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Le Comte de SAPORÏA
COUnESPO^iDA^T DE l/lNSTITET
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ET 118 FIGURES DA?JS LE TEXTE
PARIS
G. AIASSÜN, ÉDITEUïT
LIBRAIllE DE lacADÉMIE DE MÉDECINE
StO uie Vai-«I ^ai»t-erinaiii c t ruc de 1 151» er oii
EX FACE liE I.ÉXOLE DE MÉDF.CIXE
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ünlversltorts-
Un ouvrage, quelle que soit lunité quil présente dailleurs, nest pas toiijours uiie ceuvre de premier jet. Bien des espritsnbsp;ne saisisseut pas tout dabord la porlée réelle ui lextensionnbsp;possible duu sujet. Cest seulemeut après en avoir parcourunbsp;les avenues et sondé les perspectives, quils voient se déga-ger les lignes générales de lédifice.
II en aura été ainsi des pages qui suivent et dont beaucoup ont paru dans plus dun recueil, avaut quil fut question denbsp;les réunir en volume. La Revue des Deux Mondes en a regunbsp;la meilleure part; dautres, plus spécialement descriptives,nbsp;ont été insérées dans Ie journal la Nature, de M. G. Tissau-dier; celles-ci étaient accompagnées de figures explicatives,nbsp;exécutées avec art et fidélité.
Plus tard cependant, la pensée est venue a lauteur de coordouuer ces études éparses, composées a des dates asseznbsp;éloignées, mais ququot;uu lien visible rattache sans effort les unesnbsp;aux autres. II lui a été facile de reconnaitre quelles apparte-naient au même ordre didées et de recherches et quellesnbsp;sadaptaient a un cadre détermiué, de manière a former uunbsp;seul ensemble.
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AVERTISSEMENT.
Lauteur a cru a luülité de répaiidre des notions encore très-nouvelles, nayant en jusquici quun faible retentisse-inent, soustraites par cela même, malgré lenr importance,nbsp;a lexamen raisonné de la plupart des lecteurs frangais. nbsp;Elles rósument pourtant les plus remarquables découvertesnbsp;de la « Paléoutologie » et plus spécialemeut de la « Paléon-tologie végétale ».
II ne sagit pas dailleurs de descriptions purement techniques, ayant pour but unique la reconstitution, assuré-ment fort curieuse par elle-même, dun être ancien par Ie rapprochement de ses débris. Les enseignements qui dérivent denbsp;ce livre vont plus haut et savancentplus loin : ilstoucheut aunbsp;phónomène de la vie dans ce quil a de plus mystérieux etnbsp;de plus profond, cest-a-dire a son origine, a sa marche, anbsp;riiistoire de ses développements et de ses perfectionnementsnbsp;graduels; ils sattachent a di^finir des procédés dont on commence a peine a saisir les ressorts et a fixer Ie sens.
Ce livre sadresse done a la fois a plusieurs classes de lecteurs : aux penseurs comme aux gens du monde envieuxnbsp;de sinstruire sans trop de fatigue, aux philosophes étrangersnbsp;a 1étude des sciences naturelles aussi bien quaux natura-listes de profession, a tons ceux enfin quinféresse Ie progrèsnbsp;des sciences dobservafion et qui admettent, non saus raison,nbsp;qua force de scruter la nature on doit flnir par atteindrenbsp;quelques-unes de ses formules, siuon toutes ses lois.
De ce que Ie problème de la « créatiou », tenu naguère pour si simple, posé, pour ainsi dire, a portée de Thomme etnbsp;dans les limites de la chronologie historique, se trouve rejeténbsp;bien au dela^ tout au fond duu éloiguement incalculable, ilnbsp;serait puéril de uier, par cela même, son existence. Les
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termes de ce problème se trouvent dép]acés,il est vrai; mais, il est juste de Iavouer, ils noiit été nullement intervertis.nbsp;Les plans de Iliorizon out beau se multiplier et se dérouler,nbsp;en reculant toujours devant nous; Fordre relatif des objetsnbsp;que nous considérons demeure exactemeut le même.
Le « monde des plantes », pour devenir accessible dans son passé, devait donner lieu a deux parties ou divisions très-distinctes : la première, destinée a Fexposé des vues générales que soulève Fexamen des êtres organisés fossiles, com-prenaut par conséquent la discussion des bases théoriquesnbsp;sur lesquelles eet examen est appuyé ; la seconde, ayant pournbsp;objet 1histoire abrégée des périodes végétales successives etnbsp;retraqant la physionomie des paysages dautrefois, ainsi quenbsp;celle des principales espèces de plantes qui servaient a lesnbsp;décorer.
Dans cette seconde partie, les révolutions dont la flore terrestre a donné plusieurs fois le spectacle seront analyséesnbsp;dansleur raison d'être et déterminées dans leurs caractères. nbsp;Un résumé final permettra dapprécier la marclie assuré-ment tres complexe qui a entrainé, a travers les temps géo-eogiques, le règue végétal tout entier; il mettra en lumièrenbsp;les causes, soit inhérentes a Forgauisme, soit extérieures parnbsp;rapport a lui, qui nont cessé de provoquer des variations denbsp;valeur très-diverse cliez les végétaux de toutes les époques.
Nous adressons ici un remerciment collectif a tons ceux qui nous out aidé et soutenu; leurs noms se retrouventnbsp;inscrits en bien des eudroits dun ouvrage dont ils peuventnbsp;revendiquer la meilleure part : 1énumération en serait trop
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longue. Une reconnaissance plus étroite et lécliange répété de vues et de documents nous fout cependant un devoir de men-tiouuer les noms de Schimper, Heer, Lesquereux, Decaisne,nbsp;Gaudry, Touruouër, GrandEury, Falsan, a qui nous avons ennbsp;recours a tant de reprises. Enfin, nous seriousingrat enne pasnbsp;assignant un rang particulier anotre amileprofesseur Marion,nbsp;de la Faculté des sciences de Marseille. Non-seulementnousnbsp;lui devons plusieurs dessins, a la fois scientifiques et artisti-ques, mais il a bien voulu revoir nos épreuves, en sattachantnbsp;au point de vue zoologique, qui lui est plus spécialementnbsp;lamilier. Nous sommes heureux de lui faire agréernbsp;Fexpression de notre gratitude.
-ocr page 15-PREMIERE PARTIE
LES THEORIES
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-ocr page 18- -ocr page 19-CHAPITRE PREMIER
ËT L ORIGINE
DES PREMIERS ORGANISMES TERRESTRES
La vie est Ie plus merveilleux comme Ie plus incompiéhcn-sible des phénomènes. Non-seulement elle se produit sous des aspects infiniment variés, raais elle reside a la fois en nous et aunbsp;dehors de nous. Cest delle quémane la pensée, et cependantnbsp;cette pensée, repliée sur elle-même, se prend a la considérernbsp;comme un ressort caché dont elle scrute curieusement les rouages;nbsp;la vie devient par la un phénomène objectif au mème titre quenbsp;ceus du monde extérieur. Comme lespace, comme la durée,nbsp;comme la gravitation, elle semble illimitée dans les effets dontnbsp;on peut la croire susceptible; elle ofFre pourtant cette particula-rité que, loin de se suffice a elle-même, elle doit forcéinent dé-tourner a son usage des éléments étrangers et en tirer les conditions de sa propre existence. La vie enfin est contingente ; ellenbsp;ne se réalise que sous lempire de circonstances déterminées,nbsp;mais on ne saurait affirmer qu'elle soit une conséquence nécessaire de ces circonstances; il est certain au contraire que la vienbsp;ne sest pas toujours montrée sur notre globe, de même quellenbsp;peut cesser un jour de sy maintenir. 11 faut remarquer encore
-ocr page 20-4 nbsp;nbsp;nbsp;LES PHÉNOMÈN'ES ET LES THEORIES.
que, loin davoir été toiijours semblable a elle-inême, la vie est esentiellement complexe, evolutive et progressive. Ellc sestnbsp;déroulée dans une direction et suivant un ordre constants ; ellenbsp;marche vers un but dont Ie terme nous est inconnu, et tend anbsp;séloigner de plus en plus de ce quelle fut originairement. Lanbsp;vie, sous ce rapport, est comparable aux nébuleuses stellairesnbsp;qui se ferment et se condensent pen a peu : comme celles-ci,nbsp;elle possède des annales et doit aboutir a un dénoüment final.nbsp;Si pour elle, comme pour les nébuleuses, la terminaison futurenbsp;de sa destinée se cache au fond de lavenir, nous pouvons dunbsp;moins nous rendre compte de ce quelle a été dans un age re-lativement voisin de ses premiers commencements.
La vie est consciente ou inconsciente, sensible ou insensible ; elle montre tous les passages depuis Ie moi Ie plus explicite, qninbsp;est celui de la personnalité humaine, jusqua linsensibilité lanbsp;plus absolue, celle du lichen attaché a la pierre. A tous les de-grés de cette échelle immense, la vie possède toujours des partiesnbsp;élémentaires qui jonissent, soit isolément, soit en sagrégeantnbsp;entre elles, de la double faculté de se nourrir et de se reproduire.nbsp;Cest pour s'entretenir, saccroitre et se prolonger, que la vienbsp;emprunte a la nature brute les matériaux dont elle use, et quellenbsp;garde plus ou moins longtemps, en les soumettant a une actionnbsp;particuliere. Toutefois les rouages quelle met en mouvement nenbsp;semblent se perfectionner chez les êtres supérieurs qua la condition de devenir plus complexes et par cela raème plus délicats.
Laissons de cóté Ie vaste champ dont la physiologie a fait son domaine, mais insistons sur les procédés de la vie organique.nbsp;La^ toute partie correspondant a une fonction constitue un or-gane, toute réunion dorganes concourant a un but communnbsp;constitue un corps; chaque corps est un atelier spécial, un centrenbsp;limité et particularisé, ou autrement un individu. La vie senbsp;manifeste au moven des individus, elle nexiste que par eux, elle
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nait et meurt av(3c eux ; mais chaque individu vivant est toujours Je prolongement dun individu antérieur, et souvent aussi Ie pointnbsp;de départ de nouveaux individus. De la une chaine dont lesnbsp;anneaux sont reliés entre .eux par dinnombrables connexions,nbsp;mais non sans une foule de lacunes et dirrégularités. La vie estnbsp;tout a la fois une et multiple : multiple par les individus qui lanbsp;représentent, et revêtant par eux une quantité immense de formesnbsp;simultanées ou successives; une a cause des liens qui réunissentnbsp;les séries individuelles et les rattachent en défmitive a unenbsp;souche ou type cominun doü il semble que toutes soient origi-nairement dérivées. Unité et pluralité, tels sont les deux grandsnbsp;caractères des manifestations de la vie.
La pluralité saccuse par les dissemblances de foute sorte qui séparent les êtres vivants. La terre, on Ie sait, na jamais pos-sédé longtemps les mêmes populations danimaux et de plantes ;nbsp;les aspects, les formes, les proportions relatives, ont été sujets anbsp;de perpétuels changements. La différence la plus radicale quinbsp;divise les productions de la vie résulte de la coexistence de deuxnbsp;séries, lune animale, lautre végétale. Tune douée, lautrc dé-pourvue de sensibilité; Tune possèdant au moins les rudimentsnbsp;dun appareil nerveux, lautre réduite aux seules functions denbsp;nutrition et de reproduction, privée de celles de relation. Lenbsp;règne végétal exerce sous 1influence nécessaire de la lumière sanbsp;fonction la plus essentielle, qui est de fixer, a laide de lacidenbsp;carbonique absorbé et décomposé, la substance verte des feuilles.nbsp;Lautre règne, bien quil possède seul des organes destinés anbsp;percevoir la lumière, peut dans beaucoup de cas se passer de celnbsp;agent, mais non pas doxygène ; il brule ce gaz, qui devient pournbsp;lui une source de chaleur; enfin il manifeste des sensations elnbsp;opère des mouvements voulus. Ce nest pas tout: les diversitésnbsp;de la vie sont bien plus étonnantes lorsquon sattache unique-ment aux individus. En effet, lindividu, dans les limites de sonnbsp;existence particuliere, ne reste pas plus semblable a lui-niêmenbsp;que les séries dêtres organisés, considérés a des points successifsnbsp;de leur histoire. Ce sont tantot des modifications graduelles con-
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stituant simplement les ages, tantöt des mutations assez marquees pour déterminer des états, ou enfin de véritables transformationsnbsp;qui amènent un être a des conditions dexistence entièrementnbsp;nouvelles; ces dernières prennent Ie nom de metamorphoses. Lanbsp;séparation des sexes cbez les animaux et chez les plantes, Ienbsp;dimorphisme ou la dualité permanente de certaines divergencesnbsp;de structure, les croisements eux-mêmes et ces milliers de nuances que présente a chaque instant lorganisme, sont entre lesnbsp;mains de la nature vivante autant de moyens qui lui servent anbsp;introduire au milieu de ses productions une diversité très-grande,nbsp;lon peut même dire une constante mobilité.
Lunité est cependant au fond de ces divergences de tous les degrés; elle en est la base et probablement Ie point de depart.nbsp;Buffon a dit que la faculté de se reproduire, que possèdent tousnbsp;les êtres vivants, supposait entre eux plus de choses communesnbsp;que lon ne serait porté a ladmettre au premier abord. Pournbsp;saisir la profondeur de cette reflexion, vieille pourtant de plusnbsp;dun siècle, il faut rechercher la signification vraie des etotó quenbsp;traverse la généralité des êtres, mais qui sont toujours plus ac-centués chez ceux qui sont inférieurs. Les êtres supérieurs sontnbsp;effectivement ceux dontles individus demeurent Ie plus constam-ment semblables a eux-mêmes dans Ie cours de leur existence.nbsp;Plus complexes et plus spécialisés, its se prêtent bien moins anbsp;ces conversions rapides, a ces confusions pleines dambiguïlé quinbsp;permettent aux organes des êtres inférieurs de sadapter a plusnbsp;dune fonction et den remplir successivement ou simultanémentnbsp;Ie róle. Lexistence des organismes les plus élevés se passe anbsp;élaborer dans la pbase embryonnaire, a développer dans celle denbsp;lenfance, a conserver ensuite pendant une certaine durée lesnbsp;parties de leur corps, dont la position relative et les fonctions senbsp;maintiennent a peu prés les mêmes de la naissance a la mort.nbsp;Pour rencontrer plus dun état a partir de la naissance, il faut,nbsp;chez les vertébrés, descendre jusquaux batraciens. Les étatsnbsp;transitoires se prononcent et se multiplient lorsque Pon continuenbsp;a descendre. Les insectes passent Ie plus ordinairement par
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quatre périodes ; au sortir de Yoeuf, ils sont larve, puis 7iymphc, et en dernier lieu insecteparfait. Dans ce dernier état seulement,nbsp;ils deviennent capables de se reproduire ; mais dautres êtres,nbsp;soit animaux, soit végétaux, possèdent la faculté singuliere denbsp;maintenir paria propagation une de ces phases, susceptible dèsnbsp;lors de dexenir permanente pour une ou plusieurs générations.nbsp;Cest la Ie phénomène de la generation alternante.
Chez les êtres les plus inférieurs, ladaptation a un genre de vie déterminé est vague, multiple, nullement arrêtée ni exclusive. La vie se seinde en une succession détats partiels, et la per-sonnalité de lindividu samoindrit plus ou moins. A raesure quenbsp;1on sélève vers des types déja moins imparfaits, un mouvementnbsp;inverse tend a faire prévaloir un des états sur tous les autres, ennbsp;sorte que ceux-ci, plus ou moins subordonnés au premier, quinbsp;garde seul Ie privilége de la fécondité, en sont seulement lesnbsp;prodromes, et y aboutissent commeaundénoümentinévitable. Lesnbsp;états successifs que traversent les types inférieurs, et qui repré-sentent pour eux un moyen de perfectionnement relatif, sontnbsp;rapidement franchis par les types les plus élevés de chaque sérienbsp;et relégués chez eux soit dans la vie embryonnaire, soit dans lanbsp;première enfance. Pour les types intermédiaires, la metamorphosenbsp;abrége la lenteur des mutations graduées en provoquant unenbsp;crise physiologique soudaine et générale. Ce sont, a proprementnbsp;parler, les procédés du développement embryonnaire appliquesnbsp;a une autre période de 1existence. Cest par 1effet dun phénomène analogue que beaucoup danimaux perdent de bonnenbsp;heure la faculté de se mouvoir en se fixant au fond des eaux;nbsp;1état dimmobilité, qui se prolonge chez eux de manière a de-venir Ie principal, nest cependant jamais Ie seul, il est toujoursnbsp;précédé dun autre état qui durepeu, il est vrai. Cest ainsi quenbsp;les jeunes hui tres nagent agilement avant de sattacher a la placenbsp;oü 1adhérence de leur coquille les retiendra durant Ie reste denbsp;leur vie. II en est de même des larves d'éponges et de celles desnbsp;polypes a polypiers ; ces animaux, doués dabord de mouvementnbsp;et dorganes ciliaires propres a Ie faciliter, naissent libres et
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nageurs; ils deviennent plus tard immobiles et perdent leur première apparence, les uns pour se changer en une masse informe a peu prés insensible, les autres pour se multiplier par Ie bour-geonnement et devenir un arbuste a Tecorce vivante, aux ra-meaux anirnés et fleuris.
Les piantes elles-mêmes, en sarrêtant aux moiiis élevées, passent par plusieurs états, dont quelques-uns les éloignent telle-ment de ce qui semble constituer Ie caractère Ie plus essentie! du règne, labsence de mouvements spontanés, quil est possiblenbsp;de se demander si la végétation tout entière ne serait pas sortienbsp;dune adaptation très-ancienne, de venue ensuite absolue et générale cbez les êtres qui en auraient été lobjet. Dans co cas, etnbsp;ce ne saurait être que 1énoncé duiie pure hypothese, laccidentnbsp;primitif, en se développant et se substituant a tout Ic reste, au-rait produit finalement cette multitude dorganismes inertes etnbsp;fixés au sol que nous nommons des piantes^ mais dont les plusnbsp;élémentaires (qui sont en mêmc temps les plus anciens) ne sontnbsp;en réalité dépourvus ni de mouvement, ni dappareil de locomotion, quoique ces propriétés ne se montrent cbez eux quenbsp;dans une période très-courtc, limitée aux premiers instantsnbsp;de chaque existence individuellc.
Les oscillaires, qui sont des algues deau douce, les diatomées, dont la nature est ambigue, olTrent des mouvements dont lanbsp;signification est trop obscure pour quon puisse en rien conclure ;nbsp;mais les zoospores on corpuscules reproducteurs animés desnbsp;conferves (piantes filamenteuses de la classe des algues) ne senbsp;comportent pas autrement que les larves des spongiaires et lesnbsp;spermatozoïdes des animanx sexués. Les zoospores, munis ennbsp;avant de cils vibratiles, nagent librement au sortir de la celluienbsp;mère jusquau moment oii, fixés au fond de Fcau, ils donnentnbsp;naissance a une algue pareille a celle dont ils tiennent lcxis-tence. Ce phénomène, dont la portée est immense au point denbsp;vue de lorigine possible de la vie, nest pas particulier aux seulesnbsp;algues; toutes les Cryptogames, spécialernent les fougères, ennbsp;offrent des excmples. Cbez ces piantes, les spores, plus propre-
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iDent noininées sémitiules. produisGnt non pas iinniédiatenicnt un pied semblable a celui dont elles proviennent, maïs un or-gane interimaire ou prothallium, sorte dcApansion membra-ncuse qui sert de support aiix organes sexuels proprement dits.nbsp;La celluie femelle [archégoné) est fixe, mais lappareil male ounbsp;anthérozoïde est done de mouvement. II consiste en un long filament enroulé sur lui-même en spirale, couvert de cils vibratilesnbsp;et transportant a laide de Icurs mouvements une petite vésicule,nbsp;entourée de ses replis, qui constitue Ie corps fécondateur. De lanbsp;résulte une progression dont la cause, peut-être due a des agentsnbsp;purement physiques, échappe encore a lanalyse, mais qui rap-pelle ce que montre Ie spermatozoïde. Voila done trois états biennbsp;distincts que revêt nécessairement la jeune fougère avant denbsp;devenir semblable a son auteur : dabord séminule, puis prothallium, ensuite anthérozoïde; cest seulement lunion de cenbsp;dernier avec \archégoné qui dót cette série de transformations,nbsp;dont lanalogie avec ce que produit chez les animaux Ie pbéno-mèno de la generation alternante est certainement des plus re-marquables. La motilité plus ou moins intentionnelle est lapa-nage de lun de ces états, lequel correspond peut-être (il est hardi,nbsp;mais non absurde de Ie soupgonner) a une phase primitive quenbsp;Ie monde des plantes aurait traversée avant de devenir ce quilnbsp;est. De toutes fapons, il est exact davancer que les végétaux cheznbsp;lesquels on remarque des mouvements de translation présententnbsp;passagèrement par celamême les caractères de 1animalité, avantnbsp;de posséder définitivement ceux de leur propre règne.
Tout converge, on peut Ie dire, vers Ianimalitc inférieure ou plusexactement versie « stade uniccllulaire », et, si Ton consentnbsp;a faire abstraction des organismes supérieurs, qui par Ie fait nenbsp;sont venus dans ce monde quaprès les autres, on 'se trouve ennbsp;presence dune collection dêtres qui se ressemblent au moinsnbsp;une fois dans Ie cours de leur existence, laquelle se partage ennbsp;plusieurs périodes. Or cest a létat de germe, dembryon ounbsp;d organc rcproducteur, cest-a-dire au point de depart de chaquenbsp;individu, que Ia similitude est Ie plus frappante; au contraire.
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LES PHENOMENES ET LES THEORIES.
cest a Iaide des états subséquents que lécart se prononce entre eux et ya saccentuant jusqualétat adulte. 11 est possible de con-clure de ces prémisses que tous ces êtres different bien plus parnbsp;les transformations de tout genre quils subissent que par Ie fondnbsp;réel des cboses. Si Ton tient compte uniquement de létat origi-naire en éliminant tous les autres, surtout si lon considère lin-dividu coinme offrant un tableau résumé des yicissitudes de lanbsp;race dontilsort, rien ne soppose a ce que ces êtres nousapparais-sent comme sils avaient été modelés primitivement daprès unnbsp;type, non pasprécisément identique, mais sensiblement uniforme.
Au fond des productions de la vie, on retrouve done les élé-ments dune puissante unite qui lui sert de substratum et de base. Elle est comme un terrain solide, maintenant caché, surnbsp;lequel de nouvelles constructions se sont incessamment élevées,nbsp;multipliant les ailes et les étages. La diversité sest si bien entéenbsp;sur cette unité primitive, que les branches et les rameaux en-tremêlés nous dérobent Ia souche et nous empêchent de con-stater si elle est formée dun seul tronc ou de plusieurs piedsnbsp;réunis et soudés. La limite qui sépare les deux règnes ne sauraitnbsp;même être tracée dune fagon absolue. Dailleurs, a quoi se ré-duirait cette limite, si tant est quelle existe? 11 fautbien lavouer;nbsp;a une simple divergence dans Ie mode dabsorption ou dexha-laison de certains gaz, dans la presence de certaines combinai-sons de substances préférablement a dautres, et dès lors cettenbsp;divergence, nétant accompagnée daucune distinction de formenbsp;OU de structure bien marquée, nétablirait quune distance asseznbsp;faible entre des êtres doués dautre part de facultés presquenbsp;semblables. La difficulté de concevoir entre eux une ligne denbsp;démarcation saccroitrait encore, si ces êtres, déja voisins a plusnbsp;dun titre, habitaient a la fois Ie même milieu. On serait alorsnbsp;disposé, selon lexpression de Button, a les considérer tousnbsp;comme étant presque du même ordre, et cest la effectivementnbsp;Ie spectacle quont dü présenter originairement tous les êtresnbsp;vivants, dabord exclusivement aquatiques. La mer est vérita-blement Ie point de départ initial de ce qui est organisé ; on peut
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dire, comme la Genese, qiie lesprit de Dien a flotté un jour sur Tabime des eaux pour Ie rendre fécond. Ensuite, les Toies, lesnbsp;directions, les adaptations se sont mis a varier; tont a changénbsp;peuapeu, tont sestcompliquégraduellement. Nés au sein delé-Icment aquatique, les êtres ne sont parvenus a en sortir qua la faveur de nouvelles cireonstances, aidant a la réalisation déflnitivenbsp;dun mouvement dabord partiel et incomplet. II est facile de Ienbsp;prouver, non-seulement la vie a été aquatique avant de devenirnbsp;amphibie, amphibie avant de devenir aérienne, mais la vie pu-rement terrestre, en tant que phénomène général, ne date quenbsp;dune époque relativement récente, et, depuis quelle sest mon-trée, elle est restée lapanage incontestable des êtresles plus nobles,nbsp;les plus complexes, et, parmi les animaux, des plus intelligents.
Arrêtons-nous quelque peu sur la demonstration de ce mouvement dune importance sans égale, véritable problèmenbsp;que la vie sest longtemps appliquée a résoudre. Elle a même,nbsp;pour y parvenir, essayé de divers moyens, mais on peut direnbsp;quelle n^a pleinement atteint Ie but quelle se proposait quanbsp;force de hardiesse et de persévérance. Un savant contemporain,nbsp;M. Bronn, considérant ce but comme Ie principal, celui versnbsp;lequel a toujours gravité la nature organique, désigne sous Ienbsp;nom de mouvement terripète limpulsion qui a poussé constam-ment les séries dètres vivants a quitter leau, a raesure quellesnbsp;savan^aient vers Ie ferme de leur perfectionnement, et a gagnernbsp;la terre ferme pour sy établir a lair libre, comme dans unenbsp;region plus noble et plus éloignée de leur premier berceau.
Cest ce berceau liquide de tous les êtres quil faut con-sidérer avant tout; il constitue un milieu égal et permanent qui présente de nos jours aux organismes quil renferme des conditions dexistence sensiblement pareilles a celles quil leur offraitnbsp;déja dans les temps les plus reculés. Dès lépoque primordiale,nbsp;a un age oü lés roebes ont cessé detre azoïqiies (1), mais oü les
(l) Gest-a-dire mns vie, ou plutöt dénuces de vestiges susceptibles de denoter 1 existence dêtres organisés.
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LES PHÉNOMÈNES ET LES THEORIES.
animaux et lesplantes terrestres sont encore inconnns ou bien iront laissé deux que des vestiges dune rareté exceptionnelle etnbsp;presque controversables, la marche déja complexe, variée et indé-pendante, des diverscs categories dêtres marins éclate commenbsp;un pbénomène inhérent a leur nature, destine a caractériser leurnbsp;dévcloppement et leur progrès. Mais, dira-t-on, en quoi con-siste, a proprement parler, Ie progrès chez les êtres organises ?nbsp;II est utile, en effet, de sexpliquer sur la vraie signification dunnbsp;tcrme dont on na que trop souvent abuse en Ie faisant servir denbsp;prétexte ades declamations creuses. Appliqué ala nature vivante,nbsp;Ie progrès est simplement ime marche qui sopère dans unenbsp;direction déterminée, suivant Ie sens du mot latin jirogredi,nbsp;savancer. Lorganisme savance : en savanfant, ilse modifieetsenbsp;complique plus ou moins ; de Ia Ie perfcctionnement, qui nestnbsp;que Ie progrès relatif et compare. Le pcrfectionnement absolunbsp;est le résultat possible mais non pas nécessaire de cette manièrenbsp;de procéder. Le progrès demeure ainsi un pbénomène essen-tiellement relatif pour chaque être et cbaque série dêtres ennbsp;particulier, puisque le mode de progression, nétant pas lenbsp;même pour tons, est loin de produire pour tons les mêmes effets.nbsp;Mais si lon considère lensemble des êtres, le progrès en ressortnbsp;comme étant la base même et lessence du plan général desnbsp;choses créées; cest Ic ciment qui relie toutes les parties de lédi-fice et sans lequel il sécroulerait aussitót pour sen aller ennbsp;poussière. Partir de lalgue et du mollusque inférieur ounbsp;même de plus bas encore pour aboutir a rhorrime el a Iliommenbsp;intelligent, moral et religieux, nest-ce pas constater le plusnbsp;magnifique et le plus incontestable enchainement de progrès.nbsp;Lêtre uuicellulaire, inerte a force de simplicite organique, senbsp;montre an seuil de la création tout entière ; puis, a mesure quenbsp;les siècles se deroulent par myriades, a travers dinnombrablesnbsp;vicissitudes, les êtres se multiplient, se compliquent, se specia-lisent, se ramifient; ils acquièrent pen a peu la force, la souplesse, la divcrsite ; ils secartcnt toujours'davantage les uns desnbsp;autres; leurs opérations se compliquent de même que leurs or-
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LA ISATSSANCE DE LA VIE.
ganes ; leurs facuUés se iocalisent; leurs instincts se prononccnt; rintelligence parait la dernière, comme nn soleil d'.abord faiblenbsp;qui se lèverait a lhorizon et dissiperait enfin les nuages. Quelnbsp;spectacle que 1exécution de ce plan qui se poursuit inexorable-ment, comme un drame éternel marehant dacte en acte, denbsp;scène en scène, pour aboutir a un inevitable dénoüment, celuinbsp;oü nous devenons acteurs nous-mêmes, en pleine possession denbsp;nos destinées et conscients du róle qui nous a été dévolu ! Toutnbsp;cela parait grand, simple, facile a exposer, et cependant rien nanbsp;été plus complexe, plus entremêlé de détours^^et dirrégularités.
It faut effeclivement distinguer Ie résultat suprème et dernier des accidents partiels, Ie but poursuivi de lensemble des voiesnbsp;accessoires qui ont contribué a la réalisation de ce but; autantnbsp;Ie point darrivée est certain et visible, autant les chemins qni ynbsp;conduisent sont difficiles a reconnaitre et sujets a se perdrenbsp;dans des sentiers tortueux qui aboutissent a de vrais labyrinthes.
Les mers primitives dont les dépots, remarquables par leur épaisseur et correspondant par conséquent a une durée immense,nbsp;sont loin davoir été explorés partout, ces mers paraissent avoirnbsp;été dabord en grande partie désertes. Les systèmes laurentiennbsp;et Imronien, dont Ie développement au Canada atteint un espacenbsp;vertical de 50,000 pieds anglais, ne contiennent dautres tracesnbsp;organiques que celles de \'Eozo7i, rhizopode suppose, dunenbsp;nature plus que problématique; Ie système cambrien, qui vientnbsp;ensuite, ne renferme encore, en réunissaut tous les indices ob-servés jusquici, principalement en Angleterre et en Suède,nbsp;quune cinquantaine despèces au plus, parmi lesquelles lesnbsp;empreintes de végétaux marins et les traces dannélides tiennent Ienbsp;premier rang; les bracbiopodes remplacent presque exclu-sivement les mollusques; des spongiaires, des polypiers, denbsp;rares échinideSj complètent eet ensemble, Ie plus ancien de tousnbsp;et composé, en délinitive, quoi quon en dise, de types générale-naent inférieurs a ceux qui leur ont succédé dans cbaque sérienbsp;organique. Mais eet ensemble est-il réellement Ie premier? Cettenbsp;faune cambrienne oü se révèlent les manifestations primitives
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de la yie en Europe et en Ame^ique exprime-t-elle vraiment les débuts de lorganisme sur Ie globe? II est permis den douter etnbsp;de penser que la yie organique a du être originairement loca-lisée dans une region mere (probablement voisine du pole selonnbsp;la belle pensee de Buffon), doü elle aurait ensuite rayonné peunbsp;a pen pour envahir graduellement dautres régions et sélendrenbsp;de proche en proche, dubassin oü elleaurait pris naissance, versnbsp;dautres bassins, a mesure que ces derniers se trouvaient placésnbsp;dans des conditions favorables a la diffusion des nouveaux êtres.nbsp;II faut done se garder de croire que les couches et les terrainsnbsp;nous traduisent ici, au moyen de la presence de certains fossiles,nbsp;la réalité objective des phénomènes relatifs a la naissance de lanbsp;vie, phénomènes dontils ne font que nous répercuter une sortenbsp;décho affaibli.
Cest ainsi que lon voit les principaux groupes danimaux se compléter graduellement; protozoaires, zoophytes, radiaires,nbsp;annélides, crustacés, mollusques, ensuite céphalopodes, finale-ment poissons et par conséquent vertébrés; la vie pullule denbsp;bonne heure au fond de ces eaux; rien ne lentrave, rien ne lanbsp;gêne ; dans toutes les directions, elle marche librement. Le milieu aquatique, peuplé dune infinité de petits organismes mous,nbsp;flottants, entiers ou décomposés, de toutes les tailles et de toutesnbsp;les formes, a toujours procure a ses habitants, mème aux plusnbsp;monstrueux, comme les baleines, des aliments faciles.
Dans les mers, autrefois, rien na limité Iextension des êtres. Pourvus dappareils respiratoires des plus varies, tantot libres etnbsp;nageurs, tantot fixés au sol, ils ont offert tons les modes de déve-loppement et se sont ramifiés dans tons les sens, sans que cheznbsp;eux la complication croissante, que les plus élevés de chaquenbsp;seri'e ont acquise, ait amené dautre résultat quune adaptationnbsp;de plus en plus exclusive au milieu quils habitent ou biennbsp;encore un luxe de formes dans lequel la nature se complait par-fois, comme si elle tenaita fournir des preuves de son inépuisablenbsp;fécondité.
En réalité, les populations des mers primitives sécartaient
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de celles de nos océans, bien plus par la predominance relative de certaines catégories que paria nature même de lensemble.nbsp;Des groupes dabord obscurs et subordonnés se sont développésnbsp;successivement, tandis que dautressépuisaient après avoir long-temps joué un róle brillant. Cest lhistoire des dynasties et desnbsp;nations humaines transportée dans Ie domaine paléontologique.nbsp;Ces évolutions organiques ont été tantót brusques et subites, aunbsp;moins relativement, tantót lentes et graduelles. Les trilobites,nbsp;arthropodes primitits, très-inférieurs organiquementa nos crabesnbsp;et a nos écrevisses, occupent Ie premier rang parmi les animauxnbsp;marins des temps siluriens; ils multiplient a profusion leursnbsp;genres, leurs families, leurs espèces, puis ils cessent brusque-ment vers lépoque des bouilles et sont a peine représentés dansnbsp;lordre vivant par les limules.
Les ammonitidés qui, a lexemple de Fargonaute, leur cousin éloigné, savaient faire voguer a la surface des Hots calmes elnbsp;transparents leur coquille nacrée, aussi fragile et plus mincenbsp;que la plus fine plaque de porcelaine, ciselée de mille fa?ons,nbsp;variée de forme et dune exquise elegance, les ammonitidés ontnbsp;disparu a un moment donné comme les trilobites; mais lorsquenbsp;lon suit les vicissitudes de leur odyssee a travers les ages, lorsquenbsp;Fon voit leur coquille dabord enroulée el composée de logesnbsp;aux cloisons simplement sinueuses donner lieu plus tard auxnbsp;combinaisons les plus complexes, soit en dépliant sa spire,nbsp;soit en multipliant les replis des cloisons, on est oblige dad-mettre que ce type na succombé qua force de perfection et denbsp;délicatesse.
Comme ces fleurs charmantes, mais frêles, quun soufle enlève de leur tige, quune goutte flétrit, quun rayon fane, Fammonite,nbsp;en se compliquant outre mesure, neut plus quune existencenbsp;précaire et difficile. Exclue de certaines mers devenues inbospi-lalières, elle put se réfugier dans des bassins plus intérieurs,nbsp;mieux abrités, et sy maintenir durant un temps plus ou moinsnbsp;long ; mais des lors elle était fatalement destinée a disparaitre,nbsp;la lutte pour Fexistence devenant pour elle trop inégale. Et ce-
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pendant la masse des caux, malgré Ie courroux de ses vagues et la terreur quinspire sa profondeür et son immensité, est un plusnbsp;sur asile que la surface terrestre pour les êtres menaces de nbsp;déchéance. Elle possède, pour les cacher et les souslraire a leursnbsp;ennemis, des solitudes immenses, des retraites inaccessibles oünbsp;riiomme a su sinon pénétrer, du moins constater leur presence.nbsp;Les regions sous-marines mieux explorées nous ménagent sansnbsp;doLite bien des surprises. Les cncrines ou lis de mer, dont lanbsp;foule peuplait dune forêtxivante la plupart des mers primitives,nbsp;ont été retrouvés aux Antilles et récemment sur les cótes mêmenbsp;de la Scandinavië ; des coquilles que lon pouvait croire éteintesnbsp;sont représentées a létat vivant par desexemplaires uniques dansnbsp;quelques riches collections. Les poissons ganoïdes, dont Ie typenbsp;precede dans Ie temps celui de nos poissons téléostéens, existentnbsp;en assez grand nombre dans les lacs et dans les fleuves denbsp;lAfrique tropicale et de lArnérique; enfin, un Ceratodiis,nbsp;genre triasique que lon considérait comme éteint depuis très-longfemps et dont les dents avaient frappé par leur structurenbsp;singuliere, vient detre retire du fond des eaux intérieures de lanbsp;Nouvellc-Hollande. Avec laspect dun poisson écailleux, Ienbsp;Ceratodiis présente cette organisation ambigue, intermédiaire auxnbsp;poissons, aux batraciens et aux reptiles dont Ie Lépidosirène étaitnbsp;jusqua présent Ie seul exemple connu dansla nature vivante,nbsp;mais qui était fréquente au sein des mers les plus anciennes.
Leau constitue un milieu auquel la plupart des organismes inférieurs se trouvont nécessairement adaptés. Des classes en-tières danimaux et de plantes, comme les algues, les zoophytes,nbsp;la majorité des molluques et tous les poissons, vivenl confinésnbsp;dans eet élément, quails ne peuvent quitter sans périr. Non-seulement leau sert de véhicule aux gaz respirés par ces êtres,nbsp;mais elle baigne ces derniers et les pénètre ; Ie système aquifèrenbsp;des mollusques comprend même tout un ensemble douverturesnbsp;et de canaux. Cest la, il faut bien Ie dire, un des caractères lesnbsp;mieux prononcés dinfériorité relative. Prenons les algues aussinbsp;bien que les animaux mous, nous verrons qua peine retirés de
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leau, ces organismes se dessèchent et perdent par Ievaporation Ie liquide qui maintient en eux la circulation et la \ie. Sansnbsp;doute ce nest pas leau qui les aninie, leurs organes élaborentnbsp;les fluïdes nourviciers en retenant les elements utiles et rejetantnbsp;les autres; mais leurs cellules et leurs fibres se trouvent ennbsp;communication directe avec Ie liquide ambiant, qui sinfiltrenbsp;jusque dans leur intérieur. M. Félix Plateau na-t-il pas prouvénbsp;qiie la mort des invertébrés raarins plongés dans Peau doucenbsp;était due a labsence du sel, dont Faction sur la trame de 1or-ganisme ne pouvait ètre suppléée par rien ? Cette trame estnbsp;dailleurs trop lache, et les tissus vivants sont trop peu dos pournbsp;retenir les liquides, ce qui a lieu nécessairement chez les êtrcsnbsp;destinés a vivre a Fair libre. Ces êlres respirent Fair en nature,nbsp;mais ne scn nourrissent pas ; Feau cesse detre Ie véhicule desnbsp;gaz respirés, mais elle est toujours celui des sues réparateurs.nbsp;Inutile a Finhalation, elle reste nécessaire a la nutrition; ellenbsp;alimente également la sexe et Ie sang, elle continue a baignernbsp;les corps dvants, mais cest a Fintérieur seulement, et, pournbsp;quelle y séjourne, il faut quelle soit retenue comme dans unnbsp;vase dos. Lêtre organise terrestre, quil demeure fixé au sol ounbsp;quil soit libre, conserve avec lui sa provision deau; seulementnbsp;cette provision se trouve garantie centre ladéperdition par despa-roisprotectrices, écorees, peaux, épidermes, etc. Pour obtenirnbsp;nnpareil résultat, il a fallii de telles modifications de structurenbsp;que plusieurs categories dêtres ne sont jamais parvenues jusquanbsp;la vie terrestre, et que dautres ne Font acquise que dune fagonnbsp;imparfaite et par Femploi de moyens détournés. Dans tous lesnbsp;cas, entre Ie point de départ et Ie point darrivée, il existe unenbsp;foule détats ambigus et de combinaisons intermédiaires quinbsp;font voir combien la vie a dü surmonter dobstacles et subir denbsp;tatonnements avant de résoudre entièrement Ie problème.
Les êtres purement aquatiques meurent promptement une fois retirés de Feau ; mais on congoit quune atmosphere très-liumidenbsp;soit presque Féquivalent dun milieu liquide. Cest ainsi que lesnbsp;cloportes, quoique respirant par des bianchies comme les autresnbsp;De Saporta. Monde vegetal.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
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crustacés, vivent a Fair sous les pierres et dans l'herbe mouillée. Les lichens et les mousses, bien que terrestres, ne végètent quenbsp;sous 1influence de Feau. Inertes tant que Fair reste sec, cesnbsp;plantes suspendent pour ainsi dire Ie cours de leur existence ;nbsp;leur xie sarrête pour reprendre sa marche des que Fhumiditénbsp;leur rend la souplesse et la vigueur. La lenteur de la Tégétationnbsp;des lichens, dont la plaque ne saccroit que par la périphérie,nbsp;est vraiment incroyable. Un siècle entier amène chez eux peu denbsp;changement, et tel lichen que nous regardons avec dédain remonte par son age au dela des temps historiques. La vie, cheznbsp;de pareils végétaux, se ranime par intermittence ; il en est denbsp;même des infusoires qui peuplent les eaux stagnantes et jusquanbsp;celle de nos gouttières ; Févaporation les dessèche et leur enlèvenbsp;Fapparence de la vie, dont ils reprennent les fonctions avec Ienbsp;retour de Félément liquide. La suspension momenfanée de lanbsp;vie SC retrouve, moins prononcée, il est vrai, chez des êtres plusnbsp;élevés dans Féchelle. Les experiences poursuivies a eet égardnbsp;par M. Ie professeur Bureau sont concluantes, puisquelles dé-montrent la ténacité de la vie chez certains êtres et la possibiliténbsp;de la faire renaitre après un anéantissement apparent. Cquot;est unnbsp;pur mécanisme qui reprend son mouvement, comme la rouenbsp;hydraulique qui sarrête quand Feau lui manque, et tournenbsp;derechef lorsque celle-ci revient. Des plants de fougères exposésnbsp;a la chaleur dun fourneau et rendus tellement arides quilsnbsp;tombaient en poussière au moindre contact se sont remis a vé-géter et a dérouler leurs feuilles comme auparavant; il a suffi denbsp;les tremper dans Feau pour opérer ce miracle.
Lair humide a été sans doute la voie par laquelle la vie a retire autrefois ses productions du sein de Feau pour les éta-blir a la surface du sol. Les fougères, qui sont ,les plus anciennes plantes terrestres dont on ait connaissance, ne prospè-rent jamais autant que dans une atmosphèrc brumeuse. Dautrenbsp;part, la difference entre le milieu aquatique et le milieu at-mosphérique a du originairement se réduire a presque rien.nbsp;Lair obscurci de vapeurs, se résolvant en pluies continuelles,
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offrait aux plantes et aux animaux des conditions dexistence sensiblement analogues a celles quils rencontrent au milieunbsp;mème des flots.
Le mollusque pulmoné, celui chez lequellesbranchies setrou-vent remplacées par des poches a air et qui respire hors de 1eau, nest parvenu a ramper a terre qua force de précautions. Animalnbsp;a la peau motie et nue, il ne saurait cheminer sur le sol sausnbsp;perdre les mucosites qui suintent de son corps, et servent anbsp;faciliter sa marche. Aussi, pour ne pas sépuiser promptement,nbsp;il habite des retraites obscures et humides doü il ne sort quenbsp;la nuit OU par les jours de pluie, et pour ceux qui possèdent unenbsp;coquille le danger de sexposer a lair est si pressant quils nenbsp;manquent pas de se clore hermétiquement, soit en sécrétant unenbsp;humeur visqueuse, soit en usant dun opercule. Retires au fondnbsp;dune retraite étroite, mais sure, les mollusques a coquilles at-tendent parfois durant des mois et des saisons les occasions fa-vorables ; ils demeurent inertes tant que rhumidité ne les tirenbsp;pas de leur torpeur; on a même pu voir quelquefois avec éton-nement les animaux de certaines collections de coquilles, éti-quetés et classés depuis des années, sortir de leur repos sousnbsp;linfluence dun bain, et reprendre inopinément le mouvementnbsp;et la vie. Les animaux et les plantes dont il vient dêtre question nont pu sétablir a Fair qua laide de moyens détournés,nbsp;de ce quon pourrait nommer des subterfuges, cest-a-dire ennbsp;recberchant 1eau en dehors des lieux oü eet élément se ras-semble en masse. Pour former des êtres déflnitivement aériensnbsp;et terrestres, la vie a congu des plans plus complexes et dunenbsp;execution plus longue. Elle y est arrivée principalement par lanbsp;respiration pulraonaire chez les animaux vertébrés, et chez lesnbsp;plantes par le jeu combiné dun ensemble dorganes qui sontnbsp;inconnus ou rudimentaires dans les végétaux inféiieurs, tels quenbsp;lappareil radiculaire chargé de puiser les matériaux de la séve,nbsp;le système vasculaire, les feuilles remplissant le róle de bran-chies aériennes, enfin la réduction des phases proembryon-naires, désormais restreintes au développement de 1 ovule
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contenu finalement au sein dun organe dos. Le progrès de lorganisme devenu terrestre est dü siutout a lexistence dunnbsp;réservoir intérieur qui lui perinet daccoinplir les fonctions lesnbsp;plus complexes a laide des liquides quil sapproprie. Chaquenbsp;corps individuel possède ainsi un milieu qui le haigne au dedans,nbsp;et OU les éléments hislologiques puisent la croissance et la reparation. Cette source féconde se trouve mesurce et distribuée avecnbsp;un art et une économie admirables, a la condition seulementnbsp;quun apport journalier ne cesse de lalimenter. La soit nestnbsp;quun instinct qui nous avertit de la diminution de leau dans lanbsp;masse liquide du sang et nous pousse a réparer cette perte.
Chez les plantes aussi bien que chez les animaux, la vie sest perfectionnée par une division plus savante du travail orga-nique. Les appareils qui correspondent aux principales fonctionsnbsp;se sont specialises en se compliquant et se localisant de plus ennbsp;plus. Lêtre inférieur aquatique et le poisson lui-même puisentnbsp;a la fois dans le liquide ambiant le gaz quils respirent et lali-ment qui les nourrit; le même acte entraine le plus ordinairementnbsp;lun et laulre résultat. Cependant le poisson, qui possède aunbsp;moins dune fafon rudimentaire la structure des vertébrés, de-meure inférieur aux autres classes de son embranchement parnbsp;sa respiration branchiale. Chez lui, rien ne semble annoncernbsp;les pdumons, qui se développent chez les batraciens après unnbsp;premier état, et fonctionnent exclusivement chez les reptiles,nbsp;les oiseaux et les mammifères. Lappareil respiratoire et celuinbsp;de la circulation, qui est dans une étroite dépendance du premier, se perfectionnent de classe en classe, a mesure que lonnbsp;remonte des batraciens aux sauriens, puis aux crocodiliens.
pour arriver aux vertébrés a sang chaud. Chez ceux-ci se trouve
décidément constitué un foyer intense de réaction calorique et par conséquent dénergie et de force. On voit que la vie arrivéenbsp;a ce point achève de se compliquer rapidement. Evidemment,nbsp;si elle a pu atteindre son maximum de puissance, cest en adap-tant dune part les plantes au sol émergé, et de lautre les vertébrés a une existence purement terrestre. Par ces deux adapta-
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tions, les plus exclusives qui aient jamais eu lieu sur la terre, les deux règnes se sont trouvés rejetés dans deux directionsnbsp;entièrement opposées. Plus de zoospores ni A.'anthérozoïdesnbsp;cliez les plantes phanérogames ou a sexes apparents; plus denbsp;phases successives, ni détats varies, mais seulement des germesnbsp;se détachant de la plante mere, déja pareils a elle et susceptiblesnbsp;de prendre immédiatement racine. Chaque partie de la plantenbsp;a désormais son role et ses fonctions determines. Les combi-naisons de formes, de couleurs, dorganes, sont variées a linfini,nbsp;mais elles concourent a 1harmonie de lensemble, et montrentnbsp;dans Ie règne vegetal la réalisation des effets dune force vivantenbsp;qui, tout inconsciente et insensible quelle est, a toujours mar-cbé, comme sous une impulsion irrésistible, avec une intaris-sable fécondité.
Si tont est privé de mouvement et de spontanéité dans Ie règne vegetal devenu parfait, ce sont des facultés inverses qui se pro-noncent de plus en plus chez les animaux supérieurs, surtout anbsp;partir du moment oü ils entrent en possession de la vie terrestre.nbsp;lis nont plus a craindre detre fixes au sol; les états successifsnbsp;disparaissent ou perdent leur importance. La liberté la plusnbsp;absolue des mouvements et des actes, la recherche dun régime,nbsp;Ie choix dune demeure, la faculté toujours plus explicite denbsp;vouloir, daimer, de haïr et de craindre, tels seront les carac-tères inhérents a lanimalité terrestre chez les vertébrés: carrièrenbsp;immense dont Phoinme résumera plus tard tons les traits, ennbsp;y ajoutant lusage de la raison, la recherche de 1idéal et Ienbsp;frein de la moralité.
Limmensité dune pareille perspective ninterdit pas de satla-cher a la modification organique qui en marque lorigine ; nous voulons parler de la respiration pulmonaire, sans laquelle on nenbsp;saurait concevoir lexistence daucun vertébré terrestre. Lappa-rition dun nouvel organe ne constilue généralement pas un faitnbsp;isolé; presque toujours il résulte, si lon se renferme dans lesnbsp;limites dun même embranchement, de la modification dunnbsp;autre organe préexistant, qui nous Ie montre a létat d ébauche
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OU de rudiment, ou bien encore adapté a un autre emploi. Aussi sest-on demandé si les poissons ne présentaient pas quelquenbsp;partie analogue aux poumons des vertébrés supérieurs, et qui ennbsp;fut comme un premier vestige. Cette partie, c^est la vessie na-tatoire. La vessie natatoire des poissons (1), qui serait plus juste-ment nommée sac a air, est sujette a de grandes variations denbsp;forme; elle disparait même chez beauconp despèces, et nestnbsp;pas par conséquent nécessaire a la vie des poissons; mais, quandnbsp;elle existe, elle remplit Ie róle dun poumon amoindri, elle con-tient des gaz et surtout de loxygène, que lanimal absorbe ounbsp;retient a volonté. Enfin, chez certains poissons dont la structurenbsp;ambiguë rappelle les types des époques anciennes, la vessie natatoire, que lon croyait dabord destinée uniquement a faciliternbsp;la natation en augmentant ou diminuant Ie poids spécifique, senbsp;rapproche dun véritable poumon, elle présente des commencements dalvéoles, et fournit des passages curieux vers lorganenbsp;respiratoire des vertébrés supérieurs.
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Nous venons de puiser dans lordre acluel une de ces particu-larités organiques par lesquelles la vie semble nous instruire de ses procédés dautrefois. Or, de même que des poumons anbsp;létat débauche coexistent déja avec les branchies dans certainsnbsp;poissons, de même chez certains batraciens (les protées et lesnbsp;axolotl) lappareil branchial persiste encore a cóté de véritablesnbsp;poumons. Le passage des animaux sans poumons a ceux qui ennbsp;sont pourvus sopère aussi bien par les batraciens inférieurs quenbsp;par les poissons eux-mêmes, et les classes tendent ainsi a senbsp;rejoindre; ce qui ne veut pas dire pourtant qua laide des batraciens les moins élevés on aboutisse a de vrais poissons : trop denbsp;distance sépare encore les premiers des derniers a dautres points
(1) Voyez Darwin, de VOriginé des espèces, passim; Émile Blanchard,.fa Poissons des eaux douces de la France, p. 94; Traité de Zoologie. par le D' Clauss, traduct. fr., p. 195. Paris, Savy, 1878.
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de viie ; mais on arrive, en suivant cette direction, a des êtres purement aquatiques comme les poissons et a pen prés dumêmenbsp;rang que cesderniers.
Daprès ce que nous avons dit, il ne faut pas sétonner de ren-contrer chez les plus anciens vertébrés terrestres des traits daf-finité évidents avec les batraciens dune part et de lautre avec les poissons, tandis que ces êtres primitifs présentent en inêmenbsp;temps un ensemble de caractères qui engage a les considérernbsp;comme des reptiles, mais des reptiles entachés dambiguïté etnbsp;dimperfection, qui en un mot, sans être encore tout a fait membres de cette classe, tendaient a Ie devcnir. « Cette marche, dit-on, qui est familière a la vie, ne prouve pas en définitive la filiation réciproque des espèces. » II est parfaitement vrai que Ie faitnbsp;même dune filiation directe et immédiate échappe a lanalyse,nbsp;et limpossibilité de Ie saisir na rien de surprenant par elle-même, puisque Ie phénomène dont il sagit embrasse un tempsnbsp;dune durée incalculable etquil sapplique a des êtres derneurésnbsp;Ie plus souvent obscurs ou inconnus, au moment même oü ilnbsp;seraitle plus intéressant de les observer. Cependant, si les chosesnbsp;ont marché comme elles leussent fait en admettant la réalité denbsp;revolution, si tont concorde dans Ie passé, comme dans Ie présent, et quil existe constamment des transitions entre des typesnbsp;opposés, il estloisible davancer, ce qui est énorme, que la théorienbsp;transformiste sadapte sans effort aux faits connus. La preuvenbsp;directe et décisive reste a faire, mais on sait bien que, dans lesnbsp;termes oii lon sobstine a la demander, cette preuve est impossible. Songeons encore a ceci : si nous en étions a soupfonnernbsp;certaines métamorphoses dinsectes ou seulement léclosion denbsp;loeuf des oiseaux, sans les avoir jamais observées directement,nbsp;comment persuaderait-on les incrédules de la réalité de cesnbsp;sortes de transformations? Ici pourtant ce nest pas Ie lien lui-mêine, cest une partie seulement des termes interposes qui fontnbsp;défaut. Rien ne peut suppléer aux lacunes résultant de linsuf-fisance des documents ; il en reste pourtant assez pour exciter lanbsp;curiosité et forcer même la conviction.
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La convergence effective des diverses classes de vertébrés, a mesure que lon senfonce dans Ie passé, résulte de lensemblenbsp;des recherches sur les animaus fossiles de eet emhranchement.nbsp;Plus on se rapproche des temps primitifs, plus on voit seffacernbsp;les comhinaisons organiques les mieux en rapport avec Ie carac-tère particulier de chaque classe. Cest ainsi quau dela des tempsnbsp;tertiaires, en remontant au sein du passé jusque dans Ie juras-sique, on ne rencontre, en fait de mammifères, que des didel-phiejis, prohahlementmême des êtres inférieurs aux didelphiens,nbsp;cest-a-dire des monotrèmes, sorte danimaux qui, par la remar-quahle combinaison de caractères quils présentent, rattachentnbsp;les mammifères aux oiseaux et aux reptiles et sont ovovivipares anbsp;la fafon de plusieurs de ces derniers.
Les oiseaux, daprès les quelques exemples cOnnus, suivent Ie même mouvement et laccentuent encore davantage, puisquenbsp;les caractères de loiseau jurassique, trouvé a Solenhoffen, atté-nuent évidemment la distance qui sépare maintenant cettenbsp;classe de celle des reptiles. hArcheopteryx, tel est Ie nom de eetnbsp;oiseau primitif, était pourvu dune queue véritable, cornposéenbsp;de vingt vertèbres et garnie dautant de paires de longues plumes, qui remplafait Ie croupion des oiseaux actuels; de plusnbsp;son membre antérieur, imparfaitement transformé pour Ie vol,nbsp;présentait encore deux doigts libres et armés de griffes, au-dessus de celui qui faisait loffice daile. Ladaptation de loiseaunbsp;au genre de vie dont il est devenu Ie type était done loin detrenbsp;achevée et plusieurs vestiges dun état primitif persistaient cheznbsp;lui jusque dans lage adulte; aujourdhui ces mêmes vestiges,nbsp;encore amoindris, ne sobservent plus que dune fapon transitoire,nbsp;et seulement pendant la phase emhryonnaire. De plus, l.4r-cheopteryx se rattachait au groupe des dinosauriens, reptiles ter-restres secondaires, du rang Ie plus élevé, par lintermédiairenbsp;du Compsognathus longipes, A. Wagn., de Solenhofen, et celui-ci, de son cóté, constitue une sorte de « dinosaurien bipède, »nbsp;plus voisin du type des oiseaux que ses congénères. Par contre.
les remarquables vestiges despèces aviformes, a mandibules
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eacore munies de plusieurs dents, découverts récemment dans la craie dAmérique, montrent des paléornithes déja, plus éloi-g-nés du point de départ, moins reptiles par conséquent que VAr-cheopterijx ai bien distincts pourtant des oiseaux actuels par desnbsp;vestiges dorganes depuis entièrement disparus. Cependant,nbsp;même aujourdhui la filiation présumée des oiseaux se révèlenbsp;par les traits de leur squelette dont lanalogie avec celui des-sauriens nest contestée par aucun savant sérieux.
Cliez les reptiles, les effetsdu même mouvement sont dautant mieux visibles que cette classe a conservé longtemps sur lesnbsp;autres animaux terrestres une preponderance incontestée, et anbsp;laissé de nombreuses traces. Les Dolichosaures, moitié lézards,.nbsp;moitié serpents, marquent Ie moment oü ceux-ci ont commencénbsp;a se détacber du tronc commun des lacertiens ; plus loin ennbsp;arrière, les lacertiens se perdent comme ordre distinct, et lonnbsp;observe des types qui joigncnt les lézards aux iguanes et lesnbsp;monitors aux crocodiles. Les crocodiles eux-mêmes modifientnbsp;leurs caractcres ostéologiques pour en revctir dautres, que Tonnbsp;nobserve maintenant cbez eux que dans la vie foetale. Les Lahy-rinthodonles enfin se rapprochaient des batraciens et même desnbsp;poissons. Getto 1'amille de reptiles est a la fois une des plus anciennes, ime des plus singul ières et une des plus ambigués dunbsp;monde primitif. Sa grande taille, 1arinure de plaques osseusesnbsp;qui recouvrait son corps, sa tête cuirassée, empêchent dc recon-naitre de vrais batraciens dans les animaux quelle comprenait.nbsp;Les Lahyrinthodontes respiraient par des poumons, au moins anbsp;Lage adulte, ilsmarchaientsur Ie sol, enfinils succédaient, commenbsp;nous Ie verrons, a dautres reptiles qui avaient des habitudes plusnbsp;aquatiques. Ilsreprésen tent probablementunétat particulier que lanbsp;classe entières des reptiles a dü traverser autrefois avant de deve-nir terrestre. Cela ne prouve pas que les reptiles aboutissentorigi-nairement aux batraciens proprementdits, maisLon peut affirmernbsp;quils ont dü émerger dune souche typique opérant, a Lexemplenbsp;des batraciens, Ie passage dune organisation purement aquatiquenbsp;a une organisation dabord amphibie et finalement terrestre.
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Dans ces sortes dappréciations rétrospectives, on est malheii-reusement force de faire abstraction des parties molles et surtont des appareils circiilatoires, dont létude guiderait si bien 1ana-logie. Lexpérience prouve cependant que lostéologie, quoiquenbsp;ses ressources soient restreintes, fournit une base solide snrnbsp;laquelle la science peut sappuyer en toute sureté. Dailleurs lanbsp;paleontologie use de tous les moyens susceptibles de la mener anbsp;ses fins, même des plus indirects en apparence. Cest ainsi que,nbsp;a propos Aes Labyrinthodontes, elle sest attachée alexamen desnbsp;empreintes de pas que ces animaux laissèrent jadis en marchantnbsp;sur la vase molle des plages quils fréquentaient. II est asseznbsp;singulier que ces empreintes se rapportent généralement a unenbsp;même période géologique, celle du trias. En Saxe, a Lodèvenbsp;dans rilérault, en Écosse, dans Ie Connecticut et Ie New-Jerseynbsp;en Amérique, des empreintes variées de pas danimaux ontnbsp;été observées par divers savants et rapportées par eux a Iline desnbsp;subdivisions du trias, celle du grès bigarré. La presence de cesnbsp;vestiges sur un assez grand nombre de points contemporainsnbsp;ferait supposer que Ia surface continentale a dü être configuréenbsp;presque partout a cette époque de manière a favoriser la répé-tition des mèmes scènes et Ia production du même phénomènc.nbsp;II suffit effectivement dadmettre lexistence dune suite de mersnbsp;intérieures, comme 1Aral ou la Caspienne, vastos, mais peunbsp;profondes et exposées a des alternatives de desséchements par-tiels et de crues subites, pour obtenir dans lintervalle des débor-dements dimrnenses plages recouvertes dun limon fin, asseznbsp;fermes pour donner accès a une foule danimaux, assez mollesnbsp;pour que leurs pieds pussent y imprimer un creux durable ounbsp;même un moule exact de leur face plantaire. Ces vestiges senbsp;nomment en langage de vénerie des traces, et ces traces sontnbsp;généralement assez bien caractérisées pour permettre aux chasseurs de reconnaitre 1age, Ie sexe et la taille de lanimal dontnbsp;elles trahissent la présence.
Sur une plage unie et limoneuse, non-seulement les animaux laisseront des vestiges de leur marche, mais la pluie elle-même,
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tombant a larges gouttes, y marquera son action en creusantune multitude de petites cavités arrondies. Toutes ces traces durci-ront par Ie progrès du desséchement, qui fmit par amener Ienbsp;fendillement en tout sens de largile superficielle. Et maintenantnbsp;supposons larrivée dune crue pareille a celles qui changentnbsp;périodiquement les limites des lacs du Soudan ; si elle recouvrenbsp;dun lit de sable fin la surface déja consolidée de la plage oünbsp;sabattaient naguère une fonle danimaux, nous concevrons très-bien comment Ie sable se moulera dans les moindres creux. Sinbsp;plus tard Ie limon disparaissait, les monies en relief de l'assisenbsp;de grès resteraient comme un témoignage éternel du passage desnbsp;anciens êtres, des effets de laverse et du fendillement de largile.nbsp; Tels sont effectivement les faits observes sur plusieurs pointsnbsp;du terrain triasique par les géologues. Lintérèt de semblablesnbsp;observations consiste principalement dans les notions quellesnbsp;nous fournissent au sujet des plus anciens animaux terrestres.nbsp;Les animaux triasiques nont point été proprement les premiers;nbsp;mais il semble que les animaux du trias aient été les premiersnbsp;qui se soient répandus en troupes nombreuses sur des plagesnbsp;que des émersions opérées sur une large échelle leur ouvraientnbsp;de tons cótés. Un géologue justement regretté, M. dArchiac,nbsp;sest étonné du caractère de singularité que manifestent les formations triasiques. Lambiguïté des dépots, les indices de lanbsp;faible profondeur des eaux^ la delimitation vague des bassins,nbsp;les amas de sel gemme et de gypse, enfin la rareté des vestigesnbsp;dêtres réellement marins, tandis que les restes de plantes et lesnbsp;lits formés de débris de poissons, de reptiles et dinsectes senbsp;montrent fréquemment, toutes ces circonstances réunies fontnbsp;que lon se demande oü sétait alors retirée la masse de lOcéan,nbsp;et de quelle nature étaient les eaux qui ont laissé tous ces sédi-ments. Ouelquefois les traces organiques manquent absolument,nbsp;comme sil sagissait de mers entièrement désertes. La présencenbsp;du sel gemme semble une conséqnence du desséchement de cer-taines méditerranées, oü la concentration des éléments salinsnbsp;se serait opérée a la longue. De nos jours, les lacs sales de 1 A-
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mérique, de lAsie et de lAfrique se couvreat a certaincs époques de sel a létat de croüte solide qui entoure dune ceinturenbsp;éblouissante de blancheur la partie demeurée liquide, qui gardenbsp;sa teinte azurée ; mais leau, a ce degré de salure, ne contientnbsp;plus aucuQ être 'vivant, ello devient funeste a tout organisme ;nbsp;on Ie sait par Icsemple de la nier Morte ; et létang saté de lanbsp;Valduc, en Provence, ne renferme en fait danimaus que Ienbsp;singulier crustacé appelé Artemia salina, sorte de « brancbipc »nbsp;adapté a des conditions biologiques aussi anormales que curieuses, et dont les transformations surprenantes, dues a lin-fluence des divers milieux, quil est susceptible dhabiter, ont éténbsp;décrites récemment par M. Schmankewitcli (1).
Dans Page triasique, les mers inlérieures de toutes les formes et de toutes les grandeurs abondaient, ainsi que les lagunes plusnbsp;oil moins saumatres, tantót envabies par des végétaux amisnbsp;des marécages^ tantót peuplées de reptiles amphibies et de pois-sons. Ges lagunes, exposées soit a des dessécbements partiels, soitnbsp;a des crues subites, ont dü sétendre sur une grande partie denbsp;notre globe etremplacer presque partout lOcéan proprement dit,nbsp;dont on nobserve des traces que sur des points fort restreints.nbsp;On confoit combien, ii une époque oii les animaux terrestres
(1) Notre ami Ie professeur Marien neus transmet, h propos des changements de forme et des mutations de caractères que présente VArtemia salina, une note quenbsp;nous nous faisons un plaisir dinsórer ici : « Le petit crustacé appelé Artemia salinanbsp;se développe ordinairement dans des eaux marines concentrées, au moment oü leurnbsp;deasitü correspond è 8 Baumé. A mesure que la concentration saccroit et atteintnbsp;14quot;, 15quot;, 18° Baumé, les caractères morphologiques de 1animal se modifient, les lobesnbsp;de la queue satrophient et la surface des lames branchiales augmente. Lanimalnbsp;fluit par revêtir lapparence du crustacé que lon avait nommé Artemia Mülhausenü.nbsp;Schmankewitcli a suivi toutes ces phases, que traversent également les petites bêtes denbsp;la Valduc. Si lon prend des Artemia arrivés au stade qui correspond 5 VArtemia Mül-haiisenii et si, en ajoutant de leau douce, on diminue la densité du milieu dansnbsp;lequel vivent ces Artemia, peu k peu VArtemia salina normal se rétablit ; les lobesnbsp;de la queue apparaissent de nouveau avec leurs soies caractéristiques. II est biennbsp;entendu que ces changements exigent plusieurs générations. Schmankewitcli, pous^nbsp;sant Texpérience plus loin, est parvenu k faire vivre 1Artemia salina dans des eauxnbsp;presque douces, et il a vu alors se former un type nouveau fort remarquable, ren-trant dans le genre Branchijjtis des eaux douces, mais constituant une espèce parti-culière que lon est en droit de considérer comme le prototype ancestral desnbsp;Artemia.»
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manifestaient encore des allures amphibies, cette diffusion des bassins éparpillés ct vaguement délimités a dü être favorable aunbsp;développement de pareils êtres. Malgré la difference des temps,nbsp;les choses se passent a pen pres de raème sur les bords du plusnbsp;grand des lacs africains. Le docteur Barth, explorant.Ie Tsad,nbsp;était arrêté a cbaque pas par des marécages. véritables labyrin-thes sans issues qui coupent dinterminables plaines ou le regardnbsp;se perd sans apercevoir ni la nappe centrale ni un point saillantnbsp;pour se reposer. La configuration du sol change dannée ennbsp;année; rien nest stable, pas même remplacement des villes,nbsp;que les crues submergent en effondrant le sol. De la Timpossi-bilité de fixer au lac une limite et de lui assigner un niveau.nbsp;De grands papyrus, des lotus, de puissantes graminées encom-brent les parties inondées, et leurs débris décomposés altèrentnbsp;la teinte et la qualité de leau. Dimmenses troupes dantilopesnbsp;bondissent a travers les plages, inaccessibles au pied de rhomme;nbsp;les anses sont peuplées dhippopotames, les lisières servent dabrinbsp;a des crocodiles et a de grands lézards, les élépliants eux-mêmcsnbsp;se fraient fa ct la un passage au sein des cantons dont le sol estnbsp;ondulé et ombragé de grands arbres, tandisque dinnombrablcsnbsp;troupes de canards nagent au milieu des prairies de nénufars.nbsp;Ici la surface boueuse de la plage porte les traces de pas desnbsp;girafes, des cochons sauvages et des grands échassiers qui la visi-tent tour a tour; ailleurs le marécage disparait sous de sombresnbsp;forêts OU dominent le gigantesque baobab, plusieurs espèces denbsp;figuiers et des acacias; ou bien encore des bouquets de palmiersnbsp;élèvent leur stipe terminé par une royale couronne de frondes ennbsp;éventail.
Places dans des circonstances analogues, mais entourés dune végétation très-différente, les animaux triasiques étalaient pournbsp;la plupart des formes entièrement étrangères a notre mondenbsp;daujourdtiui. Cétaient en premier lieu des bipèdes, sans doutenbsp;plus éloignés encore du type des oiseaux actuels que lespèce denbsp;Solenbofen, mais qui ne sont connus que par lempreinte de leursnbsp;pas, dont Penjambée accuse parfois des dimensions quadruples
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de celles de lautruche. Le nombre et la disposition des doigts rcvèlent pour dautres de telles singularilés quen labsence dnnbsp;squelette on ne sait comment les définir. Parmi les reptiles, lesnbsp;uns rappellen! les tortues, les aiitres les lézards on les crocodiles,nbsp;OU bien encore, comme les Dicynodon, dontles macboires étaientnbsp;armées de defenses recourbées dans le genre de celles des morses,nbsp;ils présenten! les caractères mélanges de ces divers groupes. Lanbsp;plus grande espèce de labyrinlhodonte est connue a la fois parnbsp;ses ossements et par lempreinte de ses pattes, assez semblablesnbsp;a une main dhomme dont les doigts courts et le pouce écarténbsp;seraient terminés par des griffes. Auprès de Lodève, les vestigesnbsp;de pas sont accompagnés de ceux dune queue trainante, susceptible dimprimer un sillon sur le sol en le balayant. Cet animal,nbsp;moitié salamandre, moitié crocodile, avait le corps reconvertnbsp;dune carapace de fines écailles cornées. La taille des plus grandsnbsp;labyrinthodontes atteignait plusieurs metres de long; leursnbsp;membres étaient courts, mais robustes, ct la disproporlion relative entre le train de derrière et celui de devant marqué lesnbsp;allures dun reptile sauteur, avec des fafons plus lourdes quenbsp;celles des modernes batraciens. On peut se faire une idéé de cesnbsp;animaux, les plus anciens de ceux dont Porganisation fut adaptéenbsp;a une existence tout a fait terrestre : peu actifs, voraces, croqueursnbsp;de petites proies, ródant sur le sable humide, protégés par unenbsp;armure impénétrable, rois de la création a une époque oü ilnbsp;snffisait detre solidement charpenté pour obtenir le sceptre, ilsnbsp;navaient a redouter dennemi daucun genre, puisquilne sagis-sait encore ni dintelligence, ni de rapidité ni dénergie, et quenbsp;linstinct lui-même se réduisait a 1 accomplissement des actesnbsp;indispensables a lentretien et a la propagation de lespèce. Lanbsp;vie de pareils êtres sécoulait dans sa monotonie a suivre lesnbsp;eaux dans leurs alternatives dcnvahissement et de retrait; ilsnbsp;respiraient et se mouvaient a lair libre, mais sans sécarter beau-coup du voisinagedePélémcnt qui avait étéleurpremier berceau.
Le type des labyrinthodontes était ancien lors du trias, qui en marque lapogée; on le rencontre, déja reconnaissable, dans le
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terrain carbonifère. Toutefois, a cette époque recutée, on trouve a cóté de lui un autre type a la fois plus imparfait^ plus ambigu etnbsp;plus voisin du point de départ ; cest celui des Ganocéphales. Cenbsp;type nous fait toucher au point oü les reptiles, déja peut-être'nbsp;organises pour une respiration aérienne, navaient pas encorenbsp;cessé dêtre nageurs pour devenir marcheurs. Les ganocéphalesnbsp;sont, a vrai dire, des labyrinthodontes moins avancés. Lossifi-cation de leurs vertëbres est imparfaite, la disposition ainsi quenbsp;la structure de leurs dents les rapprochent de plusieurs poissons.nbsp;Leur taille (comme il arrive presque toujours lorsque lon a sousnbsp;les yeux les tenues primitifs dune série) sainoindrit en face desnbsp;labyrinthodontes du trias. Le plus grand des ganocéphales, r*4r-chegosaurus, ne mesurait pas plus de 1 metre de long. Les membres étaient faibles et plutot disposés pour nager ou ramper quenbsp;pour la marche ; ils sc terminaient pourtant par des extrémitésnbsp;pourvues de doigts distincts. Les habitudes étaient carnassièresnbsp;comme celles des labyrinthodontes. Larchégosaure était a ceux-ci ce quest a la grenouille le type des salamandres, des tritonsnbsp;et des protées, qui tous sarrêtent a certains degrés de la métamor-pbose, et demenrent plus ou moins tetards durant touteleur vie.
Les Protées, petits batraciens aveugles des lacs souterrains de la Carniole, constituent, au sein de la nature actuelle, un de cesnbsp;groupes singuliers destinés a fournir un tenue précieux de coiu-paraison avec les êtres dautrefois, et a servir de trait d unionnbsp;entre des catégories dont ils contribuent a atténuer la distance ;nbsp;ils se lient aux poissons par laxolotl, la sirene et Ie lépidosirène,nbsp;types de plus en plus ambigus. Le dernier présente mêmcle corpsnbsp;écailleux, les branchies intérieures et jusqua la vessie natatoirenbsp;des vrais poissons. De plus lintestin du lépidosirène est garni ennbsp;dedans dune lame contournée en spirale, a peu pres comme unenbsp;vis descalier qui serait appliquée contre les parois dune tournbsp;ronde et vide dans le milieu. Cette structure caractéristique se re-trouve encore chez les Sélaciens, cest-a-dire chez les poissons car-tilagineux, qui comprennent les squales et les raies, et dont lexis-tence au sein des mers primitives ne saurait faire 1objetdun doute.
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Létat cartilagineux, évidcmnient antérieur a létat osseux, a dü ètre coinmun a Tensemble des vertébrés a ce moment de leur bis-toire, oü tous également étaient encore aquatiques; il nest pasnbsp;surprenant quil ait pu se former alors des êtres joignant a lanbsp;structure cartilagineuse une perfection relative, supérieure a plu-sieurs égards a celle de certains types osseux survenus plus tard.nbsp;Cest ce que lon remarque chez les sélaciens, que lon sépare main-tenant des vrais poissons pour les ranger dans une categorie a part;nbsp;non-seulement ils saccouplent réellement, mais leurs femellesnbsp;ont nne sorte de matrice oii les oeufs séjournent et souvent mèmenbsp;éclosent avant la ponte. Plus forts, plus vivaces, plus élevés parnbsp;certains cótés, plus voisins en tout cas du point de depart, ils ontnbsp;peu cbangé dans Ie cours des temps, tandis que les poissons ordi-naires ne sontpour ainsi dire que Ie dernier terme dune longuenbsp;suite de transformations. II ny a done pas lieu de sétonner desnbsp;connexions que présentent les sélaciens avee les autres classes denbsp;vertébrés et particulièrement avec les reptiles nageurs et marins,nbsp;mais a respiration aérienne, appelés Enaliosauriens, auxquels étaitnbsp;dévolii dans les anciennes mers Ie róle attribué aux cétacés au seinnbsp;des nótres. II a été possible en eCfet de constater chez les plus ré-pandus de ces animaux, les IchtJiyosaures, lexistence de la disposition spirale de Pintestin que nous avons signalée comme carac-térisant a la fois les sélaciens et Ie lépidosirène. On y est parvenunbsp;par 1observation des excréments fossiles ou coprolithes, quelque-fois occupant encore leur place naturelle a l'intérieur de lanimal,nbsp;et fournissant en tout cas la preuve visible de la structure de lin-testin. Ajoutons la découverte dim petit ichthyosaure tout formé,nbsp;renfermé dans la cavité abdominale dun sujet adulte, et nousnbsp;pouvons affirmer que, chez ces monstres marins dautrefois, lé-closion des ceufs précédait la ponte, comme chez une partie desnbsp;sélaciens et chez plusieurs reptiles.
Les houillères du Canada, de FOhio, de la Caroline, celles de rirlande et de la Grande-Bretagne ont fourni une riche moissonnbsp;de découvertes qui ont successivement élevé Ie nombre des reptiles prirnitifs. Néanmoins ils ne sont encore que tres-imparfaite-
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ment connus, la plupart nont pu être détachés de la gangue oü leur squelette demeure engage. On remarque en eux une tropnbsp;grande variété de caractères pour croire qnils rentrent naturel-lement dans Ie cadre des deux ou trois families que lon a éta-blies, et pourtant tons plus ou moins présentent des indices dunenbsp;sorte daffinité mutuelle et géuérale qui empêche de reconnaitrenbsp;en eux une réunion de types isolés et distincts. Les termes denbsp;Ganocéphales et de Labyrinthodontes, selon M. Gaudry, excellentnbsp;juge en pareille matière, représentent non pas deux families,nbsp;mais deux états successifs que les reptiles primitifs auraient traversés, et dont lun, celui de ganocéphale, serait a lautre, celuinbsp;de labyrinthodonte, ce que Ie têtard est a la grenouille. On estnbsp;même en droit de supposer par dela les ganocéphales lexistencenbsp;dun OU plusieurs états de reptiles, opérant une transition plusnbsp;marquee encore vers une organisation purement aquatique,nbsp;branchiate et cartilagineuse. En effet, de labsence de reptilesnbsp;dans un terrain plus ancien que celui des houilles, on ne sauraitnbsp;conclure quils nont point existé. 11 faut dire seulement que,nbsp;oil les fossiles cesscnt, les êtres eux-mêmes tcndent a revêtir eetnbsp;état de faiblesse et dobscurité qui caractérise également 1enfancenbsp;chez rindividu et Ic début chez les races.
A coup sur, les reptiles qui se trainèrent les premiers sur Ie sol humide, les vertébrés pisciformes ou salamandroïdes qui par-vinrent a aspirer 1air dans leurs poumons rudimentaires, cesnbsp;êtres a contours a demi ébauchés, a structure ambigue, points denbsp;départ vagues et flottants des groupes auxquels ils ont donnénbsp;lieu, offriraient a létude un immense attrait, si lon retrouvaitnbsp;jamais, avec les pieces de leur squelette, lempreinte de leursnbsp;parties molles; mais quelque merveilleuses que soient les perspectives dont lavenir garde Ie secret, il faut pourtant se résignernbsp;davance a ignorer ce qui estrelatif aux commencements mêmesnbsp;de la vie. Non-seulement les eaux douces nont donné lieu a au-cun dépot important a la surface des plus anciennes terres fermes,nbsp;non-seulement Ie régime des courants dalors a été contraire anbsp;la formation de lits renfermant des débris fossiles, mais ces ré-De Saporta. Monde vegetal.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3
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gions primitives ont du rester longtemps désertes a Finténeur. La vie terrestre, sortie pen a peu du sein de Feau, a dü se fixernbsp;en premier lieu non loin de ses rives; elle a habité dabord dunenbsp;fafon exclusive certaines plages bumides ou fréquemment inon-dées. A la surface du sol, de même quau fond des mers, la vie anbsp;été dabord localisée ; partie dun ou de plusieurs centres, elle anbsp;pris possession peu a peu de la totalité du domaine qui lui étaitnbsp;dévolu. La zone littorale, agrandie par des émersions répétées,nbsp;est justement celle oü les plantes de Fépoque carbonifère, sac-cumulant au fond des lagunes quelles avaient envabies, donnè-rent lieu aux lits de bouille. La disposition de ces dépots en unenbsp;série de bassins disséminés sur Ie pourtour des anciennes regionsnbsp;insulaires a frappé les observatcurs. II semble done avéré que lanbsp;vegetation sest irradiée en partant de certaines regions, commenbsp;dun point initial, avant de recouvrir tout Ie globe.
II existe dans la marebe et te mode dévolution originaire des deux règnes une remarquable correspondance. Les plantes lesnbsp;plus anciennes connues sont des algues siluriennes, de mêmenbsp;que les animaux marins précédent tons les autres, èt cest a unenbsp;date postérieure que les premiers vegétaux terrestres et les premiers vestiges danimaux a respiration aérienne commencent anbsp;se manifester, presque en même temps, lors de la formation dé-vonienne; mais de même quil a dü exister des reptiles antérieiirsnbsp;a ceux du terrain carbonifère et des insectes plus anciens quenbsp;ceux du terrain dévonien, on a été amené a penser que les plantesnbsp;dévoniennes, si peu éloignées de celles dn temps des bouilles,nbsp;navaient pas été réellement les premières, avant même que desnbsp;observations récentes soient vennes confirmer cette prévision.nbsp;Plusieurs indices très-divers, difficiles a révoquer en doute, dé-rnontrent effectivement Fexistence de plantes terrestres, des Ienbsp;milieu de Fépoque silurienne. M. Léo Lesquereux a publié unnbsp;certain nombre despèces recueillies vers la partie supérieure dunbsp;silurien inférieur, dans Ie groupe de Cincinnati; elles compren-nent une sigillariée {Protostigma sigillarioides, Lesq.), des lyco-podiacces? {Psilophytum) et des calamariées [Anmdaria Romin-
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geri, Lesq., Sphenophylliim primsevum, Lesq.), cest-a-dire des cryptoganies vasculaire et des gymnospermes, par conséquentnbsp;des types relativement élevés dans la série des organismes desti-nés a vivre sur Ie sol émergé et susceptibles en grande partienbsp;detre classés dans les inèmes groupes que ceux de la -tlore car-bonifère. Un résultat semblable a été obtenu simultanéinent ennbsp;Europe oü les ardoises dAngers ont fourni a M. Ie professeiirnbsp;Morière de Caen nne très-belle empreintede fougère, VEopterisnbsp;Morierei, Sap. (l),la plus ancienne espèceconnue de celte familienbsp;végétale qui contribue encore a Iembellissement de la tlore ac-tuelle. Les autres types siluriens sont aujourdhui perdus, et pournbsp;ce qui est des Psilophyton, dont laffinité véritable na pu êtrenbsp;encore déterminée avec certitude, ils avaient disparu avant mêmenbsp;Lépoque carbonifère proprement dite.
On voit que lorganisation déjii complexe du règne végétal, lors de son début apparent a la surface du sol, fait présumer lexis-tence dune période, denieurée inconnue, de végétaux terrestresnbsp;beaucoup plus simples que les fougères, les calamariées et lesnbsp;sigillaires. Lorsque les pluies étaient pour ainsi dire perpétuellesnbsp;a la surface, lorsque la chaleur encore sensible des eaux provo-quait une évaporation incessante, des végétaux dune structurenbsp;élémentaire ont du coiivrir Ie sol. Ces plantes primitives vivaientnbsp;sans doute a la fa(;on des algues que la marée ne délaisse quenbsp;pour les recouvrir de nouveau; comme celles-ci, elles demeu-raient plongées dans iin bain a peine interrompu. Cest a la suitenbsp;dune longue série de siècles quelles ont du revêtir les formesnbsp;que révèlent les plus anciennes empreintes. Durant Ie temps oünbsp;se déposèrent les scbistes, les quartzites et les calcaires desnbsp;systèmes lanrentien, cambrien etsz/wcfen, temps énoriue, puisquilnbsp;correspond a un ensemble de couches, épais de 12 a 15 kilometres dansles iles Britanniques et au Canada, Fair a dü sépurer,nbsp;les pluies cesser a la fin detre continues pour devenir inter-mittentes, et Iatmosphere, tout en demeurant chaude et bru-
(1) Gonsultez la planche placee en tcte de 1ouvrage, pi. I.
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meuse, se constituer une seconde mer suspendue au-dessus de rOcéan. Alors aussi la végétation terrestre a dü élaborer desnbsp;formes et des organes nouveaux appropriés a des circonstancesnbsp;nouxelles. Pour la première fois, les végétaux ont présenté desnbsp;feuilles, émis des racines, diversifié la structure de leurs tissus,nbsp;et acquis la beauté qui résulte dune symétrie de plus en plusnbsp;rigoureuse des parties, aussi bien que la force qui nait de lé-nergie croissante des fonctions vitales. Cette marcbe, quil nousnbsp;est permis de suivre a partir du système dévonien, a été des plusnbsp;longues, et elle a été constamment liée a celle du règne animalnbsp;tout entier. Les plantes ont fourni aux animaux des alimentsnbsp;dautant plus riches quelles ont été plus parfaites et quelles senbsp;sont éloignées davantage de leur point de départ. Des lenteursnbsp;incalculables ont été la consequence fatale de cette solidarité ; onnbsp;peut mème dire dune facon générale que Ie règne végétal estnbsp;longtemps demeuré en retard sur lautre règne et quil a obligénbsp;celui-ci de lattendre. Au sein des eaux la xie animale, bien plusnbsp;livrée a elle-même et moins dépendante du monde des plantes,nbsp;a dépassé presque aussitot la végétation, laissant celle-ci arrêtéenbsp;a son plus bas niveau; mais a Pair libre la vie animale, placéenbsp;dès Ie début dans une étroite dépendance de la végétation, a éténbsp;forcée de suivre celle-ci pas a pas. 11 est évident que la terrenbsp;ferme a seule procuré a la végétation les éléments dune progression effective dont Ie terme na été atteint que fort tard, et dontnbsp;lagriculture achève sous nos yeux de tirer parti. De leur cóté,nbsp;les animaux terrestres, après avoir promptement atteint un degrénbsp;rernarquable de complication organique, sesonttrouvés hors detat daller plus loin a laide de leurs seules forces; ils ont dü for-cément attendee Ie progrès de lautre règne. Cest la ce qui ex-plique pourquoi Pon rencontre des mammifères avant la fin dunbsp;trias, pourquoi Pon en découvre encore vers Ie milieu et la finnbsp;des temps jurassiques, et pourquoi ils se montrent toujoursnbsp;rares, chétifs, imparfaits, en réalité stationnaires. La végétationnbsp;de ces mèmes époques est indigente, elle comprend des formesnbsp;peil variées et de structure coriace. Elle ne se complete que
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longtemps aprcs, vers la fm des temps crétacés, et alors seulement un mouvement parallèle se manifeste chez les mammifères;nbsp;mais il se prononce après celui qui entraine les végétaux,nbsp;et ne devient sensible qua lorigine des temps tertiaires. Tellenbsp;est la marche inhérente a Tanimalité terrestre ; labsencenbsp;d'herbages, de parties tendres et succulentes chez les végétaux,nbsp;sest longtemps opposée a la multiplication des mammifères herbivores, et, par une conséquence obligée, a celle des carnassiersnbsp;qui vivent auxdépens des premiers. Tantque eet état de choses anbsp;persisté, la classe entière ne pouvait ni croitre en nombre, ni senbsp;perfectionner. 11 existait bien dès les temps secondaires quelquesnbsp;quadrupèdes mangeurs de végétaux, mais ce róle restait dévolunbsp;a dénormes reptiles aux puissantes machoires, sortes de pachy-dermes a sang froid. Les dents formidables des Iguanodon, quinbsp;susaient jusqua la racine par la trituration, pouvaient cértaine-ment broyer les substances végétales les plus dnres; mais lesnbsp;mammifères jurassiques, faibles et inoffensifs, incapables denbsp;sattaquer a de grands animaux, étaient forces de se rabattre surnbsp;les insectes, comme Ie prouve leur dentition.
Lapparition des insectes, vers laquelle nous sommes ainsi ramenés, se rattache aux temps les plus reculés; ils sont ter-restres comme les vertébrés supérieurs, bien quils respirent nonnbsp;pas a laide de poumons, mais par des trachées, cest-a-dire aunbsp;moyen douvertures distribuées Ie long du corps, qui donnentnbsp;lieu a autant de cavités ramifiées servant a introduire lair jusquenbsp;dans Fintérieur des organes.
III
Les insectes sont caractérisés, non-seulement par leur respiration trachéenne, mais par leur circulation imparfaite. Le système nerveux se trouve ici réd uit a un certain nombre de ganglionsnbsp;disposés en files ou séries et reliés par des cordons. Le corps senbsp;partage en anneaux ou segments ; il est protégé par une enveloppe extérieure plus ou moins résistante, et dépourvu d axe
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solide intérieur. Ce sont des animaux a exosquelette; en outre la disposition relative de leurs organes est inverse par rapport anbsp;ce qiielle est chez les vertébrés et les mollusques, lappareilnbsp;nerveux étant placé au-dessous de lappareil digestif. Lesinsectesnbsp;en un mot sont conpus daprès un autre plan que les vertébrés,nbsp;etnont avec ccnx-ci dautre relation de structure que celle quinbsp;résulte de la présence dorgancs et de fonctions bomologues.nbsp;Les insectes respirent, digèrent, remuent; ils ont des humeurs,nbsp;des sécrétions, des muscles ; ils possèdent des sens, ont desnbsp;sexes, et se reproduisent par des oeufs comme les animaux plusnbsp;élevés (:1) ; mais chez eux Texercice de toutes ces fonctions et lanbsp;distribution des organes sont Ie résultat dun ordre de com-binaisons tout a fait différent de celui qui existe cbez nous.nbsp;Nous avons peine a comprendre cette distribution dc la vie parnbsp;anneaux, ayant chacun leurs ganglions distincts et doués dunenbsp;vie partielle liée a la vie générale, mais non confondue avecnbsp;elle. La personnalité est plus ou moins divisée chez les insectes,nbsp;et Iidcntite du moi, si toutefois elle existe, se trouve formuléenbsp;dune fafon diffuse, puisque les sensations se localisent dabordnbsp;dans chacuti des anneaux auxquels appartient le ganglion doiinbsp;ellcs relevent avant de se répandre partout. Lébranlement desnbsp;centres nerveux secondaires, en se transmeltant dun ganglion anbsp;nn autre, doit salfaiblir comme lécbo qui se répercute ; on anbsp;vu des insectes prives de leur abdomen continuer a manger.nbsp;Cependant, a mesure quon sélève vers les types dinsectes supérieurs, la concentration du systeme nerveux se prononce, et lenbsp;ganglion céphaliqne tend a prédominer de plus en plus sur lesnbsp;autres. Cette disposition est évidente chez les araignées, les
(I) II conyiendrait dajouter que ces ceufs nc se distinguent pas par leur structure fondamentalo, ni par leur « processus » originairc de ceux des animaux supérieurs.nbsp;Lairo germinative donne également lieu dans tous a un double feuillet blastoder-mique : Iun, interne ou « intestinal », dou sorlent les organes de la vie nutritive;nbsp;1autre, externe ou « cutané sensitif », dou proviennent ceux de relation et par consequent lappareil nerveux. Les animaux les plus inférieurs ne sélèvent pas au-dessusnbsp;de ce premier stade, auquel on a recemment applique le nom de « gastrula ». Lesnbsp;différenciations de plan, dues h des déplacements et amp; des dévoloppements consccu-tifs, sont toutes postorieures ii cette première phase ou u phase gastréenne n.
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abeilles et les fourmis, oü ^instinct revêt quelques-uns des carac-tères de Tintelligence.
Le plan dorganisation des insectes na rien de simple ; dans toutes les directions, il narrive a la perfection relative quennbsp;accumolant les complications. Les organes des sens, ceux denbsp;préhension et de locomotion, ceux qui servent au vol, a la defense ou a la propagation, comme les aiguillons, les scies, lesnbsp;tarières, étonnent souvent par la multiplicité et Ic fini des piecesnbsp;dont ils sont formés. On connait les yeux a faceltes innombrablesnbsp;des libellules, des mouches et des papillens ; pour manger, lesnbsp;insectes broyeurs déploient tout un attirail de pieces dont lenbsp;mécanisme est loin cependant de valoir en süreté le jeu de nosnbsp;mckhoires. Labeille elle-même se sert, pour piquer, dun instrument a la fois complexe et délicat, veritable arme de luxe quinbsp;se trouve presque aussitót hors dusage. Les insectes, on peutlenbsp;dire, sont des animauxde détail, mais leur plan de structure, anbsp;cause de cette minutie, exclut la grandeur. Le développementnbsp;sy est fait par la diversification et ce que lon pourrait noramernbsp;la ciselure des parties, mais lensemble est demeuré inextensible;nbsp;Vexosqiielette sest trouvé une enveloppe sans élasticité dont lanbsp;trame s'est prêtce rarement ii dépasser des proportions médiocres. Un insecte de la grosseur du plus petit des mammifères estnbsp;un géant dans sa classe. Les crustacés atteignent, il est vrai, anbsp;de plus fortes dimensions que les insectes proprement dits; maisnbsp;ces articulés participent de la taille considerable départie auxnbsp;organismes marins; la proportion relative ne change pas, si lonnbsp;compare le homard a la baleine. Dailleurs les crustacés respi-rent par des branchies, et les plus élevés dentre eux possèdentnbsp;une circulation véritable, assez compléte, quoique encore lacu-naire. La respiration trachéenne et la circulation imparfaite desnbsp;insectes ont dü opposer un obstacle insurmontable au développement de la classe au dela dune certaine limite de perfecti-bilité. On peut dire quelle sest épuisée en une multitude denbsp;combinaisons secondaires, sans jamais rencontrer un passagenbsp;vers une organisation vraiment supérieure.
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La particularité la plus saillante du groupe des insectes, comme de celui des crustacés, réside dans les états quils traversent tous avant de devenir adultes ; cesttantót une transformation brusque et très-inarquée, tantótune série de modificationsnbsp;lentes et partielles, analogues a celles que produitla croissancenbsp;chez les autres animaux. On distingue ainsi des insectes a metamorphoses completes ou incomplèies, et cette distinction se trouvonbsp;en rapport avec lordre dapparition des principales families. Onnbsp;aurait tort cependant de croire quil existe entre les deux categories une ligne de démarcation rigoureuse. Plusieurs ordresnbsp;dinsectes réunissent les deux modes de développement, et ilnbsp;existe entre lun et Pautre des nuances si bien ménagées quenbsp;lon ne saurait dire oü sétend la limite réciproque. En cela commenbsp;en bien dautres points, la vie a marché librement, dispensantnbsp;une telle diversité de caractères, une telle profusion de pbéno-mènes, quelle a réalisé toutes les combinaisons possibles, tontnbsp;en respectant les lignes essentielles du plan quelle se proposait.
Létat de larve est un état denfance, mais dune enfance souvent revêtue dune forme entièrement étrangère a la forme adulte. Celle-ci est la seule définitive, puisqua elle seuleappar-tient la faculté de se reproduire, et cependant la durée de cettenbsp;dernière période est toujours plus courte que celle de la périodenbsp;larvaire. Beaucoup dinsectes vivent a peine quelques jours,nbsp;dautres seulement quelques beures a létat parfait; ils ne pren-nent leur robe virile que pour reinplir les fonctions dont elle estnbsp;Ie symbole et mourir aussitót après. Tous les insectes parfaitsnbsp;respirent par des trachées, et présentent dans eet état les caractères qui .servent a établir entre eux des rapports déterminés.nbsp;Au contraire, a létat de larves, détroites rcssemblances rappro-chent parfois des êtres très-éloignés en réalité, ou bien cest lin-verse qui a lieu. Le régime des larves peut différer totalement denbsp;celui de linsecte parfait auquel elles donnent naissance. Lesnbsp;larves ne volent jamais ; beaucoup sont aquatiques, divisées ennbsp;segments égaux ousubégaux, et pourvues de pattes rudimen-taires ou nulles. Ce quil faut surtout considérer dans la
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larve, cest son apparence vermifornie, et, chez celles qui sont aquatiques, la présence dim appareil branchial destine a dispa-raitre lors de la dernière mue, pour faire place aux trachées.
Rénnissons en un seul faisceau tous ces divers traits, et nous reconnaitrons sans peine, dans la période organique a laquellenbsp;ils se rapportent, les indices caractéristiques dun état antérieurnbsp;et originaire qui aurait été général a la classe entière des insectes,nbsp;a un moment donné de son histoire primitive. Un pareil état, si onnbsp;Ie supposait permanent par la suppression de létat parfait, affai-bliraitsensiblement la distance qui sépare maintenant les insectesnbsp;des annélides. Dès lors létat de larve représenterait vis-a-visnbsp;des premiers ce que létat cartilagineux a dü être jadis pournbsp;lensemble des vertébrés, ceque les états ganoïde et ganocópbalenbsp;ont été respectivement aux poissons téléostéens et aux reptiles,nbsp;OU létat marsupial aux mammifères enx-mèmes, ce quentinnbsp;létat de têtard est encore pour les batraciens. Ce serait un degrénbsp;inférieur, un mode dexistence transitoire destine a ètre francbi,nbsp;soit par les races, soit par les individus, avant datteindre a unnbsp;développement plus élevé et plus complexe. On pourrait donenbsp;considérer les insectes comme des articulés inférieurs qui senbsp;seraient transformés peu a peu en sortant de leau, et auraientnbsp;acquis de nouveaux organes par la reduction, la spécial!sationnbsp;et Ie perfectionnementde ceuxquils possédaient originairement.nbsp;Lesmétamorphosesne seraient qunne reproduction plus ou moinsnbsp;fidele des diverses phases quils auraient du traverser avant denbsp;trevètir la forme définitive devenue propre a chacun deux; cnnbsp;un mot, lexistence de lindividu résumerait lbistoire de la race.
Ce que nous avons dit du séjour prolongé des eaux a la surface des premiers continents, longtemps plats ou faiblement ondulés,nbsp;Concorde très-bien avec Ie mode présumé de développement desnbsp;insectes. Les articulés a branchies permanentes ou crustacés,nbsp;plongés dans un milieu demeuré toujours semblable a lui-même,nbsp;¦ont suivi la mème marche que les poissons auxquels ils se trou-vaient associés. Cette marche a consisté dans une adaptation denbsp;plus en plus exclusive des types aux conditions dexistence de
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lhabitat aquatique et marin. Par suite de cettc tendance, leurs parties se sont graduellement différenciées, les organes ainsinbsp;qiie les fonctions se sont localises en se centralisant, et len-semLle sest écarté de plus en plus de la monotonie du type pri-mitif, qui se rapprochait de celui des articulés inférieurs par lanbsp;similitude des anneaux, pourvus égalemcnt des mêmes ganglionsnbsp;et des mêmes appendices. Les insectes, dabord simples xersnbsp;articulés, habitant les eaux superficielles et Ie limon humide,nbsp;devenus plus tard terrestres et trachéens a mesure que latmo-splière et Ie sol se dépouillaient de leur humidité excessix'e, ontnbsp;exécuté un mouvement analogue a celui des crustacés, mais ennbsp;lappropriant a des circonstances nouvelles résultant de la pré-sence dun milieu qui se transformait peu a peu. Comme onnbsp;pouvait Ie présumer, les insectes a métamorphoses incomplètes,nbsp;cbez lesquels létat parfait ne constitue quun dernier terme denbsp;croissance, se montrent avant les autres, ou du moins sont anbsp;lorigine les plus nombrcux. Un changement rapide et completnbsp;de lorganisme est Ie signe dune adaptation exclusive, et lesnbsp;groupes dans lesquels ces changemcnls se manifestent se trou-vent voilés pour la plupart a un régime strictement déterminé.nbsp;Les premiers insectes sont plutót ródeurs et polyphages ou sim-plement carnassiers ; ils posscdent déja des ailes, mais ils nenbsp;sont pas construits uniquement en vue du vol, puisque ces ailes,nbsp;dabord absentes, constituent a peu prés Ie seul changement quinbsp;distingue la nymphe et mème la larve de lindividu parfait.
Essentiellement liésau monde des plantes, les insectes suivent pas a pas Ie développeraent de celles-ci. Lapparition des tleurs,nbsp;des fruits succulents, des sécrétions gommeuses, huileuses,nbsp;amylacées, des sues mielleux et sucrés, la presence des bourgeons tendres, des feuillages délicats, des tissus spongieux,nbsp;datent dune époque relativement recente ; il ne laut done pasnbsp;sétonner de ne rencontrer dabord ni les fourmis, niles abeilles,nbsp;ni les papillens, ni même les mouebes. Les insectes étaient, parnbsp;cette raison, bien moins variés au début; en même temps ils nenbsp;causent de surprise par aucune singularité bien saillante. Les
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genres dont ils font partie existent encore sous nos veux on sécartent assez pen de ceux de la nature actuelle. Aucune classenbsp;na monlré plus de souplesse par sa tendance a se diversifier anbsp;Iinfini, mais aucune na déployé plus de persistance a conservcrnbsp;les traits une fois acquis.
Cependant la convergence mutuelle des ordres et inême des classes sobserve cliez les articules (1) de la même fafon que clieznbsp;les vertébrés lorsque Ton remonte dans un passé très-rcculé.nbsp;Les Bellinunis, crustacés inférieurs du terrain primaire, offrentnbsp;des caractères qui les rapprochent a la fois des trilobitos dunenbsp;part, des arachnides de lautre. Du reste, les Bygnorjonidcs, dansnbsp;la nature actuelle marquent Ie même passage des crustacésnbsp;vers les arachnides. Des insectes dévonicns observés récemmentnbsp;et qui sont les plus anciens de tons ceux trouvés jusquici pré-sentent a un degré remarquable la réunion de caractères aujour-dhui épars ; cc sont des névroptcrcs ou libellules dont les pattesnbsp;étaient construitesdemanière a produirepar Ie frottemcnt un cbantnbsp;comme celui des orthoptères de la tribu des acridiens ou criquets.
Les insectes se multiplient dans Ic terrain houilter, qui succèdc au terrain dévonien ; Ie nombre en est encore cependant biennbsp;restreint; M. Heer, il y a peu dannées, ne comptait que vingtnbsp;et une espèces; on en compte aujoiirdhui de vingt-sept a trentenbsp;au plus. Les principaux dc ces insectes, après les blattes, quinbsp;comprennent a elles seules plus de la moitié des espèces, sontnbsp;des sauterelles, des termiles, des éphémères et des libellules.nbsp;La presence des myriapodes est certaine : on en a rccueiili unnbsp;en Amérique dans un tronc de sigillaire, oii il avail sans doutenbsp;etabli autrefois sa demeure. Un autro myriapode découvertnbsp;récemment dans Illlinois, VAnthraccps, laisse voir les trous res-piratoires ou trachées, qui prouvent que depuiscette époque lesnbsp;caractères propres a la classe dont il fait partie nont pas change.nbsp;L existence de la classe des arachnides est attestée dans Ie terrainnbsp;carbonifère par un magnitique scorpion, trouvé en Bohème et
0) Sous Ie nomd'ar Heul és sont compris les crustacés, les arachnides, les myriapodes e es insectes ; ils forment autant de classes et dependent du móme type organique.
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peu différent des grandes espèces venimeiises de la zone tropi-cale actuelle.
De ces articulés, les un's sont carnassiers, comme les rnyria-podes OU mille-pieds, les scorpions et les libellules; les aiitres, comme les éphémères, voisins des libellules, bien connus parnbsp;la courte durée de leur vie aérienne a létat parfait, nont quunenbsp;bouche dépourviie de véritables organes de manducation; leursnbsp;larves seules, aquatiques et voraces, se nourrissent de matièresnbsp;animales. M. Dawson a signalé dans la honille du Canada desnbsp;épbémères ayant 7 ponces denvergure, dimension bien supérieure a celle daucune espèce actuelle dépbémériens, groupenbsp;remarquable plutót par la petitesse de ses formes. La multiplication des épbémériens est parfois si prodigieuse quils donnentnbsp;lieu a des nuages capables dobscurcir Ie jour, et que leurs restesnbsp;accumulés au bord des ruisseaux peuvent simuler une épaissenbsp;couche de neige. Les autres articulés des temps primitifs senbsp;nourrissaient de substances végétales de toute sorte. On sait lesnbsp;ravages des sauterelles; ceux des termites consistent a détruirenbsp;les bois de charpente, les meubles et les constructions. 11 y anbsp;dailleurs plus dun trait de commun entre Lord re des névro-ptères (libellules, épbémères, termites) et celui des orthoptèresnbsp;(sauterelles, blattes). Le rapprochement était plus intime encorenbsp;dans les temps primitifs, comme la fait ressortirM. Heer. Ainsinbsp;la convergence des orthoptères et des névroptères, que nous avonsnbsp;vue attestée dans le dévonien par la presence dim type qui résu-mait les caractères confondus des deux ordres, persiste après ccnbsp;premier age et saccusepar la prédominance des groupes au moyennbsp;desquels cettc affinité mutuelle se manifeste avec le plus déner-gie. Les blattes abondent dans les contrées méridionales; ellesnbsp;sattachent a toutes les provisions domestiques, surtout a la la-rine. Durant le jour, elles se tiennent blotties dans les fissures;nbsp;leurs métamorphoses sont lentes et incomplètes. leur vie longuenbsp;et tenace, leurs moïurs remarquables par le soin quelles pren-nent de leur progéniture. On voit que linstinct le plus développénbsp;était loin de faire défaut aiix insectes primitifs. Le scorpion, sous
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ce rapport, nest pas inférieur aux arachnides les mieiix doués; il vit parmi les décombres et ne sort gnëre que la nuit, commenbsp;les blattes et les termites. Ces animaiix demeuraient sans doutenbsp;a Tombre épaisse des forêts de lage des houilles : les uns pé-nétraient dans Iinterieur des vieux troncs pour les ronger, lesnbsp;autres sinsinuaient dans les fentes pour rechercher les partiesnbsp;moelleuses et féculentes, ou se cachaient dans les amas détriti-ques qui devaient abonder. Cest la peut-être que leurs racesnbsp;ont contracté, il y a des millions dannées, par un long séjournbsp;dans Tobscurité des bois, sous un ciel bas et voilé, les habitudesnbsp;nocturnes qui les distinguent encore ; mais a cóté deux les sau-terelles et les libellules traversaient lair librement, les premièresnbsp;sattaquant aux feuilles des fougères, les autres poursuivant unenbsp;proie vivante : de la les principales scènes animées et probable-ment les seuls cris et les rares bourdonnemcnts qui troublaientnbsp;Ie silence de cette nature primitive.
Au sein dimmenses tourbières, la végétation inaugurait alors 1éclat do sa jeune et déja merveilleuse beauté (1). Son caractèrcnbsp;était la profusion plulot que la richesse, la vigueur plutot quenbsp;la variété, loriginalité plutot que la grace. Les formes se super-posaient, se mêlaient, se croisaient avec une énergie quelquenbsp;peil désordonnce, que faisait encore ressortir la régularité singuliere avec laquelle étaient disposés les tiges, les rameaux et lesnbsp;feuilles. En pénétrant dans ces forêts, Ie regard naurait rencontré ni domes de verdure, ni masses de feuillage, ni espacesnbsp;xides entremêlés dépais taillis, ni même des fourrés intermi-nables comme ceux des jongles de llnde qui servent aux tigresnbsp;de lieu de refuge inaccessible. Cétait une association de grandesnbsp;et élégantes fougères au-dessus desquelles se dressaient en colonnes des troncs nus, couverts dune écorce partagée en unenbsp;tnultitude décussons saillants ; la cime seule de ces végétaux étaitnbsp;couronnée dun feuillage menu, raide et piquant, qui garnissaitnbsp;1 extrémité des dernières ramifications. II nexistait chez les ar-
(1) Consultez la planche II: Vue idéale d'un pay sage de Vépoque des houilles»
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bres dalors, moinspuissants qiie ceux denos grandes forêts, que deux sortes de port. Les uns présentaient, comme les dragonniersnbsp;et certains palmiers actuels, un ensemble de bifurcations succes-sives, cétaient les Lepidendron; les antres, et parmi eux il fautnbsp;citer les Calamariées, groupaient régulièrement de distance ennbsp;distance autour de la branche principale leurs rameaux secon-daires avec les ramules et les feuilles. La variété mème navaitnbsp;accès chez ces végétaux qua laide dune répétition monotone denbsp;la même ordonnance. Des perspectives semblables se reprodui-saient invariablement sur tous les points, et il anraitsuffi de visiter un coin de ces tourbières, auxquelles nous devons la houille,nbsp;pour connaitre a fond ce quelles étaient partout ailleurs. Quel-ques rares reptiles perdus au sein de certaines mares, un très-petitnbsp;nombre de coquilles terrestres, habitaient ces profondes solitudes; les insectes seuls sy glissaient, sans trop dobstacles^ anbsp;travers les feuilles, les rameaux, les branches tombées, sous lesnbsp;fougères et dans les détritus humides, anssibien quau sommetnbsp;des tiges et jusque dans leur intérieur. Oü Thomme et la plupart des vcrtébrés nauraient pu ni subsister ni même se sou-tenir, sur un sol imbibé, tremblant et vaseux, au milieu desnbsp;plantes serrées, dépourvues encore de fleurs et de fruits, ne pos-sédant même pour la plupart aucune des qualités nutritives quinbsp;les font recliercber par les animaux supérieurs, dans cette naturenbsp;si ingrate a tant de points de vue, les insectes avaient déja leurnbsp;place marquée. Un pen plus tard, immédiatement après lagenbsp;du trias, sur lequel les rcnseignements relatifs aux insectes sontnbsp;rares et incomplets, nons les retrouvons a lorigine méme du lias,nbsp;et nous pouvons mesurer sans peine les progrès accomplis parnbsp;cette classe depuis Ie terrain houiller. M. lieer a décrit centnbsp;quarante-trois espèces dinsectes infraliasiques, provenant dunenbsp;seule localité d'Argovie. Les Coléoptères ou Scarabées sont pré-pondérants dans ce nouvel ensemble, ou reparaissent les blattesnbsp;et les termites. Les insectes suceurs [Cicadelles ou Rhynchotes),nbsp;qui vivent de la séve des plantes, commencent a se montrer ; maisnbsp;les papillons, les abeilles, les fourmis et les mouches sont encore
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a peu pres inconnus. Les iasectes broyeurs, carnassiers, mangeiirs de bois et de feuilles, domineat sur tous les autres, et Ie mouvement dont nous avons marqué Ie début continue en saccentuant.
Les données que nous venons desquisser, malgré les lacunes que lavenir comblera ct celles qui'subsisteront toujours, laissentnbsp;entrevoir une vaste réunion de parties évidemment solidaires.nbsp;Tout se tient dans loeuvrc de la vie naissante, comme dans lanbsp;série dévolutions qui jalonnent sa route. La vie, avant de senbsp;manifester a lair libre, a dü quitter Ie sein des eaux; cette origine est ia même pour les animaux et pour les plaiites. Les deuxnbsp;règnes en ont gardé lempreinte ; elle est en eux comme unnbsp;vestige de la filiation qui rattache leur berceau a lélémentnbsp;aquatique, et Ie principe du philosoplie Thalès reste vrai. Lesnbsp;organes reproducteurs des plantes inférieures, les larves denbsp;beaucoLip dinsectes, celles même des vertébrés terrestres lesnbsp;plus imparfaits, exigent la presence de Feau, et tous les êtres,nbsp;pour exister normalement en dehors de eet élément, ont dü senbsp;ménager un réservoir liquide intérieur oü leurs particules élé-mentaires demeurent plongées. Bien plus, a se fier a certainsnbsp;indices, il semblerait que les deux règnes eussent eux-mêmesnbsp;confiné originairernent de fort pres. La divergence que les règnes, et après les règnes les classes et les families, manifestentnbsp;comme Feffet dun mouvement qui les aurait poussés dans desnbsp;directions ramifiées a 1infini, résulte d.'adaptations toujours plusnbsp;marquées, plus variées et plus exclusives. Cest en cela surtoutnbsp;que réside Ie perfectionnement des ctres, perfectionnement re-latif qui na rien dincompatible avec les dégradations partielles,nbsp;les déviations de toute sorte et letfacement des caractères anciens remplacés peu a peu par des caractères nouveaux.nbsp;Sans doute Ie perfectionnement absolu a été la consequencenbsp;de cette marche; mais, loin den être une conséquence forcéenbsp;et générale, il na été départi qua certaines séries dont il estnbsp;devenu Fapanage, et seulement dans une mesure inégale. Denbsp;la, au milieu de Fimmense diversité des êtres, la prépondé-rance effective de quelques-uns et la lutte établie entre tous, qui
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profite en dernier lieu aux plus forts et aux plus intelligents.
La paléontologie nous présente une collection dorganismes éteints quelle classe dans un ordre chronologique de inême quenbsp;nous disposons par années et par siècles les monuments de Ian-liquité. Les notions historiques nous feraient totalement défauLnbsp;quenxoyant les formes de Iart se modifier et passer insensible-ment dun style a un autre, nous nhesiterions pas a conclure denbsp;cette marche quune suite de peoples sortis les uns des autres etnbsp;demeures en possession dune tradition constante didées, denbsp;moeurs et de procédés a pu seule accomplir une oeuvre de cettenbsp;nature. Si lon venait nous dire alors que cette marctie, en appa-rence si réguliere, est cependant Ie fait de plusieurs races, étran-gères lune a lautre, qui se sont succédé sur Ie même sol sansnbsp;avoir pu ni se concerter ni se connaitre, nous nous refiiserionsnbsp;dajouter foi a une assertion aussi pen vraisemblable. Limpossi-bilité oü nous serions dassigner une limite exacte a chacune denbsp;ces races supposées, la presence dune foule doeuvres dart alliantnbsp;les tendances de deux époques contiguës, nous paraitraient avecnbsp;raison attestor la réalité de la première des deux opinions. Cestnbsp;pourtant la théorie opposée que soutiennent ceux pour qui lanbsp;nature vivante ne comprend que des espèces créées dépoque ennbsp;époque, sans relation de parenté avec celles qui les ont pré-cédées OU suivies. Dès lors il faudrait admettre qua chaque émis-sion despèces nouvelles Ie plan si étroitement coordonné quinbsp;embrasse lensemble de la nature organique aurait été laissé,nbsp;puis repris au point même oü il venait detre subitement inter-rompu pour être continué sans suture ni lacune visibles jusquüanbsp;parfait achèvement de toutes ses parties. Ainsi laurail voulu,nbsp;dit-on, lauteur de la création elle-même ; sit pro ratione voluntas! Cette fafon de trancher Ie plus considerable des pro-blèmes prête trop a la critique pour quil ne soit pas permis dynbsp;regarder de pres et den reprendre un a un tous les termos. Lanbsp;paléontologie, non pas cette science purement descriptive quinbsp;détermine chaque forme fossile pour létiqueter et passer a unenbsp;autre, mais la paléontologie générale et comparée, en se préoccu-
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pant des rapports des ètres entre eux, des caractères inhérents aux diverses populations c[ui ont jadis habité Ie globe, de leurnbsp;raison detre, de leur facon de se maintenir et de se modifier, senbsp;charge i'orcément dintroduire ime question qui dailleurs sim-pose delle-même a lesprit.
La question des origines de la vie est en effet trop pressante pour être éludée, trop importante pour être négligée, trop hautenbsp;pour être dédaignée. Presque aussi jeune que la critique histo-rique, larchéologie monumentale et la linguistique, la paléon-tologie use des mêmes procédés que ces sciences; elle accroitnbsp;patiemment dannée en année Ie trésor déja immense des documents qui lui servent de point dappui. Chez elle, quoi quon ennbsp;dise, les grandes lignes sont arrêtées, Ie cadre existe, il ne sagitnbsp;que de Ie remplir, et de tous les cótés on travaille avec ardeur anbsp;y parvenir, a en juger par la fréquence des découvertes et Pétcn-due incessamment agrandie des perspectives.
HE Sapohta.
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La plupart des idéés nouvelles, même les plus vraies et les plus fécondes, sont destinées a subir Ie choc de la contradiction.nbsp;Au lieu de périr, elles puisent, on peut Ie dire, danslalutte, lanbsp;force qui parait dabord leur manquer, elles prennent corps peunbsp;a peu et parvlennent a conquérir une place définitive. La doctrine de Pévolution achève en ce moment de traverser unenbsp;période de ce genre ; toujours sur Ie point detre abaltue, si 1onnbsp;interroge ses adversaires, elle soutient vaillamment des combatsnbsp;qui, loin de 1affaiblir, lui fournissent 1occasion dexposer aunbsp;grand jour les principes qui la dirigent, et Ie nombre de sesnbsp;adhérents grandit dannée en année. Un penseur énergique,nbsp;habile et profond, a su condenser dans une série de livres, deve-nus promptement célèbres, des aspirations Jusqualors tlottantesnbsp;et arrêter les linéaments dun puissant travail de synthese.nbsp;Lécole dont il a été lorgane Ie plus retentissant a paru mêmenbsp;SC personnifier en lui, comme lindique Ie terme de darwinisme,nbsp;appliqué souvent a 1ensemble des idéés transformistes, maisnbsp;quil est plus juste de restreindrc a la série dhypothèses a la
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fois hardies et ingénieuses dont Ie naturaliste anglais a été si prodigue.
Comprise dans un sens général, la théorie transformiste est loin de dater de nos jours; une plume autorisée a tracé (1) avecnbsp;talent lhistoire de ses origines et critique, non sans raison,nbsp;quelques-unes de ses tendances extrêmes ; mais quelle est cellenbsp;de nos théories scientifiques que lon nébranlerait pas en lanbsp;poussant ainsi a ses dernières conséquences ? Quand on a affairenbsp;a une doctrine encore en voie de déxeloppement, au lieu den re-chercher les dévialions et les obscurités inévitables, ne vaut-ilnbsp;pas mieux sattacher a en saisir plu tot les cótés vrais et solides? Anbsp;ce point de vue, la paléontologie offre un secours précieux. Ennbsp;réalité, cest dans la paléontologie surtout que la croyance anbsp;Tévolution a sa raison dêtre. Sans la certitude que nous a\onsnbsp;de lantiquité de la vie organique sur Ie globe, cette croyance nenbsp;serail quun jeu desprit; avec cette assurance, elle devient unenbsp;hypothese qui sadapte mieux que toute autre aux faits observés.nbsp;En dehors de revolution, les phénomènes anciens ne constituentnbsp;en effet quune énigme indéchitfrable.
Le terme A'espèce, dans Ie sens que nous lui donnons, signifie lapparence morphologique sous laquelle se manifestent a nousnbsp;les êtres organises soit vivants, soit fossiles, au moment oü ilnbsp;nous est donné de les considérer. Si lapparence est la mêmenbsp;OU presque identique ou sensiblement pareille chez deux indi-vidus comparés, on dira d eux quils appartiennent a une mêmenbsp;espèce. Si quelque diversité un peu notable les distingue, sansnbsp;que leur ressemblance mutuelle cesse dêtre visible, la plupartnbsp;des naturalistes hésiteront a ge prononcer ou se déciderontnbsp;daprès le penchant plus ou moins marqué qui les porte anbsp;désunir ou a rejoindre les formes. Cest a la solution des pro-blèmes relatifs a lorigine réelle et a lexacte signification denbsp;ces analogies et de ces différences, qui dans la nature caracté-
^ (L Voyez, dans la Revue des Deux Mondes des 15 décembre 1868, !quot;¦ janvier, Iquot; mars, 15 mai et 1quot; avril 1869, les études de M. de Quatrefages sur les Origines desnbsp;espèces animales el végétales.
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risent tout individu compare ,a un autre, què sapplique particu-lièrementla doctrine transformiste. Si les espèces, insistons sur ce point, ne sont pas sorties les unes des autres par voie de filiation, elles ont dü se montrer subitement par lefTet dune sérienbsp;dopérations mystérieuses dont il est impossible de fournir lesnbsp;preuves. Faire intervenir Faction directe d'une volonté supérieure, cest introduire gratuitement 1inconnu et 1arbitrairenbsp;dans Ie domaine de la science. Sans doute, pour défendrenbsp;1autre solution, on est aussi obligé de faire appel a des circon-stances encore imparfaitement connues; on a du moins unenbsp;base solide, Fexemple des métamorphoses qui sous nos yeuxnbsp;transforment les individus et quelquefois influent sur plusieursnbsp;générations. Lévolution est un pbénomène du même ordre quenbsp;la métamorphose ; seulement elle a eu une période de tempsnbsp;presque indéfinie pour se dérouler. Inconnu pour inconnu, celuinbsp;quentraine Fidée de revolution parait plus vraisemblable quenbsp;1autre, si toutefois Fon consent a se dépouillerde tout parti prisnbsp;en faveur de Fancien système, pour lequel une longue possessionnbsp;semble, aux yeux de beaucoup de naturalistes, un excellent tilre.nbsp;Cest dans eet esprit que nous aborderons Fétude des principalesnbsp;questions que lécole transformiste a tenté dernièrement denbsp;saisir et dexpliquer, sinon de résoudre entièrement.
La croyance a Févolution est loin dimpliquer, comme on affecte souvent de Ie dire, Fexistence dune variabilité incessantenbsp;et universelle chez les êtres organisés. A qui voudrail voir par-tout Finstabilité, il serait facile dopposer Fordre régulier etnbsp;lapparente fixité de la nature actuelle. Heureusement il nestnbsp;pas nécessaire de recourir a des changements perpétuels, il suffitnbsp;dadmettre que les êtres organisés aient cbangé quelquefois, sousnbsp;1empire de causes déterminées, pour expliquer Forigine desnbsp;principales diversités qui nous frappent en eux, On a, il estvrai,nbsp;des exemples dêtres demeurés a peu prés invariables depuis un
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très-reculé ; raais dautres organismes, par suite de quelque circonstance favorable, ont du éprouver au contraire des chan-gements et donner lieu a de nombreuses variétés. 11 ny a riennbsp;dimpossible a admettre que quelques-uns de ces derniers, sac-centuant plus que les autres, aient dominé enfin par Texclusionnbsp;graduelle des nuances intermédiaires. On conpoit tous les passagesnbsp;qui,de la simple diversité individuelle, conduisent de cettefaponnbsp;aux divergences les plus marquées ; on conpoit aussi Iinfluence dunbsp;temps et celle des agents extérieurs ou milieux. Ces vicissitudesnbsp;composent lhistoire même de la vie ; bien que semée de lacunesnbsp;et entacliée dobscurité, elle témoigne pourtant dune fapon très-nette quil sest écoulé un temps exlrêmement long depuis quenbsp;Ie globe est liabité, et elle montre lordre dans lequel les ètres vi-vants se sont succédé ala surface de la terre. Lhomrne est parvenunbsp;a saisir les faits géologiques par létude des coucbes accurnuléesnbsp;au fond des eaux de chaque époque. Cest en examinant ces couches, en les numérotant une a une, comme les feuillets dunnbsp;livre, que les savants ont pu diviser Ie passé de notre planète ennbsp;un certain nombre de périodes dont lensernble entraine l'idéenbsp;dune durée a peu prés incalculable. Pour en être persuade, ilnbsp;suffit de songer a lépaisseur énorme de certains étages dont lanbsp;formation a dü pourtant sopérer avec beaucoup de lenteur; ilnbsp;suffit encore de constater que, dans Ie passage dune couche anbsp;la suivante, on voit Ie plus souvent les espèces, dont les vestigesnbsp;caractérisent chacune de ces couches, être dabord éliminées par-tiellement, pour se trouver enfin enti'erement renouvelées.
Lorsquon tient compte du très-grand nombre de ces renou-vellements successifs et du temps quils ont sans doute exigé, on demeure comme accablé du poids de tant de durée. Rien nenbsp;change en effet autour de nous, ou du moins Ie changement,nbsp;sil existe, est si insensible que 1homme ne saurait sen aper-cevoir. Les insectes du lleuve Hypanis, vivant un jour entier,nbsp;pouvaient, en avanfant en age, remarquer Ie déclin de lanbsp;lumière; mais s'il existait des êtres dont la vie fut dune demi-seconde, combien faudrait-il de générations pour qua la fin une
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delles entrevit Ie mouvement apparent du soleil? 11 en est ainsi de lhomme par rapport auv êtres qui lentourent; il lui paraitnbsp;que rien ne varie; il sappuie avec orgueil, pour Ie soutenir, surnbsp;des observations qui remontent a quelques milliers dannées, etnbsp;certes rien ne serait venu Ie contredire, si lui-même ne sétaitnbsp;avisé récemrnent de pénétrer dans Ie passé du globe et dennbsp;dépouiller les archives. Alors tout un monde nouveau lui estnbsp;apparu.
M. Agassiz, dans son livre sur Tespèce, dit que M. Elie de Beaumont, cherchant a classer les changements survenus dansnbsp;les chaines de montagnes, en a constate au moins soixante ounbsp;même cent, correspondant a autant de révolutions plus ou moinsnbsp;générales. La paléontologie nétablit pas moins de renouvelle-ments dans la faune et la flore terrestres ; cest en combinantcesnbsp;deux ordres de faits que lon est parvenu a fixer un nombrenbsp;déterminé de périodes embrassant a la fois les phénomènesnbsp;physiques et ceux qui se rapportent aux êtres organisés. Lhis-toire de la vie se confond ainsi avec celle du globe lui-même,nbsp;et cependant y a-t-il en réalité entre les modifications de lanbsp;matière brute et celles des animauxet des plantes une connexionnbsp;nécessaire? M. Agassiz, qui voit dans Ie développement de lanbsp;vie lexécution dun plan déterminé, sorti des volontés dune intelligence souveraine, croit a une coincidence probable entre lesnbsp;rénovations organiques et les révolutions physiques. 11 admetnbsp;Ie « synchronisme et la corrélation » de ces deux ordres denbsp;phénomènes; il reconnait dans lun une cause au moins occa-sionnelle, prévue, a ce quil pense, et conforme au plan dont ilnbsp;attribue les détails aussi bien que la pensée a lauteur de toutesnbsp;choses.
Malgré cette autorité et celle de plusieurs savants distingués qui pensent de même, il est bien difficile de croire quil y aitnbsp;eu autrefois aucune relation directe de cause a effet entre lesnbsp;changements survenus dans Ie relief du globe et Ie renouvelle-ment des animaux et des plantes qui Ie peuplaient. Le nombrenbsp;de ces prétendues révolutions générales na jamais pu être fixé,
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même approMURitivemeiit. On admet sans doute cn geologie de grandes divisions, et Ton saccorde a reconnailre lexistencenbsp;^'époques distinctes, de terrains successifs ; mais des quil sagitnbsp;de determiner les limites précises de chaque terrain, de senten-dre sur Ie nombre, lavaleiir, létendue exacte des étages ousub-divisons, les difficultés deviennent inevtricables, et finalementnbsp;entre deux terrains en apparence très-distincts vient sintercalernbsp;un terrain mixte qui exclut entre eux toute idéé de séparationnbsp;Iranchée. 11 semble impossible aujourdhui dadmettre qnil ynbsp;ait jamais eu des perturbations assez intenses et assez généralesnbsp;pour détruirc la totalité ni même une notable partie des ètresnbsp;vivants; Ie temps nest plus oii la présence seule des fossilesnbsp;semblait être Ie témoignage dun enfouissement violent. Le plusnbsp;grand calme a du au contraire présider a de pareils phénomènes;nbsp;limmense majorité des coquilles marines ont vécu sur place,nbsp;et lon peut observer en bien des points les traces successivesnbsp;du sol marin reporlé peu a peu a divers niveaux, sans aucunnbsp;indice de convulsions subites. Du reste il est évident que lesnbsp;modifications ainsi observées, bornées a quelques points res-treints des anciennes mers, ne peuvent passer pour lexpressionnbsp;de renovations biologiques générales et nous en donner la clef.nbsp;11 y a plus, lon peut afliriner que les anirnaux et les plantesnbsp;terrestres sont loin davoir subi les mêmes vicissitudes que lesnbsp;ètres marins. Le desséchement dime raéditerranée ou dunenbsp;caspienne peut amener lextinction dune foule despèces, tandisnbsp;que lair nest sujet ni a disparaitre, ni a saltérer comme leau.nbsp;Enfin il existe entre les plantes et les anirnaux vivant a la surface du sol une différence radicale. La plupart des anirnauxnbsp;sont fibres de leurs mouvements, tandis que les plantes sontnbsp;attachées a la terre et y puisent leur nourriture. 11 est impossible aux plantes de fuir le danger, de marcher volontairernentnbsp;dans une direction déterminée, dopérer des migrations an-nuelles, ce qui est loisible aux anirnaux. Cette immobilité desnbsp;vegetaux nest pas cependant pour eux, comme on pourrait lenbsp;croire, une cause de destruction facile, encore moins universelle.
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Doués de plus de longévité, susceptibles dans beaucoup de cas de sétablir profondément dans Ie sol, ils Ienvahissent, sétendentnbsp;de proche en procbe et disséminent partout leurs graines, dontnbsp;la vitalité est souvent très-persistante. A moins dune submersionnbsp;totale OU de changements brusques dans Ie cliniat, les végétauxnbsp;résistent comme types, sinon comme individus ; leur agonie peutnbsp;se prolonger pendant des siècles ; il est done plus que difficile denbsp;croire a la disparition brusque des diverses flores qui se sontnbsp;succédé autrefois sur la terre. La paléontologie démontre ennbsp;effet que les modifications subies par la vegetation ne sont deve-nues définitives qua la suite dun temps très-long.
Les animaux terrestres, au contraire des plantes, peuvent marcher^ fuir, émiger_, ils ne puisent pas leur nourriture dans Ienbsp;sol; mais a ce point de vue ils dépenden! des plantes et des animaux eux-mêmes. Leur dépendance, pour être moins matérielle,nbsp;nen est pas moins réelle, et surtout elle varie suivant les groiipesnbsp;zoologiques que lon considère. Les plus petits et les plus infimesnbsp;peuvent marcher sans doute, mais pour beaucoup dentre euxnbsp;cette marche se réduit a rien. En dehors de certaines catégories,nbsp;comme les sauterelles, la plupart des insectes, attachés a unenbsp;classe déterminée de végétaux ou rnême a une seule plante,nbsp;vivent et meuren! avec elle. Les grands animaux profitent mieuxnbsp;de leur liberté de mouvement; toutefois justement a cause denbsp;leur régime moins borné, de leur taille, de leur facilité denbsp;changer de pays et de saccommoder de plusieurs climats, ilsnbsp;subissent les effets dune concurrence mutuelle dont Ie résultatnbsp;est de les contenir dans des limites proportionnelles qui chan-gent peu, tant que les circonstances elles-mêmes ne changentnbsp;pas. Les animaux fouisseurs, rongeurs, ceux qui vivent d herbage, de racincs ou de fruits, se multiplieraient au dela de toutenbsp;mesure et jusqua lentier épuisement des substances quilsnbsp;mangent, si les carnassiers nétaient la pour en diminuer Ienbsp;nombre. Cest done par suite dun étroit enchainement de com-binaisons très-complexes que lensemble organique se fonde etnbsp;se maintient; 1équilibre, aisément rompu, se rétablit avec la
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raème facilité. On doit concevoir cependant que plus on remonte la série des êtres pour se rapprocher des animaux supérieurs,nbsp;plus aussi les réactions réciproques, par conséquent les occasionsnbsp;de variabilité se muUiplient. Le végétal inférieur ou cryptogame,nbsp;très-borné dans ses exigences, varie peu et se rencontre presquenbsp;partout; le temps comme lespace apportent chez lui peu denbsp;changements. 11 nen est déja plus ainsi pour les xégétaux dunnbsp;ordre élevé, chez lesquels la division du travail organique estnbsp;mieux marquee; plus délicats, plus sensibles, plus disposés anbsp;des adaptations détinies, ils doivent tendre a se spécialiser denbsp;plus en plus et donner lieu a de nombreuses variations de formenbsp;et de détails. Cest en effet ce que lon remarque lorsquon remonte détage en étage pour sattacher a suivre les principauxnbsp;genres de plantes. Les groupes les plus anciens sont a la fois lesnbsp;plus fixes, les plus tranchés et les moins nombreux. Ceux dontnbsp;lorigine est plus récente affecten! une très-grande variété denbsp;formes ; mais les traits essentiels de structure sont bien plus monotones : les types ont, a force de dédoublements, perdu ennbsp;originalité ce quils ont gagné en diversité.
Les animaux inférieurs offrent les mêraes limites de variabilité que les plantes ; ceux des eaux, habitant un milieu qui change peu, et les types terrestres dépendant de conditions très-générales, ont toujours eu une longue existence. Les insectes etnbsp;les mollusques deau douce des terrains secondaires différentnbsp;assez peu des nótres^ et a eet égard la nature a montréheaucoupnbsp;moins de mobilité depuis des temps très-reculés qiÉon ne le croitnbsp;généralement. 11 nen est plus de mêine dés que lon touche auxnbsp;animaux supérieurs, si compliqués par leur organisation, si libres,nbsp;si susceptifales de varier leur régime, de réagir contre le climatnbsp;par la chaleur intense du foyer quils portent en eux. Ouellenbsp;diversité de mceurs, de tendances et dallures ! Lintelligence etnbsp;le choix se mêlent a linstinct; Tours vit tantót dceufs, de mielnbsp;et de fruits, tantót de proie vivante ; le chat guette ses victimes,nbsp;le chien chasse librement; dautres animaux peuvent découvrirnbsp;le lichen sous la neige, comme le renne, changer de pays par
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caprice ou par nécessité. Ne voit-on pas combien ces circon-stances et une foute dautres doivenl susciter de variations au sein de lorganisine ? Aussi les anitnaux se sont-ils modifies dau-tant plus vile, suivant une loi établie par M. Gaudry, ifue leurnbsp;structure est plus parfaite et leur rang plus élevé dans chaquenbsp;série. Cette loi, quil est impossible dinfirmer, contredit lanbsp;pensée de ceux qui rattacbent lorigine des êtres a des créationsnbsp;successives, car ces créations auraient dü ètre motivées parnbsp;quelque chose, tandis qua des termes rapprochés, comme Ienbsp;sont les derniers étages tertiaires, il est impossible de com-prendre pourquoi les espèces de tapirs, de mastodontes, denbsp;rhinoceros, se seraient remplacées a de si courts intervalles alorsnbsp;que Ie règne végétal tont entier et Timmense majorité des ani-maux inférieurs avaient déja revêtules traits qui les distinguentnbsp;encore.
Si les renouvellements biologiques, ainsi que nous venons de Ie montrer, noffrent aucun caractère de généralité, si de plus cesnbsp;changements, considérés dans les diverses séries dêtres organisés,nbsp;nont rien qui doive les faire coïncider entre eux et sils ne se rat-tachent par aucun lien direct aux perturbations physiques qui ontnbsp;modifié Ie relief de la surface terrestre, il est évident que Ic seulnbsp;système susceptible detre invoqué en dehors de celui de lévolu-tion consisterait dans lintroduction successive de nouvelles espèces, créées une a une, a des moments irréguliers et par inter-mittences. Séduisantc par sa simplicité, cette idee a été adoptéenbsp;par beaucoup desprits, aux yeux desquels elle paraissait traduirenbsp;les faits dans lordre même oii Ie géologue les observe. En effet,nbsp;lorsque celui-ci explore les diverses parties dun terrain et quenbsp;son attention sarrête sur une espèce quil rencontre pour la première fois, il se dit instinctivement que cette espèce a du autrefoisnbsp;apparaitre au sein des eaux de la même fafon quelle se faitvoirnbsp;a lui, cest-a-dire sans antécédent visible. Cette manière de rai-sonner nest rigoureuse quen apparence, en réalité elle trans-forme en solution Ie pbénomène lui-même dont il sagit de pé-nétrer lorigine. La présence a létat fossile de coquilles plus ou
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moins distinctes de celles (jui s étaient montrées auparavant nim-plique pas nécessairement lidée que ces espèces venaient detre créées au moment oü lon commence a les observer ; tout au plusnbsp;peut-on conclure quelles étaient jusqualors trop rares, ou si-tuées trop a lécart du point oü on les rencontre, pour avoir eunbsp;loccasion dy laisser des traces. Or, entre la première de ces deuxnbsp;manières de juger et la seconde, il existe un abimc ; en voici lanbsp;preuve. Si au lieu dun mollusque marin ou dun rayonné ilnbsp;sagissait dun animal supérieur ou dune plante terrestre dont Ienbsp;hasard seul peut entrainerla dépouille au fond des eaux,on se gar-deraitbien de considérer comme nouvellement créée 1espèce in-connue dont on recueilleraitlempreinte; pourtant Ie pbénomènenbsp;est identique des deux parts, puisque les couches marines, mêmenbsp;les plus riches en fossiles, ne nous font jamais connaitre quunenbsp;faible partie des regions sous-marines de chaque période. Com-bien de lits et détages dont les fossiles sont absents ou réduits anbsp;létat de débris informes! Les ceintures littorales, les fonds sa-bleux OU rocailleux, nont-ils pas disparu généralement sansnbsp;laisser de vestiges? Et combien de terrains reconverts sur unenbsp;grande étendue par des formations plus récentes et soustraits anbsp;nos recherches! Évidemment ce nest pas une série de faits denbsp;cette nature quon devra invoquer a lappui de la théorie qui veutnbsp;que chaque forme spécifique ait apparu subitemeiit, au momentnbsp;même oü ses vestiges arrivent a nous pour la première fois.
Les traces de filiation, les liens tantót directs, tantót éloignés entre les diverses parties du monde organique, existent, de laveunbsp;de tous les naturalistes. M. F.-J. Pictet, si opposé pourtant auxnbsp;idéés de transformation, avoue que, lorsque lon compare entrenbsp;elles les faunes de chaque étage a celles de létage immédiate-ment postérieur, on reste frappé des liaisons intimes qui se ma-nifestent, la plupart des genres étant les mêmes et un grandnbsp;nombre despèces se trouvant tellement voisines quil serait aisénbsp;de les confondre (t). Tous les auteurs^ a partir de Cuvier et en-
(gt;) Traité de Paleontologie ou Histoire naturelle des animaux fossiles eonsidérés dans leurs rapports zoologiques et géologiques, par M. F.-J. Pictet, t. Iquot;, p. 88.
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suite de Flourens, adrnettent que la manière dont les ètres se sont succédé et les rapports quils présentent entre eux, lorsquenbsp;lon en compare la structure intime, indiquent lexistence dunnbsp;« plan » dont les déviations les plus profondes en apparence nal-tèrent cependant jamais les traits essentiels. Ainsi les lacunes,lesnbsp;anomalies, les transformations apparentes, les appropriations lesnbsp;mieux défmies, comme celle des mammifères cétacés a lhabitatnbsp;marin, sopèrent au moyen du raccourcissement ou de lallonge-ment, de la disparition ou de la multiplication de certaines parties,nbsp;sans que ces modifications entrainent jamais Ie déplacement re-latif des organes eux-mèmes. Les parties constitutives du sque-lette des mammifères et par suite des Yerlébrés en général senbsp;retrouvent dans la cbarpente osseuse de la baleine; si on comparenbsp;celle-ci a celle d\m oiseau ou dun reptile, la conformité du plannbsp;frappera lobservateur attentif; cette conformité sera encore xi-sible, quoique déja plus éloignée, en parcourantla série des pois-sons. Si des vertébrés on passe aux niollusques et aux insectes, cenbsp;ne sera plus dans la structure que résidera lanalogie, ce seranbsp;dans lexistence des mêmes organes essentiels, quoique différem-ment disposés, jusqua ce quenfin, descendant aux êtres les plusnbsp;inférieurs, on ne trouve plus comme lien entre eux. et les précé-dents que la celluie, xéritable unite xivante dont ils sont tousnbsp;également composés.
Ainsi lunité de plan embrasse tous les animaux et même toutes les plantes, quoiqua des degrés très-di(Iérents; mais si, aunbsp;lieu de luniversalité des êtres, on observe les divisions les plusnbsp;générales, les embranchements, les classes et les ordres, on re-connait non-seulement quils ont une tendance a se rapprocbernbsp;par leurs séries extremes, mais quaussi ces séries sont justementnbsp;celles q-ui se montrent les premières dans Ie temps. Ainsi lesnbsp;poissons cartilagineux et cuirassés sont les moins vertébrés parminbsp;les vertébrés, et ce sont précisément les plns anciens de tous.nbsp;Les marsupiaux et les monotrèmes sont les plus imparfaits desnbsp;mammifères, et les premiers mammifères ont avec la classe desnbsp;didelpbiens et celle des monotrèmes des affinités non douteuses.
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Lunité de plan se manifeste encore par les phases de la vie em-bryonnaire et les metamorphoses qui reproduisent dune fagon passagère dans les séries supérieures certains caractères définitifsnbsp;des séries moins élevées. Elle se révèle aussi par les adaptationsnbsp;multiples qui modifient les organes des différents êtres de chaquenbsp;série pour les rendre propres a remplir certaines functions, ounbsp;les atrophient sans les détruire complétemenh lorsquils devien-nent inutiles. De cette fagon, Ie vestige même dun organe sansnbsp;emploi atteste la liaison intime des animaux qui Ie présenten!nbsp;avec ceux chez lesquels ilreste développé. Chacun saitque les osnbsp;de la queue existent, a létat rudimentaire chez Thomme, aprèsnbsp;avoir subi un arrêt de développeraent dans Ie foetus ; Ie chevalnbsp;présente encore des vestiges de doigts latéraux, et Ie protée aveu-gle des cavernes de Carinthie conserve des traces du nerf optique.nbsp;Les mêraes os disposés dans Ie même ordre, mais allongés ounbsp;raccourcis, forment la main chez Thonime et constituent la pattenbsp;des animaux, la nageoire des cétacés, Ie pied a sabots des ruminants, 1ailo de loiseau et de la chauve-souris. Dien plus, la pa-léontologie montre que ces adaptations si diverses ont été lobjetnbsp;dune sorte délaboration gradiiée dont les termes nont pas tonsnbsp;disparu de la nature vivante.
Malgré tant dindices révélateurs, lunité de plan, dans la pensee de ceux qui en proclament Texistence avec Ie plus denbsp;conviction, nest cependant qiiune formule abstraite ; ils nynbsp;voientquune confirmation du dessein quauraiteu lintelligencenbsp;créatrice, tout en produisant les êtres isolément et a plusieursnbsp;reprises, de les réunir pourtant par les traits généraux et les détails même de leur organisation. Toutes ces similitudes, toutesnbsp;ces liaisons, seraient trompeuses, puisque ces êtres, si analoguesnbsp;en apparence, nauraient par Ie fait rien de commun; il nquot;y au-rait entrê eux aucun lien de filiation même éloigné, sauf cependant pour les variétés et les races. Soit; mais pourquoi admettrenbsp;alors une semblable exception en faisant appel aux effets dunenbsp;variabililé arbitrairement limitée? Pourquoi lespèce, si difficilenbsp;a distinguer de la race, est-elle choisie de preference au genre
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OU a lordre pour représenter « une enüté réelle et objective », et quelle preuve apporter de la légitimité de ce choix? Serait-cenbsp;la prétendue tixité de lespèce? Cette fixité est justement ce quilnbsp;faudrait prouver, non-seulement eu ce qui touche lheure présente, niais pour toute la durée des périodes antérieures. Dés lorsnbsp;lunité de plan, con^ue en dehors de toute base réelle, n'est plusnbsp;quune simple idéalisation, une sorte desthétique, résumé abstraitnbsp;desfaits,relégué audeladesfaits eux-mêmes. Quelon consentenbsp;au contraire a la prendre pour lexpression fidéle des titres denbsp;filiation des êtres organisés, lunité de plan fournit un moyennbsp;sur dapprécier les liens de parenté qui les rattachent les unsnbsp;aux autres; on voit ces liens saffaiblir gradiiellement lorsque,nbsp;sélevant au-dessus des genres, on remonte de groiipe en groupenbsp;jusquau dela des embranchements. La trace de lévolution estnbsp;dautanl plus obscure que son point de depart est plus éloigné,nbsp;clle disparait enfin ; mais ou Ie lil conducteur sarrête, Ie savantnbsp;doit aussi sarrêter et avouer franchement son ignorance. Dail-leurs la doctrine transformiste est loin de proclamer la puissancenbsp;absolue des agents physiques. La force et la matière reunies nex-pliquent pas a elles seules la raison detre de lorganisation etnbsp;Ie développement progressif du moi réflexe et de lintelligence;nbsp;Ténigme reste la même, qiioique les termos en soient posés diffé-remment. Lidée de causalité ne sort pas du monde, elle y estnbsp;seulement introdiiite par une autre voie et congiie autrementquenbsp;jadis. Le savant préfère une hypothèse qui sadapte mieux quenbsp;lancienne aux faits paléontologiques et semble confirmée parnbsp;une foule dindices; il se garde bien de vouloir tout expliquer, ninbsp;de croire que le passé de notrc planète se laisse dépouiller en unnbsp;jour des voiles qui le couvrent, et dont lobscurité se troiive seulement un peu diminuée.
Pour nous done, lunité de plan nest que la mesure' des liens qui réunissent tons les êtres. Évidents chez quelques-uns, visibles, mais déja voilés chez dautres, ils seffacent ou se rédui-sent, dans un grand nombre, a des indices a peine saisissables;nbsp;mais cette gradation na rien qui doive surprendre. Les espèces
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ont diverge de plus en plus en séloignant du rameau commun oü se rattache leur origine. Chacun de ces ramcaux est sortinbsp;dune branche issue elle-mêine dune souche plus ancienne.nbsp;Lensemble de ces ramifications compose un arbre généalogiquenbsp;immense donton ne retrouve plus maintenant que des fragmentsnbsp;épars. Les branches mères qui correspondent aux embranche-ments et aux règnes échappent a nos investigations. Rien nau-torise done, en dehors dindices paléontologiques suffisants, lanbsp;croyance li im prototype unique ou multiple doü seraient sortisnbsp;tous les êlres, sinon a titre de pure hypothese. Lécole transfor-miste na pas plus a se préoccuper de cette question que les partisans des creations successives nont en a rechercher les circon-stances, assurément très-singulières, qui auraient été Ie corollairenbsp;ohligé de lapparition instantanée des espèces. Tout ce que lanbsp;Science peut faire, cest de remontcr jusqua la plus vieille période biologique. Au dela, 1esprit trouve une barrière encorenbsp;fermée, quil conserve pourtant lespoir de tourner, sinon denbsp;franchir quelque jour.
La recherche des liaisons et des passages devait être la principale preoccupation de lécole Iransformiste ; cest aussi la pensee qui domine dans les cours professés au Muséum de Paris par M. Albert Gaudry et qui a dernièrement inspiré a ce savant sonnbsp;ouvrage sur les Enchainements du monde animal. Ce livre nousnbsp;fait suivre pas a pas les modifications successives des divers or-ganes des mammifères. Cest ainsi que nous voyons les équidés,nbsp;les rhinocéridés, les ruminants, partir en divergeant dune souchenbsp;commune, celle des pachydermes de léocène supérieur, distri-buée en trois rameaux graduellement divergents, dont les carac-tères, dabord indécis, saccentuent et se fixent au moyen dunenbsp;longue séries de stades. Un pen plus haut et plus loin versie passé,nbsp;ce sont des marsupiaux qui dominent et qui semblent marquernbsp;lexistence dun état antérieur que tous les mammifères pla-centaires auraient eu a traverser, en sy attardant plus ou moinsnbsp;longtemps. Tracée de cette fafon, 1histoire de la vie se déroule parnbsp;lambeaux, elle se déchiffre daprès des hiéroglyphes informes;
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mais elle est pleine de mouvement et de vues fécondes. 11 sagit surtout de vaincre la difficulté croissante que Ion éprouve dob-server des passages des que Ton quitte les espèces pour abordernbsp;les groupes les plus élevés. Les liens de parenté, graduellementnbsp;amincis, devenus enfin pareils a des fils imperceptibles, se sontnbsp;rompus dans la plupart des cas ; il faut sattacher aux moindresnbsp;indices. La nature actuelle, moins riche en traits originaux quenbsp;celle des anciennes périodes, mais plus accessible et mieux explo-rée, fournitelle-mêrae des exemples de transition ménagée entrenbsp;les embranchements et les classes. Les batraciens ne forment-ilsnbsp;pas un trait dunion entre les reptiles, avec lesquels ils ont éténbsp;longtemps confondus, et les poissons quils continent par Laxolotlnbsp;et Ie lépidosirène ? Ne sont-ce pas justement des batraciens voi-sins des salamandres, pourvus en même temps de caractères quinbsp;les rapprochent des grenouilles, mais possédant encore unenbsp;queue, très-courte, il est vrai, que M. Gaudry a signalés a la partienbsp;récente du terrain houiller, vers la fin de Lage paléozoïque, sousnbsp;Ie nom de Protriton petrolei? Si lon considère les poissons, onnbsp;voit que Ie type de vertébré tend a seffacer ou du moins samoin-dritetperd de sa distinction chez les poissons cartilagineux. Lesnbsp;derniers vertébrés, a laide de Lamphioxus, se confondent avecnbsp;les «ascidies » ou tuniciers et touchent ainsi a un groupe dêtres,nbsp;inférieur certainement aux mollusques eux-mêmes, et offrant,nbsp;nialgré cette infériorité relative, un passage qui conduit versiesnbsp;animauxles plus élevés, a travers une longue suite de termes en-chainés, dont quelques-uns seulement subsistent encore.
A eet égard cependant, les enseignements de la paléontologie font entrer dans Ie vif de la question, en montrant comment lesnbsp;êtres se sont graduellement transformés. Les premiers ensemblesnbsp;danimaux sont marins, car la vie, comme nous lavons établinbsp;plus haut, a dü prendre naissance au sein des eaux. Quoiquenbsp;tous les types organiques soient dés lors représentés, il est facilenbsp;de reconnaitre, dans les êtres de ces ages anciens, les caractèresnbsp;dune evolution dont Iaccomplissement se poursuit. La fortenbsp;proportion des brachiopodes est bien en rapport avec cette pen-
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sée, puisque cest la un groupe qui, nayant des mollusques qiie lapparence, est originairement sorti dune adaptation hative etnbsp;spéciale des vers annelés dont il reproduit transitoirement la structure a létatlarvaire, pourrevêtir ensuite, arétatadulte,rappareilnbsp;conchoïde qui lui est propre. On con?oit dèslorsla supérioriténbsp;momentanée des brachiopodes, due a Tapparition et au développe-ment plustardits de la classedes mollusques, de même que leurnbsp;déclin graduel devant les progrès de celle-ci. La faible proportionnbsp;originaire des gastéropodes na pas une autre signification, etnbsp;labsence même des acéphales dans la faune primordiale sertnbsp;de confirmation a notre manière de voir, puisque ces derniersnbsp;doivent avoir été Ie produit dune adaptation regressive. Lex-tension rapide et la prépondérance effective des crustacés tri-lobites, dans les mers siluriennes, na rien qui doive surprendre ;nbsp;avantla venue des poissons, avant même cello des céphalopodes,nbsp;les trilobites, bien que ceidainement inférieurs a des types denbsp;crustacés plus récents, spécialement a celui des décapodes, re-présentaient pourtant des organismes relativement élevés, quinbsp;neurent longteinps a redouter aucune concurrence ; ils purentnbsp;done obtenir et conserver lempire tant quaucun être plus actif,nbsp;plus fort et plus intelligent, ne vint Ie leur disputer. M. Bar-rande remarque que les espèces a segments thoraciques nom-breux, acquis un a un a l'aide dune longue série de métamor-phoses, dominent originairement et que les espèces munies anbsp;létat adulte dun nombre moyen ou très-petit de segments senbsp;multiplient au contraire dans les faunes deuxième et troisièrae.nbsp;Ces sortes de changement par adjonction de parties similairesnbsp;se répétant plus ou moins entrainent une idéé dinférioriténbsp;relative et devaient effectivement tendre a disparaitre dans lesnbsp;espèces en voie de progrès. 11 en est de même de la taille quinbsp;se montre, chez les trilobites, avec des extrêmes de grandeur etnbsp;de petitesse, tant que Ie groupe conserve sa marche ascension-nelle, ou du moins tant quil réussit a se maintenir, raais quinbsp;s abaisse a partir du moment ou Ie déclin se manifeste, pournbsp;arriver enfin a de très-faibles proportions chez les dernières for-Cquot; DE Saporta.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;5
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mes survivantes, dans lage qui précède immédiatement lextinc-tiori du groupe. Lintroduction des nautilcs, céphalopodes rc-marquablement organises, dont lextension vraiment surpre-nante coincide aveclatroisième faune siliirienne deM. Barrande, a été une première cause de decadence pour les Irilobites; maisnbsp;leur déclin est devenu sans doute plus rapide et plus absolu parnbsp;lapparition des poissons cartilagineux, vers Ie milieu, peut êtrenbsp;même dès Ie début de la faune Iroisième. Les trilobites se trou-vèrent dès lors aux prises avec des êtres certainement supérieursnbsp;par leur agilité, leur force et leur intelligence, bien quils nenbsp;fussent ni aussi nettement vertébrés, ni aussi étroitement adaptésnbsp;ii la vie piirement aquatique que les poissons osseux dont ilsnbsp;furent la souche.
Chez les poissons de cette première époque, au squelette interne, souvent mou ou peu resistant, correspondait un exosque-lette OU cuirasse enveloppante formée de pieces juxtaposées, qui semble, selon la judicieuse remarque de M. Gaudry, sainoindrirnbsp;a mesure que Ie squelette interne constitue, en sossifiant, unenbsp;charpente solide. Les plus curieux, connus sous Ie nom de placo-ganoïdes, plastronnés a la partie antérieure du corps et présen-tant par la une singulière analogie avec les crustacés, semblentnbsp;effectivement sen rapprocher extérieurement, sans diminuernbsp;pour cela lintervalle énorme qui sépare les deux embranche-ments. En considérant les caractères de ces poissons primitifs,nbsp;qui continuent a dominer jusque dans les temps secondaires, pournbsp;devenir ensuite de plus en plus rares et faire place aux poissonsnbsp;actuels, on voit que leurs vertèbres incoinplétement ossitiées et Ienbsp;prolongement de leur queue constituent un type embryonnairenbsp;de vertébrés et un degré inférieur de la classe des poissons. Lesnbsp;poissons daujourdhui, couverts décailles mobiles, plus libresnbsp;dans leurs mouvements et en tout plus parfaits, seraient Ie termenbsp;supérieur de revolution des précédents. La même tendance senbsp;manifeste chez les plus anciens reptiles, qui présentent avec lesnbsp;poissons eux-mêmes plus dun rapprochement. Lordre des laby-rinthodontes, dont ces reptiles font partie, offre des caractères
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ambigus qui Ie placent, dans Topinion de M. Picteb entre les batraciens dune part et les sauriens de Pautre. Enfin cest encore un type embryonnaire que 1oiseau de Solcnhofen ou Ar-cheeopteryx, dont les vertèbres caudales fournissent un exemplenbsp;dorganisation analogue aux precedents. Les inammifères denbsp;lépoque secondaire, plus nombreux et inieux connus que lesnbsp;oiseaux, sont propres a confirmer dans les mêmes idees. Rares etnbsp;chétifs en Amérique comme en Europe, ils se rattachent auxnbsp;mammifères les plus imparfaits, a ceux qui rappellent Ie plusnbsp;les ovipares.
Ainsi, malgré dénormes lacunes, ce que nous savons du début de chaque classe nous montre toujours des combinaisons ina-chevées servant de transition vers une structure plus avancée.nbsp;Chaque groupe, a mesure quil grandit en importance, revêtnbsp;successivement des caractères plus distinctifs et plus compliqués.nbsp;Les dégénérescences elles-mêmes sont 1effet naturel de certainesnbsp;complications. Parmi nos poissons modernes, il en est certaine-ment dinférieurs aux poissons cartilagineux des premiers ages,nbsp;et chez les reptiles les serpents dépourvus de membres, de mêmenbsp;que les édentés chez les mammifères, nont rien de vraimentnbsp;supérieur aux types qui se montrent li lorigine de chacune denbsp;ces classes. Ils sont cependant Ie produit dune série délabora- nbsp;tions et dadaptations de plus en plus complexes.
Si les embranchements et les classes convergent au début, les ordres et les genres doivent manifester les mêmes tendances : ennbsp;effet, la même ambiguïté de caractères se remarque a loriginenbsp;de toutes les séries, snrtout dès quelles sont bien connues. Lesnbsp;premiers carnassiers ont une infériorité relative. Les types inter-médiaires entre les tribus les plus distinctes de 1ordre actuel senbsp;multiplient a mesure que lon rcdescend la série des étages etnbsp;jusquau moment oü les derniers types se dégagent et se fixent.nbsp;h'Amphicyoti, remarque M. Gaudry, était moitié chien, moitiénbsp;ours; VHyxnarctos^ plus rapproché des temps quaternaires, étaitnbsp;ours aux trois quarts, mais retenait encore un peu du chien,nbsp;tandis que Ie Pseiidocyoii était au contraire très-près du chien et
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un peil oiirs; dautres se placent entre les civettes et les chiens, entre les civettes et les hyènes. Le singe de Pikerini confine auxnbsp;semnopithèques par Ic crane et aux macaques par les membres;nbsp;plutót marcheur que grimpeur comme les macaques, vivant denbsp;rameaux autant que de fruits, se réunissant en petites troupesnbsp;intolérantes pour toute autre espèce que la sienne, tel a du êtrenbsp;ce singe. dont M. Gaudry a pu restituer jusqua linstinct par lesnbsp;inductions tirées de toutes les parties conservées de son squelette.
La liaison graduelle des types dune même série se laisse voir dune manière remarquable dans la familie des elephants, autrefois composée de trois genres, dont deux sont entièrementnbsp;éteints, et dont le dernier se trouve réduit aux elephants dAsie etnbsp;dAfrique. Le type du Dinothérium, le plus ancien des trois,nbsp;est aussi celui dont les tendances vers dautres groupes, entrenbsp;autres vers celui des morses et des lamantins, saccusent lenbsp;mieux, tandis que par sa dentition fixe le dinothérium différaitnbsp;beaucoup des éléphants et même des mastodontes. 11 en avaitnbsp;pourtant laspect, la masse, la trompe et les defenses, sans doutenbsp;aussi les instincts et les mceurs. Les mastodontes avoisinent biennbsp;plus les vrais éléphants, surtout celui dAfrique ; les collines denbsp;leurs molaires se rapprochent, samincissent et se plissent dansnbsp;certaines espèces, de manière a revêtir le caractère distinctif denbsp;celles de ce dernier genre; cest a travers une longue série denbsp;formes intermédiaires que lon arrive jusqua celui-ci. Les mêmesnbsp;remarques sappliquent a dautres groupes, comme les rhinoceros, les tapirs, les chevaux, les cerfs, les bcenfs; il est très-difficile de determiner les limites réciproques des espèces anciennes. A mesure que I on touche a des temps voisins des nótres,nbsp;on voit constamment dans lun ou lautre règne chacune de nosnbsp;espèces vivantes ou récemment éteintes précédée par des espècesnbsp;fossiles qui nen différent que par de minimes détails de structure. Dès lors quoi de plus naturel que dadmettre une filiationnbsp;dont on découvre pour ainsi dire tous les degrés? De 1éléphantnbsp;« antique » a celui dAsie et de lélephant « méridional » a celuinbsp;dAfrique, la distance est déja bien faible; mais du grand hippo-
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potame 1'ossile a celui de nos jours, qui a jadis habité Ie bassin de Paris; de Tours des cavernesa Tours brun ; du boeuf primitifnbsp;et du cbeval tertiaire a notre bceuf et a notre cbeYal, 1intervallenbsp;se réduit presque a rien, si Ton tient compte dune foule dinter-médiaires successifs.
M. Scbimper, en interrogeant Ie règne vegetal, aobtenu les inêmes réponses et expliqué de même par Tévolution Ie dévc-loppenient progressif du monde des plantes. Notons cependant-quelques points essentiels : les genres et les families ont généra-lement une vie plus longue cbez les végétaux que chez les animauxnbsp;supérieurs. Cette V'italité reporte Ie berceau de la plupart dentrenbsp;eux a une époque bien plus éloignée, malbeureusement très-pauvre en documents fossiles.. Dun autre cöté, les berbes fontnbsp;presque enlièrement défauta Tétat fossile. Pourtant, si Ton con-sidère les plantes ligneuses, dont Tbistoire est assez bien connue,nbsp;on voit cbaque genre représenté, durant plusieurs périodes, parnbsp;une suite despèces assez peu différentes de celles que nous avonsnbsp;sous les yeux. Les liens de filiation réciproque sont dautantnbsp;plus saisissables que, pour beaucoup de ces séries, nous possé-dons a Tétat vivant Ie terme définitif auquel Tévolution graduellenbsp;du type est venue aboutir. On découvre alors des coincidencesnbsp;remarquables. Lorsquc en effet les particularités de structure,nbsp;de distribution géograpbique, qui distinguent une plante de nosnbsp;jours, se trouvent en rapport exact avec cc que Ton sait dune ounbsp;plusieurs espèces fossiles du même genre, il est légitime de nenbsp;pas sarrêter devant certaines variations de détail et de considérernbsp;la plus récente des deux espèces comme une continuation directenbsp;de Tautre. Agir autrement, ce serait renoncer a tout ce quenbsp;Tanalogie et Tinduction offrent de ressources, cest-a-dire a lanbsp;méthode même. Eb bien! en acceptant ces prémisses, on peutnbsp;dire quil nest pas darbre ou darbuste en Europe, dans TAmé-rique du Nord, aux Canaries, dans la région méditerranéenne,nbsp;quon ne rencontre a Tétat fossile sous une forme spécifique plusnbsp;OU moins rapprocbée de celle daujourdbui. Presque toujoursnbsp;un type très-anciennement développé toucbe maintenant a son
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déclin, de inême quune apparition tardive est souvent la marqué dïine grande extension actuelle. Les affinités végótales entrenbsp;IEnrope et lAmérique du Nord, dont lexistence a étéplusieursnbsp;1'ois proclaniée, sont bien plus étroites encore lorsquon interrogenbsp;les périodes antérieures. Si les animaux éleints de Pikermi ontnbsp;révélé a M. Gaudry une liaison visible avcc ceux qui habitentnbsp;maintenant Ie centre de lAl'rique, la flore fossile du midi denbsp;lEurope trahit a la même époque les mêmes tendances, et lesnbsp;iles Canaries semblent représenter Ie point oü Ie double courant,nbsp;américain et africain, est venu se confondre. Les terres polaires,nbsp;dont la végétation tertiaire est bien connue, grace a linfatigablenbsp;M. Heer, ont constitué aussi dans Ie même temps une regionnbsp;mixte OU les formes associces des deux continents sétaientdonnénbsp;rendez-vous. Les arbres géants de la Californie, Ie dragonniernbsp;de Ténérillé, Ie thuya de lAlgérie, ne sont que les derniers sur-vivants darbres dont la presence a été conslatée dans lanciennenbsp;Europe. Le cyprès chauve de la Louisiane fournit lexemplenbsp;dun végétal autrefois répandu dans EEurope entière, et qui,nbsp;après lavoir quitlée, a continué a vivre en Amérique sansnbsp;éprouver aucun changement. Même lorsquon constate des dif-férences entre les espèces fossiles et les espèces vivantes simi-laires, elles ne sont pas assez tranchées pour empêcher de croirenbsp;a la filiation des unes par les autres.
Précisons encore en insistant sur quelques exemples : lai'bre de Judée ou gainier est maintenant spontané sur un seul pointnbsp;de la vallée du Rhone, non loin de Montélimart; cette mêmenbsp;region a présenté a quatre reprises, et dans quatre ages succes-sifs, des gainiers voisins du notre, distincts pourtant a quelquesnbsp;égards. Faut-il supposer que ces espèces aient péri cbaque foisnbsp;pour ressuscitcr sous une forme légèrement, quoique visiblementnbsp;modifiée? Le laurier-rose tertiaire, observe dans la Sarthe, puisnbsp;en Grèce et ensuite en Bohème, a été rencontré dernièrementprèsnbsp;de Lyon. 11 se montre dans ces diverses localités sous des formesnbsp;successives arrivant enfin a se confondre avec la forme actuelle. Lenbsp;laurier-rose est de nos jours indigene en Grèce et dans le midi dc
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la France ; on con{;oit très-bien que eet arbre, après avoir varié dans une certaine mesure, ait été enfin chassé par Ie froid dunbsp;centre de lEurope. Le laurier ordinaire, Ie laurier des Canariesnbsp;et le grenadier étaient associés au laurier-rose lorsque celui-cinbsp;babitait les environs de Lyon ; tous ont été peu a peu refoulésnbsp;vers le sud. Est-il besoin dappeler a son aide une série de créa-tions instantanées pour expliquer des faits aussi simples dévo-lution et de variabilité ? Dun autre cóté, lexplication une foisnbsp;admise pour les espèces les mieux connues, comment ne pas lé-tendre aux autres par analogie ?
On a objecté souvent, a titre dargument opposé a la doctrine de lévolution, 1extrême perfection des types qui dominaientnbsp;dans la flore du terrain houiller et qui disparurent ensuite, ennbsp;ne laissant après eux que des descendants obscurs et arnoindris.nbsp;Ces types qui ne comprenaient pas de « phanérogames angiosper-mes gt;) témoignent pourtant déja par cette exclusion de linférioriténbsp;relative du règne végétal, dans cette première période. La florenbsp;carbonifère se compose, par moitiés a peu prés égales, de crypto-games vasculaires analogues aux prêles, aux fougères, auxlycopo-des de notre temps, mais évidemmentplus différenciées que ceux-ci, et de gymnospermes plus élevées aussi en organisation, si 1onnbsp;veut, que les conifères, confmant même par cerlaines d'entrenbsp;elles aux gnélacées et fournissant par la une sorte dacliemine-ment vers les angiospermes qui ne se développeront que beau-coup plus tard. Enfin, ajoute-t-on, tous ces types déclinèrent anbsp;la fois et disparurent en ne laissant après eux que des tracesnbsp;insignifiantes^ au commencement des temps secondaires. Cettenbsp;dernière assertion nest pas strictement vraie ; sans parler desnbsp;Equisetian et des Schizonexira du trias et de loolithe^ sans invo-quer certaines fougères qui conservent, dans des temps postérieurs,nbsp;le type de celles de lage carbonifère, sans même nous arrêternbsp;sup les prêles, les marattiées, les sélaginellées, les rhizocarpéesnbsp;des temps actuels qui ne sont évidemment que des restes desnbsp;plantes de lépoque primitive, il est maintenant démontré parnbsp;les recherches de M. GrandEury, quil exislait déja, lors du car-
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bonifère, des conifères et des cycadées, assimilables générique-ment a celles des temps secondaires. Ce sont les genres Walchia ei Pto'ophyllum, découverts récemment a Saint-Étienne, et lesnbsp;Ginkgophyllum, tige évidente des « salisburiées ». Les flores primaire et secondaire ne contrastent tellement a leur point denbsp;contact mutnel que par suite des lacunes qne l'on est force denbsp;constater aussi bien dans Ie permien que dans Ie trias, deux terrains contigus, également pauvres en debris yégétaux. Que lanbsp;végétation se soit amoindrie après Ie temps des houilles, quellenbsp;ait cessé dêtre exubérante et que les conditions présidant a sonnbsp;développejnent naient plus été les mèmes, rien de plus certain;nbsp;mais, de la a une révolution brusque et générale, a une rénova-tion qui aurait remplacé les formes antérieures par dautresnbsp;formes dissemblables, sans filiation dorigine des unes par lesnbsp;autres, il y a un abime et cest eet abime que nous nous refusonsnbsp;a laisser ouvrir.
Les types carbonifères, il est vrai, tant gymnospermes que cryptogames, paraissent supérieurs a ce que ces deux classesnbsp;ont contenu depuis; leur taille, leur vigueur, la perfectionnbsp;mèrne de leurs organes dépasse réellement tout ce que iiousnbsp;pouvons concevoir; mais il ne faut pas oublier que cettenbsp;perfection relative est Ie résultat dune adaptation a des circons-tances dune nature spéciale ; elle sc manifeste chez des végétauxnbsp;qui navaient a soutenir encore aucune concurrence de la partnbsp;des classes vraiment supérieures dont lapparition date dunenbsp;époque bien plus récente; les familes venues en dernier lieu,nbsp;moins originales, moins belles peut-être que celles qui les avaientnbsp;précédées, furent douées en revanche dune vigueur organique,nbsp;dune facilité dadaptation aux conditions biologiques, dunenbsp;süreté de propagation, dont les plantes, si curieuses quellesnbsp;soient, de la période carbonifère étaient certainement dépour-vues. Comment sétonner que les cryptogames et les gymnospermes des premiers ages, nayant pas a lutter contre des typesnbsp;encore dans lenfance, dont lélaboration se poursuivait obscu-rément et ne devait aboutir que longtcmps après, étant par
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conséquent saiis rivales et rencontrant des circonstances cscep-tionnellement l'avorablcs, aient produit des types dont la per-l'ection et la complexité organiques excitent noire admiration? Cest comme si, en présence des prodigieux mécanismes quonbsp;nous montrent beaucoup dinsectes, avec leurs yeux aux millenbsp;facettes, leurs appareils de inanducation, de defense et denbsp;reproduction si délicats et si varies, nous les proclamions supérieurs aux vertébrés dont la perfection résulte Ie plus souvent de combinaisons plus simples, inais tout aussi süres. Lesnbsp;végétaux houillers ont pu vivre^, se développer et prospérer, ilsnbsp;ont pu atteindre un bant degré de complexité organique, sousnbsp;1empire de conditions qui nétaient pas destinées a durer tou-jours. Si dautres végétaux plus robustes et plus accomraodants,nbsp;mieux défendus et par cela mème plus rigoureusement adaptésnbsp;aux exigences de la vie terrestre, ne sétaient pas substitucs aeux,nbsp;la surface du globe serait restéc dénuéc de plantes ou nen auraitnbsp;offert que de chétives et de clair-semées. Cela est bien certain etnbsp;cela ressort de toutes les études dc i'econstitution de la llorenbsp;bouillère si bien explorée par M. GrandEury, en dépit mèmenbsp;des opinions de ce savant, peu portc vers les idéés évolution-nistes.
II serait dailleurs invraisemblable dadmeltre que les plantes carbonifères, ni même les dévoniennes aient été réellement lesnbsp;premières. Antérieurement a Cage des houilles, période de luxe,nbsp;sil en fut jamais, pour Ie règne végétal encore imparfait, lesnbsp;terrains par leur dénument, en fait de plantes fossiles, montrentnbsp;bien que les circonstances originaires furent sans doute tontnbsp;autres. 11 faudrait pourtant se garder de conclure, comme on Ienbsp;fait quelquefois, de cette rareté des empreintes a une indigencenbsp;absolue ou a une trop grande nouveauté du règne végétal, pournbsp;les temps ou elle se manifeste. La nature organique a du effec-tivement traverser bien des phases dont la stérilité des couches nous enlève la connaissance, sans que Ton soit en droitnbsp;de conclure a Tabsence de toute vegetation; les exemples denbsp;plantes terrestres siluriennes qui vont en se multipliant tendent
-ocr page 92-LKS PHÉNOMÈNES ET LES THEORIES-a proiiver la réalité de ce point de viie. La nuUité ou la ra-reté des empreintes ne doivent en aucun cas être confondues avec la nullité ou la pauyreté du règne yégétal lui-même. IInbsp;ny a pas, entre les deux ordres de phénomènes, une connexionnbsp;directe et nécessaire, mais simplement un rapport éloigné, sujetnbsp;a bien des irrégularités et dont il est difficile a une pareillenbsp;distance dc saisir ou dapprécier la yéritable signification.
Telle est en résumé la filière didées par laquelle létude des ètres anciens a conduit a la doctrine de revolution les esprits lesnbsp;plus divers. M. Darwin en Angleterre, en Fi'ance MM. Gaudry,nbsp;Schimper et tant dautres, dans des branches enticrement dis-tinctes, se plagant même parfois a des points de vue très-opposés,nbsp;sont arrivés pourtant a constater des faits eta formuler des résul-tats identiques. Le premier dc ces savants, préoccupé de la théorienbsp;a laquelle il a attaché son nom, en a surtout recherché les applications iramédiates aux ètres actuels. 11 a peut-être ainsi tropnbsp;raultiplié les tentatives de solution pour cbaque cas particulier;nbsp;mais il a su ouvrir une voie immense. En vrai savant, il sest ap-puyé sur lexpérience el a poursuivi la vérité avec une sortenbsp;dacharneraent que ses adversaires ont été obligés de louer. II anbsp;pensé enfin que lesmerveilleuses transformations subies autrefoisnbsp;par les ètres, dues a des elfets sans doute très-lents et soustraitsnbsp;par cela même a nos observations, pouvaient cependantredevenirnbsp;visibles en interrogeant ceux des phénomènes présents qui re-flètent le mieuxles phénomènes dautrefois. Laction de lhommenbsp;sur les plantes et les animaux a paru a M. Darwin propre anbsp;nous éclairer sur les antiques évolutions des espèces, bien quellenbsp;soit plus intense a certains égards, moins efficace et surtout dif-féremment efficace, a d'autres, que Faction de la nature livrée anbsp;elle-même. 11 faut done, pour avoir une idee compléte des pro-grès récents accomplis par 1école de revolution, exposer sesnbsp;idéés sur la culture et la domesticité, et clore cette étude par unenbsp;analyse de toutes les notions que résumé et condense celle denbsp;Fhérédité.
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II
Les êtres vivants, loia detre représentés, comme les fossiles, par des debris inforaaes laissant entre eux dénormes lacunes,nbsp;constitaent un ensenable harmonieux oü rien ne saurait écbappernbsp;a la sagacité de lobservateur attentif, ni les moeurs, ai les instincts^ ni les particularités dorganisation et de structure. Cest anbsp;cette consideration (jua obéi M. Darwin lorsquil scst attaché anbsp;faire sortir de linvestigation raisonnée de la nature présente lesnbsp;lois qni ont du gouverner Ie monde depuis lapparition de la xie.nbsp;De cette pensée est né son livre sur \Origine desespèces^ ou lau-teur accumule tant de preuves en faveur de ce principe, quenbsp;laction modificatrice de Fhomme sur les animaux et sur lesnbsp;plantesnestquune imitation raisonnée des procédés inconscientsnbsp;de la nature. Cette idéé, il a chercbé a la développer dune ma-nière toute spéciale en étudiant dans un ouvrage postérieur lesnbsp;effets de la domesticité. II a voulu montrer comment les êtresnbsp;sauvages, une fois soumis a Faction de Fhomme, se sont com-portés. La question abordée par M. Darwin compte parmi lesnbsp;plus curieuses. Elle est et sera longtemps un champ de controverse ouvert aux naturalistes et aux philosophes; elle se lie anbsp;Fétude des premiers pas de Fhomme enfant dans la voie dunbsp;progrès.
Nul doute quavant de soumettre les animaux a la domesticité et de cultiver les plantes, Fhomme nait traversé un état transi-toiro et imparfait durantlequel il essayait son intluence, sans ennbsp;soupfonner encore toute Fétendue. Les Lapons en sont encore la;nbsp;leurs troupcaux de rennes sont toujours a demi sauvages; ils lesnbsp;surveillent et les parquent en employant Fadresse ou la force,nbsp;mais sans jamais en être les maitres paisihles. Ni les femelles,nbsp;lorsqiFil sagit de les traire, ni lesjeunes, lorsquon veut sennbsp;emparer pour les abattre, ne se laissent approcher sans résistance,nbsp;et les malos étrangers se mêlent librement aux troupeaux domes-tiques dont ils contribuent a maintenir et a améliorer la race.
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Les premiers hommes, exclusivement chasseurs, out dü voir dinnombrables herbivores parcourir Ie fond des vallées. Lanbsp;terreur quinspire aux animaux sauvages la presence de rhommenbsp;na pas dü toujours exister; dans les régions oü il aborde pournbsp;la première fois, dans celles même oü il se montre rarement, desnbsp;troupes familières lentourent, Ie pressent et se laissent touchernbsp;sans defiance; linstinct qui pousse les animaux a fair devant.nbsp;riiomme ne se développe cbez eux qua la longue. Vivre a porteenbsp;des plus utiles et des plus sociables pour en retirer certainsnbsp;avantages, tel est sans doute Ie point de départ de la domestication ; de cette idéé a celle de les parquer, de semparer des jeunesnbsp;pour les élever, il ny a quun pas. II fut franchi lorsque lesnbsp;animaux, plus vivement pourchassés ct séloignant de rhomme,nbsp;Iobligerent a singénier pour se procurer des ressources. Tantnbsp;quil trouva dans les plaines des proies faciles, Iliomme neutnbsp;prés de lui aucun animal domeslique, sauf peut-être Ie chien,nbsp;quil dut de bonne beure associer a son existence. Dailleurs il nenbsp;sest attaqué aux mammifères que lorsque la connaissance du feunbsp;lui eut appris a en modifier la chair par la cuisson ; sa dentitionnbsp;Ie voue naturellement a un régime compose de racines, de fruits,nbsp;peut-être dmufs etdcpetits animaux; il adü toujours recherchernbsp;les substances végétalcs, et, daprès ce que nous ont appris a eetnbsp;égard les cités lacustres, il utilisait autrefois jusquaux fruits lesnbsp;plus misérables. Le sauvage de nos jours, auquel ressemblaitnbsp;certainement lEuropéen primitif, traine une existence précairenbsp;et est exposé a de grandes disettes. line faut done pas sétonnernbsp;de trouver les inures, les baies de prunellier, les chataignes deaunbsp;et même les glands au nombre des substances alimentaires usi-tces dans les premiers ages. Lhommc a certainement goüté denbsp;tont avant de faire un eboix raisonné parmi les plantes dont il senbsp;nourrit, et M. Darwin est porté a croire que nos céréales ont dü anbsp;leur grain, promptement grossi par la culture, de se voir préférernbsp;a une foule de graininées a peine comestibles que le besoin pous-sait daborda recueillir.
Lidée de la domesticité, étroitement liée a celle des plus an-
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ciens progrès de Thomme, se perd done avec lui dans la nuit des temps^ et pourtant cest justement Ie mystèee des origines premières quo notre esprit tiendrait a percer. II faiit recourir pournbsp;cela aux recherches récentes sur les ages de la pierre taillée, denbsp;la pierre polie et du bronze. Les vestiges des anirnaux domesti-ques y sont relativement plus rares que ceux des anirnaux sau-xages. Quant aux plantes, les découvertes opérées surlemplace-inentdesanciennes cites lacustres ontdévoilé Ie mode dalimenta-tionetragriculture rudimentairedesracesprimitives. Ona observenbsp;un chien, probablementdomestique, dans les débrisde cuisine denbsp;la période néolithique en Danemark; du temps des cites lacustres,nbsp;dans lage de la pierre polie, cest-a-dire a peu pres a la mêmenbsp;époque, il existait aussi en Suisse un chien de taille moyenne,nbsp;intermédiaire au loup et au chacal. Lage du bronze, en Scandinavië comme en Suisse, fait voir un autre chien de plus hautenbsp;taille, remplacé dans r%e du fer par un animal encore plusnbsp;grand, Le cheval était domestiqué vers la fin de la pierrenbsp;polie ; mais ses débris sont bien plus rares que lorsquil ne servaitnbsp;qua lalimentation, comme dans lage précédent. Deux cspècesnbsp;de pores, deux ou trois sortes de boeufs, une petite race de moutonsnbsp;il jambes hautes et grêles, et différant tout a fait des races actuelles,nbsp;composaient le bélail; la chèvrc parait avoir été plus abondantenbsp;en Suisse que le mouton. Les habitants de LEurope méridionale ont de leur coté utilisé et probablement apprivoisé très-anciennement le lapin.
Lagriculture devaitêtrebien peu avancée; cependant elle com-prenait déja dix sortes de céréales, cinq de froment, trois dorge et deux autres graminées; Les pois, le pavot, le lin, la pomme, lanbsp;poire et la noisette ont été recherchés et par conséquent cultivésnbsp;de bonne heure. Dureste les grains de blé et dorge étaient petitsnbsp;et peu nourris; les fruits chétifs et le grand nombre de plantesnbsp;et danimaux sauvages utilisés comme aliment prouvent ii quelnbsp;point les ressources fourniespar la culture etparlélève du bétailnbsp;etaient encore précaires. De la simplicité de ce premier état, lanbsp;domesticité et la culture sont arrivées peu a peu a ce quelles sont
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de nos jours, oii leurs riches produits couvrentle monde et suf-fisent a lalimentation de peuples innombrables. Quelle énumé-ration ne faudrait-il pas entreprendre pour compter les plantes de toute sorte, alimentaires, oléagineuses, saccharines, fourra-gères, textiles, tinctoriales, médicinales, que les Européens ontnbsp;introduites ou améliorées ! Quant aux animaux, il suffit de rap-peler les merveilles obtenues par lélevage des bêtes de somme,nbsp;de labour, et de celles qui sont destinées a donner leur toison ounbsp;a fournir leur chair; enfin comment ne pas mentionner, mêmenbsp;incidernment, ce que lhomme a fait du cheval, en créant dunenbsp;part les races les plus fières et les plus rapides, de lautre les plusnbsp;utiles et les plus vigoureuses? A limitation de la nature, il a faitnbsp;surgirpartout de nouveaux êtres analogues a ceux que nous dési-gnons du nom despëces.
II est impossible en effet de nier les differences qui séparent entre elles les races domestiques; mais, si ces diversités sautentnbsp;aux xeux, il est permis de se demander quelle en est la valeurnbsp;réelle et surtoutla raison d'etre originaire. lei laccord cesse denbsp;se manifester parmi les naturalistes, et lon voit se dessiner troisnbsp;écoles bien distinctes. Les uns considèrent surtout que lhomme,nbsp;en se rendant maitre des animaux et des plantes quil a plies a sonnbsp;usage, a du profiler de certaines circonstances faxorables et denbsp;certaines aptitudes inherentes a ces êtres eux-mêmes, et qui nontnbsp;dü se rencontrer quassez rarement et sur des points limités.nbsp;Admettant en outre que Thomme est apparu sur la terre a unenbsp;époque relativement récente, et que toutes les races humainesnbsp;descendent dune souche unique, ils pensent quil a domestiquénbsp;originairement un nombre despèces assez restreint qui lauraientnbsp;accompagné dans ses migrations et auraient ensuite xarié dansnbsp;des limites considérables; mais ces diversités pour eux ne dépas-sent jamais une certaine mesure, et les races domestiques, unenbsp;fois abandonnées a elles-mêmes, ne tardent pas de reprendrcnbsp;leurs caractères primitifs. Ainsi, pour cette écolc, toutes nosnbsp;races domestiques remonteraient a une, au plus a deux ou troisnbsp;espèces quon ne saurait identifier avee les espèces libres simi-
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lairesque lorsquon observe une fécondité réciproque sanslimite. Quelques-unes des races domestiques auraient continué d'existernbsp;a létat sauvage, tandis que dautres auraient été entièrementnbsp;subjuguées par rhomme. Dautres esprits sont plus esclusifs ;nbsp;a leurs yeux, les moindres dissemblances appréciables entre lesnbsp;ètres vivants deviennent des différences radicales. II leur paraitnbsp;impossible que la diversité des formes ne soit pas la preuve dunenbsp;origine distincte pour chacune delles; ils admettent done sansnbsp;peine la pluralité des souches sauvages doü les races domestiquesnbsp;seraient issues. Chaque race de porc, de boeuf, de rnouton, cha-que variété de poire, de pêche, de cerise, seraient descenduesnbsp;dautant despèces primitivement sauvages. Tout autre seraitnbsp;la signification donnée aux races domestiques par la dernièrenbsp;école, en tète de laquelle est venu se placer M. Darwin. Eliesnbsp;seraient Ie produit dune série de modifications dautant plusnbsp;variées que les voies suivies pour les obtenir auraient été plusnbsp;diverses. Lhomme, poussé par Ie besoin, 1instinctou Ie caprice,nbsp;serait venu faire ce que faisait avant lui la nature par des inoyensnbsp;plus lents. 11 aurait fourni a des types naturellement plastiquesnbsp;loccasion de se transformer, et son intérêt laurait porté a fixernbsp;autantque possible les résultats de ces transformations. Le pro-blème serait dailleurstrès-coinplexe, si, corame Tassure M. Darwin, la domesticité avail eii pour elfet principal dactiver lanbsp;fécondité mutuelle des êtres qui Tont subie, en sorte que lesnbsp;descendants despèces distinctes auraient pu devenir susceptiblesnbsp;de se rapprocher et de reconstruire une race mélangée laoü,ennbsp;dehors deThoinme, les deux types seraient restesisolés ouraêmenbsp;hostiles.
Cette considération, que lorigine presque assurée de certaines races de chiens par le loup rend très-vraisemblable, jette unenbsp;confusion de plus sur la filiation des races domestiques. Anssi lenbsp;savant anglais, dans sa discussion des origines, a-t-il eu recoursnbsp;a tons les indices. Cest ainsi quil a mis dans son jour ce phéno-mène important et peu mentionné avant lui, que dans bien desnbsp;cas les animaux rendus a la liberté, loin de reprendre des ca-
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ractères uniformes, conservent une partie de ceux quïls doivent a lintervenlion de Thomme, et ferment, sous linfluence des conditions nouvelles quils subissent, des races particulières et dé-finitives. II en estainsi en particulier du chien, dont lhistoirenbsp;est dautant plus obscure que sa domestication est plus reculéenbsp;et plus universelle. Quelques auteurs Tont fait descendre dunbsp;loup, du cbacal ou dune espèce primitive unique; mais Topi-nion qui Ie fait venir de plusieurs espèces dabord distinctes,nbsp;puis diversement mélangées, semble avoir prévalu. En consultant certains monuments historiques, on voit quil existait déja,nbsp;il y a quatre mille ou cinq mille ans, plusieurs races séparées,nbsp;présentant destraits caractéristiques desnótres, chiens pariabs,nbsp;lévriers, courants, dogues, bichons et bassets. Pourtant on nenbsp;saurait songer a identifier ces races avec les variétés correspon-dantes actuelles, qui en sont plutot des répétitions parallèles quenbsp;des prolongeinents directs. La ressemblance singuliere de beau-coup de races de chiens de divers pays avec les animaux sau-vages qui habitent a cote deux est encore un élément qui doitnbsp;être pris en considération. Réelle, fortuite ou exagérée, cettenbsp;ressemblance a de tout temps préoccupé les voyageurs, et dansnbsp;certains cas elle constitue un indice frappant. Les croisementsnbsp;volontaires des chiens domestiques avec les espèces sauvages con-génères paraissent être pratiques par les Indians dAmérique;nbsp;plus au nord, chez les Esquimaux, le rapport devient tout a faitnbsp;frappant. 11 est vrai que les chiens des contrées polaires ont unnbsp;role et des fonctions spéciales a remplir. Ils constituent les atte-lages des t^aineaux, et regoivent en retour une part de nourriturenbsp;quil leur serait impossible de se procurer dans la saison froide,nbsp;sils étaient abandonnés a leur instinct; mais en dehors du service quon exige deux ils ne montrent pourlhomme aucun at-tacbcment : livrés a eux-mêmes, se roulant sur la neige, insen-sibles aux caresses, ils conservent les allures, le regard farouche,nbsp;la queue basse du loup, et se croisent fréquemment avec ce dernier, donnant alors les produits dune sauvagerie extréme. Idnbsp;done la prétendue barrière entre la race du loup et celle du
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chien disparail, et que Ie chien des Esquimaux soit uu loup ap-privoisé, ou Ie loup arctique un chien sauxage ayant les moeurs du loup, la confusion entre les deux races nen est pas moins
manifeste.
Les chiens de rAmérique méridionale ressemblent de même au cancrier [Ca7iis caiiaivoriis) ei sa croisent fréquemment avecnbsp;lui; les chiens dAwhasie rappellent Ie chacal, ceux de la cótenbsp;de Guinee se rapprochent du renard; il nest pas jusquau chiennbsp;de Hongrie dont la ressemhlance avec Ie loup dEurope ne soitnbsp;très-marquée, de même que celle des chiens pariahs de lIndenbsp;avec Ie loup du même pays. Dun autre coté, rendus a létat sau-vage, nos chiens domestiques sont très-loin de revêtir partoutnbsp;une coloration uniforme, datfecter les mêmes moeurs et de présenter les mêmes caractères. Les uns perdentla faculté dahoyer,nbsp;et les autres, comme ceux de la Plata, laconservent; ceux de Cubanbsp;different des chiens marrons de Saint-Doraingue par la couleurnbsp;de la robe et celle des yeux. Les chiens domestiques voient leursnbsp;caractères les plus fixes en apparence saltérer ou disparaitre aunbsp;bout dun temps trcs-court, sils passent dun milieu dansun autre. Les races dEurope ne persistent pas dans llnde; ailleursnbsp;elles perdent leur voix, leur pelage, leur forme, ou changentnbsp;dinstincts; Pouvrage de Phomme se trouve ainsi détruit plus ounbsp;moins vite; il sétait aidé de circonstances particulières, et sonnbsp;oeuvre tombe devant des circonstances opposées. Pourtant ce nestnbsp;pas aux circonstances uniquement que Pon doit certaines dévia-tions du squelette ni la coexistence dans la même contrée denbsp;formes aussi différentes que Ie lévrier et Ie bouledogue. Pour senbsp;rendre compte de modifications aussi accusées. il faut bien avoirnbsp;recours aux forces latentes de Porganisme, sollicitées par Phommenbsp;et produisant des variations subites, fixées ensuite par Peffortnbsp;réuni de la sélection et de Phérédité.
Cest a peu prés ce qui doit être arrivé pour Ie porc. Toutes les races, même celles que Pon a observées dans les iles écartéesnbsp;du Pacifique, paraissent descendre de deux types distincts, 1unnbsp;encore sauvage, Ie sanglier, Pautre originaire de Siam et de la
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Chine, et dont la forme primitive serait perdue. Les races dérivées du sanglier existent encore, daprès Nathusius, sur différentsnbsp;points du centre et du nord de lEurope; elles disparai'ssent de-vant des races améliorées, produit direct de Tindustrie humaine.nbsp;Chacun connait les races anglaises, chez lesquelles toutes les aptitudes ont pour hut de favoriser lengraissage et Ie développe-rnent des parties utiles aux dépens des autres. Le groin, les crocs,nbsp;les machoires, les soies, tendent a surgir par un mouvement inverse dès gue Fanimal est livré a une vie plus active. II y a déjanbsp;loin du porc amélioré du Yorkshire au porc a moitié lihre dIr-lande ou de nos départements de louest et du midi; aussi voit-onnbsp;apparaitre chez ces derniers des particularités dont il nexiste pasnbsp;trace chez les autres. La taille varie selon les climats, ainsi quenbsp;la consistance des poils; les pores tures el westphaliens repren-nent aisément la livrée des marcassins; les individus des valléesnbsp;chaudes de la Nouvelle-Grenade sont au contraire presque nns,nbsp;et dautres, a des hauteurs de 7 et 800 pieds, revêtent une four-rure épaisse de poils laineux. Les bêtes bovines different a telnbsp;point que lon serait tenté dy distinguer deux divisions princi-pales. Tune pour les zébus ou boeufsabosse, lautre pour les boeufsnbsp;sans hosse, comme notre taureau. Cependant partout ou les premiers se sont trouvés en contact avec notre gros bétail, il en estnbsp;sorti des croisements féconds. En Europe, on reconnait a létatnbsp;fossile au moins trois espèces de boeufs qni paraissent avoir éténbsp;domestiqués de toute antiquité, et dont le type sestperpétuéparminbsp;nos races indigenes. Une race a demi sauvage, conservée ennbsp;Angleterre dans le pare de Chillingham, parait reproduire a peunbsp;pres les caractères dubenufprimitif ou primigenms, de même quenbsp;le bétail noir du pays de Galles se rattache au type du longifrons.
Dautres animaux, et le cheval en tête, pourraient bien ètre issus dun type originaire unique ou du moins très-uniforme ;nbsp;mais quel est le point de depart veritable de cette race qui, sui-vanl Ehomme dans ses émigrations, sest étendue avec lui jus-quaux extrémités de la terre? Pour le determiner, M. Darwinnbsp;invoque la recurrence de certains caractères qui, renaissant après
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un long- sommeil, sont comme un souvenir lointain des habitudes primitives. Non-seulement Ie cheval peut supporter un froid intense, puisque 1on en rencontre des troupes sauvagesnbsp;dans les plaines de la Sibérie jusqu^au 56' degré de latitude,nbsp;mais il conserve longtemps linstinct de gratter la neige pournbsp;retrouver lberbe au-dessous. Les tarpans sauvages de lOrient,nbsp;les chevaux libres des iles Falkland, ceux du Mexique et de lA-mérique du Nord possèdent également eet instinct, qui se ratta-che sans doute a quelque particularité de leur vie antérieure, aunbsp;sein de la contrée dont ils sont originairement sortis. Sil en estnbsp;ainsi, Ie cheval naurait été adapté au climat sec et brülant denbsp;1 Arabie et de FAfrique que par Ie fait de rhomme. Cest la pour-tant quil a acquis ses plus nobles qualités, ses formes les plusnbsp;parfaites, et que la race la plus pure sest formée. La selectionnbsp;exercée sur Ie cheval a créé en lui des facultés loutes particu-lières. Déja bien éloignée des parents arabe et berbère dont ellenbsp;est issue, la race de course anglaise possède et transmet fidèle-ment les particularités artificielles accumulées chez elle. Que denbsp;différences encore dun type de cheval a un autre! Les racesnbsp;insulaires et montagnardes sont généralement chétives, celles desnbsp;plaines et des gras paturages massives et de*grande taille. Cer-taines robes, comme 1isabelle, fréquentes dans lEurope oriëntale et rAsieintérieure, sont a peu prés inconnues chez Ie chevalnbsp;de course anglais et Ie cheval arabe, dont il descend. 11 existenbsp;cependant chez toutes les races chevalines une particularité denbsp;. coloration que lon serait tenté de regarder comme un retournbsp;vers Ie pelage dun ancêtre éloigné, tant cette particularité estnbsp;conforme a celle qui distingue plusieurs espèces vivantes dunbsp;groupe des équidés; nous voulons parler des raies ou bandes soitnbsp;dorsale, soit zébrines, qui reparaissent dans toute les races ; ellesnbsp;se montrent ordinairement sur les fonds isabelle ou alezan clair,nbsp;ou encore gris de souris, et seffacent parfois avec lage; dautresnbsp;fois elles se manifesten! tard, et persistent alors pendant toutenbsp;la vie. Ces retours de coloration sont faciles a observer chez lesnbsp;pigeons domestiques, divisés maintenant en une infinite de races
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et de variétés, qui toutes cependant paraissent provenir du seul pigeon de roche ou biset. Le caprice des amateurs, la passion denbsp;la nouveauté et même de la bizarrerie, engendrent peu a peu cesnbsp;diversités, bientót fixées a laide dune sélection systématique ;nbsp;mais la tendance au retour partiel vers lancêtre commun nenbsp;subsiste pas moins : la livrée bleu-ardoise et les barres transver-sales des ailes qui distinguent le biset reparaissent aisémentnbsp;chez les descendants transformésdecetteespèce, quelexcellencenbsp;de sa chair a fait accueillir dans tous les pays. Les inêmes effetsnbsp;de variation, de croisement et de réversion se retrouvent cheznbsp;les races gallines, qui toutes paraissent avoir divergé dun typenbsp;unique, le Gallus hankiva, espèce qui habite a létat sauvagenbsp;1Inde septentrionale, Ilndo-Chine, et sétend jusquaux Philippines et a Timor.
Lapparition dun caractère ou dune faculté ne constitue jamais chez les animaux un acte complétement indépendant; les différents organes tendent a séquilibrer et a réagir les unsnbsp;sur les autres. Cest cette dépendance plus ou moins étroite,nbsp;mais toujours réelle, des différentes parties de lensemble quenbsp;M. Darwin appelle correlation de croissance. Ainsi les membresnbsp;antérieurs nè sauraient changer sans amener des changementsnbsp;dans les postérieurs ; 1allongement des jambes produit ordinai-rement celui du cou et de la tête ; les parties dures, les cornes,nbsp;les ongles, les appendices tégumentaires, se renforcent cheznbsp;ceux oü prédominent les parties molles. Si des animaux nousnbsp;passons aux plantes, les mêmes lois générales se laissent recon-naitre, mais dans dautres limites et a laide de combinaisons ennbsp;rapport avec la distance qui sépare les deux règnes.
La plante et surtout larbre ne sont pas composes, comrne la-nimal, dun nombre rigoureusement déterminé de parties. Lin-dividu végétal nest, a proprement parler, que le support dune réunion dorganes groupés dune manière tantót simullanée,nbsp;tantót successive, solidaires pourtant, puisque la sélection denbsp;lhomme ne saurait en transformer un sans influer sur les autres.nbsp;La poire ne saméliore point sans que le poirier lui-même ne
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la théorie de LÉVOLUTION.
prenne un autre aspect qua létat sauvage. II existe done aussi chez les végétaux une veritable corrélation de croissance ; maisnbsp;ce qui sépare surtout les plantes des animaux, cest que cheznbsp;elles les appareils sexuels ne sont ni uniques ni permanents. Cenbsp;sont presque toujours des organes multiples qui se montrentnbsp;pour accomplir leurs fonctions et disparaissent ensuite. Malgrénbsp;cela, les qualités, les formes, les couleurs, les caractèresde toutenbsp;sorte et jusquaux nuances les plus fugitives se transmettent cheznbsp;les végétaux. Quoique en eux tout soit passif, la nature a varié anbsp;linfini les moyens de croisement, soit en séparant les sexes, soitnbsp;cn employant les insectes aux opérations délicates du transportnbsp;de la poussière fécondante, soit enfin par cette circonstance quenbsp;les fleurs peuvent se féconder réciproquement.
A labsence de mouvements volontaires et par conséquent de spontanéité se joint chez les végétaux la difficulté de réagir contrenbsp;les milieux ambiants, par suite de labsence dun foyer de combustion intérieure. Non-seulement la chaleur quils portent en euxnbsp;garantit les animaux, surtout les plus élevés en organisation,nbsp;contre Ie froid, mais ils peuvent, par Ie choix des aliments ab-sorbés, accroitre lintensité de cette force de résistance. Les végétaux sous ce rapport sont évidemment bien plus dépourvus denbsp;moyens de defense; ilsréagissent pourtant, maistrès-lentement.nbsp;par une sorte de sélection. Lorganisation, basée sur des combi-naisons trop délicates et trop complexes, des végétaux du midinbsp;succombe a coup sur sous une atteinte souvent très-faible.nbsp;Quelques-uns dentre eux se montrent pourtant robustes et cosmopolites, quelle que soit leur provenance. Le blé, Ie riz, Ienbsp;maïs, la pomme de terre, le tabac, la vigne mème, occupent desnbsp;espaces qui se prolongent bien au dela des limites de la distribution naturelle de ces plantes. Lhomnie a su agrandir le eerdenbsp;danslequel on les peut cultiver, en sattachantaux seules partiesnbsp;quil utilise dans chacune delles.
II existerait bien des singularités a signaler en considérant la distribution des plantes cultivées relativement a celle des regionsnbsp;d OU on presume quelles sont sorties. Le bananier, maintenant
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répandu dans toute la zone torride des deux mondes, a dü cepen-dant être apporté en Amérique de lAsie méridionale a une époque dont il est impossible de fixer exactement la date, maisnbsp;qui, si Ton sen rapportait a certains indices, serait peut-être an-térieure a la découverte. Le maïs est au contraire américain do-rigine, il était cultivé par les indigenes; cependant il na jamaisnbsp;été retrouvé a létat sauvage. II en est sans doute de même dunbsp;froment. II est a pen prés certain quon ne lobserve nulle partnbsp;a létat spontane, et les exemples cités par quelques voyageursnbsp;se rapporten! plus probablement a des semis sporadiques quanbsp;des plantos réellement sauvages et indigènes. Le froment pri-mitif existe peut-être dans une des nombreuses espèces de tri-ticum, OU blé naturel, que les botanistes connaissent sans quilnbsp;soit possible den saisir la parenté avec le froment cultivé. Lesnbsp;grains de blé les plus anciens proviennent des ruines des citésnbsp;lacustres; ils ne sont quiraparfaitement séparés de la glume etnbsp;bien plus petits que les nótres, puisque les plus gros nont quenbsp;six, rarement sept millimetres de longueur, et les plus faiblesnbsp;seulement quatre, tandis que les grains modernes en mesurentnbsp;presque toujours sept ou buit. La culture a done su modifier lanbsp;céréale primitive, dont le grain était a peine comestible, et a dé-veloppé chez elle une tendance a varier et a grossir qui sy trou-vait a létat latent. Aucune plante ne semble plus artificielle quenbsp;le froment, aucune nexige des soins plus constants et une sé-lection plus attentive ; les changements obligés de semence et lenbsp;choix quil faut faire des plus beaux grains pour empêcher Ies-pèce de dégénérer le prouvent surabondamment.
Dans ses serais de poirier, M. Decaisne est parvenu a faire re-produire par chaque sujet dont il avait semé les pepins la plupart des types de nos races cultivées. Cest done a laide de semis successifs, volontaires ou accidentels, que nos fruits se sontformés ;nbsp;en les améliorant, on a profité dune disposition que Lon observenbsp;dans toutes les races naturelles. Tel est le point de depart:nbsp;rhomme se saisit de cette force latente, il la détourne a sonnbsp;usage et parvient a en accentuer les effets en les accumulant;
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mais la nature elle-même la possède et la manifeste sous nos yeux, quoique a un moindre degré. Les difficultés quéprouve Ienbsp;botaniste a determiner les limites réciproques des espèces con-génères dès que Ie genre dont elles font partie est compacte etnbsp;distribué sur un grand espace, ces difficultés sont du mèmenbsp;ordre que celles qui arrètent Ie pomologue dans Ie classementnbsp;de certaines variétés de fruits. Ainsi nos procédés ne differentnbsp;pas de ceux de la nature; Iliomme na fait que sappropriernbsp;ceux-ci pour arrivcr a ses fins: seulement, dans la race domes-tique, les circonstances occasionnelles, étant de son fait, sontnbsp;plus OU moins artificielles et fugitives. La race domestique estnbsp;done une espèce créée en vue de Iliomme plus rapidement quenbsp;lespèce sauvage et par cela mème établie sur des bases moinsnbsp;fixes. Lespèce spontanée a du se faire lentement, sous lempirenbsp;de nécessilés permanentes, au moyen de la mème force inhérente a lorganisme, mais agissant plus sürement que lorsquenbsp;1homme sen empare pour en profiler. Or, justement paree quenbsp;Fespèce est letret dune longue série de causes combinées etnbsp;solidaires dont elle garde lempreinte et qui sont susceptibles denbsp;se réveiller en elle, mème après un long sommeil, elle na riennbsp;dabsolu; de la les difficultés éprouvées par ceux qui, voulantnbsp;en faire la pierre angulaire de tout lédifice de la nature, nenbsp;peuvent pourtant saccorder pour définir en quoi elle consiste.
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Lorsque, sélevant au-dessus des parlicularités, on considëre les phénomènes de la vie en eux-mêmes, et non plus pour décrirenbsp;simplement les èlres qui les personnifient, on ne tarde pas a dé-couvrir un principe général qui embrasse en quelque sorte tonsnbsp;les autres; cest celui de lhérédité, force active et impulsive,nbsp;raison dêtre de tout ce qui vit. Lbérédité est proprement unenbsp;continuation de lêtre organisé. Sans elle, il ny aurait que desnbsp;personnalités privóes de liens réciproques, destinées a périr après
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im certain temps. Par elle seule, nous concevons de nouveaux êtres possédant des caractères propres et des caractères transmis.nbsp;Lhérédité, ainsi considérée, source a la fois des variations etnbsp;des ressemblances, est Ie seul moyen a Ia portee de notre intelligence par lequel nous puissions nous expliquer lexistencenbsp;des êtres vivants, ainsi que celle des intervalles par lequels ils senbsp;rapprochent OU se séparent. Dautre part, Texpérience nous ap-prend que lhérédité résulte nécessairement dune série plus ounbsp;moins nombreuse de generations, que par elle les divergencesnbsp;vont en saccentuant, de même que les similitudes en se fixant,nbsp;et que les degrés intermédiaires peuvent et doivent disparaitre ;nbsp;il ny a done pas pour nous dimpossibilité directe a ce que lesnbsp;êtres vivants qui possèdent entre eux quelques traits similairesnbsp;aient pu sortir les uns des autres, et remontent en réalité a unnbsp;petit nombre dancêtres communs. Dansla majorité des cas, lanbsp;somme des similitudes organiques étant plus forte que celle desnbsp;divergences, la supposition par elle-même na rien que de plausible. Buffon,qui navait encore quune idee confuse de la duréenbsp;presque sans limite du globe, sétonnait en termes magnifiquesnbsp;« de ce monde dêtres relatifs et non relatifs, de cette inflnité denbsp;combinaisons harmoniques et contraires, de cette perpétuité denbsp;destructions et de renouvellements; » il y voyait avec raisonnbsp;une sorte dunité toujours persistante et éternelle ; il exprimaitnbsp;enfin cette belle pensée, que la faculté de se reproduire, communenbsp;a tous les êtres, supposait entre eux « plus danalogie et de chosesnbsp;semblables que nous ne pouvons limaginer, » et suffisait pournbsp;nous faire croire que « les animaux et les végélaux étaient desnbsp;êtres a peu prés du même ordre (1). » Ce lien de riiérédité em-brasse done luniversalité de ce qui a vie; tout ce qui se meutnbsp;OU végète lui est soumis, et M. Darwin, comme Bufion, sarrêtenbsp;devant la multiplicité des effets quil produit. Les merveilles denbsp;rhérédité sont sous les yeux de chacun de nous, elles sont ennbsp;nous-mêmes, il ne dépend que de nous de les constater et dy
(1) Voyez Buffon, Discours sur la manière de trailer et d'étudier lhistoire naturelle, et Hisloire générale des Animaux.
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rcconnaitre, en les analysant, plusieurs ordros de phénomènes distincts relevant de la même cause. Pénétrons a la suite de lé-minent auteur anglais dans lintérieur de ce vaste laboratoire, aunbsp;sein diiquel la vie lutte incessamment pour réparer ses pertes,nbsp;maintenir et étendre son domaine.
11 faut dabord^ dans lhérédité, distinguer dune part la transmission des caractères antérieurement acquis, de lautre lappa-rilion des caractères nouveaux et la possibilité pour ceux-ci de se fixer a leur tour. Parlun de ces phénomènes, on confoitlaperpé-tuité possible de certaines particularités ; par lautre, on comprendnbsp;la divergence progressive des races. Ces deux ordres de faits sontnbsp;connexes inalgré les résultats opposes auxquels ils conduisent.nbsp;Dans la transmission aux enfants des caractères possédés par lesnbsp;parents, Phérédité seule agit. Cette ressemblance est ce qui nousnbsp;frappe Ie plus dans Phérédité. Quoi de moins varié que les indi-vidus dun même troupeau, que les cerfs dune même contrée,nbsp;que les lièvres, les loups, les renards, comparés les uns auxnbsp;autres? Cependant, même chez les animaux les plus semblablesnbsp;en apparence, la diversité nexiste pas moins, puisquo les animauxnbsp;sauvages se reconnaissent entre eux, et que Ie berger distinguenbsp;sans hésiter chacune de ses bêtes. Les individus les plus analoguesnbsp;possèdent done une physionornie qui leur est propre ; cheznbsp;quelques-uns, ces différences peuvent accidentellement devenirnbsp;plus saillantes, et enfin, sil se produit des particularités entière-ment nouvelles, elles nen seront pas moins sujettes a la transmission héréditaire. Dans ce dernier cas, Phérédité nagit pasnbsp;seule. Pour expliquer cette variation, lorsquellc est sans précédent et quellene sauraitêtreattribuée ni a Phérédité proprementnbsp;dite, ni a Phérédité éloignée ou atavisme, il faut nécessairementnbsp;recourir soit a Paction spontanée de Porganisme, soit a Pinfluencenbsp;des circonstances extérieures. Ces deux causes se combinent ennbsp;effet pour faire surgir de nouveaux caractères, et dans beaucoupnbsp;de cas il est difficile de décider si cest Pune plutót que Pauti'enbsp;que Pon doit invoquer de preference. Cependant on a vu senbsp;manifester parfois des particularités organiques tellement impré-
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vues quil est difficile dadmettre que les circonstances extérieures y aient contribué en quelque chose ; ainsi lhomme porc-épic dontnbsp;lépiderme portait des appendices cornés en forme de plaquesnbsp;raides, sorte de carapace qui muait périodiquement, ne devait anbsp;aucune cause externe cette singuliere defense quil transmit anbsp;plusieurs de scs descendants. La plupart des monstruosités animales, les pores a deux jambes cites par M. Hallam, les lapins anbsp;oreilles pendanteS;, sont dans Ie mème cas, et lorganisme seiil,nbsp;obéissant aux forces qui Ie dirigent, a dü certainement les pro-duire. Même lorsquil fautinvoquer Faction des milieux, lorganisme demeure toujours la source première de tous les change-ments; les circonstances extérieures ne sont que 1occasion;nbsp;1organisrae est Ie centre et Ie point de depart des diversités quinbsp;surviennent et qui se consolident plus tard par 1hérédité.
Si Forganisme était entièrement livré a lui-même, cest-a-dire si les circonstances extérieures ne changeaient pas, il sétabliraitnbsp;paree seul fait une très-grande uniformité chez les êtres vivants.nbsp;Cette uniformité serait telle que des formes particulières appa-raitraientrarement et se maintiendraient plus rarement encore.nbsp;On peut même ajouter que, sous Fempire permanent dun pareilnbsp;état, la somme des ressemblances parmi les êtres animés dépas-serait de beaucoup celle des differences ; mais il nen est pas ainsi,nbsp;les circonstances extérieures peuvent et doivent changer. Riennbsp;nest stable ni définitif ici-bas; Ie sol, les climats, les conditionsnbsp;de nourriture, la composition même des liquides et des gaz, ontnbsp;changé a plusieurs reprises dans Ie cours des ages géologiques,nbsp;tantótpar un mouvement insensible, tantót par Ie fait des révo-lutions. Ils changent encore sous nos yeux dès que Fon passenbsp;dune contrée dans une autre. Pour certaines categories dani-maux et de plantes, il suffit même de se déplacer de quelquesnbsp;lieues pour voir se renouveler Faspect des choses extérieures etnbsp;des êtres vivants. Lacclimatation, cest-a-dire Fadaptation desnbsp;organismes aux exigences dune patrie nouvelle, constitue unenbsp;opération délicate, sujette a bien des mécomptes, et dont la diffi-culté même atteste combien les animaux et les plantes sont sen-
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siblesa [influence desconditions extérieures. Lattitude rampante contractée par certains végétaux alpins, cornme Ie genévrier denbsp;[Himalaya et celui des Alpes, est certainement im eifet de tanbsp;rigueur du froid dans ceshautes régions. Peu dannées suffisentnbsp;pour produire la variété de froment que Pon nomme blé de prin-temps. Le maïs apporté directement du Brésil est dabord plusnbsp;sensible au froid que les variétés européennes; maïs il acquiert,nbsp;au bout de deux ou trois générations, le même degré de rusticiténbsp;que celles-ci. Enfin beaucoup de plantes des plaines dEuropenbsp;présenten! des variétés alpines que les meilleurs botanistes nennbsp;séparent pas, et auxquelles il a suffi de vivre dans un milieunbsp;spécial pour revêtir des caractères différents. Si des plantes onnbsp;passe aux animaux, Pintluence des milieux est encore plus visiblenbsp;et plus prompte ase manifester. Les cbiens européens dégénèrentnbsp;dans Pinde ; leurs instincts seffacent, leurs formes saltèrent; lenbsp;dindon change dans le même pays ; le canard domestique oublienbsp;de voler. II serait facile de multiplier ces exemples. Nul doutenbsp;que Phomme nait usé de ce moyen puissant pour produire lesnbsp;races, qui se sont ensuite consolidées sous ses yeux par la selection et Pbérédité. On ne saurait douter non plus que de légersnbsp;changeraents naient été dans la plupart descas le point de départnbsp;des races les plus accentuées et les plus fixes. Ces races, une foisnbsp;devenuespermanentes, nontpas tardé a supplanter les individusnbsp;dépourvus des qualités reconnues avantageuses qui, chez elles,nbsp;navaient cessé de saccroitre a cbaque génération. M. Darwinnbsp;fait observer avec quelle rapidité les bceufs courtes-cornes ontnbsp;éliminé leurs concurrents a longues comes, et les pores de racenbsp;améliorée les anciennes races porcines, dès que Pinfériorité denbsp;celles-ci a été reconnue. Cependant, quelle que soit Pinfluencenbsp;décisive des circonstances extérieures sur [organisme, celui-ci,nbsp;loin de subir dune fafon passive les changements qui se mani-festent en lui, les coordonne et les fait servir a Pexécution d'unnbsp;plan général, par lequel Pbarmonie de Pensemble se maintientnbsp;sans alteration a travers les changements les plus radicaux ennbsp;apparence.
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Si lorganistne peut être facilement ébranlé en effet, les variations quil éproLive, même partielles, ne sont jamais entièrement isolées ; toutes les parties les ressentent. II sétablit entre les or-ganes une correspondance nécessaire par suite de la corrélationnbsp;de croissance. II nest pas toujours facile de se rendre compte denbsp;la nature de ces effets de corrélation. Suivant M. Darwin, il existenbsp;un rapport constant entre la coloration de ia tête et celle desnbsp;membres; les chevaux et les cbiens qui portent sur Ie front desnbsp;taches dune autre teinte que Ie fond de la robe ont aussi lesnbsp;extrémités des jambes marquées de la même couleur. Chez lesnbsp;bommes, une exubérance extraordinaire du système pileux anbsp;quelquefois amené une dentition imparfaite ou surabondante. IInbsp;existe une corrélation certaine entre la couleur du pelage et cellenbsp;de liris; mais il est plus singulier de signaler 1existence dunnbsp;rapport entre la coloration des yeux et la surdité : il paraitraitnbsp;en effet que les chats blancs a iris bleu sont presque constammentnbsp;sourds. A cóté de la variabilité correlative, on peut placer encorenbsp;la variabilité analogique, qui montre des diversités de mêmenbsp;nature se produisant chez des êtres éloignés ; cest ainsi quonnbsp;remarque des arbres a rameaux pleureurs dans des groupes biennbsp;différents. Tous ces changements et bien dautres dépendent denbsp;lorganisme; cest lui qui donne limpulsion que 1hérédité pro-longe en laccélérant. La puissance de celle-ci, une fois en jeu,nbsp;ne connait pas de limites ; elle peut tout transmettre, les carac-tères physiques les plus saillants, les plus légers ou les plus acci-dentels, aussi bien que les instincts et les particularités denbsp;mémoire, dintelligence, etjusquaux habitudes les plus futiles.
On pourrait écrire des volumes a eet égard; les races de cbiens, dechevaux, debétail,sicomplétementtransforméesparlliomme,nbsp;celles de divers oiseaux quil a fafonnés, en sont des preuvesirré-cusables. Si lon sattache a Thomme lui-même, létonnementnbsp;redouble; certains gestes habituels, des tics bizarres se trans-mettenten dehors même de la fréquentation des parents qui lesnbsp;possèdent; certains genres de mémoire, celle des noms et desnbsp;dates par exemple, se trouvent lapanage commun de toute une
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familie ; il en est de mème des dispositions mentales, de celle au suicide même, dont il serait aisé de citer des exemples frappants. La goutte, lapoplexie, la phthisic, sont évidemraent héré-ditaires et se montrent bien souvent chez les fils au même agenbsp;que chez Ie père. On a même vu quelquefois des anomalies denbsp;conformation dans les mains et les pieds, et jusqu'a des marquesnbsp;superficielles, comine des cicatrices, reparaitre chez les enfantsnbsp;de ceux qui les présentaient et acqucrir ainsi une sorte de permanence. On pourrait a la rigueur trouver dans ces faits unenbsp;explication des difformités caractéristiques qui existent norma-lement chez beaucoup danimaux sauvages, comme la bossenbsp;des charaeaux et des zébus, la lèvre supérieure des phacocèresnbsp;percée par les crocs recourbés de ces animaux; ces difformitésnbsp;auraient été un accident avant de devenir un caractère communnbsp;a tons les individus de lespèce. üun autre cóté, dautres altéra-tions longtemps répétées semblent ninfiuer en rien sur les pro-duits de lhérédité. Beaucoup de races dhommes se mutilentnbsp;volontaiiement de temps immemorial, soit en sarrachant lesnbsp;incisives, soit en se privant dune phalange ou même en prati-quant la semi-castration, comme les Cafres, sans que la conformation des enfants sen soit jamais ressentie. On ne voit pas nonnbsp;plus que les chiens auxquels on coupe la queue aient été affectésnbsp;dans leur descendance par la perte constante de cetorgane. Lor-ganisme réagit done dans beaucoup de cas; raais il suffit quilnbsp;se modifie dans dautres pour que certains accidents aient pu senbsp;transmettre par voie héréditaire.
Si lhérédité est la source dune telle multitude de phéno-mènes, elle ne sexerce pourtant que dans des conditions et par des moyens déterminés, constituant ce que lon nomme la fécon-dité. Élément indispensable de celle-ci, se manifestant Ie plusnbsp;souvent a laide des sexes, dautres foisen dehors deux, la fécon-dité na été départie que dans une mesure très-inégale aux différents êtres. Presque illimitée chez les organismes inférieurs, onnbsp;la voit décroitre a mesure que lon sélève dans la série animalenbsp;et se réduire tinalcment a une seule portee annuelle ou hienne,^
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comprenant très-peu depetits ou même un seul. Les accidents de toiite sorte diminuent encore cette fécondité déja si faible, et lanbsp;ramènent a de telles proportions que, si rien ne change dans unenbsp;contrée, les mammifères sauvages qui 1habitent ne dépasserontnbsp;jamais certains chifl'res relatifs. La rareté de la nourriture, ré-duite par la concurrence générale au strict nécessaire, doit con-tribuer a ce résultat, car lalimentation indue directement sur lanbsp;fécondité, et parmi les faits mis en lumière par M. Darwin, silnbsp;en est un qui paraisse hors de contestation, cest laccroissementnbsp;de la fécondité par la domestication et la culture. La mêmenbsp;cause diminue ou fait disparaitre la stérilité des produits dunnbsp;croisement hybride. On est bien forcé de Ie penser en se rappe-lant lorigine multiple de plusieurs de nos races domestiquesnbsp;dont les descendants actuels sont indéfmiment féconds ; il ny anbsp;dexception que pour Ie mulct, et cependant il paraitrait que lanbsp;difficulté de lobtenir est moindre que dans les temps anciens.nbsp;Si la domestication accroit la fécondité, la captivité, chez lesnbsp;espèces sauxages qui refusent den accepter Ie joug, produitnbsp;souvent Ie résultat opposé. La domestication nest définitivenbsp;pour une espèce que lorsque celle-ci consent a se reproduire.nbsp;Certaines races, apprivoisées en apparence, refusent de Ie faire. IInbsp;en est ainsi des éléphants dés quon les arrache a leurs forêts ; lesnbsp;tigres et plusieurs autres carnassiers ne produisent que très-rare-ment en captivité, quelquefois même des oiseaux males perdentnbsp;en cage leur coloration pour revêtir les livrécs de la femelle. 11nbsp;semble quun changement trop brusque dans la manière denbsp;vivre soit venu pervertir linstinct de ces animaux et détruire ennbsp;eux Ie germe de tous les désirs. Enlevés a leurs solitudes, a lanbsp;vie errante, aux aspects du sol natal, privés de leurs compagnons, ils demeurent en proie a une nostalgie particuliere. Telnbsp;est Ie sort des naturels droits et fiers chez les animaux ; dautresnbsp;montrent plus de souplesse et de sociabilité ; Thomme a pu lesnbsp;plier plus ou moins vite a ses desseins et leur faire accepter unenbsp;nouvelle vie plus facile et par cela même plus favorable a lanbsp;fécondité.
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II faiit maintenant examiner trois phénomènes dont létude a été poursuivie avec im soin tout particulier par M. Darwin. Lanbsp;consanguinité oii les effets des unions consangnines, Ie croise-ment on rapprochement entre des races distinctes^ enfin lhybri-dité ou croiseraent entre des races congénères, mais naturelle-mentinfécondes, nous donneront la clef dune foule deproblèmesnbsp;relatifs a lespèce. Les ayantages de la consanguinité sont facties a saisir ; ce moyen, universellement en usage chez lesnbsp;animaux domestiques, est Ie seul par lequel on puisse fixer héré-ditairement et surtout accroitre les caractères dont lutilité estnbsp;reconnue. De pareilles unions se multiplient presque alinfininbsp;au sein de la domesticité. Chez lhomme lui-même, linévitablenbsp;effet des unions consangnines souvent répétées est de perpétuernbsp;au sein des families certains caractères physiques et rnoraux ; mais,nbsp;si les qualités se transmettent, les défauts et les vices de constitution, les germes des maladies, se transmettent aussi, et la consanguinité poussée a Fextrême a des inconvénients qui finissent parnbsp;prévaloir d la longue. (Jne certaine faiblesse nerveuse.une délicatesse extréme, des tendances morbides, par-dessus tont unenbsp;stérilité sinon radicale, du moins partielle et croissante, parais-sent être la suite des unions consanguines trop répétées. A cenbsp;dernier égard surtout, les témoignages abondent; la féconditénbsp;ne disparait pas, mais elle se trouve atteinte, et la nécessité dunnbsp;croisement finit toujours par se faire sentir. Les éleveurs Tontnbsp;ainsi compris; un mélange de sang nouveau leur parait nécessaire de temps a autre pour cimenter les races obtenues a Iaidenbsp;de la consanguinité et les rendre parfaiternent fécondes. Dansnbsp;les pares anglais on Ton conserve a létat libre des troupeaux denbsp;daims, Iintroduction de males étrangers est employee méthodi-qiiement. Les boeufs de Chillingham, qui sont livrés a eux-mêmes, ne forment quun troupeau pen nombreux qui se reproduit difficilement et dont la taille semble avoir diminué peu anbsp;peu. Leffetdes unions consanguines est encore plus rapide cheznbsp;les végétaux; la même semence ne peut longtemps servir anbsp;propager nos legumes et nos céréales. Si les plantes nétaient
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pas renouvelées, leurs grains samoindriraient; elles perdraicnt jusqua la vertu germinative, en étant soumises a se fccondernbsp;toujours entre elles.
La consanguinité, tellc quclle est pratiquée chez les animaux domestiques, nexiste pas chez lhomme; que ce soit par im instinct supérieur des inconvénients quelle entraine ou par leffetnbsp;dun sentiment moral conservateur des lois de la familie, unnbsp;préjugé irresistible a fait partout repousser ces sortes dunions,nbsp;flétries du nom dinceste et proscrites jusque dans les sociétésnbsp;humaines les plus dégradées. Les mariages entre frère et soeurnbsp;ont été pourtant quelquefois en usage, et nos traditions religien-ses elles-mèmes les admettent, au moins a lorigine. La fablenbsp;dOEdipe nous montre avec quelle horreur on regardait chez lesnbsp;Grecs les rapports entre parents et cnfants ; quelqiies récits denbsp;la Bible sembleraient, il est vrai, impliquer des idéés moins ré-pulsives; ils se rattacbent pourtant a des circonstances exception-nelles et présentent une singularité qui prouve combien les faitsnbsp;quils relatent étaient en opposition avec les habitudes con-temporaines. Les prohibitions, encore maintennes par lEglisenbsp;comme par la loi, affirment la persistance de lopinion contrairenbsp;a la consanguinité.
Le croisement au contraire active la fécondité et communique aux êtres vivants une énergie particuliere. Les végétaux eux-mèmes en rcsscntent les effets bienfaisants. Dans un livre récentnbsp;sur les Effets de la fécondation croisée, production des plus re-marquables de M. Darwin, ce savant a exposé le résultat de sesnbsp;propres expériences. Bicn que le croisement ne soit pas indispensable et quil nintervienne pas nécessairement dans les phé-nomènes relatifs a la fécondation des plantes, ses effets influentnbsp;cependant, dans limmense majorité des cas, sur la taille et lanbsp;vigueur des produits, quils tendent a accroitre dans une notablenbsp;proportion. M. Darwin a contribué a démontrer, de concert avecnbsp;dautres botanistes, que la nature avait employé a la réalisation denbsp;la fécondation croisée chez les végétaux des moyens très-diversnbsp;et très-ingénieux. Ellc y estparvenue, soit en modifiant la struc-
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nifester la vigueur
ture des organes sexuels et des eaveloppes florales, dans les plantes les plus élevées, soit en faisant intervenir les insectes quinbsp;vivent du sue des fleurs ou de la poussière pollinique et qui opè-rent, en butinant, un acte que beaucoup despèces livrées aelles-mêines se trouveraient incapables daccornplir. 11 est rare elfec-fivement, surtout dans les fleurs a corolles développées et ome-mentales, que les organes male et feinelle, bien que réunis etnbsp;contigus, arrivent simultanément a lctat qui leur permet denbsp;remplir leur role respectif. En dautres termes, la pollinisationnbsp;coincide rarement, au sein de la même fleur, avec lépanouisse-inent du stigmate ou partie de lorgane femelle destinée a rece-voir limprégnation sexuelle. 11 fautbien suppléerpar un pollennbsp;emprunté a une autre fleur, souvent même a une autre plante,nbsp;au défaut de celui dont la dissemination a été trop hative ou tropnbsp;lente. Cesta ce transport de la poussière fécondante que sappli-quenl les insectes, qui se font ainsi les agents inconscients les plusnbsp;actifs de la fécondation croisée. Cest a leur action indéfinimentnbsp;répétée quil est loisibie dattribuer les plus grandes merveillesnbsp;durègnevégétal,peut-être même Ie développementet lextensionnbsp;originaire des phanérogaraes angiospermes, cest-a-dire des categories les plus brillantes, les plus nobles et les plus variées,nbsp;parmi celles qui se partagent de nos jours Ie règne végétal tontnbsp;ontier. En effet, si labondance et la diversité croissantes desnbsp;sues mielleux, nectariens et sucrés ont eu pour conséquencenbsp;de multiplier dans une proportion énorme la classe des insectesnbsp;qui vivent exclusivernent de ces sortes daliments, ces mêmesnbsp;insectes, a partir dune époque déterminée et a mesure quilsnbsp;se répandaient, ont dü favoriser Ie phénomène du croiseraentnbsp;dans les plantes quils ont fréquentées et qui auparavant étaientnbsp;réduites a Taction du vent pour de semblables effets. Dès lorsnbsp;quel ébranlement dans les organismes soumis a une incitationnbsp;de cette nature, directement influencés a chaque nouvelle géné-ration! On con^oit très-bien comment chez les produits dunenbsp;fécondation croisée, ainsi exercée indéfiniment, ont du se mala variété croissante des formes et te déve-C'' DE Sapoiita.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7
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loppement dune foiile de caractères, dans un grand nombre de sections végélales, dabord pauvrement représentées. Cest la unnbsp;tableau succinct des effets possibles du croisement; il faudraitnbsp;des pages et des volumes pour en établir l'importance. Les avan-tages du croisement paraissent done incontestables. II existenbsp;cependant une limite a eet accroissement de la fécondité par Ienbsp;croisement, et cette limite est celle oü commence lhybridité. Sinbsp;rintervalle qui sépare les races sélargit au dela dune certainenbsp;limite, il arrive un moment oü la fécondité réciproque devientnbsp;difficile OU sarrête même, a raoins quon ne parvienne a lob-tenir artificiellement; alors commence Ie róle de lbybridité.
Sur cette question de Fliybridité, il est nécessaire dentrer dans quelques explications, car cest Ie nceud même de lanbsp;doctrine transforrniste. On peut soutenir dabord que les races sont fécondes entre elles paree qu^elles appartiennent a lanbsp;même espèce, tandis que les espèces distinctes sont stériles anbsp;raison même de cette distinction ; mais ici la différence spécifi-que que lon invoque se trouve justement basée sur Tobserva-tion même du fait qui sert a létablir ; cest done une vraie péti-tion de principe. Du reste la stérilité des hybrides nest ninbsp;absolue ni permanente ; elle présente bien des degrés divers etnbsp;successifs, depuis la fécondité partielle jusqua la fertilité constante et indéfmie, perpétuée a Faide de nouveaux croisementsnbsp;avec Fune des deux formes parentes. Deux espèces voisines ennbsp;apparence donnent lieu a des produits viciés, tandis que Fonnbsp;voit dautres hybrides provenant despèces bien plus éloignéesnbsp;présenter des produits féconds, au moins partiellement. Souventnbsp;les hybrides retournent après quelques générations a Fune desnbsp;souches mères, et cela na rien de surprenant. Cest la un phéno-mène datavisme pareil a ceux dont les croisements offrent tantnbsp;dexemples. Si les espèces sont presque toujours stériles entrenbsp;elles, si les hybrides quelles produisent accidentellement Ienbsp;sont au moins partiellement, il ne sensuit pas quune différencenbsp;originelle sélève comme un mur infranchissable pour lesnbsp;séparer. La fécondité mutuelle est sans doute Ie résultat
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dune convenance organique, et les espèces lentement formées nont du acquérir qiia la longue les caractères [qui les distin-guent et les constrastes par conséquent qui sopposent tinale-ment a ce quil sétablisse entre elle des rapports suivis deffets.
La cause du phénomène nous parait être toute physiologique ; livrés a eux-mêmes, les animaux se croisent tant que la diversiténbsp;qui les attire est pour eux un stimulant, ils séloignent^dès quellenbsp;devient un obstacle ou une source de repugnance. Le point oünbsp;cesse 1 attrait et ou commence le dégout est certainement obscurnbsp;et indécis; la difficulté doit être souvent franchie accidentelle-ment avant de devenir insurmontable. Ce ne sont jamais dail-leurs deux êtres parfaitement semblables qui sunissent; mêmenbsp;dans les unions consanguines, ce sont deux individus dont lesnbsp;différences, bien quaccessoires, sont réelles et souvent très-frap-pantes. Le produit réunit en lui les deux ressemblances, mais anbsp;un degré nécessairement inégal, puisque, en fait de caractères,nbsp;il ne possède jamais que ceux du sexe qui lui a été départi. 11nbsp;devrait done par ce cóté au moins tenir exclusivement du pèrenbsp;ou de la mère, et par conséquent les produits males dun coq,nbsp;dun ebeval de course, dun taureau, auraient seuls lénergie, lanbsp;rapidité, le courage qui distinguent les males de ces races dani-maux. Cependant, Lexpérience le prouve, pour obtenir ces qua-lités, on a recours également aux deux sexes. Ce fait, si naturelnbsp;quil na pas besoin de preuves, constitue pourtant un phénomène de la plus haute valeur, que M. Darwin a soin de mettrenbsp;en lumière. 11 y voit la démonstration de ce quil nomme desnbsp;caratères latents, cest-a-dire dont lexistence demeure cachéenbsp;chez celui qui les a, et qui sont pourtant susceptibles, dans eetnbsp;ctat, dêtre transmis a sa descendance, même éloignée. Lesnbsp;caractères distinguant le male et la femelle, qui dans cer-taines espèces se ressemblent fort peu, attendent toujours,nbsp;pour paraitre, lage de la puberté, cest-a-dire quils restent anbsp;létat dormant durant une partie de la vie ; il est singulier dob-server qu'ils sont quelquefois susceptibles de se montrer cheznbsp;des individus dun sexe différent lorsque par lage ou par quel-
-ocr page 118-que aiitre circonstance Ie sexe propre vient a seffacer. Les instincts de la femelle, commc la tendance au couvage, se réveillent dans Ie chapon, tandis que par un effet inverse les femelles quinbsp;cessent de pondre reprennent dans quelques cas la livrée du male.nbsp;M. Darwin cite des biches qui avaient pris du bois en vieillissant,nbsp;et lon sait que Ia barbe pousse assez souvent aux femmes agées.nbsp;Tous ces effets procèdent de caractères qui demeurent enfouis,nbsp;pour ainsi dire, dans les profondeurs de lorganisme. Les quali-tés, les défaiits, les prédispositions morbides, peuvent se trans-mettre de cette fagon et sauter a travers une' ou plusieurs generations ; seulement Ie phénomène devient alors plus complexe, ilnbsp;prend Ie nom ^'atavisme ou de recurrence, et Ie caractère quinbsp;fait ainsi retour peut demeurer longleraps inconnu chez les descendants de celui qui en a transmis Ie germe.
Ilérédité, croisement, recurrence, toutce qui relève de lavita-lité semble dépendre dune force unique dans son principe, multiple dans ses applications, toujours active et permanente,nbsp;raison detre de tout ce qui est organisé, depuis la celluie et lem-bryon jusquaux entités les plus élevées et les plus complexes. Cenbsp;sont les ressorts secrets de cette force que M. Darwin a essayé denbsp;saisir et dexpliquer a laide dune hypothèse ingénieuse, maisnbsp;qui pourtant, il faut Ie dire,, laisse lesprit aussi perplexe aprèsnbsp;lavoir écoutée quil létait auparavant. Cette hypothèse, consi-dérée par lauteur lui-même comme provisoire, est noinmée parnbsp;lui pangénèse, cest-a-dire génération universelle ; elle ofire unnbsp;mélange évident des idéés de Buffon sur la génération et de cellesnbsp;de plusieurs physiologistesmodernes,principalementdcM. Claudenbsp;Bernard (1). Daprès Buffon, la matière organisée comprendraitnbsp;une foule déléments ou molécules douées de vie et de mouvement, qui circuleraient dans tous les corps, sy introduiraientnbsp;par la nutrition, et sy accumuleraient de manière a réparernbsp;les pertes et a fournir les matériaux des nouveaux êtres. La vienbsp;organique résulterait done dun tourbillon perpétuel, dont
(1) Voyez dans la Revue du 1quot; septembre 1864, Études physiologiques sur quciqurs poisons amèricaüiSy Ie Cururey par M. Claude Bernard.
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les elements, entrainés dans un courant sans fm, ne devien-draient libres que pour s associer de nouveau. Aux yeux des physiologistes les plus éminents de notre époque, non-seulemenlnbsp;chaque organe possède sa vie propre et sou autonomie, mais ilnbsp;nest lui-mêrne quun assemblage dautres parties plus petites,nbsp;et celles-ci se divisent de la même manière jusqua ce que lonnbsp;arrive a la celluie, élément primordial, véritable unité organiquenbsp;dont est nécessairement composéeen dernière analysetoute entiténbsp;vivante et corporelle. Selon les meilleures observations, chaquenbsp;celluie est une véritable individualité élémentaire ; elle remplitnbsp;un róle, desfonctions, en même temps quelle présente une formenbsp;déterminée. Les animaux supérieurs ne sont quune agrégationnbsp;complexe dune multitude de ces éléments étroitement associésnbsp;au sein des liquides qui les baignent. La trame de lorganismenbsp;est telle quelle circonscrit des cavités intérieures, oü, commenbsp;au sein dun petit monde dos de tous cótés, viennent se rendrenbsp;les substances gazeuses et fluides, les sues nourriciers, que Ienbsp;torrent de la circulation apporte a chaque celluie. Les partiesnbsp;constitutives des tissus organiques peuvent ainsi participer a lanbsp;vie générale qui anime lagrégation tout entière, et posséder ennbsp;même temps une individualité résultant de sa forme et de sesnbsp;fonctions. Le cycle de lexistence de chaque celluie doit aussinbsp;avoir un tenue, après lequel elles sont éliminées et remplacéesnbsp;par dautres, et ces nouvelles cellules naissent le plus souvent,nbsp;sinon exclusivement, du sein des précédentes.
Cest a cette donnée, universelleinent admise par la science moderne, que M. Darwin semble avoir rattaclié la théorie, asseznbsp;peu modifiée, de Buffon sur lesmolécules organiques. Partant denbsp;Lidée de lindividualité de chaque celluie, il sest demandé si,nbsp;outre la multiplication par scissiparité, les cellules ne possédaientnbsp;pas un autre mode de multiplication qui consisterait dans lanbsp;faculté démettre, a un moment donné, des corpuscules, desnbsp;« gemmules cellulaires », susceptibles de circuler dans les fluidesnbsp;de tont le système, de se subdiviser, et enfin « de se développernbsp;ultérieurement en cellules semblables a celles dont elles derive
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raient. » II faadrait supposer encore que ce développement dépend de lunion préalable des gemmules avec dautres gem-mulesquiles précéderaient dans Ie cours régulier de leur crois-sance, cest-a-dire que lordre relatif de développement serait,nbsp;pour ainsi dire, déterminé davance, et quil ne pourrait avoirnbsp;lieu en labsence de tout rapport réciproque des gemmules entrenbsp;elles. Les gemmules devraient ainsi se greffer les unes sur lesnbsp;autres en séries dont les termes seraient rigoureusement coor-donnés. On confoit la nécessité de cette supposition pour rendrenbsp;raison de la régularité parfaite de cbaque plan organique, dansnbsp;lequel les parties conserven! invariablemenl leur position relative. II faudrait supposer aussi qua létat dormant, cest-a-direnbsp;avant tout développement, les gemmules ont les unes pour lesnbsp;autres une affinité qui les dispose a se grouper pour former soitnbsp;des bourgeons, soit des éléments sexuels.
Dans cette bypothèse, toutes les parties dilférentes des tissus organiques, par cela même quelles sont hétérogènes, devraientnbsp;émettre des gemmules dont lagrégation ultérieure reproduiraitnbsp;lensemble ; les seules parties entièrement homogènes, commenbsp;en présentent les êtresles plus bas de léchelle, nauraientbesoinnbsp;démettre quune seule celluie, sauf a la multiplier ensuite. 11 estnbsp;vrai que, lorsquon attribueachaque celluie la propriété démettrenbsp;des gemmules capables de la reproduire, cette supposition estnbsp;entièrement gratuite par elle-même. Elle nest pas cependantnbsp;dénuée de toute probabilité, si lon considère combien la naturenbsp;tend au fractionnement et a la multiplicité des parties élémen-taires a mesure que lon pénètre dans les profondeurs de lorga-nisme. Lovulation, dont la reproduction cellulaire ne seraitnbsp;quune image, atteint a des nombres très-considérables chez lesnbsp;êtres inférieurs, et, si lon sétonne de la prodigieuse quantité denbsp;gemmules dont lbypothèse de M. Darwin a besoin pour fonc-tionner, la surprise dirninue des quon songe aux 6,800 oeufs denbsp;la morue, aux 63,000 des ascarides,'enfin au million de grainesnbsp;dune seule capsule dorchidée. Le nombre des ovules tendant anbsp;saccroitre a mesure que Ton descend la série des êtres, il ny
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aurait rien dimprobable a ce que les gemmules de lunité cellulaire, sil en existe de telles, soient produites dans iine proportion pour ainsi dire incalculable. La ténuité presque infinie de cesnbsp;geminules en expliquerait la dissemination a travers Iorganisme,nbsp;ainsi que la circulation au moyen des fluides.
On congoit que, ces premisses une fois concédées, lhypothèse marche delle-même. Les gemmules accumulées dans lintérieurnbsp;des corps vivants donneraient raison de tous les phénomènes denbsp;riiérédité, de la transmission et de la modification des caractères,nbsp;de 1 apparition de ceux-ci a un moment déterminé. Les évolutionsnbsp;de gemmules rendraient aussi bien compte de la croissance ounbsp;développement normal et continu que des métamorphoses et desnbsp;métagénèses, cest-a-dire des changements rapides qui sopèrentnbsp;dans Forganismetout entier. Danslamétamorphose, lesnouveauxnbsp;organes se moulent sur les anciens, dont ils se détachent commenbsp;dune enveloppe ; dans la métagénèse, il semble quune vie nouvelle fasse germer sur des points distincts des precedents desnbsp;organes tout a fait indépendants et nayant rien de commun avecnbsp;ceux de la période qui se termine. Les cirrhipèdes, a 1époque denbsp;leurs derniers changements, acquièrentdesyeux nouveaux qui senbsp;montrent sur une autre partie du corps que les autres. Plusieursnbsp;échinodermes, dans la seconde phase de leur développement,nbsp;naissent dun bourgeon apparu dans lintérieur du premier animal, qui est ensuite rejeté tout entier. La génération sexuelle nenbsp;serait elle-mème quun mode particulier de bourgeonnement, etnbsp;n^en différerait en réalité que par la nécessité de Funion denbsp;deux elements distincts; mais chacun de ces éléments corres-pondrait a Fensemble de Fètre quil représenterait : ce seraitnbsp;toujours des agrégationsde gemmules, susceptibles des deux partsnbsp;de reproduire Findividu dont elles proviennent, mais trop faiblesnbsp;pour y parvenir isolément et sans une combinaison préalable.nbsp;Cette insulTisance de chacun des sexes pris séparément serait ennbsp;réalité Funique cause de la nécessité du concours quils se prêtent,nbsp;si les cas de parthénogénèse cités par plusieurs auteurs étaientnbsp;entièrement avérés. Geluide M. Jourdan, relatif aux femelles de
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versa soie, est des plus reraarquables : sur 58,000 oeufs pondus en dehors du contact du male, un grandnombre auraient traversénbsp;lètat embryonnaire, cest-a-dire auraient paru susceptibles denbsp;développement, 29 seulement auraient donné des vers. Dans cenbsp;cas, si Ie fait était incontestable, lénergie vitale aurait seule faitnbsp;défaut, et la différence entre les deux generations consisteraitnbsp;surtout en ce que la reproduction sexuelle serait progressive,nbsp;quelle ferait passer Ie produit sorti delle par une série détatsnbsp;successifs qui, en lui procurant lavantage d'une élaboration plusnbsp;lente et plus graduée, lui assurerait celui plus évident encorenbsp;du croisement. Quanta la variabilité, qui joue un si grand rólenbsp;chez les êtres vivants, soit pour les changer pen apeu, soit pournbsp;faire naitre en eux des différences que lhérédité consolide, ellenbsp;serait, dans rhypothèse de la pangénèse, une conséquencenbsp;directe des modifications éprouvées par chaqiie celluie, et quunenbsp;foule dimpressions, dhabitudes et dinfluences de toute sortenbsp;ne manqueraient pas de piovoquer. Les gemmules successive-ment émises porteraient la trace de ces changements, qui senbsp;transmettraient ensuite comme tout Ie reste. On congoit en elfetnbsp;que ces gemmules modifiées suivraient la même marche que lesnbsp;autres, et pourraient, comme elles, prendre place dans Ie nouvelnbsp;organisme, on demeurer latentes pour se monteer ensuite aprèsnbsp;un sommeil plus on moins prolongé.
Ainsi tout sexpliquerait sans peine a Taide des gemmules diversement combinées et transmises; ce qui se passe au fond denbsp;lorganisme deviendrait clair et simple; mais cette simpliciténbsp;même a lieu détonncr lorsque lon observe tant de combinaisonsnbsp;dans les phénomènes de la vie. Nest-ce pas a laide de complications croissantes et variées a linfini, que la nature arrive a sesnbsp;tins, a mesure quelle tisse la trame organique des êtres supérieurs? Si tout vient dune molécule xivante, si Ie point de départnbsp;de tout être nouveau est une celluie, comment concevoircesamasnbsp;de gemmules innombrables, déja en partieagrégées, dunt lexis-tence complexe serait si peu en rapport avec la simplicité dap-pareil des premières cellules de lembryon?
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La generation, quel que soit Ie mode jiar lequel elle procédé, prolonge lindividu qui engendre par celui qui est engendré;nbsp;mais nous ignorons justement la nature de ce prolongement. Lenbsp;nouvel être emporte-t-il toiites les parties élémentaires de celuinbsp;dont il sort, ou bien regoit-il simplement de lui une impulsionnbsp;decisive qui détermine non-seulement son plan de structure, maisnbsp;la lorme même des parties qui se développeront plus tard? Cest lanbsp;un mystère que Iliomme ne percera peut-être jamais; cequi estnbsp;certain, cest qua mesure que lonsélève versies êtres supérieurs,nbsp;on voit le germe fécondé subir une élaboration dautant plusnbsp;parfaite quil reste plus longtemps attaché a la mère. Cependantnbsp;lintluence de celle-ci ne se fait pas plus sentir dans le résultatnbsp;final que celle du père. Si les gein mules accumulées jouaient icinbsp;un róle décisif, la mère nen fournirait-elle pas une plus grandenbsp;part par la communication des liquides nourriciers qui serviraientnbsp;justement de véhicule a ces germes? Or il est évident par lesnbsp;ressemblances quelle najoute rien a ce quelle a fourni toutnbsp;dabord, On pourrait élever bien dautres objections, et pourtantnbsp;il serait téméraire de condamner entièrement lbypothèse denbsp;M. Darwin. Lassimilation analogique de la génération sexuellenbsp;au bourgeonnement, aux métamorphoses et a la croissance, la vienbsp;indépendante des unités corporelles ou cellules, la certitude denbsp;multiplication de celles-ci par division spontanée, prêtent beau-coup de vraisemblance a lafaculté quonleur attribue démettrenbsp;desgemmules. La transmission fidéle, létat latent des caractèresnbsp;paternels, les variations delorganisme a certains points de vue,nbsp;la fixité quil présente sous dautres, sont autant dindices suscep-tiblds de faire pencher la balance en faveur dune doctrine exposéenbsp;dailleurs avec un art infini et une science dobservation con-sommée. A notre avis pourtant, le véritablebutque sest proposenbsp;M. Darwin nest pas celui quil essaie datteindre au inoyen de lanbsp;pangénése. Les ressorts de la vie organique nous resteraientnbsp;inconnus que nous pourrions encore nous demander commentnbsp;se sont formés et doü sont venus les êtres que nous grouponsnbsp;sous la dénomination despèces. La recherche des questions d o-
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LES PHÉNOMÈNES ET LES THEORIES.
rigine, lalutteconlre dancienspréjiigés, Feclaircissement patient et graduel de la fafon dont il est possible de concevoir les phéno-mènes dëvolution, voila la yraie tache que Ie naturaliste anglaisnbsp;a SU simposer et quil accomplittouslesjours.il a montré ennbsp;effet aux esprits non prévenus quun lien général réunit tous lesnbsp;êtres organisés, que ce lien dexientplus étroit a mesure quon di-xise ceux-ci, en groupes secondaires, jusqua ce que lon arrivednbsp;des individualités tellement rapprochées quon est en droit denbsp;les considérer comme provenant dune même souche. 11 a montré aussi que, si lon quitte les espèces sauvages^ dont les carac-tères sont dautant plus fixes quils se sont atFermis plus lente-ment, pour aborder les animaux et les plantes domestiques, onnbsp;voit les mêmes pKénomènes revêtir une physionomie particuliere due, il est vrai, a lintervention de 1homme, maïs quinbsp;nen est pas moins propre a nous dévoiler la marche de la nature. Les espèces créées'par I homme ou races ne sont pointnbsp;pareilles a celles que la nature a formées ; Ie résiiltat dilfère,nbsp;mais seulement dans la mesure de la diversité des moyens employés.
Arrivons a une conclusion : la notion de lespèce, telle que lécole de Cuvier lavait définie, devra nécessairement changernbsp;de sens. Lespèce ne peut ètre envisagée que dans son présent ounbsp;dans son passé. Or, si lon étudie létat actuel des choses, cettenbsp;notion, dont on voudrait faire la base immobile de tout Ie système,nbsp;est impossible a définir rigoureusement.Tantótélargie de manièrenbsp;a comprendre des êtres tout a fait dissemblables, tantót réduitenbsp;a des limites étroites et presque insaisissable, elle fait Ienbsp;désespoir des naturalistes les plus éminents, et se dérobe anbsp;lanalyse. Si lon plonge dans Ie passé, lorigine des espècesnbsp;par voie de modifications successives simpose a lesprit, nonnbsp;plus comme une théorie, mais comme un fait qui se dégagenbsp;de lensemble même des investigations. Ici, pour résoudrenbsp;Ie problème, ce que lon doit surtout invoquer, cest limpossi-bilité dexpliquer autrement la marche des phénomènes paléon-tologiques. Tout inène a ce résultat : il ny a plus de limites
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précises entre les diverses périodes; celles-ci varient en nom-bre, en intensité, et en durée ; elles sont caractérisées différem-ment, suivant que lon prend pour point de vue telle on telle série danimaux on de plantes. Les liaisons se multiplient, lesnbsp;sous-étages tendent a confondre les divisions principales en unenbsp;suite continue de phénomènes enchainés. Les espèces présentesnbsp;se rattachent presque toujours a celles qui les ont précédées, etnbsp;celles-ci Font été a leur tour par dautres qui séloignent des premières par une sorte de gradation en rapport avec Ie tempsnbsp;écoulé. On retrouve ainsi comme des jalonsintermédiaires entrenbsp;les espèces, les genres et les ordres; on apergoit quelques-imsnbsp;des échelons que la vie organique a dü gravir successivementnbsp;avant darriver jusqua nous. Sans doute les formes spéciliquesnbsp;nont pas toujours varié; elles ont pintot varié dans une mesurenbsp;inégale, de manière a aboutir a des résultats inégaux aussi. Denbsp;la la valeur essentiellement relative des termes actuels de lanbsp;série organique; de la aussi la nécessitc de ne voir dans les êtresnbsp;que nous avonssous les yeux que les derniers acteurs dune luttenbsp;qui a commence avec la vie elle-même, et sest prolongée a travers Fimmensité des siècles. La lutte acharnée pour Fexistence,nbsp;et nous ne saurions mieux terminer que par cette pensée em-pruntée a M. Darwin, est la preuvela plus puissante de Fabsencenbsp;de causes finales combinées a la fafon bumaine; mais, cettenbsp;absence une fois constatée, Ie problème de la raison detre desnbsp;choses est loin detre éclairci, et Fon se trouve en présence dunenbsp;difficulté aussi inabordable que celle du libre arbitre et de lanbsp;prédestination.
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Lhomme na pas encore réussi a fouler toutes les parties du solterrestre; quil savance vers les poles ou quil gravisse 1Hi-malaya, il sarrête a la fm devant lobstacle, jusquici insurmon-table, que lui oppose Ie climat, rendu excessif par Ie froid. Leaunbsp;convertie en bloes solides, ou devenue une poussière inerte, rendnbsp;inaccessibles les points quelle occupe dans ces états. Sans eau,nbsp;aucune vienest possible; toutefois, pas plus que Peau, la vie nenbsp;disparait brusquement. Sur les limites indécises qui bornent sonnbsp;domaine, elle lutte avec énergie, quoique avec peine, elle senbsp;cramponne aux parois abritées de certaines roebes, elle se glissenbsp;jusque dans la neige fondante avec Ie Protococcus; en un mot,nbsp;elle se montre partout oii Ie milieu liquide reparait au moins parnbsp;intervalles, mais elle sévanouit iriévitablement avec lui. Chargénbsp;de glacés permanentes aux poles et sur la cime des grandesnbsp;chaines, Ie globe, malgré la puissance vitale qui se manifeste a sanbsp;surface, ressemble a un corps dont les extrémités seraient blan-chies et paralysées par lage. Pour Ie croire doué des attributsnbsp;d'une éternelle jeunesse, il faudrait ne pas lever les yeux trop
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haut OU ne pas les fixer trop loin; il faudrait surtout se garder dinterroger Ie passé. Ne serait-ce pas trop exiger de cette ambition de savoir qui possède si bienle coeur deThomme?
Si lon veilt au contraire se rendre compte des conditions qui président a Ia vie, lexaltent, la maintiennent ou laffaiblissent,nbsp;il faut étudier Ie climat, cest-a-dire la manière dont la cbaleurnbsp;et l'eau se trouvent distribuées a la surface du globe. Cette distribution, inégale ou même capricieuse en apparence, est cependantnbsp;soumise a des regies; elle dépend de certaines causes déterminées;nbsp;enfin, et cest la surtout Ie phénomène que nous chercherons anbsp;examiner, elle a changé selon les temps. Lhistoire des révolu-tions du climat, liée a celle des êtres organisés, a été gouvernéenbsp;par une loi de développement dont Tunité est visible, et qui sansnbsp;doute a sa raison dêtre,bien quil soit a peine possible de lentre-voir. On reconnait a ce point de vue, comme sous dautres rapports, que la terre a été jeune, puis adolescente, quelle a mêmenbsp;traversé lage de la maturité ; Thomme est venu sur Ie tard, alorsnbsp;quun commencement de déchéance physique avait frappé Ienbsp;globe qui est devenu son domaine. Exclue de certaines parties,nbsp;sans connaissance directe des événements qui précédèrent sa venue, noire race selForce par tons lesmoyens de reconquérir Ies-pace etle temps, le premieren allant jusquauxextrémités de lanbsp;terre, le second en penetrant les secrets de son origine. Nousnbsp;allons tenter un de ces efforts en faisant revivre les combinaisonsnbsp;climatériques dautrefois, combinaisons disparues depuis sousnbsp;Iempire de circonstances dont il est difficile de percer Iobscu-rité ; mais avant tout tachons de saisir la disposition actuelle desnbsp;climats etla nature des causes très-simples, en réalité, auxquellesnbsp;Cent leur existence.
La presque totalité de la chaleur que recoit maintenant la terre ii sa surface lui vient dusoleil, bien quelle possède dansses pro-fondeurs une cbaleur propre, et que Iespace céleste lui-même
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nen soit pas entièrement dépourvu. La chaleur de lespace, toute negative, suftit a peine pour empêcher les régions polaires de senbsp;refroidir en hiver au dela dune limite de heaucoup inférieurenbsp;au point de congelation, et la chaleur propre ne devient appré-ciable quau-dessous dune profondeur denviron 30 mètres (1).
A la surface, la chaleur solaire est done seule sensible; mais elle serait aussi rapidement dissipée pendant la nuit quacquisenbsp;pendant Ie jour, si latmosphère nen retenait une partie, ou,nbsp;pour mieux dire, si lenveloppe de gaz et de vapeur qui nousnbsp;entoure ne sopposait a la déperdition trop subite de la chaleurnbsp;repue. Plus lenveloppe est dense, plus la déperdition est lente etnbsp;graduelle; plus elle est rare et subtile, moins elle met dobstaclenbsp;au rayonnement, et ce dernier effet se manifeste pour peu quenbsp;Ton sélève au-dessus du niveau de lamer. A une hauteur relativenbsp;assezpeu considérable,rair nabsorbe plus quune faible quantiténbsp;de chaleur solaire et la perd très-rapidement. De la Ie froid desnbsp;régions montagneuses. Laltitude suffit pour annuler tous lesnbsp;effets du climat; seulement ces effets persistent plus ou moins,nbsp;suivant que la température de Ia surface est plus ou moins chaude.nbsp;Sous les tropiques, la limite des neiges éternelles est placée entrenbsp;4,800 et 5,500 mètres; dans l'Europe centrale, elle commence anbsp;3,00f) mètres; en Laponie, elle descend a 1,200 mètres, etnbsp;sabaisse dans Ie Spitzberg de manière a atteindre presque Ienbsp;niveau de la mer. Le froid polaire et Ie froid altitudinaire senbsp;confondent ainsi; Fair, dans la zone glaciale, séchauffe a peinenbsp;au contact des rayons solaires, il ny pergoit quune lumièrenbsp;dispensée par intermittence, absente durant une partie de lannée,nbsp;oblique et sans intensité pendant lautre partie. Cette successionnbsp;incessamment répétée de lumière et dobscurité, qui nous parait
(1) Cet accroissement est évalué en moyenne amp;, 1 degré par 32 mètre?, mais les résultats donnés par les forages de puits artésiens accusent des variations dintensitónbsp;calorique très-étendues. Laccroissement sélève parfois jusqui 1 degré par 10 etnbsp;|3 mètres de profondeur, et le pliénomène, influence sans doute par des causesnbsp;locales, est loin de montrer la régularité nécessaire pour permottre détablir un calculnbsp;général. Lexistence de la chaleur intérieure nest cependant nullement douteuse parnbsp;elle-même, et les eruptions de laves en fusion déoiontrent que cette chaleur continuenbsp;il sélevor dans des profondeurs inaccessibles k nos observations directes.
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si naturelle^ sefface graduellement vers Ie pole, oü les jours et les nuits, agrandis démesurément, se changent en deux saisonsnbsp;extrêmes, séparéespar une série de crépuscules. Nous resterionsnbsp;surpris de lannonce seule de ces phénomènes, si la geographicnbsp;ne nous les rendait familiers des lenfance; chez les Grecs dunbsp;temps dHérodote, la notion légendaire en arrivait aux peuplesnbsp;des bords de la Méditerranée, pêle-mêle avec les fables les plusnbsp;chimériques. On sait que la cause du climat polaire est due anbsp;Vinclinaison de l'axe terrestre sur Ie plan de l'orbite. Par Ie seulnbsp;effet de cette inclinaison de Paxe qui reste parallèle a lui-même,nbsp;cest-a-dire qui garde une même direction iminuable dans les-pace celeste, les jours et les nuits se succèdent, égaux a léqua-teur seulement, faibleinent inégaux jusquaux tropiques, denbsp;plus en plus inégaux a mesure que lon savance vers les poles ;nbsp;les longs jours de lété répondent exactement aux longues nuitsnbsp;de Ihiver, et lhiver de lun des deux hemispheres a Fété denbsp;1 hémisphère oppose, tandis que dans lintervalle qui sépare lesnbsp;deux saisons extrêmes viennent se placer les equinoxes, seulsnbsp;moments oü Ie jour et la nuit ségalisent par toute la terre avantnbsp;de croitre ou de diminuer alternativement. Lobliquité desnbsp;rayons solaires ou, ce qui revient au même, lessor de lastrenbsp;central sur lhorizon se trouve en rapport nécessaire avec cettenbsp;inégalité des jours et des saisons; atteignant Ie zénith sous lanbsp;zone torride seulement, on voit Ie soleil, sous les zones tempé-rées, séloigner de plus en plus de la verticale en décrivant desnbsp;arcs de eerde de moins en moins élevés, jusqua ce quau delanbsp;des cercles polaires il disparaisse entièrement pendant lhiver etnbsp;cesse de se coucher en été. 11 rase alors lhorizon en répandantnbsp;une lumière dont la continuité même est impuissante a corrigernbsp;lafaiblesse, tandis que des brumes incessantes et des tourmentesnbsp;de neige en voilent la tardive et courte splendeur. La progressionnbsp;des jours et dos nuits polaires est du reste des plus rapides, quandnbsp;on savance dun lieu donné vers un autre plus reculé dans lanbsp;direction du nord. Le jour de vingt-quatre heures commencenbsp;un peu au dela de Tornea, oü,une fois dans lannée, on aper^oit
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Ie soleil de miniiit; au cap Nord, par 71°, 12'lat., Ie jour estival est déja de deux mois; il est de quatre mois au Spitzberg vers Ienbsp;78° degré de latitude. II est vrai que dans ce dernier pays Ie soleilnbsp;sélève au plus de 37 degrés au-dessus de lhorizon; il nenvoienbsp;que des rayons sans chaleur, telum imbelle sine ictii; il éclairenbsp;de sa lueur pale une terre glacée ou frissonnent quelques raresnbsp;plantes ensevelies sous les frimas, et qui ne sortent du sommeilnbsp;qui les tient dix mois inertes que pour accomplir hativement leursnbsp;fonctions vitales et se rendormir de nouveau. Quel tableau, sinbsp;lon songe aux forêts vierges du Brésil et de Java, aux valléesnbsp;profondes du Népaul, aux savanes noyées de l'Orénoque, oünbsp;la vie surabonde, oü une lumière ardente, vive etdorée, ondulenbsp;de toutes parts, soulève de tièdes vapeurs, joue avec lombre etnbsp;fait resplendir les formes des plus merveilleux végétanx! Sousnbsp;les tropiques, Thomme se sent écrasé par une vie exubérante ; ilnbsp;lutte incessamraent pour maintenir sa place au milieu de la nature dont il est dominé ; ses plus fortes oeuvres sont envahies ennbsp;pen de temps; les arbres immenses reprennent possession dunbsp;sol, dès que celui-ci est abandonné a lui-mème. Dans rextrêmenbsp;Nord, la faiblesse de Tbomme est encore plus évidente, maisnbsp;cest du poids de la nature inerte quil est accablé. Les élémentsnbsp;règnent seuls dans ces régions dévastées, oü latmosphère senbsp;trouve livrée a dépoiivantables tourmentes. La neige dérobe lesnbsp;aspérités du sol, la glacé couvre la mer dun sol factice, souventnbsp;mobile et toujours dangereux; la confusion estpartout, Ie calmenbsp;nulle part; chaque pas est pénible, la vie elle-même devient unnbsp;effort que lénergie la mieux trempée ne peut soutenir longtempsnbsp;sans succomber. Ce sont la des contrastes inouïs, mais ce nenbsp;sont pas les seuls. Si la terre a sa surface avait partout Ie mêmenbsp;aspect et les mêmes accidents, les jours et les climats seraientnbsp;disposés dans un ordre régulier de léquateur au pole. Onnbsp;passerait a laide dinsensibles transitions de Textrême chaleurnbsp;a Iextreine froid, du jour constant de douze heures au journbsp;semestriel du 90° degré. II suffirait dès lors de savoir la latitudenbsp;dun lieu pour en connaitre Ie climat. II est très-loin dcn être
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ainsi dans la réalité ; les terres et les mers, les déserts froids ou brülants, les plateaux élevés, les bassins intérieurs, les chainesnbsp;de montagnes et les fleuves sont distribués de la fa^on la plusnbsp;iriégulière, et de celte irrégularité naissent des influences denbsp;toute sorte qui aggravent ou corrigent, effacent ou modifientnbsp;profondément les effets de la latitude, cest-a-dire dérangent lesnbsp;climats astronoiniques et normaux pour en créer darlificiels,nbsp;plus OU moins différents des premiers. Les courants atmosphéri-ques et les courants raarins constituent les plus puissantes de cesnbsp;influences combinées. Ilsontpour résultat dempêcher les lignesnbsp;isotherines, cest-a-dire celles qui passent par les lieux dont lanbsp;température est la même, de coïncider axec les parallèles, etnbsp;leur font décrire les courbes les plus capricieuses. 11 suffit denbsp;lexistence, dans locéan Atlantique, dun courant deau chaude,nbsp;Ie Gidf-Stream, pour relever tons les isotherines Ie long desnbsp;plages exposées a son influence et les reporter de 10 degrés plusnbsp;au nord, tandis quon les voit sabaisser en sens inverse dansnbsp;lintérieur des deux continents. II existe une très-grande diffé-rence entre les climats maritimes, cest-a-dire ceux des terresnbsp;que la mer baigne, et les climats continentaux, cest-a-dire ceuxnbsp;des regions méditerranéennes. Les premiers sont exempts denbsp;saisons extrêmes, les conditions tendent a sy égaliser; I huini-dité y est plus constante et la chaleur plus modérée. Les climatsnbsp;continentaux sont au contraire excessifs, les hivers y sont froidsnbsp;et les étés brulants, les pluiesy sont rares ou intermittentes. Cer-taines contrées, comme Ie Sahara, LArabie déserte et Ie désertnbsp;de Gobi, sont même privées de pluies et presque dépourvuesnbsp;dêtres vivants, non plus par leffet du froid, mais par labsencenbsp;deau ; leau et la chaleur sont effectivement les deux élémentsnbsp;dont lunion féconde engendre nécessairement la vie ou du moinsnbsp;la rend possible,
Ce rapide exposé permet de comprendre la nature et Ie röle des éléments qui concourent a former Ie climat, ou, pour mieuxnbsp;dire, des facteurs doü il résulte dans sa diversité. Le soleilnbsp;fournit la chaleur, la position de laxe détermine langle sous
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lequel Ie globe la.perfoit, et Tatmosphère, suivant sa densité relative, labsorbe plus oii moins et Iempecbe de se dissiper. Le róle de ces trois facteurs étant parfaitement déterminé, on con-f oit très-bien quil suffise de cbanger lun deux pour renversernbsp;les proportions et produire des combinaisons entièreinent diffé-rentes. Cest effectivement ce qui se passe sous nos yeux lorsquonnbsp;sélève sur les hautes montagnes, oü la rarefaction de lair luinbsp;enlève une partie de son pouvoir calorifique. Au pied de lHi-malaya, dans les plaines de lInde, la végétation conserve son ca-ractère tropical jusqua 1,000 mètres; a 2,000 metres, la neigenbsp;est encore inconnue, mais les palmiers et les bananiers djspa-raissent, tandis que les chênes et les pins commencent a senbsp;montrer ; la moyenne de cbaleur annuelle estalorsde 14 degrésnbsp;centigrades, a peu pres celle du midi de la France. A 3,000 mètres daltitude, la neige tombe en biver, mais elle fond presquenbsp;aussitót; les sapins se mêlent aux arbres a feuilles caduques,nbsp;et le paysage rappelle celui des plaines de 1Europe centrale.nbsp;Vers 3,300 mètres sétend la région des cèdres, et au-dessus cellenbsp;des bouleaux, qui ne se termine entièrement que vers 5,000 mètres daltitude. A cette elevation, déja supérieure a celle dunbsp;mont Blanc, le seigle est encore cultivé; certaines plantes dé-passent même cette région de quelques centaines de mètres etnbsp;parviennent jusqua la limite des neiges permanentes. Anbsp;5,500 OU 5,800 mètres, les dernières traces de la vie ontdisparu,nbsp;en Amériquc comme en Asie, et la glace remplace tout. La seulenbsp;raréfaction de lair amène ces changements sur une hauteur verticale relativement assez faible, si on la compare a létenduenbsp;totale de latmosphère, évaluée au moins a 30 kilomètres. 11nbsp;suffirait done daugmenter la densité des couches aériennes pournbsp;accroitre immédiatement létendue verticale du domaine de la
On verrait se produire des modifications analogues, sil était permis de supposer un changement quelconque dans la naturenbsp;des deux autres facteurs, et que la cbaleur solaire put gagnernbsp;OU perdre en intensité, ou quelle nous fut déversée sous un
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angle différent par suite dune autre direction de 1axe. Ces hypotheses seniblent purement gratuites, puisque rien nen justifie radroissibilité, et cependant elles nous font toucher au coeurnbsp;même de notre sujet, cest-a-dire aux Tariations passées du cli-inat. En étabiissant Ie fait de ces variations, nons saurons parnbsp;cela même que lun des trois facteurs a du nécessairementnbsp;changer, et que la source du calorique, la direction de Ease et lanbsp;composition de latmosphère nont pu évddemment rester dansnbsp;les mêmes termes relatifs ; sanscela, les variations climatériquesnbsp;auraient été nulles, ou tout au moins elles auraient été renfer-mées dans détroites limites.
Les astronomes êtablissent que la direction de laxe tei-restre, sauf Ie petit mouvement oscillatoire nommé nutation, a dü rester immuable depnis lorigine même de la rotation denbsp;notre globe ; mais, invariable pour chaque planète en particulier,nbsp;la direction de laxe nest rien moins qiiiiniformepourlensemblenbsp;du système solaire, et les diversités que présentent sous ce rapportnbsp;plusieurs planètes comparées a la notre nous fournissent Ie tableau véritable de ce que celle-ci serait, si par impossible laxenbsp;de rotation sélait redressé ou incline par rapport a ce quil estnbsp;sous nos yeux. Si laxe terrestre, au lieu de couper obliquementnbsp;Ie plan de lorbite, était dirigé parallèlement a ce plan, et quauxnbsp;solstices lun des poles eut Ie soleil a son zenith, quelle perturbation profonde ne résulterait-il pas de cette disposition quenbsp;présente, a peu de chose pres, la planète Mercure ! Le cerclenbsp;polaire se confondrait avec léquateur, et les tropiques avec lenbsp;pole; une fois par an, le soleil éclairerait verticalement chaquenbsp;pole; les deux hémisphères distrihués dès léquateur, comme lenbsp;sont maintenant les seules zones glaciales, cest-a-dire par cli-mats de jours et de mois, auraient tour a tour des étés brülantsnbsp;et des hivers glacés, tandis que vers léquateur le soleil, verticalnbsp;aux equinoxes, raserait lhorizon aux solstices, ainsi quil le faitnbsp;aux poles maintenant. Les contréesvoisines deléquateur seraientnbsp;seules habitables, a ce quil semble, sur une terre construite denbsp;cette fafon, car les alternatives de chaleur tropicale et dobscu-
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rité glacée qui seraient propres aux alentours des poles et a la plus grande partie de notro zone tempérée feraient de duresnbsp;conditions aux êtres vivants qui y seraient fixes. Le climat dunnbsp;globe pareil serait excessif. II serait tout autre, si laxe, eiitiè-rement redressc, comme dans Jupiter, de\enait perpendiculairenbsp;au plan de 1orbite ; le jour et la nuit nauraient alors dinégaliténbsp;nulle part, tandis quaux poles la mêine clarté se maintiendraitnbsp;toute 1année a létat de crépuscule. Avec laxe vertical, les latitudes existeraient, plus régulières seulement qiiaujourdhui, etnbsp;les différences de climat ne tiendraient qiia lobliquité croissantenbsp;des rayons solaires a mesure que lon savancerait vers les poles,nbsp;ces rayons nétant verticaux qua léquateur. Dans ces conditions,nbsp;la zone equatoriale percevrait une somme de chaleur égale anbsp;celle qui lui est maintenant départie; les nuits nétant longuesnbsp;nulle part, nulle part aussi la terre ne se refroidirait assez pournbsp;présenter des glacés polaires, tandis que les courants marins etnbsp;atmosphériques tendraient a uniformiser partout les climats.nbsp;Les zones moyennes sur un globe ainsi disposé auraient unenbsp;température douce, mais sans chaleur, et les régions polaires,nbsp;faiblement, mais sans cesse éclairées, seraient enveloppées dunnbsp;voile de vapeurs brumeuses.
Ces hypotheses cosmiques reposent pourtant sur des fonde-ments sérieux, puisque lastronomie en atteste la réalité pour dautres astres que le notre. Nous n'avons pas le droit davancer,nbsp;il est vrai, que la terre ait traversé de pareils états et que laxe dunbsp;globe ait jamais subi des déplacements. Ce serait une conjecturenbsp;que la science positive combattrait, et qui dailleurs ne serailnbsp;appuyée par aucun indice direct. Le phénomène est par lui-même des plus complexes ei la direction de laxe, nous 1 avons vu,nbsp;nest quun des tenues de la question ; sil est resté immuable,nbsp;comme toutporte a le croire, latmosphère terrestre et la chaleurnbsp;solaire ont pu cependant varier dans de larges limites; mais,nbsp;avant dechercher des explications au phénomène, il faut avantnbsp;tout rechercher en quoi il consiste et quels sont par conséquent les chaiigeinents qui se sont opérés dans les climats ter-
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restres, dans quel temps ils se sont prodiiits, et quelle marche ils ont suivie.
Lidée confuse que la terre a plusieurs fois change daspect, de climats etdhabitants estancienne etpourainsi dire légendaire.nbsp;On la découvre dans lage dor des poëtes, dans les tableaux dunbsp;paradis terrestre, dans les rénovations cosmiques de Platon, enfinnbsp;dans cette opinion populaire, souvent répétée, que certaines cultures tendent a reculer de siècle en siècle par suite dun abaisse-nient graduel de la temperature. Arago, reprenant cette thèsenbsp;pour la conibattre dans VAnnuaire du Bureau des longitudesnbsp;de 1834, sest attaché a prouver au contraire que, depuis lesnbsp;temps historiques les plusreculés, la Syrië et lÉgypte ontgardénbsp;absolument Ic mème climat, puisque maintenant comme autrefois la vigne et Ie palmier y mürissent simultanément leursnbsp;fruits, tandis quil auraitsufti dune faible modification caloriquenbsp;en plus OU en moins pour exclure Tune ou lautre de ces deuxnbsp;essences. Les observations dArago, adoptees depuis par Forbes,nbsp;sont justes, si 1on considère les quatre ou cinq mille ans aux-quels elles sappliquent; mais les découvertes de ces dernièresnbsp;années nquot;en démontrent pas moins quen sécartant un peu aunbsp;dela de cette limite dans Ie passé, on remarque des vestiges denbsp;changements climatériques considerables. Pour cela, il nestpasnbsp;nécessaire de sadresser aux époques géologiques les plus anciennes : ces sortes dindices sont bien plus récents, et, pour les con-stater, il suffit de se reporter a un temps déja éloigné, si Ponnbsp;compte les siècles, mais dun éloignement relatif très-modéré ennbsp;définitive, car la presence de Phomme y a été signalée avecnbsp;certitude.
Lorsquon sattache a lensemble de cette période que les géo-logues ont nominee quaternaire, on est frappé de laccroissement très-sensible de 1humidité sur toute la face de notre hémisphèrenbsp;et probablement dans Ie monde entier par rapport a 1étathygro-
-ocr page 136-H8 nbsp;nbsp;nbsp;LES PHÉNOMÈiNES ET LES THÉORIES.
métrique actuel. En Europe, les fleuves ne sontcjue des niisseaux en comparaison de ce quils étaient alors. La plupart, réduits anbsp;un mince filet deau, se sont creusé un sillon an milieu desnbsp;dejections de lancien lit. Les berges actuelles montrentsur leurnbsp;tranche des lits horizontaux de sable, dargile et de caillouxnbsp;roulés ; comme ces lits se correspondent exactement dun bordnbsp;a lautre, il est aisé de rétablirlenr continuité et de reconstituernbsp;lancien fleuve. On reconnail souvent alors quil remplissait lanbsp;vallée entière, la oü son courant cache maintenant a un niveaunbsp;inférieur Ie volume amoindri de ses eaux. 11 en estainsi non-senlement du Rhone et du Rhin, qui descendent des Alpes, maisnbsp;encore de la Seine^ de la Somme et de Icurs moindres affluents.nbsp;LYonne, aujourdhui faible rivière, a cbarrié autrefois jusquanbsp;Auxerre des bloes entrainés des bauteurs du Morvan. La'Craunbsp;de Provence nest que Iembouchure du Rhone primitif; ellenbsp;sétendait sans discontinuité des environs dIstres et de Foznbsp;jusque dans EHérault. Sur tout eet espace, dénormes caillouxnbsp;roulés de quartzite alpin attestent la puissance des anciennesnbsp;eaux. Quelle force dimpulsion ne leur fallait-il pas pour remuernbsp;et polir de pareilles masses et les mouvoir, sur un plan très-peunbsp;incliné, a plus de soixante lieues de leur gisement dorigine ! Cenbsp;nétaient pas seulement les courants, cétaient encore les sourcesnbsp;qui répondaient a cette extreme abondance des eaux. Un ingénieurnbsp;de mérite, M. Belgrand, a remarqué que, même aux environsnbsp;de Paris, oii Ie climat est demeuré relativement humide, leurnbsp;point actuel démergence était toujours très-inférieur au niveaunbsp;du surgisseraent primitif; leur volume est aussi bien diminué, etnbsp;Ie premier phénomène est la conséquence du second. En effet,nbsp;on congoit que les sources, en satfaiblissant, coulent toujours ennbsp;contre-basde lendroit oii elles jaillissent, lorsquelles sont dansnbsp;toute leur force. Sur tont Ie sol francais, dans lEurope méridionale et jusquen Algérie, les anciennes sources, déchues de leurnbsp;puissance, ont laissé des vestiges grandioses de ce quelles ontnbsp;été; ce sont les dépots de tufs quelles ont accumulés. Ces tufsnbsp;constituent parfois de vérilablesmontagnesoudevastes plateaux.
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Labondance des eaux était alors universelle. Les mêmes phéno-niènes, plus marqués encore par Ie contraste de létat antérieur avec rótat actuel, ont été obseryés en Egypte, en Syrië et ennbsp;Arabic, regions oü de nos jours les pluies sont rares ou mêmenbsp;inconnues. Qui na entendu parler des fleuves sans eau des désertsnbsp;égyptiens ? M. Louis Lartet a signalé de norabreux indices dan-ciennes sources et danciens courants sur Ie rivage occidental denbsp;la mer Morte (1). Labaissementsuccessif du niveau de cette mernbsp;est uniquement dü a la pénurie des eaux, jadis bien plus abon-dantes,ainsi quele prouve la disproportion des rivieres actuelles,nbsp;presque toujours a sec, avec la grandeur de leur lit et les alluvions auxquellos elles ont originairement donné lieu (2). Lenbsp;missionaire Hue, en traversant lAsie centrale, a été frappé dunbsp;même spectacle. II est impossible de ne pas conclure de touscesnbsp;fails que Thumidité générale a été beaucoup plus considerablenbsp;a line époque immédiatement antérieure a la nólre, et quenbsp;cette huinidité correspondait sans doute a une autre nature denbsp;climat.
11 sagit de recherclier quel était ce climat. Etait-il plus cliaud ou plus rigOLireux que le nótre? A priori et en debors de toutenbsp;autre considération, labondance des eauximpliquerait l'existencenbsp;d'un climat égal et tempéré, puisque sous nos yeux lextrêmenbsp;humidité amène le plus souvent ce résultat. Cependant deuxnbsp;écoles se sont formées et ont posé des conclusions contradictoi-res, au moins en apparence.
Létude des anciens glaciers est certainement une de celles qui honorent le plus lesprit scientifique de notre temps. Lesnbsp;noms dAgassiz, Escher de la Linth, Sartorius, Martins, Desor etnbsp;de bien dautres y demeurent attachés; cest elle qui a donné lanbsp;clef du transport des bloes erratiques dansle nord de lEurope,nbsp;aussi bien que dans la région des .\lpes. Elle a fait voir qua unnbsp;moment donné les glaciers du mont Blanc sétendaient jusquau
Jura, etM. A. Falsan les a suivis derniëreinent jusquauprès de
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Géologie de la 'Palestine . Annales des sciences géologiques, I, p- 323.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Ann. des sc. géoL, I, p. 282.
-ocr page 138-120 nbsp;nbsp;nbsp;LES PHÉNOMÈNES ET LES THEORIES.
Lyon. Les Vosges avaient leurs glaciers; celui dArgelès, dans les Pyrenees, décritparMM. Martins et Collomb, présentait desnbsp;dimensions colossales ; il en a été signalé des vestiges authenti-ques dans la Lozere et Ie Cantal. La Scandinavië, se dressantnbsp;alors au sein de la Baltique, comme Ie fait Ie Spitzberg dansnbsp;locéan Boréal, prolongeait jusqua la mer les parties inférieuresnbsp;de ses glaciers.
Cest done justement que la période correspondant a ces phé-nomènes a pris Ie nom de glaciaire, c'est bien la période des glaciers, rien de moins contestable, et les glaciers inodernes nenbsp;sont que les restes amoindris de ceux dautrefois; mais on a éténbsp;plus loin, on a voulu inférer de tous ces faits 1existence dunenbsp;période de refroidi.ssement et en étendre les effets a la terre en-tière. Le célèbre Lyell en Angleterre, Escher et Heer en Suisse,nbsp;remarquant sur bien des points les tracés du froid et des pbéno-mènes qui lui servent dindice, ont été portés a en généralisernbsp;lexistence. Voici les raisons quils donnent: les rennes, les bceufsnbsp;musqués, les marmottes, animaux maintenant relégués sur lesnbsp;bautes montagnes ou dans lexlrême Nord, habitaient alors lesnbsp;plaines de lEurope centrale ; les coquilles arctiques peuplaientnbsp;les iners dAngleterre ; le pin des tourbières, les sapins, les bou-leaux, les mousses des regions froides formaient le fond de lanbsp;végétation; les plantes de Laponie et de Norwége étaient sansnbsp;doute répandues partout : ce sont elles justement que Pon rencontre au sommet des Alpes, ou elles out du sy réfugier lorsquenbsp;la température sest adoucie de nouveau. Les grands animaux denbsp;cette époque, comme le mammouth et le rhinocéros a narinesnbsp;cloisonnées, étaient construits pour supporter un froid rigou-reux, ainsi que latteste la toison épaisse dont ils étaient revêtus.nbsp;Dailleurs a quoi comparer FEurope dalors, sinon aux terresnbsp;arctiques? Non-seulement Fanalogie est frappante sous le rapport physique, mais les animaux et les plantes se trouvent ennbsp;partie les mèmes.
Ce point de vue est celui oü se place M. Heer dans son livre sur la Suisseprhnitwe, et quadéveloppé M. Martins, bien quavec
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plus de réserve, dans une série détudes insérées dans la Revue des Deux Mondes. Lorsquon y réfléchit cependant, il paraitnbsp;difficile de comprendre comment une époque aussi rigoureusenbsp;aurait coïncidé justement avec Ie premier essor de la race hu-maine. On peutse dire aussi queles contrées alors soumises alac-iion directe des glaciers, comme les massifs alpins et pyrénéens,nbsp;ne sont guère susceptibles de nous instruire du véritable état denbsp;cboses qui régnait dans Ie reste de lEurope, pas plus que lesnbsp;abords immédiats des glaciers actuels ne donneraient la mesurenbsp;des conditions climatériques propres a lensemble de notre continent. Du reste il est vraiseinblable aussi que les troupeaux denbsp;rennes nontété refoulés par dela Ie eerde polaire, de mème quenbsp;Ie chamois sur Ie soramet des Alpes, que par Ie fait de lhomme.nbsp;Sans lui, ces animaux fréquenteraient les plaines, au moins pendant lhiver, et, des que lon admet une extension énorme desnbsp;glaciers, y a-t-il lieu de sétonner que les animaux et les plantesnbsp;attachés a leur voisinage aient pu descendre avec eux jusquenbsp;dans les vallées inférieures? Enfin les découvertes, en se multi-pliant, ont permis dalléguer des faits entièrement contraires.nbsp;Les restes de grands animaux recueillis dans les alluvions anciennes de la Seine et de la Somme, déterminés avec soin parnbsp;M. E. Lartet et par M. A. Gaudry, ont démontré que les espècesnbsp;considérées comme étant lindice dun climat très-froid se trou-vaient associées a dautres dim caractère tout opposé. A cótédunbsp;mammouth, on a rencontré léléphant antique, qui se rappro-chaitde celui de llnde ; lhippopotame des tleuves africains peu-plait les eauxde la Seine dansce rnême temps représenté commenbsp;si froid, tandis quune coquille remarquable des bords du Nilnbsp;[Cyrene fluminalis) se montrait dans la Somme, et que lhyènenbsp;du Gap fréquentait la France méridionale. Lexamen de ia végé-tation forestière, dont les tufs contemporains de ces animaux ren-ferment beaucoup de débris, conduit aux mêmes résultats ; lanbsp;vigne, Ie laurier et Ie figuier sy présentent en abondance non-seulement dans Ie midi de la France, mais aussi a Moret, pres denbsp;Paris ; on y observe inême Ie laurier des Canaries, bien plus dé-
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licat que Ie nótre. Les arbres du Nord a la mème époque étaient des pins, des tilleiils, des érables, des cbênes.
II est impossible de se refuser a Tévidence, Ie climat boreal ainsi que les aniraaux et les plantes arctiques nexistaient alorsnbsp;que dansle voisinage des glacierseux-mêmes. Enles quittant, onnbsp;auraitrencontré au sein des vallées inférieures un climat plusnbsp;doux, mais aussi bien plus bumide que Ie nótre. Entre des maniè-res de voir si divergentes, la conciliation n^est pas impossibledepuisnbsp;que Ie docteur Ilochstetter a rendu compte des observations denbsp;M. Haast sur les glaciers de la Nouvelle-Zélande. Ces glaciers,nbsp;situés sous une latitude moins avancée que ceux de nos Alpes etnbsp;disposés sur les flancs de cimes bien moins élevées, descendentnbsp;pourtant beaucoup plus bas au fond de vallées dont Ie climat estnbsp;a la fois très-tempéré et tres-bumide. Des essences délicates,nbsp;mème des fougères en arbre, peuplent ces vallées de la Nouvelle-Zélande, a une faible distance des masses glacées, et les deuxnbsp;extrêmes se rencontrent. Cest done a ce dernier résultat quenbsp;nous amènent toutes les considerations réunies ; beaucoup plusnbsp;dbumidité, mais aussi plus dégalité et mème délévation calo-rique dans Ie climat, dès que lon senfonce dans Ie passé denbsp;notre globe. Cest un premier point qui demeure acquis; maisnbsp;tous les autres vont suivre, et nous les verrons senchainer dansnbsp;une progression constante et régulière. Le mouvement en etfetnbsp;ne sarrête pas, et de plus il na rien doscillatoire ; il se déroulenbsp;en remontant dage en age par une marche que rien ne semblenbsp;entraver.
Nous navons effectivement qua nous transporter un peu plus loin dans lépoque immédiatement antérieure a lextension de lanbsp;race humaine (1), pour constater le progrès manifeste de la cha-leur. La moyenne de chaleur annuelle indispensable pour fairenbsp;végéter les lauriers, les vignes et les figuiers que nous venons
(1) Cest la période que les géologues nommewt pliocène ou la partie la plus récente de lage tertiaire, age dont la période miocène forrao le milieu et la période éocène lanbsp;partie la plus ancienne (consulter le tableau « des terrains et des périodes » placénbsp;au commencement de la seconde partie; « Notions préliminaires ».)
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dobserver en France pendant Ie quaternaire, ne saurait être éva-liiée a moins de 14 a 15 degrés centigrades. En nous plagant en pleine période pliocène, cest auprès de Lyon que nous rencon-trons ces mêmes Yégétaux, auxquels il faiit en ajouter dautresnbsp;d'iin caractère encore plus méridional. Le lanrier-rose fleurissaitnbsp;alors sur les Lords de la Saóne et sy mariait au laurier et a la-vocatier des Canaries, au bambou, au magnolia, au chêne yert.nbsp;Cet ensemble, compose dessences dont les exigences climatéri-ques sont faciles a apprécier, assigne a la contrée qui les com-prenait une moyenne annuelle de 17 a 18 degrés centigrades. Lanbsp;moyenne actuelle de Lyon étant de 11 degrés centigrades seule-ment, on peut aisément juger de la difference qui sépare lesnbsp;deux époques. Cette différence ne saurait dailleurs être fixéenbsp;dune fafon plus précise, puisque lon connail très-bien le de-gré de chaleur nécessaire pour que le laurier-rose développenbsp;ses fleurs et le degré de froid suffisant pour faire périr lavoca-tier des Canaries. Le climat qui permettait a ces deux arbresnbsp;de se trouver réunis dans une même contrée peut être défininbsp;avec autant de certitude que sil sagissait de celui dun pays quenbsp;nous habiterions.
II est xrai quau moment oii les espèces actuelles disparaissent pour faire place a dautres plus ou moins éloignées de celles-cinbsp;OU même ayant appartenu a des genres particuliers, il est plusnbsp;difficile de se prononcer sur la nature du climat contemporainnbsp;de ces espèces; les conclusions que l'on proclame devraient, acenbsp;quil semb]e_, perdre de leur netteté des que les indices sur les-quelsle calcul se base deviennent moins précis. En réalité, le filnbsp;de lanalogie est un guide tellement sur, un moyen dinvestiga-tion si puissant, quil samincit sans se rompre, et que lobser-vateurquien estmuni, même en accordant une large part a 1incertitude, parvient encore a de surprenants résultals. En etïet, cenbsp;sont non pas seulementles espèces, mais encore les genres et lesnbsp;families dont les aptitudes, lorsquelles sont bien déterminées,nbsp;permettent de définir la nature du climat propre au temps oü ilsnbsp;ont xécLi. Les palmiers, les camphriers, les cannelliers, les ba-
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naniers, les dragonniers, les baquois, les cycadées et plusieurs autres catégories de végétaiix sont trop exclusivement caracté-ristiques des regions chaudes pour ne pas trabir les mêmes exigences dans Ie passé. Le naturaliste qui constate lexistence denbsp;lun de ces groupes ne saurait done errer que dans de faiblesnbsp;limites, et, dans un pareil ordre de recherches^ cest déja beaii-coup que datteindre a la vérité approximative.
Non-seulement le chiffre qui exprime le climat de Lyon a lépoque pliocene se trouve plus élevé que celui qui sappliquaitnbsp;aux environs de Marseille pour lépoque quaternaire^ mais, aunbsp;lieu de correspondre au 43' degré de latitude, ce chiffre plusnbsp;élevé coincide avec le 46'; il marque ainsi une progression denbsp;la chaleur, ou processus calorique, dans le sens des latitudes,nbsp;qui tend a faire remonter vers le nord les hautes temperatures anbsp;mesure qiie lon senfonce dans le passé. Cette progression estnbsp;naturellement bien plus sensible lorsquon aborde le miocène,nbsp;période antérieure au pliocène, et précédée elle-même dune période plus chaude encore que Fon désigne sous le nom A'éocène.
lei les documents abondent dans Fhémisphère boréal tout en-tier. Ce n^est plus un point isolé comme Lyon, ou Paris, dontil et possible de déterminer le climat, cest la série presque entièrenbsp;des latitudes, du 40' au 80' degré, que lon a réussi a reconstruire,nbsp;grace aux immenses travaux poursuivis par M. Heer depuis dixnbsp;ans. Une circonstance heureuse est venue accroitre le nombre et lanbsp;valeur des documens relatifs au climat miocène^ ce sont les dé-coiivertes de plantes fossiles faites sur plusieurs points des régionsnbsp;polaires, et qui devront, a raison de leur importance, nous ar-rêter quelque peu.
Les terres polaires arctiques sont disposées au nord des deux continents de manière a circonscrire une grande mer intérieurenbsp;dont la partie centrale, jusqua présent inaccessible, comprendnbsp;le pole lui-même. Cette mer communique avec Focéan Pacifi-que par le détroit de Behring, avec lAtlantique par plusieursnbsp;passes. La plus large, située entre 1Islande et la Norvége, donnenbsp;accès vers larchipel du Spitzberg, dont la pointe septentrio-
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nale dépasse au nord Ie 80® parallèle, ct marque jusquici Ie point Ie plus avancé quil ait été donné a riiornme datteindre (1).nbsp;La plus grande largeur de celte mer, en la supposant librenbsp;vers son milieu, mesurerait environ 40 degrés ou plus de 1,000nbsp;lieues entre Ie cap Nord et Ie détroit de Behring. Cette largeurnbsp;serail de 30 degrés seulement en partant du cap Taymir, a lex-trémité de la Sibérie, pour aller aboutir a Iembouchure dunbsp;üeuve Mackensie, sur la cote américaine opposée. Au point denbsp;vue climatologique , la région polaire est circonscrite de tousnbsp;cótés, vers Ie sud par une ligne imaginaire, sinueuse, et quinbsp;coincide très-imparfaitement avec Ic eerde polaire. Cette lignenbsp;passe par tous les lieux ou la moyenne de chaleur annuelle senbsp;réduit a 0 degré, cest-a-dire oü Ie froid hibernal est assez fortnbsp;pour annuler la chaleur de lété. La limite de la vegetation ar-borescente dessine une ligne généralement intérieure par rapport a la précédente, sinueuse et irréguliere comme elle, ennbsp;de^a de laquelle on ne rencontre plus que des plantes herbacées,nbsp;et qui constitue en réalité la véritable frontière de la régionnbsp;arctique (2). Les parties boréales de la Sibéfie, du Canada et denbsp;lAmérique anglaise sont ainsi englohées dans les parages quinbsp;cement cette méditerranée du Nord, et lui font une enceintenbsp;non-seulement sans verdure, mais pour ainsi dire sans rivages,nbsp;puisque les glacés, en sacciimulant, cachentparlout la limite réciproque des terres et des mers.
On est resté longtemps en effet sans pouvoir déterminer dune fafon exacte la nature et létendue des archipels compliqués dont
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Du cóté du canal de Smith et par la terre de Grinnel, Thomme a cependant at-teint Ie 82' degré.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Ces deux lignes sent très-loin detre concentriques; leurs sinuosités, au lieu denbsp;se correspondre, dessinent des écarts en sens inverse, enfin elles se croisent sur plusnbsp;dun point. Ces irrégularités proviennent de ce que la vógétation arborescente peut senbsp;maintenir malgré des froids très-violents, pourvu que la chaleur eslivale soit asseznbsp;intense et assez prolongée pour permettre au ligneux de se former et de se consolidernbsp;chaque année. Cest ce qui arrive dans la Sibérie septentrionale, tandis que lile desnbsp;Ours et même lIslande sont dépourvus darbres, paree que les étés y sont sansnbsp;chaleur, bien que les Invers y soient relativeraent modérés. Les arbres cessent dansnbsp;Ie Labrador dès Ie 57' degré de latitude, tandis que dans la Laponie suédoise on ennbsp;voit encore au deli du 70' degré.
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If :
cette mer est parsemée. Nous connaissons Ie Spitzberg, situé sur Ie prolongement de la Scandinavië, et llslande, placée beaucoupnbsp;plus au sud, presque en dehors du eerde polaire. A louest de cesnbsp;lies sélend Ie Groenland, sorte de petit continent polaire, plusnbsp;grand que lItalie, la France et FAllemagne réunies, et dontla ter-minaison septentrionale nest pas encore bien fixce. A 1occidentnbsp;du Groenland, la baie de Baffin, dans laquelle on pénètre au sudnbsp;par Ie large détroit de Davis, et que ferme au nord Ie détroit denbsp;Smith, forme une mer particuliere, limitée sur Ie bord occidentalnbsp;par de grandes iles que divisent des passes étroites et sinueuses, Ienbsp;plus souvent soudées par des glacés. Une delles, plus large etnbsp;plus praticable, constitue Ie canal de Lancastre, paroü 1onabou-tit au détroit de Barrow, et parcelui-cienfina une autre merinté-rieure, moins étendue que la baie de Baffin, et quentourentplu-sieurs archipels. Cest au nord larchipel des iles Parry avec lesnbsp;trois grandes iles Bathurst, Melville et Prince-Patrick, a louestnbsp;la terre de Banks et celle duPrince-Albert, etausud-est, presquenbsp;a 1entrée du détroit de Barrow, File Sommersetet celle duPrince-de-Galles. En sortant par Ie détroit de Banks, situé entre File denbsp;ce nom et celle de Melville, si Fon dépasse File de Prince-Patrick, on retrouve, a ce quil parait, la mer libre; mais ce motnbsp;de libre peut-il être employé ? Les voyageurs qui, au péril denbsp;leur vie, comme Boss, Parry, Mac-Clure et Ingefield, ou en lanbsp;sacrifiant, comme Franklin et Bellot, ont exploré ces regions, ontnbsp;toujours vu la mer se fermer a la fin devant eux. Ce nest quau prixnbsp;de fatigues inouïes, en hivernant chaque année, en choisissantnbsp;mème la saison froide pour parcourir en traineau dimmenscsnbsp;étendues glacées, quils ont pu enfin relever les traits géogra-phiques de ces regions et former des collections dhistoire naturelle dont les musées de Londres, de Dublin, de Copenhague etnbsp;de Stockholm ontrecueilli la meilleure part. On conpoitcombien surnbsp;ces terres desolées, oü les épaves de la mer offrentleseul movennbsp;de se procurer du bois, la vue des restes évidents dune puissantenbsp;végétation a du frapper tous les voyageurs. Les troncs fossiles,nbsp;tantót a demi charbonnés, tantót pénétrés de sues calcaires ou
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ferrugineux, ont presque partout conserve leur apparence ; ils semblent parfois entassés régulièrement par la main du bücheronnbsp;qui les aurait coupés ; les feuilles, les fruits, a létat dempreintes,nbsp;ont encore leur forme et leurs nervures. A les voir accumulés ennbsp;si grand nombre, on croirait fouler Ie sol dmne forêt récemmentnbsp;dépouillée. Mac-Clure et Ie docteur Armstrong parlent avec éton-nement, dans leurs relations, des amas de bois a moitié pétrifiésnbsp;qu'ils rencontrèrent sur la cóte nord-ouest de la terre de Banks.nbsp;Ces bois couvraient les flancs dune série de collines solitaires, aunbsp;fond dun paysage tristement encadré par un entassement confusnbsp;depics bizarres dont la neige fraichement tombée blanchissait lanbsp;cime. Les troncs étaient couchés dans Ie plus grand désordre, et aunbsp;milieu deux on apercevait fa et la des souches et des rejetons encore en place. Ces découvertes ne sontpas isolées ; il semble quenbsp;cette nature polaire, autrefois vivante, se soit endormie a un moment donné. Elleest demeurée depuis lorsensevelie sous la glace,nbsp;comme Herculanum sous la cendre; rien na plus vécu dans lex-trème Nord, maisaussi rien nachangé; lancien aspect demeurcnbsp;pétrifié, mais intact, la ou Ie frottement de la glace nelapas en-levé. En pénétrant au fond de certaines vallées écartées, en gra-vissant ces pentes désertes semées des ruines de la nature, cestnbsp;vraiment Ie sol dautrefois qne lon foule; ces troncs, ces feuilles,nbsp;touscesdébris des anciennes forêts, nont éprouvé dautre changement que celui qu'ils doivent auxeaux calcaires ou ferrugineusesnbsp;qui sont venues les durcir et les incruster.
Lun des principaux gisements est situésur la cóte occidentale du Groenland, a Atanekerdluk, par 70 degrés de latitude, dans lanbsp;presquile de Noursoak, que domine du cóté de la terre un énormenbsp;glacier. Pres du rivage, les troiifons dehois fossile alternent avecnbsp;des lits de charhon qui ont été exploités a plusieurs reprises; maisnbsp;si lon gravit un ravin escarpé, a une hauteur de 1,000 pieds anglais, on trouve des lits entièrement petris de feuilles et dautresnbsp;débris empatés dans une roche en grande partie ferrugineuse. Lanbsp;masse des feuilles entassées est vraiment surprenante ; des troncsnbsp;encore en place, des fruits, desfleurs, des insectes, les accompa-
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gnent, et attestent quil sagit bien diuie Yégétation développée sur leslieux mêmes. La, selonM. Heer, sélevait une vaste forêtounbsp;dominaieut les sequoias, les peupliers, les chênes, les magnolias,nbsp;les plaqueminiers, les houx, les noyers et bien dautres essences.nbsp;Llslande et Ie Spitzberg ont égaleinent fourni un grand nombrenbsp;de végétaux aujourdhui entièrement absents de ces parages. Ceuxnbsp;de Llslande, oü ne croissent plus maintenant que de maigres bou-leauxetseulement dansles partiesméridionalesde lile, ontdonnénbsp;lieu, en se décomposant, a un charbon tourbeux, nommé su7'-tiirbrmid, que les habitants utilisent coinme combustible, et quenbsp;séparent des lits de tuf oii les feuilles ont laissé leurs ernprein-tes. Lexploration des richesses paléophytologiques du Spitzberg,nbsp;Ie long de la cóte occidentale, est surtout due aux efforts du cé-lèbre voyageur suédois Nordenskiöld, qui, au prix de beaucoupnbsp;defforts et de temps, en a rapporlé des plantes de toutes les époques, houillères, jurassiques, crétacées, tertiaires. Les plantesnbsp;jurassiques proviennent du cap Boheman (78°, 24'); les plantesnbsp;crétacées du .cap Staratschin, pres de la baie Verte (78°); lesnbsp;plantes tertiaires dun grand nombre de points, soit a lentrée denbsp;la baie de la Cloche (77°, 30'), pres du cap Lyell, soit au fond denbsp;cette baie, Ie long de la baie secondaire de Van-Mijen, soitnbsp;encore sur la cóte méridionale du fiord des Glacés, vers la mon-tagne de Heer (78°, 10'); soit enfin plus loin vers Ie nord, a lanbsp;baie du Roi, vers Ie 79° degré de latitude. De ces divers points nousnbsp;sont verms non-seulement des vestiges de plantes aquatiques :nbsp;potamots, nénuphars, joncs, etc., mais des empreintes de cyprèsnbsp;chauve, de thuya, de pins et de sapins, puis de nombreusesnbsp;traces de platanes, de tilleuls, dérables, de sorbiers, même denbsp;magnolias, espèces bien reconnaissables, qui formaient de gran-des forêts et qui savanpaient jusquaux approches du 80° degré,nbsp;sans rien perdre de leur puissance. On voit que les eaux ruis-selaient autrefois sur Ie sol arctique, et remplissaient Ie fondnbsp;des vallées de lagunes bordées dune riche ceinture de végétaux arborescents.
Mais la constatation de eet ancien état de choses nétait quun
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premier pas; il fallait quiine science sure delle-mème vintpro-noncer en dernier ressort sur la signification de tant de debris. Un dépouillement du dossier polaire était nécessaire pour en sai-sir Ie sens et en déterminer lage, cest-a-dire pour établir lépo-que avancéeou reculée, primitive on récente, alaquelle on devaitnbsp;les rapporter. La tache immense de classer les collections arcti-ques, dévolue a M. Ie professenr Heer, de Zurich, a exigé de sanbsp;part des années de labeur; mais elle a conduit a des résultatsnbsp;décisifs, et ce savant a constaté, en publiant toutes ces plantes,nbsp;que beaucoup dentre elles appartenaient a la vegetation miocèm,nbsp;végétation déja étudiée en Europe, la mieux connue et la plusnbsp;généralement répandue de toutes celles des anciens ages.
Lune des conséquences des recherches de M. Heer est la certitude, désormais acquise a la science, du non-déplacement de Eaxe terrestre. Le pole, pour mieux dire, occupait dans lagenbsp;tertiaire le même point géographique que de nos jours. Lesnbsp;latitudes étaient aussi disposées dans le même ordre ; seulementnbsp;toutes recevaient plus de chaleur, et par suite la ligne des tro-piques remontait bien plus loin dans la direction du nord. Lanbsp;difference, lors de la période miocène, peut être évaluée a 23 ounbsp;30 degrés de latitude en ce qui concerne les regions boréales,nbsp;cest-a-dire quil faut aujourdhui descendre jusquau40 ou 43nbsp;degré pour retrouver la temperature et la végétation qui existaientnbsp;alors vers le 70 degré dans le Groënland. Limmutabilité dunbsp;pole ressort de la comparaison des plantes miocènes vemamp;ïWie,?, surnbsp;les bords du fleuve Mackensie et dans 1 e territoire de lAlaska (Amé-rique russe)avec celles du Spitzberg, de l'lslande et du Groënland.nbsp;Les plantes des premières localités se trouvent séparées de cellesnbsp;de llslande et du Spitzberg par pres dune demi-circonférencenbsp;du eerde polaire, et leur longitude sécarte dau moins 80 degrés de celle des cótes occidentales du Groënland. Cependantnbsp;partout se montrent les mêmes combinaisons végétales et ennbsp;partie les mêmes espèces. Ces espèces,comme dautres maintenantnbsp;a leur place, caractérisaient par leur presence les regions arc-tiques tertiaires, et quelques-unes paraissent leur avoir été spé-
C' DE Saporta.
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dales. Ce nétaient pas, il est vrai, ces rares gazons, ces plantes naines et rampantes, ces fleurs aiix teintes pales, rapidementnbsp;écloses sous Finfluence des courts étés de notre pole; ce nétaitnbsp;pas même cette verdure sombre que les sapins prêtent a des ré-gions déja moins rudes, et dont la severe beauté nefface point Ienbsp;caractère morne. Cétaient de puissants tilleuls, des ormes, denbsp;grands érables, des boux, des bouleaux et des charmes, des au-nes et des peupliers au feuillage mobile; cétait plus encore,nbsp;puisquau milieu de ces arbres on aurait admiré les mêmes.sequoias, les mêmes cyprès cbauves qui habitent la Louisiane et lanbsp;Californie, des platanes, des chênes, des magnolias et des tuli-piers presque semblables a ceux de la partie méridionale desnbsp;Etats-Unis. Cet ensemble sétendait sans interruption, servantnbsp;de ceinture au pole miocène, présentant la même unité de caractère et presque la monotonie qui distinguent encore Ia végéta -tion polaire, sur quelque point de son domaine quon aillenbsp;1observer. En effet, la conformité des conditions extérieures senbsp;traduit toujours par 1uniformité de physionomie des êtres vi-vants qui sy trouvent soumis.
Voici, a propos même de cette uniformité, une remarque due a M. Heer, et qui met dans tout son jour Fesprit ingénieux de cenbsp;savant. Les plantes de FAlaska sont trop pareilles a celles dunbsp;Mackensie et celles-ci aux plantes dAtanekerdluk pour ne pasnbsp;dénoter Fexistence dun climat identique sur tons ces pointsnbsp;supposés contemporains. Or leur latitude respective diffère dunenbsp;manière sensible; elle est de 37 degrés pour les iles Sickta dansnbsp;FAlaska, de 6S degrés pour Ie gisement du Mackensie, de 70 degrés pour celui du Groenland. Une concordance aussi complete,nbsp;malgré un écart aussi prononcé dans la situation géographique,nbsp;est attribuée par M. Heer a Finflexion des lignes isotliermesnbsp;miocènes, inflexion en rapport sans doute avec la distributionnbsp;ancienne des terres et des mers, et qui ne serait pas sans analogienbsp;avec ce qui existe de nos jours, oü Fisotberme de 0° séloignenbsp;peu du 35° parallèle dans Ie centre de deux continents, tandisnbsp;quil dépasse Ie 70' a la hauteur du cap Nord.
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11 ne nous reste plus maintenant qua suivre Fordre des latitudes miocènes, en marquant Ie degré de chaleur assigné a cha-cune delles a partir de la plus avancée vers Ie nord. Les plantes miocènes les plus Yoisines du pole que lon ait observéesnbsp;jusquici ont été rapportées, par Ie capitaine Feilden, du Grinnel-Land ou Terre de Grinnel, sitiiée au nord du détroit de Smith,nbsp;vers Ie 82® degré parallèle. Sur ce point, qui nest plus séparénbsp;du pole que denviron 200 lieues, il existait encore de grandsnbsp;arbres, principalement des conifères, parmi lesquelles on remar-que notre sapin argenté et Ie cyprès cbauve dAmérique. Unnbsp;peuplier, un noisetier, un bouleau, des viornes étaient associésnbsp;a ces essences résineuses, et les eaux qui sétendaient a leur piednbsp;voyaient sépanouir a leur surface les fleurs dun nénupharnbsp;[Nympheea arctica, Hr.), tandis que leurs bords se couvraientnbsp;dunelégion de roseaux. Cest a peu prés Ie climat actuel desnbsp;Vosges, des montagnes boisées du Wurtemberg et de la Saxe,nbsp;contrées oü Ie sapin argenté se trouve etfectivement associé aunbsp;bouleau, au tremble et au noisetier; la température annuellenbsp;oscille dans ces pays entre 7° et 8° centigrades, et cette moyennenbsp;doit être considérée comme applicable probablement a la Terrenbsp;de Grinnel, au commencement de lage miocène. La moyenne annuelle duSpitzberg pour cette époque est évaluée par M. Heernbsp;a un minimum de S degrés 1/2 raême centigrades; mais il estnbsp;bien plus vraisemblable de porter cette moyenne a 8 degrés,nbsp;peut être même jusqua 9, lorsque Fon considère les essencesnbsp;qui prospéraient alors dans cette region, particulièrement Ienbsp;platane, Ie cyprès cbauve et jusqua des magnolias a feuillesnbsp;caduques. La moyenne actuelle étantde 8,6 centigrades sui-vant les observations deM. Martins, la différence entre Ie climat miocène et Ie climat moderne serait de IS degrés au moins,nbsp;plus probablement de 17 a 18 degrés, en se plagant vers Ienbsp;80® degré de latitude.
Certaines essences méridionales, spécialement les magnolias a feuilles persistantes, étaient dès lors exclues du Spitzberg. Cesnbsp;essences se montraient dans Ie Groenland vers Ie 70° degré, cest-
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a-dire 10 degrés plus au sud. Les espèces de cette contrée se rapprochaient beaucoup de celles qui habitent maintenant lesnbsp;États-Unis vers Ie 40® degré parallèle. Après ime étude attentive, M. Heer assigne a cette partie du Groenland miocène unenbsp;moyenne annuelle de 9°,7 centigrades, quil faut, selon nous,nbsp;relever jusqua 12 degrés au moins pour être dans la véiité desnbsp;fails. La région oü les séquoias, les magnolias, les plaquemi-niers et les vignes se mêlent aux érables et aux cbênes possèdenbsp;cette température dans lOhio et la Californie. Le climat pré-sumé de llslande a la même époque napporte a ces chiffresnbsp;que bien peu de changements; mais on en remarque dévidentsnbsp;en atteignant le SS® degré, aux environs de Dantzig, oü les plan-tes miocènes abondent dans les terrains qni renferment tambrenbsp;jaune, cette résine fossile qui découlait dutroncdes thuyas ter-tiaires. Ici, Lon rencontre des lauriers, des camphriers, des can-nelliers, des lauriers-roses, qui savangaient jusqua la régionnbsp;baltique, mais jusqua présent aucun palmier. Cette végétationnbsp;diffère peu de celle que nous avons antérieurement signalée au-près de Lyon pour la période pliocene; elle indique par conséquent la même température de 17 a 18 degrés en moyenne. Lanbsp;progression calorique est done parfaitement sensible ; elle mesure un espace de 10 degrés en latitude ou 250 lieues relative-ment au pliocene; elle équivaut a prés de 400 lieues, si lon senbsp;reporte au quaternaire^ elle est au moins de 500 lieues eu égardnbsp;aux temps actuels. Descendons un peu plus bas, et nous trouve-rons des palmiers, dont la limite septentrionale a lépoque miocène coïncidait avec le nord de la Bohème, les provinces rbéna-nes et la Belgique, cest-a-dire a peu prés avec le 50® parallèle.nbsp;Nous obtenons par la une moyenne annuelle probable de 20 degrés centigrades pour cette latitude. La température de lEuropenbsp;centrale et méridionale dans la même période accuse un carac-tère tropical, attesté par de nombreux examples. Elle a été évaluéenbsp;par M. Heer a 22 degrés centigrades pour la Suisse ; en Provence,nbsp;elle témoigne de la même élévation, et ne parait pas saccroitrenbsp;dune manière appréciable lorsque lon savance plus au sud
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pour se placer en Grèce ou en Asie Mineure, vers Ie 38 degré de latitude, oü cependant on voit paraitre une cycadée appurtenant a un genre africain des mieux caractérisés, celui des En~nbsp;cephalartos dont lespèce la plus septentrionale habite de nosnbsp;jours la cóte de Zanzibar. Tous ces pays faisaient aiors partie aunbsp;inême titre de la zone tropicale^ peut-être moins excessive quenbsp;maintenant, inais certainement plus étendue dans la directionnbsp;du nord, puisque la limite boreale des palmiers, au lieu de sarnbsp;rêter au 30 ou au 33 degré de latitude (1), comme maintenant,nbsp;dépassait un peu Ie 50.
Le tableau climatérique que nous venons dexposer est Ie plus complet de ceux que la paléontologie est parvenue a composernbsp;jusquici. En ce qui concerne les périodes plus anciennes que lenbsp;miocène, nous navons encore que des observations éparses;nbsp;elles suffisent cependant pour démontrer que la progression denbsp;la chaleur ne cesse pas de] se prononcer dans le sens des latitudes, a mesure que dun age plus récent on passe a une périodenbsp;plus reculée et a raison mêmede cette ancicnneté relative. Forcenbsp;de condenser en quelques pages des notions par elles-mêmesnbsp;très-complexes, nous avons négligé de faire voir que dans lesnbsp;pays oü les documents étaient les plus ricbes, comme la Suissenbsp;el le midi de la France, la période miocène se montrait dautantnbsp;plus cbaude quon lobservait a un moment plus rapprocbé denbsp;son debut. Des que lon aborde la période éocènc, la multiplication et lextension des palmiers dans le nord, la présence des pan-danées, des bananiers et dautres plantes exclusivement tropi-
(1) Je négligé quelques rares exceptions ; la principale nous est fournie par le Cha-mserops Immilis ou palmier nain, qui savance jusquen Espagne et en Sicile, et se maintenait li létat sauvage prés de Nice il y a quelques années. Cest lii plutöt unnbsp;dernier vestige du rotrait successif des palmiers, cliassés de lEurope par Ia rigueurnbsp;croissante du climat. On sait que le dattier, dont la tige supports sans périr plusieursnbsp;degrcs de froid, ne mürit parfaitement ses fruits ni dans TAlgério proprement dite,nbsp;ni même dans le Maroc (les dattes incomplétement mures et presque dénuées de sa-veur des palmiers de Cannes et de Nice sont cependant susceptibles de propagernbsp;lespèce par le semis). La region oü le dattier est cultivó pour ses fruits ne commence quau sud de lAtlas avec les premières oasis, et plusieurs de ces oasis, situeesnbsp;dans de profondes depressions, constituent pour ainsi dire un sol artiflciel ou senbsp;concentre une clialeur bien supérieure ü celle de la contróe environnante.
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cales jiisque dans lAngleterre et FAllemagne du Nord obligent bien dadmettre une diffusion plus prononcée de la zone tropicalenbsp;et lexistence dune moyenne annuelle de 25 degrés centigradesnbsp;pour tons les points du continent européen on notre investigation a pu porter. Parvenu a cette limite après avoir suivi pas anbsp;pas Ie mouvement qui pousse vers Ie nord la ligne des tropi-ques, il ne reste plus qua la voir savancer au dela même dunbsp;eerde polaire, de manière a égaliser enfin tous les climats. Ces'tnbsp;ce qui est arrivé effectivement, et quoique la pénurie relativenbsp;des documents soppose a la détermination exacte du moment oünbsp;Ie phénomène sest réalisé, lexistence même nen saurait êtrenbsp;douteuse, tant les indices qui viennent a son appui sont sérieuxnbsp;et répétés.
Quoi quil en soit du moment précis, a lépoque de la craie moyenne (1), Finfluence de la latitude est très-faible en Europe,nbsp;bien quelle ny soit pas entièrement nulle. On peut en jugernbsp;par la comparaison des plantes cénomaniennes de Bohème (50quot;nbsp;lat.) avec celles qui ontété recueillies au Beausset, pres de Toulon (43° lat.), apeu prés sur Fhorizon même géognostique. La florenbsp;de Bohème est celle des premières dicotylédones; on y observenbsp;un genre éteint caractéristique, celui des Credneria^ puis dau-tres types plus ou moins tropicaux, comme celui des Hymeneanbsp;qui appartient a la tribu des légumineuses-csesalpiniées , desnbsp;Aralia, Aes Magnolia, des laurinées et des ménispermées; maisnbsp;il cóté de ces types on rencontre aussi un lierre {Hedera primor-dialis, Sap.) qui diffère très-peu de la race actuelle dlrlande;nbsp;Fensemble revêt un caractère évident dopulence et de fraicheur,nbsp;qui dénote une végétation exubérante. Auprès de Toulon,nbsp;7 degrés plus au sud, on ne rencontre que dassez rares dicotylédones ; les tormes dorninantes sont des conifères, parmi lesquel-les on distingue un très-bel Araucaria, un genre éteint, celui desnbsp;Cyparissidium, et ensuite des fougères aux frondes coriaces, denbsp;physionomie entièrement jurassique. Ici done il semble que
(1) La période de la craie précède la période éocène, de même que la période ju-rassique précède celle de la craie»
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lon constate Taction dun climat plus chaud, et la presence dune flore moins transformée, plus rapprochée que celle dunbsp;nord de TAllemagne de la vegetation des temps antérieurs. Lesnbsp;latitudes a ce moment commenfaient a peine a se différencier;nbsp;elles étaient encore voisines de Tégalité originaire et la florenbsp;elle-même devait garder dans Ie Midi bien des traits de cettenbsp;uniformité première sur Ie point de disparaitre. II sembleraitnbsp;aussi que Tintroduction des dicotylédones, qui constitue Tévéne-ment principal de cette période, se fut effectuée en marchant dunbsp;nord vers Ie sud; les dernières découvertes sur la flore crétacéenbsp;arctique autorisant cette pensée.
En effet, entre la Bohème cénornanienneetle gisementdAtané dans Ie Groënland septentrional (70° lat.), qui se range a peu presnbsp;sur Ie même niveau, la différence est peut-être moins prononcéenbsp;quentre la première de ces localités et celle des environs denbsp;Toulon. II existait alors des Credneria, un figuier, peut-être unnbsp;bambou et une scitaminée dans la region circumpolaire; maisnbsp;on ny a rencontré jusquici ni palmiers, ni laurinées a feuillesnbsp;persistantes, a une époque oiices deux groupes commenfaient anbsp;se montrer dans Ie centre et jusquau nord de TEurope. Biennbsp;que rattachée par des liens directs a celle de TAllemagne, la florenbsp;crétacée groënlandaise se distingue certainement de la premièrenbsp;par son caractère tropical moins accentué et par la substitution, en ce qui concerne ceitains groupes, corame les sapinsnbsp;et les peupliers, des types particuliers a la zone tempérée bo-réale a ceux qui sont restés Tapanage exclusif des pays chauds.nbsp;Mais a mesure que Ton senfonce vers Ie passé et que Ton mar-che vers une égalisation climatérique assez absolue pour quenbsp;les méuies végétaux se montrent indiö'éremment en Moravie ounbsp;en Saxe, dans la Suède centrale ou par dela Ie eerde polaire, onnbsp;constate aussi un autre phénomène quil est indispensable de dé-linir, puisquil donne peut-être la clef de tout Ie reste : la temperature ne semble plus augmenter; elle tend a devenir station-naire, ou du moins a osciller dans de certaines limites. Unenbsp;cbaleur analogue a celle des tropiques submerge alors toutes
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les latitudes, elle se propage jusque dans 1extrême nord ; mais elle ne dépasse pas en intensité Ie degré nécessaire pour fairenbsp;végéter des palmiers et des pandanées, et avant ces végétanx desnbsp;cycadées, des fougères et des araucarias, cest-a-dire des plantesnbsp;qni sent loin dexiger un degré de chaleur supérieur en moyennenbsp;a celui de la zone torride actuelle.
Le Groenland a encore fourniiiM. fleer une preuve de léga-lisation relative des climats a lépoque de la craie inférieure. Une flore de eet age a été observée a Kome, dans le golfe dOtnenak,nbsp;par 70°,40' de latitude. Les espèces recueillies sont en grandenbsp;partie identiques a celles que présente Vnrgonien, un des étagesnbsp;inférieurs de la craie, dans le centre de lEurope. Cependant unenbsp;feuille isolée de peuplier et quelques sapins du groupe des Tsuganbsp;se trouvent associés dans certains gisements aux cycadées et auxnbsp;fougères de la tribu des gleichéniées qui dominent lensemble.nbsp;Ce mélange assurément fort remarquable peut-il être considérénbsp;comme le premier indice du refroidissement polaire commen-pant a se manifester? Cest fort possible et mêrae probable; cependant, pour ne négliger aucun des éléments qui touebent anbsp;une question aussi obscure, il faut ajouter que vers la mêmenbsp;époque, dans le Hainaut en Belgique, et un peu plus loin dansnbsp;le nord-ouest de la France, en Normandie et même en Angle-terre, on observe également des pins de plusieurs sortes, desnbsp;cèdres et même des sapins, caractérisés par leurs cones : ainsinbsp;le contraste singulier qui ressort de lassociation de ces arbresnbsp;avec Araucaria, des cycadées et des fougères tropicales nanbsp;rien dabsolument particulier aux contrées arctiques de lépoquenbsp;que nous considérons ; il se reproduisait ailleurs et nétait dünbsp;peut-être qua lexistence de régions montagneuses et boiséesnbsp;dont la trace aurait disparu. Ces cèdres et ces pins, malgré leurnbsp;ressemblance extérieure si frappante avec ceux que nous possé-dons, auraient-ils différé beaucoup de ces derniers par leursnbsp;aptitudes et même par leur port? On serait fort embarrassé denbsp;répondre nettement a Tine interrogation de ce genre.
11 est vrai qu'a mesure que lon remonte le cours des
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ages, les paysages, a force de se modifier, prennent enfin line physionomie étrange, quelqiie chose de bizarre et dina-clievé dans les traits qui nous transporte en plein inconnu.nbsp;Cest quen nous éloignant toujours davantage du temps présent,nbsp;nous pénétrons enfin dans ce que lon pourrait justement nom-mer Ie moyen age de lhistoire du globe. Lépoque jurassique présente ce caractère a un très-haut degré. Légalité climatériquenbsp;devient alors manifeste; elle ressort de lobservation des ani-maux comme de celle des plantes. Les reptiles, dont la classenbsp;dominait a cette époque, réclament une grande chaleur extérieure; elle seule, a défaut de leur sang, qui en est privé, communique de lénergie a leurs mouvements, et favorise léclosionnbsp;de leurs oeufs. Les végétaux jurassiques recueillis dans lIndenbsp;anglaise, dans la Sibérie et au Spitzberg, ainsi quen Europe,nbsp;font Yoir de leur cóté que rien ne distinguait a ce moment lesnbsp;llores des pays voisins de la ligne de celles de nos pays ou denbsp;lextrême Nord, et que les différences, lorsquelles existent, portent sur les détails secondaires, mais non pas sur Ie fond.
En remontant plus haut, nous rencontrerions de nouveaux documents et de nouveaux phénomènes, mais aucun ne vien-drait contredire la croyance a légalisation des climats par toutenbsp;la terre et a lintluence dune chaleur nexcédant nulle part cer-taines limites. Tout porte a penser cependant, lorsque Tonnbsp;aborde Ie temps des houilles et lage Ie plus reculé de Thistoirenbsp;des ètres organisés, que, si rien nest changé relativement anbsp;faction du foyer calorique qui inonde la terre entière de sesnbsp;effluves, dautres changements ont du se produire, et quils fu-rent sans doute assez profonds pour imprimer a notre globe unnbsp;aspect très-éloigné de celui quil a présenté depuis, et pour créernbsp;même des conditions dexistence dont rien ne saurait plus nousnbsp;donner lidée.
Lépaisseur heaucoup plus grande de ratmosphère tamisant une lumière diffuse, chargée de brumes ticdes et lourdes; desnbsp;étendues continentales amoindries et morcelées ; Ie globe lui-mème moins contracté et occupant une plus large surface; la
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chaleur intérieure enfin se manifestant au dehors par certains etfets et sur certains points, telles sont les causes que lon peutnbsp;entrevoir comme ayant influé sur la constitution des climatsnbsp;tout a fait primitifs et preside au développement des êtres lesnbsp;plus anciens; mais ces causes, si lon peut les entrevoir vague-ment, on ne saurait les analyser, tout au plus pourrait-on in-sister sur certains faits qui paraissent sy ratlacher plus ou moins.nbsp;Non-seulement les végétaux analogues a ceux des premiers agesnbsp;recherchent lombre de preference, comme Ie font lesfougères,nbsp;mais les races dinsectes les plus anciennes que lon ait observées senbsp;tiennent etvivent maintenant encore dans lobscurité, commenbsp;les blattes, les termites, les scorpions. M. Heer, a qui revientnbsp;cette remarque, pense saisir dans les habitudes actuelles de cesnbsp;petits ètres une tradition confuse de lobscurité nébuleuse denbsp;ces premiers ages. La lumière, si amorti quen fut léclat, exis-tait pourtant, comme Ie prouvent les yeux réticulés des trilobi-tes. II est vrai que les perceptions visuelles sont souvent obtusesnbsp;chez les animaux inférieurs, lorsquelles ny sont pas nulles, etnbsp;la disposition de beaucoup dentre eux a fuir une vive lumière,nbsp;de mème que la certitude que leur existence remonte générale-ment très-loin dans Ie passé, parlerait en faveur de lopinionnbsp;émise, dailleurs sous toutes réserves, par léminent professeurnbsp;de Zurich.
La tendance de la vie a se localiser, dans les temps voisins de son apparition, est encore un phénomène qui se lie a des particu-larités de climat. 11 est certain que les regions primaires sontnbsp;vastes etfréquentes dans les alentours de léquateur, et cependantnbsp;sur ces terres demeurées a sec dès lorigine les traces danimauxnbsp;et de plantes terrestres, particulièrement les empreintes du tempsnbsp;des houilles, sont presqueinconnues jusqua présent. Ilse peut,nbsp;suivant la belle peuséedeBuffon, quela vie se soit montrée dabordnbsp;vers les poles, et quelle y ait été cantonnée pour ainsi dire. Lanbsp;région oü sest forraée la houille, et au sein de laquelle une végé-tation opulente sest ici-bas développée pour Ia première fois, nenbsp;sétendait pas cependant jusquaupole même; unemer immense
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se prolongeait au nord du 76 degré, et ce nest quau sud de cettelimite, dansles iles Melville, Bathurst et Prince-Patrick,nbsp;que Pon observe les dépots de houille les plus septentrionaux.nbsp;Une zone occupant de Pest alouest toute laterre, maisque bor-nerait au sud Ie 40 degré parallèle, au nord Ie 76, marqueraitnbsp;assez exactement les limites de la region des houilles. On saitnbsp;quavant lépoque carbonifère les organismes terrestres ne senbsp;montrent guère, soitquils aientété encore très-rares, soit quau-cune circonstance nen ait favoriséla conservation. Les premiersnbsp;êtres sontmarins, ils forment dans Ie terrain silurien eet ensemblenbsp;auquel M. Barrande a donné Ie norn de faune primordiale. Cettenbsp;première faune, suivie de plusieurs autres, est elle-même pré-cédée des plus anciens vestiges de la vie organisée. Ici encore,nbsp;les indices de localisation paraissent évidents; les organismesnbsp;primitifs se montrent de préférence dans Ie Canada et les Etats-ünis, en Angleterre, en Bohème et surtout en Scandinavië, anbsp;lintérieur dune bande qui ne sécarte jamais beaucoup du 50nbsp;degré de latitude. Cette zone peut être considérée coinme corres-pondant a 1équateur de la vie originaire^ comme la lisière quellenbsp;aurait franchie avant de se déverser sur notre hemisphère, pournbsp;de la se répandre de proche en proche et remplir ensuite toutenbsp;la terre.
Allons-nous maintenant déterminer la vraie cause de Péléva-tion de température des anciens climats? 11 faudrait pouvoir la saisir ou tout au rnoins lentrevoir, et jusquici la science hésitenbsp;entre plusieurs solutions très-diverses. Elle nose faire un choix;nbsp;il faut être modeste comme elle et se contenter de quelques ré-flexions générales, suivies de lexamen critique des systèmesnbsp;les moins invraisemblables par lesquels on a cherché a expli-quer ce qui finira peut-être par sexpliquer de soi-même. Résu-mons ce qui précède.
Luniversalité dune chaleur égale, mais non excessive, par-tout Ie globe durantlaplus grande partie des périodes anciennes.
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la persistance de cette elevation calorique a travers bien des modifications organiques et dinnombrables variations partielles,nbsp;ressorlent pour nous de lensemble des faits et particulièrementnbsp;de létude des végétaux fossiles les mieux connus. En effet,nbsp;les fougères en arbre du premier age nont pas exigé une plusnbsp;grande somme de cbaleur que les cycadées et les pandanéesnbsp;du second age, les palmiers et les bananiers du troisième. Pendant très-longtemps, cest-a-dire jnsquau commencement dunbsp;troisième age, les végétaux observés au dela du eerde polairenbsp;sonl pareils on presque pareils a ceux de notre continent, etnbsp;ceux-ci ne se distinguent pas de ceux de Pinde. Légalité estnbsp;absolue, et Pélévation nexcède pas probablement 25 degrésnbsp;centigrades en moyenne, 30 degrés au plus. Rien ne change anbsp;ces deux égards; pourtant la lumière versée a dü êlre dage ennbsp;age plus vive et plus intense. A Pégale distribution de la cha-leur accompagnée dune lumière diffuse a succédé peu a peu unenbsp;distribution de plus en plus inégale de la cbaleur et de la lumière. Ainsi la nuit et Ie jour, Pbiver et Pété, auraient contrasténbsp;de plus en plus; les latitudes et les climats se seraient différen-ciés et accentués toujours davantage, mais seulement a partirnbsp;dune certaine époque. II estcurieux de constater que cette époque est justement celle oü les animaux a sang ebaud ont com-mencé a se répandre et a se multiplier. Lincubation etla gestationnbsp;ont ebez eux, il faut Ie remarquer, pour but immédiat de procurer aleurs produits une période de cbaleur égale et artificielle,nbsp;absolument indépendante de la variation des milieux. Lovulationnbsp;est au contraire a peu pres toujours extérieure, et Péclosionnbsp;dépendante du climat chez les reptiles, dont Ie règne précèdenbsp;celui des mammifères. Chez eux aussi la ponte marque ordi-nairement Ie tenue des relations entre la femelle et ses petits.
La marche de tous ces phénomènes naurait rien dobscur par elle-même, si Pon ne se demandait instinctivement la cause quinbsp;a pu les engendrer. Est-ce dans la terre mème, est-ce dans Ienbsp;soleil OU dans Pespace quil faut la rechercher? Nous avons vunbsp;que Ie climat se composait deplusieurs facteurs, et quil suffisait
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de la modification de Tun deux pour entrainer Ie changement de tons les rapports. Dailleurs on con^oit quil ait pu existernbsp;autrefois dautres coefficients dont laction combinée avec cellenbsp;des premiers aiirait cessé de se manifester depuis longtemps, etnbsp;qui nous demeureraient inconnus. Ces causes pourtant, et cestnbsp;la ce qui doit encourager les explorateurs. ne sauraient ètrenbsp;très-nombreuses, du moins si 1on écarté celles qui sont fabuleuses OU tont a fait inyraisemblables; nons rangeons dans cettenbsp;dernière catégorie une hypothese souvent invoquée, celle denbsp;rinfluence persistante du noyau central en fusion, influencenbsp;supposée assez forte pour supprimer dabord, pour atténuernbsp;ensuite les effets de la latitude. Les impossibilités de toute sortenbsp;attachées a cette opinion auraientdu la faire abandonner depuisnbsp;longtemps ; aussi les meilleurs géologues napportent-ils aucunenbsp;preuve a lappui, OU ils lamentionnent sans y insister, commesilsnbsp;en comprenaient Ie pen de solidité. M. dArchiac, dans Ie résuménbsp;généralqui termine son livre intitule Geologie et paleontologie (1),nbsp;se contente daffirmer que la vie organique na plus dépendu quenbsp;de Faction solaire, a partir du moment ou la température denbsp;Fatmosphère, cessant de participer a celle de la terre, a perdunbsp;graduellement son uniformité première. Cest énoncerun principe des plus vagues en ayantsoin denesquiver les consequences.nbsp;M. dOmalius dHalloy (2) dit bien, il est vrai, que la chaleurnbsp;centrale exergait encore une grande influence sur Ie climatnbsp;pendant Fépoque tertiaire, mais il ne donne pas les raisons denbsp;cette croyance. M. Schimper a' tout récemment (3) avoué que ianbsp;science ne pouvait fournir a eet égard aucune réponse satisfai-sante. Enfin M. Burmeister, dans son Histoire de la creation,nbsp;fait voir que Finterposition dune écorce solide a du opposernbsp;depuis longtemps, peut-être même des Forigine des êtres vivants,nbsp;un obstacle infranchissable a Faction du foyer interne sur lanbsp;température de la surface ; mais en revanche il croit alinlluence
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Paris, 1866, p. 760.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Vrécis élémentaire de géoloqie^ 2® edit., Paris et Bruxelles, 1868, p. 279.
(3) nbsp;nbsp;nbsp;Traité de paléontologie végétale, I, p. 99.
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réchauffante des matières en fusion rejetées au dehors. Lespor-phyres, les basaltes et les laves successivement épanchés a la surface auraient, en exhalant leur calorique et en se solidifiantnbsp;peu a peu, contribué a maintenir lélévation de la temperature,nbsp;et en auraient rendu plus tard labaisseraent moins rapide. 11nbsp;suffit dénoncer un pareil système pour reconnaitre quil nenbsp;repose sur aucune base sérieuse. Les volcans sous nos yeux nont-ils pas, comme dautres montagnes, leurs neiges éternelles ?nbsp;A-t-on jamais penséque les eruptions du mont Hékla aient servinbsp;a adoucir Ie climat de lIslande? Si de pareils effets sétaientnbsp;produits dans les temps antérieurs, a quelles étroites limites nenbsp;faudrait-il pas les ramener pour rester dansle vrai? Dans tonsnbsp;les cas, ils seraient loin de pouvoir rendre compte des phénomènesnbsp;grandioses dont nous avons exposé les phases. La difficulté nestnbsp;pas dadmettre que notre globe ait longtemps possédé une cha-leur propre, capable de contre-balancer linfluence des latitudes:nbsp;il en a été certainement ainsi a 1origine; mais il est aisé denbsp;reconnaitre que ce phénomène initial na rien de commun avecnbsp;la persistance singuliere dune temperature tropicale sur tout Ienbsp;globe, et quenfin labaissement tardif et graduel de cette mêmenbsp;temperature a du dépendre dune tout autre cause.
Lépaisseur énorme des terrains solidifies les premiers, la faible conductibilité calorique des roebes dont ils sont composés, enfinnbsp;lénormité du temps écoulé, sont autant darguments décisifsnbsp;contre cette manière de voir. Du reste, si Ie refroidissement dunbsp;globe était la vraie cause de la décroissance de la temperature,nbsp;cette décroissance aurait nécessairement suivi une marche gra-duelle, et elle entrainerait pour les époques très-anciennes,nbsp;comme celle des houilles, une chaleur hors de toute proportionnbsp;par son intensité avec ce que nous connaissons des êtres vivantsnbsp;de cette époque, incompatible même avec toute espèce dor-ganisme. La chaleur centrale, a quelque point de vue que lonnbsp;se place, ni la moindre élévation des montagnes, pas plus que lanbsp;distribution géographique des terres, ne fourniront lexplicationnbsp;démandée. Cette explication dépend sans doute dune cause plus
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générale qui plane au-dessus de toutes les autres, sans exclure pourtant les causes secondaires et les causes partielles.
Le savant M. Heer a émis Tidée que Ie système solaire tout entier, tournant autour de lastre invisible qui lui sert de centre,nbsp;avait pu, dans le cours de cette année incommensurable dontnbsp;rhomme ne verra jamais la fin, traverser des parties inégale-ment échauffées de lespace stellaire. De cette marche seraientnbsp;sorties des périodes de froid et de cbaleur qui se succéderaientnbsp;comme des saisons, mais a des époques indéterminées. Cest lanbsp;sans doute une théorie séduisante au premier abord, mais ilnbsp;faut songer que rien, dans les phénomènes observés jusquici,nbsp;ne ressemble a des intermittences marquées de cbaleur et denbsp;froid. La cbaleur originaire se prolonge plus oumoinslongtemps,nbsp;puis elle décline sans queLonait droit de soupgonner lexistencenbsp;dabaissemcnts antérieurs, tandis que lon constate aisémentunenbsp;succession continue despèces affiliées exigeantune cbaleur supérieure a celle que nos zones tempérées ou froides sont mainte-nant en mesure de leur départir. La parfaite coincidence desnbsp;latitudes, disposées autour du pole tertiaire etmême crétacé dansnbsp;le même ordre relatif quaujourdhui, empêche de supposer,nbsp;comme le voudrait M. Evans, que ce pole se soit successivementnbsp;déplacé. Nous avons déja insisté sur ce point; mais il existe unenbsp;autre hypothese que nous ne saurions passer sous silence, pareenbsp;quelle a été adoptée par plusieurs hommes de talent, biennbsp;quelle ne nous semble pas plus vraisemblable que les précé-dentes. Nous voulons parlerde la périodicité des déluges, baséenbsp;sur le déplacement lent et périodique du grand axe de lorbitenbsp;terrestre par suite du phénoraène de laprécession des équinoxes,nbsp;doü résulte une différence dans la longueur respective des saisons. Le cycle entier de ce déplacement mesure une périodenbsp;denviron 21,000 ans. Actuellement le printemps et lété réunisnbsp;de notre hémisphère dépassent de sept jours la durée de lau-tomne et de lhiver. Cest en 1248 que les saisons chaudes ontnbsp;atteint leur plus grande longueur dans notre hémisphère; ellesnbsp;tendent depuis a diminuer, et cette diminution continuera jus-
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qua lannée 6498, oü légalité sera rétablie entre les saisons extrêmes; mais après ce tertne, Ie mouvement continuant dagir,nbsp;lhiver et lautomne empiéteront de plus en plus sur lété et Ienbsp;printemps jusquen 11784 de notre ere, après quoi une oscillationnbsp;en sens inverse ramènera peu a peu les saisons vers les proportions actuelles. II faiit ajouter encore que les saisons chaudes denbsp;notre hémispbère correspondent aux saisons froides de lhémi-sphère austral, et que cest raaintenant ce dernier qui supportenbsp;les hivers les plus longs. En partant de cette donnée astrono-mique, M. J. Adhémar, auteur des Revolutions de la mer, etnbsp;M. H. Lehon après lui ont cru que les glacés, en saccumulantnbsp;vers lun des poles, pouvaient changer léquilibre et déplacer Ienbsp;centre de gravité du globe.
Les terres de Ehémisphère austral seraient maintenant noyées, et leurs sommités recouvertes de glacés, tandis que celles denbsp;rhéraisphère boréalse trouveraientpresquea sec, et que les glacés nauraient cessé de diminuer autour du pole nord j usque versnbsp;Ie milieu du xiii siècle. Le mouvement déja commencerait anbsp;se ralentir, etun moment viendrait oü notre héinisphère, envahinbsp;de nouveau, disparaitrait en partie sous les eaux. On conjoit lesnbsp;consequences géologiques dune pareille théorie, si elle étaitnbsp;admise. La période glaciaire aurait correspondii au temps oü lesnbsp;hivers de notre héinisphère ont été les plus longs, elle auraitnbsp;produit ses effets les plus intenses vers Fan 9250 avant notre ère ;nbsp;mais le déplacement du centre de gravité serait temporaire etnbsp;périodique comme le phénomène dont il dépendrait. Le retournbsp;détés plus longs, en fondant les glacés de Fun des poles, amè-nerait inévitahlement une débacle, a la suite de laquelle lesnbsp;eaux, brusquement rejetées vers Fhémisphère opposé, inaugure-raient pour lui une nouvelle ère glaciaire et balayeraient les êtresnbsp;sur leur passage. Cest la ce qui serait arrivé jadis en Sibérienbsp;lors de Fensevelissement des mammouths, et ce qui nous arri-verait de nouveau lorsque les glacés de Fhémisphère austral fon-draientaleur tour, circonstance qui se présenterait dans cinq ounbsp;six mille ans dici.
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Quelque spécieuse quelle paraisse, cette théorie ne supporte guère lexamen. Oii trouver danste passé la trace de ces actionsnbsp;glaciaires qui auraient du se succéder a de courts et réguliersnbsp;intervalles ? Rien de périodique ne se remarque dans les faitsnbsp;de lordre géologique ; on observe au contraire une élévation denbsp;teinpérature bien supérieure a cetle que les phénomènes dont ünbsp;vient detre question ont jamais pu produire. Afin de prouvernbsp;cette chaleur supposée, dont Ie maximum se place forcémentnbsp;dans Ie xiii siècle, on est oblige de sattacher aux traditions etnbsp;aux récits exagérés du moyen age. Les calculs auxquels on sestnbsp;livré, échafaudés sur de petits faits légendaires, sont dautantnbsp;moins concluants que Ie naturaliste nignore pas que la végéta-tion européenne a très-peu change depuis les temps historiquesnbsp;les plus reculés, sinon par Ie fait de Thomme. Lextension desnbsp;glaciers nest pas un fait particulier a notre hémisphère; desnbsp;vestiges analogues, rapportos également a la période quaternaire,nbsp;ont été observes dans riiémisphère austral et démontrent plutótnbsp;luniversalité que la périodicité alternative de ces sortes de phénomènes. Dailleurs, si les eaux et les glacés, par une consé-quence de la precession, se sont accumulées vers lun des polesnbsp;en plus grande quantité que sur lautre, ce na pu être que parnbsp;im progrès très-lent, et la fonte des glacés na dü aussi sopérernbsp;que dune fagon graduelle. On ne saurait concevoir de débaclenbsp;assez brusque pour opérer un mouvement général de la massenbsp;liquide. Le froid polaire et la calotte de glace qui en résulte nenbsp;coincident pas même aA^ec le pole réel; enfin le poids total de cesnbsp;amas semble trop faible pour avoir jamais pu déplacer le centrenbsp;de gravité. 11 faut nécessairement chercher une autre cause ounbsp;avouer lirapuissance den concevoir aucune.
La densité présumée plus grande de 1atmosphère aux époques antérieures doit être prise en considération. On sait comment lanbsp;raréfaction de 1air amène le froid aussitot que 1 on s élève sur lesnbsp;montagnes. 11 suffirait sans doute daccroitre lépaisseur de la cou-che atmosphérique pour la rendre capable daccumuler plus denbsp;chaleur; non-seulement les végétaux et les animaux des pre-C® DE SapORTA.
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miers ages semblent avoir vécu sous un ciel plus voilé et plus lourd, mais leffet mème dune chaleur plus concentrée serait denbsp;réduire a létat de vapeur une plus grande quantité deau etnbsp;daccroitre ainsi la tension de Tatmosphère. Létude même de lanbsp;geologie semble démontrer que dans Ie passé les pluies et lesnbsp;phénomènes relevant de Faction des eaux courantes ont présenténbsp;plus dintensité que de nos jours. Latmosphère de son coté anbsp;perdu une grande partie des gaz quelle renfermait originaire-ment, et qui se sont fixés en entrant dans la composition de différents corps. Diminuée détendue, elle na pu contenir la mêmenbsp;quantité de vapeur deau, et a laissé échapper Ie surplus, qui estnbsp;allé grossir la masse liquide. On voit que la chaleur elle-mêinenbsp;contribuait a maintenir un état atmosphérique favorable a lanbsp;déperdition lente et faible de cette même chaleur. Cependant cesnbsp;propriétés de latmosphère des premiers ages, en les supposantnbsp;vraies, obligent toujours de recourir a Faction dun foyer calo-rique, sinon plus énergique que Ie nótre, du moins disposé denbsp;fa?on a élever la température des régions polaires au niveau denbsp;celle de la zone équatoriale actuelle. Cette intensité partout égalenbsp;et si longtemps persistante, Fépaisseur seule de Fatmosphère nenbsp;saurait la donner par suite de la longue obscurité des nuits dunbsp;pole, que rien ne peut compenser. En avanfant du restevers desnbsp;temps plus modernes, on voit se développer des végétaux, commenbsp;lespalmiers, qui saccommodent a la fois de la chaleur et d une vivenbsp;lumière. La chaleur se maintient a peu pres égale pour les hautesnbsp;latitudes, alors même que Fatmosphère a enfin acquis la transparence qiFelle a depuis conservée. Les plantes tertiaires differentnbsp;si peu de celles des régions tropicales de nos jours, quelles nonlnbsp;puvivresous un autre ciel; mais elles altestenten même tempsnbsp;la force du foyer calorique qui, dans la première moitié de eetnbsp;age, étendait encore son influence sur FEurope entière. Si riennbsp;navait été changé dans la situation respective de la terre et dunbsp;soleil, de pareilles conditions auraient entrainé, malgré tout etnbsp;doü que vint Félévation thermique, la présence dun climat et denbsp;saisons extrêmes, cest-a-dire chaleur supra-torride k Féquateur,
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jour estival ardent, mais hiver sombre et glacé dans les regions polaires. Ceseffets, nous Ie savonsdéja, nesont pasceux que Tonnbsp;observe en étudiant lancienne végétation polaire, oü les indicesnbsp;dune saison dbiver des plus modérées ou même nulle ne fontnbsp;pas défaut jusque dans Textrème nord. Des lors cest plutót unenbsp;cause dégalisation climatérique quil sagirait de determiner, etnbsp;la question se simplifie, du moins en apparence.
Linclinaison de laxe sur Ie plan de lorbite est actuellement, on Ie sait aussi, la cause unique de la diversité des climats et desnbsp;saisons dans lintérieur de chaque climat. Par conséquent il nynbsp;aurait qua en supposer Ie redressement, au moins partiel, pournbsp;obtenir aussitót Pégalitéqsrésumée, et, la densité atmosphériquenbsp;venant en aide, Ie passé de notre globe se trouverait facilementnbsp;expliqué. 11 ne faut pas oublier néanmoins quen invoquant cettenbsp;bypotbèse on se beurte a dinsurmontables difficultés. Bien quenbsp;la stabilité des lois astronomiques soit fondée principalement surnbsp;la connaissance de la structure récente de lunivers, et qua eetnbsp;égard on ne puisse répondre dévénements dont la trace se perdnbsp;dans la nuit des temps, rien ne saurait autoriser non plus anbsp;croire sans preuve directe que Ie système solaire ait jamais cessénbsp;detre régi par les mêmes lois quaujourdbui. En effet, la direction de laxe de rotation dun corps céleste est immuable, sinbsp;dautres corps plus puissants ne viennent Ie solliciter en 1attirantnbsp;dans un autre sens que celui de la rotation normale, ou en trou-blerla marebepar un cboc. Enun mot, sans une perturbation,nbsp;très-possible il est vrai, mais dont on ne saurait admettre gra-tuitement la réalité, cette direction ne cbangera jamais. En denbsp;bors done du petit mouvement appelé nutation, aucun ebange-meot de cette nature ne peut être invoqué pour fournir une explication plausible a des pbénomènes dun ordre très-différent.nbsp;Une perturbation violente ne seraitpas même acceptable des quilnbsp;sagit dune succession de faits évidemment connexes, et dont lanbsp;marebe lente et réguliere a mis des millions dannées a se dé-rouler. Laxe terrestre a-t-il pu, dabord perpendiculaire sur Ie plannbsp;de lorbite, comme dans Jupiter, sincliner peu a peu? Pareille
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LES PHÉNOMÈNES ET LES THÉORIES.
question na jamais été examinée par les astronomes,et rien, a ce quil semble, dans la mécanique, ne justifierait cette hypothese.
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11 en est autrement dune supposition encore plus hardie émise, il y aquelques années,par M. Ie docteur Blandetavec lassentimentnbsp;du regretté M. dArchiac. Elle a du moins eet avantage quellenbsp;saccorde parfaitement avec les données de la célèhre théorie denbsp;Laplace. Onsait, que daprës cette théorie, Ie systèrae solaire toutnbsp;entier aurait formé dahord une immense néhuleuse qui se seraitnbsp;condensée en ahandonnant successivement des anneaux de ma-tière cosmique, origine des astres secondaires, planètes et satellites, tandis que lastre central, réduit a des dimensions toujoursnbsp;moindres, maisplusdense, plus lumineuxetplus ardent, devenaitnbsp;a la longue un globe pareil a ce quil est maintenant. Notre soleilnbsp;ne serait done que Ie dernier terme de la condensation dunenbsp;série de soleils antérieurs. 11 en résulte quavant de mesurer Ienbsp;diamètre encore énorme de 357,290 lieues et Ie diamètre apparent sur notre ciel dun peu plus dun demi-degré, Ie soleil a dunbsp;nasser par bien des états de grandeur réelle et de grandeur ap-parente. La masse très-inégale des planètes, dont les plus éloi-gnées du soleil sont aussi les moins pesantes et dont la plusnbsp;rapprochée de eet astre (Mercure) est en même temps la plusnbsp;lourde, semble fournir une preuve indirecte de ce mouvement denbsp;condensation de la matière solaire a travers les ages; mais lors-que la dernière planète a été détachée de lastre central, aujour-dhui formé d'un mélange de gaz et de vapeurs incandescentesnbsp;dont la densité néquivaut quau quart de celle de notre globe, Ienbsp;soleil était encore très-loin de se trouver réduit aux dimensionsnbsp;que nous lui connaissons, et quil na probablement acquisesquenbsp;par une marebe très-lente. Sans doute il est impossible de savoirnbsp;par quelle sorte de soleil ont été éclairées les scènes de la vienbsp;primitive. On peut cependant conjecturer que ce soleil différaitnbsp;beaucoup du notre, et limmensité du temps écoulé permet denbsp;croire quil était dune grandeur en rapport avec Ie terme encorenbsp;très-éloigné du mouvement de condensation auquel il na pasnbsp;peut-être entièrement cessé dobéir.
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LES ANCIENS CLIMATS.
Un soleil égal en diamètre a lorbite de la planète Mercure serail énorme, vu de la terre. II apparaitrait sous un angle denbsp;plus de 40 degrés ; il remplirait a lui seul Ie quart de lhorizonnbsp;et donnerait lieu a des crépuscules si lumineux et si prolongésnbsp;que la nuit en serail annulée. A plus forte raison, il en serailnbsp;de même de leffet des latitudes ; la zone torride, transportéenbsp;sous nos climats, déborderait bien au dela des cercles polaires.nbsp;Avec un soleil noccupant que la moitié seulement du mêmenbsp;orbite, les mêmes effets se produiraient encore, et IiUuminationnbsp;des crépuscules compenserait, surtout au sein dune atmospherenbsp;plus étendue, la diminution du diamètre apparent, qui excéderaitnbsp;encore de plus de quarante fois la dimension actuelle. Un sera-blable soleil brillerait d^une lumière plus calme et répandraitnbsp;une chaleur moins vive, mais plus égale, justement paree que Ienbsp;foyer en serail moins concentré; il reliendrait encore quelques-uns des caractères de la nébuleuse primitive; il prolongerait Ienbsp;jour par Iamplitude de la réfraction, et reculerait les hornes denbsp;la zone tropicale en projetant des rayons verticaux jusque dansnbsp;nos régions. Sans doute cette hypothese est loin de tout résoudre,nbsp;mais elle sadapte si naturellement aux phénomènes du mondenbsp;primitif, elle fait si bien comprendre ses lois climatériques, sesnbsp;jours a demi-voilés, ses nuits transparentes, la tiède temperaturenbsp;de ses contrées polaires, lextension originaire, puis Ie retraitnbsp;progressif de la zone torride, réduite enfin aux limites actuelles,nbsp;que 1on est fortement tenté dy croire, tout en se répétant a voixnbsp;basse: serait-ce done la Iunique cause dune reunion si complexenbsp;de phénomènes?
En réalité, ces recherches touchent encore a leur debut, et déja lesprit de Thoinme voudrait tout saisir, tout parcourir, toutnbsp;deviner, nil mortalibus archmm. II ne savoue pas assez que sanbsp;nature est bornée, successive; que les élans subits, qui réussis-sent parfois a certains génies, sont plutót pour Ie commun desnbsp;hommes Ie signe dune impatience nerveuse et maladive quinbsp;altère la sureté du jugement, trouble lanalyse, et empèche denbsp;prendre la voie de la deduction patiënte et graduelle. Cette voie
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est cependant la seule qui ne trompe jamais. Elle mènera quel-que jour, a travers des détours imprévus, a la connaissance directe de bien des questions, aujourdhui a létat de problè-mes scientifiques. Celle des anciens climats est une des plusnbsp;curieuses, mais une de celles aussi qui exigent Ie plus dattentioi^nbsp;et de persévérance pour être a la tin comprises et résolues. Avantnbsp;tout, et cest ce qui lui a manque jusquici, il faut quelle ob-tienne Ie concours de plusieurs sciences combinées, réunissantnbsp;leurs efforts etles faisant converger vers Ie mêmeobjet.
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NOTIONS PRÉLIMINAIRES
SUR LES
Le charme si pénétrant que la nature a déposé dans ses oeuvres résulte en grande partie de la fagon dont les masses végétales senbsp;trouvent accentuées. Limpression que lon éprouve en parcou-rant une vallée agreste. dominee par des pentcs richement boi-sées, OU bien en abordant une vaste et profonde forèt, portenbsp;avec elle quelque chose de vague^ dindéfmi. Mais^ si lon essayenbsp;de soumettre cette impression a lanalyse, on fmit par recon-naitre que, sous lapparente confusion du spectacle dont on estnbsp;frappé, se cachent un ordre reel et des lois déterminées. Pournbsp;parvenir a le comprendre, il faut décomposer un a un les or-nements qui décorent la scène, en préciser la forme, le carac-tère et la destination. De Humboldt, sengageant un des premiers dans cette voie, avait rapporté de ses courses a travers lesnbsp;deux mondes de précieuses notions sur le róle dévolu a chaquenbsp;catégorie de plantes, dans les paysages du tropique. II fit voirnbsp;que les diverses régions de la zone equatoriale devaient leur phy-sionomie distinctive a la prédominance ou a lassociation dunnbsp;certain nombre de végétaux caractéristiques qui tantót se com-binaient pour former des groupes harmoniques, tantót se déta-chaient du milieu des autres, comme sur un fonds, tantót enfinnbsp;occupaient le sol dune fagon a peu pres exclusive. Au sein mêmenbsp;de nos contrées, si pauvres cependant en tableaux de ce genre, onnbsp;peut sassurer que lexpression du paysage change avec les arbres
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NOTIONS PRELIMINAIRES
qui le composent: la viie de sombres sapinières ajoute certaine-ment a la sévérité des sites alpins, tandis que la verdure frai-che et nuancee de teintes variées, qui se presse au bord des eaux tranquilles, fait naitre un sentiment de calme et repose aussi biennbsp;Iesprit que lesyeux. La nature dispose en effet dune multitudenbsp;de formes, qui sont comme les couleurs de sa palette et dont ellenbsp;tire de puissants etfets en les melangeant de mille manières;nbsp;mais ces formes quelle tient dans ses mains invisibles pour lesnbsp;distribuer avec tant de profusion a la surface du globe, doünbsp;proviennent-elles? et que sait-on de leur origine? Sont-ellesnbsp;nées simultanément on se sont-elles montrees dans un ordrenbsp;successiL et lequel? Que peut-on avancer au sujet de la mar-cbe quelles ont suivie et du developpement auquel elles outnbsp;obei? Ce sont la autant de questions que la paléontologie vé-gétale essaye daborder, sinon pour les résoudre entièrement, dunbsp;moins pour sexpliquer a leur égard et énoncer le dernier motnbsp;de la science humaine. Cestcette science que nous allons inter-roger ; elle nous enseignera par quelle méthode dinvestigationnbsp;on a réussi a senfoncer dans un passé tellement lointain que lenbsp;calcul de lhomme ne saurait en fixer les limites. Nous avonsnbsp;passé en revue les lois générales et apprécié plus particulièrementnbsp;celles qui régissent Lensemble desphénomènes biologiques; nousnbsp;allons maintenant suivre lapplication de ces lois et des procédésnbsp;qui en relèvent, en trawant la chronique spéciale du règne vé-gétal; nous apprendrons ainsi comment on est parvenu a re-trouver les plantes des plus anciens ages, a décrire leur aspect, anbsp;connaitre leurs organes, et a reconstituer jusqua la physionomienbsp;des paysages primitifs.
Cest a laide de débris, en apparence informes, que la paléontologie végétale a accompli ces merveilles. Les plantes dautre-fois, en effet, nont pas disparu sans laisser delles des vestiges qui sont comme le souvenir de leur passage sur la terre. Maisnbsp;ces vestiges^ les gens du monde, même les plus instruits, ontnbsp;dabord quelque peine a en comprendre le sens. Lorsque le ha-sard OU la curiosité les met en présence dune collection de ce
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SUR LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
genre, certaines pieces très-apparentes, comme les troncs de la forêt pétrifiée du Caire, attirent seules leur attention; partoutnbsp;ailleurs, ils nentrevoient que des linéaments confus. Des plaquesnbsp;bizarrement colorées, tantól portant des taches brunes sur unnbsp;fond gris, tantót entièrement noires, défilent sous leur regard,nbsp;et sont pour eux autant dénigmes quils se lassent bientót denbsp;chercher a deviner. Ce sont pourtant la les phrases éparses dunbsp;¦vieux livre de la nature. Si lon sattache a les déchiffrer, on oublie bien vite la singularité des caractères, et Ie mauvais étatnbsp;des pages. La pensée se léve, les idees se développent, Ie ma-nuscrit se déroule ; cest la tombe qui parle et livre son secret.nbsp;Le naturaliste Ie plus modeste opère parfois ces merveilles; ünbsp;retrouve un organe isolé, une feuille, par exemple, et la connais-sance de cette feuille lui permet de reconstruire le -vegetal toutnbsp;entier. La loi de lanalogie, si puissante et si sure, autorise effec-tivement a juger du passé par ce que nous avons sous les yeux;nbsp;et, applicable a tous les temps, elle rend les parties dun mêmenbsp;ensemble tellement solidaires que des associations disparates, anbsp;quelque age que Ton se reporte, ne sont jamais concevables.nbsp;Toutefois, si lharmoniela plus constante a toujours présidé auxnbsp;manifestations de la vie organique, les débris végétaux fossiles senbsp;présentent a nous sous des états très-divers, dont la différencenbsp;est due a la multiplicité des circonstances qui nous les ont conserves.
Des substances épaisses, comme les bois, peuvent, dans certains cas très-rares, navoir subi quune altération superficielle; maisnbsp;presque toujours les végétaux anciens ont été changés, sous Faction dune combustion lente, en une masse charbonneuse etnbsp;compacte. Telle est Forigine de nos combustibles minéraux, lanbsp;houille, Fanthracite, le lignite, la tourbe. M. Goeppert a dé-montré, il y a plusieurs années, quon pouvait extraire des houil-les les plus anciennes dimperceptibles fragments qui, ayantnbsp;conservé des traces de leur structure primitive, indiquent la nature et la proportion des plantes auxquellos il faut rapporter lanbsp;formation des houillères. Ces sortes de résidus nous ramènent
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NOTIONS PRÉLIMINAIRES
aux premiers ages dii monde; Iesprit seffraye lorsquil cherche a supputer le temps écoulé depuis lépoque qui les a vues saccu-muler, et cependant on pent encore, dans certains cas retirer dunbsp;moule qui les contient les tissus végétaux desséchés, mais con-servant une sorte de souplesse qui les rend pareils aux specimens de nos herbiers.
Dautres végétaux fossiles, principalement des tiges, des fruits et des graines, an lieu de se réduire en charbon, out été Iobjetnbsp;dune transformation remarquable. Cbez eux une matière nouvelle, minérale, souvent très-dure et plus ou moins translucide,nbsp;sest substituée a celle dont lorgane était originairement formé,nbsp;en gardant jusque dans les moindres détails la trame des tissusnbsp;intérieurs; mais ce qui, plus que toutle reste, a contribué a fairenbsp;arriver jusqua nous les formes de 1ancienne végétation, ce sontnbsp;les empreintes laissées par elle dans les divers sédiments. Unenbsp;empreinte végétale nest pas autre cbose quun moule des partiesnbsp;extérieures dune plante, formé par une matière plastique ap-pliquée dabord centre les inégalités ou aspérités de loriginalnbsp;et ensuite consolidée. Lbomme nagit pas autrement lorsquilnbsp;moule un objet quelconque; seulement la nature arrive a sesnbsp;fms par des moyens a la fois plus lents et plus sürs, et elle pro-duit des résultats dont Ia délicatesse surpasse de beaucoup cellenbsp;des oeuvres humaines. Tout le monde connait le jeu capricieuxnbsp;des concrétions de tuf. Danciennes sources ont ainsi encroüténbsp;des feuilles, des tiges et des fruits. Les roebes qui renfermentnbsp;ces sortes dempreintes, résultat de Taction cbimique deauxnbsp;courantes, présentent une disposition un peu confuse. Les empreintes les plus fréquentes sobservent au contraire dans des litsnbsp;parfaitements réguliers dont 1origine est due a des dépots limo-neux. Pour se rendre compte de la manière dont les eboses senbsp;sont alors passées, on na qua jeter les yeux en automne surnbsp;une mare ou sur un réservoir. A cette époque de Tannée, lesnbsp;feuilles détacbées naturellement et celles que poussent les rafalesnbsp;viennent joneber la surface de Teau ; elles flottent dabord, maisnbsp;bientot elles deviennent plus lourdes en simbibant et vont sue-
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cessivement sétaler au fond avec beaucoup de régularité. Au sein des couches consolidées qui les renferment, les feuilles fos-siles sont disposées dans Ie même ordre, cest-a-dire suiyant unnbsp;plan horizontal et non pas coulees en désordre, comme elles Ienbsp;seraient, si cétait un courant rapide qui les eüt apportées. Lesnbsp;organes des yégétaux se décomposent promptement au fond denbsp;nos mares et de nos bassins, oü ils se confondent avec la vase;nbsp;mais il nen serait pas de même, si une couche, quelque mincenbsp;quon la suppose, dun limon argileux venait les recouvrir et lesnbsp;soustraire aux causes daltération qui les atteignent dordinaire.nbsp;Sous labri protecteur dun lit de sédiment impermeable, cesnbsp;organes cliangeraient lentement de couleur et de consistancenbsp;pour passer enfin a létat de residu charbonneux et laisser aprèsnbsp;eux une empreinte qui garderait la trace de leurs moindresnbsp;lineaments.
La nature na pas suivi dautre marche pour produire la plupart des empreintes fossiles, et cela inontre, non-seuleraent que Ienbsp;plus grand calme a dü présider aux pbénomènes auxquels senbsp;rattache leur existence, mais que ces pbénomènes sont essentiel-lement limités. 11 est clair en effet que ni Ie milieu des lacs, ninbsp;les rivages trop nus ou trop a lécart des forèts, ni les rivieresnbsp;rapides, nont pu donner lieu a des empreintes végétales. Pournbsp;que des plantes se soient conservées a létat fossile, il a fallunbsp;quil existat des tourbières, des plages heureusement disposées,nbsp;enfin des eaux douées de propriétés incrustantes ou chargées denbsp;substances minérales en dissolution. Ce point de vue exclutpres-que entièrement les effets attribués si souvent et si gratuitementnbsp;aux cataclysmes physiques. Des mouvements violents auraientnbsp;inévitablement détruit les débris végétaux, au lieu d enopérer lanbsp;conservation, et dailleurs, ainsi que nous 1 avons fait voir dansnbsp;la première partie de louvrage, la science géologique inclinenbsp;légitimement a croire que les revolutions les plus fortes dans lanbsp;distribution relative des terres et des mers ont été Ie résultat denbsp;causes très-lentes, agissant a de longs intervalles et par des mouvements insensibles. Lécorce terrestre se trouve, il est vrai.
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NOTIONS PRÉLIMINAIRES
compliquée actuelleraent par des rides, des plissements et des fractures. Mais tout concourt a démontrer que ces grandes iné-galités superficielles sont Ie résultat dun retrait graduel, dunnbsp;affaissement, régulier si lon sattache a lensemble, irrégulier sinbsp;Tonne Yoit que les détails. Ce mouvement, poursuivi de périodenbsp;en période, tend évidemment a rendre deplus en plus sensiblesnbsp;les accidents de la surface terrestre, tont en réduisant Ie diamètrenbsp;de celle-ci. Les périodes primitives doivent done avoir vu Ienbsp;globe dénué a la fois de très-hautes montagnes et de bassins ma-ritimes très-profonds ; les eaux^ contenues dans des dépressionsnbsp;plus faiblement creusées, occupaient en revanche une plus largenbsp;étendue, et les continents, réduits a de moindres dimensions, nenbsp;présentaient que des ondulations dautant moins accentuées quenbsp;Ton remonte plus loin dans Ie passé. Tel est Texposé succinct denbsp;la théorie qui parait être la plus autorisée et a laquelle sadaptentnbsp;très-bien les notions fournies par les plantes. Les premiers géo-logues cédaient a une idéé préconfue, lorsquils crurent retrou-ver la trace dun certain nombre de bouleversements générauxnbsp;partageant Thistoire du globe en autant de périodes tranchées,nbsp;dont cbacune était inaugurée par une création distincte et ter-minée par une destruction subite et universelle. Cette théorie,nbsp;séduisante par sa simplicité, avait plu a beaucoup desprits,nbsp;pour qui la régularité du classement semble devoir exister dansnbsp;les choses de la nature aussi bien que dans les vitrines dunnbsp;musée. 11 a fallu y renoncer devant la valeur et la profusionnbsp;des preuves contraires. La nature toujours active na eu réelle-ment ni intermittence ni temps de sommeil; la vie, depuis sonnbsp;apparition première, na cessé dhabiterlaterre. Affaiblieparfois,nbsp;jamais interrompue, elle y a fait circuler sans trêve une sévenbsp;constamment féconde. Les époques et les révolutions, auxquellesnbsp;les géologues ont donné des noms, nont de valeur quautant quenbsp;Ton sen sert pour introduire de grandes lignes divisoires au seinnbsp;dune durée, pour ainsi dire, incalculable; mais, a voir les chosesnbsp;de pres, lesêtres se sont toujours snccédé, sans que Textinctionnbsp;de certains dentre eux ait jamais empêché les autres de survivre
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a ces derniers et doccuper leur place. Les revolutions physiques, essentiellement accidentelles et inégales, nont jamais été radica-lement destructives. Sil a existé des périodes moins favorahlesnbsp;que dautres au développement de la vie, ces intervalles relative-ment appauvris ont cependant possédé des êtres organises quinbsp;plus tard, en se multipliant et se diversifiant, ont aisément re-peuplé Ie globe.
II existe done des périodes biologiques et par cela même des périodes végétales, de la même faijon quil existe desnbsp;chapitres et des règnes dans lhistoire des nations humaines,nbsp;de la même facon également quil existe pour les astronomesnbsp;des régions de lespace, déterminées et cependant contiguësnbsp;et dénuées dautres frontières que de limites purement idéa-les. Sous ces réserves, si lon veut se faire une idéé juste dunbsp;nombre, de lordre successif et de la durée relative des périodesnbsp;végétales, il est nécessaire davoir présente a lesprit léchelle desnbsp;terrains ou grandes formations qui expriment Ie résultat matérie! (sédiments ou dépots) de ces périodes et qui de plus nous ontnbsp;fourni les documents a laide desquels il nous a été possible denbsp;les analyser et de les définir.
'Voici, dune fagonaussi condensée que possible, Ie tableau de ces terrains et des périodes végétales correspondantes. 11 est facile dejuger, en jetant les yeux sur ce tableau, que, de mêmenbsp;que les terrains principaux, au nombre de cinq, se partagent ennbsp;étages OU systèmes secondaires, de même aussi les grandes périodes végétales se subdivisent en un certain nombre de périodesnbsp;subordonnées, parfois difficiles a définir et a délimiter, maisnbsp;qui expriment assez bien les phases successives des changementsnbsp;éprouvés par lancienne végétation du globe. Les liaisons, lesnbsp;passages, les nuances transitionnelles et les irrégularités qui font,nbsp;en réalité, de toutes ces phases une série de phénomènes étroi-tement enchainés, ne sauraient évidemment trouver place dansnbsp;un tableau aussi succinct que celui que nous donnons ici.
Tableau :
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NOTIONS PRÉLIMINAIRES
TABLEAU MONTRANT LA CONCORDANCE DES TERRAINS OD FORMATIONS GÉOLOGIQUES ET DES PÉRIODES VÉGÉTALES CORRESPONDANTE3.
Époques phvtolo- Périodes -végétales
Terrains ou pandes nbsp;nbsp;nbsp;Éjages ou systèmes.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;o/grandes subdiy!sk.ns des
formations géologiques. - Subdiyisions des terrains.
tales. nbsp;nbsp;nbsp;giques.
1. Terrain primordial( nbsp;nbsp;nbsp;(primordialeoui .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.. ,
OU protoziique.....'' j..............i éophytiquo. jPTimordiale.
Idevonienne. paléanthracitique.nbsp;carbonifère.nbsp;supra-carbonifère.nbsp;permienne.
(grès bigarré... .i
(Triasique... {conchylien.....\ nbsp;nbsp;nbsp;. .
(keuper.........| nbsp;nbsp;nbsp;/triasique.
(Hoe nbsp;nbsp;nbsp;Inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Imfrahasique.
Jurassiquc. ppj.--Isecondaire ou liasique.
ou mésozoique ....) nbsp;nbsp;nbsp;,aienbsp;nbsp;nbsp;nbsp;inférieurer°^P'quot;'lquot;®fc^aM^.
i nbsp;nbsp;nbsp;l OUnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;néocoraienlnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(urgonienne.
[ nbsp;nbsp;nbsp;Icraienbsp;nbsp;nbsp;nbsp;moyenne]
1 « nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;) OU cliloritée../
Cirétacé (
jcraie de Rouen. nbsp;nbsp;nbsp;\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/cénomanienne,
icraie superieure 1 nbsp;nbsp;nbsp;Isiipra-crétacée.
ou crate blan-rp j,|,jg^jj.g pipaléocène.
' nbsp;nbsp;nbsp;®®..........[ néophytiqueiéocène.
4. Terrain tertiaire ou( nbsp;nbsp;nbsp;.................... oligocène.
..........( nbsp;nbsp;nbsp;Pliocène.................../ nbsp;nbsp;nbsp;xpliocène.
Los grandes périodes ou époques phytologiques sont ainsi au nombre de quatre, dont la plus reculée, dite primordiale ounbsp;éophytiqiie, est a peine conuue, tandis que la dernière ounbsp;ncophytique embrasse, outre Ie terrain tertiaire tout entier,nbsp;une partie du terrain secondaire, a partir de la craie moyennenbsp;ou étage cénomanien.
La durée de ces époques princi pales ne saurait être calculée rigoureusement; tout au plus peut-on lévaluer approximative -ment, dune part, au moyen de lépaisseur des dépots afféreats anbsp;chacune delles ; dautre part, en appréciantla nature des chan-gements survenus dans les êtres organisés dont ces dépots renferment les vestiges. Mais ces modes dévaluation ne sauraientnbsp;êtreabsolus; il est évident en effet quun terrain relativementnbsp;mince peut avior mis un temps très-long a se constituer, tandis
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SUR LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
quim autre terrain beaucoiip plus épais qne Ie premier naurait exigé quun intervalle chronologique plus court, axant detrenbsp;définitivement formé. Dun autre coté, on conpoit égaleinentquenbsp;les modifications subies par les êtres -vivants de chaque époquenbsp;ne soient pas.rigoureusement proportionnelles a la durée chronologique, certaines périodes et certains pbénomènes extérieursnbsp;ayant pu provoquer les changements et les accélérer, tandis quenbsp;dautres périodes et des pbénomènes différents étaient plutót denbsp;nature a favoriser Ie maintien et la consolidation des caractèresnbsp;acquis. Dune fafon générale, il est certain cependant que lesnbsp;périodes primitives sont réellement celles dont la durée relativenbsp;a été la plus prolongée. Non-seulement^ les systèmes ou ensembles de couches qui se rapportent a ces périodes et ceux mêmenbsp;oil lon observe les premiers vestiges de la vie organisée sontnbsp;diine énorme épaisseur par rapport a ceux qui suivirent; maisnbsp;les renouvellements successifs des êtres, animaux ou plantes, synbsp;repetent atant de reprises; ils sexpriment par des substitutionsnbsp;et des associations despèces et de types si multipliées et si exclusives, que la pensee dunc longue accumulation de siècles, pendant ces ages reculés, en ressort invinciblement.
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Cquot; DE SaPOETA.
CHAPITRE PREMIER
DES ÉPOQUES PRIMITIVE ET SECONDAIRE.
EPOQUE PRIMORDIALE.
Si lceil humain, aidé de lintelligence qui saisit les moindres indices et sait leur attribuer la vraie signification quils entrai-nent, pouyait lire au sein de lépoque éophytique, celle des premières ébauches de la nature végétale encore voisine de sonnbsp;berceau ; sil pouvait, a force dinvestigations, pénétrer les secretsnbsp;de eet age et renouer la chaine des êtres qui vécurent pendantnbsp;sa durée, en dégageant peu a peu leurs caractères; que de mer-veilles nous aurions a signaler aussitót! iNotre esprit senivrantnbsp;dun spectacle qui se perd et disparait dans Ie lointain saisiraitnbsp;Ie comment de la création ; il yerrait, selon lexpression de lanbsp;Genèse, lélément aride, premier ébauche de nos continents,nbsp;éraerger deVocéan originaire et former peu apeu des ilots, puisnbsp;des terres basses, faiblement accidentées. A la suite de cette extension graduelle, il verrait aussi les plantes, dabord unique-ment aquatiques, quitter Ie sein des eaux et sessayer aPhabitat
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aérien, sous les tièdes ondées dune atmosphere haignée de va-peurs.
Mais, au lieu du rève, il faiit se contenter dune réalité, jus-quici plus que modeste. Un bien petit nombre de débris de plantes se montrent, en effet, dansles sédiments de lépoque primordiale, qui ont été exposés a tant dactions mécaniques et ontnbsp;subi tant daltérations chimiques. Ce sont des empreintes éparses,nbsp;presque toujours incomplètes, souvent mème conjecturales. Lanbsp;presence du graphite ou nidsde substance charbonneuse presquenbsp;pure marque pourtant, dans Ie Laurentien, quil existaitdès lorsnbsp;des amas de substances végétales, accumulées avec une certainenbsp;abondance. Puis, dans Ie cambrien et Ie silurien inférieur, onnbsp;rencontre des algues, si toutefois ce sontvraiment des algues.nbsp;On y a cru; puis on a voulu en douter; maintenant on revientanbsp;1idée première, tout en sen étonnant et lon cherche a se lex-pliquer. Ces traces serpentineuses, disposées en cordons marquésnbsp;de stries, ces corps rubannés, cylindriques ou simplement gau-frés, peut-être même fistuleux, couverts de sillons, de linéaments,nbsp;de cannelures, tantót isolés, tantót accouplés par deux ou fasci-culés en grand nombre, dautrefois encore repliés en spirale,nbsp;faut-il les attribuer a des trous de vers se frayant un cheminnbsp;dans Ie sable? Faut-il y voir plutot des tubes dannélides ? Ounbsp;bien encore, alexemple dun savant suédois, M. Nathorst, faut-il reconnaitre dans quelques-uns dentre eux destrainées dobjetsnbsp;purement inertes, promenés par Ie remous des vagues et rayantnbsp;un fond vaseux ? Lesprit hésite, piüsquil sagit dun age ou toutnbsp;semble mystérieux, a raison de léloignement; et pourtant quel-que chose lui dit que cette multitude de vestiges provenant dêtresnbsp;organisés, qui reparaissent sur tant de points des mers primor-diales, a partir des premiers dépots siluriens, ne saurait être duenbsp;absolument au hasard, et que les plantes marines peuvent ennbsp;réclamerleur part en toute probabilité.
Les Bilobites, sirépandus a la base du silurien, paraissent avoir été de vraies algues de très-grande taille, dont les frondes robus-tes sélevaient sur un stipe ou support épais et cartilagineux,
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peut-être même fistuleux, Ie plus souvent formé de deux cylin-dres accolés, circonstance doü provient la denomination qui leur a été improprement appliquée. Presque toujours, il nest
I. Bilohites rugosa [Cruziana rugosa, dOrb.), partie inférieure on support dun pliyllome (silurien de la sierra dAlgarre). 2. Uarlania Hallii, Goepp. (siluriennbsp;sup.), portion dune fronde ou phyllome, pourvu de ramifications.
resié des bilobites que des tronpons épars du support, moulés dans Ie sédiinent ancien et se rapportant a Faccolade des deuxnbsp;parties qui constiuiaient la base du phyllome, mais on reconnaitnbsp;par lexamen dautres empreintes que ce phyllome donnait lieunbsp;supérieurement, par Ie moyen dune série de ramifications confuses, toujours attenantes et dirigées dans Ie même plan, aunenbsp;expansion gaufrée, vaguement terminée vers les bords et dunenbsp;étendue considérable. La fronde des bilobites, dónt Ie diamètrenbsp;mesurait sans doute plusieurs pieds a lendroit de sa plus grandenbsp;largeur, était occupée extérieurement par des silluns multipliés,nbsp;sinueux, obliquement places et recouvrant la surface entière dunbsp;phyllome ; ces sillons étaient du reste indépendants des replis etnbsp;des enfoncements, en forme de sutures commissurales, qui ac-
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compagnaient les bandes cylindroïdes soudées, dont la réunion composait Fensemble de lorgane.
Dautres empreintes présenten! des expansions on des rangées de lineaments, contournées en spirale; ce sont les Spifophyton
Fig. ?. Plantes marines primordiales.
1. Spirophijton de Hall (silurien dAmérique). 2. Murchisonites Forhesi, Gcepp. (sil. dIrlande). 3. Chondrites fruticulosus, Goepp.
qui se rapporten! a un type dalgiies si saillant, quil est difficile dele méconnaitre, et qui se montre de nouveau, sous les nomsnbsp;de Taonurus et de Cancellophycus, a tous les degrés de la sérienbsp;des terrains secondaires. Dautres encore, comme Ie Palcepophy-cus virgatiisAe, Hall rapproché du Siphonites Heberti du lias inférieur, se lient incontestablement a des types dalgues plusnbsp;modernes dont elles reproduisent la forme générique caracté-ristique. II suffit de cette liaison, dont il serait facile de multiplier les exemples pourprouver que cette première flore marine,nbsp;déja variée, remarquable par la taille de plusieurs de ses types
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LES PERIODES VEGÉTALES
et par la singularité de quelqucs-uns dentre eux, ne se sépare réellement pas de celles qui suivirent; en sorte que dès mainte-nant il est possible daffirmer que certaines algues siluriennesnbsp;ont eu line durée si prodigieuse et une ténacité de caractères
tellement prononcée, que leurs derniers descendants directs peu-plaient encore les iners européennes, vers Ie milieu des temps tertiaires.
Les plantes terrestres primordiales offriraient a létude un immense intérêt, a raison des transformations que notre espritnbsp;est porté a attribuer aux plus anciennes de cette categorie, lors-quil suppose quelles sadaptèrent graduellement aux conditionsnbsp;de la vie aérienne, au sortir de leur élément dorigine. Malheu-reusement, ces plantes, sans être précisément inconnues, sontnbsp;jusquici duneexcessive rareté ; deplus, les échantillons recueil-lis, soit en France, soit en Amérique, semblent démontrer que,nbsp;dès Ie milieu de l'époque silurienne, les formes végétales nenbsp;différaient pas beaucoup de celles que 1on rencontre dans Ienbsp;devonien et Ie carbonifère ancien ou paléanthracitique. Unenbsp;fougère découverte par M. Ie professeur Morière dans les schistesnbsp;ardoisiers dAngers (zone a Calymene Tristani, base du silurien moyen), r£'optem ilfonem', Sap., représente pour nous lanbsp;plante terrestre la plus ancienne qui ait été encore observée:
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DES ÉPOQUES PRIMITIVE ET SECONDAIRE.
elle ressemble évidemment aux Cijclopteris du terrain houiller ; seulement, la hampe de la fronde supporte des folioles inordinéesnbsp;et de dimension inégale, les plus grandes se trouvant entremê-lées a dautres plus petites. Une disposition aussi singuliere distingue a elle seule cette curieuse plante, figurée ici pour lanbsp;première fois (voyez la planche I).
Les quelquesplantes du silurien supérieur signalées aux Etats-Unis, parM. Lesquereux, et au Canada par M. Dawson, com-prennent des types, comme celui des Sphenophyllum^ qui sont également caractéristiques de Ia période carbonifère. Un seulnbsp;genre, dans lequel M. Dawson a pensé reconnaitre une Lycopo-diacée, mérite une mention particulière : cest Ie genre PsilopMj-ton qui disparait avec Ie devonien, après sêtre montré dabord
Fig. 4. Plantes terrostres primordiales, observées par M. Lesquereux dans lo silurien supérieur dAmórique.
1. Psilopkyton cornutum, Lqx. 2-4. Sphenophyllum primssvum, Lqx. 5. An-nularia Romingeri, Lqx. 6. Protostigma sigillarioides, Lqx.
dans Ie silurien. 11 semble réunirdes caractères ambigus, denature a Ie rapprocher a la fois des fougères, par les hyraénophyllées,nbsp;des lycopodiacées par les Psilotiim et des rhizocarpées par lesnbsp;Pilularia. Les tiges des Psilophyton, presques nues, divisées parnbsp;dichotomies successives, roulées en crosse lors de leur dévelop-pement, donnaient lieu a des ramifications élancées, garnies denbsp;feuilles petites, simples et plus ou moins coriaces; les derniersnbsp;ramuscules supportaient a leur sommet des corps ovoïdes, pro-bablement reproducteurs. Les Psilophyton ont dü vivre en colo-
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1. Duhjmophyllum reniforme, Dn. (Canada.) 2-4. Psilophyton princeps. Dn. (Canada). 5-6. Cordaites angustifoUa, Dn. (Canada.) 7. Cordaïtes Robbii, Dn.,nbsp;fragment dun feuille (Canada et silurien supérieur do lIIérault).
1. Calmnodendron tenuistriatum, Dn., trongon de tige. 2. Bomia iransitionis, Goopp., tige feuillée. 3. Asterophyllites latifoUa, Dn. Annularia laxa. Dn.
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DES ÉPOQUES PRIMITIVE ET SECONDAIRE.
flore primordiale; mais cette ambigiiïté résulte peut-être aussi de lignorance oü nous sommes de Ja vraie nature de ces végé-taux. Vis-a-vis deux, lanalogie, eet instrument si puissant, perdnbsp;de sa force; il sémousse et son emploi devient presque inutile,nbsp;dès quil s'agit de types qui ne rentrent plus dans aucune desnbsp;classes encore vivantes. Les Bornia [Archxocalamites de Stur),nbsp;dont lexistence sest prolongée jusque bien avant dans Ie car-bonifcre (voyez la figure 6), dressaient des tiges striées, coupéesnbsp;de nceuds, cylindriques et probableinent fistuleuses. Chaquenbsp;noeud était garni dun entourage de longues feuilles, verticilléesnbsp;et très-nombreuses, étroites comme des aiguilles de pins, maisnbsp;divisées par dichotomie en plusieurs segments. Cétaient donenbsp;des prêles gigantesques par laspect; mais leur structure inté-rieure plus élevée et la conformation de leurs organes appen-diculaires les éloignent des équisétacées et invitent a les reporternbsp;plutót parmi les gymnospermes, sans quil soit permis de riennbsp;affirmer de bien explicite a leur égard.
Tig- I- Plantes devoniennes caractéristiques (Canada).
1-2. Lepidodendron gaspianum, Dn. ; 1, fragment de tige ; 2, rameau terminé par un strobile. 3-4. Lycopodites Mathewi, ramules. 5-6. Archsopteris JacksonUnbsp;Dn., fragments de fronde. 7. Cyclopteris {NephropterU) varia. Dn., foliole. nbsp;8. Cyclopteris Brownii, Dn., feuille ou foliole.
Ce qui nest pas contestable, cest que, vers Ie dévonien, Ie règne végétal était déja puissant et varié. Si nous Ie connaissonsnbsp;mal, cest que les circonstances se prêtaient assez peu a la conservation des débris de végétaux. Ces circonstances, éminem-ment favorables soit a Lessor des plantes terrestres, soit a leur
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LES PERIODES VEGETALES
passage a létat fossile, Ie temps des houilles ou autrement la période carbonifère les vit naitre, en sorte que les mêmes causesnbsp;qui dotèrent alors Ie règne végétal dune exiibérance inconnue
2 nbsp;nbsp;nbsp;6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7
Fig. 8. Plantes devoniennes caractéristiques (Canada).
jusque-la et qui depuis ne fut jamais égalée, contribuèrent aussi a nous transmettre les vestiges de la tlore sortie de ces circon-stances.
II
ÉPOQUE CARBONIFERE.
Avec lépoque carbonifère, et presque sans transition, nous rencontrons non-seulement labondance, mais la profusion, aunbsp;sein du monde végétal. Des circonstances a la fois physiques etnbsp;climatériques durent concourir sinon a la naissance, du moins anbsp;lextension de létat de choses dont les houilles furent Ie produitnbsp;et dont les tourbières de notre temps nous traduisent encorenbsp;comme une sorte dimage très-affaiblie. Aussi, avant de parlernbsp;delépoque carbonifère, nousdirons quelques mots des tourbiè-
i
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res; Ie mécanisme qui donne naissance a celles-ci nous aidera a comprendre la raison detre desphénomènes dautrefois, et nousnbsp;établirons entre eux un rapport analogique dont il nous seranbsp;plus facile ensuite de préciser Ie vrai caractère et de faire ressortirnbsp;les divergences.
Lexistence des tourbières depend de plusieurs causes combi-nées; il leur faut une temperature égale, peu élevée, puisquil n'existe plus de tourbes au sud du 40 degré de latitude, unenbsp;humidité presque constante, un pays plat, oü les eaux puissentnbsp;accourir de toutes parts, un sous-sol impermeable qui les retiénnenbsp;et les oblige de se rassembler en nappes dun faible volume,nbsp;mais permanentes, possédant une issue réguliere, enfin pures denbsp;tout apport limoneux ou torrentiel. Dans ces conditions, certai-nes associations de plantesamies des marécages envahissent toutnbsp;1espace occupé par les eaux, et forment un tapis serré qui re-couvre entièrementla nappe aquatique. Les conditions demeurantnbsp;toujoursles mêmes, lesproduits de la vegetation se succèdent etnbsp;saccumulent selon un mode très-uniforme ; les résidus de tiges,nbsp;de feuilles et de racines forment au fond un lit quune actionnbsp;lente, dont la chimie explique les effets, convertit peu a peu ennbsp;une paté homogene, dautant plus compacte quelle est plus an-cienne. Lorsquon tranche une tourbière en activité, on rencontre done trois couches bien distinctes: la couche inférieurenbsp;charbonneuse, reposant sur Ie sous-sol imperméable, la couchenbsp;moyenne, occupée par leau et dans laquelle plongentles racinesnbsp;des plantes serrées du tapis vegetal qui lui-même constitue lanbsp;couche supérieure. Les mousses, les joncs, les graminées, lesnbsp;arbustes débiles et rampants qui croissent dans les tourbièresnbsp;constituent un sol artificiel, dangereux aparcourir, mais cepen-dant fertile a cause des substances végétales décomposées quilnbsp;contient et de leau qui Ie pénètre. Favorisés par ces circonstan-ces, de grands arbres, même des forêts entières, peuventsy éle-ver. Les saules, les trembles, les bouleaux, les pins, hantent cesnbsp;sortes de stations et y prennent un accroissement rapide ; maisnbsp;ils se soutiennent mal sur un sol inconsistant : entrainés par Ie
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poids, les troncs sinclinent, tombent etsenfoncent sous la végé-tation herbacée qui tend ales recouvrir. lis arrivent enfin dans la couche inférieure, oü parviennent également les fruits coria-ces, les debris danimaux et les objets de toute nature abandon-nés a la surface. CestainsiqueFon a retire danciennes tourbières
Fig. 9. Plantos caiactóristiques du devonion inférieur dEurope.
1. Sigillaria Hausmanniana, Gcepp. (base du devonion en Scandinavië). 2. IJali-serites, Vechenianus, Gcepp. (Grauwacke de Coblentz).
des squelettes entiers danimaux perdus, des armes, des instruments, dans un état de conservation quelquefois merveilleux.
Les bouilleres sétablirent dans des conditions qui ne sont pas sans relation avec celles que nous venons dexposer. Les recherches de divers savants sur la composition et le mode de formationnbsp;de la houille, Ietude microscopique de fragments imperceptiblesnbsp;qui ont conservé leur structure, au milieu de la masse amorphenbsp;et comprimee dont le charbon mineral est forme ; recemment, lesnbsp;investigations intelligentes et consciencieuses de M. GrandEury,nbsp;ont réussi a soulever une partie du voile qui nous derobait lenbsp;secret de ces ages mystérieux. Les phénomènes dou vintla splen-deur végétale qui les caracterise par-dessus tout furent dun
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«rdre très-complexe, mais tous, a des degrés divers, concouru-rent a la realisation du mêrae résultat: Texubérance de la vegetation, restreinte pourtant a deux classes, alors maitresses exclusives, de nos jours entièrement subordonnées : celles desnbsp;« Cryptogaraes vasculaires » et des « Phanérogames gymnosper-mes ».
Ilyeut dabord, a lépoque carbonifère, une émersion opérée sur une grande échelle, émersion suivie de retours, mais renou-velée a plusieurs reprises, de lespace insulaire ou continental,nbsp;jusque-la reconvert par les eaux. Ce mouvement démersion eutnbsp;pour effet de constituer autour des terres primitives, dont Ie reliefnbsp;tendait a saccentuer, une ceinture de plages basses destinées anbsp;retenir les eaux venant de lintérieur et a les réunir au fond denbsp;vastes depressions. Cest ainsi que sétablirent des lagunes auxnbsp;bords vagues, aussi vastes que peu profondes, facilement enva-hies par les plantes amies des stations aquatiques.
A cette première circonstance, toute physique, a laquelle des oscillations alternatives dexhaussement et daffaissement dunbsp;sol achèvent de restituer son vrai caractère, il faut joindre lanbsp;chaleur humide de la température, lépaisseur dune atmosphèrenbsp;chargée de vapeurs et enfin linfluence dun climat soumis a desnbsp;précipitations aqueuses dune violence extreme et dune frequence dont rien ne saurait maintenant donner lidée.
Si lon admet ces prémisses, la flore carbonifère perd beaucoup de sa singularité, et Ie mode de formation des houilles sexpliquenbsp;de même trés naturellement. Le règne végétal, hatons-nous denbsp;Ie rappeler, était encore très-incomplet lorsque de semblablesnbsp;conditions sétablirent et vinrent étendre sur lui leur action. Cenbsp;fut une action essentiellement favorable au développement desnbsp;parties vertes et charnues des organes appendiculaires, ainsinbsp;¦qua celui des tiges molles et gorgées de sue, favorable encore anbsp;la croyance rapide et a la prompte evolution des plantes, parnbsp;suite a Iaccumulation des organes anciens, incessamment renou-velés.
Les cryptogames et les gymnospermes réalisèrent done tout
-ocr page 196-encore pourvues extérieurement dune écorce spongieuse, tou-jours disproporüonnée, si lon compare la zone parenchyina-teuse de ces anciens yégétaux a la région ligneuse propreinent dite dont ils étaient pourvus.
Les études de M. GrandEiiry, associées a celles de M. Renault, ont permis de restaurer plusieurs des végétaux de lépoque car-bonifère. Ces savants, succédant a M. Adolphe Brongniart etnbsp;continuant son oeuvre, out fait Ie départ des cryptogames et desnbsp;gymnospermes, longtemps confondues dans eet ensemble pri-mitif. Appuyés sur lanalyse, ils ont défini, au inoins approxi-mativement, toutce que les regies de lanalogie leur permettaientnbsp;de saisir et de décrire a coup sur.
Pénétrons a la suite de ces savants dans Ie domaine quils ont si bien explore et résumons leurs découvertes, sans négligernbsp;celles dune foule daiiteurs etrangers : Corda, Goeppert, Geinitz,
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Goldenberg, Stur, en Allemagne ou en Autriche; Schimper, a Strasbourg; Williamson, Binney, en Angleterre ; Lesquereux,nbsp;Dawson, Dana, en Amérique ; leurs noms rempliraient des pagesnbsp;entières, sil fallait en compléter la liste.
Dans la phalange des cryptogames se placent en têle les « Calamariées », cest-a-dire les végétaux qui rappellen! les
Fig. II. Types de plantes carbonifères; Calamariées.
1-2. Annularia longifolia, Brngt. ; 1, rameau; 2, épis fructiflé; 2, organe fructi-flcateur grossi, pour montrer la disposition des sporangos attachés è. un sporan-giophore, situé dans I'intervalle des feuilles bractéales (daprès M. Renault). 3-1. Asterophyllites equisetiformü, Brngt.; 3, rameau feuillé ; 4, rameau fructiflénbsp;4quot;, organe fructiflcateur grossi; la determination de la situation du sporangiophorenbsp;est due aux recherches de M. Renault. Lappareil fructiflcateur est reproduit d'a-près un échantillon figuré par M. Binney.
prêles de nos jours, sous une apparence gigantesque. A coté des calamariées, dont les calamites sont les représentants les mieuxnbsp;connus, se rangent aussi les plantes qui torment les trois grou-pes des astérophyllites, des annulariées et des sphénophyllées.nbsp;Ces plantes ont pour caractère commun de présenter des segments foliaires toujours verticillés, cest-a-dire réunis en étoilesnbsp;successixes, Ie long des rameaux Ie plus souvent minces etnbsp;flexibles. Selon M. GrandEury, les astérophyllites vraies étaientnbsp;des plantes a tige élancée, pliant sous Ie poids du feuillage, demandant dêtre soutenues, analogues aux rotangs ou palmiers
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
grimpants des forêts vierges tropicales. Les Annularia et les Sphe-nophyllum, moins érigés encore auraient été flottants et a demi-submergés; ils auraient étalé a la surface des eaux tranquilles leurs rosettes defeuilles découpées, toujours étalées dans lemêmenbsp;plan. Les plusrécentes études de M. Renaulttendent a rapprochernbsp;les Sphenophylhan, dont ce savant a décrit toute la structure in-térieure, des « Salviniées » modernes. Celles-ci seraienten definitive les représentants chétifs et déformés, au sein des eauxnbsp;dormantes actuelles, de lun des types les plus élégants du passénbsp;de notre globe.
Les cryptogames carbonifères comprennent encore des fou-gères et des lycopodiacées ou type « lépidendroïdes «.
Les fougères laissaient bien loin toutes celles qui leur ont suc-cédé. La plupart se rattachent de plus ou moins pres aux « Glei-chéniées», aux «Marattiées», aux «Lygodiées», tribussubordon-nées a celle des « Polypodiacées «, danslordre actuel, mais alors prédominantes et donnant lieu a des combinaisons de forme et denbsp;structure bien plus variées et plus remarquables que celles dontnbsp;il existe encore des exemples. M. GrandEury fait surtout res-sortir Ie contraste qui existait entre les Protopteris, fougères auxnbsp;troncs cylindriques et élancés, couronnés par un bouquet denbsp;grandes feuilles, elles Aulacopte?is ou d/ye/opto'Mqui servaientnbsp;de souche bulboïde a des espèces du groupe des neuroptéridées.nbsp;De la base épaisse des Aulacopteris surgissaient des frondesnbsp;aux subdivisions multiples qui mettaientun temps très-long a dé-vclopper leurs segments et dont les hampes ou parties anciennesnbsp;prenaient de laccroissement, a la fapon des Angiopteris actuels,nbsp;tandis que les parties jeunes et supérieures achevaient de senbsp;développer.
Les lycopodiacées comprenaient Ie type si élevé des « Lépi-dodendrées », dont rien de nos jours ne retrace laspect. II faut que limagination suppose des lycopodes arborescents, a la tigenbsp;élancée, divisée par dichotomie en mennes ramifications, termi-nées par des pinceanx de feuilles longuement aciculaires, repo-sant sur des coussinets décurrents. La superficie corticalc était
-ocr page 199-recouveite dc compartiments en losanges réguliers, qui se rapporten! aux bases accrues et persistantes des feuilles détachées.nbsp;Les cones des lépidodendrées surpassaient en elegance et ennbsp;perfection de structure ceus de nos conifères dont ils offrent la
Fig. 12. Types de plaates carbonifères : lycopodinées.
I. Sphenophyllum Schlotheimi, Brngt., rameau torminé par un appareil fructifica-teur, d'après un écliantilloii de Radnitz (Boliême), figure par M. Schimper: I, détails grossis pour montrer Ia forme et la disposition des sporangos sur les bractéos.
nbsp;nbsp;nbsp;2. Lijcopodium primsuum, Gold. (Saarbruck), tige dont les rameaux latérauxnbsp;sont Icrminés par des appareils fructiflcateurs semblablos i ceux des Sélaginellées.
nbsp;nbsp;nbsp;0-5. Organes divers des Lepidodendron; 3, tige compléte, daprès Goldenberg,nbsp;réduite au 300 de la grandeur naturelle; un des rameaux est torminé par un strobile fructificateur; 4, portion de rameau avec les feuilles adhérant en partie auxnbsp;coussinets, en partie détachées; 5, rameau jeune, feuilló ; 6, c6no jeune on partienbsp;recouvert décailles étroitoment imbriquées.
forme extérieure. Dautre part, l'organisation cryptogamique de ces appareils et la disposition de leurs sporanges a corpusculesnbsp;males, et femelles séparément groupés, reportent lesprit versnbsp;les « Isoëtées », ces plantes naines, ensevelies de nos jours aunbsp;fond des eaux de certains lacs.
Entre les crytogames et les gymnospermes de la flore carbo-
DE Sapobta. nbsp;nbsp;nbsp;12
-ocr page 200-nifère, certains groupes encore imparfaitement définis semblent se placer, comme un trait dunion de nature a atténuer linter-valle séparateur : nousaYons citéles Bornia, il faudraitajouterlesnbsp;« calamodendrées «, souvent confondues avec les astérophyllitesnbsp;et dans lesquelles M. GrandEury entrevoit des Sitb-Conifères.
Les sigillariées constituent Ie plus remarquable et Ie plus important de ces groupes ambigus. Leur tige, qui pouvait attein-
1. Sigillaria, tronc encore debout, réduit au 100' de la grandeur naturelle, daprès un échantillon observe dans les minos de Saarbruck. 2. Sigillaria pachyderma.nbsp;Brngt., écorce montrant la surperficio extérieure, avec la marque des écussonsnbsp;foliaires, et la zone interne dópouillée du tegument cortical. 3. Appareil fructi-ficateur dune sigillaire, d'après Goldenberg. 4. Bractée ou écusson eu spatule,nbsp;surmontó d'uue pointe acuminée et montrant la face interne couverte do corpus-cules reproducteurs arrondis et accumulds, daprès Goldenberg. 5. Feuille denbsp;sigillaire en forme daiguille (Ie sommet se trouve interrompu). G. Stigmaria,nbsp;appareil radiculaire des Sigillaria, daprès une figure très-réduite de Goldenberg.nbsp; 7. Stigmaria ficoides, Brngt., portion de racine, garnie de radicclles latéralementnbsp;et présentant sur la face les cicatrices d'insortions radiculaires, disposóes on sériesnbsp;quinconciales.
dre ou excéder 40 metres; leur appareil radiculaire, connu de-puis longtemps sous Ic nom de stigmaria; les cicatrices en forme déciissons réguliers qui rccouvraient leur tronc; leur port ennbsp;colonne massive et nue presque jusquau sommet; tont annonce,nbsp;ebez les sigillariées, un type saus analogie directe ni mêmenbsp;éloignée avec les végétan.v que nous connaissons. Étroitementnbsp;adaptées aux conditions d une nature spéciale, qui prévalurent
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du temps des houilles, les sigillariées, comme les lépidoden-drées et les calamites, comme les astérophyllites, dont nous avons parlé, et les «cordaïtées», que nous citerons hientót, dispa-rurent de la scène du monde des que ces conditions eurent cessénbsp;detre. Mais^ plus isolées on plus radicalement atteintes, elles nenbsp;laissèrent aucun descendant, même dégénéré, et, dans leur étude,nbsp;lanalogie, qui hésite a se prononcer, nest guidée que par desnbsp;indices trop vagues pour recueillir les éléments dune réponsenbsp;directe. Pourtant les sigillariées ont découvert leur structurenbsp;ligneuse a MM. Brongniart et Renault, et ces deux savants ontnbsp;pu sattaclier a décrire leur anatomie intérieure.
11 sernblerait, a vrai dire, que les cycadées eussent gardé plu-sieurs des traits caractéristiques de cette structure qui comprend une zone ligneuse mince, une moelle interne volumineuse, unenbsp;large couche parenchymateuse terminée a lextérieur par unnbsp;étui cortical dune remarquable densité et dont la croissancenbsp;devait avoir une durée fort longue : tels sont dune fagon générale les caractères des sigillariées ;mais cette épaisseurdela regionnbsp;corticate, comparée au faible dévcloppement relatif ducylindrenbsp;ligneux intérieur, ne distingue pas seulement les sigillariées;nbsp;elle est propre a beaucoup dautres tiges dune époque oii ne senbsp;montrait pas encore un ordre régulier de saisons. Sous lim-puision dune chaleur humide constante, les végétaux tendaientnbsp;incessamment a accroitre leurs parties molles et purementnbsp;cellulaires. Lépuisement senl pouvait mettre un terme a leurnbsp;évolution qui se prolongeait sans trêve ; et rien de périodiquenbsp;namenait pour cux ces stadcs alternatifs de repos et dactiviténbsp;qui caractérisent maintenant les opérations de la vie des plantesnbsp;et dont les pbanérogames actuelles nous donnent a peu presnbsp;toutes Ie spectacle.
Les jdianérogarnes de Page carbonifère étaient des gymno-spermes, cest-a-dire des végétaux assimilables par la classe aux cycadées, aux conifères ou aux gnétacées actuelles, et nayant,nbsp;en fait dorganes propogateurs, quedesovules diversement distri-tribués et « nus ». cest-a-diro dépourvus dune enveloppe des-
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
tinée a les protégcr et preoant Ie nom d « ovaire ». Les « gyin-nospermes» sont done des phanérogames imparfaites ou mieux encore plus simples, moins éloignées des cryptogames que lesnbsp;« angiospermes n ou phanérogames proprement dites. Celles-cinbsp;ne se manifesteront que beaucoup plus tard, et surtout oliesnbsp;ne parviendront pas de longlemps a saisir la prépondérance.
11 existait déja dans la tlore caibonifère quelques rares cyca-dées : Ie type AvilSceggcrathia foliosa de Sternberg, et même un
ris. 14.
Types de plantes carboiiifèros ; gymnospormos.
I. Nmgigerathia foliosa, Sternb., portion duno fronde garnie de folioles (carbonifèro moyen de Radiütz). 2-3. Cordaites, sommité et base d'une feuiUe. 4. Antho-lithus, inflorescence da Cordaïtes formée d'épillets disposés dans un ordre dis-tique, Ie long dun axe, et supportant des pédicolles terminós par des graines anbsp;divers degrés de développement, nominees samaropsis par Goeppert. 5. Car-diocarpus, graines de gymnosperme adhérant au racliis et situées ii laisselle donbsp;bractées écailleuses.
Pterophyllum, découvert dernièrement par M. GrandEurv, en font foi. II y existait même des conifères, soit des conifèresnbsp;vraies, comme les Walchia, soit des taxinées plus ou moinsnbsp;rapprochées de notre cc Ginkgo » ; mais les gymnospermes pa-
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DES ÉPOQUES PRIMITIVE ET SECONDAIRE.
léozoïques étaient surtoiit représenfées par Ie groupe des cordaï-tées, sibien restitué par M. GrandEiiry et dont Ie cadre ne cesse de sagrandir a la suite de nouvelles découvertes, dues princi-palement a M. Lesquereux.
Les cordaïtées étaient pour la plupart de grands arbres, a la tige puissante et ramifiée, rappelant les Podocarpus actuels parnbsp;Ie port, les Dammara par les feuilles, mais plus robustes,nbsp;plus rapidement accrus, plus ramifies que leurs analogues vi-vants, nayant a lintérieur de leur tronc quun cylindre ligneuxnbsp;dune faible étendue, mais reconverts extérieurement dunezonenbsp;corticale épaisse et résistantc. Leurs feuilles sessiles, en rubannbsp;allongé OU en spatule, toujours un peu élargies au sommet,nbsp;rappelaient celles des dragonniers; mais elles atteignaient par-fois plusieurs pieds de long. Coriaces, dépourvues de médiane,nbsp;mais parcourues de la base au sommet par une multitude denbsp;nervures longitudinales, ces feuilles communiquaient aux cordaïtées, considérées dans leur port, une physionomie que Ie dessinnbsp;peutrendre, mais quil est difficile de comparer a rien de ce quinbsp;existe aujourdhui. Les fleurs males et femelles des cordaïtéesnbsp;ont été observées et décrites par M. Renault; elles constituaientnbsp;de longs épis garnis de bractées; et elles rappellcnt les gnétacéesnbsp;par leur mode de groupement, tandis que les fruits, qui variaientnbsp;beaucoup de forme, témoignent dune assez forte analogie avecnbsp;ceux de nos taxinées. II est certain que, par la disposition de lap-pareil male et par plusieurs particulaiités de structure, Ie typenbsp;des cordaïtées se montre supérieur a celui des conifères; il confinenbsp;aux cycadées par la disposition anatomique des faisceaux foliaires,nbsp;daprès des observations tout a fait récentes de M. Renault, maisnbsp;il dépasse ce groupe en force, en puissance, en beauté. Celtenbsp;perfection relative des cordaïtées, non-seulement marque leurnbsp;place au premier rang des gymnospermes^ mais elle dénote cheznbsp;les végéfaux de cette classe, lors de lépoque carbonitére, des tendances a une transition vers la classe supérieure des angio.sper-mes. Le passage seffectua sans doute a laide de types demeu-rés inconnus, mais dont on est en droit daffirmer l'existence et
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dont on réussira peut-être quelqiie jour a retrouver les traces.
Et maintenant, sans qu^il soit nécessaire dinsister davantage sur les cléments essentiels de la flore carbonifère, on peut com-prendre comment les masses végétales se multipliaient, en en-vahissant de toutes parts les abords des bassins au fond des-quels Yinrent saccumuler tant de résidus charriés par les eaux.
La pensée na qua se laisser emporter a travers un lointain aussi reculé ; elle contemplera des plages basses, au sol mou-vant et imbibé, a peine assez élevées pour fermer aux flots de lanbsp;mer laccès des lagunes intérieures, dominéés par des hauteursnbsp;peu hardies et souvent voilées par une brume épaisse, se pro-longeant a perte de vue et ceignant dune verdure épaisse unenbsp;nappe dormante aux contours indécis. Ce fut la Ie berceau desnbsp;houillères; des myriades de ruisseaux limpides, alimentés parnbsp;des pluies intarissables, se déversaient des pentes voisines et desnbsp;vallées supérieures, comme autant daffluents de chacun de cesnbsp;bassins. Si lon avait longtemps vécu sur leursbords^ on auraitnbsp;xu, par une sorte de roulement, non exempt de monotonie, lesnbsp;fougères on les calamariées, les lépidodendrées, les sigillariéesnbsp;et les cordaïtées se succéder ou sassocier dans des proportionsnbsp;très-diverses. On aurait remarqué dans Ie port raide et nu desnbsp;calamites, dans la tenue en colonne des sigillaires, dans linex-tricable lacis des fougères entremêlées, bien des sujets détonne-ment; mais la grace infinie des fougères arborescentes avec leurnbsp;couronne de feuilles géantes; la beauté réguliere des lépido-dendrons, la souplesse et la légèreté des astérophyllites ; Ie jeunbsp;dquot;une lumière caressante, tamisée a travers des ombrages si pleinsnbsp;dopposition, auraient amené une surprise dontaucun spectaclenbsp;terrestre ne saurait de nos jours donner lidée. Pourtant, un con-traste, quil faut bien signaler, serail de nature a détourner Tes-prit de son enchantement, et ladmiration excitée par la vue denbsp;tant de merveilles ne serait pas exempte de tristesse. Adolphenbsp;Brongniart, un de ceux qui ont Ie plus contribué a dévoilernbsp;cette surprenante époque des houilles, na pas manqué denbsp;faire ressortir ce que laspect des paysages dalors avait de
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morne et de dar. Parmi ces tiges de calarnites, de lépidoden-drons, de sigillaires, érigées avec tant de raideur, diviseessui-vant des lois presque mathématiqiies, dont les feiiilles pointues OU coriaces se dressent de toutes parts, aucune fleur ne se mon-trait encore. Les organes sexuels étaient réduits aux seules parties indispensables; privés déclat, ils ne se cachaient sous aucune enyeloppe ou sentouraient décailles insignifiantes. Lanbsp;nature, devenue peu a peu opulente, a rougi plus tard de sa nu-dité ; elle sest tissé des vêtements de noce ; pour cela elle a sunbsp;assouplir les feuilles les plus voisines des organes fondamentaux,nbsp;elle les a transformées en pétales; elle en a varié Ia forme, las-pect et Ie coloris. En compliquant ainsi des appareils dabordnbsp;réduits aux seules parties les plus essentielles, elle a créé lanbsp;fleur, comme la civilisation a créé Ie luxe, en Ie faisant sortirnbsp;peu a peu des nécessités de lexistence améliorée et embellie.
Mais comment la houille elle-même ou les lits de combustible charbonneux se sont-ils formes? un fait fort simple, mis en lumière par M. GrandEury, contribue a nous Ie faire sa voir:nbsp;il consiste en ce que la houille se compose de fragments denbsp;troncs, de debris de tiges et de rameaux, de lambeaux de feuil-les,dantót très-divers, tantót très-uniformes dans leur provenancenbsp;et dans leur nature, accumulés, agglutinés, si lon vent, maisnbsp;toujours resultant de résidus appliques a plat Tim sur lautre,nbsp;se recouvrant mutuellement, comme si ces résidus étaient allésnbsp;au fond de leau sy déposer horizontalement, dans une situationnbsp;trop uniforme pour quelle ne soit pas lindice de laction permanente dun véhicule liquide. Ainsi les debris de végétauxnbsp;amoncelés dont lensemble a donné naissance a la houille ont éténbsp;entrainés au fond des eaux, et ces eaux ne contenaient pendantnbsp;la période correspondante au dépot de cliaque Ut charbonneuxnbsp;aucun autre sediment de nature a en altérer la pureté. La végé-tation avait alors tout envahi sur un périmètre très-étendu ; ellenbsp;savancjait fort loin dans les terres comme un rideau impéné-trable et, du cóté des eaux réunies en lagunes, elle occupait éga-lement Ie sol submergé.
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II est certain que les souches, les racines et les tiges se trou-vent encore fréquemment en place dans les houillèrcs, a len-droit même et dans la situation oii elles étaient a hétat yivant. Toutes les plantos carhonifères nont pas vécu dans leau, mais,nbsp;outre que plusieurs croissaient soit au contact de Teau, soit dansnbsp;la vase molle ou sur un sol fréquemment inondé, toutes dunbsp;moins ont certainement fréquente les abords immédiats desnbsp;grandes lagunes de lépoque et puisé dans ce voisinage et cettenbsp;influence la vigueur qui les caractérise et lélément nécessairenbsp;a laccomplissement de leurs fonctions. Ce qui prouve Ie transport des résidus végétaux par Ie moyen des eaux, cest la position constamrncnt horizontale de ceux-ci; mais ce qui prouvenbsp;que ce transport sest toujours cffectué a une petite distance dunbsp;lieu d'origine, cest la fagon remarquable dont une foule dor-ganes délicats ou aisément altérables se trouvent conservés jus-que dans les moindres détails de leur structure. On reconnait ennbsp;même temps que dautres parties et spécialement les tiges ontnbsp;du séjourner quelque temps sur Ie sol humide avant detre en-trainés au fond des eaux; certains tissus ont presque constam-ment disparu, comme si Ie végétal aA^ait subi un commencementnbsp;de décomposition a lair lihre, et les tiges évidées a lintérieurnbsp;sont les plus ordinaires ; dans dautres cas Ie cylindre ligneux anbsp;seul résisté et les parenchymes tendres ainsi que les moelles,nbsp;fontdéfaut. En réunissant ces diverses circonstances, il est facilenbsp;de faire dépendre la formation des lits de houille dune causenbsp;principale^ pour ainsi dire unique, incessamment active, et plusnbsp;active sansdoutea lépoque carbonifère que dans aucuneautre;nbsp;je veux parler des précipitations aqueuses dont rien de ce quenbsp;nous voyons maintenant, même sous la ligne, ne saurait rendrenbsp;la violence et qui, tout en admettant une trës-grande égaliténbsp;danslatempérature, devaient se renouveleravecplusdabondancenbsp;relative a certains moments déterminés, correspondant a nosnbsp;saisons.
Les lagunes carhonifères, situées pour la plupart Ie long de plages récemment exondées, ctablies sur les depressions dun sol
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encore asscz peu accidenté, ont du éprouver de faibles mais de constantes oscillations, qui tantót approl'ondissaient et tantót di-minuaieiit la masse des eaux, tantót faisaient pénétrer dans leurnbsp;sein et tantót en écartaient les courants susceptibles dy amenernbsp;des limons et des détritus entrainés des hauteurs et des valléesnbsp;intérieures du pays. De la deux sortes détats bien différents, senbsp;succédant a dassez longs intervalles : lun donnant lieu a des litsnbsp;de sediments accumulés ; lautre laissant la lagune avec ses eauxnbsp;calmes excliisivement lixree a la végétation, fermée a laccès desnbsp;eaux courantes limoneuses. Dans ce second état, la lagune pou-xait librement et indéfiniment, grace Èi des plantes dont Ie contact de leau favorisait lessor, se couvrir de xéritables forêts, denbsp;masses énormes de verdure, composces de certaines categoriesnbsp;de plantes se remplagant et profitant tour a tour du hasard desnbsp;circonstances pour savancer au sein de létendue aquatique. Dèsnbsp;lors, les alentours de semblables lagunes, dautant plus vaguesnbsp;quon se rapprochait deleur limite indécise, par lafaible saillie dunbsp;sol, par laftluence mème des précipitations aqueuses susceptibles den doubler momentanément Ie périmètre, sous Factionnbsp;des eaux courantes pures de limon, mais entrainant de toutesnbsp;parts les débris de végétaux, dexaient donner lieu a unimmensenbsp;apport de substances organisées, destinées a se convertiren char-bon. Tout ce que la chute annuelle des organes, la destructionnbsp;des tiges vieillies, la caducité des diverses parties, aussi rapide-ment usées que rapidement óvoluées, peuvent produire de ré-sidus, venait sensevelir au fond de la nappe par un mouvementnbsp;incessant, que les lits charbonneux et mème les lignites desnbsp;époques subséquentes nous rcprésentent certainement, quoiquenbsp;sous des proportions bien plus médiocres.
La flore permienne nest quun prolongement anioindri de celle des temps carbonifères proprement dits; les éléments ca-ractéristiques de lage précédent tendent alors a disparaitre,nbsp;tandis que les cycadées, les conileres, les taxinées et certainesnbsp;fougères accentuent leurs traits et vont bientót acquérir la pré-pondérance. Le permien, comme toutes les périodes de transi-
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LES PERIODES VÉGÉTALES
!lt;¦
tion, présente a certains égards une ambiguïté de caractères, jointe a nne indigence de particularités réellement distinctives,nbsp;qui est de nature a accroitre les difficultés de létude ; inais cettenbsp;ambiguïté mêine nest pas sans attrait; il semble quon suive les
oscillations graduelles dune végétation qui se transforme et se dispose insensiblement a changer de direction. Les quelquesnbsp;exemples tirés de la tlore permienne que nous figurons per-mettront de saisir cette nuance en montranr, des formes déjanbsp;moins éloignées que les précédentes de celles que nous avonsnbsp;sous les yeux.
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ÉPOQUE SECONDAIRE OU MÉSOPDYTIQÜE.
La troisième de nos grandes périodes végétales, après avoir commencé avec Ie trias, accentue ses traits et prononce ses ca-ractères vers Ie commencement des temps jurassiques, a partirnbsp;de létage que Ton nomme « infralias », paree quil précède im-médiatement Ie lias ou jurassique inférieur, lui-mème suividunenbsp;série détages compris sous Tappellalion commune de formation
Fig. 16. Plantes caractéristiques du trias : fougères.
1. Danseopsis marantacea, Hr., fragment dune fronde. 2-.3. Tieniopteris superba, Sap., base et tenninaison supérieure d'une fronde.
oolithique. Cette période se prolonge ensuite, avec des alternatives diverses qui pourtant naltèrent jamais Ie fond de sa physionomie, jusque vers Ie milieu de la craie. Cest lépoque secondaire ou encore «jurassique », paree que Ia flore des temps ju-
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rassiques marque Ie milieu et lapogée dun état de choses dont Ie déclin coincide avec Ie début de la craie pour aboutir a une renovation subite, en apparence au moins, et presque générale, versnbsp;lhorizon de létage « cénomanien », ainsi nommé des environsnbsp;du Mans et des points de la Normandie on il a été signalé ennbsp;premier lieu et oü il i)résente un développement tout particulier.
Le trias, age rnal connu etcaractérisé par des traits ambigus, parait correspondre a une de ces périodes de renouvellementnbsp;OU les types en voie de decadence achèvent de disparaitre,, tan-dis que ceux qui doivent les remplacer sintroduisent successive-ment. Les premiers laissent des vides paree quils se réduisent anbsp;un nombre décroissant dindividus, les seconds sont encore obs-
Fig. n. Plantes caractéristiques du trias ; conifères.
1-4. Voltzia heterophylla, Scliimp.: 1, rameau avec feuilles aciculaires; 2, rameau avec feuilles falciformes; 3, strobile; 4, graine. h. Albertia Braunii, Schimp.,nbsp;rameau.
curs et clair-semés. La vieillesse et 1'enfance sont également fai-bles, et, dans les temps oii ces deux extremes se trouvent seuls en presence, la nature revêt nécessairement un caractère denbsp;démiment et de monotonie. Cest a peine si vers la fm de lanbsp;période les espèces qui composent cette végétation appauvrie,nbsp;et cependant curieuse, prennent un peu plus de variété, ünnbsp;mouvement de transformation, un équilibre nouveau des élé-ments qui entrant dans la composition de lensemble se mani-
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DES ÉPOQUES PRIMITIVE ET SECONDAIRE.
festent et sétablissent, dès ie seiül de lépoque jurassiqiie ; mais ce qni frappe surtout dans Ia flore jurassique, cest son immobi-lilé et, a cóté de cette immobilité, son indigence relative. Lesnbsp;types carbonifères ont alors disparu ; mais les « angiospermes »,nbsp;cest-a-dire les végétaux qui comprennenta eux seuls les neufnbsp;dixièmes des plantes actuelles, ne sont pas encore venus, silonnbsp;excepte quelques rares « monocotylédones ». La flore ne com-prend tonjours qiie des « cryptogaines » et des « gymnosper-mes» : les premières sont représentées par des fougères ou desnbsp;prêles ; parmi les secondes dominent a pen pres exclusivementnbsp;deux classes que nous avons vues poindre dans Lage précédent,nbsp;les « cycadées » et les « conifères ». Du Spitzberg a lIndoustannbsp;et des arcbipels qui formaient lEurope dalors jusquau fond
1. Clathroptcris platyphylla, Gcepp., segment de fronde. 2. Thinnfeldia rotun-data, Natli., fragment de frpndo. 3. Sagenopteris rhoïfolia, PresL, feuille.
de la Sibérie de llrkutsk, les mêmes formes végétales sétalent, accusant par leur port, leur aspect, leur configuration une
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
pliysionomie des plus monotones, dans lensemble de la vegetation.
Cependant, il est des lors possible de signaler deux sortes dassociations végétales, Tune particuliere aux localités basses etnbsp;marécageuses, lautre couvrant de preference les sols accidentésnbsp;et lintérieur des terres.
Les stations fraiches, Ie voisinage des estuaires et Ie bord des lagunes étaient alors peuplés de fougères aux frondes large-mentdéveloppées(C/a/Aro/9^erM, Thaumatopteris, Dictyophyllum,nbsp;Sagenopteris) Q\\ délicatemcnt découpées. Certains types de cyca-
ït:
Fig. 10. Plantes jurassiques caractéristiques : types de cycadées des localités Immides (étage rhótien ou infraliasique).
1. Podozamites distans, Presl., jeune plante. 2. Pterophyllum Jcsgeri, Biongn., sommitó dune feuille. 3. Pterozamites comptus, Scliimp., partie inférieurenbsp;d'uno feuille (étage oolitliiquo).
dées, comme les Podozamites, les Nilssonia et les Pterophyllum, sassociaient a ces fougères et admettaient auprès deux desnbsp;taxinées voisines de notre « ginkgo », des Palissya et des Schi-zolepis, conifères plus ou moins comparables aux Cryptomerianbsp;et aux Sequoia des ages postérieurs. Ces formes et dautres
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semblables reparaissent a divers niveaux successifs, dès quil sagit de dépots scbisteux et mariio-charbonneux, iadices certainsnbsp;dune station oü séjournaient les eaux dormantes.
En revanche, sur les terrains plus élevés et plus secs, repré-sentés surtout par des dépots sablonneux ou calcaires, entrainés par les cours deau de lépoque jusquau fond des baies et desnbsp;embouchures, on observe plus particulièreinent des fougèresnbsp;aux frondes maigres, exiguës ou coriaces {Ctenopteris, Cyca-
Fis:. 20.
Plantes jurassiques caractéristiques :
accidentées.
1. Scleropieris Pomelii, Sap., somnütó d'une fronde (étage corallien). 2. Sta-chypteris lithophylla (Pom.), Sap., sommité dune fronde (étage corallien).
3. nbsp;nbsp;nbsp;Lomatopteris Balduini, Sap., fronde compléte, brisee (étage bathonien).
4. nbsp;nbsp;nbsp;Cycadopteris Brauniana, Zign., fronde prcsque entière (étage kimméridien).
dopteris, Lomatopteris., Scleropteris, etc.), dautres genres de cycadées [Zamites, Otozamites, Sphenozamites) et enfin des co-nifères de grande taille qui constituaient évidemment la massenbsp;principale des forêts dalors.
Nous avons appris a connaitre les cycadées par celles de ces plantes, plus curieuses que réellement élégantes, que la culturenbsp;et la mode ont introduites dans nos serres. Elles otfrcnt Tappa-
-ocr page 214-192 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES
rence de petits palmiers; leur tronc court et massif, souvent rentlé et comme ovoïde, revêt a la longue une cuirasse écail-leuse, provenant de la persistance des résidus des bases de petioles ; il supporte a lextrémité supérieure un bouquet de frondes
Fig. 21.
Plantes jurassiques caractéristiques : types de cycadées des iocalités accidentées.
1. Zamites Moreaucmus, Brengt., fronde compléte (étage corallien). 2. Otozamites deconis, Sap.; fronde brisée par Ie haut (étage bathonien). 3. Sphenozamitesnbsp;latifolius, Brongt., fragment de fronde (étage kimméridien).
ailées, aux segments Ie plus souvent étroits, allongés et coriaces. Les cycadées vivent maintenant dans Ie voisinage des tropiques,nbsp;OU même sous la ligne, en Afrique, dans les Indes, en Australië, dans les Antilles et plus loin vers Ie nord, au Japon etnbsp;dans la Floride , qui marquent les points extrêmes de leurnbsp;aire dliabitation actuelle. Les anciennes cycadées euro-péennes, dont on connait les troncs, les feuilles et pour plu-sieurs dentre elles les organes reproducteurs males ou femelles,nbsp;ne different pas plus de ces cycadées actuelles, que les diversnbsp;genres de ces dernières, parqués chacun dans une région a part,
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ne different entre eux. Seulemenf, en dehors de quelques exceptions, les plantes fossiles de ce groupe étaient dune taille médiocre OU méme remarquableraent petite. Elies devaient former
a elles settles Ic soubassement des bois de lépoque ou bien encore en garnir les lisières et les interstices.
Les conifères jurassiques étaient pour la plupart des arbres élevés, plusietirs de première grandeur. Les tines ressemblaientnbsp;aux Araucaria ou même faisaient légitimement partie de cenbsp;genre, les autres avaient Laspect de nos cyprès, avec des rameauxnbsp;plus forts et plus vigotireux ; dautres enfin, plus particulière-mentdistinctivesde lépoque secondaire (ce sontles5rac%p%/-lum), noffraient que des rameaux raides et des tiges nues ou petinbsp;divisées. Lesfetiilles de cesderniers se réduisaient aux proportionsnbsp;de simples écailles mamelonnées, étroitement contiguës et dessi-nant a la surface des parties anciennes tinemosaïque a compar-timents réguliers, donirage ne faisait qtiaccroitre Ie périmètre.
LËurope jttrassiqtie ne forma dabord qutin archipel de grandes ties (1). Le plateau central, a la fin du lias, était encore
(1) Consultez la planche IV qui représente la configaration approximative de notre continent, « vers le commencement de Tépoque oolithique i».
DE Saporta, nbsp;nbsp;nbsp;13
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
séparé du massif de la Vendee, a louest, de la region des Vosges et de celle des Alpes, au nord-est et a Test; mais ces iles ten-daient a se souder et a se réunir peu a peu, de manière a nenbsp;plus former quune seule masse continentale. Cette reunionnbsp;s'opéra a laide disthmesou de seuils, par Poitiers, dans une di-
rection, par la Bourgogne, dans lautre, durant Ie cours de loolithe.
Lors du wéaldien, premier terme de la craie ou, si lon pré-fère, dernier terme de la série oolithique, la soudure continentale est évidente, et lémersion, elfectuée sur une grande échelle, saccuse sur une foule de points: en .Angletcrre, dans Ie nordnbsp;de IAHemagne, dans Ie Jura et ailleurs, par lextension desnbsp;eaux lacustres ou fluviatiles dont Ie rólc devient très-considéra-ble. Cesont la les indices avant-coureurs de la révolution végétalenbsp;qui se prépare et dont les préliminaires, les debuts et la marchenbsp;évolutive nous sont malheureusement inconnus. II est certain cependant que la flore urgonienne de Wernsdorf, dans lesnbsp;Carpathes, et celle même de la craie ancienne du Groenland
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Fig. 24. Plantes jurassiques caractéristiques : conifères {oolillio).
1-2. Brachyphyltum nepos. Sap. : 1, rameau; 2, écussons foliaires grossis. 3-4. Pa-chyphyllum majus, Brong. : 3, rameau; 4, écaille dótacliéo dun strobile. 5. Pa-chyphyllum araucarinum, Pom., rameau.
Fig. 25. Plantes caractéristiques de la craie inférieure (étages wéaldien eturgonien).
1. Sphenopteris Hartlebeni, Dunk., fronde (wéaldien). Aneimidium Mantellij Schk., foliole (wéaldien). 2. Glossozamites obovatus, Schk., fragment de frondenbsp;(urgonien). 3. Salüburia pluripartita, Hr., fouille (wéaldien).
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
nannonce en apparence Ie déclin alors imminent des cycadées, la fin prochaine du règne exclusif des gymnospermes, et la
diffusion, prête a se réaliser, des dicotylédones on plantes a feuillage.
IV
ÉPOQUE CRÉTACÉE k PARTIR DU CÉNOMANIEN.
Léxolution organique a laquelle les dicotylédones durent leur existence et ensuite leur extension saccomplit sans doute sousnbsp;linfluence de conditions très-diverses. II se peut effectivementnbsp;que cette évolution ait été lente et obscure originairement ; il senbsp;peut aussi quelle se soit réalisée a lécart, dans une région sé-parée on mère patrie, grace a certaines circonstances locales etnbsp;exceptionnelles; il se peut encore, et on est même en droit denbsp;Ie supposer, quelle ait été Ie produit de lintervention des in-
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sectes, inultipliant, a un moment donné, les effetsdu croisement et amenant des combinaisons favorables a ces sortes de végé-taux. Enfin, il est a la rigueur concevable quil ait suffi dunnbsp;temps relativement court et de Tinfluence de causes maintenantnbsp;ignorées, pour donner lessor aux plantes de la categorie quenbsp;nous considérons. Quelle que soit Thypothèse que lon préfère,nbsp;Ie fait même de la multiplication rapide des dicotylédones et denbsp;leur presence simultanée sur un grand nombre de points denbsp;notre hémisphère, a partir de lhorizon de la craie cénoma-nienne, ne saurait être contesté.
Cest a ce niveau que se rattache en Amérique Ie « Dakota-group », formation des plus remarquables, récemmcnt explorée dans Ie Kansas, lArkansa, Ie Nebraska, Ie Minesota, et dont lanbsp;base comprend des grès ferrugineux, dWigine lacustre, très-riches en empreintes végétales. Les dépots du Dakota-group reposent immédiatement sur Ie trias ; par conséquent, la vastenbsp;région qui sétend de nos jours du Missouri aux montagnes Ro-cheuses était émergée et peuplée de végétaux, cest-a-dire terrenbsp;ferme depuis un age des plus reculés, lorsque les eaux fluvio-marines vinrent loccuper vers Ie milieu de la craie. Les empreintes végétales, observées a la base de cette formation, nousnbsp;traduisent done, a ce quil semble, un état déja ancien, au moment oü il nous est donné de lentrevoir. II en est de mêmenbsp;pour la Bohème, terre primitive, que les eaux douces alternantnbsp;avec celles de la mer, envahirentaussi lors ducénomanien ; de lanbsp;vinrent les dépots qui constituent Ie « quadersandstein » inférieur des Allemands et qui, sur beaucoup de points, sont richesnbsp;en plantes fossiles. La Moravie, Ie Harz, certaines localités de lanbsp;Saxe, de la Westphalie, de la Scanie; les environs dAix-la-Chapelle et ceux de Toulon ont fourni a divers savants une suitenbsp;assez considérable de végétaux appartenant a la seconde moitiénbsp;des temps crétacés, et enfin les découvertes du célèbre Nor-denskiöld, dans la presquile de Noursoak, a Atané (Groenland),nbsp;ont fait connaitre les plantes qui habitaient a la même époquenbsp;les régions arctiques. Partout alors les dicotylédones ou végé-
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LES PERIODES VEGÉÏALES.
taux a feuillacje, auparavanl inconnus, sont devenus dominants ; partout une réyolution, aussi rapide dans sa marche quuniver-selle dans ses effets, favorise lintroduction de cette categorie denbsp;plantes et partout aussi les cycadées et les conifères, jusqualorsnbsp;les dominateurs incontestés du règne végétal^ tendent a décroitre,nbsp;et a reculcr.
En entrant dans les détails, on remarque pourtant bien des singularités et aussi des divergences entre plusieurs regionsnbsp;comparées.
La localité la plus méridionale est celle du Beausset, pres de Toulon, localité située au fond dun petit golfe de la mer tu-ronienne, celle de Tétage qui succède immédiatement au céno-manien. Cest cependant celte localité dont la llore comprendnbsp;la plus faible proportion numérique de dicotylédones, cellenbsp;aussi oü les fougères et les conifères paraissent avoir gardé Ie
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plus de points de contact avecle passé paria nature des types qiielles comprennent (genres Lomatopteris, Cyparissidiim, Araucarüi).
Les dicotylédones abondent bien davantage dans IAUemagne cénonianienne, en Moravie, en Saxe, en Bobême, en Silésie,nbsp;entre 49° et 51° lat. N. Au sein de cette région, située alors anbsp;proximité des plages dune mer septentrionale (1), les plantes anbsp;feuillage présentent un mélange curieux de genres éteints, denbsp;genres devenus exotiques et tropicaux et de genres demeurés eu-ropéens on du moins encore indigenes de la zone boréale extra-européenne. Le genre Credneria est un exemple des premiers;
Fig. 28. Plantes caractéristiquos de la craie cénonianienne de Bohème: dicotylédones primitives.
1. Aralia Kov)alewskiana, Sap. et Mar., feuille. 2. Hymenea primigenia, Sap ,
feuille.
Ie genre Hymenea, qui fait partie du groupe des légumineuses-césalpiniées (2), atteste la présence des seconds; le lierre, le ma-
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Consultez la planche V qui représente la configuration approximative do notrenbsp;continent, « h, lépoque de la mer cénomanienne ».
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Le groupe des césalpiniées est encore reprcsenté en Europe par une espècenbsp;monotype de la flore méditerranéenne, le Ceratonia siliqua ou caroubier qui formenbsp;un bois clair-semé le long de la cote abritée, dans tout Tespace qui sctend denbsp;Nice k Menton. Gest 1^ un curieux exemple de la longévité que peuvent aiteindrenbsp;certains types de végétaux protégés par des circonstances exceptionnellement fa-vorables et survivant è. tous ceux de lordre auquel ils appartiennent.
-ocr page 224-200 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
gnolia, Ie comptonia doivent être signalés parmi les derniers. Ces types, fixes dès lors dans leurs traits principaiix, nont plusnbsp;donné lieu par la suite qua dinsignifiantes variations.
Fig. 29. Plantes caractóristiques de la craie cénomanionne de Boh6rae : dicotylédones primitives.
1-2. Hedera primordialis, Sap. : 1, fouille des rameaux appliques ; 2, feuille des
raineaux libres.
Le genre Credneria, dont les affinités véritables sont loin da-voir été encore délerminées et que lon a successivement rap-
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proché des peupliers, des platanes, des tiliacées et des po-lygonées, séloigae en réalité de tons par certains details carac-téristiqnes de ses feuilles, larges, grandes, fermes, aux nervures saillantes, lobées ou sinuées Ie long des bords supérieurs, ter-minées en coin inférieureinent, avec une cóte moyenne accom-pagnée de deux latérales, celles-ci partant dun point situé au-
1. Credneria triacuminata, Ilampe, feuillo. 2. Abietites curvifolius, Dkr., rameau. 3. Dryophyllum Haussmanni, Dkr., fouille.
dessus de la terminaison basilaire du limbe. Les feuilles de ce genre curieux, souvent roulées sur ellcs-mêmes, comme sinbsp;elles sétaient détachées naturellement de la tige qui les portalt et avaient été entrainées dans Ie sable ou dans la vase, ont éténbsp;rencontrées, non-seuleinent en Bohème et en Saxe, mais aussinbsp;dans Ie Harz, a Blankenburg ; en Westphalie; a Ai v-la-Chapelle etnbsp;jusque dans Ie Groenland septentrional. Le genre auquel senbsp;rapporten! ces feuilles avait certainement alors une très-grandenbsp;extension. Cest ce que lon nomme en paleontologie un genrenbsp;caractéristique.
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LES PERIODES VEGETALES.
En Amérique, la flore du Dakota-group présente, sinon des espèces identiques a celles de la Bohème et de la Moravie céno-maniennes, du moins des formes équivalentes. Les araliacéesnbsp;sont répandues de part et dautre ; les laurinées se montrentnbsp;également, ainsi que les ménispermacées, les magnolias et biennbsp;dautres types quil serait trop long dénumérer. On remarquenbsp;dans cette flore, dont la connaissance est due aux savantes recherches de M. Lesquereux, la présence du platane, du hêtre^
¦ Quercus
1. Fagus polyclada, Lqx., feuille. 2. Platanus primseva, Lqx., feuille. ¦ [castanea?) primordialis, Lqx., feuille.
dun chène ou dun chataignier , d^un lierre, etc., et si les Credneria ne se montrent pas, comme en Europe, on découvrenbsp;a leur place deux types, Protophyllum ei Aspidiophyllum, qui ennbsp;remplissent éxidemment Ie role et en accusent les traits caractéristiques.
Les premiers palmiers quon ait encore signalés, en ne tenant pas compte des fausses indications souvent appliquées a desnbsp;végétaux de la flore carbonifère, étrangers en réalité a cettenbsp;classe, se montrent en Europe dans la seconde moitié de lapé-
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riode crétacée. Des deux espèces principales, Tune, Flabellaria chameeropifolia, Gcupp., du Quadersandstein de Ticfenfurt en Si-lésie, avail des frondes en éventail, semblables a celles de nosnbsp;Chamxrops ou palmettes ; elle était par conséquent de petitenbsp;taille ; lautre observée en premier lien a Mutbinansdorf en Au-triche et dernièrement dans la craie dquot;eau douce de Provence,nbsp;dénote un palmier de grande taille, comparable aux Geonoma ac-
1. Aralia gii'mquepartita, Lqx., feuille. 2. Protophyllum multinerve, Lqx., feuille (type óteint).
tuels, mais surtout assimilable au Phcenicophorium Sechellarum, Wendl., remarquable espèce des Séchelles, un des plus admi-rables ornements de nos serres chaudes. 11 présentait des frondesnbsp;larges, a rachis on cote médiane prolongé jusqua lextrémité supérieure dun limbe dont les segments demeuraient soudés entrenbsp;eux ou ne se divisaient que vers les bords, a laide de fissuresnbsp;irrégulières et peu prononcées. Ce type tenait ainsi Ie milieunbsp;nntre celui des palmiers a frondes pinnées, comme les dattiers.
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LES PERIODES YEGETALES.
etcelui des palmiers a frondesflabellées^ comme Ie sont les sabals. La plupart des palmiers portent dans leur enfance des frondesnbsp;construites sur ce modèle, a^ant de prendre leur entier ckWelop-pement et de revêlir leur forme definitive. II est curieux dob-server un type scmblable a lorigine du groupe, et Texclusion denbsp;ce groupe des regions arctiques constitue également, commenbsp;nous Tavons fait remarquer précédcmment, un précieux indicenbsp;dc labaisseraent de la température, commencjant a se prononcernbsp;dans rextrême Nord.
M. Heer signale pourtant dans la flore crétacée du Groënland, a Noursoak, une zinzibéracée, cest-a-dire une sorte de balisier,nbsp;probablement aussi un bambou [Arundo groënlandica. Hr.). 11nbsp;y signale encore une cycadée bien authentique, Ctjcaditesnbsp;Dicksoni, Hr., la dernière qui ait probablement vécu a lintérieurnbsp;du eerde polaire, et enfin plusieurs fougères de la tribu subtro-picale des gleichéniées. Le type peuplier, représenté par lesnbsp;plus anciennes espèces du genre, domine évidemment parmi lesnbsp;dicotylédones de la craie arctique; ces espèces sont alliées denbsp;pres a la section dunbsp;nbsp;nbsp;nbsp;euphratica, 011. ou section des peu-
pliers coriaces. Les dicotylédones de Noursoak comprennent encore un figuier, plusieurs myricées, des araliacées, des magnolias et des vestiges de légumineuses de la tribu des lotées. Des pins, Aas Sequoia, diverses cupressinées, un ginkgo {Sailsburianbsp;primot'dialis, Hr.) complètent eet ensemble curieux qui nous dé-couvre une des étapes successives, par lesquelles la végétationnbsp;polaire a dü passer, avant de se dépouiller des richesses quellenbsp;comprenait a lorigine.
La flore de la craie moyenne constitue le premier tenue de la dernière des quatre grandes périodes végétales que nous avonsnbsp;admises au commencement de cette étude; cette période part dunbsp;cénomanien etsétend jusqu'a nous, a travers lensemble des tempsnbsp;tertiairesquiy sontenglobés: le complément durègnevégétalparnbsp;ladjonction des classes les plus élevées, des plantes« a fleurs et anbsp;feuillage gt;; qui leur faisaient jusque-la défaut, tel est lévéne-ment principal qui inaugure cette période et dont les faits qui
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suivirent n^ont été que des consequences et des dévcloppements.
Dès cette époque, si yoisine pourtant du berceau des angio-spermes et plus particulièrement de celui des dicotylédones, la juxtaposition, en Europe, de deux séries de types, les uns des-tinés a disparaitre ou a être refoulés vers Ie Sud, les autres de-meurés indigenes a notre zone, frappe comme un fait constantnbsp;et démontré. Jai parlé des peupliers, des hêtres, des lierres,nbsp;des chataigniers, des platanes de ce premier age associés, non-seulement a des magnolias, mais a des palmiers, a des Hymenca,nbsp;a des Aralia, a des Persea, a des pandanées, dont les types ferment de nos jours Fornement des regions intertropicales; Fexis-tence simultanée de deux séries qui nous semblent maintenant des-tinéesa sexclure, ax^ait sansdoute alors sa raison detre. Endépitnbsp;de la chaleur, certainement tempérée par 1humidité et proba-blement fort égale, elles pouvaient vivre associées dans un ensemble des plus barmonieux. Lampleur presque générale desnbsp;formes végétales de cette époque annonce un temps et des saisonsnbsp;favorables au développement du monde des plantes, et ces conditions expliquent très-bien 1extcnsion rapide des divers typesnbsp;qui se partagent la classe de dicotylédones. La plupart dentrcnbsp;eux effectivement, si 1on sattache aux families que Fon rencontre Ie plus ordinairement a Fctat fossile remontent jusqua eetnbsp;age et avaient dès lors revêtu les caractères qui les distinguentnbsp;encore.
Plus tard seulement, et après des vicissitudes dont nous essaye-rons de tracer Fhistoire, Fune des deux séries, celle que notre zone possédait dabord on commun avec les tropiques, subit unnbsp;déclin prolongé, tandis que la série opposée obtenait, au contraire, par des moyens très-divers, il est vrai, une prépondé-rance a la fin exclusWe.
Sous ce dernier rapport, la seconde moitié de la craie peut être considérée comme Ie point de depart de la végétation particuliere a notre zone, de mème que Ie temps des houilles marquenbsp;celui du règne végétal tont entier. Dès Ie cénomanien, en effet,nbsp;commence une évolulion a Faide de laquelle les tribus nouvelles
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LES PERIODES VEGETALES, ETC.
¦vonten se multipliant eten se difFérenciant dans une proportion toujours croissante. Sans doute les diversités de sol, de climat, denbsp;station, qui vonten saccentuant, contribuent a cerésultat; maisnbsp;la Ilexibilité des organismes, qui atteignent leur « maximum »nbsp;de perfection et de complexité relatives, y contribue aussi dansnbsp;une très-large mesure.
Le climat européen, nous devrons Ie constater, a varié a bien des reprises et par la sexplique la preponderance alternative,nbsp;dans le cours du temps tertiaire, des associations despèces aunbsp;feuillage maigre et coriace et des associations distinguées parnbsp;lampleur de leurs organes appendiculaires. Les choses se passent encore de même sous nos yeux : les differences de region anbsp;région, dune station a une autre station, retracent le tableau denbsp;celles que le temps fit naitre et qui se succédèrent sur notre sol.nbsp;De cette sorte, les phénomènes que nous observons maintenant,nbsp;en comparant entre eux certains points de la surface terrestre,nbsp;se sont manifestés autrefois a travers la suite des ages. Les procédés de la nature sont au fond restés les mèmes. Elle a réussi denbsp;tout temps a plier les organismes 'sous lintluence des milieux,nbsp;et de cette influence elle a fait sortir une force susceptible denbsp;réveiller les tendances a la variabilité, inhérentes a tons lesnbsp;êtres vivants. Cest la une action dautant plus énergique quellenbsp;est permanente et quentin elle sapplique a des organismesnbsp;fixes au sol, comme les végétaux, qui la subissent sans ètre capable de sy soustraire par la fuite.
-ocr page 231-CHAPITRE II
DE LÉPOQÜE TERTIAIRE.
NOTIONS PRELIMINAIRES.
Avant lépoque tertiaire, Ie règnc végétal, longtemps pauvre et monotone, bien que puissant par intervalles, sétait cependantnbsp;complété par ladjonction de la classe des dicotylédones angio-spermes, et, a coté de cette classe, celle des monocotylédones,nbsp;longtemps faible et siibordonnée, avait également accru sonnbsp;importance, quoique dans une.moindre proportion. Au momentnbsp;oü souvre cette grande époque, Ie climat de notre continentnbsp;est tempéré plutót que très-chaud ; Fhiver est encore nul ounbsp;presque nul; la mer écbancre lEurope sur bien des points doünbsp;elle sest ensuite retirée. Elle constitue une terre plus découpéenbsp;que de nos jours; pourtant lEurope est déja une region continentale dune étendue considérable. La chaine centrale quinbsp;forme maintenant son ossature principale nexiste pas ou nenbsp;consiste encore que dans des hauteurs presque insignifiantes;nbsp;peut-être a la place des Alpes dautres montagnes, maintenantnbsp;ruinées, élevaient-elles leur cime; mais ce sont la des conjecturesnbsp;que les recherches futures auront pour tache de confirmer.
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
Ce qui est certain, cest que, peu de temps après Ie début des temps tertiaires, on voit sur la ligne des Alpes et Ie long desnbsp;Pyrénées la mer sétablir et sayancer, laissant des ilots, commenbsp;pour jalonner la direction selon laquelle se prononcerontnbsp;plus tard ces massifs, dont Ie róle et laspect ont si fort changenbsp;depuis lors.
Pendant la durée des temps tertiaires, non-seulement IEu-rope est découpée par des mers qui la pénètrent a plusieurs reprises et dans plus dun sens, mais elle se couvre de lacs dont remplacement varie, comme celui des mers elles-mêmes, et dontnbsp;il est difficile, a raison rnême de cette circonstance, de dressernbsp;la carte, puisque beaucoup dentre eux nont pas existé simul-tanément et que souvent, dans les oscillations qui se produisaient,nbsp;il sest trouvc que Ie fond dun lac, soulevé, a servi de littoral etnbsp;de terre ferme, soita une mer, soit a un autre lac, venant occupernbsp;la place de ce qui navait été jusque-la quun sol émergé. Cesnbsp;mouvements oscillatoires, compares a ceux dune charnière,nbsp;sont bien connus des géologues, et, quant aux lacs tertiaires, lanbsp;botanique fossile leur doit, de même qu'aux tufs ou calcairesnbsp;concrétionnés, aux cendres volcaniques consolidées oucinérites,nbsp;ainsi quaux divers limons déposés par les cours deau, la conservation des plantes fossiles de chaque couche ou étage suc-cessifs, dont la réunion constituela série des formations tertiaires.nbsp;Cest a laide de ces éléments qua Pon a pu recomposer la chronologie des phases par lesquelles la végétation a passé, ennbsp;observant, a chacun des échelons de la série, au moins quelquesnbsp;vestiges des plantes que possédait 1Europe contemporaine. Onnbsp;obtient de cette fagon un ensemble presque sans lacunes, puis-quil nest pas, pour ainsi dire, détages ni de sous-étages quinbsp;naient fourni quelques spécimens ; mais eet ensemble est inégalnbsp;et imparfait en ce sens que nos connaissances ne sappuient quenbsp;sur des documents partiels, que Ie hasard seul a mis entre nosnbsp;mains et qui font succéder, sans raison apparente, a uneprofu-sionparfois étonnante,une pénurie a peu prés compléte, faite pournbsp;désespérer, sans que lon ait pour cela Ie droit den être surpris.
-ocr page 233- -ocr page 234-liORDS D U.NE LAGUNE E.N liOIIEME, A L EPOQUE C K N O M AN I E N N E.
-ocr page 235-NOTIONS SUR LÉPOQUE TERTIAIRE. nbsp;nbsp;nbsp;209
Longtemps on ne sest enquis ni des causes véritables, ni de ]a signification réelle de cette pénurie intermittente. On recueil-lait des espèces pour les enregistrer et les décrire, mais sans leurnbsp;attribuer un sens autre que celui qui résulte du fait même denbsp;leur existence. Parfois on a poussé lesprit de système jusquanbsp;croirequeles ernpreintes fossiles traduisaient exactement Ie passénbsp;tertiaire et quune tlore appauvrie ou des spéciinens clair-semésnbsp;étaient lindice de lindigence de la végétation contemporaine.nbsp;Enfin on a également admis, sans preuves et comme de confiance,nbsp;quune flore fossile locale nous faisait connaitre lassocia-tion de plantes qui couxrait alors tout un pays et que ce pays nenbsp;possédait pas une foule dautres espèces, a cóté de celles dontnbsp;on recueillait les Testiges. De cette filière didées sont néces-sairement sorties une quantité dappréciations erronées, que lesnbsp;recherches et les découvertes futures redresseront peu a peu.nbsp;Dans les détails que nous allons donner nous suivrons unenbsp;marche et nous adopterons une méthode bien différentes. Nousnbsp;nous efforcerons avant tont de particulariser les découxertes etnbsp;dappliquer aux divers dépots doii proviennent les plantesnbsp;fossiles Ie sens vrai quils comportent, celui de représenter autantnbsp;dassociations despèces végétales, localisées et restreintes, dontnbsp;il sagit avant tout de fixer la physionomie et de définir lanbsp;portée, en évitant toutes les tendances exagérées.
Au point de vue exclusif des modifications que la végétation a éprouvées, lépoque tertiaire prise dans son ensemble se par-tage en cinq divisions ou périodes secondaires, désignées dansnbsp;1ouvrage dun éminent paléophytologue (1), a partir de la plusnbsp;ancienne, sous les noms de Paléocène, Eocène, Oligocène, Miocene., Pliocene. Ce sont la des phases précédées ou suivies denbsp;passages et de liaisons, nayant elles-mêmes rien dabsolumentnbsp;fixe dans leur physionomie dun bout a lautre de leur durée ;nbsp;mais enfin ces phases mobiles, si peu nettement limitées quonnbsp;les suppose, sont cependant des étapes qui marquent Ie cbemin
(l) Scliimper, Traité de pal. vég., t. IH, p. 680 et suiv. C'® DE S.1PORTA.
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LES PERIODES VEGETALES
quela nature végétale a suivi en Europe, dans sa marche a travers les temps tertiaires. Elle na pas accompli une marche aussinbsp;longue, sans éprouver des vicissitudes de toutes sortes, sans senbsp;modifier peu a peu ; elle a remplacé graduellement chacune desnbsp;formes quelle possédait a lorigine par des formes voisines, alliéesnbsp;de pres a leurs devancières et cependant différentes de celles-cinbsp;a certains égards ; puis, a partir dun certain moment, sous Iin-fluence dune température qui devenait insensiblement plusnbsp;froide et moins égale, la végétation européenne sest vue dé-pouiller peu a peu de ses éléments les plus précieux ; une foulenbsp;de types dont la presence ne lui laissait rien a envier aux paysnbsp;méridionaux les plus richement favorisés ont finalement dis-paru ; alors seulement un age est venu oil, par Ieffet des progresnbsp;lentement accomplis de cette élimination, la flore de notre continent sest trouvée telle que nous la connaissons, peuplée des-peces appropriées aux exigences climatériques de la zone tem-pérée froide dans le nord et le centre, moins dévastée dans lenbsp;midi oil Ton rencontre encore fa et la un certain nombre denbsp;types échappés a la destruction, réfugiés sur quelques points etnbsp;attestant par leur persistance le souvenir dun état de choses de-puis longtemps détruit, mais dont ils furent pourtant les témoins.
Chacune des cinq périodes que nous venonsde signaler, malgré le peu de précision de leurs limites respectives, revet pourtant unenbsp;physionomie saisissable et se rattaclie a une configuration spéciale du sol européen, configuration souvent très-différente denbsp;ce quelle était dans la période antérieureou de ce quelle fut dansnbsp;la suivante, souvent aussi bien éloignée dece quelle est mainte-nant sous nos yeux. Mais il convient dajouter pourtant que len-semble des terrains tertiaires répond a une si longue durée, quilnbsp;serait inexact de croire que la distribution des terres et des mersnbsp;soitdemeurée stable dans lintérieur de cliaque période ; le contraire est vrai^ du moins pour plusieurs dentre elles, et pendantnbsp;léocène, comme pendantle miocène et le pliocene, les mers chan-gèrent de lit et dassiette a diverses reprises, ou même des nappesnbsp;lacListres furent remplacées par des bassins marins et réciproque-
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ment, sur les mêmes lieux, sans que ces variations, immenses lorsquon les considère en elles-mêmes, aient entrainé dans la vé-gétation contemporaine aucune perturbation assez sensible pournbsp;justifier 1'établissement dune période a part, correspondant aunbsp;temps précis pendant lequel chacun de ces mouvements partielsnbsp;se serait accompli. Cest ainsi que dans Ie cours du miocène, lanbsp;Suisse fut dabord couverte delacs (étage aquitmiieri), envahienbsp;par la mer de la mollasse (étage molassique ou helvétietii), dontnbsp;Ie retrait partiel donna plus tard lieu a létablissement de nou-velles nappes lacustres (étage ceningien).
Malgré ces vicissitudes, dont Ie midi de la France reproduit également Ie tableau, la végétation miocène, prise, dans son ensemble, conserve assez dunité, et les traits caractéristiques de sanbsp;physionomie sont assez persistants, assez uniformes dun bout anbsp;1autre de chaque période, pour quil ny ait ni avantage ni motifnbsp;sérieux a vouloir scinder celle-ci; il est probable en effet que, ennbsp;dépit de ces alternatives denvahissement et de retrait des eaux,nbsp;les conditions régulatrices du climat européen restèrent a peu presnbsp;les mêmes, sauf une légere diminution de la chaleur primitive.nbsp;Celle-ci tendit a sabaisser par 1effet du temps écoulé et par suitenbsp;dun phénomène dun ordre, a ce quil semble, purement cosmi-que et dont la vraie cause n^a pu être saisie jusqua présent. Maisnbsp;les réflexions seraient interminables et la pensée ségarerait a lanbsp;poursuite dune multitude de détails, si nous ne nous hations denbsp;rentrcr au coeur du sujet et de revenirauxlignesprincipales, ennbsp;reprenant une a une les cinq périodes dont il vient detre question. Nous essayerons de les passer en revue et den tracer aunbsp;moins une legére esquisse.
PÉRIODE PALÉOCÈNE.
Cette première période correspond au suessonien de d Orbigny, olie succède a la craie, non pas cependant dune fapon tout anbsp;fait immediate, car, en Europe au moins, elle est séparée de a
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craie la plus récente (1) ou craie de Maëstricht par une lacune dont il est difficile dapprécier létendue et destimer la durée.nbsp;La période paléocène est assez mal connue, non-seulement pareenbsp;que les dépots qui nous en ont transmis les vestiges sont peunbsp;puissants, et quils nont été observés jusquici que sur un petitnbsp;nombre de points, mais aussi paree que la mer dalors, au lieunbsp;dentrer en Europe et de loccuper jusquau centre, comme Ienbsp;tirent les mers nummulitique, tongrienne et mollassique, sétaitnbsp;retirée de telle fagon que lespace continental était presque aussinbsp;vaste que de nos jours.
Le climat, de même que la physionomie des formes végétales, avaient peu change depuis la fin de la craie. Cest au nord-est denbsp;Paris, vers lAisne et la Marne, dans le Soissonnais et la Champagne, du coté de Sézanne, de Reims, de Vervins et, en continuant dans la même direction, en Belgique, dans le Hainaut etnbsp;la province de Liége, que les formations tertiaires paléocenes ontnbsp;été observées. Elles consistent en des marnes, des sables, desnbsp;calcaires, généralement peu épais, souvent reconverts par desnbsp;dépots postérieurs, et par conséquent difficiles a atteindre.
(1) II s'agit, bien entendu, dune lacune purement accidentelle, qui pourrait dispa-raitre par Tefifet dheureuses découvertes. En Provence, un vaste système lacustre, observé dans la vallée dArc et mis en lumière par M. Matheron, présente une sérienbsp;continue de dépots qui conduisent sans interruption de la craie supérieure vers desnbsp;assises incontestablement tertiaires, mais dépourvues de plantes et relativementnbsp;pauvres en fossiles. Le garumnien de M. Leymerie, qui consiste en une alternancenbsp;de lits marins et fluviatiles, qui se prolonge jusquon Espagne et se rattaclie intime-ment au système provengal, offre aussi les caractères dune formation complexenbsp;servant de passage entre les deux époques. En Amérique, le groupe du Dakotanbsp;{Dakota-group'j, qui comprend une flore crétacée fort riche, mentionnée plus liaut, senbsp;soude supérieurement avec la puissante formation tertiaire du lignilic : mais si lanbsp;liaison matérielle entre les deux terrains et, par conséquent, les deux époques, peutnbsp;fitre constatée, nulle part encore on na découvert de plantes fossiles provenant denbsp;la partie des couches au moyen desquelles sopère le passage lui-même, ni surtoutnbsp;assez nombreuses pour constituer une flore dune certaine importance. Cest lil un faitnbsp;négatif dont il serait puéril de vouloir retlrer quelque conclusion ii lappui dune pré-tendue revolution qui aurait renouvelé le règne vegetal et qui correspondrait a 1in-tervalle situé entre les deux terrains. Ce serait faire une supposition gratuitenbsp;quaucun fait ne confirmerait. En réalité, entre la dernière flore crétacée et la première de léocène inférieur, on ne remarque pas plus de divergence quil nen existonbsp;entre les flores de deux étages tertiaires compares.
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DE LÉPOQUE TERTIAIRE; PALÉOCÈNE.
tantót marins, tantót dorigine lacustre ou saum^re; on rencontre encore ces formations a létat dargiles accompagnés de minces couches de lignites et supportant des gres, comme dansnbsp;Ie Soissonnais, ou bien ce sont des sables inconsistants commenbsp;ceus de Bracheux ou encore des calcaires concrétionnés, commenbsp;les tufs de Sézanne.
On voit, en réunissant ces notions, que lobservateur se trouxe transporté Ie long des plages dune mer peu étendue et peunbsp;profonde, savanfant ou se retirant tour a tour, recevant desnbsp;cours deau dont on retrouve les sédiments dembouchure ou
Fig. 33. Chênes paléocènes de la foröt de Geilden.
1. Quemis parceserrata, Sap. et Mar. 2. Q. diplodon, Sap. et Mar. 3. Q. Lonzi, Sap. et Mar. 4. Gland dépouillé de sa coque. 5. Q. arciloba, Sap. et Mar.
séloignant de fa^'.on a permettre aux eaux douces et jaillis-santes de xixifier Ie sol et dy favoriser lessor des grands xégé-taux. II est done possible, quelque restreint que soit Ie théatre oü nous transporté la pensée, dobtenir, en interrogeant cer-taines localités, des renseignements de plus dune sorte ; cest cenbsp;que les explorateurs nont pas manqué de faire et, tandis quenbsp;les marnes de Gelinden, prés de Liége, nous dévoilent la composition dune forêt paléocène, tandis que les tufs de Sézannenbsp;nous font connaitre les yégétaux servant a la même époque denbsp;ceinture et de couronnement aux eaux limpides dune cascade,
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les flancs ravines par les eaux pluviales ont abandonné aux courants de lépoque les dépouilles des arbres et des plantes qui les recouvraient. Ces dépouilles emportées par des eaux limoneuses,nbsp;au moment des crues, allèrent sensevelir dans les vases dontnbsp;1embouchure dun petit fleuve était encombrée, pêle-mêle avecnbsp;des plantes marines que Ie remous des vagues rejetait vers lanbsp;cóte. La forêt ne pouvait être bien éloignée du point oü Ie fleuvenbsp;heersien (cest Ie nom de létage auquel Ie dépot de Gelinden ap-partient) venait se jeter dans la mer, mais elle occupait sansnbsp;doute line station accidentée, au sein dune région plus ou moinsnbsp;élevée et montagneuse. Non-seulement la nature des arbres dont
Fig. 35. Laurinées paléocènes de la forêt de Gelinden,
1. LUssea elatinemis. Sap. et Mar. ¦ 2. Cinnamomum sezannense. Watt. 3. Per-ssea palsomorpha, Sap. et Mar. 4. Laurus Omalii, Sap. et Mar.
elle était composée Ie prouve, mais Ie limon dont Ie dépot a donné naissance au lit marno-crayeux doü proviennent les plantesnbsp;a dü être arraché par les eaux fluviatiles a des escarpements asseznbsp;abrupts pour être aisément entamés.
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Les arbres les plus répandus de cette forêt étaient des quer-cinées, dont on apu recueillir une douzaine despèces, etensuite des laurinées. Parmi les premières, les unes étaient, a ce quilnbsp;paraiL de vrais chênes semblables a ceux des regions monta-gneuses de la zone tempérée cbaude; les autres se rapprochentnbsp;de nos cbataigniers, raais avec des feuilles persistantes commenbsp;celles des Castanopsis indiens. Les laurinées comprennent unnbsp;vrai Laurtis, L. Omalii Sap. et Mar., des Litssea, des Persea ou
Fig. 36. Viorne paléocöne de la forêt de Gelinden.
Aralia Loozuma, Sap. et Mar.
Viburnum vitifolium, Sap. et Mar.
avocatiers, des cannelliers et des camphriers; elles différent du reste fort peu des formes du même groupe qui se montrent ennbsp;Europe dans un age bien plus récenb cest-a-dire jusqua la flnnbsp;du miocène et même dans la première moitié de la période sui-yante (fig. 35, 1, 2, 3). Des yiornes, un lierre, une sorte dellé-bore, plusieursaraliacées, des ménispermées, des célastrinées etnbsp;des myrtacées acbevaient lensemble (lig. 36, 37, 38,). II faut ynbsp;ajouterun thuya, assez rare, et quelques fougères, dont une bien
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connue, losmonde (fig. 39), sous une forme a peine différente, fait encore Tornement de nos ruisseaux, au fond des bois et aunbsp;pied desberges humides et ombragées.
Cet ensemble, Ie plus ancien dont lépoque tertiaire a son début nous ait encore offert Ie spectacle, na done rien en soinbsp;dinsolite, ni même de très-exotique, rien, en un mot, qui dé-tonne sur Ie fond des paysages de notre zone, pour peu que lonnbsp;redescende de quelques degrés versie sud. Le Japonméridionalnbsp;nous présenterait des bois presque semblables ; ilpossède encorenbsp;de nos jours des viornes, des thuyas et des cbênes très-ressem-blants a ceux de Gelinden, et même, sans aller aussi loin, versienbsp;midi de lEurope, on rencontrerait un chêne dont une des espècesnbsp;paléocènes reproduit fidèlement les principaux traits ; nous vou-ionsparlerdu Quercuspseudosuber om chêne faux-liége, qui croitnbsp;en Algérie, comme en Espagne. Jusquici on na point observénbsp;de palmiers a Gelinden, mais peut-être serait-il possible dy signaler quelques débris de folioles dune cycadée, et ces vestigesnbsp;semblent nous avertir de ne pas conclure hativement dn particulier au général. A quelques pas de ce bois de cbênes et denbsp;lauriers toujours verts, bien dautres végétaux pouvaient sélevernbsp;sans que rien soit venu nous en révéler lexistence. Nousnbsp;avons appris seulement, grace a Ictude de ce dépot, que sur certains points de lEurope paléocène, vers la province de Liége etnbsp;le nord de la France actuelle, des bois se rencontraient et quenbsp;ces bois comprenaient une association végétale assez peu différente de celles qui sont propres aux stations de même nature dansnbsp;la partie australe de notre zone. Cest déja beaucoup que davoirnbsp;a constater une aussi précieuse notion.
Les abords de la cascade de Sézanne, entourés darbres gran-dioses, ensevelis dans lombre et couverts de plantes amies de la fraicheur, nous révèlent, avec dautres conditions, un luxenbsp;de végétation qui ne saurait nous surprendre. lei cest unenbsp;profusion de fougères, les unes frêles et délicates, les autresnbsp;aussi robustes quélégantes, et quelques-unes au moins arbo-rescentes (tig. 40). Elles croissaient en partie inclinées sur leau.
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cène de Sézanne (portion de fronde). Alsophila thelypteroïdes, Sap.
Fig. 39. Fougère paléocène de la forêt Fig. 40. Fougère arborescente paléo-de Gelinden (sommité dune fronde.) nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
Osmunda eocenica. Sap. et Mar.
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cailles tapissées dhépatiques, en partie au fond de la forèt attenante.
De grands lauriers parmi lesquels on reconnait un sassafras aiix feuilles trilobées (fig. 41), des noyers opulents, de puissantes
KA
42
Fig. 41. Laurinée paléocènede Sezanne. Fig. 42. Lieri-e paléocène de Sézanne.
Sassafrasprimigenium, Sap. nbsp;nbsp;nbsp;Hedera prisca, Sap.
tiliacées, des magnolias, des aimes el des saules, entremêlés de viornes, de cornouillers revêtus dune physionomie exotique etnbsp;de forme exubérante, se pressaient de toutes parts. Mais au milieu de ces grands végétaux, auxquels il faut joindre des arto-carpées, des figuiers, des méliacées, des ptérospermées, des sym-plocos, daffinité tropicale, dont on a parfois retrouxé jusquauxnbsp;fleurs conservées dans la substance incrustante, on aurait encorenbsp;aperpu un lierre a peine distinct de la variété irlandaise de celuinbsp;dEurope et même une vigne, analogue aux formes du genre quinbsp;habite les vallées agrestes du Népaul et de lAsie intérieurenbsp;(fig. 42 et 43).
Ici done, comme a Gelinden, malgré lopulence et la variété
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des formes, dues a la fraicheur de lancienne localité, nous avons encore a constaler, non pas la presence exclusive, maisnbsp;la predominance des formes demeurées propres a la partie méridionale de notre zone, surtout en Asie, associées, il est vrai, anbsp;des types que lon rencontre plus habituellement dans des pays
tout a faitchauds et a dautres enfin quiparaissent avoir disparu, comme, par exemple, une curieuse tüiacée de Sézanne, dont lesnbsp;fleurs seront sans doute décrites quelque jour et figurées a coténbsp;des feuilles, grace aux admirables préparations quont réussi anbsp;obtenir MM. Munier-Cbalmas et Renault.
Les sables de Bracbeux et les gres du Soissonnais, provenant de plages plus basses, plus découvertes et plus cbaudes, ontnbsp;fourni des plantes dun aspect plus varié et particulièreraent desnbsp;myricées, des araucariées, un bambou et enfin plusieurs pal-miers a frondes flabellées dont M. Watelet, a qui en est due lanbsp;découverte, a publié la description et les figures.
Une particularité de la flore paléocène dEurope, que je veux
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DE LÉPOQUE tertiaire; PALÉOCÊNE-
mentionner ici paree qu elle ressort dobservations toutes ré-centes, cest de se rattacher par une assez étroite parenté das-pect et inême par la présence de certains types caractéristiques possédés en commun, dune part a la flore du lignitic-formationnbsp;de la region américaine située entre Ie Missouri et les monta-gnes Rocheuses et, de lautre, a la flore tertiaire du Groënlandnbsp;et des autres contrées polaires.
La flore du lignitic, vaste formation tertiaire riche en combustible et qui sétend sur un espace immense dans les nou-veaux territoires de lOuest, Ie Colorado, TUtah, Ie Wyoming, est a peine connue. Elle a été récemment soumise, sous la hautenbsp;direction du géologue Hayden, a lexamen de M. Léo Lesqué-reux, qui Ea distribuée en trois niveaux superposés dont Ie plusnbsp;inférieur correspond visiblement a notre éocène. La liaison denbsp;celui-ci avec la flore paléocène dEurope est sensible malgrénbsp;léloigneinent géographique des localités respectives. Cette liaison se manifeste par létroite affinité de quelques-unes des fou-gères du lignitic avec celles de Gelinden ou de Sézanne par lanbsp;présence des types de palmiers très-ressemblants, des deux parts,nbsp;dartocarpées ou morées qui rappellent les Protoficiis et les Ar-tocarpoïdes de Sézanne. Les Cinnamomum ou cannelliers du li-gnitic reproduisent laspect de ceux de Gelinden, Ie Viburnumnbsp;marginatum de Lesquéreux se distingue a peine du Viburnumnbsp;vitifolium dont on peut consulter ici la figure (fig. 36); il en estnbsp;de même de plusieurs autres espèces et la réunion de ces indicesnbsp;daffinité a quelque chose de trop net et de trop frappant pournbsp;ne pas entrainer Vidée dun lien commun entre les deux floresnbsp;et les deux régions, lien qui les aurait unies a lépoque on ellesnbsp;possédaient respectivement les plantes dont nous observons lesnbsp;traces.
Lanalogie de la flore paléocène dEurope avec la flore tertiaire des régions arctiques, particulièrement avec Ie dépot dA-tanekerdluk, dans Ie Groënland occidental, nest pas moins frappante. Elle est de nature a faire penser que celle-ci est réellement antérieure au miocène inférieur, étage dans lequel elle a été
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
provisoirement rangée par M. Ie professeur Heer, a qui en est due la publication. 11 existe, en effet, entre cette flore et cellenbsp;du paléocène europeen une sorte de parallélisme despèces quenbsp;lon ne saurait attribuer uniquement au hasard. Ce parallélisme, qui va dans plusieurs cas jusqua Fidentité presquenbsp;absolue des formes respectives correspondantes, a dautant plusnbsp;Ie droit de fixer Fattention qiFil semble particulier a la périodenbsp;que nous envisageons, tandis quil saltère ou disparait mèmenbsp;tout a fait dans celle qui lui succède, cest-a-dire dans la périodenbsp;éocènejiroprementdile. Les phénomènes dontil semble que FEu-rope ait été Ie tbéatre dans cette dernière période, et sur lesquelsnbsp;nous nous réservons de revenir, expliquent peut-être dune fafonnbsp;très-naturelle cette discordance dont Fapogée doit être placénbsp;vers Ie début de Foligocène ; mais il faut avouer aussi que lesnbsp;causes génératrices de ces oscillations de Fancienne vegetationnbsp;européenne sont encore trop obscures et leurs effets trop im-parfaitement définis, pour que Fon ose se flatter den avoirnbsp;la clef.
Les rapprochements eux-mêmes, dont il nous serait aisé de donner la liste, sont trop nombreux, et certains dentre eux sontnbsp;trop frappants pour nêtre que fortuits. Peut-être cette commu-nauté de formes entre FEurope et Fextrême Nord provient-ellenbsp;uniquement de ce que la différenciation des latitudes était encore très-faiblement accusée dans la période que nous considé-rons et dans un temps encore si voisin de Fépoque secondaire.nbsp;Dès lors il suffisait de connexions géographiques pour annulernbsp;la distance qui sépare les deux régions et permettre aux espècesnbsp;végétales de sétendre librement de Fune vers Fautre. Dans Fagenbsp;suivant, au contraire, les divergences, sans être encore très-marquéeset sansconstituer une barrière infranchissable, seraientnbsp;allées plutót en saccentuant. Ainsi que nous Ie montrerons, unenbsp;influence méridionale, suivie dune invasion de formes arrivéesnbsp;par Ie sud vint alors modifier FEurope et y introduire de nouvellesnbsp;especes qui, dans leur marche vers Ie nord, nont jamais dünbsp;dépasser certaines limites. Le destin des espèces boréales fut
de SapoiU)
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FLABEld.AKlA EAMANONIS , Ad, Brongn. Empreinle d uiie fronde de palmier des gypses d aix.
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bien différent; provisoirement refoiilées, elles étaient destinées a opérer plus tard un retour vers les contrées du midi, en émigrant dans cette direction, par beffet de labaissement graduelle-ment amené de la température terrestre. De la combinaison etnbsp;du conflit de ce double mouvement opéré en sens inverse lunnbsp;de lautre, lun ayant son point de départ et dimpulsion dans Ienbsp;sud, lautre ayant Ie sien dans Textrème nord', sortirent lesnbsp;périodes suivantes et tous les phénomènes auxquels elles ontnbsp;donné lieu.
Ill
PERIODE ÉOCENE.
Cette période est caractérisée, dun cóté, par létablissement el la persistance de la mer 7iummulitique, qui découpe lEurope surnbsp;un grand nombre de points ; elle déborde plus loin en Asienbsp;et en Afrique, de manière a constituer une sorte de médiler-ranée, dont celle de nos jours nest quune image très-réduite ;nbsp;dun autre cèté, la chaleur semble croitre en Europe, et les terresnbsp;de notre continent se trouvent envahies par des formes végétalesnbsp;dont raffinilé avec celles de IAfrique, de lAsie australe et desnbsp;lies de la mer des Indes se révèle clairement. En combinant cesnbsp;deux points, on se rend coinpte de la double influence qui sexerQanbsp;a cette époque, et a laquelle est du laspect général de la flore,nbsp;ainsi que lextension des types qui, une fois introduits ou pro-pagés, ne quittèrent plus tard notre sol qua la suite de nouveauxnbsp;changements dans lorographie et dans Ie climat.
Pendant la durée de lage éocène, ou, plus exactement, de la première partie de eet age, la mer du calcaire grossier occupenbsp;Ie bassin de Paris et sétend jusqiEa Londres et en Belgique ; puisnbsp;des oscillations se produisent, et a mesure que Pon savance versnbsp;la fin de la période, toutes les mers intérieures se retirent gra-duellement; elles vont en se desséchant et samoindrissant, ou
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LES PÉRIODES VEGETALES
parfois elles cedent la place a des eaux douces^ docmantes ou fluviatiles.
Dans Ie midi de la France, particulièrement en Provence, ce sont des bassins lacustres qui se torment, et qui généraleraentnbsp;persistent avec diverses variations pendant Ie cours de la périodenbsp;suivantc et encore au dela. La Provence, a partir de 1éocènenbsp;jusqua linvasion de la mer mollassiqiie, a mérité Ie noin denbsp;region des lacs; elle en était parsemée et sans doute que, cheznbsp;elle, une configuration physique bien éloignée de celle quellenbsp;présente de nos jours a coïncidé avec la profusion des nappesnbsp;lacustres quellc comprenait, et dont plusieurs ont du être pro-fondes, sinon très-étendues, et dautres se convertir parfois ennbsp;lagunes a demi saumatres.
Lamer nummulitique traversait diagonalement lEurope (1), allant de Nice en Crimée, en suivant la direction de la chainenbsp;des Alpes, dont ses dépots, plus tard soulevés, constituent lesnbsp;hauts sornmets sur une foule de points. Elle sétendait encorenbsp;vers les Pyrénées, en Espagne, en Italië, en Grèce, en Asienbsp;Mineure, enAfrique, en Syrië, en Arabie, et, plus loin, jusquennbsp;Perse, dans les Indes et en Chine. Cest une des mers intérieuresnbsp;les plus vastes dont les annales géologiques aient eu a constaternbsp;1existence. Laspect uniforme des roebes sédimentaires qui luinbsp;doivent leur origine atteste, a la fois, 1étendue très-grande etnbsp;lunité de ce bassin, aussi bien que légalité des conditions bio-logiques établies dans son sein et sur ses bords.
La mer du calcaire grossier parisien formait un petit golfe ou baie sinueuse, dont les limites ontbeaucoup varié selon les temps,nbsp;mais qui ne parait avoir eu aucune communication directe avecnbsp;la grande mer nummulitique. Les plantes recueilbes autour denbsp;ce golfe, a Londres (Sheppy), en Belgique, auprès de Paris, té-moignent de la chaïeur qui régnait Ie long de ses plages, a telnbsp;point que Pon avait été dabord tenté dexpliquer leur présencenbsp;par des transports, a laide de courants marins qui les auraient
(I) Consultez, pl. X, Ia carte de lEurope k lópoque de la mor nummulitique.
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amenées de regions lointaines. On est revenu plus tard de cette idéé singuliere, et, daprès une foule dindices, on a pu consta-ter au contraire que les mèmes formes dorainaient partout anbsp;la périphérie de lancien golfe, et que ces formes rappelaientnbsp;celles de lAfrique austro-orientale et des iles ou rivages in-diens.
Cest ainsi que des fruits, quelquefois très-gros, comprimés-anguleux, revêtus dune enveloppe filamenteuse, et en tont assez analogues a des noix de coco, ont dü flotter a la surface des eaux,nbsp;pour venir sensevelir dans les sables ou les dépots vaseux dunbsp;rivage; ces fruits, qui abondent sur plusieurs points de lanciennenbsp;mer parisienne, ont été reconnus pour être ceux dun Nipa, typenbsp;indien qui sert de passage entre Ie groupe des pandanées et celuinbsp;des palmiers et qui habite aujourdhui les borcls du Gauge, versnbsp;Fembouchure de ce fleuve; les Nipci, semblables a des palmiers par Ie port, plongent leurs racines dans la vase des lagunes a demi salées, et laissent tomber leurs fruits réunis ennbsp;régime a la surface des eaux qui baignent leur pied et qui en-trainent ces organes dans les sédiments déposés au temps desnbsp;crues.
Les cours deau qui se jetaient au fond du golfe éocène pari-sien avaient leur embouchure accompagnée dune lisière de Nipa [Nipadites Burtini, Brongn. (tig. 44), N. Parkinsoni, Bow.,nbsp;N. Bowerhanki, Ett.), dont les fruits, ensevelis au fond de Feau,nbsp;après avoir flotté, sont parfois dune admirable conservation. IInbsp;en est surtout ainsi de ceux de File de Sbeppy, décrits par Bower-banck; mais alors des sues calcaires ou siliceux, ou encorenbsp;métalliques, lesontpénétrés, en conservant et consolidant les détails de leur structure. A Paris, dans la vase marno-sableuse dunbsp;Trocadéro, ces mèmes fruits se montrent a Fétat demprein-tes. A la suite des travaux de terrassement entrepris sur ce pointnbsp;a 1 occasion de FExposition de 1867, des dépots fluvio-marinsnbsp;provenant de Fembouchure dun cours deau, furent mis a dé-couvert, et lon put recueillir dans un des lits, formé dun limonnbsp;sablo-marneux, assez bon nombre de végétaux fossiles. lisnbsp;HE Saporta.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;15
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donnent une idéé fort juste de la tlore immédiatement riveraine et des plantes mêmes qiii encombraient les lagunes de lestuaire,nbsp;OU qui hantaientles grèves littorales, a une faible distance de lanbsp;mer.
Dans les eaux mêmes vivait, a la fafon de nos potamots, une hydrocharidée aux larges feuilles multinerviées, flottantes etnbsp;submergées, procbe parente et probablement congénère des
Oltelia actuels, qui jouent Ie même róle dans les lagunes littorales et Ie Yoisinage des embouchures en Afrique, aux Indes, a Ceylan et jusque dans lAustralie. Lespèce du Trocadéro {Otte-lia parisiensis. Sap. (fig. 45), Phyllites miiltinervis, Brongn.) retrace visiblement les principaux traits de VOttelia ulvaefolia, PI.,nbsp;plante indigene de la cote oriëntale de Madagascar, dont elle at-teignait ou dépassait même, dans certains cas, les dimensions.nbsp;Les fruits de Nipa nétaient pas rares dans la xase inondée quinbsp;servait de sol a VOttelia parisiensis, mais les frondes de ces vé-gétaux, qui garnissaient la plage environnante, nont pas éténbsp;encore observées a Paris ou a Londres, dans les dépots oü 1onnbsp;recueille les yestiges de leurs organes fructificateurs.
Parmi les autres espèces du Trocadéro qui fréquentaient les abords de 1ancienne plage ou la lisière des eaux courantes, il
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DE LÉPOQUE tertiaire; ÉOCÈNE.
l'aut citer en première ligne une euphorbe, analogue anx gran-des espèces frutescentes du genre, qui croissent Ie long des cótes et sur la déclivité des falaises maritimes, dans Ie midi de lEu-
rope, en Afrique et aux Canaries; puis un laurier-rose, Nerium parisiense, Sap. (tig. 46), ami comme Ie nótre des lieux huinides,nbsp;mais bien plus petit; espèce naine, dont les feuilles étroites etnbsp;longues différent pen cepenóant, paria forme, de celles de notre
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
laurier-rose actuel, et dont il est possible de reconstituer jusqua la fleur, qui nous est connue par un fragment de corolle.
Les plaines et les collines, a une certaine distance de la riviere éocène du Trocadéro, nétaient peuplées que dune vegetation assez maigre : de petits palmiers-éventails ; quelques coni-fères, pins et thuyas, des chênes rabougris, a feuilles étroites et
Fig. 46. Nerium parisiense, Sap. Laurier-rose éocène des marnes du Trocadéro.
1-3. Feuilles. 4. Corolle vue par-dessous.
coriaces, de maigres myricées, un type de protéacées quil est naturel de rapporter au genre australien des Dryandra (fig. 47,nbsp;6 et 7); enfin un jujubier reproduisantlaphysionomie des formesnbsp;africaines du genre : telles sont, en gros, les plantes qui domi-naient dans cette curieuse association végétale, assez pauvrenbsp;dailleurs.
Bien que pcu nombreuses, ces plantes révèlent un phénomène des plus curieux, dont il est impossible de ne pas toucher icinbsp;quelques mots; cephénomène est celui de la «récurrence», quinbsp;amène la réapparition, par une sorte de retour périodique et denbsp;répétition, se présentant a des intervalles successifs, des formesnbsp;végétales déja apergues une première fois et combinées toujoursnbsp;a peu prés de la même manière, les unes par rapport aux autres.nbsp;Cest ainsi que plusieurs des espèces recueillies dans les marnesnbsp;du Trocadéro se montrent de nouveau dans Ie dépot oligocènenbsp;de Hsering en Tyrol, presque sans changement ou avec desnbsp;changements si faibles, quil est facile de reconnaitre dans les
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DE LÉPOQUE tertiaire; ÉOCÈNE.
espèces plus récentes Ie type de leurs devancières. Dans Tinter-valle pourtant, il semble que ces espèces aient disparu, puisque lon cesse de les rencontrer; mais ce nest la sans doute quune
Fig. n.
1-3. Comptonia Vinoyi, Sap. (Haute-Loire). 4-7. Dryandra Micheloti, Wat. (Les tigures 4, 6 et 7 représentent des espèces du bassin de Paris; la figure 5 se rap-porte h un specimen de la Haute-Loire.) S. Myrica crenulata, Sap. (Haute-Loire.) 9. Myrica subhseringiana, Sap. (Bassin de Paris).
illusion, et ce sont en réalité les mêmes plantes que lon re-trouve quelque peu modifiées par linfluence du temps et des circonstances, lorsque nous les Toyons soffrir a nous pour lanbsp;seconde Ibis. Leur absence momentanée dans lage interimairenbsp;indique seulement quil ne sest alors formé aucun dépot situénbsp;dans des conditions favorables el a portée des stations oü crois-saient ces espèces, ainsi que lassociation végétale dont ellesnbsp;faisaient partie, Le phénomène, bien que parfaitement expli-
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cable, et sans quil soit nécessaire de recourir a lhypothèse dunc seconde, et dans certains cas dune troisième creation, nen estnbsp;pas moins très-attachant, puisque, grace a lui, nous obtenons lanbsp;mesure exacte des cbangements opérés dans lespace intermédiaire et que nous saisissons sans effort les aptitudes de fixité ou
de plasticité inhérentes aux anciennes- espèces, en constatant létendue des modifications plus ou moins sensibles éprouvéesnbsp;par elles. Les figures qui accompagnent ces lignes (fig. 47 et 49)nbsp;exposent les éléments de la question, en ce qui concerne lesnbsp;flores comparées dHiering et du Trocadéro, la première oligo-cène, et par conséquent bien plus récente que la seconde qui,nbsp;nous venons de Ie voir, se rapporte a léocène moyen.
A coté de la flore du calcaire grossier parisien, il faut placer celle que MM. Aymard et Vinay ont recueillie dans les arkosesnbsp;éocènes du Puy en Velay. Cette dernière collection comprend
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DE LÉPOQUE tertiaire; ÉOCÈNE.
les mêmes formes caractéristiques que la première, entre aulres Ie Bryandra Micheloti (fig. 47). Mais la localité du Puy doit êtrenbsp;signalée, avant tout, a cause dun remarquable palmier décou-vert par M. Aymard, et dontla fronde, a peu pres complete, estnbsp;de plus accompagnée de son régime ou inflorescence male, quinbsp;présente des caractères suffisant a la détermination du genre, dont
cetfe ancienne espèce faisait partie. Le Phoinix Aymardi, Sap. (fig. 50), par les caractères réunis de sa fronde, aux segmentsnbsp;pinnés, et de son régime dilaté en une spatule aplatie, divisée aunbsp;sommet en une multitude de ramuscules ou axes secondairesnbsp;étalés en faisceau et supportant des résidus de .bractées et denbsp;fleurs males situées a laisselle de celles-ci, dénote certainementnbsp;un type allié de pres au Phoenix dactylifera ou dattier, maisnbsp;distinct de celui-ci, non-seulement par certains détails faciles anbsp;saisir, mais encore par sa taille beaucoup plus petite. Le genrenbsp;Phoenix èÏKni de nos jours principalement africain, cette assimilation confirme lexistence, attestée déja par bien dautres indices, dun lien étroit rattachant la flore éocène de lEurope a
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DE LÉPOQUE tertiaire; ÉOCÈNE. nbsp;nbsp;nbsp;233
celle du continent qui touche Ie notre dans la direction du sud.
En remontant la série des dépots éocènes, nous trouvons encore des flores a deux autres niveaux successifs, correspondantnbsp;au milieu et a la fm de la période que nous examinons. Nousnbsp;parlerons dabord du plus ancien de ces deux niveaux. Posté-rieurement au retrait de la mer, au fond de laquelle se déposa Ienbsp;calcaire grossier parisien, les eaux douces vinrent a leur tournbsp;occuper les depressions du sol, dans les vallées de la Seine etnbsp;dans 1espace correspondant au plateau qui sépare actuelle-ment la Seine de la Loire. Cest ainsi que les gres de Beauchamp, Ie calcaire de Saint-Ouen, et finalement les gypses denbsp;Montmartre, se formèrent, et, en même temps queux, des dépotsnbsp;équivalents et synchroniques qui occupent la Sarthe et les environs dAngers et qui renferment des plantes. Lile de Wight etnbsp;les gres a lignites de Skopau en Saxe ont fourni a M. Ie profes-S(;ur Heer les restes dune flore contemporaine de celle des gresnbsp;de la Sarthe, et cette dernière a élé lobjet des recherches parti-culières de M. Crié, dans Ie cours des années précédentes.
En suivant les traces de Fexplorateur franpais, nous ne sommes plus transportés sur des terres basses et fréquemmentnbsp;inondées, a la périphérie intérieure dun golfe, ni sur des plagesnbsp;chaudes et en partie stériles; nous apercevons plutót les restesnbsp;de forêts luxuriantes, peuplées de podocarpées, de chênes verts,nbsp;de lauriers, de plaqueminiers, de myrsinées, embellies, dans Ienbsp;voisinage des eaux, par un Nerium ou laurier-rose, différent denbsp;celui du Trocadéro, et comprenant aussi plusieurs fougères denbsp;physionomie exotique qui croissaient a Tombre des grands arbres.nbsp;A ces végétaux se joignait une conifère de grande taille, dont lesnbsp;rameaux présentent laspect de ceux des Araucaria. 11 existenbsp;encore dans les gres du Mans des vestiges de plusieurs sortes denbsp;fruits dquot;une structure fort curieuse, mais dune déterminationnbsp;difficile ; les uns ressemblent a ceux des Morinda, genre denbsp;rubiacées des pays chauds, dont les fleurs, réunies en capitulenbsp;serre, donnent lieu a « un syncarpe» formé par la soudure mu-tuclle, et 1 accrescence de tous lesovaires; d^autres semhleraient
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LES PERIODES VEGETALES
dénoter une tiliacée de grande taille ; dautres enfin représen-tent les calices épars de plusienrs types de Diospyros. On voit que les formes actuellement exotiques dominent dans eet ensemble, sans exclure précisément les antres. Mais ces dernières nenbsp;reproduisent jamais que de très-loin Taspect des espèces enro-péennes de nos jours, et leurs similaires doivent plutót êtrenbsp;recherchés dans les contrées du midi. Cette affinité de la végé-tation éocène de la Sarthe avec celle des pays chands est encorenbsp;attestée par la présence, je devrais même dire par labondancenbsp;des palmiers qui sontreprésentés par plusienrs espèces, quelques-unes remarquables par la vigueur et la beauté de leurs frondesjnbsp;puis rappellen! celles des sabals de Cuba et de la Floride.
La flore des gypses dAix, placée sur un horizon plus récent que les précédentes, vers les limites extremes de la période,nbsp;mais de beaucoup la plus riche et la mieux connue, mérite notrenbsp;attention a plus dun égard.
Elle offre un singulier mélange de formes encore indigenes en Europe ou sur les bords de la Méditerranée et de formes de-venues entièrement exotiques, dont il faut chercher maintenantnbsp;les similaires dans lAfrique austro-occidentale ou dans Ie sud-estnbsp;de lAsie. Au premier abord, ce mélange surprend, et la confusion qui en résulte semble inextricable; avec de la réflexion,nbsp;on finit par se lexpliquer; mais il faut avant tont reconstituer cenbsp;que lon peut nommer lorographie de Fancienne localité tertiaire.
Laville dAix est située au nord de la petite riviere de 1Arc (plus exactement, au lieu de FArc, il faudrait dire Ie Laré), rivière de-meurée célèbre, paree que cest sur ses bords que Marius défit, a lanbsp;fin du second siècle avant notre ère, les Cimbres et les Teutons.nbsp;LArc coule dans une vallée étroite, dirigée est-ouest, dont Couverture correspond a une oscillation du sol, par suite de laquelle,nbsp;vers Ie milieu des temps éocènes, les eaux lacustres se trouvèrentnbsp;rejetées hors du bassin quelles occupaient jusqualors et repor-tées plus loin dans la direction du nord. De nouvelles eaux vinrentnbsp;constituer un autre lac danslespacequisépare actuellement laville
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dAix de IcT Durance. Cctait un bassin profond, mais dune assez faible étendue (approximativement, il mesurait 15 kilometres denbsp;largeur, sur 18 a 20 de longueur); il était dominé a Test par unenbsp;inontagne, celle de Sainte-Victoire^ sans doute inoins élevée au-jourdhui quelle ne létait alors, et dont les roebes triturées parnbsp;les eaux qui sillonnaient ses flancs vinrent combler en partie lesnbsp;dépressions du lac éocène. La position de ce lac vis-a-xis des es-carpements de Sainte-Victoire peut être comparéc a celle dunbsp;lac de Neucbatel par rapport au Jura, ou a celle qu occupe Ie lacnbsp;des Quatre-Cantons, aupied des Alpes de la Suisse centrale. Sanbsp;dnrée se prolongea du reste bien au dela deslimites de 1 eocene,nbsp;dans loligocène et Ie miocène inférieur ou aquitanien; il fut,nbsp;pendant la première partie de sa durée, Ie théatre de nombreuxnbsp;pbénomènes : des sources tbermales, tantót sulfureuses, tantótnbsp;chargees de silice ou de carbonate de chanx en dissolution, desnbsp;emanations de gaz méphitiques et plus tard des éruptions xol-caniques, suivies de coulées de basalte, témoignent de lactionnbsp;souterraine qui ne cessa de se produire au milieu mêmc des eaux,nbsp;et qui xint a plnsienrs reprises apporter Ie trouble ou la mortnbsp;aux êtres xivants dont elles étaient peuplées. Des bancs entiersnbsp;de poissons furent surpris et ensevelis dans la vase marneuse dunbsp;fond, qui nous en a fidèlement conservé les empreintes; ils ap-partenaient a plusieurs genres, dont lun [Lebias) habite encorenbsp;les eaux douces de la Sardaigne et de lAfrique septentrionale.nbsp;Les insectes eux-mêmes, asphyxiés en grand nombre, et parminbsp;eux, des moucherons imperceptibles, des papillens, deslibellules,nbsp;des fourmis ailées, des abeilles, abandonnèrent alors leurs dé-ponilles au caprice des vents, et parsemèrent les plaques schis-teuses en voie de formation de leurs vestiges délicats, qui lais-sent parfois entrevoir jusqua la trace des couleurs. Pendant cenbsp;temps, les eaux courantes, au moment des crues, les ruisseauxnbsp;et les sources, joignant leur action a celle des vents et de lanbsp;pluie, charriaient au fond du lac des debris végétaux de toutenbsp;sorte, et surtout les feuilles, les rameaux, les fleurs et les fruits,nbsp;enfin toutes les parties arrachées aux plantes ou tombées natu-
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LES PÉRIODES VEGETALES
rellement des arbres et arbustes, qui peuplaient la contrée ou se pressaient Ie long du rivage. Dans les circonstances ordinaires,nbsp;les espèces les plus rapprochées des eaux et les plus communesnbsp;sont les seules dont les sediments aient conserve des traces,nbsp;mais ici les conditions qui présidèrent au dépot furent excep-tionnellement favorables; non-seuleroent la plage était acci-dentée et richement peuplée ; mais la rnontagne qui devait plusnbsp;tard emprunter son nom a la victoire de Marius, dominait a
lest les eaux du lac de ses escarpements, et savanpait mème, a ce quil semble, en forme de promontoire, a lendroit ou sé-lève aujourdhui la butte, dite des Moulins-a-vent. Cest ainsinbsp;qua Taide diine rivière, dont 1emboucbure a laissé des vestigesnbsp;notables sur Ie même point et des affluents de cette rivière, cer-taines espèces montagnardes ou croissant alors au fond des boisnbsp;et des vallons escarpés, ont pu venir jusqua nous; lexistence denbsp;ces espèces nest souvent attestée que par une feuille isolée, quel-
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quefois même par un organe léger et de faible dimension, mais eet organe est de nature a avoir été aisément porté par Ie ventnbsp;jusqua une distance éloignée de son point de départ.
Aux abords du lac gypseux se pressaient une foule de conifères dont les figures ci-jointes représentent quelques spécimens, choi-sis parmi les plus caractéristiques.
Cétaient des pins de petite taille, a ce quil parait, mais de formes variées et dont les rameaux, les cones (voy. la figure dunbsp;cóne du Piniis Philiberti (fig. 31, 9), un des plus curieux par sa
Fig. 52. - Espèces caractéristiques de la flore des gypses dAix. 1-2. Lomatites aquensis. Sap. 3. Aratia multi/ida, Sap.
torme étroite etallongée) et jusquaux bourgeons et aux chatons males sont arrivés Jusqua nous. Associés aux pins, on distinguenbsp;de nombreux thuyas, daffinité africaine (genres Callitris etnbsp;Widdringtonid), et même un genévrier {Juniperus ambigud) analogue a notre sabine, mais qui se rapproche surtout dune sabine
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LES PÉRIODES VEGETALES
iodigène enAsie Mineure et en Grèce, \amp; Jiinipei'iis fcetidissima, Wild. Les fruits de lespèce fossile, qui justifient ce rapprochement, ont été découverts tont récemment par M. Ie professeurnbsp;Philibert; ils sont relathement gros, et la figure qui Ie repré-sente, pour la première fois (voy. fig. 51, 8), perraet de jugernbsp;de son aspect.
Parmi les tormes deyenues exotiques, associées autrefois aux conifères, aux abords immédiats du lac gypseux, trois typesnbsp;doivent surtout attirer lattention. Le premier est celui des pal-miers-éventail ou Flabellaria^ dont lespèce principale a été dé-diée par M. Brongniart au naturaliste Lamanon, sous le nom denbsp;Flabellaria Lamanonis [\). Les frondes de cette espèce, dont lesnbsp;pétioles nétaient pas épineux, mesuraient jusqua 1,50 denbsp;longueur; leur limbe se divisait en de nombreux segments ounbsp;rayons dixergents. Lui et ses congénères de la flore dAix nenbsp;constituaient pourtant, selon toute apparence, que des arbres denbsp;petite taille, comparables par la proportion et 1aspect au palmiernbsp;de Chusan ou palmier a chanvre, introduit de Chine et cultivénbsp;maintenant, comme plante dornement, dans les jardins du midinbsp;de la France.
Le deuxième type ne se retrouve plus maintenant quaux Canaries, en avangant dans la direction du sud; cquot;est celui desnbsp;Draccena ou dragonniers, célèbres par lépaisseur énorme quenbsp;leur tige, dailleurs basse et trapue, peut acquérir a la longue,nbsp;en donnant lieu a des subdivisions dichotomes de plus en plusnbsp;nombreuses. Les feuilles des dragonniers sont conformées ennbsp;glaive et en tout analogues a celles des Yucca, si répendus dansnbsp;nos plantations dagrément. Les Dracsena de la flore dAix com-prennent plusieurs espèces, dont une, au'moins, se rapprochaitnbsp;par la taille de celle des iles Canaries. Cette espèce est le Dra-csena Brongniartii, Sap., représenté dans les vitrines du Muséumnbsp;par un anneau périphérique qui correspond a la region la plus
(1) Consultez plus haut la planche VIII, qui représente une belle fronde AxiFlabel-loLvicL Lüïiifinonis h létat dempreinte brisée dans le haut et sur les cötés, mais intacte S. la base et montrant le sommet du pétiole.
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extérieure dun tronc évidé a lintérieur et encore garni, autonr de cette région, de débris de feuilles réduites a leur base et occupant leur position naturelle.
Le troisième type est celui des bananiers, dont il existe des xestiges reconnaissables dans la flore dAix, consistant en lam-beaux de feuilles munies parfois de leur cóte médiane et denbsp;fragments de pétiole. Ces vestiges indiquent lexistence dunenbsp;espèce de taille médiocre, assimilable par ses caractères au Musanbsp;ensete ou bananier actuel d'Abyssinie et de lAfrique équi-noxiale.
Dautres formes aujourdhui perdues ou analogues a celles des pays lointains mériteraient une mention particuliere ; nóusnbsp;ne pouvons songer a mentionner que les plus saillantes.
Les myricées et les protéacées, les laurinées, les rbamnées, les célastrinées, les pittosporées, les térébinthacées, enfin les aralia-cées tiennent le premier rang et comptaient, a coup sur, parminbsp;les types les plus fréquents, au moins dans le périmètre de lan-cienno plage lacustre.
Les laurinées nont rien de particulier; ce sont toujours, comme a Gelinden, et com me plus tard au temps de la mollasse,nbsp;des camphriers et des cannelliers, sans doute aussi de vrais lau-riers; enfin, des Persea, des Phoebe et des Oreodaphne, genresnbsp;encore indigenes aux iles Canaries, et dont lexistence a dünbsp;se prolonger en Europe presque jusqua la fin de lage tertiaire.
Le type des protéacées de lAustralie est surtout représenté par le Lomatites aqtiensis, Sap. (fig. 52); celui des myricées parnbsp;une très-belle forme de Myrica, le M. Matheroni, dont il fautnbsp;chercher les similaires actuels dans lAfrique austro-orientale etnbsp;a Madagascar.
Les Rbamnées ont également fourni un très-beau Zyziphus, d affinité javanaise. Les célastrinées reproduisent fidèlementlesnbsp;formes de ce groupe qui dominent actuellement dans les partiesnbsp;chaudes et intérieures du continent africain.
D une fafon générale, les végétaux épineux, a rameaux héris-
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LES PERIODES VÉGÉTALES
sés, raides et buissonneux, a feuilles étroites, sèches et coriaces, dominaient dans la tlore des gypses dAix, comme aujourdhuinbsp;ils Ie font dans la region du Cap, dans lintérieur de lAfrique etnbsp;a Madagascar.
Des Aralia frutescents (fig. 52, 3), aux feuilles ornementales, palmatinervées et profondément incisées^ se dressaient pa et la aunbsp;milieu des massifs, ajoutant a la physionomie exolique du paysage.nbsp;On doit les comparer aux Cussonia de lordre actuel. Enfin, il nenbsp;fanl pas oublier de mentionner un C er cis on gainier (fig. 53), vul-gairement arbre de Judée, dontles fleurs dexaient faire au prin-temps rornement de cette nature semée de contrastes, a la fois
severe et gracieuse.
En avangant plus loin dans lintérienr des terres, on se serait trouvé en presence dune region boisée, très-analogue par las-pect et la combinaison des formes végétales avec celles que ren-ferme lAfrique centrale.
Les Acacia ou gommiers y dominaient évidemment. On en a découvert jnsquici une dizaine despèces reconnaissables a leursnbsp;fruits et a leurs folioles éparses; nos figures reproduisent leursnbsp;principales formes. On sait que de nos jours les girafes fontnbsp;des rameaux de ces arbres leur nourriture favorite; dressantnbsp;leur long cou au milieu des solitudes peuplées de ces arbres.
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Ui
DE L ÉPOQUE tertiaire; ËOCÈNE.
elles voiitbroutant leur l'euillage léger, divisé en inenues 1'olioles, atteignant sans peine au sommet des plus hautes branches. Lesnbsp;girafes ne se montrent en Europe que vers la fin du miocène,nbsp;mdis, parmi les animaux qui composaient la faune du temps desnbsp;gypses dAix, on remarque Ie Xiphodon, sorte de ruminant pro-totypique, aux formes grêles et au long cou, dont les moeurs etnbsp;Ie régime alimentaire devaient se rapprocher de ceux de lanbsp;girafe, et qui, probablement, broutaitcomme celle-ci lesrameauxnbsp;des acacias éocènes.
A cóté des acacias se plagaient de nombreux Diospyros ou plaquerainiers, reconnaissables a leurs calices fructifères, marqués de fines rugosités extérieures.
Fig. 54. ¦
1-3. Catalpa microsperma, Sap. (1, corolle; 2, fruit; 3,semence). 4. Fraxinus exilis, Sap., samaro. 5. Ailantus prisca, Sap., saraare. e. Palsocarija atavia,nbsp;Sap.; fruit muni do son involucre. 7. Heterocalyx Ungeri, Sap., fruit supportenbsp;par un calice persistant aux sopales accrus et scarieux. 8. Bombax seputti-ftoriim, Sap.; corolles détacliées, munies de leurs ctamines.
Dautres essences forestieres ne nous sont connues que par des débris fort rares de quelques-uns de leurs organes ; ellesnbsp;devaient croitre sur un plan plus éloigné, peut-être vers Ie fondnbsp;de certaines vallées, Ie long des ruisseaux ou sur Ie penchantnbsp;des escarpements boisés.
DE Sapouta. iii
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LES PÉRIODES VÉGÉÏALES
1-3. Jietula gypsicola, Sap., bouleau éocène de la flore dAix (1, feuille; 2, brac-tée fructifère gr. nat.; 2, même organe grossi. 3, samare, gr. nat.; 3, même or-gane grossi.)-ï 4-6. Chênes éocènes de la flore dAlx. 4. Qiiercus salicina, Sap. 5-6. Qiiercus antecedens. Sap. 7. Myrica Matheronii, Sap. 8. Salixnbsp;ag'ïtmsfs, Sap., saule éocène dAix. 9-10. Microptelea Marioni, Sap., ormeaunbsp;éocène de la flore dAix (0, feuille; 10, samare, gr. nat., 10*, même organe grossi).nbsp; 1[. Ficus venusta, Sap., figuier éocène de la flore des gypses dAix.
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deux fois seuleraent. Les magnifiques corolles, détachées et encore munies de leurs étamines, dun Bombax ou fromager,nbsp;sorte darbre qui contribue puissaminent a Fornement desnbsp;grandes forêts tropicales, ne sauraient être passées sous silence ;nbsp;enfin nous devons dire quelques mots de deux genres qui parais-sent éteints : Fun est Ie Palseocarya qui appartient aux juglandéesnbsp;et dénote un type allié de très-près a celui des Engelhardtia^ denbsp;FAsie australe ; Fautre, VHeterocalyx, se rattacbe aux anacar-diacées et retrace, par plusieurs des caractères qui Ie distin-guent, les Astronium et les Loxostylis, sans se confondre pour-tant avec ceux-ci.
Les parties fraiches de Fancienne region comprenaient un figuier remarquable par la ressemblance que présenten! sesnbsp;feuilles avec celles du Ficus pseudocarica, Miq., de la Haute-Egypte, dont les fruits sont comestibles bien que douceatres etnbsp;presque sans saveur ; nous figurons ce figuier éocène sous Ie nomnbsp;de F. vemisla. Mais Félément Ie plus eurieux de la végétationnbsp;locale de cette époque récente de Féocène consiste dans une réu-nion de formes congénères de celles qui sont depuis demeuréesnbsp;Fapanage plus particulier de notre zone tempérée. II n^y avaitnbsp;pas seulement auprès dAix, du temps des gypses, des palmiers,nbsp;des dragonniers, des Acacia, des Bombax et tous les types dar-bres OU arbustes dénotant une station chaude, que nous venonsnbsp;de passer en revue; on y rencontrait encore des aunes, des bou-leaux, des charmes, des chênes, des saules et des peupliers, desnbsp;onnes, des érables, des amélancbiers assez peu éloignés deceuxnbsp;que nous avonssousles yeux et dénotant, pour eet age, Fexistencenbsp;de conditions locales, de nature a justifier leur presence et anbsp;favoriser leur essor.
Ces derniers types nous sont connus par de rares échantillons, dont Fauthenticité ne saurait être pourtant contestée, puisquenbsp;dansla plupart des cas leurs feuilles se trouvent accompagnéesnbsp;de leurs fruits ou de leurs semences, surtout lorsque ces fruitsnbsp;ou ces semences étaient ailés ou aisérnent transportables a causenbsp;de leur légèreté. Les samares dorme et de bouleau, celles dé-
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rabie et de frêiie ; certains organes frêles et inenibraneus, comme une bractée trilobée du bouteau (voy. la figure 55) desnbsp;gypses, attestent la présence de ces genres et engagent anbsp;admettre quils jouaient alors un róle réel, bienque subordonné.nbsp;La rareté même de ces vestiges qui auraient du , sil sagissait denbsp;végétaux très-répandus, abonder sur les plaques marneuses,nbsp;favorise lhypothèse que nous avons affaire a des espèces quenbsp;leur station plagait assez loin et assez haut au-dessus du niveaunbsp;de lancien lac, pour quelles aient été soumises a Iinfluencenbsp;dun climat distinct de celui des vallées inférieures, climat anbsp;la fois plus tempéré et moins sec.
II faut observer, en outre, que des nuances différentielles, importantes aux yeux du botaniste, séparent ces formes, congé-nères des nótres, de celles que nous possédons maintenant ennbsp;Europe ou dans Ie reste de la zone tempérée froide.
Le bouleau des gypses, Betida gypsicola, Sap. (lig. 55,1-3), dont la feuille, la bractée fructifère et la samare sont jusqua présentnbsp;repré-sentées par des échantillons uniques, doit être rangé, nonnbsp;pas parmi les bordeaux du Nord, maisparmi Betulaster, bou-leaux particuliers a lAsie centrale. 11 en est de même de lor-meau des gypses, Microptclea Marmii, Sap. (voy. les figures 53,nbsp;9 et 10), qui se rattache au groupe sud-asiatique des Microptelea,nbsp;qui craignent le froid et présentent des feuilles semi-persistantesnbsp;et sub-coriaces.
Les chênes de lafloredAixressemblenta ceuxde laLouisiane, OU bien ils viennent se ranger auprès de nos yeuses ou chênesnbsp;verts de lEurope méridionale. Quant au saule, .Sö/m aquensis,nbsp;Sap., et au peuplier, Populus Heerii, Sap., cest avec les saulesnbsp;africains OU avec le type du peuplier des bords du Jourdain etnbsp;de lEuphrate quil est naturel de les comparer. Ainsi, toutenbsp;proportion gardée, les indices dun climat chaud percent jusquenbsp;dans les végétaux de la flore d'Aix qui, au premier abord, sem-bleraient faire contraste avec la masse des espèces, méridionalesnbsp;daspect, de cette flore.
Sa variété, sarichesse, son originalité, la profusion et le mé-
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lange des formes quelle comprend iie sauraient faire question, et cette richesse, alliée pourtant dordinaire a une stature asseznbsp;faible et concordant avec la petitesso des organes, chez la plupartnbsp;des espèces, se reproduit tout aussi bien, soit que lon interroge lesnbsp;parties situées a lécart, soit que Ton explore, par la pensée, lesnbsp;plages mêmes du lac et son sein oü abondaient les plantes submer-gées et aquatiques, comme les potamots, les alismacées, les vallis-néries, les nymphéacées qui comptaient au moins trois espèces,nbsp;etdont les fleurs venaient sétaler a la surface des eaux calmesnbsp;et limpides. Lesroseaux, les massettes, les joncs, de frêles gra-minées, plusieurs mousses; enfin une pJante singuliere, dontnbsp;les tiges se soutenaient au-dessus du sol sous-lacustre, au moyennbsp;dune multitude de racines aériennes, les rhizocaulées, complé-taient ce grand ensemble, dont Ie tableau, même abrégé, nousnbsp;entrainerait trop loin, si nous voulions lesquisser dans son entier.
Linfluence dune nature chaude, dun climat comprenant des alternatives très-prononcées de saisons sèches et brülantes et denbsp;saisons pluvieuses et tempérées; favorable pourtant au dévelop-pement dune végétation ricbe et variée, a la fois élégante etnbsp;frêle ; peuplée de formes originales, mais généralement petites,nbsp;ayant une certaine maigreur distinctive et quelque chose de dur,nbsp;de coriace dans les formes; privée dopulence, mais vivace etnbsp;surtout diversifiée suivant les pays et les stations ; ressemblantnbsp;au total a celle de lAfrique intérieure, avec des traits empruntésnbsp;alAsie méridionale et a la Chine: tels sont, a ce quil semble,nbsp;les caractères inhérents a la flore éocène du midi de lEurope ;nbsp;et nous verrons ces caractères persister, malgré des changementsnbsp;partiels, jusqua la fin de lage suivant ou oligocène.
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LES PÉRIODES VEGETALES
PÉRIODE OLIGOCENE OU TONGRIENNE.
La nouvelle période végélale dont nous allons tracer Ie tableau fournit un argument de plus en faveur de ce que nous avons avancé au sujet de la connexion intirne des agesnbsp;successifs et de limpossibilité dassigner a chacun deux desnbsp;limites précises. Nous avons passé en revue les plantes quinbsp;entouraient Ie lac gypseux dAix, a la tin de léocène; la barrièrenbsp;étroite qui nous séparait de loligocène une fois franchie, nousnbsp;allons voir ces mêmes plantes ou dautres espèces leur ressem-blant de très-près, continuer a sc montrer dans des conditionsnbsp;qui restent semblables en apparence. Et cependant, a mesure quenbsp;les niveaux géognostiques se superposent, et quon avance a travers un temps que Féloignement seul nous fait paraitre court,nbsp;on commence a saisir des changements partiels: des espèces nou-velles et caractéristiques de la période suivante ou miocène sin-troduisent, dabord isolées et subordonnées ; graduellement plusnbsp;nombreuses et plus fréquentes, elles acquièrent enfin la prépon-dérance, a mesure quelles profitent des circonstances de plusnbsp;en plus favorables, qui tendent visiblement a prévaloir, pournbsp;exclure, oudumoins pour rejeterdans lombre leurs devancières.nbsp;Ces circonstances funestes a certaines catégories de plantes, aidant a lextension des autres, il faut avant tont les définir; il fautnbsp;ensuite déterminer la marche suivie par les types récemmentnbsp;introduits, que pour bien des raisons nousne pouvonsconsidérernbsp;comme étant Ie produit dune création immédiate et subite. Cestnbsp;a ces deux questions que nous répondrons tout dabord ; nous re-viendrons ensuite a lEuropeoligocène pour en déterminer la configuration géographique, pour en préciser les régions lacustres etnbsp;maritimes, avant de passer enfin a la description des principalesnbsp;associations végétales dont il aété possible de réunir les débris.
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Loligocène est done en résumé la transmission dun régime ancien a un régime nouveau. On con^oit que la végétationnbsp;change, si les conditions qui président a son développementnbsp;changent de leur cóté ; mais Ie changement ne saurait être brns-que ni général, a moins que les phénomènes perturbateurs nenbsp;présenten! eux-mèmes uii caractère de brusquerie et dintensité,nbsp;que rien ne laisse entrevoir dans la période qui nous occupe.nbsp;Nonsavons vu quel était Ie climat europeen, on du moins celui
Fig. 56, Thuias oligocènes caractéristiques.
1-2. LihocedriiS salicornioïdes, Endl. 3-5. Chamieq/paris europa-a, Sap. (3, ra-inule ; 4, strobile ; 5, semence).
du midi de lEurope, a la fin de 1éocène, et la physionomie variée, originale, mais non opulente de la flore : semblable anbsp;celle de lAfrique intérieure, soumise a des alternatives de cha-leur sèche et de chaleur humide, a des pluies intermittentes,nbsp;laissant entre elles de longs intervalles, elle comprenait néces-sairement des formes maigres, étroites^ épineuses et coriaces,nbsp;avec des extremes de toute sorte, et des diversités dues a lex-position des lieux, a la nature des stations, enfin au voisinage ounbsp;a léloignement des eaux de source et des eaux dormantes ou flu-viatiles. La signification du changement qui sopéra nous est évi-demment dévoilée diin cóté, par Ie point de depart que nous
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LES PERIODES VEGETA LES
venons de définir,et, de lautre, par Ie pointdarrivée, cest-a-dire par létat de choses qui devint permanent et qni persista presquenbsp;sans modification, pendant Ie cours entier dela période miocène.nbsp;Or, cetétat de choses marqué linfluence dun climat plus éga-lement et plus universellement humide. Les végétaux qui sin-troduisirent sur notre sol, dans 1oligocène, et qui occupèrentnbsp;ensuite lEurope durant de longues séries de siècles, exigent anbsp;peu pres tous Ie voisinage de leau ou linfluence dun del plu-vieux : aucun deux ne saurait résister ,a des sécheresses prolon-gées, a lexemple des types prédominants deléocène.
Ces types noin^eaux durent probahlement leur extension a une transformation lente et graduelle du climat, se prononcant tou-jours plus dans Ie sens dune égalisation absolue, a mesure quenbsp;lon approche du début de la période suivante, cest-a-dire de lanbsp;sous-période aquikmienne. Les preuves abondent en faveur denbsp;cette assertion.
Les principaux types de végétaux, dont on constate 1appari-tion en Europe, dans Ie cours de loligocène, sont les suivants; parmi lesconifères Ie JAbocedrm salicornioides, Endl., plusieursnbsp;Chamsicyparis [Ch. ouropaea^ Sap.: voy. fig. o6), Ch. massilien-sis, Sap.); plusieurs Sequoia [Sequoia Sternberqii, Hr., S. Tour-nalii^ Sap., S'. Couttsiee,\{r.), Ie Taxodiumdistichummioceniciim,nbsp;Hr., Ie Glyptostrobus europseiis, Hr.
Parmi les palmiers, leSabal haermgiana, Hr., Ie Sabal major, Ung.jlc Flabellarialatiloba, Hr., parmi les myricées, Ie typenbsp;des Comptonia (fig. 57), et certains Myrica a feuilles largementnbsp;linéaires, dentées sur les bords, tendent alors a prédominer.nbsp;Quelques chênes a feuilles munies de lobes anguleux, mucronésnbsp;au sommet et peu nombreux, commencent a se répandre; lesnbsp;érables sont moins rares ; les plantes aquatiques et en particuliernbsp;les nenuphars et les nélumbos, prennent de lampleur etse diver-sifient. De pareils faits, choisis parmi les plus saillants, peuventnbsp;se passer de commentaire. Les Libocedriis et les Chamwcyparis,nbsp;les TaxodiumeX les Sequoia, les Sabal et les Comptonia, sontnbsp;des types américains anxquels laprésence de Peau ou linfluence
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dun sol et dun climat humides sont encore nécessaires mainte-nant. Labondance des lanrinées et des nyinphéacées, la multiplication des érablcs, des charmes, des onnes, de certains chênes, ne sont pas moins significatives. Ces types sassocient dabord, senbsp;substituentensuite auxCo/Zz/ns, aux Widdringtonia eta dautresnbsp;plantos, ayant des affinités africaines, et gui généralementnbsp;'iexigent pas, pour prospérer, la même frequence de précipita-
bons aqueiises. 11 est done visible que Ie climat europeen se uiodifie dans un sens déterminé, a mesure que ces types, soitnbsp;américains, soit communs a 1Amérique du Nord et k lAsie dunbsp;t*acifique, pénètrent et se propagenta travers toute TEurope.
Mais, doii venaientces végétaux, soitceux que je viens de signaler, soitencore ceiix quisuivirentetqui, durantune fort longue époque, firentcomme les premiers et accomplirent la même marche?
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
11 y a peu dannées encore, on naurait pii répondre a line pareille question; rnaintenant, grace aux admirables travaux de M. Ie pro-fesseur Heer, grace anx explorations dune foule de voyageursnbsp;anglais, danois, américains, et plus spécialement des Suédois,nbsp;en fête de qui il faut placer Ie nom du célèbre Nordenskiöld, onnbsp;sait, a nen pouvoir douter, que les régions polaires, aujourdbuinbsp;désertes et glacées, ont été longtemps recouverles dune richenbsp;vegetation forestière. Nous ne dirons rien ici des plantes carboni-fères, qui sétendaient uniformément sur toute létendue de lhé-misphère boreal; mais comment ne pas toucher en passant aux
plantes jurassiques et crétacées du Groenland et du Spitzberg, chez lesqiielles se présentent déja des nuances qui marquent lesnbsp;progrès, dabord a peine sensibles, de labaissement de la tem-pérature des régions polaires comparées aux nótres? Les premièresnbsp;divergences entre les deux zones résultent de lapparition plusnbsp;hative, vers Ie pole, de certains genres ou de certains types, destines a ne sintroduire ou a ne se multiplier en Europe, quenbsp;lorsque ce continent aura lui-mème commencé a se refroidir.nbsp;Elles se manifestent également par lexclusion dautres genres ounbsp;types daflinité méridionale, longtemps indigènes, sur notre sol,
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DE LÉPOQUE tertiaire; OLIGOCÈNE.
mais que les terres arctiques paraissent navoir jamais possédés. Lors du Jura et de la craie, les pays polaires, comme lEuropenbsp;elle-même, ont eu des gleichéniées, en fait de fougères, denbsp;norabreuses cycadées et une foule de formes maintenant éleintesnbsp;OU reléguées dans Ie voisinage des tropiques. Des lors cependantnbsp;les terres arctiques se distinguent par quelques traits qui leur
1-3. Sequoia Sternhergii, Hr. (1-2, ramules; 3, strobile). 4. S. ambigua, Hr. (Groenland). 5-7. S- Tournalii, Sap. (5-6, ramules; 7, strobile). S. Smittianalt;nbsp;Hr. (Groenland). 8-9, ramules. 10, strobile.
sont propres: les vestiges des abiétinés y sont moins rares, les Sequoia y sont plus varies, plus opulents, plus répandus quenbsp;partout ailleurs ; les Glyptosirobus, les thuyas, les taxinées y sontnbsp;déja présents; et ces végétaux sy montrent sous un aspect qui
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
sera justement celui quils auront en Europe, lors du tertiaire moven (tig. 59). Les dicotylédones angiospermes font leur apparition dans la llore crétacée du Groenland, vors Ie cénomanien,nbsp;ii peu pres a la mêine époque quen Bohème et dans Ie Nebraska.nbsp;On reconnait parmi elles des peupliers et des magnoliers ; mais
on constate aussi, dans la même flore arctique, labsence des palmiers, des dracénées et des pandanées, et, dès ce moment, lesnbsp;pays situés en dedans du eerde polaire présentent une flore quinbsp;contraste par son caractère moins méridional, et spécialementnbsp;par la rareté des types a feuilles persistantes et des familiesnbsp;dafiinité nettement tropicale, avec celle dont lEurope éocènenbsp;nous a fourni lexemple, que notre continent possédait encorenbsp;du temps de loligocène, et quil conserva, partiellement aunbsp;moins, jusqua la terminaison de lage suivant ou miocène.
A cette époque, sur un horizon quo tout convie a paralléliser avec celui de léocène supérieur ou de Toligocène dEurope, les
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terres arctiques, parsemées de grands lacs alimentés par des eaux jaillissantes, thermales, calcarifères, siliceuses, surtout fer-rugineiises; déja tourmentées par des eruptions basaltiques, etnbsp;subissant les meines phénomènes dont notre continent donnaitnbsp;alors Ie spectacle, étaient ombragées de xastes forêts, dont il a éténbsp;possible de reconstituer les traits densemble. Cestla quela plupart des espèces appartenant aux genresnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Taxodmm, Gly-
ptostrolms, Libocedrus, Chamsecyparis, Torreya, Salisburia, etc., qui sintroduisirent dans lEurope tertiaire, paraissent avoir eunbsp;leur premier berceau; cest la que lon observe réunis, commenbsp;dans une région mère doü ils auraient rayonné pour se propager aunbsp;loin vers Ie sud, les sapins, les hêtres, les chataigniers, les chênes-rouvres, les noisetiers, lesplatanes, les liquidambars, les tilleuls,nbsp;les ormes, bouleaux, sassafras, etc., et tant dautres arbres qui,nbsp;dabord rares et disséminés, lors de leur immigration en Europe,nbsp;sy multiplièrent ensuite et marchèrent dans la direction du sudnbsp;pour occuper finalement notre zone tempérée tout entière. Cenbsp;sont ces plantes puissantes, robustes, déja adaptées a un climatnbsp;relativement plus rude, envahissantes et sodales, qui allèrentnbsp;partout former des bois ou suivre les eaux et servir de rideaunbsp;aux fleuves, dont Ie cours commencait a se dessiner. Cest effec-tivement lage dans lequel les diverses parties de notre continentnbsp;se soudent peu a pen a laide démersions partielles et renou-velées. Lorographie, longtemps indécise, fmira par accentuernbsp;ses traits, et les vallées, dabord fermées par une foule dobstacles,nbsp;ouvriront un accès de moins en moins difficile aux eaux cou-rantes, vers les différentes mers; mais ce travail dun continentnbsp;qui se forme, ne sest pas effectué en un jour: avant daboutir anbsp;la configuration que nous avons sous les yeux, il a été interrompunbsp;a plusieurs reprises et même exposé a des retours qui semblaientnbsp;devoir amener des résultats bien différents de ceiix dont nousnbsp;constatons 1existence. Disons quelques mots de ces événementsnbsp;géologiques, dont linfluence sest dailleurs étendue a la végé-tation elle-même, dont elle a contribué ii modifier laspect.
La nier, qui avait si longtemps occupé remplacement actuel
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LES PÉRIODES VÉGÉÏALES
des Alpes, en suivant la direction de cette chaine, dessinée alors par de faibles reliefs, sétait desséchée pen a pen; au lieu dunnbsp;bassin puissant et continu, elle ne présentait au regard denbsp;bexplorateur quune série de lagunes salées, pen profondes etnbsp;irrégulières, sans communication avec les mers de lépoque, quinbsp;du reste, au sud comme au nord, sétaient beaucoup éloignées denbsp;la région des Alpes. Les sediments déposés au fond de ces lagunes ont repu Ie nom de Flysch ou schistes a fucoïdes. Ils nenbsp;contiennent aucune trace de coquilles, mais ils sont petris etnbsp;parfois entièrement composés dimpressions dalgues, dont lesnbsp;eaux du Flysch, sans doute peu profondes et fortement salées,nbsp;avaient favorisé la multiplication. Une circonstance singulièrenbsp;semble prouver que ces eaux, comme la Caspienne et la mernbsp;dAral,constituaient effectivement des bassins fermés, délais-sements dune mer intérieure, réduite a un espace de plus ennbsp;plus faible et sur Ie point de disparaitre complétement; effectivement, non-seulement les algues du Flysch nont que des rapports éloignés avec celles de nos mers actuelles, mais par lesnbsp;types quelles comprennent, elles se lient étroitement a la florenbsp;algologique des mers secondaires ; les genres éteints, Chondrites,nbsp;Phymatoderma, Munsteria, Zoophycos, Zonarites, etc. (Voy. quel-ques-uns de ces genres représentés tig. 60), continuent a synbsp;montrer comme dans des temps bien plus reculés, et, de plus, lesnbsp;principales espèces du Flysch, comparées a celles de la craie denbsp;Bidard, pres de Biarritz, ne présentent réellement aucune dif-férence sensible qui les sépare de ces dernières. II faut en conduce que ces formes, dont quelques-unes, avec des variationsnbsp;très-faibles, remontent a lage paléozoïque, avaient dü Ie prolon-gement de leur existence, au sein diine nature presque entièrement renouvelée, a la persistance dune mer fermée ; aprèsnbsp;avoir trouvé un asile sur dans ses eaux, elles disparurent pournbsp;toujours, lorsque les dernières lagunes du Flysch achevèrent denbsp;se dessécher.
Lemplacement des Alpes actuelles forraait ainsi une région a part, probablement disposée en plateau, couverte de flaques
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salées, a lexemple de ce qiie montrent maintenant certaines contrées désertes de IAsie et de lAfrique intérieure.
Vers la fin de la période éocène, la mer sétait graduellement retirée, en Europe, de tons les points précédemment occupés.nbsp;Les dépots marins correspondant directement a léocène tont anbsp;fait supérieur, a létage ligurien de M. Mayer, aux gypses dAisnbsp;et de Montmartre, et a Lage paléothérien proprement dit sontnbsp;partout extrêmement rares ou très-douteux, tandis que les formations lacuslres se multiplient et persistent pour la plupartnbsp;sans beaucoup de xariations dans les mêmes cuxettes. En unnbsp;mot, comme Ie formulait dernièreraent devant nous un obser-vateur des plus habiles (1) dont nous sollicitions lopinion, on nenbsp;retrouve que sur quelques poinls du littoral actuel de lEuropenbsp;des vestiges pouvant se rapporter a une mer intermédiaire entrcnbsp;celle de léocène et celle du tongrien proprement dit.
Loligocène, tel que nous Ie concevons, en nous plafant unique-ment au point de vue de la flore, ne consiste que dans lage postérieur au retrait dont nous venons de parler, retrait qui vit, dune part, les lagunes du Flysch achever de disparaitre, et de lautrenbsp;une mer nouvelle, celle du tongrien, savancer et envahir certainsnbsp;points déterminés de notre continent. Cest done du retour momentané dune mer distincte de celles que nous avons mention-nées, distincte aussi de celle de la mollasse ou mer falunienne,nbsp;quilsagit. Lamertongrienne est loin dégalerla mer nummu-litique, ni celle de la mollasse ; elle échancre Ie continent euro-péen, rnais dans une tout autre direction : occidentale et septen-trionale, elle occupe de nouveau Ie bassin de Paris, oü ses dépotsnbsp;sableux ont donné lieu aux gres de Fontainebleau; elle con-tourne la Normandie, touche a Cherbourg et entame a peinenbsp;1Angleterre par Tile de Wight. Au nord, elle couvre ia Belgique, dYpres et de Gand a Liége et a Maestricht; elle court ennbsp;Westphalie, et, après avoir contourné Ie massif du Harz, ellenbsp;pénètre par Ie golfe de Cassel dansla vallée du Rhin supérieur,
(1) M. R. Touniouer, président dc la Socióté géologiiiue de France.
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LES PERIODES VEGETALES
et de la, ü travers toute lAlsace, jusquau Jura suisse ; elle forme ainsi une Adriatique étroite et sinueuse, a laquelle les Vosges,nbsp;dun cóté, Ie massif de la Forêt-Noire, de lautre, servaient de-limites. En Bretagne vers Rennes, en Aquitaine vers la Girondenbsp;et TAdour, Ie long de la Méditerranée, vers les Basses-Alpes etnbsp;dans la Ligurie ; plus loin au pied des Alpes, pres de Vérone,nbsp;dans Ie Tyrol et aillenrs, on trouve des vestiges de la mer oli-gocène, qni nest puissante mille part, et dont les traces discontinues annoncent presque partoui Tétendue relativement faiblcnbsp;et la courte durée.
Les lacs se rencontrent au contraire sur une foule de points. En Auvergne, en Provence, dans Ie Gard, pres dAlais, a Hieringnbsp;en Tyrol, a Sotzka en Styrie, a Sagor en Carinthie, dans ITtalienbsp;du Nord et jusquen Dalmatie, a Monte Promina, on trouve desnbsp;formations lacustres, riches en empreintes végétales et fournissantnbsp;les éléments dune flore remarquable, autant par la profusionnbsp;des espèces que par lunité des éléments dont elle est cornposée.nbsp;La plupart de ces lacs ne furent pas exclusivement propres a lanbsp;période a laquelle nous les rattachons; ils existaient avant et cou-tinuèrent après quelle se fut terminée ; mais la partie des sédi-ments déposés au fond de ces lacs, qui correspond a loligocène,nbsp;présente des caractères qui attirent sur eux lattention, inème ennbsp;dehors des plantes quils renferment. Les animaux qui vécurentnbsp;dans leurs eaux, de même que les phénomènes géognostiquesnbsp;dont ces eaux furent Ie théatre, témoignent dune très-grandenbsp;intensité de vie, dune remarquable uniformité dans les conditions qui présidèrent a son développement et, en même temps,nbsp;du trouble intermittent que les agents intérieurs et les matièresnbsp;en fusion, rejetées a la surface, durent apporter sur certainsnbsp;points déterminés et surtout dans Ie voisinage des principauxnbsp;lacs. Les volcans actucls, a cratères permanents couronnant unnbsp;eóne déruption, navaient pas encore paru dans les contrées oünbsp;ils sétablirent plus tard, et 1Auvergne elle-même ne présentaitnbsp;encore aucun relief de quelque importance; mais les préludes des grandes actions plutoniques agitaient partout Ie sol de
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vagues frémissements; les eaux tliermales, sulfureuses, calcari-fères, siliceuses, ferrugineuses, surgissaient de toutes parts avec une extréme abondance ; elles alimentaient les nappes lacustresnbsp;de substances minérales de toute sorte, tenues en dissolution; etnbsp;ces dernières ont donné lieu aux gateaux et aux rognons de silex,nbsp;aux calcaires concrétionnés, aux amas de gypse, aux sidérites etnbsp;aux pbospbates qui se trouvent associés en diverses proportionsnbsp;aux sediments ordinaires ou, encore, sont entremêlés a des couches de lignites.
Dans la Haute-Loire, cest a Ronzon, pres du Puy, que lon a recueilli des plantes associées aux débris dune faune aussi va-riée que puissante, découverte et décrite par M. Aymard, etnbsp;dans laquelle se rencontrent les plus anciens ruminants connus.
En Provence, les plantes oligocènes proviennent des gypses de Gargas, des lits calcaréo-marneux de Saiot-Zacharie et de Saint-Jean de Garguier, des schistes marneux de Gereste; dans Ienbsp;Languedoc, elles se rencontrent pres dAlais, a Barjac, aux Fumades, etc.
En Alsace, M. Schimper a recueilli des empreintes végétales appartenant a ce même horizon, a Speebach. Jai déja men-tionné les localités autrichiennes de Sotzka, H®ring, Sagor,nbsp;Promina, etc.
II faut encore signaler a part la localité dArmissan, pres de Narbonne ; non-seulement a cause de sa richesse exceptionnelle,nbsp;mais paree quelle opère visiblement la transition de loligocènenbsp;au miocène inférieur ou aquitanien.
En réunissant les plantes de tous ces dépots, on obtient un total denviron buit a neuf cents espèces, énumérées dans Ienbsp;grand ouvrage du professeur Schimper; mais comme nous nenbsp;pouvons songer un instant a les examiner en détail, nous nousnbsp;contenterons dattirer lattention sur certaines dentre elles,nbsp;«n ajoutant a cette revue quelques reflexions générales sur lesnbsp;caractères denscmble de cette flore.
Laspect du paysage na pas sensiblement change depuis la fin de 1éocène ; les masses végétales sont toujours maigres,
C® DE SaPORTA.
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clair-semées ou même chétives; elles sont en inème temps va-riées et ne manquent ni de puissance, ni délégance, nidune certaine grace quelles doivent a leur port élancé et grèle, ainsinbsp;quaux ramifications multiples des tiges ; la végétation actueJlenbsp;de lAustralie reproduit de nos jours une image assez fidele denbsp;eet ancien aspect.
Les palmiers sont toujours nombreux; beaucoup dentrc eux sont encore de petite taille, couronnés de frondes en éventailnbsp;dune étendue médiocre ; mais, au milieu deux, Ie Sabal major 61), luttant presque dampleur el de beauté de feuillage
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OLIGOCÈNE.
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avec Ie palmier parasol des Antilles ou Sabal iimbracidifera, dresse sa tête majestueiise et se trouve représenté au bord de lanbsp;plupart des lacs et dans Ie voisinage immédiat de Peau. Cettenbsp;espèce, une des mieux connues, a laissé de nombreux vestigesnbsp;qui témoignent de son abondance. Son analogue vivant, introduit sous divers noms, dans les cultures du littoral méditerra-néen, de Toulon a Nice, fait maintenant Tornement des plusnbsp;riches villas. Dans la période tongrienne, il sétendait dans toutonbsp;TEurope et se trouvait accompagné dun cortège de palmiersnbsp;pJuspetits quil dominait de toute sa hauteur (1). Aux palmiers senbsp;mêlaient pa et la des dragonniers. Les Sequoia et les Taxodiumnbsp;partageaient encore Ie sol avec les Callitris et les Widdringtonia;nbsp;les premiers étaient nouveau veniis en Provence, et cest seule-ment aux environs dAlais que Ton commence a rencontrer Ic Sequoia Sternbergii (voy. la figure 59), pris longtemps pour un Araucaria, et très-fréquent dailleurs a Ha3ring et a Sotzka. Dautresnbsp;Sequoia, plus rapprochés de ceux de Californie , les Sequoianbsp;Tounialii, Sap. et Couttsise, Hr., se montrent plus tard encorenbsp;d^ns Ie midi de la France ; on les observe a Armissan. A Gargas,nbsp;a Saint-Zacharie, a Saint-Jean de Garguier, localités se rappor-tant a la partie inférieure ou ancienne de loligocène, les Sequoianbsp;sont encore absents, mais on y observe en revanche les premiersnbsp;vestiges de deux types de conifères auparavant inconnus : Ienbsp;Libocedrus salicornioides (voy. plus haut la figure 56), dont Ienbsp;représentant actuel ne se trouve plus que dans Ie Chili, et Ienbsp;Chamsecrjparis massiliensis, Sap. Ces deux espèees ne nous sontnbsp;connues que par de très-pctits fragments; leur rareté originairenbsp;saccorde très-bien avec leur récente immigration présumée. Lenbsp;voisinage des eaux lacustres se trouvait peuplé dune profusionnbsp;de myricées, de protéacées mal définies, déricacées du type desnbsp;Lewco^/me,daraliacéesa feuillesdigitéesou palmées(fig. 62et6;i),nbsp;lt;le sterculiers, de sapindacées a lapparence chétive, auxquelsnbsp;il faut joindre des célastrinées, des anacardiacées, des houx,
(1) Consultcz la planclie XIII qui représento les principaux palmiers dc lage tertiaire moyeu rcconstitucs daprès leurs frondes et groupés au bord dune lagune.
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LES PÉRIODES VEGETALES
des rhamnées, des jujubiers, un certain nombre de myrtacées odorantes et des légumineuses (papilionacées, césalpiniées, mi-
mosées) aux minces folioles. II y a la des nuances différentielles assez sensibles pour les naturalistes qui étudient les espèces une
Fig. 03.
a une, qui méditent sur leur groupement et leur importance relative ; mais ces nuances disparaissent aux yeux de lobserva-
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teur siiperficiel, qui retrouye a peu pres les mêmes elements quil avait remarqnés a lépoque de Iéocène. La presence denbsp;certaines espèces caractéristiques, Ie Comptonia dryandreefolianbsp;(voy. la figure 57); Ie Zizyphus Ungeri (voy. flg. 64); plusieursnbsp;myrsinées daffinité africaine, Myrsine celastroides^ Ett. (fig. 64),nbsp;M. subincisa, Sap., M. cuneata, Sap. (fig. 64), les Diospyrosnbsp;hserinyiana, Ett., varians, Sap. (voy. fig. 64), labondance des
Paleeocarya (voy. fig. 65), juglandées éteintes du type des En-gellhardtia de lInde, certains Mimosa [M. Aymardi, Mar., fig. 65) ot Acacia [A. Bousqiieti, Sap., A. sotzkiana, Ung.), guidentnbsp;pourtant lanalogie au milieu de ce labyrinthe de formes, a lanbsp;fois variées et cependant taillées sur un patron commun atoutes,nbsp;de telle sorte qiie des espèces appartenant aux genres les plusnbsp;éloignés revêtent, au premier abord, une physionomie presquenbsp;semblable. Cest la du reste ce qui permet a lesprit de définir
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LES PÉRIODES VEGETALES
saus trop de peinc les caractères distinctifs des végélaiix de ié-poque quo nous considérons; la flore oligocène tüc en réalité sou originalité la plus saillante du passage insensible dun agenbsp;vers un autre, passage quelle opère a laide de changements
incessainment renouvelés. Les progrès de cette renovation, da-bord si lents quil est difficile de les entrevoir, deviennent cepen-dant saisissables, si lon sattacbe ii certaines categories de plantes cn particulier.
Nous avons vu précédemment que les rares représentants des genres demeurés européens et caractéristiques de notre zone,nbsp;aune, bouleau, charme, orme, peuplier, érable, étaient encore, a la fm de léocène, relégués dans des stations situées anbsp;lécart, probablement sur des montagnes, dont laltitude justi-fiait leur présence. Ces mêmes genres continuent a être peunbsp;fréquents dans Ie cours de loligocène; ils Ie sont déja plusnbsp;cependant, et il est rare que chaque localité tongrienne nennbsp;réunisse pas quelques-uns, et quelquefois ne les coinprennenbsp;tous, lorsquelle est riche ct suffisamment explorée. En prenant
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les localités provenfales dans lordre de leur ancienneté relative, nous observons effectivement les faits suivants (fig. 66) ;
Gargas, dont lhorizon est un peu plus récent que celui des gypses dAix, na fourni jusqua présent les vestiges daucun denbsp;ces genres, en dehors du seul Querciis cimeifoha Sap. (voy.nbsp;fig. S8), espèce a feuilles coriaces et paucilobées, qui semble
devoir être rattachée au groupe américain des Erythrobalanus. Au bord du petit lac de Saint-Zacharic, un peu plus récent parnbsp;son age que Gargas, on a recueilli au contraire les traces dunnbsp;aune [Alnus prisca. Sap.), dun bouleau [Betida iilmacea, Sap.),nbsp;dun Ostrya [O. tenerrima, Sap.), dun charme [Carpinus cus-jndata, Sap.), dun orme {Ulmtts pj'imxva. Sap.), dun érablenbsp;(Acer primseviim, Sap.), presquc tons accornpagnés de leursnbsp;fruits, bien que leurs empreinles, sauf en ce qui concerne lé-rable, soient extrêmement rares. A Saint-Jean de Garguier,nbsp;localité peut-être un peu plus récente que celle de Saint-Zacharie, les bouleaux, charmes, érables, reparaissent avecnbsp;une fréquence relative qui, rapprochée du nombre restreintnbsp;des espèces recueillies, ne laisse pas que de maCquer un progrès
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constant. Ce progrès nous est enfin révélé avec certitude par Armissan, dont la flore se rapporte visiblement a une grandenbsp;forêt, établie, a portee dun lac aux eaux liinpides et profondes,nbsp;sur Ie sol secondaire de la Clape, massif situé entre Armissannbsp;et la mer, a Test de Narbonne.
La forêt dArmissan est a loligocène ce que la flore des gypses dAix est a léocène supérieur, un terme extréme, un point opé-rant la soudure entre deux périodes. La plupart des espèces quinbsp;caractérisent laquitanien se montrent a Armissan, mais ellesnbsp;sont encore associées aux formes caractéristiques de loligocène,nbsp;particulièrement au Comptonia dryandriefolia. Dans cette forêt,nbsp;on dominaient de puissantes laurinées, des juglandées du typenbsp;des Engelhardtia, des anacardiacées, des houx, des Aralia desnbsp;dalbergiées, des sophorées, des mimosées, on rencontrait éga-lement des bordeaux de plus dune espèce, des peupliers etnbsp;des érables, remarquables par lampleur de leurs feuilles ;nbsp;enfin des ormes, et probablement des chataigniers. Dans loli-gocène également, a Bonzon dune part, et de lautre a Armis-
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San, on constate pouc la première fois lexistence d« espèces » demeurées depuis indigenes dans Ie midi de lEurope, et ayantnbsp;par conséquent conservé sans allération les caractères qui les
distinguaient des ce moment. Cest ainsi que . Ie professeur Marion a signalé a Ronzon (Haute-Loire) des folioles de len-tisque {Pistacia lentiscus, L.), et que des vestiges du térébinthe,nbsp;représenté par une forme actuellement spontanee a Constantinople, comprenant des feuilles et une tige encore garnie d unenbsp;grappe de fruits, ont été recueillis, a 1état dempreintes, dansnbsp;la localité voisine de Narbonne, toujours a Armissan.
On voit done se dessiner peu a pen les linéaments de létat de choses qui a depuis prévalu. Les eaux de lépoque a laquellenbsp;nous ramène Ia consideration de loligocène nétaienl pas moinsnbsp;favorisées que leurs rives et les régions occupées par les accidents montagneux : une foule de plantes se pressaient dans leurnbsp;sein, flottaient au milieu delles ou s'épanouissaient a leur surface. Létude détaillée de ces plantes serait pleine dattrait, maisnbsp;elle nous entrainerait trop loin; nous nous contenterons denbsp;tracer une esquisse des traits de physionoraie des plus saillantcsnbsp;dentre elles.
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
Nous laisserons done les roseaux, les cypéracées [Carex et Cype-ms), les massettes ou typhacées, les potamots, qui envahis-^ nbsp;nbsp;nbsp;saient alors, comme aujourdhiii, les
'i.
fu
eaux dormantes ou animéesdun fai-ble mouvement; mais nous ne sau-rions passer sous silence un type des plus singuliers, déja ancien a lagenbsp;oligocène, puisquon en trouve anté-rieurement des traces dansles lits flu-vio-lacustres de la craie supérieurenbsp;du bassin de Fuveau, ainsique dans
Fig. 69. Type de plante palustre oligocène, aujourdhui éteint. (Ré-duit k 1/10 de grandeur naturelle).
Rhizocaulon polystachium, Sap. (Saint-Zacliarie).
les gypses d'Aix cux-mèmes. Ce type est celui des lihizocaidées, plantes palustres (lig. 69), dont la multiplication Ie long des
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iiords de ia plupart des lacs et des lag-unes oligocènes de Provence, marque la place dans notre étude. Ces plantes out laissé partout dans Ie midi de la France des vestiges de leurs tiges, denbsp;leurs feuilles et de leürs radicules éparses; mais cc qui a sur-tout permis de les reconstituer et de leur assigner une placenbsp;non loin des restiacées et des rhizocaulées, groupes aujourdhuinbsp;exotiques, a Fexception dune espèce unique perdue dans lesnbsp;marais de llrlande, cest, dune part, lobservation de leurs inflorescences disposées en épillets (fig. 71) paniculés, formes dé-cailles scarieuses étroitement imbriquées, et, de l'autre. cettenbsp;particularité curieuse, que des touffes entières de ces plantes,nbsp;encore debout ou renversées au fond des eaux, ont été convertiesnbsp;en une masse siliceuse qui conserve lorganisation merveilleuse-inent intacte des parties internes, visible sous Ie microscope.
Les llhizocaulon, genre dont la découverte première est due a M. Brongniart, croissaient dans des eaux pen profondes, enra-cinant dansla vase leurs tiges indéfiniment inultipliées. Ils for-maient, Ie long des anciens rivages, de vastes colonies dindivi-dus presses, sélevant de plusieurs metres au-dessus des eaux.nbsp;Leurs tiges, résistantes a la surface, mais remplies a lintérieurnbsp;dune moelle lache, trop hautespour leur fermeté relative, tou-jours assez faible, chargées de larges feuilles rubannées et éri-gées, ou des lambeaux déchirés de ces mêmes feuilles, avaientnbsp;la faculté démettre, Ie long des entre-nceuds, une foule de radicules adventives et aériennes qui descendaient de toutes parts, senbsp;frayant un passage a travers les résidus desséchés, pour gagnernbsp;Ie fond des eaux; ces radicules, par leur disposition, constituaientnbsp;done autant de supports a la tige quelles accompagnaienL anbsp;1exemple de ce qui a lieu chez les Pandanus; elles navaientnbsp;pourtant quune durée limitée, et, au bout dun certain temps,nbsp;elles se détacliaient en laissant une cicatrice sur Ie point doünbsp;elles avaient émergé ; mais elles ne quiltaient la plante que pournbsp;être incessamment remplacées par des radicules nouvelles quinbsp;Se succédaient jusqua ce que la tige eut achevé Ie cycle entiernbsp;de ses fonctions, en atteignant sa taille défiuitive. Ëlle fleurissait
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alois, en éinettant a son extrémité supérieure une panicule ra-meuse (voy. la figure 71, 2), dont les derniers pédicelles suppor-taient unou deuxépillets. Cestlensemble dimeplante de Rhizo-caidon, reconstituée a laide de létude de ses diverses parties,
Fig. 71. Détails principaux du Wiizocaulon poltjsfachium, Sap.
I. Fragment de tige dépouillée de feuilles, avec les cicatrices des radicules tombéos. 2. Portion dune panicule chargée dépis; V, épillet grossi pour montrer la formenbsp;des écailles dont il était compose. 3. Lambeau de feuille perforé sur trois pointsnbsp;par suite du passage des radicules. 4. Portion dune radicule.
que représente notre figure 70 ; mais pour reproduire laspect de ees hótes, depuis si longtemps disparus, de nos lacs méridio-naux, il faut encore multiplier par la pensee les tiges et lesnbsp;individus; il faut évoquer leur foule pressée, changée en unenbsp;masse immense de verdure, a la fois élégante et monotone, cou-vrant les abords des plages submergées, si fréquentes auprès desnbsp;lacs de cette époque. Peut-être même ces plantes, comme ilnbsp;arrivé encore de nos jours, sur la lisière des lacs africains, pournbsp;d autres végétaux auxquels est dévolu un róle semblable, atten-daient-elles de longs mois, leurs radicules aériennes a moitiénbsp;détruites, leurs rhizomes enfoncés dans la vase desséchée etnbsp;fendillée, sous un soleil ardent, avant que la saison des pluiesnbsp;vint ramener, avec leau des bas-fonds, lélément nécessaire anbsp;lactivité de leurs fonctions momentanément suspendues. Ce quinbsp;est certain, cest que les rhizocaulées ont peu survécu a 1oligo-
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cène; on nen découvre plus que de faibles et rares vesliges dans lage suivant, et la période falunienne les vit disparaitre anbsp;jamais, en raême temps que les circonstances qui avaient jusque-la motive et favorisé leur presence. Cette presence était du restenbsp;peut-être restreinte a certains points déterminés. II est surpre-nanten effet dobserver quen dehors de la France méridionale,nbsp;oü elles abondent depuis Ia craie jusqua laquitanien, les rhizo-caulées naient encore été signalées nulle autre part.
Mais les plantes souveraines des eaux tranquilles étaient alors, comme de nos jours, dans des proportions, il est vrai, inconnuesnbsp;maintenant a notre zone, les nymphéacées ou nenuphars. Cestnbsp;en Egypte, en Nubie, dans les eaux de la Sénégambie, au fondnbsp;des savanes noyées de la Guyane ou Ie long des lagunes de Eindenbsp;OU de la Chine quil faut aller chercher des exemples, encorenbsp;affaiblis, de ce quétaient en Europe les lis des eaux, dans lagenbsp;que nous décrivons.
Non seulement leiVefenïtó/m ffMc/«n,Ett., de Monte Promina et les fragments de rhizomes, observés par M. Heer dans File denbsp;Wight, attestent 1existence de néliunbos européens oligocènes;nbsp;non seulement les Nymphaia proprement dits {Nymphsea par-vida, Sap.,iV. Charpentieri, Hr.) dénotent des plantes doubles aunbsp;moins de celles de notre N. alba; mais il existait de plus, dansnbsp;EEurope dalors, des genres ou sections de genre, actuellementnbsp;éteints, dont nous ne pouvons, en effet, apprécier que trés im-parfaitement les caractères, mais qui pourtant sécartent asseznbsp;des espèces vivantes pour autoriser la croyance que leurs fleursnbsp;nous réserveraient des surprises et exciteraient notre admiration,nbsp;sil nous était donné de les contempler.
Le premier de ces types tertiaires a un représentant dans les gypses dAix [Nymphsea gypsorum, Sap.), un autre a Saint-Za-charie [N. polyrhiza, Sap.); un troisième, a ce quil semble, dansnbsp;Eaquitanien de Manosque [N. calophylla, Sap.); un fragment donbsp;ses fruits, accoinpagné de lambeaux de pétales, recueilli a Saint-Zacharie, dénote chez lui Eexistence de fleurs doubles au moinsnbsp;de celles de notre Nymphma indigene, et construites sur un plan
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assez différent; mais les plus beaux échantillons de ce type ont été dëcouverts par M. Lombard-Duims, de Soinmières (Gard),nbsp;non loin dAlais. Ce sont des feuilles dune conservation admirable (fig. 72), qui paraissent se reporter a line espèce distincte,
Fig. NijmphcVa Diwiasii, Sap. : environs dAlais (Gard). (1/4 gr. nat.)
bien que voisine des précédentes. Ces feuilles, largement orbi-culaires, entières sur les bords et lëgèrement ondulées a la peripheric, étalaient a la surface, des eaux un disque fendu jusquau centre, du cóté de la base, et parcouru par des nervures rayon-nantes très-nombreuses, divisées dans leur partie supérieure ennbsp;rameaux dichotomes élancés, relies entre eux par quelques anastomoses. Laspect des feuilles et ce que bon connait des fleurs,nbsp;des fruits et des graines de ces nympbéacèes semblent annoncernbsp;qu^olles formaient un groupe assez peu distant des Nymphxanbsp;actuels, dont elles se séparaient plutót par des particularités denbsp;structure organique que par ia physio nomie extérieure. Le secondnbsp;type, dont nous avons formé un genre souslenomdAnceciowm'anbsp;(tig. 73), sécarte beaucoup plus des nénuphars vivants, non par
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l!s Icuilles, mais par laspect de ses rhizomes, et siirtout par la structure singuliere de son fruit, dont les stigmates nétaient pasnbsp;Adherents a la surface du disque, et dont les parois, au lieu de
s ouvrir au moyen de fentes irrégulières, comme font ceux des ^ymphaia, se divisaient a la maturité en compartiments transversa-lement allongés, correspondant aux bases dinsertion des pétales
disposés dans Ie mème ordre que ceux-ci. Ce genre, dont les leursont dü être grandes et helles, aen juger par certains débris,nbsp;l'iisait Cornement Ie plus merveilleux des eaux limpides etnbsp;^'Almes des bassins lacustres dArmissan et de Saint-Jcan denbsp;^Arguier.
La première de ces deux localités nous amène. a travers plu-saurs échelons, jusque sur Ie seuil dune nouvelle période, la plus briilante et la mieux explorée de celles qui divisent lesnbsp;l^^ciups tcrtiaires.
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
PERIODE MIOCENE.
Avec la période miocène, nous touchons a la partie la moinsin-connue de lépoque tertiaire, a celle dontles animaiix, les plantes, les paysages, la configuration géographique peuvent être décritsnbsp;de la faconlaplus exacte et la plus precise. Les liniites mêmesnbsp;de la période sont cependant flottantes; les commencements ontnbsp;quelque chose dincertain, la terminaison échappe. Nous con-naissons en gros la suite des événements et leurs conséquencesnbsp;immédiates ; nous ignorons en grande partie les causes qui leurnbsp;donnèrent lieu, et la fafon brusque ou lente, gouvernée par desnbsp;phénomènes décisifs ou accompagnée doscillations répétées, axecnbsp;laquelle ils saccomplirent. Au lieu de courir après les hypotheses, Ie mieux est de sen tenir aux points les plus saillants etnbsp;de tacher de les hien définir.
Si lon termine, comme nous Taxons fait, la période oligocène avec Ie retrait de la mer tongrienne, cette mer qui, dune part,nbsp;savangait Ie long du Rhin jiisquau fond de TAlsace et, dautrenbsp;part, formait prés de Paris un golfe, au fond duquel se déposè-rent les gres de Fontainebleau, il faut convenir que Ie trait Ienbsp;plus accentué de lapériodesuivante, celle que nous allons consi-dérer, consiste dansun retour de TOcéan au sein de notre continent, retour offensif qui Ie submerge partiellement de nouveau.nbsp;Les tlots marins traversent alors TEurope en écharpe,du sud-ouestnbsp;au nord-est et a Test; ils la découpent de part en part dans cettenbsp;direction, tandis que, dans une direction opposée, la mer desnbsp;faliins, contemporaine de la mer mollassique, occupe de grandsnbsp;espaces dans toutlouest de la France, et pénètre hien avantdansnbsp;les terres, par les vallées de la Garonne, de la Charente et de lanbsp;Loire. Mais il est facile de constater que eet envahissement nenbsp;SLiccéda pas immédiatement au retrait de la mer tongrienne.
PI. X et XL
EUROPE
a lépoqxLe de la mer nummulitiq\Le
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DE LÉPOQUE tertiaire; MIOCÈNE.
Unintervalle très-appréciable, rempli par des formations inter-calaires, sépare constammenl les deux niveaux, et oblige de croire a lexistence dune période de jonction plus ou moins pro-longée, pendant la durée de laquelle la mer tongrienne sétaitnbsp;déja retirée, tandis que celle de la mollasse ne sétait pas encorenbsp;avancée.
Dans Ie bassin de Paris, cest Ie calcaire de Beaiice. qui repose sur Ie grès de Fontainebleau et qui, par sa position très-nette et Ienbsp;caractère tranché de ses fossiles, constitue un horizon que Ponnbsp;retrouve sur une foule de points, dans Ie centre et louest de lanbsp;France, dans FAuvergne, lAllier, leCantal, Ie canton de Vaud,nbsp;dans lavallée du Rhone, la Ligurie, etc.; sur dautres points,nbsp;spécialement aux environs de Bordeaux (/«/«n de Bazas), dansnbsp;les Basses-Alpes (Barrème) et sur les cótes de Provence (Carry),nbsp;ce sont des dépots complexes, soitmarins, soit fluvio-marins ounbsp;saumatres, dont Ie classement embarrasse les observateurs, maisnbsp;qui marquent cependant les progrès et les étapes de la mer re-commeufant a sétendre; Fambiguité même de ces dépots lesnbsp;range avec vraisemblance a la base des formations miocènesnbsp;proprement dites.
Dans Ie midi de la France, les couches lacustres que les géolo-gues saccordent a désigner comme Féquivalent deau douce des dépots oligocènes inarins sont partout surmontées par des litsnbsp;également lacustres, nécessairement plus modernes ; sur les-quels sappuie la grande formation mollassique et qui datentnbsp;par conséquent dun age antérieur a Farrivée de la mergénéra-trice de cette formation.
Lordre successif que nous venons dexposer nest contesté par aucun géologue, mais il ne saurait avoir aux yeux des statigraphesnbsp;dautre importance que celle du fait; tandis que, pour celui quinbsp;cherche a tracer Fhistoire de la végétation, ce fait se rattache anbsp;tout un ensemble de phénomènes qui influèrent visiblement surnbsp;la flore européenne, en accélérant Ie mouvement dont nous avonsnbsp;signaléle début etquitendit de plus en plus a devenir complet.
11 est difficile dadmettre que Finvasion de la mer mollassique
DE SaPORTA.
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
jusqiiaii centre de lEiirope et dans des regions, comme la lisière septentrionale des Alpes, que Télément marin ayait délais-sées depuisle dessèchement diillysch, nait pas été précédée oiinbsp;1'avoriséedanssamarche par des mouvements du sol, des ruptures,nbsp;des plissements et des affaissemcnts de nature a modifier Ie relief,nbsp;la direction des yallées et lorographie européenne tout enlière.nbsp;Les Alpes commencèrent alors peut-être a accentuer leur saillie,nbsp;et les yallées que parcourent la plupart de nos grands fleuyes, lanbsp;Loire, la Garonne, Ie Rhone, Ie Pó et Ie Danube, deyinreutnbsp;des golfes et des bras, saflaissant pour seryirde cuyetteaux eauxnbsp;salées; mais, sil est yraique daussiremarquables changements nenbsp;se confoiyent pas sans réyolutions physiques, il faut bien ayouernbsp;que la yégétation dalors nen subit quii peine Ie contre-coup indirect ;ilnest pas démontréeffectiyementquclle en ait étéatteintenbsp;ni troublée immédiatementdans ses elements constitutifs. Rien denbsp;plus calme, de plus une a ce dernier point de yue, et de moinsnbsp;susceptible de se prêter a des subdiyisions trancliées, que lanbsp;période qui court du retrait de la mer tongrienne a la fin de lanbsp;mer mollassique proprement dite, et comme cette fin neul riennbsp;de brusuue, comme ce fut a 1aide dune série de retraits partielsnbsp;et doscillations graduelles que la mer de mollasse disparut elle-même, nous yerrons également la yégétation qui couyrait sesnbsp;riyages, non pasdisparaitrc subitement, mais diminuer peuapeunbsp;de force, de yariété et de beauté, perdre insensiblement les ca-ractères et les cléments empruntés au tropique, quelle possédanbsp;longtemps, et revêtir a la longue une autre physionomie,nbsp;jusquau moment ou elle donna a lafinnaissance,aforcedap-pauvrissement et de changements partiels, a la yégétation européenne actuelle.
On Ie Yoit : en dépit des mouyements du sol plus ou moins yiolents et étendus, qui coïncidèrent ayec linyasion mollassique, il est également difficile de ne pas considérer lintervalle quinbsp;sépare loligocène du moment précis oü seffectua limmer-sion, comme un temps de profonde tranquillité, essentiellementnbsp;fayorable au déyeloppement des plantos par la prédominance
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diin cliraat cloux et tiède, pendant lequel des lacs étendus, grace a la configuration du sol, a sa pente pen rapide, a Tassiette desnbsp;vallées construites de raanièrea retenirles eaux, sétablirent surnbsp;une foule de points. Souvent aussi ces lacs eurent leurs bords etnbsp;line partie de leur périmètre envabis par une végétation puissante,nbsp;sous lempire de conditions propres a la production des lignites.
Nous diviserons, daprès ces données, en deux sections, la grande période miocène; la première ou sous-période aquitanienncnbsp;a refu son nom du falun de Bazas, prés de Bordeaux, type de terrain qui représente Ie mieux eet horizon ; elle commence avec Ienbsp;relrait de la mer tongrienne, et se termine a linvasion de la mernbsp;Diollassique. La seconde ou sous-période mollassique correspondnbsp;aux temps qui suiyirent cette invasion, et coincide avec la duréenbsp;dc celle-ci. Plus tard.la mer de mollasse, loin de se relirer brus-quement, comme avaitfait celle du tongrien, affecta, sans doutenbsp;par Veffet du relief croissant des Alpes, une marebe pour ainsinbsp;dire inverse ; elle séloigna par étapes successives du centre denbsp;1Europe et, persistant plus ou moins vers les extrémités de cenbsp;continent, elle fit place a une nouvelle mer, peuplée dune faunenbsp;différente, ayant des limites particulières, et donnant lieu a desnbsp;dépots distincts des précédents. Cest a ces lits plus récents, aux-quels on a appliqué Ie nom de couches a congeries ou de formation mio-pliocène que sarrête la sous-période mollassique,nbsp;pour céder Ie terrain a la période suivante ou pliocene, la der-nière de celles entre lesquelles se partagent les temps tertiaires ;nbsp;non pas quil y ait lieu de les distinguer a 1aide de divergencesnbsp;bien accentuées au point de vue de la végétation, mais par lanbsp;raison quune délimitation étant nécessaire, il existe des motifsnbsp;plausibles de létablir comme nous Ie proposons, et que tout autrenbsp;sectionnement aurait plus dinconvénient que davantage, sur-buit en considérant la flore, qui seule doit nous préoccuper ici.
* Sous-période aquitanienne.
La mer tongrienne ou oligocène, dont Ie retrait inaugure cette sous-période, bien moins ctendue que celle dc la mollasse, avait
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
été, pour ainsi dire en tout, Ie contre-pied de ce que devait ètre cette dernière. Venue du nord etdelouest, au lieu darriver parnbsp;Ie sud et par Test, elle avait projetédans la direction de la valléenbsp;du Rhin, jusquau pied du Jura, son fiord principal. Cest par lenbsp;nord aussi quelle dut opérer son retrait; restreinte dans ses ii-mites, peu avancee dans les terres du sud de IEurope, éloignée,nbsp;a ce quil semble, de la vallée du Rhone proprement dite, les oscillations auxquelles elle dut sa naissance et son extension, et quinbsp;plus tard accompagnèrentsans doute son départ, se firenttres-peunbsp;sentir dans cette dernière region oil Ton voit les lacs de la période précédente continuer tranquillement leurs dépots et demeu-rer circonscrits dans les mêmes limites quauparavant. Seulementnbsp;la tendance de ces lacs a diminuer de profondeur, a se laisser en-vahir par une végétation de plantes aquatiques, et a recevoirnbsp;leurs débris accuraulés peut ètre aisément constatée; de la sansnbsp;doute la présence des lignites si fréquents et quelquefois si pnis-sants sur Ihorizon de laquitanien. Les principales localités doünbsp;nous sont venues des plantes aquitaniennes, et qui comprennentnbsp;aussi des lignites exploités, sont celles de Manosque en Provence,nbsp;de Cadibona en Piémont, de Thorens en Savoie, de Ia Paudèzenbsp;et de Monod dans Ic canton de Vaud, de Bovey-Tracey dans Ienbsp;Devonshire, de Coumi en Grèce (Eubée); il faut joindre a cettenbsp;énumération les lignites de la region de Pambre ou région bal-tique, ceux des environs de Bonn, et enfin le dépot de Radobojnbsp;en Croatie; cette liste déja longue pourrait ètre aisément grossienbsp;dune foule de points secondaires. Le niveau sur lequel se placentnbsp;toutes ces localités est sensibleinent le même dun bout de lEu-rope a lautre, sur une étendue en latitude de plus de 15 degrés,nbsp;et dans tont eet espace la flore contemporaine présente une sinbsp;notable proportion delements communs quil en ressort invin-ciblementla notion dune égalité, sinon absolue, du moins très-sensible dans les conditions de climat et de température qui pré-sidèrent a son développement.
Voici dabord une indication des principaux types et des formes les plus caractéristiques de la flore aquitanienne; je revien-
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drai ensuite sur leur distribution g-eograiibique, avant de passer a la description des localités les plus intéressantes, considéréesnbsp;séparément, de manière a ofl'rir Ie tableau approximatif desnbsp;paysages du temps.
Les fougères montrent par leur fréquence et lampleur rela-ÜYe de leurs frondes Iinfluence dbm sol et dun climat humides, influence qui a cessé de saccroitre depuis la dernière période.
Une très-belle osmonde, Osmimda lignitum (Gieb.), Ung., dominait alors dans les lieux inondés et sur Ie bord des lagunes.nbsp;La figure 74, 1 donne une idee de son aspect, tont en ne représentant quune faible portion de sa fronde. Longtemps désignéenbsp;sous dhers noms, elle na été rejointe que tont dernièrement aunbsp;groupe des osmondes. Elle sécarte beaucoup du type indigenenbsp;de notre O. regalis, qui fait lornement des ruisseaux ombreux etnbsp;des sols sablonneux, baignés par des eaux claires et dormantes.nbsp;L0. lignitum retrace la forme dune espèce propre aux régionsnbsp;boisées de lAsie sud-orientale, et que lon rencontre a Ceylan,nbsp;aux Philippines, a Java et dans la Chine méridionale. Cest lO.nbsp;presliana, J. Sm. (Milde, Monogr. gen. osmimdse, p. 118; Ple-nasium aiireum, Presl.). Lespèce fossile et lespèce actuelle senbsp;ressemblent tellement, quon serait tenté de les confondre. Ennbsp;tous cas, il s'agit bien réellement dune osmonde ayant joué Ienbsp;même role , et reproduisant fidèlement laspect dune plantenbsp;confinée maintenant dans les parties les plus chaudes de lAsienbsp;austro-orientale. On peut dire que Pon est amené a de sembla-bles conclusions par la présence des Lygodium, fougères grim-jiantes de la zone subéquatoriale, qui continuent a se montrernbsp;dans laquitanien (lig. 74, 3); leurs tiges flexibles et délicatesnbsp;senroulent autour des arbustes et sattachent aux troncs mous-seux, sous lombre épaisse des grands arbres. Les deux espècesnbsp;les plus septentrionales du groupe se rencontrent maintenant,nbsp;lune en Floride, lautre au Japon. Dans lespace intermédiaire,nbsp;il faut descendre jusqua la latitude des iles du Cap-Vert, denbsp;1Abyssinie el de Pinde anglaise pour rencontrer des Lygodium.
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Le Lygodium aquitanien Ie plus répandu, L. Gaudini^ Hr., retrace pliitot laspect de lespèce américaine actuelle. La mêmo impression résulte encore de la considération du type des Lastrseanbsp;OU Goniopteris, si répandu a cette époque et dont le L. stynaca,
1. Osmunda lignitiini (Giob.), Ung. 2. Lastrxa (Goniopteris) styriaca, Ung. 3. lygodium Gaudini, Hr.
Ung. (fig. 74, 2), le plus connu de tous, peut servir a faire con-naitre laspect. Cette cspèce annonce une fougère de grande taille, peut-être mème arborescente, et qui pourrait bien avoirnbsp;fait partie de la tribu des cyathées. Les nomhvenx Aspidium quinbsp;se groupent autour des Goniopleris ont la mème signification.
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Nous ne pouvons nous empêcher de signaler en dernier lieuun très-beau Chrysodium, genre d'acrostichées dont une espèce encorenbsp;inédite, recuéillie aux enyirons de Manosque, se rattache directe-ment aux formes les plus netteraent tropicales. Les Chrysodium
Fig. 75. Principaux palmiers aquitaniens restaurés d'après leurs frondes.
I. Flabellaria runimiana. Hr. 2. Sahal major, üng. 3. Phoinicites specta-
bilis, üng.
sont des fougères aquatiqucs qui peuvcnt, selon M. Fée, attein-dre jusqua 3 metres de hauteur, et qui vivent a moitié plongées dans leau, a la manière des Typha ou massettes.
Les palmiers (voyez la figure 75) sont en grande partie ceux de la période précédente; leur extension en Europe na pas encore diminué; on peut dire pourtant que leur frequence estdéjanbsp;moindre ; ils comraencent a séloigner du bord des eaux, de lanbsp;ceinture immediate des lacs et du fond des vallées intérieures,nbsp;oü dautres arbrcs, dim aspect moins meridional, a feuillage
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
touffu, et même des essences a feuitles cadiiques sintroduisent et se multiplient. Les palmiers européens de cette époque recher-chent de préférence les stations chaudes et abritées; ils ne sontnbsp;précisément exclus daucun endroit; seulement il est bien desnbsp;points oü ils deviennent rares, leur existence ne sy trahit quenbsp;par quelques debris fort clair-semés. Cette longue exode desnbsp;palmiers européens sacbèvera beaucoup plus tard; elle débutenbsp;a peine maintenant par leur cantonnement sur des points dé-terminés, qui répond a leur élimination partielle sur dautres;nbsp;Ie climat conserve sa cbaleur, mais il devient graduelleinentnbsp;plus humide et plus tempéré.
Aux sabals, déja mentionnés, et dont Ie Sabal major, Ung., est toujours Ie type, viennent se joindre des Flabellaria {Fl. rii-miniana, Hr., Fl. latiloha. Hr.); auprès deux lesPhoenicites specta-bilis, Ung. et Palavicini,E. Sism., ce dernier de Cadibona, re-présentent Ie type de nos dattiers. Dautres espèces rencontréesnbsp;fa et la sur Ie même horizon paraissent avoir appartenu soit auxnbsp;Chammrops (Ch. Helvetica, Hr.), soit au groupe des Géonoméesnbsp;(Geonoma Steigeri, \{r.,Manicariafnrmosa, Hr.), soit a celui desnbsp;calamées ou palmiers-rotangnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sp., Palseospathe dse-
monorops, Hr.).
Les croquis figurés ci-contre (fig. 75 et 76) reproduisent las-pect et Ie port approximatif des principaux palmiers aquita-niens; ils sont empruntés en partie au bel ouvrage de JVl. Heer sur la Suisse primitive, en partie a la flore tertiaire de Piémontnbsp;de Sismonda.
Les conifères, dun effet si puissant dans Ie paysage, sont toujours celles dont nous avons signalé Pintroduction dans loligo-cène. Seulement, Xbs Sequoia et, parmi eux, les S. Couttsise, Hr., Toumalii,'S9.\\.eiLangsdorfii, Hr.,tendenta,prédominer. Ilsyjointnbsp;Ie Glyptostrobiis europxus. Hr. (fig. 77) et Ie Taxodium distichumnbsp;miocenicum : Ie premier de ces deux types, sous une appa-rence a peine changée, habile maintenant la Chine; Ie secondnbsp;se retrouve dans les Etats-Unis et Ie Mexique. Quant aux Sequoia,nbsp;on sait que les deux seules espèces de ce genre, que la nature
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actuelle ait conservées, sont confinées sur les pentes fraiches et exposées aux averses du Pacifique des montagnes californiennes.nbsp;Le S. Sternhergil. que nous axons signalé comme caractérisantnbsp;loligocène, devient par contre de plus en plus rare et disparait
finalement sans laisser de descendance. Les pins sont bien moins cornrnuns dans laquitanien que dans Lage précédent; il en estnbsp;de même des Callitris et des Widdringtonia; ils se montrentnbsp;moins fréquemment et sont absents ou du moins exceptionnelsnbsp;dans certaines régions, comme la Suisse. Ces types, dépossédésnbsp;peuapeu, fmirent par quitter lEurope; cest en Afrique seule-ment quon les observe de nos jours.
En revanche, certains groupes, pauvres et clair-semés jus-
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qualors, fayorisés sans doute par la douceur et Iliumidite crois-santes du cliraat, par la multiplication des stations 1'raiches et lextension des nappes lacustres, sortent maintenant de lobscu-rité, soit quils arrivent des environs du póle, soit quils descendent des montagnes, ils viennent occuper, au sein de la végéta-tion, une place dont Timportance est destinée a grandir, a raisonnbsp;même du progrès constant des circonstances auxquelles cettenbsp;importance est due en premier lieu. Je nommerai surtout lesnbsp;aunes et les bouleaux, les charmes et les bêtres, les peupliers etnbsp;les saules,les Irenes et les érables, ccst-a-dire toutun ensemblenbsp;de types a feuillcs caduques, indices de Iinlluence dune saisonnbsp;froide ou du moins fraiche relativement, et qui désormais tien-dront un-rang déterminé dans la tlore, sans y prédominer cepen-dant encore. Plusieurs de ces espèces ressemblent tellement anbsp;des formes actuellement vivantes, indigenes ou exotiques, quilnbsp;est difficile de se refuser a admettre lexistence dun lien de filiation rattachant celles-ci aux premières. Nous verrons bientótnbsp;les faits de ce genre se multiplier; il suffit den signaler maintenant les premiers exemples.
Le Fagits pristina, Sap., qui se montre a Manosque (fig. 78, o a 7), ne diffère pas ou presque pas du hètre actuel dAmérique,nbsp;F. /erraymea, Michx. Le Carpmus Ungeri, Ett., de la même loca-lité, dont les involucres fructifères (fig. 78, 1 a 3) nont été ob-servés par nous que tout deruièrement, rappelle beaucoup aussinbsp;le charme de Virginie, C. Virginiana, Michx.
hAlnussporadum, Ung., de Coumi (Eubée)(fig. 79), se confond presque avec lA. siibcordata, C. A. Mey., dePAsie Mineure, toutnbsp;en manifestant de laffinité avec PA. orientalis, Dne, de Syrië. Lanbsp;tlore de Manosque, de son cóté, comprend une forme A'Alnus,nbsp;alliée de très-près a la précédente, A. phocseensis, Sap. (fig. 79),nbsp;mais qui se rapprocherait plus de PA. orientalis que Paune cau-casien, A. siibcordata. Ce sont la des oscillations qui marquentnbsp;seulement Pexistence des vicissitudes innombrables qiront su-bies jadis les espèces en traversant les ages, pour arriver enfinnbsp;jusqua nous.
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Lérable miocène par excellence, VAcer trilobatum, qui commence alors a paraitre, a des liens évidents, selon M. Heer, avec lH. ruhnim, L. dAmérique, dont il est cependant séparé par denbsp;t'aiblesnuances différentiellcs, faciles a saisir.LH. decipiens, Hr.,
Fig. 78. Charmes et hêtres aquitaiiiens.
1-K Carpinus Ung-eriy EU. (Manosque). 5-7. Fagus pristina^ Sap. (Manosque;.
V A.recognitiim, Sap., de Manosque (fig. 80), commencent au contraire une double série dont les termes enchainés viennent ¦aboutir a deux types dérables encore aujourdhui eiiropéens,nbsp;celui de VA. monspessulanum et celui de VA. opidifoliiim. H nenbsp;faudrait pas croire que la végétation europécnnc ent dès lorsnbsp;revêtu une pbysionomie analogue a celle quclle présente de
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
nos jours, même dans les parties les plus australes du continent. En négligeant, si lon vent, les détails et les exceptions, labon-dance senle des laurinées, la fréquence et la variété des inyri-cées, des diospyrées, des Andromeda du type des Leucothoe et
dune foule de légumineuses arborescentes empêcbait cette vé-gétation de resseinbler, même au premier abord, a celle dont nous avons Ie spectacle sous les yeux. Les cbênes eux-mêmes,nbsp;ces végétaux qui contribuent si fortement a la composition et anbsp;la beauté des forêts de la zone tempérée actuelle, non-seiilementnbsp;ne semblent occnper encore qnune place relativement subor-donnée, mais ils se trouvent représentés par des formes quenbsp;Toeil exercé du botaniste est seul capable de saisir comme ayantnbsp;appartenu a ce genre. La période aquitanienne marque cepen-dant Ie moment on les cbênes eux-mêmes commencent a prendre
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lessor, a se diversifier et a laisser paraitre les lineaments des traits morphologiques qui seryent plus particulièrement a les distin-guer de nos jours. En examinant Ie point de départ, nous verronsnbsp;plus tard se prononcer les phases de cette evolution dont la
marche, une fois inaugurée, ira toujours on saccentuant et se compliquant.
Le groupe immense des chênes se partage actuellement en un certain nombre de sections, dautant plus difficiles a définir quenbsp;les particularités qui les séparent se trouvent basées sur des ca-ractères dune faible valeur intrinsèque, ou se réduisent même anbsp;de simples nuances, dont quelques-unes pourtant ont assez donbsp;tixité pour reparaitre dans une foute despèces etservir par conséquent a les grouper. La configuration des styles, la maturitcnbsp;annuelle ou bienne du fruit; lapparence, la consistance et lenbsp;mode dagencementdesécailles de la cupule; le somraet mutiquenbsp;OU mucronulé des lobes de la feuille, telles sont les principales
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
de ces notes dilTérontielles, etlon concjoit quc les espèces oules races qui témoignent par la similitude absolue de ces particu-larités organiques de leur étroite parenté, puissent être considé-rées comme sorties originairement dune même souche, qui senbsp;serait ensuitc ramifiéea travers les siècles, en conservant intactsnbsp;les détails de structure que possédait en propre Ie prototype donlnbsp;elles seraient issues. Les sections actuelles les mieux défmiesnbsp;correspondraient ainsi a autant dentités primitives ou races-souches dont les races modernes, décorées ou non du titre des-pèces, ne seraient réellement que des variétés ou formes dérivées.nbsp;Mais alors il devient évident que les caractères de section nontnbsp;acquis Iimportance qui leur est maintenant dévolue, qua raisonnbsp;même des résultats diine descendance commune, grace a la-quelle ces caractères ont pu se maintenir définitivement cheznbsp;tous les rejetons de la souche qui les présentait originairement.nbsp;ChacLine de ces souches typiques a du nécessairement existernbsp;dabord a 1 état de race et, dans ce premier état, on con^oit quell onbsp;ait été associée a dautres types semblables, mais chez lesquelsnbsp;les caractères, arrêtés postérieurement paries effets de lhéréditénbsp;et devenus plustard caractères desection, navaient encore acquisnbsp;ni la même importance ni la même fixité. On voit par la que sinbsp;quelques-unes de ces espèces primitives ont pu, en se dédoublant,nbsp;donnernaissanceauxprincipales sections actuelles,dautres ont dünbsp;périr sans laisser de descendants, et dautres enfin ont pu,au contraire, arriver jusqua nous en demeurant faibles, isolées, pour-vues de caractères variables ou ambigus, qui ne permettent denbsp;les ranger dans aucune des sections existantes; consequence desnbsp;plus naturell es, puisque ces espèces ambiguësdateraientdun tempsnbsp;oules sections que nous connaissons nétaientpas encore définitivement constituées. 11 sensuit encore que laspect des formes comprises dans ces mêmes sections a dü beaucoup varier; elles sontnbsp;allées en se compliquant et se diversifiant, par Ie fait même dunbsp;mouvement de ramification, au moyen duquel elles nont cessénbsp;de sétendre et de se développer. Au contraire, les types isolés etnbsp;peu féconds, a raison même de ce défaut de plasticité, ont dü
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garder a peu prés intacts les traits de leur physionomie antérieure, soumise aux effets dune yariabilité bien plus restreinte.
La marche quenous venons desquisser a du êtrecelle durègne végétal presquc eutier, dès que lon admct les lois de lévolution;
mais elle est surtout applicable au groupe des chênes, et cest puur cela que ceu.x de la flore aquitanienne, qui se rattacbent anbsp;un tenips oü Ie genre lui-même commeufait a obéir a un mouvement dexpansion, ressemblent soita nos chênes verts qui tou-chent aux Cerris, dune part, aux Le.pidobalanus, de Fautre; soitnbsp;au Quercus virens dAmérique, type aujourdhui très-isolé, quinbsp;se rapproche égalemeutdcs Lepidobalanus eides Erythrobalauus
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du groiipe des aqiiatica, par Tintermédiaire dune race hybride fort CLirieuse, leQ. heterophylla, Michx. La figure 81 aidera mieuxnbsp;que Ie raisonnement a saisir Ie point de vue que nous avonsnbsp;cherché a établir.
Nous avons déja cité Ie Q. eloena, Ung. comme ressemblant au Q. phellos et au Q. virens, Ait.; il reparait dans laquitanien anbsp;Manosque, a Bonnieux et ailleurs. Les Quercus divionensis, Sap.
provectifolia, Sap. (fig. 81, 1) reproduisent Ie type des Q. im-bricaria eilaiirifolia dAmérique ; il en est demême du Q. Lyelli. Hr., des lignites de Bovey-Tracey. Le Q.larguensis, Sap., de Manosque, présente des feuillesirrégulièrement lobées comme cellesnbsp;du Q. polymorpha, Cham. et Schl., du Mexique. Le Q. Biichii,nbsp;Web. (fig. 81, 2) ressemble évidemment au Q. heterophylla,nbsp;Michx. et au Q. aquatica, Micbx., espèces américaines dont lesnbsp;feuilles sont tantót caduques, tantót semi-persistantes. Enfin_, lenbsp;Q. mediterranea, Ung. (fig. 81, 5-9), de Coumi, retrace fidèle-ment les traits du Q. pseiidococcifera, Desf., race ambigue etnbsp;jusqua présent imparfaitement connue, qui se place entre lesnbsp;Q. ilex et coccifera, quelle sert a relier entre eux.
II existe encore a cette époque de nombreuses rhamnées, des juglandées, soit du type ordinaire, soit du type des Engelhardtianbsp;asiatiques,quelques pomacées comparables a notre buisson ardentnbsp;OU Mespilus pyracantha, L., et, parmi les légumineuses, des Cer-cis, des Calpiirnia, des casses, des césalpiniées, des Acacia. Nousnbsp;devons signaler, en terminant cette revue nécessairementincom-plète, une curieuse espèce de Gymnocladus que son fruit ouvertnbsp;en deux valves aplaties et dune remarquable conservation rangenbsp;auprès du G. chinemis, Baill. (fig. 82), récemment signalé aux environs de Shang-Haï. Les Gymnocladus ne comprennent dail-leurs, dans la nature actuelle, .que les deux seuls G. chinensis etnbsp;caii'idensis, séparés par de grands espaces intermédiaires. Lesnbsp;types qui setrouvent dans cette situation ontgénéralement chancenbsp;detre rencontrés a létat fossile; leur disjunction actuelle étantnbsp;un indice de leur ancienneté relative et de leur extension a unnbsp;moment donné des ages antérieurs.
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Si lon rapproche la flore de Courni, localité aquitanienne siluée dans lile dEiibée, sous Ie 38' degré parallèle, des floresnbsp;également aquitaniennes de la region de lambre (S4° lat.), et de
Bovej-Tracey, dans Ie Devonshire (51quot; lat.), on est immédia-tement frappé des resseinblances qui relient les trois localités, et qui démontrent évideminent une très-grande uniformité denbsp;conditions climatériques pour TEurope entière, dans lage dontnbsp;ces flores ont fait partie. Partout, les raêmes formes dominantesnbsp;et caractéristiques reparaissent; partout les masses végétales sontnbsp;accentuées de la menie facon, et Ie résultat ne changerait pas,nbsp;si Pon joignait aces dépots dispersés aux extrémités de 1Europenbsp;celui de Manosque en Provence.
Les Sequoia, les Taxodium, les Glyptostrobus, parmi les coni-fères; les aunes des types orienlalis et subcordata, certaines myri-[Myrica banksiaefolia, Ung., M. hakesefolia, Ung.,71/. leevi-yata, Hr.); des laurinées, particulièrement des camphriers, des Andromeda dugroupe des Leucothoe persistent a se montrerpartoutnbsp;en première ligne et dominentévidemmentdans les divers ensem-
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bles. II serail pourtant inexact de croire que 1influence de la latitude fut alors de nul effet. La région de 1ambre, versies bords de laBaltique actuelle,estla plus septentrionale de toutes leslocalitésnbsp;aquitaniennes; les camphriers (fig. 83), qui maintenant ne végè-
tent en plein air que sur les points les plus abrités du littoral mé-diterranéen, y abondent, il est vrai; mais, d^autre part, on y remarque labsence, jusqua présent absolue, des palmiers. 11nbsp;sy montre seuleraent une plante a large feuille du groupe desnbsp;scitaininées, peut-être une zingibéracée; mais on y observe ennbsp;revanche de nombreux Smilax, des pins varies du type de nosnbsp;/flrfceo, une sorte de Nerium [Apocynophyllum elongatum, Hr.),nbsp;MyrsineelLeucothoe^ et enfin une rubiacée très-curieusenbsp;[Gardenia Wetzleri, llr,), reconnaissable a ses fruits et que lonnbsp;voit reparaitre a Bovey-Tracey, ainsi que sur les bords du Rhinnbsp;(Bonn).
Les lignites de Bovey, dans Ie Devonshire, raarquent a peu pres
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la limite boreale des Palmiers, lors de laqiiitanien ; cette limite coïncidait avec Ie 52° degré lat. M. Heer asignalé dans cette mêmenbsp;localité des vestiges quil rapporte, sinon avec certitude, du moinsnbsp;avec probabilité a la spathe, hérissée dépines a la surface, ounbsp;enveloppe protectrice de lappareil fructificateur dun palmiernbsp;de la section des calamées [Palmacites doemonorops, Hr.). II fautnbsp;de nos jours aller jusque dans lInde ou dans FAfrique inté-rieure pour rencontrer des palmiers-rotang a létat spontané.
Le Sabal major se montre un peu plus au sud dans les lignites de Bonn, par 50°,45' de latitude. Ces lignites fournissent dautresnbsp;exemples de plantes vraiment tropicales, entre autres les foliolesnbsp;dun Mimosa ou sensitive, plusieurs Acacia^ une Araliacée auxnbsp;feuilles digitées, une dombeyée, etc. Par contre, a ces végétauxnbsp;se joignent des onnes, des érables, des frênes, mélange inévi-table a lépoque que nous considérons.
En continuant a descendre vers le sud, on rencontre, non loin de Dijon, les calcaires concrétionnés de Brognon, dont lesnbsp;bloes sont pétris de debris végétaux ; leur étude offre dautantnbsp;plus dintérêt quil sagit, non pas dune formation marécageusenbsp;comme celle des lignites, mais dune collection de plantes ayantnbsp;servi dentourage a des eaux limpides et jaillissantes. Un palmiernbsp;a très-larges frondes, le Flabellaria latiloba, signalé égalementnbsp;dans la mollasse rouge inférieure des environs de Lausanne, estnbsp;ici lespèce dominante ; une belle fougère, LastrBa[Cyathea?)nbsp;Lucani, Sap., qui était peut-être arborescente, accompagne lenbsp;palmier; elle croissait au bord des eaux, non loin dun groupenbsp;de chênes a feuilles saliciformes [Querciis provectifolia, Sap.,nbsp;Q. divionensis, Sap.), prés dun figuier, dun jujubier, dunnbsp;laurier, et ces divers arbres se mariaient a un gainier [Gereisnbsp;Tournoneri, Sap., tig. 84), dont les feuilles ont été moulées ennbsp;grand nombre par la substance calcaire incrustante que les eauxnbsp;aquitaniennes, probablement thermales, tenaient en dissolution
Nous avons ainsi un tableau abrégé et partiel, saisi au coin dun bois, une échappée de paysage auquel ne manque aucun
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trait essentiel et quanime Ie fracas des eaux se précipitant en flots écumeux.
La scène devient tont autre, si Ton consent a suivre Ie professeur Heer aux environs de Lausanne, et a lui demander lesquisse denbsp;la contrée aquitanienne qui occupaitla place du canton de Vaud.
Fig. 84. Gainier aquitanicn.
1-2. Gereis Tourmueri, Sap. ; Feuilles.
Rien de plus frais, de plus calnie, de plus opulent et de plus varié a la fois ne saurait se concevoir. Nousne pouvons mieux faire quenbsp;de répéter les détails et demprunter jusquaux expressions duesnbsp;a la plume du savant professeur de Zurich (1). Un lac séten-dait alors des environs de Vevey a ceux de Lausanne. Sur sesnbsp;bords, on voyait se profiler les froudes en éventail des sabals etnbsp;des Flabellaria, et les longues palmes du Phoenicites. Plus loin,nbsp;les lauriers, les figuiers, les boux, certains chênes, mêlaient leurnbsp;feuillage ferme, lustre ou d'un vert sombre et mat, aux branchesnbsp;opulentes, déployées en masses profondes, des camphriers et desnbsp;canneliers. Les acacias aux rameaux tordus et aux fines foliolesnbsp;se détachent gracieusement sur Ie miroir des eaux ; des fougèresnbsp;grimpantes a la tige flexible et déliée, des salsepareilles entre-
(1) Voy. Ie Monde primitif de la Suisse. Trad. de Tallemand par Isaac Demole, 540. Genève et Bale, lib, Georg., 1872.
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lacées aux rameaux des arbres dont elles étreignent Ie tronc; plus loin, des érables plantureux complètent Ie rideau que formenbsp;autour du lac une lisière continue de végétaux. A la surface denbsp;1eau sépanouissent les feuilles du l^ijmphsea Charpentieri, Hr.,nbsp;associé au Nelumbium Btichü. Les laiches a grandes feuilles, lesnbsp;souchets, de grands roseaux sélèvent du sein des eaux, tandisnbsp;que dans Ie fond paraissent dautres palmiers de formes diversesnbsp;et même une broméliacée épiphyte, plante a physionomie exo-tique, dont la présence nexclut pas celle dun grand noyer, dunnbsp;aune et dun nerprun, peu différents de ceux que nous avonsnbsp;sous les yeux. M. Heer estime quil faudrait maintenant ré-trogarder de 15 degrés plus au sud pour avoir la possibiliténbsp;dobtenir un ensemble pareil a celui dont les vestiges ont éténbsp;recueillis aux environs de Lausanne.
Manosque noffre rien de plus meridional dans laspect. Les débris de végétaux que cette localité nous a conservés, consistentnbsp;principalement en feuilles et en fruits légers ou en semencesnbsp;aiiées, qui paraissent avoir été entrainés au fond des eaux ou senbsp;formait Ie dépot, surtout par limpulsion du vent combinée avecnbsp;laction dun faible courant a son embouchure. Le lac était considerable ; il mesurait au moins 60 kilometres, de Peyruis auxnbsp;alentours de Grambois, non loin de Pertuis; il semble que len-droit qui a fonrni la majeure partie des empreintes, et qui senbsp;nomme le quartier du Bois-d'Asson, point situé enlre Dauphinnbsp;et Volx, ait été jadis a proximité dun puissant escarpementnbsp;montagneux, dont le rocher secondaire de Volx serait un derniernbsp;débri. Une végétation fraiche et dun caractère relativement moinsnbsp;meridional aurait reconvert lesflancstournés au nord de ce grandnbsp;massif (1). La flore de Manosque, comme celle des gypsesnbsp;dAix, renferme deux catégories juxtaposées de végétaux; maisnbsp;ici les deux catégories, bien que totijours inégales, se balancentnbsp;mieux. Dun cóté, sont de rares débris de palmiers, des Sequoia,
(1) Consultoz la planche XII qui roprésente une vue idéale du lac aquitanien dc Manosque.
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des Glyptostrobus, des myricées, a feuilles allongées, coriaces et dentées, des Diospyros, des Leucothoe, une foule de laurinées,nbsp;des ailantes, des légumineuses yariées et daffmité subtropicale ;nbsp;de Faiitre, paraissent des aunes et des boiileaux, des hêtres etnbsp;des charmes, des peupliers et des saules, des frênes et desnbsp;érables, quelques pins; moins abondants comme nombre etnbsp;comme frequence, quelcs arbres de la première categorie ceux-ci croissaient a lécart et leurs dépouilles entrainées des pentesnbsp;et des escarpements boisés de la montagne sont vennes, biennbsp;quavec moins de facilité, se confondre au sein de leau avec lesnbsp;espèces qui entouraient immédiatement Fancienne plage lacus-tre. Ce nest la quune conjecture ; mais elle ne manque ni denbsp;vraisemblance ni dun commencement de preuves.
Les eaux tranquilles du lac de Manosque étaient fréquentées par une belle nymphéacée (Nymphsea calophylla, Sap.) par une
foule de cypéracées et par des massettes. A Fombre des grands
arbres, croissaient des fougères variées dont nous avons précé-demment signalé les principales: Osmimda lignitum, Ung., Las-trsea styriaca^ Ung., Pteris pemiseformis, tlr., Pteris urophylla, Ung., Lygodiiim Gaiidini, Hr., Chrysodium aquitanicum, Sap.nbsp;(nov. sp.).
Avant de passer en Grèce et daborder la localité de Coumi, déja mentionnée, si nous nous dirigeons vers Fest et que nousnbsp;francbissions les Alpes, nous rencontrerons Ie dépot aquitaniennbsp;des lignites de Cadibona^ caractérisé par la présence du Phce-nicites Palavicini, Sism. Deux autres points de la region piémon-taise, Stella etBagnasque, situés sur Ie mème horizon, ont égale-ment fourni des plantes qui different trop peu de celles denbsp;Manosque pour mériter de nous arrêter; mais si Fon traversenbsp;Fltalie pour atteindre Ie rivage opposé de F.Adriatique, on rencontre, en Croatie, Ie célèbre dépot de Radoboj, dontles plantesnbsp;fossiles, décrites par Ie professeur Unger, sélèvent a plus denbsp;280 espèces. Radoboj nest pas un dépot purement lacustre,nbsp;comme la plupart des précédents, ni terrestre et superficielnbsp;comme celui des calcaires concrétionnés de Brognon, mais
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un dépot dembouchure, formé sous linfluence dun courant fluviatile au contact des tlots de la mer. La présence dunnbsp;certain nombre dalgues, associées aux empreintes des plantesnbsp;terrestres, atteste la réalité de cette situation. Les espècesnbsp;sont en grande partie celles qui ont été désignées commenbsp;caractérisant plus particulièrement 1aquitanien ; dautres sontnbsp;communes a eet étage et au miocène proprement dit; dautres aussi,nbsp;comme Ie bel Aralia Eercules, les Palxocarya, VOstrya atlan-tidis, Ung., etc., se retrouventa Armissan et accusent une liaisonnbsp;avec Ie tongrien supérieur, ou tout au moins avec la partie an-cienne de laquitanien. Le fleuve dont les eaux entrainèrent unnbsp;si grand nombre de fossiles et de débris yégétaux de toutesnbsp;sortes, parcourait sans doute une region fertile et boisée. Lesnbsp;groupes aujourdhui exotiques des rubiacées frutescentes, desnbsp;myrsinées, des sapotacées, celui des diospyrées, les malpighia-cées, les sapindacées, les célastrinées, et, par-dessus tont, les lé-gumineuses de toutes les tribus sont riebement représentés. LA-cacia insignis, Ung. (fig. 85), ressemble beaucoup a lA. Bousqiieti,nbsp;Sap., dArmissan, de mème que le Copeiifera radobojana, Ung.,nbsp;se range non loin de Copaifera armissanensis. Sap. Généra-lement, les deux localités tertiaires, celle de Croatie et celle denbsp;lAude, présentent une étroite liaison par la quantité de formesnbsp;identiques ou seulement analogues quelles renferment. Un genrenbsp;de plantes sarmenteuses et yolubilcs, dont les tiges devaient sen-lacer dés cette époque aux branches des plus grands arbres etnbsp;sassocier aux salsepareilles, a encore laissé des traces incontes-tables de sa présence a Radoboj ; je veux parler des aristoloches,nbsp;dont la figure 86 représente une fort belle espèce, provenant denbsp;cette localité et qui parait avoir échappé a la perspicacité du pro-fesseur Unger, qui ne Ua pas conniie.
La localité de Coumi (ile dEubée) se distingue de celle de Manosque, dont elle est contemporaine, par une plus grandenbsp;profusion de formes méridionales, bien que celles de la zonenbsp;tempérée soient loin den être exclues. Les genres aune, bouleau,nbsp;charme, peuplier, érable, sy trouvent représentés, mais seule-
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ment a laide dun petit nombre dexemplaires. Les chênes verts, les myricées a feuilles persistantes, les Diospyros, les myrsinées,nbsp;les légiimineuses abondent et forment la grande masse de len-
. Acacia insignis, üng., legumes. 2-3. Co-paifera radobojama, üng. ; 2, fragment de feuille avec foliole; 3, fruit.
semble. On distingue une araliacée de type africain (fig. 87), dont les feuilles digitées ressemblent a celles des Cussonia; les acaciasnbsp;y sont fréquents, les Sequoia et les Glyptostrohus doininentparminbsp;les conifères, sans exclure précisément les Calütris et Widdring-tonia, a lexemple de ce qui se passait en Provence a la mêmenbsp;époque. Les palmiers sont jusquici inconnus a Coumi, mais, énnbsp;revanche et comme pour attester Iinfinence de la latitude et Ienbsp;voisinage de lAfrique, une cycadée congénère Encephalartos
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de ce continent y a été découverte, il y a environ trois ans, par M. Gorceix; cest VEncephalartos Gorceixianus^ Sap., dont la figure 88 représente une fronde presqiie entière. Cette cycadée estnbsp;sans doute une des dernières qui ait persisté sur Ie sol de 1Europe
Fig. 87. Araliacée aquitanienne de Coumi (Eubée). Cussoma polydrys, üng.
Feuille digitée presque compléte, y compris Ie petiole, daprès un spécimen flguré
par M. ünger.
tertiaire, oü la présence du groiipe a été longtemps considérée comme problématique. II faut bien lavouer, nous ne connaissonsnbsp;que très-superficiellement la végétation miocène et seulementnbsp;par ses cótés les plus vulgaires. Les stations rapprocbées desnbsp;eaux OU voisines des parties boisées sont presque les seules dontnbsp;il nous ait été donné de recueillir les planfes. Les autres points
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situés a lécart, abrités par certains accidents du sol, on placés dans des conditions toutes spéciales, nous échappent nécessaire-ment. Bien des épaves soustraites aux destructions antérieuresnbsp;devaient alors sur^ivre fa et la au sein de lEurope, comme cesnbsp;edifices gothiques qui frappent lceil au milieu des quartiersmo-
dernes de nos grandes villes. Cette uniformité qui nous frappe si justement dans Ie flore aquitanienne devait sétendre surtoutnbsp;au voisinage des lacs, alors si nombreux. Certaines stations, plusnbsp;rares et en général plus pauvres que les dépots les mieuxnbsp;connus, semblent échapper effectivement aux effets de Tunifor-mité dont laspect parait alors si général; ces stations nous dé-
-ocr page 332-voilent tont dquot;un coup Ie tableau dassociations végétales dont la physionomie contraste avec celles que lon observe Ie plus ordi-nairement. 11 en est ainsi de Bonnieux (1), en Provence, localiténbsp;voisine dApt (Vaucluse) etpresque contemporaine de cclle deMa-nosque. Des protéacées, desrbizocaulées, de maigres qnercinées,nbsp;un saule de type entièrement exotique, des arbustes de petitenbsp;taille, et probablement chétifs de feuillage, peuplaient ce cantonnbsp;vers Ie commencement de laquitanien ; la aussi une cycadéenbsp;{Zamites epibius, Sap.) a laissé lempreinte dune fronde de très-faible dimension, et cette empreinte se trouve accompagnéenbsp;dune autre qui rappelle singulièrement les strobiles de cer-taines zamiées actuelles.
11 faut conclure de ces divers faits que dans touteslcs epoques la nature végétale ne sest dépouillée que graduellement de las-pect quelle avait dabord revêtu, et quelle a gardé plus ounbsp;moins longtemps certains éléments isolés et comme dépaysés aunbsp;milieu dun ensemble déja presque entièrement renouvelé. Cestnbsp;ainsi que, de nos jours, plusieurs plantos eiiropéennes ne senbsp;inainiiennent plus que par artifice, sur des points restreints ounbsp;même dans des stations uniques; dautres, comme Ie Ceratonia
(1) Une découvorte toute récente, due principalement k M. Goret, sous-inspecteur des forcts k Digne, vient de faire coniiaitre une flore locale, destinée k servir denbsp;complément k celle de Bonnieux; cette flore est comprise dans des schistes calcaréo-marneux, simple prolongement des lits de Bonnieux, et qui aftleurent k Gereste, pointnbsp;situé sur Ie revers nord du mont Eéberon, k distance presque égaie dApt et de Ma-nosque. Lensemble des caractères, joint k 1étude stratigrapliique de gisement, denote un age un peu antérieur k celui de laquitanien proprement dit. Le Saljcd major et le S. Hmringiana ont laissé des vestiges reconnaissables dans ce dépot; lesnbsp;Callitris et Libocedrus sy trouvent, comme k Armissan, associés k des Sequoia. Lesnbsp;' feuilles de Mimosa, les folioles éparses et les fruits i'Acacia parsèment la surfacenbsp;des plaques. Les iaurinées dominent par le nombre des empreintes et la variété desnbsp;formes ; leurs espèces sont les mêmes quk Manosque. On distingue, en fait de ra-retés, le fruit dun clématite, les feuilles dune viorne dafflnité japonaise {Viburnum Goreti, Sap.), enfin lappareil fructificateur presque complet, dun Lygodium,nbsp;fougère grimpante dont nous avons plus haut figure uiie fronde {fig. 74), sous lenbsp;nom de L. Gaudini. Cette dernière espèce se trouve k Manosque et caractérisenbsp;laquitanien. Des insectes, des poissons et même des oiseaux, recueillis k Gerestenbsp;en même temps que les plantes et réunis en collection par les soins de 1administra-tion forestière. fourniront des notions précieuses sur 1age auquel se rapportent tousnbsp;ces êtres organises et qui a du servir de transition entre loligocène et laquitanien,nbsp;ainsi que sur les particularités distinctives de Iancienne region. Celle-ci, k en jugernbsp;par les seuls végétaux, constituait sans doute autrefois une station cliaude et relati-vement sèche, peu différente de celle de Bonnieux.
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siliqua et Ie Chamoerops humilis, achèvent de disparaitre du sol fraufais, tandis que Ie houx. a quitté, il y a moins dun siècle, lanbsp;Norvége ou 1on en connaissait quelques individus que lonnbsp;chercherait vainement a lheure quil est.
** Sous-période mollassique.
Cette seconde sous-période est celle qui correspond a lin-vasion et au séjour prolongé de la mer miocène. Cette mer est la dernière qui ait pénétré notre continent, et qui laitnbsp;découpé en archipels et en péninsules, comme Iavaient faitnbsp;auparaTant la mer nummulitique, et plus anciennement cellesnbsp;du lias et de loolithe. A louest, la mer des faluns, qui nenbsp;communiquait pas direclement avec celle de la mollasse,nbsp;occupait une partie du bassin actuel de la Garonne ; elle y for-mait un golfe qui sétendait au pied des Pyrénées, dans les alentours de Toulouse, et jusquauprès dAlbi. Entre Poitiers etnbsp;Blois, cette même mer remontait Ie cours de la Loire, et prolon-geait xers la Limagne dAuvergne une sorte de fiord sinueux.nbsp;La mer de la mollasse ne couvrait pas la ligne même des Alpes,nbsp;comme lavait fait celle des nummulites : après avoir pénétrénbsp;dans la vallée du Rhone et sêtre avancée jusquen Suisse par lanbsp;basse Saóne, les environs de Lyon et la région du Jura, ellenbsp;remplissait la partie plate de la Suisse, au nord du massif alpin,nbsp;dont Ie relief commenfait a saccentuer, et de la, a travers la Ba-vière, elletenaitla vallée entière du Danube(l). En Italië, la mernbsp;miocènc suivait Ie pied des Alpes, et contournait, en léchan-crant, la plage occidentale de lAdrialique ; elle circonscrivaitnbsp;ainsi une grande terre en forme de péninsule, qui rattachait lanbsp;région des Alpes a celles de ITllyrie, de la Thrace et dune section de la Grèce, et a laquelle M. Heer donne Ie nom de Pennino-caniietine. Cette terre jouait sans douteun róle considérable dansnbsp;1économie de lEurope contemporaine dont elle contribuait a
(!) Consultez la planclie XI qui représente les contours approximatifs de la mer miocène ou mollassique, en Europe.
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accenluer la physionomie géographique ; la Provence en fai-sait partie, située a son extréme Occident. Déconpée en fiords étroits et multiples, celle-ci accusait par son orographie encorenbsp;visible Iaspect que présenten! de nos jours les cotes de la Scandinavië on celles dii littoral dalmate. La manière dont sopéranbsp;sur ce point Iinvasion mollassique est dautant plus facile anbsp;observer que les premiers dépots marins se superposent, sansnbsp;lacune ni brusquerie, aux derniers lits formés an sein des lacsnbsp;aquitaniens, envahis par les eaux salées._ A Aix, a Manosquenbsp;même, aux environs dApt et de Forcalquier, la transition entrenbsp;les deux systemes est visible ; il est également visible que cettenbsp;transition eut lieu sans effort, et Ton voit les sédiments marins,nbsp;dabord incohérents et ferrugineux ou marno-vaseux, se lier in-timement avec les sédiments lacustres, en montrant vis-a-vis denbsp;ces derniers une parfaite concordance des plans respectifs denbsp;stratification. Cette substitution dun terrain plus recent a unnbsp;autre terrain quil recouvre estcependant loin dêtre universelle.nbsp;La mer de la mollasse natteignit et ne submergea pas en Provence tous les niveaux précédemment occupés par les lacs aquitaniens ; en daiitres termes, le périmètre de cette mer fnt loinnbsp;de coïncider partout avec celui des eaux lacustres aquitaniennes.nbsp;II faut supposer quil y eut alors des mouvements du sol, suffi-sants pour émerger certains points de la contrée, en abaissantnbsp;les autres de fapon a donner acces aux Hots marins qui les sub-mergèrent. Une tres-belle coupe qui existe a Carry, au bordnbsp;même du golfe actuel de Marseille, et qui présente des lits marinsnbsp;dun age pins recule que la mollasse de Iinterieur du pays, sertnbsp;a démontrer que Iinvasion eut alors lieu du sud au nord, etnbsp;que, dans cette direction, la mer miocène a son début ne cessanbsp;de progresser et dempiéter, de même que tors de son retrait,nbsp;le mouvement de recul seffectua du nord au sud par etapesnbsp;graduelles, en sorte que le bas Rhone et les parties attenantesnbsp;du Card et de lHérault resteren! occupés par une mer mio-pliocene, alors que celle-ci avait quitté les environs de Lyon, lanbsp;Suisse entière et le haut Danube.
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LES PERIODES VEGETALES.
II est difficile de ne pas admettre que cette mer miocène nait été pour lEurope quelle rendait semblable a larcbipel Indiennbsp;une cause puissante dadoucissement du climat. Une temperature égale, clémente durant lhiver, pluvieuse pendant lét'é, nanbsp;cessé, tant qiEelle a persisté, de régner sur notre continent et dynbsp;favoriser Ie maintien dune végétation aussi riche que yariée. Lenbsp;refroidissement de la zone tempérée actuelle ne sarrèta pas,nbsp;rnais il ne fit que des progrès très-lents, sensibles seulement sinbsp;Ton considère la marcbe envahissante des genres a feuilles ca-duques, particulièrement de ceux qui sont lapanage le plusnbsp;ordinaire de noscontrées ; on voit alors ces genres se multipliernbsp;partout et obtenir finalement la predominance.
Parmi eux, il faut citer principalement celui des peu-pliers, qui ne furent jamais si puissaminent développés ni si variés que dans 1age miocène. LEurope mollassique était cer-tainement plus riche en peupliers que le monde entier ne Testnbsp;maintenant. Toutes les sections du genre étaient représentéesnbsp;sur notre sol, et plusieurs des formes yivantes paraissent être desnbsp;descendants a peine modifies des espèces de cette époque.
11 en est ainsi du Vopidus euphratica^ OIL, ou peuplier co-riace, qui croit le long des grexes humides, sur le bord des ruis-seaux et des fleuves, en Algérie, pres du Jourdain et de lEu-phrate. Cest ii eet arbre que fait sans doute allusion le verset poétique si connu du psaume de Jérémie, Super flumina Baby-hnis : « Sur les rives du fleuve de Babylone, nous nous sommesnbsp;assis et nous avons pleuré au souvenir de Sion. Aux saules quinbsp;savancaientjusqu'au milieu des eaux, nous suspendimes nos in-
truments de musique____» Effectivement les feuilles du peuplier
de lEuphrate sont très-variables ; tantót ovales, tantót cordifor-mes, eiiticres ou dentées, elles sallongent dautres fois et se ré-trécissent de fagon a ressembler a celles des saules ; ses rameaux Ilexibles et abondants rappellent a 1esprit ceux du saule pleu-reur, arbre dorigine chinoise, introduit a une époque relati-vement récente et que les Ilébreux nont certainement jamaisnbsp;connu.
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DE LÉPOQUE tertiaire; MIOCÈNE.
Le Populus mutabilis ou peuplier a feuilles changeantes, si répandu a OEningen, et dont on retrouve tons les organes,nbsp;rappelle a sy méprendre le Populus euphratica. 11 a depuisnbsp;quitté FEurope, et comme tant dautres espèces tertiaires que
les progrès continus du refroidissement ont cliassés vers le sud, il revit presque sans changement dans son homologue actuel denbsp;FAfrique boréale et de lAsie occidentale. Beaucoup de formesnbsp;européennes miocènes sont en effet trop rapprochées par tonsnbsp;leurs caractères visibles despèces encore vivantes, dispersées
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LES PERIODES VÉGETALES.
dans la zone tempérée chaude des deux continents, pour ne pas admettre un lien de filiation des secondes par les premières.nbsp;Quelques-unes de ces espèces, dites homologues des plantes ter-tiaires, sont encore a portee de nos frontières, comme si lévéne-ment qui les a frappées dostracisme était récent et navait eu
dautre elfet que de les rejeter en dehors des limites de notre continent.
Le platane, Ie liquidambar, Ie planère ou orme de Sibérie, Ie Pterocarya ou noyer du Caucase sont justement dans ce casnbsp;(voy. la fig. 90). Dautres fois, cest plutót en Amérique quil faut
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MIOCENE.
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aller chercher les végétaux similaires de ceux qiie comprend la flore miocène dEurope et de la la supposition, exempte dinvrai-semblance, danciennes connexions géographicjues rejoignant lesnbsp;deux continents. II est vrai que ces sortes de liaisons despècesnbsp;sexpliquent encore mieux par des immigrations venues du pole,nbsp;qui auraient déversé les végétaux particuliers aux contrées arc-tiques dans des regions plus méridionales, vers lesquelles ces végétaux auraient rayonné comme dun centre, en divergeant dansnbsp;plusieurs directions a la fois. Cest ainsi que Ie phénomène, sinbsp;connu des botanistes, des genres a espèces disjointes, cest-a-dire séparées par de grands espaces, et distribuées a la fois dansnbsp;les deux continents, sexplique de la fagon la plus naturelle,nbsp;sans quil soit même nécessaire dévoquer lintervention de mou-vements physiques trop fréquents, de nature a bouleverser léco-nomie géographique du globe.
Lors du miocène et tant que persista la mer mollassique, on voit la végétation européenne offrir une association despèces con-
génères de celles que nous avons sous les yeux, bien que géné-ralement distinctes de celles-ci a certains égards, et de types décidément étrangers a lEurópe, qui se marient barmonieuse-ment entre eux pour former un ensemble dont la richesse a lieunbsp;détonner. Quelques-uns de ces types paraissent ne plus existor
C' DE Saporta. nbsp;nbsp;nbsp;20
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LES PÉRIODES VÉGETALES
nulle part; ils ont pu cependant, grace a labondance des vestiges quils ontlaissés, être définis avec precision. Nous citerons en exemple les Podogonium^ sortes de légumineuses césalpiniées,nbsp;analogues aux Gleditschia, aux Tamarindiis, aux Copaifera,nbsp;mais enréalité différantde tous les genres actuels. Leurs feuil-les, abruptement pinnées, étaient divisées en folioles nombreu-ses ; leurs fruits consistaient en un legume débiscent, mono-sperme et pédicellé, dont la graine unique, poussée a la matu-rilé en dehors des valves, demeurait adhérente au trophospermenbsp;par un court funicule.
Les fougères se rapprochent graduellement des formes encore existantes, du rnoins si lon consulte les pays situés au sud denbsp;lEurope. \]Adiantum renatiim, Ung., est lancêtre de 1^. reni-forme, L., des Canaries ; Ie Pteris pennaeformis, Hr., ressemblenbsp;au P. longifolia, L. ; Ie P. ceningensis, Ie Woodwardia Reessne-riana sont les parents incontestables de notre P. aquilina et dunbsp;W.radicans. \JOsmunda Hecrii, Gaud., diffère réellement très-peu de rO. regalis, L.
Les conifères dominantes appartiennent toujours aux trois types Sequoia, Taxodium, Glypiostrobus; il sy joint probable-mentaussides Thuya et Ae^Torreya et surement un Salishurianbsp;qui se confond spécifiquement avec notre Ginkgo en Salishurianbsp;adiantifolia du Japon.
Les graminées se multiplient, parmi les monocotylédones, et ferment partout des gazons, servant de pature aux herbivores quinbsp;tendent partout aussi a se répandre. Quelques palmiers se raon-trent encore, mais ils sont de plus en plus clair-semés, et ce sontnbsp;les derniers qui aient habité lEurope centrale.
Les bouleaux, les aunes, les charmes, les saules, les pla-tanes, sontalors répandus en.tout lieu. Les érables nont jamais été plus florissants, plus nombreux et plus diversifies. Lampleurnbsp;de leur feuillage augmente; on recueille leurs divers organes ;nbsp;plusieurs de leurs espèces se trouvent reconstituées, comme silnbsp;sagissait desplantes dun herbier. Les rayricées continuent a senbsp;montrer sous les formes les plus variées, et les Comptonia en par-
-ocr page 342-plupart des figuiers sont entachés de certaius doutes qui soppo-sent a leur exacte détermination; Ie plus fréquent de tous, Ie Ficus tilicefolia, Al. Br., néchappe pas a cette remarque ; il pour-rait tout aussi bien dénoter un Pterospermum quim Ficus;nbsp;mais, sil a réellement appartenu a ce dernier genre, il se place anbsp;cóté én Ficus bengalensis, L., ou figuier des Banians.
Si nous tournons nos regards vers les chênes, nous remar-quons a OEningen des chênes verts, analogues a ceux du Mexique et de la Louisiane ou reproduisant laspect des Cer-ris a feuilles serai-persistantes de lAsie ; cependant, des formes plus rapprochées de celles que nous avons sous les yeuxnbsp;commencent des lors a sintroduire au sein des bois monta-gneux; elles se répandront peu a peu, et la physionomie de quel-ques-unes dAntre elles semble montrer que leur feuillage senbsp;llétrissait sous linfluence de la saison froide. La flore du montnbsp;Charray en Ardèche est instructive a eet égard; elle est rangée
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LES PÉRIODES VÉGETALES
dans Ie miocène supérieur et comprend, avec des érables, des charmes [Ostrya] (1), des chataigniers, un certain nombre de chê-nes qui leur étaient associés. Ces chênes encore inédits sont ac-compagnés de leurs fruits ou du moins de leurs cupules, et leurnbsp;étude (voy. la fig. 93) prouve que les sections ilexQi cerris étaient
1-2. Quercus palseocerris, Sap. : 1, feuille; 2, deux cupules accolées. 3-4. Quercus subcrenaia, Sap,: 3, feuille; 4, cupule. 5, 6. Quercus prseilex, Sap. : 5, feuille;nbsp;6, deux fruits, lun muni de son gland ; 1'autre imparfaitement développé, soutenue sur pédoncule commun, gros et court.
alors représentées dans lEurope méridionale par des formes voisines du Quercus ilex, L. , et des Q. cerris, L. et pseudosuber,nbsp;Sant. Les chênes de la section de nos robur ne se font voir encore nulle part ; mais on les rencontre un peu plus tard dans Ienbsp;pliocene inférieur dAuvergne. Les laurinées continuent a êtrenbsp;puissantes; elles touchent pourtant au moment de leur déclinnbsp;qui, une fois inauguré, ne sarrêtera plus. Les genres Laurus,nbsp;Persea, Benzoin, Oreodaphne, Cinnamomum et Camphora sa-yancent jusquau centre de lEurope et y mürissent leurs
(1) Cet Ostrya se confond peut-être avec VOstrya ilalica, Scop., qui, de nos jours encore, habite les pentes fraiches et Ie bord des ruisseaux ombreux dans les Alpesnbsp;maritiines, prés de Vence et de Nice.
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DE LÉPOQUE tertiaire; MIOGÈNE. nbsp;nbsp;nbsp;309
fruits, grace a la douceur des hivers et a la chaleur égale etlong-temps prolongée des étés.
Aux Tégétaux qui précédent, il faut ajouter des myrsinées, des sapindacées, des araliacées, des magnoliacées et des anonacées,nbsp;des sterculiacées, de nombreuses célastrinées, de puissantes ju-glandées, des térébinthacées et finalement des légumineusesnbsp;variées pour tracer une esquisse rapide et cependant incomplète
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de la vegetation contemporaine de la mer de la mollasse et de celle des faluns.
Certains types, auparavant inconnus en Europe, comme celui des tilleuls, commencent a se montrer, en suivant, pour y venir,nbsp;la direction du nord ; les exemples répétés de Cellis ou micocou-liers sontbien authentiques, et les ormes affectent des caractèresnbsp;qui permettent de les confondre avec VUlmus campestris, L., denbsp;lEurope actuelle.
A cette époque, notre continent possédait un tulipier (fig. 95, 3-4), un liquidambar (fig. 90, 4-5), un platane (fig. 90, 2-3), unenbsp;vigne très-peudifférente de la notre (fig. 96, 1), un robinier dontnbsp;on a signalé a la fois les feuilles et les fruits (fig. 96,2-3). Ees aigrettes plumeuses recueillies a OEningen prouvent la presence
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LES PERIODES VEGETALES
de nombreuses synanthérées; lEurope comprenait encore des frênes, des lauriers-roses, des cornouillers, des viornes, desnbsp;clématites et une foule dautres types que nous sommes forcé
de passer sous silence. Cependant, une curieuse hamamélidée (tig. 96, 2), Ie Parrotia fagifolia, Hr., doit être mentionnée, pareenbsp;qiielle a été observée dans les regions arctiques et quelle senbsp;retrouve, bien après la fin du miocène, dans les marnes anbsp;Elephas meridionalis du midi de la France, en compagnie dunbsp;Planera Ungeri (Toy. fig. 90, 1), dont lhomologue vivant existe
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Ae nos jours en Crète, tandis que rhamamélidée la plus rappro-chée du Pan'otia fagifolia, Ie P. persica, est indigene de la Perse, comme lindique son nom.
Cétait done au total une riche et noble vegetation que celle qui couvrait lEurope au temps de la mollasse : elle offraitun
mélange harmonieux de formes maintenant dispersées dans des régions très-diverses; son opulence, sa variété, la beauté desnbsp;forêts, Pélégance des massifs qui servaient de rideau aux eauxnbsp;dormantes ou accompagnaient Ie bord des fleuves, tout saccor-dait en elle pour étaler iinmerveilleux spectacle, quil nétait pasnbsp;donné a Fhomme de saisir ni dapprécier.
11 est vrai quon a prétendu faire remonter jusquau miocène les premiers vestiges de notre race, mais dautres observations
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LES PERIODES VÉGÉTALES
portent a rejeter ces indices comme ne sappuyant sur rien de réel, et revolution encore imparfaite de plusieurs séries de mam-mifères, parmi lesquels les ruminants navaient encore dautresnbsp;représentants que des cerfs et des bouquetins, est bien faite pournbsp;servir de confirmation a ces doutes. Les pachydermes dominentnbsp;toujours dans la faune mollassique; les tapirs et les rhinocerosnbsp;ont remplacé les anthracotheriums; les dinotheriums, puis lesnbsp;mastodontes précédent les éléphants, et les hipparions du mio-cène supérieur annoncent les chevaux encore absents.
De nombreuses localités du temps de la mollasse, riches en empreintes végétales, ont offert a plusieurs savants dinnombra-bles documents sur la flore de eet age, quils ont dépouillés denbsp;manière a en reconstituer fidèlement Ie tableau.
Les lignites de la Wétéravie (Salzhausen, Rockenberg, etc.), Gunzbourg en Bavière, Bilin en Bohème, Menat en Auvergne,nbsp;Ie mont Charray en Ardèche, OEningen en Suisse, Parschlugnbsp;et Gleichenberg en Styrie, Tokay en Hongrie, les environs denbsp;Vienne en Autriche, sont les principales de ces localités dontnbsp;quelques-unes ont acquis une juste célébrité.
Nous ne parlerons ici que de la plus remarquable et de la mieux explorée de toutes, celle dOEningen, pres de Schatfouse, quinbsp;résumé, pour ainsi dire, en elle toutes les autres, et qui ren-ferme non-seulement des plantes, dont M. Heer a décrit pres denbsp;500 espèces (475), mais de nombreux restes danimaux : mammi-fères, oiseaux, reptiles et poissons, mollusques et crustacés,nbsp;arachnides, insectes; ces derniers ont fourni plus de 800 espèces.nbsp;Cest a OEningen quon a recueilli la grande salamandre, An-drias Scheuchzeri, HolL, dont Ie type vivant a été retrouvé aunbsp;Japon [Andrias japonicus, Tem.). Les immenses travaux denbsp;M. Heer qui ont eu a la fois pour objet les végétaux et les insectes de ce dépot ont suggéré a eet auteur des rapprochementsnbsp;ingénieux et Tont amené a des inductions a la fois si hardies etnbsp;si précises sur Tancienne configuration des lieux, sur les événe-ments physiques et biologiques dont ils furent Ie théatre ,nbsp;sur les caractères de la flore, la nature du climat et Tordre des
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saisons, a lépocjue oü saccumulèrent les plaques fossilifères, que nous ne pouvons inieux faire que demprunter les détails suivantsnbsp;a son livre intitulé : Le monde primitif de la Suisse.
Selon lexposé de M. Heer, les eaux du lac dOEningen subi-rent dans le cours des %es de grandes transformations quil est naturel dattribuer aux caprices de la rivière qui avait sur cenbsp;point son emboucbure; mais il est en même temps possiblenbsp;quun relèvement et un affaissernent du sol, provenantde mou-¦yements Yolcaniques, y aient aussi contribué.
Dans une assise inférieure, nommée couche d insectes, et com-posée denviron deux cent cinquante lamelles on feuillets, on distingue jusquaux saisons qui ont dü présider a la formation denbsp;chacun deux. Les fleurs de camphrier, associées a des feuillesnbsp;de peuplier, annoncent le printemps. Les fruits dorme, de peu-plier et de saule, réunis sur la même plaque, font naitre la pen-sée du commencement de l'été; enfin les fruits de camphrier etnbsp;de Diospyros, ceux de la clématite et de plusieurs synanthéréesnbsp;rassemblées pèle-mêle rnarquent lapproche de lautomne.
Larbre le plus commun est un érable, Ace?' trilobatum, Al. Br., qui devait vivre sur un point rapproché des anciennes eaux;nbsp;il en est de même des peupliers, Populus latior et P. mutabilisnbsp;(lig. 89), dun Sapindus, S. falcifolius, Hr., dun noyer, Jiiglansnbsp;acuminata, Al. Br., et des Podogonium. Ces derniers, associés anbsp;de nombreuses laurinées et a plusieurs chênes, formaient sansnbsp;doiite de grandes forêts. Les plantes aquatiques proprement ditesnbsp;sont rares, mais celles qui servaient aux eaux de bordure im-raédiate, comme les roseaux, les massettes, un bel iris, I.nbsp;Escheri, Hr., des joncs et des cypéracées, sont au contraire fortnbsp;répandues.
Lhiver était particulièrement doux; il suspendait quelque peu, sans linterrompre réellement, le cours de la végétation.nbsp;Dans lopinion de M. Heer, les saules, les platanes, les liqui-dambars et le camphrier fleurissaient dès le mois de mars,nbsp;comme ils le font actuellement a Madère.
La coincidence des fourmis ailées (les fourmis perdent leurs
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ailes yers Ie milieu de lété) et des fruits raürs de Podogonium, situés a la surface de la même plaque, indique Ie moment denbsp;lannée oü ce type aujourdhui perdu achevait Ie développementnbsp;de ses fruits et disséminait ses graines, après avoir fleuri dès Ienbsp;premier printemps.
Des orages étaient saus doute fréquents et les pluies abondantes a cette époque de lannée; les feuilles, les fleurs, les rameaux,nbsp;fréquemment arrachés aux branches des arbres et des arbustesnbsp;étaient entrainés violemment jusque dans Ie fond des eaux. Lanbsp;proportion considérable de végétaux a feuilles persistantes quenbsp;lon observe, fait voir que la nature végétale ne se livrait pas anbsp;un repos complet. Les fleurs ou les fruits se montraient fa et lanbsp;toute lannée, et, selon lexpression même de M. Heer, «la vienbsp;ne disparaissait jamais entièrement de ces forèts primitives; ellenbsp;se renouvelait en répandant a profusion ses richesses, et réali-sait en Europe Ie tableau de ces zones bénies, oü de nos jours lanbsp;vegetation ne perd jamais son activité. » Le climat dOEningennbsp;est assimilé a celui de Madère, de Malaga, du sud de la Sicile, dunbsp;Japon méridional et de la Géorgie par le savant professeur denbsp;Zurich, qui lui assigne une moyenne annuelle de 18 a 19 degrésnbsp;centi grades.
Telle était lEurope jusquau temps oü la mer de la mollasse opéra son retrait. A ce moment, souvre la dernière des périodesnbsp;entre lesquelles se partage lensernble des temps tertiaires, lanbsp;période pliocène; cest elle qui nous reconduira, a travers unenbsp;longue série doscillations, jusquau seuil de lage moderne.nbsp;Elle ne sera pas terminée que lhomme se sera glissé en Europe,nbsp;en y laissant des vestiges assures de sa première apparition.
PÉRIODE PLIOCÈNE.
De période en période, nous avons atteint la dernière de celles entre lesquelles se divisent les temps tertiaires; nous avons vu
DE LÉPOQUE tertiaire; PLIOCÈNE.
successiTement sétendre et se retirer les mers nummulitique, tongrienne, mollassique ; nous avons vu, en Europe, les eaux desnbsp;lacs reiuplacer a plusieurs reprises les bassins maritimes ennbsp;voie de dessèchement. Ces vicissitudes ont en leur contre-coupnbsp;dans la végétation, dont laspect et les éléments constitutifs ontnbsp;parallèlement varié : a la flore si vigoureuse et si complete dunbsp;du premier age tertiaire,, un ensemble plus maigre, mais remar-quable par linépuisable variété de ses formes, est venu se subs-tituer. A la fois cbétive et tenace, semée de contrastes, emprun-tant ses traits distinctifs au continent africain et a lAsie austro-orientale, cette seconde flore caractérisa léocène et se maintintnbsp;partiellement durant la plus grande partie de la période sui-vante; elle céda pourtant peu a peu devant linvasion de typesnbsp;et de formes adaptés a un climat moins sec et moins chaud, anbsp;des saisons moins trancbées, a linfluence déja marquée dunnbsp;hiver, dont les rigueurs navaient rien pourtant de comparablenbsp;a ce que sont les nótres, même dans les parties méridionales denbsp;notre zone. Nous avons vu cette nouvelle végétation, dont lesnbsp;affinités nont plus rien dafricain, ni de sud-asiatique, maisnbsp;dont les types continuent depuis lors a habiter les parties tem-pérées de lbémisphère boréal, prendre graduellement de lexten-sion, puis de la prépondérance et dominer dune fagon presquenbsp;absolue, dans Vage qui correspond a létablissement de la mernbsp;mollassique en Europe. Cet age marque pour notre continentnbsp;une ère de splendeur végétale, un temps de calme, dhumiditénbsp;égale et bienfaisante, sans extremes daucune sorte, qui ne repa-raitra plus et qui indique lapogée du développement de la nature végétale sur notre sol^ encore exempt des épreuves quilnbsp;était destiné a subir.
La période pliocene est celle oü Ie déclin saccomplit, oü les conditions climatériques saltèrent définitivement, oii la végétation se dépouille graduellement et sappauvrit pour ne plusnbsp;rien acquérir désormais. La marcbe du phénomène est lente etnbsp;presque insensible, mais elle glisse sur une pente qui ne sar-rête jamais. Ces ornements que nous envions aux regions favo-
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LES PÉRIODES VÉGÉÏALES
risées du soleil, cetle reunion darbres précieux, de plantes nobles OU élégantes auxqnelles nous ouvrons un abri artiflciel au fond de nos serres et que lEurope possédait jusque-la, elle vanbsp;les perdre pour jamais. Les végétaux frappés dostracisme pren-dront un a unie chemin de lexil; ils séloigneront par étapes ;nbsp;cest leur exode que nous aurions a décrire, sil nous était donnénbsp;de les suivre pas a pas dans leur route rétrograde, et de les signaler un a un, a raesure quils abandonnent notre sol.
Dans la période pliocene, comme dans toutes celles qui ont précédé, nous avons a considérer plusieurs sortes de phéno-mènes, étroitement enchainés, les uns physiques, les autres cli-matériques, les derniers organiques et resultant des premiersnbsp;comme des conséquences forcées dautant de prémisses.
Le fait matériel Ie plus saillant qui se présente a lesprit, sitót que lon touche au pliocène, consiste dans le retrait de lanbsp;mer qui, après avoir longtemps baigné lEurope centrale et la-voir découpée de part en part, sen est retirée en laissant a lanbsp;masse de notre continent la configuration qui lui est restée. Cenbsp;retrait, il est vrai, ne sest pas fait en un jour; les causes quinbsp;lamenèrent furent dabord lentes a se produire. Quelque violencenbsp;que lon cherche a attribuer aux événements géologiques qui lenbsp;déterminèrent, ceux-ci furent accompagnés dune foule din-dices et daccidents précurseurs qui, tous, présentèrent la mêmenbsp;signification et tendirent a restreindre létendue de la mer ou anbsp;introduire leseaux douces la oü les dots salés avaient jusqualorsnbsp;exclusivement dominé.
En Provence, sur bien des points de la vallée inférieure de la Durance et même aux environs dAix, la mollasse marine anbsp;Ostrsea crassissima passe supérieurement a des formations deaunbsp;douce, lacustres ou palustres, comme si des bassins alimentésnbsp;par des eaux courantes avaient immédiatement succédé auxnbsp;derniers dépots marins. II en est ainsi a Cucuron, au pied dunbsp;Mont-Léberon, sur les lieux ou M. Albert Gaudry a exhuménbsp;dinnombrables ossements de mammifères; il en est encore ainsinbsp;un peu plus loin, pres de Peyrolles et de Mirabeau, oü M. le
DE LÉPOQUE tertiaire; PLIOCENE. . nbsp;nbsp;nbsp;317
professeur Collot a observe im calcaire travertineux supra-mol-lassique qui recouvre la formation marine sur une assez grande étendue. Ce calcaire renferme des empreintes de végétaux ter-restres et, parmi ces restes difficiles a extraire de la roche, nous
Fig. 97. Végétaux du miocène supérieur deau douce de Provence.
I et 2. Ficus Colloti, Sap.; base et terminaison supérieure dune feuille.
avons distingue les fragments de tige dnn bambou et les feuilles dun figuier daspect entièrement exotique.
Ce que lon sait de lépoque correspondant au premier déclin de lamer mollassique annonceim temps de calme etlinfluence dunnbsp;climat essentiellement favorable a lessor des deux règnes, plusnbsp;étroitement solidaires lun de lautre quils ne Ie furent jamais.nbsp;La multiplication des herbivores oblige etfectivement dadmettrenbsp;1 abondance et la variété des plantes dont ces animaux se nour-rissent exclusivement. Cest Ie moment des riches faunes du
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LES PERIODES VÉGÉTALES
Mont-Léberon en Provence, de Pikermi en Grèce, dEppelsheim sur les bords du Rhin. M. Gaudry, en décrivant les espèces dontnbsp;il a retrouvé des troupes entières, a proclamé avec raison cenbsp;fait qui ressort invinciblernent de ses recherches, que la fin denbsp;lépoque miocène a été caractérisée par Ie grand développementnbsp;des herbivores. Lévolution de ces êtres supérieurs touche alorsnbsp;a son terme; après une longue et obscure élaboration, leursnbsp;types tendent fmalement a se fixer, après sêtre spécialisés.nbsp;Lébranlement qui pousse Porganisme vers de nouvelles com-binaisons, qui lengage dans des voies graduellement divergentesnbsp;et Ie conduit a des adaptations de forme, de fonctions et de régime de plus en plus nettement distincts, eet ébranlement nenbsp;peut se produire et se maintenir de fapon a réaliser ses dernièresnbsp;consequences, que sous limpulsion des circonstances exté-rieures. Sans doute, cest Porganisme seul qui, en se transformant, a changé peu a peu les pachydermes en ruminants, dunenbsp;part, en rhinocéros et en solipèdes, de Pautre; mais si Pautrenbsp;règne navait pas grandi dage en age, sil ne sétait pas graduellement diversifié, sil navait pas présenté aux mammifères unenbsp;nourriture toujours plus variée et plus abondante, Ie phéno-mène organique dou tant de types si rigoureusement adaptésnbsp;sont a la fin sortis, naurait pu se réaliser, ou, en se faisant jour,nbsp;ilnaurait abouti qua de moindres résultats. 11 faut done néces-sairement recourir au règne végétal pour comprendre et pournbsp;expliquer les merveilles de Pautre règne ; Ie premier ne sauraitnbsp;être cbétif et pauvre, sans que Pautre ne Ie devienne également,nbsp;tellement tout senchaine dans les deux ordres de créatures vi-vantes, destinées a une perpétuelle et nécessaire association.
A Cuenron, a Pikermi, a Eppelsheim, les équidés, les ruminants, et surtout les gazelles, disputen! Ie pas aux pachydermes qui se maintiennent, aux proboscidiens qui sont en voie de déve-lopperaent. Les éléphants ne se montrent pas encore, mais lesnbsp;Dinotherium et les mastodontes sont déja venus. Les girafesnbsp;comprennent Ie type perdu de VHelladotherium, a cóté de celuinbsp;des Camelopardalisles hipparions précédent les chevaux dont
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DE LÉPOQUE tertiaire; PLIOCENE.
ils différent encore a quelques égards. Les cerfs proprement dits commencent a paraitre, mais ils sont encore rares et leur boisnbsp;est presque simple; les bovidés sont absents. Nous touchonsnbsp;au monde moderne; places au contact de ses limites, nous allonsnbsp;les aborder et les franchir ; mais dans la direction que nous au-rons a suivre pour y parvenir, nous serons entrainés, sinon in-sensiblement, du moins par une série de mouvements partiels etnbsp;doscillations répétées.
Deux faits principaux dominent tous les autres : Ie retrait de la mer miocène et labaissement définitif de la température;nbsp;lun et lautre demandent des explications qui en fassent saisirnbsp;la portée.
Les symptómes précurseurs, sur lesquels nous avons dabord insisté^ montrent bien que Ie sol de lEurope tendit graduelle-ment a sexhausser, et eet exhaussement eiit évidemment lieunbsp;Yers Ie centre de 1espace que la mer miocène ax^ait précédem-inentoccupé. Non-seulement cette mer abandonna alors la plainenbsp;helvétique, cest-a-dire lintcrvalle qui sépare de nos jours lanbsp;x^allée du Rhone de celle du Danube, mais aucune formationnbsp;réguliere, aucun dépot lacustre post-miocène ne succéda ennbsp;Suisse a la mer qui se retirait. Les eaux réunies en nappe dor-mante neurent plus daccés dans cette région dont Ie reliefnbsp;saccentua, peut-être rapidement, et oü les grandes chaines denbsp;lEurope établirent en seredressant laligne departage des eaux,nbsp;en sorte que la distribution des x^allées hydrographiques du continent en a depuis dépendu dune faijon absolue. 11 est visible, ennbsp;effet, que Ie retrait de la mer mollassique est intimement lié aunbsp;soulèvement des Alpes; que ce soulèvement ait été lent ounbsp;brusque, quil se soit opéré en une fois ou quil ait été préparénbsp;par une série de mouvements préliminaires, ou bien encore quilnbsp;ait donné lieu tout dabord a une chaine encore plus élevée quenbsp;celle qui constitue de nos jours lossature principale de notrenbsp;continent. Le nagelflüe, amas énorme de roebes concassées, denbsp;sédiments broyés, anguleux, polis ou détritiques, accumulés ennbsp;Suisse sur dénormes épaisseurs, est la pour attester la puissance
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
du phénornène et la grandeur des résultats dont il fut suivi. Cet amoncellement de pouddingues, de brèches et de marnes incon-sistantes oincimentées, demeure comme un témoin irrécusablenbsp;de Ietfort qui releva les masses alpines, en leur imprimant Ie relief et la direction que nous leur connaissons.
Par cet événement principal, accompagné sans doute de plusieurs autres mouvements partiels et secondaires, la mernbsp;se trouva défmitivement rejetée dans la vallée du Rhone,nbsp;dune part, dans celle du Danube inférieur, de Pautre; tandisnbsp;que la vallée du Pó était encore immergée jusque dans Ie Pié-mont, vers PAstésan et Ie Tortonnais. Au lieu dun canal unique,nbsp;partant du golfe du Lion pour aller aboutir a la itier Noire, etnbsp;contournant Ie massif des Alpes actuelles pour aller découper ennbsp;tronfons épars Pltalie, nous obtenons maintenant trois golfesnbsp;distincts et profonds, sortes dAdriatiques ayant chacunes leurnbsp;configuration, et remontant a la fois dans Pintérieur des terresnbsp;par les vallées respectives du Rhone, du Danube et du Pó. Cesnbsp;Adriatiques iront en diminuant détendue et de profondeur;nbsp;dautres échancrures ayant une origine semblable et situées dansnbsp;Ie Roussillon, vers Pembouchure du Têt; dans les Alpes-Mari-times, a Pembouchure du Var; dans les Landes, entre PAdournbsp;et la Garonne ; en Relgique, entre Bruges, Bruxelles et Anvers;nbsp;sur la cóte occidentale de PAngleterre, au-dessus de la Tamise;nbsp;dans Pltalie centrale, en Sicile, en Algérie et ailleurs, auront lanbsp;même destinée. Partout, la mer ira en samoindrissant, tout ennbsp;attestant, par sa persistance sur quelques points et par Pépaisseurnbsp;des dépots quelle y accumulera, la longue durée dune époquenbsp;dont les formations se dérobent Ie plus souvent a notre examen ;nbsp;celles-ci effectivement demeurent soustraites a nos moyens din-vestigation dans tout Ie périmètre des mers actuelles, partoutnbsp;oü Ie rivage de ces mers ne sest pas déplacé depuis les tempsnbsp;pliocènes.
Mais revenons sur nos pas et reprenons la suite des événe-ments ou nous Pavons laissée; noublions pas surtout que nous sommes dans la partie récente du miocène, au moment oü cette
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période tend yers sa terminaison et Ta se sonder ayec cello qui lui suGcède. La mer se retire dans la yallée du Rhone, ellenbsp;savance a peine jusqua Valence; bientót après, elle narriveranbsp;plus même jusqua Montélimart. Cest dans eet age quil faut placer un niveau remarquable, caractérisé par linvasion dune faunenbsp;venue de proche en proche par la direction de lorient et ayantnbsp;habité, dans un age déterminé, les estuaires fluvio-marins denbsp;lEurope presque entière ; on a donné Ie nom de couches a congé-ries aux formations qui, vers Ie Danube inférieur et moyen, dansnbsp;ritalie centrale et Ie midi de la France, contiennent cette faune,nbsp;et qui sintercalent entre Ie tortonien et lastien de manière anbsp;indiquer dune fafon relativement précise la fin du miocène etnbsp;Ie point de départ de la période suivante. On a parfois appliquénbsp;la dénomination de mio-pliocène a lage ambign qui relienbsp;les deux périodes, et constitue une transition réellement insensible de lune vers 1autre, surtout si lon sattache a lanbsp;végétation. Arrivé a ce point, nous rencontrons, soit en Italië,nbsp;soit en France, soit enfin en Autriche, bien des examples de cenbsp;quétait la flore européenne; nous ne pouvons tout dire a sonnbsp;égard; mais nous allons au moins saisir quelques-uns de sesnbsp;traits distinctifs, ils serviront de guides et de jalons dans le voyagenbsp;que nous voulons entreprendre. En établissant dabord ce qué-taient la végétation et le climat, nons jugerons sans peine denbsp;1abaissement successif de ce dernier, et nous constaterons plusnbsp;facilement lélimination, graduellement accomplie, des formesnbsp;que IEurope possédait encore au début des temps pliocenes.
On serait tenté de croire, en sattachant a un point de vue su-perficiel, que, FEurope étant devenue continentale par le retrait de la mer et de hautes montagnes hérissant maintenant sa surface, cette configuration nouvelle de noire continent eut été lanbsp;cause déterminante de Iabaissement du climat, survenu depuisnbsp;ces événements. 11 est difficile pourtant dadmettre quil en aitnbsp;été réellement ainsi. En effet, une fois le phénomène accompli,nbsp;le resultat naurait pas manqué de se produire dans toute sonnbsp;intensité. Si lélévation antérieure de la température avail été
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uniquement due a linfluence de la mer mioeène, savaufant jusquau cceur de lEurope, Ie retrait seul de cette mer etnbsp;lapparition de très-hautes montagnes devenues bientót neigeu-ses, auraient presque immédiatement entrainé raltération de lanbsp;température et du climat. Saus nier que des éyénements du genrenbsp;de ceux que nous relatons aient du contribuer a la réalisationnbsp;dun semblable résultat, ou du moins aient eu pour effet de Ienbsp;rendre plus rapide et plus décisif, ce serait, nous Ie pensons, unenbsp;grave erreur que de vouloir sen tenir a la configuration géogra-phique, en la rendant responsable de tout. Une action localisée,nbsp;quelque énergique quon la suppose, ne saurait suffice pournbsp;expliquer les phénomènes climatériques qui se déroulèrent pendant la période pliocene. La forme et Ie relief dune contrée, lanbsp;direction des chaines de montagnes qui la divisent et des mersnbsp;qui la baignent sont, il est vrai, susceptibles de déterminer lanbsp;presence dun climat plus rude ou plus clément, plus humidenbsp;OU plus sec, et, sil ne sagissait que de variations de cette sorte,nbsp;lEurope aurait très-bien pu les éprouver tour a tour et passernbsp;des extremes de lAsie centrale aux conditions égales en toutenbsp;saison, départies au Japon, sans quil fut nécessaire, pour com-prendre les transformations corrélatives de sa (lore, de recourirnbsp;a des causes plus générales. Mais Ie pbénomène auquel il fautnbsp;rapporter labaissement de la température na rien de particulier a lEurope; il na rien mème de brusque, daccidentel ninbsp;de passager. Nous avons signalé lorigine du mouvement dès lanbsp;fin de léocène; nous lavons vu se prononcer tout dabord avecnbsp;une intensité croissante dans les régions polaires, et de la sé-tendre graduellement vers Ie sud. Au début de Foligocène, lanbsp;végétationde la zone tempérée boréale change de caractère; desnbsp;éléments nouveaux, venus par Ie nord, et dénotant les premiersnbsp;progrès du refroidissement, sintroduisent et se propagent. Nousnbsp;avons étudié les signes de cette révolution, au moyen de laquellenbsp;la difference des latitudes tend a saccentuer peu a peu; nousnbsp;navonspas ay revenir, mais il est impossible de ne pas admettre,nbsp;en considérant cette marche que rien n'arrête, et qui se continue
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avec raesure et régularité, Iinfluence dun phénomène cosmique, embrassant Ie globe terrestre tout entier. Devant ce mouvementnbsp;expansif, ayant au pole sou point de depart initial et son siegenbsp;permanent, on est bien forcé de concevoir un moment ou lesnbsp;glacés arctiques, dabord sporadiques, puis normalement an-nuelles et périodiques, auront fmi par devenir permanentes surnbsp;une foule de points et, une fois permanentes, nauront cessé denbsp;prendre de lextension et de recouvrir Ie sol des régions circum-polaires, jusquau moment ou elles auront donné lieu a desnbsp;masses tlottantes. De la, une cause certaine de refroidissementnbsp;pour lensemble des contrées boréales, cause évidemment secondaire et consécutive, relevant dune cause première plus générale. Si lon combine cette action des glacés polaires avec cellenbsp;qui dérive des glaciers dont lapparition résulte de circonstancesnbsp;du même ordre et se rattache a la même époque, on aura saisinbsp;les deux particularités les plus saillantes auxquelles labaisse-mentdu climat ait donné naissance et dont Ie contre-coup se soitnbsp;fait senti r sur lensemble de la végétation, dans la période pliocene.
Un temps très-long fut sans doute nécessaire pour accomplir ces changements. La mer miocène sétaitdéja retirée du centrenbsp;de lEurope et Ie soulèvement des Alpes avait eu lieu probable-ment au moment oüse déposèrentles couches a congeries; pour-tant la végétation gardait encore la pinpart des traits qui la ca-ractérisaient lors du miocène proprement dit. Nous allons assisternbsp;a la transition dune période vers lautre; mais cette transition nenbsp;sopérera qua laide de degrés successifs, comme sous limpul-sion dune force venant de haut et de loin, dont les effets seraientnbsp;a peine sensibles, sans cesser pourtant de se prononcer et dagir.nbsp;Le bassin de Vienne, en Autriche, nous fournit a eet égard desnbsp;renseignements instructifs, grace a la disposition de plusieursnbsp;étages superposés, quil présente. Au-dessus de la mollasse miocène proprement dite, se place, dans cette contrée, létage sar-matique ou a cérithes et la partie supérieure de ce dernier com-prend une flore fort riche, dont les espèces caractéristiques sontnbsp;identiques a celles dOEningen.
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Le Callitris Brongniartii, que nous avons signalé dans léo-cène, etqui joue un róle si considérable dans les gypses dAix, persiste a se montrer alors, entouré du même cortége de Cin-namomum ou camphriers.
Le Sequoia Langsdorfii, le Carpinus grandis, le Dryandroides lignitiim, VAcer irilobatum, le Sapindus falcifolius, les Podogo-nium, VAcacia parschlugiana, et bien dautres espèces que nousnbsp;pourrions citer attestent la permanence des mêmes types, dansnbsp;nn ago déja postérieur a celui dOEningen. 11 est vrai quon nenbsp;saurait signaler aucun palmier dans la flore sarmatiqiie, maisnbsp;nous avons fait Yoir que ces végétaux étaient déja fort iares anbsp;OEningen. Rien done ne dénoterait ici de proebains change-ments, si lon ne remarquait, auprès de Vienne, la presencenbsp;répétée de certaines formes^ apparemment douées dune vitaliténbsp;plus robuste que dautres et qui^ déja présentes ou abondantesnbsp;dès le miocène, sont destinées a prolonger leur existence jus-quau milieu ou même jusqua la tin de la période suivante. Cenbsp;sont avant tout; Glyptostrohus europseus, Br., Betida prisca,nbsp;Ett., Planera Ungeri, Ett., Liquidambar europseum, Al. Br.,nbsp;Platanus aceroides, Goepp., Parrotia pristina, Ett., Grewia cre-nata, Ung., Acer Ponzianum, Gaud., A. integrilobum, O. Web.,
etc..... La plupart de ces espèces ont été figurées précédem-
ment; nous donnons ici la représentation de celles qui ne Tont pas été, et le lecteur doit sattendre a les retrouver toutes, ennbsp;remontant la série.
La flore qui succède immédiatement a celle de Cétage sar-matique, dans le bassin de Vienne, celle des couches a congeries, permet de constater plusieurs changements : le Callitris et lesnbsp;camphriers ne se montrent plus, les Acacia sont absents; cesnbsp;types ont quitté pour toujours notre sol, mais on observe encore celui des Sequoia et, sous le nom de Phragmites, on trouvenbsp;de vrais bambous; favorisés sans doute par Thumidité du cli-mat qui tend a saccroitre, nous les verrons persister, associésnbsp;a nos roseaux, et faire un pen plus tard rornement des floresnbsp;franchement pliocenes de Meximieux et du Cantab Sur bhori-
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zon des couches a congéries, on voit apparaitre aussi, plus fré-quemment que dans Ie miocène proprement dit, Ie hêtre,.non
pas préciséinent notre hêtre, Fagus sylvatica, mais un type très-voisin de lui qui sétend et se propage de toutes parts et qui
atteste, par cette extension même, Iinfluence de rhumidité, si nécessaire a la prospérité de cette essence forestière.
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En Italië, on doit rapporter a un niveau a peu prés équivalent a celui des couches a congeries, les tlores de Stradella, prés de Pavie, et de Senigaglia, dans les Marches; elles déno-tent les mêmes comhinaisons, en laissant voir plus délévationnbsp;dans la température, a raison de la position plus méridionalenbsp;de ces deux localités. Les gypses de Stradella montrent lasso-ciation du camphrier miocène, Cinnamomum pohjmorphum,nbsp;Hr. , avec Ie hêtre, Fagus Deucaliofiis, Gcepp., Ie charme et diversnbsp;érables pliocenes. A Senigaglia, dont la flore est dune grandenbsp;richesse, non-seulement les palmiers ont laissé des vestiges certains ; mais on observe de plus, a cóté de certains types mio-cènes, comme les Sequoia Sternbergii et Langsdorfii, Ie Lïbo-cedrus salicornioidcs, Ie Taxodium dubium, Goepp., \e Sapindusnbsp;falcifoliiis, etc., dont la presence ne saurait être douteuse, desnbsp;formes de chênes, dérables, dormes, de charmes, de hêtres, denbsp;noyers, intimement alliées a celles qui peupleront Ie pliocene etnbsp;par celles-ci a des espèces encore vivantes. La flore de Senigaglianbsp;est riche également en formes végétales communes aux deuxnbsp;périodes et que nous devons citer comme caractérisant aussinbsp;hien Ie pliocene que Ie miocène; ce sont principalement lesnbsp;suivantes : Ghjptostrobus europeeiis, Hr., Salisburia adiantoides,nbsp;Ung. (tig. 100), Pfaneranbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ett., Platanus aceroides, Gcepp.,
Liquidambar europseum, AL Br., Sassafras Ferretiamim, Massal., Oreodaphne Fleerii, Gaud., Liriodendron Procaccinii, Ung., Tilianbsp;mastaiana, Massal., Juglans bilinica, Ung., Gereis Virgiliana,nbsp;Massal., etc. (fig. 101, 6-7) (1). Ces espèces et hien dautres quenbsp;1on pourrait citer, non-seulement persistèrent en Europe par delanbsp;Page miocène, oü Pon commence a les rencontrer, mais elles présenten! encore des correspondents directs au sein de la naturenbsp;actuelle. Ces correspondants sont presque tous, il estvrai, situésnbsp;hors de PEurope et plusieurs très-loin de ce continent, en Amé-
(1) Parmi les espèces mio-pliocènes de Senigaglia, que représente notre figure 101, il faut remarquer les deux chênes, Quercus Fallopiana et Cornalise. Le Q. Fallopiananbsp;reproduit le type de nos rohur : le Q. Cornaliss, au contraire, se rattache de très-près au type infectoria. Quant S, lAcer Cornaiix (fig. 100, 5), il appartient évidem-ment au groupe de VAcer opuUfolium, Vill.
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rique, comme Ie tulipier et Ie sassafras; en Chine ou au Japon, cornme Ie ginkgo et Ie Glyptostrobusd autres aux Canaries,nbsp;Oreodaphne, ou dans 1Asie occidentale, platane, planère, li-quidambar. Le plus petit nombre [Gereis, Acer) est demeuré eu-
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re
Fig. 100. Espèces mio-pliocènes caractéristiques de Senigaglia.
1-2- Salisburia adiantoides, Dng. 3. Sassafras Ferreiianum, Mass. - 5. Acer
Cornalise, Massal.
ropéen ; mais, en dépit de cette dispersion, la parente est si etroite entre les formes restées si longtemps indigenes, si tar-
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LES PERIODES VEGETALES
divement éliminées de notre sol, et leurs homologues de la nature Tivante, quil est impossible de ne pas admettre que les lines et les autres ne soient originairement issues de la mêmenbsp;souche.
La présence répétée du hêtre et du platane, et leur association presque inevitable dans ce premier %e, a laurore même des temps pliocenes, constituent des indices qui ne sauraient êtrenbsp;trompeurs de la douceur et de Fhumidité du climat. Un climatnbsp;extréme nè saurait convenir au hêtre, auquel il faut des pré-cipitations aqueuses dans toutes les saisons; et des étés sans cha-
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leur nauraient pu fayoriser lextension du platane, auquel la chaleur et leau sont a la fois nécessaires pour lui faire obtenirnbsp;tout son développement. Remarquons encore la présence dunbsp;tilleul, auparavant inconnu ou très-rare en Europe, reléguénbsp;plutót vers les regions arctiques et que nous allons maintenantnbsp;retrouver partout. Signalons aussi Ie tulipier, Ie sassafras, Ienbsp;platane, Ie liquidambar, Ie ginkgo, auxquels la fraicheur estnbsp;absolurnent nécessaire, et qiii tous avaient eu, dans un age an-térieur, les alentours du pole pour première demeure, avant quenbsp;lEurope, devenue moins chaude et plus humide, sans cesser encore detre tempérée, leur eut ouvert des terres oü ces typesnbsp;purent se propager en toute liberté.
Dans la vallée du Rhone, a la même époque, la mollasse marine de Saint-Fons (Isère) comprend Ie platane; les lignites de la Tour-du-Pin montrent ce même platane associé au hêtrenbsp;pliocene [Fagus sylvatica pliocenica) a feuilles déja entières etnbsp;ondulées sur les bords et a une juglandée voisine de notrenbsp;noyer indigene. Par. ces lignites, par celles de Hauterives, parnbsp;les sables de Trévoux, nous entrons dans Ie pliocene et nousnbsp;rencontrons partout Ie hêtre, que les cinérites du Cantal vontnbsp;nous offrir en grande abondance. Get arbre doit être pour nousnbsp;lindice Ie plus précieux du climat que possédait lEuropenbsp;dalors et qui lui permit de conserver dans une association har-monieuse les éléments qui constituent les plus riches forêts dunbsp;Nord, combinés avec ceux qui entrent dans la composition desnbsp;massifs boisés des iles Canaries et des confins de la région cau-casienne.
Avant de pénélrer au sein de ces forêts primitives encore a 1abri des atteintes de Phomme, déja présent « peut-être », maisnbsp;trop faible ou trop isolé, pour avoir la pensée de les détruire,nbsp;imitons ces voyageurs qui abordent par mer une contréenbsp;inexplorée, quils cherchent a visiter : des fouilles opérées parnbsp;M. Ie professeur Marion et par nous, pres de Vaquières, dansnbsp;Ie Gard, donnent la facilité de reconstituer intégralement lanbsp;végétation qui accompagnait alors les rives dun petit fleuve, vers
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son embouchure. La mer au sein de laquelle 'venait se perdre ce cours deau qui se confondait sans doute avec Ie Gardon actuelnbsp;appartient aux premiers temps de la période pliocene, puis-que ses dépots sont immédiatement postérieurs a ceux des couches d congeries. Les eaux probablement limpides du Gardonnbsp;pliocène étaient ombragées d^un rideau toutfu daunes, appar-
tenant a une élégante espèce qui tient Ie milieu entre un aune syrien, Alnus orientalis,Dne,ei\''Alnus maritima, Reg., du Japon.nbsp;A eet aune aux feuilles élancées, fmement denticulées sur lesnbsp;bords [Alnus stenophjlla, Sap. et Mar.) (fig. 102, 3-5), se mêlaientnbsp;des xiornes, dont Tune rappelle notre laurier-tin, tandisque lau-
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PLIOCENE.
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tre a son analogue actuel en Chine. Plus loin, des sassafras, des érables, de la section de notre érable a feuilles dobier, un cé-lastre épineux daffinité africaine formaient des fourrés, quunnbsp;Smilax sarmenteux rendait inextricables. A lécart, non loin desnbsp;eaux, dans Ie sable humide, croissait Ie Glyptostrobus europaeus,nbsp;dont Fhomologue chinois sert dencadrement aux rizières de lanbsp;province de Canton; mais de plus, a Vaquières, un grand ro-seau, assimilable a une race, qui de nos jours couvre les bordsnbsp;du Nil OU encore a VArundo mauritanica, Desf., dAlgérie,nbsp;multipliait ses colonies au contact mème de Peau qui baignaitnbsp;en mème temps les touffes dune élégante fougère, Osmundanbsp;hilinica (Ett.), Sap. Cette osmonde offre cette particularité denbsp;dénoter la présence dune section devenue étrangère a lEurope,nbsp;oü ro. regalis, L. est de nos jours lunique représentant dunbsp;groupe. Les empreintes de ces espèces, quelques-unes, commenbsp;celles du roseau [Arundo mgyptia antiqua, Sap. et Mar.), accu-mulées en masse, ont été recueillies dans la vase sableuse quenbsp;lancien fleuve entrainait jusquala mer, au moment des crues;nbsp;elles nous découvrent laspect que présentait un petit coin dunbsp;littoral pliocene.
Pour bien juger des grandes scènes qui se déroulent a linté-rieur des terres, il faut remonter au fond de Iancien golfe et gravir, au dela de Lyon, les premiers escarpements du sol pliocene. Les eaux douces sourdent de toutes parts; elles jaillissentnbsp;'lu haut des pentes et forment des cascades sur la lisiere immé-diate ou sous 1ombre même des grands bois, fréquentés par lesnbsp;cerfs, les mastodontes, les tapirs, maitres incontestes de ces solitudes. Lhomme existe peut-être déja, mais il na pas encorenbsp;trouvé le chemin de lEurope, et dailleurs il est si timide, ilnbsp;choisit avec tant de soin pour demeure les lieux écartés et dunnbsp;ac:cès difficile que ses traces nous échappent. Les Linotherium senbsp;sont éclipsés depuis longtemps, mais les premiers éléphants, lesnbsp;premiers chevaux, les rhinocéros a larges narines errent fa etnbsp;Ié, tandis que Pours [Ursus arverncnsis), Ihyene pliocene et unnbsp;lerrible carnassier, le Machairodus, rodent pour chercher leur
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proie; tachons de recomposer, avec Ie paysage, les masses vëgétales qui servaient dabri a ces aniraaux et fournissaient leur nourriturenbsp;a la plupart dentre eux. Les calcaires concrétionnés de Mexi-mieux permettent desquisser ce tableau. Les eaux incrustantesnbsp;de la localité pliocene, non pas découxerte, mais explorée pournbsp;la première fois avec intelligence parM. Falsan, étaient couron-nées de plantes qui se penchaient sur elles, entourées de grandsnbsp;arbresqui oinbrageaient leur cours; elles traxersaient de puis-santes forêts dont les dépouilles entrainées par les flots rapidesnbsp;ontlaissé dans la rocbe en xoie de formation Tempreinte fidelenbsp;de leurs dixerses parties : feuilles, fruits, fleurs, rameaux, ham-pes, folioles éparses et parfois des tiges ou des branches en-tières.
La forêt de Meximieux xessemblait a celles qui font encore ladmiration des xoyageurs_, dans larchipel des Canaries. Cenbsp;sont, en partie au moins, les mêmes essences qui reparaissent,nbsp;en tenant compte de la richesse plus grande dont la localiténbsp;pliocene garde Ie prixilége. Pour émettre a son égard une justenbsp;appréciation, il faut joindre aux Canaries lAmérique du Nord,nbsp;a lEurope moderne lAsie caucasienne et oriëntale, et recomposer, au moyen des éléinents empruntés a ces dixers pays, un ensemble qui donnera la mesure exacte de la xégétation qui cou-xrait alors Ie sol, aux enxirons de Lyon.
Beaucoup de ces plantes étaient des essences purement fores-tières et sociales; on distingue parmi elles : une taxinée, Torreya m^ce'/erö!,maintenantjaponaise; un c\\èr\e\eïi,Quercusprsecursor,nbsp;Sap. (fig. 106, 5-6), presque semblable au notre, si lon consultenbsp;les xariétés aux plus larges feuilles du Q. ilex, L.; plusieurs lauri-nées canariennesou américaines [Laurus canariensis,^amp;\i\y,Oreo-dapgt;hne Heerii, Gaud. (fig. 103,1-3), Apollonias canariensis, Webb.nbsp;Persea carolinensis, etc.); un tilleul, Tilia expansa, Sap. et Mar.nbsp;(fig. 103), Ae?, évdihle?, [Acer opulifoliumplioceniciim, Acer leetum,nbsp;C. .4. Mey.), dont lun se retrouxe en Asie, tandis que lautre a per-sisté sur Ie sol de lEurope; un noyer, Jiiglans minor, Sap. et Mar.,nbsp;etc. Parmi les arbres dune taille moins élexée,il faut mentionner
-ocr page 368-des hou^ {Ilex canariensis, Wehh, Ilex Falsa7ii, Sap.); et, parmi les arbustes, un Daphne, D. pontica, D. C., maintenant réfugié
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Fig. 104. Espèces caractéristiques des tufs pliocènes de Meximieux.
1, 2. Glyptostrobus europsus, Hr. : 1, rameau; 1*, fragment du même, grossi; 2, strobile. 3. Torreya nucifera var. brevifoUa, Sap. et Mar. ; 3*, feuille gros-sie. 4. Torreya nucifera actuel, rameau figure comme terme de comparaison. nbsp;5, 6. Wodwardia radkans, L., deux fragments de fronde. 7, 11. Punica Plan-choni. Sap.; 7 et 8, deux feuilles; 9 et 10, boutons S, fleurs avant leur épanouis-sement; 11, a, b, c, d, e, f, plusieurs autres boutons de la même espèce, vusnbsp;dans diverses positions.
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feuilles, Tune vue par la face supérieure (4), lautre par la face opposée (5).
6. nbsp;nbsp;nbsp;Viburnum rugosum (Pers.) pliocenicum, feuille vue par la face supérieure.
7, nbsp;nbsp;nbsp;8. Buxus pliocenica, Sap. et Mar. : 7, feuille; 8, fruit vu par cóté en a et par-dessous en b. 9. Ilex Falsani, Sap., feuille vue par-dessus. 10-12. Juglansnbsp;minor. Sap. et Mar. : 10, sommité dune feuille ailée ; 11, noix vue par cóté ; 12,nbsp;même organe vu par-dessous.
Sap. et Mar., a peine di fférent du nêtre, et enfin plusieurs viornes [Viburnumpseudo-tinus, Sap., V. rugosum, Pers.), dont Tune aunbsp;inoins se retroiiye aux Canaries (fig. 105).
Les arbres qui suivaient de préférence Ie bord des eaux cou-rantes ou se pressaient dans leur voisinage comprenaient, avec
notre peuplier blanc, Popidus alha pliocenica, ie platane^ Ie magnolia et Ie tulipier, a pen pres tels que les possède lAmé-rique, mais avec des nuances différencielles, dautant plus curieuses, quelles sont reconnaissables, en même temps que peunbsp;sensibles. La catégorie des plantes sarinenteuses comptait une clé-matite et une ménispermée (Cocculus) daffinité nord-ainéricaine.
-ocr page 372-Ill INC l PA UX PALM I mis ET CYCADÉES Do Iaifc tpi'tiairy nioycn, cn Kuropo.
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Le laurier-rose, presque semblable a ce quil e.st mainte-nant, et un grenadier {Punica Planchoni, Sap.) particulier a 1Eu-rope pliocene, mais peu éloigné de celui que la culture nous a transmis, servaient aux eaux de ceinture immediate. Présnbsp;delles encore, le Glyptostrobiis tertiaire, G. europceics, dont onnbsp;a recueilli jusquaux cones, survivait comme un souvenir de Pagenbsp;précédent; mais on ne saurait passer sous silence un bambou,nbsp;B. Lugdiinensisy Sap., de taille médiocre (fig. 106), dont les nom-breuses colonies surgissaientpartout, le long des berges humides.nbsp;Aux rocailles des cascatelles étaient attachées deux fougèresnbsp;remarquables, dont Tune, Adiantum reniforme, L., répanduenbsp;entre les tropiques, ne dépasse plus aujourdhui 1archipel desnbsp;Canaries dans la direction du nord, tandis que lautre, Wood-loardia radkansy Cav., également canarienne, savance sporadi-quement jusquaux Asturies et jusquauprès de Bologne. Cesnbsp;deux fougères étaient elles-mêmes représentées, locs dumiocène^nbsp;par deux formes auxquelles ünger a appliqué la dénominationnbsp;A'Adiantum renatnm et de Woodwardia Rcesneriana. On voit quenbsp;les éléments de filiation des plantes vivantes par celles des tempsnbsp;géologiques néchappent pas toujours a lanalyse, et quil estnbsp;maiiitenant difficile de ne pas admettre que la plupart de nosnbsp;espèces naient eu leur raison dêtre et leur point de départ ancestral au sein des périodes antérieures. On con^oit en inêmcnbsp;temps que les termos généalogiques deviennent dautant plusnbsp;vagues et dautant plus obscurs, que lon sefforce de remonternbsp;plus loin dans le passé.
ATépoque oii vivaient en France \cMastodon dissimüiSyiomA., ei\lt;i Tapirus «roemensfs, lancienne Adriatique lyonnaise, déjanbsp;aux deux tiers délaissée par la mer qui se retirait vers Avignon et Beaucaire, était jalonnée, du cóté de lArdèche et dunbsp;Vivarais, et plus loin dans la Haute-Loire, le Cantal et le massifnbsp;auvergnat, par une double ou même par une triple rangée denbsp;volcans, dès lors en pleine activité. Les bouclies éruptives denbsp;cette régioii, si longtcmps tourmentée et dont les dernières convulsions ensevelii ent sous la cendre les hommes de la Denyse, sui-Cquot; DB Saporta.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;22
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virent,avantde prendre la forme des Tolcans actLiels,une marche graduelle et rin développement dont les études de M. B. Barnes,nbsp;dAurillac, ont contribuc a faire connaitre les progrès.
Cc furent dabord des syinptómes précurseurs, des eaux ther-males, des mouvements oscillatoires, des fractures et des soulève-ments partiels agitantune contrée et un sol généralernent primi-tifs et qui depuis lorigine des terrains étaient demeurés émergés, dans un calme profond. Cest alors, et a la suite de ces manifestations initiales des forces intérieures que sétablirent les premiers lacs, bientot siiixis des premiers épanchements debasalte.
Les dépots lacustres qui succédèrent a lapparition du rieux basalte ont offert a M. B. Barnes, dans Ie Cantal, des ossementsnbsp;A'Amphicyon, de Machairodus, Ie Mastodon angustidens, Ie Dmo-therium gigantcum et les Hipparion, indices qui nous placent surnbsp;lhorizon du miocène supérieur du Mont-Léberon et de Pikermi.nbsp;Ensuite 'vinrent des basaltes plus récents (basalte porphijroïdé) etnbsp;les premiers conglomérats tracbytiques. Le relief se prononcaitnbsp;de plus en plus, mais le volcan proprement dit nétaitpas encorenbsp;constitué ou du moins nexistait qua létat débauche. La contrée,nbsp;déja accidentée et montagneuse, était partout courerte de pro-fondes forêts dont la composition variait suivant Paltitude et lanbsp;direction. Les revers nord des escarpements dilleraient a eetnbsp;égard des pentes tournécs vers le sud. La vie végétale, commenbsp;la vie animale, avail acquis un degré de splendeur et de forcenbsp;quil lui a été rarement donné datteindre. Cest alors que denbsp;nouvelles éruptions de trachyte, de basalte, puis de phonolithesnbsp;et fmalement de laves se firent jour, alternant selon les lieux etnbsp;tendant a concentrer les forces expulsives sur un point déter-miné. Ainsi sétablirent a la longue les cratères permanents,nbsp;fonctionnant soit passagèremsnt, soit a demeure, a la fagonnbsp;de ceux qui surmontent les cones volcaniques actuels. Cestnbsp;surtout en Auvergne que lon observe des modèles de ces der-niers, qui se rapportent évidemment a la plus récente périodenbsp;du tertiaire; quelques-uns de ces cratères sonta peine égueulés.nbsp;Le volcan de la montagne du Cantal est plus ancien que ceux-ci:
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bien que Ie cóne de dejection qui snrmontait la masse actuclle, a lépoque de sa plus grande activité pliitonique, ait plus tardnbsp;disparu, Ie cirque on enlonnoir central doü fiirentvomisles pbo-nolithes, les trachytes et Ie dernier basalte est encore visible, biennbsp;que ses remparts soient en partie effondrés et que ses llancs aientnbsp;été ravinés par les courants postérieurs de la période glaciaire.
En Auvergne et dans Ie \'elay, ce sont des tufs ponceux et des conglomérats trachytiques ou irassoïtes, forrnés aiix dépensnbsp;des roebes éruptives remaniées, qui comprennent une multitudenbsp;dempreintes végétales, appartenant a divers niveaux successifsnbsp;de la série pliocene.
Pres du Puy, MM. Aymard et Haydes ont recueilli de noin-breux débris de plantes dans une marne a tripoli grisatre, observée non loin de Ceyssac. Dans Ie Cantal, la tlore pliocenenbsp;la plus riche est due aux recherches de M. B. Barnes, qui lanbsp;exhumée des cinérites, cest-a-dire des cendres d^origine eruptive,nbsp;remaniées, cimentées et stratifiées par les eaux, probablementnbsp;par reffet des précipitations aqueuses qui précédent ou accom-pagnenl les coulees de matières en fusion.
Ces phénomènes, dune grande violence, eurent pour consé-quence dentrainer la chute dune foule darbres dont les troncs couchés se montrent a létat de moule creux, disposés dans unnbsp;vérilable désordre. Les branches, les tiges, les rameaux 1'urentnbsp;reconverts; Ie sol jonché dun lit de feuilles et dune quantiténbsp;de menus organes disparut sous un amas de cendres qui refutnbsp;1einpreinte de tous ces objets, même des plus délicats. Larochenbsp;ainsi reconstituée et ensuite durcie nous les a fidèlement transmis,-danslétat oü chacu.ndeuxse trouvaitau moment de la catastrophe,nbsp;réalisant au profit de la science les merveilles dun « Herculanum»nbsp;Tégétal, qui na pas dit son dernier mot. La présence du bambounbsp;de Mexiinieux et les indices tirés des études stratigraphiques denbsp;M. B. Rames permettent de croire que les forêts pliocenes dunbsp;Cantal étaienta peu prés contemporaines de celles des environsnbsp;de Lyon. 1! ne faut done pas sétonner de voir reparailrc ici lesnbsp;inêmes érables, Ie même tilleul, ainsi que certaines espèces
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LES PÉRIODES VEGETALES-
l'ranchement miocènes, corame Ie Grewia crenata, Hr., Ie Zyqo-phyllum Brojinii{Ulrmis Bronnii, Ung.), Sap., et Ie Sassafras Fer-relianum, Massal., de Senigaglia. Mais une foute dindices, aussi curieus quinattendus, nous avertissent que nous sommes icinbsp;placés sur un sol montagneux et que nous remontons, a traversnbsp;des pentes boisées, jusqua une attitude suffisante pour admettrenbsp;une végétation différente de celle des valtées inférieures. Nou-blions pas que cest justement cette dernière que la plage de Va-quières et les abords des cascatelles de Meximieux nous ont faitnbsp;entrevoir. Les cinérites du Cantal vont nous introduire a leurnbsp;tour au milieu dune flore revètue dun autre caractère et plusnbsp;appropriée aux escarpements sous-alpins auxquels elle servaitnbsp;de couronnement.
Au Bas de la Mougudo^ sur tun des contreforts méridionaux du volcan pliocene, larbre dominant est un aune, notre Ahiusnbsp;yhitinosa, L., qui présente ici des feuilles largement orbicu-laires (tig. 107). Les arbres principaux sont un tilleul, celui denbsp;Meximieux, Tilia expansa, Sap. et Mar., une juglandée, Ptero-carya fraxinifolia, Spach, maintenant confinée dans Ie Caucase,nbsp;un planère de la même région [Planera crenata), un charmenbsp;presque semblable au Carpinus orientalis qui savance de nosnbsp;jours jusque dans la Carniole, un orme qui se rattache a lunnbsp;de nos ormeaux indigenes, VUlmus ciliata.
Le hêtre se montre également; mais il était rare dans lan-cienne localité; peut-être fréquentait-il de préférence une région un peu supérieure; lexistence de celle-ci se trouve attestée ennbsp;tont cas par une écaille détachée dun cóne de sapin, entrainéenbsp;jusque-la dun sommet plus élcvé, et dénotant une espèce alliéenbsp;de très-près a VAbies pinsapo, Boiss., de la Sierra-Nevada.
La flore de Saint-Vincent, localité située sur le versant septentrional du Cantal, dévoile clairement les diversités quentrainait alors, dans la composition du tapis végétal, laltitude jointe a 1ex-position touruée au nord. Nous rencontrons ici une seconde juglandée, aujourdhui éteinte, Carya maxima, Sap., a cóté dunbsp;Pterocarya fraxinifolia. Deux érables, qui ne different pas de
-ocr page 378-ï'jg. 107. Espèces caractéristiques des cinérites du Cantal; Pas de Ia Mougudo.
1. Alnus glutinosa orbiculata, Sap. (feuille légèrement resfauróe). 2. Tilia expmisa, Sap. et Mar. (feuille restaurée h laide de plusieurs fragments). 3-1. Abieanbsp;pmsapo, Boiss., pliocenica : 3, feuille ; 3gt;, la mème grossie ; 4, écaille détachéenbsp;d'un strobile. Obs.; la feuille rossemble h celles de 1'Abies numidica, que M. Besson ne distingue pas de VA. pinsapo; la dimension de récaille est supérieure Iinbsp;celle des parties correspondantes du cöne de lespèce moderne.
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
ceux de Maximieiix, Ie charme, les onnes reparaisscnt, ainsi que Ie hêtre ; mais celui-ci abonde bien plus a Saint-Vincent quenbsp;dans lautre station, et il se trouve accompagné dun chêne comparable a notre rouvre [Querciis robnr plioccnica, Sap.), du tremblenbsp;si répandu de nos Jours dans les mêmes bois; deux laurinéesnbsp;a feuilles caduques [Sassafras Ferretianum et Benzoin latifo-lium), et une vigne, Vitis subintecjra, Sap., marquent encorenbsp;cette station, dont une forêt de pins couronnait les escarpements.nbsp;Au Pas de la Mongiido, comme a Saint-Yincent, on observe,nbsp;non sans surprise, une espèce dérable maintenant japonaise,nbsp;remarquable par la découpure éb'gante de ses feuilles; cestnbsp;VAcer polymorphum, Sieb., que les borticulteurs ont récemmentnbsp;introduit en Europe, a titre de rareté digne de Fattention desnbsp;amateurs (fig. 108,6). UAcer polymorphum na done fait que re-prendre possession de son ancienne patrie, lorsquil est revenunbsp;dernièrement parmi nous.
Noublions pas de Ie remarquer, avant de quitter Ie Cantal pour lAuvergne et Ie Velay, les espèces européennes, encore vi-vantes, occupent déja leur patrie actuelle dès Ie début des tempsnbsp;pliocenes. Elies alfectent, avec des variations secondaires et desnbsp;nuances plus ou moins prononcées, les mêmes caractères que denbsp;nos jours; on les distingue sans trop de peine au milieu de lanbsp;foule des espèces perdues ou émigrées qui les entoure; ellesnbsp;sont, on peut Ie dire, aux formes actuelles ce que sont, les unesnbsp;vis-a-vis des autres^ les variétés et les races locales que compren-nent souvent celles-ci; mais surtout ces espèces européennesnbsp;primitives, destinées a ne plus quitter notre sol, se tiennent vi-siblement a Fécart; olies hantent de préférence les montagnes,nbsp;et enfin elles se rattaebent presque toujours par quelque cóté,nbsp;parfois mème dune fapon intime, a des espèces antérieures,nbsp;nettement miocènes, quelles prolongent, pour ainsi dire, en ten-danta les remplacer.
Le lien continu qui joint Ie Planera Ungeri, Ett., au Planera pliocène, et celui-ci m Planera crenata actucl, du Caucase, nenbsp;montre nulle part ni interruption ni suture, et cependant le Pla-
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Tig. 108. Espèces caractcristiques dos cinérites du Cantal; Saint-Viiicent.
1- J^'agust fylvatica pliocenica, Sap. 2. Quercus robur pHocenica, Sap. 3. Popu-lus trcmula, L. 4. Sassafras Ferretianum, Mass. 5. Yitis subintegra, Sap. G. Acer polymorphum, Sieb. et Zucc., pAiocenicum,
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LES PERIODES VEGÉTALES
joignent par desintermédiaires. 11 en est ainsi de beaucoup des-pèces et en particulier de celles dont on retrouve les termes sue* cessifs; ces termes condnisent insensiblement dun type anté-rieur aujourdhui perdu Ters celui qui, tout en se modifiant, estnbsp;cependant parvenu jusqua nous. Ce serait la lhistoire de toutesnbsp;les espèces végétales, si elle pouvait être déchiffrée dans sesnbsp;moindres détails. Les lacunes seules nous arrêtent et nous con-damnent forcément a des inductions, appuyées pourtant de tropnbsp;de preuves pour ne pas laisser entrevoir la vérité.
Les marnes a tripoli de Ceyssac (Haute-Loire), peut-être moins anciennes que les cinérites, découvrent des indices de même nature que ceux dont nous sommes redevables a la flore du Cantal,nbsp;avec des espèces en partie diff'érentes, qui semblent avoir peuplénbsp;Ie fond dune vallée agreste et profonde, encadrée par de hautsnbsp;sommets oü sélevaient des pins et des sapins. Laune glutineux denbsp;Ceyssac nest pas Ie même que celui du Cantal; ses feuilles sontnbsp;plus petites; ses fruits et toutes ses proportions annoncent un arbrenbsp;plus cbétif. A cóté du cbarme et de 1érable asialique {Acer lee-tum, C. Mey.) dont nous avons signalé la presence dans Ie Cantal,nbsp;se montre Ie peuplier grisaille [Popuhis canescens, Sm.), un or-meau qui se confond avec VUlmus montana européen, un aubé-pin [Cratsegus oxyacanthoides, Goepp.), peu différent du nótre, etnbsp;enfin un érable très-curieux paree quil reproduit intégralemenlnbsp;les caractères dune race a feuilles semi-persistantes, confinée denbsp;nos jours sur les montagnes de la Crète et connue des botanistesnbsp;sous les noms AAcer creticum, L., et dAcer sempervif'ens, Ait.nbsp;(fig. 109). Les florespliocènesdAuvergne, encore imparfaitementnbsp;connues, malgré leur riebesse, donneraient lieu a des remarquesnbsp;semblables. Les chênes, les charmes, les ormes, les peupliers,nbsp;les érables, les frênes et les noyers y multiplient les traces denbsp;leur présence et les preuves de leur prépondérance.
Notre tremble sétendait alors partout; il en est de même du type des noyers. Les cbênes offraient les formes les plus variées,nbsp;et malgré les difficultés qui sopposent a Texacte determinationnbsp;de leurs espèces, on voit bien qua cóté de formes alliées de pres
DE LÉPOQUE TERTIAIKE ; PLIOGÈNE. nbsp;nbsp;nbsp;345
a nos rouvres, il en existait dautres comparables soit au Querciis Mirbeckii, Du Rieu, dAlgérie, soit au Querms Imitanica dEs-pagne, soit enfin au Querms mferAoria de lAsie Mineure ; ou biennbsp;encore dénotant des types aujourdhui disparus ou émigrés vers
des regions plus chaudesouplusreculées dans la direction du sud.
Dans la llaute-Loire, des vestiges datant de la mèrae époijue démontrent que lépicéa et même Ie mélèze étaient des lorsnbsp;1épandus en Europe ; sur divers points de lAllemagne cesnbsp;niêmes arbres associés a lif et au hêtre ont également laissénbsp;des traces certaincs de leur existence. Vers un horizon sensi-blenient pareil, les plus récentes formations tertiaires du litto-i*!!! toscan, du Val dArno, ainsi que les travertins des ilesnbsp;Lipari, permettent de constater Fapparition et lextension sue-
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LES PERIODES VEGETALES
cessive, dans Tltalie moyenne, du hêtre, de divers chênes, entre autres du Quercus Farnetto, Ten., qui vit maintenant ennbsp;Calabre, du gainier ou Gereis siliquastrum : on y observe éga-lement Ie laurier noble et celui des Canaries, Ie laurier-tin,nbsp;Ie buisson ardent [Mespilus pyracantha, L.), Ie lierre, Ie cbênenbsp;vert, etc., sous laspect que nous connaissons a ces divers vtigé-taux (fig. 110); et enfin Ie Chamxrops hitmilis, Ie dernier desnbsp;palmiers européens, celui de tous qui sest Ie plus longtempsnbsp;attardé sur notre sol. avant de Ie quitter, et dont les travertinsnbsp;de Lipari, confinant peut-être aux derniers dépots tertiaires, nousnbsp;ont conservé des vestiges.
Par la revue rapide de ces divers documents, nous appro-chons graduellement du terme de notre course ; nous touchons a la fin de Page pliocene : la to^mpérature sabaisse peu a peu;nbsp;les glaciers, après avoir ocenpé Ie tlanc des plus hautes mon-tagnes, descendent graduellement dans les vallées inférieuresnbsp;et tendent a les envahir. Lhumidité du climat favorise évidem-ment cette marche ; les précipitations aquenses, devenues réel-lement excessives, expliquent par leur abondance Ie régime desnbsp;eaux fluviatiles et jaillissantes, qui sélève de plus en plus pournbsp;atteindre des proportions vraiment surprenantes, au début desnbsp;temps quaternaires.
La puissance des eaux qui sépanchent a la surface du sol ou qui en parcourent les dépressions constitue Ie trait Ie plus saillant de la seconde nioitié du dernier age tertiaire, si 1on ynbsp;joint lexlension des glaciers et Ie phénomène erratique dunbsp;nord qui nen furent que des conséquences plus ou moins direc-tes. Limmersion prolongée des plaines de l'Europe septen-trionale, contre-coup inévitable de rexhaussement des Alpes,nbsp;marque encore la fin de cette même période, et son examennbsp;détaillé nous entrainerait si loin que Ie plus sur est de ne pasnbsp;sy arrêter.
Dans la seconde moitié du pliocene, les circonslances nc cessèrent de favoriser en Europe Ie développement du règnenbsp;végétal, pris en masse, bien que Tabaissement continu de la
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1 Quercus Mirbecknantiqua,%A\). (Auvergne). 2. Quercus Lamottü,^s.\i.(kavevgne). 3. Quercus rohuroides, Gaud. (Massa-Maritima). 4. Quercus ilex, L. (Lipari).
S. Pogus sylvatica, L. (Val dArno sup.'. 6, Viburnum tinus, L. (travertins tos-cans). 7. Vitis vinifera (travertins dEra). 8, Mespilus pyracantha, L.(travertins toscans).
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LES PÉRIODES VÉGETALES
la variété des éléments qui Ie composaient. Les maramifères, de leur cóté, navaient cessc de se multiplier et de grandir ennbsp;force, en perfection et en beauté, tout en perdant une partienbsp;des genres quils comprenaient lors du pliocene inférieur.nbsp;M. Ie professeur Gaudry, dans ses Maiériaux pour lhistoire desnbsp;temps quaternaires, désigne eet étage sous Ie nom Aage dunbsp;forest-bed ou pleistocene; nous sommes disposé a y cornpren-dre Ie niveau de Saint-Martial, dans lHérauU, et la partie lanbsp;plus récente du Val dArno. Les mastodontes et les tapirs ontnbsp;alors quitté lEurope ; les singes ont émigré et repris Ie ebeminnbsp;de lAfriqiie ; mais les élépbants, les rbinocéros, les hippopo-tames nont jamais été plus puissants, et leur développement,nbsp;de même que celui des cervidés et des bovidés est un indicenbsp;certain de 1inépuisable quantité dalirnents, mise a leur portéenbsp;par lautre règne.
h'Elephns meridionalis, Ie plus gigantesque des animaux ter-restres qui ait jamais existé, caractérise plus particulièrement eet age ; il estaccompagné de VElephas antiquus, des Rhinocerosnbsp;leptorinus et Merkii^ de VHippopotamus major, des Cervus Sedg-ivickii et martialis, etc.
Les végétaux recueillis sur quelques points de lIlérault et du Gard, dans les mêmes gisements que VElephas meridionalis,nbsp;a Saint-Martial, prés de Pézenas, dune part; de lautre, anbsp;Durfort (Gard), sont instructifs, malgré leur nombre restreint.
nbsp;nbsp;nbsp;A Saint-Martial, il faut signaler un cóne dénotant unenbsp;espèce qui a dü appartenir au groupe de notre pin dAlepnbsp;{Pinits halepensis, Mill.), mais avec une affinité évidente vers Ienbsp;Pinus caroliniana, Carr., race distincte qui recherche riiumi-dité plus que Ie type ordinaire et qui se trouve reléguée de nosnbsp;jours dans certaines vallées intérieures des versants pyrénéens.
nbsp;nbsp;nbsp;A Durfort, les marnes sableuse», sorte de limon grisatrenbsp;dou, grace a 1initiative de M. Ie professeur Gervais et sous lanbsp;surveillance de M. Cazalis de Fondouce, des squelettes entiersnbsp;A'Elephas merddionalis et de rbinocéros ont été retirés, renferment aussi les empreintes de plusieurs espéces de chênes, asso-
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DE LÉPOQUE TERTIAIRE
ciées a dautres plantes, dont deux, Ie Planera Vngeri, Ett., et Ie Parrotia pristina, Ett., sont certaineraent miocènes. Quelques-unes de ces dernières persistaient encore a ce moment sur Ie solnbsp;franpais ; dernières épaves dune flore en grande partie élimi-née, elles étaient elles-mêmes destinées a bientót disparaitre.nbsp;Les principaux chênes de Durfort, dont VElephas meridionalisnbsp;a mangé certainement les rameaux, ont été identifies par nousnbsp;avec les Querctis Farnetto (fig. 311,2-3), Ten., de lItalie méridionale, et hisitanica, Webb, ce dernier indigene de lEspagnenbsp;moyenne et du Portugal. Ainsi, les espèces dominantes du sudnbsp;de la France étaient alors des formes qui ont depuis émigré ;nbsp;elles étaient associées a des types miocènes a la veille de séteindre,nbsp;et nos chênes rouvres^ représentés actuellement en France parnbsp;les Querciis sessiliflora, pedunculata et pubescens, ne se mon-traient pas encore ; leur introduction, relativement récente, nenbsp;date guère que du quaternaire, bien que la section dont cesnbsp;races font partie soit bien plus ancienne ; mais, a la fin dunbsp;pliocèns, Ie centre et Ie nord de la France devaient les avoirnbsp;recues; en tout cas, Ie Q. sessiliflora se laisse voir a Kannstadtnbsp;et Ie Q. pubescens lui-même abonde dans les tufs a Elephas anti-qiius de la Provence.
Aux approches de la terminaison du pliocène, les differences climatériques cntre Ie nord et Ie sud de lEurope sont plus accen-tuées, a un certain point de vue, quelles ne Ie furent dans aucunnbsp;autre temps. Pendant que Ie Chameerops humilis palmette senbsp;maintient a Lipari, alors que Ie Piniis caroliniana, les Querciisnbsp;liisüanica et Farnetto, Ie Laurus canariensis, etc., peuplent encorenbsp;la vallée du Rhone et Ie bas Languedoc, Ie forest-bed, explorenbsp;dans Ie Norfolk et rapporté par M. Gaudry a lhorizon du pliocènenbsp;Ie plus récent, montre une flore dont Ie caractère contraste avecnbsp;celui des précédents, et ce contraste suffit pour faire concevoirnbsp;1écart exislant alors entre les deux regions. Nous avons refu dunbsp;forest-bed, par lintermédiaire du révérend Gunn, des cones dunbsp;sapin argenté [Abies pectinata, D. C.), du Picea cxcelsa et du pinnbsp;sylvestre ; ces cones prouvent que des arbres résineux, spécifi-
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LES PÉRIODES VEGETALES
quement identiques a ceus que possède notre continent, f'or-maient a ce moment de grandes forêts sur les cotes dAngle-terre, probablement encore réunie a la plage franpaise opposée.
Fig. 111. Espèces caractéristiques de 1age de VElcphas meridionale, dans Ie midi
de la France.
1. Pinus cai'oliniana , Carr., cunc (Saint-Martial, Hórault). 2-3. Quercus Farnetto,. Ten. 4-5. Quercus lusUanica, Webb. G. PaiTotia pristina,Fit.
M. Heer, qui a étudié a Londres les restes de ces mèmes plantes, signale de plus Ie pin des montagnes [Pinus montana.nbsp;Milt-, tig. 112,1-2), lif commun, Ie noisetier commiin, Ie chênenbsp;et plusieurs plantes aquatiques, parmi lesquelles il fautnoterlesnbsp;nénufars blanc et jaune. Le pin des montagnes et les sapinsnbsp;ont depuis quitté le sol anglais, de même que le figuier, lenbsp;laurier et le gainier, que lon rencontre pres de Paris, dans lesnbsp;tufs quaternaires de Moret, et qui ont, depuis Page du mam-
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mouth, emigre plus au sud. Nous voila done entrés en plein dans la période des ploMes emigrées, et la faune, si nous exposionsnbsp;ce qui la concerne, nous découvrirait des fails analogues, jus-tifiant une dénomination caractéristique qui succède a celle des
Fig. 112. Espèces du Forest-bed (pliocene snp.).
1-3. Pimis montana, Mill., c6nes. 3-4. Abies pectinata, D. C., écaillos détachóes
diin strobile.
espèces éteintes ou émigrées, qui sapplique a la période précé-dente, de même que la période antérieure pourrait sappeler celle des types éteints jusquau moment ou, remontant heau-coup plus loin dans Ie passé, nous trouverions une époque ounbsp;non-seulement les types^ rnais les sections de genre^ les genresnbsp;eux-mêmes, et finalement les families, seraienl distincts denbsp;ceux que nous connaissons. Dans Ie sens contraire, a mesurenbsp;que lon se rapproche des temps actuels, les différences satté-nuent, les formes savoisinent, puis se touchent et sidentifient :nbsp;cette preuve est la raeilleure qui atteste que rien ne sest passénbsp;jadis avec soubresauts; les enchainements qui relient tons lesnbsp;êtres forment un ensemble de séries parallèles et continues,nbsp;dont les soudures respectives ne frappent les regards qua causenbsp;des lacunes que nos recherches, malgré leur activilé, nont pasnbsp;encore réussi a combler.
-ocr page 389-CHAPITRE III
SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES
Les notions déyeloppées dans les pages précédentes se ratta-chent a trois ordres de phénoinènes très-distincts, bien quil y ait entre eiix des connexions de plus dune sorte et quils aientnbsp;fréquemment et nécessairement réagi lun sur lautre : nousnbsp;voulons parler de la configuration géographique du sol de lEu-rope, des yariations et de labaissement final de la température,nbsp;enfin des cbangements éprouyés par Ie règne yégétal, considérénbsp;en lui-raême, cest-a-dire au point de yue des modifications pu-rement organiques dont il a donné Ie spectacle. Lexistence denbsp;ces trois ordres de phénomènes ne saurait être sérieusement con-testée. 11 est certain que létendue relatiye des terres et des inersnbsp;et lorographie de notre continent ont éprouvé des yicissitudesnbsp;notables dans Ie cours des temps tertiaires. II nest pas moinsnbsp;exact quii partir dun moment donné, et indépendamment de lanbsp;configuration des terres et des mers, Ie climat européen est allénbsp;en se dégradant jusqua ce que les conditions qui Ie régissentnbsp;inaintenant se soient fmalement réalisées. On ne saurait nier nonnbsp;plus, a moins de sobstiner dans des préyentions non justifiées,nbsp;que les formes yégétales ne se soient graduellement modifiées,nbsp;et,enparlant de ces modifications, nous nayons passeulement ennbsp;yue les adjonctions ou les yides dus a Paction des causes locales,
VUES GÉNÉRALES SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES, 3Ö3
lt;]iis encore a Ueffet des migrations qui ont suecessivement communiqué OU repris a FEurope une parlie de ses richesses végé-tales, mais encore et surtont nous considérons les mutations attribuables a Forganisme seul, que Ie temps entraine forcémentnbsp;cbez les espèces et les types dont il est possible de suivre lanbsp;marche a travers les ages, comme une consequence directe denbsp;Factivité biologique, sujette parfois a demeurer latente^ maisnbsp;qui ne se repose cependant jamais entièrement.
On doit rcconnaitre aussi que, de ces trois ordres de pliéno-mènes, deux au moins ont rarement agi dune facon isolée; en sorte que Ie climat de chaque période a été nécessairemcnt af-fecté par Ie relief du sol et la distribution relative des terres etnbsp;lt;les mers, tandis que cette distribution et ce relief exer^aient unenbsp;influence sensible sur la composition de la flore, soit en favo-risant Fintroduction en Europe de telle on telle categorie de vé-gétaux, soit en leur en interdisant Fentrée. Quant a Faction dunbsp;climat sur Ie monde des plantes, il nest pas besoin dy insisternbsp;et son importance parle delle-même. Cest cette action, jointe anbsp;la configuration du sol emerge, qui constitue Ie milieu avec le-quel Forganisme est mis en contact, qui Ie sollicitc dans des sensnbsp;très-divers et qui donne naissance aux cbranlements doü sortentnbsp;enfin les diversifés morpbologiques, qui nous frappen! cbez lesnbsp;ètres que nous examinons, quils vivent encore ou que nous ennbsp;possédions seulement les vestiges.
Considérons maintenant les trois ordres de phénomènes que nous venons de définir, pour les décrire séparément en assignantnbsp;a chacun deux la part qui lui revient dans les fails dont se compose Fhistoire de la végétation, mais en nous abstenant toutefoisnbsp;lt;le remonter jusque dans im passé partrop éloigné. Si Fon veutnbsp;se bomer a rechercher seulement ce quétait Ie continent europeen au commencement des temps tertiaires, il faut dabord senbsp;cendre comptc de sa configuration dans les ages immédiatementnbsp;antérieurs. Vers Ie milieu de Fépoque jurassique , notrc Europenbsp;ne formait encore quun archipel de grandes iles, qui pourtant ten-daient graduellement a se rejoindre, puisque, en France notarn-C' DE Saporta.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;23
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LES PERIODES VEGETALES-
ment, Ie seuil de la Bourgogne et celui du Poitou coinmencèrent a se prononcer lors de la grande oolitbe et soudèrentlile centralenbsp;a la region des Vosges, dune part, a la Vendee et a la Bretagne,nbsp;de lautre (1). A lépoque de la craie blanclie, si on laisse denbsp;cóté la Scandinavië, qui formait sans doute, dans la directionnbsp;du nord, une contrée plus vaste que de nos jours, on constatenbsp;lexistence dun continent central qui parait comme une reduction de lEurope actuelle (voj. la planche IV).
LAIlemagne du milieu et celle du sud, la France de Pest, du centre et presque toute celle du sud-est, ctaient alors émergées,nbsp;sauf quelques ilots; lItalie au contraire était presque entièrementnbsp;sous les eaux. Mais a mesure que Pon se rapproche de la termi-naison supérieure de la craie, on voit les émersions se prononcer de plus en plus et Pétendue des mers se restreindre tellementnbsp;que PAllemagne du Nord est tout a fait délaissée par Pocéan da-lors, sauf une lisière du cóté de la Westphalie, des provincesnbsp;Rhénanes et de la Néerlande. Le bassin de Paris tenda samoin-didr a la même époque, la mer pisolitique se trouvant comprisenbsp;dans des limites bien reduites, si on la compare a celle de lanbsp;craie blancbe. 11 en est de même vers le midi de la France,nbsp;entre JNice et les Pyrénées. Dans eet espace, les derniers dépólsnbsp;datent du sénonien supérieur ; les écbancrurcs peu accuséesnbsp;des mers crétacées méridionales, leurs sediments dorigne sauma-tre, les alternatives qui tirent succéder sur beaucoup de pointsnbsp;Paction des eaux tluviales a celle.s des eaux salées, témoignentnbsp;de ce retrait qui, bien avant la fm de la période crétacée, senbsp;trouve définitivement accompli. On est alors en présence de puis-sants dépots tluvio-lacustres que le géologue peut suivre depuis'nbsp;le Var jusquau dela des Pyrénées, en Aragon et au centre denbsp;PEspagnc; ils semblcnt se rattacher a une série de lacs pio-fonds reliés par des déversoirs et dénotent Pexistence dune contrée étendue, excédant de beaucoup les limites du littoral médi-terranéen actuel.
Cest aim's que souvre la période paléocène, la première de
(I) Consultez la planche III.
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celles entre lesquelles nous avons partagé lage tertiaire. Les mers se trou vent restreintes a de faibles limites dans tout Ie périmètrenbsp;européen; presque mille part, sauf en Belgique, aux environs denbsp;Mons et sur quelques points de la Champagne ou de la Picardie,nbsp;elle nempiète sur Ie sol continental actuel. Malgré cetle extensionnbsp;de lespace émergé, Ie climat paléocène ne parait avoir en riennbsp;dextrême ni trop continental. Une température élevée, favorable a la diO'usion des palmiers et de beaucoup de plantes daf-finité tropicale, jusque dans Ie nord de la France et par delanbsp;Ie 50quot; degré de latitude, sy laisse reconnaitre, et la chaleur de cenbsp;temps devait être égale et modérée par Fhumidité, puisque,nbsp;dune part, les formes opulentes y sont plus fréquentes que dansnbsp;la période suivante, et que, dautre part, certains types caractéris-tiques des zones tempérées, que nous perdons de vue dans léo-cène et Ie miocène inférieur ponr les retrouver plus tard dans Ienbsp;pliocene, se montrent ici et témoignent de la predominancenbsp;dun climat moyen. iMous citerons senlement, a Fappui de cettenbsp;dernière assertion, Ie sassafras (sorte de laurinée a feuillcs cadu-ques), Ie lierre, la vigne répandus a Sézanne, et quelques chênesnbsp;de la forêt de Gelinden dont la physionomie rappelle ceux denbsp;lAsie Mineure, des montagnes de la Syrië ou du Japon. Pournbsp;ce qui est dela température, elle devait être encore distribuée très-égalenient du nord au sud de lEurope, entre Ie 40quot; et Ie 60° degré de latitude, cest-a-dire sur un espace dau moins vingt degrés.nbsp;Nous possédons, en effet, grace a la flornle paléocène de Saint-Gely, pres de Montpellier, un terme de comparaison des plusnbsp;précieux entre la France méridionale et la Belgique, lors denbsp;lépoque paléocène. La roebe de Saint-Gely est nn calcaire con-crétionné plus cristallin et plus compacte que celui de Sézanne;nbsp;inais elle a été visiblement formée dans des conditions presquenbsp;semblables, et les plantes dont elle renferme les empreintes,nbsp;malgré leur petit nombre, sont tellement analogues a celles denbsp;Sézanne quon est bien force de reconnaitre que les deux loca-lités devaient être soumises a des conditions sensiblement pa-reilles. On observe a Saint-Gely une marchantiéc [Marchantia
-ocr page 393-tacée, Ie M. Geinitzii, Hr., de la craie de Moletein, en Moravie. En dépit du nombre restreint des espèces énumérées, on constate aisérnent labsence dfiine discordance un peumarquée entrenbsp;Ie nord et Ie midi de la France, au point de Yue des cléments con-stitutifs, dans la flore paléocène.
La révolution qui ramena les eaux de lOcéan jusquau centre du continent et qui inaugura léocène proprement dit, en
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étendant vers les Alpcs, les Pyrenees et plus loin vers 1Orient, lAsie Mineure, la Perse, TEgyple et la Barbarie, la mer oü vé-curent les nummulites, cette revolution eut pour effet, non-seulement de constituer une Méditerranée quatre ou cinq foisnbsp;plus vaste que la nótre, maïs encore de bouleverser tellementnbsp;léconomie géographique de lEiirope que son climat et sa florenbsp;durent inévitablemcnt subir Ie contre-coup de pareils événe-ments. II ne resta rien^ on peut Ie dire, qui rappelat 1état précédent, sauf dans Ie bassin de Paris, oii la mer du calcaire grossiernbsp;parisien vint former un golfe arrondi, assez.ressemblant a celuinbsp;auquel la mer de la craie blanche avail aiiparavant donné lieu,nbsp;bien que plus rostreint. On sait que la mer nummulitique nenbsp;pénétra pas dans la vallée du Rhone, ni dans Ic périmètre quinbsp;sétend entre les Alpes Maritimes et la montagne Noire, au-dessus de Narbonne. 11 y eut seulement des lacs en Provencenbsp;pendant léocène, et quelques-uns de ces lacs, spécialementnbsp;celui dAix, celui de Saint-Zacharie et celui de Manosque,nbsp;persistèrent postérieurement au retrait de la mer nummulitique.nbsp;Celle-ci se dessécha peu a peu, mais sa terminaison finale estnbsp;difficile a fixer, si Ton nadmet pas que Ic flysch en représentenbsp;les derniers délaissements. II semble que la Provence ait dunbsp;faire partie a ce moment dune sorte de péninsule étroite etnbsp;longue, analogue a Tltalie actuelle et partant de la haute Provence pour aller aboutir en Afrique, non loin de Bougie, [anbsp;travers la Corse et la Sardaigne, dont elle aurait englobé lanbsp;plus grande partie. Entre cette péninsule et Ie littoral dalmate,nbsp;il y aurait eu une large mer, couvrant 1ltalie et formant unnbsp;golfe avec plusieurs iles. Au dela sétendait une grande terrcnbsp;péninsulaire sinueuse, comprenant une partie des provinces illy-riennes et de la Hongrie, presque toute laTurquie d'Europe, lanbsp;Grèce, rArchipel,et allant empiétersur lAsie Mineure, découpéenbsp;elle-même en plusieurs regions insulaires (consul tez la plancheX,''cnbsp;Lintluence dune mer pénétrant si profondément au seinnbsp;des terres aurait dü avoir pour effet Ie mainticn dun climanbsp;égal et doux, humide et chaud en toutcs saisons. Le contraire.
-ocr page 395-3Ö8 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
nous lavons vu, semble résulter de létude de la flore éocène.
Cette flore affecte surtout une physionomie et des affmités afri-caines; elle accuse beaucoup de chaleur ettémoigne par Iamoin-drissement des formes, par leur consistance souvent coriace, par leur disposition fréquemment épineuse, par la stature médiocre desespèces, une atmospbère déversant leau par intermit-tence et lalternance probable de deux saisons très-marquées,nbsp;1une sècbe, lautre humide, se succédant a plusieurs moisnbsp;dMntervalle. 11 semble aussi que, Ie rivage méridional de la mernbsp;nummulitique longeant lAfrique vers les confins du Sahara,nbsp;lintroduction et la persistance des formes propres a ce continentnbsp;aient été Ie résultat dune colonisation ayant son point de departnbsp;dans Ie siid. L'émigration aurait gagné de proche en proche,nbsp;demanière a envahir Ie périmètre des terres en contact avec lanbsp;mer nummulitique et a faire partout dominer des élémentsnbsp;semblables, a lexemple de ce qui se voit de nos jours Ie longnbsp;des plages de la Méditerranée, ainsi que sur Ie pourtour dunbsp;golfe du Mexique, de la mer des Antilles et de celle du Japon.nbsp;Rien de surprenant a ce que, conformément a ce qui a lieu dansnbsp;ces diverses regions, la végétation se soit uniformisée sur lesnbsp;rivages opposes, et dun bout ii lautre du grand bassin intérieur éocène, dont Ie diamètre, entre Ie Soudan et les Alpes,nbsp;mesurait environ 30 degrés ou plus de 700 lieues, dimensionnbsp;double de celle que présente la Méditerranée, du fond de lanbsp;grande Syrte au golfe de Gènes.
11 est a croire que linfluence directement exercée sur les terres de CEurope par une mer chaude et méridionale, touchant aunbsp;tropiquevers Ie sud, ne fut pas étrangère a létablissement dunbsp;climat qui semble avoir prévalu durant léocène. Echauffée pé-riodiquement par Ie soleil, a 1époque de lannée oü eet astrenbsp;savance vers Ie cancer, la mer nummulitique devait donner lieunbsp;a des moussons coïncidant avec la tin de 1été et précédées dunenbsp;saison sècbe qui partait de Réquinoxe du printemps et duraitnbsp;jusquaprès Ie solstice. Telle est probablement la clef dun pro-blème dont la solution résulte a la fois et de la configuration
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de TEurope eocene et de Fétude des plantes que possédait alors notre continent, et dont nous avons figuré les principales.
On doit fixer a Téocène et faire coïncider avec la presence de la mer du calcaire grossier parisien Ie moment de la plusnbsp;grande élévation thermique que Ie climat europeen ait présenféenbsp;durant Ie cours des temps tertiaires. INon-seulement les Nipanbsp;et peut-être les cocotiers sétendircnt alors jusquen Belgique etnbsp;en Anglelerre, mais les espèces a feuilles caduques ne furentnbsp;jamais aussi peu nombreuses; leur présence constatée se réduitnbsp;a quelques rares exceptions. Cétait Ie temps des jujubiers afri-cains, des gornmiers, des myricées aux feuilles coriaces, desnbsp;Aralia, des Podocarpus, des Nerium ou lauriers-roses, des eu-phorbes arborescentes, des myrsinées, etc. Les palmiers étaientnbsp;nombreux sur tons les points du territoire franpais: M. Crié ennbsp;a compté récemment cinq espèces dans les gres éocènes de lanbsp;Sartbe. Les forêts montagneuses de cette dernière region com-prenaient une association de lauriers et de cbênes a feuillesnbsp;persistantes, mélées a des Diospyros et a des tiliacées, a desnbsp;myrsinées, a des anacardiacées et a plusieurs Podocarpus. Lesnbsp;fougères les plus répandues étaient des lygodiées. Get étatnbsp;de cboses parait sêtre maintenu dans Ie midi de lEurope, sansnbsp;grande alteration, jusqua la tin de léocène. Monte-Bolca, ennbsp;Italië, en fournit des exemples et la flore des gypses dAix ennbsp;Provence conduit aux mêmes conclusions. Vers la tin de léo-cène, la mer nummulitique tendait partout a samoindrir, sinonnbsp;a disparaitre. Des lacs sétaient établis sur une foule de pointsnbsp;et les stations marécageuses, fréquentes sur leur bord, favori-sèrent lextension de la faune paléotbérienne en mettant a lanbsp;portée desanimauxde eet age une nourriture abondante, par-ticulièrement des rbizomes de nénufars et autres plantes palustres que les pachydermes reeberebaient en baugeant en troupesnbsp;dans les lagunes. Ces lacs aux plages souvent envabies par lanbsp;végétation avaient des alternatives de crues et de dessécbementsnbsp;en rapport avec les conditions climatériques de lépoque. 11 estnbsp;a remarquer également que les lacs éocènes, qui persistèrent en
-ocr page 397-360 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
Provence sans changement pendant Ie tongrien et mème laqui-tanien, étaient distribués de manière a correspondre cbaciin a lun des versants des chaines de montagnes qiii sélèvent dansnbsp;cette partie de la France et qiii se présentent maintenant commenbsp;les premiers contre-forts des Alpes. L'importanco et surtout lanbsp;profondeur de ces lacs dénotent Ie voisinage daccidents orogra-phiques plus prononcés encore quo ceux qui se montrent de nosnbsp;jours aux mêmes lieux. Ni Ie Léberon on Ie rocher de Volx quinbsp;se dressent au sud de lancicnne cuvette lacustre de Manosque,nbsp;ni la montagne de Lure dans Ie nord, ni mème Ie Ventoux,nbsp;qui domine les vallées dApt, encore moins Sainte-Victoirc,nbsp;située dans la mème relation par rapport au lac gypseux dAix,nbsp;pas plus que les massifs de la Sainte-Baume et de lÉtoile, aunbsp;pied desquels sont places les dépots lacustres do Saint-Zacliarienbsp;et d^Aubagne, ne suffisent pour expliquer la présence de sem-blables depressions. 11 est done permis de supposer que lesnbsp;montagnes de la region provengale ont perdu depuis la fin denbsp;léocène une partie de leur relief et ne constituent réellementnbsp;que des hauteurs inférieures a celles dautrefois, si lon tientnbsp;compte des roebes triturées et des fragments détritiques arra-chés jadis a leurs flancs et accumulés au fond des bassins lacustres étendus autrefois a leur pied. Cc voisinage immédiat desnbsp;montagnes pres des lacs de léocène supérieur, en Provence, anbsp;permis de saisir qiielques-uns des traits qui distinguaient les boisnbsp;montagneux et la végétation sous-alpine de lépoque. 11 est maintenant certain que la llore des gypses dAix comprenait unnbsp;bouleau, un orme, un frêne, plusieurs saules ou peupliers, unnbsp;érable, qui croissaient dans une region supérieure et formaientnbsp;une association végétale différente de cello des alentours im-médiats de lancien lac. Cette dernière florc se composait denbsp;palmiers, de dragonniers et mème de bananiers; elle présentaitnbsp;des Callitris, des Widdrmgtonia, des Podocarpiis, des pins, et,nbsp;en fait de dicotylédones, en première ligne, des laurinées, desnbsp;bombacées, des araliacées, des anacardiacées et des mimosées.nbsp;En inscrivant les plus récentes découvertes, on constate quil
VUES GÉ^ÉRALES SUR LENSEMRLE DES PÉRIODES- 36t
existait au moins cinq espèces de palmiers dans la flore dos gypses dAix, dont une seulement, Ie Sahal major, Ung., senbsp;retrouve dans Ie miocène.
Lexemple tiré de la flore dAix prouve que, x^ers la fin do léocène, les types a feuilles cadnques ne se montraient guèrenbsp;au-dessons dun certain niveau altitudinaire, sur lequel leur presence accuse pourtant des Inrs linfluence dune saison plus froidenbsp;se manifestant sur Ie liane des montagnes, a une hauteur déter-minée. On coiifoit très-bien, par cela même, comment cesnbsp;mêmes types descendirent vers les regions inférieures pour synbsp;étendre et sy multiplier, dès quun ahaissement dabord modéré,nbsp;et, en réalité, peu sensible, joint a rhumidité croissante dunbsp;climat, vint favoriser ce mouvement. Cest ce qui eut effective-ment lieu dans loligocène, cette période de transition qui suc-cède immédiatement a léocène et qui precede Ie miocène pro-prement dit.
11 faut distinguer cc mouvement, si facilement realisable, par-tout OU des régions élcvées se trouvaient en contact avec des plaincs inférienres, dun autre mouvement contemporain dunbsp;premier, mais bien plus généi'al dans ses effets qui exigèrentnbsp;pourtant un temps plus long pour saccomplir. Je veux parlcr denbsp;lexode dune foule de types et despèces arctiques, savanpantnbsp;vers Ie sudet quittantles alentours du pole sous limpulsion de lanbsp;temperature qui sabaisse et du climat devenu gradiielleinentnbsp;plus humide. C-est dans Toligènc quil faut placer aussi loriginenbsp;de ce mouvement, qui, pourtant, ne manifesta ses effets que dansnbsp;la période suivante.
Le nouveau changement qui moditla la configuration de 1Europe par létablissement de la mer oligocène dnt contribuernbsp;R rendre le climat européen plus tempéré et moins extréme. Nousnbsp;avons constaté que cette mer était une mer septentrionale, et sonnbsp;influence agit certainement en sens inverse de celle quavaitnbsp;exercée la mer nummnlitique. Les types africains et austro-indiens commencèrent done a rétrograder, tandis que les lacsnbsp;antérieurs occupaient les mêmes emplacements ou augmcntaient
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
en nombre et en étendue, dans Ie snd de lEurope. C'est par Ie moyen des sédiments lacustres de eet age que la flore oligocènenbsp;se trouYe si bien connue. Nous avons vu que les localités denbsp;Sagor, Ha3ring, Sotzka, Mont-Promina, Salcedo et bien dautresnbsp;appartenaient a eet horizon, sur lequel il faut également rangernbsp;les llores provencales de Gargas, Saint-Zachaine, Saint-Jean denbsp;Garguier, de Céreste et celle de Cejlas dans Ie Gard. Le mouvement qui amena la multiplication des types a feuilles caduques aunbsp;sein de ces flores fut évidemmenttrès-lent a se produire ; proba-blement aussi le climat ne changea de caractère que dune faconnbsp;graduelle et par une marche, pour ainsi dire, insensible. Ennbsp;Provence, eest seulement par la répétition plus fréquente desnbsp;charmes, des ormes, de certains érables, et aussi paria prédo-minance dun palmier, le Saóa/ major, auparavant très-rare,nbsp;enfin par lintroduction de certains types, plus spécialement desnbsp;Chamascyparis, du Libocednis salicornioides, du Sequoia Stern-berejii, du Comptonia dryandrsefolia, sortes de plantes mieuxnbsp;adaptées a un sol et a un climat humides que ne létaient leursnbsp;devancières, que la revolution végétale en voie de saccomplirnbsp;commence a se manifester. Le fond de la végétation reste cepen-dant le mème, non pas seulement en Provence, mais partout oiinbsp;la flore oligocène a laissé des traces, soit en Styrie (Sotzka) ou ennbsp;Dalmatie (Mont-Promina), soit dans le Tyrol (Haïring), soit enfinnbsp;dans le centre de la France (Bonzon, Haute-Loire). Les exem-ples despèces empruntées a ces diverses localités, que nous avonsnbsp;figurées, nous dispensent de revenir sur les appréciations quellesnbsp;nous ont suggérées.
Cest dans la période suivante ou aquitanienne, immédiate-ment après le retrait de la mer tongrienne, après lentier dessé-chement des eaux salées du flysch, mais avant linvasion de la mer mollassique, a une époque de grands lacs et de lagunesnbsp;toLirbeuses, favorable a la production des lignites, époque dhumi-dité permanente, de chaleur égale et modérée, que Ia revolutionnbsp;végétale dont les prodromes sétaient montrés durant Toligocène,nbsp;se trouve en voie de complet achèvement. La transformation du
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climat sest alors visiblement opérée; lextension des lacs et rabondance des dépots deau donee sexpiiquent par riiiuniditënbsp;croissante du ciel. Lopulence des formes vegetates de eet age,nbsp;comparée a lexigiiïté relative de celles de lage précédent,nbsp;sexplique de la mème fafon. Les grands lacs sont par tont a cenbsp;moment: a Manosque, en Provence; pres de Narbonne, dans Ienbsp;Languedoc; en Savoie, en Suisse, sur plusieurs points de lAlle-magne, en Autriebe, en Italië et en Grèce. Ailleurs, comme anbsp;Radodoj (Croatie), ce sont des sédiraents dembouchure; partoutnbsp;ils comportent Ie mème enseignement.
Cest alors aussi quil convient de signaler les premiers arri-vages des types polaires destines a se répandre en Europe pendant tout Ie miocène. Le platane, Ie liquidambar, Ie Glyptostrobus, plusieurs Sequoia, probablement le hêtre et le tilleul font partie denbsp;cette catégorie. Les peupliers et les saules, les aunes et les bou-leaux, les ormes et les charmes, les érables, les frênes, lesnbsp;noyers, etc., prennent visiblement Lessor dans Laquitanien,nbsp;sans exclure toutefois les types des pays cbauds ni mème lesnbsp;palmiers, auxquelsles premiers se trouvent alors associés sur unnbsp;grand nombre de points (1).
Cest done la une période dun très-grand luxe de végétation, non-seulement paree que la température ne sest pas abaisséenbsp;dune manière assez sensible pour éliminer les formes anté-rieures, mais aussi par la raison que lhumidité égale du climatnbsp;favorise évidemment Lessor du monde dos plantes.
La juxtaposition, dans plusieurs localités, de deux ensembles, Lun montagnard et forestier, trabissant plus de fraicheur, lautrenbsp;approprié aux stations inférieures et dénotant des aptitudes plusnbsp;méridionales, se laisse assez facilemeut reconnaitre. Elle est visiblenbsp;notammenta Armissan, ainsi qua Manosque. Toutefois les deuxnbsp;ensembles contrastent déja moins quils ne le faisaient a Lépoquenbsp;des gypses dAix; ils se balancentrnieux; ils se sont rapprochés etnbsp;se pénètrent davantage. Celui des deux qui réunit des types amis
(1) Consultez la planche XITI qui représente un groupe des principaux types de palmiers de Vage miocène, restaurés d'après lótude de leurs organes.
36i- nbsp;nbsp;nbsp;LES PERIODES VÉGÉTALES.
(ki nord et de la fraicheur est peiit-être moins nombreux en es-pèces, mais il est plus riche en individus; il tend graduellement a lemporter sur lautre. A Armissan, prés de Narbonne, la profusion des pins est si grande que lon doit concevoir lexistencenbsp;dune region boisée et inontucnsc, occnpée par une grande forêtnbsp;darbres résineux, coinine on lobserve de nos jours au pic denbsp;Ténériffe et sur les bauts plateaux mexicains. Cette région auraitnbsp;coincide avec Ie massif secondaire de la Ciape qui forme aujour-dbui un plateau accidenté entre Armissan et la mer. Les pinsnbsp;de cette forêt comprenaient au rnoins dix espèces, la plupart denbsp;grande taille et assimilables par leurs cones, leur feuillage etnbsp;leur port, soit au pin des Canaries, soit aux espèces mexicainesnbsp;OU a celles de IHimalaya. A ces pins se joignait sans doute unnbsp;sapin dont les cones senls sont connus et ont été décrits sous Ienbsp;nom A'Entomolejns cynarocephala^ Sap. Lanalogue de ce type denbsp;sapin tertiaire, maintenant fort rare, sobserve en Chine, oü existenbsp;VAbies jezoensis, Lindl. {Keteleeria Fortimei, Carr.), senle espècenbsp;yivante quon puisse comparer a celle dArmissan, a cause desnbsp;écailles frangées-lacérées de ses strobiles. Les arbres servant denbsp;ceinture a cette forêt dessences résineuses, a Armissan, étaientnbsp;principalement des bouleaux, des charmes, des chataigniers, certains chênes a feuilles persistantes, auxquels il faut joindre unnbsp;peuplier, un saule, divers érables, de très-beaux houx et plusieursnbsp;noyers. Au bord même du lac se pressaient des Sequoia, des pal-miers, des dragonniers, des Aralia aux feuilles palmées on digi-tées, associés a une foule de myricées, a des laurinées, a desnbsp;Acacia et a des Eugelhardtia, sortes de juglandées tropicales. Onnbsp;voit que les deux ensembles, bien que contigus ctassoz mélangésnbsp;pour que leurs débris aient été senfouir pêle-mêle au fond desnbsp;mêmes eaux, peuvent encore se distinguer, lorsquon les examine de pres pour opérer Ie triage de leurs elements respectifsnbsp;A Manosque, un contraste de même nature est amené, dunnbsp;cóté, par des aunes, des bouleaux, des liêtres, quelques chênes,nbsp;des charmes, des saules et des peupliers, des érahles, des Irenesnbsp;et des noyers, qui formaient sans doute un bois situé a lécart
VUES GENERALES SUR I/ENSEMBLE DES PÉRIODES. 365
sur des pentes monlagneuses et, de Tautre, par des masses de myiicées aux feuilles dentées-épineuses, de lauriers, de cam-phriers^ de myrsinées et de diospyrées, de sophorées, de césal-piniées et de mimosées, auxquels se joignaient quelqucs rares pal-miers. Le long des eaux sétcndait line lisière de Gbjptostrobusnbsp;et Sequoia, entremêlés de fougères subtropicalcs, amies desnbsp;stations inondées. La distinction, on le voit, est encore possible,nbsp;mais plus tard on remarque iin mélange de plus en plus intimenbsp;des deux ensembles qui se confondent et partagent tes mêmesnbsp;stations, celui dont Faftinité pour Ia chaleur est visible, ten-dant a perdre de son importance et a décliner de plus en plus,nbsp;tandis que lautre erapiète sur le premier, jusquau momentnbsp;oil, grace aux circonstances, il réussii'a a Léliminer dune ma-nière presquc absolue.
Cest a 1époque oii Tissue de la latte était encore indécise et OU la balance penchait en apparence en faveur de Iasso-ciation de plantos, alliée de plas ou moins prés a celles du tro-pique, que Tinvasion de Ia mer mollassique et de la mer desnbsp;faluns ent lieu dans le centre, dans le sud et dans louest denbsp;lEurope, qui fut de nouveau découpée a peu prés comme ellenbsp;lavait été antérieurement, a 1 epoque des nummulites. La difference consiste cctte fois en ce que, le relief de la region des Alpesnbsp;commengant a se prononcer, la nouvelle mer se trouva rejetéenbsp;vers le nord de facon a occuper les depressions que jalonnent encore de nos jours la vallée du Rhone, celle de LAar, celle dunbsp;Rhin siqiérieur et plus a Lest celle du Danube (consultez lanbsp;planche XI).
LEurope centrale conserva une temperature tiède et un climat fort doux pendant toute la durée de la mer miocène, dontnbsp;la presence au centre de notre continent et plus loin, au milieunbsp;de lAsie, dut contribuer a ce maintien; nous ne reviendrons pasnbsp;sur cette influence aisée a comprendre, ni sur les résultats opposesnbsp;qui tendirent a prévaloir après le retrait de cette mer. Ces résultats amenèrent assez promptement dans le nord de l'Europe unnbsp;abaissement de la température dont la marche fut cependant
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LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
beaucoup plus lente dans Ie sud du continent et surtoutpar dela Ie revers méridional de la chaine des Alpes. II snftirade noter,nbsp;comme un indice précieux de la géographie botaniqne de TEu-rope miocène, que dans laquitanien les plantes de la régionnbsp;baltique ou région de lainbre démontrent que la limite boréalenbsp;des campbriers s'avanfait jusquau 55® degré latitude. LAlle-raagne, a la même époque, avait des paliniers au dela du 50quot; degré de latitude. Get état de choses a persisté tant que la mer miocène n'a pas été déplacée, et Ton conpoit sans peine comment lesnbsp;plages sinueuses de cette mer, sur les deux rives du canal étroitnbsp;qu'elle profilait du bas Jura aux environs de Vienne, en Au-triche, avaient dü revêtir a la longue un aspect uniforme. Lesnbsp;mêmes essences végétales sétaient étendues de part et dautre,nbsp;daprès une loi dont une foule dexemples empruntés au mondenbsp;actuel offrent la confirmation.
Cette circonstance favorable au maintien dune douceur excep-tionnelle du climat européen miocène nempêche pas de con-cevoir Ie refroidissement du globe terrestre, comme dépendant dune cause tout a fait générale, sur laqnelle lattention du lee-teur a été déja attirée a plus dune reprise. Le phénomène, unenbsp;ibis inauguré, na jamais dü arrêter absolument ses progrès; sanbsp;marcbe, presque insensible a lorigine, avait atteint les régionsnbsp;voisines du pole, nous lavons fait voir, bien avant de se manifester en Europe, et le contre-coup de ces premiers effets nanbsp;pas été sürement sans influence sur la rapidité relative du refroidissement auquel lEurope elle-même fut a la tin soumise.
Nous avons précédemment insisté sur les prodromes de ce dernier événement, mais il est bien certain, pour le redire ennbsp;deux mots, que les régions polaires se trouvantdéja refroidies anbsp;la tin de léocène, cest-a-dire dès lors pourvues dune vegetationnbsp;peu différente de celle que posséda plus tard lEurope pliocène,nbsp;celle-ci, a son tour, dut nécessairement se trouver en contactnbsp;avec des régions polaires partiellement envahies par les glacésnbsp;et ressemblant fort a ce que devint plus tard lEurope qua-ternaire.
VUES GÉNÉRALES SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES. .367
Tant qiie les terres arctiques, simplement refroidies, ne pos-sédèreiit pas des glacés pernianentes accumulées et par conséquent ne produisircnt pas des glacés llottantes, lEurope, bien que soumise elle-même a un abaissement de tempéralure pro-venant dnn pbénomène extérieur a elle, ne refut de ce voisi-nage que des efOuves et des courants médiocrement actifs. IInbsp;lEen a plus été de même plus tard, et des lors les glacés polairesnbsp;soit fixes, soit llottantes, ont dii accélérer singulièrement par leurnbsp;contact OU leur proximité la rapidité du mouvement qui tendaitnbsp;a déprimer partout la température. Cest la un point de vue capital et une cause dont la puissance, jointe au retrait de la mernbsp;miocène, adü contribuer plus que tout autre a réaliser dans no-tre zone les conditions climatériques qui la gouvernent main-tenant.
11 nous reste a exposer ce qui toucbe au dernier des trois ordres de phénomènes que nous avons eu en vue au début de ce résumé : celui qui résulte des modifications éprouvées par Ie règnenbsp;végétal, soit dans la distribution et la coinbinaison de ses élé-ments constitutifs, soit en lui-même, par suite des variationsnbsp;morpbologiques de lorganisme. 11 y aurait done lieu a deuxnbsp;séries de considerations, en réalité très-distinctes, les unes relatives au caractère des divers ensembles de végétaux qui ontnbsp;babité successivement lEurope tertiaire, les autres concernantnbsp;les types eux-mêmes, indépendamment de leur róle dans cha-cun de ces ensembles, mais au point de vue de leur filiationnbsp;présumée et des variations subies par les espèces qui les ontnbsp;représentés.
Nous savons eiïectivement quil a existé des éléments très-dis-tincts dans la vegetation européenne tertiaire, et que de la disposition et de la predominance simultanée ou alternative de ces éléments sont sortis un certain nombre densembles, propres iinbsp;cbacune des périodes que nous avons signalées.
Considérée dans ses traits les plus généraux, la végétation tertiaire a changé quatre fois en Europe, et ces changements, en ne tenant pas compte des transitions souvent très-ménagées au moyen
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LES PERIODES VEGETALES.
(lesquelles ils se sont accomplis, ont donné naissance a quatre ensembles successifs de végélaux qui doivent ètre nommés : paléo-cène, éocèno, miocène et pliocene. Cependant, Ie dernier de ces quatre ensembles nest qiiiine suite on une consequence de celuinbsp;qui la précédé ; a bien prendre les choses, la flore pliocene nestnbsp;quune flore miocene dépouillée de la plus grande partie de sesnbsp;types daffinité méridionale ou tropicale, et graduellement trans-('ormée par la preponderance de Tun des éléments partiels quenbsp;comprenait celle-ci.
Ce sont ces éléments constitiitifs quil nous faut définir avant tout,
Gardons-nous de confondre tout dabord les éléments indigenes OU autochthones, avec les éléments introduits ou implantés ennbsp;Europe par voie de migration ou de communication, que ceux-cinbsp;se soient maintenns ensuite sur notre sol ou quils en aient éténbsp;plus tard totalement ou partiellement éiiminés. Une autre distinction quil ne faut pas manquer de faire, pour la juste appreciation des éléments de la végétation tertiaire, c^est celle du typenbsp;ou genre et de lespèce comprise dans cc type ; la marche et lesnbsp;enchainements de lun nayant au fond rien de commun axec lanbsp;liliation et Iliistoire particuliere de lautre. LEurope peut avoirnbsp;possédé de tout temps certains types, et cependant avoir recu dunbsp;dehors a un moment donné dautres espèces faisant partie denbsp;ces mêmes types, mais introduites par voie dimmigration etnbsp;demeurées depuis indigenes, tandis que les formes plus anciennes auraient fini par ètre éliminées. Dans ce dernier cas,nbsp;Ie type autochthone auVa survécu, mais seulement a 1aide dunenbsp;forme importée du dehors et originairement étrangère. Ainsi,nbsp;lEurope parait avoir eu a tous les ages tertiaires des chênes;nbsp;mais ces chênes étaient dabord des chènes verts^ et Ie typenbsp;de nos rouvres, qui représente a lui seul aujourdhui Ie genrenbsp;Quercus dans Ie centre de lEurope, pourrait bien avoir été im-porté du dehors. Le type bouleau et Ie type orme remontent fortnbsp;loin dans le passé ; il est pourtant a croire que notre bouleaunbsp;commun et notre ormeau vulgaire nous sont venus du nord et ne
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se sont montrés en Europe, en tant que formes spécifiques, qua partir de Fépoque oü Ie climat avaitperdu décidément sa chaleur.nbsp;II existait bien des tiliacées en Europe, au commencement dunbsp;tertiaire ; mais Ie genre Tilia proprement dit, polaire dorigine,nbsp;nest arrivé en Europe que vers la fm du miocène, et il y a éténbsp;vraisemblablement importé en même temps que Ie platane et Ienbsp;ginkgo, que notrc continent nquot;.a pas conserves, mais qui existentnbsp;sous des latitudes équivalentcs, en Asie, en Amérique, au Japon.nbsp;Ce sont Ia pour nous des types acquis, les uns momentanément,nbsp;les autres dune facon definitive. Mais, comme les types, genresnbsp;OU sections de genre, sont nécessairement représentés par desnbsp;espèces ou races héréditaires, quelquefois même par une espècenbsp;unique, il se trouve, en ce qui touche par exemple km Salisburianbsp;OU ginkgo, que lEurope, après avoir possédé une première foisnbsp;Ie genre, lors des temps secondaires, a refu beaucoup plus tardnbsp;Ie Salisbiiria adiantoides, forme a peine differente de lespècenbsp;chinoise actuelle. Ainsi, dans ce dernier cas, Ie type seul seraitnbsp;autochthone en Europe, et, après une longue interruption, il y.nbsp;aurait été réintégré au moyen dune espèce partie des environs dunbsp;pole pour savancer de la vers Ie sud. On voit combien ces phé-nomènes de filiation et de migration se trouvent complexes, lors-que Eon cherche a les préciser, en se servant de particularitésnbsp;empruntées a la tlore fossile.
En résumé, nous distinguons en fait déléments de végétation ou catégories de types associés :
lUne première categorie, indigènc ou autochthone, compre-nant des types nés dans la region et ne layant jamais quittée a partir de leur première origine. Le laurier, la vigne^ Ie lierre, Ie laurier-rose, divers érables, le térébinthe, ie gainier, etc., pa-raissent être dans ce cas.
2 Une deuxième categorie également autochthone, mais com-posée de types daffinité tropicale et spéciaux d l'Europe tertiaire. quils auraient servi a caractériser autrefois. Ce sont des genresnbsp;éteints a partir dun certain moment : les genres lihizocaiuon,nbsp;Dewalqiiea, Flabellaria (parmi les palmiers), Pufeocarya pamii
DB SapORTA. n
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LES PÉRIODES VEGEÏALES.
juglandées, certaines protéacées, araliacées, anacardiacées, etc., observes sur plusieurs points de lEurope éocène ou oligocène,nbsp;rentrent dans cetle catégorie.
3° Une troisième catégorie, plutót cosmopolite cpie réellement indigene, mais ancienne sur Ie sol de lEurope et comprenantnbsp;des plantes daffmité tropicale que lEurope a longtemps comprises, quelle a ensuite perdues, mais que lon retrouve hors denbsp;notre continent, principalement dans lAsie du sud et du sud-est. Bien des plantes se trouvent faire partie de cette catégorienbsp;dont la présence démontre que, « sans Ie refroidissement du cli-mat », lEurope aurait eu en partie les mèmes végétaux que lesnbsp;Indes, les archipels de lAsie, la Chine méridionale et Ie Japon.nbsp;11 faut y ranger les Lygodium, les ailantes, beaucoup de lau-rinées, surtout les camphriers et les cannelliers, les Mimosa etnbsp;Acacia, les Bombax, les dragonniers, les Pittosporiim et tantnbsp;dautres.
4® Ene autre catégorie également indigene et perdue pour lEurope, comme la précédente, mais composée principalementnbsp;de types aujourdhui répandus dans la zone teinpérée chaudenbsp;dont ils habitent les régions montagneuses et forment les massifsnbsp;forestiers. Cette catégorie comprend les Betiilaster, les Alnaster,nbsp;les AHcroptelea, certains peupliers et érables, des sanies, etc., etnbsp;elle renferme des types ayant généralement précédé en Europenbsp;les espcces des mêmes groupes que nous possédons encore, maisnbsp;dont ces types se distinguent par des aptitudes plus méridio-nales, par des feuilles semi-persistantes et par leur susceptibiliténbsp;relative vis-a-vis du froid de nos hivers.
5° Une catégorie qui semble empruntée plus particulièrement au continent africain et aux iles qui en dépendent, paree quenbsp;les types et les formes similaires de ceux qui existaient autrefois en Europe sy retrouvent de nos jours dispersés a traversnbsp;cette region, depuis les Azores et les Canaries a louest, la Bar-barie au nord, lAbyssinie et Ie Soudan, au centre et a Eest,nbsp;jusqua la région du Cap et aux iles Madagascar, Maurice etnbsp;Bourbon. Cette cinquième catégorie est surtout représentée par
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des Phos7iix, Dracsena^ Musa, Arundo, par les genres Callüris, Widdringtonia, Encej)halartos, par pliisieurs types A'Acacia,nbsp;A'Aralia, de Alyrica, de Ziziphus, de Ilhus, par des myrsinées,nbsp;des célastrinées, des anacardiacées et bien dautres qiiïl seraitnbsp;trop long démimérer. 11 est certain que lEurope tertiaire a pos-sédé ces types en common avec Ie contiuent africain et quellenbsp;les a ensuite perdus, tandis que celui-ci les a conservés.
6° Une categorie moins nombreuse que les précédentes, mais encore assez saillante par les types quelle comprendet dont laf-finité avec ceux des parlies méridionales ou austro-occidentalesnbsp;de rUnion américaine est visible. Je citerai seiilement a lappuinbsp;les palmiers sabals, les pins de la section Pseudo-strobus et lesnbsp;groupes de chênes alliés aux Quercus phellos et virens. Ces typesnbsp;et dautres qui sont dans Ie raème cas ont longtemps babité lEu-rope et se trouvent de nos jours exclusivement confines en Amé-rique.
7 Une dernière categorie dont la provenance des regions po-laires est notoire, depuis les découvertes relatives aux flores fos-siles crétacées et tertiaires, du Spitzberg et du Groenland, dont 1examen permet de constater cetle provenance. Les types denbsp;cette categorie, parmi lesquels il faut ranger en première lignenbsp;\amp;?, Sequoia, Taxodium., Glyptostrobus, Salisburia, Platanus, Li-quidambar, les chênes de la section Robur; les bouleaux, sapins,nbsp;onnes, hêtres, chataigniers, tilleuls, etc., enfin beaucoup de typesnbsp;a feuilles caduques ou marcescentes qui sont demeurés lapanagenbsp;des regions du nord, ces types ont cela de commun quayant eunbsp;tous également les alentours du pole pour point de depart, ils ennbsp;ont rayonné comme dune région mère, de manière a se répan-dre a la fois dans lancien et Ie nouveau continent, en donnantnbsp;lieu aux phénoraènes des espèces disjointes.
Les sept catégories qui viennent dêtre signalées et auxquelles on pourrait adjoindre facilement dautres groupes dune moin-dre importance nont pas coexisté toutes a la fois en Europe ;nbsp;elles ont empiété 1une sur lautre et se sont substituées lune anbsp;lautre selon les temps et daprès linfluence des événements
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LES PÉRIODES VEGÉTALES.
surveniis qui ont tantót favorisé leur diffusion, et tantót ont cu pour effet de les atteindre et de les éliminer. On pent concevoirnbsp;et déterminer en gros de la fa?on suivante la inarche affectéenbsp;par elles.
Dans Ie paléocène : coexistence des trois premières catégories et en partie au inoins de la quatrième. Cela veut dire que lonnbsp;observe a la fois dans cette période : des types autochthones, de-meurés depnis indigenes, comme ceux du lierre, de la vigne,nbsp;du laurier;des types spéciaux a lEurope dalors, mais depuisnbsp;éteints: Dewalquea, Grewiopsis, etc.; des types éteints ennbsp;Europe, mais caractérisant de nos jours encore la flore tropicale,nbsp;comme les camphriers, les cannelliers, avocatiers, etc.;enfinnbsp;des types affiliés a ceux de la flore boreale^ mais présentant desnbsp;caractères de section qui les assimilent a des sous-genres aujour-dhui extra-européens: il en est ainsi de la plupart des chênesnbsp;et chataigniers de Gelinden, des ormes, saules et peupliers denbsp;Sézanne.
Dans léocène^ on retrouve ces quatre catégories: la première représentée par Ie laurier, Ie térébinthe, Ie gainier^ les plusnbsp;anciens érables, etc.; la denxième par divers types de protéa-cées et de myricées, par les genres Rhizocaulon, Anoectomeria,nbsp;Apcibojjsis, Palseocanja^ Heterocalix, etc.; la troisième par unenbsp;foule de Cinnamomum, Ailantus, Phcenix, Dracxna, Acacia,nbsp;Bombax, Aralia, etc.; la qnatrième par quelques races Betula'ster,nbsp;Populus (type coriace), Microptelea, etc. Mais il sy joint lanbsp;cinquième catégorie on catégorie africaine, qui sétend alorsnbsp;partout en Europe et sy implante pour un temps très-long. 11nbsp;sy joint encore un certain nombre de types de la sixième catégorie OU catégorie américaine, dont les chênes fournissent desnbsp;exemples.
Dans loligocène, les mêmes catégories continuent a se monteer ; mais la quatrième augmente dimportance, de même que la sixième, et quelques types appartenant a la septième commen-cent a sintroduire.
Le nombre et limportance des types appartenant a ces der-
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nières categories tend a saccroitre dans la période suivante, celle de Taquitanien, pendant laqnelle la predominance estnbsp;surtout acquise a la quatrieme categorie, tandis que la cin-qviième tend a seclipser gradnellement.
Le mème mouvement se prolonge en saccenluant encore du-rant le miocène ; la sixieme categorie sempare de la place que lui abandonne la cinquième successivement amoindrie; lanbsp;deuxième disparait pen a pen, bien quelle soit encore repré-sentée par les Podogonium dans le miocène supérieur.
Dans le pliocene, enfin, il nexiste plus guere quo des types de la première, de la quatrième et de la septième categorie,nbsp;combines encore avec des épaves de plus en plus clair-seméesnbsp;de la cinquième et de Ia sixième. Dans ia flore européennenbsp;actuelle, il serail possible de signaler les derniers vestiges denbsp;celles-ci, que comprend encore la vegetation des bords de lanbsp;Méditerranée : le caroubier, le myrte, VAnagyris foetida, le len-tisque, leuphorbe en arbre, etc., en sont des exemples quenbsp;M. le professeur Martins na pas manqué de mettre récemmentnbsp;en lumière.
Après avoir marqué les effets directs ou éloignés de la configuration géograpbique du sol et de la nature du climat sur len-semble de la vegetation de cbaque période, il nousreste a décrire les modifications éprouvées paries plantes considérées en elles-mêmes, en tant que « phénomènes purement organiques ». Nousnbsp;sommes conduit par la pente même du sujet a ce dernier pointnbsp;de vue, subjectif par rapport a Fautre, et, après avoir défininbsp;Fétendue des actions exlérieures qui influent sur les végétaux etnbsp;qui sollicitent leur tendance a la variabilité, nous examineronsnbsp;ce qui en résulte pour la plante , cest-a-dire les caractères etnbsp;Famplitude des cbangements morphologiques auxquels Findi-vidu végétal et la race sortie de lui sont susceptibles de donnernbsp;naissance.
Cest la une étude, non-seulement très-nouvelle et, pour ainsi dire, a ses premiers débuts, mais qui ne dispose jusquici quenbsp;dun très-petit nombre de matériaux; nous ne saurions done la
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LES PERIODES VÉGÉTALES.
poiisser bien loin; noiis tacherons plulót de reconrir, antantcjue faire se pourra, aux documents assez nombreux contenus dansnbsp;les pages qui précédent. Ces documents, auxqucls nons ren-voyons, joints a qnelques autres choisis a vee soin, suffiront pournbsp;donner une idéé assez juste des phénomèneS que nous avons anbsp;signaler. On doit les distribuer sous trois cbefs.
Sous le premier, nous rangerons les modifications les plus générales, celles qui out trait a la dimension, a la consistancenbsp;des organes et des tissus, a leur durée plus ou moins longue, anbsp;leur renouvellement periodique, a certains moments et dansnbsp;certaines saisons. On congoit que ces sortes de modifications senbsp;soient manifestées dans un sens déterminé et sous Iempire denbsp;certaines circonstances, de manière a sétendre a des catégoriesnbsp;entières de végétaux, indépendamment du genre et de la provenance de ces végétaux.
Sous le deuxième chef, il faut placer les modifications dune nature assez grave pour affecter un type organique et faire dé-couvrir en lui des déviations assez prononcées pour servir denbsp;passage vers un autre type, au moyen de linterposition dun ounbsp;plusieurs termes transitionnels. Ce sont la, a proprement parler,nbsp;les cnchainements de Forganisme, dans lun et lautre règne,nbsp;enchainements dont M. Albert Gaudry a publié dernièrementnbsp;de si beaux exemples, empruntés a létude des mammifères ter-tiaires.
Le troisième chef, enfin, comprend toutes les diversités ou enchainements dun ordre purement spécifique, de nature a dé-montrer les variations successives de lespèce et la filiation de chaque forme plus récente par une forme antérieure ou par unenbsp;suite de formes antérieures, dont la moins ancienno serait iné-vitablement issue.
La stature ou dimension relative des divers organes,, particu-lièrement du limbe foliaire; si lon prétére, le développement OU la réduction de celui-ci sont en étroite connexion avec lanbsp;chaleur et Thumidité, soit seules, soit reunies et agissant denbsp;concert. On sait généralement que les êtres vivants et, par consé-
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quent, les parties de ces êtres sont plus étendus, toute proportion gardée, dans les pays chauds que dans les pays froids on tem-pérés ; on sait encore que eet effet se manifeste avec une energienbsp;toute partienlière si, comme cela arrive souvent, Thuinidité estnbsp;jointe a la chalenr. Les plus grands insectes, les plus grandsnbsp;reptiles, les végétaux les plus puissants, porteurs des feuilles lesnbsp;plus larges, viennent certainement de pays a la fois Iminides etnbsp;lt; !iauds. Cependant, si Ie cliinat est a la fois chaud et sec, lesnbsp;dimensions iront en snmoindrissant, paree que, dans ce cas, etnbsp;je parle surtout en ceci du règne vegetal, les plantos nobtenantnbsp;quen petite quantité Ie liquide servant de véhicule aux suesnbsp;nourriciers seront jjlacées dans la nécessité dacquérir des tissusnbsp;résistants, pen extensibles,construits de fafonasopposer a toutenbsp;déperdition de substance, par conséquent coriaces. Si la clialeurnbsp;diminue, mais que rhumidité persiste on augmente, les plantesnbsp;subissant cette influence verronl saccioitre la dimension denbsp;leurs organes, Ie milieu aquatiquo favorisant nécessairement lanbsp;taille des organismes mis en contact avec lui. Des deux causesnbsp;combinées qui favorisent leur dilatation. Tune anra été dépri-mée, maislantre, conservant son activité, exercera son influencenbsp;et tendra iiproduire desrésnltats analogues. Cest pour cela quenbsp;certains végétaux du Midi, plantés dans les contrées du Nord etnbsp;exposés a une plus giande humidité que dans leur pays dorigine,nbsp;])ortent des feuilles plus amples, quoique moins fermes. Par Ienbsp;défaut de chalenr leur port perd de sa puissance, leur taillenbsp;sabaisse, mais leurs feuilles prennent de lextension, sous Fin-fluence de Fhumidité, et elles deviennent plus larges quelles nenbsp;Fauraient été au contact dun climat plus chaud, mais aussi plusnbsp;sec. Cest efïectiveracnt ce qui arrive au chêne vert, au figuier etnbsp;au myrte, lorsque ces arbres sont cultivés en Bretagne ou ennbsp;INormandie, au milieu des bruines et des averses, loin des splendours du soleil méridional.
Des effets semblablesse sont inévitablement produits autrefois et on observe en effet des contrastes très-marqués dans la dimension relative des espèces, en comparant les formes homologues
-ocr page 413-376 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
de plusieurs périodes ou localités placées sous des tonditions ex-térieures xisiblement opposées.
Les extrêmes de grandeur dans la dimension des i'euilles sont offerts par certaines espèces de la flore de Sézanne qui appar-tiennent a une époque et a une localité au sein desquelles lanbsp;chaleur etlhumidité réunies ont dü atteindre leur apogée.
üne feuille de Grewi,opsis [G. sidsefolia, Sap.), de cette station, mesure pres de 30 centimetres de largeur sur une longueur de 20 centimetres, non compris Ie pétiole. Cette dimension estnbsp;de beaucoup supérieure a celle de la plupart des feuilles desnbsp;Luhea actuels, type de tiliacées sud-américaines, auquel lesnbsp;Grewiopsis de Sézanne doivcnt être assimités. De son cóté, Ienbsp;Greioia crenata, Ung., espèce miocènequi xivait encore a lépo-que des cinérites du Cantal, et qui parait répondre trait pournbsp;trait au Grewiopsis de Sézanne, présente des feuilles dont Ienbsp;plus grand diamètre nexcède pas 7 centimetres, sur une hauteur, de la base au sommet du limbe, de 3 centimetres et deminbsp;a 6 centimetres seulement. On yoit par la combien la diminution de la chaleur, sansdoute aussi indispensable que rhumidité-a la yigueur de ce type, avait contribué a lamoindrir par sonnbsp;abaissement graduel dans lespace qui sépare Ie paléocène dnnbsp;miocène. La sécheresse, dautre part, avait sans doute forcé cenbsp;même type de se tenir a lécart durant Téocène, période dans Ienbsp;cours de laquelle on cesse do lobserver. On pourrail faire lesnbsp;mêmes remarques au sujet des yiornes, des cornouiliers et desnbsp;juglandées de Sézanne qui marquentpour ces groupes une sortenbsp;de maximum dampleur du limbe foliaire, qui ne semblenbsp;plus avoir été ensuite dépassé.
L influence de la chaleur et de rhumidité, agissant tantót sé-parément, tantót de concert, se laisse voir surtout dans Ie groupe des chênes, dont on rencontre des formes caractéristiques surnbsp;tousles niveaux successifs, depuis Gelinden, a la base du paléocène, jusqua lextrémité supérieure de la série. Les premiersnbsp;chênes sont tous des chênes verts, cest-a-dire que leurs feuillesnbsp;étaient plus ou moins ferraes, lustrées et persistantes. Si Ton
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cherche a grouper par categories les formes de eet age , on re-cennait aisément des chênes a feuilles entières et plus ou moins laiiriformes et d^autres dont le's feuilles sont dentées, créne-lées OU lobuléees.
Considérons dabord les premiers. A mesure que lon séloi-gne du paléocène, on voit chez eux des diversitós se produire: les uns garden! des feuilles plus ou moins ovalaires, tandis que cheznbsp;dautres Ie limbe tend a s^allonger ; puis, sous linfluence continue du climat sec et chaud de léocène, les dimensions des es-pèces de certaines stations se réduisent, et l'on observe, dabordnbsp;dans Ie calcaire grossier parisien, au sein dune contrée située
Fig. 114. Formes liomologues de chênos paléocènes et éocènes comparées (types h feuilles entières).
1. Quercus Lamberti, Wat. (paléocène). 2. Quercus txniata. Sap. (éocèno moyen, grès de la Sarthe). 3. Quercus macilentn. Sap. (éocène moyen, calcaire grossier parisien). 4. Quercus palsophellos, Sap. (éocène sup., gypses dAix). nbsp;S. Quercus elliptica, Sap. (gypses dAix). 6. Quercus salkina. Sap. (gypsesnbsp;dAix).
au voisinage de lancienne mer (couches du Trocadéro), puis dans les gypses dAix, les formes sensiblement atténuées, re-présentées par nos figures (fig. 114), et qui expriment bien réel-
-ocr page 415-378 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
lement les résultats de Iaction climatérique de léocène. Nous avons Yu dailleurs que cette action avail continué a se prononccrnbsp;dans la période suivante, pendant laquelle les chênes conser-vèrent leurs proportions amaigries.
En détournant les regards vers une autre catégorie, celle des espèces a feuilles dentées ou lobulées, nous constatons aisémentnbsp;une marche absolument analogue. Pour en ètre convaincu, nousnbsp;navons qua comparer, en recourant a des figures précédentesnbsp;(voy. plus haut la figure 33), les feuilles des chênes de la forêtnbsp;de Gelinden, surtont Ie Qiiercus parceserrata, Sap., au Q. ante-edens, Sap., des gypses dAix, au Quercus cimeifolia, Sap., denbsp;Gargas (fig. 113), et au Q. velmma, Mar., de Ronzon. Cestnbsp;par suite du rétrécisseinent des dimensions du liinbe, sous 1in-tluence du climat éocène, que fut constituéc en Europe la sectionnbsp;des Ilex ou Chlorobalaniis qui depuis a persisté jusqua nous, toutnbsp;en modifiant ses caractères, cest-a-dire en présentant des feuillesnbsp;plus larges ou plus étroitcs, selon les alternatives de climatnbsp;plus humide ou plus sec, qui se produisaient. Le chêne vertnbsp;de Coumi et de Radoboj [Quercus mcditerranea, Ung.) a déjanbsp;des feuilles plus grandes que celles du Q. aniecedens; mais lesnbsp;formes relevant du même type que Pon rencontre soit au montnbsp;Charray, soit a Meximieux, ccst-a-dirc dans le miocène supérieur et dans le pliocene inférieur, au sein de stations plusnbsp;fraiches et sous rinOuence prolongée dun climat plus humidenbsp;que dans Page antérieur, ces formes [Q. prseilex et Q. precursor, Sap.) portent des fenilles encore plus amples, dont les dentsnbsp;épinenses disparaissent ou tendent a seffacer (fig. 113). Denbsp;nos jours, le Quercus ilex, dans les limites dune espèce re-marqnable par sa polymorpbie, réunit une foute de nuances,nbsp;variétés individuelles ou races locales, les unes au teuillagenbsp;ample réservées anx stations bumides, les autres au feuillagenbsp;étroit et coriace, plus fréquentes sur les sols et dans les expositions, secs et chauds.
Après avoir rendu un coinpte très-sommaire des modifications qui ont afl'ecté Porganisme des végétaux dune facon générale et
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dans une direction déterminée, il serail très-intéressant de pou-Yoir saisir et décrire celles au moyen desquelles les types se sont graduelleinent transformés, avant de revêtir les caractères qiiinbsp;les distinguent et quelle série détats successifs chacun deux a
Fig. 115.
1. Quercus cuneifolia, Sap. (oligocène inf., Gargas). 2. Quercus armata, Sap. (aqiiitanien inf., Armissan). 3. Quercus antecedcns, Sap., (éocène sup., gypsosnbsp;dAix). A. Quercus mediterranean Ung. (miocène inf., Coumi). 5. Quercusnbsp;precursor, Sap. (pliocene inf., Meximieux).
traversés soit en se fixant, soit en donnant naissance a un type voisin. Ces sortcs de mutations sont visibles dans les animauxnbsp;supérieurs, je veux parler des mammifères; cliez ces derniers,ilsnbsp;se sont accomplig dans Ie cours de lépoque tertiaire, a des inter-valles assez rapprocliés et en produisant des ramifications asseznbsp;nombreuses, pour devenir lobjet dune récente étude de M. A.nbsp;Gaudry sur les Enchainemcnts du règne animal. Mais ici juste-rnent se présente lapplication rigoureuse de deux lois, dont runenbsp;a été formulée par ce même savant: celle-ci veut que les êtres, aunbsp;sortir de cette élaboration toujours obscure, longue et difficile anbsp;suivre, dou les catégories supérieures paraissent issues, aientnbsp;été lobjet de transformations dautant plus rapides que ces êtresnbsp;sont plus élevés en organisation. Cette loi isolée serail insuffi-sante a lexplication des phénomènes que nous considérons, si
-ocr page 417-380 nbsp;nbsp;nbsp;les Périodes végétales.
on ne lui en adjoignait une autre qui établit une solidarité nécessaire entre les deux règnes; daprès cette seconde loi, Ienbsp;développement des animaux terrestres estforcément subordonnénbsp;a celui de la végétation, qui leur fournit des aliments ; par conséquent, loin dêtre antérieur, Ie développement des premiers nanbsp;pu mème coïncider avec lévolution a laquelle Ie monde desnbsp;plantes a dü son complément ; il la suivie seulement et encorenbsp;dassez loin.
A raison de ces deux lois combinées et des conséquences quentraine leur combinaison, il se trouve que Ie règne végé-tal avait acquis ses traits caractéristiques bien avant que lautrenbsp;eüt compléte les siens; en sorte que les principaux groupes etnbsp;même les genres de plantos qui constituent Timmense majo-rité de nos flores actuelles étaient arrètés et a peu pres fixésnbsp;dans les limites quils ont encore, des lorigine, probablementnbsp;même avant Ie début des temps tertiaires. 11 est facile de con-stater effectivement un très-grand contraste a ce point de vuenbsp;entre lun et lautrc règne. Les véritabies herbivores, qui sontnbsp;les ruminants, ne commencent a se manisfester que vers loligo-cène, et leurs genres les mieux définis ne se montrent que beau-coup plus tard. 11 en est de même pour les carnassiers et pournbsp;une foule de genres et de groupes comme celui des équidés etnbsp;des proboscidiens dont lévolution nétait pas encore achevée anbsp;la fin du miocène. Le règne végétal, point de depart nécessairenbsp;de lévolution des faunes de vertébrés supérieurs, a dü forcémentnbsp;devancer celles-ci. Les flores paléocènes de Gelinden et de Sezanne , malgré le nombre relativement restreint des espècesnbsp;quelles renferment, permettent daffirmer quun nombre consi-dérablede families végétales étaient des lors arrêtées dans leursnbsp;limites actuelles et que leurs genres ou leurs principales sectionsnbsp;nont plus beaucoup varié. En laffirmant des types que lonnbsp;connait, on peut lavancer dune foule dautres par analogie,nbsp;sauf en ce qui concerne les families herbacées et très-nom-breuses, dont les genres ne résultent guère que de modifications organiques dune minime importance, comme on le
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remarque chez les ombellifères, les composées et la plupart des gamopétales.
La flore de Gelinden démontre quil existait dès lors de vrais chêneseta cóté deux de vrais chataigniers; la craie ayant fourninbsp;des A'estiges reconnaissables de hètres, on peut dire qua cettenbsp;époque les cupulifères étaient déja parlagées comme maintenantnbsp;en trois sections dont les subdivisions ou sous-genres seuls né-taient peut-être encore ni définis ni coinbinés, ainsi quils Tontnbsp;été ensuite. Une 1'oule de genres ou même de sections de genrenbsp;nont plus change depuis cette date, k lexemple de ceux quinbsp;précédent. Dès Ie paléocène, par exemple, Ie type des viornes,nbsp;celui dulierre, celui de la vigne, déja distinct de celui des Cissitsnbsp;qui en est si rapproché, celui des saules, des cornouillers, etc.,nbsp;étaient représentés par des .formes se rattachant aux nótres denbsp;trop prés, pour que lon soit en droit de supposer des différencesnbsp;tant soit peu marquées dans ccux de leurs organes qui ne sontnbsp;pas venus jusqua nous. Les Laurinées ont du réellementnbsp;comprendre dès ce temps les mèmes coupes génériques que denbsp;nos jours et notamraent des Cinnamomnm, Law'iis; Persea,nbsp;Sassafras. 11 faudrait done, daprès de pareils indices, remonternbsp;plus loin que Ie tertiaire pour retrouver une période de dicotylé-dones ou simplement dangiospermes prototypiques comprenantnbsp;des genres flottants, qui nauraient encore quune partie de leursnbsp;caractères distinctifs ou offriraient des passages des uns vers lesnbsp;autres. 11 faudrait même, croyons-nous, explorer au dela de lanbsp;craie cénomanienne pour découvrir quelque chose des débutsnbsp;de la classe, réduite a létat débaucbe. Get horizon cénomaniennbsp;est celui des plus anciennes dicotylédones connues, et déja ilnbsp;nous présente un certain nombre de types dont les variationsnbsp;subséqnentes nont plus été que dune nature purement spé-cifique ; Ie lierre, Ie magnolia, Ie genre Bymenea parmi lesnbsp;légumineuses-césalpiniées doivent être signalés en premièrenbsp;ligne. On peut dire cependant, en examinant cette premièrenbsp;association de dicotylédones, quelle comprend de préférencenbsp;des types floraux moins complexes, formés de parties plus dis-
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LES PÉRIODES YÉGÉTALES.
tinctes el resultant dune soudure moins avancée que ceux qur simirent. Les découvertes futures apporteront seules, si ellesnbsp;se réalisent jamais, la clef dun pareil problème. 11 est a croirenbsp;égalemenl que les plus anciens palmiers, ceux qui proviennentnbsp;de la craie supérieure, ne sont réelleinent pas les premiers ennbsp;date; ils marquent sans doute lun des stades dune marchenbsp;evolutive, déja éloignée de son origine. Cependant lespèce lanbsp;plus répandue, Ie Flabellaria longirhachis, Ung., reproduit l'ap-parence dun type intermédiaire aux frondes tlabellées et auxnbsp;frondes pinnées. Laspect est celui de deux formes spécialesnbsp;aux Sécbelles et qui sont Ie PhoBnicophorium Sechellarmm^nbsp;Wen dl., et Ie Verschaffeltia splendida.
Ainsi, ce ne sont pas des genres proprement dits, mais plutót des sous-genres et des sections ou groupes despèces dontnbsp;il serail possible de suivre la marche et de décrire la formation,nbsp;a travers Ie cours du tertiaire, si tous les organes des végétauxnbsp;de eet age étaient venus jusqua nous, de telle facon quil futnbsp;possible danalyser les parties des fleurs et la structure inté-rieure des organes de la fructification, comme on Ie fait lors-quil sagit de la dentition et du squelette des vertébrés.
Les types végétaux sont incontestablement plus tenaces, leur vie est plus longue et leurs caractères essentiels sont moinsnbsp;mobiles que ne Ie sont les types correspondants de lautre règne.nbsp;11 faut done se contenter, dans lexamen que lon en fait, denbsp;suivre et de définir les innombrables diversités spécifiques aux-quelles leurs genres, une fcis fixés, ont donné lieu. Cette disposition inhérente a lorganisme des végétaux, sous lintluencenbsp;du temps et des circonstances, a fait naitre dincessantes x^aria-tions que la comparaison des formes fossiles avec leurs homolo-gues actuels permet de définir très-rigoureusement.
Lenchainement qui relie toute une série despèces affines et qui nous amène de la plus ancienne jusqua celle que nous avonsnbsp;encore sous les yeux, se compose souvent dun nombre relative-rnent considérable de termes successifs, assez rapprochés pournbsp;faire disparaitre la plupart des lacunes. Par ce moyen qui sap-
-ocr page 420-VUES GÉNÉHAJ.ES SUR LEiNSEMRLE DES PÉRIODES. 383
piiie, il est Yrai, sur Fexamen des feuilles seulement, on dé-couvre réellement les vicissitudes dune filiation dont Torig-ine remonte plus ou moins haul dans Ie passé et qiii, dans certainsnbsp;cas, savance au dela de lépoque tertiaire. Nous constatons ainsinbsp;quC;, si les dicotylédones, a un moment donné voisin de leurnbsp;berceau et par des procédés dont Ie mécanisme nous échapponbsp;faute de documents, ont donné lexemple dune evolution rapidenbsp;et dune extension plus rapide encore, cette première extensionnbsp;a du ètre précédée dune longue période dobscurité, au fond denbsp;laquelle il nous faut renoncer de les suivre; mais leurs princi-paux types, une fois caractérisés, ont manifesté au contrairenbsp;une remarquable fixité ou, sils sont efemeurés plastiques, cenbsp;nest plus dans les traits constitutifs de leur structure quils senbsp;sont montrés variables, mais uniquement par certains cótés se-condaires. Ce sont ces variations de détails qui ont engendrénbsp;successivement loutes les formes auxquelles les botanistes sac-cordent a appliquer Ie nom despèce.
Pour signaler des exemples saillants de ces sortes de filiations, conduisant, a travers les ages, dune espèce vers une autre plusnbsp;ancienne, celle-ci étant elle-même précédée par une forme an-térieure, jusqua la plus reculée, dans Ie temps, quil ait éténbsp;donné de découvrir, il faut sadresser de prélérence a certainsnbsp;types a la fois tenaces et peu féconds ou memo réduits sous nosnbsp;yeux a une espèce unique, mais en mème temps nayant jamais quitté Ie solde lEurope. II en est ainsi, entre autres, dunbsp;laurier, du lierre, de la vigne, du laurier-rose, du gainier, denbsp;divers érables, etc., dont nos figures aideront a saisir la marebenbsp;a travers les diverses périodes, au moins pour queiques-unsnbsp;dentre eux.
Le type du laurier noble (L. nobilis, L.), dont Ie laurier des Canaries (L. canariensis, Webb.) ne constitue de nos jours quunenbsp;race, se trouve représenté dans le paléocène par le Latirus Omalii,nbsp;Sap. et Mar.; dans léocène, par le Laurus Decaisneana, Heer.nbsp;Lors de léocène supérieur des gypses dAix, le même type com-prend un certain nombre de formes, parmi lesquelles il faut
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LES PERIODES VEGETALES.
distinguer Ie Laurus primigenia, Ung., dont les variétés larges conduisent insensiblement hm. Laurus canar'iensis (fig. 116). Hnbsp;semble que les formes étroites de ce même L. primigenia, quinbsp;sont en même temps les plus anciennes, marquent lexistence
1. Laurus primigenia, Ung. (oligocène). 2. Laurus primigenia, Ung. (oligocèna sup.). 3. Laurus primigenia, Ung. (aquitanien). Laurus princeps, Hr,nbsp;(miocène sup.). 5. Laurus canariensis pliocenica (Meximieux).
dune race due a Iinfluence du climat éocène; les effets de cette influence satténuent graduellement a mesure que lon savancenbsp;vers 1aqiiitanien et a Armissan dabord, a Manosque ensuite,nbsp;la liaison entreles feuilles amplifiées du L. primigenia et cellesnbsp;des Laurus canariensis et nobilis se prononce de plus en plus.nbsp;Le Laurus princeps. Hr., du miocène supérieur, se rapproclienbsp;plus encore de notre laurier, dont la race canarienne se montrenbsp;enfin, avec tons les caractères que nous lui connaissons, dans lenbsp;pliocène inférieur de Meximieux.
i
-ocr page 422-VUES GÉNÉRALES SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES. 385 Le lierre europeen, que nous allons maintenant considérer,
remonte par son origine bien au dela des temps tertiaires; son ancêtre le plus éloigné est une espèce de la craic cénomaniennenbsp;de Bohème, Hedera primordialis, Sap., précédemment figuréenbsp;(fig. 29), dont les feuilles caulinaires étaient largement orbicu-laires et cordiformes, avec des feuilles deltoïdes et latéralementnbsp;arrondies sur les rameaux libres. Ces feuilles étaient enlières onnbsp;faiblement sinuées le long des bords;. ellesrappellen!dassez loinnbsp;celles de certains Greojjanax dAmérique, mais elles ressemblentnbsp;surtout a la race algérienne, connue sous le nom de lierre dAlger, dont les feuilles presquc aussi larges sont cependant ennbsp;général plus longuement atténuées en pointe au sommet. Lesnbsp;échantillons fossiles, de forme deltoïde, peuvent même être com-parés avec avantage aux feuilles les plus larges des rameauxnbsp;libres de notre type indigene; la disposition des nervures basi-laires et même leur nombre (2 a 3 paires de chaque cóté de lanbsp;médiane) se trouvant les mêmes de part et dautre. On peut direnbsp;sans exagcration que laspect de VHedera primordialis suffit anbsp;hu seul, a raison de Iamplcnr du limbe foliaire, pour attesternbsp;riiumidité de Iancienne localité cénomanienne qui nous a con-servé ses restes.
Le lierre paléocène de Sézanne,//ecfera jömca. Sap. (fig. 117), dont nous possédons plusieurs feuilles, séloigne assez sensi-blement de VH. primordialis. Ses feuilles sont dabord plusnbsp;petites, leur dimension égalant a pen pres celle des formes vigou-reuses de notre lierre. Les sinuosités de la marge sont de-venues ici des saillies anguleuses assez peu prononcées, il estnbsp;vrai, mais cependant sensibles; la base est arrondie ou confor-mée en coin obtns; les nervures principales ne comptent jamaisnbsp;au dela de deux paires, outre la médiane. Cette espèce rappellenbsp;incontestablement notre race irlandaise dont elle diffère seule-ment paria distance proportionnelle plus marquée existant entrenbsp;les nervures basilaires et les secondaires issues de la médiane,nbsp;dont le développement est moindre que dans notre lierre. II ennbsp;est du lierre comme de la vigne, du sassafras et de quelquesnbsp;Cquot; DE Sapohta.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;25
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LES PÉRIODES VÉGETALES.
autres types; on cesse de les reiicontrer ou du raoins leur présence devient exceptionnelle dans Ie cours de léocène pro-prement dit. 11 est probable que la chaleur sèche du climat res-treignit alors lairc dhabitation de ces types et obligea certainsnbsp;dentre eux a émigrer vers Ie Nord ou a se réfugier sur Ie hautnbsp;(les montagncs.
On n^a découvert jusquici aucune trace du lierre ni dans Ie calcaire grossier parisien, ni dans les gres de la Sartlic, ni anbsp;Skopau OU a Monte-Bolca; Ie dépot des gypses dAix ncn avaitnbsp;pas encore offert de vestige; mais une découvcrte importante, duenbsp;aM. Ie professeur Pliilibert, est venue démontrer tout récemmentnbsp;lexistence du lierre éocène et en même temps sa rareté a cettenbsp;époque, puisquil sagit de Iempreinte dune feuille unique,nbsp;ayant appartenu aux rameaux appliqués; elle a été apportéenbsp;peut-etre de loin et provient saus ^doute dune station moinsnbsp;chaude que la zone de végétaux qni servait de ceinture immé-diate a lancien lac. Le climat éocène a produit sur Ie lierrenbsp;dAix, Fledera Philiberti, Sap., son influence ordinaire ; la feuillenbsp;de cette espèce est ielativement étroite et allongée; son sommetnbsp;donne lieu a une pointe apicale beaucoup plus développée quenbsp;les lobules latéraux, réduits a de simples sinuosités anguleuses.nbsp;Cette remarquable empreinte a tout a fait laspect et retrace lesnbsp;caractères des formes les plus inaigres du lierre dAlger, etnbsp;notre lierre indigene offre parfois aussi, lorsque sestiges rampentnbsp;sur le sol, des variétés analogues a celle-ci; en sorte que VHe-dera Philiberti représente le point de depart commun du lierrenbsp;européen actuel et de la race algérienne.
Dans le miocène inférieur de la région arctique, cest a la race irlandaise ou lierre dlrlande que correspond VHederanbsp;Mac-Cluri, Hr., qui revêt une forme a peine distincte de celui-la. VEedera Kargii, Br., du miocène supérieur dOEningen,nbsp;nous fait connaitre une race a très-petites feuilles qui semblenbsp;dériver, a laide de plusieurs intermédiaires aujourdhui perdus,nbsp;de VHedera prisca arnoindri. Le lierre, sous une forme très-rap-prochée de celle du type européen ordinaire et qui se relie en
-ocr page 424-Fig. 117. Modifications successives du typo liorre (Heclera) dans le cours do I'epoquo
tertiaire.
1. Hedera prisca, Sap. (paléocène, Sézanne). 2. Iledera Philiberti, Sap. (óocène snp.j gypses dAix). 3. Iledera Kargii, Br. (miocène, OEningen). 4. Hederanbsp;aciltelobata. Sap. (pliocène inf , Dornbacli). 5. Hedera Mac-Cluri, Hr. (miocène inf., Groenland). 0. Hedera Strozzi, Gaud, (pliocène inf., Toscane).
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LES PERIODES VEGETALES.
même temps au type des gypses dAix, amplifié par Iintluence du climat miocène, se montre vers Ie pliocene inférieur, dansles sphérosidérites de Dernbach, aux environs de Coblentz ; cestnbsp;VHcdera aciitelobata (Lndw.), Sap., dont les fenilles pourvues denbsp;cinq lobes anguleux sont surinontées dune pointe terminale plusnbsp;large et moins saillante que celle de VHcdera PInliberti et sé-loignent par conséquent davantage de la race dAlger. Ce lierrenbsp;nest réellement séparé de lespèce actuelle que par une nuancenbsp;a peine sensible. A pen pres a la même époque, cest-a-dire dansnbsp;la première moitié du pliocène, notre liedera helix normal, ca-ractérisé par les mêmes diversités morphologiques quil présentenbsp;de nos jours, sétait répandu dans toute lEurope : il abonde par-ticulièrement en Italic et peuple plus tard aussi les tufs quater-naires de la France cntièrc. En résumé, Ie type du lierre, très-anciennement fixé, na donné lieu dans la suite des temps qn;'»nbsp;des variétés ou races llottantes, trop peu accentuées pour quilnbsp;soit permis dappliquer légitimement a aucune delles Ie nomnbsp;despèce, sauf peut-être a YBedera Kargii dont les dimensionsnbsp;minimes constituent pourtant la nuance différentielle la plusnbsp;marquée. Le type actuel, lorsqn'on linterroge avec soin, laissenbsp;voir des diversités analogues, comprises dans les limites dunc-espèce unique.
Le laurier-rose, dont nous voulons parler maintenant, a suivi une marcbe a peu prés semblable a celle dont le lierre vient de-nous laisser voir les particularités. Le type du Neriiim est re-prescnté dans la craie supérieure par une forme qui parait ctrc-la soucbe de toutes celles qui suivirent, et celles-ci nont jamaisnbsp;produit que des variations très-peu accentuées. Cest la visible-ment un type doué d'une tendance très-faible a la polymorphic,nbsp;aptitude qui explique a la Ibis sa remarquable fixité a traversnbsp;le temps etlexistence actuelle de deux espèces isolée«. Tune in-dienne, lautre méditerranéenne, assez voisines pour shybrider,nbsp;lorsqnon a cherché a les rapprocber lune de lautre.
Le laurier-rose crélacé, Nerium Rohlii, Mark, ressemble sin-gulièrement aux plus larges fenilles du N. odoratum des Indes et
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lt;lc Java, dont les empreintes fossiles ont la forme, les dimensions el la longueur de petiole ; les feuilles du temps de la craie étaientnbsp;^^epeiidant moins linéaires et plutót lancéolées-allongées; elles senbsp;lerminaient aussi plus obtusément dans la direction du pétiolenbsp;et elles paraissent avoir eu desnervures plus fines et plus nom-breuses. Ce sont la au total de faibles divergences, et si les autresnbsp;parties de lancienne plante nen présentaient pas de plus marquees, ce que nous ignorons, il est vrai, on peut dire que Ienbsp;.'V. liohlii ne diflërait pas plus du N. odoratum que celui-ci nenbsp;diffère du N. oleander des bords de la Méditerranée.
Le laurier-rose na pas été encore observe dans Ie paléocène; «n revanche, nous connaissons deux Neriiim éocènes très-nette-ment caractérisés : ce sont les 'Nerium parisiense, du calcairenbsp;grossier parisien, et sarthacense, Sap., des gres de la Sarthenbsp;(tig. 118). Tous deux peuvent passer pour être derives du précé-dent, et pourtant ils different assez notablement lun de lautre.nbsp;Le Nerium parisiense, remarquable par ses dimensions cxigucs,nbsp;¦denote une race qui aurait subi Iinfluence ordinaire du climatnbsp;¦de la période éocène ; en outre, il habitait une station en contactnbsp;nvec les plages de la mer parisienne, probableraent les rivesnbsp;xliin cours deau vers son embouchure; par conséquent il étaitnbsp;indigene dune region basse, plus chaude que lintérieur dunbsp;pays. Le Nerium sarthacense, au contraire, habitait probable-ment une region boisée et monlagneuse du continent éocène ;nbsp;il représente évidemment une race plus vigoureuse et sesnbsp;feuilles atteignaient a une largeur triple de celle des empreintesnbsp;lIu dépot parisien.
Le Nerium parisiense, malgré sa petite taille a laquelle ses fleurs, dont les corolles nous sont connues (voy. tig. 46), répon-daient parleurs proportions modestes, se rattache certainementnbsp;au type du N. odoratum, et, par conséquent, a celui du iV. Roh-lii, dont il sécarte surtout, en dehors de sa petite taille, par lanbsp;terminaison plus ou moins obtuse du sommet de ses feuilles.nbsp;Le Nerium sarthacense, dont une feuille a déja été figurée anbsp;la planche XVII de notre Mémoire sur les végétaux fossiles de
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LES PERIODES VEGETALES.
1. Neriwn liohlii, Mark (craie sup. do Wostphalie). 2. Nerium parisiense, Sap. (éocène du bassin de Paris). 3-4. Nerium sarthacense, Sap. (éocène moyen^nbsp;grès de la Sartlie). 5. Nerium repertiim, Sap. (éocène sup., gypscs dAix). nbsp;G. Nerium Gaud7i/a7ium, Bvngt. (miocène inf. ,Oropo). 7. Ne7'iu7n bilinicumnbsp;Ett. (miocène sup., Bohème). 8-9. iVm'Mm oleander pUoce7iicum, Sap. (plio-cèneinf., Meximieux). 10. Ne7'ium olemider,li. (époque actuelle, bords de lanbsp;Médilerranéo).
-ocr page 428-VUES GÉNÉRALES SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES. 39t
dentelles auxquelles il était sujet, mais il sen écarté par léten-due proportionnelle du petiole. En outre, dans lespèce de la Sarthe, la plus grande largeur du limbe se trouve reportée versie tiers inférieur de lorgane, au lieu dexister plus haut, ainsinbsp;que cela se voit dans la majorité des feuilles de notre laurier-rose rnéditerranéen. II semblerait done que lon touebat ici a lé-poque actuelle et pourtant on ny arrive tinalement quau moyennbsp;de plusieurs terrnes successifs intercalés. Le Nerium reperlum^nbsp;Sap., des gypses dAix, est iniparfaitement connu ; on voit pourtant que ses feuilles (fig. 118,5) sont plus petitesque la moyennenbsp;de celles des gres de la Sarthe dont elles offrent lapparence extérieure, sauf le pétiole qui tend a se raccourcir. Ce raccour-cissement du pétiole restera désormais le caractère coinmun denbsp;tons les lauriers-roses dEurope, et lon peut rappoiier a ce moment lépoqua a laquelle dut sopérer la séparalion definitivenbsp;des deux espèces, lindienne et leuropéenne, dont la secondenbsp;s'étend aussi dans loccident de lAsie. Le Nerium Gaitdrt/anum,nbsp;Brngl., du miocène inférieur dOropo, en Attique, se rapprochenbsp;un peu plus du N. oleander que les précédents par son pétiolenbsp;très-court et le contour lancéolé du limbe ; mais les dimensionsnbsp;restent encore inférieures et la forme du contour général estnbsp;plus étroite que dans la majorité des feuilles du N- oleandernbsp;actuel. Presque a la même époque, le Nerium bilinicum, Elt., desnbsp;couches de Kutschlin, en Bohème, manifeste la même liaisonnbsp;avec un agrandissement marqué des dimensions du limbe et peut-être aussi avec unc nuance daffinité plus sensible vis-a-vis dunbsp;N. odoratum. M. dEttingshausen mentionne de plus un Neriumnbsp;styriacum, de Leoben, espèce inédite qui aurait des feuilles plusnbsp;larges et des nervures secondaires moins raides. Cette forme semblerait indiquer un nouveau degré dacheminement vers le lau-rier-rose vivant. Le laurier-rose de Meximieux, Nerium oleandernbsp;pliocenicum, ne saiirait ctre légitimemenl séparé de celui de nosnbsp;jours: dimension et forme du pétiole, contour et dimension dunbsp;limbe foliaire, tout est pareil des deux parts a lexception dunenbsp;faible nuance.
-ocr page 429-392 nbsp;nbsp;nbsp;LES PÉRIODES VÉGÉTALES.
11 ne ticndrait qu'a nous, si la nécessité de ne pas élargir outre mesure Ie cadre de cette étude ny faisait obstacle, dinter-roger plusieurs autres types, pour en analyser la marche et dé-finir la signification des éléments morphologiqucs que chacunnbsp;deux a successiveraent compris; mais un livre entier suffiraitnbsp;a peine a effleurer une matière aussi riche, et daillenrs, ennbsp;multipliant les détails, en prodiguant les preuves, nous ne fe-rions que confirmer ce qui ressort déja de lensemble de nosnbsp;considérations, Tunité ou, pour mieux dire, la continuité denbsp;lancienne xégétation, la solidarité intime de toutes les partiesnbsp;dont elle se compose, reconnaissable a traxers les modes, lesnbsp;stades et les x^ariétés innombrables que Ie temps a fait naitre etnbsp;que les circonstances ont développées, en éveillant les tendancesnbsp;inhérentes a lorganisme. Ce qui ressort, en effet, des recherchesnbsp;entreprises sur lhistoire de la xie et Ie passe du monde, cestnbsp;surtout lenchainement des phénomènes soit organiques, soitnbsp;physiques. 11 y a la un ensemble prodigieux de causes et deffetsnbsp;étroitement combinés, dont laction réciproque na cessé de senbsp;faire sentir et dentrainer des conséquences occasionnelles desti-nées a produire sans cesse de nouvelles formes dexistence. Cestnbsp;ce renouvellement perpétuel des choses visibles, a travers unenbsp;foule daccidents particuliers et des allures très-diverses, quenbsp;lon a voulu nier, lorsque lon a cru pouvoir mettre ii sa placenbsp;un certain nombre de termes initiaux, marquant pour les êtresnbsp;particuliers ou pour les différentes catégories dêtres et de faitsnbsp;un point de départ originaire, dégagé de tont antécédent. Nosnbsp;études nons ont conduit vers un point de vue directement op-posé : au lieu de percevoir des interruptions périodiques dansnbsp;les manifestations de la vie, au lieu de signaler des destructionsnbsp;radicales et de constater des intervalles correspondant a desnbsp;temps dépourvus de créatures organisées ; nous avons, au contraire, saisi ou entrevu partout la trace de connexions allant denbsp;lantérieur au postérieur; leur multitude nous a paru si grandenbsp;et leur complexité telle que notre esprit succomberait a vouloirnbsp;analyser leurs entre-croisernents. Mais, si Ton remonte de ph^.
-ocr page 430-VUES GÉNÉRALES SUR LENSEMBLE DES PÉRIODES- 393
nomène en phénomène plus haul que les apparences mobiles et contingentes, il semble que lon aboutisse forcément a quelquenbsp;chose dentier, dimmuable et de supérieur, qui serait lexpres-sion première et la raison detre absolue de toute existence, ennbsp;qui se résumerait la diversité dans lunité, éternel problèmenbsp;que Ja science ne saurait résoudre, maïs qui se pose de lui-même devant la conscience humaine. La serait la vraie sourcenbsp;de lidéal religieux; de cette pensee, se dégagerait dune fa?onnbsp;lumineuse cette conception de notre ame, a laquelle nous ap-pliquons instinctivement Ie nom de Dien.
-ocr page 431-gt; A iV
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DES 1LANGHES ET DES FIGURES
PLAXCIIES
Pasres-
Pl. I. Eopteris Morierei, Sap.; la plus aucieniie plante ter-restre connue; reproduction, réduite au demi-diamctrc, duiie empreinte provonant des schistes ardoisicrs
dAngers (silurien moyen)............. 1
PI. 11. Vue idéale duii paysage do l'époque des houilles, da-
près un croquis de M. le professour Marion..... 49'
PI. IV et V. I. Europe vers le ccmmeocement de lépoque oolitlii-
que; II, Europe ii lépoque de la craie cénomanienne . nbsp;nbsp;nbsp;16(1
PI. VI. Vue idéale d'une plage boisée, a lépoque oolitliique;
daprès une reconstitution exacte des végétaux contemporains, a Iaide de leurs débris........193
PL VIl. Bords d'une lagune en Bohème, ii lépoque cénomanienne, daprès létude dune collection de plantes fossiles recueillie dans le quadersandstein inférieur
des environs de Prague, par M. Kowalewski..... 209-
PI. VIII. Flabellaria Lamannnis, Brongt., reproduction, réduite au demi-diamétre, dune empreinte de fronde du principal
palmier éocéne des gypses dAix.........223
PI. XII. Vue idéale du lac aquitanien de Manosque, daprès un
croquis de M. le professeur Marion.........30a
PI. XIII. Principaux palmiers et cycadées de 1age tertiaire moyen en Europe, reconstitués daprès les débris denbsp;leurs frondes et de leurs tiges, recueillis alétatfossile. 336
-ocr page 433-396
TABLE EXPLICATIVE
FIGURES
Obs. Ces figures sont Ic plus souvent réduites a 1/2 de leur grandeur naturelle; lorsquelles con-servent leur dimension ou queiles sont grossics; la légende placée au bas des figures a soin dc I'indiquer, etle lecteur doit, dans tous les cas, recourir aux explications de cette légende.
Pages.
Fig. I. Plantes marines primordiales..............164
Fig. 2. Plantes marines primordiales (d'après Gffippert)......163
Fig. 3. Plantes marines primordiales (daprès Hall et Gffippert). . . 166 Fig. 4. Plantes tcrrestres primordiales, observées par M. Lesquereux
dans le silurien supérieur dAmérique..............167
Fig. 5. Plantescaractéristiquesdudévonien mférieur(daprèsDawson) 168
Fig. 10. Plantes caractéristiques du dévonien supérieur dEurope
(daprès Gffippert) .......................174
Fig. 11. nbsp;nbsp;nbsp; Types de plantes carbonifères: calamariées......173
Fig. 12. nbsp;nbsp;nbsp; Types de plantes carbonifères: lycopodinées......177
Fig. 13. Types de plantes carbonifères: sigillariées (daprès Gol-
denberg) . . . .lt;.......................178
Fig. 14. ¦ Types de plantes carbonifères: gymnospermes.....180
Fig. 13. Plantes permiennes caractéristiques:^ conifères. .... nbsp;nbsp;nbsp;186
Fig. 16. nbsp;nbsp;nbsp; Plantes caractéristiques du trias; fougères......187
Fig. 17. nbsp;nbsp;nbsp; Plantes caractéristiques du trias: conifères......188
Fig. 18. Plantes jurassiques caractéristiques: fougères des loca-
lités huinides (étage rliétien ou nbsp;nbsp;nbsp;infraliasique)...........189
Fig. 19. Plantes jurassiques caractéristiques: types de cycadées
des localités humides (étage rhétien nbsp;nbsp;nbsp;ounbsp;nbsp;nbsp;nbsp;infraliasique).......190
Fig. 20. Plantes jurassiques caractéristiques: types de fougères
des localités accidentées....................191
Fig. 21. Plantes jurassiques caractéristiques; types de cycadées
des localités accidentées....................192
Fig. 22. Plantes jurassiques caractéristiques : organes fructiflca-
teurs des cycadées.......................193
Fig. 23. Plantes jurassiques caractéristiques : taxinées.....194
Fig. 24. Plantes jurassiques caractéristiques ; conifères (oolithe). 193 Fig. 23. Plantes caractéristiques de la craie inférieure (étages wéal-
dien et urgonien).......................193
Fig. 26. Plantes caractéristiques de la craie arctique urgonienne
-ocr page 434-DES PLANCHES ET DES FIGURES. nbsp;nbsp;nbsp;397
Paji^es.
(reproduction des figures de Heer)................196
Fig. 27. Plantes caractéristiques de la craie moyenne ; fougères, conifères et dicotylédones primitives do létage turonien de Toulon (reproduction despèces encore inédiles, découvertes par M. Toucas) ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;198
Fig. 29. Plantes caractéristiques de la craie cénomanienne de Bohème ; dicotylédone primitive (reproduction dune espèce inédite,
Hedera vrimordialis, Sap.)....................200
Fig. 30. Plantes caractéristiques de la craie sénonicnne du Harz :
dicotylédones primitives (Haprès Hnmpe nbsp;nbsp;nbsp;et Dunker).......201
Fig. 31. Plantes caractéristiques de la craie cénomanienne dhVmé-rique (Dakota-group.) : dicotylédones primitives (daprès Lesque-
reux).............................202
Fig. 32. Plantes caractéristiques de la craie cénomanienne dAmé-rique (Dakota-group.); dicotylédones primitives (d'après Lesque-
reux).............................203
Fig. 33. Chênes paléocènes de la t'orét de Gelinden (daprès des es-
pcces déterminées par lauteur).................213
Fig. 34. Chataignier paléocène de la forêt de Gelinden (daprès un
dessin de Tauteur).......................214
Fig. 3ö. Laurinées paléocènes de la Ibrèt de Gelinden (figures em-pruntées, ainsi que les suivantes, a une récente publication de Tau-
teurl.............................215
Fig. 36. Viorne paléocène de la forêt de nbsp;nbsp;nbsp;Gelinden.........210
Fig. 37. Araliacée paléocène de la forêt de Gelinden.......210
Fig. 38. . Helléborée(?) paléocène de la forêt de Gelinden......218
Fig. 39. Fougcre paléocène de la forêt de Gelinden (sommité dune
fronde)............................218
Fig. 40. Fougcrc arborescente (?) paléocène de Sézanne (portion de
fronde)...........................218
Fig. 41. Laurinée paléocène de Sézanne.............219
Fig. 42. Lierre paléocène de Sézanne..............219
Fig. 43. Vigne paléocène de Sézanne (récemment découverte daprès
les indications de M. Munier-Chalrnas ..............220
Fig. 44. Nipadites Burtini (Brongn.), Schimp, (daprès des emprein-tes recueillies dansles couches du Trocadéro, a Paris, parM. Arnould
Locard)...........................220
Fig. 43. Ottdia parisiensis, Sap. (reproduction dune espèce inédite,
même provenance).......................227
Fig. 46. Neriumparisiense, Sap., laurier-rose éocöne des marnes du
Trocadéro (reproduction dune espèce non encore flgurée).....228
-ocr page 435-398 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE EXPLICATIVE
Page .
Fig. 49. Espèces oligocènes des lignites dHsering, on Tyrol (d'apres
M. dEttingshausen)......................231
Fig. bO. ¦ Phcenix Aymardi, Sap.; dattier éocène des arkoses du Pny en Velay, frondo accompagnéc dTin régime de Beurs males (daprcsnbsp;Texemplaire original existant dans la collection de M. Aymard, réduit
a i de la grandeur naturelle)...................232
Fig. bl. Conifères eocenes de la Bore dcs gypses dAix......236
Fig. 54. Fleurs et organes légers de divers types de végétaux do la
Bore des gypses dAix......................241
Fig. 55. Espèces caractéristiques de la Bore des gypses dAix. . . . nbsp;nbsp;nbsp;242
Fig. 56. Tliuias oligocènes caractéristiques............247
FAg. 57. Diverses formes de Comptonia oligocènes.........249
Fig. 58. Chênes oligocènes a feuilles coriaces paucilobiilées.....250
Fig. 59. Types comparés de Sequoia oligocènes européens et de
Sequoia de la craie polaire (Groenland et Spilzberg)........251
Fig. 60. Algues du Flysch (daprès lieer).............252
Fig. 61. Palraier-parasol oligocèno : partie moyenne dune fronde (daprès une empreinte provenant des couches du bassin de carénage
a Marseille)..........................258
Fig. 62. Araliacée du tongrien récent dArmissan (Aude)......260
Fig. 63. Araliacée ii feuilles digitées (Saint-Zacharie); feuille restau-
rée..............................260
Fig. 64. Types divers de végétaux oligocènes caractéristiques (figures empruntées, ainsi que la plupart des suivantes, anx publications de
lauteur)...........................261
F'ig. 65.Types divers de végétaux oligocènes caractéristiques. . . . nbsp;nbsp;nbsp;262
Fig. 66. Types de végétaux oligocènes demeurés européens.....263
Fig. 67. ¦ Types européens oligocènes...............264
Fig. 68. Divers types dérables oligocènes............265
Fig. 69. Populus palxomelas, Sap. (Armissan, daprès une magniflque
empreinte encore inédite)...................266
Fig. 70. Type de plante palustre oligocène, aujourdhui éteint (réduit
a ^ de gr. nat.)........................266
F'ig. 71. Détails principaux du/(/itaocaMloM poft/si(7c/tn(m, Sap. . . . nbsp;nbsp;nbsp;268
Fig. 72. Nymplixa Dumasii, Sap. : environs dAlais (Gard), d après une empreinte inédite, communiquée par M. l.ombard-Dumas, de
Sommière...........................270
Fig. 73. Anwetomeria Brongniartti, Sap. (Armissan) : fruit arrivé a
maturité, au moment de la dehiscence..............271
F'ig. 74. Fougères aquitaniennes caractéristiques.........278
Fig. 75. Principaux palmiers aquitaniens restaurés daprès leurs
-ocr page 436-DES PLANCHES ET DES FIGURES. nbsp;nbsp;nbsp;390
Pages,
i'roiides (reproduction dune figure de M. Heer)..........279
F'ig. 76. ¦ Dattier aquitanien de la haute Italië (restauration daprès
M. Sismonda).........................281
1'ig. 77. Glyptostrobus europanis, Heer (Manosque).........281
Fig. 78. Charmes et hêtres aquitaniens (Manosque'i........283
Fig. 79. Aunes aquitaniens (Manosque et Coumi).........284
Fig. 80. Peuplier et érables aquitaniens (Manosque et Coumi). . nbsp;nbsp;nbsp;285
1'Tg. 81. Principaux chênes aquitaniens.............287
Fig. 82. Gymnocladiis macrocarpa. Sap. (Manosque)....... . nbsp;nbsp;nbsp;289
Fig. 83. ¦ Camphrier européen miocène. Cinnamomiim polymor-
phum, Ung. (principaux organes restaurés nbsp;nbsp;nbsp;daprcsnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Heer)......290
Fig. 84. Galnier aquitanien ; Gereis Tournoueri, Sap.......292
Fig. 83.' Types de légumineuses de Radoboj en Groatie (daprès
Unger)............................296
Fig. 86. AristolocMa venusta, Sap.; feuille nbsp;nbsp;nbsp;(Radoboj)........296
Fig. 87. Araliacée aquitanienne de Coumi (Eubée), reproduction
dune figure de Unger.....................297
Fig. 88. Dernière cycadée européenne ; portion de fronde (reproduction dune empreinte originale, recueillie a Coumi par M. Gorceix, et
faisant partie de la collection de lauteur).............298
Fig. 89. Peupliers miocènes caractéristiques (daprès des figures de
Heer).............................303
Fig. 90. Plantes miocènes caractéristiques (daprès des figures de
Heer).............................304
Fig. 91. Organes principaux du Podogonium Knorrii, Al. Rr. (daprès
M. Heer)............................303
Fig. 92. Espèces miocènes caractéristiques............307
Fig. 94. Espèces miocènes caractéristiques (daprès des figures de
Unger)............................309
Fig. 97. Végétaux du miocène supérieur deau douce, en Provence ¦ reproduction dune espèco iuédite découverte par M. Ie professeur
Fig. 98. Espèces mio-pliocènes caractéristiques..........32a
Fig. 99. Hêtre mio-pliocène dltalie ; formes diverses........32a
Fig. 101. Espèces mio-pliocènes caractéristiques de Sénigaglia (d'a-
près Massalongo)........................328
Fig. 102. Plantes pliocènes de Vaquières (Gard)..........330
Fig. 103. Espèces caractéristiques des tuts pliocènes de Meximieux figure empruntée, ainsi que les suivantes, a une publication do
-ocr page 437-400 TABLE EXPIJCAÏIVE DES PI.ANCHES ET DES FIGURES-
Pages.
Tauteur)...........................333
Fig. 104. Espèces caractéristiques des tvifs pliocenes de Meximieux. 334 Fig. 103. Espèces caractéristiques des tufs pliocenes de Meximieux .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;33ö
Fig. i06. Espèces caractéristiques des tufs pliocènes de Meximieux. 336 Fig. 107. Espèces caractéristiques des cinérites du Cantal; Pasnbsp;de la Mougudo (daprès des échantillonsinédits appartenant a la collection de Tauteur).......................341
Fig. 108. Espèces caractéristiques des cinérites du Cantal; Saint-
Vincent (figurées pour la première fois).............343
Fig. 109. Espèces caractéristiques des marnes a tripoli de Ceyssac
(Haute-Loire).........................343
Fig. 110. Espèces caractéristiques du pliocène récent dAuvergne et
dItalie.............................347
Fig. m. Espèces caractéristiques de Page de VElephas primigenius
dans Ie midi de la France (publiées pour la nbsp;nbsp;nbsp;première fois).....330
Fig. 112. Espèces du forest-bed (pliocène supérieur)........331
Fig. 113. Plantes paléocènes caractéristiques de Saint-Gely (Hérault)
(publiées pour la première fois).................336
Fig. 114. Formes liomologues de chcnes paléocènes et éocènes
comparées...........................377
Fig. 113. Formes homologues de chênes oligocènes et mioccnes
comparées...........................379
Fig. 110. Formes successives du type laurier, pour montrer Ie passage conduisant du Laurm primigenia au Laiirus nbsp;nbsp;nbsp;canarimsis.....384
Fig. 117. Modifications successives du type lierre dans Ie cours de
Page tertiaire..........................387
-ocr page 438-BES GENRES ET DES ESPÈCES DE PLANTES FOSSILES
FIGURES, DECRITS OU MENTIONNÉS DANS CET OUVRAGE
Obs. Liiidication relative aux figures se trouve placée « entre deux parentheses », imrnédiatement après Ie nom du genre ou de lespèce figurée ; Ie premier chiffre désigne Ie numéro dordre des figures; Ie second chiffrenbsp;séparé de Tautre par une virgule se rapporte aux numéros de la légende quinbsp;accompagne cliaque figure et sert a en désigner les diverses parties.
A
Pages.
Abies cilicica (Koisch.) pliocmica [üg. 109, 4)............ 345
nbsp;nbsp;nbsp;pectinata, D. C. (lig. 112, 3-4)..............349^ 33 (
nbsp;nbsp;nbsp;pmsapo (Boiss.) pLocemcft (fig. 107, 3-4)........... 341
Abielites curvifoUus, Dkr. (fig. 30, 2)................ 201
Acacia (flg. 03, 3-7)........ 240, 291, 299, 324, 364, 370, 371, 372
Acacia RoMsgueff, Sap. (fig. 63, 4).............2Hf, 262 293
nbsp;nbsp;nbsp;insignis, öng. (fig. 85, 1)..................293
nbsp;nbsp;nbsp;parschlugiana, Ung..................... 30^
nbsp;nbsp;nbsp;sofaSiana, Ung. (lig. 65, 5-6)............... ^0.2
Acer Cornalix, Massal (flg. fOO, 4)................. 397
nbsp;nbsp;nbsp;creficam, L. (A. sempcraiVenSjAit.) (flg. 109, 15-10)..... 34i 345
nbsp;nbsp;nbsp;decipiens, Hr................... 283
nbsp;nbsp;nbsp;integrüobum, O. Web. (flg. 93, 3)., . .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.......... 324
nbsp;nbsp;nbsp;Isetum, C. A. Mey. (flg. 105, 3)..............335, 343
nbsp;nbsp;nbsp;opuiifolium (Will.) pliocenicum [Hg. 103,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;2).......... 335
nbsp;nbsp;nbsp;P0^2/»*orp/iMm(Sieb. et Zucc.) pfecc/dcumnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 108, 6). . . . 312 343
nbsp;nbsp;nbsp;Ponziannm, Gaud. (flg. 98, 2)................ 324
C' DE Saporta. nbsp;nbsp;nbsp;26
-ocr page 439-402 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE ALPHABÉTIQUE.
raises.
Acer primsevum, Sap. (fig. 68, 1)............... 203, 26o
nbsp;nbsp;nbsp;recognitum, Sap. (fig. 80, 4)............... 283, 283
nbsp;nbsp;nbsp;lt;rilt;o6a/wm, Al. Br. (fig. 80, 2-3)......... 283, 28Ö, 313, 32i
Adiantum renatum, Ung.................... 306, nbsp;nbsp;nbsp;336
nbsp;nbsp;nbsp;reniforme, L. (fig. 100, d)................ 336, nbsp;nbsp;nbsp;337
Ailantus............................. 372
Ailantus prisca, Sap. (fig. 54, o).................. 241
Albertia Braunii, Schimp, (fig. 17, 5)................ 188
Alnaster............................ 3/0
Alnus ylutinosa orbicularis, Sap. (fig. 107, 1).......... 340, 3-51
nbsp;nbsp;nbsp;Aymardi, Sap. (fig. 109, 5-7). ............... 345
¦ phocseensis, Sap. (fig. 79, 5)............... 282, nbsp;nbsp;nbsp;284
nbsp;nbsp;nbsp;prisca, Sap. (fig. 67, 1)................. 263, nbsp;nbsp;nbsp;264
nbsp;nbsp;nbsp;sporadum, Ung. (fig. 79, 1-4)............... 282, nbsp;nbsp;nbsp;284
nbsp;nbsp;nbsp;stenophylla. Sap. et Mar. (fig. 105, 2-Ö)........... 330
Alsophila Rouvillei, Sap...................... 355
nbsp;nbsp;nbsp;thelypteroides. Sap. (fig. 40)................. 218
Anmctomeria......................... 270, nbsp;nbsp;nbsp;372
Anmctomeria Brongnartii, Sap. (fig. 73).............. 271
Andromeda..........................284, nbsp;nbsp;nbsp;289
Andromeda neglecta. Sap. (fig. 64, 7)................ 261
Annulariu laxa, Dn. (fig. 6, 4)................... 168
nbsp;nbsp;nbsp;longifolia, Bvngl. (fig. 11, 1-2)............... 175
nbsp;nbsp;nbsp;Romingeri, Lqx. (fig. 4-5)............... 34, 107, 176
Antholithus (fig. 14, 4)...................... 180
Antholithus devonicus, Dn. (fig. 8, 1)................ 170
Apeibopsis........................... 372
Apocynopliyllurn elongatum. Hr.................. 290
Apollonias canariensis,'Viebb......... 332
Arcdia....................... 240, 359, 371, 372
Arcdia (Panax) circularis. Hr. (fig. 95, 1)............. 310
nbsp;nbsp;nbsp;Hercules, Ung. (fig. 62)..... 260, nbsp;nbsp;nbsp;295
nbsp;nbsp;nbsp;hnoalewskiania. Sap. et Mar. (fig. 28, 1;........... 199
nbsp;nbsp;nbsp;Looziana, Sap. et Mar. (fig. 37)............... 216
nbsp;nbsp;nbsp;muUifida, Sap. (fig. 52, 3). ... .............. 237
nbsp;nbsp;nbsp;quinquepartita, Lqx. (fig. 32, 1) ... ........... 203
nbsp;nbsp;nbsp;zachariensis. Sap. (fig. 53)................. 260
Araucaria..................... 134, 193, 199, 233
Araucaria Toiicasi, Sap. (fig. 27, 2)................ 198
Archseopteris Jacksoni, Dn. (fig. 7, 5-6)............... 169
Artocarpoides.......................... 221
Arundo............................. 371
Arundo gegyptai antiqua. Sap. et Mar. (fig. 102, 1-2)....... 330, 331
nbsp;nbsp;nbsp;groenlundica. Hr...................... 204
nbsp;nbsp;nbsp;mauritaniC'i, Desf..................... 331
-ocr page 440-403
TABLE ALPHABÉTIQUE.
PagiS.
202
Aspidiophyllum.......................
Asterophyllites eqnisetiformis, Brngt. (flg. H, 3-4).......... 17S
latifolia, Dn. (fig. 3, 3'................... 168
Aulacopteris........................... 176
Baiera gracilis, Dumb. (flg. 23, 4)................. 191-
Münsteriana, Hr. (flg, 23, 1 et 5............... 194
Ilambusa lugdunensis, Sap. (Tig. 106, 2-4)............ 336, 337
Beania gracilis, Carr. (flg. 22, 3)................. 193
308
Benzoin............................
Benzoin latifolium. Sap.........^............. 342
Betula gypsicola. Sap. (flg. öö, t-3)............... 242, 244
nbsp;nbsp;nbsp;prisca, EU........................ 324
nbsp;nbsp;nbsp;pulchella. Sap. (flg. 00, I).................. 263
nbsp;nbsp;nbsp;ultnacea. Sap........................ 203
Betulastcr.......................... 370, 372
163
Bilobites............................
Bilobites rugosa [iig. 1, 1)..................... 164
Bomhax........................... 370, 272
Bombax sepultiflorum. Sap. (flg. 54, 8)............. 241, 244
109
Bornia............................
Bornia transitionis, Goepp. (flg. 6, 2)................ 168
Brachyphyllum......................... 193
Brachyphyllum nepos, Sap. (flg. 24, 1-2).............. 193
Buxus pliocenicu. Sap. et Mar. (flg. lOS, 7)...........333, 333
Calamodendron tenuistriatum. Dn. nbsp;nbsp;nbsp;(flg.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;0,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1)............ 168
Calumopsis............................ 280
CallUris................ 237, 2Ö0, 281, 296, 299, 300, 371
Callitris Brongniartü, Eiidl. (flg. 51, 1-4)............ 236, 324
Camphora............................ 3O8
Cancellophycus.......................... 163
Cardiocarpus (flg. 14, 5)...................... 180
Cardiocarpum {Sarnaropsis) cornutum, Dn. (flg. 8, 2)......... 170
nbsp;nbsp;nbsp;(Trigonocirpum) racemosum.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Dn.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(flg.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;8, 3).......... 170
Carpiiius cuspidata. Sap. (flg. 66, 2-5)............... 263
nbsp;nbsp;nbsp;grandis. Eng....................... 324
nbsp;nbsp;nbsp;orientulis, L........................ 340
nbsp;nbsp;nbsp;Ungeri, Ett. (flg. 78, 1-4)................ 282, 283
Carya maxima. Sap....................- . ^ nbsp;nbsp;nbsp;340
-ocr page 441-404 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE ALPHABÉTIQUE.
Pages.
Catalpa microsperma, Sap. (fig. b4, 1-3)............2*1, 2^2
Caulopteris antiqua, Newb. (fig. 8, 8)...............
Celastrinites gelyensis, Sap. (fig. 113, 3).............. 386
Celastrus splendidus, Sap. (fig. 64, 4)............... 261
nbsp;nbsp;nbsp;Zachariensis, Sap. (fig. 64, 8)................ 261
Celtis..............................
Celtis trachytica, Ung. (fig. 94, 2-4)................ 309
{Jcycis ,........***-*quot;'*********** nbsp;nbsp;nbsp;240
Cercis antiqua, Sap. (fig. 83, 1-2).................. 240
nbsp;nbsp;nbsp;siliquasinim, .........................
nbsp;nbsp;nbsp;Tournoueri, Sap. (fig. 84).................. 291
nbsp;nbsp;nbsp;Vtrgiifima, Massal. (fig. 101, 6-7)............. 326, 328
nsio nbsp;nbsp;nbsp;oen
Chamxcyparis................... Trn
Chamsecyparis europxa, Sap. (fig. 86, 3-8)............. 2*7 -
nbsp;nbsp;nbsp;massiliensis, Sap. - -..................
Chamxrops Helvetica, Hr...................... 280
nbsp;nbsp;nbsp;hiimilis, ........................
Chondrites...........................
Chondrites antiquus, Sternb. (fig. 3,1)............... gt;68
nbsp;nbsp;nbsp;arbuscida, F. 0. (fig. 60, 3)................. ' ®
nbsp;nbsp;nbsp;intricatus, F. 0. (fig. 60, 4)................
nbsp;nbsp;nbsp;fruticulosus, Goepp. (fig. 2, 3)................ ^^3
Chry sodium...........................
Chrysodium aquitaidcum. Sap..................^ nbsp;nbsp;nbsp;~
/~t nbsp;nbsp;nbsp;... ~2il 30ö« 3/2
Cmnamomum.......... \ nbsp;nbsp;nbsp;-lan
CinnciïïioinuTn polytuorphum, Ung. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;83)...........?
_ Sezannense, Wat. (fig. 38, 2).......... 21a
Clathropteris..........................
Clathropteris platyphylla, Goepp. (fig. 18, -1).............
^ nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp; 3ib,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;307
Comptoma...............
Comptonia anutiloba, Brngt. (fig. 92, 2)...... ' nbsp;nbsp;nbsp;.....
nbsp;nbsp;nbsp;dryandrxfolia, Brngt. (fig. 49, l-o et 87, 1-a). .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;231,249,
¦' nbsp;nbsp;nbsp;261,264,362
nbsp;nbsp;nbsp;dryandroides, Ung. (fig. 37, 7)............... 249
nbsp;nbsp;nbsp;Matheroniana, Sap. (fig. 87, 8)............... 2*9
nbsp;nbsp;nbsp;ofitusHofto, Hr. (fig. 37, 6)..................
nbsp;nbsp;nbsp;Vinaj/i, Sap. (fig. 47, 1)................... ,
Copaifera radobojana, Ung. (fig. 83, 2, 3).............. ^
_ arinikanensis, Sap......................
Cordaites angustifolia, Dn. (fig. 5, 3-6)............... |68
_ Robbii, Dn. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;3, 7)................... 168
Credneria triacuminata, nbsp;nbsp;nbsp;Hampenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 30, 1)............. 201
Cruziana rugosa, dOrb. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 1,1)................. *
-ocr page 442-TABLE ALPHABÉTIQUE. nbsp;nbsp;nbsp;405
? nbsp;nbsp;nbsp;Pages.
Cryptomcria........................... 190
Ctenopteris........................... 191
Ciissonia polydrys, Ung. (fig. 87)................. 297
Cycadites Dickoni, Hr...................... 204
Cycadupteris.......................... 191
Cycadopteris Brauniana, Zign. (fig. 20, 4)............. 191
Cycadospadix Hennoquei, Schimp, (fig. 22, nbsp;nbsp;nbsp;1)............ 193
Cyclopteris........................... i 67
Cyclopteris Brownii, Dn. (fig. 7, 8)................. 169
nbsp;nbsp;nbsp;{Nephroptcris) varia (Bg. 1,1)................ 169
nbsp;nbsp;nbsp;{Palxopteris) hibernica, Gcepp. {Bg. iO, i)........... 174
Cyparissidium........................134, nbsp;nbsp;nbsp;199
Cyparissidium gracile, Hr. (fig. 26, 3-4)............... 196
D
Danseopsis marantacea, Hr. (fig. 16, 1)............... 187
Daphne. . ........................ 333
Daphne pontica, D. C. ...................... 333
Dewalquea......................... 369, nbsp;nbsp;nbsp;372
Dewalquea gelindenensis, Sap. et Mar. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 38)........... 218
Didymophyllum......................... 190
Didymophyllum reniforme, Dn. (fig. 5, nbsp;nbsp;nbsp;I).............. 168
Diospyros..................... 234, 241, 296, 2S9
Biospyros hxringianu , Eli.................... 261
nbsp;nbsp;nbsp;raminervis, Sap. (fig. 113, 2)................ 3o6
nbsp;nbsp;nbsp;varians, Sap. (fig. 64, 8).................. 261
Bracxna........................ 238,371, nbsp;nbsp;nbsp;372
Bracsena Brongniartii, Sap.................... 238
Bryandra............................ 228
Bryandra Micheloti, Wat. (fig. 47, 4)................ 229
B^njandroides lignitum, Ung.................... 324
Bryophyllum Haussmanni, Dkr. (fig. 30, nbsp;nbsp;nbsp;3)............. 201
nbsp;nbsp;nbsp;Deioalquei, Sap. et Mar. (fig. 34)............... 214
E
Encephalartos. . . ..................... 296, nbsp;nbsp;nbsp;371
Eneephalartos Gorceixmius, nbsp;nbsp;nbsp;Sap. (fig. 88)............ 297, nbsp;nbsp;nbsp;298
Engelhardiia.......................... 364
Entomolepis cynarocephalu, Sap.................. 364
Eopteris Motderei, Sap. nbsp;nbsp;nbsp;(pi.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I)..................3a, nbsp;nbsp;nbsp;167
Erythrobalawis......................... 263
EuphorbiophyHum veins, Sap. (fig. 48, 1-2)..... 230
-ocr page 443-406
TABLE ALPHABETIQUE.
Fagus Deucalionis, Ung. (fig. 99)................ 32Ö, 326
nbsp;nbsp;nbsp;polyclada, Lqx. (fig. 31, 4)................. 202
nbsp;nbsp;nbsp;pristina, Sap. (fig. 78, S-7)............... 282, 283
nbsp;nbsp;nbsp;sylvatica, L. {fig. MO, 5).................. 347
nbsp;nbsp;nbsp;sylvatica pliocenica, Sap. (fig. 108, 1)........... 329, 343
Ficus nbsp;nbsp;nbsp;Colloti, Sap. (fig. 97j.................... 317
nbsp;nbsp;nbsp;tilisefolia, Al. Br. (fig. 92, 3)................ 307
nbsp;nbsp;nbsp;venusta,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sap.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;5o,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;M)............... 242, nbsp;nbsp;nbsp;243
Flabellaria.......................... 292, nbsp;nbsp;nbsp;369
Flabellaria chamseropifolia, Goepp........ ...... 203
nbsp;nbsp;nbsp;gelyensis, Sap....................... 3o!)
nbsp;nbsp;nbsp;Lanianonis, Brngt. (pi. VllI)................ 238
nbsp;nbsp;nbsp;latiloba,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hr...................... 280, nbsp;nbsp;nbsp;291
nbsp;nbsp;nbsp;longirhachis, Ung..................... 382
Fraxinus exilis, Sap. (fig. 64, 4).................. 241
nbsp;nbsp;nbsp;gracilis. Sap. (fig. 109, 13-14)................ 343
Gardenia Wetzleri, Hr...................... 290
Geonoma Steigert, Hr....................... 280
Ginkgophyllum......................... 72
Ginkgophyllum Grasseti, Sap. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;13, 3).............. 186
Gleichenia Zippei, Hr. (fig. 26, 1)................. 190
Glossozamites obovatus, Schk. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;23, 4).............. 195
Glyptostrobus........... 231, 233, 289, 296, 306, 363, 363, 371
Glyptostrobus europseus, Hr. (fig. 77 et 104, 1-2). nbsp;nbsp;nbsp;280, 281, 324, 330, 334, 336
Goniopteris.......................... 278
Grewia crenata, Ung. (fig. 98, 1).............. 324, 339, 376
Grewiopsis.......................... 372, 376
Grewiopsis sidsefolia, Sap..................... 376
Gymnocladus.......................... 288
Gymnocladusmacrocarpa, Sap. (fig. 82)............... 2S9
II
Halyserites Dechenianus, Goepp. (fig. 9, 2).............. 172
Harlania Hallii, Goepp. (fig. 1,2)................. 164
lledera acutelobata, Sap. (fig. M7, 4).............. 387, 388
nbsp;nbsp;nbsp;Kargii, Al. Br. (fig. 117, 4)................ 386, nbsp;nbsp;nbsp;387
nbsp;nbsp;nbsp;Mac-Cluri, Hr. (lig. 117, 3;............... 386, nbsp;nbsp;nbsp;387
nbsp;nbsp;nbsp;Philiberti, Sap. (fig. 117, 2)............... 386, nbsp;nbsp;nbsp;387
-ocr page 444-TABLE nbsp;nbsp;nbsp;ALPHABÉÏIQUE.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;407
Pages.
Jledera primordialis. Sap. (fig. 29)............. 134, 200, 383
nbsp;nbsp;nbsp;prisca, Sap. (fig. 42 et 117, 1)..........219, 385, 386, 387
nbsp;nbsp;nbsp;Sfroizi, Gaud. (fig. 117, 6)............... 387, 388
Heterocalyx........................... 372
Heterocalyx TJngeri, Sap. (fig. 34, 7).............. 241, 243
Hymema........................ 134, 199, 381
Thjmenea primigenia, Sap. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;28,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;2j............... 199
1
Hex canariensis, Webb..................... 333
nbsp;nbsp;nbsp;celastrina. Sap. (fig. 64, 6)................. 261
nbsp;nbsp;nbsp;Fakani, Sap. (fig. 103, 9,'.................. 333
Iris Escheri, Hr......................... 313
J
Juglans acuminata, Al. Br..................... 313
nbsp;nbsp;nbsp;bilinica, Ung............... 326
nbsp;nbsp;nbsp;mmoj'. Sap. et Mar. (fig. 103,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;10-12) ............ 333
Janiperus atnbigua, Sap. (fig. 31, 7-S)............. 236, 237
L
Laslrxa Lucani, Sap....................... 291
nbsp;nbsp;nbsp;siyriaca, Ung. (fig. 74,2)................ 278, 294
Laurus............................. 308
Lauras canariensis, Webb (fig. 103, 2-3, el 116, 3). . nbsp;nbsp;nbsp;332, 333, 349, 383, 384
nbsp;nbsp;nbsp;Decaisneana, Hr...................... 383
nbsp;nbsp;nbsp;7iobilis,L......................... 383
nbsp;nbsp;nbsp;Omalii, Sap. et Mar. (fig. 33, 4)............. 213, 383
nbsp;nbsp;nbsp;primigenia, Ung. (fig. 116,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1-3)............... 384
nbsp;nbsp;nbsp;princeps. Hr. (fig. 116, 4).................. 384
Lcpidodendron.......................... 46
nbsp;nbsp;nbsp;gaspianum, Dn. (fig. 7, 1-2)................. leO
Leucothoe........................ 284, 289, 290
Libocedrus......................... 233, nbsp;nbsp;nbsp;299
Libocedrus salicornioides, Endl. (fig. 36, 1-2)...... 247 , 239 , 3 56, 362
Liquidambar.......................... 371
Liqiiidambar europseum, Al. Br. (fig. 90, 4-3)........ 304, 324, 326
Liriodendron Procaccinii, Ung. (fig. 93, 4 ; 101,3 ; 103, 1). nbsp;nbsp;nbsp;310, 326, 328, 333
Litsxn ehitinervis. Sap. et Mar. nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;33,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1)............. 213
Lomatites aquensis. Sap. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 32, 1-2).............. 237, nbsp;nbsp;nbsp;239
Loniatopteris......................... 191, nbsp;nbsp;nbsp;199
-ocr page 445-408 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE ALPHABÉTIQUE.
Pages.
Lomatopteris Balduini, Sap. (fig. 20, 3)............... 194
nbsp;nbsp;nbsp;superstes, Sap. (fig. 27, 1)................. 198
Lycopodites Matheivi, Dn. (fig. 7, 3-4)............... 16!)
Lycopodium primxvum, Gold. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 12, 2).............. 177
Lygodium Gaudini, Hr. (fig. 74, 3)............. 278, 294, 299
Magnolia.......................... 134,242
Magnolia Ludwigi, EU. (fig. 93, 2-3)............... 310
nbsp;nbsp;nbsp;meridionalis, Sap. (fig. 113, 1)................ 3öG
nbsp;nbsp;nbsp;telonensis, Sap. (fig. 27, 3).........¦....... 198
Manicaria formosa, Hr...................... 280
Marchantia sezannensis, Sap.................... 333
Megalopteris Daivsoni, Hart. (fig. 8, 6;. ,.............. d70
Mespiluspyracantha, nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 110,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;8).............. 346,347
Microptelea......................... 370, 372
Microptelea Marioni, Sap. (fig. 3.3, nbsp;nbsp;nbsp;9-10)............ 242, 244
Mimosa......................... 291, 299, 370
Mimosa Aymardi, Mar. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 63, 3)............... 261, 2ti2
Morinda............................ 233
Münsteria.......... 254
Miinsteria annulata, Schafli. (fig. 60,1;............... 232
Murchisonites Forbesi, Goepp. (fig. 2, 2)............... 163
Musa............................. 371
Myelopteris........................... 176
Myrica banksisefolia, LTig..................... 289
nbsp;nbsp;nbsp;crenulata, Sap. (fig. 47, 8)................. 229
nbsp;nbsp;nbsp;hseringiana, Ett. (fig. 49, 4-0)............... 331
nbsp;nbsp;nbsp;hakexfolia, Ung...................... 289
nbsp;nbsp;nbsp;Isevigata, Hr....................... 289
nbsp;nbsp;nbsp;Matheroni, Sap. (fig. 33, 7). . ............. 239, 242
nbsp;nbsp;nbsp;(Eningensis, Al. Br. (fig. 92, 1;............... 303
Myrsine. . . . ...................... 290
Myrsine celastroides, Etl, (fig. 64, 1-2)............... 201
nbsp;nbsp;nbsp;cuneala, Sap. (fig. 64, 3).......... 261
Myrtophyllumpulchrum, Sap. (fig. 113, nbsp;nbsp;nbsp;4;.............. 330
Myrtus caryophylloides, Sap. (fig. 64, nbsp;nbsp;nbsp;11.............. 261
nbsp;nbsp;nbsp;rectinervis. Sap. (fig. 64, 10)................ 261
N
Nelumbium Buchii, Etl.................... 269, 293
Nerium......................... 233, 290, 339
NeriumbiUnicum, EH. (fig. 118,7)............... 390, 391
-ocr page 446-TABLE ALPHABÉTIQUE. nbsp;nbsp;nbsp;40lt;gt;
Pages.
Nerium Gaudryanim, Brngt. (fig. if8, 6)............3!)0, 391
nbsp;nbsp;nbsp;oleander pliocenicum. Sap. (fig. iOS, 4-a et U8, 8-9). . 333, 390, 39f
nbsp;nbsp;nbsp;parisiense, Sap. (fig. 46 et H8, 2). . 227, 228, 233, 290, 359, 389, 390
nbsp;nbsp;nbsp;repertum, Sap. (fig. 118, 5)................. 391
, Rohm, Mark (fig. 118, 1).............. 388, 389, 390
nbsp;nbsp;nbsp;sarthacense, Sap. (fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;118, 3-4)............. 389,390-
nbsp;nbsp;nbsp;styriacum, Elt....................... 391
Neuropteris retorquata, Dn. (fig. 8, 4-5).............. 170
ISilssonia............................ 190
Nipadites Buriini, Brngt. (fig. 44)................. 225
nbsp;nbsp;nbsp;Boiverbanki, Ett...................... 225
nbsp;nbsp;nbsp;Parkinsoni, Bow. . .................... 225
Nocggerathia foliosa, iHevnh. [Rg. 14,1).............. 180'
Nyrnphsea arctica,lir. ...................... 131
~ calophylla, Sap.................... 269, 294
nbsp;nbsp;nbsp;Charpentieri, Hr.................... 269, 293
nbsp;nbsp;nbsp;Dwnasii, Sap. (fig. 72)................... 270
nbsp;nbsp;nbsp;gypsorum, Sap..................... 260
nbsp;nbsp;nbsp;parviila, Sap....................... 269
¦ nbsp;nbsp;nbsp;polyrhyza, Sap...................... 260
O
Oreodaphne........................... 308
Oreodaphne Heerii, Gaud. (fig. 103, 1)........... 326, 332, 333
Osmunda bilinica (Ett.) Sap.................... 331
nbsp;nbsp;nbsp;eocenica, Sap. et Mar. (fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;39)................ 218
nbsp;nbsp;nbsp;Heerii, Gaud.............1......... 306
nbsp;nbsp;nbsp;lignitum, Ung. (fig. 74, 1).............. 277,278, 294
Ostrya.................. *08
Ostrya atlantidis, Ung...................... 295
nbsp;nbsp;nbsp;ilalica. Scop. ....................... 308
Otozamiles..... . .................... fOf
Otozamites decorus, Sap. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;21,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;2)................ 192
Otteliaparisiensis. Sap. (fig. 45)................ 226, 227
P
Pachypllyllum araucarinum, Pom. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 42, 5)............ 195-
nbsp;nbsp;nbsp;mcyus, Brngt. (fig. 24,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3-4)................. 193
Palxocarya..................... 261, 295, 369, 372
Palseoca7ya atavia. Sap. ifig. 51, ................. 241, 243
Palxophycus virgatus, Hall.................... 165
Palxospatlie dxmonoropjs. Hr................... 280
Palissya............................ 190-
-ocr page 447-410 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE ALPHABÉTfQUE.
Pag:ei.
Palmacites dsemonorops. Hr.................... 291
Parrotia fagifoUa, Goepp. (fig. 96, 2)............ 310, 311, 324
nbsp;nbsp;nbsp;pristina, Ett. (fig. Ill, 6)................ 349, 330
Persea............... 31^
Persea carolinensis, L..... 332
nbsp;nbsp;nbsp;pakeomorpha, Sap. et Mar. (fig. 33, 3)............ 213
Phoenicites........................... 292
Phmnicites Palaviccini, Sism. (fig. 76)........... 280, 281, 294
nbsp;nbsp;nbsp;upectabilis, Ung. (fig. 73). ................. 270
Phmnix............................. 371
Pheenix Aymardi, Sap. (fig. 30)................ 231, 232
Phymatoderma......................... 234
Picea excelscijham..............,.......... 349
nbsp;nbsp;nbsp; pftocemca. Sap. (fig. 109, 1-3)........... 343
Pinus halepensis, Mill....................... 348
nbsp;nbsp;nbsp;TOontona, Mill. (fig. 112, 1-2)................. 331
nbsp;nbsp;nbsp;Paroliniana, Carr. (fig. 111,1).............. 348, nbsp;nbsp;nbsp;330
nbsp;nbsp;nbsp;Philiberti, Sap. (fig. 31, 9)................ 236, nbsp;nbsp;nbsp;237
P
Pittospomm...........................
Ptanera crenata, Sp................... 340, 342, 349
nbsp;nbsp;nbsp;TIngeri, Ett. (fig. 90,1).......... 304,310,324,326,342
Platanus............................ 371
Platanus aceroides, Goepp. (fig. 90, 2-3).......... 304, 324, 326
nbsp;nbsp;nbsp;primxva, Lqx. (fig. 31, 2).....,............ 202
Podocarpus......................... 339, 360
Podogonium.................... 313, 314, 324, 373
Podogoniicm Knorrii, Al. Br. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;91)............... 305
Podozamites.......................¦ . . . nbsp;nbsp;nbsp;190
Podozamites distans, Presl (fig. 19, nbsp;nbsp;nbsp;1)................ 190
Populus cdba pUocenica..................... 336
nbsp;nbsp;nbsp;canescens, Sm. (fig. 109,10)............... 344, 3i3
nbsp;nbsp;nbsp;euboica, Sap. (fig. 80, 1).................. 283
nbsp;nbsp;nbsp;Heerii, Sap........................ 244
nbsp;nbsp;nbsp;lalior. Hr. (fig. 89, 2-4)................. 303, nbsp;nbsp;nbsp;313
nbsp;nbsp;nbsp;mutabilis, Al. Br. (fig. 89,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1).............. 303, nbsp;nbsp;nbsp;313
nbsp;nbsp;nbsp;palxomelas, Sap. (fig. 69).................. 266
nbsp;nbsp;nbsp;tremula, L. (fig. 108, 3)................... 343
Proto ficus............................ 221
Protophyllim.......................... 202
Protophyllum mullinerve, Lqx. (fig. 32, 2).............. 203
Protopteris........................... 1quot;6
Protostigma sigillnrioides, Lqx. (fig. 4, 6)............34, 167
-ocr page 448-TABLE ALPHABÉTIQLE. nbsp;nbsp;nbsp;411
Pages.
Psilophyton........................3i, 33, 167
Psilophyton cornutum, Lqx. (fig. 4, 1)'.............. 167
nbsp;nbsp;nbsp;prmceps, Dn. (fig. o, 2-4).................. 168
Pêerü pennseformis, Hr.................... 294, 306
nbsp;nbsp;nbsp;(Enmgensis,Hv....................... 306
nbsp;nbsp;nbsp;urophylla, ling.......... 294
Pterocarya........................... 304
Pterocarya fraxinifoUa, Sp.................... 340
Pterophyllum.........................72, 190
Pterophyllum concinnum. Hr. (fig. 26, 6).............. 176
nbsp;nbsp;nbsp;Jxgeri, Brngt. (fig. 19, 2).................. 190
Pterozamites comptus, Schimp, (fig. 19, 3)............. 190
Punica Planchoni, Sap. (fig. 104, 7-11)............ 334, 336
Q
Quercus antecedens, Sap. (fig. Sö, ö-6 et 113, 3)....... 242, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;arciloba, Sap. et Mar. (fig. 33, 3).............. 213
nbsp;nbsp;nbsp;armata, Sap. (fig. 38, 3, et 113, 2).......... 242, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;Buchii, 0. Web. (fig. 81, 2).............. 287, 288
nbsp;nbsp;nbsp;CornalicB, Mass. (fig. 101, 2)................. 328
ctineifolia, Sap. (fig. 38, 1-2, et 113, 1)...... 230,203, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;Cyri, Ung. (fig. 81, 4)................... 287
nbsp;nbsp;nbsp;diplodon, Sap. et Mar. (fig. 33, 2).............. 213
nbsp;nbsp;nbsp;divionensis, Sap.................... 288, 291
nbsp;nbsp;nbsp;elxna, Ung.............. 288
nbsp;nbsp;nbsp;elUptica, Sap. (fig. 114, 3).................. 377
nbsp;nbsp;nbsp;Fallopiuna, Mass. (fig. 101, 1)................ 328
nbsp;nbsp;nbsp;FarweMo, Ten. (fig. Ill, 2-3)............ 347, 359, 330
nbsp;nbsp;nbsp;ilex, L. (fig. no, 4).................. 346, 378
nbsp;nbsp;nbsp;Lamherti, Wat. (fig. 114, 1)................ 377
nbsp;nbsp;nbsp;LamoUii, Sap. (fig. 110, 2)................. 353
larcjucmis. Sap. (fig. 81, 3)............... 287, 288
nbsp;nbsp;nbsp;loozt. Sap. et Mar. (fig. 33, 3)............... 213
nbsp;nbsp;nbsp;hmtanica, Webb (111, 4-3)............... 349, 330
nbsp;nbsp;nbsp;macilenta, Sup. (fig. 114,3)................ 377
nbsp;nbsp;nbsp;mediterranea, Ung. (fig. 81, 3-0, et 113, 4). . . .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;287, 288, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;Mirbbkii antiqua, Sap. (fig. 110, 1)............. 347
nbsp;nbsp;nbsp;oliijodonta. Sap. (fig. 38, 4-3)................ 230
nbsp;nbsp;nbsp;palxocerris, Sap. (fig. 93, 1-2)............... 308
¦ nbsp;nbsp;nbsp;palxophellos, Sap. fig. 114, 4)................ 377
nbsp;nbsp;nbsp;parceserrata, Sap. et Mas. (fig. 33, I)........ 213, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;precursor, Sap. (fig. 100, 3-6, et 113, 3)..... 332, 337, 378, 379
nbsp;nbsp;nbsp;prxilex, Sap. (fig. 93, 3-6).............. 308, 378
nbsp;nbsp;nbsp;primordialis, Lqx. (fig. 31,3)................ 202
-ocr page 449-412
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Papes.
Quercus provectifolia, Sap. (fig..81, 1)........... 287, 288, 291
nbsp;nbsp;nbsp;roburoides, Gaud. (fig. llO, 3)................ 347
- robur pliocenica, Sap. (fig. 108, 2)........... 342, 343
¦ Salicina, Sap. (fig. 35, 4, et 114, 0)........... 242, 377
nbsp;nbsp;nbsp;subcrenata, Sap. (fig. 93, 3-4)................ 308
nbsp;nbsp;nbsp;teniuta. Sap. (fig. 114, 2).................. 377
nbsp;nbsp;nbsp;vetauna, Mar. (fig. 38, 6).................. 200-
Rhizocaulon....................... 208, 369, 372
Rhizocaulon pohjstacliium, Sap. (fig. 70 et 71'............ 260
Rhus.............................. 371
Robinia Regeli, Hr. (fig. 90, 3-4)................. 311
Sabal hseringiana, Ung...................... 299
nbsp;nbsp;nbsp;major, Ung. (fig. 6T et 73)...... 238, 279, 291, 299, 361, 362
Sagenaria Weltheimiana, Pr. (fig. 10, 1-2)............. 174
Sagenopteris........ 190
Sagenopteris rhoifolia, Presl (fig. 18, 3)............... 189
Salisburia. ...................... 233, 300, 371
Salisburia adiantoides, Vng. (fig. 100, 1-2)......... 326, 327, 309
nbsp;nbsp;nbsp;pluripartita, Hr. (fig. 23, 3)................ 193
nbsp;nbsp;nbsp;primordiulis, Hr...................... 204
Sa.lix aquensis, Sap. (fig. 53, 8)................ 242, 244
Sapindus falcifoHus, Hr................. 313, 324, 326
Sassafras Ferreliamm, Mass. (fig. 100, 3, et 108, 4). . . nbsp;nbsp;nbsp;326, 327, 340, 343
¦ primigenium, Sap. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;41)................. 219
Schizolepis........................... 190
Sder'opteris........................... 191
Scleropteris Pomelii, Sap. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;20, 1)................ 191
Sequoia........ 190, 231, 233, 239, 289, 296, 300, 363, 364, 371
Sequoia ambigua, Hr. (fig. 26, 2, et 39, 4)........... 196, 231
nbsp;nbsp;nbsp;Couttsiee, Hr..................... 239, 280
nbsp;nbsp;nbsp;Langsdnrfii, Hr.................. 280, 324, 326
nbsp;nbsp;nbsp;Sternbergii, Hr. (fig. 39,1-3)........ 231, 239, 281, 326, 362
nbsp;nbsp;nbsp;Smittiana, Hr. (fig. 39,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;8-10)................ 2.il
nbsp;nbsp;nbsp;Tournalii, Sap. (fig. 39, 3-7)........... 231, 239, 280
Sigillaria (fig. 13, 1)...................... 178
SUjillaria pachyderma, Brngt. nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;13, 2).............. 178
nbsp;nbsp;nbsp;Hausmanniana, Gojpp.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;9, 1;.............. 172
Siphonites Heberti, Sap...................... 163
-ocr page 450-TABLE nbsp;nbsp;nbsp;ALPHABÉÏIQUE.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4IT
Pages.
Smilax........................... 290, 331
Sphxrococcites Scharyaims, Gcepp. (fig. 3, 2)............ 166
Spheiiophylliirn Hartlebcni, Dkr. {Rg. ia, \)............. 195
nbsp;nbsp;nbsp;primxvum, Lqx. (fig. 4, 2-4j............ 35, 167, 176
Schlotheimi, Brngt. nbsp;nbsp;nbsp;(fig. 12,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1).................. 175
Sphenopteris................. 167
Sphenopteris marginata, Du. nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;8,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7).............. 170
nbsp;nbsp;nbsp;pachyrachis, Gojpp. (fig. 10, 3). .............. 174
Sphenozamites............ 191
Sphenozamites latifuhiis, Brngl. (lig. 21. 3). . . . ......... 192
Spirophyton (fig. 2, nbsp;nbsp;nbsp;1)...................... 165
Stachypteris lilhophylla, Pom. (lig. 20, 2)............. 191
Ste7iorhachis Poncekti nbsp;nbsp;nbsp;Sap. (lig. 22,2)........... 193
Stigmaria (fig. 13, 6)..................... 178
Stiymaria ficoides, Brngl. (lig. 13,7)'............... 178
1
Txniopteris siiperfta, Sap. (lig. 16, 2-3;.............. 187
Taonunis............................ 165
Taxodium.............,...... 253, 258, 289, 306, 371
Taxodium distichum miocenicum, Hr................ 280
nbsp;nbsp;nbsp;duhium, Goapp....................... 326
Tkaumalopteris......................... 190
Thimifeldia I'otundata, Nath. (fig. 18, 2).............. 189
Thuia............................. 306
TUia expaiisa, Sap. el Mar. (fig. 103, 4, 5, et 107, 2). . nbsp;nbsp;nbsp;332, 333, 340, 341
nbsp;nbsp;nbsp;Masittiawa, Mass. (fig. 101,4-5)............. 326,328
nbsp;nbsp;nbsp;vindobonensis, Ung. (lig. 94, 5)............... 309
Totreya........................... 253, 306
Toireya Dir,ksoniana,.Kr. (fig. 26, 5).............. 196
nbsp;nbsp;nbsp;nucifera, var. breoif'olia, Sap. et Mar. (fig. 104, 3). . . .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;332, 334
Tsuga............................. 136
U
JJlmannia frumentaria, Goepp. (fig. 15, 3-4'............ 186
IJlmus Bronnii, Hr. (fig. 94, 1-2).................. 309
nbsp;nbsp;nbsp;palxomontana, Sap. (fig. 109, 8-9)...........344, 345
nbsp;nbsp;nbsp;primxva, Sap. (fig. 67, 5-6)............... 262, 264
V
Viburnum asswiile, Sap. ct Mar. (fig. 102, 7)............ 330
nbsp;nbsp;nbsp;Goreti, Sap........................ 299
-ocr page 451-^14 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE ALPHABÉTIQUE.
Pajies.
Viburnum marginatum, Lqx.................... 221
nbsp;nbsp;nbsp;p«laso?norp?tttTO, Sap. et Mar. (fig. 102, ti,........... 330
nbsp;nbsp;nbsp;paeudotimis, Sap..................... 336
nbsp;nbsp;nbsp;rugosum (Pers.) pliocenicum (fig. lO.ï, 6).........33ö, 336
nbsp;nbsp;nbsp;tinus, L. (fig. 110, 6).................... 317
nbsp;nbsp;nbsp;vitifoHum, Sap. et Mar. (fig. 36)............. 216, 221
Vitis prxvinifera, Sap. {iig. 96, 1)................. 311
¦ sezannensis, Sap. (fig. 43)................. 220
nbsp;nbsp;nbsp;subintegra, Sap. (fig. 108, «gt;)............... 342, 343
nbsp;nbsp;nbsp;vinifera, L. (fig. 110,7).................. 347
Voltzia heterop/ujUa, Schimp, (fig. 17, 1-i)............. 188
W
Walchia.......................... 72, nbsp;nbsp;nbsp;180
Walchia piniformis, Sternb. (fig. 13, 1-2)............. 186
Widdrinijtonia................ 237, 250, 281,296, 360, 371
Widdringtonia brachyphylla, Sap. (fig. 51, 5-6)........... 236
Woodwardia IlcBsneriuna, Hr................. 306, nbsp;nbsp;nbsp;336
nbsp;nbsp;nbsp;radicans,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;104, 5-6)............... 334, nbsp;nbsp;nbsp;336
L
Zamiostrobus incrassatus, L. et H. (fig. 22, 4)............ 193
Zamites.............................'191
Zamites ejdbius, Sap....................... 299
nbsp;nbsp;nbsp;Moi-eauanus, Bvttgt. (lig. 21, 1)............' . . . nbsp;nbsp;nbsp;192
Zizyphus.......................... 239, nbsp;nbsp;nbsp;371
Zizyphus ovatus, 0. Web. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;109, 17).............. 343
nbsp;nbsp;nbsp;pseudo-JJngeri, Sap. (fig.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;48, 3-5). . ............ 230
nbsp;nbsp;nbsp;ÏJjïg'm', EU. (fig. 49, 7-8, et 64, !))............ 231, 261
Zonarites...................... 234
Zonarites alcicornis, F. 0. (fig. nbsp;nbsp;nbsp;60, 2)............... 252
Zoophycos..................... 254
Zygophyllum Bronnii, Sap.................... 340
-ocr page 452-Pages
Avertissemekï........................ V
PREMIÈRE PARTIE
Les phénomènes et les theories................... nbsp;nbsp;nbsp;^
Chapitre premieh. La naissance de la vie et les premiers organismes terrestres........................... 3
].................................... 4
IT.................................... 22
Chapitre II. La théorie de 1évolution ou Ie transformisme. . . nbsp;nbsp;nbsp;50
I .................................... 52
lil.................................... 87
Chapitre III.Les anciens climats................. . nbsp;nbsp;nbsp;108
1.................................... 109
III .................................... 139
DEUXIÉME PARTIE
Les Périodes végétales........................, . jg)
Notions préliminaires sur les périodes végétales........... 153
Chapitre premier. Les périodes végétales des époques primitive et secondaire........................... 162
I. Époque primordiale........................ 162
II. nbsp;nbsp;nbsp;Époque carbonifère.................. 170
III. nbsp;nbsp;nbsp;Époque secondaire ounbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mésophytique............... 187
IV. nbsp;nbsp;nbsp;Époque crétacée a partir dunbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cénomanien............. 196
-ocr page 453-¦H6 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE DES CHAPITRES.
Pages.
lt;T!Apithe n. Les périodes végétales de Tépoque tertiaire. . nbsp;nbsp;nbsp;207
I. nbsp;nbsp;nbsp;Notions préliminaires....................... 207
II. nbsp;nbsp;nbsp;Période paléocène...................... . . 2ii
IR. Période éocène.......'................... 223
IV. nbsp;nbsp;nbsp;Période oligocène ou tongrienne................. 246
V. nbsp;nbsp;nbsp;Période miocène......................... 272
* Sous-période aquitanienne..................... 27S
** Sous-période mollassique.....................300
VI. nbsp;nbsp;nbsp;Période pliocene.......................... 314
Chapitre IR. Vues générales sur 1ensemble des périodes. . . nbsp;nbsp;nbsp;332
Table des pj.ancbes et des figures intercalées dans i.e texte...... 39ö
Table alphabétique des genres ei des figures...............401
FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES.
ERRATA
Page
195, flg. 25 : dans la logende, ajoutez Ie cliiffre 2 avant Ie mot Aneimidium; remplaCGZ Ie cliiffre 2 par Ie cliiffre 3 avant Ie mot Glossozandtes, et Ienbsp;cliiffre 3 par Ie cliiffre 4 avant Ie mot Salisburia.
Page 204, ligne 23 : au lieu de Sailsburia, lisez : Salisburia.
Page 237, flg. 52 ; dans la légende, au lieu de Aratiii, lisez : Aralia.
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Page 266, au lieu de flg. 69, lisez : 70, et au Keu de flg. 70, lisez : CO.
5327-78. ('.üitnt.ii,. Typ. et ster. de Ciu-te.
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