M ATHÈM ATIQUES
E T
PHYSIQU ES.
TOME QUATRIEME.
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Qüi coNTiENNENT les Pfoblémes et les Questions le« plus remarquables, et les plus propres k piquer lanbsp;curiosité , tant des Mathématiques que de la Physique ; Ie tout traité dune manière a la portée desnbsp;Lecteurs qui ont seulement quelques connois-sances légères de ces Sciences.
Nouvelle Éditiok , totalement refondue et considé-rablement augmentée par M. de Mquot;*^**.
TOME Q U AT R I È M E,
Contenant la Physique, et en partictdier les phé-nomènes du Magnétisme, de VElectricité et de la Chimie ; avec deux Supplémens, lun sur lesnbsp;Phospliores, lautre sur les Lampes perpétuellês,.
A PARIS, RUE Dauphine,
Chez Firmin Didot, Libraire pour les Mathématiques, lArtillerie et Ie Génie, grav. et fond. en caractères.
ONZIEME PARTIE,
APrÈS avoir parcourii les différentes parties des mathématiques, amp; des fciences ou arts quon range dans cette claffe, nous allonsnbsp;entrer dans Ie champ de la phyfique , qui ne nousnbsp;prélente pas moins dobjets dignes de curiofiténbsp;que les mathématiques, ou , pour mieux dire,nbsp;qui eft encore plus fertile en ce genre , ainfi quenbsp;plus a la porté cle la plus grande partie des lec-teuTs. Cette matiere eft même tellement abon-dante, que nous'aurions peine a y établir des di-Tome IV.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;A
-ocr page 10-^ RÉCRiAT. Mathémat. et Phys. vifions; ceft pourquoi cette partie de notre ou-vrage fera une efpece de mélange, fans beaucoupnbsp;dordre, de tout ce dont traite la phyfique générale. On y paffera fucceffivement en revue lesnbsp;propriétés générales des corps amp; des éléments;nbsp;les inventions, foit utiles, foit récréatives , aux-quelles ces propriétés donnent lieu ; diverfes quef-tions tenant au fyftéme du monde , les météo-res, lorigine des fontaines, amp; mille autres objetsnbsp;reiïbrtiffants de la phyfique , 5sC dont il feroitnbsp;beaucoup trop long de faire 1énumération. Maisnbsp;avant de fe jeter dans ce vafie champ , il eft né-cefiaire détablir quelques principes généraux quinbsp;puiflent fervir a ce qui fuivra. Cefl: ce quon vanbsp;faire dans Ie difcours fuivant , qui a pqur objetnbsp;principal les propriétés de ce que les phyficiensnbsp;appellent les Elémmts , fqavoir , 1air , Ie feu ,nbsp;leau, amp; la terre,
Sur les Éléments des Corps.
ORSQUE, dans 1analyfe dun mixte, on eft arrivé a fes derniers compofants, amp; quon ne peutnbsp;les décompofer eux-mêmes, on doit les regardernbsp;comme fes éléments. Or tout Ie monde fqait quenbsp;tous OU la plupart des corps foumis a 1analyle ,nbsp;fourniflent une matiere fixe , quelque chofe din-flammable,un fluide invifible, amp; qui ne fe ma-nifefte que par fon expanfibilité amp; fon reflbrt,nbsp;un autre enfin que la chaleur réduit en vapeurs , Scnbsp;qui fc ralTemble enfuite fous une forme vifible :nbsp;ce font ces quatre compofants quon a nommés lanbsp;urrii Ie Eu ^ Vair^ Sc X'eau. Ils entrent dans la
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compofition de [la plus grande partie des corps; inais on na pii encore les décoinpofer eux-mêmes.nbsp;On doit done les regarder comme les clémentsnbsp;de tous les aiitres corps; Sc ceci juftifie la déno-mination vulgaire Sc etablie prel'que depuis lanbsp;naiffance de la phyfique , felon laquelle il y anbsp;dans la nature quatre elements, le feu, Iair , Ieau ^nbsp;amp; ia terre.
Du Feu, tant ilimmtam qm materiel.
Queft-ce que le feu? Volla peut-etre la queftiort de phyfique la plus obfeure , Sc la moins fufeepti-tie dune folution abfolument fatisfaifante. Ce-pendant void ce que fes propriétés connues per-inettent de donner comme probable.
Le feu eft un fluide univerfellement repandu dans la nature; qui penetre tous les corps avecnbsp;plus ou moins de facilite; fufceptible de saccu-inuler dans quelques-uns , Sc alors cette accumulation produit fur nous cette fenfation que nous ap-pelons la chaleur. Portee plus loin , elle produifnbsp;1embrafement, qui eft toujours accompagne denbsp;la lumiere. En tout état ce fluide dilate les corps ,nbsp;a mefure quil sy trouve en plus grande quan-tife ; enfin il fepare leurs parties , ce que nousnbsp;appelons brfller, calciner, fondre.
Que le feu foit un fuide , eeft ce dont il neft pas permis de douter; car sil ne Ietoit pas, comment feroit-il repandu dans Iair, dans teau, fansnbsp;tatre obftacle au mouvement des corps? commentnbsp;penétreroit-il les corps les plus denfes Sc les plusnbsp;compares, les ihetaux , par exemple ?
y a plus. Non feulement le feu eft un fluide,
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-maïs il eft Ie principe de route fluidité. Sans lui, tons les fluïdes connus feroient récluits a une maflenbsp;abfolument Iblide. Les métaux fe congelent a unnbsp;degré de chaleur encore bien flipérieur a celui denbsp;leau bouillante. Leau perd fa fluidité auffi-tótnbsp;que la chaleur ou la quantité de feu a diminué anbsp;un certain point; enfuite lefprit de vin ; enfin Ienbsp;mercure fe congele a fon tour , par la diminutionnbsp;progreflive de la chaleur. II efl peut-être un degrénbsp;de froid ou de rareté de feu qui réduiroit 1air ennbsp;un fluide comme leau, amp;c même en un folide;nbsp;mais nous fommes prodigieufenient éloignés denbsp;ce ferme.
11 pimtn tous les corps avec plus ou moins de. facilité. Ceft ce qui réfulte de la communicationnbsp;de la chaleur dun corps échautfé , a un, 'corpsnbsp;froid. Ceft avec plus ou moins de facilité, amp;nbsp;non avec une facilité extréme , que la chaleur fenbsp;communique; car il efl: reconnu que cette communication nefl pas inflantanée: une aiguille unnbsp;peu longue, dont on préfente la pointe a la flammenbsp;dune bougie, neft pas auffi-tót également chaudenbsp;par fes deux bouts. Un corps reqoit cette chaleurnbsp;plus promptemem que 1autre.
Uaccumulation du Jluide igné produit fur nous cette fenfation que nous appelons chaleur, Cela nanbsp;pas befoin de preuve. Mais celte fenfation neftnbsp;que relative. Tant que la paume de notre main,nbsp;par exeinple , eft plus chaude que Ie corps en con-taCl avec elie, il nous paroit froid ; mais au contraire il lui paroitra chaud , fi élle eft plus froide,nbsp;OU fi elle contient moins de fluide igné, ou ft cenbsp;fiuide tend a pafler, comme il Ie fait, peu a peunbsp;de ce corps dans notre main. Tout Ie mondenbsp;connoït cette experience triviale , de séchauffer
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fortement une main , cie refroidlr Iautre prefqiie a la temperature de la glace : plongez-les^ alorsnbsp;1une amp; Iautre dans de ieau tiede ; 1une eprou-vera le fentiment du froid , St Iautre celle de lanbsp;chaleur.
Citu accumulation, portee « tin degré conjidera-^ hie , produit Pemhrafement, toujours accompagnènbsp;de la lumiere. De certaines expériences de M. denbsp;Buffon , il refulte que le fer, expofe fans contaft-avec im autre corps embrafe , a Iaftion de cenbsp;corps , devient lui-inême embrafé St rouge. Ornbsp;queft-ce quun feu rouge, finon un corps ou lenbsp;fluide igné eft accumulé au point dêtre lumlneux ^nbsp;Toute lumiere , a la vérité , neft pas chaleur ;¦nbsp;mais toute chaleur, portee a un certain degré ^nbsp;devient lumiere.
Le feu ejl - il pefant ? II ne me paroit y avoir de doute que le feu foit pelant : il eft inatiere,nbsp;puifquil agit fur la matiere ; done il doit êtrenbsp;doué de la pefanteur. Mais la queftion eft de fqa-voir sil a une pefanteur perceptible Sc appreciable avec les inftruments que nous pouvons employer, SGravefande St Mufchenbroeck ont faitnbsp;des experiences, au moyen defquelles ils nontnbsp;trouve aucune difference entre des maffes denbsp;fer rougies ou pénétrées de feu, St ces memesnbsp;maffes devenues froides. Ils en concluoient feule-ment que , pulfque le fer rouge augmentant denbsp;volume doit pefer un peu moins dans Pair , Scnbsp;que cependant il pefoit egalement, cela devoitnbsp;venir de 1addition du poids du feu dont il etoitnbsp;penétré. Mais ces experiences netoient pas faitesnbsp;avec les foins néceffaires.
M. de Buffon , qui, au moyen des forges qui lui appartiennent ^ sefl; trouve en état de faire de.»
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-ocr page 14-6 Récréat. Mathémat. et Phys, experiences plus multipüées amp; plus en grand, anbsp;conftamment trouvé que des morceaux de fernbsp;forgés amp; rougis, pefoient un peu plus quétantnbsp;refroidis; amp; il a fixe cette diminution a un 600®nbsp;du poids du corps embrafé. Mais, il faut ennbsp;convenir, amp; M. de BufFon la fenti lui-même,nbsp;cette experience ne feroit pas encore décifive ,nbsp;puifquil a fait voir que Ie fer tenu rouge pendant quelque temps , perd continuelleinent denbsp;fon poids, parcequil fe brüle peu a peu ; aulFtnbsp;a-t-il fait dautres experiences fur une matiere fortnbsp;commune dansles fourneaux, fqavoir Ie laitier ;nbsp;il seft dabord affuré que Ie laitier conferve fanbsp;inême pefanteur, ou nen perd quune portion in-fenfible , après avoir été embrafé amp; refroidi. II anbsp;done pris du laitier, amp; la pefé froid dans unenbsp;balance extrêinement fenfible il la fait rougirnbsp;au blanc , amp; la pefé de nouveau amp;c enfin , aprèsnbsp;fon refroidiïïement. Cinq expériences de ce genrenbsp;lui ont conftamment donné un excès de poidsnbsp;dans Ie morceau de laitier rouge , fur celui quilnbsp;avoit avant amp; après. Cette dilférence donne ,nbsp;pour la pefanteur du feu dans eet état, une ^80®nbsp;OU une 600® environ , de celle du morceau denbsp;laitier,
Mais, dira-t-on , fi cela eft , Ie feu eft done plus pefant que 1air; car Ie laitier eft dune pefanteur fpécifique qui eft a celle de 1eau commenbsp;a I; air.fi cette pefanteur eft a celle de lair commenbsp;2.125 a I. Or Ie feu dont eft imprégné un mor^nbsp;f.eau de laitier rougi, eft environ de fon poids;nbsp;done il eft au poids de lair dun pared volume ,nbsp;eojTime 3y a i. Or cela neft pas croyable. Lanbsp;ténuité du feu eft telle , que lon ne fqauroit fenbsp;perfuaderque fa pefanteur approche même de cells
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Mals il faut faire attention que , dans une mafle embrafée amp; rougie a.blanc , il y a une grandenbsp;quantité de feu accumulée ; ainli Ie feu, dans fonnbsp;état ordinaire, amp; dans les corps échauffes^a lanbsp;temperature moyenne de notre atmofphere, n auranbsp;quune pefanteur infenfible ; mais lorfquon auranbsp;accumulé cinq ou lix cents fois, ou mé'me encorenbsp;plus, la même quantité de feu, amp; au point denbsp;produire 1ignition , alors cette pefanteur pourranbsp;être fenfible. Suppofons ,par exemple, que Ie feunbsp;difféminé dans lair échauffé au i degré du ther-mometre , ne pefe que la 300^ partie du poids denbsp;eet air; lorfque , pour produire lignition , on ennbsp;aura fait entrer 3 ou 600 fois autant, alors fa pefanteur pourra égaler amp; même furpaffer Ie poidsnbsp;de lair tel que nous Ie refpirons. Jignore fi cenbsp;feroit-la la réponfe de M. de Buffon ; inais telle eftnbsp;celle que je crois quon pourroit faire.
On seft au refte trompé, lorfquon a regarde 1augmentation de poids quacquierent les métauxnbsp;en fe calcinant, comme une preuve de la pefanteur du feu, quon croyoit, dans cette operation ,nbsp;fe fixer amp; fe folidifier en quelq^ue forte avec lesnbsp;chaux métalliques. On fqait auiourdhul que Ie feunbsp;na aucune part a cette augmentation de poids.
Lefiu dilate les corps; en les dilatant, il écarté leurs molecules conjlituantes^ amp;jinit par liqiiéficr ceSnbsp;corps. Ce phénomene , quant a 1effet, eft connu denbsp;tout Ie monde. On fqait que Ie feu dilate les corps;nbsp;on Ie montrera dailleurs dans la fuite, au moyennbsp;dune machine fort ingénieufe, qui fert a détermi-^er Ie degré amp; Ie rapport de cette dilatation. Ornbsp;ft ne peut produire eet effet fans écarter les par-ticules conftituantes de ces corps , amp; ceft-la Ienbsp;mecanifme par lequel il vient enfin a les liquefier,
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6 nbsp;nbsp;nbsp;inême a les volatililer; car la folidité dun corpsnbsp;eft lleffet de Tadhéfion de fes parties intégrantesnbsp;les unes avec les nutres , adhéfion qui eft proba-blement produite par Ie contaft de ces moléculesnbsp;dans de grandes fiirfaces. Mais lorfque Ie feu ,nbsp;sintroduifant entrelles, les écarté, amp; fait quellesnbsp;fe tOLichent a peine, alors leur adhéfion eft di-minuée, Ie corps devient fiuide. Le feu augmente-t-il encore, au point que ces molécules ne peu-vent méme fe toucher ^ voila le corps arrivé a unnbsp;degré de ftiiidité extréme , au point de fe volati-lifer. Ces particules nayant plus aucune adhéfion,nbsp;pourront être entrainées par le moindre effort,nbsp;comme celui du feu , qui exerce fans celTe unenbsp;aéfion pour sétendre de toute part.
11 eft cependant des corps que le feu tend da-bord a reiTerrer ; mais ceft parcequils contiennent des principes que le feu diffipe ; telle eft Targille,nbsp;qui prend dabord de la retraite au feu. Mais ftnbsp;on la poufle a un plus grand feu , elle fe dilate ,nbsp;fe liquéfie , amp; fe convertit en verre.
§.II.
De l'Air,
Lair eft un fiuide élaftique , pefant, fufcepti-ble clêtre comprimé, que la chaleur dilate 6c que Ie froid refferre ; qui eft néceftaire a la vie denbsp;tous les animaux connus; qui fe charge amp; fe combine avec Ieau, comme Teau fe combine avec lui.nbsp;Telles font les propriétés principales de Iair, amp;nbsp;dont nous allons donner une premiere idéé, re-jTiettant a les prouver par diverfes experiencesnbsp;dont les effets curieux en dérivent.
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L'alr ejl un jlidde pcfant, II ne faut qu une legere teinture de phyfique pour connoitre cette propriété de Iair, amp; pour en être convaincu.nbsp;Une experience bien liinple la demontre. Onnbsp;prend un globe de verre de 6 pouces denbsp;metre, amp; garni dun tube quon peut ouvnrnbsp;fermer au moyen dune clef de robinet; on eiinbsp;évacué Iair au moyen de la machine pneumati-que , amp; Ton ferme 1accès a Iair extérieur; onnbsp;pefe ce globe ainfi vuide dair , a une balancenbsp;trés - fenfible ; on laiffe enfuite entrer Iair exterieur , en tournant la clef du robinet : alors 1 e-quilibre fe rompt, Sc le cote du vafe Temporde.nbsp;H faut ajouter au poids, pour le volume qu onnbsp;vient de dire , 4^ ou 50 grains , afin de retablirnbsp;Iequilibre. Ainfi Iair eft pefant , Sc un demi-pied fpherique dair pefe environ 48 grains; cenbsp;qui fait une 850^ environ du poids dun pareilnbsp;volume deau.
Id air ejl un jluide élajlique, Une experience fort fimple le prouve. Quon empliffe d air unenbsp;veffie , fans neanmoins la trop gonfler, c eft-a-dire enforte quelle foit encore un peu flafque \nbsp;quon la porte au haut dune montagne élevée:nbsp;on verra cjueUe fera plus diftendue , Sc on pour-roit, en la portant fur des montagnes exceffive-ment élevées , comme les Cordillieres duPérou,nbsp;la diftendre au point de la faire crever.
Lexpérience réuflira de même, en plaqant cette veffie fous un recipient, quon évacuera dair parnbsp;la machine pneumatique. Au premier coup de pifquot;nbsp;'fon , la veffie senflera , ny efit-on laiffe quunnbsp;pouce dair; Sc lorfquon lailTera rentrer lair extérieur , elle reprendra fon premier état. .
Cet effet, on ne peut en douter, eft prodmt
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par Ie reffort de lair, qui, quand il eft décharge de lair extérieur, auginente de volume, amp; quand
11 nbsp;nbsp;nbsp;en eft chargé de nouveau, revient a fon premiernbsp;état. Ceft un reffort plus ou moins comprimé parnbsp;un poids , amp; qui sétend plus ou moins , a proportion que ce poids eft plus léger ou plus grand.
Vair ejl un jluide fufceptible d'êtrc comprimé. Ceft-la une fuite de Télafticité de lair. Lexpé-rience a prouvé quun poids double Ie compriménbsp;de maniere a noccuper quun volume de moitié;nbsp;un poids quadruple Ie réduit au quart; amp;c. en-forte quon peut dire généralement que la mémenbsp;maffe dair (la température reftant la même, ^nbsp;occupe des volumes qui font en raifon inverfe desnbsp;poids comprimants.
Vair fc dilate par la chaleur amp; fe rejferrc far Ie froid. Ceft encore iel une propriété de lair ,nbsp;que les expériences les plus fimples démontrentnbsp;évidemment. En effet, dans une chambre échaufféenbsp;au degré de la température moyenne , rempliffeznbsp;une veftie dair, enforte quelle nen foit pas en-tiérement remplie; tranfportez-la prés du feu,nbsp;enforte que fon air foit échauffé au deffus de lanbsp;température moyenne : vous verrez la veffie fenbsp;diftendre, amp; occuper un plus grand volume. Onnbsp;éprouveroit Ie contraire , en iexpofant a un airnbsp;plus froid.
Vair ejl nécejfaire d la yie de tons les animaux. Ceft une vérité qui na nul befoin detre prou-vée; elle eft trop connue. Au refte on la démontrenbsp;plus fenfiblement par Ie moyen de la machinenbsp;pneumatique, oü 1on renferme des animaux ; car,nbsp;aufli-tot quon a commence a en extraire lair ,nbsp;on voit ces animaux sinquiéter , haleter. Sec. amp;cnbsp;enfin périr, lorfque lair eft en trop petite quart-
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tité. Si, avant quils foient morts ^ on leur rend lair peu a peu, ils reviennent a la vie.
Uair fi charge de Peau amp; fi comhini Me y comme au contraire Veau fe charge de /nbsp;combine avec lui. La premiere partie de cette pronbsp;pofltion eft affez prouvée par les faits connus enbsp;tout Ie monde. Lair eft tantot plus, tantot momsnbsp;humide: ceft lair chargé dhumidité , qui la de-pofe dans certains corps propres a l attirer amp; anbsp;iabforber puiffamment^ comme Ie fel de tartre ,nbsp;qui sen iinpregne tellement, c[uil fe re fout en liqueur par Ie feul contaft de iair ordinaire , quoi-quil ait été defféché par un feu violent. Ceft 1 air,nbsp;relachant 1eau avec laquelle il etoit combine ,nbsp;qui occafionne cette humidité qui fe depofe prin-cipalement fur les pierres, les marbres , amp;c. dansnbsp;les temps que nous nommons humides. Le ninplenbsp;contact de lair diminue peu a peu leau contenuenbsp;dans im vafe, fur-tout fi eet air a du mouvement,nbsp;parceque a chaque inftant de nouvel air s appliquenbsp;a la furface de leau. Ceft par ce mecanifme quenbsp;les vents qui ont paffe une grande etendue de mer,nbsp;comme font pour nous les vents doueft , fe char-gent deau amp; nous apportent la pluie.
Leau a fon tour fe charge de lair. Une expé-rience curieufe de M. Mariotte le prouve. On purge bien dair une certaine quantité deau , Scnbsp;on la met enfuite dans une petite bouteille, en nenbsp;laiffant de vuide quun petit efpace , comme de lanbsp;groffeur dun pois ; au bout denviron vingt-quatrenbsp;heures leau occupe toute la capacite de la bou-^eille. Que peut être devenu eet air, sil n a pas
oté abforbé par leau qui étoit en contaft avec lui}
Ceft ^ette propriété de lair de fe combiner
-ocr page 20-IX Récréat. Mathémat. et Phys. avec 1eau , de sen faturer même, enfuite de Ia-bandonner , qui efl; la caufe de plufieurs efFetsnbsp;phyfiques, tels que les nuages, la pluie, lafcen-fion OU la defcente du barometre, amp;c. Mals cecinbsp;mérite détre expliqué ailleurs plus au long.
l'Eau.
Leau eft ce fluïde fi connu de tout Ie monde, 8c fi commun, dont lespropriétés principales fontnbsp;detre tranfparent, fans faveur amp;fans odeur; de fenbsp;inettre toujours en équilibre , ceft-a-dire de fenbsp;ranger felon une furface concentrique a Ta terre;nbsp;ce qui lui efl: du refle cornmun avec les autresnbsp;fluides peiants amp; non élaftiques ; dêtre incom-preflible, de fe réduire en vapeurs par un feu porténbsp;a un certain degré , amp; dêtre alors doué dunenbsp;force élaftique très-grande ; de fe transformer ennbsp;un corps folide amp;c tranfparent, lorfquil eft expofénbsp;a un certain degré de froid ; de diflbudre les felsnbsp;8c une infinite dautres fubflances, 8c dêtre paria Ie véhicule des parties nourriflfantes , foit desnbsp;animaux , foit des végétaux : ce qui Ie rend finbsp;eflentiel dans Teconomie animale , quil eft ennbsp;quelque fcrte plus difficile de vivre fans eau, ounbsp;fans quelque fluide dont elle eft la bafe , que fansnbsp;aliment folide.
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Telles font les propriétés de leau, dont nous devons donner ici quelques preuves légeres, ennbsp;attendant que la fuite de eet ouvrage nous mette anbsp;portee den donner, par occafion, de plus éten-dues.
II eft fuperflu de prouver la tranfparence , Ia
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nullité delodeur 6sj; de la faveur de 1 eau. Lorfque ce fluïde a de lodeur ou de la faveur ? ^ eft par-cequil tient quelque corps étranger en du o ution.nbsp;On doit, par cette raifon , fe défier des eaux qu onnbsp;appelle agréabUs a boirc a coup sur elles ne ontnbsp;pas pures.
Ueau fe range toujours felon une furface conctn tric[ue a la terre. Perfonne nignore cette pro-priété , qui lui eft commune avec les autres fluïdesnbsp;élaftiques : ceft la bafe de Tart du nïvellement.nbsp;Toutes les foïs que deux maffes deau comimuu-quent enfemble, on peut être sur que leurs fur-faces font de niveau, ou a égale diftance du centrenbsp;de la terre. Ceft une erreur de croire que l eaunbsp;de la Méditerranée eft plus élevée ou plus balienbsp;que celle de la mer Rouge au fond du golfe denbsp;Sues; ce qui, dit-on, a fait renoncer au projet
- nbsp;nbsp;nbsp;y Ull-UIl 5 a IdlL ICIIUUCCI dU jJlUJCL
de couper eet ifthme, de craïnte de faire écouler la Méditerranée dans la mer Rouge , ou au contraire. Rien neft plus abfurde, puifque ces deuxnbsp;mers cominuniquent entrelles par lOcéan. Si ellesnbsp;avoient été créées de niveau différent, elles nau-roient pas tardé den prendre un même.
reau efi incompreffible. Les académiciens del Ciminto , les premiers, ^ ce quil nous paroit, quinbsp;aient faift la bonne maniere de philofopher, ceft-a-dire de tout foumettre aux expériences , en ontnbsp;fait une fort curieufe , qui prouve cette incom-preffibilité. Ils renfermerent dans une boule dor,nbsp;creufe , amp; dune certaine épaiffeur, une certainenbsp;quantité deau , en saffuraut quelle en rempliffoitnbsp;lien la cavité ; on frappa enfuite la boule avec unnbsp;t^arteau, ce qui tendoit a en diminuer la capa-¦fé : 1eau, plutót que de fe refferrer, paffa i tra-'^^rs les pores de lor, quoique extrêmement étroits.
-ocr page 22-t4 RèCRÉAT. Mathémat. èt I*hys.
M. Boyle a lépété cette experience , ainfi quë Mufchenbroek; amp; ils en atteftent Ia vérité.
Viau fe riduit en vapeurs très-élajliques, par uné chaléur poujjie d un certain degré. Cefl: encore lanbsp;vine vérité que prouvent des experiences fort fim-ples, Jetez fur un fer ardent une petite quantiténbsp;deau; vous la verrez fur Ie champ transformée ennbsp;vapeurs.
Lorfquontient, dansun vafe ferme, de leau en grande ébulütion , il sen éleve unevapeur élafti-que dune fi grande puiffance , que, fi on ne luinbsp;ménage pas une iffue , oü que Ie vafe nait pasnbsp;une force fuffifante, elle fait tout éclater : ceftnbsp;pour cela qua la chaudiere de la machine a fennbsp;il y a une foupape qui doit souvrir lorfque la va-peur eft dune certaine force : fans cela tout fau-teroit en morceaux.
Cette vapeur , felon Ie calcul des phyficiens ^ occupe un efpace 14000 fois plus grand que leaunbsp;dont elle provient. De-la navt fa force prodi-gieufe lorfquelle eft refterrée dans un efpace beau-coup moindre.
V ii:
Veau expofée a un certain froid fe transforms en un corps folide amp; tranfparcnt, que nous nom-mons de la glace. II eft fuperflu de prouver ce faitnbsp;trop connu de tout Ie monde: nous nous borne-xons a développer Ie mécanifme de eet effet fm*nbsp;gulier.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
II eft fuflifamment démontré, par la formation de la glace, que la nature primitive de leau eftnbsp;dêtre uit corps folide. Ceft un folide mis en fu*nbsp;lion par un degré de chaleur fort au deflous denbsp;celui que nos fenfations nous font appeler tem-pérè; car on feroit dans une étrange errenr, fi 1onnbsp;imaginoit que ce que nous appelons Ie degré o
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dü tKermometre, fut labfence de toute chaleur. Puifque Tefprit de vin 8gt;t diverfes autres Hqxieursnbsp;fe tvennent fluïdes a des degrés de froid fort fupe-rieurs a celui qui glace leau, il eft évident que cenbsp;degré quon appelle o neft quun terme relatif,nbsp;un commencement de divifion.
Ainfi leau neft done quiin folide liquéfié, qui fe tient en liquéfaftion a un degré de chaleurnbsp;tant foit peu plus grand que celui qui, dans nosnbsp;thermometres ordinaires, eft marqué o, Sc quigt;nbsp;dans celui de Farenheit, eft marqué 32. Ceci feranbsp;expliqué plus au long, lorfque nous parlerons desnbsp;thermometres.
Confidérons done , pour un moment , leau dans fon état de folidité. Lorfquon léchauffe juf*nbsp;qua un certain degré de chaleur, la matiere dunbsp;feu, dont elle eft pour lots imprégnée , fouleve 5cnbsp;ecarte les unes des autres les molecules dont ellenbsp;eft compofée; car ces molecules ne fe touchantnbsp;plus alors par dauffi grandes furfaces, maïs érantnbsp;encore dans les limites de leur adhéfton , ellesnbsp;coulent avec facilité les unes fur les autres. Voilénbsp;¦ la glace conftituée dans 1état de fufion, commenbsp;Ie plomb, par un degré de chaleur de 226 degrés.nbsp;La matiere du feu séchappe-t-elle pour fe mettrenbsp;en équilibre dans dautres corps qui en ont encorenbsp;moins, car ceft ainfi que sopere Ie refroidifle-ment, ces molécules fe rapprochent les unes desnbsp;autres ; elles viennent a fe toucher par les petitesnbsp;facettes quelles fe préfentent, elles adherent lesnbsp;'^nes aux autres, Sc forment un corps folide. Cenbsp;flue nous difons des petites facettes des particulesnbsp;leau , paroit prouvé par les ramifications de 1*nbsp;glace ; car ces ramifications, tant dans la glacenbsp;dans la neige, fe font toujours fous des angles
-ocr page 24-i6 Récréat. Mathémat. et Phys. de 6o OU izo degrés ; ce qui indique des plansnbsp;unifortnément inclines. On parlera ailleurs , avecnbsp;quelque étendüe, de ce phéiioinene qui tient a lanbsp;cryftallifation.
II feroit au furplus fidicule aujourdhui de re-courir , pour expliquer la formation de la glace , 3 de prétendües particules frigorifiques, dont jamais rien ne juftifia lexiftenee. Leau fe glace inbsp;un degre de chaleur cjui ne peut plus la tenir ennbsp;fufion , par la même raifon amp; par Ie même mé-canifme que Ie plomb fe fige a un degré de chaleurnbsp;moindre que Ienbsp;nbsp;nbsp;nbsp;du thermometre de Reau
mur. Or ces mêmes phyficiens qui ont recours aux particules frigorifiques répandues dans lair,nbsp;ny recourent pas dans ce cas: ils reconnoiffentnbsp;tres-bien ici que la congelation du plomb ne vientnbsp;qne du rapprochement de fes molecules , que Ienbsp;feu ne tient plus fuffifamment écartées les unes desnbsp;autres; pourquoi done , dans Ie cas de la congelation de leau , recourir a quelque chofe de plus ?
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II eft vrai quil y a dans la congelation de leau un phénomene fort fingulier; cefi que leaunbsp;diminue de volume a mefure quelle fe refroidit:nbsp;maïs au moment que la glace fe forme , ce volumenbsp;augmente : doü les phyficiens dont nous parlonsnbsp;concluent lintroduftion dime matiere étrangere,nbsp;OU de leurs particules frigorifiques. Mais nous ob-ferverons, i» que Ie fer eft dans Ie même cas,nbsp;2.0 que eet effet eft celui de Ia cryftallifation; car ,nbsp;nous Ie repetons , la congelation de leau neftnbsp;quune cryftallifation, dans laquelle fes moleculesnbsp;prennent entrelles un arrangement déterminé parnbsp;leur forme primitive. Or eet arrangement ne peutnbsp;lans doute pas seffeftuer fans quil en réfulte unenbsp;augmentation de volume, comme cela arrive au
fer quand il fe fige ou perd fa fluidite ^ par la feule diminution de la chaleur qui Ie tenoit en fufion.nbsp;Ceci fera plus clair quand on aura connu les phé-nomenes de la cryftallifation.
Veau dijfout les fels amp; une infinite de fuhfian~ ces. Ceft encore un phénomene connu, II neftnbsp;perfonne qui ignore que tous les corps falins, foitnbsp;acides , foit alkalis, foit neutres , font folublesnbsp;dans 1eau, en plus ou inoitis grande quantlte j amp;c unnbsp;phénomene fort fingulier a eet égard, ceft que denbsp;leau qui tient en diffolution un certain fel autantnbsp;quelle en peut tenir , ne laifte pas de diffoudrenbsp;encore quelque autre fel. Mais Ie plus fouvent ellenbsp;abandonne lun en fe chargeant de lautre , ft ellenbsp;a avec ce dernier une plus grande affinité.
Parmi les autres fubftances que leau diftbut, nous remarquerons principalement la partie gom-nieufe ou mucilagineufe des animaux ou des végé-taux, qui eft précifément celle qui fert a la nour-riture des premiers , amp; la feule qui ferve a eetnbsp;objet. Ceft par cette propriété que leau eft ft utilenbsp;a 1économie animale ; car il faut que les partiesnbsp;nourriftfantes des aliments foient diflbutes amp; éten-dues dans leau ou dans quelque fluïde équivalentnbsp;avant que dêtre avalées, ou que cette diftTolutionnbsp;fe fafle dans leftomac après la déglutition. De-IAnbsp;vient que leau eft en quelque forte Ie premier aliment de 1homme amp; des animaux. Elle neft pasnbsp;aliment elle-mêrne , mais elle eft Ie véhicule denbsp;tout ce qui eft aliment.
Leau enfin, amp; nous nous bornerons a ceci , ^ft la bafe de tous les autres fluides aqueux,nbsp;combine les efprits, les huiles , amp;:c ; car dabordnbsp;il nen eft aucun dont, par une opération fortnbsp;Ample, celle de la diftillation, on ne tire plus ounbsp;Tome IV.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;B
-ocr page 26-rg Récréat. Mathémat. Et Phys. moms deau. La combuftion produit Ie mdmenbsp;effet, en dégageant la matiere purement aqueul'e.nbsp;Amd done il nous paroit que toutes les liqueursnbsp;inflammables, comma les huiles, foit grades , foitnbsp;éthérées, les efprits, ne font quune combinaifonnbsp;de 1eau avec Ie phlogiftique , amp; quelquefois avecnbsp;un peu de la terre dont nous allons parler.
S. IV.
De la Terre,
La terre eft cette partie compofante des mix-tes, qui refte fixe après leur analyfe. Lsrfque , par laótion du feu, on a confumé ou fait exhalernbsp;ia partie inflammable , qiion a rendu 1air a lanbsp;maffe atmofpliérique , que leau seft élevée ennbsp;vapeurs, il refte un corps fixe amp; folide, déformaisnbsp;inalterable par Ie feu ; ceft la terre élémentaire ;nbsp;6c ce font fes diverfes efpeces qui conftituerit or-nairement la nature de ce m.ixte.
On eft force en effet, du moins jufqua ce quon foit arrivé a une décompofition ultérieure de cenbsp;corps fixe, a reconnoitre que la terre élémentairenbsp;neft pas toute de la même nature ; au lieu quilnbsp;eft démontré que toute eau , tout air refpirable ,nbsp;eft homogene ; car lorfque , par la calcination ,nbsp;par exemple, on eft parvenu a réduire un métal'nbsp;en chaux, laquelle eft vitrifiable, cette chaux ounbsp;terre neft certainement point homogene, ni a unenbsp;autre chaux métallique , ni au caput mortuum, ounbsp;a la terre dun autre corps, comme la chaux denbsp;la pierre, ou la terre des végétaux quelconquesnbsp;OU animaux calcinés. La preuve en eft firnple,nbsp;car la chaux métallique étant revivifiée par laddi-
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tión du pWogiftique, ne produit que le mdme metal qui avoir donné cette chaux ; amp; ? par quelque Vole que ce foit, la terre dun autre mixte quunnbsp;roétal ne donnera un metal, quelque combinai-fon quon faffe. Cette propriété des chaux metal-'nbsp;liques, eft la bafe de Part de feparer les metauxnbsp;davec les terres amp; pierres avec lel'quelles ils fontnbsp;iTiinéralirés ; car aufli-tot que leurs chaux , vitri*nbsp;fiées par la violence du feu , fe trouvent en con-*nbsp;tael avec les matieres charbonneufes, celles deSnbsp;metaux reprennent leur forme metalUque, amp; fenbsp;dégagent par leur poids des chaux vitrifiées denbsp;ces autres matieres heterogenes avec lefquellesnbsp;elles etoient confondues.
On diftingue ordinairement les terres en cal-caires, vitrifiables, amp; apyres ou refraflraires. Les terres calcaires font celles qui, brulees au feu , fenbsp;réduifent en chaux. II neft perfonne qui ne con-noifte les propriétés de la chaux, dont la principale Sc carafteriftique eft celle dattirer Sc abfor-ber avec violence 1humidité , Sc de sen abreuvernbsp;avec effervefcence. Mats il neft pas néceflairenbsp;de les faire paffer par cette épreuve pour les reconnoitre. On les diftingue facilement, en lesnbsp;expofant a Iaftion dun acide un peu aftif. Lesnbsp;terres calcaires sy diftblvent avec plus ou moinsnbsp;deffervefcence , a la difference des autres qui nynbsp;eprouvent aucune diflolution,
Les terres vitrifiables font celles qui, expofeeS a. un feu plus ou moins a£lif, y eprouvent unönbsp;fufion, Sc deviennent plus ou moins fluides.
Les terres apyres ou réfraélaires font celles fut' lefquelles le feu le plus violent que peuvent pro-duire nos fourneaux, na aucune aflion.
Nous difons le feu le plus violent que nous
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20 Récréat. Mathémat, ét P hys. puiffions exciter dans nos foumeaux ; car nousnbsp;penfons que fi toutes les terres ne font pas vitrifia-bles, cela vient uniquement de ce que nous nenbsp;pouvons produire un feu fuffifant. En effet, a me-fure que 1on eft parvenu a produire des degres denbsp;feu plus confiderables, on eft aufli parvenu a vitri-fier des matieres qui jufqualors avoient réfifté a lanbsp;violence du feu. Mais un phenomene bien fingu-lier, ceft que des matieres qui féparément fontnbsp;infufibles , étant mêlées enfemble deviennent fu-fibles amp; vitrifiables : ainfi , par exemple , unenbsp;terre calcaire mélangée avec 1argile , coule 8cnbsp;devient verre. Ordinairement les matieres metal-liques mélangées, foit avec les terres cal^aires,nbsp;foit avec des terres refraftaires, comme 1argilenbsp;pure , leur communiquent aufli la fufibilite quellesnbsp;nont pas elles-mêmes féparément.
Nous bornons ici ce quon peut dire des élé-ments; ce que 1on vient de voir eft ce quil y a de plus folide Sc de mieux démontré fur ce fu-jet. Nous allons palTer a parcourir fucceffivementnbsp;toutes les parties de la phyfique , en choififlant cenbsp;quelles préfentent de plus curieux 8c de plus piquant. Nous 1avons déja dit,nous ne nous aftrein-drons prefque a aucun ordre : des entrailles de lanbsp;terre, nous nous éleverons quelquefois tout-acoupnbsp;aux régions fupérieures de Iatmofphere ; dunnbsp;problême de phyfique célefte, nous pafiferons anbsp;une queftion de météorologie. Nous nous borne-rons a traiter a part léleélricité, le magnétifme,nbsp;8c la chymie, parceque ces parties de la phyfiquenbsp;font extrêmement fertiles en expériences curieu-fes, 8c préfentent toutes feules matiere a des traités confidérables.
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Physique.
Conjlruclion dc la machine- pneumatique , amp; expo-^ Jition de quelques-unes des principales experiences auxquelles elk fert,
Lair étant im fluïde élaflique , il ne faiit quune légere attention pour fentir que sil efl:nbsp;renfermé dans un vafe clos, qua ce vafe foitnbsp;adapte un corps de pompe auquel il communique,nbsp;lorfque 1on retirera le pifton, flair contenu dansnbsp;ce vafe fe repandra dans la capacite de ce corpsnbsp;de pompe. Si done alors on intercepte la communication du vafe amp; du corps de pompe, amp;:nbsp;quon en ouvre une entre ce dernier amp; flair extérieur , on chaffera , en pouffant le pifton , flairnbsp;contenu dans le corps de pompe. Quon fermenbsp;maintenant la communication entre le corps denbsp;pompe amp; flair extérieur , quon ouvre celle dunbsp;corps de pompe amp;£ du vafe, amp; enfin quon retirenbsp;le pifton ; flair contenu dans le vafe fe repandranbsp;encore en partie ftans la capacité du corps denbsp;pompe; amp; réitérant la même manoeuvre que lanbsp;premiere, on évacuera flair contenu dans cettenbsp;capacité. Si le corps de pompe eft, par exem-pie , égal en capacité a ce vafe avec l^quel il communique , la premiere opération réduira flair a lalt;nbsp;moitié de fa denfité , la feconde a la moitié denbsp;la moitié , ou au quart, Sc ainli de fuite: ainfi un-aftez petit nombre de coups de pifton réduira flairnbsp;contenu dans le vafe propofé , a une très-grande-ténuité.
Tel eft le mécanifme de la machine pneuma-tique , dont voici une defeription plus précife- PI. AB eft I ) un corps de pompe cylindrique, fig.
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-ocr page 30-Récréat. Mathémat. et Phys.
dans lequel joue Ie pifton D , au moyen de Ia branche DC, a Textremite de lacjuelle eft uiinbsp;étrier dans lequel on puifte pafler Ie pied pournbsp;lentrainer en bas, en agilTant de tout fon poids.nbsp;Ce corps de pompe eft dans Ie haut embralté parnbsp;yn collet , cluquel partent trois ou quatre piedsnbsp;formants un empatement, amp; qui simplantent dansnbsp;un batis folide amp; horizontal, quarré ou triangulaire. Du fond A du corps de pompe, part unnbsp;tuyau dun pouce environ de diametre , fur lanbsp;partie fupérieure ducjuel sadapte un plateau circulaire avec un petit rebord. Ceft fur ce plateaunbsp;que fe pofe Ie lécipient en forme de cloche, dontnbsp;on fait fréquemment ufage dans les experiencesnbsp;pneumatiques. Ce plateau eft ordinairement percé-par Ie petit tuyau dont nousavons parlé plus haut,nbsp;qui fert ii établir la communication entre Ie vafenbsp;amp; Ie corps de pompe. II eft communément tournénbsp;extérieurement en vis, afin de pouvoir , fuivantnbsp;Ie befoin , y vifier Ie tuyau dun autre vaifteau,nbsp;comme un ballon dónt on voudroit vuider lair.nbsp;Enfin, au deftpus cle la platine, entrelle Sc Ienbsp;corps de pompe , eft une defl, tellement con-formée , quen la tournant dun cóté on établi|:nbsp;une communication entre Ie corps de pompe amp; Ienbsp;recipient, pendant cjuon empdche la communication entre Fair extérieur amp; la capacité de ce corpsnbsp;de pompe ; Sc au contraire, en tournant la clefnbsp;en fens contraire , on ouvre cette derniere, amp; onnbsp;interclit la premiere. Telle eft la forme dime machine pneumaticiue, du moins de certaines Sc desnbsp;plus fimples, car il en eft de plus compofées. II ynbsp;en a ypar exemple , a deux corps de pompe , dontnbsp;les piftons font mus alternativement par une ma-»nbsp;nivelle j enforte quil y a toujoyrs wn de ces corps
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qul fe remplit de 1air du vafe, pendant que 1autre évacué dans Tair extérieur celui quil contenoit.nbsp;Mais il eft fuperflu , pour notre objet, dentrernbsp;dans ces détails. On peut confulter les divers ou-vrages de phylique qui traitent de cette niatiere:nbsp;on y verra ce que divers phyfic.cns amp; mécaniciensnbsp;ont ajouté, a la machine pneumatique, pour ennbsp;rendre Iufage plus commode ou plus général.
II eft aifé, en combinant cette defcription avec ce quon a dit plus haut, de deviner commentnbsp;on fe fert de cette machine. On commence , lorf-quon fe fert dun récipient en forme de cloche ,nbsp;on commence, dis-je, a placer fur laplatineFGnbsp;un cuir mouillé, amp; percé dans fon centre, pournbsp;laiffer pafter le bout de tuyau H. Lutilite de cenbsp;cuir confifte a faire que le contaél; des bords dunbsp;récipient foit plus exaft que sils pofoient fur lenbsp;métal; car il refteroit toujours quelque ouverture ,nbsp;quelque fente , par laquelle fair extérieur sintro-duiroit. Cela fait, on pofe deflus le récipient, ennbsp;le comprimant un peu fur le cuir ; on tourne la.nbsp;clef de maniere a ouvrir la communication entrenbsp;le corps de pompe amp; le récipient, amp; Ton abaiftenbsp;le pifton , ( que nous fuppofions relevé jufquaunbsp;plus haut, ) en appuyant avec le pied fur Ietrier.nbsp;Lorfque le pifton eft au plus bas, on tourne ia clefnbsp;de maniere a intercepter la premiere communication , amp; a établir celle du corps de pompe avec 1airnbsp;extérieur; alors on releve le pifton , ce qul chaflenbsp;1air content! dans le corps de pompe; on retournenbsp;^nfuite la clef, ce qui ferme cette feconde com-ïi^unication Strouvre la premiere , amp; on rabaiffelenbsp;pifton. Chaque coup de pompe évacué une portion de Fair primitif contenu dans le récipient, amp;nbsp;dans une progreflion géométrique décroiffante. Sigt;
B iv
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parexemple, Ie corps de pompe eft égal en capa-cité au récipient, Ie premier coup de pifton fera fortir la moitié de 1air contenu dans ce récipient,nbsp;Ie fecond un quart, Ie troifieme un huitieme , Ienbsp;quatrierne un feizieme , amp;c. enforte quil eft vraxnbsp;de dire quon ne fqauroit jamais lévacuer entié-rement; mais, en quatorze ou quinze coups denbsp;pifton, il fera li raréfié, quil ny en aura plusnbsp;quune partie inliniment petite ; car, dans la fup-pofition ci-deftus, par exemple, la quantité dairnbsp;reftante après Ie premier coup de pifton , fera ~ ;nbsp;après Ie fecond, ^ ; après Ie troifieme, elle fera
amp; ainfi de fuite: elle fera done , après Ie quin-zieme coup de pifton, dune 31768® feulement; ce qui équivaut ordinairement a un vuide parfaitnbsp;pour les experiences quon a a faire.
Après cette inftruCiion fur la forme amp; lufage de la machine pneumatique , nous allons paflfer anbsp;quelques-unes des experiences les plus curieufes.
Premiere Experience,
Pofez fur Ie plateau de la machine un récipient en forme de cloche. Tant que vous nen aureznbsp;point pompé iair, vous néprouverez aucune ré-fiftance, que celle de fon poids, a lenlever ; maisnbsp;donnez feulement un coup de pifton , il adhéreranbsp;déja trés - fortement a la platine ; il y tiendra encore plus fortement, après 2,3,4, amp;c. coups ;nbsp;après 18 OU 20 coups, il y adhérera avec unenbsp;force de plufieurs milliers. Si, par exemple, lanbsp;bafe du récipient.étoit un eerde dun pied de dia-inetre , cette force feroit de 1760 livres.
Cette expérience prouve la pefanteur de lair de 1atmofphere; car eet air eft Ie feul corps qui puiftTe ,nbsp;en sappuyant fur Ie récipient, caufer 1adhérence
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quon éprouve : il ny en a aucune qnand il y a de 1air fous le recipient , aufli denfe que quinbsp;eft dehors; ils fe font alors équilibre Iun a autre .nbsp;niais celui de dedans étant évacué en tout ou ennbsp;partie , 1équilibre eft rompu, fab exterieurnbsp;preffe le recipient centre la platine, avec 1nbsp;de fon poids fur la force que lui oppofe 1 airnbsp;rieur. On trouve enfin que cette force eft egalenbsp;a celle dun cylindre deau de 31 p'ledsnbsp;teur, fur une bafe égale a celle du récipient. Celtnbsp;ainfi que nous avons trouvé, dans Iexerriple ci-deffus , une force de 1760 livres; car le pied cy-lindrique deau pefe 5 5 livres, 6/. confequemnientnbsp;les 31 en pefent 1760.
He Experience.
Placez dans le récipient une pomme extreme-ment ridée , ou une veffie fort flafque , amp; dans laquelle il refte neanmoins quelque peu d air;nbsp;évacuez 1air du récipient: vous verrez la peau denbsp;la pomme fe tendre , amp; reprendre prefque lanbsp;forme amp; la fraicheur quelle avoit lorfquon 1anbsp;cueillie. La veffie fe tendra parelllement , amp;nbsp;pourra merne fe diftendre jufqua crever. Lorfquenbsp;vous rendrez 1air, elles reviendront 1une Sc Iau-tre a leur premier état.
On a ici une preuve de 1élafticite de 1air. Tant que la pomme ridée , ou la veffie fort flafque ,nbsp;font plongees dans 1air atmofpherique , fonnbsp;poids contient 1effort elaftique de 1air contenunbsp;dans 1une Sc Iautre ; mais, des que ce^ derniernbsp;eft foulagé du poids du premier , fon élafticitenbsp;agit amp; louleve les parols du vailTeau ou il enbsp;renfermé. Rendez Iair , voila le reftbrt com-
-ocr page 34-lö Récréat. Mathemat. et Puts. prime comma auparavant, amp; il revient a fon premier etat.
IHe Experience.
Placez fous Ie recipient un petit animal, comme un petit chat, une foaris , amp;c. amp; pompez lair ;nbsp;vous verrez auffi-tót eet animal sagiter, senfler,nbsp;mourir enfin diftendu amp; écumant. Ceft lefFet denbsp;lair contenu dans la capacité de fon corps , qui,nbsp;nétant plus comprimé par lair extérieur, agitnbsp;par fon reflbrt, diftend les membranes , Sc jettenbsp;dehors les humeurs quil rencontre fur fon chemin.
IV® Experience.
Mettez fous Ie recipient des papilllons, des mouches ; vous les verrez voltiger tant que lairnbsp;fera femblable a lair extérieur : mais auffi-tót quenbsp;vous aurez donné quelques coups de plfton , vousnbsp;les verrez faire de vains efforts pour sélever ; lairnbsp;devenu trop rare , ne Ie leur permettra plus.
Ve Experience.
Ayez une bouteille applatie , a laquelle vous adapterez un petit tuyau propre a de fe viffier avecnbsp;Ie bout du tuyau qui excede la platine de la machine : vous naurez pas plutót donné une couplenbsp;de coups de pifton, ou méme au premier, quenbsp;vous la verrez fauter en morceaux : ceft pourquoinbsp;il eft a propos de 1envelopper dun linge , pournbsp;éviter Ie mal que pourroient faire les éclats.
Cela narrive pas a un récipient en forme de ballon , a caufe de fa forme fphérique, qui faitnbsp;voute contre Ie poids de lair extérieur..
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Physique'.
Vie Experience.
Ayez une petite machine compofée duti timbre , amp; dun petit marteau qui foit mis en mouvement amp; frappe Ie timbre au moyen dun rouage ; montez cette petite machine, amp;, après 1avolrnbsp;mife en mouvement, placez-la fous un recipient ;nbsp;pompez 1air: vous entendrez auffi-tót le fon saf-foiblir; il safFoiblira même de plus en plus, 6cnbsp;au point de nêtre plus entendu, a mefure quenbsp;vous extrairez davantage 1air. Au contraire, anbsp;mefure que vous le rendrez , le fon du timbrenbsp;fera entendu de mieux en mieux.
Cette experience, que nous avons citee ailleurs, prouve que Iair eft abfolument neceffaire pour lanbsp;tranfmiffion du fon, amp;£ quil en eft le vébicule.
VII= Experience.
Percez le fommet dun recipient, amp; par le trou faites pafler le tuyau dun barometre , enforte quenbsp;la petite cuvette foit dans lintérieur du recipient;nbsp;vous fermerez au refte le trou du fommet avecnbsp;du maftic , enforte que 1air ny puilTe point pé-nétrer; mettez enfin ce recipient ainfi préparé, furnbsp;la platine de la machine pneumatique, amp; pompeznbsp;1air: au premier coup de pifton, vous verrez lenbsp;mercure sabaiffer confiderablement ; un fecondnbsp;coup le fera encore sabaifler , mais dune hauteurnbsp;moindre que la premiere ; ainfi de fuite, dansnbsp;une proportion décroiflante. A mefure enfin quilnbsp;¦eftera moins dair dans le recipient, le mercurenbsp;approchera davantage de fe mettre de niveau.
VIIle Experience.
Ayez deux hémifpberes creux, de fer ou de
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cuivre, de deux pieds de diametre , qui puiflenf sadapter lun fur lautre par leurs bords bien unis nbsp;de maniere quenfemble ils forment un globenbsp;creux; que lun des deux foit garni dun tube penetrant dans fa capacité , garni dune clef de ro-binet , amp; fufceptible de fe viffer fur Ie bout dunbsp;tube H de la machine pneumatique. Chacun denbsp;ces hémifpheres doit être auffi garni dun anneau,nbsp;au moyen duquel on puilTe lufpendre lun amp; atta-cber des poids a lautre.
Cela ainfi préparé , adaptez ces deux hémifpheres concaves lun fur lautre, avec une ron-delle de peau mouillée entre deux, pour que' Ie contaél; des bords foit plus exaél. VilTez fur Ienbsp;bout du tube H de la machine pneumatique , celuinbsp;qui communique a 1intérieur du globe , amp; éva-cuez-en lair autant quil vous fera poffible, parnbsp;quarante ou cinquante coups de pifton, ou da-vantage. Fermez enfuite, en tournant la clef dunbsp;robinet, la communication de la capacité du globenbsp;avec lextérieur, amp; retirez-le de delfus la machine.nbsp;Vous fufpendrez après cela ce globe , par un desnbsp;anneaux, a un crochet éloigné de quelques piedsnbsp;dune muraille, amp; a lautre crochet vous attache-rez par quatre chaines un plateau quarré un peunbsp;éleve de terre. Vous mettrez enfin des poids furnbsp;ce plateau , amp; vous verrez quil en faudra unenbsp;quantité confidérable. En effet, fi lair eft biennbsp;évacué , amp; que ce globe creux ait deux pieds denbsp;diametre , on trouve que la force avec laquellenbsp;ils font preffés lun contre lautre , équivaut a unnbsp;poids de fept milliers.
Ceft-la ce quon appelle la fameufe expérience de Magdebourg , parceque fon auteur eft Ottonnbsp;Guerrike, bourgmeftre de cette ville. 11 mettoit
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plufieurs paires de chevaux , les utis tirant cl un Cote, les autres de Iautre , fans quils puflent par-Venir a disjoindre les deux héinifpheres. Et celanbsp;na rien detonnant; car quoique fix chevaux, parnbsp;exemple , tirent une charrette chargee de pluneu^nbsp;milliers, on fqait quils nexercent pas, chacun ^nbsp;1un portant Iautre , un effort continu qui excedenbsp;beaucoup 180 livtes; amp; en tirant par facade ,nbsp;peut-etre nexcede-t-il pas 4 a ^00 livres, Ainfi ,nbsp;fix chevaux ne font quun effort de trois^ milliers. Nous le fuppoferons même de quatre a cinqnbsp;milliers; mais les fix chevaux, tirant en fens contraire, ne doublent pas cette force; ils ne fontnbsp;quoppofer a la premiere la refiftance necelfairenbsp;pour que celle-ci agifle, amp; ne font rien de plusnbsp;quun obftacle immobile auquel le globe feroitnbsp;attaché. II neft done pas étonnant cpie , dans 1ex-périence de Magdebourg, douze chevaux ne par-vinffent pas a disjoindre les deux hemifpheres;nbsp;car, dans cette difpofition, ces douze chevauxnbsp;néquivaloient qua fix ; amp; 1on voit que 1 effortnbsp;de ces fix chevaux , évalué au plus haut , ^ etoitnbsp;encore fort inférieur a celui quils avoient a fur-monter.
PROBLÊME II.
Renverfer un verre plein de liqueur, funs qu elle s'icouh.
VE R S E Z une liqueur quelconque dans un verre , enforte quil foit plein )ufquau bord ; appliqueznbsp;deffus un quarré de papier un peu fort, qui couvrenbsp;entiérement 1orifice , amp;C par-defius le papier unenbsp;furface plane , comme le dos dune affiette ou unenbsp;glace : retournez enfuite le tout , enforte que le
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vafe foit renverfé : vous Ie fouieverez alors , ié vous verrez que Ie papier Sc leau ne tomberontnbsp;point.
Cet efFet eft produit par la pefanteur de Fair , qui prelTant fur Ie papier qui couvre 1orifice dunbsp;verre, avec un poids bien fupérieur a celui denbsp;leau, doit néceflairement Ie Ibutenir. Mais commenbsp;Ie papier fe mouille, Sc donne peu a peu paffagenbsp;a leau , il arrive a la fin quelle tombe tout-a-coup.
Remarq^ue.
On pourra, par un rnoyen a peu prés fembla-ble , puifer de leau par un tube ouvert Hes deux cótés; car 1oit un tube renflé par Ie milieu, Scnbsp;PI. ijterminé aux deux bouts, comme AB, (^. 2.)nbsp;fig* 2. par deux ouvertures affez étroites ; plongez-le dansnbsp;un fluide les deux bouts ouverts, jufqua ce quilnbsp;foit plein; pofez enfuite Ie bout du doigt fur unnbsp;des bouts , de maniere a en boucher louverture :nbsp;vous pourrez retirer ce tuyau plein , fans cjue Ienbsp;fluide sécoule par lautre ouverture , Sc il ne fenbsp;vuidera que lorfque VOUS retirerez Ie doigt qui bou-che la premiere.
Au lieu demployer un tuyau comme celui quon vient de décrire , on pourroit employer unnbsp;PJg. 5. vafe tel que AB , fig- 2 , faR comme une bouteillenbsp;dont Ie fond foit percé dune grande quantité denbsp;petits trous. Ce vafe étant plongé dans leau parnbsp;Ie fond , 5c 1orifice fupérieur étant ouvert, fenbsp;remplira. Mettez enfuite Ie bout du doigt fur cetnbsp;orifice, Sc retirez Ie vafe de leau; il reftera plein,nbsp;tant que votre doigt reftera dans cette fituation :nbsp;retirez-le, leau sécoulera auffi-tót.
Ceft ce quon appelle la cUpfydre ou Varrofoir
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d'AriJlote; mais ni Ariftote , ni les phyficlens qui le fu'ivirent, jufqua Torricelli , ne clonnerent pasnbsp;de meilleure raifon de cet effet , q'is celle denbsp;1horreur quela nature avoit, diloient-ils, pour lenbsp;¦vuide.
PROBLÊME III.
On appelle fyphon^ un tuyau forme de deux branches AB, CD, reunies entrelles par une partienbsp;courbe ou reftiligne BC , cela nimporte aucune-ment. Dans cette partie eft quelquefois une ouverture j qui fert ou a remplir les deux branches, ounbsp;a afpirer le liquide dans lequel la plus courte eftnbsp;plongee , tandis que Tautre eft bouchee. On sennbsp;fervira ainfi pour refoudre le problême propofé.
Ayant rempli de liqueur les deux branches du P'- ^» fyphon, amp; les ayant bouchees avec les doigts, S' 4-vous plongerez la plus courte dans le vafe , eh-forte que fon bout touche prefque au fond ; vousnbsp;oterez alors le doigt du bout de la plus longue ,nbsp;qui fera confequemment plus bafle que le fondnbsp;du vafe a vuider: la liqueur secoulera par 1extré-mité D de cette branche, amp; entramera , pournbsp;ainfi dire, celle du vafe jufqua la derniere goutte.
Ce phenomene eft encore un effet de la pefan-teur de Iair; car lorfque le fyphon eft plein de liqueur, amp; placé comme on Ia dit , Pair agit parnbsp;fon poids fur la furface de la liqueur a vuider, amp;nbsp;en mêine temps fur Iorifice de la branche la plusnbsp;taffe. Cette derniere preflion 1emporte a la verity , par cette raifon, un peu fur 1autre ; cepen-dant, comme cette branche eft pleine dune li-
-ocr page 40-32 Récréat. Mathémat. et Phys. queur qui eft plus pefante que lair, lavantage doitnbsp;lui refter, amp; cette colonne doit fe précipiter ennbsp;bas. Mais en même temps lair qui prelTe fur lanbsp;furface du fluide du vafe, fait entrer de la liqueurnbsp;dans la branche du fyphon qui y eft plongée ; cenbsp;qui en fournit de nouvelle a la plus longue , amp;nbsp;ainfi continuellement , jufqua ce que toute la liqueur foit épuifée.
Remarque s.
I. On pourroit aifément vuider de cette ma-niere , par Ie bondon, tout Ie vin qui eft contenu dans un tonneau ; amp; ceft ainfi quon sy prendnbsp;dans quelques endroits, pour tranfvafer Ie vin dunnbsp;tonneau dans un autre, fans troubler la lie qui eftnbsp;au fond.
n. On pourroit de cette maniere faire pafler 1eau dun endroit dans un autre plus bas, en paf-fant par-deftus un obftacle plus élevé que lun amp;nbsp;1autre , pourvu néanmoins que Ie lieu fur lequelnbsp;1eau devroit commencer a monter, ne fut pasnbsp;plus haut que 3 2 pieds; car on fqait que la pefan-teur de 1atmofphere ne fqauroit foutenir une colonne deau de plus de 3 2 pieds. II feroit mdmenbsp;a propos que eet obftacle fut au moins deplufieursnbsp;pieds mbins hauf que de 32 pieds au deflus dunbsp;niveau du fluide a élever; car autrement 1eau nenbsp;marcheroit quavec beaucoup de lenteur, a moinsnbsp;que la branche la plus longue neüt fon orificenbsp;beaucoup plus bas que ce même niveau.
Ceft-la une forte de pompe peu difpendieufe , quon pourroit employer pour dériver de 1eaunbsp;dun endroit dan§ un autre , lorfquon nauroitnbsp;pas la liberté ou la faculté de percer 1obftacle in-terpole? pour y établir un canal de communication.
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tïon. Je noferois' néanmoins, fans en avoir fait iexpérience, donner ce moyen cornme bien sur,nbsp;a caufe de lair qui pourroit fe cantonner dans Ienbsp;haut du coude du tuyau.
Ceft encore de la propriété du fypbon que dependent les jeux hydrauliques qui fuivent,
PROBLÊME IV.
Prépanr un vafc qui, kant rernpli de. quelquz liqueur d unz czrtainz hauteur, la confzrvz, amp; qui la pzrdz toutz, kant rznipli dz la mzmz liqueurnbsp;a unz hauteur tant foit pzu plus grande.
C Eux qui ont voulu donner a cette petite machine hydraulique un air plus piquant, y ont ajouté une petite figure quils ont appelée Tantalz, parce-quelle eft dans Tattitucle de boire; mais auffi-tötnbsp;que leau eft parvènue a la hauteur de fes levres ,nbsp;elle sécoule tout-a-coup. Voici fa conftruftion,nbsp;Soitun vafe de métal ABCE, partagé en deux Pf tnbsp;cavités par Ie diaphragme F. Le milieu eft percé § 5'nbsp;dun trou rond, propre a recevoir un tuyau MSnbsp;denviron deux lignes de diametre , amp; dont lori-fice inférieur doit defcendre quelque peu au def-fous du diaphragme. On couvre ce tuyau dunnbsp;autre un peu plus large, ferme par en haut, Scnbsp;ayant en bas fur le cèté une ouverture , enfortenbsp;que, lorfquon verfera de leau dans le vafe , ellenbsp;puifte sy inférer entre deux, amp;c monter iufquanbsp;1orifice fupérieur S du premier. Enfin lon maf-quera ce mécanifme par une petite figure dansnbsp;lattitude dun homme qui fe baiffe pour boire , amp;nbsp;dont les levres feront un peu au deffus de Toriquot;nbsp;fice S.
Tome ly. nbsp;nbsp;nbsp;C
-ocr page 42-Lorfquon verfera de leau dans ce vafe, elle naura pas plutót touché les levres de la petitenbsp;figure , que, furpaflfant lorifice S, elle comnien-cera a sécouler par Ie tuyau SM , amp; il sétabliranbsp;un mouvement de fyphon, en vertu duquel leaunbsp;sécoulera jufqua la derniere goutte dans la caviténbsp;inférieure, qui doit avoir fur Ie cóté , vers Ie dia-phragme , une ouverture par laquelle lair sé-chappe en même temps.
On pourroit rendre cette machine hydraulique encore plus plaifante , en faifant la petite figurenbsp;de maniere cjue leau, arrivée vers fon derniernbsp;point de hauteur , lui fit faire un mouvement denbsp;tête pour sapprocher delle ; ce qui repréfenteroitnbsp;mieux Ie gefte de Tantale, tachant de faifir leaunbsp;pour étancher fa foif.
PROBLÊME V.
Conjlrucilon dun vafe qui contiennc fa liqueur etant droit, amp; qui kant incline comme pournbsp;boire, la perdc aujji-tót toute.
C E vafe pourroit sappeller la coupe enchantce, Sc pourroit fervir a mettre en aéfion Ie conté fa-meux de La Fontaine qui porte ce titre : il feroitnbsp;feulement befoin den raafquer Ie mécanifme , cenbsp;qui neft pas difficile.
Pour former un vafe qui ait cette propriété, il faut percer fon fond ou fon cóté , amp; y adapternbsp;la plus longue )ambe dun fyphon , dont 1autrenbsp;PI, X, ïi*^t^ffidra prefque Ie fond, comme on voit dans lanbsp;üg.ó.fig. 6'. Cela fait, quon remplifife ce vafe dunenbsp;liqueur quelconque, jufqüa la courbure inférieurenbsp;du fyphon; il eft évident que, lorfquon Ie portera
-ocr page 43-a la boiiclie Sc quon Iinclinera , ce mouvement fera furmonter cette courbure par la furface de lanbsp;liqueur i alors , par la nature du fyphon , la liqueur commencera a y coulqr , amp; elle ne cefleranbsp;de le faire jufqua ce quil ny en ait plus, quandnbsp;même on remettroit le vafe droit.
La fig. 7 reprefente la maniere dont on pour- *» roit mafquer Tartifice entre les deux fonds dune 7*nbsp;coupe; car le fyphon abc caché entre ces deuXnbsp;fonds , produira le même elfet. On prefenteranbsp;done le vafe de la maniere convenable , a celuinbsp;quon voudra tromper, ceft-a-dlre enforte quilnbsp;applique les levres du cote de b, fommet du fyphon ; 1inclinaifon de la liqueur la fera furmonternbsp;ce fommet, amp; aufii-tdt elle fuira par c. Maisnbsp;celui qui fera inftrult de Iartifrce, Iappllquera k.nbsp;fa levre du cótéoppofé, amp; néprouvera point lanbsp;même difgrace.-
PROBLÊME VI.
ConfiruUion dt la fontaine. qui couk amp; sarréte altirnativement.
Cette fontaine,'qui eft de Iinveniion de M. Shermius, eft fort ingénieufe, amp; préfente un petitnbsp;fpeclacle affez divertlffant , parcequil femblenbsp;quelle coule Sc sarrete au commandement. Ceftnbsp;encore un jeu de fyphon qui, par le mecanifmenbsp;particulier de cette machine, tantot eft obftrue Scnbsp;1'ufpendu , tantot eft libre amp;C agilTant, comme onnbsp;va le voir par la defeription qui fuit.
AB eft un vafe femblable a un tambour j 'g.* fermé de tons cotes. Au fond den bas amp; au mj-lieu F, eft foudé un tuyau CD. Ses deux extre-jTtités C, D , font ouvertes; mais celle den haut
C ij
-ocr page 44-3lt;5 Recreations Mathématiques.
C ne doit pas toucher Ie fond , afin de donnet pafiage a leau. Pour remplir ce vafe, on Ie ren-verfe, amp; 1on introduit leau par louverture, D ,nbsp;^ufqua ce quil foit a peu prés plein.
Du milieu du fond dune autre cuvette cylin-drique un peu plus large, GH, séleve un tuyau de , tant foit peu plus étroit, enforte cjuil puiffenbsp;entrer exaélement dans Ie premier. II doit êtrenbsp;auffi un peu moins haut, Sc fon fommet E doitnbsp;être ouvert.
Ces deux tuyaux CD, ED , doivent avoir a une égale hauteur peu au deflus du fond de la cuvette inférieure, deux trous correfpondants I, i,nbsp;enforte quintrocluifant un des tuyaux dans 1autre,nbsp;ils fe correfpondent, amp; établiffent entre 1air extérieur amp; celui du vafe fupérieur une communication. Enfin Ie vafe AB doit avoir a fon fondnbsp;deux OU quatre ouvertures, comme K, L , par oünbsp;Peau puiffe sécouler dans la cuvette den basGH ;nbsp;amp; cette cuvette doit avoir auffi un ou deux trous,nbsp;comme M , N , moindres, par oü leau puiffenbsp;auffi sécouler dans un autre grand vafe fur lequelnbsp;portera toute la machine.
Pour faire jouer cette petite machine , on com-mencera par remplir prefque entiérement deau Ie vafe AB ; puis, bouchant les tuyaux K, L, onnbsp;fera entrer Ie tuyau DE dans CD , enforte quenbsp;la cuvette GH ferve comme de bafe, amp; on feranbsp;tépondre iun ü 1autre les deux trous I, i; on dé-bouchera enfin les trous ou petits tuyaux K, L:nbsp;alors 1air extérieur, communiquant par louverture I i, avec celui qui eft au deffus de leau dunbsp;vafe AB , Peau coulera fans difficulté dans la cuvette GH: ifiais comme il en fortira moins de cettenbsp;cuvette quil nen tombera den haut, elle sélé-
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vera bientSt au deffus de louvertiïre I gt; amp; in-terceptera la communication de 1air extérieur avec celui du haut du vafe AB , amp; peu apres I eaunbsp;sarrêtera. Leau continuant de couler de la cuvette , fans quil y en arrive de nouvelle, peu apresnbsp;1ouverture I i fe trouvera débouchée, la communication ci-delTus fe trouvera rétablie : ainfinbsp;Ieau fe remettra a couler par les tuyaux K, L ,
6c elle montera au deffus de It, ce qui fera que peu après Ieau sécoulera de nouveau, amp; ainfinbsp;alternativement, jufqua ce que route Ieau du vafenbsp;AB foit vuidee.
On reconnoit a un petit gargouiilement le moment oil Fair va sintrodulre par Iouverture I i dans le haut du vafe AB, Sclon faifit ce momentnbsp;pour commander a la fontaine de couler; on lulnbsp;ordonne pareillement de ceffer, lorfque 1on voitnbsp;Beau paffer au deffus de cette même ouverture I i.nbsp;Oe-la vient le nom quon lui a donne , Aq fontainenbsp;commandement,
PROBLÊME VII. .
Conjlmclion dune clepjidre montrant rjicure pat ricoukment uniforme de Veau,
No U S avons vu dans la Mecanique, que fi un Vafe eft perce par fon fond, Beau sen ecoule plusnbsp;vite dans le commencement que fur la fin ; enfortenbsp;sue ft Ion vouloit employer récoulement de Beau,nbsp;pour marquer les heures, ainfi que faifoient lesnbsp;anciens, il faudroit que les divifions fuffent fortnbsp;ïnégales, puifquen divifant toute la hauteur en 144nbsp;parties égales , la plus élevée devroit, ft le vafenbsp;etoit cylindrique, en comprendre 23 , la feconde
2.1,6cc, Sc la derniere i feulement.
C iii
-ocr page 46-38 Récréat. Mathémat. et Phys.
Y auroit-il quelque moyen de faire que cettamp; eau sécoiilat uniformémeut ? Voiia un problêmenbsp;qui fe préfente uaturellement a la fuite de lob-fervation pfécédente. Nous lavons déja réfolunbsp;dans la mécanique , en enfcignant quelle formenbsp;il faudroit donner k un vafe pour que leau sennbsp;écoulat unifonnément par un trou percé a fonnbsp;fond. Mais en voici une autre foUuion plus par-faite , en ce que , quelle que foit méme ia loi denbsp;la retardation de la viteffe de leau , elle eft égale-inent exafte.
Cette folution eft fondée fur la propriété du fyphon , amp; elle eft aftez ancienne, puifqu^elle eftnbsp;de Héron dAlexandrie. La voici.
Ayez un fyphon ABC, a branches inégales, dont vous garnirez la plus petite AB dun fupportnbsp;de liege, capable de tenir cette derniere branchenbsp;amp; tout Ie fyphon dans la fituation verticale ,
PI.
tig.
, coinme on Ie voit dans la c). Lorfque vous ,. laurez mis en jeu , amp; que leau aura commencenbsp;a cottier par la plus longue branche, elle conti-nuera de couler avec la merne vitefle a queiquenbsp;hauteur que foit 1eau ; car elle ne fe vuide dansnbsp;cet inftrument que par un effet de linégalité desnbsp;forces avec lefquelles Iatmofphere pefe fur la fur-face du liquide amp; fur Iorifice de la plus longuenbsp;branche : puis done qua mefure que la fiirface dunbsp;liquide baifte, le fyphon baifle aulTi, il eft évident quil y aura égalité dans la vitefte de fonnbsp;t'coulement.
Si done on divifoit en parties égales la hauteur du vafe DE, ks divifions poiirroient marquerdesnbsp;jntervalles égaux de temps. Et pour rendre cettenbsp;clepfydre plus agreable , on pourroit mafquer lanbsp;branche AB par vine petite figure légere furnageanr
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Ieau du vafe, amp; montrant fur un petit tableau , avec une petite verge ou avec le doigt, Iheurenbsp;quil eft.
On pourroit, au contraire, faire tomber par wn pared fyphon, Ieau dun vafe quelconque,nbsp;ftans un autre de forme prifmatique ou cylindri-que, dont séléveroit une petite figure furnageantnbsp;Ieau, 6c qul montreroit les heures de la manierenbsp;quon vient de dire.
^mlk ejl la plus grande hauteur a laquelle la tour de Babel eut pu hre élevée, avant que les mati-riaux portés d fan fommet eujfent perdu toutsnbsp;leur pefanteur ?
Pour répondre a cette plaifanterie mathéma-tique , qui tient autant a 1aftronomie phyfique qua la mecanique , il faut fqavoir ,
1° Que les corps diminuent de pefanteur en rai-fon inverfe du quarré de leur diftance au centre de la terre. Un corps , par exemple, ëlevé a lanbsp;diftance dun demi-diametre de la terre au delTusnbsp;de fa furface, étant par-la a la diftance de deuxnbsp;rayons, ne peferolt que de ce quil pefoit a lanbsp;furface.
iP Quen fuppofant que ce corps fuivit, avec le refte de la terre, le mouvement de rotationnbsp;quelle a fur fon axe , cette pefanteur feroit encore diminuee par la force centrifuge, qui, en fuppofant que des cercles inegaux foient decrits dansnbsp;le même temps, eft comme leurs rayons. Ainfi,nbsp;a une diftance double du centre de la terre , cettenbsp;force feroit double , 8c retrancheroit deux foisnbsp;autant de la pefanteur qua. la furface de la terre.
G iv
-ocr page 48-40 Récréations Mathématiques.
Or Ton eft parvenu a decoiivrir que, fous Iequa-teur, la force ceirtrifuge retranche ~ de la pe-fanteur naturelle des corps.
3° Ailleurs que fous Iequateur, la force centrifuge étant niolndre, amp; agiftant obliquement centre la pefanteur, en retranche une portionnbsp;moindre, en raifon du quarré du finus de complement de la latitude au quarré du finus total.
Toutes ces chofes pofees, on peut trouver a quelle hauteur devroit être un corps au delTus denbsp;la furface de la terre , amp; fous une latitude donnee ,nbsp;pour que, participant a fon mouvement diurne,nbsp;11 neut aucune pefanteur.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Or ]e troiive par 1analyfe , que fous Iequa-teur, oil la diiTiinution de la pefanteur occafion-nee par la force centrifuge eft préclfément , a la furface de la terre la hauteur cherchee , a
3 __
de ^ demi-diametres de la terre.
au deflus de la furface
compter du centre de la terre, devroit être j/289, ou 6 demi-diametres de notre globe plus ou
Sous la latitude de 30 degres , qui eft a peu prés celle des plaines de la Mefopotamie, ou lesnbsp;defeendants de Noe fe raflemblerent dabord, amp;nbsp;tenterent, fuivant les livres faints, leur folie conf-truftion , on trouvera que la hauteur au deflus denbsp;la furface de la terre eüt du dtre de 6 ~ rayonsnbsp;de la terre.
Sous la latitude de 60 degres, cette hauteur eut du être , au deftlis de la furface de la terre , denbsp;de 9 demi - diametres terreftres amp;
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;4^
wfime; car en ce lieu il ny a point de trlfuge , puifque le corps qui feroit au po e ne fe-roit que tourner fur lui-meme.
PROBLÊME IX.
Si Von fuppofoit la tem percec d'un trou jtifcjti ^ fan antrc , combien de temps un corps matroit-ilnbsp;d parvenir d ce centre, en faifant dailleurs abf-traclion de La rèjijïance de Vair?
La clrconférence de la terre ayant 9000 lieues, de 1183 toifes chacune , fon demi diametre fenbsp;trouve de 1432 lieues, ou de 19618400 toifes.nbsp;11 ny auroit done aucune difficulté a réfoudre cenbsp;problême , fi laccélération étoit uniforme ; car ilnbsp;ny auroit qua dire, fuivant la regie de Galilee,nbsp;comme pieds amp; de Paris font a 19618400nbsp;pieds, ainii le quarré dune feconde, qui eft lenbsp;temps employé a parcourir 15 pieds-7^ de Paris,nbsp;a un quatrieme terme , qui fera le quarré du nom-bre des fecondes employees a parcourir 19618400nbsp;pieds. Or ce quatrieme terme fe trouvera denbsp;1299167 : done , en tirant fa racine quarrëe , onnbsp;aura le nombre cherché , fqavoir ,1140 fecondesnbsp;ou 19 minutes. Tel feroit, dans cette premierenbsp;hypothefe , le temps qui feroit employé par unnbsp;corps grave a tomber au centre de la terre.
Mais il eft beaucoup plus probable quun corps porté le long dun rayon terreftre , perdroit de fanbsp;pefanteur a mefure quil approcheroit du centre ;nbsp;car a ce centre il nen auroit aucune ; amp;: 1on d^nbsp;tnontre dailleurs que , la terre étant fuppofée uni-formément denfe , amp; lattracfion étant en raifot*nbsp;inverfe du quarré des diftances , la pefanteur de-
-ocr page 50-41 Récréat. Mathémat. et Phys. croitroit comme Ia dlftance au centre. II faufnbsp;done réfoudre Ie problême de cette feconde ma-niere.
On y parvient au moyen de cette propofition , que Newton a démontréè : Si Von décrit un quartnbsp;de cerek ayant pour rayon la dijlance au centre, denbsp;la terre ^ Vare qui a /3 pieds amp; pour Jinus verfe,nbsp;ejl au quart de eerde , comme une feconde employee anbsp;décrire, en tombant, ces fS pieds , au temps employé a décrire tout k demi-diametre terrefre.
Orlarc terreftre qui répond a 15 pieds amp; de chute OU de finus verfe, eft de 4' 16quot; fquot;, 8c eetnbsp;are eft au quart de eerde, comme i anbsp;conféquemment on a cette proportion a faire;nbsp;comme 4' 16quot; f font a 90°, ou comme i eftnbsp;a 1265 ~ ^ ainfi une feconde employee a tombernbsp;de 15 pieds de haut a la furface de Ia terre , eftnbsp;a 1265quot; 36quot;', OU 2t' 5quot; 36'quot; : ce fera Ie tempsnbsp;employé a tomber de Ia furface de la terre aunbsp;centre , dans la fuppofition que nous examinons,nbsp;qui eft plus conforme a la phyfique que la précé-dente.
PROBLÊME X.
Quef-ce qui arriveroit f la lune étoit tout-d-coup
arrétée dans fon mouvement circulaire , amp; en
combien de temps tomberoit-elk fur la terre ?
La lune ne fe foutenant dans lorbite quelle dé-crit autour de la terre, que par un effet de la force centrifuge qui uait de fon mouvement circulaire ,nbsp;amp; qui contrebalance fa pefanteur vers la terre, ilnbsp;eft évident que ft Ie mouvement circulaire étoitnbsp;détruit,la force centrifuge feroit auffi anéantie : lanbsp;iune feroit done alors uniquement livrée a fon
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mouvement de tendance vers la terre , amp;: tombe-roit fur elle par un mouvement accélére.
Mals ce mouvement ne feroit pas accelere fui-vant la lol découverte par Galilee, car cette loi fuppofe que la force de pefanteur eft uniformenbsp;OU toujours la même. Or iel la pefanteur de lanbsp;lune vers la terre, varieroit amp; augmenteroit ennbsp;raifon inverfe du quarré de la diftance, a mefurenbsp;quelle fe rapprocheroit de ce centre ; ce qui rendnbsp;Ie problême beaucoup plus difficile.
Newton cependant nous a enfeigné Ie moyen de Ie réfoudre; 11 fait voir que ce temps eft égalnbsp;a la moitié de celui que cette même planete em-ploieroit a faire une revolution autour du mêmenbsp;corps central, mais a une diftance moindre de lanbsp;moitié.
Or on fqait que lorbite lunaire eft a peu de chofe prés im eerde dont Ie rayon eft de 60nbsp;demi-diametres terreftres, amp; fa revolution eft denbsp;17 jours 7 beures43'1: doü 1on conclud , aunbsp;moyen de la fameufe regie de Képler, que ft ellenbsp;nétoit éloignée de la terre que de 30 rayons terreftres , elle emploieroit feulement, dans cette revolution , 9 jours 1511 51'; conféquemment fanbsp;demi-révolution feroit de 4 jours 19^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ceft
Ie temps que la lune emploieroit a tomber juf-quau centre de Ia terre.
On dit que la revolution de la lune eft de 2.7 jours 7 heures, 43 minutes, amp; non de 29 jours 12 fteures 44nbsp;min.; car il eft ici queftion de la revolution depuis un pointnbsp;du ciel jufquau même point, amp; non de la revolution ly-uodlque, qui eft plus longue , parceque, quand la lune anbsp;fait fon tour entier, elle a encore a rejoindre Ie foleil, qu'gt;nbsp;pendant les 27 jours, seft avancé en apparence de ^7 ®nbsp;grés OU environ.
-ocr page 52-44 Recreations Mathématiques;
Re M AR (IV E.
Si on examinoit de inéme en combien de temps chacune des planetes circumfolaires tomberoitnbsp;dans le foleil, on trouveroit quenbsp;Mercure y tomberoit ennbsp;Venus ennbsp;La Terre ennbsp;Mars en .
Jupiter en Saturne en
Quelle feroit la. pefantcur d'un corps tranfporté a. la furface du Soleil, ou d'une autre planete quenbsp;la Terre, comparee a celLe de ce carps fur la fur~nbsp;face de noire globe ?
Il eft démontré aujourdhui, pour tons ceux qui font en état den pefer les preuves, que la pefan-teur dun corps fur la furface de la terre , rieft autre chofe que le refultat des tendances de ce corpsnbsp;vers toutes les parties de la terre , dont doit reful-ter line tendance cotnpofee, paflant par le centre ,nbsp;dans la fuppofition ou la terre feroit précifémentnbsp;un globe ; ce que nous fuppofons ici, a caufe dunbsp;peu de difference quil y a entre fa figure amp; lanbsp;figure fpherique. II eft pareillement démontré que ,nbsp;Iattraftion fe faifant en raifon direfte des maffes,nbsp;amp; en raifon inverfe du quarre des diftances , unnbsp;corpufcule de matiere , placé fur la furface dunenbsp;fphere qui exerce fur lui fon attraftion , tendranbsp;vers elle avec une force qui fera la même que flnbsp;toute fa maffe étoit reunie a fon centre.
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II fuit de-la que , fi Ton Tuppofe deux fpheres inegales en diametre amp; en maffe, la pefanteur dunbsp;corpufcule fur 1une , fera a celle du meme cor-pufcule fur 1autre , en raifon compofée de la di-refte de leurs maffes , amp; de 1inverfe des quarrésnbsp;de leur demi-diametre.
Or, par les obfervations affronomiques, on de-montre que Ie demi-diametre du foleil étoit égal a III demi-diametres terreftres, amp; que fa maffenbsp;eft a celle de la terre, comme 341908 a i : donenbsp;Ia pefanteur dun corps fur la furface du foleil, eftnbsp;a celle de ce même corps fur la furface de lanbsp;terre , en raifon compofée de 341908 a i, amp; denbsp;iinverfe du quarré de 111 a celui de i , ceft-a-dire de 123 21 a i.
Divifez done Ie nombre 341908 par 123 21 , vous aurez 2y Sc environ -1: ainli un corps dunenbsp;livre , tranfporté a la furface du foleil, en péfe-roit 27
Faifons fentir ceci par un raifonnement encore plus fimple. Si toute la maffe du foleil, qui eftnbsp;341908 fois auffi grande que la terre , etoitnbsp;ramaffée dans un globe égal a la terre , Ie corpsnbsp;donf nous parlons , au lieu de pefer une livre , ennbsp;peferoit 341908. Mais comme la furface du foleilnbsp;eft 111 fois autant éloignée de fon centre que cellenbsp;de la terre left du fien , il sen enfuit quil fautnbsp;diminuer Ie poids ci-deffus en raifon de 12321 ,nbsp;OU du quarré de 111 au quarré de 1unlté , ceft-a-dlre quil ne faut prendre que la 12321*^ pattienbsp;du poids trouvé ci-deffus ; ce qui donne celuinbsp;que nous avons trouvé plus haut.
Par un raifonnement fembiable , on trouveroit quun corps dune livre , porté a la furface de Jupiter , en peferoit 3 j Sc a celle de Saturne,
-ocr page 54-4Ö Récréat. Mathémat. Et Phys.
1 nbsp;nbsp;nbsp;; fur celle de la lune , 3 onces feulementé
On ne peut fi^avoir quelles font les maffes de Mercure, de Vénus amp; de Mars, parceque aucunnbsp;corps ne circule autour deux ; ce qui ne permetnbsp;pas de réfoudre ce problême a leur égard.
PROBLÊME XII.
Conjlrulre unc fontaim qui jaiUijJc par la com-prejfion dc rair.
Soit un vafe dont la feélion eftrepréfentée paf PI. a,laj%./o,ceft-a-dire compofédun piédeftal cylin-fig. lo- drique ou parallélépipede, couronné dunexfifpecenbsp;de coupe FADE. Ce plédeftal eft partagé en deuxnbsp;cavltés par un diaphragme NO. La cavité fupé-rieure doit être un peu moindré que linférieure.
Du fond de la coupe part un tuyau GH, a travers ce diaphragme, qui va jufques prés dunbsp;fond CB. Au contraire , Ie tuyau LM doit avoirnbsp;fon orifice fupérieur L prés du fond de la coupe ,nbsp;amp; linférieur M fort peu au deffous du diaphragmenbsp;NO. IK repréfente enfin un tuyau très-menu parnbsp;fon bout fupérieur, amp; dont 1orifice inférieur vanbsp;prefque jufquau diaphragme.
Le vafe étant ainfi conftruit , on remplira par un trou latéral la cavité fupérieure iufques prés denbsp;lorifice L du tuyau LM ; aprés quoi 1on boucheranbsp;foigneufement ce trou ; on verfera enfuite de leaunbsp;dans la coupe : cette eau, coulant dans la caviténbsp;Nb , en comprimera 1air, amp; le forcera a paffernbsp;en partie par ML , au deffus de leau de la caviténbsp;fupérieure ; il sy condenfera de plus en plus, amp;:nbsp;forcera leau a jaillir par lorifice I, fur-tout fi onnbsp;la retient pendant quelaue temps, foit en tenant
-ocr page 55-Ie doigt fur Iouverture I, fqit au moyen dun petit robinet quon nouvrira qua propos.
R E M A R dU E S.
I. Cette petite fontalne peut être variée de bien des facons. Par exemple, fi Ie poids de Peau coulant par GH dansla cavité inférieure NB, nétoitnbsp;pas fuffifant pour donner affez de jet a 1eau for-tant par I, on pourroit y infinuer de 1eau avecnbsp;une feringue , ou bien de Pair avec un fouffletnbsp;adapté a Iorifice G, amp; garni a fon tuyau de for-tie dun robinet.
On pourroit y couler du vif-argent, qui, par fon poids, y pénétreroit malgré la réfiftance denbsp;1air , Ie forceroit dagir avec force coritre Ienbsp;fluide renfermé dans la cavité fupérieure.
II. On peut exécuter cette petite fontaine dune maniere bien plus fimple; car ayez une bouteillenbsp;telle que AB , par Ie goulot amp; Ie bouchon de la- pi. 2,nbsp;quelle vous introduirez dans fa cavité un tuyau fig. ii-CD , dont lorlfice inférieur D foit plongé jufquesnbsp;bien prés du fond , amp; lorifice fupérieur terminénbsp;par une ouverture affez étroite. La communication entre 1air extérieur amp; Tintérieur de la bouteille , doit êtrebien interceptée en A. Suppofonsnbsp;maintenant cette bouteille remplie auxtrois quartsnbsp;deau ; foufflez par lorifice C dans Ie tube avecnbsp;toutes vos forces : vous y condenferez lair dansnbsp;1efpace AEF, au point que, preffant fur la furfacenbsp;EF, leau fortira avec impétuofité par Ie petit orifice C, Sc sélévera affez haut. Lorfque Ie jeunbsp;la machine aura ceffé, il fuffira, sil reffe denbsp;, dy fouffler encore de lair, Sc fon jeu rc-commencera tant quil y aura de Ieau,
-ocr page 56-48 Recreations Mathématiques, PROBLÊME XIII.
Conjiruciion dun vafe qui donne autant de vil* quony verfe d'eau.
La foliition de ce probléme eft une fuite , ou , pour mieux dire , une fimple variation de cellenbsp;du précédent. Quon fuppofe en efïet Ie petitnbsp;tuyau IK fupprimé, quon rempliffe la cavité AOnbsp;de vin, amp; quon adapte vers Ie fond NO un petitnbsp;PI. I robinet R un peu étroit; il eft évident que , quandnbsp;% on verfera de leau dans Ie vafe fupérieur FADE,nbsp;1air forcé de paiTer dans la cavité fupérieure,nbsp;prelTerala furface du vin, amp; 1obligera de coulernbsp;par Ie robinet, jufqua ce quil foit en équilibrenbsp;avec Ie poids de latmofpbere : alors, quon verfenbsp;Fig. 10. de nouvelle eau dans la coupe FD , il fortira anbsp;peu prés autant de vin par Ie robinet ; enfortenbsp;quil fernblera que leau eft changée en vin,
Ceft pourquoi, sil étoit permis de faire allufion a un trait célebre de lhiftoire fainte, on pourroit ,nbsp;en donnant a ce vafe la forme dune cruche, Ienbsp;nommer la. cruche de Cana,
PROBLÊME XIV.
ConjlruBion d'une machine hydraulique, ou un oifeau boit autant d'eau quil en jaillit parnbsp;un ajutage.
Soit Ie vaifleau dont la coupe eft repréfentée Fig. 12.paria fig. 12, qui eft divifé en deux par Ie dia-phragme horizontal EF, amp; dont la cavité fupérieure eft aufli partagée en deux par une cloifonnbsp;verticale GH. Le tuyau LM , prenant du fond dunbsp;premier diaphragme , amp; defcendant prefque juf-
cjuau
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^iiau fond DC , forme la comrnunication de la Cavite fuperieure HF, avec 1inférieure EC. Unnbsp;tuyau IK , montant du fond EG prelque jufquaunbsp;^ond AB, forme une autre communication entrenbsp;la Cavite inférieure EC amp; la fuperieure AG. Lenbsp;tuyau NO, terminé a fon fommet par une ouver^nbsp;ture très-petite , defcend fort prés du diaphragmenbsp;intérieur EG, Sc paffe par le centre dune coupenbsp;RS, deftiuée a recevoir Ieau fortant de ce tuyau.nbsp;Enfin , au bord de cette coupe efl un oifeau ynbsp;plongeant fon bec , ou eft louverture dun fyphonnbsp;recourbé QP , dont 1orifice P eft beaucoup infé-riertr a Porifice Q. Telle eft la conftrutlion de lanbsp;machine ; en voici 1ufage amp; reffet.
On rempllra deau les deux cavités fupérieures , pat deux trous ménagés expres fur les cótés dunbsp;vafe , amp; quon fermera enfuite. II eft aifé devoirnbsp;que leau ne dolt pas excéder , dans la cavité AG,nbsp;la hauteur de 1orifice K du tuyau KI. Cela fait,nbsp;en ouyrant le robinet adapté au tuyau LM , leaunbsp;de la cavité fuperieure HF sécoule'dans la caviténbsp;inférieure , elle y comprimé 1alr qui pafte par lenbsp;tuyau KI dans la cavité AG, amp; y comprimantnbsp;celui qui eft au deffus de leau , la force de jaillirnbsp;par le tuyau NO ; doü elle retombe dans lanbsp;coupe.
Mals en même temps que leau sécoule de la cavité BG dans 1inférieure, lalr fe raréfie dansnbsp;Ia partie fupérieure de cette cavité : ainfi le poidsnbsp;de latmofphere aglffant fur leau dé] a verfée dansnbsp;la coupe par 1orifice O du tuyau montant NO ;nbsp;leau sécoulera par le tuyau recourbé QSP dansnbsp;cette même cavité BG; ce mouvement, unenbsp;fois établi, continuera tant cjuil y aura de leaunbsp;dans la cavité AG,
Tome. IV. nbsp;nbsp;nbsp;D
-ocr page 58-50 Récréat. Mathémat. et Phys. PROBLÊiME XV.
Faire une fontaine qui jaillijjc par la raréfaclion de l'air dilate par la chaleur.
FaiTES iin vafe cylindrique ou prifmatique, PI. 2,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;coupe eft repréfentée par la fig. 12. II fau-
fig. 12- dra quil foit porté fur trois ou quatre pieds un peu élevés, pour pouvoir placer au deflbus un rechaudnbsp;plein de feu. La cavité de ce vafe dolt être diviféenbsp;en deux par un diaphragme EF, lequel fera percénbsp;dun trou rond , dun pouce environ de diametre.nbsp;Ce trou fervira de bafe a un tube cylindrique GH ,nbsp;qui sélévera prefque jufquau fond fupérieun, quinbsp;fera furmonté dune cavité en forme de coupe ounbsp;coquille , pour recevoir leau que fournira Ie jetnbsp;deau. Enfin Ie centre de cette coupe ou du fondnbsp;fupérieur, donnera paffage a un tuyau foudé IK ,nbsp;qui defcendra prefque jufquau diaphragme EF : ilnbsp;pourra sévafer un peu par en bas ; mais fon boutnbsp;fupérieur doif être un peu étroit, pour que leaunbsp;jaillilTe plus haut. II fera a propos de garnir la par-tie apparente du tuyau IK dun petit robinet, aunbsp;moyen duquel on puilTe retenir leau jufqua cenbsp;que 1air, alTez raréfié dans la machine , puiffe pro-duire Ie jet.
La machine étant ainfi conftruite, vous rempli-rez deau Ie réfervoir fupérieur, prefque jufqua la hauteur de 1orifice H du tuyau GH; enfuitenbsp;vous mettrez fous Ie fond inférieur du vafe unnbsp;rechaud plein de charbons ardents, ou une lampenbsp;a plufieurs meches: 1air contenu dans la chambrenbsp;inférieure fera auffi-tot raréfié, amp; paflera par Ienbsp;tuyau GH au deffiis de leau 'contenue dans la ca-viré fupérieure, amp;c la forcera dentrcr par lorifice I
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tuyau IK, amp; de jaillir par laütre ouverture K.
Pour rendre leffet plus fenfible amp; plus sur , H ne fera pas mal de mettre une petite quantité deaunbsp;dans la cavité inférieure; car, lorfque cette eaunbsp;bouilüra, la vapeur élaftique quelle produira ,nbsp;paffant dans la capacité du réfervoir fupérieur , lanbsp;prefiera avec beaucoup plus de force, amp; fera jaillir 1eau plus haut.
II faut cependant prendre garde de ne pas échauffer trop forteinent cette machine , fi Tonnbsp;y einploie la vapeur de leau bouillante; car ellenbsp;pourroit éclater en morceaux , par un effet de lanbsp;violence de leau réduite en vapeurs.
, PROBLÊME XVI.
MeJ'urer h dcgri de. chaleur de l'air amp; des autres fiuides, Hijloire amp; conjiruclion du Thermometre.
L UNE des inventions les plus ingénieufes qul cara(fl:érirent la renaiffance de la faine philofophienbsp;dans les premieres années du fiecle dernier , eftnbsp;celle de 1inftrument que nous appelons Ie thermometre , paree quil fert a ntefurer la chaleur desnbsp;corps, amp; principalement celle de lair amp; des fluïdes dans lefquels on peut Ie plonger. Cette invention eft communément attribuée a 1académie delnbsp;Cimento^ qul floriflbit a Florence , fous la protection des grands-dues de la Maifon de Médicis,,nbsp;^ qui fut la premiere de lEurope qui sadonna knbsp;la phyfique expérimentale. On pretend auffi quenbsp;Corneille Drebbel, dAlcmaër dansla Nort-Hol-lande, qui vivoit a la cour de Jacques I, rolnbsp;dAngleterre, a part ^ cette invention. Ce neft
Dij
-ocr page 60-5z Récréat. Mathémat. et Phys. pas ici Ie lieu de difcuter ce point dhiftoire denbsp;la phyfique 1.
Linvention du thermometre eft fondée fur la propriété quont les corps, amp; fur-tout les fluides ,nbsp;de fe dilater par la chaleur qui les pénetre. Lelpritnbsp;de vin pofledant éminemment cette propriété ,nbsp;fut auffi Ie liquide quon employa de preference.nbsp;On prit un tube de verre fort étroit, terminé parnbsp;une boule dun pouce environ de diametre, quenbsp;lon remplit de cette liqueur, après lavoir coloréenbsp;en rouge au moyen dune teinture de tournefolnbsp;OU dorfeille, afin quelle fut plus vifible. 11 eft aifénbsp;de fentir que la capacité de la boule étant conft-dérable eu égard a celle du tube, pour peu quenbsp;la liqueur fe dilatat, elle étoit forcée de paffernbsp;en partie dans Ie tube ; ainfi la liqueur y devoitnbsp;monter. Elle defcendoit au contraire néceflaire-njent, lorfquellé étoit coiidenfée par Ie froid. Onnbsp;avoit feulement lattention de faire enforte que ,nbsp;dans Ie plus grand froid, la liqueur ne rentrat pasnbsp;entiérement dans la boule, amp;c que, dans la plusnbsp;grande chaleur quon vouloit mefurer , elle nen
Note du Cenfeur. Le premier thermometre décrit amp; piibiie par la vöie de rimprellion, la été par Salomon denbsp;Caux , ingénieur Francois, dans fon livre des Forces mou-vantes, imprimé en 1624 , in-folio , mais , a ce quil parole , antérieur pour la compofition , car 1Epitre dédica-toire a Louis XIII eft de 1615 , amp;. Ie privilege accordénbsp;par ce nionarque eft de 1614. Ce thermometre eft unnbsp;thermometre dair, qui agit, par la dilatation de ce fluidenbsp;renfermé dans une caiffe , contre Feau quil force de sé-lever dans un tube. Drebbel, dont on f?aft feulement quenbsp;le thermometre étoit auffi un thermometre'a air, a-t-ilnbsp;precede Salomon de Caux, ou celui-ci a-t-il précédé lenbsp;phyficien Nort-Hollandois i Ceft ce quil paroit diükilenbsp;de determiner.
-ocr page 61-fortït pas. Vers le bas etoit infcrites, par eftime, quelques indications , comine froid, amp; plus basnbsp;grand froid; versie milieu, temp éré; amp; (Jans lenbsp;baut chaleur, grande chalcur.
Telle eft la conftruclion du thermometre ap-pelé de Florence, dont on a fait ufage pendant ptès dun ftecle; amp; tels font ceux que débitentnbsp;encore fouvent dans les provinces des charlatansnbsp;ambulants , amp; quachetent avec confiaiice des gensnbsp;peu inftruits.
Ce thermometre, en effet, quoique Ton ait retenu fa forme amp; la plus grande partie de fanbsp;conftruftion, a le defaut de nindiquer que dunenbsp;hianiere fort vague amp;: incertalne les variationsnbsp;de la chaleur. On peut bien fqavoir, par fonnbsp;moyen , quun jour il a fait plus froid ou plusnbsp;chaud quun autre , mais on ne peut comparer cenbsp;chaud ou ce froid a aucun autre, ni a celui dunnbsp;autre lieu : dailleurs les mots froid Sc de chaudnbsp;nindiquent que des relations. Un habitant denbsp;Mercure trouveroit probablement trés - frais , Scnbsp;peut-etre froid , utr de nos étés les plus chauds jnbsp;tandis que celui de Saturue , tranfporte fur lanbsp;terre dans un hiver de notre zone glaciale , lenbsp;trouveroit peut- être dune chaleur intolerable.nbsp;Nous éprouvons'nous-mémes, a la fin dun beaunbsp;jour dété , un fentimcnt de froid , lorfquc nousnbsp;foinmes tranfportes dans un air beaucoup moinsnbsp;chaud; amp; au contraire.
On a cberche , par cette raifon, a faire des thennometres ou les degres de chaud 8c de froidnbsp;fuffent coinparables a un degré de chaleur ou denbsp;froid invariable dans la nature; enforte que tonsnbsp;les thermometres conftruits fuivant ce principegt;nbsp;quoiqvre par des mains différentes amp; en différents.
D iij.
-ocr page 62-lt;j:4 Récréat. Mathémat. et Phvs.
lieux OU temps, saccordaflent cependant entrè eux , amp;c niarquaffent Ie meme degré , étant expo-fés a la -même temperature. Cétoit Ie feul moyennbsp;de faire des expériences de quelque utilité fur cettenbsp;inatiere.
On y eft enfin parvenu , au moyen des deux principes fuivants , que lexpérience a fait dé-couvrir.
Le premier eft , que Ie degré de temperature de la glace pilée amp; commenqant a fondre , ou ,nbsp;fi 1on vent, de leau commune commenqant a fenbsp;glacer , eft conftamment le même en tout lieunbsp;amp; en tous les temps,
Le fecond eft, que le degré de température de leau bouillante eft aufli toiqours conftante.nbsp;Nous entendons parler de leau douce , amp; nousnbsp;fuppofons dailleurs que la hauteur du thermome*nbsp;tre ne varie point ; car on fqait aufli que, lorfquenbsp;Ieaueft chargee dun plus grand poids,ellea befoinnbsp;dun degré de chaleur un peu plus grand que lorfi-quelie eft moins chargée. Ceft ce quon eprouvenbsp;dans la machine pneumatique , ou , ung parti«nbsp;de Iair étant vuidé , leau bout a un moindre degré de chaleur quexpofée a Iair libre. Pou fuitnbsp;cette efpece de paradoxe, quau fommet dunenbsp;montagne I'eau na pas befoin dautant de chaleurnbsp;pourbouillir quau pied. Mais quand la pefanteurnbsp;de Iair eft la méme , amp; que Ieau ne tient fenfible-ment aucun fel en folution , elle commence knbsp;bouillir an méme degré de chaleur ; amp; , une foisnbsp;parvenue a cet état, elle nen contradfe pas un plusnbsp;grand, quelque fort que paroiffe le bouillonnement,nbsp;Ces deux degrés conftants de froid amp; de chaud,nbsp;aifés a fe procurer , ont paru par cette raifonnbsp;phyfiéiens 5 to«t-a-fait propres a fervir a la
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conftruftion de leurs thermometres. Voici la ma-
niere la plus limple dy proceder-
Ayez un tube, dont un des bouts folt renfle en boule dun pouce environ de diametre: unenbsp;moindre dimenfion fuffira, fi le tuyau etoit abib-lument capillaire. Rempliffez-le de vif-argent,nbsp;jufqua quelques pouces au deffus de la boule.nbsp;Nous enfeignerous plus bas comment cela fe peutnbsp;faire. Prenez enfuite de la glace pilée , que vousnbsp;mettrezdans un vafe, amp; vous y plongerez la boulenbsp;de votre thermometre. Lorfque le mercure auranbsp;cefle de defcendre , faites une marque au tubenbsp;pour reconnoitre ce point; après cela faites bouil-lir de 1 eau douce , plongez-y votre thermometre,
amp;c remarquez le point ou il ceffera de monter : ce fera celui de Ieaubouillante, ll ne refle plus quanbsp;divifer cet intervalle en un nombre de parties ega-les, tel quon voudra ; celui de too me paroit lenbsp;plus convenable. Pour cet effet, on applique cenbsp;tube a une petite planchette , 1on colie un papiernbsp;derriere le tube , amp; Ton divife Iintervalle entrenbsp;les deux marques, dans le nombre de parties qu onnbsp;a choifi; on en porte quelques-unes au deffousnbsp;du point de la glace , auquel on infcrit o; voilanbsp;un thermometre conftruit.
11 eft feulement neceftaire de saffurer avec foin ft le diametre du tube eft le mêine dans toute fanbsp;longueur; car il eft aifé de.voir quun tube inegalnbsp;dans fon calibre , cauferoit au mercure des mou-¦vements irréguliers. Pour cet effet, on introduitnbsp;une petite goutte de mercure dans le tube, amp;nbsp;on le lui fait parcourir. Si elle y occupe par-tout la même longueur, il eft évident que le tubenbsp;na aucun endroit plus large ou plus rétréci qu unnbsp;autre; fi la goutte eprouve des allongements ott
D iv
-ocr page 64-56 RÉCRÉAT. MATHéMAT, ET PhYS, raccourciflements , on doit y avoir égard, ou re-jeter Ie tube.
Plufieurs phyficiens modernes font entrés , pour la conftruflion de leurs thermometres , dans denbsp;grands détails fur 1augmentation de volume quac-quierent Ie mercure amp;c lefprit de vin, lorfque dunbsp;ciegré de glacé ils paffent a celui de 1eau böuilquot;nbsp;lante, Mais il rne paroit que, ces deux termesnbsp;étanf reconnus coinme invariables, ils pouvoientnbsp;sépargner ces confidérations , qui ne font quenbsp;rendre leurs procédés fort embarraffants.
II nous rede a dire comment on remplit le tube amp; la bouteille de la liqueur deftinée ^ former lenbsp;thermometre , amp; que nous fuppoferons^ici dunbsp;Tuercure , par les raifons quon verra plus has; carnbsp;il y a des difficultes a executer cette operation,nbsp;fur-tout quand le tube eft capillaire. Voici la ma-niere de le faire,
Une premiere attention k avoir, eft de bieii nettoyer Pinterieur du tube; ce qui fe peut faire,nbsp;sil neft pas capillaire, au moyen dun petit tampon Lien fee, emmanché a un fil de métal, amp;nbsp;quon promene dans iinterieur. Si le tube eft capillaire , il faut echauffer dabord le tube , amp;c en-fuite la boule. Lair foriant de cette derniere,nbsp;chaflera les petites immotidices qui y peuvent êtrenbsp;attachées.
II faut auffi que le mercure foit bien pur ou re-vivifié du cinabte, amp; quil ait bouilli, pour en drafter Pair qui peut y être dilféminé.
Après cela, on attache au foinmet du tube un petit eutonnoir de papier; mi approche dabord,nbsp;amp; peu-a-peu, le tube dun brafier ardent, de ma-niere a Péchauffer par degres|, amp; enfuite on échauffenbsp;k boule de la même maniere, enforte que ie tout
-ocr page 65-A)it aflez chaud pour ne pouvoir être tenu fans un gand epais. Quand le thermometre eft a ce degrenbsp;de chaleur, on le releve , amp;: on remplit de mer-cure échauffé le petit entonnoir ci-deflus. A nie-fure que le verre fe refroidit, 1air sy raréfie, amp;nbsp;donne entree au mercure dans la boulc, jufqu anbsp;ce quil (bit en equilibre avec lui. On reltere cettenbsp;opération pour faire entrer de nouveau mercure,nbsp;jufqua ce que la boule amp; le tube foient pleins.nbsp;Alors on graduele thermometre, enen chaflant,nbsp;par le moyen dela chaleur, tout ce qui excede cenbsp;qui doit y refter pour atteindre, étant plongé dansnbsp;1eau bouillante, le point quon a fixe vers le hautnbsp;du thermometre. Ayant fixé ce point de Ieaunbsp;bouillante , amp; Iayant marque ou par un fil ou parnbsp;tin trait de lime , on laifle refroidir le thermometre, amp; on le plohge dans la glace fondante; cenbsp;qui donne le point de la glace.
II eft aife de fentir que If, dans cette operation , tout le mercure rentroit dans la boule , il faudroitnbsp;y faire entrer un peu de mercure , pour porter plusnbsp;haut le point de 1eau bouillante.
Cela fait, on allongera un peu a la lampe cle-mailleur le bout fuperieur du tube , amp; on echauf-fera le mercure au point de monter tout prés de fon fommet; enfin on le clorra hermetiquement anbsp;la lampe, amp; par ce moyen il ne reftera dans lenbsp;haut du tube quune quantite dair imperceptible ,nbsp;ou aljfolument nulle.
On attachera enfuite ce tube a la planchette qui doit le porter, ainli que les divifions. Cette planchette doit être de quelque matiere qui eprouvenbsp;tres-peu dallongement dans fa longueur par lanbsp;chaleur. Le fapin a cette propriété , amp; 1avantaganbsp;de la légéreté; il faut que la boule foit ifolee du
-ocr page 66-58 Récréat. Mathémat. et Phys. bois , afin qiie 1air puiffe mieux circuler, amp; quellcnbsp;ne foit pas affeftée par la chaleur que Ie bois peutnbsp;contraöer lui-mémè.
Unequeftion fe préfente ici. Quelle eft la liqueur la meilleure amp; la plus convenable pour former un thermometre bon 6c durable ? eft-ce 1efi-prit-de-vin, eft-ce Ie mercure?
Nous croyons quil ny a plus, a eet égard, de difficulté ni même de divifion parmi les phyfi-ciens. Ceft Ie mercure qui eft la liqueur la plusnbsp;convenable pour les thermometres. Ses avantaaesnbsp;»ur 1 elprit-de-vin ne paroitront pomt equivoquesnbsp;a qui confidérera,
1° Que tous les efprits-de-vin , a moins quils ne foient bien déphlegmés , ne font pas tousnbsp;femblables. Et qui peut aflurer que , dans ces différents états, leur marche foit la même, ou quilsnbsp;naient pas des mefures différentes de dilatation anbsp;un même degré de chaleur? Ceft même un pointnbsp;que lexperience a depuis vérifié. Dès-lors, plus denbsp;comparaifon certaine entre les divers thermometres a efprit-de-vin.
Si lefprit-de-vln eft très-déphlegrné, alors, étant devenu une liqueur très-fpiritueufe amp; très-volatile, ny a-t-ll pas a craindre que peu a peu ilnbsp;ne diminue de volume ? II eft vrai que pour ynbsp;obvier , on bouche hermétiquement Ie tube parnbsp;en haut: mais cette precaution nempêchera pasnbsp;la partie la plus volatile de sexhaler dans la capa-cité fupérieure du tube; amp; dès-lors lefprit-de-vin ,nbsp;devenu moms dilatable a caufe du phlegme ref-tant, reftera au deflbus du degré oü il devroitnbsp;être ; ceft même la ce qui arrivera a tout état denbsp;lefprit-de-vin , foit quon 1emploie pur ou pref-.que pur, foit quon 1emploie avec leau , comme
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Cela fe pratique ordinairement pour moderer fa dilatabilité.
3° Lefprit-de-vin bout ^ un degré de chaleur luoindre que celui de 1eau bouillante , par confe-quent il neft plus propre a examiner des degrésnbsp;de chaleur plus grands que celui-la; car, paffenbsp;1ébuHition, Ia inarche de la dilatation dune li-.nbsp;queur ne fuit plus les mêmes loix, puifque , paffenbsp;ce terme, elle fe volatilife , ou fe reduit tout-a-coup en vapeurs dun volume de plufieurs milliersnbsp;de fois plus grand.
Dun autre cote , Iefprit-de-vin allie deau ell fufceptible de fe geler a un degré de troid qui nellnbsp;pas beaucoup au deffous de celui de la congelation de 1eau: ainli il fera peu propre a mefurernbsp;des degrés de froid fort au deffous de ce derniernbsp;terme.
Le mercure na aucun de ces defauts. Tout mercure, autant que les chimilles ont pu Ieprou-ver , eft'homogene, lorfquil eft pur , avec toutnbsp;autre mercure : il ne bout qua un degré de chaleur fix ^ fept fois plus loin du terme o, quenbsp;celui auquel Ieau elle-meme devient bouillante :nbsp;il ne fe congele qua un degré exceffivement plusnbsp;bas que celui de la congelation de Teau
Un autre avantage quil a, foit dans les thermometres , foit dans les barometres, ceft que, tandis quil eft dans 1aftion de monter, la furfacenbsp;de la petite colonne de mercure prend une figurenbsp;Convexe ^ amp; quand il defcend, une figure con-t^ave: ainfi , tant quon voit cette figure convexe,nbsp;peut dire quil eft dans Iaftion de monter, amp;
naire,
* On parlera plus loin de cette expérlence extraordi
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quand elle difparoit 8c devient concave, cefl: un figne quil defcend déja infenfiblement; ce qui eftnbsp;affez commode pour Ie pronoftic de la chaleur, amp;nbsp;pour reconnoitre fi elle aiigmente encore , fi ellenbsp;eft ftationnaire, OU fi elle commence a diminuer.
Dcfcrlption des Tkcrmowttres les plus célehres amp; les plus ujitls : Reduction des uns ciux autres.
Ön fait ufage en Europe de plufieurs thermo-I metres qui, quoique conftruits furies meines principes , different néanmoins dans leur divifion ou échelle ; car cette divilion ou échelle eft abfolu-ment arbitraire. II eft par conféquent néceftairenbsp;den donner une idee , pour les rédulre lun anbsp;Iautre.
Ces thermometres font celui de Fareinheit, artifte Anglois^ celui de M. de Reaumur, celuinbsp;de M. Celiius, amp; celui de M. D.elifle.
Le premier de ces thermometres eft fait avec Ie mercure, amp; a une gradation qui au premier alxirdnbsp;paroit fort bizarre. Au froid de la glace répond lenbsp;32.® degré , amp; depuis ce terrne jufqua celui denbsp;1eau bouillante on compte 180 degrés , enfortenbsp;que la chaleur de 1eau bouillante répond aunbsp;degré. La raifon de cette divifion eft , que Fareinheit prit pour le degré O de fon thermometre ,nbsp;le plus grand froid quil put exciter avec un nié-lang e de neige amp; defprit de nitre ; il plongea en-fuite fon inftruinent dans la glace fondante , 8cnbsp;enfin dans 1eau bouillante, amp; il divifa en 180nbsp;parties lintervalle entre ces deux derniers points inbsp;ce qui lui en donna 3 z entre le froid artificiel cir
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deffus, Sc celui de la glace ordinaire. Lexpérlence a appris depuis , quon peut produire un froid arti-ficiel bien plus confidérable que celui quavoltnbsp;produit Fareinheit,
Ce thermometre eft celui dont les Anglols font Ie plus communément ufage ; en quoi ils me pa-roilTent facrifier un peu a eet attachement national qul leur fait rejeter les inventions étrangeres,nbsp;quoique meilleures. Ce que je dis, au refte, nenbsp;tombe que fur la dlvifion bizarre du thermometrenbsp;de Fareinheit; car 11 nous paroit être Ie premiernbsp;qui ait employé Ie mercure , amp; en cela on nenbsp;peut trop applaudir a fon idéé. On pourrolt donnet toujours fon nom a fon thermometre , ennbsp;reftifiant fon échelle , ceft-a-dire en portant Ienbsp;Ie degré o a fon 32^ ; alors il y en auroit i8onbsp;entre la glace amp; 1eau bouillante , Sc Ie degrénbsp;uftuellement marqué o dans ce thermometre , fe-roit Ie 32e, en délignant par Ie figne négatifnbsp;les degrés au deffous de la glace.
Le thermometre de Reaumur eft fait ordlnalre-ment avec lefprit-de-vin; Sc fa graduation eft telle, que le degré de la glace fondante étantnbsp;marqué o , celui qui répond a 'leau bouillante eftnbsp;80; ainfi il y 3 80 degrés entre ces deux tenues.nbsp;Au deftouS' de o on compte encore 1,2., 3,4,nbsp;en ajoutant ces mots, au dijfous de la glace , ou ,nbsp;pour abréger , en poignant au degré le figne.nbsp;Ceft ainli que nous en avons ufé dans les tablesnbsp;fuivantes.
Nous avons déja fait nos obfervations fur 1ef-ptit-de-vin, employé de preference par M. de l^éautuur; il eft fuperflu de les répéter ici.
Le thermometre de M. Delifle eft fort ufité dans le nord, Sc par cette raifon il eft a propos
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den faire connoitre la divifion, M. Delifle, paf des raifons aflez arbitraires, a fait partir fa divi-/ion du degré de 1eau bouillante en defcendant,nbsp;6c elle eft telle, quentre ce point 8c celui oü 1eaunbsp;fe congele , i! y a 150 degrés: ainfi 150 degrésnbsp;cle fon thermometre répondent, pour létendue,nbsp;a 80 de celui cle Reaumur, ou 180 de celui denbsp;Fareinheit.
Enfin MM. Celfius dUpfal , 8c Chriftin de
P'''?
Lyon, reconnoiffant les défauts de lefprit-de-vin , amp; trouvant aulTi des inconvénients dans la divifion en 80 degrés, ont chercbé a y remédier, ennbsp;faifant leur thermometre avec du mercure , 8c ennbsp;comptant 100 degrés depuis Ie terme de la glacenbsp;jufqiia celui de 1eau bouillante. Ce thermometrenbsp;ne differe au fond de celui de M, de Réaumur,nbsp;quen ce quils y ont employé Ie mercure au lieunbsp;de refprit-de-vm, 8c quils mettent 100 divifionsnbsp;dans Ie même ef^jace oü M. de Reaumur nen anbsp;mis que 80 : ainfi un degré du thermometre de M.nbsp;Celfius, équivaut aux f dun degré de celui de M.nbsp;de Réaumur; 8c par conféquent la réduéllon denbsp;1un a 1autre eft facile, amp;C il feroit fuperfiu denbsp;lenfeigner ici. Nous nous bornons a montrernbsp;comment les divifions de Fareinheit 8c de M. Delifle fe réduifent a celle de M. de Réaumur,nbsp;attendu quil y a un peu plus de difiiculté.
Si done Ie degré de Fareinheit efl; au deflfus du 32®, il faut en retrancher 32 , multiplier Ie refienbsp;par 4 , 8c divifer Ie produit par 9: Ie quotient feranbsp;Ie degré correfpondant de la divifion de Reaumur. Que Ie degré propol'é de Fareinheit foit, parnbsp;exemple, Ie 149®: de ce nombre ótant 32, Ienbsp;refte efl; 117, cjuon multipliera par 4 ; Ie produitnbsp;fera 468, qui étant divilë par 9, donnera pour
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c}uotient 51: ceft le degré correfpondant du ther-inometre de Reaumur.
Sile degré de Fareinheit eft entre i Sc 32 , 11 faut Ioter de 3 2 : le reftant étant multipUé par 4 ,
le produit étant divife par 9, on a au quotient le degré correfpondant du thermometre de Réaumur. Ainfi le 12® degré du thermometre de Fa-renheit, répond au 8® I de Réaumur au deflbusnbsp;de la glace.
Enfin , lorfque le degré própofé eft au-deftbus de o , il faut Iajouter a 32 , amp; opérer fur le reftant comme on a dlt plus haut: on aura au quotient de la divifion le degré correfpondant de M.nbsp;de Réaumur. On trouve ainfi que le 4^^ degré dunbsp;thermometre de Fareinheit au deftbus de o, répondnbsp;au 34®f au deffus de o dans le thermometre dunbsp;phyficien Franqois.
Que fi , au lieu de multiplier par 4 Sc divifer par 9, on eut multiplié par 5 amp; également divifénbsp;par 9, on auroit eu le degré du thermometre denbsp;MM. Celfius amp; Chriftin.
Quant a la maniere de reduire la graduation de M. de Réaumur , ou celle de M. Celfius anbsp;celle de Fareinheit, il eft aifé de voir quil fautnbsp;faire une operation inverfe de la précédente. Celanbsp;eft frop facile pour sy arrêter.
A 1égard du thermometre de Delille , il eft aifé devoir, par fa conftruéfion, que lenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;degré
de celui-ci répond au degré o de celui de Reaumur. Si done le degré montré dans le premier eft moindre que i^o, il faut commencer par Ioternbsp;ds t^o, le reftant, multiplié par 8 amp; divifénbsp;P^t I fera celui du fhermometre de Reaumur aunbsp;deflus de la glace,
64 Récréat, Mathémat. et Phys* thermometre cle Delifle : ótez ce nombre de 150*nbsp;il vous reftera 30; puis faites, comme 130 a 80,nbsp;OU comme i 5 a 8 , alnfi 30 a un quatrienie terme,nbsp;qui fera 16: ce ^eja Ie degré du thermometre denbsp;Reaumur au deffus de la glace , ou de o.
Si Ie degré du thermometre de Delifle excé-doit r^o, quil fut, par exemple , iqo ; ótez-en 150, Ie refte fera 40; puis faites cette proportion ,nbsp;comme 15 a 8 , ainfi 40 a z i j : ce fera Ie degrénbsp;du thermometre de Réaumur au delTous de o, quinbsp;répondau 190^ degré du thermometre de Delifle,nbsp;II doit être facile au leéfeur intelligent de fairenbsp;la réduftion contraire , ainfi nous nous borneronsnbsp;aux exemples ci-defTus.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
II feroit fans doute fort a fouhaiter que tous les irhyficiens convinffent aujourdhui de ne fairenbsp;ufagé que dun thermometre uniforme , foit par lanbsp;matiere qui y feroit employée , amp; qui devroit êtrenbsp;Ie mercure, foit par la divifion de 1échelle. A cenbsp;dernier égard, il ny 3 non plus nul doute quon nenbsp;dut donner la préférence a la divifion de 100nbsp;entre la glace amp; leau bouillante , les divifionsnbsp;décimales ayant beaucoup davantages , pour lanbsp;facilité du calcul, lur toute autre divifion.
PROBLÊME XVIII.
ConjlruUion d'un autre Thermometre mefurant la chaleur par la dilatation Tune barre de metal.
La propriété quont tous les métaux de fe dilater par la chaleur, fert de principe a la confirudionnbsp;dun autre thermometre extrêmement utile , en cenbsp;que Ton peut, par fon moyen, mefurer des degrésnbsp;de chaleur beaucoup plus grands quavec les ther-
mometres
pHYSIQUÊé nbsp;nbsp;nbsp;65
ftlOmetres ordinaires ; car Ie therinometre at efprit-de-vin ne peut fervir a mefurer cie chaleur plus grande que celle que peut prendre refprlt-de-vinnbsp;bouillant. Avec celui de mercure , on ne peutnbsp;iTielurer une chaleur plus grande que celle du iner-cure parvenu a rébullition. Ceft peut-être pournbsp;Cette ration que Newton employoit dans Ie fiennbsp;lhuile de lln ; car il eft reconnu que les huilesnbsp;graffes ne parviennent a rébullition que par unenbsp;chaleur beaucoup plus grande que celle de plu-fieurs métaux ou demi-inétaux fondants, commenbsp;Ie plomb, rétain , Ie bifmuth , amp;c.
M. Mufchenbroeck eft lauteur de cette nou* Yelle efpece de thermometre, autrement appelénbsp;Pyrometrc. Nous nous bornons a indiquer fa conf-truéfion.
Quon fe repréfente une petite verge de métal de 11 OU 1 ^ pouces de longueur , arrêtée fixément parnbsp;une de les extrémités; il eft évident que ft la chaleur la ddate , elle fera allongée , amp; fon autre ex-trémité pouffée en avant. Si done cette extrémiténbsp;tient au bout dun levier , dont lautre extrémiténbsp;sengraine avec Ie pignon dune roue dentée ,nbsp;que cette roue fade pareillement mouvoir Ie pignon d'une feconde, celle-ci celui dune troi-fieme, 8ste : il eft aifé de fentlr , quen muhipüantnbsp;ainfi les roues amp; les pignons,on parviendra a don*nbsp;uer a la derniere tin mouvement très-fenfible , en-lorte que Textrémité mobile de la petite barre nenbsp;ft^auroit parcourlr un centieme , un millieme denbsp;ligne , fans quun point de la circonférence de lanbsp;derniere roue parcoure plufieurs pouces. Cettenbsp;circonférence sengrainant done avec un pignonnbsp;portam une aiguille, cette aiguille elle - mêmenbsp;pourra faire piufteurs revolutions , quand la barrenbsp;Toirii IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;E
-ocr page 74-lie fe fera étendue que dune quantité tout-a-fait infenfible ; ou au contraire. On pourra enfin me-furer fur un cadran divifé en parties égales, lesnbsp;portions de cette revolution, amp;, par Ie moyennbsp;du rapport des roues avec les pignons, determiner la quantité abfolue dont un certain degré denbsp;chaleur aura fait allonger la petite barre ; ou bien,nbsp;par Tallongement de cette barre, juger du degrénbsp;de chaleur qui lui a été applique.
Telle eft la conftruftion du pyrometre de M. Mufchenbroeck. II eft néceftaire dajouter quil ynbsp;a une cuvette adaptée a la machine, afin de rece-voir les matieres liquides ou fondues quon veutnbsp;foumettrea 1expérience, amp; danslaquelle fe t^ouvenbsp;alors plongée la barre dépreuve.
Lors done quon voudra inefurer , au moyen de eet inftrument, un degré de chaleur eonfidé-rable, comme celui de lhuile bouillante ou dunnbsp;métal fondu , on remplira de cette matiere Ia cuvette deftinée a la recevoir, amp; on 1y tiendra dansnbsp;iétat on on veut faire 1expérience. La dilatationnbsp;de la barre de fer plongée dans la matiere , indi-quera ,'par les tours de lindex , Ie degré de chaleur quelle a pris, amp; qui doit néceflairement êtrenbsp;égal a celui de la matiere dans laquelle elle eftnbsp;plongée.
Cette même machine fert a déterminer les rapports de la dilatation des métaux ; car, en fubfti-tuant a la barre dépreuve des barres de différents métaux amp; exaftement de même longueur, en lesnbsp;échauffant enfulte également, amp; a des degrés dé-termlnés, on voit, par Ie chemin de laiguillenbsp;qui fert dindex, les rapports de leur allongement.nbsp;On peut auffi les échauffer par une ou plufieursnbsp;ineche's a lefprit-de-vin. On donnera plus loinnbsp;la table de ces rapports.
-ocr page 75-Physique. -i^s différents degrés de chaleur auxquels differentes matures commencent a fe fondre , ounbsp;^ fi } OK a entrer en ebullition ^ réduits auxnbsp;thamp;rniometres de Fareniheit, Reaumur, amp; Celjius.
|Degrés
de Farenh
-35O7 568nbsp;708nbsp;32nbsp;212
- 33
7 190
NOMS
. P ES Matieres.
Mercure fe congelant,........
lercure devenu malléable ,
:^ercure bouillant tau fe glafant,
Eau bouillante,
Efpnt-de-vin reftiSé fe gla9ant,
Ee mêrne bouillant,....................
Eau-cle-vie formée de parties éga-les defpritamp;deaUjfegla^ant,
Eamême bouillante,..................
faturée de fel marin, bouil-
j nbsp;nbsp;nbsp;......
*.euive de cendres gravelées ,
bouillante, ............................
'o Eourgogne, Bordeaux,
amp;c. fe gla^ant, .....
;piprit de nitre glacé ,
-Le même bouillant La cire fondantenbsp;Le beurre fondant,
Huile deTérébenthine cotnnien-
9ant a bouillir,.........
Hnüe dolivefe figeant,
«ude de navette, bouillante amp;
prête a senflammer, ..............
Etain fondant,
Elomb fondant,
Bifmuth, id...................
Eégule dantimoine , id-.
AntiniQjj^g ..........................
Argent. nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' ) -S
Or,........... ......................
Cuivre, ........
Degrés'Degrés
,de nbsp;nbsp;nbsp;de '
Réaum.'Celsius
nbsp;nbsp;nbsp;170
nbsp;nbsp;nbsp;266nbsp;, 300
o
80
nbsp;nbsp;nbsp;171nbsp;70
nbsp;nbsp;nbsp;3^
nbsp;nbsp;nbsp;212-if
o
100
nbsp;nbsp;nbsp;36
79
240
20 40nbsp;242
142
80 a 90 21 a 26 560nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;234
714
408
540
460
805
tn
298
167
226
190
1031 114
- nbsp;nbsp;nbsp;7?
nbsp;nbsp;nbsp;40
116 62 Fnbsp;26 a 32nbsp;292
372
309
282
238
430
II, Table des différents degris de chaleur ou de froid, obfervés en divers lieux de la Terre, oUnbsp;dans certaines circonjlances, ou pour certainesnbsp;operations , rlduits au thermometre de Reaumur,
Degree,
Chaleur conftante des caves de lObfervat. de Paris, 95
de Iincubation des poules,....................quot;quot;35
pour faire éclore les vers-a-foie,................19
a maintenir dans une orangerie,................15
pour la ferre aux ananas ,..........................18
pour la chambre dun malade,..........-........17
pour Ie poële, ............-..............................12
Chaleur humaine a la peau,............................29 a 30
humaine intérieure , ..............................v-31
humaine avec la fievre,....................31 a 40
|
a Paris en 1753 , .......... |
..............3oi |
|
..............37 | |
|
en Syrië en 1736,.......... |
...............35 |
|
a la Martinique,............ |
..............32 |
|
Paris en 176Ó,.............. |
..........- 9i |
|
en 1740,.............. |
.......... lOï |
|
en 1754,............... | |
|
en 1767, ............... |
..........-13 |
|
en 1768,............... |
.........-Mquot; |
|
en 1709,............... |
.........-i5t |
|
en 1776,............... |
.......... |
a Pétersbourg, Décemb. 1759,---33^
ibid., 6 Décembje 1772,........50
aTornéo en 1737,.................... 37
a Kébec , .................................. 37
a Upfal en 1733 , .................... 40
a Kiringa en Sibérie, en 1738 ,
( Vbyei^ Flora Siberica,)........ 70
-ocr page 77-P H Y S I Q UE, nbsp;nbsp;nbsp;Ó9
Table des rappons de dilatation des Métaux par La chaleur^ fuivant M. Ellicot.
N O M S nbsp;nbsp;nbsp;Dilatations
Des Métaux. nbsp;nbsp;nbsp;refpeftives.
Or,...... . 73
Ob SE RVA T ION S fur les Tables précédentes.
Les tables précédentes nous donnent lieu 5c Occafion de faire quelques remarques intéreffantes.
I. La premiere .efi: la coagulation du mercure, produite par un degré extraordinaire de froid.nbsp;Cette llnguliere experience fut faite clans Ie moisnbsp;de Décembre 1759 , a Pétersbourg, amp; méritenbsp;quon en parle avec quelque étendue.
Le froid sétant fait relTentir dans cette ville avec une rigueur extraordinaire en Décembrenbsp;*7^9, M. Braun crut devoir faifir cette occafionnbsp;pour faire quelques expériences fur le froid artifi-ciel quon pourroit produire par fon moyen : il-^it dans un verre de la neige déja refroidie aunbsp;2.08e degré du thermometre de Delifle, ouau 31®nbsp;celui de Reaumur, amp; ayant refroidi au même.nbsp;degré de bon efprit de nitre fumant, il le verfanbsp;fur cette neige. II y plongea aufÜ-tót la boule duix
Eiij
-ocr page 78-70 RiCRÉAT. Mathémat. et Phys. thermometre, tellernent conftruit quil avoit en^*nbsp;virori 600 degrés tant au deffus quau deffous dunbsp;zéro , (qui, dans Ie thermometre de Deüfle , eftnbsp;Ie terme de leaubouillante ) ; il vit avec étonne-inent Ie mercure defcendre affez rapidement jiiAnbsp;quau 470e degré au deffouS de ce point. Le mercure sétant alors arrêté , M. Braun fecoua le thermometre , amp; il reconnut cjue le mercure navoitnbsp;aucun mouvement Sc étpit gelé. !l caffa la boulenbsp;du thermometre , amp; trouva en tlFet le mercurenbsp;glacé. Cette expérience fut répétée , foit le mêmenbsp;jour, foit Ie 26 Décembre , oir le froid naturelnbsp;fut encore plus rigoureux , amp; fit defcendre le mercure jufquau 212® degré de Delille , ou le 33^ denbsp;Réaumur. Plufieurs académiciens de Pétersbourgnbsp;affifterent a cette derniere, amp; en confiaterent lanbsp;vérité. La petite boule de mercure congelé futnbsp;même foumife au marteau , amp; parut avoir la duc-tilité du plomb.
Une chofe alTez finguliere, amp; que M. Braun remarqiie avec étonnement, ceft que , dans plu-iieurs de ces expériences, le mercure defcendoitnbsp;avec une viteffe modérée , du point de la tempé-rature de Pair, a celle de 470 degrés au delTus denbsp;zéro ; mais arrivé a ce terme , il fe précipitoitnbsp;tout-a-cotip jufquau delfous du 600'=, fans quenbsp;la boule du thermometre fut rompue.
Ce phénomene ell:, a mon fens, a peu pres lin-verfe de celui qui arrive dans la congelation de Peau. On fqait qua meliire quelle le refroiditnbsp;^lle diminiie de volume ; mais arrivée une foisnbsp;@11 degré de congelation, au moment que fenbsp;fait cette congelation , elle augmente tout-^-coupnbsp;4e volume, enfortp que prpbablement, dans unnbsp;^ ^aii pure 3 on v^rroit dabprd.
-ocr page 79-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;71
baiffer, amp; enfuite monter tout-a-coup , ou faire fauter en morceaux la boule du thermometre. Cellnbsp;un effet de Iarrangement nouveau des parties ,nbsp;qui fe fait avec une force prefque irrefiftible, aunbsp;moment ou elles font toutes en contaft.
Or il arrive probablement au mercure tout le contraire; ceft-a-dire que, refroidi au point ounbsp;fes particules .integrantes fe trouvent prefque ennbsp;contaft , elles sarrangent tout-a-coup en vertu denbsp;leur attraftion mutuelle , amp; leur forme eft appa-remment telle que , dans cette difpofition , ellesnbsp;doivent occuper moins de volume , comme cellesnbsp;de 1eau en occupent davantage.
Quoi quil en foit de cette explication , 11 eft conftaté par Iexperience de M. Braun , que lenbsp;mercure neft quun metal, tenu en fufion par unnbsp;degré de chaleur beaucoup moindre que celui quinbsp;gele Ieau amp; une multitude dautres liqueurs. IInbsp;faut même le tirer de la clafle des demi-metaux,nbsp;amp; le ranger au nombre des veritables metauxnbsp;qui par-la fe trouvent au nombre de fept; grandenbsp;amp; belle decouverte pour ceux qui tiennent auxnbsp;propriétés myftérleufes des nombres ; car ilsnbsp;étoient fort déroutés de ne trouver que fix metauxnbsp;veritables. J ai connu un homme enchante, parnbsp;cette feule raifon, de 1expérience de M. Braun;nbsp;amp; de fon double effer de porter au nombre de 7nbsp;les vrais metaux , de reduire a 5 celui desnbsp;demi-metaux.
On voit auffi dans cette experience, la raifon pour laquelle le mercure eft le plus volatil desnbsp;métaux. En effet, puifquil ne faut, pour le tenirnbsp;cn fufion, quun degré de chaleur fi fort au delTousnbsp;de celui qui liquefie la glace, il ny a plus a se-tonner quau-dela du 300® degré du thermometry
E iv
-ocr page 80-yi Récréat. Mathémat, et Phys. de Reaumur, ü commence a fe volatilifer; carnbsp;ce degré eft environ Ie 500® au delTus de celuinbsp;qui Ie tient déja en tufion : il eft a peu prés a foilnbsp;égard ce que feroit Ie 600® pour Ie plomb , ou Ienbsp;1200® pour Ie cuivre, amp;c.
II. Une feconde remarque a faire ici , ceft qua la vérité Ie degré de leau commencant a fe gla-cer , eft fixe ; mais il nen eft pas tout-a-fait denbsp;jnême de celui de leau bouillante, 11 eft reconniinbsp;que plus leau eft chargée par Ie poids de latmo-fphere, plus il faut quelle foit échauffée pournbsp;bouillir. Cela avoit déja été remarqué par M. Ienbsp;Monnier , qui avoit trouvé au fommet du Cani-gou, que leau bouillante ne faifoit monter Ie ther-mometre quau 78® degré. Cela a depuis 'éténbsp;vérifié par divers phyficiens, coirime M. de Se-condat, fils du célebre M. de Montefquieu , furnbsp;Ie Pic du Midi, lune des montagnes les plus hautesnbsp;des Pyrénées; amp; par M. Duliic, fur une monta-gne plus élevée encore que celles-la. On fait auflxnbsp;bouillir de leau fous Ie recipient de la machinenbsp;pneumatiqae , a un degré fort inférieur au 8o«nbsp;du thermometre ; il fuffit deii évacuer lair ennbsp;partie, Ce degré du thermometre a done befoinnbsp;dêtre. fixe , en faifant attention a la hauteur dunbsp;barometre; dans les thermometres rectifies Scnbsp;comparables, dont nous avbns entendu parler, Ienbsp;degré 80 eft celui que donne leau bouillante ,nbsp;lorfque Ie barometre eft élevé de 27 pouces denbsp;Paris. Ceft ce quon doit entendre par Ie degrénbsp;de leau bouillante.
On voit aufli que les liqueurs les plus tenues bouillent k un degré de chaleur-moindre quenbsp;Peau, mais que les huiles grades exigent un dc'nbsp;gré ds chaleur incomparablement plus grand,
-ocr page 81-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;75
III. nbsp;nbsp;nbsp;Nous avons reftifié daprès des obferva-tions de M. Duluc, ou faites a fon invitation,nbsp;le degré de la temperature des caves de IObferva-toire de Paris, qui neft pas 10, comme on le ditnbsp;ordinairement, mais 9-j au plus. Nous avons auflinbsp;reftifié , daprès les obfervations de M. Braun , lenbsp;degré du mercure bouillant, quon place dordi-ïiaire au 6oo^ de Farenheit, mais qui, fuivant cenbsp;phyficien , eft le 708 au 709.
IV. nbsp;nbsp;nbsp;Dans la table de la dilatation des metaux.nbsp;On volt que Iaciereft celui qui fe dilate lemoinsnbsp;par la chaleur, enfulte le fer, Tor. Le plombnbsp;amp; Ietain font ceux qui fe dilatent le plus. Aunbsp;lefte on voit par cette table, que la dilatabllitenbsp;ne fuit, ni le rapport des pefanteurs fpeclfiques ,nbsp;ni celui des degrés de duèlilité , ni celui des forcesnbsp;de ces metaux : il y a même des irrégularités dansnbsp;leurs dilatations, qui pourroient faire deftrer quel-ques experiences plus précifes amp; plus multipliees.
PROBLÊME XIX.
Quelle ejl la caufe qui fait que fur les hautes montagnes^ même fur celles qui font fituees fousnbsp;la [One torride, on éprouve prefque continuelle-ment un froid rigoureux, tandis que dans lanbsp;plaine ou dans les vallons il fait chaudd
Cest un pbenomene qui a depuis long-temps excite 1attention des phyficiens , que ce froid rigoureux quon éprouve fur les hautes montagnes ,nbsp;tandis que dans la plaine on efluie quelquefois lanbsp;plus grande chaleur. On fqait aujourdhui quunnbsp;des climats les plus chauds de Iunivers, eft la cote
-ocr page 82-74 Récréat. Mathémat. et Phys. du Pérou: cependant, quon séieve de-ia peu anbsp;pen dans les Cordillieres , on obferve que la cha-leur diminue progreffivement; enforte que quandnbsp;on eft dans la vallée de Quito, a 1400 toifes environ au deflTus du niveau de la mer , Ie thermo-inetre atteint a peine, pendant toute 1année , Ienbsp;13e OU 14e degré au deffus de zéro. Si Tonnbsp;inonte plus haut , a cette temperature fuccedenbsp;celle dun hiver rigoureux ;amp; quand on seft élevénbsp;a environ 2400 toifes de hauteur perpendiculaire ,nbsp;on ne rencontre plus , même fous la ligne, quenbsp;des glacés qui ne fe fondent jamais.
Comment, ont dit quelques phyficiens, cela peut-il fe faire ? A mefure quon séieve ?u defliisnbsp;de la fu'rface de la terre, on sapproche du fo-leil; fes rayons doivent conféquemment être plusnbsp;chauds, amp; Ton éprouve tout Ie contraire. Quel-ques-uns en ont conclu que les rayons du foleilnbsp;nétoient pas Ie principe de la chaleur que nousnbsp;éprouvons ; car sils Ie font , par quel méca-nifme, par quelle caufe ont-ils moins daclivité ,nbsp;préciféinent dans Ie lieu oü ils devroient en avoirnbsp;davantage} Nous allons travailler a éclaircir cenbsp;paradoxe.
II faut dabord confidérer ici que , quoique Ion séieve de quelques milliers de 'toifes au deffusnbsp;de la furface de la terre, on a tort den conclurenbsp;que les rayons du foleil doivent y avoir plus dac-tivité qua la furface même. Cette différence fe-roit infenfible, quand on séleveroit même dunnbsp;demi-diametre ; car Ie foleil étant a 22000demi-diametres de la terre , amp; la chaleur des rayonsnbsp;folaires augmentant en raifon inverfe des quarrésnbsp;des diftances, la chaleur du foleil direéf a la hauteur clun demi-diametre terreftre, feraa, celle quoa
-ocr page 83-Physique. ^ yj ëprouvera a la furface, comme le quarre de 119C)Cgt;nbsp;au quarre de 21998 ; raifon quon troiive êtrenbsp;celle de 10999 a 10998, ou de 11000 a 10999,nbsp;enforte qiie la chaleur ne feroit que dun iioooe 'nbsp;moindre a la furface qua la diftance dun demi-dia-metre. Quelle fera done la difference qui pourranbsp;refulter de sêtre élevé au deffus de la furface denbsp;la terre de 2 a 3 mille toifes ? Rien alTurement,nbsp;amp; 1on ne doit en aucune maniere faire attentionnbsp;a cette différence.
Mais il eft des caufes phyfiques, Sebien fenfi-bles, pour lefquelles les corps doivent moins se-chauffer, amp; conferver moins long-temps la chaleur dans ces parties élevées de la terre que dans les bas. II eft conftant que la chaleur que nousnbsp;eprouvons a la furface de la terre , neft pas uni-quement le produit de la chaleur direde du folell,nbsp;mais celui de plufieurs caufes reunies.
Ce font, i°la malTe des corps échauffés, qui confervent dautant plus long-temps la chaleurnbsp;quils ont une fois reque , quils font plus denfesnbsp;amp; plus volumineux : ainfi la chaleur communi-quee aux corps terreftres pendant un jour de beaunbsp;foleil, y refte encore en très-grande partie pendant la nuit: le lendemain elle reqolt un accroifte-ment de la prefence du foleil; amp; ainfi fucceffive-ment. 1° Lair étant plus denfe dans la plaine Scnbsp;dans les vallons, y conferve aufli une plus grandenbsp;partie de la chaleur quil a reque dans la journee ,nbsp;Sc empeche la diflipation de la chaleur quils ontnbsp;reque. De-la vient que la chaleur saccroit dansnbsp;les bas continuellement, a mefure que le foleilnbsp;monte fur Ihorizon. Mais il nen eft pas ainfi furnbsp;le fommet des montagnes.
En premier lieu, 1air y eft dune beaucoup plus
-ocr page 84-7(3 Récréat. Mathémat. et Phys, grande rareté que dans les bas; Ie foleil neft pasnbsp;plutót abaiffé vers lhorizon , quil perd la chaleurnbsp;quil en a reque depuis fon lever. Car jl neftnbsp;perfonne qui nait obfervé quun corps denfe ,nbsp;comine une piece de monnoie , conferve plusnbsp;long-temps fa chaleur quun corps de peu de denote , comine de 1étoffe. Quon sapproche etinbsp;effet dune cheminée oü brule un grand feu ; aprèsnbsp;y avoir refté quelque temps debout, on trouveranbsp;iargent quon a dans fa poche, brülant: quonnbsp;sen retire , il Ie fera encore long-temps, tandis quenbsp;1on aura déja fes vétements réduits au degré denbsp;chaleur ordinaire. Ainfi Ie peu de chaleur quenbsp;1air léger de la montagne a requ pendant unenbsp;journée dété , eft auffi - tót diffipé : il ne sy ennbsp;accumule point comme dans les bas, ou dailleursnbsp;Ie contaél des corps denfes amp; terreftres violem-ment échauffés , contribue a Ie maintenir dansnbsp;fon état. Secondement , les pies ifolés de cesnbsp;montagnes extrémement élevées, ne font que denbsp;petites maffes en comparaifon de la totallté desnbsp;corps terreftres des plaines ou des vallons voi-fns. Sils font échauffés jufqua un certainnbsp;point, la chaleur quils ont reque sévapore très-vite ; en quoi elle eft aidée par la fraicheur denbsp;1air environnant , refrokU au degré de la glacenbsp;prefque auffi-tót que Ie foleil eft couché.
Daprès ces raifons, il eft aifé de concevoir que 1air qui regne fur les hautes montagnes , nenbsp;contraéle que très-paffagérement un certain degrénbsp;de chaleur ; quil eft prefque toujours au deffousnbsp;de la température de la glace même ; quainfi tousnbsp;les météores aqueux cjui sy forment, tournent ennbsp;neige amp; en glacé ; quune fois quil sy en feranbsp;forraé une certaine maffe, elle oppofera a 1intxo-
-ocr page 85-duftion de la chaleur, foit dans Iair clrconvoifin, foit dans les parties quelle couvrira, un nouvelnbsp;obftacle qui tendra a augmenter le froid Sc lanbsp;maffe de ces glacés, Ceft ainli que fe font formes ces immenfes amas de neige amp; de glacésnbsp;accumulées qui couvrent les fommets des monta-gnes des Cordillieres , ainfi que quelques cantonsnbsp;des Alpes, des Apennins , enfin de toutes lesnbsp;montagnes de lunivers dont la hauteur excedenbsp;une certaine limite , qui eft, dans la zone torride,nbsp;denviron 2400 toifes délévation perpendiculairenbsp;au deffus du niveau de la mer.
Nous difons dans la zone torride, car il faut remarquer que cette hauteur efl: dautant moindre,nbsp;que la latitude eft plus grande : ainfi, dans lanbsp;zone torride , il faut sélever jufqua 1400 ou 1500nbsp;toifes pour arriver a cette region de glacés perpé-tuelles ; mais dans la zone tempérée , par exem-ple , il ne faut sélever qua 14 ou 15 cents toifesnbsp;de hauteur pour arriver a ces glacieres éternelles.nbsp;Le commencement de celles quon trouve dans Ianbsp;Suiffe , eft , fuivant les mefures de M. Duluc ,nbsp;a 1500 toifes au deffus de la mer Méditerranée:nbsp;avancez encore davantage dans le Nord, vousnbsp;les trouverez plus voifines du niveau de la mer.nbsp;Les glaciers de la Norwege font certainementnbsp;inoins élevés que ceux de la Suiffe. Enfin, dansnbsp;la zone glaciale , cette region de glacés continuesnbsp;eft précifément a la furfacé de la terre. De-lanbsp;vient que la glace ny fond point, comme toutnbsp;le monde fqait. Une couronne de glacés envi-ronne a plufieurs centaines de lieues le p61e tantnbsp;arftique quantarftique , amp; probablement inter-dit a jamais lefpérance de voir traverfer par desnbsp;vaiffeaux 1Océan glacial ^ pour gagner les mers
-ocr page 86-78 RÉCRÉAT. MATHÉMAt. ET PHYS. de la Chine du Japon par Ie paflage quon fqaknbsp;exifter entre lAfie lAmérique.
PROBLÈME XX.
Di Vattmuation dont qudques matieres font fuf~ ceptibles calcul de la longutur d'un lingot dquot;argent trait, 6* de LépaiJJeur de fa dorure,
Nous nentrerons pas ici dans la queftlon qui a h fort agité les phyhciens, fqavoir fi la matierenbsp;eft divifible a linfini ou non. II faudroit, pournbsp;la réfoudre , connoitre la nature des derniers elements des corps, amp; ceft ce qui fera probableixjentnbsp;toujours refufé a'nos lumieres. Mais la nature amp;cnbsp;Tart nous préfentent quelques exemples datténua-tion de la matiere , qui font tels, que sils nenbsp;prouvent pas fa divifibilité a linfini, ils prouventnbsp;du moins que les bornes de cette divifion font re-culées au dela de ce que 1iinagination peut nousnbsp;repréfenter.
La duftilité cle largent, amp; fur-tout celle de 1or, font deux de ces exemples que Tart nous fournit.nbsp;Une once dor eft un cube de 5 lignes j de coté,nbsp;amp; dont une des faces couvre conféquemment environ 17 lignes quarrées. Le batteur dor la réduitnbsp;en feuilles qui enfemble couvriroient 146 piedsnbsp;quarrés. Or 2.7 lignes quarrées font contenues dansnbsp;146 pieds quarrés, 111980 fois : conféquemmentnbsp;lépaiffeur de cette feuille dor eft la n 1980= par-tie de 5 lignes j , ou une 21 5 3 4e de ligne.
Mais allons plus loin , car cette attéhuation neft encore rien en comparaifon de celles quonnbsp;va voir.
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;79
45 marcs pefant, amp; denviron zi pouces de longueur Tur I 5 lignes de diametre; on le couvre de fix onces dor reduit en feuilles. Dans cet état ,nbsp;1ora Tépaifleur dun 15^ de ligne: ceft ce quonnbsp;appelle furdore. Mais on peut, fi'lon veut, nynbsp;employer quune once dor, amp; alors il naura furnbsp;Cette furface que Iepaiffeur dune 90^ de ligne.
On fait enfuite paffer, fuivant 1art du tireur dor, ce lingot ainfi dote, par divers trous fuc-ceffivement de plus en plus petits , jufqua ce quonnbsp;fait enfin reduit a un fil de iepaiflTeur dun cheveu.nbsp;M. de Reaumur a pris un fil dargent dore , ainfinbsp;allonge ; amp;, en ayant pefé un demi-gros avec lenbsp;plus grand fcrupule, fi en mefura la longueur, amp; lanbsp;trouva de pieds; dou il eft aifé de conclurenbsp;quun'gros avoit 404 pieds de longueur ; unenbsp;once, 1232 ; le marc , 23856 ; amp; les 45 marcs,nbsp;1163320, ou 96 lieues de 2000 toifes chacune.nbsp;Voila done un lingot dargent, de 22 pouces denbsp;longueur , allonge de maniere a faire un fil de 96nbsp;lieues de long.
Il y a plus. On prend ce'fil doré , amp; on le fait pafter entre deux meules dacier poli, pour 1ap-platir amp; le réduire en lame. Cette opération , ennbsp;lui donnant ^ de ligne de largeur, Iallonge dunnbsp;7^ an moins , enforte que le fil eft reduit par-la ennbsp;une lame de 110 lieues de longueur , amp; dont lé-paifiTeur eft dune 256® de ligne. Quant a For, onnbsp;trouve quil na plus quun 59000® amp;; même unnbsp;60000® de ligne dépaifleur.
Ainfi , en fuppofant que le lingot dor neut etc doré quavec deux onces dor, on trouve quenbsp;fon épaiffeur ne feroit quun 175000® de ligne ; Scnbsp;en ne fuppofant quune once dor, cette épaifleurnbsp;ne feroit que dun 350000®. Or , comme il y a
So Récréat. Mathémat. et Phys. dans la lame des endroits inégalement dorés, etinbsp;fuppofant que les uns Ie foient dune moitié plusnbsp;que les autres, on trouve que ces derniers naurontnbsp;quune épaifleur dor dun ^15000 de ligne.
Enfin il efi: reconnu quon peut faire palTer cette lame une feconde fois fous les meules dacier, amp; ,nbsp;en les rapprochant, lui donner une largeur double ; doü il fuit que , dans ce dernier état, il y anbsp;des parties oü TépailTeur de la dorure nefi: guerenbsp;quun 1000000® de ligne en épailTeur, ce qui eftnbsp;dans la même proportion quune ligne a une longueur de 1200 toifes, OU une demi-lieue.
II eft cependant certain que ces parties dor ont de ladhérence amp; de la continuité entrelles; car,nbsp;quon plonge dans de leau - forte ce fil dargentnbsp;trait, largent fera diftbus, amp; lor reftera commenbsp;un petit tuyau creux. En confidérant enfin cettenbsp;dorure avec un microfcope , on ny apper^oit au-cune trace de difcontinuité,
Lor ayant une dudfilité bien plus grande que largent, on pourroit faire ., avec un lingot dor dunbsp;méme poids, un fil bien plus long. Mais croirons-nous ce que Mufchenbroeck rapporte a eet égard ?nbsp;II dit quun óuvrier dAusbourg parvint a fairenbsp;un fil dor qui ne pefoit quun grain , Sc qui avoitnbsp;cependant ^00 pieds de longueur. II eüt done punbsp;faire un fil dor dune lieue de 2000 toifes, Sc quinbsp;neüt pefé quune dragme ou un tiers de gros ; unnbsp;fil de 24 lieues, neüt pefé quune once; Scenfin,nbsp;avec un mare dor, eet ouvrier eüt pu faire un filnbsp;de 192 lieues. Un fil de cette grofteur, Sc capablenbsp;de faire Ie tour du globe de la terre , ne péieroitnbsp;quenviron ^o marcs.
Au refte voici un fil, ouvrage clun infeéle, qui ne Ie cede guere a celui quon attribue a lou-
vrier
Physiqüë.
Vfier dAusboiirg. On a obfervé quun fil fimple de foie, de 360 pieds de longueur, pefe un grain ;nbsp;ainfi 14 grains feront 1440 toifes, amp; 3Ó grainsnbsp;feront une lieue de zi6o toifes: ime once de cenbsp;fil aura done 16 lieues ; amp; un mare , 128 ; enfinnbsp;Un pared fil, capable de faire Ie tour du globe de lanbsp;terre , ne péferoit guere queyo marcs ou 35 livres.nbsp;Ajoutons que comme un fil daraignée, qui efl:nbsp;beaucoup plus fin amp; plus léger quun fil de ver-a-foie eft comparée au moins de 3Ö brins , unnbsp;pared fil fimple, amp; de la longueur ci-deffus , nenbsp;péferoit que deux marcs ou une livre.
PROBLÊME XXI.
Continuation du menu fujet: Apperqu de la divijion de la matiere dans Les dijjolutions des corps,nbsp;les odeurs amp; la lumiere.
quot;Vquot;o I c I de nouveaux fujets dadmiration dans 1exiguité prodigieufe de quelques parties de lanbsp;matiere: nous les réuniffons ici, a caufe de leurnbsp;affiniié.
Les diffolutions métalliques nous en préfentent Ie premier exemple. Faites diffoudre un grain denbsp;cuivre dans la quantlté fuffiiante dalkali volatil,nbsp;il vous donnera une couleur bleue. Verfez cettenbsp;diffolution dans trois pintes deau, toute cettenbsp;eau fera fenfiblement colorée en bleu. Or troisnbsp;pintes font 144 pouces cubiques; chaque poucenbsp;peut être divifé en longueur dabord en lignes,nbsp;puis en 10® de ligne, qui feront vifibles ; ainfi onnbsp;trouvera dans ces 144 pouces cubiques Ie nom-bre de 248832000 parties, dont 11 neft aucunenbsp;qui ne foit colorée en bleu. Un grain de cuivrenbsp;Tome IF.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;F
-ocr page 90-gi Récréat. Mathémat. et Phys. fe divife done par ce moyen au moins en 24883-2000 patties. Mais nous irons plus Join : on peutnbsp;voir chacune de ces parties avec un microfeopenbsp;groiïffant loofois lesobjets en longueur, confe-quemment 10000 fois en fuperlkie, amp; il neftnbsp;aueune de ces |varties qui ne foit oolorée : confé-quemment il faut multiplier le nombre ci-deflusnbsp;par 10000, ou lui ajouter quatre zeros; ce quinbsp;nous dormeun grain de cuivre divife en 248832-0000000 parties vifibles, du moins a Iceil arménbsp;dun microfeope.
PalTons maintenant aux odeurs. On dit quun grain de mufc parfume pendant plufieurs anneesnbsp;une chambre de i z pieds au moins dans toutesnbsp;fes dimenfions , fans perdre fenliblement de fonnbsp;volume ni de fan poids. Or un pareil efpace ren-ferme 1728 pieds cubes, dont chacun contientnbsp;lui-meme 1728 pouces cubes, amp; chacun de cesnbsp;derniers, 1728 lignes cubes; enforte que le nombre des lignes cubes eft la 3^ puiflance de 1728.nbsp;Il neft probablement aueune de ces lignes cubesnbsp;qui ne contienne quelques- unes des particulesnbsp;odorantes; cet air peut être, dans le courant denbsp;plufieurs annees, renouvetle rooo fois, amp; le grainnbsp;de mufc , fans alteration (enfible, fournh de nou-velles particules odorantes. Omagmation fe perdnbsp;dans le calcul de la ténuité de chacune.
Cependant, malgre'la ténuité de ces particules odorantes, elles-ne pafFent pas au travers du verrenbsp;amp; des métaux, dc illt;eft èes éfluvia q^m les pene-trent: tels, font ceux des corps lumineux , ou lanbsp;lumiere , le magnétifme, 1éleftricité. Quelle doitnbsp;done être Iexiguite des particules dans lefquellesnbsp;ils confiftent! Nous ne nous wêterons plus quanbsp;la lumiere.
-ocr page 91-Si les particules dont rimiflioij conftitue la lu-oiiere nétoleot pas d.une petiteCe en quclque fone infiaie, il ne^ aucun corps qui pfi.t réfifter anbsp;1aéiion de la luinkre la plus fojble; car leur ex-ceffive multitude, la rapidité avec laquelle ellesnbsp;parlt;ent du corps lumLneux , font telles que , fansnbsp;cette .ténuité prodigieufe , la lutniere rnettroit ennbsp;pieces tous les corps fur lefquels elle tomberoit,nbsp;au lieu dy exciter feulement ce léger frémiffe-tnent, ce mouvement infenfihle de vibration dansnbsp;leqqei conlille la chaleur, lorfquelle n3. que lanbsp;dendbé de la lutniere du foleil.
La lumiere parcourt en eifat, dans une feconde^' ii888o lieues, qu 2577,60000 tpifes. Par confé-^uent, fi une .particule de lutniere nétoit que lanbsp;^577600008 partie dun grain de plomb dunenbsp;ligne de diametre, elle feroit fur .nos organes lanbsp;ïnême impreffion quun pared grain ,de plomb ,nbsp;parté avec une v.itaïï'e .dune .toife par feconde. |lnbsp;n.y a.nul.doute quime .paredle impreffion ne futnbsp;tres-fenfible aux parties délicates de notre ,corps.nbsp;Maïs quelle fero.it-elle , fi a-l.a-fois des mtUtons denbsp;millions de pareils globules yenoient Ie choquer,nbsp;amp; étoient fuivis, dans un intervalle de temps in-finiment petit, dune paredle quantité dautres,nbsp;comtne cela arrive a un corps .éclairé par la lu~nbsp;Uiiere ! Aucun.être ne pourroity réfifter.
La ténuité dune particule de lumiere eft done fincore immenfément au deffous de cede que nousnbsp;¦'^cnons de lui affigner pour premiere limite. Ta-chons den determiner une autre plus approchantenbsp;¦de la.vérité.
^-a denfité de la lumiere du foleil, telle quelle arrive a notre terxe amp; dans ce climat, .eft tells »
quétendue dans pa efpace i5ooooiois,plus,grapd,
F ij
-ocr page 92-§4 Récréat. Mathémat. et Phys. elle a encore 1éclat de celle de la lune pleine. IInbsp;eft probable que celle-ci, étendiie de la même ina-niere , égaleroit au moins celle dun ver-luifant,nbsp;éclairant un objet a lO pieds de diftance : ainfinbsp;celle-ci Te trouvera, parlecalcul, 62500000000nbsp;fo is plus foible. 11 eft dailleurs extrêmement probable qiie, dans la prunelle de 1ceil qui regardenbsp;a cette diftance !a luiniere dun ver-luifant, il nynbsp;a pas une partie fenfible qui ne foit éclairée elle-même : fuppofons-la dune ligne quarrée de fur-face , Sc cette ligne quarrée divifée en 10000 parties fenfibles: il y a done a chaque inftarit 10000nbsp;globules de luiniere qui arrivent a la rétine , réunisnbsp;en un point imperceptible, amp; avec une vitelfe denbsp;257760000 toilès par feconde, fans néanmoins ynbsp;produire une impreffion de choc fenfible , amp; mêmenbsp;a peine lapperception de la luiniere.
En fuppofant la même qiiantité de globules de lumiere, lancés par la lumiere la plus foible fur unenbsp;ligne quarrée de furface , on trouve que, dansnbsp;une ligne quarrée de lumiere dn foleil, il y en anbsp;625000000000000, amp; dans un pouce 90000-000000000000. Cette quantité de globules musnbsp;avec une vitefiTe de 257760000toifes par feconde,nbsp;amp; peut-être renouvellés mille fois dans eet inter-valle de temps, ne produit cependant fur la paumenbsp;de la main quun léger fentiment de chaleur; doünbsp;il faut au moins conclure que 900 mille millionsnbsp;de millions de ces particules, mues avec la viteffenbsp;ci-delTiis , font moins dimpreffion que Ie chocnbsp;dune balie de plomb dune ligne de diametre ,nbsp;tombant de 3 pieds de hauteur ; amp; de-la fuit cettenbsp;nouvelle conféquence , quen fuppofant du moinsnbsp;aux particules de la lumiere la même denfité quenbsp;Ie plomb, chacune delles, comparée a une balie
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plomb dune ligne de diametre , eft en un inoindre rapport quun 1^7760000®nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;900000-
cooooooooooo , ou un 231984000000000000-000000000® a Iunite.
Telle eft done au moins la ténuité des parti-cules de la lumiere ; amp; peut-etre , par dautres rai-fbnnemfents, pourrions-nous etablir quelle eft encore beaucoup plus grande ; enforte que probable-ment il faudroit reduire le rapport ci-deftus a celui de Iunite a un nombre comparee de 30 ou 3^nbsp;chifFres. Mais nous nous bornerons a ce que nousnbsp;venons de dire , pareeque cela eft fuffifant pournbsp;notre objet, amp; pour montrer (ce que nous feronsnbsp;ailleurs) que le folell peut, pendant plufieurs fie-cles de fuite, fournir, fans diminution fenfible, anbsp;Iemlffion de la lumiere qui fort de fon fein , ce-qui fert a repondre a une objeftion qiion faitnbsp;centre la théorie Netetonienne de la lumiere.
Quelk yitejje faudroit-il donner a un boulet de canon , dans la direciion hori:(ontah , pour qu'ilnbsp;m retombdt pas fur la tern, amp; quil circularnbsp;autour d'die comme une planete, enfaifant néan-moins abjlraciion de la rejifance de Vair ?
Si du haut dune montagne on tire un boulet de canon dans la direction horizontale, il ira, commenbsp;tout le monde fqait, tomber a, une certaine dif-tance fur la terre. Suppofons maintenant quonnbsp;augmente de plus en plus la viteflTe imprimée a cenbsp;boulet, il ira tomber de plus en plus loin; car I2nbsp;parabole, ou plutdt Iellipfe quil decrit , fera danbsp;plus en plus évafée. On peut done concevoir que
F iij
-ocr page 94-8Ö RécrIat. Mathémat, et Phys, k vitefie fut telle , que Ie boulet allit totnbef aunbsp;point de la terfe dian'i'étfalement oppofë. Alors,nbsp;pöur peti qtte sttigmentat la viteffe , Ie bötiletnbsp;ne toucheroit plus k terre , niais rèvièndfo'it aunbsp;point dö'ii il eft parti pat tne ligne férttb'lab'le anbsp;celle cjiiil a décrite en pfeifiiet lieu. Il décriróit ,nbsp;alöfs fans ceffe iWë ligne ellrptiqoe autütir de lanbsp;terre, amp; il feroit véritablerfient tine petite p'knete,nbsp;qui feroit autoUr delle fes revo'ltitioris.
II sagit done de ttöüYet de qüelle durée feroit Cetre révolütion ; catj la cblirtöilktit ^ on tröü-vera kcileitieht la viteffe de cette petite plahete,nbsp;oü cèlle aYéc kqnelle eft patti ttbtrfe boulet; ptiif-quil ny adra qu^ divifet Tefpitè parcöurü , quinbsp;fera ^ peti pfès k circonférente terleftre, pttr Ifenbsp;teirips erhplöyé a la patcotttir.
La fan-eiife regie de Képler dötine facilement la foliittoii dé cè próblêtiie. Caf, ftippbfóni notrenbsp;petite pknete en mouvement; elle clevra confé-quemment, cbmpdrée avec.k luHe , faire fes revolutions dans un temps tel, que les quarrés desnbsp;temps périodiqiies foient ebnime les cubes désnbsp;diftances. Or k diftance rilbyenne de k lune anbsp;k terre eft de 6o demi-diametres , amp; celle denbsp;notre petite planete fera ditn rayon terreftre : onnbsp;aura done riéceffairemént ce rapport; comme Ienbsp;cube de 6o ou 116000 eft a i , ainfi Ie quarrénbsp;dil tehips péri'ódlqlte dé k llui'é aü quarré dunbsp;temps périódique de ho'trè pétite planete. Or Ienbsp;temps périódique de la lüiie eft de 17 ]burs 8 beu-re^ bu 6y6 Heiifes^ doht Ie qüafté eft 4303 36;nbsp;Öoiic on au'ri cè tapport ; cómitiè iiöooö a i ^nbsp;dinïi 430336 a un quatrième terme , qui feranbsp;i ou en fraftibns décimales, 1.9913 , dontnbsp;k racine quitfée 1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, expriméra aüffi ie nombrê
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des heures employees par la petite planete dans fa revolution. Or 1.41 en heures minutes,nbsp;font ih 14/ Notre petite planete devroitnbsp;done faire fa revolution dans le temps ci-deffus ;nbsp;ce qui donne, en fuppofant un grand cercle denbsp;la terre de 9000 lieues , 107 lieues 8c environ^nbsp;par minute , ou une lieue amp; ^ par feconde.
Si 1on donnoit a ce corps une vitefle plus grande que celle ci-deffus , quoique moindre quenbsp;de 149 j lieues, il decrlroit une ellipfe dont lenbsp;perigee feroit au point de depart. Si la vlteffe denbsp;la projeftion etoit de 149 lieues ^ par minute ounbsp;plus grande, le corps ne retomberoit plus fur lanbsp;terre ; car , dans le premier cas, il decrirolt unenbsp;parabole dont le fommet feroit au point dou iinbsp;auroit été projeté ; amp;£ dans le fecond, il decrl-toit une hyperbole.
P R O B L Ê M E XXIII.
On a dlt, amp; eeft une conjedure a laquelle fa fingularité a donne de Ieclat, quil pouvoit fenbsp;faire quelaLune ne fut autre chofe quune cometenbsp;qui, allant au Soleil ou en revenant, amp; paffantnbsp;a la proximité coiwenable de la terre , avolt éténbsp;détournée de fon cours, St étoit devenue cettenbsp;planete fecondaire qui nous accompagne. Car ,nbsp;fuppofons quune pareille comete , nayant que lenbsp;mouvement de projeélion néceffaire pour décrirenbsp;un cercle autour de la terre , a 60 demi-diametresnbsp;de fon centre, eut paffe a cette diftance de notrenbsp;^lobe, Sc dans un plan incline a fon orbite ; elk
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-ocr page 96-88 Récréat. Mathémat. et Phys.
eüt du, dit-on, néceffairement devenir notre
Lune.
On appuie cette conjedture de quelques remar-ques qiii fcmblent lui donner de la probabilité. La Lune, dit-on ciabord , prélente a la vue, armeenbsp;dun excellent téleicope , lapparence dun corpsnbsp;torréfié; les cavités dont elle eft parfeinée font lesnbsp;déchirures quy a occafionnées 1extrême chaleur,nbsp;en faifant fortir en vapeurs 1humidité dont ellenbsp;étoit itnprégnée ; on ajoute quil ny refte plusnbsp;aucune apparence dhumidité , puifquil ny a pointnbsp;datmofphere. Tout cela convient fort a une co-mete qui a paffe très-près du Soleil.
Remarquez, dit-on encore, que les planetes les plus groffes , comme Jupiter amp; Saturne ,^ontnbsp;quatre ou cinq fatellites. Ceft que leur attradlionnbsp;sétendant bien plus loin que celle de la Terre, ilsnbsp;ont eu bien plus dempire fur les cometes cjui ontnbsp;paffe a leur proximité , Ie mouveinent de ces co-metes étant dailleurs fort ralenti, a caufe de leurnbsp;diffance au Soleil. Les petites planetes , commenbsp;Mercure, Vénus, Mars, nont point de fatellites ,nbsp;a caufe de lapetiteffe de leur maffe, amp; de la viteffenbsp;avec laquelle les cometes, allant au Soleil ou ennbsp;revenant, ont paffe a leur proximité.
Tout cela eft fort ingénieux, Néanmoins cette affertion ou conjedlure ne peut fe foutenir, qiianclnbsp;on Texamine avec Ie flambeau de la geometrie.
Nous trouvons en effet par Ie calcul , que , quelle que foit la pcfition ou la grandeur de 1or-bite dune comete, elle ne fcauroit, lorfquellenbsp;paffera prés de lorbite de la terre, avoir unsnbsp;viteffe convenable pour devenir un fatellite denbsp;notre globe, a quelque proximité même quellenbsp;cn paffat j car on déinontre que toute comete j
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parvenue a une diftance clu Soleil égale a celle tie la Terre, a dans ce moment fur fon orbire unenbsp;viteffe qui eft a celle de la Terre, coinme k i,nbsp;ou 1414 a 1000. Or cette vitefte eft incompara-blement plus grande que celle de la Lime fur fonnbsp;orbite, amp;: metne plus grande que celle dune pla-nete qui circuleroit prefque a la furface de la terre,nbsp;ainfi que le calcul fuivant va le montrer.
La Terre parcomt en 365 jours, une orbite de 66 millions de lieues de circonference; ainfi fanbsp;vitefte fur fon orbite eft telle , qifelle parcourtnbsp;en un jour 567000 lieues, en une heure 23615 ,nbsp;en une minute 984 lieues ; ainfi, multipliant cenbsp;dernier nombre parnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;on aura 1391 lieues
pour le chemin que toute coinete , arrivee a la diftance de la Terre au Soleil, parcourt neceftai-rement par minute,
Vbyons maintenant celle de la Lune fur fon orbite. Le diametre moyen de 1orbite de la Lunenbsp;eft de 60 diametres terreftres , amp; fa circonference , par confequent, de 188 de ces diametres ;nbsp;ce qui, en evaluant le diametre de la terre a 3000nbsp;lieues , donne pour la circonférence de 1orbitenbsp;lunaire, 564000 lieues. Cet efpace eft parcourunbsp;en 27 'jours 8 heiires moms quelques minutes,nbsp;ou 27 j: ainfi la Lune parcourt fur fon orbite , ennbsp;un jour ,20142 lieues; en une heure 839 , amp; ennbsp;une minute 14 lieues. Lon voit done avec la plusnbsp;grande evidence, que fi une comete pafloit a unenbsp;diftance de la Terre égale a celle de la Lune , cenbsp;quauroit du faire la comete transformee en notrenbsp;fatellite, elle pourroit feulement avoir une vi-tefie de 14 a 15 lieues par minute, au lieu de cellsnbsp;de 1390, que toute comete a néceftfairement anbsp;cet éloignement du Soleil. La Lune na done pu
-ocr page 98-9Ö Récréat. Mathémat. et Phys. étre une comete qui, paffant tropprès de la Terre,nbsp;cn'a été, pour ainfi dire, fub)uguée.
Voyons maintenant fi , paffant beaueoup plus prés de la Terre , amp; même prés de fa furface , Ianbsp;comete dont noiis parlons pourroit être arrêtéenbsp;par 1atttaélion de la Terre, Nous trouverons encore , par un calcul femblable , quelle ne fqauroltnbsp;circuler autour delle ; car nous avons vu précé-demment que , pour quun corps put circuler autour de notre globe prés de fa furface , il lui fau-droit une viteffe de io6 lieues environ par minute.nbsp;Or ceci eft encore extremement au deffous de lanbsp;viteffe quautoit neceffairement une comete paffant tout prés de la Terre ; car, ft un corps partoitnbsp;du fommet dune montagne vers 1Orient ou 1Oc-cidenf, avec une viteffe de 1390 lieues par minute , il sééarteroit de la Terre fans jamais y re-venir, cette viteffe étant beaueoup plus grandenbsp;quil ne faut pour lui faire décrire autour de lanbsp;Terre une ellipfe quelconque , même infinimentnbsp;allongee, ou une parabole.
Voila done la Terre, amp; fans doute Mars, ex-clus du privilege de pouvoir jamais gagner un fa-tellite de cette maniere; a plus forte raifon Venus amp; Mercure. Mais en eft-il de même de Jupiter Scnbsp;de Saturne ? Ceft ce que nous aliens encore examiner , en y employant des calculs femblables.
La viteffe de revolution de Jupiter autour du Soleil, eft de 413 lieues par minute ; Sc par con-féquent celle de route comete allant au Soleil qunbsp;en revenant, lorfquelle eft a la même diftancenbsp;de cet aftre que Jupiter, fera dl''498 lieues dansnbsp;le même temps. On trouve daillcurs, que la vt-teffe du premier fatellite de Jupiter eft de 13680nbsp;lieues par heure dans fon orbite, ou de par
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lïiinuté : ainfi la viteffe de toute comete paffant a la pröximité de Jupiter amp;£ a la diftatice de fonnbsp;premier fatellite , fera toujours neceffairementnbsp;beaucoüp plus confidérable , amp;£ prefque triple ;nbsp;dou il iuit que^ ni ce premier fatellite, ni aucunnbsp;des autres, na été dtiginairerhent une comete,nbsp;que cette groffe planete seft appropriee; car lesnbsp;autres fateUites ont une viteffe encore moindrenbsp;que celle du pteniier.
II refteroit a fqavctir fi une comete, paffant a uhe ttès-grande pröximité de Jupiter , pourroit etinbsp;être arrêtée. Cela ne nous paroit pas abfolumentnbsp;ittipöffiblé : eat un fatellite qui feroit fa rév'olutionnbsp;ptefque a la furface de Jvipiter ^ y emploietoit uiinbsp;peu plus de 3 heufes; ce qui dontie une viteffenbsp;tie 5^7 lieues pat minute. Mais on a Vu plus hautnbsp;que celle de la comete feroit de 598. Or, quoiquenbsp;cette viteffe fdit trop grande pour faire décrire a unnbsp;tdrps un cerele autour dé Jupiter, fort prés de fanbsp;furface, elle ne Ieft pas trdp pour lui faire décrirenbsp;Une ellipfe. Si done une comete , allant an Soleilnbsp;OÜ en révéhaht, alloit étourdiment donner dans lenbsp;fyftêmè de Jupiter entre lui amp;; fon premier fatellite , il pöurröit arriver quelle continuat de cir-culer autdur de cette planete, dans une orbitenbsp;Iinon circulaire , du moins elliptique plus ounbsp;moinS allohgée.
Car j füppöfons que Iorbite dè Jupiter foit AB,
Sc que Jupiter étant en I 6sC tendant vers B , la comete foit en G , par exemple, 8c tendant en D PI.2,nbsp;fous un angle denviron 45 degtes, amp;c quenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*3*
défigne la viteffe de cette comete , que nous avoirs dit être plus grande que celle de Jupiter fur fonnbsp;orbite, amp; environ triple ; prenez DE égale a lanbsp;viteffe de Jupiter : alors GE feroit la viteffe ref-
-ocr page 100-91 Récréat. Mathémat. et Phys. peftive de la comete, amp; même fa route a légardnbsp;de Jupiter fuppofé fixe , amp; fans adlion fur la co-niete. Mais, a caufe de cette aftion , elle décri-roit une route infléchie, comme CF, qui la feroitnbsp;tomber prefque perpendiculairement fur 1orbitenbsp;de Jupiter, amp; avec une vitelïe qui pourroit ndtrenbsp;guere plus grande que celle du premier fatellite.nbsp;Si done a ce moment Jupiter fe trouvoit ennbsp;un point I, tel que IF fut moindre que la dif-tance de Jupiter a celle de fon premier fatellite ,nbsp;je ne vois nullement ce qui empêcheroit la comete de prendre autour de lui Ie mouvement circulaire ou elliptique qui conviendroit i la forcenbsp;de fa projedtion ; amp; fi elle avoit fait une fois unenbsp;revolution , il eft évident quelle devroit copti-I nuer a jamais den faire de noiivelles.
Javoue, au refte, navoir pas tellement examine eet objet, que je puiffe dire que je tiens la chofenbsp;pour démontrée. Pour en être affuré , il faudroitnbsp;réfoudre ce problême-ci , qui neft quun rameaunbsp;de celui des trois corps, amp; que nous propofonsnbsp;a ceux de nos leéleurs aflez verfés dans lanalyfenbsp;PI. a, pour sen occuper. Dmx corps I 6* C , qui s'atti-fig. 14. rent Vun V autre en ruif on inverfe des quarrés desnbsp;difances , amp; en raifon directe de leurs majfes , étantnbsp;I lancés des points I S' C , felon les difances IB ,nbsp;CG , avec des viteffes données, trouver lts courbesnbsp;qu ils décriront. On peut nv2me, pour fimplifiernbsp;Ie problêrne, fuppofer que lun des deux , I , foitnbsp;fi gros a légard du fecond, quil ne foit prefquenbsp;pas détourné de fa route.
Plota. Depuis linipreffion de ceci, nous avons fait quelques remarques fur ce fujet , que nous donneronsnbsp;dans la fuite de ce volume.
-ocr page 101-PROBLÊME XXIV.
Jufqu 'a qitcl point peut amp; doit-on craindre Pap-proche ou k choc d'une comete , 6* ks ravages qui pourroknt en rifulter fur la Terre ?
pre te
lui-même, pour une auffi belle caufe , a cette innocente fupercherie ; car il ne sagiffoit pasnbsp;moins que de rendre le repos amp; leur éclat a deuxnbsp;yeux bien capables de diftraire de 1obfervationnbsp;Ia plus intéreffante laftronome le plus fauvage.nbsp;Quoi quil en foit , dévoué , malgré mon goütnbsp;pour les fciences abftraites, a cette charmantenbsp;portion du genre humain , je vals tacher de lanbsp;tranquillifer , de lui prouver que le danger
Cj£ que nous avons dit dans le probleme précédent fur les cometes, nous conduit naturellement a traiter une queftion devenue célebre par 1al-larme que conqut tout-a-coup cette capitale , il ynbsp;a quelqiies annees. Nous avons vu en , 1774 ,nbsp;tout Paris dans le trouble amp; linquiétude, da-près lexpofé peu fidele du Mémoire dun acadé-micien, quon difoit annoncer 1approche très-voifine dune coinete avec la Terre, approchenbsp;dont 1effet devoir être au moins délever lesnbsp;eaux de lOcéan au point de fubmerger notre.nbsp;continent. Jai vu plus dune femme ne pas fermer loeil plufieurs nuits de fuite ; amp; jai mémenbsp;eté obligé , pour rendre le fommeil a une delles,nbsp;de 1affurer , par un menfonge officieux , quonnbsp;nvoit troLivé une énorme erreur dans le calcul denbsp;1académicien , amp; quil sétoit fait a cette occafionnbsp;une affaire trés-grave avec fa compagnie. Cenbsp;motif mexcufera, a ce que jefpere , aiiprès denbsp;rilluflre aftronome. Je fuis affuré qull fe fut prêté
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dêtre écrafé ou inondé par une comete , ne vaut pas la peine cle troubler fon repos.
II y a déja long-temps que quelques allronomes ont conj^eftiiré quune c.omete pouyoit devenirnbsp;funefte a la Terre. Le célebre ^S^hifton , hominenbsp;chez qui 1imagination dominoit un peu trop lanbsp;faculté raifortnante, voyant une x:omete commenbsp;celle de 1680 , accompagnée cPune immenfenbsp;queue, savifa de conjefturer que fi une planetenbsp;venoit a doianer dans cette queue , elle pouvoitnbsp;en condenfer les vapeurs par fon attraftion , amp;Cnbsp;endtrenoyee. II conjefturoit auffi que le delugenbsp;avoir ,eu .cette caufe ; amp; il ajoutoit que fi unenbsp;comete .comme eelle-la, revenant dauprès du So-leil, oü «Ue avoit dü prendre un deg-ré de cha-leur plufieurs milliers de fois plus grand que cèluinbsp;dun fer rouge , elle pouvoit brüler notre Terre.nbsp;II penfoit mdme que ceft ainfi que .doit so-pérer la conflagration générale qui anéantira unnbsp;jour notre habitation.
ïi?
Ces idéés, plus lingulieres que juftes, prouvent alTez ce que nous venons de dire de la trempe def-prlt de \^^hifton. Nous ne pouvons dire ce quinbsp;arriveroit, fi une comete auffi violemment chauf-fée venoit a paflfer très-près dè nous. II efl: probable que , vu la rapidité avec laquelleelle pafTeroitnbsp;prés de la Terre , ainfi quon le verra plus loin ,nbsp;nous nen .lèrions guere incommodes, f^uant aunbsp;danger dêtre inoixlé par les vapeurs de fa queue,nbsp;il neft nullement fondé , parceque lon-peut aifé-ment démontrar que ces vapeurs qui nagent dansnbsp;im milieu auffi délié que lcBther, doivent êtrenbsp;elles-mêmes dune ténuité prefque infinie, Toutenbsp;cette immenfe queue réduite en 4uide commenbsp;leau, fourniifoit probqblement a peine la matiere
1^'^'
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a une pluie abondante. Au refte , la comete en queftion ne revient que tous les 575 ans environ:nbsp;elle a paru en 1680; ainfi elle ne reviendra dansnbsp;notre voifinage que dans environ 480 ans. Cenbsp;Ibra Iaffaire de nos defcendants,
M. Halley a envifage ce danger dune autre JTianiere. II a remarqué que fi la comete de la finnbsp;de 1680 eut pafle 31 jours plus tard par Ieclip-tique , elle le fut trouvée a une diftance de la Terrenbsp;guere plus grande quun demi - diametre folaire ,nbsp;ou que 137300 lieues ; amp; il ajoute quil ny anbsp;nul dome quune pareille proximité entre ces deuxnbsp;corps, noccafionnat des derangements affez con-lidérable^ dans le mouvement de la Terre, cominenbsp;un changement dexcentricité amp;c de temps perio-dique. « Veuille, dit-il enfin, 1Auteur de la na-n ture nous garantir du choc de ces maffes énor-» mes, ou même de leur contaft, qui neff quenbsp;» trop poffible. » II remarque cependant que lanbsp;pofition infiniment variée de lorbite des cometes ,nbsp;leur inclinaifon -ordinairement très-confidétable anbsp;1ecliptique, femblent ^tre arrangées par lAu-teur de la nature, pour nous garantir dune auffinbsp;funefte cataftrophe.
Comme , depuis'le temps de Hailey, Iaftrono-mie cométique seft enrlchie de la connoiffance dune quarantaine de cometes nouvelles, il étoitnbsp;naturel dexaminer sil y en avoit qui, par quelquenbsp;changement dans la pofition Sc la grandeur denbsp;leurs ofbites, puffent être de mauvals augure pournbsp;la Terre. 'Ceft ce que M. de la Lande entrepritnbsp;de faire, a 1occaifion de la comete quon vit ennbsp;1770; amp; il trouva quil y en a quelques-unes dorrt,nbsp;en changeant quelque peu les elements, il pouvoitnbsp;arriver qu-elles approchaffent.beaueoup dedorbite
-ocr page 104-96 RÉCRÉAT. MATHÉiMAT. et Phys. que nous décrivons. 11 fit voir en même tempsnbsp;que ce danger ne devoit pas beaucoup effrayer,nbsp;y ayant plufieurs fois mille a parier contre un,nbsp;que la comete paffant fur 1orbite de la Terre,nbsp;elles ne fie rencontreroient pas lune Tautre.
Ce danger étoit, comme Ton voit, alTez éloi-gné pour ne pas beaucoup allarmer; mais il ajou-toit, quen fiippofant quune pareille comete paf-sat a 15000 lieues de la Terre, elle éléveroit les eaux de lOcéan , amp;c occafionneroit, fuivant fanbsp;pofitiori, un flux capable de couvrir notre continent , amp; den balayer tous les ctres vivants avecnbsp;leurs habitations. Ceci augmentoit confidérable-jnent Ie danger: car, sily avoit 10000 contre unnbsp;a parier que la comete amp; la Terre ne fe trouve-roient pas a-la-fois dans 1écliptique a la diftancenbsp;dun diametre de notre globe , il 'ny avoit plusnbsp;que 2000 contre un a parier quelles pourroientnbsp;fe troLiver a 5 diametres Tune de 1autre, amp; con-féquemment de nous voir noyés. Or 1intérêt eftnbsp;aflTez grand pour ne pas envifager cette chancenbsp;fans inquietude, amp; il eft des gens qui ne tireroientnbsp;pas fans trembler a une loterie oii il y auroit unnbsp;feul billet noir fur cent mille. I
au
moment adtuel, aucune comete connue, dont lorbite rencontre la trace du chemin de la Terrenbsp;fur récliptique. II eft vrai que les orbites, tantnbsp;des planetes que des cometes, étant fujettes a desnbsp;variations infenfibles , il peut arriver dans la fuitenbsp;que lorbite dune comete entrecoupe juftenientnbsp;lorbite de la Terrei mais, a inoins quelle nc foit
abfoluine»*^
Mais heureufement tous ces calculs font fondés fur des fuppofitions qui, quoiquelles puiffent fenbsp;réalifer dans la fuite des fiecles , nont pas aftuel-lement lieu dans 1état de lunivers, II Jny -
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abfolument couchée fur le plan de Iecliptique , Cette pofition ne peut être que momentanée; 6cnbsp;les revolutions cométaires étant extrêmeinent longues , il y a déja une probabilité très-forte quenbsp;cette pofition aura cefle , lorfque la comete tra-verfera Tecliprique.
Mais fuppofons que cette pofition folt alTez conftante pour quune comete , traverfant Iecliptique , fe trouve préclfément dans le même plannbsp;amp; fur la trace de la Terre. Vovons , en confultantnbsp;les loix de la probabilité, quelle chance il y anbsp;pour quau moment oii la comete fera fur lé-cliptique, la Terre fe trouve fur un point affeznbsp;voifin pour la choquer ou en étre choquée. Ennbsp;voici le calcul.
Au moment ou la comete eft fur Tédiptique même , il y a pour la Terre, fur le même cercle ,nbsp;autant de pofitions différentes que Ton peut compter de diametres terreftres ; mais il ny a que troisnbsp;de ces pofitions qui foient abfolument critiques,nbsp;car il en eft une qui donneroit un choc central,nbsp;amp; les deux autres, a un diametre prés, plus avantnbsp;OU après le lieu de la comete , donneroient unnbsp;fimple choc fuperficiel. Or on trouve que lorbitenbsp;de la Terre contient fur fa circonférence 72.450nbsp;fois le diametre terreftre; ce qui , divifé par 3,nbsp;donne 14150. Ainfi, dans la fuppofition oü unenbsp;Comete devroit nécefifairement fe trouver fur lenbsp;chemin de la Terre , il y auroit encore 14150nbsp;contre un a parier , que la Terre ne feroit pasnbsp;cn ce moment a portee den recevoir un chocnbsp;^uelconque, même fuperficiel. Ajoutons a cela ,nbsp;Rue cette pofition dangereufe de la comete eft ,nbsp;pour ainfi dire , 1affaire dun inftant; car, en tr4-verfant lorbite de la Terre, elle a une vitefte denbsp;Tome ir.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;G
-ocr page 106-9§ Kécréat. MatmémAT. et Phys.
1390 lieues par minute: ainfi Ie danger ne duré-roit pas 3 minutes de fuite. II y auroit certes bien du malheur, li une comete, fe trouvant auffi peunbsp;de temps dans Ia proximité du chemin de la Terre,nbsp;celle-ci alloit mal-adroitement lui barrei Ie che-min, amp; Ib rencontrer avec elle.
Le danger pour notre globe ddtre inondé par Ie foulevement des eaux de 1Océati, eft encorenbsp;moins fondé; quand méme la comete paiïeroitnbsp;è une diftance très-médiocre de la Terre, commenbsp;4 12000 ou 15000 lieues , ce qui eft un fixiemenbsp;de la diftance de la Terre a la Lune. II eft vrainbsp;quen fuppofant une comete rencontrant précifé-ment lorbite de la Terre , il y a une probabiliténbsp;qui neft plus que de l contre environ 7100 , quenbsp;notre globe pourroit fe trouver i une diftancenbsp;qui neft pas plus grande que de quatre a cinq denbsp;fes diametres ; mais la rapidité avec laquelle fenbsp;feroitcette approche, amp; avec laquelle les deuxnbsp;globes séloigneroient enfuite, ne donneroit pasnbsp;aux eaux de 1Océan le temps de sélever afteznbsp;pour fiibmerger notre continent; car il faut unnbsp;certain temps pour imprimer a la mafte énormenbsp;des eaux de la mer, un mouvement tel que celuinbsp;du flux amp; du reflux. Ce qui le prouve, ceft quenbsp;le flux ne fuit que de loin le paflTage de la Lunenbsp;par le méridien , même dans les mers ouvertes ,nbsp;amp; que les grands flux des nouvelles amp; pleinesnbsp;lunes ne fe font méme pas ce jour-la, mais lesnbsp;fuivants. Or une comete arrivant a lorbite de lanbsp;Terre, traverferoit notre fyftême lunaire a peunbsp;prés dans une heure : ainfi il ne pourroit en réfulternbsp;quun léger mouvement dans les mers très-ouver-tes, telle que la mer du Sud, Quelques-uns des pe-tits iflots qui y font parfemés, amp; qui font prefqo®
-ocr page 107-^ fleur deau , pourroienten être fubmergés, tnais notre continent feroit abfolutnent a labvi dunnbsp;pareil malheur.
Ce quil y a de plaifant dans eet effroi que conqut la ville de Paris, lur Ie faux expofé dunbsp;Mémoire de M. de la Lande , ceft quil y avoitnbsp;déja quatre ans que Ie plus grand danger que lanbsp;Terre ait courua eet égard depuis plufieur.s fiecles,nbsp;étoit paflié j car, de toutes les cometes connues ,nbsp;Celle qui seft Ie plus approché de la 1 erre, eft cellsnbsp;de 1770: elle en fut, Ie i®*quot; Juület , a environnbsp;750000 lieues, ce qui eft plus de huit fois la dif-lance de la Lune a la Terre. Il ny avoit pas ldnbsp;de quoi troubler Ie fommeil de qui que cé foit.
Au furplus , ce feroit un beau amp; magnifique fpeifacle pour les aftronomes, que celui dunenbsp;comete a peu prés groffe comme la Terre, traver-fant les cieux avec une vitefte aulïï grande quenbsp;nous venons de Ie dire. Quel beau phénomene quanbsp;celui dun nouvel aftre denviron 9 degrés de dia-nietre apparent, amp; parcourant de fon mouvementnbsp;propre, dans une OU deux heures , environ 180nbsp;degrés dans Ie ciel ! Quel aftronome ne fouhaite-roit pas dêtre témoin dun phénomene ft rare ,nbsp;ddt-il en arriver quelque petite cataftrophe pournbsp;de petits iflots deja a demi noyés dans Ie vaftenbsp;Océan?
On a cependant calculé que cela narriveroit pas fans quelque dérangement dans Ie mouvement denbsp;notre globe. M. du Sejour a trouvé quune cOmetenbsp;grofte comme la Terre, paflant auprès delle anbsp;^ne diftance denviron 13000 lieues, chaneeroitnbsp;fa revolution périodique , amp; que cette revolutionnbsp;deviendroit de 367 jours Sc quelques heures , aunbsp;lieu de 365 jours 6 heures 6c quelques minutes,
Gi)
-ocr page 108-100 RÉCRÉAT. MATHiMAT. ET PhYS.
Maïs de cela il ne réfulteroit aucun mal pbyfique pour Tunivers. II eft vrai que les aftronomes au-rolent a refondre leurs tables , devenues inutiles ;nbsp;les chronologiftes , leur maniere de calculer lesnbsp;temps; les Etats , leurs calendriers : ce feroit mattere a des fpéculations nouvelles, amp; une nouvelle occupation pour les fqavants,
THÉORÊME I.
Unt Uvrc de luge pefe davantage quune livre de plomh OU dor.
Un corps pefe plus en été quen hiver.
Ces deux propofitions paroitront du premier abord un paradoxe a plufieurs de nos leéleurs;nbsp;maïs ce paradoxe sévanouira , au moyen des reflexions luivantes.
Lorfquon pefe des corps dans 1alr , ce qui eft ordinaire, on les pefe au milieu dun fluide qui,nbsp;fuivant les loix de Thydroftatique , leur enlevenbsp;toujours une portion de leur poids, égale a cenbsp;ce que pefe un volume femblable de ce fluide:nbsp;ainfi un morceau dor ou de plomb dun poucenbsp;cube, par exemple , pefe dans 1air , y perd de fonnbsp;poids abfolu, ce que pefe un pouce cube dair;nbsp;amp; il en eft de même de tout autre corps. Unenbsp;livre de liege y perd de fon poids, ce que pefe unnbsp;volume dair égal a celui dune livre de liege.nbsp;Mais Ie volume dune livre de liege eft bien plusnbsp;grand que celui dune livre dor ou de plomb:nbsp;ainfi une livre de liege, pefée dans Fair, a unnbsp;poids abfolu plus grand que celui dune livre dor,nbsp;puifque la premiere étant diminuée du poids dunenbsp;plus grande quantité dair que la feconde, ellesnbsp;reftent encore égales.
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Lexpérience confirme Ie raifonnement: car , que lon mette en équilibre , avec une bonne balance , une livre dor ou de plomb, avec une livrenbsp;de liege; que Ton couvre Ie tout dun recipient ^nbsp;amp; quon en pompe lair, on verra auffi-tót Ienbsp;liege 1emporter. II arrive en efFet alors , que Ienbsp;poids du liege eft augmenté du poids dun pareilnbsp;volume dair ; amp; 1or eft également augmenté dunbsp;poids dun volume dair égal au fien. Mais Ie premier eft beaucoup plus grand : ainfi léquilibrenbsp;doit être trouble , amp; Ie liege doit lemporter.
Voila Ie premier paradoxe réfolu amp; démontré; nous paftbns au fecond.
En été lair eft dilate par la chaleur, Sc moins denfe : de-la il réfulte néceflairement que Ie mémenbsp;Volume dair a moins de pefanteur, amp; confé-quemment que chacun des corps mis en équilibre,nbsp;perd moins de fon poids que quand lair étoitnbsp;plus denfe. Mais ce neft pas dans la même proportion ; la livre de liege perd, par exemple , dansnbsp;lair ordinaire , quatre grains de fon poids , amp;c anbsp;par conféquent un poids abfolu de i livre 4 grains ;nbsp;tandis que lor ne perdant quun demi-grain, lanbsp;livre pefe, dans la réalité, une livre amp;c un demi-grain. Dans un air dilate au point de pefer lanbsp;moitié moins, Ie-volume dair égal au volume denbsp;liege, ne pefe que i grains ; amp; celui dair égalnbsp;au volume dor, ne pefera quun quart de grain tnbsp;ainfi la livre de liege , pefée dans lair ordinaire,nbsp;pefera dans eet air dilaté, i livre 2 grains; amp; lanbsp;livre dor, une livre 8c un quart de grain : Ie liegenbsp;1emportera done encore.
-ocr page 110-'tox Récréat, Mathémat. et Phys,
COROLLAIRES.
I. On peut de ceci tirer la conféquence, que deux poids en éqidlibre d la furface de la terre , nenbsp;Ie font pa% etant portés fur une montagne ; carnbsp;fur une niontagne lair eft plus dilaté : conféquem-ment, daprès Ie raifonnement ci-deffus, lëqui-libre doit être troubleIe corps Ie plus volumi-Tieux 1emportera.
n. Ce feroit Ie contraire , fi les corps étoient en équilibre fur la montagne, amp; quon les pefatnbsp;enfuite dans la plaine ; ou fi, pefés dans la plaine ,nbsp;on les portoit au fond dune mine ; alors Ie plusnbsp;yolumineux deviendroit Ie plus léger.
III. II y auroit de 1avantage a acheter de 1or en été pour Ie revendre enhiver, ou de 1acheternbsp;dans un lieu froid pour Ie revendre dans unenbsp;étuve; car on a coutume de peler 1or avec desnbsp;poids de cuivre, qui perdent moins de leur poidsnbsp;abfolu en été quen hiver; doü il fuit quen éténbsp;als pefent davantage. On aura done une plusnbsp;grande quantité dor , par leur moyen, en éténbsp;quen hiver; au contraire , ces poids perdent plusnbsp;en hiver quen été: conféqueinment, en reven-dant en hiver , on donnera moins dor.
11 faudroit en agir tout autrement pour acheter des diamants, parcequon les pefe avec des poidsnbsp;de cuivre qui font fpécifiquement plus pefants quenbsp;ïe diamant. Si done un poids de cuivre eft ennbsp;équilibre dans un air tempéré avec un poids denbsp;diamants , en les tranfportant dans un air froid ,nbsp;Je poids de cuivre 1emportera ; amp; ce fera Ie con-traiie, en les tranfportant dans un air plus chaud.nbsp;|! faudroit done acheter dans un air froid ou ennbsp;hiver, pour revendre en été ou dans un air chaud.
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II eft vrai qiie , dans 1un amp; Iautre cas, la difference eft fi légere, quon feroit une mauvaife fpéculation dacheter des diamants en hiver pournbsp;les revendre en été, ou dacheter de Ior en éténbsp;pour le revendre en hiver. On pourroit bien fenbsp;ruiner promptement. Mais , quoi quil en foit,
Ielprit ma'hematique deinontre amp; peut apprécier Ia difference ; St fi ce neft pas une vérité utile anbsp;la Bourfe, ce nen eft pas raoins une vérité phy-fique 6c mathématicjue.
THÉORÊME 11.
poids homogenes qui font en équilihre fur la furface de la. terre, aux extrémités dune balancenbsp;d bras inigaux , ne le doivent plus être , fi onnbsp;la tranfporte au fommet d'une montagne ou aunbsp;fond d'une mine^
SupposONS une balance a bras inegaux, AB,, Pb ?? ËD, chargée de poids en équilibre P St Q, amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*5.'»
conféqueminent inégaux; que cette balance foit dans la fituation horizontale ; ces poids , tendantsnbsp;au centre de la terre , que nous fuppofons C,nbsp;feront avec la balance des angles CAB,CDB,nbsp;inégaux ; amp; Tangle A , du cóté du grand bras,nbsp;fera confequeminent le moindre. Du point B,nbsp;quon abailTe les perpendiculaires BE, BF , furnbsp;les lignes de direélion A C, DC ; on aura ^nbsp;felon les loix de la mécanique, ces perpendiculaires en raifon réciproq\ie des poids, enforte quenbsp;Be fera a BF, en meine raifon que le poids Q aunbsp;point P; ceft-a-dire que le produit de P par BF,nbsp;fera le méme que celui de Q par BE.
Que la balance foit maintenant tranfportee plus^ prés du centre de direifion, ou , ce qui revien^:
104 Récréat. Mathémat. et Phys,
au jTiême, que ce centre foit rapproché comme en c; les nouvelles direftions feront Ac Sc Dc.nbsp;Que Bc, B loient les nouvelles perpendiculairesnbsp;fur ces lignes de direction ; il y auroit encorenbsp;équilibre , fi Ie rapport de B/a B c étoit Ie mêmenbsp;que celui BF a BE, ou celui de Q a P : mais ilnbsp;eft adé de démontrer que ce rapport neft plus Ienbsp;inême; ainfi Ie produit de Q par B e, ne fera plusnbsp;égal a celui de P par B; il ny aura done plusnbsp;déquilibre. On peut même faire voir que , dansnbsp;Ie Ccis du rapprochement du centre, Ie rapportnbsp;de Bc a BE, moindre que cglui de B/a BF ;nbsp;dou fint que B c eft moindre quil ne faudroitnbsp;pour que ces rapports fuflent égaux ; Sc confé-quemment que, clans ce cas, Ie poids Ie plus pro-che du point de fufpenfion 1emportera. ^
Le contraire arrivera par la même raifon, fi la balance étoit tranfportée plus loin du centre,nbsp;comme au fommet dune montagne.
Pourquoi done , dira-t-on , Pequilibre fubfifte-t-il nonobftant cette démonftration ? La raifon en eft fimple. Le centre de la terre eft toujoursnbsp;fi éloigné , relativement a la longueur dune pared le balance , que les lignes de direftion fontnbsp;fenfibiement paralleles , a quelque hauteur ou pro-fondeur au defius ou au deffous de la furface denbsp;la terre que nous puifllons nous placer. Ainfi lanbsp;difference davec léquilibre rigoureux eft fi petite,nbsp;que lon ne peut 1appercevoir avec les balancesnbsp;les plus parfaites quon puiffie fuppofer forties denbsp;h main des hommes.
105
Physique. PROBLÊME XXV.
Du Feu central.
11 neft qiieftion dans la phyfique que du feu central de la terre. Mais un pareil feu exifte-t-il ?nbsp;Quelle eft la caufe de la. chaleur quon éprouvenbsp;dans Iinterieur de notre globe ? Voila diverfesnbsp;queftions que nous allons examiner ici; amp; ellesnbsp;font dautant plus intereftantes, que leur folutionnbsp;donne lieu a quelques confequences tout-a-faitnbsp;dignes dattention.
Lorfquon connoit les phenomenes obferves par divers phyficiens dans Iinterieur de la terre,nbsp;on ne peut fe refufer a reconnoitre c[ue la furfacenbsp;feule , dans ces climats, eft fujette aux viciffitudesnbsp;du chaud amp; du froid que nous eprouvons. A unenbsp;certaine profondeur , qui neft même pas biennbsp;grande , car il fuffit de defeendre a une centainenbsp;de pieds , la chaleur eft conftamment la même,nbsp;fqavoir, de 10 degres environ du thermometre denbsp;Reaumur. Ceft ce quon obferve clans tous lesnbsp;climats amp; dans tous les pays.
II faut done reconnoitre que Ip globe de la terre a , independamment de la chaleur variablenbsp;du foleil, un fonds de chaleur qui lui eft propre,nbsp;quelle quen foil la caufe.
II y a plus. Nous allons demontrer que le degré de chaleur que la prefence du foleil, pendant plu-ftcurs mois de Iannee , ajoute a la chaleur internenbsp;de la terre, ou celui que fon abfence lui faitnbsp;perdre , neft quune petite partie de la chaleur interne du globe de la terre.
En effet, Ton feroit bien dans Ierreur, amp; nous
-ocr page 114-ïo6 Récréat. Mathémat. et Phys.
1avons déja dit, fi 1on penfoit que Ie degré de froid qui fait geler leau fut Ie degré O de chaleur ;nbsp;il ny a de froid amp; de chaleur que relativement.nbsp;Si les liqueurs communes de notre globe étoientnbsp;de la nature de lefprlt-de--vin , comme alors lesnbsp;liqueurs de notre corps feroient a labri detrenbsp;glacées , a moins quelles ne fuflent expofées anbsp;une diminution de chaleur au-dela de celle quinbsp;glaceroit lefprit-de-vin, il eft plus que probablenbsp;que nous néprouverions aucune fenfation défa-gréable , en vivant dans une temperature fembla-ble a celle qui fait glacer leau; amp; au contraire,nbsp;fi nos liqueurs étoient de nature a fe congeler aunbsp;degré qui commence a laifler figer la cire , nousnbsp;éprouverions probablement a cette température,nbsp;la méme fenfation que nous éprouvons a celle ounbsp;leau fe gele. Tout ce qui feroit au deflus feroitnbsp;chaleur, tout ce qui feroit au deffous feroit froid.
Dailleurs il ny a nul doute quun degré ab-folii de froid congéleroit toutes les liqueurs. Or lefprit-de-vin ne fe congele quau 29® degré aunbsp;dellbus de zéro du thermometre de Réaumur; ilnbsp;y a done encore de la chaleur au 28^ degté,nbsp;quoique , par Ie fentiment défagréabJe que nousnbsp;éprouvons , nous Iappellions un froid cuifant.nbsp;Mais a ce même degré, amp; même fort au deffous,nbsp;Ie mercure eft encore fiuide ; il ne fe congele quaunbsp;170® degré au moins au deffous de zéro : ainfi aunbsp;169® il y a encore de la chaleur : on a mêmenbsp;fait defcendre Ie thermometre jufquau 240® degré 1 de la divifion de M. de Réaumur, amp; Ienbsp;mercure , apparemment plus pur , ne seft figé qua
On verra ailleurs comment on eft venu a produke ce prodigieux degré de froid.
-ocr page 115-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;ïo/
ce degré. II neft méme pas probable que ce degré de froid foit Ie froid extreme. II y a beaucoup denbsp;raifons, trop longues a expofer ici, daprès lef-lt;iuelles on peut prefque affurer que ce degré ab-folu de froid eft au moins mille degrés plus basnbsp;*iue Ie zéro du thermometre de Reaumur.
Mais bornons-nous au 140® degré, amp; prenons-
comme celui de la privation abfolue de la cha-^^ur; imaginons en conféquence un thermometre dont Ie degré zéro foit placé a ce terme, ou fubf-^tuons dans nos thermoinetres ordinaires Ie degrénbsp;^40 a celui marqué vulgairement zéro, qui neftnbsp;lt;iue Ie degré de la congelation de 1eau : alors onnbsp;3ura au moins 150 degrés au terme que nous ap-pelons tempèrc. Or, en prenant Ie degré moyennbsp;de chaleur de 1été dans notre hémifphere, onnbsp;trouve quil nexcede pas 16 degrés au defius de lanbsp;Congelation de Peau, amp; conféquemment de lónbsp;deffus du tempéré : ainfi nous avons pour cenbsp;degré de chaleur, Ie degré abfolu de z66. Lenbsp;thermometre variera done du tempéré au plusnbsp;grand chaud, de la quantité de 16 degrés fur 2.5° »nbsp;Ce qui eft un peu moins de la 15® partie.
On a trouvé de même, que le degré de froid moyen de Thiver de notre hémifphere feptentrio-nal, eft de 6 degrés au deftous de la congelation, prife au thermometre de Reaumur; ceft-a-dire 16 degrés au deftous du tempéré : ainfi lanbsp;diminution moyenne de la chaleur au deftous dunbsp;tempéré, laquelle eft occafionnée par la retraitenbsp;du foleil, eft aulfi dun 15® environ de la chaleurnbsp;marquee par le degré 10 ; doü il fuit que, denbsp;lhiver a lété , la variation de la chaleur neftnbsp;tout au plus que de-^, ou comme de 7 a 8. Maisnbsp;il eft probable Sc très-probable, ainfi que M.de
-ocr page 116-ïo8 Récréat. Mathémat. et Phys. Mairan 1a fait voir dans les Mémoires de VAcadémie de 1765 , amp; aprês lui M. de BufFon dans fesnbsp;Suppléments a fon Hijloire Naturelle , il eft , disje , très-probable que cette variation eft dans unnbsp;rapport beaucoup moindre.
lle premier la fixe a ^, ou comme'de 31332, amp; Ie dernier a-^, ou comme de 50 a ^i. Maisnbsp;bornons-nous a celui que nous avons trouvé , afinnbsp;de partir dun point entiérement démontré.
De tout cela que conclure ? Le voici, amp; ceft «ne conféquence a laquelle il eft impolfible de fenbsp;refufer. II y a dans le globe de la terre un degrénbsp;de chaleur conftant, amp; qui eft au moins 7 a 8nbsp;fois auffi grand que celui que la préfence du foleilnbsp;y ajoute, pendant quil 1éclaire de la maniere lanbsp;plus avantageufe pour 1échauffer. Voila unsfeu ounbsp;un fonds de chaleur cjuon peut amp; quon doit ap-peler central. 11 nous refte a difcuter fon origine.
Suivant quelques phyficiens, ce feu eft unique-ment leffet des effervefcences continuelles que les matieres ininérales , renfermées dans le fein denbsp;la terre, y caufent en fe rencontrant amp; fe combi-nant les unes avec les autres, Le fer, qui paroitnbsp;univerfelleinent répandu dans la nature, amp; colo-rer fur-tout les terres argileufes , fait, comme 1onnbsp;fqait, une effervefcence violente avec lacide vi-triolique , qui eft auffi le plus univerfellement répandu. Ceft-la, felon eux , ce qui excite amp; en-tretient dans les entrailles de la terre ce feu continu qui 1échauffe, amp; qui fe mamfefte fouventnbsp;par les explofions des volcans, dont le nombrenbsp;eft encore confidérable fur la furface de la terre:nbsp;ces volcans ne font, felon eux, que les cbeminéesnbsp;amp; les foupiraux du feu central.
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;109
^pinlon. Cepenclant il ny a pas dapparence quun feu de cette nature fok general dans les entraillesnbsp;la terre. Le nombre des volcans exiftants furnbsp;furface de la terre , eft trop peu confiderablenbsp;pour avoir une caufe aufli univerfelle ; il ny ennbsp;3 tuéme quun bien petit nombre qui brule fansnbsp;-effe. Cependant le feu central, ft ceft un vrainbsp;feu, doit être conftant amp;: perpetuel ; il eft donenbsp;^ peu prés néceflaire de recourir a une autrenbsp;eaufe,
En void une qui nous a paru long-temps dune §fande probabilite. La chaleur centrale, ont ditnbsp;Itielques philofophes , neft autre chofe que lanbsp;'^haleur que le corps de la terre , continuelle-^ent échauffé par le foleil, a acquife par la prefence de cet aftre. Nous rendrons cette idee fen-par Iexperience fuivante.
Quon expofe au devant dun feu un globe de fer, qui fafle fur fon axe fa revolution dans unnbsp;^emps déterminé; nous le fuppoferons dabordnbsp;^efroidi au degré de la glace, ainfi que tout 1airnbsp;environnant : 1impreffion de ce feu echaufferanbsp;dabord la furface qui lui eft expofee, amp; la chaleur pénétrera peu a peu dans Iinterieur : enfin ilnbsp;eft certain quaprès un grand nombre de revolu-ftons , le globe parviendra a un degré de chaleurnbsp;interne tel quil nen acquerra plus, mais que lanbsp;ptefence de ce feu ne fera que lui conferver cenbsp;ftuil a acquis.
On peut encore fort facilement concevoir que ^e globe, ou fon eloignement du feu , foit tel quenbsp;ije degré de chaleur conftant ne foit pas fortnbsp;doigné de celui de la congelation de Ieau.
Quarrivera-t-il dans ce cas ? Comme ceft tou-JouTS la furface des corps qui commence a perdre
-ocr page 118-iio RiCRÉAT. MATHÉMAt. ÊT PhVS. la chaleur, parcequelle en perd plus par Ie con-tadl de lair , quil ne lui en ell: fourni par linté-rieur, il arrivera néceffalrement, fi lair environ-nant eft ^ pen prés au degré de la congelation ,nbsp;que la furface de ce globe qui fera éclairée Ienbsp;plus obliquement, ou celle qui, dans une revolution un peu lente, fe trouvera oppofee au cóténbsp;du feu , perdra un peu de fa chaleur ; amp; commenbsp;nous fuppofons la chaleur moyenne que Ie globenbsp;a pu acquérlr peu éloignée du froid de Ia congelation, comme eft celle de la terre, il pourranbsp;fort bien fe faire que , dans ces endroits moinsnbsp;favorablement expofés a laftion du feu, la fur-face y prenne un degré de froid égal a celui de lanbsp;glace. Done , sil y avoit fur la furface de ce globenbsp;quelque matieré, comme de la cire ou de^leau,nbsp;fufceptible de fe fondre amp; ie congeler alternati-vement, il arriveroit sürement quelles éprouve-roient ces alternatives; il pourroit rnêrne arrivernbsp;quelles reftaffent continuellement glacées aux environs des póles, quelles fe fondiffent amp; fe con-gelaflent alternativement dans les parties moyennesnbsp;entre les póles amp; léquateur, amp; quelles reftaffentnbsp;toujours fluides dans les environs de léquateurnbsp;du globe.
Or ceft-la ce qui fe paffe précifément fur la furface de la terre : expofée depuis un grandnbsp;nombre de fiecles a la chaleur bénigne du foleil,nbsp;elle en a été réchauffée jufques dans fes entrailles,nbsp;amp; ce neft que cette chaleur intérieure qui eftnbsp;ce quon nomme h fiu central: elle en reqoitnbsp;perpétuellement une nouvelle quantifé , qui luinbsp;rend ce que fa furface en diffipe par Ie contaéfnbsp;de lair moins échauffe. Enfin, de méme que Ienbsp;globe de lexpérience précédente auroit, a quel-
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tJUcS lignes au clefTqus de fa furface , une cha-^eur qui refteroit a peu prés conftante , de méme Ie degré de chaleur qui regne a quelque profon-deur au deiTous de la furface de la terre , eft unnbsp;degré a peu prés conftant 1. II ny a pas dautrenbsp;^Tiyflere a chercher dans cetre matiere.
Maïs nous avons bien de Ia peine a croire que malTe de la terre , privéê de toute chaleur, Scnbsp;^xpofée au foleil, eüt jamais pu en recevoir juf-^ua fon centre la chaleur dont elle paroit douée.nbsp;^ue de fiecles, amp; de millions de fiecles, nauroit-d pas fallu a une chaleur auffi foible que celle dunbsp;foleil , pour iondre un ocean tout glacial, amp; sin-finuer jufques dans fes entrailles! Nous croyonsnbsp;^ue la glace , qui eiit été fondue méme fous lanbsp;dgne par la prefence du foleil, eut été regeléenbsp;pendant fon abfence de douze heures; enforte quenbsp;ce globe , expofé au foleil dans cet état , y eütnbsp;fefté éternellement, fi quelque autre caufe puif-fante ny eüt mis tout-a-coup ce fonds de chaleurnbsp;, en vivifiant la nature , rend la terre habitable , amp; fufceptible de vegetation.
II nous refte une troifieme caufe de la chaleur centrale a examiner. Cefl: celle que lui affignenbsp;M. de Buffon.
Suivant ce philofophe celebre , la Terre Sc les 3utres planetes circonfolaires ont autrefois faitnbsp;Partie du Soleil; elles ont été arrachées de fa fur-f^ce par une comete qui, en la fillonnant, en anbsp;Ptojeté des fragments a différentes diftances.nbsp;^omme ils étoient en fuhon, chacun a du nécef-
Nous difons i peu pns; car je ne connois guere dautre obfervation du thermometre dans des lieux fouter-faite dans les caves de IObfervatoire de
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fairement sarrondir, en vertu des loix de la gravitation viniverfelle. Les morceaux un peu con*nbsp;lidérables , comme Vénus , la Terre , Mars , Jupiter, Saturne, ont retju par cette projedionunenbsp;direftion tangentielle , qui , combinée avec lanbsp;force attraélive du Soleil, leur a fait décrire auteur de eet aftre des orbites plus ou moins allon-gées. Celles de ces noüvelles planetes , enfin, quinbsp;ont eu par hafard dans leur voifinage de plusnbsp;petits fragments, les ont en quelque lorte fubju-gués; amp; ces petits fragments , tournant autournbsp;des plus gros en vertu des mêmes loix, font de-venus leurs fatellites. Ceft ainfi que notre globe ,nbsp;Saturne , Jupiter , ont acejuis les lunes qui les ac-compagnent.
En partant de cette generation de la Terre amp; des planetes circonfolaires , il elf clair cjbe cesnbsp;globes ont dabord été fluides ; amp; ceci explique anbsp;ravir leur formation en fphéroïdes applatis: car ilnbsp;fautnécefiTairement que la Terre amp; les autres planetes aient été pendant quelque temps, ou dans unnbsp;état de fufion , ou comme une paté a demi fluide,nbsp;pour que leur mouvement diurne leur alt donnénbsp;la forme quelles ont. Mais partons de leur étatnbsp;hypothétique de fufion. Des mafifes aufll confi-dérables que Vénus, la Terre, amp;c. nont pu aflu-rément fe refroidir dans un jour , ni dans unenbsp;année, ni même dans vingt fiecles. Elles ont paflTénbsp;dabord de létat de fufion a létat de folidité;nbsp;elles ont refté encore long-temps imprégnées dunenbsp;quantité de feu qui les rendoit inhabitables; enfinnbsp;peu-a-peu leur furface sefi; refroidie , au point denbsp;navoir plus que la chaleur néceffaire pour nenbsp;point incommoder les animaux , amp; pour être fuf-ceptible de végétation. Lintérieur de la Terre
conférvê
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Conferve encore un degré de chaleur plus confi-derable que la furface, 5c qui doit même aller ^n augmentant jufquau centre : voila le feu cen-tral. Mais, par une fuite néceffaire de la caufe
ce feu , 11 doit aller toujours en diminuant, Sc iious perdons chaque jour quelque peu de cettenbsp;chaleur. II femble en effet que la fertilite de lanbsp;terre diminue de )our en jour, ainfi que les forcesnbsp;de la nature , foit dans la vitalite des hommes ,nbsp;foit dans leur maffe amp; leur vigueur. On ne peutnbsp;cependant pas encore demontrer cette diminution ; il y a trop peu de temps que nous poffedonsnbsp;*^n Inftrument propre a mefurer la chaleur: a peinenbsp;même y a-t-il cinquante ans quon a des thermo-tnetres comparables. Mais fi, dans 500 ans dici,nbsp;par exemple , on trouve dans les caves de 1Ob-fervatoire , que la chaleur conftante quon ynbsp;obferve neft plus que de 7 a 8 degres , au lieu denbsp;Siquelle eft aujourdhui, le refroidiffement fuc-ceflif de la mafte de la terre fera un fait dont ilnbsp;y aura plus moyen de douter, quelle que foit Io-tigine de cette chaleur amp; la caufe de fa déper-dition.
Cependant nous ne pouvons difiimuler, malgre notre refpeft pour le phllofophe illuftre amp; Ielo-quent auteur de cette idee, quil y a fur cette .formation des planetes quelques difticuites quil neftnbsp;pas aifé de refoudre.
1° Si les planetes ont été formées de cette mailtere , on ne conqoit pas doii vient les cometes ^nroient une autre origine ; amp; fi les dernieresnbsp;ftint originairement des planetes circulantes autournbsp;du Soleil, on ne volt pas quil en eut couté da-Vantage a la Caufe fouveraine qui a arrange 1uni-Vers , de former les planetes de la même maniere.
Tome IF', nbsp;nbsp;nbsp;H
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2° I! paroit cl fficile de concilier avec les loix du mouvement amp; celles de la gravitation univer-felle, la pofition 5f les dimenfions des orbites denbsp;ces nouvelles planetes; car, daprès ce qui a éténbsp;démontré par Ne\t'ton amp; par daUtres, puifquellesnbsp;font parties du Soleil par une ligne a peu présnbsp;tangente a fa furface amp; dun point de fa furface,nbsp;elles devroient a chaque revolution pafler par Ienbsp;même point : ceft cependant ce qui narrivenbsp;pas ; au contraire , les orbites des planetes fontnbsp;prefque circulaires.
11 paroit aiifli que, dans cette projeflion, les plus groffes maffes neuffent pas du aller Ie plusnbsp;loin, Sc décrire les plus grands cerdes: ce devroitnbsp;étre, ce femble , les plus petites planetes qui fenbsp;feroient Ie plus éloignées du Soleil; car^ fi unenbsp;force quelconcjue jette promifcuè plufieurs corpsnbsp;dinégale groffeur , ce feront les plus petits quinbsp;feront lancés avec Ie plus de viteffe.
Au refte leffet dune pareille projeftion eft incalculable ; Sc lon pourroit dire dailleurs ,nbsp;quen tnême temps que la comete dont il sagitnbsp;a lillonné la furface du Soleil, elle lui a communiqué une impulfion qui 1'a fait changer de place.nbsp;En effet , cette comete qui a pu entrarner desnbsp;maffes telles que routes les planetes a-la-fois, de-voit être dune maffe énorme , Sc a bien pu , ve-nant choquer Ie Soleil avec une viteffe immenfe ,nbsp;déplacer un peu eet aftre qui eft au centre denbsp;notre fyftême dans une forte dinertie.
Quel que foit Ie fort de ces idees, void quelques conféquences q.ue M. de Buffon tire denbsp;fon fyftéme fur la formation de la Terre, Sc qu»
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font trop curieufes pour ne pas trOuvef place ici.
M. de Buffon , partant de fes principes fur la formation de la Terre amp; des planetes , a fait unenbsp;fuite très-curieufe dexpériences , pour déterminernbsp;dans quel rapport fe fait le refroidilTement desnbsp;maffes différentes de matiere, eu égard a lentnbsp;nature amp; a leur groffeur; amp; de ces experiences ilnbsp;conclud,
Quunglote tel queMercure a du mettre r ivf ans a fe confolider jufquau centre, 14813 a fenbsp;refroidir au point de pouvoir être touché, ^4192nbsp;^ fe refroidir au point de la température aftuelle,nbsp;amp; enfin quil lui faut ï 87775nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;refroidir
de roaniere a navoir plus que la 25® partie de la température aftuelle : ceff ce que , pour abréger ,nbsp;nous appellerons i®re^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;époques.
Que Vénus a du employer 3596 ans dans la premiere, 41900 a la feconde , 91600 a la troi-fieme , amp; 218540 a la quatrieme.
Que la Terre en a employé a la premiere 2936, a la feconde 34270; que la duree de la troifiemenbsp;époque a été de 74800 ans ; enfin que , 168 115nbsp;ans apiès, il ny aura plus quun 25® de la chaleurnbsp;aftuelle.
Ainfi done la Terre exifferoit déja depuis 112 mille ans ; dou il fuit qua Iheure quil eft. il ynbsp;3 déja 30000 ans que Mercure a paffe le degrénbsp;de la température aftuelle de la Terre, amp;: quil.anbsp;ttiême déja perdu environ 6 deeres fur les 25 quinbsp;luireftoient.
«poque, 7515
neme, Sc 72514 a la quatrieme. Ainfi il y a déja 15090 ans q
La Lune na rois que 644 ans a la premiere a la feconde , 16409 a la troi-
que la Lune eft requot;» H ij
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froidie au point de navoir même pas la 25® partie de notre chaleur acduelle. II neft pas étonnantnbsp;quelle Ie préfente a nous comine un amas denbsp;glace , Sc quil ny ait fur elle aucune apparencenbsp;de nature vivante. Si elle a eu des habitants, il ynbsp;a long-temps quils font gelés.
Mars a mis 1130 ans a fe confolider jufquau centre, 13000 ontété employés dans la fecondenbsp;époque, 28538 a la troifieme, amp;c 60300 a lanbsp;quatrieme : il y a conféquemment auffi déja 9 a 10nbsp;mille ans quil neft plus bon a rien.
Quant a Jupiter, il eft dans un cas bien différent : il a dü employer 9400 ans a fa premiere époque; il lui en faut 110000 pour la feconde.nbsp;Or il ya 112000 ans feulement que la Terre eftnbsp;formée , ainfi que Jupiter : conféquemment ilnbsp;faut encore 7 a 8 mille ans avant que Jupiter foitnbsp;refroidi au point de pouvoir mettre les pieds def-fns fans fe brüler. Parvenu a cette époque, il luinbsp;faudra 240400 ans pour venir a notre tempéra-ture aéluelle , amp; enfin 483000 pour perdre a peunbsp;prés toute chaleur. Vo'lamn beau globe, qui com-mencera feulement a être habité quand nous feronsnbsp;abfolument engourdis par Ie froid. Ainfi va Ienbsp;monde,
Saturne enfin a mis 5140 ans a fe durcir juf-quau centre, 59900 a pouvoir être touché; Ia durée de fa troifieme époque doit être de 130800nbsp;ans , amp; cette troifieme époque court pour lui de-puis environ 47000 ans, enforte que ce ne feranbsp;que dans 84000 ans quon y éprouvera la tempéquot;nbsp;rature aéluelle de la Terre.
Nous ne dirons quun mot des fatellites des deux dernieres planetes. Ils font la plupart en étatnbsp;de pleine habitabilité amp; vegetation; il faut feule-
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Went en excepter le 4^ de Jupiter, qui eft déja avancé dans fa quatrieme époque; le 3® de Sa-turne , eft a peu prés au même degré que la Terre ,nbsp;^ri peu plus chaud néaninoins; le 4^ eft déja fortnbsp;avancé dans fa quatrieme époque , amp; le 3® nenbsp;doit plus être quune maffe de glace depuis présnbsp;50000 ans.
PROBLÊME XXVI.
^efurer les variations de pefanteur de Vair: Conf-truclion du Barometre.
Le barometre eft encore un de ces inftruments ^ont la découverte , due au fiecle dernier, eftnbsp;des plus remarqiiables de ce fiecle , fertile ennbsp;^dées heureufes. II eft devenu trop commun pournbsp;pas exiger que nous ne tardions pas davantagenbsp;® préfenter a nos lefteurs quelques-uns des traitsnbsp;principaux relatifs a cette partie de la phyfique ,nbsp;'lailleurs affez élémentaire pour navoir rien quenbsp;ftamufant amp; facile a comprendre.
On a donné le nom de barometre , ^ linftru-ment qui fert a reconnoitre les variations de la pefanteur de lair. Son nom vient des deux motsnbsp;grecs, iapo? amp; //êTPs/igt;, dont le premier fignifienbsp;f^fant, amp; le fecond mefurer. Linvention en eftnbsp;^ue au célebre difciple de Galilee , Torricelli,nbsp;^ qui il fervit principalement a démontrer la pe-^'iteur de lair au milieu duquel nous vivonsnbsp;^ que nous refpirons. Mais ce fut Pafcal quinbsp;foupqonna amp; reconnut fes variations , au moyennbsp;la fameufe expérience du Puy-de-Domme,nbsp;qu il engagea fon beau - frere de faire, fur cettenbsp;Wontagne -^oifine de Clermont. Elle lui fervitnbsp;^ mettre dans un nouveau jour la pefanteur
IlS Récréat. Mathémat. et Phys. de Pair, que quelques efprits faux sobüïinoient anbsp;nier , malgré Fexpérience de Torricelli.
II eft aifé de fe former un barometre fans beau-coup de peine, Ayez un vafe de quelques pouces de profondeur, qui foit rempli de mercure ou denbsp;vif-argent; ayez encore un tube de verre de 30nbsp;OU 35 pouces de longueur, berniétiquement fermenbsp;par un bout. Après lavoir renverfé , ceft-a-direnbsp;mis en bas Ie bout ferme, rempliftez-le de mercure jufqua fon orifice ; appliquez-y Ie bout dunbsp;doigt, amp; redreflant Ie tuyau , plongez Ie boutnbsp;ouvert dans Ie mercure du vafe , amp; retirez Ienbsp;doigt, pour permettre au mercure du tube la communication avec celui du vafe : la colonne denbsp;mercure contenue dans Ie tube sabaiflera , denbsp;maniere néanmoins que fon extrémité fupérieurenbsp;reftera denviron 27 pouces, plus ou moins, aunbsp;deftus du niveau du mercure du vafe, ft Texpé-rience eft faite a une petite hauteur feulement aunbsp;deflus du niveau de la mer. Vous aurez un baro-jnetre conftruit. Et fi , par quelque invention ,nbsp;vous rendez immobile ce tube ainfi plongé dansnbsp;Ie vafe, vous verrez , fuivant les différentes conft*nbsp;titutions de 1atmofphere, Ie bout de la colonnenbsp;de mercure fe balancer entre 26 Sc 28 pouces denbsp;hauteur.
Voil4 Ie barometre Ie plus fimple , Sc tel quil fortit dabord des mains de Torricelli. On a de-puis imagine, pour plus de commodité, de prendre un tube de verre de 33 a 36 pouces environnbsp;de longueur, de Ie boucher hermétiquement parnbsp;un bout, Sc de recourber lautre , après 1avoifnbsp;dilate a Ia lampe démailleur, de maniere quilnbsp;relïèmble ^ une fiole , ainfi quon voit dans lanbsp;figuse. On remplit Ie tube de mercure, en lindi-
-ocr page 127-Physique.
nant Sc le renverfant a plufieurs reprifes; 6c après Pavoir redrefie , on fait enforte quil nen refte PI.nbsp;lt;^ans la fiole inférieure que jufqvte-vers le milieu fig. i6,nbsp;^e fa hauteur , comine. AB. La difference entrenbsp;la ligne CAB Sc la ligne DE , a laquelle fe fou-*ient le mercure , eft la hauteur de la colonnenbsp;lt;^tft fait contre-poids avec Iatmofphere , ainfi quilnbsp;®ft aifé de voir. Enfin 1on attache ce tube de verrenbsp;Sinfi rempli de mercure, contre une planche plus
tnoins ornee, Sc vers le haut on divife en li-gnes Iintervalle du 26 au 28® pouce au deffus de CB ; on y infcrit a diftances égales, en comtnen-^ant par la ligne de 28 pouces , beau-fixc ^ beau ,nbsp;Variable, pluit, tcmpêu : on a un barometre conf-truit. Ceft a peu prés ainfi que font faits ceuxnbsp;^uon débite vulgairement; mais il y a quelquesnbsp;precautions a prendre pour quils foient bons.
1° II faut que la fiole ou receptacle inférieur du mercure, ait un diametre beaucoup plus con-fidérable que celui du tuyau vers le haut; car ilnbsp;eft aifé de voir quautrement la ligne AB varieranbsp;fenfiblement, a meftire que le mercure haufferanbsp;Sc baiffera ; finon il faut y avoir égard.
2° Il faut que le mercure foit purifie dair au-tant quil eft poljible , ou du moins jufqua un certain point; amp; que le tube ait été cbauffé amp;Cnbsp;frotté en dedans pour en chaffer lhuinidité Scnbsp;les ordures qui sy amaffent dordinaire, autre-*tient il sen dégagera de Iair , qui , occupant lenbsp;haut du tuyau, y formera par ion élafticité unnbsp;petit contre-poids a la pefanteur de Iatmofphere ,
^ fera que la colonne fe tiendra plus bas quelle ite devroit. Cet air, fe dilatant aulTi par la cha-leur, fera contre la colonne de mercure un plusnbsp;grand effort, enforte que fes mouvements dépen.*
Hiv
-ocr page 128-tio Récréat. Mathémat/et Phys. dront a-la-fois amp; de Ia chaleur amp; de la pefanteurnbsp;de 1air, tandis quils ne doivent dépendre que denbsp;la deniiere caufe.
PROBLÊME XXVII.
La fufpmjion du mercurc dans Ie Barometre, dé-pend-elle de la pefanteur ou de rélajiicité de Vair?
On ne parle ici de cette queftlon, que parce-quelle eft agitée dans quelques livres de phyfique , oü même on decide que Ie phénomene doit êtrenbsp;attribué au reffort amp; non a la pefanteur de lair,nbsp;Lanalyfe fuivante fera fentir combien ceux quinbsp;penfent ainfi raifonnent mal.
II y a deux cas dans cette queftion. Dans Vun^ on fuppofe Ie barometre expofé a lair libre, 8cnbsp;ceft proprement celui dont il sagit. Dans 1autre ,nbsp;il eft renfermé dans une chambre tellement clofenbsp;que lair ne fqauroit y pénétrer, ou fous un recipient de la machine pneumatique, qui interditnbsp;tout accès a lair.
Dans ce fecond cas, il eft bien évident que la caufe de la fufpenfion du mercure eft uniquementnbsp;Ie reffort de lair; mais étendre cela au cas oü Ienbsp;barometre eft expofé a lair libre, ceft, nous lo-fons dire , raifonner dune maniere peu digne dunnbsp;phyficien.
En effet, pour reconnoitre a laquelle des deux caufes on doit attribuer la fufpenfion du mercurenbsp;dans Ie barometre expofé a lair libre , fuppofonsnbsp;que lair fut privé de fon poids ou de fon reffort,nbsp;amp; examinons ce qui arriveroit.
Si lair étoit privé de fon reffort, il eft évident
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^uil retomberoit fur lui-meme, amp; formeroit au-tour de la Terre une efpece docean dun fluide dune nature particuliere , qui, au lieu davoirnbsp;comme 1atmofphere plufieurs milliers de toifes denbsp;hauteur, en auroit beaucoup moins; mais il auroitnbsp;^oujours le même poids, comme un ballot de criitnbsp;tjui a perdu fon élafticité amp; fon volume , ne pafenbsp;pas moins que lorfque, par 1efFet de fon reffort,
occupoit beaucoup defpace. Ainfi le mercure dun barometre plonge au fond de ce fluide , nennbsp;feroit ni plus ni moins prefle ; 11 fe foutiendroit anbsp;la même hauteur.
Feignons , aq contraire, maintenant que Pair, confervant fon reflTort, perde fa pefanteur. Quar-riveroit-il ? Alors les parties de Pair neprouvantnbsp;plus aucune refiftance a secarter les unes des au-^res, leur reffort enfin nétant plus comprimé parnbsp;la force du poids qui refulte des parties fuperieuresnbsp;fur les inferieures , Pair fe diffiperoit fans exercernbsp;aucune aftion fur la colonne de mercure , a moinsnbsp;ïjuon nimaglnat au haut de Patmofphere une voutenbsp;tranfparente , contre laquelle le reffort de Pairnbsp;fut appuye; ce qui feroit ridicule : car un reffortnbsp;a befoin, pour agir par une de fes extrémités,nbsp;dêtre appuyé par 1autre. Or ce qui appuie, cenbsp;qui bande le reffort de Pair, neft autre chofe quenbsp;fon poids.
Puifque done Pair , dénué de poids Sc doué de tout le reffort poffible, nauroit aucune aftionnbsp;for le mercure du barometre ; quau contraire, ennbsp;lui laiffant fon poids amp; lui otant fon reffort, il lenbsp;foutiendroit egalement, je demande a quelle caufenbsp;il faut attrlbuer cette fufpenfion ? La reponfe eftnbsp;facile, amp;C je puis me difpenfer de la donner.
-ocr page 130-Ii2 Récréat. Mathémat. et Phys»
PROBLÊME XXVIII.
Ufage du Barometre pour reconnoitre fapproche dit beau ott du mauvais temps, amp; precautions dnbsp;prendre a ce fujet pour nétre pas induit en erreur^
XJN des prlncipaux ufages des barometres , eft de fervir a reconnoure 1approche du beau ou danbsp;mauvais temps. Lexpérience a en effet appris quenbsp;1afcenfion du mercure au deffus de fa hauteurnbsp;moyenne , étoit ordinairement fuivie du beaunbsp;temps; amp; quau contraire , lorfquil baiflbit aunbsp;deffous de cette hauteur, cela indiquoit la continuation ou lapproche de la pluie, Cela neft ce-pendant pas ablblument général amp; infaillible. Lenbsp;vent a auffi beaucoup dinfluence fur tafcenfionnbsp;OU la defcente du mercure dans le barometre ; cefbnbsp;pourquoi nous croyons a propos de donnet icinbsp;quelques regies, fondées fur lobfervation , lef-quelles peuvent fervir a porter un jugement plusnbsp;affuré fur les indications de eet inftrument.
I. Lélévation du mercure annonce en général le beau temps, amp; fon abailTement efl: auffi en général lavant-coureur du mauvais temps , commenbsp;pluie, neige , grêle, ou orage.
Dans un temps tres - chaud , rabailTement prompt du mercure annonce la tempête amp; lenbsp;tonnerre,
3, nbsp;nbsp;nbsp;En hiver, lélévation du mercure préfage lanbsp;gelee; amp;: dans le temps de la gelée , fi Ie mercurenbsp;defcend de 3 ou 4 Hgnes , cela annonce du dégel;nbsp;mais, dans une gelée continue , sil monte , il ynbsp;aura certainement de la neige.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Lorfque le mauvais temps fuccede auffi-t6t
-ocr page 131-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;iïj
^ IabaiflTement du mercure, ce mauvais temps ne fera pas de duree ; Sc ce fera la même chofe anbsp;Iegard du beau temps , sil fuccede promptementnbsp;a 1élévation du mercure.
5. nbsp;nbsp;nbsp;Mals dans le mauvais temps , lorfque le mercure seleve beaucoup, amp; quil continue de lenbsp;faire pendant deux ou trois jours avant que lenbsp;mauvais temps foit paffe , on peut sattendre a urtnbsp;changement de temps en beau , qui fera de duree.
6. nbsp;nbsp;nbsp;Dans le beau temps , quand le mercurenbsp;tombe fort bas, amp; quil continue ainfi pendantnbsp;deux ou trois purs avant que la pluie vienne , onnbsp;eft fonde a prefager que cette pluie fera longue ,nbsp;grande, amp; accompagnée de grand vent.
7. nbsp;nbsp;nbsp;Le mouvement incertain du mercure annoncenbsp;aulft un temps incertain amp; variable.
Telles font les regies que le dofteiir Defaguliers donne, daprès les obfervations fuivies du fieurnbsp;Patrick, excellent faifeur de barometres, a Lon-dres.
II ny a cependant nul doute quelles ne foient encore fujettes a quelques exceptions.
II eft reconnu , par exemple, que , dans les pays litues entre les Tropiques, le barometre nanbsp;prefque aucune variation; il sy foutient toujours,nbsp;au bord de la mer, a 28 pouces, plus ou moinsnbsp;quelques lignes. Ceft un phenomene difficile anbsp;cxpliquer , amp; je nen connois aucune ralfon biennbsp;fatisfaifante, pas même celle que tente den donnet le célebre M. Halley. On fe tromperoit done,nbsp;ft on appliquoit les regies ci-deffus aux obfervations du barometre porte dans ces pays-la.
II arrive auffi quelquefois que Iabaiffement du mercure fe paffe fans pluie; mais alors il regne
-ocr page 132-114 RÉCRiAT. Mathémat. et Phys, finon dans Ie bas , du moins dans Ie haut denbsp;ratmofphere , un vent confidérable ; car M.nbsp;Hauksbée a imagine une experience par laquellenbsp;il produit artificielleinent eet efFet fur Ie baro-metre.
PROBLÊME XXIX.
Comment Je fait-il que la. plus grande hauteur du Barometre annonce Ie beau temps , amp; que lanbsp;moindre annonce la pluie prochaine ou mauvaisnbsp;temps ?
Si 1on nétoit pas inftrult de la marche du barometre, fi Ton ne fqavoit pas que lafcenfion du mercure arrive dordinaire quand Ie ciel eft biennbsp;ferein amp; que 1air eft bien pur, quau contrairenbsp;fa defcente eft ordinairement Ie précurfeur xle lanbsp;pluie, il neft perfonne qui nen jugeat autrement ,nbsp;amp; qui ne pensat que Ie mercure devroit baifternbsp;quand 1air eft ferein amp; pur , amp; quil devroitnbsp;monter quand 1air eft chargé amp;t imprégné denbsp;vapeurs : car il eft naturel, amp; prefque indifpen-fable, de croire que 1air pur amp; ferein eft plusnbsp;léger quun air qui tient beaucoup de vapeurs ennbsp;diftblution. La marche du mercure dans !e barometre , eft pourtant toute contraire a celle-la :nbsp;aufli eft-ce un phénomene qui a beaucoup occupénbsp;les phyficiens, amp; fans fucccs ; car toutes leursnbsp;explications fe renverfent les unes les autres; au-cune ne foutient lexamen amp; la difeuflion.
Quelques phyficiens ont dit: Lair neft jamais plus ferein amp; plus tranfparent que quand il eftnbsp;bien chargé de vapeurs, ou du moins quand ellesnbsp;y font parfaitement dififoutes ou combinées avecnbsp;lui; car ceft Ie propre des diftfolutions parfaites,
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lt;lue détre tranfparentes : il neft done pas éton-*^3nt que Ie mercure, plus chargé, monte alors. Maïs clès que quelque caufe fait féparer de lair lesnbsp;'^apeiirs aqueufes, elles troublent fa tranfparence,nbsp;^ elies commencent a fe précipiter; elles ne fontnbsp;P^us partie de fon poids, puiiquelles ny furna-gent pas; il eft foulagé de leur pefanteur: amp;, pournbsp;Prouver cela , ils sautorifent de 1expérience celeste du doéfeur Rammazini, que voici.
On prend un vafe étroit amp; de plufieurs pieds de hauteur ; on Ie remplit deau , amp; Ton placenbsp;deflus un morceau de liege, auquel eft fufpendunbsp;par oü diet un poids de ploinb , enforte que Ie toutnbsp;furnage. Ce vafe ainli préparé, on Ie place fur unnbsp;baffin de balance , amp; 1on charge 1autre de ma-niere a établir léquilibre. Les chofes étant en eetnbsp;état, on coupe Ie filet qui tenoit leplomb attachénbsp;au liege : il tombe ; Sc lon obferve , dit - on , quenbsp;pendant tout Ie temps de fa chute ce cóté de la balance en efl allégé, Sc que lautre lemporte: doü,nbsp;conclud - on, il efl: évident que , pendant quunnbsp;poids tombe dans un fluide, il nen charge pas lanbsp;bafe ; done , pendant que les vapeurs de Pair raf-femblées fe précipitent, ou dès quelles commencent a fe précipiter, lair efl: plus léger, amp; Ie mercure en efl moins chargé.
Tout ce raifonnement, qui efl de Leibnitz , eft fort ingénieux. Mais malheureufement cette expé-tience de Rammazini prouve feulement que Ienbsp;baffin de la balance eft déchargé pendant la chutenbsp;du poids, mais elle ne prouve pas que Ie fondnbsp;du vafe eft déchargé de la quantité du poids quinbsp;tombe; car ce font-la deux chofes bien différentes.nbsp;II faut done recourir a une autre explication.
Pour nous , nous fommes perfuades avec M*
-ocr page 134-ti6 Récréat. Mathémat. et Phys. tie Luc daprès Ie peu de fuccès de toutes Ie*nbsp;explications données jufqua préfent, quil ny anbsp;pas dautre caufe de Pabaiffement du barometre anbsp;1approche de la pluie , que la diminution de lanbsp;pefanteur de Pair, lorfquil eft faturé de vapeursnbsp;aqueufes.
Nous croyons, dis-je, que Pair neft jamais plus pefant que quand il eft très-pur, amp; nousnbsp;iommes portés ^ penfer ainft par diverfes ralfons.
Les vapeurs quon voit nager fous la forme dun nuage dans Patmofphere, ne font quune dif-folution de Peau par Pair : tant que cette combi-naifon eft imparfeite, elle na quune demi-tranf-parence , comme cela arrive dans toutes les diffb-lutions. Or nous voyons dans eet état les vapeursnbsp;monter dans Pair. Que peut-on en conclure autrenbsp;chofe, finon que ces vapeurs font plus légeres quenbsp;1air? Or queft-ce quun air chargé deau , finon unnbsp;air dans lequel une très-grande quantité de ces vapeurs fè font intimement noyées amp; combinées ?nbsp;On doit done conclure Pétat de Pair ainfi chargénbsp;de vapeurs, quant a la pefanteur, de celui de cesnbsp;vapeurs elles-mêmes; 8c , puifquelles font plusnbsp;légeres que Pair dans lequel elles montent, onnbsp;doit en tirer la conféquence que Pair dans lequelnbsp;elles font diftbutes, eft plus léger que Pair pur.
Mais comment, dira-t-on, concevoir que Pair combine avec un fluide plus pefant que lui, ennbsp;devlenne plus léger? Je répondrai a cela , que finbsp;cette combinaifon nétoit cjuune interpofition desnbsp;parties de Peau entre celles de Pair, comme onnbsp;pouvoit Ie croire autrefois , 8c avant les lumieres
* Traité des Barometres, Thermometres, amp;c, Geneve,
lt;lue la chimie a jetées fur nombre de queftions de
la phyfique ordinaire, cela Teroif impoffible. Mais
Ce neft point-la Ie rnécanirme des diffolutions oii combinaifons de corps entreux : chaque particulenbsp;du diffolvant fe combine avec chaque particulenbsp;du corps diffous; amp;c cela fe fait ici probablementnbsp;par lintermede du feu, incomparablement plusnbsp;léger que lair amp; Teau. On ne peut done conclurenbsp;la pefanteur des particules compofées, de cellesnbsp;des particules leparées, Dailleurs , dans eet étatnbsp;de combinaifon, elles peuvent être douées dunenbsp;plus grande force de répulfion ; Sl cela même pa-loit affez probable , puifque 1expanfibilité de 1eaanbsp;féduite en vapeurs eft immenfe. II ny a done nullenbsp;abfurdité a avancer que lair chargé de vapeurs,nbsp;foit plus léger que Pair pur. On Ie démontreranbsp;peut-être quelque jour a priori, par des procédésnbsp;chimiques ; 5c fi cela eft , Pon fera alors biennbsp;furpris de 1embarras oii Pon a été jufqua préfentnbsp;pour expliquer Ia defcente du mercure dans Ie ba-rometre aux approches de la pluie.
Du Barometre compofé ou riduit,
On a vu plus haut quil falloit une colonne de nvercure de pouces de hauteur environ poutnbsp;contrebalancer Ie poids de Patmofphere ; doü ilnbsp;téfulte que Ie barometre fimple ne peut avoir moinsnbsp;de pouces de hauteur, a moins quon ne trou-vit un fluide plus pefant que Ie mercure, Commënbsp;cette longueur a paru incommode , on a cherche inbsp;la raccourcir, dans la vue , a ce quil femble , denbsp;renfermer le barometre dans la piême bordute
-ocr page 136-ïz8 Récréat, MathÉxMat. et Phys. que Ie thermometre, auquel on peut ne, donnet,nbsp;li lonveut, quune dimenfion beaucoup moindre,nbsp;Voici comment on y eft parvenu.
Tout Ie fondement de la conftruction de ces fortes de barometres , confifte a oppofer plufieursnbsp;colonnes de mercure contre une dair , enforcenbsp;que ces colonnes , prifes enfemble , aient environnbsp;les i8 pouces de longueur quune feule doit avoirnbsp;pour faire équilibre avec Ie poids de ratmofphere.nbsp;II faut conféquemment divifer la longueur ordinaire de la colonne de mercure , ou 28 pouces,nbsp;par la hauteur dont on veut faire Ie barometre ; Ienbsp;quotient donne Ie nombre des colonnes de mercure quil faut oppofer au poids de lair.
Ainfi , veut-on avoir un barometre qui nait que 15 a 16 pouces de longueur, on Ie formera denbsp;trois branches de verre , jointes enfemble, parnbsp;quatre renflements cylindriques ; deux de cesnbsp;tuyaux feront templis de mercure, communi-queroiit enfemble au moyen de ia troifieme , quinbsp;doit etre remplie dune liqueur plus légere. Lanbsp;fig. ty met ce mécanifme fous les yeux. On y voitnbsp;trois branches du barometre,'dont la premierenbsp;PI. 3, de D en E, efl: remplie de mercure ; la fecondenbsp;fig, 17. deE en F, efl; remplie moitié dhuile de tartre co-lorée, moitié dhuile de karabé ; enfin la troi-iieme de F en G, efl rempfie de mercure. Ainfinbsp;cefl la même chofe que fi ces deux colonnes denbsp;mercure étoient mifes 1une fur 1aiitre ; car onnbsp;voit aifément que la colonne FG de mercure pefe,nbsp;au moyen de la colonne FE de renvoi, fur lanbsp;¦premiere , précifément comme fi elle étoit aunbsp;deflus. Dans cette efpece de barometre, ceft lanbsp;reparation des deux liqueurs contenues dans lanbsp;branche EF, qui fert a marquer les variations da
poids
-ocr page 137-PHysiquë.
po'uls de 1air ; amp; ceft pour cela quvl faut que ces liqueurs foient de deux couleurs différentes ,
lt;^omnne auffi de différentes pefanteurs fpecifiques ,
^fin quelles ne fe mêlent pas.
Pour rempHr ce barometre, il faut boucher ^ ouverture A , mettre du mercure dans les deuxnbsp;^quot;anches latérales par 1ouverture B ; enfuite ver-les liqueurs dans la branche du milieu par Ianbsp;^ême ouverture; après quoi on la bouchera her-^étiquement.
Si 1on vouloit conftruire un barometre qui ^ eüt que 9310 pouces de hauteur, on diviferoitnbsp;par 9, ce qui donneroit 3 : ainfi il faudroitnbsp;ftois branches de mercure de 9 a 10 pouces, avecnbsp;branches de communication, remplies dhuilenbsp;de tartre Sc de karabé. La fig. iS met ce baro- p].nbsp;^etre a cinq branches fous les yeux. II eft bonfig. iS.nbsp;dobferver que la hauteur de chaque branche ne fenbsp;doit eftimer que par la difference du niveau de lanbsp;Pqueur dans Ie réfervoir den haut Sc dans celuinbsp;den bas.
Cette conffruclion, qui eft due a M. Amon-tons, a, il eft vrai, lavantage de dimimier la hauteur embarraffante du barometre , Sc.de Ie rendre plus propre a figurer dans certaines circonftancesnbsp;^omme ornement ; mais il faut remarquer quenbsp;aux déperis dé fon exaftitude. M. 'de Luc ,nbsp;1'homme qui a Ie plus étudié Jes barometres, amp;nbsp;qoi en a Ie mieux traité nous allure quil na ja-*tiais pu avoir un inftrument femblable qui tutnbsp;^tédiocrement bon. La colonne intermédiaire agitnbsp;effet comme thermometre; Sc ceux cjui oilt
JCoyei Traité des Barometres, 6cc, Tome IK.
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entrepris de prouver que cela ne nuifoit pas 4 lexaftitude , ne faifoient pas attention que leurnbsp;raifonnement neft vrai quautant que Ia ligne denbsp;reparation des deux couleurs eft dans Ie milieunbsp;de la hauteur du tube.
NouS avons déja fait connoitre cette propriété de lair, qui eft une fuite de fon élafticité, amp; quinbsp;confifte en ce que , chargé dun poids double, ilnbsp;fe réduit a un volume de moitié , amp; ainfi propor-tionnellement, du moins autant que les experiences faites jufqua ce moment peuvent aller. Par lanbsp;même raiion, lorfquon Ie décharge de la moitiénbsp;du poids quil fupporte, il occupe un efpace double , amp; un efpace quadruple quancl il na que Ienbsp;quart du même poids a fupporter. Ainfi , parnbsp;exemple , lorfque , móntant fur une montagne ,nbsp;on trouve que Ie mercure a baifle de la moitié denbsp;la hauteur quil avoit dans la plaine, on en con-clud que , décharge de la moitié du poids quHnbsp;fupportoit en bas , il eft dilaté du double , ou quenbsp;la couche dair oii lon eft na de denfité que lanbsp;moitié de celle qua lair du bas de la montagne inbsp;car Ia denfité eft en raifon inverfe de Tefpacenbsp;quoccupe la même quantlté de matiere.
Cette loi de la dilatation de lair , en raifon inverfe du poids dont il eft chargé, a mis les géo' metres en état de démontrer qua mefure quonnbsp;séleve dans 1atmofphere, la denfité décroir, oUnbsp;la raréfaftion croit, dans une progreffion géomé-
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**'*cjue y tandis que les hauteurs auxquelles on sé-^eve, croiffent en progrefflon arithmétique, Ainfi done, fi 1on fqait une fois a quelle hauteur ilfautnbsp;s elever pour avoir, par exemple, un air raréfiénbsp;dun quart, ou réduit aux trois quarts de fa denote au bord de Ia mer , on fqaura qua une hauteurnbsp;double fa denfité fera Ie quarré de ^ , ou ; a unenbsp;*''iple, ce fera Ie cube, ou Stc ; enfin , a unenbsp;^auteur centuple , ce fera la 100® puilfance denbsp;ï 1 amp;c. Ou bien , fi Ton fqait par expériencenbsp;'Juel efl: Ie rapport de la denfité de fair a la hauteur de mille toifes ou un mille , avec la denfité denbsp;^air au bord de la mer , que lon nomme cenbsp;*'apport D, on aura D' pour lexprelRon de cenbsp;'spport k 1 milles de hauteur ; a 3 milles, ce feranbsp;Stic. Stl kn milles ce fera Dquot;.
Or on fqait par lexpérience , qui mille toifes délévation perpendiculaire au deffus du niveaunbsp;de la mer, la hauteur du mercure qui, au bordnbsp;de la mer, étolt de 28 pouces ou 336 lignes, neft:nbsp;plus que de 22 pouces 4 lignes, ou exprimé parnbsp;la fraftion fy|, Tunité étant la hauteur totale;nbsp;doii il fuit que Ie rapport, de la denfité de 1air anbsp;Celle du bord de la mer, eft exprimé par cettenbsp;ttême fraftion de lunité : conféquemment, pournbsp;trouver quel feroit ce rapport a la hauteur dunnbsp;demi-diametre terreftre, il faut dabord fqavoirnbsp;Combien de milles il y a dans ce demi-diametre.nbsp;On en trouve 3000, en Ie fuppofant feidementnbsp;de 1300 lieues de 2000 toifes chacune. II fautnbsp;done élever cette fraftion ou|^ , a la 3000®nbsp;pwiffance ; ce quon peut faire aifément par Ienbsp;Woyen des logarithmes : car , prenant Ie loga-tithme de , qui eft 0.0982043, amp; Ie multi-pliaut par 30OO, on aura pour logarithme d«
-ocr page 140-nombre chërché , celui-ci, 194.6135000; Ce qui indique dabord que ce nombre efl; au moinsnbsp;compofé de 195 chlfFres. Ainfi lon peut dire quenbsp;la denfité de 1air que nous refpirons a la furfacsnbsp;de la terre, efl; a celle quauroit 1air a la hauteurnbsp;dun demi-diametre terfeflre , comme un nombrenbsp;de 195 chiffres a 1unité. II efl fuperflu de faire unnbsp;calcul pour prouver que la fphere même de Sa-turne ne comprend pas autant de pouces cubesnbsp;quen exprime ce nombre , amp; conféquemmentnbsp;quun pouce cube dair , tranfporté a un demi-diametre terreftre au deflus de fa furface, synbsp;étendroit de maniere a^occuper un efpace plusnbsp;grand que la fphere de Saturne.
Nous nous bornerons a remarquer iel que cette rareté feroit même encore plus grande , par lanbsp;ralfon fuivante. Nous avons fuppofé la pefahteurnbsp;uniforme , ce qui neft pas exaêt; car la pefanteurnbsp;décroiflant en raifon Inverfe de la dlflance au centre , 11 senfuit qua mefure quon séleve au deffusnbsp;de la furface de la terre, cette pefanteur diminue;nbsp;enforte qua un demi-diametre au deflus, elle nefi:nbsp;plus quun quart de ce quelle efl a la furface denbsp;la terre ; chaque couche dair fera done moinsnbsp;chargée par les couches fupérleures , puifquellesnbsp;peferont moins a même hauteur que dans la fup-pofition précédente : ainfi lair fera plus dilate.nbsp;Nevton a enfeigné la maniere den faire Ie calcul, mais nous lomettons pour abréger.
R E M A R (lu E.
LextrÊME rareté de lalr a une dlflance de la terre aufll médiocre , peut fervir a prouver le*quot;nbsp;trême ténuité de la matiere qui remplit les efpacesnbsp;céleftes; car, quand même cette denfité feroit
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P^r-tout telle quon vient de voir quelle eft a un demi-(liametre de la terre , il eft aifé de voirnbsp;^ombien peu les corps planetaires peuvent perdrenbsp;leur mouvement en traverfant ces efpaces. Lanbsp;Lune ne fqauroit, depuis plufieurs milliers dan-quelle Te meut, avoir déplacé encore lanbsp;^aleur dun pied cube de notre air.
Von creufoh un puits jufqtiau ccntn de Ia terre y quelle feroit la denjité de Cair dans les différenteanbsp;profondeurs amp; au fond de ce puits ?
^OUS commenqons par répondre a cette quef-^ori, quon ne tomberoit pas bien profondémenf ^3ns rencontrer un air tellement condenfé, quonnbsp;y ftunageroit comme du liege fur du vif-argent,nbsp;Cela eft dabord évident, en fuppofant la pefau-^®ur uniforme a toutes les profondeurs de ce puits;nbsp;^ar un demi-diametre au deftbus de la furface, lanbsp;^enfité doit étre a celle de lair de la furface , ennbsp;taifon inverfe de celle-ci a celle quil auroit a unnbsp;deinl-diametre au deffus. Or nous avons vu parnbsp;'luel étrange nombre la rareté de ce dernier feroitnbsp;^^primée ; ainfi ce même nombre exprimeroit lanbsp;'¦ondenfation au centre, Le mercure neft pasnbsp;*Out-a-fait 14000 fois plus pelant que lair quenbsp;^ous refpirons; ainfi lair, au centre , feroit plu-fieurs milliards de millions de millions, amp;c, denbsp;plus denfe que le mercure.
, Mais, pour nous amufer , puifquil eft iel quef-*ion de recreations phyfiques, examinons 1hypo-*nefe plus vraifemblable de pefanteur qul régneroit dans le cas de ce problême. La pefanteur ne feroit
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pas uniforme , maïs elle décrouroit a mefure quorï sapprocheroit du centre , amp; feroit précifémentnbsp;comme la diftan^:e a ce centre. Or Newton a faitnbsp;voir que , dans ce cas, les quarrés des diftances aunbsp;centre décroiffant arithmétiquement, les denfitésnbsp;croitroient géométriquement.
II nous faut done dabord trouver quelle feroit la denlité de lair a une profondeur déterminée,nbsp;par exemple de looo toifes. Or cela efl; facile,nbsp;car, attendu la proximité de la furface, il eft fen-fiblement vrai que la denfité a la furface étantnbsp;repréfentée par runité, celle a looo toifes aunbsp;deffous feta 1inverfe de celle a looo toifes aunbsp;deflus. Or celle-ci étoit exprimée par ^; par con-féquent lautre Ie fera par -fy ou i ~: ainli lanbsp;denfité étant i a une diftance du centre de 3000nbsp;milles , cette denfité a celle de 2999 , feranbsp;Faifons done Ie quarré de 3000 , qui eft 9.OOOOOO,nbsp;amp; celui de 2999, qui eft 8994001 ; fa différencenbsp;avec 9000000 eft 5999, par lequel nombre il fautnbsp;divifer 9000000 , pour avoir Ie nombre de quarrés arithmétiquement décroiffan'ts dans Ie mêinenbsp;rapport, lefquels font contenus dans ce premiernbsp;quarré. On en trouve a 500 , plus une petite fraction quon peut négliger. Multlplions done Ienbsp;logarithme de qui eft 0.0982045 par 1500,nbsp;nous aurons 147.3067500: ce fera Ie lo-garithmcnbsp;de la denfité au centre, celle a la furface étant i.nbsp;Or Ie nombre répondant a ce logarithirre auroitnbsp;au moins 148 cbiffres-; d^ou il fifit que la denfiténbsp;de lair au centre de la terre, feroit a celui denbsp;furface, comme am nombre de 148 chiftVes, oUnbsp;au moins 1untté fuivie de 147 z,éros , a 1unité.
Si lon vouloit fqavoir a quelle profondeur rarf feroit denfe comme 1eau, on trouveroit, par uU
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;131^
«alcul que nous fupprimons , amp; qui sft fondé fur es mêmes piincipes, que ce feroit a 30 milles aunbsp;deffous de la furface.
On trouveroit de méme que, a 4a milles au delTous de la furface , 1air auroit la denlite dii
vif-argent.
Di IArquebufe a vent,
C ET inftrument , dont 1invention oil: due k Otton Guerike , bourgmeftre de Magdebourg, 1|nbsp;célebre, vers le milieu du dernier fiecle, par fesnbsp;experiences pneumatiques , ëleéfriques , amp;;c. eftnbsp;Une machine dans laquelle le reftbrt de 1air, vio-lernment comprimé, eft employé a pomTer unenbsp;tgt;alle de plomb , comme fait la poudre a canon.nbsp;Larquebufe ou fufil a vent eft corapofé dun réservoir dair, formé du vuide qui refte entre deuxnbsp;tuyaux cylindriques amp; concentriques Iun a Iau-Ue, 1un intérieur , 1autre extérieur: le fond de cenbsp;Vuide communique a un corps de pompe caché^nbsp;dans la croffe du fufil, amp;c dans lequel agit un pif-ton qui fert a y faire entrer amp; condenfer Iair , aunbsp;tnoyen des foupapes placees de la maniere conve-iiable. Au fond du tuyau intérieur ou fe place lanbsp;balle , en la retenant avec un peu de bourre, il ynbsp;3 auffi une ouverture fermée par une foupape ,nbsp;tji^i ne peut souvrir que lorfquo-n fait agir unenbsp;détente.
On conqoit maintenant quayant comprimé dans le réfervoir 1air autant quil eft poffible ,nbsp;Syant placé la balie au fond du tuyau intérieur ,nbsp;ft Iori fait agir la détente qui doit ouvrir la foU'^
1 iv
-ocr page 144-136 Récréat. Mathémat. et Phys.
pape qui eft derriere la balie , lair, violemment comprimé dans Ie réfervoir , agira fur elle, amp; lanbsp;poulTera avec une vitelTe plus ou moins grande,nbsp;fuivant Ie temps quil aura eu pour exercer furnbsp;elle fon aftion.
Pour que Ie fufil a vent fafle done bien fon effet, il faut 1° que louverture de la foupape durenbsp;exaélement autant de temps que la balie en metnbsp;a parcourir la longueur du tuyau ; car, pendantnbsp;tout ce temps, lair en accélérera Ie mouvement,nbsp;fon expanfioti étant beaucoup plus rapide que Ienbsp;mouvement de la balie. Si Ie réfervoir reftoit plusnbsp;long-temps ouvert, ce feroit en pure perte. 1° IInbsp;faut que la balie foit bien ronde amp; bien calibrée,nbsp;afin que lair ne séchappe point par les cótés,nbsp;Comme les balles de plomb ne font pas toujoursnbsp;fort régulieres, on y fupplée en les enveloppantnbsp;dun peu de filaffe.
Quand toutes ces attentions font bien obfer-vées , un fufil a vent fert très-bien a percer une plancbe de 1. pouces dépaiffeur ,350 amp; mêmenbsp;100 pas de diftance. Le réfervoir dair étant unenbsp;fois plein , il peut fervir a buit a dlx balles fuccef-fivement. Un artifte Anglois a même imaginé unnbsp;moven pour y mettre ces dix balles en réfervenbsp;dans un petit canal courbe, doii , a mefure quenbsp;le coup eft parti, il en fort une qui vient occupernbsp;la place convenable ; enforte quon peut tirer dixnbsp;coups de fuite , dans bien moins de temps que lenbsp;foldat Pruffien le plus exercé nen tireroit la moi-tié. A la vérité les coups de fufil a vent vont ennbsp;diminuant de force , a mefiire que le réfervoirnbsp;fe décharge.
On fent aifément que fi eet inftrument païïbit ph.yfi-ciens dans l§s. mains lt;1^
Certames gens, il feroit une arme très-redoutable,
amp; claiitant plus dangereufe , que le coup ne fait prefque aucun bruit. Mais qui fqait fi , de mêmenbsp;tlue la poudre a canon , après avoir été pendantnbsp;long-temps un fimple ingredient de feu dartifice ,nbsp;devenue Tame de Iinftrument le plus meur-Uier , qui fqait, dis-)e , fi, dans la fuite des fie-cles, le fufil a vent perfeftionne, ne deviendranbsp;pas Iinftrument dont les hommes raflemblés ennbsp;corps darmée, fe ferviront pour sentre-detruirenbsp;glorieufement amp; fans remords ?
La fig. ic) reprefente un arquebufe a vent. On 5» y reconnoitra aifément la coupe des deux cylin-dres , dont Iintervalle fert de refervoir a Pair;
MN le pifton qui fert a introduire Pair dans ce refervoir ; TL la foupape qui fert a ouvrir la communication du refervoir avec le cylindre intérieur,nbsp;ou Pame du fufil ; O la detente fervant a cetnbsp;objet. Tout cela sentend de foi-même , par lanbsp;feule infpeftion de fa figure,
Zgt;e rEolipylc.
LiOLlPYLE eft un vafe creux de metal follde, amp; dordinaire fait en forme de poire terminéenbsp;par une longue queue un peu recourbee. On lanbsp;remplit deau ou dune autre liqueur , en la faifantnbsp;fortement chauffer ; après quoi on plonge fonnbsp;orifice dans la liqueur quon veut y faire entrer.nbsp;Lair intérieur reprenanf fon volume, cette liqueurnbsp;y entre neceffairement pour le fuppléer, au moyennbsp;de la preflion de Pair extérieur.
Si Pon place 1éolipyle ainfi rempli fur des
-ocr page 146-138 Récréat. Mathémat. et Phys. charbons ardents, leur chaleur réduit cette eau ennbsp;vapeurs, qui fortent avec violence par lorificenbsp;^troit de fa queue ; ou fi, par la pofition de 1éoli-pyle, cefl: Ie fluïde qui fe préfente a lentrée , cenbsp;fluïde, prefle par la vapeur, fort luï-même avecnbsp;force par eet orifice , Sc fait un jet affez élevé.
Si, au lieu deau, on a pris de Ieau - de - vie , «n pourra, avec un flambeau , mettre Ie feu anbsp;lt;ette liqueur ; amp; alors , au lieu davoir un jetnbsp;deau, on aura Ie fpeftacle agréable dun jet denbsp;feu.
Cette experience fert a rendre fenfible la force qui réfuUe de la vapeur qui eft produite par unnbsp;fluide fortement chauffe ; car, dans Ie premiernbsp;tas, ce font ces vapeurs qui fortent avec impé-tuofité par Toriflee de léolipyle, 8c dans Ie fe-cond , cefl; la force élaflique de cette vapeur qjji ,nbsp;preffant fur Ie fluide, Ie fait fortir par ce même
On rend cette experience encore plus amu-fante , par Ie procédé fuivant. On a une efpece de petit charriot portant une lampe a efprit-de-vin , fur laquelle on place Ie ventre de Téolipyle.nbsp;On bouche fon orifice avec un bouchon, qui nynbsp;tienne pourtant que médiocrement. On met Ienbsp;feu a la lampe , 8c quelque temps après on voknbsp;fauter Ie bouchon, 8c Ie fluide ou la vapeur fortirnbsp;avec violence par lorifice. Dans Ie même tempsnbsp;Ie charriot, repouffé par la réfiftance que ce flpidenbsp;OU cette vapeur éprouve de 1alr extérieur, reqoitnbsp;un mouvetnetit en arriere ; 8c fi leflieu des rouesnbsp;eft fixe a un axe vertical, le charriot prend unnbsp;mouvement circulaire, qui dure tout le temps quenbsp;léolipyle contient quelque portion de fluide.
On fent aifoment que ,ce vafe doit être du»
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;13^
1,
metal follde , car autrement on coutrok rkque de je voir eclater, amp; tuer lt;3U bleffer les témoins denbsp;experience.
Conjiriuiion de quelques pelites figures qui nagent entre deux eaux , 6' quon fait danfer, hauffernbsp;amp; baiffer, en appuyant feulement le doigt furnbsp;Vorifiu de la bouteilk qui les centient.
Il faut faire fabriquer de petltes figures démail, creufes; mais dans la partie inférieure, coinmenbsp;dans les pieds, on laiffe nn petit trou par lequelnbsp;On puifiTe introduire une goutte deau, ou bien anbsp;la partie pofterieure on ménage une appendice en PL 5 ,nbsp;forme de queue percée par le bout, enforte quon % 2.0.nbsp;puiffe faire entrer dans ce tuyau plus ou inoinsnbsp;deau. Après cela , on equilibre la figure , enfortenbsp;quavec cette petite goutte deau elle fe tiennenbsp;lgt;ien debout, amp; nage entre deux eaux. On rem-plit le vafe deau jufqua Ion orifice , amp;; on lenbsp;couvre dun parchemin bien lie au cou de labou-teille.
,Cela fait, veut-on dormer du mouvement a Cette petite figure, 11 fufRt de preffer avec le doigtnbsp;le parcbeinm qui cou-vre Torifice, la petite figurenbsp;defcendra; en retirant le doigt, vous la verreznbsp;monter; enfin, en appliquant amp; retirant le doigtnbsp;^Iternatn'einent , vous Iagiterez au milieu de lanbsp;liqueur , de maniere a exciter Ietormement denbsp;qui ignoreront la caufe de ce jeu.
Cette,caufe neft autre que celle-cL Lorfquau ftavers du parchemin qui couvre 1orlfice de lanbsp;bouteille on preffe Ieau, comme elle eft incom-
-ocr page 148-Ï40 Récréat/ Mathémat. et Phys. preffible, elle condenfe 1air contenu dans la petifenbsp;figure, en y faifant entrerun peu plus deau quellenbsp;nen contenoit- La figure devenue plus pefantenbsp;devra done aller au fond. Mals quand on retirenbsp;Ie doigt, eet air comprimé reprend fon volume ,nbsp;chalTe leau qui avoit été introduite par la com-preffion ; ainfi la petite figure , devenue plus légere , devra remonter.
PROBLÊME XXX Vr,
ConJlruSion cTun barometre ou les variations de Vair fe démontrent par une petite figure qui Iiaujfenbsp;amp; baijfe dans Veau.
NoüS avons jeté dans Ie problême précédent , les fondements de la conflruéfion de ce p^titnbsp;barometre curieux. Car , puVfque la preffion dunbsp;doigt fur leau qui contient la petite figure dontnbsp;on y a parlé , la fait defcendre , amp; quelle remonte quand cette preffion ceffe, on fentiranbsp;aifément que Ie polds de ratmofphere produiranbsp;Ie même effet, fuivant quil fera plus ou moinsnbsp;confidérable ; ceft pourquoi, 11 la petite figure ellnbsp;équilibrée de maniere a être dans un temps variable entre deux eaux , elle senfoncera au plusnbsp;bas lorfque Ie temps fera au beau , paree que alorsnbsp;Ie poids de 1atmofphere fera plus confidérable..nbsp;Leffet contraire arrivera lorfque Ie temps étantnbsp;tourné a Ia pluie, Ie mercure defcendra ; car alorsnbsp;Ie poids de 1atmofphere qui repofe fur 1orificenbsp;de la bouteille eft moindre, Sc conféquemmenï,nbsp;la petite figure devra reijionter.
i
-ocr page 149-141
Physique.
^quilibrer dans de Veau deux petites fipires ^ de maniere quy verf ant de nouvelle eau, la figurenbsp;^ui etoit au deffus senfonce, amp; 1'autre prenne Unbsp;deffus.
Ayez pour cela de Ieaufalee, amp; equilibrez-y une petite figure ou une petite bouteille de verrenbsp;de telle matiere, que pour peu que 1eau fut inoinsnbsp;falee elle coulat a fond. Difpofez de la mdmenbsp;Jiianiere une figure ou une petite bouteille ou-verte dans fa partie inférieure, en forte que dansnbsp;Cette eau, elle fe tienne au fond par le mecaniftnenbsp;cnfeigne dans 1avant-dernier probleme.
Les chofes ainfi arrangees, verfez deleau douce bien chaude dans celle qui contient les deux figures. Vous verrez la premiere aller au fond ,nbsp;amp; Ton en fent aifeinent la raifon : en^mêmenbsp;letups la feconde viendra a la fuperficie , car lanbsp;chaleur de Ieau dilatera Pair contenu dans cettenbsp;feconde bouteille , amp; en chaflTera en tout ou ennbsp;partie la goutte deau qui faifoit portion de fonnbsp;poids; confequemment, devenueplus légere, ellenbsp;sélevera. Ainfr, par cette feule affufion deau nouvelle , ces deux petites figures changeront denbsp;place. II eft vrai que la feconde, quand Ieau feranbsp;léfroidie, redefcendra.
J?es Larmes Bataviques,
On donne ce nom a des morceaux de verre figures en larmes, amp; tèrminés par une longuenbsp;queue, qui jouilTent dune propriété fort fingu-
-ocr page 150-i4i Récréat. Mathémat. et Phys.
liere. Elle confifte en ce que fi vous frappez, même affez fort, une de ces larmes fur Ie corps ou Ienbsp;ventre, elle oppofe a la rupture une réfiftancenbsp;confidérable ; mais fi vous brifez Ie plus petitnbsp;bout de fa queue, elle éclate auffitót en mille mor-ceaux , amp; prefque en pouffiere.
Ces larmes fe forment en laifTant tomber goutte i goutte , dans un vafe plein deau, de la matierenbsp;du verre en fufion. On les trouve au fond toutesnbsp;formées. II en eft au refte ordinairemenr un grandnbsp;nombre qui éclatent dans leau, ou immédiate-ment après en étre retirées. Comme ceft ennbsp;Hollande que les premieres o.nt été faites, on leurnbsp;a doniié Ie nom de bataviques.
On a multiplié les experiences fur ces larmes de verre, pour découvrir la caufe de leur rupture.nbsp;Volei les principales.
1, Si par un procédé facile a imaginer on rompt dans la machine du vuide, la queue dune de cesnbsp;larmes , elle éclate tout de même que dans 1air ;nbsp;amp; fi 1expérience fe fait dans lobfcurité , on ap-perqoit dans linftant de la rupture un éclair denbsp;lumiere.
i. Si on ufe avec une meule, ou fur une pierre è aiguifer , 6c tout doucement, Ie 'corps dune denbsp;ces larmes , elle éclate quelquefois , mais Ie plusnbsp;fouvent elle néclate pas.
3. nbsp;nbsp;nbsp;Si 1on fait avec une femblable pierre unenbsp;entaille a la queue, la larme éclate.
4. nbsp;nbsp;nbsp;On peut cependant couper la queue dunenbsp;larme batavique par Ie moyen fuivant. II faut pre-fenter a la flamme dune lampe démailleur 1en-droit OU vous voulez couper cette queue. Elle ynbsp;fondra , 6c vous pourrez alors féparer une partienbsp;de 1autre fans crainte de rupture.
-ocr page 151-5. Si on echaufFe avec precaution une larme tatavique fur les charbons ardents , amp; quon lanbsp;laifleenfulte lentementrefroidir, elle ne fe rompranbsp;plus lorfquon lui brifera la queue,
Les phyficiens ont toujours été fort embarraffeS fur la caufe dun phénomene fi extraordinaire, 6cnbsp;il faut avouer quau moment aduel nous ne fom-mes guere plus avancés. Nous pouvOns dire feu-lement que ce nell: pas 1air qui le produit; lanbsp;premiere des experiences ci-delTus le démontre.nbsp;Nous croyons aulïi pouvoir dire , daprès la ,nbsp;que ce phénomene tient a la même caufe qui faitnbsp;fompre tous les ouvrages de verre fondus , fi Tonnbsp;na pas la precaution de les recuire, c'eft-a-dire,nbsp;ii, avant de les expoter au contaél de 1air , onnbsp;He les laiflTe encore expofés a une longue chaleurnbsp;pout fe refroidit par degres, Ceft ce qui paroitnbsp;téfulter de la derniere experience; mais on ne voitnbsp;tien moins que clairement comment cela sopere.nbsp;Ceft probablemènt Ieruption, dans Iinterieur denbsp;la lartne , dun fluide qui sy précipite par fendroitnbsp;rompu de la queue, Peut-etre eft-ce un phénomenenbsp;éleélrique , amp; peut-être la larme fe brife-t-ellenbsp;par le même mécanifrne qui fait fouvent brifernbsp;Une jarre de verre lorfquon la décharge, ceft-^-dire lorfquon reftitue léquilibre entre fa fur-face intérieure $gt;£ extérieure. Mais nous ne nousnbsp;épuiferons pas en conjeéfures. Contents davoirnbsp;®xpofé les prihcipaux phénomenes des larmes ba-^aviques, nous abandonnons le furplus a la faga-cité amp;c aux recherches de nos leéleurs.
-ocr page 152-144 ^ÉCRÉAT. Mathémat. et Pkys. PROBLÊME XXXIX.
Mefurer la. quantité annmlU de la Pluie.
Par All les obfervatlons météorologiques qué font aujourdhui les phyficiens , eft celle de lanbsp;quantité de pluie tombée annuellement fur la lur-face de la terre, Cette obfervation eft une desnbsp;plus faciles, amp; fe fait au moyen dun inftrumentnbsp;que Ie P. Cotte , dans fon Traité de Météorologie,nbsp;a appelé Vdometre 1 ; amp;: que nous aimerionsnbsp;mieux appeler Uometre ¦2. Quoi quon penfe denbsp;notre idéé, voici rinftriiinent.
II confifte en une caifle quarrée, de fer blanc, de plomb ou détain , de deux pieds en tout fens,nbsp;ce qui fait quatre pieds de furface. Elle doit avoirnbsp;des rebords de fix pouces au moins de hauteur ,nbsp;amp; avoir fon fond tant foit peu incliné vers uanbsp;des angles, oü eft ménagé un petit tuyau garni denbsp;fon robinet. Leau qui sécoule de ce tuyau tombenbsp;dans un autre vafe quarré, dune dimenfion beau-coup moindre , amp; telle par exemple , quune ligiienbsp;de hauteur dans Ie grand vafe , fafle une hauteurnbsp;de trois pouces dans Ie petit, Ainfi, dans Ie casnbsp;préfent , ce vafe ne devroit avoir que deuxnbsp;pouces amp; fix lignes de bafe en quarré. On fentnbsp;aifément, daprès cette defcription , que lonnbsp;pourra mefurer jufqua de très-petites portions denbsp;ligne deau tombée dans Ie grand vafe , puifquenbsp;une ligne de hauteur dans Ie petit, répondra a unenbsp;trente-fixieme de ligne dans Ie grand.
En
nbsp;nbsp;nbsp;De votgt;f, eau , amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, mefure.
? nbsp;nbsp;nbsp;1 De vo!, pluie.
-ocr page 153-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;145
En fituant Ie grand vafe de la inaniere conve-^able , en plaqant le petit au deflbus du robinet , ^ y adaptant ce robinet, de maniere que Iair ex-Jerieur nait prefque aucun accès (ur la furface denbsp;Can dans le petit vafe, on pourroit fe dilpen-de mefurer Ieaii tombée , a la fin de cba-^ue pluie. On pourroit ne 1aller examiner 6cnbsp;mefurer que tons les trois , quatre ou cinq jours,nbsp;dependant il vaut mieux le faire a chaque
fois.
On tient enfin regiftre de la quantite deail tombée a chaque fois quil a plu , 6c routes cesnbsp;luantites additionnees enfeinble , donnent cellenbsp;^lUi eft tombée dans le courant de lannée.
Ceft amfi quon a trouvé, par une fulte dob-^orvations faites pendant 77 ans a Paris , que la ^Uantité deau qui y tombe par an eft , Tun por-tant 1autre, de 16 pouces 8 lignes.
Mais cette quantité deau neft pas la mdme par tout. II eft dautres lieux , dautres pays oilnbsp;^Ile eft moindre ou plus confidérable, fuivant leurnbsp;Situation prés de la mer ou des inontagnes- Voidnbsp;Une table des principaux lieux dans lefquels onnbsp;a fait cette obfervation , amp; de la quantité deaunbsp;qui y tombe annuellement,
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PoilC. |
Lig. | |
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Paris,........ |
. 16 |
8 |
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Eayeux........ |
. 10 | |
|
Eezlers,....... |
3 | |
|
Aix en Provence, . nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. |
. 18 |
3 |
|
Touloufe, ...... |
17 |
% |
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Lyon........ |
2.5 | |
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Eifte,....... . | ||
|
Tome ly. |
K |
14^ Récréat. Mathémat. et Phys,
Pouc. Lig.
Lottdres,........i8 nbsp;nbsp;nbsp;9
La Haye,.......16 nbsp;nbsp;nbsp;6
Pétersbourg,......16 nbsp;nbsp;nbsp;i
Berlin,........19 nbsp;nbsp;nbsp;6
Remarque.
Nous croyons devoir faire iel une remarque qui par oir avoir échappé i tous les phyficiens quinbsp;ont fait des obfervations de la quantité deau denbsp;pluie. Ceft qua chaque fois quil pleut de nouveau il y a une petite quantité deau perdue , fa-voir, celle qui a fervi a mouiller Ie fond du ré-fervoir ; car leau ne commence a couler embasnbsp;que quand ce fond eft mouillé jufqua un certainnbsp;point, èc revéfu, pour ainfi dire , dune certainenbsp;épaifléur deau quil faudroit determiner, Sc dontnbsp;il faudroit tenir compte a chaque fois quil pleut.nbsp;Cette quantité deau pourroit être mefurée ainfi.nbsp;II faudroit prendre une petite éponge humeéléenbsp;au point de nen pouvoir exprimer deau en lanbsp;preffant très-fort; remplir enfuite Ie vafe, 8c ennbsp;laiffer écouler toute leau ; enfin, quand il ne sennbsp;écouleroit plus , ramalTer avec cette éponge leaunbsp;reftante fur Ie fond , Sc lexprimer dans un vafenbsp;dun pouce quarré de bafe, déja humeéfé deau.nbsp;II eft évident que fi un vafe de 4 pieds quarrésnbsp;de bafe donnoit de cette maniere i pouce denbsp;hauteur dans Ie petit, on en devroit conclurenbsp;que Ia pellicule deau adhérente au métal, étoitnbsp;au moins de ~ de pouce, ou une 48^ de lignenbsp;dépaifleur. Je dis au moins; car il eft impoflible
Physique, nbsp;nbsp;nbsp;147
reprendre amp;c mefurer toute cette pellicule deau, pourroit fans crainte Ievaluer a un ounbsp;Un 56® de ligne. Si done la pluie setoit renou-'ellée dans le courant de Iannee 2 a 300 fois,nbsp;feroit environ 8 lignes k ajouter k la qiiantiténbsp;Irouvée,
PROBLÊME XL.
I'origine des fontaines : Calcul de la quanthi deau des pluies , qui dimontre quelle fuffit pournbsp;leur donner naiffance amp; les -entretenir.
^origine des fontaines Sc des fources j^^uroit pas du, ce femble , occafionner parminbsp;phyficiens un partage tel que celui qui a ré-entreiix pendant quelque teinps ; il ny avoitnbsp;^ confidérer attentivement les phénomenes ,nbsp;Pf)ur fe perfuader que cette origine eft unique-*^ent due aux pluies qui abreuvent continuelle-la furface de la terre , Sc qui, coulant futnbsp;lits de terre propres a les empêcher de pé-J^étrer plus avant, fe font a la fin jour dans lesnbsp;¦eux bas. En effet, qui na pas obfervé que lanbsp;plus grande partie des fources diminueni confide-'ablement lorfquil a régné pendant long-tempsnbsp;grande fecherefle , que plufieurs tariftent ab-°'ument quand cette fecherefte eft prolongeenbsp;long-temps , quelles renaiflent lorfque lesnbsp;P'^'es, les neiges, reviennent humefter la furfacenbsp;la terre, Sc quelles croiflent prefque en mêmenbsp;P^ogteffion que ces eaux deviennent plus abondances ?
dependant, malgre un phdnomene ft propre a petfre fur la bonne voie, on a vu quelques phirnbsp;^fophes penfer que cette origine des fontaines
Kij
-ocr page 156-148 Récréat, Mathémat. et Phys.
étoit due a nne efpece de fiiblimation des eaux dc la mer, qui, coulant dans les entrailles de la terre,nbsp;ëtoient pouffées en vapeurs dans les fentes desnbsp;rochers , amp; découloient de-la dans des cavités amp;nbsp;des rélërvoirs prepares par la nature, doü elles fenbsp;faifoient jour fur la furface. Quelques-uns ont éténbsp;jufqua figurer ces, efpeces dalembics fouterrains.
Mais tont cela eft mal fondé. Si leau de la mer produifoit ainfi les fontaines, elle auroit déja depuisnbsp;long-teinps engorge de fon fel les conduits fouterrains par OU on la fait paffer. Dailleurs, qui nenbsp;voit qualors ii ny auroit plus entre labondancenbsp;des pluies amp; celle dé leau de la plupart des fon-taines , la liaifon quon y obferve, puifque , fo'.tnbsp;quil plüt, foit quil ne plüt point, la diftlllatloiinbsp;intérieure nen auroit pas moins lieu? Enfin ceftnbsp;encore une obfervation, que les eaux de IburceSnbsp;diftillent toujours de cleffus des lits de glaife amp;nbsp;non de defl'ous. Or, comme ces lits interceptentnbsp;Ie païïage des vapeurs amp; des eaux, il faut nécef'nbsp;fairement que ces eaux viennent de deffus. IJnnbsp;moyen sur de perdre une fource, eft de rompre cenbsp;lit. Or on produiroit Ie contraire, fi leau veiioifnbsp;de deffous.
Ce qui a fans doute engage ces phyficiens * recourir a cette caufe éloignée amp; fauffe , ceftnbsp;cjuils ont penfé que les eaux des pluies netoief**-pas fufïlfantes pour alimenter les fources amp; 1^*nbsp;rivieres. Mais ils étoient affurément dans 1erreur»nbsp;car, loin de ne pas trouver dans les pluiesnbsp;deau pour eet eflet, on eft en quelque forte erR'nbsp;barraffé de la trop grande quantité c(uonnbsp;troiive. Le calcul fuivant, de M. Mariotte , vanbsp;prouver,
P H Y 5 T Q U F. nbsp;nbsp;nbsp;14^
riences, il tombe annuellement environ 19 pouces^ ^leau fur la furfacc de la terre. Pour renclre fonnbsp;calcul encore plus convainquant, il nen fuppofenbsp;que ij; ce qui fait par toife quarrée, 45 piedsnbsp;Cubes; par lieue quarrée de 2300 toifes en toutnbsp;^cns, 2380 toooo pieds cubes.
Or les rivieres amp; fources qui alimentent la ^eine avant fon arrivée au pont-royal a Paris ,nbsp;comprennent une étendue de terrain denvironnbsp;lieues de longueur fur environ 30 de largeur ,nbsp;qui fait 3000 lieues fuperficielles , dont Ie pro-^uit par 238030000, eft 7141 50000000 : ceftnbsp;'c norabre de pieds cubes deau qui tombe , ennbsp;^cvaluant au plus bas fur cette étendue de pays.
Examinons maintenant quelle quantité deau-^ournit chaque année la Seine. Cette riviere , au ^cftiis du pont - royal , amp; étant a fa hauteurnbsp;*'nyenne, a 400 pieds de largeur amp; 5 pieds denbsp;Ptotondeur , rcduile. La vitefle de 1eau, dansnbsp;^ft état de la riviere, peut être évaluce a 100nbsp;P'eds par minute, en prenant un milieu entre lanbsp;''Uefle de la furface amp; celle du fond. Ainfi Ie pro-^uit de 400 pieds de largeur par 5 de hauteur ,nbsp;Oü 2000 pieds quarres, étant multiplié par toonbsp;pieds, on a 200000 preds cubes pout la quantiténbsp;^ cau qui paffe a chaque minute par cette feftionnbsp;la Seine au deffus du pont royal. Cette cjuan-fera done dans une heiire , de 12000000;.nbsp;dans les 24 heures, cle 288000OQO ; amp; en un an ,nbsp;de 105110000000 pieds cubes. Or cela neft pasnbsp;® feptieme partie de la quantité deau que nousnbsp;^'^ons vue tomber fur létenclue du pays qui nournbsp;la Seine.
Mais-que ferons-nous du refte de cette eau ? K eft facile dy répondre. Les rivieres , les ruiflèaux
Kiij
-ocr page 158-350 Récréat. Mathémat. et Phys.
les eaux ftagnantes, perdent une quantité conlidéquot; table deau, pat la fimple evaporation ; il en enttenbsp;enfin une quantité prodigieufe dans raccroififementnbsp;amp; Ia nutrition des plantes. Voila ce que devienfnbsp;Ie finplus de cette eau.
M. Mariotte fait auffl Ie calcul de leau que dolt naturellement fournir une fource qui coulenbsp;un peu au deffous du fommet de la inontagne denbsp;Montmartre, amp;: qui eft alimentée par une étenduenbsp;de terrain de 300 toifes de largeur fur environnbsp;100, OU de 30000 toifes de fuperficie. II tombenbsp;fur ce terrain , par an , la quantité de 1610000nbsp;pieds cubes, a raifon de 18 pouces de hauteurnbsp;deau pluviale. Mais une partie confidérable denbsp;cette eau , peut-étre les trois quarts, sécoule toutnbsp;de fuite en bas; ainfi il nen pénetre que la quan-tité de 403000 a travers la terre amp; Ie fol fablon-neux,)ufqua ce quelle rencontre un lit de glailè,nbsp;iitué a 2 on 3 pieds de profondeur ; de-la cettenbsp;eau coule jufrjua 1einbouchure de la fontaine , amp;Cnbsp;ceftelle qui 1alimente. Ainfi , endivifant 40500Qnbsp;par 365, on trouve environ iioo pieds cubesnbsp;qifelle doit fournir par jour, ou 38300 pintes;nbsp;ce qui fait environ 1600 pintes par heure, ou biertnbsp;17 pintes par minute , ou enfin de 2 poucs*nbsp;deau. Tel eft aufli a peu prés Ie produit de cettenbsp;fource.
On éleve dordinaire contre ce fentiment fur lorigine des fources, une objeftion fondée furnbsp;une expérience de M. de la Hire, confignée darisnbsp;les Mémoires de lA.cadémie des Sciences de Pa'nbsp;ris, année 1703. Ce fqavant ayant fait fouille*^nbsp;dans un terrain jufqua 2 pieds de profondeur, n'ynbsp;trouva aucune trace dhumidité; dou Pon préteudnbsp;tonclure que les pluies ne font que couler fuperfr*
-ocr page 159-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;i 5 ï
clellement , amp; ne contribuent en rlen a la miC-^ance des fources.
Mais cette experience neft daucun poids, en cjuelle eft particuliere , amp; contredite par millenbsp;^litres faits. II neft perfonne qui Ignore que Ieaunbsp;ftiinte en milleendroits du ciel des carrières, desnbsp;cavernes , des voutes fouterraines : ceft elle qui,nbsp;3yant pénétré les terres amp; coulé entre les jointsnbsp;despierres, y produit les ftaladtites amp; les autresnbsp;lt;^oncretions pierreufes quon y obferve. II eft donenbsp;faux que la pluie ne penetre pas au-dela de quel-^ues pieds. Le fait obfervé par M. de la Hirenbsp;étoit un fait particulier, duquel il avoit tort denbsp;liter une confequence générale.
On objefte encore , quon volt quelquefois des eaux raflemblées a des hauteurs ou il eft impoffiblenbsp;t]ue les pluies donnent naiflance a une fource.nbsp;Wous repondrons que , ft 1on examine les terrainsnbsp;fe trouvent ces amas deaux , on verra toujoursnbsp;tiuelles font le produit des pluies ou des neigesnbsp;fondues ; que ces lieux, fur le fommet dune mon-tagne ou fe trouvent c,es amas, ne font que desnbsp;efpeces dentonnoirs qui ramaflent les eaux dunenbsp;petite plaine circonvoifine , entretenues continuel-lement par les pluies ou les neiges, a quoi con-tribue auffi le peu devaporatlon qui sen fait , anbsp;caufe de la ténuité de Iair. Il reftera enfin démon-tré pour tout bon efprit, que Iorigine des fources amp; fontaines ne doit pas être attribuée a unenbsp;^ntre caufe qiiaux eaux de pluie Sc de neige raf-ftmblees.
K IV
-ocr page 160-Ï52 Récréat. Mathémat. et Puts.
Le Martcciu d'caii^ ou de mercure.
CjE quon appelle le marteau d'eau, nefl: aiitre chofe quune bouteille de verre allongée , dansnbsp;laquelle eft renfermée de leau , qui, étant fecouéenbsp;dans ce vafe , ie frappe avec un bruit qui approchenbsp;de celui dun petit coup de marteau.
La caufe de eet effet efl; la privation de 1air, Ce fiuide iie divifant plus Peau dans fa chute, ellenbsp;arrive au fond de la bouteille comme corps lolide jnbsp;amp; produit le bruit quon vient de dire.
Pour faire done le marteau deau, il faut avoir une fiole de verre, affez folide amp; allongée , quinbsp;foit terminée par un col que 1on puilTe fcellernbsp;hermétiquement: on en pompe 1air dans la machine pneuinatique , après y avoir introduit'unnbsp;quart ou un finquieme deau ; on bouche herméti-quement 1ouverture de la bouteille èc layantnbsp;retiree, on le fait plus folidement, en fondantnbsp;doucement le col de cette bouteille a la lampanbsp;démailleur; linftrument eft conftruit.
Si, au lieu deau, on renferme dans cette fiole du mercure, il donnera un coup bien plus éclatant ; on en fera même étonné, amp; 1on aura peinenbsp;a concevoir comment il ne brife pas la bouteille.nbsp;Si, de plus , ce mercure elf bien purifié, il feranbsp;lumineux , amp; 1on ne pourra le faire couler dunnbsp;'fond a 1autre, fans voir dans 1obfcurité une jolienbsp;trace de lumiere.
R E M A R (117 E.
On pourroit, a ce que nous penfóns, employer tUlkment cette propriété du mercure a faire une
-ocr page 161-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;ilt;jj
lanterne, quon pourroit appeler pUlofophlquz. II faudroit, pour cela , clifpofer dans une efpece denbsp;tambour, un grand noinbre de petites fioles commenbsp;les précédentes , ou des tubes en fpirale , dansnbsp;leA:|uels du mercure purifie couleroit continuel-lement au moj^en du mouvement de ce tambour,nbsp;tnouvement quil feroit facile de lui donner parnbsp;tine petite machine fort limple amp; fort peu cou-teufe : il en refulteroit une lumiere continue quinbsp;ttauroit pas befoin daliment. Qui fqait fi un journbsp;nn ne viendra point a bout par-la de fe pafler dunbsp;feu adfuel pour nous eclairer dans nos apparte-ttients? Je crains cependant que , quelque multi-pHee que foit cette lumiere , elle ne foit toujoursnbsp;Itop foible pour fuppleer a une feule bougie. Maisnbsp;eft peut-etre dautres applications utiles de cettenbsp;invention.
PROBLÊME XLir,
Fain unt Fluit lumineufe de mercure.
S u R la plat'.ne de la machine pneumatique , met-tez un plateau circulaire percé de trous, fur lequel portera un petit recipient cylindrique terminé ennbsp;hemifphere ; recouvrez le tout dun recipient plusnbsp;grand, percé a fon fommet dun trou qui recevranbsp;Un entonnoir de verre renipli de mercure : cet en-tnnnoir doit étre tel quon puifie le fermer parnbsp;tin bouchon , pour 1ouvrir quand il en fera temps.
Cela ainft préparé, faites le vuide , ou a peu piés, dans le recipient; enfuite ouvrez Ientonnoirnbsp;ftui contient le mercure : il sécoulera tant par fonnbsp;poids que par celui de 1atinofphere qui le prefte,nbsp;^ il tombera fur le fommet convexe du récipient
-ocr page 162-154 Récréat. Mathémat. et Phys. ititérieur; ce qui Ie fera éparpiller en mille goutte-lettes lumineufes, amp; imiter une pluie de feu.
On peut encore faire cette experience de cette maniere. Ayez un bois médiocreinent compare ,nbsp;dans leqnel vou$ ferez creulêr un petit réfervoirnbsp;en forme dhémifphere ou de cóne renverfé ; vousnbsp;en garnirez 1ouverture fupérieure dun recipient ^nbsp;amp; vons Ie remplirez de mercure. Lorfquon pom-pera lair du recipient, la preffion de lair extérieur fera pénétrer Ie mercure par les pores dunbsp;bois, il fe iera jour dans Ie recipient gt; amp; y tom-bera en petkes gouttes lumineufes.
PROBLÊME XLIII.
Pcar ^ue//e raifon , dans hs mines qui ont des fou- piraux fur Ie penchant d'une montagne , a difi-férentes hauteurs , s'kahlit-il un courant d^air ^nbsp;qui a dans rhirer une direction differente de cellenbsp;qu it a pendant fété? ExpVication d'un phéno-mene femblable quon remarque chaqiic jour dansnbsp;tes cheminèes: Ufage quon peut faire d'unsnbsp;cheminée pendant l'ké.
Il eft dufage, pour donnet de lair i une mine^ de percer de diftance a diftance, des puits perpen-jdiculaires qui aboutiffent a la galerie horizontalenbsp;OU peu inclinée ou 1on extrait Ie mineral; amp; dor-dinaire les embouchures de ces puits font a diffé-rentes hauteurs , a caufe de iinchnaifon de lanbsp;croupe de la montagne. Or, dans ce cas, orinbsp;éprouve un phénomene affez hngulier : ceft que ?nbsp;pendant Thiver, lair fe précipite dans la mine'pafnbsp;lembouchure du puits Ie plus bas, amp; fort par cell®nbsp;du puits Ie plus haut: Ie contraire arrive en été*
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;155
Pour expliquer ce phénomene, il faut confide-rerque, dans la «nine , la temperature de 1air eft conftamment la merne, tandis que depots elle eftnbsp;alternativement plus froide amp; plus chaude , Iqa-voir, plus froide en hiver, amp;: plus chaude en été,
Dun autre cote , on doit remarquer que le puits dont 1embouchure eft la plus élevée, ia galerie amp;
Pautre puits, forment up fyphon recourbé a branches inegales. Or void cc qui arrive,
Lorfque Iair extérieur eft plus froid que celui de la mine, la colonne dair qui prefle fur 1oriflcenbsp;inférieur D , prefte davantage fur tout fair con- PI. 4,nbsp;tenu dans le fyphon DCBA , que celle qui prefte fig-fur Iorifice A: ainfi cet air dok etre chafte ennbsp;clrculant dans le fens DCBA. Mais 1air froid quinbsp;entre par D, eft auffi-tdt échauffé au même degrénbsp;que celui de la mine: ainft il eft poufle comme lenbsp;premier par la colonne repofante fur Iorifice D,
Ceft le contraire qui arrive en été; car alo-rs 1air extérieur eft plus chaud que celui de la mine,
Ce demier étant le plus pefant, la branche AB du fyphon prépondere fur BC , fans que la diffé-rence des colonnes qui pefent fur A amp;C fur D ,nbsp;puilTe opérer le contrepoids. Ainfi lair contenunbsp;dans le fyphon ABCD, dok prendre un mouvement dans ce fens, amp; conféqueinment fe mouvoirnbsp;en fens contraire du précédent. Telie ,eft lexpli-.nbsp;cation du phénomene.
On en obferve un femblable chaque jour dans les cheminées , amp; qui eft dautant plus fenfifele,nbsp;que les tuyaux de cheminée font plus hauts; carnbsp;tine cheminée , avec ia chambre oh elle aboutk ,nbsp;la porte ou la croifée, forment un fyphon fem-l^lable au précédent. Dailleurs iair extérieur eft gt;nbsp;dcpuis les 9 heures du matin jufquaux 8 ou 9
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heures du foir, plus chaud que Ilnterleur pendant lété , amp; au contraire. Le matin done, lair doitnbsp;defeendre par la cheminée, amp; fortir par la fenêtrenbsp;ou la porte ; au contraire , cet air extérieur étantnbsp;plus froid la nuit que le jour, il doit entrer par lanbsp;porte ou la fenétre , amp; monter par la cheminée.nbsp;Vers les 8 ou c) heures du matin , amp; les 8 ou 9nbsp;heures du foir, 1air ed comine ftationnaire ; eiFetnbsp;neceffaire dans le temps du paffage dune direction a 1autre.
On pourroit, dit M. Francklin , qui paroiS avoir le premier obfervé ce mouvement, on pourroit, dit-iljlappliquer a quelques ufages économi-ques pendant lété; amp; alors le proverbe qui dit,nbsp;utik comtm unc cheminét en he, fe trouveroitnbsp;en défaiit. Un de ces ufages feroit de fervir denbsp;garde-inanger ; car en bouchant les deux ouvertures de la cheminée par un hniple treillis ou ca-nevas, le courant dair alternatif amp; prefque continue! qui sétabüróit dans la cheminée, ne pourroit manquer de tenir la viande fraiche amp; de lanbsp;conferver.
On pourroit peut-etre encore faire ufage de ce courant pour quelque ouvrage qui exige moins denbsp;force que de continuité. Pour cet effet, il faudroitnbsp;etablir dans le tuyau de la cheminée un axe vertical , garni dune héüce ; le courant dair la me-neroit continuellement, tantot dans un fens, tan-tot de Iautre , amp; probablement avec affez denbsp;force pour élever une petite quantité deau parnbsp;heure. Mais comme elle ne chommeroit que troisnbsp;ou quatre heures de la journée , elle ne lailTeroitnbsp;pas de produire un effet affez grand par jour. Aunbsp;furplus le moteur ne couteroit rien. 11 faudroit,nbsp;dans ce cas, employer un engrenage qui fut tel gt;
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, de quelque cöté que tournat 1axe garni dhé-lices, le mouvement du furplus de la machine fe fit toujours dans le mdme fens; ce cjui eft non-feulement pofilble, inais que nous avons vu exé-cuté chez M. Loriot, a Paris.
PROBLEME XLIV.
Mefurer les hauteurs des montagnes au moyen du Barometre.
IL eft aftez rare quoti puifle mefurer les hauteurs des montagnes par des operations géométriques;nbsp;fouvent même cela eft impraticable. Un voya-geur, par exemple, qui traverfe une chauie denbsp;montagnes , 6c qui defire connoitre les hauteurs des points principaux fur lefquels il a gravi,nbsp;ne fqauroit recourir a ce moyen. Le barometrenbsp;11 fournit un commode , 6c afifez exaft , pourvunbsp;quon Iemploie avec les attentions neceflfaires.
On fentira aifément le principe fur lequel eft appuyee cette méthode , iorfquon fe rappelleranbsp;quun barometre porté au haut dune montagne.,nbsp;fe foutient a une moindre hauteur quau bas; i®nbsp;parcequil a une moindre quantité dair au delTusnbsp;de lui; parceque cet air eft moins denfe , puif-quil eft décharge dune partie clu poids quil fup-porte au bas de la montagne. Tel eft le fondement des regies cjuon a imaginees pour appliquernbsp;ala mefure des hauteurs des montagnes, la hauteurnbsp;3 laquelle le barometre sy tient. Toutefois ce neftnbsp;pas une légere difficulté de donner une regie biennbsp;exafte pour cela; car la hauteur du inercure dansnbsp;Is barometre tient a tant de caufes pbyfiqnesnbsp;qui fe coinpliquent enfemble , quil eft extreme-
-ocr page 166-158 Récréat. Mathémat, et Phys. ment difficile de les concilier, amp; de les foumettrenbsp;au calcul. M. de Luc , citoyen de Geneve , qui anbsp;traité avec Ie plus grand foin ce fujet, en coin-binant routes les circonftances amp; toutes ces cau-fes, nous paroit cependant être venu a bout denbsp;donnet une méthode qui, fi elle neft pas abfolu-ment parfaite, eft du moins celle c[ui approche Ienbsp;plus de lexaftitude. Ceft a celle-la que nous nousnbsp;bornerons.
Pour procéder avec exaélitude dans cetfe opé-ration , il eft néceflaire davoir un bon barometre purgé clair amp; portatif, avec un bon thermometre.nbsp;Nous Ie ftippoferons de Reaumur, quoique M. denbsp;Luc, pour faciliter Ie calcul, ait propofé une di-vifion particuliere. Si Ton afpire a une grandenbsp;exaéHtude, il faut encore avoir au pied de lanbsp;montagne , ou dans une des villes les plus voHi-nes, dont la hauteur au deflus de la mer eft con-nue, un obfervateur qui examine la marche dunbsp;barometre.
Parvenu au fommet de la montagne, ou au lieu dont on veut obferver la hauteur, on y examineranbsp;la hauteur du barometre , après 1avoir mis biennbsp;verticalement ; on fufpendra auffi a fa proximiténbsp;Ie thermometre dans un endroit ifolé , amp; 1onnbsp;tiendra note du degré auquel séleve Ie mercure.
Cela fait, on comparera la hauteur du barometre obfervée fur la montagne, avec celle du barometre correfpondant, obfervee dans lemêmenbsp;temps; on prendra les logarithmes de ces deuxnbsp;hauteurs exprimées en lignes , Sc 1on en retran-chera les quatre derniers chiffres : ce fera la difference des hauteurs exprimées en toifes de Paris.
Mais cetfe hauteur exige une correélion , car elle neft exafte que lorfcpie la température fimul-
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tanée des deux lieux eft de nbsp;nbsp;nbsp;compfés au
ihermometre de Reaumur. Pour chaque degré que Je thermometre fera refté au deffous de i6^ dansnbsp;J3 ftation fupérieure, il faudra ajouter une toifenbsp;Jur , amp; au contraire lóter pour chaque degrénbsp;au dehous de la température quon vient de dire.
On fera la même correöiion *, mais en fens Contraire, au moyerl du thermometre qui a refténbsp;dans la ftation fixe; ceft-a-dire que, pour chaquenbsp;degré dont il seft tenu au deftus de 16° x, on re-Ranchera de la hauteur trouvée ci - delTus, unenbsp;*oife fur a 15 ; amp; au contraire. La hauteur trouvéenbsp;^gt;nfi corrigée deux fois, fera, a bien peu de chofenbsp;prés, la difference de hauteur des deux lieux aunbsp;deftus de la furface de la mer , ou la hauteur denbsp;^un fur Fautre.
Suppofons, par exemple , que dans la ftation inférieure Ie barometre fe fok tenu a 27 poucesnbsp;^Jignes, OU 326 lignes; que dans la ftation fu-perieure il ait baiffé a 23 pouces 5 lignes , ounbsp;^81 lignes.
Le logarithme de 326 eft 2.513217(5, celui de 281 eft 24487063 : leur difference eft 0.0645-113, dont retranchant les trois derniers chifFres,nbsp;pour équivaloir a la divifion par 1000, il reftenbsp;^45 toifes.
Nous fuppoferons encore quau haut de la mon-^*grie, le thermometre de Réaumur montroit 6 dygrés au deftus de la congelation , amp; daas la fta-inférieure , 12: ceft, pour la ftation fupé-UeutCj 10 i au delTous de 16 par conféquent
. Cette feconde correftion, quoique non indiqiiée par Luc, nous parok néceflaire par plufieurs raifon»nbsp;qu il feroit trop loiig de développer.
-ocr page 168-ï6o Récréat. Mathémat. et Phys.
10 toifes ia a)0uter par chaque ii 5, a la hauteiif ci-deflus, quon trouvera conféquemment , pafnbsp;une regie de trois, être 32 toii'es.
On trouvera , par la correftion contraire , que la hauteur a retrancher eft lo; il reftera confé-quemment 12 toifes a ajouter, amp; la hauteur dou-blement corrigée fera 657 toifes.
M. Néedhain a obfervé fur Ie mont Tourné, 1une des monfagnes des Alpes, la hauteur dunbsp;barometre de 18 pouces 9 lignes, ou 215 lignes.nbsp;Suppofons quau inême inftant on Teut obfervée,nbsp;au niveau de la mer, de 28 pouces juftes, ou 3 3Önbsp;lignes, ce qui eft la hauteur moyenne au bord denbsp;la mer : la difference des logarithmes de 336 8cnbsp;225 , en en retranchant les trois derniers chiffres ,nbsp;eft 1742.: on en pourroit conclure que la hauteur du mont Tournéeft de 1742 toKesaudeftusnbsp;de la mer. Maïs comme nous navons point dob-fervation correfpondante au niveau de la mer ,nbsp;ni dobfervation du thermometre , faite en mêmenbsp;temps , nous nemployons cette obfervatlon de M.nbsp;Néedham, que comme un exemple du calcul. IInbsp;eft probable feulement que la hauteur du montnbsp;Tourné eft entre 1700 amp; 1800 toifes.
R E M A R dU E S.
Comme un barometre portatif eft un inftru-ment très-difficile a fe procurer amp; a conferver, il eft prefque nécelTaire quun voyageur obfervateurnbsp;fe contenté de fe former fon barometre toufes lesnbsp;fois c|uil veut obferver. Mars comme alors fon,nbsp;mercure ne fera point purge dair, il ft tiendranbsp;quelques lignes plus bas que Ie barometre conftruitnbsp;avec toutes les precautions Imaginables. Cettenbsp;difference peut aller a 2 ou 3 lignes.
Quant
-ocr page 169-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;igi
Quanta uii thermometre de M. de Reaumur,' ften de fi facile que den tranfporter uii; ainfi ilnbsp;^y a nulle difficulté.
Mais comment fera U7i voyageur pour avoir des obfervations correfpondantes, foit au bord de lanbsp;^er, foit dans quelque autre lieu fixe; ce qui eftnbsp;Pourtant neceffaire pour pouvoir faire un ufagenbsp;ftiffifamment exaft de fes obfervations propres?nbsp;Cela me paroit mettre a cette maniere de déter-ïniner les hauteurs des montagnes, des limitationsnbsp;tien confidérables.
Dailleurs il nous femble que, quand même on auroit au bord de la mer , ou dans quelque villenbsp;fituée, par exemple, au milieu de la France, amp;nbsp;dont la hauteur au deffus de la mer feroit connue ,nbsp;Hn obfervateur aflidu, on ne feroit pas beauco'upnbsp;plus avancé; car la temperature de 1atmofpherenbsp;peut varier fur Ie bord de la mer de Genes, êtrenbsp;a la pluie, par exemple, pendant que Ie tempsnbsp;fiera beau amp; ierein fur les montagnes des Alpcs ounbsp;des Apennins, OU au contraire; nouvelle diftlculténbsp;a furmonter.
On Ie pourrolt faire néanmoins en partie, en fqachant, pour Ie bord de la mer la plus voifine,,nbsp;quelle eft la plus grande, la moyenne amp; la moin-dre elevation du barometre|, amp; en. jugeant ,nbsp;par diverfes conjeéfures météorologiques, de lanbsp;iiature de la temperature fur la montagne a mefu-, quoiquon ne fafiTe prefque quy paffer: car finbsp;hygrometre y marquoit, par exemple, unenbsp;S^'ande huniidité , il y auroit lieu de croire que Ienbsp;f^rups eft a la pluie , amp; que Ie barometre ftable ynbsp;^idiqueroit fes moindres hauteurs ; comme aunbsp;lt;^ontraire, fi Fair étoit trés-fee , on en pourroitnbsp;conclureavec probabilité que Ie temps eft ferein.nbsp;Tome IF.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L
-ocr page 170-iöl Récréat. Mathémat. et Phys,
amp; que Ie barometre fixe y indiqueroit fa plu* grande hauteur : maïs, il faut en convenir , toutnbsp;cela nefi; pas dune exaditude bien capable de fa-tisfaire.
Quoi quil en foit , on a fait fut Ie haut des tnontagnes bien des obfervations baroinétriques, amp;nbsp;on en a conclu Icurs hauteurs. On en a aulli, parnbsp;occafioi! , mefuré plufieurs géométriquement :nbsp;cefl: pourquoi nous croyons que nos leéieurs ver-ront avec plaifir une table de ces obfervations amp;nbsp;hauteurs différentes. Celle que nous allons donnet eft formée de plufieurs colonnes , dont lanbsp;premiere sexplique deUe-même ; la feconde con-tient la hauteur du barometre , obfervée dans lesnbsp;iieux défignés par la premiere. Comme, pour lanbsp;plupart, on na point défigné la temperature ac-tuelle de lair, nous prendrons cette hauteur ^ournbsp;la hauteur moyenne , amp; au degré moyen de cha-leur. La troifieme contient la hauteur déduite denbsp;lob^ervation , fuivant la méthode de M. de Luc.nbsp;Dans la quatrieme nous avons porté la dimen-fion géométrique, quand elle nous a été connue.nbsp;Quelquefois auffi , ne connoilTant que la dimen-lion yéométrique , nous nous fommes bornés a lanbsp;donner.
Nousne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs fur 1exceffive hauteur que les anciensnbsp;attribuoient a nnelques montagnes: on peut Ienbsp;voir dans Ie tome précédent, page 97.
Physique, nbsp;nbsp;nbsp;i(S|
quot;^ABLE des hauteurs de différents lieux de la Terre amp; de dlverfes Montagues au deffus du niveaunbsp;de la Mer.
NOMS
DES Lieux.
Haut.
(lu
Baromec.
Haut. (led. dunbsp;Baromet.
Haut.
mefure
geométr.
France.
^aris , niveau de Li Seine aux moyennes eaux^ au Pont-Royal,nbsp;^aris , re^ de chaufjee de IObferv.nbsp; eriaiiles, r. de ch. du chateau , nbsp;prlcans ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de la Loire bajj'e,
~yon, niv. du Rhdne,................
Merinont-Ferrand,...............
P. L.
Toifes.
Toifes.
.27..0-
-.158.
..181
-58
¦¦77r
¦32
.¦84
Montag. de FAuvergne.
Fe Puy-de-Dome,
J-a Cofta,.................
Le Puy-de-Violent, ¦
te Carnal, ...............
Le Mont dOr, .......
Pyrenees.
J^ontS. Barth. p. depoix^
Mouflet, .........................
Canigou, .........................
?a)ns de Barege, ..................
Pic du midi, ....................
^ont Ventoux,....................
AlpES Sl/ISSES.
Lac de Genfeve,...............
de Neuchatel,...................
Le Glacier de Buet,prèi Geneve, La montagne de la Dole, id......
¦^3-9^
¦2.3-4-.23..3..
¦22 5
a2i-
2I-2
2Iquot;Of
20-2-j-¦ 24.-S'-
21..I-
I9'6-
¦23-4.
-7i6-¦Say ..840-g66- 103 I'
.1211-
1241.
1416-
^89
i48i'
¦1560-.825 ¦
-851
-853
-984
1040
¦ÏI90
1289
¦1454
1036
.188
214
-847
ï64 Récréat. Mathémat. et Phys-
| ||||||||||||
|
¦ nbsp;nbsp;nbsp;2390nbsp;-237nbsp; 1450nbsp;¦1460 ¦ nbsp;nbsp;nbsp;2420 |
des L I e u X.
Le Mont Bianc ou maudit, dans
Ie Faucigny ,..........................
Le Fort dAarbourg, ................
Le Mont Pilate, 6'. de Lucerne,
LAntfendas, C. de Berne, .....
MontGothard,^/ai/ia«tc pointe^
Apennins,
1150 ¦718nbsp;-868nbsp;-808
¦I302-'
....542.,
io8o
..1742-
Monte di Sibilla, ......................
di Carpegna, ................
di Catria,......................
di Pennino,....................
A LP ES PiÈMONTOISES.
Turin, ......................................
S. Remi,....................................
Mont S. Bernard, au Couvent, -
Mont-Serene,.........................
Cor-Mayeur, au fommet de VAl-
Ue blanche, ....................
Ville des Glacieres ,..........
Mine de Pefe^, en Savoie, Mont-Tourne,............
Sic iLE.
Mont jEthna''%..........................18-11 -iS-jG-
* nbsp;nbsp;nbsp;Cette montagne patoit être )a plus élevée de notre Europe. Le»nbsp;ai déduit Ia h.auteur de Ia hauteur apparente, melurée parM. Micheli gt;nbsp;du fort dAarbourg, qui en eft a 62000 toifes. Mais comme cette haU'nbsp;teur neft cpie de deux degrés fur Ihürizon, je 1ai corrigée, en o*'nbsp;déduifant la réfraftion: ceft une attention que na pas eue M. M'quot;nbsp;cheli, amp; qui lui a fait donner un catalogue des hauteurs des raontaquot;nbsp;gnes de la Suiffe, qui excedent sürement Ia vérité.
* nbsp;nbsp;nbsp;Cette mefure eft déduite dobfervations fimultanées du barontC'nbsp;tre,faites aCatane, oü le mercure étoit a 27 p. 10 1. (pied de France) gt;nbsp;amp; fur IAtthna, oti il étoit a iS.i-j. On y a eu auffi égard, fuivant 1*nbsp;regie de M. de Luc, aux différentes temperatures de lair, qui étoieutnbsp;fur 1yEthna quot;ij au thermometre de Réaumur, öt a Cstane i *97'
-ocr page 173-La Vallée de Quito, a Quito,
cap. dc cette province,............
^¦tchintcha, volcan éteint, [omniet oriental, .........................
^ntifana, volcan éteint, .......
Ei-Cora^on,.............................
Litiica,.....................................
Cotopaxi, Wc. rail. en i/44,.....
^himbora^o, volc. éteint,.........
I^argavira^o , id. ....................
^ ongouragoa, id......................
Êl-Altar, ld. ...........................
^angai , id. ...............................
^ota-Catché, au n. de Quito, ^ayambé-Orcou, fous léquat.,
A F RI QV E. ^ontagne de la Table,
24-10
24^6-
2730 ¦2680nbsp;¦ 2570nbsp;3030
521.
Observation Générale.
Nous remarquerons , pour acbever cette ma-^'ere, que Ton ne doit pas entiérement imputera la *'6thode les differences affez confidérables quonnbsp;^'^^contre affez fouvent dans cette table , entre lanbsp;J^jefure barométrique amp; la mefure géométrique.nbsp;jStte derniere eft certaine; mais les obfervateursnbsp;hauteurs barométriques ont fouvent fait ufage-d inftruments fort imparfaits j ordlnairement ds
j66 Rècréat. Mathémat. et Phys. nont point eu dobfervations correfpondantes;nbsp;prefque jamais Us nont tenu compte de la difference de chaleur dans les poftes de comparaifon:nbsp;on ne doit done pas sétonner de ces différences ,nbsp;qui feroient certainement beaucoup moindres fansnbsp;ces défauts des obfervations.
PROBLÊME XLV.
JFaire unc Fontaine artificidk, a rimitation d'une-fource naturelle,
Nous fuppofons quon ait a fa difpofition un terrain un peu én pente , dont Ie fond foit glaifeuxnbsp;amp; peu éloigné de la fuperficie de la terre. Dansnbsp;ce cas on pourra, par Ie procédé fuivant , fenbsp;procurer une fontaine ou une fource abfolumentnbsp;femblable aux fontaines naturelles, amp;c propre anbsp;remplir tous les befoins dune maifon.
Pour eet effet, découvrez ce lit glaifeux fur une êtendiie , par exemple , dun-arpent ou 30 toifesnbsp;de long fur 30 toifes de large. II faudra 1encein*nbsp;dre dune bande de glaife dans la partie inférieure,nbsp;en ny lailTant douverture qua 1endroit abfolu-inent Ie plus bas, qui fera celui par oü leau for-tira. On y adaptera quelque pierre percée dunnbsp;trou dun pouce au plus de diametre. Cela fait,nbsp;on ramaffera des cailloux de différentes groffeurs ,nbsp;amp; 1on couvrira cette aire des plus gros, enfortenbsp;quils ne laiffent entreux quun intervalle de quel-ques pouces. On en placera dautres un peu moinsnbsp;gros Air les interftices laifTés par les premiers, amp; onnbsp;en fera ainfi plufieurs am as les uns fur les autres,nbsp;en diminuant toujours de groffeur, jufqua ce quenbsp;les derriiers ne foient plus que comme de trés-
-ocr page 175-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;167
gTOs graviers. On jettera enfuite \a-defius du gros ïab!e a quelques pouces depailTeur, amp; enfuite dunbsp;plus menu, tel que celui quon emploie a fablernbsp;les promenades. Mais fi 1on etoit a portee de fenbsp;procurer de la moulTe , il feroit bon , pour empe-cher le fable de couler dans les interftices des cad-loux , il feroit bon, dis-)e, den couvrir la couchenbsp;de gros graviers , a Iepaifleur dun demi-pouce.
Il eft évident que Ieau pluviale qui toinbera fur toute la fuperficie de cet arpent, pénétrera a travers le fable , coulera dans les interftices des cail-loux qui couvrent 1aire de glaife , amp; enfin , parnbsp;Ieffet de la pente du terrain, fe portera vers 1ou-verture ménagée dans le basdou elle secouieranbsp;par un filet plus ou moins gros, fuivant fon abondance.
Or, en fuppofant que Ieau qui tombe annuel-lement fur ce terrain eft de 18 pouces de hauteur, on trouvera que la quantite deau quil raflemble-roit feroit de 48600 pieds cubes. Nous en fup-poferons un quart abforbe par Ievaporation, ounbsp;reftant entre les joints Sc interftices des pierres, dunbsp;fable Sc de la mouffe : on aura done encore 36000nbsp;pieds cubes deau par an, ou 4500 rauids deau,nbsp;fur lefquels on pourra compter, eeft-a-dire aunbsp;moins 11 muids deau par jour ; ce qui eft , jenbsp;penfe, tout ce qui eft neceflTaire pour les befoinsnbsp;dune maifon , mdme confiderable.
On me dira peut-etre que voila une fource dont Ieau couteroit aflez cher. Jen conviens ;nbsp;rais 1° je doute que la formation de cette Fontaine coutat autant que la conftruftion dune ci-terne , ouvrage qui exige , pour contenir Ieau,nbsp;des attentions particulieres, un courroi de glaife»nbsp;amp;c. St qui ne raffemble les eaux pluviales que de
L iv
-ocr page 176-168 Récréat: MathémAt. et Phys,
qiielques toits, de quelques cours, amp;c. eaux par conféquent pour la plupart fort mal-propres;
]e nai pas voulu perdre Ie fruit de mes reveries. Le lefteur en fera ce quil voudra.
On pourra , au refte, rendre ceci beaucoup juoins couteux, en ne préparant, de la manierenbsp;quon vient de dire, quune petite portion de terrain , coniine dune dixaine de toifes en quarrénbsp;dans 1endroit le plus bas; amp; pour fuppléer au peunbsp;dabondance de leau pluviale quon auroit paria, car elle ne feroit que de 5400 pieds cubes ,nbsp;on pourroit dériver fur ce terrain , par des canauxnbsp;ouverts , celle qui to.mberoit fur les environs a unenbsp;diftance de quelques centaines de toifes : on auroit , par ce moyen , un réfervoir deau filtrée très-abondant, amp;, a ce que jecrois, peu couteux;nbsp;ragrément enfin de )ouir dune fource tout-^faitnbsp;lemblable a celles que nous donne la nature.
Je craindrois feulement que leau ne sen écou-lat avec trop de rapidité ; mals on pourroit y obvier , en ne lui laiffant fa fortie que par un trounbsp;de la dimenfion convenable pour quelle fut anbsp;peu prés perpétuelle , ou en le garniffant dunnbsp;robinet quon tiendroit ferme quand on nauroitnbsp;pas befoin de tirer de leau.
' PROBLÊME XLVI.
Qtldh cjl la- pefanteur de Vair dom h corps d'un homme ejl continuellement chargé ?
C^ui eft-ce qui simagineroit que nous vlvons continuellement chargés dim poids de 30 a 40nbsp;inilliers qui nous comprimé amp; nous preffe dansnbsp;tous ks fens ? Ceft-la cependant une vérité que
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découverte de la pefanteur de 1air met hors de doute.
Tout fluide pefe fur fa bafe en raifon de Ieten-due de cette bafe amp; de fa hauteur. Or on a de-*^ontre que le poids de 1air équivaut a une co-^^nne deau de 32 pieds de hauteur ; conféquem-chaque pied quarré a la furface de la ^^tre , eft charge dune colonne dair équivalentenbsp;^ une de 32 pieds cubes deau , ceft-a-dire denbsp;^^40 livres, le pied cube pefant 70 livres. Onnbsp;^value du refte la furf?-e du corps humain , dansnbsp;In homme de ftature médiocre, a 14 pieds quar-^és: ainfi , multipliant 2240 livres par 14, on anbsp;31360 livres pour le poids appliqué fur toute lanbsp;furface du corps dlm homme de ftature médiocre.
Mats comment peut-on réfifter a une charge ^smblable ? la réponfè eft facde. Toute notrenbsp;JHachlne eft imprégnée dun air qui eft en équili-¦e avec cet air extérieur. On nen fqauroit dou-
5 quand on a vu un animal mis dans la machine pneumatique , senfler aufti-t6t qiion a com-lUencé a en pomper iair , fe diftendre enfin au point de périr, amp; de crever même, li 1on continue.
Ceft cette difference de pefanteur qui nous tend ou plus leftes ou abattus, fuivant que notrenbsp;thorps eft plus ou moins chargé. Dans le premiernbsp;J^as, le corps étant plus refferré par le poids denbsp;3 le fang circule avec plus de rapidité, amp;nbsp;toutes les fomftions de 1aniinal fe font avec plusnbsp;ue lacilité. Dans le fecond , le poids ayant dimi-^Ue, toute la machine eft relachée , amp; les orificesnbsp;des vaiflTeaux le font a proportion ; le fang manquenbsp;, 8c ne donne plus au fluide nerveuxnbsp;aciivite quil avolt: Ton eft abattu, incapable
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de travail amp; de reflexion , amp; cela arrive fur-tout lorfque lair eft en même temps humicle ; car riennbsp;ne relache autant les fibres cle notre frêle machine , que lhumidité.
problême xlvii.
ConJiriiB'ton d'um petite machine qui, a Vimita~ tion de la Jlatue de Memnon , produira desnbsp;fons au lever foleil.
Tout Ie monde fqait ce quon raconte de la flatue de Memnon , expofée dans un temple dE-gypte. Si 1on en croit les anciens hiftoriens , ellenbsp;faliioit Ie foleil levant par des fons qui paroiflfoientnbsp;fortir de fa bouche. Quoi quil en foit de ce traitnbsp;hiflorique, voici la maniere de produire un parednbsp;efFet.
PI. 4, Soit un piédeftal en forme de parallélépipede ïg. 22. concave ABC; que la concavité en foit diviféenbsp;en deux parties par un diaphragme DE. La par-tie inférieure dolt être bien clofe, 6st remplie deavïnbsp;jufquau tiers environ de la hauteur, amp; Ie furphisnbsp;doit être rempli dair. Le diaphragme DE doitnbsp;être percé dun trou qui donne paflage a un tuyaUnbsp;de quelques lignes de diametre, bien foudé avecnbsp;ce diaphragme , amp; defcendant )ufques prés dunbsp;fond de la cavité inférieure. II doit y avoir dansnbsp;ce tuyau aflTez deau pour que, lair étant refroidinbsp;au degré de la température de la nuit, leau foitnbsp;a peu prés au niveau de FG. Une des faces dunbsp;piédeftal doit être enfin affez mince pour séchauffernbsp;facilement aux rayons du foleil. Le plomb eft uunbsp;des métaux qui sechauffent le plus de cette maniere ; ceft pourquoi une lame mince de plomb^nbsp;fera propre a eet effet.
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KL eft IIn axe tournant librement fur des pilots en K amp; L , amp; autour cle cet axe eft enroulé Hn filet très-fiexible', foutenant dun cote le poidsnbsp;K, amp; de Iautre le poids M, cjui plonge librementnbsp;lt;lans le tuyau HI. Le rapport de ces poids doitnbsp;^tte tel, que le poids M Temporte fur N lorfquenbsp;premier fera livre a lui-même, mais N doitnbsp;^emporter fur M lorfque celui-ci perdra une park's de fon poids en nageant dans 1eau ; ce qui eftnbsp;facile a combiner.
Enfin Iaxe KL porte un tympan de quelques Pouces de diametre amp; de longueur, garni a fanbsp;circonference de dents qui, en appuyant fur lesnbsp;touches dun petit clavier, font lever des faute-leaux qui frappent des cordes accordees harmoni-'juement. II faut quun tour ou deux du tympannbsp;^chevent 1air, qui doit être au furplus très-fim-Ple, amp; compofé de peu de notes. Toute cettenbsp;petite mecanique peut être facilement renfennéenbsp;^ans la cavite fuperieure du piedeftal. Le defliisnbsp;portera une figure en bufte , telle quon reprefentenbsp;la ftatue de Memnon, avec la bouche ouverte 6cnbsp;en attitude de parler. II ne feroit pas difficile denbsp;lui faire des yeux mobiles , amp; qui euffent unnbsp;mouvement dependant de celui de Iaxe KL. ¦nbsp;Dapres cette confiruêlion, on fentira aifementnbsp;^Ue le cote du piedeftal expofé au levant, nenbsp;Pourra recevoir les rayons du foleil fans sechauf-; quen sechauffant, il echauffera 1air contenunbsp;j|ans la cavite inférieure; que cet air fera montecnbsp;^ 6au dans le tuyau HI; qualors le poids N Iem-Portera, 8c fera tourner Iaxe KL avec le tambournbsp;garni de pointes, qui feront lever les touches dunbsp;petit clavier; ce qui donnera des fons, 8c feranbsp;lOnner le petit air quon aura note. Mais il faudra.
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pour eet effet, que Ie diametre de laxe KL föit modelé de nrtaniere que Ie poids N, en defcen-dant, par exemple de deux lignes, faffe faire afleznbsp;rapideiTient un tour ou deux au tambour , afin quenbsp;les fons fe fuccedent aflez rapidement lun a lautrenbsp;pour former un air.
Le P. Kircher avoit, dit-on, dans fon Mufeum, une machine a peu peès femblable, dont le P.nbsp;Schott donne la defcription ; mais je crois étrenbsp;fondé a dire quelle ne produifoit point fon effet,nbsp;car ie P. Schott fe borne a faire poufler de 1airnbsp;par un petit tube contre des efpeces de vannennbsp;dont étoit garnie une petite roue: mais, commenbsp;eet air ne feroit forti que fort lentement , il eftnbsp;clair que la roue neiit eu aucun mouvement. Sinbsp;done la machine du P. Kircher produifoit fonnbsp;effet, comme on le dit, la defcription du P. Schottnbsp;nefl; pas celle de fon inécanifme. Je noferoisnbsp;encore gager que celle-ci remplit fon objet, carnbsp;je doute fort que le foleil levant raréfiat fenfible-inent lair renfermé dans la cavité inférieure.
Remarque.
Nous bornerons ici ce que nous avons a dire fur les differences machines qüon peut mettre ennbsp;mouvement au moyen de la compreflion, de lanbsp;raréfaétion , de la condenfation , amp;c, de lair;nbsp;car fi nous voulions imiter le bon P. Schott, nousnbsp;trouverions la matiere dun volume in-4°. Nousnbsp;nous contenterons done dindiquer aux curieux denbsp;ces machines, la Mecanica hydrautico-pnmma-tica ( Francf. 1657? in-40) de ce Jéfuite , ou fanbsp;Technica curiofa , feu Mirahilia artis (Herbip-1664,2 vol. in-4°); on y trouvera de quoisamu-fer jufqua fatiété de ^ces inventions aflez frivole^ y
'^Ompilées pour la plupart des ouvrages du P. ^ircher, qui sen eft beaucoup occupé ; ou daprèsnbsp;Héron , dans fes Spiritalia ; Alleoti, fon traduc-teur amp; commentateur; Dobrezensky , dans fanbsp;^hilofophia Fontium ; amp;c , amp;c.
PROBLÊME XLVIII.
Des Phhiomenes des TuyauX' capillaires.
O N appelle tuyaux capillaires, des tuyaux de Yerre dont la capacité intérieure eft dun diametrenbsp;très-étroit, comme dune demi-ligne amp; au deftbus.nbsp;Lorigine de cette dénomination eft aifée a reconnoitre.
Ces tuyaux préfentent des phénomenes fort fin-guliers , amp; fur 1explication defquels je ne vois pas quon fe foit encore accordé. 11 a été jufquanbsp;lt;^2 moment plus aifé de détruire a eet égard quenbsp;délever. Voici les principaux de ces phéno-nienes.
I. On fqait que dans deux tuyaux qui fe com-muniquent , leau , ou un fluide quelconque , sé-leve a même hauteur; mais ft une des branches eft capillaire, cette regie na plus lieu ; leau sélevenbsp;plus haut que Ie niveau dans Ie tube capillaire , amp;nbsp;dautant plus au delTus du niveau de 1autre bran-t^he , quil eft plus étroit,
II parut dabord bien facile aux premiers phyfi-^'ens, téinoins de ce phénomene, den donner *^ne explication. On imagina que 1air qui preflenbsp;fur leau contenue dans Ie tube capillaire , éprou-voit quelque difficulté a exercer fon aélion, anbsp;caufe du peu de largeur du tuyau ; il devoit donenbsp;cn réfulter un exhauflement du fluide de ce cête.
-ocr page 182-Cela snétoit pas bien fatisfaifant; car quePc apparence que lair, dont les particules font ii clé-liées , ne föt pas fort a fon aife dans un tuyaunbsp;dune derni-ligne ou dun quart de ligne de dia-metre?
Maïs quelle que fut cette explication, fatisfai-fante ou non a eet égard, les deuxieme amp; troi-fieme phénomenes des tuyaux capillaires la ren-verferent entiérement. En effet,
II. nbsp;nbsp;nbsp;Lorfquau lieu dun fluide aqueux on em-ploie du inercure, ce fluide, au lieu de sélevernbsp;dans la branche capillaire jufquau niveau de lanbsp;ligne quil atteint dans 1autre, ce fluide, dis-je,nbsp;refte au deflbus de ce niveau.
III. nbsp;nbsp;nbsp;Quon falTe 1expérience dans Ie vuide ,nbsp;tout refte de méme que dans 1air ouvert. Ce neftnbsp;done pas dans 1air quil faut chercher Ia caufe dunbsp;phénomene.
IV. nbsp;nbsp;nbsp;Si 1on frotte lintérieur du tube avec linenbsp;matiere graifteufe , comme du fuif, 1eau , au lieunbsp;de sélever au deflus du niveau , refte au delTous. IInbsp;en eft de inême ft 1on fait 1expérience avec unnbsp;tube de cire , ou avec des plumes doifeaux, dontnbsp;lintérieur eft toujours graifleux.
V. nbsp;nbsp;nbsp;Si Pon plonge Ie bout dun tuyau capillairenbsp;dans 1eau, ce fluide sy éleve auffi-tót au deflus dunbsp;niveau de celui du vafe, a la même hauteur quilnbsp;séléveroit dans Ie cas dun fyphon a branchesnbsp;dun cöté capillaire amp; de 1autre de diametre ordinaire ; enforte que, ft on touche feuleinent Ianbsp;fuperficie de 1eau, elle eft auffi-tot comme attiréenbsp;a la hauteur que nous venons de dire , amp; elle Jnbsp;refle fufpendue lorfquon retire Ie tube de 1eau.
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;175
^iculairement ou fort prés cle la verticale , on fait couler fur fa fuperficie extérieure une gouttenbsp;^eau, lorfquelle eft arrivee a Iorifice inferieur ,nbsp;elle entre dans le tube, èc ft elle eft fufftrammentnbsp;groffe , elle y occupe la hauteur a laquelle elle fenbsp;*lendroit au deffus du niveau dans une branchenbsp;fyphon de ce calibre.
VII. nbsp;nbsp;nbsp;Les hauteurs auxquelles 1eau fe foutientnbsp;^ans un tube capillaire, font en raifon inverfe desnbsp;diametres. Ainfi , ayant obferve , par example ,
dans un tuyau dun tiers de ligne 1eau seleve 3 la hauteur de 10 lignes, elle devra selever a lanbsp;^auteur de ao lignes dans un tuyau dun ftxiemenbsp;de ligne ; a la hauteur de 100, dans un tuyau dunnbsp;ftentieme de ligne.
Dans de pareils tuyaux , IabailTement du mer-^'tre au delTous du niveau , fuit auffi la raifon in-'^srfe des diametres des tubes.
VIII. nbsp;nbsp;nbsp;Si un tube capillaire eft forme de deux PI. 4,nbsp;Parties ayant des calibres inegaux, comme lon'^o' ^3*nbsp;'^oit dans la Jig. 23, ou AB eft dun calibre beau-^Oup moindre que BC ; que algt; foit la hauteur
Ou 1eau fe foutiendroit dans un tube tel que AB ^ c d celle ou il fe tiendroit dans le plus largenbsp;Be ; quon plonge ce tube enforte que rorlfice dunbsp;plus petit B , foit élevé au delTus du niveau dunenbsp;P^uteur plus grande que cd, 1eau sy foutiendra ,
Somme on voit dans la Jig. 24, a cette hauteur ^4-au deflus du niveau : mais ft on plonge le tube onforte que 1eau arrive jufqua B, elle seleveranbsp;l^out de fuite a la méme hauteur que ft le tube eutnbsp;du même calibre que celui den baut,
II en eft de même ft Ton plonge le tube capil-aire en commen^ant par le plus etroit.
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IX. On fe tromperoit fi Ton imaginoit que les liqueurs les plus légeres sélevent davantage. Lef-prit-de-vin eft des liqueurs aqueufes celle qui synbsp;éleve Ie moins: dans un tube oü 1eau sélevoitnbsp;a z6 lignes, 1efprit-de-vin ne sy élevoit qua 9nbsp;OU 10. En general 1élévation de lefprit-de-vinnbsp;11ell: que la inoitié ou Ie tiers de celle de 1eau,
Cette elevation depend auffi de la nature du verre; dans certains tubes, Ieau le tient beaucoupnbsp;plus haute que dans dautres, quoique leurs calibres foient les memes.
II eft neceflaire de connoitre ces phenomenes, pour fe convaincre que ce neft rien dexterieurnbsp;au tube amp; a la liqueur qui produit ces effets. Ennbsp;effet, les phenomenes font abfolument les mêinesnbsp;dans le vuide ou dans 1air extremement atténué,nbsp;que dans celui que nous refpirons. Ils varient auflinbsp;felon la nature du verre dont le tube eft forme:nbsp;ils font aufli différents, felon la nature du fluide,nbsp;Ceft done dans quelque chofe dinhérent a lanbsp;matiere dir tube amp; a celle du fluide , quon doitnbsp;les rechercher.
On donne communement pour caufe de ces phenomenes , 1attraftion quexercent mutuelle^nbsp;ment le verre fur 1eau amp; Ieau fur le verre. Cettenbsp;explication a trouve un grand contradidleur dansnbsp;le P. Gerdil, religieux Barnabite amp; habile phyfl'nbsp;cien, qui a fait tout fon poflible pour la renvet-fer, M. de la Lande, au contraire, a pris fa dé-fenfe, amp; eft un des ecrivains niodernes qui ontnbsp;mis cette explication dans le plus beau jour. Onnbsp;peut voir auffi a ce fujet, panni les Mémoiresnbsp;Petersbourg , un ecrit de M. Weitbrecht, trés-profond amp; tres-fqavant. On ne trouvera pas ntaU'nbsp;vais que nous nous bornions a ces indications.
PROBLÊMÊ
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^ H Y S ï Q Ü Ë.
qudques untatives du mouvement perpétutl, au moyen de fyphons capillaircs,
quon a vu leau sélever dans un tube capillaire au deffus du niveau de celle dans laquelle ^1 étoit plongé , ou au deffus de celui ou elle étoitnbsp;Ie tube non-capillaire, avec lequel il formenbsp;'1 fyphon renverfé , on na pas manqué dennbsp;coiijefturer la poflibilité du mouvement perpé-^Uel; car, a-t-on dit, li leau séleve a la hauteur dun pouce au deffus de ce niveau , inter-rompons fon afcenfion , en ne donnant au tubenbsp;tjue trois quarts de pouce : leau sélevera donenbsp;3u deffus de lorifice , amp; retombant par les cótésnbsp;dans Ie vafe , il sen élevera dautre, amp; ainfi fansnbsp;ceffe ; ou bien, que leau élevée dans la branchenbsp;papillaire du fyphon foit dérivée par un tubenbsp;incline dans lautre branche, il fe fera un mouve-iiient de circulation continuel; amp; voila un inou-Yeinent perpétuel donné par la nature.
Mais malheureurement 1expérience ne confinne pas cette idee. Si 1on intercepte Iafcenfion denbsp;leaudans un tube capillaire, en lecoupant, parnbsp;exemple, a la moitié de la hauteur a laquelle ellenbsp;devroit sélever, leau ne séleve pas pour cela aunbsp;deffus de lorifice pour retomber fur les cótés. IInbsp;^n eff de même de 1autre tentative.
Mais en voici une fort ingénieufe , amp; telle, quil bien difficile de reconnoitre la caufe de fonnbsp;peu de fuccès.
Soit Ie tuyau capillaire ABC, mais dont la Ion- PI. 4gt; gue branche foit dun diametre beaucoup plus hg- ^5'nbsp;petit que lautre. On fuppofe que lorifice A étantnbsp;Tome IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;M
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plongé dans leau du vafe DE, elle séleve jufquen B, fominet de la courbure du tuyau; dans Iautrenbsp;branche BC, ieau ne séleveroit que de la hauteurnbsp;CH au-deffus du niveau.
Retournons a préfent ce fyphon, rempliffons-le lt;ieau , amp; plongeons-Ie a la profondeur fuffifantenbsp;pour que leau put sélever , comme il a été dit ci-deffus, Jufqua la courbure B : il paroit évidentnbsp;amp; inconteftable que leau qui remplira ia partienbsp;BH, forcera en enbas leau contenue en CM. Ornbsp;cela ne peut fe faire fans que leau contenue ennbsp;AB la fuive; ainli leau montera continuellementnbsp;de A en B, Sc retombera par la branche BC dansnbsp;Ie vafe. Ainfi voila un mouvement perpétuel.
Rien de plus fpécieux; mais malheureufement encore lexpérience détruit cette illulion : leau nenbsp;tombe point par la branche BC ; au contraire ,nbsp;elle remonte jul'qua ce que la branche AB foitnbsp;feule remplie.
Nous croyons devoir joindre ici une autre idee de mouvement perpétuel au moyen de deux fy-phons , quoique ce ne foient pas précifément desnbsp;lyphons capiliaires qui y foient employés. Ellenbsp;mérite dautant plus attention , que ce nefl; pasnbsp;un homme fans nom qui la propofée, mais unnbsp;homme des plus célebres avec raifon dans les ma-thématiques; pour Ie dire enfin en un mot, 1il-luftre Jean Bernoulli.
Soient, dit M. Bernoulli, deux liqueurs mif-cibles entrelles , amp; dont les pefanteurs fpécifiques foient comme les lignes AB, CD; on fqait que Ünbsp;deux tuyaux, communiquant 1un a Iautre, ontnbsp;leurs hauteurs au delTus de la branche de communication dans ce même rapport, on pourra rem-plir la branche la moins haute du Buide Ie plu^
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Pefant, amp; la plus haute du plus léger gt; amp; tjue ces deux fluïdes fe tiendront en equilibre ; doii il fuitnbsp;tjue fi la branche la plus haute etoit recoupee quel-tpie peu au deflbus de la longueur quelle doitnbsp;*voir, le fluïde contenu dans cette branche pournbsp;loit couler dans la plus bafle.
Suppofons maïntenant que la branche la moins PL 4, 'elevée EF, foit reniplle dun fluïde compofé de %nbsp;deux liqueurs de différentes pefanteurs fpécïfiques,
^ quau point F foit établï un filtre qui ne laifle paffer que la plus légere ; que le tube FG foit rem-pli de celle-cï, amp; quïl foit un peu moins haut,nbsp;pQur établir 1équilibre entre la liqueur de la branche EF, amp; celle de la derniere FG.
Les chofes étant ainfi , 8c le filtre ne lailTant pafTer que la liqueur la plus légere, celle-ci, ennbsp;''^ertu de 1équilibre rompu , fera pouffée dehorsnbsp;P^r 1orifice G, 8t conféquemment pourra , par unnbsp;petit tuyau de derivation, être ramende dans 1orifice E , oü elle fe mêlera de nouveau a la liqueurnbsp;^Ontenue dans EF ; amp;C cela continuera toujours.
Car la colonne de liqueur GF fera toujours trop légere pour contre-balancer la colonne de liqueurnbsp;coinpofée EF. Ainfi voila un mouvement perpé-tuel; 5c cefl: celui, dit M. Bernoulli, par lequélnbsp;la nature entretierrt les fieuves au moyen de 1eaunbsp;de la mer. Car, tenant encore aux Idéés anciennesnbsp;l^r 1origine des fontaines , il imaginoit que cétoitnbsp;par un mécanifme femblable que 1eau de la mer ,nbsp;dépouillée de fon fel , parvenoit au fommet desnbsp;ïïiontagnes. II rejetoit feulement 1idée de ceux quinbsp;Pcétendoient quelle sélevoit au deffus de fon niveau par une fulte de la propriété des tuyaux capil-laires ; car il remarquoit quelle nauroit pu couleenbsp;au bas.
Mij
-ocr page 188-tSo Récréat, Mathémat. et Phys.
Nous nofons dire ce qui arriveroit, fi Ton pou-voit parvenir a remplir les fiippofitions de M. Bernoulli : cependant nous fommes trés - portés a crolre que cela ne réuffiroit pas; amp; de même quenbsp;Ie raifonnement précédent fur les tubes capillaires,nbsp;quoiquen apparence convainquant, eft néan-nioins démenti par 1expérience , nous croyonsnbsp;que celui de M, Bernoulli Ie feroit pareillement.
PROBLÊME L,
Force prodigieiife de thumidité pour enlever des fardeaux,
U» des phénomenes les plus linguliers de !a phyfique , eft la force avec laquelle agiffent lesnbsp;Vapeurs de 1eau ou lhumidité pour pénétrer dansnbsp;les corps qui en font fufceptibles. Quon attachenbsp;un fardeau trés - confidérable a une corde biènnbsp;feche amp; bien tendue; que cette corde foit de lanbsp;longueur précife pour que Ie fardeau repofe feule-ment a terre : vous navez qua mouiller la corde,nbsp;vous verrez ce fardeau foulevé.
Tout Ie monde fqait ce quon raconte du fa-meux obélifque élevé par Sixte V devant Saint-Pierre de Rome. On prétend que Ie chevalier Fontana , que ce pape avoit chargé délever cenbsp;monument, fut fur Ie point de voir manquer fonnbsp;operation, lorfquil fallut Ie placer fur fon piédef-tal. II étoit en lair ; mais les cordes sétant un peunbsp;relachées, la bafe de 1obélifque ne pouvoit attein-dre Ie deftus du piédeftal. Un Franqois cria , dit-OH , au hafard de la vie, de mouiller les cordestnbsp;Ie confeil fut fuivi, amp; 1obélifque séleva, comtrvfinbsp;de lui-même, a la hauteur néceflaire pour ie plAquot;nbsp;eer debout fur Ie piédeftal préparé.
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Au refte cette hiftoire , quoique répétée par-^out, nen eft pas moins un conte. On na qui ^ire la defcription de la manoeuvre par laquelle lenbsp;chevalier Fontana éleva fon obelifque, amp; Ionnbsp;''crra quil navovt pas befoin de ce fecours. Deuxnbsp;^ours de plus de Fes cabeftans etoient plus facilesnbsp;3 faire, que daller chercher des eponges amp; denbsp;\cau pour mouiller fes cables. Mais le conte eftnbsp;ctabli, amp; on le répétera encore long-temps, fur-^out en France , parcequil y eft queftion dunnbsp;ï^ranqois.
Quoi quil en foit, void un fecond exemple de ^a force de Ihumidite pour furmonter les plusnbsp;grandes refiftances: ceft le moyen par lequel onnbsp;fait les meules de moulins, Lorfquon a trouvenbsp;^ne mafte de meuliere aflez confiderable, on lanbsp;*^aille en forme de cylindre de plufieurs pieds denbsp;hauteur : il sagit enfuite de la recouper parnbsp;tranches horizontales, pour en former autant denbsp;¦Meules. Pour eet effet, on fe contente de fairenbsp;tout autour des tranchées circulaires amp; horizon-tales , aux diftances convenables pour 1epaiffeurnbsp;quon veut donner a ces meules. On fait fechernbsp;au four des coins de bois de faule, quon enfoncenbsp;enfuite dans ces tranchées a coups de mafte. Lorf-^uils font fuffiramment enfonces, on les mouille,nbsp;même on fe contente de les laifler expofes inbsp;^^humidité de la nuit : on trouve le lendemainnbsp;chaque tranche féparée, amp; toutes les meules dero-ft'iées. Tel eft le procédé que , felon M. de Mai-on fuit en divers endroits pour cette fabrique.
Par quel mécanifme un pared effet sopere-t-il ? Ceft une queftion que fe fait M. de Mairan, Sc;nbsp;a laquelle il me femble quil répond mal. Pout?nbsp;nous} nous penfons que ceft Ieffet de 1attraélio»
M iij
-ocr page 190-i8x Récréat. Mathémat, et Phys. par laquelle 1eau fe porte dans les tuyaux capil*nbsp;laires infiniinent étroits dont Ie bois eft plein.nbsp;Suppofons en effet un de ces tuyaux extrêmementnbsp;petit, comme dune centieme de lignes de dia-juetre. Suppofons de plus , que les parois en foientnbsp;inclinées dune feconde; que la force avec laquellenbsp;Peau tend a sintroduire dans ce tuyau, foit dunnbsp;quart de grain : cette force fi légere tendra a écar-ter les parois flexibles du tube , avec une forcenbsp;denviron 50000 grains, qui font 5 livres amp; de-mie. Que dans un pouce de longueur il y ait feu-lement 50 de ces tubes , ce qui fait 2500 dans Ienbsp;pouce quarré, il en réfultera un effort de 13700nbsp;livres. Un coin de ceux dont on a parlé, peutnbsp;bien êire de 4 a 5 pouces quarrés fur fa tête:nbsp;ainfi voila 52 ou 65 mille livres deffort quilnbsp;exerce. Suppofons-en environ 10 dans Ie contournbsp;dun tambour deftiné a former des meules ; ilsnbsp;exerceront enfemble un effort de 520 ou 650nbsp;milliers. II ne doit plus paroitre étonnant quilsnbsp;produifent une féparation entre les bloes dans lesnbsp;intervalles defquels on les a introduits.
PROBLEME LI.
Di la Machim ou Digejleur de Papin.
La machine ou Ie digelleur oe Papin , eft un y,afe au moyen duquel on donne a 1eau un degrénbsp;de chaleur fupérieur a celui de leau bouillante.nbsp;En effet, leau expofée a lajr ordinaire ou anbsp;la fimple preflion de 1atmofphere, ne peut prendre , quelque fort quelle bouülonne, quun de-gré de chaleur qui ne varie point ; mais cellenbsp;ciui eft renfermée dans la machine ou Ie d*'
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?efteur de Papin, y prend un tel degré de cha-leur, quon peut, par fon moyen, exécuter des operations auxquelles 1eau bouillante ordinairenbsp;oft abfolument infuffifante: on en verra la preuvenbsp;dans la defcription des effets quon obtient parnbsp;Cette machine.
II fuffit pour cela de contenir 1eau dans un vafe dont elle remplilTe toute la capacité , amp; qui foknbsp;sflez folide pour réfifter a lefFort quelle exercenbsp;contre fes parois, Ce vafe peut par conféquentnbsp;dtre de la forme quon voudra , quoique la formenbsp;pylindrique ou fphérique y foit a préférer; maisnbsp;il faut quil foit de cuivre ou de bronze: 11 faut denbsp;plus que Ie couvercle sy adapte de maniere a nenbsp;lailTer aucun interftice par lequel 1eau puifle sé-chapper. Pour empêcher plus surement que Ie vafenbsp;iiéclate, on pratique au cóté du vafe ou au cou-''^ercle un trou de quelques lignes , garni duiinbsp;^uyau montant, fur lequel on place un bras de le-Vier retenu par un poids. Ce bras de levier fert,nbsp;pour ainll dire, de modérateur a la chaleiir; carnbsp;sil ny avoir aucun poids fur 1oriflce de ce regulateur, leau parvenue au degré débullition ordinaire fuiroit prefque toute par cette ouverture ,nbsp;OU en eau, ou en vapeurs; fi Ie poids eft léger, ilnbsp;faudra,pour Ie foulever, quelle prenne un degénbsp;de chaleur plus grand. Sil ny avoit point de fem-lgt;lable régulateur, la machine pourroit éclater eii.nbsp;morceaux, par 1elFort de 1expanlion de Teau.nbsp;pourquoi 11 eft a propos que la machine foit
cuivre ou en fer duftile, amp; non en fer de fonte; car ces premiers métaux néclatent pas en mor-ceaux comme Ie dernier , mais fe déchirent ennbsp;quelque forte; ce qui ne prodult pas des accidents^nbsp;qangereux, comme fait Ie dernier en éclatant,
184 Mcrèat. Mathémat, et Phys,
La machine done ainfi conftruite , on la rempUt deau , on y adapte Ie couvercle , quon aflute furnbsp;la machine par un cadre de fer qui Iembrafle denbsp;haut en bas, Sc la ferre fortement par des vis: onnbsp;finit de la remplir par Ie petit tuyau de régiftre,
on lexpo/e au feu des charbons ardents, Leaa ne fqauroit y bouillonner, mais elle y prend unnbsp;tel degré de chaleur, quelle peut ramollir Sc dé-compofer en peu de temps les corps les plus durs,nbsp;tandis que lon nen viendroit pas a bout par lé-bullition ordinaire , prolongée pendant des fe-maines entieres: on dit même quon peut poulTernbsp;cette chaleur iufqua faire rougir la machine ; dansnbsp;lequel cas il eft clair que 1eau même eft réduite aunbsp;même état: mais je crois cette experience fortnbsp;dangereufe.
Quoi quil en folt, void quelques effets de cette chaleur pouffée feulement a tröis, quatre ounbsp;cinq fois celle de leau bouillante.
La corne de boeiif, 1ivoire, les écailles de tortue , y font en peu de temps ramollis j Sc enfii?nbsp;réduits en une efpece de gelee.
Les os les plus durs , comme de l i culffe de boeuf, y font pareillement ramollis, Sc entin en-tiérement décompofés , de maniere que la partienbsp;gélatineufe en eft féparée, Sc Ie reftant neft plusnbsp;que la matiere terreufe. Lorfquon na employé anbsp;cette décompofition que Ie degré de chaleur con-venable , cette gelee peut fe ralTembler; elle fenbsp;coagule a mefure quelle fe refroidit, amp; peut fairenbsp;du bouillon nourriflant, qui feroit même tout aufl»nbsp;bon que Ie bouillon ordinaire, sil navoit pas unnbsp;peu de goüt empyreumatique. On peut faire ab-fohnnent deflTécher ces tablettes de gelée , Sc ellesnbsp;fe confervent très-bien, pourvu quellea foient a
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Iabrl de 1humidité. Elies peuvent fuppléer au igt;ouiilon de viande , amp;c.
On peut concevoir par-la combien cette machine prefente dutilite aux arts, a Ieconomie, a la navigation.
On pourroit, de ces os rejetes comme inutiles, tirer pour les pauvres une fubfiftance dans lesnbsp;femps de difette, ou quelques onces de pain,nbsp;3vec le bouillon provenant de ^es tablettes, leurnbsp;feroient un aliment fain amp; plein de fubftance.
Les marins pourroient emporter avec eux , dans de longues navigations , de pareilles tablettes ren-fermees dans des jarres fcellees hermetiquement ;nbsp;elles couteroient infinlment moins que des tablettes de viande, puifque la matiere dont cesnbsp;premieres feroient retirees na aucune valeur.nbsp;Les matelots qui ne vivent habituellement quenbsp;de viande falee, feroient moins expofes au fcor-but. On pourroit tout au moins referver ces tablettes pour les temps de difette de viande fraichenbsp;Ou daliments quelconques, ce qui arrive fi fou-Vent a la mer. Quel avantage de pouvoir tenirnbsp;raffemblee dans un petit volume la partie nour-riffante de dix boeufs! car , puifquune livre denbsp;boeuf contient au plus une once de matiere gela-dneufe reduite aficcite. II fuit que i 500 pefant denbsp;Cette viande, ce qui eft tout au plus le poids dunnbsp;boeuf, nen donneroient que 94 livres , qui pour-^oient facilement tenir dans une jarre de grès.
Dans les arts enfin , combien dutilite a retirer dune machine ou les matieres les plus dures,nbsp;Comme 1ivoire , la come , les os, les bois, fontnbsp;amollies, amp; rendues fufceptibles dêtre moulées,nbsp;amp; de garder la forme quon leur aura donnee 1
-ocr page 194-,i8(^ RiCRÉAT. MATHÉMAT. ET PHySi
Pourquoi dans Vhivcr^ lorfque Ie temps fe radoucit tout-d-coup , Vair intérieur des maifons continue ^nbsp;méme pendant plujieurs jours , a être plus froidnbsp;que Vextérieur ?
C E T T E queftion ne fera pas fort embarraffante pour ceux a qui les phénomenes de la communication de la chaleur font connus. Ils fqavent ennbsp;effet que plus un corps eft rare, moins il faut denbsp;temps pour léchaufFer ou Ie refroidir; quau contraire , plus il ell denfe, plus il retient, pour ainlinbsp;dire , avec opiniatreté la chaleur qu il a une foisnbsp;reque.
Daprès cela on fent aifément que , quand Ie froid a régné pendant quelque temps , tous lesnbsp;corps qui compofent nos maifons fe font refroidisnbsp;au même degré que Pair extérieur. Mais lorfquenbsp;eet air extérieur, par quelque caufe particuliere ,nbsp;devient tout-k-coup plus chaud, ces mêmes corpsnbsp;ne prennent pas tout de fuite la méme temperature ; ils ne perdent que peu a peu celle quilsnbsp;avoient reque ; amp; pendant tout ce temps Pair intérieur, qui en eft environné de toutes parts, con-ferve Ie même degré de froid.
Les maifons baties bien folidement, ceft-a-dire de bonnes amp; fortes pierres de taille , qui ont des murs fort épais , doivent par cette raifon con-ferver beaucoup plus long-temps Ie froid quellesnbsp;ünt une fois requ de Pair extérieur ; amp; parnbsp;cette méme raifon, Pair y reftera pendant plusnbsp;iong-temps dans une température inférieure a cellenbsp;de Pextérieur, que dans une maifon plus legére-ment batie; par la même raifon enfin, il y fier»
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auflv moms froid dans le commencement de 1hi-ver, que dans une maifon moins folide,
-De quelquts fifties naturels auxquels on peut pre-voir le changement de la temperature aciuelle de Fair.
Cette partle de la phyfique eft, nous 1a-Vouons, encore fort pen avancée. Nous ne con-noiflbns perfonne qui ait fait une fuite fuffifante dobfervations , pour montrer la liaifon des chan-gements de la température de 1air avec les diversnbsp;fignes phyfiques quon en repute ordinairementnbsp;comme les avant-coureurs. Je comptois trouvernbsp;fur ce fujet beaucoup de chofes dans le Traité dznbsp;Météorologie du P. Cotte ; mais cet ouvrage , ex-trêmement utile a dautres égards, ne touche pas unnbsp;feul mot de cette matiere 1. Nous nous borneronsnbsp;done ici a rapporter quelques-uns des fignes quonnbsp;donne communément comme annonces du beaunbsp;Ou du mauvais temps. Les void. Nous ne les ga-lantilTons point fans exception.
I. Lorfquen hlver on voit le matin fur la terre une grofle rofiée blanche, il ne manque guere denbsp;pleuvoir le fecond ou troifieme jour au plus tard.
a. On a auffi reinarque quil pleut ordinaire-Juent le jour ou le foleil parott rouge ou pale , ou hien le lendemain , quand le foleil fe couche en-
Note du Cenfeur. II y a Touvrage de M. Toaldo, qui probablement ce que Iauteur a vainement cher-c e dans celui du P. Cotte; mais ie ne le connois pasnbsp;tnoi-meme affez pour ralTurer.
-ocr page 196-iS8 Récréat. Mathémat. rt Phys.
veloppé dutl gros nuage ; amp; alors , sil pleut da-bord , il fait Ie lendemain beaucoup de vent. Cela arrive aufli prefque toujours, lorfque Ie foleil ennbsp;fe couchaiit paroit pale.
3. nbsp;nbsp;nbsp;Lorfque Ie foleil eft rouge a fon couchant,nbsp;ceft ordinairement un figne de beau temps pournbsp;Ie lendemain; amp; au contraire, sil eft rouge en fenbsp;levant, il y a ordinairement Ie lendemain pluienbsp;OU grand vent.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Lorfque Ie foleil étant couché, ou peu avantnbsp;quil fe leve, on voit sélever fur les eaux amp;c lesnbsp;endroits humides une vapeur blanche, on peutnbsp;conjeélurer avec vraifemblance que Ie jour fuivantnbsp;fera beau.
5. nbsp;nbsp;nbsp;La lune donne des marques dune pluie future lorfquelle eft pale, de vent quand elle eftnbsp;rouge , amp; de beau temps lorfquelle eft claire Scnbsp;argentine; felon ce vers latin :
Pallida lunapluit, rubicundajlaty alba fertnat,
6. nbsp;nbsp;nbsp;On a des marques en été dune tempête future , quand on voit dans Ie ciel de petites nuéesnbsp;noires, détachées amp; plus bafles que les autres,nbsp;errer qa amp; la; ou bien lorfquau lever du foleilnbsp;on voit plufieurs nuages saffembler a 1occident.nbsp;Si au contraire ces nuages fe diffipent, eeft unenbsp;marque de beau temps. Enfin, quand Ie foleil paroit double OU triple au travers des nuages, ilnbsp;pronoftique une tempête de longue durée. On anbsp;encore des marques dune grande tempête, quandnbsp;on voit autour de la lune deux ou trois cerclosnbsp;interrompus amp; tachetés.
7. nbsp;nbsp;nbsp;Quand on voit une iris, ou plutót un halo**
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®utour de la lune , ceft un figne quil y aura de *3 pluie ; amp; lorfque , dans un air ferein amp; clair,nbsp;On voit un halon autour du foleil, ceft encorenbsp;nn figne de pluie ; mais een eft un de beaunbsp;^snips, quand ce halon paroit en temps de pluie.
8. nbsp;nbsp;nbsp;Lorfque le temps eft extraordinairement tran-quille amp; pefant, que les animaux donnent desnbsp;^gnes deffroi, on peut prefque aflurement comp-
fur une grande tempete, Le barometre defeend ^ans ce cas tout-a-coup , amp; extraordinairementnbsp;oas,
9. nbsp;nbsp;nbsp;On a plufieurs autres fignes dune pluie peunbsp;oloignee , dans les aflions de quelques animaux ,nbsp;f9avoir:
Quand on a coutume de voir les oifeaux plus occupes que de coutume a chercher dans leurs plu-nies les petits infeftes qui les moleftent;
Lorfque ceux qui ont coutume de fe tenir fur
branches des arbres fuient dans leurs nids ;
Lorfque les foulques Sc les autres oifeaux deau, ftir-tout les oles , criaillent plus qua Iordinaire
Lorfque les hirondelles rafent en volant la fur-face de la terre;
Quand les pigeons retournent dans leur colom-bier avant Iheure accoutumee ;
Quand certains poiflbns, comme les marfouins, ^iennent fe )ouer a la furface de 1eau ;
Lorfque les abeilles ne quittent pas leurs ruches, on sen éloignent peu;
Quand les moutons fautent extraordinaire-ment, St fg ijattent les uns les autres avec leurs têtes;
-ocr page 198-190 Récréat, Matmémat. et Phys.
Lorfque les anes fecouent les oreilles, ou quils font extraordinairement piqués de mouches ;
Quand les mouches amp; les puces piquent plus Vivement 6c plus opiniatrément qua lordinaire ;
Lorfquil fort de la terre une grande quantité de vers ;
Quand les grenouilles croalTent plus qua lor-dinaire ;
Lorfque les chats fe frottent la tête avec les pattes de devant, amp;c quils fe nettoient Ie refte dunbsp;corps avec la langue;
Lorfque les renards 8c les loups heurlent forte-ment;
Quand les fourmis quittent leur travail, 8c fe vont cachet dans la terre ;
Lorfque les boeufs liés enfemble levent la tête en haut, Sc fe lechent Ie mufeau ;
Lorfque Ie coq chante avant fon heureaccou-tuinée ;
Quand !es poules alTemblées fe preffent dans la pouffiere;
Lorfquon entend crier les crapauds en des lieux élevés.
10. On peut prefque aflurer que Ia pluie ne fera pas de longue durée , quand, malgré la pluie, onnbsp;apperqoit quelque petit efpace du ciel bleu : ceftnbsp;un figne fort connu des chalTeurs.
ï I. Les très-grandes tewpêtes , fur-tout lorf-quelles font accompagnées de tremblements de terre, font toujours précédées dun cahne extraordinaire de lair , maïs de ce calme effrayant, quinbsp;ferable êtrQ Ie fdence de la nature prête a entrer en
-ocr page 199-Physique.
^^onvulfion, Les animaux, plus fenfibles que nous ^ ces indications naturelles, en font épouvantés ,nbsp;Sc fe hatent de regagner leur gite. Quelquefois onnbsp;entend un bruit fouterrain amp; fourd. Quand tousnbsp;ces lignes font réunis, hatez-vous de fuir de vosnbsp;tnaifons, habitants des pays malheureux fujets ènbsp;ces fiéaux défolants, fi vous ne voulez courir Ienbsp;rifque detre écrafés fous les debris de vos foyers.
Nous épargnerons , au refte , a nos lefteurs la piolixe defcription que Ie bon M. Ozanam, ounbsp;fon continuateur, fait ici dune de ces tempétes ,nbsp;^ui délbla Ie royaume de Naples, du temps denbsp;fameufe reine Jeanne ; des procefllons amp;t desnbsp;Cris du peuple confterné ; Sec. M. Ozanam avoitnbsp;apparemment befoin de quelques pages faciles anbsp;Compiler, pour remplir fa tache journaliere,
12. Un navigateur Anglois dit avoir obfervé ^ue quand il y a eu une aurore boreale, on nenbsp;^ïuque pas davoir, deux ou trois jours après , unnbsp;'^oup de vent de fud-oueft. Ceft un avis quilnbsp;donne aux navigateurs qui font prêts a entrer dansnbsp;Manche , afin quils fe précautionnent.nbsp;Tranfafl;. Philof., Tomé LXV, p. i.
PROBLÊME LIV.
La Fiole des Elements.
,Q.oelques philofophes ont voulu donner une idée de 1arrangement invariable amp; nécelTaire desnbsp;quatre elements, par Ie petit inftrument que nousnbsp;^llons décrire.
Prenez du verre oude rémall nolr, ou autre Corps vitreux pulvérifé, pour repréfenter la terre.nbsp;Ij eau fera repréfentée par ialkali fixe de tartre
-ocr page 200-191 Récréat, Mathémat. et Phys. tombé en ddiquium , autrement appelé huik dinbsp;tartre.
On repréfentera 1air par de Tefprit-de-vin légé-rement teint en bleu, au moyen du tournefol.
Enfin lon repréfentera Ie feu au moyen de Ihuile de pétrole très-reftifiée, quon teindra dunenbsp;légere couleur rouge avec Ie bols de Bréfil.
Ayant préparé ces quatre matieres, remplilTez-en a peu prés les quatre cinquiemes dune fióle de verre beaucoup plus longue que large , en ayantnbsp;1attention den mettre a peu prés autant de cha-cune, bouchez la fiole hermétiquement. Lorf-que vous la fecouerez, tout fe confondra ; maïsnbsp;en la laiffant repofer, ces quatre matieres fe fépa-reront: Ie verre ou émail pulvérifé ira au fond ,nbsp;au deflus de lui fe placera lalkali fixe ou huile denbsp;tartre , viendra enfuite Iefprk-de-vin , amp; enfinnbsp;riiuile de pétrole, fuivant lordre de leurs gravitésnbsp;fpécifiques.
Remarque,
II eft aifé de voir que les philofophes auteurs de cette prétendue repréfentation des éléments,nbsp;étoient daflez pauvres philofophes ; car, quoiquilnbsp;foit vrai quen général la terre foit plus pefantenbsp;que 1eau , celle-ci plus que 1air, ce dernier plusnbsp;que Ie feu, il eft très-faux que Ie feu occupe lanbsp;partie fupérieure : il regne certainement dans lesnbsp;efpaces céleftes un froid très-rigoureux. Dailleursnbsp;tous les éléments font ordinairement très-mélan-gés enfemble , puifque la pierre la plus dure con-tient un tiers deau , amp; un grand nombre de foisnbsp;{on volume dair, amp;£ plus ou moins de feu, felonnbsp;fa temperature.
PROBLÊME LV.
Séparer deux liqueurs mélangies enfemhle,
Cette operation neft quune application de propriété des tubes capillaires , amp; de cettenbsp;^oi cle la nature par laquelle des fluïdes homoge-, qui font a proximité, fe réuniflênt. Cefl: cenbsp;quon remarque dans deux gouttes de mercure ,nbsp;Ou deau , ou dhuile , qui viennent a fe toucher.
eft même probable quavant Ie contaft elles sallongent amp; sapprochent mutuellement 1une denbsp;1autre.
Impré-
Quoi quil en foit, veut-On féparer , parexem-ple, Teau de lhuile avec laquelle elle eft mélan-gée, on prend une languette de drap ou déponge, ^uon imbibe bien avec de leau ; on la place en-fuite trempant par un bout dans Ie vafe ou fontnbsp;liqueurs a féparer: il faut que lautre bout ,nbsp;P^ftant au deflfus du bord du vafe , tombe beau-ooup plus bas que la furface de la liqueur : onnbsp;''^Srra blentót ce bout dégoutter , amp; ii attirera ainftnbsp;^ féparera toute leau mélangée avec lhuile.
Si on eüt voulu tirer lhuile , il eüt fallu lm gner Ie filtre de cette liqueur,
Mais on fe tromperoit, ft lon imaginoit féparer ^Inft du vin davec leau , de Tefprit-de-vin davecnbsp;même liqueur : 11 faut, pour que 1opératlonnbsp;^^uflifte, que les deux liqueurs foient a peu présnbsp;tmmifcibles 1une avec lautre, finon elles palTentnbsp;toutes deux a-la-fois. On ne doit done nul-lement compter fur ce moyen pour féparer leannbsp;davec Ie vin , quoiquon donne ce procédénbsp;dans les éditions précédentes des Recreations Ma~nbsp;themaüques lt;5* Phyjiques, avec plufieurs autresnbsp;Tome IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;N
194 RictóAT. Mathémat. et Phys, très-puériles. A la vérité la partie colorante clünbsp;vin paroit refter en arriere, parcequelle eft moinsnbsp;atcénuée que Ie flegma amp; lefprit; mais dans Ienbsp;fond ces deux liqueurs , dans lefquelles confiftentnbsp;eflentiellement Ie vin, ne font pas féparées Tunenbsp;de lautre,
PROBLÊME LVI.
Quelle ejl la caufe de Vebullition de l'eau ?
Qv oique cette queftion paroifle dabord peu intéreffante, elle ne laiffe pas de mériter détrenbsp;difcutée ; car on fe tromperoit fi Ton penfoit quenbsp;ce foulevement quon obferve dans leau bouil-lante, foit une fuite néceflfaire de la chaleurnbsp;quelle a reque. Lexpérience fuivante prouve Ienbsp;contraire.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Plongez avec les precautions néceflaires un vafe, une bouteille pleine deau , par exemple,nbsp;dans de leau qui bout a gros bouillons dans unnbsp;chaudron; cette eau ne tardera pas a prendre unnbsp;degré de chaleur abfolument égal a celui de leaunbsp;qui bouillonne : un thermometre Ie démontrera;nbsp;cependant on ny appercevra pas Ie moindre bouil'nbsp;lonnement.
Quelle eft done la caufe de celui quon obferve dans leau qui reqoit immédiatement laélion dunbsp;feu ?
Nous penfons que ce bouillonnement eft leftet des portions de leau qui touchent les parois dunbsp;vafe , tout-a-coup changées en vapeurs par I0nbsp;contaft de ces parois; car lorfquun vafe repofenbsp;fur des charbons ardents, fon fond tend a re-cevoir un degré de chaleur beaucoup fupérieuï
-ocr page 203-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;iq^
3 celui qui eft neceflaire pour quune goutte deau tombant deflus^foit fur le champ convertle eti va-peurs. La pellicule deau qui touche ce fond doitnbsp;done continuellement fe changer en vapeurs, Scnbsp;sy change en efFet; car on voir fans cefle selevernbsp;du fond, des huiles dun fluide elaftique, amp; cenbsp;font ces bulles qui, portees dun mouvement ac-céléré a la furface, a caufe de leur légéreté , ynbsp;occafionnent ce foulevement qui conftitue le bouil-lonneinent.
Mais la matiere dun vafe plonge dans ce liquide , ne pent prendre un degré de chaleur plus grand que celui de Ieau bouillante , puifque, quel-que fort que foit ce bouillonnement, Ieau nennbsp;contraéle pas un plus grand degre de chaleur,nbsp;Dun autre cote , un metal échauffé au degré feu-lement de Ieau bouillante , ne convertit point ennbsp;''^apeurs Ieau qui le touche; ainfi cede qui eftnbsp;contenue dans le vafe intérieur, quoique devenuenbsp;^ufll chaude , ne peut bouillonner. Telle eft Iex-plication des deux phenomenes ; amp; leur liaifonnbsp;nécelTaire entreux , ainfi quavec la caufe afli-gnée, prouve la vérité de cette caufe,
Lefprit-de-vin fe convertiffant en vapeurs a un degré, de chaleur beaucoup moindre que Ieau ,nbsp;On fait très-bien bouillir cette premiere liqueurnbsp;dans un vafe plongé dans la derniere , lorfquenbsp;celle-ci eft parvenue au bouillonnement. Ceftnbsp;encore une fuite de 1explication que nous avonsnbsp;^onnee, amp; qui la confirme.
-ocr page 204-196 Récréat. Mathémat, et Phys. PROBLÊME LVII.
Qudle eji caufe pour laqudlc U fond d'un vafi
contenant de l'eau bouillante a gros bouillons, ejl d peine chaud?
AvANt que de rechercher cette caufe, jai cru devoir commencer par maffurer du fait, denbsp;crainte de donner dans Ie ridicule de ceux quinbsp;expliquerent fi ingénieufement Ie phénomene denbsp;la dent dor de lenfant de Siléfie ; phénomene quinbsp;nétoit cependant quune fupercherie, ainfi quenbsp;celui arrivé au marquis de Vardes , que Régis ex-pliqua aulïi avec beaucoup de fagacité, amp; quinbsp;nétoit quun tour domeftique; comme tant dau-tres enfin , quil faudroit commencer par avérernbsp;avant de tenter de les expliquer. Jai done faitnbsp;bouillir de leau dans un vafe de fer amp; a très-grösnbsp;bouillons, amp; ayant touché Ie fond pendant que Ienbsp;bouillonnement continuoit, jai vu quen effet ilnbsp;navoit quune chaleur très-médiocre: elle ne com-jnenqoit a être brülante quau moment oü lébul-lition ceffoit.
Nous croyons que eet effet eft produit de la maniere fuivante. Nous avons fait voir plus haut,nbsp;que la caufe de lébullition eft la converfion con-tinuelle en vapeurs de la pellicule deau qui touchenbsp;Ie fond du vafe. Cette converfion en vapeurs nenbsp;peut fe faire fans que Ie fond perde continuelle-ment la chaleur qui lui arrive par Ie contaél desnbsp;charbons ou du feu. Or, dans lintervalle que 1onnbsp;met a retirer du feu Ie vafe bouillonnant 8c a Ienbsp;toucher, comme il ne lui arrive point de nouveaunbsp;fluide igné, amp;c que néanmoins Ie bouillonnementnbsp;continue , il eft probable que Ie reftant de ce
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fluïde eft abforbé par Ieau qui touche le fond, Sc qui fe convertit en vapeurs.
Sans donner cette explication comme abfolu-Went demonftrative , je fuis très-porté a penfer que les chofes fe paffent ainfi ; Sc ce qui me donnenbsp;Cette confiance , ceft que pendant que le fondnbsp;flu vafe dont provient le bouillonnement eft très-peu chaud, les parois ont abfolument la chaleurnbsp;fle Ieau bouillante : on fe bruleroit en y tenant lenbsp;floigt auffi long-temps quon peut le tenir fur lenbsp;fond. Mais le bouillonnement na pas plutot cefle,nbsp;que ce fond reqoit lui-meme partie de la chaleurnbsp;fle Ieau, 8c alors on ne peut plus le toucher fansnbsp;fe bruler.
Remarque.
Cest apparemment a une caufe femblable que tient la folution du petit probleme fuivant.
faire fondre du plomb dans une feuille de papier..
On prend pour cet effet une balie de plomb bien liffe ; on enveloppe cette balie avec du papier , en ayant bien foin quil ne faffe aucunenbsp;ride , 8c quil foit bien applique a la furface de lanbsp;balie ; on la met fur la flamme dune bougie,nbsp;3infi enveloppee : le papier ne fe brule point,nbsp;^ la balie fe liquefie. H eft vrai que le plomb,nbsp;fois fondu, ne tarde pas a percer le papiernbsp;amp; a sécouler.
Nhj
-ocr page 206-Mefurer Vhwniditc amp; la fécherejfe de l'air: Idéé des principaux Hygrometres imagines pour eetnbsp;ohjet; leurs difauts: Conjiruclion d^un Hygro-rnetre comparable.
LAIR eft non-feulement pefant, il eft non-feu-lement fufceptible de contrader plus ou moins de chaleur, mais il left encore dêtre plus ou moinsnbsp;humide. Ainfi il entre dans lobjet de la phyfiquenbsp;de mefurer ce degré dhumidité, dautant plusnbsp;que cette qualité de lair influe beaucoup fur Ienbsp;corps humain , fur la vegetation , amp; fur un grandnbsp;nombre dautres eflfets de la nature. Ceft ce qui anbsp;donné lieu a linvention de lhygrometre , ou inf-truinent propre a mefurer 1huinidité de lair.
Mais, il faut en convenir, on na pas encore imagine des inftruments qui rempliflent a eet égardnbsp;tout ce que Pon eft fondé a defirer. On a, a lanbsp;vérité, des hygrometres qui marc^uent que lair eftnbsp;plus ou moins humide quil ne 1étoit un peu au-paravant, mais ils ne font pas comparables ; ceft-a-dire quon ne peut point, par leur moyen, comparer riiumidité dun jour ou dun lieu a cellenbsp;dun autre 1. II eft cependant a propos de fairenbsp;connoitre ces différents hygrometres, ne füt-cenbsp;que pour les apprécier.
I, Comme Ie bois de fapin eft extrêmemeiit fufceptible de participer a la féchereffe amp; a 1hu-
Note du Cenfeur. Cela neft pas entiérement exaift1 M. de Luc donne dans les TranfaBons Philofophiques, lanbsp;conftruftion dun hygrometre qui approche fort de ce quènbsp;1on peut defirer a eet égard, On 1a ajoutée a eet article1
-ocr page 207-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;199
'lidité de 1air , on en a pris 1idée dappliquer Cette propriété a la conftruftion dun hygrometre.nbsp;Pour eet effet on place entre deux coulilTes immo-biles amp; verticales , une petite ptanche de fapinnbsp;fort mince, amp; en travers, ceft-a-dire enforte quenbsp;Ie fens des fibres foit horizontal; car ceft dansnbsp;^e fens lateral amp; tranfverfal a fes fibres, que Ienbsp;Papin amp; les autres bois reqoivent leur extenfionnbsp;par lhumidité. Le bord fupérieur de la planchettenbsp;doit porter un petit rateau qui engrénera dans unnbsp;pignon, ce pignon dans une roue, Sc celle-cinbsp;avec un autre pignon , dont 1axe portera unenbsp;aiguille. II eft aifé de fentir que , par ce moyen ,nbsp;le moindre mouvement que le bord fupérieur denbsp;la planche imprimera au rateau, en sélevant ounbsp;sabaiflant, fe manifeftera par un mouvement très-Penfible de Taiguille ; conféquemment, ft le mou-¦'^ement de cette aiguille eft combine de manierenbsp;que de 1extrême fécberefle a Textrême humiditénbsp;clle faflTe un tour complet, les divifions de cenbsp;cercle ferviront a marquer combien 1état aftuelnbsp;de 1air eft éloigné de 1un ou de 1autre de cesnbsp;extrêmes.
Cette invention eft aftez ingénieufe , mals elle neft pas fuffifante. Le bois retient lhumidité encore long-temps aprés que 1air a perdu la fienne:nbsp;dailieurs cette planche devient peu-a-peu moinsnbsp;Penfible a rimpreffion de 1air , amp; ne produit pluynbsp;Pon effet.
II. On fait auffi un hygrometre avec la barbe dun épi davoine fauvage. On la plante au milieu'.nbsp;dune boite ronde, fur le fommet dune petitenbsp;colonne placée au centre de cette bofte ; 1autrenbsp;extrémité de la barbe doit paffer par le centre d'unbsp;couvercle de cette botte, dont la circonférence:
N \v
100 RitfRÉAT. MATHÉMAT.quot; ET PHYS. fera divifée en parties égales; on garnit enfin cetténbsp;extrémité de la barbe davoine, dune petite aiguille de papier fort légere. II eft néceflaire , pournbsp;donner accès a lair, que Ie contour de la bottenbsp;foit découpé a jour.
Lorfquon expofe eet inftrument a un air plus fee OU plus humide, la petite aiguille tourne dansnbsp;un fens ou dans loppofé.
Mais ce petit hygrometre, qui eft fort fenfible dans Ie commencement, perd peu-a-peu fa fenli-bilité ; ainfi ceft un inftrument fort imparfait, denbsp;même que Ie fuivant.
in. Sufpendez par fon centre de gravité un petit plateau circulaire a une corde aftfez fine, oua unenbsp;corde de boyaux , Sc que 1autre extrémité denbsp;cette corde foit attachée a un crochet : fuivantnbsp;que lair fera plus ou moins humide , vous verreznbsp;Ie petit plateau tourner dans un fens ou dans uhnbsp;autre. On peut couvrir ce petit mécanifme dunenbsp;cloche de verre, pour empêcher Ie dérangementnbsp;quoccafionneroit lagitation de lair ; mais il fautnbsp;que la cloche foit élevée au defliis de la bafe ,nbsp;pour que lair ait accès fur la corde.
Ceft-la Ie principe de ces hygrometres que Ton débite communément, Sc qui font formés dunenbsp;boite dont la face préfente 1apparence dun bati-ment a deux portes. Sur Ie plateau tournant fontnbsp;placées, dun cóté une petite figure avecunpara-pluie, Sc de lautre une femme avec fon éventail,nbsp;dans 1attitude de fe garantir du foleil. Suivantnbsp;que 1une ou lautre de ces figures fe préfente , onnbsp;juge que Ie temps eft humide ou difpofé a la pluie,nbsp;OU au contraire.
IV. Si une corde de boyaux eft attachée par une de fes extrémités j contre une planchette ds
-ocr page 209-^Uelque matiere qüi nen éprouve aucun eflFet;
^Ue de-la elle faffe plufieurs tours amp; retours fur des poulies, comme B, C,D, E, F, G, amp;c;PI.4»nbsp;tjuenfin fon extrémité H porte un poids: il eft ^7*nbsp;3ifé de voir quil devra monter ou baiffer dautantnbsp;P^us fenfibleinent par Ihumidite amp; la féchereffe ,
Ie nombre de ces tours amp;c retours Tera plus confidérable. Maïs on rendra cela encore plusnbsp;^enlible en attachant au bout H de la corde lex-^'¦émité dune aiguille HK , tournante fur Ie centre I, mais dont la branche IK foit beaucoup plusnbsp;Si'ande que IH : Ie plus léger changement dansnbsp;^humidité de lair fe manifeftera par Ie mouvement de la pointe K de 1aiguille.
V, nbsp;nbsp;nbsp;On pourroit tendre une corde de cinq ou fixnbsp;pieds de long , entre les arrêts A amp; B , fufpendrenbsp;® fon milieu C un poids P par un filet PC , lequelnbsp;^^toit attaché a 1extrémité D dune aiguille tour- Fig» aS.nbsp;nante autour du point E, amp; ayant la branche EFnbsp;Plufieurs fois plus longue que ED. Lhumiditénbsp;mccourcifiant la corde ACB, amp; la féchereffe
^ allongeant , Ie poids P fera foulevé , ainfi que Ie point D; ce qui fera parcourir a la pointe denbsp;1aiguille larc GH. Les divifions indiqueront Ienbsp;degré de lhumidité ou de la fécherefie.
VI. nbsp;nbsp;nbsp;Mettez dans Ie baflin dune balance un felnbsp;'lm attire lhumidité de lair , amp; dans lautre unnbsp;Poids cjui faffe exaélement équilibre : Ie baffin oünbsp;oft Ie fel baiffera dans un temps humide, amp; mar-tjuera cette difpofition de lair. II feroit facile dynbsp;adapter un index, comme aux hygrometres precedents.
Mats eet inllrument efl; Ie plus mauvais de tous ;
lot RÉCRiAT.' Mathémat. et Phys. perd que très-lentement, quand Tair eft devenifnbsp;fee. LalkaU fixe du tartre continue même desennbsp;charger, jufqua ce quil foit tombé en ddiquiumnbsp;OU réfout en liqueur.
VII. nbsp;nbsp;nbsp;La mufique peut fervir a reconnoitre Ianbsp;féchereffe ou lhumidité de Iair. Une flute eft plusnbsp;haute en temps fee quen temps humide. Si donenbsp;Fon tend une corde de boyaux entre deux arretsnbsp;amp; quon la metre en vibration, elle rendra utinbsp;ton a runiflbn duquel on mettra un tonometre.nbsp;Si Ié temps devient plus humide, la corde donneranbsp;un fon plus bas ; ce fera le contraire ft Fair devientnbsp;plus fee.
VIII. nbsp;nbsp;nbsp;M. de Luc , citoyen de Geneve, auquelnbsp;nous avons Iobligation dun excellent ouvragenbsp;fur les thermometres amp; barometres, a tenté denbsp;faire un hygrometre comparable , amp; a donne furnbsp;cet objet un Memoire dans les TranfaB. Philof.nbsp;Tome LXI, pour Fannée 1771. Voici, dapresnbsp;ce Memoire, la defeription de fon hygrometre^
II eft fort relTemblant au thermometre. La premiere amp; principale piece eft un réfervoir cylin-drique divoire, de 2 pouces amp; demi environ damp; hauteur, dont la cavite cylindrique eft de 2 lignesnbsp;amp; demie de diametre, amp; IepailTeur de ou denbsp;ligne. Cette piece divoire doit être prife vers lenbsp;milieu de Fepaifleur dune dent déléphant, entrenbsp;le centre amp;c la furface , ainfi que vers le milieu denbsp;la longueur; amp; il eft eflenliel que la cavité fobnbsp;percee dans le fens parallele a la diredlion desnbsp;pj fibres. On voit la repréfentation de cette piecenbsp;£nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;20^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fis- 7 ri. ^ elle eft défignée par les
an'* 1. lettres A B C.
La feconde piece eft un tuyau de culvre , tf3' (Vaillé au tour, qui dun cote eft propre asemboii^
-ocr page 211-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;103
préclflon dans le cylindre divoire gt; Sc de ^'autre a recevoir dans fa cavite cylindrique unnbsp;^ube de verre, dun quart de ligne environ de dia-ietre intérieur. On en voit la reprefentation dans
2.^ , n° 1. nbsp;nbsp;nbsp;n 2,
Lon adapte folidement enfemble ces trois pieces , en faifant entrer dans le cylindre divoire le ^out du tuyau de cuivre qui doit le reinplir, avecnbsp;de la colle de poiffon entre deux. Pour mieuxnbsp;3ttacher ces parties enfemble , on ferre le collet dunbsp;cylindre divoire avec une virole de cuivre quinbsp;doit 1embraffer avec force.
On place aufli dans la cavité cylindrique du idme tuyau , un tube de verre de 30 pouces en-'iron de longueur, amp; du calibre extérieur quinbsp;convient a cette cavité. La fig. 25, n° 3 , repré- Fig. 25»nbsp;^ente Iaffemblage de ces trois pieces amp; Iinftru- 3*nbsp;*^ent conftruit.
On le remplit enfuite de mercure , de maniere qtfil y en ait jufques vers le milieu de la hauteurnbsp;du tube de verre. On plonge enfin le refervoirnbsp;divoire dans de 1eau prête a fe glacer , 6c qu on anbsp;foin dentretenir dans cette ternpérature pendantnbsp;plufieurs heures; car il en faut 10 ou 12 pour quenbsp;1ivoire ait pris toute Ihumidite quelle pouvoitnbsp;^bforber. Auffi-tot que ce réfervoir eft plongenbsp;dans 1eau , on voit le mercure defcendre dabordnbsp;hès-vite , enfuite plus lentement, jufqua ce quilnbsp;refte enfin ftationnaire vers le bas du tube. On anbsp;de marquer cet endroit, qui doit être denbsp;quelques pouces au deftus de Iinfertion du tubenbsp;de verre dans le tuyau de cuivre , Sc on lenbsp;larque o; ce qui fignifie zéro de féchereffe, ounbsp;plus grande humldité. Nous difons que ce pointnbsp;Cioit etre quelques pouces plus haut que le tuyaw
-ocr page 212-de cuivre, car on remarque que fi on fait chauffer leau , amp; quon y plonge 1inftrument, Ie mercurenbsp;defcend encore plus bas ; amp; ceft pour y marquernbsp;ces divifions quon laiffe eet intervalle au delTousnbsp;de zéro.
Je nentends pas trop bien , je lavoue , Ia ma-niere dont M. de Luc sy prend pour rendre fon inftrument comparable : il refte , je crois, encorenbsp;ici quelque chofe a faire pour lui affurer cette pro-priété ; mais ce feroit une difeuffion un peu longue ; ainfi je renvoie au Mémoire original quonnbsp;lit dans !e Journal de Phyjique de M. 1abbé Ro-zier, de lannée 1775. II nous fufRra de dire icinbsp;que eet hygrometre eft fort fenfible ; qua peinenbsp;eft-il placé dans un air plus 011 moins humide,nbsp;quil donne des fignes de cette fenfibilité par 1af-cenfion ou la chute du mercure : mais iV exige amp;nbsp;exigera toujours detre accompagné diin thermo-jnetre ; car Ie même degré dhumidité Iaffeftenbsp;davantage en temps chaud quen temps froid :nbsp;dailleurs Ie mercure y monte ou defcend, indé-pendamment de toute humidité, par Ie fimplenbsp;effet de la chaleur. Ainfi eet inftrument exige unenbsp;double correélion ; la premiere, pour tenir comptenbsp;de la dilatation que Ie mercure reqoit par la cha-leur, correftion qui fera fouftraétive toutes les foi*nbsp;que cette chaleur excédera Ie terme de la glace ;nbsp;la feconde , pour réduire 1effet de lhumidit'^nbsp;obfervée, a ce quil auroit été fi la temperaturenbsp;avoit été a la glace.
On fent aifément combien il feroit avantagen^ pour la perfeftion de eet hygrometre , de trouv^^nbsp;un degré de fécherefie ou de moindre huinidif'^nbsp;fixe amp; determinable en tout pays , pour fervir d®nbsp;fecond terme fixe, comme Ieau réduite a la te*o^
-ocr page 213-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;105
Pcrature de la glace fondante en eft un , Aja-¦voir celui de la plus grande humidite: cela fiinpH-fieroit beaucoup la graduation de 1inftrument, qui We paroit compliquee Sc incertaine, fuivant lanbsp;méthode de M. de Luc. Mais'en voila affez furnbsp;Cette matiere, que la nature de cet ouvrage nenbsp;iious permet que deffleurer.
PROBLÊME HX.
En fuppofant ce- que nous avons dèmontré plus haul fur la tlnuite des particules de la lumierenbsp;amp; fon extreme rapldité , quelle diperdition Itnbsp;foleil peut-il faire de fa fubfance dans un nom-hre d'annies determine?
Une des objections les plus fpecieufes qui aient cté faites contre la théorie newtonienne de lanbsp;lumiere, eft que , ft la lumiere confiftoit dansunenbsp;emanation continuelle de particules lancees dunbsp;corps lumineux , le foleil devroit faire une tellenbsp;fteperdition de fa fubftance , quil devroit êtrenbsp;déja éteint ou anéanti depuis Ie temps aiiquel onnbsp;fait vulgairement remonter fon exiftence. Pournbsp;nous, nous avons toujours été pen ébranlés denbsp;Cette objection, amp; nous avions, il y a long-temps,nbsp;lenti qu^en prenant pour bafe ce quil éroit facilenbsp;demontrer fur la ténuité des particules de lumiere Sc leur exceffive rapidite , on pouvoit fairenbsp;hypothefe très-vraifemblable, daprès laquellenbsp;feroit voir que le foleil nauroit pas diminuenbsp;Icnftblement, depuls les 6000 ans que nous don-nons vulgairement a fon anciennete. Jai vu de-puis, dans les Tranfacl. Philof Vol. LX , desnbsp;calculs fenablables de M. Horfley, qui montrent
-ocr page 214-Daprès ces fuppofitions , il eft clair qua chaque emanation Ie foleil fe dépouille dune efpece de pellicule lumineiife, dont 1épaiffeur eft cellenbsp;ci-deflus ; par conféquent, dans une feconde»nbsp;elle fera la loooooooo® dun pouce; conféquena^nbsp;ment dans loooooooo fecondes eet aftre aut^nbsp;perdu un pouce dépaifleur. Or loooooooo fe'nbsp;condes font prés de trois ans ; alnfi dans trois aUSnbsp;Ie foleil ne perdra quun pouce dépaifleur,
Cette perte fera done dans 3000 ans, 1000 pouces OU 83 pieds un tiers de profondeur Jnbsp;amp; depuis les 6000 ans que nous fuppofons eet
io6 Récréat. Mathémat. et Phys.
Ie peu de folidité de cette objeftion. Mais comitiS chacun a fa rnaniere de voir, voici notre raifon-nement fur cette inatiere ; il na guere de com-mun avec celui du fcjavant Anglols, que la té-nuité prodigieufe de chaque particule de lumiere.
Pour former un pared calcul, nous concevons ^ amp; je demande quon nous accorde qua chaquenbsp;émanation inftantanée de lumiere lancée du fo-leil, eet aftre en projette hors de lui, dans tousnbsp;les fens imaginables, toutes les particules de lumiere qui font a fa furface.
Nous demandons encore quon nous accorde que cette émanation neft pas abfolument continue , mais compofée dune foule démanationsnbsp;OU de jets inftantanés , qui fe fuccedent avec unenbsp;rapidité prodigieufe : nous en fuppoferons loooonbsp;dans une feconde. Notre rétlne confervant environ 1- de feconde Timpreffion de lumiere quellenbsp;a reque, 11 eft évident que cede du foleil feranbsp;abfolument continue a notre égard.
Nous fuppofons auffi, ce qui eft comme dé-montré , que Ie diametre dune particule de lumiere eft a peine la ¦. c u o o oTo o nbsp;nbsp;nbsp;ftun pouce.
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^ftre exlfter, elle (era de 166 f. De-la 11 fuit que , pour que le foleil perde une feconde feulementnbsp;tie fon diametre apparent, 11 faudrolt un Inter-'^alle de temps de quarante millions dannees ; carnbsp;Une diminution dune feconde fur le diametrenbsp;apparent du foleil, répond a i l^oooo toifes; done ,nbsp;fi en fix mille ans la diminution nefl: que denvi-ton zy toifes de profondeur , on trouve par lanbsp;legle de proportion , quil faut 40 millions dan-uées pour la porter a 180000 toifes depalffeur ,nbsp;ou a une feconde de diametre apparent.
Ainfi done nous ne devons avoir aucune crainte que le foleil finiffe fi - tot. Nos enfants amp; nosnbsp;petits enfants font a Iabri detre temoins de cettenbsp;funefte cataftrophe.
Ajoutons que nous navons pas ufe de tous nos ^Vantages; car nous aurions encore pu reculernbsp;confiderablement cette époque, amp; en effet M.nbsp;J^orfley trouve un intervalle bien plus confidera-^le de ce moment-ci a la confommation abfolue dunbsp;foleil : mais nous nous fommes bornes aux fup-Pofitions les plus admiffibles.
PROBLÊME LX.
^rodulre. au milieu de la plus grande chaleur un froid conjiderable amp; propre a glacer Feau : Desnbsp;congelations artifieielles , amp;c,
^est un phenomene bien fingulier amp; bien Sue dadmiration , que celui de produire aunbsp;u^fiisu de rété un froid qui Iemporte de beau-ooup fur celui de Ihiver; amp; ce qui ajoute a la fin-gularité , eeft que cette produftion du froid ne fenbsp;fait quautant que les ingrédients quon emploie fe
-ocr page 216-loS Récrèat. Mathémat. et Phys.
iiquéfient; quelquefois même , en réagiffant Turt fur lautre , ils produil'ent une vlve effervefcence.nbsp;On va parcourir ces differents moyens de pro-duire du froid, amp; 1on tentera enfuite de donnetnbsp;quelque explication de ce phénomene.
I. Prenez de leau rafraichie feiilement au de-gré de la temperature de nos puits, ceft-a-dire au 10® degré du thermometre de Reaumur; jetez-y dedans environ i ^ onces de fel ammoniac pul-vérifé par pinte : cette eau prendra tout-a-coupnbsp;un degré de froid confidérable, amp; égal a celui denbsp;la congelation. Si done , dans Ie vafe oü lon faitnbsp;ce mélange, vous en avez un autre beaucoupnbsp;moindre contenant de leau pure, cette dernierenbsp;fe gelera en tout ou en partie. Si elle ne fe gelenbsp;quen partie, faites dans un autre vafe un mélangenbsp;femblable au premier , St plongez-y tout-a-coupnbsp;VOtre eau è demi gelee , elle fe gelera entiére-ment.
Si vous vous ferviez de cette eau a demi gla-cée, ou du moins extrémement refroidie, dans Ie vafe intérieur, amp; que vous y jetaffiez du felnbsp;ammoniac , Ie froid que vous produiriez feroitnbsp;beaucoup plus confidérable, amp; certainement il eunbsp;réfulteroit tout-a-coup un froid de plufieurs degrésnbsp;au deffous de la glace.
En faifant ce mélange dans un vafe plat, fut une table, avec un peu deau entre deux , la glacenbsp;qui fe formera au deffous rendra Ie vafe adhéreutnbsp;a la table.
II faut accélérer autant qifll eft poffible la diff folution du fel, en remuant Ie mélange avec unnbsp;baton ; car plus cette diffolutioo eft prompfu ?nbsp;plus grand eft Ie froid,
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n. Pulvérlfez de la glace , amp; mêlez avec elle parties de fel marin pour une de glace; re-*iiuez bien le mélange; a mefure quil fonclra , ilnbsp;* excitera au milieu de cette maffe un froid egal anbsp;^elui de nos plus grands hivers. M. de Reaumurnbsp;parvenu par ce moyen a produire un froid denbsp;*3° au deffous de la congelation.
En employant du falpetre a méme dofe, on ne pfoduit quun froid de 3 a 4 degres au deffous denbsp;terme. Ainfi, comine 1obferve encore M. denbsp;Reaumur , on eft dans Terreur lorfquon penfe quenbsp;falpêtre vaut mieux que le fel marin. On netn-ploie le falpetre que parcequil eft bien moinsnbsp;^her. Sc que dailleurs , dans Tufage ordinaire au*nbsp;^tiel on deftine ce froid artificiel, on na pas heroin quil foit ft confiderable.
On pourroit, au lieu de falpetre, employer la foude dalicante , ou des cendfes de boisnbsp;*^suf, qui contiennent un fel equivalent : on ob-*endroit a peu prés le meme effet, Sc a bien moin-^res frais.
III. Mais void un troifteme moyen de produire 'in froid plus confiderable que les precedents,nbsp;Prenez de la neige, Sc de Iefprit de nitre biennbsp;*ioncentre , refroidis Tun Sc Tautre au degré de lanbsp;glace ; verfez cet efprit de nitre fur la neige: ilnbsp;excitera tout de finite un froid de 17 degres aunbsp;'^^ffous de la congelation.
Si vous voulez produire encore un froid plus ^nnfiderable , environnez cette neige Sc cet efpritnbsp;nitre avec de la glace Sc du fel marin , qui ynbsp;P'odniront un froid de l^ k 13 degres au deffousnbsp;® zéro ; fervez-vous enfuite de cette neige Sc denbsp;'-St efprit de nitre ainfi refroidis: vous produireznbsp;par leur moyen un froid de 24 degrés, froid
Tome Ir. nbsp;nbsp;nbsp;Ö
-ocr page 218-aio RicRÉAT. Mathémat. ET Phys, beaucoup plus grand que celui que Farenheit étoltnbsp;venu a bout de produire , car il na pas palTé au-dela du 8® degrë de fon thermometre au deffousnbsp;de zéro; ce qui revient au 17^ degré amp; ^ de Reaumur au deffous du même terme.
Maïs tout cela neft rien encore, en comparai-fon de ce que les phyficiens de Pétersbourg ont execute fur la fin de 1759. Aides dun froid denbsp;30 degrés amp; au-dela , ils firent refroidir de lanbsp;neige amp; de 1efprit de nitre a cette temperature 7nbsp;amp; par ce moyen ils obtinrent un degré de froidnbsp;qui, réduit au thermometre de Reaumur, alloitnbsp;au 170® degré au delTous de zéro, Chacun fqaitnbsp;que Ie mercure y gela. Nous avons parlé ailleursnbsp;des conféquences de cette expérience.
IV. Un quatrieme moyen de produire un froid fupérieur même a celui qui fuffit pour glacer leau»nbsp;eft celui-ci. II eft fondé fur une propriété bieOnbsp;finguliere des fluides évaporables. Plongez la boulenbsp;dun thermometre dans un de ces fluides, de Tef-prit-de-vin bien déflegmé, par exemple, amp; ba-lancez-le enfuite dans 1air , pour exciter léqui-valent dun vent qui fait évaporer ce fluide ; vousnbsp;verrez Ie thermometre defcendre : vous pourre2nbsp;même, du inoins en employant de 1aether , Unbsp;plus évaporable des liqueurs, faire baiffer Ie thermometre de 8 a 10 degrés au deflTous de zéro,
II y auroit des chofes bien curieufes a dire fi' cette propriété de 1évaporation; mais cela nousnbsp;meneroit trop loin. Nous nous bornerons a obfet'nbsp;ver que ce moyen de refroidir les liqueurs neftnbsp;pas iriconnu dans TOrient. Les voyageurs qt**nbsp;veulent boire frais, mettent leur eau dans desnbsp;vafes dune argile poreufe, qui laifle fuinter »nbsp;travers elle une humidUe, Ces bouteilles, on le*
-ocr page 219-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;au
fufpend aux c6tés du chanieau , enforte quelles ^ont dans un mouvement continuel, qui equivautnbsp;^ un petit vent qui viendroit frapper deflfus , amp;nbsp;qui fait evaporer cette humidité. Cela rafraichitnbsp;reliant de la liqueur de telle forte quelle ap-proche du degré de froid de la glace.
Difons maintenant quelque chofe fur la caufe de ces effets finguliers , amp; commenqons par lesnbsp;*Uoyens expliques dans les trois premiers articles.
Lorlquon mêle enfemble de la glace amp; du fel *narin , ou de Iefprit de nitre amp; de la nelge très^nbsp;tefroidie, on obferve que le froid ne fe produicnbsp;quautant que ces melanges fe mettent en fufion.nbsp;öaprès ce fait, je conjefture qua le mélangenbsp;abforbe le fluide igné qui eft repandu dans lesnbsp;Corps environnants, ou que le mélange envi-ronne, ce qui eft la même chofe. Le mélangenbsp;fondant fait ici quelque chofe de femblable a cenbsp;que fait une eponge defféchée amp; appliquée a imnbsp;corps humide : tant quelle fera fimplement ferréenbsp;contre lui, il reftera dans fon état; mals fitótnbsp;que 1ëponge pourra prendre fon volume , ellenbsp;afpireta une bonne partie de 1humldité contenuenbsp;dans ce corps. Javoue quon ne voit pas le mé-canifme par lequel le mélange frigorlfique produicnbsp;le même effet; mais jofe regarder la comparalfpnnbsp;ci-deflus comme pouvant en donner une idee.
Quant a celui par lequel une liqueur, évapora-refroldit les corps de cleflus lefquels elle seva-, il me femble que !a raifon la plus probable quon puiffe en donner, eft une affinité de cettenbsp;liqueur avec celle du feu , qui fait que chacunenbsp;fes molecules , en senvolant, emporte avecnbsp;elle une ou quelques-unes de celles du feu contenunbsp;dans ce corps. Mals pourquoi ces molecules de la
O q
-ocr page 220-üii Récréat. Mathémat, et Phys.
liqueur évaporable ne fe combinent-elles pas pluquot; tót avec Ie feu que lair peut lui fournir, amp; avecnbsp;lequel eet élément paroit avoir moins dadhé-rence quavec les corps folides, puifquil fe re-froidit avec plus de promptitude ? Ceft ce que jenbsp;ne vois pas; mais auffi ne donné - je ceci quenbsp;pour un e/Tai dexplication que je nai point eu Ienbsp;loifir dapprofondir.
PROBLÊME LXI.
Fain glacer de Peau , en remuant feulement Ie vafe qui la contient.
Pendant un temps très-froid , mettez de 1eau dans un vafe ferme avec foin, amp; dans un lieu oünbsp;elle néprouve aucune commotion : 11 arriveranbsp;fouvent quelle prenclra ainfi ua degré de froid.^nbsp;fupérieur a celui de la glace , fans néanmoins fenbsp;glacer. Mais alors remuez tant foit peulevafe,nbsp;OU donnez-lui un coup léger; fur Ie champ 1eaunbsp;ie glacera, amp; avec une rapidité finguliere. Celanbsp;arrive fur-tout lorfque leau eft dans Ie vulde.
Ce phénomene eft fort curieux ; mais , a mon avis, il eft fufceptible dune explication très-vrai-femblable , pour quiconque connoit les phéno-menes de la congelation. Leau ne fe congelenbsp;quautant que fes molecules prennent entrelles uunbsp;arrangement nouveau. Lorfque leau fe refroiditnbsp;dans Ie plus grand repos, ces molecules fe rap-prochent, Ie fluide qui la tlent en fufion sennbsp;échappant peu-è-peu; mais il faut quelque chofsnbsp;de plus pour les déterminer a fe groupper duu^nbsp;maniere différente , fous des angles de 6onbsp;110 degrés. Or elle reqoit cette determination
Physique, nbsp;nbsp;nbsp;zif
le fimple choc donne au vafe : elles etoient
equilibre , le choc rompt cet equilibre, Sc ^lles retombent les unes fur les autres , en fe-Siouppant de la manlere quexige leur rapprochement.
Voici un autre phénomene de la congelation.
Si vous faites bouillir de 1eau, quenfuite vous ^ sxpoliez a la gelee , a cèté dune égale quantiténbsp;^eau non bouillie, la premiere fera plutot geleenbsp;la feconde.
Ceft un fait avéré par des experiences faites a ^dimbourg, par M. Black. JjqTranfaft. Phi-mfoph. Tome LXV, Part, I, année 1775.)
Ceci me paroit aufli facile a expliquer. La ^ngelation étant caufée par le rapprochementnbsp;^es molécules de Ieau, eile dolt fe congeler dau-mnt plutêt, que ces molécules, avant detre exposes a la gelee, font déja plus voifines les unes desnbsp;^litres. Or 1eau qui a bouilli a , pour ainfi dire, anbsp;^et égard de Iavance fur celle qui na pas bouilli ;nbsp;Car IefTet de ce bouillonnement a été de lui óternbsp;Wne grande partie de fon air combiné : done 5^nbsp;toutes chofes égales, ces molécules dolvent arri-Ver plutot au terme de proximlte oil elles sappli-^uent les unes aux autres, amp;c forment un corpsnbsp;Ihlide. Je fuis convaincu que, par cette mêmenbsp;mifon , de Ieau imprégnée artificieliement denbsp;h^aucoup dair , fe géleroit plus tard que Ieait
ordinaire.
IL arrive affez fouvent, amp; il y a long-temps quon 1a remarqué avec admiration, que les petifsnbsp;flocons de neige ont une figure réguliere. Celanbsp;arrive fur-tout lorfque la neige tombe par floconsnbsp;extrêmement petits amp; bien tranquillement. Cettenbsp;figure eft exagone oü étoilée; quelquefois ceftnbsp;une fimple étoile a fix rayons; dautres fois cettenbsp;étoile eft plus compofée, amp; relTemble a une croixnbsp;de inalthe, ayant fix angles faillants amp; fix ren-trants. 11 arrive par fois que chaque branche pre-fente des ramifications, comme les barbes dunenbsp;plume. 11 feroit trop long de les décrire toutes.nbsp;Nous nous bornerons a donner la repréfentationnbsp;pj ^ des plus rernarquables, dans les numéros de la
Ce phénomene a toujours beaucoup embarrafte les phyficiens , a commencer par Defcartes amp;nbsp;Képler , qui paroiflTent avoir été les premiers qutnbsp;laient obfervé. Bartholin a donné un traiténbsp;Figura Nivis fiexangula , ou il raifonne aftez ma^nbsp;fur ce fujet. A dire vrai , il étoit difficile * dennbsp;raifonner juftement, avant cjue M. de Mairan eutnbsp;obfervé, comme il 1a fait, avec fagacité les phé-nomenes de la congelation , amp; avant cjue la cbi'
* JVote du Cenfeur. On trouve cependant que Gaffendi avoir déja rapporté a la criftallifation la figure régulier®nbsp;de la neige. Voye^ ad Diog. Laert. Not. Opp, , T.A»
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;nj
*^gt;6 eüt reconnu ceux de la cryftallifatlon des Corps, lorfque de létat de fluidité ils paffent anbsp;Celui de folidite.
En elFet la chimie nous a appris que tons les corps dont les elements , nageant dans un fluïde ,nbsp;fe rapprochent tranqulllement, prennent des figures regulieres caraftérilliques. Ainfi le fou-fre , en fe figeant, forme de longues aiguilles; lenbsp;régule dantimoine figure une etoile fur fa fu-Perficie. Les fels, en fe cryftallifant lentement,nbsp;prennent auffi des figures regulieres; le fel marinnbsp;forme des cubes , Ialun des odlaedres, le gypfenbsp;fles efpeces de coins réguliérement irréguliers, amp;cnbsp;flont les lames fe brifent en triangles dangles flé-terminés ; le fpath calcaire, appelé cryjlal dIf~nbsp;des parallélépipedes obliques , fous desnbsp;ingles invariables ; amp;c.
Dun autre cote M. de Mairan, obfervant les Progrès de la congelation , a vu que les petitesnbsp;aiguilles de glace qui fe forment, simplantent lesnbsp;cines fur les autres , fuivant des angles réguliers 8cnbsp;fleterminés, qui font toujours de 6o ou 120-flegrés.
Quiconque connoit ces pbénomenes, ne verra done dans la glace amp; dans la neige qu une cryflal-lifation de 1eau rapprochee dans un air refroidi:nbsp;line premiere particule deau glacée en rencontrenbsp;^ne autre, amp; fe grouppe avec elle fous un anglenbsp;fle 60°: une troifieme furvient, amp; eft déterminéenbsp;par Iacfion de la pointe de ce premier angle, anbsp;* y réunir de la même maniere, Sec. Ceft-la lanbsp;P^us Ample des étoiles de la neige, qui eft repré-^entée par le n° i.
Sil furvient de nouvelles aiguilles de glace, ce qui arrivera le plus fouvent, il faudra quelles
Oiv
-ocr page 224-2i6 RiCRÉAT. MATHiMAT. ET PhYS. fe coucVient fur les premiers rayons , ou en fai*nbsp;fant Tangle obtus du cóté du centre, ou Tanglenbsp;aigu du méme c6té. Dans Ie premier cas, il ennbsp;naitra une étoile dont les rayons porteront desnbsp;«fpeces de barbes, comme la'tige dune plume ,nbsp;('11° 2.) OU com.me une étoile, (n°3.) Cettenbsp;derniere difpontion eft néanmoins rare, amp; cellsnbsp;du n° 2 eft la plus commune. On en voit enfin,nbsp;niais en moindre nombre , de beaucoup plusnbsp;compotées ; mais quelle que foit leur compofi-tion, leurs elements font toujours des angles denbsp;éo ou 120 degrés.
M. Lulolf de Berlin a conjeéluré que ces figures étoient dues au (él ammoniac , ou plutot a Talkalinbsp;volatil dont la neige feroit imprégnée ; il rap-porte même a Tappui de fon idee une jolie experience : ceft quayant mis de Teau geler prés desnbsp;latrines , il trouva fa furface toute couverte denbsp;petites étoiles de glacés, tandis que de Teau geleenbsp;plus loin ne repréfentoit rien de femblable. Ce-pendant il convient lui-même navoir jamais punbsp;démontrer, pat aucun procédé, ce principe dansnbsp;la neige ou Teau de neige fondue dans des vafesnbsp;fermés. En effet, aucun phyficien daujourdhuinbsp;ne fe perfuadera quil y ait dans la neige ni felnbsp;ammoniac , ni alkali volatil, que fort accidentel-Jement, amp; il ny a mille néceffité dy en fiippofcïnbsp;pour expliquer fa cryftallifation en étoiles.
PROBLÊME LXIII.
^O U s avons déja donné plus haut Ie mécanifms duiie fontaine qui prodiiit eet effet, Sc qui eft
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connue lt;3es hydrauliciens ; mais comme fa ^onftruftion ne peut pas sadapter aux ufages quenbsp;*ious avons en vue, voici une autre maniere denbsp;^¦éfouclre le probléme.
Que ABCD foit un vafe dune forme quelcon-^ue , qui reqoit par le tuyau DE un flux perpe- i *iiel deau , capable de le remplir a la hauteurnbsp;gh, dans 1intervalle, par exemple, de deux heu-
Que FGH foit un fyphon dont 1orifice fupe-^teur, plonge dans la liqueur, eft F, FG la moin-ftre branche , GH la longue branche, dont 1ori-ftceH, doit êtrefort au deffous du niveau de F; ^nfin que ce fyphon foit dun calibre tel quil putnbsp;hrer la liqueur contenue dans la hauteur CG ennbsp;'ine demi-heure. Cela fuppofe, amp; le vafe étantnbsp;yuide, quon laifte couler Ieaupar le tuyau DE,nbsp;ft remplira le vafe jufqua la hauteur G en deuxnbsp;^eures , par exemple ; mais une fois parvenu a lanbsp;^ourbure G , le fyphon FGH fe remplira ; amp; 1eaunbsp;y coulant, il epuifera en un peu plus de demi-heure * non-feulement la quantite deau amaflTeenbsp;jufques en GH, mais encore celle que le tuyaunbsp;De aura fournie pendant ce temps , puifque cenbsp;tuyau de décharge FGH débite beaucoup plusnbsp;fapidement que celui qui fournit, fqavoir DE. Lanbsp;furface de 1eau baiflera done enfin au niveau denbsp;^Orifice F, amp; 1air sy introduifant, le jeu du ly-Pbon fera interrompu ; Ieau recommencera donenbsp;® selever jufqua la courbure du fyphon en G,nbsp;^ alors le jeu du fyphon recommencera, amp; ainftnbsp;*oujours, tant que le tuyau DE fournira de Ieau»nbsp;, * Ce temps fera exaftement de 40 minutes; car il eftnbsp;^ fomme dune progreflion fous-quadruple, dont lenbsp;pteraier terme eft 30 minutes, le fecond 7 6c demie,
-ocr page 226-ii8 Récréat. Mathémat. Er Phys.
R E M A R Q u E.
1l eft néceflaire de remarquer que Ie fyphon ne fera pas fon effet, a moins que fa hauteur a len-droit de fa courbure ne foit capillaire; car silnbsp; avoir a eet endroit un diametre de 5 ou 6 lignes ^nbsp;leau étant arrivée un peu au deffus de la courburenbsp;inférieure, couleroit fans remplir tout Ie tube ^nbsp;PI. ij , comme on voit fig .3 /, n'» a , amp; il ne verferoitnbsp;% Jt^quune quantité deau égale a celle que fourniroitnbsp;Ie tube De. Ceft une obfervation que fait fortnbsp;juftement M. 1abbé Para du Phanjas, qui recourtnbsp;en conféquence , dans ce cas, a plufieurs tubesnbsp;capillaires qui fe réuniffent en un feul.
II y a un autre remede , qui confifte a faire calibre du tube de décharge , capillaire dans Dnbsp;hauteur , amp; évafé a proportion dans Ie fens horizontal, afin quil ait la mêine furface^ Sc quil nbsp;coule la même quantité deau. Par ce moyen eenbsp;tube de décharge, quoique unique , remplira (n.nbsp;deftination.
II eft auffi a propos que 1orifice F de Ia brari-che GF du fyphon foit taillé comme on voit Fig. quot;iiifig- 31, no 3 , afin daflurer dautant mieux Tin-3'troduftion de 1air dans Ie fyphon, lorfque 1*nbsp;furface de Peau aura baifle jufquen F. Je ne croi*nbsp;pourtant pas la chofe effentielle.
-ocr page 227-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;219
PROBLÊME LXIV.
Faire une Fontaine qui coulera amp; s'arrkera un certain nombre de fois de fuite^ amp; qui enfuitc s'ar-rêtera pendant un temps plus ou inoins long^ apres lequel elle reprendra Jon cours intermittent,nbsp;amp; ainji de fuite.
La. folutlon de ce probleme depend dune com-tinaifon aflez ingénieufe de deux Fontaines inter-mittentes femblables a la précédente. Siippofons en efFet une pareille Fontaine, dont les ecoule-tnents periodiques Foient très-prompts ,-par exem-ple de 2 a 3 minutes , amp; Iintermiflton Femblable,nbsp;Ce qui Fera en total un intervalle de 4 ou ^ minuses; que cette Fontaine Foit elle-même alimentéenbsp;par une autre Fontaine intermittente amp; Fuperieure,nbsp;dont la duree de Iecoulement Foit dune heure,nbsp;^ Iintermittence de 2 , 3 ou 4 : il senFuivra quenbsp;IinFerieure ne Fournira de Ieau que pendant quenbsp;Ja Fuperieure lui en donnera elle-même , eeft-a-dire pendant une heure; amp; pendant cette heurenbsp;cette Fontaine inférieure aura 12 ou 15 ecoule-ments coupes par autant de ceffations ; aprèsnbsp;lequel temps la Fontaine ou le tuyau DE de lanbsp;fig 3 / , ne Fourniffant lui-meme plus deau pendant deux ou trois heures, la Fontaine inFerieurenbsp;ceffera abFolument pendant une, deux ou troisnbsp;heures, Voila done une Fontaine qui fera double-^ent intermittente , en ce quelle Fera un certainnbsp;femps conliderable fans couler , amp; quand ellenbsp;Coulera , ce Fera avec intermittence.
Remarque s.
I. Avec trois Fontaines Femblables combinées
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Récréat. Mathémat. et Phys, enfemble , on pourroit produire des périodes fïnbsp;bizarres découlement Sc de ceffation , quellesnbsp;paroitroient abfolument inexplicables. Maïs 1onnbsp;fent aifément quelles pourroient tenir au mêmenbsp;principe.
II. On pourroit facilement faire , au moyen desquot; principes ci-deffus, une fontaine qui coulat fansnbsp;ceffe, mais qui grossit Sc diminuat par alternatf-ves; car il fuffiroit de combiner avec la fontainenbsp;du problême précédent, une fontaine continue rnbsp;ïl efl évident quelle groffiroit quand Ie fyphonnbsp;FGH couleroit; Sc quand il sarrêteroit, elle re-viendroit a fon état ordinaire.
Si on combinoit cette fontaine continue avec la double intermittente de ce problême, on au-loit une fontaine continue Sc égale pendant plu-/ fieurs heures de la journée, amp; qui enfuite grofll-roit Sc diminueroit par accès pendant une heure..
ConJlruHion dune Fontaine qui cejjera de coulet quand on y verfera de l'eau , amp; qui ne reprendrttnbsp;fon cours que quelque temps apres quon auro-ceffé.
PI. 6 , Il faut fuppofer pour cela un réfervoir bien dos % 3** amp; 3 demi rempli deau , comme ABCD, ayantnbsp;un tuyau découlement en E , de quelques lignesnbsp;feulement de diametre. Ce réfervoir fait partienbsp;dun autre vafe dans lequel il eft placé, HBFD »nbsp;il refte une portion du vafe HGF qui eft vuidernbsp;IK eft un tuyau qui va du haut du réfervoir intérieur jufques bien prés du fond FD du vafe; 1®nbsp;deftlts de ce vafe a un rebord én forme de coupe ?
-ocr page 229-Physique. nbsp;nbsp;nbsp;tit
'^ont la partle HG eft percee de beaucoup de pe-trous. On mettra dans cette efpece de coupe ^2 la moufle avec du gros fable , amp; , ft 1on veut,nbsp;Iherbe ou du gazon ; enforte néanmoms quenbsp;^ sir puifle avoir accès par la plaque HG dans lanbsp;Cavite HC.
Cela fuppofe, que le petit refervoir foil a moi^' bé rempli deau, elle coulera par Iajutage E;nbsp;^uenfuite on en verfe dans la coupe fuperieure ;nbsp;Cette eau tombera dans le réfervoir lateral HC , 8cnbsp;cUe bouchera 1orifice K du tuyau HI. Get orificenbsp;ctant bouche , Pair contenu au deffus de 1eau dunbsp;féfervoir intérieur, ne pourra plus fe dilater; 1eaunbsp;Coulante par E tombera dabord plus lentement,nbsp;^ enfin sarrêtera. Mals ft a 1angle F on ménagenbsp;Un petit écoulement a 1eau tombée dans le réfer-''r)ir HC, lorfque cette eau fera écoulée, 1écou-^cment par E recommencera.
Si Ion verfoit fans cefle de 1eau dans la coupe , amp; que fon écoulement par F fut caché, onnbsp;pourroit-etre fort étonné de cette machine , qui
coulerolt que quand il paroitroit quon ny met plus deau.
On pourroit donner a cette machine la figure ftun rocher, du pied duquel fortiroit une fon-^aine: le deffus pourroit repréfenter une prairie,nbsp;^neforêt, amp;c. Lorfquon verferoit de Ieau avecnbsp;J^ri arrofoir, pour repréfenter la pluie , on verroitnbsp;*a petite fontaine sarreter, amp; sarrêter auffi long-temps quon y verferoit de nouvelle eau. On verranbsp;plus loin 1uf^e de cette idee.
-ocr page 230-zii Récréat. Mathémat, et Phys. PROBLÊME lxvl
Faire une Fontaine qui, apr'ts avoir coulé pendant quelque temps par fa décharge de fuperficie, com-mencera a baiffer jufqua un certain point, enfuittnbsp;remontera^ amp; ainji fuccefjivement.
JavO UE navoir rien trouvé de fatisfaifant a eet égard, Cela eft néanmoins poffible, car nous ci-terons plus bas quelques exemples de fontalnesnbsp;dont les baffins préfentent ce phénomene. Nousnbsp;nous bornons done a propofer Ie probléme a nosnbsp;lefteurs.
R E M A R QU E S,
Contenant rUfioire amp; les phénomenes des princi-pales Fontaines intermittentes connues , ainji qut
de quelques lacs amp; puits qui ont des mouvenientS ^ analogues : Hijioire du fameux lac de Zirchnit^-
Nous avons donné dans les problêmes precedents les principes de lexplication des pliénome-nes que préfentent un affez grand nombre de fon-taines ou ainas deaux, dont les mouvements ont de tout temps apprêté matiere a penfer aux phyfi'nbsp;ciens, amp; été un fu)et dadmiration pour Ie vul'nbsp;gaire. II eft vrai quen général il y a beaucoup ^nbsp;retrancher de ce que Ie vulgaire croit appercevoitnbsp;OU raconte a ce fujet. Plufieurs de ces fources»nbsp;exaniinées par des philofophes ou obfervateursnbsp;exaéls, ont perdu la plus grande 'partie denbsp;quelles avolent de merveilleux. II refte néan'nbsp;moins encore , dans plufieurs dentrelies, fuffi'nbsp;famment de quoi exercer Ia fagacité des fcruta'nbsp;teurs de la nature. Lobjet de eet ouvrage non*
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Piercrit en quelque forte de faire connoitre les Principales amp; les plus fingulieres de ces fontaines.nbsp;Nous nous bornerons a ce qui eft le mieux conflate par de bonnes defcriptions ; car a quoi bonnbsp;lépéter des chofes incertaines Sc inexaftes } Lanbsp;*nafle des erreurs neft -elle pas aflez grande, fansnbsp;Iaugmenter de propos déllbéré ?
I. On reinarque une intermittence dans la plupart des fources qui prennent leur origine des amas de glacés. Telles font quelques-unes de celles quenbsp;jai vues dans le Dauphiné, fur la route de Grenoble a Brianqon: elles coulent, a ce quon maf-fura, plus abondamment la nuit que le )our, cenbsp;qui parojtroit dabord difficile a concilier avec lanbsp;faine phyfique ; mais nous ferons voir que celanbsp;sexplique facilement.
Lauteur de la Defcription des Glacieres de Suifle parle dune pareille iburce, lituée a Engftlernbsp;dans Ie canton de Berne ; elle eft fujette a unenbsp;double intermittence, fqavoir a une intermittencenbsp;annuelle Sc journaliere; elle ne commence a cottier que vers le mois de Mai, amp; les bonnes-gensnbsp;du voifinage croient fermement que la Diviniténbsp;leur envoie chaque année cette fource pour abreu-ver leurs beftiaux , quils amenent vers ce tempsnbsp;dans la montagne. Dailleurs , femblable a cellesnbsp;dont nous avons parlé , ceft pendant la nuit que
fait fon écoulement le plus abondant.
11 ny a rien que de fort fimple dans la réappa-^tion annuelle de cette fontaine a Tapproche de lété; car ceft feulement vers ce temps que lanbsp;onaffe de la terre, fuffifamment échauffée, commence a fondre les glacés par deflous. Ainfi cenbsp;'ieft que dans ce temps que la fontaine dont ilnbsp;sagit peut couler. Nous difons par deftbus, car
-ocr page 232-2Z4 Récréat. Mathémat. et Phys. ceft ainfi que fondent ces maffes énormes denbsp;glacés. On nen peut douter lorfquon remarquenbsp;quelles donnent fans ceffe naiffance a de grandsnbsp;courants deau, tandis que leur furface fupérieutenbsp;préfente les couches des années précédentes anbsp;peine altérées. Mais comment amp; pourquoi la plupart de ces fontaines donnent-elles pendant lanbsp;nuit leur plus grande quantité deau ? Ceci méritenbsp;explication.
Ce phénoinene provient, felon nous, de 1al-ternative de chaleur amp; de refroidiffement caufée, par la préfence Sclabfence du foleil, dans la maffenbsp;de la terre , couverte par eet amas de glace. Maisnbsp;cornine il faut un certain temps pour que la chaleurnbsp;du foleil produife fon effet, amp; quelle fe communique aux parties éloignées, il arrive que Ie moment de leur plus grande chaleur eft poftérieurnbsp;de plufieurs heures a celui de la plus grande chaleur de lair, qui a lieu vers les trois heures denbsp;laprès-midi : ce neft done que quelques heuresnbsp;après Ie coucher du foleil quarrivera la plusnbsp;grande liquéfaftion de la glace qui touche lanbsp;terre : ajoutez-y Ie chemin que leau qui en provient doit faire dans ces conduits refferrés entte desnbsp;vallons amp; fous les glacés, il ne fera point éton-nant quelle narrive au jour que vers Ie milieu denbsp;la nuit. Ainlt ce fera vers les onze heures ou mi'nbsp;nuit que ces ruiffeaux , provenants de maffes gla'nbsp;ciales , donneront la plus grande quantité deaU-
II. L infermittence dont on vient de parler n® tient pas a des caufes bien difficlles a découvrir»nbsp;ce neft pas même une véritable intermittence*nbsp;Mais les fontaines dont il va être queftlon tout'nbsp;a-lheure, font vraiment intermittentes.
Fontainebleat»
-ocr page 233-Physique.
Fontainebleau dans un des bofquets du pare. Elle ^^roit probablement plus connue, amp; ne cederoitnbsp;Sucre en célébrité a celle de Laywell, fi les phyfi-^gt;ens hantoient davantage les cours.
Cette fontaine coiile de deffous terre amp; dun fond fablortneux, dans un baffin quarre de 6 anbsp;^ pledsen quarré ; on y defeend par plufieurs marches , dans la derniere defquelles , ou la plusnbsp;''^oifine de Ieau , eft creufee une rigole qui luinbsp;de décharge de fuperficie. Void ce quonnbsp;obferve.
Leau étant fuppofée remplir feuJement la moi-fté du baflin , comme cela arrive lorfquon y a puifé une aflez grande quantite deau , elle montenbsp;Peu-a-peu jufquau bord de la derniere marche, amp;cnbsp;^ecoule par la décharge de fuperficie pendant quel-Sues minutes. Cet édoulement eft fuivi dun gar-gouillement quelquefois aftez fort pour fe fairenbsp;Entendre dalTez loin ; ceft-la le figne de rabaifle-*nent prochain de Ieau. Elle commence en effetnbsp;^ufli-tot a baifter jufqua quelques pouces au deffous du plus bas de la rigole. Cette hauteur , dunbsp;refte, eft affez variable. Elle eft alors ftationnairenbsp;pendant quelque temps; enfuite elle remonte amp;Cnbsp;répete le même manege. Chaque flux de cettenbsp;nature eft dun demi-quart dheure environ. Quei-quefois cependant elle fe joue en quelque fortenbsp;des curieux, amp; refte des demi-heures, des heuresnbsp;^ntieres fans répéter fon jeu.
On lit dans les Tranfacl. Phllof. ti°* 202 amp;: , ainfi que dans le Cours de Défaguliers,nbsp;f II, la description dune fontaine très-reftem-mante a la précédente : elle eft fituée prés denbsp;I orbay dans le Devonshire , a une des extrémitésnbsp;de la petite ville de Brixhaai. Les habitants du pay*nbsp;Tome IF,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;P
-ocr page 234-12(5 Récréat, Mathémat. et Phys. Iappellent Lay - Well. Elle eft fur Ie penchantnbsp;dune petite coUine, amp; éloignée de la mer dunnbsp;bon mille; ce qui exclud route communicationnbsp;avec la mer. Le baffin eft , (uivant la defcriptionnbsp;la plus récente, de 4 pieds amp; demi de large fur 8nbsp;de longueur. II y a un courant qui coule conftam-ment dans ce baffin , amp; Ieau en fort par Iautrenbsp;extréinité, amp; par une ouverture de 3 pieds denbsp;large fur une hauteur convenable.
Il secoule qiielquefois un temps alTez confide-rable , comme de quelques heures, pendant lef-quelles Ieau coule uniformement, fans haufter ni baiffer ; ce qui a donne lieu a des gens credulesnbsp;de penfer que la prefence de quelques perfonnesnbsp;avoit fur cette fontaine une influence qui arrétoitnbsp;fon jeu. Mais le plus fouvent elle a un mouvement de flux amp; de reflux fort fenfible amp; afleznbsp;prompt. Leau seleve de quelques pouces pendantnbsp;environ deux minutes , après quoi elle sabaiflenbsp;pendant environ autant de temps , qui eft fuivinbsp;dun petit repos ; enforte que la duree totale eftnbsp;denviron cinq minutes. Cela sexecute une ving-taine de fois de fuite , après lefquelles la fontainenbsp;femble fe repofer pendant environ deux heures,nbsp;amp; I eau coule uniformement pendant ce temps-la-Ceft, dit 1auteur de la defcription , une particU-lariré qui la diftingue des autres fontaines de cettenbsp;efpece qui font venues a fa connoilTance. Mai*nbsp;nous avons vu que celle de Fontainebleau eprouvenbsp;quelque chofe de femblable ; nous remarquonsnbsp;même une analogie trés-grande entre 1une amp;nbsp;Iautre ; amp; il nous paroit prefque évident par leutnbsp;defcription , que leur périodifme neft pas dans 1^nbsp;fource même, maïs uniquement dans la décharge nbsp;cela eft du moins certain a Iegard de celle d®
-ocr page 235-Fontainebleau, car la nature du terrain ne permet pas dy fuppoler rien de femblable a ce quexige unnbsp;ccoulement périodique dans la fontaine même.
Qiioi quil en foit, void une troifieme Fontaine beaucoup plus confiderable que les deux Précédentes , amp; qui prefente une intermittencenbsp;Fien marquee ; ceft celle de Franche - Comte ,nbsp;^ont on lit une defcription fort bien faite dans lenbsp;Journal des Sgavants , Oflobre i6i^8.
Cette fontaine eft, ou etoit dii moins alors , prés du grand chemin qui conduifoit de Pontarliernbsp;s Touillon , au bout dun petit pré, 6c au pied denbsp;quelques montagnes qui la dominent : elle coule ,nbsp;par deux endroits féparés , dans deux baflins dontnbsp;^a rondeurlui a fait donner le nom de /a Fontaimnbsp;^onde. Le baffin fuperieur, qui eft le plus grand,nbsp;3 environ fept pas de longueur fur fix de largeur ,nbsp;^ il y a au milieu une pierre en talus, qui fert anbsp;^endre fenfible fon mouvement de reciprocation.
Quand le flux va commencer, on entend un ^ouillonnement au dedans de la fontaine , 6c, Tonnbsp;''Oit aufll-tot 1eau fortir de tons cotes , en pro-duifant beaucoup de buUes dair ; elle séleve dunnbsp;grand pied.
Dans le reflux , Ieau sabaiffe a peu prés dans le même temps amp; par les mêmes gradations in-''erfes. La duree twiale du flux 6c du reflux eftnbsp;denviron un demi-quart dheure, y compris en-'''iron deux minutes de repos.
La fontaine tarit prefque entiérement d chaque t^flux , fur-tout de deux Iun; Sc a la fin de cenbsp;reflux on entend une efpece de gazouillement quinbsp;annonce cette fin.
La petite ville de Colmars en Provence , dio-de Senèz, nous prefente encore une fontaine
xi8 Récréat. Mathémat. et Phys. de ce genre. Elle fe trouve aux environs de cettenbsp;ville , Sc elle eft remarquable par la frequencenbsp;de fes écouleinents. Quand elle eft prête acouler,nbsp;un léger murmure annonce fon arrivée ; elle croitnbsp;enfuite pendant une demi-minute; alors elle jettenbsp;de 1eau de la groffeur du bras; puis elle décroïtnbsp;pendant cinq a fix minutes, Sc sarréte un moment ; après quoi elle reprend fon écoulement.nbsp;De cette maniere la durée de fon écoulement Scnbsp;de fon intermittence enfemble, eft de fept a hultnbsp;minutes , enforte quelle coule Sc sarrête huit foisnbsp;environ dans une heure. Gaflendi a donné unenbsp;defcription plus détaillée de cette fontaine, dansnbsp;fes oeuvres, ainfi que M. Aftruc , dans fon Hijl.nbsp;Nat, du Languedoc amp; de la Provence.
La fontaine de Fonzanches, dans Ie diocefe de Nifmes , mérite aufll de trouver place ici. Fonzanches eft fitué entre Sauve Sc Quiflac , a la droitenbsp;amp; aflez prés du lit de la Vidourle: cette fontainenbsp;fort de terre a Iextrémité dune pente aflez roidenbsp;tournée au levant. Son intermittence eft des plusnbsp;marquées ; elle coule Sc sarrête réguliérementnbsp;deux fois par jour ou dans 1efpace de 14 heures:nbsp;la durée de lécoulement eft de 7 heures minutes , Sc celle de IintermifRon de 5 heuresnbsp;jufte ou très-près ; enforte que fon écoulementnbsp;retarde chaque jour de 50 minutes. Mais on au-roit tort den conclure aucune liaifon, foit avecnbsp;Ie mouvement de la lune , foit avec la mer«nbsp;quoiquon lui alt donné Ie nom de la Fontaine attnbsp;flux 6 reflux. II feroit abfurde détablir de-la desnbsp;canaux jufqua la mer de Gafcögne, qui ennbsp;a 130 lieues. Dailleurs Ie retardement de 50 miquot;nbsp;nutes nétant pas précifément celui des marées,nbsp;OU du paffage de la lune par Ie méridien, lana-
P H Y S I Q U Er nbsp;nbsp;nbsp;22^
ïogie idun mouvement avec lautre ne fe foutient pas davantage que fi ce rétardement étoit beau-coup plus grand ou moindre.
Nous terminerons ce paragraphe par la defcrip-tion de la fameufe fontaine appelée Fontejlorbe , quon trouve dans Ie diocefe de Mirepoix. Cenbsp;lt;lue nous allons en dire eft 1extrait de la defcrip-^ion que M. Aftruc en a donnée, dans louvragenbsp;cité ci-delTus.
'Fonteftorbe eft fituée a Iextremite dune chaine roehers , qui savance prefque jufquaux bordsnbsp;de la riviere de Lers, entre Fougas amp; Belleftat,nbsp;dans Ie diocefe de Mirepoix. Fort au defifus dunbsp;ïit de la riviere , on voit une voute de 20 a 30nbsp;pieds de profondeur, amp; de 40 pieds de largeurnbsp;fttr 30 de hauteur. Au c6té droit eft la fontainenbsp;dont il sagit, dans une ouverture triangulaire dunbsp;quot;Ocher, dont la bafe eft de 8 pieds environ denbsp;largeur. Ceft par cette ouverture que coule 1eaunbsp;^Uand Ie flux eft arrivé. Ce qui caraélcrife dunonbsp;itianiere finguliere fon intermittence , cefl quelle-neft intermittente que dans les temps de fëche-refle , ceft-a-dire ordinairement pendant les moisnbsp;de Juin , Juillet, Aoüt amp;Septembre : alors ellenbsp;coule pendant 36 a 37 minutes, en sélevant denbsp;4 a 3 pouces fur la bafe de 1ouverture triangulaire , amp; après ce temps elle ceffe de couler pendant 3x3 33 minutes ; vient-il a pleuvoir, Ienbsp;*®rnps de 1intermiiïion fe raccourcit, amp; sanéantitnbsp;®nfin lorfquil a plu trois ou quatre jours de fuite,nbsp;^tiforte que la fontaine eft alors continue , quoi-avec une augmentation périodique : mais enfin,nbsp;lorfque la pluie a dure aflez long-temps, Ie fluxnbsp;^ft continu amp; égal, ce qui dure pendant toutnbsp;Shiver, jufquau temps de la fécheteflTe , oü la
130 Récréat. Mathémat. et Phys. fontalne redevient périodique amp; intermittente pafnbsp;les mêmes gradations inverfes.
On peut déduire des principes expofés dans les problêmes precedents , la raifon de la plupart desnbsp;phénoinenes quon vient de décrire : il fuffit pournbsp;cela de concevoir une cavité plus ou moinsnbsp;grande, forniée par IafFaiffement dun banc denbsp;glaife , amp; qui fert de réfervoir a un amas deaunbsp;fourni par une fource. Que cette cavité communique au dehors par une efpece de canal circonflexe , dont 1orifice intérieur foit voifin du fondnbsp;de la cavité , amp; 1extérieur beaucoup plus bas ;nbsp;ce canal fera évidemment loffice du fyphon dunbsp;Probléme LXIII amp; de la fig. 3 /, amp; produira lesnbsp;meines phénomenes, en fuppofant toutefois 1ac-cès de lair extérieur dans la cavité.
Si done la fource qui vient remplir la cavité décrite, fournit conftamment moins deau que Ienbsp;fyphon fnppofé nen peutévacuer, leau ne cou-lera que périodiquement; car, pour quelle coule,nbsp;il faudra que leau foit montée jufquau fommet,nbsp;ou langle des deux branches du fyphon: il cou-lera alors , amp; évacuera leau contenue dans lanbsp;cavité; amp; enfuite il sarrêtera , jufqua ce quilnbsp;foit furvenu de nouvelle eau.
Mals fi la fource cachée qui alimente Ie réfer-voir fuppofé eft variable, ceft-a-dire quelle foit beaucoup plus abondante en temps dhiver amp;nbsp;pluvieux , que pendant 1été ou un temps de féche-reffe, la fource apparente ne fera intermittentenbsp;que dans ce dernier temps ; la durée de fes inter-jniffions ou repos diminuera a mefure que 1*nbsp;fource cachée deviendra plus abondante; amp; en-fuite, quand cette derniere Ie fera au point denbsp;donner autant deau que Ie fyphon en pourra
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;2?t
^'^acuer, la fource apparente devienara continue ;
reprendra enfin par degres fon interinittence , 3 mefure que la fource interieure diminuera denbsp;'^olume.
Ainfi voila les phenomenes de la fource de-^onteftorbe, expliques par le même mécanifme ^ue celui des autres Fontaines purement intermit-tentes. II y a apparence que , dans ces dernieres,nbsp;^a fource cachee tire fon origine dune eau fou-terraine qui ne reqoit que peu ou point daugmen-^ation des eaux exterieures, amp;£ quau contrairenbsp;Celle de Fontefiorbe a pour aliment une eau pro-'^enant des neiges amp; des pluies.
Nous ne dirons quun mot de quelques autres fontaines de ce genre, dont il eft parle dans di-''^ers auteurs. Telle eft celle des environs de Pa-^erborn , quon noinme Bulhrborn ^ quicoule,nbsp;^it-on , 12 heures , amp; fe repofe autant de tempsnbsp;Celle de Haute-Combe en Savoie, prés du lac du.nbsp;fiourget, qui coule amp; sarrete deux fois par heure ;nbsp;Celle de Buxton, dans le comte de Derby, Scnbsp;ftont parle Childrey dans fes Curiojités d^ngle-tirrc , qui coule tons les quarts dheure feulement;nbsp;Une prés du lac de C6me , celebre dès le tempsnbsp;de Pline le ieune, qui haufte amp; baifle trois foisnbsp;par jour périodiquement; amp;c. amp;c. Comme lesnbsp;defcriptiops quon en donne font très-imparfaites ,nbsp;^ous ne nous y arreterons pas davantage.
Ill . Mais void des phenomenes dun autre genre; font ceux que nous prefentent certains puits ounbsp;^crtaines fources qui selevent amp; sabaiftent a cer-J^ines périodes, lans quon leurconnoilTe décou-lement. II y a prés de Breft un puits fujet a cesnbsp;sbaiffement amp;c elevation periodiques, dont 1ex-plication a beaucoup occupé les phyficiens. La
P iv
-ocr page 240-131 Récréat. Mathémat. et Phys.
defcription de ce quon y obferve eft tirée du Journal de Trevoux , (Oftobre 1718) , amp; eft lou-vrage dun P- Aubert, Jéfuite , phyficien quinbsp;paroit très-exafl; amp; très-inftruit,
Le puits dont nous parlons efl: fitué a deux lieues de Breft, au bord du bras de mer qui sVnbsp;vance dans les terres jufqua Landerneau, Sa dif-tance au bord de la haute mer eft de 7^ pieds ,nbsp;amp; ^ peu prés du double au bord de la baftsnbsp;mer. II a 10 pieds de profondeur , amp; Ton fondnbsp;eft plus bas que la haute mer, Sc moins élevé quSnbsp;la balTe.
II ferolt peu étonnant, Sc ce ferolt même une chofe toiit-a-fait dans 1ordre naturel, que le puitsnbsp;baifsata Ia baiffe mer Sc montat a la haute ; inai*nbsp;ceft tout le contraire, ainfi quon va le voir pafnbsp;la fuite détaillée de ce quon y obferve.
Leau du puits eft la plus bafle, ceft-a-dire a' II OU IX pouces au defliis de fon fond, lorfquenbsp;!a mer eft Ia plus élevée, Elle refte en eet étatnbsp;environ une heure , a compter du moment de lanbsp;haute mer ; elle croit enfuite pendant environnbsp;a heures Sc demie dans le temps que la mer baifte»nbsp;après quoi elle refte ftationnaire pendant environnbsp;deux heures. Elle commence alors a décroftre»nbsp;ceft-a-dire une demi-heure environ avant le mO'nbsp;jnent de la plus bafte mer , Sc cela continue pen'nbsp;dant les quatre premieres heures de la mer mon-ïante. Enfin elie refte dans le méme état dabaidfe'nbsp;ment environ 3 heures, ceft-a-dire pendant Is*nbsp;deux dernieres heures de la mer montante , Sc 1*nbsp;premiere heure de la mer defcendante ; après qnp*nbsp;elle recommence a monter, comme on 1a exph'nbsp;qué plus haut. On a remarqué dans la grande (^7nbsp;cherefte de 1724, que le puits dant il sagit tarib-
-ocr page 241-^oit quelques heures a la mer montante, amp; quil rempliflbit a la mer defcendante. Je ne fqaisnbsp;ce puits fubfifte encore. Ce qui ajoute a ia iin-gularite du phenomene , ceft que des puits voi-^ns, Sc qui femblent devoir eprouver les mêmesnbsp;''ciffitudes, ny font point fujets.
On voit prés de Londres, entre cette ville amp; Oravelande , une forte de petit lac appele Green-, qui, fuivant M. Defaguliers, offre les ine-*igt;es phenomenes: il ajoute avoir oui dire quanbsp;Lambourn , dans le Berckshire , il y a une Fontaine qui eft pleine quand le temps eft fee , St anbsp;ftc quand le temps eft pluvieux. Il feroit a defirernbsp;^uil eut avéré le fait avec fes circonftances.
IV. Mais tout ce que nous venons de dire, *luoique fort remarquable, napproche pas de lanbsp;ftngularite du fameux lac de Zirchnitz. On nominenbsp;^gt;nfi un lac aflez grand, fitue prés la petite villenbsp;ce nom , dans le duché de Carniole. Il a en-''iron trois lieues de France de longueur, Sc unenbsp;^ demie de largeur, fous une forme aftez irréguliere.
La fingularité de ce lac confifte en ce quil eft plein deau pendant prefque toute Iannee ; maisnbsp;Vers la fin de Juin , ou dans les premiers jours denbsp;Quillet, 1eau secoule par 18 efpeces de puits ohnbsp;*jonduits foUterrains ; enforte que ce qui avoitnbsp;le fejour des poiftbns amp; des oifeaux aquati-, qui y font très-nombreux , devient cellenbsp;beftiaux , qui viennent y paitre une herbenbsp;ubondante. Les chofes reftent ainfi pendant troisnbsp;^ quatre mois, fuivant la conftitution de fannée ;
ce temps expire, 1eau revient par les trous qui Iavoient abforbee , Sc avec une violencenbsp;ft confiderable , quelle jaillit jufqua la hauteur
-ocr page 242-234 RiCRiAT. Mathémat. et Phys. dune pique, de maniere quen juoins de vingt-quatre heures Ie lac eft revenu dans fon premiernbsp;état.
On doit cependant remarquer quil y a quel-ques irrégularités dans Ie temps amp;; la durée de cette evacuation. II eft quelquefois arrivé que Ienbsp;lac seft rempli 5c vuidé deux ou trois fois dansnbsp;lannée. Une fois il néprouva de toute 1annéenbsp;aucune evacuation ; mais il neft jamais arrive*nbsp;quil a it refté vuide plus de quatre mois. Ces irrégularités nempêchent pas que Ie phénomene merite de tenir une place parmi les fingularités lesnbsp;plus extraordinaires de la nature. On peut voifnbsp;fur ce fujet louvrage dun fqavant de ce pays ^nbsp;(M. WeichardValvafor, ) intitulé Gloria, duca-tüs Carniolcz , amp;c. 1688, 10-4*^. Cet auteur entrenbsp;dans des détails qui lui concilient toute croyance ,nbsp;8c dailleurs ceft un fait connu amp;c rapporté par divers voyageurs inftruits.
M. Valvafor déduit avec beaucoup de probabi-lité les phénomenes de ce lac , de cavités fouter-raines qui communiquent avec lui par les ouvertures dont nous avonsparlé, 5c qui font pleines dune eau alimentée par les pluies. Lorfque ces pluiesnbsp;ont cefie pendant long-temps, 5c quelles fontnbsp;évacuées jufqua un certain point , elles donnentnbsp;lieu a un jeu de fypbons qui vuide tout Ie lac.nbsp;Mais il faut voir les détails de cette explicatiotinbsp;dans louvrage cité, ou bien dans les ydamp;s-Leipjicky année 1688.
-ocr page 243-^35
Physique.
Porte-voix amp; du Cornet acoujlique ; leur ex-vlication : Le jeu de la. Tête enchantée.
Out comme on aide Ia vue par les lunettes ^spproche amp; par les microfcopes , de même onnbsp;® imagine daider 1ouïe par des inflruments ana-^Sues. Lun, appelé Ie porte-voix fert a fe fairenbsp;^'^tendre de fort loin; amp; 1autre, appelé cornetnbsp;^'^oujiique, a groflir pour loreille les plus petitsnbsp;fons,
Le chevalier Morland eft, parmi les modernes, '^lui qui seft le plus occupé a perfeélionner cenbsp;^'loyen daugmenter les fons. 11 publia en i68..
traité intitulé, de Tuba Stenforophoniednom fait allufion a la voix de Stentor, li célebrenbsp;P^rml les Grecs par fa force extraordinaire. Cenbsp;nous allons dire ici efl; en partie extrait denbsp;^Êt ouvrage curieux.
Les anciens connurent le porte-voix , car on dit ^uAlexandre avoit un cornet avec lequel il don-loit des ordres a fon armée, quelque nombreufenbsp;Snelle fut. Kircher, daprès quelques paffages dunnbsp;^anuferit du Vatican, fixe le diametre du pavilionnbsp;pieds amp; demi. Quelle étolt fa longueur ? ilnbsp;dit rien ; il ajoute feulement quil fe faifoltnbsp;^^endre a 500 ftades , ou 5 de nos lieues. II y anbsp;doute de 1exagération. Un inftrument avecnbsp;, Snel on pourroit fe faire entendre de Verfaillesnbsp;^ ^aris, feroit un inftrument fort curieux.
Quoi quil en foit, le porte-voix, autrement ^quot;ompette parlante , ou jlentorophonique , neft;nbsp;^ntre chofe quun long tuyau, qui dun cóté nanbsp;Sue la largeur néceffaire pour y appliquer la bou-
-ocr page 244-136 Récréat. Mathémat. et Phys,
che, amp; qui va de-la en sévafant jufqua 1autr^ extrémité en forme de pavilion, Louverture dünbsp;petit bout doit être égale a celle de la bouchsnbsp;dun homme , amp; un peu applatie, pour mieux fsnbsp;conformer a Ia figure de eet organe ; deux petitesnbsp;appendices latéraleS fervent a embraffer les joues.
PI. 6, Ön voit tout cela dans la fig. , qui na pa^ %- 33befoin dautre explication.
Le chevalier Morland dit avoir fait faire de ces trompettes parlantes de plufieurs grandeurs ; feja-voir, une longue de 4 pieds amp; demi , par la-quelle on fe faifoit entendre a 500 pas géonrétrr-ques; une autre , de 16 pieds 8 pouces, fe faifoitnbsp;entendre a 1800 pas ; une troifieme enfin , de i4nbsp;pieds, c[ui portoit le fon a plus de 2500 pas.
Nous ne dirons pas coinmeM. Ozanam , pout expUquer eet effet, que les tuyaux fervent gé'nbsp;néralement a renforcer Taftivité des caufes natit-relies ; que plus ils font longs , plus cette énergienbsp;eft augmentée; amp;c. car ce neft pas la parler ennbsp;pbyficien ; ceft prendre leffet pour la caufe.nbsp;faut raifonner avec plus de précifion.
Lair eft un fluide élaftique , amp; tout fon qu* y eft produit fe répand circulairement amp; fphéri'nbsp;quement a lentour du lieu oil il eft produit. Stnbsp;done 1on parle a 1extrémité dun long tuyaU gt;nbsp;tout le mouvement qui feroit communiqué a unenbsp;fphere dair , par exemple de 4 pieds de rayon , eftnbsp;communiqué a un cylindre ou plutót un cönsnbsp;dair, dont la bafe eft le pavilion. Si ce cdne eft 1nbsp;par exemple, la 100® partie de la fphere entiet®nbsp;de même rayon , ceft a peu prés comme ft lnf*nbsp;avoit parlé 100 fois aufli fort dans un air libre : onnbsp;doit done entendre a une diftance 100 foi^ auö*nbsp;grande.
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ï-e cornet acouftique , inftrument fi utile pour fourds, ell a peu prés Iinverfe du porte-voix.nbsp;raffemble dans le conduit auditif toute la quan-de fon contenue dans fon pavilion , ou ilnbsp;^iigmente le fon qui eft produit a fon extrémité ,nbsp;ftans un rapport qui eft a peu prés le même quenbsp;^slui de cette extrémité au pavilion. Si, parnbsp;^Xemple , le pavilion a 6 pouces de diametre, Scnbsp;^ Ouverture quon applique a 1oreille 6 lignes , cenbsp;^oi donne en furface le rapport de i a 144 , lenbsp;fera augmenté 144 fois, ou a peu prés; car jenbsp;crois pas que ce rapport fuive précifément 1in-^erfe des étendues. II faut convenir que fur celanbsp;acouftique neft pas encore auffi avancée quenbsp;^optique.
Rem ARq_u E.
LexpÉRIENCE a appris, amp; ceft un fait, Quelle quen foit la raifon , que le fon renferménbsp;dans un tube fe propage a une diftance incompa-^blement plus grande que dans fair libre. Le P-^ircher rapporte quelque part, que les ouvriersnbsp;^ui travaillent dans les fouterrains des aqueducsnbsp;'^e Rome, sentendent a la diftance de plufteursnbsp;'Uilles.
Si Ton parle, meine fort bas, a Textrémité ftun tuyau de quelques pouces de diametre , celuinbsp;loi aura Ioreille a 1autre extrémité , entendranbsp;diftinéiement ce quon aura dit, quel que foit lenbsp;Sombre de circonvolutions de ce tuyau.
Cette obfervation eft le principe dune machine ^11 furprend beaucoup les gens médiocrement inf-¦uits. On place une figure en bufte fur une table ;nbsp;*Oais de Iune de fes oreilles, ou de chacune , onnbsp;Conduit a travers lépaifTeur de la table 5c un de
-ocr page 246-258 Récbéat. Mathémat. et Phys. fes pieds, uii tuyau qui perce Ie plancher, amp; VSnbsp;aboutir dans 1appartement Inférieur ou lateral*nbsp;Un autre tuyau part de Ia bouche , amp; va aboutifnbsp;par un chemin femblable dans Ie même appartement. On dit a quelquun de faire a cette figurenbsp;une queftion en lui parlant bas a Ioreille ; la per-fonne qui eft de concert avec celle qui montrenbsp;la machine , ayant fon oreille appliquée a lex-trémité du même tuyau , entend fort bien cenbsp;quon a dit : elle fait alors a lembouchure denbsp;Iautre tuyau, une réponfe quentend a fon ioutnbsp;1auteur de la queftion. Enfin , ft par quelqu®nbsp;moyen mécanique on a donné en même temps uHnbsp;mouvement aux levres de la machine, les ignorants font extrêmement furpris, amp; tentés de croirenbsp;a Ia magie. II ny en a pourtant aucune, alnftnbsp;qu^on Ie voit.
Dans h jeu du Ricochet, quelle ejl la caufe qu^ fait remonter la pierre au dejfus de la furfacenbsp;de l*eaUf apresy avoirplongé}
Rien neft plus connu amp; plus commun que 1® jeu appelé Ricochet, puifquil eft peu de jeune*nbsp;gens qui, fe trouvant fur Ie bord dune eau un pei*nbsp;étendue, ne samufent a ce petit jeu. Mais 1*nbsp;caufe de ce rebondiflement de la pierre , apr^*nbsp;avoir touché la furface de 1eau, nen a pas moiti*nbsp;quelque chofe qui ne fe préfente pas dabord ^nbsp;lefprit; amp; même, Ie dirons-nous ? il y a de*nbsp;phyficiens qui sy font mépris, en attribuant ce^nbsp;effet a lélafticité de 1eau. Comme 1eau na aü'nbsp;enne élafticité , il eft évident que leur explicatie**nbsp;eft vicieufe.
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Ce rebondilTement tient neanmo'ins a une caufe approche affez de Télafticité. Ceft Ieffort quenbsp;font les colonnes deau, enfoncees par le choc ,nbsp;pour fe relever amp;c reprendre leur place , par unenbsp;fuite de Tequilibre qui doit régner entrelles amp; lesnbsp;'^olfines. Mais entrons dans une analyfe un peUnbsp;plus approfondie de ce qui fe paffe en cette oc-^^lion.
Lorfque la pierre, qui doit être plate , eft lan-'^ée obliquement a la furface de Ieau , amp; dans le fens de fon tranchant, il eft evident quelle eftnbsp;portee de deux mouvements qui fe compofent,
^ Un horizontal qui eft le plus vite, amp; 1autre ver-^ical qui 1eft beaucoup moins. La pierre , arrivee ^ la furface de Ieau , la choque par 1effet de cenbsp;^srnier feulement, amp; elle enfonce un peu la colonne deau quelle rencontre ; ce qui produit unenbsp;^^fiftance qui affoiblit ce mouvement vertical ,
''ais fans le detruire encore : elle continue a plonst'' en enfonqant dautres 'colonnes ; dou il ré-^ulte de nouvelles réfiftances qui anéantiffent enfin mouvement en ce quil a devertical. La pierrenbsp;®ft alors parvenue a la plus grande profondeurnbsp;¦^uelle puiffe atteindre , 6c elle a du decrire né-teffairement une petite courbe , dont la conve-^'té eft oppofee au fond de Ieau , comme on pj ^nbsp;'oit dans la fig. 34 . mais dans le merne temps fig. 54.nbsp;fpn mouvement, en ce quil a dhorizontal, nanbsp;ou prefque rien perdu. Dun autre cote , lanbsp;¦olonne enfoncee par le choc de la pierre , réagitnbsp;pontrelle , forcee par les colonnes voifines ; dounbsp;o réfulte un mouvement vertical, qui eft imprimenbsp;^ la pierre, amp; qui fe combine avec le mouve-|pent horizontal qui lui refte. Il doit done en ré-hllter un mouvement oblique tendant en hautj
-ocr page 248-140 Récréat. Mathémat. Et Phys. ceft celui qui fait rebondir la pierre de deffusnbsp;leau , en lui faifant décrire une petite parabolsnbsp;fort applatie, a la fin de laquelle elle frappe encorenbsp;leau fort obliquement; ce qui produit un fecondnbsp;bond , puis un troifieme , un quatrieme , amp;c. quinbsp;vont toujours en diminuant détendue amp; de hauteur, jufqua ce que Ie mouvement foit tout-a-faitnbsp;anéanti.
PROBLÊME LXIX.
Ze mécanifmz du Oirf-volant: Diverfamp;s qmjlioni amp; recherches fur ce jeUi
Tout Ie monde connoit lamufement du cerf-volant, petite machine fort ingénieufe, Sc dans laquelle delate un mécanifme trés - adroit. Ce-pendant on sétonnera peut - être de ce quunnbsp;objet de cette nature a pu faire Ie fidet dun mé-moire académique ; car on en lit un fur Ie cerPnbsp;volant parmi ceux de lAcadémie de Berlin, annéenbsp;1756. Mais cette furprife ceffera, quand on fqauranbsp;que M. Euler Ie fils étoit dé)a profond géometrSnbsp;a un age ou la plupart des jeunes gens ne voientnbsp;dans un cerf-volant quun objet damufement -ainfi II étoit difficile quil ne fut pour lui un fujetnbsp;de méditation. II préfente en efFet plufieurs quef'nbsp;tions curieufes , Sc même, pour la plupart, iiU'nbsp;poffibles a traiter fans une analyfe profonde. Onnbsp;peut done regarder , fi 1on veut, ce Mémoire gt;nbsp;comme les juyenilia dun grand géometre. NoU*nbsp;ne Ie fuivrons pas dans fes calculs profonds ; noU*nbsp;nous bornerons a traiter la matiere dune manief^nbsp;moins exafte , Sc plus facile a entendre.
Le cerf-volant eft, comme 1on ft^ait, une face plane, Sc légere autant quil eft poftib'®
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;241
ABCD , talllée en rhombe irrégulier , ceft-^-dire foritiée de deux triangles BAC gt; BDC, dans lef- PI-^uels langle A du premier eft beaucoup plus%3S,*nbsp;S^and que Tangle D du fecond. Du coté A eft lanbsp;D eft la queue , a laquelle on attache or-'^jnairement un long fil garni de floccons de pa-P'st: on en met auffi de beaucoup plus courts auxnbsp;^¦igles B amp; C ; ce qui fait que la petite machine,
®lant élevée, préfente de loin Ie fpeétacle dun ^ifeau monftrueux qui fe balance dans les airs anbsp;* aide de fes ailes amp; de fa queue.
A un point de Taxe AD, amp;c vers Ie point E, eft hachee une ficelle de quelques centaines de piedsnbsp;longueur, amp; qui senroule fur un baton , pournbsp;'lacher ou la retirer fuivant Ie befoin. Mais cettenbsp;*^lt;5rde a befoin dêtre attachée au cerf-volant dunenbsp;^ertaine maniere ; car il faut, 1° que dun pointnbsp;la corde , volfin de fon attache , partent deuxnbsp;autres petites cordes allant aux point B amp; C, pournbsp;^tnp^cher la machine de tournet fur Taxe AD.
Du méme point de la corde doit partir une ütre petite corde allant a un point voifin de lanbsp;A , enforte que Tangle fonné par la cordenbsp;vee Taxe A B fqit aigu du cóté de A, amp; invariabele ; on en fait même pafler une quatrieme de cenbsp;Point de la corde a un point voifin de D.
Les chofes ainfi préparées , quand on veut *'ettre Ie cerf-volant au vent, on fait tenir lanbsp;^otde a quelquun , amp; a quelques toifes de dif-Joce ; on expofe la furface inférieure au vent, ennbsp;^chant Ie cerf-volant en Tair. Celui qui tient lanbsp;*^orde fe met auffi-tót a marcher avec rapi-^ité contre Ie vent, afin daugmenter Taéfion denbsp;air fur cette furface. Si Ton éprouve une réfif-tance confidérable , on lache un peu amp; fucceffi-TomtlV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Q
-ocr page 250-141 Récréat. Mathémat. et Phys. vement la corde, amp; Ie cerf-volant séleve : il lufquot;nbsp;fit de figavoir bien gouverner, en lachant ou retiquot;nbsp;rant ia corde a propos; la lachant lorfque, patnbsp;FefFort quon éprouve, on jiige que Ie cerf-volantnbsp;peut sélever encore; la retirant quand on Ie fentnbsp;mollir. Un cerf-volant bien fait, peut, dans uonbsp;lieu amp; un temps favorables, sélever a 3 ou 4OOnbsp;pieds amp; même davantage.
Pour analyfer ce jeu, amp; reconnoitre ce qui sy paffe, imaginons que AD repréfente 1axe du cerf'nbsp;volant, auquel eft attachée la corde EC , retenuenbsp;en C par la perfonne qui Ie manoeuvre. Langl®nbsp;Pb 6, AEC dolt être aigu. Que VE foit la direftion dunbsp;vent, dont nous fiippofons tous les filets réunisnbsp;en un feul, agiffant fur Ie centre de gravité de lanbsp;furface du cerf-volant, amp; que ftous fuppoferons,nbsp;pour fimplifier , ne pas différer de celui du corpsnbsp;même , ou en être fort prés.
Que FE repréfente Ia force avec laquelle Ie vent auquel Ie cerf-volant eft expofé, choque-roit perpendiculairement fa furface ; quon tire EOnbsp;perpendiculaire a cette furface , amp; quon menenbsp;FG perpendiculaire a EG; quon faffe enfin EEnbsp;troifieme proportionnelle a EF amp; EG, amp; quonnbsp;mene LM parallele a GF ; alors EL repréfenternnbsp;la force avec laquelle Ie vent choque la furfacenbsp;inférieure du cerf-volant dans Ie fens perpendicU'nbsp;laire , amp; LM fera leffort que ce choc exercernnbsp;dans Ie fens ML ou AED.
Nous remarquerons dabord que, par ce det' nier, Ie cerf-volant tendroit a être précipité cnnbsp;bas; mais langle AEG étant aigu, il en réfult^nbsp;un effort dans Ie fens EA, qui contre-balance 1®nbsp;premier: fans cela Ie cerf-volant ne pourroit f^
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^outenir ; Sc telle eft la raifon pour laquelle cet ^ngle doit neceflairement étre aigu.
Prenons maintenant EH égale a EL; 6c me-nant El perpendiculaire a Ihorizon, Sc HI perpendiculaire a EH, nous aurons deux nouvelles forces, dont Tune IH agira dans le fens ED , Scnbsp;fendra a precipiter le cerf-volant; mats elle eftnbsp;^néantie , ainfi que la premiere ML , par la puif-fance en C , qui tire felon 1angle oblique AEC.nbsp;Lautre El, fcra celle qui tendra a faire monter Ienbsp;Cerf-volant dans le fens vertical.
Ainfi , fi la force El eft plus grande que le poids du cerf-volant , il fera élevé en 1air ; Sc fi 1oanbsp;fnppofe que Iextremite de la ficelle foit fixe en C ,nbsp;tournera autour de ce point C en selevant ;nbsp;Hais en tournant ainfi , il arrivera neceffairementnbsp;Clue le vent cboquera avec plus dobliquite la fur-fsce AB ; enforte quil y aura enfin équilibre. Lenbsp;Cerf-volant ne selevera done pas davantage, anbsp;^^loins quon ne lache la ficelle ; car alors il sele-^cra parallelement a lui-meme ; Sc comme ennbsp;^riontant il rencontrera un air plus libre Sc unnbsp;Vent plus fort, il tournera encore un peu a Pen-tour de Tangle C, ou Tangle C deviendra plusnbsp;grand Sc plus approchant du droit.
Tel eft le mécanifme par lequel seleve le cerf-Volant. Il eft aifé de voir quon peut, connoiflTant viteffe du vent, la furface Sc le poids du cerf-'^olant, ainfi que la grandeur conftante de Tanglenbsp;, determiner la hauteur a laquelle il selevera.
Une queftion qui fe prefente naturelleinent ici, eft, Quelle grandeur doit avoir r angle AEF, pournbsp;9^ petite machine s'ileve avec plus de faciUte ?nbsp;Nous nen donnerons pas 1analyfe ; nous nous
Q ij
-ocr page 252-144 tlÉCRÉAT. MATHÉMAT. ET PhYS. bornerons a dire quen fuppofant Ie vent horizon*nbsp;tal, il faut que eet angle foit de 54° 44', ceft-a-dire Ie même que celui que doit faire Ie gouver-nail dun vaiffeau avec la quille, pour Ie fairenbsp;tourner avec Ie plus de facilité , dans la fuppofiquot;nbsp;tion oü les filets deau qui Ie choquent auroientnbsp;une direftion parallele a la quille.
Nous remarquerons ici quil ny a pas une ne* ceffité abfolue que Tangle AEC foit invariable , amp;nbsp;determine a être tel par une petite ficelle attachéenbsp;dun point de CE a un point voifin de la tête;nbsp;mais il faut alors que Ie point dattache E de cettenbsp;ficelle au cerf-volant, ne foit pas Ie même que Ienbsp;centre de gravité de la furface du cerf-volant, amp;nbsp;que ce centre de gravité foit Ie plus loin quil Ienbsp;pourra vers Ie centre de la queue D. Ceft pournbsp;cette raifon que Ton ajoute a ce point D un filetnbsp;garni de floccons.de papier, qui retire ce centrenbsp;de gravité vers Ie point D. Sürement ceux quinbsp;samufent du cerf-volant ny ont pas été conduitsnbsp;a priori: Torigine de cette appendice a été Tenvienbsp;de donner a la petite machine Tair dun oifeau anbsp;longue queue , fe balanqant dans les airs. Mais Ienbsp;hazard les a fort heureufement fervis; car M, Eulefnbsp;a trouvé, par un calcul dont il neft pas pofliblenbsp;de donner ici même Tidée, que cette petite queuSnbsp;contribue beaucoup a faire élever Ie cerf-volant*nbsp;Au refle ce petit jeu , tout frivole quil eft»nbsp;préfente encore quelques autres confidération*nbsp;mécaniques qui exigent beaucoup dadrelTe amp; uonbsp;calcul fort compliqué ; mais on nous permettf*nbsp;de nous bomer a renvoyer au Mémoire denbsp;Euler Ie flls, cité plus haut.
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Remarque.
On peut, en obfervant toiitefois les regies cl-^sffus, donner a cette machine plufieurs figures '^'fférentes, comme celle dun aigle , dun vau-^our, amp;c. Je me fouviens davoir vu un cerf-'^olant repréfentant un homme. II étoit fait denbsp;^oile taillée amp; peinte pour eet efièt, amp; attac-héenbsp;Urun chaffis léger, conftruit de maniere a foute-^snir tous les contours de la figure. EUe étoitnbsp;^toite , amp; paroiflToit vêtue dune efpece de gilet.
bras difpofés en anfes de chaque cóté de fon ^orps , amp; fa tête ornée dun bonnet terminênbsp;®ngulairement , favorifoient Iafcenffon de la ma--fiine , qui, étant a terre , avoit environ 11 piedsnbsp;haut; mais , pour en faciliter Ie tranfport, onnbsp;Ppuvoit la plier en deux par Ie moyen de char-^eres adaptées au chaffis. Celui qui guidoitnbsp;efpece de cerf-volant , parvint a 1élever,nbsp;Juoique dans un temps affezcalme, a prés de ^00nbsp;P^eds ; Sc une fois élevé, il te fbutenoit en 1air ,nbsp;®n ne donnant quun léger mouvement au cor-'ieau. La figure avoit alörs un balancement fem-igt;Iable celui dun homme patinant fur la glace,nbsp;tillufion que caufoit ce petit fpeftacle, qui nenbsp;fumble dabord fait que pour récréer des écoliers,nbsp;laifldit pas dattirer 8c amufer un grand nom-de. curieux.
PROBLÊME LXX. la Baguette divinatoire; ce quon en doltnbsp;penfer.
^ovs ne parlons ici de la baguette divinatoire, que parceque cette illufion ou ce charlatanifme ,nbsp;phyfique a fait trop de bruit pendant un temps,
Q iij ^
-ocr page 254-146 Récréat. Mathémat. et Phys.
pour ne pas exciter la curiofité du lefteur, amp; quil sattend fans doute a trouver dans un ouvragenbsp;tel que celui-ci, au moins quelques mots fur cettenbsp;matiere. Sans ce motif, de pareils délires nousnbsp;paroiflent trop méprifables amp; trop au delTous denbsp;la philofophie de ce fiecle , pour que nous leurnbsp;euflions donné ici la moindre place.
La baguette divinatoire neft autre chofe quune fourche de bois de coudrier, dont les deux branches doivent avoir ou i8 pouces de longueur,nbsp;amp; faire entrelles un angle de 30 a 40 degrés. Onnbsp;en prend les deux branches dans les mains amp;Cnbsp;dune certaine maniere , en plaijant Ie tronc ou Ienbsp;milieu en lair. On pretend que quelques per-fonnes font douées dune teüe propriété , que,nbsp;tenant ainfi cette baguette ehtre les mains, ellenbsp;tend , par un mouvement violent, a abailTer fonnbsp;tronc en bas , lorfquon eft a proximité duhenbsp;fource, de métaux précieux renfermés dans Ie feinnbsp;de la terre , dun argent vole, amp;c. dirons-nousnbsp;fans une forte de confufion pour 1efprit humain ?nbsp;on a été jufqua dire quelle tournoit fur les tracesnbsp;de gens criminels , voleurs ou affaffins. On vit,nbsp;dit'On, en 1691 ,lefameux Jacques Aymar fuivrenbsp;de cette maniere, depuis Lyon jufqua la foire denbsp;Beaucaire , deux hommes qui en avoient aflaffinénbsp;un autre dans la premiere de ces villes , tracernbsp;leur marche amp; leur féjour dauberge en auberge gt;nbsp;les trouver enfin a Beaucaire , ou ils furent arrê-tés, amp; firent 1aveu de leur crime. La célébritenbsp;de eet homme fit quon voulut Ie voir a Paris »nbsp;mais il y parut moins merveilleux que Ie long denbsp;la c6te du Rhone; amp; après quelques épreuves denbsp;fon art fmgulier qui réufllrent mal, il fut renvoyénbsp;baffoué comme il Ie méritoit. Jl ny a même pa*
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«apparence que la juftice des pays meridionaux royaume Iait davantage employe a fuivre lesnbsp;^quot;minels fugitifs; car on ne trouve plus un feulnbsp;concernant cet homme dans 1hiftoire de cenbsp;^®nips: on dit même que , malgre fa célébrité, ilnbsp;^ourut dans la mifere. II y a apparence quilnbsp;®Voit été témoin du crime commis par les deuxnbsp;l^élérats; que, voulant fe faire un grand nom dansnbsp;: art de faire tourner la baguette , il les avoit fuivisnbsp;lufqua Beaucaire, ou il avoit fqu leur projet dynbsp;*'efter pendant la foire; quil étoit retourné fortnbsp;'ïte a Lyon pour annoncer fon fecret, 8c lesnbsp;^Voit fuivis ainli a la pide. Il faut du refte regar-comme des contes ce quon ajoutoit, fqavoir,nbsp;quil reconnoiffoit les verres ou ils avoient bu ,nbsp;^es couteaux qui leur avoient fervi, 8cc.
Comment des têtes organifées pour être rai-^onnables , ont-elles pu penfer quune aófion qui que moralement mauvaife, ait pu imprimernbsp;quelque qualite phyfique aux auteurs de cettenbsp;^ftion? que Iaflaflln dun homme, ou un argentnbsp;'olé , fade plutot tourner la baguette que celuinbsp;qui a tué un mouton, ou que de 1argent liinple-«Tient déplacé ? Il faut être imbécille pour adopternbsp;de pareilles rêveries.
Aufli quelques phyficiens, encore bien crcdu-^6s, ont-ils borné la propriété de la baguette di-^inatoire a tourner a la proximite des trefors , c eft.^.fjire des maffes confiderables dor ou dar-^nt , des fontaines ou des amas deaux, 8cc.nbsp;* out comme, difent-ils, Faimant agit fur le fernbsp;par des particules invifibles , de même ces corpsnbsp;peuvent , par une emanation particuliere , agirnbsp;fur le.bois de la baguette, ou les bras de celui quinbsp;s en fert, amp;c. On peut voir ce beau raifonnement
Q iv
-ocr page 256-Récréat. Mathémat. et Phys.
sC vingt autres dans Ie livre de la Baguette divinti' toire , par labbé de Vallemont, homme qui nc-toit pas fans connoiflances , maïs crédule, amp; pr^*-a adopter tout ce qui avoit quelque chofe de mei',nbsp;veilleux,
Le P. Kircher, autre homme célebre , mais guere moins entiché de lamour du merveilleux , 6^nbsp;fouvent dupe ou crédule, a auffi taché de conci'nbsp;lier avec la faine phyfique les merveilles préten'nbsp;dues de la baguette divinatoire : il a fait poulnbsp;cela quelques experiences. Par exemple , il for-moit une baguette ou verge droite , dont unenbsp;moitié étoit de fel gemme amp;c lautfe de bois ; ilnbsp;la mettoit en équilib.re , amp; 1expofant a la vapeuCnbsp;dune dilTolution de fel marin échauffé , il remar-quoit que fa moitré faline sinclinoit; doii il con-cluoit quune pareille baguette , portee au defluSnbsp;dune mine de fel, pourroit 1indiquer en perdantnbsp;léquilibre, Ce raifonnement étoit pitoyable , carnbsp;la mine de fel nexhale pas des vapeurs commenbsp;une eau échauffée; mals en le fuppofant, ceft denbsp;1eau pure qui forme ces vapeurs , amp; Kircher eiitnbsp;éprquvé la mé me chofe en expofant fa baguettenbsp;mi-partie a la vapeur dune eau pure. Mais ce fe'nbsp;roit du temps perdu que de dlfcuter ces fottifes ^nbsp;qui ne font plus que la vaine pature de quelquesnbsp;efprits crédules , amp; induits en erreur par des fri*nbsp;pons.
On doit mettre au même rang les prëtendue* merveilles du nommé Parangue , quon vant*nbsp;beaucoup, il y a fix ou fept ans, dans les pm'nbsp;vinces mérldionales du royaume. II étoit, di*'nbsp;on , doué de la propriété merveilleufe *1®nbsp;voir dans les entrailles de la terre les eaux coU'nbsp;rantes, même a une très-grande profondeur , ^
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;245
traqoit Ie cours ; il difoit a peu prés a quelle profondeur elles étoient. Les nouvelles venues denbsp;pays annonqoient chaque jour un nouveaunbsp;qui atteftoit cette prodigieufe faculté ; on fitnbsp;^ême des livres ou lon tachoit dexpliquer com-rrent il étoit poffible que fes yeux vilTent 1eaunbsp;fians les entrailles de la terre: car, pour rendre cettenbsp;fiaculté encore plus merveilleufe , on vouloit quilnbsp;''tt réellement, amp; dans toute Iétendue du terme,nbsp;^es objets fouterrains. Mais ce petit charlatan neutnbsp;pas Ie même honneur que Jacques Ay mar, fqa-¦Voir, dêtre appelé a Paris ; on Ie laifia exécuternbsp;les merveilles dans la province qui lavoit vunbsp;tiaïtre , oü il ne fut pas méme long-temps utinbsp;grand prophete, non plus que dans les provincesnbsp;'^oifines. Montelimart eft la ville oü il a fur-toutnbsp;fait fes plus grands miracles; mais il en a , dit-on ,nbsp;coüté quelque argent a fes magiftrats municipaux ,nbsp;Pour avoir, fur la parole du petit Parangue, faitnbsp;creufer affez profondément pour trouver unenbsp;fource. Les partifans du petit charlatan ont ditnbsp;tjuon sétoit découragé trop tót, amp; que tót ounbsp;tard on auroit trouvé de 1eau. Nous Ie croyonsnbsp;aulfi : la prophetic, entendue de cette maniere ,nbsp;ne peut manquer de fe verifier.
Jai ouï dire quon voit aujourdhui, a peu prés fians Ie même pays , un autre charlatan qui trouvenbsp;eaux cachées, dune autre maniere. On Ie pro-J^^ne dans les lieux oü lon en foupqonne ; êcnbsp;'orfquil paffe deffus, il reffent un accés violentnbsp;fievre, qui ne ceffe que quand il a dépaffé lanbsp;fource. Credat Judaus Apdla.
^ Les folies des hommes femblent ne faire que fe repeter. On avoit vu aLisbonne, vers 1738,nbsp;Une femme qui avoit bien «ne propriété plus
-ocr page 258-4^0 Réckéat. Mathémat. et Phys. extraordinaire que cele de Parangue. Dès 1agffnbsp;de 5 ans elle avoit vu un enfant dans Ie ventre denbsp;la cuifiniere de la maifon, amp; 1avoit dit naïvementnbsp;a fa mere. Lévénement juftifia , dit-on , la jeunenbsp;perfonne, dont les talents allerent toujours en fenbsp;perfedfionnant. Arrivée a un certain age , ellenbsp;voyoit dans Ie corps humain comme sil eüt éténbsp;tranfparent, amp; même elle indiquoit aux médecinsnbsp;les vifceres attaqués de maladie, Une chofe néan-moins remarquable, ceft quelle ne voyoit ainfinbsp;dans Ie corps humain que lorfquon étoit deshabille, Mais quoique quelques habits légers lui in-terceptaflent la vue de ce qui étoit au-dela , ellenbsp;ne laiflbit pas, dit-on, de voir a de grandes pro-fondeurs fous terre. Ceft ainfi que Ie petit Parangue , qui voyoit a travers les rochers, ne voyoitnbsp;pas a travers une planche. Quant a la dame mer-veilleufe de Lisbonne, elle voyoit très-bien, amp;nbsp;méme lifoit a travers une planche dun pouce dé-paifTeur. Un jour, étant encore enfant, amp; fe pro-menant, elle vit un mineur fous terre. On trouvanbsp;quen effet il y en avoit un a 6o toifes de profon-deur, On imagine bien quelle voyoit leau amp;c lesnbsp;foiirces fouterraines, amp; 1on prétend quil y a unnbsp;grand nombre de puits creufés a Lisbonne daprèsnbsp;fes indications. Ceft a elle , dit-on , que lon doitnbsp;la découverte dun obélifque cache depuis long'nbsp;temps fous terre , amp; quon fit relever pour la decoration de cette ville.
On raconte quun religieux de la méme vill^ Teconnoiflbit en tout temps la préfence des eau*nbsp;fouterraines , en regardant Ie foleil a midi. ^nbsp;voyoit, difolt - il, une colonne de vapeurs q^^^nbsp;sélevoient vers eet aftre.
Physique. nbsp;nbsp;nbsp;151
Mémoires iujlruclifs pour un Voyugeur, Amft, *738 ; Sl les admirateurs du petit charlatan denbsp;^ontelimart nont pas manqué de les compiler,nbsp;Ppur prouver que ce quon racontoit de ce dernier nétoit pas impoffible. Ils ne sappercevoieiltnbsp;P3s quils prouvoient une abfurdité par une plusnbsp;Scande encore.
Mais comment attendre quelque raifonnement bolide de bonnes- gens qui prennent comme unnbsp;^ait, que de la fontaine de Cintra en Portugal fortnbsp;rayon de lumiere dirigé perpendiculairementnbsp;'^ers Ie foleil; que Pon eft guéri de la jauniflenbsp;^Uand on peut voir Poifeau appelé /e Loriot; quunnbsp;elephant furieux eft tout-a-coup calmé quand ilnbsp;'^oit un mouton , amp;c. amp;c? Ceux-la font capable*nbsp;de croire quon peut voir fans lumiere; amp; Ponnbsp;Pourroit dire queux-mêmes, avec des yeux Scnbsp;de la lumiere , ny voient guere , du moins desnbsp;y^ux de Pentendement.
Nous bornerons ici ce que noys avon* a dire ^ur la phylique générale, amp;c nous nimiterons pasnbsp;M. Ozanam ou fon continuateur, en entaffantnbsp;Comme eux une foule de queftions ou dobjetsnbsp;puériles. Nous ne remplirons pas plufieurs pagesnbsp;de Pénumération des propriétés du bois de frêne ,nbsp;^ur-tout coupé au moment précis de Péquinoxe;nbsp;P'^opriétés qui ne peuvent trouver de croyancenbsp;^uauprès de bonnes-femmes , ou dhommes 4nbsp;¦anger dans la même clafle.
Nous ne dirons pareillement rien de la fsmeufe Poudre de fympathie , quoiquun homme aflez cé-ebre du fiecle dernier, (Ie chevalier Digby,) maisnbsp;amateur du merveilleux, Sc partifan de la philofo-phie fpagirique , ait fait beaucoup defforts pour
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lui donner crédit. Ces rêves fe font diffipés a ï* naiffance de la faine philofophie, de même qiiffnbsp;les vains fantómes de la nuit difparoilTent a I*nbsp;lumiere éclatante du foleil.
Cette même raifon nous empêche auffi de rap-porter , comme Ie continuateur dOzanam, routes les fottlfes débitées amp; crues par Ie vulgaire fur 1*nbsp;fympathie Sc 1antipathie de certains corps. Cenbsp;feroit, nous lavouons, tjuelque chofe damufantnbsp;que Ie tableau de routes les abfurdités quon a cruesnbsp;fur ee fujet: il montreroit jufquoü peut aller 1*nbsp;fotte crédulité des hommes Sc leur penchant naturel a adopter fans examen ce quon leur dit, mal-gré les raifons évidentes de doute. Peut-être nousnbsp;amuferons-nous quelque jour de cette hiftoire ;nbsp;mais nous avons en ce moment quelque chofe denbsp;plus intéreffant a faire.
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JL-1. JL
E T
¦Öe rAimant ,amp; de fes divers Phenomenes.
DE tous les phenomenes que nous olFre la nature , le magnétifme ou les propriétés de ^aimant, amp; 1éleAricité , peuvent être avec raison regardes comine les plus extraordinaires. Cenbsp;aufli ceux fur lefquels les phyficiens font lenbsp;f'us en defaut; car, il faut en faire Iaveu, mal-gre toutes les tentatives dexplications préfentéesnbsp;les plus fqavants phyficiens , on ne connoitnbsp;^ncore (ur ces deux phenomenes guere plus quenbsp;faits. On eft parvenu a ramener quelques-hns de ces phenomenes a certaines hypothefes;nbsp;*hais quand on examine ces hypothefes mêmes ^
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dun oeil dëfintérefTé amp; fans fe faire illufion , otl cft force de convenir de leur peu de folidité, Sinbsp;de reconnoitre quelles font fujettes a des difficul'nbsp;tés quon ne fqauroit lever, tant quon fe feranbsp;regie de ne raifonner que daprès les propriëteSnbsp;connues de la matiere amp; des loix du mouvemenl'nbsp;Peut-étre nos defcendants feront-ils plus heureux»nbsp;aidës du temps amp; des expëriences accumulëes»nbsp;verront ils plus clair fur ces matieres ; peut-étrenbsp;auffi fera-ce a jamais une ënigme impënétrablenbsp;pour lefprit humain.
Dans cette partie de notre ouvrage, nous novt* bornerons a parler de laimant, de fes propriëtës rnbsp;amp; des jeux phyfiques quon peut opérer par foUnbsp;moyen. Lëleëlricitë nous fournira la matiere denbsp;la partie fuivante.
Laimant eft une pierre mëtallique, ordinaire' ment grisatre ou noirafre , compaële amp; fort pe'nbsp;fante , quon trouve aflez communëment dans le^nbsp;mines de fer. Elle nafFeéfe aucune forme part*'nbsp;culiere , amp; na rien extërieurement qui la dift**'nbsp;gue des produëlions les plus viles des entraillesnbsp;la terre. Mals fa propriëtë dattirer Ie fer ou de 1^nbsp;repoulTer , de fe diriger au nord lorfquelle a tou^^nbsp;liberté de fe mouvoir, lui donne un rang dift'*quot;nbsp;gué parmi les objets les plus linguliers de lanbsp;ture.
Cette pierre neft, a proprement parler, qui*'^^ mine de fer, mais du nombre de celles
-ocr page 263-®Ppelle pauvres , parcequelles ne contiennent ^üune fort petite quantlté de ce métal. Les mé-tallurgiftes modernes font en efïet venus a boutnbsp;tirer du fer. Mais, outre que fa fufion eft très-^ifficile , il y eft en fi petite quantité, quil nenbsp;*^édominageroit pas dune fort petite partie desnbsp;de lexploitation.
Pourquoi done toutes les mines de fer ne font-^^les pas des alniants? Voila une queftion a la-S^ielle je ne crois pas quon ait jamais répondu. Cela vient fans doute dune combinaifon particuliere du fer avec les parties hétérogenes aux-^Uelles il eft alUé. Peut-être y entre-t-il quelquenbsp;Pfincipe qui nentre point dans les autres minesnbsp;ce métal; mais nous convenons que ce neftnbsp;dire. 11 neft pas, au furplus , impoffible quenbsp;chimie découvre quelque jour en quoi confiftenbsp;cette combinaifon ; amp; peut-être notre ignorancenbsp;P'ofonde fur les caufes phyfiques de laêlion denbsp;^ 3gt;mant, ne vient-elle que de ce que les chimiftesnbsp;font jufqua préfent peu occupés de cette pro-^uftion de la nature.
Laimant étoit autrefois affez rare. Le nom de Gagnés quil portoit, tant chez les Grecs que cheznbsp;les Latins, paroit lui venir de la Magnéfie, pro-'^ince de la Macedoine, ou il fe trouvoit en plusnbsp;Sfande quantité , ou qui fournit les premiersnbsp;^'.nants connus; mais 1on a depuis trouvé desnbsp;^'Uants dans prefque toutes les regions de lanbsp;jerre, principalement dans les mines de fer.nbsp;^ gt;fle dElbe , fi renommée par les mines de cenbsp;*'^ctal quon y exploite de toute antiquité, eft ennbsp;Ppfleflion de fournir les plus gros Sc les meilleursnbsp;^¦mants.
-ocr page 264-15Ö Récréat. Mathémat. et Phvs.
Les anciens ne connurent dans 1aimant que Ta propriété attraftive a légard du fer; maïs les mo-dernes en ont découvert plufieurs autres, fqavoir»nbsp;fa communication , fa direftion , fa déclinaifon ynbsp;fon inclinaifon, a quoi nous ajouterons aujour-dhui fa variation annuelle amp; journaliere.
De L'attraclion de VAimant avec Ie fer, ou deS Aimants entr eux.
Premiere Expérience,
\
Qui prouve 1'attraclion de l'Aimant a 1'égard du fer.
Tout Ie monde connoit la propriété attraéllvs de laimant a légard du fer. Préfentez de la 1gt;'nbsp;mallle de ce métal a une pierre daimant,nbsp;même a quelque éloignement, vous verrez cettenbsp;limaille sélancer fur la pierre amp; sy attacher. 11 ei^nbsp;lera de même dun morceau quelconque de fer fnbsp;pourvu quil foit peu pefant, comme une aiguille-vous Ie verrez également sapprocher de laimant»nbsp;auffi-töt quil en feta ^ une certaine proximi*^nbsp;plus OU moins grande, fulvant la force de la pierre-
Cette expérience fe fait encore de cette niere. Sufpendez en équilibre a un fil de fo^nbsp;OU mieux encore fur un pivot qui laiffe toute l*'nbsp;berté au mouvement, une longue aiguille de f^f ^
préfente^^
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P^efentez-lui un aimant a la diftance de plufietirs Ppuces, même de quelques pieds, fi ceft un bonnbsp;^imant: vous verrez un des bouts de cette aiguillenbsp;tourner du cóté de laimant, jufqua ce quil ennbsp;^oit Ie plus prés , amp; sarrêter dans cette fituation ;nbsp;^nforte que lii laimant change de pofition, 1ai-Suille Ie fuivra continuellement. Si laiguille denbsp;nageoit fur leau, ce qui eft aifé a faire, en lanbsp;Pofant fur un petit fupport de liege , non-feule-elle tournera un de fes bouts vers laimant,nbsp;ais elle sen approchera jufqua ce quelle Ienbsp;^^uche.
Toutes ces mêmes chofes arriveront, y eüt-il ^ntre deux une lame de cuivre , de verre , une-Planche de bois, tels corps enfin quon voudra,nbsp;^Utre néanmoins que du fer ; ce qui prouve quenbsp;® vertu magnétique neft point interceptée parnbsp;*ous ces corps , a 1exception de ce dernier,
, Si done la vertu magnétique eft produite par corpufcules agités Ou mis en mouvement dunenbsp;Jaiiiere quelconque, il faut que ces corpufculesnbsp;®ient dune ténuité extréme , amp; du moins biennbsp;apérieure k celle des autres emanations connues ,nbsp;'^^rnme les odeurs, puifquils traverfent fans obf-^^cle tous les métaux, amp; même Ie verre. Que silsnbsp;produifent pas leur effetau travers du fer, ceHnbsp;'lüe probablement ils y trouvent une ft grande fa-a sy mouvoir, quils ne paftent pas au-deli ,nbsp;'^eft ainfi quils fe trouvent interceptés.
11® Experience, Reconnoitre les poles de l' Aimeint.
Plongez un aimant dans de la limaille de fer, len retirerez chargé de cette limaille ; maD 'nbsp;Tom IV.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;R
-ocr page 266-ajS HÉCRÉAT. Mathémat. et PhVS.
Vous remarquerez quil y a deux endroits, a peö prés diamétralement oppofés, oü elle eft beaucoupnbsp;plus ferrée, amp;c cü les petits fragments oblong*nbsp;de la limaille fe tiendront debout, pour ainfi dire fnbsp;tandis que dans les autres parties ils feront couches.
Cette experience fert a reconnoitre les póle* de Taimant. En efl'et toute pierre daimant a deuJtnbsp;póles OU deux points oppofés, qui ont, commenbsp;on Ie verra bientót, des propriétés différentesnbsp;particulieres, On donne a lun de ces points 1®nbsp;nom de pole horéal, amp; a lautre celui de méridio'nbsp;nal, parceque fi laimant eft librement fufpendu,nbsp;Ie premier fe tournera de Im-même vers Ie nord ,nbsp;amp; conféquemment lautre regardera Ie fud. Cesnbsp;deux points doivent être remarqués dans unfinbsp;pierre daimant avec laquelle on fe propofe d®nbsp;faire des experiences.
II Ie EXPÉRIENCE.
Propriétés des póles de VAimant l'un a l'égard dt L'autre.
Ayez une pierre daimant dont vous aurez marqué les deux póles , amp; que vous ferez nager fuf 1eau , en la pofant fur un morceau de liege de 1^nbsp;grandeur convenable ; préfentez au pole boréal d®nbsp;cette pierre Ie pole boréal dune autre : la premier®nbsp;fera repouffée au lieu dêtre attirée; mais elle fet^nbsp;attirée , fi a fon pole boréal on préfente Ie pól®nbsp;auftral de lautre.
De même , fi au pole auftral de la premiere oU préfente Ie póle auftral de la feconde, la premi®^nbsp;fuira; mais elle sapprochera, fi a ce póle auftr®^nbsp;on préfente Ie póle boréal de la feconde.
-ocr page 267-Ainfi les póles de même denomination fe re-pQüffent, amp; ceux de différent nom sattirent.
IVe EXPÉRIENCE.
Produclion de nouvtaux póles dans rAimant.
Coupez une pierre daimant perpendiculaire-l'^ent a laxe paffant par fes deux poles A amp; B; PI. 6, fe formera par la feftion deux nouveaux póles , % 37»nbsp;que F amp; E ; enforte que fi A étoit Ie polenbsp;®uftral de la pierre entiere , E fera un pole bo-*^^®al, amp; F un póle auftral. Ainfi, par cette biflec-, Ie cóté boréal de la pierre acquerra unnbsp;Pole auftral, amp; Ie cóté auftral un póle boréal.
Re MARlt;IU E s.
Une pierre daimant , quelque bonne quelle , a moins quelle ne foit très-groffe, foutientnbsp; Peine quelques livres de fer; amp; en general Ienbsp;Poids quune pierre daimant peut porter, eft tou-lours fort au defibus de fon poids propre. Mals
d
^ont on arme un aimant,
Uout la branche montante Sc applatie ait la même ^^Uteur Sc la même largeur que les faces de 1ai-
Rlj
V faut dabord donnet a fon aimant une figure ® prés réguliere , amp; léquarrir fur les cótésnbsp;font les deux póles, enforte que ces deux cótésnbsp;'^tiTient deux plans paralleles. Formez enfuitenbsp;^ itn fer doux, ( car 1acier neft pas aufli bon , )nbsp;^tix pieces comme vous voyez dans la fig.
-ocr page 268-z6q Récréat. Mathémat. et Phys. mant oü fe trouvent fes poles. Ce neft , au refte gt;nbsp;que par beaucoup delTais quon peut trouver le-paiffeur la plus convenable de cette branche gt;nbsp;ainfi que la faillie du pied amp; fon épailTeur. Cesnbsp;deux pieces doivent embrafler 1almant par lesnbsp;deux faces oü font fes p61es, les pieds paffant aUnbsp;deflbus , comme pour Ie fupporter; amp;c enfuitenbsp;on affujettira Ie tout dans cette ütuation , par desnbsp;bandes tranfverfales de cuivre qui entoureroutnbsp;1aimant, amp; ferreront les branches montantes denbsp;fer contre les faces des poles.
On doit enfin avoir une piece de fer doux , de PI-6, la forme quon voit dans la fig- 33, un peu plusnbsp;% 39-long que neft la diftance des deux bandes de fetnbsp;appliquées au póles de laimant, amp; dont lépaif'nbsp;feur excede un peu les faces plates de deflbus lesnbsp;pieds de 1armure. Quant a la hauteur , il faut ePnbsp;fayer la plus convenable. Cette piece fera perc^e fnbsp;vers fon milieu , dun trou auquel fera attaché unnbsp;crochetjpoury fufpendre Ie poids que doit fuppot'nbsp;Fig. 40. laimant. On voit dans la fig. 40 , une pierrönbsp;armee; amp; elle fuffira, fans autre explication, poutnbsp;en concevoir tout Ie mécanifme amp; larrangement'
Une pierre étant ainfi armee , foutient unpoidt incomparablement plus grand que non armée»nbsp;Ainfi une pierre de z a 3 onces foutiendra parnbsp;moyen 50 a 60 onces de fer, ceft-a-dire viuê^nbsp;.ü trente fois fon poids.
Lemery dit avoir vu un aimant de la groffeut dune pomme médiocre, qui portoit 22 livrei'nbsp;On en a vu une qui pefoit environ 11 onces, ^nbsp;qui portoit jufqua 2.8 livres. On en voiiloit lt;)00^nbsp;livres. M. de la Condamine , de lAcadéfn',®nbsp;royale des Sciences, en pofledoit une qui lui avqi^'nbsp;été donnée par M. de Maupertuis : elle eft, 1®
-ocr page 269-DE lAimant. nbsp;nbsp;nbsp;ï^r
^rols , celle qui porte Ie plus grand polds connu, ne me fouviens plus de fes dimenfions amp; denbsp;poids, qui nétoient pas bien confidérables ;nbsp;je crois me rappeler lui avoir ouï dire quellenbsp;Portoit foixante livres.
On a examine sil y a dautres corps que Ie fer ^ui foient attirés par laimant; mais il ne paroitnbsp;pas quil y en ait aucun autre. On Ut cependantnbsp;dans M. Mufchenbroeck , quon a trouvé que 1ai-öiant agiflbit fur une pierre quil appelle lougli-^eagh. Nous ne fc^avons ce que ceft que cettenbsp;pierre. Ceft probablement quelque mine de fer oü.nbsp;?e nnétal eft peu minérallfé.
II rapporte dans fon Cours de Phyjique expéri^ dentale ^ chap, vij, les efiais quil a faits fur beau-coup de matieres différentes, pour saflurer fi ellesnbsp;^toient attirables par laimant. II a trouvé que ,nbsp;Pans aucune préparation, cette pierre attire la tota-lité OU beaucoup de parties dans diverfes fortes denbsp;fables 8c terres dont il fait 1énumération ; quil ynbsp;en a plufieurs autres qui ne préfentent des par-ticules attirables en tout ou en partie a laimant,nbsp;^uaprès avoir éprouvé laftion du feu, en les fai»nbsp;fant rougir amp; bruler avec du favon, du charbon-de la gralffe ; après quol, dit-il, elles font atti-^^bles a laimant avec prefque autant de force quenbsp;limaille de fer : telles font, ajoute-t-il, lesnbsp;^^¦tes dont on fait les briques , amp;c qui deviennentnbsp;ouges après avoir été brülées; différents bols 5cnbsp;fables colorés. II y en a dautres qui, briilées denbsp;cette maniere, ne préfentent que peu de partiesnbsp;fo-iblement attirables a laimant; il en fait aufli
^6^ Récréat. Mathémat. et Phvs. une affez longue énumération que nous ëpargne^nbsp;Tons au lefteur.'
On ne fera point furpris de cela, fi lon rappro-che ces deux faits; Ie premier, que 1aimant nat' tire Ie fer que quand il eft dans ion état métalli-que , amp; quil na aucune aftion fur ce métal lorf-que , par Ie grillage , on 1a réduit en chaux ou ennbsp;ochre; Ie fecond, que Ie fer ell univerfellementnbsp;repandu dans la nature , amp; quil eft prefque dansnbsp;tous les corps, plus ou moins éloigné de fon étatnbsp;métallique , ou , comine on Ie verra dans la fuite ,nbsp;plus OU moins privé de fon phlogiftique. Les corpsnbsp;OU il eft dans fon état métallique, font en tout oUnbsp;en partie attirables a 1aimant fans préparation ;nbsp;mais dans les autres, Ie fer neft attirable quaprèsnbsp;avoir été brülé avec des matieres graffes, qui luinbsp;rendent fon phlogiftique amp; fon état métallique.nbsp;Telle eft uniquement la caufe du phénomene dontnbsp;M. Mufchenbroek paroit embarraffé. II ne 1eütnbsp;été en aucune inaniere, fi la chimie lui avoit éténbsp;auffi familiere que les autres parties de la phyfique.
Un navigateur Anglois a rapporté avoir obfervé que du fuif tombé fur la glace qui couvre unenbsp;bouflble , froubloit laiguille aimantée , amp; que Ienbsp;laiton produifoit ie même effet. Si cette obferva-tion eft exafte , il faut en conclure quil y avoitnbsp;par hafard quelques particules ferrugineufes dansnbsp;ce fuif amp; dans ce laiton ; car je croi^ quon peutnbsp;regarder comme certain que Ie fer feul, dans fonnbsp;état métallique , eft fufceptible dagir fur lai-mant, amp;;dêtreattlréparlui. ^
Ve Experience,
£-a direSion du courant tnagnétlque,
8Utour de la limaille de fer; frappez alors douce-fur Ie carton : vous verrez toute cette Ij, taille sarranger en lignes courbes qui environne^nbsp;quot;ont laimant, amp; qui, fe rapprochant comme lesnbsp;^eridiens dune mappemonde, concourront a fesnbsp;poles,
Cette experience favorife 1opinion de ceux qui Penfent que les phénorrrenes magnétiques dependent dun fluide qui fort par un des poles de lanbsp;P^erre, amp; entre par 1autre , après avoir circulé anbsp;*entour delle,
Vle Experience,
Qui prouve raclion mutudk des Aimants amp; du Fer.
Mettez deux aimants, ou un aimant amp; un mor-eeau de fer fur deux petits bateaux de tiege, qus ^ous ferez nager dans un vafe plein deau. Aprèsnbsp;3voir dirigé Ie pole feptentrional de lun vis-a-visnbsp;^auftral de lautre , ( fi ce font deux aimants, )nbsp;^bandonnez les deux petits bateaux a eux-mêmes :nbsp;Vous les verrez sélancer lun vers lautre , Ie plusnbsp;foible faifant Ie plus de chemin. II en fera denbsp;»nême fi cefl: un fiinple morceau de fer préfenténbsp;au póle feptentrional de raimant. Ainfi cette at-ttaftion eft réciproque , amp; lon peut dire que Ienbsp;attire autant laimant que laimant attire Ienbsp;Au rede cela doit être nécelTairement, puif-^uil ny a point daftion fans réartion , amp; quenbsp;quot;fitte derniere eft toujours égale a la premiere.
Remarque.
M. Mufehenbroek a cherché a reconnoitre en lt;luel rapport décroiflbit laélion de laimant rela-
R iv
-ocr page 272-^64 Récréat. Mathémat, et Phys. tivement aux dlftances, amp; il a cru voir que f*nbsp;force dattraftion diminue dans une raifon qua-druplée , ou comme les quarrés-quarrés des dif'nbsp;tances. Ainfi , fi a une ligne de diftance une par-ticule de fer eft attirée avec une force commenbsp;lal lignes cette force fera i6 fois ,33 lignesnbsp;81 fois, a 4 lignes 1^6 fois moindre. Peut-êtrenbsp;meme cette aftion diminue-t-elle encore plus ra-pidement; car , dans un vaiffeau de guerre qui eftnbsp;chargé dune multitude de gros canons de fer,nbsp;on ne sapperqoit pas quils agiffent fenfiblementnbsp;fur la bouffole. Je crois cependa#it quil feroitnbsp;prudent de les eloigner Ie plus quil eft pofllble.
J?e la communication de la proprièté magnetique.
Le magnétifme, ou la propriété dattirer Ie fer, de fe diriger vers un certain endroit du ciel, neftnbsp;pas tellement propre a laimant , quelle ne fenbsp;puifte communiquer; maïs on na encore trouvénbsp;que le fer ou lacier qui en foit fufceptible.nbsp;On ne connoiffoit, il y a un demi-fiecle , quenbsp;rattouchement même ou la continuité de la pré-fence dun aimant qui put produire eet effet;nbsp;mals depuis quelque temps on a trouvé le moyeilnbsp;de rendre un morceau de fer magnetique fansnbsp;aimant, même ces aimants artificiels font fuf'nbsp;ceptibles dune force quont rarement des aimantSnbsp;naturels. On va détailler ces différents moyenSnbsp;dans les expériences fuivantes,
Maniere i'aimanter.
DE L* Aim ANT. nbsp;nbsp;nbsp;365
pieds de 1armure , ou un dafe poles, fur une '9nie de fer trempé, comme une lame de couteau ,nbsp;^^ais en allant toujours du méme fens, du milieu,nbsp;par exemple, vers la pointe : après un certain nom-de pareilles friftions, la lame -de fer fe trou-aimantée, amp; attirera comme laimant lui-Ie fer qui fe trouvera dans fa fphere dadi-
^'ité.
La même chofe arrivera , fi on laifle pendant long-temps attaché a un aimant un petit morceaunbsp;^acier allonge: ce morceau acquerra, par fonnbsp;^6)our dans cette fituation, la propriété magné-hque ; il aura des poles comme laimant: enfortenbsp;*lue Ie pole boreal fera au bout qui étoit contigunbsp;^11 póle auftral de la pierre; amp; au contraire , silnbsp;fouchoit Ie p61e boréal par un bout, ce bout de-''iendra pole auftral.
Manure de faire avec des barreaux deader un Aimant artificiel.
Nous allons enfeigner lei Ie moyen de faire ïvec des lames dacier un aimant artificiel beau-coup plus fort quun aimant naturel. Pour eetnbsp;®ffet, prenez une douzaine de lames dacier trem-Pses, de 6 pouces environ de longueur, de 6nbsp;^§nes delargeur amp; 2 dépaifteur. On aura eu foin ,nbsp;®'^3nt de les tremper, de faire a 1une de leursnbsp;^xtrémités une marque avec un poinqon ou autre-jl^^nt, Difpofez fix de ces lames en une feulenbsp;Lgne droite, en obfervant quelles foient en con-jacf, que Jgs bouts marqués foient dirigés versnbsp;Ie nord ; vous prendrez enfuite un aimant armé,nbsp;«Qnt vous poferez les deux póles fur une de ces
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p
i;f
i66 Récréat. Mathémat. et Phys,
lames, Ie pole nord du cóté du bout marqué, Se Ie póle fud du cêté du bout non marqué ; vousnbsp;coulerez après cela la pierre fur toute la ligne ,nbsp;commenijant par Ie bout non marqué de la ptC'nbsp;miere, Ct vous réitérerez cette friftion trois oünbsp;quatre fois.
Cela fait, vous 6terez les deux lames du milieu t amp; vous les fubftituerez aux deux des extrémités,nbsp;que vous placerez au milieu ; après quoi vous fe'nbsp;rez glilTer dans Ie même fens la pierre fur les quatrenbsp;du milieu feulement, car il eft fuperflu dy com'nbsp;prendre celles des extrémités; enfin vous renver-ferez toute la ligne, ceft-a-dire qüe vous mettre*nbsp;delTus la face qui étoit deffous, amp; vous laiman-terez de la même maniere, en ayant foin aufli denbsp;tranfpofer les lames des extrémités ^ la place denbsp;celles du milieu.
Vous aurez par ce moyen fix lames aimantées ^ dont vous ferez deux faiiceaux , chacun de trois»nbsp;Dans cbacun de ces faifceaux, les extrémités nordnbsp;doivent être du même cóté; mais, en adoffaotnbsp;lun des faifceaux a lautre , vous aurez foin denbsp;faire que les extrémités nord des lames de Tutnbsp;sappuient fur les extrémités fud des autres, CeSnbsp;deux faifceaux doivent fe toucher par leur partJ®nbsp;fupérieure, amp; être féparés de lautre cóté ; cenbsp;fe fait au moyen dun petit morceau de boisnbsp;entre deux.
Après cela, difpofez les fix lames auxquell^* on na point touché , de la même faqon que 1^®nbsp;fix précédentes, amp; aimatitez-les de la même m®'nbsp;niere, au moyen du double faifceau des prenu®'nbsp;res; ceft-a-dire en faifant pafler les deux extr^'nbsp;mités nord amp; fud de ce double faifceau funbsp;nouvelle ligne de lames: vous aurez ces fix lam^^
DE L A I M A N T. nbsp;nbsp;nbsp;167
®'Wantées beaucoup plus fortement que les pre-'ieres. Vous referez done une ligne des fix pre-*^*eres, que vous aimanterez de la même faqon Ie double faifceau fait des fecondes; amp; en-, au moyen des premieres, vous aimantereznbsp;nouveau les fecondes, fuivant la méme me-*hode : vous aurez enfin , par ce moyen , des la-dacier qui porteront jufqua 16 fois karnbsp;Poids, amp; même plus.
Ce procédé eft de M. Michell, de la Société ^Oyale de Londres. M- Canton , célebre obferva-kur des pbénomenes de laimant, en a auffi en-l^igné un pour Ie même objet. M. Duhamel, denbsp;JAcadémie des Sciences, a pareillement donnénbsp;k fien. Mais on peut voir tout cela dans Ie petitnbsp;kaité fur les aimants artificiels, traduit en franqois ,nbsp;^ imprimé en 1755. Nous ne pouvons pas ennbsp;'re davantage ; il nous fuffit dobferver que , patnbsp;*^5 procédés , Ie plus foible commencement denbsp;^^gnétifme fuffit pour fe procurer les barres ma-S]étiques les plus puifiantes. II nefl: pas mêmenbsp;j)^ceffaire davoir un aimant; car nous allons en- gner dans lexpérience fuivante , divers moyensnbsp;communiquer Ie magnétifme fans aimant.
IXe Experience.
^''oduire dans um harre de fer la veren magnètïque fans aimant,
fans doute une forte de paradoxe que de P'opofer daimanter fans aimant. On y eft cepen-parvenu.au moyen de quelques confidéra-ons théoriques fur la nature de laimant, amp; furnbsp;^ nianiere dont Ie fluide magnétique. agit fur Ienbsp;®r, Ainfi 1on na pas befoin dun aimant pournbsp;Produire un commencement de magnétifme ^
-ocr page 276-2lt;gt;8 Récréat. Mathémat. et Phys.
quenfuite on augmente a un degré très-confidéra' ble par Ie procédé ci-deflus.
MM. Canton, Michell Sc Anthéaume , font leS auteurs de divers moyens employés pour aimanternbsp;fans aimant. Suivant M. Canton , prenez un fout'nbsp;gon, ceft-a-dire une de ces barres de fer terminéesnbsp;en pointe, qui fervent en Angleterreaattifer Ie feojnbsp;mettez-la verticalement entre vos genoux la pointenbsp;en bas, Sc attachez avec de la foie contre la par-tie fupérieure Sc fuivant fa longueur , une petitenbsp;lame dacier trempé mou ; enfuite, tenant eetnbsp;appareil de la main gauche avec Ie fil de foie,nbsp;prenez de la main droite la pincette prefque ver-ticalement, Sc avec Ie bout inférieur de cette pincette frottez une douzaine de fois de bas en hautnbsp;cette petite barre: vous lui donnerez par ce moyennbsp;une force magnétique propre a lui faire foutenitnbsp;une petite clef.
M. Michell sy prend dune autre maniere, H faut mettre , dit-il, une petite lame dacier ennbsp;ligne direéle, entre deux barres de fer , dans 1^nbsp;direélion du méridien magnétique, 8c de manierenbsp;quelles foient un peu inclinées du cóté du nord,nbsp;on prendra enfuite une troifieme barre , quonnbsp;tiendra prefque verticalement, enforte néanmoin*nbsp;que 1extrémité fupérieure foit un peu inclinée vet^nbsp;Ie midi; on gliffera 1extrémité inférieure de cett^nbsp;bafre Ie long des trois barres fituées en ligne di'nbsp;reéle , avec lattention daller du nord au fud : nbsp;en réfultera un commencement de vertu magnequot;nbsp;tique dans la lame dacier.
Voici la méthode de M. Anthéaume, On contquot; mencera par fixer invariablement une planche dati*nbsp;la direftion du courant magnétique , ceft-a-dir®'nbsp;pour Paris, inclinée dun angle de 70 degrés
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''iron a lhorizon, amp; dont la projeflion horizon-, tale en faffe un avec Ie méridien denviron zonbsp;^^grés au moment aftuel; on placera enfuite de
fur cette planche deux barres de fer quarrées,
4 a ^ pieds de longueur, ou même davantage , ^ de I 5 lignes de gros : elles feront limées quarré-ttient par leurs extrémités qui fe regardent, Cha-Cune de ces extrémités doit être garnie dun petitnbsp;^luarré de tóle de deux lignes dépaifleur, amp; dé-^ordant la face fupérieure de la barre de la hauteur dune ligne , limé fur ce coté quarrément,nbsp;pour former au deffus de la barre une efpece denbsp;teffaut OU de talon. Les trois autres cótés de cenbsp;tjuarré de tóle doivent efReurer les faces corref-Pondantes de la barre, Sc être taillés en bifeaunbsp;Ou chanfrein. Enfin 1on mettra une languette denbsp;^ois entre ces deux armures des extrémités denbsp;oes deux barresl
Cela étant ainfi difpofé , on gliffera fur les ^eux talons cl - deffus décrits , la lame daciernbsp;Suon veut aimanter, en la faifant couler lente-uient dun de fes bouts a 1autre , comme 1onnbsp;aimante une barre de fer fur les deux talonsnbsp;de fon armure : elle prendra un magnétifme affeznbsp;puiffant. M. Anthéaume dit même avolr été fur-pris de voir que par ce moyen il aimantoit, nonnbsp;de petites barres dacier, comme MM. Canton amp;cnbsp;Michell, mais des barres dun pied de longueurnbsp;^ de plufieurs lignes dépaiffeur.
Le même phyficien dit avoir obfervé que les koters de carme ou a la. rafe, amp; 1acier dAngle-terre, font les meilleurs pour eet objet; que lenbsp;Ptemier acier réuffit mieux trempé dur a 1ordi-tiaire , Sc que lacier dAngleterre a befoin detrenbsp;trempé en paquet ; enfin , que 11 lon fe content^
-ocr page 278-lyo Récréat. Mathémat. ct Phys. de lacier trempé amp; recuit, toute trempe eft i**'nbsp;différente.
B. E M A R lt;IV E.
II. neft pas méme befoin du frottement durt fer contre un autre pour produire la vertu magne-tique. On a obfervé quune barre de fer tenusnbsp;pendant long-temps dans la direftion du méridielnbsp;magnétique , ou dans une fituation qui en appro'nbsp;che beaucoup, contraéle Ie magnétifme. Un grandnbsp;orage ayant fort endommagé Ie clocher de Notre-Dame de Chartres en 1690 , on en retira desnbsp;barres de fer qui fe trouverent aimantées. Mais cenbsp;quil y eut de plus remarquable encore, ceft qu®nbsp;les morceaux de ces barres qui étoient prefque de-truits par la rouille, étoient dexcellents aimants-Labbé de Vallemont en donna dans Ie temp*nbsp;rhiftoire, qui fit la matiere dun petit traité im-primé en 1692.
Gilbert , médecin amp; phyficien Anglois, qu» donna en 1640 un ouvrage fur 1aimant, avoitnbsp;déja obfervé que de petites barres de fer fervant *nbsp;retenir des vitrages , amp; qui avoient refté pendantnbsp;longues années dans la même pofition du fud a**nbsp;nord , étoient devenues magnétiques. II raconte,nbsp;liv. iij , chap. 13 , que Ie vent ayant courbé un®nbsp;barre de fer qui portoit un ornement fur 1églif®nbsp;de S. Auguftin de Rimini, lorfque , après 10 ans»nbsp;les reügieux qui delfervent cette églife voulurentnbsp;la faire redreffer, on fut fort furpris de lui troU'nbsp;Ver toutes les propriétés dun bon aimant.nbsp;Mufchenbroeck rapporte la même chofe de ferrc'nbsp;jnents tirés de la tour de Delft. On lit enfin dan*nbsp;les Mémoires de VAcadémie des Sciences, anné®nbsp;1731, quH y avoit a Marfeille une cloche torft'
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^3nte fur un effieu de fer pofé dans Ie fens du levant au couchant, amp; portant par fes bouts fur de pierre ; que de la rouille de ces bouts, mêleenbsp;la pouffiere de la pierre ufée, 6gt;t avec 1huilenbsp;^ont on 1oignoit pour faciliter Ie mouvement, ilnbsp;^ étoit formé une maffe dure amp; pefante , qui, ennbsp;®tant détachée , fe trouva avoir toutes les proprié-'ss de laimant. On croit que cette cloche étoitnbsp;depuis plus de 400 ans.
Gilbert remarque encore quune barre de fer ^'ton a fait rougir dans la forge pendant quellenbsp;^^oit dirigée du midi au nord , amp; quon bat enfuitenbsp;fur Tenclume dans la même pofition , acquiert lanbsp;magnétique; amp; que li la premiere fois cettenbsp;^^rtu neft guere fenfible, elle Ie devient davantagenbsp;*^êitérant lopération. Mais on doit obferver quilnbsp;W pour cela que ce morceau de ferait 100 ounbsp;*50 fois en longueur fon diametre. II en eft denbsp;*^ême dune barre de fer qui, après avoir éténbsp;j^bauffée , fe refroidit dans la direftion du méri-
lien.
Mais voici une conjecture de ce phyficien qui seft pas vérifiée. II a dit quefi 1on donne a unnbsp;*imant une forme fphérique , Sc que fes deuxnbsp;Pdles foient aux extrémités dun diametre, enfinnbsp;5tie eet aimant fphérique foit bien équilibré Scnbsp;'^fpendu fur fes p61es, il tournera fur fon axe ennbsp;''ngt-quatre heures ; done , ajoutoit-il, la Terrenbsp;quun grand aimant , élle doit avoir unnbsp;Pareil mouvement. Ceüt été la une preuve affeznbsp;Pmffante du mouvement de la Terre , au moinsnbsp;®*ttour de fon axe. MaisM, Petit, phyficien in-uitrieux du dernier .fiecle , ayant pris la peine denbsp;®ire Iexpérience alléguée par Gilbert, Ie petitnbsp;S obe daimant refta parfaitement immobile, Cela
-ocr page 280-iyi RiCRÉAT. MaTHÉMAT. et PHTfS. nempêche pas que Ie mouvement de la Terre rtSnbsp;Ibit certain, amp; méme quon ne puifle la confide-rer comme un gros almant, quoique Ie P. Gran-damy ait conclu du défaut de Texpérience alle-guée par Gilbert, que la Terre étoit immobile.
S* III.
Di la dircUion de. VAlmant ^ de fa déclinaifori de fa variation.
X® Experience.
Reconnoitre la direBion de VAlmant,
Ayant reconnu les poles dun aimant, pofez-Ie fur un petit bateau de liege, que vous mettrez futnbsp;leau; vous Ie verrez fe placer de lui-même conf-tamment dans une direillon.
II en fera de même dune aiguille aimantée que vous ferez nager fur leau par un femblablenbsp;moyen, ou que vous aurez mife en équilibre futnbsp;un pivot délié, enforte quelle ait toute liberté denbsp;fe mouvoir dans un fens ou dans un autre ; vousnbsp;la verrez conftamment affeéler la même direftioo»
II neft même pas abfolument néceffaire quune aiguille foit aimantée pour fe diriger du cóté dunbsp;nord. Lorfquelle eft extrêmement légere amp; quell®nbsp;a toute liberté de fe mouvoir , elle affeéle dellequot;nbsp;même cetre direélion.
En effet, prenez une aiguille a coudre fort in®' nue; pofez-la fur la furface dune eau tranquill® *nbsp;oil elle furnagera : au bout de quelques heure*»nbsp;vous la trouverez dans la direftion que 1aiguid®nbsp;aimantée prend tout-a-coup.
^ rang®
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range ainfi dene-inéTie une aiguille , Toit aimsn-5 foit non aimantée , sappelle !e mériditn ma^ quil faut bien cliftingiier du inéridiennbsp;car ort verra bientót quordinairementnbsp;^ font un angle l'u.i avec laurre. Les phj'ficiensnbsp;^'cordent prefque u laniinement a penfer qiienbsp;propriété de laimant efl; lefFet dun courantnbsp;6fluide particulier qui environne la Terre ,nbsp;^ui penetrant Iaiguiite aimantée dans fa lon-, OU dun pole 4 lautre , la range dans fanbsp;quot;^^ftion propre.
. 9® quil y a de bien fingulier, cell que ce mé-'oien magnetique non-feulement cd, dans pirefque les lieux de la rerre, différent du méridiennbsp;j®''teftre , amp; déclinant taniót a left , taniot anbsp;, mais encore que cette déclinaifon varienbsp;ment, comme Ie prouvent les experiencesnbsp;^vantes.
Xle Sj Xlle Experiences.
changement de déclinaifon de l'Aimant.
, 5ur une ligne méridienne tracée avec foin, amp; un lieu éloigné de tout morceau de fer,nbsp;une aiguille aimantée fur fon pivot; ob-^'ez fa diredion , vous trouverez commu-.^'^ent quelle fait un angle avec Ie méridien. IInbsp;'quot;'s par exemple , en 1770 a Paris, de iq degrésnbsp;55 minuten a loued.
M 'joelques années après, vous réitérez cette pl^^^''''aiion , vous trouverez que eet angle neftnbsp;A^p tnéme, mais qu'il a augmenté ou diminué.nbsp;^Onnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;exemple , eet angle , ou la déclinai-
j , 7^ 1aiguille aimantée , étoit en 1750 de 17® 5 a loued ; en 1760 eUe a été obfervée denbsp;^ome ir.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;S
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45'; en 1770? nbsp;nbsp;nbsp;19® 55') OU même zo degr^
amp; quelques minutes.
Remarque,
Pans la plus grande partie de notre contineof» ainfi que dans toute lAmérique feptentrionale? *nbsp;lexception de la partie la plus voifine dunbsp;diiMexique , la ddclinaifon fe fait aftuellement ^nbsp;Toueft , amp; elle va continuellement en croilfa^'nbsp;Dans toute lAmérique méridionale , dans toufnbsp;gplfe du Mexique, ainfi que la partie de lanbsp;Pacifique entre les tropiques, amp; du coté dunbsp;elle fe fait a left, amp; elle va continuellementnbsp;dlminuant.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
Le célebre M. Halley ayant pris la peine u raffembler une prodigieufe multitude dobfei'^^nbsp;tions de navigateurs, donna en 1700 une C3t*^nbsp;extrémement curieufe , fur laquelle il a lié parnbsp;lignes les lieux de la terre oü la déclinaifon d®nbsp;raiguille aimantée efl; la même. On y voit ,nbsp;exemple , que la ligne fur laquelle en 1700 1^*^nbsp;guille aimantée navoit point de déclinaifon ,nbsp;tageoit a peu prés également la partie du fudnbsp;rOcéan Atlantique , 6c venoit couper 1équat^nbsp;vers le premier degré de longifude , ou fon in^.jnbsp;feélion avec le premier méridien ; de-la ellenbsp;gagner en ligne courbe la nouvelle Angleteft®,^nbsp;éc traverfant le nouveau Mexique 6c la Oalifift'nbsp;elle couroit au nord de la mer Pacifique, Pto^ .nbsp;blement elle gagnoit lAfie, amp; pafibit par le tipnbsp;de la Tartarie; dou defcendant a travers la pnbsp;6c les Moluques , elle traverfoit la nouvellenbsp;lande. Au fud amp; a loueft de cette ligne,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;:[
clinaifon étoit a Ieft ; au nord amp; a left, elle et i loueft.
-ocr page 283-Dautres observations faites environ cinquante après, ontappris que cette ligne eftaujour-^hui déplacée , amp; quelle a eu en quelque fortenbsp;mouvement vers Ie fud-ouefl:, amp; en changeantnbsp;peu de forme. Suivant ces obfervations raf-^^¦nblées par MM. Mountaine amp; Dodfon , de lanbsp;^ociété royale de Londres , el!e traverfoit ennbsp;*744 a peu prés Ie milieu de lOcéan Atlanti-, coupoit léquateur vers Ie douzierne degrénbsp;1,^ longitude a loueft du premier méridien ; de-elle paflbit vers Ie milieu de la Floride , amp;c
^otoyant
peu
prés
la Louifiane , elle traver-
Oit Ie vieux Mexique , doü elle gagnoit la pointe la Californie , enfuite elle fe jetoit au nordnbsp;'lp la mer Pacifique, amp; coupoit Ie premier mé-^'dien vers Ie 44® degré de latitude nord , doiinbsp;redefcendoit vers Ie fud amp; traverfoit Ie Ja-Pon, la plus grande des Philippines, les royaumesnbsp;öe Pégu amp; dArracan , venoit faire une pointe anbsp;vers lifle de Ceylan; enfin, revenant tra-^erfer les Moluques, alloit par une ligne courbenbsp;''^rs Ie póle auftral, en laiffant a loueft Ia nou-J^^lle Hollande. Telle étoit Ja pofition de cettenbsp;''gneen 1744 ; doü 1on peut a peu prés déter-^iner fa pofition aftuelle.
. On trouvoit de même fur la carte de M. Hal-®y, la ligne qui joignoit tous les points oü la dé-YOaifon étoit de 5° a left ou a 1ouefl:; ceux oü .1'e étoit de 10, de 15° amp;c. On remarque au-lourdhui quelles ont eu toutes un mouvement anbsp;Peu pr^s femblable a celui de la ligne fans décli-*'^ifon.
Lcgt;hiet de M. Halley , dans un travail aülfi pé-pible , nétoit pas de pure curiofité : il avoit def-ein de faijg fervir ces cartes a la détermination-
Récréat. Mathémat. et Phys. des longitudes en mer. En effet, fi 1on avoit unönbsp;carte bien süre de ces lignes de déclinaifon)nbsp;eft vi'fible quen obfervant la déclinaifon réellenbsp;la bouflble amp; la latitude, on auroit la determine'nbsp;tion du point précis occupé au moment de lob'nbsp;Tervation fur la furface de la terre. Car, fupp*^'nbsp;fons quon eut obfervé dans lOcéan Adant^^nbsp;la déclinaifon de 70 ^ a Toueft, amp; la latitudenbsp;nord de 31° ; il eft évident que Ie lieu du vaiftea**nbsp;feroit Ie point oü fe coupent Ie paraüele nord dfnbsp;3Z°, amp;c la ligne de déclinaifon de 7° II nenbsp;teroit qua perfeftionner les moyens de trou^fnbsp;fur mer avec beaucoup dexaftitiide la déclinai'nbsp;fon, ce qui ne feroit pas impoffible.
II eft facheux quon nait pas des obfervatioO* bien anciennes de la déclinaifon de laiguille a''nbsp;mantée, Cela vient probablement de ce que cett®nbsp;déclinaifon na guere été bien conftatée amp; recoH'nbsp;nue des phyficiens que vers la fin du feiziein®nbsp;ftecle. On voit au furplus par ces obfervations»nbsp;quanciennement a Paris, a Londres , amp; dansnbsp;plus grande partie de rAllèmagne, la déclinaifo*'nbsp;étoit oriëntale ; car elle fut trouvée a Parisnbsp;1580, de ii°30'aleft. Depuis ce temps ellc^nbsp;diminué jufquen 1666, quelle fut nulletell^^nbsp;enfulte pafte du cóté de loueft, en augmenta'^nbsp;continuellement dans ce fens; car elie fut obf^'nbsp;véeen i670,de 1O30'; en i68o, de x° 4° *nbsp;en 1701, de 8° 15'; on lobfervoit ennbsp;10° moins iquelques minutes. Elle devroit, ^nbsp;juger par fa marcbe ordinaire , être aujourdb'^nbsp;de aoo ^ OU plus; mals, au grapd étonnement ofnbsp;phyficiens, fon progrès seft arrêté la ; amp; lanbsp;clinaifon de laiguille a loueft paroït même ennbsp;moment commencer a diminuer. Elle na été ce
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DE LAiMANT.
fnieres années, que denvirpn 19® 3®.^ 40 *gt;nutes , enforte que très-probablement 1aiguillenbsp;rétrograder , repafler par Ie méridien , cenbsp;arrivera dans environ cent dix ans , pournbsp;'^®cliner enfuite du cóté de left, comme en
Jai toujours été dans la perfuafion que ce feroit la marche ; mais javoue que voyant fa décli-sifon augmenter chaque année affez réguliere-J'ent de 8 a 9 minutes, je ne croyois pas que fanbsp;Nation amp; fon retour vers left fut auffi prochain:nbsp;'ar les géometres fqavent que , lorfquune gran-^«ur approche de fon maximum ou de fon mini-^um, fes accroiflements ou fes diminutions de-''iennent de plus en plus infenfibles, pour êtrenbsp;a ces points. Mais ici la marche de la na-neft pas celle de la géométrie, quoiquenbsp;^tdinairement elles foient a eet égard fort dac-cord.
Mais quelle eft la caufe de la déclinaifon de laimant ? Voici quelques conjectures fur ce fujet.
MM, de la Hire , pere amp; fils , ont fait une experience curieufe , amp; qui peut lêrvir a jeter de la lumiere fur la caufe de ce phénomene. Ils avoientnbsp;Hn fort gros aimant, quils arrondirent en globenbsp;®ütant quil leur fut poffible ; ils en chercherentnbsp;poles, qui fe trouverent exaCtement aux extré-**'ués dun diametre , amp; ils tracerent fon équa-douze de fes méridiens ; enfuite ils appli-^Uerent fur ce globe daimant, quiavoit environnbsp;pied de diametre, amp; qui pefoit prés de centnbsp;tvres, une aigui^ aimantée : ils obferverent quilnbsp;y avoit des endroits oü elle déclinoit vers 1oueft ,nbsp;^ dautres oü elle navoit aucune déclinaifon ^nbsp;^ qui formoient une ou deux. lignes continue^
S üj
-ocr page 286-2.78 Récréat. Mathémat. et PH¥S. fur fa furface, ccunme M. Halley 1avoit detsfquot;nbsp;ininé fur la furface terreftre, quoique dune form®nbsp;abfolument différente.
II eft plus que probable, dit 1hiftorien de lAquot; cadémie , (voje:( ann. 1705 , ) que la caufe d®*nbsp;déclinaifons obfervées fur ce globe daimant gt;nbsp;étoit uniquement Tiiiégalité de fa contexture ^nbsp;de la force inagnétique de fes différentes parties*nbsp;On peut auffi conjedurer que la Terre étantnbsp;grand aimant, ou du moins un globe renfermafl^nbsp;dans fon fein de grandes maffes magnétiques»nbsp;ceft leur inégale didribution qui caufe fur fa fuf*nbsp;face la variété de la diredion de 1aiguille aiman*nbsp;ïée. Mais il y a cette différence, que dans I®nbsp;fein de Ia Terre il fe fait fans ceffe de nouvell®*nbsp;générations, au lieu que la maffe de 1aimant dcnbsp;MM. de la Hire nétoit fu]ette a rien de fembla-ble. De-la vient auffi que fur la furface de 1^nbsp;Terre la diredion de 1aimant eft variable, aUnbsp;lieu que fur la furface de eet aimant elle ne poU'nbsp;voit quêtre conftante.
II faut cependant convenir que, dans cette eXquot; plication, il eft difficile de rendre raifon pout'nbsp;quoi, depuis deux fiecles au moins, 1on voit 1*nbsp;ligne fans déclinaifon , fe mouvoir conftammeO'-de 1eft a loueft. Des effets provenants de cauf®*nbsp;auffi variables que des deftrudions amp; génératiof*nbsp;nouvelles dans Ie fein de la Terre, devroief*^nbsp;épro'uver de plus grandes irrégularités, amp; la maf'nbsp;che de Taiguille aimantée devroit être tantót di*nbsp;cóté de left, tantót de celui de loueft.
M. Halley avoit propofé unal|^ypothefe pbyV* que pour rendre raifon de la variété des déclif'®^^nbsp;{ons de 1aimant. II fuppofoit pour eet effet deu*nbsp;poles magnétiques fixes, amp; deux mobiles dan^
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pofitions. Mais M. Albert Euler 1a rim-Pbfiée dans un mémoire fort curieux, quon lit Parmi ceux de lAcadéinie de Berlin, (ann. 1757-)nbsp;T Puppofe feulement deux poles magnétiques, lunnbsp;^ *4 53' du pole boreal de la Terre, amp; lautrenbsp;a xpo du pole auftral- Le méridien dans le-^Uel fe trouve le premier , paffe par le 258® degrénbsp;longitude; amp; celui du fecond, par le 303®.nbsp;prend enfuite pour principe, que Faiguüle ai-*^antée fe range toujours dans le plan qui paffenbsp;Par les deux poles magnétiques amp; le lieu de lob-^^rvation , amp; il determine par le calcul Tinclinai-fon de ce plan au méridien dans les divers lieuxnbsp;la Terre. Or 11 trouve quau moyen de cesnbsp;^appofitions , le calcul lui donne affez exaélementnbsp;^a quantité de la déclinaifon obfervée dans cesnbsp;^ernieres années, les contours des lignes denbsp;déclinaifon telles que MM. Mountaine amp; Dodfonnbsp;^as ont trouvées pour 1744, au moins danslOcéannbsp;Atlantique ; car M. Albert Euler eft obligé darguernbsp;de faux le contour que donnent ces membres de lanbsp;^Ociété royale a la ligne fans déclinaifon, dansnbsp;nord de la mer Pacifique , Sc il dit a ce fujetnbsp;des chofes fort vraifemblables.
II eft au refte aifé de concevolr quen falfant varier ces poles, les lignes de déclinaifon varie-^ont auffi, amp; que , fuivant quelles fe rapproche-¦ont OU séloigneront, elles pourront changer denbsp;^otrne ainfi quon lobferve.
M. Canton , membre de la Soclété royale de ^oiidres, a découvert, il y a qüelques années , unnbsp;Nouveau mouvement de 1aiguille aimantée. II eftnbsp;rondé fur lexpérience fuivante.
i8o Récrêxt. Mathémat, et Phys. XII® Experience.
La variation diurne de VAimant.
Ayez une aiguille aimantée fort grande, cotnmC cle 11 OU IJ pouces de longueur, très-biennbsp;due. Elle doit être environnéc dun eerde ayai*nbsp;pour centre Ie point de fufpenfion, amp; divifé ertnbsp;degrés, amp; demis ou quarts de degré, du moiO*nbsp;dans la partie de fa circonférence que regardenbsp;pointe de 1aiguille, Le tout doit être couvert dsnbsp;maniere a néprouver aucune iinpreflion de Taif*
Si vous obfervez cetfe aiguille a diverfes heur^® de la journée, vous remarquerez quelle n'eft pr^r*nbsp;que jamais en repos, Selon M. Canton , la décb'nbsp;ïiaifon fera la plus grande le matin , moyennenbsp;vers le midi, 6c moindre le ibir. II en donnenbsp;jnême une raifon aflez probable, fqavoir celle-ci»
Ceft un fait prouvé par lexpérience , quuO aimant échauffé pereJ un peu de fa force. Or lesnbsp;parties orientales de la Terre ayant midi lorfquenbsp;le foleil fe leve pour nous, eeft le moment, ou anbsp;peu prés , auquel elles font le plus echaufTees-Eaiguille aimantée , dont la direélion eft proba-blement 1elfet compofé des attraéfions de toui^*nbsp;les parties magnétiques de la Terre, fera donCnbsp;9U lever du foleil un peu moins follicité vers left»nbsp;que fi le foleil nétoit pas de ce coté; conféquetR''nbsp;ment elle cédera a laétion des parties de louel^»nbsp;amp; loiirnera un peu plus de ce cóté-!a. M. CantoRnbsp;tend méme cetfe explication fenfible par le moy^Rnbsp;de deux aimants, dont il échauffé lun ou lautf®nbsp;alternativement.
»E lAim ANT. nbsp;nbsp;nbsp;iSi
^Omene eft aujourdhui reconnii ; amp; obferva-*®Urs météorologiftes ne manquent pas dobferver differents temps la déclinaifon de Taiguillenbsp;quivarie quelqviefois duma'inau foirnbsp;lo' $: plus.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ie Traité de Météorologie
t P. Cotte,
$. IV.
¦De Vincllnaifon de 1'Aiguille aimantèe.
XIII® Experience.
Obferver rinclinaifon de rAimant.
Si 1on a une aiguille de bouftble non encore ^'mantée , amp; parfaitement en équilibre fur fonnbsp;P'vot, enforte quelle fe tienne parallélement anbsp;horizon, lorfquon laura touchée de raimant,nbsp;perdra eet équilibre , amp; plongera fa pointenbsp;**ord au delTous de lhorizon.
Cette expérience eft connue de tous ceux qut li^nt des bouflbles ; car, après avoir aimanté 1ai-guille, ils font obligés de limer la partie la plusnbsp;pefante, jufqua ce qiielle foit en équilibre amp; denbsp;i^iveau avec 1autre. On pourroit produire Ie niêmenbsp;«ffet, en chargeant 1autre bout d'un petit contre-Pf'ids ; amp; même il feroit avanrageux que ce con-**^^Poids fut mobile , car 1inclinaifon étant varia-^ . gt; il faut, pour faire équilibre a reffbrt quenbsp;1aiguille pour sincliner, des forces dilTérentes.
ülfi eft-on obligé de cbarger légérement dun PeHt jnorceau de cire plus ou moins gros , un desnbsp;^uts de 1aiguille, fuivant les différents paragesnbsp;^^on occupe, afin quelle foit parfaitement horizontale.
-ocr page 290-Obferver l'inclinaijbn dc PAiguille, aimantéc.
n faut avoir une aiguille aimanljée , faite duR fll ^acier bien droit, amp; fe terminant en pointe 3nbsp;a Tes extrémités. Son milieu doit être applati, ^nbsp;formé en eerde dune ligne amp; demie ou deuxnbsp;diametre , ayant fon centre bien parfaitement dafgt;*nbsp;l^Iignement des deux pointes de laiguille. Cenbsp;eerde portera perpendiculairement a fon plannbsp;fil dacier très-menu , qui lui fervira de pivot»nbsp;enforte quétant placé bien horizontalement dan*nbsp;les deux trous de deux platines de cuivre placeesnbsp;verticalement , elle foit tout-a-fait indifférente anbsp;toute polition , amp; refte en équilibre dans quelqP®nbsp;fituation quon la mette. Ces deux platines ferontnbsp;attachées aux deux bords dune bande de cuivrenbsp;courbée drculairement, Sc dun diamette taiitnbsp;foit peu plus grand que Ia longueur de laiguille»nbsp;dont les pivots feront au centre. II dolt y avoifnbsp;extérieurement un anneau pour fufpendre ce eet'nbsp;de de cuivre , amp; mettre un de fes diametres dait®nbsp;Ie fens vertical. Lintérieur fera dlvifé en degt^*nbsp;amp; quarts de degrés, sil efl; poffible, mais enfortenbsp;que la divifion commenqant par zéro aux extf^nbsp;mités du diametre horizontal, finifle par 90 degt^nbsp;aux extrémités du diametre vertical. On safluret^nbsp;de la polition de ce diametre , au moyen dun ^nbsp;a plomb qui pendra de fon extrémité fupérieut^rnbsp;6r qui devra palfer par lextrémité inférieure,nbsp;qu11 foit dans fa vraie polition.
II faudra auffi fe munir dun pied de bois forme de parallélépipede oblong, dans Ia patt*®nbsp;fupérieure duquel il y aura une échancrure circit'
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^aire, propre a loger rinftrumeTit dans Ie fens de longueur. Enfin on dolt avoir un petit coinnbsp;Ptopre a glifler plus ou moins fous ce pied , jufquanbsp;que le plan de Iinftrument, ou celui que par-'^ourt Iaiguille dans fon mouvement, foit exafte-^eut vertical.
Laiguille étant enfin aimantée, onappliquera aux deux cótés de Iinftrument , dans des rainuresnbsp;Waites pour cela , deux glacés circulaires, pournbsp;préferver Iaiguille amp; fes pivots du contaft exté-*'*eur de 1air Sc de lhumidité , qui eft contraire aunbsp;^agnétifme.
Par la defcription de cet inftrument, il eft aile fentir quil faut dabord le mettre, foit en lenbsp;ftifpendant, foit en le plaqant fur Ion fupport,nbsp;^3ns une fituation verticale; ce quon fera- aifé-*^ent au moyen du fil a plomb.
II faut de plus, que le plan de Iinftrument, ou ^^lui que parcourt Iaiguille , foit dans le plan dunbsp;*Jieridien magnetique. Pour cet effet , on cou-cfiera Iinftrument a plat fur une table horizontale ; Iaiguille étant arrêtée , indiquera le meri-dien magnétique , Sc 1on tirera fur la table unenbsp;ligne dans cette direftion, fur laquelle on aligneranbsp;le long cote du fupport auquel le plan'de Iinftrument doit être auffi parallele, quand il feranbsp;dans Iechancrure qui doit le recevoir. Au moyennbsp;de petit coin Sc de Ia-plomb , on achevera de lenbsp;teettre dans la pofition convenable. Laiguille ,nbsp;^Ptés des balancements aflez longs , sarrêteranbsp;^nfin, Si indiquera par fa pointe le nombre denbsp;d^gtes dont elk eft éloignée de 1horizontale , cenbsp;donnera 1inclinaifon.
On trouve par ce moyen , a Paris, que Iincli* t^alfon eft aftuellement de 72 degrés.
-ocr page 292-i84 Récréat. Mathémat. et Phys.
R E M A R Q_U E S,
QüOIQuil ne paroifle pas y avoir beaucoup de difficulté a exécuter un pareil inftrument, reXquot;nbsp;périence apprend néanmoins quil eft dune execution très-difEclle , a moins dune adrefle particuliere , dont M. Magny, artifte trés - ingénieurnbsp;en optique , amp;c. paroit jufqua préfent feul efgt;nbsp;poffeffion. En effet, a moins que linftrument n®nbsp;ibit parfaitement execute, 1aiguille aimantée o®nbsp;fe remet point dans fa même pofition lorfquortnbsp;la déplacée, ou lorfquon tourne linftrument et'nbsp;fens contraire, ceft-a-dire de forte que Ie platynbsp;qui regardoit 1orient regarde loccident. Maïs ja*nbsp;eu une bouflble dinclinaifon, fortant des main*nbsp;de eet artifte , qui, pourvu quelle fut dans Ienbsp;mériclien magnétique, a chaque fois quon faifoitnbsp;iobfervation dans un même lieu , amp; quelqusnbsp;face quon tournata droite ou a gauche , montroitnbsp;toujours parfaitement Ie même degré dinclinaiquot;nbsp;fon. Ceft-la néanmoins une condition très-nécef-faire pour pouvoir faire quelque fonds fur desnbsp;obfervations de cette efpece ; amp; fans cela on n®nbsp;peut les regarder que comme des approximation*nbsp;dans lefquelles il peut facilement fe gliffer quel'nbsp;ques degrés derreur.
Linclinaifon de Taiguille aimantée neft P** moins variable que fa déclinaifon. On obfet''*nbsp;quelle eft différente dans les différents lieux de 1*nbsp;terre; mais lon fe tromperoit beaucoup finbsp;penfoit, comme quelques phyficiens lont
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Ie fiecle paffe, quelle eüt quelque rapport la latitude. On obferve, par exemple, a Pa-quelle efl: aujourdhui de yz® zj' au nord.
^ Lima , environ i8° au fud.
^ Quito , environ 15® id.
® Buenos-Ayres, environ 60°^ id.
^ 1Ifle-de-France , ^z! nord.
Cela fuffit pour détruire toute idee quelle ait rnoindre rapport avec la latitude.
Lobfervation de linclinaifon nétant rdputée Ptefque daucune utilité dans la navigation , on nenbsp;^oit pas sétonner quon en ait a peine quelques-*^nes. Elles font dailleurs beaucoup plus difficilesnbsp;* U mer que celles de la déclinaifon, a caufe dunbsp;¦oulls. Le P. FeulUée en a fait néanmoins un affeznbsp;grand nombre dans fes voyages dEuropeen Amé-frque; mais, felon toutes les apparences, on nenbsp;doit guere y compter qua quelques degrés prés.nbsp;Qnoi quil en foit, il feroit a delirer que ces observations fuffent plus multipliées; car, quoi-quelles ne paroiffent pas du premier coup dqeilnbsp;Bien utiles , elles peuvent le devenir dans la fuite,nbsp;Ne laiffons pas daccumuler des faits, quoique ennbsp;apparence fans grande utilité. Souvent une lumierenbsp;inefpérée nait dune obfervation réputée long-^mps frivole amp; ifolée.
Nous remarquerons encore iel que les mouve-'^^nts de 1aiguille aimantée éprouvent des varia-fons fort fingulieres a 1approche ou par 1effet raétéores Ignées. On a vu plus dune fois lenbsp;^onnerre défaimanter une aiguille, ou laimanternbsp;®ri fens contraire. Les aurores boréales paroiffentnbsp;agir dune maniere fort fenfible fur laiguiHe
-ocr page 294-186 RéCRÉAT. Mathémat, et Phys. aimantée. Maïs nous nous bornerons a renvoyefnbsp;encore au Traité de Météorologie du P. Cotte.
IL y auroit un fi grand avantage a avoir des bouffoles qui montraffent sürement Ie nord,nbsp;que 1on ne doit point être étonné des efforts quenbsp;lon a faits pour imaginer des combinaifons quinbsp;détruififfent la déclinaifon de laiguille aimantée;nbsp;mais malheureufement elles ont été jufqua préfentnbsp;infruélueufes , amp; nous penfons quelles Ie feront^nbsp;toujours. Ces tentatives méritent néanrrroins detre connues, ne fut ce que pour éviter a quelquuonbsp;de nos leéleurs Iillufion que fe font faite ceuJtnbsp;qui ont cru avoir réfolu ce probléme.
M. Mufchenbroeck fait la defcription dune ès ces inventions. Elle confifte a combiner pour ut»nbsp;lieu determine deux aiguilles de force égale, denbsp;telle maniere quelles sécartent Tune dun coté»nbsp;lautre de 1autre , du méridien magnétique , de Unbsp;quantité de la déclinaifon. Ainli 1une déclineranbsp;du double , amp; lautre fe trouvera précifémeotnbsp;dans Ie méridien. Suppofons, par exemple , qu®nbsp;la déclinaifon foit de zo degrés a 1oueft, comin^nbsp;elle étoit a Paris en 1770. Si 1on fait porternbsp;une même chape deux aiguilles aimantéesnbsp;force égale , qui faffent enfemble un angle dsnbsp;40 degrés, il eft évident que , ne pouvant n»
1 une ni lautre fe placer dans Ie méridién magné-t'rjue , elles sen écarteront également: ainfi lune déclinera de lo degrés a loueft de ce méridien ,
a 40 degrés de celui de la terre; amp; conféquem-lent lautre aiguille fera néceffairement dans Ie méridien , amp; naura aucune déclinaifon.
On doit sétonner quon ait pu penfer quon suroit par-la une combinaifon daiguilles aiman-^ees, qui en fera tomber une fur Ie méridien ter-quot;eftre. II eft aifé de voir que ces deux aiguilles,nbsp;fi elles font égales en force, ne feront jamais quenbsp;s arranger de maniere que Ie méridien magnétiquenbsp;Partagera en deux également langle quelles com-prendront. Ainfi, en fuppofant que Ie méridiennbsp;*nagnétique , au lieu de décliner de 20 degrés dunbsp;itéridien terreftre, ne décline que de 10 degrésnbsp;i loueft, Tune des aiguilles fera portée a 10 degrés de plus a loueft , amp; aura conféquemmentnbsp;30 degrés de déclinaifon: done en même tempsnbsp;^autre aiguille fera portée k 10 degrés du méridien du cöté de left.
Le dernier traduéfeur de Pline a donné un iTioyen a pen prés femblable pour anéantir la déclinaifon : il nen differe quen ce que lune desnbsp;aiguilles doit être plus grofte que lautre. Maisnbsp;M. Mufchenbfoeck avoit déja propofé amp; analyfénbsp;Cette combinaifon de deux aiguilles inégales , Scnbsp;^Ue lui avoit paru aufti peu faite pour réuffir que
précédente. En effet, les meines raifons, ou des raifons femblables, sy oppofent; 8c il ny anbsp;rien de fi légéremént fondé, pour ne rien dire denbsp;P^us, c[ue la théorie phyfique qui femble y avoirnbsp;eonduit lauteur dont nous parlons; car il paroitnbsp;penfer que ce qui fait quune aiguille aimantéenbsp;décline , eft une forte de foiblefle qui ne lui per-
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met pas datteindre Ie nord. Ceft une idéé qu1 non-feulement eft fans fondement , mais mémenbsp;qui efl; incompatible avec les phénomenes amp;t avecnbsp;la théorie la plus probable de^ mouvements ma2nbsp;gnétiques; car 1aiguille aimantée qui, dans lesnbsp;premieres ciirquante années du fiecle dernier ^nbsp;déclinoit a lcft , sétant enfuite rapprochée dunbsp;nord , amp; layant dépaffé pour fe dirigera 1oueft»nbsp;il faudroit dire quelle éioit malade , quelle seftnbsp;guérie vers 1660, amp; quenfuite elle eft redevenu®nbsp;malade en fens contraire. Ainfi 1on ne fqauroitnbsp;trop admirer la précipitarion de quelques joiirna-liftes amp; de quelques auteurs 1, qui fe font hateSnbsp;dannoncer avec de grands éloges cette décou-verte prétendue . comme devant changer la facenbsp;de la navigation. Malheureufement rien de plusnbsp;imaginaire , amp; un peu plus de connoiflatices de$nbsp;phénomenes magnétiques , eüt préfervé les unSnbsp;amp; les autres de cette erreur.
Jai vu autrefois a Paris un pilote Génois, nommé M. Mandilo , qui prétendoit avoir trouvénbsp;une autre combinaifon daiguilles aimanfées, pro-pre a corriger la déclinaifon de la bouflble. Rnbsp;plaqoit Tune fur lautre deux aiguilles égales ennbsp;force, de maniere que chacune delles eüt la h'nbsp;bené de fon mouvemenr; il les rapprochoit enfuite pour Paris, par exemple , de maniere qu®nbsp;leur écartement fut double de la déclinaifon oh'
TJAnnée Littéraire ,\e rtiBicnnaire dInduflr'e. Cedef'' nier ouvrage, qui adopte pleinemeni Tidée de la mal.idi®nbsp;de Taiguille aimantée , trouve enrore dans cette décoU-verte imaginaire celle des longitudes. La découverte ei1nbsp;queftion feroit réelle, que celle des longitudes ne seanbsp;enfuivroit pas.
fervé®'
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jervée. Car , dans cette pofition, elles divergent ^ ut\e de 1autre par lefFet de la répulfion de leursnbsp;Pples OU pointes de même denomination ; amp; diesnbsp;divergent dautant plus, quelles (bnt plus rappro-^hées 1une de Iautre. Par ce moyen done, unenbsp;dps deux aiguilles eft , comme dans le procédénbsp;d-deffus , rapportee ftir le méridien. Or le fieurnbsp;quot;andilo pretendoit que cela devoit arriver egale-l^pnt par-tout; ce qui eft vifiblement faux: carnbsp;pcartement de deux aiguilles étant 1effet de lanbsp;*®pulfion de deux poles de mêine nom , cettp ré-P*tlfion , amp; conféquemment 1écartement , ferontnbsp;inêmes, quel que foit Iangle du méridien ma-?tietique avec le méridien terreftre. Pour que celanbsp;autrement , il faudroit fuppofer que cettenbsp;'^épulfion diminuat en même temps que la décli-J^aifon , ce qui ne peut pas être. Ceft ce quenbsp;1 ob'jeftai dabord au fieur Mandilo , mats en vain.
homme qui croit avoir trouve le moyen de Corriger la déclinaifon de 1aiguille aimantée, ounbsp;®yoir découvert la folution du problême des lon-gitudes, neft guere moins opiniatre dans fonnbsp;^^ntiment, que celui qui croit avoir trouvé lanbsp;quadrature du cercle.
Ceft aufii le cas de parler ici dune idee de de la Hire fur ce fujet. Elle etoit fondee fur cenbsp;qüil croyoit avoir trouvé que les poles dun ai~nbsp;*^ant naturel avoient changé de place, comme lesnbsp;magnétiques de la terre 1avoient fait dansnbsp;^ piême temps. Daprès cela, il avoit imaginenbsp;j ^'uianter des anneaux dacier , prefumant quenbsp;^urs poles changeroient de même. Or il eft aifénbsp;fentir que, dans ce cas, la ligne marquée pri-^^ftivement nord amp;C fud fur Ianneau, refteroitnbsp;**iimobile , amp; marqueroit touiours le vrai nord.nbsp;Tome IF.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T
-ocr page 298-1^0 Récréat. Mathémat. et Phys.
Mais Ie principe seft trouvé faux; amp; quand il eid été vrai, la conféquence que M. de la Hire eHnbsp;tiroit nétoit pas nécelTaire,
ON a imaginé depuis quelques années dapquot; pliquer les propriétés de 1aimant a diversnbsp;jeux amp; tours de fubtilité , qui ont fort embarralï®nbsp;les premiers qui en ont été les témoins. Onnbsp;pouvoit en effet employer de moyen plus cache 7nbsp;amp; néanmoins plus propre a agir, que Ie magnSquot;nbsp;tifme , puifqull neft arrêté par aucun corp*nbsp;connu dans la nature, fi Ton en excepte Ie fef*nbsp;Ceft Ie célebre M. Comus qui a Ie premier eönbsp;cette idéé. Il a finguliérement varié les différentsnbsp;tours de fubtilité quon exécute par ce woyeOrnbsp;auffi tout Paris seft-il porté avec empreffemcntnbsp;dans les lieux oü il les exécutoit. Les ignorantsnbsp;1admiroient, en Ie réputant prefque pour forcief»nbsp;les fqavants cherchoient a pénétrer fon artifice ^nbsp;amp; il faut convenir quil étoit impénétrable, tat'*nbsp;quon na pas foupqonné Ie magnétifme dennbsp;Ie principal reffort.
Nous nous bornerons néanmoins a donner uH® idéé du mécanifme de quelques-uns de ces tours»nbsp;car nous fqavons que leur auteur fe propofenbsp;les développer dans un ouvrage a part, ainfinbsp;nombre dautres de fon invention, tenant foi^ fnbsp;laphyfique, foit a des combinaifons très-ing®'
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_ nbsp;nbsp;nbsp;Al MANT.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ac)i
que.
^'Icufes. Cet ouvrage fera inféreffant, perfonne ^®yant jamais réuni a une adreffe qui approchenbsp;gt;1 preftige, autant de connoiffances dans la phy-
ConJiruUlon de la Lunette magique.
On fe (ert fréquemment dans ces tours de lub-^'lité , dune prétendue lunette magique , au *^t)yen de laquelle on apperqoit, dit-on , au tra-des corps opaques. Ceft un difcours que 1onnbsp;j^nt pour dérouter les fpeftateurs, Cette préten-lunette magique neft autre chofe quunenbsp;^^¦ine de lunette , au fond de laquelle , ceft-a-du cóté de Iobjeftif, eft une aiguille ai-^^ntée, qui prend fa direftion lorfque la lunettenbsp;pofée fur Ie cóté qui figure cet objeftif.
Pour former cette lunette , il faut faire tournee tuyau divoire, ayant 1apparence dun tuyaunbsp;lunette fort évafé du cóté de lobjeclif; maïsnbsp;quot; faut que cette ivoire fort tournee aflez mincenbsp;Ptgt;ur quelle laifle introduire la lumiere néceflairenbsp;Pour voir au dedans. Le cóté de loculaire eftnbsp;Satni dun verre qui fert a voir plus diftinélementnbsp;dedans de la lunette. Le cóté de lobjeéfifnbsp;P'^tte auffi un verre, niais ce neft que 1apparencenbsp;objeftif. Sa furface poftérieure eft opaque ,nbsp;. fert de bafe ou de fond i une boulTole ou unenbsp;^jStiille aimantée tournant fur une pointe implan-fon centre. Cette aiguille prend la pofitionnbsp;^¦Zontale , quand la lunette eft pofée fur le cóténbsp;j ® lobjeéfif, amp; fe dirige ou vers le nord, ou versnbsp;^feraimanté qui eft aux environs. II eft nécef-davoir une lunette véritable Sc tout-è-faitnbsp;^blable extérieurement, afin de pouvoir mon-
Tij
-ocr page 300-i9i RiCRÊAT. Mathémat. et PhyS. trer cette derniere a la place de la premiere ; ce quenbsp;Ton fait, en fubftituant adroitement Tune a 1autre.
Lors done quon voudra fe fervir de la lunette prétendue magique , on la placera, robjeftifnbsp;bas, fur ce que lon voudra examiner. Si au def'nbsp;fous il y a un aimant ou un fer aimanté, laiguiU®nbsp;fe tournera de ce c6té.
Etant donnis j^lujieurs chiffres , quum ptrfonii^ rangtra hs uns d cóté des autres dans une boiH jpnbsp;reconnoitre d travers U couvertle U notnhre fortn^nbsp;par ces chiffres.
Si vous voulez employer les dix chiffres, pre' nez dix petits quarrés dun pouce amp; deminbsp;cöté ; creufez fur la face fupérieure de chacUi*nbsp;une rainure , maïs dans dlverfes Situations ;nbsp;premiere , par exemple , déftinée au nombre I gt;nbsp;ira direéfement de bas en haut; la feconde èi'nbsp;viera a droite, dun angle égal è la dixieme denbsp;circonférence ; la troifieme, de deux dixieme*»nbsp;amp;c. ce qui donne dix pofitions différentes. 0^nbsp;introduira enfuite dans ces rainures de petite*nbsp;barres dacier bien aimantées, en ayant lattentiofnbsp;de lourner leur póle nord de la maniere conve'nbsp;nable. On couvrira ces rainures amp; la facenbsp;quarré avec de fort papier, afin quon ne foup'nbsp;qonne point lexiftence de ces barreaux, II fat?^nbsp;enfin avoir une botte aflez étroite pour ne tef'*^nbsp;en largeur quune des tablettes, amp; aflez long**®nbsp;pour pouvoir les y ranger toutes.
On propofe enfuite une perfonne de prenfi^® pendant quon séloigne, plufieurs de ces tablette*»nbsp;amp; de les ranger coramè elle jugera k propos da***
-ocr page 301-l^boite décrite ct-deïïus, pour en faire un nom-. cjuelconque. Cette mêine perfonne fermera ^boite, amp; vous devinerez ainfi Ie nombre formé.
Mettez votre prétendue lunette fur la place de ® premiere tablette, ceft-a-dire a gauche ; fi Ienbsp;^bifFre qui eft au deffous eft lunité, laigutllenbsp;^ournera de maniere que la pointe ou Ie polenbsp;^ord regardera au devant de vous. Si ce chitFrenbsp;tolt 4, elle tourneroit a la quatneme divifionnbsp;cercle divifé en 10 égaleinent; amp; ainfi desnbsp;*'*tres. II fera done fort facile de deviner par-linbsp;Suel eft Ie chiffre de chaque place, conféquem-*^601 de nommer ce chiffre même.
Nous en avons dit aftez fur eet artifice. On '^vinera de même un mot quon aura écrit ennbsp;*®cret avec des carafteres donnés; 1anagrammenbsp;on aura formé dun mot propofé , comme denbsp;, qui donne amoTy mora , orma , maro , 6'c/nbsp;queftion quon aura choifie parmi plufiéurs,nbsp;quon aura mife dans la boite : on pourranbsp;*^^me, avec un peu dadrefle, faire trouver lanbsp;^'ponfe dans une autre boite. Ce tour enfin pourranbsp;pte varié de bien des manieres, plus agréablesnbsp;unes que les autres , maïs toutes dépendantesnbsp;même principe.
La boite aux métaux , par exemple , neft en-quune pareille variation du même tour. Oii * *^305 une boite fix plaques de différents métaux:
ptopofe a quelquun den prendre une, de la P *cer dans une autre boite, amp; de la fermer; cenbsp;ïiempêchera pas quon ne la devine. Rkn denbsp;Pus facile. Ces plaques font de telle forme,nbsp;^ ^lles ne peuvent avoir quune feule fituationnbsp;la petite boite. Chacune delles, hors cellenbsp;® fer, renferme dans fon épaifteur un barrea»,
194 Récréat. Mathémat. et Phys,
magnétique , placé dans des fituations contiu^' Au moyen de la lunette prétendue magique ¦,nbsp;reconnojt ces fituations ; conféquemment on nenbsp;peut ignorer la nature du métal. On ne metpoin*^nbsp;de barreau dans la plaque de fer , parceque cel3nbsp;feroit inutile ; mais on peut aimanter un cóté d®nbsp;cette plaque ; ou, fi on ne 1aimante point, la di'nbsp;reélion indéterminée de Iaiguille annonceranbsp;ceft Ie fer.
§ Hl.
La Mouche fgavanu^ ou la Syrene.
Ce tour-ci efl: un peü plus compliqué que précédent , amp; même il eft fondé moitié fur 1^nbsp;phyfique, moitié fur une petite fupercherie. On^nbsp;fur une table un vafe encaflré dans fon épailTeuftnbsp;garni dun large rebord, fur lequel font infquot;nbsp;crits des nombres, ou les heures du jour, ou de*nbsp;réponfes a certaines queftions. On propofe ^nbsp;quelquun dindiquer unnombre, ou de nomm®^nbsp;une heure du jour, ou de la demander, ou denbsp;choifir une des queftions infcrites fur des carte*nbsp;quon lui préfente. Une moucbe , une fyrenernbsp;OU un cygne mis a leau , doit défigner les chilft^fnbsp;de ce nombre dans leur ordre , répondre enfio ^nbsp;la nature de la queftion quon lui aura faite.
Tout cela sexécute au moyen dun barrel* fortement aimanté , qui eft porté par un cerel®nbsp;de cuivre, dans lépailTeur du rebord du balb^'nbsp;II eft évident que fi Pon fqait donner a ce barreai*nbsp;Ie mouvement néceftaire pour indiquer les lettre*nbsp;OU les nombres néceffaires pour la réponfe ,nbsp;mouche ou Ia fyrene qui nage fur un petit b3'nbsp;teau qui contient un autre barreau aimanté , *
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'ïirlgera, 8c paroitra répondre a la queftlon. Voila tout Ie phyfique du tour; volei la petite fuper-^herie.
Lépaifleur de la table, qui eft de quetques Pouces, eft creufe, Sc dans ce creuxeft contenunbsp;mécaniftne qui eft mis en mouvement par unnbsp;kordon qui pafte Ie long des pieds de la table,nbsp;tfaverfe Ie plancher , amp; aboutit a une chambrenbsp;'oifine , féparée feulement de celle oü fe fait Ienbsp;toür par une clolfon trés - légere. Le bout de ce.nbsp;tordon aboutit a un tableau oü font marquees lesnbsp;^ivifions du baflin , Sc le tout eft tellement com-o;né , (ce.qui neft pas une chole difficile , ) quenbsp;^Otfque le bout de ce cordon eft amené vis-a-visnbsp;. chiffre, par exemple 4, le barreau aimanté eftnbsp;^ous le 4 infcrlt fur le rebord du vafe,
Lors done quon demande a la fyrene de mariner 1heure quil eft , celui qui eft derriere la ^loifon Sc qui entend la queftion , na autre chofenbsp;^ faire que de tirer le cordon, Sc den amener lenbsp;l^out, fur le tableau quil a devant lui, vis-a-visnbsp;heure qui court. Le barreau aimanté va fe pla-deflbus , Sc auffi-töt la fyrene docile fe metnbsp;mouvement, Sc va marquer cette heure.
Si lon a choifi une queftlon, celui qui fait le tour , fous prétexte dinterroger la fyrene , la luinbsp;[épete. Son adjoint lentend , Sc fait mouvoir lenbsp;quot;itreau aimanté fur la réponfe.
ne feroit pas difficile détabllr entre lun Sc t autre une correfpondance cachée , Sc telle que ,,nbsp;fans parler , la fyrene parut deviner elle-méme lanbsp;S^eftion , amp; y répondre.
Anglo:
y trouve Tiv
IS , imprimé en 1633 : on
Les livres principaux qui traitent de 1aimant ^ot, le traité de Magnete de Gilbert, philofopbe
-ocr page 304-traces de eet efprit dobfervation qui a fait fa!*'® a la phyfique tant de progrès ; V^rSnbsp;du P.Kii^cher: ceft une efpece dencyclop^^*^nbsp;de tout ce qui sétoit dit jufqua lui fur cettenbsp;tiere , augmentée de beaucoup didées de l****'nbsp;teur, dont la plupart tiennent de fon caraft^renbsp;defprit dans lequel limagination doininoit;nbsp;Magmtologia du P. Léothaud , in-4°, i6óo'nbsp;ceft un ouvrage de peu dimportance. Louvrag®nbsp;du P. Scarella, intitule damp; Magmtc, en 4 volu»*®*nbsp;in-4° , imprimé a Brefcia en 1759 , P®^nbsp;lieu de tous les precedents, amp; renferme du!*®nbsp;maniere claire amp; bien développée tout ce qudfnbsp;a dutile amp; de folide dans ce qui a été ditnbsp;écrit fur laimant jufqua cette époque ; a q**^*nbsp;1auteur, phyficien fort éclairé, a ajouté fes vue*nbsp;particulieres. Le petit Traité fur les Aimantsnbsp;tificiels, traduit de Tanglois en 1752 , amp; aug'nbsp;menté dune preface hiftorique du tradufteuf gt;nbsp;mettra Ie leéfeur au fait de cette partie denbsp;théorie de laimant. On peut, a fon défaut, Pt®nbsp;le Mémoire fur les Aimants artificiels, parnbsp;Anthéaume , qui a remporté le prix de lAcade'nbsp;mie de Pétersbourg en 1758, amp; qui a éténbsp;primé a Paris en 1760. On lit enfin dansnbsp;Mémoires préfentés a lAcadémie par des fqavai*^nbsp;étrangers, plufieurs morceaux de M. Dutoi**'»nbsp;qui mérltent dêtre connus Sc médités par ce***'nbsp;qui sattachent a cultiver amp; amplifier cette théot'®*
E T
De l'Électkicité.
LÉlectricité eft une fource prefque inépuifable de phénomenes furprenants amp;nbsp;finguliers, qui frapperoient la curiofité de ceuxnbsp;qui donnent Ie moins dattention a ob-fetver la nature. Quoi de plus extraordinaire 5cnbsp;iTioins facile a concilier avec les loix connuesnbsp;la phyfique, que de voir un fimple frottementnbsp;^^citer dans certains corps la faculté dattirer 8cnbsp;^epouffer les corps légers qui font a proximité;nbsp;^ette faculté fe communiquer par Ie contaél anbsp;^ autres corps )ufqua des diftances très-grandes;nbsp;feu jaillir dun corps qui eft dans eet état; amp;
^98 Récréat, Mathémat. et Phys. mille autres phénomenes plus inattendus lesnbsp;que les autres , dont lénumération feroit tro^nbsp;longue! Nous nous bornerons a la fameufeexp^quot;nbsp;rience de Leyde, oü 1on voit une file de pet'nbsp;fonnes Ie tenant par la main, ou fe cominuntquot;nbsp;quant feulement par une barre de métal, recevoJfnbsp;tout-a-coup dun agent invifible une commotioOnbsp;interne, qui pourroit même être affez violentenbsp;pour tuer ceux qui 1éprouveroient.
On conviendra quil nen eft pas encore de 1éleftricité comme du magnétifme, Ce derniefnbsp;a fervi, par linvention de Iaiguille aimantée , ^nbsp;affurer la navigation , a découvrir un nouveaunbsp;monde, fource de nouvelles richefles j de noU-veaux befoins amp; de nouveaux maux pour 1an'nbsp;cien. Mais léleftricité na encore rien produit denbsp;fi brillant pour Ie genre humain amp; pour les arts »nbsp;fi nou# en exceptons 1analogie aujourdhui dé-montrée entre Ie feu élecfrique amp; celui du ton-nerre , analogie doü a réfulté un préfervatif alTe®nbsp;probable des effets de ce terrible météore: car»nbsp;quant aux guérifons opérées par 1éleftricité ,nbsp;faut convenir quelles font pour la plupartnbsp;conftatées ou très-rares.
Gardons-nous néanmoins de traiter les rechet' ches fur eet objet de pures inutilités , car quao^nbsp;on conficlérera les phénomenes que préfente 1^'nbsp;leéfricité, on ne pourra sempêcher de reconnoi'nbsp;tre quelle eft un des agents les plus généraux ^nbsp;les plus puilTants de la nature. Peut-on difconv^'nbsp;nir que 1identite du feu éleéfrique avec celui d^nbsp;la foudre ne foit déja une belle amp; grande décou*nbsp;verte ? Que dire dune foule dautres analog^^nbsp;ébauchées entre réleftricité, Ie magnétifme,nbsp;fluide nerveux, Ie principe de lavégétation,
-ocr page 307-DE L E L E C T R I C I T É. 299 promettent une grande moiflbn a ceux quinbsp;^ontinueront de cultiver ce champ fertile.
que cejl que PEleclricité; Dijlinclion entre les corps éleclriques par frottement ou par communication.
Léleftricité eft une propriété que certains Corps acquierent par Ie frottement, fqavoir, dat-**rer ou repoufter des corps légers qui fe trouventnbsp;dans leur voifinage. Frottez, par exemple, unnbsp;taton de cire dEfpagne avec la main , ou mieuxnbsp;encore fur du drap, amp; paflez-le a quelques Lgnesnbsp;de petits morceaux de papier ou de paillé; vousnbsp;^es verrez^fe jeter fur Ie baton, amp; sy tenir commenbsp;collés , jufqua ce que la vertu acquife par cenbsp;ftottement fe foit diffipée. I-es anciens avoientnbsp;*etnarqué que lambre jaune ainfi frotté, attiroitnbsp;^es corps légers : de-la Ie nom A'ileclricicé, car ilsnbsp;^oinmoient cette matiere ékclrum. Mais ceft-lanbsp;^Ue fe borna leur obfervation.
Les modernes ont obfervé quune foule dautres Corps ont Ia même propriété. Tels font lambrenbsp;gris, amp; en général toutes les réfines qui peuventnbsp;ftipporter un certain frottement fans samollir ; Ienbsp;|dufre , la cire, Ie jayet, Ie verre, Ie diamant,nbsp;J^.cryftal, la plupart des pierres précieufes, lanbsp;, la laine, Ie poil des animaux , Ie bois biennbsp;defféché.
légard des corps qui ne peuvent acquérir cleftricité par Ie frottement, on a obfervé quilsnbsp;peuvent lacquérir par communication, eeft-a-l^e par Ie contaft , ou par une très-grande pro-^¦mite avec ceux de la premiere efpece , amp; quils
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peuvent la tranfmettre a dautres corps de nature amp; par Ie même moyen. Ces corpsnbsp;éleétri/ables par Ie frottement, font les mét^aXfnbsp;amp; leau foit fluide , foit glacée 1; les corpsnbsp;terreux , les animaux. Maïs nous remarquerons
qua proprement parier, les métaux amp; Ie fluids aqueux font les feules .fubftances vraiment con-duftrices de Ieleftricite, amp; que les autres ne 5®nbsp;font quautant quelles participent de la naturenbsp;métallique, ou quelles contiennent plus ou moiflSnbsp;dhumidité. Léleftricité fenible même encorenbsp;préférer les corps métalliques pour fe tranfmettrenbsp;dun corps i un autre. Si done vous placez uunbsp;des corps de cette derniere efpece , comme unenbsp;barre 8e métal, une de bois humide, dans l3nbsp;proximité ou en contaft avec un corps de 1^nbsp;premiere clafle éleftrifé par Ie frottement , aveCnbsp;les precautions quon indiquera plus loin , il de'nbsp;viendra lui-même éleftrique ; ce que vous recoo1nbsp;noitrez aifément par Ie mouvement quil impri'nbsp;mera aux corps légers qui fe trouveront dans 1®nbsp;voifinage.
Ainfi done tous les corps font fufceptibfes detf® éleélriques, mais de deux manieres differentes lnbsp;les uns Ie font en quelque forte par eux-rnêmes gt;nbsp;on excite dans eux eette vertu par Ie Ample frot^nbsp;tement; on les nomme par cette raifon ékctriqinS'nbsp;les autres ne Ie font que par communication ;nbsp;les nomme communément éhciriqucs par
On a retnarqué depuis, que Ie verre échauffé jufqu^ être rouge, amp; mème plutót, amp; Ia flamme, étoient de»nbsp;condufteurs de Iékéirkhé. Au contraire, feau qu1»nbsp;fon état de fluidité, eft un condufteur1de léleöricjt^rnbsp;celfe de J etre lorfquelle eft fortement gelee.
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^i^cation, OU non-éleBriquts: il vaudroit mieux les ®Ppeler conduBeurs de réleBricité; amp; cefl; ainfinbsp;nous Ie ferons Ie plus fouvent.
II eft a propos dobferver que ceux de la pre-*iiere clafle ne font point fufceptibles de recevoir Iéleftricité par communication , ou ne la reqoi-^ent ainfi que difficilement. De-la vient que,nbsp;dans les experiences quon va décrire, on placenbsp;les corps quon veut éleftrifer par communication , ou (ur des gateaux de réfine, ou Air desnbsp;kordons de foie; car autrement, léleftricité pro-duite dans ,eux fe difliperoit tout-a-coup par Ienbsp;contaft des corps éleftrifables par communication , auxquels ils toucheroient.
^efcription de la Machine éUBrique ou d éleclrifer^ ainji que des Injlruments acce^oires pour lesnbsp;experiences de FEleBriciü.
Lorfquon commenqa h cultiver Ia théorie de Iéleftricité, on fe fervoit uniquement pour 1ex-citer, dun tube de verre de 3 pouces environ denbsp;diametre , amp; de 25 è 30 pouces de longueur. Onnbsp;Ie frottoit dans fa longueur amp; dans Ie m5menbsp;lens avec la main nue, pourvu quelle fut biennbsp;I^che , OU enveloppée dun morceau de flanellenbsp;tiu de drap; on préfentoit enfuite ce tube a unnbsp;^orps quon vouloit éledlrifer. Ceft ainfi que lesnbsp;^tay^ les Dufay, ont fait leurs premieres expé-tiences éleftriques.
On a enfuite fubftitué a ce moyen celui dun Slqbe fufpendu avec de la poix entre deux man-Otins de bois qui lui fervoient daxe, amp; quonnbsp;«ifoit tourner rapidement avec une manivelle ou
-ocr page 310-301 RéCRéAT. Mathémat. et Phys. line roue ; on appliquoit la main feche a ce globe»nbsp;OU on Ie failoit frotter par un couffinet : cela ynbsp;excitoit réleiSricité , quon recueilloit ,nbsp;ainfi dire , au inoyen dune frange métallique quinbsp;pendoit fur ie globe, ou autrement,
A ces machines a fuccédé celle que nous allon* décrire , qui eft beaucoup plus fimple ; aulfinbsp;a-t-elle comme banni des cabinets des phyficiensnbsp;la machine précédente.
PI. 7, La nouvelle machine électrique eft compofes fig. 40. dun batis formé dun pied A , fur lequel {ot\inbsp;élevés amp; aflemblés deux montants B amp; C, after-mis par Ie haut au moyen dune piece circulair®nbsp;D. Ces deux montants doivent être plus oUnbsp;moins hauts, fuivant que Ie plateau circulaire denbsp;verre fera dun plus ou moins grand diametre ; catnbsp;il faut que Ie bord napproche pas trop prés ni dilnbsp;haut de eet affemblage , ni du bas.
Ceft cette piece circulaire de verre E qui eft 1* piece eflentielle de la machine. Elle eft percéenbsp;dans fon centre dun trou aflez grand pour y paflernbsp;amp; aflurer folideinent un axe dacier qui porte fu^nbsp;les deux montants , amp; eet axe du coté C eft prO'nbsp;longé en dehors , amp; terininé quarrément pour ynbsp;emmancher une maniveile qui fert a faire tournefnbsp;cette glace.
Les deux montants portent enfin dans Ie hai'^ amp; dans Ie bas deux couflinets de cuir remplisnbsp;erin, enforte que la piece circulaire de glace,nbsp;tournant, foit frottée par ces couflinets, a qucl'nbsp;ques pouces de fon bord.
Enfin, fur la partie allongée de Iempatemenf» eft établi Ie conducteur, fur un pied de verre et*nbsp;forme de colonne. Ce condufteur eft une pie®®nbsp;cylindrique de cuivre, terminée dun cóté
-ocr page 311-DF. lElECTRICITÉ. 30J boule G du même métal, amp; formé de 1autrenbsp;en un are a peu prés demi-circulaire, por-^ant a chaque extrémité deux efpeces de demi-§lobes H amp;. I, qui préfentent a la glace leur bafenbsp;circulaire. Cette bafe circulaire eft garnie denbsp;'l'iatre pointes dacier, aiguës amp; de mêine lon-Sueur. Le pied de ce conduéleur peut avancernbsp;^ reculer fur Tempatement qui le fupporte, denbsp;ianiere a approcher ou eloigner a volonté lesnbsp;Pointes ci-delfus décrites de la furface de la glacenbsp;verre ; car ce font ces pointes , comme on lenbsp;'¦^rra, qui attirent amp; pompent, pour ainfi dire ,nbsp;C fluide éleftrique excite ou mis en mouvementnbsp;par le frottement des petits couffins fur la glacenbsp;Circulaire,
Lors done quon voudra produire Péleélricité, placera la machine furune table folide, amp; onnbsp;^affurera par des vis. On fixera le condufteurnbsp;ctforte que fes pointes approchent de très-près lanbsp;SWe circulaire, on la mettra en mouvement,nbsp;*11 faifant tournet la manivelle, Le conduéteurnbsp;^onnera prefque fur le champ des marques délec-^'icité, foit en produifant des étincelles a lap-Pfoche du doigt, foit en attirant amp;; éloignantnbsp;Cs corps légers quon en approchera.
ÏI. y a quelques autres inftruments qui font né-c^lfaires pour les experiences éleéfriques. Nous Parlerons néanmoins uniquement ici de ceuxnbsp;ont 1ufage efl: le plus general, nous réfervantnbsp;c décrire les autres a mefure que nous expofe-J^^ns les diverfes experiences oü ils font nécef-
On doit être pourvu de quelques marche-
304 Récréat. MathéMat. et Phys. pieds enduits de réfine , quarrés ou circulaires.nbsp;On leur donne 15 a 18 pouces de coté ou denbsp;diametre , amp; pour plus de süreté de lefFet, oUnbsp;peut les faire porter fur quatre corps de bouteill^*nbsp;de gros verre. Ils fervent a ifoler les corps ou 1^*nbsp;perfonnes quon veut éleftrifer.
II. nbsp;nbsp;nbsp;Comme il y a quelquefois du danger a tirefnbsp;réleftricité avec Ie doigt, il faut être muni dun
Pl, 7, inftrument appelé \'excitateur. Ceft un are de fig. 41' eerde métallique, emmanché a fon milieu a «f*nbsp;manche de verre ou de cire dEfpagne; mais 1®nbsp;premier eft preferable amp; plus folide. En touchafltnbsp;avec Tune des boules de eet inftrument Ie corpsnbsp;Ie plus fortement éleftrifé, on peut en tirer fau*nbsp;danger une étincelle , parceque Ie manche denbsp;verre intercepte Ie paflfage de léleéfricité , denbsp;lexcitateur a la perfonne qui Ie tient.
III. nbsp;nbsp;nbsp;On doit auffi avoir une chaine de métal»nbsp;ou de plufieurs fils de fer lies les uns aux autres-Elle fert a tranfmettre léleftricité loin du premie^nbsp;condufteur HGl; ce qui fe fait en falfant porternbsp;cette chaïne par des cordons de foie attachés ai*nbsp;planchet, ou tendus entre deux traverfes.
IV. nbsp;nbsp;nbsp;II eft a propos dêtre muni dun long tub®nbsp;de métal, ou de carton doré, amp; de plulieu'^^nbsp;pouces (3 0U4) de diametre. Ce tube fe comiur^'nbsp;niquant au premier condufteur par une chaiue»nbsp;forme un fecond conduéleur qui fe charge d®nbsp;beaucoup déleélricité, amp; fert a quantité dexp®'nbsp;riences. Plus ce tube eft long Sc gros , plus 1®'nbsp;leéfricité dont il fe charge eft conlidérable. H ®nbsp;effentiel qull nait aucune pointe ni émineO®®nbsp;aiguës , par les raifons quon verra plus loin,
ÜE LELÉCtftlCITi. 305
foucoupes de verre, pour ifoler les corps dont On veut conferver Téleftricité.
VI. nbsp;nbsp;nbsp;II faut auffi être pourvu de quelques piecesnbsp;oe inétal, les unes pointues, les autres terminéesnbsp;par une éminence fphérique; les unes emman-^i'ées a des manches de verre, les autres portéesnbsp;P^r des manches de matiere tranrmettant l*élec-^ricité, comme on a dit plus haut.
VII. nbsp;nbsp;nbsp;Les couffins ont befoin detre de temps inbsp;®'^tre laupoudrés dun amalgamefervant a y en-*retenir Ie frottement. Celui qui paroit Ie mieux
, eft 1amalgame détain amp; de mercure, tel 'lUe celui quon met derriere les glacés, avec unenbsp;!*'oitié de crale ou blanc dEfpagne*; Ie tout mé-amp; réduit en une pouffiere impalpable.
^Telles font les principales parties de 1appareil quot;^celTaire pour les expériences éleélriques les plusnbsp;^'^irimunes. Nous allons paffer a ces expériences,nbsp;allant du plus fimple au plus compofé.
Premiere Expérience.
VEtincelU ckclrique.
. Tout étant difpofé comme on 1a expliqué plus , amp; lair de la chambre étant fee, mettez lanbsp;J''^chine en mouvement pendant quelques mlnu-Que quelquun préfente alors un doigt aunbsp;^Onduéteur : lorfq uil en fera diftant dune lignenbsp;['''deux, OU davantage , fuivant la force de lé-^^ftricité , il fortira a-la-fois du conduftèür Sc dunbsp;une double étincelle , accompagnée denbsp;üit, qui caufera même quelque douleur.- Lorf*,nbsp;cette perfonne , que nous fuppofons ïpr, Ienbsp;^richer, touchera Ie conduéleur , il ne donneranbsp;! de marque déleftricité, parcequelle fe com-Tome IF,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;V
-ocr page 314-30Ó Récréat. Mathémat. et Phys. muniquera par elle a toute la mafle des corpsnbsp;non-éleftriques a laquelle elk touche.
Ile ExPÉRIENCE. Comniunicatwn de lékciricué a diverfespcrfontt^f-
Faites monter la perfpnne en queftion fur gateau de réfine, ce qui Tifolera du planchet, ^nbsp;mettez la machine en mouvement: non-feulemc*^*-Ie conduöeur, mais cette perfonne, feront éleC'nbsp;trifés; enforte que tous ceux qui ne feront p^*nbsp;dans Ie même dtat, 8c qui viendront i touchednbsp;1un OU lautre , en tireront 1étincelle éleftriqu®'
Vingt perlpnnes 8c bien davantage, pourro»^ ainfi être éleftrifées, pourvu quelles foient toute*nbsp;ifolées.
Ill® Experience.
VAttraction amp; la Répuljlon.
Préfentez 4 une perfonne éleélrifée ou au coU' duéleur, des feuilles de métal battu, des brins d®nbsp;paille, de papier, 8c autres corps légers noU''nbsp;éleftriques; vous les verrez, quand ils feront a *nbsp;diftance convenable, sélancer fur Ie corps ék®'nbsp;trifé: mais ils ne lauront pas plutót touché, q^tnbsp;en feront repouffés. Si alors on les reqoit futnbsp;corps non-éleélrique, ils ne lauront pas pk^fnbsp;touché, quils reviendront vers Ie corps élelt;fttii®nbsp;amp; en feront de nouveau repouffés, 8cc.
IVe ExPÉRIENCE. nbsp;nbsp;nbsp;,
Qufi^es Jeux éleSlriques fondès fur la prop^^^^ précédente. Le Poiffon d'or^ la Danfenbsp;iUBrique, la Pluk lumineufe.
de 1ELECTRïCïTÉ. 307. . ^^poufler lorfquils font dans eet érat, amp;c denbsp;^|ürer quand lun deux left feulement, a donnénbsp;a quelques petits jeux affez agréables,nbsp;nous allons expliquer ici avec 1étendue quenbsp;mériter leur importance.
Coupez dans une feuille dor battu qui ait '1ielcjue fermeté, un rhombe dont les deux anglesnbsp;Ppofés foient fort obtus, tandis que les deux au-feront fort aigus. Préfentez cette feuille denbsp;'fal au condufteur , enforte quun des anglesnbsp;séleve Ie premier, 8c aufli-töt placez aunbsp;pous un plateau métaliique ; vous la verrez fenbsp;j ^cer amp; refter prefque immobile entre Ie conduc-amp;c ce plateau.
nt
/^périence fe fait dans lobfcurité, vous verrei pieds 8c de la tête; ce qui formera un petit
jj ces feuilles de métal font taillées en petites S'Jres humaines, furmontées dun angle aigu,nbsp;j'^lorme de bonnet pointu, quon les couche furnbsp;^ Plateau , quon les préfente enfin ainfi au deflbusnbsp;conducteur, ou dun autre plateau commu-j,qiiant au conducteur, on les verra fe relever,nbsp;^enir droites , fauter vers Ie conduCteur, sabaif-gt; en tournant en rond plus ou moins rapide-, ce qui figurera une efpece de danfe; 8c ft
aigrettes lumineufes sélancer alternativement Pieds -nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦ -nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦
^®^acle très-agréable.
^ Maintenant taillez cette feuille de métal en fort allongée dun cóté , tandis que de lau-file fera beaucoup moins aiguë. Dans cettenbsp;''Qus lui donnerez , ft vous voulez, lappa-de la tête dun poiffon. Prenez-la par 1an-Pat rnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, en la préfentant au conduCteuC
1^1 5 P^us obrus, a la diftance dun pied, ft lé-cité eft fotte: eUe séclwppera de vos doigts,
3ot5 Récréat. Mathémat. et Phys.
iü
amp; volera dun mouvement ondoyant vers Ie coRquot; dufteur , au deffous duquel elle fe placera ^nbsp;demi ou un quart de pouce dfe diftance, ennbsp;toumant Tangle obtus: quelquefois elle sen ap'nbsp;prochera jufquau contaft, amp; fera aufli-fot t®'nbsp;pouflee ; ce qui figvrtera Ie jeu dun petit poilï^'nbsp;qui viendroit becqueter ou mordre Ie condufteuf*nbsp;De-la ce petit jeu a été appelé Ie Poijfon d'or.
III. La pluie lumineufe fe fera de cette ma* niere. Sufpendez au condufieur un plateau circ'i'nbsp;laire de ^ ou 6 pouces de diametre; ayez enfn^^nbsp;un plateau métallique en forme de foucoup®nbsp;dont vous environnerez Ie i ord dun cylindre ^nbsp;verre de 5 a 6 pouces de hauteur; couvrez/®nbsp;plateau de recoupes de feuilles de métal bi^!nbsp;fines amp; légeres , amp; placez-le fous Ie plateau mnbsp;pendu au conduffeur, Lorfque ce derniernbsp;fortement éleftrifé , vous verrez toutes ces peth^*nbsp;feuilles de métal sélever du plateau inféri^'^nbsp;contre Ie fupérieur, y étinceler, être repoud^®*nbsp;contre celui den bas, y étinceler encore ,nbsp;étinceler entrelles lotfquune delles , étant él^'quot;'nbsp;trifée , en rencontrera une qui ne Tétoit pas jnbsp;qui remplira Ie cylindre de verre de beaucoup ^nbsp;lumiere , Sc donnera Tapparence dune pluisnbsp;feu.
Ve Experience.
Répuljion cntrc des corps également éleclrip^'
Sufpendez a Textrémité du conduéteur fils de matiere non-éleftrique , comme de lio»nbsp;chanvre , de coton, Scc : ils pendront petp^ . C5nbsp;culairement Sc fe toucheront, fi leurs extréin*^nbsp;fupérieures fe tovicbent, Faites tourner Ie
iii
-ocr page 317-DE LElectric IT É. ' nbsp;nbsp;nbsp;309
produifez léleftriclté dans Ie condufteur Sc fils: vous les verrez auffi-tót fe repoufler 1unnbsp;, amp; former entreux un angle dautant plusnbsp;Ouvert, que réftricité fera plus forte. Lorfque lé-^uricité diminucra, ils fe rapprocheront lun denbsp;^3utre.
, Cette expérienee démontre un fait important la théorie éleélrique, ceft que deux corpsnbsp;p'ftrifés femblablement, fe repouffent 1un lautre.nbsp;,'ufieurs phénoinenes amp; jeux éleftriques tirentnbsp;®'la leur explication.
V Ie Experience.
Conjlru^ion d'un EUclrometre. nbsp;nbsp;nbsp;- -
- ^experience ci - deflus fournit un moyen dè ^^'ger de la force de 1éleélricité ; amp; Pon peutnbsp;|,^§arder les deux fils dont on a parlé, comme unenbsp;^rte déleftrometre. Néanmoins , comme deuxnbsp;* femblables peu'vent être fujets a bien des mou-^^¦Rents indépendants de Péleftricité , les élec-.^'ciens ont adopté prefque généralement Ie petilnbsp;'^ftrument fuivant, qui néft guere moins fimple,nbsp;. öeiix petites boules de r lignes de diametre,nbsp;^ de liege ou de moëile de fureau-, portées auxnbsp;5Rx extrémités dun fil conduéfeur de Péleéfri-j forment toute cette machine. On paffe cenbsp;j ^ur Ie condufteur , enforte que les petites bou-pendent a la même- hautepr. Auffi tót quomnbsp;poduit Péleftricité dans Ie conduéteur, amp; con-®^Uemment dans les petites boules , elles- sécar-Pune de Pautre ; amp;£ la grandeur de Panglenbsp;forment les fils, fait juger de Pintenfité denbsp;sélrlcité. Nous difons juger de cette intenfité,nbsp;f Qn ne peut pas , ni par ce moven» ni pat
V üj
-ocr page 318-310 RÉCnéAT. MATHiMAT. ET Phys, aucun autre que je connoifle , de'terminefnbsp;^leftricité double, triple, quadruple dunenbsp;iTiais au moins eft-on fondé a conclure quun deg^®nbsp;déleflricité eft plus grand ou moindre qu'unnbsp;tre , OU que deux degrés déleftricité font ^gati*»nbsp;fuivant que 1écartement des deux boules eftnbsp;grand ou moindre , ou Ie méme; ce quilnbsp;ordinairement de connoitre.
VII« Experience.
'^Allumtr di Pefprit di vin avec VétincelU éleciri^^^'
Une perfonne étant éleörifée, quune portee fur Ie plancher sapproche delle, ay^fnbsp;dans fa main une cuillere rempUe defprit denbsp;tien déflegmé amp; un peu échauffé; que la perfoP*^nbsp;ëleéirifée préfente Ie doigt a eet efprit de vin ?nbsp;mieux encore une pointe de fer émoufleenbsp;un poinqon , ou la pointe dune épée: il foft*^*nbsp;de la liqueur une ëtincelle éleftrique qui y
Ie feu. _ nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, . Ilf
Si la piqüre douloureufe, caufee par Ietince** éleftrique , pouvoit encore laiflêr quelque do^'nbsp;quelle füt un vrai feu , cette expérience-c* ®nbsp;convaincroit.
Vin® Expérience.
Propriétés des Pointes^
Au lieu dun condufteur tel que nous décrit plus haut, fervez-vous dune barre denbsp;tal anguleufe , ou terminée par une ou pluli^®^nbsp;pointes aiguës; mettez Ie globe en mouvetne^^nbsp;amp; approchez Ie doigt dun angle ou dune poiu^ ^
-ocr page 319-DE LELECTRlCITé- Ji*
néanmoins Ie faire aflez pour én tirer létin-Celle éleftrique , vous reffentirez comme un fle qui sen exhale , amp; même avec un petit bruif.nbsp;f^ment.
Mais fi vous faités lexpérience danslobfcorité, '^ous jouirez dun joli fpeftacle ; car, lorfque 1é-^eftricité fera vigoureufe , vous verrez fortir denbsp;angles des gerbes lumineufes , qui saugmen-^eront confidérableirrent quand vous leur préfen-*erez Ie doigt.
Vous reconnoitrez en même temps, que la caüfe
ce fouffle léger amp; accompagné de brult, neft *utre chofe que léruption du fiuide éleftrique ,nbsp;^uel quil foit, qui fort du corps éleftrifé , amp;nbsp;tjui fe préclpite vers votre doigt ; dou il fuit quenbsp;ceft un corps, puifquil réagit contre un autrenbsp;Corps.
On dolt remarquer que lorfque Ie corps éléc-*tiré eft anguleux, il perd beaucoup plutöt lé-leélricité qui lui a été communiquee. Ces angles ^ ces pointes fèmblent être autant de déchargcsnbsp;fpontanées de la matiere éleflrique : aiofi 1oa.nbsp;doit les éviter dans les corps quon veut ele^rifer ^nbsp;St dans lefquels on veut maintenir Ie plus long-*emps poffible Téleftricité.
Diffirenu des pointes amp; des corps imouffès,.
Eleftrifez dans lobfcurlté un conduéleur ordinaire , ou un autre corps quekooque non-anga-ïeux; 6c lorfqu^il fera fortement éleftrifé, pré-fentez-lui un corps émouffé, comme Ie doigt oa-nn poinqon obtus amp; arrondi. II faudr» quit etv a0èz voifin. pour tirer létinceVle eleftriqu^
|ii Récréat. Mathémat. et Phy^»
Maïs fi vous lui préfentez une pointe fort aiguc J vous verrez , avant quelle foit a beaucoup prés»nbsp;voifine, sy former a la pointe une étoile luiu*'nbsp;neufe en forme de gerbe fort courte ; amp; finbsp;corps éleftrifé ne reqoit pas a chaque inftant ui^nbsp;fupplément déleflricité , il en fera bien vit®nbsp;privé.
Si cette pointe eft portee par un gateau fi® refine , elle deviendra elle-même éleétrifée , ma**nbsp;Téleftricité du conduéleur ne sanéantira pas eH'nbsp;tiérement,
II paroit par cette experience, que fi dans précédente les gerbes lumineufes font formées pa^nbsp;une matiere qui sécoule du corps éleélrifé , i®*nbsp;cefl: Ie contraire; elles font formées par une ma'nbsp;tiere qui afflue amp; qui fe précipite vers la poim®nbsp;préfentée au corps éleélrifé. Que peut-on dire canbsp;effet, lorfquon voit un corps non-éle6frifé Ie de'nbsp;venir par cette voie, finon que la matiere, Ie feünbsp;OU Ie fluide életlrlque, fe porte du corps éleftrif®nbsp;dans 1autre , dautant quil eft conftant que 1®nbsp;premier perd par-la tout,ou partie de fon éleélt*quot;nbsp;cité , felon les circonftances, ceft-a-dire, fuivantnbsp;que lautre eft fur Ie plancher, ou ifolé ?
Quoi quil en foit, voila une finguliere amp; t®' marquable propriété des pointes, On verra pl***nbsp;loin 1ufage extraordinaire que M. Francklin e** *nbsp;fait, '
Xe E X P É R I E N C E.
Mflnhrt dt Hconnoüre Jl un corps eji dans déleSricité.
Lorfque deux corps font également éleélrifé*» amp; quon les approche lun de lautre jufquau com-
DE LELÉCTRICITÊ. jij
11 ne fe manifefte entreux aucun figné dé-^^ftricité par Tétincelleou Iemanation éleftrique: ce dont U eft aifé de fe convaincre ; car ,
Une perfonne éleélrifée par 1attouchement du ^Ondufteur, donne la main a une autre éleftriféenbsp;la méme maniere, ii ny aura point détin-'elle.
Ces deux perfonnes pourroient néanmoins reconnoitre quelles font éledlrifées, a un figne que '^oici: elles nauront qua prendre chacune a lanbsp;J^ain un fil de matiere non éledlrique, ou unenbsp;^oule de liege fufpendue a un pareil fil ; fi cesnbsp;ceux boules ou ces deux fils fe repoulTent, ellesnbsp;Co devront conclure quelles font dans un étatnbsp;cleftrique,
XI® Experience,
DiJlinBion des deux Eleclricités.
Ayez une machine éleflrique montée comme dies' 1étoient anciennement, ceft-a-dire avec unnbsp;§lobe de verre ; ayez-en une feconde oü ce globe,nbsp;^0 lieu detre de verre , foit de foufre ; que cha-CUne éleftrife un condufteur par un de fes bouts:nbsp;On verra avec étonnement que fi les deux machinesnbsp;''ont également vite, on ne tirera point ou pref-Hoe point détincelles du conduéleur,
, n nen feroit certainement pas de mdme fi lon c^eélrifoit Ie condufteur avec deux globes denbsp;^erre a-la-fois, ou avec deux globes de foufre;nbsp;jf* étincelles feroient beaucoup plus vives que linbsp;On neüt mis en mouvement quun feul globe.
Remarque.
Cette experience, que M. Francklin dit avoir
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514 RiCRÉAT. MATHImaT. ET PhYS. faite ^ la follicitation de M, Kinnerfley, fort antifnbsp;me paroit mettre hors de doute la difference denbsp;réleftricité communiquée par Ie verre , davecnbsp;celle communiquée par Ie foufre , amp; par confe-quent la diftinftion des éleélricités vitrée amp;nbsp;phureufe ou réfineufe; diftinélion déja avanccenbsp;par M, Dufay.
En effet, M. Dufay avoir déja obfervé q«c f tandis que deux corps éleéfrifés par Ie verre oi*nbsp;Ie foufre fe repouffent mutuellement, cependan*nbsp;lorfque lun étoit éleftrifé par une de ces matieres»nbsp;amp; lautre par lautre, au lieu de fe repouffer d*nbsp;sattiroient. Je ne fqais quelle plus forte preuv®nbsp;on peut defirer de deux états bien différents.
Quon joigne a cela lexpérience ci-delTus d® M. Francklin , comment pourra-t-on éluder 1*nbsp;conféquence quil en tire avec M. Dufay? Cafnbsp;il eft évident amp; connu que deux corps éleftrifc^nbsp;également, amp; tous deux par Ie globe de verre gt;nbsp;peuvent fe toucher fans étincelle, fans diminutioi^nbsp;de vertu éleftrique dans tous les deux. Puis don^nbsp;que ces mêmes corps éleftrifés , lun par Ie verre 1nbsp;lautre par Ie foufre, détruifent mutuellement Ic^*^nbsp;éleéfricité , il faut que Tune foit dune naW^^nbsp;oppofée a lautre, amp; tout-a-fait différente.
Je fqais que dhabiles phyficiens, malgré raifons, perfiftent a rejeter cette diftinélion;nbsp;je crois que Ie préjugé agit en eux, ou que , fédui[*nbsp;par des idees particulieres , ils refufent d'ouVf*^nbsp;les yeux a la lumiere. Je fuis porté a penfer tl*^^nbsp;fi M. 1abbé Nollet navoit pas eu déjanbsp;fyftême fur léleftricité , il eut adopté la difti^*quot;*nbsp;tion des deux éleélricités contraires.
Quoi quil en foit, ceft ici Ie lieu de don*®^ une idéé du fyftême de M. Francklin for 1él^^
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'nclté. Suivant ce pliyficien cëlebre , tous les lt;^orps dans leur état naturel, renferment dans leurnbsp;fubftance ou fur leur furface une certaine quan-*ité dun fluïde qui eft Ie fluïde éleftrique. Laïr,nbsp;quï étant bïen fee nefl: poïnt un conduéleur dë-leftrïcïté, einpêche fa dïffipation. Maïs Ie frotte-Jtient de certaïns corps, du verre, par exemple,nbsp;fallèmble fur la furface de ce verre Une plus grandenbsp;quantïté de fluïde, enforte que fi ce verre eft ennbsp;ïontaft ou très-voïfin avec un corps éleftrïquenbsp;par communïcatïon, une maflë de fer, par exemple , ce fluïde accumulé fur la furface du verre,nbsp;tend k pafter, pour conferver léquïlïbre , dans lanbsp;maffe de fer. Aïnfi cette maffe acquïert par-la unenbsp;plus grande quantïté de fluïde éleftrïque: il efl;nbsp;alors éleélrïfé pojitivement. Maïs fi Ie corps élec-trïque, au lïeu dacquérïr par Ie frottement unenbsp;plus grande quantïté de fluïde éleftrique , en perdnbsp;au contraïre , ce quï arrïve au foufre, Ie corps ennbsp;contaéf avec celuï-cï perdra une partïe de fonnbsp;fluïde éleftrique propre amp; naturel: ïl fera alorsnbsp;éleftrifé négativement. Lun aura plus de fluïdenbsp;éleéfrïque que dans 1état naturel, amp; celui de tousnbsp;les corps quï communïquent a la terre; lautre ennbsp;aura moins. Volla Ieleftrlcite pojitive Sc 1élec-tricïté negative.
II faut convenïr quon ne volt pas trop claire-tuent comment Ie frottement accumulé fur la furnace du corps frotté une plus grande quantïté de fluïde éleftrïque. On ne (qaït pas même fi Teffetnbsp;flu frottement eft de 1accumuler fur Ie verre , onnbsp;en dïmïnuer la quantïté; sïl la dïmïnue fur Ienbsp;Oufre amp; les refines , ou sïl laugmente. Aïnfi 1onnbsp;fqait pas quelle eft léleftrïcïté pojitive , quellenbsp;la negative j maïs on fqait, a nen pouvoir
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gliere douter , que leurs efFets font contrairès j ^ cela fuffit. Plufieurs raifons néanmoins rendei^nbsp;probable que 1éleftricité produite par Ie frotquot;nbsp;tement du verre eft la pojitive , ou par accuW'*quot;nbsp;lation.
Malgré cette incertitude , la théorie ou lhyp^' thefe de M. Francklin a pour elle un grand avaO'nbsp;tage fur celle de M. labbé Nollet, Ce derniefnbsp;conqoit une matiere répandue dans tous les corps rnbsp;amp; métne dans 1air, quil nomme, ainfi que toUSnbsp;les autres philofophes éleftriciens, Ie jluide Ucc-trique. Cela lui eft cominun avec M. Francklin inbsp;maïs il veut que leffet du frottement foit de fair®nbsp;tantót jaillir ce fluïde des pores du corps frotte ,nbsp;tantót de 1y attirer. Ainfi léleéfriclté ou Ie fluid®nbsp;éleftrique eft tantót cff-uent, tantót afluent;nbsp;ceft au moyen de cette effluence ou affluence ^nbsp;que ce phyficien explique tous les phénomenesnbsp;de léleftricité. Mais un grand défaut de ce fyf'nbsp;tóme , ceft que tout y eft:, pour ainfi dire , arbi'nbsp;traire. Ce quon nexplique pas par Ie fluïde af*nbsp;fluent , on ne peut manquer de 1expliquer pafnbsp;1effluent. Ce font les diverfes matieres de Def'nbsp;cartes , ou fa matiere fubtile qui fe prête a tout.nbsp;Au contraire , les effets font beaucoup plus lies aU*nbsp;caufes, fi 1on veut hypothétiques, de M. FranC'nbsp;klin. Pourquoi part-il une étincelle a 1approch®nbsp;dun corps éleftrifé pofitivement ou negative'nbsp;ment, avec un autre qui eft dans 1état naturel?nbsp;La réponfe eft aifée. Le fluide éleftrique accu'nbsp;mulé dun cóté , amp; bandé , pour ainfi dire ,nbsp;forme datmofphere fur la fiirface dun corps , f®nbsp;remet en équilibre dès quil eft en contaélnbsp;une autre atmofphere éleéfrique moins conden*nbsp;lt;ée: ce fluide fe répartit également entre les deux
IDE lElectricité. 317 torps i ce qpi ne peut fe faire fans un écoulementnbsp;ïnfiniitient raplde qui produit la lumiere. Maïs cenbsp;^ui charme fur-tout dans lhypothefe de M- Franc-^^dn, amp; qui eft prefque la pierre de touche de lanbsp;'^érité, ceft quil ny a guere dexpérience dontnbsp;fimple defcription ne fuffife a celui qui a biennbsp;con(ju cette hypothefe, pour en deviner fur Ienbsp;champ Ie réfultat. Jai eu ce plaifir prefque autantnbsp;de fois que jai lu des livres traitant de Teleftri-cité amp; des defcriptions dexpériences éleftriques.nbsp;Ï1 nen eft pas de même du fyftème de M. 1abbénbsp;Nollet: on ne prévoit rien de ce qui doit arri-¦ver ; amp; ft 1on explique tout, ceft que aucunnbsp;cffet neft lié nécelïairement avec fa caufe. Si Ienbsp;phénomene eüt été tout oppofé, on leüt égale-Rient explique : on y emploieroit leffluence aunbsp;lieu de 1aftluence : 1un eft Ie remede ou Ie fup-plément de 1autre.
Nous ne dilTimulerons cependant point quil ^y ait quelques faits difficiles a concilier avec Ienbsp;ïitouvement du fluide éleiftrique , qui eft une fuitenbsp;tteceflaire du fyftême de M. Francklin.
Pourquoi , par exemple , en approchant Ie doigt dun corps éledfrifé, foit pofitivement, foitnbsp;'tégativement , voit-on également une doublenbsp;ctincelle partir de cbacun des deux corps ? II fem-^leroit quelle devroit partir feulement de celuinbsp;*lui eft doué de 1éleftricité pofitive.
Pourquoi, dans une certaine experience oü 1on Pcrce une main de papier par 1étincelle éleftri-, voit-on la bavure du trou tournee en fensnbsp;Contraire de ce quelle devroit étre ft Ie fluidenbsp;^ccumulé fur la furface du corps éleftrifé pofiti-^ctnent , étoit Ie feul qui fe portat fur Ie corpsnbsp;leftrifé négativement ? Nous ne parlons pas de
-ocr page 326-3i8 RécRéat. Mathémat. et PHts. plufieurs autres qui ont été remarqués par lesnbsp;tifans de M. labbé Nollet. II y a matiere anbsp;pendre encore Con jugement fur Ie mécaHifnie dsnbsp;ce phénomene.
XII® Experience.
La Bouteille iUBriqut ^ amp; la Commotion.
Ilneft peut-être point, dans Ia phyfique, da phénomene plus étonnant que celui que nous allon*nbsp;décrire- Ayez une bouteille de verre blanc , fot*nbsp;mince amp; a long col, comme une caraffe , amp; rem-pliffez-la jufquaux deux tiers environ deaii, otfnbsp;de limaille métallique , ou de grenaille de plomb.nbsp;Après 1avoir fermée dun bouchon de liege , iigt;'nbsp;troduifez a travers ce bouchon un fil de fer qw*nbsp;plonge dans 1eau ou dans la limaille , amp;L qui patnbsp;lautre bout déborde Ie bouchon de quelques pou-ces, Sc foit terminé en pointe émouffée ou eonbsp;crochet.
Cette bouteille étant ainfi préparée , prenez-la par Ie ventre , Sc préfentez-en Ie fil de fer au con-duéleur de la machine a éleftrifer, pendant quell®nbsp;agit; la bouteille fera ce quon appelle chargii-Alors, Sc pendant que Ie fil de fer eft en contaélnbsp;avec Ie conduéleur, tentez de toucher Ie conduC'nbsp;leur de lautre main ou Ie fil de fer ; vous relTenti'nbsp;rez a travers Ie corps un coup violent, qui parot'nbsp;tra affeéler plus particuliérement tantót la pol'nbsp;trine, tantót les épaules, Ie bras ou Ie poignot.
On reffentira Ie même effet fi , sétant retire avec la bouteille tenue par Ie ventre dune main jnbsp;on touche avec lautre Ie fil de fer,
DE LELECTRICITÉ. 319 perfonnes quon voudra, fe tenant toutes parnbsp;main, 6t fans être ifolées. La premiere perfonnenbsp;douche Ie ventre de la bouteille ou la tient par-la,nbsp;pendant que Ie fil de fer eft en contaft avec Ienbsp;condudeur; la derniere touche Ie condufteur : anbsp;^ inftant tous ceux qui forment la chaine font frap-pés du coup interne décrit plus haut. Lorfque lanbsp;^uteille eft groffe amp; fort chargée, Ie coup eftnbsp;^uelquefois ft violent, quon en perd pour un moment la refpiration, Le fameux Mufehenbroek ,nbsp;* qui M. Cuneus fit part de ce phénoinene quenbsp;hafard lui avoit préfenté , avoit apparemmentnbsp;été frappé avec bien de la violence, puifquennbsp;^annonqant aux phyficiens Franqois, il proteftoitnbsp;^uil ne sexpoferoit pas a un pareil coup une fe-eonde fois, pour le royaume de France. II eft provable quil seft dans la fuite un peu plus aguerri.nbsp;^omme cette experience finguliere seft faite anbsp;l-eyde pour la premiere fois, on lui donne afleznbsp;^Ommunément le nom ^Experience de Ley de ; Scnbsp;ï la bouteille ainfi préparée, le nom de la Bou-^ille de Ley de.
Les phyficiens Franqois ont fait une fois une chaine de 900 toifes de longueur, au moyen denbsp;^ent a deux cents perfonnes qui fe communi-Hoient par des fils de fer. Toutes reffentirent aunbsp;terne inftant la commotion. Une autre fois onnbsp;*®nta de tranfmettre la commotion le long dunnbsp;de fer de deux mille toifes de longeur; amp; lex-P^rience réuffit, quoique le fil traïnat fur lherbenbsp;V^mide, 5c.la terre nouvellement labourée. Enfinnbsp;Comprirent dans la chaïne leau du grand baf-t des Thuileries, qui a prés dun arpent de fur-*ce; 5c la commotion fe tranfmit très-bien anbsp;^^vers. Si les Anglais ont execute cette expé-
-ocr page 328-320 RÉCRÉAT. MATHÉMAt. ET PhVS. rience encore plus en grand, il eft évidentnbsp;les Franlt;jois les y ont comme menés par la maiR'
Remarque s,
I. Comme il réfulte des inconvénients poids de 1eau ou de la grenaille quon met'nbsp;toit dabord dans la bouteille, on a imaginenbsp;garnir lintérieur dun limple enduit métalliqi^®'nbsp;Cela fe peut faire en plufieurs manieres. La pl^®nbsp;limple eft de couler dans la bouteille denbsp;fortement gommée, amp; den humeéfer la partisnbsp;quon veut couvrir de eet enduit. On óte Texce'nbsp;dent de cette eau gommée, amp; on verfe dans I*nbsp;bouteille de la limaille de cuivre bien fine : ell.®nbsp;sattache a leau gommée , amp; forme un enduitnbsp;intérieur qui doit être touché par Ie fil de fet tnbsp;pour que la bouteille fe charge.
On augmente au fli 1effet de la bouteille tl® Leyde, en recouvrant la plus grande partie di*nbsp;dehors dune feuille de métal, comme détain.
I[. On peut charger la bouteille dune autre m3' niere que celle décrite ci-deftirs, fqavoir par 1eJt'nbsp;térieur. Pour eet effet, on la tient fufpendue p^''nbsp;Ie crochet ou Ie fil de fer qui va k lintérieur, ^nbsp;Ion met 1extérieur en contaéf avec Ie conduC'nbsp;teur éleftrifé. Alors, ft celui qui la tient fufps'''nbsp;due dune main par Ie crochet, savife den to^'nbsp;cher lextérieur avec 1autre main, il recevra 1*nbsp;commotion ; amp; 1on pourra également former u®nbsp;chaine de plufieurs perfonnes, dpnt la dernier®nbsp;ou la plus éloignée de celle qui tiant Ie fil d®nbsp;fer, en touchant lextérieur, produira Ie mém®nbsp;phénomene dans toute la chaine.
III. M. Francklin obferve une chofe fort gullere, qui arrive en faifant lexpérience de
DE LElECTRÏCITÉ.
lH
^eyde i ceft que , fi 1on veut charger liniérieur la bouteille , il faut que lextérieur communisme a quelque corps qui foit condufteur de Fé-^eftricité ; car fi la bouteille étoit mife fur unnbsp;g^teau de réfine , ou fur un plateau de verre, Ienbsp;de fer qui va toucher Feau ou la garniture denbsp;*métal qui la revêt en dedans, fera en vain éleftrifénbsp;par Ie conducteur de la machine; cette bouteillenbsp;*te fe chargera point. Faut-il , pour quelle fenbsp;'^harge , qua proportion quon accumule Félec-hicité dun coté, elle diminue de Fautre? Ceftnbsp;^e que M. Franckiin en conclut, amp; quil femblenbsp;tpFon doive en effet en conclure. Mais commentnbsp;fluïde éleCtrique eft-il chalTé dun cóté, pendant que Fautre sen charge davantage ? Ceft cenbsp;Smi me paroit être une grande difficulté.
IV, Le verre paroit être impermeable a 1élec-hicité , du moins quand il eft froid, ou quil na ^Ue le degré de chaleur de la temperature de Fair.nbsp;Franckiin a eflTayé une fois dufer a la meulenbsp;ventre dune bouteille chargée, amp; qui étoit denbsp;^épailTeur ordinaire. II alia )ufquaux ~ de Fépaif-^eur , fans quelle fe déchargeat; ce qui feroitnbsp;®trivé li le fluïde intérieur eüt eu communicationnbsp;^Vec Fextérieur. 11 feroit a fouhaiter que ce phy-ïcien eut continué a diminuer cette épailTeur,nbsp;Imfqua ce que la décharge fe fut faite.
Mais lorfque le verre eft dilaté amp; amolli par chaleur qui le rend prêt a fondre , alors non-^mlement il devient conduCteur de léleétricité,nbsp;*^ais encore la bouteille chargée fe déchargenbsp;%ontanément.
. V. Si Fon fufpend au conducteur une chaine , ^ quon la faffe entrer dans la bouteille quonnbsp;dune main par Fextérieur, la bouteille eftnbsp;Tomg ir.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;X
-ocr page 330-Récrèat. Mathêmat. et Phys. chargée également; maïs fi on baifle la bouteiH^nbsp;de maniere quelle ne foutienne plus aucune fot-tion de la chaïne, alors elle ne donne plus aucuHnbsp;figne déleftricité,
On dolt conclure de-la , que leleftricité don*^ Iintérieur de la boiiteille eft chargée , doit avoHquot;nbsp;pour fupport une matiere non-éleftrique ou coO'nbsp;duélrice de 1éleftricité. On travailleroit en vaïRnbsp;a charger une bouteille qui feroit vulde, ou doo^nbsp;lintérieiir ne feroit pas au moins tapifle du*^nbsp;enduit métallique.
VL Si lon charge lintérieur de la bouteille en Ie faifant communlquer par Ie crochet au coti'nbsp;duéieur éleftrifé pofitivement, alors lextérieufnbsp;fera éleélrifé négativement ; car eet extérieurnbsp;attirera la petite boule de liege fufpendue a cenbsp;conduéleur , tandis que Ie crochet de la bouteUl^nbsp;la repoulTe. Or il eft connu quun corps eledtrilquot;^nbsp;en repouffe un autre éleftrifé comme lui: il nV'nbsp;tiré que Ie corps non-éleétriré , ou éleélrifé s'*nbsp;fens contraire. Puifque done 1extérieur de la boU'nbsp;teille, éleftrifée par Ie crochet, attire la petif^nbsp;boule de liege , dont léleélricité eft de la méiU^nbsp;nature que celle du conduéleur ou de Tintérieurnbsp;de la bouteille , il faut que 1éleftricité extérieur®nbsp;foit de nature entiérement différente.
vir. Si lon a deux bouteilles égales Sc cha'' gées également 8sC de la même maniere, querquot;nbsp;luite vous les approchiez iune de lautre , croche*^nbsp;a crochet, ou ventre contre ventre , elles ne j®nbsp;déchargeront point; mais fi vous approcheznbsp;' crochet de Tune du ventre de lautre , aufli-tót 1^nbsp;décharge fe fera.
Si Tune des deux bouteilles étolt chargée 3^ globe de foufre, amp; lautre au globe de verre gt;
-ocr page 331-DE LElECTRICITÉ* approchant Ie crochet de Tune au crochet
OU Ie ventre de Tune au ventre de
hautre ,
3Utre, elles fe déchargeroient.
VIII, nbsp;nbsp;nbsp;Si plufieurs perfonnes, au lieu de Te tenirnbsp;P^r les mains , fe contentent de préfenter les unes
autres Ie bout du doigt a la diftance dune ou deux lignes, au moment que la derniere touche Ie condufteur , on apperqoit entre tous lesnbsp;^oigts une étincelle éleélrique, amp; chacune ref~nbsp;^ent la commotion,
IX, nbsp;nbsp;nbsp;Si, au lieu de fe tenir par Ia main , les per-onnes qui forment la chaine communiquent lesnbsp;oes aux autres en tenant des tubes de verre pleinsnbsp;^'oau , amp; bouchés par un bouchon au traversnbsp;^Uquel paffe un fil de fer qui plonge dans Ie fliiide ,nbsp;^ qui eft en contaél avec chaque perfonne; aunbsp;'oment oii la derniere perfonne touchera Ienbsp;^ondufteur ou Ie fil de fer qui plonge dans la bou-l^'lle , on appercevra un trait de lumiere dansnbsp;,^au de chacun des tubes , qui en fera routenbsp;^'^lairée,
X, nbsp;nbsp;nbsp;Si, Ia chaïne étant faite , une ou deux per-^onnes , ou davantage , en forment une nouvellenbsp;^®nant dun cóté k une des perfonnes de la pre-j^'ere chame , amp; de lautre cóté a une autre per-°One de Ia même chaine, celles de la derniere nenbsp;^^fl'entiront rien ; Ie fluide éleélrique paroit fenbsp;Porter dun bout a 1autre de la premiere chame
Ie plus court chemin.
X ij
-ocr page 332-324 RiCRiAT. MAtHÉMAT. ET PHYS.
XIIe Expérience.
Autramp; manim de donncr la commotion , fgavotf y par Ie carreau de ytrre èleclrique. Percer unenbsp;de papier avec VkincelU éleBrique.
LefFet fingulier que nous avons obfervé lexpérience précédente , tient-il a la figure de |nbsp;bouteille de Leyde, ou fimplement a la nature onbsp;verre? Voila une queftion qui fe préfente nat^nbsp;rellement. Cette expérience-ci va la réfoudre 1 ^nbsp;prouver que ceft a la nature du verre quil tie*nbsp;uniquement.
En efFet, prenez un carreau de verre dune menfion quelconque ; couvrez fes deux Ibrfa^nbsp;dune lame détain, en laiflant de chaque cótenbsp;tout a 1entour une bande du verre a découvet^nbsp;placez la glace horizontalement fur un fuppt^/nbsp;non éleftrique; fakes enfuite tomber la chainenbsp;condu(!deur fur la furface , amp; mettez la machine
puyant--------- ------ . g
rieure , vous portez lautre contre la garnk^ inférieure, vous en tirerez une forte amp; puiflai^.^nbsp;dtincelle. II y auroit du danger, fi la glace etenbsp;grande, a toucher 1une des furfaces avecnbsp;main , amp; lautre avec lautre,
Voulez-vous percer une main de papier 1étincelle éleélrique, en voici Ie moyen. Couch^nbsp;fur une table un fil de fer, Sc fur ce fil place? jnbsp;carreau de verre, enforte que Ie bout de cenbsp;touche la garniture inférieure. Sur lanbsp;fupérieure, placez une main de papier;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
éleftrifez cette furface du carreau au moyen quot; Ia chaïne du condufteur, que vous ferez toiuP^
-ocr page 333-DE lElectric IT é.
la garniture de eette furface. Quand vous ^''oirez léleftricité très-forte, faites toucher lunnbsp;bouts de 1excitateur au fil de fer ci-deflus , 8cnbsp;^Ppliquez 1autre bout fur Ie papier. II en fortiranbsp;'jie très-forte étincelle , qui fera- prefque autantnbsp;bruit quun coup de piftolet; amp; la main denbsp;Papier fera percée doutre en outre.
En faifant lexpérience avec une glace denviron 35 pouces en tout fens, on pourra percer jufquanbsp;*5® feuilles de papier, amp; même davantage.
Ce moyen de faire lexpérience de Leyde a ^^vantage den augmenter beaucoup lefFet; carnbsp;ne peut guere avoir de bouteille dont la fur-ait plus de i ou 3 pieds quarrés. Mais unenbsp;S^ace de 36 pouces en tout fens en a 9, amp; 1ef-eft augmenté par-la a peu prés dans la mémenbsp;I'^oportion.
, On fent aifément quen faifant pareille expé-l^nce, il faut bien fe garder de fe trouver dans ® cercle entre la furface fupérieure 6c inférieurenbsp;on courroit rifque detre tué.,
X 11 Ie Experience.^
^oyen (Tau^mcnur comme indéfiniment la force de rékclricité: Batttrie éleclrique.
One petite bouteille chargée déleélricité ne P^oduit pas un grand elFet; mais eet effet aug-a mefure que la bouteille elle-même aug-^^nte de volume. H feroit néanmoins Incom-^pde, Sc peut-être impoffible, davoir des bou-qui excédalTent une certaine grandeur;nbsp;pourquoi a une bouteille on en fubflituenbsp;P'ufieurs, dont leffet réuni feroit très-dangereuxnbsp;^ pQn ne prenoit pas de grandes precautions.
X iij
-ocr page 334-3^6 RiCRÉAT. Mathémat, et Phys.
On prend a eet effet, au lieu de bouteillfi* ^ long col, plufieurs de ces grands bocaux cybi^'nbsp;driques , beaucoup plus hauts que larges. Rnbsp;faut pas néanmoins'quils foient dun diame^rsnbsp;fort grand, parceque des cylindres de petit dia'nbsp;metre ont , a proportion de leur folidité ,nbsp;plus grande furface , amp; que ce que lon chereb^nbsp;jci a augmenter, cefl: la furface, On les revt^nbsp;jntérieurement dune garniture dune feuille de'nbsp;tain collée, qui en recouvre Ie fond amp; les cöte*nbsp;jufqua deux pouces de leur bord. On en fa**^nbsp;autant extérieurement. Après cela on rangenbsp;ces vafes les uns a cóté des autres , dans une bob®nbsp;recouverte intérieuremèht dune feuille détain ^nbsp;de poudre de cuivre. Cette feuille détainnbsp;munique avec un anneau de fil de fer qui pad^nbsp;extérieurement, amp; cefl: a eet anneau quon att3'nbsp;ebe la chaine par Ie moyen de laquelle on veij^nbsp;ctablir la communication dun corps avec lexte'nbsp;ïieur de la batterie.
Pour établir une communication avec lintérieaf des jarres, on enfonce dans chacune , a trave*quot;*nbsp;un bouebon de liege, un fil de fer tordu parnbsp;bas, qui appuie au fond de la jarre, Sc qui ^nbsp;formé en anneau dans fa partie fupérieure.nbsp;ces anneaux dun rang font enfilés par unenbsp;barre , terminée des deux cótés en boulon. Aifquot;nbsp;lon a autant de barres pareilles que lon a de rai^ê*nbsp;de jarres. Enfin , pour établir la communicatie^nbsp;entre toutes ces barres, on fait repofer fur elie®nbsp;cbaine du conduéfeur , amp; lon a 1avantage denbsp;charger, fi lon veut, quun rang ou deux, ee enbsp;faifant porter la chaine que fur une barre ou dewf'nbsp;PI. 7, Telle efl la conftruéfion dune batterie éleélrt'nbsp;4^' ^ue. On voit ici fa figure, en la fuppofant
-ocr page 335-DE LELECTRICITÉ. 317
Pofée feulement dé neuf jarres, qui, a 3 pouces de diametre ,15 pouces de haut, amp;C 12, poucesnbsp;de garniture en hauteur, donnent 6 pieds - de fur-face en entier. Une batterie femblable de foixante-^uatre jarres, donneroit 48 pieds quarrés, St nenbsp;formeroit néanmoins quune boite de deux piedsnbsp;^uelques pouces en tout fens, fur a 18 poucesnbsp;de hauteur. Leffeten feroit , ]e crois , prodigieux.
Voici maintenant la maniere de fe fervir de cet appareil. Pour charger les jarres , faites re-pofer la chaine qui vient du conducteur de lanbsp;JTiachlne fur les barres tranfverfales ; amp; faitesnbsp;Mourner le globe ou le plateau de verre pendantnbsp;^uelque temps , vos jarres feront éleClrifées ounbsp;chargees. Lexperience vous apprendra combiennbsp;de tours du globe ou du plateau font neceffairesnbsp;pour cet effet; car elles fe dechargent delles»nbsp;Jiiêmes, avec explofion, quand elles font tropnbsp;chargees. Lorfquelles font dans létat convena-tle , fi vous voulez les decharger, vous naveznbsp;^ua prendre la chaine qui communique a Iex-^erieur, avec un manche de verre ou de cirenbsp;dEfpagne , Sc en porter le bout en contaCt avecnbsp;le condufteur: il fe fera une forte étincelle, Scnbsp;les jarres feront déchargées.
Si quelquun, tenant le bout de cette chaine , savifoit de toucher avec le doigt, ou le conducteur de la machine, ou Iunc des barres qui tou-chent a Iinterieur des jarres , il pourroit être tuénbsp;toide , par 1effet de la terrible commotion quilnbsp;teffentiroit. En effet , li une bouteille de 5 a 6nbsp;pouces de diametre, fortement chargee , donnenbsp;par fa décharge une commotion violente dansnbsp;les bras Sc la poitrine, on peut juger de 1effetnbsp;Hwe produiroit la décharge de 12, 15 , 20, 3°^'
X iv
3i8 RtCRÉAT. MATHiMAT. ET PHYS.
OU 50 pieds quarrés, déchargés de Ia même niere. Le phyficien doit done être très-attentiinbsp;fur lui amp; fur les Tpeftateurs, de crainte denbsp;une funefte experience.
Tous les phyficiens qui font des experiences eo grand fur léleéfricité , ont aujourdhui un app^'nbsp;reil fennblable , plus ou moins confidérable.nbsp;par ce moyen quon fond les métaux, quon If®nbsp;réduit même en chaux; quon aimante une aiguille , ou quon en change les poles; quon tu®nbsp;desanimaux; quon imite les eflets du tonneffC»nbsp;amp;c. amp;c. ainfi quon va le voir.
Tuer un animal au moyen de réleclricité.
Attachez au pled de lanimal la chaine qui coiRquot; munique a 1extérieur de la batterie ; enfuite, aveCnbsp;lexcitateur ifolé , établiffez la communication dunbsp;front ou du crane de lanimal , avec une desnbsp;verges qui communiquent a Tintérieur: lanimal,nbsp;füt-il un mouton, peut-être un boeuf, tomberanbsp;foudroyé.
Remarque.
On a obfervé que les animaux tués de cetts fnaniere étoient fur le champ bons a manger; catnbsp;le coup qui les tue , eft fort analogue a celui dunbsp;tonnerre ; ik cefl: un fait connu , que les animault;nbsp;tués par la foudre , paflent très-rapidement a 1'C'nbsp;tat de putrefaftion. On pourroit done employeenbsp;cette foudre artificielle a tuer les animaux eju®nbsp;nous deftinons a être mangés fur le champ : d®nbsp;feront ce quon appelle mortifies dans la minute-Mais comme lopération eft dangereufe ,nbsp;Francklin prévient, en plaifantant, le phyficieo
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fe précautionner, de crainte que voulant mor-*fier fa poularde, il ne mortifie fa propre chair.
XVe, Experience.
Production du magnitifme par rilectricité.
Ayez une aiguille dacier de quelques pouces ^e longueur, comme une aiguille de bouffole.nbsp;ï^lacez-la entre deux lames de verre , de fortenbsp;^ue fes deux bouts A amp; B débordent un peu.nbsp;ï'aites enfuite communiquer un de fes bouts Anbsp;3vec Ie condufteur de la machine éleftrique , ounbsp;^Uelquune des traverfes de fer de la batterie élec-^dque ; chargez enfuite fortement cette batterie,nbsp;^ déchargez-la a travers 1aiguille, en ramenantnbsp;(avec lexcitateur ifolé) Ie bout de la chaine quinbsp;^ommunique avec Ie dehors des jarres, contre Ienbsp;quot;Out B de laiguille. Tout Ie feu éleftrique paffera anbsp;dravers laiguille, entrant par Ie bout A, amp; fortantnbsp;P3r Ie bout B , amp; laiguille fera aimantée de ma-^lere que Ie bout A fe tournera au nord.
Si une aiguille eft aimantée, amp; que Ie bout A tourne au nord ; en faifant Topération con-^faire, ceft-i-dire en faifant pafler Ie feu élec-^dque de B en A , laiguille fera défaimantée; amp;nbsp;réitérant une feconde fois cette raême opéra-*'on, elle fe trouvera aimantée en fens contraire,nbsp;'^^ft-a-dire enforte que ce fera Ie bout B qui fenbsp;*ournera au nord.
. On fent au refte que cela dépendra de la quan-du fluide éleftrique. Si elle eft moindre dans ^ feconde opération que dans la premiere, ilnbsp;Pourra refter quelque peu de magnétifme; ft ellenbsp;' beaucoup plus confidérable , les poles pour-®ot être changés du premier coup.
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XVExperience.
Fondre les métaux au moyen de PEleclrlcite.
Cette experience eft une des plus curieufes celles quon fait fur léleflricité. Prenez un filnbsp;fer dune demi-ligne de diametre, Sc ftifpendez-ynbsp;un poids denviron 6 livres; faites-le enfuite p^f'nbsp;courir dans fa longueur par Ie feu éleftrique ,nbsp;moyen dune batterie de i6 ou 25 jarres : cenbsp;sallongera tout-a-coup, fouvent même fe roiR'nbsp;pra. Or cela na pu arriver quautant quil aui^nbsp;été amolli ou liquéfié dans une partie au mo«^nbsp;de fon étendue.
Autre maniere. Prenez une feuille dor des pl*^* minces; coupez-en une lame dune ligne de laf'nbsp;geur amp;c de deux pouces de longueur, que voU*nbsp;placerez entre deux lames de verre bien ferrée*nbsp;Tune contre lautre; faites enfuite que cette lam®nbsp;fafle partie du eerde éledrique dune forte batte'nbsp;rie , comme de 50 a 60 jarres: la feuille do^^nbsp;palTera par létat de fufion ; amp;c ce qui Ie prouve gt;nbsp;ceft que plufieurs de fes parties feront jncorpff'nbsp;rées dans Ie verre même.
Maïs ft vous mettez entre les verres amp; la lam® de petits bouts de carte, amp; que vous ferriez f®f'nbsp;tement les lames , Tétincelle éleftrique , tiréenbsp;cette maniere, au travers amp; dans la longu®t'*nbsp;de la lame dor, la réduira en grande partie dan*nbsp;cette elpece de chaux pourpre , quon connnt^nbsp;dans la chimie fous Ie nom de précipiié denbsp;parceque ce chimifte trouva Ie premier ounbsp;plifia cette preparation. Les deux cartes ferodnbsp;teintes en cette couleur, que lon pourra rebam'
-ocr page 339-DE LELECTRICITÊ. 331 fer en réitérant 1opération avec de nouvelles la-*Res dor.
Une lame dargent, traitée de la même ma-^iere, donne une poudre dun beau jaune.
Une de cuivre , donne une poudre verte.
Celle détain, donne une poudre blanche qui '¦eflemble a la chaux détain entiérement déphlo-giftiquée.
La platine, traitée de cette maniere, amp; après des fulminations réitérées, fe réduit en une poudre noiratre , qui, appliquée fur la porcelaine ,nbsp;Produit une couleur olive foncée.
On seft affuré , au refte , par diverfes épreuves chimiques, que ces chaux font précifément lesnbsp;Riémes que celles quon produit par dautres procédés plus longs.
Ces expériences font dues a M. Comus, dont 1induftrie amp; radrefle font fi célebres , Sc quinbsp;J'éunit aux talents les plus extraordinaires en cenbsp;genre , des connoiflances profondes dans les di-quot;''erfes parties de la phyfique. On en peut voir Ienbsp;détail plus circonliancié Sc vraiment intereffant ,nbsp;dans Ie Journal de Phyjique de M. 1abbe Rozier ,nbsp;année 1773.
XVII® Experience.
Q«i prouve Videntité de la fotidre avec rkincclle éleBrique.
Sur un endroit élevé Sc ifolé, comine Ie fom-^et dune tour , placez une barre de fer verticale, ^crminée en pointe fort aiguë. Plus cette pointenbsp;s élévera dans 1atmofphere , mieux 1expériencenbsp;^^euflira. 11 faut dailleurs que cette barre ne touchenbsp;^ tien, Sc quelle foit fupportée par une bafe
33i Récréat. Mathémat. et Phys-
quelconque, qui lifole de tout corps condufteuf de Téleftricité.
Cela fait, attendez un jour dorage; 8c lorfqu^ Ie nuage tonnant paflera au deffus de la barre , oi*nbsp;a peu prés, touchez cette barre , non avec 1®nbsp;doigt, maïs avec une barre de métal attachée »nbsp;un manche de verre: vous ne manquerez pas deftnbsp;tirer des étincelles, quelquefois même extrémequot;nbsp;ment groffes 8c bruyantes. II y auroit du dangefnbsp;a en approcher de trop prés, car quelquefois 1*nbsp;barre eft fi chargée déleftricité, que les étincellesnbsp;partent a plufieurs pieds de diftance, 8c font Ienbsp;brult dun coup de piftolet. M. Richman , pro-fefleur de mathématiques a Pétersbourg , 8c mentquot;nbsp;bre de 1académie de cette ville , a été, commenbsp;tout Ie monde fqait, la viftime dune pareillenbsp;experience; car, sétant approché, dans un mO'nbsp;ment de diftraélion , trop prés de fa machine , ilnbsp;fut tué, amp;c lon remarqua fur fon corps tout ce^nbsp;quon obferve fur ceux des perfonnes tuées parnbsp;tonnerre.
Cela a engagé quelques phyficiens qui cultt' vent léleftricité , a difpofer leur machine de m3'nbsp;niere quelle ne puiffe jamais fe trop chargernbsp;déleélricité. Pour eet eflfet, il faut difpofer *nbsp;quelque diftance de la barre une pointe de méts*nbsp;fort aigu'é, 8c communiquant au planchet ou a 1*nbsp;maffe des corps non-éleéfriques. Cette pointe»nbsp;quand Ieleftriclte fera médiocre , ne tirera poirgt;^nbsp;réleélricité ; mais lorfquelle fera très-forte ,nbsp;lafpirera , pour ainfi dire , 8c la déchargera iti'nbsp;fenfiblement, enforte qu11 ne sy en accumuler^nbsp;jamais quune quantité médiocre amp;C incapablenbsp;nuire. Plus la pointe fera proche de la barre,nbsp;elle abforbera déleftricité*
-ocr page 341-DE lElECTRICITÉ. 335 On connoitra, par fon moyen, dans 1obfcu-gt;'ité , fr Ie nuage eft éleftrifé pofitivement ou né-gativement; car , dans Ie premier cas, on apper-cevra a cette pointe une fimple étoile lumineufenbsp;OU gerbe fort courte ; dans Ie fecond cas , aunbsp;Contraire, on verra une grande amp; belle gerbenbsp;lumineufe.
On a coutume auffi de difpofer a proximité de la barre, une boule de métal fufpendue parnbsp;On fil de foie , amp; plus loin un timbre communi-rjuant au corps du batiment. Son ufage eft da-vertir lobfervateur que la barre eft éleftrique;nbsp;Car, au moment oü elle eft chargée déleftricité ,nbsp;clle attire la balie qui nen a point, Téledlrife,nbsp;amp; la repoufle contre Ie timbre , dont Ie fon an-Honce que Ie nuage éleftrique a produit fon effet.nbsp;Cela a auffi lavantage dindiquer Ie degré de lé-leftricité ; car , ft elle eft fort vive , la vivaciténbsp;du carillon lui eft proportionnée , amp; lobfervateurnbsp;eft averti de prendre garde a lui.
On peut, fans tour amp;c fans terrafle, fe procu-*'er Ie moyen de faire cette experience dans fa chambre. II ny a qua faire pafler dans fa che-tuinée une barre de fer, ifolée au moyen de cordons de foie qui Iaflujettiront de routes parts.nbsp;Cette barre doit élever fa pointe de quelquesnbsp;pieds au deflus de 1ouverture de la cheminée;nbsp;*iou 15 pieds, même moins, fuffifent. Alors,nbsp;Routes les fois quil paflera au deflus quelque nuagenbsp;óleftrife , votre barre donnera des fignes délec-^.'quot;cité, lorfque vous la toucherez avec précau-^¦on , OU au moyen du petit carillon éleélrique jnbsp;1 vous en avez difpofé un a fa proximité.
Au lieu de eet appareil , Ie pere Cotte, de ^ratoire , obfervateur affidu de tous les phéno-
-ocr page 342-334 Récréat. Mathémat, et Phys.
menes météorologiqnes , difpofe en travers Sc entre deux lieux élevés, une chaine de fer donfnbsp;les chainons font hérilTés de pointes aigues. Le*nbsp;deux bouts de la chaine font fupportés par de*nbsp;cordons de foie gaudronnés. Du milieu de 1^nbsp;chaïne, en part une autre de la forme amp; grolTevirnbsp;ordinaires pour les experiences de 1éleftricité»nbsp;quon fait entrer dans 1appartement, foit par 1*nbsp;cheminée, foit par la fenêtre , au moyen de cot'nbsp;dons de foie qui la fupportent, A fon bout doi*^nbsp;être attachée une boule de métal, qui fournit de*nbsp;étincelles beaucoup plus confidérables que ne fe'nbsp;roit Ia chaine elle-même. La multitude de poiR'nbsp;tes dont la chaine extérieure efl: hériffée, founu*'nbsp;une quantité de matiere éleélrique telle, quil faU*nbsp;ufer de circonfpeélion avant de toucher cettönbsp;boule.
R E M A R Q^U E.
Cette experience curieufe , amp; tout-a-fait in' térelTante pour la pbyfique, a été propofée ^nbsp;indiquée par Ie célebre M. Francklin , dans de*nbsp;lettres a M, Collinfon, de la S. R, de Londres gt;nbsp;mais elle a été faite pour la premiere fois a Marly»nbsp;par les loins de M. Dalibart amp; du curé de ce lievgt;gt;nbsp;( M. Raulet, ) Ie lo Mai 1752. Elle fut vueeR'nbsp;fulte par Ie Roi amp; toute la Cour. Depuis ce temp*nbsp;elle a été répétée par tous les phyficiens; amp; rie'^nbsp;neft aujourdhui plus connu amp; plus communnbsp;eet appareil éleétrique , qui met fous les ye'^^nbsp;1identité du feu éleftriqvie amp; de celui du tonnerre-Mais ceft a 1Amérique, amp; en particulier anbsp;Francklin , que nous en avons 1obligation priiRquot;nbsp;tive.
^'ufieurs phénomenes fur lefqnels on navoit fait ^*icore que balbutier fans aucun fuccès. Tels fontnbsp;feux quon apperqoit fouvent, en temps do-, fur des croix de clochers , a lextrémiténbsp;mats Sc des vergues des vaifleaux, que lesnbsp;^Helens appeloient des noms de Cajlor amp; Pollux ,nbsp;^ que les modernes connoiflent fous Ie nom denbsp;S, Elmz. Ce neft autre chofe que Ie feu élec-
^quot;^'que des nuages, attiré par les pointes de ces Croix
, OU des ferrements de ces mats, Céfar ra-^'^nte que fon armee étant rangée en bataille , amp; j!'' grand orage étant furvenu, on vit des flammesnbsp;^ftir des pointes des piques de fes foldats. Cenbsp;^^criomene naiira plus rien de merveilleux pournbsp;Jelui qui connoitra ceux de léleftricité. Cesnbsp;^eux étoient Ie feu éleéfrique qui séchappoit parnbsp;pointes, les nuages étant probableinent élec-en moins, coinme M. Francklin dit quenbsp;arrive Ie plus fouvent.
XVII Ie Experience,
prouve la même vérité d'une autre manure i ou h Cerf-volant ékclrique.
ll eft difficile, pour ne pas dire impraticable , ^ clever extrêmement haut une verge de fer. Celanbsp;^ '^pnné lieu dlmaginer un autre artifice pour allernbsp;, en quelque forte , aux nuages leur feunbsp;^^rique ou leur tonnerre, Ceft Ie cerf-volant,nbsp;r^f'te machine jufqualors plus employée par lesnbsp;upes-gens amp; les écoliers, que par les phyficiens;nbsp;^ ^'s 1ufage quen ont fait quelques-uns de cesnbsp;^'¦ffiers, 1a en quelque forte ennobli.nbsp;lasnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cerf-volant reconvert de taffe-
gt; Sc un peu grand , comme de 5 a 6 pieds de
-ocr page 344-336 RÉCRiAt. Mathémat. et Phys. longueur au moins; car plus il eft grand, plusnbsp;séleve, a caufe que Ie poids de la ficellenbsp;moindre relativement a la force avec laquellenbsp;vent tend a lenlever. On lui adaptera a la t^t®nbsp;une verge de fer déliée , qui dun cóté sétenfif*nbsp;Ie long de 1axe inférieur du cerf-volant, jufqua^nbsp;point dattache de la corde, amp; de lautre, fef*nbsp;terminée en pointe fort fine , qui séléveranbsp;defllis du cerf-volant, de maniere que lorfququot;nbsp;fera a fa plus grande hauteur, elle foit a peu pf^*nbsp;verticale, Sc Ie déborde denviron un pied.nbsp;ficelle doit être faite dune ficelle ordinaire, ma|^nbsp;autour de laquelle on aura entortillé un fil tra'*nbsp;de cuivre très-flexible , a peu prés cominenbsp;garnit les cordes les plus baffes de quelques infir*^nbsp;ments, inais beaucoup moins ferré. Cela fe faj*nbsp;parceque Ie chanvre eft un condufteur déleél'Jnbsp;cité affez médiocre , a moins quil ne foit mouil^^'
On attachera a lextrémité de cette corde cordon de foie de quelques pieds, pour ifolernbsp;cerf-volant quand il fera parvenu a fa plus grati*^®nbsp;hauteur, Sc prés de ce cordon on joindra anbsp;corde du cerf-volant un petit tube de fer-blauynbsp;dun pied environ de longueur fur un poucenbsp;dlametre, pour y exciter les étincelles.
Les choles ainfi préparées, on mettra au ven' cerf-volant, lorfquon verra approcher un ten'Pnbsp;orageux, Sc on Ie laiflera sélever a fa plus gra*^nbsp;hauteur: on attachera Ie cordon de foie a quel^l**nbsp;obftacle immobile , Sc enforte que la pluis ^nbsp;puilTe point mouiller ce cordon: on ne tards,^nbsp;pas dobferver, Ie plus fouvenr, des marques d ^nbsp;leélricité très-fortes , quelquefois même nbsp;quil y auroit du danger a toucher la corde nquot;nbsp;tube fans de grandes Sc férieufes precautions-
-ocr page 345-ÖE lElectricitI 537 Pour eet effet, on emmanchera au bout dunnbsp;*ube de verre, ou dun cylindre de cire dEfpa-S'ie, dun pied au moins de longueur, un mor-de fer long de quelques pouces, duquel pen-jufqua terre une chainette de métal. Sansnbsp;precaution, on ne tireroit que des étincellesnbsp;^oibles, parceque ce morceau de fer étant lui-ifolé , feroit, au premier attouchement ,nbsp;^¦eftrifé comme la corde même du cerf-volant.nbsp;M. de Romas, qui eft Ie premier en Europenbsp;ait employé ce moyen de tirer TeleClricitenbsp;nuages, sétant fervi dun cerf-volant qui avoitnbsp;7 pieds amp; demi de longueur, fur 3 de largeurnbsp;pans fon plus grand diametre , amp; layant élevénbsp;1'^^qua ^50 pieds de hauteur perpendiculaire, ilnbsp;réfulta des effets très-extraordinaires. En effet,nbsp;j^ant dabord touché imprudemment avec Ienbsp;^oigt Ie tuyau de fcr-blanc , il requt une commotion violente ; amp;c heureufement pour lui 1é-^'-fricité nétoit pas alors a beaucoup prés par-''^nue a fon plus haut degré; car quelque tempsnbsp;^Ptès, lorage sétant renforcé, il refléntit, a plusnbsp;3 pieds de la corde , une impreffion femblablenbsp; celle dune toile daraignée : il toucha alors Ienbsp;*übe de fer-blanc avec lexcitateur , amp; il tira unénbsp;m'oceile de plus dun pouce de longueur, fur ^nbsp;de diametre. Léleftricité augmentant mêmenbsp;^pfuite de force, il en tira , ^ la diftance de plusnbsp;^ *^0 pied , qui avoieht jufqua 3 pouces de lon-S'^^nr fur 3 lignes de diametre , amp; dont Ie cra-P'tetnent fe faifoit entendre de 200 pas.
^ais ce quil y eut de plus remarquable dans oette expériervee, eft ceci. Pendant que léleftri-étoit a peu prés a fon plus haut degré, troisnbsp;rallies , dont Tune dun pied de longheur, fenbsp;Tome IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Y
-ocr page 346-3j8 Récréat. Mathémat, et Phys. dreflerent par leffet de 1attraö.ion du tubenbsp;fer-blanc , amp;c pendant quelque temps fe balance'nbsp;rent entre lui amp; la terre , tournant en rond ,nbsp;qua ce que Tune séleva enfin jufquau tube, ^nbsp;occafionna une explofion en trois craquements gt;nbsp;qui fe fif enteirdre jufquau centre de la ville denbsp;Nérac: ( 1expérience fe faifoit dans un fau^'nbsp;bourg.) Létincelle qui accompagna cette expl^'nbsp;fion , fut vue de queiques fpeftateurs commenbsp;fufeau de feu de 8 pouces de longueur, fur 4 Mnbsp;lignes de diametre. La paille enfin qui avoit oC'nbsp;cafionné cette étincelle, fuivit la corde du cergt;'nbsp;volant, tantêt sen éloignant , tantót sen rappf^'nbsp;chant, amp; excitant des craquements très-fod*nbsp;lorfquelle sen approchoit. Queiques fpeftateuf^nbsp;la fuivirent des yeux jufqua plus de 50 toifes.
On peut voir de plus grands détails lur cet*^ experience non moins intéreffante que curieufc »nbsp;dans les Mémoires des Sgavants étrangers, publ'^*nbsp;par 1Académie royale des Sciences, Tomenbsp;Elle fut fuivie de beaucoup dautres du mêif®nbsp;phyficien , qui prouvent que, dans un teif P*nbsp;même qui na rien dorageux , un pared cey'nbsp;volant séleclrife quelquefois au point de fa'^'^nbsp;étinceler fa corde, amp; de donner de violer»'^^nbsp;commotions a tous ceux qui la touchentnbsp;precautions.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Nous avons dit plushaut, que M. de Romas^ Ie premier en Europe qui ait fait cette curie*^nbsp;experience. On trouve en effet que M. Franck* ^nbsp;1avoit faite queiques mois auparavant ennbsp;lylyanle; car d en informoit M. Collinfon, P*nbsp;cnrrefpondant a Londres , en Oétobrenbsp;Mais on na connu quaffez Jong-temps aprèsnbsp;France cette invention, amp; M. de Romas lav^*
-ocr page 347-3,39
DE lElECTRICITÉ.
annoricée énigmatiquement a 1Académie Sciences , dès Ie milieu denbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ainfi, en.
^®cernant Ie premier mérite de linvention a M. *^*ncklm , on ne peut refufer a M. de Romas denbsp;*^®connoitre quil concourut a eet égard avec Ienbsp;*^®lebre phyficien de Philadelphie.
La Ma'ifon tndommagU par Ie Tonnerre.
Ee dofteur Lind eft 1auteur de cette expé-, qui fert a démontrer quelle différence il y a de recevoir lexplofion de la foudre par unenbsp;^gt;tiinence émouffée , ou de la recevoir par unenbsp;pointe aiguë , aboutiflant a un condufteur non-^'terroinpu. Elle met dans tout fon jour Tavan-*^ge des pointes terminées par de bons conducteurs , pour préferver les edifices de la foudre,
AB eft Ie modele dune petite maifon , dont PI. 8 , j eft Ie fommet du pignon ; AD un miir dans % 43*nbsp;^quel eft percé Ie trou quarré GFHE. Ce trounbsp;^ deftiné h. recevoir une planche quarrée , garnienbsp;^'agonalement dune barre de fer qui, ftjivant lanbsp;Pofttion de la planche, peut aller de F en E,nbsp;^omme dans la figure , ou de G en H. LG eft unenbsp;®®rre de fer terminée par une boule L, qui vanbsp;^^outir au point G. De H en I il y a une autrenbsp;*rre femblable , dont Ie bout I fe termine ennbsp;chaine de longueur convenable pour lobjetnbsp;On dira.
Cela fait, on place la planche comme on voit ^ns la figure , ceft-a-dire enforte que la barre denbsp;'Jui y eft enchaffée aille de F en G, Sc quilnbsp;une interruption de G en N. On pafte lanbsp;t^aine a lentour du corps du bocal, comme
y ij -
-ocr page 348-340 Récréat. Mathémat. et Phys.
ceux de la batterie éleftrique. On charge ce bocal autant quil peiit lêtre. Enfin lon attache a uo des cótés de lexcitateur garni dun manchenbsp;verre , la chaine du condufteur; amp; lon touchenbsp;avec 1autre cóté de lexcitateur terminé en boule»nbsp;la boule L qui funnonte la barre GC , amp; !e pignoonbsp;de la petite maifon. Le eerde éledrique fe fahrnbsp;une forte explofiogt;n eft produite , amp; la plancfienbsp;FGHE eft jetée hors de fa place avec fracas, ^nbsp;caufe du faut que la matiere éledrique a a faif®nbsp;de G en H , pour regagner le condufteur intet'nbsp;rompu en eet endroit.
Mais au lieu de la barre terminéeparune bouj® L , placez y une barre finiffnnt en pointe aigucinbsp;placez aufli la planchette FGHE de maniere qt^^nbsp;la petite barre de fer EF aille de G en H ; fait^*nbsp;enfin la menie chofe que clefiTus : léleftricité p^'nbsp;fera en filence le long de la barre LGHI , faf*nbsp;rien déplacer,
Voila rimage de ce qui fe paffe quand la foi*' dre frappe un edifice. Léminence du batitne^*^nbsp;reqoit le coup de tonnerre avec explofion ; nbsp;foudre fuit le premier conducteur métallifi^^nbsp;quelle rencontre fans 1endommager , quand nbsp;eft de groffeur fuffifante ; mais ce condudeur d ^nbsp;il interrompu quelque part, elle fait la unenbsp;plofion, amp; fait fauter en morceaux, mur,nbsp;ierie , amp;c. jufqua ce quelle alt trouvénbsp;nouveau condufteur. A chaque interruption,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
veile explofion , amp; malheur a ceux qui fe vent a proximité ; car , comme le corps dnbsp;homme eft un affez bon conducteur de Idlfi*-cite , a caufe des fluides dont il abonde, tg-prend faute de mieux, 6c le tue immanqu**nbsp;ment.
-ocr page 349-D E l E L E C T R 1 C I T É; J41 Mals rien de cela narrive, fi la barre élevéénbsp;deffus de la maifon eft terminée par une pointenbsp;, Sc que Ie condufteur ne foit point inter-^ompu. II pourra y avoir quelque explofion légerenbsp;^ la pointe de la barre , maïs de-la Ie fluide élec-, OU celui de la foudre , fuivra Ie condiic-jufqua fon extrémité , quon enfouit dans lanbsp;jerre a une profondeur fufbfante pour atteindrenbsp;humidité.
M. Sigaud de la Fond , profeffeur de phyfique ^^périmentale, a rendu cette experience plus fen?-nble encore, par la difpofition quil a donnée a fanbsp;Petite maifon, Elle eft telle, que 1explofion élec-ftique en fait fauter Ie toit Sl écarter les murs..
XX' Experience.
¦ie ^aijfeau frappé ou pref erve de la Foudre,
Cette experience neft, a quelques égards, une variation de la précédente. Quoi quil ennbsp;Ibit, la voici , parcequelle neft pas moins amu-l^nte , Sc moins propre a prouver Tutilite des,nbsp;pointes Sc des condufteurs métalliques non-inter-*'Ompus , pour détourner Ie feu de la foudre.
Sur une efpece de bateau repréfentant la carène oun vaifleau , élevez vers Ie milieu un tube denbsp;quot; pouces environ de hauteur Sc dun denii-poucenbsp;'l® diametre , qui repréfentera Ie grand mat, Cenbsp;^obe qui fera plein deau, fera bouché aux. deuxnbsp;^^hémités. par deux tampons de liege, u traversnbsp;ofqueix pafteront deux fils de fer qui savancerontnbsp;^ns 1intérieur du tube , a undemi-pouce de dif-*^Snce 1un de 1autre. Le fil de fer inférieur plon-S^ra dans leau fur laquelle nagera le bateau; le
Yhj
-ocr page 350-Récréat. Mathémat. et Phys. fupérieur doit être terminé hors du tube par u**
arrondiffement.
Maintenatit fi ton établit une communicatiort de la furface extérieure de la batterie éleftriqu®nbsp;avec Ie fil de fer inférieur, amp; quon approchönbsp;du fil de fer fupérieur Ie bout de la chaine qo'nbsp;communique a la furface inférieure de la batte-rie , quand même on nen emploieroit quuiienbsp;petite partie , lexplofion du feu éleétrique, eRnbsp;iautant dans lintérieur du tube dune pointe *nbsp;lautre , fera telle, quelle fera fauter Ie tube eRnbsp;morceaux, amp; Ie petit vaiiTeau fera percé amp; coU'nbsp;lera a fond. Voila a peu pres comment Ie grandnbsp;jnaT dun vaiffeau eft quelquefois brifé en pieces ?nbsp;6c Ie vaiffeau en danger de fe perdre.
Mais fi au lieu de ce double fil de fer on fait paffer a travers les deux bouchons amp; 1eau qutnbsp;remplit Ie tube, un fil de métal , amp; quon éta'nbsp;bliffe de même la communication avec la batte-rie éleftrique, on pourra décharger a travers cenbsp;fil jufqua 64 jarres, fans faire éclater Ie tube denbsp;verre. Quelquefois néanmoins Ie feu éleélrique»nbsp;Ou de ce petit tonnerre artificiel, fera tel, que 1^nbsp;fil de fer en fera détruit.
Cette experience a été imaginée par M-Edouard Nairne , amp; pourroit facilement êtf^ adaptée a repréfenter dune maniere plus con'nbsp;forme a la réalité , la difpofition dun vaiffe^'tnbsp;frappé de la foudre ; mais nous avons préféré d®nbsp;la décrire telle quelle eft expofée dans lesnbsp;factions Philofophiques de lannée 1773. Ellenbsp;laiffe pas de faire voir combien 1interruption de*nbsp;conducteurs inétalliques eft dangereufe , amp; corf'nbsp;bien Ie plus petit conduéteur, bien continué,nbsp;dériver de feu éleéfrique.
tvE LElec TRI ciTÉ. 34^
ReMAR(IUE GÈNÉRALÊf
I'analogie du feu de la foudre amp; Id mdticre éUelriqm; Moytn de garantir hs edificesnbsp;du tonnerre.
. Les experiences précédentes mettent dans un fuffifant 1identité de la foudre amp; de lélec-Cependant, pour la prouver encore plusnbsp;^^mplettement, nous allons rapporfer quelques-des phenomenes quon obferve le plus com-r^iinément dans la marche du feu de la foudre,nbsp;'^rfquelle frappe une maifon ou un autre objetnbsp;^^elconque.
Le premier de ces pbénomenes , celui qui a le P^Us conftamment lieu , eeft que la foudre fuit lesnbsp;'^'^rps metalliques quelle rencontre dans Ton che-Au defaut de corps metalliques , elle faitnbsp;®*^plofion, ou elle sattache aux corps humides,nbsp;aux animaux qui font prefque entiérementnbsp;^^tnpofés de fiuides. Ainfi voit-on , lorfque lanbsp;j'^Udre tombe fur un clocher , que du coq ou denbsp;* croix qui le couronne , amp; qui reqoit le premiernbsp;^'^Up, elle fuit les ferrements qui vont de-la juf-Slau bord du toit ou dans llntérieur de la ma-S^nnerie : ceft-la quelle fait explofion; car , nenbsp;j^tcontrant que de la pierre ou du bois, qui fontnbsp;niauvais condudleurs, elle ne peut commode-*nbsp;^^nt continuer fon chemln : elle fe jette donenbsp;les hommes qui fe trouvent. fouvent dans lenbsp;jocher, par une fuite de la mauvaife habitudenbsp;fonner les cloches dans cette occafion. Quel-^nefois ^ fe jetant fur la cloche,, elle en fuit Ianbsp;^^tde jufqua fon extrémité; mais fi en ce mo-la corde ell tenue par un homme, Ü elt
Y iv
344 Récréat, Mathémat, et Phys. rare quil nen foit pas tué; car, étant un mei^nbsp;leur condufteur que Ie chanvre , la foudre fembl^nbsp;lui donner uue funefte préférence.
II eft arrivé très-fréquemment que Ie tonnerf^ a fondu les plombs des croifées : ceft quil 3nbsp;trouvé ces plombs a proximité, amp; les a fuivis dsnbsp;préférence a dautres corps jnoins bons conduC'nbsp;teurs,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
On explique encore par-la pourquoi il eft arrivé quelquefois quun hom me portant une épée anbsp;c6té, amp;c ayant été frappé du tonnerre , il na re^i*nbsp;aucun mal, amp; lon a trouvé la pointe de fon épe®nbsp;fondue dans Ie fourreau: ceft que Ie feu éleélr*'nbsp;que a de préférence choifi fon paflage dans 1^nbsp;lame de lépée, entrant par la garde amp; fortant pa*nbsp;Ie bout; amp; comme ce bout eft terminé en pointsnbsp;plus aiguë , il seft trouvé plus reflerré , amp; 1 anbsp;fondu. On imite eet effet, en forqant une fort®nbsp;quantité de matiere éleélrique a pafler par nHnbsp;filet de métal.
Lorfque Ie tonnerre tombe fur iin arbre , sil Y a des animaux au pied , il eft rare quils ne**nbsp;foient pas tués, fur-tout fi 1arbre eft dune matier^nbsp;huileufe ou réfineufe. Cela vient de ce que Ie boi*nbsp;eft un mauvais conducteur : la foudre labait'nbsp;donne , fi elle en rencontre a fa proximité t***nbsp;meilleur, comme font les animaux, par la raifo*^nbsp;que nous en avons donnée ci-deftTus. De-la viei*nbsp;que Ie noyer eft réputé particuliérement dangs'nbsp;reux: fon fuc huileux Ie rend plus mauvais cofl'nbsp;duCteur de léleftricité quun autre.
Mais ceft fur-tout lorfque Ie tonnerre toinb^ fur une inaifon, quéclate princlpalement fanbsp;dileCtion a fuivre les corps métalliques. Pre(^**^nbsp;toutes les relations des effets du tonnerre , coR'
-ocr page 353-DE lElectricité. 345 ''^lennent a nous repréfenter la foudre sattachantnbsp;preference a fuivre des fils de renvois desnbsp;^onnettes ; les bordures métalliques des corniches,nbsp;des gl aces , des tableaux; faifant explofion a cha-^ue fois que ce chemin , commode pour elle , fenbsp;^fouve interrompu. On 1a vue fuivre de cette mallere plufieurs appartements , plufieurs étages. Cenbsp;^hemin enfin efl: fi bien tracé par routes les obfer-^ations, que Ton ne peut douter que fi ces con-^uéleurs métalliques ne lui euflTent manqué, oanbsp;^uils euflent été fuffifants , elle neut produit au-défordre.
Parmi les obfervations de ce genre , une des P^us détaillées amp; des plus remarquables , efl; cellenbsp;des effets du tonnerre qui tomba a Naples fur lhó-*sl occupé par Ie lord Tilney, Ie lo Mars 1773.
Nous en devons la relation a M. Ie chevalier ^amilton , qui fut témoin de lévénement; car ilnbsp;^^oit dans 1appartement même qui fut parcouranbsp;P3r la foudre, avec M. de Saufllire, profefleurnbsp;^hifloire naturelle a Geneve ; amp; ils vifiterentnbsp;rort peu après , avec beaucoup de foin , toutnbsp;* hotel , pour examiner les traces du météore. Ennbsp;''oici les circonflances.
Lappartement du lord Tilney , compofé de ^^uf pieces de plein pied , étoit, ainfi que ceuxnbsp;maifons diftinguées de ce pays-la , fort dé-^pté. Une ample corniche régnoit dans routes lesnbsp;P'^ces; amp; cette corniche étoit dorée a la modenbsp;pays, cefl-a-dire avec une feuille détain ,re-*^°^verte dun vernis jaune imitant 1or, De cettenbsp;^ornicbe partoit un grand nombre de plates-ban-5 fervant dencadrement aux tapilTeries, amp;nbsp;orees de la méme maniere, ainfi que les bor-des lambris dappui, des tableaux, des
J4Ö Récrêat. Mathémat. et Phys.
^aces, des cbambranles de portes, amp;c. Lappafquot; ternent au deffus nétoit guere moins décoré. Cetnbsp;hotel eft un de ceux de Naples oü regne la plos*nbsp;grande profufion en ce genre. Ajoutons a cela ^nbsp;que toutes les pieces de cet appartement commu-niquoient entrelles par des fils de fer de fonnettes^nbsp;très-multipliées pour la commodité.
Le lord Tilney avoit ce jour aflemblée chez loi, Sc M. Hamilton dit quil y avoit dans lhóteïnbsp;Environ ^öoperfonnes, tant maitres que domefli-ques. On entendit tout-a-coup un grand coup denbsp;tonnerre , Sc fur Ie champ lappartement ou tootnbsp;Je monde étóit raffemblé, parut en feu a ceo*nbsp;qui sy trouvoient, Chacun fe crut frappé de lanbsp;foudre; Sc Ton peut simaginer aifément la ter-reur Sc la confufion qui semparerent des efprits#nbsp;Perfonne néanmoins ne fut tué ni bleffé; 5c fansnbsp;donte on Ie dut a cettè prodigieufe quantité dsnbsp;condiifteurs métalliques, qui fournirent a la fou'nbsp;dre un écoulement.
En effet, M. Ie chevalier Hamilton Sc M. dc Sauffure, ayant vifité fort peu après Sc Ie lende'nbsp;main les deux appartements , remarquerent Hnbsp;dorure de la plus grande partie de cette immenf^nbsp;corniche fort endommagée , noircie dansnbsp;grand nombre dendroits, fur-tout aux angles ^nbsp;aux palTages des fils de fonnettes; Ie vernis dof^nbsp;avoit été détaché dans beaucoup dendroits , ^nbsp;jeté a bas fous la forme dune poufliere ; en qw^^^nbsp;ques endroits les fils des fonnettes étoient brfil^*'nbsp;Dans une piece ou deux tableaux lun au defliis d^nbsp;Iautre étoient places entre la corniche Sc Ia porte»nbsp;Ie feu de la foudre avoit fauté de Ia corniche fut ^nbsp;hordure du tableau immédiatement inférieur;
Ja a celle de celui qui étoit au delTous, Sc d®
DE LEtÉCtRlClTE. 347 ^^Me-cl au chambranle de( cette porte; amp; ces paf-^ages étoient marqués fur Ie mur , blanehi a lanbsp;^ode du pays , par des imprelïiofis de fumée.nbsp;I^ans une autre piece , lè feu du tonnerre avoitnbsp;Pareillemerit paffé de la cornicbe a la bordurenbsp;*^un tableau qui la touchoit, amp; de-la a la bor-intérieure dun chambranle, en falfant ex-Plofion entre deux ; il avoit erifiti defcendu Ienbsp;^Ong de ce chambranle , amp; avoit fait fauter unnbsp;^orceau du petit focle auquel viennent fe termi-les móulures. Les dorures des meubles quinbsp;^Ouchoient lés lambris, avcient enfin été endom-*^agées amp; noircies. Les mémes chofes peu présnbsp;* étoient paffées dans rappartement fupérieur.
On voit par cette défcription, lefpece dafFec-^3tion avec laquelle Ie feu du tonnerre fuivit ^'^utes ces raatieres métathques; amp; lon ne peutnbsp;fouter que ce ne foit cette grande profufiön ennbsp;qOrures, ainfi quen fils de fer de fonnettes, quinbsp;empêché quun fi terrible accident nait coüténbsp;^ vie a une grande partie des afliftants,
Lefpece de prédileélion que Ie feu éleélrique ou tonnerre montre pour les condufteurs métalli-^Ues, a engage M. Francklin a propofetj dès 175 z,,nbsp;^ Philadelphie , un moyen de préferver les bdti-l^cnts de ce météore terrible. II confifte a placernbsp;Ie haut des maifons une barre de fer terminéenbsp;pointe, amp; prolongée en en-bas par une ounbsp;P 'tfieurs barres de fer pointes enfemble. Cettenbsp;f doit enfin senfoncer en terre, a une pro-^^deur affez grande pour rencontrer Fhurnidité ,nbsp;éfant un bon condufteur, abforbe Féleélri-, en la rendant a la maffe totale du globe.nbsp;^'^ant i la groffeur de cette barre , M. Francklinnbsp;que 3 ou 4 lignes de diametre fontfiiffifantes.
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Mais qui empêche de lui en donner 6, amp; mêtn^ un pouce? Une barre de fer de 6 lignes ou unnbsp;pouce de cóté, amp; de 50 ou 60 pieds de longueur?nbsp;neft pas un objet bien coüteux.
II y avoit déja en 1755 un grand nombre mailbns ainfi garnies dans les colonies angloiftsnbsp;de 1Amérique feptentrionale, fur-tout dan?nbsp;Penfylvanie , Ie Maryland, la Virginle , oünbsp;tonnerre eft extrêmement fréquent, amp; frappénbsp;fort fouvent les edifices. On ne difconvient poio*nbsp;que plufieurs edifices garnis de pointes naient étdnbsp;frappés de la foudre ; mais on a toujours obfervenbsp;en Amérique, i o que ces maifons létoient moiusnbsp;que les autres , 8c 1° que quand elles létoient ?nbsp;la foudre , au lieu dy faire les ravages quell^nbsp;caufe dans les autres , ne faifoit que sécouler pa®nbsp;Ie conduéfeur , 8t faire qiielque impreffion légertnbsp;aux environs. Le plus fouvent la pointe seftnbsp;trouvée fondue dans ces cas-la.
Lobjet de ces barres pointues nell pas en efFe^? comme on la cru dabord en Europe , de dépoui^nbsp;Ier un nuage immenfe d4 fon éleéfricité , maisnbsp;fournir un conduéfeur ou un écoulement a cett®nbsp;éleéfricité, lorfque , par un accident quonnbsp;peut pas toujours éviter, un nuage forteffl^'^nbsp;éleélrifé eft porté centre un édifice.
Cet expédient a néanmoins trouvé , far-to^** en France , de grands contradiéfeurs. Unnbsp;principaux, a toujours été le célebre abbénbsp;let, rival de M. Francklin dans la théorie de ^ ^nbsp;leélricité. Mais, il faut en convenir , rien denbsp;foible que les arme* avec lefquelles le phyd^'l*^nbsp;Franqois combat le philofophe Américain. ^nbsp;font de pures aflertions deftifuées de preuves,nbsp;plutQt contraires a ce qui réfulte de diverfes
-ocr page 357-ÜE LELECTRICiTi. 349
P^riences. Suivant lui , ces pointes de fer font plus propres a attirer Ie tonnerre qua en préfer-; amp; ce neft pas, dit-il , un projet raifonnablenbsp;Pour un phyficien , que dépuifer une nuée ora-§eufe du feu éleftrique quelle contient. H fuffit,nbsp;Pour répondre a ces affertions, de connoUre lesnbsp;^ffets du tonnerre. Hs démontrent avec la plusnbsp;grande evidence , que fi les lieux oü il eft tombénbsp;^uflent été garnis de pointes communiquant a denbsp;l^ons condufteurs, tout fe fut paffe fans la molnare explofion.
11 eft faux dailleurs, quune pointe attire Ie ton-erre ou la nuée orageufe ; car, au contraire , une pointe préfentée a un floccon de coton fufpendanbsp;^u conduéfeur de la machine éleéfrique, Ie re-pouffe fur Ie champ. Vaut-il done mieux attendrenbsp;Suune nuée orageufe , chargée déleéfricité , Scnbsp;Portée par Ie vent contre un batiment, faffe ex-Plofion avec lui, Sc y verfe tout-a-coup un dé-Uge de fluide éleéfrique , que de Ie dériver parnbsp;^egrés, a mefure que ce nuage approche , en-^orte que , lorfquil en eft a proximité , il en foknbsp;^otalement privé } Quant a 1impoffibilité de dé-Pouiller un nuage de tout fon feu éleéfrique, onnbsp;¦rre 1entend ni ne Ie prétend pas; on veut feule-^ent fournir au fluide éleéfrique verfé par Ie nuagenbsp;®rageux, un débouché facile. Or, quand on con-rdere que prefque toutes les fois que la foudrenbsp;tombée quelque part, elle a fuivi, fans prefquenbsp;*^gt;re de dommage , des conduéfeurs aufli étroitsnbsp;un fil de fer de fonnette ou de renvois dhor-, des dorures , amp;c ; quelle na fait explofionnbsp;quand ce chemin a été interrompu, on nenbsp;peut prefque döuter quune barre dun demi-Pouce OU dun pouce de diametre , ne donnit
3^0 Récréat, Mathémat. et Phys.
paffage a tout Ie fluïde éleftrique que pourroit donnet la foudre la mieux condltionnée.
Les pointes de fer , confidérées comine confetquot; vatrices des batiments contie la foudre, ont auflinbsp;éprouvé des contradiftions en Angleterre , de 1®nbsp;part du faineux éledlricien M. Willon. Voici ^nbsp;quelle occafion. Les inoyens de M. Franckliu»nbsp;pour prévenir les etfets de la foudre , ayant excitenbsp;^attention du gouvernementen tyyi, la Sociétenbsp;royale de Londres fut confultée fur les inoyeiisnbsp;de garantir les nouveaux magafins a poudre denbsp;Purfleet. Elle noinma MM. Cavendish, Watfon»nbsp;Francklin, Wilfon amp; Robertfon. Quatre de ce*nbsp;cinq commiflaires furent davis de garnir Ie bati'nbsp;ment de bons condufteurs terminés par des poiu'nbsp;tes aiguës. M. Wilfon fut feul davis de les terminer par des pointes dinouflees, amp; il refufa denbsp;figner 1avis des quatie autres. II eft aifé denbsp;voir que Ie motif de M. Y/ilfon fut la crainte quenbsp;les pointes nattiraflent de trop loin Ie fluidenbsp;éledrique, M. Francklin tenta en vain de lui fait^nbsp;changer de fentiment, par un écrit expres,nbsp;contient dingénieufes amp; nouveUes experiences»nbsp;mais il ny réuffit pas. Au refte, les magafins denbsp;Purfleet furent garnis, fuivant 1avis de M. Frau^'nbsp;Llin amp; des trois autres cominiffaires. Jai ouï d{®nbsp;que M. Wilfon a écrit depuis peu contre, mais}nbsp;gnore fes nouvelles obfervations.
XX Ie Expérience.
qudqücs Jiux fondés fnr f attraction amp; ld
puljion éleSriqttes : L'Arai^née électrique ,
Figurezun petit morceau de liege ou de inoé||® de fureau en corps daraiguée, 6c attachez-y
DE lElectricité. 551
huit fils de coton ou de lln , de quelques lignes de longueur; fufpendez enfuite cette petite figurenbsp;{ar un fil de foie a un crochet; piaeez enfin , dunnbsp;amp; de lautre de cette araignée feinte , amp; a lanbsp;fitême hauteur, Ie bouton dune botiteille denbsp;^eyde chargée pofitivement, amp; celui dune autrenbsp;^uteille chargée négativement, ou firnplementnbsp;bouton feinblable non-éle£brifé , amp; communi-^ttant a la maffe générale des corps non-éleétri-^ües: vous verrez cette figure dabord portée versnbsp;bouton éleftrifé , enfuite eia étre repouffée ;nbsp;^ comme les brins de fils eux-mêmes fe repouf-^^ntauffi mutuelleinent , il femblera que 1araignéenbsp;^Uvre amp; étend fes jambes pour embraffer Ie fe-*^Ond bouton. Elle ne laura pas plutot touché ,nbsp;^Uelle Ie (èmblera fuir; car, dépouihée de fonnbsp;^leéiricité , elle fera attirée par Ie premier, dontnbsp;^lle fera enfuite repouffée; Sc ce petit m^ege du-tant quil y aura un peu déleélricité dans lanbsp;^Uteille.
Un fimple conduéleur éleélrifé , tiendra lieu, ** 1on veut, de la bouteille éleétrifee ; Sc au lieunbsp;bouton non-éleélrifé , on pourra préfenter Ienbsp;doigt : il femblera que 1araignée , après avoirnbsp;*^üché Ie condufteur, vient fe jeter fur Ie doigtnbsp;^tir Ie faifir 5c Tembraffer de fes jambes.
X.XII» Experience.
La Rouamp; 6 Il Tourmbroche él^riques.
de
^üi
verre , implantés dans un moyeu commun , aient 6 ou 8 pouces de longueut, Sc qui por-chacun i leur extrémité une balie de plomb.
Paites une roue forrnée de huit ou dix rayons
-ocr page 360-Récréat. Mathémat. et Phys.
Cette efpece de roue doit être blen équilibrée Tuf un effieu vertical amp; délié, tournant dans une era-paudine de verre , enforte que 1efFort Ie plu*nbsp;léger puiffe la mettre en mouvement. Le batisnbsp;lequel elle porte, doit enfin être fufceptible detrenbsp;ifolé.
Ay-ez enfuite deux bouteilles chargees , luu® pofitivement , 1autre négativement ; amp; ayantnbsp;ifolé la roue ci-deflus, placez ces deux bouteillesnbsp;des deux cótés de la roue , enforte que les ballesnbsp;puiffent paflTer a un quart de pouce du bouton denbsp;chaque bouteille.
On conqoit maintenant que fi cette petite mS' chine eft bien équilibrée, lorfquune des balles feranbsp;a proximité dun des boutons, par exemple celu*nbsp;qui répond a la bouteille chargée pofitivement,nbsp;en fera attiré , amp; la machine tendra a tourner; 1®nbsp;balie , en paflant fort prés de ce bouton , fet^nbsp;éleélrifée pofitivement , amp; par conféquent ell*'nbsp;en fera auffi-tót repouflfée.
Même chofe arrivera du cóté de la bouteille dont 1intérieur fera chargé négativement: la bad'^nbsp;non-éleftrifée en fera attirée , amp; en paffant toü^nbsp;prés, elle séleftrifera négativement; conféqueiR'nbsp;ment elle en fera repoufifée auffi-töt après lavo'^nbsp;dépalTée.
gf*
Pareille chofe enfin arrivant è chacune d^^ autres balles, il en réfultera un mouvement circ^nbsp;laire qui saccélérera de plus en plus , amp; qui cofnbsp;tinuera tant que les deux bouteilles feront ennbsp;déleélricité. Maïs il eft facile de les y entreteid'^ nbsp;en faifant toucher au bouton de 1une celui d^nbsp;autre bouteille fortement chargée, amp; au boiifjnbsp;de lautre le ventre de la même bouteille : cel» ^
DE LELECTftiCItÉ. 355 '^Viargera chaeune, Tune pofitivement j 1autre né«nbsp;S^tivement.
Lorfque léledricité eft bien forte, amp;C que machine eft bien conftruite amp; équilibrée,nbsp;prend un mouvement capable de faire circulernbsp;poids de quelques livres, enfilé a fon effieunbsp;''ertical.
Les éle(51:riciens de Philadelphie sen font fervis forme de tournebroche , dans une partie dontnbsp;1 objet étoit dégayer un peu la philofophie. Per-Liadés apparemment quil faut que la Raifon fenbsp;faiive quelquefois dans les bras de la Folie, ils fenbsp;^aflemblerent fur les bords de la Skuylkill, rivierenbsp;^ui baigne Philadelphie. La ils tuerent un dindonnbsp;P^r la commotion éleflrique; ils 1embrocherentnbsp;tournebroche éleftrique , amp; Ie firent rótir a unnbsp;allumé avec létincelle éleélrique ; enfin ilsnbsp;*^urent a la fanté des philofophes tant Européensnbsp;Américains qui cultivoient léleftricité , nonnbsp;bruit de la moufquéterie , mais a celui des batteries éleftriques , déchargées a chaque fanté.nbsp;^oila ce que M, Francklin , Ie premier des phi-^ofophes éleftrlciens, appelle Ie rcpas éUclrique.
XXII1® Experience.
Sufpendez au coridufteur de Péleélricité, trois lmbres a diftances égales , denviron un pouce ,nbsp;*'ais enforte que les deux latéraux le foient par unnbsp;^^rdon OU fil de matiere qui tranfrnet réletftricité ,nbsp;^ que celui du milieu le foit par un cordon denbsp;OU autre matiere éleftrique. Ce timbre dunbsp;^dieu doit en même temps communiquer au pavénbsp;P^r une petite chaine ou fil métallique.
354 RicRÉAT. Mathémat. et Phys.
A diftances égales entre ces trois timbres, foieR^ eticore fufpendus par des filets de fole , deux petit*nbsp;globes de métal , de maniere quen sécartant ^nbsp;droite ou4 gauche , ils puiffent choquer les tiiR'nbsp;bres.
Eleftrifiez préfentement Ie condufteur ; vou* verrez auffi-tót ces petits battans fe mettre en mou*nbsp;vement, amp; choquer alternativement les timbres»nbsp;ce qui formera un petit carillon dont la caule 1^'nbsp;roit difficile a deviner , fi lon cachoit la machif®nbsp;éleflrique.
II eft facile dappercevoir la caufe de ce continu; car, par la conftruftion de cette petitenbsp;machine, les deux timbres latéraux font éleélr''nbsp;fes auffi-tüt que Ie globe éleftrique eft misnbsp;mouvement. Les petites boules pendantes entreuitnbsp;amp; celui du milieu, feront done attirées par ce*nbsp;timbres , quelles nauront pas plutót touchés»nbsp;quelles en feront repouffées , étant éleftrifée*nbsp;comme eux : alors elles feront portées contre 1®nbsp;timbre du milieu , qui, communiquant au pave»nbsp;les privera fur Ie champ de leur éleéfricité. Elle*nbsp;devront done retomber vers les timbres éleéfrifé*»nbsp;qui les attireront de nouveau; amp; ce jeu fe ps*^'nbsp;pétuera tant quon continuera a faire agir lanbsp;chine éleéfrique.
Remarque,
DAPRÈs ce principe, on a imagine ce qu'^ appelle un clavejjin éleclrique. Voici une idéénbsp;cette petite machine ingénieufe , dont linventif'nbsp;eft due au P. de la Borde, jéfuite , qui en dotii^nbsp;la defcription en 1759» dans ün petit ouvraS®nbsp;particulier.
. nbsp;nbsp;nbsp;DE LElECTRiCITi, 55,
oes cordons de foie, amp; garnie de deux rangs de tgt;mbres, quj deux a deux font propres a rendrenbsp;même fon; car il en faut deux pour cfoaquenbsp;fon. Lun de ces timbres eft fufpendu a la barrenbsp;par un fll darchal , enforte que quand elle eftnbsp;^leftrifée, ce timbre left aufli. Lautre neft fuf-P^ndu que par un cordon de foie. Entre chaquSnbsp;Paire de timbres pend une petite boule dacier^nbsp;^ufpendue de cette premiere barre par un filet denbsp;ftgt;ie.
Le timbre fufpendu de la barre den haut par cordon de foie, porte un fil darchal qui def-cend, amp; eft arrêté par un autre cordon de foie*nbsp;extrémité Inférieure porte un petit levier ^nbsp;, dans fa pofition ordinaire j repofe fur unenbsp;®«tre barre ifolée , Sc communiquant, ainfi quenbsp;premiere , au condufteur de la machine.
Enfin , au deflbus de cette feconde barre eft un t^lavier tellement difpofé, que quand on enfoncönbsp;de fes touches, elle fait lever par fon autrenbsp;Extrémité le petit levier correfpondant; ce qui in-*^rcepte la communication du timbre avec Ienbsp;'-oriduéfeur éleélrifé , Sc en établit une avec lanbsp;iiafle générale des corps terreftres.
Daprès cette defcription, on concevra que, 1on enfonce une touche pendant que la machine éleéfrique eft en mouvement, un des tim-quot;Ss étant déféleéfrifé , la balie dacier fe porteranbsp;le champ vers iautre , en fera éleéfrifée , re-Ppuflee contre le premier qui ablbrbe fon éleftri-; ainfi elle reviendra contre lautre. Ce mou-^^uient sexécute en effet avec beaucoup de vi-d en réfulte un fon ondulé, Sc refiTein-*nbsp;lant au tremblement de lorgue. Le levier re-®*hiie-t-il j les deux timbres fe trouvetit égalem«nï
Z ij
-ocr page 364-35(5 RiCRÉAT. Mathémat. et Phys. éleftrifës , Sc dans un inftant Ia balie daclefnbsp;sarrête.
Le P. de la Borde ayant execute cette mécani-que , étoit venu a bout de jouer avec aflez d^ propreté des airs fimples; maïs tout cela valoit-dnbsp;bien la peine den faire Tobjet dun ouvrage anbsp;part, puifque ni la mufique, ni la théorie de le'nbsp;leéfricité, nen recevoient aucun avancement ?
XXIVe Experience.
Lts Chevaux èltclrlquts fc pourfuivants; ou Manege ékcirique,
Préparez avec deux petites lames ou deux petits fils de fer , une efpece de croix, avec ,une chapsnbsp;de cuivre a fon centre , comme feroient deuJtnbsp;aiguilles de bouflble qui fe couperoient a anglesnbsp;droits fur une chape commune. Les bouts de cesnbsp;quatre branches doivent être terminés en pointe»nbsp;amp; replies par leurs extrémltés un peu moins qu^nbsp;angles droits, de la grandeur dun pouce, plus oUnbsp;moins , fuivant la grandeur de la machine. Sufnbsp;ces bouts de fer recourbés, placez un petit pls'nbsp;teau de carton fort léger, fur lequel vous ajoute'nbsp;rez des figures de chevaux, de maniere quÜ*nbsp;tournent la croupe du coté de la pointe. Enfinbsp;que le tout foit difpofé fur une pointe daci^*^nbsp;ëlevée perpendiculairement , enforte que cett^nbsp;croix avec fa charge fe tienne horizontalement gt;nbsp;amp; ait un mouvement de rotation extrêmetn^^^nbsp;facile.
Cela fait, ayant ifolé la machine amp; fon P^^' teau, faites communiquer ce dernier ou la poi(^^^nbsp;dsfier avec le condudeur éleftrifé; bientót
DE LELECTRICITÉ. jrjj verrez ces quatre branches de fer prendre commenbsp;delles-mêmes un mouvement de rotation en fensnbsp;Contraire de celui oü leurs extrémités font recour-^ées, enforte que les quatre chevaux femblerontnbsp;pourfuivre dans un manege circulaire; amp; cenbsp;]2u durera tant que durera 1éleftricité , amp; mémenbsp;3u-dela , a caufe du mouvement acquis.
Si 1expérience fe fait dans lobfcurité, amp; fans Cette petite cavalerie, ceft-a-dire feulement avecnbsp;les quatre pointes, vous en verrez fortir des aigrettes de lumiere ou de feu éledfrique; ce quinbsp;formera un fpeftacle fort agréable , car il en ré-fultera comme un ruban circulaire de feu, quenbsp;1on pourra rendre plus large en donnant des longueurs inégales aux branches de cette croix.
On pourroit établir ainfi plufieurs rangs de fils en croix , qui iroient en diminuant, amp; par cenbsp;i^royen on formeroit une pyramide lumineufe.
La caufe de ce mouvement , en apparence fpontanée, eft aifée a appercevoir, Ceft Ie chocnbsp;de 1effluence éleftrique qui fe fait par les pointes,nbsp;^ qui rencontrant 1air , en éprouve une reaöioanbsp;rjui la repouffe en arriere.
R E M A R dU E.
On a prétendu tirer de cette experience une difficulté affez forte contre 1hypothefe de M.nbsp;l^rancklin; car, foit quon éleftrife pofitivementnbsp;négativement cette petite machine, Ie mou-'''ement sen fait dans Ie même fens ; ce qui anbsp;^ême fort étonné des Franckliniens decides.nbsp;Quant a nous, cette objeftion ne nous frappenbsp;guere ; car 11 nous femble quon peut dire que,nbsp;dans Ie cas de réleftrlcité negative , Ie fluide élec-ti^ique qui fe précipite dans les pointes, ne peut
358 Récréat. Mathémat. et Phys.
sy engouffrer fans leur imprimer une impulfiofl qui agit précifément dans Ie inême fens que 1*nbsp;répulfion quéprouve Ie fluide éleftrique en fof'nbsp;tant, lorfque les pointes font éleftrifées pofitive**nbsp;ment.
XX V® Expérience,
Fa-irz paroitu tout-a-coup une ècriture en caraBerl^ de feu , par Ie moyen de VéleUriciti,
Ce jeu ëledlrique eft fondé fur cette oijferva-tlon connue de tout Ie monde, fqavoir, que fi lon a plufieurs filets métalliques, difpofés enfemble denbsp;maniere que leurs bouts, fans fe toucher, foientnbsp;très-voifins, comme a une ligne ou une demi-ligne , lorfquon éleftrife Ie premier , pendantnbsp;que Ie dernier communique a la maffe des corpsnbsp;non-éleótriques , il fe fait des étincelles contiquot;nbsp;nuelles entre les bouts de ces fils métalliques.
Pareille chofe arrive, fi Ie dernier de ces fUs eft terminé en pointe ; car , perdant par-la fortnbsp;éleftricité , il faut quil en afflue fans ceffe denbsp;qouvelle , amp; cela ne fe peut faire que par unenbsp;étincelle dans chacun des petits intervalles qu*nbsp;féparent les bouts des fils.
Cela étant entendu , 1on fent que 1on produi' ïoit une file détincelles formant un deffin quel'nbsp;conque, (a quelques limitations prés quon verranbsp;en railgeant des fils de fer Ie long des lineament*nbsp;de ce deffin. Alors, en touchant Ie dernier de*nbsp;fils avec Ie doigt, ou, ce qui fera encore mieuJt»nbsp;avec la garniture 'extérieure de la bouteille d®nbsp;Leyde , il fe formeroit tout a-la-fois , dans 1^*nbsp;intervalles de ces fils, des étincelles'repréfenW^nbsp;eontcnir du deifin.
-ocr page 367-DE lElectricité. 359 Mals comme ceci auroit des difficultés, onnbsp;^exécutera plus facilement ainfi. II taut prendrenbsp;*ine de ces feuilles. détain battues amp;£ nayant quenbsp;^épaifleur dun papier; on la découpera en petitsnbsp;^uarrés dune ligne ou une demi-ligne de cóté , ounbsp;forme de rhombe un peu alongé; on deffineranbsp;^nfuite fur un papier les lettres quon veut expri-*Rer; amp; ayant mis une lame de glace, dune lignenbsp;Environ dépaifleur , fur ce deffin, on collera furnbsp;cette glace les petits quarrés ou rhombes décritsnbsp;^i-deflus , felon les contours du deffin , en faifantnbsp;^nforte que les angles regardent les angles , 6cnbsp;foient éloignés les uns des autres denviron unenbsp;deini-ligne, comme 1on voit dans Ie deffin de lanbsp;lettre S, fig. 44 ; on lie enfuite lextrémité dune pi.nbsp;lettre avec Ie commencement de la fuivante , par fig. 44»nbsp;^ne petite lame circonflexe du même métal ,nbsp;terminée de cóté amp; dautre en pointe, commenbsp;On Ie voit dans la même figure ; enfin une petitenbsp;lame femblable au commencement de la pre-Riiere lettre 8c une autre du bout de la dernierenbsp;Va au bord de la même glace amp; au-dela.
Préfentement, fuppofons que la premierede ces petltes lames communique au condufteur élec-trifé, 5c que 1on vienne toucher la feconde, ounbsp;au contraire, chaque angle des petits quarrés portera Ie feu éleélrique par une étincelle a fon voiwnbsp;fin; 5c 11 lexpérience fe fait dans 1obfcurité , onnbsp;^Ppercevra ces deux lettres deffinées par une fuitenbsp;détincelles de feu.
Si la derniere lame communique a une maffe corps non-éleélriques, 6c que léleélricité foitnbsp;^orte , il fe fera entre chaque quarré une explofion;
^ui rendra permanente cette écriture lumineufe-.
Z iv
jéo Récréat. Mathémat. et Phys.
Maïs il faut obferver que toutes les lettres 1alphabet ne peuvent pas fe repréfenter dutienbsp;maniere auffi fimple que les deux que nous venonsnbsp;de donner en exemple. Ainfi lO ne fe repréfen-teroit point par ce moyen ; Ie fluïde éleftrique,nbsp;au lieu de faire Ie tour, fauteroit du premier aWnbsp;dernier quarré. De même lA refteroit tronqué denbsp;fa partie fupérieure, Ie fluïde éleftrique palTantnbsp;par la traverfe. II faut done un artifice particuliernbsp;pour obvier a eet inconvenient , qui fe rencontrenbsp;dans un grand nombre dautres lettres , comrnenbsp;1E, lF, 1H , amp;c.
Cet artifice confifte a écrire une moitië de la lettre fur un cóté du verre, amp; 1autre moitië furnbsp;1autre, amp; a les faire communiquer enfemble parnbsp;une petite bande métallique, qui, en paflant dunbsp;deflus au deflbus du verre, porte Ie feu éleftriquenbsp;p}_ g du dernier quarré de la premiere moitië de lO ,nbsp;% 45'P® exemple, au premier quarré de Ia fecondenbsp;moitië de la même lettre ; enfuite on joint, pa?nbsp;une femblable bande, Ie dernier quarré de cettenbsp;feconde moitië, avec Ie premier quarré de la lettrenbsp;fuivante. En examinant attentivement la fig. 4^ gt;nbsp;on reconnoltra facilement ce mécanifme. Les let'nbsp;rres ou parties de lettres repréfentées fur Ie cótenbsp;de deflus du verre, font oinbrëes fortement, ^nbsp;celles de deflbus légërement. La propagation dünbsp;feu ëleëtrique étant comme inftantanée , ilnbsp;senfuivra de ces renvois aucun inconvénient poufnbsp;leffet.
II eft aifé de voir combien un pareil artific® ^uroit pu, dans des temps dignorance , contri'nbsp;^\ier a jeter la terreur dans les efprits. Si une
-ocr page 369-DE LElECTRïCITÉ. 361 ^ hommes raffemblés dans un lieu obfcur, aprèsnbsp;grand coup de tonnerre, voyoient écrit contrenbsp;murailles un ordre , une décifion prétenduenbsp;ladivinité, de quoi ne ferolent-ils pas capa-'ss! a quel point de fanatifme ne les conduiroit-pas! De quelle terreur ne feroit pas frappé unnbsp;^'^iiime qui , séveillant en furfaut, verroit écritnbsp;*^®ntre fa glace , Tii mourras aujourd'hui J
XXVIe Experience.
Feu d'Artifice électrique.
Voici un nouveau genre de fpeftacle, dontnous ofons cependant ab'blument garantir la réuflite;nbsp;r^ais nous fommes fort portés a penfer que notrenbsp;*dée eft fufceptible dexécution.
hln fpeéfacle dartifice eft ordinairement com-P°fe dune decoration immobile , confiftanteen un ^^ifice analogue au fujet , amp; diverfes pieces denbsp;, mobiles ou immobiles , telles que fufées,nbsp;prbes, cafcades , foleils fixes ou tournants, étoi-pyramides ou colonnes, foit fixes , foit mobi-Or il ny a aucune de ces pieces dartifice quinbsp;puifte être, a ce que nous croyons, repréfentéenbsp;des feux purement éleftriques.
,, Prenons dabord pour exemple une decoration ^ichiteéture. On la repréfente en illuminationnbsp;des files de lampions qui en tracent les princi-membres : ne peut-on pas, au lieu de cesnbsp;^'^ipions , leur fubftituer des files de points ren-lumineux par Téleélricité ? Lexpérience pré-dente en fournit Ie moyen; car, puifque 1onnbsp;. lendre apparentes des lettres dont les con-font bien plus compofés, par une fulte de
Récréat. Mathémat. et Phys.
pareils points, a plus forte raifon pourra-t-ö** rendre apparentes des lignes pour la plupart droite*nbsp;amp; paralleles, ou perpendiculaires entrelles, enynbsp;employant les precautions indiquees dans 1e*'nbsp;pofé de cette experience. Mais voici un autf®
moyen.
Sur une planche de bois refineux , fort fee ^ bien plane, tracez le deffin de votre decoration»nbsp;amp; marquez par des points les endroits ou voH^nbsp;placeriez des lampions , fi vous executiez ceff®nbsp;decoration en illumination ; placez a chacun lt;1®nbsp;ces points un fil de fer dune ou deux lignes lt;1^nbsp;hauteur, amp; terminé en dehors par une point*nbsp;déliée amp; fort aigue ; faites enfin communiqu^^nbsp;tous ces fils par un fil de fer continu qui les ein'nbsp;brafle. Si vous excitez une éleéfricité puiflante»nbsp;11 ny a nul lieu de douter que chacune denbsp;pointes ne donne dans 1obfcurlté une petite gerb*nbsp;lumineufe; ce qui trafcera le deffin de votre decO'nbsp;ration architeéfurale : car on fqait quune bad*nbsp;de fer fortement éleftrifée, jetre dans les tén^'nbsp;bres, de tous fes angles , de fortes gerbes de 1*'nbsp;miere , quelquefois dc plufieurs pouces de lo'^nbsp;gueur.
Pour reprefenter une gerbe de feu , rien de pl**^ facile ; un groupe de fils de fer termines ennbsp;tes, donnera un affemblage de petites gerbesnbsp;en formeront une confiderable.
Si Ton veut reprefenter un foleil fixe, dix douze pointes , difpofées en forme de rayons» ^nbsp;1extrémité dun fil de fer terminé en boutopnbsp;donneront un foleil fixe; amp; fi ces douze ptjnbsp;tes font difpofées de la matiiere convenable ,nbsp;pourront, par leur emanation éledfrique , for*d*nbsp;une étoile: il ny aura quales difpofer comme
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fa;
ait des fufées dans lartifice ordinaire pour repré-^iter la même chofe,
Rangez maintenant plufieurs fils de fer terminés pointe, amp; communiquants a une tige com-en forme de demi-cercle, amp; dans une di-*^®^ion inclinée a lhorizon ; ils formeront unenbsp;^^fcade , par les gerbes éleftriques qui fortirontnbsp;ces pointes.
, Voulez-vous avoir limage dunfoleil tournant,
* nbsp;nbsp;nbsp;faudra pour cela former une croix femblable anbsp;'e'le de iexpérience 24® ; mais , au lieu de lanbsp;'^re tourner fur un axe vertical , il faudra lanbsp;^cttre parfaitement en équilibre fur un axe hori-^°ntal : les gerbes lumineufes qui fortiront desnbsp;pointes recourbées, formeront ou un ruban cir-'^^laire de feu, fi Ie mouvement eft rapide, ounbsp;^Uelque chofe daffez reflemblant a un foleil.
Enfin , ce qui pourra donner a ce petit fpeffacle air de réalité , cefl: quil eft poflible de lac-'^^inpagner dim bruit de batterie éleftrique,nbsp;H'^i donnera lidée des marrons amp; fauciftbns dontnbsp;^ décharge accompagne dordinaire les autresnbsp;P'eces dartifice , finon continuellement, du moinsnbsp;^ intervalle en intervalle. Cela fe pourroit fairenbsp;P^t Ie moyen de petites batteries éleftriques quoanbsp;^^chargeroit fucceflivement amp; par partie.
nbsp;nbsp;nbsp;Tout ceci, nous Ie répétons, neft encore quune
qui a befoin detre foumife a 1expérience ; je crois quun artifte ingénieux pourroit ennbsp;parti. On fent, au refte, aifément quil fau-une éleftricité vigoureufe. Mais ce quunenbsp;l^^phine éleéfrique ne pourroit pas faire, deux,nbsp;, quatre, Ie feroient probablement,
364 Récréat. Mathémat, et Phys.
XXVII' Experience.
Sur rEleclrldté de la Sole.
Voici dautres experiences bien fingulieres» dont lauteur eft M. Symmer, qui les publia e**nbsp;1759)nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les Tranfactions Philofophiques de
cette année.
I. Dans un temps extrêmement froid Sc TeC» par un beau vent de nord ou de nord-eft, preneï»nbsp;après les avoir bien chauffés , deux bas de To®nbsp;neufs , lun blanc , lautre noir, fur la mêm®nbsp;jambe: laftion feule de les mettre les éleftrifet*'nbsp;Tirez-les enfuite lun dans lautre, en les faifa^nbsp;glilTer tous les deux a-la-fois fur la jambe; voU^nbsp;les trouverez alors éleftrifés au point dadhére^nbsp;mutuellement, avec une force plus ou mo^nbsp;grande. II eft arrivé a M. Symmer de lesnbsp;ibutenir ainfi un poids égal a foixante foisnbsp;moins Ie poids de lun deux.
z. Retirez-les lun de dedans lautre , en tira'^ lun par Ie talon , lautre par 1ouverture , ils te*'nbsp;teront éleftrifés, Sc lon verra avec étonnem^^nbsp;chacun deux fe render de maniere a re préfeiit^nbsp;Ie volume de la jambe.
3. nbsp;nbsp;nbsp;Maintenant préfentez un de ces bas a 1^nbsp;tre a quelque diftance ; vous les verrez fe pr^'quot;nbsp;piter lun fur lautre, sapplatir , Sc adhérer enf^^nbsp;ble avec une force de plufieurs onces.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Mais ü vous faites cette experience fur d^^nbsp;paires de bas combines de la même manie®nbsp;blanc contre noir, Sc que vous préfentiez Ie l,nbsp;blanc au bas blanc, Ie noir au noir, ils fenbsp;feront mutuellement. Préfentez enfuite Ie noit ^nbsp;blanc, ils sattireront Sc fe joindrontj ou 1®^
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lElE C T RI C IT É. nbsp;nbsp;nbsp;365
a fe joindre , coipme dans la 3® expedience.
5. On pent charger labouteille de Leyde avec bas.
ll paroït réfulter de-1^ , que la foie frottée con-la foie , peut séleftrifer; mais il faut pour '®la que Tune des deux ait une preparation quenbsp;*2utre na pas; car deux bas blancs ou deux basnbsp;djyirs lun fur 1autre , ne séleftrifent nullement.
neft pas, au refte, Ie noir en tant que noir, ^Ppofé au blanc comme blanc , qui produit eetnbsp;M. labbé Nollet a fait voir que cette preparation , étoit lengallage qui precede la teinturenbsp;®'i noir ; car deux rubans blancs , dont lun desnbsp;feulement eft engallé , étant frottés conve-diablement lun fur lautre , produifent les mêmesnbsp;P^énomenes dadhérence, dattraftion, de répul-II ny a nul doute que ce ne fut la mêmenbsp;^hofe pour les bas.
Les partifans de la doftrine de M. Francklin -'dd léleftricité, nauront pas de peine a expliquernbsp;autres phénomenes quon a expofés. Chacunnbsp;bas eft éleftrifé dune maniere différente, lunnbsp;Pofitivement, lautre négativement; 11 paroit quenbsp;^ sft Ie blanc qui 1eft pofitivement ou a la manierenbsp;«ü verre. Lenflure remarquée dans chacun desnbsp;ifolés, neft done que leffet de la répullionnbsp;^ditre des corps femblablement éleftrifés; car tou-les parties du même bas ont requ la mêmenbsp;^^êlricité. Par la même raifon , deux bas de lanbsp;**'^dne couleur fe repouffent néceffairement.
Mais li lon préfente un bas noir au bas blanc , ^^Hme leurs éleéfricités font différentes, les deuxnbsp;sattirent; phénomene connu, Sc finon gé-
36lt;5 Récréat, Mathémat. et PHfs. néral, dü moins prefque immanquabJe entrenbsp;corps éleftrifés, lun politivetnent, lautre nég^'nbsp;tivement, ou lun a la maniere du verre, lautrsnbsp;a celle du foufre.
Un phénomene fort remarquable ici , ceft ofiS deux corps éleftrifés , lun pofitivement, lautr®nbsp;néptivement, felon Ie langage des Franckliniens»nbsp;puiflent sappliquer lun contre lautre, fansnbsp;leurs éleflricités sanéantifTent. M. Symmernbsp;remarque avec étonnement ; amp; cela lengage ^nbsp;sécarter de la doélrine francklinienne , ennbsp;donnant des raifons qui, comme Ie remarqo®nbsp;M. labbé Nollet, Ie rapprochent beaucoupnbsp;lexplication de ce dernier.
Au refte, on a depuis remarque, que deux faces de corps éleftriques , éleftrifées 1une pofit''nbsp;vement, lautre négatlvement, sappliquent trèsquot;nbsp;bien 1une a lautre fans détruire leurs éleftricités*nbsp;Ceft-la Ie principe de léleélrophore, nouvel in^nbsp;trument éledilrique, imagine ces dernieres annéeS'nbsp;II y a plus, ceft que ces deux furfaces applique^*nbsp;de cette maniere, retiennent beaucoup plus lou2'nbsp;temps leurs éleftricités ; mais elles ne fe maniA*'nbsp;tent que quand elles font féparées. Léleftrici^^nbsp;eft une mine qui plus on la creufe, plus ellenbsp;fente des chofes inexplicables. Comment exp*nbsp;quer cela felon la théorie de M. Francklin ?nbsp;nen fqais rien ; amp;c quoique penchant vers eA® nbsp;je ne lentreprends pas,
XXVII Je Experience,
Qid prouve que VEleclricité accélere Ie cours Jluides.
Ayez un tuyau, ou capillaire, ou terminé P^*'
-ocr page 375-DE LElECTRIC ITÉ. 367 ^ne ouverture aflez étroite pour que leau, cou-par cette ouverture, ne puiffe Ie faire quenbsp;§outte a goutte. Eleftrifez cette eau; vous la vet-auffi-tót couler par un jet continu.
Re marq^ue
les conféquences de cette Experience, amp; fur les guérifons opérées ou pretendues öpirées parnbsp;V Elekricité.
Cefl: probablement cette experience qui a ^pnné lieu clappliquer Téleftricité a la méde-car il étoit aflez naturel de raifonner ainfi:nbsp;Puifque léleftriclté accélere Ie cours des fluides ,nbsp;efi vraifemblable quelle accélérera celui dunbsp;Jang du fluide nerveux dans les anitnaux. Ornbsp;y a certaines maladies qui paroiflent nétrenbsp;line fuite de lengorgement du fluide nerveux ,nbsp;^^lle que la paralyïie, amp; diverfes maladies quinbsp;^^iinent a cette caufe , comme la furdité, la cé-5)té, amp;c : conféquemftient léleftricité , en accé-^lant foit Ie cours du fang, foit celui du fluidenbsp;^^i'veux , pourra forcer eet engorgement j ce quinbsp;^pérera la guérifon de la maladie.
On a done commence a éleftrifer des malades ^Itaqués de paralyfie ; amp; il faut convenir, at-^idu les témoignages de perfonnes exemptes denbsp;^üte fufpicion , comme M. Jallabert de Geneve ,nbsp;^ autres, que ce na pas été fans quelque fuccès,nbsp;certain que ce célebre profeflTeur amp; citoyennbsp;^ Oeneve a, flnon guéri radicalement, du moinsnbsp;^^^lêinement foulagé, entrautres paralytiques, Ienbsp;j ^nimé Noguez. Cet homme qui ne pouvoitnbsp;?''sr Ie bras, fut, après trois mois déleörifa-en état de lever un marteau.
-ocr page 376-3(58 Récréat. Mathémat. et Phys.
Cette annonce , publiée dans les journaux , Gommeon lepenfebien, ungrand bruit; amp; lonbsp;vit dans lEurope une foule déleftriciens entrC'nbsp;prendre la guérifon des paralytiques, des fourds»nbsp;desaveugles, amp;c. On a un recueil en trois volu'nbsp;mes, donné par M* Sauvages , non de ces gueri'nbsp;fons, car il y en a eu peu qui puilTent porternbsp;nom, mais des progrès de 1éleftrifation. Il y en ^nbsp;eu néanmoins quelques-unes daffez bien conH^'nbsp;tées; telle eft en particulier celle dun jeun®nbsp;homme de Colchefter, a qui M. Wilfon rendi*^nbsp;la vue quil avoit perdue a la fuite dune fievf®nbsp;violente. A légard de la plus grande partie de*nbsp;autres, Ie traitement a été inutile Sc fans effet.
On ne peut cependant difconvenir que, dan* les commencements de léleftrifation , les mal^'nbsp;des néprouvent ordinairement quelque améliota'nbsp;tion. Les paralytiques reflentent dans la partie p^'nbsp;ralyfée, de la chaleur, des picotements, qui feif'nbsp;blent annoncer un retour de fentiinent; les aveU'nbsp;gles voient quelquefois des étincelles de lumief®'nbsp;Mais , en general, tout fe borne la; Sc ces coi^'nbsp;mencements, qui femblent annoncer Ie plus gragt;'nbsp;fuccès, nont pas de fuite,
Quelques philofophes Italiens ont bien p*quot;® tendu quelque chofe de plus merveilleux. Onnbsp;nonqa vers 1750, a Padoue , que léleélric'^®nbsp;exaltoit Sc atténuoit les odeurs, au point qus** ^nbsp;paflbient a travers Ie verre; que des droguesnbsp;gatives, foigneufement Sc hermétiquementnbsp;dans un vafe, purgeoient celui a qui on Ienbsp;tenir dans la main pendant quon éleftrifoi^nbsp;vafe. Ceüt été aflurément une belle décou'^^^^^nbsp;pour la médecine ; mais malheureufement ^nbsp;prétendue découverte, annoncée avec affez
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Phafe a toute lEurope, seft évanouie aux yeux ^clairés de M. Tabbé Nollet j qui fit, en partienbsp;Pour eet objet, Ie voyage de Tltalie. II trouvanbsp;'I'til y avoit au moins de la precipitation amp; dunbsp;- entendu dans toutes ces brillantes annoncesnbsp;'I'jon ne put réalifer devant lui. Ayant lui-mêmenbsp;yéitéré 1expérience plufieurs fois dans fon cabinet,nbsp;na jamais trouvé que lodeur la plus penetrantenbsp;Pafsat a travers les pores dun verre véritablementnbsp;^losjfoit éleftrifé, 1'oit non éleftrifié , non plus quenbsp;émanations purgatives de la caffe, amp; de lanbsp;*^iubarbe.
M. Ie Roy, un des philofophes Franqois qui ont cnltivé avec Ie plus de foin cette branche de la phy-fique , a été conduit a effayer les effets de 1élec-^¦icité fur quelques fujets, dont Ie premier étoitnbsp;^haqué dune hémiplégie depuis trois ans; Ie fe-'ond, dune goutte-fereine ; amp; les autres , de fur-*^'té. De fréquentes commotions , données a tra-'^ets les parties paralyfées du premier, femblerentnbsp;^abord ranimer Ie fentiment: Ie malade fua beau*nbsp;^oup , ce que tous les remedes adminiftrés parnbsp;I^n médecin navoient pu lui procurer. Après qua-he OU cinq mois déledrifation, Ie fentiment amp; Ienbsp;gt;nouvement revinrent aux doigts paralyfés , Sc Ienbsp;Jialade put faifir un verre , Ie porter a fa bouche ,nbsp;klever même un poids de 40 a 50 livres ; maisnbsp;^^tte guérifon ébauchée fut tout ce quil put ob-J^tiir ; Sc après quatre autres mois continus dé-¦^ftrifation , Ie malade nétajit pas mieux , il pritnbsp;parti de ceffer un traitement inutile.
Laveugle ne donna pas a M. Ie Roy plus de I'atisfaftion , quoique, pour défobftruer Ie nerfnbsp;^Ptique , il eüt imagine une armure au moyennbsp;laquelle il lui donnoit au travers de la tête desnbsp;Toirn IK,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;A a
-ocr page 378-370 Récréat. Mathémat. et Phys. commotions ménagées. II appercevoit une flaminenbsp;au moment de lexplofion éleftrique a travers ianbsp;tête. Une autre fois il apperqut des fantómes dob-jets. Mais après queiques mois de traitement , ilnbsp;fe dégoüta comme Ie premier dun remede inutile.
Enfin les malades attaqués de furdité, ne furent pas plus heureux. M. Ie Roy dirigeoit Ie fluidsnbsp;éleftrique dune oreille a 1autre. Chaque commotion fe faifoit reflTentir dans la tête par un bruitnbsp;apparent , que run deux comparoit a tous lesnbsp;petards de la Grêve. Mais les nerfs auditifs nenbsp;furent pas défengorgés , ni la furdité diflipée. Onnbsp;voit riiiftoire de ces traitements dans les MémoinSnbsp;d£ rAcadémie des Sciences, année 1755-
poflible, attendu que léleétricité , accélérant Ie
Jai lu quelque part, dans les Tranfaclions Phi-lofophiques, quon avoit guéri une flevre inter-mittente par léleéfricité. Cela ne feroit pas im-
mouvement des fluïdes, paroit être tonique.
On a vu a Paris, il y a queiques années, un. chanoine de Perpignan , M. 1abbé Sans , annon-cer beaucoup de guérifons opérées. dans fon paysnbsp;par léleftricité. II les a publiées dans un ouvragenbsp;expres, revêtues de toutes fortes de certificats.nbsp;Mais je 1ai vu opérer inutilement fur M. de Ianbsp;Condamine , attaqué dune infenfibilité parfait®nbsp;dans la moitié, du corps, amp;£ dune furdité pro-fonde. II eft vrai que eette double infirmité étoitnbsp;déja enrscltée depuis long-temps, amp; il y auroitnbsp;de 1injuftice a exiger des fuccès, en opérant fntnbsp;des maladies de cette nature; mals je nai pas ouinbsp;dire que eet éledricien alt eu dautres fuccès mat'nbsp;qués a Paris. '
ÜÈ lElectricité.
iabord con^u trop defpéranee de Téleftricue ^Ppliquée aux maladies ci-deflus, maïs que ce-P^ndant elle neft pas abfolument fans effet; 8cnbsp;, dans des maladies récentes j il ne feroit pasnbsp;|}^al de tenter fon application. Les rPiumatifmesnbsp;celles qui j fuivant M. k Roy, ont été lesnbsp;^oins rebelles a ce remede; Sc ceft peut-être ennbsp;^^kblilTant la tranfpiration quil a agi. II a procurénbsp;fueurs copieufes a k plüpart des malades; enfinnbsp;,ne peut douter quil noccafiontie dans Ie corpsnbsp;*'*^iiain un otgafme univerfel, qui pourroit, dansnbsp;^^elques circonftances , être critique Sc avanta*
XXIX® Experience.
Z)e rEleSricité naturdk amp; animale.
I ^renez dans un temps très-froid un chat, palTeZ-la main fur Ie dos a rebrouffe-poil 8c a diffé* reprifes: vous en tirerez fouvent des étin-^^lles très-vives 5c qui pétilleront,nbsp;j. ll ny a nul doute que fi lanimal étoit fur unnbsp;^Pport éleftrique ou ifok, on ne put communi-cette élecïlricité a un condufteur, commenbsp;^^^le quon excite par Ie frottement dun globe ounbsp;plateau de verre.
pj5 feulement lanimal dont on vienf Pariet qui préfente par Ie frottement les phé-^ Rtenes éleftriques : les hommes même , dans^nbsp;^ l^^bies circonftances , jettent auffi des dtin-jji qui font abfolument de la même nature. 11'nbsp;^ perfonne a qui- cela ne foit arrivé quelque-Ceft dans les hivers très-froids, Sc- après
A a ij
-ocr page 380-37*. Récréat. Mathémat. et Phys. sétre bien chauffé , quon éprouve ce phenomena*nbsp;Si alors on tente de quitter fa chemife dans lobf'nbsp;curité , il en fortira fouvent des étincelles plus otnbsp;moins vives , amp; accompagnées dun bruilTerneP*-fenfible. II y a des perfonnes qui, par un temp^'nbsp;rament particulier , font plus fujettes a ce fymp'nbsp;tóme que dautres. Ce font probablement les p^*^'nbsp;fonnes très-velues; car Ie poil étant dune natut®nbsp;approchante de celle de la foie, eft éleftri(Ii®nbsp;par frottement; amp; ceft, felon les apparences,nbsp;frotiement des linges fees amp; échauffés contrenbsp;poil fee amp; échauffé lui-même, qui produit cett^nbsp;éleólricité amp; les étincelles qui 1accompagnentquot;
On claffoit autrefois ces feux parntii les phofphoriques ; maïs depuis les découvertesnbsp;velles fur 1éleftricité, il ny a nul doute quenbsp;ne foit un pur phénomene éleftrique.
II nous auroit été facile de groffir bekuco^P davantage cette partie des Récréationsnbsp;en y faifant entrer un grand nombre dautresnbsp;périences curieufes , furprenantes, amp; inexpb^^^nbsp;bles dans toute théorie de léleflricité; maisnbsp;fommes obligés de nous contenir dans des b'^nbsp;étroites; ceft pourquoi nous allons nous bo!nbsp;a faire connoitre ici les principaux livres oü nbsp;peut sinftruire a fond de cette matiere. 'nbsp;genre font VEJfai fur rElsclricité, de M.nbsp;Nollet, amp; fur-tout fon livre intitule,nbsp;fur ks Caufes paniculhns des Phénomencsnbsp;ques, 6* fur ks Effets nuifibks ou avantageux 0 ,nbsp;pmt dn atundre; Paris 1754, in-12 ,nouv.nbsp;ouvrages auxquels on peut joindre fes Lettre^Jnbsp;rEkciricité, 3 vol. in-12. En effet,nbsp;théorie Francklinienne paroiffe avoir en
DE lElectricité.
quot;Caucoup plus de parrifans que celle de M. labbé bollet, on ne peut refufer a ce phyficien davoirnbsp;^ultivé avec Ie plus grand fuccès Ie champ de lé-^«ftricité, A)outez a cela divers mémoires dunbsp;^ême auteur, dans lefquels il difcute la théorienbsp;M. Francklin, imprimés dans les Mémoires denbsp;^Académie y ann, 1755 Sc 1760 , amp;c.; les Recher-^he$ fur les Mouvements de la Matiere électrique,nbsp;par M. Dutour, in-l 1,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vous aurez ce quU
y a de meilleur parmi les écrits qui défendent ou ^mplifient la théorie du phyficien Franqois.
40. II contient des expériences très-preffantes. P'^ur la théorie Francklinienne, amp; un grand nom-dobfervations neuves fur 1éleftricité des nua-^otiblions pas de dire ici, que Ie P. Beccarianbsp;un des phyficiens qui ont Ie plus heureufe-^ent cultivé léleélricvté , 6c quil a découvert
A a iij
La théorie Francklinienne a été pour la pre-*tiiere fois expofée en France , dans Ie livre inti-*ülé, Expériences amp; Obfervations fur VEleclricité ^ faites a Philadelphie en Amérique , par M. Ben)a-*gt;tin Francklin, ouvrage traduit de langlois,nbsp;^aris 1756, 1 vol, On a depuis vu patöitre unenbsp;^dition des oeuvres de M. Francklin, en 2 vol.nbsp;^n-40^ dans Ie premier defquels fe trouvent toutesnbsp;expériences , amp; une multitude dautres chofesnbsp;^iitéreflantes fur léleftricité. Ce font les livresnbsp;dans lefquels on peut Ie plus facilement sinftruirenbsp;de cette théorie. On doit y ajouter divers mé-**toires de M. leRoy, un des principaux partlfansnbsp;de M, Francklin, qui font Inférés dans les Mé-^oires de lAcadémie, ann. 1754, amp;c. Un ou-encore très-intéreflant a eet égard, ceff Ienbsp;hvre du P. Beccaria , 'miitxAé y delV Eleclricifmonbsp;^ituraleé artificialeen 1759 a Turin,
-ocr page 382-374 nbsp;nbsp;nbsp;Mathémat. et Phys.
une foule de phénoitienes nouveaux amp; três-eXquot; traordinaires. II y a enfin dans les Tranfa^'°^^nbsp;Philofophiques des dernieres années, un grandnbsp;nombre de mémoires curieux fur divers phenOquot;nbsp;jnenes de léleftricité , qui font 1ouvragenbsp;MM. Nairne , Ie dofteur Lind, Wilfon,
4bn, Src. inais il feroit trop long de les indicjU^J* On publia en 1752 une Hijloire dt VEleUricd^ fnbsp;.en 5 petits vol. in-12 ; ouvrage rempli de ma*^quot;nbsp;vaifes plaifanteries, amp; de farcafmes du plus luai'nbsp;vais ton : il ralTemble dailleurs affez blen toutnbsp;qui avoit été fait ou dit avant cette époque. MaiSgt;nbsp;depuis ce temps, M. Prieftley, un des meill£*^pnbsp;phyflciens de lAnglèterre , a donné une nouven®nbsp;Hijloire de UEleBricitè ^ qui eft beaucoupnbsp;leure amp; plus inftruélive, Elle a paru traduitenbsp;franqois fous ce titre en j 771, Paris, 3 vol. in-l*'
-ocr page 383-mathèmatiques
Ch I M I E,
IL ne faut quêtre initié dans la chimie, pour concevoir de cette fcience une idee bien différente de celle quen a Ie vulgaire. Pour Ie com*nbsp;'nun des hommes , la chimie neft que 1art chi*nbsp;i'érique de la tranlinutation des métaux , ou toutnbsp;au plus celui de produire quelques phénomenesnbsp;'Extraordinaires, plus cnrieux quutiles; mais auxnbsp;yeux du phyficien qui la connoit, ceft de toutesnbsp;Jes parties de la phyfique la plus étendue St la plusnbsp;intéreflante. Nous Ie difons même hardiment,nbsp;^ous ne fqavons fi Ton peut légitimement donnernbsp;nom de grand phyficien a celui qui neft point
A a iv
-ocr page 384-37lt;5 Récréat. Mathémat. et Phys. éclalré du flambeau de la chimie; du moins eft-ilnbsp;certain que fi 1on peut fan^ elle rendre compte denbsp;certains phénomenes de la nature , comme 1^*nbsp;mouvements des corps céleftes, les effets de 1^nbsp;pefanteur de lair, amp;c. il y en a un nombre lOquot;nbsp;comparablement plus grand, dont la chimie feulc _nbsp;peut donner 1explication. La chimie en effet ne^nbsp;pas moins étendue que la nature même; les ani-maux, les végétaux , les minéraux , font de fo^nbsp;reflbrt; ceft elle qui les analyfe , combine leur*nbsp;principes, examine les phénomenes qui en réful'nbsp;tent, pénetre par-la plus intimement dans leu'^nbsp;nature. De-la découlent une multitude dufagfi*nbsp;utiles, amp; tels, quon peut dire quune foule darpnbsp;ne font autre chofe quune application conti'nbsp;nuelle de la chimie : tels font 1art de la verrerie ^nbsp;de la teinture , de la metallurgie, amp;c. Le dirai-)®nbsp;enfin? les arts les plus communs amp;c les plus nécef'nbsp;faires a lhomme, ne font fouvent que des prO'nbsp;cedes chlmiques; tel efl, par exemple, celui dünbsp;lavandier, dont a la vérité ne fe doute guere celn*
' qui le pratique, mais qui nen eft pas moins un® operation dont la chimie feule peut rendre raifo'^'nbsp;Cette raifon eft la propriété quont les alkalis fix®*nbsp;de rendre les matieres grafles folubles dans leaU»nbsp;en formant avec elles un favon. Celui quinbsp;que 1une des premieres operations de eet art einbsp;de faire tremper les linges dans une forte lelfi''^nbsp;de cendres de bois neuf, qui contiennent lalka'*nbsp;fixe, concevront la juftefle de ce que nous avon*nbsp;avancé. Nous en donnerons dans cette partie d^nbsp;notre ouvrage dautres exemples remarquables.
La chimie eft aufli de toutes les parties de I* phyfique celle qui ofTre les phénomenes les pl^*nbsp;étranges 6c les plus curieux. Qui ne fera étonn®
-ocr page 385-Chimie. nbsp;nbsp;nbsp;377
öe voir de la llmaille de fer plongée dans un fluide froid comme elle, y exciter tout-a-coup unenbsp;ebullition violente , amp; des vapeurs fufceptiblesnbsp;dinflammation ? Peut-on voir enfuite, fans admirer les operations de la nature, ce métal fi folidenbsp;détruit en quelque forte par ce fluide, amp; uni avecnbsp;lui au point de Ie fuivre a travers les filtres lesnbsp;plus étroits ? Qui ne sémerveillera en voyant unenbsp;autre liqueur limpide, dilToudre tout-a-coup cettenbsp;Union, amp; faire tomber Ie fer au fond du vafe eanbsp;pouffiere impalpable ? II feroit fuperflu amp; exceffi-vement prolixe de faire ici une enumeration denbsp;ces phénomenes , puifque nous allons en fairenbsp;connoitre plus au long les principaux les plusnbsp;remarquables. Maïs , avant tout, il efl: néceflairenbsp;de donnet une idee des principales fubftances quinbsp;font ks agents de ces operations.
Des Seis.
ON appelle fels , ou matures falines, toutes celles qui plongées dans leau, ou expoféesnbsp;a un air humide 5 fe réfolvent delles-mêmes ennbsp;liqueurs. On en a un exemple dans Ie fél' marin ,nbsp;ft connu de tout Ie monde , Ie nitre ou falpêtre ,nbsp;1alun , Ie vitriol, Ie tartre, Ie fel ammoniac , amp;c.nbsp;Quon les plonge dans leau , on fqait quils ynbsp;difparoïtront en fe mêlant intimement a toute lanbsp;liqueur. Voila ce quon appelle une folution ounbsp;^iffolution.
Les fels exigent, fuivant leur nature, une quan-
-ocr page 386-37S Récréat. Mathémat. et Phys.
Üté plus OU moins grande deau, pour fe dilToudre entiérement. Le fel marin exigc deux foisnbsp;poids deau pour fe diiïbudre entiérement; lalunrnbsp;douze fois fon poids; la félénite, fix a fept centsnbsp;fok, amp;c,
II y a des fels acides, des alk dis , des neutres1 Nous allons les décrire, amp; faire connoitre leutsnbsp;propriétés principales.
§. I. Dis Acides.
Nous nedlrons pas , avec Iauteur du Dictïonquot;' nairc de Phyjïque portatif1, amp; a la fuite de quel'nbsp;ques anciens chimiftes, quun acide eft formé denbsp;particules longues , aiguës amp; trancliantes , carnbsp;rien neft moins fondé ; amp; avec une pareille de-finition , on ne diftingueroit pas dans une boirnbsp;tique dapothicaire un acide dun alkali ou durJnbsp;fel neutre. Voici quelque chofe de plus précis.
Un acide eft un fel ordlnalrement fous 1^ forme liquide , dont Ia propriété taftile au goiit»nbsp;eft de faire fur la langue une impreffion daigreufnbsp;amp; de fraicheur. Cette défignation eft fuffifante ^nbsp;Car II neft perfonne qui nait üne idee diftiuéf^nbsp;de la faveur aigre. Cependant, sil y avoit
Sutvant eet auteur , le fer eft un compofé dé vitriol» de foufre amp; de tefré : la fermentation èft un mouvefuoftnbsp;occafiönné par Iintroduftion dés acides dans les alk®!1 nbsp;lorfque les alkalis fe coagulent, ils ferment des crift®''nbsp;ie fpufre eft un mixte inflammable, compofé de ff^1nbsp;dhuile, deau amp; de terre: Ie cuivre eft un compofénbsp;foufre amp; de vitriol: amp;c, amp;c, amp;c. II y a la, pournbsp;chimifte, de quoi fire a gorge déployée1
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C H I M r E.
cela quelque Incertitude , volei un autre figne qui fera reconnoitre lacide.
Prenez du firop de violette, ou du papier teint en bleu, amp;c verfez deffus un fel acide ; il chan-gera la couleur violette ou bleue en rouge, Tou-tes les fois done quune liqueur verfée fur Ie firopnbsp;de violette ou fur Ie papier bleu , changera fanbsp;couleur en rouge , on pourra alTurer quelle eftnbsp;acide , ou que lacide y prédomine.
II y a dans la nature trois acides minéraux , un acide vegetal , amp; rnême un acide animal. Lesnbsp;acides minéraux font, lacide vitriolique, vulgai-rement 1efprit de vitriol, lacide marin, amp; lacidenbsp;nitreux, Le premier eft fourni par Ie vitriol, Ienbsp;fecond par le fel marin , amp; le troifieme par lenbsp;nitre. On les appelle minéraux, parcequils fontnbsp;tirés du genre mineral, lis ont des propriétés tr-ès-diftinéles amp; très-remarquables.
L acide vegetal eft fourni par les fruits acides , OU par les vins tournes a 1aigre : tels font le vi-naigre , le fuc de citron , amp; de la plupart desnbsp;fruits avant quils foient parvenus a leur maturité ,nbsp;lacide du tartre , amp;c. Ils ont tous a peu prés lesnbsp;mêmes propriétés.
Lacide animal eft donné par quelques corps animaux : tels font, emrautres, les fourmis; il y anbsp;une efpece de chenille que M. de Geer a remarquénbsp;éjaculer un trait de liqueur qui a tous les carafte-res de lacide. Le lait tourné a 1aigre eft, a certains égards, un acide animal.
Di rAcide, vitriolique,
Cet acide , le plus puiflant de tous, eft fourni, comme on la dit plus haut, par le vitriol, foitnbsp;Vert, foit bleu, ou par lalun ; car le vitriol neft
-ocr page 388-380 Récréat. Mathémat. Et Phys. quun fel formé par la combinaifon ou lunioiïnbsp;dun acide avec Ie fer ou Ie cuivre, Lalun ne^^nbsp;pareillement que la combinaifon diin acide aveCnbsp;une terre argileufe ; amp; 1expérience a appris quCnbsp;ces trois acides font abfolument de Ia méme nature.
II nous fuffira de dire ici, que Ton extrait ces acides par la force du feu, On renferme ces tna'nbsp;tieres avec certaines precautions dans une cornue Jnbsp;Ion pouffe Ie feu, qui oblige par fa violence la'nbsp;cide qui eft fufceptible detre réduit en vapeurs, fnbsp;abandonner la bafe a laquelle il eft uni , amp; 1nbsp;paffer fous la forme de liqueur dans Ie recipient1
Une autre maniere plus fimple de fe procurer de 1acide vitriolique, eft la combuftion du foü'nbsp;Ire , car Ie foufre neft autre chofe que Ie réfultatnbsp;de la combinaifon de 1acide vitriolique avec c^nbsp;que les chimiftes appellent Ie phlogijlique1, o\i\enbsp;principe injLammahh. Si done on fait bruler dnnbsp;foufre lentement fous une cloche de verre, lesnbsp;vapeurs qui sen éléveront, amp; qui ne font qu^nbsp;de Iacide vitriolique, sattacheront aux paroJSnbsp;intérieures de la cloche , amp; la liqueur qui en diffnbsp;tillera enfuite fera du vrai acide vitriolique , ^nbsp;la vérité encore altéré par un mélange de phlogilquot;'nbsp;t1que, mats qui sen détache peu a peu amp; de lu1'nbsp;jnéme , enforte que lon a enfin de lacide vitrinenbsp;lique pur.
Lorfque lacide vitriolique eft bisn déflegme» OU privé de leau quil afpire, pour ainfi diregt;nbsp;avidement, il pefe beaucoup plus que leau1 Lenbsp;rapport de leurs poids eft de plus de 2 a i.
On verra plus bas , page 388, ce que ceft nbsp;nbsp;nbsp;^
phlogiftique.
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Laclde vitriollque eft le plus puiflanf de tous: lorfquil fe trouve en concurrence avec les autresnbsp;acides , il les depoflede, pour ainfi dire, en sem-parant de la bafe a laquelle ils etoient unis. Quel-ques experiences que nous donnerons , mettrontnbsp;fous les yeux ce jeu chimique , qui eft fort cu-rieux , amp; qui eft la caufe de mille effets finguliersnbsp;dans la nature.
De. I'Acide nitreux.
Le nitre ou falpetre , matiere connue de tout ie monde , donne Iacide nitreux. En effet, lenbsp;falpetre eft le réfultat de Iunion dun acide dunenbsp;nature particuliere, avec une autre matiere connue des chimiftes fous le nom êi alkali fixe. Onnbsp;les fepare Tun de Iautre par des procédés quilnbsp;n eft pas de notre objet de decnre ici. On a unenbsp;liqueur a laquelle on donne le nom ^acide nitreux.nbsp;II eft moins pefant, amp;, en général, moins aéfifnbsp;que Iacide vitriolique. Sa couleur eft ordinaire-ment un jaune foncé ; amp; quand il eft bien con-centré, il jette fans cefle des vapeurs rougeatres,nbsp;qui feinblent circuler dans le vafe ou il eft con-tenu. Son poids eft alors a celui de Ieau, commenbsp;3 a 1.
On donne aufti a Iacide nitreux dans un état médiocre de concentration , le nom ^eau-forte.nbsp;Ceft le dilTolvant propre de 1argent du cuivre.
De rAcide marin.
Le fel marin, ce fel ft communément employé Sc ft connu de tout le monde , eft la fubftancenbsp;qui donne Iacide marin; car ce fel neft formé quenbsp;par la combinaifon dun acide particulier avec
-ocr page 390-382. Récréat. Mathémat. et Phys. une fubftauce app7lée par ks chlmiftes Valkali fixinbsp;mineral. On les lépare lun de 1autre , comme onnbsp;fait a légard du vitriol , du falpêtre , par fksnbsp;procédés particuüers, amp; la liqueur qui en réfultenbsp;eft de lacide marin,
Lacide marin a des caraéleres amp; des proprié-tés qui Ie rendent très-diftinél: des deux autres. Dans fon plus grand état de concentration, Ünbsp;neft quun peu plus pefant que leau , amp; dans Ienbsp;rapport de iq a 17. Sa couleur eft un jaune ci-trin, amp; Ion odeur approche de celle du fafran*
De PAcidé vegetal,
Cet acide eft celui que fournilTent les matiereS' végétales tournées a Taigre , ou celles qui ne fontnbsp;pas parvenues a leur maturité. Du vinaigre , dunbsp;verjus , du jus. de citron , ne font autre chofe quenbsp;de lacide végétal étendu dans beaucoup deau.nbsp;Dans cet état, il na quune force médiocre.nbsp;Mais on peut, par diverfes voies, Ie priver de lanbsp;plus grande partie de cette eau fuperflue ; amp; alorsnbsp;il a une force qui ne cede pas beaucoup a cellenbsp;des acides miuénaux.
Un inoyen fiinple de concentrer ainfi lacide végétal, eft dexpofer du vinaigre a toute Ia ri'nbsp;gueur du froid pendant Hiiver. II fe gélera ennbsp;partie: vous óterez les g-laqons; Ie reftant fera unnbsp;vinaigre beaucoup plus fort. En réitérant celanbsp;plufieurs fois , vous aürez un vinaigre daiitantnbsp;plus concentré , que Ie froid aura été plus rigou-reux. On, pourroit enfuite y employer les froidsnbsp;artificiels, qifon peut pouffer bien plus loin qn^nbsp;les froids les plus grands quon ait éprouvés daits^nbsp;nos cUmats,.
C H I M 1 E. nbsp;nbsp;nbsp;383
Re M A RQI/ E generale.
De très-habiles cbimiftes font dans la perfua-fioïi quil ny a dans la nature quun feul acidt, flt;javoir Ie vitriqliquc, qui, par les diverfes alterations quil éprouve dans les plantes amp; les ani-tnaux , par la putréfraftion amp; par dautres caufes,nbsp;donne les autres acides nitreux, marin amp; vegetal:nbsp;cela paroit mêine certain; a légard de lacide nitreux , amp; eft probable i légard des autres.
11 y a des chimiftes dun grand nom qui recon-ttoiflent un quatrieme acide mineral; i,ls Ie nom-tiientphofphorique, parceque ceft Ie fameux phof-phore durine qui la dabord fourni, quoiquil ^xifte , fuivant eux , dans divers corps minéraux.nbsp;Cet acide eft beaucoup plus denfe amp; plus puif-lant que Ie vitriolique. II paroit difficile de fe re-fufer aux preuves de ces chimiftes. Cependant,nbsp;Pour ne pas trop embrouiller la matiere , nousnbsp;^ous en tiendrons a la doftrine généraleinent requenbsp;^ eet, égard.
II. Des Alkadis.
De même quil y a des acides minéraux amp; vé-|étaux , il y a auffi deux alkalis, Iun mineral ^ 1autre vegetal. II y a encore un alkali fixe amp;
alkali volatil. Maïs commenqons par faire con-t^oitre ce qui caraftérife un fel alkali.
. Une faveur acre amp; brulante eft ordinairement ® figne auquel un alkali fe fait connoZtre. Ungt;nbsp;^Utre figne auquel on Ie connoit encore, eft lanbsp;J^ulear verte dans, laquelJe il change celle du,nbsp;'rop violat, ou la teinture bleue d,e rhéliotrope,nbsp;ptnfi, toutes les fois quune liqueur verfde fur Ie.
'quot;Op violat, OU Ie papier teint en b.leu par Ihdlio-
-ocr page 392-384 Récréat. Mathémat, et Phys,
trope , Ie colorera en vert, on pourra prononcef quelle eft alkaline, ou que 1alkali y eft dominant»
Di VAlkali fixe,
II y a, nous lavons dit plus haut, un alkal* fixe 5c un alkali volatil.
Lalkali fixe eft ainfi nommé , parceque , quoi' que expofé a un feu aflez fort, il ne fe diflip^nbsp;point: il fond alors a la maniere des métauX»nbsp;amp; rougit comme eux. II facilite la fufionnbsp;pierres , des terres, des fables, 6c eft par cett^nbsp;raifon dun ufage immenfe dans les verreries ^nbsp;dans divers arts.
Lalkali fixe mineral eft fourni par le fel rin ; car, lorfquon a privé ce fel de 1acide qijfnbsp;entre dans fa compofition , le refte eft Ialkaknbsp;fixe mineral: mais il feroit embarraflant 5c duquot;nbsp;pendieux de le tirer de la. La maniere la pl^**nbsp;commune eft de faire brüler certaines plantes qtt*nbsp;croiflent ou font jetees fur !es bords de la met'nbsp;tels font le kali, qui a donne le nom a cett^nbsp;efpece de fel ; 5c diverfes fortes de plantesnbsp;lines, le varec ou gouemon, les fucus , 5cc.nbsp;cendres de ces plantes contiennent en abondafC^nbsp;cette efpece dalkali fixe, quon peut en retire*'nbsp;pur en les leffivant, 5c faifant évaporer la lefli'quot;^'nbsp;Ceft ce quon connoit dans le commercenbsp;le nom de foude.
Lalkali fixe vegetal eft tire communement la combuftion de la plupart des autres plantesnbsp;bois, tel que le bois ordinaire a brüler. ®nbsp;fait beaucoup par cette vole dans diverfes fore^*/nbsp;oil 1on brule pour cet effet dimmenfes quandk®*nbsp;de bois dans des fofles; Sc 1on en retire lesnbsp;dres, qui contiennent beaucoup de cet
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fixe, amp; qui font connues dans Ie commerce fous i Ie nom de pota^es 1. On peut les leffiver, amp; en1nbsp;fuite tirer de la lelTive, par 1évaporation gt; un alkali beaucoup plus adiif.
Une autre maniere de fe procurer un alkali fixe Vegetal amp; fort épuré, eft de prendre la lie dunbsp;vin, amp; Ie tartre qui fe dépofe contre les paroisnbsp;des tonneaux, On en fait des paquets ou maffesnbsp;de la groffeur du poing, amp; on les fait brülernbsp;jufqua ce quils aient pris une couleur blanche.nbsp;On a par ce moyen du fel alkali fixe végétalnbsp;affez pur, On Ie connoit dans Ie commerce, fousnbsp;Ie nom de fd de tartre ou alkali du tartre. II eftnbsp;abfolument Ie même que celui de potafl'e.
Les deux alkalis fixes, Ie mineral amp; Ie végétal, different principalement entreux par une pro-priété particuliere. Lalkali fixe végétal attire ftnbsp;fortement lhumidité de lair , que, pour Ie con-ferver folide, il faut Ie mettre dans des vafes fcru-puleufement bouchés. Si on Ie laiffe expofé a lair,nbsp;il fe réfoud de lui-même en liqueur, amp; dans eetnbsp;état on lappelle huile de tartre par défaillanee;nbsp;dénomination au refte fort impropre, car ce neftnbsp;point une huile.
Lalkali fixe minéral, au contraire , loin dat-tirer lhumidité, perd la fienne, amp; tombe en efflo-fefcence, ceft-a1dlre en poufïiere: ceft pourquoi d eft beaucoup plus commode a conferver quenbsp;iautre.
De rAlkali yolatil.
Cet alkali eft Ie produit de la combuftion de plupart des matieres animales, ou feulement de
Du mot anglois pot-ashes, cendrss en pot.
Tome IF. nbsp;nbsp;nbsp;B b
-ocr page 394-386 Récréat. Mathémat. et Phys. la putréfaftion des matieres animales ou vege-tales. Lodeur des corps putrefies ne vient que denbsp;1alkali qui sen dégage pendant cette opération,nbsp;pat laquelle la nature les réduit en quelque fortenbsp;d leurs premiers principes, pour fervir a de nou-velles compofitions. Celle qui faifit fi fortementnbsp;a 1approche des latrines , neft quun alkali volatilnbsp;très-exalté. II eft appelé volatil, parcequunenbsp;chaleur , même moindre que celle de leau boud'nbsp;Jante , fuffit pour Ie diffiper eh vapeurs qui fe dé-celent toujours par leur odeur penetrante, Le fe^nbsp;ammóniac neft autre chofe que le réfultat de Ilt;1nbsp;combinaifon du fel marin avec ialkali volatil.
§, III. Des Seis neutres,
Toutes les fois quun fel nefl: ni acide , m alkali, quil ne rougit ni ne verdit le firop violatnbsp;OU le papier bleu 1, on 1appelle neutre. La raifonnbsp;de cette dénomination eft fenfible. Tels font lenbsp;fel marin, le nitre., les différents vitriols quenbsp;donnela nature, amp; une multitude dautres fels»nbsp;tant naturels quartificiels,
Un fel neutre eft ordinairement formé dun acide combine avec une bafe alkaline, ou ter-reufe, ou métallique. Nous allons en donner deSnbsp;exemples, en parcourant les principales combi'nbsp;naifons des trois acides minéraux avec les diver-fes bafes ci-deffus.
Ainfi lacide vitriolique, combine aveC le zinc, forme le vitriol blanc.
Avec le cuivre , le vitriol bleu.
Cette regie eft fujette a quelques exceptions, Oft peut cependantla fuivre , avec raïfurance de nen êtr®nbsp;égaré que fort rarement.
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Avec Ie fer , Ie vitriol vert.
Avec une terre argileufe, 1alun.
Avec une terre calcaire, la félénite.
Avec lalkali volatil, Ie vitriol ammoniacal.
Avec lalkali fixe mineral, Ie fel de Glauber-, dEpfom , OU de Seydlitz.
Avec lalkali fixe vegetal, Ie tartre vitriolé.
Avec Ie phlogiftique, Ie foufre commun.
Lacide NITREUX , combine avec lalkali fixe végétal, forme Ie nitre.
Avec lalkali fixe mineral, Ie nitre quadrangu-laire ou cubique.
Avec lalkali volatil , un fel ammoniacal ni-treux.
Avec 1argent, un fel particulier, fufible a une chaleur médiocre , connu fous Ie nom de piemnbsp;infernale, a caufe de fa caufticité.
Lacide MARIN , combine avec lalkali fixe ftiinéral, forme Ie fel marin commun,
Avec lalkali fixe végétal, Ie fel febrifuge de Silvius.
Avec lalkali volatil, Ie fel ammoniac.
Avec Ie mercure , lorfquil y a exces dacide , Ie fublimé corrofif.
Lorfque lacide marin eft parfaitement faturé de mercure , il forme un fel mercuriel doux , ounbsp;fublimé doux.
Lacide VÉamp;ÉTAL, en particulier,celui du tartre, avec laikali fixe végétal, forme Ie tartre.
Avec lalkali fixe minéral, Ie Lel a'ppelé de ^tigneue , yégaal, ou pofymjii.
Lacide du vinai^.e , quv ne diffefe de; celui du tartre quea quelques circonftances, avec Talkali
B b ij
-ocr page 396-388 Récréat. Mathémat. et Phys. végétal, forme Ie appelé urn foliée du tar{rc
Avec Ie cuivre , il fprme Ie verdet, fel fort connu dans Ie commerce, amp; poifon violent.
Avec Ie plömb, il forme Ie fel zppelé fucre Saturm, employé dans les arts , Sc égalewentnbsp;poifon.
Avec Ie mercure, Ie fel mercuriel, encore ii^' nominé , dun grand ufage dans les maladies ve*nbsp;nériennes. Ceft celui de M. Keyfer.
Nous nous fommes bornés lei a donnet ooo idee des compofitions les plus connues des diff^quot;nbsp;rents acides avec diverfes fubftances. Nous s.ü-'nbsp;rions pu en augmenter confidérablement Ie nonynbsp;bre, car il neft pas dacide qui ne puiffe fe combi'nbsp;ner avec prefque tous les alkalis, les terres calcai'nbsp;res , amp; prefque tous les métaux; mais ces combi'nbsp;naifbns nont guere été encore examinées par k*nbsp;chimiftes, amp; plu/ieurs même ne Tont ëté en a«'nbsp;cune maniere; ce qui fournit un champ bien vaft^nbsp;a de nouvelles recherches.
LE phlogiftlque joue un grand róle dans^^^ chimie, quon ne peut auffi fe difpenfer dki'nbsp;donner une idéé avant daller plus loin.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
De tout temps on a reconnu dans les corps h* ceptibles dinflammation , un principe particuli^*^nbsp;en vertu duquel ils peuvent fervir dalirnentnbsp;feu. Un charbon, par exemple, de bois ou d®nbsp;terre, étantune fois enflammé, continue de
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Ier, diminue, amp; enfin fe réduit en cendres. Au contraire, un morceau dargile rougira au milieunbsp;du feu ; maïs, laiffé a lui-même , il ne jettera au-cune flamme, Ie feu dom il étoit pénétré fe diffi-pera , amp; Ie morceau dargile reftera tel quilnbsp;étoit. II y avoit done dans Ie charbon un principenbsp;dinflammabilité combine avec la partie terreufenbsp;du charbon , amp; qui a fervi daliment a la flammenbsp;OU au feu, qui a enfin éte détruit ou exhale parnbsp;lapplication du feu ; principe qui nexifte pointnbsp;dans largile , dans la pierre , dans Ie verre , Scnbsp;une multitude dautres corps. Ceft-la ce que lesnbsp;chimiftes modernes ont appelé Ie phlogijliqm.nbsp;Les corps gras , huileux, Ie contiennent éminem-ment; car, Ie feu y étant applique, ils font confu-més prefque dans leur totalité , Sc ne laiflfent quenbsp;très-peu de charbon.
Les métaux, tant quils font fous Ia forme métallique , contiennent du phlogiftique; car ^nbsp;réduifez par une combuftion continuée, du plomb,nbsp;par exemple, en chaux; ce ne fera plus quunenbsp;matiere terreufe , qui, par la fufion, fera fem-blable au verre, Sc inalterable comme lui. Maisnbsp;a ce verre ou a cette chaux en fufion, ajouteznbsp;des matieres grafles ou de la pouffiere de charbon ; vous verrez auffi-tót ce verre redevenir mé-lal ^ Sc fe féparer des autres matieres vitrifiées,nbsp;avec lefquelles il étoit confondu. Ceft-la., pournbsp;1obferver en palTant, Ie principe de la metallurgie ; car Ie mineral préparé par Ie grillageounbsp;fortant de la mine, neft ordinairement-quen étatnbsp;de chaux; mais en Ie ftratifiant dans Ie fourneaunbsp;avec Ie charbon, on lui préfente Ie phlogiftique ,nbsp;qui, fe comblnant avec lui, Ie rétabllt fous la.nbsp;forrae de, métal; Sc ceft par-la quil fe dégage.
B b iij
-ocr page 398-'590 Récréat. Mathémat. et Phys»
des autres terres vitrifiées, qui ne font pas fufcep* tibles de fe combiner avec Ie phlogiftique: il V3nbsp;au fond , amp; ces autres inatieres furnagent.
On ne peut pas avoir Ie phlogiftique feul, CG qui donne Heu de croire que ceft un être fimpleJnbsp;mais on Idte k un corps , on Ie lui rend, en 1®nbsp;faifant pafter dun corps a un autre.
Le corps Ie plus limple réfultant de la combi-naifon du phlogiftique, eft le foufre, quon dé-montre nêtre que la combinaifon de lacide vi-trioli(|ue avec ce principe : on le démontre , dis' je , par lanalyfe amp; la recompofition ; car 1®nbsp;foufre brülé produit de lacide vitriolique encorenbsp;foiblement combine avec quelque peu de phlogiftique ; amp; au moyen de lacide vitriolique amp;nbsp;du phlogiftique du charbon , on refait du ibufr.®nbsp;tout-a-fait femblable au foufre naturel.
Ce principe aujourdhui appelé phlogijlique ^ étoit connu , mais imparfaitement, des anciensnbsp;chimiftes, fous le nom de foufre; mais le foufrenbsp;nétant pas un corps fimple, ou du moins nétantnbsp;pas aufli limple que le phlogiftique , il ne fqauroitnbsp;être un principe : dailjeurs il ny a pas plus denbsp;foufre dans un morceau de bois ou dans un chat'nbsp;bon, que de nitre dans 1air. Ceft la reflburcenbsp;des phyliciens de college, qui, ne fqachant R*nbsp;ce que ceft que le foufre , ni ce que ceft que 1®nbsp;nitre, crolent avoir tout expliqué quand ils ontfnbsp;a tout hafard , mis en jeu des nitfes amp; des foufres.
Les chimiftes c[ul cherchent au hafard la pierre philofophale , ont aufll la tête 8c les difcour*nbsp;fort embrouillés de tous ces foufres. Quand o**nbsp;rencontre aujourdhui de ces hommes, on p®®*^nbsp;dire a coup sur, ceft un ignorant en chimie, 0'^nbsp;wn adepte, ceft-a-dire un vifionnaire.
-ocr page 399-59*
C H I M 1 E.
NOvS ne pouvons pareillement nous difpen-fer de dire ici quelque chofe de ce quon ap-pelle armies; car elles font la clef de lexplica-tion dune foule de compofitions amp; de décom-politions chimiques.
On appelle affinité, la force avec laquelle deux fubftances tendent a sunir amp; fe maintiennentnbsp;dans leur union, Ainfi , par exeinple , de lacidenbsp;vitriolique verfé fur une terre calcaire, sen em-irnbsp;pare, fe combine avec elle molecule a molécule ,nbsp;amp; forme un mixte qui neft ni terre, ni acide pur;nbsp;mais, a cette diffolution , ajoutez de 1alkali fixe,nbsp;foit vegetal, foit mineral, la terre calcaire feranbsp;chaffée de fa place , lacide vitriolique sempareranbsp;de lalkali fixe , en abandonnant la premiere , 6cnbsp;formera un nouveau fel.
II y a done une tendance a fe réunir @ntre les molecules de la pierre calcaire amp; celles de lacidenbsp;vitriolique , 6c conféquemment une force quinbsp;maintient cette union ; car ce fluide, quoiquenbsp;mixte, paffe a travers les filtres: dou il réfultenbsp;que ce neft pas une liinple divifion amp;c interpofi-tion des parties de la pierre entre celles du fluïde-diffolvant, comme Ie penfoient amp;c Ie penfent encore les phyficiens qui nont aucune teinture denbsp;chimie. Ils fe demandent en effet, pourquoi lesnbsp;parties du fer diffous par un acide , fe foutiennentnbsp;dans la liqueur, malgré leur excès de pefanteur fpé-cifique ? Cela eft inexplicable dans leur phylique»
B b iv
-ocr page 400-39i RÉCRiAT, MatHémat. et PhvS.
Maïs fi chaque partie du fer eft unie a chaquC partie du fluïde diflfolvant, cela ne fait plus denbsp;difRculté ; amp; en admettant ce principe, en ad-inettant aufll une inégalité de force dans cette tendance , fuivant la différente nature des fubftances,nbsp;tous les phénomenes chimiques sexpliquent fi fe'nbsp;cileinent, quon ne peut fe refufer a admettrenbsp;cette force dans les particules des corps.
On a dailleurs des preuves pofitives de la force avec laquelle adherent des furfaces polies , mêmenbsp;indépendamment de tout fluide environnant.nbsp;Rien done de plus naturel que de concevoir unenbsp;pareille force entre les particules infenfibles de*nbsp;corps; il fuffit de leur concevoir de petites facettesnbsp;¦de différentes formes amp; grandeurs, par lefquellesnbsp;elles adhéreront avec une force qui pourra fuivrenbsp;des lois fort compliquées, puifquelle pourra dé-pendre de létendue de la facette, de la denfiténbsp;de la particule amp; de fa forme ; car tout cela peutnbsp;la faire varier de bien des manieres.
Ces affinités ou tendances font en effet très-inégales; amp; pour en donner un exemple , la force par laquelle la terre calcaire fe combine avecnbsp;lacide vitriolique , eft moindre que celle p^tnbsp;laquelle fe combine avec lui un alkali quelconquc»nbsp;Ceft-la la raifon pour laquelle eet alkali fe fubfquot;nbsp;titue a la place de la terre calcaire. En general »nbsp;tous lts acides ont plus daffinité avec les alkali*nbsp;quavec les terres calcaires , avec celles-ci quavc^nbsp;les métaux , avec certains métaux cjuavec daU'nbsp;tres; ce qui fournit des moyens faciles de décorf*'nbsp;pofer certains mixtes. Nous en donneronsnbsp;exemples auffi inftruftifs que curieux.
-ocr page 401-391
C H I M 11.
Des Dijlolutions amp; Precipitations.
La diflblution eft une operation par laquelle un fluide fe combine avec les molecules dunnbsp;folide ou dun autre fluide , enforte que chaquenbsp;particule de Iun contrafte adhérence avec chaquenbsp;particule de 1autre. Cette union ou adherence eftnbsp;produite par Iaffinite de ces particules entrelles ;nbsp;car sil ny a pas afflnite plus ou moins grande, ilnbsp;ne fqauroit y avoir diflblution.
La dilTolution ne confifte pas dans une Ample attenuation des corps dilTous, amp; une interpofitionnbsp;de fes molecules entre celles du fluide. Quand ilnbsp;ny a quune pareille interpofition, la féparationnbsp;ne tarde pas de fe faire.
La precipitation fe fait, lorfque les molecules du corps dilTous, étant abandonnées par le dilTol-vant, tombent au fond de la liqueur. Cela fe faitnbsp;quelquefois par la Ample diminution de la forcenbsp;de ce diflblvant, procuree en Ietendant de beau-coup deau; mais le plus fouvent cela fe fait ennbsp;prefentant au diflblvant un corps avec lequel ilnbsp;ait plus daffinité quavec le corps déja diflbus.nbsp;Par exemple , fi , de 1acide nitreux tenant en diflTo-lution une terre calcaire , on met dans la diflfolu-tion un alkali fixe , Iacide faifira Ialkali, a caufenbsp;de fa plus grande affinité , amp; abandonnera lanbsp;terre , qui tombera au fond du vafe.
Dautres fois la precipitation fe fait, parceque 1on a préfenté a la diflTolution un corps qui, ennbsp;fe combinant avec le corps dilTous, forme un
-ocr page 402-394 RÉCRéAT. Mathémat, et Phys. nouveau mixte infoluble dans Ie difldlvant: alórsnbsp;il fe précipite au fond; on en a un example dansnbsp;lopération fuivante. Si Ton fait diflbudrenbsp;terre calcaire dans 1acide nitreux ou marin, ^nbsp;quon y verfe de 1acide vitriolique , ce derniefnbsp;sempare de la terre, Sc forme avec elle unnbsp;connu fous Ie nom de félénite. Mais comme 1^nbsp;félenite neft pas foluble dans les premiers acides,nbsp;ni même dans 1eau, a moins quelle ne foit cnnbsp;très-grande quantité , elle fe précipite au fond-Pareille chofe fe paffe lorfque , dans une folutioJ*nbsp;de mercure par lacide nitreux, on verfe de lacidsnbsp;vitriolique: la pouffiere précipitée au fond, eftnbsp;quon nomme Ie précipite blanc.
A R T I C L E V.
RIen de plus commun, parmi ceux qui nont quune foible teinture de chimie , que de con*nbsp;fondre ces deux chofes, qui font néanmoins effe*^'nbsp;tiellement différentes ; amp; il faut convenirnbsp;jufqua ces derniers temps, les chimiftes Fran^O'^nbsp;confondoient ces termes , quoiquils ne confoi^'nbsp;dilTent pas les operations quelles défignent.
Leffervefcence eft Ie mouvement joint a chaleur qui accompagne fréquemment une digt;'nbsp;folution. Lorfque, parexemple, on jette quelq^®nbsp;peu dacide nitreux fur de la limaille de cuivf® ^nbsp;OU de lacide vitriolique fur celle de fer , lorfqu^^*^nbsp;met une goutte des mê.mes acides fur une w**®
-ocr page 403-Chimie. nbsp;nbsp;nbsp;39^
^alcaire, il fe fait tout de fuite une violente ebullition , jufqua ce que la combinaifon étant faite , Ie tout fe ralTeoit, amp; la liqueur devient tranfpa-rente. Voila lefFervefcence. Ainll on dit que lesnbsp;acides font dordinaire effervefcence avec les alkalis , les métaux , les terres calcaires.
Mais la fermentation eft toute autre chofe:' ceft Ie mouvement inteftin amp; fpontanée qui fenbsp;produit dans certaines liqueurs extraites du genrenbsp;végétal, amp; qui, de douces ou infipides, les rendnbsp;fpiritueufes ou vineufes, Le mout, par exemple ,nbsp;OU le jus des raifins preflfés ou foulés, neft pasnbsp;du vin ; il ny a pas une feule goutte defprit,nbsp;tnais il y en a les principes. Cette liqueur expoféenbsp;a une chaleur módérée , fe trouble delle^même ,nbsp;sagite intérieurement, bouillonne ; amp; lorfque cenbsp;kouillonnement eft appaifé, ceft une liqueurnbsp;toute nouvelle , fpiritueufe , enivrante, amp;c. IInbsp;®n eft de même de la biere, qui provient de lanbsp;fermentation du malt, ou de la forte décoftionnbsp;lorge préparé dune certaine maniere. Ceft-la,nbsp;comme Ton voit, une operation bien différentenbsp;de 1effervefcence décrlte ci-deffus. Aulïi, quandnbsp;fti homme parlant chimie confond ces mots,nbsp;^es oreilles dun chimlfte inftruit en font auffinbsp;^tuellement choquées, que le feroient celles dunnbsp;Pbyftcien qui entendroit employer lhorreur dunbsp;'^üide a expliquer un phénomene.
-ocr page 404-39Ö RicRéAT. Mathémat. et Phys.
De la Cnjlallifation.
ON appelle ainfi eet arrangement particulier que la plupart des fels amp; même beaucoupnbsp;dautres corps afferent de prendre, lorfquayao*nbsp;été diffous dans un liquide, amp; leurs parties ayantnbsp;ëté affez rapprochées les unes des autres par lé'nbsp;vaporation de ce liquide , elles fe mettent ennbsp;groupes, Comme Ie criftal de roche eft Ie premiernbsp;des corps dans lequel on alt obfervé eet arrangequot;nbsp;ment régulier, il a donné fon nom a celui qu®nbsp;les obfervations ultérieures des chimiftes amp; de*nbsp;naturaliftes ont fait reconnoitre dans quantité daü'nbsp;tres corps , amp; en particulier les fels.
Quon faffe en effet dïffoudre dans de Peau» du fel marin ; quon falTe évaporer la folutio«nbsp;jufqua un certain point, amp;c quon la laiffe re'nbsp;pofer dans un lieu tranquille amp; frais, les partJ'nbsp;cules falines étant rapprochées les unes des autres»nbsp;amp; fe précipitant enfemble au fond du vafe,nbsp;sattachant aux parois du vailTeau , formeront de*nbsp;maffes dans lefquelles on ne pourra rnéconnoit^^nbsp;la figure cubique, comme dans Ie criftal de rod®nbsp;on reconnoit des prifmes a fix pans terminés^nbsp;pyramides, amp;: implantés les uns dans les autf®^'nbsp;Si, en faifant évaporer Ie flivide , on provoque *nbsp;criftallifation a la furface , elle fe fait en fori^®nbsp;de trémies , qui ne font formées que de pel'*^^nbsp;cubes amoncelés dans un certain ordre lesnbsp;fur les autres , ainfi que la fait voir M. Rouell^rnbsp;qui a fort ingénieufement expliqué ce phénotne*'^'
-ocr page 405-Si cétoit du falpêtre tenu en diflblution, les criftaux quils formeroit feroient abfolument ref-femblants 4 ceux du criftal de roche , ceft-adirenbsp;formes de prifmes exagones, terminés par desnbsp;pyramides aulfi exagones.
Chaque fel enfin affefte fa forme particuliere.
Lalun fe criftallife précifément en oftaëdres, ceft-a-dire forme une double pyramide quadran-gulaire , adoffée a une bafe commune ik quarrée.
Le vitriol de fer, ou Ie vitriol vert, forme des criftaux en cubes obliquangles , ou dont lesnbsp;fix faces font des rhombes a cotes égaux.
Les crifiaux du vitriol bleu font des dodécaë-dres comprimés , dont la forme eft difficile a être exprimée lei fans un long difeours.
Le verdet, ou felprovenant du vinaigre combine avec le cuivre, forme des criftaux qui font cn parallelipipedes obliquangles.
Le fucre criftallife, ou candi, forme des prif-mes quadrangulaires , recoupes obliquement par Un plan incline.
Mais, comme nous 1avons dlt plus haut, ce ne font pas feulement les fels qui , fe formant ennbsp;malTes, afferent ces figures regulieres , une multitude dautres corps jouiftent de la même pro-priété; la plupart des mines, des pyrites , fontnbsp;teconnoififables a leur forme particuliere; le plombnbsp;minéralifé affeéle, par exemple , beaucoup lanbsp;forme cubique retlangle ou obliquangle. II neftnbsp;pas jufquaux pierres qui naient, dans ce cas, leurnbsp;tégularité. Les criftaux de gypfe ou de platre fontnbsp;faits en fer de lance; auffi le gypfe eft-il propre^nbsp;ttent un fel. Le fpath calcaire , connu fous lenbsp;diQ crijliil d'IJlandi, eft toujours un parallé-f'pipede obliquangle, 5c incliné dans le fens de
-ocr page 406-398 ' RÉCRiAT. MathImat. et Phys. fa diagonale , amp; dans des angles determines. Le^nbsp;jnétaux enfin, lorfque, fe refroidilTant lentement gt;nbsp;leurs particules ont la liberté de sarranger, poufnbsp;ainfi dire , a leur gré ; les métaux , dis-je , pren-nent une forme réguliere , remarquée depuis long'nbsp;temps dans Iantimoine , mais que depuis on *nbsp;obfervée dans Ie fer, Ie cuivre , Ie zinc , amp;c.
Comme ce phénomene eft un des plus curieU^ de la phyfique , il y auroit matiere a un affeinbsp;long article ; mais, contents de donner ici unenbsp;forte davant - gout de ces pbénomenes intéref'nbsp;fants , nous nous bornons a renvoyer a VEJfainbsp;CrijlallograpJm ^ de M. Rome Delifle , qui parutnbsp;en 177a, in-8°.
Nous allons maintenant donner une fuite d'ex' périences chimiques , qui feront en partle unenbsp;application des principes ci-deffus, ou qui préfen'nbsp;teront des pbénomenes curieux.
Premiere Experience.
Comment un corps de nature comhujlible , peut fans eeffe pinetri de feu fans Je confumer?
IL faut renfermer dans une boïte de fer UU charbon qui en remplilfe toute la capacité , ^nbsp;fouder Ie couvercle de la boite. Si vous la .jete^nbsp;enfuite dans Ie feu, elle y rougira; vous pourre^nbsp;même ly laiffer plufieurs heures , plufieurs jours:nbsp;lorfquaprès lavoir lailTé refroidir vous 1ouvrirez,nbsp;vous trouver^ Ie charbon dans fon entier, quoi'quot;
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on ne pulfle douter quil nait été pénétré de la ttiatiere du feu, tout comme Ie métal de la boitenbsp;dans laquelle il étoit renfermé.
. Vóici la caufe de eet effet. Pour que Ie char-bon amp; tout autre corps combuftible fe confuine , il faut que Ie phlogiftique ou la partie inflammable puille sexhaler; car on fent aifément que cenbsp;tjui fait quun corps eft inflammable, doit être denbsp;fa nature indeftruftible , amp; que Ie feu ne fait quenbsp;la fliffiper, Mais cette diffipation ne peut avoirnbsp;lieu dans un vaiflfeau dos: ainfi Ie phlogiftiquenbsp;tefte toujours applique a la matiere purement ter-teftre du charbon , par conféquent il doit toujoursnbsp;tefter dans Ie même état.
Ceft-la la caufe pour laquelle des charbons Couverts de cendres'tardent beaucoup plus long-tempsa fe confumer, que sils reftoient expofésanbsp;1air fibre; phénomene qui, quoique connu denbsp;^out Ie monde , feroit difficile a expliquer pournbsp;^out phyficien qui ignoreroit cette propriété dunbsp;phlogiftique, amp; lexpérience ci-defliis qui la conf-*ate.
Ile Experience.
'^ranfmutation apparente du fer en cuivre, ou en argent, amp; fon explication,
Faites diflbudre du vitriol bleu dans de leau , ^^forte que cette eau en foit a peu ptès faturée;nbsp;Plongez alors dans cette foiution, de petites lamesnbsp;fer, ou de la limaille groffiere de ce métal:nbsp;petites lames de fer , ou cette limaille , synbsp;flbudront, amp; la liqueur dépofera a leur placenbsp;limon OU une poulGere qui fe trouvera êtrenbsp;cuivre.
-ocr page 408-400 Récréat. Mathémat. et Phys.
Si Ie morceau de fer eft trop gros pour êtrS entiérement diflbus , il fe colorera en cuivre; en-forte que sil neft attaint que fuperficiellement #nbsp;il femblera quil ait été tranfmuté en ce dernietnbsp;métal. Ceft'la une experience quon fait faire or-dinairement a ceux qui vont voir les mines denbsp;cuivre; du moins 1ai-je vu faire a celle de Saint-Bel dans Ie Lyonnois : une clef, plongée pendaO*nbsp;quelques minutes dans une eau quon recueilloJtnbsp;au bas de la mine , en étoit retiree colorée et»nbsp;cuivre.
Dans une diflblution de mercure par lacide marin , plongez du fer, ou fur du fer étende^nbsp;cette dilTolution ; Ie fer fe colorera en argent-. On a vu de hardis charlatans tirer parti denbsp;jeu chimique , aux clépens de la bourfe de gen^nbsp;crédules Sc ignorants,
Remarque.
Il ny a en elFet iel de tranfmutation que pouf ceux qui ignorent entiérement la chimie. Lenbsp;neft point change en cuivre; mais le cuivre ten^nbsp;en folution par la liqueur imprégnée dacide vi'nbsp;triolique, eft /implement dépofé a la place dunbsp;dont iacide fe charge en même temps quil abat'quot;nbsp;donne le cuivre. En effet, toutes les fois qu°**nbsp;préfente a un menftrue tenant une fubftance qi^^jnbsp;conque en di/Tolution, une autre fubftance nbsp;dilTout avec plus de facilité , il abandonnenbsp;premiere, Sc fe charge de la feconde. Cela ^
liqueU'^
£ vrai, qu£ liqueur qui a dépofé le cuivre éta* évaporée , donne des criftaux de vitriol vert, ft**®nbsp;tout le monde fqait être formés de la combinah^**nbsp;de lacide vitriolique avec le fer. Ceft au/Ti ce q'J®nbsp;lon pratique en grand dans cette mine: on met ^
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C H I M i E.
iiqueur en queftion, qui neft quune folutlon affez forte de vitriol bleu, dans des tonneaux ou denbsp;grands réfervoirs quarrés; on y plonge de Ianbsp;vieille ferraille, qui au bout de quelque tempsnbsp;difparoit; amp; lon trouve a fa place un limonnbsp;quon porte a la fonderie , amp; dont on tire dunbsp;cuivre. On fait évaporer jufqua un certain pointnbsp;la liqueur ainfi chargee de fer, amp; pon y plongenbsp;des baguettes de bois, qui fe couvrent de criftauxnbsp;de vitriol vert, qui font dun debit courant dansnbsp;le commerce.
Cette experience fe fera egalement, en dlffbl-Vant du cuivre dans de Iacide vitriolique, amp; eii étendant enfuite un peu , fi 1on veut, cette folu-tion. Celi une nouvelle preuve que la liqueur nenbsp;fait que depofer le cuivre dont elle etoit chargee.
Ill® Experience,
ohr 'on précipite fuccejjivemcnt divirfes fubflances ,
par raddition d'une autre dans la foltition.
On a vu dans Iexperience précédente, le cuivre précipite par le fer; nous allons préfentement pré-cipiter le fer lul-meme. Pour cet eftet, jetez dansnbsp;la folution du fer , un morceau de zinc : a mefurenbsp;quil sy diflbudra, le fer tombera au fond du vafe;nbsp;amp; Ton reconnoitra aifement que ceft du fer , carnbsp;Cette poulTiere fera attirable a 1aimant.
Voulez-vous préfentement précipiter le zinc ^ Vous navez qua jeter dans cette folutlon un morceau de pierre calcaire , de marbre blanc , parnbsp;cxemple, ou dune autre pierre quelconque dontnbsp;on peut faire de la chaux ; Iacide vitriolique atta-cjoera cette nouvelle matiere , amp; laiffera tombernbsp;9u fond du vafe une pouffiere qui fera du zinc.
'Tome, If^, nbsp;nbsp;nbsp;C c
-ocr page 410-401 Récréat. Mathémat. et Phys.
Pour précipiter maintenant cette terre calcaire * vous navez qua verfer dans la liqueur, de Talkalinbsp;volatil fluïde , ou y jeter de eet alkali volatHnbsp;fous la forme concrete ou folide ; la terrrenbsp;abandonnée par lacide, amp;c fera dépofée au fononbsp;du vafe.
Vous précipiterez égaleinent , amp; méine eo' core mieiix , cette terre calcaire, en verfant dari*nbsp;Ia liqueur de 1alkali fixe en folutlon, comine Peff-ordlnairementlalkali fixe végétal, ou en y jetan*^nbsp;de 1alkali fixe mineral.
Remarque.
Cest par un effet femblable , que les eau^ dures decontpofent le favon au lieu de le dilToU'nbsp;dre, amp; laiflent toinber au fond une quantlte pli'gt;*nbsp;ou moins grande de terre calcaire. Void commentnbsp;cela fe fait.
Les eaux dures ne le font ordlnairement, que parcequelles tiennent en folutlon de la félénlte onnbsp;du gypfe, qui neft quune combinaifon dacid®nbsp;vitriolique avec une terre calcaire, foit c[ue ceft^nbsp;eau ait roule a travers des bans de felenite , foinbsp;que, contenant des fels vitrioliques , elleait coulenbsp;fur des bans de terre calcaire, quelle aura dünbsp;taquer.
if
Dun autre cote, le favon neft quune coin' fcinaifon affez forcee dun alkali fixe avec 1huil^nbsp;ou une autre jTiatiere grafle ; combinaifon qui nennbsp;pas dune grande tenacite.
Lors done que^ Ton fait dlffoudre du faVOn dans une eau féléniteufe, 1acide vitriolique de 1^nbsp;félénite ayant plus de tendance a sunir avec Inf'nbsp;kali fixe du favon quavec la terre calcairenbsp;entre dans la compofition de la félénite ,
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abandonne cette terre, fe combine avec lalkali fixe, enforte que Ie favon efl; décompofé; amp;nbsp;comme Thuile efl. immifcible avec leau , elle synbsp;difperfe en petits flocons , tandis que la terrenbsp;calcaire de la félénite tombe au fond.
Voila un nouvel exemple de lufage de la chi-mie pour rendre raifon de certains effets vulgaires, que tout phyficien , qui neft pas éclairé de fonnbsp;flambeau , ne fcauroit expliquer , au grand fcao-dale des hommes ignorants, qui lui feroient vo-lontiers la réprimande de la bonne-femme a Iaftro-logue tombé dans un puits.
IVe Experience.
'^vcc deux liqueurs, chacune tranfparente, produire um liqueur noirdtre amp; opaque: Maniere denbsp;faire de bonne Encre,
Ayez dun cóté une folution de vitriol ferrugi-neuxouvert, 8c de lautre une infufion de noix de galle , ou de quelquautre matiere végéfale Scnbsp;aflringente, comme les feuilles de chêne, biennbsp;tirée au clair amp; filtrée ; melangez une liqueur avecnbsp;lautre : vous verrez auffi-tót Ie compofé sobfcur-cir, amp; devenir noir amp; opaque.
Si vous laiflez néanmoins repofer la liqueur , la partie noire qui y étoit dabord fufpendue, tom-bera au fond 8c la laiflera tranfparente.
Re M A R (lU E.
Cette experience donne la raifon de Ia formation de 1encre ordinaire ; car lencre que nous ^mployons neft autre choie quune folution denbsp;'^Rriol vert, mélangée avec linfufion de noix denbsp;S^lle . 8c de la gomme. La caufe de fa noirceur
C cij
-ocr page 412-404 Récréat. Mathémat. et Phys. neft autre que 1efFet de la propriété de Ia tioix denbsp;gaüe, de précipHer en noir ou en bleu foncé Ienbsp;fer tenu en folution par leau imprégnée dacidenbsp;vitriolique. Mais comme ce fer ne tarderoit pa*nbsp;a tomber au fond, pour Ie prévenir , on y me^nbsp;de la gomme qui donne a leau une vifcofité fuf*nbsp;fifante pour empêcher que ce fer , commenbsp;ment atténué , ne fe précipite.
Le leiffeur ne fera peut-être pas fiché de trouver ki la maniere de faire de très-bonne encre.
Prenez , de noix de galle une livre, de gomn^® arabique fix onces, de couperofe verte fix onces fnbsp;de leau commune ou de la biere quatre pintes»nbsp;cuncaffez la noix de galle, amp; faites-la infufer*nbsp;une chaleur douce pendant 24 heures, amp;nbsp;bouillir. Ajoutez la gomme concaflTée, amp; laiffeZ'nbsp;la dlffoudre ; enfin a)outez le vitriol vert , il doft'nbsp;nera auffi-tót la couleur noire. Vous pafferez knbsp;mélange au tamis, amp; vous aurez une encre dontnbsp;vous pourrez vous fervir auffi-tót.
Ve Experience.
Mettez dans une bouteille de médiocre cap^' cité , Sc dont le col foit un peu large amp; pas tropnbsp;long, Itois onces dhuile ou defprit de vitriol»nbsp;avec douze onces deau commune. II faut fairenbsp;peu chauffer ce mélange ; après quoi vous y jette'nbsp;rez a diverfes reprifes une once ou deux delimaiH,^nbsp;de fer: il fe fera une ébullition violente, óz *'nbsp;fortira du mélange des vapeurs blanches. Préfent^^nbsp;une bougie a Touverture de la bouteille;
-ocr page 413-vapeurs prendront feu , amp; feront une fulmina-tion violente; ce que vous pourrez réitérer même plufieurs fois, tant que la liqueur fournira de fem-blables vapeurs.
II neft pas bien difficile dexpliquer ce phéno-Iiene, quand on fqait que 1acide vitriolique , en suniffiint avec Ie fer, Ie privé dune grande quan-^ite de fon phlogiftique ou de fon principe inflammable.
VI^ Experience.
La ChanddU phdofophiqut.
Ayez une veffie, dont 1orifice foit garni dun ïube de métal de quelques pouces de longueur ,nbsp;qui puifle sadapter dans Ie col de la boutellle ounbsp;^ous ferez Ie mélange de lexpérience précédente.nbsp;Aprèsen avoir laiffié fortir Pair expulfé par la va-Peur OU Ie fluide élaftique qui eft produit par lanbsp;diflolution , appliquez au col de cette bouteillenbsp;* Orifice de la veffie , dont vous aurez auparavantnbsp;^Xprimé lair avec foin: elle fe remplira du fluidenbsp;dlaftique produit par Ia diflblution du fer. Lorf-quelle fera pleine , retirez-Ia , amp; appliquez a lo-*'ifice Ia flamme dun flambeau; cette vapeur sen-flammera , Sc brulera lentement; enforte que linbsp;''Ous comprimez la veffie , vous aurez un beau Jetnbsp;ds flamme dun vert jaunatre. Voila ce que lésnbsp;^Iiimiftes ont appelé la chandcUc philofophiquc p.
des chimijles.
VII® Experience.
^otnmènt on peut faire , par une compojition chi' mique, un volcan artificiel.
Oo dolt a M. Lémery cette curleufe expé-*
4oS Récréat. Mathémat. et Phys.
rience, qui fert a rendre une raifon affez fenfiW® amp; affez vraifemblable des volcans.
Faitesun mélange de parties égales de de fer amp; de fouffe pulvérifé ; réduifez-le en paf®nbsp;avec de 1eau , 6c enfoiiiffez une forte quanti*®nbsp;de cette pate^comme une clnquantaine de livres»nbsp;a un pied environ fous terre: fi Ie temps eft chaud»nbsp;vous verrez , après une dixaine dheures environ »nbsp;la terre fe bourfouffler, fe créver , amp; fortir desnbsp;flam mes qui agrandiront les ouvertures , amp;nbsp;pandront a 1entour une poudre jaune 6c noiratre*
II eft probable que ce qui fe paffe ici en pefd.^ fe paffe en grand dans les volcans; car onnbsp;dabord, que les volcans fourniffent toujours dünbsp;foufre en quantité ; on fqait de plus, que les m3'nbsp;tieres quils rejettentabondent en particules méral'nbsp;liques amp; probablement ferrugineufes, car il n y *nbsp;que Ie fer qui ait la propriété de faire effervefcenC®nbsp;avec Ie foufre lorfquon les mélange enfemble.
Or il eft aifé de concevoir par ce que prodoft une petite quantité du mélange ci-deffus, de celn*nbsp;que produiroit une quantité de plufieurs miHi®''*nbsp;OU millions de livres dun pareil mélange : on n^nbsp;peut douter quil nen réiultat des phénomen^*nbsp;auffi redoutables que ceux des tremblements qnbsp;terre, amp; des volcans qui les accompagnent ord*nbsp;nairement.
VIIIe Experience.
Compojïtlon de rOr fulminant.
Faites une eau regale, en mélant a quatre ties defprlt de nitre,une de fel ammoniac; jete^ynbsp;des fragments dor de coupelle : lorfque la folnf^^nbsp;fera fake , vous verferez dans la liqueur de
C H I M I E, nbsp;nbsp;nbsp;407
rohition dalkali fixe, ou autrement de TAai/g de tarm par dèfaillanu: Tor fe précipitera au fondnbsp;en forme de poudre jaune, que vous retirerez ennbsp;verfant la liqueur. II faudra enfuite verfer fur cettenbsp;poudre de Ieau chaude pour la laver, enfin la fé-cher: vous aurez de 1or fulminant.
Pour en faire lexpérience, vous en prendrez une très-petite quantité, que vous mettrez fur la pointenbsp;dune lame de couteau. Cette lame étant mife furnbsp;lafiamme dune bougie, lorfquelle fera échauffeenbsp;a un certain point, la poudre senflammera , amp;nbsp;fera une explofion terrible, amp; incomparablementnbsp;plus grande que celle dune quantité femblable denbsp;poudre a canon.
Ce neft pas feulement 1application du feu qut peut faire fulminer lor ainfi préparé; Ie fimplenbsp;frottenient produit eet effet. On a vu quelquesnbsp;particules dor fulminant engagées entre Ie colnbsp;dun flacon amp; Ie bouchon , pendant quon Ie fer-moit, faire explofion , brifer Ie flacon en millenbsp;pieces, bleffer Sc eftropier celui qui Ie tenoit.nbsp;Pareille chofe arriveroit immanquablement , finbsp;1on savifoit de triturer eet or dans un mortier ,nbsp;OU dentreprendre de Ie faire fondre, pour Ie ré-duire en maffe métallique , fans des préparatifsnbsp;convenables.
Remarque.
Lor ne feroit pas fulminant ,fi 1eau régale étoit faite avec un mélange defprit de nitre amp; defpritnbsp;de fel marin, ou defprit de nitre dans lequelnbsp;®n auroit mis du fel marin , ( car ce font autantnbsp;de manieres de faire de leau régale, ) amp; li lonnbsp;Pfécipitoit lor avec lalkali fixe; car il faut, pournbsp;H^e lor devienne fulminant, qull entre ou dans
C c iv
-ocr page 416-4o8 Récréat. Mathémat. et Phys. leau regale, ou dans Ie precipitant, de lalkalJnbsp;Tolatil.
Si done vous employiez pour diflbudrelor» une eau regale faite avec lefprit de nitre amp; celutnbsp;de fel marin, il faudroit précipiter Tor avec 1a^'nbsp;kali volatil; vous aurez encore de lor fulminant.
Pour lui óter fa propriété fulminante , il fau*-verfer delTus, ou de 1acide vitriolique , ou lalkall fixe en diffolution : il fe fait par-la avecnbsp;ce qui conftitue lor fulminant une combinaifonbsp;qui Ie lui enleve ; amp; après 1avoir lavé, on Ie t®quot;nbsp;trouve en poudre , quon peut réduire fans dangelt;^nbsp;par les voies ordinaires.
IXe Expérience.
Compojition de la Poudre fulminante.
II faut méianger enfemble trois parties de nitre, deux dalkali fixe bien deffeché, amp; une de fou-fre ; mettre enfuite ce mélange dans une cuillerenbsp;de f^er, quon expofera a un feu doux , capablenbsp;néanmoins de fondre Ie foufre : lorfquil fera pat'nbsp;venu a un certain degré de chaleur, il détonneranbsp;avec un fracas épouvantable , amp; tel quun coupnbsp;de canon.
Cela narriveroit pas , fi cette poudre étoit eX' pofée a un feu trop violent ; il ny auroit alof*nbsp;que les parties les plus expofées au feu , amp; en p^'nbsp;tite quantité , qui détonneroient tout-a-coup ?nbsp;qui diminueroit de beaucoup 1effet.
Si on la jetoit fur Ie feu , elle ne détonnetoit pas non plus , amp; elle ne produiroit guere dautf®nbsp;effet que Ie nitre pur, qui détonne bien,nbsp;fans explolion.
C H I M I E. nbsp;nbsp;nbsp;409
Xe Experience.
Liqueur qui fe colore amp; fe dicolore alternatlvement,
en permettant ou interceptant Ie contact de Vair extérieur avec elle,
Faites digérer, ceft-a-dire dilToiidre lente-ment, au moyen dune chaleur modérée, du cuivre dans une forte folution dalkali volatil:nbsp;a mefure que cette folution attaquera Ie cuivre ,nbsp;clle fe colorera dun beau bleu. Mettez la liqueurnbsp;dans une petite bouteille qui en foit a peu présnbsp;pleine, amp; bouchez-la exaftement : Ia couleurnbsp;saffoiblira peu a peu, amp; enfin difparoura. Ou-Vfez la bouteille, elle fe colorera de nouveaunbsp;peu a peu , amp; ainfi alternatlvement, tant quonnbsp;Ie voudra.
XI^ Experience.
Prétendue production d'un nouveau Fer.
Prenez de 1argile , ou des cendres de végé-taux ou danimaux brulés, promenez-y un bar-reau dacier aimanté ; vous en tirerez fouvent quelques parcelles de fer qui sy attacheront. Vousnbsp;Vous alTurerez par-la quil ny a point de fer ennbsp;nature dans cette terre ou dans ces cendres.
Mélangez enfuite cette terre ou ces cendres avec du charbon en poudre , ou faites-en unenbsp;paté avec de 1hulle de lin , amp; mettez Ie tout dansnbsp;nn creufet , que vous tiendrez rouge pendantnbsp;quelque temps, mais pas affez pour produire unenbsp;vitrification: lorfque cette maffe fera refroidie 6cnbsp;*'6mife en poufliere , vous y proménerez un bar-^®au de fer aimanté ; il sy attachera encore unnbsp;S^and nombre de parcelles dg fer.
-ocr page 418-^10 RÉCRÉAT, MATHiMAT, ET PhTS,
Remarque,
On a prétendu donnercette experience commff une preuve quon pouvoit , avec de larglle 8^nbsp;de 1huile de lin, produire du fer. Un chimifl^nbsp;célebre de lAcadémie , a mêtne été dans eettenbsp;idee, amp; ne paroit pas lavoir abandonnée, malgf®nbsp;la contradiftion quil efluya de la part d'un de 1^*nbsp;confreres. Maïs je ne crois pas quil y ait plu®quot;nbsp;aucun chimifte qui voie la une production du fej'
En effet, on auroit tort de penfer, quaprès avoir retire de larglle Ie peu de fer quy trouve dabordnbsp;Ie barreau aimanté , il ny en refte plus. Laimantnbsp;nattlre que Ie fer dans fon état métallique, ou cftnbsp;approchant beaucoup ; mals il ne laifle pas dynbsp;en refter qui eft en 1état docre , ou de fer plus oünbsp;moins dephlogiftiqué: dans eet état, il neft pli*^nbsp;attirable a laimant , ainfi que Ie prouve 1expe''nbsp;rience faite fur loere formée artificiellenoent pafnbsp;Ia torréfaétion du fer, ou fur la roullle.
II eft dailleurs reconnu que Ie fer eft de tou? les métaux Ie plus univerfellement répandu fur 1^nbsp;terre : ceft-lui qui eft Ie principe de Ia couleurnbsp;argiles j amp; tant quune argile eft colorée , eH®nbsp;contient du fer.
Que fait done Ia torréfaCtion de Iargile la pouffiere du charbon ou lhuile de lin , ou tou®nbsp;autre huile ou corps gras quelconque , qui co'i'nbsp;tient éminemment Ie phlogiftique ? Rien auf^nbsp;chofe que de préfenter a cette ocre de fer ,nbsp;phlogiftique qui, en revivifiantquelques parcel^*'nbsp;les rend attirables a Taimant. Voila toute lanbsp;veille de cette operation.
Mais, dira-t-on , quelle apparence y a-t-ü des cendres de bois contiennent da fer?
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répondons a cela, que Ie fer étant répandu avec la plus grande abondance dans la nature, il nefl: pref-que aucune terre qui nen contienne; quil eft fuf-ceptible dune attenuation prodigieufe ; amp; que dif-fous dans les liqueurs , il paffe avec elles , en partienbsp;du moins, par les Uitres: ainfi 11 a pu facilementnbsp;sélever avec la feve des plantes : il circule dans Ienbsp;corps humain avec Ie fang : enfin, ceft une vériténbsp;aujourdhui reconnue par les chimiftes, quil y anbsp;des inolécules de fer dans prefque tons les corps;nbsp;amp; mêine on croit que ceft ce métal qui co-lore les plantes, avec Ie concours de la lumiere ;nbsp;enforte que, fans Ie fer ou fans la lumiere, les plantes nauroient aucune autre couleur que la blanche.nbsp;X 1Experience.
'Av^c deux liquides melanges , former un corps
folide , OU du moins ayant de la conjijlance.
Faites une folution dalkall fixe très-concentré ; faites-en une autre de nitre a bafe terreufe * , éga-ment très-concentrée; mêlez les deux folutlonsnbsp;enfemble : il fe fera une precipitation très-abon-dante dune matiere qui prendra une forte de fo-lidité.
Cela a paru a quelques chimiftes affez mervell-leux pour leur faire donner a cette operation Ie nom de miracle chimique, amp; ceft fous ce nomnbsp;quon la connoit. II ny a pourtant iel rien de fortnbsp;merveilleux, car void ce qui fe paffe. Les deuxnbsp;Solutions étant mélangées , lacide nitreux aban-donne la terre pour semparer de lalkali fixe ;
_ * Le nitre a bafe terreufe, eft une combinaifon de Faalde nitreux avec une terre calcaire.
411 RiCRÉAT. Mathémat. et Phys. cette terre fe précipite, amp; forme Ie corps foIlfJ^nbsp;qui réfulte de ce mélange.
Voici une autre operation quon pourroit a plus jufte titre appeler miracle chimique. On ennbsp;doit la remarque a M. de LalTonne, premier m^'nbsp;decin de la Reine.
XII Ie Experience.
Former une comhinaifon qui kant froidefoit liquid^) amp; au contraire , kant échauffee , deviennenbsp;conjijlante en forme de gelee.
Prenez parties égales dalkali fixe, foit vegetal gt; foit mineral, amp; de chaux vive bien pulvérifée ynbsp;mettez-les enfemble dans une quantité deau fuf'nbsp;fifante , que vous foumettrez a une fortenbsp;prompte ebullition ; filtrez ce qui en réfultera 'nbsp;cette liqueur paflfera dabord avec difficulté par Ienbsp;filtre , enfuite plus facilement. Confervez-la dansnbsp;une bouteille bien clofe ; faites-la de nouveannbsp;bouillir promptement, foit dans la bouteille , foitnbsp;dans un autre vafe : vous la verrez fe troubler ynbsp;amp;c prendre tout de fuite la confiflance dune collsnbsp;très-épaifTe. LaifTez-la refroidir, elle reprendranbsp;fa tranfparence amp;c fa liquidité, amp; cela a plufieursnbsp;teprifes.
M. de Laflonne a fait beaucoup dexpérience® pour démêler la caufe dun phénomene li fingU'nbsp;lier , Sf il en afïigne une raifon fatisfaifante-Mais nous croyons devoir renvoyer aux Mérnoif^^nbsp;de CAcadémie des Sciences ^ année 1773.
C H I M I Ë.
XI Vè Experience.
Faire parottre tout-a-coup un éclair dans une cham-bre , quand ony entrera ayec un jlambeau allumé,
II faut faire cliiïouclre du camphre dans de lefprit de vin; placez enfuite Ie vafe daqs unenbsp;chambre petite amp; bien dole, amp; faites évaporernbsp;leiprit de vin par une forte amp; prompte ebullition : lorfque vous entrerez peu après dans cettenbsp;chambre avec un flambeau , lair senflammera ,nbsp;mais fans aucun danger, tant cette inflammationnbsp;fera prompte amp; de peu de durée.
On obtiendroit probablement Ie même effet, en remplilTant lair dune chambre dune pouffierenbsp;épailTe de la femence dun certain lycoperdon ,nbsp;qui eft inflammable ; car cette femence , qui eftnbsp;très-menue amp; comme une pouffiere, senflammenbsp;toutcommela poix-réfine pulvérifée, dont on fenbsp;fert pour les flambeaux des furies amp; pour faire desnbsp;éclairs dans lopéra ; amp; ion feroit peut-être biennbsp;de 1y fubftituer , parcequelle ne produit pas lo-deur grave amp; défagréable qui réfulte de la poix-téfine brülée, amp; qui empoifonne les fpeöateurs.
XVe Experience.
Des Encres Jympathiques , nbsp;nbsp;nbsp;amp; de quelques Jeux
qu on execute par leur moyen.
On appeüe encres fympathiques ou de fympa-^b-ie, certaines liqueurs qui , feules ou dans leur naturel, font fans couleur, mais qui, par 1ad-dition dune autre liqueur ou de quelque circonf-
-ocr page 422-414 Récréat, Mathémat. et PhYs, tance particuliere , pr-ennent de la couleur, queu®nbsp;quelle foit.
La chimie préfente un grand nombre de queurs de cette efpece , doiit nous aliens faif®nbsp;connoitre les principales amp; les plus curieufes.
1, nbsp;nbsp;nbsp;Ecrivez avec une folution de vitriol vert»nbsp;dans laquelle néanmoins vous aurez ajouté unnbsp;dacide : cette l'olution étant abfolument décolo'nbsp;ree, on ne verra point 1écriture: lorfque vouSnbsp;la voudrez voir , plongez la dans une eau oir aut^nbsp;été infulee de la noix de galle, ou itnbibez Ie pa'nbsp;pier avec une éponge plongée dans cette eau 'gt;nbsp;1écriture parojtra auffi-tót, EneflFet, il eft aifé »nbsp;pour qui a compris la 4® expérience , de voitnbsp;quil fe forme ici une encre fur Ie papiei;, DaU^nbsp;la formation de lencre , on combine les deu^nbsp;ingredients avant que de sen fervir pour écrire ?nbsp;ici 1on ne les combine que 1écriture faite : voÜ^nbsp;toute la difference.
2. nbsp;nbsp;nbsp;Si vous voulez une encre qui fe coloreroitnbsp;en bleu , après avoir écrit avec la folution acidsnbsp;de vitriol vert, vous humefterez lécriture avesnbsp;la liqueur fuivante.
Faites détonner avec un charbon ardent 4 onces de nitre avec 4 onces de tartre ; vous msf'nbsp;trez enfuite eet alkali dans un creufet, avec 4nbsp;onces de fang de bcEuf defléché, amp; vous coU'nbsp;vrirez Ie creufet dun couvercle percé feulenie^*'nbsp;dun petit trou ; calcinez ce mélange a un sUnbsp;modéré, julqua ce quil ne forte plus de futnse gt;nbsp;après quoi vous ferez rougir Ie tout médioetS'nbsp;ment; la matiere qui en fortira , vous la plongs'nbsp;rez encore toute rouge dans deux pintes deau»nbsp;oü elle fe dilToudra en faifant bouillir cette eau?
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vous réduirez environ a la inoitié: vous aurez Une eau avec laquelle, fi vous humeftez 1écriturenbsp;tracée de la maniere ci-deffus, elle prenclra auffi-tót une belle couleur bleue. Car , dans cette operation , il fe forme , au lieu dune encre noire ,nbsp;wn bleu de PrulTe.
3. nbsp;nbsp;nbsp;Diffblvez dubifmuth dans de 1acide nitreux ,nbsp;fera la liqueur avec laquelle vous écrirez.
Pour ia faire paroitre, vous vous fervirez de ïa liqueur fuivante. Faites bouillir une forte folu-jion dalkali fixe fur du foufre en poudre très-fine,nbsp;iufqua ce quil en ait diflbus autant quil fe peut:nbsp;gt;1 en réfultera une liqueur qui exhalera, on 1a-''^oue, une odeur fort défagréable. Expofez auxnbsp;'^apeurs qui en fortiront 1écriture ci-deflTus, ellenbsp;fe colorera en noir.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Maïs de toutes les encres fympathlques, lanbsp;plus curieufe eft celle quon fait au moyen dunbsp;kobalt, Ceft un phénomene fort remarquable,nbsp;^Ue celui de voir paroitre amp; difparoitre alterna-*ivement, amp; a fon gré , des caraéleres ou des def-fns tracés avec cette encre; amp; ceft une propriéténbsp;^ui lui eft particuliere , car les autres encres fym-Pathiques font a la vérité invlfibles-, tant quon
leur applique pas 1ingrédient qui doit fervir a faire paroitre ; mals', ayant une fois paru, ilsnbsp;seffacent plus. Celle quon fait avec Ie cobalt,nbsp;Paroit amp; difparoit prefque tant quon veut.
Pour faire cette encre, il faut prendre du fafre , *1^2 lon trouve chez les droguiftes; faites-le di-Serer dans 1eau régale , enforte quelle en tirenbsp;quelle peut en dilToudre , ceft-a-clire la terrenbsp;'^^tallique du cobalt, qui colore Ie fafre en bleu ;nbsp;étendrez enfuite cette dilTolution, qui eft trés-
-ocr page 424-4i6 Récréat. Mathémat. Et PhYS. cauftique , avec leau commune , amp; vous pourre^nbsp;vous en fervir comme dencre pour écrire furnbsp;papier. Les carafteres feront invifibles, car cettenbsp;folution efl: fans couleur fenfible ; mais fi vousnbsp;les expofez a une chaleur fuffifante , ils paroitrontnbsp;en vert. Lorfque vous les aurez laiffé refroidu ?nbsp;ils difparoitront de nouveau.
II faut pourtant obferver que fi on chauffo^*quot; trop fort Ie papier, ils ne difparoitroient plus.
Re M A R q^u E.
On execute par Ie moyen de cette encre quelquot; ques jeux affez ingénieux amp; affez amufants; tel*nbsp;que ceux-ci.
I. Faire un tableau qui repréfente alternativerW^^ Vhiver amp; Vité.
Faites un payfage dont la terre , les tronc* darbres, les branches, foient peintes avec 1^*nbsp;couleurs ordinaires , amp; appropriées au fujet; magt;*nbsp;deflinez amp; lavez les herbes, les feuilles des arbres gt;nbsp;avec la liqueur ci-deflus: vous aurez un table^^nbsp;qui, a la temperature ordinaire de 1air , repr^'nbsp;fentera une campagne privée de fa verdure : mal*nbsp;faites-le chauffer fuffifamment, amp; point trop, vou*nbsp;Ie verrez fe couvrir de plantes, de feuilles,nbsp;forte quil repréfentera alors Ie printemps.
On a fait amp; Ton fait encore, ]e crois, a Paris ? des écrans peints de cette maniere. Ceux anbsp;on les donne , amp; qui ignorent lartifice, font bi^^nbsp;étonnés de voir, peu après quils sen font ferv'*nbsp;au devant du feu , Ie tableau quils préfententnbsp;foiument change.
4Ï7
C H I M I E.
2. VOracle magicjut.
On écrit fur plufieurs feuilles de papier, des queftions avec de lencre ordinaire ; amp; au deffousnbsp;on écrit les réponfes avec la derniere encre fym-pathique, On doit avoir plufieurs feuilles portantnbsp;la mêine queftion amp; des réponfes différentes,nbsp;afin que lartifice foit móins aifé a foupqonner.
Ayez enfuite une boite, que vous appellerez l'antrc dc la Sibylh, ou autrement, amp; qui dansnbsp;fon couvercle contiendra une placjue de fer très-chaude , enforte que fon intérieur puilTe êtrenbsp;échauffé jufqua un certain degré,
Après avoir fait choifir des queftions , vous prendrez les feuilles choifies , amp; vous direz quenbsp;vous allez les envoyer a la Sibylle ou a 1Oraclenbsp;pour en avoir la rép,onfe , amp; vous les placereznbsp;dans la botte échauffée; enfin, après quelquesnbsp;minutes , vous les retirerez, amp; vous montrerez lesnbsp;réponfes écrites. II faut bien vite reinettre a partnbsp;Ces feuilles; car fi elles reftoient entre les mainsnbsp;des témoins du tour, ils sappercevroient que lesnbsp;réponfes seffacent peu a peu, a mefure que Ienbsp;papier fe refroidit.
-XV Ie Expérience.
Des Vegetations métalliques,
Ceft un fpeélacle des plus curieux de la chimie, que de voir sélever dans un vafe une efpece dar-trifleau , de Ie voir poufler des branches, quel-quefois même des efpeces de fruits. Cette imagenbsp;trompeufe de la vegetation, a fait donnet k cettenbsp;®pération Ie nom de vegetation chimique ou. mi-^allique ; amp; ceft probablement par un femblablenbsp;Tome IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;D d
4x8 RÉCRéAT. Mathémat. et Phys. artifice quon en a impofé a quelques hommesnbsp;de bonne foi, qui ont cru voir réalifer la palioquot;nbsp;généfie. Quoi quil en foit , voici les plus cu-rieufes de ces efpeces de végétations, qui ne (ontnbsp;dans Ie fait quune forte de criftallifation.
^rhre de Mars.
Diflblvez dans de Tefprit de nitre médiocre-ment concentre , de ia limaille de fer , jufquf faturation. Ayez enfuite de la folution dalkalxnbsp;fixe de tartre, communément appelée huile denbsp;tartre per deliqulum; vous la verferez peu a pe^^nbsp;dans la premiere folution : il fe fera une fortenbsp;effervefcence, après laquelle Ie fer, au lieu denbsp;tomber au fond du vafe , sélévera au, contrairenbsp;Ie long de fes parois, Ie tapilTera en dedans , ^nbsp;formera une multitude de branchages amoncelesnbsp;les uns fur les autres, qui débordera fouvent, amp;nbsp;fe répandra fur les parois extérieures du vafe, avecnbsp;toute lapparence dune plante. Si, ce qui arri-vera quelquefois, il fe répand de la liqueur,nbsp;faut avoir foin de la recueillir amp; de la remettrenbsp;dans Ie vafe ; elle formera de nouveaux branché'nbsp;ges, qui contribueront a augmenter la maffe denbsp;cette efpece de vegetation.
PI. 8, On donne ici les repréfentations de deux d® fig. 46. ces vegetations, tirées dun mémoire de M. L®'nbsp;jnery, fils, inféré parmi ceux de lAcadémi®?nbsp;année 1706. On lit une explication alTez vrat''nbsp;femblable de ce phénomene parmi ceux de 17^7'
Arhre de Diane.
On appelle cette vegetation arhre de Dianif parcequelle ell formée au rnoyen de TargefO
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C H I M I Ë.
comme la précédente eft noironée arhn de Mars, parceque ceft Ie fer qui la produit. Pour fairenbsp;cette feconde, voici deux procédés, 1un denbsp;M, Lémery , lautre de M. Homberg.
Fakes diflbudre une once dargent de cou-pelle dans une quantité fuffifante defprit de nitre très-pur amp; dune force médiocre ; vous mettreznbsp;enfuite cette diflblution dans un bocal, amp; vous Té-tend/ez dans environ vingt onces deau diftiilée ;nbsp;vous y ajouterez enfin deux onces de mercure, Scnbsp;vous laifTerez Ie tout en repos : dans 1efpace denbsp;quarante jours il fe formera fur Ie mercure unenbsp;efpece darbre qui , par fes branchages, imiteranbsp;beaucoup une vegetation naturelle.
Si Ton trouve ce procédé, du refte fort fim-ple , un peu trop long, voici celui de M. Homberg , au moyen duquel la curiofité eft auffi-tót fatisfaite.
Amalgamez enfemble ( ceft-a-dire mélez, aii moyen dé la trituration , dans un mortier de por-phyre amp; avec un pilon de fer ,) deux gros denbsp;mercure bien pur , amp; quatre dargent fin réduit ennbsp;limaille ou en feuilles; vous ferez diftbudre cettenbsp;amalgame dans quatre onces defprit de nitre biennbsp;pur Sc médiocre ment fort, Sc vous étendrez lanbsp;iblution dans environ une livre Sc demie deaunbsp;diftiilée , que vous agiterez Sc conferverez dansnbsp;Un flacon bien bouché. Prenez une once de cettenbsp;liqueur, que vous verferez dans un verre, Sc vousnbsp;y jetterez gros comme un pois dune amalgame denbsp;tnercure Sc dargent, femblable a la précédente ,nbsp;amp; molle comme du beurre; vous ne tarderez pas anbsp;¦Voir sélever de delTus cette boule damalgame,/nbsp;wne multitude de petits filaments qui croitront a
Dd ij
410 Récréat. Mathémat. et Phys.
vue dceil, jefteront des branches, amp; formeront des efpeces darbrifleaux.
M. Homberg enfelgne , ( Mém. de CAcad. y ann. 1710, ) une maniere de faire une pareillenbsp;vegetation , foit avec 1or, foitavec de 1argent»nbsp;par la voie feche , ceft-a-dire fans folution , mai*nbsp;par la voie de la diftillation.
II y a encore une efpece de vegetation remar* quée par M. de Morveau , amp; appelée par lutnbsp;barbe de Jupiter.^ parceque létain y entre cominenbsp;compofant; mais je ne puis pas Ia décrire , nétantnbsp;pas a portee davoir fes EJJdis chimiqucs.
Vegetation non mitallique.
Fakes détonner avec un charbon ardent 8 onces de falpêtre , que vous mettrez enfuite a la cave,nbsp;pour quil en réfulte une huile de tartre per deli~nbsp;quium; verfez deflus peu a pen 8c jufqua faturationnbsp;parfaite, de bon efprit de vitriol; faites évaporernbsp;toute lhumidité : vous aurez une matiere faline ,nbsp;blanche, compare 8c très-acre. Vous la mettreznbsp;dans une écuelle de gres, vous verferez deffus unnbsp;demi-feptier deau froide , 8c laifferez Ie tout ex-pofé a Fair: au bout de quelques jours 1eau séva-porera, 8c il fe formera de cótés amp;c dautres desnbsp;branchages en forme daiguilles diverfement entre-lacêes, 8c qui auront jufqua 15 lignes de longueur. Lorfque leau fera entiérement évaporée,nbsp;ü on en ajoute de nouvelle, la vegetation conti-nuera.
II eft aifé de voif que cefl: ici une fimple crif-tallifation dun fel neutre, formé de 1acide vi-triolique 8c de la bafe du nitre, ceft-a-dire dun tartre vitriolé.
-ocr page 429-Chi MIE. nbsp;nbsp;nbsp;4iï
XVIIe Experience*
Produlre la chaleur amp; mime lajlamme par U moyejz, de. deux liqueurs froides,
Prencz de 1hulle de gaïac , que vous mettrez dans une petite terrine ; ayez enfuite de lefprit denbsp;nitre, affez concentre pour quune petite bouteillenbsp;qui contiendroit une once deau , contienne,nbsp;étant remplie de eet acide , une once amp; demienbsp;amp; quelque chofe de plus. Cet acide doit être dansnbsp;une bouteille eininanchée a un long baton ; on eigt;nbsp;verfera les deux tiers environ fur lhuile contenuenbsp;dans la terrine : il sexcitera un violent bouillon-nement, qui ne tardera pas dêtre fuivi dune très-grande flamme; Si la fl'amme ne furvient pas aprèsnbsp;quelques fecondes, vous navez qua verfer Ie ref-tant de lacide nitreux fur lendroit Ie plus noirnbsp;de lhuile, linflammation ne manquera pas denbsp;fuccéder, amp; il reftera une efpece de charboanbsp;fpongieux amp; fort gros.
On enflamme de méme rhuile de térében-thine, lhuile de faffafras , amp; toutes les autres huiles eflentielles.
A 1égard des huiles gralTes , comme celles do-llve, de nolx, amp; autres tirées par expreffion, on y réuffit au moyen dun acide formé du mélangenbsp;des abides vitriolique amp; nitreux bien concentres j.nbsp;parties égales de chacun.
X V111^ Experience.
Pondre du fer dans un injlant y amp; Ie faire coulér en gouttes.
II faut faire chauffer a Wane une barre de fer, ^ enfuite lui préfenter une bille de foufre; Ie fer
RiCRÉAT, Mathémat. et Phys. fe mettra tout de fuite en fufion, amp; coulera ennbsp;gouttes. II feta a propos dexpofer au defTous unenbsp;terrine pleine deau, dans laqiielle les gouttes qmnbsp;couleront séteindront auffi-tót. On les trouveranbsp;réduites en une efpece de ter de fonte.
On fe fert de ce procédé pour faire la grenaills de fer pour la chafle ; car ces grains de fer fondttnbsp;tombant dans 1eau, sy arrondiffent aflez bien.
Voici encore deux petites expériences que nous ne donnons ici, que parcequon a couturne denbsp;leur donner place dans les récréations phyliques.
XIXe Experience.
^ nbsp;nbsp;nbsp;rnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
Paire fondrc du mital dans une coquille de noix.
Prenez une piece de monnoie trés-mince, comme une piece de i8 deniers, amp; méme pluSnbsp;mince encore; mettez-la, après 1avoir pliée en unnbsp;rouleau , dans une demi-coquille de noix, oü ellenbsp;foit environnée dune poudre compofée de troisnbsp;parties de falpêtre broyé fin amp; bien defféché ,nbsp;deux parties de fleur de foufre amp; une de rapure denbsp;quelque bois tendre ; mettez enfuite Ie feu a cettenbsp;poudre avec une allumette : la piece de métalnbsp;fondra, fans que la coquille foit plus que flaperquot;nbsp;ficiellement brülée.
Cela vient fans doute de Taiflivité de ce feu aidé de 1acide vitriolique contenu dans Ie foufre ,nbsp;amp; qui agit avec une telle promptitude , quH *nbsp;pas Ie temps de bruler la coquille de noix.
4^3
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XX« Expérience.
Partager une phu de monnoie m deux dans fon épaijfeur,
Fichez dans une table trois épingles, fur lef-quelles vous placerez la piece de monnoie; mettez au deffus amp; au deffous un tas de fleurs de foufre ,nbsp;auxquelles vous mettrez Ie feu : lorfquil feranbsp;éteint, vous trouverez fur la partie fupérieure unenbsp;fuperficie du métal qui fera détachée de la piece,
On a obfervé que fur une piece dor, comnie un louis, on enleveroit pour 12 fous dor, en dé-penfant pour 30 a 40 fous de foufre; ce qui fuffitnbsp;pour rendre cette expérience nullement dange-reufe pour la süreté publique. Dailleurs la piecenbsp;de monnoie perd en grande partie la netteté denbsp;fon empreinte ; ainfi celui qui entreprendroit denbsp;rogner ainfi la monnoie, feroit la vidiime de lanbsp;mauvaife volonté.
Ce que nous venons de dire eft bien propre a infpirer a nos lefleurs la curiofité de pénétrernbsp;plus profondément dans cette belle fcience. Nousnbsp;allons done indiquer a ceux qui auroient ce def-fein , les livres oü ils peuvent puifer Ie plus faci-lement cette connoififance. Nous mettons dans ccnbsp;rang, amp;t au nombre des ouvragesles mieuxfaits,nbsp;les Eüments de Chimie théorique amp; pratique denbsp;M. Macquer, en 3 vol. in-ix, dont Ie premiernbsp;contient Ia théorie, 6c les deux autres la pratique ,nbsp;ceft-a-dire les experiences dédiiites amp; expliquéesnbsp;daprès les principes jetés dans Ie premier volume.nbsp;On doit au méme auteur un excellent Diclionnairenbsp;de Chimiej en z vol, in-8°, dont il paroitra bientót
D d iv
-ocr page 432-42,4 Récréat. Mathémat. et Phys.
«ne nouvelle edition augmentée de plus dun tiers» Cetouvrage doit faire fuite au précédent. On peutnbsp;joindre a ces ouvrages Ie Manud dc Chimie de M.nbsp;Baumé ; ceft un précis très-bien fait de toutes lesnbsp;opérations de eet art. Nous ajouterons, heiireuXnbsp;6c trois fois heureux ceux qui ont pu fe procurernbsp;Ie précis des leqons de chimie de M. Rouelle nbsp;Mais elles nexiftent encore que inanufcrites , entrenbsp;les mains de quelques-uns de ceux qui ont fuivinbsp;fon cours.
On vient dimprimer a Dijon un Trc^hé ds Chimie, dü principalement a M. de Morveau ynbsp;magiftrat qui , a Tétude des lois amp; a 1exercicenbsp;éclairé des fonélions de fon état, réunit des con-noiffances profondes dans la phyfique amp; la chi'nbsp;mie. Cet ouvrage envifage la chimie fous un af-peél: particulier, amp; en préfente un développementnbsp;tout-a-fait neuf amp; fatisfaifant.
On faifoit autrefois grand cas des Elements de Chimie de Boerhaave ; mais aujourdhui ils nenbsp;jouiffent plus, comme livre de chimie, de la mémenbsp;cftime : cefl: néanmoins un excellent traité denbsp;phyfique, amp; une très-honne introduélion a lanbsp;chimie moderne. La partie qui traite du feunbsp;paffe entrautres pour un chef-dceuvre.
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NOüS venons de nommer les deux plus céle-bres chimères de lefprit humain; uous difons les deux plus célebres ; car, quoique la quadraturenbsp;du eerde dans la géométrie , Ie mouvement per-pétuel dans les mécaniques, aient auffi une grandenbsp;célébrité par les efforts inutiles dune foule denbsp;gens , cette célébrité Ie cede néanmoins a cellenbsp;des deux premieres queftions ci-delTus , a peu présnbsp;dans Ie même rapport que 1intérêt de trouver lanbsp;quadrature du eerde ou Ie mouvement perpétuel,nbsp;Ie cede a celui de trouver Ie moyen dacquérirnbsp;dimmenfes richeffes , ou de fe rendre prefquenbsp;immortel: auffi y a-t-il eu dans tous les temps unnbsp;grand nombre dhommes qui, féduits par ces chi-meres , ont fait des recherches incroyables pournbsp;arriver a lun ou lautre de ces buts.
Tel eft Ie caraöere de lefprit humain ;
Quid non mortalia pectora cogunt,
'Auri facra fames , vittzque immenfa cupido !
Nous allons done iel traiter de ces problêmes chimiques, foit parcequils préfentent une matierenbsp;toute de notre reffiort, foit parceque ce que nousnbsp;dirons fervira peut-être de préfervatif contre lil-^ufion dont tant de gens. ont été les dupes.
Récréat. MathImat. et Phys.
La pierre philofophale , autrement dite Ieeuvre par excellence, la chryfopée*, ou la tranfmuta-tion des inétaux vils amp; imparfaits, en or ounbsp;argent, a , depuis im temps immemorial, été 1®nbsp;but au quel ont tendu les efforts dune foule denbsp;gens, foit verfés dans la chimie , foit a peine ini'nbsp;ties dans cette fcience. Le vulgaire même croifnbsp;que ceft-la 1unique objet de la chimie ; amp;,nbsp;faut en convenir, ceft un peu la faute des pre*nbsp;miers qui ont cultive cette belle partie de la phy*nbsp;iique : il en ell: peu qui naient donne *a plein col'nbsp;lier dans le travers de chercher a faire de Tor,
II ny a plus aujourdhui un aufli grand nombrc de gens entêtés de la pierre philofophale ; donbsp;moins parmi les chimiftes éclaiïés , aucun OOnbsp;prefque aucun ne court après le moyen de faircnbsp;de' Ior : mais il y a encore beaucoup de gensnbsp;qui, ayant a peine une idee des plus fimples operations de la chimie , sepuifent en tentatives inu-tiles a régénérer ce metal precieux : on les voit,nbsp;marchant au hafard , fe croire toujours fur le pointnbsp;de reuflir; manquant de tout , sen confoler patnbsp;Iagreable idee qua cette indigence va fuccddetnbsp;la poffeffion des tréfors les plus immenfes.nbsp;sappellent adeptes, parcequils prétendent avoitnbsp;atteint le point le plus élevé de la phllofophie gt;nbsp;qtiaji fummam fapUntiam adepti; ils ne parlen*nbsp;quénigmatiquement amp; dune maniere inintelljquot;nbsp;gible, parceque-le monde ne mérite pas de poff'^'nbsp;der un pared fecret; pleins enfin dun froi®
f awn fabticaüe»
-ocr page 435-Orgue'il , ils honorent dun rirs fardonique les chimiftes raifonneurs, amp; qui cherchent a déduirenbsp;les phénomenes de principes lumineux amp; établis.nbsp;Jen al vu un de cette efpece, écouter avec pitiénbsp;une leqon de chimie du dofteur Roux : il navoitnbsp;pas de fouliers ; mais il fembloit dire a part lui:nbsp;A quoi samufent ces grands enfants ? Cétolt pour-tant une des leqons les plus intéreffantes diiiinbsp;cours de chimie de ce fqavant homme ; elle rou-loit fur Ie phlogiftique.
On pourroit dire a ces chercheurs de Ia pierre philofophale: Avant que de nous faire de lor,nbsp;défaites-le, amp; recompofez-le; car sil eft quelquenbsp;moyen de reconnoitre 6c démontrer la compofi-tion dune fubftance , ceft celui de la décompo-fer amp; de la recompofer. Ceft ainfi que les chi-miftes^ décompofant 8c recompofant Ie foufre,nbsp;démontrent quil eft formé par 1union de 1acidenbsp;vitriolique avec Ie phlogifticjue. On pourroit encore dire a ces mêmes alchlmiftes : Avant que denbsp;nous faire des métaux précieux, comme Tor 8cnbsp;largent, faites-nous feulement du plomb 1 ? car ,nbsp;avant daller au plus difficile, la méthode exigenbsp;quon exécute Ie plus aifé. Mais je ne connoisnbsp;aucune operation chimique qui réfolve un feul denbsp;Ces deux problêmes. Lor , aufli rebelle a la dé-compofition qua la compofition , refte toujoursnbsp;Ie méme, de quelque maniere quon Ie traite; ilnbsp;eft feulement plus ou moins atténué, mais il neftnbsp;Jamais dans un état de chaux , ou privé de fonnbsp;phlogiftique, On en a tenu pendant plufieurs
On a prétendu faire dn fer ; mais il eft aujourdhui démontré qupn na fait que rendre au fer fa forme mé-^nbsp;tallique.
-ocr page 436-4iS Récréat. Mathémat. et Phys. années en fufion , fans quil ait perdu la moindrcnbsp;partie de fon poids. Maïs entrons dans un raifoo'nbsp;nement plus profond fur cette matiere.
En raifonnant fur la compofition des métaux » il faut reconnoitre néceiïairement lune de cesnbsp;deux chofes : Ou tous les métaux ont chacun leu^nbsp;terre propre , qui, alliée au phlogiftique qui leurnbsp;eft commun, leur donne la forme métallique;nbsp;il y a une terre commune , qui, alliée avec 1®nbsp;phlogiftique, dans des dofes plus ou moins gran-des, OU dune maniere plus ou moins tenace;nbsp;conftitue les différents métaux.
La premiere de ces propofitions paroit la plu® probable. Jufqua préfent, quelques operationsnbsp;quon ait tentées, avec quelque conftance quoUnbsp;ait tourmenté par Ie moyen du feu une matierenbsp;métallique, de la chaux de ploinb, par exeni'nbsp;ple, jamais on nen a fait de 1étain ou du cuivre.nbsp;Quand cette chaux a reparu fous fa forme mé-tallique , elle seft trouvée du plomb. On na ja'nbsp;mais tiré du plomb de matieres qui nen conte-noient pas déja. On eft fondé a en conclure, ^nbsp;la raifon avoue cette conféquence, quil y a unenbsp;terre uniquement propre a faire du plomb , amp;nbsp;na befoln, pour en faire, que de laddition dunbsp;phlogiftique. Si cela eft, on ne peut done fait®nbsp;dautre plomb, dautre or , dautre argent, ftuenbsp;celui qui étoit difléminé dans la terre. Toute 1^nbsp;prétendue chryfopéc ou argyropie. fe réduira a raf'nbsp;iembler, par quelque procédé, 1or ou largent qn*nbsp;y étoit déja formé , amp; feulement déguifé parnbsp;perte de fon phlogiftique.
Si tous les métaux ont une terre commune, c}tie quelque principe particulier, quelque combinaifot»nbsp;inconnue, rende or, argent ou plomb, il
CDnvenlr que la generation dfe 1or ou de lar-gent neft pas abfolument iinpoffible. Mais il faut être bien infenfé pour chercher cette combinalfonnbsp;au hafard, amp; pour la chercher fans sdtre affurénbsp;dabord quen effet tel eft Ie principe de la formation des métaux, II faudroit done, avant denbsp;chercher la pierre philofophale, commencer parnbsp;avérer fi ce dernier principe eft Ie veritable. Ornbsp;cela exigeroit une prodigieufe fuite dexpériencesnbsp;amp; de travaux chimiques; car il feroit néceflaire,nbsp;1° Desaflurerfi toutes lesterres métaUiquesfbntnbsp;abfoluinent les mêmes, lorfquelles font entiére-ment privées de leur phlogiftique. Mais ce neftnbsp;dabord pas un problêine facile que dóter tout Ienbsp;phlogiftique a ces terres ; on na pu encore venirnbsp;a bout de Ie faire a 1égard de plufieurs ; il en eftnbsp;mêrne , ft^avoir celles des métaux parfaits, qui ennbsp;fetiennent toujours la plus grande partie. On anbsp;tenu de lor pendant plufieurs années en fufion ,nbsp;lans quun feul atóme fe foit réduit en chaux.
II y a méme toute apparence que ces terres font de différentes natures , car les verres métalli-ques ont tous des couleurs différentes. Or des cou-leurs différentes annoncent. des contextures différentes , amp; conféquemment lhétérogénéité,
Mais fuppofons quon fut venu a bout de priver abfolument de fon phlogiftique une terre métalli-que , un nouveau problême non moins difficile ,nbsp;feroit de Ie lui rendre; car lexpérience a apprisnbsp;que plus une terre métallique a été déphlogifti-quée, plus on a de peine a lui rendre la formenbsp;riétallique. II en eft quelques-unes que tout lartnbsp;la chimie na encore pu réduire en métal.
On voit par-la quelles difficultés soppofent k que lon fqache même ce quon doit penfer
-ocr page 438-43» Récré^t. Mathémat. et PhYS. fur la nature des métaux , Sc fur ce qui les conft*-*nbsp;tue tels. Comment done faire de Tor ou de lat'nbsp;gent, puifquon ne fqait pas même comment ortnbsp;ferolt du plomb ?
Mais écoutons les alchimiftes, amp; voyons quel^ ques-unes de leurs pretentions fur la formation de*nbsp;métaux.
Suivant eüx, les métaux font tous formes dun^ terre quils appellent mercurielle, mais plus óttnbsp;moins mure , plus ou moins mêlée dhétérogénei'nbsp;tés ; de maniere quil ne sagit que de les purgednbsp;de cette hétérogénéité amp; de les murir, pour con'nbsp;vertirles métaux imparfaits en métaux parfaits. ^
V oila qui eft fort beau. Mais qui a prouve 1exiftence de cette terre mercurielle? qui a prouvenbsp;que la différence des métaux conliftoit dans efinbsp;plus OU moins de maturité ? en quoi confifte cettenbsp;maturité ? par quels moyens peut-on la donnet ?nbsp;Aucune réponfe folide. Les partifans de cettenbsp;idee , féduits par des mots, nont aucune idéénbsp;)ufte Sc précife de ce quils difent.
Suivant dautres alchimiftes, Ie mercure coU' tient en principe tous les métaux parfaits ; il en *nbsp;1éclat, a peu de chofe prés Ie poids, il eft inêin^nbsp;plus pefant que largent. Sil eft fluide Sc extrc'nbsp;mement volatil , ceft quil eft allié é des impuretesnbsp;qui Ie dégradent. II ne sagit done que de fixer 1^nbsp;mercure, en lui enlevant ces impuretes: alors von*nbsp;aurez Ie mercure des pbilofophes, qui na befo*^nbsp;que dun degré de cuilfon pour être pouflenbsp;rouge; il en réfultera de lor: pouflTé, feulernenlnbsp;au blanc, il fournira de largent: que dis - ]fnbsp;cette matiere aura une telle aftivité fur les parti^*nbsp;impures des autres métaux, quen en jetant un^nbsp;pincée dans un creufet rempli de plomb fiondn»
die Ie tranfmuera en argent ou en or , fuivant quelle aura été pouffée ou au blanc ou au rouge,nbsp;ll refte a fq avoir comment détruire les impuretésnbsp;qui dégradent Ie vif-argent. Ariftée , adepte cé-lebre , va nous lapprendre Ie plus clairement dunbsp;monde dans fon Code de Vcritè. Prenez, dit-il,nbsp;Ie roi Gabertin , amp; la princeffe Beya fa foeur ,nbsp;jeune fille , belle , blanche amp; très-dilicate ; ma-riez-les enfemble ; Gabertin mourra prefque aulïi-tót. Mais ne vöus effrayez pas; mettez-le au tom-beau: après quatre-vingts jours, Gabertin renaitranbsp;de fes cendres; amp; devenu plus beau amp; plus parfait quavant fa mort, il engendrera avec Beya unnbsp;enfant roux, plus beau amp; plus parfait queux-mémes.Dira-t-on, après cela, que les alchimiftesnbsp;sexpliquent obfcurément? Quel efl; Ie vrai adepte,nbsp;(car il ,y en a de vrais amp; de faux, amp; chacun nenbsp;doute point quil ne foit du nombre des premiers,)nbsp;quel eft , difons-nous, Ie vrai adepte qui ne verranbsp;évidemment dans cette allegorie , tout Ie procédénbsp;de la fixation du mercure Sc de la poudre de pro-jeftion ?
Ce langage amp; cette affeéfation dallégories obf-cures, font fans doute bien propres a faire pafler ces prétendus adeptes pour dinfignes Sc méprifa-bles charlatans, ou au moins pour des gens a quinbsp;Ie feu de leiirs fourneaux a fort dérangé Ie cer-veau. Mais les partifans de leurs recherches 8c denbsp;leurs folies alleguent des faits, Sc nous devonsnbsp;auffi les faire connoitre.
On raconte que M. Helvétius, médecin, Sc profeffeur célebre de médecine en Hollande,nbsp;^yant déclamé un jour vivement, dans une denbsp;fes leqons , fur la vanité Sc 1abfurdité de la pré-fention de faire de lor , fut vifité par un adepte ,
432* Récréat. Mathémau et Phys. qui lui donna dune certaine poudre, dont unönbsp;pincée projetée dans un creufet plein de plotnbnbsp;fondu, Ie transformeroit en or; que Ie fqavantnbsp;Hollandois lexécuta , amp; tira en effet une bonnenbsp;quantité dor de fon plomb. II voulut voler cheznbsp;jfon adepte; mais il lui avoit donné une faulTenbsp;adreffe, amp; avoit difparu ; car les chimiftes denbsp;eet ordre na manquent jamais de difparoitrenbsp;ainfi , au moment oü ils ont fait preuve de leufnbsp;fqavoir profond.
Pareille chofe arriva , dit-on, a Tempereur Ferdinand. Un adepte vint Ie trouver, amp; lu^nbsp;propofa de transformer du mercure en or, On fit»nbsp;en la préfence du prince, fondre du mercure dansnbsp;un creufet ; Tadepte exécuta les operations qudnbsp;lui plut, amp; Ie fond du creufet fournit un culotnbsp;dor. Mak dans 1intervalle oü 1on vérifioit Isnbsp;métal, il difparut , au grand regret de 1empereur»nbsp;qui envifageoit déja dimmenfes tréfors dans Iac*nbsp;quifition de ce beau fecret.
En ce moment (Septembre i'jjj,') on voit 3 la vente des effets délaiffés par feu M. Geoffroy»nbsp;trois clous qui font, dit-on, une preuve de la polfi'nbsp;bilité de tranfmuer du moins en argent un méta^nbsp;commun, tel que Ie fer. Ils font, a ce quon dit»nbsp;louvrage dun fqavant adepte , qui voulut lu*nbsp;prouver la pollibilité de la tranfmutation des mé-taux. Un de ces clous a été change en argent»nbsp;ayant été trempé dans une liqueur appropriée;nbsp;lautre, nayant été trempé que par la tête,nbsp;fer par Ia pointe , amp; argent du cóte de Ia tête »nbsp;Ie troifieme, ayant été trempé dans la liqueur p3^nbsp;la pointe , a ce bout tranfmué en argent, amp;nbsp;furplus eft refté fer.
C H I M I E. la pierre phllofophale. II eft très-vraifemblablenbsp;quil y a eu de la fourberie dans toutes ces préten-dues tranfmutations, fi toutefois les hiftoires ra~nbsp;contées ci-deffus ont quelque réalité. Enfin , nousnbsp;croirons a la pierre phllofophale , quand nousnbsp;aurons vu quelque adepte faire devant nous lesnbsp;méines operations ; niais il nous permettra denbsp;. fournir nous - même les creufets , les baguettes 8cnbsp;les ingredients: car il eft plus que probable qiie ,nbsp;ft Ton a fait de Ior de cette maniere , ceft quilnbsp;etoit dans les inatieres quon a employees, ounbsp;quon Iy a glifie par un tour de main adroit.
Quoi quil en foit, les alchiiniftes prétendent que toutes les fables de Iantiquite ne font autrenbsp;chofe que le procédé du Grand-oeuvre, expHquénbsp;fyipboliquement. La conquete de laToifon dor, lanbsp;guerre de Troye , les événements qui la fuivirent,nbsp;amp; route la mythologie , ne font que des emblemesnbsp;de la chryfopée , fageinent voilée par les anciensnbsp;philofophes , qui nont pas voiilu que leur fecret ,nbsp;devenu commun , füt employé a multiplier exceffi-vement les métaux précieux, qui dés-lors auroientnbsp;perdu leur prix, 8i cefte detre les médiateurs dunbsp;commerce entre les hommes. On peut voir dansnbsp;le curieux ouvrage de Dom Pernetty, intitulé, lesnbsp;Fables Egyptiennes amp; Grecques , en 3 vol. in-8®,nbsp;y compns le Diclionnaire Mytho-hermetique , juft-quoii la fagacité humaine peut sétendre a trouvernbsp;d^ femblables explications. Mais il neft rien quonnbsp;ne puifle expliquer dune pareille maniere. Auflinbsp;ai-ie oui parler dun adepte qui demeure au faux-bourg Saint-Marceau , 8c qui, perfuadé que toutenbsp;1Hiftoire Romaine neft quune fiftion , va ennbsp;donner une explication chimique, qui fervira denbsp;pendant aux Fables Egytiennes amp; Grecques: jainbsp;Tome IV,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ee
-ocr page 442-434 RiCRÉAT. Mathémat. et Phys. même ouï dire que 1hiftoire du combat des Ho'nbsp;races avec les Ctiriaces y eft expliqué avec uuenbsp;apparence de vérité , capable de faire doiiter qq®nbsp;ce faineux trait de lHiftoire Romaine ait jamagt;*nbsp;eu quelque réalité.
II. De rOr potable.
Sil ny a pas dapparence quon. faffe jamais de lor, neft-il pas poffible de tirer parti denbsp;ixiétal précieux peur prolonger la vie? Lor eftnbsp;métal inalterable , auffi difficile a défaire qu ^nbsp;faire: il eft Ie roi dans Ie monde métallique»nbsp;comme Ie foleil, auquel on 1affimile , left dansnbsp;Ie fyftéme de lunivers. La nature ne peut avoitnbsp;manqué de cacher dans ce corps précieux les re-medes les plus utiles pour 1humanité ; mais poutnbsp;cela il faudroit Ie faire paffer fous la forme duRnbsp;liquide dans Ie corps humain; il faut Ie rendrenbsp;potable: travaillons done a lor potable. Une vienbsp;prolongée prefque indéfiniment, vaut biennbsp;moins autant que tous les tréfors de lunivers.
Tel eft en fubftance Ie raifonnement des alchi' miftes; amp; en conféquence ils ont foumis lor anbsp;une multitude dopérations, au moyen defquelle^nbsp;ils ont prétendu Ie rendre foluble comme un ie*nbsp;dans 1eau. II en a en effet Iapparence , mals, a dir^nbsp;vrai, ce neft que de lor extrêmement atténue»nbsp;amp; foutenu par-ia dans un liquide : du refte gt; ^nbsp;neft nullement combine avec Ie fluide , Sc mên*^nbsp;peu a peu il fe dépofe au fond fous fa forme m^quot;nbsp;tallique.
Quoi qnil en foit, void un moyen de fai*quot;® une efpece dor potable: nous examinerons enfui*®nbsp;fi, quand même ce feroit une vraie folution dotr
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C H I M I E.
ies vertus dune pareille liqueur feroient auffi mer-Veilleufes amp; auffi falutaires pour Ie corps humain, quon Ie pretend.
II faut dabord diffoudre de lor dans leau regale ; puis agiter cette folution avec quinze ou leize fois autant dune huile effentielle quelcon-que , de romarin, par e'xemple ; enfuite (eparernbsp;leau regale qui occupe Ie fond, davec lhuilenbsp;effentielle ; enfin diffoudre cette huile effentiellenbsp;dans quatre ou cinq fois fon poids defprit de vinnbsp;bien reftifié : on aura une liqueur iaunatre , con-nue fous Ie nom de ïor potahh de mademoifellenbsp;Grimaldi.
Léther vitriolique amp; les liqueurs éthérées de diverfes efpeces, jouiffent de la même propriéténbsp;que les huiles effentielles , fqavoir , de semparernbsp;de Tor diffous dans leau regale. Ainfi lon peutnbsp;faire une efpece dor potable avec de léther. Cetnbsp;or pourra alors fe prendre en gouttes fur du fucre,nbsp;comme lon fait quand on prend de léther; carnbsp;cette liqueur nefl; pas mifcible avec leau.
Les fameufes gouttes du général Lamotte , ne different guere de lor potable de rnademoifellenbsp;Grimaldi. On a remarqué quun gros dor y étoitnbsp;étendu danszió gros de liqueur fpiritueufe; Scnbsp;comme les boüteilles devoient ,être du poids denbsp;deux gros , Sc que Ie général Lamotte les vendoitnbsp;24 livres chacune , il réfulte qüavec un gros dornbsp;ilfaifoitau moins 108 bouted'es, dont il retiroitnbsp;au moins 2592. livres. Dans la réalité, il en faifoitnbsp;ï 36 , ce qui lui valoit 3264 livres.
On voit par-la que fi les gouttes du général Lamotte n'étpient pas fort utiles pour la fanté,nbsp;elles étoient fort utiles pour fa bourfe ; car un pa-
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-ocr page 444-4j6 Récréat. Mathémat'. et Phys. reil gain peut être qualifié de monftrueux. Que nenbsp;fait pas chez les hommes Ie charlatanifme , quandnbsp;il a pour bafe Tignorance Sc lamour de la vie!
Mais examinons sil y a quelque fondement dans les merveilleufes propriétés de lor potable.nbsp;Pour peu quon raifonne , on naura pas de peinenbsp;a reconnoitre que rien nefl; plus légérement fondé.nbsp;Quelles preuves en effet les alchimiftes ont-ils gt;nbsp;que !or efl: fi falutalre au corps liumain ? Parce-que ce métal eft Ie plus fixe de tous , quil a Ianbsp;belle couleur jaune des rayons du foleil , quilnbsp;eft défigné en caraifteres chimiques par Ie fignenbsp;caraftériftique de eet aftre, eft-ce une raifon dennbsp;conclure que, réduit fous une forme liquidenbsp;verfé dans Ie fang , 11 Ie régénérera, 8c rendra lanbsp;jeunefte ou la fanté ? Quelle tête accoutumée anbsp;tirer des conféquences legitimes dun principe,nbsp;en conclura parellle chofe ? Toutes les vertus denbsp;lor potablé ne font fondées que fur des analogiesnbsp;inventées fans aucun fondement phyfique, par desnbsp;imaginations exaltées , 8c des cerveaux brülés parnbsp;Ie feu des fourneaux. Ceft tout ce quon peut direnbsp;de plus honnête ; car il eft probable quil y entrenbsp;autant dimpofture, que de crédulité ou de défautnbsp;de raifonnement.
§. III. De la Palingéné^e,
La palingénéfie eft une operation chlmique par Ie moyen de laquelle on réflTufcite , dit-on ,nbsp;une plante, un animal, de fes cendres. Ce ferolt-lanbsp;fans doute un des beaux fecrets de la phyfique SCnbsp;de la chimie. Si 1on en croit quelques auteurs,nbsp;plufieurs fqavant^ du fiecle dernier en ont été ennbsp;poffeflion; maisquoiquil ny ait aucune compa-
-ocr page 445-raifon a faire entre 1état aftuel de la chimle üc celui oü elle étoit au milieu du fiecle paffe, quoi-que ce beau fecret foit conligné dans divers llvres ,nbsp;il nen eft pas moins perdu. Nous nentrepren-drons pas de Ie rendre au monde fqavant; nousnbsp;nous bornerons a examiner les fondements furnbsp;lefquels de bonnes-gens, comme 1abbé de Valle-mont * amp; autres, ont pu croire quil ait jamaisnbsp;exifté.
Si lon en croit ce bon abbé , rien neft plus fimple amp; plus facile a expliquer que cela. Ennbsp;effet, dit-il daprès Ie P. Kircher, la vertu fémi-nale de chaque mixte eft renfermée dans fes fels ,nbsp;amp; ces fels, dès que la chaleur les met en mouvement , sélevent dans la capacité du vafe. Libresnbsp;alors de sarranger a leur gré, ils reprennent leurnbsp;difpofition primitive , ils salignent comme ilsnbsp;fe feroient alignés par leffet de la vegetation,nbsp;OU comme ils létoient avant que Ie feu eüt toutnbsp;bouleverfé : ils forment enfin une plante ou unnbsp;fantóme de plante tout reffemblant a la plantenbsp;détruite.
Ce raifonnement eft tout-a-fait digne de celui qui a pu penfer quun homme qui vole la bourfenbsp;dautrui, peut exhaler des particules différentes denbsp;celles quexhale 1homme qui emporte la fierme ,nbsp;amp; peut par-la faire tourner la baguette dlvina-toire fur les lieux oü il a paffe ou féjourné. Nousnbsp;lavons dit ailleurs, il faut être a pen prés imbé-cille, pour croire que la limple moralité dune action puiffe produire des effets pbyfiques. Nousnbsp;croirions done faire tort a nos lefteurs, cjue de
Yoy^iles Curiofaés de la Végétaiion,.amp;lt;.c..
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-ocr page 446-438 Récréat. Mathémat. et Phys. tacher cle leur faire fentir Ie foible ou Ie ridiciilffnbsp;du raifonnement ci-clelTus, fok de Kircher,nbsp;de ce bon abbé. Dkcutons maintenant les faitsnbsp;c]uil rapporte.
Le chimifte Anglois Coxes raconte, quayaift tiré le fel effentiel de la fougere, 1ayant foit difquot;nbsp;foudre, amp; enfuite ayant filtré cette folution, apresnbsp;cinq OU fix femaines de repos , il remarqua fur Isnbsp;fel qui étoit tombé au fond, une vegetation denbsp;petites fougeres.
Ayant de nléme pris de la potaflTe du Nord» il la mêla avec partie égale de fel ammoniac;nbsp;amp;; quelque temps après il vit sélever une forêt denbsp;pins amp; d'autres arbres qnil ne connoiffbit pas.
Enfin , Sc ceci eft plus concluant, le célebre M. Boyle, quoique fort peu favorable a la palmquot;nbsp;généfie, rapporte quayant pris du vert-de-griSjnbsp;qui efl:, comme lon fqait, le réfultat de la com'nbsp;binaifon ducuivre avec lacide du vinaigre, il Ienbsp;fit dififoudre dans de 1eau , quil fit enfuite gelefnbsp;cette eau au moyen dun froid artificial, amp; qinbsp;lui arriva enfin de voir fur la furface de cettenbsp;glace , de petites figures qui repréfentoient excelquot;nbsp;lemment {exlmit^ des vignes.
Malgrécesfaits, Sc divers autres citéspar 1abb^ de Vallemont, daprès Daniel Major, Hanneinan»nbsp;amp; divers autres , fi les partifans de la palingénéfienbsp;nen ont pas de plus concluants , il faut avouefnbsp;quils étayent leurs prétentions de foibles preuves*nbsp;II nefi: aucun chimifte qui ne voie aftuelleme**nbsp;dans ces premiers faits une fimple criftallifatim^nbsp;branchue, comme lon en produit au moyen denbsp;diverfes compofitions connues: les plus bellesnbsp;même de ces criftallifations, mal-a-propos appsquot;
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lees visitations ^ font produites par des combi-naifons de corps tirés du regne mineral, ainfi quon 1a vu plus haut.
La derniere experience rapportée par Boyle , pourroit embarraller davantage : mais comme ,nbsp;parmi im grand nombre dépreuves tentées par cenbsp;phyficien fur quantité de fels effentiels de plantes,nbsp;cette experience eft la feule qui ait réuffi, on nenbsp;peut douter que ces figures ne foient un pirr effetnbsp;du hafard ; car combien dautres phyficiens ontnbsp;tenté la méme chofe, amp; nont rien vu que ce quenbsp;préfente dordinaire la furfaceduneeau gelee, quinbsp;forme des ramifications, quelquefois aflez com-pofées ?
Auffi les partlfans de la palingénéfie cifent-ils des autorités plus puiftantes. Le chevalier Digbynbsp;rapporte , fur le témoignage de Quercetan , mé-decin de Henri IV, quun Polonois faifoit voirnbsp;douze vaifteaux de verre fceliés hermëtiquement,nbsp;qui contenoient chacun des fels différents de plantes ; quon ny voyoit aü fond quun monceau denbsp;cendres; mais que, quand on les expofoit a unenbsp;chaleur douce amp; modérée, on voyoit naitre peunbsp;a peu la figure de la plante, dune rofe , par exem-ple, ft le vaifiTeau contenoit les cendres dunenbsp;rofe; enfin , que le vaifteau fe refroidiffant , Ienbsp;tout difparoiftoit peu-a-peu. liajoute que Ie perenbsp;Kircber lui avoit affuré avoir fait la même expé-rience , amp; lui avoit communiqué le fecret, maisnbsp;quil navoit cependant pu réufTir. Lhiftoire de cenbsp;Polonois eft aufti rapportée par divers autrcs auteurs, comme Bary dans fa Phyjique fG\xy de lxnbsp;Brofte dans fon livre de la Nature des Plantes.
Enfin le P. Kireher nous dit lui-même dans fon Ars Magnetica.^ quil avoit une fiole a long
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44© Récréat. Mathémat. et Phys. col , fcellee hermétiquement , amp; dans laqueH*nbsp;étoient contenues les cendres dune plante qunbsp;relTufcitoii quand il vouloit, au moyen de la cha-leur; quil fir voir ce prodigea la reinenbsp;qui y prit un fingulier plaifir; mais que lanbsp;Ie priva de cette curiofité précieufe, quil avoi^nbsp;©ubliée un jour dhiver fur fa fenêtre. Le P. Schpttnbsp;dit aufii avoir vu ce miracle chimique : cétoit fnbsp;felon lui, une rofe qui renaiffoit de fes cendreS'nbsp;II ajoute quun prince ayant preïïe Kircher de lii*nbsp;en faire une pareille, il aima mieux lui céder 1^nbsp;£enne que de recommencer.
En efFet, il faudroit une patience extreme poR*^ tenter amp; fuivre le procédé enfeigné par le P*nbsp;Kircher, tant il eft long amp; minutieux, Le P*nbsp;Schott le rapporte tout au long dans fon livrenbsp;intitulé : Jocoferia Naturel amp; Artis, amp; il lappellenbsp;le feeree imperial, parceque lempereur Ferdi'nbsp;nand lacheta dun chimifte , amp; le donna a Kir-cher. Cet empereur étoit bien heureux ; car cenbsp;fut aufli a lui que sadrelTa Padepte c|ui avoit I®nbsp;fecret de la pierre philofophale, amp; qui lui ennbsp;donna la preuve , en tranfmuant, dit-on , de-vant lui trois livres de mercure en deux livresnbsp;amp; demie dor.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Nous croyons pourtant devoir nous bomer n indiquer les endroits ou les curieux pourront re-trouver ce rare procédé ; car, indépendammeP*^nbsp;de ce que la defcription en feroit un peu longue »nbsp;rien au monde ne paroit moins fait pour réiifli;nbsp;Auffi Digby amp; une foule dautres ont-ils échou®nbsp;en fuivant cette voie ; amp; il eft a croire que, cu-rieux comme ils étoient de la palingénéfie, rl^nbsp;nont rien oublié pour y parvenir.
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procédé pour la réfurreélion des plantes , qul ne paroit pas avoir été fuivi avec plus de fuccès;nbsp;du moins Ie P. Schott raconte , que Ie P. Conrad , fon confrere , ne réuffit point, amp; il foup-^onne que Dobrezensky sétoit réfervé Ie tournbsp;de main , amp; navoit pas rapporté toutes les cir-conftances.
Que répondre done a ces autorités ? Le voici. Nous penfons que le médecin Polonois étoit unnbsp;charlatan. Nous enfeignerons en effet plus loinnbsp;une fauffe palingénéfie , qui, exécutée avec art amp;nbsp;dans un lieu convenable, pourroit en impofer anbsp;des gens difpofés par la crédulité a voir ce quonnbsp;veut leur montrer. Dobrezensky de Négrepontnbsp;étoit un fieffe impofteur : il ne faut pour sennbsp;convaincre, que lire Ia Technica curiofa, ou lesnbsp;Jocofcria Natum amp; Jnis du P. Schott; carilavoitnbsp;limpudence de prétendre quil pouvoit arrachernbsp;Poeil a un animal, amp; le lui faire revenir en quel-ques heures , au moyen dune liqueur que fansnbsp;doute il débitoit pour les maux dy^ux- Hy plus,nbsp;ceft quil en faifoit lépreuve fur un coq. On peutnbsp;done croire que celui qui mentoit aufli impu-demment fur un fait, a également menti fur 1autre.
Lautorité du P. Schott ne fera certainement pas de grand poids auprès de celui qui connoitranbsp;fes ouvrages; cefl: la crédulité perfonnifiée.
Quant au P. Kircher , nous avouons éprouver quelque embarras a éluder fon témoignage: unnbsp;Jéfuite nauroit certainement pas voulu mentir.nbsp;Ma is Kircher étoit un homme a imagination ar-dente; pafiionné pour tout ce qui étoit finguliernbsp;amp; extraordinaire; extrêmement porté a croire aunbsp;merveilleux. De quoi nefl: pas capable un hommenbsp;doué de ce caraélere ? II croit fouvent voir quand ^
442- ï^iCRÉAT. Mathémat, et Phys. ii ne voit rien; il ne ment pas aux autres, paree-quil fe ment a lui-même Ie premier.
Quelques palingénéfiftes ont été bien plus loin ï ils ont prétendu quon pouvoit reffufeiter un animal de fes cendres. Le P. Schott préfente même»nbsp;dans fa Phyfica curiofa, la figure dun moineaunbsp;ainfi reflufeité dans une bouteille. Gaffarel, dansnbsp;fes Curiojités inoiiies , ne manque pas dy croire »nbsp;amp; même il en tire une preuve probable de lanbsp;poffibilité de la réfurreftion univerfelle des corps.nbsp;Toutcela nempéche pas que ce ne foit unechr-mere plus ridicule encore que la premiere , ^nbsp;quil feroit même aujourdhui ridicule de réfuternbsp;férieufement.
Enfin quel honime raifonnable croira aujourdhui, avec le P, Kircher, que les cendres dune plante étant femées fur la terre, il en naitra desnbsp;plantes femblables , ce quil dit avoir éprouvenbsp;plufieurs fois ? Qui fe perfuadera que des écre-vifles ayant été bnjlées, Sc enfuite diftillées ,nbsp;fuivant un procédé du chevalier Digby, il Ibnbsp;forme dans la liqueur de petites écrevilTes, grof-fes comme des grains de millet , quil fa^^nbsp;nourrir avec du fang de boeuf, Sc quon peut enfuite abandonner a elles-mêmes dans un ruilTeau ?nbsp;Ceft-la cependant ce que ce chevalier Angloi*nbsp;raconte comme layant éprouve. Sans doute onnbsp;ne peut le laver de la tache dimpofture, qu'eonbsp;difant quil a été induit 'en erreur par quelqucnbsp;circonftance. Dailleurs il eft conftant que le chevalier Dygby, avec beaucoup de zele Sc de con-noiffances, avoit une propenfion finguliere pournbsp;toutes les vifions de la phyfique occulte Sc fp^'nbsp;gyrique. Cétoit même, je penfe, un de ces fou»nbsp;connus fous le nom de Rofecroix.
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Efptu de Paüngénéjie illufoire.
Nous avons annoncé plus haut une forte de tour de fubtilité, au inoyen duquel on pourroitnbsp;perfuader a des gens crédules la réalité de la pa-lingénéfie ; nous allons acquitter notre promefle.
Ayez un bocal double , de grandeur médiocre, ceft-a-dire que ce vafe foit formé de deux bo-caux placés lun dans 1autre, enforte quil reftenbsp;entre deux un intervaüe dune ligne feulementnbsp;dépaiffeur. Ce vafe doit étre reconvert dun cou-vercle opaque , amp; tellement difpofé , quen Ienbsp;tournant dans un ferts ou dans 1autre , cela rap-proche ou éloigne Ie bocal intérieur du fond denbsp;iextérieur. D ans Ie bocal intérieur, amp; fur unenbsp;bafe repréfentant un monceau de cendres, foit pla-céeune tige derofe artificielle. Enfin , danslinter-valle entre les deux parois des bocaux , foit mifênbsp;dabord une certaine quantité de cendres, ou denbsp;quelque matiere folide leur reffemblant, amp; que Ienbsp;furplus foit reinpli dune matiere compofée dunenbsp;partie de cire blanche, douze parties de faindoux,nbsp;amp; une OU deux dhuile de lin bien claire, Cettenbsp;cire compofée , quand elle fera froide , voüeranbsp;entiérement 1intérieur du; bocal; mals lorfquonnbsp;Ie mettra fur Ie feu avec précaution , elle fe fou-dra, amp; lon pourra , en remnant Ie couverclenbsp;fous prétexte de hater lopération, la faire coulernbsp;dans Ie fond du bocal extérieur. On verra donenbsp;alors la rofe dans 1intérieur. Les bonnes-gens ,nbsp;quon ne laiffera pas trop approcher, crieront aunbsp;miracle ! Quand Ie charlatan voudra faire dlfpa-roitre la rofe, il retirera Ie bocal du feu , amp; parnbsp;vin nouveau tour de main , il fera refluer la cire
-ocr page 452-444 Récréat. Mat'hémat. et Phys. fondue amp; demi-tranfparente, dans lépaiffeur me'nbsp;nagée entre les deux bocaux ; cette cire fenbsp;de nouveau , amp; interceptera la vue de la rofe.nbsp;alTaifonnant tout ce petit fpeftacle des parolennbsp;convenables , d étourdira les fpeftateurs béne-voles , amp;c ds fe retireront dans la perfuafion dïquot;nbsp;voir vu exécuter devant eux la chofe la plus cu-rieufe de la phyfique 5c de la chimie réunies.
-ocr page 453-445
DES PhOSPHORES.
UN E des matieres les plus intéreffantes de Ia phyfique, eft celle des phofphores; 'car ceftnbsp;un fpe^iacle alTez étrange , amp; bien digne de Ianbsp;curiofité, que de voir des corps abfolument froidsnbsp;jeter une lumiere plus ou moins vive ; dautresnbsp;sallumer deux-mémes, fans rappllcation daucunnbsp;feu. Quelle ame fufceptible de quelque goutnbsp;pour létude de la nature , peut fe défendre détrenbsp;frappée détonnement k la vue de pareils phéno-menes ?
Ces phénomenes font dautant plus étranges, que jufqua prétènt la phyfique na fait que bal-butier , lorfquon a tenté den donner lexplica-tion. Nous en exceptons néanmoins les phofphores
Lauteur du Traité des Phofphores, qui fait partie du rV' Tomé des anciennes Recreations Mathématiques, 8cnbsp;que nous avons reconnu a quelques paffages être Ie cré-dule amp; bavard abbé de Vallemont, a trouvé Ie moyennbsp;den faire un affez gros volume ; mais ce neft qua laidenbsp;de répétitions perpétuelles, d ecarts de fon fujet, denbsp;fables abfurdes dont a peine il doute ; de citations dau-teurs faites routes au long, lun neut-il fait que copiernbsp;lautre mot a mot. Si malheureufement il eüt connu centnbsp;auteurs parlant des mouches luifantes, il eüt fait de cenbsp;thapitre un volume in-folio. Je ne crois pas que jamaisnbsp;«tortel doué de quelque goüt ait pu foutenir la leüurenbsp;dun pareil fatras.
-ocr page 454-44lt;^ Récréat, Mathémat. et Phys,
artificiels, fur lefquels on dit des chofes fort probables , Sc fondées fur des caufes chimiques blen démontrées. Mais a légard des phofphores naturels , il na encore été dit rien de fatisfaifanf.nbsp;Leur explication tient fans doute a une connoifquot;nbsp;/ance plus profonde de la nature du feu Sc de lanbsp;lumiere.
II y a des phofphores naturels , il y en a qtó font Ie produit de 1art, Sc fur-tout de la chimie ;nbsp;ce qui nous fournit une divifion naturelle de cenbsp;Supplément. Nous allons coinmencer par les phofquot;nbsp;phores naturels.
Des Phofphores naturels.
§. I. Dt la Mer lumlmufc.
QUoique depuis bien des fiecles les navi-gateurs aient du sappercevoir de ce phe-nomene ^ car il eft commun ^ toutes les mers, amp;£ il neft prefque aucun climat qui ne Ie préfentenbsp;en certaines circonflances, il ne paroit cependantnbsp;pas quon y ait fait grande attention jufqua cesnbsp;derniers temps. La plupart des marins étoientnbsp;dans la perfuafion que cette lumiere nétoit qu'unenbsp;reflexion de celle des étoiles, ou de celle du vaif'nbsp;feau même; dautres, la regardant comme unSnbsp;vraie lumiere , 1imputoient au choc des foufrCSnbsp;amp; des fels; Sc , contents de cette explication vague , ils daignoient a peine faire attentionnbsp;phénomene.
DES PhOSPHORES.
Ce phénomene étoit cependant bien digne detre approfondi, amp; préfente des circonftances tout-a-fait reinarquables. Nous 1allons expofer tel que nous 1avons vu dans une traverfée dEurope a lanbsp;cóte de la Guyane , en 1764.
Je ne me rappelle pas que nous aylons vu Ia mer lumineufe avant notre arrivée enne les tro-piques; mais a cette époque, amp; quelques femai-nes avant notre arrivée aux atterrages , je remar-quai prefque conftaminent que Ie fillage du vaif-feau étoit parfemé dune multitude détincellesnbsp;lumineufes, amp; dautant plus lumineufes que lobf-curité étoit plus parfaite ; leau enfin qui choquoitnbsp;Ie gouvernail en étoit toute brillante ; amp; cette lu-miere sétendolt , en diminuant infenfiblement ,nbsp;fut tout Ie fillage. Je remarquai aulfi que fi quelquenbsp;manoeuvre trempoit dans leau , elle produifoit Ienbsp;même efFet,
Mais ce fut prés des atterrages que Ie fpeftade fe montra dans toute fa beauté. II foiifHoit unnbsp;petit frats , amp;c toute la mer étoit couverte de pe-tites lames , qui fe brifoient après avoir roulénbsp;quelque temps. La brifure étoit éclatante de lu-miere ; cnforte que toute la mer, tant que la vuenbsp;pouvoit sétendre, paroiffoit couverte dun feu quinbsp;sallumoit amp; séteignoit alternativement. Ce feunbsp;avoitdans la haute mer, ceft-a-dire a 50 ou óonbsp;lieues des cótes de lAmérlque , un ton rougeatre.nbsp;Je fais cette remarque , parceque je ne fqache pasnbsp;que perfonne ait encore obfervé uri phénomenenbsp;que je vais décrire.
Ldrfque nous fumes dans les eaux vertes *, Ie
448 RÉCRÉAT. MATHÉMAt. ET PHYS. fpedtacle changea. Le meme petit frdis cofitinbsp;nuoit; mais la nuit que nous voguames , failantnbsp;petites voiles, entre le 3® amp; le 4® degré de latitude nord , le feu que )ai décrit plus haut ptlfnbsp;un ton tout-a-fait blanc , amp; femblable a la lumierenbsp;de la lune, qui du refte nétoit pas fur lhorizon*nbsp;Le deffus des petites lames dont toute la furface denbsp;la mer étoit crifpée, paroiflbit comme un drapnbsp;dargent, au lieu que la nuit précédente il reflerii'nbsp;bloit a un drap dor rougeatre. Je ne puis expri'nbsp;mer combien ce fpeftacle mamufa amp; minte-refla.
La nuit fuivante je le vis encore plus beau» mais plus effrayant par les circonftances ou je menbsp;trouvois. Le vaifleau avoit mouillé affez loinnbsp;terre , en attendant , pour entrer au port denbsp;Cayenne, la nouvelle lune qui étoit prochaine*nbsp;Je me mis fur le foir clans le canot, avec quelqueSnbsp;autres paffagers preffés de coucher a terre. A peinenbsp;fumes-nous a une lieue du vaiffeau, qiie nousnbsp;entrames dans un parage dautant plus houleux»nbsp;que la mer montoit aidée dun vent de fud-ennbsp;alTez frais. Bientót nous vimes des lames épou-vantables qui, en fe déployant a notre arriere»nbsp;venoient fondre fur nous. Mais quel fpeélacle, n
cell a-dire a 20 011 2^ lieues de la cote de la Guyana» cette eau change tout-a-coup de couleur , amp; eft dvu*nbsp;beau vert. On reconnoit a cela quon eft pres de terre-Ce changement eft probablement caufe par les eaux va-feufes amp; jaunatres de !a riviere des Amazones; car oi*nbsp;f^ait que le bleu amp; le jaune forment du vert, Mais un®nbsp;circonftance remarquable, ceft que ce chanlt;zenient eynbsp;abfolument tranché ; il ne fe fait point par degrd^, ms'*nbsp;tout-a-coup, amp; dans un intervalle qui, jiigé^de deftult;nbsp;le pont, ne me parut pas avoir un pied de largeur.
-ocr page 457-449
DES 'PhOSPHORES.
nous neuffions pas été en danger! Quon fe figure un rouleau de drap dargent dun quart de lieuenbsp;de largeur, développé avec rapidité, amp; tout éclatant de luiniere: ttl ëtoit 1effet de ces lames, dontnbsp;heureufement deux ou trois feulement nous attei-gnirent avant que de briler. Cela fut fort heureuxnbsp;pour nous, car elies nous lailTerent a moitié pleinsnbsp;deau; amp; une de plus, en me rendant la proienbsp;des requins, meut certainement affranchl de lanbsp;peine de refondre le bon iM. Ozanam.
II neft prefque point de mers ou 1on nobferve quelquefois le phénomene de cette lumiere ; maisnbsp;il y a des parages oii elle eft beaucoup plus lumi-neufe que dans dautres. En general,elle Ieft plusnbsp;dans les pays chauds amp; entre les tropiques quail-leurs: elle Ieft fingulierement fur les cotes de lanbsp;Guyane ; aux environs des ifles du Cap-Verd ;nbsp;prés des ifles Maldives amp; de la cote de Malabar ,nbsp;OÜ, fuivant Iobfervation de M. Godeheu de Ri-ville, elle prefente un fpedtacle foi;t reflfemblantnbsp;a celui que nous avons decrit.
Un phénomene fi furprenant devoir exciter Iattention des phyficiens ; mais, jufqua ces der-niers temps, on sétoit borne a des explicationsnbsp;vagues ; on mettoit en jeu des foufres , des nitres,nbsp;dont il ny a pas un atome dans la mer; amp; Tonnbsp;croyoit avoir bien raifonné.
M. Vianelli, phyficien Italien , eft le premier, a ce quil nous paroit, qui ait cherche, a Taide denbsp;Iobfervation, a démêler la caufe de cette lumiere ; amp; cela Ia conduit a une découverte fortnbsp;étrange. Remarquant que 1eau de la mer brilloitnbsp;beaucoup prés de Chioggia, amp; que la lumierenbsp;étoit concentrée dans de petits points brillants , ilnbsp;Cut Iidee de les examiner au microfcope; 5c il
Tomt If^. nbsp;nbsp;nbsp;F f
-ocr page 458-450 RiCRÉAT. Matiiémat, et Phys. découvrit que ces points lumineux étoient denbsp;petits infeftes reflemblants a des vers, ou plutótnbsp;a des chenilles compofées de douze articulations;nbsp;qua la difference de nos vers luifants , ils brillentnbsp;dans toute 1étendue de leur corps ; que quand Üsnbsp;font dans un repos parfait leur lumiere ceffe , maisnbsp;quelle reparoit quand ils sagitent. Ceci expHqu^nbsp;pourquoi les coups de rame, Ie choc de leaunbsp;contre Ie gouvernail , Ie brifement des vagues ¦,nbsp;font étliiceler ces parties, fans que Ie furplus denbsp;1eau foit rendu lumineux, Ces obfervations ontnbsp;été confirmees par M. labbé Nollet , qui fit pennbsp;de temps après Ie voyage de 1Italie,
II paroit cependant que linfetle lumineux qiquot; fait briller les eaux de la mer, nell: pas par-tout Ienbsp;même, M. Godeheu de Riville , obfervant cesnbsp;points lumineux dans la mer de 1Inde , entre lesnbsp;Maldives Sc la c6te de Malabar , a vu un infedlenbsp;tout différent des vers a douze anneaux de M.nbsp;Vianelli. Cet infefte reffemble affez a celui quonnbsp;appelle la pua d\au; amp;c il eft renfermé entrenbsp;deux coquilles tranfparentes, qui repréfentent affe^nbsp;bien la forme dun rein entrouvert. Le fiége de lanbsp;liqueur lumineufe paroit être une efpece de grappdnbsp;de petits grains ronds , qui, lorfquon preffe l»t-fefte, rendent une liqueur lumineufe : elle Ce mélenbsp;alors a leau ; amp; comme elle eft d une nature hui'nbsp;leufe, elle sy raffemble en forme de petits glo'nbsp;bules éclatants, ou de petites gouttes rondes, fn^nbsp;la furface. Apparemment 1infefte neft determinenbsp;a dacher cette liqueur phofphorique , que par 1®nbsp;choc amp; lagifation, ou dans certaines autres ótquot;nbsp;conftances; amp; voila pourquoi la mer neft lurni'nbsp;neufe que quand elle eft agitée , amp; dans certain®nbsp;temps beaucoup plus que dans dautres.
DES PhosPHORES. nbsp;nbsp;nbsp;451
les Mémoires des Scjavants étrangers , Tome III.
M. Rlgault a vu dans les mers entre TEuropé amp;lA mérique, iin autre infeéie qui neft ni Ie vernbsp;de M. Vianelli, ni la puce deau de M. Godeheu ,nbsp;maïs nne efpece de polype prefque fphérique, anbsp;un bras leulement.
Enfin M. Leroy, médecin de Montpellier, na vu ni ver, ni puce deau, ni polype, mais feule-ment des globules dune roatiere phofphorique, furnbsp;lefqucls il a fait diverfes experiences pour reconnoitre quelle civconftance leur rendoit leur lu-miere , amp; quelle autre la leur failoit perdre. II ennbsp;elt conduit a conclure que, cjuoique MM. Vianelli,nbsp;amp;c. aient legitimement attribue la lumiere de lanbsp;mer a des infeftes, ou a une liqueur quils portentnbsp;en eux quils repandent , cette caufe. nefl: pasnbsp;unique; mais quelle peut être due auffi a une ma-tiere phofphorique qui fe trouve dans Ieau cle lanbsp;mer , amp; qui sy èngendre par une combinaifonnbsp;particuliere de principes qui y font repandus ; quenbsp;cette matiere ne luit pas tbujours, mais devient lu-mineufe par diverfes caufes, coinme le choc desnbsp;particules deau les lines contre les autres^, le con-tacf dé fair , le mélange avec certaines liqueursanbsp;les Mém. des Sqav. étrang. Tome III.
§. II. Dz qmlquis InfeBzs lumineiix.
Si ces êtres que nous foulons fouvent aux pleds, tlennent dans le regne animal une place bten petite, nous dirions même méprlfable , la nature,nbsp;qui femble tout compenfer, a donne aplufieurs clesnbsp;proprlétés bien extraordinaires, amp; que ies plusnbsp;gros animaux pourroienr leur envier; telle eft cellenbsp;de la lumiere , dont plufteurs font doués. Je nsnbsp;ccnnois en effet aucun gros animal qui en jouifte
F f ij
-ocr page 460-451 Récrêat, Mathémat. et Phys. pendant quil eft vivant; mais ii y a plufieurs m-feftes qui jettent de la liimiere , amp; il paroit quenbsp;ceft a leur gré- A quoi leur fert cette lumier^ *nbsp;comment eft-elle produite ? Voila des problems®nbsp;que nous nentreprendrons pas de réfoudre ; nousnbsp;nous bornerons a des faits.
I. Du Vir luifant dc notre pays,
IJj!
II neft perfonne qui ne connoilTe ce petit in' fefte ; car il nefl; perfonne qui, fe promenant dansnbsp;une belle nuit dété a la campagne, nait été frappsnbsp;de cette petite lumiere quon apperi^oit alTez lts-quemment au bas des buiffons.
Le ver luifant, appelé lampyrls par les Grecs» cicmdula par les Latins , eft un infefte qui na riegt;^nbsp;de remafquable a Textérieur ; il reflemble aflez ^nbsp;la cloporte, finon quil eft beaucoup plus petitnbsp;beaucoup moins large a proportion : ce neft qvisnbsp;par le dernier anneau oü eft fitué 1anus, quil jettenbsp;la lumiere qui Ie diftingue des autres animaux dsnbsp;cette claffe. Cette lumiere eft dun pale verdatre '1nbsp;amp; lanimal la montre ou la cache a fon gré. Cnnbsp;foupqonne que ceft par cette lumiere que ce veffnbsp;qui eft , dit-on , toujours la femelle , attire fn**nbsp;male, qui eft ailé, amp; qui ne brille point, A lanbsp;rité , ceci eft un peu conjeélural; amp; M. de Gesr»nbsp;celebre naturalifte Suédois, contefte, daprès qu^l'nbsp;ques obfervations, la réalité de cette conjefture.
Un infefle auffi fingulier méritoit fans douts dêtre chanté par les poétes; auffi la-t-il éténbsp;le célebre évêque dAvranches, M. Huet, dans nnbsp;poëme intitulé Lampyris, qui eft fort eftim*nbsp;ceux qui aiment la poélïe latine; il comment®nbsp;ainft;
-ocr page 461-DES Phosphor ES. 45:3
Quiz nova per ccecas fplmdcfdt jldlula nodes Sepibus in nojlris ? an ah a there lapfa ferenonbsp;AJlra cadunt, tacitis an cap'tant frigora Jilvis?nbsp;Si quando ardentis coeperunt tcedia cczli.
Non ltd, fed duris frufrd exercita matris Imperiis, femes lufrat Lampyris opacos ,
Si forti amiffum pofft reperire rnonik,
II feint dans la fuite du poeme, que la nymphe Lampyris, ayant perdu fon collier , eft chafleenbsp;par fa mere, amp; que, aidée dune lanterne, elle lenbsp;cherche dans les bois. Tout cela paroiflbit charmant dans le fiecle pafte ; je ne fqais ft celui-cinbsp;en jugera de même , ni lequel des deux aura tort.
a.
De la Mouche luifante des pays chauds.
Tel eft rinfefte lumineux de nos climats; niais les pays plus tempérés ont été davantage favo-rifes par la nature. Leurs vers luifants font ailes:nbsp;on les rencontre en Italië prefque apfès avoir fran-chi les Alpes; amp; ils font plus fréquents, a mefurenbsp;quon approche des parties de 1Italie les plus mé-ridionales. Ceft un Ipeflacle des plus curieux quenbsp;celui quils prefentent dans une belle nuit dété tnbsp;on les voit en effet voltiger de tons cotes dans Iobf-curité ; on ne peut faire un pas dans une prairie,nbsp;fans voir ces petits animaux partir de cote amp; dau-tre , amp; tracer leur route par un fillon de lumiere.nbsp;Je nai pas joui de ce fpeftacle en Italië, mais jenbsp;Iai vu dans IAmerique méridionale.
II paroit au refte que Iinfefte volant amp; luifant de ritalie amp; de IAmerique, eft tout différent dut
Ff iij
4^4 RÉCRÉA.T. MATHÉMAT. ET PhYS. ver luifant inême male de notre cliraat. Javotienbsp;Tiy avoir pas donné pendant mon féjour en Awe-rique une attention fiiffifante; jétois occupé denbsp;1'oins bien plus embarralTants amp; plus intéreffants:nbsp;mais ce quil y a de certain , ceft que eet infeftenbsp;ne brille que quand ii vole. Apparemment la partienbsp;de fon corps qpi eft brillante , eft cachée par fonbsp;ailes OU fes fourreaux, pendant quelles font appl'quot;nbsp;quées fur fon corps. Je nai trouvé nulle part unenbsp;bonne defcription de eet infefte reinarquable. IInbsp;tient beaucoup de la forme dune mouebe.
On fent aifément que ces infeöes lumineux ont dü donner a quelques hommes lefpérance den former un phofphore perpétuel. On a fait bien desnbsp;épreuves pour eet effet; mais quoique , 1animalnbsp;étant coupé en deux, fa partie poftérieure confervenbsp;encore t[uelque temps de la lumiere , elle séteintnbsp;peu a peu ; amp;c tons les efforts tentés jufqua pré-fent pour la conferver, ont été inutiles. II eft vrainbsp;que quelques auteurs ont donné des recettes pournbsp;parvenir a eet objet; mais cétoient ou 'des gensnbsp;trompés ou des charlatans: 11 eft conftant que leursnbsp;prétendus procédés ne réuffilTent point.
Voici encore une richefte en ce genre que pof-fede lAmérique; ceft Ie Cucuyo. Les Caraibes ont donné ce nom a un aflez gros Scarabée quonnbsp;trouve dans lesiles du golfe du Mexique, amp; dansnbsp;Ie Mexique méme: fa lumiere réfide dans fes yeux ^nbsp;amp; dans deux parties de fon corps qui font recou-vertes paries fourreaux de fes ailes. On pretend quenbsp;cinq ou fix de ces Scarabées fuffifent pour donnernbsp;U lumiere néceflaire pour fe conduite dans 1obf-
-ocr page 463-DES PhOSPHORES.
curité la plus profonde ; que les naturels du pays les attachent enfemble vivants, amp; sen font, parnbsp;cette raifon, des efpeces de colliers pour fe gui-der a travers les bois ; amp; quils les einploient enfin dans leurs cafes pour séclairer dans leurs tra-vaux nofturnes; ce que jai peine a croire.
4. Du Scarabéc de la Guyane.
Un hafard fort fingulier a fait voir en France un infefte lumineux aflez reffemblant au Cucuyo ,nbsp;peut-être Ie mêine, On avoit apporté de Cayenne,nbsp;en 1764 amp; les années fuivantes, beaucoup de boisnbsp;de marqueterie; car cette colonie en abonde, amp;,nbsp;par des raifons que je crois mal entendues, cettenbsp;richeflfe eft a peu prés perdue pour elle. Un ébé-nifte avoit acheté une bille de ce bois, amp;, en attendant 1emploi, la confervoit chez lui. Sa femmenbsp;entendit une nuit quelque bruit comme dun animalnbsp;qui bourdonne en vokigeant, amp; apperqut bientótnbsp;une vive lumiere attachée a fa croifée. Après quel-ques moments de frayeur,elle y courut, amp; trouvanbsp;un infefte du genre des Coleopteres, ( ou infeftesnbsp;dont les ailes font recouvertes par des £ourreau:i,)nbsp;ui jetoit par la partie poftérieure de fon corps un
I nbsp;nbsp;nbsp;vif éclat, que foute la chambre en étoit éclairée..nbsp;Linfeéfe fut enfuite donné a M. Fougeroux , quinbsp;en a configné la defcriptaon amp; 1hiftoire dans lesnbsp;Mémoires de 1Académie, année 1766.
II y a grande apparence, ou, pour mieux dire ,
II nbsp;nbsp;nbsp;eft certain que 1animal étoit venu dans la billenbsp;de bois, en état de nymphe , oü elle étoit cachéenbsp;dans quelque trou : Ie temps de fon développementnbsp;étant arrivé, 1animal eft forti de fa retraite , amp; anbsp;paru fous la forme de Scarabée.
456 Récréat, Mathémat. et Phys.
Si ce neft pas Ie Cucuyo des iles de 1Américjue OU de la Nouvelle-Erpagne, cefl: un quatrieme in-fefte qui jouit de la propriété de jeter de la lumiere.
III. De quelqucs autres Corps phofphoriques.
Nous allons parcourir ici briévement un grand nombre dautres corps phofphoriques.
1. Lts Yeux de divers animaux,
La nature a deftiné plufieurs animaux a chercher leur pature pendant la nuit; tels font, parmi lesnbsp;quadrupedes, Ie tigre, Ie chat qui nefl: quun tigrenbsp;nain , Ie loup , Ie renard, Sfc ; amp; parmi les oi'nbsp;feaux , la chouette, Ie chat-huant, amp;c. II leur fal-loit un flambeau pour les conduire ; elle Ie leur anbsp;donné dans leurs yeux , car ils font éclatants de lu-iniere; amp; ceft fans doute au moyen de cette lu-miere quils fe conduifent dans lobfcurité. Commenbsp;ils ont la rétine extrêmemertt fenfible, la lumierenbsp;de leurs yeux éclaire les objets fuffifamment pournbsp;eux : ajoutez a cela que la nature les a favorifesnbsp;dune très-grande ouverture de prunelle, ce qmnbsp;multiplie la quantité de lumiere qui aborde a leurnbsp;rétine. Telle eft probablement Ie mécanifme pafnbsp;lequel ces animaux voient pendant la nuit; lex-trême fenfibilité de leur rétine leur rend Ie journbsp;incommode, amp; même en aveugle quelques-uns*nbsp;II eft a remarqner que ces animaux paroilTetitnbsp;être les maitres de rendre leurs yeux lumineux.nbsp;vu fouvent fans lumiere ceux dun chat que javois ^nbsp;dautres fois ils étoient comme un charbon ardent-Le chien neft pas entiéremcnt dépourvu de cettenbsp;propriété ; jai vu plufieurs fois étinceler les yeu*nbsp;de eet animal.
-ocr page 465-DES Phosphores; 457
Enfin Ton pretend quil y a des hommes qui jouifTent de cette propriété : on dit que Tibere ynbsp;voyoit pendant la nuit; 8c 1on raconte la mémenbsp;chofe de quelques autres. Le plus fingulier exem-ple de cette faculte , eft celui dun folitaire qui,nbsp;au rapport de Mofchus dans fon Pré fpiritud, na-voit jamais eu befoin de lampe pour fies travaux amp;nbsp;fes leftures nofturnes. Qiiis credet hcec ! Je croisnbsp;que ceux qui ajouteront foi au recit de cet agio-graphe, ne font pas éloignés de mériter detre misnbsp;dans un pré, cum ajinis amp; jumtntis.
2. Lc Diamant de Clayton,
Ce diamant a eu une grande célébrité, amp;, sil netoit pas un des plus beaux de fon efpece , celanbsp;etoit bien rachete par la propriété unique dont ilnbsp;jouifldit. II fuffifoit en effet de le frotter dans Iobf-curité contre quelque etoffe feche , ou contre fesnbsp;doigts, Sc il brilloit alors dune lumiere foible amp;nbsp;blanchatre. Le célebre Boyle a fait un affez grandnbsp;nombre dobfervations fur ce diamant, dont il ren-dit compte a la Société royale de Londres en 1668,nbsp;amp; il ne fait aucune difficulté de 1appeler une pierrenbsp;précieufe unique en fon efpece, gemma fui generisnbsp;unica; car du moins alors on ne connoiftbit aucune autre pierre qui fut douee de cette propriété :nbsp;iai neanmoins oui dire que, depuis ce temps, onnbsp;a trouvé dautres diamants que le frottement ren-doit brillants dans les ténebres. Ce diamant fingulier fut acquis par le roi dAngleterre Charles IL
Ceft ici le lieu de dire un mot de Iefcarboucle, pretendue pierre brillante dans lobfcurité; maisnbsp;nous nen parlons que pour dire que cette propriété de Iefcarboucle eft abfolument fabuleufe :
458 Récréat, Mathémat, et Phys. lefcarboucle efl: un rubis , maïs aucun rublsnbsp;autre plerre précieufe ne luit dans 1obfcurite inbsp;enfin ce nefl: la quune fable populaire.
Remarquons encore ici que cette lumiere pas proprement phofphorique , mais du genre desnbsp;iumieres éleftriques. Le diamant efl en effet fufcep'nbsp;tible de devenir éleftrique par le frotteinent; il ennbsp;eft de même de la lümiere que rendent le fuctenbsp;quand on le rape, amp; divers autres corps frottés.
3. Le Bols pourri.
Ilnefl pas rare de trouver dans les forêts des morceaux de bois pourri qui jettent une lumierenbsp;afifez vive , amp; dun blanc tirant fur le bleu ; il eftnbsp;même arrivé plus dune fois que ce phénomene anbsp;caufé de grandes frayeurs.
Malheureufement tout bois pourri neft pas pbof* phorique, Sc lon ignore ce qui le rend tel.
Du refie, on doit ranger au nombre de fables puériles ce que raconte Jofepbe dune plante lurai-neufe dans lobfcurité , appelée Baaras , quon nenbsp;peut arracher fans danger de mourir peu a prés;nbsp;mais on attache , dit-il, un chien a la plante déjanbsp;prefque déracinée, Sc lanimal, en cberchant a re-joindre fon maitre, finit de larracher. Peut-onnbsp;abufer ainfi de la crédulité de lefpece humaine !
On dolt fans doute mettre au même rang ce que Pline rapporte dune autre plante, appelée NiBj-gretum, qui croit, dit-il, dans la Gédrofie, Sc qui»nbsp;arrachée avec fa racine Sc féchée aux rayons denbsp;la lune pendant un mois, deviqnt lumineufe denbsp;nuit. Cela neft pas abfolument impoffible ; maisnbsp;cette plante feroit probablement connüe de nos na-turaliftes, ainfi que VAglao-phytis^ Sela Lunairet
-ocr page 467-a qui , fur les témoignages dElien, on attribue la même propriété. On peut, quand un fait eft ra-conté par Elien, parier cent contre un que ceftnbsp;line fable.
4. Les Vers des Huitres.
On doit a un M. de la Voye la remarque de ce phofpbore naturel, dont il donna avis a M. Auzoutnbsp;en 1666.
II sengendre fouvent dans les huitres de petits vers oblongs qui brillent dans lobfciirité. Suivantnbsp;la defcription quil en fait, les uns font gros commenbsp;un petit fer daiguillette , amp; longs de cinq a fix li-gnes; les autres feulement comme une grolTe épin-gle , amp; de trois lignes de longueur; les autres enfin beaucoup plus petits. II en a auffi trouvé de troisnbsp;efpeces; la premiere, avec des jambes au nombrenbsp;de vingt-cinq environ de chaque core. La fecondenbsp;eft de vers rouges, amp;. femblables, a la grolTeur prés,nbsp;a nos vers luifants de terre. Ceux de la troifiemenbsp;efpece font bigarrés , amp; ont la tête comme cellenbsp;de la folie. Ils fe réfolventfacilement,amp;au moin-dre attouchement, en une matiere gluante quinbsp;conferve fa lumiere une vingtaine de fecondes.
Telles font les obfervations de M. de la Voye, avec lefquelles ne saccordent pas entiéremerit celles de M. Auzout, qui ne vit jamais quune magere gluante étendue en longueur. Mais il faut ob-ferver que Ie dernier phyficien ne fit fes experiences , a ce quil paroit, que fur des huitres vieilles,nbsp;3ü lieu que Ie premier les fit fur des huitres très-ftaiches.
') Les Chaïrs corrompiies.
Les chairs corrompues font auffi quelquefois fu-
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460 RéCRÉAT. Mathémat. et Phys. jettes a devenirluinineufes dans 1obfcurité. Léme!'/nbsp;rapporte cjuen 1696, on vit a Orleans une grand®nbsp;quantité de ces chairs lumineufes; les unes TétoieR^nbsp;en totalité, les autres feulement en quelqiies point*nbsp;qui préfentoient lapparence de petites étoiles. önnbsp;craignit dabord den manger ; mais Pexpérienc®nbsp;apprit quil ny avoit aucun danger , amp; Ton recon'nbsp;nut quelle étoit tont aulll bonne que dautre.nbsp;remarqua que , chez quelques boitchers, la viand®nbsp;étoit prefque toute lumineufe, chez dautresnbsp;lement en partie.
Fabrice dAquapendente raconte pareille cho^® dun agneau acbeté par trois jeunes gens de Roin®;nbsp;La moitié quils navoient pas mangée ayant et®nbsp;réfervée , amp; la nuit étant venue, ils apperqurentnbsp;que plufieurs endroits de cette viande étoient lu'nbsp;mineux : ils lenvoyerent a ce médecin , qui exaquot;nbsp;rnina avec attention ce phénomene , amp; obfervanbsp;que la chair amp; la grailTe brilloient dune lumier®nbsp;argentine, amp; quun morceau de chevreau qui ynbsp;avoit touché brilloit lui-même; les doigts de ceu*nbsp;qui Ia touchoient devenoient aufli lumineux. II oh'nbsp;ferva aufli que les endroits lumineux étoient plu*nbsp;mollafies. II ny a nul doute que ce phénomene n®nbsp;sobfervat plus fouvent, li Ton entroit fréqueiU'nbsp;ment dans les boucheries amp; les garde-mangers rnbsp;fans aucune lumlere.
6. Divers Poijfons ou parties de PolJJons.
Mais ce font fur-tout les poiffons Sc dlverf®* de leurs parties , qui prefentent Ie plus fréquent'nbsp;ment ce phénomene.
Ceft ordinairement lorfque ces poiffons ou leut* parties approchent de la putréf^ftion, quils acquit'
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reut la propriété phofphorique. Leo Alldtms ra-conte dans une lettre a Forttinius Licetus, avoir éprouvé une forte de frayeur occafionnée par desnbsp;écreviffes deau douce , jetées dans un coin parnbsp;un valet negligent. II décrit fort au long toutenbsp;cette petite aventure , mais nous en fuppriineronsnbsp;Ie détail, pour abréger.
Les dails ou glands de mer, apparemment déja très-avancés, font fort fujets, fuivant Plinenbsp;amp; dautres , a briller de cette maniere : ceuxnbsp;qui habitent les bords de la mer font a portée denbsp;1éprouver.
Le fameuxThomas Bartholin a obfervé la même chofe fur des polypes quil dilTéquoit, (ceft ainfinbsp;quil appeloit le poiffon que nous connpiflbns fousnbsp;le nom de/lt;z fecke') puifquil dit quil contient unenbsp;liqueur noire quon peut employer comme de len-cre. Cette lumiere, dit-il, sécouloit de deflbus lanbsp;peau, amp; étoit dautant plus abondante , que lani-mal approchoit davantage de la putrefaction.
Nous ne parlerons plus que de quelques experiences du dofteur Beale , inférées dans les Tranr laétions philolopbiques de 1annee 1666. Op avoitnbsp;fait bouillir des maquereaux frais dans de 1eau ,nbsp;avec du fel Sc des herbes : quelques jours après, lenbsp;cuifinier rémuant 1eau pour en tirer quelques-unsnbsp;de ces poiflTons , remarqua quau premier mouvement , elle devint fort lumineufe, ainfi que les poif-fons qui brilloient fortement a travers cette eau ,nbsp;devenue tranfparente ; quoique vue pendant lenbsp;jour, elle parut opaque.
Les gouttes de cette eau étoient fort lumineufes; amp; par-tout oü elles tomboient, elles laifloient unénbsp;tache lujnineufe Sc large comme un denier: ceux
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qui sen frotterent les mains les avoient toutes relquot;-*
plendiffantes.
Nous nous fommes bornés a rapporter des faits; car ceft encore tout ce quon peut dire fur eet ob-jet. On ne peut encore rien avancer de probable amp;nbsp;de fondé fur la caufe de cette lumiere. La matietenbsp;globuleufe de Defcartes éfoit alTez commode pou'^nbsp;expliquer ces phénomenes; car il fuffifoit de dit^nbsp;que la fermentation putrlde étant une efpecenbsp;mouvement inteftin, ce mouvement mettoit,
Ion les apparences, en aftion cette matiere glo' buleufe dans laquelle confifte la lumiere. Mat*nbsp;malheureufement cette matiere eft reconnue aU-jourdhui pour une chimere.
Addition du Cenfeiir.
II y a quelques inexaftitudes dans ce quon a lu plus haut, concernant les infedles liimineux des paragraphesnbsp;I, a, 3,4, de cette Sediion. Laiiteur paroit sctrenbsp;trop conné a fa mémoire qui la induk en erreur , amp; Ünbsp;na pas connu tout ce qui a été écrit fur cette matiere.nbsp;On y va fuppléer.
1. nbsp;nbsp;nbsp;Le male da ver luifant eft un infefte ailé de lanbsp;claffe des coleoptei-es, ou infefles a fourreaux. Ces four-leaux font moiis amp; flexibles. Il neft pas depourvu en-tiérement de la faculté lumineufe. M. Fougeroux nou*nbsp;apprend avoir pris plufieurs fois dans lobfcurité de cesnbsp;males attirés par la lumiere de leur femelle , amp; il a ob-fervé quils en jetoient eux-mêmes peu après laccou-plement.
2. nbsp;nbsp;nbsp;La fflouche luifante d Italië , connue vulgairementnbsp;fous le nom de litccioLa, neft rien moins quune mou-che; ceft encore un infefte a fourreaux, amp; très-apprO'nbsp;chant du male de notre ver luifant: ce font les deux der-niers anneaux de fon corps qui font lumineux. On pour-roit dabord -être tenté de croire que cell eet infeö®
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ïtième a qui la chaleur du climat donne la facute de bril-ler, qiie ceUii de notre pays a même en cenaines cir-conftances. Mais il y a des differences qui ne permettent pas de les confondre ; amp; ce qui paroit exclure abfolu-ment cette identité , c'eft qne dans les lieux ou Ton trouvenbsp;la lucciola, on ne trouve point le. ver luifant ordinaire ,nbsp;quoique ce dernier exifte auffi en Italië.
A regard de IinfeSe lumineux des pays chauds de PAmerlque, je nen connois , pas plus que Iauteur, denbsp;defcription exafle.
3. Ce que Ton a lu plus haut fur Ilnfeile lumineux de Cayenne , neft pas entiérement exaft ; amp; Ihiftoire denbsp;fa découverte a befoin detre réformée. Ce fut au moisnbsp;de Septembre 1766, que deux femmes du fauxbourgnbsp;Saint-Antoine, virent cet infefte fur la brune, commanbsp;nn trait de lumiere traverfant les airs , amp; allant fe repo-fer fur une croix. Elies crurent dabord que cétoit unenbsp;de ces etoiles tombantes, fi communes dans les nuitsnbsp;dété. Mais la lumiere continuant, elles allerent avertirnbsp;ceux qui habitoient la maifon centre laquelle Ianimalnbsp;étoit venu fe repofer. On le prit, amp; il fut donne anbsp;M. Fougeroux pour Iexaminer. Ce neft que par con-jeiSures quon dit que Ianimal étoit venu de Cayenne-Mais fa comparaifon avec les infeftes de cepays-la , lefaitnbsp;reconnoitre pour habitant de ce climat ou dun climatnbsp;voifin. Cell un coleoptere, connu fous le nom de ma-réchal, amp; dela claffe de ceux qui étant mis fur le dos,nbsp;sélancent en 1air comme un relTort qui fe débande; cenbsp;qui leur a fait donuer le nom é. slater. Get infeile anbsp;Un pouce amp; demi de longueur , amp; fa lumiere rèfidénbsp;dans deux protuberances, alongees quil porte fur la par-tie pollérieure Sf laterale du corfelet. Il en jette auflinbsp;dans cer.taines pofitions par la feparation da corps avecnbsp;le corfelet, amp; probablernent par celles des anneaux dunbsp;corps les uns avec les autres. Cette lumiere eft dunenbsp;belle couleur verte , amp; aflez vive pour que finfeéle, misnbsp;dans un cornet de papier, ferve dun fanal pour lire lesnbsp;carafteres les plus fins a quelques pouces de diftance.nbsp;Cet infefte exille aufti a la Jamaique , M. Brown Ia dé-crit fous le nom è'elater major fufeus phofphoricus. Il ynbsp;cn a eifeélivesnent, foit a la Jamaïque , foit a Saint-Do-
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mingue, une autre efpece plus petite , amp;. auffi phofpho-rique.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Ce que lauteur dit du cucuyo de lAniérique, fi;a-voir,'quil jette la lumiere par les yeux amp; deux partiesnbsp;au deffcJus des fourreaux, ne paroit pas exaft. II pour-roit bien fe faire que les voyageurs non naturaliftesnbsp;qui en ont parlé, euffent mal vu.
auffi a Madagafcar un infedfe a peu pres femblable , connu fous le nom de herecherche, qui luit pendant la nuit;nbsp;Mais fa defcription meft inconnue.
5. nbsp;nbsp;nbsp;II y a quelques autres infe£Ies lumineux, dont lau-teur na point parlé. Le porte-lanteme ou acudia, quenbsp;M. de Réaumur range dans la claffe des pro-cigales,nbsp;OU une claffe fort approchante de celle de la cigale ; lenbsp;vielkur fcarabée de Surinam ; nous nen connoiffons, ainfinbsp;que fauteur, aucune defcription affez bien faite pour dé-terminer en quoiils different du cucuyo, amp; les uns desnbsp;autres. Telle eft encore la cigale pone - lanterne de Ianbsp;Chine, dont M. Linnaeus a donné une defcription dansnbsp;les Aamp;es de Stockholm ; mais lanimal étant mort , cenbsp;fpavant naturalifte na pu nous inftruire par quelle par-tie lanimal eft lumineux : il foupponne que ceft par fanbsp;trompe, ce qui ne me paroit pas probable. 11 y a enfin
n ilf.. A nbsp;nbsp;nbsp;__Cl.... \ ^ nbsp;nbsp;nbsp;I I
6. Le diamant de Clayton a été repute pendant long-temps lunique qui brillat dans 1obfcurité. Mais M. Dufay a trouvé, par un grand nombre dexpériences furnbsp;quantité de diamants, que plufieurs dentreux participoientnbsp;de cette propriété, fans néanmoins avoir pu decouvrirnbsp;ce qui la donnoit aux uns, amp; pourquoi les autres nenbsp;lavoient pas. M. Beccari, phyficien célebre de Boulo'nbsp;logne , a fait dans le même temps des expériences fem*nbsp;blables, qui confirment la découverte de M. Dufay. Cenbsp;phyficien a auffr découvert que la claffe des corps phof'nbsp;phoriques eft beaucoup plus confidérable quon ne lenbsp;penfe vulgairement; amp; il réfulte de fes experiences, quenbsp;les corps phofphoriques qui ont frappé lattention deSnbsp;phyficiens , ne Tont fait que parceque cette faculté f®nbsp;foutient pendant plus long-temps ; mais quun très-grandnbsp;nombre de corps paroiffent lumineux a un oeil plong®nbsp;dans une obfcui ité profonde, lorfquils font tranfportésnbsp;fortpromptement de la lumiere dans lombre.
7-
-ocr page 473-DES Phosphor ES. 465 7. Les glands de mer font éminemment doués de lanbsp;propriété phofphorique, non pas quand ils approchentnbsp;de la putréfaftion, comme on la dit plus haut , maisnbsp;quand ils font vivants amp; frais, au point detre bons anbsp;manger. Les obfervations de MM. Beccari , Monti amp;nbsp;Calcati de Boulogne, fur ces poiffons marins, font fortnbsp;anciennes; elles confirment parfaltement, amp; étendentnbsp;beaucoup ce que Pline Ie naturalifte avoit dit fur cenbsp;fujet. Voyez auffi un Mémoire deM. de Réaumur fur Ienbsp;mènae objet, Mém. de lAcad. année 1723.
CE que la nature produit en quelques cir-conftances , lart, aidé de lobfervation, eft parvenu a Fimiter dans les phofphores artificiels ;nbsp;mais avant dexpofer ces opérations curieufes , ilnbsp;faut faire une diftinftion que les chimifles amp; lesnbsp;phyficiens inodernes ont introduite, amp; qui eftnbsp;néceflaire.
On a continué dappeler du nom Aephojphore, ces corps qui jettent de la lumiere fans chaleurnbsp;fenfible ; mais lorfquun corps non - feulementnbsp;jette de la lumiere , mais senflamme de lui-mêmenbsp;étant expofé a Fair , on lui donne Ie nom de py-Tophorc. Auffi^on dit Ie pyrophore dHomberg ,nbsp;pour défigner cette compofition d alun amp; de ma-tiere animale ou végétale, qui , expofée a Fair ,nbsp;prend feu. Le phofpliore dAngleterre eft a-la-foisnbsp;phofphore .amp; pyrophore ; car, expofé a Fair ennbsp;mafte, ü brule amp; fe confuine comme le Ibufre ,nbsp;dont il eft: une efpece finguliere : mais , extrême-ment atténué, amp; mélange avec une liqueur , ilnbsp;ne fait que la rendre lumineufe fans chaleur.
Tome IV. nbsp;nbsp;nbsp;G g
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i. Expérimcc phofphoriquc ^ ou bruler de l^ poudre a canon fans explojion,
Prenez une tuile , que vous ferez chauffer affez fortement , portez - la dans un lieu obfcur.nbsp;Pendant quelie fe refroidira, vous y jetterez del-fus, de temps a autre , des grains de poudre, qmnbsp;dabord senflammeront. Laiffez-la davantage ftnbsp;refroidir, jürqua ce que la poudre ne détonnenbsp;plus. Alors vous la couvrirez de poudre. Cettenbsp;poudre, parvenue au degré de chaleur de la tuüe,nbsp;jettera dans les ténebres une lumiere foible ou unenbsp;flamme légere , qui confumera tout Ie loufre ,nbsp;fans néanmoins faire détonner Ie nitre.
On voit par-la que Ie foufre commun eft ftf' ceptible de deux combuftions ; Tune douce amp;nbsp;tranquille , qui ne fqauroit même aUumer Ie char-hon , car autrement Ie nitre détonneroit; lautrenbsp;violente , qui brüle amp; allume les corps combuf-tibles contigus,
II. De la Pierre de Boulogne,
On donne a ce phofphore Ie noin de la pierre ke Boulogne , parceque les premiers phofphoresnbsp;de cette efpece fe faifoient avec unJt pierre qui ftnbsp;trouvoit feulement au pied du mom Paterno, présnbsp;de cette ville. Un cordonnier, nommé Vincenzonbsp;Cafciarolo , fut Ie premier qui sapperqut de lanbsp;propriété quavoient ces pierres de luire dansnbsp;1obfcurité après avoir été calcinées. II travailloitnbsp;au Grand-CEuvre ; amp; il crut, a lafpeél du bril-lant de ces pierres, quelles contenoient ou desnbsp;métaux , ou un principe propte a remplir (on
-ocr page 475-DES PhOSPHORES. objet: il les fit rougir clans im creufet. Le hafardnbsp;lui en ayant enfuite fait porter une dans un lieunbsp;obfcur, fon éclat lefrappa, amp; il publia fa dé-couverte. Ceft ainfi que le phofphore de Boulogne a été découvert. Voici comment le fontnbsp;les chimiftes modernes.
On prend une de ces pierres; amp; apfès 1avoir dépouillée de toutes fes parties hétérogenes, on lanbsp;lime avec une grolTe lime tout a lentour, pournbsp;avoir une certaine quantite de pouffiere. Onnbsp;trempe enfuite la pierre dans de la glaire doeuf,nbsp;Sc on la roule dans cette poudre, enforte quellenbsp;en foit toute faupoudree juiqua une certaine epaifnbsp;feur. La pierre étant feche, on la place dans unnbsp;fourneau rempli de charbons, de maniere quellenbsp;en foit recouverte Sc environnee. On met le feu anbsp;ce charbon; 8c quand le tout eft confumé , lanbsp;pierre eft calcinee au point défiré. On peut lanbsp;tranfporter dans un lieu obfcur, 8c on la voitnbsp;éclater dun brillant fingulier, c[ui va pourtant ennbsp;saffoiblilTant peu a peu, amp; qui celTe après quel-ques minutes. Mais cet éclat renait en expofantnbsp;de nouveau la pierre a la lumiere du )our pendant quelque temps. On conferve ces pierres dansnbsp;ün lieu fee , enveloppées de coton égalémentbiennbsp;fee. Elies perdent neanmoins peu a peu leur fa-culte de simprégner de la lumiere , mais on lanbsp;^eur rend en les faifant calciner de nouveau.
La pierre de Boulogne eft, par les obfervations quont faites les naturaliftes , une de ces pierresnbsp;quils connoilTent fous le nom de /path fujihle. Ilnbsp;^ntre dans leur compofition de Iacide vitriolique.nbsp;f-ela a donne lieu a M. Margraf, célebre chi-JRifte, Iidee deflayer fi tous les autres fpaths fufi-^s netepent pas doués de la même propriété. Il
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a trouvé que , traités de la maniere convenable » ils devenoient tous lumineux. Voici de quellsnbsp;maniere on les prépare amp; les calcine , fuivantnbsp;fa méthode.
Après les avoir bien nettoyés des parties hétéro-genes , on les fait rougir dans un creufet, enfuit^ on les réduit en poufliere très-fine dans un mortier de verre ou de porphyre. On fait aprèsnbsp;cela, avec de la gomme adragant ou du blancnbsp;dceuf, amp; cette poudre , de petits gateaux dunsnbsp;ligne dépailTeur au plus, amp; de la grandeur qu onnbsp;veut. Enfin on les calcine de la maniere fiiivante ¦gt;nbsp;après les avoir fait deflecher a une afTez forte cha-leur.
II faut avoir un fourneau de réverbere ordinaire , quon remplit de charbon jufquaux troiS quarts de fa hauteur ; on pofe a plat les gateau^rnbsp;ci-deffus, amp; on les recouvre de charbons. Onnbsp;allume Ie fourneau; amp; quand tous les charbonsnbsp;font confumés amp; refroidis, on trouve les gateaiotnbsp;calcinés : on les prend, amp; on les nettoie de een-dres au moyen du vent dun foufflet; on les ren-ferme comme on a dit plus haut; amp; quand.nbsp;veut faire 1expérience, on les expofe quelqn^nbsp;temps a la lumiere, après quoi on les tranfport®nbsp;dans un lieu obfcur: i's y paroilTent brillaid*nbsp;comme des charbons ardents, fi on a Tenunbsp;dant quelques minutes les yeux fermés.
Quelle eft la caufe dun phénomene auffi fingn' lier ? Voici ce quont dit de plus probable dh^'nbsp;biles chlmiftes.
Quand on confidere que 1on ne fait de pho^' phore femblable quen brülant , au moyen rir*nbsp;charbon, des pierres qui contiennent de 1acid®
-ocr page 477-DES Phosphores. vitriolique 1, on eft conduit a penfer quil fe formenbsp;dans cette opération une efpece de foufre extre-mement combuftible, amp; dans lequel Iaftionnbsp;feule du jour ou de la lumiere eft capable de pro-duire cette combuftion lente amp; prefque fans cha-leur, dont nous avons vu que le foufre communnbsp;lui-même eft fufceptible. Cette combuftion ne fenbsp;manifefte que par la lumiere foible quelle repandnbsp;de même. Elle cefle par Iabfence de la caufe quinbsp;1a produite, amp; la pierre cede detre lumineufe,
Parmi plufieurs raifons qui confirment cette explication , il en eft une entrautres qui eft dunnbsp;grand poids : ceft que ft, après que la pierre anbsp;ceflfé de luire , Sc fans 1expofer de nouveau anbsp;1aftion du jour, on fe contente de la placer dansnbsp;Iobfcurite fur une plaque de fer échauffée, fansnbsp;Ietre aflTez pour jeter aucune lumiere , elle devientnbsp;aufll-tot lumineufe. On peut encore ajouter a cettenbsp;raifon , celle de 1odeur quexhale la pierre denbsp;Boulogne après fa calcination ; car cette odeurnbsp;eft précifément celle du foufre. Mais , fur toutnbsp;ceci, nous invitons a confulter le Diüionnaire,nbsp;de Chimie de M. Macquer , a Iartlcle Phofphoresnbsp;p'urreux;on y trouvera des developpements denbsp;cette explication, que nous ne pouvons donner icii
§. III. Du Phofphore de Baldwin ou Baudouin,
Ce phofphore, ainft que le fuivant, a beaur coup daffinite avec celui de la pierre de Boulornbsp;gne; car, tout comme ce dernier eft certainement
M. Margraf du moins le prétend, quoique M. Dufay ait dit avoir fait le phofphore de Boulogne avec desnbsp;pierres purement cakaires,'
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Une combinaifon de 1acide vitriolique avec té phlogiftique, de même celui de Baldwin eftnbsp;combinailbn de 1acide nitreux avec ce menienbsp;principe. En voici Ie procédé.
Prenez de la craie blanche trés pure , que vous diftbudrez dans de bon efprit de nitre ; après quo*nbsp;vous flltrerez la folution , amp;c vous ferez évaporernbsp;1huinidité jufqua ce que Ie réfidu foit bien /ec ïnbsp;il faudra mettre enfuite ce réfidu dans un bonnbsp;creufet, de la capacité convenable amp; médiocre-inent creux; vous Ie placerez dans un fourneau denbsp;réverbere pendant une heure; enfin vous mettreznbsp;cette matiere ainfi calcinée dans une bouteillenbsp;garnie dun bouchon de verre: vous aurez Ie phof-phore de Baldwin.
Sa propriété eft de reluire dans lohfcurite, comme celui de Boulogne, quand il a été expofenbsp;dans fa bouteille ouverte a la lutnlere du jour.nbsp;Mais comme il a Ie défaut dafpirer lhumidité , ilnbsp;ne tarde pas de perdre fa propriété.
§. IV. Phofphore de M. Homherg.
Prenez une partie de fel ammoniac en poudre, amp; deux parties de chaux vive éteinte a 1air;nbsp;inêlez-les exaftement, rempliflTez-en un creufet,nbsp;amp; mettez-le a un petit feu de fonte. Sitot que Ienbsp;creufet comiuencera a rougir, votre mélangecom-mencera a fe fondre ; mais comme il séleve amp; fenbsp;gonfle dans Ie creufet, vous Ie remuerez avecnbsp;une baguette de fer, de peur quil ne fe répande.nbsp;Auffitot que cette matiere fera fondue , verfez-lanbsp;dans un baffin de cuivre : après quelle fera refroi-die, elle paroitra grife amp; comme vitrifiée. Si Tonnbsp;frappe deffus avec quelque chofe de dur, comme
-ocr page 479-avec du fer, du cuivre, ou autre chofe fembla-b!e , on la verra un moment en feu dans toute 1étendue oü Ie coup aura porté. Jdais commenbsp;cette matiere eft fort caffante , on nen fgauroitnbsp;réitérer fouvent 1expérience. Pour y remédier,nbsp;M. Homberg seft avifé de tremper dans Ie creufetnbsp;oü cette matiere étoit en fonte , de petites barresnbsp;de fer amp; de cuivre , lefquelles sen font couvertesnbsp;comme dun émail. Sur ces barres émaiUées onnbsp;peut frapper , amp; faire cette experience commo-dément amp; plufieurs fois, avant que la matiere sennbsp;fep are.
II faut remarquer que 1émail pbofphorique qui sattache fur ces barres , shumefte facilement anbsp;Fair; ceft pourquoi il faut les tenir dans unnbsp;lieu fee amp; chaud ; par ce moyen , elles conferve-ront pendant alTez long-temps leur propriété.
§. V. Pkofphorc en poudre , ou de M. Canton,
Volei encore un phofphore fort analogue af celui de la pierre de Boulogne amp; a celui denbsp;Baldwin.
II faut prendre des coquilles dhuitres ordinaries , amp; les bien faire calciner , en les tenant dans un feu ordinaire pendant une demi-heure : onnbsp;achevera enfuite de les pulvérifer , amp; Ton ennbsp;prendra la poudre la plus fine , que 1on mêleranbsp;avec un tiers de fon poids de fine fleur de foufre :nbsp;on placera ce mélange dans un creufet, quonnbsp;remplira iufquau bord, amp; quon tiendra pendantnbsp;une bonne demi-heure au molns au milieu desnbsp;charbons arderits, enforte quil folt bien rouge :nbsp;on Ie lailfera enfuite refroldir ; amp; la matiere con-tenue dans Ie creufet, étant pulvérifée encore sÜ-
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en eft befoin , fera un phofphore qiiil fuffira deX' pofer pendant quelques minutes a la lumiere dunbsp;jour , pour rendre une lumiere affez vive dansnbsp;lobfcurité.
Ceui qui auront conqu la nature du pholquot; phore de Boulogne , nauront pas de peine a voirnbsp;que ci-lui de M. Canton neft proprement que 1*nbsp;rnême chofe; car la pierre de Boulogne, 1^®nbsp;fpaths fufibles auxquels on a reconnu la proprietenbsp;phofphorique, ne font que des combinaifons denbsp;1acide vitriolique avec des terres calcaires. Lenbsp;mélange du foufre avec la craie, dans Ie procédénbsp;de M. Canton , fournit eet acide vitriolique amp; 1®nbsp;phlogiftique, fans lefquels des matieres calcairesnbsp;ne peuvent devenir phofphoriques.
M. Dufay, de lAcadémie royale des Sciences, étoit déja parvenu a faire des phofphores avec desnbsp;pierres calcaires combinées avec Ie phlogiftique.
VI, Du Pyrophore dHoriibcrg,
Voici encore une invention chimique due au hafard. On avoit affuré au célebre Homberg quonnbsp;pouvoit tirer des excrements humains une huilenbsp;blanche amp; nullement fétide, qui avoit la propriétenbsp;de fixer Ie mercure. II travailla fur cette matiere,nbsp;amp;C il en tira en effet une huile blanche amp; fansnbsp;odeur. EUe ne fixa pas Ie mercure. Mais ayantnbsp;expofé h. 1air Ie réfidu de fa dlftillation , il fut fortnbsp;furpris de lui voir prendre feu. Telie efl 1originenbsp;de fon pyrophore.
On a au refte reconnu depuis, quil nétoit pas néceffaire de travailler fur des matieres auffi falesnbsp;que celles dont Homberg tira fon pyrophorenbsp;pour la premiere fois. Voici Ie procédé vulgairenbsp;de cette operation : ileft fort fimple.
DES PhOSPHORES. 475
Mêlez enfemble dans une poële de fer mife fur Ie feu, Sc avec une fpatule auffi de fer, trois parties dalun Sc une de fucre, enforte que la ma-tiere foit parfaitement defféchée , Sc réduite ennbsp;une maffe noiratre Sc charbonneufe: sil y a desnbsp;grumeaux un peu gros, vous les concafferez, Met-tez enfuite cette matiere dans un matras a colnbsp;étroit Sc long dune huitaine de pouce ; placez cenbsp;matras dans un petit creufet capable den contenirnbsp;Ie ventre , environné de tous cotés dun demi-pouce de fable ; vous plongerez après cela cenbsp;creufet au milieu des charbons , enforte quilsnbsp;puiffent Ie faire bien rougir ainfi que Ie matras ;nbsp;vous réchaufferez par degrés, Sc enfin très-forte-ment, enforte quil foit rouge , Sc quon voie for-tir par Ie col du matras une flamme vraiment ful-fiireufe. On doit foutenir eet état du feu pendant environ un quart dheure , enfuite laiffernbsp;éteindre Ie feu peu a peu ; Sc lorfque Ie col dunbsp;matras ne fera plus rouge , on Ie bouchera avecnbsp;un bouchon de liege , fans quoi Ie pyrophorenbsp;s,enflammeroit,
Quand Ie tout eft bien refroidi, on verfe promp-tement Ie pyrophore dans une ou plufieurs fioles fufceptibles detre bien fermées, Sc on les dótnbsp;bien promptement. Quelquefois il senflainme ennbsp;paffant du matras dans la bouteille ; mals celanbsp;nimporte pas , car il séteint auffitót quelle eftnbsp;bouchée.
Pour faire 1expérience du pyrophore , il faut en mettre fur !e papier environ un demi-gros. Peunbsp;après il senflamme , devient rouge comme lesnbsp;charbons ardents , Sc met Ie feu aux corps com-buftibles quil touche. On accélere Iinflammationnbsp;du pyrophore en Ie mettant fur du papier un
-ocr page 482-lalun fubftituer toute autre matiere quelle contienne de lacide vitriolique :nbsp;feulement ce qui réxrffit Ie mieux,
§. VII. Du Phofphore ou Pyrophorc de Kunckel, autrement appeU dAngleterre.
Voici la compofition la plus curieufe de Ia chimie moderne. Qui croiroit que de lurine pu-tréfiée , on tirat un corps lumineux ? que dis-je Inbsp;un corps fufceptible de senflammer, amp; denflam-mer très-vivement, par fon contaft, les autresnbsp;corps combuftibles? Telle eft néanmoins Iorigine,
474 K-ÉCRÉAT. MATHÉMAt. ET PhYS. peu humtde , ou en envoyant deïïus fon halein^rnbsp;11 paroit , amp; on ne peut déformais prefquenbsp;plus en douter , que eet effet eft produit de Ianbsp;maniere fuivante. Dans 1opération du pyrophore,nbsp;il fe fait une combinaifon de lacide vitrioliquenbsp;avec Ie phlogiftique des matieres animales ou vé-gétales brulées; mais comme 1opération eft ennbsp;quelque forte Interrompue , il fe trouve une cer-taine quantité dacide vitriolique prodigieulementnbsp;concentre amp; a nu , ceft-a-dire non combinenbsp;avec Ie phlogiftique. Or , Ton fqait que lacidenbsp;vitriolique trés - concentre abforbe Thumidité denbsp;lair avec une telle avidité, quil séchauffe violem-ment; amp; ici cette chaleur eft apparemment telle ^nbsp;quelle enflamme Ie foufre formé, 6st par lui lesnbsp;matieres fuligineufes amp; charbonneufes qui entrentnbsp;dans la compofition du pyropbore. On peut voirnbsp;dans un Mémoire de M. Lejay de Suvigny, inférénbsp;dans Ie Tome III des Mémoires des Sgavants Ëtran-gers, Ie développement amp; les preuves de cettenbsp;explication , poufies jufqua la démonftration.nbsp;M. de Suvigny y démontre aufii quon peut a
pourvu lalun eft
-ocr page 483-DES PhOSPHORES. 475 en quelque forte abjeéte , du phofphore ; tant il efl:nbsp;vrai que pour Ie phyficien rien n'eft abjeft dansnbsp;la nature , amp; que les objets les plus dégoutantsnbsp;contiennent quelquefois des principes capablesnbsp;des efFets les plus rares amp; les plus finguliers 1
La découverte du phofphore durine efl:, comma beaucoup dautres , leffefdu hafard. Un bourgeois de Hambourg, homme entêté de la pierrenbsp;philofophale, travailloit fur 1urine. II nétoit pasnbsp;Ie premier ni Ie feul quieut penfé que cétoit dansnbsp;les excrements humains quil falloit chercher lanbsp;matiere propre a fixer Ie mercure. A force denbsp;faire des eftais fur cette matiere , il trouva lanbsp;phofphore. Cette découverte fit grand bruit dansnbsp;Ie monde chimique. Mais Brandt nétoit pasnbsp;homme a donnet fon fecret pour rien. Kuncke!,nbsp;habile chimifte , saflbcia avec un certain KrafFtnbsp;pour tirer de lui ce fecret. Mais KraflFt trompanbsp;Kunckel, acheta de Brandt Ie fecret de faire Ienbsp;phofphore , amp; , voulant en faire un commercenbsp;lucratif, refufa de Ie communiquer a Kunckel.nbsp;Celui-ci irrité de la fraude de Krafft, amp; fqachantnbsp;dailleurs quil avoit beaucoup travaiUé fur lurinenbsp;humaine, fe mit a la recherche du fecret, amp;nbsp;enfin Ie trouva. Aufli la gloire lui en efl reflée ,nbsp;car on nomme communément ce phofphore , Ienbsp;Phofphore de Kunckel 1.
Dun autre cóté, Krafft ayant pafle en Angle-terre, amp; ayant montré fon phofphore au roi Sc a la reine dAngleterre , Ie célebre Boyle, dont la
M. Leibnitz pretend que ce que lon raconte ainfl ordinairement de Brandt, neft nullement fondé. II fait unenbsp;hiftoire du phofphore, quon peut voir dans fes oeuvres.nbsp;Tome IL Mais je ne les ai pas a ma portee.
-ocr page 484-47*5 Récréat. Mathémat. et Phys. curiofité fut piquée par un phénomene fi rare,nbsp;entreprit auffi de deviner Ie fecret. II fqavoit feu-lement, comme Kunckel , que KrafFt travailloitnbsp;fur Turme. II fe mit done a travailler fur cettenbsp;matiere, 8c trouva de fon cóté Ie phofphorenbsp;quon en tire. H en communlqua Ie procédé aunbsp;public dans les TranfaBions Philofophiques denbsp;1680,8c apparemment inftruifit plus particulié-rement du tour de main néceflaire un chiiniftenbsp;Allemand établi a Londres , noinmé Godfreydnbsp;Hanck-wit\, car il a été pendant long-temps Ie feulnbsp;qui fit du phofphore.
En effet, quoique Boyle eut public Ie procédé du phofphore en 1680, que Homberg leut auflinbsp;enfeigné en 1692, quoiquenfin divers autres livresnbsp;Ie décriviflent aufli , ce nétoit quen Angle-terre quon faifoit du phofphore , 8c cétoit Ie feulnbsp;Hanckwitn^a^xÏQ faifoit. Un étranger qui vint ennbsp;France en 1737 , offrit néanmoins de mettre par-faitement au fait du procédé, 8c Ie miniftere luinbsp;promit une récompenfe pour cela. Plufieurs chi-miftes 8c phyficiens de lAcadémle royale desnbsp;Sciences , furent chargés detre témoins de lo-pération, qui fut faite au Jardin royal des Plantes ,nbsp;amp; qui réulïit très-bien. M. Hellot rédigea Ie procédé, amp; Ie publia en 1738 dans les Mémoires denbsp;rAcadémie royale des Sciences, Depuis ce tempsnbsp;feulement, la maniere de faire Ie phofphore eftnbsp;bien connue ; ce qui nempéche cependant pas quenbsp;ce ne foit une operation des plus délicates de Ianbsp;chimie, Sc qui ne réuflit guere que dans des mainsnbsp;fort exercées.
De tous les chimiftes modernes, M, Margraf eft celui qui a réduit la compofition du phofphorenbsp;de Kunckel aux procédés les plus certains , les
-ocr page 485-DES Phosphores. 47'7 plus exafts amp; les moins difpendieux : ceft pour-quoi nous aliens fuivre ici ceux quil enfeigne.
1° Prenez une bonne quantité durine , que vous laifferez putréfier ; vous la mettrez enfuitenbsp;dans un vale de verre fur Ie feu, amp; vous ennbsp;ferez évaporer Ie flegme, jufqua ce quelle foitnbsp;réduite a une confiftance de miel ou de crèmenbsp;de lait.
II efl: a propos de remarquer ici que cette ma-tiere contient un fel particulier , appelé fel fujible de Vitrine; que ce iel efl: compoie dim acidenbsp;dpne nature differente de tous les autres, amp; quonnbsp;a nommé phofphorique, parcequil efl [ingredientnbsp;néceffaire du phofphore , par fa combinaifonnbsp;avec un autre principe , Sc parcequon tire eetnbsp;acide par la deflagration du phofphore, commenbsp;lacide vitriolique par celle du foufre ordinaire.
Mêlez enfuite quatre livres de minium avec deux livres de fel ammoniac en poudre , Sc diftll-lez ce mélange , qui fournira un alkali volatilnbsp;très-concentré; au refte eet alkali efl inutile, Maisnbsp;lacide marin attaquera Ie minium oh la chauxnbsp;de plomb , Sc formera avec elle un compofénbsp;connu des chimrftes fous Ie nom de plomb cornè.nbsp;On peut employer du plomb corné tout fait; nousnbsp;avons cependant cru devoir indiquer a-la-fois icinbsp;la maniere de Ie faire, parceque tous nos lefteursnbsp;ne fe trouveront pas des chimifles.
3° Ce plomb corné réfultant de la difliflation ci-delTus , vous Ie mêlerez peu a peu, Sc en Ienbsp;remuant fans cefle dans une chaudiere de fer,nbsp;avec Sap livres de lextrait durine , indiquénbsp;dans [article I; vous y ajouterez une demi-livrenbsp;de charbon en poudre , Sc vous continuerez denbsp;Ie deflecher jufqua ce quil foit réduit en une
-ocr page 486-478 Récréat. Mathémat. et Phys. poudre noire ; vous jetterez enfuite cette matierenbsp;dans une retorte, pour la diftiller a un feu médiocre , amp;c en retirer tous les produits, qui font,nbsp;de falkali volatil, nne huile fétide , amp; une elpeesnbsp;de fel ammoniac qui sattache au col du vafe :nbsp;faites rougir enfuite médiocrement la cornue ;nbsp;quand il ne paffera plus rien , vous déluterez Scnbsp;réferverez Ie réfidu, qui eft une efpece de ca/gt;utnbsp;mortiium. Ceft ce réfidu qui contient Ie phof-phore, amp; quil eft maintenant queftion de diftiller a un feu beaucoup plus violent. On re-connoitra quil eft bien préparé , fi un petit mor-ceaii étant jeté fur les charbons , exhale unenbsp;odeur dail, amp; brille avec une petite flamme vol-tigeante,
4° Mettez ce réfidu dans une bonne cornue de Hefi'e. M. Margraf recommande celles denbsp;Waldenbourg , comme les meilleures ; mais ilnbsp;nen vient pas en France. Celles de Hefle rem-pliflent lobjet, fi ce neft quelles laiftent tranfpi-rer un peu de la matiere phofphorique, a quoi lonnbsp;obvie en partie parunlut deterre mêlée de bourre.
Cette cornue étant remplie jufquaux trois quarts de la matiere ci-deftus , vous la placereznbsp;dans un fourneau, furmonté dune chape ou che-minée en tuyau, de 5 ou 6 pouces de diametre,nbsp;amp; de 8 ou 9 pieds de haut. Cette chape fert \nbsp;augmenter 1aftivité du feu par la rapidité dunbsp;courant dair, amp; a introduire par faporte , a dif-férentes fois , la quantité de charbon néceflairenbsp;pour foutenir lopération pendant une fixainenbsp;dheures.
6° Vous luterez Ie col de cette cornue avec celui dun ballon de moyenne grandeur, a moi-tié rempli deau amp; percé dun petit trou , au
-ocr page 487-DES PhOSPHORES. 470^ riloyen dun lut gras que vous affujettirez par desnbsp;bandes de linge, enduites de lut, de chaux amp; denbsp;blanc dcEuf. Le trou laiffé au ballon , fert a dinner iflue a des vapeurs qui le feroient faiiter ennbsp;pieces. On le bouche légéreinent par un petitnbsp;tampon de papier, quon retire de temps a autrenbsp;pendant la diftillation. II faut avoir la precautionnbsp;de boucher dun lut dargile 1échancrure du four-neau par oü paffe le col de la cornue , amp; délevernbsp;entre le fourneau amp; Ié ballon un mur de brique,nbsp;qui empêche la chaleur de fe communiquer a cenbsp;ballon.
¦ 7° Les chofes étant ainfi préparées vingt-quatre heures davance, vous mettrez le feu au fourneau ,nbsp;6c vous échaufferez la cornue par degrés pendantnbsp;une heure amp; demie; après quoi vous augmentereznbsp;Ie feu jufqua lui donner le rouge-blanc. Cettenbsp;operation fera paffen dans le ballon, dabord desnbsp;vapeurs lumineufes , enfuite des gouttes de purnbsp;phofphore , qui, en tombant dans leau du ballon ,nbsp;sy figeront; vous continuerez ainfi lopération ,nbsp;jufqua ce quil ne paffe plus rien dans le ballon.nbsp;Ce fera 1ouvrage de quatre a cinq heures, au lieunbsp;que le procédé décrit par M. Hellot en exigenbsp;environ vingt-quatre.
8quot; Comrne le phofphore obtenu par cette diftillation violente eft noir, a caufe des vapeurs fuligineufes quil entraine avec lui, vous le diftil-lerez une feconde fois dans une plus petite cornue , amp; a un feu médiocre. Ce feu Aiffira pournbsp;1enlever pur; car, une fois formé, il eft diinenbsp;grande volatilité.
qo Enfin , vous réduirez le phofphore en petits batons, en le mettant dans des tubes de verre unnbsp;peu coniques 6c plongés dans de leau tiede; car
-ocr page 488-480 Rècréat. Mathémat. et Phys, il coule comme du fuif a une chaleur pareille. Cesnbsp;operations doivent fe faire dans 1eau , pour em*nbsp;pêcher Iinflammation du phofphore; amp; quandnbsp;ieau fera refroidie , Ie phofphore fera figé eonbsp;batons , que vous retirerez , amp; plongerez auflitotnbsp;dans des bouteilles pleines deau amp; foigneufementnbsp;clofes.
II faut convenir quon na pas encore trouve dufage utile du phofphore dAngleterre; fi cenbsp;neft que fa nature amp; fa décompolition ont jetsnbsp;de la lumiere fur quelques points de chimie. Maisnbsp;on fent aifément quon peut fe fervir de cette ma-*nbsp;tiere pour exécuter divers jeux phyfiques aflez cu-rieux : tels font les fuivants.
Ecrin en caracteres qui feront lumïneux dans r obfcurité.
II faut dabord faire du phofphore liquide. Pour cela il faut prendre un grain de phofphore ,nbsp;Ie placer au fond dune petite boutellle, 1écrafer,nbsp;amp; verfer auffitót par delTus environ une deini-once dhuile de gérofle bien claire. Le tout étatitnbsp;mis en digeftion a une chaleur douce, commenbsp;celle du fumier , le phofphore fera prefque entié-rement dilTous. La bouteille étant retiree , la ma-tiere quelle contiendra fera brillante dans les té-nebres , quand on louvrira amp; quon lagitera unnbsp;peu.
Prenez done quelque peu de cette huile avec un pinceau, amp; écrivez-en des caraéferes contrenbsp;un mur ; ils feront brillants dans lobfcurlté.
On pourra encore , fi lon veut, fe rendrc Ia face 5c les mains toutes lumineufes. II fuffira pour
cela
-ocr page 489-DES PhOSPHORES. 481 cela de fe frotter de cette huile qui na aucunenbsp;chaleur fenfible, parceque Ie feu phofphoriquenbsp;eft fort raréfié,
Ce phofphore* samalgame auffi avec Ie mer-cure, amp; forme un compofé lumineux. On prend pour cela environ dix grains de phofphore , quonnbsp;met dans une fiole longue amp; un peu grande, avecnbsp;deux onces dhuile dafpic : Ie phofphore sy dif-fout , pourvu quon 1échauffe un peu. . Onnbsp;ajoute enfuite une demi-dragme de vif-argentnbsp;bien pur: 11 sen fait une amalgame qui fera toutenbsp;lumineufe pendant 1obfcurité.
On peut enfin , pour Ie tnême efFet, mélanget un peu de phofphore avec de la pommade; ellenbsp;en deviendra lumineufe, amp; lon pourra sen frotter Ie vifage amp; les mains fans danger.
§. Vin. Compojition d'une efpece de Pyrophore qui jette des Jlarmnes par Ie contaBdunenbsp;goutte cTeau.
Ceft au fameux chimifte Glauber quon doit cette compofition. Mélangez enfemble de la li-maille de fer, de la cadmie, du tartre amp; du nitre,nbsp;amp; faites-en une paté , que vous ferez cuire 8cnbsp;fortement defféchera une grande chaleur, commenbsp;celle dun four a potier. Lorfquenfuite vous jette-rez quelques gouttes deau fiir cette maffe, ellenbsp;lancera des flammes amp; des étincelles. Telle eftnbsp;la defcription queBeccher donne du procédé. Ennbsp;voici un autre , tiré de la Magie naturelle denbsp;Martius.
II faut pulvérifer de la chaux vive, de la tutie, amp;; du ftorax calamite , de chacun une once ; dunbsp;foufre vif amp; du camphre, de chacun deux onces;nbsp;'lome IV^,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H h
-ocr page 490-482 Récréat. Mathémat. et Phys.
mêler enfuite Ie tout, Ie tamifer, amp; 1envelopper dans un linge très-ferré. Ce linge étant mis dansnbsp;un creufet, on Ie recouvrira dun autre , quorlnbsp;liera fortement avec Ie premier, amp; on lutera lanbsp;reunion avec de la terre glaife. Enfin, ce lutnbsp;étant bien fee, on mettra ce double creufet dansnbsp;un four a potier , doü Ton ne Ie retirera quenbsp;quand la calcination fera parfaite; ce quon re-connoitra a la couleur des creufets, qui doit étrenbsp;un rouge pale. Le tout étant refroidi, fi vousnbsp;jetez une goutte deau ou fi vous cracbez furnbsp;cette matiere , vous en tirerez des étincelles,
Cétoit fans doute une pareille compofition au moyen de laquelle un Juif Allemand tiroit du feunbsp;du pommeau de fa canne , en crachant defius.nbsp;Cette invention eft en effet bien propre a êtrenbsp;faifie par les charlatans , pour exciter ladmirationnbsp;amp; tirer largent du peuple. Ce Juif dont nous par-lons faifoit auffi , dit-on, très-bien fes affaires, parnbsp;le moyen de ce fecret phyfique.
Remar(iu E.
Il y a quelques autres prétendus phofphores, mais qui, a proprement parler , nen font pas ;nbsp;ce font uniquement des phénomenes éleftriques.
Telle eft la lumiere quon voit dans 1intérieur de certains barometres, appelés lumineux parnbsp;cette raifon. On lui avoit donné , ou du moinsnbsp;on lui donne, dans les anciennes Recreations Ma-thèmatiques^ le nóm de phofpiiore de Dutal p pareenbsp;que ce médecin étoit parvenu, néanmoins aprèsnbsp;M. Bernoulli, a faire des barometres lumineux :nbsp;mais on fqait aujourdhui que ce neft pas la unnbsp;phofphore, mais une lumiere éleftrique. M. Lu-
-ocr page 491-DES Phosphorss. 4^5 dolfF, phyficien Allemand, a prouvé démonftra-tivement que eet effet neft que celui de lé-leftricité, produite dans Ie tuyau du barometrenbsp;par Ie frottement du mercure.
II en eft a peu prés de même du mercure lu-mlneux, lorfquil eft renferrflé dans un vafe de verre bien net amp; vulde dair. Nous avons décritnbsp;ce phénomene dans Ie commencement de ce volume : ce neft encore la quun phénomene élec-trique.
La lumiere que rend un diamant frotté dans les tén'ebres, ou un morceau de fticre quon rape ,nbsp;neft encore quune lumiere éleftrique.
Hh ij
-ocr page 492-484 Récréat. Mathémat. et Phys.
Des Lampes Perpétuelles 1.
LE fujet des lampes perpétuelles a vine liaifoti trop naturelle avec celui des phofphores»nbsp;pour ne pas lui donner place ici; car, fi lon étoitnbsp;extrêmement prefle dexpliquer les hiftoires quonnbsp;allegue de feux trouvés dans des tombeaux anciens , amp; defquelles on pretend conclure quenbsp;Tantiquité étoit en poffeffion du fecret dentretenirnbsp;pendant des fiecles une lampe allumée, il fau-droit recourir au phofphore. Mais ces faits fontnbsp;fi légérement établis , quelques-uns même portentnbsp;des carafteres fi marqués de fuppofition, amp; lanbsp;plupart de ceux que Ie bon Fortunio Liuti, grandnbsp;partifan des lampes perpétuelles , a compilesnbsp;comme preuves de cette découverte , font li vifi-blement des preuves du contraire , quil ne fautnbsp;que la plus médiocre critique pour voir que riennbsp;nell plus mal établi que cette pretention. Que finbsp;lon y ajoute les raifons.phyfiques qui soppofentnbsp;a ce quune liqueur inflammable brüle toujoursnbsp;fans fe confumer , on ne pourra plus regarder lesnbsp;lampes perpétuelles que comme une chimère
On ne peut douter que Ie traité des lampes perpé-tuelles , qui fuit celui des phofphores dans Ie quatrieme volume des anciennes Récréat. Mathémat., ne foit du bonnbsp;abbé de Vallemont, comme ce dernier : ceft Ie mêmenbsp;bavardage, les mêmes répétitions , Ie même fatras denbsp;chofes qui vont ou ne vont pas au lujet.
-ocr page 493-DES Lampes PERPÉTUELLES, 485
indigne doccuper un phyficien , amp; bonne a relé-guer dans Ie pays de 1or potable amp; de la palin-généfie. Si nous en parlons done ici, ceft a caufe de la célébrité de la matiere, amp; parceque nou*nbsp;fqavons quil eft des efprits qui tiennent a cesnbsp;fujets fingullers amp; extraordinalres.
qu
preuve de Vexijlence des Pérpétuelles,
Examen des Faits quon allepue comme
^ampes
A Va NT que la phyfique eüt édairé fur la poffibilité dun feu aftuel amp; inextinguible ,nbsp;les fqavants ont été affez partagé fur ce quonnbsp;devoit en croire. Mais de tous les champions desnbsp;lampes perpétuelles, aucun na fait plus defFortnbsp;pour en établir lexiftence , que Fortunio Liceti ^nbsp;dans fon livre intitule de reconditis antiquorumnbsp;Lucernis.
Si Ton en croit ce fqavant, tien nétoit plus commun chez les anciens que les lampes perpétuelles ; il en voit par-tout. La lampe de DémoPnbsp;thène, celle qui brüloit dans Ie temple de Minerve a Athènes, Ie feu de Vefta a Rome, toutnbsp;cela lui fournit autant de preuves de la poffibiliténbsp;dun feu inextinguible. On ne peut sempéchernbsp;de rire dune érudition fi mal digérée ; car qui nenbsp;fqait que ces feux nétoient appelés perpétuels,nbsp;que parceque cétoit un point de religion de nenbsp;les laiffer jamais éteindre , amp; quon leur fournilToitnbsp;un aliment continuel ?
Hhiii
-ocr page 494-486 Récréat. Mathémat. et Phys.
A la verité , les autres partifans des lampes perpétuelles, en riant de la bonhomie de Liceti,nbsp;sappuient, ainfi que lui, de faits plus féduifants.nbsp;Les voici.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
! La Lampi di Tulliola.
Sous Ie pontificat de Paul III , on trouva y dit-on , Ie toinbeau de Tulliola , cette fille chérienbsp;de Cicéron , a la perte de laquelle il donna tantnbsp;de lannes. On pretend quil y avoit dedans unenbsp;lampe afluellement brülante , amp; qui séteignitnbsp;aullitót que 1air y pénétra.
1. La Lampe d'Olybius.
Mais cell fur-tout la lampe du tombeau dOly-bius qui fournlt aux partifans des lampes perpétuelles un de leurs forts arguments.
On raconte quen 1500, des payfans fouillant un peu profondément a Atefte prés de Padoue ,nbsp;on parvint a un tombeau dans lequel on trouvanbsp;deux urnes de terre 1une dans lautre. Celle-cinbsp;contenoit , ajoute-t-on, une lampe ardente ,nbsp;iituée entre deux fioles , 1une pleine dun ornbsp;liquide, lautre dun argent fluide.
Sur la grande urne on lifoit ces vers ;
Plutoni facrum munus ne attingite ^fures ; Ignotum eji vobis hoe quod in orbe latet ;
Namque dementa gravi claujlt digejla labore ^ Vafe fub hoe modico, maximus Olybius,
jldjït fecundo cujlos Jibi copia cornu ^ tanti pntium depereat lateis.
-ocr page 495-DES Lampes perpétuelles. 587 La feconde portoit, a ce quon dit, cette inf-cription:
Abiu hinc, pejjimi funs j
Vos quid vullis vamp;Jlris cum oculis emijjitüs ?
A bite hinc vejlro cum Mercurio
Petafato caduceatoque.
Maximus maximum donum Plutoni hoe facrum fecit.
Ceft a peu prés ainfi que Gefner raconte cette curieufe découverte. Mais voici quelque chofenbsp;de plus fort. On lit dans Liceti une lettre dimnbsp;certain Maturantius, qui écrit a fon ami Alphènenbsp;que ce curieux tréfor eft venu en fa polTellion.nbsp;« Lun amp; lautre vafe, dit-il, avec les inferip-»gt; tions, la lampe amp; les fioles dor, font venusnbsp;» en mes mains, amp; je les poffede : vous en ferieznbsp;» émerveillé li vous les voyiez. Je ne donneroisnbsp;M pas tout cela pour mille ecus dor. » Voila biennbsp;Ie langage dun homme convaincu de poflTéder lanbsp;plus précieufe rareté. Je ne fqache cependant pasnbsp;quelle ait paffe dans aucun cabinet connu.^
Au refte, il paroit quici, comme au tombeau de Tulliola, un accident empêcha les gens un peunbsp;inftruits dêtre témoins du phénomene ; car onnbsp;lit dans Ie crédule Porta, que les payfans qui trou-verent ce tréfor Ie maniant trop rudement, lanbsp;lampe fe brifa entre leurs mains, amp; séteignit.
5. La Lampe de Palias , fils d'Evandre.
On raconte encore que, vers lan 800 de J. C.,, on trouva a Rome Ie tombeau du fameux Pallas ,nbsp;fils dEvandre, tué, commelonfqait, parTurnus*
4^8 Régréat. Mathémat. et Phys.
On reconnut que cétoit ce Pallas par ces vers :
Filius Evandri Fallas quem lancca Turni Militis occidit, more fuo jacet htc,
que
Tere chrétienne,
II y avoir une lainpe ardente, qui devoir con- / féquemmenr avoir brülé prés de 2000 ans, puif-que eer évenemenr arriva vers 1an 1170 avant
4. La Larnpe du temple de Vénus.
Ceft S. Auguftin lui-méme qui parle de cette lainpe, amp;c du remple de Vénuc dans lequel ellenbsp;brüloit. II dir quelle étoir perpétuellemenr ardente, amp; que la flamme éroir fi folidement arra-chée a la mariere conibuftible , que ni venr, ninbsp;pluie, ni tempête ne pouvoit léteindre, quoi-quelle fut perpétuellemenr expofée a lair amp; anbsp;Pinclémence des faifons. Ce pere fe travaille mer-veilleufement a expliquer 1artifice de cette lampenbsp;inextinguible ; amp; après avoir propofé une ideenbsp;affez jufte en partie, fqavoir , que peut-être onnbsp;y avoir employé une meche damiante, il finitnbsp;par clire' que ce pourroit bien être un ouvrage desnbsp;demons, fait dans la vue daveugler de plus en plusnbsp;les payens , amp; de les attirer au culte de 1infamenbsp;divinité adorée dans ce temple.
Voila done, fuivant les partifans des lampes perpétuelles, un feu inextinguible, dont 1exif-tence eft bien conftatée par Ie témoignage dunnbsp;homme des plus eclaires de fon liecle, amp; qui,nbsp;malgré fes lumieres , eft obligé de recourlr a 1ar-tidce des démons pour expliquer ce phénomene.
-ocr page 497-DES LaMPES PERPiTUELLES. 489 Les Lampes de Cajjiodore.
Le célebre Calliodore étoit, comme 1on flt;^ait, un homme auffi refpeftable par fes emplois quenbsp;par fes lumieres. Or, il raconte lui-même avoirnbsp;fait pour fon monaftere de Viviers , des lampesnbsp;perpétuelles. Chaque moine avoit peut-être Irnbsp;fienne. Ecoutons fes propres paroles. Paravimusnbsp;etiam noclurnis vigiliis mccanicas lucernas confer-vatriciS illuminantium jlammarum , ipfas fibi mi-trienus incendium, quee humano minijicrio cef-fante prolixb cujlodiant uberrimi luminis abundan-tiffimam claritatem ubi old pinguedo non defidt^nbsp;quamvis jugiur fiammis ardendhus torreatur.
Peut-on, dira quelque partlfan des lampes perpétuelles , fe refufer a un témoignage auffi authen-tique , auffi clair amp; auffi refpeftable}
Tels font les faits principaux quon allegue en faveur des lampes perpétuelles. Mais nous nenbsp;craignons pas de dire quils sévanouiffent entié-rement au flambeau dune critique éclairée. Ennbsp;effet , dabord a légard des trois premiers , quelnbsp;fond peut-on faire fur des faits rapportés dunenbsp;maniere auffi vague , amp; accompagnés de circonf-tances incohérentes ou romanelques ? II neftnbsp;aucun de ces faits qui ait dautres garants que desnbsp;auteurs qui ont véeu long-temps après; aucunnbsp;témoin oculaire de quelque poids , ne dépofe ennbsp;avoir été témoin. Or, quand il efl: queftion denbsp;chofes qui contredifent les loix ordinaires de lanbsp;nature, au moins faut-il quelles foient certifiéesnbsp;par des hommes inftruits, amp; au delTus du foupqonnbsp;de crédulité ou dignorance.
Lhiftoire du tombeau de Tulllola date de
-ocr page 498-490 Récréat. Mathémat. et Phys. Fannée 1345: cétoit alors Ie moment de ligno-rance la plus profonde qui ait régné en Europe»nbsp;On dit quon y trduva un corps. Dans ce cas ,nbsp;ce nétoit pas celui de Tulliola; car les Romains 9nbsp;a 1époque de Cicéron , brüloient leurs corpsnbsp;morts. Auffi quelques auteurs ont-ils conjefturé ,nbsp;daprès quelques circonftances, que Ie tombeaunbsp;dont il sagit étoit celui de la femme de Stilicon:nbsp;mais les Chretiens ne mirent jamais de lampesnbsp;dans leurs tombeaux. La circonftance de la lampenbsp;trouvée dans ce tombeau, a conféquemment toutnbsp;Fair dune fl^^;ion.
Que dirons-nous du tombeau dOIybius , de fa lampe , amp; de fes deux fioles, remplies 1une dor,nbsp;Fautre dargent fluides ? Ce furent des payfans quinbsp;trouverent cette double urne. Suivant les uns,nbsp;ils manierent la lampe renfermée dans la fecondenbsp;urne fi mal-adroitement , quils la briferent. Ce-pendant Maturantius prétend 1avoir en fa poffef-lion. Quel homme a vu cette lampe brüler? Ounbsp;font les témoignages qui conftatent que cesnbsp;payfans 1ont vue en eet état ? amp; ces témoignagesnbsp;même feroient-ils bien admiffibles? Une yapeurnbsp;exhalée dun lieu dos depuis plufieurs fiecles ,nbsp;peut facilement en impofer a des hommes grof-liers amp; ignorants.
Que fignifie encore cette infeription ? Oü trouve-t-on quil foit queftion de feu perpétuel?nbsp;Un don facré a Pluton eft-il néceflTairement unenbsp;lampe ardente ? A tout prendre , fi la découvertenbsp;de ce tombeau a quelque réalité, on pourroitnbsp;feulement penfer que cétoit celui de quelquenbsp;fouffleur dun fiecle peu reculé ; car dailleurs onnbsp;fqait que les Romains ne fe douterent jamais denbsp;chimie: il na jamais été queftion parmi eux de
-ocr page 499-DES Lampes PERPÉTUELLES. 491
chercher a tranfmuer les métaux. Si cette folie eüt exifté alors, on en trouveroit certainementnbsp;des traces chez leurs écrivains ; mals tons gardentnbsp;Ie plus profond filence fur cela. Cette folie nousnbsp;a été amenée par les Arabes , avec quelques con-noiffances folides de chimie.
Or, fi les Romains ne connoiflbient pas la chimie, comment veut-on quils aient fait desnbsp;lampes perpétuelles, qui feroient Ie chef-doeuvrenbsp;de cette fcience?
Lhiftoire du tombeau de Pallas , fils dEvan-dre , mérite a peine dêtre réfutée. Quel homme fera alTez imbécille pour croire que les vers citesnbsp;ci-delTus foient du temps dEnée? II ne faut qua-voir vu Ie langage des douze Tables , pour jugernbsp;combien Tancienne langue des Romains , amp; con-féquemment celle du temps des Rois dAlbe, ref-fembloit peu au latin de ces vers, tout plats amp;nbsp;mauvais quils font. Cétoit un fot Sc un imbécille que Ie fauflaire qui les a fabriqués pour don-ner crédit a fa fable.
Quant a la lampe du temple de Vénus , qui caufe tant dembarras a S. Auguftin , remarquonsnbsp;que ce pere ne dit nullement quon ne lui fournitnbsp;pas un nouvel aliment. Ce qui paroït 1intriguernbsp;principalement, cefl: que ce feu étoit inextin-guible au vent amp; a la pluie. Mais cela na rien denbsp;merveilleux, puifque nos épiciers font aujourdhuinbsp;des flambeaux qui ont cette propriété, Tous lesnbsp;livres de chimie enfeignent a faire un pareil feu.nbsp;Dailleurs , en admettant que cette lampe fut per-pétuelle comme inextinguible, qui ignore combien les prêtres payens étoient impofteurs , Scnbsp;«ombien dartifices ils pouvoient mettre en oeuvre
-ocr page 500-49i Récréat. Mathémat. et Phys. pour faire couler dans cette lampe un alimentnbsp;nouveau ?
Les lampes de Caffiodore ne font pas plus em-barraffantes: cétoient des lampes qui, femblables a celles de Cardan, fe fournilToient elles-mêmesnbsp;dhuile, au moyen dun réfervoir. Auffi Caffiodorenbsp;fe fert-il uniquement du mot proüxk, qui fignifienbsp;feulement que ces lampes duroient long-temps,nbsp;plufieurs nuits, par exemple , a la difference desnbsp;lampes ordinaires de ce temps, qui avoient fré-quemment befoin quon y versat de 1huile. Voilanbsp;certainement tout ce qua voulu dire Caffiodore.
Toutes ces reflexions navoient pas échappé a divers auteurs raifonnables , tels que M, Aréfi ynbsp;évêque , auteur des Symbolafeu Emblemata facra ;nbsp;M. Buonamici, phyficien contemporain de Li-céti; amp; fur-tout M, Ottavio Ferrari, auquel eftnbsp;dü Ie curieux amp; fqavant ouvrage de veterum Lu~nbsp;cernis fepulcralibus. Tous ces auteurs , amp; fur-toutnbsp;Ie dernier, battent en ruine Ie bon Licéti; ilsnbsp;font voir fort au long Ie peu de folidité de tousnbsp;les faits allégués a 1appui des lampes perpétuelles ,nbsp;amp; les circonftances abfurdes ou contradiftoiresnbsp;dont ils fourmillent ; ils tournent même en ridicule la crédulité amp; la bonhomie de ce fqavant,nbsp;qui, par un exces incroyable de pédantifme ,nbsp;trouve jufque dans la lampe du tombeau de 1en-chanteur Merlin , décrit par lAriofte , une preuvenbsp;de 1exiftence des lampes perpétuelles.
Terminons ceci par quelques reflexions fort juftes de M. Ferrari, qui fe préfentent affez natu-rellement. Si Ie fecret de fe procurer un feu per-pétuel amp;: inextinguible eüt été connu des anciens ,nbsp;un fecret auffi utile eut-il pu refter dans la pro-fonde obfcurité qui Ie couvre ? Nous admettons
-ocr page 501-DES LaMPES PERPÉTUELLES. 493 que Ie fecret fe fut perdu faute de connoiffancesnbsp;phyfiques amp; chimiques : mais feroit-il poffiblenbsp;que Pline, qui a dénombré les inventions les plusnbsp;communes comme les plus belles , neüt rien ditnbsp;de ce feu perpétuel amp; fi merveilleux ? Commentnbsp;Plutarque, faifant mention de la lampe de Jupiter Ammon , parcequelle brüloit un an entier,nbsp;comment , dis-je, Plutarque auroit-il gardé Ienbsp;filence fur des lampes en comparaifon defquellesnbsp;cette premiere nétoit quune méprifable amp; vilenbsp;bagatelle ? Perfonne ne fe Ie perfuadera.
Difons done que 1hiftoire amp; la faine critique soppofent a ce quon penfe quune pareille invention ait jamais exiflé. Nous allons voir comment elle saccorde avec la phyfique.
AP R È s avoir, a ce que nous penfons, dé-montré Ie peu de folidité de toutes les preu-ves de fait alléguées en faveur des lampes perpé-tuelles, il nous refte i difcuter leur polTibilité, daprès les principes de la faine phyfique.
Pour avoir une lampe perpétuelle, il faut avoir,
1° Une meche qui ne fe confume point;
2° Un aliment qui ne fe confume point, ou une fubftance qui, après avoir fervi daliment aunbsp;feu , puilfe retourner dans Ie vafe fans avoir perdunbsp;fa qualité inflammable;
494 Récréat. Mathémat, et Phys.
3° II faut quune flatnme puilTe fubfifler longquot; temps dans un lieu abfolument dos amp; de fortnbsp;petite dimenfion ; car tels étoient les tombeauxnbsp;dans lefquels on dit quont été trouvées ces lampesnbsp;perpétuelles.
Or routes ces chofes font impoffibles, ainfi quon va Ie voir dans les paragraphes fuivants.
I. Impojp-bilité cTavoir une meche perpétuelh ' Hifi oirc de VAmiante y maniere de Ie filer, 6*nbsp;dien former un tiffiu ou une meche ; examen de fanbsp;prètendue incomhufiibilité.
Nous nignorons point foutes les belles proprié-tés quon attribue a lamiante, amp; qui font en partie fondées; nous allons même en donnernbsp;1hiftoire, qui eft affez curieufe , amp; qui ne peutnbsp;mieux trouver fa place quici. Nous ferons a lanbsp;vérité un peu plus courts que lintarilTable abbénbsp;de Vallemont.
Lamiante, autrement appelé lin incomhufiïble, asbefie, eft une fubftance minérale quon trouve ennbsp;plufieurs endroits de la terre. Elle eft formée de pa-quets de fibres dun blanc plus ou moins grisatre:nbsp;ces fibres font aflez fortement appliquées les unesnbsp;contre les autres. On trouve néanmoins Ie moyennbsp;de les féparer ; amp; alors elles ont, du moins aprèsnbsp;avoir été bien lavées , 1apparence dun lin dunenbsp;blancheur argentine. On trouve de lamiante dansnbsp;les Pyrenees, dans les Alpes, amp;c. Le plus beau,nbsp;]q crois, qui exlfte, eft celui quon trouve dansnbsp;OU prés la mine de Pefey en Savoie. Jen ai vunbsp;dont les filamens avoient un pied amp; plus de longueur, amp; étoient dune blancheur admirable,
Mais ce qui caraftérife cette fubftance, eft une
-ocr page 503-DES LaMPES PERPÉTUELLES. 455 propriété vraiment finguliere ; ceft celle de fortirnbsp;intafte du milieu des flammes , den fortir mêmenbsp;plus pure amp; plus blanche quelle nétoit avant dynbsp;avoir été jetée. Auffi cette propriété na-t-elle pasnbsp;manqué de fervir de bafe a mille comparaifonsnbsp;morales amp; pieufes que nous nentaflerons pas ici,nbsp;a 1exemple du bon abbé cité fi fouvent.
II eft bon dobferver ici, que les droguiftes, efpece dhommes qui Jettent la confufion fur toutenbsp;lhiftoire naturelle par leur nomenclature vicieufe,nbsp;ne connoiffent lamiante que fous Ie nom A'alunnbsp;de plume: mais il y a une ignorance profonde dansnbsp;cette dénomination ; Talun eft un fel, il eft folu-ble dans 1eau; lamiante neft , au contraire, nul-lement foluble clans ce liquide : ainfi lamiantenbsp;neft point un alun. Ce qui a donné lieu a cettenbsp;faufle dénomination, ceft quil y a en effet unnbsp;alun de plume , ou un alun criilallifé en fibresnbsp;foyeufes , Sc ayant quelque reflemblance a la-miante ; mais eet alun eft extrêmement rare, 6sCnbsp;les droguiftes lui fubftituent lamiante , lorfquonnbsp;leur detnande 1autre. Je crois néanmoins que lanbsp;plupart ny entendent pas finelfe , amp; Ie croient unnbsp;veritable alun , ce qui les juftifie ; car encorenbsp;vaut-il mieux étre ignorant que fripon.
Quoi quil en foit, il paroit que la propriété de lamiante eft connue depuis bien long-temps; carnbsp;Pline nous rapporte dans fon Hijloire Naturelle ,nbsp;L. xix , chap, r , que lorfque certains rois desnbsp;Indes étoient morts, on les enveloppoit dunnbsp;linceul fait de lin vif, èc quon les brüloit ainfi ,nbsp;afin que leurs cendres ne fuflent point mêlées avecnbsp;celles des matieres du bucher, II eft certain quenbsp;cela eft poflible; amp; 1on ne peut pas révoquer ennbsp;doute Ie témoignage de Pline , qui dit dailleurs,
-ocr page 504-4C)6 Récréat. Mathémat. et Phy5, ainfi que Plutarque , avoir vu des toiles, deSnbsp;réfeaux , quon navoit befoin que de jeter dansnbsp;Ie feu pour les nettoyer, Sc quils en fortoientnbsp;intafts Sc propres. Maïs ce naturallfte seft évi-demment trompé., lorfquil a dit que ce vi/nbsp;provenoit dune plante qui fe ne trouvoit que dansnbsp;les climats de 1Inde les plus torrefies des ardeursnbsp;du foleil, comme fi elle aimoit a vivre au milieunbsp;des flammes. II connoilToit la chofe, mais il fenbsp;trompoit fur fon origine. Au refte , lufage ci-delTus parou sêtre éteint dans lInde ; je ne con-nois aucun voyageur qui dife y avoir vu brulernbsp;des corps de cette maniere.
ce
la maniere , donnée par M. Ciampini, dans fon traité t/e incombujlibili Lino , deque illius jilandinbsp;modo ; Romce ,1691.
Pour filer cette pierre, dit M. Ciampini, il faut commencer par la mettre tremper dans denbsp;1eau chaude ; après quelle y a refté quelquenbsp;temps , on la prend , on la manie dans fes mains ,nbsp;on 1ouvre, on la dilate, en la trempant fouventnbsp;dans leau , afin de la nettoyer de quantité denbsp;parties terreftres. On réltere cette opération cinqnbsp;a fix fois , jufqua ce que les filaments foientnbsp;bien détachés les uns des autres; après quoi onnbsp;les ralTemble.
Cela
II ferdit fuperflu dentafler un plus grand nom-bre dautoriiés fur la poffibilité de faire des efpe-ces de tilTus femblables Sc incombuftibles : jai vu mol-même des bourfes apportées des Pyrenees,nbsp;qui iouiffoient de cette propriété : il efl: vrainbsp;quelles étoient dune extréme groflléreté. II efl:nbsp;certain quon peut faire quelque chofe de mieux.nbsp;Pour parvenir a filer 1amiante, amp; a en formernbsp;tiflu, il faut néanmoins de linduftrie. En voici
-ocr page 505-DES LampesiPerpétuelles. 497
Cela fait, on les fait fécher fur quelqiie chofe au travers de quoi leau puiffe facilement sécou-ler; il faut enfuite avoir deux petites cardes plusnbsp;fines que ceües avec lefquelles on carde la lainenbsp;des chapeaux amp; des étoffes, amp; mettre entre cesnbsp;deux cardes Ie lin' incombuftible, afin den tirernbsp;peu a peu quelques filaments a-Ia-fois^ pour lesnbsp;filer avec un petit fufeau.
Mais il faut obferver que coinme les filaments de ce lin font orclinairement fort courts , il eft ne-celTaire de les filer avec quelque fine filafie , quinbsp;ptuifie les faifir, les embraffer amp; les réunir. Il fautnbsp;avoirlosila ce qiiil y ait toujours un peu plusnbsp;damiante que de coton ou de laine , fuivant quenbsp;vous aurez choifi lun ou lautre pour fervir denbsp;filalTe ou de bafe a votre fil damiante. En voicinbsp;la raifon : ceft cjue lorfque vous aurez mis ennbsp;lt;£uvre votre fil , foit a faire de la toile ou desnbsp;bourfes , vous jetez votre ouvrage dans Ie feu :nbsp;alors la filalTe ajoutée brule, fe confume , amp; il nenbsp;rede que Tamiante tout pur. Cell a peu prés ainfinbsp;quon file Tor amp; largent avec la foie, amp; commanbsp;on brüle les vieux galons dor ou dargent pournbsp;en oter la foie , amp; avoir Ie métal pur.
Tome IK,
M. Ciampini avertit quil faiit un peu mouiller fes doigts, amp; particuliérement Ie pouce amp; Vindcx,nbsp;pour réuflir a filer, amp; inême pour éviter que lesnbsp;doigts ne sexcorient, parceque Vamiantc sjl cor-rojif. Au rede il eftime quon peut Te dilpenfernbsp;dufer de cardes, amp; quil fuffit de mettre les filaments damiante en place , de faqon quils fe fépa-rent aifément pour sinfinuer dans la filafie em-pruntée, afin deles filer conjointement. Quandnbsp;ia toile ou les bourfes font Tales , on les jette aunbsp;feu , doü on les retire plus blanches Sc plus brilquot;
-ocr page 506-498 Récréat. Mathémat. et Phys. lantes que jamais. II confeille de les imbiber dunnbsp;peu dhuile ou deffence , toutes les fois quon lesnbsp;retire du feu , parceque cela nourrit 1amiante , amp;nbsp;fait que Ie fil demeure plus lié amp; plus uni.
Jajoute que pour faire des meches a mettre dans les lampes , il neft point néceflaire que Ta-miante foit ni fi purge, ni filé ; il fuffit den prendre des filaments des plus longs , amp; a proportionnbsp;de la groffeur que vous voulez faire votre meche,nbsp;Sc les lier avec un filet de foie blanche. II eft: éton-nant combien aifément Famiante tire , imbibe amp;nbsp;fuce 1huile. On peut 1employer tel quon Ie trouvenbsp;en filaments chez les droguiftes , amp; la lampenbsp;ne laiffera pas de bruler amp; éclairer fort vivement.
Au refte , M. Ciampini fe trompe lorfquil attribue a 1amiante une qualité corrofive: fa nature pierreufe amp; nullement faline ne la comportenbsp;point.
Après cette hifloire de lamiante, il nous refte a examiner les conféquences quon en tire.
Si 1on en croit les partifans des lampes perpé-tuelles , puifque Ie premier pas vers 1exécution dun pareil ouvrage eft une meche perpétuelle amp;nbsp;incombuftible, Ie voila fait ; car lamiante donnenbsp;cette meche , puifquil eft incombuftible , amp; 1é-preuve même qui en a été faite juftiflele procédé.nbsp;Le P. Kircher affure avoir eu a une lampe unenbsp;meche de cette matiere, qui lui réuflit très-bien.
Nousne contefterons pas quon ne puifTe faire une meche de très-longue durée au moyen denbsp;lamiante; mais ce que nous nions, ceft quellenbsp;fut perpétuelle : car, quoique 1on vante 1incom-buftibilité de lamiante, cette propriété neft pasnbsp;abfolue ; nous voulons dire qua la longue le feunbsp;anéantit lamiante comme tout autre corps. Il eft
-ocr page 507-DES LaMPES PERPÉTUEtLES. 45^ bien vrai quun linge damiante, jeté dans Ie feu ,nbsp;en eft retire fain amp;c entier, mais pas abfolument:nbsp;on remarque quil perd quelque peu de fon poids ,nbsp;amp; ainfi a chaque fois quon lexpofe au feu, 11 fenbsp;détruiroit done a la longue, amp; peut-être rnême'nbsp;dans un temps alTez court, comme de quelquesnbsp;jours de fuite, (1 lon ne faifoit autre chofe que Ienbsp;faire rougir amp; Ie laifler refroidir, ou li on Ie laif-foit tout ce temps dans un feu très-vif. Ainfi , unenbsp;meche damiante fouffriroit de rnême au boutnbsp;dun temps une entiere deflruêlion.
On a tenté de faire des meches avec des faif-ceaux de fils dor trait, de la plus grande finefle. Ce feroit peut-être la Ie moyen davoir une mechenbsp;dune durée prefque perpétuelle ; mais on na punbsp;venir a bout dallumer ces meches ; amp; quandnbsp;rnême on eüt pu Ie faire, un autre inconvenientnbsp;eut bientót nui au fuccès de ce moyen : ced quenbsp;les filets dor fe feroient fondus dans la flamme ,nbsp;amp; feroient deveniis dès-lors incapables de remplitnbsp;eet objet; car on fqait quil fuffit de préfenter anbsp;la flamme dune bougie un fil dargent trait, pournbsp;quil fe liquéfie tout de fuite. II en fera done denbsp;rnême dun fil dor ; car ce métal efi: encore plusnbsp;fufible que Targent.
§. II. Impo^ibUite de fe procurer un aliment in-defruciible pour les lampes perpétuelles : Préten-dues recettes pour faire une huile incombufible.
Mais fuppofons quon eüt trouvé une meche abfolument inalterable, amp; qui ne sengorgeat pasnbsp;des fuliginofités de la matiere combuftible quellenbsp;afpireroit, ce ne feroit encore quune petite partienbsp;de ce quil faudroit trouver pour fe procurer une
Ir ij
-ocr page 508-500 Récréat, Mathémat. et Phys. lampe perpétueüe : il lui faudroit, comme on 1anbsp;dit plushaut, un aliment qui néprouvat aucunenbsp;diminution , ou qui ayant fervi a la flamme , amp;nbsp;ny ayant éprouvé aucune alteration , retournat,nbsp;par une circulation perpétuelle , dans Ie vafe du-quel elle Teroit fortie. Tout cela eft-il poffible ?nbsp;on en jugera par les principes fuivants, qui Tontnbsp;ceux de la faine phyfique,
II ny a de corps inflammables que ceux qui abondent en ce principe connu des chimiftes fousnbsp;Ie nom de phlogifticjue. De-la tous les corps hui-leux font inflammables , car ils contiennent émi-nemment ce principe. Or, quel eft reffet du feunbsp;applique a un corps inflammable ? Il eft évidem-ment, amp; daprès tous les faits connus de la phyflquot;nbsp;que, ileft, dls-je, de décompofer Ie mixte dansnbsp;lequel lunion du principe inflammable avec lanbsp;partie fixe Sc terrenre eft peu tenace ; de laifletnbsp;dun cóté cette partie fixe, Sc de volatilifer ounbsp;détruire Ie phlogiftique. Javoue ne fqavoir bieiinbsp;précifément lequel des deux arrive; mais , quoinbsp;quil en foit, ft Ie principe inflammable eft détruitnbsp;par la combuftion , comment cette combuftionnbsp;pourroit-elle étre éternelle, Sc comment ce principe détruit pourroit - il étre régénéré pour fenbsp;recombiner fous fa premiere forme avec Ie réfidunbsp;du corps combuftible ? II eft aifé de voir quil nynbsp;a pas ombre de raifon a Ie prétendre.
Si Ie principe inflammable eft feulement vola-tilifé , il y auroit peut-être quelque procédé chi-mique pour Ie raffembler , Sc lui préfenter une bafe avec laquelle il put fe recombiner, parexem-ple en forqant tout lair imprégné de phlogiftiquenbsp;a pafler a plufieurs reprifes au travers dune H'nbsp;queur ayant une très-grande affinité avec ce der-
-ocr page 509-DES Lampes PERPÉTÜELLES. 501 nier. Maïs, en fuppofant même que cette operation ne fut pas chimérique , il fauclroit fuppofernbsp;un chimifte continuellement occupé a faire cettenbsp;operation, que la nature ne fera pas delle-mêine ;nbsp;car elle ne forcera pas Pair dun vafe ou dunnbsp;caveau a paffer amp; repalïer fans ceffe a travers unnbsp;fluide, pour sy dépouiller dun principe dont ilnbsp;eft imprégné.
Au refte, quel appareil a-t-on trouvé dans les lieux ou exiftoient, dit-on , ces prétendues lampes incotnbuftibles, qui reflemblat a un appareilnbsp;chimique propre a produire un femblable effet ounbsp;une femblable circulation ? On nen trouve pasnbsp;même de trace dans les récits quon a faits de cesnbsp;prétendues découvertes. Alnfi , la raifon amp; les faitsnbsp;soppolênt a-la-fois a ce quon admette la fuppo-litipn dun femblable artifice.
Nous devons cependant ici prévenir une ob-jeêfion. Lor eft doué du principe inflammable,, car cefl; ce qui lui donne, ainfi quaux autresnbsp;métaux, la forme métallique ; mais ce principenbsp;lui eft tellement adherent , que , quelque long-temps quil foit enflammé , il neft point détruit.nbsp;II neft done pas néceffaire que rinflammationnbsp;détruife ou difperlë ce qui rend un corps inflammable.
II eft aifé de répondre a cela. Quoiquune mafte dor foit toute en feu , elle ne brille pas dunenbsp;inflammation qui Ipi foit propre ; elle neft quenbsp;pénétrée dun feu etranger ; amp; cela eft il vrai,nbsp;que retiree du milieu des charbons ardents, ellenbsp;séteint peu a peu. Si fon phlogiftique étoit moinsnbsp;lié avec fa terre métallique, elle flamberoit, aunbsp;moins pendant quelque temps, dune flamme fu-perficielle, comme quelques métaux imparfaits ou
I i iij
-ocr page 510-5ÓX RiCRÉXT. Mathémat. et Phys. demi-métaux , qui font auffi bientot réduits ennbsp;chaux. Or ceft ce qui ne lui arrive pas ; ainfi ünbsp;peut y avoir dinflaminabilité proprement dite,nbsp;Ou de combuftibilité, que dans des corps oü Ienbsp;phlogiftique neft pas affez foiblement uni avec lanbsp;partie fixe , pour pouvoir en être féparé, amp; fervirnbsp;daliment a la flamme. Lobjeclion ci-delTus de-vient elle-même une preuve de ce que nous avonsnbsp;dit.
Ecoutons néanmoins les alchimiftes, ou les partifans des lampes perpétuelles; ils vont beau-coup nous amufer par leurs idees fur la manierenbsp;dont on pourroit fe procurer une huile telle quenbsp;lexigeroient ces lampes.
Les uns, voyant que lamiante eft indeftrufti-ble au feu, ont tenté ou propofé de tirer 1huile de cette pierre : mais malheureufement les pierresnbsp;nont pas une atóme dhuile ; tout Ie monde Ienbsp;fgait; amp; de-la vient Ie proverbe ulité pour dé-figner une impoffibilité abfolue, Cejl vouloir tirernbsp;de Vhuile d'un mur,
Dautres remarquant que- 1or amp; largent, fur-tout Ie premier de ces métaux , font indellrufti-bles, ont eu 1idée dy chercher lhuile précieufe qui doit mettre en poffeffion des lampes perpétuelles. Ceft-la Ie beau fecret dont Licéti veutnbsp;que Ie grand Olybius fut en poffelRon. Mais ilnbsp;ny a pas plus dhuile dans les métaux que dansnbsp;les pierres. II y a dans les premiers un principenbsp;inflammable, appelé Ie phlogiftique ; mais , outrenbsp;que ce phlogiftique eft Ie même dans tous lesnbsp;métaux, on ne peut lobtenir ifolé; amp; dans 1ornbsp;fur-üout, il eft ft étroitement lié avec fa bafe ounbsp;la terre métallique de lor, quon na jamais pu
-ocr page 511-DES Lampes PERPÉTÜELLES. 505 les féparer. Le pro) et de titer de 1or une huile in-combuftible, eft done une chimere abfurde.
Maïs, dit un autre, fi nous pouvions réduire Tor en une liqueur , peut-être aurions-nous unenbsp;huile incombuftible , puifque lor eft inalterablenbsp;au feu. Ceci eft vrai; mais , indépendamment denbsp;rimpoffibilité de réduire lor en liqueur, qui nousnbsp;eft garant quil en réfultat une liqueur inflammablenbsp;comme Thuile ?
Labbé Trithême , ou celui qui a mis fous fon nom beaucoup dimpoftures, a néanmoins pré-tendu nous donnet deux moyens pour faire lhuilenbsp;incombuftible. Nous allons en faire connoitre un,nbsp;avec tout le procédé dune lampe perpétuelle.
Mêlez, dit ce vifionnaire célebre, ou celui qui parle en fon nom, quatre onces de foufre, amp;nbsp;quatre onces dalun; fublimez-les , amp; en faitesnbsp;des fleurs. Prenez deux onces demie de cesnbsp;fleurs ; joignez-y demi-once de borax amp; de criftalnbsp;de Venife , amp; pulvérifez le tout dans un mortiernbsp;de verre ; mettez le tout dans une fiole; verfeznbsp;deflus de bon efprlt de vin quatre fols reélifié , amp;cnbsp;faites digérer cela; retlrez lefprit de: vin, Sc re,*nbsp;mettez-en de nouveau , amp; répétez la même chofenbsp;trois ou quatre fois , jufqua ce que le foufre coulenbsp;fans fumée comme de la cire , fur des plaques dai-rain chaudes. Voila la nourriture de votre feunbsp;éternel. Enfuite il faut preparer une meche conve-liable; Sc la chofe fe fait ainfi: Prenez des filaments de la pierre ashejlos ^ de la longueur dunbsp;doigt auriculaire amp; de la grolTeur dun demi-doigt, Sc liez-les avec de la foie blanche. Votrenbsp;meche étant ainfi faite, couvrez-la du foufre ci-devant préparé , dans lequel vous lenfevelireznbsp;en un vafe de verre de Venife ; Sc vous mettreA
li iy
-ocr page 512-Ie tout cuire fur un feu de fable bien chaud durant vingt-quatre heitres, enforte que vous voyiez tou-jours Ie foufre bouillir. Par ce moyen, la mechenbsp;étant bien pénétrée amp; Imprégnée de eet aliment,nbsp;fe met dans un petit vaiffeau de verre , dont lou-verture foit large, II faut que la meche séleve unnbsp;peu au deffus. Puis rempliffez ce vafe- de verre denbsp;votre foufre préparé; mettez Ie vafe dans du fablenbsp;chaud , afin que Ie foufre fonde amp;c engloutiffe lanbsp;meche, AUumez-la , amp; elle brulera dun feu per-pétueb Mettez ou vous voudrez cette petitenbsp;lampe, elle fera inextinguible.
Tel eft Ie premier feu de 1abbé Tritbéme. II jte faut quavoir les plus légeres connoiffances denbsp;chimie, pour voir clairement quil ny a pas denbsp;bon fens a efpérer de-la un feu inextinguible amp;cnbsp;perpétuel. Auffi aucun des partifans des lampesnbsp;perpétuelles , pas même Ie bon Licéti, na't-ilnbsp;confiance a un pared procédé , ni même au fe-cond ; dou il conclud quaucun des niodernes nenbsp;poffede ni na poffédé ce fecret précieux.
II y a des alchimiftes qui proinettent une huile ihcombuftible , tirée par un autre procédé. Ilsnbsp;prétendent que de Thuile de vitriol édulcorée furnbsp;tie ior, amp;c quils appellent okum vitrioli aiiri-jicanim , donnera cette liqueur précieufe. Maisnbsp;qui ne fqait que 1huile de vitriol neft appeléenbsp;ainfi que fort improprement ? car elle na riennbsp;de veritablement huileux ou inflammable; Scnbsp;nous croirons aux lampes perpétuelles , quand unnbsp;alchiinifte nous aura montré une lampe ordinaire,nbsp;garnie dhuile de vitriol Sc dune meche quel-conque, oü Ie feu fubfifte feulement une feconde.
-ocr page 513-DES Lampes PERPÉTUELLES. 505
§. III. ImpoJJibilité cTentretenir un féti bridant fans cejfe dans un lieu abfolument dos.
Ceft un fait connu depuis quon obferve en phyfique, quune flamme ne peut fubfifler dansnbsp;un lieu clos. Quon renferme une bougie fous unnbsp;recipient de verre , amp; que tout accès de lairnbsp;extérieur lui foit interdit; on verra peu a peu fanbsp;flamme diminuer, sobfcurcir, sallonger, amp; enfinnbsp;séteiridre. Le célebre Hales a même calculénbsp;quelle quantité dair une bougie dune certainenbsp;dimenfion rendoit, dans un temps donné , incapable de fervir a entretenir fa flamme , enfortenbsp;quon peut prédire en combien de temps cettenbsp;flamme séteindra infailliblement.
Peut-être néanmoins dans un lieu vafle, quoi-que hermétiquement clos, une flamme pourroit-elle perpétuellement brüler ; mais on fqait que les caveaux des tombeaux étoient extrêmementnbsp;petits: amp; pour augmenter la difficulté, on ditnbsp;que les lampes perpétuelles brüloient dans desnbsp;vafes oü elles étoient renfermées. Telle étoit dunbsp;moins celle dOlybius. Or, la cruche dOlybiusnbsp;eut-elle été de trois pieds de diametre , ce qui nenbsp;paroit nullement, il eft certain quune lampe neütnbsp;pu y fubfifter feulement deux heitres fans viciernbsp;tout lair intérieur amp; fans séteindre.
Nous nen dirons pas davantage fur cette ma-tiere; ce feroit fe mettre en frais 'de raifonnements fuperfliis, que den entafler un plus grand nombrenbsp;pour combattre la chimere des lampes perpétuelles ; car nous préfumons quil ny a plus au-jourdhui aucun phyficien inftiuit qui nen pottenbsp;le même jugement que nous.
-ocr page 514-5o6 Récréat. Mathémat. et Phys.
Malgré toutes ces raifons , qui paroitront süre-ment déduites des principes de la plus faine phy-fique , nous avons vu dans un journal, que Ie
prince de S..-S........ Napolitain , étoit en
poffeffion du fecret des lampes perpétuelles, Mais coinme il y a déja bien des années que cette annonce a paru , amp; que ce fecret neft point encorenbsp;divulgué , il y a lieu de croire que lannonce anbsp;été prématurée. Ce neft pas daujourdhui quonnbsp;a vu des chimiftes occupés de la pierre philofo-phale , annoncer leur découverte avant leur operation finie : on en a même vu un marchandernbsp;une terre dun million , daprès la belle couleurnbsp;de fa matiere , en tout femblable a la defcriptionnbsp;quen donne Ie Philalethes amp; Ie fqavant Morien^.nbsp;Mais malheureufement tout manqua encore ; amp;Cnbsp;Ie bon alchimifte mourut a lhöpital, en protef-tant quil navoit manqué a fa matiere quun degrénbsp;imperceptible de coftion, pour Ie rendre Thommenbsp;Ie plus riche de la terre.
Quant a la lampe perpétuelle de Naples , nous changerons davis quand nous ferons surementnbsp;informés que lépreuve en a été faite , amp; quellenbsp;a feulement brülé une année.
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507
DU QUATRIEME VOLUME.
Physique générale et particuliere.
Discours préliminaire fur us eu-
mcnts des Corps. nbsp;nbsp;nbsp;^
I. Du Feu, tant élémentaire que materiel.
3
§. II. De l'Air. nbsp;nbsp;nbsp;8
§. III. De de au. nbsp;nbsp;nbsp;li
§. IV. De ia Terre.
ProBLÊME Premier. Conf ruction de la machine pneumatique , amp;¦ expojition de quelques-unes desnbsp;principales expériences auxquelles ellc fert. 21nbsp;Pros. IL Renverfer un verre plein de liqueur,nbsp;fans quelle s'écoule.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;29
Prob. IIL Vuider toute Veau contenue dans un vafe, par Ie moyen d'un fphon.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;31
Prob. IV. Préparer im vafe qui, étant rempli de quelque liqueur a une certaine hauteur, la con-ferve, amp; qui la perde toute , étant rempli de lanbsp;méme liqueur d une hauteur tant foit peu plusnbsp;grande.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;33
-ocr page 532-Pros. V, ConjlruBion d'un vafe qui contienne fa liqueur ctant droit , (S' qui itant inclinenbsp;comme pour boirc , la perdc aujfitot toute. 3 4nbsp;Pros. VI. ConjlruBion de la fontaine qui coulcnbsp;amp; s'arréu alurnativtment.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;35
Pros. VII. ConjlruBion dune clepjidre montrant I'heure par Iecoukment unifornle dc I'cau. 37nbsp;Pros. VIII. QudU ejl la plus grande hauteur dnbsp;laquellc la tour de Babel eut pu être élevée, avantnbsp;que les matiriaux portls d fon fommet eujfentnbsp;perdu toute leur pefanteur ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;39
Pros. IX. Si Von fuppofoit la terre percee d'un trou jufqud fon centre, combien de temps unnbsp;corps mettroit-il d parvenir a ce centre, en fai-jdnt d'aillcurs ahfraBion de la réjijlance dcnbsp;Vair ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;41
PrÖB. X. Qiief-ce qui arriveroit ji la lune itoit tout-d-coup drrêtée dans fon mouvement circulaire , (S' en combien de temps tomberoit-elle furnbsp;la terre?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;41
Pr.ob. XI. Quelle feroit la pefanteur d'un corps tranfponi d la furface du Soleil, ou d'une autrenbsp;planete que la Terre, comparie d celle de ce corpsnbsp;fur la furface de notre globe ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;44
Pros. XII. Confruire une fontaine qui jailliffe par la comprejjion de Vair.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;46
Pros. XIII. ConjlruBion d'un vafe qui donne au-tant de vin qu'on y verfe d'eau. nbsp;nbsp;nbsp;48
Prob. XIV. ConflruBion d'une machine hydrau-lique, ou un oifeau boit autant d'eau qu'il en jaillit par un ajutage.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
Prob. XV. Faire une fontaine qui jailliffe par la rarefaBion de I'air dilate par la chaleur,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;50
-ocr page 533-PrOB. XVI. Mefurer Ie degré de chaleur de Vair amp; des autres fluïdes. Hijloire amp; conjlruclion dunbsp;Thennometre,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;51
Prob. XVII, Defcription des Thermornetres les plus cèlehres amp; les plus ujitès: Reduction desnbsp;uns aux autres.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;60
Prob. XVIII. Conjlruclion d'un autre Thermo-metre mefurant la chaleur par la dilatation Tune barre de mital.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;64
I. nbsp;nbsp;nbsp;Table des différents degrés de chaleur auxquelsnbsp;différentes matieres commencent dfe fondre, ounbsp;d fc geler, ou d entrer en ebullition ^ riduits auxnbsp;thermornetres de Fareinheit, Réaumur, amp; CelJiUf.
67
II. nbsp;nbsp;nbsp;Table des différents degrés de chaleur ou denbsp;froid, obfervés en divers lieux de la Terre, ounbsp;dans certaines circonjlances, ou pour certainesnbsp;operations , réduits au thennometre de Reaumur.
68
III. nbsp;nbsp;nbsp;Table des rapports de dilatation des Métaux
paria chaleur, fuivant M. Ellicot. nbsp;nbsp;nbsp;6^
Observations Jur les Tables précèdentes.
Prob. XIX. Quelle ejl la caufe qui fait que fur les hautes montagnes, même Jur celles qui fontnbsp;Jituées fous la qone torride , on éprouve prefquenbsp;continuellement un froid rigoureux , tandis quenbsp;dans la plaine ou dans les vallons il fait chaud?
73
Prob. XX. De Vatténuation dont quelques matures font fufceptibles; calcul de la longueur d'un lingot Targent trait, amp; de l.épaijfeur de fanbsp;dorurc,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;78
-ocr page 534-510 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE
PrOB. XXI. Continuation du mcme fujct: Ap-pergu de la divijion de la mature dans ks diJfolu~ tions des corps, ks odeurs amp; la lumicre. 8 rnbsp;Pros. XXII. Qudk vitejfe faudroit-il donner dnbsp;un boukt de canon, dans la dircclion horu^on-tale , pour quil ne retombdt pas fur la terre , amp;nbsp;qtiil circuldt autour d'elk cornme une planete, ennbsp;faifant néanmoins abfraction de la refinance denbsp;Vair?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;85
Pros. XXIII. Examen dune opinion Jinguliere fur la Lune amp; ks autres planetes fecondaires.
¦
PrOB. XXIV. Jiifqud quel point peut amp; doit-on craindre L' appro die ou k choc d'une comete , 6*nbsp;ks ravages qua pourroient en rifulter fur la Terre ?
The ORE ME I. X7ne livre de liege pefe davantage qu une livre de plomb ou d'or.
Un corps pefe plus en etéquen hiver. nbsp;nbsp;nbsp;100
ThÉOR. II. Deux poids homogenes qui font en iquilibre fur la furface de la terre ^ aux extrémitésnbsp;d'une balance d bras ine'gaux , ne k doivent plusnbsp;etre , f on la tranfporte au fommet d'une mon-tagne ou au fond d'une mine,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;103
Prob. XXV. Du Feu central. nbsp;nbsp;nbsp;105
Prob, XXVI. Mefurer ks variations de pefanteur de rair : Conf ruction du Barometre. 117nbsp;Prob. XXVII. La fufpenjlon du mtreure dans lenbsp;Barometre , depend-elk de la pefanteur ou de Vila fid té de I'air?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;120
Prob. XXVIII. Ufagedu Barometre pour reconnoitre I'approche du beau ou du mauvais temps , amp; precautions a prendre d ce fujet pour nitrenbsp;pas induit en erreur.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;121
-ocr page 535-DES M ATIERES. nbsp;nbsp;nbsp;511
Pros. XXIX. Comment Je fait-il que la plus grande hauteur du Barometre annonce le beaunbsp;temps , amp; que la moindre annonce la pluie pro-chaine ou mauvais temps ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;114
Prob. XXX. Du Barometre nbsp;nbsp;nbsp;compofé ou réduït.
ixj
Prob, XXXI. Quel efpace occuperoit un pouce cube dlair^ tranfporte a la hauteur dlun demi-diametre terrejlre ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;130
Prob. XXXII. Si Von creufoit un puits jufquau centre de la terre , quelle feroit la denjite de Vairnbsp;dans les différentes profondeurs 6' an fond de cenbsp;puits ?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;133
Prob. XXXIII. De VArquebufe a vent. 133
Prob. XXXIV. De VEoUpyk. nbsp;nbsp;nbsp;137
Prob. XXXV. Cotifruclion de quelques petites figures qui nagent entre deux eauxamp; quonnbsp;fait danfer , haufjer amp; baijfer., en appuyant Jeu-lement le doigt fur Vorifice de la houteille qui lesnbsp;contient.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;13^
Prob. XXXVI. Confiruclion d'un barometre oil les variations de Vair fe demontrent par une petite figure qui hauffe amp; baiffe dans Veau. 149
Prob, XXXVII. Equilibrer dans de Veau deux petites figures, de maniere quy verfant de nouvelle eau, la figure qui etoit au deffus s'enfonce,nbsp;amp; Vautre prenne le dejfus.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;141
Prob. XXXVIII. Des Larmes Bataviques. ibib.
Prob. XXXIX. Mefurer la quantité annuelle de la Pluie.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;144
Prob. XL. De Vorigine des fontaines : Calcul de la quantité d'eau des pluies, qui demontre quelle
-ocr page 536-fufit pour kur donmr naijfanu amp; ks entretmlr.
147
pROB. XLI. Li Martian cTcau , ou de mercure.
ProB. XLII. Fain um Pluk lumintufc de mercure. nbsp;nbsp;nbsp;153
Prob. XLIII. Pour quelle raifon, dans les mines qui ont des foupiraux fur le penchant d'unenbsp;montagne , a diflrentes hauteurs , s'itablit-il unnbsp;courant d'air, qui a dans I'hiver une direclionnbsp;différente de celle quil a pendant Pete? Explication d'un phenomene femhlable quon remarquenbsp;chaque jour dans ks cJieminees : FJa.gc quonnbsp;peut faire d'une cheminée pendant l'été, 154
Prob. XLIV. Mefunr ks hauteurs des montagnes au moyen du Barometre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;15/
Table des hauteurs de différents lieux de la Terre amp; de diverfcs Montagnes au deffus du niveau.nbsp;delaMer:nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;163
Prob. XLV. Faire une Fontaine artificielk, d I'i-mitation d'une fource naturelle. nbsp;nbsp;nbsp;j66
¦ Prob, XLVI. Quelle ef la pefanteur de I'airdont le corps d'un homme ef continuelkment chargé ?
Prob, XLVII. CorifruBion d'une petite machine qui, d I'imitation de la fdtue de Mxmnon, pro-duira des fonsau lever foleil.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;170
Prob. XLVIII. Des Phénomenes desTuyaux ca-pillaires. nbsp;nbsp;nbsp;173
Prob. XLIX. De quelques tentatives du mouvement perpétuel, au moyen de fphons capillaires.
177
DES MATIERES. 51J ProB. L. Force. prodigUufe de Vhumidité pour en~nbsp;* lever des fardeaux.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;180
Prob, LI. De la Machine ouDigefieur de Papin.
iSz
Prob. LII. Pourquoi daris l'hiver^ lorfque Ie temps Je radoucit tout-d-coup , Vair intérieur des mai^nbsp;_ fons continue, méme pendant plujieurs jours , d.
être plus froid que Vextérieur gt; nbsp;nbsp;nbsp;i8g
Prob. LIII. De quelques Jignes naturels auxquels ¦ on peut prévoir Ie changement de la temperaturenbsp;acluelle de Vair.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;187
Prob. LIV. La Fiole des Eléments. nbsp;nbsp;nbsp;191
Prob, LV. Séparer deux liqueurs mélangées e/z-femble. nbsp;nbsp;nbsp;195
Prob. LVI. Quelle ejl la caufe de Véhullition de Veau?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;194
Prob. LVII. Quelle ejl la caufe pour laquelle U fond d'un vafe contenant de Veau bouillante d
gros bouillons y ejl a peine chaud?
Prob. LVIII. Mefurer Vhumidité amp; la fécherefe de Vair: Idéé des principaux Hygrometres ima-ginés pour eet objet; leurs défauts: Conjlruclionnbsp;d'un Hygrometre comparable.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;198
Prob. LIX. En fuppofant ce que nous avons démontré plus haut fur la ténuité des particulesnbsp;de la lumiere amp; fon extréme rapidité, quellenbsp;déperdition Ie foleil peut-il faire de fa fubfancenbsp;dans un nombre d'années déterminé?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;205
Prob. LX. Produire au milieu de la plus grande chaleur un froid conjidérable amp; propre d glacernbsp;Veau: Des congelations artificielles , 6'c.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;207
Prob, LXI. Faire glacer de VeaUy en remuant feulement Ie vafe qui la contient.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;212
5ï4 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE
Pros. LXII. De la figure qiion obfierve quelquifoU dans la neige : Explication de ce phinomene,
214
Pros. LXIII. Confiruin unn H'ontaine vii Veau coule amp; sarrete alternativement.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;11S
Pros, LXIV. Eaire une Fontaine qui coulera amp; s'arrêtera un certain nombre de fois de finite, 6*nbsp;enfiuite s^arretera pendant un temps plus oumoinsnbsp;long, uprls Icquel elk reprendra fion cours intersnbsp;mittent; amp; ainji de finite.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;21^
Pros. LXV. ConfiruBion d!une Fontaine qui cefi-fiera de couler quand on y verfiera de Veau , 6* qui ne reprendra fion cours que quelque tempsnbsp;aprls quon dura cefie.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;220
Pros. LXVI. Faire une Fontaine qui , apres avoir coule pendant quelque temps par fid décharge denbsp;fiuperficie, commencera d baijfer jufiqud un certain pointy enfiuite remonteray amp; ainji fuccejfive-ment.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;222
Remarque y contenant Vhijloire amp; les pheno-menes des principales Fontaines intermittentes connues, ainji que de quelques lacs amp; puits quinbsp;ont des mouvements analogues : Hijloire du fa-meux lac de Zirchnit^,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
Pros. LXVII. Du Porte-voix amp; du Cornet acoufi-tique ; leur explication : Le jeu de la Fete en-chantée. nbsp;nbsp;nbsp;2^^
Pros. LXVIII. Dans le jeu du Ricochet y quelle ejt la caufie qui fait remonter la pierre au dejfusnbsp;de la furfiace de leaUy aprls y avoir plongi^
238
Prob, LXIX, te micanifime du Cerfi-volant: Di-yerjes qiiejlions amp; recherches fur ce jeu. 24Q
-ocr page 539-DES MATIERES. 515 PROB, LXX. Dc La Baguette divinatolre; cenbsp;quon en dolt penfer.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;245
DO UZ IE ME PART IE, D E l A I M A N T.
Section premiere, m La nature de VAi-
mant. nbsp;nbsp;nbsp;254
SECTION 11. Des propriétés principales de l'Ai-mant. nbsp;nbsp;nbsp;25^
I. De attraction de CAimant avec Ie fer y OU des Aimants entreux.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
Premiere Experience, qui prouve It attraction de rAimant d l'ègard du fer.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
2^ Experience. Reconnoitre les poles de l'Ai~
57
mant.
3^ Experience. Propriétés des poles de VAimant Vun d Végard de Vautre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;258
4e Experience. Production de nouveaux poles dans VAimant.
5 e Experience. La direction du courant magné-tique. nbsp;nbsp;nbsp;262
6^ Experience , qui prouve Vaction mutuelle des Aimants 6* du Fer.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;263
§. II. De la communication de la propriété ma-gnétique, nbsp;nbsp;nbsp;264
ye Experience. Maniere d'aimanter, ibid.
8* Experience. Maniere de faire avec des bar-reaux dacier un Aimant artificiel. 265
Kk i)
-ocr page 540-$i6
Experience. Produire dans une ham de fir la Virtu magnétiqui fans aimant.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;167
III. nbsp;nbsp;nbsp;Dcla direction de V Aimant, de fa dé-
clinaifon amp; de fa variation. nbsp;nbsp;nbsp;272
[10® Experience, Reconnoitre la direBion de V Aimant.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
I ® Experience. Le changement de déclinaifon de rAimant.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;a/j
|3 2® Experience. La variation diurne de HAimant. nbsp;nbsp;nbsp;280
IV. nbsp;nbsp;nbsp;De rinclinaifon de 1Aiguille aiman-
tée. nbsp;nbsp;nbsp;281
(13 e Experience. Ohferver Vinclinaifon de VAimant, nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
34^ Expérlence. Obfirver rinclinaifon de PAiguille aimantée. nbsp;nbsp;nbsp;2 8 z
SECTION III. De quelques Moyens propofes pour oter a Vaiguille aimantée fa déclinaifon ,nbsp;ou faire des Bouffoles fans déclinaifon, i86
SECTION IV. De quelques Tours de fubtiliti qtCon exécute au moyen de VAimant, z^O
I. ConJlruBion de la Lunette magique, 291
5. II. Etant donnés plujieurs chifires , qu'une perfonne rangera les uns a cóté des autres dansnbsp;une holte , reconnoitre a travers le couvercle lenbsp;nombre forme par ces ckiffres,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;292
§. Ill, La Mouche fiavame , ou la Syrene.
V7
DES MATIERES.
De lElectricité.
I. nbsp;nbsp;nbsp;Ci qui c'ejlqui PEUciricid; Dijlinclion en
tte les corps éleBriques par frottement ou par communication.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;25^
II. nbsp;nbsp;nbsp;Defcription de la. Machine électrique ou d
éleclrifer, ainji que des Injlruments accejfoires pour les experiences de VEleclricité.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;301
Premiere Expérience. VEtincelle électrique. 305 2® Expérience. Communication de léleciricité dnbsp;diverfes perfonnes.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;306
5® Expérience. L'Attraction amp; la Répuljion. ibid. 4e Expérience. Quelques Jeux éleBriques fondésnbsp;fur la propriété précédente. Le Poijjon dor, lanbsp;Danfe éuib-iquc , lu. Plme lumineufe.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid,
^ s Expérience, Répuljion entre des corps é^alement éleBrifés.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;308
é® Expérience, ConJlruBion d'un EleBrometre.
309
Expérience. Allumer de Pefprit de vin avec rétincelle éleBrique.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;310
8® Expérience. Propriétis des Pointes. ibid. Expérience. Difference des pointes amp; des corpsnbsp;émouffés.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;311
'jO® Expérience. Maniere de reconnoitre Ji un corps ejl dans Vétat cPéleBricité.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;312
'II® Expérience. DijUnBion des deux EleBricités, Idéé du JyJtéme de M. Francklin.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;315
¦f2® Expérience, La Bouteille éleBriqtu ^ amp; la Commotion,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;318
Kkiii
-ocr page 542-I Experience. Autre manure de donner la conii motion , fgavoir, jgt;ar le carreau de verre ikclri-que. Percer une main de papier avec Vétincellenbsp;élecirique.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3 ^4
13^ Experience. Afoye/z dlaugmenter comme in-déjiniment la force de Veleclricite : Batterie elec-trique. nbsp;nbsp;nbsp;325
14® Experience. Tuer un animal au moyen de rèleclricitLnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;318
15^ Experience. Production du magnétifme par
réleBricité. nbsp;nbsp;nbsp;3
16® Experience. Fondre les mitaux au moyen de rEleBricite.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;330
17^ Experience, prouve Videntite de la fou-dre avec ritincelle élecirique. nbsp;nbsp;nbsp;331
Expérience , qui prouve la menu vériti dune autre manure; ou le Cerf-volant élecirique, 335
19^ Experience. La Maifon endommagie par le Tonnerre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;339
ao® Experience Le Faifeau frappé ou préfervé de la Foudre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;341
Remarque génerale, fur Vanalogie du feu de la foudre avec la mature élecirique ; Moyen denbsp;' garantir hs édifices du tonnerre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;345
ai' Experience. De quelques Jtux fondés furVat-traBion 6- la répulfon éleclriques : VAraignée
élecirique nbsp;nbsp;nbsp;3^0
aa® Expérience. La Roue amp; le Tournebroche éleo triques.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;351
a3® Expérience. Le Carillon amp; Iz Claveffin élec-triques. nbsp;nbsp;nbsp;353
2.4^ Experience. Les Chevaux éleclriques fepour-fuivants ; ou U Manege élecirique,
-ocr page 543-'2.5® Experience. Fain paroitre tout-a-coup unamp; écriture en camcteres dcfeu, par Ie moyen de l'é-leSricité.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;35S
26® Experience. Feu d'Artifice éleHrique.. ' 361 27® 'E.x^éxitncz ^ fur rEleclricité de la Soie. 364nbsp;28® Experience , qui prouve que CELeciricité accé-lere Ie cours des fiuides.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;366
Remarque fur les conféquences de cette Experience , amp; fur les guérifons opérées ou prétendues opérées par l'Eleclricité,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3^7
29® Experience. De rEleclricitl naturelle 6* animale. nbsp;nbsp;nbsp;37*
QUATORZIEME PART IE. C H I M I E.
Article premier. Des Seis. nbsp;nbsp;nbsp;377
I. nbsp;nbsp;nbsp;Des Acides.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;378
De VAcide vitriolique. nbsp;nbsp;nbsp;379
De rAcide nitreux. nbsp;nbsp;nbsp;381
De VAcide marin. nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
De rA ci de vegetal, nbsp;nbsp;nbsp;3 ^
II. nbsp;nbsp;nbsp;Des Alkalis.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;383
De rAlkali fixe. nbsp;nbsp;nbsp;384
De l'Alkali volatil. nbsp;nbsp;nbsp;. 385
§. III. Des Seis neutres', nbsp;nbsp;nbsp;3^^
article II. Du Phlogijlique. nbsp;nbsp;nbsp;388
article III. Des Afifnités. nbsp;nbsp;nbsp;391
article IV. Des Dijfolutions amp; Precipitations f nbsp;nbsp;nbsp;393
-ocr page 544-5iO nbsp;nbsp;nbsp;TABLE
ARTICLE V. Dz I'Efervefcence amp; de la Fer~ mentation ; leur difference.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3 94
ARTICLE VI. De la Criffallifation, 356 ARTICLE VIL Diverfes Experiences chimiques.
398
Premiere Experience. Comment un corps de nature comlrujlibU , peut être fans ceffe pénétré de feu fans fe confumer?nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
a® Experience. Tranfmutation apparente du fer en cuivre, ou en argent, amp; fon explication.
399
3® Experience. Oit Von pricipite fucceffivement diverfes fubjlances , par I'addition dune autrenbsp;dans la folution.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;401
Experience. Avec deux liqueurs, chacune tranfparente , produirc une liqueur noirdtre amp;nbsp;opaque Manierc de faire de bonne Encre,
40?
'5® Experience. Comment on peut produire des vapeurs inflammables amp; filminantes. 404
6® Experience. La Chandelle philofophique. 405
7® Experience. Comment on peut faire , par une compofition chirnique , un volcan artificiel.
ibid.
S® Experience. Compofition de VOr fulminant.
406
Expérience. Compofition de la Poudre fulminante. nbsp;nbsp;nbsp;4og
10® Experience. Liqueur qui fe colore amp; fe dicolore alternativement, en permettant ou inter-ceptant le contact de Vair extérieur avec elle.
409
ÏI ® Experience. Pritendue production d'un nouveau Fer, amp; ce quon en doitpenfer^ nbsp;nbsp;nbsp;ibid,
-ocr page 545-DES MATIERES. jit
^4® Experience. Avec deux liquides mélanges ^ former un corps folide , ou du moins ayant denbsp;la conjiflance.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;41 i
13® Experience. Former une combinaifon qui Itant froide foil liquide , amp; au contraire , étant échauf-fée , devienne conjiflnnte en forme de gelee. 412nbsp;34e Experience. Faire paroure tout-a-coup unnbsp;éclair dans une chambre, quand on y entreranbsp;avec un flambeau allumé,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;413
35e Expérience. Des Encres fympathiques , amp; de quelques Jeux qiCon exécute par leur moyen,
ibid.
Remarque s.
1. nbsp;nbsp;nbsp;Faire un tableau qui repréfente alternativement
Vhiver amp; l'éti. nbsp;nbsp;nbsp;416
2, nbsp;nbsp;nbsp;UOracle magique,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;417
16® Experience. Des Végétations métalliques.
ibid.
'Arbre de Mars. nbsp;nbsp;nbsp;418
Arbre de Diane. nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
Végétation non métallique, nbsp;nbsp;nbsp;420
17® Expérience. Produire la chaleur 6* méme la flamme par Ie moyen de deux liqueurs froides.
421
38® Expérience. Fondre du fer dans un inflant, amp; Ie faire couler en gouttes.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
'15® Expérience. Faire fondre du métal dans une coquille de noix.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;42-i
20® Expérience. Partager une piece de monnoie en deux dans fon épaiffeur.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;423
digression fur la Pierre philofophale ^ VOr potable y amp; laPalingénéfle.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;423
§, I, Di ld' Pierre philofophale^ nbsp;nbsp;nbsp;416
-ocr page 546-§. 11. jDe VOr potable, nbsp;nbsp;nbsp;434
III. De la Palingénijie. nbsp;nbsp;nbsp;436
Efpece de Palingénéjie illufoire. nbsp;nbsp;nbsp;443
Ier SUPPLÉMENT. Des Phofphores, tant naturels qu artifidels. nbsp;nbsp;nbsp;445
Section I. Phofphores naturels. nbsp;nbsp;nbsp;4461
I. De let Mer lumineufe,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
§. II. De quelques InfeBes lumineux, 451
1. nbsp;nbsp;nbsp;Du V.r luifant de notre pays.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4JZ
2. nbsp;nbsp;nbsp;De la Mouche luifante de CItalië amp; des
pays chauds. nbsp;nbsp;nbsp;455
3. nbsp;nbsp;nbsp;Du Cucuyo de VAmlrique.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;454
4. nbsp;nbsp;nbsp;Du Scarabée de la Guyane.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;455
§. III, De quelques autres Corps phofphoriques.
456
1.
2.
3-
4-
5-
Les Yeux de divers animaux, nbsp;nbsp;nbsp;ibidJ
Le Diamant de Clayton, nbsp;nbsp;nbsp;457
Le Bots pourri. nbsp;nbsp;nbsp;458
Les Vers des Huitres. nbsp;nbsp;nbsp;459
Les Chairs corrompues. nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
6. Divers Poijfons ou parties de Poiffons.
460
Section II. Des Phofphores artifidels. nbsp;nbsp;nbsp;465
§. I. Experience phofphorique , ou brülerde la poudre d canon fans explofion.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;466
§. II. De la Pierre de Boulogne. nbsp;nbsp;nbsp;ibid.
§. III. Du Phofphore de Baldwin OU Baudouin.
469
g. IV. Phofphore de M. Homberg. nbsp;nbsp;nbsp;47O
§. V. Phofphore en poudre , ou de M. Canton.
471
VI, Du Pyrophore d'Homberg. nbsp;nbsp;nbsp;471nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
-ocr page 547-5^5
§. VII. nbsp;nbsp;nbsp;Phofphorc OU Pyrophorz de Kunckel,
autrement appeU dAngleterre. nbsp;nbsp;nbsp;474
Ecrirc en caracleres qui feront lumineux dans Pohfcunté.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;480
VIII. Compojltion d'une efpece de Pyrophorc qui jette desjlammes park contact dune gouucnbsp;deau.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;481;
11® SUPPLÉMENT. Des Lampes perpltuelks,
484
Section I. Examen des faits quon alleguc commc preuve de Pexiflence des Lampes perpètuelles^
485'
ibid.
487
488
489
485
1. nbsp;nbsp;nbsp;La Lampe de Tulliola.
2. nbsp;nbsp;nbsp;La Lampe dOlybius.
3. nbsp;nbsp;nbsp;La Lampe de Pallas , fils dEvandre.
4. nbsp;nbsp;nbsp;La Lampe du temple de Kénus.
5. nbsp;nbsp;nbsp;Les Lampes de Cajfiodore.
Section II. Examen de la pofiihlUtéphyfiquede
faire une Larn^c ficrpétucllement ardente. 495
§. I. Impojfibilité d'avoir une meche perpêtuelk : Hifioire de VAmiante ; maniere de Ie filer y amp;nbsp;den former un tijfu ou une meche ; examen dcnbsp;fa pritendue incombujlibilité.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;454
II. Impoffibilitè de fe procurer un aliment indejlruclible pour les Lampes perpétuelksznbsp;Pretendues recettes pour une huik incombuf-tible.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;499
§. III. Impoffibilitè d'entretenir un feu brülant fans cefie dans un lieu abfolument dos, 5 05
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