De la phagocytose et de l'absorption de la graisse dans l'intcstin; Ann. de la Soc. de med., Gand, 1891. — Muskat-blutii, Neue Versuche über Infection von den Lungen ans; Centralbl. für Bakter. u. Parasit., I, 1887, — di Vkstea et Zagari, Rcdiconio dt ttn anuo di osservafäioni e di esperien^e sulla rabbia e sul metodo di cura preven-tiva de Tasteur iwl laboratorio della clinica Cantani; Giorn. intcmat. delle Sc. med., 1887. — Bardach, Nouvelles recherches sur la rage; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Roux, Note de laboratoire sur la presence du virus rabique dans Ics ner/s; Ann. Inst. Pasteür, 1888. — Bouchard, Theorie de I'infection; Verhandl. d, X. internal, med. Congresses, Berlin, iSqo. — Pasteur, Vac­cination contre le cholera des poules; Bullet. Acad. de med., 1880. — Klebs, Beiträge ^iir Anatomie der Schussivunden; Leipzig, 1872. — Chauveau, 1gt;e la predisposition et de fimtnuniti pathologiqite; Comptes rendus, vol. 8g, 1879.
—nbsp; Grawitz, Die Theorie der Schutzimpfung; Virchow's Archiv, Bd. 84, 1881.
—nbsp; Brauell, Weitere Mitthcil. üb. Milzbrand u. Miifbrandblut; Wvchov/'s Ar­chiv, XIV, i858 — DavaIne, Acad. de mamp;l., 18G7. — Bollinger, Ueber die Bedeutung der Mil^brandbakterien; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed, u. vergleich. Path., II, 1876. — Straus et Cka-iberland, Passage experimental des maladies virulentes aigues de la mere au feetus; Comptes rendus Soc. Biol., 1882; et Passage de la bactcridie charbonneuse de la mere au foetus; Ibiti., 1882. — Sangalli, Dacterii del carbonchio ncl feto di giovenca morta per quesia malattia; Rendic. d. R. Ist. Lombardo, 1882. — Perroncito, Giorn. della R. Accad. di med. di Torino, 1882; et Sulla irasmissione del carbonchio dalle madre aifeti; R. Accad. di Lincei, i883. — Birch-Hirschfeld, Ueb. placentare Infection; Tagebl. d. 61. Versamml. Deutsch. Naturf. u. iErzte in Köln, 1888. — Latis, Sulla trasmissionc del carbonchio dallc madre
ocr page 173
— i53 —
V
al feto; Riforma medica, 188g; et Ueb. d, Ucbcrgang des Milzbrandes von der Mutter auf den Fötus und üb. die Veränderungen in den Gefässcn, Weicht der Milzbrand hervorbringt; Beiträge z. path. Anat. u. z. allg. Path., X, 1891. — Ludarsch, Ueber die intrauicrine Uebertragung pathogener Bakterien; Virchow's Archiv, 124, 1891, — Wolff, Ueber Vererbung von Infektions-Krankheiten; Virchow's Archiv, 1888. — Malvoz, Sur le mecanisme du passage des bacteries de la mamp;re au fcvtus; Bruxelles, 1887; et Sur la transmission intraplacentaire des microorganismes; Ann. Inst. Pasteur, 1888.
—nbsp; nbsp;Rosenblath, Ueber die Uebergangsfihigkcit der Mil^brandbacillcn von der Mutter auf dem Fxtus; Virchow's Archiv, 115, 1889. — Virchow, Tagebl, d. 61. Versamml. deutsch. Nalurf u. Äirzte in Köln, 188H. — KounAssOFF, Passage des microbes pathogencs de la mere au ßetus; Comptes rendus, i885. — Slmon, Beitrag fur Lehre von dem Uebergang pathogener Mikro­organismen von Mutter auf Fa'ius; Zeitschr. f. Geburtshülfe u. Gynäkologie, XVII, 1889. — Arloing, Cornevin et Thomas, De l'inoculation du charbon symptomatique par injection intraveineuse et da Vimmunitc conferee au veau, au muuton, etc.; Comptes rendus, 18S0 et 1882. — Löffler, 'Die /Etiologie der Rot^krankheit auf Grund der im K. Ges.- Amte ausgeführten experim. Unters, dargestelltt Arb. a. d. k. Ges.- Amt Berlin, 1886. — Cadeac et Malet, Sur la transmission de la morvc de la mere au feetus; Comptes rendus, 1886. — Kroner, Ueb. den gegenwärtigen Stand der Frage des Uebcrgangs pathogener Mikroorganismen von Mutter auf Kind; Ereslauer iErztl. Zeitschr,, 188C. — Foa et Bordoni-Uffreduzzi, Studio sul Meningococco; Giorn. d. R. Accad, d. med. di Torino, 1889. — Hell, Gehen Krankheitserreger von der Mutter auf den Foetus über; Zeitschr. f. Veferinärkunde, I, 1889. — Marxens, Ein Fall von intrauteriner Hntwickelung der Lungenseuche; Berl. thierärztl. Wochenschr., 1889. — Johne, /ülaquo; ^wciffelloser Fall von conge-nitaler Tuberculose; Fortschr. d. Med., Ill, i885. — Malvoz et Brouwier, 'Deux cas de tuberculose bacillaire congenitalc; Ann. Inst. Pasteur, III, 1889. — BiRCH-HiRscHFELD et ScHMORL, Uebergang von Tuberkclbacillen aus dem mütterlichen Blut auf die Frucht; Ziegler's Beiträge, IX. — Rindfleisch, Verhandl. d. Ges deutsch. Naturf. u. Alr/.t. in Bremen, II, — Gaertner, Experimentelle Untersuchungen üb. die Erblichkeit der Tuberculose; Ebenda.
—nbsp; nbsp; Reher, Zur /Etiologie des Abdominaltvplius; Arch. f. experim. Path.. XIX, i885. — Neuhauss, Weitere Untersuchungen üb. den Bacillus des Abdominaltyphns; Berl. klin. Wochenschr,, 1886. — Chantemesse et Widal, Bacille typhique et etiologie de la flevre typholde] Archives de physiol , XIX, 1887. — Ebehth, Geht der Typhnsorganismus auf den FcetUS über?; Fortschr. d, Med., VII, 1889. — I-Iildebrandt, Zur Casuistik des plaeentaren Uebcrgangs der Typhusbacillen von Mutter auf Kind; Fortschr. d. Med., VII, 1889. — Tizzom et Cattani, Sulla trasmissibihta dell' infeyone colerica
w
ocr page 174
154
dalla madre al fetO\ Gaz. degli Ospedali, 188G. — Oberdiek, 1st die Pla­centa durchgängig f Mikroorganismen; Göttingen, 188S. — Terroncito et Carita, De la transmission de la rage de la mere an foetus ä travers le placenta et par le lait \ Ann. Inst. Pasteur, 1887. — Landouzy et Martin, Sur quelques fails experimentaux relatifa, d l'hisloire de l'hcredo-tuberculose; Etudes experimentales at cliniques sur la tuberculose, I, 1887. — Lingard, Ein Beitrag ^ur Kenntniss der Schutzimpfung gegen Anthrax; Fortschr. d. Med., 1889. — Hügyes, Vereinfachung des Pasteurschen Verfahrens der Hundn'idhs-Präventivimpfung; The Lancet, 1887. — Watson-Cheyne, Report on a study of the conditions of infection; British med. Journ., 188G. — Chauveau, De l'attenuation des effcis des inoculations virulentes par I'emploi de trcs petites qnantites de virus;' Comptes rendus, t. 92. — Chauveau et Arloing, Ktude experinicntale sur la septiccmie gangreneuse; Rcc. de inM. veter., 1S84. — Gai.tier , L'injcction du virus rabiquc dans le sang ne produit pas la rage et parait conferer I'immunite; Archives veterinaires, 1881. #9632;— Straus, Sur la vaccination contrc la morve; Comptes rendus, t. 108, 1888. — Emmerich, Heilung von Infectio)iskranklieitcn ; Tagebl. d. 5(i. Versamml. deutsch. Naturf. u. yErzte Berlin, 1SS6. — Gamai.eia, Vibrio Mctchnihovi {n. sp.) et ses rapports avec le microbe du cholera asiatique; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Ogata et Jasuhara, Ucber die Einflüsse einiger Thierbliitarten auf Mil^brandbacilUm; Mittheil. d. med. Fakultät d. Kaiserl. Japan. Univ. Tokio, 1890. — Beiiring et KlTASATO, Ueber das Zustande­kommen der Diphtherie-Immunität und der Tetanos-Immunität bei Thieren; Deutsche Med. Wochensch.. i8qo. — Tizzoni et Schwarz, La prophytaxic et la guerison de la rage par le sang des animaux vaccines contre cette maladic; Ann. tie micrographie, [V, i8lt;)2. — Bouchard, Sur les pretendues vaccinations par te sang; Revue de medecine, 1892. — Tizzoni et Cattani, Rif. med., 1891. — Schwarz, Ein Fall von Heilung des Tetanus trauma-ticus durch das von Prof. Guido Ti^oni und /gt;quot;' Cattani bereitete Antitoxin des Tetanus; Centralbl. f. Bakter., X, 1891. — Ciienot et Picg, De Faction baclcricide du serum de sang de bovides sur le virus morveux et de faction curative de ce serum dans la morvc expcriincntale du cobaye; Mem. de la Soc Biol , 1892. — Hericourt et Riciiet, liffets de rinfusion du sang de chien d des lapins sur devolution de la tuberculose; Comptes rendus Soc. Bid., 1890. — Toussaint, Procidi pour la vaccination des moutons et des chiens contre la maladie charbonneuse; Revue veterinaire, 1880. — Chauveau, Etude experimcntale des conditions qui pcrntettent de rendre ttsuel I'emploi dc la mcthode de M, Toui.saint pour attenuer le virus charbonnenx, etc.; Comptes rendus, t. 94, 1882; et 'De l'attenuation directs et rapide des cultures virulentes par faction de la chaleur; Comptes rendus, t. 96, — Chamberland ei ROUX, .Sjo- l'attenuation de la virulence de la baetcridie charbonneuse
ocr page 175
— i55 -
sons l'lnjluence des substances antiscptiques; Comptes rondus, t, 96, i883. — Zagari, Esperiettqe sulla concovveu^a vitale del microorganismi e sopra un nuovo me^o di pro/Hassi carboucliiosa; Giorn. internaz. delle Sc, med., IX, 1887, — Pavone, Sulla concovren^a vitale fra il bacillo del ti/o ed il bacillo del carbonchio; Giorn. internaz. dell. Sc. med., IX, 1887. — PASTEUR, Sur le cholera des ponies ; Comptes rendus, t. 90, 1880. — Pasteur, Chamberland et Roux, Comptes rendus, t. 92, 1881. — Pasteur et Thuii.lier, La vaccina­tion du rouget des pores ä t'aide du virus mortel attenue de cette maladie; Comptes rendus, t. 97, i883; et Bullet. Acad. mamp;J., i883. — Lubarsch, Ueber Absc/nväc/iung der Mil^brandbacillen im Froschkörper; Fortsclir. d. Med, VI, 1888. — Pasteur, Bullet Acad. de mamp;A., 1881. — Pasteur, Communications sur la rage; Comptes rendus, 1881, i885 et 1886. — Chau-veau, Lcs microbes, ci-devant pathogenes, ii'ayant conserve, en apparence, que la propriete dc vegcter en dehors des milieux vivants, pcuvent-ils recu-perer lews proprietes infectieuses primitives; Comptes rendus, t. 108, 1889. — Montij Inßuen^a dei prodotti tossici dei saprofiti sulla restitu^ione della virulen^a i microparassiti attenuati; Rendic. d. R. Accad. d. Lincei, V, 1889.
CHAPITRE VI.
De la signification et du röle des microbes dans la nature.
La morphologic et la physiologic des microbes ayant amp;tamp; exposces dans les chapitres precedents, il nc sera pas difficile de r6souclre la question de la signification de ces microorganismes et de la place qui leur revient parmi les etres vivants.
Les premiers auteurs qui les observerent, Müller, EHRENBERG, Dujardin, n'hesiterent pas ä les ranger clans le rogne animal , ä cote des infusoircs; on en fit 1c groupe des Vibrionia. Ils avaient 6t6 amenes ä cette conclusion ä raison de la mobilitc bien 6vidente des especes observees, ct a cette epoque ce carac-tere, qu'on deniait absolument aux plantcs, devait necessaircment faire ranger les microbes parmi les animaux.
Mais bientot Davaine annonca que le bacille du charbon etait absolument depourvu de mouvements; d'autrc part on ob-serva que certains organismes vegctaux, au moins pendant une partie de leur existence, etaient doues de mobilitc, et que par consequent la mobilitc n'ctait pas un don exclusif des animaux.
ocr page 176
i56 —
Aussi les idees changcrcnt bientot sur la nature des microbes et Davaine n'hesita pas ä en faire des algues voisines des oseil-laires. Cette opinion avait deja 6te formulae par Cohn et Ra­denhorst Tadopta peu apres. Le premier de ces auteurs cr6a pour les microbes la denomination de schizophytes et Raben­horst les classe dans la tribu des oscillariees.
Cette opinion ne devait pas cependant etre unanimement acceptec. Robin, qui fut un des premiers a proclamer la nature vegetalc des microbes, et Nügeli les comptcrcnt au rang des champignons, surtout ä raison de l'absence do chlorophylle qui caracterise ces organismes. NäGELl proposa pour eux la division des schizomycetes,
Depuis, I'etude plus approfondic des microbes d'une part, des algues cyanophycees d'autre part, a montre des rapports de plus en plus etroits entre ces deux groupes d'organismes et Van Tieghem a range les microbes parmi les algues cyanophy-c6es, dont il a constitue une famille speciale, les bacteriacees.
II nest pas douteux en effet qu'au point de vue morpho-logiquc, il existe une parfaite identitc entre les microbes et les algues cj'anopl^cces. Dans ces deux groupes d'organismes on observe des formes glaireuses, qui constituent les zooglöes d'une part, les formes ditcs palmellacees d'autre part. Le pleo-morphismc affecte aussi' bicn certains microbes que certaines algues. De meme, la constitution de la cellule microbienne, comme il resultc des travaux recents sur cette matiere, est semblable ä cclle des cellules des C3'anophycees.
Dans leur mode de reproduction les microbes semblent s'eloi-gner des algues. En effet, aucune algue nc prcsente d'endospores; les microbes, au contraire, dans la majeure partie des cas, se reproduisent par endosporcs. Ce caractere semble les rapprocher des champignons et des flagell6s parmi lesquels certains auteurs sont tentes de ranger les microbes (Künstler, etc.).
Comme on voit, I'accord est encore loin d'etre 6tabli au sujet de la position systematique des microbes. C'est pourquoi jl convient do rejeter pour le moment les termes de schizophytes
ocr page 177
i57 -
et de schizomycetes qui tranchent trop categoriquement la question de la nature mcme de ces organismcs. Nous avons prcferc adop­ter l'cxpression de microbe proposee par Skdillot, parce quelle ne prejuge rien, et quelle est suffisamment comprehensive. Nous ne croyons pas qu'il faille la rejeter au meme titre que microor-ganismes, parce qu'elle pourrait s'appliquer ä d'autres organismcs microscopiques : levures, moisissures, infusoires, flagelles, etc. Nous croyons que son extension est aussi parfaitement delerminec que celle de infusoires que personne n'appliquera a tons los orga-nismes qu'on rencontre dans les infusions. Certains auteurs ont prefere adopter 1c nom de bacteries, mais cette expression rap-pelle trop un caractere morphologique quo ne possedont pas tous les microbes.
Les microbes, commc tous les organismcs, sent soumis aux lois de la nature. Les agents physiques exercent sur eux une action tres energiquc au point do les modifier non seulcment au point de vue morphologique, mais encore au point do vue physiologique. On a base sur I'observation dc ces faits la theorie du polymorphismc des microbes. Les darwinistes se sont memo empare dc cette theorie pour I'appliqucr a leur doctrine de predilection et pour demontier la transformation d'unc cspece dans I'autre.
II n'est pas douteux que Ton peut faire subir aux microbes des modifications plus ou moins fixes; mais ces modifications disparaissent aisement lorsque les organismcs sont replaces dans des conditions normales. Ces modifications ont simplcment pour r6sultat de former des races d'un meine microbe et non des especes difförentes. On a obtenu dc semblables races pour le bacille pyocyanique (Gessard), le bacille cyanogene (Gessard), etc. Mais toujours il est ties facile de ramener ces varietcs au type normal.
II est possible quc certaines varietes se sont produitcs et se sont fixees plus ou moins complctement au point de les rendre difficilement reductibles au t3-pe primitif. Tel est proba-blemcnt le cas pour le bacille dc la tuberculosc humaine et
ocr page 178
— i58 —
cclui de la tuberculose aviaiie, pour le bacille typhique et le bacille commun dc I'intestin, pour les deux Varietes du bacille du Hoy-cholera, pour les Staphylococcus pyogencs aurcus, alhus ct citrcus, etc. On poursuit actuellcment la recherche de l'identite de ccs diverses varietös; il n'cst pas impossible qu'on ne par-vicnnc ä etablir les conditions dans lesquellcs elles so fonnent et dans lesquellcs on pourra les transformer Tune dans lautre.
Quoi qu'il en soit, ces faits ne sent pas dc nature ä con-firmer la thcorie du transformismc, d'autant plus qu'elle aura toujours contre eile les observiitions de Van TlEGHEM qui a constate dans des coupes de bois fossiles des bacilles ties recon-naissables, qui n'etaient autres quo le Bacillus amylobacter, tel qu'on I'observe encore dc nos jours avec tons ses caracceres specifiques; et pourtant quel nombre incalculable d'annees se sent succede depuis cettc epoque loinlaine et quel nombre fabuleux de generations ont du se produire jusqu'ä nos jours, sans quo la moindre transformation se soit produite. De meme. Miller a retrouve dans le tartre dentaire des momies egj'ptiennes des filaments bien nets de Lepiothrix bticcalis, identiques ä ceux (^u'on trouve encore do nos jours.
Nous avons etudie dans les chapitres precedents l'action des microbes sur les animaux superieurs comme agents des maladies infectieuses. II convient de se demander maintenant si leur role se borne ä cette action nocive et s'ils ne remplissent pas dans la nature un role plus utile. Cette question doit etre resolue par I'affir-mative et la reponse se trouvera dans les rapports vitaux des organismes veg6taux et animaux sur le globe.
Si Ton etudie la nutrition generale des plantes, on constate que les deux principaux Elements nutritifs sont le carbone et l'azote. Les plantes prennent leur carbone a I'acide carbonique de l'air et leur azote dans le sol sous forme de nitrates et de sels ammoniacaux. Les besoins des animaux sont inverses; ils ne peuvent utiliser que des composes complexes.
Une portion du carbone absorb6 par les animaux et les plantes reste ä l'etat de combinaisons complexes dans les cadavres
ocr page 179
— i5g
et les d6bris v6g6taux, ainsi que dans les produits d'cxcretion des organismcs vivants. II en cst de meine de l'azote ; c;n outre une portion d'azote cst directement deversec dans l'atmosphöre a V6ta.t de corps simple.
II en resulte qu'il s'accumule une grande quantite de pro­duits carbones et azotes qui ne sent plus utilisables ni par les vegetaux ni par les animaux; l'azote atmospherii^ue n'est pas davantage assimilable par la grande majorite des plantes.
Si done il n'intervenait pas ici un facteur capable de trans­former ces produits non assimilables en composes plus simples utilisables par les vegetaux, il se produirait une accumulation de composes cadaveriques et d'excretion et la vie irait sans cesse en diminuant d'intensitc et finirait par s'eteindre.
C'est ici que se place la fonction principale des microbes dans la nature. En etudiant le role des microbes sur les milieux, nous avons vu qu'ils sont capables de decomposer les substances albuminoides, les hydrates de carbone, les composes azotes en corps plus simples, dont les termes ultimes sont I'acidc carbo-nique, I'cau, les nitrates, les scls ammoniacaux, etc., tons com­poses qui seront utilises iminediatemcnt par les plantes. Nous avons vu egalement que plusieurs d'entre eux peuvent absorber l'azote de I'air et l'incorporer dans des combinaisons qui le font rentrer dans la circulation generale.
Les microbes ont done pour role principal dans la nature de debarrasser la surface du globe de tons les produits excre-mentitiels ct cadaveriques pour les ramener ä des composes simples, assimilables par les plantes vertes.
On con9oit que ce role ait une importance primordiale en agriculture. Les microbes de l'humus effectuent dans le sol toutes ces transformations chimiques; ce sont eux aussi qui preparent les fumiers et les transforment en substances assimi­lables ; ce sont eux aussi qui dans les nodosit6s des 16gumineuscs interviennent pour fixer Tazote atmospherique, etc. Ce role des microbes dans la vie des vegetaux est tel, que Pasteur n'a pas besitz a declarer que la vegetation est impossible sans les microbes.
ocr page 180
— 160 —
Cette participation des microbes ;i la vie des animaux sup6-lieurs est tout aussi etroite. Ce fait s'explique aisement si Ton songc au nombre incalculable dc microbes qua l'animal höberge dans son appareil digestif, depuis la bouche jusqu'a l'extremite de l'intcstin. Vignal evalue ä 20 millions 1c nombre des microor-ganismes contenus dans un decigramme de matieres fecales. Tons ces microbes intcrviennent pour une part dans la digestion des animaux superieurs (Duclaux).
Dans l'intcstin grclc les microbes decomposcnt les hydrates de carbone en donnant les acides lactique, acetique, succinique, carbonique, l'alcool ethylique et I'liydrogene. Ces acides sont saturds par un carbonate alcalin fourni par la muqucuso intes-tinalc. Neanmoins la reaction de l'intestin grele est toujours acide, aussi la decomposition des albuminoides par les microbes y est nulle. La fermentation microbienne qui se fait dans l'intcstin grele n'est pas completement utilisce par I'organisme; 11 se produit plut6t une perte pour lui, car la dextrose, qui provient de l'action de la pancrealinc sur la fecule, n'est pas entierement resorbee par I'organisme, mais assimilee en partie par les microbes.
La decomposition des albuminoides par les microbes ne se fait que dans le gros intestin. Or, cette intervention microbienne dans cette partie de l'intestin n'est pas neccssaire ä la vie de I'liomme. Macfadyen, Nencki et Sieber ont observe le cas d'une femme qui a vecu sans l'intervention du gros intestin.
L'acidite des portions supericures du tube digestif empeche la decomposition microbienne des albuminoides. La basicite de l'estomac et de l'intestin grele constitue une des alterations les plus graves, car les produits de la ddcomposition des albu­minoides , indol, scatol, phenol, acide lactique, acides gras volatils, acides aromatiques, ammoniaque, methane, hydrogene sulfure et nietli3'linercaptan, nc sont guere des produits nutri-tifs. L'organisme ne les supportc pas; bien plus, ils lui sont nuisiblcs, quand ils sont fournis en grande quantity dans le gros intestin,
ocr page 181
— i6i —
NenckIj de l'ensemble de ces observations, conclut que l'in-tervention des microbes n'est pas nöcessaire ä la vie de I'liomme et 11 etend cette conclusion aux autres vertebres, en etablissant toutcfois unc restriction pour les berbivores. La fermentation de la cellulose est, en cffet, impossible sans l'intervention des microbes. L'organisme animal est absolument depourvu de fer­ment capable de dissoudre la cellulose. Chez les ruminants, la fermentation des aliments se fait dejä clans la pause; les ph6-nomencs y sent plus complexes ct semblent favorables a la participation necessairc des microbes.
Arrive en ee point de l'etude gen6rale des microbes, on ne pent s'empecher de faire vine comparaison qui montre la parfaite identite qui existe entre les microbes et les cellules qui constituent tous les etrcs vivants. Cette identite reside non seulement dans la morphologic de ces elements, mais aussi dans leur physiologie.
Les microbes possedent la meme constitution organique que les cellules; ils possedent, comme ellcs, un contenu protoplas-matique entoure d'une membrane et renfermant I'equivalent d'un noyau; ils se multiplient d'apres un mode suivi par un grand nombre de cellules.
Les phenomencs do nutrition sont les memes chez les mi­crobes et chez les cellules en general. Ce sont les memes elements chimiques qui sont necessaires aux uns et aux autres; ils sont assimiles sous des formes identiques par les uns et par les autres; les produits d elaboration sont tOUJOUl'S princi-palement des substances albumino'ides et des hydrates de carbone. C'est par les memes precedes que les microbes et les cellules attaquent les substances nutritives, par l'intermediaire dc ferments solubles. Les produits de desassimilation sont les memes dans les deux cas et se reduisent toujours en dcrniere analyse ä l'acide carbonique, I'eau, I'ammoniaque, rhydrogenc sulfure, etc. Les uns et les autres secretent des produits toxiques, bases azotöes, ptomaines, leucomaines, toxalbumines, etc,
12
ocr page 182
--- 102 —
En presence d'une identitc aussi parfaite, il est impossible de meconnaitre le caractere cellulairc aux microbes et la micro-biologie apporte line fois de plus une eclatante confirmation ä la theorie cellulaire, teile quelle a 6te etablie d6finitivement.
Litterature. — Müller, Vevmttim tcrrcstrium et ßiiviatilhnn llistoria, i77-( et Ainmalcula ixfiisoria Jluviatilia ct marina, 1786. — Ehrenderg, Die htfusiomthierchen als vollkommene Organismen. Berlin, i833. — Dujardin, I/isloirc naturelle des zoophytes, infusoires, Paris, 1841, — Davaine, Re-cherches sur le sang de rate; Comptes rendus, 1863-1864; et Recherclies sill­ies vibrioniens; Comptes rendus, 1864. — Cohn, Ueb. Entwicklungsgeschichte mikroskopischer Algen u. Pil^e; Nova Acta Acad. Leop. Carol., i853. — Rabenhorst, Flora europaia Algarum, i863. — V. NäGELi, Ueber Sclti^o-myeeten; Verhandl. d. Naturf. Versamml., Uonn, 1857. — Rodin, Histoire naturelle des vegetaux parasites qui crolssent sur I'homme ct sur les animaux vivants; Paris, i853. — Van Tieghem, Tratte de botanique; Paris, i8go.
—nbsp; Künstler, De la position systematique des baeUriacees ; Journ. de micro-graphic, 1885. —quot; Gessard, Des races du bacille pyocyanique; Ann. Inst. Pasteur, V, 1891. — Van Tieghem, Le Bacillus amytohacter ä l'epoque de la tiouille; Comptes rendus, t. 89, 1879. — Miller, Der Einfluss der Mi­croorganismen auf die Carle der Zahne; Arch. f. experim. Path,, XVI, 1882.
—nbsp; nbsp; DucLAtix, Sur la germination dans tin sol richc en matieres organiques, mats exempt de microbes; Comptes rendus, t. 100, i885. — Pasteur, Observa­tions relatives ä la note precedente de M. Duclaux; Comptes rendus, t. 100, i885. — Duclaux, Ferments ct maladies; Paris, 1882. — Macfadyen, Nencki et Sieber, Untersuchungen über die chemischen Vorgänge im menschlichen Dünndarm; Arch. f. experim. Path, u Pharm., XXVIII, 1891.
ocr page 183
Deuxieme Partie.
MlCROßlOLOGIR SPKC1ALE
CHAPITKE I.
Etude microbiologique de la suppuration. Microcoques pyogenes.
Les theories cellulaires de Virchow et de Cohnheim se partagcaient 1c monde des anatomo-pathologistes, lorsque Klebs signala la presence de microcoques dans les infections pyömiques et septic6miques consöcutives aux plaies. Cet auteur, et ses 61eves instituerent des experiences avec la serosite provenant de blessurcs cu voie' de suppuration et constaterent que ce liquide filtre inoculc nc produit aueun accident, tandis que la partie solide contenant les microcoques determinait toujours unc affection fe­brile mortelle compliquec de phenomenes suppuratifs. Ces obser­vations furent bientöt confirmees par un grand nombre d'auteurs et la presence de microcoques fut reconnue dans les cas les plus divers de suppuration et d'inflammation. Aussi aux theories de Virchow et de Cohnheim succöda la thöorie microbienne, d'apres laquelle il n'y a pas de suppuration sans microbes.
Cette theorie fut confirmee aussitöt par les experiences d'in-jection dans les tissus de substances irritantes, depourvues dc tout microbe. Stkaus experimenta avec l'essence de ter6benthine, l'huile de croton, I'eau chaudc, le mcrcurc, etc., et n'observa jamais la production d'un abees, chaque fois qu'il parvint ä 6viter toute contamination accidentelle,
ocr page 184
— 164 —
Mais ces rösultats furent bicntöt contcstös par Councilman, Grawitz, von Christmas, etc., qui dans certaines conditions obtinrent la fonnation d'un abees apres l'injection de substances chimtques, Le pus ainsi forme etait depourvu de tout microor-ganisinc et so resorbait tout naturcllcment aussitöt quo la cause d'irritation avait ccsst; d'agir. II a etc etabli depuis que ces produits chimiques d6veloppaient des inflammations diverses, sereuses, fibrineuses et diphtheritiques. C'cst cc qui ressort a toute evidence des reeberches experimentales de Straus, ScHEUER-len, Klemperer, Ruijs et ]3iondi. La suppuration, dans les conditions naturelles de sa production, est sous la dependance exclusive des microbes,
L'apparente contradiction, qui resulte des observations de ces diftc'renls auteurs, trouve son explication dans unc experience faite par von Christmas. Cet experimentateur a constate qu'en injectant une culture slerilisee de l'un des microbes ordinaires du pus, on determine rapidement chez le chien des abecs sous-cutanes. Le pus ainsi forme no contient aucun microbe. Cettc experience montre quc Faction pyog^ne est due avant tout aux produits solubles secretes par 1c microbe. Cette substance pyo-gene est insoluble dans Talcool, soluble dans I'eau; chauffec a 120deg; a l'autoclavc, elle perd ses proprietes pyogenes; inoculee dans la chambre ant^rieure de 1'oeil chez le lapin, elle produit line legere suppuration.
Depuis on a constate la presence de semblables substances pj'ogenes dans les cultures de la plupart des microbes de la suppuration. Aussi s'est-on demande comment ces substances agissent pour determiner la suppuration.
Bouchard est d'avis que ces substances favorisent tout par-ticulierement la diapedese. Cettc action favorisante constituerait un acte nerveux r6flexe : ces substances agiraient sur le Systeme nerveux vaso-dilatateur en I'excitant. Cette excitation serait trans_ mise par acte reflexe ä la region d'oü est partie l'cxcitation ct s'y manifesterait par la dilatation de tout le Systeme capillaire. Cette dilatation aurait pour resultat de diminuer la prcssion
ocr page 185
— i65 —
sanguine et de favoriser ainsi la diapcdese des globules blancs du sang. Ces globules emigreraient dans le tissu conjonclif, s'y accumuleraient et, au contact des produits toxiques secretes par las microbes pyogenes, perdraicnt leurs mouvements amiboides, mourraient at leurs cadavres constitueraicnt la masse du pus.
Massaut et Bürdet rapportcnt plutöt la diapödese a. I'action chimiotaxique des produits microbiens a l'egard das leucocytes. Mais 1c chimiotaxisme- cst incapable d'expliquer la sortie du plasma sanguin qui constituo I'cedcmc inflammatoire. Or, cette diffusion du plasma sanguin est determinöe par la mema cause que la diapedese, car Charrin et GamaleVa ont montrc que la substance qui cmpeche la diapedese empeche aussi la sortie du plasma. En outre, il Importe de remarquer que le microbe du cholera des poules, dont les produits solubles sont ncgativement chimiotaxiques, c'est-ä-dire exercent une action impulsive sur les leucocytes, determine das abces plus ou moins volumineux quand on I'inocule au cobaye (Pasteur). II est evident quo dans cc cas le chimiotaxisme est incapable a lui seul ä expfliquer la suppuration.
Que le cliimiotaxisme intervienne dans la suppuration pour diriger les leucocytes vcrs les microbes, ccla n'est pas doutcux; Bouchard I'admet tres volontiers; mais ce n'est pas lui qui determine la diap6dese des globules blancs, car cette diapedese se produit encore dans des conditions oü 1c chimiotaxisme est incapable d'exercer ses effets ou devrait I'exercer dans un sens tout opposö, comme, par cxcmple, quand on injectc directcment dans le torrent circulatoirc les produits solubles des microbes pyogenes, en meme temps quon inbcule sous la peau une culture virulente de ces demiers.
Buchner rapporte cgalcment au chimiotaxisme la cause pre-dominante de la diapedese, mais au lieu d'atlribucr cette propriete chimiotaxique nux produits solubles se'erctes par les microbes, il l'attribue ä une substance de nature albuminoido qui cxislo a rintericur meme de la cellule microbiennc et non en solution dans les bouillons de culture. Cette protamp;ne n'est pas sccretee
ocr page 186
166
par les microbes vivants, mais misc en liberte par les microbes qui sent tues au sein des tissus dans lesquels ils sont injectes. Quo la substance pyogene existc au sein mßme de la cellule microbiennc, comme le pretend Büchner, ou qu'elle seit söerötee par eile et constitue im produit de desassimilation, comme I'ad-mcttcnt la plupart des auteurs, la chose Importe fort pen au point de vue de l'explication de la suppuration. Les experiences de Büchner qui etablissent Faction chimiotaxiquc de ces pro-teines, action par laquelle seule il explique les phönomenes de la suppuration, ne sont pas de nature a faire rejeter I'intervention reflexe du sj-stöme nerveux. Aussi cro3'ons-nous devoir admettre dans I'inflammation deux actes qui sc succedent et qui se com-mandent : i0 la diap^dese (CoHNHBIM) qui est favorisee par les microbes (chimiotaxisme de Massart et Bürdet) ; 2deg; le pha-gocytisme (Metchnikoff).
II rdsulte de l'enscmble de ces considerations que si la suppuration est due principalement aux produits microbiens et pent etre determinöe experimentalement par ces produits solu­bles störilises, par consequent sans I'intervention d'aucun microbe vivant, il n'en est pas moins vrai que dans les conditions na­turelles de la suppuration, les microbes intervienncnt toujours comme faeteurs exclusifs et agissent non dune maniere imme­diate du fait de leur presence au sein des tissus, mais d'une maniere mediate du fait de leurs produits p3'ogenes.
Un grand nombre de microbes peuvent exercer une action pyogene; les uns ne le font que dans des conditions determi-nees et ne sont qu'accidentellement pyogenes; les autres le sont plus essentiellement, plus cxclusivement. Ce sont ces derniers dont nous ferons plus specialement I'etude dans ce chapitre. Les plus importants d'entre cux sont :
Micrococcus pyogenes aureus, Rosenbach.
Micrococcus pyogenes alhus, Rosenbach.
Micrococcus pyogenes citreus, Passet.
Micrococcus pyogenes, Rosenbach.
Micrococcus pyogenes tenuis, Rosenbach.
ocr page 187
— 167 —
Micrococcus cereus albus, Passet.
Micrococcus ccyens ßavus, Passet.
Micrococcus pyosepticus, Richet. Toutes ces especes ont ete rencontrecs dans le pus; mais elles sont loin d'avoir toute la memo importance. Les Micrococcus cereus albus et ßavus semblcnt agir surtout en association en fa-vorisant Faction des especes pathogenes vraies, car I'inoculation sous-cutanee et intraveincusc de ces deux especes n'ont donne aueun resultat. L'action du Micrococcus pyogmes tennis sur les ani-maux n'est pas connue. D'apres Neumann, ce microcoque serait identique au pneumocoque de FRäNKEL. Nous etudierons plus particulierement les autres especes ä raison de l'interct primor­dial qu'elles presentent. Nous reunirons dans line memo etude les Micrococcus pyogenes aureus, albus ct citreus a raison des analogies etroitcs qu'ils offrent et nous exposerons ensuite l'histoirc du Micrococcus pyogenes et du Micrococcus pyosepticus.
A. Micrococcus pyogenes aureus, albus et citreus. —
Le Micrococcus pyogenes aureus est le plus important des microbes
de la suppuration. II cst abondam-ment repandu dans toute la nature.
Ullmann en a signale la presence dans I'air, dans l'eau de riviere et de
%
pluie, dans la glace, dans la terre,
a la surface des murs. Vignai. I'a
^v
rencontre clans 1c tartrc dentairc et
dans I'cnduit lingual,
Fig. 17. — Micrococcus
pyogenes aureus dans le pus
d'un abces.
II se prescntc sous la forme dc coccus, mesurant 0,9-1,2 jj. de diametre,
isolcs ou le plus souvent groupes en
amas irregulicrs, fig. 17, d'ou le nom de Staphylococcus sous lequel
il est designe communement.
Ce microcoque se colore parfaitement avee les couleurs d'ani-
line ct ne se decolore pas par la metbodc dc Gkam.
II liquefie rapidement la gelatine. En piqürc dans un
tube, il determine aprcs 48 heures ä 20quot; la formation d'unc
ocr page 188
i68 —
cupulo de liquefaction ties nctte remplie d'un liquide trouble, fig. 18. La liqu6faction progresse toujours jusqu'ä atteindre la
partio infericme du tube. Au fond de la
cupule de liquefaction on observe un d6p6t jaune-orange epais. A la surface, la couche liquide cst surmontee palfois par une pelli-cule irreguliere, blanche ou jaunätre, tres visqueuse.
En culture sur plaques on voit appa-raitre de petites colonies rondos, granuleuses, a bords trcs nets. En s'dtendant, la colonie laisse distinguer une partie centralc opaque ct une zone periph^rique formce par dc la gelatine liquefice, fig. 19. Ces cultures re-pandent une odeur penetrante rappelant celle
Fig 18. — Culture pure de Micrococcus
du lait aigri.
Sur agar, le staphylocoque donne nais-
pyogenes aureus dans sance ä une culture grumeleuse, d'un jaune la gelatine ä 100/oapres orange brillant. Plus tard, la partie ccntrale S jours k la tempera- devient mamelonn6e ou est partagöe par des
ture de 16 ä 18 degrcs.
sillons diriges dans divers sens, fig. 20. .,„,..nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Cettc espece se cultive 6gale-
,,,... #9632;#9632;-:^ ment sur pomme de terre, sur
M.
scrum, en donnant toujours des % ^ 'lt; , ] colonies jaune d'or ou jaune orange,
%:
ce qui lui a valu le nom de mi-
Fig. 19. — Micrococcus
pyogenes aureus. Cultures sur
plaque de gelatine.
crocoque pyogene dore.
Cultivö dans le lait, ce microbe
produit la fermentation lactique et coagule rapidement ce liquide, II se cultive aussi dans le bouillon. Toutes ces cultures r6pandent une odeur aigre sp6cialc rap­pelant celle du lait aigri.
Le pigment jaune ne se produit qu'en presence de l'air. Le Micmcoccus pyogenes albus possede les memes caractercs que le Micrococcus aureus. L'examen microscopique est incapable de le distinguer du precedent. Les cultures ne se differencient dc
ocr page 189
169
celles de Vaumts que par l'absence de pigment; elles restent blanches, d'oü son nom de albus. VlGNAt l'a signale dans le tartre dentaire avec 1c microcoque dore. Rosenijach dit qu'il se rencontre surtout dans le pus de conleur blanchätre.
Le Micrococcus pyogena ciiretis ne differe des deux pr6cedents que par la coloration jaune citron fonce de ses cultures.
L'identite de caractercs que presentent ces trois microcoques a amene certains autcurs ä proclamer leur identite generique. D'apres Rodet et Courmont, ces trois staphylocoques constitu-eraicnt trois varietös d'une meme espece micro-bienne, qui ne differeraient' entre elles que par l'intensite de la pigmentation, le dore et le blanc constituant les deux extremes d'une echelle
ili
chromatique dont I'intermediaire serait constitue par le citrin. Ces auteurs appuient leur opinion sur l'identite experimentale et sur les variations du pouvoir chromogene des cultures. Courmont
m
affirme meme avoir assiste unc fois ä la trans-
formation dc Vcmrens en albus, sans etrc toutefois parvenu ä determiner les conditions pour re-
Fig, 20. - Cul­ture pure du Mi­crococcus pyogenes aureus sur agar.
produire ä volonte cette transformation,
Lannelgngue et Achard ont conteste cctte identite et ont insiste sur cc fait que Vatireus
est plus virulent quo Valbus ct qu'il est impos­sible jusqu'ici d'effectuer cxperimcntalement la transformation de Tune espece dans lautre.
II Importe de remarqucr que les caractercs tires du degrc de virulence et du pouvoir chromogene sont trop instables pour justifier la non-identite dc ces especes. II est plutot probable que ces trois microcoques represcntent autant de varietös d'une seide espece, bien que la demonstration scicntifiquo n'en ait pas 6t6 fournie. L'identite d'action de ces trois microbes sur les animaux est süffisante pour nous permcttre de les r6unir et de leur appliquer a. tous les rcsultats obtenus avec le staphj'locoquo pyogene dore.
ocr page 190
— 170 —
Rodet et Courmont ont etudie tout particulitueincnt les produits solubles secretes par 1c slaphylocoque pyogenc. Ils ont constate quo les combinaisons les plus diverses d'introduction simultanee du staphylocoque pyogöne et d'une certaine quantlte de ses produits solubles dans lorganisine ont toujours pour resultat d'aggraver l'infection et meine dans certaines conditions de favoriser la suppuration, L'organismc du lapin impregnc prealablement par les produits solubles se montre manifestement desarine centre l'infection, alors meme que cette impregnation remonte ä trois mois. Si 011 inocule a un lapin impregne une culture attenuee, il succombo avec les memes phenomenes que le lapin neuf inocule d'une culture virulente. Les produits so­lubles secretes par le stapbylocoque pj'ogene rend done le lapin plus sensible ä l'infection ; ils sont favorisants. L'impregnation est encore sensible apres trois mois : eile bäte la mort et l'eclosion des lesions renales qu'ellc fait apparaitre meme avec un virus trop attenue pour les produire dans un organisme neuf. Les cultures filtrees conservent cette propriete favorisante 20-24 jours apres leur filtration, tandis qae leur pouvoir toxique diminue.
On peut expliquer cette action favorisante, comme Bouchard l'a propose, par une action sur le centre vaso-dilatateur qui, paralyse, empeche le phagocytisme. L'influence prolongee peut etre due ä une modification des proprietes des phagocytes ou a un 6tat microbiophile des humeurs determine par l'impregnation.
A eöte de cette substance predisposante, le stapbylocoque pyogene fabrique encore une substance vaccinantc. Celle-ci est insoluble dans Falcool, tandis que la premiere est soluble dans ce liquide. L'effet vaccinant est completcment masque dans les cultures filtröes par l'effet do la substance favorisante; mais un chauffage a 55quot; pendant 24 heurcs suffit pour le faire apparaitrenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;ii/L
et la culture ainsi traitee provoque rimmunite centre l'invasion du staphylocoque. Ce chauffage detruit done la substance pre­disposante.
A cote de ccttc substance predisposante et de cette sub­stance vaccinante, le stapbylocoque pyogene fabrique en outre
ocr page 191
— lyi
%
des substances toxiques multiples, comme le montient les expe­riences suivantes executees par Rodet et Courmont.
L'lnjection, dans la veine jugulaire du chien, d'une culture sterilisee par la chaleur ä 55deg; pendant vingt-quatre heures pro-voque immediatement des troubles respiratoires, un leger abais-sement de la pression arterielle et une adynamie tres marquee; de l'hcmaturie se produit quelquefois. La mort survient au bout de quelques heures. A Fautopsic on constate la congestion de la plupart des organes. Chez le lapin, on pent obtenir une veritable intoxication chimiquc, a laquellc l'animal succombe apres huit ou dix jours.
Les cultures filtrees sur porcelaine sont moins toxiques pour cet animal. Leur toxicite diminue avec le temps, soit qu'on laisse vieillir les cultures elles-memes, soit qu'on conserve le liquide filtr6. L'injcction determine une lagere hyperthermie et un amaigrissement passager. Cette substance toxique est done nettement distincte de la substance predisposante, puisquc le pouvoir favorisant des cultures se conserve avec toute son acti-vite, quels que soient läge de la culture et le temps 6coulc depuis la filtration.
L'injection intraveineuse au chien du precipite alcooliquc des cultures entrainc rapidement la mort ä la suite d'accidents nerveux ties remarquables. II se produit une dyspnöe intense ct une elevation de la pression arterielle; puis survient de rh^michoree droite, ä laquelle succedent des contractures gene-ralisees. On observe un veritable strychnismc qui se terminc toujours par la mort. Tons ces accidents se passcnt dans I'espace de deux heures apres l'injcction, Le lapin est moins sensible : il montre de l'hyperthermie, de la dyspn6e et une elevation do la pression arterielle, Mais ces phenomenes ne tardent pas ä s'amender, si la dose injectee n'a pas 6te trop forte. Avec une dose plus considerable, ces phenomenes sont suivis d'une intoxi­cation chroniquc, ä laquelle l'animal succombe apres 7 jours avec une hypothermie considerable (35 degres). A I'autopsie on con­state une nephrite parenchymateuse,
ocr page 192
— 172 —
L'injcction de l'extrait alcoolique des cultures piovoque cgale-ment des accidents; mais ces accidents sont absolument differents de ceux (jue determine l'injection du prccipite alcoolique. On constate chez le chien un ralentissement considerable de la res­piration et du cceur pouvant aller jusqu'ä de veritables arrets. De plus, il survient de l'anesthesie : la corn6e est insensible et les muscles sont dans un etat de reläcbement complet Le lapin presente de l'hypothermie, de la stupeur, de la somnolence et une diminution de la sensibility cornöenne. II maigrit et meurt au bout d'une dizaine de jours.
II resulte done de ces observations que le staphylocoque pyogenc fabrique des substances toxiques diverses. L'alcool per-met d'en isolcr deux, dont les effets paraissent antagonistes, surtout sur 1c Systeme nerveux. On coneoit ainsi comment l'injection de cultures completes ne s'aecompagnent pas de sem-blables phenomenes.
Eeichel a signale ögalement Faction vaccinante des cultures de Staphylococcus aureus. II ä observe que des injections repet6es tous les 2 ä 5 jours de doses croissantes de cultures dans le pöiitoine des chiens peuvent rendie ces animaux refiactaires k de hautes do!-os de staphylocoques. On obtient le meme rcsultat en injeetant simplement les produits solubles des cultures pures. Des chiens ainsi impregnes resistent aussi a l'injection du pus. L'injection hypodermique conferc une immunite moins complete.
Arloing a cherche ä reconnaitre le mode d'aetion des sub­stances favorisantes du staphylocoque pyogene. II a demontre que les produits solubles absorbes et repandus dans le sang augmentent l'excitabilitc reflexe des centres nerveux vaso-dilatateurs et indirectement favorisent la diapödesc clans les foyers phleg-moneux. En effet, il a constatö que Faction predisposante sc produit surtout par l'intermödiaire du Systeme nerveux, car si Ton sectionnc tous les nerfs qui sc rendent au point oü l'on a injects le microbe, on n'obtient plus qu'Ün simple phlegmon qui se resout en quelques jours. Mais cettc influence predis­posante ne s'cxerce pas exclusivemcnt par le syst6me nerveux ;
ocr page 193
173 -
eile s'exerce encore diiectement sur les elements du foyer purulent, qui devionnent plus sensibles aux agents de la suppuration. En effet, si Ton coupe les nerfs d'unc part a. des lapins inocules avec le microbe et d'autre part ä des lapins injectes avec le microbe et du bouillon filtre, on observe un pblcgmon moins etendu chez les premiers.
Les produits solubles detcrminent rhypcrexcitabilite des centres nerveux : car si Ton excite le bout central du nerf de Cyon, on observe que la depression arterielle cst plus grande et plus prolongee apres l'injection des produits favorisants dans les veines. Cettc hj'pcrcxcitabilite porte plutot sur les centres nerveux quo sur les nerfs periph^riqucs. Arloing a constate en effet que si Ton sectionne le nerf auriculairc du lapin et si Ton excite succcssivement le bout peripherique et 1c bout central, on provoque une vaso-dilatation de 1'oreille, surtout par I'cxcita-tion du bout central. Mais si Ton injecte au prealable les pro­duits solubles dans le torrent circulatoirc, on s'apercoit que I'effet dilatateur cst plus accuse seulcment apres l'excitation du bout central.
Nannotti, qui a etudie comparativement les produits solubles du Siaphylococcus aurcus et du Staphylococcus albus, a rcconnu que les produits solubles du premier sont doues dune toxicite plus grande que ceux du second. II a observe egalemcnt que I'ino-culation sous-cutanee de ces substances produit des desordres plus graves que l'inoculation intraveineuse ou intra-peritonöale ; ce qu'il explique par une plus rapide elimination de ces sub­stances, lorsqu'elles sont introduites dans le Systeme circulatoire ou dans la cavit6 peritoneale; en outre on a une dilution moins nuisible pour les elements organiques, lorsqu'elles sont injectees directement dans le sang.
II Importe de remarquer que les experiences de Rodet et Courmont, de Keichel, d'ARLOlNG et de Nannotti, quelque precises et rigoureusement exöcutecs qu'elles puissent etre, ne peuvent 6tre consider(:es comme reproduisant la realite des phe-nomenes qui se produisent dans l'infection naturelle par les
ocr page 194
- i74 -
microcoques pyogcncs et dans la formation dune collection purulente. En effet, dans les injections cxpcrimentalcs, on introduit simultanumont dans le S3rsteine vasculaire des doses relativcment considerables de produits microbiens, tandis que lors de la formation d'un abecs, ces memes produits sont len-tement deverscs dans le courant circulatoire et ne s'y accu-mulent pas; car ä mesure de leur production , ils sont elimines par les reins ou dctruits au sein des tissus. Aussi leur action physiologique sur I'organisme, action qui a etc misc en lumiere par les experiences qui vienncnt d'etre rapportöes, cst-elle nulle ou inappreciable dans l'infection naturelle.
Plusieurs auteurs ont cherchö a isoler les produits solubles secretes par les stapbylocoques pyogenes et ä determiner leur nature chimique. Les resultats qu'ils ont obtenus sont fort differents.
Brieger a isole des cultures sur bouillic de viande de petites quantites d'une base organiquc azotee, qui s'est montree depourvue dc toute action toxique. Lebek a obtcnu une sub­stance cristallisable non azotee, soluble dans I'alcool, determinant rapidement une inflammation suppurativc suivie de necrose, quand on Finjectc en faible quantite dans les tissus. II I'a nommlt;5e phlogoslne, Christmas a retire de ses cultures une substance soluble dans I'cau, insoluble dans I'alcool, se detruisant ä 120deg; et ressemblant ainsi aux diastases; inoculee dans la chambre anterieurc de l'oeil du lapin, eile provoque une legere suppura­tion. Rodet et Courmont ont rencontre deux substances differentes, une insoluble dans ralcool et une autre soluble dans ce liquide, mais se detruisant dejä apres un chauffage de 24 heures ä 55deg;. Enfin, Büchner a retire du staphylocoquc dore une proteine ä propriätes chimiotaxiques bien accus^es.
Toutes ces observations tendent ä prouver que dans les bouillons de culture des staplvylocoques p3,ogenes, il existe plu­sieurs substances differant tant par leurs proprictcs chimiques que par leurs actions physiologiqucs sur I'organisme. II n'est pas douteux qu'on parvienne a les isoler les unes des autres et ä les studier söparöment au point de vue de leur netion pa-thogenique,
ocr page 195
175
Les cultures des staphylocoqucs conservent longtemps leur virulence. Inoculees sous la peau, ellcs detcrminent une inflam­mation locale, qui sc manifeste par un abces plus ou moins gros. Ce resultat n'ost obtenu que si Ton injcctc unc quantite determinee de microcoques. Herman a observe qu'il faut intro-duire un dcmi-milliard dc Staphylococcus pyogeucs albus pour pro voquer la formation d'un abces. Avec line quantite moindre I'effet peut etre prcsque inappreciable. II cst vrai que la sensi-bilite des tissus aux microcoques pyogeucs est ties variable. Herman les a ranges comme suit dans l'ordre de leur sensibilite : chainbre anterieure de Fceil, appareil circulatoire du lapin, tissu ccllulairc sous-cutanc du chien, plevre, meninges, tissu cellulaire sous-cutane et peritoine du lapin.
Dans certains cas les accidents ue restent pas localises ; I'infection se generalise et la mort survient avec les symptömes caracteristiqucs de la pyemie. Les microbes pyogenes penetrant dans le torrent circulatoire et sont transportcs ainsi dans tout I'organisme, Ils se repandent dans les organes les plus divers, oü ils vont former des abces metastatiques et des inflammations multiples, Ils provoquent des pblelutcs ou des thromboses dans les veines de la region primitiveracnt infcctee; des embolies sc forment dans I'artere pulmonaire; il se produit aussi une cndo-cardite valvulaire, unc nephrite et enfin des abces multiples dans divers organes, surtout dans les poumons, la rate, 1c foie, les reins et les muscles, Le pus de ces abces contient toujours des masses de microcoques.
Dans d'autres cas, les microcoques pyogenes, sans sc repan-dre dans I'organisme tout entier, d6terminent une affection gene-ralisee, une intoxication, par la diffusion dans le torrent circulatoire des produits toxiques qu'ils elaborent au sein du foyer suppuratif. Cette intoxication constitue la septicemie. Dans la septicemie il ne se produit pas d'abces metastatiques et les microbes ne se rencontrent pas necessairement dans le sang. Les troubles de la pyemie et de la septicemie peuvent coexister et donner lieu alors ä une affection mixte qui a re9u le nom de pyosepticemie.
ocr page 196
— 175 —
Ces phenomencs pathologiqucs no sont pas sous la dependance exclusive des microcoques pyogenes; un grand iiombre d'aulres microbes pathogenes peuvent les dcvelopper.
Injectes experimentalement dans I'appareil circulatoire, les staphylocoques pyogenes temoignent d'une veritable preference pour les os et en particulicr pour les parties de plus rapide accroissement; ils y provoquent chez le lapin unc osteomj'elite j-uxta-epiphysaire sans traumatisnie prealable (Rodet et Courmont). Wyssokowitsch, Ribbert, Bonome, sont parvenus ä developper cbez les lapins des endocardites valvulaires en leur injectant dans les veines des bouillons de cultures. Les valvules presentaient des ulcerations et des vegetations ties apparentes.
L'abondantc repartition des staphylocoques pyogenes facilite extraordinairemen I'infcction par ces microbes. Dans les conditions ordinaires naturelles, I'infection n'est possible qu'a la favour d'un traumatisme, d'une lesion, d'une solution de continuite dans la peau (blessurcs, excoriations, ecorchures, etc.). Les experiences de Garre tendent memc ä demontier que la peau saine, de-pourvue de toute ecorchure, nc constitue pas une barriere infranchissable pour les microcoques pyogenes. Get auteur est parvenu ä provoquer la formation d'antlirax en se frottant shn-plement la peau du bras avec une culture pure d'osteomyelite. II est probable quo les microcoques penetrent d'abord dans les canaux excreteurs des glandes sudoriparcs et de lä envahissent les couches profondes du derma.
L'infection peut so faire egalement par la voie iutestinale. Kaklinski a montre que les microbes pyogenes injectes dans le Systeme circulatoire peuvent passer clans le lait et cela apres un temps relativemcnt court. En nourrissant avec du lait ainsi infecte par le staphylocoque dore de jeunes chiens, chats et la-pins, il constata dans 48 experiences, 6 fois une infection gen6-rale, 5 fois de la parotite purulente, 17 fois un catarrhc intestinal aigu avec torminaison fatale et 8 fois une infection gen6rale avec formation d'abces miliaires dans le foie et les reins.
ocr page 197
— 177 —
B. Micrococcus
frcqucmmcnt dans
Cette espccc se rencontre pus. Elle doit posscder unc ties large repartition dans la nature; mais sa recher­che ct son identification sont difficiles.
t
%
s
-
%
f..
Netter I'a isole de la salivc et du con-tenu intestinal de I'lioinme.
Examine au microscope, ce micro coquc apparait le plus souvent en chatnettes assez courtes formccs dc 5 a 10 elements,
tMn2
FIG. 21. Cette disposition en chatnettes
tnu o-laquo; ifnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; a fait donner a. cette cspece la denoini-
f ig. 81, — Micrococcusnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;L
pyogenes dans le pus d'un nation de Streptococcus pyogenes, sous lacpielle a c s'nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;eile est le plus souvent designec. Dans
les cultures, les chainettes peuvent ctrc beaucoup plus longucs. Dans le pus, les coccus mesurcnt 0,8-1 |J-. Ils se eolorent par la methode de Gram,
Co microorganisme se cultive aisement dans le bouillon a 3oquot;. II no liqucfie pas la gelatine. Les colonies sont blanches, a bords ondules, souvent decoupes, FIG, 22. Sur plaques, il apparait des colonies punctiformes, arrondies, granulouses, qui s'etalent a la surface en petits disqucs arrondis.
Sur pommc de tcrre, cc microbe ne donne pas de developpcment apparent.
II vegete aisement a l'abri do Fair.
II parait identique aux streptocoques de
lnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Fer^'sipiMc et de la septicemic puerpcrale. Nous
rapportcrons done au streptocoquc p\-ogene les
observations qui ont ete faitcs sur les deux
autres varietcs.
Manfredi et Traversa ont etudie les pro-duits solubles du streplocoquc de lerysipele et ont constate qu'en injeclant les bouillons filtrcs on provoquait chez differents animaux
13
ocr page 198
178
des phenomenes en partie convulsivants, en partie paralysants. La mort survenalt par intoxication.
Roger a rcpris cette etude et a rcconnu que les pioduits solubles sont toxiques pour le lapin. La substance toxique est insoluble dans' l'alcool, soluble dans l'eau. La toxicite diminue notablemcnt ä 1040. Cettc substance presente ainsi des caracteres qui la rapprochent des ferments solubles.
L'injection de la culture filtree augmente la reeeptivite, meme apres un mois. Sous l'influence des cultures filtrees, le sörum du lapin sc inodifie et ses propriötes microbieides diminuent d'unc facon tres notable. Les cultures chauffees vaccinent. L'im-munitc existo des le quatrieme jour et persiste encore au bout de trente jours,
11 existe done deux substances difTcrentcs dans les cultures du streptocoque : une vaccinante et unc favorisante ; la premiere resiste a la chaleur, la seconde est detruite par eile.
Lc streptocoque pyogäne se developpe aussi bien sur le serum des lapins vaccines que sur le serum des lapins neufs; mais dans le premier cas, sa virulence est considerablement at-tenuee. Des streptocoques att6nues sur du serum d'animaux vaccines ne detenninent plus que de legers abees, tandis que eultives sur du serum d'animaux reeeptifs, ils provoquent la formation d'un erysipele 6tendu. La virulence du streptocoque est ainsi attunuee dans le serum d'animaux vaccines en dehors du corps vivant, aussi bien qu'ä l'interieur des vaisseaux.
La virulence des streptocoques s'att^nue tres rapidement en dehors de l'organisme. Aussi les inoculations expdrimentales don-nent-elles des resultats tres variables ; tantöt on n'observe que de petits abees localises; tantöt au contraire , on constate une inflammation tres vive, un veritable phlegmon avec infection purulente, rapidement mortelle. La virulence du streptocoque semble s'aecroitre par le passage ä travels l'organisme.
Injects dans le torrent circulatoire, 11 provoque de l'osteo-myölite; mais tandis que le staphylocoque s'attaque directement au tissu osseux des regions juxta-epiphysaires et produit de la
ocr page 199
— 179 —
necrose, de la peiiostite, unc suppuration tres discrete, et quel-quefois de l'arthrito; le streptocoque s'attaque ä la moelle osscuse, au voisinage des regions juxta-epiphysaires, laissant intact le tissu osscux, le periostc et l'articulation (Courmont et Jaboulay).
Lc streptocoque agit egalemcnt sur I'organisme par intoxica­tion, comma on I'observe dans la septicemie puerperale.
Lorsqu'un animal resiste ä I'injection intravcineuse dune cul­ture vivantc du streptocoque, il acquicrt I'iinmunite.
L'infection par le streptocoque se fait dans les meines con­ditions que l'infection par les staphylocoqucs. Dans le cas d'infection puerperale, clle se produit par la large plaie uterine, produite par le dccollement du placenta. Chez les mammiferes domestiques, on observe une semblable infection consecutive au part; bien qu'on n'ait guere publie jusqu'ioi d'observation micro-biologiquc dans les cas de fievre vitulaire, on est en droit d'ad-mettre, ä raison de l'idcntite des phönomencs patliologiques et des circonstanccs ctiologiques, que cet affection peut quclqucfois etre produite par le streptocoque pyogenc.
C. Micrococcus pyosepticus. — Cette espece, trouv^e par Richet dans une tumeur carcinomateuse non ulccree situee clans le tissu ccllulairc de la marge dc Fanus d'un chien, presentc de grandes ressemblances avee le Micrococcus pyogenes albus. Mais il s'en distingue par des proprictos pathogeniqucs bien speciales. Ino-cule en petite quantite au lapin, ce microcoque produit rapide-ment un enorme ccdeinc g61atineux; chez le chien, il donne au bout de vingt-quatre hcures un abces a forme hemorrhagique avee sphacele de la peau.
L'inoculation dc cultures attenuees confere I'iinmunite; I'at-tenuation se produit par l'äge et la chaleur.
Ce microcoque tue les cobayes, les lapins et les pigeons, mais non les chiens.
Tous ces mierocoques pyogenes ne se rencontrent pas avee la meme frequence. Karlinski, qtii a examine un grand nombre de cas de suppuration chez les mammiferes et chez les oiseaux,
ocr page 200
i8o
a fourni quelques donnces statistiques sur leur frequence relative. Nous les reproduisons dans le tableau comparatif ci-dessous.
MAMMIFfeRES OISEAUX
Staphylococcus pyogenes aureus Siaphylococcus pyogenes albus Staphylococcus pyogenes citixus Streptococcus pyogenes
25
i5
i5
ii
5
H
23
ii
Cos divers microcoques pcuvent sc rencontrer dans les in­flammations les plus diverses, isoles ou associes ä d'autres cspeces pathogencs. C'est ainsi fiu'on a signalc d'unc maniere assez con-stanlc l'association du strcptocoque pyogamp;ie au bacillc de la diphtcrie; du staphylocoquc dore a des especes saprogenes dans certains cas dc gangrene, au microbe specifique dc la vaccine dans les pustules vaccinales, etc. Les diverses especes dc mi­crobes pj'ogencs pcuvent s'observer aussi simultanement dans un memo foj'cr de suppuration; c'est ainsi quo les Mictococctts cercus albus et ßavus sc rencontrent toujours associes ä d'.autres especes pyogenes. On a constate aussi la reunion du staphylo-coque et du streptocoque.
Litterature. — Klkbs, Arbeilen a. d, Berner patliolog. Institut, 18711873;
et Beiträge Jftir pathologischen Anatomie der Schussivunden, Leipzig, 1872-1873.
—nbsp; nbsp; Zahn, Zur Lehre von der Entzündung und Eiterung; Inaug. Dissert,, Bern, 1871. — Tiegkl, Die Jiebererregcndcn Eigenschaften des Mikrosporon seplicum ; Inaug. Dissert.. Bern, 1871. — Straus, Du rdle des microorga-nismes dans la production de la suppuration; Comptes rendus Soc. Biol , i883 — Councilmann', Zur jEtioiogie der Eiterung; Vircliow's Archiv, i8S3.
—nbsp; nbsp;Gkawitz, Uebcr die Ursachen der stibcutanen Entzündung und Eiterung; Vircliow's Archiv, Bd. 108, 1887; et Ueber die Bedeutung des Cadaverins (L Brieger) /iVr das Entstehen von Eiterung; Virchow's Archiv, Bd. 110, 1887. — von Christmas. Recherches sur la suppuralion; Ann. Inst. Pasteur, II, 1888. — Sciieuerlen, Die Entstehung und Erzeugung der Eiterung durch chemische Reizmittel; v. Langenbeck's Archiv, Bd. 32, i885. — Klemperer, Ueber die Beziehungen der Mikroorganismen zur Eiterung; Zeitschr. f. klin. Med., Bd. X, i885. — Ruijs, Ueber die Ursachen der Eiterung; Deutsch, med. Wochenschr., i885. — Biondi, Conirihuzione all' etiotogia delta sup-purazionc; La Riforma medica, 1886 — Bouchard, Theorie de i'in/ection ; Verhamll. d X. internal, med. Congresses, Berlin, 1890; Action des pro-
ocr page 201
ISI —
dtiils secretes par les microbes, Paris, iSgo; Action vaso-motrice des pro. duitS bacteriens; Comptes rendus, t. mH, 1891; Theorie de l'inßammatioiii Semaine mödicale, n0 20, 1891. — Massakt et BoRDET, Reclierc/ies sur l'irri. tabilite des leucocytes \ Soc. des Sc. nat. et med., Bruxelles, 1890; Le chi-miotaxisme des leucocytes et Vinfeetion microbiennc; Ann. Inst. Pasteur, V' 1891. — Büchner, Uebcr pyogenc Stoffe in der Bacterien^elle; Berl. klin. \\rochcnschr., 1890; Die chemische Reizbarkeit der Leukocytcn und deren Beziehung %ur Entzündung und Eiterung; Ibid., 1890. — Neumann, Ist der Micrococcus pyogeues tennis mit dem Pncuinonicoccus identisch?; Centralbl. f. Bacter., VII, 1890. — Ullmann, Die Fundorte der Staphylokokken ; Zeitschr. f. Hygiene, IV, 1888. — Vignal, Recherches sur les microorganismes de la bouclte; Arch, de physiol., 1886. — Rodet et Courmont, Sur les microbes de rostcomyelite aigne juxta-epiphysaire; Compt. rend. Soc. Biol,, 1890. — Courmont, Sur les microbes de l'osteomyclite aigue infecticuse; Compt. rend. Soc. Biol., 1890, — Lannelongue et Achard, Sur la distinction des staphy-locoques blaue et orange, d'apr'es la virulence et le pouvoir ehromogenei Compt. rend, Soc. Biol., 1890. — Rodet et Courmont, I'Unde snr les pro-dtlits solubles favorisants secretes par le staphylocoque pyogenc; Compt. rend. Soc. Biol., 1891 ; De l'existence simultanee dans les cultures du staphyloco­que pyogene, d'une substance vaccinante precipitable par l'alcool. et d'une substance predisposante soluble dans l'alcool; Comp. rend., t. 113, 1891; et Sur la toxicite des produits solubles du staphylocoque pyogene; Compt. rend. Soc. Biol., 3, 1892. — Ari.oin'G, De l'inßuence des produits de culture du staphylocoque dorc snr le Systeme nerveux vaso-dilatateur et snr la forma­tion du pus; Compt. rend., t. ii3, 1891. — Reiciiel, Uebcr Immunität gegen das Virus der Eitercoccen; Verhandl. d. XX. Congress d. deutsch, des. f. Chirurgie, Berlin, 1891, et Archiv f. clin. Chirurgie, 1891. — Nannotti, Sur le pouvoir pathogene des produits des staphylacoqnes pyogenes. Recherches cxpcrimeniales; Ann. de microgiiiphie, IV, 1891. — Brieger, Microbes, pto­maines et maladies; Paris, 1888. — Leher, Ueber die Entstehung der Ent­zündung; Fortschritte der Medicin, 188.S, — von Christmas, Recherches snr la suppuration; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Herman, De l'inßuence de quelques variations du terrain organique sur faction des microbes pyogenes; Ann. Inst. Pasteur, V, 1891. — WlSSOKOWITSCH, Uebcr die Schicksale der in 's Blut injicirten Mikroorganismen', Zeitschr. f. llyg., I. —' Ribbbrt, Ueber experimentell' erzeugte Endocarditis; Berl. klin. Wochenschr., 1886, — Bonome, Contribution ä Vetude des staphyloeoques p\-ogencs; Arcli. iial.de Biol., V11I. — (quot;iarre, Zur /Etiologie acut eitriger Entzündungen; Forlschritte der Me­dicin, i885. — KARLIN8KI, Experimenteller Beitrag zur Kenntniss der Pyo-septikämie des Neugeborenen vom \'erdanungstraktns aus; Prag, med, Wo­chenschr., 1890. — MaNPRBDI et Traversa, Still' azione ßsiologica e tossiea
ocr page 202
— i8a —
dei prodotti di collura dcllo streptococco dell' crisipela; Giorn. internaz. delle sc, med., 1888, — Roger, Action des prodnits solubles du streptocoque de Vcrysip.clc; Compt. rend. Soc. Diol., 1891; Proprietes bactericides du serum pour le streptocoque de l'erysip'elc; Bull mM., 1890. — Courmont et Jaboulay, Sur les microbes dc I'osteomyclitc aigui infectieuse; Compt. rend. Soc. Biol., 1890. — Courmont, Sur les microbes de l'osteonyelite aigui infectieuse; Compt. rend. Soc. Biol., 1890. — Richet, Etude pliysiologique sur un mi­crobe pyogene et septique; Arch, de mid. experim., I, 1889. — Karunski, Statistischer Beitrag %ur Kenntniss der Eitcrungserreger bei Menschen und Thieren; Centralbl. f. Bakter., VII, 1890.
CHAPITRE II.
Etude microbiologique des Mammites.
Independamment de l'inflatnmation suppurative d6terminee par les microcoques pyogenes ordinaires, la mamelle des betes laitieres peut etre le .siege d'inflammations specifiques dues ä des microbes sp6ciaux, absolument differents des staphylocoques et des streptocoques ordinaires de la suppuration. Ces mammites, toiit particulierement contagieuses, out €iamp; decrites chez les vaches laitieres et chez les brebis laitieres.
sect; 1. Mammite contagieuse des vaches laitieres.
L'etude microbiologique de cette affection a 6t6 faite simul-tanamp;nent par Nocard et Mollereau en France et par Kitt en Allemagne. Elle a 6te reprise ensuite par Hess et Borgeaud
en Suisse. Ces auteurs ont tous reconnu la presence d'un microcoque, dont ils ont etabli la spöeificite. La description de ces differents auteurs concordant sur la plupart des points, il suffira de reproduire Fig. 23. — Streptocoque dans ces grandes lignes celle que Nocard dc la mammite contagieuse ct MoLLEREAU en ont dornte.
des vaches laitiferes. Culture.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Tnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; #9632; 1 j 1
Le microbe de la mammite conta­gieuse des vaches laitieres se montre sous la forme d'un micro­coque en chainettes (streptocoque), fig. 23. Les chainettes sent
ocr page 203
— i83
d'autant plus longues que l'alteration de l'organe est plus recente ; elles sont alors fort longues et enchevetr6es dans tous les sens. Quand la 16sion est plus ancienne, les chatnettes sont reduites a un ensemble de six, huit ou douze elements, arrondis ou ovoi'des, mesurant ä peine i |x de diametre.
Ce microcoque ne sc colorc pas par la möthode d'EHRLicH, ni par celle de Gram. II prend les matieres d'aniline en solu­tion hydro-alcoolique, et surtout les procödes de Weigert, Malassez et Löffler.
II se rencontre toujours dans le lait des betes malades, ä l'exception de toute autre espece microbienne.
II se cultive aisöment dans le lait et dans les bouillons neutres et l^gerement alcalins. L'addition d'une petite quantitc de sucre (glycose, lactose, saccbarose, mannite) favorise son d6veloppement; tandis quo le chlorine de sodium et la peptone semblent lui etre döfavorables.
Les milieux liquides de culture, neutres et legerement al­calins, temoignent d6ja apres vingt-quatre ou quarante-huit heures d'une reaction franchement acide, qui augmente graduellement a. mesure que la culture se dcveloppe. Mais bientot 1c develop-pement cesse completement et le microbe ne tardc pas ä perir. Pour le conserver et Tentretenir indöfiniinent avee toule sa vitalit6, il faut I'ensemencer tous les jours dans un nouveau bouillon. On parvient au meme resultat, en introduisant dans les bouillons de culture, une certaine quantitc dc carbonate dc cliaux pulv6ris6, qui absorbc I'acidc a mesure de sa production et entretient ainsi la reaction alcaline du milieu. C'est done la reaction acide qui est nuisible au microcoque. Cettc acidit6 est surtout prononcee dans les milieux qui contiennent du sucre, dont le microbe opere la fermentation lactiquc.
Le microcoque 6volue egalcment bion au contact dc 1'air et dans le vide. II est ä la fois aörobie et anaerobic. II se döveloppe rapidement a la temperature dc 37deg;. Les cultures sur milieux solides sont moins abondantes et plus lentes que dans les milieux liquides. Les milieux solides ne sont jamais
ocr page 204
— 184 —
liquefies. Lc developpcment s'accusc toujours par une mince pel-licule blanchatre. Inocule par piqüre, lc microcoque developpe lc long du trajet de l'aiguille un leger trouble, auquel succedent un grand nombre de pctits points blancluitres, opaques, granu-Icux, dont I'ensemble forme une lignc epaissc ä bord dcnteles.
Les cultures sur plaques donnent ä la temperature de 16 ä 18 degres, des le troisieme on quatrieme jour, de petites co­lonies, arrondies, granuleuses, nettement delimitees, transparentes. Ensuitc elles prennent une teinte jaune-clair qui brunit apres quclque temps.
L'injection dune culture pure du microcoque de la mammite contagieuse dans la mamelle saine des vacbes et des chevres a reproduit I'affcction t3qiique. Les essais d'infection par la voie digestive, sous-cutance, intraperitoneale ou intravcineuse cbez les chiens, les lapins, les chevrcaux et le veau, n'ont donnc aucun rcsultat. Ce qui tend ä prouver que le lait des betes atteintes de mammite contagieuse n'est pas nuisible et peut etre utilise dans I'alimentation.
Lc lait des vaches malades posscde une reaction franche-ment acidc ct se coagulc rapidement. II est sereux, grumeleux, presonte une odeur fetide et un mauvais goüt. La cuisson du lait tue le microbe : une temperature de 55deg; pendant 10 mi­nutes le fait p6rir, aussi surement quc la congelation ä — 6deg; pen­dant cinq minutes.
La plupart des auteurs sont unanimes ä attribuer a la main du trayeur la propagation de la maladie des betes atteintes aux betes saines. L'agent infectieux est ainsi transporte d'un trayon malade sur un trayon sain. Depose sur les teguments, il peut devenir le point dc depart, de rinfection de la mamelle.
sect; 2. Mammite gangreneuse des brebis laitieres.
Cettc affection, qui est designec vulgaircment sous lc nom de mal de pis ou d'araignec, est dcterminec egalcmcnt par un microbe special que Nocakd a tout particulicrcment ctudie.
ocr page 205
— i85
Lc lalt, qui est aqucux, rovissatre, acide, contient en grandc
quantity un microcoque cxtremement petit, inc. 24, On rencontre le
meme organisme, mais en moins grande abon-
i -.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;dance, dans la sörosite de Tccdeme et quel-
; '. • *t*nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; quefois aussi dans la sörosite peritoneale ;
%
mais il n'y en a jatnais dans le sang, la
rate, le foie, le rein, les ganglions mesen-
,*
?
teriques on bronchiques.
Ce microcoque qui est d'une petitesse
Fig 24. — Microco-qucs de la mammite gangreneuse des brebis laitiercs. Culture dans le bouillon de poule.
extreme, fixe la plupart des matiercs d'aniline et so colorc meme par la mcthodc de Gram et de Weigert.
Dans le lait des brebis malades, il ap-parait ä letat de microcoques isoles ou assocics quatre ä quatre, ou agglomeres en petiles zooglces.
II sc eultive aisement dans tous les milieux neutres ou löge-rement alcalins. Dans les milieux liquides, il developpc une reaction acide : cn moins do vingt-quatre beures, il coagule le lait en masse et 1c coagulum est d'une fennete extreme.
La biologic de ce microcoque est fort semblablc ä cellc du streptocoque de la mammite contagicuse des vaches laiticrcs. Commc ce dernier, il perd rapidement sa vitalitc dans les mi­lieux aeides : on ne peut le conserver qu'en l'inoculant tous les jours dans do nouveaux bouillons, ou cn maintenant la reaction alcaline par l'addition de carbonate de chaux, qui absorbe l'acide forme ä mesure qu'il sc produit.
Los bouillons Sucres favorisent son developpemcnt.
Lc microbe de l'araigncc est ä la fois aerobic et anaerobic.
Sur los milieux solides, il se d6veloppe aisement. Inocule
par piqüre sur la gelatine, il croit rapidement tout le long du
trajet de I'aiguille, et des le deuxieme jour, ä 18deg; ou 200, il
liquefic la gelatine.
Sur plaques, on observe des colonies arrondics, blancbätres, qui grandissent SUrtout a la surface, oil la gelatine se liquelie, ce qui donne ä la surface un aspect cbagrine tout particulier.
ocr page 206
— i86 —
Le serum gelatinise est Iiqu6fi6 dgalement par ce microor-ganisme; il n'en est pas de meine de l'agar. Inoculö par pi-qüre sur ce milieu, il se developpe le long du trajet de l'aiguille sous forme d'une train6e blanche, opaque, ä bords festonnes. A la surface, il se forme une pellicule 6paisse, d'un blanc mat qui jaunit pou a peu. Sur pomme de tone, il se produit une couche grisatre, visqueuse, ä accroissement lent, ä bords festonnes plus epais que la partie centrals. La culture, d'abord blanchätre, jaunit egalement apres quelque temps.
L'injection dans les conduits galactophores d'une brebis saine de quelques gouttcs de la sörosite de l'oedeme, ou du lait four-ni par la mamellc malade, ou d'une culture pure virulente, determine toujours la production d'une mammite prcsentant tous les caracteres de la mammite gangrcncuse spontanee. La brebis seule semble apte a contracter la maladie. L'injection dans les conduits galactophores ou dans les tissus de la mamelle ne provoque aucune affection chez la chevre. II en est de mbme des injections sous-cutanees faites au chevreau, au veau, au pore, au chien, an chat, au cobaye. Chez le lapin, le microbe de l'araignee donne naissance ä un abces.
La contagion se produit probahlcment de la meme maniere que dans la mammite contagieuse des vaches laitieres, bien que le badigeonnage du pis avec une culture virulente soit rest6 toujours sans rfeultat. La inert survient probablement par sep-ticemie, car I'autopsie ne montre aucune 16sion grave, capable d'entrainer la mort.
Litterature, — Nocaiid et Moli.ereau, Sur une mammite contagieuse des vaches laitieres; Bull, et Mlt;Sm. de la Soc. centrale tie metl. v^t6r., 1884. — Kitt, Untersuchungen über die verschiedenen Formen der Etderent^ün-dung, Deutsche Zeitschr f. Thiermed. u. vergl. Path,, XII, i885. — Nocaru et Mollereau, Sm- une mammite contagieuse des vaches laitieres; Ann. Inst. Pasteur, I, iHcSy. —#9632; Hess et Borgeaud, Eine contagiose Euterent^ünduiig, gelber Galt genannt (mastitis catarrhalis infectiosa) ; Schweizer Arch. f. Thier-hellk., XXX, 1888. —' Nocard, Note sur la mammite gangrcncuse des brebis laitieres; Ann. Insl Pasteur, I, 1889.
ocr page 207
i87 -
CHAPITRE III.
Etude microbiologique des pneumonies.
II convicnt dc distinguer dans ce chapitre les affections pneumoniques qui atteignent les diffcronts animaux domestiques, et de leur consacrer ä chacunc d'elles un paragraphe special.
sect; i. Pneumonie du cheval.
Cqtte affection correspond a la Bnistseuche des Allemands.
Friedberger, Lustig, Peterlein, Perroncito, Brazzola ont cherchö a isoler le microbe specifique, et out d6crit des microcoquos qu'ils ont rapproches plus ou moins du pneumo-coque de FuiEDLäNDER. Cost a Schütz quo Ton doit la deter­mination cxacte du microbe de la pneumonie du cheval.
D'apres cet auteur, il se prlt;sect;senterait sous la forme d'un microcoque ovale capsule; les coccus sont reunis le plus sou-vent deux a deux ou forment de courtes chatnettes de trois ou quatre Elements,
Ce tnicroorganisme ne se colore pas par la methode de Gram. II se cultivc sur la g61atinc, sans la liquöfier, ä la tem­perature ordinaire. En piqurc, il se dcvcloppe le long du tra-jet de 1'aiguille, sans s'etendre ä la surface de la gelatine autour du point d'inoculation. II ne croit pas sur le serum gelatinise. Sur 1'agar, il produit dc petites colonies sous la forme de gout-telettes transparentes. Dans le bouillon, il se developpe en chai-nettes assez longues. Sur le serum g61atinis6, il ne semble pas vcgeter.
Inoculc au lapin, au coba3-c et ä la souris, il cntraine la mort dc ccs animaux ä la suite d'affcctions pneumoniques. La souris mcurt do scpticcmic en 24 ou 48 heures. II se prcsente quclquefois aussi uno inflammation du poumon ou unc simple congestion hcmonhagique do cet organc. Le lapin, 1c cobaye et 1c pigeon sont moins sensibles; ces animaux r6agissent d'une maniore inconstantc ; tantot ils perissent par septicamp;nie, tantöt au contraire ils paraissent ne pas se ressentir de rinoculation.
ocr page 208
ISS —
La poule et 1c porc sont absolumont refractaircs vis-ä-vis de ce microorganisme.
Schütz a rencontre cc microbe dans tons les cas de pneu­monic qu'il a etudies. II exisle an centre des foyers jaunätres dc I'lu'patisation pneumonique, dans Texsudat pleurctiquc, dans les bronches; il est moins abondant dans riiepatisation rouge. Ccs microcoques sont libres dans les alveoles ou siegent dans l'interieur des cellules de l'exsudat : on pout en observer huit a dix dans une memc cellule. L'injection dc cultures pures dans les poumons du clieval determine une affection absolument sem-blable a la pnoumonie spontanee. La pulverisation intratracbeale d'une culture a donnc le meine resultat.
Cadkac a signale dans la pleuropneumonie contagieuse du clieval un coccus anondi, non capsule, se prescntant isolemcnt ou sous la forme d'un diplocoque, rarcment d'un streptocoque, se colorant par la niethode de Gkam. II se cultive lentement ä 37deg; en presence dc I'air dans 1c bouillon et l'agar. Sur agar, il forme apres 24 lieures une tache blancbatre, epaisse, d'aspect huileux, comparable a une tache dc bougie. La colonic s'etend progressivem eilt et en vieillissant prend uno coulcur blanc d'ar-gent; eile sc desseche legerement au centre et continue a gran-dir par la peripherie. Dans le bouillon il se forme un trouble qui se depose au fond sous la forme d'un sediment pulverulent. Sur pomine de tcrre, il ne se produit pas de devcloppcmcnt. La reaction des milieux de culture ne subit pas de modifications.
Ce streptocoque perd rapidement sa virulence et sa vegeta-bilite dans les milieux artificiels. Ccttc attenuation sc produit 6galemcnt par la chalcur (5o0). Une temperature de 60deg; le tue en dix minutes; il rosiste pendant longtemps ;\ la dessiccation et a la putrefaction.
Les cultures sont pathogenes pour lane, les lapins et les co-bayes; les chats et les rats blancs sont refractaircs. Inoculc par la voie inlratracheale au chien, ce microcoquc determine une pneumo­nic passagerc. Par injection intravcineuse, il tue par intoxication septique. L'injection a lane dc 10 cm. c. dc sang defibrinc ct dilue d'un lapin infectc quaratlte-huit heurcs avant determine
ocr page 209
— i8g
une pneumonic mortclle aprcs trois jours. A Tautopsie, on ob­serve unc hepatisation coinplöic, sans gangrene ni suppuration, ct unc plcuresic considerable. Lcs microcoqucs se trouvaicnt dans I'exsudat, lcs poumons, le sang ct lcs organcs internes. Cc mi-croorganisme s'attenuo rapidement dans lcs cultures, mais il recu-pere aisement sa virulence par quelques passages ä travels le lapin, pour lequel il est tres pathogenc, Lcs lapins succombent, en effet, rapidement ä l'injcction intravcineuse; ä lautopsic, on constate Fhypertrophic de la rate, dc I'exsudat rougeätre dans toutes les cavitcs sercuses; les urines sont sanguinolcntcs, tenant de I'liemoglobinc en dissolution; lcs poumons ot les reins sont congestionnes. L'injection hypodermiquo determine des effcts moins prononces et peut meme etre infructucuse; l'injection intratracbealc provoque la mort avec des lesions localisccs ex-clusivement dans les poumons. Lc cobaye succombe dans lcs memes conditions et avec des alterations scmblables; ils ne presentcnt qu'cxceptionncllement lcs lesions dc la pneumonic.
Les virus attenucs cessent d'agir par scpticemic ct produi-scnt les lesions de la pneumonic, dc la plcuresic et de la peri-carditc. La pneumonic contagicuse serait done lo resultat dc la multiplication dans Forganisme dc microcoqucs doucs d'une acti-vite moyenne ou faible. Les virus attenucs peuvent conferer I'immunite aux lapins.
L'infection peut se produirc par la voie intcstinale ct la mort survient alors par septicemie aiguii sans alterations pul-monaires. Mais e'est principalemcnt par la voie respiratoirc quo l'infection est la plus rapide et la plus sure
Chantemesse et Delamotte out decrit cgalcmcnt dans le liquide pleural et dans le sue pulmonairc un strcptocoque, pa-thogene pour le lapin, cbez lequel il determine la dissolution de l'hemoglobine. Ce strcptocoque, ainsi que celui decrit par Cadeac, semble presenter unc parcnte assez ctroite avec le Streptococcus pneumo-enteritis equi, decrit par Galtiek dans les pneumo-enterites infectieuses du chcval.
TbtzNER a signale egalement un microbe different du strep-tocoque de Schütz. D'apres cct auteur, le microorganisme sp6ci-
ocr page 210
igo —
fique de la pneumonic seiait un petit bacterien ovale, so cultivant dans la gelatine, l'agar et le bouillon, difficilement ä 20quot;, mais abondamment ä l'etuve Dans les bouillons, il forme des chainettes. II sc colore par la methodc dc Gram. D'apres ses recherches, Tetzner croit pouvoir affirmer , centre Schütz , qu'il existe plusieurs especes de pneumonies chez 1c cheval et qu'il en cst qui ne sont pas determinces par 1c streptocoque de Schütz. Mais les cas studies par cet auteur ne correspondent pas au point de vue clinique et öpidcmiologique ä la pneumonic pro-prement dite 6tudiee par Schütz ; en outre Tetzner a neglige d'6tudier I'action pathogene do son bacterien sur 1c cheval lui-meme, ce qui rempeche de conclure a sa specificite.
Du restc tout recemment, Fiedeler est parvenu, ä l'aide de m^thodes differentes, a isoler le microbe de la pneumonic et a reconnu que, par tous ses caracteres morphologiques et physio-logiques, il est identique ä celui quo Schütz avait decrit. Fiedeler en conclut quo le streptocoque de Schütz est le seul agent specifique de la pneumonie du cheval et que e'est ä cet auteur qu'il faut rapporter le merite de l'avoir decouvert.
Les inoculations preventives faites avec les cultures pures du streptocoque de Schütz avaient deja justifie cette conclusion.
L'hijcction dirccte et profonde de cultures du streptocoque de la pneumonie dans les poumons reproduit la maladie avec tous ses symptömes caracteristiques. De pctitcs quantiles dc bouillons virulents ne provoquont que des lesions legeres, de grandes quantitcs detcrmincnt les alterations graves qui accom-pagnent toujours la pneumonie. A I'autopsie on retrouve toutes les lesions ordinaires de la maladie.
L'injection tracheale dötermine une affection sp^ciale carac-terisöe par de la fievre, avec on sans frissons, de l'abattement, de rinapp6tence, la toux, l'acceleration du pouls et une \6geic dyspnee. Le mouvement febrile atteint son maximum apres 8 k 10 heures et a disparu apres trois ou quatre jours, L'augmen-tation de la temperature se produit 7 a 8 heures apres l'injection : le thermometre Signale 380,8-400,6. Getto hyperthennie disparait
ocr page 211
— igi —
le plus souvent le mtoie jour, quelquefois eile persiste jusqu'au surlendemain. Una semblable injection renouvelee trois jours apres determine encore aprcs Sag heures une hyperthermie de 390,2-400,9. Six jours plus tard, une troisieme injection ne produit le plus souvent qu'une faible reaction : la temperature ne seleve plus qu'a 380,5-39o,5, Une quatrieme injection reste sans effet; quelquefois ce dernier rösultat n'est obtenu qu'apres une cinquieme ou une sixieme injection. Ces experiences 6ta-blissent done que les injections intratrachöalos du streptocoquc de la pneumonic provoquent une affection febrile et conferent I'immunite contre celle-ci. En effet, des chevaux rendus refrac-taires par cette mcthode ont pu sdjourner pendant quinze jours en contact avec des chevaux atteints de pneumonic grave, sans contracter cette affection.
L'introduction des cultures dans le Systeme circulatoire ou dans I'appareil digestif ne determine aucune affection. L'inocu-lation sous-cutanee produit une tumefaction douloureuse, etendue, s'abcedant partiellement, se resolvant le plus souvent apres 5 ou 10 jours. Elle diminue la receptivite pour une nouvelle inocu­lation.
A la suite de ces observations, le 'ministere de la guerre de la Prusse a ordonne la vaccination preventive des chevaux de remonte. Les inoculations se font avec des cultures sur gelatine, fraiches et en pleine activite, liquefiees a 36deg;, et diluees ä moitie avec de l'eau bouillie. On injecte 40 gr. et quelquefois 80-120 gr. ; on effectue quatre injections dans l'espace de six jours. Quand la quatrieme injection produit encore une legere reaction, on en fait une cinquieme.
Hell a constat6 le passage du streptocoque de la pneu-monie de la mere au foetus. II obtint en effet des cultures du Streptocoque avec le sang de deux foetus provenant d'une souris moite a la suite d'une inoculation de ce microbe.
Peter a signale l'infectiosite du furnier des chevaux atteints de pneumonie. Cette observation demontre que le streptocoque passe dans le tube digestif et est expulse avec les excrements.
ocr page 212
— iga —
Cet auteur a constate, en effet, la presence do ce microorga-nismc dans le mucus intestinal des chevaux malades. II resultc dc ce fail quo la desinfoction complete des excrt'nicnts s'imposc absolument dans los ecuries, oü regne unc epidemie de pneu-monie.
Rust a retroiive 1c microbe de Schütz dans l'air expirü par les chevaux atteints de pneumonic. L'infection pent ainsi se propager ä distance par rintcrniediairc de l'atmospheie. Toute-f'ois ce dernier fait a etc contests par Cadkac, qui a demontre que 1'air expire des animaux malades est depourvu dc germes.
sect; 2. Pleuropneumonie contagieuse du bovuf.
Ccttc ad'ection, qui est egalcment decrite sous 1c nom de pöri-pneumonic contagicusc, correspond a. la Luiigenseiiche des Allemands. Les premieres observations microbiologiques faites sur cette maladic datent dc i852. A ccttc epoquc deja, Willems et Van Kempen signalerent des microorganismes dans l'exsudat provenant des pou-mons peripneumoniques. Depuis, un grand nombrc d'autcurs, Sussdokf, Bruylants et Verriest, Pütz, Poincarke, Himmelstoss, decrivircnt plus ou moins nettement des microcoques qu'ils consi-dcrerent comme les agents specifiqucs de la maladic. Bruylants ct Verriest reussircnt memo a les eultiver dans des milieux nutritifs artiiiciels, ct constalercnt par Finoculation le dcvclop-pement de pustules semblables ä celles qu'on obticnt en inoculant la serosite pleuropneumonique clle-meme.
Lustig reprit la recherche du microbe specifique et rencontra, outre trois especes de microcoques, un bacille qui, sur pomme de terrc, donnait naissancc a d'abondantes colonies oranges. L'ino-culation des cultures an veau produisit unc tumefaction locale, inflammatoire. Lustig crut pouvoir considerer ce bacille comme I'agcnt virulent de la pleuropneumonie; en effet, il nc parvint Jamals ä retrouver ce microorganisme dans les poumons des animaux sains. Les microcoques signales par 1c memo auteur nctaicnt pas pathogenes.
ocr page 213
igS
Poels et Nolen decrivirent des microcoques qui s'observent, tantot isolös, tantöt reunis en diplocoques ou on strcptocoques. Les elements sont entoures d'une capsule dif'ficilement colorable. Sur gelatine, ils donnent naissance ä des colonies de couleur creme. Ils so developpent 6galement sur agar et sur pomme de terre. L'introduction des cultures dans I'appareil respiratoire, soit par inhalation, soit par injection intrapulmonaire ou intratra-ch6ale, produisit des processus pneumoniques chez les lapins, les cobayes, les chiens ct les souris, Un semblable resultat fut obtenu chez le bceuf, mais les lesions pneumoniques observees ne furent pas semblablcs aux alterations si caracteristiques de la pleuropneumonie.
Poels et Nolen entreprirent alors avec leurs cultures des inoculations preventives. Ils effectuerent sur cent beeufs des inoculations sous-cutanees. Aucun des animaux en experience ne devint malade; ils presenterent seulement au point d'inocu-lation une reaction analogue ä celle qu'on obtient par I'emploi de la serositö pleuropneuinonique elle-meme. Los animaux inocu-16s restcrent indemncs, bien qu'ils vecussent dans un district contamine. En presence de ces resultats, ces autcurs considererent leurs microcoques comme les agents specifiques de la pleuro­pneumonie contagieuse.
Plus recemment, ArLOING etudia cette affection au point de vue microbiologique et recueillit dans la serosite pulmonaire quatre differents microorganismes : iraquo; un bacille qui fluidifie la g61atinc et auquel il donna le nom de Pneumobacillus liqmfacims hovis; 2deg; un coccus qui ne liquc'fie pas la gelatine et qui donne naissance ä des colonies ressemblant ä des gouttclettes de cire : il le designc sous le nom Pneumococcns gutta cent', 3quot; un micro-coque, le Pueumococcus Ucheno'ides, dont les colonies blaachätres s'etalent en une coucbo mince qui so ride ct sc plissc on vicil-lissant; enfin, 4quot; un microcoque qui forme des colonies jaune orange : le Pneumococcns flavescens.
Les deux premiers microorganismes sont facultativemcnt aerobics et ana^robics, ct sont analogues ä ceux que Lustig a
14
ocr page 214
— 194 —
döciits, Arloing rapproche son Pneumococcus gntta cerei et son Pnenmococcus flavescens du Micrococcus cereus ßavus de Passet.
Lg pneumobacille, qui se präsente sous forme de bacilles tres courts, parfois subarrondis dans le bouillon, s'allonge, grossit legerement et so regularise sur la gelatine. II se eultive dejä ä 3quot;5.
Arloing considere le pneumobacille comma l'agent speeifique de la pleuropneumonie contagieuse, bien qu'il n'en ait pu donner la demonstration experhnentalc; car l'inoculation des cultures, pas plus que celle du virus naturel, n'est capable de reproduire la maladie. L'inoculation sous-cutan6e clonne naissance ä une tumefaction plate, cedemateuse, chaude, douloureuse et assez etendue. L'injection intrapulmonaire, intratracheale ou intra-veineuse, ne determine pas de peripneumonie. Les cultures du pneumobacille produisent les mßmes effets que la serosite viru­lente, fraiche. Les autres microorganismes decrits par Arloing ne determinent aneune alteration ou des alterations faibles n'olfrant aueun caractere speeifique.
Le pneumobacille se rencontre dans tous les poumons ma­lades, tandis que Tun des trois pneumocoques peut faire defaut. En outre, on rencontre le pneumobacille dans tous les points des lesions pulmonaires et pleurales, mais il est tres rare dans les ganglions tumefies. II existe dans le lait. Enfin il s'observe dans les synovites metastatiques qui se dcveloppent loin de la tumeur sous-cutanee. Les effets gen^raux de ses produits de s6cr6tion et de la serosite pulmonaire filtrec sont semblables. Les cultures du pneumobacille renferment une substance phlo-gogene qui, inoculee, determine un oedeme inflammatoire cir-conscrit. II en est de m6me de la s6rosit6 naturelle döpourvue de tout microorganisme. Cette substance phlogogene est soluble dans l'eau et la glycörine, insoluble dans ralcool; eile n'est pas detruite par la chaleur; son activite s'attdnue toutefois par l'ap-plication d'une temperature superieure ä ioo0.
En raison de cette identity d'aetion des cultures du pneu­mobacille et de la s6rosit6 pleuropneumonique naturelle, Arloing
ocr page 215
ig5
considcre cc microorganismc comme l'agent specifique de la peri-pneumonie contagieuse du bceuf.
Cultive, il perd rapidemeut la plus grande partie de son activite, mais inocule sous la peau, le pneumobacille s'cxalte dans sa virulence : inject6 alors dans 1c poumon, il determine des foyers de pneumonie chronique dissemincs dans los deux poumons. L'injection intraveineuse de vingt centimetres cubes de culture cxaltee entraine la mort : ä l'autopsie, on observe la congestion des poumons, l'infiltration sereuse des espaces interlaquo; lobulaires comme dans la peripneumonic. L'injection de huit centimetres cubes en deux doses en l'espacc dc quclques jours produit des accidents attenu^s : les poumons presentcnt les lesions caracteristiques des formes cbroniques de la peripneu-monie epizootique. L'injection dans la jugulaire de douze centi­metres cubes de serosite naturelle contenant le virus renforcö donne les meines resultats.
Depuis longtemps, bien avant qu'on ne connut la nature du virus pleuropneumonique, on avait effectuö des inoculations pour preserver le betail contre cettc maladic contagieuse. C'est au Docteur Willems que Ton doit les premiers essais d'inocu-lations preventives et leur introduction definitive dans la pratique journaliere. Ce praticien inoculait simplement la serosite qui s'ccoulait des incisions faitcs dans les poumons pleuropncumo-niques, ä l'extremite dc la queue des betes bovincs. Le point le plus favorable est la face externe de la queue, ä 7 ou 10 cen­timetres au-dessus de l'extremite. On pent egalement faire l'ino-culation au fanon, mais ce mode a etc abandonne depuis. L'injec­tion de la serosite fraicbe sous la peau determine une reaction locale (inflammation et exsudation) et provoque une affection fe­brile aecompagnöe de toux. Apres la disparition de ces phenp-menes, les bfetes inoculees se montrent refractaires et peuvent cobabiter avec des animaux malades sans jamais contracter la maladie.
Dans la pratique des inoculations, il importe d'effectuer deux vaccinations, Une premiere a rextrömit^ de la queue, et une
ocr page 216
iq6 —
secondc, 6 a 8 semaines plus tard, encore a la queue, mala Un pen au-dessus du point de la premiere inoculation.
Depuis qu'on a recherche le microbe dc la pleuropneumo-nie, on a essaj-e de rcmplacer la serosite pulmonairc par des cultures pures de ce microorganisme. Poels et Nolrn ont ino-cule huit cents bceufs avec les cultures pures de lours micro-coques. Jamals ils n'ont observe d'accident et aucunc de leurs betes inoculees no contracta la maladie, bien qu'elles v6cussent en contact avec des animaux malades.
Arloing a cssaj-e egalement dc substituer les cultures de son pncumobacille ä la serosite pulmonaire. Mais si celle-ci se montre parfois trop active, celles-lä semblent au contraire trop attenuees. Ari.oing n'a obtcnu, en effet, qu'unc immunitc incom­plete avec ses cultures du pneumobacillc.
En presence de resultats aussi pen satisfaisants, on concoit quo dans la pratique ordinaire, on continue a employer la se­rosite pulmonaire. Celle-ci nc sc montre pas toujours egalement virulente; tantöt son inoculation est suivie d'accidents graves, tantöt, au contraire, ellc ne confeie qu'unc immunite incomplete.
Son action varie aussi suivant le lieu oü on I'inocule. Le tissu oü eile se developpe de preference cst le tissu conjonctif sous-cutane. Dans les regions oü ce tissa est lache et abondant, eile pent determiner des alterations redoutables qui peuvent en-trainer la mort. Dans les regions oü ce tissu est au contraire rare et dense, eile ne produit qu'un accident local, b6nin et passager, ä la suite duquel setablit l'immumte. Du moment qu'une premiere inoculation a produit cc resultat, on peut ef-fectuer aux regions dangereuses une inoculation critere sans voir survenir d'accidents graves. La reaction locale, au lieu d'fetre mortelle, est 16gere et seit de criterium pour constater I'etablis-sement de l'immunite.
Schütz et Steffen ont cherche a determiner les conditions dans lesquelles les inoculations donnent les meilleurs resultats. Ils ont observe quo la serosite fraiche, encore chaude, produit une reaction locale plus vive que la lymphe deja froide; celle-ci
ocr page 217
197
est moins virulente, eile agit plus lentement et plus faiblement. Des morceaux de poumons malades inti'oduits sous la peau ne provoquent presque pas de reaction. Le virus semble done so trouver principalement dans le serum ot s'attenuer par le refroi-dissement. Aussi doit-on preferer les inoculations avec la lymphe chaude qu'avec la serosite rcfroidie.
La quantite de vaccin n'exeice pas d'influence sur le mo­ment de l'apparition et sur la marche de laccident local. Plus celui-ci sera accuse, plus forte sera rimmunitc.
L'emploi de la lymphe chaude et de la lymphe froide con-fere egalement rimmunite; mais celle-ci est plus puissante dans le premier cas que dans 1c second.
Schütz et Steffen ont essaye d'employer une lymphe gly-cörinöe (parties dgales de lymphe et de glycerine). Celle-ci s'est montree egalement apte a creer l'immunitc. Elle a en outre l'avantage de se conserve!quot; avec son activite primitive et d'etre döbarrassee de tous les microbes etrangers, tels quo les microcoques pyogenes qui sont detruits par la glycerine.
Pour recueillir la lymphe fraiche la plus active, il peut utiliser des poumons qui n'ont subi quo la premiere etape dc I'infiltration pleuropneumonique et dans lesquels ne s'observe aucun foyer dc suppuration ou dc necrose. On incise les lobes pulmonaires qui ont subi I'infiltration la plus abondanto ct on recueille la serosite qui sen decoulc dans un vase bien propre. On la filtre aussitöt ct on 1'inocule immediatement, avant qu'au-cunc trace de putrefaction n'y apparaisse.
En presence de la difficulty de se procurer de la serosite fraiche, LaqueuriiXre a cbcrche ä conscrver pendant longtcmps de la lymphe avec toutc sa virulence primitive. II y est par­venu en soumettant un poumon malade ou la lymphe elle-mome ä une congelation de 5quot; a 6deg; et en les maintcnant ä cctte tem­perature. Apres un an, le poumon avait conserve sa virulence ct se montrait aussi actif que la lymphe fraiche. La serosit6 degelec dans des tubes sterilises et des morceaux de poumons conserves ctaient encore virulents apres plusicurs mois; mais
ocr page 218
— 198 —
leur activite etait diminuee et cela d'autant plus qu'ils avaient 6t6 conserves plus longtemps.
Thieknesse et Degive ont essayö les inoculations intra-veineuscs et ont observe que celles-ci sont toujours inoftensives, a condition d'eviter bicn soigneusement l'introduction de traces du virus dans le tissu conjonctif circumvoisin. Par cette methode les beeufs acquöraient l'immunite. Degive a egalement propose une autre methode d'inoculation : il pratique celle-ci ä la par-tie superieure et laterale du cou. On voit apparaitre en ce point une tunieur considerable que Ton divise par une incision cru-cialc profonde portant jusque sur les tissus sains. Pendant deux jours, on traite la plaie par la teinture d'iode. Degive assure avoir conferc rimmunite par cette methode.
La contagion naturelle se fait par l'intermödiaire de l'air. Lc virus contagieux cst rcpandu dans l'atmosphere avec Fair expire par les animaux malades; il y est rdpandu en teile abon-dance qu'il peut aller contaminer des betes a une distance de trois cents pas. Le plus souvent, la transmission se fait par le contact et la cohabitation avec les betes malades, ou par les objets qui ont etc souilles par les produits (bave, mucus nasal, exsudat pulmonaire) contenant I'agent virulent.
Martens a signalc un cas ties interessant de döveloppement intrauterin de la peripneumonie. Sur un veau mort dix jours apres la naissance, il observa toutes les lesions de la maladie ä un stade ties avance. Sur la mere abattue il reconnut dans les poumons des alterations qui se rapportaient ä une peripneu­monie r6solue et guärie.
sect; 3. Pneumonies che% differents animaux.
Sek .. a d^crit chez des veaux morts de pneumonic ca ; .^.e differents microbes contenus dans la scrosite pulmonaire. C'etaient des microcoqucs mesurant o,5 |a de diametre et des bacilles ayant i \). de long et o,5 \). de large. Les microcoqucs se developpaient principalcment sous la forme de diplocoques, qui presentaient la plus grandc analogic avec les pneumocoques de
ocr page 219
— 199 —
Fraenkel-Weichselhaum. L'injection de la serosite pulmonaire ou des cultures des diplocoques dans la trachee d'un veau ne donna aucun i^sultat.
Perroncito avait deja signal^ dans des cas de pneumonie infectieuse chez les vcaux vin microcoque qui, sur gelatine et agar, donne naissance a des colonies jaune d'ambre, et auquel il donna pour cette raison le nom de Micrococcus amhratus.
Poels a fait ^galement I'^tude microbiologique d'une pleuro-pneumonie septique des veaux, mais cette etude trouvera mieux sa place au chapitre des septicemies hemorrhagiques.
Dans la pneumonie des agneaux, Semmer a trouve six mi­crobes differents {Coccus, Diplococcus, Sirepiococcus, Bacterium et Bacillus). Cot auteur n'a pas determine l'agent specifique de l'affec-tion, dans laquelle il admet I'existence d'associations microbienn.es.
Rivolta a constate, dans le sang de l'exsudat pleuretique d'un chat mort de pleuresie, dc nombreux microcoques qu'il identific a I'espece qu'il avait deja rencontree dans le sang d'un chat et qu'il avait nomme Coccohacterium felis. II croit pouvoir les considerer comme l'agent infectieux de la pleuresie du chat. Dans un cas dc pleuresie purulente chez 1c chien, le meme auteur decrit deux espöces de microbes, mais il n'a pas 6labli leur spöcificite.
Schmidt a observe dans certaincs affections de l'appareil respiratoire du lapin des microcoques et des bacilles. La ma-ladie s'attaque surtout aux jcunes animaux; les lapins adultes ne la contractent pas; il en cst de meme des chiens et des chats. Cette maladie contagieuse et epizootiquc debute par une rhinite, qui se transforme succcssivemcnt en laryngitc, en tra-cheite hemorrhagique, en bronchite et enfin en pneumonie mul­tiple ct lobulaire avee ou sans pleurite. Cette affection est presque toujours mortelle.
Sanakelli a decrit tout recemment une nouvelle affection de l'appareil respiratoire clu lapin. Cette affection, qui est tres contagieuse, serait determinee par de pctits bacilles tres difficilos ä colorcr. Cos microbes sc developpent bien sur l'agar et 1c
ocr page 220
— 200
serum ä la temperature de 3/ degres; ils so developpent faible-ment sur la gelatine ä 220—240 et pas du tout dans le bouil­lon et sur les pommes de terre. Inocul6s aux animaux, ils ne sont pathogenes quo pour les lapins et seulement par injection dans 1'apparcil rcspiratoirc. Les injections dans la plevre sont toujours mortclles a la suite de pleur6sie sero-fibrineusc; les injections intrapulmonaire provoquent de la pneumonie, de la pleuresic sero-fibrineuse bilaterale et unc forte pericardite fibri-neuse. Les animaux succombent toujours apres 2 ou 3 jours, Les injections intratracheales donnent des r6sultats moins positifs; quand les animaux meurent, ce n'est qu'apres 25-40 jours. On observe souvent des pöricardites et des peritonites concomitantes. Cette aftection se communique par inhalation et se localise dans l'apparcil respiratoire, ainsi quo dans les sereuses voisines.
Litterature. — Friedberger, Die Inßucn^a der Pferde; Zeitschr. £. prakt. Veterinänviss., 1874. — Lustig, Das Contagium der Inßuen^a fBrustinfluenza, Brustseuche, Influenza pectoralis) der Pferde; Cntrbl. f. d. med. Wiss., i8S5 et Jahresber. d. K. Thierarzneischule Hannover, 1884/85. — Peterlein, lieber infectiose croupöse Pneumonic; Ber. ü. d. Veterinärwesen i. Königr. Sachsen f d Jahr 1884, Dresden, 1885. — Perroncito, Der Pneumocoecus des Pferdes; Revue f Thierheilkunde u. Viehzucht, i885. — Bhazzola, Contributo allo Studio dell' etiologia della pnenmonite empale del cavallo, etc.; La Clinica veter., i885; et Ueb. d. Attiologie der crouposen Pneumonie des Pferdes und der Lungenseuche des Rindes; Jahresber. üb. d. Leistungen a. d. Ge­biete d. Veterinarmed., V. — Schütz, Die Ursache der Brustseuche der Pferde; Virchow's Archiv, Bd. 107, 1887; et Arch. f. wiss. u. prakt. Thier-heilk , XIII, 1887. — Cadeac, Contribution ä Vetiologie de la pneumonie contagieuse du cheval; Compt. rend. Soc. Biol., 1889; et Contribution ä Tetude de la pleuropneumonie contagieuse du cheval; Journ. de mamp;l. vöterin. et de Zootechnie, 1889. — Chantemesse et Delamotte, F.tiologie de la pneu­monie infectieuse des chevaux; Rec. de med. veter., 1888. — Tetzner, Ueber genuine Lungenentzündungen bei Pferden; Zeitschr. f. Veterinärkunde, II, 1890.
—nbsp; nbsp; Fiedeler, Ueber die Brustseuche im Koseier Landgestüte und über den Krankheitserreger derselben; Cntrbl, f. Bakter. u. Parasitenk., X, 1891. —Bericht üb. d. bei d. Militärrossar^tschulc (in Berlin) ausgeführten Versuche einer Schutz­impfung gegen Brustseuche; Statist. Vet.-Sanit.-Ber. üb. d. preuss. Armee f. 1887.
—nbsp; Hell, Ueb. Schutzimpfung gegen Brustseuche; Zeitschr. f. Veterinärk., 1889. — Hell, Gehen Krankheitserreger von der Mutter auf den Fcetus über?; Zeitschr.
ocr page 221
— 201 —
f. Veterinärk., I, 1881). — Peter, Einige Mittheilungen über die Bruslseuche aus dem i5, Armeekorps während der Jahre 1886-1888; Zcitschr. f. Veterinilrk., I, 1889. — Rust, Vorkommen der Bakterien der Pfcrdepncumonic in der Expirationsluft brustseuchekranker Pferde; Archiv f. wiss. u. prakt. Thierheilk., XIII, 1887. — Willems, Communications ä I'Academic royale de medecine de Be/gique; i852. — Sussdorf, Ueber Lungenseuche des Rindes; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed., V, 187g. — Bruylants et Verriest, Recherches sur le microbe de la pleuropneumonie bovine; Bullet. Acad. royale de medecine Belgique, 1880. — Pütz, Lungenseuclieimpfversuche; CEster. tierärztl. Monat-schr., 1881-82. — Himmelstoss, Mikroskopischer Befund in pvci Fällen von Lungenseuche; Wochenschr. f. Thierheilk. u. Viehzucht, 1884. — Poincarre, Sur Venvahissemcnt du tissu pulmonaire par un champignon dans la peri-pneumonie; Compt. rend,, t. cj2, 1881. — Lustig, Zur Kenntniss des Conta-giums der Lungenseuche des Rindviehs; Cntrbl. f. d. med. Wiss., i885. — Poels et Molen, Das Contagium der Lungenseuche; Cntrbl. f. med. Wiss., 1884; et Fortschr. d. Med., 188G. — Arloing, Sur l'etude baetcriologique des lesions de la peripneumonie contagicusc du baeuf et Determination du microbe produeteur de la peripneumonie contagicusc du beeuf; Compt. rend., t. 10g, 1889. — Arloing, Etude baetcriologique de la peripneumonie conta­gicusc du boeuf; Compt. rend, des seances du Vquot; Congrfes intern, de m6d. veter., 1889, Paris. — Schütz et Steffen, Die Lungenseuche-Impfung und ihre Antiseptik; Arch. f. wiss. u. prakt. Thierheilk., XV, XVI et XVII, 1889-91. — Martens, Ein Fall von intrauteriner Entwicklung der Lungen­seuche; Berl. thier.'irztl. Wochenschr., 1889. — Laquerriere, Note sur la conservation du virus peripneumonique par la congelation; Compt. rend. Soc. Biol., 1890. — Arloing, Sur la presence d'une matidre phlogogcne dans les bouillons de culture et dans les humeurs naturelles oil oni vecu certains microbes; et Essais de determination de la matidre phlogogene secretee par certains microbes; Compt. rendus, t. 106, 1888. — Thiernesse et Degive, Inoculation preventive de la peripneumonie contagieuse par injection intra-veineuamp;c; Ann. med. vet^r., 1882. — Semmer, Ueber die Kälber- und Läm-mer-Pneumonie und die Mikroorganismen bei denselben; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed., 1888. — Rivolta, Plcurite infettiva ncl gatto e nel cane; Giorn. di^Anat., Fisiol., etc., 1888. — Perroncito, Sulla pneumonite dei neonati hovini, maladetti e vitcllini poppanti; Giorn. d. med. vet. prat , i885. — Schmidt, Die mykotischen Erkrankungen der Respirationsorgane der Haus­tiere und speziell der Kaninchen; Dissert. Hofgeismar, 1877. — Sanarklli, Sur une nouvellc matadie contagieuse des lapins; Atti della R. Accad. dei Fisiocritid in Siena, ser. IV, t III, 9, et Arch. ital. Biol., XVI. 1891.
ocr page 222
202
CHAI'ITRE IV.
I
Etude microbiologique des pneumo-enterites infectieuses des solipedes.
Galtiek et Violet ont donne le nom de pneumo-enterites infectieuses des founages a deux maladies speciales des animaux solipedes, qui ont etc longtemps designecs sous le nom de ma­ladies typhol'des, bien qu'elles n'aient aucun rapport avec la fievre typho'ide de I'liomme. Ces deux affections sont causöes par 1'usage d'eaux pollutes ou de founages plus ou moins avaries. C'est cette circonstanco qui lour a valu la denomination speciale que Galtier et Violet lour ont accordee.
Ces affections sont determinces par deux microorganismes speciaux. L'un d'eux, qui a recu le nom de Streptococcus pnetmo-entcritis equi, se presente sous la forme de chainettes de micro-coqucs mesurant o,3—o,5 |J.. Ces chainettes ont une longueur variable; on rencontre quelquefois des microcoques isolös ou associes deux a deux en diplocoques ou en nombre plus consid6-rable. Dans le sang, I'exsudat pleuretique du cheval, ou dans le bouillon, les chainettes sont composces d'un grand nombre d'articles; dans les organes, les reins, la rate, etc, les chainettes sont generalcment plus courtes.
Le second microbe, le Diplococcus pneumo-euteritis equi, est ega-lement un microcoque arrondi ou ovo'ide, mesurant o,3—0,4 \i., qui apparait quelquefois isolc, mais le plus souvent associe deux a deux en diplocoques, rarement en courtes chainettes dc 3, 4 ou 5 articles.
Ces deux microbes sc colorent ais6rnent par les couleurs d'aniline; mais ils se decolorent par le precede do Gram. Le streptocoque est immobile ; le diplocoque, au contraire, est mo­bile. 11s sont tous deux facultativemcnt anaerobics; ils se cul-tivent facilcmcnt dans les divers milieux artificicls ; bouillons, infusions vegetales, agar, gelatine, pomme de tcrre; ils vegetent deja a 12deg;, i5quot;, 20quot;, mais leur pullulation est plus active a 350—37quot;.
I
ocr page 223
2o3
Dans les milieux liquides, le streptocoque donne naissance a un precipite floconneux, tandis que le diplocoque forme un prccipite plus fin, pulverulent. Sur les milieux solides, gelatine et agar, le streptocoque fournit des colonies blanchätres, assez volumineuses, tandis que le diplocoque produit des colonies plus petites. La gelatine n'est pas liquefiee. Sur pomme de terrc, le developpement du streptocoque est aussi plus abondant que celui du diplocoque; il forme une couchc grisätre, epaisse, a surface anfractueuse.
Ces deux microbes sent pathogenes pour le cheval, oü on les trouve souvent associes; ils sont nocifs ugalement pour le lapin, Le cobaye resiste assez bien au streptocoque, mais il succombe toujours ä l'action du diplocoque. Le cobaye ne mcurt par le streptocoque qu'a la suite d'une inoculation intraperitoneale. Ces deux microbes exercent sur lorganisme des actions bien clifF6-rentes. Les lapins, qui meurent ä la suite de l'inoculation du diplocoque, montrent le foie congestionne et souvent criblc de points grisätres dus ä une exsudation interlobulaire; on constate 6galement un peu de liquide cpanchc dans la poitrinc et sou­vent de la pneumonic debutante avec des tractus pseudo-mem-braneux sur la plevre; l'alteration du sang et la congestion des reins sont faibles; le tissu sous-cutanc ne presente pas d'imbi-bition acajou.
A la suite de l'infection avee le streptocoque, on constate une imbibition acajou plus ou moins etendue dans le tissu sous-cutane; le sang est fort altöre ; le coeur est eccbymose; la rate est hypertrophiec et noirätre. Ce qui caracterise avant tout l'infec­tion streptococcienne, e'est la diastashemie.
Quand on inocule au lapin un melange en egalc proportion des deux microbes, le diplocoque seul cxercc son action pa-thogene, 1ü streptocoque disparait, cedant la place devant son adversaire,
Ces microbes agissent probablcment sur lorganisinc au moyen de leurs secretions toxiques, comme tend a le prouvcr la mort du lapin, survenant en quelqucs minutes apres I'injection intravei-neuse de mauere virulente.
ocr page 224
— 204 —
L'activite pathogenc s'attenue progressivement dans les cul­tures qui vieillissent; ellc parait avoir disparu apres deux a. six mois. II en est de memo dans les organismes qui resistent ä la maladie. Cctte attenuation se produit aussi pour les mi­crobes qui vivent dans les eaux, les fourrages, etc. ; aussi I'in-fection naturelle exige, pour se produire, une certaine pr6disposition des sujets.
La virulence peut etre recuperee et memo exaltee par la culture de ces microbes dans des organismes ä grande r6ccp-tivite, tels que le lapin, ou par I'ensemenceinent dans des mi­lieux fralchemcnt prepares.
Le strcptocoque resiste fortcment a la dessiccation : desseche pendant 5 jours ä 3g0, et conserv6 pendant cinq mois et demi, il n'avait rien perdu dc son activitc. Le diplocoque, soumis aux memes conditions, etait encore vivant apres le möine laps de temps, mais il s'est montre attenue. Le strcptocoque semble supquot; porter mieux la dessiccation que le diplocoque. L'un et l'autre resistent moins bien ä Faction de la putrefaction : ils avaient perdu leur virulence apres cinq jours dans des pulpes et des debris d'organes soumis ä la putrefaction. Mais il n'en est plus de meine qunnd le virus est melange ä une forte proportion d'eau ; aussi se conserve-t-il bcaucoup plus longtemps dans les eaux souillees et infectees que dans les purins et les fumiers.
Le Streptococcus et le Diplococcus pueumo-enteritis equi existent dans le sol, dans les eaux, sur les fourrages souillös et recoltes dans des terrains marecageux. La presence dc ces microorganismes sur les fourrages a etc mise en evidence par les essais d'ino-culation de l'eau de maceration de ces fourrages par injection intratrachcale au cbeval et intraveineuse au lapin.
La voie respiratoire constitue la voie dc penetration la plus sure; la voie digestive est efficace aussi, mais dans une propor­tion beaucoup moindre, probablement ä raison de l'acidite dc la premiere portion du tractus intestinal, acidite a l'egard de la-quelle les microbes sont execssivement sensibles. La contagion par les malades est rare.
'
ocr page 225
— 2o5 —
Une premiere attcinte ne confere pas l'immunitö. Le strep-tocoque ne vaccine pas contre le diplocoque, ni celui-ci centre celui-lä.
Chez les animaux malades, le virus oxiste dans le santr. dans les lesions pulmonaires, dans le liquide pleuretique (seulc-ment dans les premiers jours), dans les lesions intcstinales, dans le foie, la rate, le rein, les capsules surrcnales, les ganglions lymphatiques, les 16sions articulaires ct musculaircs, dans le jc-tage nasal, l'urine at les dejections intcstinales.
On pent transmettre la pneumo-enterite infectieuse des four-rages experimentalement au cheval par injection intraveineuse, intrapleurale, intrapulmonaire, intratracheale et par Ingestion. Galtier et Violet out constate dans le cours de leurs expe­riences de transmission, que I'appareil digestif cst plus accessible aux microbes pathogenes des fourrages, qui penetrcnt par I'ap­pareil respiratoire, qu'ti ceux qui sent ingercs directcment.
Le mouton pent egalcment s'infecter par le virus de la pneumo-enterite infectieuse. La chevre peut contractor naturelle-ment celle de ccs maladies qui est due au strcptocoquc. Le chien ne parait pas prendre la maladic du cheval.
Litterature. — Gai.tier et Violet, Les pneumo-cnterites infectieuscs des fourrages OU variclcs des affections typhu'ides des animaux solipcdes; Journ, de m^d, v6t. et de zootechnie de Lyon, 1880-1890.
CHAPITKE V.
Etude microbiologique de l'adenite purulente du cheval.
C'est a Schütz qu'on doit la decouverte du microbe qui est la cause de l'adenite purulente du cheval. Sand et Jensen d'une part, Poels d'autre part, communiquerent aussitöt les resultats des recherches qu'ils avaicnt entreprises sur cetto affection et qu'ils avaient poursuivies d'une maniere absolument incl6pendante. Les conclusions formulecs par ces diffdirents auteurs sont iden-tiques dans leurs grandes lignes.
ocr page 226
2o6 —
Le facteur de l'adcnite purulente du cheval est un micro-coque, qui sc rencontre dans le mucus nasal et dans le pus. On I'y observe sous la fonne de chainettes lon-•.raquo;laquo;?\ ( Onbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; gues et ondulees, formces de coccus arron-
/ quot;Jifnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; dis ou ovales, fig. 25. La forme ovale
Vnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; (laquo;,laquo;jraquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;apparait surtout quand les coccus sont dis-
.j*quot;raquo;laquo; /\nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ^ poses ä se diviser; eile donne lieu alors
ä la forme diplocoque. La division des di-
Mg. 25. Streptococ­cus cqui provenant d'une culture dans le bouillon.
vers coccus s'operc generalement en meme temps dans une meme chainette, de teile
sorte quo cclle-ci apparait formeo exclusi-vement de diplocoques. On rencontre aussi des individus isoles ä l'intericur des leucocytes. Cc microcoque a re9U le nom de Streptococcus egui.
II se colore aisement par le violet de gentiane en solu­tion aqueuse. II prend cgalement bien la coloration par les melhodcs de Weigert, de Ehrlich et de Gram.
I
Dans certaines chainettes, on observe des 616-ments qui se sont colores intensement et qu'on a consideres comme 6tant des arthrospores.
Le milieu de culture le plus favorable est le serum gelatinise. II s'y forme de nombreuses gouttelettes grisatres, transparentes, qui, plus tard, se reunissent pour former une couche epaisse et visqueuse. En piqüre sur l'agar, le long du trajet de l'aiguille, on voit des co­lonies isolces, desquelles partent des prolon-gements membraniformes, fig. 26. A la surface il se produit une couche incolore, semi-liquide et visqueuse. En piqüre sur gelatine, il ne
se fait pas de developpement ä la surface. Les
Fig. 26. - Strepto­coccus egui. Culture
cultures sur agar sont plus abondantes et plus
en piqüre dans l'agar rapides que celles obtenues sur gelatine, a api s eux jours. cause ^ ja temperature plus elev6c a laquelle on peut les soumettre. En strie sur l'agar, on n'observe qu'un löger trouble dans l'eau de condensation qui existe au fond du
ocr page 227
— 207
I
tube. Dans les bouillons, le streptocoque se developpe facilement : il forme au fond des ballons unc masse gnsatre, floconneuse; le liquide qui siunagc ne sc trouble pas. II se developpe aussi sur pomme de terre.
Le streptocoque se montre excessivement sensible anx con­ditions du milieu, au point que la plus legere modification dans les conditions chimiques ou physiques entrave son dcveloppemcnt.
Ces cultures observes au microscope montrent toujours les streptocoques que Ton rencontre dans le pus. Les microcoques obtenussur serum possedent une capsule facilement reconnais-sable par la coloration.
Les essais d'inoculation experimentale sont particulierement int6ressants. Inocule a la souris, le streptocoque developpe au point d'inoculation un phlegmon, autour duqucl on observe la nöcrose de la peau, lorsque la maladie dure un certain temps. L'infection generale se produit par les voies lymphatiques : les ganglions deviennent le siege de suppuration et des abees me-tastatiques peuvent se former dans 'le foie, la rate, les reins et les poumons. Dans d'autrcs cas, l'infection pent sc generaliser plus rapidement par la voie sanguine elle-meme. Dans tons les cas, I'afTection se termine par la mort, ä la suite de phenomenes de septicemie ou de pyamp;nie. On pent toujours retrouvcr le streptocoque dans le sang, la rate, le foie, les reins et surtout dans le pus.
Le streptocoque de l'adenite est egalement pathogene pour le cobaye. En inoculation hypodcrmique, il provoque un phleg­mon ou une ulceration, tantöt avec destruction suppurative, progressive, du tissu sous-cutanö autour du point d'inoculation, tantöt avec abeödation des ganglions lymphatiques voisins. Ces alterations sont souvent accompagndes d'une pleurite et d'une p6ricardite s6ro-fibrineuses, et quelquefois d'un oedeme inflam-matoire des poumons (Rabe).
L'inoculation sous-cutande a de ties jeunes chevaux a d6-velopp6 de gros abces contenant toujours ä leur intörieur des portions de tissus n6cros6s, comme on l'observe rögulidrement
ocr page 228
— 208 —
dans 1'adenite purulente. Introduit dans les cavites nasales par injection directe ou par pulverisation, le streptocoque donne naissance ä une affection qu'il n'est pas possible de distinguer de la maladie spontance. Ce resultat s'obtient surtout quand la muqueuse nasale prescnte des lesions, ecorchures, solutions de continuity, etc. ; toutefois Schütz a signale un cas d'infection, alors quo la muqueuse nasale etait parfaitement saine; ce qui prouve que le virus pent penetrer a l'intörieuiquot; des tissus, a. travels la muqueuse non alteroe. Rabe, en confirmant cctte ob­servation de Schütz, a etabli d'autre part, que 1'infection pou-vait meme ne pas se faire, malgr6 l'existence de lesions de la muqueuse; ce qui tend a. prouver qu'elle ne s'opcre qu'ä lanbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; i
favour de certaines predispositions speciales des tissus et indö-pendamment de toute alteration de la muqueuse. L'injection dans le pharynx d'un bouillon de culture a donne naissance k de la pharyngite avec tumefaction des ganglions superieurs du cou.
L'injection intravcineuse f.ut suivie d'une pblebite intense et d'un abecs qui s'ouvrit sponlanement. Apres la guerison, les chevaux parurent rcfractaircs ä l'inoculation sous la muqueuse nasale d'une culture virulente. II ne se produisit qu'une lesion legere de la muqueuse. L'injection intraveincuse parait done conferer rimmunite (Sand et Jensen).
Inoculc sous la peau de 1'oreille au lapin, le streptocoque produit une inflammation erysipelateuse; inject6 dans le Systeme vasculaire, il tue par septiccmie apres 3 ou 4 jours. Les cobayes parurent rdfractaires.
Le streptocoque de l'adenite se rencontre le plus souvent ä l'etat de purete dans le pus; toutefois Schütz a signale la presence simultanec d'autres microbes pyogenes (Staphylococcus albus et aureus). Lc Streptococcus equi en penetrant entre les elements des tissus determine la necrose de ces elements et forme ainsi au milieu des tissus de veritables sequestres, autour desquels les leucocytes viennent s'accumuler pour les isoler et les faire disparaitre. Cette accumulation de leucocytes constitue
ocr page 229
#9632;— 209 —
le pus de radcnitc, C'est a ce mode special d'acdon du stiep-tocoque quo Ton doit rapporter la presence au sein des foyers de suppuration des fragments de tissus necroses si caracteristiqucs de l'adenite.
L'infection se fait generalement par l'apparcil respiratoire et plus particulierement pur la muqueuse nasale. Nocard a signale la transmission dc la maladic de la mere au foetus.
Lcs tilterations cpti accompagnent l'adenite purulente sont quclquefois difiiciles a difiercneier dc cclles qui caracterisent la morve. La decouvcrte du Stycptococcus equi pcrmet d'etablir aisement le diagnostic diffcrcnticl dc ccs maladies.
Litterature. — Schütz, Der Streptokokkus der Druse der Pferde; Arch. f. wiss. u. prakt. Thierheillc, XIV, 1888, — Poels, Die Mikrokokken der Druse der Pferde; Fortschr. d, Meil., 1888. — Sand ct Jknsen, Die IKtio-logie der Druse; Deutsclie Zeilschr. f. Tliiermed. u. vergl. Path,, XIII, 1888. — Lüpke, Der ursächliche Erreger der Drusenkrankheit des Pferdes. Zu­sammenfassender liericht; Cntrbl. f. Pakter., V, 1889, et Zeitschr. f. Vete-rinäik., I, j.Sqo. — Nocahd, Transmission de la gounne de la mere au feetus; Rec meil. vct., 1890. — Rabe, Zur Naturgesehivhlc des Streptucoc aus der Druse; Berl. thierärzt, Wochenschr., i8qo.
CHAPITRE VI. Etude microbiologique du myeofibrome.
Le myeofibrome est une des tumeura dont la nature para-sitaire a 6t6 bien nettement etablic; il s'observe frequcmincnt en pathologic vetörinaire et se rencontre surtout a la suite de funiculitc chronique consecutive ä la castration. Eu 1870, Bollinger, le premier, reconnut Icxistcnce d'un parasite qu'il considera comme un champignon, auquel il donna 1c nom dc Zooglaa pulmonis equi. Lcs tumours dtudi6es par cet auteur avaient leur siege dans les poumons d'un chcval. Kivolta si-gnala ensuitc un parasite analogue a celui que Bollixger avait döerit ct le designa sous le nom de Discomyccs equi; il le diffd-rencia nettement de l'actinomyce, avec lequel il avait certaine
15
ocr page 230
ressemblance. Mais c'cst ä Johne et a Rabe qu'on doit l'etudc complete de cet organisme parasitaire et la description detaillec de ses proprietes biologiques.
Lg parasite de myeofibrome est un microcoqiie mesurant environ i (A. II so rencontre toujours sous la forme de zooglee;
il constitne ainsi des granulations res-scmblant a des grains de sable et me­surant o,5 mm, Ces colonies possedent une coloration jauno-gris pale ; elles sont constituees par une agglomeration de petites masses arrondies, mesurant 5o ä 100 ij., fig. 27, qui leur donnent un aspect müriforme trescaraetöristique, qui Fia.toy. — Mkrococcusasco- rappeile VAscococcus Bilrothii. Chacune fonmns. Colonie müriforme Je ces masses est delimitec par une
provenant d'une tumeur d'ino-nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; . .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ^ .
, ,. ,• . n raquo;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;membrane incolorc, a contours ties nets,
dilation (d apres Rade).
qui l'cnveloppe de toutcs parts et qui est formec par la colonie zoogleenne clle-meme. Ces granulations se rencontrent dans les foyers de ramollissement qu'on observe dans les tumours.
Observccs au microscope, ces colonies presentent un aspect granuleux qui est du a la presence des microcoques. Certaines colonies montrent une striation radiec ties analogue ä celle dc I'actinomyce; mais cette striation n'est pas caus6e, comme clans cc dernier cas, par la presence delements en forme de massue, mais plutöt par la presence de sels calcaires qui se sont deposes et affectent une structure cristalline. Cet aspect disparait, en effet, par l'additiön d'une goutte d'acide, avec degagement gazeux. Ces granulations radices correspondent ä des colonies dont les 616-ments sont morts.
Ce microcoque se colore par les matieres basiques d'aniline, principalement par le violet de gentiane de Ehrlich et la solu­tion de Löffler. Le bleu d'aniline et le brun de Bismark peuvent etre ägalement employes. La membrane d'enveloppe ne prend pas les matieres colorantes.
ocr page 231
---- 211 —
Ce parasite se cultive aiscment sur la gelatine. Sur plaque, on apercoit des colonies arrondies, nettement delimitees, bril­lantes, d'un blanc d'argent qui passe bientöt au jaunc-gris ä aspect metallique : la plaque parait ainsi commc saupoudröe de pollen. On n'obscrvc jamais ragglomeration des
colonies ni la formation d'unc membrane d'en-veloppe. En piqüre, il sc forme une lignc blan-chatre, autour do laquelle la gelatine se liquefie legcrement; en meine temps on observe, a I'extre-mit6 superieure de la piqüre, l'apparition d'unc cupulc caliciforme rcmplie d'air. Enfin, toute la colonie lineairc s'affaise en formant une masse irrcgulicre jaunätre ä l'cxtremite infericure dc la piqüre, fig. 28. L'agar est peu favorable a la culture de ce parasite; mais la pommc de terre lui convient parfaitement : il y forme un enduit jaunätre. Los cultures sur plaques et sur pommes
de terre se font remarquer par une odeur fraiche, aromatique, qui rappclle la fraise.
Inoculces au cobaye, Ics cultures dc ce
Fig. 28. — Micro-coccus ascoformans. Culture en piqüre
sur gelatine aprfes 8 microcoquc provoquont la mort par scpticcmio. jours (d'apres Rade).
L inoculation sous-cutanec determine cliez le
mouton et la cbevre un ccdeme inflammatoirc tres violent qui
s'etend largcmcnt autour du point d'inoculation et pent amener
la necrose de la peau et memc la mort chez le mouton. Lcs
souris paraisscnt refraetaires vis-ä-vis dc ce parasite. Chez le
cheval, on observe aussi l'apparition d'un uxlemc inflammatoire
qui se resout apres 8 ou 10 jours. Quatro ä six scmaines plus
tard, Rabe constata la formation d'une tumcur dans laquelle il
rotrouva les granulations tnicrococciennes caracteristiques du my-
cofibromc. La tumcur ellc-meme possedait la structure gen6rale
de ce genre dc productions pathologiques.
Rabe a propose pour ce microbe le nom dc Micrccoccus
boiryogeties, Joiine, eclui dc Micrococcus ascoformans, tandis quc Bol-
linger I'a d6sign6 sous lo nom de Botryomyces, attribuant eclui de
m
ocr page 232
— 212 —
botiyomycose a laffcction qu'il determine, Kitt lui donne le nom dc Botryococcus ascoformuns Bollingek.
L'infection neccssitc loujouvs une lesion dc la peau .' ope­ration de la castration, ecorchurc determinöe par le harnais, le collier, etc.
Une premiere inoculation du Micrococcus ascoformans ne confere pas I'immunite au cheval contre une nouvelle invasion du parasite.
Ce parasite, par ses proprietes biologiques, sc rapproche du Staphylococcns pyogencs anreiis, dont il ne differe quo par des details do culture. Aussi Kitt est tcnte dc le considerer comme constituant une varictc du staphylocoque pyogene. D'apres lui, la formation dc zooglccs serait due aux conditions de vegetation du parasite, qui constitucrait une forme d'iuvolution du staphy­locoque dore, oblige do se plicr a la vie relativeincnt anaerobic au sein des organes. Hell sc prononcc egalement en faveur dc la possibility d'une semblable Hypothese, tout en declarant qu'il existe cntre ces deux cspeces suffisamment dc differences pour douter de leur identite absolue.
Litterature. — Bollinobr, Mycosis der Lunge beim Pferde; Virchow's Archiv, t. 49, 1870. — Rivoi.ta, Del micelio e del varietä e specie di Dis-comiceti patogeni\ Giorn. di Anat., Fisiol., etc., Pisa, 1884. — Johne, Bei­träge nur AStiologle der In/ectiunsgcsclnvülste; Berichte üb. das Veterinilrvvesen im Königreich Sachsen, Jahrg. 29, 3o u. 3i, i884-85-86; et Deutsche Zeit-schr. f Thieimed. u. veigl. Paih., XII, 1886. — Rabe, Ueber mykotische Bindegcmebsivnc/ieriDig bei Pferden; Deutsche Zeilschr. f. Thicrmed. u. vergl. Path., Xll, 1886, — Johne, Zur Actinonxykose des Samenstranges; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl. Path., XII, 1880. — Bollinger, Ueber Dotryomylcosc beim Pferd; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl. Path., XIII, 1887. — Johne, Neue Beobachtungen über das Myko-Desmoid der Pferde; Ber. üb. d. Veterinärwesen in Sachsen pro 1886, Dresden, 1887. — Kitt, Der Mylcrokokkns ascoformans und das Mykoßbrom des Pferdes. Zusammenfassender Bericht; Cntrbl f. Bakter., III, 1888. — Kirr, Das Auseinanderkennen von Rot^ und Boiryomykose; Monatsh. f. prakt. Thier-hcillt., I, 188g. #9632;— HELL, Beitrag pir Actiologie der Eiterung beim Pferde; Zeitschr. f. Vetoriuarluinde. I. i8qo
ocr page 233
— 2l3
CHAPITRE VII.
Etude microbiologique de la Variole. sect; i. La variole vaccine (cow-pox).
C'cst a Chauveau qu'on doit la premiere notion sur la nature de l'agent virulent de la vaccine : 11 montra qu'eu filtrant la scrosite vaccinale on obticnt d'une part un liquide sans action, et d'autro part une partic solide qui, inoculce, reproduit seulc le vaccin. Chauveau montra ainsi quo lelcmcnt virulent clait constitue par les particulcs solides repanducs dans la lymphe vaccinale.
Cohn, 1c premier, observa les microbes contcnus dans la scrositö des pustules, les decrivit sous la forme de microcoques et lour donna 1c nom de Micrococcus vaccina, les considerant ainsi commc Fagcnt specifique. Deiiuis lors, ccs microcoqucs ont 6t6 revus par un grand nombre d'autcurs (Quist, Voigt, Teniiolt, Garre, Buist, etc.), mais ceux-ci out presque toujours echouc: dans leurs essais de cultures pures du microcotpie spöeilique. La plupart des observatcurs ont rencontre dans la lymphe vaccinale plusieurs microcoqucs, dont un certain nombre ont ete identifies avee les microcoqucs pyogenes (Grigoriew, WoiTOW).
Les essais d'inoculation quo Ton a tcntes avec les produits dc cultures ont donne des resultats on general peu satisfaisants. Quist, qui a cultive 1c liquide vaccinal dans 1c serum dc bceuf glycerine, a reproduit une pustule vaccinale chcz un enfant, qui s'est montrc ensuitc insensible a une nouvelle inoculation avee du vaccin. Mais cc rcsultat est pcu probant, parce que la me-thode employee par cet auteur est incapable dc procurer une culture pure. Du reste, cc resultat n'a pas etc confirme depuis.
Gaijre est parvenu ä rccueillir dans les pustules vaccinales un microcoque iclcntique ä celui de Coiin. II I'a cultive au ther­mostat sur agar et sur serum; il a obtenu ainsi, ail bout de 3 ä 5 jours, un developpcmcnt sous la forme d'un enduit gri-sätre, cpais, regulier. Inocule au taureau, cc microcoque devc-loppe des pustules qui, transmises ä l'liommc ct aux animaux,
ocr page 234
— 214 ~~
reproduisent des pustules vaccinales normales et conferent l'im-inunite centre line nouvclle inoculation de vaccin. Mais I'inocu-lation dirccte des cultures ä I'homme n'a jamais developpd ni des pustules, ni I'immunite.
Teniiolt a isolc de la serosite vaccinale douze difförents microcoques. L'inoculation de ces especes n'a donne aucun r6-sultat chez un vcau age de quelques semaines; deux seulement provoqucrent dc la rougeur et de la tumefaction autour du point d'inoculation.
Voigt a isole egalement plusieurs microcoques, dont une espece inoculce an veau confere I'immunite pour le cow-pox. II a obtenu ainsi une culture pure qui constituait un vaccin tics puissant. Malheureusement ces cultures s'attenuent tres rapi-dement et aprcs cinq mois elles sont inoffensives.
Plus icccmment, Grigorikw parait 6tre arriv6 a des rcsultats plus precis. II signalc dans la serosite vaccinale du veau trois especes dc microorganismes : le Staphylococcus pyogenes aurens (ou dans quelques cas rares, au lieu de eclui-ci, le Staphylococ­cus pyogenes citrcus] ct un microcoque special, auquel il donne le nom de Micrococcus vaccina et qu'il considere comme I'agent specifique de la vaccine. Ce microcoque se cultive lentement sur la gelatine a la temperature ordinaire, sans la liquefier, sinon apres cinq ä six semaines. II se cultive egalement sur pommc cle terre ct sur scrum qu'il liquöfie; il se developpe dans le bouillon et le lait qu'il coagule en le rendant acide. Au microscope, il se montre sous la forme de diplocoques ou dc courtcs chaincttes.
Inocul6 an veau, le Micrococcus vaccina donne naissance a des papules ct non a des pustules, non seulement au point d'inoculation, mais encore en d'autres points du corps. Dans la serosite des papules, le microcoque se trouvait en culture' pure. Trois semaines apres, l'inoculation de la serosite vaccinale ordi­naire, chez le m6me animal, n'a donne aucun resultat. Avec le produit des papules exp6rimcntales, Gkigoriew a vaccin6 des per-sonnes qui se montrerent egalement refractaires ä l'inoculation
ocr page 235
— 2l5
ulterieure de la vaccine ordinaire. Des jeunes gens, dejä vaccinös pendant leur enfance, no donnerent pas dc resultats avec le Micrococcus vaccina; vaccines de nouveau, trois semaines plus taid, avec du vaccin, ils donnerent de faibles pustules.
Woitow a observe dans la lymphe vaccinale la presence constante des Staphylococcus pyogenes aureus, albus, cereus ct citreus, et du Streptococcus erysipelatis. Les cultures pures de ces mi­crobes, inoculöes au veau, ne provoquent pas la formation de pustules vaccinales et ne conferent pas rimmunite. L'auteur es-saya alors d'inoculer un melange de ces microbes, tels qu'ils sc rencontrent dans les pustules ordinaires. II obtint dans deux cas la formation de pustules ties analogues aux pustules vaccinales normales, et les animaux se montrerent dans la suite insensibles ä l'inoculation du vaccin. II obtint do semblables pustules chez des enfants, mais le resultat concernant I'immunite fut douteux. L'observation microscopique de coupes effectuees ä travels des pustules vaccinales provenant de veaux montrent toujours, en plus ou moins grande abondance, des microcoques qui ne se colorent pas par la m6thode de Guam et qui, par consequent, n'appartiennent pas au groupe des microcoques pyogenes ordinaires. II resulte de toutes ces observations quo I'agcnt specifique de la vaccine est encore incomplctement connu; qu'on n'est guere parvenu jusqu'ici ä l'isolcr et ä le cultiver en culture pure d'une maniere certaine; qu'il se rencontre normalcmcnt dans la s^rosite vaccinale associe ä differents autrcs microbes, et plus particuliercment aux microcoques pyogenes.
Faute de disposer dc cultures pures pour experimenter l'action de l'agent specifique de la vaccine sur les differents animaux , on a utilise la lymphe vaccinale teile qu'on la re-cueille dans les pustules d'inoculation du veau ou dans les pustules de cow-pox naturel.
L'inoculation sous-epidennique chez la vachc produit toujours, des le second jour, une petite papule rosee qui s'agrandit et sc deprime en son centre : eclui-ci prend un aspect blanchätrc, contrastant avec la couleur rouge de la pcriphcrie. Le quatrieme
ocr page 236
— 2l6 —
joinquot;, la pustule cst dofimtivement constitute avec son ombilic, sou bourrelet circulaire ct son aröole. A parth du ncuvicmc jour, la pustule decroit, ct vcis lo douzicmo jour, eile n'est plus indiqueo que par tine croute qui tombe du quatorziomc au vingtiöme jour, en laissant unc legere cicatrice pcrsistante. La serosite conlenuc dans 1c papule vaccinale cst active d6s 1c troisieme jour, et conserve toute sa virulence jusqu'au septiöme jour accompli. A partir do ce moment, son activite diminue rapidetnent, pour disparaitrc deja le neuviömo jour.
L'eruption vaccinale cbez la vachc ne s'accompagne d'aucun phönomene general appreciable. L'inoculation sous-epidermiquc n'est jamais suivic d'une generalisation dc la vaccine, pas plus quo d'eruptions secondaires localisees autour des points inocules. Unc premiere inoculation confere rhnmunite pour toute nouvellc vaccination.
Inoculee sur la cornce du veau, la vaccine donnc lieu a unc keratite caracteristiquc, qui ne se produit pas chez des veaux qui ont etc vaccines anterieurement ä la peau. Cctte k6ratite confere rimmunitc centre l'inoculation sous-epidennique, mais plus tardivement. Inoculee dans la chambre anterieure de l'ccil, eile produit de l'iritis ct confere rimmunitc aussi rapidement qxi'a la peau. L'injection intraveineuse dc lymphe vaccinale chez le veau procure egalemcnt rimmunite (.Straus, Chambon et Menard).
La transfusion du sang d'un veau en pleinc evolution de la vaccine a un vcan sain confere l'immunitö, ä condition de transfuser quatre a six kilogrammes de sang. La transfusion du sang d'un animal ayant I'immunite vaccinale, mais n'etant plus en puissance de la maladie, dans la vcine d'un veau sain, ne procure pas rimmunitc ä cc dernier. Cctte experience permet de supposer quo I'immunite cst produite, non par un 6tat acquis du serum sanguin, mais plutot par la presence en faible quantitc des agents virulcnts dans 1c torrent circulatoire. En effel, l'injection de sang sterilise d'animaux en 6volution vaccinale ne determine pas letat refractaire (Straus, Chambon et Mexard, Janson).
ocr page 237
217 —
L'injcction sous-cutance de soixantc grammes de sang d'un animal en eruption vaccinalc nc confere pas I'immunite; il en est de meine dc l'injcction sous-cutanee de lymphe vaccinalc filtr6c (Straus, Chambon et Mknakd).
Lcs solipedes (cheval, anc) prenncnt egalement bien la vac­cine et sc comportont vis-ä-vis d'elle commc la bete bovine. Toil-tefois chez le cheval revolution est plus lente et les caracteres des pustules sont diffcrents : les papules n'apparaisscnt, en effet, que du cinquieme au huitieme jour; elles grandisscnt jusqu'au dixiemc jour en affectant la forme d'un cone tres evase. Du ncuviemc ou douzieme jour, l'epiderme soulcve laisse suinter de nombreuses gouttelettes cl'une serositc limpide, ties legerement citrine. Cette secretion qui est terminee du treizi6me au dix-septiöme jour se concrete en croütes jaunätres, transparentes, bien dific-rentes de celle qui suceöde ä la pustule vaccinalc dans l'cspöce bovine. Sous la croüte existe une surface humide, granuleuse, ros^e, non saillante, creusce d'une cavite centrale assez profonde, dans laquclle s'enfonce une saillic de la face profonde de la croüte. Lc bouton vaccinal des solipödcs est homogene et ne presente pas, commc chcz la vacbe, trois portions distinctcs : un ombilic central, un bourrelet cireulaire et une aröole peri-ph6rique; il n'est pas ombiliquc ct loin d'etre deprime dans sa partie centrale, il forme line saillie coniquc au sommet de la-quellc se montrent les traces dc la piqüre d'inoculation. La se­cretion s'cxecutc sur toute la surface du bouton et donne des quantites prodigicuses de liquide virulent, tandis que chcz la vache la secretion ne se produit qu'au centre dc la pustule et se montrc rarement abonclante.
Les solipödes ne domicnt, pas plus que les betes bovines, le moindre signe de reaction febrile et ne prenncnt pas davan-tagc d'eruptions generalisees. L'immunite est acquise ä la suite d'une premiere inoculation,
Le cow-pox trnnspoitö au cheval ne perd pas ses proprictes virulentes et peut ensuite revenir sur la vache, mais il y donne lieu a une eruption moins belle que celle du cow-pox propre-
ocr page 238
— 218 —
ment dit. L'organisme du chcval cxcrce sur l'activitc du vaccin une influence tres rapidement affaiblissante, influence que le retour du virus a la vache suffit pour neutraliser. L'organisme des solip6des est done moins apte que celui des sujets dc I'espece bovine a la culture du vaccin.
Chez le chevai, Finjection intraveineuse de vaccine engendre rimmunite et developpe souvent dans les i-egions d'61ection (nez, lövres, bouclie, region gcnito-anale) unc öruption vaccinale qui a tons les caractercs du horsc-pox naturol.
La chövre est egalement apte ä contracter la vaccine par inoculation et les pustules ombiliquees ont la plus grande res-semblance avee des boutons de vaccin. Le pore et le mouton prennent aussi la vaccine, mais nc possßdent pas une grande aptitude a 1c faire. L'inoculation de la vaccine au cbien donne le plus souvent des resultats positifs. Le lapin est aussi recep-tif pour la vaccine, II resultc des observations de Bakd et Leclerc que revolution de la vaccine presentc chez ces animaux des ca-raetöres identiques et parfaitement comparables ä ceux qu'on ob­serve cbez le veau. La secretion vaccinale y est relativemcnt tr6s abondante. L'inoculation dc la vaccine aux oiseaux n'a janiais donne dc resultat.
L'homme possöde egalement une reccptivite tr6s grande pour la vaccine et ne modifie guöre sensiblement l'activite de celle-ci. L'organisme humain provoque cependant ä la longue une leg6re attenuation du virus, attenuation qui n'est guöre sensible quand on le transporte sur la vacbe, mais qui sc revöle aussitöt quand on I'inocule au contrairc au chevai.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ,
L'immunitc confcr6c par le vaccin ne sc produit qu'insen-siblement et n'est complete que le onziöme ou douziöme jour. La lymphe sterilisec ne confere pas I'iiniriunite, mais semble attenuer re\-olution normale de la vaccine (Janson).
L'inoculation de la vaccine provoque chez l'homme I'immu-lüte non seulcmcnt pour toutc nouvelle inoculation de cow-pox, mais encore pour la variolc; de mt'inc la variola humaine est transmissible au chcval et au beeuf et confere ä ces animaux l'immunitö pour la vaccine. Aussi s'est-on tout naturellement posö la question des rapports du cow-pox et de la variolc humaine.
ocr page 239
219 —
Resoluo primitivcmcnt par Faffirmative, cettc question a 6te reprise a Lyon par une commission presidöe par Chauvf.au. 11 resulte des experiences entreprises par cette commission, qu'il n'est pas possible d'admcttre l'identitö du cow-pox avee la va­riola humaine.
Le virus variolique e.-A tnoculable a la bete bovine, mais il y determine une eruption papulaire, qu'il n'est pas possible de confondre avec loruption du cow-pox. Au point d'inoculation apparait une petite papule rouge, plus ou moins saillante, evo-luant avec une ccrtaine rapidito, car en buit ou douze jours, ellc a disparu, sans söcretcr ni laisser de croütc. Jamals on n'observe les vraies pustules ombiliquees si caracteristiques du cow-pox.
Les betes ainsi variolisees se montrcnt ensuite insensibles ä l'inoculation de la vaccine : l'öruption engendröc par 1'inocUquot; lation de la variolc ä la vacbc presente avec 1c cow-pox, sur les animaux de l'cspöcc bovine, les meines relations quo la variole ct la vaccine dans I'espece humaine. De meme l'inocu­lation de la variole aux betes vaccinees reste generalement sans effct, comme la vaccination des animaux varioles. Coinme chez I'liomme, on peut assistcr chez la vache a une eruption vac-cinale fort bien caracterisee, en meme temps qu'ä une Eruption papuleuse typique que produit la variolation.
La culture du virus variolique chez la vache diminuc l'activite de ce virus avec une teile rapidite, qu'il nc produit plus d'effct appreciable ä la seconde generation. Lc virus vario­lique qui a passe par l'organisme dc la vache a conserve tous ses caractercs specifiques primitifs, ct cngendre la variole quand on lc reporte sur I'liomme, Done l'organisme de la vache est incapable de transformer en vaccin le virus varioleux. Par con­sequent la variole n'est pas la meme chose que le vaccin.
La variole est ögalement transmissible au cbeval. Chez ecl animal, il se produit des papules plus volumineuscs quo chez la vache, a forme legörement conique ct evoluant plus lentement (i3 ä 15 jours). L'injection intraveincuse de lymphc variolique
ocr page 240
— 220 —
no donne jamais naissance ä unc eruption superficielle, comrae on I'observe dans I'injcction intraveineusc du virus vaccin. Commc la bctc bovine, 1c cheval acquicrt rimmunitö pour la vaccine par rinoculation du virus varioliquc. Le cheval, qui a et6 atteint antcricurement du horse-pox, se montre ä pen pros insensible a. rinoculation dc la variolc.
La culture du virus variolique chcz 1c cheval attenue la virulence, mais dans unc proportion moindre que chez la vache. Los solipedes sont aussi incapables de modifier la nature du virus variolique pour le changer en horsc-pox, e'est-a-diro en vaccin. Lc cheval rend, teile qu'il I'a recue, la variolc ä l'hom-mc. Les cssais dc vaccination sur I'liomme avec la sörosite rc-cucillie chez des animaux varioles ont amene des accidents graves : plusieurs enfants eurent des eruptions generalisecs, des varioles confluentcs, et meine il se produisit un cas dc variole anormale suivic dc mort. Ccs accidents survinrcnt aussi bien avec la lymphe du boeuf qu'avec celle du cheval, avec les pustules de seconde generation qu'avec celles dc premiere g6neration.
En presence de ccs resultats, Ciiauveau resuma ses conclu­sions dans les deux propositions suivantes :
1deg; Rien n'est plus facile que dc communiquer Finfcction variolique aux animaux des especes bovine et chevalinc, puisque j'y ai rcussi dans les experiences aussi nombreuses que vari6es que j'ai institutes dans ee but.
2deg; Rien ne doit etre plus difficile quo dc transformer le virus varioliquc en virus vaccin par le passage dans 1'organisme des susdits animaux, puisque toutes mes tentatives — plus dc cent — pour obtcnir ce resultat ont constamment ecboue.
Tel 6tait letat dc la question, lorsquc en 1890 Fischer d'une part, EterNOD et Haccius d'autrc part, annoncerent qu'ils avaicnt reussi ä obtcnir la transformation du virus varioliquc en virus vaccin. Eteknod formulait comme il suit les resultats de ses ob­servations :
1deg; La variole est inoculablc ä coup sür ä Fcspccc bovine, quand le mode ope'natoire est bon ct que la recolte du virus est faite en temps opportun;
ocr page 241
— 221
2deg; L'inoculation de la vaiiole au veau constitue unc source precieuse de souclics nouvelles pour le vaccin animal;
3deg; La variola inoculcc au veau so transforme en vaccine au bout de quelques günciations par son passage dans act animal. II n'y a done pas duality.
En presence de propositions aussi formelles, Chauveau rcprit ses experiences et cut I'occasion d'experimenter la lymphe trans-formöe obtenue par M. Eternod do Gen6ve. II a constate d'abord que l'inoculation de la lymphe genevoise a donne lieu aux pa­pules caracteristiques de la variole ct non aux pustules vaccinales. Cette lymphe n'est done qu'une lymphe variolique : ellc a con-fere rimmunite pour la vaccine et sa virulence s'est cteinte aprcs une seconde transmission a la vache.
Chauveau conclut done epic 1c virus variolique, dans 1'orga-nisme des animaux de l'espöce bovine, reste virus variolique. II ne se transforme point en virus vaccinal et ne manifesto meme aucune tendance a subir cette transformation. Lc virus vaccinal n'est pas du virus variolique attcnue. La vaccine est un virus autonome, qui pcut s'attcnuer ou s'exalter suivant les con­ditions dans lesquellcs on le cultive. Acclimate chez le cheval ou le boeuf, il se propagc indefiniment; fnais A la longue il s'af-faiblit et on doit lui substituer un virus nouveau provenant d'un cow-pox ou d'un horse-pox spontane, On obtient de meme unc lymphe active en injoctant dans les veines du cheval une lympho affaiblie; on provoque ainsi un cxantheme generalise, dont la sörosite est exaltec.
On peut done conclure avec Chauveau ;
i0 Lc virus vaccinal ne donne jamais la variole a I'homme;
2deg; Le virus variolique ne donne jamais la vaccine au bceuf ou au cheval;
3deg; La vaccine n'est done pas la variole nttcnuie ct ne peut 6tre comparte ä l'infection charbonncuso benigne communiquee aux aniinaux par l'inoculation du virus charhonncux aUemU;
4deg; Si la vaccine derive de la variole, e'est par suite d'une transformation radicale — jusqu'ä present hors de la portee des experimentateurs - du virus variolique.
ocr page 242
— 222 ----
La vaccine, 6tant ainsi differente de la variole, n'en conserve pas moins tout son interöt au point de vue de la medecine humaine , parce ciuc c'cst a eile qu'on a iccours pour obtenir rimmunite contie la variole. Aussi iniporte-t-il de connattre les möthodes de production du vaccin animal.
Los animaux auxqucls on s'adresse ä cet effct sont les vcaux äg^-s de dcux ä quatre mois. On leur inocule le vaccin par des incisions pratiquccs sur la moitie droitc de la region abdominale infüricure et sur la region scrotale. Cos incisions mesurent deux ä trois centimetres et n'cntamcnt que la couche supcrficielle du derme. La peau est prealablcmcnt rasce et soigneusement lavee. Lc vaccin est alors introduit dans les incisions au moyen d'une petite spatule.
La recolte s'effectue lo cinquieme ou le sixieme jour. A cet eflet on etrangle la base de chaque pustule avec une pince ä pression continue, on detachc la croüte et on facie toute la substance molle, pulpeuse de la pustule. Ce produit ainsi obtenu constitue la pulpe vaccinale que Ton prepare de multiples facons pour obtenir ce qu'on appellc la pulpe glycerinee, la pulpe glycerolee, le vaccin liquide et le vaccin see.
La pulpe glyc6rin6e est preparce en triturant soigneusement dans un mortier la pulpe brute, de maniere ä obtenir une massc aussi homogene que possible; on y ajoutc ensuitc un tiers ou une moitie du volume de glycerine pure ou additionnee d'aeide pbenique ä un pour cent. La pulpe ainsi obtenue est tres active et peut se conserver pendant phisieurs mois.
La pulpe glycerolec s'obtient en melangeant intimement parties egales de pulpe brute et de glycerole d'amidon. C'est la preparation qui est particulierement employee pour la vac­cination des personnes.
Le vaccin liquide est forme par la lymphe qui s'6coule de la pustule qui reste etranglee apres le raclcment de la pulpe. Cette lympbe est rccueillie au moyen d'une spatule dans un godet en porcelaine. Seule ou additionnee de glycerine ou d'eau glycerinee et d'une petite quantite do pulpe, eile constitue le
ocr page 243
— 223 ----
vaccin liquide. C'est de cettc preparation liquide, qu'on so sort pour confectionner le vaccin sur pointc d'ivoire. On plonge les pointes dans ce liquide a deux reprises differentcs, et on les laisse dessecher au soleil ou ä un foyer ordinaire. La tempe­rature ne pent pas depasser 35deg; C.
Le vaccin en poudrc s'obticnt en dessechant la pulpe fraichc, sous une cloche contcnant de Facide sulfurique ct dans laquolle on fait le vide. La dessiccation cst complete apres 24 hcures au plus.
On conserve le vaccin dans un endroit frais, ä l'abri do l'humidite et de la lumicre.
La vaccine spontanee se produit principalemcnt chcz la vache, surtout sur les sujets jeunes; on I'observe aussi chez le bceuf. La contagion se produit exclusivement par le contact imm6diat : le virus est fixe et non transmissible par l'intermediaire de l'atmos-phere. L'infection necessitc toujours une solution de continuity de lepiderme (ecorcbure, blessure, etc.).
sect; 2. La variole equine (horse-pox).
La variole 6quine est identique a la variole vaccine : celle-la est l'origine de celle-ci. Lcquine est transmissible ä tons les ani-maux qui sont sensibles ä la vaccine ; eile jouit des mtoies pro-prietes que cette dcrniere. L'histoirc qui en a ete faitc dispense de detailler davantage celle de l'equine.
Les variolas qu'on observe sur le pore, la cli^vre, le cbicn, doivent le plus souvent etre rapportees ä la variole vaccine.
sect; 3. La variole ovine (clavclee).
La variole ovine parait nettement differcntc dc la vaccine. Le virus est done d'une tenacite extraordinaire : il pent se con-server pendant plus de six mois dans les etablcs. II existe dans la s6rosit6 des pustules, dans l'air expirö, dans le sang, ct dans toutes les secretions et les excretions des malades. II est trans-
ocr page 244
— 224 —
missible par rintermcdiaire de l'atmosphere et peut aller conta-gionner des moiitons a une distance de plus de 200 metres. La contagion peut se faire par la peau et par la vole respiratoirc.
Une premiere attcinte de la maladie confere I'immunitc centre toute nouvelle atteinte. L'inoculation de la vaccine ne prömunit pas les moutons contrc la clavelcc.
L'agent specifique dc la clavclee cst aussi imparfailemcnt connu que eclui dc la vaccine. Hallier et Zürn paraissent cue les premiers qui aient observe des microorganismes dans la sero-sit6 des pustules. Ils les ont decrits sous la forme de micro-coques. Depuis, differents auteurs ont confirmc cette observation, mais n'ont guöre fait progresser l'dtude biologique de ce micro-organisme specifique. Toussaint est parvenu ä cultiver 1c virus claveleux dans du bouillon de viande. Lc produit de culture inocule a domic naissance ä des pustules. Le bouillon de culture filtre et inocule n'a donne aucun resultat.
Le claveau est beaucoup plus riebe en elements virulents que la s6rosite vaccinale. Chauveau a montre que la dilution du claveau au i'i5ooe a le meme titre virulent qu'une dilution dc vaccine au i/5oc; que par consequent lc virus claveleux est trente fois plus riebe en elements virulents que le vaccin.
La clavelcc est transmissible de la mere au foetus et les agneaux nlt;sect;s de meres clavelisees possödent l'iinmunite contre la maladie.
L'infection claveleuse se fait avec une rapidite extreme. Renault a montre que la cauterisation de la partie inoculee est incapable de prevenir Involution de la maladie 5 minutes apres rinsertion du virus.
La transmission de la clavelöe peut se faire au bceuf, a la chevre, au pore et ä Thomme.
On peut preserver les moutons contre cette affection a I'aide d'inoeulations preventives. Ces vaccinations ne doivent s'ef-fectuer dans vin troupeau quo dans le cas oü la maladie a fait son apparition. Cette operation constitue la clavelisation ou ovination.
ocr page 245
Le vaccin, ovino ou claveau, doit etre recueilli dans des pustules normales; la serosite doit etre claire ct non trouble ou purulente. On la recucille dix ou douze jours apres 1'inoculation, ou six a huit jours apres leruption. L'inoculation se fait ä la face interne do I'oreille, a quatre centimetres de Textreinite, ou ä la face infericure de la queue, a dix ou douze centimetres en arrierc de l'anus. La maturation de la pustule se produit le dixieme jour apres l'inoculation.
Toussaint a cherebe a conferer rimmunite en inoculant les cultures qu'il avait obtenues. Plaut a montr6 que les cultures de Toussaint n'etaicnt pas pures, et que la presence des mi­crobes etrangcrs avait attcnu6 la virulence de 1'agent claveleux. L'inoculation dc cultures pures produit Fovination ordinaire.
Peuch a obtenu l'attenuation du virus en le diluant avec de 1'eau dans la proportion dc r ; 5o-i5o; NoCARD et MoLLEREAU, en I'additionnant d'eau oxygenec; Semmer et RAUPACH, en le chauffant a 55 degres. Ces derniers auteurs out cgaleracnt prc-conis6 l'injection de quelqucs gouttes de claveau dans la veine jugulairc, et l'injection cutance de cultures faites dans du bouil­lon ä 40 degres.
PoURQUIER a inocule du claveau ordinaire a des moutons; a ceux qui resistent a cette inoculation, il en fait une secondc avec le meme virus. 11 so produit alors de pctites pustules qui contiennent une serosite attenuec. Cellc-ci n'a pas perdu son pouvoir de conferer rimmunite, ct sort a vaccincr d'autres moutons.
Litterature. — Ciiauveau, Nature da virus vaccin\ Compt, rend., 1868
—nbsp; nbsp;Cohn, Ucber Organismen in der Pockenlymphe; Virchow's Archiv, Bd. 55,-1872. — Qujst, Petersburger med. Wochenschr., nraquo; .(ö, i883, - Voigt, Untersuchungen über die Wirkung der Vaccinemikrokokken\ Deutsche med. Wochenschr., nraquo; 52, 1885; et Die bisherigen Er/ahruil/fen in Betreff' der VariolavaccineMilcrobicr; Ibid., 11quot; 24, 1887 — Tenholt, Die liacterien der Kiilbei/j'inp/ie; Correspondenzblatt des allg ärztl. Vereins von Thüringen, 1887.
—nbsp;Garre, Ueber Vaccine und Variola. Bacteriologlsche Untersuchungen^ Deutsche med. Wochenschr., 1S87. — Cuist, Vaccinia and Variola A study of their life history, London, 1887. —- Giugoriew, Ueber Mikroorganismen bei Vac-
16
ocr page 246
i— 226 —
Cine toid Variola; Ref. In Uaumgarten's Jahresbericht, V, 1889. — Woitow, Ueber das wirksame Princip der Vaccine Inaug Dissert. Pelersbourg, 1890; Ref. in Bauaigartfn'a Jahresber., VI, 1.S90. — Straus, Chambon ct Mknakd, Recherches expirimentales stir la vaccine chef le veau\ Compt. rend. Soc. Biol., n0 38, 1890. — Jan'son, Versuche \ur Erlangung kUnstUchev Iminu-
nilät bei Variola vacclltai Cntrbl, f. Bakler., X, 1891, — Bard et Leclerc, Gazette hebdomaJaire de medecine, 1891. — Rapport lt;lc la commission lyon-
naise. Vaccine et Variole. Nouvelle elude exp4rimentale sur la question de
Videntile de ees deux maladies; Gaz. hebdom de ined et de chir , i865 ; Bull. Acad, de med , XXX, iS(quot;i5 — Ciiauvi:au, Nate sur les dangers de Vinoculation dn virus dit vaccino-variolique 1 Hull, Acad. de med , XXX. i865. — Chauveau, He t'autonomte de la vaccine; Ann. do dermntologie, I. — Berthet, Vaccine et Variole. Contributions ä l'ctudc de leurs rapports; Lyon, 1884. — Fischer, Ueber Variola und Vaccine, und Züchtung der Variole-vaccine Lymphe; Munch, med. Wochenschr , 1890. — Eternod et IIaccius, Recherches concernant la variole-vaccine; Setnalne medicale. 1890. — Chau-vkau, Sur les rapports de la vaccine et de la variole; Rec de med. veter., 1891. — Chauveau, Sur la transformation des virus, a propos des relations qui existent cntre la vaccine et la variole; Bullet Acad. de med., 1891. — Hai.lier et Zürn, Notif über Auffindung pflanzlicher Organismen in den Schafpocken; Virchow's Archiv, t 41, 1867. — ToUäSAINT, Sur la cultwe du microbe de la clavelee; Compt. rend , t 9-2, 18S1. — Flaut, Das organi­sierte Kontagium der Schafpocken und die Mitigation desselben. Dissert., Leipzig, 1882. — Pkuch, Nouvclles experiences sur la clavelisatiim par in jeetion sotisentanee de. claveau diluc; Rev. voter., l883 — SEMMER et Rau i'ach, Beiträge ^ur Leine von der Immunität und der Mitigation ; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl Path , 1881. — Pourquier Nouvclles recherches sur la variole ovine; Rec. di; ined, veter., 1884.
CHAPITRE VIII.
Etude microbiologique des affections hematuriques.
sect; 1. Hemoglobinurie baetcrienne du beeuf.
Babes a ctiidiö sons ce nom une maladic qui existe ä l'etat endötnique cn Roumanie, surtout dans les regions basses et marecageuses anosees par 1c Danube; on l'observe egalement cn Bulgaric, dans le Sud-Ouest de la Russie et dans le Sud-Est de la Hongrle.
ocr page 247
WJ
Babes en a expose non seulement la Symptomatologie, mais 6galement I'etiologie. Dans tons les cas qu'il a pu observer, il a rencontre un microorganisme special, dont 1c diametre varie de o,5jx a i\i., et qui cst divise en deux par une strie trans­versale. Lc plus souvent ces parasites sont rcunis deux a deux. Ils se colorent aisement par les couleurs basiques d'aniline et apparaissent alors coinmc des diplocoques.
Cos parasites vivent dans le sang du coeüiquot; et des grands vaisscaux : ils y sont a letat libre, on adherents aux globules sanguins, ou bien encore situcs dans leur intericui-. Us sont surtout abondants dans les cedemes hemorrhagiques ct dans les reins. On les observe egalcment dans les espaces lacunaires de la rate, oü ils envahissent les lu'nnatoblastes avee lesquels ils passent ensuite dans la circulation. Les globules rouges qui sont envahis sont profondument älteres : leur hcinoglobine passe on solution dans le plasma sanguin, leur stroma est devenu tres pen resistant, granuloux ou reticule, et lour forme a perdu sa regularitc. L'hcmoglobine dissoute dans le sang passe dans les urines, qui ne contiennent jamais les globules sanguins eux-memes. Le fait de l'envahissement des globules rouges par les parasites constituc un caractere tout special, qui n'a etc signale jusqu'ici pour aucun autre microbe.
A letat frais, ces microorganismes so font remarqucr par leur aspect brillant el incolore et par leur immobilite. Colores
vivants avec le violet de methyle,
• •
ils paraissent legcirement cubiques
t
9
avec des angles arrondis; leurs
#9830;nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;* bords sont indecis, comme s'ils
Fig 29. — Microbes de Ihemo- possedaient une espece de capsule
aloblnurie provenant cUi sue desnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;^ \- #9632;,#9632; -r^ #9632; i -nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;i ,
h .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;' , . ,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;, mal limitee. Dosseches sur la la-
reins i a gaucbe, colorea avec le
bleu de Löffi.er; ii dioite, colores melle ct colores avec lc bleu de
avec le violet de melhyle.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; methyle de LÖFPLER, ils sont plus
pctits, sphoriques, nettement limitcs, fig. 29. Ils ne so colorent
pas par les methodes de Gram, de Weigert et de EHRLICH.
Leur culture est gencralemcnt difficile ä obtenir ; e'est ä poine
si Ton pent constater un leger d6vcloppcinent sur le serum. 11
ocr page 248
— 228 —
en est de meine sur gelatine et sur pomme de terra. Les cul­tures prises dircctement de l'animal sont particuliörement difficiles a obtenir j apres un ou deux ensemencements, elles sont plus aisees. Elles sont surtout caracteristiques sur le serum sanguin ä la temperature du corps. Elles ferment alors de petites plaques, a peine visiblcs, brillantes, finement ponctuees ä la peripherie, ä croissance lente et ä extension faible, legerement jaunätres, le long de la strio. Dans les generations ulterieures, elles se d6ve-loppcnt egalemont sur I'agar glycerine. Sur pomme de terro, les colonies, qui se developpent toujours diflicilemcnt, sont trans­parentes, minces, brunatres, a peine visiblcs. Sur gelatine, la vegetation est exceptionncllc; olle se presente sous la forme d'une slrie blanche le long dc la piqürc. En cultures ces mi­crobes perdent facilement leur vitality et leur virulence. Les inoculations aux animaux nc reussissent egalcment qu'une fois sur trois; dies provoquent alors les troubles qui caraetörisent l'affection elle-inemc : exsudat hemorrhagiquc dans le peritoine et globides rouges envahis par les parasites.
Cette affection est transmissible par inoculation au lapin et au bocuf. Des lapins inocules avec du sang d'un beeuf malade sont pris de fievre huit jours apres et meurent en quelques jours. Une injection de sang dans la veine jugulaire d'un beeuf a determine, 12 a i5 jours apres, une affection prösentant tous les caracteres de l'hemoglobinurie. Une partic des animaux ino­cules suecombe, une autre partie revient a la santö, comme on l'observe dans les cas d'h6moglobinuric spontan6e.
Les souris, les rats et les coba3'es sont moins sensibles a la maladie; quand ils suecombent, ils montrent les memes le­sions que les lapins.
L'infection du boeuf par la voie digestive, ä l'aide des pro-duits de la maladie, nc determine qu'une fievre passagcre. L'inoculation du sang, du liquide cedemateux, de l'urine 011 des cultures aux brebis, aux porcs, aux cobayes, ä la poule ou au pigeon ne determine pas de maladie. Le rat et la souris sont sensibles ä l'inoculation. Le lapin suecombe par septicemie.
ocr page 249
— 229 —
Le mode d'infection naturelle n'est guere encore connu. II est probable qu'elle se fait par la voie digestive, que les pa­rasites peuvent, dans certaines conditions, vivre dans l'eau des fontaines oü les animaux viennent s'abreuver, qu'ils penetrent dans l'estomac, d'oü ils passent dans les vaisseaux lymphatiques et de la dans la rate, oü ils envahlssent les hematoblastes, Tandis que du sang d'un animal malade pent encore, apres deux ou trois jours, determiner la maladie, il arrive frequemment qu'une grande quantite de sang frais est incapable de contagionner les animaux. La transmission artificiello ne pent se faire qu'une fois du boeuf au boeuf; de meine, les inoculations des lapins aux lapins ne reussit pas au-dela de deux ou trois passages.
Ce sont les bceufs surtout qui prennent la maladie; les vaches n6 le font qu'exceptionnellemcnt, et les veaux jamais.
A raison des caracteres speciaux que prcsentent ces para­sites, Babes propose de les placer dans un groupe inlermediaire entre les microbes et les protozoaires inferieurs, represents par les hematozoaires de Laveran.
S 2. Maladie du Texas,
11 Importe de rapproclier cette affection de rhemoglobinurie de Babes, parce qu'elle semble lui etrc identiquc, non seulument au point de vuo symptomatologique, mais aussi au point do vue etiologique.
C'est Billings, le premier, qui signala la presence dun microbe dans 1c sang, la bile, I'urine, le foie, la rate, les reins, etc., des animaux qui avaient succombc a cctte affection. II parvint a le cultiver SUlquot; la gelatine, I'agar, la pommc de terre. Ces cultures inoculecs a deux bceufs provoquercnt line affection legere qui, par ses symptömes principaux, etait identique a la maladie du Texas.
Le parasite est mobile et appartient par sa forme au groupe des bacteriens, comme ceux du cholera des poules, dc la scp-ticcmie des lapins, etc,
ocr page 250
— 23o ----
Smith a fait unc observation qui justifie pleinement le rap prochement de cette affection de rhdmoglobinurie de Babes. II a constate, en cffet, la presence a l'intörieur des globules rouges d'un organisme de forme arrondio ou legerement allongee, me-SUrant de o,5 |j. ä 3 ^ de diametre. Un m6mc globule peut conte-nir do un ä quatre parasites. Ceux-ci so colorent facilement par­ies coulcurs d'aniline. Ils existent en petite quantite dans le sang en circulation, mais ils sont tout particuliererncnt abondants dans la rate, dans le foie et dans les reins. Les essais d'inoculations et de cultures out echouö.
Smith ne se prononce pas plus que Babes sur la nature de son parasite; il est tent6 de le rapprocher aussi des hema-tozoaires. Salmon est arrive a la meme conclusion : pour lui la maladie du Texas ne serait pas de nature microbienne, mais appartiendrait au groupe des affections malariques. L'organisme qu'il a rencontre ressemble ä eclui de I^averan et aurait son siege dans les globules sanguins.
Plus rccemment, Paquin a consacre a cette affection des re-cherches nombreuses, d'oü il resulterait que I'agent infectieux se­rait represente par un microorganisme polymorphe, qui doit 6tre rapproclie des bacilles et peut-etre des cladothrix pendant line partie dc son Evolution. Les dimensions de ce parasite sont fort variables et les cultures sont difllciles a. obtenir. Les germes de la maladie se rencontrent dans le foie, la rate, les reins, les urines, les feces, la bile, le sang, etc. des animaux malades. L'infection naturelle se fait par la voie digestive et non par la voie respiratoire. La maladie est transmissible au mouton, au pore, au cobaye, au rat blanc, a la souris blanche, etc. Les germes peuvent se rencontrer sur le sol, los herbages et dans I'eau,
De ce qui precede, on doit done conclure que les connais-sanccs etiologiques sur la fievre du Texas sont encore fort in-completes, que 1c microorganisme qui la determine est impar-faitement connu et qu'il reste bien des points obscurs ä elucider dans I'liistoire de cette affection.
ocr page 251
— 23l —
sect; 3. Hematurie essentielle du baeuf.
Detroye a signal^ dans cette affection des miciocoqucs me-surant I \gt;. k i,5 (A do diametre. Ils existent dans I'urine, dans les taches h^morrhagiques, dans le liquide des phlyctenes qu'on observe dans la vessie, dans les ganglions älteres, dans le sang, etc.
Ces microcoqucs se cultivent aiscment dans I'urine. Obser­ves an microscope, ils sc montrent doues d'imc grande mobilite.
L'injection cutanee de quelques centimetres de culture a toujours determine de I'liematurie, avec toutes les lesions carac-teristiques de l'affection essentielle.
L'infection se fait probablement par la voio digestive avec lean absorbee par I'aniinal. En effet, ces microcoqucs ont etc rctrouves dans les eaux des regions oü regne la maladie. Ils sont repandus sur le solavec I'urine des animaux malades et continuent a se developper jusqu a ce qu'ils soient absorbes par de nouveaux animaux. Introduits dans le tube digestif, ils passent dans le sang, d'oü ils sont portes dans les capillaires des organes urinaires qu'ils altörent en de­terminant leur dilatation et leur rupture. Ils sont entraines alors avec le sang dans I'urine et sont evacues avec celle-ci an dehors oü ils attendent, dans l'eau, l'occasion d'infectcr de nouveaux sujets.
Litterature — Uabes, Sur Vhimoglobinuvie bacterienne du bwn/: Compt. rend,, t. 107, 1H8H; Die dStiologie da- seuchenhaßen Hämoglobinuvie des Rindes; Virchow's Archiv, t. irS, 1889; Bemerkungen über die scuelienhaße Hämoglobimrle des Kindes; Verhandl d. X. intern, med, Congresse,;, Berlin, uSgo, Bd. II, Abth. III, Berlin, 1891; Etlologie de l'liemoglobinuric baele-riennc du hieuf; Ann. de l'lnst de path, et de bacter. de Bucarest, I, i, 1890, - Billings, The Southern Catlleplagiie [Texas-fever] of the United-States, with especial relation to its resemblance to the Yellow-fever, An etio-logical study. Lincoln, Neb., \8SS\ Southern Cattle-plague (Texas-fever), Yel­low-fever, Original investigations of cattle diseases in Nebraska 1886-188H. Lincoln, Neb., 1889. — Smith. Preliminary observations on tlie microorga­nism of Texas fever; The medical News, 1889 — Salmon, 5om,e recent researches in the diseases of the domesticated animals; The Journ. ol'corn-par, med. and veter. arch., vol. XI, iSyo. — PAßUiN, Texas-fever \ The Journ. of compar. med. and veterin. arch,, XI, 18110. — Detrove, Recher-ches sur I'liematurie essentielle du beeuf; Rec. de med. veter., n0 20, 1891.
ocr page 252
232
CHAPITKE IX,
Etude microbiologique de l'hepatite enzootique des porcelets.
Cette affection, qui sevit tout particulierement en Russie, a et6 decrite pour la premiere fois par Semmer. Elle atteint les jeuncs pores qui succombent generalement deux ä quatre mois apres la naissance.
Letude microbiologique dc cette maladie a 6t6 faite par Nonewitsch. Cet auteur a observe dans le foic, la rate et le sang de grands microcoques mesurant en diametre le 1/4-1/5 des globules rouges du sang. Cultivcs sur gelatine, ces microbes donnent naissance au deuxieme jour ä des colonies brillantes, grisätres, punctiformes, globuleuses. Des le troisieme jour, la ge­latine commence ä sc liquefier et la liquefaction est achevee le dixifime jour. Dans le bouillon, il se forme un trouble et un d6p6t grisätre. Au microscope, ces cultures se montrent formees de gros microcoques immobiles; on observe egalcment un grand nombre de diplocoques et d'amas zoogleiformes.
Ces microorganismes prennent egalement bien toutes les cou-leurs d'aniline, principalcment la fuchsine, le bleu de methylöne de LÖFFLER et le violet de gentiane aniline,
L'inoculalion de ces cultures au porc, au cobaye, au lapin, au rat, donne des rcsultats positifs, Les pores succombent sept ä hlüt semaines apres l'inoculation et leur autopsie montre les alterations caracteristiques de la maladie, Chez les autres especes, les lesions du foie sont moins aecusees. Chez tous les animaux qui avaient suecombe, on put retrouver les mfemes microorga­nismes qui, eultives, reproduisirent des resultats identiques ä ceux qu'on obtenait avec les produits recueillis sur les porcelets morts a la suite dc l'infection naturelle,
La longue incubation de la maladie, sept ä huit semaines, laisse supposer que l'infection naturelle se produit ä la naissance des animaux, probablement par le cordon ombilical, car la mort survient toujours dans le courant du troisiöme mois de la vie.
ocr page 253
— 233 —
Litterature. — Nonewitsch, Die Mikroorganismen einer en^ootischen Leberentfündung bei Ferkeln, Hepatitis en\ootica porcellorum', Centralbl. f. Bakter. u. Parasitenk., III, 1888. — SEMMER et Nonewitsch. Tiie Schweine-senclie; Oesterr. Monatschr. f Tliierheilk., 1880
OHAPITRE x.
Etude microbiologique de la rage.
Pasteur, au debut de ses travaux sur la vage, chercha a decouvrir le microbe spccifiquo : il obscrva dans la substance cöröbrale de petits microcoques difficiles a colorer par les ma-tieres d'auilino; il ne parvint pas a completer cette observation et abandonna bientöt cette recherche.
Fol signala, sur des coupes de cervcau et de modle d'animaux rabiques, dans la neuroglie, a l'interieur de la mem­brane do ScnwANN et au milieu des fibres nerveuses, des groupes ineguliors de corpuscules spheriques, colores a l'aide de l'htjmatoxyline de Weigert. Ces meines corpuscules etaient invisibles sur des coupes provenant d'animaux sains. Ils mesu-raient 0,2 |x en moyenne et affeetaient assez fr6quemment la forme d'un 8, Fol considera ces Clements comme des microcoques. II introduisit des petits morceaux de cerveau rabique dans des bouillons nutritifs et constata le devdoppement d'un leger nuage qui tombe au fond et dont l'inoculation donna, dans certains cas, naissance ä une rage bien caracterisee; seulcment la duree de l'incubation fut plus longue que celle du virus frais, ce qui tendrait ä prouver (\ue le virus rabique s'altcnuo rapideinent; en effet, en inoculant des cultures ägees de plus lt;lo six jours on n'obtient plus de rcsultat. L'examen microscopique des cultures montre les meines elements qui s'observent sur los coupes dos tissus nerveux.
RlVOLTA a decrit ogalemont dos elements globuleux dans la moelle et d'autres organes (rate, foio) d'animaux morts do la rage. II les a consider^s comme des microcoques ct les a de-sign6s sous le nom de Coccohacicriim lyssa. Ils se prcsentent r6unis
ocr page 254
— 234 —
cn chatnettes fomees de deux ä cinq elements. Pour Rivolta, ils seraient les agents specifiques de 1, 1*rgt;/e.
Enfm, Baues a constate dans les centres nerveux rabiques la presence d'un microcoque mesurant o,5 |a ä 0,8 |a, qui se d^veloppe lenlement sur le serum sanguin a 370 et sur 1c bouil­lon gelatinise. Ces cultures donnent naissance a des colonies minces et grisätres : inoculecs aux animaux, elles provocpient la rage. Cc microbe se colore diflicilement par les proced6s ordinaircs, sauf par la methode de Gkam, mais a condition de laisser agir plus longtemps la matiere colorante.
En somme, 1c microbe specifique de la rage est imparfaite-ment connu, si tant est qu'on I'ait observe et cultive. Mais ce qu'on pcut aflirmer, e'est que I'agent virulent de la rage est bien un element figure : en effet, Paul Bekt a montrc que la salive d'un animal enrage a perdu sa virulence aplÖS avoir cte iiltree ä travels des disques de platte.
Lc virus rabique a principalement son siege dans les centres nerveux, moelle et cerveau; il existe egalement dans le Systeme nerveux peripberique (nerf pneumogastrique), dans les glandes salivaires et mammaires, la glandc lacrymale, les ganglions lym-phatiqucs et meme dans le pancreas. On I'a constate egalement dans les capsules sunenales, dans I'lirine, le sperme, la lymphe. Le sang n'est jamais virulent.
Roux ct Nocard ont reconnu quo la bave du chien pent etre virulente trois jours avant l'apparition de tout Symptome morbide; le plus souvent eile ne Test que vingt-quatre heures avant.
L'infcction nc se produit jamais que par Fintroduction directe du virus sous la peau (morsures produites par des animaux en­rages); il faut nccessaircment unc solution de continuity des teguments; le virus ne penctre pas a travel's la peau sainc.
Les mrupicuses nc semblcnt pas opposer unc barriere aussi infrancbissablc, GALTIER a annoncc qu'il est possible de trans-mettre la rage en badigeonnant la muqueuse buccalo avec des produits virulcnts, ou en les pulv6risai.1t et en los injectant dans
ocr page 255
235
les cavites nasales et dans la tvachee, cm en les frottant sur la conjonctive ct la muqueuse genito-minaire.
La consommation des produits rabiques no parait pas de-terniiner la rage. On a pu donner ä manger ä des animaux des muscles, le cerveau et la moelle d'animaux enrages, sans voir surveiiir la maladie chcz les sujets en experience. Galtier est pourtant dispose ä admettre ce mode de contagion, bien qu'il ait echoue le plus sou vent en faisant ingerer des produits contamincjs.
L'inoculation hypodermique du vims rabique tie s'accom-pagne d'aucun accident local. Les accidents generaux ne sur-viennent qu'apres un temps variable, lorsque le virus a atteint les centres nerveux. La propagation du virus parait se faire de preference par les cordons nerveux, comme Ducouk l'a supposö le premier. Si la demonstration complete de ce fait n'a pas 6te fournie, les considerations suivantes sont de nature ä augmenter les probabilites en faveur de cette hj^pothese.
II existe un rapport constant entre la duree de l'incubation et la longueur des cordons nerveux qui innervent la region mordue. La rage se produit plus rapideiuent apres les morsures faites ä la tete, que sur les mains ou les pieds.
Les nerfs peripheriques sont virulents, comme Pasteur, Chamiierland et Roux I'ont montre pour les nerfs pneumogas-trique et sciatique d'un chicn enrage.
L'inoculation du virus rabique ä l'interieur d'un nerf deter­mine plus sürement la rage que rinoculation hypodermique; et la durtie d'incubation est plus courte dans le premier caa que dans le second. Cette duree est encore moindre apros l'in­oculation intraeränienne.
Dans rinoculation intraveineuse, la paralysie rabique debute toujours par le membre innerve par le nerf qui a recu l'inocu­lation; ou bien eile y est plus prononcöe, quand la paralysie s'est generalisce.
Lorsque rinoculation a etc faite dans le nerf sciatique, le trouble des fonctions de Faxe cerebro-spinal apparait d'abord
ocr page 256
— 236 -
dans la moelle lombaue, ensuite dans le bulbe rachidien, et la virulence progresse de la moelle lombaire an bulbe rachidien.
Enfin Di Vestea et Zagaki, qui ont observe tous ces faits, ont constate egaleinent qua dans ce dernier cas, si Ton sec-tionne la moelle au-dessus de la region lombaire, 1c virus res-pecte la region cervico-dorsale, Ces auteurs sent parvenus mfime a eviter l'envahissement des centres nerveux, en coupant les conducteurs nerveux de la region inoculee.
Bardach a montre, en outre, que les nerfs du bras mordu d'un homme mort de la rage ä la suite d'une morsure faite ä la main droite etaient virulents, tandis que les nerfs du bras gauche ne I'ctaient pas. Cependant dans un autre cas semblable, Roux constata que les nerfs des deux bras etaient virulents.
II resulte de l'ensemble de ces observations que le virus rabique se propage tout particuliörement par la voie nerveuse; mais il serait temeraire d'affirmer que teile est la seule voie de propagation. En edet, les experiences ont montre qu'il est 6ga-lement possible do communiquer la rage par injection intra-veineuse du virus rabique. Cependant par cette voie le resultat est moins constant. En employant des matieres d'une virulence moderce et on effectuant des injections rep^tees avec des pro-duits a virulence croissantc, on peut conferer rimmunitc (Gai.-tier, Roux et Nocard, Protopopoff). Ce dernier resultat s'ob-serve principalement avec les ruminants, mais il est moins constant avec les chiens. Si, au contraire, on injeetc de fortes doses, on voit survenir la maladie sous la forme paralytique.
Le lieu oü se fait l'inoculation exerce unc reelle influence sur le resultat. Tandis que les inoculations intracraniennes et intraoculaires determinent presque toujours la rage furieuse, les inoculations hypodermiques et intraveineuses provoquent ordi-nairement la rage paralytique. Toutefois on peut obtenir 1c pre­mier resultat en injectant dc petitcs doses de virus : moins on inocule de virus sous la pcau on dans unc veine, plus facile-ment on obtient la rage furieuse, L'inoculation hypodermique est suivie de rösultats positifs plus frequents chez les animaux
ocr page 257
237
maigres que chez les gras. Les injections au sein du tissu mus-culaire rötississent mieux que cellos qui sont faites sous la peau au sein du tissu conjonclif.
Enfin la transmission intraplacentaire dc la rage a ete signa-1(30 ä plusieurs reprises. Perroncito ct Carita ont reussi a trans-mettre la inaladie en inoculant ä des coba5'es la moelle d'un foetus no dune lapine rabique. D'autre part, Zagari n'a jamais obtenu de resultat positif.
L'agent virulent de la rage semblo exercer son action nocive par des produits toxiques qu'il secrete. Anrep a annonco qu'il a trouvc dans le cerveau do lapins enragös une ptomaine qui, inoculeo ä des doses de 0,01 mg. a o,5 mg., produit des trou­bles rappelant coux qui caracterisent la maladie. De Bi.asi et Russo Travali ont constate qu'en sterilisant par la chalour ou la filtration une emulsion do moelles d'animaux enrages et en injectant le liquide ainsi prepare, on provoquait la mort des chiens an bout de quinze ä vingthuit jours a la suite de plu';-nomenes do paralysie accompagnee d'un ainaigrissement progres-sif. La mort etait due dans ces experiences a une veritable in­toxication, car les centres ncrvoux des animaux netaient pas virulcnts. Ces meines auteurs ont essaye d'obtenir l'immunite ä l'aide dc co virus sterilise, mais ils ont toujours ecboue dans lours tentatives.
Le virus rabique resistc aisement au froid ; il Supporte, sans etre detruit, pendant plus d'un jour, des temperatures do 16 et de 20 degres au-dessous de o (Celli); mais il est trös sensible a la chalour : il est ddtruit apres une heure ä 5o de-grds, en 24 heures ä 45 degres, au bout d'une demi-hcuro dans la vapour d'eau, II resiste ä des pressions de 7 ä 8 atmospheres pendant 60 heures. A I'abri do Fair et de la lumiöre, il pent so conserver pendant plus dc 44 jours, comme Galtier I'a ob­serve sur des cadavres de chiens onfouis. Dans l'eau et la gly­cerine, on pout le conserver pendant plus d'un mois,
Son activitc est detruite par un grand nombre d'ageats chi-miques : caibonate de soude, acide acetique, sublime, pennanga-
ocr page 258
ai8 -
nate de potasse, 1'alcool, 1'acide phcniquo, la creoline, le sulfate de cuivre, I'acide salicylique, lo jus do citron, la canelle de Ceylan, etc. CELLI, DE Blasi et Tkavali ont indiquä los condi­tions dans lesquolles cos antiseptiques doivcnt etre employes.
Un grand notnbre d'animaux sont susceptibles de prendre la rage : en dehors des ma mini feres domestiques (chiens, chats, bceufs, chevaux, ancs, inoutons, chevies), on pcut citer les loups, les icnards, les chacals, les hyenes, les blaiicaux, les singes, les cerfs, les chevrcuils, les lapins, les cobayes, les rats, les somis, etc. ; il eh est de meine des poules, des pigeons, etc. L'homme lui-memc n'echappe pas a la maladie.
Toutes les especes animalcs n'agisscnt pas de la meme ma-niere sur 1c virus rabique : les vines I'exaltent clans son activity, les antics rattennent au contraire. La demonstration de ces faits a ete etablie par les memorables experiences de Pasteur. L'inten-site plus ou moins grandc dc la virulence etait appreciee d'apres la duree plus ou moins longuc de l'incubation de la maladie. Pasteur demontra d'abord quo retle duree varie suivant la quantite de virus injecte. Si Ton inocule dans la veinc du jarret d'un chien dix gouttes d'un liquide obtenu en broyant un fragment de bulbc d'un chien enrage dans trois ou quatre fois son volume dc bouillon sterilise, on constate (pie I'animal est devenu enrage apres dix-huit jours. Si, ä deux ou trois chiens, on inocule de memo la centieme partie et la deux centicme partie de cette dose, la rage eclate apres trente cinq jours dans le premier cas, et ne se developpe pas dans le second. On obtient un semblablc resultat en faisant des injections intraenmiennes.
Cette variability dans la duree de l'incubation ne resultc pas d'un affaiblisscment de l'activite du virus. En effet, si on inocule a line serie de lapins des doses d'un bouillon virulent, qui sont eiitre elles comme 2,1/2,1/8,1/32,1/64,1/76, on voit sur-venir la mort apres huit jours, neuf jours, dix jours, douze jours et seize jours. Si alois on inocule de nouveaux lapins avec le bulbe de ces premieres victimes, ceux-la succombent tous apres une periode d'incubation uniforme de huit jours.
ocr page 259
#9632;zit) #9632; .
Quand on inoculc des lapins avec une partio clu bulbe d'un chien rabique, cos animaux meurent toujours du douziöme au quinzieme jour : ce qui prouve que la virulence dc la rage du chien est toujours sensiblomcnt la meme. Mais il n'en est plus de meme lorsqu'on inoculo en sevie continue la rage de lapin ä lapin. On constate que la duree do I'incubation tend a di-minuer jusqu'a une duree minimale. Getto diminution rösulte naturellcmcnt de l'cxaltation de l'activile du virus rabique dans son passage a travers I'organisnie du lapin.
Tandis qu'apres une premiere introduction dans le lapin do la rape du chien, la duree d'incubation etait de quinze a dix-huit jours, eile nctait plus que de dix ä quatorze jours lors du second passage. En continuant la söric de sos inoculations, Pasteur est parvenu ensuite k rcduirc eettc duröe successive-ment a onze jours, a huit jours, et onfin a six ou sept jours. Co dernier resultat ne s'est plus modifie, bleu ciu'il ait effectuo une serie considerable d'inoculations successives. II y a done lieu do le considerer commo reprosontant la duree minimale do I'incubation do la rage, duree minimale qui correspond nocessairement a un maximum d'activite du virus. Le virus ainsi exalte semblc fixe definitivement dans son activity et constitue le virus rabique fort ou fixe du lapin, qui est beaucoup plus violent que colui de la rage ordinaire des chiens,
On arrive au memo resultat en employant les cobayes; on y arrive memo plus rapidement et on obtient alorg une duree minimale d'incubation do cinq jours.
A cöte dos lapins et des cobayes qui augmentcnt l'intensitö du virus rabique, il est des animaux qui exercent un effet ab-solument oppose. C'cst ee quo Pasteur a montre en pratiquant des inoculations en serie sur les singes. La periodc d'incubation ehe/, cos animaux, qui est au debut de onze jours, s'allonge jusqu'a vingt-trois jours a partir do la troisiemc generation. Cette rage reportoo sur le lapin prösentc alors chez cet animal une longue duroc d'incubation, ce qui prouve que le virus a perdu, par son passage a havers l'organisme du singe, une notable par-
ocr page 260
240
tie de son intensito primitive, Cettc diminution dans I'intensite d'action du virus nibiquo pent etvc teile que l'inuculation de ce virus attenuü au chien peut n'i'tie suivic d'aucun accident.
L'organisme de la poule et du pigeon exerce sur le virus rabique uno action attenuanlc analogue ä celle de l'organisme du singe (Gibier), Une obseivation analogue a etc faite pour le inouton (Galtier).
Cost en s'appuyant sur ces observations que Pasteur a en-trepris ses cssais d'inoculations preventives des cbiens eontre la rage. Pour obtenir cettc vaccination, il oporait do la maniere suivantc : il employait le bulbe d'un lapin inocule avec un singe de passage assez eleve pour que I'inoculation sous-cutanee ou intraveineusc nc determinat pas la mort du chien; apres cettc premiere inoculation, il effectuait chez le memo chien une serie de nouvclles inoculations en employant chaque fois des bulbes dc lapin provenant, par passages successifs aux lapins, du bulbe (jui avait scrvi a la premiere inoculation. Chacune de ces inoculations etait faite avec un virus d'intensite graduelle-ment croissante et conferait au chien rimmunite pour I'inocula-tion immediatement suivantc. Par cettc methodc Pasteur est parvenu a rendre les cbiens refractaires ä la rage.
Cette premiöre methode d'attenuation du virus rabique a ete remplacee par une methode nouvelle plus pratique. Celle-ci consiste dans l'emploi de la dessiccation. Pasteur, Chamberland et Roux ont constate quo les moclles rabiques pcrdaient rapi-dement leur virulence, quand on les soumettait a la dessiccation et que la perte d'activite etait d'autant plus grandc que la des­siccation etait plus complete. Des fragments de moelle suspendus dans un flacon ferme a l'ouate et contenant des fragments de potasse et soumis a une temperature de 20 degres ont perdu leur virulence a partir du i3c ou I4C jour.
En employant des moclles do lapin inocule avec le virus fixe, et en les soumettant a une dessiccation plus ou moins pro-long6e, Pasteur disposait d'un materiel permettant d'obtenir une serie de virus, dont il pouvait a sa guise graduer l'activitö, de-
ocr page 261
— 241 '—
puis un virus compl6tement att6nu6, jusqu'au virus fort du lapin. L'inoculation successive dc ces divers virus au chien rend cet animal refractaire a l'inoculation du virus fort pratiquce sous la peau ct memo sous la dure-mere. Pour obtenir ce rcsultat, on commence par inoculcr une moelle dont la virulence est fort affaiblie, puis des moclles de moins en moins dessechües, ä vi­rulence de plus en plus forte, et enfin une moelle fraiehe a activity maximale.
Par l'application de cette m6thode, Pasteur est parvenu non seulement ä prcmunir le chien centre les effets de l'ino­culation ulterieure du virus rabique, mais encore ä arreter les accidents qui r6sultent d'une inoculation antericure du meme virus : cette mcthode preventive reussit a combattrc la maladie apres morsure. Jin presence des rcsultats concluants qu'il avait obtenus, Pasteur n'hesita pas a appliqucr sa mcthode a I'homine mordu par un animal enrage. Ici encore il obtint un eclatant succes.
Le traitcment qu'il etablit durait une dizaine dc jours, pen­dant lesqüels il inoculait sous la peau des moelles du quator-zieme jour, puis success!vcment, les moelles du treizieme, du douzieme, jusqu'aux moelles du cinquieme jour : chaque moelle etait injectee une fois. Depuis, Pasteur preconise pour les cas graves une mcthode ditc intensive, qui consistc dans des vac­cinations plus rapides, plus multiples, et dans l'emploi de moclles plus virulentes. Cc nouvcau traitcment comprend trois series d'inoculations : chaque serio consistc dans 1'administration de moclles faibles jusqu'aux moclles virulentes. On fait quatro inoculations par jour. Le premier jour on inocule des moelles de 12, 10 et 8 jours; le deuxieme jour, des moelles de 6, 4 et 2 jours; le troisieme jour, des moelles dc 1 jour. Le quatricme jour, on. recommence par l'inoculation des moclles de 8, G et 4 jours; le cinquieme jour, les moclles do 3 ct 2 jours; et le sixieme jour, des moclles de 1 jour. Enfin le septicmc jour, on recommence une troisieme serie d'inoculations, en debutant par des moclles de 4 jours; le liuiticme jour, on continue par des moclles de
n
ocr page 262
— 242 —
3 jours; le neuvieme jour, par des moelles de 2 jours, et le dixieme, par des moelles dc 1 jour.
Cette methode intensive s'applique dans les cas de morsures graves et etenducs, faites principalemcnt sur des parties decou-vertes, telles quo la figure, les mains, etc. Pasteur a obtenu des resultats satisfaisants, et s'il n'a pu reduire a zero la mor­tality des personnes morducs par des animaux enrages, il I'a ramenee a. moins de 1 pour 100.
D'autres methodes ont encore 6t6 proposees pour conferer I'immunite contre la rage. Nous avons dejä signale les resultats obtenus par Galtieu, en inoculant dans le Systeme veineux la salive provenant d'un animal enrage. Nocard et Roux ont sub-stitue ä la salive une emulsion dc bulbe rabique. Us ont röussi ainsi ä premunir des moutons, auxquels ils avaient inocule dans l'ocil du virus de la rage des rues, vingt-quatre lieures au-paravant. Pour obtenir par cette methode, un resultat positif chez le chien, il faut employer des virus faibles et poursuivre les injections intraveincuses avec des virus de plus en plus forts, comme Protopopoff I'a indique.
Hcegyes a employe avec succes des virus dilues : la moelle rabique du lapin esl traitce par I'eau salec (1 p. 1000), et diluee a. un degre variable (i:5ooo, 1:2000, 1: 5oo, 1 ; 100, 1:10), et en injectant successivement ccs divers virus, il est parvenu ä produire I'immunite avant et apres rinfection. Babes a utilise la chaleur pour attenuer le virus rabique ; mais cette methode ne donne pas des resultats constants, et est susceptible de produire des accidents.
Babes a essaye egalement l'injection du sang d'animaux vac-cin6s contre la rage. II a constate que le sang de chien rdfrac-taire, inocule aux lapins avant ou aprcs injection avec le virus de la rage des rues, n'att6nue pas sensiblement sa virulence. Chez les chiens, au contrairc, l'attünuation sc produit et le sang prend des proprietös vaccinantes. Le contact du sang de chien r6fractaire avec une emulsion dc virus fixe a pour effet d'att6-nuer et de detruire meme la virulence dc ce dernier, cc qui
ocr page 263
243
pennet de preparer des vaccins antirabiques tout ä fait inofTensifs. Bades a applique cette mcthodo de vaccination ä Thomme et a obtenu des rcsultats fort cncourageants.
Tizzoni et Schwarz ont icpiis ces experiences et ont obte­nu des resultats plus precis, qu'ils formulent dans les conclu­sions suivantes :
Le serum de sang de lapin vaccine contre la rage a le pouvoir d'abolir in vitro, meme apres un contact de peu de duree (5 heures), la virulence des moellcs rabiques; et ceci est le cas non seulement pour le virus rabique des nies renforce par im ou deux passages par le lapin, mais anssi pour le vi­rus fixe.
Le sörum de sang de cliion vaccine exerce in vitro une action tres faible sur le virus rabique, beaueoup plus faible que celle du sörum de lapin, de fa^on que, dejä apres un premier passage, la virulence de la moelle n'est pas entiercment abolie, mais sculcmont affaiblie par le serum de chien, ct que sur un virus plus fort, son action est absolument nulle.
La substance active a l'egard du virus rabique contcnue dans le sang des animaux vaccines contre cette maladie n'est pas dialysable; cllo est insoluble dans I'alcool, soluble dans la glycerine. Elle sc comporte comme une globulinc.
Le sang des animaux vaccines contre la rage agit sur le virus rabique, non seulement in vitro, mais aussi dans I'orga-nisme, et on reussit dans la majorite des cas ä conferer I'im-munite aux animaux auxqucls on I'injccte; enfin le pouvoir vaccinant de ce sang et les effets qu'il determine sont d'autant plus complets et plus durables que le degrc d'immunite des ani­maux fournissant le sang est plus (Ueve.
Le serum de sang do lapin vaccin6 exerce une influence 6vidente dans I'organisme sur 1c virus rabique, memo quand il est injecte dans un but curatif, e'est-a-dire un certain temps apres 1'inoculation. II detruit le virus rabique dans Forganisme et exerce une action prophylactique et curative contre la rage.
La substance immunisante existe chez les animaux vaccines uniquement dans le s6rum du sang et manque compl6tement
ocr page 264
— 244 —
dans les tissus nerveux et musculaires et dans les organes (foie, rate, reins).
Tizzoni et Schwarz resument les rcsultats qu'ils ont obte-nus dans la proposition suivante : Dans la rage, ainsi quo ccla est demontre pour d'autres infections, les effets bienfaisants dc la vaccination sont dus ä la presence dans le sang dune sub­stance immunisante qui sc comporte commc une globuline et apparticnt probablcment a la classe des enzymes. Dans I'immu-nisation ä titre prophylactique ct curatif, il est possible de sub-stituer chez les animaux, et probablcment aussi chcz I'liomme, ä la vaccination antirabique, teile qu'clle est pratiquec aujour. d'bui, des injections dc serum de sang d'animaux \raccinds centre la rage, avec tons les avantages qui resultent de la substitution d'une substance inoffensive, dermee de virulence, ä une sub­stance virulente, tout attcnuoe quo soit sa virulence par la chaleur secbe.
La durec de rimmunite conferee par la methode pastorienne au cbicn est d'au moins deux a trois ans.
#9632;Literature. — Fol, Ski- un microbe, dont la presence paratt liee ä la virulence rabiqtte; Compt. rend., l8851 et Bullet. Soc. Vaud. des sc. nat., 1887. — RlVOLTA, // vims rabido, Coccobacterium Lyssce; La Riforma me-dica, iSSG; Giorn. di Anat. e Fisiol., 188C. — Babes, Ueber die Natur des Wulligißes; Ref. In Cntrbl f. Bakter. u. Pamsitenk., II, 1887; Untersu­chungen übet die Hundsnnäli; Cntrbl. f. d. med. Wiss., 1887; Studien über die Wutltkranklieit; Viichovv's Archiv, Bd. 110, 1887. — Roux et Nocard, A quel moment le virus rabique apparaitil dans la have des animaux enrages?; Ann. Inst, Pasteur, 1890. — Galtier, Mode de transmission de la rage; Compt. rend. Soc. Biol., 1890. — Duisoue, Physiologie path, ct traitcment de la rage; Paris, 1879. — Di Vestea et Zagari, Rendiconto di un anno di osservawiont e di esperien^e sulla rabbia e sul melodo di cura preven-tiva de Pasteur nel laboratorio dclla clinica Cantani; Giorn. internaz, delle sc. med.. :8S7; Sur la transmission de la rage par voie nervcusc; Ann. Inst. Pasteur, 188g; Neue Untersuchungen über die Wuthkranklicit; Fort-schr. d. Med., 1889; Nuove riccrche sulla rabbia; Giorn. intern, delle sc. med., 1889. — Baruach, Nouvelles rccherches stir la rage; Ann Inst. Pas­teur, 1888. — Roux, Note de laboratoirc sur la presence du virus rabique dans les ncr/s; Ann, Inst. Pasteur, 1888 et 1889. — Galtier, Nouvelles experiences sur Vinoculation antirabique en vue de preserver les animaux
ocr page 265
— 245 —
herbivores de la rage ä la suite de morsures de chiens enrages; Compt. rend., t, 106, 1888; Noitvelles experiences tendanl a demonlrer l'efficacite des injections intraveineiises de virus rabique en vuc de preserver de la rage les animaux mnrdus par des chiens enrages; Compt. rend., t. 107, 1888.
—nbsp; nbsp;Nocard et Roux, Experiences sur la vaccination des ruminants contre la rage par injections intraveincuses de virus rabique; Ann. lust. Pasteur, 1888.
—nbsp; nbsp; Protopopoff, Xur Immunität für Tollwut hg ift bei Hunden j Cntrbl f. Bakter. u. Parasitenk , IV, 1888; lieber die Vaccination der Hunde gegen Tolhvuth; Cenirbl, f. Bidlt;ter. u. Parasitenk., IV, 1888. — Purroncito et Carita, De la transmission de la rage de la mere au fvetus ä travers le placenta et par le tait; Ann. Inst. Pasteur, 1887. — Zagari, Esperien^e intorno alia trasmissione dclla rabbia dalla madre al feto attraversa la pla­centa e per meffo del tatte; Giorn internaz. delle sc. med., X, 1888. — de Blasi et Russo-Travali, Ricerche sulla rabbia; Riforma medica, 1890. — Celli, Alcune proprieta del virus rabien; Bullet, della R. Accad. med. Ro­ma, XIII, i886-87. — Roux, Note sur un moyen de conserver les moelles rabiques avec leur virulence; Ann. Inst. Pastkur, 1887. — Pasteur, Cham-berland, Roux et Thuili.ier, Sur la rage; Compt. rend., t. 92, 1881, et Nouvcaux fails pour servir ä la connaissance de la rage; Ibidem, t. 95, 1882. — Pasteur, Nouvelle communication sur la rage; Compt. rend., t. 98, 1884. — Pasteur, Chamderland et Roux, Sur la rage; Compt. rend., t. 98, 1884. — Pasteur, Methode pour prevenir la rage apres morsure; Compt. rend., t. 101, i885; Resultats de l'appllcation de la methode pour prevenir la rage apres morsure et Note complcmcntaire sur les resultats de l'appll­cation de la methode de prop/n-luxie de la rage apres morsure; Ibidem, t 102, 1886; Nouvelle communication sur la rage; Ibid., t. io3, 1886; Sur la methode de prophvlaxic de la rage aprös morsure; Ibidem, t. 108, 1889.
—nbsp; nbsp; Babes et Lepp, Recherches sur la vaccination antirabique; Ann. Inst. Pasteur, III, 1889. — Babes et Cerchez, Experiences sur I'attenuation du virus ßxe rabique; Ann. Inst. Pasteur, V, 1891, — Tizzoni et Schwarz,' La prophylaxie et la guerison de la rage par le sang des animaux vac­cines contre cettc maladie; Ann. dc micrographie, IV, 1S92. — Hcegyes, Vaccination contre la rage avant et aprds l'infection; Ann. Inst. Pasteur, III, 1889.
CHAPITRB XI. Etude microbiologique du charbon bacteridien.
Le charbon bacteridien cst la premiere maladie dont la na­ture microbienne ait ete demontrce. Cast Davaine qui signala le premier, dans le sang des animaux charbonneux, la presence laquo; de
ocr page 266
— 246
petits corps filiformes, ayant environ le double en longueur d'un globule sanguln. raquo; L'ctudc de cos elements fut poursuivie ensuite
par POLI.ENDER, BUAUELL, DELAFONP, KOCH, PaSTEUK, ToUSSAINT,
Chauveau, etc.
Lc microbe du charbon bacteridicn apparait sous la forme d'un bacille relativement volumineux, mesurant 5 a G |a de long
sur 1 ä i,5 [j. dc large, fig. 30. Observes dans le sang, ce sont des bätonnets cylindiiques, transparents, homogenes, rigides et immobiles; ce dernier caractere leur a fait donner le nom de bacteridies, parce qu'a lepoquo oü ils ont etö observes pour la premiere fois, on rangeait tous les microbes parmi les animaux, auxquels
Fig. 30 — Bacillus aiithracis clans la seiosite tl'uiie souris.
on attribuait comme caractere distinc-
tif la inobilite. Le bacille du char­bon ctant depourvu de tout mouvement devait done ctre net-tement distingue de toutes les autres bacteries et devait ainsi etre designc sous un nom special. Aujourd'hui qua Ton est d'accord pour ranger les microbes parmi les vögetaux et que Ton salt que la mobilite n'est pas exclusive des animaux, il n'y a plus lieu de conserver cette denomination : le microbe du charbon est vulgairement appele bacille du charbon. Bacillus anthmcis.
Les dimensions dc ces microorganismes sont fort variables suivant les animaux dans le sang desquels on les observe : chez las rongeurs (cobaye et souris), ils sont plus longs que chez le bceuf; ils paraisscnt aussi plus largos, quand on a inoculd des cultures attenuecs.
Le plus souvent ils sont isoles ; quelquefois ils sont r6unis bout a bout ct constituent de longs filaments formds par 4 ou 5 bacilles. Ils sont alors articul^s par une surface clargie et plate. Dans certains milieux do culture, ils se presentent sous la forme de longs filaments enchevctres, formes d'un nombrc considerable de batonnets, en g6n6ral plus courts que ceux que Ton observe dans le sang.
ocr page 267
247
Cultives dans certaines conditions, los bacillcs du charbon ne tardent pas ä produivc des spores endogenes : celles-ci, ties vcconnaissables ä leur aspect brillant, con'
stituent de petits corps refringents, ovoi'des, dont le diametre transversal est legerement inferieur ä celui du bätonnet lui-meme, PlGlt;31t II nc se forme jamais qu'une spore dans cbaque bätonnet. Cellc-ci est mise en libcrte par suite de la destruction de la membrane d'enveloppe du bacille, ct se met ä germcr
Fig.Qi.--Bacillus an- aussitöt quelle rencontre des conditions fa-
thracls provenant de la serosite d'unesouiis; cul ture en ^outte suspend ue.
Formation des spores.
vorables a son developpement. On voit alors la spore perdre dc sa refringence, se gon-
fler, sa membrane se deebirer et son contenu faire hernie sous forme d'un bätonnet cylindrique, qui acquiert bientöt tons les caracteres du bacille charbonneux.
Le bacille de charbon se eultive aiscment dans les divers milieux nutritifs. Les cultures les plus caracteristiques sont cedes
^ä^mL
':.}'^-
\
Fig. 32. — 'Bacillus an-thracls. Cultmeen plqüre sur gelatine, uprfes 5 jours.
Fig. 33 — 'Bacilltii anthracls :
Culture sur plaque de gelatine apres 2 jours, a la temperature de 16—18 degres.
qu'on obticnt par piqiire dans la gelatine : au bout d'un ou deux jours, le developpement se denoncc sous la forme d'un
ocr page 268
248 —
piolongement blanchätre, tout le long du trajet de l'aiguille, prolongement d'oü partent dc tous les cotes des branches trans­versales ties fines, fig. 32. La gelatine se liquefie lentement en commencant par la surface : au fond de la partie liquefiee, on apercoit un precipite blanc, qui ressemble a un flocon d'ouate. Sur plaque de gelatine, les colonies rappellent l'aspect de touftes de cheveux frises, fig. 33.
Sur I'agar, le developpement se fait sous la forme d'une trainee, blanchätre, epaisse, cremeuse. Dans le bouillon, on voit apparaitre de petits flocons qui nagent dans le liquide reste clair; lorsque la vegetation est achevee, e'est-a-dire lorsque la sporu-lation est termin6e, ces flocons tombent au fond du tube et se dösagregent. Sur pomme de terre, la vegetation est abondante et produit une couche opaque, öpaisse et dun blanc sale. Le serum solidifie est assez rapidement Iiqu6fi6.
Les urines stcrilisees du mouton,' du boeuf et du cheval, constituent des milieux döfavorables ä la vegetation du bacille; l'humeur aqueuse des ruminants, au contraire, est ties favorable.
Les conditions neccssaires a ces cultures sont la pr6sence de l'oxygene, une temperature detcrminee et une röaetion neutre ou legcrement alcaline du milieu.
Les bacilles charbonneux sont des microbes essentiellement a6robies; leur vegetation n'est possible qu'au contact de Fair; ils empruntent directement ä l'atmosphere l'oxygene necessaire ä leurs ^changes nutritifs et rejettent sensiblement une egale quantit6 d'acide carbonique,
La temperature exerce une influence notable sur la forma­tion des spores. La sporulation ne pent se faire en-dessous de 15deg;; a 35deg;, eile so produit dejä apres vingt heures; si la temperature est infdrieure ä 35deg;, les spores n'apparaissent qu'apres un temps plus long : apres trente heures a 3o0, apres deux ou trois jours, a 180 ou 200. Enfin au-delä de 43deg;, la sporulation est impossible.
Les spores possedent vis-ä-vis de la chaleur une resistance beaucoup plus considerable que les bacilles : elles sont tu^es
ocr page 269
— 249
dans l'air sec a 1200 pendant quatre heures, et a une tempe­rature humide de 1070 pendant cinq minutes. Pour les tuer sürement, il faut les laisser pendant trois heures ä 1400.
La lumiere solaire fait pürir assez rapidement les bacilles charbonneux, mais, fait interessant mis en evidence par les experiences de Auloing, eile est plus nuisible aux spores qu'aux cellules vegetatives. Celles-ci rcsistent pendant huit jours a I'in-fluence de l'oxyjjöne compritnö ä dix atmospheres, tandis que les spores sont encore Vivantes apres vingt et im jours dans les memes conditions. L'azotc tue les spores apres cinq heures. Les bätonnets sont rapidement detruits sous l'influence de la putre­faction ; les spores, au contrairc, sont encore Vivantes apres un mois. Les bätonnets se montrent aussi beaueoup plus sensibles aux antiseptiques que leurs spores; des doses faibles d'antisep-tiques sont capables de tuer les bacilles sans detruire les spores; des doses plus faibles encore peuvent alterer revolution nor­male du microorganisme, en empechant la sporulation, sans entraver autrement la vegetation des bacilles. On obtient ainsi, comme Roux l'a montrö en faisant ses cultures dans des milieux additionnes de faible dose d'antiscptiques, bichromate de potasse ou aeide phenique au millieme, des varictes asporogenes du bacille charbonneux. Ces Varietes asporogenes s'obtiennent tou-jours quand on le soumet ä des conditions defavorables ä son döveloppement, comme, par exemple, quand on expose les cul­tures ä une temperature disgenusique : nous avons vu, en effet, que les spores ne se forment plus ä partir de -|- 43deg;
Le bacille du charbon se montre tres sensible ä la dessic-cation : du sang charbonneux soumis a la dessiccation perd aussitot sa vegetabilite. II n'en est pas de memo des spores qui r6sisterit parfaitement. Aussi pour obtcnir une sterilisation com­plete, il faut que la dessiccation se fasse rapidement, sinon les spores se forment et la vegetation reapparait dans le milieu, aussi­tot que les conditions sont redevenues favorables.
Le bacille charbonneux resiste mal ä la concurrence vitale: en association avec d'autres microbes ayant les m6mes besoins
ocr page 270
— aSo —
nutritifs, il ne tarde pas ä succombcr. .Si Ton introduit dans des cultures virulentes de charbon une gouttc dc culture du bacille pyocyanique ou des microorganismes de la putröfaction, les bactöridies deperissent et meuient plus ou moins rapidemcnt.
Lcs bacilles cliarbonneux se colorent aiseincnt par toutes les couleurs d'amlinc; ils prennent cgalcment bien les colora­tions de Gram et de WEIGERT.
Les cultures virulentes du bacille cliarbonneux contiennent des produits, dont Faction sur les animaux a etc etudiee par diffcrents auteurs. Hoffa a signale d'abord une substance toxique, a laquelle il a donne le nom de Anthracine et qui.inoculde aux lapins et aux cobayes, provoquait la mort apres moins d'une demi-heure, ä la suite de symptömes asphyxiques. Hankin a isole egalement des cultures une substance de nature albumino'ide (albumose), douee d'une action toxique tres eneigiquc; injectee ä des doses tics minimcs, ellc confcre aux animaux l'immunitö contre les cultures virulentes. Cette substance est insoluble dans I'alcool. Martin a obtenu deux albumoses, une protoalbumose et une deuteroalbumosc, melangees a des traces de peptone, une substance de nature alcaloVdique et de petites quantites dc leucine et de tyrosine. L'injcction des albumoses provoqua chez les souris un ex'deme autour du point d'injection; lorsquc la dose etait süffisante, la mort survenait au bout de peu de temps. L'alcaloide parut exerccr une action analogue, mais plus intense encore. Knfin Brif.gicr et Fr/enkei, ont recucilli do meine un produit toxique dc nature albumino'ide.
Mais a cote dc ccs substances toxiqucs, 1c bacille du char­bon secrete egalement des maticres immunisantes. Cost ce qui semble rösulter du moins des observations de Roux et de Cham-BERLAND : ccs auteurs ont montre, en effet, qu'il est possible de conferer rimmunite a des moutons, en leur injectant du sang cliarbonneux sterilise par la chalcur.
Un grand nombre d'animaux se montrent sensibles au charbon, mais ils sont loin de montier une egale sensibilite. I^es plus rcceptifs sont les moutons; mais toutes lcs races dc ces animaux
ocr page 271
25l
nc le sont pas au m6me dcgrö : les moutons algeriens sont r6-fractaircs. Les boeufs et les veaux prcanent aussi aisement la maladie spontanee; mais ils sont peu sensibles ä l'inoculation hypodermique. Les bovides algeriens paraissent moins sensibles que les bovides eiuopeens, bien qu'ils 1c soient plus qua les moutons barbarins. Enfin les chevres, les chevraux, les chevreuils, les daims, les cerfs, les pores peu vent contractor la maladie, bien qu'ils possedent une rcceptivite moindrc que les animaux des cspeces ovine et bovine. Les cobayes et les souris reprd-sentent des animaux ties sensibles a la maladie charbonneuse ; les lapins sont plus resistants.
Les carnassiers, chiens, chats, renards, ne contractent pas spontanement le charbon; ils peuvent, sans s'infecter, manger la viande provenant d'animaux charbonneux. Dans certainos condi­tions, on pcut reussir Finfection artificielle de ces cspeces, en opcrant sur des animaux jeunes et en pratiquant des injections intraveineuses. Les rats blans possedent une immunity variable : tandis que les individus jeunes succombent facilement, les vicux rcsistent le plus souvent. Les oiseaux en general, et plus particulicrement les poules, se montrent refractaires au charbon; les moineaux et les pigeons contractent cepenclant assez souvent la maladie. Les ani­maux ä temperature variable, reptiles et batraciens, possedent egalement une immunite assez forte, mais variable suivant les especes, puisque FlSCHEL a rcconnu quo les crapauds contractent la maladie, tandis que les grenouillcs ne le font qu'exccptionnel-lement.
L'immunitc qu'offrent certainos especes animalcs n'est jamais absolue, et pent ctre vaincuc aisement : il suffit a cet effet de placer les animaux dans des conditions dcfavorables, et dc provoquer chez eux des troubles organiques. C'est ainsi que Ciiauveau a montre qu'on pouvait vaincre rimmunitc naturelle des moutons barbarins en leur injectant des doses massives de sang charbonneux.
De memo Pasteur a röussi ä infecter la poule, en abais-sant artificiellemcnt sa temperature, cc qu'il obtcnait en main-
ocr page 272
252 —
tenant l'animal avec les pattes immergces dans lean froide. Gibier a obtcnu avec, les grcnouillcs vm scmblablc resultat en 61evant la temperature du corps do ccs animaux ploughs dans de l'eau a 35deg;. Ces experiences ont etc explicpiees alors par cette supposition que les temperatures normales des poules et des grenouilles ctaient trop 61evees ou trop basses pour per-mettre le dcveloppement du bacille charbonneux et qu'il suffisait de les ramener ä 35deg; pour assister a revolution de la maladie. Cette hypotbese n'est pas exacte : en effet, les pigeons et les moineaux, dont la temperature nc differe guere de celle de la poule, contractent assez facilc'inent le charbon; d'autre part, les bacilles clu charbon vegetent parfaitement ä la temperature ordi­naire du milieu ambiant, qui est plutöt un pen inferieure ä celle de la grenouille. II est plus probable que si les poules et les grenouilles se montrent röceptives dans les conditions exp6-rimentalcs realisees par Pasteur et Giiuer, e'est parce que ces conditions ont determine chez ces animaux des troubles orga-niques qui les ont predisposes ä la maladie.
En general, toutes les causes qui affaiblissent I'mdividu, di-niinucnt sa resistance vis-a-vis des agents infectieux et augmentent la gravite de l'infcction. C'est cc que Canalis et Morpurgo ont demontre ä propos du jeüne, et Charkin et Roger ä propos du surmenagc. Sous l'influence do ces causes affaiblissantes, les ani­maux doues d'une immunite relative succombent aisement ä l'in-fection charbonneuse.
L'infection naturelle peut se produire par plusieurs voies, Elle peut s'effectuer ä travcrs le tegument a la faveur d'une solution de continuity (ecorchure, piqüre accidentclle). L'appareil respiratoire peut cgalement servir de voie d'introduction au virus. Nie par Flügge et Wyssokowitsch qui n'admettaient le passage des bacilles charbonneux qu'ä la faveur d'alterations pulmonaires, ce fait a etc ctabli definitivement grace aux observations de Buchner. Cet auteur a injectc directement dans la trachec ou fait inhaler ä des souris et ä des cobayes du virus charbonneux et a vu suecomber la plupart des animaux en experience. L'injection
ocr page 273
253
des spores produisait l'infection sans dötenniner la moindre 16-sion pulmonaire, Ces experiences ont 6t6 depuis confirmees par MusKATBLÜTH et par Enperlen. Co dernier auteur a experimente sur des moutons et a montre que Tinlialation d'une quantity dötcnninc'e de virus chavbonneux est plus dangereuse que l'in-gestion de la meine quantitö de matiere virulente. La voie in-testinale donne, en effet, des resultals moins constants. Kocn, Gaffky et Lceffler ont constate sur les moutons que l'infection ne se produit par cette voie que quatre fois sur dix, quand on emploie de petites doses de bacillcs sporulcs; avec de hautes doses, tous les animaux perissent. Chez les cobayes, les lapins et les souris, l'infection ne se produit qu'cxccptionnellement. II est possible quo les sues digestifs detruisent cn grandc partie les bacilles charbonneux, mais leurs spores resistent parfaitement ä leur action. L'existcnco de lesions de la muqueuse intestinale n'est pas necessairc pour etablir l'infection : les spores passent intactes dans l'intestin et y rencontrent un milieu favorable a leur germination ; elles donnent alors naissance a des bacilles qui se multiplient et penelrent dans 1c sang apres avoir traverse la muqueuse.
Ces donnees offrent Uli intcret tout particulier au point de vue de l'hygicnc alimentaire, parce qu'cllos montrent que l'in-geslion de viandes charbonneuses est susceptible de determiner unc infection, bien que Johne ait montre que les viandes ne renferment pas de spores. Mais si l'assertion de Johne est exaete pour l'interieur des masses musculaires, il n'cn est plus de de m6me pour les parties peripheriques, commc Schmidt-Mühlheim l'a montre : a la surface au contact de l'air, la sporulalion s'ef-fectue en realite. II en resulte qu'il laut absolument rejeter de la consommation les viandes ebarbonneuses. II en est de memc du lait des betes charbonneuses. Chambrhlent et Moussus ont montre, en effet, la presence de bacilles virulents dans le lait de betes ebarbonneuses,
Enfin, il Importe de citer encore l'infection intraplacentaire. Le passage des bacilles charbonneux de la mere au foetus ä
ocr page 274
254 —
travers le placenta a 6te demontio par un si grand nombre #9632;d'auteurs qu'il n'est plus pcrmis do nicr ce mode particulier d'infection. II Importe pou que cc passage ait lieu ä la faveur d'alterations du placenta ou qu'il puisse s'effectuer a travers cct organc en l'absence de toute lesion.
L'inoculation experimentale du charbon a des suites varia­bles suivant 1c mode d'introduction et suivant I'espece animale sur laquelle on experimentc. Inoculc dans l'epaisseur de la pcau, le bacille charbonneux nc determine guere d'accidents chez la plupart des animaux; cbez l'homine at chez le chien, il produit la pustule maligne. Si l'inoculation cst pratiqucc sous la peau, il se produit au point inocule un cedeme qui peut prendre des proportions considerables : la temperature de l'animal s'eleve dc 1deg; ä 2deg;, puis s'abaissc rapidement et tombe a 340, 32quot; ct Soquot;; la mort survicnt aprcs un temps variable, souvent fort court. Si Fintroduction du virus a lieu par injection intraveincuse, V6\'o-lution de la maladie est plus rapide encore : l'animal n'accuse d'abord aucun trouble appreciable; il succombe au bout de 48 heures.
On a longtemps attribu6 l'action nocive des bacilles du charbon ä leur avidite pour l'oxygene qu'ils cnlevaient aux glo­bules rouges du sang et dont ils privaient ainsi les elements cellulaires de 1'organismc infecte. Ils produisaient ainsi la mort par asphyxie. Mais Chauveau a montre que le sang d'un mou-ton charbonneux expirant renferme une proportion d'oxygene presque normale. Arloikg a etabli que chez le cobaj-e et le rat charbonneux l'exhalation dc I'acide carbonique diminue sur-tout aux dernieies hcurcs dc la vie; cette diminution se pro­duit aussitot apres l'inoculation.
Faut-il plutöt attribuer la mort ä Faction toxique des pro-duits de secretion des bacilles charbonneux. Plusicurs auteurs ont retire, en efTct, des toxines des cultures du charbon ; mais cos experiences ne sont pas concluantcs au point de vue de la pathogenic de cette affection. En effet, on n'a pas encore de-montre qu'au sein de l'organisme, les bacilles söcretent les memes
ocr page 275
— 255
produits toxiques qu'in vitro. Lcs hemorrhagies capillaircs produites par ^accumulation des bacilles s'accolant aux parois. des vaisseaux sont insuffisantes pour expliquer la mort. La pathogönie de cette affection est encore fort obscure.
L'immunitü naturelle que posscdent ccrtaincs especes animales et l'absonce de generalisation consecutive ä I'infection artificielle do certaincs autres especes montrent que ces di'ganismes sont doues du pouvoir do n'sister a 1'envahissement microbien ou de l'empeclier coinpletcment, pouvoir ijui pent etre annihile par certaines influences exterieurcs anormales, comme il a ete prouve pour la poule et la grenouille. METCHNIKOFf a cberche ä expli­quer la resistance de certains organismes au cbarbon par la phagocytose, mais il existe un nombre si considerable d'obscr-vations contraires a cette hypotbese qu'il deviant difficile d'ad-mettrc encore I'action phagocytaire dans cette affection.
Les proprietes bactericides du serum expliquent plus ais6-ment I'immunite pour le charbon. En effet, Ogata et Jasuhaua ont montre que les bacilles charbonncux cultives dans du serum provenant d'un animal naturellemcnt refractaire s'attenuent rapide-ment et deviennent incapables dc tucr la souris. C'est ce qu'on ob­serve quand on cultive dans le sang do grenouille, de cbien et de rat blanc. On obtient un semblable resultat en cxperimentant avee le serum d'animaux vaccines : lo sang des moutons rendus artificiellement refractaircs attenue les bacilles charbonneux et exerce une action microbicide plus energique que le sang d'un mouton neuf. D'autre part, Behring a montre que I'immunite des rats blancs etait due a l'alcalinite de leur sang, ce que Hankin a confirm^; ce dernier auteur a montre en outre que cette alcalinit6 etait produite par une globuline.
La propagation si facile du charbon s'expliquc par la re­sistance des spores. La contamination se produit le plus sou-vent par le sol. Pasteur a montre la presence de spores viru­lentes dans la terre des fosses oü on avait enfoui, plusieurs annees auparavant, des cadavres d'animaux charbonneux. II a 6tabli (jgalement que les spores 6laient ramendes a la surface
ocr page 276
— 256 —
du sol par rintermödiaire des vers de terre, qui avalent la terra contamin6e autour des cadavres et viennent deposer leurs excre­ments ;\ la surface du sol, excrements qui contiennent les germes du charbon, Ccux-ci repandus non sculement sur le sol, mais aussi sur les plantcs qui y croissent, ne tardent pas ä etre in-geres par Ics herbivores qui prösentent ensuite l'infection. Cer­tains päturages sont ainsi particulicrement contamines et meritent la denomination de champs maudits sous lesquels on les a de-signes dans la Bcauce.
La virulence des bacillcs cbarbonneux varie dans une tres large mesure, suivant les conditions dans lesquclles ils vegetent. En genöral, eile s'attenue du moment que les conditions exte-rieures sont dcfavorablcs. Comme il est possible de modifier ä volonte ccs derniercs, rexperimentateur dispose d'un moyen sur d'attenucr, dans la mesure qui lui convient, la virulence des cultures du charbon. La plupart des agents physiques et chi-miques sont capablcs d'effectuer cette attenuation.
C'est Toussaint, le premier, qui signala, eil 1880, la pos-sibilite d'obtenir ce resultat par lemploi de la chaleur. 11 chaufTa le sang cbarbonneux defibrine pendant dix minutes ä 55deg;. A la suite de cette operation, les bacillcs ötaient attenues et le sang constituait un liquide vaccinal. Mais les resultats obtenus par Toussaint par cette m6thode 6taient inconstants. Nous en verfons les raisons plus loin.
Ciiauvf.au obtint egalement par l'einploi de la chaleur l'at-tenuation des cultures virulentes.
Les antiseptiques agissent dans le möme sens que la chaleur. Toussaint a montre qu'il suffisait, cn effet, de mclanger l'acide phonique au sang defibrine dans la proportion de 1 a i,5 p. c. pour attenucr la virulence des bacillcs. Plus tard, Chamderland et Roux obtinrent le meme resultat cn eultivant le bacille char-bonneux dans l'eau distillee, additionnee d'aeide phenique dans la proportion de 1'goomc, ou de bichromate de potassc dans la proportion de 1 pour 2000 ä 5ooo.
ocr page 277
257
L'action des rayons solaires exercc le meme efTet sur les cultures du charbon : exposees ä la lumicre diiecte du soled, elles nc tardent pas ä pcrdre leur virulence (Arloinc;).
Enfin, les bacillcs charbonneux s attcnuent, quand on les soumet ä l'action de l'oxygenc comprimc (Chauvkau ct Wosnessenski), quand on les inocule dans le corps de la grenouillc (LuBAKSCH), ou du pigeon (Kitt), quand on les cultive dans le sang des mou-tons vaccines (Metchnikoff), ou en association avee le bacille pyocyanique (Charrin et Guignard).
On a cberche, en utilisant le virus charbonneux attenu(i, a produire chez les animaux une affection benignc, spontanement curable, a la suite dc laquelle les animaux auraient acquis I'im-munite contre la maladie grave. C'est TOUSSAINT le premier qui essaya de vacciner contre le charbon, en employant du sang charbonneux chauffe a 55 degres. Mais les rcsultats qu'il obtint furent inconstants : tantöt le sang chauffe vaccinait, tantot , au contraire, il tuait les animaux inocules.
On reconnut bientot que ces insuccos ctaient dus a ce que le sang contenait encore des bacilles qui n'avaient pas subi l'action attenuatrice de la chaleur, celle-ci ne s'otant pas uniformemont repartie dans toutc la masse du sang, ce qu'on pouvait eviter en employant de petites quantites de sang qu'on chauffait a I'aide d'une grande masse d'eau chaude (Chauvkau). Malgre ces pre­cautions, le liquide vaccinal so montrait encore virulent dans certains cas. Pasteur raontra que ce fait etait du a la presence de spores, qu'une chaleur de 55 degres n'affectait en aucunc facon, et qui, inoculces, reproduisaient des elements viiulcnts. II Importe done, pour obtenir une attenuation parfaite, d'employer un liquide charbonneux absolument depourvu dc spores. PASTEUR obtint ce resultat en portant ses bouillons dc culture ä la tem­perature de 42quot;,5 a 43deg;. II constata, en effet, qua cettc tempe­rature, les bacillcs vegetent encore, mais ne fournissent que du rnycdlium et sont incapables de produire des spores. En memo temps, ils s'attrnuent et leur virulence s'amoindrit d'autant plus, qu'on les maintient plus longtemps ä cette temperature disge-nesique. Apres douze jours, ils sont incapables dc tuer le cobaye
18
ocr page 278
— 258 —
adulte; aprcs un mois et demi, ils paraissent döpourvus de toute action nocive.
Cette attenuation pent se conserve!- plus ou moins longtemps dans de nouvelles cultures, mais il n'est pas possible de la con-server par la propagation du bacille. Pasteur y est arrive en reportant scs cultures mycelienncs ä 37 degres; il obtint ainsi des spores qui fixaient pour longtemps la virulence des bacilles.
Pasteur prepare une s6ne de vaccins gradues et fixes ; il lui suffit ä cet effet de varier la duree du sejour des bouillons dans le thermostat ä 43 degres. C'est ainsi que dans la pratique des vaccinations preventives, MM. Pasteur, ChamberlaND et Roux recommandent deux vaccins : un premier vaccin faible, obtenu apres un sejour de quinize ä vingt jours dans le ther­mostat a 43 degres, et un second vaccin plus fort, obtenu apres un sejour de dix a douzo jours.
La fixite de ces races attenuees du bacille charbonneux, n'est pas absolue; aussi convient-il de revenir de temps en temps ä d'operation initiale, pour renouvelor les vaccins.
Par ces vaccinations, on pent conferer une immunity par­tielle, mais peu durable, au mouton et au boeuf. Mais on cchouc, en general, chcz le cheval, le cobaye, le lapin, le rat, la souris; I'homme lui-meme nc parait pas a I'abri d'unc secondc atteintc de la maladie.
Ciiauveau a fail connaitre egalement une methode pour ob-tenir une attenuation fixe dc la virulence du bacille charbonneux. II cultive une goutte de sang charbonneux dans un bouillon leger ä la temperature de 420,5 pendant vingt heures; la cul­ture est composee alors dc filaments mycelicns asporogenes. On la porte alors a la temperature de 470 pendant trois heures et on la ramene ensuite ä 35deg; ou 37deg;, temperature ä laquelle on la maintient jusqua ce que les spores soient formecs, e'est-a-dire pendant cinq ä sept jours. Ce resultat obtenu, la culture sporulee est chauflee ä 840 pour fournir le premier vaccin, ou ä 820 pour fournir le second vaccin. Chauveau est parvenu ainsi ä creer de veritables races de bacilles affaiblis, qui peuvent conscrver plus longtemps leur virulence att^nuee,
ocr page 279
— 259 —
II n'est pas impossible de rendre a. ces 616ments leur vi­rulence primitive : il suffit A cet effet de las faire passer en s6rie par l'organismc du cobayo, en commcncant par des sujets nouveau-nes. Ceux-ci sont tucs par des bacilles inoffensifs pour des animaux plus ages ; mais apres avoir traverse I'organisme du coba3'e nouveau-ne, ces mcmcs bacilles deviennent capables de tucr un cobaye de deux jours, et apres une scrie de pas­sages succcssifs, ils ont recupcre leur activity premiere et pcuvent tuer le coba}^ adultc. Ils reprennent ainsi leur virulence pri­mitive, qui leur permcttra de tuer le mouton lui-meme.
Litterature. — Davaine, Observations stir la maladle c/iarboiinctisc; Compt. rend., 1830, i863, 1864, l865, 1868, 1873 ; Bull. Acad. meJ., 1870, 1873. — Pollenber, Mikroskop, u. mikrochemische Untersuchungen des A/V/f-brandblutes\ Casper's Vierteljahrscht'lft f. gerlcht. u. öffent. Med., VIII, i853.
—nbsp; nbsp;Brauell, Versuche n. Untersuchungen betreffend den Milzbrand des Men­schen u. der Thiere; Arch. f. path. Anat., XI, 1857; et Weitere Mittheil, üb. Milzbrand; Ibid., IV, i858. — Dklafond, Recueil de med. v6t., 18G0.
—nbsp; nbsp;Koch, Die AStlologie der Milzbrand-Krankheit \ Colins Beiträge z. Biol. der Pflanzen, 1876. — Pasteur, Compt. rend., 1877, 1880, 1S.S1, t883. — Toussaint, De l'immunite pour le charbon acquise ä la suite dinocnlations preventives; Compt. rend., 1880. — Chauveau, Compt. rend., 187;), 1880, 1881, 1882, 1883, 1884. — Arloing. Influence de la lumierc blanche et de ses rayons constituants sur le dcveloppentent et les proprietes du Bacillus an-thraeis; Arch, de physiol. norm, et path , 188Ö. — Roux, Daclcridic char-bonneuse asporog'ene; Ann. Inst. Pasteur, IV, 18110. — Hoffa, lieber die Natur des Mil^brandgiftes; Wiesbaden, 1886, — Hankin, Immunity produced by an albumose isolated from anthrax cultures; British med, Journ., 1889. — Mar­tin, The chemical products of the growth of Bacillus Anthracis and their physiological action; Proc Royal See, 1890j et Preliminary Report on the chemical products of the life processes of 'Bacillus Anthracis; Nineleenlh annual Report of the local Gov. Board, London, 1889-1890. — Brieger ct Frünkel, Untersuchungen über Bacteriengifte: Berl. klin. Wochenschr., 1890.
—nbsp; Roux et CiiAMBiiRi.AN'n, Sur rimmunile coutre le charbon conferee par des sub­stances chimiques ; Ann. Inst. Pasteur, 1888. — Pasteur, Joubert et Chamder-land, Sur le charbon des poules ; Bullet. Acad. de med., 187S et 1S70. — Gibier, De l'aptitudc communiijiK'e au.v aniinau.v ä sangfroid ä contracter le charbon par l'clevatioii de leur temperature; Compt. rend., t. 94, 1882. — Canalis et Morpurgo, Influence du jcüne sur la disposition aux maladies infectieuses; Rome, iSyOj Resume dans Ann. Inst. Pasteur, tSijo — Ciiarrin et Roger,
ocr page 280
#9632;— 260 —i
Contribution ä Vetude cxpcrimcntale du sunnenage, son influence stir I'in-fection-. Arch, de physiologie, 1890. — Buchner, Untersuchungen über den Durclt'ritt von Infectionserregern durch die intacie Lungenoberfläche; Arch, f. Hygiene, VIII, 1888; et Versuche über die Entstehung des Milzbrandes durch EUiathnttlllgi Nägeli's Untersuchungen über niedere Pilze; München, 1882. —MrsKATHLüTH, Neue Versuche über Infection von den Lungen aus; Cntrlbl. f. BaUter., I, 1887. — Enderlen, Ueber den Durchtritt von Mllf-brandsporen durch die intacte I.ungcnobcrfläche des Schafes; Deutsche Zeit-schr. £. Thiermed., XV, 1S89. — Koch, Gafeky et Lcepeler, Experimentelle Studien über MU\brandil\fection durch Fütterung; Mitth. d. k. Ges.-Amte, II, i88-|. — SciiMfDT-Müiii.HEiM, Ueber Sporcnhildung auf Fleisch von milf* brandkranken Thicren; Arch. f. Animalnahrungsmittelkundc, 1889. — Cham-brelent et Moussus, Passage de bacteridies charbonneuses dans le lait des animau.v atteints du charbon; Compt. rend., 1883. — Ogata et Jasuhara, Ueber die Einflüsse einiger Thierblutarten auf Mil^brandbacillcn; Mitth. d. med. Fakuliät d. k. Japan. Universität Tokio, 1800; Ref. in Cntrlbl. f. Bak-ter , IX, 1, 1891. — Beiiring, Ueber die Ursache der Immunität von weis-sen Italien gegen Milzbrand; Cntrbl. f. klin. Med., 1888. — Pasteur, Chamberi.and et Roux, Sur fctiologie du charbon; Compt. rend., t. 91, 1880. — Pasteur, Nouvelles observations sur la prophylaxic et l'etiologie du char­bon; Bull. Acad. de med,, IX, 1880. — Chambkrland et Roux, Sur l'at-tenuation de la virulence de la bactiridie charhonneuse sous l'influcnce des antiseptiques; Compt. rend., t. 97, i883. — ChauVEAU, De l'attenuation des cultures virulentes par l'oxygene comprime; Compt. rend., t. 98, 1884 et t. 100, i885. — LUBARSOH, Ueber die Absclnvächung der Mil^brandbacillcn im Froschkörper; Fortsein-, d. Med., VI, 1888. — Ciiarrin et Guignard, Action du bacille pyoeyanique sur la bacteridie charhonneuse ; Compt rend., t. 108, 1889. — Pasteur, ChamberlaND et Roux, De l'attenuation des virus et de leur retour ä la virulence; Compt. rend., t. 92, 1881; et Le vaccin du charbon ; Ibid , t 92, 1881 — Chambkrland, Le charbon et la vaccination charbonneuse d'apres les recents travaux de M. Pastkur; Paris, i883.
CHAPITRE XII.
Etude microbiologique du charbon bacterien.
Lc charbon bamp;ctcricn ou charbon symptomatique est unc affection dötcnninöc par un bacille special, auqucl on a donne lc noin de Bacillus Chauvai. Observe pour la premiere fois et nettement differencic de la bacleridie charhonneuse par Feser et Bollingeu, il a ele etudie depuis par Arloing, Cornevin et Thomas, qui en ont complete I'histoire biologique.
ocr page 281
26l —
Ce sont des bätonnets droits, mesurant 5 a i5 \t- de long et 3 [J. de large, isoles ou parfois reunis par deux, fig. 34. Ils sont douös de mouvements presentant une
1 --
Fig. 34. — BaciU Iks Chauvwi : cul-
grande vivacite.
Ces bätonnets presentent frequemment une spore : celle-ci est placee a l'une des extremites et leur donne la forme d'un battant de cloche; en effet, le diametre de la spore est superieur
ture sur agar. For- au diametre transversal du bacille. Quelqucfois
mation des spores.
aussi la spore est situce au milieu du bätonnet
et celui-ci affcctc alors la forme d'un fuseau. La sporulation se produit dans les milieux de culture, mais jamais au sein des tissus de l'animal encore vivant; eile ne se produit chez ce der­nier qu'apres la mort et sur le cadavre ouvert (Kitasato). On observe les bacillcs dans la serositö des tumeurs charbonneuses, jamais dans le sang. Ils y sont le plus souvent assoeiös ä d'au-tres microorganismes (microcoques), qui paraissent favoriser leur Evolution. La bile est egalcment virulente, ainsi que le contenu de l'intestin grele, d'apres les observations de Kitt. Les bacilles ne penetrent guere dans le sang qu'apres la mort ou peu avant. L'urine peut, dans ccrtaines circonstanccs, renfermer des ba­cilles.
Ces bätonnets constituent une espece nettement anaerobic.
Pour en obtenir des cultures, il faut operer soigneusement ä
l'abri do I'air. On est parvenu ä le cullivor dans le bouillon,
'la gelatine, I'agar. II est avantageux d'additionner ces differents
milieux d'une petite quantity de glycörine.
Le bouillon se trouble deja aprcs un jour; puis on y voit apparailre des flocons qui nagent dans le liquide et sc produire des bulles dc gaz qui viennent s'amasscr ä la peripherie du flacon. Cette culture degage une odcur dc bcurre ranee. Une legere reaction acide scmblc favoriser le develo]quot;)pcment.
Dans la gelatine, la vegetation apparait sous forme de pc-tites spheres, autour descjuclles la gelce ne tardc pas ä se lique-fier. Chacune de ces spheres est alors constitute par une partie
ocr page 282
262
centrale obscure et une couronne rayonnante peripherique, fig, 35. II y a egalcment degagement de bulles gazeuses au sein de la masse liquefiee. Avec les progrcs de la veg6-
tation, ces diverses spheres finissent par se fu­sionner entre elles.
Dans I'agar, le developpement, pouvant se faire ii une temperature supcrieure, est plus rapide et plus intense que dans la gelatine. Le d^gagemcnt gazeux y est aussi plus abon-dant, au point qu'il n'est pas rare d'observer la moitie de I'agar projetd avec le bouchon d'ouate bo is du tube.
Le bacille de Chauveau offrc une tendance toute particuliere ä produire des formes d'in-volution : on observe celles-ci dans le bouillon, la gelatine, I'agar, aussi bien qu'au sein des
tissus.
Fig. QS—Bacillus Chauvcsi : culture dans la gelatine gly-cos^e, aprfes 4 jours.
Dans les cultures, les bacilles ne con-servent leur virulence primitive que pendant
un certain temps; apres la troisicme genera­tion, ils s'attenuent, et apres la cinquieme, leur virulence est completement eteinte.
Ils se colorent aisement par les couleurs d'aniline, mais ils ne prennent ni le Gram ni le Weigert.
Les bacilles du charbon bacterien paraissent posseder une resistance tres grande aux divers agents physiques et chimiques : ils ne sont pas detruits par des froids de #9632;—#9632; 700 et — i3o0, main-tenus pendant vingt-quatre heures, pourvu que le rechauffement se fasse lentement (Pictet et Yung). Les temperatures elevees paraissent les affecter davantage : leur virulence s'attenue dejä a 70deg; apres deux heures vingt minutes; eile est dötruite apres vingt minutes ä 1000; meme apres deux minutes, une immersion dans I'eau bouillante la fait disparaitre. Mais ils sont moins suscep-tibles vis-ä-vis d'une temperature sccbe : dessecbes lentement ä 35deg;, ils peuvent supporter sans pörir des temperatures de 90,
ocr page 283
— 263
gS, loo et io5 degrös; ils ne sont tu6s a no0 qu'apres six heures d'exposition. Ils ne sont detmits que par les antiseptiques les plus energiques : la solution alcoolique d'acide phenique est sans action sur eux, ainsi que la chaux vive, le sulfate de fer, le chlomre dc zinc, I'acide sulfureux, etc. Enfin, ils insistent a la putrefaction. Desseches, ils peuvent conserve!' pendant long-temps, pendant deux annees, toute leur virulence.
Le charbon symptomatique atteint principalement les boeufs et les moutons; les veaux ä la mamelle ne sont frappes qu'ex-ceptionnellement. Parmi les animaux r6fractaires a. la maladie, on peut citer le chien, le chat, le pore, le lapin, le rat, la poule, le canard, le pigeon. Lane, le cheval et le rat blanc ne presentent que des accidents locaux passagers. Le cobaye succombe d'ordinaire en trois jours. La grenouille maintenue a 2 2deg; perit ä la suite de l'inoculation.
L'infection naturelle se fait ä la faveur de lesions de la peau ou des muqueuses setendant au tissu conjonctif sous-jacent. L'inoculation endermique reste le plus souvent sterile. Introduit sous la peau, au sein meme du tissu conjonctif, le bacille de­termine un ondemc qui se transforme en une tumour crepitantc et la mort nc tarde pas ä survenir. A 1'autopsie, on constate que le tissu conjonctif est infiltrö d'un liquide sanguinolent au sein duquel grouillcnt en abondance les bacilles dc charbon S5'mptomatique.
Injectd directement clans le sj'steme circulatoire ä la dose de i a 6 ccm. de sue musculairc, le virus ne produit pas d'acci-dent mortcl, si lendothelium vasculairc est intact; les bacilles qui pullulent sont bientot detruits par les globules blancs. Mais si le virus est injecte a closes plus considerables ou s'il peut pen6trcr dans 1c tissu conjonctif pörivasculaire, on voit aussitöt se produire des tumeurs charbonneuses. L'injection dans I'appa-reil respiratoire ne provoque qu'une indisposition passagere. Les injections intravcineuse et intrabronchique confeient Fiinmunite. L'infection par la voie digestive parait 6tre exceptionnelle.
Au sein des tissus, les bacilles agissent comme des ferments : ils se nourrissent aux depens des 616ments des tissus, leur em-
ocr page 284
#9632;— 264 —
pruntent la nourrituve dont ils ont besoin, la decomposent- en mettant en libcrte de l'acide carbonique. D'aprfis une analyse faite pal' Tappeiner, les gaz des tumeurs charbonneuses auraient la composition centesimale suivante : i3,i5 CO,,76,51 H et 10,84 N. C'est au degagement dc ces produits gazeux quo les tumeurs charbonneuses doivent leur crepitation si caracteristique. II se produit ainsi au sein des tissus vivants une veritable fermenta. tion anaerobic, comme on pent la reproduire en cultivant ces monies organismes dans des milieux de culture artificielle ä l'abri de Fair. Les elements tissulaires sont älteres : les fibres muscu-laires sont cassees transversalement et paraissent avoir subi la degenerescence hyaline; 1c tissu conjonctif est oedematie et on observe un grand nombre de debris de cellules entre les faisceaux conjonctifs. D'aprös Rogowitsch, les vaisseaux sont dilatös et leurs parois sont alterees ; il explique ainsi la formation des cxsudats et des hemorrliagies,
L'action exercee par le bacille du charbon symptomatique sur I'organisme est surtout intense, lorsque le bacille se trouve associ6 a une autre cspecc niicrobienne; celle-ci peut etre pure-ment saprophyte ou inoffensive a la dose injectee. C'est ainsi que Roger a montre qu'en associant le Micrococcus prodigiosus au Ba­cillus Chauvcci, on pouvait vaincre l'imniunite naturelle du lapin. On obtient des resultats analogues en operant avec les micro-coques p3'ogenes, L'action favorisante exercee par ces microbes est produitc par leurs secretions qui detorminent une modification gencrale do I'organisme.
L'addition d'une petite quantity d'acide lactique favorise ega-lement l'6volution du bacille dans Forganisme; eile peut meme determiner avec un virus attenue les accidents que developpe une culture virulente. Nocard et Roux interprötent ce fait en supposant que l'acide lactique produit dans les tissus une alte­ration legere qui favoriscrait l'action des bacilles en diminuant la resistance des cellules dc I'organisme; ce qui tend a confirquot; mor l'hypotliese de ces auteurs, c'est qu'on peut obtenir le nifiine resultat en employant d'autres substances et meme en produi-
ocr page 285
265
sant une simple contusion do la region oil rinoculation a 6te faite.
D'apres Roger, le bacille du cliarbon symptomatique secrete des matteres qui semblent avoir deux effets opposes : introduites en meine temps que le virus, elles favorisent son d6veloppement; injectees quelques jours avant I'inoculation, elles rendent I'animal refractaire. Cette anomalie apparente est facile ä expliqucr : les substances microbiennes qui favorisent I'infection agissent en ar-retant momentanemcnt la diapcdese (Bouchard) ; au bout de quelques heures, leur effet s'cst dissipö et l'aptitude morbide a disparu ; au contrairc, rimmunite artificiclle resulte d'une modi­fication nutritive qui exige un certain temps pour se produire et se traduit par un changcment dans la constitution des hu-meurs et des tissus.
Une premiere atteinte non mortelle de la maladie conföre line iinmunite plus ou moins durable. Aussi a-t-on cherche a procurer une immunite artificielle, soit en inoculant des virus attenues, soit en pratiquant les inoculations a des regions pen receptives (l'extremite de la queue, le pavilion de loreillc), soit en recourant a des injections intraveineuses, soit cnfin en ino­culant les produits sterilises des cultures. C'est par l'cmploi de virus attenues qu'on a obtenu les resultats pratiques les meilleurs.
Arloinc, Cornevin et Thomas out utilis6 la chaleur pour attcnuer la serositc virulente du charbon symptomatique. Us soumet-tent au prealable la serosite ;i la dessiccation lentc a 3o-35 degrös; puis ils broyent et humcctent cette serositc dessöchee et la por­tent lentement ä la temperature de too a 104 degres. Ils ob-tiennent ainsi un premier vaccin qui donne un commencement d'iinmunite au mouton et au boeuf. Ils renforcent cette immu­nity par un second vaccin plus actif qui n'a etc chauffe qu'ä 85 ou go degres. L'inoculation preventive se fait a la partie in-ferieure de la queue ou ä l'oreille.
Le virus du charbon symptomatique a ete attenue aussi par l'addition de glycörine plieniquce, de sublime corrosif a i'5oooc, d'eucalyptol et dc thymol.
ocr page 286
266 —
Roux a reussi a conferer l'immunite ä des coba3'es, en leur injectant dans le peritoine du bouillon de culture sterilise par un chaudage a ii5 dcgrcs et la filtration sur porcelains,
Arloing, Cornevin et Thomas ont confer^ egalement I'im-munite, en injectant directement dans la jugulaire du virus dilue dans de l'eau distillee.
D'apres les observations de ces auteurs, 1'infection du foetus ä travers le placenta serait possible; ils out, en effet, constatd la presence des bacilles, non seulement dans le corps des foetus, mais surtout en grandc abondance dans le liquide amniotique. Si le foetus survit, il se rnontre doue de I'lmmunite.
La consommation des viandes provenant de betes bovines mortes du charbon symptomatique ne parait pas nuisible; jus-qu'ici on n'a signalc ä cette occasion aucun accident, bien que ['utilisation de ces viandes ne soit pas rare.
Dans la pratique des vaccinations preventives, on utilise les vaccins prepares d'apres la melbode de Arloing , Cornevin et Thomas. A cet effet, on prend i partie de muscle malade qu'on dessecbe ä une temperature de 32deg; C; puis on la melange inti-mement ä 2 parties d'eau sterilisce. Le tout est desseche a l'ötuve pendant six heures. Une portion est portec a 1000 et constituc le premier vaccin; Fautre est portee ä 85deg; et constitue le second vaccin. Ces vaccins se conservent inalteres pendant longtemps dans un endroit sec.
Pour pratiquer la premiere vaccination, on prend 0,1 gr. du premier vaccin et on le dclaye dans 5 grammes d'eau ste­rilisce. On filtre et on injecte un demi centimetre cube a la face inferieurc de la queue, a trois travers de main dc son extremite libre. La seconde vaccination est faite dix jours plus tard, suivant le mcme mode operatoire, seulement on la pra­tique ä deux travers de main de l'extremitö libre de la queue.
On pent 6galement pratiquer des vaccinations a la face ex­terne des oreilles, sous la peau, lä oü 1c tegument adhere in-timement au cartilage conchinien. Enfin, on peut aussi choisir la face externe de l'epaule pour effectuer I'inoculation. On intro-
ocr page 287
— 267 —
duit le vaccin entre la peau et l'aponövrose scapulaire externe, un peu au-devant de l'apophyse acromienne.
Kitt a preconisö l'emploi d'un seul vaccin pr6par6 avec un virus chauff6 seulement a goquot; C. Cette pratique, tout en don-nant des rc-sultats satisfaisants, n'est pas aussi recommandable qua la premiere.
Litterature — Feser, Studien über den sogenannten Rausrhbyand des Rindes; Zeitschr. f. prakt. Veterinarwiss., Bern, 1876; Der Milzbrand auf den oberbayrischen Alpen, Berlin, 1879; Deutsche Zeitschr, f. Thiermed., VI, 1880. — Bollinger, Deutsche Zeitschrift für Thiermedicin, I, 1875 et Sitzungsber, d. morphol. Ges. München, 1878. — Kitt, Der Rausch­brand; Cntrlbl. f. Bakter. u. Parasit , I, 1887. — Arloing, Cornevin et Thomas, Le charbon symptomaüque du beeuf; Paris, 1887. — Kitasato, Ucbcr den Raiischbrandbacillus und sein Cult urverfahren; Zeitschr. f. Hygiene, VI, 1880; et Ueber das Wachsthum des Rausclibrandbacillus in festen Nährsubstraten; Zeitschr. f. Hygiene, VIII, 1890. — Pigtet et Yung, De faction du Jroid stir les microbes; Compt. rend., t. 98, 1881. — Rogowitsch, Zur Kenntniss der Wirkung des Rausclibrandbacillus auf den thierischen Orga­nismus; Beiträge zur path. Anat. u. zur allg. Palh , IV, 4, 1888. — Roger, Sur l'inoculaiion du charbon symptomatique au lapin; Comp. rend. Soc. de Bio!., 1880. — Nocard et Roux, Sur la recuperation et l'augmcntation de la virulence de la bacterie du charbon symptomatique; Ann Inst. Pasteur, 1887. — Roux, Immunite contre le charbon symptomatique conferee par des substances solubles; Ann. Inst. Pasteur, 1888.
CHAPITRE XIII. '
Etude microbiologique de la septicemie gangreneuse.
Pasteur obtint le premier en culture pure le microhe de la septicemie gangreneuse ; il lui donna le nom de vibrion sep-tique. Koch et Gaffky reprirent l'ctude de ce microorganisme et lui donnerent 1c nom de bacille de l'oed6me malin. On le cle-signe actuellement sous le nom dc bacille septique, Bacillus stp-tictis gaugreua (Arloing).
Tels qu'on les observe dans la serositc de l'ocdeme, ces micro­bes se prösentent sous la forme dc bacilles, offrant beaucoup de ressemblance avec les bacilles du charbon bacteridien. Ils en
ocr page 288
268
different en ce que leurs extremites sont plutot anondies et non renflees. Ils affectent des dimensions fort variables, de 3 a 4 \j. de long, sur 1 \t. de large, fig. 36. On
les observe isoles ou associes deux ä deux, mais le plus souvent ils sont reu-nis en longs filaments flexueux.
Ces bacilles sont doues de mouve-ments rapides, qu'ils exccutent au moyen de oils noinbreux qui recouvrent toute la surface du corps. Ces mouvements
F\g.3Q.—Bacillus septi- sont moins rapides dans les filaments;
ens gangreius (Arloino)
danslaserosite du cobaye.
ils y sont plutöt flexueux.
Les spores so forment dans les ele­ments isoles, jamais dans les filaments; elles occupent le centre du bätonnet et appamissent sous la forme de corpuscules ovoides, fig. 37. On les observe souvent plus ^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; raquo;inbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;rapprochees d'une extremite du bätonnet
ffnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; que de l'autre.
On rencontre ces microorganismes dans
^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; la serosite de l'oedeme; on les observe ega-
Fig. 37 — Bacillus septi-cus gangrenoe (ArlOINQ1 .' culture sur agar. Forma­tion iles spores.
position en filaments.
lement dans le sue musculaire et dans
I'exsudat peritoneal. Ils sont plus rares
dans le sang; ils y pullulent activement
aprcs la mort et affectent surtout la dis-
Ils existent abondamment dans la terre
vegetalc, d'ou Pasteur les a isoles, dans les eaux, I'air, les pous-
sicres, le tube digestif des animaux, etc.
Ils sc colorent aiscment par les couleurs d'aniline; ils nc prennent pas le Gram.
Le bacille septique est un anaerobie vrai et ne v6gete que dans des milieux depourvus d'oxygeno. La pullulation et la spo-rulation sont empfichees par le contact de I'air. Les spores for-mees ne sont pas tuces, lorsqu'clles sont exposees ä I'air, mais elles nc garment qu'ä l'abri dc roxj'gcnc. Aussi pour obtcnir des cultures, il faut operer soigneusement ä l'abri de I'air, cc qu'on
..
ocr page 289
— 269
realise en cultivant les microorganismcs dans les couches pro-fondes des milieux solides, les couches supericuics empechant l'afilux de 1'air, Ccs cultures so font lentement ä la temperature ordinaire, plus rapidement a 3711. On pent les obten.il* aussi dans une atmosphere formde par un gaz inerte.
Les bouillons deviennent troubles apres douze ä vingt-quatre heures; il s'y produit un abondant degagement d'acidc carbonique et d'hjxlrogcne a volumes sensiblement 6gaux, La reaction du milieu n'est pas modifiee. Lc bouillon s'cclair^it peu a peu et il se forme au fond du vase un depot leger forme de baton-nets isoles, dont un grand nombre sont deja sporulcs. On ne les y observe jamais associes en longs filaments, ni douös de mouvements aussi nets que dans le sang des animaux.
Sur plaque d'agar, les colonies apparaissent commc de pctites taches blanchatres, qui ä la loupe sc montrent formces dune partie centralo homogene, d'ou partent cle nombreuses arborisa­tions irregulieres qui \,ont sc perdre dans la gelee environnante, Sur plaque de gelatine, le developpemcnt est plus lent : les colonies apparaissent avec les memes caractcres quo sur agar, mais elles fluidifient aussitöt la gelatine.
Dans les cultures par piqürc dans la gelatine, a l'abri de Fair, on apercoit un trouble pulverulent de la partie superieure de la strie d'inoculation. Puis sc produit la iluidilication de la gelatine, qui en progressant donne naissancc a un cone flui-difie, dont la base correspond a la surface de la gelatine. Dans la masse liqucfiec, on voit nager de pctits flocons blanchatres et se developper des bulles gazcuscs.
Dans les cultures par piqurc dans I'agar, le developpement commence par un trouble granuleux, blanchätre, lc long de la strie d'inoculation. On voit bientöt se former des bulles de gaz qui fendent I'agar dans tons les sens, et peuvent en projectcr une partie en dehors du tube.
Quand les cultures sont faitcs a I'air libre, mais dans la profondcur des milieux solides, lä oü l'oxygcme fait defaut, lc developpement se distingue par des caractercs un peu differents.
ocr page 290
270 —
En tube d'agar, le dövelo'ppement s'accuse dans toute la masse jusqu'ä un centimetre de la surface, dejä apres 24 heures, sous la forme de petitcs colonies punctifonnes, qui degagent bien-töt des quantitcs notables dc gaz, FIG. 38. Ce degagement dis-socie en differents points la masse de 1'agar. Si le milieu a 6t6 prealablement colorc par le tourncsol, on constate que cette co­loration a disparu dans toute la partic oil 1c developpement s'est produit, co qui temoigne du pouvoir de reduction que posscdo 1c bacillc septiquc.
Dans la gelatine gh'cosee, on constate une serie de spheres de liquefaction, au sein dcsquellcs on observe des bulles gazeuses. Chacune de ces spheres correspond ä une co-
lonie. Get aspect est ties net apres 5 ou G jours. Dans la suite, ces differentes spheres s'etendent, viennent au contact l'une de l'autre et finissent par sc fusionner entre elles. Observees a. la loupe, ces petites spheres, apr^s 2 ou 3 jours ä 200, atteignent un diametre de 1/2 a 1 mil­
m,
limetre; elles apparaissent formoes d'un liquide
clair. Celui-ci se trouble bientöt et montre une fine striation radiairc plus ou moins re­guliere.
Le bacille septiquc se developpe aussi sur pomme de terre (Gafi-ky). II liqu6fie le serum
gelatinise.
Le bacille scptique possede une resistance
considerable a l'action des antiseptiques. II ne
Fig. 38. — Bacil­lus septicus garaquo;gre-laquo;a'fARLOiN-G^ :cultu-
se laisse detruirc par eux que lorsqu'on asso-cie l'action de ces demiers ä celle de la cha­
re dims I'agar, aprts ]eur_ Cclle-ci appliquec ä du virus frais ne le 2.1 licurcs q l(i i6rn —
pdrat. de 37degramp;. d6tmit lt;amp;#9632;'* la temperature de 100quot;. Le virus desscchc se montre plus resistant encore; il faut ömployer une temperature de 120deg; pendant dix ;\ quinze minutes pour rendre le virus inoffensif.
Dans les milieux inertes, le bacille septiquc opere des fer­mentations aux depens des substances hydrocarbonees et des
ocr page 291
— 271 ----
substances azotees. II fait fermenter la glycose, la lactose, la 16vulose, la mannitc, la saccharose, l'amidon cuit, l'inulinc et la glj'ccrino. Ces fermentations s'accompagnent d'un degagement d'acide carbonique et d'hj-drogenc en proportions variables. La fermentation de la glycose donnc naissance aux alcools öthy-lique et but3'liqiic normal, aux acides formique, acetique, buty-rique et paralactique, et ä des traces d'acide succinique.
L'amidon prwilablement transformc en glycose, au moins en partie, subit surtout les fermentations lactiquc et butyrique, tout en donnant les mömes produits que la glycose.
La saccharose ne parait pas etrc intervertie (Linossier).
Les substances albuminoVdes (peptone, albumine de l'ceuf, jaune de l'ceuf) sent decomposces de meme avec degagement d'acide carbonique, d'hydrogene et d'azote. D'apres Kerry, les produits de decomposition seraient les memes que ceux qui prennent naissance dans les putrefactions : acides gras, leucinc, acide hydroparacoumarique, pas d'indol ni de scatol, et un com­pose pr6sentant une odeur execssivement desagreable et donnant de l'acide valerianique par Oxydation,
On ne trouve dans les bouillons de culture ni sucrase, ni amylase, ni presure, ni pepsine.
Dans les milieux vivants, le bacille septique exerce des actions variables suivant les especes animates dans lesquellcs il est introduit. II est pathogene pour I'liomine, le cheval, lane, le mouton, la chevre, le pore, le chicii, le chat, le cobaye, 1c rat blane, le lapin, le poulet, le canard. Les bands, au contraire, sont refraclaircs. Le chien resisto quelqucfois ä l'infection; il peut ne sc produire chez lui qu'unc lesion locale guerissable, ä la suite de laquclle il se montre completement rcfractairc.
L'inoculation ä la lancette ecboue d'ordinaire; mais inoeule profondement dans le tissu conjonctif sous-cutane, le bacille sep­tique provoque chez les animaux sensibles de l'empätement, une tumefaction chaude et douloureuse, qvii ne tarde pas ä devenir crepitante par suite de la formation de gaz au sein des tissus. Des pliljxtenes sc pioduiscnt a la surface et viennent s'ouvrir
ocr page 292
272
ä l'extörieur. L'a.'deme s'ctend et l'infiltration gazeuse progresse jusqu'ä ce que l'aniinal meurt. Chez les oiscaux, l'infiltration gazeuse est moins accuscc; on observe plutut un cEdemo citrin excessivement abondant. La tcinperatuie, qui s'est elevöe au debut de l'infection, s'abaisse ensuite pour tomber en dessous de la normale aux approches de la mort.
Inlroduit par la voie veineusc ou arterielle, le bacille sep-tique, a petites doses, ne produit Jamals la mort; les effets sont presque nuls, ils se bornent a une legere hyperthennie (o0,3) On obtient 1c meine rcsultat en faisant une injection intra-tracbeale; mais 11 Importe de remarquer que ces resultats ne sont acquis qua condition qu'aucune parcclle de virus ne penetx-e dans le tissu conjonetif. La voie digestive ne parait pas favo-riser l'infection. Les plaics exposiees, vives et bourgeonnantes, ne constituent pas d'avantage des voles pour I'lnfection.
La quantite de virus injecte indue dans une large mesure sur les suites de i'inoculation. La dur^e sera d'autant plus longue que la quantite absolue do matiere virulente aura ete plus faible. Avec une quantite minimc, 11 pent meine y avoir retablisse-ment de l'animal. Tandis que l'injection intraveineuse de petites doses de virus reste sans suite fachcuse, l'injection de quantites plus considerables entraine la mort. La moindre dechirure des parois vasculaircs, pendant que les bacilles septiques parcourent le Systeme sanguin, sufiit pour facilitcr la penetration du virus dans 1c tissu conjonetif. C'cst ce qui a etc demontre en pra-tiquant le bistournage d'un testicule a un bclicr, auquel on a injecte 4 ou 5 centimötres cubes de serositc virulente dans le Systeme veineux. L'operation du bistournage s'accompagne toujours de quclques decbirurcs vasculaircs; aussi le testicule opere ne tarde pas ä devenir le siege des accidents ordinaires (jui accom-pagnent I'inoculation du virus dans le tissu conjonetif. La mor­tification debutante, qui affcetc le testicule bislourne, semblc favoriscr revolution du bacille septuple et la production des lesions caracteristiques au sein de cet organe, commc Auloing l'a montre en injectant le virus plusieurs jours apres ['operation.
ocr page 293
— 273 —•
La presence d'auücs microorganismes non pathogönes semble favoriscr l'evolulion du bacille scpüque au sein des tissus. D'apres TPen'/.o, ce bacille se comportcrait comme celui du tötanos. II ne pullule pas dans les tissus, lorsqu'il est injeetc en culture pure; mais s'il est associe au Micrococcns prodigiosus ou au Proteus vulgaris, il vegetc activement et determine les alterations caraetöristiques de la septicemie gangreneuse. Une semblable association est du reste toujours realisce dans les cas d'infection naturelle des plaies par la terre ou les poussieres.
Le bacille septique parait agir sur Torganisme par l'inter-mediaire de ses secretions. En effet, d'aprös Penzo, de petites doses de culture pure sont depourvues de toute action patho-gene; chez les animaux qui ont suecombe ä l'inoculation de fortes doses, il est impossible de constater au point d'inoculation une pullulation des bacillcs, on observe plutöt line diminution considerable et rapide dans leur noinbre. Une pullulation ne se produit que lorsqu'il existc un autre microbe associe au bacille septique. Quand la mort survient a la suite d'une injection considerable do culture pure, on n'observe pas I'ensem-ble des lesions caractcrisliques (axleme et production de gaz) (jue ron rencontre d'ordinairc dans les cas d'infection naturelle avec de la terre de jardin, Par consequent, Penzo croit pouvoir attribucr Faction pathogene du bacille septique a ses secretions toxiques.
Rodet et Courmont ont etabti que les secretions de ce microorganisme exercent une action reellemcnt toxique sur I'or-ganisme. Ils ont montre que I'injectlon intravcincuse do serosite ou de culture provoque des troubles constants chez be chien et le lapin : ces troubles affectent principalemcnt la fonction respi-ratoire ; il se produit dc la dyspnee, les inspirations rcstent SUperficlelles avec tendance a Tarret en expiration. Les substances solubles paraissent done exercer une action inbibitrice sur le centre inspirateur. Aux approches dc la mort, la respiration se precipite, s'afl'aiblit pour s'arreler enfin completement. La mort survient apres quelques convulsions asphyxiques. Les pulsations
19
ocr page 294
274
cardlaques se ralentissent aussi peu aprcs I'injection; la pression
arterielle tombe brusquement. Lcs contractions du cocur devien-nent irreguliercs, de plus en plus faibles, pour s'arreler enfin lorsque la respiration a ccsse ellc-meme. Enfin, on constate unc hypothermie notable, qui pent aller jusqu'a 35deg;. Ccttc Irypother-mie ticnt a une diminution des combustions, comma Arloing I'a montre. Arloing rapporte e^alement a unc secretion pblogo-gene, analogue a celle qu'il a rcconnue dans les cultures du Pncumohacillus liquefaciens hovis, la production des accidents locaux oedemateux. Knfin, il impoitc de remarquer en outre que le pou-voir zymotique du bacillc septique determine, au sein des tissus, des fermentations, dont les produits peuvent egalement exercer une action toxiquc sur 1'organisme.
Rodet et CoURMONT ont montre que la toxicite des cul­tures s'attenue avec le temps, que les cultures jeunes sont plus toxiqucs que les cultures anciennes. Ils ont constate aussi que Fexposition a Fair scmble diminucr la nocivite des cultures : la substance toxique serait ainsi detruite par I'oxydation.
L'infcction naturelle sc fait toujours par rintermediaire cl'une blessure, cl'une lesion de la pcau, qui est soumise au contact-do matic'nes contenant les germes du bacille septique : la tcrre, les eaux, les poussieres. Cos germes penctrent au sein du tissu conjonctif et developpent bientot les lesions caracteristiques do la septicemie gangrencusc. Nous avons vu plus haut lcs autres voies qui pennettent I'infection cxperimentale.
La septicemie gangreneuse peut se transmettre de la mere au foetus.
On a 'cssaye de conferer aux animaux Timmunite contre la septicemie gangreneuse. Chauveau et Arloing y ont reussi en injectant dans le sang des microbes virulents. C'est ainsi qu'ils ont procure I'inimunite a I'ane, en introduisant dans les veines, ä deux ou trois reprises, de fortes doses de virus. Si on in-jecte alors a un animal vaccine, par inoculation bypodermique, une petite quantity de serosite virulente, il sc produit un. sim­ple abecs au lieu dune tumour crepitantc. L'injection intratra-cheale cbez l'äne produit le meine resultat. Lc lapin, le mou-
ocr page 295
— 275 —
ton et le einen nc se pietent pas aussi bien ä ces essais de vaccinations.
Chamberland et Roux ont reussi ä conferer I'immunite avec les bouillons filtres des cultures du vibrion septique. Ils injec-taient a trois reprises, en six ou huit jours, dans le peritoine d'un cobaye quelques centimetres cubes d'un bouillon de culture #9632; chaufFe pendant dix minutes ä io50 ou no0 et filtre sur porce-laine. Le cobaye supportait ensuito Finocuhilion d'unc culture virulente dans le tissu conjonctif. L'immunit6 etait encore solide au bout de trcnte jours. On obtient le mome rcsultat en injec-tant la scrositö virulente devcloppce sur le vivant ct soigncuse-ment stcrilisöe. Mais, ccllc-ci etant beaucoup plus active, il faut employer des doses beaucoup plus faiblcs.
Enfin Cornevin a employe pour ses vaccinations des mi­crobes attenucs. II obtenait cettc attenuation en soumettant les bacillcs an contact dc certains antiscptiques (coumarine, acide gallique), a la temperature de 38deg; a 40deg;. II a reussi ainsi ä vaccincr des chiens et des poules, mais rimmunite etait fugacc; eile avait quclqucfois dispain deja apres treize ou quatorze jours. II a observe quo la region vaccinec conserve rimmunite plus long-temps quo toute autrc region du corps. Alors que I'infcction est im­possible, dans cellc-la, ellc est deja praticable dans totitc autre region.
C'cst au bacillc septique qu'il faut rapporter la maladie spon-tanee qui suit l'accouchement des lapines. Cette maladie, que Petri a parfaitement vtudicc ct decrite, est caracterisee par un cedemc ctendu de la pcau ct par dc la peri ton ite. L'examen microscopique decele en abondance dans le liquide de I'mdcme sous-cutane ct dans lexsudat peritoneal la presence de bacillcs qui, par leurs caracteres morphologiques ct par leur action pa-tbogene, sc sont monties identiques au bacillc septique.
II convient de signaler dgalcnicnt ici la maladie du blaireau, deorite par Eberth, dont I'agent patbogene doit vraiscmblable-ment etrc idenliru'' a celui de la septicemie gangrencusc.
Enfin Kitt a rapporte au bacillc septique diffcicntes affec­tions des animaux.
ocr page 296
— 276 —
Litterature. — Pasteur, Snr Ic vibrioraquo; scptique; Bullet. Acad. de med,, 1877, — Koch, Mittheil, a d. k. Ges.-Amte, I, 1881. — Gaffky, Mittlieil. a. d. k. (quot;,es.-Amte, 1, i.SSr. — ARLOING, LepOHS snr la tiibcrcnlose ct cer taincs scpticcinics: Pnris. i.Sg-j.— Kerry, l'ebcr die Zersetzung des Eiweisses durc/i die Baciilett des malignen CKdenis; Wiener Monatshefte f. Chemie, X. 18SI9. — Chauveau et Arloing, De la septicemle gangreneuse; Bulletin Acad. dc med.. t886, —- Pknzo, Contribution ä l'clude dc la biologie du bacillc de I'wdenie inaliii; Archives ital de Biologie, XVI, 20. i8.)i. --Roux et Chamberland, Immunitd contre la septicimie eonferee par des sub­stances solllbies', Ann. hist Pasteur, 18S7. — Petri, Cntrlblatt f. d. med. Wissenschaften, 1884. — Eberth, Virchow's Archiv, Bd. 3j, 1879. — KtTT, Munch. Jahresber,, i883raquo;83.
CHAPITKli XIV.
Etude microbiologique du rouget du pore.
Diflerents autcurs ont recherche l'agent pathogene du rouget du pore, mais cost Löffler qui semble 1c premier avoir donnc une description exacte dc cc tnicroorganismc. Cc sont de petits batonnets inesurant 0,6 ;j. a 1,8 [gt;#9632; de long sur o,3 [x de large, FIG. 39. On les observe dans le sang ct surtput dans les vaisseaux de la pcau, dans la rate, le foic, les reins, les ganglions lympha-tiques et la moelle des os, Ils y son! isolcs ou reunis par deux ou en petits groupes entre les elements histologitiues. Ils se co-lorent Ires bien par les couleurs d'aniline ct principaleinent par­ies methodes de Guam et de Weigert,
Cc microbe est un anaerobic faeultatif;
;
-- /•quot;
11 pent se developper an contact et ä l'abri
de lair, mais il semble vegeter prefcra-blemcnt a i'abri de l'oxygenc. 11 pullule döjä bien ä la temperature ordinaire. Les cultures de cc microbe sont trcs facilcs
rig 39
ßacilles du rou-
getduporc.provenantd'une ^ obtenir, Elles reussisscnt dans tous les culture dans la gelatine,
milieux.
Sur plaque de gelatine, on volt, au bout dc deux ou trois
jours, apparaitre de petitcs colonies iloconneuses, constitutes
par des filaments ramifies et anastomoses entre eux. II ne
ocr page 297
— 277 —
se produit pas de liquefaction. En piqüvc dans la gelatine, la culture cst assez caracteristique : le long du trajet de raiguille, on voit partir de nombrcux filaments sinueux ramifies, qui s'irradient dans le milieu et for-ment autour du sillon central une masse nua-geuse plus ou moins transparente, fig. 40.
Sur agar, il se forme, le long de la strie d'inoculation, de petites colonies blanchatres. Dans lo bouillon, on observe un trouble qui se depose au fond du vase sous forme d'un leger sediment blancliätre. II nc se produit Ja­mals de voile a la surface du liquide. Obser­ves au microscope, les bacilles cultives dans le bouillon se montreraient doues de legeis mouvements (Schottelius). Dans les cultures faites a 400, Schottelius pretend avoir obscr-Fig. 40. — Bacilles ve de petites spores rondes, brillantes, mais
„ .,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;. , quot; cette opinion a ete combattue par CoRNEVlN
Culture en piqurenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 'nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; r
dans la gelatine, ägee et KlTT.
de 4 jours, ä la tem-nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;j^c i3acilie (Ju rouget du pore veg^tc ega-
peraturc ordinaire
lenient bien dans le serum sanguin ct rhumeur
aqueuse, mais il ne se d6veloppe ni dans les infusions vegetalcs,
ni dans le bouillon prepare avec de la viande provenant de
pores atteints de la maladie (Schottelius). Sur pommc de teire
et exposö librement a lair, il ne se devcloppe pas; a l'abri de
Fair, la culture est pen abondante.
Ces microbes son! completcment detruits par la dessiccation; ils sont aussi tr6s sensibles a l'action de la chaleur : ils soul tuc'-s en 20 minutes par I'eau a 46deg; C, et en 2 minutes, par 1'eau a 90deg; C. L'air sec et chaud leur cst tout aussi nuisible, Le froid los tue en i3 jours (—3 a —8quot; C), Ils sont detruits par la cliaux vive, le cblorure de cliauN. La salaison des viandes n'eteint leur vitality qu'apres un mois.
Le bacille du rouget du pore est pathogene pour la sonris blanche, la soui'is des maisons, le rat blanc, le pigeon, le lapin.
ocr page 298
— 278 —
le 1101c. Chez lo lapin, I'inoculation determine tantot la mort apres cinq ou six jours, tantöt sculement une affection cutande locale, ct dans ce dernier cas eile confere I'immunite. Les pores se comportent ties differemment vis-ä-vis de l'infection experi-mentale; tandis quo les races ameliorees, importöes, anglaises, allemandes et cliinoises, sV montrent tics sensibles et succom-bent avee tons les symptomes et toutes les lesions do la maladie spontance, les races rustiques indigenes, les yorkshires pures ou croisecs, sent plus resistantes, et la race p6rigourdinc s'y montre refractaire. En outre, les porcelets paraisscnt resister beaucoup mieux que les individus adultes (3 ä 12 mois); les sujets plus ages (1 k 3 ans) peuvent prendre cependant la maladie; eile est rare chez des animaux plus äg6s.
Parmi les animaux clones d'une immunito naturelle, il convient de citer 1c cobaye, l'äne, le cheval, 1c bocuf, la souris des champs, la poule.
La virulence des bacilles se conserve pendant longtemps dans les cultures, principalement quand celles-ci sont i'aites ä l'abri de Fair. Par le passage a travel's certains organismes, cette vi­rulence peut etre augmentee d'une manierc relative et d'une maniere absolue. C'est ainsi que par des inoculations en series chez le lapin , eile augmente pour cet animal, mais s'affaiblit pour le pore. En passant par le pigeon, au contraire, eile augmente pour le pore et peut, apres un certain nombre de passages, acquerir une activite teile, qu'une inoculation au pore est süre-ment mortelle.
Le bacille du rouget se rencontre dans differents milieux : eaux stagnantes, terres argileuses humides, etc., et plus parti-culierement dans des lieux ou ont sejournc des animaux malades et oü ont ete abandonnös des debris d'animaux qui ont suc-combe a la maladie. Les excrements et los organes des pores atteints sont virulents, et peuvent ainsi icpandre la maladie. L'infection naturelle du pore semblc se faire presquo exclusive-ment par la voic digestive. II est fort douteux quo l'infection puisse se produirc par la voie rospiratoire.
ocr page 299
— 279 —
Ces microbes paraisseiit exercer leur action pathogene par la secretion d'une substance toxiquo (Schütz), dont les effets s'obscrveraient principalcment dans les sj'stemes nerveux, muscu-lairc et glandulaire.
Une premiere atteinte dc la maladic conföre goncralemcnt I'immunite; aussi a-t-on recherche ä conferer celle-ci par la voie experimentale. Pasteur a reussi a obtcnir un vaccin en utilisant le virus qui avait passe par l'organisme du lapin. II avait re-connu, en effet, qu'apres plusieurs passages, du sang pris sur le dernier lapin ne produit chez le pore qu'une maladic benigue, facilement gucrissable, qui procure une certaine immunite. D'apres cela, Pasteur prepare deux vaccins de force differentc, qui, in-ocules a ig ou 12 jours d'intervalle aux jeunes pores dans 1c tissu conjonctif sous-cutanö, leur conferent rimmuuite. La duree de celle-ci parait etre d'une annec, ee qui est süffisant pour des animaux destines a. I'engraissage.
La virulence attenu6e des bacilles est fixe et permanente.
On pent egalcment conferer I'immunite contrc le rouget aux lapins, en lour inoculant par la voic hypodermiquc dc petites quantites de cultures virulentes. Emmerich et Mastbaum out reussi ä procurer une immunite solide ä un certain nombre dc lapins, en pratiquant une injection intraveineuse d'une culture virulente dilute dans de l'eau st6rilis6e; cette injection fut suivie ä deux ou trois reprises, apres im Intervalle de 8 a 10 jours, d'injections, en partie sous-cutanecs, en partie intraveincuses, de closes plus considerables dc cultures virulentes.
Avcc le sang et le sue des tissus des animaux ainsi vaccines, ces memes auteuis sont parvenus a guerir I'infcction par le bacille du rouget. Apres avoir inocule uns culture virulente ä des souris blanches, ils pratiquferent immediatement apres, ou memo sept heures apres, quelques centimetres cubes de serum : les souris ainsi traitecs so retablirent, tandis quo les temoins suecomböront a I'infection. Ils out obtenu des resultats analogues avec des lapins.
ocr page 300
— 28o —
Ces auteurs utiliscrent 6galcmcnt leur methode ä la vacci­nation prövcntive contrc le roiigct ct reussircnt, par I'injection sous-cutance do scrum do lapins immunises, k rcndrc refractaircs les souris blanches et los lapins.
D'aprös Schütz, lo bacille du rouget scrait identique au bacille de la septicemic des souris (Koch), Bacillus muyisepiicus (Flügge). Ces deux especes no different entre elles que par des details morphologiques insignifiants, qui peuvent etre rapportes ä l'influence exercec sur elles par leurs hötes respectifs ordi-naires. Leur action pathogenc est la meine sur les differents animaux, Toutefois on n'a jamais Inoculö le bacille de la sep­ticemic des souris au porc, lacunc qu'il importerait de remplir et cpü seulc permettrait de decider de l'idcntite ou de la non-identite de ces deux especes.
Litterature. — Löffleu, Experimentelle Untersuchungen über Sclmeinc-Roihlauf; Arb. a. d, k. Ges.-Amte, i885. — Schottelius, Rothlauf der Schweine; Wiesbaden, i885. — Cornevin, Premiere cliute sur le rouget du porc; Paris, i885. — Scnürz, Ucber den Rothlauf der Schweine und die Impfung desselben; Ai'b. a. d, k. Ges.-Amte, 1, i885. — Pasteur et Thuillier, Sur le rouget ou mal rouge du pore; Compt. rend., i883; et La vaccina­tion du rouget des porcs ä l'aide du virus mortel attenue de cette mala-die; Compt. rend., i883, ct Bullet. Acad. de med., i883. — Kitt, Mi'inch. Jahresber., 1885-86; Untersuchungen über den Stäbchcnrothlauf der Schweine und dessen Schutzimpfung; Cntrlbl f. Bakt. u. Parasit., II, 1887. — Emme­rich et Mastbaum, Die Ursachen der Immunität, die Heilung von Infections-krankheiten, speziell des Rothlaufs dir Schweine und ein neues Schut^impfungs-verfahren gegen diese Krankheit; Arch, f, Hygiene, 1891.
CHAPITRE XV.
Etude microbiologique des septicemies hemorrhagiques.
Hueppe a reuni sous la denomination de septicemies he­morrhagiques un certain nomine d'afTcctions qui seraient deter-minees, d'apres lui, par un seid et meme microbe, le microbe
ocr page 301
— 28l —
de la septicemie bcmonhagiquc. Toutes cos affections ne diffe-reraient entre elles que par des caractöres de details resultant d'une part de variations dans la virulence dc I'agcnt infectieux, d'autre part de I'mfluence exercee sur celui-ci par les organis-mcs divers qui en sont infectös. D'aprös ces considerations, il avait dejä rapproche la maladic epidemicjuc des animaux sau-vages {Wildseuche), la pneumonio infecticuso des pores {Schweine­seuche), la septicemie des lapins de Koch-Gaffk'Y et le cholera des poules. Actuellement on a range dans la meme groupe la maladie 6pid6mique des bceufs {Rindcrsenche], la Swine-plague de Billings, le Hog-cholera de Salmon, la pnoumo-onterite des pores (Epizootics de Marseille et de Gentilly), la septicemie spontan6c des lapins de Eberth, le Barbotie des buffles de Oreste-Armanni, la maladie des furets, la peste porcine du Dänemark, la maladic des bceufs d'Amcrique, le cholera des poules, la pleuropneumonie septique des veaux (Poei.s), etc.
Nous exposerons d'abord l'etat des connaissances bacteriolo-gicpies pour chacunc de ces affections ct ensuite nous examinelaquo; rons les rapports, qui existent entre dies au point de vuc 6tio-logique. Nous dcterminerons ainsi dans quelles uiesures les premisses dc Hueppe sont acceptablcs.
sect; i. Pneumonie infectieuse des pores iSchifeineseiiche).
Löffler fut le premier qui distingua au point de vuc etio-logique la pneumonie infectieuse du rouget des pores, par la decouverte qu'il fit dans la premiere de ces affections d'un mi-crobe completement different de celui du rouget. .Schütz con-firma l'observation de LÖFFLER et fit une etude complete de ce microorganisme.
II se presente sous forme dc microbes ovoYdes, immobiles, de dimensions variables, 1-2 [gt;#9632; de long sur 0,4.-0,5 {gt;. de large, SOUvent reunis deux a deux et presentant des extremites polaires qui sc colorant seules par les couleurs d'aniline.
ocr page 302
— 282
II so cultivo aisemcnt stir la gelatine, I'agar, le serum. En piqxirc dans la gelatine, on voit apparaitre, le long du trajet, de nombreuses colonies punctiformcs blancluUres qui se confon-dent en line couchc continue gris-blanchatre a aspect granuleux. A la surface, il se forme un bourrelet autour de la piqüre ; la gelatine nest pas liqueliee. Sur serum gelatinise, les cultures pre-sentent un aspect irise.
11 ne se cultive pas dans le lait normal, mais vegötc abon-damment dans 1c petit lait acide, dans le lait acide et dans le bouillon acide (Fieueler et Bleisch).
Ce microbe sc colorc aisemcnt par les couleurs d'aniline; il ne prend pas le Gram. En general, la partie centralc du bätonnet ne se colore pas; les deux extremites polaires scules prennent les matieres colorantes.
On observe ces microbes ovoi'des dans le mucus des bron-ches, dans I'exsudat pleurctique, dans les parties caseifiees des poumons, mais rarement dans les parties qui avaient subi I'he-patisation gris rouge, dc meme que dans la rate ct le foie. On le trouve egalement dans la serosite du pericarde et du peri-toine.
Ces microbes sont pathogenes pour la souris et le lapin. Le cobayc est plus resistant; le pigeon et le rat ne prennent qu'exccptionnellcment I'infection ; les ponies sont relativement 16-fractaires : Bleisch et Fiedeler ont rcussi pourtant ä les in-fecter par inoculation intramusculaire.
L'inoculation hypodermique tue la souris et le lapin en quarante-huit hcures par scpticemie aiguii. A I'autopsic, on con­state une infiltration purulentc etenduc dans le lissu conjonctif sous-cutane autour du point d'inoculation, a\'ec lymphangite pu­rulentc. La rate ct le foie sont tumefies ct ce dernier presento souvent des foyers d'embolics. Dans I'mjection intrapulmonaire dirccte, on observe de I'licpatisation. On rencontre en abondance les microbes au point d'inoculation, dans le sang et dans la serosite des organes in tonics.
L'inoculation sous-cutanec au veau determine unc mort rapide.
ocr page 303
— 283 —
mais l'inoculation intrapultnonaire au meme animal ne provoquc aucun accident (Bleisch et Fif.deler).
L'injection intrapulmonaire au pore entraine la mort. A I'autopsie, on constate toutes les lesions qui accompagnent la maladie spontanee. L'inoculation hypodennique tleterminc un cedeme inflammatoire local, qui n'est pas toujours moitel. Schütz a reussi egalcmont ä provoquer la maladie chez le pore par inhalation de cultures dessechecs ct par Ingestion d'aliments in-fectcs. Un pore vaccine contrc le rouget a succombe ä l'inocu­lation du microbe ovo'idc de la pneumonic infecticuse.
L'infection naturelle se produit surtout par la voie respira-toire. Le vehicule principal serait, d'apres FlEDELER ct Bleisch, le petit lait que Ton amasse dans I'auge commune des pores. Ces autcurs sont, en effet, parvenus ä y deceler la presence du microbe speeifiquc ct a en obtcnir des cultures pures. Le petit lait s'infecte par les expectorations des animaux malades, dont le mucus bronchiquo est excessivement riebe en microbes specifiqucs; et les pores sains, qui plongent le groin au sein de la masse alimentaire, prenncnt aisement le contage dans les voies respiratoires. L'air pent egalemcnt servir de vehicule au contage.
L'infection naturelle pent egalcmont so faire a la laveur d'unc lesion dc la poau et par la muqueusc digestive (Schütz).
sect; 2. Pneumoenterile des pores.
Cettc affection, qui a regne a I'ctat epizootique dans les porcheries dc Gentilly en i883, a etc ctudiee par CoRNIL et Chantemesse. Ces autcurs ont trouve dans le sue du poumon et du foio un petit microbe ovoi'de, mesurant i ä 2 \i. de long sur o,3 a 0,4 [i. de large, mobile et facultativement anaerobic. Ils en ont obtenu des cultures pures sur la gelatine, qui n'est pas liqiu'fiee. Les colonies apparaissent sous forme de tachc transparente, tantöt epaisse et ramassee, tantot etalec. Quand les colonies sont clairsemees, elles affectent unc forme ties ele
ocr page 304
*
— 284 —
gante, rappelant im ouvrage de ciselure forme de cercles con-centriques reliös par de fines dentelles, fig, 41.
Sur agar, on observe uno tache laiteuse ä bords denteles; sur pomnic de terre, un developpement abondant de Couleur grise. Dans le bouillon, le developpement n'offre
If
rien de caracteristique.
Les cultures se font aisement ä la tempe­rature de 18quot; a 45deg;. On n'a pas observe la formation de spores. Les bacilles se montrent fort sensibles a raction de la chaleur : ils meurcnt lorsqu'ils sont chauffes pendant un quart d'lieure ä la temperature de 58deg;. Ils resistent cnergiquement ä Faction de la dessic-cation : desscches pendant quinze jours, ils se sont encore niontres vivants. La congelation ne les tue pas. Ils peuvent conservcr pendant plus de quinze jours leur vitalite dans I'eau distillee.
Le microbe de la pneumo-enterite des pores est pathogenc pour le lapin, le cobaye, la souris. Les pigeons se sont montrcs refractaires. D'apres
Fig. 41. — Bacilles de la pneumo-ente­rite des pores Cul­ture sur geUitinc
I'ouque, les pores gascons seraient egalement refractaires a la maladie.
Inocule dans le poumon droit avec 1/4 de
(d'apres Cornil et ccntimötre cube d'une culture recente dans le
Chantemese).nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;1 -nnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;1nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 1 •nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; a o #9632;
noiullon, le pore a succombe aprös 28 jours.
A 1'autopsie, on constate les lesions de la broncho-pneumonic generalisee avec hepatisation dc quelqucs lobules, de la nephrite, des ulcerations du gros intestin et de la tumefaction des gan­glions lymphaliques. Le microbe inocule s'est retrouve ä Fetat de purete dans le poumon, les ganglions, les lesions intestinales, le foie. la rate, les reins, I'uiine, la bile et le sang Le pore n'est pas ties sensible a I'inoculation hj'podermique.
Le bacille de la pneumo-enterite agit sur Forganisme par ses secretions toxiques. MeTCHNIKOFF a montre, en effet, que du sang virulent chaufle a 58quot; et injecte au lapin determine
ocr page 305
— 285 —
des phenomenes morbides analogues amp; ceux que provoque l'in-jection d'un virus Ires virulent,
Cornii. et Chantemesse ont cherchö ä attönuer la virulence des cultures. Ils ont cu rccours, ä ccl cffcl, a Faction de Fair et de la chalcur; ils ont fait leurs cultures a la temperature do 43deg; en renouvelant frequemment lours ensemencements. Ils ont constate qu'apres 3o et nieme 54 jours de chauffagc, la virulence ne paraissait aucunement attenxiec; aprcs 74 jours, le virus parut inodilie, il nc tuait pas toujours les lapins; apres go jours, il ne tue plus les cobayes et ne leur donne qu'un abces sons-cutane, les lapins no presentcnt meme pas toujours cette lösion locale, Cette attenuation est fixe et permanente; eile se conserve sans modifications dans les culturcs-filles.
Cornii, et Chantemesse rdussirent ainsi ä confercr rimmunite aux coba3,cs et aux lapins en leur inoculant successivcmcnt des cultures de go jours, de 74 jours et de 54 jours. Chacune des inoculations est faite a quelques jours d'intervalle et preserve l'animal contre l'inoculation suivante, jusqu'ä 1'inoculation d'une culture virulente. Los essais cle vaccination sur les pores n'ont pas donne des resultals aussi precis : sur quatrc pores vaccines, deux ont succombe a la suite de Finjection de produits viiu-lents. L'immunite parait done plus difficile a conterer au pore qu'au lapin ou au cobaye.
MetciinikoI'F a reussi ä conferer l'immunite au lapin en lui injectant dans le Systeme sanguin ou dans le tissu sous-cutane des doses faibles de virus, plusicurs fois repetees. Le lapin ac-quiert ainsi une immunite solide centre le virus extremement mor-tel. On obtient le meme resullat en faisant des injections de sang cbauffe, a des inlervalles de plusieurs jours et quelquefois de plusieurs semaines, et en introduisant des quantites totales deux fois plus grandes que la plus petite dose mortclle.
En outre, MetCHNIKOFP a etabli que le serum des lapins vac­cines preserve les lapins contre 1'infection, Le strum pent etre injeetc au meme endroit que le virus, ou en tout autre point du corps, ou dans les veines; il pent etre injeetc en meme temps que le virus ou avant Fintroduction do celui-ci.
ocr page 306
„ 286 —
L'infection naturelle se fait par la voie digestive et par la voie rcspiratoire.
Rietscii et Jodkrt out ctudic cgalcment une epizootic de pneumo-enteritc qui a Ke\'i sur les pores de l'ai'rondissement de Marseille. Ils ont obserxu un microbe qui ne differe que par des details minimes du bacille dc I'epizootie cle Gcntill}'. Ces differences portent sur le degre de virulence et le mode de de-veloppement sur la gelatine.
Le microbe de Gentilly parait plus rapidement infectieux pour le lapin et le cobaye quo celui de Marseille; celui-ci cultive sur la gelatine ne donne pas des cultures aussi decoupees que celui de GcntiUy; il est xrai quo meme pour ce dernier ce caractere des cultures tend ii disparaitre avec le temps. Les cultures sur pomme de terre sont identiques pour les deux mi­crobes, qui sont doues tons deux d'une cgale mobilite.
Galtikr qui s'esl beaucoup occupe ;\ reconnaitre Faction pathogene du bacille de la pneumo-enterite des pores sur les autres animaux domestiques et qui avait deja etabli la recepti-vite des moutons, des chövres, des chiens et vraisemblablement aussi des becufs pour ce microbe pathogene, a eu I'occasion d'etu-dier une epizootic de pneumo-enterite spontance chez le mouton.
II y a observe un microbe ovo'ide, isole ou en diplocoquc, a peinc deux fois plus long que large, mesurant o,5 p., i [j. ou 2 [j. de long sur o,3 ;). ou 0,4 [gt;. de large, aerobic et anaerobic, mobile, se colorant par la fuchsine, le. violet de methyle ct le violet de gentiane, mais pas par la methode de Gram, se cul-tivant ä des temperatures variant dc i50 a 37deg; dans le bouillon, la gelatine, I'agar, la pomme de terre.
Dans le bouillon, on obticnt apres 2 ou 3 jours un abondant precipite pulverulent blanchatrc. Dans la gelatine, qui n'est pas liqueficc, on observe des colonies blanchätres ä contours mame-lonnes presentant de fines strics conccntriqucs. Par piqure, le developpcmcnt s'accuse le long de la slrie; il en est dc memo sur agar; sur pomme de terre, il sc forme une coucho grisätre assez epaisse.
ocr page 307
287
Lc virus existe dans le liquide cpanch6 dans les sereuses puritonealc, pleurale et puricardiquc, dans les exsudats de ces sereuses, dans lc sang du camr, le sue des ganglions, la rate, le foic, lc rein, lc poumon, etc., dans les matteres expectorecs ou jetecs par le ncz, dans les matieres recueillics ä la surface des excrements ou raclees a la surface des intestins, dans I'urine, le lait, la chassis, le mucus vaginal, lc sue racle dans I'liteius, les produits empruntcs aux avortons et aux foetus, La virulence existe partout, le cadavre en cst imprcgnc. La contagion naturelle s'cffcctuc par la voie digestive, et surtout par la voie rcspiratoire.
Le virus resiste pendant plusicurs jours a la putrefaction a 1'air, a la lumicre ou ä Fobscurite, cntrc 70 et 20quot;, avec ou sans addition d'eau. Dcsscche, il cst dctruit aprcs 6 jours.
H cst pathogene pour le cobaye, le lapin, la poulc, le pigeon, le chicn, le pore, lc mouton, la chevre, le veau, l'ane et le cheval, L'infection pent etrc obtenue par les inoculations sous-cutancc, intrapulmonaire, intralracheale, intravcincusc, par inha­lation et par Ingestion. Les accidents. qui en sont la suite con­sistent dans dc la congestion avee exsudation et infiltration, sans formation de pus, des diflerents organes splanchniques (foic, rate, epiploon, reins, capsules surrenales, uterus, etc.), exsudat dans les sereuses, points de pneumonic. Chez la chevre, on a ob­serve la transmission dc la maladie dc la mere au foetus avec avortement. Chez l'ane, I'injection intrapulmonaire a seulc reussi. La receptivite clu mouton diminue avec läge.
Galtier a execute ses essais de contagion avec des produits provenant d'animaux malades et non de cultures, e'est ce qui explique qu'il a obtcnu des resultats diffcrcnts de ceux de scs predecesscurs. En effet, cc microbe s'attenuc dans les milieux artificiels, lorsqu'il sejournc longtemps dans le meine milieu 011 lorsqu'il cst seme dans des milieux prepares depuis trop long-temps; unc semblable attenuation se produit dans I'organisme, quand I'affection ic\ct la forme benignc. Lc virus s'exalte, au contraire, par des passages en scrie dans le cobaye, le lapin, le mouton et les jcunes pores, ou par des ensemencements suc-cessifs dans des bouillons fraichement prepares.
ocr page 308
— 288 —
Les essais de vaccination avec des cultures attenuces, chauf-fees ou filtrccs, sur les lapins, les cobaj'es et les moutons,' sont restes sans rcsultat.
La pneumo-cnterite du mouton, etudiee ainsi par Galtier, avait etc transmise par 1c pore; cllc simule la peripneumonie ou Boufrida dc la chevrc ; cllc cst transmissible aux betes bovines, chez lesquelles cllc d6tcrminc I'avortement cpizootique. La pneu-mo-cntcritc des grands ruminants scvit en Algerie.
üc rcnsemble de ces observations, Galtier se croit en droit do conclurc (juc le bacillc do la pneumo-entcrite des moutons cst identique au bacillc do la pneumo-entcrite des pores, 6tudie par Cornil et Ciiantemesse a Gentilly.
sect; 3. Hog-cholera.
Ccttc affection, qui siH'it sur les pores en Ameriquc, a cte etudiee et decritc par Salmon ct ensuite par Smith. Salmon a observe Uli petit bacillc ovoi'dc, mobile, mesurant 1,2 jj. ä i,S \gt;-de long sur 0,6 ;j. a 0,7 \x dc large. II sc colore facilcment par les dissolutions aqueuscs dc violet de metbyle : le centre para it plus pale quc le contour, sans (pie la coloration seit nettement localisee aux deux cxtrcmiU's polaires. 11 sc decolore par la mctbode dc Guam.
II se cultive sur gelatine qui n'est pas liqucfiee, sur pomme dc tcrre, clans les bouillons, le lait; e'est un anaerobic facultatif.
Sur gelatine, le developpemcnt cst assez penible. Sur plaque, on observe, aprcs quarantc-huit heurcs, dans la profondeur de petites colonies arrondies, pales, nettement delimitccs, depassant rarement 12 mm. en diametre; leur forme est irrcguliere.
Sur plaque d'agar, les colonies jircscntent un dcvcloppement plus considerable, et pcuvent acquerir un diametre de 4 mm. Elles offrent un aspect grisatrc avec un reflet miroitant; elles sont arrondies et elles presentent une legere saillie vers le centre. En culture par piqure, il sc forme de petites colonies dont le diametre nc depasse jamais la grosseur d'une tetc d'epingle. Sur pomme de tcrre, le developpemcnt s'accuse par la formation d'un enduit jaunätre.
i
ocr page 309
289
Dans les milieux liquides, il parait se developper plus ais6-ment. II vegete de piefcrence dans les bouillons neutres, mais il se contente cgalement de bouillons legerement aeides. Dans le lait, la culture nc scmble pas determiner de changement ap­parent. II se raultiplie meine dans l'eau.
Le microbe du hog-cholera est tres sensible ä l'action de la chaleur. Expose pendant i5 a 20 minutes ä une temperature de 58deg;, il est tue. Salmon en conclut qu'il ne forme pas de spores; l'observation microscopique n'a, en effet, jamais deccle la presence de spores dans les cultures. La resistance ä la des-siccation est trös variable (un a deux mois). Les germes peu-vent se conserve!quot; pendant un a deux mois dans le sol, et de deux ä quatre mois dans l'eau de rivi6re.
Ce microbe est pathogene pour la souris, le lapin, le co-haye, le pigeon, le mouton, le veau et le porc.
Inocule a la souris, il determine, apres huit ä seize jours, la mort avee une legere reaction locale au point d'inoculation : les tissus y sont pales, mous et friables.
A l'autopsie, on constate un gonflement considerable de la .rate, de la congestion des reins et des poumons. Les souris suecombent egalement a l'ingestion de matißres virulentes : la mort survient avec des troubles dans le foie et le poumon, qui subit quelquefois une necrose de coagulation.
Chez le lapin, l'infection provoque la congestion de la rate et des heniorrhagies de l'intestin. Le foie presente de petits foyers de necrose; l'urine est albumincuse; les poumons sont atteints de pneumonic lobulaire avec foyers hemorrhagiques. Localement on constate la necrose du tissu musculaire. Les inoculations söus-cutances et intraveineuses ä petite dose, entrainent inevita-blement la mort; un quatre-millicme de centimetre cube d'une culture dans le bouillon suffit pour obtenir ce resultat (Smith).
Les coba3'es perissent ä la suite de l'inoculation de petites doses de culture. On observe chez eux la necrose des tissus au. point d'inoculation et la congestion des poumons.
Le pigeon est moins susceptible; quand on lui inocule dans les muscles pectoraux de petites doses, il pr6sente les symptomes
20
ocr page 310
— 2go —
morbides du cholöm des poulcs; la lesion des muscles cst iden tique ä celle que determine rinoculation d'une culture du cholera aviaire. L'animal se rctablit 1c plus souvent; il ne perit quo si on lui inocule des doses plus considerables. Le pigeon ne s'in-feetc pas par le canal digestif. La poule parait etre refraetaire; on n'a observe chez eile qu'une l(;gere reaction locale.
Chez le mouton et le veau, ['injection de cultures pures a produit un abees au point d'inoculation avec une 61evation de temperature.
L'inoculation sous-cutanee de cultures au poi'C est rarement mortelle; l'injeetion du sang d'un animal mort de la maladic semble l'etre davantage. L'injeetion intraveineuse cst presque loujours mortelle. Quand la mort survient, on observe des symp-tömes analogues a ceux que donne l'infection par 1c canal digestif. Par cettc voie, l'infection est plus süre et reproduit las lesions qui caracterisent la maladic naturelle. Los visecres des animaux morts se montrent loujours plus vimlents que les liquides de cultures. II est probable que la contagion naturelle se fait par le tube digestif; d'apres Salmon, le role de Fair serait mil dans la transmission de la maladie.
La virulence dos bacillcs semble s'affaiblir avec le temps dans les cultures succossivos.
Salmon a essaye aussi de vacciner centre le hog-cliolera et a reussi a confercr I'immunite au pigeon, animal peu sensible a la maladie. II inoculait avec dc faibles doses d'une culture chauflee ä 58deg; et apres quelques jours il injectait une culture virulente. Les pigeons vaccines resistaient ä l'infection, tandis que les temoins non vaccines y succombaient. Mais quand il a soumis les pores aux meines essais de vaccination, il a tou-jours 6choue; les animaux en exp6rience succombaient invaria-blement ä l'ingcstion de viseöres d'animaux malades.
Smith a Signale une variete du bacillc du hog-cholera qu'il a designee sous la lettre [5, reservant la lettre a pour le bacille ordinaire. La vari6t6 ß se distingue de la vari6t6 laquo; par son mode dc developpement, qui est beaucoup plus actif. Mais son
IM
ocr page 311
— 291 —
action pathogenc nst moindro : inoculee au lapin, ellc no d6ter-minc pas la mort ou ne la determine qu'aprös un temps plus cm moins long. Smith considcre le bacille ß comme une van6t6 attenvice du bacille a. En effct, celui-ci attenue sc comporte absolument comma celui-lä et agit de la mume maniere sur 1c lapin. En outre, ce dernier animal inocule ä deux reprises avec 1c bacille ß s'est montre refractaire au bacille a.
Schweinitz et Now ont ctudie les produits solubles conte-nus dans les cultures du bacille du hog-cholera. Schweinitz en a retire de la cadaverine, une amine primaire ct une substance alcalo'idique. II obtint en outre une toxalbumine. L'injection sous-cutance au cobaye de pctitcs doses du chlorhydrato de la nouvelle base et de la toxalbumine determine rapidement des phenomenes locaux passagers et une augmentation de la tempe­rature. Ces deux substances nc paraissent pas fort toxiques. Schweinitz a domic 1c nom de sucholotoxine a sa ptomaine, et le nom de sucholoalbuminc ä sa toxalbumine. II a essaye 1'action vaccinante de ces deux substances et a reconnu qu'elles sont egalenicnt eflicaces pour procurer rimmunitc au cobaye; que leur melange confere une immunite plus solide que chaeun des deux produits isoles. La vaccination se pratique en administrant de petites doses ä de frequents intervalles.
Now a isole egalenicnt cles cultures une base, A laquelle il a donne le nom do suotoxine, ct qui est toxique pour le rat. Des injections do petites doses repeteos du chlorhydrate de cette base au rat lui confercnt rimmunite contrc les cultures virulentes. Lc meine auteur a obtcnu cgalement une toxalbumine, qui tue los rats ä la suite d'uno injection sous-cutanöo. Des in­jections a faible dose dc ccttc toxalbumine procurent aussi I'im-munite au rat.
Klein a decrit, dans une maladic des pores, connue en An-gleterre sous le nom do Snnne-fevei' ou de pneumo-enterite, un bacille ovoidc, mobile, sc colorant aux poles,, que #9632; Brown, Salmon, Klein, etc., out considerc comme identique au microbe de lopizootie americaiiic.
ocr page 312
— 292 — sect; 4- Swine-plague.
Salmon a differencie 1c hog-cholera dc la swine-plague do Billings et attribue cette derniürc affection 0. un microbe dif­ferent dc celui qui determine la premiere de ces maladies. D'apres Salmon, 1c microbe de la S-wine-plague est un bätonnet ovoi'de, immobile, mesurant 0,8 \x A 1,2 \i.. II est done beaucoup plus petit que celui du hog-cholera. Avec les maticrcs colorantes d'anilinc, les extrcmites polaircs seules so colorcnt. II ne se cul-{\\c pas sur pomme de terre; dans les milieux liquides, il ne se döveloppe que faiblement. Soumis a la dessiccation, il ne resisto qu'une couple de jours; dans I'eau, il ne vegetc pas et meurt au bout de quclques jours.
II est pathogene pour la souris, le lapin, le coba3'e, le pigeon, la poule et le pore. En injection hypodermique, il pro-voque en general unc reaction locale intense. Les souris pods-sent le plus souvent en deux ou six jours, sans presenter de lesions caracteristiques. II en est de memo pour 1c lapin; mais chez cct animal, on observe une infiltration locale intense, sero-sanguinolente dans les premiers jours, purulente dans la suite; il se produit egalement de la peritonite; la rate n'est pas tume-fiee. Le cobaj'e est un peu plus resistant : il succombe avec les memes lesions quo le lapin. Le pigeon perlt ä la suite de l'injection de fortes doses dc virus; il en est de meme de la poule : chez cet animal, on constate une infiltration locale et une destruction du tissu musculaire. Chez le pore, des doses considerables provoquent de la sclörose h6patique avec de l'ictöre. L'ingestion de produits virulents ne cause aucun effet patho-logique.
Schweinitz a retire des cultures une ptomaine, la supla-gotoxine, et une albumose, la suplagoalbumine.
Billings s'est 6lev6 avec une tres grande vivacit6 contra la division ötablie par Salmon dans les maladies porcines am6ri-caines en hog-cholera et swine-plague. D'apres cet auteur, il n'y aurait qu'une seule affection, la swine-plague, qui serait d6ter-minde par un microorganisme unique, dont il a fait une 6tude
ocr page 313
— 293 —
complete. Raccuglia, qui a eu l'occasion de reprendre I'etudc du microbe de la swine-plague de Billings en donne la descrip­tion suivante :
Cast un court bätonnet ovo'ide, mobile, se colorant aux cxtremites par toutes les couleurs d'anilinc, sauf par la methode de Gram.
II se cultive ais6ment sur les milieux ordinaircs aussi bien ä la temperature ordinaire qu'ä l'etuve ä Sy0: Dans le bouillon alcalinise, il se produit un trouble regulier, diffus. Dans la g6-latine par piqurc, on apercoit, apres 3 ou 4 jours, une trainee formte de granules de dimensions diverses, jaunätres. La trainöe accuse un d6veloppeinent 6gal ä la partie superieure, commc a son extremite inferieure. II nc se produit pas ou guere de dc-veloppement ä la surface. La gelatine n'est pas liquefiee. Les cultures par piqürc sur agar presentent le meme aspect.
En strie sur agar, on constate, apres 24 heures ä 37quot;, une trainöe homogene, opaque, grisätre, qui les jours suivants seiend sur toute la surface en presentant un aspect humide. Sur plaque d'agar, les colonies apparaissent sous la forme do granulations grisätres, claires, transparentes, arrondies ou ovales.
Sur pommc de terre, la culture est constituee par une couche epaisse, brunätre, ä aspect humide. Dans 1c lait, la culture no determine guere de modifications appreciables.
Cc microbe est pathogene pour les souris, los pigeons, les lapins, les pores. Les rats blaues et les poulcs. sont relVactairos.
Les souris inoculees ä la peau perissent apres 1 ä 3 jours. Les pigeons, qui ont recu une injection intramusculairc, suc-combent apres 1 ä 9 jours et montrent a l'autopsic au point d'inoculation une partie necrosec du tissu musculaire.
Les lapins inocules par injection hypodermique no montrent pas d'accident local; mais ä l'autopsie on constate des alterations considerables du foie : cot Organe est tumöiiö, congostionnö et prösente de nombreux infaretus. L'inoculation dircetc dans une anseintostinaleentraine la mort apres 2 ou 4 jours avec tumefac. tion considerable des plaques de Peyer et des follicules solitaires.
ii
ocr page 314
— 294 —
Lcs pores resistent a I'inoculation sous-cutanee et intrape-ritoncalc et ä l'ingestion de produits virulents. Mais inocul6s dircctement ä l'interieur de l'intcstin, ils meurent apres 4 a 5 jours. Les plaques de Peyer sont tum6fi6es et lepithclium intestinal profondement altere.
sect; 5. Svinpest.
La Svinpest est une maladie infectieuse des pores qui sevit en Suede et dans le Danemarck; on lui donne aussi le nom de Svinediphteritis. L'agent infectieux de cette affection a €i€ 6tudie par Selander,
C'est un petit bacille ovoi'de, mobile, dont les dimensions sont variables : il se presente sous une forme courte ct ovula.ire dans le sang des animaux qui ont suecombö rapidement £i la maladie ; cependant, dans le sang du coeur, on observe aussi des bacilles cinq et six fois plus longs que larges ; les formes longues dominent dans les cas oü la maladie s'est prolongee.
Le bacille de la svinpest se colore difficilement par les couleurs d'aniline ordinaires et conserve toujours la partie centrale incolore. La coloration reussit le mieux avec le bleu de inethylene al-calin de LÖFFLER, la fuchsine pheniquee et la methode de Kühne; eile no s'obtient pas par la methode de Gram.
C'est un microbe anaerobic facultatif. La sporulation n'a pas £t6 observee.
Sur plaque de gelatine, le dcveloppement s'accuse apres 2 ou 3 jours par de petites colonies punctiformes, qui s'accroissent lentement, proeminent legcrcmcnt au-dessus de la gelatine, ne .liqucfient pas celle-ci et presentcnt surtout ä la lumiere transmise un aspect opalin, bleuatre, qui rappelle le cartilage liyalin. Ob-serv6es au microscope, les colonies, qui se trouvent ä l'interieur de la gölatine, posscdent une apparence cbagrinec et simulent de petites masses do sable d'or teint6 en bronze. Quclques-unes ont une forme lobee; toutes sont nettement dölimitees. Parvenues ä la surface de la gelatine, elles s'ctendent a la periphörie, mais
-
ocr page 315
2g5
conscrvent un centre fonce ncttement limite, qui ne s'attenue qu'avec Tage, Elles prennent alors une teinte verdätre.
En cultures par piqüre, le bacille de la svinpest donne naissance ä un dcveloppcment analogue a celui du bacille ty-phiq.ue, mais plus abondant. Sur pomme de terra, la ressem-blance est complete. Dans du bouillon contcnant 7,5 quot;o de sei marin, il se developpe tics bien et y conserve pendant des mois sa vitalite.
Ce microbe est pathogenc pour la souris, le cobaye, 1c lapin ; le pigeon est plus resistant et le rat est refractaire.
Les animaux inoculcs meurent a la suite de dyspnee, avec des convulsions tetaniquos. A 1'autopsie, on nc constate guere do reaction locale; dans la tracbee ct la plevrc, il existe des eccli3'-moses; les reins, la rate ct le foic sont plus ou moins tumefies et congestionnes; les poumons sont oedematius; les intestins ex-ceptionnellement enflammos. Les lesions intcstinales sont plutot accusees chez les animaux qui se sont infectes par la vole digestive : hyperhemie ct tumefaction de la muqueuse de l'intcstin grclc, tumefaction des follicules lymphatiques, etc. On retrouvc les bacilles dans le sang, dans les reins (couebe corticale), dans les follicules lymphatiques dc 1'intestin, dans les poumons sous la plevre et dans les portions atteintes d'infiltration pneumonique. On les observe toujours reunis en petits amas. Ces momcs petits amas s'observent dans les poumons, les reins, les follicules dc I'intestin chez les pores qui ont succombe a la maladic.
D'apres Bang, l'infection naturelle so I'crait par la voie di­gestive, comme il la ctabli par l'exp6rience.
La virulence du bacille de la svinpest s'attenue insonsible-ment dans les cultures successives sur milieux artiliciels. Sklandkr est parvenu a lui faire rccupercr sa virulence primitive et memo a la renforcer, en le faisant passer un certain nombro de fois a travers l'organisme du lapin et ensuitc du pigeon. Le virus dc ioc passage tue les pigeons a des doses minimes, o,25 cc, 0,025 cc, o,oo25 cc, o,ooo25 cc, Les lapins succombent rapide-ment par injection sous-cutance ou intraveincusc. Cc memo virus
ocr page 316
— 296 —
renforcö tue infailliblement les pores, quel que soit le mode d'in-fection employ^.
Le chauffage des cultures a 540 pendant 25 minutes ne tue pas tons les microbes; los survivants ne sont pas attenu6s dans lour virulence. Pour obtenir une sterilisation complete, il faut chauffer a 5y0 pendant une heure.
Selander a montr6 que dans le sang des animaux tues par le virus rcnforcö, il existe un poison ties actif, qui n'est pas detrnit par un chauffage A 58deg; pendant une heure; cc poison agit plus rapidement quand il est introduit par la voie sanguine que par la voie hypodermique. Ce poison provoque la mort avec les meines symptömes que l'inoculation des bacilles virulcnts eux-memes. II est 61abore plus abondamment au sein de l'orga-nisme que dans les cultures artificielles, dans les cultures faites a I'air que dans celles qui sont faites dans le vide. Le maximum de virulence des bacilles correspond au maximum de production toxique. Cette toxine determine chez les lapins un amaigrisse-ment progressif qui pent aller jusqu'ä la mort. Elle filtre, au moins en partie, ä travels la porcelaine; eile est alteree par un chauffage prolong6 ä une temperature inferieurc ä 57deg;. Du sang tr^s toxique, chauffe a 1000, a perdu sa toxicite; apres sa coa­gulation a 6on, le liquide qui impregne le coagulum n'est pas toxique; 1c coagulum retient la substance active, qui est entrainee avec lui. Cette toxine semble done par ses proprietds se rap-procher des diastases, des toxalbumines.
Selander est parvenu a rendrc les lapins rt-fractaires en leur injectant du sang ties virulent sterilise par le chauffage. Mais il n'a pas reussi ä vacciner les pigeons en employant la meine methode.
D'aprös Schütz, ce sont principalemcnt les jeunes animaux ages de moins dc quatre mois qui prennent la maladie. La transmission de la svinpest au cheval, au boeuf, au mouton, au chien, a la poulc et a rhomme n'a pas encore 6t6 constatee. On n'a pas encore etabli si I'agent infectieux pent existcr en dehors du corps des animaux.
ocr page 317
297 —
6. Maladie epidemique des bceufs et des animaux sativages.
Sous la denomination de maladie epidemique des bceufs et des animaux sauvages, on dcsigno la Rinder- und Wildseuche des Allemands. Cette affection a et6 ^tudiec au point de vue micro-biologique par Kitt. Cet auteur a decrit des microbes qui, par lours caracteres morphologiques et leurs proprietes biologiques, offrent line parfaite analogic, sinon une complete identite, avcc les bacilles de la septiccmie des lapins (Kocn, Gaffky), du cho­lera des poules et de la pneumonie infectieuse des porcs (Löffler et SchüT/;). Semblables ä ces divers organismes, dont ils ne different peut-fetre que par les dimensions, ils se presentent sous la forme de courts bätonnets ovo'ides, dont la partie centrale reste incolore dans les preparations traitees par les couleurs d'aniline. On les observe dans le sang et la s6rosite des tissus desquot; animaux malades.
Ils se eultivent sur la gelatine et l'agar, oü ils donnent naissance ä des colonies arrondies, superficielles, hyalines, pr6-sentant l'aspect cartilagincux. La gelatine n'est pas liquefice. Sur pomme de terre, il se forme des colonies proeminentes, jaunätres.
Ils sont pathogönes pour les souris, les lapins, les pigeons, les porcs, les cbevres, les chevaux et les bceufs. L'infection ex-perimentale se produit par l'inoculation et Fingcstion du sang, de la pulpe splenique, etc., des animaux qui avaient suecombe ä la maladie spontanee ou des cultures pures du microbe. Les lapins et les souris paraissent les animaux los plus sensibles : ils suecombent ä l'infection dans les vingt-quatre heures; ä l'au-topsic, on constate chez 1c lapin une laryngo-tracheite et sou-vent une enteilte hemorrhagique, surtout apres l'injection sous-cutanee; dans un cas, il y eut de la pneumonie lobairc hemor­rhagique. Chez la souris, on observe une tumefaction conside­rable de la rate, compliquce d'endemc. Chez le pigeon inoculc dans le muscle pectoral, il se produit unc lesion analogue A celle que produit l'injection du microbe du cholera des poules : une dögenerescence graisseuse. avec necrose du tissu musculaire.
ocr page 318
— 298 —
Le pore picsente une affection cutanec, analogue a celle du rouget, avec peritonite et pleurite sero-fibrineuses.
L'infection par ingestion s'est montrec efficaee chez las sou-ris, les lapins ct les mesanges, tandis qu'elle n'a donne aucun resultat choz le pore, la ehevie et le chicn. L'inoculation sous-cutance a determine la mort chez le cobayc, le mouton et le moineau.
Les rats, les poulcs, les canards ct les oies se montrent refractaires ä ce microbe. Les cobayes ne possedent qu'unc im-munite faible; Hueppk a obtcnu l'infection chez deux cobayes sur quatre,
La resistance des poules n'est pas absolue. HuEPPE a reussi ä infecter par injection intramusculaire ces oiseaux qui, ä lau-topsie, presenterent des lesions analogues a celles (juon observe ä la suite dc l'inoculation du cholera aviairc.
Les observations de Kitt furent confirmees aussitot par JOHNE et HuEPPE, Toutefois, ce dernier auteur donne une des­cription un peu differcnte du microbe. Pour lui, ces microorga-nismes appartiendraient plutot au grotipe des microcoques; ils sont depour\-us de mouvements ct ne donnent pas do spores. Ils vegetent deja ä 12quot; ou iSquot;, mais la temperature la plus favo­rable parait etre de 370 a 38quot;; ils se dcvoloppent activement dans des eaux riches en substances organirpies el en nitrates, ainsi que dans la terre humide ä la temperature ordinaire. A 80deg;, ils sont tues dans I'eau au bout de 10 minutes; la dessiccation les detruit apres quinze jours; la congelation les tue cgalement.
L'infection naturelle se produit aussi bien ä la favour dc plaies ä la peau que par inhalation ou ingestion.
Kitt et HUEPPE ont constate que la virulence des cultures pouvait s'altenuer rapidement dans certains cas, sans cause ap­preciable. Kitt a reconnu 6galcment que le microbe pouvait vegeter exceptionnellement dans de la gelatine fortement acide sans perdre de sa vitalite ni de sa virulence.
D'apres Bunzl-Fedekn, l'inoculation du cholera aviairc confere aux poules I'immunite contre le microbe de la Wildseuche et r6ciproquemcnt.
ocr page 319
299 —
sect; 7- Barbone des buffles.
Oreste et Armanni out decrit, sous le nom de Barbone dei bufali, une maladle des buffles qui sevit frequcmment en Italic. Par ses symptomes et son etiologie, eile est analogue a la Rin-derseuche de Bollingek. Commc celle-ci, eile est determinec par des microbes ovoides, immobiles, mesurant 0,9 [gt;.-i,Ar \gt;- de long, se colorant aux extremites, lt;iue Ton rencontre dans les exsudats, le sang, les organes, la saliva, la bile, I'mine, le lait, les ex­crements, etc. Ces microbes prösentent les memes caractercs morphologiques et biologiqucs que ccux quo Kitt attribue au microbe de la maladie epidemiquc des bceufs. Ils se cultivent ä la temperature ordinaire et ä l'ctuve, dans les milieux li(iuicles et solides, excepte sur la pomme de terrc; ils nc liqucficnt pas la gelatine. Leurs cultures ressemblcnt a cclles de la Wildseuche. Ils sent pathogenes pour le cheval, le bocuf, le mouton, le pore, ' le cobaye, le lapin, la souris, le rat, le pigeon et la poule. Le cliien y est refractairc.
A la difference du microbe de la Rindcrseuehe, le microbe du barbone ne determine jamais de laryngo-tracheite chez le lapin. Ce dernier caracterc a toutofois etc contestc par Bunzl-Federn, qui a constate une evidente tracheite hemorrhagique chez les lapins qu'il avait inocules ;\ la peau avec une culture virulente. En outre, il est pathogenc pour les poules ct les rats, deux especes animales qui possedent I'immunite pour le bacille de la Rinderseuche.
L'infection peut se produire par la peau ä la faveur d'unc 16sion, par la voie digestive et meine par l'appareil rcspiratoire. Des essais d'infection par Ingestion de produits virulents chez un pore et un jeune büffle restöront cependant sans effet. La transmission cle la mere au foetus a etc constatee chez le lapin et le cobaye.
Les cultures conservent fort longtemps, pendant 8 ä 10 mois, leur virulence, alors memc qu'elles ont etc contaminees par d'autres microbes. Lc virus du barbone est rapideincnt detruit par la dessiccation,
ocr page 320
— 3oo —
Oreste et Armanni sont parvenus a attenuer la virulence du microbe et ä procurer l'iinmunitc au moyen de produits attenues. Ils ont observe, en eftet, que le passage du microbe a travers l'organisme du pigeon I'affaiblissait dans sa virulence. La vaccination des buffles s'obtient en pratiquant trois inocula­tions successives, faites ä quelques jours d'intervalle, avec une petite quantite de sang provenant de pigeons infectes.
sect; 8. Corn-stalk disease.
Cette affection regne parmi les boeufs amöricains et parait resultcr de l'ingestion du chaume de blc, d'oü son nom de Corn-stalk disease. Billings y a decrit un microorganisme analogue par ses caracleres morphologiques au microbe de la Swineplague, D'apres le botaniste americain Burrill, ce meme microorganisme determincrait une affection du chaume de bl6. Nocard a repris recemment I'etude dc cette maladic des bceufs ct en a donne une description dctaillce.
D'apres ce dernier auteur, le facteur de cette maladie serait un court batonnet ovoide, mobile, mesurant ä poine i [i. de long sur 0,3-0,4 u. de large. Colore par les couleurs d'aniline, les pöles seuls du batonnet prennent la coloration; la fuchsine diamant et le bleu de metlnlene conviennent tout particuliere-ment pour la coloration dc ce microbe; les methodes de Gram et de Weigert ne le colorent pas.
Ce microorganisme se cultive' aisement dans les differents bouillons neutrcs ou legerement alcalins; il est anaerobic facul-tatif; il ne modifie pas sensiblement la reaction des liquides de culture, ne coagule pas le lait et conserve fort longtemps sa vegctabilite et sa virulence dans ccs divers milieux.
Inoculc par strle sur la gelatine, il sc devcloppe pen abon-damment et forme une mince couclie bleuätre, translucide, fes-tonnee sur les bords, en forme de feuille de fougörc. La ge­latine n'est pas liquefi^e.
Sur agar, le developpement est plus rapide et plus abondant. Sur pomme dc terre, au contraire, il est penible et produit une mince pellicule grisätre, humide, a bords mal delimites.
ocr page 321
— 3oi —
Ce microbe se rencontre abondamment dans le muco-pus des bronches, dans le tissu pulmonaire höpatise et surtout dans la serositö limpide qui distend les sacs lymphatiques perilo-bulaires.
II est pathogene pour la souris, le lapin, le cobaye, le veau, la chevre, le mouton. Le pore, la poule, le einen et le rat sc sent montr^s refractaires a tons les modes d'inoculation.
Inocille sous la peau ä la souris, le lapin et le cobaye, ce microbe determine la mort en moins de 48 heures, sans cedeme au point d'inoculation. A I'autopsie, on constate une con­gestion intense de tous les visceres. L'inoculation intraperitonöalc provoque une poritonitc purulente, excessivement intense.
Le mouton et le veau resistent ä l'inoculation sous-cutanee et a 1'injection intratracheale; ils sont pris de fievre, montrent de I'abEittement, dc I'inappetence, mais se remettent au bout de quelques jours. L'inoculation intrapulmonairc, au contraire, est suivie de rcsultats plus positifs : ces memes animaux succom-bent en moins de 48 heures avee de la plemesie fibrineuse et de la broncho-pneumonie exsudative, lesions analogues ä cellos que presentent les bceufs americains qui succombent a la ma-ladie spontanee.
Le veau et 1c mouton, prealablement inocules sous la peau, puis dans la trachöe, out resiste ensuite a l'inoculation inlra-pulmonaire. Ils out pr6sentö pendant trois jours dc I'liyperthcr-mie (40,5 degrcs), une sensibility ties vive de la paroi thoracique et de la matite dans les deux tiers inferieurs du poumon ino-cule. Les animaux se remirent ensuite et supporterent encore, sans trouble apparent, deux nouvelles injections intrapulmonaires de produits virulents. II r6sulte done de ces experiences que l'inoculation sous-cutan6e, impuissante ä tuer les grands animaux, leur confere un certain degv6 d'immunitö, qui leur permet de resister ä l'inoculation pulmonaire, ordinaircment mortelle.
Les essais d'infection du pore par Ingestion de produits vi­rulents et par injection dans le tissu cellulo-graisseux de la gorge de culture virulente ont toujours echoue.
ocr page 322
— 302 —
L'infcction naturelle resultcrait de l'ingcstion de chaume de blc altere. Chez le boeuf, la maladic coustitucrait une septicemie, accompagnee d'un catanhe intestinal excessivement violent. D'aprcs Billings, les chevaux, les moutons et les chevres pourraient s'in-fecter dans les memes conditions que les bceufs. La maladic n'est pas transmissible du breuf au bocuf.
S 9-
Pleuropneumonie septique des veaux.
Sous le nom dc pleuropneumonie septique, PoELS a döerit une affection des veaux qui existe en Hollandc et qui offre line grandc analogic avee la pleuropneumonie du betail, mais qui sen distingue principalcment par 1c microorganismc qui en est le facteur ctiologiquc. On observe, en effet, dans tous les or-ganes des veaux qui ont succombe ä la maladic un grand nombre de bätonnets ovoides, paraissant echancres en leur milieu, ce qui leur donne l'apparcncc de diplocoques. Quand ils sont colores par les maticres d'aniline, on reconnait que les extrcmites po-laires seules ont pris la coloration. Ils mesurent 0,7 (A a 1,5 \gt;-dc long sur o,3 \gt;. a o,5 \). de large. Le plus souvent ils sont isolcs dans 1c sang, les exsudats ou la scrosite des organcs ; quelquefois ils sont reunis en chainettcs formees de 2, 3 ou 4 elements, rarement d'un plus grand nombre d'articles.
Le bleu do mcthylenc convicnt tout particulierement pour colorer ces microorganism es, qui sc dccolorcnt par la metbodc dc Gram.
Ils sc eultivent aisement ä 370 dans le bouillon de poulet, qui apres six beurcs est devenu trouble; au bout de quelque temps, il se depose au fond du flacon un sediment blanclmtre et 1c liquide reprend sa transparence. Sur agar ä 37quot;, il se forme une colonie blanchätre, brillante et lissc, excessivement mince et nettcment delimitee. En piqüre, on voit apparaitre une trainee blanchätre on plutot jaunätre entouree de petites colonies punc-tifonnes. En strie sur gelatine, la culture prescnte une surface ineguliere, form6e de petites colonies anondies, plus ou moins
ocr page 323
— 3o3 —
isolees au debut, se fusionnant dans la suite. La gelatine n'est pas liqu6fiec. Sur serum, le devcloppement est pen abondant ; il produit une mince coucbc jaunätre. Sur pomme de terra, la culture s'etcnd largement.
Ce microorganisme est pathog^ne pour le lapin, le cobaye, la souris, le veau ct le pore; le mouton et le cbien se mon-trent refractaires.
Les lapins, qui ont recu une injection dc culture dans le poumon, succombent en 12 a 16 licures. A I'autopsie, on constate toujours de la pleuresic et de la pericarditc fibrineusc, ainsi qu'un abondant epanchement dans les cavites pleurales. L'inoculation ä roreille provoque i'galcment de la pneumonia chez cet animal.
Les cobaj'es meuront apres 5o ä 60 hcures, en montrant les memes lesions que les lapins. Les souris inoculecs sous la ])eau perissent aprcs 14 a 18 beures par septicemie.
Un veau, äge de i3 jours, inocule dans la cavite pleurale, mourut aprcs 20 licures, en presentant toutes les lesions qui caracterisent la pleuropneumonie septique. Un veau de 8 scmaines ct une genisse d'un an, inocules, le premier dans la trachee, la seconde dans le poumon droit, succombercnt icspectivcment aprcs 54 ct 66 heurcs avec les meines lesions caractcris-tiques.
Un pore inocule dans le poumon droit devint malade 6 heurcs apres et presenta des symptömes d'affection pneumo-nique; sacrifie six jours npres, il montra une bepalisalion par­tielle du poumon droit; la cavite pleurale droite renfermait une quantite considerable d'un liquide trouble contenant quelques petits flocons fibrineux. Le poumon ct la plcvrc gaudies n'of-fraient guerc d'alterations. Lc poumon droit presentait des alte­rations tres analogues a celles qui accompagnent la Schwcine-seuchc deerite par Schütz.
Jensen a decrit une maladie infectieuse des veaux, qui regne dans le Jutland et qui offre la plus grande ressemblance avec la pleuropneumonie septique de Poels. Elle est döterminee par
ocr page 324
— 3o4 —
un microbe qui possede les meines caracteres morphologiques, qui est pathogene pour les veaux, les lapins et les souris, mais qui, par inoculation sous-cutance, ne determine en general qu'une lesion locale, caractcrisee par uno inflammation purulente, chez le cobaye, 1c pore, la poulc, le pigeon, le cheval et le chien.
Jensen signale en outre ce fait interessant que des poules, qui ont subi l'atteintc du microbe de la maladie des veaux, se montrcnt ensuite rcfractaires contre le cbolera des poules, ce qui denote des affinitcs assez etroites entre ces deux microorga-nismes.
sect; 10. Septicemies des lapins.
Sous la denomination de septicemie des lapins, on range au moins deux affections scptiqucs dont Tune a etö provoqude experimentalement cbez le lapin par Finjection de substances organiques putrefices ou de l'eau de riviere contaminee; eile a 6tc etudiee par Koch et Gaffky. La seconde est une septicdmie spontanee qui a 6te etudiee d'une part par Eberth et Mandry ct d'autre part par Thoinot et Masselin.
La septicemie experimentale est due a des bacilles ovo'ides, dont les extremitcs seules prennent les couleurs d'aniline. C'est bacilles mesurcnt 1,4 \i. de long sur 0,6 igt;. a 0,7 \t. de large; ils ne se colorent pas par la methode de Guam; ils sont im­mobiles et se pr6sentent le plus sou vent isolös, quelquefois reunis deux a deux.
Ils se cultivent aisement dans le bouillon, la gdlatine, I'agar, le serum. Sur plaque de gelatine, on observe apres trois jours de petites colonies blanchatres, arrondies, nettement delimitees, foncees au centre, jaune clair a la peripherie. Avec le temps cette difference d'aspect du centre et de la pöripherie donne ä la colonie I'aspect d'un petit disque form6 de deux couches con-centriques. Par piqure dans la gelatine, la culture se montre sous forme d'un mince enduit le long du trajet de l'aiguille,
ocr page 325
— 3oS
fig. 42. En stric, il se forme uno couche mince, peu öpaisse, #9632;k holds sinueux, La gelatine n'est pas liquefiee. Sur I'agar et le serum, les cultures sont scmblablcs a cellos qui sont faites sur gelatine. Sur pomme do terre, la culture ne reussit qu'ä 280 ou 3o0 : il sc produit alors des colonies grisätres, brillantes, legerement proemincntes, autour desquelles la
pomme de terre prend une tcinte grise. Dans le bouillon, il sc forme un trouble diffus. Cc microorganisme est aerobic. Inocule au lapin en quantitc minime, il determine la mort apres 16 ä 20 heures avec une hypothermia sensible et quelquefois des acces tdtaniques. A I'autopsie, on constate la tumefaction dc la rate et des ganglions lym-phatiques. Les bacilles se rencontrent dans le sang et dans tons les organes.
Ces microbes sont cgalement pathogencs pour les souris, les moineaux, les pigeons, les poulcs. Les cbiens ne succombent qua I'ino-
Fig. 42. — Bacilles de la scpticemie ex-pdrimentnle des la-pins. Culture par pi-qüre duns la gelatine, ä la temperat. ordi­naire, apres 4 jours.
culation dc fortes doses avee un oedeme 6ten-du de tout le tissu conjonctif; ils sont insen­sibles a. de faiblcs inoculations. Les cobayes et les rats blancs se sont montr6s refractaircs. Le pore presente un simple abces local (Hueppe).
D'aprcs Bunzl-Federn, le virus dc la septicö-mie des lapins aurait sur le pore la meine action quo 1c virus attenud de la Scbvveineseuche,
Dans la septicemic spontanec, EbERTH et Mandry ont signale des bätonnets ovo'ides, mobiles, dans le sang et la scrosit6 des organes. Ces bätonnets se colorent aux extremites, mais ne prennent pas 1c Gram.
Sur des milieux ncutrcs, ils perdent rapidement leur vitalitc ; les milieux alcalins leur conviennent mieux : les cultures sont plus abondantes et se conservent longtemps. Sur agar, il se tonne, le long de la stric, au bout do 24 heures, une couche Unfaire,
SI
ocr page 326
— 3o6 --
peu pro^minente, a bords r6gulieis; en piqiire, on observe une trainee 1c long du trajet de l'aiguille et un enduit gris sur tonte la surface. Sur gelatine courbec, apres 48 heures, on voit des colonies epaisses, grises, brillantes, a. surface plus ou moins ir-reguliere, ä bords sinucux; en piqiire, il sc forme une trainee granuleuse et a la surface une petite colonie qui s'etend pen ä pen; en plaques, on observe a partir du deuxieme jour des co­lonies arrondies, grisätres. La gelatine n'est pas liquefiee. Dans le bouillon, il se pioduit un trouble diffus qui sc depose au fond du llacon, Sur pomme de tcrre, la culture donne lieu u un enduit nuupieux, jaunatre.
Ccs bacillcs sont ties sensibles a la temperature; ils sont tues a 58deg; apres une dcmidicurc; ils resistent mieux au froid et pcuvent supporter une temperature de — 140 pendant line heure. Ce sont des anaerobies facultatifs, mais ils se developpent plus rapidement en presence de l'air. Ils peuvent supporter la dessic-cation pendant 5o jours sans etre tues.
Us sont patliogenes pour les lapins, les cobayes, les souris, les moineaux, les pigeons el les ponies. C'hez ces divers animaux, ils ne sont nocifs qua dose relativement elcvee et provoquent la mort par scpticemic, sans determiner de reaction locale, sauf chez le lapin. Cbcz ce dernier animal, inocule sous la peau, 11 produit une inflammation locale; la mort survient ä la suite de peritonite, de pericardite et de pleuresie. L'injcction intra-peritoneale est egalement inoitclle; I'inoculatioil intracorneenne determine une conjonctivite et une keratite, qui se terminent par la gu^rison. Les essais d'infection par Ingestion sont rest6s sans resultat.
Une premiere atteinte ne conlerc pas rimmunite.
Le bacille de la septicemic spontanee des lapins, döerit par Ebekth ct Mandky, parait avoir dejä ete signale par Smith. Thoixot et Masselin ont decrit egalement une septicemic spoil-tan6e des lapins qui ne differe de la precedente que par quel-ques details dans les proprietes morphologiques et biologiques de l'organisme dont ils ont fait l'ötude,
ocr page 327
3o7
sect; ii. Kpiiootie des furets.
Cette affection a 6t6 6tudiee par Ederth et Schimmeluusch ;
eile est dütenninee par un bacille ovo'ulc, fig. 43, deux fois
aussi long que large, mobile, sc colorant aux * • ** * laquo;raquo; exticmitcs seulcment par le bleu de LÖFFLER,
' ^ jnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; se decolorant par la methode dc Gram. II
cxiste dans 1c sang, dans les poumons, le foie et la rate.
[•quot;ig. 43. — Bacil
II se devcloppe rapidement sur l'agar ä
les del'epizooiiedes 37deg;, en dormant une culture blancMtre rcsscm-furets, pris iians le yant ^ la p0rceiaine. cll piqfire dans l'agar,
poutnon.
il forme ä la surface un revctement blanc bril­lant, a rcbords irreguliors; le long du trajet de l'aiguille, il sc produit une trainee irrc%uliöre granuleuse.
Sur gelatine, le developpement est plus lent. Par piqure, il se forme ä la surface une culture analogue ä celle sur agar; le long du trajet dc laiguille, on voit ties colonies globuleuses, separecs les unes des autres, a partir desquels la gelatine se fendillc latcralcment, cc qui temoigne d'un leger degagement gazeux. La gelatine n'est pas liquefiec.
Dans le bouillon, on voit apparaitro un trouble diffus; sur pomme de tcrre, la culture donne lieu ä un revetement abon-dant, jaunatrc, muqucux et 6pais.
Le bacille de lepizootic des furets est tres sensible vis-a-vis de la chaleur; il supporte plus aiscment des temperatures infericures quo l'action de 550-6o0 pendant 2 hcurcs. II est anae­robic facultatif, mais il pullule plus activement en presence de I'air qu'en son absence.
Ce micioorganismc est pathogene pour le moineau; les pi­geons paraissent moins sensibles a son action et les poules s'y montrcnt absolument refractaires. Les moineaux succombent en 24 ou 36 heures avec de la plcuresie et de la pericarditc purulentcs, et l'abct'dalion du point d'inoculation. Les pigeons mcurent, les uns en 24 ou 48 heures, les autres apres 5, 7 ou 14 jours; d'autres encore restent bicn portants.
ocr page 328
.raquo; 3o8 —
L'inoculation cutanöe ou sous-cutan6e chcz le lapin provo-quo une inflammation oxcessivcmcnt vive, qui ne se transforme pas en unc affection generalisec. Inocule a I'oeil, il produit une keratite compliquße de conjonctivile. L'injection intraveineuse de bouillon do culture entraine la mort par septicemie; l'injec­tion intratracheale ne produit aueun resultat. L'infectlon du lapin ne s'eflectuc pas par injection do culture.
Lc cobaye, inocule ä la cornce, presenta unc keratite pas-sagcre; inocule sous la peau, il n'offrlt aucune indisposition.
L'inoculation sous-cutanec du furel fut suivie d'unc suppu­ration abondante, a laqucllc I'animal succomba aprcs 46 heures. • L'infection du furet par inhalation ou par Ingestion de produits virulents ne reussit pas.
D'apres unc observation faite sur le lapin, une premiere attcinte dc la maladic ne con fere pas Fimmunite contre le ba-cillc. Deux lapins, qui avaient ete inocules sous la peau du ecu ct qui avaient prcsente une inflammation erysipelateuse, furent, apres guerison, inocules de nouveau ä la cornee; ils pr6-sentd'rent l'un et l'autre aprcs 24 heures une keratite plus violente peut-etre quo colic qu'on observe d'ordinaire.
sect; 12. Cholera des pottles.
Lo microbe du cholora clos ponies parait avoir 6[6 observe
pour la premiere fois par Perroncito. II a etc otudie ensuite
par Toussaint, Pasteur, Salmon, etc.
II a etamp; docrit par cos premiers auteurs
' '\'.. .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;comma appartenant au groupo des microcoques;
•* *. • . depuis on a rccomm, au moyen dc forts grossis-'•* * * ^ raquo;** ' \ .; , •nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;sements, que ce sont dc v^ritablcs bacilles, me-
surant 1 [i. a 1,2 [/. do long sur o,25 [/. do large. Fig. 44. — Mi- ^ .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ...nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; , • 1nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.1
crobesducholera 0n lcs tlouvc lsoles 0U lcUnlS dcUX a deUX' S1-des poules, pro- mulant des diplocoques, fig. 44. Traitos par lcs
venant du sang mat}^reg d'anilinc, ils prösentent les poles colores de pigeon.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.
separes par unc zone modiane mcolore ; ils prcn-
nent tres facilement les diverses couleurs d'aniline et principa-
ocr page 329
— Sog —
lenient la solution de Lceffler ; ils se d6colorent par les me-thodes de Gram et de Weigert.
Toussaint fut le premier qui rcussit a obtenir des cultures pures dans l'urine ncutralisöe; Pasteur cultiva le meme microor-ganisme dans le bouillon de poule neutralise. Le microbe du cholöra aviaire est aerobic; bien qu'il ne supporte que des quan­tity minimes d'oxygene, il nc se döveloppe guere en I'absencc de ce gaz.
Sur plaque de gelatine, il donne naissance, des Ic second jour, ä de petites colonies punctiformes blanc-jaunätres, qui n'ar-rivent que lentement ä la surface; ces colonies s'y etalent sous forme de petits disques jaunätres, finement granules, nettement d61imites et ä contours le plus souvent irnJguliers. Le centre est clair et la peripherie est formee d'unc zone brunätre, ä la-quelle fait suite une bände plus claire. Les colonies pr^sentent ainsi des zones concentriques ties apparentes. En piqüre sur gelatine, il se forme le long du trajet de l'aiguille de petites colonies spli6riques, plus on moins confluentes, formant ainsi une trainde blanche, delicate; ä la surface, apparait un leger revetcment ä bords irreguliers, blanchätre et un peu transparent. La gelatine n'est pas liquofiec, Sur agar, on Finoculant par atrie, on obtient un d6veloppcment semblable.
Sur sörum, on voit apparaitre une mince couebe blanchätre; sur pomme de terre, ä la temperature de 28quot;, il se developpe une couche cireuse, transparente, grisatre, peu proeminente (Flügge). Le microbe du cholera des poules vegete egalement sur le blanc d'oeuf cuit, mais pas dans l'eau de levurc (Pasteur).
II conserve, meme pendant trois mois, sa vitalite et sa vi­rulence dans des cultures impures, en association avec divers autres microbes; il resiste dgalement bien a la congelation et ä la pu­trefaction, mais il meurt rapidement par la dessiccation; il lie donne pas naissance ä des spores. La virulence est attenuee dejä ä 450-460 apres une demi-heure; la mort survient aprcs 5-io minutes ä 800, 85deg; et go0.
Le microbe du cholera des poules existc dans le sang, dans le contenu intestinal, dans les ceufs des animaux malades. II
ocr page 330
#9632;
—. 3io —
sc rencontre aussl dans loan et dans 1c sol. II cst pathogene pour tons les oisoaux domestiques : las poules des races indi­genes et exotiques, les dindons, les faisans, les canards, les oies, les pigeons, les passeieaux ct les divers oiseaux de vollere. En outre, les lapins ct les souris blanches sont particulierement sensibles a cc microorganismc. L'infcction peut se produire ä la faveur d'unc lesion cutancc, par inoculation cutance, sous-cutan6e et corneenne et par Ingestion do produits virulents.
L'inoculation experimentale chez les oiseaux se fait dans le tissu conjonctif sous-cutane qui recouvre la masse musculaire pectorale. Chez le pigeon, on voit apparaitre une tumefaction locale; la surface du muscle est recouverte d'un exsudat jaunatre, 1c muscle lui-mCmc a su.bi une induration jaunatre, nettement limitee autour du point d'inoculation. Chez la poulc, le muscle sc tumdfie, s'indure et blanchit; la partie altcree se separe de la partie saine par une membrane de nouvelle formation et con-stitue un sequestre de tissu mortifie.
Chez les lapins, la mort survient dans les 24 heures par septicemie. II en est de memo pour les souris. Mais chez les coba3'cs, l'inoculation sous-cutance no donne naissance qu'a un abces local plus ou moins volumineux, qui s'ouvre ä l'extcrieur sans incommoder autrcment 1'animal. Le cheval et le mouton se comportent do la meine manicre vis-ä-vis du bacille du cholera des poules. Ce microbe, injecte dans le canal galacto-phore dc la vache, determine une mammite catarrhale (Kitt). Les chiens et les chats peuvent impunement consommer les cadavres d'oiscaux qui ont succombf! au cholera. Applique sur des blessures de la peau chez Fhomme, le microbe parait pou-voir developper un leger abces. L'ingestion d'oiscaux atteints de la maladic parait le plus souvent n'offrir aucun danger pour rhomme.
Pasteur a observ6 quo des cultures faites dans du bouillon dc poules et maintonues longtemps on presence de rox3'gcne perdent leur virulence. L'inoculation d'un dc ces bouillons atte-nues ne determine plus la mort chez la poule, mais lui donne
ocr page 331
— 3ii —
une affection passagöre plus ou moins grave, a la suite do la-quelle l'animal prösente rimmunitc pour les produits viiulcnts. Ces cultures attenuees oxcrccnt done unc action vaccinantc. Pasteur a attribue ä l'influence de l'oxygenc cet effet atiönua-teur, car il a pu conservcr pendant un temps ties long des cultures virulentes ä l'abri de l'air.
Les cultures attenuöes peuvent recup6re,r leur virulence en passant par l'organistne du moineau; au bout de cinq ou six passages, le virus vaccinal est redevenu mortel pour les ponies.
Le microbe du cholera aviaire parait agir par 1'intcrmediaire de ses produits solubles. Pasteur a montre qu'en filtrant un bouillon de culture sur porcelainc ct en injectant ce liquide a unc poule, on provoque chez celle-ci certains des phenomenes pathologiques qui accompagnent la maladie naturelle (peloton-nement, somnolence, inappetence, etc.). Mais ces phenomönes sont moins graves que dans l'inoculation des bacilles eux-memes et ils ne tardent pas ä s'amender. Les bacilles secretent une substance narcotique, qui parait independante de la substance toxique ou vaccinante, car Pasteur a prouve quo la culture filtrec endort les poules vaceinees, completcment refractaires aux inoculations les plus virulentes.
Cornii. et Toupet out c'tudie unc maladie infectieuse qui sevissait sur les canards du Jardin d'acclimatation ä Paris et qu'il Importe de rapprocher du cholera des poules, a raison des- nombreuses analogies quelle presente avec cctte derniere affection.
Elle est determinee par de petits bätoniiets ovoi'des, ne se colorant qu'aux extremites, et mesurant I ;j. a 1,5 |A ou 2 lt;gt;. de long sur o,5 [i. de large. Ils se eolorent par les couleurs d'ani-line ordinaires, mais se decolorent par la methode de Gram, de Weigert et de Kühne. Ces microorganismes existent en abon-dance dans le sang du coeur, du foie, de la rate, dans la modle des os, dans l'intestin, etc. Ils se eultivent sur la gelatine, l'agar glycerine et la pomme de terre.
Inocul6s par piqüre dans la gelatine, ils ferment, des le
ocr page 332
— 3l2 —
second jour, unc colonie superficielle, mince et grisc, et le long du trajct dc I'aiguille on voit apparaltre de petits grains semi-transparents, jaunätres, arrondis, plus ou moins nombreux. A la loupe, on distingue en outre autour dc ces granulations une in­finite d'autres pctites colonies spheriques, grenues et commc pul-vcrulentes. La gelatine n'cst pas liquefiee.
Sur agar ensemcncc par strie et place ä l'etuve ä 38deg;, on voit, dejä aprcs douze heures, le long de la strie, des colonies transparentes arrondies, lenticulaires, ayant l'aspect cireux ä peine jaunätre. Ces colonies peuvcnt atteindre deux ou trois millimetres.
Sur pomme de terre, il apparait des colonies lenticulaires, jaunätres, qui s'unissent en une plaque ä bords festonnes. La coloration jaune s'accusc davantage alors et pent devenir jaunc fonce, cbamois. La partic de la pomme de terre qui entoure la plaque offre une teinte violacöe qui devient rouge brun plus tard.
Dans le bouillon, il se produit au sein du liquide un trouble pulverulent tres accentue ct a la surface des pellicules blanchatres qui ne tardent pas ä tomber an fond du vase.
D'aprcs cela, le microbe du cholera des canards fournit des colonies plus volumineuses que celui du cholera des poules.
Cornil ct TOUPET ont reussi I'infcction experimentale du ca­nard en lui faisant ingerer de la patec de son, ä laquelle etait melde une culture virulente. L'animal a contracts ainsi une af­fection identique ä la maladie spontanee. L'infection expörimen-tale s'obtient cgalcment par I'inoculation dans le tissu conjonctif sous-cutanc. Les canards domestiques succombent ainsi en 3o ou 48 heures, avec un cedeme inflammatoire et une alteration du pectoral analogue ä celle qu'on observe ä la suite do I'inocula­tion du microbe du cholera aviaire.
Le microbe du cholöra des canards est pathogene pour les sarcelles, les canards siffleurs, les canards pilets, les lapins. Ces derniers animaux ne sont tues que par de hautes doses de cul­ture virulente (2 cc). Les poules et les pigeons possedent une immunitö complete pour le microbe du chol6ra des canards. Ce microorganisme parait s'attönuer en passant par rorganisme du canard pilot.
ocr page 333
— 3i3 —
Le virus du cholera des canards scmble moins actif que celui du cholera aviaire. Aussi peut-on se demander si le pre­mier n'est pas une variöte affaiblie du second. Les essais de vaccination centre le cholera aviaire des poules et des pigeons avec le virus du cholera des canards n'ont pas donne de rösultats.
Rieck a etudi6 une affection des canaris determinöe par un microbe ressemblant beaucoup a celui du cholera des poules. II en diffcre par des dimensions plus considerables, I,a ^ ä 2,5 |j.. II existe dans le sang et dans les parties necrosees du foie; il se colore par les matieres d'aniline, mais sc dccolorc par les methodes de Gram et de Weigert. Dans la gelatine, il donne des cultures sur plaques on par piqüre, en tout sem-blables ä celles du cholera des poules, toutefois le developpcment est plus rapide et plus abondant, Sur pomme de terre, ä la temperature ordinaire et a 35deg;, il forme un revetement jaunätre tres considerable. La congelation a #9632;—#9632;io0 et —150 pendant 36 heures le tue, aussi bien que le chauffage ä ioo0 pendant 5 minutes. Cultive ä l'abri de l'air, il conserve sa vitalitö ct sa virulence, ce qui le distingue du microbe du cholera aviaire ; de plus, il est done do mouvements. II est pathogene pour les souris, qui succombent a l'inoculation cutanee et sous-cutan6e et a l'ingestion de produits virulents; le chien no s'infecte pas par la voie digestive.
Dans une affection, la Grouse-disease, qui regne en Anglcterre parmi les lagopedes (LagopHs scoticus), Klein a decrit une espece microbienne qui se prüsentc sous la forme delemcnts tantot arrondis ou ovoi'des, tantot nettement bacillaires; ce sont de courts bätonnets qui sc rencontrent dans les poumons et le foie des oiscaux qui ont succombe ä la inaladie.
#9632; Ensemences sur la gelatine, ils donncnt naissance a de petites lamelles, transparentes, visibles a la loupe apr6,s 24 hcurcs ä 200; apres deux ou trois jours, cos colonies se sont etendues et finissent par se fusionner; leur forme est plus ou moins irröguliere, lobee; a la lumierc incidentc, elles apparaissent grisätres, brillantes. En strie, ils forment le long du trajet de
ocr page 334
— 3i4 —
l'aiguille un rcvetement ä bords festonnös, Ils so döveloppent ugalement sur I'agar a 360-370 et y forment au bout clc 2 ä 3 jours uno couclic grisatre, mince, sccho. Dans le bouillon alcalinisö, il so produit un trouble qui se depose au fond du ballon sous fonno d'un södiment pulverulent, grisatre.
Ces mici'oorganismes sont pathog^nes pour les souris blanches et les cobayes, pns pour les ])oulos, les pigeons et les lapins. Los souris et los cobayes montrent ä l'autopsie l'hyperhemie des poumons, du foio et dos capsules surrenales; le p6ritoine est injecto.
Les bruants ct les verdiors meureut egalement ä la suite de l'inoculatioii sous-cutanöe et presentent les memes alterations que les lagopedes qui ont suecombö ä la maladie naturelle. Les moineaux sont, au contraire, completcmont rcfractaires. L'infcction par la \ioio digestive n'a pas rcussi avec les bruants et les ver-diers. Le sang dc ces animaux est aussi virulent que celui des lagopedes; celui des souris parait affaibli pour les bruants et les verdiers.
La virulence des cultures s'attenue assez rapidement; mais il est possible de la retablir en transportant le virus dans du bouillon alcalinise, additionne dune petite quantitd de blanc d'ocuf.
Le microbe de la grouse-disease est differont do celui du cholera des poules; mais les differences qui existent entro ces deux cspoces ne sont pas süffisantes pour les scparer complete-ment; on doit les considercr plutöt comme deux especes pos-sedant dos affinites assez etroites,
II importo peut-ötre aussi de rapprocher du cholera des poules, les affections diarrhöiqucs etudiöes par Klein, d'une part, et par LuCET, d'autre part, Klein a signale un bacille, auquel il a donno le 110m do Bacillus gnllimmm. Co microorganisme, qui est immobile et se rencontre dans le sang du cceur el dans la rate tumefioe, so distingue, du microbe du cholera aviaire par dos dimensions plus considerables et son innocuite a I'egard des lapins. II se cultive aisement sur gelatine qu'il ne liquefie pas; il no se developpe pas sur pommc dc tone. Inoculö ä la
ocr page 335
— 3i5 —
poulc, il reproduit la tnaladie naturelle; les pigeons et les lapins sont refractairos. Klein cst parvenu a attünuer la virulence des cultures; il a obtenu ce resultat en chauffunt pendant 20 minutes a 55deg;. Des poulcs inoculees aveo des cultures attcnuees se sont montrees legerement indisposees ot out pu supporter ensuite sans inconvenient I'iuoculation de liautcs doses de produits virulonts; elles avaient acquis une complete immunite.
L'affection etudiee par Lucet cst due egalcmcnt a un ba-cille, qui ne difförc du Bacillus gaUinarunt quo parcc qu'il est egalement pathogene pour les dindes et qu'en general il se montre moins virulent quo le bacille de Klein,
Etude comparative des divers microorganismes reunis dans le groupe des microbes des septicemies hemorrhagiques.
Maintenant que l'6tude a ete faite des diverses especes mi-crobiennes, auxquellcs 11 faut rapporter les affections cpidemiques qui sevissent sur les pores, les boeufs, les veaux, le gibier, les moutons, les lapins, les furcts et les oiscaux, affections qui out etc observees et decrites dans divers pays, et quo HuEPPE a propose de reunir dans un meme groupe sous la denomination generale de septicemies hemorrbagiques, il convient de jeter Uli coup d'oeil d'ensemble sur ccs multiples observations et d'y re-chercher la solution a\ix questions posees par HUEPPE : ces affections sont-elles dcterminees par une seule et meine espece microbienne ou par autant d'especes speciales qu'il y a d'affec-tions? Les differences quo Ton a observees dans les proprictes biologiques et palbogeniques des differents facteurs microbiens doivent-elles itre rapportees anx influences multiples excretes par les divers organismes infectes sur un facteur unique OU a des caraetöres sp6cifiques differentiels propres a chaeun des microorganismes etudies ? HuEPPE a cm pouvoir se prononcer pour l'unicite du facteur pathogene; pour lui, les differences que Ton a observees doivent ehe attributes a ties degres divers de virulence d'une seule ct meme espece microbienne.
ocr page 336
— 3:6 —
Toutefois, il scmblc resultcr d'observations plus rigoureuses et plus precises qui ont amp;e faites pour resoudre cette question par Raccugi.ia, Caneva, Frosch, Bunzl-Federn, etc., que I'opi-nion admise par HUEPPE est trop radicale et que la v^rite se trouveiait dans une opinion mixte, d'apres laquelle ccs affections pourraient etre reparties, au point de vue etiologique, en trois groupes, dont chaque reprcsentant aurait comme facteur etioloquot; gique un microorganisme qui presenterait les plus grandes ana­logies, sinon une identite complete, avec les facteurs des autres affections du meme groupe.
Dans un premier groupe, on pent ranger les affections suivantes :
Witdseiiche,
Rinderseuche,
Schweineseuche,
Bavhone des bußes,
Cholera des poules,
Septicemie des lapins (Koch-Gaffky),
Toutes ces affections sent determinees par des bacteriens im­mobiles, qui, cultives dans la lait, n'y determinent aucune mo­dification, sauf dans le cas du cbolera des poules et de la septicemie dos lapins, ou on constate la coagulation. Ces micro-organismes modifient la reaction du milieu qui devient acide, mais faiblement dans les quatre premieres maladies, plus inten-sement dans les deux dernicres. Us ne sc cultivent pas sur pomme de terre, sauf les microbes du cholera des poules et de la sep­ticemie des lapins. Bien que dans ccs deux dernieres affections, les microorganismes scmblcnt sc comportcr differemment de ceux qu'on observe dans les autres maladies de ce groupe, il n'y a pas lieu do les en separer, car il a ete etabli que le virus de celles-la vaccine contrc le virus de celles-ci, et reciproquement; ce qui tend ä 6tablir une affmitc ties etroite cntre ccs divers microorganismes. Les differences constatecs resultent probablement dans des degrcs divers de -vitalitc de ces microbes. Cultives dans une solution do peptone, ils fournissent tons du phenol et de l'indol, sauf toutefois le microbe du barbone qui ne fournit pas
ocr page 337
sir
de pMnol (Lewandowsky), Enfin introduits dans I'organisme, ils se repandent tons dans les vaisseaux et au sein meine des tissus.
Dans un deiudeme groups, se rangent les maladies suivantes :
Epizootic des porcs de Marseille,
Maladie des fur eis,
Septicemie spontanee des lapins (EßERTH et Mandry).
Ces trois maladies sont provoquees par des bacteiiens mo­biles qui, eultives dans le lait, le font cailler cn rendant forte-ment aeide la reaction du milieu. Ces microbes vegelcnt ais6-ment sur pomme de terre, oü ils fonnent rapidement un reve-tement regulier et brunatre. Cultives dans unc solution de peptone, ils fournissent du phenol et de l'indol. Lorsqu'on les injeetc dans I'organisme, ils fonnent de petites embolies capillaires, mais ne se repandent pas au sein meine des tissus.
Enfin dans le troisieinc groupe, on a reunit :
Hog-cholera (Salmon),
Swine-plague (Billings),
Svinpest (Selander).
Les bacteriens qu'on rencontre dans ces affections sont mo­biles, mais, cultives dans le lait, ils determinent non plus la coagulation de la caseine, mais la peptonisation; cn outre, au lieu de rendre le milieu acide, ils le rendent fortement alcalin. Ils poussent abondamment sur pomme de terre; dans unc solu­tion de peptone, ils ne forment ni phenol ni indol. Dans I'orga­nisme, ils determinent de petites embolies capillaires, mais no se repandent pas dans les tissus.
La composition de ces trois divisions, teile qu'cllc vient d'etre exposee, a etc etablie principalement par les travaux de Caneva et de Bunzl-Federn. II ne sera pas difficile de com­pleter ces groupes et d'y introduire les diverses autres affections dont letude a ete faite dans ce chapitre et dont les aflinitcs ont ete indiquees avec I'unc ou l'autre des maladies principales, dont Caneva et Bunzl-Federn se sont plus paiticulierement oc-cupös. S'il en est encore quelques-uncs dont la position systcma-tique n'est pas nettement determinec dans cette classification, il
ocr page 338
— 3i8 —
n'est pas douteux que des observations nouvelles vlendront bientöt pröciser davantage leurs relations avcc les autres affections de la classe des septicemies hemoiThagiquos.
Litterature : HUBPFB, Ueber die Wildseuche mid Hire Bedeutung für Nationalökonomie und Hygiene; Beil. klin. Wochenschr., iSSh. — Schütz, Ueber die Schweineseuchet Arb, a. d. k. Ges.-Amte, 1886. — Bleich et [#9632;'iedelek, Beitrag ,-///#9632; Kenntniss der Schweineseuche; Zeitschr. f. Hyg., VI, 1889. — Fiedeler et Bleisch, Die Schweineseuche in Kri(anowitf\ Arch. f. wiss, u prakt. Thieiheilk., XV, 188g, — Cornil et Chantemesse, La pneumo-entcrite des pores; Compt rend, 1887; Compt. rend. Soc. Biol., i887j Le Bullet, medical, 1887, et Journ. de l'anat. et de la physiol. norm et path., etc., XXIV, 1888. — Cornii. et Chantemesse, Sur les proprietes biologiques et I'attenuation du virus de la pneuinnentcrite des porc.i; Compt. rend., t. 101'), 1888. — Metchnikoff, Elude sur l'immuiutc; 5raquo; Mem.; Ann. Inst. Pasteur, VI, i8,)2. — Rietsch et Jobert, L'cpidemie des porcs ä Marseille en 1887; Compt. rend., t. 106, 1888. — Galtier, Delennination des esp'eees animates aptes ä contraeter par contagion sponlance et par inoculation, la pneuino-enlerite infectieuse eonsideree jusqu'ä present comme une maladle speeiale des porcs; Compt. rend , t. 108, 1889. - Galtier, De la pneumo-enlcrite du moulon ; Journ. de med. veter. et de zootochnie de Lyon, 1889 et 1890. — Fouque, Sur le develuppcment et la marche de la pncmnoiiie eontagieuse des porcs dans le Midi; Compt. rend., t. 106, 1888. — Salmon, On Swine-Plague; Second annual Report ot the Bureau of animal industry for the year 188S, Washington, 1886. — Salmon, Investigations of Swine-diseases ;Hog-Cholera and Infectious pneumonia in swine [Swine-Plagiie|); Report of the Commissioner of Agricultur for the year 1880, Washington, 1887, — Smith, Zur Kenntniss des Ilogcliolerabacillus; Centrbl. f Bakter. U. Parasltenk., IX, 1891. — Smith, Observations on the variability of disease germs; New-York med, Journ, 1890. - ScHWBINlTZ, A preliminary study of the ptomaines from the cnltiire liquids of the Ilog-eholera germ; Phila­delphia med. News, 1890, et American veterinary Review, 1890. — Now, The toxic products of the bacillus of hogcholera ; Philadelphia med. News, 18(10.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Sciiweinitz, Journal of the american chemical Society, i8go —
Klein, Virchow's Archiv, 95. — Hillings. Sivine-plaguc, with especial refe­rence to the porcine pests of the world. An etiological, patho-aiiatomical, prophylactic and critical contribution to general pathology and state medicine. Lincoln, 1888. — Sklander, Ueber die Bakterien der Schweinepest; Centrbl. f, Bakter. u. Parasitenk , III, 1888, et Contribution ä l'ctude de la maladie infectieuse des porcs, connue sous les noms de Hog cholera, Svinpest, Pneumo-entcrite infectieuse; Ann. lust. Pasteur, IV, 1890, — Schütz, llie Schweine­pest in Danemark; Arch f. wiss. u. prakt. Thierheilk., 1888. — Kitt,
ocr page 339
Sig
Uebev eine experimentelle der Rinderseuche (Bollinger; ähnliehe Infections-krankheit; Sitzungsber. d. Ges. f. Morph. u. Physiol., Münclien, |885, et Notizen über eine der Hindersenclie Bollinger's ähnliche Infeetionskrankheit iSepticämia hetnorrhaglca Hüeppe). — Obeste et Armanni, Stndii e ricerche inlorno al barbonc dei bnffali; Atti del R. Istit. d'incoraggiamento alle scienze naturall, economiche e leenologiche, iiSSy, et SulV attenuttftone del virus del tarbonc; Napoli, 1887. — Billings, The corn-stälk disease in cattle; Inves­tigations, etc., vol. Ill, 1889. — Nocari), Une broncho-pneumonie in/ectieuse des ba'nfs amiricains raquo; The corn-stalk disease raquo;; Rec lie med. v^ter , 1891. — Poki.s, Septische Pleuro-pneuinonie der kaivereni Verslag aan tlen Koning van de beviiidingen en liandelingen van het veeartsenijkundig staatstoezicht in Nederland in hetjaar 1886, vi Septische Pleuro-pneumonie der Kälber; Forlschr. der Med., i88() — Jensen, Om en miltbrandaglig Sygdom bos Ungkveeael', Maanedskrift for Dyrlaeger, I, 1880, et Lieber eine der Kindersenehe ähnliche Kälber-Krankheit; Monatsch. f. prakt. Thierheilk . li, 1890, - Kocn, Zur Untersuchungen der pathngenen Organismen; Miltlieil. a. d Reichsgesund' heitsamte, I, — 1881, Gaffky, Experimentell erzeugte Septikämie, etc.; Mittheil, a. d. Kais Ges. Amte, I, 1881. — Eberth et Mandrv, Die spontane Ka-ninchenseptikäinie, etc.; Vircliowquot;s Archiv, t. m, 1890. — Smith. ,1 con­tribution to the study of the microbe of rabbit septikcemia\ Journ. of comp. med and surgery, VIII, 1887. — THOINOT et Mabsei.in, Scptieemie spon-tanee du lapin ; Precis de microbie medicate et veierinaire, Paris, 1880. — EiJERTU et ScHlMMBLBUSCH, Der /Säcillus der Frettchenseticlic ; 1'ortsch. d. Med., VI, 18S8, et Virchow's Arch., ii5. 1889 — Perroncito, EpifOOtia tifoide nei gallinacei 0 cholera dei polli, 1878; Uebcr das epifootische typhoid der //iiliner; Arch, f. wiss u prakt. Thierheilk., 1870. — T0U88AINT, Compt. rend., 1870, 18S0, 18S1. — Pasteur, Sue le cholera des ponies; Compt. rend., 1880. et Bull, Acad. de m6d., 1880. — Salmon, Report of the com­missioner of agriculture for the years 1881, i88,2, 1884. — Kitt. Beiträge pir Keivitniss der Geflügelcholera und deren Schutzimpfung \ Deutsche Zeitsch, f. Thiermed, U vergl, Path , X11I, 1886, — Cornil et Totjpet, Sur le cho­lera des canards; Bullet Soc. d'acclimat., 1888, et Compt, rend., 1888. — Rieck, Eine infectiosc Erkrankung der Kanarienvogel; Deutsche Zeitschr, f. Thiermed., XV, 188g — Klein, Ueber eilte acute infectiosc Krankheit des sein tuschen Moorhühner ('Lagopus scoticus) et Ein weiterer Beitrag rur Keiintniss des Bacillus der Grouse-disease; Centralbl. f. liakter. 11 Para­sit,, VI, iR8lt;i, et Ein fernerer Beitrag jtir Kenntniss des Bacillus der Grouse-disease; Ibid., VII, 1890. — Klein, Ueber eine epidemische Krankheit der Hühner, verursacht durch einen Bacillus, 'Bacillus gallinai nin; Centralbl. f. Bakter. U, Parasit., V, 1889, et Ein weiterer Beitrag für Kenutuiss der mfectiosen Hühner-cnteritis; Ibid , VI, 1889. — Lucet, Dysenterie epi^ootique
ocr page 340
— 320 —
des foulcs et des dindes; Ann. Inst. Pasteur, V, 1891. — Raccuqlia, Ueber die Bakterien der amerikanischen Swinc-Plague (Hog-cholera) und der deutschen Sclnveineseuche; Centralbl. f Bakter. u. Parasitenk , VIII, i8go. — Caneva, Ueber Bakterien der hdmorrhagischen Scplikchnie (HUBPPE), //og--cholera (SalmonJ, Swineplaguc (Billings), Swinepest (SelanderJ , amerik. Rinderseuche (Billings), Büffcheuchc fORKSTE—Armanni), Mai'setlle'sche Schwei­neseuche (Jodert, RiEiscHj; Frettclwnseuclw (Eberth); Centralbl. f. Bakter. u. Parasit , IX, 1891. — Frosch Ein Beitrag ^ur Kenntniss der Ursache der amerikanischen Schweineseuche, etc; Zeitschr. f. Hygiene, IX. 1891. — Bunzl-Fedekn, Untersuchungen über einige seuc/ienartige Erkrankungen der Schweine\ Arch. f. Hygiene, XII, i^'gi. — Lewandovvski, Deutsche med Wochenschr.. 1891, — Bunzl-Federn, Bemerkungen über Wild- und Sc/iwei-neseuche; Centralbl. f. Bakter. u. Parasitenk,, IX, 189:,
CHAPITRE XVI. Etude microbiologique des affections typhoides.
En pathologic veterinaire on a range, sous la rubrique de maladies typlio'ides ou de typhus, diverses affections observ6es chez les differcnts animaux domestiques. Aucunc de ces affections n'est assimilable ä la dothienenterie huiuaine, car aucune d'clles n'est determinec par le bacille typhique d'EsERTH. Ce micro-organismc ne se rencontre jamais chez les animaux et il est tres difficile de provoquer chez eux, par 1'injcction experimentale des bacilles typhiques, des alterations analogues a cclles (ju'on observe dans la maladie de l'homme. Lc plus souvent le bacille d'EDERTH ne determine chez les animaux qu'une septicemie mortelle.
Quoi qu'il en soit, nous adoptons les denominations qui ont cours en medecine veterinaire ct nous rtfunissons dans ce cha-pitre l'etude de la fievre typhoVdc ou influenza du cheval, ceUe du t3'phus contagleux du bocuf ou pestc bovine et cello de la maladie du jeune age des chiens et des chats.
sect; 1. Fievre typhdide du cheval.
L'etude microbiologique de cettc affection est fort incomplete; on ne possedc quo quclques observations isolecs absolument in-suffisantes.
ocr page 341
— 321 —
Semmek a signale chez un cheval et trois chiens, ä l'autopsie desquels il avait constate la tumefaction des plaques de Peyer et des follicules solitaires, ainsi que la tumefaction cle la rate chez le cheval, des bacilles courts, epais, immobiles, isoles ou reunis en courts filaments, qui se rencontraient dans le sang et les transsudats. Des rats nourris avec la viande de ce cheval succomberent apres huit jours en piesentant les m6mes lesions. Ce bacille se diffcrencie nettement du bacille d'EuERTH par ses dimensions plus considerables ct son immobility complete; de plus les lesions constatees a l'autopsie ne concordent pas abso-lumcnt avec les alterations de la dothienenterie, puisque la tume­faction de la rate peut faire defaut. Aussi Sbmmer croit pouvoir rapporter les cas observes ä une entente septique, ä une into­xication putride. Dans une publication ulterieure, Semmer declare que dans certains cas d'affections typho'ides des animaux on observe un bacille tres analogue ä celui d'EBERTH, microorga-nisme qu'il cst tente d'identifier avec le bacille typhique.
Dans les lesions du tube digestif des chevaux atteints de typhus, Babes a constate la presence de petits bätonnets, mesurant 0,3-0,4 !xgt; dont les extremites se colorent par les matieres d'aniline. On ob­serve ces mfemes bätonnets dans les petits vaisseaux des organes internes, dans les oedemes et dans les hemorrhagies. Les lapins inocules avec les exsudats de chevaux malades succombent sou-vent et leurs organes rcnferment ces bätonnets, dont la virulence semble s'accroitrc en passant par l'organisme du lapin. Ils pa-raissent agir comme les bacilles de la scpticomie des lapins de Koch. Ils sent pathogenes pour les souris, tandis quo les poules leur resistent quelquefois; celles-ci presentent un scquestre au point d'inoculation. Le cheval inocule meurt par septicemie avec les symptömes ordinaires du typhus, mais sans lesions pul-monaires; quand I'injection cst faito dans le poumon mtune, la mort survient avec des foyers de pneumonic prcsentant de la tendance a se terminer par la gangrene. Pour Babes, la fievre typhoide du cheval rcsullerait de faction dc plusieurs microbes, le bätonnet septique associö tnntöt ä un streptocoque assez viru­lent, tantöt ä des microbes saprogunes.
ocr page 342
322
Perroncito a decrit dans I'exsudat pleuretique, dans le sang du cceur ct dans la rate un bätonnet mesurant 0,4 — 0,7 ]gt;., ne produisant que rarement la tnort chez les lapins et les cobayes. Les cultures sur gelatine et sur agar montrent une analogic ma-noscopique avee les cultures du bacille d'EBERTH. Ce micro-organisme inoculö au cheval reproduit le typhus avec tous les symptömes caracteristiques ; une chevre inoculce tomba egalement malade.
Quoi qu'il en soit de la nature exacte de l'agent virulent de la fievre typhoi'de du cheval, on pout affirmcr qu'il est ab-solument different du bacille typhique d'EBERTH; on n'a pu, en effet, Jamals reconnaitre la presence de ce microorganisme dans les alterations du typhus du cheval (Nocard). Servoles, qui a soutenu l'identitö de l'affection equine et de la maladie humaine, n'a pas etabli son opinion sur des recherches microbiologiques. Actuellement l'opinion de Servoles est absolument abandonnee.
La contagion naturelle se fait probablement par la voie res-piratoire ; la maladie se transmet par contagion directe, quelque-fois par contagion indirecte, par l'intermediaire des personncs, des harnais, de la litiere, etc. Une premiere atteinte de la ma­ladie confere I'iinmunite; celle-ci pent persister pendant longtemps, jusque six annees. L'äne et le mulct peuvent 6galement con-tracter cette affection.
II Importe de rapprocher de la fievre typhoi'de du cheval, une seconde affection qu'on a considcrec comme une varidte du typhus, la fievre p6t6chiale, Morbus maculosus. L'ctiologie de cette maladie est encore inconnue. On ne possede sur cette question qu'une observation isol6e de Dchesch, Get auteur a observe dans la s6rosit6 des tumeurs sous-cutanees et dans le sang un micro-coque affectant le plus souvent la forme d'un diplocoque. Mais l'observation de Dobesch se borne ä cette constatation qui est insuffisante pour ötablir la speeificitö de ce microorganisme.
Enfin pour terminer ce paragraphe concernant les affections typhoi'des du cheval, il suffira de rappeler qu'au chapitre iv, p. 202, nous avons expose 1 etude microbiologique de;: pneumo-
ocr page 343
— 323 —
enteiltes infecticuses des fourrages ou varietös des affections ty-phoides des animaux solipedes (Galtier et Violet). Nous avons pense qu'a raison du caractcre meine de ces affections, il valait mieux les rapprocher des affections pncumoniques ordinaires des animaux domestiqucs et les scparor, au contraire, des affections typlio'idcs pioprement ditcs, avec lesquelles elles n'ont aucun rap­port etiologique.
sect; 2. Feste bovine.
L'ötiologie de la peste bovine ou typhus contagieux du bceuf a fait l'objet de nombreuses observations microbiologiques. Les premiers auteurs qui se sont oecupes de cette question, Semmek, Klebs, Archangelski, Kostitschew, Sowaljeff, ont signalc des microcoques dans le sang, les organes, la salive des animaux atteints par la maladie. Semmek et Archangelsk!, chercherent meine ä etablir la specilicite du microorganisme qu'ils avaient observe et reussirent a le eultiver. D'autre part, Kolesnmkoff trouva des spirilles et des bacilles sporules ; Kostit­schew et Sowaljeff constaterent egalement l'existencc de bacilles.
Tel etait l'etat de la . question, lorsque Metchnikoff et Gamaleia publierent le resultat de leurs reeberebes. D'apres Metchnikoff, dans les lesions de la caillctte, on observe tou-jours une grande quantitc de petits bacilles ovoides, pouvant mfeinc affecter la forme de microcoques, tandis que d'autres peuvent se dcvelopper en longs filaments. Ces bätomiets existent egalement dans le sang des animaux malades. Ils se eultivent sur la gelatine qu'ils ne liquefient pas et sur laquelle ils don-nent des colonies analogues a cclles du bacille typhique, Met­chnikoff n'a pu retrouver dans le sang les streptocoques de Semmer, ni les spirilles de Kolesnikoff.
Gamaleia a reconnu (pie le sang des animaux malades est virulent et qu'il perd cette propriöte en filtrant a travers la porcelaine. A l'aide des cultures sur plaques, il a isol6 les m£mes bätonnel;; que Metchnikoff. Avec le produit de ces
ocr page 344
— 324 —
cultures, il pratiqua des inoculations sur les veaux, chez lesquels il obtint tons les symptömes de la pcste bovine. A Tautopsie de ces animaux, il reconnut les alterations dc la caillette, la tumefaction des plaques de Peye'R et des follicules solitaires. Les lapins se montrerent refractaires a ce microovganisme, tan-dis que les cobayes inoculcs succombcrcnt ;\ la suite d'une af­fection semblable ä la peste bovine.
D'apres Semmer, I'infcction se produit par les voies respi-ratoires. Le virus existe dans tons les organes, dans toutes les excr6tions et toutes les secretions des animaux malades, La transmission dc la maladie pent se faire ainsi par contagion directe et par contagion indirccte. Lc virus est rapiclement tue par la dcssiccation, mais il conserve pendant longtemps toute son activite dans des milieux humides.
La peste bovine, qui sevit principalement sur les bceufs, peut encore atteindre d'autrcs ruminants : cerf, yack, antilope, gazelle, chameau, buffle, aurochs, chevrotain; eile est egalement transmissible au mouton et ä la chevre; on I'a signalee sur le pore sauvage, le sanglier, le pecari et meme les chats et les oiseaux de basse-cour. Les solipedes, les clüens et l'homme pa-raissont absolument refractaires a cctte maladie.
Une premiere atteinte confere rimmunite. On a essayö des inoculations pr6ventives, mais on a du rcnoncer a cette pratique, car eile ne servait qua maintenir et ä etendrc les foyers de contamination. L'opinion, d'apres laquclle lc cow-pox et la fievre aphtheuse pourraient conferer l'immunitÄ contre la peste bovine, est erronee.
*5 3. Maladie des jeunes chiens.
Les premieres observations microbiologiques sur cette affec­tion furent faites par Semmer, qui constata dans les poumons, le sang, la rate, le foie, les reins, etc., de pctits bacilles qu'il considera comme spdcifiqucs. Ensuite, Friedberger, Krajewski, Laossqn, Rabe, Mathis, Marcone et Meloni, Legrain et Jaquot,
ocr page 345
— 325 —
Millais signalerent tantot des microcoques, tantöt des bacilles plus ou moins analogues ä ceux de Semmer, tantot enfin des microcoques et des bacilles associes. Toutes cos observations ne firent en rien progresser nos connaissances sur les caractercs du germe specifique de cette maladie, La specificite des divers mi-croorganismes signales par ces auteurs ne put etre demontree, soit que ces auteurs aient opöre avec des cultures impures, soit que les resultats qu'ils ont obtenus lusscnt peu convaincants.
La question tut alors reprise par Sciiantyr, qui rechercha d'abord a obtenir en culture pure les microcoques obtenus par Sem­mer, Friedbergbr, Kkajrwski, Laosson, Rabe, Mathis, Marcone et Meloni, etc. II reconnut ainsi que ces microcoques correspon-daient an Staphylocoocns pyogenes albus et n'nvaient den de sp6cifique. La presence de ce microorganisme dans le sang et dans les organes internes resulte de l'existence de l'affection pulmonaire purulente qui complique souvent la maladie du jcune age. Schantyr a observe en outre, deux fois le Streptococcus pyogenes, deux fois un autre streptocoque, et une fois un microcoque capsule ana­logue au pneumocoque de Friedlaender, Mais aucun de ces microorganismes n'exercait une action spöcifique sur les jcunes chiens.
D'apres Schantyr, la maladie du jcune age peut etre divi-s6e en trois affections differentes, determinees par trois micro­organismes qui se differencient les uns des autres par leurs caractercs morphologiques et la maniere dont ils se comportent soit dans les milieux de culture, soit dans les organismes des animaux. Ces trois affections sont ; le typhus abdominal du cbien, la maladie du jeune age proprcment elite et la maladie typlioidc du cliien. II Importe de faire letude de ces trois af­fections au point do vue microbiologique.
I. Dans le typhus abdominal du einen, on observe dans le sang, les transsudats, la rate, le foio et les ganglions meson-teriques, do pctits bacilles courts isolcs on rcunis en groupes, mobiles, mesurant 0,7 [i. a 2 |j.. Ces bacilles se cultivent dans
.
ocr page 346
326
le bouillon, la gelatine, I'agav, le samp;TUtn, la pomme de terre. Sur gelatine, on voit se former, apres 36 ä 48 heures, de pe-tites colonies punctiformes grisätrcs, qui s'accroissent et se fu-sionncnt vers le cinquicme ou le sixieme jour. A partir du troisieme jour, on voit apparaitre ä la surface
une couche mince, transparente, grisätre, qui recouvre pen ä peu toute la surface, fig. 45. Sur agar apres 24 heures ä 1'ctuve, il se produit le long de la strie une trainee mince, lactescente, qui s'etend peu a. peu sur les cotes, sans toutefois atteindre los bords du tube. Sur scrum, il se forme un revetement grisätre. Sur pomme de terre, les colonies restent invisibles meme apres plusicurs semaines; la surface de la pomme de terre apparait seu-lement un peu plus humide et plus brillante. Le bouillon se trouble rapidement.
Le bacille du typhus abdominal du chicn
se colore aisement par la fuchsine,quot; mais il se
Fig. 45. — Bacilles du typhus iibdomi-nal du chien Cul-turesurpebitineägee de 8 j. iScHANiYRi.
decolore par la methode de Gram. \
Les cultures fraiches sont les plus viru­lentes, mais elles s'attönuent dcjä apres 18 ä
20 jours; elles ne dcterminent plus alors qu'une indisposition legere, se tcrminant souvent par la guerison. De jeunes chiens inocul6s avec un virus faible acquierent I'immu-.nite contre l'injection ulterieure de cultures virulentes. II n'en est pas de meme des souris et des cobayes qui n'obtiennent pas l'immunitö. Les jeunes chiens sont plus sensibles que les vieux.
L'infection naturelle se produit par I'alluientation : le sue digestif ne detruit pas les germes, comme Schantyr I'a montr6 par ses expöriences. Une infection par la voie respiratoire pent se produire ögalement.
Le microorganisme est ögalement pathogöne pour le chat, le lapin, le cobaye, la souris blanche et le rat, Les chats in-
ocr page 347
#9632;— 327 —
ocules succombent avec les S5'mpt6mes classiques et les lesions caractcristiques de la maladie. II en est de meine des autres animaux d'expenence. Inocule sous la peau, le bacille determine un accident local, sous forme d'un abces, dont le pus contient exclusivemcnt le microbe injecte.
D'apres Schantyk, ce bacille presenterait les plus grandes analogies avec le bacille typhique d'EnERTH; il serait toutefois plus virulent quo celui-ci pour les petits animaux.
II.nbsp; nbsp; nbsp;Dans la maladie du jeune age proprement dite, il existe dans le sang, les transsudats, la rate et les autres orgmes, de petits bacillcs, lögerement recourbes, r6unis en groupes, mesurant de i a 2 {x de long, et souvent reunis deux ä deux.
Ils se colorent bien par toutes les couleurs d'aniline et prennent le Gram , mais ils ne se cultivent pas, ou du moins difficilement, sur les divers milieux de culture ä la temperature ordinaire. A I'ötuve, ä 33deg; ou 35deg;, ils forment dans la gelatine fondue, un trouble nuageux qui se depose au fond du vase. Dans un cas, il se produisit sur l'agar des colonies, dans les-quelles les bacillcs etaient en voie de sporulaüon et qui ont pu 6tre reportees sur serum.
L'inoculation sous-cutance aux jeunes cbiens ne provoque pas d'accident local. Les animaux inocules prirent la maladie et presentcrent les lesions caractcristiques dc la maladie. Les inoculations aux chats et aux cobayes resteient sans resultat.
Des chiens, qui avaient eu le typhus par inoculation, ne furent pas incommodes par l'injection des cultures de cc micro-organisme.
III.nbsp; nbsp; nbsp;L'affection typhoidc du chien est detorminee par de petits bacillcs pen mobiles, quo Ton rencontre agglomeres dans le sang, les transsudats, la rate et le foie; ils presentent bcaucoup d'analogie avec les bacillcs de la maladie du jeune age propre­ment dite, mais ils SOllt plus petits et plus grules quc ceux-ci. Ils se colorent facilement par la fuchsine, los violets de gentianc et de m6thyle, et ne se döcolorent pas par la metbode de Gram.
ocr page 348
— 328 —
Cultivös ä 35deg; ou 37quot; sur agar, ils fonnent apres 48 heures une couche superficielle grisätre qui, cn quelques jours, recouvre toute la surface. Par piqüre, ils forment des colonies blanches qui se l'usionnent rapideinent. Dans la gelatine, le developpe-ment est ties lent; apres deux scmaines, on constate le long de la piqüre de petits points qui grandissent ties lentement et se r6unissent tardivement; ä la surface, lo developpement est in-signifiant. Sur serum de cheval, la culture ne reussit pas. Sur pomme do terre, il se forme une mince couche seche, brunätre.
Inocul6es au chien, les cultures amencrent la mort. Au point d'inoculation, il se produisil un accident local. Le cobaye et le lapin semblent mieux resister au virus. Chez ces animaux, on constate une tumefaction au point d'inoculation, et la gueri-son complete survient au bout de quelques jours.
Les rechcrches de Schantyr etablissant ainsi une division dans la maladie du jcune age meritent confirmation. Mais ce qui est demontre par de multiples observations, e'est que cette affection est ^minemment contagicuse, qu'elle est facilement trans­missible et que 1c virus existe dans tous les produits morbides, dans le contenu de l'diuption, dans la chassie, dans le jetage, dans les produits diairlieiques, ainsi que dans'' le sang.
On possede peu d'observations precises sur le mode exact de l'infection naturelle; il est probable que celleci s'effectue surtout par le contact direct avec les malades. Cette affection parait ne pas rccidiver ; une premiere atteinte procurerait Fimmunite. On a essa3'6 a maintes reprises de conferer l'immunit6 aux chiens en leur inoculant le virus vaccin, mais toutes les tentatives qui ont ete faites dans cette voie cnt echou6.
La maladie des chiens est transmissible au chat, au renard, au loup, ä l'hyene, au chacal et au singe.
L'affection spontanee, qui est connue sous le nom de ma­ladie des chats, est identique a la maladie des chiens, comme Krajewski I'a dcmontr6 en la transportant experimentalement d'une espece a I'autre.
ocr page 349
— Sag —
Littirature : Semmer , Typhus bei Hunden, Pferden und Katzen; Deutsche Zeitschr. f Thiermed. u. vergl. Path., XII, i885, et Zur Frage über das Vorkommen des Typhus bei Thieren; Virchow's Archiv, Bd 112, 1888. — Babes Fi'evre typholde du cheval; Ann Inst, de path, et de bact^r. de Bucarest, I, 1, i8()0. — Perroncito, Giorn. di med. veter. pratica Torino, 1890. — Dobesch, Beitrag jur Behandlung des Morbus maculosus beim Pferde durch Trachealinjection von lodkalium; Monalschr. d. Vereins der Thierilrzte in Oesterr., XI, 1888. — Semmer, lieber die pathologische Ana­tomie der Rinderpest ; Dorpat, 1875, et Ueber Rinderpest und das Rinder-pestkontagium; Revue der Tlerheilk. u Viehzucht, VI, i883. — Semmer et Archangelski, Ueber das Rinderpeslkontagium und dessen Mitigation; Cen-tralbl. f. d. med. Wiss., i883, et Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl. Path., XI, — Klebs, Ueber Organismen bei der Rinderpest, etc. j Tageblatt d. 45. Versamml. deutscher Naturf u. Mrzie, Leipzig. 1872 — Sowaljeff, Archiv f. Velerinärwiss. v. Petersburg, 18841886. — Kolessnikoff, Spirillen bei Rinderpest; Neues a. d. Veterinär Literatur v. Alensejew, Petersburg, 1884. — Metchnikoff, Berieht über die Untersuchungen betreffend das 'Rin-derpestcontagimn; Russknja medicina, 1886; Ref. in Centralbl f. Rakter, u. Parasit., I, 1887. — Gamaleia, Ueber die Experimente qur Erforschung der Rinderpest; Russkaja medicina, 18S6; Ref. in Centralbl. f Bakter. u. Parasit., I, 1887. — Semmer, Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl. Path , 1875. — Friedberger, Die Staupe der Hunde und Katzen; Jahresber. d. Münch. Thierarzneischule, 1884. — Krajewski, Die Staupe, ihre Konta-giositat und Uebertragbarkeit durch Impfung; Revue f. Tliierheilk. u, Vieh­zucht. 1881. — Laosson, Ueber die Geschichte und Konlagiosität der Staupe; Dissert Dorpat, 1882. — Rabe, lieber Bakterien bei Hundestaupe; Wo-chenschr. f. Thierheilk. u. Viehzucht, i883. — Mathis. Journ. de med. v^ter. et de Zootechnie, 1887. — Marcone et Mei.oni, // eimurvo del cane e la sua patogenesi; Giorn. di anat., fisiol. c patol, degli animali, i8(S8, — Legrain et Jaquot, Rec. de med. veter., 1890, — Schantvk, Untersuchungen über die Mikroorganismen der Hundestaupe; Deutsche Zeitschr. f, ThiermeJ. u. vergl. Path., XVIII, 1891.
CHAPITRE XVII.
Etude microbiologique de la morve.
Le microbe de la morve a 6t6 decrit pour la premiere fois par Lceffler et Schütz; il a 6t6 etudic en meme temps par Houchakd, Capitan et Ciiarrin. Los observations de Kitt, de
ocr page 350
33o
Weichselbaum et de Lcefi'ler ont complete ensuite, l'histoire de ce microorganisme.
La morve est determinee par de petits bätonnets isoles, droits ou lögerement incurves, ä extremites arrondies, mobiles,
mesurant 2 ä 5 [j. de long sur o,5 ä 1,4 {x. de large, fig. 46. Ces bacilles ressemblent ainsi beaueoup aux bacilles de la tuberculoso, dont ils ne different
^ -ZK'*]
Fig. 46. —Bacillus mal­lei, provenant d'une cul­ture sur agar glycerinö.
que par ce qu'ils sont un peu plus (hiais. Dans les cultures liquides, ils apparaissent un peu plus gros et plus courts que ceux qui proviennent de cultures sur milieux
solides, principalement sur serum gelati-nis6. Les divers elements se presentent isoles dans les cultures aussi bien que dans los tissus, quelquefois on en rencontre quelques individus assoc'ies deux ä deux; dans les vieilles cul­tures sur pomme de terre, on peut observer de longs filaments possedant 8 a 10 fois la longueur d'un element isole; dans les tissus, les bacilles sont group6s en petils amas.
Les bacilles de la morve se eolorent facilement avec les diverses couleurs d'aniline on solution aqueuse; la coloration est plus vive avec les solutions alcalines, mais eile ne reussit pas par les procedös de Gram et de Weigert; la decoloration se produit en effct avec une excessive facility par tous les agents de decoloration. Sur les bacilles colores, observes avec un fort grossisscment, on distingue une envcloppe clairc, transparente et un protoplasme non homogene, presentant des parties non colorees, principalement accusees dans des preparations provenant de vieilles cultures sur pomme de terre. Certains auteurs ont cru pouvoir attribucr ces espaces clairs ä la presence de spores (Weichselbaum, Rosenthal), mais cettc opinion est fort con-testable.
La coloration des bacilles est encore plus difficile ä obtenir clans les coupes des lesions morveuses, surtout lorsquo ces lesions sont anciennes; pour reussir, il faut recourir au precede de Löffler ou ä celui de Kühne.
ocr page 351
33i
Dans les cas de morve aiguci, les bacilles se montrent uni-formement colorcs; ils ne piesentent des espaces incolores que dans les cas de morve subaigue ; dans las cas de morve chronique, on n'observe plus de bacilles, mais des ölements globulaires (microcoques) qui semblent correspondre aux corpus-cules qu'on rencontre dans les bacilles dans les cas d'affection subaigue. II semble que dans les lesions de la maladie chro­nique, les bacilles se rösolvent en microcoques (Noniewicz). Cast probablcment ä raison dc ce fait que difTerents auteurs ont d6crit I'agent morveux sous la forme de microcoques.
Le bacille de la morve, Bacillus mallei, est un organisme facultativement anaörobie; il se cultive aisement dans les difF6-rents milieux, a la temperature de 37deg; ä 38deg;. Les cultures ne r6ussissent pas ä la temperature ordinaire, a moins d'utiliser des milieux speciaux, I'agar glycerine, l'agar et la glycerine addition-n6s de petit lait ou de blanc d'ocuf (Raskina). Dans les milieux ordinaires, la vegetation ne se produit pas en dessous de 25deg; ni au-dela de 420 ; une temperature de 55deg; detruit la culture.
Sur I'agar ordinaire, il sc forme de petites colonies Isoldes grisätres; sur I'agar additional de petit lait, rensemeacement donne naissance aprös 48 heures ä une couche epaisse d'un blanc mat, qui prend peu ä pen une coloration orangee et puis brune. Sur agar glyc6rin6, le dcveloppement est tres abondant.
Le serum coagule de cbeval ou de mouton constitue un milieu de culture trcs favorable ; on y observe des gouttcs jau-nätres, transparentes, qui deviennent d'un blanc de lait vers le huitieme jour. On obtient une scmblablc culture, mais moins abondante, sur le s6rum de been f.
Dans le bouillon, il se produit apres 48 heures un trouble g6n6ral, qui disparalt en donnant naissance ä un d6p6t consti­tue par une masse muqucuse, blancbatre.
Les cultures sur pomme de tcrrc sont tout particulicrement caracteristiques; la surface sc couvre d'unc mince couche jau-nätre, dont la coloration sc fonce peu ä peu pour prendre une teinte ambree, puis rougeätre rappelant celle du peroxyde de
ocr page 352
— 332 —
cuivre, En mÄtne temps la masse devient opaque et la surface dc la pomme de terre montre une teinte bleu verdätre autour dc la colonie.
Dans les decoctes ou les infusions de foin, de paille, dc furnier de cheval, d'avoine ou de froment, le bacille de la morve ne \eg6te pas.
Le bacille morveux jouit d'une sensibilite ties grande ä I'^gard des agents physiques et chimiques : expose a Fair, il pei'd rapidcment sa virulence dans les secretions des animaux malades; les cultures se conservent plus longtemps, mais elles s'atlvnuent rapidemcnt au contact de l'air, tandis que dans le vide cllcs conservent leur virulence. La chaleur exerce egalement une action ties nuisible : un chauffage a ioo0 pendant 2 minutes ou de 800 pendant i5 minutes suffit pour tuer le microbe. Celui-ci se montre egalement trös sensible a l'action des antiseptiques : il est ddtruit par le sublime au 5oooe et le permanganate de potassium ä 1 pour 100 on 2 minutes, l'acide phenique ä 5 pour 100 en une heure, I'iodoforme en 3 jours, l'acide carbo-nique ä 4 pour 100 en 4 jours, et le sulfate de cuivre ;i 2 pour 100 en 10 jours. Les essences agissent aussi tres intensement : elles peuvent steriliser en i5 ou 35 minutes. La dessiccation, surtout si eile est effectuöc lentement, detruit les bacilles en quelques jours; Lceffler a retrouve cependant des elements vi-rulents dans des humcurs dcssechees depuis trois mois. Dans I'eau, ils peuvent conserver leur virulence pendant i5 a 20 jours; dans des matieres en voie de putrefaction, ils peuvent se con-server pendant 14 a 24 jours.
La morve est une maladie ä peu pies exclusive des equides : cheval, ;\ne, mulet, bardot : les bacilles se reneontrent dans les secretions pathologiques, pus et jetage, dans los lesions morveuses des organes, dans les ulceres, dans los adönites, dans les no­dules des poumons, do la rate, etc.
Le sang des animaux morveux n'est virulent que dans les cas de morve aigue; les muscles, la moollc des os, les serositos des cavites sercuses, la synovie, le sperme et l'ecoulemont ut£ro-
ocr page 353
333 —
vaginal peuvent etre virulents egalement, soit que la maladie est generalisee, soit que les lesions sont localisecs sur les organes correspondants. II en est de meine de la salive, de la sueur, des lannes, des urines (VlBORG), de l'humeur aqueuse (Cadkac et Malet). Le lait ne parait pas 6tie virulent et l'air expire ne le serait qu'exceptionnellcment.
Independamment des equides, chez lesquels on observe la maladie spontanee, il existe encore im certain nombre d'animaux qui peuvent contractor la morve accidentellement ou experimen-talement. Parmi elles on peut citer le campagnol, le herisson, le hamster, les souris des champs et des forets, le mulot, le co-baj'e, les f61ides (cliicn, Hon, tigre), la chevre, le lapin. Le mouton, le porc et le pigeon ne possedent qu'une receptivity fort restreinte, tandis que le boeuf semble jouir d'unc immunity complete, ainsi que la souris commune, la souris blanche, le rat, la poule et la linotte. L'homme peut contracter la maladie. De tous les animaux sur lesquels a porte l'cxperience, l'äne s'est montre le plus receptif et constitue 1c meilleur reactif ex­perimental pour la recherche de la morve, dans les cas oü le diagnostic cst difficile ä etablir. L'inoculation chcz cet animal se fait ä l'aidc dc scarifications sur le front; la matierc virulente est etalee par friction sur les plaies. On voit survenir bientöt en cet endroit un ulcere qui se developpe en un vaste chancre avec engorgement chaud et douloureux ä la peripherie. L'animal succombe toujours a I'infection aigue. A I'autopsie, on constate des 16sions dans la muqueuse des voies respiratoires, dans les poumons, dans le foie, les reins, la rate, la moelle des os; mais le plus souvent ces lesions n'ont pas eu le temps devoluer complötement et different ainsi de celles qu'on observe dans la morve chronique.
A defaut de l'äne, on peut Egalement se servir du cobaye pour pratiquer l'inoculation experimentale de produits suspects de morve. Bien quo ce dernier animal ne prenne pas aussi sürement la maladie, il constitue n6anmoins un r6actif precieux. L'inoculation se fait par scarification sur le dos ou par injection
ocr page 354
— 334 —
hypodermique a la base de la cuisse. Dans le premier cas, on voit apparaitre line plaie ulcereuse, analogue a celle qui se pro-duit chcz Fane; dans lo second cas, il se forme des abecs vo-lumincux dans les ganglions lympbatiques de la region inoculee. L'animal succombe apres un temps variable et montrent ä l'au-topsie des tubercules morveux dans la rate et souvent aussi dans le foic et le poumon. Stkaus a signale chez le cobayc male, inocule par la voic intraperitoneale, un gonflcment testiculaire qui se produit dejä apres 2 du 3 jours et qui constitue ainsi un signe qui peut servir au diagnostic rapide de la morve. Cette tumefaction est due ä unc inflammation speciiique des membranes testiculaires.
L'inoculation de la morve au chien donne naissance gdne-ralement apres trois ou quatre jours ä un ulcere qui s'etond pendant huit ä quinze jours, puis reste stationnaire durant line ou deux semaines, pour se cicatriser ensuite et disparailre tota-lement. La mort chez le chicn ne survient qu'exceptionnellement. En sommc, le chien est pen receptif pour le bacille morveux : non seulemcnt 1'ihfection ne setablit pas dans tous les cas, mais encore eile n'entraine quc rarcment la mort.
Le chat est beaucoup plus sensible que le chien; il suc­combe le plus souvent au bout de deux semaines en presentant des lesions artieulaires.
Chez les petits mammiferes, souris des champs, souris des forets, campagnol, herisson, I'infection donne lieu a des lesions viscörales (tubercules miliaires), qui sont localisees dans le foie et la rate ct quclquefois dans le poumon chez la souris des champs, dans les poumons et la rate chez le campagnol et le herisson et presque exclusivement dans la rate chez la souris des forets (Kitt).
Les souris grises et blanches jouissent d'une immunite pres­que complete pour la morve, tandis qu'elles sont fort sensibles a l'adönite purulente du cheval; les souris des champs, an contraire, qui succombent ä I'infection morveusc, resistent ä l'inoculation du streptocoque de l'adenite. Ces animaux peuvent done avan-
ocr page 355
— 335 —
tageusement servir k etablir le diagnostic differentiel de ces deux affections.
Le lapin reagit tris diffcremment sur la morve; il est bien moins sensible quo le cobaj'c qui doit toujours lui ütre prefere. Le lapin succombe pourtant plus facilement a I'injection intra-veineusc dc fortes doses de virus,
Le pore n'est guerc sensible; I'infection lui est pourtant transmissible, principaleinent quand il est dejä malade (Cadeac et Malet).
Gamale'i'a a inocule la morvc au spermophile et a constate qu'apres plusieurs passages a travels cet animal, le virus deviant plus actif, au point de tuer rcguliercment le lapin par septi-c6mie. La mort survient en 48 beures et, ä l'autopsie , on ne constate aucune granulation dans les organes ; la rate est tumefiee et le sang renfenne de nombreux bacilles. L'organisme du lion semble exalter egalement la virulence du bacille morveux. Tkasbot, ayant inocule la morve du lion a deux cbiens, vit succombcr ces animaux. D'autrc part, l'organisme du chat semble exerccr, apres plusieurs passages, une action attenuatrice sur le bacille de la morve (Zakhauoff).
Le fait que le virus morveux exalte pent procurer la mort par septicemie, sans produire aucune lesion organique, tend a prouver qu'il agit principaleinent par rintermediaire de söcretions toxiques. Finger a montrc, en effct, que des cultures sterilisdes par un chauffage a 1000 pendant 5 minutes peuvent provoquer la mort, lorsqu'elles sont injectees dans les veines ou sous la peau. A l'autopsie, on constatq des lesions absolument differentes de cedes que provoquc I'injection de cultures Vivantes ; ces lesions consistent exclusivement dans une inflammation du foie et du pöritoine. Lorsque l'intoxication est fuible et n'entraine pas la mort, on constate que I'anima], dans certains cas, a acquis une immunity centre I'injection intraveineuse de produits virulents. II resulte done de ces observations, que le bacille morveux secrete des produits excitant non seulemcnt une action toxique sur l'organisme, mais egalement une action immunisante,
ocr page 356
— 336 —
En outre, l'extrait des cultures de morve possede ä l'egard des animaux infectds une action specialc tout ä fait caracteris-tique. Cette action a etc signalee pour la premiere fois par Kalning. On a donne ä cet extrait le nom de Malleine. Lors-qu'on injecte i 3 ou 1/4 de centimetre cube de malleine, on n'observe aucune reaction chez les animaux sains, anes, mulcts ou chevaux : on nc constate aucune lesion locale, aucune aug­mentation dc la temperature. Mais si cette injection est pratiqu6e sur un animal morveux, on constate au bout de quelques heures une tumour volumineuse, oedcmateuse, chaude, doidoureuse, au niveau de 1'injection; cette tumeur qui peut acquörir des dimen­sions considerables no suppure jamais. En meme temps, I'animal est abattu, anxieux; la respiration est precipit6e, et le tronc se montre le siege de trembleincnts. La temperature seleve de 2 ä 3 degres d6s la buitieme heure jusqu'ä la dixieme; ä partir de ce moment, eile s'abaisse un peu, mais sc maintient ä un niveau 6lcve pendant 24 ä 48 heures. L'emploi dc la malleine permet ainsi de decclcr ['existence de la morve, clans les cas oü le diagnostic est impossilble ä etablir (morve chronique, pul-monaire, etc.).
Nocard qui a experimente la malleine sur un grand nombre de chevaux, formule de la manicre suivante le resultat de ses observations : laquo; Si lelevation de la temperature depasse deux degres, on peut aHirmer que Xanimal est morveux; — si la tem-pdraturc ne varie pas ou s'eleve de moins de un degre, Xanimal nest pas morveux; — si lelevation de la temperature est comprise entre un et deux degres, il est impossible, dans letat actuel, de dire si I'animal est ou n'est pas morveux; il faut le consi-derer comme suspect et le traiter comme tel. raquo;
Les multiples experiences entreprises en Russie et en Allemagne avaient deja donn6 de semblables resultats et conduit k des con­clusions analogues. II rcsulte, en effet, des experiences entreprises en Allemagne par Heyne, Schilling, Peters et Felisch, Diec-kekhoff et Lothes, que, sur 64 chevaux soumis aux inoculations, dont un seul s'etait montre manifestement morveux, 41 reagirent
.
ocr page 357
— 337
et 23 ne presentcrent aucune hypcrfhennie. L'autopsie des 41 che-vaux qui avaicnt rcagi niontra chez 38 des lesions caracteris-tiques de la nioivc ; chez les trois autres 011 ne deeouvrit aucune lesion inorveuse. Ces rcsultats montrent que si la inallcine ne pennet pas d'asseoir im diagnostic absolument certain, eile donne neaninoins un tics haut degic de piobabilite a line conclusion formelle.
On peut prcpaier la mallüinc ä l'aide de cultures sur porpnie de terre, dont on fait un extrait glyc6rin6, ou bicu a l'aide de cultures dans le bouillon. NoCARD preconise lo procede suivant. On ensemence un bouillon glycerine avec un produit dont la virulence a ete exaltee au point de pouvoir tuer le lapin et meine la souris blanche ordinairement refraetaires; apres un mois de sejour a letuve ä 35quot;, on störilisc les cultures ä l'autoclave ä 1100, on les filtre et on les concentre par evaporation dans le vide ä basse temperature, en presence de l'acide sulfurique, jusqu'ä reduction au dixiemc de leur volume primitif. On obtient ainsi \m liquide sirupcux, brun fonce, d'une odeur un pcu vi-reuse; cc liquide qui renferme environ 5o pour 100 de glyce­rine, se conserve tr6s longtemps ä l'abri de l'air et de la lumicre. On I'emploic en dilution au dixiömc dans l'eau pheniquee ä 5 pour 1000.
Diflerents autcurs out chcrclic a determiner dans la malleine la nature de la substance active. FOTH a constate que I'alcool determine un precipitc, qui, desseche, constitue une poudre jau-nalre, soluble clans l'eau et dans I'alcool faible. Injectee a des souris et ä un coba3'e morveux, celte substance en solution aqueuse a precipite la mort. Ce produit s'est montre dou6 d'un pouvoir chimiotaxiquo ties accuse ä legard des leucocytes. Gutzeit cst arriv6 ä des rcsultats plus precis encore. II a egalement prdci-pite la malleine par I'alcool et etisuite par 1c sublime corrosif. Le precipite alcoolique injecte ä des animaux morveux provoqua une hypertliermie analogue a cello que determine la malleine elle-meme, ce qui prouve qu'une parlie du principe actif doit etrc contenu dans le precipite alcoolique.
83
ocr page 358
— 338 —
L'infection naturelle se ptoduit toujours par contagion im­mediate. La peau pent servilquot; do voio d'introduction au virus morveux : toute lesion de lepidcnne favorise l'infection. La peau saine n'oppose pas un obstacle absolu ;\ la penetration des ba-cilles : BABES a veussi ä infecter des cobayes en leur frictionnant la peau intacte avec line pommadc contenant des produits vi-rulents; mais NOCARD a montre que ce mode d'infeclion cst execp-tionnel, puisqu'il n'est parvenu a 1c realiser que chcz 2 cobayes sur i5. I^es muqueuses pcuvent egalement servir do porte d'en-tree aux agents infecticux. La contagion se fait le plus souvent par rinlennediaire des aliments et des boissons contamines par des produits virulents. L'ingestion do viandes morveuses pent aussi communiqucr la maladle, Les experiences de Cadeac et Malet out etabli que la contagion no pout pas se faire par Fatmos-plicre et qu'ainsi l'infection ne pent se produire par la voie respiratoire. Ces auteurs ont montre, en effet, que I'air expire par les chevaux morveux est depourvu de tout germe infecticux. La transmission intraplacentaire a ete demontree cxperimcntalc-ment par Löffler et Cadkac et Malet. La transmission here-ditaire par le male n'a jamais etc constatee.
Une premiere atteinte de la maladie ne semble pas conferer rimmunite; la morve est auto-inoculable et r6inoculable au cobaye (Ciiarrin). En effet, 11 est possible d'auto-inoculer un cheval morveux avec ses propres produits infectieux. Cotte auto-inoculation donnc le plus souvent naissance ä des ulccres caracteristiques, ce qui permet dans les cas douteux detablir un diagnostic certain.
Plusieurs experimentatcurs ont eberche ä creer rimmunite chez les animaux par des vaccinations expörimentales. Straus a mon­tre que si l'injection intraveineuse de fortes doses de virus tue le chien, l'injection de doses faibles est supportöe par cet animal, qui guerit et peut quelques semaines plus tard supporter des doses mortclles sans en paraitre affecter. Tout au plus il so produit un peu de fidvre et rarement une 6ruption discrete, Un chien ainsi traite et inoculö ensuite ä la peau ne presente qu'un petit ulcere qui guerit rapidement, Mais Straus a cssaye cn
ocr page 359
— 339 —
vain de vacciner Fane par cette methodo, qui du reste n'a pas donne dc rcsultats concluants entie les mains de Coknil ct Babes.
Finger a constate que les inoculations succcssives faitcs chez le lapin a la peau donncnt des resultats dc moins en moins accuses. Lc lapin acquerrait ainsi un certain degru d'iminunitö. On obtient des resultats semblables en pratiquant des injections intraveineuscs de cultures virulentes on de cultures sterilisees a ioo0 pendant 5 minutes. L'iinmunito se conscrverait dans co dernier cas pendant trois a six semaincs.
Zakharoff a essaj'o dc vacciner lc choval avec des hacilles attenues par plusicurs passages succossifs ä travcrs le chat.
Enfin Chenot (;t Picq ont reussi a obtenir la guerison de la morvc chez le cobayc par l'injcction du serum sanguin de bovides. 11s resument les resultats de leurs observations dans les conclusions suivanles :
1deg; Le s6rum du sang des bovides est done dc proprietes baetörieides ä l'egard du virus morvcux.
2deg; Des sujets infectes avec du virus equin et traites au serum avant et apres inoculation morveuse guerissent sept fois sur dix.
3deg; Des sujets condamnes ä une mort fatale et rapide, par suite de l'cxaltation de la virulence obtenue par des passages successifs dans l'organisme du cobaye, ont survecu dc vingt-un ä quarantc-dcux jours, pendant que les temoins mouraient dans une pöriode de cinq jours.
4deg; Les autopsies des sujets consideres dc leur vivant commc gueris ont effecti^,cment montre des alterations de tissu (sclerose, calcification) qui , pour nous, sent la preuve dc la guerison.
5deg; Une premiere atteinte, guerie, nc confere pas une im-munitc absoluc.
Litterature. — Lcüffler et Schütz, Ueber den Roi^pllfi Deutsche mad, Wochenschrift, 1882. — Bouchard, Capitan el Charkin, Sur la culture du microbe de la morvi et de la transmission de cette maladie a I'aide des li­quides de culture; Bull. Acad. med., 1882 et i883. — Kitt, Versuche über Züchtung des Roifpilfesi Jahresb, d. k Central-Tblerarzneischule München,
ocr page 360
-— 340 —
i883-84, Leipzig, i885. — Weichselbaum, Zur sEtiologie der Rot^kraiikheit tics Menschen; Wiener med. Wochenschr., i885; et Kasuistische Beiträge $ur diagnostischeraquo; Bedeutung bakteriologischer Untersuchungen; Internat, klin. Rundschau, 1888. — Noniewicz, lieber die innere Construction des Bacillus mallei und über verbesserte Färbungsmethode der Rot^bacillcn in den Gewe­ben; Deutsche Zeitschr. f. Tbiermed. u. vergl. Path., XVII, 1890. — Lceffler,
Die .Etiologie der Rot^kranleheit; Arb. a. d. kais. Ges.-Amte, Berlin, I,
1886. — Raskina, Zur Züchtung der pathogenen Mikroorganismen auf aus
Milch bereiteten festen und durchsichtigen Nährboden; Petersburger med. Wochenschr., 1887. — Stkaus, Sur un moyen de diagnostic rapide de la inorvc; Arch, de med. experim. et d'anat. pathologique, 1889. — Kitt, hnpf-rot% bei Waldmäusen; Centralbl. für Bakteriologie und Parasitenkunde, II, 1887; Wochenschrift für Thicrheilkunde, 1887, et (Ksterr. Monatschrift für Tliierheilk , 1888. — Cadeac et Malet, Recherches experimentales sur la morve; Toulouse, 1886. — Gamaleia, Sur l'e.valtaliou de, la virulence du bacille morven.v; Ann. Inst. Pasteuu, 1890. — Zakharoff, Sur la produc­tion de t'immunite che$ les chevaux contre la morve; Compt. rend, des tra-vaux speciaux de llnstitut v^ter. ä Charkoff, II, i88().— Finger, Zur Frage der Immunität und Phagocytose beim Rot^; Beitr. z. path. Anat. u. z, allg. Path., VI, 4, 1889. — Kalnino, Diagnostic de la morve; Arch, des sc ve-ter. St. Petersbourg, 1891. — Nocard, Application de la malleine au dia­gnostic de la morve latente; Rec de med. veter., nquot; 8, 1892. — Schilling, Experimenteller Beitrag fi/r Verwerthung des Mallcin für die Diagnose der Rotjkrankheil; Berl. thierärztl. Wochenschr., 1891. — Peters et Felisch, Beitrag fi( den Impfversuchen mit Preusse'sehcr Rot^lymphe {Mallein) bei Pferden; Ibid., 1891. — Heyne, W'eitere Versuche mit Mallein (Rot^lymphe) \ Ibid., 1891. — DlBCKERHOPF et Lothks, Beiträge %ur Beurtheilung des Mal-lein ; Ibid , iSyi. — Foth, Untersuchungen über die wirksamen Bestandthejle des Malleins; Zeitschr. f. Veterinärk., V, 1892. — Gutzeit, Uebcr Mallein; Zeitschr. f. Veterinärk., V, 1892. — Cadeac et Malet, Etudes experimen­tales sur la transmission de la morve par contagion mediate et par infec­tion ; Rev. de med., 1887. — Straus, Essai de vaccination contre la morve; Arch, de med, exper, 1889. — Chenot et Picq, De faction bactericide du scrum de sang de bovides sur le virus morveux et de faction curative de ce serum dans la morve experimentale du cobayc; Mamp;n. Soc. Biol., 1892.
CHAPITRE XVIII.
Etude microbiologique de la tuberculose.
La döcouvertc de l'agcnt infectieux de la tuberculose cst due ä Koch. Cc sont des bacilles immobiles, droits ou legere-
ocr page 361
— 341 —
ment combes, mesurant 3 \i. ä 4 {j. de long sur o,3 [x a o,5 [K
do large, fig, 47; leurs extrcmites sont anondies.
Diverses methodes permcttent de colorer ces bacilles et de
les mettrc ainsi en evidence dans les produits tuberculeux :
il suffua de citer les methodes de EHRLICH,
de Weigert, de Kühne, de Fkaenkel, de
Neelsen , de Ziehe, de Lubimoff, etc. Tous
ces precedes, qui sont plus au moins rapides,
_. ._. n ... donnent des resultats semblables. Dans les pr6-Fig.47 — Bacillesnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;t
tuberculeux, prove- parations colorecs, on observe souvent dans le
nant dune culture Corps meine du bacillc un nombre variable de sur serum gelatinise.
grayis incelores, ovalaires, que Koch considere
comme des spores. D'autres fois, les batonnets montrent une
serie d'etranglements, comme s'ils etaient formes d'une serie d'ele-
ments ovoides (Amann).
Les bacilles tuberculeux sent le plus souvent isoles, quel-quefois ils sent r6unis en un petit nombre pour former de trös courts filaments.
Ils so eultivent aisement sur divers milieux ä la tempera­ture de 38deg; ä 3gquot;; le developpcment est toujours assez lent et demande huit ä quinze jours pour s'aecuser. II neecssite aussi la presence de l'air : le bacille de la tuberculose est un aero­bic pur.
Par inoculation en stric sur 1c serum selidifie, il se forme, au bout de dix ä quinze jours, de petites taches d'un blanc mat, resscmblant a de petites lamclles ecaillcuscs, seches, fälble-ment adherentes au substratum. Ces petites colonies peuvent coniluer entre elles et former une sortc de membrane. Vucs a un grossissement de 80 diametres, cllcs prösentent un aspect particulier assez caraetcristique : ellos paraissent composecs de petits masses lineaircs, sinueuses, courbecs dans tous les sens; la partie mediane est epaissc, les extrcmites pointues, Chacune de ces masses constitue une espece de zooglee, qui, dans les parties epaisses de la culture, s'cnchcvctrent los unes dans les autres pour former les lamclles ecailleuses decrites ci-dessus.
1
ocr page 362
342
Dans chaque zooglee, los bacilles sont disposes en im ordic regulier et constant, leur diametrc longitudinal correspondant toujoms an diametrc longitudinal de la zooglee,
On obtient egalement un developpement sur serum liquide sterilise : il apparait a la surface une mince membrane blan-cluitrc, seche, fragile, qui, a la moindre agi­tation, se brise et tombe au fond du flacon ; le liquide ne so trouble jamais.
Nocard ot Roux ont obtenu des cultures plus abondantes en employant les milieux or-dinaires additionnes do 6 ä 8 pour 100 de glycerine. Sur serum glycerine, le developpe­ment s'accuse deja au quatricme jour et apres vingt jours on observe une masse blanche,
m
epaisse, mamclonnee. Sur agar glycerine, on voit se former le long de la strie une trainee blanchatre, prenant avee le temps une tointe jaunätre, FIG. 48. En piqüre, il ne se produit pas dc developpement dans la profondeur; a la surface, il se forme un bounclet epais. Fig 48. #9632;• Bacilles saillant, mamolonne, ä bords sinueux, d'abord de la tiiberculose. blanc, mais jaunissant dans la suite. Dans le Cult, pure sur agar ....nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;, , . ,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; #9632;,. • 1nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; r
glycerine, Agee de bouillon glycerine, on voit a la surface une
quatre pemaines. membrane epaisse ou sur le fond du flacon des flocons tihms qui recouvrent bientot toute la partie inferieure du vase.
La glycerine employee par Nocakd et Roux pout 6tre rem-placec par de la glycosc, do la saccharose, de la lactose, du gbycogene, de la dextrine : toutcs cos substances hydrocarbon6es subissent la fermentation alcoolique, ce qui donne axix cultures une odeur de fruit.
La culture sur pom me do terrc no reussit pas.
Martin a montrc quo les bouillons fabriques avec la chair dc divers poissons, et en particulier le hareng, constituent d'excel-lents milieux de culture, et pcuvent servir avantagcuscment e\ la preparation de l'agar et de la gelatine.
ocr page 363
343
Dans ccs diflerents milieux, les bacilles de la tuberculosc conscrvcnt longtemps leur virulence ; ils possedcnt, du reste, uno tres grande resistance aux diverses causes de destruction. La dessiccation ne les detruit pas : memo apres g a 10 mois, ils se sont encore montres actifs (Pietro). Ils supportent des conge­lations a —5deg; et ä •#9632;—8quot;, des degels successifs, l'action alter-nante de la secheresse et de l'huiniditc pendant plusieurs mois, la putrefaction au sein de la terrc ou de l'cau (Cadkac et Malet). Ils peuvent rester en vie pendant plus de deux mois dans de l'eau de Seine stcrilisee,
Ils paraissent plus sensibles ä l'action des rayons solaires, qui les font perir rapidement (Koch), et ä l'action de la cbaleur. Unc ebullition prolongee pendant cinq minutes les tue certainement; desseches, ils ne resistent pas ä l'action de la vapeur d'eau chaude. D'apres Galtier, ils supporteraient une temperature de 6o0 pen­dant 20 minutes, et une temperature de yo0 pendant ig minutes.
Le virus tubereuleux resiste cnergiquement a l'action des antiseptiques; il est detruit par le sublime corrosif ä i p. icoo. Les autres antiseptiques se montrent sans action sur lui ou en-travent seulemcnt 1c developpemcnt des cultures.
L'inoculation du virus tubereuleux donne los meines rcsultats, soit qu'on so serve de produits tubereuleux naturels, soit qu'on se serve de cultures sur milieux artificicls. Inocules sous la peau du cobaye, les bacilles determinent unc legere induration, sen­sible du dixieme au quator/ieme JOUV, apros (jue la plaie d'inocu-lation s'est nonnalcmcnt cicatrisee. Cette induration s'ulcere ensuite sans toutefois presenter de la tendance ä s'etcndre. En meine temps l'animal maigrit et tombe dans une cachexie progressive; enlin il meint apres I a 3 mois et so montre nettement tubereuleux a l'autopsie, La rate est volumineuso et farcie de granulations; des granulations s'observcnt egalemeut clans le foie, les poumons, les reins et sxiv les sereuses, particulicremnnt sur le peritoine. On obtient des rcsultats semblables par l'inoculation dans la cavite peritöneale ou plcurale, dans hi eliambrc anterioure de l'oeil.
ocr page 364
- 344 —
La generalisation de la maladie est plus rapide, quand 1c virus est injeete directement dans les veines. Mais, dans ce eas, on nc constate a l'autopsic aueun tubercule apparent. Certains organes, tels que le foic, la rate, la moelle des os, sont farcis de bacillcs. Les animaux suecombent en quinze ou vingt jours. Le foie est hypertrophiö, la rate est enorme.
Le lapin parait un peu plus resistant que le cobaye a l'itl-fection tuberculeusc; rinoculation intraveineuse reussit cependant toujours. Les lesions sont alors les mömes (jue celles qu'on ob­serve chez le cobaye; on constate une veritable eclosion de granulations miliaires. Si la dose injeetee est tres considerable, le lapin suecombe a une veritable septicemie, et l'autopsie nc decclo aueune lesion macroscopique appreciable. Le lapin Sup­porte parfaitement des doses qui sont mortelles pour le cobaye.
Les equides sont refraetaires aux inoculations sous-cutandes; c'est ä peine si Ton constate une legere lesion locale. L'injection intravasculaire produit chez l'anc une tuberculose pulmonaire, analogue a la granulie de l'homme; mais pour le constater, il faut sacrifier l'animal du 25nK au 3ome jour, car cette tubercu­lose experimentalc guerit spontanoment.
Le porc, 1c ebien, le cliat, le mouton, et les oiseaux de basse-cour sont refraetaires ä l'inoculation hypodermique. L'infcc-tion par la voie digestive reussit le plus souvent, ainsi que l'injection intravasculaire; celle-ci provoque generalement une gra-nulie pulmonaire.
La virulence des cultures s'att6nue au bout de quelque temps; cette attenuation peut egalement s'obtenir artificiellement : Tkoje et Tangl l'ont obtenue cn soumettant leurs cultures a. l'action de l'iodoforme. Les baeides attenues se comportent dif-feremment lorsqu'ils sont injeetes au lapin. Tkoje et Tangl ont produit avec eux une maladie qui, par son evolution chronique et sa localisation aux organes splanchniqucs (poumons, intestin, ganglions lyraphatiques), par la formation de; cavernes pulmonaires, correspond complötcment a la phtisie pulmonaire #P l'homme.
Avec des bacilles attenues, Courmont et Dor ne reussirent
ocr page 365
345 —
pas a infecter les lapins et les cobayes par la voie hypoder-mique; seule I'injection intrapeiitoncale de doses considerables donna un resultat positif. L'injection intraveineuse amena des lesions interessantes : apres 6 mois seulement, les animaux com-mencerent ä maigrir et accuserent des alterations dans les arti­culations, principalcment dans l'articulation du genou, A 1'examen, Couumont et Dor reconnurent que ces articulations etaient 1c siege d'inflammations tubcrculeuses et prösentaient toutes les lesions qui caractcriscnt les tumeurs blanches. L'autopsie nc montra aucune autre lesion tuberculcusc dans les organes.
Les bacilles tuberculeux attenu6s paraissent doußs de pro-prietes pyogenes ä un degre beaucoup plus intense que les ba­cilles virulents.
Un grand nombre d'animaux pcuvent subir I'infection tuber-culeuse naturelle; les bovides y sont tout particulierement sen­sibles. La tuberculose est egalcment frequente chez le pore; mais eile est rare chez les moutons, les chevies, les brebis, les chevaux et les carnassiers (chiens, chats). Les singes presentent plus souvent cette affection (25 pour 100). Enfin on. I'observe egalement chez les oiseaux.
L'identite de la tuberculose des mammiferes et de la tuber­culose de I'liomme a etc demontrce par line serie considerable d'observations absolumcnt concluantes. Mais il n'en est pas de mfeme pour la tuberculose aviaire. Tandis que certains autcurs pr6-tendent que cctte derniere est due ä un microbe different du bacille de Koch, les autres affirment que le bacille de la tuber­culose aviaire ne constitue qu'une vari6t6 de celui-lä, quo les differences qui existent entre les deux sont trop peu marquees pour justifier leur distinction specifique ct doivent etre rapportöes ä Finfluence exercee par les organismes infectes.
Cadiot, Gilbert et Roger, Straus et GamaleVa et enfin Maffucci ont fait des 6tudes ties completes sur la tuberculose aviaire ct ont precise les differences qui existent entre le factcur do celle-ci ct le bacille de Koch, Les resultats obtenus par ces auteurs sont consignes dans les propositions suivantcs.
ocr page 366
— 346 —
Les bacilles de la tubcrculose aviairc sont plus longs, plus gros et plus granuleux quc ceux do la tubcrculose humaine (Cadiüt, Gilbert ct Roger, Maffucci; ; dans certains cas toute-fois la distinction cntrc les deux cst impossible (Maffucci). Straus et Gamaleia admettent I'idcntitc morpbologique absoluc.
La distinction entre les deux est plus nette dans les cul­tures : les cultures dc tuberculose humaine sont secbes, ecail-Icuses ou vcrruqueuses, ternes ct dures; ccllcs de l'aviaire sont humides, grasses, plissecs et molles (Straus et Gamaleia).
Lc bacillc humain no se dcveloppe pas ä 43deg;; celui de l'aviaire pousse rapidement et abondamment a ccttc temperature (Straus et GamaleYa, Maffucci).
La temperature dc sterilisation est de 65deg; pour le bacille humain; eile est de 700 pour le bacillc aviairc (Maffucci).'
Le bacille humain pcrd plus rapidement sa virulence que le bacille aviaire (Maffucci).
Les effcts pathogenes des deux bacilles presentent des dif-f6rences plus considerables, Le chien est refractairc au bacille aviairc; il est receptif pour le bacille humain. Les poules sont sensibles ä celui-lä; elles sont refractaires ä celui-ci (Straus et Gamaleia). Lc cobaye, qui prend facilcmcnt la tubcrculose hu­maine, est bien plus resistant a la tuberculose aviairc. Lc lapin, au contraire, cst beaucoup plus sensible a cette derniere qu'ä la tuberculose humaine (Cadiot, Gilbert et Roger). Lorsquc I'infec-tion reussit chez ces animaux, on constate I'existencc clc tuber-cules ä la suite de l'inoculation du bacille humain; on n'observc aucune lesion apparente ä la suite do l'inoculation clu bacillc aviaire (Straus et Gamaleia).
La destruction du bacille aviaire donnc naissancc a une sub­stance nettement toxique pour lc cobaye, faiblement toxique pour la poule adulte. Dans les memes conditions, le bacillc humain produit une scmblablc substance toxicpie pour le cobaye ct souvent aussi pour la poule adulte (Maffucci).
Enfin, lc tubcrcule des mammifercs contient des eelhdes ge-antcs; chez les oiseaux, les tuberculcs sont depourvus dc ces 61einents (Maffucci).
ocr page 367
347
L'ensenlble de ces caracteres differcnticls est-il süffisant pour etablir la dualitc de la tuberculose, comme Straus ct GamaleTa le veulent? Arloing ne le pense pas. Cet auteur attire 1'atten-tion SUV le caiactörc trop absolu dc certaines affirmations en presence d'autres observations contradictoires, ct conclut que le bacille aviaire et le bacille des mammifcres nc sont quo deux races plus ou moins modifiees de la meme espece microbienne, le bacille de Koch.
Un grand nombre d'auteurs n'ont tcnu aucun comptc dans leurs travaux de ces differences entrc les deux varietes du ba­cille tuberculeux et ont neglige de faire connaitre la nature exaetc de leurs cultures. II en resultc une certaine incertitude dans les connaissances sur le microbe de la tuberculose; on est oblige naturellement de rapporter ainsi au seul bacille de Koch toutes les observations qui ont etc faites non seulement sur celui-ci, mais aussi sur le bacille dc la tuberculose aviaire.
Les cultures du bacille tuberculeux renferment des produits solubles, dont Hammerschlag a fait unc etude tics complöte. D'apres cet auteur, les cultures filtrees sur porcelainc ne sont pas to-xiques; les lapins peuvent en supporter impunement 3o a 40 cc. en injection hypodermique. Hammerschlag a isole unc maticre albumino'ide, dont I'injection provoquait une hypertbennie attei-gnant 1 ä 2 degres et durant 24 a 48 beures. E11 outre, il existe une substance alcaloidique, analogue aux ptomaines et exercant une action toxique sur les grenouilles. Enfin, I'extrait alcoolique pcrmet d'extraire du protoplasme des batonnets unc substance toxique, qui tue les cobayes en 12 a i5 bcurcs a la suite de convulsions tetaniformes. Kocir a montre en outre quo le corps des bacilles contient une substance pyogöne.
Zuelzer a signalc dans les cultures un produit alcaloidique qui produit cbez le lapin une violente dyspnee; ;\ dose plus elevec, eile determine la mort apres 3 ou 4 jours.
Maefucci a constate dans ses cultures do tuberculose aviaire 1'existence d'une substance qui determine chez les aiiimaux un veritable marasmc, auqucl ils succombent aprös un temps variable
ocr page 368
— 348 —
plus ou nioins considerable. A I'autopsie, on observe I'atrophie du foic et de la rate. Cette substance toxique n'est pas detruite par line temperature de 70quot; appliquee plusieurs fois pendant deux heures, ni par la dessiccation. Cette m6me substance n'est pas d6triütc au sein de l'organisme et se retrouve dans les 01-ganes des tuberculeux (Kostjurine et Krainsky).
A cöte de ces substances toxiqucs, il existc dans les cultures des substances immunisantes, comme il resulte des experiences entreprises par Hkricourt et Richet et par Courmont et Dor pour obtcnir la vaccination contre la tuberculose. Ces auteurs ont injeete des cultures chauffees ou filtrecs et ont reussi a pro­curer au lapin line resistance plus ou moins grande ä l'infection tuberculeuse; celle-ci etait completement empechee, ou bien eile etait simplement retardee et attenuee dans son evolution. D'apres Courmont et Dor, ces produits solubles premunissent l'organisme contre l'infection et cette immunite est encore solide au bout de sept mois.
D'apres Straus et Gamaleia, le corps meme des bacilles contiendrait une substance qui provoquerait directement la for­mation des tubercules. L'introduction de bacilles morts dans l'organisme augmente la suseeptibilite de eclui-ci ä legard d'une infection ulterieure par des bacilles virulentlaquo;raquo;, Les bacilles morts semblent ainsi contenir egalement une substance pr6disposante.
Enfin, Koch a preparö im extrait glycerin6 des cultures pures du bacille tuberculeux, extrait auquel on a donne le nom de lymphe de Koch ou de tuhercnline. Cette lymphe constitue un liquide limpide, brunatre, contonant des substances albuminoVdes, plus ou moins analogues aux peptones. D'apres Kocn, l'inocula-ti(jn de cette lymphe au cobaye dejä tuberculisc le premunit plus 011 moins contre une deuxiemc inoculation de produits virulents; les accidents sont moins marques que lors de la pre­miere inoculation; on observe une simple necrose locale sans quo les bacilles tendent ä se rlt;5pandre dans l'organisme. L'in-jeetion de petites doses dc tuberculine pent amener la mort des cobajes tuberculeux; mais si Ton diminue la dose de substance
ocr page 369
— 349 —
active, on provoque une reaction suivie d'une amelioration no­table. Cetto reaction nc sc produit pas dans I'organisme sain; eile est generale et locale. La reaction gcnerale consiste dans Un acces de fievre qui s'accompagne d'une elevation dc la tem­perature a 3g0, 400, 410, suivant le sujet et la dose employee. Cet acces apparait le plus souvent 12 ä i5 heures apres I'in-jeetion et dure toujours plusicurs heures. La reaction locale porte sur le tissu tuberculeux; il s'y produit une hypcrhemie tr6s vivo, le tissu malade se necrose, se desagrege, et pent ainsi 6tre elimine. Ce dernier resultat constitucrait I'efFet curatif de la tuberculine. Done d'apres Koch, la tuberculine possederait une triple valeur ; une valour diagnostique, une valeur preventive et une valeur curative.
Malheureusement les previsions de Kocu ne sc sont pas realisees. Les experiences effectuees de toutes parts pour eprouver I'action curative ou preventive de la tuberculine echouerent genöralement. On constata, au contrairc, que lemploi dc la lymphe de Koch expose a. de graves dangers; quelle provoque souvent des phenomenes locaux tres intenses, phlegmoneux, et loin d'am61iorer les lesions tuberculeuses, eile peut en quelque sorte mobiliscr lös bacilles et favoriscr ainsi de nouvellcs pous-secs tuberculeuses.
La valeur diagnostique s'est montree plus fidele, bien qu'elle ne possede pas une rigueur absolue. On I'a appliqucc princi-palement a la determination de la tuberculose chez la bete bo­vine. Ces experiences ont ete institutes en differentes localitös en Allemagne, en Russie, en France, en Danemarck, en Au-triche, etc., et ont donne partout des resultats analogues. Eber les a resumes dans un tableau, d'oü il resulte que sur 443 b6tes 6prouv6es, 252 rcagirent. Parmi celles-ci 210, soit 83,33 0/0, se montrerent tuberculeuses, tandis que 42, soit 16,67 0/0, etaient indemnes de toute lesion tuberculeuse. Sur les igi betes qui ne rcagirent pas, 26, soit i3,6i quot;0, furent reconnues tuberculeuses ä l'autopsie, tandis que les i65 autres, soit 85,39 0/o, etaient parfaitement saines. Done 375 fois, soit 84,65 0/0, la tuberculine
ocr page 370
— 35o —
a donn6 un resultat positif, tandis que 68 fois, soit i5,35 quot;/o, ce resultat fut negatif.
Cos resultats prouvcnt que la tuberculins pent ctro utllement employee pour deceler les cas de tuberculosc latente, si frequents chez les betes bovines. Cette reaction est suffisammcnt generate, si pas constante, pour fournir des donnöes precieuses a I'hygie-niste, et Nocard n'a pas hesite a recominander de soumettre ä l'epreuve de la tuberculine les vaches faitieres, ct d'elimincr sans hesitation toutes celles qui röagiraient, apres l'injcction, par une elevation de temperature.
La tuberculine doit etrc administrec ä la dose do o,3-o,5 gr. pour une bete bovine; clle doit etrc diluee dans dc 1'eau plie-niquee ä i pour iooo. L'injcction doit etre pratiquee ä la region laterale du cou. Apres i5 hcures, I'hypertherniie doit comporter au moins une elevation de temperature de i0,4 ; lelevation de oquot;,8 n'a aucune signification, et toute bete qui presentera une elevation comprise cntrc o0,8 et i0,4. devra etre consideree comme suspectc ct soumise, un mois apres, ä une nouvelle in­jection d'une dose plus considerable de tuberculine. Le lait secrete pendant la periode de reaction nc pent etre livre a la consommation.
Babes a montre que les cultures de la tuberculosc aviaire produisent egalemcnl une tuberculine, ct que celle-ci exerce la meme reaction quo la lymphe de Koch, non seulement sur les lesions tubcrculcuses d'origine aviaire, mais egalement sur celles d'origine humaine. La lymphe de Koch agit de meme indiffe-remment sur les tuberculoses humaines, bovines et aviaires. Ce fait plaide activement en faveur de l'identite des deux tuberculoses.
La contamination naturelle de la tuberculosc se fait 1c plus souvent par les voies respiratoires et par le tube digestif. L'ex-p6rimentation a prouve, en effet, qu'il est possible d'infecter les animaux par cette double voie. Les poussieres rcpandues dans lair contiennent tics souvent des bacilles tuberculeux qui peuvent ainsi penetrer dans I'appareil respiratoire (Coknet). D'aprcs Cadkac et Malet, l'infection serait facilitee, lorsque les bacilles p^netrent melanges a des liquides, soit par pulverisation, soit par intro­duction directe,
ocr page 371
— 35i
L'infection par la voie digestive semble devoir se r6aliser plus souvent. On 1'a obtenne dans de nombreuses experiences faites avec des produits tubcrcnloux ou des cultures; aussi con-vicnt-il de rejeter de l'alimentation tons les oi'ganes tuberculises ou provenant d'un animal tuberculeux. En effct, les bacilles de la tüberctilose se rencontrent dans toutcs les lesions tuberculcuses (dans le foic, la rate, les poumons, etc.). Mais la viande tuber-culeuse est rareraent virulente; le sue musculairc ne contient que ties cxceptionnellement des bacilles; le lait des N-iches tu-berculeuses, dont les mamclles sont indomncs, est quelquefois infectieux, mais il Test toujours quand la glandc est atteinte, L'ebullition du lait et la cuisson complete de la viande de-truisent la virulence.
La transmission de la tuberculose peut se faire cgalement par inoculation directe sur la peau ou sur les muqueuscs; mais ce mode d'infection est rare.
L'heredite de la tuberculose a ete constatcc par des obser­vations si nombreuses qu'il parait inutile d'insistcr encore sur cette question. KoUBASSOFP, du restc, a constate le passage des bacilles de la mere au fcetus. D'autre part, on a Signale ä maintes reprises des cas de tuberculose congenitale chez des veaux nes de meres tuberculcuses. On a observe cgalement la tuberculose chez les fcetus. Le pere peut transmetlre 1'affection aussi bien que la mere, bien que le cas soit plus rare.
Nous avons vu epie les' tentatives faites par Kocu pour con-ferer I'immunite aux animaux centre la tuberculose par I'admi-nistration dc la tuberculine ont generalemenl echoue. La tuber-culine n'a aucune valeur preventive ni curative. Cost ce qui rösulte du moins des nombreuses observations faites par un grand nombre d'auteurs.
Hericourt et Richet ont obtenu des resultats plus positifs en injectant des cultures chauffees ä 80quot;, a plusieurs reprises et plusieurs jours de suite. Ils ont constate que des lapins vacci­nes au moyen de semblables cultures se montraient plus resistants que les lapins temoins.
ocr page 372
— 352 —
Couhmont et Dor ont utilise dans le m6me but des cul­tures filtrees sur porcclaine. Ces auteurs ont opöre avec des cultures d'origine aviaire faites dans des milieux trös peu nutri-tifs et posscdant ainsi des degres tres divers de virulence. Ils formulent comme il suit 1c resultat de leurs experiences :
1deg; Le bacille tuberculcux aviaire attenue ou virulent, cul-tive en milieux liquides peu nutritifs, fabrique des substances vaccinantes qu'on peut isoler par filtration sur porcelaine.
2deg; Les proprietes vaccinantes du liquide ainsi obtenu sent evidentes centre le bacille aviaire; elles ont paru efficaces contre le bacille humain dans quelques cas.
3deg; Le vaccin n'est pas toxique s'il provicnt d'une culture ties attenu6e; il Test notablement si la culture-mere etait virulente.
4deg; Les lapins vaccines (sang, peritoine ou tissu conjontif), ont tous eprouve un effet bienfaisant; les uns ont obtenu une immunitö absolue, les autres sont morts ties lentement, avec une forme chronique (Eruption tuberculcuse); enfin quelques-uns sont morts comme les temoins d'infection aigue (type Yersin), mais moins rapidement.
Les quatre lapins eprouves avec do la tuberculose humaine 6 mois et demi apres la vaccination ont tous survecu sans lesions.
5deg; Seuls les cobayes vaccines par la voie sanguine ont acquis I'immunite contre le bacille aviaire; aucun n'a pu r^sister a l'inoculation de la tuberculose humaine.
Hericouut et RlCHBT ont reussi ä vacciner le chien contre la tuberculose humaine par rinjection de cultures de tuberculose aviaire. Le chien est ä peu pies refractaire ä celle-ci, tandis qu'il est fort receptif pour celle-lä. Or des chiens, qui ont re9U des injections intraveineuses de culture aviaire, purent ensuite recevoir impunement dans la veine saphöne i centimetre cube de culture tuberculcuse humaine, tandis que des chiens temoins succomberent 1c memo jour a une semblablc injection.
Gibbes et Shurley ont annonce avoir immums6 des co­bayes en leur injectant des cultures att6nuöes; ils r6ussirent du moins a empfceher une generalisation de l'affection. Gkancher
ocr page 373
— 353 —
et Martin avaient deja employö ce procöcld et etaicnt parvenus ainsi ä procurer vine resistance plus grande ä l'infection,
Dans un autre ordre d'idees, Hericourt et Rici-iet ont cherche ä vacciner avec du sang d'animaux refraetaircs ou doucs au moins d'unc immunite relative. Ils ont utilise ä cet effet le sang du chien. Par ce procede, ccs autcurs sont parvenus ä attenuer notablemcnt l'infection tubeixuleuse, mais ils n'ont pas reussi ä obtenir unc immunite complete chez les lapins qu'ils ont utilises dans leurs experiences. En se servant du sang d'un einen qui avait recu dans les veincs une grande quantity de virus tuberculeux, ils obtinrent des rcsultats plus remarquablcs ; tandis que les lapins temoins avaient suecombe tous au beut d'un mois, les animaux transfuses n'avaient pas memo maigri.
Bertin et Picg ont employe 1c sang de cbevre. Les re-sultats sont surtout favorables par cette metbode, lorsque la transfusion s'cxecutc en memc temps que l'infection.
Litterature. — Kocn, Die JEttologie der Tuberkulose; Berl. Wochenschr., 1882, et Mittheil. a. d. k. Ges.-Amte, Berlin, 18S4. — Amann, Die feinere Structiir der Tuberkelpil^e; Schweiz. Wochenschr. f. Pharmacie, 1SS7. — Nocard et Roux, Sur la culture du bacille de la tuberculose; Ann. Inst. Pasteur, 1887. — Martin, Sur la culture du bacille de la tuberculose; Arch. de med. experim., I, 1889. #9632;— PiKTRO, Alcune riccrclic speriiiientali sul ba-cillo delta iuberculosi; Ann. unlversall dl med,, 1886. — Cadkac et Mai.kt, Recherches e.vpcriinentales sur la virulence des matieres tuberculeuses desse-chees, putreßces ou congelces; Lyon med., 1888. — Galtier, Danger des matieres tuberculeuses qui ont subi le cliaußage, la dessiccaiion, le contact de l'eau, la congelalion et la putrefaction; Compt. rend., 1887. — Tkoje et Tangl, Uebcr die antiluberkulose Wirkung des lodoform und über die For­men der Impftuberkulose bei Impfung mit experimentell abgeschwächten Tu-berkelbacillen; Arb. a, d. Gebiete d. path. Anat. u, Bakter. a. d paih.-anat. Inst. Tübingen, I, 1891. — Courmont et Hör, De la production, eAftf le lapin, de tumeurs blanches experimoitales, par inoculation intraveiueuse de culture de bacilles de Koch attenucs; Compt. rend. Soc. Biol , iS.jo, — Straus et Gamaleia, Recherches e.vpcrimentales sur la tuberculose. La tuberculose liumaine. Sa distinction de la tuberculose des oiseaux; Arch de med, expö-riment. et d'anat. path., 111. 1891. — MaFPUCCI, Die Ilülmertuberculose. Ex­perimentelle Untersuchungen; Zeilschr. 1. Hyg. u. Infectionskrank , XI, 1892. — Cadiot, Gilhekt et Roger, Kote sur la tuberculose des volaillcs; Compt.
24
ocr page 374
354
rend. Soc. Biol., 1890; et Inoculation aux gallinaces dc la tuberculose des mammif'cres; Mem. Sog. Biol., 1891, — Gilbfkt et Roger, Inoculation de la tuberculose aviaivc an cobaya; Mem. Soc. Biol., 1891. — Arloing, Le­mons stir la tuberculose ct ccrtaines septicenues; Paris, 1892. — Hammekschlag, Ueber bakteriologische chemische Untersuchungen der Tuberkelbacillen ; Cor-resp.-BUttt f. Schweizer Aerztc, 1888; et Ceutralbl. f. klin. Med., 1891. — Maffucci, Ueber die Wirkung der reinen, sterilen Culturen des Tuberkel-bacillus. Vorläufige Mittheilungen ; Centralblalt für allg, Path, und path. Anat., I, uSyo. — Hericourt et Riciiet, Experiences sur la vaccination anti-tuberculense'; Compt. rend. Soc. Biol., 1890 — Coormont et Dor, Les cul­tures liquides dc bacilles tuberculeux de Koch cutitiennent des produits vaccinants; Compt. rend. Soc. Biol., 1890. — Straus et Gamaleia, Contri­bution ä l'ctudc du poison tuberculeux; Arch, de med. experim. et d'anat. path., Ill, 1891. — Koch, Weitere Mittheilungen über ein Heilmittel gegen Tuberkulose; Deutsche med. Wochenschr., 1890; Fortsetzung der Mittheilun-
ge
n über ein Heilmittel gegen Tuberkulose; Ibid., 1891.
Eber, Zusam-
menstellung der mit Tuberculinum Kochii bei Rindern \u diagnostischen Zwecken angestellten Impfversuchc; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u vergl. Path., XVIII, 18(12. — Cornet, Die Verbreitung der Tuberkelbacillen aus-serhalb des Korpers; Zeitschr. für Ilyg., V, 1888. — Cadeac et Malet, Reeherches expcrimentales sur la transmission de la tuberculose par les voles respiratoircs; Comp. rend., 1887. — Koubassoff, Passage des microbes patliogcnes de la m'cre au fa'tus; Compt. rend., i885. — Courmont et Dor, De la vaccination contre la tuberculose aviaire et humaine avec les produits solubles du bacille tuberculeux aviaire; Arch, de med. experim et d'anat. path., Ill, 1891 ; et De la vaccination contre la tuberculose aviaire; La Semaine medicale, X, 1890. — Hericourt et Richet, La vaccination du einen contre la tuberculose; Compt. rend., 1892. — Gibbes et Shurley, An investigation into the etiology and treatment of pliihysis; Philadelphia med. News, 1890. — Granciier et Martin, 'Tuberculose experimentale; sur un mode de traitement el de vaccinationi Compt, rend., 1890. — Hericourt ct Riciiet, Influence de la transfusion pcritoncale du sang dc ehien sur I'cvo-lution dc la tuberculose cAftf Id lapin; Compt. rend. Soc. Biol,, 1889; Infu­sion de sang dc chien; son influence sur revolution dc la tuberculose c/iei( le lapin; Immunite contre la tuberculose par les transfusions de sang dc chien tuberculisc; Compt. rend. Soc. Biol, 1890 — Bertin et Picq, De la transfusion du sang de ehivre, comme traitement de la tuberculose; Compt rend. Soc. Biol , 1890.
ocr page 375
— 355 —
CHAPITRE XIX.
Etude microbiologique des Pseudo tuberculoses.
Sous le nom dc pseudo-tuberculoses, on a designe plusieurs afTections tuberculigenes qui, au point de vue macroscopique, pie-sentent une analogie frappante avec la tuberculose ordinaire, mais qui en different en cc qu'ellcs ne sont pas produites par le bacille de Koch. On a decrit ä plusieurs reprises de semblables mala­dies, provoquees par differents microorganismes. Bien qu'il soit quelquefois difficile de grouper les descriptions quo Ton possede actuellemcnt, on peut adopter provisoirement la classification pro-posee par Arloing : i0 La tuberculose zooglciquc de Malassez et Vignal, 2deg; la pscudo-tubcrculose bacillaire de Couumont, et 3deg; la pscudo-tuberculose bacillaire de Pfeiffer,
Nous etudierons successivement ccs trois types de pseudo-tuberculoses.
sect; i. Tuberculose ^oogleique.
Cette pseudo-tuberculosc a etc observee pour la premiere fois chez I'liomme, ct decrite en i883, par Malassez et Vignal. Depuis, elle a et6 rencontrce chez la poule par Nocard, clicz 1c cobaye par Ebertii, Charuin, Roger et Zagari, chez le lapin par Eberth, Nocard et Dor. Granciier et Ledoux-Lebard ont fait une etude triis dctaiilee du microorganisme specifique, et ont donne une description complete dc ses caracteres et de ses cultures.
Ce sont des bätonnets de i ä 2 \). dc long, ä extremites arrondies, rcunis en zooglees formces d'un nombre considerable delements disposes parfois parallclcment les uns aux autres, en rangees qui s'entrecroisent dans tous les sens. Dans les zooglees, les microbes sont immobiles; isoles dans le liquide dc la pre­paration, ils sont animes de mouvements propres. Quand les cultures vieillissent, les zooglöes se d6sagregent, les bacilles de-vienncnt ties mobiles, diminuent do longueur et so transforment
ocr page 376
— 356 —
en bätonncts ties covirts ou en microcoques ovoides. Dans les cultures tres ägöes, los elements deviennent immobiles.
Cos microorganismes se colorent aisement par la fuchsine, le violet de gentiane, le bleu de metbylene; dans les vieilles cultures, la coloration r6ussit moins bien.
Cos microbes sont aerobies; ils vegetont facilement sur la gelatine, I'agar, le serum, la pommc de terre et dans le bouillon.
En strie sur gelatine, la culture est pen epaisse ct donne naissancc a des trainees blancbatrcs. Par pic^irc, la culture pr6-scnte la forme d'un clou, la tete seule etant bien d6veloppee; la tige est fonnce par unc mince trainee dc colonies puncti-
formes.
Sur agar, le developpcment est plus abundant que sur ge­latine, ct donne lieu ä une coucbe blancbätre ou legercment
jaunatre.
Sur serum, les cultures revetent les memes caracteres que
sur I'agar.
Sur pommc de terre, il se produit une couchc blanc jaunatre.
Dans 1c bouillon, on voit apparaitrc un trouble dans le liquide, en meine temps que des pelliculcs sc torment ä la sur­face; ccs pellicules tombont plus tard au fond du flacon.
En culture sur plaques de gelatine et d'agar, les colonies ont I'aspcct dc goutlcs dc cire blanche ; clles cesscnt rapidement dc croitrc.
La temperature de 20deg; parait etrc la plus favorable; ä 3o0 et a 37deg;, les cultures pcrdent rapidement leur vitalite et leur virulence.
L'inoculation de i cc. de culture nouvelle a. un cobaye determine la mort en 6 jours avee de la peritonite et des tu-bcrculcs miliaires du foie et de la rate. A I'examcn microsco-pique, on reconnait dans les tubercules des zooglees, röduites, fragmentdes. Le lapin mcurt dans ces conditions apres 2 jours, Mais si Ton fait dc semblables inoculations en s6ries au cobaye ou au lapin, on constate que le parasite pcrd progrcssivement et rapidement sa propricte de \eg6ter en masses zoogldiqucs.
ocr page 377
— 357 —
Dans les cultures, il perd cgalcmcnt ccttc propricte. Dans l'orga-nismc, on nc le retrouve plus qu'en elements isolcs, ou en faiblcs groupements.
L'inoculation intraperitoneale au cobaj'c provoque de la pcritonitc, qui semblc due ä l'action des produits solubles du bacille, car l'injection d'une culture sterilisue ä 1200 donnc le meine resultat.
Le lapin inoculc dans les memes conditions meurt 5 jours apres avcc un semis de fines granulations sur le foie et la rate, de l'hypertroplüe splcnique et pas de pcritonitc.
L'inoculation sous-cutance determine cgalomcnt la mort du cobaye apr6s 5 ou 6 jours, avec uno plaque d'infiltration ca-seeuse au niveau de l'inoculation, une bypertrophie des ganglions de la region, des tubcrculcs du foie, de la rate et du poumon, et pas de p6ritomte.
La poulc et la souris se sont montrecs refraetaires.
Le germe de la tuberculose zoogleiquc semblc' pouvoir vivre, au moins pendant un certain temps, dans l'air; Chantemesse l'a retrouve dans de l'ouatc, sur laquelle l'air avait filtrc. II peut egalement exister dans le sol (GrANCHER et Ledoux-Lhbard), et No-cakd l'a recucilli dans 1c mucus nasal d'une vaehe non tuberculeuse.
sect; 2. Pseudo-tuberculose bacillaire de Courmont,
Cettc affection est determinee par de petits bacillcs courts, deux fois aussi longs quo largos, ä extremites arrondics, lege-rement ecliancres au milieu ; ils sont le plus souvent isoles et ne forment pas de cbaineUes; ils sont doucs de mouvements tres vifs. Ils sc colorent aisement par la plupart des couleurs d'aniline, mais ils sc decolorent tout aussi facilement; sur les bätonnets colores, les extremites seulos prennent la matiere co-lorantc, la portion moyenne restant clairc.
Ces microorganismes sont aerobics et anaerobies, et vegetent aisement et rapidement sur tons les milieux ordinaircs et dans des limites de temperature tres etendues, meine jusque 46deg;.
Sur gelatine cnscmcncec par stric, cc microbe produit une mince couche bleuatre, a bords irreguliers; cn piqürc, ou aper-
ocr page 378
— 358 —
foit, le long du trajet de l'aiguille, des granulations et, ä la sur­face, unc colonie blcuatre, lob6e. La gelatine n'est pas liquefite.
Sur pomme de terre, il se forme un revetement jaune brunätre.
Dans le bouillon apparait un trouble qui, apres une dizaine de jours, se depose au fond du vase sous la forme d'un sedi­ment floconneux.
Ce microorganisme est pathogene pour le cobaye, le lapin, le rat, le bcouf.
Des cultures rccentes tuent le cobaye sans produire de tu-berculisation; quand alles sont plus agees, elles determinent unc generalisation tuberculeuse en quclques jours. Les bacilles s'observent toujours dans les tubercules et dans le sang.
L'inoculation au lapin donne toujours lieu ä une tubercu-lose, a laquelle les animaux succombent au bout d'un temps variable (18 ä 80 jours).
Courmont a ctudie 6galement les produits solubles de son bacille. II a constate que les bouillons de culture, filtres sur porcclaine, ne sont pas toxiques; mais ils contiennent des pro­duits prcdisposants, puisque les cobayes et les lapins, qui ont refu une injection de 1 cc. de bouillon filtre et qui, quelques jours apres, sont inocules avec un tubercule provenant d'un autre animal, meurent en i5 et 23 heures, alors que les animaux temoins ne succombent qu'apres 10 jours. En outre, les bacilles recueillis dans le sang des animaux qui ont succomb6 parais-sent avoir acquis un tres haut degr6 de virulence, car ils font p6rir dans le mfeme laps de temps des animaux ncufs, meme apres cinq passages. Ces substances prcdisposantes necessitent un certain laps de temps pour exercer leur action, car l'inoculation simultanee de culture filtree et de produits virulcnts donne lieu aux phenomenes ordinaires qui accompagnent l'inoculation de produits virulents seuls.
Courmont rapproche son parasite du microbe d6crit en 1881 par Toussaint; il I'a observe dans des masses tuberculeuses pleurales caracteristiques de la pommelicre provenant d'une vache sacrifice ä l'abattoir de Lyon.
i
ocr page 379
359
sect; 3. Pseudo-tubercidose bacillaire de Pfeiffer.
Pfeiffer, ayant inoculc ä des cobaj'es les produils d'un cheval soupconno morveux, vit survenir chez ces rongeuis des lesions qui, ä l'examen macroscopique, apparurent typiques de la morve. Mais ä l'examen microscopique, il lui fut impossible do mottre en evidence le bacillc de LöFFLER; il rencontra tou-jours un autre microorganismc quo, par ses caracteres morpho-logiqncs et biologiques, il convenait de lapprochcr des bacilles pseudo-tuberculeux.
C'ctaient de courts bätonnets a extremites arrondics, de longueur variable, en general 4 a 5 fois aussi longs que larges, immobiles, et montrant de la tendance ä former des chainettes.
Dans les cultures, on observe egalement des microcoques qui doivent etre consideres commc appartenant ä Involution du bacille, car il est absolument impossible de les isoler par la methode des cultures sur plaques. La formation des spores n'a pas etö constatee.
Ces microorganismes se coloront parfaitement par le bleu de methylene de Löfflee, par les violets de m6thyle et de gentiane et par la fuchsine; la metbode de Gram nc donne pas de coloration.
Inoculcs par piqüre dans la gelatine, ils sc developpent dans la profondeur et a la surface : a la surface, le developpemcnt n'apparait quo 1c 5^ on le 60 jour ct forme une latnclle epaissc ä structure concentrique. La gelatine n'est pas liquöfiöe,
Sur agar et sur scrum, les cultures rossomblcnt absolument a cedes de la morve, mais il n'en est pas do meme sur pomme de terre. Ici la vegetation est assez lento; la culture prend un aspect granuleux ct setend sur toutc la surface.
Dans 1c bouillon, il ne se forme pas do trouble regulier, mais plutot des flocons delicats qui sc deposcnt au fond du vase. Dans le lait, le developpcment est trcs abondant sans modifier sensiblemcnt le milieu.
Sur plaque dc gelatine, on voit apparaitrc do petites colo-
ocr page 380
— 36o —
nies arrondics, prcscntant des couches concentriques; ä la sur­face, clles s'etendent davantagc ct constituent des lamelies ötalees, mamelonnees. Autour des colonies, on apercoit une couronne de petits cristaux, qui augmentent ä mesure quo croit la colonic. D'apres PFEIFFER, ces cristaux rcsultcraicnt d'une action chimiquc dos produits de desassimilation des bacillcs sur les sels de la gelatine; il croit quo cos bacillcs secriHcnt un produit specifique toxiquo qui deteiminerait la necrose rapide qu'on observe dans les tubercules formes par cos microbes.
.Ceux-ci sent palhogcnes pour les coba\-es, les souris des maisons, les hamsters, les lapins, Cos animaux succombent rapidement ä l'infection et les bacillcs se retrouvent dans les tubercules et le sang. Les chevaux, les chevres, les chiens, les chats, les herissons, les rats, les souris des champs, etc., nc presentent pas d'infection generale. Les especcs sensibles peuvent etre infectees par injections sous-cutance et intraveineuse et par Ingestion, Pfeiffer croit que l'infection naturelle se fait toujours par la voie digestive.
II convient peut-etre de citcr, en terminant, une pseudo-tuberculosc etudice par Preisz et GuiNARD et quo Arloing a signalec dans scs lecons. Cette affection qui a etc observee chez le mouton serait due ä des bacillcs extremement fins, tres courts, mesurant a peine 3 ja. Ils sent quelqucfois r6unis en courtes chatnettes formees de 2 ä 3 elements tres petits et places bout ä bout. Assez frequemment une des cxtremites est renflce et donne au bätonnet la forme d'une poire.
Ils sc eolorent par les couleurs d'aniline ordinaires et la n\6-thode de Gram, et sc montrcnt alors stri6s en travers par des bandes succcssivcs claires et colorees. Ces bacillcs sont abondants dans les tubercules jeuncs, et rares dans les masses caseeuses.
Ces parasites sont pathogenes pour les cobaj^es et les lapins. Les animaux inocules dans le sang ou le pöritoine succombent du quatrieme au sixierne jour; inocules ä la pcau, ils survivent plusieurs semaincs.
ocr page 381
— 36i —
Tous Ics anirnaux autopsies montvent des tubcrculcs dans le peritoine, la plcvre, 1c foic, les reins, la rate, les poumons, 1c myocardc, les os, les muscles, la peau, les testiculcs. Ces tubcr­culcs apparaissent d6ja apres 48 ä 72 heures sous forme de jcunes granulations, grosses commc un grain dc millet, opaques, blan-chatres, diffcrant ainsi legercment des granulations griscs, trans­parentes de la tuberculosc de Koch. Los tubcrculcs plus ages presentont au centre une matiere casceuse assez mollc; les pou­mons sont attcints quelquefois d'unc veritable pneumonic cas6-euse. La generalisation tuberculeusc s'effectue avec une intensite remarquable.
Litterature. — Malassez et Vignal, Tuberculosc qoogUique, et Stir le microorganisme de la tuberculosc ^ooglcique; Arch, tie physlologle, iX83 et 1884, — Nocard, Bullet. Soc. centr. de med. veterinairc, l885. — EBERTH, Pscudotuberkulosc des Kaninchens; F'.rtschr. d. Med., i885; Zivci Mycosen des Meerschweinchens', Vlrchow's Archiv, t. 100, iS85; et Der Bacillus der Pseudotuherkulose des Meerschweinchens und Kaninchens; Virchow's Archiv, t. 102, 1886. — Chantemesse, La tuberculosc \OOgliique\ Ann. Inst. PASTEUR, 1887. — Charrin et Roger, Sur una pseudo-tuberculose bacillaire; Compt. rend., t. 106, 1888. — Dor, Pseudo-tidierciilose bacillaire; Compt. rend., t. 106, 1888. — Grancher et Ledoux-Lebard, Rechcrehes sur la luberculosc ^oogleique; Arch, de med. experim. et cVanat. path., I, 188g) et La tuber­culosc ^oogleique (20 momoirc); Ibid., 11, i8(|0. — Nocard. Sur la tuber­culosc ^oogleiquc; Compt. rend. Soc. Biol., 1889. — Nocard et Masselin, Sur un cas de tuberculosc ^oogleique d'ongtnc bovine; Compt. reiul. Soc. Biol., 1889. — Zagari, Sulla cosidetta tuberculosi foogleica 0 pseudotuberco-losi bacillare; Riforma medica, 1889. — Courmont, Sur une tuberculosc microbienne particuliere au bieuf; Detixtime note sur un nouveau bacille tu-berculeux trouve cheq un bieuf; et Substances solubles favorisantes fabriquecs par un bacille tubcreuleux; Compt. reiul. Soc. Biol., 1889. — Courmont, Sur une nouvelle tuberculosc bacillaire d'origitic bovine; Etudes sur la tuher-culose, II, 1890, — Pfeiffer, Uebcr die bacillare Pseudotuberkulosc bei Na-gethieren; Leipzig, i88(). ~ Aiiloing, I.econs sur la tuberculose et certaines septicemies; Paris, 1892.
ocr page 382
362
CHAPITRE XX.
Etude microbiologique du tetanos.
Lc microbe specifiquc du tetanos a etc observ6 pour la premiere fois par NlCOLAlER; depuis, Kitasato a complete son 6tude et en a obtenu des cultures pures.
Ce sont des bacilles droits, mobiles, mesurant 6 ä 8 |j., a ex-trömites arrondies, le plus souvent isoles ou reunis par 2 a 4 ele­ments formant de courts filaments.
Ils prennent facilcmcnt la plupait des couleurs d'aniline et se colorant par la metbode de Gram.
Ces microbes ferment rapidement des spores dont lc dia-
mctre est sensiblement supcricur ä celui du bätonnet lui-meme.
Ces spores, occupant presque toujours une
^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;position tcrminale, donnent aux bacilles une
1nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ^anbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; forme ties cai£icteristique qui rappelle celle
-* 'nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; d'un battant de cloche, fig. 49. Ces spores
^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; sont sensiblement spheriques, brillantes, deux
Fig. 49. — Bacillus ä quatre fois plus larges que le bacille; ex-
tctani : elements spo-nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 11nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ^ 1nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;1
,,nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; ceptionnellement, on peut les observer en un
nlercs provenant dunenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;•nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; *
culture sur agar.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;autre point qua l'cxtremitö du bätonnet.
A la temperature de letuve, dies appa-raissent dejä aprcs 3o heures; ä 200 ou 25deg;, elles ne se forment guöre qu'aprcs une scmaine.
Ces spores posscdent une force de resistance considerable ä la chalcur : dies supportent facilement une temperature de 800 pendant six bcures, de go0 pendant une heure ou deux, et de 1000 pendant une ä deux minutes. C'est sur cette propriete que Kita­sato a base sa metbode pour obtenir des cultures pures : il chauffe ses cultures ä So0 pendant trois quarts d'heure; la plu­pait des especes pcrissent, tandis que les germes tctaniques re-sistent et se developpent en culture pure. Un quart d'heure a 1000 et cinq minutes a n5quot; les tuent surcment.
Les spores paraissent plus sensibles ä Faction de la lumicrc en presence de Fair; soumises ä cette influence, elles produiscnt des bacilles attenucis ou meme depourvus de toute virulence et
ocr page 383
363
peuvent meine etre tuees apres un mois (Vaillard et Vincent). Elles lesistent ä l'acide ph6mque en solution ä 5 pour 100 pen­dant plus de ig heures et pendant plus de trois heures ä la solution de sublime corrosif ä i 0,00.
Les aeides mineraux et organiques sont sans action sur les germes tötaniques (Tizzoni et Cattani). En culture, les spores sont tuees par le nitrate d'argent ä 1 0/0 cn 1 minute, ä 1 0/00 en 5 minutes, par la creoline ä 5 0/0, l'hypermanganate de po-tasse ä 1 0/0, l'eau d'iode en quelques minutes.
La dessiccation ne parait pas beaueoup les affecter; du pus tetanique dessechfi s'est encore montre virulent apres seize mois. La putrefaction ne les detruit pas davantage.
Le bacille du tetanos est anacrobie;_ il ne vegete guere qu'en l'absence d'oxj-gene, dans le vide on dans un gaz inerte. Des traces d'oxygcnc n'arrctent pas son dövcloppemcnt, ainsi il peut se multiplier dans des cultures impures, cn association avec des especes a6robies qui absorbent tout l'oxygene du milieu.
Pour obtenir des cultures, il faut operer dans le vide, dans une atmosphere d'hydrogamp;ie, ou bien dans les couches profondes des milieux solides, oü la diffusion de l'air est arretce par les couches superficielles.
Dans ces conditions, le bacille tetanique croit dans la gela­tine, I'agar, le serum, la pomme de terre, le bouillon, etc. La vegetation est nulle au-dessous de 140, lente ä 180, rapide a 38deg; et nulle au-dessus de 43deg;.
Dans la gelatine glycosee, lorsque l'ensemenccment est fait par piqüre profonde, on voit apparailre, dans la partie inferieure du tube, de petites colonies irrcgulicres, nuageuses, d'oü partent bientöt de fins filaments perpendiculaires au tiajet de l'aiguille. La culture prend ainsi une apparence qui rappelle l'aspect d'un sapin. Mais la gelatine ne tarde pas ä se liquefier et cet aspect disparatt en meme temps; la cult ure tombe au fond du tube, oü eile forme des flocons blancs.
Si la substance d'enscmencement est repartie regulicrement dans la gelatine fondue qu'on laissc se solidifier ensuite, on constate apres quelques jours que chaque germe a donne nais-
ocr page 384
364 —
sancc au sein de la masse a une colonie qui apparait sous la forme d'une petite tachc floconncuse cntouree d'une zone do filaments rayonnants dans tons les sens, fig. 50.
A un faible grossissement, chacune de cos co­lonies se montrc formec d'un centre consti-tuc par des filaments irrcgulicrcment peloton-ncs, s'entrecroisant un grand nombre de fois; autour do cc centre, on apercoit une couronne
de filaments radiaires, qui s'etendent dans toutes les directions. Autour dc ccs colonies, la g6-P:' -:; #9632;^Nlnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; latine so liquefie lenternent.
Dans les cultures dans la gelatine, il n'y
a pas en göneral de degagement gazeux. Le dcveloppement nc sc produit jamais dans les couches superieures des tubes.
Sur agar, les cultures prcscntcnt les memes caracteres; ellcs sont toutcfois moins floeon-ncuscs. Sur serum, la vegotation est facile; il ne se produit pas de liquefaction. Sur pomme
de tcrrc, les cultures sont moins aisöes a. ob-
Fig. 50. — Bacil­lus tetani : culture dans la gelatine gly-cosee, Agee de 4 j
tenir; d'apres Vaillard et VlNCENT, il sc for-mcrait sur ce milieu une couche humide ,
luisantc.
Dans le bouillon, la vegetation sc fait rapidement ä 38deg; ; apres vingt-quatre heures, le liquide est devenu trouble ct il se degagc do lines bullcs gazeuses. Apres quinze jours, il sc pro­duit un depot au fond du ballon; la reaction du milieu est nettement alcaline.
Les cultures de tetanos se distingucnt toutes par une odeur speciale, rappelant cclle dc la cornc brulee.
Lc bacille tetaniqne est pathogene pour les -souris, les rats blancs, les cobayes, les lapins, les chevaux, les änes, les mulcts, les bceufs, les pores, les moutons, les chövres. Les chiens, les poules et les pigeons paraissent doues d'un certain degrc d'immunite; ces animaux peuvent souvent, sans perir, supporter d'assez fortes doses de culture.
ocr page 385
365
Les animaux inocules presentent des symptomes absolument analogues ä ceux qu'on observe dans le tetanos de l'homme; les muscles de la region inoculee sont toujours los premiers entrepris; la generalisation tetanique se produit ensuite. Les souris, les rats blaues et les cobayes sont les especes les plus sensibles : im cinq centieme de centimetre cube suffit pour determiner chez cux un tetanos typique; la mort survient apres 36 ü 40 hcurcs. Lc lapin est plus resistant; il exige des doses de dix ä trento gouttes, et ne succombe quo vers le quatriöme ou meme le dixiemc jour apres Fapparition des accidents; ceux-ci ne sc produisent quo du deuxiemc au troisiemc jour apres I'inoculation,
A l'autopsie des animaux qui ont succombe, on ne constate guere de lesions ; e'est ä peine si Ton observe un pen d'ocdeme au point d'inoculation et quelquefois un etat congestif des vis-ceres. Au microscope, on ne rotrouve des bacilles dans la region inoculee qu'en petite quantite ; on en decele surtout la pre­sence par I'enseniencement ou I'inoculation de lambeaux de tissu conjonctif. Lc sang n'est pas virulent, du moins avant la mort; aux approches de celle-ci, les bacilles y penetrent quelquefois et on constate alors la virulence do la moelle des os, du foic, de la rate,, du cervcau, etc.
Les bacilles letaniques s'attcnuent rapidement par lour pas­sage du rat blanc au rat blanc, du cöbaye au cobaye, etc,; leur virulence augmente, au contrairc, de lapin a lapin. Du reste, on ne pent guere transporter lo virus du lötanos en scrie con­tinue d'un animal a un autre. Trasbot a vu la transmission du cheval au cbeval eeboucr au-dela de trois fois, de deux fois et meme d'une seulo fois.
En g6n6ral, les germes du tetanos nc se multiplient quo fai-blement dans I'organisme; si on les recbcrchc quelque temps apres en avoir injecte tin grand nombre, on constate qu'ils ont pour la plupart disparu, sans quo I'organisinc ait eto envabi, car il est impossible de les retrouvcr dans n'importe quel autre point du corps. II est possible qu'ils peuvent sc multiplier dans certains points ou I'oxygone fait defaut, mais la pullulation y sera tou-
ocr page 386
— 366 —
jours lestreinte. Aussi doit-on supposer qu'ils agissent surtout par leurs secretions toxiques; e'est ce que, du reste, de nombreuses observations ont mis en pleine Evidence.
Brieger avait deja retire des cultures quatre ptomaines dif-ferentes : la tetanine, qui, injectee sous la peau en quantit6 excessivement faible, reproduit les symptömes t3'piques du t6tanos; la tetano-toxine, qui determine des convulsions toxiques et clo-niques; la spasmotoxine qui est convulsivantc et cause une sali­vation tics abondantc. Malheurcusement cet autcur avait experi-mentc sur des cultures impures.
Faber montra plus tard qu'on pouvait provoquer le t^tanos en injectant aux animaux des cultures depourvues de tout bacillc par la filtration sur porcelainc. Ccs bouillons filtres apres vingt jours de culture sont doucs d'une toxicit6 extraordinaire : un cent millicme de centimetre cube donne le tetanos ä la souris; un millicme de centimetre cube pent tuer un cobayc en trois jours. Vaillaed et Vincent ont constate que la dose de un vingt-cinq cent millionieme de gramme de la substance toxique est mortelle pour la souris, et qu'un vingt-cinq millionieme de gramme suffit pour tuer un cobaye.
Les travaux de TiZZONl, Cattani et Baquis d'une part, de Vaillakd et Vincent d'autre part, ont complete letude de ce poison tctanique. Cette substance se rapprocherait par ses carac-teres des diastases; eile est detruite par une temperature de 65deg; appliquce pendant cinq minutes; le sejour ä l'ötuve a 35deg;-370 affaiblit la toxicite des bouillons. Elle est detruite par les acides mineraux et par les alcalis. Cost ä sa presence qu'il faut rapporter exclusivemcnt la virulence du sang et des transsudats d'animaux tötaniques, car il y a absence absolue, ou presque absolue, des microbes eux-memes. La toxine tetanique est d6-truite par I'exposition au soleil, Brieger et Fr^nkel sont par­venus ä isoler cette substance : eile constitue un corps special, degageant l'odeur caract6ristique des cultures, extrcmement toxique, insoluble dans I'alcool, tres soluble dans I'eau. L'alcool le pr6-cipite de ses solutions sous forme de flocons grisatrcs; il est
ocr page 387
- 367 —
entrainö 6galement de ses solutions par le precipitö de phos­phate de chaux ou d'aluminej cos caractcres le rapprochent encore des diastases. Inocule au cobayc, il produit un tetanos typique.
II resulte des observations de Vaillard et Vincent, que los bacillcs t^tailiques, injectes en culture dans le bouillon, agissent exclusivement par la toxinc contenue dans le liquide de la cul­ture. Ils ont montr6, en cffet, quo si l'on injecto des cultures jeunes, encore dcpourvues de toxine, on ne produisait aucun accident tetanique, alors meme que la quantite de bacillcs in-ocules etait considerable. Ils ont pu egalemont injeeter des cul­tures sporulecs, chauffecs a 65deg; pour dütruirc le poison, sans voir survenir aucun accident mortel. Ces spores nc sc devc-loppent pas dans l'organisme; transportecs dans un milieu arti-ficiel de culture, elles produisent aussitöt leur poison. Des spores lavees ä l'eau sterilisec se sont montrees egalement depourvues de toute action nuisible.
Le bacille du tetanos ne se multiplie done pas dans l'or­ganisme; il y disparait assez rapidement et reste inoffensif, parce qu'il est incapable d'y secretcr sa toxine,
II est possible toutefois do favoriser sa pullulation au sein de l'organisme; on y parvient en injeetant au prealable de l'acide lactique ou de la trymcthylamine, ou simultanement des cultures d'un autre microbe, le Micrococcus prodigiosus. C'est ce qui est rea­list du reste dans l'infection naturelle; le bacille tetanique est toujours aecompagne d'autrcs microbes qui facilitent son deve-loppcment et lui pennet de secretcr sa toxine.
Les germes tetaniques se rencontrent en effet dans le sol, les poussiöres, oü ils sont associes a d'autres microbes. L'infec­tion naturelle se fait toujours ä la faveur d'une plaie; eile ne se produit jamais par la voie digestive. II est possible de faire ingercr les germes du tetanos et la toxine td'tanique sans pro-voquer aucun accident. Los spores traversent le tube digestif sans Ctre dötruites; on les retrouve Vivantes dans les excrements de beaucoup d'herbivores A l'ötat sain, surtout du cheval (Sou-mani, Sanchez-Toledo et Veii.lox).
ocr page 388
368
Une premiere atteinte de tetanos ne parait pas conförer l'immunite centre unc nouvellc manifestation dc cetto maladie. BoSSANO a constate, en effet, qu'en inoculant ä des cobayes un virus tetanique attenue, ces animaux ne succombaient pas ä Fin-fection ; mais ils mouraicnt infailliblement, lorsqu'on leur inocu-lait ultörieurement ün produit virulent. Bossano a obtenu I'atte-nuation du bacillc tetanique en 1c cultivant en scric dans I'organisme du CObaye. Aprcs un certain nombre de passages, la mort 6tait rctardee et, aprcs un nombre de passages plus considerable, eile ne se produisait plus.
Malgre ccs resultats peu encourageants, divers auteurs ont cbcrche a procurer aux animaux l'immunite contre le tetanos. Behring et KlTASATO y sont parvenus par la methodc suivante : ils injectent, en memo temps quo du bouillon tetanique, une so­lution dc triclilorure d'iode au ccntieme, qu'ils renouvcllent apres 24 beures; on constate quelqucs symptömes locaux de tetanos. On rcnouvelle encore les injections de trichlorure jusqua ce que I'animal ait recu, en cinq fois, i5 centigrammes de cette sub­stance. Si, apres i5 ä 25 jours, on inocule un produit virulent aux animaux traites par cette methodc, on n'observc que de faibles manifestations tctaniqucs qui ne tardent pas a disparaitre et les animaux sont devenus refractaires ä l'inoculation de 5 cc. de bouillon tr6s virulent. Behking et Kitasato ont reussi ainsi ä vacciner des lapins, mais ils ont cchouc avec les souris et les cobayes; du reste, meine chez les lapins, les resultats ne sont pas toujours certains : ce proccde ne rcussit que dans une pro­portion de 40 0/0 et le lapin vaccine a perdu son immunite apres deux mois.
Mais il est unc methode qui donne des resultats plus con­stants et qui rcussit meme sur les souris; clle consiste dans I'injection intraperitoncale du sang ou du s6rum sanguin d'un lapin rendu rcfractaire par le trichlorure d'iode. On pent con-ferer ainsi une immunitd qui peut durcr 40 ä 5o jours. Mais ce qui constitue le principal avantage dc cette methode, e'est qu'elle pcrmet de guörir le tetanos, lorsque I'intoxication a dejä
ocr page 389
— 369 —
commence. Le serum du lapin non immunise n'ayant aucune valeur vaccinante ni curative, il faut en conclure que I'lmmuni-sation a introduit dans le sang unc modification speciale, qui lui confcre des proprietes nouvelles.
Behring et Kitasato out constate, en effct, que le serum d'un lapin immunise detruit les toxines tetaniques, ce qui ex-pliquc son action curative, tandis que le sang d'un lapin neuf est depourvu de ccttc propriete. Ces auteurs attribuent ce re-sultat a la presence dans le sang d'une substance soluble, ca­pable de dötruire les toxines, non seulement in vitro, mais encore au sein de l'organisme.
Tizzoni et Cattani ont etudie les proprietes do cettc sub­stance, ä laquelle ils ont donne le nom d'Antitoxine Utamque. Elle se conserve pendant longtemps a l'obscurite et clans un endroit frais; eile est tres sensible ä Faction de la chalcur : ä 65deg;, eile est dejä affaiblie, et ä 68deg;, eile esl detruite; eile ne dialyse pas; eile est detruite par les aeides, les alcalis; eile est entrainee sans altera­tion par la precipitation des albuminoides du serum au moyen du sulfatc d'ammonium. D'apres tous ces caractercs, Tizzoni et Cattani concluent que l'antitoxine tütanique est de nature albumino'ide et se rapprochc des diastases; eile serait differentc dc la s6rine et constituerait plutöt une globuline. Elle cxiste dans le sang et particulierement dans le serum, pas dans les tissus (muscles), ni dans les organcs (foic, rate).
Le sang des animaux naturellement refractaires, les ponies, ne jouissent pas de cettc propriete antitoxique ; cclle-ci existe exclusivement dans le sang des animaux qui ont etc artificiel-lement immunises. L'existence de cettc substance ne permet done pas d'expliquer rimmunite naturelle centre le tetanos.
Tizzoni et Cattani, dans leurs experiences de vaccination, se sont adresses ä des animaux peu sensibles au tetanos (chiens et pigeons), et sont parvenus ä leur confercr une immunite solide, en leur injectant des doses croissantes de toxine, mais ils ont observ6 que le sang de einen rendu refractairc est incapable d'immuniser les lapins et les cobayes.
85
ocr page 390
— Syo —
Vaillard a essaye les injections de cultures filtröes et chaufT6es; il faisait des injections intraveincuscs successives avec des bouil­lons chauffes a 580-6o'gt;, puis a 5i0, et enfin avec des bouillons filtres mais non chauffes. Les r6sultats qu'il a obtenus sont peu satisfaisants. Si vine certaine accoutumance de l'organisme ä la toxine s'obscive les premiers jours, on pent deja en constater la disparition au bout d'une quinzaine do jours, et les animaux sc montrent dans la suite parfaitement receptifs a I'infection.
Tout recemment. Schütz, avec l'aide de Koch, Behring et Kitasato, a applique la methode de vaccination au trichlorure d'iode aux chevaux et aux moutons, et a obtenu des resultats fort encourageants.
L'intoxication tetanique se fait lentcment, ce qui permet quelquefois dc combattrc la maladic par l'incision de la partie qui conticnt les bacilles. Kitasato est parvenu ainsi a empecher l'apparition du tetanos en incisant la region inoculte moins d'une heure apres I'inoculation, On con^oit, en effet, que le bacillc de Nicolaier ne se multipliant guere et ne se repandant pas au sein de l'organisme, il suffit d'enlever la portion de tissu oü il secrete ses toxines pour arreter aussitot l'intoxication et voir cesser par lä rneme les symptomes du tetanos.
Litterature — Nicolaier, Beiträge ^ur JEtiulogie des Wundstarrkrampf; Dissert inaug, Göttingen, i885; et Ueber infectioscn Tetanus: Deutsche med. Wochenschrift, 1884. -- Kitasato, Ueher den TetanusbaeiUus; Zeitschr. für Hygiene, VII, 1889 — Vaillard et Vincknt, Contribution d I'etudc du teta­nos; Ann Inst. Pasteur, V, 1891 — Brieger, Untersuchungen über Pto­maine; Berlin, 1886. — Faber, Dia Pathogenese des Tetanus; Berl. klin. Wochenschr.. 1890. — Tizzoni, Catta.ni et Baquis, Dacteriologische Unter-Suchungen über den Tetanus; Beitrüge zur path. Änat., 1890. — Brieger et Fhaenkel. Untersuchungen über Dacieriengifte; Bcrl. klin. Wochenschrift 1890. — Sanchez Toledo et Veillon, De la presence du bacillc du tetanos dans les excrements du cheval et du bueuf ä l'etat sain; La semaine medi-cale, X, 1890, et Compt. rend. Soc. Biol , 1890. — Bossano, Attenuation du virus tetanique par le passage sur le cobaye; Compt. rend., t. 107, 1888. — Kitasato, Experimentelle Untersuchungen über das Tetanusgift; Zeitschr. f. Hyg , X, 1891. — Behrino et Kitasato, Ueber das Zustandekommen der Diphtherie-Immunität und der Tetanus Immunität bei Thiercn ; Deutsche med Wochenschr , 1890. — Tizzoni et Cattani, Ueber die Art einem Thiere
ocr page 391
- 37i -
die Immunität gegen Tetanus fH übertragen; Centralbl. f. Bakter. u. Parasit., IX, 1891; lieber die Eigenschaften des Tetanus-Antitoxins; Ibid, IX, 18911 Fernere Untersuchungen über das Tetanus-Antitoxin; Ibidem, X, 1891. — Vaii.i.aud, Sur Vimmuniti contre le tetanos; Compt. rend. Soc. Biol., 1891. — Schütz, Versuche jur Tmmtmisirmg van Pferden und Schafen gegen Tetanus; Zeitschr. f. Hyg. u. Infectionskrank., XII, 1892.
CHAPITRE XXI.
Etude microbiologique des affections diphtheritiques.
Sous le nom de diphtheric, on a decrit en patliologie v6-terinaire diverses affections des animaux domestiques. Mais ces affections n'ont aueun rapport d'identite etiologique avec la diph­theric humaine. Colin n'a pu reussir, cn eftet, ä transmettre le germe de la diphtheric humaine aux animaux et ses observations ont 6te confirmees par difTcrents experimentateurs (Penzoldt, Pütz, Esser, Saint-Yves Menard, etc.).
Parmi les affections diphtheritiques des animaux domestiques, il convient de citer la diphtheria des pigeons, la diphtherie des veaux et la diphtherie intestinale des lapins. II importe peut-6tre de rattacher ä ce meme groupe de maladies la fievre ca-tarrhale maligne, bien que la nature diphtheritique de cette af­fection ne soit pas nettement etablie.
sect; 1. Diphtherie des pigeons.
L'etude microbiologique de cette affection a ete faite par Lcefeler. Ses observations ont ete confirmees par Cornil et Megnin, et par Eaües et Puscariu.
Les exsudats pseudo-membraneux renferment des microcoques et des bätonnets. Ces derniers sont un peu plus longs et plus minces que los bacilles de la septicemie des lapins; ils ont les ' extremites arrondies et sont le plus souvent r6unis en groupes. Ces microorganismes se rencontrent 6galement dans les bronches, dans la bouche et dans les vaisseaux du foie.
Sur plaques de gölatine, ils donnent naissance, dans la pro-fondeur, a de petites colonies, qui apparaissent sous la forme
ocr page 392
— 372 —
de granulations blanches; ä la surface, ces colonies s'etendent et ferment des lamelies jaune-brun qui, vues avec un faible grossis-sement, presentent un aspect lügeremcnt chagrine. La gelatine n'est pas liquefiee.
Sur scrum, il se produit une couchc grisätre, legerement transparente.
Sur pomme de terre, il se forme une couchc qui ne se distingue dc la surface de la pomme dc terre que par une teinte grise.
Dans 1c bouillon, il sc produit un trouble,
Ces cultures se font a la temperature ordinaire, mais leur croissancc est lente.
Les bacilles de LcEFFLER sent pathogencs pour les pigeons, les moineaux, les lapins et les souris. Les poules, les cobayes, les rats et les chiens sont refractaires.
L'inoculation des cultures au pigeon amene toujours une in­flammation avec formation d'une fausse membrane. Inoculees a la pcau, les cultures determinent une inflammation avec necrose; sur la muqueuse buccale, il se forme une fausse membrane diph-th6ritiquc analogue a celle qu'on observe dans la diphtherie spon-tanöe des pigeons.
Les bacilles de la diphtherie introduits dans le pharynx des pigeons bien portants ne produisent point la diphtherie, s'il n'y existc d6jä une lesion de la muqueuse, ct perdent, au bout de peu de joins, leur action pathogenc (Babes ct Puscariu).
Chez le poulet, l'inoculation n'a provoqu6 que I'apparition de petites taches lenticulaircs, qui sont restccs localis6es et n'ont provoque aucune intoxication generale. II est done probable que la diphth6rie du poulet est diffcrente de celle du pigeon.
Les moineaux inoculös dans le muscle pectoral sont morts apres trois jours. Le tissu inoculö 6tait transformö en une masse jaune, dans laquelle fourmillaient les bacilles.
Chez le cobaye, il s'est formö des ulceres qui ont gu6ri spontanement; chez le rat, il s'est produit une necrose partielle, et chez les chiens, une simple rougeur au point inocule.
.
ocr page 393
— SyS —
Les lapins ont prcsente unc semblable rougcur inflamma-toire au niveau du point inoculc. Sur deux sujets soumis a rexperiinentation, un a succombe avec unc peritonite fibrineuse et unc tumefaction de la rate; lautre a gucri. L'inoculation sur la conjonctivc oxcoricc a provocpie chez le lapin la formation d'unc fausse membrane.
Les souris inoculccs succombent souvent et montrcnt a I'au-topsic la rate gonflec et brunc, 1c foic marbre de taches brunes ct blanches; ccs dernifires correspondent ä des travees de cellules hepatiques necrosces.
D'apres Baues et Puscakiu, les cultures virulentes faites dans du bouillon sans peptone produiscnt deux substances albumi-no'ides speciales ; I'une est soluble dans I'eau, insoluble dans ralcool et ne donne pas la reaction du biuret; Fautre est a peine soluble dans lean. Introduitcs sous la peau des pigeons, ces deux substances determinent une hyperthennie remarquable, qui persiste pendant plusieurs jours; les oiseaux ipaigrissent et suc­combent quelques jours apr6s en presentant des hemonhagies ötendues.
Les pigeons, qui ont surmonte la diphtheria experimentale ou spontanee, peuvent, dans certains cas, etre atteints de para-lysies des alles, des pattes ct des muscles du dos. Ces para-lysies peuvent memc s'observcr chcx les jeunes pigeons, dont les parents ont ete atteints de la maladie.
D'apres Megnin, l'infection des pigconneaux sc produirait par rintennediairc de leurs parents. Ceux-ci presentent sous la nniqucusc de l'oesophage de petits grains, qui ne sont autrn chose que dc petits tuberculcs diphthöritiques, dans lesqucls on retrouve le bacille caracteristique de la diphtberie. Or ccs pigeons nourrissent leurs petits qui viennent de naitrc en leur degor-geant dans le bee, pendant les premiers jours, une substance lactescente secretee par l'oesophage, puis en les gavant avec des graincs qui ont macere dans leur propre jabot. On conceit comment, dans ces conditions, des pigeons, en apparence bien portants, transmcttent la diphtheric a. leurs petits, ct cela pen­dant des annees ct invariablcincnt. En effet, cctte forme de la
ocr page 394
— 374 —
diphtherie, qui est en quelque sorte latente chez les adultes, est compatible avcc une sante eu apparence des plus florissante, tandis cpie chez les tout jeunes oiseaux revolution de la ma-ladie est toujours rapide et mortelle.
Les observations de Lceffler et de Megnin rendent pro­bable la non-identite de la diphtherie des pigeons et de la diphtheric des poulets. Cornil et Megnin ont Signale ögalement des affections diphthöritiques de l'intestin chez le faisan et la perdrix, On en a signale egalement chez les perroquets et les palmipedes.
sect; 2. Diphtheric des veaux.
Cette affection a 6t6 ötudiee au point de vue microbiologique par Dammann et Lceffler. Dammann a signals dans les fausses mem­branes des microcoques et des bätonnets; 11 a consider^ les premiers comme specifiques. Les lapins inocules ont succombe apres un jour en prösentant des h6morrhagics au point d'inoculation.
Lceffler; au contraire, attribue la specificite aux bätonnets qui existent dans les fausses membranes et s'y prösentent sous la forme de longs filaments ondules, disposes en touffes dpaisses.
La maladie est transmissible aux moutons et aux lapins (Dammann), ainsi qu'aux souris (Lceffler). Les veaux la pren-nent ties facilement, tandis que les bceufs ages n'en sent atteints qu'exceptionnellement.
Lc virus est relativement tres resistant, puisque Dammann I'a retrouve actif apres g mois dans une stable.
sect; 3. Diphtherie intestinale des lapins.
Dans les organes dc lapins qui avaient succombe ä une. maladie spontanee de nature diphtheritique, localisee sur I'intes tin, RiBBERT a trouve des bacilles mesurant 3 p. ä 4 \gt;. de long, sur 1 \i. ä 1,4 ij. de large, pr6sentant les extremites arrondies, et reunis par deux ou plusicurs, de manicre ä former des filaments.
Ccs microorganismes, qui vegctent ties rapidement, se cul-tivent le mieux a la temperature de 370 a 38deg;. Ils poussent sur la gelatine, I'agar, la pomme de terre, etc. A l'abri de l'oxygcne, le d6veloppement est faible.
,
ocr page 395
— 375 —
Sur plaques de gelatine, on voit apparaltie de petitcs co­lonies transparentes, primitivement grises, mais prenant dans la suite une teinte brune. Leur surface est granulee et possede un aspect nacre. En piqüre dans la gelatine, le developpement est faible. La gelatine n'est pas liquefiee.
Sur agar, rensemenccment en strie donne lieu a une couche proeminente, ä reflet nettcment luisant.
Sur pomme de terre, il se forme une couche blanchätre, pen epaisse, qui sctend lentement.
Ces bacilles se colorent bien par la solution aqueuse de fuchsine; ils se decolorcnt par la möthode de Gram.
L'injection de culture dans la veine auriculaire du lapin determine la mort en trois jours; on retrouve de nombreuses colonies dans les capillaires du foic et de la rate. L'inoculation hypodermique produit la tumefaction des ganglions lymphatiques. Inject6s dans la cavite buccale, les bacilles provoquent dans Tin-testin grfele une inflammation de la muqueuse avec n6crose en plaque.
Cette dernicrc observation pennet de supposer qua I'infec-tion naturelle se produit par I'alimentation,
sect; 4. Fievre catarrhale maligne.
L'ctiologie de cctte affection n'est guere connue. On possede plusicurs observations microbiologiques, mais clles sont incom-plctes et n'etablissent pas la specificite des microorganismes de-crits par les auteurs.
Franck ct HlMMELSTOSS out decrit dans la fievre catarrhale du beeuf des microcoques et des batonnets. Ces microorganismes se rencontrent dans le sang, dans les secretions nasales et dans l'urinc. Semmer a trouve dans le transsudat des vcntricules c€x6-braux, dans les ganglions mesenteriques et bronchiques tum6fi6s, dans le foie, les reins et le sang, des microcoques ties mobiles, qui se faisaicnt rcmarqucr par des contours ties nets et des dimensions variables. Plus recemment. Hink et V.eth ont si-gnalö, dans le mucus nasal et dans le sue des reins et du foie, des strcptocoques qui se coloraient vivement par le violet dc
ocr page 396
— 375 —
gcntiane et la mcthode de Gram. Mais ces auteurs ont neglige de faire des cultures et des inoculations cxperimentales.
On ignore 1c mode natural d'infection. Tons les essais de transmission tentes par Brusasco sont restes sans resultats
Le mouton prescnte egalcment une fievre catarrhale, ana­logue ;i ccllc du beruf. D'aprfis Audum, cette maladie serait dctermince par un bacille mesurant i p. a 3 j/. de long et ayant la laigcur du bacille de la tubcrculose,
Ces bacilles se rencontrent dans les produits d'inflammation, mais pas dans le sang. Ils sont pathogenes pour le mouton ct le lapin; le cheval, le beeuf, le chien et le cobaye se montrerent r6fiactaires. Les moutons inocules prirent la maladie, mais gue-rirent; cbcz les lapins, on put retrouver les bacilles dans la se­cretion nasale, dans les poumons ct dans le sang.
Audum obtint des cultures pures sur la gelatine, I'agar, le serum et la pomme de terre.
II Importe de citcr encore au chapitre des dipbthöries une observation d'endocardite dipbtberitique signalee par Csokor. Cet auteur a decrit dans les membranes qui recouvraient la valvule tricuspide du coeur d'un boeuf, ainsi que dans le tissu meme de la valvule, de nombreuses accumulations de microcoques qui, d'apres I'auteur, p6netreraient dans les vaisseaux ä la faveur de lesions du sabot (abees) et viendraient determiner l'inflammation des valvules, que Ton observe frequemment aussi chez les chevaux.
Litterature. — Colin, Etudes experimcntales sur les affections dipltthe-ritiqucs des aiiimaux \ Compt, rend., t. 100, 1885. — Penzoldt, Einige Versuche, Diphtherie auf Thicre f/( übertragen-, Deutsches Arch. f. klin. Med,, XLII, 1887. — Pütz, Ueber croupos-diphtlwritisclie Erkrankungen un­serer Hausthiere und deren Beziehungen für Diphtherie des Menschen \ CEsteir. Zeitschr. f. Veterinar-Wiss., (, 1887. — Esser, Ist Diphtheritis des Menschen auf Kälber übertragbar; Thiermed. Rundschau, 1888. — Saint-Yvks Menard, De la non identite de la diphthirie humaine et de !a diph-therie des oiseaux; Revue d'hygiöne et de police sanitaire, i8go. — Lceffler, Untersuchungen über die Bedeutung der Mikroorganismen für die Entstehung der Diphtherie beim Afenschen, bei der Taube und beim Kalbe; Mittheil. a. d. k. Ges.-Amte, II, 1884. — Cornil et Megnin, Sur la tubcrculose et la
ocr page 397
— 377 —
diphtherie che^ les gallinaccs; Journ. de l'anat. et de la phys'ol,, XXI, \HSS.
—nbsp; Babes et Puscariu, Untersuchungen über die Diphtheric der Tauben ; Zeitschr f. Hyg-, VIII, i8(|0; et l^echerches sur la diphlherie des pigeons; Ann Inst, de path, et de bacter. de Bucarest, I, iMSS-iSSq. — Mkgnin, Sur la diph­therie du pigeon; Compt. rend. Soc. Biol , iHgi. — Dammann, Die Diph­therie der Kälber, eine neue auf Menschen übertragbare Zoonose; Deutsche Zeilschr. f. Thicrmed u, vergl. Path , III, 1S77 — Ridbert, Ucber einen bei Kaninchen gefundenen Spaltpilze (Bacillus der Darmdiphtherie des Kanin­chen]; Deutsche med. Wochenschr, 1887. — Franck, Einige Beobachtungen über das eiijootischc Au/treten des Katarrhalflebers beim Rinde; Deutsche Zeitschr. f. Thicrmed. u vergl. Path., XI. — H1MMEL8TOS8, Bösartige Kopf­krankheit des '#9632;'Rindes; Wochenschr. f. ThierheilU u. Viehzucht, i885. — Semmer, Rinderpestähnliche Erkrankungen und die Mikroorganismen bei denselben; Deutsche Zeitschr, f Thiermed., i885. — Hink et V/ETH, Zur sP.tiologie des bösartigen Katarrha/ßebers beim Rind; Bad. thierärzll. Mit­theil., 1889. — Audum, Untersuchungen über den Schafrotf; Dorpat, 1888.
—nbsp; nbsp; Csokor, Diphthcritisclte Entzündung der dreiflpfllgen Klappe bei einem Rind, Endocarditis diplitheritica s. bacteritica; CEsterr. Zeitschr. f, wlss. Veterinärk., II, 1888.
CHAPITRE XXII.
Etude microbiologique de la Pyelonephrite du boeuf.
Deja cn 1877, Dammann avait döerit un cas de nephrite do nature microbienne, dans laquelle il avait signals des micioco-ques. Apres lui, Zschokke, Hess et Mazzanti observerent dans certains cas de pyelonephrite la presence de microcoqrtes et de hacilles. Mais le facteur 6tiologique de cette affection n'a vAv. determine que par les travaux recents de Höflich et de Enderlkn.
D'apres ccs autcurs, il existerait dans les reins malades et les urines purulenfes de petits bacillesf immobiles, let;erement courbes, presentant des extremites arrondies, mesurant 2 \). a 3 \i. de long sur 0,7 \). de large, reunis en petits groupes.
Ces hacilles se colorent d'unc maniere uniforme par los nia-tieres d'anilinc et prineipaloment par los mothodes de Gram et de Weigert.
Ces microorganismes vegetent le mieux a la tenipetature de 37deg;, medioerement ä la temperature ordinaire.
ocr page 398
— 378 —
Sur plaques d'agar, ils fonnent de petites colonies puncti-formes, grises, ne'ttement delimitees, lorsqu'elles sent jeunes, ä bords ^chancres, lorsqu'elles sont plus.ägees. En piqüre, le deve-loppement est faible a. la surface; le long du trajet de l'aiguille, on observe unc trainee legöre, sur les bords de laquelle se fonnent de petites colonies globuleuses.
Stir serum, le developpement prcsente les m6mes caract^res, avec cette difference qu'il est un pen plus abondant; dans I'eau de condensation, il sc produit un fin döpot.
Dans le bouillon, il se forme un sediment finement granu-leux, au-dessus duquel le liquide reste clair.
Sur gelatine, sur pomme de terre et dans le lait, Enderlen n'a pas obtenu de developpement. II n'a pas röussi non plus a l'abri de l'air; Höflich a cependant annonce avoir obtenu des cultures dans cette derniere condition.
La spomlation n'a pas et6 observ6e.
L'injection intravesicale des cultures chez la vache ne pro­duit pas d'alteration de l'appareil urinaire. De semblables in­jections pratiquecs sur le cobaye et le lapin nc determinent pas davantage de cystite, ni do py6lon.6phrite,
L'injection intraveincuse chez le lapin (Enderlen) ou chez la vache (Höflich) ne provoque aucun trouble des poumons ou des reins. Mais Enderlen etablit au prealablc une ligature de l'uretere et determina ainsi une alteration du rein; en pra-tiquant alors une injection intraveincuse, il vit le rein envahi par les bacilles. II se produisit une necrose des papilles r6nales ct une accumulation enorme des bacilles dans le tissu et dans le bassinet.
En inoculation hypodenniquc chez la souris et le cobäye. ces microorganismes tanlöt determinent la formation d'un abces, tantöt ne provoquent aucune alteration. L'injection intraperi-toneale ou intrapulmonaire ne cause pas davantage dc lesion chez le cobaye. Dans la chambre antcrieure de l'ceil, I'inocula-tion determine unc iritis qui se gucrit spontancment.
A cöte de la pycloncphrite, il convient do citer deux ob­servations microbiologiques qui ont ete faites dans des cas de
ocr page 399
379 —
nephrite interstitielle. La premiere est due ä Rivolta, qui a signale, dans les reins malades de vaches, de petits bacilles, facilement colorables, repandus en plus cm moins grande quan­tity dans les tissus. Rivolta signale ces microbes comme les facteurs ctiologiques de la maladie.
La seconde observation a 6t6 faite par Mircoli sur un cheval, dont le rein gauche etait atteint d'une nephrite interstitielle chronique, diffuse. Par la coloration et par les cultures, il ob-serva et recueillit des bacilles, dont i'injection sous-cutand-e pro-voqua chez le lapin et le cobaye une peritonite hemonhagique grave. Un lapin, qui avait recu une injection rectale de cinq centimetres cubes de culture, deperit pen a peu et succomba au bout de trois mois.
Par lensemble de ses caracteres, Mircoli a cm pouvoir identifier son bacille au Bacillus pyogenes /(ctidus Passf.t, Celui-ci est un court bätonnet, mesurant 1,5 |j. de long sur o,5 [/. ä 0,6 \). de large, presentant Ics extremitös arrondies. Cos bacilles sont le plus souvent reunis ä deux ou ä plusicurs et sont doucs do mouvements lents.
Sur plaque de gelatine, ces bacilles ferment dc petites co­lonies blanchatres; ä la surface, ellcs setendent rapidement et confluent souvent avec leurs voisincs; elles sont cpaisses et opaques au centre, minces et presque transparentes ä la peripherie; elles ne liquefient pas la gelatine. En piqüre dans la gelatine, il se forme a la surface une couche muqucusc, grisatrc, transparente, a bords irreguliers; 1c long du trajet.de l'aiguillc, on observe une mince trainee hyaline, formte de petites colonies punctiformes.
Sur pomme de tone, la culture est abondantc, brunatrc; sur scrum, eile forme une trainee grisatre.
Toutes les cultures degagent une odeur fetidc, spccialc.
Cc bacille est pathogene pour les cobayes et les souris, Les lapins sont refractaires, ce qui 6tablit une difference avec 1c bacille de Mircoli , qui a detenninc la mort des lapins. Les cobayes et les souris succombent dans les vingt-quatre hcures, et presentent de nombreux bacilles dans le sang, mais jarnais dans les tissus ni au point d'inoculation.
ocr page 400
38o
Ces deux observations de Rivolta et de Mircoli ont besoin de confivmalion pour etablir nettement la speciücitc des bacilles decrits clans ccs cas de nephrite interstitielle.
Litterature — Dammann, Deutsche Zeitschr. für Thiermed. und vergl. Path., Ill, 1877. — ZacHOKKB, Pyelonephritis beim Rind; Schweizer Arch, f. Thierheilk., XXX, 1.S88. — Hess, Schweizer Arch. f. Thicrheilk., XXX, 1888. - Mazzavii, Giorn. di Anatom , 1887. — Höflich. Die Pyelonephritis bacillosa des Jiindcs; Monatshefte f. prakt, Thierheilk., II, 1891. — Enderlen, Primäre infektiöse Pyelo-ncphritis beim Rind; Deutsche Zeitschr. f. Thiermed. u. vergl. Path , XVII, 1891. — Rivolta, Da una nefrite bacillare nei bo-vini; Giorn di anat e fisiol. degli animali, 1887. — Mircoli, // bacillus pyogencs fosttdus e la nefrite intersti^iale cronica ; La Clinica Veterinaria Milano, 1890.
CHAPITKK XXIII.
Etude microbiologique de l'Acne contagieuse du cheval.
Letude microbiologique dc cctte maladie a ete faite par DlECKERHOFF et Grawitz. Ces auteurs ont observe dans le pus et dans les croiites epidermiques de courts bätonnets, immobiles, droits ou legercment recourbes, ä extremitus arrondies, mesurant 0,2 p. do long, isoles ou reunis deux a deux.
A cöte de ccs bacilles se voient d'autres microbes ovoYdes ou arrondis, quelquefois reunis en chatnettes. D'aprcs les expe­riences par cultures, ces microcoques appartiendraient au cycle evolutif des bätonnets, ce que l'observation de cultures en goutte suspendue a confirme.
Ces bacilles se colorent intensement dans la solution aqueuse de fuchsine, moins bier dans la solution dc violet de gentiane et presque pas dans le bleu de metbylene alcalin de LÖFFLER. La metbode de Gram donnc de bonnes colorations.
Ces microorganismes vegctent activement ;\ 370; en dessous de 170, il n'y a pas de cleveloppement. Celui-ci ne se produit gutirc en l'absence de l'oxygcnc. II est surtout rapide stir le scrum; il cst lent sur les autres milieux de culture.
ocr page 401
38i —
En piqüre dans la gelatine, le developpement est faible le long du trajet de I'aigLiille; a la surface, 11 donne naissance a une colonie blanche de la grandeur d'un grain de pavot ou de millet. En strie, il se forme des colonies arrondies, bosselees, offrant a la surface un aspect chagiiiie particulier, scintillant, du a une couche epaisse de petits corpuscules rcfiingents. La gelatine n'est pas liquefiee.
Sur serum, apres vingt-quatrc heurcs a 3ya, le developpement est abondant; il est constitue par de petitcs granulations blanches, qui prennent plus tard une teinte gris-jaunatre; dans l'eau de condensation, on observe un fin sediment au fond du liquide clair.
En strie sur agar, le developpement est analogue ä celui qu'on obtient sur serum, mais il n'est pas aussi abondant.
Sur pomme de terre, il se produit une couche incolore.
Ces bacilles sont tues lorsqu'ils sont exposes pendant une demi-heure ä une temperature de 8o0 ä goquot;; ils supportent la dessiccation pendant plus de quatrc seinaincs.
Une friction sur la peau intacte avec des cultures pures determine regulicreincnt chez le cheval une eruption typique d'acne; une meine eruption s'observc dans ces conditions chez le chien, le vcau et le mouton, mais les pustules sont moins etendues chez ces animaux, et revolution de la maladie y est moins grave.
Le cobaye parait plus sensible; la friction provoque chez cet animal une inflammation erysipclateusc et phlcginoneuse excessivement intense, qui se termine par la mort au bout de 48 heures, avec des symptomes d'intoxication, Une eruption pustuleuse n'apparait qu'exceptionnellement chez le cobaj'e. L'in-jection sous-cutanee determine une intoxication encore plus rapide et plus intense; la mort survient apres 24 heures. A I'autopsie, on observe une infiltration h6inorrhagique dc la sous-muqueuse intestinale avec detachement particl de la muqueuse. L'impos-sibilite de mettre les bacilles en Evidence dans les organes in­ternes pennet de supposer quo la mort est due plutöt ä une intoxication par des produits solubles, secretes localemcnt par le parasite et resorbes par Forganisme,
ocr page 402
— 382 —
Chez le lapin, la friction sur la peau intacte produit une 6ruption pustuleuse avec inflammation viva du tissu sous-ctitan6. L'injoction hj'podenniqiic pcut causer la mort par intoxication, mais I'effet pent se borncr a la lesion locale, sans autre com­plication.
Les sourir, des maisons, les souris des champs at les souris blanches sont refractaires ä l'application de culture sur la peau saine et excoriee; aprcs injection sous-cutanee, .elles p6rissent dans les premiers jours, on aprös cinq ä dix jours. A I'autopsie, on constate les alterations de la pyeinie.
Dans un cas d'acne contagieuse, observe a FEcole veterinaire d'Alfort par TrasboT, Cornil ct Babes n'out recueilli que le Staphylococcus pyogems aureiis dans leurs cultures faites avec le pus pris sous les croütes.
La contagion se produit par la seile, et la malaclie se d6-veloppc deux jours apres le contact.
Litt^rature, — DlECKERHOFF et GraWITZ, Die Acne contagiosa des Pfer­des und Hire Auiiolngie; Virchow's Archiv, t. 102, 188.S. — Cornil et Babes, Les bacteries et ietir rule dans I'ctnatomie et l'histologie paihologiques des maladies iit/ectietises; 3deg; edition, Paris, 1890.
CHAl'ITRE XXIV.
Etude microbiologique de la maladie pyocyanique.
Le Bacillus pyocyaneus constitue un court bätonnet, mobile, mesurant 1 \j. a 1,5 i-i- de long, sur 0,6 |A de large. Les divers 616ments se prfsentent reunis en chainettes formdes de deux ou d'un plus grand nombre d'individus, ou agglomeres en petits amas irröguliers.
Cost une espece facultativement anaerobie, qui se cultive ais6ment ä la temperature ordinaire.
Dans le bouillon, il se produit rapidement un trouble, et le liquide prend peu a peu une feinte verdätre. A la surface, 11 se forme une membrane blanche, sechc, fragile, finement chagrinee, qui sepaissit ensuitc et devient 6cailleuse, brunätre
ocr page 403
383 —
et trös cassante. Le liquide qui est devenu vert sombre, laisse deposer un sediment blanc, peu abondant.
Sur plaques de golatine, on observe de petites colonies rondes, jaunätres, granuleuses, ä aspect radie. Le milieu prend une coloration legerement verdätre qui diffuse autour de chaque colonie. Celles-ci constituent autant de centres de liquefaction de la gelatine. En piqüre dans la gelatine, la liquefaction se produit apres deux jours et il se forme une petite cupule qui grandit tous les jours et s'entoure d'une zone etroite coloree en vert.
Sur agar, on voit apparaitre une couchc muqueuse, giisätre, semi-transparente, mal dclimitee, qui, au bout de quelques jours presente des reflets nacres. En memo temps I'agar prend une teinte verte qui diffuse peu a peu au sein de la masse.
Sur pomme dc terre, la culture apparait sous la forme d'une couche muqueuse brundtre qui, apres quolqucs jours, montre egalement des reflets nacres.
Dans le lait, le bacille pyocyanique determine d'abord la pr6cipitation de la caseine et ensuite la dissolution de celle-ci. La culture degage de l'ammoniaque et le milieu se colorc en vert.
Toutes ces cultures degagent une odeur legerement fecalo'ide.
La teinte verdätre que prennent toutes les cultures est due a. la secretion de deux substances colorantes, la pyocyanine ct un autre pigment verdätre qui communique aux milieux une fluorescence verte.
La pyocyanine avait döjä ete isolee par Fordos. Pour Vex-traire, Gessard alcalinise les bouillons de culture avee l'ammo­niaque et les additionne ensuite de chloroforme. Par I'agitation, celui-ci dissout la pyocyanine et se colore en bleu fonce. On filtre ct on agite avec de l'eau acidulee, avec de l'acide sul-furique ou de l'acide chlorhydrique. La pyocyanine passe dans l'eau acidulee ä l'ötat de combinaison rouge, tandis que le chlo­roforme retient une maticre colorante jaune, la pyoxanthose, La dissolution aqueuse est ncutralisee par la potasse ou 1'ammo-niaque; eile redevient bleue. On rcprend par le chloroforme qui en sevaporant abnndonnc la pyocyanine. Cellc-ci sc; presente
ocr page 404
— 384 —
alors sous la forme de petits cristaux bleu-fonce. La pyocyanine est soluble dans I'eau, smtout dans I'eati cliaude, dans I'alcool, le chloroforme, moins dans rether. Les acides forment avec eile des combinaisons cristallisables dc couleur rouge. La pyocyanine possede une savcur amcrc. On doit la considerer comme une base et la rattacher probablcment aux ptomaines. Par oxydation,. eile se transforme en pyoxanthose, qui cristallise en petites aiguilles jauncs. La pyocyanine ne parait pas toxique. Elle ne se pro-duit que dans les cultures faites au contact de l'air; ä l'abri de l'oxygenc, les cultures restent incolores; il en est de meme clans un air confine ou dans l'oxyg^ne pur.
Lc pigment fluorescent vert est moins bien connu. Les acides le font disparaitrc, les alcalis lc regenörent.
La nature du milieu de culture exerce une influence con­siderable sur la secretion dc ces matieres colorantes. Wasskrzug ct Gessakd sont parvenus ä obtenir des cultures absolument depourvues de matiere colorante; cc dernier auteur a reussi meme ä creer des varictes, dont I'une ne secrete que de la pyocya­nine, tandis qu'une autre ne fabrique que le pigment fluorescent vert. Ces varietes peuvent, dans certaines circonstanccs, recuperer le pouvoir de secretcr la matifire colorante, dont elles avaient ete depourvues.
La composition du milieu indue egalement dans une tres large mesure sur la morphologie du bacille pyocyanique. Gui-gnard et Charkin out observe dans leurs cultures de courts bä-tonnets, de larges bacilles, des filaments droits ou ondulds, des 6l6ments courbes, et meme des formes spirillaires ties belles. Toutefois ces modifications ne sont pas fixes; le bacille pyocy­anique reprend sa forme normale, aussitot qu'il se retrouve dans un milieu ordinaire.
Le bacille pyocj^anique est pathogenc pour le lapin, le co-baye, lc pigeon.
Charrin a surtout etudic l'action de ce microorganisme sur le lapin. La maladie pyocyanique chez cet animal peut evoluer d'une fa^on suraigue, d'une fafOIl aiguii et d'une fa9oa chro-
ocr page 405
385 —
nique. Dans la forme rapide, on constate de l'abattement, de l'inappetence, de la somnolence et, souvent a la fin, des convul­sions. On observe en meme temps de la fiövre, de la diarrhde, de ralbuminuric. L'animal maigrit, devicnt cachcctique ct, dans certains cas, est frappö d'unc paralysie de nature spasmodique. Celle-ci se generalise et la mort survient. A I'autopsie, on ne trouvc aucune lesion des appareils moteur et ncrveux. Le sang, I'urine, les matieres intestinales contiennent les bacilles.
Chez le cobaye, I'inoculation hypodermique determine une tumefaction qui s'ulcere ensuite. Quand la dose est süffisante, la maladie se generalise et la mort pent survenir.
Le pigeon inocule se montre somnolent ct perd I'appetit.
L'inoculation d'un bouillon do culture, sterilise par la cha-leur ou la filtration sur porcelainc, provoque les meines sym-ptoines pathologiques que l'inoculation du bacille. Celui-ci agit done sur lorganismc par rintennediaire de ses produits solubles toxiques.
Si Ton injecte dc faibles doses de cultures virulentes au lapin, on provoque chez cot animal une affection legere spon-tanement curable, En repctant cinq ä six fois, ä trois ou quatrc jours d'intervalles, ces inoculations sous-cutanees, on rend les lapins refractaires A Finjcction intraveincuse. On peut obtenir 1c meme rcsultat avec des cultures sterilisees, cc qui prouvc que le bacille pyocyaniqu.e fabriquo des substances vaccinantcs.
Le bacille pyocyanique a ete rencontre primitivement dans le pus bleu, que Ton observait frequemment dans les höpitaux. Depuis, on a recueilli des observations recentes qui prouvent qu'il pout occasionncr chez I'homine une maladie generate, se rappro-chant de la maladie pyocyanique dcterminee experimcntalement sur le lapin.
Enfin, il n'est pas sans interet pour le veterinaire. CaDeac I'a, en effet, trouve dans la rate et les ganglions d'un chien lyin. phadenique, et il est probable que le microbe chromo-aromatique, que Galtier a signale chez un jeune pore atteint de nombreuses lesions de broncho-pneumonie, de pleurite, dc perilonite, d'ente-rite et d'un etat congestjonncl et liemorrhagique ties aecusö de
80
ocr page 406
— 386 —
tout le Systeme ganglionnaire, doit 6tre rappioch6 du bacille pyocyanique. Ces deux indications prouvent (pic ce microorga-nisme n'est pas aussi rave qu'on le supposait jusqu'ici et quo des observations plus rigoureuses permettraient de le retrouver plus souvent chcz les animaux domestiques.
Litterature. — Fordos, Recherches sur la mattere eolnrante des suppu-rations bleues; Pyocyanine; Compt. rend., t. 5l, 1869, — Oessard. Dc la PVOCyanine et de son microbe; Paris, r8S2 ; Nouvcllcs recherches sur le mi­crobe pyocyanique; Ann Inst. Pasteur, IV. 1890; Des races du bacille pyocyanique; Ibid., V, 1691. — Charrin, Bull. Soc anat , Paris, 18S4, et Compt rend. Soc Diol , 1887, 1888. 1889 et 1890 ; La maladie pyocyanique; Paiis, 1889. — Wasserzug, Sur la formation dc la matierc eolorante c/tei; le Bacillus pyocyaiiens; Ann. Inst. Pasteur, I, 1887. — Charrin, Paralysie in/ecticuso e.xpcrimeutale; Comp. rend. Soc, Biol., 1887. — Babinsky et Charrin, Paralysie pyocyanique; etude, cliniqne et anatomiquc; Compt. rend. Soc. Biol., 1888. — CHARRIN et Roger. Action de certaines substances sur les produits de secretion des microbes; Compt. rend. Soc. Biol,, 1887. — Guignard et Charrin, Sur les variations morphologiques des microbes ; Compt. rend, 1887. — Cadeac, Contribution ä l'etude de la maladie pyocyanique ; Compt rend. Soc Biol., 1890, — Galtier, Note sur tin microbe pathog'ene chromo-aromatique; Journ de med. v^ter. et de zootechnie, 1888.
CHAPITKE XXV.
Etude microbiologique de la gastro-enterite cholerique des oiseaux
Ccttc affection qui sevit en Kussie a ete d^crite par Gama-leVa, qui I'a attribute ä un vibrion, auquel il a donne le nom de Vibrio Metchnikovi. Ces microorganismes s'observent constamment dans le contenu intestinal des oiseaux ma-lades et parfois dans 1c sang, du moins chez les sujets jcunes.
Fig 51. — Vibrio Met-nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Cc sont dc courts bätonnets mesurant
chnikovi. provenant dunenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;jnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;, 3 sur 0nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;. 0)6 ^ de lal.ge)
culture dans la gelatine.
fig. 51 ; ils sont legerement incurves, isoles
ou quelquefois reunis en courtes spiralcs, doucs de mouvements
rapides determines par mi ell unique tres long, fixe ä une
L
ocr page 407
— 387 —
extr6mit6 du bätonnet. Au point de vue morphologique, les vi-brlons de Metchnikoff . montrent la plus grande analogie avec les vibrions du cholera; ils n'en different peut-etre que par ce qu'ils sont un pcu plus gros, plus courts et par consequent im peu plus rccourbes.
Dans les milieux de culture, ils se comportent egalement commc los vibrions choleriques. Sur plaques de g61atine, les colonies apparaissent sous la forme de petits disques arrondis, transparents, presentant un point blanc au centre, et autour desqucls la gelatine est liquefiöe. Au microscope, on distingue trois zones dans cos colonies : vine externe pale, formee par la gelatine liquefiee; une moyenne a contours sinueux ct ;\ aspect granuleux; et une centrale, opaque et brunätre. En piqüre dans la gelatine, il se forme, ä la pavtie superieure, une espece de bulle d'air autour de laquelle la g61atine se liqu6fie; celle-ci se liquefie en meme temps le long du trajet de l'aiguille, oü Ton voit une strie spiralee due au developpement du microorganisme. Plus tard, la bulle d'air disparait, lorsque la liquefaction a atteint toute la surface dc la gelatine. Cet aspect rappclle exactement la culture du bacille virgule dc Koch.
Sur agar, la culture donne naissance a une colonie blan-cluitrc, avec une partie centrale jaunätre et brillante.
Sur pomme de tcrre, on voit apparaitre une couche brun päle, avec un centre plus fonce.
Dans le bouillon, aprcs six ä sept heures dans I'etuve, on constate un trouble leger; apres vingt-quatre heures, le liquide est reconvert d'un voile mince et fragile.
Le lait, apres un certain temps, se coagule en devenant for-tement acide; la cascine n'est pas modifiee et les vibrions meurent.
En general, les cultures des vibrions de Metchnikoff sont plus abondantes et plus rapides quo celles du vibrion du cholera; elles s'obtiennent a la temperature ordinaire ct a la temperature du corps.
Les vibrions paraissent fort sensibles a la chaleur : une temperature de 55deg; les tue en 5 minutes.
I
ocr page 408
— 388
GamaleVa a signale la formation dc spores endogenes; Pfeiffer, au contrairc, ne l'a pas observec.
Ces vibrions se eolorent facilcment par toutes les matieres d'aniline. L'acide sulfurique ajoutö aux cultures peptonisees de-vcloppc une coloration rouge orange.
Le vibrion de Metchnikoff est tout particuliercment patho-gene pour le pigeon. Get oiscau, inocule dans 1c muscle pectoral, succombe dans les vingt heures avec les symptömes de la gastro-enterite. Les vibrions se retrouvent dans le sang ct dans le contcnu intestinal.
A I'autopsie, on observe riiypcrhcmie de l'intestin, dont le contenu consiste en une masse liquide, jaunc brun, melee ä du sang; les autrcs organes paraisscnt normaux, la rate n'est pas tumefiee. L'infection des pigeons nc se produit pas par la voic intestinale.
La poule adulte ne s'infecte ni par 1'inoculation sous-cutan6e ou intramusculairc, ni par I'ingestion do produits virulents. Mais Gamaleia a obtcnu un rcsultat positif par I'injection intratra-cheale et intrapulmonaire. II en conclut que l'infection naturelle se produit exclusivcment par la voie respiratoire.
Le poulet succombe facilcment a l'infection par Tali mentation; par I'inoculation sous-cutancc, il faut employer des doses plus fortes que pour le pigeon.
Les cobayes s'infectent par toutes les voies ; par I'inocu­lation sous-cutanee, par la voie digestive. La mort survient toujours a. la suite de I'inoculation de doses considerables; a des doses faibles, 10 oo des animaux resistent.
Los lapins sont moins sensibles que les cobayes; ils ne succombent qua I'injection de doses considerables de virus. L'organisme du lapin exerce une action attcnuatrice sur le vibrion de Metchnikoff, lorsque celui-ci est inject6 dans le torrent circulatoire ou dans le tissu conjonctif sous-cutanö; la virulence augmente, au contraire, lorsqu'on I'inocule dircctement dans le poumon a travers la paroi thoracique. Les vibrions deviennent alors plus virulents dans I'exsudat pleurctiquc; non seulement
ocr page 409
— 389 —
ils deviennent mortcls ä closes moindres et plus rapidement, mais encore ils peuvent triompher de rimmunite naturelle des animaux rel'ractaircs, poules, agneaux, chiens. Dans ces conditions, ils realisent une generalisation septicemique.
Dans les cultures in vitro on dans l'organisme du pigeon, les vibrions ne tardent pas a perdre leur virulence.
Ces organismes elaborent une substance toxique, a laquelle il faut rapporter la cause de leur patbogeneite. Gamaleu a con­state, en effct, que des cultures sterilisees ä 1200 sont toxiques pour le lapin, le pigeon, la poule, le chien, I'agneau.
L'injection rdpetee de petites doses de culture stcrilisee procure au lapin, au cobayc et au pigeon, l'immunite contre I'infection par des produits virulcnts. L'immunite chez le lapin peut persistcr pendant plusicurs mois.
Litterature. — GamalbU, Vibrio Metchnikovi (n. sp.) et ses rapports avec le microbe du cholera asiatique; Vibrio Metchnikovi, son mode naiurel d'infection; Ann. Inst. Pasteur, II, 1888 i Vibrio Metchnikovi, vaccination chimiqne; Vibrio Metchnikovi, exaltation de sa virulence; Vibrio Metchnikovi, localisation intestinalc; Ann. Inst. Pasteur, III, 1889. — Pfeiffer, Ucber den Vibrio Metchnikoff und sein Verhältniss ^iir Cholera asiatica; Zeitschr. f. Hygiene, V11I, 1889.
CHAPITRE XXVI.
Etude microbiologique de quelques affections speciales.
Nous reunissons dans cc cbapitrc un certain nombre d'af-fections speciales dont I'etude microbiologique presente encore des lacunes considerables ct qui n'offrent qu'un interct fort sc-condaire. Ncanmoins, il Importe d'exposer l'etat dc nos connais-sances sur ces affections que nous passerons successi\,cmeiit en revue.
sect; 1. Septicemie des oies.
Sakharoff a decrit sous 1c 110m do septicemie des oies une affection ties incurtrierc qui r6gno dans la Russie meridionalc et qui serait determince par un microbe spirillairc, auquel il a donne le nom de Spirochata anserina.
ocr page 410
— 3go
Ces parasites s'observent dans le sang au debut de la ma-ladie; ils s'y presentent sous la forme de pelotons formös par des individus entrelaces, qui, ä la peripherie, sont dis-Xraquo;, ^nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;poses sous forme de rayons, Ces rayons s'agitent
^i et la masse entiere change de place. Js /gt;_.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Quand les elements sont libres, ils apparaissent
sous la forme de spirilles, fig. 52, dont la lon-
Fig 52
Spirochwta anse-
rina, provenant
du sang de l'oie
(Sakharoff1.
gueur et le nombrc des tours de spires sont fort variables; ils se meuvent sans tourner autour de leur axe longitudinal, avec une immobilite
complete des spires. Les essais de culture out completement echouc. L'inoculation sous-cutanee ä l'oie d'une gouttc de sang d'un animal malade reproduit la maladie apres quatre ä cinq jours. Les potdets, les pigeons ct les moineaux ae sont montres rdractaires ä l'inoculation du sang contenant les spirochetes.
sect; 2. Gastromycose du mouton.
En Islande, dans les iles Feroö et dans la Norwege occi-dcntale, regne ä letat enzootique une maladie designee sous le nom de Bmdsot {Bransot en norwegien), et qui cause des ravages considerables dans les troupeaux de mouton. Pendant l'hiver de 1870-71, plus de 12000 tetes ont succombe ä la maladie en Islande. Elle est probablement identique a I'affection qu'on designe sous le nom de Braxy en Ecosse. Elle constitue une gastromy­cose a laquelle les animaux peuvent succomber en 12 heures.
Nielsen, qui a Studie cctte maladie et en a donne une description clinique complete, a fait egalement des recherches microbiologiques, desquelles il resulte que cette affection est de­termine par un bätonnet, Bacillus gasiromycosis ovis, ovol'de, me-surant 2 |i. a 6 |j. de long sur 1 \i. de large. Ces bacilles qui se presentent le plus souvent associes deux ä deux, rarement reunis en filaments plus longs, se rencontrent tantot seuloment dans les parties enflammdes de l'intestin, tantöt aussi dans tous les 01-ganes. On les observe en grande quantite dans la muqueuse et
ocr page 411
— 3gi —
dans 1c tissu sous-muqucux et sous-sereux de la caillette et, dans les cas d'infection generalisee, dans les reins, les poumons et dans la rate, non seulemcnt dans les vaisseaux de ces organes, inais aussi au sein des tissus.
Ils sc colorent avec le bleu de methylene alcalin et mieux encore par la niöthode de Gram. Un grand nombre d'entre eux presentent un corpuscule refringent qui ne prend pas les matieres colorantes, et qui constitue probablement une spore.
Nielsen n'est pas parvenu ä obtcnir des cultures pures de ce microorganisme, malgre les nombreux essais qu'il a faits au moyen do plaques de gelatine ct d'agar. 11 n'a pas reussi davan-tage a transmettrc la maladie au moyen d'inoculations exp6ri-mentales. Ni rinoculation sous-cutanee d'un agneau avec le sang dun animal mort depuis 36 heures, ni de semblables inocula­tions pratiquees sur des souris, des lapins et des agneaux, avec des fragments de tissus de la caillette, n'ont donne de resultat. II en a 6te de meme de ringestion de semblables fragments par des agneaux et des lapins.
sect; 3. Fievre aphtheuse.
Letiologie de la fievre aphtheuse est encore incomplctement etablie. Les quclques observations que Ton possede s'accordent ä reconnaitre dans cette affection la presence dc microcoqucs (Bender, Kitt, Rivolta, Nosotti, Klein). Ces microcoques exis-teraient dans la serositö des pustules, dans le produit des tu­mours, dans la salive, dans 1c lait, dans les excrements, dans les urines, dans 1'air expire, ct peut-ctrc meme dans 1c sang (Spinola).
Nosotti a signalc dans la sörositc des pustules un micro-cociuc mobile, se colorant facilement par les couleurs d'anilinc, et dont il a obtenu dcs cultures pures dans Fhumeur aqueuse et le liquide amniotique. Cet auteur a avance en outre, qu'il a reussi a reproduire la maladie chez les animaux reccptifs #9632; par rinoculation sous-cutanee de cultures pures.
ocr page 412
— 392 —
Klein a dccrit egalement des microcoques qui se presen-taient sons la forme de diplocoques et de streptocoques. II a Isold des pustules un microcoque qui veg6te lentement sur les milieux solides et forme sur la gelatine, qui n'est pas liqueflee, des colonies punctiformes, blanchätres, qui se fusionnent pour former des lainelles granuleuses. Ce parasite croit egalement dans 1c lait qu'il acidifie, sans toutefois precipiter la caseine. L'in-jeetion sous-cutanee des produits dc culture resta sans resultat chez le mouton; mais l'ingcstion determina l'apparition de la ma-ladie avec ses symptömcs classiques. Les pustules developpees ainsi chez I'animal en experience contenaient 1c microcoque in-jeete. Des animaux prealablement inocules ä la peau nc prirent pas la maladie par Falimentation. Klein en conclut qu'ils avaient acquis Fimmunite par I'inoculation hypodermique; Nosotti avait deja fait une semblable observation.
Plus recemment, ScHOTTELIUS a obtenu sur I'agar glycerine et additionne de formiate de sodium, ä la temperature de 370 a Sg0, de petitcs colonies, transparentes, se developpant tres lentement. Ces colonies etaient composees d'elcments globulaires, disposees en chainettes de longueur variable. La coloration de ces dements est difficile; eile röussit le mieux par la methode de Gram et le violet de gentiane. Tous les animaux se mon-trerent refractaires a I'inoculation de ce parasite ; seuls les veaux et les jeunes boeufs inocules avec de fortes doses parurent ma-lades pendant quelques jours, mais ils guerirent sans Jamals mon-trer d'eruption de pustules. Schottelius en conclut naturellement qu'il est impossible de considerer ce microorganisme comme spe-cifique de la fievre aphtheusc.
Quoi qu'il en soit de la nature de l'agent specifique, des observations nombrcuses ont ctabli qu'il est excessivement resis­tant : il pent se conservcr avec toutc son activite pendant des mois, voire meme pendant un an, dans les etablcs et princi-palement dans le fumier,
Le mode d'infection n'est pas bien connu; il est probable que la contagion peut s'opcrer par I'apparcil digestif, par I'ap-pareil respiratoire ct meme par la peau excoriee.
.
ocr page 413
— SgS —
La ficvre aphtheuse peut frapper 1c bceuf, le mouton, Ic porc, le chcval, le chien, le chat, les oiseaux, et on a signalc des cas de transmission des animaux ä l'homtne, Aussi convient-il de rejeter de l'alimentation l'emploi du lait crü provenant de vaches malades; le lait cuit, le beurrc et le fromage fabriques avec du lait de betes atteintes, ainsi que la viande, peuvent 6tre impunoment consomm6s.
Une premiere atteinte de la maladie confere l'immunitö, mais cclle-ci semble etre de courte cluree, L'inoculation du virus aphtheux produit une ficvre moins intense que celle qui eclate spontanement et procure comme celle-ci Fimmunite centre une nouvelle atteinte; aussi a-t-on conseillc l'emploi de vaccinations pröventives qui peuvent se pratiquer en badigeonnant la mu-queusc buccale avec de la bave ou du produit des aphthes, ou bien en inoculant par piqüres ou scarifications ce meine produit au cou, au fanon ou ä la queue.
sect; 4. Pie tin.
On ne connait pas l'agent specifique du pietin. Le virus existe dans le produit de secretion des pustules; il s'introduit toujours par la peau de la region podale; il n'est pas inoculable a d'autres regions du corps, ni a d'autres ruminants que le mouton. La contagion pent se faire par le contact immediat, mais le plus souvent eile a lieu par contact mediat, par les fumiers, les liticres, les purins, les chemins, les paturagcs con-tamines par les animaux malades.
s^ 5. Dourine.
La dourine est une affection contagieuse propre aux öquides; eile n'est pas seulement transmissible ä la favour des contacts intimes et prolonges qui accompagncnt l'acte du coit, ellc est egalement inoculable par les produits virulcnts. Cos produits sont les secretions vaginales, le spermc, le liquide spinal, les racines spinales des nerfs peripheriqucs (sciatiquc), ainsi epic le
ocr page 414
— 3g4 —
sang (v. Thaniioffer). Nocard a montre en outre que la bouillie rougcähe, qui se trouve dans les foyers de ramollissement do la nioelle, est egalement virulente. Trashot et Saint-Cyr ne sont pas parvenus a transmcttre la maladie par l'injection de sang, de sperme, de liquide prostatique, etc., ni par transfusion san­guine. D'autre part, Blaise pretend avoir rcussi par injection hypodermiquc de sang.
D'apres v. Thaniioffer, 1'agent virulent de la dourine serait un microcoque.
Nocakd a pu inoculcr la maladie au chien par injection clans la chambre anterieure de l'oeil d'une petite quantite de matiere nerveuse provenant d'un point ramolli de la moelle d'un cheval dourine. Les chiens, ainsi traites, succombörent dans un d6lai de six a onze somaines, aprcs avoir presents des paralysies variecs (paraplegies et monoplcgies) et un amaigrissement pro-gressif extremement considerable.
Les moelles des chevaux dourines conservent tres longtemps leur virulence quand elles sont immergees dans de la glycerine pure et neutre.
Rodloff, Jessen, etc., out signale des cas de transmission höreditaire de la dourine.
sect; 6. Avortement epi{ootique.
L'agent infectieux do I'avortement epizootique est encore in-determine. On a demontrc qu'il existc dans l'6c0ulement des organos genitaux et dans le liquide amniotique. La transmission de la maladie pent elre effectuöe par rintcrmediaire de ces li­quides introduits clans le vagin de vaches saines. La contagion pent aussi so faire par rintermediairc des purins, des litieres, des personnes et memo des reproductcurs males.
Nocard a cherche a determiner la nature de lelement in­fectieux. II a observe entrc la muqueusc de la matricc et le cborion une matiere fibrineuse, muco-purulente, dans laquclle cxistaient de nombrcux microcoques, isoles, gemines ou reunis en courtes chaincttes, et des bacilles courts, epais, isoles ou assocics
ocr page 415
395
deux a deux. Ces microorganismes se rencontraient egalement dans le sue cotyledonaire, dans la muqueuse uterine et dans le liquide amniotique, Ces memes microbes ne se retrouvent pas chez les vaches pleines qui ne sont pas atteintes par I'infection. Ils ne paraissent exercer aucune action nocive sur la muqueuse uterine, oü ils se maintiendraicnt apres ravortement et ne recommen-ceraient ä exercer leur action pathogöne que lors d'une nouvelle conception. On explique ainsi les avortements repetes et mamp;ne la störilite, parce qu'ils communiquent au liquide utörin une reaction acide, mortelle pour les spermatozoVdcs. D'apres Nocard, ravortement öpizootique serait ainsi une maladie du fcetus et de ses enveloppes, maladie qui n'afiecterait en rien la mere.
Pour Galtier, de Poncins et Ory, au contraire, ravortement ^pizootique serait le resultat d'une infection generale de la mere, qui communiquerait sa maladie ä son fetus. Ces auteurs ont poursuivi recemment des recherches sur cctte affection, desquelles il rcsulte que, si eile est propre aux betes bovines, eile pout aussi 6tre transmise au pore, au mouton, ä la chevre, au lapin et au cobaye. Cette transmission au pore peut etre faite par I'ingestion ou I'lnoculation du lait erü des betes fraicbement avortees et des lesions des avortons; au mouton et a la chevre, eile peut etre realisee par I'injection intraveineuse, intrapulmo-naire, hj-podermique et intratracheale. Les oiseaux de bassc-cour peuvent 6galement contracter la maladie, qu'on peut transmettre aussi experimentalement a certains chevaux, au cbat et ä cer­tains chiens, en employant du virus renfonce par sa culture sur le lapin ou le cobaye. La transmission do la maladie au pore s'accompagne d'une pneumo-enterite analogue a la pneumo-ent6rite des pores; il en est de meme chez 1c mouton et la cbevre, ou Ton observe une affection analogue ä la maladie spontance etudiee par Galtier clans les Alpes et ä la boufrida de la chevre.
Galtier a ctabli ainsi la possibility pour le bacille de la pneumo-enterite des pores de provoquer 1'avortement epizootique. Mais faut-il rapporter exclusivemeut ä ce microbe l'ctiologie de cette affection ? C'est ce que de nouvelles observations devront 6tablir.
ocr page 416
— 396 —
La dysenteric des jeunes animaux semblc präsenter des rapports ctiologiques tres etroits avec l'avortement epizootique; eile est probablement due ä une infection intra-uterinc, realisee par la propagation ä la muqueuse digestive du foetus d'une inflammation catarrhale infectieuse de l'utörus et du vagin, Bien quo la nature meme du genne infectieux nc seit pas connue, on a constatö que la maladic est transmissible d'une espece ani-male ä une autre. On a observe la dysenteric des nouveau-nes chez le vcau, I'agneau, le poulain, le chien et le chat.
sect; 7. Septicemies consecittives ä la parturition.
Les fcinellcs des animaux domestiques prcsentcnt souvent apres la parturition des accidents septiques qui constituent une affection speciale, decrite en pathologie vcterinaire sous le nom de fi'ewe vitulaire. Ces accidents sont sous la dependance de mi-croorganismes dont on ne connait pas encore les caraetöres. Existe-t-il plusieurs microbes capablcs de developper ces accidents, ou n'en existe-t-il qu'un seul dou6 d'une specificite exclusive? Cost ce qu'on ignore encore guneralcmcnt. Lucet, qui vient de soumettre les accidents septiques, consccutifs ä la parturition chez la vache, ä un examen microbiologique rigoureux, se prononce plutot pour la pluralit6 des varictes ou especes microbiennes dans la septi-cemic de parturition. Malhcurcusemcnt la publication dc ses observations n'est pas encore achovce, et il nous est impossible d'exposer les resultats qu'il a obtcnus sur cette question.
Schantvr a etudie egalemcnt une fievre septique de parturition chez les cobayes. II a observ6 dans les transsudats, le sang, la rate, l'utörus, les poumons, le foic, les reins, un grand notnbre de pctits bacilles. Dans les poumons, la matrice et le vagin, existaient en outre des microcoques et de longs bacilles.
II obtint des cultures pures du petit bacille par I'enscmcn-cement sur la gelatine du sang et de la rate. Apres 24 hcures, on observait dejä le long de la piqüre de petitcs colonies grises, punctiformes; 1c lendemain, il se produisit un d6veloppeincnt
ocr page 417
- 397 —
ä la surface; au troisieme jour, il y eut degagement de gaz dans la profondeur. Cos colonies etaient formees par de petits bacilles, mobiles, mesurant 0,5-1,5 |a de long sur o,25 (a de large, reunis ä deux ou ä plusieurs, so colorant par les matieres co-lorantes d'aniline ct par la methode dc Gram.
Sur agar et sur serum, il so forme unc couchc grisätre ou lactescentc; sur pomme de tcrre, il sc produit une couche jau-nätre, qui rccouvre toutc la surface en quclqucs jours.
Ces bacilles conservent leur vitalite et lour virulence pen­dant quatre mois dans les cultures.
L'infection se fait par l'introduction dc ces microbes dans I'literus ä travcrs 1c vagin.
Ces microorganismes sont patbogencs pour les cobayes ct les lapins; les souris blanches sont refractaires. Le lapin inocule avee de fortes doses succombe par intoxication.
L'infection des foetus pent s'effectucr au sein de la matrice; eile peut se produire aussi apres la naissance par le lait dc la mere malade.
sect; 8. Lymphangite cpi^ootique
Sous le noni de lymphangite cpizooliquc ou dc farcin d'Afrique, on designe unc maladie infectieuse, dans hujuelle Rivolta signala un parasite special, auquel il a donne le irom de Cryptococcus farcimiuosus. Nocaud, qui a repris recemment letudc de cette affection, decrit ce parasite sous la forme d'un gros microcoquc, legeroment ovoi'dc, un pen acumine a l'une de scs extremites; il mesure 3 ij. a 4 |j.. Son contour est nettement accuse par une ligne ties refringente. II se colore par les methodes de Gram, de Weigert et de Kühne.
Certains ölements sont en voie manifeste de bourgeonnement, ce qui rapproche cet organisme des saccharomycetes ; il en differc cependant en ce qu'il ne fait pas fermenter les moüts sucr6s. De nouvellcs observations sont nöcessaires pour etablir la nature exaetc de ce parasite.
ocr page 418
— 3g8 —
sect; 9. Protease.
Sous 1c nom de protcosc, Perroncitu a decrit une maladie infeclicuse qui sevit en Sardaigno, principalcment parmi les bceufs, mais qui peut flapper egalement les chevaux, los moulons et les chevies. II a observe dans le sang et dans la rate des animaux qui avaicnt succombc un microorganisme, qui se presente tantot sous la forme de microcoques ovales ou arrondis, cntoures d'une capsule, tantot sous la forme de bätonnets, rappelant I'aspect do spennatozo'l'des, tantot enfin sous la forme de diplocoqucs et plus rarcment dc bacillcs. Dans les cultures, il se produit dc longs filaments. A raison de ce plcomorphismc, Perroncito rattache cc parasite au genre Proteus de Hauser et le designc sous le nom de Proteus vinileiitissimus.
En culture par piqurc dans la gelatine, ce microorganisme forme de petitcs colonies punctiformes dans la profondeur et une couche blanchätre ä la surface. On constate en meine temps une odeur spcciale.
Sur agar, il se forme des colonies blanches; sur le scrum, le developpcmcnt est rapide et donne naissance k une coucbe plus ou moins rameuse; sur pomme de terre, il se produit un revetement grisätre; le bouillon se trouble intensement et rapidement.
Les cultures sur gelatine et dans le bouillon dc poulet sont les plus virulentes; cclles sur agar sont un pen moins actives.
Ce microorganism^ est rapidement detruit par la dessiccation du sang ou de la serosite splcnique; expos6 en couche mince, il perd son activite aprcs quelques jours.
Les lapins inocules avee du sang ou des portions d'orgahes contenant I'agcnt virulent succombent en 14 a 20 heurcs; les cobayes perisscnt dans les meines conditions aprcs 24 a 36 heuros,
A I'autopsie, les lapins ne montrent aucune lesion : la rate et le sang renfennent les microbes. Chez 1c cobayc, on observe une tumeur locale avec infiltration hemorrhagique et la tume­faction de la rate. Chez les bceufs, les moutons et les chevaux, il se forme aussi une semblablc tumeur oed6mateuse, chaude et douloureuse au point d'inoculation; ces animaux succombent aprcs avoir presentö de la fievro.
.
ocr page 419
— 399 —
sect; io. Maladie des perroquets.
Eberth et Wolff out etudic une affection pyemique des perroquets, dont I'agent specifique scrait des microcoques qui se rencontrent en grande quantite dans le sang; on les observe dans les capillaircs et les veiries d'assez gros calibre du foie, dc la rate, des reins et de l'intestin. Us se colorent faiblement par le violet de methyle. Ce microbe a recu le nom de Micrococcus psittaci. D'aprös Wolff, cette maladie des perroquets constitue une af­fection intcstinale qui resscmble un peu au cholera des poules.
sect; ii. Flackerte des vers-ä-soie.
II resulte des recherches de Pasteur que cette affection des vers-ä-soie est due au dcveloppement dans le tube digestif de differentes especes de microbes, dont rune se presente sous la forme de batonnets tr6s mobiles, tandis qu'une autre constitue un microcoque a Elements ties pctits, reunis le plus souvent en diplocoques, parfois en courtes chainettes. Cos meines microor-ganismes se rencontrent sur les feuilles dont se nourrissent les vers, cc qui pennet de supposcr que I'infection so fait par I'alimentation. Les vers infccles meurent en six ou quinze jours ; inocules par piqüre avec le contcnu intestinal de vers moits, ils succombent en trois jours. Les bacilles paraisscnt plus pa-thogenes que les microcoques et la matiere virulente augmente sa puissance par le passage dans I'organisme. La cause princi-pale de I'infection parait etre la stagnation des aliments dans l'intestin, cc qui favorise naturellement la pullulation des germes qu'ils contiennent.
sect; 12. Maladie des abeilles.
On designe en Angleterre sous le nom de Foul-brood, une maladie qui decime les larves d'abeilles. Le corps des victimes contient de nombreux batonnets, mobiles, mesurant 3,5 \). de long sur o;8 [i. de large, a extr^mites arrondies. Ces bacilles.
.
ocr page 420
— 4deg;deg; —
qui ont recu le nom de Bacillus alvd, sporulent apres la mort des larvcs; ces spores sont ovales, plus grosses que las baton-nets qui sc renflent au point oü elles se forment.
Cos microorganismes se eolorent par les matieres colorantes d'aniline et par la methode de Gram. Ils sc cultivent ais^ment ä 15deg; ou 20deg;, ct tnieux a 37deg;. Sur plaque de gelatine, il sc for­me de pctites colonies ovoides, qui, ä l'une des extremites s'ir-radient dans la gelatine qui cst liqucfiee. En piqüre dans la gelatine, on voit apparaitre a la surface et le long du canal des prolongcments radiaircs qui setendent sous la forme de longs fi­laments. Les cultures reussissent egalement sur agar, sur scrum et sur pommc de tenc, oil dies s'accusent par la formation d'une couchc blanchatre ou jaunätre. Le lait se coagule et le coagu-lum se dissout ensuite. Toutes les cultures degagent une odeur fade, urincusc.
L'infection des abcilles pcut etre realisee par I'alimentation. Le Bacillus alvei parait pen pathogäne pour les souris, les lapins
e
ct les cobayes. Une souris inoculec sous la peau a succombe apres vingt-quatre heures avee une tumeur cedemateuse au point d'inoculation. Un cobaye a peri au bout de six jours en prc-scntant une necrose de la peau et des muscles superficiels.
La maladie des abcilles decrite sous 1c nom de loque scrait due egalement, d'apres LoRTET, ä un microbe qui se rencontre en abondance dans le contenu intestinal sous la forme d'un court bacillc. Ce microbe se rencontrerait aussi dans le miel des ruches oü regne la maladie.
Litterature. — Sakiiaroff, Spii'ochoeta anserlrta ou la maladie des oies; Ann. Inst. Pasteur, V, 1891. — Nielsen, Bradsot has Faaret [Gastrony-costs (ivis)i Tidsskrift for Veterinaerer, Kjöbcnhavn, 1888; Ref. in Baumgarten's Jahresbericht. IV, 1889 — Bender, Blutimtersiicliuiigen beim Milzbrände und über das Giß der Maul- und Klauenseuche; Zeitschr. f. Parasiienk., I, ,870. — Kitt, Histologische Untersncluingen über Apltihcmcuche; Oesterr. Monatschr, f Thierarzte, |883. — Nosotti, Sulla genest e nalura dell' afta epijootica e SUglt innesiri; La clinica velerinaria, i885. — Klein, Die dStto-logic der Maul- und Klauenseuche; Centralbl. f. d. med. Wiss., 188G. — RivoLTA, Bollettiuo del comise agrario di Pavla, l883. — Schottelius,
ocr page 421
— 401
Zum bacteriologischeii Befund bei Maul- und Klauenseuche; Centralbl. f. Bakter. u. Pnrasitenk., XI, 1892. — v. Thanhoffer, Ucber Zuchtlähme; 2. Aufl., Wien, 18S8. — Trasijot. Archives veier., 1878. — Saint-Cyr, Journ de med. veter., 1878. —#9632; Nocard, Sur iinoculabilite de la Uouriuc; Compt. rend., t. 114, 1892. #9632;— Rodloff, Die Beschälkrankheit und der Bescliälausscltlag der Pferde; Birnbaum, 1852. — Nocard, Recueil de möd. veter., 188(1. — Gai.tier, de I'oncins et Ory, oAvortemenl epi^ooliquc, sa nature, ses causes, sa prophylaxies Journ de med. veter. et de zootechnie, 1890. — Luget, Contribution ä Vetude des accidents septiques conseculifs ä la parturition clie^ la vache; Journ. de med. veter. et de zootechnie, 18112. — Schantyr, Zur /Etiologie des Gcbärßchcrs der Meerschweinchen ; Deutsche Zeitschr. !'. 'rhiermed. u. vergl. Path., XVIII, 1891. — Nocard, Snr le diagnostic de la lymphangite cpi^ooiique, line lesion rare de celte affection', Recueil de med. veter., 1891. — Perroncito, II proteus virulentissiintlS e la proteosi nel bestiame-, II medico veter., 1889. — Ehertii, Zur Kenntniss der Mycoscn bei Thieren; Virchow's Archiv, t. 88, 1880. — Wolff, Eine per­breitete thierische Mycose; Virchow's Archiv, t. 92, 18.S3. — Pasteur, Ktude sur la maladie des vers ä soie; Paris, 1879. — WaTSON-Cheynb et CBBSHtRE, The pathogenic History under cultivation of a new Bacillus [B. alvei); Journ. of the royal Micr. Soc. London, i885. — LORTET, La bacleric lo-queusc. Traitement dc la loque par le naplitlwl B; Revue internationale d'agriculture, 1890.
CHAPITRE XXVIr.
Etude microbiologique du contenu intestinal.
Le contenu intestinal renferme un grand nombre de micro-organismes parasites, qui y detenninent des fermentations diverses. Le plus souvent, dans letat normal, leur presence ne provoquc aucun trouble pathologique; mais, il y a des especes microbien-nes, qui, apres avoir väcu en commensaux, peuvent, dans certai-nes circonstances, devenir tout ä coup patliogenes ct causer des troubles auxquels l'höte succombe. C'est pour celte raison (pic l'etude des microbes de l'intestin oflrc de l'interet pour le pa-thologiste.
Les especes microbiennes qui babitent l'intestin des anhnaux domestiques sont multiples; elles difförent suivant les divisions du tube digestif. List a determine avee soin celles qu'on ob-
27
ocr page 422
— 402 —
serve dans l'intestin du mouton. D'aprös cet auteur, dans la panse ct 1c bonnet existcraient les Micrococcm candiJns, Micrococcus lutens, Sarcina ventriculi, Bacterium tmno, Bacterium lineola, Bacterium merismope-dioides. Bacillus snbtilis. Bacillus ulna; dans 1c feuillet et dans la caillette, on observe les memes microbes, ä l'exception du Bacterium lineola et du Bacterium ulna, de plus, on y rencontre le Bacterium Ziir-ttianum, le Bacillus hutyricus et un bacille analogue au BacUrium syn-xanthum; enfin, dans le contonu intestinal, se presentent les Bacillus candidus, Bacillus suhtilis, Bacillus ulna, Bacillus hutyricus, Bacterium termo et un bacille semblablc au Bacterium synxanthum.
ESCHERICH a signale dans le contenu intestinal le Streptococcus coligracilis chez les carnassiers, \c Bacillus coli communis et \e Bacillus lactis aerogencs cbez les carnassiers, les rongeurs, etc. LlBORlOS a trouvö dans les excrements des vaches le Cloalridium fectidum et 1c Bacillus muscoides; ScHOTTELlUS a rencontre le Bacillus coprogeues fatidns dans l'intestin des pores; l'intestin des poulcs renferme le Bacterium Zopfii associ6 aux autrcs microbes ordinaires du tube digestif. Enfin, MlQUEL a retrouve dans l'intestin des animaux le Bacillus thermophilus.
Toutes ces especes et bicn d'autres encore s'observent nor-malemcnt dans l'intestin des animaux bien portants. En cas de maladic infectieuse, le tube digestif peut etrc envahi par les microbes sp6cifiques : e'est ainsi que nous y avons signale la presence des microbes du cholera des ponies, de la pneumo-enterite des pores, de l'epidemie des buffles, de la diphth6rie intestinale des lapins, etc.
Toutes les especes du contenu intestinal normal n'offrent na-turellement pas le meme intcret. Nous nous bornerons a etudier celles de ces especes qui jouent un role utile dans le tube di­gestif (Bacillus amylobacter), et celles qui, ä un moment donnamp;, peuvent provoquer des troubles pathologiques au sein de l'orga-nisme (Bacillus coli communis. Bacillus lactis aerogenes),
L'infection du tube digestif se fait par I'alimentation : la plu-part des microbes intestinaux sent, en effet, abondamment repan-dus dans la nature et sont absorbes avec les aliments.
ocr page 423
40 3
I. Bacillus coll communis. — Ce bacille se presente sous la forme de bätonncts, de longueur variable, mcsurant en moycnne 2 |j. ä 3 [ji dc long sur 0,4 [gt;. a 0,6 \i. dc large, souvent associes deux ä deux, agglomeres en petits groupes ou ordonnes en fi­laments. Ils se colorent facilement par los matieres colorantes ordinaires et se decolorent par la inötbodo de Gram.
Ils peuvent vivre en presence et ä l'abri de Fair, cc sont des organismes facultativement anaerobies; ils so eultivent sur la gelatine, I'agar, le serum, la pomme de terre, le bouillon, le lait, etc.
Sur plaques de gelatine, les colonies: profondes apparaissent sous la forme de petits disques granulcux, jaunatres ; ä la sur­face, elles setalent largement et forment des masses plus ou moins opaques, a bords irreguliers; la gelatine n'est pas lique-fiee. En piqüre, le döveloppement s'accuse par line trainee blanche le long du trajet de l'aiguille et par une couclie mince, blanchätre, ä bords irreguliers, qui apparait ä la surface. En strie, il se forme une bände blanche, legerement blcuatre.
Laruellk a decrit deux varietos do cultures dans la gelatine : une variote transparente qui se caractcrise par sa minccur et par un Systeme de lignes, dont les unes parcourent la surface de la culture sous la forme do fines nervures anastoinosees, tandis que les autres sont paralleles aux bords et suivent ses sinuositos; d'autres encore produisont une striation tres fine. Les cultures de la seconde variete, dite opaque, setalent moins, deviennent beaucoup plus epaissos, opaques ct blanches; olles ne pr^sentent plus ces dessins, sont visqueuses, seini-liquides. Ces deux varietes peuvent se transformer I'une dans lautre et, reportces dans d'autres milieux, donnent invariablement des cul­tures identiques I'une a I'autre.
Sur agar et sur serum, la culture est blanche et opaque.
Sur pomme do terre, la culture est abondante et constitue un enduit blanc jaunätre, humide, qui s'6tend en largeur et en 6paisseur,
Le lait enseinenc6 se coagule; la reaction est devenue acidc et on constate un leger degagement ga/oiix.
ocr page 424
404
Dans 1c bouillon, la vegetation est abondante et donne nais-sancc ä un trouble ct meme a un leger voile a la surface.
Dans les cultures, on n'a jamais observe la formation des pores.
Les cultures sur gelatine degagent une odcur de matieres fecales ties caractcristique.
Dans les cultures en piqüre faites dans la gelatine el I'agar, on observe regulierement au sein de la gelee nutritive la formation de bulles gazeuses.
Le bacille commun de l'intestin possede une resistance re-maiquable ä la chaleur; il pullule encore ä 46quot;. II est tue a 58deg; aprcs quclqucs minutes.
C'est un facteur energique de fermentation : s'il n'attaquc que faiblement les albumino'ides, caseine et peptone, il decom­pose energiquement la glycose et la lactose, soit en presence de l'oxygene, soit a l'abri de ce gaz, Cette decomposition s'ac-compagne cl'un degagement gazeux, acide carbonique et hydrogene en quantite notable et methane en faible proportion. Les sucres decomposes fournissent dc I'acide formique, qui est immediatement dissociö en hydrogene et en acide carbonique, de I'acide acctique, dc I'acide paralactique et de l'alcool. Le developpement du ba­cille exige la presence d'un compose azot6 qui peut etre tr6s simple (ammoniaque), Toutes les donnees sur la nutrition de ce microbe ont 6te fournies par les travaux de Escherich, Baginsky, Scruel et Ide.
Le bacille commun de l'intestin habite normalement l'intestin des animaux, oü il peut cxister en si grande abondance qu'il peut constituer les g5 centiemes de la population microbienne du tube digestif, Dans les conditions ordinaires, il n'exerce pas d'ac-tion pathogenc; mais dans certaines circonstances, il peut pulluler activement, passer dans le sang, augmenter de virulence et de­terminer une, infection de l'organisme de l'hote. Le plus souvent, les troubles se localisent dans l'intestin et s'accusent par des ententes a marclie spöciale. Laruelle a montre qu'il est le fac­teur exclusif des pöritonites par perforation.
Les recherches experimentales ont, du restc, etabli la pa-thogen6it6 de ce microorganisme pour divers animaux, cobayes,
ocr page 425
— 4deg;^ —
lapins, etc. L'injection de i cc. de culture en bouillon est ordinai-rement mortelle pour les cobayes, qui succombent apres un temps variable, un jour ou line semaine, suivant le degre de virulence des cultures. Les lapins, qui sont plus resistants que les cobayes, succombent aussi a l'injection intraperitoneale, apres un laps de temps qui peut ctre de plusicurs scmaines. L'injection intra-veineuse constitue chez le lapin un mode plus sür d'infection,
L'autopsie decelc chcz les animaux qui ont succombe des lesions variables, qui sont naturellemcnt en rapport avec la virulence des bacilles : plus ceux-ci sont virulents, moins les lesions sont accusecs; moins ils sont virulents, plus les lesions sont ötendues, D'apres Rodet et Roux, le tableau complet des lesions produites chez le cobaye ct 1c lapin par le Bacillus coli est le suivant ;
laquo; Tumefaction do la rate, congestion des intestins, et, en ge­neral, de la scrcusc peritoncale ; epanchement sero-sanguin violent dans le p6ritoine; fausses membranes fibrino-purulentes dans cette sereusc, notamincnt a la surface du foie et dc la rate; gonfle-ment des plaques dc Peyek, qui sont vascularisces, ecchymosees, et peuvent 6trc ulcerees; exhalation liquide et gaz libres dans I'intestin; 6panchement sereux dans les plcvres et le pericardc (nous avons meme vu line fois de la pneumonic); abees du foie et de la rate (exceptionncls). raquo;
Cc tableau complet est rarement r6alis6 sur un meme animal; la lösion la plus commune est, avec la congestion intestinale, la tumefaction de la rate. L'inten site des lesions n'est pas en rap­port avec le delai dc la mort; ce qui prouvc que le baciile de I'intestin agit sur I'organisme non seulement par infection, mais aussi par intoxication.
Le Bacillus coli communis est doue dc proprictcs pj-ogencs : inoculc sous la peau de la cuisse d'un cobaye, il dutenninc la mort; a l'autopsie, on a observe dans un cas un grand nombrc de petits abces miliaires sous le peritoinc do la region lombaire du cöte dc 1'inoculation et de nombreux et volumineux abces du foie et de la rate. Tons ces abces contenaient ä l'ctat de purcte le baciile inoculc.
.
ocr page 426
— 4deg;^ —
La virulence du bacille de l'intestin est tr^s variable ; tantot il est rapidement septique, tantot, au contraire, il est simple-ment pyogcne ; entre ces deux extremes, il peut exister des vari6t6s douses de tous les degres intermediaires de virulence (Lesage et Macaigne).
L'intcTct qui s'attache ä ce microorganisme ä raison de son pouvoir infectieux est double encore par les relations etroites qui existent entre lui et le bacille typhique d'EnERTH. Ces rela­tions sont si etroites que plusieurs auteurs n'hesitent pas ä con-siderer Tun comme une variötö de l'autre. Les analogies mor-pbologiques, biologiques et pathogenes priment a ce point les quelques differences secondaires que Ton a signalees dans la maniere d'etre de ces deux microbes, qu'il est difficile d'aecorder ä ces faibles differences un caractere nettement spöcifique. N6an-moins, il convient d'attendre de nouvelles observations pour r6-soudre definilivement les rapports qui existent entre ces deux bacilles. Ccux-ci se rencontrant frequemment dans les eaux, on coneoit qu'il Importe beaueoup d'clucider cette question et de considerer actuellemont comme suspecte l'eau, dans laquelle on decelerait la presence du bacille commun de l'intestin.
II. Bacillus lactis aerogenes, — Escherich a recueilli ce microbe dans l'intestin des animaux nourris de lait. II se pre-sente sous la forme de bätonnets, mobiles, ä extremites arron-dies, de longueur variable, depuis le bacille ovoide jusqu'au fi­lament allong6. Leurs dimensions moyennes sont de i \i. k 2 \i. de long sur o,5 |j. ä 1 [i. de large; ils sont reunis deux ä deux ou en nombre plus considerable et forment alors de courts fi­laments.
Sur plaques de gdlatine, les cultures donnent naissance a des colonies, dont les superficielles se font icmarqucr par leur forme surelev^e, leur surface lisse, leur contour regulier et cir-culaire, lour opacitö et leur teinte blanche. Les colonies pro-fondes sont arrondies ou ovalaires, blanches ou jaunatres. En piqüre, il se foimc une trainee granuleuse le long du trajet de l'aiguille et a la surface une couche tantot epaisse et lisse, tan-
ocr page 427
— 4deg;? —
tot mince et couverte de cretes saülantes. En strie, on voit ap-paraitie un enduit blanc, epais, a surface tantöt lisse, tantöt iiTcguliere. La gelatine n'est pas liqucfiee.
Sur agar, il se produit unc gouche plus ou moins continue, blanche, proeminente, ä surface unie, humide. En piqüre, la culture s'accuse par l'appai'ition d'un enduit blanc, lisse, ä la surface et une strie blanche le long du trajet de Taiguillc; en outre, il se produit au sein de la masse d'agar de nombreuses bulles gazeuses, cpü sectionnent le cj'lindre d'agar en un ou plusieurs troncons.
Sur pomme de terre, on voit apparaitre un enduit d'cpais-seur moyenne, ä surface gencralement mamelonnce ou chagrinee; cet enduit, qui est d'un blanc sale, passe au jaune ou au brun et s'etend sur une grande partie de la surface de la pomme de terre. En outre, on observe dans Icpaisseur de cette couche des bulles de gaz qui soulevent la surface sous la forme de petites ampoules; celles-ci en crevant forment de petits crateres.
Le bacille aerogene coagule le lait, dans lequcl il produit la fermentation lactique; il ne modifie pas la caseine. Des ob­servations recentes tendent a etablir l'idcntite du bacille acrogöno avec le ferment lactique dc Pasteur.
Dans 1'urine non neutralisee, il se dcveloppe aisement; il y produit un trouble modere, uniforme. Apres quelques jours, il se depose un sediment au fond du fiacon. La reaction ne de-vient pas alcaline.
II fait fermen^er la glycose qu'il decompose en degageant dc l'acide carboniqnc et de l'hydrogene; il decompose cgalcment le formiate de calcium avec mise en libertc d'hydrogöno; il n'at-taque pas I'acetate ni le lactate; il n'hydrate pas l'ui'öe,
Le bacille aerogene du lait est pathogene pour les souris, les cobayes et les lapins, Injecte dans le tissu conjonctif sous-cutane, il determine la formation d'un abeös; introduit dans la plevre, il tue les lapins par pleuresie et pneumonic; dans le pe-ritoine, il cause rapidement la mort des lapins et des chiens, qui ne presentent quo de legcrs phenomenes inflammatoires : la
ocr page 428
— 4o8 —
mort rapide qui survient semble resulter ici d'une veritable in­toxication aiguc, qui n'a pas laissö ä l'infection le temps de prodnire des lesions graves. Les injections intraveineuses, qui sont aussi rapidement mortellea, prouvent ögalement le haut degrc do toxicitc des cultures de ce microbe. En resume, le bacille acrogene du lait est done do proprietes pyogencs , ct exercc une action toxiquc intense sur I'organisme.
Ce bacille, par sa presence a l'interieur de l'intestin, nc parait pas nuisiblc a I'organisme; il ne le devient que lorsqu'il penötre dans les voies urinaires et qu'il s'introduit k l'interieur de la vessie. Morelle a demontre, en effet, qu'il est un agent frequent de C3'stite. L'injection intravesicale de culture produit des troubles g6neraux et une alteration des urines (presence de globules do pus). Mais ces symptomes sont transitoires, et apres quelques jours, tout signe morbide a disparu. Une infection do I'organisme ne se produit que s'il existe au pr6alable une alto-ration de l'appareil urinaire.
Le Bacillus lactis aerogenes pr6sente des analogies frappantes avec le Bacillus coli communis; certes, il existe des differences entre ces deux microorganismes, mais les points de similitude sont tellement nombreux ct varies, que Ton demontrera peut-ßtre un jour qu'ils ne sont que deux varietös d'une scule et memo espece (Morelle).
III. Bacillus amylobacter. — Ce bacille a etc etudic par Trkcul et van TlEGHEM | il est probablement identique au vi-brion butyiiquc dc Pasteur et au Clostridium hutyricum de Praz-mowski.
Ce sont des bätonnets mobiles, droits ou legerement incurves, ä extremites arrondics, mesurant 5 [*. a 7 \gt;. de long sur 0,8 \gt;. \ 1 \gt;. de large. Ils sont souvent isoles ou rcunis par deux ou trois; dans les milieux liquides, ils peuvent former de longs filaments.
Ils donnent naissance ä des spores, qui constituent des corpuscules ovoYdcs, parfois allonges, refringents, a membrane epaissc, mesurant 1 \gt;. a i,5 |j. de large sur 2 \), de long. Ces
ocr page 429
— 409 —
spore se forment soit au milieu du bätonnet, soit ä l'une de ses extrcmites, et, comme elles possödent un diametre transversal supericur ä celui du bätonnet lui-meme, ce dernier prend la forme d'un fuseau ou d'un battant de cloche, suivant la place oecupee par la spore.
Lorsque 1c bacille sc dispose ä sporuler, le protoplasme est rempli d'une substance amylacce qui so teint en bleu par I'iode.
Les spores jouissent d'une resistance considerable aux divers agents de destruction; elles peuvent subir le contact de l'oxygene, qui tue rapidement les cellules vegetatives; elles sont tuees par une ebullition prolongee pendant 5 minutes.
Le Bacillus amylohactey est un organisme exclusivement ana6-robie. Pasteur 1'a eultive dans le bouillon et les solutions de lactate de chaux. Hueppe I'a ensemence dans le lait; d'apres cet auteur, il produirait la precipitation de la caseine, qui ne serait ensuite dissoute que lentcment et en faibles proportions. Liborius a reussi la culture dans I'agar : le developpement se fait dans les couches profondes ou apparait un trouble nuageux; en m6me temps, il se produit un degagement gazeux qui fendille la masse nutritive. Dans la gelatine, les cultures presentent d'abord les meines caracteres, ma is ensuite la gelatine est liqueflec.
Toutes ces cultures degagent une odeur d'acide butyrique.
Le Bacillus amylohacter est un facteur important de fermen­tation. II fait fermenter certains sucres, la ghxerine, les lactates alcalins; le produit principal dc cette transformation est I'acide butyrique; de I'acide carbonique et de l'hydrogöne sont en meine temps mis en libertc en proportions variables, I'liydrogene poll' vant mfeme faire defaut.
L'amidon n'est pas attaque; des albuminoVdes peuvent aussi subir la fermentation butyrique.
La cellulose est hydratee; les conditions de cette transfor­mation ont 6t6 exposecs ä la page 89.
Le Bacillus amylohactey est abondamment repandu dans la nature : on le troyve dans l'air et dans I'eau. C'est en outre un böte habituel de l'intostin des animaux et principalement des herbivores, oü il intervient dans la digestion de la cellulose.
.
ocr page 430
— 410 —
On l'a signale dans la pause du boeuf, dans I'estomac, I'intestin grele, le ccecum el le colon du lapin; van Senus no l'a pas trouve dans le tube digestif du pigeon.
Litterature — List, Untersuchungen über din in und auf dem Korper des gesunden Schafes vorkommenden niederen Pil^e; Dissert., Leipzig, i885.
—nbsp; nbsp;Eschbrich. Die Dcirmbaliterien des Säuglings und ihre 'Be^ie/miigen fwr Physiologie der Verdauung; Stuttgart, i88(3. — Liborius, Zeitschr, f. Hygiene, I.
—nbsp; nbsp;Schottelius, Der Roth/auf der Schweine,- Wiesbaden, i885. — Miquel, Monographie dint bacille rivant au-deld de 700 centigrades; Ann, ile micro-graphie, I, 1888. — Larueli.e. Elude bai:terio!ogiqtic sur les peritonifes par perforation; La Celluli'i t. V, 1, 18S9. — Baginsky, Zur Biologie der nor­malen Milchkothbaetericn, II, Mittlieil.; Zeitschr. f, physiol Chemie, XIII, 1881). — Scruel, Contribution a tetude de la fermentation du bacille com-mun de V.intestin; La Cellule, f. VII, 1. 1891, — Ide, Anaerobiose du ba­cille commun de I'intestin et de quelques autres bacteries ; La Cellule, t. VII, 2, 18(11. — Rodet et Roux, Bacille rfquot;EBERTH et Bacillus coli. Experiences comparatives sur quelques effets pathogines; Arch, de med. exp^rim. et d'anat. path., IV, 3, i8()2. — Lesage et MaCAIGNB, Contribution ä l'ctudc de la
virulence du Bacterium coli commune; Arch, de med exp^rim. et d'anat. path., IV, 3, 1892. — Morelli!, Etude bacteriologique sur les cystites; La Cellule, t. VII, 2, i8lt;|i, — Tbecui., Compt. rend , t. 6) et 65, i8ß5 et 1867.
—nbsp; nbsp;Van TlEQHEM, Sur le Bacillus amylobacter; Bull. Soc. bot.. 1877, et Compt. rend., t, 88 et 8g, 1870. — Pastbür, Animalcules infusoires vivaut saus o.vygene lihre; Compt. rend., t. 52, 18611 et Etudes sur la bi'ere; Paris, 1876. — Prazmowski, Untersuchungen über Entwicklungsgeschichte und Fermentwirkung einiger Bacterten-Arten; Leipzig, 1880 — Hueppe, Unter­suchungen über die Zersetzungen der Milch durch Mikroorganismen; Mit­theil, a. d. k. Ges -Amte. II, 1884, — Liborius, Beiträge ^ur Kenntniss des Sauerstoffbedürfnisses der liacterien; Zeitschr f, Hyg.. 1 — van St.nus, Jiijdi-age tot de kennis der cellulose gisting; Leiden, iSqo.
CHAPITRE XXVIII,
Etude microbiologique des alterations du lait et de la viande.
Les alterations des substances aliincntaires d'originc animale, lait et viande, detenninees par des microbes, sont multiples. Pour le lait, elles constituent des fermentations diverses, aecom-pagnücs ou non de ebangement de coloration; on les dösigne
ocr page 431
— 411 —
vulgairement sous le nom de maladies du lait, qui sont : le lait rouge, le lait jaune, le lait bleu, le lait amer, le lait filant, le lait acide et le lait putride. La viande, abstraction faite de la fermentation putride qu'elle peut subir, ne presente qu'une alteration, qui constitue la phosphorescence de la viande. Toutes ces alterations de nature microbiemre meritent unc mention speciale.
sect; I. Alterations du lait.
I. Lak rouge — Plusieurs especes de microbes determinent la coloration rouge du lait; on a signale le Micrococcus prodi-giosus, le Bacterium lactis evythrogcnes et la Savcina rosea.
Le Micrococcus prodigiosus se prcscnto sous la forme delements tantöt r^'gulierement spheriques, tantöt ovales ou elliptiquos ; dans les milieux liquides, ils sont mobiles. Ils se cultivent aiscment sur les diffcrents milieux nutritifs ä la temperature ordinaire.
Sur plaque de gelatine, il sc forme de petites colonies arrondies, granulcuses, qui prennent bientot unc teinte rosee au centre, en meme temps que la gelatine est liqucfiee autour d'elles. En piqüre, la liquefaction est tros rapide et au fond de la masse liquefi^e qui a pris unc teinte rouge, on observe une petite masse floconneuse rouge sang.
Inocule en strie sur agar, il montre de larges bandes mu-queuses, rouges, offrant souvent des reflets metalliques.
Sur pomme de tcrre, la vegetation est abondantc ct donnc naissance ä une couche muqueuse, öpaisse, colorce en rouge sang. Au bout de quelque temps, la surface se fonce et presente des reflets verts metalliques qui rappellent la fuclisine.
Le scrum est liquefie aprcs avoir donne des cultures ana­logues a cellos sur agar.
Le lait se coagule lentement; il apparait en outre des taches rouges qui sont localisees exclusivement sur la couche de eröme qui se forme par le repos, le reslant du liquide ne se teignant pas. D'apres Hueppe, la caseinc pourrait se dissoudrc.
ocr page 432
— 412 —
Les milieux sucres subissent la fermentation alcoolique.
La plupart des cultures, principalement celles sur pommc dc tcrre, degagent unc forte odeur de trimethylamine.
Le Micrococcus prodigiosus rcsiste faiblement ä la chaleur ; il est tue dcjä par une temperature de 6oQ ä 8o0. II supportc mieux la dessiccation.
La matierc colorante se trouve exclusivement ä l'inteiieur des cellules, dont eile impregne uniformement le protoplasme. Elle nc se forme qu'en presence de l'oxygene; eile est insoluble dans I'eau, soluble dans I'alcool. Au spectroscope, clle montre trois bandes caractcristiques, une au-dela de D, une immediatement au-devant de E et une au-devant de F. Les acides la font virer au carmin, puls au violet; les alcalis la rendcnt jaunätre.
Ce microorganisme semble depourvu d'action patliogenc sur les animaux.
Malgre son abondante repartition dans la nature, cc microbe n'cst quo rarcment la cause du lait rouge.
Lo Bacterium lactis erythrogencs constitue de courts batonnets, immobiles, a extrcmites arrondies, mesurant en moyenne I \t. a 1,4 \i. do long sur o,3 (;. a o,5 \i. de large.
Sur plaque de gelatine, il se forme de petites colonies ar­rondies, primitivement grisätres, devenant jaunes dans la suite, liquefiant la gelatine qui prend une teinte rosee. En piqüre, le developpement se fait principalement ä la surface sous la forme d'une couche blanchätre, puis jaunätre, faiblement procminente; la gelatine se liqucfie en devenant legeiement rose, Dans la profondeur, le developpement est excessivement faible.
Sur agar, on voit apparaitre un enduit humide, jaunätre.
Sur pomme de terre, le developpement est plus rapide et plus abondant. La colonie et la pomme de terre elle-meme pren-nent une coloration rouge jaune.
Dans le bouillon, il se produit un trouble jaunätre consi­derable.
Lc lait est lentement coagulc et 1c caseum se dissout fai­blement. La couche de creme superficiellc reste incolore, tandis
ocr page 433
— 4I3 —
que le liquide prend une teinte rouge-sang'; le caseum raste egalement incolore.
Toutes ces cultures degagent unc odcur intense desagreablc, qui devient repoussante dans les vieilles cultures.
Le pigment sc forme aussi bicn a Fobscurite qu'a la lumierc, dans les milieux alcalins ou neutres. II est insoluble dans I'eau, l'alcool, letlier ct le chloroforme. Au spectroscope, il montrc deux bandes noircs entre les lignes D et £ ct une absorption presque complete du bleu; des solutions ties concentrecs mon-trent en outre unc faible bände dans le rouge.
Les acides acetique et nitrique detruisent lo pigment.
Ce microbe n'exerce aucune action pathogene sur les animaux.
La Sarcina rosea a etc rencontree dans du lait rouge par Menge. Elle se presente sous la forme d'elements globulaires ayant jusqu'a 2 j/. de diametre, reunis en amas cubiques,
En culture sur plaques de gelatine, on constate I'apparition de petites colonies transparentes, rondes, incolorcs ou Icgiircment jaunatres. Les colonies qui parvienncnt a la surface pronnent une teinte rosee ct liqucfient la gelatine. En piqüre, il se forme ii la surface une couchc rouge, mince; dans la profondeur, le developpement est faible. La liquefaction ne progrosse que len-tement.
Sur agar, la culture est abondante, reste longtemps blanche ct ne se colore qu'en son milieu.
Le bouillon reste clair; il ne se forme, sur le fond du vase, que de petites colonies punctiformes, blanches.
Sur pom me de terre, le developpement donne naissance a des colonies assez 6paisscs et d'un beau rouge.
Le lait se colore rapidement en rouge intense, sans subir d'autres changements ; la couche de creme montre de nombreuscs stries rouges, et le liquide sous-jacent est uniformement rougcatrc.
Le pigment est insoluble dans I'eau el l'alcool, memo bouil-lants, dans Tether, le sulfure dc carbone, le chloroforme et la benzine. Les acides etendus, l'ammoniaque et les lessives al-cooliques le detruisent ä chaud.
Cette sarcine n'est pas pathogene pour les animaux.
ocr page 434
— 4I4 —
II.nbsp; nbsp; nbsp;Laitjaune. — Le lait jaune est determine par le Bacillus synxanthus. ScHROETER a ctudio tout particulierernent cette alte­ration du lait cuit, qui s'observe asscz frcqucnnnent dans certaines regions.
Le Bacillus synxanthus apparait sous la forme do courts bä-tonncts, tres mobiles. Dans le lait cuit, ils se developpent abondaniment, en communiquant au milieu une belle coloration jaune d'or. La caseino est precipitce et dissoute cnsuite; la re­action du lait devient fortement alcaline.
Le pigment jaune est insoluble dans Falcool et Tether, soluble dans I'eau. Les alcalis ne modificnt pas la coloration; les acides la detruisent rapidement.
III.nbsp; nbsp; Lait bleu. — Cette alteration du lait est due ä la pre­sence d'un microbe qui a recu le nom de Bacillus syncyanus ou de Bacillus cyanogenus. Ce sont des bätonnets doues de mouvements, a extremitos arrondics, prcsentant des dimensions qui varient de i ui a 4 [j. dc long sur o,3 \i. a o,5 |x de large. Ils formcnt souvent de petites zooglces muqüeuses, dans lesquelles on peut leur reconnaitre une espece de capsule hyaline. Ils produisent des spores qui constituent des corpuscules ovo'ides, un peu plus gros quo les bätonnets, qui se renflent au point oü elles apparaissent, soit au milieu, soit a l'une des cxtremites. Ils sont exclusivement aerobies.
Sur plaque de gelatine, la culture donne naissance ä des colonies arrondies, finetnent granuleuses, d'un blanc sale, ä bords nettement delimites, autour desquels la gelatine prend une teinte sombre au bout de quelque temps. En piqüre, il se forme une culture en forme de clou, avec une tete blanchatre; la gelatine environnante se colore en gris bleu, coloration qui se fonce avec le temps. La gelatine n'est pas Iiqu6fi6e.
Sur agar, le developpement s'accuse par une couche grisätre, tandis que le milieu devient brun foncö.
Sur pomme de terre, il se forme un enduit jaunätre, limit6 au point d'inoculation; toute la surface de la pomme de terre se colore en gria bleu,
ocr page 435
— 41^ —
Sur le sörum, le developpement se fait sans production de pigment,
Lc lait vie subit aucnnc modification; la caseinc n'est pas precipitee et la reaction devienl alcaline. La coloration bleue apparait a la surface par taches, puis setend a toute la couche superficielle. Dans du lait stirilise, cette coloration nc se produit pas; eile n'apparait (jue dans du lait ordinaire ct est en rapport avec l'acidite du milieu, acidito causee par le developpement simultane d'autres microbes. Dans le lait sterilise, on pout de-vcloppcr la coloration par 1'addition dc traces d'acide lactique.
Le Bacillus cyanogenus croit mieux dans des milieux faible-ment acides que dans des milieux a reaction faibloment alcaline. Son developpement s'accompagno du reste d'une modification dans la reaction qui, pritnitivement acide, devient alcaline au bout de quelque temps.
Hueppe a montrö qu'il vegete abondamment dans des solu­tions minerales a base de tartrate d'ammoniaque. On constate dans le liquide un trouble floconneux diffus et ä la surface une mince pellicule blanche; en meme temps, le liquide se colore en bleu, coloration qui passe ensuite au vert et plus tard au jaune. Par Oxydation ou par addition d'un pen d'acide lactique, cette coloration vcite repasse au bleu.
Dans les solutions simples de sucre, de peptone ou de glycerine, il n'y a pas formation de pigment. Celui-ci apparait ä la suite de raddition de tartrate d'ammoniaque. II parait legeremcnt soluble dans I'eau acidulee, insoluble dans l'eau, l'alcool, l'öther, faiblement soluble dans la gtycerine. II se decompose rapidement a la lumierc, plus lentement a I'obscurite. Les acides etondus ne modifient pas la coloration; Fammoniaque la rend violette, la potasse et la soude, rouge rose; les acides regenerent la tcintc bleue. Au spectroscope, la solution bleue fournit une bände d'absorption dans le jaune au niveau de la ligne /.). Ce pig­ment n'existc pas dans It; protoplasms des cellules, il est excrete et diffuse dans lc milieu nutritif. II so forme surtout vers i50 a i80; ä 25deg;, sa formation est dejä retard6e et a Sy0, ello est absülument nulle,
.
ocr page 436
— 4l(3 —
Gessakd a 6tudie plus particulieiement la fonction chromo-gene du bacille du lait bleu et ä ce point de vue a distingu6 trois vaiiet6s ou races : une race qui ne produit qu'un pigment gris qui bleuit par les acides et rougit par les alcalis; une race qui ne fait quo de la fluorescence et une race d6pourvue de toute fonction chromogene. Ces trois races proviennent du bacille type ou normal. Ghssard a montre ainsi que la fonction chromogene est en rapport direct avec la composition du milieu de culture. BEHR avait deja Signale egalement une variete du bacille cj'anogene depourvue du pouvoir de secreter le pigment bleu.
Le Bacillus cyanogenus n'exerce aucune action pathogene sill­ies animaux, ni par Ingestion, ni par injection intraveineusc.
On a observe son dcveloppement dans le beurre et le fromage; on aperfoit alors des taches bleues ou bleu verdätre, au niveau desquelles on retrouve le bacille specifiquc.
IV. Lait amer. — L'amertume quo Ton observe quelque-fois dans le lait a ete attribute ä divers microbes. Krüger a incrimine le Proteus vulgaris et a explique le goüt amer par la production d'acide butyrique; Weigmann a decrit un autrc bacille qui, au contraire, ne produit pas d'acide butyrique et qu'il considere cependant comme le facteur de l'amertume du lait; plus recemment, Conn a signale un microcoquc assez grand, se presentant souvent sous la forme de diplocoqucs, sans tou-tefois avoir de la tendance ä former des chatnettes dans la gelatine; dans I'agar, au contraire, on observe souvent des associations de quatre elements et plus. C'est un organisme immobile, facultativement anaerobic; en I'absencc d'oxygene, il se developpe lentement et degage des bulles de gaz.
En culture sur plaques de gelatine, il forme de petites co­lonies arrondies, autour desquelles la gelatine est liquefiee. En piqüre, la gelatine devient liquide et visqueusc.
Sur agar, la culture est reguliere, d'un blanc brillant.
Sur pomme de terre, il se forme une couche constituee par des colonies plus ou moins s6parees, blanches, brillantes.
Dans le bouillon, le dcveloppement est aboudaut; il se pro-
ocr page 437
— 17 —
duit line pellicule mince ä la surface et le liquide devient filant.
Dans du lait sterilise, la pullulation cst rapide et 1c lait devient amer. A la temperature de 35deg;, il se coagule aprös un jour et presente une reaction legerement acide. Lc coagulum est peu consistant et se dissout sous Faction ultcrieure du micro-organisme. Toutefois cette dissolution n'est jamais complete et le liquide devient filant.
La gelatine et le bouillon ,sont A ce point Slants, qu'il est possible d'etirer ces milieux sous la forme de filaments me-surant 3 metres de long, a peine plus gros que des filaments de söic. Le lait ne devient jamais filant avant la coagulation, ce qui ne permet pas de ranger ce microbe dans la categoric do ceux qui detcrmincnt le lait filant.
Ce microcoque produit de l'acide butyrique,
V. Lait filant. — Un grand nombre de microbes pcuvent effectuer la transformation visqucuse du lait. On a cite an moins sept microcoques et neuf bacilles. II suffira de les passer rapi-dement en revue.
Un premier microcoque a etc signale par ScHMIDT-MüL-heim ; il I'a decrit sous la forme de microcoques mobiles reunis en cbainettes, rarement en zooglec, mais il ne I'a pas obtenu en culture pure, de sorte que sa description est absolument in­complete ct ne permet pas de l'assimiler ä Tune ou I'autre forme signalee ultericurement par d'autres auteurs. Schmidt-Mülheim croit que le sucre de lait est transformö en une gomine ; cette transformation s'opcrerait surtout a 3o0 ou 400.
Hueppe a observd un petit microcoque mesurant 0,2 1/. de diametre, clispos6 en chainettes; il transformerait 6galement une partie du sucre en une substance filante, appclee viscose,
von Räxz a rencontre un microbe aerobic, immobile, ovale, mesurant 2 jj. de long sur 1,2 ;* de large. Dans le lait, il ap-parait toujours entour6 d'une capsule. II se eultivc sur la gela­tine, qu'il ne liquefie pas, sur l'agar et la pommc de terre. II acidifie le lait et precipite la caseine. Son maximum d'activite
2S
ocr page 438
F
— 418 —
se produit vers 200 ä 220, mate eile s'exerce döjä ä 100 et se continue jusque 35deg;.
Weigmann a decrit un micvocoque qui se presente sous la forme de diplocoques ou de chatnettes ; il est aerobie et se dcveloppe seule-tnent dans la gelatine et l'agar prepares avec 1c sörum du lait. II ne li(iuelic pas la gelatine; il est surtoul actif entre Soquot; et 40quot;; eependant, il agit deja a la temperature de 25ü; le lait devient visqueux et plus tard amer,
Guillebeau a decrit plus recemment un nouveau microcoque pour letjuel il a propose la denomination de Micrococcus Freuden-mchii. C'est un microcoque immobile, sphcriquc, assez gros, pou-vant mesurer 2 ;x de diametre, dispose souvent en chainettes. II est facultativement anaerobie et se eultive dans le bouillon, la gelatine, qu'il liqu6fie cl rend visqucuse, sur pomme de terre ct dans le lait. Ce dernier milieu sterilise clevient rapidement filant; apres quelques jours, la reaction devient acide et la ca-seine se precipite. Cc microcoque excrcc son maximum d'activite a 200; il ne semble pas posseder de propriötes pathogenes pour les animaux.
Enfin, il rcste a citer le microcoque de Black et le micro-organismc qui existe probableincnt sur la grassctte (Pinguiciila ml-garis), plante que Ton emploie intentionnellement en Scandinavic pour obtenir la transformation visqueuso du lait.
Parmi les bacilles capables de rendrc 1c lait filant, il con-vient d'abord de signaler les formes ActinobacUr decrites par Duclaux. Ce sont des bätonnets eiitour6s d'une gaine et formant souvent des filaments.
Lcefeler a trouve de gros bätonnets, lögerement incurves, presentant la propriete de se d6sagreger rapidement en elements plus petits. Ils se cultivent dans la gelatine qu'ils ne llqulfient pas. Le lait envahi par ces microorganismes exhale une odeur particulierc ct devient tardivement acide.
Van Laer a decrit deux bacilles, auxqucls il a donne les noms de Bacillus viscosus na 1 et de Bacillus viscosus n0 2. Ces deux especcs n'ont pas etd rencontrees dans le lait; clles pos-södent eependant ä un haut degr6 la propri6t6 de rendre ce
ocr page 439
419
liquide visqueux. La matiere fvlante est produite par la disso­ciation du sucre et sa formation est accompagnee d'un degage-ment abondant d'acide carbonique.
Le Bacillus Guilleheau c, signalc par Freudenreich, se prä­sente sous la forme de courts batonnets ovo'ides, qui sc cultivent sur gelatine, sans la liquefier, sur agar et sur pomme de terre. Les milieux liquides, bouillon, sue de choux et lait sterilise, sont rapidement üansformes en masse visqueuse, gelatincusc, pouvant s'etirer en longs filaments, Le lait se coagulo cnsuilc. La tem­perature qui lui convient le mieux oscilic entre 3o0 et 35deg;. Ce microorganismc injeete dans la mamcllc produirait une mammite infectieusc; inocule par la voie liypodermiquc au lapin, il s'est montre inoffensif.
Adametz a decrit sous le nom de Bacillus laciis viscosus un microbe qui se presente sous la forme de courts batonnets, difficiles ä distinguer de microcoques allonges. Ils sont capsules, faiblcment mobiles, forment de courts filaments de 3 a 6 indi-vidus dans le lait. Ils sc cultivent dans la gelatine glycerinee, qui n'est pas liquefiec, sur agar et dans 1c lait. Ce dernier milieu devient filant apres 5 a io jours, et prend en meine temps une teinte transparente. La viscosite ne resulte pas de la transfor­mation des matieres sucrees; il parait plulol vraisemblable qu'elle est due au gonllement de la capsule qui entoure los bacilles, Le Bacillus lactis viscosus est depouivu de proprietes pathogenes pour les souris blanches,
Vignal a montre que le Bacillus mesenfericus vulgatus possedc egalement la facult6 de rendre le lait filant.
Guilleheau a Signale un bacille facultativement aerobic, au(iuel il a donnc le nom de Bacterium Ilessii. Ce sont des baton­nets mobiles, mesurant 4 n a 5 ;;. de long sur 1,2 \k do large, ä extremites arrondies se colorant plus inteusement par les Couleurs d'aniline, Ils se cultivent dans la gelatine au serum de lait, qu'ils liqu6fient, dans l'agar au serum de lait et sur la pomme de terre. Le bouillon non additionne de Sucre sc transformc rapidement en une massc visqueuse a reaction alcaline. Dans le lait st6rilis6, on observe dans la creme la formation de gru-
ocr page 440
— 420 —
meaux agglomerös de beurre qui, ä la temperature de 35deg;, forment une couche jaunätre, huileuse, surnageant le lait et cxhalant l'odeur caracteristique du beune frais fondu. Au bout de deux jours, la reaction cst devenue acide et la casöine est preeipitee. Le lait pasteurise et maintenu a 200 devient filaut apres 14 heu res; la substance visqueusc est soluble dans I'eau, sitot qu'on elevc la temperature du liquide a 35deg; et au-dela; eile se dissout egalement en presence de l'acide produit par le microbe aux döpens du sucre. Ccttc viscosite est done transitoire. Le Bacterium Hessii n'est pas pathogene.
Cette revue qui a ete faite des microorganismes capablcs de rendre le lait filant montre qu'il existe encore des lacunes considerables dans nos connaissances sur ces microbes. II cst probable qu'une 6tude comparde plus minutieuse permettra d'i-dentifier plusieurs des especes qui ont 6t6 decrites par differents auteurs. D'autre part, il importerait d'etablir d'une fafon plus precise le mode d'action de ces divers microorganismes dans le lait, et de distinguer parmi eux ceux qui rendent le lait filant, sans operer la fermentation visqueuse, de ceux qui effec-tuent cette derniere fermentation. Car il est evident que le lait filant peut etre different du lait visqueux; celui-ci resulterait toujours d'une fermentation visqueuse, tandis que le lait filant pourrait etre produit par le simple developpement de microor­ganismes capsules, dont les capsules se gonfleraient intens6ment et constitueraient ainsi une masse agglutinöe, pouvant se laisser ötirer, comme Adametz 1'a 6tabli pour son Bacillus lactis viscosus. II est a desirer que de nouvelles observations viennent 61ucider ces diverses questions, et determinent exactement quelles sont les especes microbienncs qui s'observent dans les laiteries et qui y provoquent spontanöment la transformation visqueuse du lait. Plusieurs especes qui ont et6 decrites ci-dessus n'ont pas 6t6 observees primitivement dans le lait; leur pouvoir de transformer ce liquide a 6tamp; plutot ötabli par les essais de cultures exp6ri-mentales; d'autres, au contraire, ont 6t6 constatees dans les laiteries oü la rnaladie s'dtait döclaree spontandment.
ocr page 441
— 421 —
VI.nbsp; nbsp; nbsp;Lait acide. — Un grand nombre de microbes peuvent operer la fermentation lactique du lait. Ce sent d'abord des especes patbogenes : les staphylocoques pyogenes, le streptocoque pyogenc, le bacille pyog^ne foetide, 1c microcoque de la mam-mite infectieuse des vaches laitieres, le microcoque de la mam-mite gangreneuse des brebis laitieres, le bacille aerogene du lait, etc. Ce sont en outre des especes saprophytes : Micrococctts acidi lactici, Sphccrococcus acidi ladici, Streptococcus acidi lactici, Bacillus acidi lactici I, Bacterium acidi lactici I, Bacteriim limbatum acidi lactici, etc. Ces dernicres especes saprophytes constituent les ferments lactiques proprement dits.
La fermentation acide du lait determine rapidement la pre­cipitation de la caseine. Elle s'operc par la dissociation de la lactose en acide lactique; ce dernier acide pent etre ulterieure-ment transforme en acide bulyrique. Nous avons vu, en effet, que certains microbes, auxquels il faut attribuer l'amertume du lait, donnent de l'acide butyrique comme produits de fermentation; il en est de meme du Bacillus butyvicus.
VII.nbsp; nbsp; nbsp;Lait putride — La fermentation putridc da kit est sous la dependanco des divers microorganismes qui president ä la putrefaction de toutes los matiercs album!no'ides. Au premier rang de ccs microorganismes, il convient de citer les Bacterium tenno et Bactevium lineola.
S 2. Phosphorescence de la viande.
On ne possede que des donnecs incompletes snr la phos-pborescenco do la viande. II est probable que ce phenomenc constituant en somme une fermentation speciale, comme Duisois I'a 6tabli, differents microbes peuvent le produire et donner lieu dans certaines circonstances ä des effets lumineux.
Ludwig a attribue la phosphorescence do la viande a un microcoque, auquel il a donne le nom do Micrococcus Pßügeri. Ces microcoques sont doues de mouvements tres vifs; ils ine-surcnt o,5 \j. a i {i. de diametre et se prüsentent le plus souvent
ocr page 442
t
— 422 —
reunis en zooglees. Ils sg colorent facilement par le violet de gentiane. Cette esp^.ce microbicnne peut determiner la phospho­rescence de la viande de bocuf, de veau, de pore et de monton.
Plus reccmment, Dubois a dccrit une nouvelle espcce mi-crobienno (ju'il a observec sur un lapin domestiqnc dont la chair 6tait dovcnuc spontancmont lumineuse. II a propose de la designer sous le nom de Phoiobaderium sarcophilnm. Ce sont des microorganismes ties petits, niesurant 1 ;j. ä i,5 |a; ils se pre-sentent en quatre varietes, dont une seule est lumineuse. Celle-ci est constitute par des bacte'ries immobiles, extrcmement petites, ne liquefiant pas la gelatine, ä la surface dc laquelle elles fornient des colonies arrondies. Ces colonies emcttent une belle lumierc verte, Les trois autres varietes, qui n'emeltent pas de phosphorescence, sont formees de microcoqucs, dc diplocoques ou de courtes bacteries, ct semblent n'etre que des vaiquot;i6t6s morphologiques non lumineuses.
Le Phoiohacterium sarcophilnm se cultive bien sur la chair cuite on crue des poissons, sur la viande dc pore, de veau, de mou-ton, de cheval, de boeuf et de lapin. La phosphorescence appa-rait apres iuic periode d'incubation de 24 ä 48 heures.
Le devcloppement est le plus actif a 120 et peut se conti-nuer jusque 200, sans que la phosphorescence s'eteignc; celle-ci pälit lorsque la temperature s'eleve a 3o0 et 40quot; et disparait d6-finitivement ä 5o0. D'autre part, eile ne s'eteint pas ä -—3quot; et persiste encore ä —70.
Le Photobncterium ne brille que dans des milieux contenant : i0 une cei taine quantite de sei marin; 20 un principe azote comparable ä la nevrine; 3deg; un aliment carbone tel que la gly-c6rine; 40 des produits phosphores. Dubois a reussi ä cultiver cette espcce dans le milieu suivant :
Kau commune .
gi'.
IO( gt;
Asparagine
1
Ghxerine . . . .
T
Phosphate do potasse
0,1
Sei marin
3
ocr page 443
— 423
La chair des poissons de mcr prcsente aussi frcquemment le phenomene de la phosphorescence. FlSCHER, HermÄS, FORSTER ont signale ä diverses reprises dans l'eau de mer et sur les poissons des microbes qu'ils ont decrits sous les noms de Ba­cillus phosplwrescens, Bacterium pliospJwnscens, etc. Plus rcccniment, Beyerinck a repds l'6tude de ces diverses espöces photogenes ; il en a distingue cinq qu'il a reunies dans le genre Pholobactc-rium. Ce sont : le Phntohnctcrinm indicttm qui est le Bacillus phos-phorescens de Fischer; le Photohacterinm Pflilgiri qui est I'esp^ce decrite par Ludwig sur la viande; le Photohactcriuiu phosphorescetis cultive par Förster et Heumi':s; le Photohadevium luminosum qui est la cause de la phosphorescence dc la mer du Nord; et le Pholohactmum Fischen,
Les especes observees par BEYERINCK out toutes une origine marine. 11 convient done de se demandcr quelle est l'origine des espäces qui determincnt la phosphorescence spontanee de la viande do boucheric. Cette question n'est pas elucidee; il est certain qu'on a observe la phosphorescence spontanee dans des condi­tions oü la contamination avec des produils marins n'a pu s'eta-blir. L'origine peut-elle etre terrcstrc? Cost co que de nouvelles observations doivent determiner.
La propagation dc la phosphorescence s'effectue exclusive-ment par 1c contact direct; la luiniuosite se manifeste apres une veritable periode d'incubation variable tie deux ä trois jours sui-vant les especes. La phosphorescence clure cgalemcnt un temps variable, 4 a g jours sur la viande de cheval, 1 a 6 jours sur la viande de bceuf, 1 a 3 jours sur la viande de lapin, 1 a 2 jours sur la viande de chien (Blanc), lülc disparait des quo la putrefaction s'etablit.
Au spcctroscoiie, la phosphorescence donne un spectre in-interrompu entre o,58 et 0,43. Entrc 0,48 et 0,51, il etait fort apparent, mais diminuait rapidement d'intensite apres la bände rouge et aprös la bände violette (Engki.mann).
Les microbes phosphorescents ne paraissent pas pathogencs pour les mammifercs; la viande phosphorcscente pcut etre im-punement ingcree; d'autre part, Tinjection des microbes aux ani-
ocr page 444
r
— 424 —
raaux ne donne jamais de resultat; ces microbes, en effet, ne semblent pas pouvoir se developper ä la temperature de 38deg;, qui est cello des animaux ä sang cliaud.
Litterature. — Grotenfelt, Studien über die Zersetzungen der Milch; Fortschr. d. Med., VII, 1889. — Menge, lieber rothe Milch; Cenlralbl. f. Bakter. u. Parasit., VI, 188g. — Schrceter, Lieber einige durch Ilacterien gebildete Pigmente; Beitr. zur Biol. der Pflanzen, I. — Hueppe, Studien über Zersetzungen der Milch durch Mikroorganismen; Mitlheil. a d. k. Ges.-Amte, II, 188.).. — Neei.sen, Studien über die blaue Milch; Beilr. zur Biol. der Pflanzen, III, 1888. — Gkssard, Functions et races du bacille cyanogine [microbe du lait bleu); Ann. Inst. Pasteur, V, iSgi. — Behr, Ueber eine nicht farbstoffbildende Race des Bacillus der blauen Milch; Centralbl. f. Bakter. u. Parasit., VIII, i8go. — Krüger, Molkerei-Zeitung, iSqo. — Weigmann, Milch-Zeitung, iHyo. — Conn, Ueber einen bittere Milch erzeu­genden Micrococcus; Centralbl. f. Bakter. u. Paras., IX, 1891. — Schmedt-Mülheim, Ueber fadenzichende Milch; Arch. f. d. ges. Physiol., XXVII.
—nbsp; nbsp;Hueppe, Ueber die Zersetzung der Milch und die biologischen Grundlagen der Gährungsphysiologie; Deutsche med. Wochenschr., 1884. —• von Rarz, Ueber die schleimige Milch; Arch. f. wiss. u. prakt. Thierheilk., XVI, 1890.
—nbsp; nbsp;Guillebeau, Description de deux nouveaux microbes du lait ßlant; Ann. de micrographie. IV, 1892. — Fremy, Encyclopedie chimique, t. IX. — Lcefpler, Ueber Bakterien in der Milch; Berl. klin. Wochenschr., 1887. — Van Laer, Sur les fermentations visqueuses; Mem. Acad. roy. de Belgique, t. 43, — Freudenreich, Sur quelques bacleries produisant le boursoufflement des fromages; Ann. de micrographie, t. II, 1890. — Adametz, Ueber einen Erreger der schleimigen Milch, Bacillus lactis viscosus; Milch-Zeitung, 1889; Untersuchungen über Bacillus lactis viscosus; quot;Landwirthschaft. Jahrbücher, 1890; et Untersuchungen über liacillus lactis viscosus, einen weitverbreiteten milclnvirthschaftlichen Schädling; Berl. landwirthschaftl. Jahrbücher, 1891. — Vignal, Contribution ä l'etude des bacteriaces. Lc Bacillus mesentericus vul-gatus; Paris, 1889. — Ludwig, Micrococcus Pßügeri, ein neuer photogener PilZ; Hedwigia, 3, 1884. — Dubois, Phosphorescence de la viande; L'echo des Soc. et Associations veterinaires de France, 1888-1889; Production de la phosphorescence de la viande par le Pliotobactcriutn sarcophilum; Bull, ds la Soc. vaudoise des Sc. nat., nquot; io5, 1892. — Fischer, Bacteriologische Untersuchungen auf einer Reise nach Westindien; Zeilschr. f, Hyg., II, 1887. — Forster, Ueber einige Eigenschaften leuchtender Bactcrien; Centralbl. f. Bakter. u, Parasit., II, 1887. — Hermks, Demonstration der leuchtenden Nordsee-Bacillen; Tageblatt der 60. Versamml. Deutscher Naturforscher u. ^Erztc in Wiesbaden, 1887. — Beyerinck, Le Photobacterinm luminosum, bacteric lumineusc de la mer du Nord; Archives n^erlandaises des sciences exaetes et naturelles, XXIII, 1889. — Blanc, Journ. de med. v6t6r., 1887.
ocr page 445
Troisieme Partie.
TECHNIQUE MICR0B10L0G1QUE
Letude complete d'un microbe comportc des recherches mul­tiples et delicates qui mettent en ccuvic des operations diverses, empruntees aussi bien ä la technique physiologique qu'a la technique histologiquc et chimique. Ces operations nöcessitent souvent un materiel special ct compliquc, dont le maniement ne s'acquiert quo dans un laboratoirc et sous la direction d'un maitre experimentc. Le travail pratique est seul capable de pro­curer au chercheur I'liabiicte neccssaire pour mener ä bonne fin les nmltiples experiences qu'il importc d'instituer pour elucider tous les problömes biologiques, qui peuvent ctre soulevds par l'etude des microorganismes.
Un expose theoriquc de ces mcthodes sera toujours störile; aussi convient-il de s'abstcnir de semblables descriptions, d'autant plus que certaines mcthodes dc recherches he peuvent guere ötre appliquees que dans un laboratoire bien outille. Lc travail-leur, qui s'adonnc a ties recherches personnelles dans un labora­toire prive, toujours modeste, ne pout recourir qu'a des mcthodes simples, ne necessitant guere d'oulillago special et eoütcux. Ce sont ces methodes qu'il Importe d'exposer dans Icurs grandes lignes.
La determination d'une espfece microbienne se fait par l'examen de ses proprietes morphologiques et pb3'siologic[Ucs. Ces
ocr page 446
— 42ö —
dernicres doivent etre etudiees dans les milieux inertes et dans les milieux vivants. L'expose des methodus techniques de micro-biologic comportcia done trois paragraphes ; le premier traitera des moyens dont on dispose pour etudier les microbes dans leur morphologie; un second exposera les methodes de culture des microbes dans les milieux nutritifs inertes ; et un troisieme comportera l'etude des methodes d'experimentation employees pour determiner l'action des microorganismes sur les animaux.
^ i. Examen microscopiqüe des microbes.
L'etude morphologique dos microbes necessite l'emploi du microscope. Le microscope consiste essentiellement dans un double Systeme optique, dont l'un constitue l'objectif et lautre l'oculaire. Ces deux systemes sont construits pour donncr des grossissoments plus OU moins forts et permettent par leur combinaison d'obtenir des amplifications que l'on peut varier ä volonte, suivant les besoins des observations.
II est un certain nombre d'cspeces qui peuvent etre obser-vees ä des grossissoments de 400 fois, la plupart exigent une amplification plus considerable de goo a 1000 diametres. On recourt alors de preference ä un objeetif a immersion homogene.
La FIG. 53 reprösente un modele de microscope fort roeom-mandablo pour les recherches microbiologiques. II consiste cn un stativ de construction simple, auqucl on pent adapter des objee-tifs et des oculaires pouvant fournir des grossissements de 400 a 600 fois. Si l'on veut utiliser des systemes plus puissants, il vaut mieux recourir alors a un stativ de construction plus com-plexe en memo temps que plus perfectionne, represents dans la no. 54. Co modele possede un appareil d'cclairage qui pennet l'emploi d'objectifs d'un pouvoir grossissant plus considerable. En recourant a un Systeme ä immersion homogene, on peut obtenir ainsi des grossissoments de 1000 diametres.
Avec de semblables instruments, on peut effecluer l'etude morphologique des microbes. II est possible en memo temps
ocr page 447
427 —
Fig. 63.
Fig. 54.
ocr page 448
r
— 428 —
detudier certains phönomcnes ph5'siologiques ; c'est ainsi qu'on pourra constater la motilite de ces microorganismes, leur sporu-lation, et leur maniere de se comporter en presence de l'oxygöne.
Pour observer ces phenomenes, il convient de poursuivre l'examen de la preparation pendant un temps plus ou moins long. A cot effet, on se seit d'un porte-objets d'une construc­tion speciale. Le meilleur consistc dans la chambre humide de BoiTTCHER : eile consiste en une lame de verre sur laquelle est fixe un anneau de verre epais. Au fond du godet ainsi forme, on met un peu d'eau distillee; sur le bord superieur de 1'anneau, on frotte un peu de vaseline destinee a fixer la lamelle porte-objets; a la face infcrieure de celle-ci, on dispose une goutte du liquide contenant les microbes ä observer. Dans la goutte ainsi suspendue, on pent poursuivre pendant longtemps le deve-loppemcnt de ces organismes.
Si ccux-ci sont acrobies, leur vegetation se fera aisement ; on pourra constater sans peine s'ils sont mobiles ou immobiles, s'ils fonnent des spores ou non; et en variant les conditions physiques du milieu, on pourra determiner les conditons dans lesquelles les spores apparaissent et se mettent ä germer.
S'il s'agit d'une espece anaerobic, ne se developpant que dans le vide ou dans un gaz inerte, il faut recourir ä la chambre a gaz de RANVIER. Celle-ci consiste en une cellule construite dc teile facon qu'on peut faire passer dans sa cavite un courant gazeux. Dans ces conditions, I'espece anaerobic se developpe rapidement et pennet de faire les memes observations que nous avons signalees pour les especes aerobics.
Si la vegetation nc s'efFectue pas ä la temperature ordinaire, on pourra employer une platine chauflante. Celle-ci permettra aussi detudier l'action de diverses temperatures sur les microbes.
Enfin, l'observation des microbes vivants peut etre facilitee par I'emploi dc solutions coloiantes peu concentrees et inertes, telles que les solutions aqueuses et faibles de fuchsinc, de vio­let de gentiane, de vert de methyle. Les niicroorganismes peu-vent parfaitemont vivre dans ces solutions et y prennent une
ocr page 449
— 429 —
legere coloration qui aide ä distinguer des d6tails int^ressants de leur organisation,
Si l'examen se borne ä determiner les caracteres morpholo-giques des microbes, l'observation peut etre facilitee par la colo­ration. Pour effectuer cclle-ci, on röpand sur un couvre-objets une trace du liquide contenant les microorganismes et on des-siche rapidement la preparation en la passant a deux on trois reprises ä travels la flamme d'un brüleur do Bunsen on d'une simple lampe ä alcool. La temperature a laquelle la preparation peut 6tre soumise nc doit pas depasser le point de coagulation des albuminoides. Cc resultat acquis, on la soumct a 1'action de la matierc colorante. Cellc-ci consistc dans une des multiples substances qui derivent de l'aniline.
Les principales d'entre dies sont la fuchsine, le bleu do m'6thyl6ne, le violet de methyle et le violet de gentianc. Ces substances peuvent etre employees en solution alcoolique con-centree.
Les preparations soumises a l'action de ces colorants sont retil'öes du bain apres quelques instants, lavees A 1'eau, des-söchöcs a la flamme et eclaircies au moyen d'une goutle d'es-sence, dans laquelle on peut effectuer l'examen microscopique. Si Ton veut conserver la preparation, on substitue ;\ I'cssence une gouttc de bäume de Canada.
Dans certains cas, il Importe de recourir u des möthodes de coloration plus compliquces. Ces metbodes sont connues sous les noms de metliode de Gkam, metbodc de Ehrlich-Weigert, m6tliode de Kühne, methode do LÖFFLER, etc. Ces metbodes ont pour avantage do colorer d'une manicre plus specifique, et par consequent de pouvoir, dans certains cas, dormer des indica­tions pr(5cieuses pour la determination des especes microbiennes.
Methode de Gram. #9632;— On colore pendant trois minutes avec le violet de gentiane aniline, qui se prepare d'aprcs la formule suivante :
ocr page 450
w
— 43o —
Solution alcoolique saturee de violet de gentiane 5 cc. Eau d'aniline (i)nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;100 raquo;
On transporte ensuite la preparation dans la solution iodeo sui-
vaute, pendant 1c meme temps, jusqu'ä ce qu'ellc soit devenuc
noire ;
lode ,
lodure do potassium
Eau distillec
i partie ,
3oo
On lave dans I'alcool jusqu'a complete decoloration, on seche et on monte dans le baume.
Methode de Ehrlich-Weigert. — Dans cette methode, le bain colorant a pour formule :
Solution alcoolique saturee de violet de m6thyle Alcool absolu ......
II cc.
IO )) I0O ))
Eau d'aniline (i).nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.....
On chaufFe cc bain, contcnant la preparation, pendant environ cinq minutes, jusqu'a la formation de bulles; on decolore ensuite, dans vine solution d'acide nitrique ä 25 pour cent, dans laquelle on agite la preparation pendant environ cinq secondes; on lave pendant une a deux secondes dans I'alcool ä Go pour cent, jusqu'a ce que la coloration bleue disparaisse; on colore ensuite pendant cinq minutes, dans une solution aqueuse saturee dc vösuvine; on lave enfin dans I'eau, on seche et on monte dans le baume.
Methode de Kühne. - La solution colorante preconisee par Kühne est a base de bleu de methylene et d'acide pheniquc. On la prepare de la maniere suivante : on dissent i,5 de bleu de methylene dans 10 d'alcool absolu; on triture legärement dans un mortier, en meine temps qu'on ajoute goutte a goutte ioo d'une solution pheniquee a 5 pour ioo.
(i) L'eau d'aniline se prepare en secouant fortement dans un flacon i partilaquo; d'bulle d'aniline pour 20 parties d'eau ; on laisse reposer pendant cinq minutes; on verse le tout sur un filtre pr6alablemeiit humect^ avec de l'eau diatilUe. Si le filtrat n'est pas clair, on filtre une seconde fois.
ocr page 451
— 43i —
Methode de Löffler. — La solution coloiantenbsp; nbsp;de Löffler a la formule sulvante :
Solution alcoolique satureo de bleu de m^thylenenbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 3o cc.
Solution de potasse caustique ä 0,01 p. c. .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;100 laquo;
Lorsque la coloration est faite par les methodes de Kühne
et de LÖFFLER, on lave ä l'eau distillee, on sechenbsp; et on monte dans 1c bäume.
Methode de coloration du bacille tuberciileux. —#9632; On soumet
la preparation ä l'action d'un premier bain, dont la formule est
la suivante :
Fuchsine .
Acide phenique
Alcool
4nbsp; nbsp;Ki­lonbsp; nbsp; nbsp;laquo; 40nbsp; nbsp; nbsp;laquo; 200nbsp; nbsp; nbsp;laquo;
Eau .
Pour prcparer ce reactif, on dissout, d'un cöte, la fuchsine dans ralcool et, de lautre, l'acide phenique dans l'eau; on melange les deux solutions. Apres un scjour de cinq minutes, dans ce premier reactif, on transportc la preparation dans un second liquide compose cominc il suit :
Acide sulfurique .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;20 cc.
Eau.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;. 80 raquo;
Alcool .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;5o raquo;
Bleu de methylene ä saturation (1). La preparation doit etre maintenue dans cette solution jus-qu'ä ce que la preparation qui etait rouge soit devenue franche-ment bleue. On vörifie la chose, en retirant la preparation apres une dcmi-minute; si la teinte est encore violette, on rcplonge le couvre-objets dans la solution; si, au contraire, la teinte est nettement bleue, on lave ä l'eau distillee, on scche et on monte dans le bäume. Les bacilles ont conserve leur coloration rouge, tandis que les autres elements de la preparation sont coloies en bleu. Cette difference de teinte fait ressortir vivement les bacilles sur le fond de la preparation.
(1) Ces formules ont cte domite p.ir M. le D1' Gloriecx, tlans la Revue medkale, 1888
ocr page 452
— 4.32 —i
Toutes ces m6thodes de coloration s'appliquent particuliere-metlt aux microbes contenus dans des liquides : sang, serosite organique, pus, bouillon dc culture, etc. Mais il Importe sou-vent de d6celer la presence des microbes au sein meme des tissus. Pour obtenir de bonnes preparations, il faut operer sur des tissus bien durcis, que Ton debite ensuite en coupes aussi minces que possible, suivant les procedes ordinaires en usage dans les laboratoires d'histologio. La coloration s'eflectue ensuite d'apres les methodes indiquces ci-dessus, en observant toutefois que les coupes necessitent en general un sejour plus prolonge dans le bain colorant, et qu'elles doivent 6tre soumises ä des agents decolorants plus energiqucs. En outre, leur deshydratation doit s'effectuer, non plus par l'action de la chaleur, mais par lemploi de l'alcool ou de l'huile d'aniline. On monte ensuite dans le baume.
sect; 2. Methodes de culture des microbes.
Les donates acquises par la physiologic sur la nutrition des microbes ont montre que ccs organismes veg^tent aisement dans tons les milieux inertes qui, dans leur composition, com-prennent au moins un corps carbone, un corps azote, des sels mineraux et de l'eau.
Un grand nombre de milieux organiques naturels et arti-ficiels satisfont a ces conditions et peuvent servir de milieux de cultures aux microbes. Ces milieux sont ou bien liquides, ou bien solides.
Milieux liquides. — Parmi les milieux liquides, il convient de citer avant tout les bouillons ou cl6coctions de viande. Pour les prcparer, on emploie une livre de viande bien maigre, fine-ment hach^e, que Ton fait bouillir pendant une demi-heure dans un litre d'eau distillee. On filtre ensuite et on neutralise ou alcalinise lägerement en ajoutant quelques gouttes d'une solution de carbonate de soude. On fait bouillir encore pendant une heure, on laisse refroidir, on enleve la graisse qui s'est fig6e, on filtre encore une fois, on verse dans de petits recipients
ocr page 453
433
bouches a l'ouate, que Ton soumet ensuito ä une sterilisation finale.
On peut aussi preparer un bouillon, ou mieux une cau de viande, en laissant macerer ä froid la viande pendant vingt-quatre heuves dans de l'eau. Apies quoi, on agite vivement le melange, on filtre et on opere ensuite commc ci-dossus,
Ces bouillons peuvent avantagcusement ctre additionncs dc o,5 gr. pour loo de chlorure dc sodium, dc 5 pour 100 dc glycerine, de glycosc ou de sucre de canne, de 1 ä 2 pour 100 de peptone, d'une petite quantite d'extrait dc viande, etc.
Au lieu dc viande, on peut dans la preparation des bouillons utiliser le foie, le poumon et d'autres viscercs.
Dans la pratique journalierc des laboratoircs, on remplace souvent les bouillons de viande par des bouillons artiflciels pro-pares d'apres la formulc suivante ;
Eau .... Peptone . Extrait de viande Chlorure dc sodium. Phosphate de potassium
IOOO
gr.
3o
raquo;
5
)gt;
5
n
tr
ices
On peut additionner cettc preparation do glycerine ou de gflycose (6 a 8 pour 100).
Des infusions ou des decoctions de malieros vcgclalcs peu­vent 6galement scrvir de milieux do culture : infusion ou decoc­tion de the, de foin, de chou, de prunes, do fruits sees (raisins, poires seches, etc.), decoction de crottin de cheval, cau de levure, moüt do biere, etc.
Des solutions minerales out ete employees aussi a la culture des microbes. II nous suffira de citer les liquides de NäGBLI, de Pasteur, de Cohn, etc. La formule de la liqueur de Nügeli a 6t6 donn6c au chapitre do la nutrition des microbes, p. 38.
Parmi les liquides organiqucs naturcls, il Importe de citer rurinc, le serum sanguin, 1c lait, le liquide amniotiquc, I'liumeur aqucusc de l'oeil, la sdrositc des opancbements (ascitc, plcuriisie, hydrocele, etc.).
29
ocr page 454
— 434 —
Milieux solides. — La pomme de terre constituc un ex­cellent milieu de culture pour un grand nombre de microbes. Pour la preparer, on la coupe en deux et on la dispose dans de pctits crtstallisoirs, qua Ton soumet ensuite ä la sterilisation.
Les milieux liquides, qui viennent d'etre signales, peuvent ctre transformes en milieux solides, par I'addition d'une certaine quantity do gelatine ou d'agar.
Pour prcparer de la gelatine, on emploie le bouillon de viandc ou 1c bouillon artificiel dont la formule cst domi6e ci-dessus ct on y ajoutc de la gelatine dans la proportion de ioo gr. de gelatine pour un litre de bouillon. On fait dissoudre, bouillir, on alcalinise legcrement, on filtre et on sterilise.
L'agar so prepare de la meme maniere, avec cette difference qu'on n'emploie que 10 gr. d'agar pour un litre de bouillon.
Cos milieux liquefies par la chaleur filtrant difficilement, il cst recoinmandablc de les clarifier par I'addition pour un litre de liquide de deux blancs d'ceuf soigneusement battus. On coagulc ensuite I'albuminc par l'6bullition; toutes les impurct6s du milieu sont entrainees avec les flocons de coagulation qui se deposent au fond du vase, laissant au-dessus le liquide plus ou moins clarifie.
L'agar presente sur la gelatine de nombrcux avantages, k raison de ce qu'il se liiiuefic ä une temperature plus clev6e, 85deg; ä goquot;, et peut en consequence etre employe ä la culture dc microbes nc vegetant qu'a 38deg; ou 400; en outre, l'agar n'est liquefie par aucun microorganisme, contrairemcnt ä ce qui se produit pour la gelatine; enfin, l'agar Supporte des temperatures de sterilisation plus elevees (pie la gelatine sans perdre son pouvoir gelatinisant. D'autre part, la gelatine est plus commode pour isoler les differents germes et donnent des cultures plus caracteristiqucs; de plus, filtrant plus aiscment que l'agar, eile constitue ainsi un milieu plus transparent qui permet d'observer plus aiscment au sein de la masse.
Ces deux substances constituent done deux milieux exces-sivement avantageux pour la culture des microbes ; il convient
ocr page 455
— 435 —
le plus souvent de les employer simultanöment pour la deter­mination des especes. Jensen a propose de combiner les deux pour neutraliser leurs defauts et utiliser leurs qualitös. II pro-conise I'addition aux milieux de culture liquides de 5 pour 100 de gölatine et de 0,76 pour 100 d'agar. Cc melange rcste solide a -|- 400. La g61atine seule fond vers 23deg; ä 240.
On a employe aussi la mousse d'Islande dans la proportion de 2,5 pour 100 pour gelatiniser les milieux liquides.
Le serum du sang peut egalement fournir des milieux so­lides; il suflit a cet effet de le porter ä la temperature de 68deg; ä 700 pendant un temps assez long qui peut varier de une ä six heures.
Enfin, comme milieux solides, on pent encore utiliser la mie do pain, le lait de riz, le blanc d'eeuf cuit, la puree de pommes de terrc, dc feves, la bouillie de viande, etc.
Tous ces milieux tant liquides que solides sont conserves dans des flacons soigneuscmenl bouclies avec un tampon d'ouate. Ces flacons sont dc simples tubes a essais, fig. 55, des ballons
Fig. 55.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; Fig. 56.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Fig. 57.nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;Fig 58
en verre de capacitös diverses, fig. 56, des matras Pasteuk, pig, 57,
de petits cristallisoirs ou encore des boites de verre d'apres Soyka.
Les tubes a essais convionnent tout particulierement pour
les milieux ä base de gelatine ou d'agar et pour le serum; on
St),
ocr page 456
— 436 —
y verse quelques centimetres cubes de la masse nutritive qui se fige par 1c refroidissement. Si Ton desire obtenir une surface etendue pour operer rensemencement, on couchc obliquement les tubes avatlt quo la masse seit redevenue solide.
Los ballons on verre et lc;, matras Pasteur sont utilises principalement pour les milieux liquides, bouillons, solutions mi-neralcs, liquides organiques, etc.
Les cristallisoirs ct les boitcs en verre sont employes pour les milieux solides et principalement pour les pommes de terra.
Roux recommande pour ces dernicrs milieux des tubes spe-ciaux, etrangles a rextremite inferieure, fig. 58.
Tons ces appareils et les milieux nutritifs eux-memes, avant d'etre utilises a la culture des microbes, doivent subir un trai-tement special tendant a les debarrasscr des germes ubiquitaires; ils doivont etre soigneuscment sterilises. La sterilisation s'obticnt par la cbalcur, par la filtration et par les antiscptiques.
i. Sterilisation par la chaleur. — On pent employer la chaleur sechc et la chaleur humide. La chaleur seche s'applique dc diffcrentes facons suivant les objets qu'il s'agit de steriliser : les aiguilles do platine sont sterilisces en etant portees au rouge directement dans la flamme d'un bee de BuNSEN ; des instruments de dissection, tels quo scalpels, ciseaux, etc., no pourraicnt subir ce traitcment sans etre deteriores; on se contentc dc les flam-ber, c'est-ä-dire de les passer doucement dans la flamme en les
tournant dans tous les sens jus-qu'ä ce que toutc la surface de instrument ait etc portee ä une temperature d'au-moins 2000. D'aulres objets, tels que la ver-rerie, I'ouate, le papier, etc., ne supportent pas ainsi le contact direct avec la flamme; on doit recourir alors a la sterilisation par Fair chauffe ä i5o0. Elle s'ef-fectue alors clans un appareil special consistant en une caisse mötallique ä doubles parois, fig, 50, disposee de teile maniere
ocr page 457
437 —
que la flamme de chauffe puisse parcourir aisement I'espace libre menage dans la double paroi de i'appareil. On introduit les objets ä steriliser a. l'interieur de la caissc que Ton refernie soigneuscment, on allume le brüleur et on regle le tirage de Fair de teile fafön que la temperature intcrieure marque i5oquot;, cc qu'on obtient tres rapidement. Cette temperature sera main-tenuc pendant vme demi-beure ä une heurc; alors on eteindra la flamme et on laissera I'appareil reprendre la tempörature or­dinaire. On aura bien sein, en disposant les objets ä l'interieur de I'appareil d'eviter de placer dans la partie inferieure le pa­pier et l'ouate qui pourraient etre carbonises par la chaleur pro-longec; ccs corps no doivent prendrc qu'uno tcinte jaune brun, qui temoigne que la tempörature de I'appareil a ete süffisante. La chaleur humide s'emploie surtout pour la sterilisation des milieux nutritifs, qui ne peuvent etrc soumis ä une tempe­rature seebe de i5oquot;. On les soumet ä Faction de la vapeur d'eau portcc ä 100quot;, cc qu'on realise dans un appareil special
consistant essentiellement en un cylindre en fer-blanc recouveit d'uno couche epaisse de feutrc, fig. 60; la partie inferieure, qui est fcrm^e par un grillage, est adaptee ä une petite chaudiere contonant de l'eau que Von portc a rebullition; la partie supericure est fermee par un couvcrclc garni egalement de feutre. Ce couvercle porte une tubulure, a travels laquelle passe un thermonietre per-mettant de lire la temperature intdrieure. Les objets ;\ steriliser sont disposes dans des soaux en metal, dont le fond est grillag6 et le tout est introduit ainsi dans I'appareil. Des que le thermonietre a atteint ioo0, il
Fig, 60
se maintient fixe a cette temperature et on
poursuit I'operation pendant environ une demi-heure, le temps etant compte a partir du moment oü le ther­monietre a marqud ioo0.
ocr page 458
i!
— 438 —
Si Ton a besoin d'une temperature humide superieurc 4 ioo0, il faut recourir a I'autoclave, FIG. 61, qui constitue vine marmite de Papin perfection nee. La sterilisation s'y fait ä Taide de la vapeur d'eau sous pression et la temperature peut 6tre portee a no0 ä i2o0. Get appareil est forme d'une chaudicre en cuivre rouge brase qua Ton pout fcrmer ä l'aide d'un couvercle en cuivre massif maintcnu fixe par de fortes vis de pression. Ce couvercle est muni dc trois orifices ; un auquel est applique le mano-metre, un second qui est muni d'un robinet et le troisicme qui porte unc soupape de sürete. On verse au fond dc la chaudiere une certaine quantite d'eau, on introduit les objets ä steriliser,
on boulonne solidement le cou-
vercle et on allume les brüleurs. Des que I'eau est entree en ebullition, on ouvre le robinet de decbarge pour laisser 6chap-per la vapeur pendant quelque temps, jusqu'a ce qu'on est srir que tout Fair atmosph6riquc est cliasse de l'appareil. On referme alors le robinet, et on lit sur 1c manometre la temperature at-tcinte dans l'appareil; lorsqu'on arrive ä la temperature deman-dee, on regle les brüleurs de maniere ä la maintenir le plus exactement possible. Apres un quart d'heure ä vingt minutes, on eteint les brüleurs, et on
Fig 61.
attend que le nianoin^tre soiv
redescendu; on ouvro alors le robinet, ce qui donne issue a la vapour el accelerc le refroi-dissement.
L'emploi dc I'autoclave convient tout particuliercment lorsquc les milieux ä steriliser renfennent des spores rösistant ä une temperature de ioo0. Neanmoins, il est possible d'obtenir la
ocr page 459
— 439 —
destruction de pareils germes par I'application do la methode de Tyndall, le chauffage discontinu. Elle consisle a porter les liquides ä l'ebullition pendant un certain temps et rcnouveler cette operation plusieurs jours de suite. Cette methode est basee sur les faits suivants : lors d'une premiere ebullition, toutes les cellules vegetatives ont 6t6 tuecs, les spores scales ont resistc; apres 1c refroidissement, ces derniiires se sont mises a germer et ont donnc naissance ä de nouvelles cellules vege­tatives qui ont p6ri lors de la seconde ebullition. II est Evident qu'aprös avoir renouvele cette operation trois a quatre fois, toutes les spores auront germe, toutes les cellules vegetatives auront cte tuces et le liquide sera parfaitcment sterilise.
Certains liquides ne supportent pas I'application d'une tem­perature de looquot;, parce que dans ces conditions ils pcuvent 6tre älteres dans leur composition chimique. La sterilisation de ces liquides doit sc faire a. une temperature moins 61evee. Tel est le cas, par exemple, pour le serum sanguin. ' Kocn a indi-que la technique suivante pour obtenir la sterilisation du serum : On verse le serum dans des tubes a essais bouches a I'ouate; on introduit ces tubes dans un bain-marie dont on portc I'cau ä la temperature a 60', temperature que Ton maintient soigneu-sement invariable pendant une couple d'heures. II convient de repeter cette operation quatre ä six fois avec un Intervalle cbaque fois d'un oil deux jours.
2. Sterilisation par filtration. — Cette filtration pent sc faire a travel's la porcelains, le platte on I'amiante. L'appareil le plus generalement employe est le filtre Chamberland. II con-siste en un cylindre creux de porcelains, auquel on a donn6 le nom de bougie ; ferine a l'une de ses cxtremites, il se termine ä l'autre par un embout ä surface lissc. Lc filtre est plonge dans le liquide ä steriliser. La filtration nccessitc line pression, qui est tantöt positive, quand eile s'exercc sur le liquide a ftltrer, tantöt negative, quand eile s'exerce a l'interieur meme de la bougie par aspiration. Le filtre Chambeui.and s'emploie surtout a la sterilisation de l'eau. On peat aussi I'employer a la filtration
ocr page 460
- 44deg; —
de liquides organiques ou de bouillons de culture qui ne peuvent etre soumis a l'action de la temperature. On lui donne alors un
Fig. 62.
dispositif un peu different, fig. 62. La bougie B ctant hermeti-quement appliquee au vase A et la tubulure d etant fermee, on com­bine l'appareil par la branche c avec une trompe ä faire le vide. Le liquide contenu dans la bougie filtre dans le vase A.
Apres un temps d'usagc, la bougie se couvre d'un enduit boueux jaunätre, plus ou moins adherent qui peut obstruer les pores et ralentir la filtration. On doit alors la nettoyer par le lavage et le brossage a I'eau, on la fait secher et on la portc ensuite au rouge a la flamme d'un bcc de BuNSEN. La bougie est alors rögöneree.
II Importe aussi de tenir compte dans la sterilisation des liquides organiques, quo la porcelaine peut retenir certaines subs­tances (substances albuminoides, diastases) et quelle peut ainsi introduire dans la composition de ces liquides des modifications chimiques importantes.
ocr page 461
— 441 —
3. Sterilisation par les antiseptiques. — Les solutions d'antiseptiques, dont l'usage cst a recommander, sont : la so­lution de sublimö a i ou 2 pour 1000, des solutions pheniquees faiblcs et fortes, etc. Ces solutions conviennent pour laver les pommes de terre, les mains, steriliser des instruments, des • pieces anatomiques, etc. La solution de sublime doit etre faite de pre­ference avec de lean distillec; si Ton emploie de l'eau de source, il faut additlonner celle-ci de 5o centigrammes d'acide acetiquo par litre pour eviter la precipitation de scls de mercure insolublcs.
Quand la sterilisation a etc effectu6e par Tune quelconquc dc ces methodes, il convient encore de s'assurer si I'operatioii a et6 bien conduite. A cet effet, on laissc les substances steri-lisees en observation pendant quelque temps avant de s'en ser-vir; il est meme avantageux de les placer ä Ictuve ä environ 35deg; pendant une couple dc jours. Si apres cc temps on ne constate aucun developpemcnt au sein des milieux nutritifs, 011 est sür qu'ils sont debarrasses de tout germe etranger, et on pent les utiliscr aussitöt ä la culture, des csp6ces dont on vent poursuivrc l'6tude.
La misc en culture consiste en une premiere operation qui constitue l'ensemencement du milieu nutritif. Get ensemencement se fait par introduction des microbes au moyen d'un fil de pla-tine prealablemenl porte au rouge. Dans la gelatine et l'agar, il pcut s'operer suivant deux modes ; par piqüre ou par stile. Pour ensemencer par piqüre, on prend un tube de gelatine ou d'agar qui a ete maintenu droit et on y intvoduit l'aiguillc de platine cliargee dc la semence en la dirigeant perpendiculairc-ment ä la surface libre de la masse nutritive et on I'y enfonco jusquc dans les couches profondes. Pour ensemencer par strie, on choisit un tube de gelatine ou d'agar qui a etc maintenu dans une position inclinee et on trace sur la surface de la ge-16e un ou plusieurs traits ou stries au moyen de l'aiguille. II Importe de remarquer que dans ces manipulations on doit tou-jours avoir soin, en enlevant delicatement lo tampon donate des tubes et en le reappliquant, deviter la contamination des
ocr page 462
— 442
tubes par les germes dc Fair; on y parvient aisement en reti-rant lentement et par un mouvement rotatoire le tampon d'ouate, tout en maintenant I'orlflce beant du tube dirige obliquement vcrs le bas. Quand rensemenccment est fait et qua la bourre d'ouate est remise en place, il est recommandable de flamber legerement la partie supcrieure du tube.
Si le microbe ensemence se döveloppc a la temperature or­dinaire, il suffira de conserver le tube ainsi prepare et de le soumettre ä un examen journalier, pour suivre les progres de la
culture. Si, au contraire,
il ne sc developpe qu'ä la temperature dc 36deg; a 3g0, il faut porter lo tube dans un appareil special, auquel on donne le nom d'etuve ou de thermostat. Cet ap­pareil est construit de teile maniere qu'on pent obtenir en son intericur teile tem­perature qu'on veut. II con-siste csscntiellcment en une caisse metallique de forme variable ä doubles parois, dent'la surface exterieure est garnie dune couche epaisse de feutre, fig. 63. L'espace menage entre les
Fig. 63.
doubles parois de la caisse
est rempli d'eau que Ton chauffe ä la partie inferieure par de petites flammes de gaz. La face supcrieure dc I'apparei] porte un orifice, faisant com-muniquer l'interieur de la boitc avec I'extericur; cet orifice est destine a rccevoir un thermometrc, sur lequel on peut toujours lire la temperature interne de letuve. La temperature est main-tenue a un degrc constant au moyen d'un thenno-rdgulateur qui plonge dans I'eau contenue dans la double paroi de la caisse.
ocr page 463
— 443
Dans le coürs des recherches, on observera quelquefois que des tubes resteront st6riles, tandis que d'auhes, traites absolument de la m6me maniere, donneront naissance ä im developpement abondant. Cette difference est due ä la quality meine des mi­crobes ensemences; dans les premiers tubes, les microorganismes n'ont pu v^geter ainsi au contact de l'air; tandis que dans les seconds, ils sont franchement aörobies et vegetent abondammcnt en presence de Fair. Pour obtcnir des cultures de ceux-la, il faudra les soustraire ä l'action de l'oxygene, cc qu'on realise de differentes maniercs : en chassant Fair par F6bullition du milieu nutritif, en faisant le vide au moyen de la machine pneuma-tique, en placant la culture dans une atmosphere formee par un gaz irrespirable non toxique, en ensemencant en meine temps des especes aerobics on, cnfin, en ajoutant an milieu de cul­ture des agents chimiqucs avides d'oxj'gene.
Par Fun ou l'autre de ces procedes, on peut obtenir des cultures de microbes anaerobies. Dans la gelatine ou Fagar, on röussit en employarit une grande 6paisseur de gelee nutritive, en l'additionnant de fonniatc de soude, et en Fensemencant dans la profondeur, lä ov'i le contact de Fox3'genc nc sc fait guere sentir. On pent egalement soustraire les milieux a l'action de l'air , en versant ä leur surface une couche epaisse d'huile d'olives ou de vaseline stcriliste. Roux a pröconise egalement Femploi de pipettes entierement remplies de la masse nutritive et fermöes ensuite bermetiquement ä la lampe. Enfin, Buchner a recommande de faire absorber l'ox5'gcne des vases de cultures par une solution d'acide pyrogallique.
Les cultures ainsi pr^parees peuvent etre maintenues aussi bien au thermostat qu'ä la temperature ordinaire, et peuvent etre entretenues ensuite dans les memes conditions quo les cultures des especes aerobics. En variant ainsi non seulement les me-thodes de cultures, mais encore les milieux nutritifs, on pourra determiner aisöment les caracteres particuliers ä chaque espece microbienne, ä la condition toutefois, que la semence qui a servi ä inoculer le premier milieu nutritif soit pure, c'est-a-dirc
ocr page 464
— 444 —
qu'elle contienne l'espece ä etudier ä lexcliision de toute autre. S'il n'cn clait pas ainsi, si la semence primitive renferme deux ou plusicurs especes differentes, il faudrait commencer par les isoler les unes des autrcs, et poursuivre ensuite sur chacune d'elles toute. la serie des recherchcs microbiologiques.
Les methodes d'isolcment des microbes sont nombreuses; elles sont de deux ordres : les unes sont fondees sur les dif­ferences physiologiques des especes, les autrcs effectuent directement la separation. Nous nous bornerous a signaler les principales d'entre elles. Parmi les premieres, il suffira de faire remarquer que rien n'est plus aise de separer par la culture les especes aerobies des especes anaerobies; d'autre part, I'application d'une temperature determinee permet egalement d'isoler certaines especes; tandis quo les unes succombent a une temperature relativement peu clevee, d'autres, au contraire, grace ä leurs spores, par exemple, resistent ä des temperatures fort clevees. C'est ainsi qu'on est parvenu a obtenir le bacille du tetanos en culture pure en soumettant 1c melange pendant deux minutes ä l'action de l'eau bouillante.
Parmi les metbodes d'isolement par separation directe, il nous suffira d'en signaler une scule, parce qu'actuellemcnt eile est pour ainsi dire la seulc qui soit encore en usage dans les laboratoircs. C'est la m6thode au moyen des milieux do culture gelatinises. On opcre de la maniere suivante. On fait fondrc vers 3o0 une petite quantite de gelatine a laquelle on ajoutc alors une goutte du melange microbien ; on agitc avec sein do maniere amp; ropartir regulierement tons les microorganismes dans la masse liqueficc, que Ton coule alors sur une plaque dc verre prealablement sterilisee. On dispose celle-ci dans un cristalliscir egalement sterilise, et Ton constate aprcs quelques jours que chaque microbe repandu dans la masse golatineuse a donne naissance a une petite colonie isolee, qui est formec d'une infinite delements semblables au microbe gendrateur de la colonie. On peut obtenir le meine rcsultat avec l'agar, qu'il fallt employer lorsqu'il s'agit d'especes qui nc se developpcnt pas a la tempe­rature ordinaire.
ocr page 465
445 —
Au lieu de se servir de plaques de vene dispos6es dans un grand cnstallisoir, il est preferable d'employev les petits
cristallisoirs de Petki, fig. 64 Les dan­gers de contamination par les poussieres de l'air sont moins grands que dans le premier cas.
EsMARCH a recommandc unc me-thode plus avantageuse encore : au lieu de verser la gelatine sur unc sur­face plane, on la renferme dans un tube
Fig. G4.
ä essai assez large, ferme par un tampon
d'ouate et on roule le tube sous un jet d'eau froide, de maniere que la gclee vient so röpartir cn se refroidissant sur toute la surface interne du tube de vene. Cc procedc, dit des tubes roulös, a l'avantage de permettre ä tout moment l'examen des colonies, memo au microscope, sans Jamals devoir soumettre la culture au contact direct de Fair exterieur. Tout danger de contamination est ainsi absolument 6carte. Tou-tefois ce proced6 ne permet pas l'emploi de l'agar, car cette substance n'adhere pas au verre. Pour y remcdier, on a propose d'ajouter ä l'agar une petite quantite d'une solution sterilis6e de gomme arabique,
II arrive que les colonies qui se dcveloppent scut ä ce point nombreuses qu'elles se fusionnent plus ou moins sur la plaque; e'est ce qui arrive quand la semence renferme un nombre considerable de gentles, Cette circonstance rendant difficile, sinon impossible, I'isolation parfaite des differentes especes, il Importe de diluer la semence dans I'eau distillee sterilisee dans la pro­portion de i pour 100 ou de i pour rooo. On se sert alors dc cette dilution comme il a etc dit pour la semence elle-meme.
sect; 3. Methodes dexperimentation sur les animanx.
L'6tude du mode d'action des microbes sur les animaux est la seulc qui nous renscigne sur le caractere inolfcnsif ou pathogene des especes que Ton considere. Le caractere patho-gene ne se revile pas toujours d'emblöe. Bien des especes ne
ocr page 466
— 446 —
se ir.ontrent nocives que dans des conditions d6tenninees. C'est l'experiinentation qui est chaigee de nous faire connaitre ces conditions.
Pour 6tablir la pathogenöite d'un microbe sur une especc animale donnee, il faut I'lntroduire au sein de Torganisme meme de cet animal. Or, les voies d'introduction sont multiples, mais elles ne sont pas toutes efficaces pour demontrer cette patho-geneit6.
On pent effectuer l'inoculation des microbes par la voic en-dermiquc, bypodermique, sanguine, intraintcstinale, intraperito-neale, intracranienne, intrapleurale, intrapulmonairc, intratracheale, intrav6sicalc, etc., etc. On pent multiplier de mille manieres les divers modes d'introduction des microorganismes; suivant la voie employee, les rösultats peuvent diflfcrer dans une ties large me-sure : tel microbe est pathogene lorsqu'il est inocule par teile voie; il est inoffensif, lorsqu'il est injecte par teile autre voie. C'est ä l'experimentation ä determiner toutes ces conditions de pathogen^ite.
D'autre part, les microbes patbogenes ne sont pas egalement nocifs pour tons les animaux; tandis que certaines especes suc-combent neccssairement ä leur invasion, d'autres especes sy mon-trent absolument refractaircs. L'histoire complete d'un microbe pathogamp;ie doit porter egalement sur ces actions diverses sur les differentes especes animales.
Les procedes opöratoires qui sont mis en oeuvre pour effec­tuer l'infection exp6rimentale des animaux s'acquiercnt plutöt par la pratique journalierc du laboratoirc que par un expose pure-ment thcorique. Aussi croyons-nous inutile d'insister d'avantage sur cette question.
ocr page 467
INDEX ALPHABETIQUE
Absorption de Az .
34
. 37
— C . .
35
- H . .
38
— O . .
33
Acn6 coutagieuse du cheval
38o
Actinobacter
95,
418
Adenite purulente du cheval
ao5
Aerobics (microbes) .
33
Agenesique (temperature) .
59
Agitation (action de 1'—).
62
Alcaloides ....
45
Algues cyanophycees.
156
Aliments azotfe.
38
— carbones .
37
— mineraux .
38
Amylase ....
83
, 90
Anaerobies (microbes)
33
Anectasine.
no
Antagonismc microbien
66,
117
Anthracine.
250
Anthrax-protamp;ne
G
Antiseptiques
5o
Antitoxine tamp;anique .
77.
369
Aphtheuse (fifevre)
Sg.
Appareils de culture.
435
AraigniSe (mal d'—) ,
#9632; 84
Arthrospores
'9
Arthrospor^s (microbes)
'9
Ascococcus Bilrothii.
210
Aspergillus niger
49
Assimilation des microbes.
42
Attenuation des virus(modesd'—
'47
Autoclave. . Avortement 6pizootique
438 288, 394
Bacillus (genre).
Bacillus acidi lactici /, 421; — alvci, 400; — amrlobacter, 408; — anthracis, 246; — bit-tyricus. 421; — Cliauvcei, 260; —#9632; coli commutiis, 403; — cya-nogenus, 414; — gallinorum, 314; — Gulllebeau c, 419;
—nbsp; nbsp;tactis aerogenes, 406; — lactis viscosus, 419; — mallei, 330; - mesentcricus vulgatus, 419; — muriscpticus, 280; — p/tosplwresceiis, 42'i; — pyo-cyancus, 382; — pyogenes fcetidus, 379; — scpticus gan-grena', 267; — syncyaiuis, 414; — syiixant/ms, 414; — viscosus 11deg; 1, 418; — visco-sus nquot; 2, 418.
Bact^ridie charbonneuse, voir
Bacillus anthracis. Bacteriopurpurine Bacterium (genre) Bacterium acidi lactici /, 421;
—nbsp; nbsp; nbsp;Hessii, 419; — lactis erythrogencs, 412; — limba-tum acidi lactici, 421; — lincola, 421 ; — phosphores-ceus, 433; — termo, 421.
ocr page 468
- 448 -
Barbone des buffles. Blaireau fmaladie du—) . Botvyococcus asaifonnans Botryomyccs Botryomycose . Boufrida .... Bourgeon nement. Bronchopneumonie infectieuse
des bceufs am^ricains . Brustseuche
C
299 275 212 211 212 288 '7
3oo
,87
Corn-stalk disease
3oo
Cristallisoirs dc Petri
445
Cryptococciis farciminostis
397
Culture des microbes ;methodes
de-).....
432
Cyanophyc^es (algnes)
i56
Decomposition des albuminoides Densite des microbes Desassimilation des microbes . Dessiccation (action de la -) Dextrinase. Diphtherie.
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; intestimile des lapins
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; des pigeons
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; des poulets
—nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; des veuux. Diplococcus (genre) . DIplococcilS pnciimo-citteritis
egui Dyscomyces equi Dourine
Dysenterie epizootique des oiseaux Dysgenesique (temperature)
E
Ectasine .... Elaboration des microbes. Electricite (action de 1quot;—) Elimination des microbes d
I'oiganisme Endocardite diphtlieritique Endospore*
Endospores Cmicrobes) Ent6rite des poules . Eplzootie des furels . ErysipMe .... Etat microbicide , Eug6namp;ique (temperature). Examen microscopique des mi
crobes ....
laquo;7 i3 -12
54 90
37t 374 37! 374
374 2, 17
Canaris (maladie des—) .
3)3
Capsule ....
7
Casease ....
83
Chaleur (action de la—) .
56
Chambre k gaz de Ranvieu
428
Chambre humide de BoETTCHEl
1 42S
Charbon bacteridien .
245
— bacteiien .
260
— symptomatique .
260
Chimiotaxisme .
53, no
114. 137
Chlorophylle
9
Cholera des canards.
3ii
— des pores . ,
288
— des ponies .
308
Chromatium Okenii .
11
Chromogenes imicrobes) .
9
Chromopares (microbes) .
9
Chromophores (microbes) .
9
Cils.....
12
Cladothrix (genre) .
3
Classification des microbes
5
Claveli5e ....
223
Coccobacterium lyssce
2 33
Coloration (methodes do — de
microbes)
429
Concentration des milieux
54
Constitution des microbes
5
Contagion (modes de -) .
125
Contonu des microbes
8
209
393
314
59
107
h 61
69
370 19
19
314
307
177
72
59
428
ocr page 469
— 449
P
Farcin d'Afrique . . .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 3g7
Ferment inversif ...nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 83
Ferment soluble ...nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 83
Fermentations ....nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 84
Fermentation acetique, gfij —
alcoolique, ()i ; — ammonia-
cale, 85; — butyrique, qS;
—nbsp;cellulosique, 89; — diverses,
H^redite de rimmunit^ . Heterogenie .... Hog cholera ....
I
Identite des microbes et des cellules .....
Immunite (conditions de I' —),
63 ; — (heredite de 1' —), 1 3r);
— (theories de 1' —), i33.
139
22 288
1G1
99 i — gommeuse, ()5; — lac-tique, 92 ;— mannitique, 94;
—nbsp; nitrique, 98; — pepsinique, 87; — pliotogfene, 98; — pu-trkie, 87; — visqueuse des sucrcs, 94,
Fifevre aphtheuse, 391; — ca-tarrhale maligne, 375; — p^töchiale, 322; — septique de parturition des cobayes, 3()6;
—nbsp; nbsp;typboide du cheval, 320;
—nbsp; nbsp;vitulaire, 1791 396. Filtration ..... Filtre ChaMBERLAND. Flacherie des vers ä sole
Flagellum.....
Foul-broodnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;....
Furets (epizootie des —).
G
Gastro-ent^rite cholerique des
oiseaux ..... Gastromycosc du mouton. Gemmationnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;....
Generation sponlan^e
Inclusions ....
8
Infection (theories de 1'—)
132
Influenza du cheval.
320
Invertine ....
83, 92
Involution (formes d'—) .
4
L
Lagopfcdes (maladie des —)
3i3
Lait acide, 421 ; — amer, 416
— bleu, 414; #9632;— fllant, 417
— jaune, 414 ; — putride
42 1 ; — rouge, 411,
439
LepMhrix (genre) .
2
439
Leucomalnes
45, 102
399
Loque ....
400
12
Luciferase ....
98
399
Luci ferine ....
99
307
Lumifere (action cle la —J
59
Lungenseuche .
192
Lymphangite epizootique .
397
38ß 390
i? 22
Lymphe de Koch .
M Macrophages Magnetisme (action du —)
348 70
(quot;12
Mai d'araignee, 184; — de pis, 184
Maladle des abeilles, 390; — du blaireau, 273; — des beeufs et des animaux sau-vages. 207; — des canaris, 3i3; — des chats, 328; — des jeunes chiens. 334i 327;
— dos lagopideij 3i3 ; —
Grains metachmmatiques, 10; —
rouges, II) — sporogfenes, 10, Grouse-disease . . . .nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;3i3
H
Himaturie essentielle du booufnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; 231 H6moglobinurie bacterienne du
bcouf.....nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp;226
Hepatite enzootiquo des porcelelsnbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; nbsp; s39
ocr page 470
45o
spontanee des lapines conse­cutive ä la parturition, 275;
—nbsp; nbsp;des perroquets, 3cig; — pyocyanique, ^22; — du Te­xas, 22g.
Mallcine.....
Maltase .....
Matras Pasteur
Mammites, 182; — contagieuse des vaches laitieres, 182; — gangreneuse des brebis lai-tiferes, 184.
Membrane des microbes .
M^tachromatiques (grains —) .
Methodes de coloration des mi­crobes, 429; — de culture des microbes, 432; — d'ex-perimentation sur les ani-maux, 445; — d'isolement des microbes, 444 ; —#9632; de sterilisation, 436.
Microbicide (etat —), 72; — (substance —), 73, 77.
Microbisme latent
Micrococcus (genre) .
Micrococcus acidi lactici, 421;
—nbsp; nbsp;asco/ormans, 211; — bo-tryogenes, 211; — cercus al-bus, 167; — cercus ßavus, 167; — Freudenreichii, 4\8\
—nbsp; nbsp;Pfliigeri, 421; — prodi-giosus, 4111 — psittaci, 399 ;
—nbsp; pyogenes, 177; — pyo-genes albus, 1G7; — pyoge­nes aureus, 167; —pyogenes citreus, 167; — pyogenes te­nnis, 167; —pyosepticus, 179;
—nbsp; nbsp;vaccinae, 213, 214. Microphages .... Milieux liquides de culture .
— solides de culture Mobility des microbes
336 .90 435
Morbus maculosus .
322
Morve ....
329
Multiplication des microbes
16
Mycofibrome . . .
209
Mycophylaxlnes.
77
Mycoproteine .
68
Mycosozines
77
N
Nephrite interstitielle Noyau des microbes
378
10
(Edeme malin ....
267
Osleomyelite ....
176,
#9632; 78
P
Panspermie ....
23
Parachrotnophores (microbes) .
9
Passage des microbes it iravers
le placenta ....
140
Pasteuriacees ....
'7
Pepsine .....
83
125
1
Peptonisation des albuminoides Peripneumonie contagieuse du
87
boeuf.....
192
Peripneumonie de la chevra .
288
Pesanteur (action de la —) .
62
Peste bovine ....
323
Petechiale (fievre —)
322
Phagocytose ....
70.
i36
Phlogosine.....
106,
'74
Phosphorescence
i3
— de la viande
421
Photobacterium FIscheH, 423 j
— indicum, 423; — lumino-
sum, 423; — Pßügeri, 423;
— p/iosphorescens, 423; —
7deg;
sarcophilum, 422,
433
I'hylaxines.....
77
434
Ptetln.....
393
12
Pigments.....
laquo;,9,
104
I
ocr page 471
— ^Si —
Place des microbes dans le rfegne des etres vivants .
Platine chauffante
Pltomorphisme des microbes .
Pleuropneumonie contagieuse du boeuf, 192; — — du cheval, 188; — septiquedesveaux, 302.
Pneumobacillus liquefaciens bo-vis ......
Pneumococcits flavescens, igS;
—nbsp; gutta ccrci, ig3; — liehe-no'ides, igS.
Pneumocnterite des moutons, 286; — des pores, 283, 291;
—nbsp; nbsp; infectieuses des solipfedes, 202.
Pncumonies, 187; — des agncaux, 199; — du chat, 19g; — du che­val, 187; — des lapins, 199;
—nbsp; infectieuse des pores, 281;
—nbsp; nbsp;catarrhale des veaux, 198. Polymorphisme des microbes . Pression (action de la —) Presure .....
Propose.....
Proteus virutentissimus, igS; —
vulgavis, 416. Pseudo-tuberculoses. Pseudo-tuberculose bacillaire de
Courmont, 357 ; — — de
Pfeiffer, 359; — de Preisz
et Guinard, 3ßo. Ptomaines .... Py^lonephrite du boeuf . Py6mie .... Pyocyanine
Pyocyanique (raaladie —) Pyoxanthose
i55 428
3
Receptivity (conditions de la —)
Recuperation de la virulence .
Reduction des Sulfates et des nitrates.....
Repartition des microbes dans l'atmosphfere, 23; — dans les corps vivants, 3o j dans I'eau, 25; — dans le sol, 29.
Rhi^obium.....
Rinderseuche ....
Röle des microbes dans la nature
Rouget du pore
S
Saccharification de la fecule .
Saccharomycetes
Sarcina (genre) .
Sarcina rosca .
Scissiparite
Schweineseuche.
Secretions microbiennes
Segmentation
Septicemie, 175; — gangre-neuse, 367) — hemorrhagi-que, 280; — des lapins, 304; — des oies, 389; — puer-perale, 177; — des souris, 280; — cons6cutives ä la parturition, 396.
Sort des microbes dans I'orga nisme ....
Sozine ....
Splicerococcus acidi lactici
Spirillum (genre)
Spinochata (genre) .
Spirochceta anserina.
Spores, 18; — (constitution des —), 19; — (caractferes des —), 20 ; — (germination des —), 20.
Sporogfenes (grains; .
Sporulation . . . .
63 i5i
95
igS
18, 34 397 i58 276
.57 55 83
3g8
90
9'
#9632;7
4.3
16
281
io5
16
355
68
77
421
3
3
389
45
100
377 175 104, 383 382 383
Rage......
Reaction des milieux de culture
233
53
10 18
ocr page 472
— 452 quot;-
StaphyJococcus (genre) Staphylococcus pyogenes albus, ,5^5 _ — auretis, 1675 — _ citreus, 167 • StörUisateur • • • • StArilisation (mfethodes de —) • Streptococcus (genre) Streptococcus acidi loctici, 421: — equi, 206; - pneumo-enteritis equi, 202; — pyo­genes, 177. Substance microbicide Sucholoalbumine Sucholotoxine . Sucrase Sulfuraires. Suotoxine . Suplagoalbumine Suplagotoxine . Suppuration Svinpest . Swine-fever Swine-plague .
Troubles anatomiques Tuberculine . • • • Tuberculose, 3405 — aviaire, 345;
— zoogl^ique, 355. Typhoide (fifevre — du cheval),
320i — (affection — du chien),
327. Typhus abdominal du chien, 325 . _ contagieux du boeuf, 323.
119 348
U
86
Urasc.
Vaccination (modes de—)
Variole, 2i3; - Equine, 223;
— ovine (voir clavelee); —
humaine .rapports avec la
_ vaccine,!, 219; — vaccine,
2l3.
Vibrio (genre) . . • •
Vibrio Metchnikovi .
Vibrionia . • • •
Voies d'intioduction des micro­bes dans lorganisme, 128, J3,. _ de propagation des microbes dans rorganisme, 129.
142
3 386 155
T6tanos
Texas (maladie du —)
Thermostat
Tonotaxisme
Toxalbumines
Toxines .
Toxophylaxines . Toxosozines Transformisme (thtorie du -) Transmission Wreditaire de 1'im-munitö . • • • '
W
Wildseuche
Zooglee
Zooglcea pulmonis equi
Zymases
ocr page 473
ocr page 474
ocr page 475
ocr page 476