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-ocr page 2- -ocr page 3- -ocr page 4- -ocr page 5- -ocr page 6-EXÏRAIT DU REGLEMENT.
Art. 14. Le Conseil désigne les ouvrages a publier, et choisit les personnes les plus capables den préparer et den suivre lanbsp;publication.
II nomrae, pour cbaque ouvrage a publier, un Cominissaire responsable , chargé den surveiller lexécution.
Le nom de lÉditeur sera placé a la tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraitre sous le nom de la Société sans 1autorisation du Conseil, et. sil nest accompagné dune declaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paritnbsp;mériter detre publié.
Le Commissaire responsable soussigné declare que lEdition préparée par M. C. Moreaü da Ghoix de Mazarinades,nbsp;lui a para digne dJêtre pubUée par la Société de lHis-TOIRE DE Fr.ANCE.
Fait a Paris, le 13 octobre 1853.
Certifié,
Le Secrétaire de la Société de IHistoire de Fr.ince, J. DESNOYERS.
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Discours sur Ie gouuernemeut de la Reyne depuis sa re'gence [ii49].
(1649.)
11 y eii a qui se plaignent du Soleil, paree quen Ie regardant fixement, leurs yeux ne peiiuent souffrir lé-elat de sa luinlère; inais enfiu il nen arrive autre chosenbsp;sinon que par vne iuste punition les vns en sont aueu-glez, et les autres du moins en sont esblouis. Aussi tonsnbsp;ceux qui oseut parler ou écrire contre la Reyne, aunbsp;lieu dhonorer sa vertu, ne doiuent pas moins attendeenbsp;de leur témérité que destre accablez dune confusionnbsp;éternelle. Ne pas suiure les loix de sa Souueraine j cestnbsp;nauoir point de prudence; prendre plaisir a contredirenbsp;ce quelle fait, cest ne pouuoir tempérer ses passions;nbsp;«e pas vaincre Tauersion intéressée quon a pour elle,nbsp;^iest nauoir point de générosité; et ne luy rendre pasnbsp;respect quon luy doit, cest nauoir point de justiee;nbsp;par conséquent les Esprits nayant pas toutes ces ver-
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tus, on peut dire quils se doiuent plus inettre en peine de corriger leurs crimes que de blasnier linnocence desnbsp;autres. Ie scay quils croyent auoir beaucoup de süietnbsp;de se plaindre de ce que Ia nécessité de la France em-pescbe quils nont pas tous ce quils voudroient pournbsp;satisfaire a leurs voluptez. Ils ne demandent la Paix surnbsp;la terre que pour faire la guerre au Ciel. lis veulent quenbsp;toutes cboses leur soient sousmises , et ne veulent pointnbsp;reconnoistre de puissance, si ce nest celle de leurs passions. Si ces personnes iugeoient des cboses par con-noissance, ils considéreroient que Ie Roy Henry Ie Grandnbsp;laissa Ia Reyne sa veufue avec la Paix dans son Royaumenbsp;et beaucoup de millions de liures dansla Bastille, et quenbsp;Ie feu Roy son fils a laissé nostre Reyne sa veufue sansnbsp;argent et auec vne guerre contre lEmpereur, contre Ienbsp;Roy dEspagne et contre beaucoup de Princes Souue-rains leurs alliez. II est facile de faire bien des cbosesnbsp;quand on a de quoy les faire j mais il est impossible denbsp;faire beaucoup de cboses auec rien. II est bien aysé denbsp;discourir et de iuger de tout; mais il est bien difficilenbsp;dexécuter tout ce quon se propose. Nous naurionsnbsp;que des Saints sur la terre sil ne faloit parler que denbsp;la Piété pour estre sauué. Beaucoup en parlent; etnbsp;beaucoup ont enuie daller au Ciel; mais quand il fautnbsp;exécuter ponctuellement les loix que Dieu nous a pres-crites, cest oii lon fait bien voir la foiblesse de sonnbsp;ame. Ie scay que les Esprits qui trouuent a redire a toutesnbsp;cboses, me répondront que cette Princesse a leué beaucoup dargent sur ses Subiets; mais oii voudroient-ilsnbsp;quelle en eust pris pour lesdéfendre? Na-t-ellepas en-tretenu de puissantes armées en France et fait donner denbsp;grandes sonuues aux Princes estrangers qui nous ont se-
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t'ourus si puissammént? Et iiestoit ce pas pouv les exemptcr du iiaufrage quelle a clistribué ses bienfaits aux Grandsnbsp;afin dempescher vne guerre Ciuile, que la feue Reynenbsp;Mère na pu éuiter avec tousles auantages quelle auoit ?nbsp;Ils disent que toutes les affaires ne sont pas si bien gou-uernées quelles Ie deuroient estre, et que largent nestnbsp;pas si bien distribué quils Ie désireroient. Cest ce quinbsp;passe ma connoissance; inais quand cela seroit, ie leurnbsp;auouerois que cest en eet endroit oli les Souuerainsnbsp;feroient de grandes fautes, au cas quils me püssentnbsp;prouuer que les particuliers missent vn si bon ordredansnbsp;leurs maisons quoti leur rendist vn fidéle compte denbsp;tout ce qui sy fait. Sil est vray quvn particulier qui anbsp;douze OU quinze domestiques, ne scait pas tout ce quinbsp;se fait dans sa Maison, comment veulent ils que la Reynenbsp;scache tout ensemble les affaires dEstat, de lalustice,nbsp;de la Guerre, des Finances et Ie particulier de toutes cesnbsp;choses? Ceux mesmes qui possèdent quelquvne de cesnbsp;charges, ne scauent pas comment toutes les autres sexer-cent, et quelle adresse il y a pour y profiter iniustementnbsp;sils en ont enuie; de sorte que puisquil nappartientnbsp;qua Dieu de scauoir toutce qui se fait, il est asseurë quenbsp;ceux qui gouuernent les Estats, sont déchargez de leurnbsp;administration quand ils se seruent de personnes quilsnbsp;croyent estre gens de bien et capables des affaires ou ilsnbsp;les employent. Cest pourquoy la Reyne nostre régentenbsp;ne pouuant pas tout sqauoir, et ne se trouuant pasnbsp;dexemple que depuis la creation du Monde vne per-sonne ait sceu naturellement toutes choses, on ne doitnbsp;pas sétonner de ce quelle sest reposée touchant lesnbsp;affaires de eet Estat sur la conscience et sur la capacité denbsp;ceux qui auoient csté établis par Ie feu Roy son Espoux.
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lis (liroiit encore que cette Princesse pouuoit doiiner la Paix au commencement de sa Regence, comme sil eustnbsp;estc facile de saccorderauecleRoydEspagnequi croyoitnbsp;que la mort du feu Roy et Jaieunesse du Roy son fils lujnbsp;causeroient Ie gain de cent victoires. Et puis quand ellenbsp;Teust peu faire, ie suis tëmoin que les Esprits malicieuxnbsp;Vattendojent a ce passage et quiJs disoient desia ques-tant Espagnole, la Reyne ne manqueroit pas de fairenbsp;vne Paix désauantageuse auec Ie Roy son Frère, etnbsp;qiien luy rendant toutes les Villes quon luyauoit prises,nbsp;elle rendroit par ce moyen toutes les conquestes de lanbsp;France inutiles; quelle sentencloit avec sa Maiesté Ca-tholiqueetquelle alloit abandonner lintérest du Francoisnbsp;pour faire du bien a son Pays; quil faloitse méfier dellenbsp;ot que pendant quelle estoit en France, son cccur estoitnbsp;en Espagne. Mais comme ils ont veu que cette grandenbsp;Princesse nauoit autre but que la gloire du Roy son filsnbsp;et quelle estoit deuenue Franeoise en épousant vn Roynbsp;de France, ils sont demeurez dans Ie silence pour quel-que temps. Enfin Ie Siége de Paris ayant irrité les Esprits, on a pris la licence de parler et décrire contre sanbsp;Maiesté, sans considérer Ie respect que les Francoisnbsp;doiuent a la Mère de leur Roy. Et depuis, la Paix ayantnbsp;esté concilie auec cette capitale Ville du Royaume, lesnbsp;]gt;émons nont pas laisse' de tenter encore de certainsnbsp;Esprits de luy continuer leur mauuaise volonté. Parisnbsp;les comprend dans son enclos sans que ses Citoyeus ennbsp;soient coupables; car en quelque lieu qiion se trouue ennbsp;cette grande Ville, on y voit des gens de bien qui aprèsnbsp;auoir clierclié la Paix auec Dieu, ne lacherclient quauecnbsp;leur Roy et quauec leur Reyne; et Ie inesme Dieu quinbsp;preside sur les Aulcls, y distribue ses graces a tant de
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personnes quon y voit reluire la vertu de tous les costez. Le Clergé sy emploie a estre Ie Médiateur de la Terrenbsp;enuers le Clel. Le Parlement et les autres Magistrats ynbsp;rendent la lustice a tout le monde. La Noblesse y languitnbsp;en labsence de son Roy et de sa Reyne Les Bourgeois nespèrent point de repos quils ne les voient éta-blis dans leur Ville; et enfin entre le moindre peuple, ilnbsp;y en a beaucoup qui auoüent quils ne peuuent subsisternbsp;sans leur presence. II ny a done que de certaines gensnbsp;qui se meslent parmy ce grand nombre, lesquels par vnnbsp;exces de malice, de foiblesse ou de brutalité ne denian-dent que le désordre. Les vns parlent ou écriuent pournbsp;ce qu ils n ont point de part au gouuernement dunbsp;Royaumej les autres par vne mauuaise inclination etnbsp;paree quils ne trouuent bien que ce quils font. II y ennbsp;a qui tirent de largent de leurs Ecrits, et quelquesnbsp;autres qui ne scauent pourquoi ils font du bruit.
Grande Ville de Paris, la plus Auguste et la plus pompeuse de 1 Vniuers, empeschez les désordres de cesnbsp;Esprits qui veulent troubler encore vostre repos; inuitez-les a vostre imitation a rendre le respect quils doiuent anbsp;leur Roy et a leur Reyne. Sils considèrent ce qui sefaitnbsp;dans leurs maisons et dans leurs Ames, ils seront si empeschez a y établir vn bon ordre que ie crois quils nenbsp;penseront plus a vouloir corriger ceux qui les surpassentnbsp;en vertu aussi bien quen condition. Faites leur souuenirnbsp;quils sont Chrestiens, et par conséquent que leur deuoirnbsp;est dadorer vn Dieu auec toutes les puissances de leurnbsp;ame, d'aimer leur prochain pour Dieu et ne rien haïrnbsp;pourlamour de luy; et faites encore ce que vous pour-
* Le 1'oi est rentré a Paris, le 18 aoiit. La pièce est done antérieurc a rette date.
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rez pour leur persuader que sils se font iustice a eux mesmes, ils se rendront dignes de leur salut par Ie méritenbsp;du Sang de leur Sauueur. Ie masseure alors que nostrenbsp;Beyne Très-Chrétienne voyant que ces iimes ([ui ontnbsp;cousté la mort dVn Dieu sur Ie Caluaire, seront ainsinbsp;changées en des victimes offertes a leur Créateur en sacrifice, oubliera par sa générosité toutes leurs foiblesnbsp;entreprises; et en nous honorant icy de sa presence auecnbsp;celle du Roy son fils, elle fera naistre vn autre Sièclenbsp;dor par la Paix uniuerselle quelle nous donnera. Enfinnbsp;cette grande Princesse nous ayant ainsi comblez de sesnbsp;faueurs, nous pourrons espérer que Dieu nous combleranbsp;encore de ses graces, et quaprès quil nous aura fait iouirnbsp;icy bas de cette paix tant désirée, il nous fera iouir vnnbsp;iour dans Ie Ciel dvn repos éternel.
(16i9.)
Quest-ce que Dieu ? Cest lautbeur de la nature.
Quest-ce que Ie monde ? Cest Ie grand oeuure de Dieu.
Quest-ce qum hornme de bien? Lamour des Anges et la liaine du Diable.
Quest- ce qum pecheur ? Lhostellerie du Démon.
Ou'est-ce qum impie?Vn démon incarné.
Qiiest-ce qum Pre'dicateur ? Vn lioinme dout on croit la parole sans suiure son conseil.
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Qiiest-ce quvn Moine ? Lépouuantail des eri-fans et Ie mirouer de dëuotion.
Quest-ce quvn lesuite ? Vn sage politique qui se sert adroitement de la Religion.
Qu'est-ce au'vn Roy?Vu homme qui est tous-iours trompé; vn maistre qui ne scait iamais sou mestier.
Qu'est-ce qu'vn Prince? Vn criminel que lon nose punir.
Quest-ce quvn President?lt; Vn homme dappa-rence graue, dont la parole fait quelquefois tort aux innocens ^t souuent peur aux coupables.
Quest-ce quvn ieune Conseiller ? Vn homme qui chastie en autruy ce quil commet luy mesme, etnbsp;qui parle plus de bouche que deffet.
Quest-ce quvn Aduocat ? Vn hardy Orateur qui pour raisons plastrées persuade ce qui ne fut iamais.
Quest-ce qiivn Procureur ? Vn homme qui auec sa langue scait vuider la bourse de sa partie saus ynbsp;toucher.
Qu'est-ce que la Chicane ? Cest vn Art qui par moyens subtils enseigne a mesler Ie bien dautruy avecnbsp;Ie sien.
Qu'est-ce quvn Huissier? Cest vn homme qui se iéiouit du mal dautruy et que lon peut enrichir anbsp;coups de poing.
Qu'est-ce qu'vn Bourreau ? Vn meurtrier sans crime.
Qu'est-ce quvn soldat? Vn homme qui sans cstre criminel ny philosophe, sexpose librement a lanbsp;mort.
Qu'est-ce qu'vn homme riche ? Celuy que la for-^mie flatte pour Ie perdre.
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Vn clésespéré volon-Celuy qui na mille
Qu est-cc fjiiiti Capiifiiiie? -taire.
Quest-ce qum pauure ? -obligation a la fortune.
Quest-ce qum Financier ? Cest vn voleur Royal.
Quest-ce qucn Partisan? Vne sangsue du People, vn larron Priuilégié.
Qa'est-ce quvn arnoureux? Vn miserable qui attire la mocquerie, sil ne réussit pas ; la médisance ,nbsp;sil réussit.
Quest-ce qume femme ? Vn singe raison-nable.
Quest-ce qume putain ? Cest vn escueil dont les sages se retirent, et oii les sots font naufrage.
Quest-ce qum cornard?Vn homme dont vn chacun dit du bien et que personne nenuie.
Quesl-ce qum Valet? Vn mal nécessaire.
Quest-ce qum Page?Vn seruiteur qui est daussi bonne malson que son maistre.
Quesl-ce quvn Pédant? Vn animal Indécro-table.
Quest-ce qum Poële? Vn suppost de folie.
Quest-ce qu vn Comédien ? Vn homme que lou paye pour mentir.
Quest-ce cqu vne denote ? Vne idolle vluante ou bien vn démon déchaisné.
Quest-ce que largent ? Cest ce que lon pert quand on est ieune, que lon cherche quand on vieillit,nbsp;et Ie premier mobile de toutes choses.
Quesl-ce que les habits ? Cest ce qui couure nostre bonte et descouure nostre vanité.
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Quest-ce que la mort ? T/esgalité de toutes ('hoses.
Quest-ce quvn tombeau P Le liet des mortels.
Quest-ce qume cloche?Le tambour des prestres.
Quest-ce qucn Médecin?Vn honorable bour-reau.
Quest-ce que les Courtisans ? Rien de ce que tu en voids.
Quest-ce quvn Fauory ? Le bastiment de Ia fortune.
Quest-ce quvn premier Ministre ? Lidole de la Cour.
Quest-ce que les charges ? Honorable gueu-serie.
Quest-ce que la Cour? Lattrait de la ieunesse et le clésespoir de Ia vieillesse.
Quest-ce quvn de'uot 1 Vn hermite mondain.
Quest-ce cjue le manage ? Le martirologe des viuans.
Quest-ce qu vn Abbe ? Vn réformateur intéressé du temporel des Moynes.
Quest-ce que vieillesse ? Louurage du temps.
Quest-ce cque ieunesse ? Passage a Ia sagesse.
Quest-ce que beauté? La damnation des hommes et la complaisance des femmes.
Quest-ce cque des mouches? Les balles des mous-quets du Démon.
Quest-ce que Paris? Le paradis des femmes, Ie purgatoire des hommes et lenfer des cheuaux.
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CHOIX
Messieües ,
Quand ie considère que ie dois parler de lemprl-sonnement de trois Princes, dont il y en a deux du sang de France, et quil me faut examiner deuant la premièrenbsp;Compagnie du Royaume Ie suiet et les consequencesnbsp;de leur detention, iappréhende auec beaucoup de raison que mon esprit ne responde pas a la grandeur etnbsp;a limportance de cette affaire oii il sagit du salut etnbsp;de la liberté de trois Princes, du repos de lEstat et denbsp;la fortune de tous les Francois; car puisquau lieu denbsp;finir vne gueire estrangère par vne bonne et honorablenbsp;paix, la France par ce malheureux accident est précipi-tée dans les fureurs dvne guerre ciuile, qui peut douternbsp;que de ces emprisonnemens ne dépende pas absolumentnbsp;la fortune publique et particuliere de tout Ie monde ?
Cest cette i;aison, Messieurs, cest lamour que ie porte a la patrie qui mengage dentreprendre au-dessusnbsp;de mes forces, espérant que cette illustre assemblee nenbsp;reconnoistra pas tant de foiblesse dans mon discours quenbsp;de générosité dans mon dessein et de pureté dans mes intentions.
* II a été réimprimé en 1651 sous Ie titre de Relation de tout ce qui sest fait et passé de Messieurs les Princes.... iusqud présent [3142]. P. Coste ennbsp;parle dans son Histoire du prince de Condè, page 127 de 1éditlonnbsp;de 1695.
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ïe commence done pav lasseurance que ie recois des mouuemens de ma conscience, et par la connoissancenbsp;que iay de vostre zèle au bien public, duquel vous aueznbsp;de tout temps esté les deffenseurs legitimes, aussi biennbsp;que de linnocence des particuliers, par la iustice quenbsp;vous rendez auec tant de suffisance et dintégrité.
Et eonsidérant en premier lieu la naissance de deux Princes de Ia maison de Bourbon, ce qui est deu a lanbsp;dignité et a la qualité sacrée des Princes du Sang, anbsp;cause de la proximité quils ont auec Ie Boy, ie nenbsp;puis mempescher de dire dabord de deux choses 1vne ;nbsp;« Qu vne entreprise si téméraire ne peut auoir esté con-ceue ni conseille'e que par Ie plus audacieux de tous lesnbsp;hommes; ou bien que ces Princes sont conuaincus parnbsp;des premies inuincibles et plus claires que Ie iour,nbsp;dauoir conspire la ruyne de la Monarchie, depuis lesta-blissement de laquelle nous nauons point dexemples pendant douze siècles que sous vne minoiité, ny mesme sousnbsp;les règnes des Boys les plus absolus et des Ministres lesnbsp;plus entreprenans, il aye esté rien fait de semblable, si 1onnbsp;adlouste au nombre et a la qualité des prisonniers lesnbsp;formes de cette resolution et la circonstance des temps, »
Mais quimporte, dira quelquvn , dauoir des examples, si la raison et la nécessité de lEstat qui iustifient toutes clioses, ont exigé ce conseil ? Si les temps passeznbsp;ne se sont point trouuez dans des extrémitez si dange-reuses que nous estions, si les Ministres de soixanlenbsp;et trois Boys nont pas esté si sages ni si vigoureux quenbsp;Ie nostre , et si les conionctures nont point esté si fauo-iables qua présent, vn bon Politique doit il pour celanbsp;^anquer de faire de grancles choses paree quelles sont
Houuelles ?
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(IHOIX
Certainement, si quand toutes ces suppositions se-roient aussi indubitables quelles sont constamment fausses, il y auroit néantmoins beaucoup a redire a lanbsp;présomption de celuy qui hazarderoit Ie gouuernemeritnbsp;dvn si grand Royaume par des moyens si nouueaux, sinbsp;violens et si dangereux pendant vne Régence et pendantnbsp;la guerre. Que dira-t-on sil se trouue que ces Princesnbsp;soient innocens, et que la Reyne aye esté surprise par lesnbsp;artifices du C. M. dans 1ordre quelle a donné pour eetnbsp;emprisonnement ? Que fera Monseigneur Ie Due dOr-léans, ce prince incomparable pour sa générosité, pournbsp;sa iustice et pour sa douceur, aussi bien que pour sa sa-gesse, quand il coimoistra que ce fauory luy a pour sonnbsp;intérest particulier et sans consideration de la reputationnbsp;de lEstat ny du gouuerneinent, dont il est Lieutenantnbsp;general, ny de la qualité de Prince du Sang, suggéré denbsp;si mauuais conseils qui font quil ny a plus rien din-uiolable? Que penseront tous les peoples qui se croyoientnbsp;a la veille de la paix, après laquelle ils soupirent depuisnbsp;tant dannées, lorsquils sen verront plus esloignez quenbsp;iainais, et quau lieu desteindre vne guerre estrangèienbsp;qui leur couste tant de larmes, tant de sang et tant dar-gent, ce malheureux en vient dallumer vne nouuelle ?nbsp;Et vous, Messieurs, qui composez ce grand Sénat, quinbsp;estes les Anges Tutélaires qui gardez ce Royaume, etnbsp;dont Ie rare esprit est a nos affaires ce que les espritsnbsp;administrateurs sont aux Splières qui leur sont com-mises, qui, par vostre prudence lorsque nous auons esténbsp;a Fextrémité des conseils et de lespérance et dans lanbsp;dernière confusion des affaires, auez releué lEstat penchant, qui lauez raffermy, qui auez tant réparé denbsp;ruines et de naufrages que ce Pilote qui conduit nostre
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vaisseau, auoit faits, quel iugeraent ferez vous de celuy que vous auez desia condamné, a qui vous auez par-flonné taut de crimes et dattentats, quand pour Ie respect de Tauthorité du Roy qui nous donnoit la paix,nbsp;vous en ordonnastes la publication, et que lon oublie-roit toutes les iniures passées et tous les outrages quilnbsp;nous auoit faits, afin de réconcilier vne fois pour iamaisnbsp;la France auec la France, afin quil nous rendist nostrenbsp;Roy quil nous auoit enleué, et nos Princes qui auoientnbsp;suiuy Ie Roy par deuoir ? Quel iugement ferez vous,nbsp;Messieurs, quand vous verrez cc inesme liomme, par lesnbsp;mesmes enchantemens dont il sest desiii seruy tant denbsp;fois , qui diuise encore nos Princes, qui met Ie Sang denbsp;f rance contre Ie Sang de France, qui enfin va aclieuernbsp;la ruyne de lEstat, si vous ny mettez la main vne autrenbsp;fois, si vous ne ronipez les charmes dont il abuse son Al-tesse Royale qui ne respire que Ie calme et la tranquilliténbsp;publique , qui veut la paix que nous voulons tous , maisnbsp;que nous ne scaurions iamais auoir pendant que cenbsp;furieux se meslera de nos affaires, quil nous diuiseranbsp;les vns dauec les autres, quil portera Ie flambeau donbsp;Prouince en Prouince, et qu'il retiendra ces trois Princesnbsp;dans la captiuité, dont Ie premier est vn conquérantnbsp;fameux par les batailles quil a gagnées, et par les villesnbsp;quil a prises, qui est la terreur des enneinis, qui a estenbsp;Iamour de la France et qui Ie seroit encore si par vnenbsp;obéyssance aueugle il neust esté Ie protecteur de celuynbsp;qui lors nous persécutoit, et dont les deux autres frèresnbsp;fiirent en mesme temps les deffeuseurs de nos biens etnbsp;de nos fortunes ?
1ai done a faire coiinoistre Iinnocencc de ces trois Ihinces, qui paroistra clairement si lon examine les
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faux prétextes dont Ie C. sest seruy, les vëritables motifs qui Tont porté a ces emprisonnemens, et la foiblesse de cette accusation.
Iay considéré auec soin, Messieurs, la lettre du \ 9 ianuier dernier qui vous a esté enuoyée sur Ie suietnbsp;de la detention de ces Princes, et laquelle sans doute nanbsp;rien oublié de ce qui se pouuoit imaginer contre eux,nbsp;puisque Ie Ministre qui la composée, est Ie plus hardynbsp;calomniateur qui fut iamais.
Ie ne vous en rapporteray, Messieurs, que trois ou quatre exemples, qui certes sont estranges pour sonnbsp;impudence ou pour ses intrigues. Vous sauez la peinenbsp;que vous eustes a demesler la première accusation quilnbsp;forma contre M. de Beaufort, et combien ce Héros etnbsp;sa vertu sont demeurez en peine et en soupcon par sesnbsp;artifices, et lesquels nont pu estre confondus que par lenbsp;iugement de Dieu et le vostre.
La violence faite a MM. de Broussel et de Blanc-mesnil en 1absence de M. le Prince, et qui fut suiuie des Barricades de Paris, et la résolution de cbassernbsp;huit autres officiers du Parlement, pour ne rien dire denbsp;plus fascheux, fut prise sur les sinistres impressions quilnbsp;donna de leur conduite, encore en Iabsence de M. lenbsp;Prince.
Le conseil dassiéger Paris et denleuer le Roy fut formé sur les impostures quil allégua. II fit voir tautnbsp;de monstres a Iesprit de la Reyne, il scut par tant denbsp;terreurs persuader les Princes de la ruyne de IEstat etnbsp;du péril oil se trouuoit la persoiine du Roy, quil leurnbsp;sembla toucher le moment de sa perte et destre sur les
* Letire du Roy sur la detention dcs Princes de Condéy de Conty et Due de Longueiiille enuoyée au Parlement le 20 ianuier 1650 [2197].
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tords du precipice, et quenfin ils nosèrent y contre-dire. II asseuroit quil scauoit infailliblement que Ie lendeinain quelques-vns dentre vous se deuoient rendrenbsp;Maistres de la personne du Roy pour Ie liurer aux enne-nns; et en mesme temps pour se couurir de eet attentatnbsp;et de toutes les faussetez quil auoit employees pour ynbsp;paruenir, il eut Ie crédit de faire escrire au Parlementnbsp;par M. Ie Due dOrléans et par M. Ie Prince1, quenbsp;c estoient eux qui auoient donné ce conseil, quoy que Ienbsp;Mazarin seul leust propose et persuade.
En dernier lieu, Ienlreprise prétendue contre la personne de M. Ie Prince, dans les informations de laquelle M. de Beaufort, M. Ie Coadjuteur et M. de Bruxelles^nbsp;ont ete compris, n estoit ce pas vne pièce de Iinuentionnbsp;de M. qui auoit compose ce stratagesme dans son cabinet, afin de diuiser lesprit des grands du Royaume, etnbsp;de se deffaire par ce moyen des vns et des autres, silnbsp;pouuoit, OU pour Ie moins, des vns après les autres.
Voila des eschantillons, Messieurs, de ce que scait faire lennemy de ces Princes, qui a compose ce grandnbsp;libelle de leur accusation que iexaraineray très-exacte-tnent après vous auoir suppllé de considérer deux oiinbsp;trois choses. La première que ce monstre est vn estran-ger, qui par vostre arrest de 1année 1617 rendu sur Ienbsp;suiet du Mareschal dAncre1, nommé Conchiny, Italien
nbsp;nbsp;nbsp;heitres du Koy de Son Altesse Royale et de M, Ie Prince au Due denbsp;l^onthazon^ au Préuost des Marchands, etc. [2279].
^ Lettre du Roy a la Cour de Parlement de Paris tant sur ce qui s1est passé ® Paris Ie iï décembre dernier, etc. [2138] ; Requeste de Messieurs Ie Duenbsp;de Beaufort^ ie Coadiuteur et Broussel d Nosseigneurs du Parlement [3479] ,nbsp;autres.
* nbsp;nbsp;nbsp;Arrest de la Cour de Parlement du 8 iuillet 1617 donné contre Ie dé~
marquis déAncre et sa femme [204],
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16 CUÜIX
If
de nation aiissi bien que Mazarinij ue peut teuir la place quil fait, et que cest celuy que vous auez declarenbsp;perturbateur du repos public, ennelny du Roy et denbsp;lEstat. En second lieu, que remprisonnement de cesnbsp;Princes est sans exemple pendant la ininorité dvn Roy,nbsp;quil est contre toute sorte de Justice et particulière-rnent contre les dernières Declarations®, dont lobser-uation a esté tant de fois promise et si solemnellementnbsp;violée en la personne de ces Princes, dvn Chancelier denbsp;France, dvn Président de Ia Cliambre des Coniptes %nbsp;dvne Duchesse*, de deux Princesses ®, sans pariet' denbsp;tant dautres particuliers, et queufin il est iuste de leurnbsp;produire vn autre accusateur et des témoins, et ne lesnbsp;pas oprimer sans quils ayent droit de se deffendre; etnbsp;que vous. Messieurs, deuez estre les iuges de leur innocence, tous les autres iuges du Royaume en estant iii-compétans, dautant que Ie Parlement seul est Ie siégenbsp;des Roys et la Cour des Pairs, et que les Princes dunbsp;Sang de France ont dès longtemps ce droit acquis de nenbsp;pouuoir estre iugez, en ce qui touche leur hoiineur, quenbsp;par Ie Roy, leur Souuerain et chef de leur maison,nbsp;dans Ie Parlement, qui est Ie vrai Temple de la iusticenbsp;francolse et Ie plus célèbre theatre du monde.
Le Mazarin désirant couurir la violence de cette action, parle beaucoup de la moderation de son gouuer-nement dans le commencement de cette lettre, et prend pour prétexte quil veüt restablir vn ferme repos dans
' Par les arrèts des 8, 13, 2o jam ier et 16 février 1619.
Doctobre 1618. nbsp;nbsp;nbsp;
^ Le president Perraut, intendant du prince de Condé.
^ La dticliesse de Ijongueville-
^ Charlotte de Montmorenev, priiioesse douairière de Condé, etClaire-Liigéiiie de Maillé, princessc de Condé.
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Campagnes désertes, les Villes ruinées, les Prouinces désolées, qul considéreront les emprisonnemens du président Barillon, du Due de Beaufort, du Maréchal denbsp;la Mothe et de ces trois Princes, qui feront reflexion surnbsp;les proscriptions de tant de Magistrals, et qui escoute-ront les clameurs de tout Ie monde, ne prendront pointnbsp;Ie Mazarin pour vn monstre qui aye ny douceur, nynbsp;moderation, ny bonté, mais pour Ie plus abominable desnbsp;hommes, et que nous eussions exterminé si la Reyne,nbsp;M. et M. Ie Prince ne 1eussent arraché des mainsnbsp;de la Justice et ne leussent protégé contre Ie ressentiment général du Royaume. O mon leune Prince,nbsp;qni estes Ie fruict de bénédiction, lattente et Ie désirénbsp;des peuples. Prince donné de Dieu pour la grandeur etnbsp;pour la félicité de la France, que les gens de bien et quenbsp;les sages ont de regret de voir que lIntendant de vostrenbsp;éducation soit celuy qui a esté condamné par la voix denbsp;tous les Peuples et par lauthorité de tous les Parlemens,nbsp;et que celuy qui a les malédictions de toute lEurope,nbsp;gouuerne ses plus belles espérances.
Mais parlons (cette réflexion est trop douloureuse) et ne cherchons pas plus longtemps en luy ny bonté, nynbsp;modération, puisquil ny en a point; continuons cettenbsp;lettre qui dit quil a de bonnes intentions, et que cestnbsp;pour faire la paix, quil a fait emprisonner ces Princes.
Icy, Messieurs, iappelle a tesmoing toute lEurope. Que disent les Hollandois de son dessein, sinon que Ienbsp;Cardinal Mazarin a tousiours voulu continuer la guerrenbsp;afin de se rendre nécessaire, quils Pont pressé, quilsnbsp;Pont attendu, et bien que leur alliance ne fust pas de petite considération, néantmoins quil Pa méprisée, denbsp;peur destre obligé de faire la paix conioinctement auec
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eux ? Que disgjjt Jgg Nonces du Pape, sinon que Ie C. Mazarin na iamais voulu la paix ? Qua dit M. denbsp;Longueuille a son retour de Munster, oü il auoit esténbsp;enuoyé pour vne négociation si importante, sinon quenbsp;Ie Cardinal Mazarin auoit empesclié que la paix nenbsp;fust signée , que M. Seruien, qui seul auoit son secret,nbsp;sy estoit oppose formellement, et que M. Davaucenbsp;grand Plénipotentiaire qui auoit pris tant de peine anbsp;conduire les choses au point de leur perfection ounbsp;enfin il les auoit mises lorsquil en vit Ia rupture, ennbsp;auoit eu des desplaisirs infinis ?
Le Cardinal Mazarin peut il contredire tant de tes-moignages ? Se peut il contredire luy mesme, qui a public tant de fois en ce temps la quil estoit Ie maistre de la paix ? Non, ces preuues sont trop constantes. On ennbsp;scait trop les particularitez et que la paix non-seulementnbsp;na pas esté faite par le Cardinal Mazarin, mais quil lanbsp;formellement empeschée, et que ne scachant plus denbsp;inoyen de sopposer aux voeux de tous les Francois qui lanbsp;demandoient, il a par vn artifice bien surprenant em-pescbé lesEspagnols dy consentir, et ainsi nous a rédultsnbsp;a désirer vne cbose impossible puisque la paix ne des-pend plus de nous en lestat ou nous sommes.
II nous reste après les faux prétextes de cette accusation descouuerte, de faire voir Mout le monde lintérest
'Claude de Mesmes, comte dA-vaux, plénipotentiaire de France a Munster. Mausolée de la politique et de la iustice dressé a la mémoire denbsp;deux frères illustres, M. le Comte d^Auaux et M. le president de Mesme,elc.
[2421],
On peut consulter sur ce sujet les neuf pièces indiquées dans la iiste ^l^eonologique des Mazarinades sous la rubrique de Anniuersaire de la nais~nbsp;eance du Roy, a la fin depuis la Lettre de M. Seruien d MM. les médiateursnbsp;t~tl39] jusquau Traité de paix entre sa Maicsté Catholique et les sieursnbsp;^^tats Généraux des Pays-Bas [3798].
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veritable du Cardinal Mazarin et de quels motifs il a esté porté pour faire emprisonner ces Princes; ce qui nenbsp;sera pas difficile, tout Ie monde pouuant conclure quenbsp;puisque consfamment ce nest pas Ie bien du Royaume ,nbsp;il faut nécessairement que ce soit son aduantage particulier. Aussi y trouue-t-il non seulement la seureté denbsp;sa personne et Iestablissemeut inébranlable de sa fortune , mais encore sa vengeance, son ambition, son aua-rice et toutes ses esperances satisfaites. Et si quelquvnnbsp;en France se laisse persuader dy auoir part et de profi-terde cette disgrace, ilse trompe asseurement. En voicynbsp;les effets veritables ; IEstat y perd le repos ; le peuplenbsp;y perd la paix; les Princes y perdent leur seureté et,nbsp;quittant leurs prérogatiues sacrées, deuicnnent commenbsp;les particuliers; les Parlemens y voyent la Tustice et lanbsp;Declaration violee; et les Grands du Royaume se voyentnbsp;sousmis a la domination de cet estranger furieux, témé-raire et vindicatif qui les perdra, quoy quils se flattent,nbsp;les vns apres les autres, et fera gémir tons les gens denbsp;bien sous sa tyrannic, a Iestablissement de laquelle nousnbsp;trauaillons nous-mesmes, au lieu de nous y opposer con-ioinctement et de Iexterminer.
Desire-t-on que ie vérifie que cest vne vengeance de longtemps prémeditée ? Qui ne scait pas qult;a Lens et anbsp;Lérida, le Cardinal de Mazarin fit tout ce quil putnbsp;pour perdre M. le Prince ? Tons ses amis ne Iont-ilsnbsp;pas aduerty bien des fois de ne plus sengager dans lesnbsp;Armees , on quautrement il periroit comme auoit fait lenbsp;Comte de Soissons ? On voyoit bien que ce Ministi'enbsp;craignoit que la valeur de ce Prince ne fust fatale a sanbsp;fortune; et cest pourquoy il sen voulut defaire, etnbsp;haissoit celuy quil craignoit. Dcpuis ces premiers temps
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sa haine auoit: esté augmentée par les obligations qu'il auoit auec M. Ie Prince : cest Ie naturel des amesnbsp;lasches de hair ceux ausquels ils sont infiniment rede-Uables. Et paria encore, combien de gens desprit ont-ils préueu que celuy qui luy deuoit la vie, luy osteroitnbsp;la liberté ? Mais depuis ce qui arriua pour Ie Pont denbsp;Larche, depuis que M. Ie Prince leust menace,nbsp;et quil eust la faiblesse (il me pardonnera si ien parlenbsp;ainsi) de se raccommoder auec son Italien , qui na pasnbsp;publié tout baut que M. Ie Prince estoit perdu ? Lesnbsp;Grands sont si malbeureux quils ne croyent per-sonne, quils sasseurent trop sur leur grandeur; etnbsp;pourtant il y a tant dexemples funestes de leur ruyne,nbsp;quil est incomprehensible a ceux qui ont Ie sens commun,nbsp;quils soyent et quils veulent tousiours estre les dupesnbsp;des Fauoris. Il ny a rien de si saint que nous nayonsnbsp;veu prophaner par leur insolence; ce qui a esté de plusnbsp;cber dans les Estats, a esté de lout temps consacré anbsp;leurs interests. Cest Ie premier tesmoignage quils don-nent de leur puissance ; et il y en a fort peu qui nayenbsp;eu quelque victime de la Maison Royale. Monstre abominable, que tu deurois estre en horreur a tous lesnbsp;Princes, puisque tu te repais ordinairement du plusnbsp;précieux sang des Estats !
Après cela y a-t-il encore quelquvn qui doute de la ioie quil a receue de sa vengeance, paree que dans cettenbsp;lettre il a fait laffligé et a voulu persuader quil auoitnbsp;vne répugnance extresme a consentir a cette résolu-
Le prince de Condé disait que Ie cardinal Mazarin lui avail promis gouvernement de Pont-de-lArclie pour le due de Longueville lors denbsp;h paix de Saint-Germain; et il lui reprochalt aigrement sa mauvaise foi.nbsp;^ -st après une explication vive sur ce sujet quun jour il le qulua en luinbsp;: « Adieu, Marj. .
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tion ? Mais sa vengeance nest que Ie moindre de ses interests. Lasseurance de sa fortune et Testablissement de sa grandeur luy en ont donné dautres satisfactions ;nbsp;car au lieu quil voyoit que son Ministère alloit deuenirnbsp;inutile, puisque la Reyne, Monsieur et M. Ie Princenbsp;vouloient la paix, que Ie Parlement la demandoit aiieqnbsp;instance a cause de lextresme nécessitë des peuples , etnbsp;que les Espagnols de leur costé la vouloient autant quenbsp;nous, et quainsi il ne seroit plus cette fameuse Idolenbsp;qui recoit depuis si longtemps des offrandes de toutesnbsp;sortes de mains, sa perte et sa cheute sembloient infail-libles. II sest rendu, par Ie moyen de ces emprisonne-mens, Ie Maistre absolu de tout, paree que la guerrenbsp;ny les voleries, ny sa puissance ne finiront point, quenbsp;tous les iours il faudra faire de nouuelles impositions ,nbsp;quil aura vn prétexte perpétuel de retranchement desnbsp;gages des Officiers et de mal payer les rentes de lHos-tel de 'Ville, et que non seulement il disposera des charges et des Gouuernemens qui vaqueront doresnauant,nbsp;sans contradiction de personne, mais dès a présent il anbsp;donné tous ceux que possédoient ces Princes, a sesnbsp;creatures et a ceux qui sont dans ses interests ; de sortenbsp;quil sest trouué en vn moment par leurs despouillesnbsp;plus puissant quüs nont iamais esté, sans parler denbsp;1espérance quil a destre bien tost par la délicatesse etnbsp;par Ie peu de santé du Prince de Conty et par la rigueur de sa prison lhéritler de tous ses grands benefices. Voila les véritables motifs de l emprisonnement denbsp;ces Princes. Le reste de laccusation nest que pour amu-ser le peuple, et pour tromper les simples qui croientnbsp;tout ce qui est imprimé, et qui se laissent piper par lesnbsp;apparences, lesquelles , comme des Phantómes, achèue-
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DE MAZARIMDES.
font de sesuanouir a mesure que nous irons plus auant dans cette grande accusation qui a esté leffort des artifices du Cardinal Mazarin et de léloquence de ceux quinbsp;Ie seruent.
H a de'peint M. Ie Prince comme vn Géant qui vouloit empiéter Ie trosne de leurs Maiestez et qui senbsp;vouloit seruir contre eux des biens et de la puissancenbsp;cfuil tenoit de leurs graces. Pour ruiner ce Prince ennbsp;effet, il la fait riche en apparence; et pour labbattrenbsp;entièrement, il a esleué sa puissance sur des faux fonde-mens et son ambition sur de vaines imaginations. Lesnbsp;trois moyens de son accusation sont: il est trop riche;nbsp;il est trop puissant; il est trop ambitieux, Sa defensenbsp;seroit aisée en trois parolles; que cest a la vérité vn desnbsp;Princes du monde Ie plus riche de gloire, de Conquestesnbsp;et de Yictoires; Ie plus puissant pour défendre nosnbsp;frontières, la grandeur de lEstat et Tauthorité du Roy;nbsp;et Ie plus ambitieux de fidélité pour son Prince, pournbsp;sa parolle et pour ses amis.
Mais comme Iinuectiue faite contre M. le Prince est fort estendue, il la faut examiner plus ample-ment. Il Iaccuse destre le plus riche suiet qui soit dansnbsp;la Chrestiente. Cest le crime dont les Tyrans accusoientnbsp;autrefois les hommes quand ils vouloient prendre leursnbsp;biens; mais si destre riche, cest vn crime, que le Cardinal a fait dinnocens pour deuenir criminel! Il a plusnbsp;dor en Italië quil ne nous en reste en France; et Tonnbsp;a vérifié, a ce quon dit, par les Registres des Banquiersnbsp;qui ont ne'gotie ses affaires, plus de cent soixante et dix-buict millions de liures qui ont esté enuoyez de sonnbsp;ordre et sous son nom en Italic. le veux croire quil y anbsp;de la faute en ce calcul; mais il ny en a point en celuy-
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cy : qiie Ie Cliapeau de Cardinal queut son frère Ie lacobin couste a la France plus de douze millions denbsp;liures. II est certain que Ie Cardinal M. a pris desnbsp;sommes immenses pour la marine, dont il a disposénbsp;sans en rendre comple. II est constant que les Vénitiensnbsp;soustlennent en partie la guerre du Turc par Ie moyeunbsp;de largent content que Ie Cardinal a dans leurs banques.nbsp;II est public quil ny a quasi plus dor ny de bonnenbsp;monnoye en France. Quest-elle deuenuePTout Ie mondenbsp;Ie scait. Ce superbe Palais de Rome oii il a fait conduirenbsp;plus de trois cens ballots de meubles des plus précieux denbsp;toute lEurope, et son Palais de Paris Ie publient asseznbsp;liautement. Nous auons beaucoup de Princes qui nontnbsp;point vaillant ses Statues, ses Meubles, sa Bibliothecquenbsp;et ses Escuries, sans y coinprendre ses pierreries. Aprèsnbsp;cela, quelque Eloquence que puisse auoir vostre Ora-teur, il ne persuadera pourtant a personne que vousnbsp;ayez eu raison daccuser M. Ie Prince destre Ie plusnbsp;riche suiet qui soit dans la Chrestienté, et pour cela denbsp;Ie faire emprisonner; et quelque soin au contraire quenbsp;vous ayez pris a vous faire pauure, quelque artifice quenbsp;vous ayez employé pour tromper la Reyne et Monsieurnbsp;sur ce suiet, iose me promettre que si iamais ils iettentnbsp;les yeux sur ce discours, ils ne croiront pas que vousnbsp;soyez sans trésors, ny que M. Ie Prince en aye. Cenbsp;nest pas néantmoins que ce partage ne fut bien iuste.nbsp;Il y a bien de la difference du petit-fils dvn chapelier anbsp;vn Prince du Sang de France, et qui a lhonneur destrenbsp;de la Maison du Roy qui est la plus Illustre race dunbsp;monde et la mieux marquee, puisque les sources dor etnbsp;les mines qui portent les plus précieuses pierreries, ne
Pictro Mazarini, de Vordre des Jacohins, cardinal de Sainte-Cécile.
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sont pas si riches ny si renommées. Auec cela, M. Ie Pfince na point de biens qiie ceux que Monsieur sonnbsp;Pere luy a laissez et quil a méritez par des seruices denbsp;soixante années; et vous nauez que ceux que vous aueznbsp;volez alEstat depuis six ou sept ans; et cependant vousnbsp;®stes assez imprudent pour luy reprocher de médiocresnbsp;biens sans considérer que vous en auez dinfinis.
Peut-estre vous aurez plus de raison dans la suite de cette lettre, ou vous accusez M. Ie Prince desnbsp;grands establissemens qui sont dans sa maison, soit ennbsp;charges, en gouuernemens ou en biens dEgllse. A lanbsp;vérité, Ie ramas que vous en auez fait, donne de léblouis-sement; et coinme il vous a donné de 1ennui, vous aueznbsp;cru quil pourroit causer de la ialousie contre luy. Ienbsp;veux croire que vous auez réussi et que vous auez sur-pris dabord beaucoup de person nes; mais sans doutenbsp;tout Ie monde se destrompera, quand ils considèrerontnbsp;quil y a blen de la différence entre auoir des chargesnbsp;et des gouuernemens et estre criminel, puisque au contraire ce sont les récompenses de la vertu et des seruices,nbsp;et les marques de lestime et de la confiance que lon anbsp;eu de la fidélité de ce Prince, et que ses charges et sesnbsp;gouuernemens lengageoient plus nécessairement etlvnis-soient plus inséparablement au seruice du Roy, duquelnbsp;il ne sest iamais destaché, comme nous Ie scauons tous.nbsp;Comment voudriez-vous condamner ce que la Reyne anbsp;fait par vostre aduis, et ce que Ie défunt Roy, Ie plusnbsp;sage de tous les Roys, auoit fait auparauant elle ? Denbsp;Son règne feu M. Ie Prince nauoit-il pas la charge denbsp;grand Maistre ? et les mesmes gouuernemens, les establissemens de sa maison estoient-ils moins considérablesnbsp;ils ne sont a présent? Non sans doute, puisquil sen
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faut lAdmirauté qui estoit dans sa familie, les gouuer-nemens de Broüage, des Hes de Ré et dOléron, et M. de Brezé, son beau-frère, qui valoit mieux tontnbsp;seul que Broüage et FAdmirauté, et qui mourut dvnnbsp;coup de canon dans Ie seruice
Mais M. !e Prince na-t-il rien mérité de son chef? Ne comptez vous a rien les batailles quil a ga-gnées, les villes qu11 a prises, les merueilles quilafaitesnbsp;en Flandre et en Allemagne, les hazards quil a courusnbsp;mille et mille fois, et Ie sang quil a respandu pendantnbsp;que vous estiez a la Comédie et a résoudre icy Fempri-sonnement et la mort de Messieurs de Bruxelles, denbsp;Blancinesnil et de beaucoup dautres ? Comment aprèsnbsp;tant de preuues de sa valeur et de sa fidélité trouuez-vous a redire quil y aye moins dauantage dans sa mai-son quil ny en auoit du viuant du feu Roy et du dé-funct M. Ie Pidnce ? O Ie grand crime, Messieurs!nbsp;Ie moyen de sen défendre! Ie fds possède Ie bien denbsp;son père; et Ie Roy luy a continué les mesmes graces.
Mais il ne se contentoit pas, dites-vous; il vouloit traiter de Charleuille et acheter de ses deniers Ie montnbsp;Olympe; voila des crimes bien nouueaux! II auoit de-mandé des troupes pour conquérir la Franche Comté etnbsp;la posséder après en Souueiaineté, ou les conquestes quinbsp;auoient esté faites en Flandres du costé de la mer. 11nbsp;auoit demandé vn corps de caualerie pour aller du costénbsp;du Liége appuyer Ie dessein quauoit Ie Prince de Conty,nbsp;son frère, pour la qoadiutorerie de eet Euesché. II auoitnbsp;demandé Fespee de Connestable. 11 auoit demandé plu-sieurs fois FAdmirauté et plusieurs autres choses. Voila
' Armand de Maillé, due de Brézë, ttié au combat naval dOrbitello.
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bien des demandes; mais voila bien des refus. VoiI.\ bieti des pensees inutiles (si ce nest a vostre Réthorique)nbsp;lesquelles, ie masseure, ne viennent pas toutes denbsp;Ie Prince. Sans doute Ie C. M. luy en a fait proposernbsp;ïa meilleure partie, afin de lamuser de vaines espérances,nbsp;comme il a bien seen entretenir beaucoup dautres per-sonnes dimaginations creuses et qui nont produit quenbsp;du vent et des resueries. Si nous scauions, Messieurs,nbsp;combien il a fait en promesses de Prélats et de Cardi-uaux; combien de fois il a marié lEmpereur en Francenbsp;et Ie Roy de Portugal; combien il a fait de Dues et denbsp;Pairs, de Mareschaux de France, de Cheualiers denbsp;lOrdre, de Généraux darmée, de Gouuerneurs denbsp;places et de Prouinces; combien il a fait de Secrétairesnbsp;dEstat, de Surintendans et de Garde des Sceaux; brefnbsp;combien de fois il a marié ses niepces; combien de fortunes il a fait, nous admirerions ce grand Ministre , quinbsp;seul a plus fait de bien que tous les Roys nen ont faitnbsp;depuis lestablissement de la Monarchie. LAdmirauté,nbsp;1espée de Connétable, les conquestes de Flandres etnbsp;les autres aduantages quil veutqueM. Ie Prince aye dési-és, sont asseurément des imaginations Mazarines; maisnbsp;si nous scauions combien, après tant de piperies, il y anbsp;encore de propositions de sa part de cette mesme nature , combien ce négotiateur éternel a sous luy de né-gotians, nous aurions bonte de la foiblesse du siècle quinbsp;ne se peut désabuser de ce charlatan.
Toutes fois sans nous arrester aux pensees dont il accuse M. Ie Prince, ny aux imaginations dont il trompe encore tant de personnes, examinons quels establisse-uens redoutables M. Ie Prince auoit en sa maison, et sinbsp;la comparaison des gouuernemens, cette accusation
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ne sera pas anssi iniuste que celle des riehessses quil a reprochées a M. Ie Prince.
Les gouueniemens de Bourgogne, Bresse et Berry sont les moins considerables du B.oyaume, tant a causenbsp;du peu détendue quont ces Prouinces, que de leur situation; outre quil ny a aucune place forte, Bellegardenbsp;excepté. M. Ie Prince, a la vérité , auoit en Champagnenbsp;Stenay et Clermont; mais quest-ce pour vn Prince dunbsp;Sang ? car de vouloir mettre en compte Ie Gouuerne-ment de Champagne quauoit Ie Prince de Conty, et lanbsp;place de Dampuilliers, il ny a point dapparence;nbsp;non plus que du Gouuernement de Normandie quauoitnbsp;le Due de Longueuille. Et quand M. le Prince seui eustnbsp;possédé tous ces Gouuernemens, ce nestoit pas de quoynbsp;balancer Iauthorite du Boy, ny pour deuenir redou-tahle a la France, puisque IEmpire et IEspagne ne luynbsp;sont pas comparables.
Venons maintenant aux establissemens du C. M.; et en faisant la paralelle avec ceux de M. le Prince seul etnbsp;inestne de toute sa familie. Ton verra quelle disproportion il y aura entre les vns et les autres.
I. Le C. M. a le plus puissant et le plus precieux gouvernement du monde. II est gouuerneur de la per-sonne du Roy, qui est le maistre de tous les Gouiier-neurs. La Reyne , outre cela, Ia fait premier Ministrenbsp;et luy a donne sa principale confiance; et ainsi il a lenbsp;gouuernement de ces deux importants Estats, eest-a-dire du Roy et de la France. II donne des benefices;nbsp;il dispose des Finances et tient Iauthorite absolue dansnbsp;le Conseil; bref il coinmande dans la Cour, dans les ar-mees et dans le Royaume, paree que le bien et le manbsp;sont en ses mains et quil est le maistre de la bonne
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de la niauuaise fortune. II ordonne de la paix et de la guerre comme il lui plaist. Voicy comnie il en vse : lanbsp;guerre dItalie pour Portolongone et Pioinbino a esténbsp;cntreprise pour son seul intérest, et pour luy en fairenbsp;vne principauté; ses confidens en ont les gouuerne-¦Rens. Pignerol, Suze et Casal sont en sa dépendance.
Ainsi il est maistre de tous les aduantages que la Ffance a dans la Sauoye et dans lItalie. Pour la Cata-logne et Ie Roussillon, il en est aussi en possession : Lanbsp;Pare et Noailles^ qui ont esté capitaines de ses gardes,nbsp;lui conseruent Rose, Perpignan et Salses; Ie frère denbsp;La Fare est gouuerneur de Balaguier; et Launoy luynbsp;garde Tortose. LEstrade®, qui a esté aussi son capitainenbsp;des gardes , est pour luy dans Dunquerque. Enfin il y anbsp;peu de places considerables dont il ne soit asseuré par Ienbsp;moyen des personnes qui se sont entièrement déuouées anbsp;son seruice. La Claucire est dans Philisbourg; il a donnénbsp;a Tilladet 1, beau-frère du Thellier®, Brissac, quinbsp;est vn aouuernement de deux a trois cent mille liuresnbsp;de rente. Lanoy est dans Ardres; Chastelnau 1 est a
nbsp;nbsp;nbsp;Charles-Auguste, marquis de La Fare.
* nbsp;nbsp;nbsp;Anne, comte et depuis due de Noailles.
Geoffroy , comte dEstrades, depuis maréchal de France et ambassadeur. Relation conlenant Ie secours ietté dans la ville de GraueVmes par les sohis du Sleur dEstrades, etc. [3098].
Le marquis de Tilladet. On peul consulter sur sa nomination au gourernemeut de Brissac le Manifeste da sieur de Charleuois sur sa déten-lion, etc. [2395]; VEslection du Comte d'Harcourt au gouuerneinenl de V Jl-etc. [1273].
Michel Le Tellier alors mlnlstre de la guerre et depuis chancelier de
Erance.
' Jacques, marquis de Castelnau Maurissière, depuis maréchal de Luiice. II est mort en 1058, des suites des blessures quil avoit recues anbsp;des Dunes.
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Brest; Ie Comte deBroglie^ est dans laBassée; Nauailles1 est dans Bapaulme; et si ie ne craignois pas destre tropnbsp;long dans Ie desnombrement des autres^ il ne seroit pasnbsp;mal aisé de faire connoistre que toutes les recompensesnbsp;sont pour ses domestiques et pour ses creatures, et quenbsp;ceux qui seruent les Princes, nont iamais rien. Paluaunbsp;pour cette raison a eu Courtray et Ipres quil a perdus, etnbsp;fut préféré a M. de Chastillon ^ Considérez sil y a quel-quvn, ie ne dis pas chez M. Ie Prince, mais chez M. Ienbsp;Due dOrléans, oü il y a tant de personnes de Nais-sance, de mérite et de seruice, qui aye esté gratifié dvnnbsp;Gouuernenient semblable a Perpignan, Rose, Dun-querque ou Brissac. Y a-t-il vn des seruiteurs de Monsieur qui aye eu vn Benefice de dix mille liures denbsp;rente? A-t-on donné beaucoup desuéchez a sa recom-mandalion ? Et M. Ie Prince a qui on reproebe tant,nbsp;qua-t-il fait pour les siens, slnon quil a aydé a la promotion de 1Éuesque dAngoulesme^ et de lArcheuesquenbsp;de Bourgesseuleinent, et quil a serui a Gasslon pour Ienbsp;baston de Mareschal de France, et a Messieurs de Chastillon pour obtenir Ie Breuet de Due ? Mais les vns etnbsp;les autres ne méritoient ils pas ces recompenses ? Et
N., couite de Broglie, un des faToris de Mazarin. II y a sur lui des anecdotes dans les ^éritables motifs de la retraite de M. Ie Comte dHar-court ^ etc. [3970], et dans VHistoire veritable dvn accident tragique ar-7'iué d Pontoise, etc. [1651].
Philippe de Montaut de Benac , comte et piiis diic de Navailles. 11 a éte maréchal de France. On a de lui des Mémoires estimés. II est parlé denbsp;lui dans la Marche de Varmee de Monseigneur Ie Prince au-deuant du Cardinal Mazarin [2408].
^ Gaspard IV de Coliguy ^ due de Chatillon , tué devant Charenton Ie 8 février 1649.
^ Francois de Péricard.
Anne de LctIs Ventadour.
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^luand on a fait vn crime a M. le Prince dauoir iiiter-cede pour ceux qui ont eu recours a sa protection, ^ est ce pas faire entendre aux Grands quils nennbsp;doiuent pas vser de mesme? Tout le monde trouueranbsp;ce crime bien léger, et cette accusation bien artificieusenbsp;ct bien deraisonnable; et pour retourner a nostre pa-ralelle, quand on voudra faire comparaison du créditnbsp;tiu auoit M. le Prince, auec l authorite du Cardinalnbsp;ct le grand establissement quil sest fait par le moyennbsp;de ses creatures, quelle difference y trouuerons nous ?nbsp;Le premier Prince du Sang qui sert, qui combat, quinbsp;expose sa vie, qui a conquis tant de places de consequence , ne peut posséder saus crime les bieiifaitsnbsp;qu il a trouuez dans sa uiaison 5 car il est vray quilnbsp;nen auoit point dautres, si ce nestoit Clermont etnbsp;Stenay qui lui auoient este donnez pour recompense denbsp;IAdmiraute; et le Mazarin qui nauoit rien quand il estnbsp;venu en France, qui na seruy qua iouer au Hoc et a fairenbsp;des Comedies, a empescher la paix etaruiner laFrance,nbsp;a luy seul, plus de puissance que M. le DUc dOrleans etnbsp;ees trois Princes ensemble, desquels il a si bien sceunbsp;charmer Iesprit iusques a present quils ont combattunbsp;pour luy, pour eux mesmes et leur propre destruction,nbsp;comme vous voyez, et continueront encore, si Dieu nenbsp;Wr ouure les yeux, afm de connoistre le precipice dansnbsp;lequel ils se iettent et oil ils nous entraisnent auec eux.
Auec cela, toutes ses creatures ne sont pas dans les Gouuernemens des places; il en a dautres pour lenbsp;^ouuernement des Princes. Les vaillants sont pour lanbsp;giierre; les fourbes, les traistres et les liabiles sont pour
Cour et pour les intrigues dans les maisons des ^cinces, Ce sont ceux-la qui sèraent la diuision parmy
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CIIÜIX
eux, qui inspirent les defiances, qui proposent et font réussir les grands desseins, qui surprennent, qui cor-rompent et qui font toutes les passe-passe de la Cour.nbsp;Ce sont ces gens la qui ont fait prendre contre Parisnbsp;et contre toute la France Ie party du Cardinal parnbsp;M. et par M. Ie Prince, qui proposèrent (il y a quelquenbsp;temps) Ie changement de tant de Gouuernemens pournbsp;amuser la Cour, qui ont affronté tant de monde, quinbsp;ont fait attenter au carrosse de M. Ie Prince*, qui Tontnbsp;animé den descouurir la vérité et qui 1ont enfin em-prisonné, qui font que Ie Cardinal dit quil nest plusnbsp;Mazarin et quil sappelle Frondeur, qui luy fontnbsp;prendre autant de formes, de couleurs et de visagesnbsp;que les Fables en donnent a Prothée, qui ont rcunynbsp;M. de Beaufort et M. Ie Coadiuteur auec Ie C., commcnbsp;ils auoient racconnnodé M. Ie Prince et Ie M. aprèsnbsp;laffaire du Pont de Larche; car il y en a qui rassemblentnbsp;et qui raccoininodent, a lout Ie moins en apparencenbsp;et pour quelque temps. II y a des Oublieurs aussi biennbsp;que des Frondeurs. Bref il a des Legions de ces mes-chants Esprits de lvn et de 1autre sexe dans sa dépendance, qui ont tant dadresse et tant dartifices, tant denbsp;filets et tant de picges quil y en a qui pour y auoirnbsp;esté attrapez, ne laisseront pas de sy reprendre. Tousnbsp;ces gens la sont de la Cabale du M. et trauaillent anbsp;ses fins, et pour lesléuation de sa grandeur et de sa fortune et pour Ie mariage de ses Niepces qui achèuerontnbsp;lestablissement tout ouuert de sa tyrannie, dou sennbsp;suiuera infaillibleinent Fanéantisseinent des Parlemens,nbsp;de cette belle Declaration, et la consonimation des cala-mitez publiques.
* Dans hl jouniée du li décenibre 1649.
-ocr page 43-lugez a présent, Messieurs, de la comparalson des forces quauoit M. Ie Prince, auec les grands establisse-oiens du C. qui, saus compter la puissance de ses fourbes,nbsp;sans parler du gouuernement du Roy, de celuy de lEs-, des Princes et de la Cour, a quasi tous les Gouverneurs des Prouinces a luy et toutes les places denbsp;Sauoye et dItalie, du Roussillon et de Catalogue , de lanbsp;Lorraine, de Flandres et de lAlsace, au lieu que M. Ienbsp;Rrince, qui mérite tout, puisquil conserue tout, et quinbsp;a gagné plus de cent villes a la France, nauoit quanbsp;peine ce que M. son père possédoit du viuant du feu Roy.
Voila 1inuentaire general et véritable des ricliesscs et des establissemens de M. Ie Prince , dans leqnel il nenbsp;se trouuera rien qui ne fust dans celui de M. son père.nbsp;En pourroit on dire de mesme du C. ? Tout ce quilnbsp;possède , estoit il dans sa familie ? Non, Messieurs ; sanbsp;naissance ne luy a rien donné; sa vertu ne lui a riennbsp;acquis; la fortune seule luy a laissé prendre tout ce quilnbsp;a, et qui deuroit estre plustost partagé entre les vaillansnbsp;et les bons seruiteurs du Roy et de Monsieur quentrenbsp;les suiuans, les domestiques, les flatteurs, les courtisansnbsp;de eet Estranger.
Pour deffendre M. Ie Prince de lambitlon dont il est accuse, eest oüil y a plus de peine , paree que toutnbsp;Ie monde nest pas bon luge en cette occasion, oèi il estnbsp;trés aisé de se laisser surprendre et de se tromp er soy-ntesme.
La valeur et lainbition ont lant de ressemblance Suil est bien difficile de les distinguer. A la vérité, ceuxnbsp;considéreront M. Ie Prince dans les batailles denbsp;Roeroy, de Norlingue et de Lens et qui laperceurontnbsp;trailers des esclairs et de la fumée des canons, toutnbsp;IInbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3
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couuert de feu et de sang, ceux qui Ie verront ensuite chargé de tous ces fameux et superbes trophées, Ienbsp;prendront aisément pour vn Ambitieux, aussi bleu quenbsp;pour vn Victorieux; mais ie masseure que les gens denbsp;bien et les bons Francois ne Ie voudront pas condamner,nbsp;puisque les Espagnols et les Allemands en parlent si la-borieusement. II ny a que la poltronnerie et la subtiliténbsp;dvn italien qui y puissent trouuer a redire, quand ilnbsp;accuse M. Ie P. de leur donner des batailles auec cenbsp;beau raisonnement (que sil les gagne, il a droit de de-mander quelque recompense; et sil les perd, il est plusnbsp;nécessaire). A moins que dauoir perdu Ie sens, per-sonne ne pouuoit faire vn crime de cela, si ce nestnbsp;celuy qui fait des crimes de léze maiesté a M. de Bou-queual de porter des glands a son rabbatb Voila denbsp;dignes pensées dvn si grand ministro! Voila eet bommenbsp;surnaturel, qui est Ie Surintendant de léducation etnbsp;Iinstructeur du plus grand des Roys ! Il a vne autrenbsp;preuue de lambition de M. Ie Prince qui Ie rend aussinbsp;criminel que la première. II a dit : il refuse Ie comman-dement de lArraée, cette dernière campagne. Cest vnnbsp;péché dobmission tout au plus, mais non dambition.nbsp;Certainement cest examiner de bien prés la conduitenbsp;de M. Ie Prince, si en sept ans de trauail, il na pas punbsp;mériter vne excuse de trois mois sans deuenir coupable.
Est ce abuser de sa gloire que de naller pas tous les ans a la guerre ? Est ce abuser de ses emplois quenbsp;dauoir apporté aux pieds du Roy toutes les campagnesnbsp;quil a faites, tant dEstendars et de Clefs de villes etnbsp;de places considerables? Si M. Ie Prince nest pas assez
* Voyez dans Ie premier volume la Lettre a Monsieur Ie Cardinal^ burlesque.
-ocr page 45-quot;saillant, sil nen a pas assez fait pour vous et pour ^ Estat, vous estes bien difficile a contenter. II a sacri-fié pour vous plaire, contre sou sens et contre son coeur,nbsp;aussi bien que contre Ie nostre, Ie prix de tant de sev-uices quil auoit rendus, qui estoit lestime et laffectionnbsp;générale de tout Ie monde; enfin il vous asauué; et vousnbsp;Ie perdez pour recompense.
Que ceux qui se fient en vous, sont aueuglez ! et que e préuoy de grands malheurs pour eux si vous ne ces-sez en effet aussi bien que de nom destre M., cest-a-dire, Ie plus perfide et Ie plus ingrat de tous lesnbsp;hommes! Vous ne ressemblez pas a ce Lion reconnais-sant que 1ancienne Rome vit combattre pour vn gla-diateur qui lui auoit tiré vne espine du pled, puisquennbsp;ayant autant dans Ie coeur et dans la teste que dimagi-nations, et en ayant esté déliuré par sa valeur, vous Ienbsp;décbirez a présent et luy ostez la liberté quil vous anbsp;Jonnée , et luy voulez rauir lhonneur quil vous a con-serué. Est ce paree quil na pas esté dauis du mariagenbsp;de votre Niepce, dont il auoit, dites-vous, trouué lal-liance si fort utile a la France, ou bien paree quil auoitnbsp;laudace de consentir au mariage de M. de Richelieu inbsp;Ny a-t-il que vous qui ayez droit de marier vos parentes ? lugez qui vous estes et qui sont vos Niepces; etnbsp;regardez sil y a rien de plus grand dans Ie Royaumenbsp;4tie M. de Mereoeur, a qui vous en destiniez vne; ienbsp;rtose penser aux autres, puisque vostre premier vol vanbsp;si loing. Que ne ferez-vous point quand vous aureznbsp;^aisle plus forte ? et après, voyez si Ie premier Princenbsp;du Sang est moins que vous, si M' de Pont ne vautnbsp;pas mieux que toutes vos Niepces , et si tous les Fauorisnbsp;P^uuent entrer en comparaison auec M. de Mereoeur.
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Cest cela que lon peut uomirier ambition déréglée; cest abuser de vostre emploi que demprisonner lesnbsp;Princes; cest abuser de lesprit de Ia Reyne et de celuynbsp;de Monsieur que de leur imposer tant de faussetez pournbsp;leur donner de la colère contre M. Ie Prince. LEstat oünbsp;estoit la Normandie, Ie Berry et la Bourgogne et Belle-garde, auec cent quarante mousquets, sans poudre etnbsp;sans boulets, sont les preuues conuaincantes de vostrenbsp;calomnie et de leur innocence; et ie masseure, Messieurs, que sil vous plaist de faire reflexion sur Ie passé,nbsp;et sur ce que M. Ie Prince a pu, sil lauoit voulu, etnbsp;comme aux derniers temps, il se contentoit a Saintnbsp;Maur de samuser et de se diuertir auec ses domes-tiques, vous iugerez sans doute que ce Prince nauoitnbsp;pas tant dambition quon luy en donne, et que desnbsp;défauts de la ieunesse, il nauoit que la simplicité et lanbsp;crédulité qui Ie menèrent a Saint Germain (pour nenbsp;point quitter Ie Roy) et qui 1ont conduit dans Ie Boisnbsp;de Vincennes, ou les eharmes et la puissance quexercenbsp;Ie M. sur lesprit de la Reyne et de Monsieur, Ie retien-nent, et non pas Ie bien de lEstat et de la iustice, commenbsp;il Ie veilt faire croire, qui demandent au contraire sanbsp;liberté, laquelle ne peut estre contredite que par denbsp;lasches ennemis, ou par ceux qui ayment mieux partagernbsp;auec luy la tyrannic que de labbattre et de la destruirenbsp;entièrement, ou qui preferent leur colère particuliere anbsp;leur bien propre et a la paix générale, qui est pourtantnbsp;si nécessaire au peuple quils trompent et quils acbèuentnbsp;de ruyner en faisant semblant de Ie venger; et cepen-dant ces gens la se font appeler les pères du peuple.
Vous voyez. Messieurs, c[ue tons les crimes que lon impute a Messieurs les Princes, ressemblent aux pour-
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nous pensions estre sortis pour iainais et qui seront dautant plus grands que remprisonnement de ces troisnbsp;Princes ne laisse plus rien dinuiolable a laudace de lanbsp;fortune, quelle entraisne auec soy la ruine des peuplesnbsp;et liinpossibilité de faire la paix, et quelle donne lanbsp;puissance a M. de se vanger de Paris et du Parlement,nbsp;quil a voulu mettre a feu et a sang auant quil luy eustnbsp;fait aucune iniure.
Préuenez, Messieurs, sil vous plaict, par vostre prudence, tant de maux dont nous sommes menacez.nbsp;Souuenez vous que Ie M. est de Sicile, et des cruauteznbsp;qui sexercent a Naples. Ne considérez pas llmprudencenbsp;des premiers mouuemens qui font assez souuent, aussinbsp;bien que Ie menu peuple, des iours de Festes des ioursnbsp;de leur ruine. Faites lustice a ces Princes , conseruez Ienbsp;Sang Royal qui fait subsister Ie Corps de lEstat. Re-pensez aux seruices véritables que ces Princes ont rendus,nbsp;et aux auantages que la France a receus de tant de Vic-toires remportées sur les ennemis; dissipez les fauxnbsp;soubcons que lon a voulu malicieusement faire prendrenbsp;de la fidélité incorruptible de ces Princes; destroinpeznbsp;lespritdeM.; faites luy connoistre que la protectionnbsp;de M. (^Mazariii) blesse sa reputation, que celaseulfaitnbsp;tout Ie crime de M. Ie P. Failes-le souuenir des persecutions quil a souffertes dvn autre Fauory qui a in-struit celuy cy de ses maximes, de ses artifices et de sesnbsp;exemples. Dites luy que M. Ie P. est Ie reieston illustre,nbsp;Ie greffe uhonneur et de vertu de cette noble Souche denbsp;Montmorency, quil est Ie neueu de eet Héros incomparable qui combatit et qui mourut pour luy. Faites-luynbsp;voir Madame la Princesse tout en larmes qui luy demandenbsp;ses enfans; excitez sa gratitude, et que sil ne peut
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redonner la vie a Tonde, il est en quelque sorte oblige procurer a la soeur et aux neueux la liberté. Enfin,nbsp;Messieurs, faites luy entendre quil y a deux Princes denbsp;inaison de Bourbon qui ont Thonneur destre de sonnbsp;, que la Nature auec vous luy demande lustice pournbsp;®ux; et sil ny a point darbre qui ne plie et qui ne senbsp;plaigne, quelque sauuage quil puisse estre, quand vnenbsp;tgt;ianche luy est arrachée par la tempeste, ne doutez pasnbsp;Ie roeilleur Prince du monde ne soit sensiblementnbsp;touché de leur malheur. Pour moi, qui considère cettenbsp;grande Compagnie comme Ie zèle et Ie refuge des Inno-cens, comme Ie temple de la lustice, ou les choses sontnbsp;pesées au poids du sanctuaire, ie sais bien que ces Princesnbsp;ne scauroient manquer dauoir de puissans protecteurs,nbsp;et cjuaprès que tant de sages Sénateurs auront remonstrénbsp;a son Altesse Royale que M. Ie P. est son bras droit,nbsp;que Ie bien de TEstat Ie luy demande, cjue cest Ie moyennbsp;dauoir la paix, ie me promets et ie masseure quenbsp;M. obtiendra du Roy cette grace et sy portera dautantnbsp;plus volontiers que de toutes les vertus qui Ie rendrontnbsp;célèbre a tous les sledes, celle de sauuer M. Ie P. luy seranbsp;la plus glorleuse et la plus honorable, la plus vtlle a lanbsp;France et a tous les peuples, et dont Ie Parlement luynbsp;puisse demeurer plus redeuable.
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(18 janvier 1650.)
Les suiets d vne l\epublique ou Monarchie sont heu-reux quand ils viuent selon les lois et quils ne crai-gnent pas que 1on les recherche, ny que 1on entre-prenne centre leurs biens et personnes que par les voyes ordinaires de la iustice. Lors vn homme est sans inquietude qui est sans crime ; et celuy la se peut dire aunbsp;milieu de ses enneinis asseure dans ses biens et sa vie,nbsp;qui est innocent. Anciennement la France se gouuernoitnbsp;dans cet ordre et par ces maximes. II ny auoit pointnbsp;de prisons legitimes que les Conciergeries des Parle-mens et celles des luges ordinaires ; et si quelquefois lesnbsp;Roys sen sont seruis dautres, ca este fort rarement,nbsp;comine es Dues de Nemours, dAlencon et Connestablenbsp;de Saint Paul; et encore leurs Maiestez en ont tousioursnbsp;laisse Ientiere disposition a leurs luges; sinon depuisnbsp;quelque temps que la flatterie a fait croire aux Ministresnbsp;quils auoient puissance de tout faire irapunément, etnbsp;que non seulement sur vn soupcon, inais mesmesnbsp;que sur Iapprehension de la resuerie dvn songe, ilsnbsp;pouuoient emprisonner les plus gens de bien; de sortenbsp;que nous auons veu principalement depuis la Regence,nbsp;Pignerol, la Bastille, le Bois de Vincennes et la plus-part des Chasteaux et Citadelles du Royaume remplies
Cette piece repète souvent les arguments du Discours qui précède; mai.s comme elle les développe et les compléte aussi quelquefois, jai crunbsp;quHl étall i\ propos deu donuer des extraits.
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personnes de toutes conditions et sans en scauoir la raison- et lorsque Ton a voulu en faire paroistre lesnbsp;motifs a la lustice pour les Dues de Beaufort et de Lanbsp;Mothe, les Parlemens les ont trouuez si foibles que lesnbsp;Ministres nen ont receu que de la bonte et de la confusion , ce qui na pas néantmoins empesché que ces Inno-oens nayent pasty.
Les claineurs et les plaintes dvn si grand nombre affligez esmeurent et obligèrent, lannée dernière, Ienbsp;Larlement a faire des Remontrances au Roy, a ce quenbsp;pour la seureté des personnes, aucun de quelque qualiténbsp;condition quil peust estre, ne seroit traisté a lauenirnbsp;Oriminellement que selon les formes prescrites par les loixnbsp;ilu Royaunie; ce qui fut accordé par sa Maiesté aunbsp;quinzième article de sa Declaration du 22 octobre 1648.nbsp;^ais vne si sainte Ordonnance na pas diuerty les Mi-nistres de continuer leurs désordres. Ils ont tenu vn annbsp;prisonnier Ie Mareschal de Rantzau sans que Ie Parlement ny les luges ordinaires ayent eu connoissance desnbsp;causes de son emprisonnement, ny ayant pas eu denbsp;plainte sur la contrauention de cette ordonnance en lanbsp;personne dvn Officier de la Couronne. Ils ont cru pou-Uoir entreprendre la inesine chose contre deux Princesnbsp;Sang et vn autre Prince des plus considerables quinbsp;^oient en France, ayant fait arrester prisonnier au Boisnbsp;ilo Vincennes Messieurs les Princes de Condé et de Conty,nbsp;®uec M. Ie Due de Longueuille leur beau-frère; etnbsp;^autant que cette action est sans exemple dans la Mi-Oorité des Roys, ils ont voulu la colorer par vne let-
' Le inaréclial de Rantzau fut arrété eu 1649 a Saint-Germain pendant siége de Paris, peut-être a cause de la Lettre de M. Ie maréchal dtnbsp;^°ntzau.... a Monseigneur Ie Due iTOrleans [2024],
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tre qiie lon a publiéo au nom de sa Malesté, dans la-([uelle ils ont estabü beaucoup de foibles prétextes pour maintenif vne eiitreprise si extraordinaire, qui oste au Roynbsp;Ie plus fort soustien quil ait dans sa minorité, et dés-arme Ie plus trioinphant ennemy quait lEspagne. Etnbsp;coinrne véritablement il falloit que les motifs de cette detention fussent bien puissans pour faire approuuer lanbsp;iustice dvne telle action, aussi peut on dire sans blessernbsp;Ie respect deu aux Ministres que Ie sieur de Gué-ncgaud auroit mieux fait pour leur gloire de taire la lé-gèreté de ceux qui sont escrits, que de les publier, sinbsp;on ne luy auoit pas donné charge de faire paroistre in-noccns ceux que lon rendoit malheureux sans estre cou-pables.
Les premiers vsurpateurs et conquérans de Monarchies , comme ont esté les Césars dans lEmpire Romain, les Frederic et Gustaue dans les Royaumes de Danemarknbsp;et de Suède, captiuoient la bienueillance des peuples,nbsp;sintéressoient dans leurs misères, flattoient leurs mou-uertiens, prenoient leur party et protection dans les rencontres OU ils cherchoient a se déliurer de leurs oppressions. Au contraire il semble que ce Prince se soit estudiénbsp;a sattirer lauersion des peuples pour oster tout umbrage a son Roy. Il scauoit bien quil falloit peu de cho-ses auec sa reputation et sa gloire pour donner ialousienbsp;a son maistre. La protection quil donna Ian passé aunbsp;Cardinal Mazaiin durant les troubles de Paris centrenbsp;tous lesvoeux de la France, en est vne preuue euidentenbsp;et funeste. On peut dire quil nest mainlenant prison-
Du i9 janvier 1650.
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pour auoir empesché Mazarin de 1estre, et quil ® perdu la liberté pourlauoir conseruée a celuy cy, quinbsp;^ ^ P®yé de sa monnoye ordinaire enuers tous ses bien-faiteurs quil fait gloire de destruire. Cest luy qui anbsp;''Hide la question si longtemps débattue entre les Philo-sophes, qui est Ie plus grand benefice, celuy de la créa-bon OU conseruation ; car il les a logez et réduits anbsp;Hiesme point : scauoir au Bois de Vincennes, Cbauigny nbsp;ce Prince.
Paris tendoit les bras a ce Prince et tout Ie Royaume ^ui ouuroit Ie coeur, sil eust voulu conspirer a la ruynenbsp;de Mazarin , en laquelle néantmoins Ie temps luy a faitnbsp;veoiret a nous quil auoit plus dintérest quaucun autre.nbsp;P auroit done profile dvne si belle occasion et se seroitnbsp;fait aimer dans sa liberté, sil eust eu dessein de monternbsp;a la Souueraineté, puisquil ny a pas de voyes plusnbsp;courtes et de marches plus faciles aux Couronnes et auxnbsp;Sceptres que la bienueillance des peoples, et auroit esténbsp;plaint et regretté dans sa disgrace.
Chacun scait la consternation que toute la France eut la mort de Messieurs de Guyse a Blois, accusez das-pirer a la Souueraineté. Lamour et la créance quilsnbsp;HUoient des peuples, donna au Boy de iustes defiancesnbsp;de leurs desseins. Le deuil general du Royaume pournbsp;^ette perte qui causa vn embrasement vniuersel parniynbsp;peuples, pouuoit confirmer le Roy dans ses ombrages.nbsp;Mais oü sont les acclamations du monde pour ia per-^onne de ce Prince dans les derniers temps et depuisnbsp;4Hil a maintenu le Cardinal? Qui a veu tomber des
' Léon le Boutliilier, comte de Chavigny, mlnlstre secrétaire dÉtat.
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lannes ou letter des soupirs et des regrets aux peuples en sa disgrace et detention ? Ce seroient la des marquésnbsp;hien plus vraysemblables de ses proiets et de son ambition que tons les foibles moyens quon employe pournbsp;attaquer vne fidélité incomparable. II est done vray denbsp;dire par toutes les maximes politiques que la conduitenbsp;qua eue M. Ie Prince iusques icy, Ie iustifie asseznbsp;netteinent de la pretention dont on 1accuse de Souue-raineté.
Car pour auoir desire des places dans les gouuerne-mens, premièrement il ny en a pas vne qui ne vienne de feu Monsieur son Père. De plus cela est dans lordrenbsp;accoustumé et sans enuie. II ny a point de Gouuerneurnbsp;qui ne possède et ne desire des places dans la Prouincenbsp;quil commande, pour y maintenir Tauthorité du Roynbsp;et la sienne. M. Ie Due dOrléans a dans Ie Languedoc, Montpellier, Ie Pont Sainct Esprit et Brescou.nbsp;M. Ie Due de Bellegarde, Gouuerneur de la Bourgogne auant feu M. Ie Prince, auoit Ie Cbasteau denbsp;Dijon, Verdun, Sainct lean de Laune et Bellegarde,nbsp;que lon enuie tant auiourdhuy a M. Ie Prince.nbsp;Le Connétable * auoit dans la Picardie, Amiens, Calais,nbsp;et Boulogne; M. de Lesdiguières, dans le Dauphiué,nbsp;le Cbasteau de Grenoble et le Fort de Barrau. Lenbsp;Due de Montbazon a dans celuy de lIsle de Francenbsp;Cliauny, Soissons et Noyon , M. de La Meillerayenbsp;en Bretagne, Blauet, Nantes et Guerrande. Et Ton nanbsp;iamais pour cela accuse aucun de ces Messieurs daspirernbsp;a la Souueraineté. Pourquoy done sur de pareils fonde-mens bastir contre celuy cy seul de si différentes consé-
' De Luvnei.
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quences ? Après, lestat auquel se sont trouuées en sa detention toutes ses places, tant en Bourgogne, Cham-
pagne que ISïorinandie, dépourueues de munitions, de soldats et dargent, fait bien remarquer 1 iniustice denbsp;ce soupqon et linnocence des desseins du Prince plusnbsp;tost que son ambition.
C est bien parler légèrement et inutileraent de dire 'l't 11 est Ie plus riebe suiet qui soit au monde. Tous lesnbsp;^lens quil possède, ne sont ils pas encore au dessous denbsp;oaissance et hors denuie ? Qui auroit droit légitimenbsp;richesses et aduantages dvne maison et Royaumenbsp;ceux du .Sang et de la familie ? Mais au contraire oil on trouue a redire, cest que Ie Cardinalnbsp;^stant Ie plus pauure suiet du Roy dEspagne par sanbsp;ï'aissance, est deuenu auiourdhuy Ie plus riebe Ban-quier et Marchand de France; cest que tout luy estantnbsp;interdit a cause de son extraction par les loix dunbsp;Royaume, il tient néantmoins et vsurpe tout par sa fa-ueuv et violence.
He plus il ny a pas de nation ou il ny ait de plus riebes suiets que M. Ie Prince, comme en Espa-gae Ie Marquis de Cosmar; en Allemagne Ie moindrenbsp;petit Prince suiet de lErnpire; en Irlande Ie Comte dOr-^lont; en Pologne Ie Prince de PLazeuille; en Italië lesnbsp;^onnestables de Colonne; en France M. de Guyse, sansnbsp;parler de la maison de Vendosme.
Et quant aux Bénéfices, il y en auoit deux fois plus entre les mains de M. de Guyse dauiourdbuynbsp;qu en celles de Monsieur son frère. Mais sans cberchernbsp;autres exemples que Ie Cardinal Mazarin , celuy-cy nenbsp;possède-t-il pas a la bonte de la France plus dAbbayes
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et de Benefices que Ie Prince de Conty, que M. de Metz et tons les autres Eclésiastiques ensemble ?
On diroit a entendre cette lettre que tons les Éues-chez et Gouuernemens ne soient remplis que de ses creatures et doinestiques ; et cependant nous nauons veu que deux personnes paruenir aux Eueschez par sa re-commandation, qui sy fussent bien esleuez dailleursnbsp;par leur mérite ou naissance, scauoir lEvesque dAn-goulesme dauiourdhuy, Gentilhomme de condition,nbsp;Nepueu de feu M. dEureux* et duquel deux frèresnbsp;auoient esté tuez pour Ie seruice du Roy dans vn mesmenbsp;iour et combat. Lautre est Ie sieur de Memac de la mai-son de Ventadour, nommé a rArcheuesché de Bourges.nbsp;Ou sont ses autres amis, creatures et domestiques quinbsp;ayent eu aucune Abbaye ou Benefice ? Mais pour Ie Cardinal Mazarin, il retient tout pour luy ; et Ie reste quilnbsp;ne peut réseruer, il Ie met en commerce et Ie trocque.nbsp;Y a-t-il vn seul Bénéficier auprès de luy, soit Italien,nbsp;soit Francois, qui ne soit aussitost remply ? Na-t-il pasnbsp;fait vn Aumosnier de son frère, aux dépens du Roy,nbsp;éuesque dOrange^, et vn maistre de Chambre, fils dvnnbsp;linger, Euesque de Coutances ? Les Cardinaux dAm-boise, de Tournon et Ricbelieu tenoient vn homme dixnbsp;ans auprès deux auparauant de 1aduancer en lEpisco-pat; mais celuy cy les pousse en vn moment. II est vraynbsp;que la gloire de seruir de si grands hommes que les premiers, pouuoit seruir de recompense a ceux qui estoientnbsp;attachez a eux ; mais la bonte de seruir celuy cy ne peut
' Henri de Bourbon, évéque de Metz et abbé de Saint-Germain des Prés.
* FjIo}' Boutault.
' Hyacinthe Serroni.
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excusée ny adoucie que par lespérance des Béné-et bienfaits, desquels il a lentière disposition.
Quand aux Goiiuernemens quon reproche luy auoir esté accordez ou a ses creatures, excepte Clermont etnbsp;Stenay que lalettre nomme, tons les autres sontoubliez,nbsp;autant quil ny en a pas eu dauantage. Quoy on plain-deux Gouuernemens de Places a vn Prince qui en anbsp;^ïiquis tant a la France, entre lesquels sont Dunker-j Thionuille et Philipsbourg, les meilleures placesnbsp;de 1 Europe ; qui a estendu ses limites iusques a 1 Ocean;
a subiugué IAHemagne et fait trembler et périr tant de fois toutes les forces dEspagne ?
Ca créance quil auoit dans les trouppes doit-elle estre Cause de sa perte ? Elle est fondée sur sa valeur etnbsp;^e)nne fortune, qui sont deux cboses fauorables a vn Estat.
Maiesté se plaint elle du crédit quil auoit dans les troupes Allemandes ? La il offense pour lauoir employénbsp;passé a désarmer en vn moment Ie Marescbal de Tu-^enue qui amenoit toutes ses forces au secours de Paris,nbsp;elles ne luy eussent écbappé par les seuls moyens etnbsp;P^^tiques du Prince de Condé, qui escriuit aux Colonelsnbsp;^llemands pour les engager et retenir au seruice du Roy.
N est ce pas vne des plus recommandables parties dvn Capitaine de sinsinuer dans lesprit des soldats etnbsp;de gagner leur créance ? Lhistoire de toutes les nationsnbsp;^ous apprend quvne armee est demy défaite qui estnbsp;conduite par vn General quelle nestime pas. Au con-^caire, ce ne sont cpie presages de victoires, que bonsnbsp;^^gures et espérances dbeureux succez parmi lesnbsp;®cldats qui se voient coromandez par vn Cbef de répu-*^tiou. Et cest pourquoy lorsque les armées du Roy
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auoient a leur teste M. Ie Prince, on pouuoit (lire auec vérité et sans vanité ce quautrefois disoil Romenbsp;clAlexandre Séuère : que la France ne deuoit riennbsp;cvaindrepuisquelle auoit Ie Prince de Condé. Si les geusnbsp;de guerre sadressoient a lui plus souuent cjua nul autrenbsp;pour obtenir des charges, pouuoit-il en conscience et auecnbsp;honneur sempescher de les secourir et espargner enuersnbsp;sa Maieste ses recommandations pour ceux qul nauoientnbsp;pas auec lui espargné leur sang pour son sendee?
Cest vn prince si plein de gloire dans les armes quvn homine se sentoit autant oblige de ses sollicitationsnbsp;coinme dcs bienfaicts des autres. Voices on peut dire denbsp;luy ce que plusieurs disoient dAuguste scion le rapport de Crispus Passienus ; quon prisoit dauantagenbsp;I'estirne quapportoient ses bienfaits ou recornmanda-tions que le don, pour ce que le faisant auec connois-sance de cause, il donnoit de I'honneur a celuj uuquelnbsp;il procuroil du hien. Il luy appartenoit a bon titre denbsp;disceruer le poids et le prix de la valeur et mérite desnbsp;soldats et Capitaines; et son approbation pouuoit estrenbsp;vne iuste mesure a sa Maieste pour le cboix et la distribution des graces et faueurs de la guerre. En vn mot,nbsp;sil eust este cjuestion de scauoir qui estoit le meilleurnbsp;ioueur de Hoc, le Prince ne deuoit pas estre escoutenbsp;contre les aduis du Cardinal, qui ralTine en tons les ieuxnbsp;de passe-passe. Mais pour les charges de la guerre quinbsp;se donnent a la valeur, qui sacquierent a la pointe denbsp;Iespee et au peril de la vie, il ny auoit point de suffrages dans le Conseil plus considerables que ceux dviinbsp;grand Capitaine comme luy, c{ui estoit tesmoin de toutesnbsp;les belles actions (jui sestoient faites dans les armecs, ctnbsp;qui auoit este si souuent triomphant de IEspagne cjuil
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pouuoit dire ce que Maximin escriuoit au Sénat de ^oine : qiCil auoit fait tant de prisonniers qua peine
^^tendue de ïEmpire estoit-elle capable de les con-
Les insolences et désordres des troupes ne scauroient ^ui estre imputez, mais au Cardinal qui a rouge les en-*^railles de lEstat, sucé Ie sang du peuple et espuisé toutnbsp;Je Royaume de finances; estant infaillible que cest Ienbsp;®^^iiquement dargent qui empesche la discipline desnbsp;^tniees et qui ouure la porte a toutes les violences quvunbsp;^énéral est force de dissimuler, quand on iia aucimenbsp;solde a lui donner.
Le Prince de Condé nestoit pas 1an passé dans la Lhampagne oü Ton exercoit toutes sortes dhostilité etnbsp;cruauté contre la religion et païsans de la prouince.nbsp;Les plaintes sont uniuerselles en tous les endroits, lieuxnbsp;pais oil la nécessité de la guerre appelle des troupesnbsp;sans finances. Si la voix des peoples qui languissent dansnbsp;le Royaume, nest pas assez forte pour se faire entendrenbsp;*ur ce suiet a sa Maiesté, combien a-t-elle veu dAmbassadeurs et de plaintes de la part de la Duchesse de Sa-tioye * et de la Catalogne * pour y remédier ? Dira-t-onnbsp;que M. Ie Prince est la cause des malheurs qui affligentnbsp;accablent les Prouinces et nations oü il na pas esté ?nbsp;Lertes la cause de tous nos maux est en France, quinbsp;6st le Cardinal; et le remède qui est largent, pour ceuxnbsp;y font ses troupes, est en Italië, doü il ne le fera
' ta Champagne désoléepar Varmée d'Erlach [677].
* nbsp;nbsp;nbsp;t-'Ambassadeur de Sauoie emwje du mandement de son Jltesse.... a la
Régente, etc. [70].
* nbsp;nbsp;nbsp;Ambassadeur des Ètals de Catalogue.... enuoyé dia Reine Régente....nbsp;°^chant les affaires de ceite Prouince, etc. [71],
II nbsp;nbsp;nbsp;4
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CHOIX
pas retourner. Gest la puissante raison qui diuertit ce Prince de sengager au commandement de larniée, lesténbsp;passé. Les triomphes et les lauriers cessoient de luynbsp;plaire, qui coustoient tant de larmes et de soupirs aunbsp;peuple. II aiinoit mieux que Ton ne comptast pas sesnbsp;victoires durant cette campagne que de veoir et entendrenbsp;raconter les désordres que sont contraintes de causer desnbsp;troupes qui ne sont pas payees. Et puis certes vn Princenbsp;qui a trauaillé continuellement durant sept années de lanbsp;Régence et qui auoit fatigue et esté tout lhyuer précédent sous les armes, pouuoit bien se reposer trois ounbsp;quatre mois dvne campagne suiuante, ny ayant pasnbsp;dhomme qui a Ia fin ne se lasse au trauail et a la peine.nbsp;Cest néantmoins vn des crimes quon luy obiecte, duquelnbsp;on nauroit maintenant aucune peine a Ie iustifier, silnbsp;auoit passé lhiuer précédent comme lesté.
Les différentes partialitez quil a témoignées auoir pour Ie Gouuerneur de Prouence contre son Parlement, etnbsp;pour Ie Parlement de Bordeaux contre son Gouuerneur,nbsp;ne sont pas si estranges. Lvn est son Gousin germain,nbsp;qui a esté fait prisonnier et fort mal traisté du Parlementnbsp;de Prouence; et lautre Gouuerneur ne Test pas, etnbsp;dailleurs auoit resueillé sans cause et renouuellé tonsnbsp;les troubles de la Guyenné. H y a desia en ce point lanbsp;mesme raison pour laquelle nous remarquons que Ienbsp;Gardinal protégé contre lEglise et la Prouince denbsp;Guyenne M. dEspernon plus que les autres Gouuer-neurs, a cause de lespérance quil a de luy donnernbsp;vne de ses niepces pour M. de Gandalle; outrenbsp;que par vn public consentement on trouue que Messieursnbsp;de Guyenne auoient plus de iustice et de raison de senbsp;plaindre des outrages et entreprises du Due dEsper-
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non que non pas ceux de Prouence du Comte dAlets;
partant sans auoir esgard a la parente ou amitié, il pouuoit soustenir Ie mérite de la cause dvu Parlementnbsp;estre contraire a 1autre.
/
* .
Les propositions qui sont mises en auant, quil deman-doit vne armee pour réduire la Franche-Comté et la posséder en Souueraineté, aussi bien que nos autresnbsp;piises de Flandres, sont de la nature des crimes qui sontnbsp;^isez a inuenter contre vn prisonnier, mais difficiles anbsp;Pi'ouuer. Son ambition en cela auroit esté louable; et ilnbsp;y a pas lieu dexcuse ou il ny a pas de faute. Ce nenbsp;seroit pas Ie premier Prince du Sang et suiet de la Cou-^Onne qui auroit esté aydé par nos Roys a la conquestenbsp;^vn pays Souuerain. Charles huictième nassista-t-il pasnbsp;pareilles entreprises Ie Due dOrléans son frère anbsp;^onquérir Ie Milanais? La maison de France na-t-ellenbsp;souuent employé ses forces et sa puissance pournbsp;^yder les Dues dAniou a se rendre Maistres et Souue-'¦^ins de Naples? Henry troisième ne donna-t-il pas desnbsp;forces et du secours au Due dAlencon son frère pournbsp;conqueste de Flandre ? Nauons-nous pas veu mesmenbsp;00 nos iours Ie feu B-oy Louys treiziesme dompter lesnbsp;**gueurs de 1hiuer et passer les Alpes pour affermir etnbsp;oiaintenir Ie Due de Neuers son suiet en la Duché etnbsp;P^ys de Mantoue? Quel crime done est cea vn suiet Francois de souhaiter destre Souuerain aux despens du Roynbsp;d Espagne ? Quel préiudice cela feroit il a la Couronnenbsp;France ? Ny auroit il pas eu moins de péril et plusnbsp;^duantage dauoir vn si foible voisin pour Souuerain,
' Son cousin; Ie due dOrléans, depuis Louis XII.
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quvn si grand Monarque comme est Ie Roy dEs-pagne ?
Mais comment ne taire pas ce qui est si fort a sa gloire, dauoir esté daduis lesté passé de destacher partie denbsp;notre armee de Flandre pour secourir Ie Liége et em-pescher loppression dvne Ville alliée, de laquelle nousnbsp;auions receu tant de secours dans les guerres présentes ?nbsp;Ny auoit il pas plus dlionneur et dvtilité pour nosnbsp;armes de les employer a empescher la seruitude de nosnbsp;voisins que de les occuper a piller et brusler quelquesnbsp;villages de la campagne du Haynaut ?
Et pour la Coadiutorerie de Liége, quand vn si glo-rieux Conseil en auroit esté Ie motif, leffect nen auroit il pas esté profitable et honorable a la France? Ce nenbsp;scroit pas dailleurs Ie premier de la maison de Bourbonnbsp;qui en auroit esté Euesque. Et on demanderoit volontiersnbsp;Ie iugement du Lecteur pour scauoir sil est plus a propos pour Ie bien de nos affaires que ce soit lEuesquenbsp;dOsnabruc dauiourdhui que M. Ie Prince de Conty ?nbsp;II y alloit done de lhonneur de la France descouter lanbsp;voix du Liége qui imploroit sa protection? et on imputenbsp;a crime a vn Prince den auoir donné Ie Conseil!
Dexalter aussi Ie don de Chantilly et de Dampmartin comme vn des plus beaux présents qui sest iamais fait anbsp;vne seule personne, cela est ridicule, puisquon sestnbsp;moins estonné du retour de ces terres en la maison dvnnbsp;premier Prince du Sang, beau-frère de M. de Montmorency, que de la réserue quen auoit fait Ie feu Roy; etnbsp;que chacun scait que les Roys en France, a 1imitationnbsp;de 1Empereur Adrien, ne profitent pas des biens con-fisquez et ne veulent pas quils entrent dans leur Espar-
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son crime ? Le Due de Richelieu na pu se marier sans le consentement du Roy et de laReyne; cela estvray,silnbsp;eust fait qiielque alliance hors du Royaume, mais nonnbsp;pas pour celles qui se contractent en France, Pourquoynbsp;maintenant le Due de Richelieu luy auroit-il promis lenbsp;Haure ? Ne payoit-il pas bien ce bon office sur le champ,nbsp;sans luy donner encore de retour la place ?
Le sieur de Guenegaud fait fort bien de passer sous silence les promotions aux Breuets de Dues et Mares-chaux de France qui ont este accordez a la recom-mandalion de M. le Prince. Nous nauons pour Ivnnbsp;que le Mareschal de Gassion. Chacun a connu par lesnbsp;seruices quil a rendus en cette quallte, quil meritoit cetnbsp;honneur. La bataille de B.ocroy ou 11 seruit si digne-ment, fut le motif de la recommandation de M. lenbsp;Prince. Ou est en cela la faute et le suiet de ce reproche ?nbsp;Pour le Breuet de Due, on ne peut remarquer que feunbsp;M. de Chastillon, lequel sans appuy de M. le Princenbsp;pouuoit bien se promettre de la Reyne vn traitement pared a celuy de Messieurs de Liancourt et de Tresmes.nbsp;La mort, les seruices de son pere et les siens en tantnbsp;de batailles et de rencontres, netoient ce pas de beauxnbsp;degrez pour monter a la gloire et luy faire espérer lanbsp;continuation des honneurs qui auoient este accordeznbsp;pour recompense a son pere ?
Ne seroit il pas a souhaiter a la Reyne pour la gloire de sa Regence et Iaduantage de cette Couronne, quellenbsp;eustsouuentles mesmes occasions de distribuer ses graces?nbsp;Lenuie ne règnera pas tant dans la cour quand ellenbsp;appliquera si iustement ses bienfaits, qui nauront iamaisnbsp;aucune suite ny consequence a craindre.
Quant a sa pretention a IAdmiraute, elle semble assez
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mste et excusable, puisquelle vaquoit par la mort de ®on beau-frère et quil eust esté maintenant tres glorieuxnbsp;3 la France de Ie veoir aussi heureusement commandernbsp;sur mer, comme il faisoit sur teire. Et certes nauoit ilnbsp;pas vn fondement bien légitime de croire auec tout Ienbsp;uionde que cette charge passoit par les mains de la Reynenbsp;pour tomber plus doucement en celles du Cardinal, quinbsp; a tousiours depuis maniée et en a retire tons les reuenusnbsp;aduantages ? Mais pendant que Ie Prince triompboitnbsp;oontinueliement sur la terre par Ie succes de ses armes,nbsp;lo Cardinal faisoit triompher 1Espagnol sur mer, lanbsp;ï^^rance nayant eu que malheurs et disgraces dans lesnbsp;^rmées nauales depuis quil en a pris la direction. Cenbsp;uont esté que sorties de port a contre temps, que bii-semens de vaisseauxet escueils de galères. Les meilleuresnbsp;uouuelles qui venoient de la, estoient les moindres pertes;
chacun scait ce que ses chimères du costé dItalie ont oousté a la couronne et combien la dernlère descentenbsp;^ux Costes de Naples sur ses ordres fut iudicieuse. Tandisnbsp;*iue toute cette grande Ville estoit aux feux et aux armes,nbsp;^armée nauale cherchoit vn chapeau pour son frère, aunbsp;lieu de prendre vn Royaume pour la France, ou de Ienbsp;faire perdre a lEspagne. Mais quand lEspagnol en eutnbsp;eahné les mouuemens et leut rédulte a son obéissance,nbsp;pour lors Ie Cardinal qui auoit des intelligences secretesnbsp;^l^ns Ie pais, y enuoya eschouer notre armee et deschar-ger plusieurs pieces de canon sur ses lüuages, que nousnbsp;y laissames pour marque de notre belle entreprise. Sansnbsp;Oous arrester aux éuenemens, qui ne louera la Politiquenbsp;générosité du Cardinal dauoir trouué plus a proposnbsp;plus glorieux pour la France dattaquer lEspagnolnbsp;l^aples dans ses prospéritez que de se ioindre, Fan-
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née de deuant, aux troubles quil y auoit pour lacca-bler ?
II eust été done plusaduantageux a la France que M. Ie Prince eust esté Sur-Intendant des Mers , que Mazarinnbsp;Ie Directeur. Toulon et Marseille ne pleureroient pas Ienbsp;Iriste debris de la puissance qui nous rendoit auparauantnbsp;quil sen fust meslé, redoutables; et nous aurions plus denbsp;reputation sur mer, plus de vaisseaux et de galères dansnbsp;nos ports que nous n auons pas, et plus dargent dansnbsp;lEspargne-, les vaisseaux et galères ne sétant ruinées etnbsp;perdues que pour en auoir trop peu receu et retenu pournbsp;soy, et trop transporté pour luy.
Que si on a donné a ce Prince les Domaines de Clermont et de Stenay, ca esté pour luy adoucir les ainer-tumes dvne si belle despouille quil méritoit bien et pouuoit obtenir par tant de titres : par la qualité de beaunbsp;frère, par celle de sa naissance et par celle de la iusticenbsp;publique. Vn Prince mérite tout qui conserue tout, etnbsp;qui venoit tout fraischement, anant ces bienfaits, dem-porter Dunkerque et estendre les limites du Royaumenbsp;et sa gloire.
Quant aux gratifications qui out esté faites de Dan-uilliers au Prince de Conty, la pension de cent mil liures et la place dans Ie Conseil, ca esté vne suite du traistónbsp;de Paris' auec Sa Maiesté; et tandis que les deux frèresnbsp;estoient dvn parti contraire, oii estoit lors lintelligencenbsp;entre eux pour rapporter et imputer a lvn ce qui estnbsp;accordé a lautre ? Pour lentrée au Conseil durant lanbsp;minorité elle ne peut estre estimée vne grace a vn Princenbsp;du Sang, qui y a droit fondamental par sa naissance et
* Les Articles de la palx conclue et arrétée. a Ruely etc. [413].
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DE MAZARINADES.
la condition du temps, ainsi que nous avons veu cy dessus.
I-'a permission quon donna a feu M. Ie Prince dache-Bellegarde de M. Ie Due de Bellegarde, ne méritoit pas destre exagérée entre les bienfaits. Car Ie commercenbsp;^st libre en France dachepter des terres; iusques lanbsp;on y a veu des roturiers acquérir des Duchez, tesmoinnbsp;larlot Ie Duché de Fronssac. Cest vne faueur qui nenbsp;refuse a personne et quil nest pas mesme nécessairenbsp;d® demander au Prince, auquel il suffit de payer lesnbsp;oicts Seigneuriaux, selon la coutume du pays oü lesnbsp;'^*ies sont situées.
Que si cette grace sentend du gouuernement de Bel-^agarde, les Finances nen ont point esté espuisées; il a P^y cousté a la Beyne. ïay ouy dire quil a esté payé aunbsp;^areschal de la Motte par sa prison, et que cest la seulenbsp;recompense quil en a eue, si on ne veut lui mettrenbsp;^®rre en Cize en ligne de compte pour eschange; denbsp;^^rte que 1on peut soustenir auec vérité que la seulenbsp;f^Ueur que M. Ie Prince possède personnellement depuisnbsp;Bégence, est ie don , qui nest pas trop certain , desnbsp;^*^iïiaines de Stenay et Clermont qui nesgalent pas lanbsp;P^rte quil a faite dans sa maison de la Sur-Intendancenbsp;d® la Marine qui luy estoit due par bienscéance, a causenbsp;d® la mort de son beau-frère, tué dans Ie seruice anbsp;Orbitel.
Pour Ie Prince de Condé, on voit par ces remarques querelle dAllemand quon luy a faite, et les foiblesnbsp;'«sous quon a eues de larrester auec les autres Princes
Dü il fut enfermé.
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qui ont esté entrainez dans sa disgrace. Ce sont tous pré-textes inuentez pour siller les yeux et amuser Ie monde; car la vérité de lhistoire est que les motifs contenus ennbsp;la leltre nen sont pas la cause. Cest pourquoy pournbsp;toucher au hut, en laissant au Cardinal les souplesses denbsp;son mestier et les destours, il faut remarquer que depuisnbsp;sa Régence, la Reyne se reposant entièreraent des affairesnbsp;sur Ie Cardinal Mazarin, il a gouuerné comme en Souue-raiu, iusques a ce que la hayne des peuples et des par-lemens esclatast, lannée dernière, contre son mauuaisnbsp;gouuernement. Mais après que la protection de M. Ienbsp;Prince Teut conserué, voulant gouuerner comme aupa-rauant, il tro*.ua que les seruices et la puissance de cenbsp;Prince luy partageoient en quelque facon sa premièrenbsp;authorité; ce qui parut principalement lorsquil empes-cha Ie mariage de M. de Mercoeur auec sa niepce Mancininbsp;et que la Sur-Intendance de la Marine, par mesmenbsp;moyen, ne fust donnée aM. de Vendosme, comme il estoitnbsp;stipule dans les conditions du sacrifice de son fils auecnbsp;ladite Niepce.
Mescontentement qui a tellement touché Ie Cardinal quil na pas eu la force ou discrétion de Ie dissimulernbsp;dans cette lettre, Dieu layant volontiers permis, afinnbsp;quil descouurist luy mesme les véritables motifs de la detention du Prince, parmy tant de dëguisemens dont ilnbsp;lombrage.
Mals a vray dire pour cette action, Ie Prince mérite destre loué de tout Ie monde, et non pas excuse. Aussinbsp;sa conduite fut elle autant uniuersellement approuuéenbsp;comme cette alliance estoit méprisée, laquelle il ny anbsp;pas dapparence quil ayt iugée fort utile six mois aupa-rauant comme porte ladite lettre, sil nauoit lors les
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de se resueiller a ce coup et dapporter remède a cette entreprise, après laquelle ses auüieurs sont capables denbsp;tout faire, non seulement de casser les deinières Declarations, mais aussi de se venger de liiy; tout ce quil ennbsp;peut espérer, estant la faueur que promettoit Ie Cyclopenbsp;a Vlysse, destre mangé Ie dernier. A luy seul appartientnbsp;par priuilége et prérogatiue spéciale de pouuoir con-noistre de 1 iniure faite a des Princes de cette qualité;nbsp;et son deuoir loblige, pour affermir la seureté publique,nbsp;dexaminer les causes de leur emprisonnement et de lesnbsp;chastier sils sont coupables; 'mais aussi sils sont inno-cens, de faire vne punition exemplaire de ceux qui,nbsp;abusantde laminorité du Roy, ont, contre lordre de lanbsp;iustice, execute leur passion sur des suiets si considé-rables. II y a dautant plus de raison en cette occurrencenbsp;que cette détention est contre les formes et les loix dunbsp;Royaume, lesquelles en temps de minorité doiuent estrenbsp;obseruées sans quvne Régente en vertu de son pouuoirnbsp;puisse sen départir et les violer. Durant icelle, lempri-sonnement des Princes du Sang est sans exemple, ainsinbsp;que nous auons remarqué; combien a plus forte raisonnbsp;doit toucher celuy cy, qui nest fondé que sur des intrigues de cour, sur des intérests de la familie de Man-cini et sur des prétextes imaginaires qui peuuent pareil-lement enuelopper quelque innocent que ce soit, contrenbsp;la nécessité du temps qui obligeroit mesme a dissimulernbsp;OU a excuser les défauts du Prince de Condé, sil ennbsp;auoit aucun, pour sarrester sur sa valeur, ses grandsnbsp;seruices et sa haute reputation, qui a conserué iusquesnbsp;icy la Régence et lEstat par ses prospéritez.
Ce prince tient Ie premier rang entre les hommes au salut desquels dans ces temps difficiles de la guerre la
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République est intéressée. II est de ces Soleils et de ces mieres quon ne doit point esteindre ny éclipser parmynbsp;s tenèbres qui couurent la France; cest vn trésor cachenbsp;^lestimable dans les conionctures qui nous pressent,nbsp;sommes enuironnez des ennemis de toute part;nbsp;nous cacbons notre libérateur ! Nous craignons lesnbsp;pagnols; et nous renfermons leur vainqueur !
La lettre rencontre mieux quelle ne veut quon que Ie suiet de lauersion que tesmoignent lesnbsp;^pagnols a la conclusion de la paix, procédé de cenbsp;ils vouloient veoir a quoy aboutiroit la conduite dunbsp;ince de Condé ; ils scauoient bien , connoissans linfi-les fourbes et artifices du Cardinal, quoubliantnbsp;bienfaits quil en auoit receus, et préférant son inté-*¦651 particulier au bien public de lEstat, il entreroit ennbsp;nmbrage de sa grandeur et puissance et quil abuseroitnbsp;celle de sa Maiesté pour abaisser celle-cy, qui estoitnbsp;vtile et nécessaire a la couronne. lamais suiet dEspagnenbsp;** a seruy si aduantageusement son Roy qua fait Mazarinnbsp;donnant ce conseil, qui, enferniant dans la mesmenbsp;prison Ie bonheur et la valeur de notre nation , ouure ennbsp;**i6sme temps aux ennemis tous les passages du Royaumenbsp;pour ig ruijjer. Cest certes Ie coup quattendoit lEs-pagne pour ne faire iamais la paix, ou nous contraindrenbsp;^ ''lie honteuse pour la couronne; a quoy elle courtnbsp;Dsque destre réduite par la priuation dvn si grandnbsp;*^^*ef et la ruyne en suite des meilleures troupes quinbsp;Lissent en France, lesquelles pour porter son nom,nbsp;** aiioient iamais combattu quelles neussent vaincu. IInbsp;^^roit honteux au Parlement en cette occurrence denbsp;les bras croisez, patir de si grands Princes, sansnbsp;'niiloir escouter leurs plaintes, luy dont 1establissement
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est Ie soustien des innocens centre linsulte des puissances.
Que Ton ne dise pas que la qualité de Prince du Sang est au dessus des loix, que la chose est extraordinaire,nbsp;et par ainsi que cette affaire nest pas de sa connois-sance. Iaduoue que la qualité des Princes du Sang estnbsp;plus releuée que celle des autres suiets du Roy; mais,nbsp;pour cela ce relief ne doit pas empirer leur condition.nbsp;Au contraire, il doit adoucir pour eux la peine et lanbsp;rigueur des loix et leur donner par preference la meil-leure part a ses indulgences , graces et faueurs. Ils sontnbsp;compris dans la Declaration du Roy qui sétend a tousnbsp;ses suiets, puis que leur rang ne les exeinpte pas de cenbsp;nombre; et sa Maiesté dans cette mesme lettre faisantnbsp;scauoir au Parlement que son intention est quil nenbsp;soit point desrogé aux précédentes Declarations, ellenbsp;lui permet et enseigne den appliquer leffet a cesnbsp;Princes; autrement ses pensees et volontez seroient for-mellement contraires a ses paroles. Aussi cette doctrinenbsp;seroit elle vne nouuelle iurisprudence, démentie parnbsp;toutes nos Annales et les Registres de la Cour qui nousnbsp;apprennent que les Régens mesmes ne sont pas au des-sus des loix.
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DE MAZARINADES.
(18 janvier 1680.)
Novs soussignez, considéi'ant lestat deplorable au-est auiourdhuy réduit Ie Royaume, et la confusion 4^1 Ie menace dvne dissipation inéuitable, non sans iustenbsp;^fainte que les ennemis diceluy, tant domestiqiies ques-*^rangers, ne veulent faire leur profit et se préualoir de sanbsp;^Uyne, sil ny est bientót pourueu, auons estimé durantnbsp;bas age du Roy et la détention des Princes du Sang,nbsp;auoir plus conuenable remède pour préueuir et ar-ï'ester vn si grand mal que nous vnir estroitement ensemble soos les articles qui sensuiuent :
Premièrement, nous protestons de demeurer fermes de ne nous départir iamais de la tres fidéle obéissancenbsp;trés humble soumission que nous deuons, commenbsp;''eais et naturels suiets de cette Couronne, au Roy, nostrenbsp;ï*rince et souuerain Seigneur.
Et pour ce que notoirement Ie Cardinal et ses fau-^^Urs se sont saisis et emparez de la personne du Roy et 1entière administration et absolu gouuernement dunbsp;^¦oyaume quils occupent iniustement et exercent auecnbsp;extresme tyrannic et oppression, et que liniuste et
fe deliberation de Messieurs les Princes auec les Bourgeois de la ville de etc. [411].
' Ce pamphlet eut tant de succès, quon Ie réimprima en 1652, avec la Permission expresse du due dOrléans, sous Ie titre de : Les Articles de lanbsp;Icrniire ' 'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.....
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violente detention de MM. les Princes, sans crime et cause légitime, contre la foy conclue et arrestee a Bordeaux, fait assez paroistre quils nont autre but cpie lanbsp;ruyne de la Maison de Bourbon qui reste seule de lanbsp;Maison Royalle, la mort de nos Princes et en icelle lanbsp;mutuation et subuersion de lEstat,
Nous promettons employer vnanimement tout nostre poLiuoir, nos vies et nos biens pour la conseruationnbsp;diceux, et empescher les miscrables effets de si perni-cieux desseins, faire oster 1authorité publique des mainsnbsp;de ces vsurpateurs, rendre au Roy Ia dignité de sa Cou-ronne , Ia gardcr et maintenir en son entier, tirer sanbsp;personne de leurs mains , déliurer etmettre en pleine li-berté Messieurs les Princes, réparer loffense qui leur anbsp;esté faite, en faisant chastier les autlieurs de cette violence et réuoquer toutes les charges et dignitez donnécsnbsp;depuis la detention a ceux qui y ont participé;
Et pour remettre lEstat en sa première forme, esta-blir sous 1authorité souueraine du Roy Ie Conseil légitime des Princes du Sang, des autres Princes et officiers de la Couronne et des anciens conseillers dEstat qui outnbsp;passé par les grandes charges , et ceux qui sont extraitsnbsp;des grandes Maisons et des families anciennes , qui parnbsp;affection naturelle et intérest particulier sont portcz anbsp;la conseruation de lEstat, a qui de droit, durant Ie basnbsp;aage de nos Roys et pour leur indisposition , Tadminis-tration, gouuernement et direction des affaires publiquesnbsp;sont déférez par les lois anciennes et fondamentales dunbsp;Royaume, qui excluent les femmes et les Estrangers. Etnbsp;que si tant estoit (ce que Dieu par sa bonté veuille des-tourner) que Ie Roy vienne a décéder, déclarons quenbsp;nous entendons recognoistre après sou décez pour nostre
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ï^oy et souuerain Seigneur Monseigneur Ie Due dAn-ou, vray et naturel héritier et successeur de la Cou-|onne; et durant sa minorité, Monsieur Ie Due dOrléans ^gRime Régent et gardien du Royaume, a qui, commenbsp;premier Prince du Sang, cette preeminence appartientnbsp;3Uec Ie Conseil ci dessus pour la commune direction etnbsp;administration des affaires du Royaume, sans souffrir
autre soit admis a la Régence du Royaume, ny mesme la Reyne
mère duRoy, au préiudice des lois de lEstat. Que sil arriuoit que ces vsurpateurs qui sont très-^^perts a limiter Ie terme de la vie et completer la mortnbsp;reiix qui seruent dobstacles a leurs desseins et entre-Prises, qui ont accoustumé demployer Ie coiisteau et Ienbsp;poison pour en aduancer les effets, viussent a attenternbsp;par ces moyens abominables a la vie du Roy et de Mon-sieur Ie Due dAniou, nous lurons deuant Dieu den re-ohercher la luste vengeance par toutes voyes de droil et denbsp;lait a nous possibles tant sur eux que sur leurs adherens,nbsp;domestiques et estrangers, afin de laisser en leurs per-^oiines vn exemple memorable a la postéiité tant de lanbsp;fidéle affection de vrais suiets que de la iuste punitionnbsp;d vne perfidie et impiété si détestables; et a cette flnnbsp;omploygj. xios moyens et nostre vie iusques a la dernlèrenbsp;goutte de nostre sang, adiurer nostre postérité dennbsp;faire Ie semblable après nous.
Et afin de pouruoir a vn tel accident et a la seureté du Royaume contre les desseins du Cardinal, et aux gouuer-nanient et administration dieeluy au deffaut des Princesnbsp;do Sang, ferons assembler les Estats Généraux dunbsp;oyaume en lieu fibre et seur afin dy apporter lordrenbsp;oonuenable et nécessaire.
Eromettons aussi de faire exactement exécuter et uiuio-
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lablement obseruer les loix du Royaume et particulière-ment Ie traité de Bordeaux pour Ie bien commun de tous les Ordres de lEstat et Ia seureté de tous les bons etnbsp;fidelles suiets du Boy.
Ferons maintenir et entretenir les anciennes alliances, traictez et confederations renouuellez par Ie feu Roy auecnbsp;les Princes, Potentats et Républiques estrangères, amis,nbsp;alliez et confédérez qui sont en la protection de la Cou-ronne, et restablir pour eet effect et remettre en Ia conduite des affaires de lEstat les anciennes maximes du feunbsp;Roy, dont il sest si heureusement serui durant son règnenbsp;pour la seureté de son Estat et Ia paix publique de lanbsp;Chrestienté, desquelles lon sest départydepuissamort.
Promettons en outre de nous opposer sous lauthorité du Roy par tous moyens a nous possibles, mesme par nosnbsp;iustes armes et assistance des bons alliez et confédérez denbsp;cette Couronne, atous ceuxquivoudroientempescherIef-fect de cette vnion, en laquelle nous nauons autre but quenbsp;de conseruer au Roy lauthorité et dignité de sa Couronne,nbsp;affermir son sceptre en ses mains et de ses légitimes suc-cesseurs, et sous la commune liber té des Francois maintenir nos vies, biens, honneurs et dignitez contre la des-loyauté et perfidie de ceux qui ont coniuré nostre ruynenbsp;auec celle de la Maison royalleet de tout le Royaume.
Et afin qué nous puissions mieux et plus seurement conduire vn si louable et nécessaire dessein pour la commune destinée de IEstat, Iobseruation des loix publiquesnbsp;et priuées diceluy et la ruyne des ennemis du Roy et dunbsp;Royaume par les nostres, et par vne ferme liaison entretenir vne ferme et perdurable conebrde et viure ensem-
' Du 26 decembre 1649. Articles accordezpar leRoyetla Rejne régente, sa mère^ sur les présens mouuemens de la ville de Rourdeaiix [404],
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DE MAZARINADES.
Element
comme vrais membres dvn mesme corps, soubz
® Chef qui sera cboisi par nous, et suyuant les ièglemens lt;iui seront (arrêtés) par nous cy après, nous promettons elnbsp;^onnons la main les \ns aux autres, dont Dieu est tes-entre nous, de garder fidellement cette vnion etnbsp;ce qui en dependra, par commun conseil et con-^orde les vns des autres, et par vne mutuelle correspon-^^ce et communication nous maintenir, supporter etnbsp;secourir envers et centre tons; et a cette fin renonconsnbsp;^ tous interests, respects, perils et considerations parti-^uliers qui nous pourroient estre proposez au contraire,nbsp;pour conioinctement courir au secours de celuy ou ceuxnbsp;seront assaillis et attaquez en haine de ladite vnionnbsp;en consequence dicelle, directement ou Indirectement,nbsp;P®* quelque voye et par qui que ce soit, en faire nostrenbsp;propre fait et contribuer de bonne foy, a nostre communenbsp;^^ffense et de chacun de nous en particulier, tout cenbsp;^oe Dieu nous donne de pouuoir, sans excuse, remisenbsp;ou tergiuersation, et sans nous pouuoir departir de lanbsp;Presente vnion et association, ny poser les armes qu'ilnbsp;soit pourueu aux choses dessus dictes, ny entendre anbsp;^Ucun accord ny traité de paix, sinon dvn commun
^onsentement.
Sera la présente vnion et association tant pour nous ^^0 pour nos enfans et descendans deux que nous en-'^®udons y estre compris et auxquels, arriuant le déceznbsp;aucun de nous ou que pour cause nécessaire il fustnbsp;°^ligé de partir du Royaume, nous promettons en cenbsp;rendre le mesme secours et assistance que dessus.
Ct pour éuiter toute diuision et malentendu qui pour-*°'ent suruenir de nos associez ou de la pluspart diceux iuste nombre ausquels nous serons tenus dacquies-
-ocr page 78-68
CHOIX
eer, sans pour ce prendre prétexte de se refroidir en ce qui sera de cette présente association,
Demeurera Ie présent escrit serré entre nous sans venir en éuidence, sinon lorsque par vn commun aduisnbsp;il sera iugé vtile.
Et pour Ia fin protestons deuant Dieu de garder inuio-lablement les articles cy dessus, Ie prions de nous en faire la grace, et quil luy plaise tenir nos bonnes intentions, les conduire et faire réussir a Iaffermissement de lanbsp;Couronne et au bien et a la conseruation de nostre patrie.
Le Courrier burlesque de la guerre de Paris, enuojé d monseigneur le prince de Condépournbsp;diuertir Son Altesse durant sa prison : ensemble tout ce qui se passa iusquau retour denbsp;leurs Maiestez[9,UY.
(18 jan-vler 1630.)
Vous la terreur de Tunmers,
Moy courier, suis parti dAnuers, Pour entretenir Vostre Altesse,
Et pour diuertir sa tristesse. Prince, si mon dessein est grand,
* Cest une seconde edition corrigée du Courrier francais, en vers. Revue en 1630 pendant la prison du prince de Condé et dédiée au marquis dAlluye, qui était de la cabale du due de Beaufort, on compreuclnbsp;sans peine le sens des corrections nombreuses que 1auteur y a faites. Jenbsp;crois quon ne sera pas fiché de trouver en regard de ce nouveavi textenbsp;les passages du texte primitif qui sen éloignent le plus.
Lauteur sappelait Saint-Julien. II était de Paris, né sur la paroisse de Saint-Paul.
II existe du Courrier burlesque de la guerre de Paris une edition de format in-12, donlies exemplaires soul aujourdlmi assez rates.
-ocr page 79-Ie prends vostre cceur pour garand,
Et dans vn malheur si funeste Ie luy laisse a faire Ie reste.
Cest luy qui vous consolera,
Qui mieux que moy diuertira Eennuy mortel qui vous accable.
Eest luy qui combattra Ie diable,
Eil vous tentoit de désespoir,
Et cest luy qui doit faire voir Que vous, Ie vainqueur dAllemagne,
La terreur de Flandre et dEspagne,
Riez du sort et de ses coups
Qui sont grands, maïs bien nvoins que vous.
A done sur cette confiance Que ie prends de vostre constancenbsp;Et de vostre religionnbsp;(Car contre la tentation,
En prenant vn peu deau beniste Vous la ferez courir bien viste),
Ie viens pour charmer vos douleurs, lustes dans de si grands malheurs;
Et connoissant que la lecture En peut seule faire la cure,
Ie viens avec ce lënitif
Trés propre a guérir vn captif.
Et pour commencer vne histoire Toute fraiche en vostre mémoirenbsp;Par la mort du grand Ghastillon jnbsp;Voila vos dames, tous de bon;
Cest fait. Dego sen va. Silence !
Paixla! Monseigneur, ie commence.
Lan estoit encore tout neuf De mil six cens quarante-neuf.
Gestoit la cinquième iournée nbsp;nbsp;nbsp;6 janv.
De laisné des mois de lannée,
-ocr page 80-70
Quand Ie Roy vint dans Ie faubourg A lhostel iadis Luxembourg,
Et quvne grammaire nöUuellé Le palais dOrleans appelle.
La, dans la chambre ou salictoit Madame, qui fébricitolt;
« Comment vous portez-vous, ma tanté ? Disoit le Roy. Vostre seruanté,
Respondit Madame, assez mal. »
Mais la Reine et le Cardinal Sentretenolent dans vne salienbsp;Aiiec son Altesse Royalle.
Ce quils dirent, ie ne scays pas;
Car ils causèrent assez bas;
Mais dans tont ce quils purent dire,
Ie ny vois point le mot pour rire.
Ils parloient de nous assiéger,
(Fi pour ceux qui veülent manger!),
En quel terme.^ il ne mimporte; nbsp;nbsp;nbsp;'
Soit quvn deux paria de la sorte :
« II faut affamer ces ingrats,
Ces baricadeurs scélërats 5 Foin de vous, repartit la Reine.
Oü courrous-nous la pretantaine Auec vn peigne en vn cbausson ? »
Monsienr répéta la chanson :
« Ce quon peut prendre, est bon a rendre. » Et le succez a fait comprendrenbsp;Que tons trois conclurent sahs moynbsp;Quil falloit emmener le Roy.
Ce soir. Prince, tu fis ripaille Cliez vn fameux pour la bataillenbsp;Quil perdit deuant Honnecour *,
' Les pamplilétaires de la Fronde font souvent allusion a cette mal' lieureuse bataille d'Honnecourt. Par exemple, dans le Testament veritable
-ocr page 81-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;71
Grammont, Ie poli de la Cour.
La changeant dhabit et de linge,
Comme lon voit sauter vn singe Pour la Reine ou Ie Cardinal,
Presto, vous voila sur cheual;
Et tous deux qui ne voyant goutte De Saint Germain prenez la routte.
Unze heures de nuict enuiron,
Vray temps damant ou de larron,
Monsieur arriua chez Madame,
Et luy dit : « Dormez-vous, ma femme?
Ouy, respondit-elle, ie dors.
Prenez, luy dit-il, vostre corps;
Venez a Saint-Germain en Laye.
A Saint-Germain, luy dit-elle, aye 1 (Repettant trois fois Saint-Germain),
Mon coeur, ie partiray demain. »
A quoy Monsieur fit repartie ;
« A demain done, soit], la partie; gt;lt;
Et vint dans Ie Palais Royal Auec son confident loyal,
Labbé, digne de la riviere;
Palais ou Iaube la première Ne treuuant plus leurs Maiestez,
Ains seulement des chatz restez,
Les vit prés Saint-Germain en Laye Auec Messieurs la Mesleraye 1,
Le Cardinal, le Cliancelier,
lt;^ardinal lutes Maaarin [3767], le cardinal lègue au maréchal de Gra-son meilleur cheval « pour senfuir auecque furie. »
La porie, Maresclral goutteux ,
Et 1homme que 1Hostel de Luyne Mit a couuert de sa ruyne.
Pour le reste de leur party II estoit deuant eux party.
-ocr page 82-72 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Dont Ie dernier ne peut nier Quvn pen deuant lHostel de Luynenbsp;Le garantit de sa ruine.
Harcourt, Longueuille, Conty,
Et tont le reste estoit party;
Vne nuict que lexcez de boire Nous donna presque a tons la foire,nbsp;(Car pour en parler francliement,nbsp;Tout eut depuis le déuoyement),nbsp;Nuict des EoiSj mais sans Eoy passéenbsp;Nuict fatale, qui commencéenbsp;Par labondance dvn festin,
Nous laissa la faim sur sa fin.
Ces nouuelles ne furent scenes Quaprès les sept heures venues;
Mais sept heures ayant sonné Tout Paris fut bien estonné.
La Bourgeoise estoit soucieuse;
La boulangère estoit ioyeuse 5 Tous les artisans détestoient;
Les Escholiers se promettoient Dauoir campo durant le siége,
Et quon fermeroit leur collége;
Les moines disoient chapelets; Lbabitant courroit au Palais;
Le plus zellé courroit aux armes;
Le maltotier versoit des larmes;
Et tout regardoit a son pain,
Le soupesant avec la main.
6 janv
Cestoit de lanuier le sixiesme;
Si ce nest assez du quantiesme,
Gestoit vn triste Mercredy Que fut fait vn coup si bardy,
Et que du Parlement les membres Dispersez par toutes les chambres,
73
Dirent quil estoit a propos Den faire vn seul qui fust plus gros,nbsp;Oü les Escheuins de la Villenbsp;Eurent audience ciuille;
Les gens du Roy pareillenvent.
En suite on fit vn reglement Quon feroit garde a chaque portenbsp;Nuict et iour de la mesme sorte.
A cela nul ne contredit;
Et de plus il fut interdit A tous de tout sexe et tout aaenbsp;Demporter armes ny bagage .
Le reste de ce reglement Est au iournal du Parlement .
Ce mesme iour vne cliarette Oü fut treuuée vne cassettenbsp;Que réclama Monsieur Bonneau,nbsp;Trop pleine dargent bon et beau ,nbsp;Parut au peuple trop chargée,
Dont elle fut fort soulagée.
Et lon traita pareillement Quelque autre cbaritablement *.
Que commandement seroit fait Aux Gens du Roy du Chasteletnbsp;De prendre garde a la police;
Que les gouuerneurs saus malice Laisseroient passer les marchaiidsnbsp;Par les villes et par les champs;
Quil leur seroit faite deffense De loger soldatesque engeancenbsp;Ny dhéberger en. leurs maisonsnbsp;Cc quon appelle garnisons.
Journal contenant tont ce qui s est fait et passé en la Cour de parlement ^oris, etc. [1741]. Le reglement a été puhlié sous le litre A'^rrét de lanbsp;'^'Geparlement... pour la süreté et police de la rille de Paris [216],
Du peut citer le secrétaire dEtat Guénégaud, qui fit publier une
-ocr page 84-Du depuis les belles cohortes De nos habitans fiers aux portesnbsp;Nont laissé passer vn festunbsp;Saus luy demander, oü vas-tu 1 ?nbsp;Lors fut vne lettre restéenbsp;Au préuost des marchands portee,nbsp;Qui s adressoit a tout son corps;nbsp;Lettre, oü malgré de vains efforts,nbsp;On ne trouua raison aucunenbsp;Pour ce trou quoir fit ^ la Lune,nbsp;Portant sur radnertissementnbsp;Quaucuns de nostre Parlementnbsp;Ont eu secretie intelligencenbsp;Auec les ennemis de Francenbsp;On a cru que Sa Maiesténbsp;Nestoit pas trop en seureté,
Et que bien que cela déroge De faire ainsi lacques Desloge,nbsp;Retraitte faite comme il fautnbsp;Valoit bien vn meschant assaut.
7 janv.
Le leudy, la Cour tout entière Résoudoit sur cette matière ;
Mais comme elle estoit au parquet, II luy vint vn autre pacquet,
Dont elle ne fit point lecture,
Monition de Vofficial de Paris obtenue...le li auiil 1649 [2488], etle marquis de Bonelle, gendre du surintendant Bullion.
Dès ce mesme iour sont venues De cette ville aux aduenuesnbsp;Gardes de nobles habitansnbsp;Qui Se sont montrés trés constansnbsp;A la deffense de nos portes,
Et dont les nombreuses cohortes Ne laissent passer sans le motnbsp;Cheual, carrosse ou chariot.
-ocr page 85-75
Non pas seulement 1ouuerturè,
Et dont Messieurs les gens du Roy Furent creus sur leur bonne foy,nbsp;Disans, que par icelle lettrenbsp;On vouloit Ie Parlement mettrenbsp;Et transferer a Montargis ,
Mais, Messieurs, qui de leur logis Nauoient point acheué Ie terme,nbsp;Dirent quil falloit tenir ferme,
Et quon iroit Ie Roy prier De vouloir les noms enuoyernbsp;De ceux dont la correspondancenbsp;Estoit dommageable è. la France,nbsp;Afin que 1ombre dVn gibetnbsp;Punist rombre de leur forfait.
Et lors les gens du Roy partirent; Et selon quil fut dit, ils firent;nbsp;Mais ils reuindrent non ouïsnbsp;De Saint-Germain peu réiouïs.
S janv.
Le Vendredy, premier iour maigre, Messieurs sur le traittement aigrenbsp;Quon auoit fait aux gens du Roy,nbsp;Ordonnèrent suiuant la loynbsp;Que la Reine auroit remonstrancenbsp;Sur le plus fin papier de France;
Et parceque le Cardinal
Leur sembloit 1 autbeur de ce mal, Qui depuis par son ministèrenbsp;Leur a bien prouüé le contraire,nbsp;lis iugèrent mal a proposnbsp;Quil troubloit le commun repos,
Et que quot;veu que le Cardinal Est seul autlieur de tout le malnbsp;Et de la misère présentenbsp;Dont on a preuue suffisante.
-ocr page 86-Quil emplissoit sa tirelire,
Quil haïssoit nostre bon sire j Luy mandèrent que dans ce ioiirnbsp;II se retirast de la Cour,
Et dans huict de France il fist gil Ie: Sinon, enioint a bourg, a villcnbsp;De luy courir sus comme au loopnbsp;A qui chacun donne son covrp,nbsp;Taloche, coupanne, gringuenaiide,nbsp;Et de luy ietter de leau chaude;nbsp;Indulgence a qui locciroit;nbsp;Gependant que lon armeroitnbsp;Pour la seureté des entrees,
Et pour lescorte des denrées;
Ce mesme iour vinrent icy Messieurs les bouchers de Poissy *,nbsp;Disant que par vne ordonnancenbsp;Le Roy leur a donné vacance,
ö jauv.
Et deffendu de trafiquer Tant quil cessast de nous bloquer.nbsp;Le Samedy neuf, fut cboisie ^
Disans que sortis a leur guise Pour auoir de la marchandise,
On leur a fait signlfier Vu arresté du Chancellernbsp;Qui porte vne deffense expressenbsp;Dachepter des bestes a graisse,
Deffend a tous marchands forains Den déliurer entre leurs mains;
Nonobstant laquelle deffence La ville en eut sa suffisance,
Et ce iour, vescut a gogo
Plus que monsieur de Gainego (Guénégaud).
Quoiqua la Reine on veuille dire
Que nous nauons pas de quoi 1'rire.
Le samedy neuf dudit mois,
Sortit force vaillans bourgeois
-ocr page 87-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;77
De la plus leste bourgeoisie,
Que lon pensoit faire sortir;
Mais elle ny put coiisentir.
Néantmoins cestolt la plus leste; lugez done par elle du reste;
Et dès ce iour lon connut bien Que la meilleure nen vaut rien.
Or ce iour, de quelque -village II vint du pain et du fromage',
Mais que nous causa de tourmens,
Et plus quaux plus parfaits amans Lesloignement dvne maitresse,
Labsence des pains de Gonesse!
Que quinze cens colintanpons Assurèrent estre fort bons,
Comme des Gardes quelque bande La pinte de Saint Denis grande,
Gardes qui parurent trés fiers Aux pauures choux dAuberuillers *.
Ce mème iour, fut restablie La taxe du temps de Corbie ^,
Auec ordre a cbaque habitant De payer vne fois autant;
Que pour ioüyr des benefices Attachez aux premiers offices.
Les conseillers mal-agréez.
En six cens trente cinq créez,
Payeront trois cens mille liures,
Pour faciliter les passages
Aux hommes des proclialns villages
Qui, trouuant libre Ie chemin,
Fournirent les inarchés de pain Quon recut auec allégresse.
^ Le Siege êAuberuilliers, en vers burlesques [3669],
Arrét de la Cour de parlement concernant la leuée des deniers pour le Vement des gens de guerre [219].
-ocr page 88-78 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Dont ils feront charger les liures S Ce iour il nentra pas un boeuf ^;nbsp;Mals les vaillans princes dElboeuf,nbsp;Et notamment Ie Dac leur père,nbsp;Fort touché de nostre misère,
Auec vn ioly compliment Se vint offrir au Parlementnbsp;Pour estre Ie chef de 1armee;
Et sa valeur fut estimée.
Cette nuict, on fut aduerty Que Ie grand Prince de Contynbsp;Auec Ie Due de Longueuillenbsp;Estoient receus dans nostre Ville.nbsp;Monsieur dElboeuf fit Ie sermentnbsp;De general du Parlement,
^0 janv.
Dimanche, du mois Ie dixiesme. Monsieur de Conty, ce iour mesme,nbsp;Vint asseurer toute la Cournbsp;De son zèle et de son amour jnbsp;Et Messieurs firent mine bonne
Moyennaiit quoy , comme anciens , Ceux qui succèdent a leurs biens,
Leurs enfants pourront et leurs veufues Disposer de leurs charges neufues,nbsp;Ainsi que dautres Conseillers jnbsp;Veut la cour quemprunt de deniersnbsp;Soit fait tant que la somme montenbsp;A cent mille escus de bon conténbsp;Et cent cinquante mille francs;
Veut que Messieurs les Présidens Et Conseillers de toutes chambres,nbsp;Enquestes, Requestes, ses membres,nbsp;Bref chaque chambre paye autant,
Afin que chacun soit content;
Et que les Maistres des Requestes Tiennent cent mille liures prestes.
Ce iour, 11 entra peu de boeuf.
-ocr page 89-79
A cel appuy de la couronne *
Qui sembloit courbé soubs Ie faix ^.
On fit en suitte deux arrests ;
Le premier que son Eminence Obeïroit sans resistancenbsp;A 1 arrest que rendit la cournbsp;Contre elle, le buictiesme iour;
Enioint quon prenne prisonnière Toute la nation guerrière,
Autant que nous en trouuerons A dix postes aux enuirons;
Ordre aux villes, bourgs et villages, Den faire de cruels carnages;
Deffense de luy rien fournir Que de bons coups a Taduenir;
Quen toutes les places frontières Les garnisons seroient entières,
Et de ceux qui contreuiendroient,
La vie et les biens respondroient.
Par Iautre Arrest on donnoit ordre Aux Escbeuins de ne desmordrenbsp;Des nobles charges quils auoient,
Et de faire comme ils deuoient;
Au Prevost des Marchands de mesme; Et paree quil estoit fort blesmenbsp;Depuis que le peuple zélénbsp;Avoit sur luy crié Tolle,
La cour donna des sauues gardes
' A ce fleuron. de la couronne.
. Tout le monde sail que le prince de Conty était contrefait.
de la Cour de parlernent.... par lequel il est défendu d tous gou-tio nbsp;nbsp;nbsp;rilles frontières ou autres places de laisser sortir aucuns ca-
% etc. 1-221].
de la Cour de parlement, toutes les chambres assemblees, etc.
-ocr page 90-80
CHOIX
Pour sa personiie et pour ses hardes'. Le Luudy (si ie nay menty),
Monsieur le Prince de Conty Fut receu Généralissimenbsp;Dvn consentement vnanime,
Ayant soubs luy trois Généraux quot;, Dont on feroit bien six Héros :nbsp;Scauoir, le Mareschal La Mothe,
Dont la mine nest point tant sotte ; Bouillon, et le grand Due dElboeuf,
Ce iour, on enroolla solclats ;
Et des canons, gisants a has Dans 1Arsenal, furent de terrenbsp;Leués sur leurs affusts de guerre.
Scauoir le Due dElbeuf pour vn , Braue homme sil en fut aucuu ;
Le due de Bouillon , dont 1estinie Vient fort è propos pour ma rime;
Et le grand La Mothe Houdancourt Deuant qui tout le monde court.
Pour Monseigneur de Longueuille ,
Son humeur honneste et ciuile Et son zèle a seruir le Roinbsp;Lui fit refuser de 1emploi,
Soit quil craignist que lalousie Semparast de la fantalsienbsp;(Cest comme en parle le Courrier)
Du Due dElbeuf, fait le premier Général des troupes Royales;
Soit quil \oulust fuir les scandales De cette contestation.
II fit yne belle action ;
Car ce Seigneur prudent et sage Donna ses enfans en ostagenbsp;Auec Madame leur mammannbsp;Qui nest superbe comme vn pan,
Mais dont 1humeur douce et courtoise Cause auec la moindre bourgeoise.
Le due de Bouillon rimitant En a bien voulu faire autant.
-ocr page 91-81
Qui dans la guerre nest pas neuf Mais quand au Due de Longueuille,nbsp;Comme il est dhumeur fort ciuille,nbsp;II refusa de prendre employ,
Et
Et pour nous témoigner sa foy, Lalssa ses enfans pour ostages,nbsp;Auec sa femme pour les gages.
c est tout ce qui nous resta
De tout ce quil nous protesta.
Dès lors Mars du party contraire De celuy de son petit frèrenbsp;(Car si Mars estoit contre nous ,
Prince, sans doute cestoit vous) Commandoit les trouppes Royalles,
Qui festèrent les Bacchanales,
Et qui respandirent du vin lusques sur lautel de Caluin.
A Charenton, dis-ie, vos trouppes'quot; Senyurèrent comme des souppes;
A Yostre barbe, a vostre nez,
Force pucelages glanez,
Oü quelques ieunes blanchisseuses Se trouuerent assez beureuses.
Dans les enuirons vos soldats Firent de notables dégats,
Des assassinats, des pillages,
Des rauages, des brigandages.
Le Comte dHarcourt a Saint Clou En fit moins, et tousiours beaucoup.nbsp;Nous ny pouuions donner remède.
Lors vn Président fut fait aide De Monsieur des Landes Payen,
Qui na que le nom de Payen,
Homme vtile en paix comme en guerre, Qui scait ioüer du cimeterre,
6
-ocr page 92-82 nbsp;nbsp;nbsp;»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;CliülX
Et sescrimer dans vu combat,
Bon conseiller, et bon soldat;
II auoit depuis ces vacarmes Sur les bras tont Ie fait des arrnes,nbsp;Quand Broussel auec Menardeaunbsp;Prirent la moitié du fardeaunbsp;Le Mardy, Ie Consell de Villenbsp;Fit vn règlement fort utile,
Scauoir que pour leuer soldats Tant de pied comme sur dadas,nbsp;Lon taxeroit toutes les portes,nbsp;Petites, grandes, foibles, fortes;nbsp;Que la cochère fourniroitnbsp;Tant que le blocus dureroit,
Vn bon cheual auec vn homme, Ou quelle donneroit la sommenbsp;De quinze pistolles de poids,nbsp;Payables pour la première fois;
Ce iour, yn arrest donné porte,
Pour rendre la ville plus forte , Quon trauaillera tous les ioursnbsp;Aux retranchements des faux bourgs,nbsp;Et qua cette fin sera prisenbsp;La terre qui sera de mise,
Sauf dindemniser par après Et de payer les interestsnbsp;A Messieurs les propriétairesnbsp;Quand on sera sorti daffaires.
Lon députa, ce mesme iour, Quelques Conseillers de la Cour;
Les vns pour voir si la police Sexercoit auecque iustice,
Pour le commerce des marchands , Pour le supplice des mescliants;
Les autres pour dautres affaires Et pour les choses nécessairesnbsp;Tant au dedaus comme au dehors;nbsp;Quelques-vns pour les passeports.
-ocr page 93-83
DE MAZAUINADES.
Les petites, vn Mousquetaire,
Ou trois pistolles pour en faire : Hommes chez Ie marchand sortansnbsp;Et tons fins neufs, et tous battans.
Ce iour, en leuant sa béquille Le Gouuerneur de la Bastille,
Quon nommoit Monsieur de Tremblay, Luy qui iamais nauoit tremble,
Viel soldat et viel gentilhomme,
A Monsieur dElboeuf qui le somme De luy remettre ce Chasteau,
Respondit très-bien et très-beau Quil ne luy plaisoit de le rendre,
Et quil prétendoit le deffendre;
Mais il ne fut pas si méchant Que six canons dessus le champnbsp;Ne nous ouurlrent cette place 1
Sans auoir touché la surface.
Ce nest pas quil ne fissent pouf,
Que la garnison ne dist ouf,
Quelle ne parust sur la brèche,
Quelle nemployast poudre et mèche, Que maint coup ne fust entendu;
Mais cest quil estoit deffendu,
Que dans ce beau siége de balie Aucun costé chargeast a balienbsp;Quil neust crié ; Retirez vous,
Cette place bien deffendue
Quoiquauancent certauis messieurs, Vulgairement dits des rieurs,
Quen nos mains elle estoit remise Trois iours auant quelle fust prise,
Que par ieu iona le canon Pour nous faire croire que non;
Et disent plus, les raeschantshommes, Quil nestoit chargé que de pommes
-ocr page 94-CHOiX
Autant pour eux comme pour nous, Sur les mesme peines quon donnenbsp;Au meurtrier dvne personne;
Car quiconque eust fait autrement, Auroit péclié mortellement,
Tout autant quen vn homicide.
Vn homme moins vaillant quAlcide, Mals certes plus homme dhonneur,nbsp;Broussel, en fut fait gouuerneur;
Et son fils en cette occurrence Fut pourueu de la Lieutenance .
- i 3 jaiiv.
Le Mercredy, mis sur pied fut Le premier Regiment quon eut;
Sur pied, non, iapercois que ierre.
Les pieds nen touchoient point a terre; Nos guerriers estoient sur cheuaux ^nbsp;Prets a fuyr deuant les Royaux.
84
Arrivee du due de Beaufort ,
Ce fut cette mesme iournee Quvne petite haqueneenbsp;Apporta de nostre costenbsp;Alexandre ressuscite,
Ce grand Beaufort dont la presence Nous rendit beaucoup dasseursnee,
Ce Héros, ce fils de Henry,
Ce braue, ce Prince aguerry, lusques chez. Renard redoutable ®,nbsp;Ennemy iure de la table.
' II se nommait de La Louvière.
^ Ces troupes a cheual estoient Et de bons roussins les portoient.
Ce fut de lanuier le treiziesme,
Quvn braue Marquis que tant iaiine, Nommé La Boulaye autrement,
Leua le premier régiment.
* Voy. plus haut le Branie Mazarin, etc.
-ocr page 95-Ce fameux fléau des lerzais Quand ils causent comme des iais,
Ce Mars qul bat, qui rompt, qui frappe, Et perce tout iusqua Ia nappe,
Ce prince plus blond quTn bassin Et plus déuost quVn capucin,
Qui mit en rut toutes nos femmes Les honnestes et les infames.
Balsa toulours et rebaisa;
Car iamais il ne refusa Ny Harangère ny Marchande,nbsp;leune, vielle, laide, galande,
Qui luy cryoit a qui plus fort : o Baisez my. Monsieur di Biaufort. »nbsp;LVne tendolt vn vilain moufle;
Lautre rendoit vn vilain soufle.
Lvne estaloit ses cheueux blancs ;
Lautre ne montroit que trois dents, Dont rébenne estoit suffisantenbsp;Pour en faire plus de cinquante.
II en balsa prés de trois cens,
Toutes dVn baiser innocent,
Fors vne ieune femme grosse Qui descendit de son carrosse,
Disant, « Mon frulct seroit marqué;
Car dans Ie baiser applicqué Au milieu de sa belle bouche,
II eut vn désir de sa couche,
Et luy demanda rendez-vous,
En la baisant deux autres coups;
Mais il fut depuis a confesse.
Enfin ayant baisé sans cesse,
Aux lieux publics, dans les Marchez Maiiit becs torchez et non torcheznbsp;II fut descendre cbez sa mere
-ocr page 96-A lHostel de Monsieur son père*.
Ce mesme iour, quitta son liet La Seine qui des siennes fit ^,
Et se rendit tellement fiére,
La belle dame la Riuière Qui sestoit laissée engrossernbsp;(Par qui ie vous donne a penser).
Ie ne scay si la desbordée En auoit receu quelque ondéenbsp;Dvn galland appelé Ie Tempsnbsp;Qui fit Ie mauuais fort longtemps;
Mais enfin il est veritable Que pour sa grossesse effroyablenbsp;Dés lors il luy conuint cherchernbsp;Vn autre liet pour accoucher.
Elle vsa force bols en couche,
Comme ie lay sceu de la bouche De ses marebands mal satisfaictsnbsp;Qui nen tirèrent pas leurs frais.
Le pauure pont des Tbuileries Pour en auoir fait railleries,
' Dès ce iour arrest fut donné Par lequel il est ordonnénbsp;Que les meubles cardlnallstesnbsp;Dont on a fait de grosses listes ,
Tous ses biens et ses reuenus Seront saisis et retenus;
Que sera faite rne deffence Aux receueurs de sa financenbsp;Et ses fermiers de payer riennbsp;Que la Cour ne Ie Teuille bien ;
Et le lendemain furent faire,
Suiuant eet arrest, 1inuentaire \ n Conselller et quelque Huissiernbsp;De la caue iusquau greniernbsp;Des meubles trounez dans la casenbsp;Du Cardinal ce grand.....
* IjJugure favorahle a la bonne ville de Paris, etc. [433],
-ocr page 97-87
fut par elle fort maltraitté;
Et quelque moulin mal monté Eut proche du pont Nostre Damenbsp;Le croc en iambe de la Damenbsp;Qui le fit aller a vau leau,
Ou firent aussl leur tombeau Vingt et clnq tant mulets que mules,nbsp;Dont les recherches furent nulles;
Et dix sept malheureux mortels Qui dans leau sauouèrent tels.
Or cessa sa rage et sa haine Et promit Madame la Seinenbsp;Destre plus chaste vne autre fois,
Le dix huitième de ce mois Quelle parut fort auallée ,
Qui s est du depuis escoullée.
H janv.
Le lendemain, au Parlement Beaufort vint faire compliment,
Ou haranguant sans artifice II demanda tout haut iustice 1
Dvn crime noir et suppose Dont ie suis, dit-il, accuse.
i5 janv.
Le iour dapres, il fut fait quitte De laccusation susdite.
Lors le trauail recommenca;
Et le trafic que lon laissa Pour prendre la noble cuirasse,
Eut son tour et reprit sa place;
Le mousquet au croc fut remis 1.
4 6 janv.
Le Samedy, les eimemis
nbsp;nbsp;nbsp;De rimpertinente malicenbsp;Dont Mazarin auoit usénbsp;Et dont il 1auoit accuse.
* nbsp;nbsp;nbsp;Ce iour, il nous est rapporténbsp;Que LhoSpita) est arresté
-ocr page 98-88 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Surprirent par supercherie Lagny, riche ville de Brie;
Car Persan, leur chef *, arresta
Le Maire qui parlementa Sur la parole de ce traistre,
Qui menaca de rauir 1estre Au pauure Maire quil retint,
Nestoit que le Bourgeois atteint De compassion pour son Maire,nbsp;Embrassant vn mal nécessairenbsp;Pour sauuer ce viellard grison,nbsp;Receut enfin la garnison.
Ce iour mesme, vn abbé tres digne
Par 1ordre de son Eminence,
Sur ce que par sa remonstrance II voulolt dessiller les yeux.
Afin que la Reyne vist mieux Linsolence et les fourberies,
La malice et les volleries Quexerce ledit Cardinalnbsp;Qui sest saisi du Maresclialnbsp;Et tient force gens de sa taille,
Cest a dire de la canaille,
Des mouchards qui vont assiégeans Sa bonne Altesse dOrléans.
Nostre armée est de beaucoup creue;
Et la leuée est continue;
Si bien quon croit quen peu de iours Dhommes raarchans sous les tamboursnbsp;De cette gent quon nomme drille,
Nous aurons bien quatorze mille ,
Sans comprendre les caualiers nbsp;nbsp;nbsp;,
Dont nous aurons bien six milllers.
' Le marquis de Persan, lieutenant general, lun des partisans les plus dévoués du prince de Condé. Cest lui qui commandait dans le cbè-teau de Mouron en 1652.
* Persan qui boite dvne lianche,
Et chef des Bandits mazarins,
Ayant partout volé les grains.
-ocr page 99-89
janv.
^ S janv.
DE MAZARINADES.
Issu dvne familie insigne Et nostre Archeuesque fntur,
Dont Ie iugement est trés miir,
Et ce que ie trouue admirable,
Cest questant sauant comme vn diable, De plus comme quatre il se bat,
Quand il croit que cest pour lEstat, Eut et laura pourueu quil viuenbsp;En cour voix délibératiue.
II fit depuis vn Régiment.
Le Dimanche, Ie compliment Du Parlement de la Prouencenbsp;Qui demandoit nostre alliance *,
Leu par Messieurs, leur plust bien fort.
Le Lundy, le Due de Beaufort,
Fut fait Pair en pleine audience,
Ou comme tel, il prit séance.
En suitte lecture sy fit De la lettre quon escriuit^
A tous les Parlemens de France *.
nbsp;nbsp;nbsp;Qui demande de faire ensemblenbsp;Centre le Mazarin qui tremble.
^ Lettre de la Cour de Parlement de Paris enuojèe aux Parlemens du Royaume, etc. [1936].
* nbsp;nbsp;nbsp;Lettre qui portoit lattentatnbsp;De Mazarin , fameux Corsaire,
Et quon appelloit Circulaire.
Par icelle 1on remontroit Quvn Estranger contre tout droitnbsp;Sefforcoit de trousser en mallenbsp;Toute lautorité Royale ;
Quil auoit menti puamment Pour opprimer le Parlementnbsp;Auec la liberté publique;
Que le Cardinal frénétique,
Ce diable dEnfer trauesty,
Tenoit tout Paris inuestv,
-ocr page 100-CHOIX
Elle fut pliée en presence 5 Et pour la cacheter après ,
On fit venir chandelle exprez,
Ie pense de huict a la liure;
On mit dessus ; port, vne liure.
Dans cette lettre lon voyolt Que Ie conseil dvn mal adroitnbsp;Auoit pensé perdre a la Hallenbsp;Toute Fauthoritè Royalle,
Quon tasclioit mal heureusement Danéantir Ie Parlement,
Ce que pour rendre plus facille On avoit bloqué nostre Ville,
Que Paris embreliquoqué De se treuuer ainsi bloqué,
Auoit besoin de 1assistance De tout Ie reste de la France,
Veu quil se confessoit trouble Destre non pas comme en vn blénbsp;Mais sans bied pris et sans farine,nbsp;Fort proche dauoir la famine;
Et que sil ne se repaissoit,
Tout Ie Royaume périssoit.
Le soir, a cbeual trouppes fortes Sortirent par diuerses portesnbsp;Pour la seureté des Marchandsnbsp;Qui portoient des viures des champs
90
^9 janv.
Le Mardy, du costé de Brie
Et que des troupes Polonoisea Faisoient aux marchands mille noises;nbsp;Que Paris craignant ces vautoursnbsp;Demandoit humblement secoursnbsp;Centre la fureur cardinale.
Dont on a tousiours eu de reste, Graces a la bonté célestenbsp;Et les soins de nos Sénateurs
91
DE MAZARINADES,
Sortit auec cauallerie Le généreux prince dElboeuf;
Ce fut de lanuier le dix neuf Quayant rencontré quelque bandenbsp;Des volleurs de nostre viande,nbsp;Notamment de cinq cens gorets,
11 prit en main leurs interests,
Et battant ces oyseaux de proye,
Gagna les gorets avec ioye,
Que ces animaux par leurs cris Firent connoistre a tout Paris.
20 janv.
Le Mercredy, le vingt, nous sceusmes Par deux lettres que nous receusmes,nbsp;Que le vaillant comte dHarcourtnbsp;Deuant Rouen demeura court,
Bien quaux portes de cette ville II iurast comme tous les mille;
Contre Ie dire des menteurs.
Le mardy, vinrent quelques hommes Disans quau bas païs des pommesnbsp;Monsieur de Matignon leuoitnbsp;Toutes les troupes quil pouuoitnbsp;Pour Monseigneur de Longueuillenbsp;Et le secours de nostre ville,
Dont la vertu doit faire peur Aux artisans de son malheur.
Ce iour, toute la Cour arreste Que Meliand a sa requestenbsp;Chez les Comptahles et Fermiersnbsp;Saisira les publics deniersnbsp;Qui de toutes parts feront gillenbsp;Aux coffres de 1Hostel de Ville ,
Et non a ceux des créanciers ,
Auec deffence auxdits Fermiers, Receueurs, autres gens daffaires,nbsp;Coraptables et reliquataires ^
De payer le moindre teston Que la Cour ne le trouue bon.
-ocr page 102-Cependant que ce Parlement Ordonna dVn consentementnbsp;Quon priroit la Reine Régentenbsp;D estre si bonne et complaisantenbsp;De laisser Rouen tel quil estnbsp;Deffendre seul son intérest;
Et quailleurs dresseroit sa marche Harcourt, qui vint au Pont de 1Archenbsp;Monté sur un cheual rouen,
Sans auoir entré dans Rouen.
Dès ce iour, pour la Normandie Terre belliqueuse et bardie,
Le grand Longueuille quitta Paris qui fort le regretta.
La Cour fit deux arrests ensuitte,
Dont IVn porte que sur la fuitte *
De beaucoup de particuliers Sous des habits de Cordeliers,
Et dautres personnes sorties Que Scarron nauroit trauesties,
On deffend a grands et petits De prendre plus de faux habits,
Ny de changer leur Seigneurie,
Ne fust ce que par raillerie;
Et parceque les partisans Fuyoient en habits de paysans,
Les leans se faisant nommer Pierres, Les Pierres, Pauls, si quen ces guerresnbsp;Souuent nos portiers par ce dolnbsp;Prenoient S. Pierre pour S. Paul;nbsp;Parceque sous vertes mandillesnbsp;Et sous de traitresses guenilles.
' Arrêt de la Cour de Parlement portant defenses a toutes personnes, de changer leurs noms, etc. [228],
93
DE MAZARINADES.
Qul recéloient maiiit quart descu,
Les Mallotiers monstroient Ie cu Saus quon Ie sceust, tant ces naquettesnbsp;Sur leur mesure sembloient faites,
Tant pour eux leur mine parloit Et tant rien ne les décéloit,
Tant auoit de coirespondance Get estat auec leur naissance ,
La Cour dit quon traitteroit mal Les masques de ce Carnaualnbsp;Portans momons hors de la ville;nbsp;Permis seulement a Virgillenbsp;De sortir ainsi trauesty.
Par lautre Arrest fut consenty
Quon gardast la vielle ordoimance Pour les soldats; auec defense,
Aux gens de guerre, de voler,
De brusler ou de violer;
Ains se contenter de lestappe Sans a leurs hostes donner tappe,
Et que les biens en patiroient Des chefs qui leurs commanderoient.
Ce iour, les trouppes Polonoises Qui ne cherchoient qua faire noises,
Au hourg de Sèure et de Meudon (Dieu -veuille leur faire pardon !),nbsp;Commirent sans les violencesnbsp;Plus dvn demi-cent dinsolences ^.
* ^rrét de la Cour de Parlement portant defenses aux gens de guerre dc rommettre aucuncs violences, etc. [229],
* Ils pillèrent les sacrés lieux....
Polluèrent plusieurs esglises,
Laissant les Curés sans chemises,
Et qui monstroient leurs nuditez,
A leurs t-oupeaux espouuantez.
-ocr page 104-Dieu, quelles ont lait de cocus Pendant ce malheureux blocus !
Que cette race Polonoise
Ell mettant Ville luif dans Ponthoise ,
Nous a laisse denfans metis!
Quil nous en reste de petits Depuis que les grands sont en voye!nbsp;lamais le Grec ne fit dans Troyenbsp;Ce que dans Meudon elle a fait,
Oil sans laisser vn seul buffet,
Elle roinpit auec rage Les reliques de ce naufrage,
Entrautres plusieurs pleins tonneaux,
Tant de yins viels que de nouueaux;
Action qui fut si vilaiiie
Que deux de leurs chefs pour leur peine
Par les habitants de ce lieu
Furent enuoyez devant Dieu,
Oil ie croy quils lie furent guère ;
Car Noë se mit en cholère ,
Sachant quils auoient mal traitté Le ius du fruict par luy plante ,
Qui le concha par recompense.
24 jauv.
leudy, fut leue a Iaudience La lettre que Ton escriuoit 1
Le plus humblement quon pouuoit,
A la Mamman de nostre Sire,
Oil vous pouuez encore lire Les raisons que le Parlementnbsp;Alléguoit de son armement 1
Remontrancc du Parlement enuoyét au Kol et a la Reine régente^ etc1
[3319].
* Le désordre et la tyrannic De son Ministre dItalie ;
-ocr page 105-Qui sont assez considerables Vendredy, contre les notables,
Et quelques Escheuins dAmiens, Arrest fut contre ces Chrestiensnbsp;Rendu sur la plainte ciuillenbsp;De lhabitant de cette villenbsp;A la teste chaude et hardy.
Larrest portoit, du Vendredy Le vingt deux de cette année,
Que sur la requeste donnée
Sous Taueu du grand Due dElboeuf,
Ge iour la vestu tout de neuf,
Lvn de nos chefs, illustre prince, Gouuerneur de cette Prouince,
Que le Picard sassembleroit Et dautres Escheuins feroit
Linsoleuce de ses supposts Ennemis de nostre repos;
Les ruines inéuitables
Sous qui ces monstres détestables
Auoient engagé tout 1Estat.
On députa, le mesme iour,
Quelques Conseillers de la Cour Pour faire exécuter eux-mémesnbsp;Vn arrest rendu le quinzlèmenbsp;Qui portoit que seroient saisis,
Et dans lHostel de Ville mis.
Les deniers deus par les Comptables.
Deffend aux présens 1exercice Comme par lettre subrepticenbsp;Quon nomme Lettre de Cachet,nbsp;Maintenus ; dit quon a mal faitnbsp;De leur donner telles épistresnbsp;Contre la ville et ses viels titres.
LArrest estoit fort important Pour conseruer eet habitantnbsp;En lobéyssance royalenbsp;Contre la ligue cardinale,
95
22 janv.
Ce iour, il arriva deux hommes De la capitale des pommes,
Oui disoient que leur Parlement Auoit enuoyé promptementnbsp;A leurs Maiestés trés chrestiennesnbsp;Porter les trés humbles Antiennes.
23 janv. nbsp;nbsp;nbsp;Samcdj, Ie bruict a couru
Que lArchiduc auoit paru Sur les asseurances recettesnbsp;De nos frontières despourueuesnbsp;Dont on tiroit des garnisons
Estant ces premiers Esclieulns Accusez destre mazarins.
Ce iour, mon coeur estoit en ioye;
Et list la Cour de la Monnoye Arrest que ses malstres batteurs,nbsp;Monnoyeurs et fabrlcateursnbsp;Payeront toutes cboses faitesnbsp;Dor massif, soit plats, solt assiettes,nbsp;Bref tout marc dor, quatre cens francsnbsp;loincts a vingt et buict escus blancs;nbsp;Pour les cuillers et les escuellesnbsp;Et toutes les autres vaissellesnbsp;Quils trouueroiit de bon argent,
Ils payeront Ie mare content Vingt et six liures et demies;
Entend quelles soient conuerties En des espèces du païs,
Cest a dire de beaux louis; Commandement au Contre gardenbsp;De lescrire et dy prendre garde;
Et les Monnoyeurs les rompront Deuant ceux qui les porteront,
Sur peine de payer damende Cinq cens liures, somme assez grande :nbsp;Sur mesme peine leur eniolntnbsp;Den prendre et nen refuser point.
Et de cette taxe susdite Ne rabattre pas vne pite.
' Par les ordres du Cardinal.
-ocr page 107-Pour faire au blocus des cloisous* .
Le Dimanclie et Ie vingt quatre, Sortirent tous prests a se battrenbsp;Force gens bien faits, gros et gras,nbsp;Les cheueux frisez, le poil ras,
Monsieur le Féron, quand iy pense, Fit vne très-belle ordonnance,
Ce iour ringt et trois de lanuier, Commandant a tout Officiernbsp;Qui sera de garde a la porte,
De faire par ses soins en sorte Que dans le Louure soit conduitnbsp;Le bied qui passe et nest pas cuit,nbsp;Orge, Froment, Seigle, Farin,
Pour estre durant la famine Deliurez par des Officiersnbsp;Aux boulangers et patissiers ,
Afin quincessamment ils cuisent,
Et que, si lesdits grains leur duisent,
IIs viennent tous les acheter Au Louure oü 1on les fait porter,
Et ce que iy trouue 'le drolle,
Sans auoir crédit d vne obolle;
Car rOrdonnarice dit exprès Quils porteront argent tout frais,
Outre quils prometiront de rendre Autant de pain quil sen doit vendrenbsp;Dans les ordinaires niarchez ;
Deffenses dauoir grains cachez,
Ny sous ombre dbumeur ciuille En vendre aux habitants de ville ;
Que tel courtois sera pendu ;
Aux Bourgeois aussi deffendu Den achepter deux sur la peinenbsp;Damender vne cinquantainenbsp;De pistolles ou de louisnbsp;Dont ils seroient peu réiouis.
Aussi scachez la consequence De cette prudente ordonnance :
Le marché suiuant de pain eut Autant et plus quil nen fallut.
97
24 janv. Jouruée denbsp;Juvisv.
98 nbsp;nbsp;nbsp;CHOiX
En Souliers iioirs, en bas de soye,
Tels que ceux qui vont tirer loye. Gageons, Prince, que tii mattensnbsp;A nommer nos fiers habitans,
Qui contre la pluye et lorage Nauoient porté que leur courage,
Et dont ils auoient pen porté Pour plus grande légèreté.
Ouy, ie veux chanter la iournée La plus celèbre de lannée,
Depuis ditte de Iimisy,
Alorsque Ie Bourgeois choisy,
La pluspart la plume a Foreille, lurant Dieu quil feroit merueille,
Et portant la fureur dans Iceil,
Marchoit pour assiéger Corbeil,
Si la maison du sieur Des Roebes Nen eust empesché les approches.
Sotte et miserable maison ,
Quon te mandit auec raison! luuisy, malheureux village,
Ou manqna si peu de courage Quils en auoient apporté tous,
Sans toy Corbeil estoit a nous.
Le Bourgeois alloit en furie, loint quon auoit caualerie,
Des fantassins et du canon.
Et puis tu me diras que non!
Ah! maison de Monsieur Des Roches, Que tu nous coustes de reproches!nbsp;Pourtant la sortie eut effet.
Le Pont de Sainct Maur fut deffait, Tandis que nos gens en désordrenbsp;Assez bons chiens sils vouloient mordre,nbsp;Le lendemain sont reuenns
-ocr page 109-99
DE MAZAUINADES.
Ayant la pluspart les pieds nuds; Dautres ayant perdu leurs armes;
Et tons pinté comme des Carmes.
Les vns admiroient Ie danger Oü lon vouloit les engager;
Encor que de cette bataille Se sentit la seule futaillenbsp;Quils percèrent de mille trous,
Et dont enfin a plusieurs coups Ils burent dans cette desroutenbsp;Le sang iusqua la moindre goutte.nbsp;Enfin plus mouillez quvn canard,
Les enfans criant au Renard,
Ils rentrèrent dans nostre ville En faisant vne longue file;
Tantost formans vn entrechas,
Tantost vomissans sur leurs pas,
Dont le grand Beaufort dans son ire Ne pouuoit sempescher de rire.
25 janv.
Le lundy ne doit estre obmis Quon sceut quen Bretagne vn commisnbsp;De Monsieur de La Mesleraye *
Nauoit lemporté quvne baye Ayant demandé six milliers,
Tant Fantassins que Caualiers ^;
Que la cour nauoit fait response Sur la demande de ce Nonce;
Ains deffendu que Chef aucun Leue soldats, ne fust ce quvn,
Pour Monsieur de La Mesleraye Contre qui salgne encor la playe
De ce Mareschal fier a bras.
Pour seconder les sots desseins Dvn Cardinal plein de furie.
-ocr page 110-Et Ie trou quil fit au iabot Dvn crocheteur; veut que Chabotnbsp;Qui sous main leuoit geus de guerrenbsp;Ait a dénicher de la Terre,
Et cependant quaux droicts Royaux Soit reioiut Ie droict des Billots *.
ICO
26 janv.
Le Mardy, Ie sieur de Raillière Fut pris en nouant sa iartièrenbsp;Et mené comme vn espion.
Lon ne connoist que trop son nom. II est monopoleur en diable,
* Le due de Rohan-Chabot.
Doü lon dit que le tueiir dliomme, Meilleraye, auolt tous les nnsnbsp;Plus que quatre cens mille francs. '
Ce iour, nostre Cour fist Arrest Dans lequel a Messieurs il plaist,
Pour faire vn reglement utile Aux rentes de 1Hostel ,de Ville,
Que les rentiers qui sont présens,
A 1exclusion des afisens,
Soient payez de leurs arrérages;
Le mardy, vinrent quelques bandes, Tant Polonoises quAllemandes,
Au Bourg la Reine, prés Paris.
Dieux! quels cruels chariuaris!
Que de mal, de bosse et de playe Faisoient-ils, lorsque La Boulaye,nbsp;Braue Marquis, mit en morceauxnbsp;Plus de trente de ces pourceaux;
Outre que ce chef de courage Ouurit vertement le passagenbsp;A cent quatre-vingt et dix-neufnbsp;Charrettes de bied, sans le beeufnbsp;Quau nombre de deux cent soixantenbsp;Ou de trois cens , que le ne mente,
11 amena par son conuoy Malgrc les ennemls du Roy.
-ocr page 111-101
DE MAZARINADES.
Autheur de la taxe effroyable Par qui tant de Gens sont léseznbsp;Dessous Ie faux tiltre daisez *.
II fut coffré dans la Bastille Et fit penitence a la Grille ^.
2/ janv.
Le Mercredy, lon ent aduis Que Messieurs de Lyon rauisnbsp;Faisans des accueils fauorablesnbsp;A tons nos arrests équitables,nbsp;Retinrent les gens que pour vousnbsp;Amenoit vn Due contre nous,
Le grand Schomberg qui prit Tortose Et qui pourroit faire autre chosenbsp;Que de seruir la passionnbsp;Dvn Prodige dambition.
Ce iour, nous eusmes asseurance QuVn Moucliard de Son Eminencenbsp;Vint les Chartrains questionnernbsp;Sils se vouloient Mazariner^
Que Chartres entrant en fredaines Respondit : «Vos fieures quartaines!nbsp;Allez, chien despion au grat. »nbsp;lugez sil retourna bien fat,
Arne damnée, esprit malin ,
Vn voleur, bref vn Mazarin.
® Mercredy, vlngt-sept de lanuier, Nosseigneurs ont fait publiernbsp;Vn Arrest du vingt-cinquiesmenbsp;Qui sur la multitude extresmenbsp;Des libelles et quaucuns deuxnbsp;Sont insolens et frauduleux,
Porte quImprimeurs et Libraires Suiuant leurs statnts ordinairesnbsp;Ne feront point dimpressionnbsp;Sans y roettre premier leur nomnbsp;Et de celuy que Ton imprime,
Autant en prose comme en rime.
-ocr page 112-La ville en estat sestant mise De se garantir de surprise.
Deslors vn Régiment botté Qui nen estoit pas moins crotté,nbsp;Sortit du costé de la Brie;
Doü vint a nostre Boucherie ,
Le lendemain, mouton et boeuf, Que ce beau Régiment dElboeuf,nbsp;Ensemble des bleds et farines,nbsp;Amena des villes voisinesnbsp;En aussi grande quantiténbsp;Qua Paris il en ait esté
Ce mesme iour, chemin facile Fut fait des faubourgs a la ville,nbsp;Comme de la ville aux faubourgs.nbsp;Les iours estoient encor trés courts;nbsp;Mais cela ne fit point dobstaclenbsp;Quvn second fils, second miracle,nbsp;Né, le iour précédent, du suenbsp;De Monsieur son père le Duenbsp;De la Duehé de Longueuille,
' Que iamais il en ait esté
Dans nostre ville auant le siege.
On ne nous escrit rien de Liège; Mais de Sainct Germain on escritnbsp;Que Mazarin, .mescliant esprit,
Pour rompre la correspondance De Paris auecque la France,
A fait arrester les Courriers,
A mis en morceaux leiirs papiers , Deffendu de plus sentremettrenbsp;De porter ou reporter lettre;
Ce qui nempesche pas pourtant Quon nen recoiue presque autantnbsp;Quon faisoit auant sa deffence,
Et que ne courent par la France De trés bons Aduertissemensnbsp;De ses manuals déportemens.
-ocr page 113-103
DE MAZARINADES.
Né, dis-ie, dans lHostel de Ville,
Ne fut a Saiiict lean baptise,
Autretnent christianise,
Ayant la yille pour Maraine,
Madame de Bouillon Paraine;
Car ie nose dire Parain Puisque cest vn mot masculin,
Et que ce fut Dame la Ville Qui tint Ie ieune Longueuille,
Et qui Ie nomma Carolus De Paris5 et sil en faut plus,
DOrleans j sil en faut encore ,
Le comte de S. Paul que ihonore;
Pour la ville estant le Féron *.
La nuict deuant quil eust son nom, Les cheuaux légers de Corinthe,
Gens a lespreuue de la crainte,
Sur le chemin de Long-iumeau Rencontrèrent sous vn ormeaunbsp;Cent deux hommes dInfanterienbsp;Et deux cens de cauallerie.
Hommes qui nestoient pas pour nous, Sur lesquels et boutte a grands coupsnbsp;Donna nostre petite trouppe,
Qui pousse, qui bat et qui couppe , Quon pousse, quon couppe, quon bat,nbsp;Qui rend et qui recoit combat,
Et fait ioliment sa retraite,
La partie estant trop mal faite Séuigny commandant pour nous *.
28 janv.
Le leudy, nous apprismes tous Que dans la terre Prouencale
-ocr page 114-104 nbsp;nbsp;nbsp;GHOIX
La procession générale
Que Ie people dAix, bon chrestien,
Fit Ie iour de Sainct Sébastien,
Fut interrompue en sa file Par des soldats entrez. en Villenbsp;Sous lordre du Comte dAlets,nbsp;Gouuerneur de la Ville dAix;nbsp;Surquoy la populace fiérenbsp;Auec la croix et la bannièrenbsp;Le bénestier et 1aspergés,
Battit ces geus, et prit dAlets.
Nous sceumes aussi qua Marseille Lon auoit ioué la pareillenbsp;Au ieune Due de Richelieu,
Arresté par ceux de ce lieu,
Qui mesme auoient fait prisonnières Plus des trois quarts de ses Gallères.
30 janr.
Le Samedy trentiesme iour,
De Fordonnance de la Cour Les Conseillers Doux et Viole,
Dont la vertu tient comme colle, Pi'irent la poste en mauiement;
La Cour leur fit commandement Que passe-ports ils déliurassentnbsp;De toute sorte et les signassentnbsp;Tous deux, ou lvn lautre absent, etnbsp;(En latin) le Greffier Guyet*.
Ce iour, Ia Cour mit en allarmes Les clinquaillers et vendeurs darmes;nbsp;Car par Arrest fut deffenclunbsp;Que dorénauant soit vendunbsp;Le mousquet et la bandouillèrenbsp;De Charleuille et de Mézièrenbsp;Ou du païs des Liégeoisnbsp;Plus de huict quarts deseus de pois;nbsp;Ny que plus de dix francs on vende
-ocr page 115-105
DE MAZARINADES.
Ce iour, les trouppes dAlexancli'e, Venant a Bry pour Ie surprendre,nbsp;Ientends vos trouppes , grand Condé ,nbsp;II nous fut a Paris mandé;
Sur quoy nostre Cauallerie Prenant la route de la Brienbsp;Les ennemis fuirent tout net ,
Et pas vu deux ne remaiiet;
Mais bien vne quantité grande De bleds et de vive viande,
Cest a dire de bestial,
Qui pour renfort du Carnaual Fut a Paris fort bien receue,
Et dont la Ville fut pourueue.
Lors on tira des Fuzeliers Des Colonelles des quartiers;
Et de la noble Bourgeoisie,
II alk quelque Compagnie Pour faire garde a Cbarenton,
Tandis quon menoit, ce dit-on,
La Garnison faire ses orges Deuers Yilleneufue S, Georges,
Et dautre a Brieconterobert,
Quon craignoit qui fust pris sans vert.
31 janv.
Le Dimanche, Monsieur Tancrède
Ceux de Sédan et de Hollande;
Ny plus de vingt et quatre sous Picques de fresne a communs lioms;nbsp;Ny de fortes armcs la paire,nbsp;Ensemble le port, soit plus cbèrenbsp;De douze francs; les pistoletsnbsp;Qui se niontent par des rouets,
Auec les fourreaux, seize liures; Ceux a fusil, dix-huit; les liuresnbsp;De la fine poudre a canon,nbsp;Vingt-quatre sols; 1autre, vn teston,
-ocr page 116-106 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Fut blessé dvn coup saus remède , Blessé, dis-ie, dvn coup mortel,nbsp;Lissu du costé paternelnbsp;Du feu Due de Rohan son père,
Si lon en croit sa chaste mère;
Au reste vn enfant trés bien né Aussi vaillant quinfortuné.
II donnolt beaucoup despérance ; Mais Ie mauuais destin de Francenbsp;Prit mal a propos Ie toupetnbsp;Contre vn ieune homme si bien faitnbsp;Qui portoit toupet sur sa teste,nbsp;Comme lon voit dans sa requeste ^.nbsp;Voyons done comme il a péry ;
II reuenoit avec Vitry,
Noirmoutier et dautre Noblesse Quand pour sa première prouesse,'nbsp;Et pour acheuer son Romant,
II rencontra quelque Allemand De la garnison de Vincennenbsp;Quil suiuit a perte dhaleine;
Mais il sengagea trop auant.
Les ennemis estoient deuant,
Qui saus considérer son age Le traittèrent auecque rage ,
Paree quil auoit presque occis De leurs caualliers cinq ou six.
Ils le chargèrent, le blessèrent,
Et dans Vincennes le traisnèrent, Oü le lendemain son déceds
Letlre de consolation enuojée a madame la duchesse de Rohan, etc. [1922]; Regrets de la mort glorieuse de M. Tancrède de Rohan, etc. [3-081].
N. D. T.
^ Madame de Rohan, en la requeste que elle présenta, dit que Tancrède estoit reconnu par le toupet quil auoit.
-ocr page 117-107
U' ïéTrier.
DE MAZARINADES.
Finit sa vie et son procez 1.
Lors on eut aduis veritable,
Qua S. Germain (chose effroyable!) Monseigneur, vous auiez nuds misnbsp;Tons les gens que vous auiez pris,nbsp;Et que sans balie et sans iaquette 1nbsp;Ils estoient en grande disette,nbsp;Enfermez au tripot du lieunbsp;Nayant reconfort que de Dieu.
Le Lundy première iournée 1,
Du second mois de cette annèe, Vous fistes le determine,
Dont il prit mal a Fontenay,
A Sceaux, Palaiseau, belle terre Oü vos barbares gens de guerre,nbsp;Firent ès maisons et clochersnbsp;Pis que nauroient fait des archers,nbsp;Ou les volleurs de S. Sulpice;
Car ils prirent iusquau calice, Pissèrent dans le benestier,nbsp;Assommèrent vn marguillier,
' Et lors dans la grande Escurie Le régiment dinfanterienbsp;Du puissant prince de Contynbsp;Dont le feu nest point ralenty ,
Et qui nous proinet la ruine De rinsolence mazarine,
Dans le manége fit serment A deux Messieurs du Parlement.
Et que la rage cardinale
Les a sans iaquette et sans balie.
Et depuis pour fraische nouuelle Quil est venu de la gratellenbsp;Au Cardinal a beau museau.
Cest le sujet de la Harangue a la Reynepar messieurs les cures desbourgs da Sceaux, etc. [1539].
-ocr page 118-108 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Des surplis firent chemisettes,
Et beurent Ie vin des burettes, Prirent Ie liure dOremusnbsp;Quils ne respectèrent pas plus.
2 Kvrier. nbsp;nbsp;nbsp;Lc Murdj ncst pas remarquable.
4 nbsp;nbsp;nbsp;leudy quatre , sortant de table
Oil Ton seruit force rosty,
Monsieur le Prince de Conty,
Suiuy dvne grande cobue Fut faire a ses gardes reuue,
Oil se trouua Monsieur dElboeuf Qui nauoit pris quvn iaune doeuf,nbsp;Taut son ardeur infatigablenbsp;Le laissoit pen dormir a table;
lour que pour nous faire du mal, Scacbant que force bestialnbsp;Nous venoit du coste de Brie,
Bled, farine, autre drollerie,
Qui sauuolt Paris de la faim,
Et qui rompoit vostre dessein,
Vous pensastes mourir de rage;
Er pour nous boucher ce passage, Ayant en vain attaqué Bry,
Qui nestoit vostre fauory Depuis qua vos belles cobortesnbsp;II auoit refuse les portes,
Vous tournastes vers Lesigny, Chasteau iadis a Concbiny ¦
Oil de la canaille rustique,
Ce iour, a vos gens fit la nique,
Et quelques soldats au milieu
Que par lustice on deuoit vendre Et que Mazarin pent prétendrenbsp;Comme successeur du Marquisnbsp;Et quasi du luesme pais.
-ocr page 119-109
DE MAZARINADES.
Venus de Bry, voisin du lieu , Respondirent auec rudesse :
« Ie sous vallets de Sou Altesse 5 Ce sera pour vne autre fois. «
6 fevricr.
Ce fut Ie cinquiesme du mois Que quelques trouppes ennemies *
Pour poursulure leurs volleries Et Ie dégat du plat pays,
Prirent leur vol de S. Denis.
Hélas! que tu deus estre en trance, Pauure Mesnil Madame Rance!
Ce iour, cestoit a toy Ie dez;
Tes murs nestoient pas bien gardez.
Ils mirent au fil de leurs lames Enfans, vieillards, hommes et femmes,nbsp;Et firent acte de larronsnbsp;Par tous les bourgs aux enuirous.
Cest ce iour si ie ne me blouze,
Que TArcbeuesque de Thoulouze Reuint icy de Sainct Germain ;
Mais non, ce fut Ie lendemain.
Nenny, ce fut ce iour-la mesme Questant allé dès Ie troisiesmenbsp;Y faire predicationnbsp;De nostre bonne intention ,
En pfuise dvne remonstrance,
II ne pust auoir audience;
Et sans quoii l oiiist, il auint Que Ie zélé prélat reuint.
Ce iour mérite quelque notte, Puisque Ie Mareschal la Mottenbsp;Ef Ie vaillant Due de Beaufort,
Quon appeloit frappe dabort%
' Que quelques troupes mazarines Qui fait tout nostre reconfort.
-ocr page 120-HO nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Sortis auec Cavalerie
Pour purger les chemins de Brie
Des picoreurs de Saiiict Denis,
Vireiit prés les bois de Bondis Vne forte trouppe et trés grandenbsp;De Caualerie Allemande.
Demander si nos généraux Furent aussitost a leur dos,
Cest pêché mortel que ce doute. LAllemand fut mis en déroutenbsp;Après sestre bien défendu,nbsp;lusques la mesme, quvn pendu,
Le Capitaine de la trouppe,
(Quand iy songe ma voix sétoupe) Vint tirer a brusle-pourpointnbsp;Nostre Due, qui ne bransla point;
Mais dvn revers de cimeterre Renuersa ce Reistre par terre;
Les vns disent de pistolet.
Enfin le coup ne fut pas laid.
Le drosle en est au cimetière.
Et mord fièrement la poussière.
7 février. Siége de Cha-
Le sept, par vous, braue Condé,
Le Due dOrléans seconde,
Ayant tiré des voisinages,
Des villes, bourgs, chasteaux, villages, Autant de troupes quil en put,
Sans que Paris débloqué fut,
II fit bien de caualerie
Trois mille , et cinq dinfanterie ,
Qui filèrent, toute la nuict.
Vers Charenton a petit bruit
* Lieu dont il auoit connoissance Qiivn chef de grande expérience
-ocr page 121-111
8 février*
DE MAZARINADES.
Lundy liuit, laiirore esueillée Vous trouua dans vne vallée,
Que nous appelons tous Fécamp , Ou Ie volleur est trés fréquentnbsp;Durant tous les mois de Tannêe;nbsp;Mals oü deuant cette iournéenbsp;lamais tant il ne sen comptanbsp;Que dans ce iour elle en porta.nbsp;La vostre Gros prit la scéance,
Et se saisit de 1éminence,
Tandis que quelque Régiment Détaché par commandement,nbsp;Alia pour donner lescaladenbsp;A la malheureuse bourgade.nbsp;Auant quaucun fust assommé ,nbsp;Chanleu par vos gens fut sommé *nbsp;De leur remettre cette place,
Qui ne leur fit pas cette grace;
Et sur lheure les assiégeans De cette brauade enrageansnbsp;Occupèrent les auenuesnbsp;Que nos canons rendirent nues.nbsp;Sans mentir, Ie coup Ie premiernbsp;Les fist plus nettes quvn denier;nbsp;Le second rompit quatre cuisses;nbsp;Le troisiesme tua deux Suisses.nbsp;Nauarre, braue Régimentnbsp;Lascha le pied vilainement.
Vingt de ses officiers a terre
Estoit le fidéle gardieii,
Et quil le défendroit blen.
' Attaque et prise de Charenton , etc. [431]; Prise de Cliarenton, etc. [2870],
* Le marquis de Clanlou, Louange de feu M. le marquis de Clanleu, etc. [2323].
-ocr page 122-112 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Maudirent mille fois la guerre Qui les emioyoit chez Plutonnbsp;Deuant vu cliétlf Cliarenton.
Vostre Altesse ayaiit sceu lescarre Qui sestoit faite de Nauarre,
Pensa creuer dans son pourpoint;
Pourtant elle ne creua point,
Sur Pespérance de com])attre Le badaud quon tenoit a quatre,
Qui comme vn Diable iuroit Dieu Quil vouloit secourir ce lieu.
II disoit delle peste et rage,
Cependant quauec aduantage Elle atteudoit ceux de Paris,
Comme le cbat fait la soui'is.
Se fiant sur son éminence,
Elle auoit gravide impatience De taster le ponx au Bourgeoisnbsp;Qui ne sortit pas cette fois.
II est prudent et craint Ia touche, loint qnil naime point la cartouche,
Et quelle en auoit fait charger.
Paris nen vouloit point ronger,
Et certes auecques prudence (Puis quon dit quo cette éminence,
Se pouuoit aussi pen forcer Que 1autre se pouuoit drasser),
Vostre Altesse faisant fanfare,
Commit pour soustenir Nauarre Chastillon auec du renfort,
Ou plutost pour chercher la mort 1;
Ou ne comiite pas moins de dix pièces sur la mort du duo do Clia-tiUoa. Regret de la France sur la mort de M. de Chalillon, nc. [3080]; Lettre de consolation enuoyéc a madame de Cdiatillon, etc. [1921]; Dernièresnbsp;paroles de M. le due de Chatillon, ctc. [1036], etc., etc.
-ocr page 123-113
DE MAZARINADES.
Car, hélas! au bas de son ventre Vne balie de mousquet entre,
Sans respecter ce Due nouueau leime , vaillant, adroit et beau 1.
Tost après vos troupes fdèrent Par des iardins quelles forcèrent,
Si quil conuint a nos sondarts, Enuironnez de toutes parts,
De faire vne retraite honneste.
Ce ne fut pas sans casser teste,
Et percer maints et maints boyaux De maints et maints et maints Royaux.nbsp;Chanleu deuant quil deuint ombre,
En tua de sa main grand nombre, Tant que lardé de plusieurs coupsnbsp;Ce braue prit congé de nous,
Et finit vaillamment sa vie Par vne mort digne denuie;
Ayant deuant mis par quartier Vn qui luy présentoit quartier.nbsp;Charenton se rendit en siiite.
La Garnison se mit en fuite,
Quon taschoit de secourir, quand II fallut passer par Fecamp;
Et qui deuint en moins dvne heure Grand prédicateur, ou ie meure,
Puis quau iour quU est décédé II prescha son cousin Condc ;
Tesmoin ses paroles dernlères Quil accompagna de prièresnbsp;Capables de fendre vn roclier.
Aussi ne put pas sempesclier Condé de lui donner des larmesnbsp;Et trahir Ie Dieu des allarmes,
Ennerais de Dame Piüé;
Mais ce furent pleurs damitié A cause de leur parentage.
-ocr page 124-114 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Ce qui nestoit pas fort facile A nos petlts Messieurs de Ville *.nbsp;Le ioiir que fut pris Charenton ^nbsp;Resuant en soy-mesme Gastonnbsp;Sur rimportance de la pertenbsp;Qua sa prise il auoit soufferte,nbsp;Sur la conqueste il raisonna,
Et par conseil labandonna, Comme pour son trop destenduenbsp;Ne pouuant estre défendue.
II sort; et seulement il rompt Le passage qui mène au pont.
Ce fait, vos troupes défilées Vers Nogent prirent leurs volées;nbsp;Nogent sur Marne, que vos gensnbsp;Plus impiteux que des sergens,nbsp;Surprirent, pillèrent, bruslèrentjnbsp;Et puis après se retirèrent.
iO février.
Le Mercredy, nostre support Sortit de grand matin , Beaufort.nbsp;II avoit la puce a loreille.
Laissez lui prendre Cliarenton Puisque le sang de Chastillonnbsp;Et de Saligny le carnagenbsp;Na que trop payé ce village,nbsp;leunes seigneurs prostituez,nbsp;Parlez done, vous autres tuez,nbsp;Braues officiers de Nauarre,nbsp;Loccasion estoit bien rarenbsp;Pour y perdre trente de vous ?
Au nom de Dieu, reuenez tous; Et que vos ombres vengeressesnbsp;Sattacbent nüit et iour aux fessesnbsp;De celui qui vous bazardanbsp;Et par nos mains vous poignarda;nbsp;Cest Mazarin que ie veux dire,nbsp;Lautheur seul de vostre martyre.
DE MAZAKINADES.
Aussi ce iour, fit-il merueille;
Car dès qua Charetiton il fut, Lennemy soudain disparut,
Et luy présentant Ie derrière
Se retira sur la riuière
Dans les moulins proche du pont,
Oü nostre prince actif et prompt,
Ayant mandé 1artillerie
Pour battre cette infanterie,
Au nombre de deux a trois cens, Recent vn aduis plus pressantnbsp;Qui Ie fit dénicher bien viste;
Car il sceut quauoit pris son giste A Linas Ie fameux conuoynbsp;QuEstampe enuoyoit par charroy.nbsp;Noirmoustier lui prestoit main forte;nbsp;Mais pour vne plus seute escortenbsp;La Mothe-Houdancourt et Beaufort,nbsp;Cestoit a qui courroit plus fort,nbsp;Estoient désia dessus la voye,
Quand vn advis on leur enuoye Que le Marescbal de Grammont 1nbsp;Sauancoit en pas de Gasconnbsp;Pour les couper sur leurs passages.nbsp;Nos Généraux prudens et sagesnbsp;Vinrent en ördre niartialnbsp;Receuoir ce grand Marescbal,
Qui monstra brauement la croUpe (Dit la chanson) auec sa troupenbsp;Bien qu elle fust de cinq milliers,
115
Arriuée du conuoy d'Estara-pes.
Ce nest pas ainsi que le raconte la Défaite d't/ne partk du conuoy des Parisiens dans le village de ^itry, etc. [963].
* Venolt faisant le rodomont.
Avec sa mazarine troupe.
-ocr page 126-116 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Taut fantassins que caualiers,
Laissans tesmoins de sa disgrace Plusieurs Officiers sur la place,
Entre lesquels il dit adieu Au braue colonel Noirlieu,
Qui scauant au faict de la guerre Nen fut pas moins porté par terre,nbsp;Quoy quarmé comme vn lacquemart,nbsp;Et malgré les ruses de Tartnbsp;Sabbatit en faisant vne essenbsp;Dessous Beaufort, de qui Iadressenbsp;Luy porta Fespée au gosier;
Coup qui Fempescha de crier *
Contre nostre guerre ciuille,
Et dembrasser eet autre Achille,
Ce Beaufort dont Fillustre bras Combloit de gloire sou trépas;nbsp;Beaufort, dis-ie, qui teste nue,
Sans armes que celle qui tue,
IVayant quVn bufle sur Ie corps , Affronta, ce iour, mille morts,
Les poussa, leur dit pis que pendre, Saus quelles osassent Ie prendre.
Ce fut lors que nostre Bourgeois ^ Fut aux champs la seconde fois,
Sur Ie bruit de cette rencontre. Chacun deux fort zelé se montre.
Ils vont, ils vollent au secotirs;
' Ce quil tesmojgnoit par ses yeux,
Quil rouloit tristemeut aux cieux.
Ah I quil eust fait belle harangue!
Mals il auoit en deux la langue.
Quil auroit maudit Ie party!
Quil sen seroit bien repenty!
Quil auroit pesté contre luie !
Quil auroit baisé nostre Hercule!
-ocr page 127-117
Et 1on nentend dans leurs discours Que Vine Beaufort et La Mothe !
II nen est pas vu qui ne trotte;
Et se trouuent ainsi trottans Plus de trente mille habitans,
Dont lardeur fut bien rengainée, Trouuant la bataille gagnéenbsp;Et la victoire qui rioitnbsp;De nos Bourgeois, quelle voyoitnbsp;Pester et se gratter la testenbsp;De nauoir esté de la feste,nbsp;lurans pour faire les mescbantsnbsp;Contre Ie Préuost des Marchands ,
Soit que Madame la Victoire Eust rappellé dans sa mémoirenbsp;luuisy, que ces bons soldatsnbsp;Out promis de ne passer pas,
Et dont ils estoient sur la route.
Bref, ils reuindrent saus voir goute, Confondus auec les pourceaux ,
Les moutons, les bceufs et les veaux *;
II faisoit beau voir en bataille Cinq cens gorets de belle taille;
Leur bataillon sage et discret Laissoit vu estron a regret;
Mals pour mieux obseruer sou ordre Gbacun deux passoit saus Ie mordre
Qui toute la nuit défilèrent
Et dans vn si grand nombre entrèrent Par Saint lacques et Saint Marcelnbsp;Qnil ne sen vit iamais de tel.
Lon conté prés de quatre mille Qui furent receus dans la ville,
De ces nourrissans animanx.
Ce» six vers se trouvent textuellement dans les Vershurlesques
-ocr page 128-118 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
En suite on voyoit les moutons Qui faisoient mille plaisans bonds,
Et sauancoient en criant baye,
Que recent S. Germain en Laye.
Nos chefs entrèrent les premiers Auecques force prisonniers 1.
i I février.
Le leudy, fut pris la Valette,
Fruict de IEspernone brayette ,
Mais de ces fruicts qui sont bastards.
II fut pris semant des placards, Placards quil croyoit pour récoltenbsp;Deuoir produire vne réuolte,
Et qui neurent aucun effet,
Si ce nest que par eux fut fait A eet bomme pourpoint de pierrenbsp;Quil eut le reste de la guerre.
Ce iour, certains du Parlement Parlèrent daccommodement;
Mais soit quils neussent pas puissance, Soit pour la raison de 1absencenbsp;De nos chefs, la cour fut dauisnbsp;Quau lendemain tont fust remis.
^ 2 fcvrier. Hefus (lu Héraut darraes quenbsp;la Beyne envoya.
Le Veudredy, le Héraut darmes Me fit rire iusques aux larmes,
Lorsque ie le consideré Vers la porte Sainct Honoré,
Au matin, qui faisoit maint cerne, Comme ponr inuoquer IAnerne.
a M. Scarron sur Parriuée du oonuoy, etc. Saint-Julien na-t-11 fait ici que reprendre son bien ?
Le sleur de Ferracier Monbrun Et dAlais, vn grand bomme brun,
Dont Noirmoutier auolt fait prise.
Lvn et lautre estoient gens de inise Et Marescliaux de Camp tous deux.
-ocr page 129-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;119
Ie Ie vis qui faisoit trois tours,
A peu prés comme font les Ours .
Quon fait montrer a la ieunesse,
Et quvn bateleur meine en laisse.
Après auoir pyrouetté,
II demanda destre escoutté;
Mais Messieurs sans faire response,
Laissèrent ce bizearre nonce,
Ordonnans quii falloit mander Nos Généraux pour procéder,
Et que par vne tolerance La Mothe auroit aussi séance.
Nos Généraux estant venus,
II fut dit quon feroit refus Dintroduire cette toupie *,
Qui ne manquoit pas de roupie,
Et que Messieurs les geus du Roy Iroient luy citer vne loynbsp;Qui deffendoit douurir la portenbsp;A pas vn homme de sa sorte,
Veu quils nestoient point ennemis,
Ny souuerains, mais trés soumis Aux volontez de leur Monarquenbsp;(Responce digne de remarque,
Et qui dut rendre bien camus Le Héraut qui ne tournoit plus);
Les mesmes iroient vers la Reine Dire que ce nest pas par hainenbsp;Quon a fait geler son Héraut,
Que Messieurs ont fait comme il faut,
Que cest marque de leur Science Et non de désobéïssance.
Selon quil fut dit, il fut fait;
* Jtidicieux refus du Parlement de donner audience aux deux héraults, etc.
[t'/6e].
-ocr page 130-120 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Et Ie Héraut mal satisfait Mit son cheual a lescurienbsp;Dans la prochaine hostellerie.
Mais pour aller a Sainct Germain, Monsieur Talon baisa la main.
II repassoit en sa mémoire Quil neut pas seulement a boirenbsp;La première fois quil y fut;
Ce qui fit quil se résolut D escrire pour son asseurance.nbsp;Cependant Ie Héraut de Francenbsp;Qui fit vn médiocre escot,
^ 3 féviier.
Mais qui dormit comme vn sabot, Ayant encor tourné de mesmenbsp;Partit Ie Samedy treiziesmenbsp;Et deuant plier son paquet,
Laissa sur la barre vn pacquet,
Qui demeura cette semaine Entre les mains du Capitaine.
Ce mesme iour, Ie fils puisne * Dvn potentat infortunénbsp;Fut receu dedans nostre ville,
Oü sa mère avoit pris asile Contre la fureur de lAnglois,nbsp;Infame bourreau de ses Rois.
^ 4 février.
Le quatorziesme, et Ie Dimanche, Par vn Prélat a barbe blanchenbsp;Fut sacré Monsieur de Bayeuxnbsp;Tandis quvn édict rigoureuxnbsp;Qui fut faict en lHostel de Ville,nbsp;Ordonna (chose trés vtile)
Aux chefs et maistres des maisons, Nonobstant toutes leurs raisons,
nbsp;nbsp;nbsp;Le due dYork.
* nbsp;nbsp;nbsp;N. Molé, fils du premier président.
-ocr page 131-121
De porter eux-mesmes en garde Picque, Mousquet on Hallebarde,
Et destre chez leurs officiers Aux mandemens particidiers;
De venir quand on les appelle En faction on sentinelle,
Selon lordre du caporal Qui bien souuent est vn brutal,
Tousiours ignorant, parfois yure;
Mais bien quil ne scache pas viure,
Fit-il en commandant vn rot,
II faut suiure sans dire mot.
Et la prendre mainte roupie Si Ie caporal vous oublie,
Sil cause, sil dort ou sil boit,
Sans oser sortir de lendroit Oü pour sentinelle il vous pose,
Tant quil boit, quil dort ou quil cause.
Mi Icvrier.
Or Ie lundy quinziesme iour,
Le vaillant la Mothe Houdancourt Au Parlement prit la séance,
Et depuis en toute occurence Fut conseiller, ad honores.
^ G février.
On eut aduis le iour daprès,
Que de Soissons lEscheuinage
Party pour vn pélerinage
Quil alloit faire a Sainct Germain,
Le Lieutenant, homme de main Sestant mis trés fort en cholère,
Auoit fait faire vn autre Maire,
* Qua Soissons la correspondance Quauoient auec son Éminencenbsp;Le Maire et les Escheiiins,
Ayant induir ces mazarins De venir faire cle leur villenbsp;A Sainct Germain offre ciuile.
-ocr page 132-Et créé nouueaux Escheuins.
Que ces premiers ftirent laiiins Lorsque la gueule enfarinéenbsp;Par vne belle, après dineenbsp;, Estans a Soissons retournez,
On leur ferma la porte au nez! Quelquvn dentre eux prit la parole;nbsp;Mais zeste comme il a pris Dole,
Les Portiers sont sourds a sa voix;
Et partout visage de bois.
Ce fut cette mesme iournée Qua sept heures la matinee,
Messieurs nestans point assemblez,
II vint de Chartres force bleds Que fit apporter la Boulaye,
Que quelques vendeuses de raye,
Qui lallèrent remercier,
Nommoient leur père nourricier.
De fait, ce controlleur des Halles, Esquiuant les trouppes Royalles,
Alloit a la prouision Plus souuent qua loccasion.
\ 7 février.
Les geus du Roy , Ie dix-septiesme, Sous vu passeport du seiziesmenbsp;Sestoient desia mis en cliemin,
Et sen alloient a Sainct Germain Dire a la Reine en bonne amienbsp;Que par mespris ce ne fut mienbsp;Que son Heraut ne fut admis,
Et quil falloit bien quelle eust pris Messieurs pour des niais de Sologne,nbsp;Quand de vers Ie bois de Boulognenbsp;Nos gens virent venir damontnbsp;Le courtois Maresclial Grammont,
Qui leurs venoit offrir main forte,
-ocr page 133-123
^ 8 fpvrier.
DE MAZARINADES.
Et qui leurs fit tousiours escorte.
leudy, Ie Goiiuerneur de Bry,
Qni depuis Ie fut de Sainct Pry, Connu sous Ie nom de Bourgogne,nbsp;Sur Ie Régiment de Bourgognenbsp;Sortit auec peu de cheuaux,
Et fut vainqueur en peu dermots; Car si de toutes vos deffaittesnbsp;Vous me demandiez les Gazettes,
11 faudroit estre Renaudot,
Qui les donne a son fils en dot *, Auoir les mesmes anantages,
Ses lieux communs et tous ses gages.
Ce iour mesme, il nous fut mandé Que Ie beau frère de Condé,nbsp;Longueuille Iinesbranlable,
Refusoit destre Connestable.
Si cela fut en sou pouuoir,
Ie ne scay; mais il dut scauoir Que tel qui refuse, après muse,
Si Ie prouerbe ne sabuse.
Ce iour, au Parlement on lut La lettre qui surprise fut^ ,
Et que par quelque manigance Escriuoit a Son Éminencenbsp;Le grand liomme Monsieur Cobon.
Il fut dit quon lobserueroit,
Et gardes on luy donneroit,
Comme a Monsieur lÉuesque dAire,
Quon croyoit estre du mystère;
Quen outre on prendroit au collet
Cétoient les deux fils de Renaudot, Eusèbe et Isaac , qui rédigeoient a Paris, pendant leblocus, le Courrier francais en prose.
® Lettre intcrceptée dusieur ColioH,CJ deuant euesque de Dol, etc. [2243j_
-ocr page 134-Vn^conseiller du Chastelet Launé, qui gagnant la guéritenbsp;Natteudit pas cette visite ^.
Ce iour, TArcheuesque régla Et par son reglement sanglanbsp;Messieurs de ieusne et de caresme,
' Launay Grave figure dans Ie Catalogue des partisans, etc. Voyezplus haut.
* II eut Ie vent de cette affaire,
Tandls que quelque Cominissaire Suiuant eet Arrest prit son volnbsp;Chez Colion, Éuesque de Dol,
Pour apprendre ses monopoles;
Mais il nen eut que deux paroles ,
A scauoir que les iuges lais Pouuoient retourner au palais;
Quil ne connoissoit que Ie Pape ;
Et, comme mordant a la grappe,
11 répétolt souuent cela,
Quand doctement Ie regoula Le iuge qui 1alla confondre,
Si bien quil ne put rien répondre;
Car après auoir rapporté Quaux faits de cette qualité,
Qui nest quinterroger vn homme,
On se passoit daller a Rome,
Et quil demandoit ce renuoy Contre 1autorité du Roynbsp;Qui sur les Euesques de Francenbsp;Garde tousiours pleine puissance,
Sans courir a Sa Sainteté,
Surtout en léze Maiesté,
II lui cita quelque Concile,
Dexemples plus de quatre mille,
Et trop , puisquil demeura sot Sans pouuoir répondre vn seul mot,
Sinon ; « Messieurs, au Pape! au Pape!
Ie vais disner; on met ma nappe.
Adieu, ne minterrompez pas.
Laissez-moi prendre mon repas. «
Sur quoi ces Messieurs emportérent
-ocr page 135-DE MAZAHINADES. nbsp;nbsp;nbsp;125
Qui s en venoient a face blesme,
Victorieux du oarnaual,
Seconder Ie party Royal *,
En nous ostant la Itonne chère;
Maïs la farine estoit trop chère,
Ce qui fit que nostre Pasteur Vsant avec nous de douceur,
Par vne forme dindulgence Et sans tirer a consequence,
Nous accorda de manger oeuf,
Mouton, goret, volaille, et boeuf,
Fromage, veaux, agueaux, esclanche,
Lundy, Mardy, leudy, Dimanche ,
Et du poisson les Mercredis ,
Les Vendredis et Samedis,
Et toute la Sainte Semaine ,
Temps quil laissa soubs le domaine Dvn Caresme trés rigoureux,
Qui fut tout le reste aux Chartreux,
On qui du moins y deuoit estre;
Mais il se vint camper, le traistre,
Chez quelques pauures habitans Qui, disent-ils, deuant ce temps
Certains papiers quils rencontrèrent,
Et quelquautre brlnborion Au cabinet dudit Colion ,
Et vinrent chez 1Euesque dAire Qui ne fit pas taut de mystère;
Mais après auoir proteste Pour ceux de cette qualité,
Leur franchise et leur priuilége ,
II respondit dessus -vn siége.
* Pour seconder le Cardinal.
* Reglement de Monseigneur I Illustrissime et Réeérendissime Archeuesque de Paris touchant ce qui doit se pratiquer duranl ce saint temps de caresmenbsp;[196 des additions].
-ocr page 136-126 nbsp;nbsp;nbsp;^ CHÜiX
lainais si long ne ie trouuèrent,
Et dès les Iloys Ie comniencèrent;
Si Lien quen mangeant son Larant,
Par vn effet Lien différent,
Sans iours gras Ie gueux fit caresme.
Le riche nen fit pas de mesme;
Car ayant tousiours force plats,
Sans caresme il fit les iours gras.
19 février.
Le Vendredy, dans Iassemblee Les geus du Roy vinrent demblée.
[Is retournoient de Sainct Germain.
Lors ils dirent laccueil humain Quils auoient receu de la Reine,
Qui sans leurs tesmoigner de hainé,
Leurs auoit fait ciuilité Et promis vne infinitenbsp;De faueurs et de bienueillancenbsp;Dès que par leur obéïssancenbsp;Messieurs du Palais prouueroientnbsp;Les respects dont ils lasseuroient;
Et que sils tenoient leur promesse, lis auroient du pain de Gonesse.
Arrivée de la-gent de rarchi-duc.
Cepelidant 1agent arriua*
Que 1Archiduc nous enuoya ^,
Et dont disoit la harangère :
lt;c II porte la paix, ma comère. »
' Or ce iour, fut blen ébahie Sou Éminence dItalienbsp;Quand elle apprit que son argentnbsp;Nauoit pu détourner lagent,
Lequel rArchiduc de Bruxelle Enuoie a Monsieur de Brouxelle,
Comme au r'este dü Parlement.
® Letlre écrite par V Archiduc Leopold a Messieurs les Présidens, etc. [2222] ; Déclaratioh du due Charles... en faueur de la France, etc. [897]; Extraitnbsp;des registres du Parlement... du féurier 1649 [1336].
-ocr page 137-127
DE MAZARINADES.
II venoit faire complimeiil A nostre auguste Parlement.
Et ce fut ce iour que Ie drosle Nous fit voir sa trogue Espagnolle ,nbsp;four que recru de sou trauailnbsp;II ne prit quvue gousse dail,
Taut il auoit dimpatieuce Destre bieu-tost a laudience ,
Oil la maiu dessus Ie rognou,
II laissa tomber vu oignon Comme il tiroit de sa pochettenbsp;Vne missiue assez bien faitte ,
Quauoit escritte 1Arcliiduc,
Dout ie vous doune tout Ie sue :
lt;t Du dix Féurier a Bruxelle,
Ie lArchiduc vous escrits celle Que vous reud Ie présent porteur.nbsp;Ie suis Ie garant et rautheui
De tout ce que dira eet homme. » De ce quil dit, voicy la somme :
« LArchiduc parle par ma voix.
II menuoye offrir aux Francois Vne paix quils out taut souhaittée,nbsp;Et quon a tousiours reiettée. »
Lois il se mit a dire mal Centre Monsieur Ie Cardinal,
En accusant son ministère.
Et dès quil luy pint de se taire,
La Cour dit quil mettroit au net Ce quil a dit; ce quil a fait;
Et cependant dans la semaine Quon députeroit vers la Reinenbsp;Pour linstruire de tout cela,
Et prier par ce moyen la De ne faire pas la Normande,
-ocr page 138-128
20 fcTrier.
21 février.
22 février.
CllOlX
Ains comme la Cour luy demande, Et qua Messieurs les geus du Roynbsp;Elle donna, leudy, sa foy ,nbsp;Prendre des sentimens de merenbsp;Pour vn peuple qui la réuère,
Et finir vn triste blocus Qui ne fait rien que des cocus.
Le Samedy, cent trois charettes De bleds et de farines faittesnbsp;Renforcèrent nos magazins,
Malgré Messieurs les Mazarins.
Ce conuoy nous vint de la Brie Au nez dvne troupe ennemie,
Et fut conduit par Noirmoutier, Homme scauant dans le mestier,
Et qui dans cette conioncture Garantit fort bien sa voiturenbsp;Des mains du Comte de Grancey,nbsp;Ou le combat fut balance ;
Mais nous eusmes victoire entière, Peu de nos gens au cimetière,nbsp;Encor que le choc fust trés chaud;nbsp;Monsieur de La Roche-Foucaudnbsp;Et Monsieur de Duras le ieunenbsp;Blessez par marmaise fortune.
Cé mesme iour, les ennemis Traisnèrent canons plus de six,nbsp;Dont ils firent battre en ruynenbsp;Le chasteau de Monsieur de Luyne,nbsp;Lesigny, qui le lendemainnbsp;Fut pris et tout son Saint-Crespin.
Le Lundy, la trouppe Royale Fit Gribouillette générallenbsp;Aux enuirons de Montblery.
Fen suis encor tout almry.
-ocr page 139-129
DE MAZARINADES.
Filler, brusler autour de Chastre,
Battre son hoste comme piastre Ce sont ses péchez veiiiels.
Que seront ses péchez mortels ?
Enfin ayant seen que les nostres Qui viuoient comme des Apostres,nbsp;Venoient avec elle compter,
Elle voulut hien se haster;
Et la cralnte de rendre compte Luy fit faire retraitte prompte.
Ce mesme iour, les Desputez Du Parlement sestant hotteznbsp;Allèrent par mer et par terrenbsp;Chercher la Reine dAngleterre ,
Pour mesler ensemble leurs pleurs Et pour compatir aux douleurs '
De cette Princesse affligée Que les Anglois out outragée,
Décollant Ie Roy son espoux.
Bons Dieux, ces peuples sont-ils fous Ensorcelez, mélancholiques,nbsp;Ypocondres ou frénétiques ?
Ont-ils Ie Diable dans les reins Doccire ainsi leurs souuerains,
Comme ils viennent de faire a Londre? Lenfer les puisse-t-il coiifondre!
Mais consolez vous, grand Roy mort, Et prenez quelque reconfort.
Vostre Maiesté nest pas senile;
La Reyne Stuart, vostre ayeulle,
Eut aussi Ie sifflet coupé.
Lon dit que saus auoir soupé,
Ce peuple en qui malice ahonde, Lenuoya donnir hors du monde.
Elle est encore a séueiller.
-ocr page 140-23 février.
24 févri?]
130 nbsp;nbsp;nbsp;CKülX
Pour vous quil a fait sommelller, Noble Prince, illustre victimenbsp;De subiets enbardis au crime,
Et quon a veu ioüer deux fois A coupe-teste auec leurs Rois,nbsp;Daignez nous dire la ligneenbsp;Qiia vostre femme si bien neenbsp;Et fille de Henry le Grand,
Vous laissastes lors quand et quand. N est-ce pas six, dont la plus grandenbsp;Se tient a la Haye en Hollande,
Le Prince de Galles laisné,
Qui dans IEcosse est couronne,
Le Due dYork et sa cadette,
Qui dans Paris font leur retraitte, Deux autres qui chez les Angloisnbsp;Soupirent depuis plusieurs mois.
Le Mardy, pour leur asseurance Nos Deputez a Faudiencenbsp;Receurent des passe-par-tous.
Mercredy vingt et quatre, tous Messieurs assemblez appelèrentnbsp;Les noms de ceux quils députèrent.nbsp;Le premier president Mole,
Avec lequel fut appele Monsieur le President de Mesme,nbsp;Viole de la Chambre mesme;
En suite de ces trois fut hoc Menardeau, Catinat, le Coq,
Cumont, Palluau des Enquestes, Avec le Feure des Requestes.
Dans le cours Monsieur de Saintot, Vint au deuant deux au grand trot,nbsp;Auec ordre de les conduire,
Sans quil fust permis de leur nuire,
-ocr page 141-131
DE MAZA.RINADES.
lusques au Chasteau de Ruel;
Ordre qui pourtant ne fut tel Questrangère caualerlenbsp;Neust laudace et leffronterienbsp;De roder en monstrant les densnbsp;Prés du char de nos Présidens*.
Enfin nostre ambassade arriue;
Etf 'on la soula comme griue A Ruel, dou Ie lendemalnnbsp;Elle partit pour Salnct Germain.
Ce mesme iour, sur lasseurance Que les Royaux en abondancenbsp;Par Ie pont de Gournay filoient,
Et que Bry siéger ils aloient,
(Lors pour Ie succez de nos armes Nos chefs oyoient vespres aux Carmes),nbsp;Ou scachans que les ennemisnbsp;Deuant Bry Ie siège auoient mis,
Ils sortirent de nostre ville Ayant a leur suite onze mille,
Tant caualiers que fantassins.
Si vous demandez leurs desseins,
Les voicy : Larmée ennemie Estant ce iour la dans la Brie,
Ils alloient dvn autre costé;
Et pour dire la ve'rité,
Nos chefs dans ces derniers bagarres Ne Krent que iouer aux barres.
Estiez vous deuers Charenton ?
Nous vous cherchions deuers Meudon; Et si des deux partis Ie nostre
Et faire espèce dinsolence;
Mais pour punlr leur violence, Vn dentreux fut fort bien occis;nbsp;Et ses compagnons furent pris.
-ocr page 142-132 nbsp;nbsp;nbsp;ciioix
Rencontra quelque fois Ie vostre,
Oïi lon fit de petits combats,
Ce fut quon ne sentendit pas.
Ce fut par malheur ou béueue;
Ce fut par rencontre impréuue,
Par quelques soldats trop vaillans,
Par des espions vn peu lens.
Parfois dans quelque caracole,
Souuent contre vostre parole Et tousiours contre nos desseins ,
Nous en sommes venus aux mains;
Mais pour cette fois nostre 'armée Ne fut iamais plus animée;
Et vous fistes bien destre ailleurs Pour esuiter de grands malheurs.
Or tresue de la raillerie!
Tandis que vous fustes en Brie,
Nos généraux tenans les champs Ce iour et les autres suiuans,
Donnèrent temps a tout Ie monde Daller et de courre a la ronde,
Chercher infinite de grains Dont nos greniers furent si plemsnbsp;Que ien scay plusieurs qui créuèrentnbsp;Des quantitez qui sy trouuèrent.
25 février.
Les iours suiuans, furent vendus,
Selon plusieurs arrêts rendus *,
Les meubles de Son Éminence,
Qui bien que pleine dinnocence,
Et quelle eust protesté dabus,
II nen resta pourtatit rien plus.
26 février
Le Vendredy, lon a nouuelle,
Qui pour nous nest bonne ny belle,
' Arrêt de la Cow de parlement porlant que les meubles cstant en la maison du cardinal Mazarin seront vendus^ etc. [246].
-ocr page 143-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;133
Que Ie sieur comte de Grancey,
Sans que nous Feussions offense,
Siége de Bri-ironte-llobert.
Avoit mis vn siége funeste Deuant Bry, Ie seul qui nous reste,
Et qua Fabord Ie gouuerneur Nommé Bourgogne, homme dhonneur,
Auoit fait iusqua Fimpossible,
Percé Fennemy comme vn crible,
Et bien rabattu son caquet A coup de canon et mousquet;
Mais quen fiu vne large brescbe Le manque de poudre et de mescbe.
Et le désespoir du secours,
(Qui ne pouuoit pas avoir cours A cause des mauuais passages,
Des défilez et marescages
Que nous ne pouuions pas gaucbir.
Et que nous pouuions moins franchir,
Praslin tenant les auenues.) ^
Faisant sauter Bourgogne aux nuès,
II auoit fait vn bon traitté;
Car tel il luy fut protesté.
Mais, las! ceux qui teuoient le siège 1
Se seruirent du priuilège Qui permet a tous les Normansnbsp;De ne tenir point leurs sermens,
Puisque contre la foy promise
Mais quvne brcsche large et grande Que Hst la mazarine bande.
Le maréclial du Piessls-Praslin, qui avail le coramanderaent de la e droite de la Seine sous le prince de Condé.
5 Mais cette mazarine bande
Monstra bien quelle estoit normande,
Et quelle fait profession De nauoir de religion.
-ocr page 144-i34 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX -
ILs mirent tons iiuds en clieniise La plus grand part de nos soldats,
Qui reuinrent les cliausses Las 1.
Ce fut au cul de la semainé 27 février,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Que nos Deputez vers la Reine
Au Parlement sont reuenus,
Oü deuant sénateurs chenus Et tous nos chefs a laudiencenbsp;Ayant pris cLacun leur scéance,
La de leur Deputation Ils firent exposition,
Et rapportèrent que la Reine Auoit dit: « Ie nay point de liaine;
Et si iosois Loire du vin,
Nous Leurions ensemLle demain.
Cependant nommez commissaires Qui soient plénipotentiairesnbsp;Tant pour la générale paix,
Que pour décliarger de son faix Le pauure peuple de la France;
Et pendant nostre conférence Ceux qui vous portent a manger,
Pourront passer sans nul danger. »
Ce que la cour treuua trés iuste;
Et nostre Parlement auguste Conclut queu vn certain endroitnbsp;Des Députez on enuoyroit %
Et mesme quauant leur sortie La Reine en seroit aducrtie.
Pour eet effet les gens du Roy
Voyez dans le premier volume, Textrait de la Lettre du Père Michel.., a Monseigneur le due d'Angoulesme; Prise de la ville et du cliasteau de Brie-Comte-Robert [2873].
^ Arret de la Cour de parlement pour l'ouuerture de la conférence, etc. [231],
-ocr page 145-DE MAZARINADES,
Sy firent traisner par cliarroy.
Le Dimanche, quelcjue canaille Dont le feu fut vu feu de padie,
Fit manière démotion Qui tendoit a sedition.
File en vouloit a la soutanne,
Et prit, ie crois, pour vne canné Monsieur le Président Thoré,
Qui fut a peine retire
Des griffes de nostre fruictière
Qui le traisnoit a la riuière.
Le Lundy premier iour de Mars, Ie fus courre de toutes partsnbsp;Sans apprendre aucune nouuelle.
Le Mardy, nous receusmes celle Quescriuoit le Due dOrleans,nbsp;Laquelle ouuerte, on lut dedansnbsp;Que cestoit chose trés certainenbsp;Que la volonté de la Reinenbsp;Estoit de fournir tous les ioursnbsp;Que la conférence auroit cours,
De bleds vne quantité fixe Ny plus courte, ny plus prolixe;nbsp;Tant par iour seulement. Sur quoynbsp;La Cour voulut quaux gens du Roynbsp;On eust a porter cette lettre,
Veu quils estoient venu promettre A leur retour de Sainct Germainnbsp;Bien plus de beurre que de pain,
Et des passages louuerture,
Ce qui nestoit quvne imposture;
Et quils priroient leurs Maiestez * De faire iour de tous costez,
* Adonc quils prieront Reyne et Roy
De vouloir mieux tenir leur foy.
135
28 févner.
4*' mars.
2 mars.
136 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Et de nous ouurir les passages,
Veu quils sont de Dieu les images Qui ne nous les boucha iamais,
Et qui se dit Dieu de la paix j Bref, qu ils rompent la conférencenbsp;Sur eet article, auec deffencenbsp;Dentrer en aucun pourparler;
Ains commandement denroller Par les prouinces et les villesnbsp;Des soldats tant que tous les mille.
Ils reuinrent, Ie trois de Mars, Moins gais que deuant des trois quarts,nbsp;Nayant pu tirer de la Reinenbsp;Rien quVne mesure certainenbsp;De muids de bied réduits a centnbsp;Par chaque iour, pour nostre argent,nbsp;Dont seroit faite déliurance,
Moyennant que la conférence Commencast dès Ie lendemain;
Sur quoy Messieurs amis du pain Conclurent quvne paix de verrenbsp;Valloit raieux quvne forte guerre,nbsp;Quvn soupir valoit moins quvn rot,nbsp;Quvn casque valoit moins quvn pot,nbsp;Vne brelte quvne lardoire,
Coup a donner que coup a boire,
Et que Ie corps dvn trépassé Valoit bien moins quvn pot cassé,
Vn cabaret mieux quvne garde,
Vne plume quvne ballebarde,
Mourir saoul que mourir de faim, Voulans que dès Ie lendemainnbsp;Nos Députez fussent en voye.
Ce iour, nous eusmes de la ioye Dapprendre qua la fin du temps
-ocr page 147-Nos solclats faisoient battre aux champs,
Etix que pour leur long domicile On nommoit les soldats de ville.
Voyons oü saddressa leur pas.
Ce fut OU vous ue fustes pas.
Ils campèrent prés de la Seine En toute bourgade prochaine *,
Et se rasseurèrent vn peu,
Ayant de leau centre Ie feu,
Auec vn pont sur la riuière Pour par deuant et par derrière,
De tous costez, a gauche a droit Senfuir quand Iennemy viendroit;
Pont que pour garantir dembusche,
Et destre brusle comme busche,
Bref pour le sauuer de tout tort,
Aux deux bouts ils firent vn fort.
Le leudy, se bottifièrent Et pour faire accord sen allèrentnbsp;Le premier President Molenbsp;Dont ie vous ay déia parlé,
Monsieur le President de Mesme,
Dont ie vous ay parlé de mesme,
Les Nemonds et les Le Comeux
o
Presidens au Mortier tous deux;
Deux Gonseillers de la grandChambre Dont la vertu sent meilleur quambre :
Messieurs Longueil et Menardeau Pour qui ie veux faire vn rondeau;
Des Enquestes Monsieur La Nauue ,
Homme de bien, ou Dieu me sauue,
Monsieur Le Coq, Monsieur Biteau,
* A Villejuif. Passe temps de Villejuif, etc. [2731]; Promenade des hoiir~ geois de Paris au camp de riUcjuif, etc. [2900]; Soldats sortis de Villejuiuenbsp;tans conge, etc. [3679].
-ocr page 148-Monsieur Violle et Palluau;
Monsieur Le Febure, des Enqnestes;
Briconnet, maistre des Requestes ;
Ensuite vn homme trés prudent Des Comptes premier Président jnbsp;Paris et 1Escuyer, personnesnbsp;Trés vertueuses et trés bonnes;
Des Aydes, Monsieur Amelot,
Premier Président fort déuot;
Messieurs Bragelonne et Quatre-hommes Qui pourtant ne font pas deux hommes;
Pour nostre ville et le dernier Vn escheuin nommé Fournier *;
Qui tous a Ruel sarrestèrent.
Ou le lendemain arrnièrcnt Monseigneur le Due dOrléans,
Et vous qui nestiez pas céans;
Cest vous Prince, que iapostrophe,
|l !
Vous qui faisiez le Philosophe Et Thomme dEstat dans Ruel,
Vous qui traittiez de criminel Vn corps qui sera vostre iuge,
(Disons plustost vostre refuge).
Prince , avouez vous a présent,
M. Ie Prince contesta centrenbsp;Partiele qui por-toit que toutpri-sonnier sera in-terrogé dans lesnbsp;vingt-quatreheu-res.
Ce qui vous sembla malplaisant Auant vostre metamorphose,
Que cest vne agréable chose De nestre point pris sans décret,
Et que cestoit la le secret Qui pouuoit sauuer Vostre Altessenbsp;Dvne captivité traitraissenbsp;Dont on ne se peut garantir,
Et qui vient sans vous aduertir
* Discours prononcé en presence du Roi par le sieur Fournier, etc.
[H39].
-ocr page 149-139
DE MAZARINADES.
Vous voila tombé dans Ie piégc!
Qui leust dit que ce prinilége Que vostre interpretationnbsp;A couuert de confusion,
Ce priuilége raisonnable,
Le seul recours dvn miserable,
De nestre quvn iour en prison Par tyrannie et sans raison,
Et par vne prompte audience Pouuoir monstrer son innocence;
Que ce priuilége si doux,
Qui ne sera meshuy pour vous,
Vous eust vn an après fait faute?
Vous comptiez bien lors sans vostre hoste. Mais trefue de Moralitez.
Reuenons a nos Députez,
Qui dès que dans la conférence Ils eurent veu Son Eminence *,
La regardans a plusieurs fois,
Firent le signe de la croix,
Esbaliis de reuoir vn homme Quils croyoient de retour a Rome,
Et dont les Francois quelque iour Auroient regretté le retour.
Mais cependant pour la grimace Et pour plaire a la Populace,
On le pria de sen aller Auant quon se mist a parler ^.
' Les mains humblement hii baisèrent Et de ce pas le renuoyèrent.
^ Samedy six, la Ville fit Ordonnance qui déconfitnbsp;Messieurs de la boulangerie.
La farine désencbérie
Pal' les bleds que lon apportoit,
Personne ne sen ressentoit;
-ocr page 150-140 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Le Dlmanche, ie vis vri homnie Qui disoit que vers Bray sur Sommenbsp;LArchiduc auoit desia beu,
Et que vers Guise on auoit veu Voltiger les trouppes dEspagne,nbsp;Que le Due Charles en Champagnenbsp;Pi 'ès dAuennes se promenoit,
Et farces trouppes quil menoit.
Lundy quil estoit inutile,
Le Régiment de nostre ville,
Leué non sans beaucoup de frais En vn temps quon faisoit la paix,nbsp;loigirit larmée a Ville-Iuifue,
Qui de loin luy criant, Qui viue?
II creut quil estoit desia mort,
Et demanda quartier dabord.
Monsieur Ie due de Luynes,nbsp;jünséniste, ennbsp;estoit Mestre denbsp;carap.
II estoit fait de lansénistes, DIlluminés et dArnaudistes,
Qui tous en cette occasion Requéroient la confessionnbsp;Dont ils auoient blasmé lusage.nbsp;Iouis vn de ce badaudagenbsp;Qui demandoit a Dieu tout basnbsp;La grace quil ne croyoit pas.
Ce iour, la Cour tira de peine Le Grand Mareschal de Turenne
Si bien quil conuint faire vn ordre Que les appresteurs de quoi mordrenbsp;Eussent a mettre sur leurs painsnbsp;Combien de liures et de grainsnbsp;Pèsent ceux quils mettent en vente,nbsp;Sans quaucun y manque ne mente,nbsp;Sur peine dvn amendementnbsp;Et dexemplaire chastiment.
Qui na voulu seruir la baine Et la passion de la Reine.
-ocr page 151-DE MAZARINAüES. nbsp;nbsp;nbsp;141
Tenu coupable a Sainct Germain Pour nauoir pas preste Ja mainnbsp;A la ruine de la Frondenbsp;(Cest comme parloit tont Ie mondenbsp;Du prétendu party Royal).
On disoit de ce Mareschal Que pour nostre ville affaméenbsp;II auoit offert son armee.
Nostre Parlement laccepta,
Et dès ce iour mesme arresta 1
Que Declaration et bulle,
Toute Sentence seroit nulle,
Et tout Arrest fait contre luy;
Ordonnant qtie dès auiourdhuy II reuint sil pouuoit en France;
Et de plus pour la snbsistauce Que cent mille escus il prendroitnbsp;Ez receptes quil trouueroit ^.
Le Mardy, la Cour estonnëe Sur la remonstrance donnéenbsp;Par le Procureur General
Arrét de la Cour de parlement donnd... en faueur du mareschal de Tu-renne, etc. [233].
^ Ce iour, voulut la Cour entière Que de la vente iournalièrenbsp;Des meubles du sleur Cardinalnbsp;Les deniers fussent .a cheualnbsp;Portez entre les mains des hommesnbsp;Nommez pour receuoir les sommes,
Nonobstant opposition,
Saisie ou contestation
Que créanciers de IEininence
Aurolent faite a la déliurance,
Sauf è ces gens de se pouruoir Sur dautres biens que peut auolrnbsp;Et dont naura que trop eet bommenbsp;Quon ne peut renuoyer a Rome.
-ocr page 152-Que quelquvn du party Royal'
Fist déliurer r autre semaine Sous 1au thorite de la Reinenbsp;Des commissions a certains ,
Aux Damillis, aux Lauerdins,
Aux Galerandes, aux Courcelles De lever des trouppes nouuelles,
Ausquels et tous autres deffend
Haute et puissante cour qui pend Ceux qui sa volonte violent,
Que plus de soldats ils nenrollent Sans vn royal commandernent,
Approuue par le Parlement-Deffence a toute ame guerrière,
Gentilhonime ou bien roturière ,
De prendre employ ny senroller,
Sous peine de degringoler Du haul de Noblesse en roture,
Ou de roture en sepulture;
Veut que les villes et les bourgs Courent dessus eux comme a Tours,
Quils sassemblent a son de cloche,
Qua pied, qua cheual, ou par coche Ils courrent après tels soldats,
Et quils leur rompent les deux bras.
Le dix, on sceut quen Normandie,
Pour ioindre a T armee ennemie,
Le Baron de Marre leuoit Le plus de trouppes quil pouuoit :
Mais que Chamboy, guerrier habile,
Lieutenant du grand Longueuille,
' Quauojt Monsieur le Cardinal.
Ami de la Cour de parlement portant defense a tons genlilshommes et autres de faire aucunes leuées de gens de guerre, etc. [2b4j.
-ocr page 153-Avec cinq ou six cens cheuaux Ayant poursuiuy ces Royaiix 1,
Sceut que dans Ie Chasteau de Chesne Ces gens quoii faisoit pour la Reine ,nbsp;Auoient esleu leur rendez vous.
II y courut tout en courroux,
Et par vn plaisant artifice Faisant faire lialte a sa milice,
Luy trentiesme quittant Ie gros Vint a Chesne tout a propos,
Oü sans dire quil fust des nostres,
II fut receu corame les autres,
Qui beuuoient tous comme des trous, Et quon tua comme des poux ;
Car Chamboy sestant fait connoistre Se rendit aisément Ie Maistrenbsp;Et les prit tous ou les tuanbsp;Comme vn second Gargantua ^.
nbsp;nbsp;nbsp;Poussant après les Cardinanx.
* nbsp;nbsp;nbsp;leudy de mars onzième iour,
Le Parlement régla la taxe Faite a Paris et non en Saxènbsp;Pour entretenir le soudart,
Auec rabais aux vns dvn quart; Ordonnant pourtant que les drolesnbsp;Qui seront compris sur les roolesnbsp;De cette diminution ,
Faute de satisfaction,
Demeureront déchus dicelle Et par vente de leur vaissellenbsp;Par bons exploits et bons recorsnbsp;Ils seront contraints et par corpsnbsp;A payer 1®1 premières sommesnbsp;Auxquelles on taxa les hommes;
Et quainsi tous autres nommez Sur les rooles seront sommez.
Autre Arrest permission donne A toute sorte de personne
-ocr page 154-Vn Députté que députta Monsieur le Due de La Trémouillenbsp;Qui voulant empesclier la rouillenbsp;De son courage martial,
Dapporter des grains è Paris Et de les débiter aux prixnbsp;Qiiils priseront leur marchandlse;
Ordre a tout boulanger quil cuise Toute la farine quil a,
En pain bis , blanc quil pestrira,
Afin que chacun puisse -viure ,
Lvn de trois , 1autre dyne liure;
Permis den cuire iusqua six,
Mais passé ce poids, plus permis;
Veilt qua la Halle soit conduite Toute la farine nou cuitenbsp;Que Paris recolt cliaque lour,
Pour estre, cliacun a son tour,
Livrée a diuerse mesure,
Scauolr : aux hommes de roture Auecque moderationnbsp;Et selon leur condition ;
Pour messieurs de la Bluterie,
Gent qui fait fort la renebérie,
A qui chacun comme a Parquet Crioit ; « Ie suis vostre valet, »
Appelant, durant la famine,
Leur femme commère ou cousine,
Ces gros messieurs, dis-ie, en prendront Autant de sepliers qiiils voudront;nbsp;Deffences a tout personnagenbsp;Darrester ou mettre au pillagenbsp;Les farines ni leurs charrois;nbsp;Commandement fait au bourgeois
-ocr page 155-DE MAZAHliNADES. nbsp;nbsp;nbsp;145
Lautre raoitié des fantassins .
La iiuit, les trouppes ennemies Que nous croyions estre endormies,
Vinrent voir ce que nous faisions Et virent que nous acheuionsnbsp;Nostre pont dessus la riuière,
Ouurage qui ne leur plut guère Et quelles eussent blen aiménbsp;De voir de loin bien allumé.
Ce fut du costé de la Brie Que parut leur caualerienbsp;Qui vint reconnoistre ce pont;
Mais son retour fut aussi prompt Quauoit esté son arriuée ;
Heureuse de sestre sauuëe,
Puisquelle eust bientost veu beau ieu;
Les nostres affligez fort peu Dauoir manqué cette couronne,
Et de nauoir tué personne,
Veu que cest vn acte cruel Et que lon traittoit a Ruel.
Dou Ie lendemain ils retournèrent,
Et des articles apportèrent^
Dempesclier cette gribouillette Qui des charrettes seroit faite,
De courir sus et destriller Ceux qui voudroient ainsi piller.
' Quil nattend rien pour mettre en voye Quvn ordre que la Cour enuoye,
Dont il demande 1vnion Auecque vne commissionnbsp;Pour arriuer en diligence;
Sur quoi k Cour a Vaudience Incorpore par son traitenbsp;Ce Due de bonne yolonté.
® Proch verbal de la conférence faite d Rnel^ elc. [589!2J; Articles de la paix conclvc et arrestee a Ruel, etc. [413].
II nbsp;nbsp;nbsp;10
-ocr page 156-146 nbsp;nbsp;nbsp;CHÜIX
Tons nos Messieurs les Desputez Assez tard, mais assez crottez;
Et dès ce iour les deux armees,
Se sont vniquement aimees.
II nest pas reste pour vn grain De frondeur ny de Mazarin.
Samedy, la Cour assemblee Parut extresmement troubléenbsp;Dapprendre qiie nos Generaiixnbsp;Nauoient este quen certains motsnbsp;Compris an traitté pacifique,
Sans auoir fourny de replique,
Veu que personne de leur part Nauoit conteste pour leur part;
Si bien quen cette conloncture II fut dit quauant la lecturenbsp;De ce quon auoit arreste,
Derechef seroit depute Pour conferer des aduantagesnbsp;De ces illustres personnages,
Et de tous les interessez,
Tant quils eussent dit ; cest assez, Quon supplieroit le Roy de mettrenbsp;En vne seule et mesme leltre.
Ce iour, on eut aduis certain Que Monsieur du Plessis-Praslainnbsp;Auoit des trouppes ennemiesnbsp;Fait vn amas des mieux choisies,nbsp;Pour sopposer a IArcliiducnbsp;Qui sauancoit dvn pas caduc,
Et de qui la desmarche lente Ne donnoit pas moiiis despouuante.
Umars. nbsp;nbsp;nbsp;Fe Dimanche, les Desputez
En carrosse estoient ia montez, Quand lettre du Roy fut receue
-ocr page 157-147
DE MAZARINADES.
En termes absolus conceue,
Portant vne interdiction De faire dépntation,
Que les articles quapportèrent Vendredy, ceux qui conférèrent,nbsp;Neussent esté vérifiez.
Sur quoy Messieurs furent criez Par linsolente populace,
Qui les poussoit auec menace,
Disant tout haut : « Ie sons vendus.
Ie serons bien tost tous pendus Sil plaist au bon Dien, ma commère.
C est grand pitié que la misère.
Ils auont signé nostre mort.
Cest fait de Monsieur de Biaufort. Guerre et point de paix pour vn double!nbsp;Mais en dépit de ce grand trouble ,
II fut par Messieurs résolu Que Ie lendemain seroit lunbsp;Le contenu desdits articles,
Et quauec palre de besides On examineroit de présnbsp;Sils portoient vne bonne paix.
Le Lundy, la teste affublée,
Nos chefs estant en Tassemblèe,
Lesdits articles furent leus;
Et la Cour nen fit point refiis;
Mais seulement pour la réforme De quelquvn qui sembloit énorme,nbsp;Ordonna quon députeroitnbsp;Et quensemble lon parleroitnbsp;Pour nos chefs qui feroient escrirenbsp;Ce que chacun pour soy desire,
Pour estre au traicté de Paris Tous les iutéressez compris.
-ocr page 158-148 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Ce Lundy, Ie courrier du Maine, Mit nos esprits hors de la peinenbsp;Oil longtemps ils auoient esté,
La Boullaye, qui commandoitnbsp;les co diers denbsp;^Paris.
Si Ie Diable auoit emporté Le sieur marquis de La Boullaye^,nbsp;Quil asseura pour chose vrayenbsp;Auoir paru vers ces quartiers ^nbsp;Auecque force caualliersnbsp;Qui scauoient mener le carrossenbsp;Et ne cherchoient que playe et bosse;nbsp;Que le Marquis de Lauerdinnbsp;Fuyant deuant luy comme vn din,nbsp;Toute la Mancelle contréenbsp;Pour Paris sestoit déclarée.
Le Mardy, tous nos Desputez Sous des passe ports apportez,
Pour la troisiesme fois marchèrent.
Et comme il estoit dit, allèrent Pour leurs Maiestez suppliernbsp;Que du mois dOctobre derniernbsp;La Declaration receuenbsp;Après tant dallee et venuenbsp;Pour le common soulagementnbsp;Ne souffrist aucun detriment *.
Leffroy de Saint Germain en Laye.
^ UEntree de M. le marquis de La Boulaye dans la rille du Mans, etc.
[1224],
* Ce mesme iour, Messieurs de Ville Firent vne deffence vtilenbsp;De laisser sortir désormaisnbsp;De Paris poudre ny boulets,
Ny tout ce que la ville enserre Dantres munitions de guerre,
Et, comme disoit la chanson,
Ny plonib, ny mesche, ny canon ;
Mandement a la gent soldate
-ocr page 159-Le Mercredy, lettre ciuille Vint de Monsieur de Longueuille ,nbsp;Quil addressoit au Parlement,
Et qui nestoit quvn compliment,
A qui fit aussitost responce La Cour qui pèse tout a lonce.
Or ce iour, le Due de Bouillon Ayant pris congé du bouillon,
Des médecines, des clystères Et des drogues dapothiquaires,nbsp;Nestant debout que de ce iour,nbsp;Releua La Mothe-Houdancourtnbsp;A Ville luifue oü nostre armeenbsp;Sestoit desia bien enrliumée.
Cest ce mesme iour quon a sceu Ouau Mans auoit esté receunbsp;Nostre Marquis de La Boullaye *,nbsp;Qui bien quil criast ; Holla! haye!
De sortir de la ville en li^te Tant de pied comme de clieual,
Tant celle pour le Cardinal Que pour nous; enioint que bien vistenbsp;Ils aillent coucher a leur gistenbsp;Dans leurs ordinaires quartiersnbsp;Sur peine destre tous entiers,
Et non dvne seule partie,
Hachez plus menu que charpie.
* Le grand Marquis de La Boulaye Et que cestoit chose trés vrayenbsp;Quayant fait fuir lAbbé Costard,nbsp;Deueiiu soldat sur le tard,
Et qui depuis peu dans le Maine Battoit le tambour pour la Reine ,nbsp;Ensemble 1Éuesque du Mansnbsp;Qui contre son deuoir armansnbsp;Troussa ses vénérables guestresnbsp;Quand le Marquis auec cent Maistresnbsp;Dedans le Mans mesme est entré.
149
M mars.
Le Due tie Bouillon futtous*nbsp;ionrs malade du-nmt nostre guerre.
150 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Alte, Marquis de Lauerdin!
Lautre ne fut pas si badin Que de tourner iamais visage,
Ains courut tousiours dauantage , Qua la parfin nostre Marquisnbsp;Ayant force cbappons conquis,
Les faisoit cuire en cette ville,
Et que ses gens estoient cinq mille.
Vn autre aduis bien plus certain, Fut que Ie Maresebal Praslain,
Qui dVne desmarclie guerrière Estoit allé sur la frontièrenbsp;Taster Ie poux a Léopol,
Auoit pris ses iambes au col,
Sans auoir dit ny quoy, ny quest-ce (Ce qui nest pas grande proüesse),
Et questant icy de retour,
Dans leurs garnisons dalentour Ses trouppes estoient retournées;nbsp;Trouppes tres mal moriginées,
Et qui contre 1accord passé Dacte dhostilité cessé,
Pillèrent toute la clieuance De deux bourgs a leur bienséance,nbsp;Quils treuuèrent sur leur cliemin;nbsp;Chemin que tenant sans dessein,nbsp;Quelque Boullangère badine,
Blanche pour Ie moins de farine,
Qui venoit de vendre son pain,
Se sentit légere dvn grain,
Sans argent et sans pucelage,
Hormis vne qui fut si sage Que de Ie laisser a Paris,
Qui n eut que son argent de pris.
Le leudy, les chefs de nos bandes,
4 8 mars.
-ocr page 161-151
i 9 mars.
DE MAZARINADES.
Ayant fait chacun des légendes De tons leurs petits interests1,nbsp;Comnairent a Ruel expresnbsp;Pour porter leurs humbles prières,nbsp;Le Due de Bi-issac et Barrières,
Le sieur de Bas et de Grécy^.
Le Vendredy dix-neuf, icy Nous sceusmes que dans la Gascognenbsp;La Reine auoit de la besogne,
Que le Parlement de Bordeaux Tont prest a iouer des cousteauxnbsp;Auoit fait armer a nostre aide.
Laction nen estoit pas laide 1;
Car le Normand et ce Gascon Et le nostre faisoient tricon 1.
Ce mesme iour, par vne lettre Thoulouse nous faisoit promettrenbsp;Que nous pouuions tenir pour hocnbsp;Le Parlement de Languedoc %
nbsp;nbsp;nbsp;Voyez plus haut Demandes des princes et seigneurs, etc. [997].
Maïs touiours vnanimement Avec Messieurs du Parlement.
^ Ce ne sont point des gasconnades.
II fit, lautre iour, barricades,
Et par la Garonne iura Que le Cardinal périra.
* nbsp;nbsp;nbsp;La Gufenne aux pieds du Kof, etc.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;La Gufenne rictorieuse
contre ses tyrans, etc. [1537], etc., etc.
® Et quil a fait vne ordonnance Portant vne expresse deffencenbsp;De reuenir a nos guerriers,
Qui fort peu cliargez de lauriers,
En trouuant Ia couronne chère En ces beaux pais de lanlère,
Par vne horrible trahison Abandonnoient leur garnison,
-ocr page 162-Qui se déclaroit pour Ie nostre Tellement quauecque eet autrenbsp;Gestoit vn quatorze bienfait.
Le Samedy ny beau ny laid,
]Vy chaud ny froid, a laudience Nos Généraux prirent séance,
Et la dirent tous dvne xoix,
Quils auoient donné cette fois Des propositions a faire *,
Mais quils lauoient creu nécessaire, Monsieur le Cardinal resté^,
Pour nauoir plus de seureté,
Scachans bien quliomme dItalie lamais vne offense noublie;
Quau contraire ils estoient tons prests Dabandonner leurs interestsnbsp;Sil luy plaisoit faire voyage,
Espérant pouuoir mieux en France Faire monstre de leur valllance,
Mieux quils ne firent a Lérida.
Ces Catalans se trompent da
Sils pensent nous prendre sans mouffles.
Vrayment ce sont de bons inarouffles.
Le Prince est assez empcsclié.
Parbleu! son ebeual a bronclié.
Samedy vingt, Messieurs de Ville ,
Qui faisoient vne longue file,
Furent receus au Parlement Pour receuoir 1ordre amplementnbsp;De la procession baunalenbsp;Quon fait tous les ans généralenbsp;A tel iour que le iour présent,
A cause du retour plaisant De Paris en lobéissancenbsp;De Henry quatre, Roy de France.
* Declaration faite en Parlement par Monseigneur le Prince de Conty, etc. [9S4].
* Le Cardinal estant resté.
-ocr page 163-153
DE MAZARINADES.
Slnoii, L[ue pour vn tesmoignage Quils seroieut tousiours seruiteursnbsp;De nos illustres sénateurs,
Ils sen rapportoient a ces iuges,
Protestaiis que dans nos grabuges Ils auoient armé seulementnbsp;Pour Ie public soulagement.
Ce iour, ordonnance Royalle *
Dessus la plainte générale Quauoient faite nos Escheuins ,
Qui nestoient pas des Quinze-vingts,
Voulnt quon nous donnast de viures Pain et vin, de quoy nous rendre yures,
Et boire en diable a la santé De sa chrestienne Maiesté;
De toutes parts, par eau, par terre,
Librement comme auaitt la guerre,
Le commerce estant restably Et le reste mis en oubly ^,
Bonne nouuelle pour la pance.
22 mars.
Lundy, vingt et deux en labsence Du vaillant Prince de Contynbsp;Que la fièure auoit iuuesty *,
Le Coadiuteur en sa place Vint au Parlement, de sa grace,
Ordonnance du Roy.... pour le rétablissement du commerce, etc.[2617],
Nonobstant laquelle Ordonnance Nos ennemis font résistance;
Et nous nauons iamais vn pain Qulls nen retiennent vn lopin.
Mais quoiquils prennent taut de peines,
Ien auois pour trente semaiues;
Et nous pouiions bien nous mocquer Puisque nous nen saurious manquer.
Vlnt au Parlement l;\me sainte De lArcbeuesque de Corintbe,
-ocr page 164-154 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Dire que Ie iour précédent, LArchiduc, homme fort prudent,nbsp;Écriuit au Prince maladenbsp;Quayant fait vne caualcade,
Et dit au Mareschal Praslain :
« Ie suis sur ta terre, vilain , »
Pour oster toute defiance Quil voulust enuahir la France,
II estoit prest de retourner Si la Reine pour terminernbsp;Les différends des deux couronnesnbsp;Vonloit nommer quelques personnes;nbsp;Et dit nostre frondant pasteurnbsp;Que Conty prenant fort a c«urnbsp;Loccasion aduantageusenbsp;De conclure vne paix heureuse,
Auoit a Ruël depute
Pour derechef estre insisté
Sur ce que larchiduc propose*,
Qui raéritoit bien vne pose,
Et quil coniuroit nostre Cour Par son zèle et par sou amournbsp;De peser vn peu cette affaire,
Et la paix quelle pouuoit faire;
Quil estoit tousiours prest, -pour luy, Dabandonner dès auiourdhuynbsp;Tout ce quil auoit pu préteudrenbsp;Si Messieurs y vouloient entendre;nbsp;Quau contraire si Léopolnbsp;Par supercherie ou par dolnbsp;Venoit pour pescber en eau troublenbsp;(Dont iaurois parié Ie double)
Sur cette chose proposée Quon croit vne billeuesée.
155
24 mars.
II declaroit dès a present Quil ne Ie trouuoit pas plaisaut,
Que luy mesme sur les frontières Iroit luy tailler des iartières,
Et raccommodant de rosty,
Se monstrer Prince de Gouty.
Sur quoy Messieurs firent escrire Tout Ie coutenu de sou dire.
Ce iour, on sceut qua Saint Germain On auoit fait accueil humainnbsp;Aux Desputez de Normandie,
Qui pour cliasser la maladie Dont nous estions tous menacez,
Y venoient comme interessez
Le Mercredy, Ton sceut quErlac Estoit clos et coy dans Brissac,
Quoy quon nous voulust faire entendre
* nbsp;nbsp;nbsp;Le comte dErkc, lieutenant general, commandait les Weymariensnbsp;dans 1armée de Turenne. Le financier Hérard lui avalt compté six centnbsp;mille livres peur payer ses troupes, etlayalt ainsi maintenu dans le pariinbsp;du roi.
® Quoique nous venille faire entendre Vn sot Courrier quon denroit pendre ,
Et qui prend le nom de la Cour 1;
Imposteur, homme sans amour Sinon pour le party contraire,
Qui deuoit fiien plustost se taire Que de mentir si puamment.
Ca , Mazarin , traistre normand,
Tu tes seruy de cette fraude Pour nous doniier lallarme cliaude.
Le fin mathois, le bon ruzé,
Pretends tu point testre excnsé Si tu dis que cestoit son monde?
nbsp;nbsp;nbsp;Courrier de la Courportant les nouuelles de Saint~Qerimin, etc, [S2t].
-ocr page 166-Qiii] venoit nous réduire en cendre. Lon sceust que Normands Desputeznbsp;Sestoient tous bien fort aheurteznbsp;A lenuoy de Son Eminence;
Et lon nous donnoit asseurance Quils ne despliroient leur cahiernbsp;Quil neust Ie pied sur lestrier.
Mais sil est vray quils Ie promirent, Ces Normands après se desdirent,
Et certes autant a propos Quil se pust pour nostre repos;
Attends done que ie te réponde.
Scais tu bien que Monsieur dErlac louait, ce iour , au triquetracnbsp;Quand tu ie dépeignois en voye.nbsp;1aduoue auec toi quil enuoyenbsp;Cinq OU six galeux de gouiats;
Mais tout cela nest pas grand cas;
Outre quil faut que tu confesses Dauoir pris ton nez pour tes fesses,nbsp;Quand tu nous dis que Ie Hessiennbsp;Penche pour Ie Sicilien,
Puisque Talmont, prince trés braue,
Et Ie gendre de la Landgraue,
Est en marche auec tons ses gens Et nous promet en peu de temp;»
Vne existence merueilleuse.
Mais ta monture estant boiteuse , Courrier dépesché sans besoing,
Tu ne puis pas aller si loing.
Lecteur , si ie 1ai pris a tasclie,
Ne pense pas que ie me fasche.
Ie ne veux rien que taduertir Que ie ne puis ouyr mentirnbsp;Ny mesDie lire de Gazettesnbsp;Pour estre pleines de sornettes.
Lecteur , pour vne bonne fois Ne croy que Ie Courrie?' francoïs.
Les auires, abus , bagatelles!
Mais pour Ie mien , bonnes nouuelles.
157
DE MAZARliNADES.
Car quon renuoyast pour leur plaire Vn Ministre si nécessairenbsp;Comme Monsieur Ie Cardinal,nbsp;Quelque sot se fust fait du mal;
Et plus sot qui Fauroit pu croire , Qu'vn Prince ialoux de la gloirenbsp;Eust deffait ce quil anoit faitnbsp;En vn fauory si parfait,
Pour quelque courtaut de boutique Qui naimoit pas la Politique.
Aussi les Desputez Normands Sils auoient fait quelques sermensnbsp;De ne desplier point leur Holle ,
Ne gardèrent pas lenr parolle,
Et cette fois manquant de foy Seruirent la France et leur Roy.
Ce mesme iour, fut dit en ville Que Ie grand Due de Longueuillenbsp;Auoit, pour assiéger Barfleur,
Fait partir sous vn chef de coenr * Des tronppes, dès Ie dix septiesme,nbsp;Et que ce chef, Ie dix-neufuiesme,nbsp;Par vn tambour nommé La Fleurnbsp;Fit sommer la ville dHarfleur,
Qui luy dit : « Vostre fdle Heleine ; Ie suis seruante de la Reine. »
Mais quatre pièces de canon Luy firent bien tost dire non;
Car plus deffaitte quvn cadaure, Ayant dépesché vers Ie Haurenbsp;Dont chacun scait quelle depend,nbsp;Pour venir estre son garand
' Le Courrier francais en prose 1appelle Bois-le-Fèure. Relation veritable tie ce qui sest passé a la prise de la ville de Harfleur, etc. [3214].
-ocr page 168-158 nbsp;nbsp;nbsp;CHUIX
(CesWt les termes de sa lettre),
Ce gouuerneur se voiilut mettre .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;En deuoir de la secourir ,
Et pour Fempescher de périr,
Détacha deux cens cinquante hommes Qui venoient en mangeans des pommes,nbsp;Quand sur le cbemin ces mangeansnbsp;Treuuent un party de nos gens.
La peur saisit ces misérables
Qui fuyreiit comme des beaux diables,
Nul ne regardant après soy.
Enfin ils eurent tant deffroy
Que quand dans le Haure ils entrèrent,
Les bnict heitres du soir frappèrent;
Bien que partis au chant du coq,
Et que Harfleur qui nous est hoe,
Du Haure fust a demi lieue;
Mais la peur quils auoient en queue, Leur fit oublier le cbemin,
Tellement que le lendemain Harfleur nous fit ouurir la porte.
La garnison , nestant pas forte,
Se rendit a discretion.
Après cette reddition Nos gens furent faire godaillenbsp;Au chasteau de Pierre de taillenbsp;Du sieur de Fontaine Martel;
Chasteau trés fort, mais non pas tel Que les nostres ne le forcèrentnbsp;Et deux canons nen rapportèrent;
Sans les meubles et le bestail,
Dont ie ne fais point de détail.
25 mars.
Le iour de rAnnonciation.
Le ieudy, iour que Nostre Dame Sceut que de fille elle estoit femme,
Par vne annonciation,
159
DE MAZARINADES.
Tout estoit eii déuotion Quand lettre de cachet venuenbsp;Fit que scéance fust tenue,
Oü quand nos chefs furent venus Tous les premiers propos tenusnbsp;Furent de scauoir si la tresue,nbsp;Ennuyeuse aux gens de la Grèue,nbsp;Et qui finissoit ce iour la,
Passeroit encore au dela;
Tresue qui receut anicroche lusques au Lundy Ie plus prochenbsp;Et compris inclusiuementnbsp;Par vn arrest du Parlement.
Ce iour, a la Ferté sous louarre Vn Mazarin qui disoit ; « Garre,nbsp;Quon fasse place a mon cheual.
Ie viens pour Ie Party Royal * Loger icy des gens de guerre, «nbsp;Fut accueilly a coups de pierre,
Et de quelques coups de fusil.
Ie pense que dvn grain de mil On eust lors bouché son derrière;nbsp;Heureux de retourner arrière,nbsp;Maudissant tout cicatrisenbsp;Le manant mal ciuilisé,
Qui depuis garda ses murailles, Crainte du droict de représailles.
27 mars.
Samedy du mois le vingt sept, Vostre frère encore tout mal faitnbsp;Du reste de sa maladie,
Fit declaration hardie,
Que celles que iusqua ce iour II auoit faites a la Cour
Ie viens de par Ie Cardinal.
-ocr page 170-CHOIX
De ne faire aucune demande Pour luy ny pour ceux de sa bande,nbsp;Le Cardinal estant sorty,
Que, foy de Prince de Conty,
Ces declarations signées Quon auoit iusquicy bernées ,nbsp;lleceuroient applaudissemenlnbsp;Pourueu quil plenst au Parlementnbsp;Rendre Arrest, que Son Eminencenbsp;Eust a dénicher de la France,nbsp;Parcequil ne pouuoit iamaisnbsp;Autrement conclurre la paix;
Que le feu partout salloit prendre Sil nestoit couuert de sa cendre;nbsp;Quil prioit la Cour dy resuernbsp;Avant mesmes que se lener * 5nbsp;Sur quoy la Cour a sa prièrenbsp;Resua tant sur cette matièrenbsp;Quaprès son resue elle a treuuénbsp;Quil auoit le premier resué.nbsp;Cependant pour faire grimace,
Et pour ne fompre pas en face De ce prince quelle honoroit,
La Cour dit que lon enuoiroit Insister sur cette retraitte ,
' Ce que la Cour voulut bien faire; Et dit quil estoit nécessairenbsp;Que 1acte fust enregistrénbsp;Tout entier saus estre cliastré ,
Et quvne copie en fust faite Pour estre dvne mesme traittenbsp;Enuoyée a nos desputeznbsp;Qui sont derechef prieznbsp;Dinsister fort pour le voyagenbsp;Du sicilien personnage.
-ocr page 171-Qui ne sest pas eacore faitte 1.
Ce iour, nous sceusmes que lergay ,
Du party contraire engage,
Partoit de Sainct Germain en Laye Pour sopposer a La Boullayenbsp;Qui faisoit merueille en Aniou;
(Car il nest pas tous les iours fou, Comme il nest pas tons les iours feste;
Et puis ce nest que par la teste Quil est fol, quand il lest parfois,nbsp;Notamment les onze des mois.)
Or ce Marquis a teste seiche Estoit entré dedans la Fleche.
Le Dimanche, on sceut qiiè. Bourdeaux Les coups desia pleuuoient a seaux ,
Le tout pour la cause commune. Lhabitant au clair de la Lunenbsp;Auoit pris le Chasteau du Hact,
Et depuis auoit fait vn pact Dinuestir le Chasteau Trompette;
Cela nest pas dans la Gazette 1.
161
Cefutle i I dé-cembre quon dit qiie M. dc Lanbsp;Boullaye cria auxnbsp;armes.
28 mars.
Arret de la Cour de parlement sur la proposition faite par Monseigneur Ic Prince de Contj^ etc. [258].
Le marquis de Gerzay.
Ce mesme iour, nous fut rendu Arrest en Bretagne rendunbsp;Dessus des Lettres cachetéesnbsp;Et du dix Féurier datées,
Signé Louis a Saint Germain,
Pour les dormer en propre main,
De ces Lettres vne adressante A Monsieur lÉuesque de Nante,
Les autres aux Communautez,
Villes, Villages, Bourgs, Citez,
Chasteaux de toute la Prouince,
Pour, au nom de nostre bon Prince,
Estre des desputez nommez IInbsp;nbsp;nbsp;nbsp;11
-ocr page 172-162 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Ce iour mesme, ii vliit vu courrier,
Qui perdit cent fois Tétiier,
Et se pensa casser la teste ,
Taut il pressa sa pauure beste.
On lauoit fait partir exprès,
Parceque Ie grand due de Retz Aiioit dit : « Nous sommes deux mille;nbsp;Bon iour, Monsieur de Longueuille.
Ie ne vous ay veu de eet au. »
Et cela fut dit dans Rouen.
29 mars. nbsp;nbsp;nbsp;Le ioui daprès, en lassemblée
De diners soucis accablée Scauoir si lon continueroit,
Comme la Reine desiroit,
Nostre trefue en sou agonie,
Conclut toute la compagnie Quelle auoit libéralementnbsp;Vingt et quatre heures seulement;nbsp;Après lesquelles nouueau troublenbsp;Et plus de trefue pour vn double.
Ce mesme iour, fut deffendu Par vn arrest qui fut rendu,
Afin que comme iis sont sommez,
Et que leurs Maiestés commandent,
Dedans Orleans ils se rendent Soit a beau pled, soit sur clieuauxnbsp;Pour estre aux Estats Générauxnbsp;Qui sy tiendront dAuiil le seize,
Oil de se trouuer il leur plaise;
Mais hélas! il ne leur plaist pas.
Ces Messieurs qui plaignent leurs pas ,
Ayant veu la Lettre Patente Donnée en lan cinq cent soixantenbsp;Pour mesme conuocalion,
Avec verification A II Parlement de cette Lettre,
Dirent tons quil falloit reinettre
163
DE MAZARINADES.
Quou nimprimast plus aucmi liure, Dont !e debit auoit fait yiurenbsp;Quelque miserable imprimeurnbsp;Et quelque Burlesque rimeur,
Qui, comme vn second Blithridatte, Estoit plus friand quvne chattenbsp;Du poison qui Ie nourrissoit,
Dans linstairt quil Ie vomissoit. Glorieux de la médisancenbsp;Quil faisoit de Son Eminence,
II viuoit de son acconit;
Et cestoit pour lors pain bénit De parler mal du ministère,
De chanter Prince de Lanlère;
(Car on parloit presque aussi mal De vous comme du Cardinal. 1nbsp;On ne vit one tant de satyres,
Ny de meilleures, ny de pires Quon en fit de vous et de luynbsp;Et de vous encor aulourdhuy.
La cour sans expres congé delle, Sous vne peine corporelle ,
Et quEstats ne seront tenus Que sur nouueaux ordres venusnbsp;De nostre Sire et de la Reyne,
Signez par leur Cour souueraine; Cependant que 1on escrlranbsp;Le plus huniblement quon pourranbsp;Pour faire vn refus agréablenbsp;Et prier quordre iuuiolablenbsp;Quon obseruoit anciennement,
Ne recoiue aucun détriment;
Et deffence a toute personne,
Fiit il vn docteur en Sorbonne,
De se trouuer a ces Estats Ni de sassembler en vn tasnbsp;Sous prétexte de tel voyage,
Sur peine destre mise en cage,
-ocr page 174-164 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Deffendit de rien imprimer Ce qui ne fit que ranimernbsp;Cette criminelle manienbsp;Que chacun croyoit assoupie;
Mais de qui la démangeaison Saccroist depuis vostre prison.
30 mg,,5 nbsp;nbsp;nbsp;Le Mardy, la nuict estoit close
(Lhomme propose et Dieu dispose). Lorsquon ne les attendoit plusnbsp;Nos Desputez sont reuenus.
3J mars. nbsp;nbsp;nbsp;Le Mercredy, dans 1audience
Le procez de la conférence Leu quil fut haut de bcmt en bout,nbsp;Au lendemain on remit tout.
¦Iquot; avril. nbsp;nbsp;nbsp;Et le premier dAuril, fut leue
La Declaration receue ^
Qui nous rendit nostre repos,
Dont voicy les poincts principaux : Nos Arrests, escrits et libellesnbsp;Ne seront que des bagatellesnbsp;Depuis le sixiesme ianuiernbsp;Quil fut tant perdu de papier,
Sans que pour chose aucune faitte
Arrest qui tae déplaist si fort Que ie souhaite destre mort.
Cet Arrest, Lecteur, est la cause Que tu nas ny rime ny prose,
Bref rien de moi qui soit entier.
Cest lui qui chastre mon Courrier,
Qui le met en triste équipage ,
En rayant tousiours quelque page Et mostant deux vers féminins,
Men laisse quatre masculins.
De rechef cet arrest me tue.
* Declaration du Roy pour faire cesser les mouuemens et rétablir le repos et ''a tranquilUté de son royaume, etc. [944].
-ocr page 175-165
Personne en soit plus inquiette ;
Ce que pour nouö. rendre plus doux,
Le Roy voulut quequot;ontre nous Taut de Lettres expëdiées,
De Declarations criées Du costé de Sa Maiesté,
Tout fut cassé par sa bonté,
Qui prit la place de la haine.
On dit que sa Mamman la Reine,
Létlié est ïe fleuue deloubly.
Dès le premier beau iour dEsté , Enuoiroit au fleuue Letbénbsp;Quelquvn qui prist de eet eau forte,
Qui fist oubller toute sorte D vnions, ligues et traittez,
Dont ne seroient inquiétez Ceux qui pour faire telle ligue,
Non contens de faire vne brigue,
Ont leué soldats, pris deniers,
Tant publics que particuliers Quon maintiendra dans leurs officesnbsp;Biens, honneurs, charges, benefices,
Au mesme estat quils se treuuoient Quand les Parisiens beuuoient,
La nuict des Rois, nuict quils perdirent Le vray pour mille faux quils firent,nbsp;Pourueu quils mettent armes bas,
Et ne sopiniastrent pas
Aux ligues, sils en ont aucune.
Sous couleur de cause commune;
Tous les prisonniers renuoyez;
Tons nos soldats congédiez;
* Mesme que Princes, Gentils hommes', Seigneurs, Prélats, tous autres hommes,nbsp;Quon scait auoir coutrihuénbsp;Ou quelque Mazarin tué.
-ocr page 176-Ce qui fut fait 1. La Cout' loyeuse Dvne fin de guerre ennuyeuse,nbsp;Lenregistra , la puLiia,
Vérifia, ratifia,
Et quaud elle fut publlée ,
Registrée et vérifiée,
Dit quon priroit leurs Maiestez De rendre a Paris ses beautez,
Sa splendeur et Son Eminence En lhonorant de leur presence ;
Ce qui ne se fit pas si tost Quaurolt désiré Ie courtaut;
Car Ie Roy partlt pour Compiègne,
Ou trois mois il tint comme teigne,
Et ne reuint de trés longtemps Au grand deuil de nos babitans.
Ainsl la paix nous fut donnée,
Et nostre guerre terminée.
Ainsi finit nostre blocus.
Ainsi ny vainqueurs ny vaincus,
Nous neusmes ny gloire ny bonte.
Nul des partis ny fit son compte.
Le vostre y souffrit moult ennuis,
Y passa de mauuaises nuicts
Dans vn si grand froid, quon presume
Quil y gagna beaucoup de rbume.
Le nostre en fut incommode;
Le Carnaual en a gronde.
Enfin veux tu que ie te die ?
Citer Lecteur , si ie ne poursuie ,
Ie suis malade et ne pais;
Et sil mest permis de tont dire,
II mest impossible de rire,
Que du bout des dents, dvne paix Oil deuienl plus grand que iamais...
Mais brisons la.
-ocr page 177-167
DE MAZAWNADES.
Le Caresine eii a fait sa plainte. Philis, Cloris, Slluie , Amiutenbsp;Y perdirent tons leurs galands.
Le Palais neut plus de clialands.
Le procureur fut saus pratique.
Le marchand ferma sa boutique.
\1 Arthamène fut saus debit 1;
Et lon peiisa chanter loljit De Lyhrahim, de Polexandre,
De CUopdtre et de Cassandra, Auec celuy de leurs autheurs,
Leurs libraires et leurs lecteurs.
Le sermon neut plus daudience; Le charlatan plus de créance.nbsp;Lhostel de Bourgogne ferma.
La trouppe du Marais sarma. lodelet neut plus de farinenbsp;Dont il put barbouiller sa mine.
Les marchez neurent plus de pain; Et chacun plus ou moins eut faim.nbsp;Mais sitost que par sa presencenbsp;La paix nous promit labondancenbsp;Que le Roy seul nous redonna,nbsp;Quant sa Maiesté retourna,nbsp;Aussitost disparut le trouble.
Plus de misère pour vu double. Paris a repris sa beauté.
Tout est dans la Prospérité.
Le marchand est a sa boutique;
Le procureur a sa pratique;
Les hommes de robe au Palais;
Les comédiens au Marais;
CArthamène et Vlhrahim sont de Mquot;' de ScudOTy, Volexandre de DoiT)t)ervilIe, CUopatreeX Cassandre de La Calprenède.
-ocr page 178-168 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Les artisans a leur ouurage.
Les bourgeois sont a leur ménage; Les bonnes femmes au sermon.nbsp;Cormier est a son Galbanon;nbsp;Lapotbicaire a sa seringue;
Et vous, Ie vainqueur de Nortlingue, De Rocroy, de Fribourg, de Lens,nbsp;Leffroy de tons les Castilians,
Estes dans Ie bois de Vincenne.
Dien vous y conserue et maintienne En santé.
(9 mal 1680.)
Puisque la Paix de la France, la liberté des Princes, Ie maintien de 1authorité des loix et des dernières dé-clarations, Ie soulagement du peuple, la conseruationnbsp;du royaume et Ie repos de la Chrestienté, a quoy Ie Cardinal Mazarin soppose et qui ne peuuent désormaisnbsp;sobtenir que par les armes, mont obligée a les prendre,nbsp;puisque iay esté portee par Ie conseil des gens de biennbsp;de repousser auec force la violence de la Tyrannic de cenbsp;Ministre, et quon a cru nécessaire darrester Ie cours denbsp;ses noires perfidies par la bonne foy dvn traitté qui senbsp;propose pour sa fin des biens si grands et si souhaitables,nbsp;ie seray fort aise de rendre compte au publicq de la con-
I ]y[mt (Je Motteville ne doute pas que cette pièce ne soit de M' de Longueville elle-même. Villefort se contente de dire que si la duchessenbsp;ne la pas faite, elle était bien capable de la faire.
-ocr page 179-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;169
duitte que iay tenue pour y arriuer, et de faire con-noistre a tout Ie monde de quelle sorte, ayant tasché autant quil ma esté possible, dapporter de plus douxnbsp;temèdes aux calamités de lEstat et aux malheurs denbsp;nostre Maison, voyant mes efforts rebuttez, vne partienbsp;de la familie royalle sur Ie bord du precipice et la Francenbsp;si pröche de sa ruine, il a fallu par la grandeur de ce malnbsp;et par Iextremlte de la persecution quon fait souffrir anbsp;nostre Maison et ensemble au reste du Royaume, mettrenbsp;Ie fer dans des blessures enuenimées afin de les guërir,nbsp;et armer contre la domination illégitime dvn enneminbsp;public, léquité des loix qui seules ne pouuoient protégernbsp;nostre innocence ny remédier a la perte de lEstat j nenbsp;souhaittant rien dauantage des personnes qui verrontnbsp;comme les choses se sont passées depuis la detention denbsp;Messieurs mes frères et de Monsieur mon Marry, jusquesnbsp;au temps oii iay conelu auecques Ie Roy dEspagne lesnbsp;desseins de leur libertë et de la paix des deux couronnesnbsp;et OU M. de Turenne est raarché a la teste dvne armeenbsp;pour les faire réussir, sinon quexaminant ces choses sansnbsp;preoccupation, ils fassent généreusement ce que leurnbsp;conscienee et ce quils doiuent a leur patrie leur con-seillent.
La nuict mesme que Ie Cardinal Mazarin, renuersant les loix fondamentales de nostre monarchie, comraist sonnbsp;funeste attentat sur la personne du Prince, mestant heu-reusement desrobée a sa fureur, commé elle estoit prestenbsp;de marracher dentre les bras de Madame ma Mère, ienbsp;me retirai dans Ie gouuernement de Monsieur mon Marry,nbsp;¦esolue demployer, pour remédier a nos misères, Ie seul
Du 18 janvier 1650.
-ocr page 180-CHOIX
secours des IoIk et de la bonté de leurs Maiestez. Mais ny la deputation du Parlement de Rouen a qui mes bon'nbsp;nes intentions estoient connues', ny les protestationsnbsp;réitérées dobéissance que ienuoyay faire a la Reyne,nbsp;ny Ie calme que ie maintins dans la Normandie, ny lanbsp;soummission de la Noblesse dont iarrestay les ressenti-mens, ny lant de places que iai sacrifices, sans les dé-fendre, a lambltion du Cardinal Mazarin, ne layant punbsp;empescher de faire marcher vne armee dans cette Pro-uince et dy exposer Ie Roy au milieu de la peste®, afinnbsp;de nous en oster Ie gouuernement; et mon innocence,nbsp;ny mon sexe , ny mon rang n'ayant pu me garantie cheznbsp;moy dans la solitude dVne maison de Campagne ou ienbsp;mestois retiree; la passion déréglée que ce Ministre ap-portoit a couronner sa vengeance par nostre entièrenbsp;ruine, Ie poussant aueuglement a me perdre ou a menbsp;bannir, je fus contrainte de quitter la France; et mestantnbsp;entbarquée de nuict en vne rade difficile1, pendant 1hy-uer, par vn mauuais temps et auec vn peril extréme , jenbsp;vins chez les Alliez de la Couronne chercher la tranquilliténbsp;dont les crimes dvn estranger mempeschoient de jouirnbsp;dans mon pais. Ainsi done après auoir esté battue dunenbsp;furieuse tempeste, iarriuay en Hollande ; mais la persecution du Cardinal Mazarin my suiuit. La fureur et lesnbsp;caballes desesEmissairesne purent pas seulement souffrirnbsp;quon me fit les ciuilitez quon deuoit a ma naissance, etnbsp;obligèrent les Estats de manquer en ma personne au respect quon rend partout au sang de nos Roys. Vn pro-
Requeste de la Duchesse Lonoueidlle au. parlement de. Rojien
[3473],
® Le Roi partit de Paris Ie 2 février.
^ De Dieppe.
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si estrange inayant assez lemoigné combleii Ie séiour tie ces Prouinces me pouuoit estre suspect et dangereux,nbsp;estant de plus très-certaine de la resolution que Ie Cardinal Mazarin auoit faite de tout entreprenclre plustostnbsp;que de my laisser en paix, et par conséquent voyantnbsp;bien que ie courois vn mesme danger dans les autres paisnbsp;de nostre alliance, ie iugeay quil ne me restoit aucunnbsp;lieu OU ie pusse estre auec bienséance et en seureté, quenbsp;ceux de nostre Maison; et fis dessein de me rendre anbsp;Stenay oü M. de Turenne sestoit retire auec quelquesnbsp;vns de nos amis, afin de se garantir de la haine de cenbsp;Ministre qui Ie poursuiuoit comme vn coulpable pareenbsp;quil demeuroit dans nos interests et quil désapprouuoitnbsp;ses crimes. La consideration du Nonce que sa Sainteténbsp;a destine a louurage de la paix, mayant obligee de menbsp;détourner de mon chemin pour Ie voir a Aix ou il demeuroit, mobligea encore dy faire vn séiour assez notable. Je voulus esprouuer si ie ne trouucrois point parnbsp;son moyen quelque soulagement a nos infortunes, et sinbsp;la main de cette personne choisie pour trauailler au reposnbsp;de toute lEurope, ne me Ie donneroit point. Mais lesnbsp;nouuelles quon receuoit de Paris, mayant fait connoistrenbsp;que la cruauté de nos ennemis qui croissoit de iour ennbsp;iour, men ostoit toute espérance, ie continuay ma route.nbsp;En passant par les Estats du Roy Catholique, les peuplesnbsp;las de la guerre, haïssant Ie Cardinal Mazarin odieux anbsp;tout Ie monde, et détestant ses malices qui causent leursnbsp;troubles et les nostres, me demandoient partout la paixnbsp;et me coniuroient instamment de trauailler a la faire.nbsp;Cestoit Ie sentiment du Ministre dEspagne et Ie souhaitnbsp;des grands seigneurs des Païs-Bas; et iauoue que ren-contrant tant de bonnes dispositions a vn si grand bien,
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ie conceuois des espérances den enuoyer des ouuertures a la Reyne et au Parlement dès que ie serois a Stenay, etnbsp;que ie me flattois de la croyance que ie pourrais procurernbsp;par vn heureux accommodement IVnion des deux cou-ronnes et la liberté des Princes. Mais estant arriuée ennbsp;ce lieu, bien loin de trouuer quelque conioncture fauo-rable pour vn si salutaire dessein, ie me suis vue inuestienbsp;par les troupes du Cardinal Mazarin; iy ay appris quenbsp;non content de la prison et de lexil quil nous fait souf-frir, et de la perte des biens que nous tenions du Roy ,nbsp;dont il nous a despouillez, et ne mettant point de bornesnbsp;a sa vengeance, il employoit la force pour arracher encore Bellegarde qui est nostre patrimoine; iy ay sceunbsp;que Madame ma Mère enuironnée de gens de guerre anbsp;esté forcée de se dérober de Chantilly Ie iour de Pasques,nbsp;quon la encore chassée de Paris1 ou elle sestoit venuenbsp;jetter entre les bras de la lustice, que Madame ma bellenbsp;Soeur sest retiree auec vn danger extresme®, quvne mesmenbsp;fuitte a sauué mon nepueu que son enfance neust pasnbsp;garanty. Iy ay sceu que des gens de qualité sont menaceznbsp;de lexil, pour auoir déploré nostre infortune; que desnbsp;femmes de condition pour la mesme cause courent Ienbsp;mesme danger; que pour ce mesme suiet on a banny desnbsp;Religieux, on a ferme la bouche auxEuesques; que nostrenbsp;amitié fait vn crime ; que la pitié quon a de nos maux,nbsp;est punie comme vne méchanceté; que les prisons sontnbsp;pleines de nos domestiques, et quenfin la barbarie dunbsp;Cardinal Mazarin se porte contre nous a vn tel exces
nbsp;nbsp;nbsp;Requéte de Ü/1® la Princesse douairière de Condé pour sa seureté dansnbsp;la ville de Paris, etc. [3477].
* nbsp;nbsp;nbsp;Relation dece qui sest passé a F arriuée denbsp;nbsp;nbsp;nbsp;la princesse de Condé...,
en la ville de Bordeaux, etc, [3141].
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que ne se trouuant point dans les histoires dexemple dvne plus grande innocence que la nostre, il ne sy en trouuenbsp;point dvne plus grande fureur que celle quil exercenbsp;en nostre endroit. En vn tel estatcognoissant que la douceur ne fait quirriter sa tyrannic, et voyant que nostrenbsp;perte estoit inéuitable si je ne ray opposois, considérantnbsp;de plus que la Monarchie ne souffre pas moins que nostrenbsp;Maison; que la foy publique des declarations est violée;nbsp;que lon i'enuerse lauthorité des loix; que les chargesnbsp;de la Couronne et les gouueinemens des places et des Pro-uinces quon deuroit donner au seul mérite, deuiennentnbsp;Ie prix de nostre Sang et la recompense du detestablenbsp;forfait de ceux qui par 1espoir de ces recompenses, ayantnbsp;renonce a leur honneur et déuoué leur conscience auxnbsp;lasches interests de leur fortune, soutiennent lattentat dunbsp;Cardinal Mazarin; que largent et les biens quil falloitnbsp;réseruer pour la deffense ou pour Ie rétablissement dunbsp;Royaume, sont prodiguez et ne seruent qua étanchernbsp;lauarice des gens dont ce Ministre achepte et paye la fidé-lité et Ie seruice aux despens des peuples , que la partienbsp;la moins saine dvne maison estrangère1 dont la puissancenbsp;autant de fois quelle a esté esleuée, a osé jetter les yeuxnbsp;sur la Couronne et lébranler par la réuolte et la guerre,nbsp;empiète de nouueau vne authorité périlleuse; que cettenbsp;inquisition dEstat qui ne laisse ny de biens ny dautho-rité a personne et contre laquelle on a desia eu recoursnbsp;aux armes, reprend de fortes racines; que Ie Clergé estnbsp;mesprisé, la J^oblesse persécutée, les Officiers misérables,nbsp;les peuples ruinez, les gens de bien dans Ie danger etnbsp;dans la crainte; que Ie Cardinal Mazarin se declare en-
Ceci sivdresse au comte dHarcouil, de la maison de Lorraine.
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nemi jure de la paix, iiayaut eniprisonne les Princes qui Ie vouloient contraindre a la faire, et ne commettantnbsp;tant de nouueaux crimes que pour en einpescher la conclusion ; quainsi il ny a a espérer ny de salut pour lEs-tat, ny de remède a nos infortunes si les choses demeurentnbsp;plus longtemps dans un tel désordre; ces considerationsnbsp;jointes aux remontrances que plusieurs personnes denbsp;condition mont enuoyées, que la bonté de laReyne estantnbsp;plus aueuglée que jamais des artifices de son Ministre, etnbsp;la facilité de M. Ie Due dOrléans sabaudonnant a lanbsp;conduite de ses faux Tribuns du peuple qui par de sor-dides pretentions dennemis déclarez du Cardinal Mazaï'innbsp;se sont rendus ses esclaues, jestois la seule personne anbsp;qui il restoit des moyens de mettre vne borne a tant denbsp;malheurs, et que ma conscience, ma naissance et monnbsp;deuoir my obligeoient puissamment; et de plus menbsp;trouuant portee a entreprendre vn dessein si grand et sinbsp;glorieux par les instances que men font les plus notablesnbsp;personnages de IEglise, de lespée et de la robe, et parnbsp;les supplications que ien recois des meilleurs habitaiisnbsp;de Paris et des principales villes du Royaume, mais sur-tout me sentant fortifiée en cette occasion de laffection,nbsp;du conseil et de layde de M. de Turenne dont Ie méritenbsp;et la valeur vont au pair auecles plus. hautes entreprises,nbsp;et qui est également passionné pour Ie seruice du Roy,nbsp;pour Ie bien de Ia France et pour Ie restablissement denbsp;nostre maison; après auoir examiné toutes choses, nousnbsp;auons jugé que Ia liberté des Princes du Saiig, lesquelsnbsp;pendant la minorité doiuent auoir soin de IEstat, estoitnbsp;Ie premier pas quil falloit faire pour preparer la guéri-
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son aux inaux de la France, et que la Paix eusuitte estoit Ie seul remède quil falloit apporter aux calamitez qui lanbsp;détruisent; cest pourquoi SaMajesté Cathollque mayantnbsp;fait Ihonneur de minuiter a la seconder dans Ie désirnbsp;qu elle a de donner a la Chrestienté cette paix quelle ncnbsp;point traitter auec Ie Cardinal Mazurin, et quellcnbsp;proteste de receuoir volontiers de la main de Messieurs lesnbsp;princes, nous auons, moy et M. de Turenne, conclunbsp;dvn commun consentement auee les Ministres dEspagncnbsp;de joindie nos forces a celles de Sa Majesté Catholique etnbsp;de ne point poser les armes que les Prinees ne soient de-livrez*. Corame aussi dès quil seront libres, Ie Roynbsp;d Espagne sest oblige de sa part de conclureincessammentnbsp;cette paix et de se remettre des difflcultez qui sy pour-ront rencontrer, a larbitrage des Prinees. Certes, sil estnbsp;permis par Ie droit des gens et si la nature nous enseignenbsp;de nous seruir [dejtoutes choses pour nostre conseruationnbsp;lorsquon nous opprime iniustemeut, il fautaduouer quilnbsp;se trouue vne extresme satisfaction quand en nous garan-tissant dvn malheur, nous en garantissons Ie public, etnbsp;quil nest rien si digne de louange, en nous déliurant, quenbsp;de déliurer encore nostre patrie. Et puisque cela est ainsi,nbsp;iay tout lieu de croire que mestant trouuée contraintenbsp;demployer la force légitime contre liniuste et 1ayantnbsp;fait de sorte que ce que ientreprends, va moins au salutnbsp;de nostre maison quau seruice de mon Prince eta luti-lité de mon Pais, il ny a personne qui aye de la con-seience et du jugement, qui napprouue ce iuste dessein,nbsp;qui ny concoure, qui ne lappuie et qui en quelque facon
' Arücle. principal du traité que Mquot;quot; de LongueuiUc et M, de Turenne ^fitfait auec Sa Maiesté catholique |4Ö0],
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ne mestime heureuse dans mon malheur destre Ia cause du restablissement du Royaume.
Ce sont la les ve'ritez dont iay estimé quil estoit nécessaire que Ie public fust instruit; après quoy il ne me reste rien a adiouter sinon que iexhorte icy tous les gensnbsp;dhonneur et principalement Ie Parlement et Ie peuplenbsp;de Paris oii il semble que la source et Ie plus solide fondement de Ia Monarchie resident, de ne pas perdre vnenbsp;si lllustre occasion dayder a conseruer au Roy son Estat,nbsp;a déliurer dVne prison iniuste les Princes du Sang quinbsp;en sont lappuy, a rendrela Paix a Ia France et asecouernbsp;Ie ioug insupportable de Ia Tyrannic estrangère; espé-rant que la diuine bonté qui pénètre les sentimens denbsp;mon coeur et qui scait quils sont acheminez a ces fins,nbsp;bénira la justice des armes quon employe pour les fairenbsp;réussir, que désillant les yeux de la Reyne , elle luy feranbsp;voir en quel abisme de malheurs Ie Cardinal Mazarinnbsp;tasche a la précipiter, qu'elle détrompera M. Ie due dOr-léans des mauuais conseils quon luy donne , et quellenbsp;fera enfin quvn party si vtile et si nécessaire que celuynbsp;de la liberté et de la Paix sera aussi généralement sou-tenu par les gens de bien que ie s9ay quil en sera généralement approuué.
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DE MAZAIUNADES.
(9 niai 1630.)
Nous ne serious pas dignes du nom que lon nous a donné par derision et que uous auons rendu illustrenbsp;par nostre vertu inesbranlable et par vne fermeté quenbsp;la calomnie na peu terrasser, si nous nc Ie purgionsnbsp;auiourdhuy dvne tache dhuile ou plustost dvn poisonnbsp;lent et sucré qui menaceroit nostre reputation dvne mortnbsp;tragique et saus reinède dans quelques iours. La quantiténbsp;de personnes de Cour qui briguent auiourdhuy cettenbsp;qualité de Frondeurs que la fortune a raise a la mode,nbsp;nous donne vne iuste crainte que ces estrangers, preten-dans a nostre adoption, nayent point dautre dessein quenbsp;deprofiterde nostre succession seuleraent et dhériter parnbsp;adresse dvn party qui ne sest forme que pour la def-fense de IEstat et pour la protection des bons et verita-bles Francois.
Ce succes inespéré nous donne bien, a la vérité, quelque esclat; mais il est important que tout le mondenbsp;s^acbe que si nous auons eu la force de resister a la ten-tation dvne fortune ieune et pleine dattraits , nous au-rons le courage de mespriser celle dvne vieille fardée,nbsp;qui, faute dvne beauté naturelle, ne doit auoir recoursnbsp;quaux encbantemens de Circe pour perdre malicieuse-
* Cest un des pamplilets du cardinal de Retz. « M. le Coadiuteur le faisoit voir a ses anils, ditOmer Talon. II me 1apporta et dit quil etoitnbsp;fait centre son parti. » Les Frondeurs, inquiets de la reddition de Sau-niur et de la prise de Bellegarde, voulaient se rajiprocher du parti desnbsp;princes prlsonniers.
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ment vne petite flotte si glorieusement eschappe'e des es-cueils des Syrènes et de Ia malice de nos mauuais amis et detant de tempestes que nous auons souffertes. Nous nenbsp;sommes point capables, en general, dvne si estrangenbsp;metamorphose; et si quelques-vns des nostres font nau-frage dans les costes des Lotophages et dEnarie , si lesnbsp;fruits et les breuuages de la Cour nous dérobent quelques-vns de nos compagnons , leur foiblesse renforceranbsp;nostre courage; et nous fournirons la carrière pour mé-riter la paix qui nous a fait entrer en lice.
Nous nauons pas veu sans vn extresme regret 1opi-niastreté du Prince qui sest oppose a nostre dessein. Le respect que sa condition exigeoit de nous, la rendunbsp;long-temps sans effet, nous obligeant a ne lui porternbsp;que des coups fauorables ; mais quand nous auons veunbsp;que son courage estoit inflexible et nostre perte asseurée,nbsp;nous nous sommes a la vérité deffendus, de telle sortenbsp;toutefois que 1on a peu voir que nous désirions plustostnbsp;de le lasser que de labattre. Enfin il est tombé; mais ilnbsp;faut que tout le monde scache que cest dvn coup qui luynbsp;est venu de dehors la barrière, et que nous ne nousnbsp;vanterons iamais de cette victoire que nous nauonsnbsp;point trauersée que paree quil nous en auoit osté lanbsp;force.
Ce combat nous estoit de mauuais augure et ne luy pouuoit estre que funeste, puisque nous ne remarquionsnbsp;point a ses costés la Fortune de lEstat preste a secondernbsp;sa valeur, ny cette belle Renommee, sa fidéle compagnenbsp;dans les occasions mémorables de Rocroy, de Thion-uille, de Fribourg, de Worms, de Mayence, de Philis-bourg, de Nordlingue, de Dunquerque, de Lens etnbsp;mille autres fameuses victoires ou conquestes de Villes et
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fle Prouinces. Au contraire il ny estoit animé que par Ie crouassement des Corbeaux et par les conseils pernicieux
ces ames noires de la Cour qui se préparoient a cueil-lir les fruits dvne double victoire sur lvn et sur lautre f^es deux partis. Cestoit vn arresté des destinées que cenbsp;Prince Ie plus glorieux de nostre age succombast dans vnenbsp;poursuite iniuste et dans loppression oii il nous vouloitnbsp;etter , pour seruir d exemple a luy-mesme et a la posté-i'ité de la lustice de Dieu et de la protection des innocensnbsp;contre la puissance des Grands.
Nous auons vne singuliere obligation dadorer les se-, crets de sa Prouidence, de Ie remercier de ce que sonnbsp;cliastiinent iia point esté sanglant iusques a présent et denbsp;Ie supplier quil nous conserue ce Prince que nous eussionsnbsp;veu périr auec regret et auec plus de larmes quil ua ré-pandu du sang de nos eniiemis. Nous ne pourrions pasnbsp;estreFrancois auec dautres sentiinens; et si nous nauionsnbsp;esté contraints par vne urgente uécessitc a souffrir elnbsp;non a conseiller sa detention, qui nous a affligez par sesnbsp;circonstances qui sont, a la vérité, terribles et qui pour-ront douner lieu a destranges entreprises au Ministre quinbsp;a si malheureusement, pour lEstat, moissonné Ie fro-ment dvne terre ou il auoit semé la zizanie , nous au-rions esté aussi aises quvn amy commun nous eustnbsp;séparez, que nous sommes inconsolables quil ait esténbsp;arresté par nostre ennemy commun et qui sans doutenbsp;enuioit la victoire a lun ou a lautre des deux Champions.
Nous ne feignons point de publier hautement que ce Prince malheureux est seul cause de son infortune, etnbsp;que nous auons iusques a lextrémité tenu ferme contrenbsp;les desseins que Ie Cardinal Mazarin auoit de Ie faire
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arrester pour sa querelle particulière trois inois au-parauant, et que nous le protegions lorsquil entendoit aux moyens de nous perdre. II ny a eu sortes de promesses que Ton ne nous ait faites pour conseiitir a cenbsp;dessein insolent et téméraire, mais capable de gagner lenbsp;ccEur des personnes plus ambitieuses et plus curieusesnbsp;de leur grandeur que de leur reputation , car toutes lesnbsp;hautes Charges et les dignitez plus eminentes eussent estenbsp;remplies des plus considerables des nostres. Tant sennbsp;faut que le brillant de ces fausses amorces nous ait peunbsp;charmer la veue que nous auons eu horreur des ténèbresnbsp;de cette perfidie et que nous auons eu plus de compassion pour Iaueuglement du Prince et de haine pournbsp;Iingratitude decetennemy couuert qui luy auoit obligation de la vie comme de la duree de son Ministère.
Nous auons ioint a nostre interest celuy de la maisoii Royalle et de IEstat et insiste plus fortement que iamaisnbsp;pour luy faire connoistre le tort quil se faisoit, de pre-férer au party des gens de bien ceux du plus perfide desnbsp;hommes. Mais si nous Iauons ébranlé, dautres Puissances et quelques faux respects assez difficiles a vaincrenbsp;font raffermy; et sestant inconsidérément laissc sur-prendre a vne infinite darlifices que 1on a employeznbsp;pour luy donner auersion de nous, il a donne dans Icnbsp;piege et a creu que fon auoit attente a sa personne. 11nbsp;est tres-certain que cela sest publie pour veritable long-temps auparauant quil y ait voulu adiouster foy et quenbsp;sa mauuaise fortune a voulu quil en alt este persuadenbsp;par des tesmoins que la Cour a prodiiits par vne voye sinbsp;.nouuelle et si inouye quil ny a point dépithètcs nynbsp;pour ces Ministres ny pour celuy qui les a corrompus.nbsp;Ijcs flatteurs que Ton entretenoit auprès de luy, font
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l)F-] MAZARINAÜES.
encore abuse, lis Tont eschauffe claus la poursuite de la ilescoimerte de cette entreprise et luy ont fait faire eunbsp;public des contenances indignes de sou Sang et de lanbsp;inémoire de ses grandes actions, en Ie préoccupant desnbsp;Occidents tragiques qui enuironnent les grands hommesnbsp;el qni se sont rencontrez si ordinairement en sa Maison.nbsp;Enfin ils Font ietté dans Ia pensee de ce Tyran qui senbsp;plaignoit de Ia miserable condition desPrinces dont onnbsp;ne croit qua la mort seulement en matière de coniurations.
Si Ie mespris dont il nous a traitté, nous a donné suiét de désirer quil fust humilié, ce nestoit point denbsp;la sorte ou du moins par !e Cardinal Mazarin, qui nenbsp;peut estre que raauuais gardien dvn dépost si cher anbsp;lEstat et quil nest pas permis cFabandonner a la discretion de 1ennemy coramun , inais dvn ennemy timidenbsp;et lasche qui ne peut auoir que de mauuaises nuits, desnbsp;songes terribles et de fascheux réueils, tant cpiilauiadansnbsp;1esprit ce quvn Pape de sa nation mandoit a vn Roy denbsp;Sicile : vita Caroli mors Conradini. Nous frémissonsnbsp;dhorreur quand nous voyons Ie Prince de Condé toutnbsp;prest destre la victime dvn estranger nourry dans cettenbsp;pernicieuse maxime, et quand nous Ie voyons en estat denbsp;préférer vne vie infasme a vne vie glorieuse et vn sangnbsp;venimeux a celuy du plus illustre des Bourbons, etnbsp;enfin quand nous entrons en coinparaisou dvn Princenbsp;du sang Royal sorty de nos Maistres et qui peut estre vnnbsp;iour 1ancestre de nos Roys, auec vn homme condamnénbsp;par la voix de tous les Francois et de tout Ie monde etnbsp;que nous ne pouuons absoudre sans nous declarer res-ponsables de la playe dangereuse que nous auons faite anbsp;lEstat pour arracher de ses mains la Couronne du Roynbsp;dont il faisoit vn bouclier a sa fortune.
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Les dëportemens du Prince de Condé ne nous ont pas aliénez de telle sorte que nous ayons iuré sa perte. Nousnbsp;ne faisons pas tant destat de la vie quil nous auroit peunbsp;faire perdre iniusteraent, que de nostre honneur qui estnbsp;Ia seule chose que nous ayons en nostre pouuoir; et lonnbsp;ne nous peut faire de plus sensible iniure que de nousnbsp;croire dintelligence auec Ie Cardinal Mazarin contre luynbsp;et mesme de peilser que nous soyons ses amis ny les par-ticipans de son crédit. Nous ne nous excuserions iamaisnbsp;de nous rendre irréconciliables a vn Prince de nostrenbsp;nation pour des actions dimprudence qui nont pointnbsp;réussi, et de nous vnir dintérest et daraitié auec vnnbsp;Ttalien qui nous a entrepris ouuertement avec toutes lesnbsp;forces du Royaume et qui a mis en vsage toutes sortesnbsp;de trahisons pour nous faire périr dans des prisons ounbsp;par des supplices infasmes dont il nous a menacez. Nousnbsp;ne voulons pas mesmes douter quil nous eust perdus sinbsp;Ia supposition du prétendu assassinat eust préualu surnbsp;nostre innocence et quil luy estoit indifférent lequelnbsp;fust péry Ie premier, ou du party de ce Prince contrenbsp;lequel il coniuroit secrètement, ou de celuy du Parlement et des Frondeurs dont il estoit lenneiny declare.nbsp;Semblable a ce Romain incertain du succez de la guerrenbsp;dAuguste et dAntoine, qui instruisoit diuersement deuxnbsp;perroquets pour Ie retour glorieux de lvn ou de lautrenbsp;des deux prétendans a lEmpire. II préparoit publique-. ment vn foudre pour les Frondeurs prests a succombei.
* Le prince de Condé avait accuse Ie due de Beaufort, Ie Coadjuteur et le conseiller Broussel davoir formé un complot pour Fassassiner.nbsp;Ccinses de recusation contre M. le Premier Président^ etc. [656]. Requéte denbsp;MM. le Due de Beaufort, le Coadiuteur et Broussel a Nos Seigneurs du Parlement [3479].
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«it méditoit couuertement ce mouuffient infasme de sa perfidie qui a éclaté Ie lendemain de la detention dunbsp;Prince, et tont basty des ruines de ses trophées quil anbsp;démolis iniurieusement, pour nous faire perdre lestimenbsp;fle ses conquestes quil se prépare dexposer aux inuasionsnbsp;de lennemy pour loccuper, tandis quil poursuiura lanbsp;ruïne de ce Prince infortuné et de toute sa Maison.
Nous déclarons hautement que nous nauons aucune part en tous ses malheureux desseins et que nous soirimesnbsp;plus prests de nous y opposer que dy applaudir,puisquenbsp;ce seroit consentir a la ruine de lEstat et commettre lanbsp;fortune de tous les Francois auec celle de ce mauuais es-tranger. Nous y sommes dautant plus obligez que nousnbsp;voyons que Ie vulgaire ignorant suit aueuglément les intentions des ennemis du Prince de Condé et quil nousnbsp;donne la gloire dvne entreprise que les autres ont horreur de sapproprier et dont ils veulent estre en estat denbsp;la pouuoir vanger sur nous si leur politique eschouée auxnbsp;portes de Bellegarde ou de Stenay les oblige a se récon-cilier avec luy. Nous ne sommes pas si peu prudens quenbsp;nous ne scachions bien que tout sentreprend au nom denbsp;la Fronde et que 1on ose des choses peut-estre impossibles pour la rendre garante de tous les mauuais succeznbsp;et pour profiter contre elle de tous les auantages qui ennbsp;pourroient réussir , et enfin que la conduite du Cardinalnbsp;Mazarin et de ses affidez tend a nous engager de sortenbsp;quil soit en mesme temps puissant sur la vie du Princenbsp;et sur nostre salut.
* La garuison de Bellegarde avail obtenu de sortir de la place avec armes et bagages; el son commandant, le comte de Montmorency-Bout-teville, depnis marécbal de Luxembourg, avail rejoin! la duchesse denbsp;Longueville a Stenay.
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11 a fait seinblant cle fuir % aiin ijauoir siiiet, a son retour, sil est aussi lieureux quil se promet, cle rentrernbsp;en triomplie et de nous perdre publiqueinent en nousnbsp;accusant de lauoir poursuiuy; sinon, il nous chargeranbsp;de lauoir oblige a des resolutions extrauagantes et senbsp;plaindra de nauoir esté que lexécuteur de nos conseils;nbsp;si bien que nostre vie, nostre honneur et noslre reputation seront en sa main et quil luy sera mesme facile den-gager contre nous a mesme temps ce mesme people quinbsp;chante si folement les victoires de la Fronde, et toutesnbsp;les personnes de qualité cjui gcimissent et qui pastissentnbsp;en leur honneur de la prison de Messieurs les Princes etnbsp;delahonte de lEstat, demeuré au pouuoir dvn Ministrenbsp;ridicule et deuenu enragé dans les embrassemens dvnenbsp;fortune qui tarde trop a 1estouffer.
Nous protestons que cest auec vn extresme regret que nous voyons la légèreté du petit peuple ou des petits esprits de déclamer contre des personnes dvne conditionnbsp;si recommandable et nous louer dvn attentat et dvnenbsp;intelligence auec Ie Cardinal Mazarin contre les lois dunbsp;Royaume et contre les respects que nous deuons au sangnbsp;Royal, que nous abhorrons par toutes sortes de raisonsnbsp;et qui destruit la plus belle action clu règne present. Cestnbsp;la Declaration dOctobre mil six cens quarante-huit, ounbsp;nous tenons a si grand honneur dauoir contribué quilnbsp;ny a que nos ennemis capitaux cjui puissent dire quenbsp;nous soyons si perdus desprit et de sens que de con-sentir quelle soit violée en son plus noble article, et
* Le cardinal Mazavin na quitté le ministère et Paris qi\c le 6 fé-vrier 1651. Je ne sais done pas ce que vent dire ici le Coadjuteur, a moins quil ne prenne le voyage de Guienne pour line f'uite; ce qui, en toutnbsp;cas, reporterait le pamphlet apriS le 4 juillet 1650.
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DE MAZARINADES.
tRie nous ayous prostitué oette sainte Vierge, Patrone et I^eotectrice de lEstat, a son plus grand enneiny et a sonnbsp;Ijourreau. Nimporte que M. ie Prince se soit oppose anbsp;la naissance de cette iiouuelle Themis. Cest vne Deessenbsp;aueugle qiii ne considère point ies personnes et qui doitnbsp;accourir a la voix et aux plaintes de tons les affligez; etnbsp;nous exhortons Messieurs du Parlement ses Oraclesnbsp;et ses membres, dobéir généreusernent aux courageusesnbsp;inspirations quelle leur redouble a tout moment, dad-louter a la conseruation de IEstat celle dvn Prince quinbsp;en a mérité sa part par tant de playes et de trauaux , etnbsp;de deux autres qui ne' sont seconds qua luy seul de rangnbsp;et de seruices et qui nont de crime que la plus glorieusenbsp;affinité du Royaume et la qualite qui leur deuroit estrenbsp;la plus fauorable.
Cest a cette Cour Auguste dagir dauthorlte et da-cheuer heureusement ce que nous ne pouuons que desi-I'er après nous estre despouillez pour Ic bien de IEstat du cresdit que nos seruices nous auoient donne aupreznbsp;du public. Nous la coniurons duser de sa puissancenbsp;quelle a recouuree, dans la plus notable occasion quellenbsp;puisse iamais rencontrer pour Iemployer si glorieusementnbsp;pour elle et si vtilement pour IEstat, que Ton peut direnbsp;questant auiourdbuy IArbitre du Royaume elle sen-seuelira dans les ruines dont il est menace, si elle ne senbsp;fait Justice malgre quelque ressentiment particulier quinbsp;Ia trop long-temps reteuue, et suspendu la ioye que Tonnbsp;esperoit de Iaccomplissement de la Declaration violee anbsp;Iegard du Prince, outragee dans toutes les Prouinces*
' La Remontrance faite au Roipar HI. le premier Président pour la liherté de Messieurs les Princes [3328] est du 20 janvier 16S1; mats lidée en avaitnbsp;proposer longtemps auparavant.
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mais bourrelée dans Ie Lymosin particulièrement dvne fa^on si estrange et par vne prescription si horrible,nbsp;quil ny a point dexemples de réuolution que lonnbsp;ne doiue appréhender dvn peuple si cruellementnbsp;Foule
(15 novembre 1650).
Quel estrange bouleuersement!
On nous mange diuersement Par la Guerre et par la Maltoste.
Ce qui nous reste depuis dix ans Du rauage des Partisans,
Tout dvn coup la Fronde nous 1oste.
Ne soyons plus, amis Frondeurs,
Ny demandeurs, ny deffendeurs.
* La Fronde a faitbeaucoup de calembours. Ce nest lei ni le meilleur, ni le plus mauvais. Foulé, maitre des requétes, était intendant du Limousin. On Iaccusait de tyrannic et de cruauté dans la levée desnbsp;tailles. II y a, sous la date du 18 mars 1650, un Arret de la Cow dunbsp;parlement de Bordeaux portant cassation de ses iugements, condamnations etnbsp;ordonnances, etc. [177] ; en 1652 11 fut mis en prison par ordre du parlement de Bordeaux: Relation de ce qui s'est fait et passé en I'emprisonne-ment du sieur Foulé, Maistre des Requestes, etc. [3106].
® Ce pamphlet est dIsaao de Laffemas. II a été Iobjet dune -violente polémique. Davenne a puWié une Réponse au Frondeur désintéressé, etc.nbsp;[3376] et la Satyre ou Feu aVépreuue del'eau, etc. [3592]. Du ChSteletnbsp;est auteur de VApologie pour Malefas, etc. qui suit [121], Le Faux Frondeur conuerti, etc. [1375]; la Réponse des vrais Frondeurs, etc. [3324] et lanbsp;Défense pour le Frondeur désintéressé, etc. [989] sont anonymes. Laffemas a répondu an Faux. Frondeur conuerti dans une seconde partie dunbsp;Frondeur désintéressé qui ne vaut pas la première.
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Renoncons a nos garanties;
Et démeslons les différens Dentre les petits et les grans,
Sans nous rendre iamais parties.
Nest ce pas vn enchantement De chercher du soulagementnbsp;Dans le desordre et dans la guerrenbsp;La Fronde desormais ne sertnbsp;Qua vous faire manger en vertnbsp;Tons les biens qui sont sur la terre.
Les pauures qui meurent de faim, Demandent la paix ou du pain;
Et ceux qui viuoient de leurs rentes, Forcez par la nécessité ,
Vendent ce qui leur est resté,
Et ne viuent que de leurs ventes.
Ces gens qui faisoient les tribuns,
Ces pères du peuple importuns,
Ont bien engendré des misères, lamais les'enfans de Parisnbsp;Ne se virent si mal nourrisnbsp;Que lorsquils eurent tant de pères.
Les soins de ces réformateurs Qui veulent estre vos tuteurs,
Ne sont point du tout supportables. Sortons de eet aueuglement;
Car pour vn faux soulagement Nous souffrons des maux véritables.
Grand Roy, des Roys le plus liumain. Le remède est en vostre main.
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CHOIX
11 est digue de vos pensees.
Vous pouuez saus bruit, saus esclat Terminer les maux de lEstatnbsp;Par loubli des eboses passées.
Réconciliez ces esprits Quvn zèle indiscret a surpris.nbsp;Bannissez loin deux Ie diuorce.
La douceur fait par ses appas Ce que la rigueur ne fait pas;
Et r amour entraisne la force.
Frondeurs autrefois si puissans,
Ie vous voy desia lauguissans.
Vostre Fronde a demy destruite Vous fait cognoistre que Ie fruitnbsp;Que vostre grand zèle a produit,
A bien trompé vostre conduite.
II est permis de souhaiter Vu règiie doux a supporter;
Mais tel quil est, il Ie faut prendre; Et sil faut vu tempéramentnbsp;A fabsolu gouuernement,
Cest de Dieu quil Ie faut attendre.
Que sil arriue quelquefois Que des Ministres de uos Roysnbsp;Le gouuernement soit trop rude,nbsp;Lorsquils en seront recberchez,nbsp;Recherchons en nous les pécbeznbsp;Qui causent cette seruitnde.
II est bien vray que les impos Qui nous consommoient iusquaux os,
189
Les Tailles et la Subsistance , LEmprunt des maisons, les Toisez.,nbsp;Les Estapes et les Aisez,
Ont dëuoré nostre substance.
Mais Ie remède a nos trauaux Est plus violent que nos maux;
Et cette frondeuse vermine Qui deffendoit nos bastions,
Nous couste douze millions,
Sans la guerre et sans la famine.
Ces gens que nous auons armez, Pires que des loups affamez,
Ont enchëri sur les pillages De ces sergens irréguliers,
Mangeurs de peuple, Fuziliers,
Qui désertoient tous les villages.
Calculons les frais des conuois Que nous ont fait durant trois moisnbsp;Les soldats des Portes Cochères;nbsp;Nous trouuerons que les Flamans,nbsp;Les Lorrains ni les Allemansnbsp;Nont point eu de troupes si chères.
Souuenez vous , amis Frondeurs, Que ces mutins et ces grondeursnbsp;Qui vouloient forcer vos suffrages,nbsp;Lorsquon trauailloit a la paix ,nbsp;Vous assiégeoient dans Ie Palaisnbsp;Et vous estouffoient aux passages.
Que ce douloureux souueuir Vous détache pour laduenir
-ocr page 200-De cette iniuste populace
Qui, naymant au gouuernement
Que la nouueauté seulement,
Des meilleures choses se lasse.
Fuyez done ces séditieux,
Ces mutins et ces factieux.
Laissez la Fronde a ces canailles;
Et pour esuiter tant de maux, Nenferraez pas vos générauxnbsp;Vne autre fois dans vos murailles.
Pour vous dont les pieux desseins Xous font réuérer comme des saints1,nbsp;Ie nentends pas bien vos mystères;nbsp;Mais sans pénétrer dans Ie fons,
Si les motifs en estoient bons,
Les effects estoient bien contrair es.
Ie nose appeler attentat Vostre grand zèle pour lEstat.
Voulant nous tirer de souffrance,
Vous ne iugiez pas que ce voeu Pourroit vn iour mettre Ie feunbsp;Dans les quatre coins de la France.
Nous respectons votre support;
Mais puisque vous estes au port Oil toutes les graces arriuent,
Permettez nous de prier Dieu Que ce port ne soit pas Ie lieunbsp;Doü nos calamitez dériuent.
Les jansénistes. On' salt que leur chef, Ie due de Luynes, comman-dait un régiment de larmée parlementaire.
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Que nous puissions voir désormais Régner la lustice et la Paix;
Que ces deux Graces sentrebaisent j Et que, suiuant dvn coeur loyalnbsp;La voix du Prophéte Royal,
Toutes ces tempestes sappaisent.
Qua 1aduenir mieux aduisez INous ne soyons plus diuisez;
Mais que, chassant de bonne sorte Ce monstre de diuision,
LEstat et la Religion
Pour iamais lui ferment la por te.
Que Dieu nous fasse moissonner La Paix que lui seul peut donner,nbsp;Et quil la rappelle en ce monde ;nbsp;Que pour comble de nos souhaits,nbsp;INous puissions trouuer cette paixnbsp;Dedans Ie tombeau de la Fronde.
Quenfin cette sainte vnion Bannisse la confusionnbsp;Qui fait les discordes ciuiles;
Que Paris soit comme autrefois La bonne ville de nos Roisnbsp;Et la reine des bonnes villes.
-ocr page 202-Escoute, Malefus; il faut que ie te die Que tu nous dols la farce après la Gomédie,
Et que cette iument du coup quelle a tiré, Vengera Ie cheual du Baron de Ciré,
Ge grand cheual de Mars qui donna tant de ioye Aux peuples assemblez dans les places de Troye,nbsp;Et qui fut aux limons duii sale tombereaunbsp;Pour conduire au marcbé la fiente et Ie bourroau.nbsp;Le sort encore vn coup te rappel! e au ThéMre.
Fera rire bientost le noble et le bourgeois.
Tes sangles, ton béguin et ta dague de bois,
Tes deux pouces passez dans ta double ceinture Donneront du plaisir a toute la nature.
Que lon trouuera bon de voir ton demi froc Couuert dvn bonnet rouge et de plumes de coq,
Dc voir ton corps de caute et ta fesse embourrée Danser la Bergamasque et la vieille bourrée !
Tu seras la nourrice ou lenfant au maillot.
Tu seras compagnon de ce braue Guillot;
Et ta voix ridicule auec ta grosse trogne Fera doubler le prix a lHostel de Bourgogne.
Les desseins de Hardy, de Beys ou de Pichou Ne peuuent prés du tien valoir vn tronc de chou.
Le meilleur brodequin dAignan ou de La Porte Nestoit quvne sauate; et leur muse estoit morte.
' Malefas est Isaac de Laffemas, rauteur du Frondeur désiniércssé qui precede. \ Apologie a été composée par Paul Hay, marquis du Chatelet.
-ocr page 203-ÜE MAZAKiNADES. nbsp;nbsp;nbsp;193
H est rieii de pareil a tes doctes cliansoiis.
Ie regrette desia Ie temps que nous passous Priué de la douceur que nous promet la Scènenbsp;Quand ta muse voudra se redonner la peinenbsp;De te feindre amoureux de la vieille Alizon.
Quil ten reste Ie mal ou bien la guérison,
Que tu passes pour laid ou bien pour agréable,
Tu nous seras tousiours également aymable.
Que tu fasses Ie ieune ou Ie vieillard tremblant.
On ne verra plus rien qui vaille Beausemblant *.
Retirez vous dicy, Fracasse et Belleroze;
Allez porter ailleurs vos vers et vostre proze.
Emmenez Turlupin et tous les lodelets.
Vous 11 aurez plus dargent que des moindres valets.
Vous naurez plus besoin de parterres ou de loges.
Malefas ne va point Commissaire a Limoges.
Puisquvn si bon acteur se remet au mestier,
II vauldra, luy tout seul, et Guillaume et Gaultier.
Ce nest pas que iamais il ait quitté la farce.
Quand Ie falot monta dessus les Fleurs de Lys,
Tantost il fust Roland et tantost Brandelys.
II nest iamais sans masque; et son humeur bouffonne Contrefait aussi bien Momus que Tisiphone.
Dehors il est hautain, séuère et glorieux.
La morgue en est tragique et Ie front furieux.
II remplit lvniuers deschaffaux et de roues.
Son plaisir est dabattre et de voir dans les boues Tout ce que Ie destin a fait de plus puissant.
Ce sacre est bien appris a voler linnocent.
Le sang est son ragoust; et les yeux pleins de larmes Pour dautres que pour luy nont iamais eu de charmes.
' Beausemblant est la terre oii Laffemas naijuit en Dauphiné. Ses en-¦lemis préteudalent quil avait joué sous ce nom a 1hótel de Bourgogne, nnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;13
194
CHOIX
II a prls sa naissance au dommage public;
Et de tout ce quil voit, il est Ie Basilic,
O dieux! quel passe temps quand ce fou sanguiuaire Fait vu valet bourreau, lautre questionnaire!
Quil dit en les parant de eet illustre employ :
« Nous serous compagnons; nous seruirons Ie Boy.
La moisson sera bonne; et iay sur mes tablettes Pour vous faire gagner plus gros dor que vous nestes.nbsp;Maïs gardez vous aussi quau lieu de bien agir,
Vostre incapacité ne me fasse rougir.
Ien voy de si lourdaux que 1on iroit a Rome Tandis que ces coquins sont a me pendre vn homme.nbsp;Lautre se prend si mal a faire entrer les coins,
Que pour faire vn procés, il faut mille tesmoins;
Et faute dvn bon mot, vn pauure commissaire Ne pourra nettement acheuer vne affaire.
Or a nen point mentir, ie scay que ie Ienlends Mieux que les Lugolis et mieux que les Tristans;
Et sans que mon argent courust aucune risque,
Ie pourrois a tous deux leur doiiner quinze et bisque. Le Roy ma fait Ihonneur de le dire en bon lieu;
Et ie scay mon mestier par la grace de Dieu.
Deuant moy les muets disent tout ce quils sauent;
Et les plus innocens a grand peine se lauent.
Ie fais dire en vn iour plus quvn autre en vn mois;
Et ie ferois parler vne piece de bois.
La farine et le son, tout passe quand ie blutte;
Et si ie veux trouuer de Iordure a la fluste,
Addresse ny vertu ne men peut empescher.
Mes ruses tireroient de Ihuile dvn rocher.
Mais bien quen ce bel art mon industrie excelle,
On ne peut pas tousiours se rompre la ceruelle,
Et suer iusquau sang pour faire discourir Vn meschant obstine qui ne veut point mourir,
Et qui faisant le sainct a deux doigts du supplice,
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DE MAZARINADES.
voudra réuéler ny crime ny complice,
Afïin quvn people sot mette en pièces mon nom Sous ombre quvn pendard aura tousiours dit non.
G est alors que vos soins me doiuent de lescorte Et peuuent soulager vn homme de ma sorte.
Vn aiz, vn trait de Corde, vn poids mis a propos vaudroient quelquefois six heures de repos,
Et feront sur-le-champ treuuer Ie don des langues A tel qui seroit sourd a toutes mes harangues.
Ha que ie suis trouble! que mes sens sont esmus En me représentant combien ie fus camusnbsp;Quand pour ne scauoir pas estendre la courroye,
Vn Richard se sauua de la fausse monnoye;
Et que pour me fier a louurage dautruy,
Nous ne pusmes iamais faire parler de luy!
Ie fis bien mes efforts sur cette ame ferrée Qui iamais ne voulust me la mettre en curée;
Mais ie deuois moy mesme adiuster les ressorts,
Et pour tenter lesprit, taster si bien Ie corps Que iapperceusse au moins quil gagnast son auoinenbsp;Et que lon lentendist du petit sainct Antboine.nbsp;Dieux que ieusse ferme dvn merueilleux blocusnbsp;Le Palais enchanté de ce père aux escus!
Que ieusse plumé loye et quil eust eu de peine A sauuer ses moutons qui portent de grand laine!nbsp;Ne songeons plus pourtant a ce maudit voleurnbsp;Contre qui mon addresse a ioué de malheur;
Et songeons seulement a vous rendre capables De mettre a mesme point innocens et coupables.nbsp;Iamais homme entendu ne sera satisfaitnbsp;Quand vous ne ferez rien que ce que cbacun fait;
Et pour tirer vn mot dvn qui veut bien le dire,
Ie prendrois a regret le soin de vous instruire. Aprenez done tons deux a faire de tels coupsnbsp;Quaux grandes actions on ait besoin de vous.
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CHOIX
Ie scay quon nestoit point quand on commenca deslre, Et que du premier coup lapprentif nest pas maistre;nbsp;Mais sachez que ma main vous peut rendre excellensnbsp;Et Yous faire en vn iour aussi bien quen mille ans.
Ne manquez a me voir ni Dimanche ui Feste Quand ie ne feray pas de capture ou denqueste.
II ne me faudra pas douze ou quinze lecons Pour vous en enseigner de toutes les facons.
Si iamais vostre esprit est capable dentendre,
En liuict iours de loisir ie vous feray comprendre La beurrière, les poids, la corde, Ie bandeau,
Le feu, les brodequins, Ie cheualet et leaii.
Faisant de mon costé, faites aussi du vostre.
Ne vous quittez iamais. Exercez vous lvn lautre.
Et lorsque vous verrez que ie vous estandray
Sur lais, sur les tretteaux, sur la croix Saint-André,
Et quil ne sera point de morts ni de torture De quoy ie ne vous donne vne ample tablature,
Soyez a mobseruer actifs et diligens.
Aymez vostre mestier comme dhonnestes gens;
Et que vous puissiez dire en semblable mistere :
« Cest ainsi que Monsieur nous a dit quil faut faire. » Rendez vous seulement dignes de ce bonheur;
Vous serez bien venu cbez tous les gens dhonneur.
Et ie me voudrois mal si dans tout le Royaume Quelquvn vous prisoit moins que Maistre lean Guillaume'nbsp;Nen desplaise a Messieurs de ce beau Parlementnbsp;Dont les Arrests boiteux marchent si lentementnbsp;Que pour exécuter ce qui sort de leur cage,
Ils ne mëriteroient quvn bourreau de village,
Et non pas ce heros de qui les bras pendans Ne sont presque employez qua luy curer les deus.
Le bourreau.
-ocr page 207-l^ardieu , ie suis honteux de voir comnie Ton fiusti'e De sou droit légitime vne personne illustrenbsp;Qiii dans les derniers temps mouroit de faim saus moy.
Cela rebute fort de bieu seruir Ie Roy.
On nen scauroit auoir de prétextes plus amples;
Et ie me mets en quatre après de tels exemples.
Mais quoy? Cest que iespère et que ie croy quvn iour Les hommes de vertu régneront a leur tour,
Et quayant bonne main a cbercber playe et bosse,
Le plus gueux de nous trois aura double carrosse.
Alors, chers compagnons, tous vestus de velours,
Nous pendrons, nous rouerons cent hommes tous les lours. Nous ferons renuerser toutes les loix de Rome.
Vn tesmoin suffira pour condamner vn homme. »
Par ce graue discours, Iexcrement du Palais Se met en bonne odeur auprès de ses valets,
Tandis que le badaud se presse a voir la moue Dvn que ce bon Chrestien fait damner sur la roue.
La potence a blesse 1esprit de ce vautour,
Et nen guerira point sil ny perche a son tour.
La tendent ses desirs; et quoy quil en marmotte,
Le malheureux quil est, na point dautre marotte.
Quand vne heure de nuict luy ferme la prison,
Que le gibet gamy le chasse a la maison,
II fait venir a luy les enfans de la matte.
Le bourreau réparé dvn habit descarlate Que le roigneur laissa , mourant an carrefour,
Vient pour luy rendre compte et luy faire la com.
Lespion, le tesmoin, le vendeur de complices Et les donneurs daduis font toutes ses delices.
Eest la quenuironne de ce peiiple iuhumain,
II met iacquette bas, et le verre a la main,
Entonne a haute voix vne chanson pour boire.
Eest la quen bégayant il rime quelque hlstoire De ceux que son addresse a mis dans les hazards.
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II chante les frayeurs du cheualier de lars Et iure a ses amis par Ie vin quil leur donne,
Que iamais sou aduis neslargira personne.
Quand lHippocras la mis dessus ses grands cheuaux,
II dit quil a fait pendre et Dues et Mareschaux,
Quil ne pardonne a rien, que quelque temps qui vienne, II faudra tousiours bien que son art se maintienne ,
Que les meilleurs Francois ne seront point contens Que Ie bonheur public nait amené Ie tempsnbsp;Oü Ie sort fera voir au peuple miserablenbsp;Malefas chancelier, Hautdessens Connestable.
II leur dit : « Si iamais ie viens a ce crédit,
Ianobliray vostre ordre; et par vn bel Edit Ie purgeray bientost vos charges dinfamie,
Scachant ce que l!on doit a vostre prudhommie.
Vous serez anoblis; et sans payer Ie sceau Et tous les petits droits dvn partisan nouueau,
Vous aurez sans finance et gages et salaires.
Iaboliray la loy du ban et des galères,
Et celle qui vouloit quon eust a tout Ie moins,
Pour faire pendre vn homme, vn couple de tesmoins.
Ie rempliray lEstat de causes criminelles.
En chasque Parlement ie feray trois ïournelles.
Vous aurez la paulette et la beuuette aussi Qui boira tout Ie vin de Beaune et dIrancy.
Ce qui vient de Bayonne ou de Troye et de Vanure,
Sera Ie desieusner des officiers du Chanure. »
II en embrasse lvn; il baise 1autre au front.
II leur demande ; « Hé! bien ma-t-on fait vn affront ? Iay parlé, ce matin, comme eust fait Martillière.nbsp;Montauban^ a iazé comme vne chambrière. «
' Le Chevalier, depuis commandeur de Jars, avail été compris dans Ie procés de Cing-Mars.
Montauban et Martillière, avocats célèbres au parlement de Paris.
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DE MAZARINADES.
Puis il boit dans leur verre; ils boiuent dans Ie sien. Et puis chacun sen va quand il se porte bien;
Sinon que ces Messieurs trop chargez de vendange Se gistent quelquefois dans la première fange,
Quand ce noble troupeau seschauffe de santez,
Que leurs foibles esprits par la vigne enchantez Oublient a la fin toute la differencenbsp;öentre les Conseillers et les marauts de France.nbsp;Bacchus égale tout; et eet amy des Dieuxnbsp;Mespriseroit vn Roy sil ne beuuoit Ie mieux.
Dans les charmes plaisans de cette phrénésie,
Chacun deux fait et dit selon sa phantaisie.
La liberté rendue a leur profession Fait voir Ie naturel de chaque passion.
Ils se prennent lvn lautre; ils sentreueulent pendre. Lvn se laisse lier; 1autre se veut deffendre.
Lvn croit estre Ie moine et 1autre Ie pendard. Malefas couronné dvne coine de lardnbsp;Tantost pense estre iuge et tantost Gros Guillaume 1;nbsp;Tantost il pense voir quelquhorrible phantosmenbsp;Dvn homme que sa voix fait manger aux corbeaux,nbsp;Et hurle comme vn fou qui sous de vieux tombeauxnbsp;Du desmon on du loup se croit estre limage.
Quelque frayeur quil ait, il mord dans Ie fromage;
II serre dvne main son ample gobelet;
La vision dans lautre a mis vn chapelet;
Et tont dvn mesme temps eet insensé bourdonne Vne farce, vn arrest, vn que Dieu me pardonne!
A la fin Ie sommeil les vient mettre daccord.
Lvn se croit condamné; 1autre pense estre mort.
Et Ie maistre au matin sans colet et sans fraize Se treuue entre les bras du bourreau qui Ie baise.
Tallemant des Beaux dit que Laffemas jouait agreablement en société Ie personnage de Gros-Guillaume.
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CHOIX
11 sesueille en sursaut; et quand il est leué,
II apporte au conseil tout ce quil a resué.
Plein de mesme fureur, eet yurogne déclame Tout ce que peut vomir la gueule dvn infame.
II tonne; il mord; il gronde; il menace; et pourtant II en a fait brancher qui nen disoient pas tant.nbsp;lamais il na fait voir quil ait eu la puissancenbsp;De dire son aduis pour aider Iinnocence.
A ses yeux tout est crime et tout digne de mort.
Le suiet de rigueur est toiisiours le plus fort.
Il pend dvn mesme coup le iuste et le coupable.
Et si la cruaute du sort impitoiable
Eust commis dautres gens aussi fascheux que luy,
Paris, vous nauriez plus dhabitans auiourdhuy.
Il salt sonder la peur de celuy que Ton traine Deuant son tribunal pour endurer la gesne,
Promet de le sauuer sil daigne seulement Accuser quelque riche au milieu du tourment.
Il deuore en esprit son argent et ses rentes.
Il adiouste aussitost des preuues apparentes. Lesperance du bien flatte cet imposteur.
Vn mesme iour le voit et iuge et delateur.
Il marclie; il trotte; il court; il inuente; il suppose; Il forge a tons momens quelque nouuelle chosenbsp;Et veut que nous croyons, tant ce badin est fat,
Que Iordure quil fait, a releue IEstat.
Escoute encore vn mot : la torcbe, la potence Vengeront tout le mal qua fait ton impudence.
201
DE MAZARINADES.
(20 janïier 1651.)
Madame,
Depuis que le Ciel consentit a vostre liberté pour fauoriser celle de nos Princes, et que cette prouincenbsp;dArgonne fut esclairée du flambeau de vos rares vertus,nbsp;Vostre Altesse na cessé de nous faire naistre de iour ennbsp;iour des suiets dadmirer vos Actions, toutes esclatantesnbsp;dvn nouueau lustre des vertus qui estoient enueloppéesnbsp;et cachées sous le voile de sa modestie naturelle, et quinbsp;se descouurent tousiours dauantage a mesure que locca-sion se présente de rechercher et pratiquer les moyensnbsp;nécessaires pour la liberté de nos Princes. Ie scay très-bien. Madame, que toutes les belles vertus qui esclattentnbsp;en vous, seront plutost ternies quillustre'es par le vainnbsp;effort de mon discours, qui est incapable de fournir desnbsp;paroles releuées a légal de leur mérite; mals il mestnbsp;impossible de cacher a V. A. que tout le monde nenbsp;remarque rien dans son admirable conduitte qui ne soitnbsp;au dessus de vostre sexe, puis quen toutes les expeditions de guerre vous agissez comme vn Alexandre ou vnnbsp;César, tant pour les choses qui regardent les armées, quenbsp;celles qui concernent les fortifications et restablissementnbsp;des places frontières. Cette reparation de Villefranche,
Cette pièce tlVApothéose de Mme la Duchesse de Longueuille qui suil, sont assurément des plus originales. II ny a pas dans toute la Frondenbsp;un autre exemple dimaginations pareilles. On y trouve dailleurs beaunbsp;lt;^«up de noms des principaux personnages du parti des princes.
-ocr page 212-202 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Madame, est encore vn effet de vostre brillante lumière desprit qui fait bonte aux personnes les plus consom-mées dans laage et dans la cognoissance des choses lesnbsp;plus difficiles. Ce fut en j 545 que cette place fut bastienbsp;par Fran9ois premier et nommée Villefranche pour lesnbsp;franchises, libertez et beaux priuilèges dont ce Monarquenbsp;la decora. Mals comme les villes les plus fortes et les plusnbsp;florissantes ne sont pas tousiours les plus asseurées, quilnbsp;ny a point de iour sans nuit ny de commencement sansnbsp;fin, Louys treiziesme, de très-auguste mémoire, la fitnbsp;desmolir Tan 1634. Et V. A., portee dvn iuste et pas-sionné désir de la liberté de deux frères et dvn mary,nbsp;trois Princes dinestimable vertu, la restablie en lannéenbsp;dernière 1650, année de réuolution, de liberté et denbsp;lubilé ; et dans buit iours de temps, par les soins et parnbsp;les vigilances ordinaires de Monsieur de Varenne cettenbsp;place se trouue en deffense et en estat de receuoir V. A.nbsp;Vous scauez, Madame, quordinairement les villes et lesnbsp;forteresses portent Ie nom de leurs fondateurs, et quacenbsp;suiet les Poëtes nous représentent Ie grand débat dentrenbsp;Miiierue et Neptune pour Ie nom de la grande ville dA-thènes. Ce dieu Marin prétendoit luy donner son nomnbsp;pour auoir,parsesgrandesarméesnaualles, pulssammentnbsp;contribué a lédification et accroissement dvne ville si superbe; et laDéesse soustenoit qua cause de la Prudencenbsp;et du Conseil qui donnent Ie succez aux armes, elle deuoitnbsp;porter Ie nom de Minerue. Cest ce qui donna lieu anbsp;1opinion de Platon , qui vouloit mettre les sceptres entrenbsp;les mains des Philosophes; opinion pourtant assez mal
II servit dans toutes les campagnes de Turenne en qualité de lieutenant général.
-ocr page 213-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;203
receue en ce temps, puisque la Philosophie et tons les discours les plus doctes que produisent les Sciences, sontnbsp;[de] foibles pilotis pour Iestablissement dvne haute en-treprise sils ne sont secondez du bras de Mars. Mais ennbsp;ce rencontre, Madame , puisque V. A. renferme en ellenbsp;ct les forces de Neptune et la prudence de Minerue, etnbsp;que cest par ses forces et par son industrie que Ville-franche trouue auiourdhuy son restablissement et sa renaissance dans ses ruines, il me semble que Ie droictnbsp;et la raison veulent que doresnauant cette place tiennenbsp;lieu d vn Temple dédié a vostre Générosité et a vostrenbsp;Sagesse. Et comme vn monument si prétieux doit estrenbsp;exactement gardé et deffendu contre les violences et lesnbsp;surprises des ennemys, les clefs et la garde de ce Templenbsp;se rencontrent heureuseraent desposées et confiées k lanbsp;valeur de Monsieur Ie Marquis de la Moussaie, qui en estnbsp;Ie Polémique Agaton souuerain Pontife, qui ne man-quera pas ny de bonté pour régir ses habitans, ny denbsp;générosité pour les défendre, et qui sans doute par vnnbsp;excez de piété qui est inséparablement attaché a la grauiténbsp;de cette Pontificature, sefforcera de ne donner moinsnbsp;desclat a vostre superbe Temple quil ne recoit deluydenbsp;lustre et dhonneur par vne charge si éminente. Et dau-tant que par les Antiquitez de cette prouince,iapprendsnbsp;que la ville de Stenay tire son nom et son origine dunbsp;dieu Saturne, père de luppiter, Marseille du dieu Mars,nbsp;Luxembourg du Soleil, Arlon de la Lune, Dun de lanbsp;Déesse Dyane, la niche de laquelle ie vois encore auiourdhuy dans les ruines de sa superbe Tour, a lexemple denbsp;cette vénérable Antiquité, iappelleray hardiment et nom-meray ce Temple Templum Dese Borboniss, Temple denbsp;la Déesse Borbonie, dans lequel, de laduis et par les
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CHOIX
suffrages du Sénat Aréologue, Madarnoiselle de Verpil-lier, vrayment Vertupillier, a mérité par ses rares vertus destre VEgérie Longueuillienne; Madarnoiselle de lanbsp;Chatre la Phrixine AuelUde^ Prestresse Vaticiniatrice;nbsp;et Madarnoiselle de Chamilly, qui depuis quelques an-nées embellit les bords de la Meuse , en sera la Najadenbsp;Mosaïque. Et pour la garde de la prétieuse personne denbsp;V. A., nous vous donnons Madarnoiselle de Fermelis,nbsp;digne Amazone Leucociantine. Mesdamoiselles Margue-ritte et Marie Bastiers seront les soeurs Oblates. Mesdames les Comtesses de Chamilly et de Chimereau (Che-merault) paroistront dans Ie culte de vostre diuinité,nbsp;lvne l'Heronade Glocophile etl'autre Learine Verniquenbsp;printaiiière. Quant a la mignonne Madarnoiselle de Go-fecourt, elle remplira dignement et deslicatement la vocation de la Nappé Eleutherine. Et paree que ce lournbsp;est particulièrement destiné et consacré a la dédicace denbsp;ce Temple, ien laisse les apparells et les cérémonies anbsp;Monsieur de Varenne Fe'cial pojo Tetragoruque. Lanbsp;confection de lHymne est deue a la veine hétéroclyte denbsp;Monsieur Sarrazin hjmnifique Tjmpanisateur Lyri-que; la charge des voeux et des prières publiques pournbsp;la liberté de nos Princes, au zèle saerosainct de Monsieur de Sainet-Romain % en qualité de Hyeronphoro-prosefcandre. Pouuoit-on confier en meilleures mainsnbsp;la Préfecture des Argyraspides auxiliaires quen celles
* nbsp;nbsp;nbsp;Jean-Francois Sarrazin, secrétaire des commandements du princenbsp;de Conty. II a composé plusieurs pamphlets et notamment Ie Coq anbsp;lasne, etc., et la Lettre den Marguillier, etc., qui font partie de ce re-cueil.
* nbsp;nbsp;nbsp;L'abbé de Saint-Remain fut résident dn roi en Allemagne etnbsp;chargé dune importante négociation en Portugal au printemps de 16Ö6.nbsp;II était, a l'époque de la Fronde, attaché au prince de Condé.
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de Monsieur Behr ? Que ne dirons-nous pas de la pré-sidence des Aspersions Lustrales que les Aréolo^ues donnent a Monsieur de Chamilly ? O, Madame , quenbsp;Monsieur de la Pérère honoré de loffice de Flamennbsp;^^orbonial, croniquera subtilernent les antiquitez de cenbsp;Temple! Ie vois desia Monsieur Corber, encore tout es-f^latant du prix de la course de la bague disputée auecnbsp;Monsieur Ie Comte de Chamilly (qul, sans son absence,nbsp;seroit VHyprodromique Iliac sacré), senfoncer avecnbsp;plus de vitesse dans les forests de Dyane, pour y prendrenbsp;les victimes qul deuront estre immolées a la Déesse Bour-bonie, bien heureuses de perdre la vie au pied de vos au-tels, et encore heureuses de ce quelles auront Monsieurnbsp;de Rochefau pour Stephanateur et Monsieur de Sainct-Mars ® pour Sacrificateur. Mais, Madame, oü eusslons-tous peu rencontrer vne personne capable de remplir lanbsp;charge de Brilardin, Flammifer, Phosphorin de cenbsp;Temple esclatant, si Monsieur Ie cheualier de Grara-iiiont * ne fust arriué heureusement pour occuper cettenbsp;place, avec la pompe rayonnante de ses vestemens re-camez, et Monsieur de la Roque celle de Phenicoptaire?nbsp;La capaclté scientlfique et la melliflue faconde de Monsieur de Montigny nous ont obligez de luy distribuer lanbsp;dignité de Concionnateur; comiTie les merites emphati-ques de Monsieur de Maressar a leslire pour Prestre
' II devint lieutenant general et se rendit célèbre par Ie siége quil soutint dans la ville de Grave en 1674.
^ Isaac de la Peyrère, lauteur des Préadamiies. II a écrlt la Dataille ,
Lens [577].
Gentilhomme de la cliambre du prince de Condé. II était de ce fa-'neux escadron de seigneurs et geniilshommes qui suivait partout Ie prince dans Ie combat du faubourg Saint-Antoine.
¦* Celui dont Hamilton a écrit les Mémoires.
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CHOIX
fatidique rendant les oracles. Nous croyons, Madame, que V. A. approuuera Ie choix que nous auons fait denbsp;lindustrieuse personne de Monsieur du Faye pour estrenbsp;Je décorateur des Pegmates et Othomates hyéroglifi-ques de vostreTemple, dans lequel, Madame, Monsieurnbsp;de Vallignie sera XAnathématisateur de la Gent Ru-biconde, et Monsieur de Cheuigny 1 XAueruncateurnbsp;Malominiaire. Que ferons-nous. Madame, de vostrenbsp;GuygnardV Quen ferons-nous? Ce que nous en ferons?nbsp;Nous en ferons vostre Turibulaire. Personne ne peutnbsp;disputer a ladresse confite en grace et parfumée de bonnbsp;air de Monsieur de Villars la prérogatiue de Saliennbsp;Lupercal dans les salutations et Pjriques et Ljdiennes.nbsp;Les soins et les diligences de Monsieur Melon méritentnbsp;bien, Madame, quil soit vostre petit Editus, et Monsieur Dosnay Ie Roistelet sacrificule. Mais pourquoynbsp;tardons-nous tant. Madame, a vous présenter Ie gentilnbsp;Monsieur de Gofecour pour Ie Sotorjographe des Pan-cartes, et a régaler V. A. des fruits du lardin mystiquenbsp;dvn Temple si magnifique? Nous auons commis a eetnbsp;effet Monsieur de Sainct-Martin, collecteur des Man-dragores Sibiliennes, et Monsieur de Toully, Puristenbsp;des Tymiames. Et afin de préuenlr les incursions hos-tilles et vous garantir de la sagette volante et du démonnbsp;Incarnadin, nous auons constitué Monsieur de Bernonnbsp;Hypoloxète de léquestre garde, et Monsieur Douglas Ienbsp;Stratego Caledonien de la garde pédestre. Et pour ne
II est nommé parmi les combattants du faubourg Saint-Antolne. II figurait, avec Saint-Mars, dans lescadron du prince de Condé.
^ Dans VApothéose de Mme de Longueuïlle , il est appelé Monguygnard-^ Encore un combattant du faubourg Saint-Antoine. Cest Ie marquis de Villars qui, dans Ie mois de juillet 1652, porta au due de Beaufortnbsp;lappel du due de Nemours. II est dailleurs assez connu.
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DE MAZARINADES.
point attiédir Vostre Altesse par Ie prolixe récit de toutes Jos raisons qui nous ont portez a distribuer les autres pe-tites charges, nous vousdirons laconiquement que Monsieur Dauid est VEruscateur des Agappes; Monsieur denbsp;la Bergerie, curateur des Offrandes; Monsieur de Bonnenbsp;Garde VArchitriclin ; Monsieur Ie Roy Lambubage Bala-et Monsieur de Gouruille Ie Préconisateur desnbsp;naerueilles de ce Temple sur les riues Sequanoises ,nbsp;Lpgeriques, Dordonniques ^ Garonniques et Gyrondi-ques; et Somraerance % Madame, quoy que subiet in-digne, a esté ehoisi par Ie Sénat Aréologue pour vous ennbsp;apostropher en syncopant Ie Paranymphe; et les peuplesnbsp;et les soldats feront les cris et les acclamations publlques,nbsp;par Ie moyen desquelles Pair retentira de la ioye et de lal-légresse que leur causent Ie restablissement de leur villenbsp;et vostre lieureuse arrivée en ce lieu, qui infailliblementnbsp;leur sera tousioursfauorable, lorsque par des effets dvnenbsp;obéyssance et dvne fidélité parfaite ils feront cognoistrenbsp;a Vostre Altesse quils sont ses très-humbles et très-fidelles seruiteurs.
* Jean Hérault, sieur de Gourville, 1auteur des Mémoires.
® Sommerance est-il lauteur de cette pièce singuliere ? Je ny vois pas de difficulté. N. de Sommerance était lieutenant général civil et crimlnelnbsp;de Stenay. II y a de lui une Harangue faite a Mme la Duchesse de tongue-uille sur la liberlé des princes...- etc. [1S68], sur Ie litre de laquelle il anbsp;pris Ie litre de depute des Trois-Estats de la prouinee dArgonne.
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CIIOIX
(20 février 1651.)
Ma-dame,
Plus grands et plus périlleux sont les obstacles quil conuient de surmonter pour 1exécutlon dvn gënéreuxnbsp;dessein, plus riches et plus exquises paroissent les cou-ronnes dues a la générosité de ceux qui en font lentre-prise. Cette vérité est si entière quelle est souslenue parnbsp;vne infinite dexemples de ces grands Héros de TAntiquité,nbsp;qui par la seule gloire de leurs hautes actions ont donnénbsp;matière dadniiration a toute la terre, et rendu leursnbsp;noms immortels; entre lesquels Ie gënéreux lason, Roynbsp;de Tessalie, et ces illustres Argonautes, leslite et la fleurnbsp;de la Grèce, se sont tellement signalez par cette fameusenbsp;conqueste de la Toison dor de Phryxe, quelle a esténbsp;lArchétype et Ie modelle sur lequel Philippe, ce grandnbsp;Due de Bourgogne, forma ses hautes actions et luy donnanbsp;subiet de porter au col la Toison dor, dont il en instituanbsp;lordre, que lEspagne tient encor auiourdhuy de luynbsp;comme héritière de sa vertu aussi bien que deses Estats.nbsp;Cette conqueste. Madame, fut faite dans 1Isle de Colchosnbsp;lan 3000 dek creation du monde et semble nauoiresténbsp;que lombre et la flgure de celle qui sest faite Ie 13 Feb-urier 1651 aux yeux de toute la Chrestienté dans 1Isle
' Les princes avaient recouvré leur liberté. Cest done par erreur que jai inscrit cette piece sous Ie date du 20 jttnvier 1631, dans la Listenbsp;cliroHologique des Mazarinades, II faut la reporter au 20 février.
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Llmicaritos*, Conqueste non pas dvne Tolson dor
dvne matière chymérique et inanimée, mais de la liberté précieuse de prix inestimable de trois Princes dunbsp;Sang de France, lappuy et Ie support de lEstat, dvnnbsp;Héros du Sang de Sainct Louis, qui par ses hauts faitsnbsp;d armes a raffermy et rasseuré la Monarchie Francoise,nbsp;chancellante et esbranléepar léclypse de son Roy, etmé-^¦ite Ie tittre du plus grand Capitaine de lEurope et dunbsp;plus redoutable défenseur de la Couronne. Lhistoire ounbsp;plustost la Fable marque que la Toisondor estoitgardéenbsp;dans risle de Colchos par des Taureaux vomissant Ie feunbsp;et les flammes et par vn Dragon espouuantable, qui sa-crifioit a sa colere et a sa rage tous ceiix qui sen appro-choient. Et la vérité nous a fait voir que nos Princes,nbsp;1obiet de la rage du Cardinal Mazarin et a présent celuynbsp;de nostre allégresse, estoient gardez dans lIsle de Limi-caritos par vn Serpent qui ne les auoit cy-deuant em-brassé que pour les estouffer, par vn Cocodrille qui nenbsp;les auoit flatté que pour les déuorer, qui pourtant ingé-Dieux a sa ruine, poussé et emporté par Ie mouuementnbsp;dvne passion indiscretie et dvne insolence sans seconde,nbsp;auoit mis dans les fers et sous les barres linuinciblenbsp;Atlas de la Monarchie Francoise. Pour paruenir a lanbsp;conqueste de cette insigne Toison dor, les poëtes ontnbsp;feint que la Déesse Pallas auoit esté lautrice de la grandenbsp;Nef Argo dans laquelle lason et ses illustres Conquéransnbsp;sembarquèrent pour Ie voyage de Colchos, dont on ditnbsp;quArgus fut louurier. II y en a dautres qui asseurentnbsp;quelle tira son nom, non pas de eet Argus, mais du motnbsp;(^rec Argos^ qui signifie léger, a cause de la vitesse et
' Limicaritos, mot grec qui signifie Havre de Grace.
N. D. T.
14
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légèreté de ce long et grand vaisseau construit de chesnes dvne excessiue longueur et dvne qualité plus le'gèrenbsp;que les autres bols de cette mesme espèce; ce qui nousnbsp;donne suiet de croire (nonobstant ce quen dit lanti-qulté, que Ie mont Pélyon en a fourni Ie bois) que cesnbsp;bois furent coupez dans la forest dArgonne, qui est com-pose'e de cette sorte de bois léger, oü il est constant quenbsp;lupiter rendoit ses oracles en faueur de la Vierge Éri-gonne, Dryade de ses plus fauorites et fille dvn des plusnbsp;illustres Druydes de son siècle, qui a donné Ie nom a lanbsp;forest dArgonne, et la forest au ISfauire Argo, ancienne-ment Argon; et par succession de temps la lettre finallenbsp;N ayant esté élidée, elle a esté simplement appellee Argo.nbsp;Et la veritable histoire porte que lason ayant dans les-prit la haute entreprise de la conqueste de la Toison dor,nbsp;esmeu de la reputation des Druydes Gaulois, se trans-porta dans cette forest dArgonne, ou ayant admiré lanbsp;structure du Temple superbe de la Déesse Erygonne, bastinbsp;sur Ia cime dvne montagne oü est a présent la forteressenbsp;de Clermont en Argonne, que Monsieur Ie Prince tientnbsp;auiourdhuide lalibéralité duRoy, il yconsulta lOracle.nbsp;II luy respondit quil estoit absolument nécessaire quenbsp;cette grande Nef qui deuoit estre Iinstrument de sa conqueste, fut bastie et composée de ces beaux chesnes quenbsp;produit cette illustre forest; et lesquels il feroit flotternbsp;a bois perdu par des torrens dans la Meuze, de la Meuzenbsp;dans rOcéan et de lOcéan par les Colonnes dHercules,nbsp;qui est Ie destroit Gaditan, maintenant dit Gibraltar,nbsp;pour de la aller en Tessalie oü se deuoit faire son em-barquement; doü il appert clair comme Ie iour que Ienbsp;Nauire Argo et ces fameux Argonautes ont pris leursnbsp;noms de la forest dArgonne. Or lason estant embarqué
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auec ses illustres Auanturiers et estant arriué en Col-clios, par le grand esprit de la Princesse Médée, qui si-gnifiebon Conseil, et par Pincomparable vertu des Compagnons de sa fortune, dompta ces Taureaux iette-feu et ^éfit Ihorrible Dragon gardien de ce butin precieux de lanbsp;Toison dor. Et pour guarantir nos illustres personnagesnbsp;de la cruaute de nostre Buzir et rendre la liberte a Messieurs les Princes, voicy vne autre Pallas; voicy laDeessenbsp;Borbonie ; voicy nostre Heroine, Madame la Duchesse denbsp;Longueuille, Princesse du Sang de France, toute escla-tante de vertu et dhonneur, qui après auoir partage lesnbsp;misères et les souffrances de deux frères et dvn mary,nbsp;1obiet de sa victoire, a este reduite et nécessitée, pour senbsp;desrober a la fureur dvn Faquin vestu de rouge, la bontenbsp;de la France et le rebut de Iltalie, dessuyer mille sortesnbsp;de dangers pour aborder lamesme prouince dArgonne,nbsp;ainsi que nos illustres Argonautes, pour y former sa gé-Dereuse entreprise et bastir dans la forteresse de Stenay,nbsp;situee dans la mesme prouince, la machine si fatale aunbsp;Monstre rouge du sang de toute la France, par le raoyennbsp;du secours et de Iassistance des Princes Chretiens quellenbsp;a este contrainte dimplorer pour sopposer vigoureuse-ment aux torrents tumultueux dvn lache et perfide Ministro pendant le règne dvn Roy mineur, et les inuiternbsp;a cette prétieuse conqueste de la liberte de Messieurs lesnbsp;Princes. Cest en cette rencontre, grande Princesse, quenbsp;vous auez donné des preuues de la fermeté de vostre con-stance et du courage que vostre Altesse a fait esclaternbsp;parmy ce torrent dafflictions qui sestoit esleue contrenbsp;Maison Royalle, et que vous auez fait voir que quel-ques obstacles que la fourberie et la malice du démonnbsp;Incarnadin ait peu opposer a vostre vertu, vostre pru-
-ocr page 222-dence iointe a vostre valeur a touiours esté assez puissante pour les surmonter. Le Monstre auoit por té la Francenbsp;sur Ie penchant de sa ruine; et nostre Héroïne, qui ren-ferme en elle les forces de Mars et la prudence denbsp;Minerue, a terrassé lennemy irréconciliable de lanbsp;France et acquis a iuste titre Ia qualité de Restauratricenbsp;de La liberté mourante. Médée, par ses enchantemensnbsp;et par ses charmes, contribua puissamment a dompter cesnbsp;monstres gardiens de la riche Toison dor. Et vous, gé-néreuse Princesse, vous auez, par la prodigieuse force denbsp;vostre esprit et par les charmes sans artifices que la nature vous a si libérallement départis, obllgé S. A. R. etnbsp;lAuguste Parlement de Paris, la viuante image du Sénatnbsp;Romain, a vous rendre iustice et de suitte abattre a vosnbsp;pieds le Désolateur de la France par les Arrests si célèbresnbsp;des sept et neufième du présent mois de Féurier et annbsp;prononcés et executes par eet Auguste Parlement, qui nenbsp;pouuaut plus souffrir Ia valeur de Monsieur le Princenbsp;oysiue, la rendu aux Regions et Légions Francoises etnbsp;qui sans doute les fera vaincre autant de fois quil lesnbsp;fera combattre pour Ie seruice du Roy et la conseruationnbsp;duRoyaume. Le valeureux Hercule ne dompta que desnbsp;serpens et des monstres terrestres etborna ses conquestesnbsp;des monts de Calpe et Abyla. Et V. A., Madame, parnbsp;des trauaux inconceuables, a détrosné et vaincu le démonnbsp;Incarnadin, perturbateur de la France et lennemy mortel du repos public. Et comme vostre victoire passe et ou-trepasse et les conquestes et les colomnes de Hercules,
* Arrét deNos Seigneurs du Parlement portant Vesloignement du Cardinal Mazarin, etc. [233]; Arrêt de la Cour du Parlement ^ toutes les chambresnbsp;assemblees, portant que le Cardinal Mazarin y ses parens et domestiques es^nbsp;trangers vuideront le RojaumCy etc. [290].
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est blen ralsonnable que vostre Triomphe et vostre Renommée volent pardessus les monts Caucase, Calpe etnbsp;Abyla et quelle public par tout IUnivers la défaitte etnbsp;fuitte du démon Incarnadin, exorcise par nostre in-eomparable Archypopontif Monsieur Ie Coadiuteur etnbsp;anathematise par la foudre des Arrests fulminez contrenbsp;net excommunié par Ie grand Parlement de Paris, Ienbsp;premier mobile de la France. Mais, généreuse Princesse,nbsp;1 équité veut que comme nos illustres Argonautes parta-gèrentauec Ie Roy lason 1honneur et la gloire de leursnbsp;conquestes, aussi bien que les trauaux, la mesme Renommee qui public vostre victoire auec vostre Triomphe,nbsp;face cognoistre a la postérité la valeur et Ia magnanimiténbsp;de ces grands Héros qui ont si généreusement appuyénbsp;Vostre haute entreprise et si libérallement prodigué leursnbsp;Vies et leur sang pour la liberté de Messieurs les Princes.nbsp;C est 1auis, ce sont les sentimens et les opinions de vostrenbsp;Sénat Aréologue, duquel feu Monsieur Ie Marquis de Ianbsp;^oussaye estoit Ie chef et Ie Polémyque Agaton de vostrenbsp;Temple, et a presentMonsieur Ie Marquis de Sillery, sortinbsp;^vn Chancelier de France, qui, après auoir contribué parnbsp;savertu éminente a la liberté de Messieurs les Princes, etnbsp;nn avoir apporté Ie premier Theureuse et tant désirée nou-Uelle, a par la gratification de V. A., fondée sur son mérite,nbsp;si dignementremply ces deux charges vacantes; et commenbsp;Vostre Sénat est soustenu et esclairé de cette brillantenbsp;lumière desprit, de son aduis et de celuy de Messieursnbsp;*le Sainct-Romain et Sarazin, personnages consomraez ennbsp;toute sorte de science et dexpérience des choses les plusnbsp;difficiles, vos conseillers', et,sur ce ouys Monsieur de la
inseratur ubi auctoris nostri nomen inersum est.
N. D. T.
' ^icopompus vox graca est, in Argenide, quce significat ut Barclai auctorem libri illudi------ nbsp;nbsp;nbsp;' - --------------------- - nbsp;nbsp;nbsp;^
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Perère, recommandable pour sa grande vertu et doe-trine, vostre Procureur General, et Ransommes, Aduo-cat General du Sénat Aréologue, a esté arresté sous Ie bon plaisir de V. A., que la grandeur du courage, lanbsp;naissance et les hauts faits tVarmes de Monsieur Ie Ma-reschal de Turenne, general de vostre armee, vray hé-ritier de la vertu et de la haute estime du grand Due denbsp;Bouillon, son père, Prince souuerainde Sédan, luy ontnbsp;acquis mesme tittre et qualité du géne'reux Roy lason,nbsp;puisquil a esté Ie chef et Ie premier mobile de ce derniernbsp;ouurage et de la périlieuse entreprise, qui de la cap-tiuité, a fait si généreusement passer Messieurs lesnbsp;Princes a la liberté; et Monsieur Ie Comte de Ligniuillenbsp;general de larmée de S. A. I. de Lorraine, issu de cesnbsp;illustres Maisons de 1ancienne Cheuallerie du Royaumenbsp;dAustrasie et dvn bisayeul décoré de lOrdre du Sainct-Esprlt, pared honneur que Hercule, après sestre si-giialé par tant de blessures mortelles en la bataille denbsp;Rhetelle ^ pour dompter comme vn autre Hercule, cenbsp;furieux Sanglier Derymanthe, si fatal a la France, Monsieur Ie Comte de Bouteuille ® Ie pillier et la renaissance
^Défaite de Varmee da Due Charles, commandée par Ie comte de Li^ne~ rille, etc. [966],
* Perdue par Ie maréchal de Turenne, Ie 18 décembre 1630. Lettre de cachet du Roy.,,. contenant tout ce qui sest fait et passé a la défaile denbsp;rarmee da ricomte de Turenne [1909] ; TMtre du Roy enuojée a Monseigneurnbsp;Ie Mareschal de Lhospital.,., contenant..., tout ce qui sest fait et passé a,nbsp;Rethel [2186].
Francois-Henry de Montmorency, comte de Bouteville, depuis maréchal et due de Luxembourg. Cest lui qui, laniiée précédente, com-mandait dans Bellegarde pour Ie prince de Condé et avait été contraint de rendre cette place an Roy. II avait obtenu, par la capitulation, denbsp;rejoindre M*® de Longueville a Stenay. \jnPrise du Chasteau dePagnynbsp;par Ie sieur de Boutteuille, gouuemeur de Seurre (BeUegarde), etc. [2878]»
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de Ia très-ancienne et illustre maison de Montmorency, que quelquvns font descendre de Lisbius de Montmo-*ency, seigneur Gaulois, qui Ie premier des Gaules senbsp;conuertit en la predication de Sainct-Denis Aréopagytenbsp;et les autres de Lisoye de Mont-Remy, Cheualier qui Ienbsp;premier dentre Ie peuple Francois, recent Ie baptesme anbsp;Rheims des mains de lArcheuesque Sainct-Remy, presence du Roy Clouis lan 499, a mérité par son sang es-pancbé et par la prison quil a soufferte pour la liberténbsp;de Messieurs les Princes, de passer icy pour Ie vaillantnbsp;Thésée, fils ddSgée, Roy dAthènes, qui par lexcez denbsp;sa valeur, se fit nommer et renommer vn autre Herculenbsp;(ce nom tiré de celuy de Heroncleos, qui veut direnbsp;gloire des béros), après auoir -vaincules Amazones et em-mené leur Royne Hypolitte quil espousa, deffait Créon,nbsp;I^oy des Thébains, tué Ie Minotaure, monstre mi-hommenbsp;néde laccouplage dePaphaé, femme de Minos, auec vnnbsp;Taureau, occis Ie Sanglier qui rauageoit les grains denbsp;Cremion, en faveur des Corintbiens; de mesme que eetnbsp;Héros a fait en faueur du Royaume, en contribuant parnbsp;ses hauts exploits a la destruction de celuy qui rauageoitnbsp;non pas seulement les grains, mais les finances et les peu-ples de France. Messieurs les Comtes de Duras ® et denbsp;Quintin, aisnés des deuxcélèbres maisons de Duras et denbsp;la Moussaye et nepueux de Monsieur leMareschal de Tu-renne, représenteront icy Castor et Pollux, qui par leurnbsp;prodigieuse vertu se sont rendus immortels, ce Polluxnbsp;ayant tué en lexpédition de la Toison dOr Ie Roy Amy-
* iV^ec in secundis tertiisue consistevB inhouestuni.
illud Ciceronis de Oratore, ad conseruandam illorum dignitatem quibus P^iorem locum occupare non datum^ est.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;N. D. T.
® Henry de Durfort, due de Duras, depuis maréchal de France.
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que qui auolt accoustumé a tuer a coups de cestes les passans dans la forest Bébrycienne^ puisque ce valeureuxnbsp;Comte de Duras, per^ant les legions de larmée opposée anbsp;son courage, poussa lusques au canon, cy-dessus repre'-senté par Ie Roy Amyque. Messieurs les Cheualiers denbsp;Grammont, de la Rochefoucault, sortis des plus signa-lées maisons du Royaume, seront icy considérez comraenbsp;Nauplius, père de Palamèdes , qui ayant apprls la mortnbsp;de son fils que les Grecs auoient occis par les artifices dU-lysse et de Dyomèdes, afin de sen venger, planta desnbsp;feux sur la crouppe du mont Capharée, pour y attirer lanbsp;flotte des Grecs, passant par eet endroit, et qu'en y pre-nant port elle fit naufrage et se fracassast, comme elle fit,nbsp;auxescueils qui en sont voisins; et ces généreux Cheualiers ayant appris lemprisonnement de Messieurs lesnbsp;Princes, ont fait paroistre hautement leur feu et leurnbsp;courage pour leur liberté. Messieurs les cointes de Grand-Pré , Rosnay et Beauuau descendus des anciennesnbsp;maisons de loyeuse, Luxembourg et Beauuau; Messieurs de Fauge, Cheualler de Riuière,. Daucour,nbsp;Baron de Lanque , Chambois , la Rocque, Gou-
* Jean-Armand de Joyeuse, comte de Grandpré, depuis maréchal de Joyeuse. II est assez curieux que, dans un Avis aux Parlsiens [489], dunbsp;commencement de 1652 , on ait propose de raser sa maison comme cellenbsp;dun ennemi du prince de Condé.
II servit comme aide de camp du prince de Condé au combat du faubourg Saint-Antoine, oü il eut deux chevaux tués sous lui.
^ Ilcoinmanda , avec Taxanne et Clinchamp, lavant-garde delarmée du prince de Condé, dans sa marclie de Saint-Cloud sur Charenton, Ienbsp;jour du combat du faubourg Saint-Antoine.
^ Le baron de Chamboy. Cétait un serviteur de la maison de Longue-¦ville. En 1650, il était gouverneur du Pont de 1Arche; il fut, la même année, compris dans la capitulation de Montrond : Relation veritable con-tenant les articles accordez a Mme la Princesse et M. le Due d'Anguien, etc.nbsp;[3189]; en 1652, il porta a Paris et lut deyant le due dOrléans et le
ullle*, Chambon% Chérizy, Dumesnil, Montreuil, Comtes
Chamilly et Chimereau tiendront icy Ie rang de Telamon, père dAiax, Roy de 1Isle de Salaraanie, quiassista Hercule au fameux siége de Troie, qui pour recompensenbsp;de ses seruices luy donna pour femme la fille de Léome-dou; et ces valeureux Héros ayant si forteroent appuyé vosnbsp;genéreux desseins en lexpédition de Ia conqueste de lanbsp;liberté de Messieurs les Princes dans lIsle de Limicari-tos, pourront espérer a bon droit la recompense deue anbsp;leurs mérites. Les genéreux Dort, La Berge Longpré,nbsp;Montaulieu, du Faye, Phisica, Ricouse, Ayragny , Ga-gnac, Pertuis, Laisbordes, Bernon, Imecour, Marché,nbsp;Briquemau, Bocasse, CIësia, Bigot, la Motte, Cinq-Mars, la Magdeleine, des Forges, et tous les Capitaines,nbsp;Officiers et soldats qui ont si dignement seruy et versénbsp;leur sang pour la déliurance de Messietirs les Princes,nbsp;out mérité par leurs bautes actions la gloire de Zetbes etnbsp;Calais, qui ayant esté fauorablement receuspar Phinée,nbsp;fils dAgénor, Roy de Phoenicie, en leur voyage de Col-ehos, ils Ie déliurèrent des Harpies qui désoloient sonnbsp;Empire et infectoient sa viande lorsqull estoit sur Ienbsp;point de manger; ainsl quont fait ces illustres Héros,nbsp;qui ont si dignement contribué a la défaitte de la Harpie
prince de Condé, Ie Manifeste de la Noblesse de Normandie par lequel elle declare reconnoitre Son Altesse Royale pour Lieutenant general pour lenbsp;Roy, etc. [2336]. II ne parait pas quil ait seryi le prince de Condé clieznbsp;les Espagnols ; car la Muse de la Cour nous le montre gouverneur denbsp;Caen, sous la date du 8 septembre 1637.
* nbsp;nbsp;nbsp;II étalt colonel du régiment de Condé cavalerie. II seryit en qualiténbsp;deinaréclial de camp au combat du faubourg Saint - Antoine; et il ynbsp;fut tué.
II fut gouverneur de Saintes pour la Fronde en 1632. II est, a ce dlte, très-vivement attaqué parnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de la Guyenne, etc. [13I0J.
* nbsp;nbsp;nbsp;Capitaine des gardes du prince de Condé.
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infame qui a désolé etempestéde son venin de Lermeles Estats de nostre inuincible Monarque, La fidélité et lanbsp;valeur de Messieurs de Méressart, Montigny, Villars etnbsp;Monguignard, qui ont si heureusement conserué la pré-tieuse personne de V. A., comme la géne'rosité et vigilance de Messieurs les Comtes de Chamilly, Varennes,nbsp;Rochefau, Corber et Melon, la citadelle de Stenay ennbsp;Argonne vostre asil, ou sous leur garde aussy asseuréenbsp;que la Targe inuincible dAiax, V. A. si tranquillementnbsp;repose parray lorage de ses afflictions, mérite bien des-tre représentée par la valeur du mesme Aiax, lvn desnbsp;plus grands Capitaines de la Grèce, qui sestant ioint,nbsp;vn iour, en vn combat opiniastré auec Hercules, rien nenbsp;fut capable de les séparer quvne nuict obscure, quinbsp;auec Ie iour termina ce signalé combat; et ces illustresnbsp;Héros après vne victoire si signalée, qui a affranchy lanbsp;France de lesclauage et des fers sous lesquels sou Con-seruateur gémissoit, pourront dire vn iour quils nau-ront esté séparez de la société si bien affermie quilsnbsp;auoient contractée pour la liberté de nos Princes que parnbsp;la nuict obscure, qui a voilé et terny pour iamais Ienbsp;lustre Mazarin. O fameux Appelles, glorieux nourrissonnbsp;de 1 Isle de Coo, qui seul iadis fus digne de tirer Ie portrait dAlexandre Ie Grand, cest en eet endroit que lesnbsp;armes et la plume me sont tombées des mains; et iauouenbsp;que iaurois besoin de la délicatesse de ton pinceau et denbsp;ta main pour représenter au vif Téminente vertu etlem-barquement périlleux de nostre triomphante Princesse,nbsp;suiuie de ses belles et guerrières Amazones, Mesdemoi-selles de la Chastre, Verpillier, Fermelis et Gofecourt, denbsp;lesclatante vertu et beauté desquelles Neptune ayant esténbsp;éblouy et touché, avoit desia dépesché les Tritons pour
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^Scorter Ie mesme Dauphin qui luy faclllta iadis les ®oyens de posséder son Amphitritte, afin de luy attirernbsp;liurer cette iilustre flotte. Etcen estoitfait si la valeurnbsp;de Mars, qui sera icy représenté par Messieurs de Sainct1nbsp;IbalBarière, Tracy, la Roque, Cheualier de Fre-fiüienne, Meressart, Sainct-Romain, Villars, Sarazin etnbsp;Gauffecourt, suiuis des sieurs de Ia Pierre, Exempt desnbsp;Gardes, et Barbier, ne sy fut oppose, et recoigné Ienbsp;Dauphin et ses Tritons dans les flots et guide nostrenbsp;Héroïne et ses Amazones, qui toutes auec vn couragenbsp;incroyable ont suiuy leur adorable Maistresse, en trauer-sant les mers, percant les forests et franchissant les mon-tagnes pour aborder cette heureuse Prouince dArgonne,nbsp;heureuse dauoir admiré et soustenu lesclat de tant denbsp;vertus; heureuse dauoir fourny la matière de la liberténbsp;inestimable de Messieurs les Princes, comme elle fit autrefois celle de la fameuse conqueste de la Toison dor.nbsp;Puis done que ie suis resté sans voix et sans paroles suf-fisantes et proportionnées a lesgal dvn si grand ouurage,nbsp;et quil nappartient qua vn autre Apelles den entre-prendre Ie Tableau, ien laisse la description a la doctenbsp;et coulante veine de Monsieur Sarazin, digne seul de eetnbsp;ouurage, ioint que
Pour Ie tirer au vif^ quon lui ouure Ie sein,,
Et (Pvn si beau trauail on verra Ie dessein.
Ie roe contenteray seullement dadmirer ces illustres Amazones, comme les Nayades et Nymphes de nostre
II fut, au Combat du faubourg Saint-Antoine, de lescadron du prince de Condé; et toute la journée, il signala son courage et sa conduite. Cest Ie témoignage que lui rend Marigny dans la Relation veritablenbsp;de ce qui se passa.,,, au combat donné au Raubourg Saint-Jnthoine, etc.1
[3232],
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CHOIX
Meuse, et les Dryades et Hamadriades de nostre illustre forest dArgonne; et dans lattente de ce rare ouurage ,nbsp;pour estre inséparablement attaché a ce mien petitnbsp;trauail, qui rendra éternelleraent au sien les foy et hommage quvn fidel vassal doit a son Seigneur dominant, ilnbsp;ne seroit pas raisonnable de différer dauantage a louer lanbsp;fidélité, le grand zèle et 1 affection des domestiques denbsp;V. A. pendantIexpedition de Limicaritos, qui pour la fer-meté de leurs affections a vostre seruice, passeront icynbsp;pour des Damons et des Pythias, qui autrefois disputè-rent deuant le Tyran de Syracuse a qui sacrifieroit lenbsp;premier sa vie , pour sauuer celle de son amy. Et pendant que Messieurs de la Roche, Gouruille et la Costenbsp;seront occupez auec la Renommee a faire esclatter parnbsp;toutela terre la fidélité et lavaleur de nos 111ustres Héros,nbsp;ie reprendray le fil et la suitte de mon discours, et vousnbsp;diray, Madame, que nos mesmes Poëtes ont dit quaprèsnbsp;ce fameux voyage de Colchos, la Déesse Pallas transportanbsp;dans les Cieux cette célèbre Nauire Argo et quelle lanbsp;placa pres du Pole Austral, qui se lèue avec la Lyre et lanbsp;Vierge (qui est la mesme Vierge Erigonne tutélaire de lanbsp;forest dArgonne, dou cette Nef a esté prise pour fairenbsp;veoir que les choses retournent a leur principe) et quinbsp;se couche quant et quant le Sagitaire et IArcher. Etnbsp;V. A., Madame, sera désormais considérée comme vnnbsp;nouuel Astre qui sest esleué sur nostre Hémysphère pournbsp;esclairer a iamais toute la France du flambeau de vosnbsp;rares vertus et faire découler ses douces et benignes influences sur tous ceux qui ont pris part dans toutes vosnbsp;afflictions, et fait teste comme des rochers inesbranlablesnbsp;a toutes les atteintes de la mauuaise fortune, et particu-lièrement sur les peuples de cette Prouince dArgonne,
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out si libérallementsacrifié leurs biens et leurs vies a la liberté de Messieurs les Princes, et sur la glorieusenbsp;ville de Stenay oii linstrument de la cheute du de'monnbsp;Incarnadin et celuy de vostre Tiioniphe a esté forgë. 11nbsp;temps, généreuse Altesse, il est temps de mettre finnbsp;aux trauaux inconceuables que vous auez supportez et denbsp;quitter la charette damertume de laquelle Votre Altessenbsp;fut obligee de se seruir en fuyant la persecution Incarnadine, et de monter sur Ie Char de vostre Triomphe pournbsp;iouir de la douceur des fruits de vostre victoire. Alleznbsp;doncque, grande Princesse, allez receuoir les honnestesnbsp;abords de deux Frères et dvn Espoux, et les applaudis-semens deubs a la Restauration de la liberté mourante.nbsp;Allez acheuer eet ouurage de la Paix généralle que Monsieur Ie Due de Longueuille auoit si heureusement arresté,nbsp;etleDémonlncarnadin si malheureusement refuse a toutenbsp;la Chrestienté. Ne frustrez pas plus long-temps nostrenbsp;inuincible Monarque de son attente. La Reyne vous ynbsp;conuie; Ie Parlement vous tend les bras; les peuples sontnbsp;desia préparez aux cris et acclamations publiques qui sontnbsp;deubs a vostre Triomphe; et les lieux óii vous deuez passer, couchez de Rameaux dOliues, deLauriers, dOEil-lets et de Roses. La France nattend plus que vostre presence pour consacrer au Temple de vostre mémoire vosnbsp;Trophées et immoler la victime du sacrifice qui est deubnbsp;a vostre Triomphe. Le buseher en est desia agencé; etnbsp;ne reste plus que dy porter la torche ardente du feu quinbsp;Ia doit consommer auec les fers et les barres qui auoientnbsp;osté la liberté que V. A. a si heureusement redonnée anbsp;Messieurs les Princes. Tout le monde se meurt dimpa-tience de voir paroistre vostre adorable personne sur lenbsp;Trosne magnifique que V. A. sest érigé et basty de ses
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propres mains, dont vos vertus héroïques ont esté les dégrez aussi bien que les fondemens.
Ridendo dicere verum quis veiat?
Vale, egregie Sarazine; iamiam tud ope emersurus ab lllustrissimse Borboniae Historiarum perplexitate exnbsp;qua tanquam è lahyrintho Ariadne, id est tuo p,lo des-titutus, nonquam potuissem euadere.
(13 février 16S1.)
Auiourdhuy, 14 féurier 1651 , Ie nommé Matliieu, seruant dordinaire au palais de Monseigneur IEminen-tisslme Cardinal Mazarin, me vint dire en mon logisnbsp;dans la cour de lAbbaye S. Géneuiefue, que M. Tubeuf,nbsp;président en la Chambre des Comptes, mauoit demandénbsp;dès Ie soir auparauant et auoit commandé que lon mad-uertist de Ie venir trouuer Ie plus matin quil me seroitnbsp;possible; ce qui fut cause que ie me rendis chez monditnbsp;sieur Tubeuf, demeurant derrière Ie Palais-Royal prochenbsp;la Eutte de S. Roch, sur les huitheures; etayant apprisnbsp;du portier que ledit sieur nestoit encore leué, ie men
La pièce na point de titre dans loriginal. Celui que jai accepté,est emprunté au Catalogue de toutes les oeuvres de Naudé, que Ie P. Louisnbsp;Jacob a placé a la suite de son livre intitulé : G. Naudaii Tumulus.nbsp;Naudé est encore auteur de VAvis a Nos Seigneurs du Parlement sur lanbsp;rente de la bibliothèque de Monsieur Ie Cardinal Mazarin [4761, et de Bibliotheca venalis seu Mazarinas proscriptus [S82J.
223
DE MAZARINADES.
vins au palais de M. Ie Cardinal Mazarin, mon maistre, OU Ie nommé Annet, seruant a la garde-robe, mayantnbsp;dit que M. Tubeuf sestoit saisi dudit palais et de tout cenbsp;qui estoit en iceluy, pour la seureté de la somme denbsp;680 000 liuresqui lui estoient deues par S. E., et quilnbsp;Uiauoit enuoyé quérir pour auoir les clefs de la biblio-thèque, cela mobligea daller au Palais-Royal sauoir denbsp;M. Euzenat, intendant de la maison de mondit seigneur,nbsp;Ce que ie deuois faire en cette occasion. Sur quoy leditnbsp;Sieur Euzenat me dit que M. Tubeuf estoit venu Ienbsp;iour auparauant luy parler dans sa chambre au Palais-Royal et 1 auoit prié de trouuer bon que pour la seureténbsp;de son deu, il fist faire la saisie mentionnée ci-dessus. Anbsp;quoy ledit sieur Euzenat luy ayant répondu quil scauoitnbsp;fort bien que S. E. ne feroit rien perdre a personne etnbsp;uioins a luy qua aucun autre, et quil pouuoit faire ennbsp;cette occasion tout ce quil iugeroit vtile et nécessairenbsp;pour ses asseurances, mondit sieur Tubeuf Ie pria denbsp;'ouloir bien venir receuoir lexploit au palais de S, E.;nbsp;de quoy Ie sieur Euzenat sestoit excuse sur les affairesnbsp;quil auoit auec M. de Massac, présent, et qui ne luynbsp;Permettoienten aucune facon dy pouuoir aller; aioutantnbsp;quil y alloit enuoyer M. Ie Normand auquel on pourroitnbsp;laisser ledit exploit. Il me dit aussi quil auoit dautantnbsp;plus volontiers consent! a cette saisie quelle estoit capable de mettre ledit palais et Ie peu qui restoit en iceluy,nbsp;u couuert de la fureur et de la violence du peuple, sinbsp;dauenture il arriuoit quelquémotion au cas que Ie Roy
* Le président Tubeuf estcolloqué pour 600 000 livres, valeur de ses ®aisons des rues des Petlts-Champs, Richelieu et Vivien , dans lJrrét
la Gourde parlement donnê enfaueur des créanciers du Cardinal Maza-'¦lt;«, etc. (7 sept. 16S1). [300]
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partist de Paris, ou pour dautres raisons quilestoit aussi difficile de prénoir que desuiter; et quau reste il nenbsp;voyoit pas que ie deusse i-efuser de faire Ie mesme denbsp;la bibliothèque quil auoit fait de tout Ie logis, puisquennbsp;tout cas mondit sieur Tubeuf sen pouuoit saisir par ius-tice et que comme il estoit bon ami de nostre maistre, ilnbsp;estoit plus a propos de traiter auec luy ciuilement quenbsp;par force et a toute rigueur. Après quoy estant re-tourné au palais Mazarin, ie trouuay M. Tubeuf qui ynbsp;entroit, accompagné dvn procureur, nommé Ie Blanc,nbsp;dvn huissier, nommé Darbault, qui faisoit inuentairenbsp;de tout ce qui estoit audit palais, appartenant a S. E., etnbsp;de M. Petit, domestique ancien dudit sieur Tubeuf quinbsp;auoit bien soin de faire fermer toutes les chambres quonnbsp;auoit visitées, et den prendre les clefs. Et mayant ditnbsp;dabord quil mauoit faitappeler afin que ie luy donnassenbsp;les clefs de la bibliothèque, a cause quil auoit fait saisirnbsp;Ie palais et tout ce qui estoit dedans, ie luy répondis quenbsp;ie Ie ferois plus volontiers a luy qua homme du monde,nbsp;veu la bonne amitié quil auoit tousiours témoignée anbsp;Monseigneur Ie Cardinal auec lequel il saccommoderoitnbsp;bien, sil plaisoit a Dieu de Ie ramener a Paris, et quennbsp;cas que de non, ie croyois néantmoins que la bonne cor-respondance continueroit tousiours entreux deux et quilnbsp;ne se feroit rien en toutes ces affaires que de gré a gré.
Ensuite de quoy, layant mené a la grande Salie du petit corps de logis qui ioint au grand, ie luy en fis lou-uerture; et après luy auoir monstré comme elle estoitnbsp;toute pleine, depuis Ie bas iusquau haut, de liures de Droitnbsp;Ciuil et de Philosophic in-folio et de liures de Théologienbsp;in-quarto, ie la fermai a double tour et en consignai lanbsp;clef par ordre de mondit sieur Tubeuf audit Sieur Petit.
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Bela ie Ie menai dans Ie premier entresol des trois grands qui sont sur la montée de la Garde-robe; et après luynbsp;auoir fait remarquer comme il estoit entièrement pleinnbsp;de liures en Médecine, Chimie et Histoire naturelle denbsp;toutes sortes de volumes, voire mesme quil y en auoitnbsp;^eaucoup qui estoient rangez a terre et sur Ie plancher,nbsp;faute de place sur les tablettes , ie fermai ledit Entresolnbsp;a double tour et en donnai la clef au mesme Sieur Petit.nbsp;Après quoy, ie menai ledit Sieur Tubeuf au second entresol plein de Bibles en toutes langues, scauoir: Hébraï-ques et autres Orientales, Grecques, Latines de vieille etnbsp;nouuelle edition, Francoises, Italiennes, Espagnoles, Alle-mandes, Flamandes, Angloises, Hollandoises, Polaqués,nbsp;Hongroises, Suédoises, Finlandoises, Galoises, Hiber-noises, Rhuténiques , iusquau nombre, auec les autresnbsp;gt;iss. etc, denuiron deux cents, comme aussi de com-lïientateurs sur la Bible en toute sorte de volumes; etnbsp;^ayant aussi ferme a double tour, ie donnai la clef aunbsp;Wlesme Sieur nommé cy-dessus. Ensuite ie luy montrainbsp;Ie troisième Entresol plein de liures m.ss. Hébreux, Sy-*iaques, Samaritains, Ethiopiens, Arabes, Grecs, Espa-gnols, Prouengaux, Italiens et Latins de toute sorte, tantnbsp;pour les matières que pour les volumes; et layant fermenbsp;et donné la clef comme dessus, ie Ie fis monter a la grandenbsp;Bibliothèque et luy ouuris la première Chambre bautenbsp;exhaussée et pleine, depuis Ie plancher den bas iusquanbsp;celuy den haut, de liures en Droit Canon, Politiquenbsp;et autres matières mesle'es en diuerses sciences. Et passantnbsp;'Ie cette première Chambre a la seconde, ie luy fis entendre comme elle estoit pleine, a la facon de la précé-,nbsp;^ente, de liures Luthériens, Caluinistes, Sociniens etnbsp;^litres hérétiques en toutes langues, comme aussi de liures
II
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Hébreux, Syriaques.
CHOIX
Arabes, Éthiopiens et semblables
Orientaux de toutes les sortes, auec beaucoup qul estoient a terre faute de place sur les tablettes et pupitres.nbsp;Enfin ie Ie menai de ces deux Chambres dans la grandenbsp;Gallerie longue denuiton neuf ou dix toises, oii estoitnbsp;toute lHistoire tant ecclésiastique que profane, tant vni-uerselle que particuliere de toutes les nations auec lesnbsp;350 vol. MSS. in-folio, reliez en maroquin incarnat etnbsp;recueillis par M. Loménie; la Mathématique au nom-bre denuiron 3500 vol.; les Pères, la Scholastique , lanbsp;Controuerse, les Sermonaires, les liures de lImprimerienbsp;du Louure et quasi toutes les Humanitez , auec plus denbsp;liures coucbez par terre quil nen pourroit tenir dansnbsp;trois chambres de iuste grandeur, et beaucoup de grandsnbsp;volumes de Charles, Estampes, Voyages, Entrees, etc.nbsp;Après quoy , ie luy fis voir comme la porte du costé denbsp;la terrasse estoit fennée a double tour et verrouillée hautnbsp;et bas auec des clauettes abbatues derrière; et layantnbsp;fait sortir de ladite Gallerie et des deux chambres cy-des-sus nommées et ioignantes a icelle par la porte qui estnbsp;sur la montée de la Garde-rob : par laquelle il estoit en-tré, ie la fermai a double tour et en cousignai la clef audit Sieur Petit pour la cinquième et dernière; et ayantnbsp;supplié mondit Sieur Tubeufdauoir soinet dempeschernbsp;autant que faire se pourroit, la dissipation de la plusnbsp;belle et de la meilleure et plus nombreuse bibliothèquenbsp;qui ait iamais esté au monde , pulsque a mon auis ellenbsp;passoit les 40 000 vol., dont il y en auoit plus de 12 000nbsp;in-folio, ie me retirai la larme a Tceil pour voir Ie public a la veille destre priué dVn si grand trésor et lesnbsp;bonnes intentions de S. E. si mal reconnues quau lieunbsp;de luy donner des trophées pour tant de victoires ga-
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les
gnees et tant de villes prises par ses soins, pour auoir administré si heureusement la France parmy tant dora-gcs et de tempestes dont elle estoit menacée, pour auoiinbsp;SI fidèlement seruy et si rigoureusement défendu lautoriténbsp;du Roy et de la Reyne sa mère en qualité de Régente, onnbsp;ae parle maintenant que de Ie bannir, de Ie proscrire etnbsp;lapider, comme sil estoit Iennemi iuré de la France; onnbsp;Ie condamne sans aucune.forme de procez ; et lon excite
communes pour lassommer; on poursuit ses aims et
domestiques estrangers comme ennemis de la patrie; et 1 on noublie aucune sorte diniure contre Ie meilleurnbsp;homme du monde et contre Ie plus fidéle et Ie plusnbsp;affectionné Ministre dEstatquiait iamais esté en France.nbsp;Dieu scait les causes de tous ces désordres, aussi bien quenbsp;des factions qui brouillent maintenant ce Royaume; etnbsp;lorsque les ennemis du Cardinal auront comblé la mesurenbsp;de leurs iniquitez, il scaura bien iustifier 1innocent et pu-QÏr les coupables.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;G. N.
(16 février 16St).
... II fourba dès sa naissance.
II fut fourbe dans son enfance,
Plus fourbe dans sa puberte',
Trés fourbe en sa virilité,
Mais plus que trés fourbe en eet age,
-ocr page 238-Fourbant toils les iours dauantage;
Fourbe dans son pays natal;
Fourbe a Rome; fourbe a Casal;
Fourbe en Espagne; fourbe en France; Fourbe partout a toute outrance;
Fourbe lorsquil estoit Courrier;
Fourbe depuis fait Camerier;
Fourbe dans sa basse fortune;
Mais quand par grace non commune Pour Cardinal on Ieut choisy,
II deuint fourbe eii cramoisy;
Et depuis par vn sort sinistre
Plus fourbe estant fait grand Ministre;
Fourbe dedans; fourbe dehors;
Fourbe dans Tame et par le corps;
Fourbe au coeur et sur le visage;
Fourbe chez luy dans son mesnage; Fourbe a IEglise; fourbe en Cour;
Fourbe en tout temps et tout seiour; Fourbe en effects ; fourbe en parolles;nbsp;Fourbe en louis; fourbe en pistolles;nbsp;Fourbe aux plus fourbes financiers;
Fourbe a ses plus grands creanciers; Fourbe dans toutes ses promesses;
Fourbe dans toutes ses caresses;
Fourbe aux bons et fourbe aux meschants; Fourbe en la ville; fourbe aux champs;nbsp;Fourbe a Paris ; fourbe aux prouinces;nbsp;Fourbe au Parlement; fourbe aux Princes;nbsp;Fourbe a la Reine; fourbe au Roy;
Fourbe a vous mesme et fourbe a moy;
A moy, pauure et dolente Europe Que tousiours le malheur galope;
Ouy fourbe aux Francois, aux Flamans, Aux Espagnols, aux Allemans;
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DE MAZARINADES.
Fourbe a ces bonnes gens de Suisses, Après leurs fidelles seruices;
Fourbe aux belliqueux Suëdois;
Fourbe aux fourbes des Hollandois; Aux Transalpins fourbe supresme,
Aux Cardinaux, au Pape mesme; Fourbe a Messieurs les Barberins;nbsp;Fourbe iusqua ses Mazarins;
Fourbe sur leau; fourbe sur terre; Fourbe au Conseil; fourbe a la Guerre;nbsp;Mais surtout fourbe pour la Paix;
Car il ne la voulut iamais.
Et dans Ie mal qui me déuore ,
Ie puis bien lappeler encore Fourbe en tous genres et tous cas;nbsp;Fourbe per omnes regulas;
Fourbe par art et par nature ;
Fourbe fourbant outre mesure;
Mais a la fin fourbe fourbe Quon a fait venir a iubé;
Car après tant de fourberies Et tant de mazarineriesnbsp;II a délogè, Mazarin,
Sans trompette et sans tambourin.
Sans trompette? Non, ie me trompe; Car on scait bien qua son de trompenbsp;De ce Royaume on la banny;
Dont Dieu soit a iamais bény.
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(28 février 16S1.)
Sire,
Les grandes Monarchies sont suiettes a tomber de temps en temps en des désordres, auxquels toute la prudence des plus sensez a bien de la peine a trouuer desnbsp;remèdes; soit que les esprits des Souuerains ne puissentnbsp;pas tousiours reluire sur toutes les parties qui composentnbsp;les grands Corps; soit que la foiblesse ou les interests denbsp;leurs Ministres laissent décheoir ou diuiser leur authorité;nbsp;soit enfin que la Prouidence éternelle dont les Décrets sontnbsp;incompréhensibles, se plaise a changer les choses quinbsp;semblent les plus affermies. Il est constant que les Royau-mes et les Empires les plus forts sont ceux qui souffrentnbsp;en de certains temps les plus horribles secousses. Il nestnbsp;pas nécessaire de rechercher des preuues de cette vériténbsp;dans les histoires anciennes ou modernes des autresnbsp;Estats. La constitution présente de la France ne nous lanbsp;persuade que trop; et Ie déréglement qui va tousioursnbsp;croissant depuis quelques années dans les principales et
' La noblesse sassembla a Paris en 1651 dans Ie convent des Cordeliers, dabord pour travailler a la délivrance des princes, puis pour demander la convocation des états généraux. La première séance eut lieunbsp;Ie 25 février; la dernière, Ie 5 mars; niais a partir de cette dernièrenbsp;date jusqua la fin de juillet 1652 , il y eut des associations et des réu-nions dans les provinces , sous 1inHuence des amis ou des agents du cardinal de Retz. Cest un des épisodes les moins connus de la Fronde. Onnbsp;en trouvera un exposé exact, sinon complet, dans ïn BibUographie desnbsp;Mazarinades,h Partiele du Journal de F Assemblée de la Noblesse, etc.
[1750].
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quasi dans toutes les parties de cette Monarchie, nous fait 3ppréhender auec raison quelque decadence ou réuolu-hon estrange.
Sire , on ne s^auroit penser a lestat florissant de ce ^oyaume, lors de Iauèneinent de Vostre Maiesté a cettenbsp;^ouronne, quon ne deplore en mesme temps les confusions présentes. Le feu Roy Père de Vostre Maiesté luynbsp;ï^issa tous ses Estats paisibles au dedans et triomphansnbsp;dehors. Lauthorité Royale estoit en vigueur; la Discipline dans les armées; lObéissance dans les Prouinces.nbsp;Les Ministres de sa Maiesté estoient en estime; ses Es-dits et Ordonnances exécutées; les Finances autanl biennbsp;administrées que la condition des temps et des guerresnbsp;pouuoit permettre; car encor quelles se consommas-scnt pour la plus grande partie dans 1entretènement denbsp;Uos armées tant Francoises quEstrangères, elles ne lais-soient pas de reuenir a nous par vn commerce et vn re-flus qui conseruoit labondance. La foy publique quinbsp;fournissoit tant de prompts secours aux nécessitez lesnbsp;plus pressantes de IEstat, estoit religieusement gardée;nbsp;1^ punition suiuoit les crimes; et la récompense les ac-flons louables.
Aulourdhui, par vn reuers aussi surprenant comme il cst deplorable, toutes les choses se^trouuent dans vne disposition entièrement contraire : lautborité Royalle affoiblienbsp;presque anéantie; les armées dans la licence qui est tellenbsp;que les violences et les rauages des gens de guerre dansnbsp;Icurs routes et leurs garnisons nespargnent pas mesmenbsp;maisons des Gentilshommes qui sont dans le seruice;nbsp;les Prouinces réuoltées; les principaux Ministres de Vos-Maiesté dans le mespris et dans lhorreur; les Edictsnbsp;ilu Prince sans exécution; les Finances ou dissipées ou
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dluerties : ce qui cause la misère el 1 attenuation du general et des particuliers; Ie crédit et la foy publique tel-lement ruinez quil est impossible de trouuer Ie moindre secours dans les plus grandes nécessitez; en un mot, lesnbsp;démérites et les crimes récompensez, les seruices et lesnbsp;fidélitez punies.
Sire, ce nest pas icy Ie lieu oii lon doiue accuser les causes prochaines de tous ces désordres; il suffit de re-présenter a Vostre Maiesté que lestat présent de ses affaires semble vne manifeste préparation a quelque grandnbsp;changement, et que, pour Ie préuenlr, il est temps denbsp;penser sérieusement aux remèdes salutaires.
Toutes les fortunes des suiets de Vostre Maiesté, de quelque Ordre quils soyent, estant comprises dans cellenbsp;de lEstat, ils sont tous obligez de parler en cette rencontre et de luy porter leurs remonstrances accompa-gnées de leurs très-humbles supplications; et sur tous,nbsp;ceux qui composent la Noblesse de Vostre Royaume,nbsp;ne peuuent demeurer dans Ie silence sans encourir Ienbsp;blasme dvne lascheté aussi honteuse, comme elle estnbsp;contraire a leur naissance et a leur profession.
Sire , on ne scauroit présumer que ceux qui sont préposez a léducation de Vostre Maiesté , ne luy ayentnbsp;souuent dit quElle ne tient son Royaume que de Dieunbsp;et de lespée de ses ancestres; quil a esté fondé et ci-menté auec Ie sang des premiers Nobles de eet Estat, etnbsp;que leurs descendants et ceux qui dans la suite des tempsnbsp;ont mérité par leurs belles actions destre distinguez dunbsp;vulgaire, sont les véritables appuys de cette Monarchie,nbsp;par conséquent les personnes les plus intéressées en sanbsp;conseruation.
Ce nest pas que par cette preeminence de la Noblesse,
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oous prétendions obscurcir Ie mérite des autres Ordres. Nous scauons que les secours et les Contributions dunbsp;Tiers Estat sont des conditions sans lesquelles tous lesnbsp;plus grands courages ne pourroyent rien produire, etnbsp;que Ie Clergé attire par les prières et par Ie culte denbsp;la vraye Religion lassistance et les benedictions dunbsp;Ciel.
Mais, Sire, la Noblesse de vostre Royaume se peut vanter que comme elle approche de plus pres de la per-sonne et des functions essentielles de Vostre Maiestéquenbsp;aucun des autres Ordres, elle prend aussi plus de partennbsp;ce qui la touche. Elle reconnoit sa subsistance si estroi-tement liée a celle de la Monarchie que 1vne ne peut estrenbsp;altérée sans que lautre souffre, ny renuersée sans quenbsp;1autre périsse.
Cestsur ce fondement, Sire, quvne bonne partie de eet ordre , ioint a plusieurs Princes nez dans vos Estatsnbsp;et sous votre domination, ose se présenter a Vosti-enbsp;Maiesté pour la supplier de vouloir agréer ses Remonstrances et Requestes très-humbles.
Dans lappréhension quils ont tous dvne réuolution qui les anéantiroit dans la ruine publique, ils ne peuuentnbsp;plus différer de représenter a Vostre Maiesté que pournbsp;releuer lauthorité Royale au point doii elle est déchue,nbsp;restablir lOrdre en toutes sortes de conditions et pré-seruer 1Estat de la subuersion doiit il est menacé, il nynbsp;a point de remède plus infaillible que celui qui a esténbsp;pratiqué par nos ancestres en des nécessitez pareilles etnbsp;beaucoup plus moindres, quest lAssemblée générale desnbsp;trois Ordres du Royaume.
Sire, dans cette Assemblée, les Députez de toutes les Prouinces, conuoquez au nom de Vostre Maiesté, pour-
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ront auec sa permission luy proposer, suiuant leur conscience et leur honneur , les véritables moyens pour réduire les peuples a leur première obéissance et a lanbsp;contribution nécessaire pour soustenlr nos conquestes etnbsp;la gloire de nos armes; faire rentrer les Officiers tantnbsp;despée que de robe dans Ie iuste exercice de leur deuoirnbsp;et de leurs charges; régler ladministration des Financesnbsp;par des Ordonnances et formes nouuelles et inuiolables ;nbsp;trouuer de quoy acquitter les debtes de Vostre Maiesténbsp;et remettre la foy publique si essentielle a la dignité dunbsp;Prince ; faire vne exacte recherche de tous les crimes im-portans et dont la consequence est pernicieuse a lEstat.nbsp;Enfin Ie consentement de tant de personnes cholsies etnbsp;aduouées des peuples apportera tout ce qui peut seruir anbsp;la reformation des désordres que la licence des guerres anbsp;introduits; et les secoursque Vostre Maiesté peut désirernbsp;dans les nécessitez présentes de son Estat, seront dau-tant plus exigibles quils sembleront procéder de la bonnenbsp;volonté et meure délibération des suiets.
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lil
ISiii
SiKE, Vostre Maiesté nous permettra, sil luy plalst, de luy dire quil est temps de trauailler a toutes ces chosesnbsp;et que nous estimons quon ne s^auroit réussir plus effica-cement que par cette Assemblée. Comme elle sera plusnbsp;célèbre et plus authentique que nulle autre, nous croyonsnbsp;quelle trouuera plus de vénération et de déférence dansnbsp;les esprits des peuples; que les Ordonnances qui émane-ront de labsolu pouuoir de Vostre Maiesté sur les cayersnbsp;qui luy seront présentez, seront suiuies dvne obserua-tion purement volontaire, et que Votre Maiesté, imitantnbsp;en cette rencontre la prudence de sesprédécesseurs, nennbsp;retirera pas moins dauantages quils ont fait dans desnbsp;nécessitez moins extresmes.
-ocr page 245-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;235
Ce seroit vn dénombrement ennuyeux si nous rap-portions icy toutes les Assemblees des Estats Généraux, pour authoriser les motifs de celle-cy. II suffira den re-öiarquer quelques exemples des plus conuenables a nostrenbsp;temps et a 1estat présent des affaires, afin que Vostrenbsp;Maiesté voye que nous ne lui proposons rien qui n aytnbsp;esté pratique en de semblables dësordres.
Après la iournée de Poitiers et la prison du Roy lean, Ie Daufin son fils, depuis Roy, surnommé Charles Ienbsp;Sage, ne fust pas plustost a Paris quil y conuoqua lesnbsp;Estats Généraux pour conférer auec eux sur Ie gouuerne-ment du Royaume et les moyens de déliurer Ie Roy sonnbsp;père. Tl est vray que comme les grands remèdes nopè-rent point sans tourmenter ou débiliter quelque partie,nbsp;les animositez de quelques particuliers de cette Assembleenbsp;causèrent les destitutions de trois ou quatre Officiers;nbsp;mais au fonds elle conspira tousiours a la conseruation denbsp;lEstat. Et lorsque Ie Roy dAngleterre, abusant denbsp;lauantage que luy donnoit la prison du Roy lean, proposa des conditions de paix trop insolentes, lAssembleenbsp;générale les reietta généreusement et se prépara incontinent a fournir toutes les choses nécessaires pour la continuation de la guerre.
Et nous remarquons encore quaprès Ie Traitté de Bre-tigny les diuerses infractions des Anglois ayant obligé Ie mesme Roy Charles a leur declarer vne nouuelle guerre,nbsp;ses Estats Généraux assemblez de nouueau a Paris las-sistèrent par des subsides très-consldérables, dont ilsnbsp;entreprirent et exécutèrent entreux-mesmes les leuées.
Louis XI, Prince autant soup^onneux comme il estoit ialoux de son authorité, bien quaprès Ie Traité de Con-flans , il ne se trouuast pas encore trop assuré des Princes
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et des peuples de son Royaume, qui luy auoyent fait vne sanglante guerre sous Ie spécieux prétexte du bien public, et quil fust en de continuelles apprehensions desnbsp;machines ouuertes et secretes des Anglois qui estoyentnbsp;alors les ennemis irréconciliables de eet Estat, si nenbsp;laissa-t-il pas parmy tous ces désordres et ses deffiances,nbsp;de convoquer les Estats Généraux a Tours et de les fairenbsp;luges des diffe'rens quil auoit tant auec Ie Due de Normandie, son frère, quauec les Dues de Bourgogne et denbsp;Bretagne qui avoyent diuisé tout Ie Royaume en factions contraires. En effet cette Assemblee fut si bien in-tentionnée pour Ie bien de 1Estat quelle se sépara auecnbsp;cette prudente resolution : Que leRoy seroit très-humble-ment supplié doctroyer a Charles, son frère , vn appanage conuenable a sa naissance et a sa dignité; quenbsp;Monsieur seroit prié de sen contenter; que Ie Duchénbsp;de Normandie estant inalie'nable et ne se pouuant dé-membrer de la Couronne, Ie Due de Bretagne seroitnbsp;sommé de rendre tout ce quil auoit pris dans cettenbsp;Prouince; et au cas quil en fist refus ou quil fust cer-tifié au Roy quil eust contracté alliance auec lAnglois,nbsp;ancien ennemy de la France, que Ie Roy retireroit sesnbsp;villes a main armee et luy feroit la guerre; que pour eetnbsp;effet les trois Estats proraettoient de secourir et seruirnbsp;Sa Maiesté : a scauoir les Ecclésiastiques de leurs prièresnbsp;et de leurs biens temporels , les Nobles et Ie Tiers-Estatnbsp;de leurs biens, de leurs personnes et de leurs vies; enfin que Ie Due de Bourgogne seroit admonesté de nenbsp;point fauoriser les ligues qui se faisoient contre Sanbsp;Maiesté et contre Ie repos de lEstat, mais bien de con-tribuer comme Prince du Sang Royal et Pair de Francenbsp;a sa reformation par des voyes ciuiles.
-ocr page 247-DE MAZARINADES. nbsp;nbsp;nbsp;237
Sire, Ie bon succes de cette Assemblee, dans vne con-joncture de temps et daffaires si semblables aux nostres, oe doit-il pas nous faire espérer toute sorte de bien denbsp;celle que nous réquérons de Vostre Maiesté ? Et sinbsp;Louis XI, qui estoit vn Roy assez peu aimé de ses suiets,nbsp;recut tant de satisfaction et daccroissement en son au-thorité de la resolution de ces Estats Généraux, se trou-Uera-t-il des personnes assez soupconneuses pour appré-hender que linnocence de Vostre Maiesté, si chérie denbsp;tous les Peuples, ninspire pas aux députez des Prouincesnbsp;des intentions aussi fidellesetaussi généreuses quil con-uient pour Ie salut de lEstat et Ie rétablissement de lau-thorité Royalle?
Nous abuserions de la bonne volonté de Vostre Maiesté, Sire, si nous lui racontions importunément tantnbsp;dautres Estats Généraux, dont les Roys vos prédeces-seurs ont tiré de notables auantages :
Ceux qui furent encor tenus a Tours sous Ie mesme Roy Louis XI, par la résolution desquels, conformémentnbsp;a lintention de sa Maiesté, Ie Due de Bourgogne fut citénbsp;pour respondreau Parlement de Paris sur plusieurs faictsnbsp;dont il estoit chargé;
Ceux qui furent conuoquez dans la mesme ville de Tours au commencement du règne de Charles VIII, surnbsp;Ie suiet de la Régence;
Ceux qui sous Francois P sopposèrent vigoureusement a lexécution du Traité de Madrid si désauantageux anbsp;cette Couronne;
Ceux qui sous Henry II luy fournirent Ie secours extraordinaire quil demanda après la perte de S. Quentin, pour soustenir la guerre que luy faisoient les Espagnolsnbsp;et les Anglois ioints ensemble;
-ocr page 248-238 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Ceux qui durant Ie règne de Francois II furent ou-uerts a Orleans, continuez depuis au mesme lieu dès Ie commencement de la minorité de Charles IX, et quinbsp;pourueurent au payement des debtes du Roy, qui mon-toient alors a plus de quarante millions de liures, sommenbsp;qui estoit beaucoup plus excessiue, eu égard a la condition de ce temps-la, que tous les Emprunts quil a con-uenu faire a Vostre Maiesté pour les dépenses extraordi-uaires de la présente guerre;
Enfin ceux qui furent tenus a deux diuerses foys a Blois sous Henry III, lesquels bien que meslez de quel-ques partialitez et accidens tragiques, ne laissèrent pasnbsp;de donner des interualles aux troubles dEstat et de Religion qui affligeoient alors ce Royaume; outre quilsnbsp;nous ont valu cette belle Ordonnance de Blois, laquellenbsp;iointe a celle dOrléans, nous fournit vn digeste admirable de toutes les Loys et Règlemens les plus authen-tiques de eet Estat.
Et nous ne pouuons oublier de représenter icy a Vostre Maiesté, Sire, quencore que lAssemblée des Estats Généraux dOrléans semblast, lorsquelle fut proposée,nbsp;aller directement a la destruction du crédit et de 1autho-rité de Messieurs de Guise, qui gouuernoient sous Ie règnenbsp;de Francois II, si est-ce quils la trouuèrent si raisonna-ble et si nécessaire au bien de lEstat, quils nosèrent synbsp;opposer; et laduis de lAdmiral de Chastillon qui la de-manda, fut généralement suiui de tous les Notables quonnbsp;auoit assemblez a Fontainebleau, et qui opinèrent surnbsp;cette proposition.
Sire, tous ces exemples, ioints aux considérations par-ticulières de lestat présent des affaires, furent sans doute les véritables motifs qui portèrent Ie Conseil de Vostre
239
DE MAZARINADES.
Maiesté a luy persuader, 11 y a plus de deux ans, cette conuocation des Estats Généraux; et les Lettres en ayantnbsp;esté expëdie'es dès ce temps-la par toutesles Prouinces dunbsp;Royaume, afin quon procédast a leslection des Députeznbsp;et quils se pussent trouuerau temps et lieu de 1Assembleenbsp;quon leur prescriuoit, nous ne pouuons pas comprendrenbsp;Ce qui peut auoir iusques icy empesclié leffet dvne si saintenbsp;resolution; car tant sen faut que les raisons et les néces-sitez des Estats Généraux soyent cessées quau contrairenbsp;elles sont deuenues. et deuiennent tousles lours plus pres-santes par Ie continuel accroissement de nos calamitez.
Nous supplions done très-humblement Vostre Maiesté, Sire, et la coniurons par lintérest et Ie salut de son Es-tat, de ne différer pas dauantage lexécution de ce qui anbsp;esté si iudicieusement résolu en son Conseil, les annéesnbsp;passées, touchant cette conuocation des Estats Généraux,nbsp;et de commander de nouueau et très-expressément a tousnbsp;les Bailllfs, Sénéchaux et autres Magistrats des Prouincesnbsp;de son Royaume desllre et enuoyer leurs Députez aunbsp;lieu et dans Ie temps qui plaira a Vostre Maiesté de leurnbsp;prescrire, afin que conspirant tous au bien et a la con-seruation de lEstat, ils proposent lesmoyens qulls iuge-ront les plus raisonnables et les plus vtiles pour Ie main-tien de la Monarchie et Ie soulagement des peuples.
(28 févrler 1651.)
La Noblesse ne demande que Ie bien de lEstat et du public, et rien pour son intérest particulier, remettant
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CHOIX
aux Estats généraux toutes les infractions qui ont esté faites contre leurs droicts, et les réduisant aux Ordon-nances des Rois et arrestez des Estats généraux; et pournbsp;eet effect, elle demande quils soient tenus au plustost dansnbsp;la ville de Paris, qui est Ie principal lieu de la France,nbsp;et Ie plus considérable pour y tenir vne si grande Assem-blée. Ce dessein a esté trouué si iuste par Messieurs dunbsp;Clergé qui est Ie premier Corps, quils se sont ioints auecnbsp;la Noblesse pour demander au plustost lesdits Estats; etnbsp;lon sestonne que Ie tiers Estat, qui est Ie plus intéressénbsp;au désordre présent, tant par Ie retranchement, retarde-ment et manuals payement des rentes que par les violences que les gens de guerre font dans les Prouinces fautenbsp;de payement, ne se ioigne auec les deux autres Corpsnbsp;pour demander ensemble lesdits Estats, qui sont vn re-mède innocent pour empescher la suitte des mi1ax quanbsp;causez Ie ministère du Cardinal Mazarin et que ceux de sanbsp;cabale sefforcent tous les iours de continuerb
Lauteur de la Réponse des bourgeois de Paris a la Lettre écrite des prouinces, etc. [3415] dit : « Les Estats Généraux pourrolent commencernbsp;par de la corruption et finir par de nouuelles surcharges.)) N. Pasquier,nbsp;conseiller et maitre des requétes ordinaire de lHótel du Roi, a écrit
dans les Remontrances très-humbles a la Reyne mère____pour la conseruatïon
de PEstat pendant la mïnorité du Roj, son jils [3343] : « Nassemblez pas les Estats Généraux. Ils ne réduiroient pas vostre autorité, comme onnbsp;Ie prétend; au contraire. Mais ils pourroient estre vn instrument denbsp;diuision et de trouble. LesGrands sy feroient des partisans qui agiteroientnbsp;les Prouinces.»
-ocr page 251-241
ÜE MAZARINADES.
(11 mars 16S1.)
Muse qui pinces et fais rire,
Vien a moy de grace et minspire Lesprit qul Catulle inspiranbsp;Quand il entreprit Mamurra.
Ien veux aussi bien que Catulle Au tyran qui sappelle luie;
Mais mon luie nest pas Caesar. Cest vn caprice du hazardnbsp;Qui naquit Garcon et fut Garee,nbsp;Qui nestoit né que pour la farce,nbsp;Pour les cartes et pour les dez,nbsp;Pour tous les plaisirs desbordeznbsp;Et pour la perte du Royaume ,
Si quelque Maistre lean Guillaume Ne nous en déliure a la fin.
Et vrayment il sera bien fin Sil sen sauue, Ie galant homme.nbsp;Haï dans Paris et dans Rome,
Ou diable pourra til trouuer
* Cest Ie plus célèbre des pamphlets contre Ie cardinal Mazarin, mais quot;On Ie meilleur. On y trouve si peu desprit et de gaieté, il est si plein denbsp;®sletés et dordures que je ne 1aurais pas donné si je na-vais craint quunnbsp;recueil de mazarinades sans la Mazarinade ne fut pas compris. Jaime anbsp;dire que lauteur en est resté inconnu. II ny a, en effet, pas de bonnesnbsp;raisons pour ne pas admettre Ie désaveu que Scarron en a fait dans lesnbsp;flenf quatre vers, etc. [675], et quil a renouvelé dans une lettre adressée ènbsp;^a reine mère après la Fronde.
Maistre Jean Guillaume, cest Ie bourreau. Le Triomphe du faquinis-linie Cardinal Mazarin , etc. [3883] a lieu en place de Grève, sur fechelle de M' Jean Guillaume.
Il nbsp;nbsp;nbsp;16
-ocr page 252-Vn lieu qui Ie puisse sauuer?
Bou ! ie sens eschauffer ma verue.
Ca, ne disons rien qui ne serue,
Et que cliaque vers ait son trait,
Pour bien acheuer Ie portrait De ce prodige de fortune,
Sans en oublier cbose aucune.
A toy done, Calabrois Romain,
Bon pied, bon ceil, et bonne main.
Pare Ie coup que ie te porte,
Ou que Ie grand Diable temporte.
Et toy, mon braue Marigni,
Qui plus quaucun sur Ie Zani As décocbé mainte baladenbsp;Escoute ma Mazarinade.
A la malheure, Mazarin,
Du pays dou vint Tabarin,
Es tu venu brouiller Ie nostre !
On te prenoit bien pour vn autre Lorsquon te croyoit raffiné.
On tauoit fort mal deuiné.
Et de science et de pratique,
Tu nes pas vn grand politique.
Tous tes desseins prennent vn rat Dans la moindre affaire destat.
Singe du Prélat de Sorbonne ^,
Ma foy, tu nous la bailies bonne.
Tu nes a ce Cardinal Due Comparable quen aqueduc.
Illustre en ta partie honteuse ,
Ta seule braguette est fameuse-Outre cette vertu de Coe,
' Ballade [61]; \es Ballades seruant athisloire, reueueset augmentées [570]. * Le cardinal de Richelieu.
-ocr page 253-DE MAZARIINADES. nbsp;nbsp;nbsp;243
On te llent inuenteur du Hoe,
Du beau ieu de trente et quarante,
De certaine chaize courante Autre cheual de Pacolet,
Et de plus de ce cher ballet,
Ce beau, mals malheureux Orphée^,
Ou, pour mieux parler, ce Morphée Puisque taut de monde y dormit.
Ma foy, ce beau chef doeuure mit En grand crédit ton Eminence,
Ou plustost ton Impertinence.
Tes Courtizannes, tes chastrez Y furent les mieux chapitrez.
Pour auoir ferme tes bougettes Aux gueux quon appelle Poëtes,
Si chers au feu rouge bonnet Qui scauoit Ie mal quVn sonnetnbsp;Quon a mal recompense, causenbsp;Et qui craignoit sur toute chosenbsp;Que par ces diuins affameznbsp;Ses beaux faits fussent diffamez.
Pour auoir, dis ie, enuers Pégaze Esté par trop raquedenaze,
Nen as tu pas bien dans Ie cu ?
Au lieu quen donnant quelque escu ,
Ton immortelle renommee Par lEurope eust esté semée,
Et ne passerois pas partout Pour vn forfante, et haye au bout!
' Voyez, dans lel quot;volume, XInuentaire des merueilles du monde rencon-^f'ées dans Ie palais du, cardinal Mazarin.
* Opéra joué par la troupe italienne que Mazarin avait appelée a Paris. Je ne sais plus oü un pamphlétalre a dit :
« Si vous nêtes italien,
Vous ne verrez pas 1Orphéc. »
-ocr page 254-244 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Au lieu des vertus cardinales Tu nas rien que les animales,
Le Vain orgueil dVn Pantalon;
Et tu nes quvn franc estalon,
Vn viel Bougre, ante sur bardache , Et par dessus tout, vn Gauache.nbsp;Ton Esprit, Esprit de Coyon ,
Pour quelque froide allusion Que par hazard il a sceu faire,
Dont on a fait vn grand mistère, Ta fait, mais ie ne scay comment,nbsp;Succéder a feu Maistre Armant.
Ha, ne tranche plus du Ministre.
Tu nestois né que pour le Cistre ; Mais la fortune en bonne humeurnbsp;Ta fait prince de Parfumeur.
Casse ta garde de Soudrilles;
Va ten trauailler en Pastilles;
Va ten trauailler en Jasmin ,
Digne employ de ta blanche main; Et que ta teste chauue et blondenbsp;Se mette a couuert de la Fronde.nbsp;Fuy les Arrests du Parlement;nbsp;Trousse bagage et vistement.
Que ton Altesse Mazarine Craigne le destin de Conchine.
Va, va ten dans Rome estaller Les biens quon ta laissé voller.
Va, va ten, Gredin de Calabre, Filocobron, ou Filocabre.
Va, va ten; repasse les monts ;
Va viste et fay rompre les Ponts ; Car sil faut que quelquvn te suiue,nbsp;Que lon te demande, Qui viue !nbsp;Que tu répondes ; Mazarin I
-ocr page 255-245
Cest fait de toy, clier Tabarin.
De tes fautes dans la police,
De tes ordres dans la milice Ie ne te reprocheray rien;
Mais ie te veux, homme de bien, Reprocher la cruelle guerrenbsp;Que tu fais viure en cette terre,
Oü tu prétens malgré les dens De tant et tant de braues gensnbsp;Tenir contre vent et maree.
Ton ignorance est auérée;
Et tu nes, pour trancher Ie mot,
Quoy quVn grand Prélat, quvn grand sot. Te souuiens tu bien, Seigneur luie,
Du raisonnement ridicule
Que tu fis, vn iour, sur les Glans ?
Cela te mit en beaux draps blancs.
Depuis, la nation Francoise A mesprisé la Calabroise.
Te souuient il bien dAlcala Quand Ganimède ou Quinola,
Lamour de certaine fruictière Te causa maint coup destriuière;
Quand Ie cardinal Colonna De paroles te malmena,
Et qua beaux pieds comme vn Bricone Tu te sauuas a Barcelonne ?
De Barcelonne, tu gaignas Ton Pays, ou tu besoignasnbsp;Si bien que tu deuins la Gougenbsp;Dvn autre Bougre a bonnet rouge.
O que sll teust abandonné,
' Voyez dans Ie t volume la Lettre a M. U cardinal, burlesque.
-ocr page 256-Ou bien s11 ne teust rien domié,
Ton incroyable destinée Par ce tres sortable Himenéenbsp;De toy, Prince des Maquignons,
Auec la vendeuse doignons,
Eust esté bornée en Espaigne A reuendre quelque Chastaigne,
Sans nous faire vn Prince dVn fou,
Et nous Ie mettre sur Ie cou !
Mais ton Altesse Mazarine Nest quvne Altesse Triueline.
La fortune se cliangera,
Et son ouurage deffera
Par quelque rude coup de fronde,
Faisant raison a tout Ie monde.
O que laueugle resuoit bien Quand au malheur des gens de biennbsp;Elle fit du Val de Mazarenbsp;Sortir ce ministre si rare !
De Mazare, vient Mazarin,
Des Canaries, Canarin;
Comme on dit Ie Manceau du Maine, Le Tourangeau de la Touraine,nbsp;Basque, Champagne on le Picard,
Ou quelque autre nom dautre part; Comme en vsent en nostre Francenbsp;Les faquins de basse naissance.
Tu nous as, par adresse ou non, Escamoté quelque renom.
Moy, ie crois que cest par fortune. Ne men porte point de rancune.
Ie deffere a la verité Plus qua la Cardinalité.
Va, va ten done ou lon tenuoye ; Quicy iamais on ne te voye.
-ocr page 257-247
Va rendre compte au Vatican De tes meubles mis a lencan;
Du vol de nos tapisseries;
De celuy de nos Pierreries;
Du sale tralie de Mondin Autre Gredin fils de Gredin;
De tes deux cens robes de chambre; De tes excez de musque et dambre;nbsp;De tes habits, vieux et nouueaux;nbsp;Du beau palais de tes cheuaux ^ ;nbsp;Destre cause que tout se perde;
De tes canecons pleins de merde;
De tous tes manquemens de foy;
De la nourriture du Roy;
De limpudente simonie Que tu fais sans cérémonie;
De tes conseils si violens;
De tes procédez insolens;
Du désordre de nos armées;
De nos Prouinces affamées;
De Courtray dou par trahison Tu fis sortir la garnison ®;
De Lérida deux fois manquée,
Quoy que deux fois bien attaquée ;
-ocr page 258-Du fruict du grand combat de Lens Perdu par tes conseils trop lens;
De la Catalogne réduite Au désespoir par ta conduite;
Du Due de Guize mal logé Dans Naples quon a négligé;
De la dizette des Prouinces;
Du péril que courent nos princes,
Qui sont a la guerre, tandis Quen ton palais tu tébaudis;
Du Due de Beaufort mis en cage, Digne effect de ton grand courage;nbsp;DVn Mareschal de France prisnbsp;Pour la récompense et Ie prixnbsp;Dauoir bien fait a Barcelonne 1;
Du vol du Duebé de Cardonne; Dauoir fait prendre vn faux bouillonnbsp;Au feu président Barillon;
De la Reyne persuadée De ta sincérité fardée;
Des Anglois qui nont point de pain, Que tu laisses mourir de faim ^;
Et de leur Reyne désolée De ses bagues par toy volées ;
Du Vénérable Parlement Traitté par toy peu dignement;
Et de la pauure France Etique Par ton auarice Hydropique;
De 1argent quon a destourné Au nom de Portolongone;
Dauoir, courretier de Priape,
Le maréchal de La Mothe Houdancourt, due de Cardone.
® Les Anglais qui étaient vénus a Paris avec Henriette de France, femme de Charles Iquot;.
-ocr page 259-249
Supprlmé Ie Neueu du Pape 1,
Pour plaire a ce beau Cardinal A qui tu seruois dvrinal;
De la paix que tu pouuois faire,
A lEurope si nécessaire,
Et qui fut par toy néantmoins Refusée aux yeux de témoinsnbsp;Qui comme ils sont tous gens notables,nbsp;Ne peuuent estre reprochables;
De nostre Monarque enleué,
En quoy ton Altesse a resué;
De la grande ville bloquée;
De toute la France attaquée,
Laquelle te la bien rendu,
Dont ie te tiens trés confondu;
Dauoir appaisé la Guyenne Selon ta méthode ancienne ;
Et de Richon qui fut pendu,
Plaise a Dien quil te soit rendu! Comme aussi du pauure Canole,
Puisses tu perdre la parole De la facon quil la perditnbsp;Quand a Bourdeaux on Ie pendit 1!nbsp;Dauoir perdu par ignorancenbsp;Lauthorité des Rois de France;
Dauoir au soldat estranger Offert la France a saccager;
Mais par grand bonheur Léopolde Sest deffié dvn manigolde.
Francesco Pamphili, neven tlInnocent X. Le Tableau funeste des barpies de VEstat, etc. [3748].
Le chevalier de Canolle, lieutenant-colonel du régiment de Navailles, fait prisonnier dans Pile de Saint-Georges par les Bordelais, fut pendu ennbsp;teprésailles de 1exécution de Richon , gouverneur du chateau de Vayresnbsp;pour le parlement de Bordeaux.
-ocr page 260-250 nbsp;nbsp;nbsp;CHOIX
Dont la parole et Ie cachet Ne seruent que de trébuchet,
Et (deffendez-luy la caballe)
Qui nest quvn Ministre de balie; Dauoir fait eloigner Séguier ,
Ce grand, ce digne Chancelier;
De Gondy dont tu prens ombrage Pour son esprit et son couragenbsp;Et cent vertus que tu nas point,nbsp;De toy différent en ce point,
Que la dignité Cardinale Dvn Cardinal Sardanapale,
En tous ses plaisirs criminel, Recoit vn opprobre éternel,
Et que de ce Prélat illustre La pourpre receuroit du lustre;nbsp;Dauoir osé choquer Gaston,nbsp;Prince en sagesse vn vray Caton,nbsp;En valeur vn autre Alexandre;nbsp;Estoit-ce a toy de lentreprendre?nbsp;Pauure rat quon vit autrefoisnbsp;En petit pourpoint de Chamois,nbsp;Quand, de Sachetti secrétaire,nbsp;Honorable employ pour vn hère,nbsp;Tu seruois aux plus débaucheznbsp;Au ministère des Péchez;
De Crémone, et de son sot siège; De la principauté de Liège,
Dont eust esté Coadiuteur Le frère de ton Protecteur 1,
Si par mille pratiques sourdes, Ton esprit trop fertile en bourdesnbsp;Neust traistreusement éludé
Le prince de Conty.
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Les desseins du vaillant Condé,
Qui depuls, ó Ie plus grand traistre De ceux qui se meslent de lestre,
Pour tauoir si bien protégé,
Se voit dans Ie Haure logé,
Luy dont Ie bras fut ton iEgide j Qui te tira comme vn Alcidenbsp;Des mains du peuple, vn autre Hydra,nbsp;Lequel enfin se préuaudianbsp;Des fureurs dont il est capable;
Et lors, Ministre détestable,
Bougre , des Bougres Ie maieur,
Des politiques Ie mineur,
Par qui la France est décriée,
De ses amis désalliée,
Par qui Ie commerce est perdu,
Enfin tout lEstat confondu,
Alors, dis-ie, Ie plus sot homme Qui soit iamais sorti de Rome,nbsp;Reietton de feu Gonchini,
Pour tout dire Mazarini,
Ta carcasse des-entraillée Par la canaille tirailléenbsp;Ensanglantera Ie paué;
Ton Priape haut esleué A la perche sur vne gaulenbsp;Dans la capitale de la Gaule,
Sera Ie iouet des laquais,
Lobjet de mille sobriquets,
De mille peintures grotesques,
Et mille Epitaphes burlesques.
Hé bien, ó Cardinal pelé!
Nest-ce pas a moy bien parlé.^
Tu ne scauras pas qui te tire Par derrière cette satyre?
-ocr page 262-luie, ladis lomnipotent,
Tu voudrois bien men faire autant;
Et tu me voudrois bien pis faire,
Prince malgré toy débonnaire.
Pouuant bien faire a tons, dy-moy,
Pour quoy nas-tu faict bien qua toy?
Sergent a verge de Sodome,
Exploittant par tout le Royaume,
Bougre bougrant, bougre bougre,
Et bougre au supreme degré,
Bougre au poil et bougre a la plume,
Bougre en grand et petit volume,
Bougre sodomisant IEstat,
Et bougre du plus haut karat,
Bougre a chèures, bougre a garcons,
Bougre de toutes les facons,
Bougre venant en droite ligne,
Bougre Docteur in vtroque,
Pippeur, Magicien quoque,
Homme aux femmes et femme aux hommes Pour des poires et pour des pommes,
Comme deffunt lean Foutakin*,
Fils et petit fds dvn faquin Qui diffames la Gaze Vrsinenbsp;Par Ialliance Mazarine^,
Qui de Maraux fais des Abbez,
Aux liures préfères les dez,
A tous les gens desprit est rogue,
Et pourtant dvn Roy Pedagogue,
Ha ! que ne puis-ie dvn reuers
* Ltttre de la signora Foutakina a messer lulio Mazarini, etc. [1948].
® Le père du Cardinal avail épousé en secondes noces une dame de la maison des Ursins.
-ocr page 263-253
DE MAZARINADES.
Accompagner ces petits vers,
Ou sur ta teste chauue et folie Appliquer vne croquignolle!
Mais Ie temps tout amènera j Et la fronde tacheuera.
Ministre a la teste de courges,
En fauteuil les armes de Bourges, On te reuerra dans Paris;
Et la comme au trébuchet pris,
Et de ta rapine publique,
Et de ta fausse Politique,
Et de ton sot gouuernement,
Au redoutable Parlement Dont tu faisois si peu de conté,nbsp;Vltramontain, tu rendras compte;nbsp;Puis après ton compte rendu,nbsp;Cher luie, tu seras pendunbsp;Au bout dVne vielle potence,
Sans remors et sans repentance, Sans Ie moindre mot dexamen,nbsp;Comme vn incorrigible; Amen!
-ocr page 264-On ne peut mieux respondre a de mauuais discours que par de bonnes aetions. La reputation de Monsieurnbsp;Ie Coadiuteur est autant au-dessus de la calomnie et denbsp;limposture que son coeur est au«dessus de la crainte etnbsp;son esprit au-dessus de lintérest. Ie ne pretends pointnbsp;de respondre pourluy a ces infames libelles quiinfectentnbsp;Ie monde. Ie ne les lis quauec mépris quand ie les con-sidère comme des Ouurages malheureux de ces mesmesnbsp;mains qui nous ont voulu consacrer autrefois Ie Mazarin.nbsp;Ie regarde comme des trophées éleuez a la gloire de Monsieur Ie Coadiuteur tous les traicts que tracent contrenbsp;luy ceux qui ont assiégé Paris. Ie leur pardonne mesmenbsp;en quelque manière Ie ressentiment quils ont des obstacles quil a mis a leur fureur en tant doccasions oii ilsnbsp;ont essayé dopprimer la liberté publique. Ie ne trouuenbsp;pas estrange que les nouuelles obligations nayent pu effa-cer deleurs esprits la douleur quils ont conceue de nauoirnbsp;pu ruiner la capitale du Royaume et de nauoir pas eunbsp;la liberté tout entière de nager dans Ie sang de ses Ci-toyens. Ie leur fais assez de lustice pour excuser ces trans-
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DE MAZARINADES.
ports; et au lieu de leur respondre par des inuectiues quiaussi bien nadiousteroient rien a la connoissance pu-blique que lon a de leur noir et infidèle procédé, ou parnbsp;des Apologies peu nécessaires, a mon sens, a vne conduitenbsp;aussi nette que cel Ie de Monsieur Ie Coadiuteur, ie menbsp;contenteray de faire présentement auec douceur pour sanbsp;deffense ce quvn des plus grands hommes de lanciennenbsp;Rome fit autrefois auec approbation pour sa proprenbsp;gloire. Après que ce Capitaine si glorieux par la con-queste de 1Afrique eut rendu Rome entièrement victo-rieuse dans ces fameuses guerres qui domptèrent lorgueilnbsp;de Carthage, il fut accuse par ses ennemis ; et il dispersanbsp;toutes ces calomnies par cette belle et fiere parole: « Aliens au Temple remercier les Dieux du bonheur que ienbsp;vousay acquis par mes victoires. » Peuples, souffrez quenbsp;ianime auiourdhuy de ces mesmes paroles vne voix plusnbsp;modeste, mais qui pourroit vous dire auec autant de ius-tice : tc Allons au Temple rendre grace au Ciel de la tyrannic renuersée, du Mazarin chassé, de vos rentes con-seruées, de nos Princes en liberté, des taxes supprimées,nbsp;de la liberté publique establie. » Ce sont des Ouuragesnbsp;auxquels toute la France auoue queM. Ie Coadiuteur nanbsp;pas peu contribué sous les ordres de son Altesse Royale.nbsp;Et vous, lasches imposteurs et infames bastards de la legitime Fronde, demeurez dans Ie silence, vous qui déchi-rez Ie nom de Mazarin après auoir tousiours respecté sanbsp;personne; qui 1attaquez mort après lauoir adoréviuant;nbsp;qui luy faisiez lachement la cour dans son antichambre,nbsp;cependant que nostre illustre Prélat sopposoit généreu-sement a la naissance et au progrez de son pouuoir; quinbsp;t^ombattiez sous ses ordres dans les Troupes qui assié-geoient Paris, cependant que ce généreux Protecteur de
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nostre liberté exposoit sa vie pour vous défendre; qui vous cherchiez des graces et des bienfaicts de ce Ministrenbsp;au mesme moment que Monsieur Ie Coadiuteur refusoitnbsp;les biens et les grandeurs qui luy estoient offertes auecnbsp;abondance; qui au préiudiee des paroles données et Traiteznbsp;signez auez conserué dans la Cour les restes et les creatures du Cardinal Mazarin, a linstant que vous en chas-siez ceux qui auoient eu Ie plus de part a son esloigne-ment; qui auez tousiours esté ses Esclaues tant quil anbsp;esté dans la puissance, et qui ne reconnoissez plusnbsp;lauthorité Royalle depuis quelle est priuée dvn Ministrenbsp;foible et timide qui vous obligeoit de Ie souffrir a forcenbsp;des bienfaicts dont il contentoit vostre auarice; vous enfin qui ne vous estes brouillez auec les amis du Mazarinnbsp;que paree quil na pas esté en leur pouuoir dassouuirnbsp;vostre ambition, qui nattaquez présentement son ombrenbsp;que pour vous vnir peut-estre comme vous auez fait ennbsp;de pareilles rencontres, plus estroitement a sa personne,nbsp;et qui serez, quoy que vous puissiez dire, tousiours Ma-zarins, cest-a-dire ennemis du public, Fauteurs des Partisans, obstacles de la Paix généralle que vous empescheznbsp;par vos brouilleries. Ne prétendez plus dabuser les espritsnbsp;crédules par vos calomnies et par vos impostures; nousnbsp;abhorrons Ie Mazarin; mais lauersion que nous auonsnbsp;pour luy, passe iusques au poinct que nous ne voulonsnbsp;pas mesme Ie receuoir pour vn prétexte. Cest de quoynbsp;présentement vous Ie faites seruir. Vous lappliquez anbsp;tout vsage; vous traittez de fauteurs du Mazarin ceux quinbsp;se sont tousiours opposez auec Ie plus de vigueur a sa tyrannic, paree que leur naturel libre et courageux vousnbsp;fait appréhender lauthorité légitime. Vostre aueuglementnbsp;est estrange. II est de la mesme nature de celuy qui vous
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persuada que vous prendriez Paris en troisiours*. Vous vous imaginez que vous porterez les yeux de tous les Peu-ples si vniquement sur Ie Cardinal Mazarin quils ne sa-perceuront pas quil seslèue vn autre Tyran parmi eux.nbsp;Nous haïssons celuy qui est a Cologne; nous exposeronsnbsp;nos biens, nos fortunes et nos vies pour nous opposernbsp;aux^moindres apparences de son retour. Vostre conduitenbsp;passée nous peut faire croire auec raison que ce seranbsp;peut-estre contre vous que nous prendrons les armes surnbsp;Ce suiet. Mais toute sorte de tyrannie nous est odieuse.nbsp;Nous nauons point combattu pour Ie choix des Tyrans^;nbsp;et quand la plus saine partie de la France sest opposéenbsp;aux desseins du Cardinal Mazarin et que vous auiez com-muns auec luy, ce na pas esté pour esleuer vostre puissance, mais au contraire pour sousmettre a nostre ieunenbsp;Monarque celle que vous vsurpiez dans la foiblesse denbsp;son gouuernement, et par les moyens que vous en laissoitnbsp;prendre ce Ministre foible et timide. Quelques apparencesnbsp;contraires que vous en donniez, on voit Ie regret quenbsp;vous auez de sa perte par lappréhension que vous té-moignez que lon en establisse de plus forts et de plusnbsp;vigoureux dans Ie Conseil du Roy. Vous protestez de nynbsp;entrer iamais tant quil y en aura auxquels vous naureznbsp;pas donné vostre consentement. On peut dire que cette Dé-claration nest pas respectueuse pour rlt;authorité Royalle.nbsp;Les suiets de quelque condition quils soient, ne parlentnbsp;pas dordinaire auec cette hauteur; mais nostre estonne-ment augmente quand nous cousidérons quelle regarde lanbsp;personne de Monsieur de Chasteauneuf. Son désintéresse-öient si connu a toute la France laisse croire que ceux qui
' Le prince de Condé est assez clairement désigné dans ce passage.
Et inleux encore dans celni-ci.
II nbsp;nbsp;nbsp;17
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désaprouuent son establlssement, veulent entretenir la confusion et Ie dësordre dans les Finances et ne sont pasnbsp;brouillez auec les Partisans; et sa fermeté et son experience donnent suiet de craindre que ceux qui se déclarentnbsp;contre luy, nappréhendent la fin des désordres publicsnbsp;dans lesquels ils trouuent leurs auantages particuliers.nbsp;On préfère a ce grand homme qui a vieilli dans Ie seruicenbsp;des Rois et qui a tant de part a la défaite du Cardinalnbsp;Mazarin , Monsieur Ie Chancelier que nous scauons auoirnbsp;tousiours esté esclaues de ses volontez. On luy préfèrenbsp;Monsieur de Chauigny que toute la France connoist pournbsp;auoir esté lvn des plus violents et plus dangereux instru-mens de la tyrannic du Cardinal de Richelieu. On luynbsp;préfère Ie Président de Maisons noircy par tant de vole-ries , par tant de trahiSons; et par vne métamorphosenbsp;estrange et faite, pour ainsi dire, contre tous les ordresnbsp;de la nature, ces scélérats en vn moment deuiennent gensnbsp;de bien; et au goust dépraué de ces malades furieux, nosnbsp;véritables amis, les anciens Protecteurs de la liberté pu-blique, contre leur propre honneur, contre leur proprenbsp;bien, contre leur propre seureté, en vn instant deuiennentnbsp;Mazarins. Si toute la France estoit assemblée pour cher-cher des précautions contre Ie retour de ce Ministre, ienbsp;ne scay si on en pourroit trouuer de plus grande quenbsp;Festablissement des personnes qui ont Ie plus contribuénbsp;a sa perte, paree que lintérest particulier se ioignant ennbsp;cette rencontre auec Ie public, seroit sans doute iugé capable de dissiper toutes les inquiétudes et de leuer tousnbsp;les soupeons. Ie nentends point parler en ce lieu de Monsieur Ie Coadiuteur. Quoy que ie naye pas lhonneur des-tre connu de luy et quil ny ait que Ie party du biennbsp;public, auquel ie me suis tousiours attaché auec vigueur.
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qui mobllge de dire mes sentimens en cette occasion, le nignore pas ses sentimens au poinct de ne scauoir pasnbsp;que ce mesme esprit qui luy a fait refuser depuis troisnbsp;3ns deux fois Ie Chapeau de Cardinal, quatre-vingt millenbsp;liures de rentes en Benefices, soixante mille escusdargentnbsp;comptant, place dans les Conseils en deux différentesnbsp;occasions, loblige a y renoncer encore en celle-cy. Lonnbsp;verra par les suites des années que ses maximes sont fortnbsp;éloignées de ces emplois, quil na esté engage dans lesnbsp;affaires que par les [raisons] quil a eu dentrer dans lanbsp;defense de Paris, et que ses interests ne feront iamais au-cune part des affaires publiques.
{ G juillet 1651).
Comme Paris est diuisé en autant de partis que de families , iay creu que pour réunir les esprits, il ne falloit
* Le cardinal de Retz navoue pas ce pamphlet dans ses Mémoires. II Qe me parait pourtant pas douteux quil ne lait écrit. Lauteur de lanbsp;Lettre d'vn Bovdelois, etc. [1352J dit : a Iai recu vostre dcrnière qui.nbsp;mestonna fort dapprendre que les auis de M. le Coadiuteur se sontven-dus publiquement. Ie nadmire pas tant leur bon marclié que la nécessiténbsp;oil le bon prélat est réduit, dauoir, a ce quon dit, trop dépensé. Cestnbsp;sans doute pour se dédoinmager du refus quil dit auoir fait de bénéficesnbsp;^'t dargent pendant le blocus de Paris... » Puis il ajoute un peu plus bas :
Afin que vous conceuiez mieux ma pensee dangt; la suite de ce discours,
madresserai a ce messire lean, Francois ou Paul a ce qiion dit. » II y ^ OU dautres réponses encore a VAduis désintéressé^ par exemple la Réponsenbsp;d vn veritable désintéressé, etc. [3392] , le Bon frondeur qui fronde les mau-t^nis frondeurs, etc. [^89], Ie Frondeur bien intentionné, etc. [1451], Lanbsp;*iïeilleure et la plus compléte est sans contredit la Lettre dvn margiuller denbsp;Paris, quon trouvera plus loin.
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que faire reflexion sur les choses et l'estat présent des affaires. Cest ce qui doit régler les suffrages du peuple ,nbsp;qui se voit a présent 1arbitre de sa fortune et de celle denbsp;lEstat.
Tout Ie monde est daccord que la source et loriglne de nos maux est Ie Cardinal Mazarin. 11 faut done voirnbsp;sans passion et sans intérest qui sont ceux qui ont vigou-reusement attaqué le monstre et qui font défait auecnbsp;toutes ses forces et tout son venin, afin de reconnoistrenbsp;nos Liberateurs et nos Héros et ne pas perdre la memoirenbsp;de leur vertu sur des soupcons imaginaires et malicieuse-ment inuentez.
le ne pretends pas faire icy des Eloges et des Pané-gyriques. le nay esté, graces a Dieu, iusques a présent qua moy mesme et a mon pays. le parleray seulementnbsp;des choses conneues a toute la France : La vérité nenbsp;souffre point dombres ni de couleurs.
le prie tons les bons Franqois de se ressouuenir auec moy de ceux qui ont les premiers rompu nos chaisnes.nbsp;le laisse a part ce qui sest passé dans le Parlement ; Lanbsp;matière est trop grande pour nen faire quvn petitnbsp;Traitté. Mais de tous les particuliers qui ont assisté lanbsp;cause publique, ie ne voy personne qui se soit exposénbsp;dauantage a Iorage et a la tempeste que Monsieur lenbsp;Coadiuteur.
Quand on a veu la liberte opprimée par Iemprisonne-ment de Monsieur de Broussel et des aiitres Magistrats, lintérest de sa fortune particuliere ny la crainte de lanbsp;disgrace de la Cour ne lempeschèrent pas de porter sesnbsp;sentimens iusques dans le Palais Royal et dy condamnernbsp;a la face de la Reyne la mauuaise et pernicieuse conduite du Cardinal Mazarin. 11 fut luy seul de tous les
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Grands du Royaume qui neust point de lasche complaisance et qui décria les Conseils violens. II se jetta dans les interests du Peuple lorsquil estoit abandonné et quonnbsp;faisoit passer pour vn crime la conseruation des Loixnbsp;de lEstat.
II neust pas si tost découuert la conspiration qui se formoit contre Paris par toutes les puissances du Royaume,nbsp;quil chercha les moyens de Ie défendre. II demeura aunbsp;milieu de nous pour courir la mesme fortune; et lonnbsp;peut dire que sa vertu et sa générosité ne fortifièrent pasnbsp;seulement nos esprits; elles esbranlèrent mesme les plusnbsp;résolus du party contraire et y iettèrent enfin la deffiancenbsp;et Ie désespoir.
Quand les affaires furent accommodées, il rendit au Roy ses respects et ses obéyssances. Mais bien que toutenbsp;la France eust dès lors retourné a lidolatrie et sacrifiénbsp;comme auparauant au Cardinal Mazarin et a sa fortune,nbsp;il reuint luy seul de la Cour auec sa pureté. On ne putnbsp;iamais lobliger de rendre a Compiègne, ou il fust saluernbsp;leurs Maiestez, vne visite indifférente au Cardinal. II nenbsp;put seulement souffrir son visage; cestoit lennemy denbsp;lEstat.
Le Cardinal estant de retour dans Paris et les interests de M. le Prince ne pouuant plus saccommoder auecnbsp;ceux de la Cour, tout le monde scait auec quelle franchise M. le Coadiuteur sengagea auec luy pour destruirenbsp;eet Infame Ministre, et que si M. le Prince ne se fustnbsp;pas réconcilié, il auroit luy mesme défait le corps et nonnbsp;pas 1ombre quil poursuit a présent auec tant de pompenbsp;et de parade.
Les Princes ay ant esté emprisonnez, il ny auoit plus que M. le Due dOrléans qui pouuoit défaire eet ennemy
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commun. La couioncture des affaires et ses interests particuliers pouuoient balancer son esprit. Néantmoins,nbsp;M. Ie Coadiuteur ayant eu riionneur dapprocher sonnbsp;Altesse Royalle, il inesnagea si bien eet ouurage quenbsp;M. Ie Prince y a trouué sa liberté, et toute la Francenbsp;la perte et la ruine de son ennemy.
Néantmoins, comme si ces illustres et glorieuses actions, qui ont eu tant de fois 1applaudissement du Peuple, estoient a présent des songes, il sest esleué unenbsp;nouuelle secte parmy nous, qui veut défigurer toutes cesnbsp;belles véritez et qui sous les apparences dvn bien quenbsp;nous nauons pas encore veu, nous veut faire oubliernbsp;celuy quon nous a desia fait, et nous faire deschirernbsp;ceux qui méritent de nous vne veneration éternelle.
Parcequils publient auoir change dinclination, ils veulent aussi que les autres ne soient plus ce quils ontnbsp;tousiours esté; que leurs actions passées, qui ont esténbsp;tant de fois condamnées par toute la France, soient denbsp;fortes asseurances de leur bonne conduite a laduenir,nbsp;et quvne suitte de tant de généreux desseins accomplisnbsp;et acheuez ne puissent être la marque de Ia perséuérancenbsp;et dvne vertu inébranlable.
Enfin on veut que M. Ie Coadiuteur soit Mazarin, quil trauaille au restablissement de ce malheureuxnbsp;et perfide Ministre. On tasche de persuader quil veutnbsp;monter par la aux honneurs et aux dignitez et y trouuernbsp;sa grandeur et sa fortune. Voyla Ie langage de certainesnbsp;gens aclieptez, qui a desia surpris tous ceux qui, sansnbsp;faire reflexion, se sont effrayez du Mazarinisme.
Ie ne veux point deffendre M. Ie Coadiuteur par toutes les actions de sa vie. Files ont assez découuerlnbsp;son inclination et fait connoistre a toute Ia France quil
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hait mortellement les Tyrans et la Tyrannie. On va ra-reinent contre son propre génie. Cest comme leau qui ne remonte iamais contre sa source.
Ie me contenteray seulenient de faire voir comme M. Ie Coadiuteur a vescu depuis les iniustes soupqonsnbsp;quon a voulu mettre dans lesprit des Peuples.
Quand M. Ie Prince se retira de Paris et quil fist proposer dans Ie Parlement lesloignement de ceuxnbsp;qui auoient tousiours esté contraires au bien public etnbsp;dans les interests du Cardinal1, on s^ait quel fust sonnbsp;aduis, et que la calomnie quon auoit dès lors préparéenbsp;contre luy, se destruisit par Ie seul bruit de sa gloire etnbsp;de sa reputation.
Lorsquon a délibéré sur Ie mariage de M. de Mer-cceur ® et sur les intelligences sécrettes que plusieurs personnes auoient eues auec Ie Cardinal et auec ceux quinbsp;sont dans sa faction, il a tousiours suiui Ie plus fort aduisnbsp;qui a esté ouuert dans Ie Parlement. II na iamais manquénbsp;doccasion dacheuer vne victoire a laquelle il n'a pas lanbsp;moindre part.
Cependant si lon veut sarrester a quelque Populace ramassée ou a ceux qui sont ialoux de sa gloire, cestnbsp;auiourdhuy Ie seul Mazarin du Royaume. II abandonnenbsp;son triomphe; il rend les armes a son ennemy défait etnbsp;abbatu. De conquérant, il veut deuenir esclaue et captif.nbsp;Bref, ce nest plus M. Ie Coadiuteur.
Certes si ce langage se tenoit chez les estrangers qui
nbsp;nbsp;nbsp;Le Tellier, Servieii et de Lyonne, Lettre de M. Ie Prime d Messieursnbsp;du Parlement [2028 j; Relation de tout ce qui s'est passe au Parlement lenbsp;8 iuillet [3148].
* nbsp;nbsp;nbsp;Arrêt de la Cour de parlement donna enfaueur de Monseigneur le Primenbsp;contre le cardinal Mazarin et ses adherents [297].
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ont ouy parler de nos affaires, et de ceux qui se sont si-gnalez en tant dillustres rencontres, ils prendroient ce discours pour vne fable; et de quelque légèreté dont nousnbsp;soyons accusez, ils ne pourroient croire que dans vnnbsp;mesme temps on reuérast la vertu et quon luy fist desnbsp;iniures publiques.
Mais comme la calomnie ne manque point dartifices pour défigurer les plus belles actions, on veut que lesnbsp;aduis généreux de M. le Coadiuteur qui paraissent anbsp;la face de la Justice, ne soient que des dissimulationsnbsp;et des feintes. Quoy quil soit tousiours semblable a soynbsp;mesme, ce ne sont que des deguisemens et des perfidies.nbsp;On pretend que cest seulement pour entretenir sonnbsp;credit et sa reputation parmy le Peuple. On veut ren-uerser par des imaginations inspirees par ses ennemisnbsp;tout Ihonneur et la gloire de sa vie.
Si cette sorte daccusations estoit escoutee, la plus constante vertu seroit tousiours suspecte. II ny auroitnbsp;plus de confiance, qui est 1ame de la société ciuile. Nousnbsp;nauons point de régie de Fhomme de bien que ses actions. Son coeur est reserue a Dieu seul. Et si la charitenbsp;nous apprend dauoir tousiours bonne opinion de nostrenbsp;prochain, nous deuons principalement cette iustice a vnenbsp;personne qui est dans le Sacerdoce et dans les premièresnbsp;dignitez de IEglise.
Aureste, quand le peuple nauroit point, comme il a, des gages asseurez de la fidélité de M. le Coadiuteur et quon mesureroit ses desseins, comme lanbsp;plus part de ceux des Grands , par son interest particulier ou par Iesclat de sa gloire et de sa reputation, onnbsp;ne voit pas quil puisse trouuer ny Ivn ny Iautre dans lenbsp;restal)lisseinent du Cardinal Mazarin.
iiii:
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II perdrolt dans vn iour tont lhonneur quil a acquis depuis tant dannées et auec tant de peril.
II ne peut pas aussi espérer son esléuation dans ce funeste retour. Le Cardinal na iamais peu souffrir de compagnon ni de Maistre.
Enfin M. le Coadiuteur ny perderoit pas seule-ment sa grandeur et sa gloire; il y perdroit mesme sa seureté. Quelle confiance pourroit il prendre auec vnnbsp;Italien qui a manque de foy a toute la terre, qui sestnbsp;ioué de la parole Royalle comme de la sienne, et qui faitnbsp;encore vanité de violer ce quil y a de plus sainct et denbsp;plus sacré parmy les hommes ?
Comme on a done veu que tous ces bruits se dissi-poient par la moindre reflexion quon pouuoit faire sur la vertu de M. le Coadiuteur, et en considérant mesmenbsp;ses interests, on sest aduisé de publier quil alloit aunbsp;Palais Royal, quon parloit de le faire Ministre et de lenbsp;mettre dans les Conseils du Roy.
Pour moy, ie ne suis pas encore si scauant. Ce faict ne mest pas connu.
Ie scay bien quil a paru iusques a présent le plus désintéressé de tous les hommes du monde; quil refusa géné-reusement le Chapeau de Cardinal quon luy offrit plusieurs fois pendant le blocus de Paris, afin quil ne sopposastnbsp;pas si hautement quil faisoit aux Intérests du Ministre etnbsp;que la cause du Peuple ne luy fust pas du tout si cbère.
On scait aussi que dans le temps quil mesnagea la liberté de M. le Prince et lexil du Mazarin auprès denbsp;son Altesse Royalle, on luy voulut encore donner lenbsp;Chapeau et qua diuerses autres fois on luy a offertnbsp;1Abbaye dOurcan, vne pension de vingt mille liures etnbsp;«nquante mil escus dargent comptant.
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Tout cela na iamais pu leuter son honneur et sa gloire; il a tousiours mieux aimé quon Ie connust parnbsp;lesclat de ses belles actions que par la grandeur de sanbsp;fortune.
Mais quand Ie bruit seroit veritable quon veut mettre M. Ie Coadiuteur dans Ie Ministère, bien quilnbsp;ayt declare hautement plusieurs fois quil nauroit iamaisnbsp;cette pensee, doit on croire pour cela que M. Ie Coadiuteur soit dans les interests du Cardinal Mazarin ?
La condition du Roy et celle de 1Estat seroit bien maheureuse si tous ceux qui pourront entrer dores-nauant dans Ie Conseil du Roy, passoient pour Mazarins.nbsp;Tout Ie monde fuiroit Ie seruice du Roy et de lEstat,nbsp;comme vne fatalité a sa fortune, paree quil ny a personae qui se veuille charger volontairement de la hainenbsp;publique.
Ie demanderois volontiers a ceux qui se laissent si fa-cilement surprendre, si, quand Ie Cardinal a esté chassé, on auoit rnis dès lors M. Ie Coadiuteur dansnbsp;Ie Conseil, il y eust eu des personnes qui se fussentnbsp;plaintes de ce digne choix. Au contraire, tout Ie Peuplenbsp;auroit crié victoire et tesmoigné de la ioye dans Ie public.
Doii vient done ce changement? Vaut il mieux que des Mazarins demeurent auprès du Roy et dans sonnbsp;Conseil pour fomenter leur vengeance et entretenir lesnbsp;esprits ulcérez, que ceux qui peuuent guérir la playenbsp;et qui ont tousiours esté dans les interests du peuple?nbsp;Nous nauons combattu que pour eet aduantage; et anbsp;présent nous ne voulons pas nous en seruir. Nous vou-lons estouffer nostre triomphe. Nous ne connoissonsnbsp;pas que ce sont nos ennemis qui nous eslèuent contrenbsp;nous mesmes.
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prebende son retour, principalement nestant plus compose de ses anciens et véritables amis.
Lon cbassera, dit-on, ceux qui sy opposeront; et leur sort sera sans doute funeste. Ce nest done plus pournbsp;lintérest public que certaines gens seslèuent centrenbsp;M. Ie Coadiuteur. On dit seulement que Ie chemin denbsp;la Cour est périlleux pour luy, que tout est a craindre,nbsp;quelques asseurances quon luy donne de restablir lesnbsp;Lois et de faire iustice au peuple.
Quoy, sur des éuénemens incertains et sur de simples defiances, on ne doit point escouter des propositionsnbsp;salutaires! Ceux qui peuuent bien faire et qui ont tous-iours bien fait, refuseront dentrer dans les affairesnbsp;pour empeseber la ruyne de l'Estat! Il faut done toutnbsp;abandonner au sort de la fortune et demeurer tousioursnbsp;dans la confusion et dans Ie désordre. On ne peut fairenbsp;autre ebose (ce me semble) pour contenter Ie peuplenbsp;que de eboisir ceux qui ont tousiours défendu ses interests. Cest en cela que consiste toute sa seureté et sonnbsp;repos.
Enfin sil estoit vray quon voulust approcher M. Ie Coadiuteur de la Cour et quil se iettast dans Ie perilnbsp;dans lequel on dit quil sengage, les plaintes quonnbsp;fait faire contre luy, seroient encore plus iniustes.nbsp;Quoy, dans vn temps quil se sacrifieroit pour Ie publicnbsp;et quil bazarderoit sa.propre seureté pour inspirer denbsp;généreuses maximes et restablir Ie bonbeur et la féli-cité des peupies, seroit il iuste dattaquer dans ce tempsnbsp;la, comme on fait, sa reputation et sa gloire? II deuroitnbsp;receuoir plustost des benedictions, des remerciemens etnbsp;des éloges.
Ainsi cest a nous auiourdbui a ne point prendre Ie
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change et a ne pas esleuer des hommes dont nous ne pourrions pas estre les maistres, comme nous Ie sommesnbsp;de ceux quon veut nous faire abandonner. Ie ne veuxnbsp;accuser personne ny faire croire que ceux qui ont esténbsp;autrefois Mazarins, peuuent plustost Ie deuenir quenbsp;ceux qui ne Tont iamais esté. Ie ne pretends point nonnbsp;plus rappeller dans les esprits les entreprises faitesnbsp;contre nostre liberté. Ie souhaite de tout mon coeurnbsp;(quelque grands quayent esté nos maux) que la mé-moire en soit a iamais enseuelie. Ie ne veux pas mesmesnbsp;que ces nouuelles accusations, quoyque dictées par Ienbsp;Roy mesme nous rendent suspect Ie party quon veutnbsp;faire prendre au peuple auec tant de chaleur et darti-fice. Nous deuons suspendre nostre iugement la dessus,nbsp;puisque Ie Parlement y délibère. Voyons seulement sinbsp;dans les grandes maximes iEstat y peut trouuer sa seu-reté et Ie peuple ses aduantages.
II ny a rien de plus constant dans la politique, que Ie crédit est tousiours plus dangereux dans la personnenbsp;des Princes quen celle des particuliers. Comme ceux denbsp;ce rang la ont Fame grande, cette maxime ne recoit pasnbsp;de distinction. On nexamine pas si les Princes ont denbsp;bonnes ou de mauuaises intentions. Leur naissance lesnbsp;eslèue assez sans les esleuer dauantage. Cest pour celanbsp;quautrefois on ne leur donnoit iamais de Gouuerne-mens ni de places fortes.
Mais ce qui nous doit encore empescher dentrer si aueuglément dans les intérests de ceux qui nous recher-chent auiourdhuy auec tant de caresses et de belles
* Réponsc que lo, Reine a donnée a Messieurs les gens du Roi.,.^ aprés la ^^ciure.,,, de la lettre de Monsieur Ie Prince [3451].
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protestations, cest que nous ny voyons pas la con-fiance entière. Cest vne vérité qui est tous les iours dans la bouche du peuple et quil connolst a ses des-
pens, que
les Princes font tousiours leurs affaires, et
non celles du public.
On dit mesme que ceux qui nous promettent auiour-dhuy de belles cboses pour nous engager auec eux , les ont promises autrefois et quils ne les ont pas tenues.
La renommee a public que dès le commencement de nos affaires et auparauant le blocus de Paris, ils auoientnbsp;promis a quelques vns quils seroient nos protecteurs.nbsp;Cependant on les vit incontinent api'ès a la teste desnbsp;troupes ennemies.
Leurs inclinations ou plustost leurs interests ayant change quatre ou cinq mois apres la Paix faite, ils nousnbsp;eschapperent bientost et a grand nombre de personnesnbsp;illustres qui sestoient généreusement vnies au desseinnbsp;quils auoient fait paroistre auec beaucoup desclat. Pournbsp;auoir fraternisé quelque temps auec eux, ils ne nousnbsp;furent pas dans la suite plus fauorables. Ils taschèrent denbsp;faire périr nos Libérateurs et nos Héros par des voyesnbsp;toutes contraires a nos mceurs et a nostre franchise .
Depuis qu ils sont sortis de prison , ils nen ont pas fait meilleur visage a ceux qui auoient le plus trauaille anbsp;leur liberté; au contraire, ils les ont perséculez. Ilsnbsp;nont pas craint de releuer en public les conseils quilsnbsp;auoient demandez auec instance et quon leur auoitnbsp;donnez auec la sincérité du coeur.
lis ne semblent pas dénier absolument, dans la Res-
' Cest le procés du due de Beaufort, du Coadiuteur et de Broussel. Ex-trait, des registres du Parlement [1350].
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ponse quils ont faite a lEscrit du Roy nauoir rien sceu du changement de Conseil qui fust fait a Pasquesnbsp;dernier, mais quils ny auoient pas entièrement résisté.nbsp;Cependant ils nen communiquèrent rien a son Altessenbsp;Royalle, a laquelle ils paraissoient ioints dintérests etnbsp;qui leur auoit fait tant de graces et rendu de si bonsnbsp;offices. Au contraire, ils luy protestèrent auec sermentnbsp;estre eux mesmes surpris de ce changement et nen auoirnbsp;lamais eu aucune connoissance. Ainsi comparons lesnbsp;soupcons de part et dautre; nous verrons que ceuxnbsp;quils nous veulent donner de nos anciens amis, sontnbsp;bien moindres que ceux que nous pouuons prendre denbsp;leur conduite. De confiance, nous nen pouuons auoirnbsp;du tout. Cest hastir sur vn sable mouuant et sur desnbsp;espérances incertaines.
Que peut on done faire dans ce combat desprits? A quoy peut on se résoudre? Cela nest pas difficile : ils disent tous quils veulent faire Ie bien M. Ienbsp;Prince na qua svnir pour cela. La diuision nen estnbsp;pas la marque. H ny a rien qui engendre lamitiénbsp;comme la conformité des inclinations et des sentimens.
Ouy, mais Ie bien ne peut se faire que dans les Con-seils du Roy. Cest Ie centre de la fortune publique. M. Ie Prince ny peut trouuer de seureté.
En peut on imaginer dautres que celles qui lui ont esté desia baillëes ; la parole du Roy, de la Reyne, denbsp;M. Ie Due dOrléans , enregistrée au Parlement, lesnbsp;Chambres assemblees^?
* nbsp;nbsp;nbsp;Seconde lettre écrite a Messieurs da Parlement par M. Ie Prince denbsp;^ondé, etc. [3617].
* nbsp;nbsp;nbsp;Rédt sommaire de ce qui sest passé au Parlement sur Ie suiel de la retraite de M. Ie Prince^ etc. [2998].
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Tout cela nest rien, dit on. Combien de fois a-t-on manqué a des paroles plus solennelles? On se ioue tousnbsp;les iours des Ordonnances des trois Estats et des Declarations vériflées.
Cependant Ie peuple ny Ie Parlement dont M. Ie Prince reconnoist mieux quil ne faisoit autrefois 1au-thorité, ne luy peuuent pas faire donner dautres asseu-rances. II ne demande pas pour ostages des places fortesnbsp;et des Gouuernemens de Prouince; il en a desia assez. Sinbsp;on manque a la parole, il peut attendee du Parlementnbsp;et du Peuple Ie mesme secours quil en a desia receu.
Mais il vaut bien mieux ne tenter point la fortune. M. Ie Prince demande seulement quon Ie laisse en reposnbsp;dans Paris. II pretend quil y peut bien demeurer sansnbsp;voir Ie Roy.
Pour moy, ie crois que cela est absolument contraire a lauthorité Royalle, au crédit et a la reputation denbsp;1Estat.
Le Connestable de Montmorency sestant retire de la Cour, changea mesme la face de la maison quil choysitnbsp;alors pour sa retraite, paree quelle estoit tournee dunbsp;Costé de Paris, croyant quvn suiet ne pouuoit pointnbsp;soustenir le visage de son Prince irrité ny regardernbsp;seullement le lieit de son séiour et de sa demeure. Cenbsp;grand homme voulut que ses respects parussent mesmenbsp;dans les choses inanimées et que la figure et la formenbsp;de son Palais fussent des témoignages publics et éternelsnbsp;de sa submission.
Outre cela, le crédit de lEstat, qui en est toute la force, ne se peut conseruer dans cette diuision. Tousnbsp;les Estrangers considéreront auec nous M. le Princenbsp;dans Paris , marcher dans les rues, faire rencontie du
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dans les lieux publics et a la face de toute la terre, sans pourtant aller a la Cour. Quelque innocent quenbsp;soit M. Ie Prince, il ny a pas vn de nos voisins qui,nbsp;faisant reflexion sur cette démarche, ne se persuadenbsp;^ysément quil y a deux partis dans lEstat oü vnenbsp;extresme foiblesse dans lautborité et Ie gouuernement,nbsp;flui sont deux choses tres périlleuses.
II faut done que M. Ie Prince sorte de Paris sil ne peut surmonter ses defiances. Et cependant, sil sort denbsp;Paris, il est a craindre, dit on, quil ne fasse la guerrenbsp;ciuile.
Cest faire tort a M. Ie Prince de faire ce iuge ment de luy. Il ayme trop son pais, il ayme trop sanbsp;reputation et sa gloire pour nous armer contre nousnbsp;mesmes et pour nous consommer entièrement par vnenbsp;guerre ciuile. Ces pensees funestes sont bien esloignéesnbsp;dvn grand Prince comme il est. II ayme bien mieuxnbsp;défaire les ennemis de lEstat que deschirer sa patrie etnbsp;ses concitoyens.
Mais on ne scait pas quelquefois oü peut se porter Vn Prince irrité. Les soupeons faux ou véritables fontnbsp;les mesmes impressions sur lesprit. Chacun croit auoirnbsp;la lustice de son costé et se pouuoir seruir de toutesnbsp;sortes de moyens pour la deffendre.
Si nous estions réduits a ces deux extresmitez, il seroit bien plus a craindre que Ie Roy estant mescontent denbsp;Paris qui maintiendroit vn subiet contre luy, qui luynbsp;doit encore plus de submission que personne, paree quilnbsp;doit lexemple aux autres, ne sen retirast enfin luynbsp;®aesme et que cette retraite ne fust plus dangereuse quenbsp;la retraite de M. Ie Prince.
II est vray, dira-t-on, que la volonté du Roy est
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que tout e monde deineure sous la protection des Loix et de la Justice. Nostre Monarchie est libre. La violencenbsp;y a tousiours esté condamnée.
Ce nest point aussi vne violence quon fait a M. Ie Prince de désirer de luy quil aille voir Ie Roy. Cenbsp;sont les Loix fondamentales de 1Estat qui ly obli-gent. Le Parlement la mesme ordonné. Les Princes nenbsp;sont pas comme des particuliers. II faut nécessairementnbsp;quils soyent a la Cour ou quils en soyent esloignez anbsp;cause des soupcons et des oinbrages.
Quauons nous done a faire dans cette malheureuse conioncture? Nous nauons qua suiure nostre pointe, anbsp;aebeuer la perte du Cardinal, si lon croit quelle nenbsp;soit pas tout entière. Iabhore le Mazarin plus quenbsp;personne; et si ien estois creu, on feroit sa figurenbsp;comme celle des Monstres qui ont déserté des paysnbsp;tous entlers et quon porte dans les prières publlquesnbsp;pour remercier Dieu de ce quil nous en a déliurez, etnbsp;afin que lhorreur quon en doit auoir passe ainsi dansnbsp;tous les siècles.
Mais ce nest pas seulement ou se doiuent porter nos pensees. Nous deuons redoubler nos efforts pour fairenbsp;changer le Conseil du Roy, qui est la source féconde denbsp;nos biens ou de nos maux, et pour faire cbasser ceux quinbsp;restent qui sont suspects au public, et que lon maintientnbsp;par des artifices secrets, pendant quon en cbasse dau-tres qui nestoient pas plus meschans ny plus perfides.
Nous deuons aussi employer tous nos soins pour ob-tenir au commencement de la Maiorité vne chambre de lustice, composée des plus séuères Magistrats dunbsp;Royaume, et quon y confisque sans distinction le
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corps et les biens de ceux qui ont si insolemment volc Ie Roy et Ie public.
On dit que M. Ie Prince nous promet toutes ces belles choses.
Le secours de M. Ie Prince nest point nécessaire pour cela. II ne nous faut point tant de Chefs. Nousnbsp;deuons nous ressouuenir que nous auons pensé périrnbsp;dans le blocus de Paris pour auoir trop de Ge'néraux.nbsp;Les interests des Grands sont bien différens de ceuxnbsp;du peuple.
Et de faict, ayant leu auec attention la Response de M. le Prince a l'Escrit du Roy, il semble quil demandenbsp;tout autre chose. II y a vn endroit qui peut iustementnbsp;augmenter nos deffiances. II profeste quil nentreranbsp;point au Palais Royal, quil nira point a la Cour tantnbsp;quon mettra des gens dans le Conseil sans son consen-tement.
Si ie ne scauois que eet article a esté mis dans la Response de M. le Prince contre le sentiment dvne per-sonne dérudition et de mérite, ie croirois que ce seroit vne augmentation de rimprimeur ou de celuy qui lau-foit descrite. M. le Prince nentrera point dans lenbsp;Conseil tant quon j mettra des gens contre son con-senternent. Cest done tout de bon (comme a dit sonnbsp;premier Manifeste ) que M. le Prince veut estre auiour-dhui luy seul lArbitre et le Modérateur de lEstat. Cettenbsp;protestation est vne irréconciliation iurée auec la Cour;
' Cest apparemment le Manifeste de Monseigneur le Prince de Condé touchant les réritables raisons de sa sortie hors de Paris, faite le 6 juillet, etc.nbsp;[2372], Le coadjuteur ne savalt-il pas que ce pamphlet est de Mathieunbsp;du Bos? Le Manifeste veritable des intentions de M. le Prince, etc. [2404]nbsp;6st, je crois, postérieur de quelques jours a VAduis désintiressé.
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tellement que si nous entrons dans ses interests, quel-que bon Conseil que Ie Roy choisisse a sa Maiorité, et quand il prendroit les plus gens de bien du Royaume,nbsp;il nous faudra nous y opposer auec M. Ie Prince et nousnbsp;priuer ainsi dvn bien que nous attendons auec tantnbsp;dimpatience et sans lequel Fauthorité sen va perduenbsp;et peut estre la Monarchie.
Peut il estre aduantageux poür nous dauthoriser les clameurs de certaines petites gens qui ne demandentnbsp;que Ie désordre, dapplaudir a vne reuendeuse desnbsp;Halles quon produit comme vne femme mystérieusenbsp;paree quelle est la plus bardie et la plus insolente denbsp;son quartier? ^^oulons nous assister de nos forces vnnbsp;nommé Pesche^ et luy fournir les moyens dacheuernbsp;Fattentat et Ie parricide quil commenca, Lundy dernier, en la personne de nostre Prélat et de nostrenbsp;Père.
Nous scauons bien que M. Ie Prince déteste ces actions sacrile'ges et quil les a condamnées publique-ment. Cependant comme son mécontentement augmentenbsp;malgré luy Faudace et la témérité de ces perfides et denbsp;ces malheureux, les Loix seront bien encore plus im-puissantes si nous escoutons fauorablement, comme onnbsp;a fait depuis quelques iours, des fausses et ridicules impressions quils veullent ietter dans Ie peuple. Ils ferontnbsp;périr incontinent nos plus illustres citoyens et passernbsp;pour Mazarins tous ceux qui seront contraires a leur
* Dame Anne.
® Lettre écrite a son Altesse Royale par Ie sieur Peuche, de la Pesche, etc. [2210]. Le Journal contenant ce qui se passe de plus remarquable dans Ienbsp;Royaume, etc. [1740] raconte que le 15 septembre 1652 le Coadjuteurnbsp;fut insulté par Pesche dans le palais dOrléans.
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dessein ou qui nauront pas Thonneur des bonnes graces de M. Ie Prince.
Si Ie Peuple est sage, il ne doit point encore prendre party. Sil vent attendre, il sera par ce moyen maistrenbsp;de sa fortune. II suiuera ceux qui feront le bien et quinbsp;luy rendront lustice. Mais il faut vn bien de duree etnbsp;ne se laisser pas surprendre par vne fausse lueur. Voilanbsp;mon sentiment que iay voulu donner au Public pour lenbsp;detromper. II se peut faire que ie me trompe moynbsp;mesme. Si cela est, ie seray fort aise que quelquvn mennbsp;aduertisse. Ie ne suis point ialoux de mes sentimens.nbsp;Ie me rendray bientost aux leurs; ien fais dès a presentnbsp;nia declaration solemnelle.
(6 juillet 1631.)
Monsieur ,
Pay leu \Aduis désintéressé sur la conduite de M, le Coadiuteur; et suiuant ses ordres et le vostre,nbsp;Ien ay fait part aux plus notables bourgeois de monnbsp;quartier. Cest vne chose bien faseheuse de voir ce Prélatnbsp;réduit a composer des Apologies dans vn temps oil il nenbsp;deuroit plus auoir dautre pensee que de continuer sesnbsp;intrigues, afin dentrer dans le Ministère. Si les mouue-niens qui nous agittent depuis quatre ans, ne doiuent
' Elle est de Jean Francois Sarrazin, alors secrétaire du prince de Conty, On salt que Patru a écrit la Réponse du Curé^ etc. [3428].
-ocr page 288-cesser que lorsquil y aura part, pleust a Dieu pour son repos et pour Ie nostre qu'il y feust desia solidementnbsp;estably! Sans mentir, il faut aduouer que cest vnnbsp;homme admirable; il est scauant; il est ferme; et lonnbsp;voit dans toutes ses actions Ie caractère dvn espritnbsp;poussé dvne belle ambition. 11 est éloquent; et il ne fitnbsp;iamais mieux que de mettre luy mesme la main a lanbsp;plume pour faire son Panégyrique. Estant nostre Arche-uesque, il ny a pas dapparence quil voulust nous direnbsp;des choses qui ne sont pas; et puisquil publie que ius-quicy il na point eu dautre obiet que sa propre gloirenbsp;et sa reputation (pensee digne dvn grand prélat), ies-time quil est a propos de Ie croire.
Cependant, comme les sentimens des hommes ne sont pas tousiours semblables, lorsque iay fait la lecturenbsp;de son escrit, il sest trouué des personnes fort biennbsp;instruites des choses de ce monde qui ne sont pas de-meurées daccord de tout ce quil met en auant; et pareenbsp;quil est important que vous scachiez ce qui fust dit dansnbsp;notre conuersation, iay cru que vous seriez bien aisenbsp;que ie vous en fisse part, et puisquvne petite incommo-dité moblige de garder la chambre et mempesche denbsp;pouuoir aller vous rendre visite, ie vous fisse s^auoir parnbsp;escrit toutes les obseruations que lon fit sur ce Manifeste de M. Ie Coadiuteur.
Toute la compagnie dit quil estoit vray que Ie iour de Femprisonnement de M. de Broussel (qui fut, ce menbsp;semble, Ie iour que lon chantoit Ie Te Deum pour lanbsp;quatrième bataille que M. Ie Prince auoit gagnée),nbsp;M. Ie Coadiuteur fit paroistre tout Ie zèle quvn prélatnbsp;doit auoir pour la conseruation dvn bon citoyen, quilnbsp;dit ses sentimens a la Reyne auec générosité et quayant
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esté traisté de tribun du peuple, il fit connoistre quil auoit du crédit dans Paris. Ie me souuiens fort biennbsp;^ncore de ce que Ie Mercredy au soir Ion me vint direnbsp;sa part, et a tous nos quarteniers aussi, et des bar-iicades qui Ie lendemain, estonnèrent Ie Ministre quinbsp;^Uoit donné vn si mauuais conseil a Sa Maiesté.
On dit quil estoit vray que Ie Roy sestanl re-bré a Sainct Germain, M. Ie Coadiuteur voulut de-iiieurer a Paris et que bien quil eust enuoyé vn Gen-tilbomme a la Reyne pour 1asseurer du contraire, il Ie fit arrester au bout de la rue de INostre-Dame, et que nenbsp;craignant point dexposer sa personne pour asseurer nosnbsp;fortunes, lorsque nos troupes sortoient pour aller anbsp;quelque entreprise, il les haranguoit hardiment a lanbsp;porte de la ville et les encourageoit auec ses benedictions.
On demeura daccord que les affaires ayant esté ac-commodces, M. Ie Coadiuteur alia a Compiègne saluer leurs Maiestez sans rendre visite au Cardinal Mazarin;nbsp;niais on dit que cestoit vne condition du traicté quenbsp;Seruient' auoit fait auec luy, et que pour garder vunbsp;Peu plus longtemps les debofs, il auoit esté résolu que
* Abel de Servien, marquis de Sablé, secrétaire dÉtat. Ilserait difficile de dire quel role il a joué dans la Fronde. Dans une lettre quil a Merite a Bartet Ie 30 juin 1631, Ie cardinal Mazarin dit que de Lyonne,nbsp;particulièrement Servien, sont tons deux causes de toute la hainenbsp;fiuon a eue contre lui; ct 1auteur du Mercurc de la. Cour, etc. [2452],nbsp;daus les statuts des chevaliers de la Paille, ordonne de croire
« Que Ie coadiuteur qui lorgne Pour estre ministre dEstat,
Aussi bien que Seruien Ie borgne,
Est de la fronde un apostat. »
^oyez plus loin Ie Secret de la Cour,
M. Ie Coadiuteur ne verrolt Ie Mazarin que dans Ie Palais Royal; et en effet nous scauons tons quil Ie vit plu-sieurs fois depuis son retour; et nous en fusmes scanda-lisez.
On dit quil estoit vray que M. Ie Prince ayant rompu auec Ie Cardinal Mazarin, M. Ie Coadiuteur luynbsp;fit offres de seruices et de barricades, mais que M. Ienbsp;Prince aima mieux remettre ses interests entre les mainsnbsp;de son Altesse Royalle que de remettre les armes entrenbsp;les mains du peuple, iugeant bien que cela seroit denbsp;Irop grande consequence pour Ie seruice du Roy et pournbsp;Ie repos public.
On demeura daccord que les Princes ayant esté em-prisonnez, M. Ie Coadiuteur mesnagea si bien lesprit de M. Ie Due dOrléans quil Ie fit declarer hautementnbsp;contre Ie Cardinal Mazarin et pour la liberté de M. Ienbsp;Prince; mais après auoir longtemps aglté si M. Ie Coadiuteur prit cette conduite pour rendre seruice aunbsp;Prince ou pour ses interests particuliers, toute la compagnie conclut que sil eust pu cbasser Ie Cardinal dunbsp;Ministère sans faire sortir MM. les Princes de prison,nbsp;il neust pas manqué de Ie faire; quen effet il fit toutnbsp;son possible pour se rendre maistre de leurs personnes;nbsp;que lorsque le Mareschal de Turenne approcholt denbsp;Paris, il vouloit quon les amenast dans la Bastille, etnbsp;que lorsquil vit quon les conduisoit au Haure, désespé-rant de voir reussir son dessein et appréhendant lenbsp;retour du Cardinal, après la bataille de Rethel, il senbsp;ioignit au party de MM. les Princes pour trouuer sanbsp;seurete, et que ce fut encore a des conditions si duresnbsp;quil voulut plustost se faire connoistre le tyran que lenbsp;liberateur de M. le Prince.
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DE MAZARINADES.
On ne demeura pas daccord que la suite de tous les desseins de M. Ie Coadiuteur pust estre la marque dvnenbsp;vertu inébranlable et que toutes les actions passées denbsp;M. Ie Prince eussent esté condamnées par toute lanbsp;France ; au contraire, on dit que lon auoit veu souuentnbsp;M. Ie Coadiuteur occupé a chanter des Te Deum pournbsp;les belles et glorieuses actions que M. Ie Prince auoitnbsp;faites, mais que M. Ie Coadiuteur nauoit point encorenbsp;iusques ici obtenu de son chapitre vn seul Te Deumnbsp;pour tout ce quil auoit fait.
On dit quil estoit vray que lorsque M. Ie Prince auoit demandé 1esloignement de ceux qui estoient dansnbsp;les interests du Cardinal, M. Ie Coadiuteur en auoitnbsp;esté daduis, et que pour se faire encenser par Ie peuple,nbsp;il auoit fait imprimer son opinion1; mais quelquvnnbsp;adiousta quil auoit en cette occasion manqué a ce quilnbsp;auoit promis a M. de Lyonne dans les secrettes conférences quil auoit eues auecque luy, 'et que dans la déli-bération qui se fit sur Ie manage de M. de Mercoeur, ilnbsp;auoit suiuy fièrement les conclusions de Messieurs lesnbsp;gens du Roy.
Dans lendroit oü il est dit que si M. Ie Coadiuteur consentoit au retour du Card. M. ou prenoit quelquenbsp;secret engagement auec luy (comme il auoit desia faitnbsp;autrefois, lorsquil lauoit iugé nécessaire a ses intérests),nbsp;il perdroit ce quil auoit acquis dbonneur et de crédit,nbsp;on dit que malheureusement pour luy cela nestoit desianbsp;que trop vray.
Avis de monseigneur Ie Coadiuteur... pour Péloignement des créatures du cardinal Mazarin , etc. [506]. Le Cardinal couvient en effet dans sesnbsp;Mémoires que cest lui qui le fit publier, après sen étre concerté avec lanbsp;reine.
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Sur ce que lon dit que pour deCrier M. Ie Coadiu-teur, on sest aduisé depuis peu de publier quil alloit au Palais Royal, quon parloit de Ie faire Ministre etnbsp;de Ie mettre dans les Conseils du Roy, on demeura dac-cord que la chose estoit vraye; que Mme de Cheureusenbsp;auoit négocié son accommodement; quil auoit esté introduit secrettement cliez la Reyne par Courtois; quilnbsp;auoit respondu a Sa Maiesté de M. Ie Due dOrléans,nbsp;du Parlement et du peuple; et quil estoit facile de iugernbsp;quil y auoit longtemps quil aspiroit au Ministère, quel-que protestation quil fist du contraire; que la retraitenbsp;quil auoit faite du Luxembourg nauoit pas esté longue;nbsp;et que se piquant dauoir pour les grandeurs vn mesmenbsp;esprit que Dioclétien et Charles Quint, il estoit coramenbsp;Ie premier, bientost ennuyé de la vie contemplatiue, etnbsp;comme lautre, repenti dauoir quitté la Cour pour Ienbsp;cloistre.
On ne demeura pas daccord que durant Ie blocus de Paris, il eust refusé plusieurs fois Ie chapeau de cardinalnbsp;et préféré la cause du peuple a cette éminente dignité;nbsp;maïs, au contraire, on dit quvne des principales raisonsnbsp;qui Ie détacha des intérests de M. Ie Prince de Conty,nbsp;fust que ce Prince consentit, pour laccommodement desnbsp;affaires, quon donnast a 1abbé de La Riuière Ie chapeaunbsp;quil prétendoit gagner dans nostre party.
On ne demeura pas aussi daccord quil eust tousiours mesprisé de se faire connoistre par léclat de sa fortunenbsp;et que, lorsquil négocioit pour la liberté de MM. lesnbsp;Princes, il eust refusé Ie chapeau de cardinal; au contraire, on dit que, désirant dvn costé de cacher sonnbsp;ambition et de lautre dy satisfaire, il tira vn escritnbsp;particulier de M. Arnault, par lequel ledit sieur Arnault
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sobligeolt de faire en sorte que M. Ie Prince seconde-roit la nomination quil espéroit que M. Ie Due dOr-léans deuoit faire de sa personne pour Ie cardinalat.
Pour labbaye dOrcan, on dit quil estoit vray quil lauoit refusée; mais on expliqua cette affaire, en nousnbsp;asseurant que dans Iaccommodement quil auoit faitnbsp;auec la cour, on luy auoit promis Ie premier beneficenbsp;considerable qui vacqueroit; et ayant vacqué vne abbayenbsp;de beaucoup plus grande consideration que celle dOr-can, Ie Cardinal, qui vouloit la retenir pour soy, quoynbsp;quil fust engage a donner la première vacante auditnbsp;sieur Coadiuteur, escriuit a MM. Le Tellier et Seruientnbsp;pour faire en sorte que M. le Coadiuteur se contentastnbsp;de celle dOrcan; que M. Le Tellier ne voulust point senbsp;charger de cette négociation, que M. Seruient laccepta,nbsp;et que M. le Coadiuteur refusa labbaye dOrcan, maisnbsp;non pas 1autre, qui estoit dvn plus grand reuenu.
Sur ce que M. le Coadiuteur demande sil seroit dans les interests du Mazarin quand bien il entreroit pré-sentement dans le Ministère, et si tout le monde neustnbsp;pas esté bien aise quil y eust esté estably après lexpul-sion du Cardinal, toute la compagnie conclut quilnbsp;estoit impossible, dans lestat présent des affaires, quilnbsp;y entrast sans auoir traitté avec le Cardinal; que la Reynenbsp;conseruant tousiours beaucoup daffection pour ce Mi-nistre, tous ceux qui prétendoient receuoir quelquenbsp;grace de Sa Maiesté, commencoient lestablissement denbsp;leur fortune en luy promettant de contribuer leurs soinsnbsp;pour son retour; et que la Reyne, après la sortie dunbsp;Mazarin, neust iamais consenti que M. le Coadiuteur
' Le Bon Frondeur, etc. [S89] dit que cétait labbaye de Corble.
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eust entree dans Ie Conseil du Roy, pulsque Sa Maiesté eust approuué, par ce consentemenl, la conduite de cenbsp;Prélat, quelle a si souuent accuse dingratitude et denbsp;faction.
Quand a larticle oü il est dit que M. Ie Coadiuteur est trop prudent pour entrer dans Ie Ministère par Ianbsp;voye du Mazarin, et encore quon Ie veuille attirer parnbsp;des protestations contraires, il s^ait bien quil ny a pasnbsp;trop de confiance a la Cour, et que les choses passéesnbsp;peuuent estre Ie fondement dvne iuste et veritablenbsp;crainte, chacun dit que M. Ie Coadiuteur nauoit pasnbsp;suiet de se plaindre de la Cour, puisque, outre la di-gnité auec laquelle il pretend estre a couuert de toutenbsp;sorte de ressentiment, en ayant recu tant dautresnbsp;graces pour ceux de sa faction, il a tousiours manque anbsp;ce quil auoit promis a la Reyne et a ses Ministresjnbsp;quil estoit bien plus heureux que M. le Prince qui au-roit tousiours fidèlement seruy Leurs Maiestez et quinbsp;cependant auoit este recompense de tant de seruices parnbsp;vne prison de treize raois, reconneue iniuste par vnenbsp;Declaration du Roy, vérifiée dans le Parlement1; et quenbsp;cestoit a M. le Prince a dire que les choses passéesnbsp;peuuent estre le fondement dvne iuste et veritablenbsp;crainte.
On examina fortement Iarticle ou il est dit quil ne faut point trop esleuer les hommes dont nous ne pour-rions pas estre les maistres, et ou il est parle de cesnbsp;nouuelles accusations enuoyees au Parlement contrenbsp;M. le Prince, et des maximes de cette politique qui
Declaration du Roy pour Pinnocence de Monseigneur le Prince de Conde, etc. [947],
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asseure que Ie crédit est plus dangereux dans la per-sonne des Princes que des particuliers, on iugea que tout ce raisonnement partoit dVn esprit fort ambitieuxnbsp;et dont les proiets estoient espouuantables, puisquilnbsp;auoit regret de ne pouuoir se rendre maistre du sangnbsp;Royal. Ah! Monsieur Ie Cure, que veut dire cela? Sont-ce des sentimens quvn Prélat doiue insinuer dans les-prit des peuples ? Cet escrit anglois quon a fait bruslernbsp;depuis peu par la main du bourreau, a-t-il quelquenbsp;chose de plus pernicieux ? Quand aux accusations,nbsp;chacun dit que la Déclaration de son Altesse Royalle lesnbsp;auoit détruites, a Ia confusion de ceux qui les ont calom-nieusement inuentées; que tous les Ministres les désad-uouoient; et que ces abominables monstres de seditionnbsp;qui auoient donné ce pernicieux conseil a la Reyne,nbsp;nauoient garde de se nommer, de peur destre déchireznbsp;par les fidèles seruiteurs de la Maison Royalle; que M. Ienbsp;Prince demandoit iustice tous les iours; que 1on vouloitnbsp;user sa patience par des délais; que lon vouloit gagnernbsp;la Maiorité du Roy par des continuelles remises; et quenbsp;ceux qui donnent de tels conseils, ont vne politique quenbsp;tous les suiets du Roy doiuent appréhender; quil nynbsp;auoit point dapparence quils eussent dessein de leurnbsp;faire iustice quand ils auroient Tauthorité en main dansnbsp;vne maiorité, puisquils la refusoient au premier Princenbsp;du sang, iniustement calomnié dans les derniers ioursnbsp;de la Régence; quils vouloient, par cette conduite,nbsp;obliger M. Ie Prince a se retirer, de peur quil ne fust Ienbsp;témoin de leurs factions et lobstacle de toutes leurs
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intrigues; que les remonstrances du Parlement sur ce suiet auoient este' trés rigoureuses; que M. Ie premiernbsp;Président auoit dit que lon ne pouuoit douter de la fidé-lité de M. Ie Prince, puis quil lauoit si souuent scelléenbsp;auec son sang Royal, et que si Ie papier qui a esté en-uoyé au Parlement, neust porté Ie nom du Roy, onnbsp;leiist traitté comme vn escrit qui nestoit point reuestunbsp;de toutes les formes nécessaires. Vous entendez biennbsp;que cela veut dire biffé et lacéré.
Sur larticle oü il est dit que les Princes qui nous promettent auiourdhuy de belles cboses, les ont autrefois promises et ne les ont pas tenues, et quauparauantnbsp;Ie blocus ils auroient donné parole quils seroient nosnbsp;protecteurs, et cependant quon les vit incontinentnbsp;après a la teste des troupes ennemies, on asseura quilnbsp;estoit faux que M. Ie Prince se fust iamais engage auecnbsp;M. Ie Coadiuteur, et quaprès Ie retour du Roy en cettenbsp;ville, M. Ie Prince demanda a M. Ie Coadiuteur, ennbsp;présence de M. Ie Prince de Conty, de M, de Champla-treux et de trente autres personnes de qualité, silnbsp;estoit vray quil luy eust iamais donné aucune parolenbsp;dengagement , et que M. Ie Coadiuteur demeuranbsp;daccord quil nen auoit iamais recu de M. Ie Prince;nbsp;cela fut asseuré par cinq ou six qui assistoient a la lecture de lescrit.
Aux reproches que lon fait a M. Ie Prince dauoir voulu faire périr M. Ie Coadiuteur par des voyes con-traires a nos moeurs, quelquvn dit que ce malheureuxnbsp;procés auoit causé bien du désordre, mais quil estoitnbsp;bien mal aisé de démesler toutes ces intrigues; quilnbsp;estoit certain que M. Ie Cardinal sen estoit seruy pournbsp;perdre M. Ie Prince, mais que 9auoit esté de conceit
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auec M. Ie Coadiuteur, qui, plus de quinze iours aupar-auant sa iustlfication, alloit tous les soirs au Palais Royal, de'guisé avec des habits de couleur et desnbsp;plumes; que cestoit luy qui auoit pris soin de seruir denbsp;parrain a Descoutures; quil lauoit recommandé aunbsp;Cure de Saint lean de Grèue; quil Ie tint cache dansnbsp;Ie clocher de son Eglise durant tout Ie procez; que cestoit M. Ie Coadiuteur qui auoit sollicité lamnistie denbsp;Descoutures, de Desmartinaux, Canto et Sociando;nbsp;enfin, que depuis ce temps la on auoit vu M. Ie Coadiuteur en parfaite intelligence auec les ennemis de M. Ienbsp;Prince.
Dans lendroit ou il est dit que M. Ie Prince a réuélé les conseils que M. Ie Coadiuteur luy auoit donné auecnbsp;sincéritc de coeur, et que par sa response il ne nie pasnbsp;absolument de nauoir rien sceu du changement de con-seil qui fust fait a Pasques dernier, chacun se récria quenbsp;M. Ie Prince nauoit rien dit que tout Ie monde ne sceustnbsp;desia; mais que M. Ie Coadiuteur auoit fort déguisé lanbsp;vérité dans Ie Parlement, puisquil nauoit pas dit, quenbsp;sur la proposition quil auoit faite^, M. Ie Prince auoitnbsp;respondu quil nentendoit point la guerre des tuilles etnbsp;des pots quon iette par les fenestres; ce qui eust faitnbsp;iuger que M. Ie Prince nauoit rien aduancé qui ne fustnbsp;vray, et que quant au changement de Conseil, on nenbsp;trouua que trop de iustification dans la response denbsp;M. Ie Piince.
Sur Partiele oii il est dit quon ne peut auoir du tout de confiance en M. Ie Prince, que cest bastir sur vn
' Tériiohis dans Ie procés de Beaufort, Gondy et Broussel.
* Denlever de vive force les sceaux au premier président Molé.
-ocr page 298-sable mouuant et sur des espérances incertaines, teute la Compagnie iugea que M. Ie Coadiuteur fait cette plaintenbsp;peur quelques interests particuliers, peur lesquels ön nenbsp;crut pas quil fust a propos dapprouuer toutes les intrigues quil fait auec de Cheureuse pour se venger; onnbsp;adiousta que nous ne deuons auoir que Ie bien publicnbsp;deuant les yeux; et lon demanda ensuite si lon deuoitnbsp;se fier a vn homme qui fait seruir Ia chaire de vérité anbsp;ses cabales, qui proteste mille fois Ie iour quil a renoncenbsp;aux affaires, quil ne se mêle pas de siffler les linottes,nbsp;et qui cependant court Ie iour et la nuit pour cabaler*, etnbsp;veut auec te'mérité disputer dans Paris Ie paué au premier prince du sang a qui il doit toutes sortes de respects , et fait mille intrigues pour diuiser la maisonnbsp;Royalle dont la reunion est Ie seul moyen pour donnernbsp;la paix a lEstat.
« Quand M. Ie coadiuteur voudra agir sincèrement, il ne se fera pas ieter vn manteau sur la tête a la sortie des assemblees ni enleuer par desnbsp;affidez.... Pourquol enuoie-t-il Matarel solliciter de sa part les librairesnbsp;qui estoient sur Ie Pont-Neuf, pour les faire venir au Palais auec desnbsp;armes a feu et des baïonnettes, leur promettant leur rétablissement surnbsp;ledit pont, de la part de la reyne ? »
Le Son Frondcur, etc. [S89].
« Faut-il connoistre tous les déguisemens que le cardinal (de Retz) a pris pour se rendre méconnaissoble lorsquil intriguoit auec ceux de sanbsp;faction, tantost auec de grandes moustaches noires a 1espagnole, appli-quées adroitement sur ses ioues, auec des raanteaux décarlate et desnbsp;grègues rouges de mesme couleur; tantost a la caualière auec grandsnbsp;buffles, auec des caudebecs furieusement retroussés a la mauuaise et denbsp;petites brettes tralnantes soutenues de ces beaux baudriers de quinze ounbsp;vingt pistoles qui lui couuroient presque tout le corps?,.. Faut-il quoiinbsp;ait tenu compte de toutes les maisons bourgeoises que le cardinal de Retznbsp;a bonorées de ses visites pour haranguer les pères de familie et les engager au parti quil embrassoit aupréiudice de nostre repos? Faut-il quonnbsp;nait pas ignoré vn seul festin de tous ceux quil a fait faire, pour y trai-ter, de sa part, les bons bourgeois quil vouloit gagner ? »
Anatomie de la politique du Coadiuteur y etc. [83].
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On demeura daccord queM. Ie Prince deuoit prendre confiance a la parole Royale, poiirueu que ses ennemisnbsp;neussent pas assez de crédit dans Ie Conseil pour fairenbsp;prendre des resolutions contraires aux bonnes et iustesnbsp;intentions de Sa Maiesté.
On dit quil estoit vray que M. Ie Prince ne demandoit pas de place forte pour ostage, quil ne faisoit pas commenbsp;M. Ie Coadiuteur, qui vouloit auoir Ie Mont Olympenbsp;pour son ami et pour la seureté de ceux de sa cabalenbsp;lorsquil se réconcilia; mais quand on leut que si lonnbsp;manquoit de parole a M. Ie Prince^ il deuoit attendee dunbsp;Parlement et du Peuple Ie mesme secouis quil en a desianbsp;receu, on sescria que la raillerie estoit forte, puisquenbsp;M. Ie Coadiuteur en auoit respondu depuis peu a la Cour.
Sur Ie reproche que lon fait a M. Ie Prince quil ne va point au Palais Royal, que les loix fondamentales lynbsp;obligent et que Ie Parlement la ordonné, cbacun ditnbsp;quil estoit iuste que M. Ie Prince rendist ses respects aunbsp;Roy; que Son Altesse ne désiroit rien auec tant de cha-leur; que si toutes les loix fondamentales de lEstatnbsp;estoient bien obseruées , les Princes du sang seroient au-Irement considérez dans Ie Conseil du Roy, puisquilsnbsp;sont les legitimes administrateurs de lEstat durant lesnbsp;minoritez de nos Roys; que Ie Cardinal Mazarin commenbsp;estranger nauroit iamais esté admis dans Ie ministère;nbsp;que MM. de Gondy comme estrangers nauroient iamaisnbsp;eu entree dans Ie Conseil de nos Pioys; quils nauroientnbsp;iamais esté pourueus des premiers bénéfices du Royaume;nbsp;que M. Ie Coadiuteur ne seroit point auiourdbuy eunbsp;estat de vouloir aller témérairement du pair avec nos
II lobtlnt en effet pour Ie marquis de Lalgue, tandis que Ie marquis de Noirmoutier, un auti e de ses amis, était gouverneur de Charleville.
II nbsp;nbsp;nbsp;19
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CHOIX
Princes , et seroit trop heureux de faire paroistre son habileté dans la banque de Florence; quau reste lorsquenbsp;Ie Parlement auoit desire de M. Ie Prince quil allast a lanbsp;Cour, il auoit satisfait au de'sir de la Compagnie, et quenbsp;si depuis ce temps la il ny estoit point retourné, M. Ienbsp;Due dOrléans en auoit fait scauoir la raison; que cettenbsp;alternatiue dy aller nécessairement ou de se retirer tou-eboit fort au cceur des ennemys de M. Ie Prince, qui nenbsp;souhaitoient pas tant les auantages de Son Altesse quilsnbsp;luy donnassent ce conseil sans auoir tramé quelque des-sein contre sa personne, ou que sans doute ils auoientnbsp;beaucoup dimpatience de Ie voir sortir afin de rendrenbsp;sa conduite suspecte; que Ton voyoit bien que ceux quinbsp;veulent gouuerner, ne regardent que leurs seuls interests,nbsp;puisquils publient quil vaut mieux faire la guerre ciuillenbsp;que de souffrir M. Ie Prince en repos dans Paris et denbsp;luy permettre de se iustifier des calomnies quon luy impose; enfin chacun conclut que les ambitieux vouloientnbsp;entrer dans Ie ministère, par la porte mesme de la sedition sil est nécessaire.
On demeura daccord quil falloit que M. Ie Prince contribuast a faire punir ceux qui ont volé Ie public; etnbsp;personne ne doutoit que ce ne fust son intention.
Sur Partiele oü il est dit que M. Ie Prince proteste de ne point aller a la Cour tant quon mettra dans Ienbsp;Conseil des gens contre son consentement, bien loinnbsp;dappeler cette declaration vne irréconciliation iuréenbsp;auec la Cour, on demeura daccord que M. Ie Prince anbsp;iuste suiet de craindre que lautorité du gouuernementnbsp;ne soit entre les mains de ses ennemis irréconciliables;nbsp;et cbacun dit que cestoit vne chose deplorable de souf-frir que 1intérest de deux ou trois particuliers mette
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1 Estat en confusion, et que les peuples estoient bien in-öocens de complaire a leurs passions; et ie vous de-mande en effet, Monsieur Ie Cure, si leur presence est plus nécessaire a Paris que celle de nos Princes.
Quand aux crieries de Dame Anne et de Pesche, tout Ie monde dit que cestoit des enfans de chceur éleuez parnbsp;M. Ie Coadiuteur; quil y a trois ans que lvn et lautrenbsp;chantoit les lecons du bréuiaire quil leur auoit ensei-gnées, et quil ne deuoit accuser de leur doctrine peisonnenbsp;que luy mesme; mais en mesme temps toute la compagnie qui S9auoit lhistoire du Lundy, se mocqua dunbsp;hasard quon pretend que M. Ie Coadiuteur y courut,nbsp;puisque ce ne fut quvne terreur panique, et que depuisnbsp;mesme il a fait faire des complimens aux amis de M. Ienbsp;Prince qui estoient incapables de ces actions.
Voila ce qui fut dit a plus pres, lorsque ie faisois la lecture de \Auis désintéressé. Vous iugerez par la quenbsp;nos bourgeois sont assez blen Instruits et quils sontnbsp;bien las de toutes les intrigues que ces esprits brouillonsnbsp;qui nont fait autre chose que de cabaler toute leur vie,nbsp;continuent de faire pour troubler lEstat et la familienbsp;Royalle. Toute la Compagnie se leuant dit quil estoitnbsp;facile de iuger que la confusion dans laquelle nous nousnbsp;voyons, na point dautre cause que Ie mécontentementnbsp;de Mine de Clieureuse et de M. Ie Coadiuteur, ct quonnbsp;laissoit a iuger ce quil y a de gens dhonneur et de bonsnbsp;Francois dans Ie Royaume, sil estoit iuste de persecutornbsp;vne branche de la Maison Royalle, dexposer la fortune
* La séance famcuse du parlement dans laquelle Ie cardinal de Retz fut prls entre les deux portes de la grandchambre par Ie duo de Lanbsp;Rochefoucauld, eut lleu Ie 21 aoüt; il faut done reporter la Lettre aprèsnbsp;cette date, mais avant celle de la majorité du roi, qui est Ie 7 septembre.
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de tous les particuliers aux désordres dvne guerre ciuile, enfin, d'allumer Ie feu par tout Ie Eoyaumenbsp;paree que M. Ie Prince de Conty na point espousenbsp;Mile de Cheureuse et que M. Ie Coadiuteur na point eunbsp;Ie chapeau de cardinal, quoique M. Ie Coadiuteur soitnbsp;la cause qui par des einpressemens trop intéressez, anbsp;empesclié que Ie manage nait esté execute, et que M. Ienbsp;Prince nait iainais formé dobstacle a la promotion oünbsp;M. Ie Coadiuteur aspire depuis Ie commencement denbsp;toutes les factions quil fomente dans Ie Pioyaume.
La Requeste des trois Estats touchant Ie lieu et les Personnes quon doit choisir pour VAs-semblée des Estats Généraux, eonforme a lanbsp;proposition que son Altesse Royale en a faitnbsp;a leurs Maiestez, et aux sentimens de Messieurs les Princes dont les Conseils doiuentnbsp;estre principalement suiuis et préférez a tousnbsp;les autres [3495] *.
(17 aoüt 1651.)
Puisque ce nest que par vne pure continuation des bontez de la Reyne que les Estats Gënéraux sont promisnbsp;pour Ie mois procliain et que la passion héroïque de reformer les abus qui se sont glissez dans Ie Gouuerne-
* Les états généraux, convoqiiés dabord pour Ie 15 mars 1649, oubliés après la paix de Saint-Gennain , avaient été, sur les poursuites de Jassemblée de la noblesse tenue aux Cordeliers de Paris, appelés denbsp;nouveau a se réunir a Tours Ie 8 septembre 1651. Ordonnance pour lo-coiinocaüon des trots Estats de. la ville^ etc. [2620], fut publiée Ie 22 aont.
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DE MAZARINADES.
ment, la rendit, il y a quelque temps, complaisante a la iusle poursuite que la Noblesse faisoit ou pour en ob-tenir Ie consentement ou pour procéder a la moderationnbsp;certains débordemens par lesquels lambition alloitnbsp;désordonnant tout ce quil y auoit de mieux régie dans lanbsp;Monarchie, ie pense que sa lustice ne se lassera point denbsp;signaler généreusement par des coups de cette na-^Ure et quafm de ne captiuer point la liberté quon doitnbsp;a ces Augustes Assemblees pour la decision Souuerainenbsp;de tous les points importants qui peuuent tomber dansnbsp;des controuerses dEstat, elle leur donnera la dispositionnbsp;du lieu que les Politiques désintéressez trouueront Ie plusnbsp;a propos, pour ne laisser point aucun doute de la sincé-Hté de ses intentions dans Ie dessein quelle a de rap-peler Ie calme après les secousses de tant de tempestesnbsp;Passées et dordonner ce déréglement general qui bou-leiierse depuis tant de temps Ie plus bel ordre de nosnbsp;affaires par la confusion de mille conionctures dEstat.
Cette nécessité de ne letter point indifféremraent les yeux sur toute sorte de ville pour en faire Ie lieu de cettenbsp;Assemblee, est auiourdhuy principalement si indispensable quil ne faut point estre que fort légèrement versénbsp;dans la politique pour ne voir pas que ce seul cboix doitnbsp;®stre linfaillible préiugé des bons ou manuals succeznbsp;^aon peut espérerdes Estats Généraux, et quil nest quenbsp;^¦op asseuré par les iustes soubcons que tant de defiancesnbsp;passées nous font conceuoir, que toutes nos plus fortesnbsp;cspérances auorteront malheureusement, a moins que Ienbsp;choix quon fera, pour en faire Ie beu de cette Augustenbsp;^-ssemblée , ne rasseure plus probablement les esprits desnbsp;Peoples dans les iustes attentes de leurs premières pré-^^ntions.
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Ie sqay bien cjue Ie iugement de ce choix na pas beau-coup exercé Ia Politique de nos Pères et que si Ie bien de cette Assemblee na point esté presque de tout tempsnbsp;regardé quauec vne entière indifference, on a néant-moins iugé quil falloit en laisser la seule dispositionnbsp;toute Souueraine au caprice des Roys, et que cestoit anbsp;leurs seules inclinations quil falloit régler en cela la né-cessité que ie pretends auiourdhuy faire examiner auecnbsp;toutes les raisons de la Politique; mais les diuersesnbsp;conionctures dont nos nouueaux intrigueurs ont pesle-meslé les affaires de la Monarchie, feront quon ne menbsp;condamnera pas si facilement dans Ie dessein que iay, denbsp;faire iuger auec reflexion ce quon na presque iamaisnbsp;regardé quauec indifference; et les schismes dEstatnbsp;fomentez auiourdhuy par la diuision de tout ce quil ynbsp;a de plus grand dans la Monarchie, feront consentirnbsp;auec moy les plus opiniastres quen effet on na pointnbsp;dessein de régler les désordres de lEstat a moins quonnbsp;ne se résolue de tenir les Estats Généraux a Paris.
II semble premièrement quon ne pourroit sopinias-trer de les tenir ailleurs sans donner vn iuste suiet de se défier du dessein quon a de brasser encore quelquenbsp;raauuais party; et cette resistance quon fait pour nennbsp;honorer point la capitale de la Monarchie, nappuye quenbsp;trop probahlement Ie soubcon de ceux qui nont iamaisnbsp;remarquéde sincérité dans Ie gouuernement, depuis quenbsp;les soupplesses dItalie sy sont glissées par les détestablesnbsp;intrigues du Cardinal Mazarin; car si Ie dessein de tenienbsp;les Estals Généraux est sincere, si la réforme des abusnbsp;qui dérèglent auiourdhuy toute Ia conduitte des affaires?nbsp;en est la principale fin, si les intelligences de eet Estatenbsp;nont point de plus ferme dessein que celuy de reroettre
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les affaires dans Tadmirable posture du siècle dor de Henry Ie Grand , si leurs intentions ne sont point con-teaires a celles quils prétendent que nous considérionsnbsp;en leurs personnes, pourqiioy nont-ils point cette complaisance pour la passion généralle de tous les peuples quinbsp;demandent vnanimeinent par les illustres bouches de sonnbsp;Altesse Royale et des Princes du Sang quon ne choisissenbsp;point dautre lieu pour en faire celuy de cette Assembleenbsp;générale que la ville capitale de la Monarchie?
La principale raison qui fait que les moins cacbez se deflient de cette opiniastreté, nest empruntée que de lanbsp;connoissance quon a que ce iugement de tenir ailleursnbsp;les Estats Generaux que dans Paris est directement contraire a celuy de toute la France, et quil nest que lesnbsp;seuls intéressez pour Ie party du Cardinal Mazarin quinbsp;ioidissent leurs Maiestez contre les instantes supplications que lEstat leur fait, de ne vouloir pas frustrer lanbsp;lustice de ses espérances du plaisir quil aura de voir tenirnbsp;toette Assemblée généralle dans leur bonne ville de Paris.
Afin que les Mazarins ne puissent que faussement mac-cuser que ie procédé contre eux auec trop danimosité dans la créaiice que ie veux faire conceuoir aux peuplesnbsp;que cest par leurs seules intrigues que leurs Maiesteznbsp;i'eculent de complaire a cette inclination généralle denbsp;tous les Estats, ie pense que ie nay qua leur faire voirnbsp;que cest par Ie motif de leurs intérests particuliers quilsnbsp;opiniastrent leurs Maiestez a ce changement de lieu etnbsp;quils pressentent assez probablement quils seroient tropnbsp;foibles dans la plus forte ville de la Monarchie pour fairenbsp;feussir les secretes menées quils continuent encore denbsp;brasser sous main pour Ie restablissement du Cardinalnbsp;Alazarin.
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Comine Ie dessein general et la dernière et première fin des Estats Ge'néraux nest autre que de pouruoir auxnbsp;désordres qni se sont coulez dans Ie gouuernement parnbsp;la mauuaise conduite du Ministro, et comme il est vraynbsp;que toule la decadence de nos affaires ne doit estre im-putée qua lincapacité ou a la malice du Cardinalnbsp;Mazarin qui en a presque souuerainement gouuerné Ienbsp;timon , il ne faut point douter que les Estats Générauxnbsp;ne lancent derechef autant de foudres sur la teste de cenbsp;malheureux quils trouueront a reformer de désordresnbsp;causez par son imprudence, et quils ne ietteront pasnbsp;plus souuent les yeux sur la mauuaise posture de nosnbsp;affaires quils se sentiront obligez par vn généreux inté-iest de vengeance de renouueller contre luy toutes leursnbsp;premières indignations pour acheuer de luy rauir en-tièrement la ressource ou faire auorter lespérance quil anbsp;de restablir encore vn iour sa fortune par les intrigues denbsp;ses creatures.
Ainsitoutle monde consent, autant que tous les bons Francois Ie désirent, que Mazarin doit infailliblementnbsp;receuoir Ie coup de grüce dans lAssemblée des Estatsnbsp;Généraux et que cest a cette illustre occasion que lesnbsp;bons destins de la France se sont réseruez pour ne laissernbsp;plus de fondement a lappréhension de son retour, lors-que la Justice prononcant ses Oracles par la bouche denbsp;tous les demy-dieux de Ia Monarchie fera retentir vn Arrest sans appel contre ce proscrit, tant pour décriernbsp;a iamais sa mémoire dans les Annales que pour mettrenbsp;mesme les Souuerains dans limpuissance de Ie pouuoirnbsp;restablir sans choquer les Loix fondamentales de eetnbsp;Estat.
Les moins politiques concoiuent bien que les créa-
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tures de ce proscrit qui nont point encore perdu les-pérance de son restablissement, ne donneroient point Ie loisir a cette Assemblee généralle defulminer auec tantnbsp;dimportunité sur la teste du Maistre si la petitesse dunbsp;lieu leur faisoit espérer que leurs monopoles secondez denbsp;la vigueur auec laquelle ils les pousseront, et de Tautho-rité Souueraine qui les protégeroit, pourroient facüe-ment triompher de toutes les plus iustes poursuites desnbsp;sincères zélateurs du progrès des affaires dEstat, sansnbsp;crainte quils peussent estre forcez par aucune puissancenbsp;domestique a se soumettre aueuglément malgré leur resistance a toutes les decisions des Estats Généraux.
Cest pour cette raison prlncipalement que ie sous-tiens que tous les peuples doiuent viuement intéresser leurs très-humbles supplications enuers leurs Maiesteznbsp;pour les prier de nexposer pas les belles espérances desnbsp;Estats Généraux a léuidence des troubles qui doiuentnbsp;sen ensuiure, si ces brouillons aussy descriez par 1infa-inie de leur nom que par les fourbes de leurs déporte-mens se trouuent en estat de pouuoir faire triomphernbsp;leur party par limpuissance que la ville ou les Estats senbsp;tiendront, aura de les ranger a leur deuoir, et par llm-punité quils présenteront eux-mesmes dans les résis-tances criminelles quils opposeront a toutes les decisionsnbsp;qui ne fauoriserolent pas Ie dessein de disposer les affaires au restablissement du Cardinal Mazarin.
Nest-il pas vray et nauons-nous pas trop iuste fondement de craindre que ces brouillons abusant insolein-nient de lauthorité Souueraine de leurs Maiestez dont ils ont malicieusement surpris les bontez par les soupplessesnbsp;de leurs artifices, captiueront a tel point la liberté desnbsp;Estats Généraux par lappréhension quils leur feront
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auoir dvne force ouuerte, que cette lllustre Assemblee se verra tlranniquement réduite a la funeste nécessité de nenbsp;pouuoir rien résoudre que ce qui flattera leurs inclinations OU qui ne choquera pas du moins Ie dessein quilsnbsp;ont de rebastir leur fortune sur les debris de la Monarchie ?
Sil arrive néantmoins que les Députez de toutes les Prouinces ayent encore assez de fermeté parmy tant denbsp;menaces pour procéder en désintéressez a la réforme desnbsp;abus de lEstat, doit-on croire que les assassinats quinbsp;sont les plus ordinaires ressources des Mazarins, ne ra-moliront pas cette vigueur des plus déterminez et que lanbsp;liberté que ces tiranneaux auront dinterprëter des coupsnbsp;mesme de générosité pour des attentats manifestes surnbsp;les droits de lauthorité Royale, ne leur permette denbsp;tenir tousiours Ie fer brillant sur les reins de ceux quinbsp;seront pour sopposer hardiment a liniustice de leursnbsp;pretentions ?
Sil est vray, comme il nest que trop constant par les authentiques Declarations de leurs Maiestez et par lesnbsp;Arrests de toutes les Cours souueraines de la Monarchie *, que la seule conduite du Cardinal Mazarin a porténbsp;la desolation dans iEstat depuis quil en a eu Ie timonnbsp;entre les mains, il est encore vray par mesme consequence que ses creatures et ses Partizans en ont esté lesnbsp;complices et que cest auec leurs mains quil a pillé toute
' Les arrêts des parlements de Rouen et de Bordeaux sont du 15 fé-vriei 1651. Celui du parlement de Toulouse est du 20; celui du parlement dAix du 23; celui du parlement de Paris du 23; celui du parlement de Rennes, enfin, du 22 mars. II ny avait alors de Declaration du roi que celle qui avait été rendue contre les cardinaux et qui est dunbsp;18 avrll.
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Ia France, qnil a miné tons les Peuples, quil a mis Ie feu aux quatre coins de la Monarchie et quil a malheu-reusement commence débranler Ie tróne sans espérancenbsp;de Ie pouuoir iamais raffermir comme il estoit aupa-rauant, a moins queles Estats Généraux ne soient en li-berté de retrancher vigoureusement tous les abus pournbsp;rasseurer auec plus de fermeté les fondemens du trónenbsp;Francois sur Ie bel ordre et la symmetrie Monarchiquenbsp;des affaires dEstat.
Faut-il estre beaucoup préuoyant pour iuger que cette Assemblee généralle des Estats de la Monarchie se verranbsp;réduite a Fimpuissance de reformer les désordres qui sontnbsp;prouenus de ces fatales sources, par celle quelle aura denbsp;ne pouuoir pas résister aux monopoles de tout Ie Party,nbsp;et que les Mazarins appuyez de lauthorlté Souuerainenbsp;renforceront si puissamment leur cabale de tout ce quinbsp;pourra la rendre inuincible dans la foiblesse du lieu, quenbsp;les Estats Généraux ne prononceront peut estre pasnbsp;dautres Arrests que ceux qui leur seront dictez par lesnbsp;purs caprices de eet ennemy du repos public ?
Les apparences nen sont pour Ie moins que trop rai-sonnables; car qui est-ce qui pourra sopposer a linius-tice de leurs prétentions ? Qui sera Ie hardy qui voudra heurter généreusement leur pouuoir pour opiner en désintéressé contre les abus que leur mauuaise conduite anbsp;fait glisser dans Ie gouuernement? Les plus détermineznbsp;ne seront-ils pas obligez de caler voile dans Ie desseinnbsp;quils auroient de fulminer généreusement sur les restesnbsp;de la fortune du Cardinal Mazarin, lorsquils remarque-ront queses créatures appuyées de 1autborité Souuerainenbsp;seront incessamment aux escoutes, et quils seroient pournbsp;sirriter dangereusement de leurs suffrages sils ne fauo-
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risoient du moins pas lindifférence dans laquelle ils pretendent faire languir les espérances du restablissement de leur Maistre pour les faire puis après éclater dans lesnbsp;effets auec plus de triomfe ? La Fronde ne sera-t-elle pasnbsp;obligee de succomber honteusemeiit a toutes les pour-suites de ce malheureux.Party lorsquestant destituée desnbsp;secours de S. A. R. et des Princes du Sang qui ne synbsp;trouueront point, elle naura plus quvn reste de voixnbsp;qui ne luy permettra pas seulement déclater auec asseznbsp;de vigueur pour signaler vne pasmoison généreuse parnbsp;vne sincere confession de sa Captiuité ?
Politiques désintéressez, cest de vos iugements que ie pretends authoriser la vérité de ces propositions : Onnbsp;sen va tenir les Estats Généraux ou a Blois ou a Tours;nbsp;leurs Maiestez y seront accompagnées de tout ce que Ienbsp;Party Mazarin a de plus fort et de plus vigoureux dansnbsp;lEstat; leurs bontez y seront malicieusement obsédées,nbsp;comme elles ont esté malheureusement surprises par lesnbsp;artifices de ces imposteurs; Son A. R. ne sy trouueranbsp;point, de peur que sa presence ne Ie rendist complice,nbsp;dans la créance des peuples, de tous les désordres quilnbsp;préuoit deuoir estre les infaillibles effets de cette Assemblee, et par les pressentimens desquels il a iugé que lanbsp;qualitë de Lieutenant General de lEstat Tobligeoit denbsp;ny donner point son suffrage et de faire tous ses effortsnbsp;pour en diuertir Ie conseil de Leurs Maiestez. Si lesnbsp;Princes de Condé et de Conty veulent sexposer a lanbsp;mercy de leurs ennemis, ils nont qua sarracher dentrenbsp;les bras des Parisiens qui les considèrent comme les sin-cères Protecteurs de leur liberté, pour aller faire triom-pher les passions enragées des Mazarins par vne mauditenbsp;vengeance quils ont préméditée de longue main contre
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ceux qui ne sont coupables que de nauoir point voulu seulement complaire au dessein que ces malheureuxnbsp;brassent secrètement pour Ie restablisseinent du Cardinalnbsp;Mazarin.
Ie ne piiis pas croire que Ie Due de Beaufort, quelque généreux quil soit, doiue estre si prodigue de sa vie etnbsp;de sa reputation que de se mettre au hazard ou des-pouser trop honteusement toutes les passions du Partynbsp;quil a si constainment combattu, ou de sexposer en lesnbsp;choquant de se voir égorgé par ceux qui se flatteront,nbsp;dans 1absence des Parisiens, de lespérance dvne impu-nité. Si Ie Due de Nemours ne sen absente point, ianbsp;créance publique sera bien frustrée ; et Ie généreux atta-ebement que ses inclinations toutes béroïques luy ontnbsp;donné et que la Justice luy fera conseruer inuiolable-ment pour les intéréts de Monsieur Ie Prince, cest-a-dire du Roy et de son Estat, ne luy permettra sans doutenbsp;pas daller accroistre les suffrages des Mazarins par lanbsp;nécessité des complaisances que les plus vigoureux serontnbsp;obligez dedonner a la violence de ces tyrans.
Si la prudence doit conseiller a tons les ennemis du Mazarin, cest-a-dire a tous les bons Francois, de ne synbsp;trouuer point et sil est vray toutefois que la iustice denbsp;. lEstat exige de cette Assemblee Généralle que toute sortenbsp;de ressources soient entièreinent oslées au restablisse-ment de ce Proscrit, la France a-t-elie raison den es-pérer vn si fauorable succez? Si les Protecteurs de la li-berté des Peoples ny sont point, qui brizera les fersquinbsp;nous captiuent depuis si longtemps soubs la tyrannic desnbsp;Emissaires du Mazarin? Si Ie Lieutenant General de lEs-tat iuge quil a raison den appréhender Ie succez, quinbsp;sera Ie déterminé qui ne Ie redoutera point? Si la Poli-
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tique oblige les Princes du Sang de sen absentee, que doit-on pressentir du succez de cette Assemblee si ce nestnbsp;vne continuation des désordres qui seront dautant plusnbsp;mortels a la tranquillité des Peuples que plus leur accom-modeinent semblera deuoir estre impossible apiès lim-puissance apparente des Estats Généraux ? Qui parleranbsp;contre Mazarin et contre les Complices de ses déporte-mens sil ny doit auoir que des Mazarins ou si la liberténbsp;de ceux qui pourroient encore auoir assez de générositénbsp;pour en parler, se trouue captiuéepar la tyrannic de sesnbsp;partizans? Et nest-il pas a présumer que les Mazarinsnbsp;réformeront lEstat au gré de leiirs caprices, que toutesnbsp;les conclusions des Estats Généraux ne seront que desnbsp;pures complaisances a liniustice de leurs desseins etnbsp;quon y disposera si parfaitement les affaires quonnbsp;nen fera paroistre Ie visage que soubs vn nouueaunbsp;masque artificieusement déguisé pour en amuser pendant quelque temps Ie désir insatiable de la passionnbsp;des Peuples ?
Toutes ces reflexions politiques ne laissent point douter de la nécessité que les besoins de lEstat imposeroient anbsp;leurs Maiestez de faire Ie choix de la Ville Capitale pournbsp;y tenir TAssemblée des Estats Généraux si leurs bontez nenbsp;se trouuoient méchamment surprises par les artifices de nbsp;ces ennemis du repos public qui pressentent trop infail-liblement que tous leurs monopoles seroient impuissantsnbsp;dans cette grande Cilé et que les poursuittes de la Frondenbsp;venant a préualoir victorieusement sur toutes les inius-tices de leur party, il seroit a craindre quil ne fust enfinnbsp;réduit hors despérance de toute ressource par la nécessité que lhonneur imposeroit a tous les véritables zéla-teurs de la tranquillité de lEstatde fulminer entièrement
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sur toutes les espérances que les Émissaires de ce Pro-scrit ne laissent pas encore de conseruer pour Ie restablis-sement de sa première fortune.
En effet les Mazarins auroient beau se passionner dans Paris pour la querelle de leur Cardinal, ils auroient beaunbsp;produire ses déportemens sous les faux masques dont i!snbsp;ont accoustumé de couurir ses plus peruerses intentions,nbsp;les intelligences de lEstat qui se trouueioient dans cettenbsp;Assemblee Généralle, seroient trop éclairées pour nennbsp;découurir entièrement toutes les fourbes, et leur Justicenbsp;trop puissamment secondée de la xigueur des peuplesnbsp;pour appréhender que la liberté de leurs iugemens deutnbsp;en aucune facon estre captiuée par les violences tvran-niques des Mazarins.
Cest dans cette puissante Aille que les suffrages des Députez seroient libres paree que les ennemis de leur liberté seroient en impuissance de les captiuer. Cest lanbsp;mesme quon pourroit sans apprehension fermer toutesnbsp;les portes par lesquelles Ie Cardinal Mazarin espèrenbsp;tousiours de reatrer dans Ie Gouuernement, paree quenbsp;ses Émissaires noseroient seulement pas y former lanbsp;moindre opposition et que la Politique mesme les obli-geroit dy donner leur propre consentement pour nenbsp;sembler point estre de contraire auis a la passion généralle de toute la France. Cest dans eet abrégéde la Monarchie que les dieux de la réforme pourroient impuné-ment fulminer sur toute sorte dabus i^arce que la passion des peuples seroit entièrement complaisante a tousnbsp;ieurs iugemens, comme ils ne manqueroient pas de sé-leuer vnanimement contre ceux qui voudroient en en-ebaisner la liberté. Cest dans Paris, dis-ie, que cettenbsp;illustre Assemblée nauroit point dautre subiect de
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cralndre que de nestre pas assez rigoureiise pour tran-clier vigoureusement tout ce que la mauuaise Politique des intëressez auroit fait glisser de mauuais esprit dansnbsp;la conduite de lEstat; que ce mesme Consistoire desnbsp;dieux mortels de cette Monarchie pourroit librementnbsp;faire reuomir Ie sang des peuples dont les sangsues denbsp;eet Estat se sont criminellement engraissées depuis tantnbsp;de temps; que Ie mauuais maniement des finances pourroit librement estre réformé pour Ie soulagement desnbsp;pauures Peuples qui gémissent depuis longtemps sousnbsp;loppression tirannique de ces voleurs publics, pareenbsp;que Ie Lieutenant General de lEstat ne manqueroit pasnbsp;de se trouuer a toutes les Assemblees pour les animernbsp;par son exemple a retrancher généreusement toute sortenbsp;dabus, paree que Monsieur Ie Prince, exempt de toutesnbsp;les iustes apprehensions qui luy feroient regarder ailleursnbsp;cette troupe de voleurs auec trop de defiance après lesnbsp;calomnies quils ont inspirées a leurs Maiestez, feroitnbsp;triomfer librement eet Illustre Génie qui luy a tousioursnbsp;fait espouser auec vne passion héroïque tous les intérestsnbsp;de FEstat, paree que les Députez qui seroierit encore ounbsp;directement ou par reflection attachez au party du Cardinal Mazarin , noseroient seulement pas ouiirir lanbsp;bouche que pour conclure auec tont Ie reste a lachèue-ment de sa perte, de peur de se voir exposez au sifflementnbsp;de tons les généreux, et paree que si les Mazarins auoientnbsp;seulement eutrepris de brasser quelque séditieux partynbsp;pour attenter sur la liberté des Estats, ils ne tarderoientnbsp;guères de se voir engloutis par vn soulèuement generalnbsp;que Ie people feroit pour en faire main basse et les sa-crifier entièrement a 1indignation de toute la Monarchie.
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Ces raisons ne laissent point douter de la nécessité qu on a de nassembler point ailleurs les Estats Générauxnbsp;que dans Paris, a inoins quon ne soit en dessein non pasnbsp;de reformer tousles débordemens de lEstat, mais de lesnbsp;establir encore plus puissamment que iamais, et de fortifier les peuples dans la créance quils ont quon na pointnbsp;fie plus veritable dessein , quelque apparence quon fassenbsp;Voir du contraire, que celuy de restablir le Mazarin,nbsp;puisquil nest que ce seul moyen qui puisse entièrementnbsp;Viiiner toutes les esperances que ce Proscrit na pas manque de conseruer iusques a present pour la reparation denbsp;sa gloire et le restablissement de sa fortune.
Outre quil me semble quen disant quil ny a que les seuls Mazarins qui respirent apres ce cliangement de lieu,nbsp;et que Son Altesse Royale, Messieurs les Princes et tousnbsp;les peuples généralement souhaitent que la Ville Capitalenbsp;fie la Monarchie ne solt point frustree de cet honneur,nbsp;'e pense quon ne peut choquer cette iuste passion denbsp;eeux qui sont interessez pour le bien de IEstat, afin denbsp;fauoriser le party dvn estranger proscrit, sans donnernbsp;Occasion de croire sans aucune téinérité quon pretendnbsp;Element brlder ailleurs Pautborite souuerainedes Estatsnbsp;Cénéraux que Iapprehension de se voir mal traister nenbsp;leur laisse iamais porter dautres iugemens que ceux quinbsp;^eront au gré de Iambition des Mazarins, puisque nes-^^nt point de raison seulement apparente qui iuslifie lanbsp;'nécessité de les tenir ailleurs, il nen est point entière-^ent qui ne conclue que celle de les tenir dans Paris estnbsp;indispensable, suppose quon ayt vne sincere intentionnbsp;les assembler pour retrancher sans espargne tous lesnbsp;nbus que le manuals gouuernement a fait glisser dans
1Estat.
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Fuisquil est constant par la suite de toutes ces raisons inuincibles quil est absolument nécessaire, tant pour Ienbsp;repos de lEstat que pour llionneur de Leurs Maiestez,nbsp;quon tienne les Estats dans Paris, ie pense quil ne menbsp;sera pas fort difficile de nommer les personnes desquellesnbsp;on doit faire choix pour les y députer, et que mesmenbsp;les nécessitez précédentes pourront seruir de préiugez anbsp;cette Eslection, si ceux qui sontdestinez pour les clioisir,nbsp;veulent tant soit peu se désintéresser pour en examiner lanbsp;valeur.
Pour eet effect il est a propos de considérer quelle est la fin des Estats Généraux, pour quel dessein estce quonnbsp;les assemble et questce quon se propose lorsque les soinsnbsp;de lEstat font conclure ses intelligences a la nécessiténbsp;de ces assemblees. Sil est vray, comme personne nennbsp;doute point, que la réforme générale de tous les abusnbsp;qui sont entrez dans Ie Gouuernement par la corruptionnbsp;des loix, est la seule et dernière fin des Estats, il estnbsp;encore plus vray que Ie seul et linfaillible moyen denbsp;paruenir a cette fin nest autre que la resolution etnbsp;bonne intelligence de ceux qui sont Députez, pour ynbsp;porter les besoins des peuples et les nécessitez desnbsp;Prouinces; car comme cette Assemblée générale de toutnbsp;ce quil y a de plus eboisi dans lEstat, cest vn corps anbsp;plusieurs testes, il est impossible absolument que les de-libérations puissent estre bien concertées au soulagementnbsp;des Peuples a moins que la Concorde ne soit la présidentenbsp;de leur conseil et que la discorde ne soit en impuissancenbsp;dy pouuoir semer auctine pomme de diuision pour ennbsp;bannir Ie repos et la tranquillité de la paix.
Puisquece nest que la seule mésintelligence qui puisse
faire auorter les espérances que les Peuples con^oiuent
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du succez des Estats Généraux, il me semble que pour obuier a cette funeste des-vnion, il seroit a propos de nenbsp;choisir point les personnes qui sont obligees de la fo-nienter par la nécessité quils ont de sintéresser pour lanbsp;gloire de leur party , et que les Maisons de Ville et lesnbsp;assemblees des Prouinces particulières ne doiuent pointnbsp;auoir auiourdhuy de plus grand soin que celuy dexa-miner sérieusement Ie génie et lattachement des personnes quils sont en dessein de nommer, pour en fairenbsp;les entremetteurs et les Anges tutélaires des nécessiteznbsp;publiques dans 1Assemblee des Estats Généraux. Et puis-quil nest que trop constant par la funeste expériencenbsp;de toutes les calamitez passées, que les Mazarins sont lesnbsp;véritables Lutins de nostre repos et les Anges Apostatsnbsp;de la Monarchie, nest-il pas vray que les Prouinces etnbsp;les Maisons de Ville qui tireront leurs Députez de cettenbsp;pépinière de brouillons, seront tombées ou dans laueu-glement ou dans Ie sens réprouué, puisque les besoins denbsp;1Estat exigeant nécessairement pour vn premier coup denbsp;lustice quon restablisse les Loix que ces corrupteurs ontnbsp;iinpunément débauchées , il nest pas possible den espé-ter eet aduantageux succez si les Mazarins mesmes sontnbsp;6a estat de pouuoir empescher cette réforme en ne luynbsp;donnant seulement pas leurs suffrages.
Mais néantmoins ie soustiens que dans cette precaution *^écessaire pour ne députer point aucun Mazarin, il faunbsp;droit principalement ietter les yeux sur les Partisansnbsp;^assaux et sur les Frondeurs peruertis afin de les regar-der auec dédain comme estant marquez au caractère desnbsp;eprouuez et de se garder bien de leur confier Ie sang desnbsp;^6up]es quils mettroient infailliblementa lenchère pournbsp;1 ïtbandonner au plus offrant. II peut estre arriué que la
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passion ou la consideration innocente de lintérest particulier aura fait giossir Ie party du Cardinal Mazarin lorsque ce voleur nauoit encore succé nostre sangnbsp;quauec ses souhaits et quil estoit en estat de continuer ses soins aussy généreusement quil auoit commencenbsp;pour les interests de la France; et ie pense que ceux quinbsp;se sont déuouez a luy depuis cette innocence de sa conduite , auroient du moins en apparence plus de raison denbsp;iustifier lattachement quils ont témoigné pour la def-fense de son party.
Mais ceux qui cabalent pour luy, après auoir géne reusement frondé, ceux qui veulent Ie receller lorsquilsnbsp;Ie voyent chargé de toutes les plus riches dépouilles denbsp;lEstat, ceux qui se rendent ses Apologistes lorsque tousnbsp;les Parlemens de France concluent a sa condamnation,nbsp;cenx qui Ie mettent a labry lorsque la iustice du Ciel etnbsp;de la terre foudroye sur linsolence de ses déportemens,nbsp;et qui ne sattachent a luy que par Ie lien honteux denbsp;lintérest et sur lespérance quils ont desleuer leur fortune ou de la couurir du moins descarlate * par lanbsp;faueur de son restablissement, ceux la, dis ie, doiuentnbsp;estre censez parmy les plus redoutables; et les Prouin-ces ou les Maisons de Ville qui les dépiitent, ontnbsp;tousiours assez de raison pour en rétracter la parole, sansnbsp;quon les puisse blasmer pour ce changement que denbsp;sestre enfin reconnus.
Vn esprit qui na fait que voltiger par tous les partis, qui se donne a prix dargent, qui se laisse gagner parnbsp;lespérance dvn heau chapeau, qui met sa faueur a
' Ceel sadresse évidemment au Coadjufeur, ainsi que Ie paragraph® suivaiit.
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Iencan, qui est auiourdhuy Frondeur et demain Maza-nn , qui fait tantost Ie passionné pour Ie seruice de S. A. R. et qui sen éloigne puis après pour Ie choquer,nbsp;qui sengage par affection auec les Princes de la Frondenbsp;et qui sen dégage par intérest, qui fulmine contre lesnbsp;iniustes emprisonnemens et qui les pratique puis après,nbsp;celuy la, dis ie, ne doit estre choisi que pour aller pré-sider dans lassemblée des intrigueurs et pour aller sender les schismes de la diuision mesme dans la plus'fortenbsp;tranquillité de la paix. Et si Ie malheur vouloit que quel-que Prouince ou quelque Maison de Ville se fust asseznbsp;oubliée pour députer des esprits de cette nature, ie nenbsp;doute pas quelesEstats Généraux ne deussent commencernbsp;leurs scéances par les iustes oppositions quils forme-roient a ce choix.
Ainsi ie conclus que si leurs Maiestez condescendent a la proposition que S. A. R. a fait de tenir les Estatsnbsp;Généraux dans Paris, et si les Prouinces prennent gardenbsp;de nenuoyer que des Députez qui soient reconnus pournbsp;leur Constance et leur générosité, toute la France a iustenbsp;suiet de considérer les Estats Généraux comme la seulenbsp;et dernière ressource de ses malheurs; comme au contraire il ne faut point douter que ce dernier remède desnbsp;maladies mortelles de lEstat ne soit entièrement affoiblynbsp;par les iniustes et tyranniques cabales des Mazarins si lanbsp;petitesse du lieu secondée de lalliance criminelle de certains Députez les met en estat den pouuoir tellementnbsp;brider les suffrages par lappréhension des assassinats,nbsp;quon ny puisse rien determiner quau gré de leur ambition.
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Les Particularitez des cérémonies ohseruées en la maiorité du Roy, auec ce qui sest fait etnbsp;passé au Parlement, Ie roy séant en son Lietnbsp;de lustice [2714],
(7 septembre 1651.)
Vn ancien Autheur rapporte que TEinpereur Constance, après auoir fait son entree solennelle dans la ville de Rome et auoir magnifiquement considéré sesnbsp;superbes Palais, ses Temples, ses Emphithéatres et toutnbsp;ce qui sy voyoit de plus remarquable, fut saisi dvnnbsp;tel rauissement quil ne put sempescher de se plaindrenbsp;de la Renommee, dautant que sa coustume estantdexa-gérer toutes choses et de les porter beaucoup au dela denbsp;leur iuste grandeur, elle sestoll montrée a lendroit denbsp;Rome ou foible, ne pouuant exprimer par Ia force de sesnbsp;paroles les merueilles et les beautez quelle enfermoit,nbsp;ou malicieuse, en les rabaissant a dessein afin dobscur-cir lesclat de sa gloire. Certes la crainte que tout Parisnbsp;ne formast contre moy la mesme plainte que ce grandnbsp;Empereur fit contre la Renommee, mempescheroit denbsp;parler de la magnificence qui Ie tient encore dedans les-tonneraent, si ie ne my sentois force par Ie désir denbsp;faire part a toute la France de la ioye dont nous auonsnbsp;esté comblez, et de Tinstimire de lordre tenu dans cettenbsp;belle pompe dont voicy Ie récit :
Le leudy septième de Septembre ayant esté cboisi par Sa Maiesté pour aller au Palais y tenir son Liet de lustice et entrer en maiorité, les Regimens des Gardes
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DE MAZARINADES.
Francoises et Suisses furent commandés dès les quatre heures du matin pour la garde des portes du Palais etnbsp;des auenues depuis Ie Palais Cardinal, scauoir Ie longnbsp;de la rue Sainct-Honoré, de la Ferronnerie, de Sainct-Benys depuis les Saincts-Innocens iusques a la portenbsp;de Paris, de Sainct-Iacques de la Boucherie, du pontnbsp;Nostre-Dame, du Marché-Weuf, de la rue Neufue-Sainct-Louis et de Saincte-Anne, qui estoit Ie cheminnbsp;que deuoit tenir Sa Maiesté. Les boutiques, chambresnbsp;et toits qui sont dans eet espace, furent remplis dvn sinbsp;grand nombre déchafauts et de peuple, que depuis lesnbsp;quatre heures du matin iusques a onze, tout Paris sem-bloit estre contenu dans quelques-vnes de ses rues, sinbsp;bien que Pon pouuoit dire alors que la mellleure partienbsp;de cette grande et populeuse ville estoit comme dé-serte.
Sur les neuf heures et demie commenca la marche du
a
Cortege de Sa Maiesté, scauoir ; dvn grand nombre de caualerie se suiuant a la file et se rangeant dans la cournbsp;du Palais.
Après eux raarchoit la Compagnie des Cheuaux Légers de la Reyne, conduits par Ie Marquis de Sainct-Maigrin,nbsp;paroissant auec sa grace ordinaire , augmentée par lanbsp;beauté de son équipage. Cette Compagnie, leste a mer-ueille, estoit suiuie de celle de Sa Maiesté, qui ne lüynbsp;cédoit en rien.
Le grand Préuost de lHostel superbemènt vestu et monté sur vn cheual barbé, couuert dvne housse denbsp;brocart, alloit après a la teste de la Compagnie de sesnbsp;Gardes.
Ensuite marchoient les Cent Suisses de la Garde du Roy, conduits par vn de lenrs Officiers, aiissy vestu a
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lauantage, son cheual caparassonné et couuert dvne housse de satin incarnat, garnie dvne broderie et den-telle dor.
Après les Cent Suisses, marchoit vn grand nombre de Seigneurs que 1on appelle Ia Noblesse dorée, dans lé-quipage Ie plus pompeux quil se puisse imaginer, telnbsp;ayant au seul harnois de son cheual pour quatre millenbsp;escus de broderie.
Après cette Noblesse qui sembloit emporter sur ses habits toute la dépouille des Indes et du Pérou, mar-choient a pied les Gardes du Corps de sa Maiesté quinbsp;estoient suiuis de six Hérauts darmes, reuestus de leursnbsp;cottes de velours violet parsemées de Fleurs de lysnbsp;dor.
Marchoient ensuite les Mareschaux de France qui ne cédoient en rien aux premiers, tant en la richesse denbsp;leurs habits quen la beauté et parure de leurs che-uaux.
Entre les Mareschaux de France et les Valets de pied de Sa Maiesté, paroissoit Ie Comte dHarcourt, seul anbsp;cheual, tenant en main lespée de grand Escuyer.
Après vne troupe de Valets de pied paroissoit Ie Roy a cheual, auec vne grace et vne maiesté qui tiroient desnbsp;larmes de ioye des yeux de tous les spectateurs et des crisnbsp;de f^ive Ie Roj de toutes les bouches.
Autour de Sa Maiesté marchoient les Princes, Dues et Pairs de France.
Venoient après les Gardes de la Reyne qui parut dans son carrosse, dans lequel estoient Monsieur Ie Due dAn*nbsp;iou en vne porlière et Monseigneur Ie Due dOrléans anbsp;1autre.
Derrière Ie carrosse, estoient les Officiers de la Reyne,
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ensuite diceux les Compagnies des Gens darmes de Leurs Maiestez.
Auec ce beau Cortege, Ie Roy alia descendre au bas des dégrez de la Saincte Chappelle, oü il monta pour entendre la Messe, ayant esté auparauant re^u par Messieurs du Parlement.
La Messe acheuée, SaMaiesté alia seseoir dans son Liet de Justice, oü après les cérémonies accoutumées et les re-merciemens faits a la Reyne sa Mère, Ie Roy demandanbsp;que les Déclarations cy deuant faites en faueur de Monsieur Ie Prince deCondé fussent leues etcouchées sur lesnbsp;registres de la Cour. Et ainsice grand Prince a commencénbsp;a nous donner des preuues de sa Justice et prudence etnbsp;des arrhes asseurez du bonheur dont toute la France doitnbsp;iouir tant quelle sera soumise a la conduite dvn si sagenbsp;Monarque.
Sur les douze heures et demie , toutes les cérémonies estant acheuées, Sa Maiesté sen retourna au Palaisnbsp;Royal dans Ie carrosse de la Reyne dans lequel estoientnbsp;Monsieur Ie Due dAniou, Frère vnique du Roy, etnbsp;Son Allesse Royale, auec la mesme suite qui lauoit ac-compagné. Et ce fut alors que Ton entendit Ie tonnerrenbsp;des boettes et canons tirez de la Grèue, de lArsenal etnbsp;de la Bastille qui firent leur deuoir dimiter par leursnbsp;bouches enflammées les cris dallégresse que Ie peuplenbsp;poussoit dans lair en réiouissance dvne action si célèbrenbsp;et désirée depuis si longtemps.
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[3648]*.
(1quot; janvier 1632.)
)
De mettre a prix la leste et la vie des hommes, en sorte que celuy qui se voit sousmis a vn iugement si ri-goureux, ne considère plus tous les autres hommes quenbsp;comme autant de furies et de hourreaux qui pensentnbsp;auoir droit de Ie massacrer, et regarde toute la terrenbsp;deueiiue comme Ie theatre de son supplice, cest sansnbsp;doute vn suiet capable de toucher de compassion les amesnbsp;les plus dures et les plus insensibles; mais que ce genrenbsp;de condamnation , ou inouy en tant de lieux du monde,nbsp;OU reserué a la punition des plus scélérats dentre tous lesnbsp;Corsaires et les brigands publics, soit pratique nouuel-lement et ou? dans vn pais estimé iusques a cette heurenbsp;lasyle general des malheureux, et par qui ? par vnnbsp;peuple renommé sur tous les autres aussy bien pour lanbsp;douceur que pour la grandeur de son courage, et contrenbsp;qui ? contre vn Chef des Conseils du Roy, contre vnnbsp;premier Ministre dEstat, dautant moins digne dvn sinbsp;rude traitement que ses plus cruels ennemis ne losent
Cette pièce a été attribuée a Martineau, évéque de Bazas; a Colion , évéque de Dol, a Servien et a Silhon. Je penclierais plus volontlers pournbsp;1uii des deux prélats. Toujours est-il que les Sentimens d' vn fidelle subietnbsp;du Roj eurent une sorte de caractère ofiiclel pulsquils furent dabordnbsp;imprlmés au Louvre, Cette edition la ne se vendait pas. Celle qui fut li-vrée au commerce, ne parut que Ie jeudi saint. Elle se distingue de lanbsp;première en ce quelle contient un passage oü il est parlé de 1arrét contrenbsp;lamiral de Coligny, et quelle na que quarante-hult pages.
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accuser de la moindre cruauté , contre vn cardinal de la Maistresse auguste de toutes lesEglises et contre vn Princenbsp;de Ia Ville capitale du Royaume de lésus-Christ, ie disnbsp;hardiraent que cest vn prodige dinhumanité qui doitnbsp;attirer lhorreur de tous les siècles et couurir dvn op-probre éternel et ineffacable ceux qui se glorifient dennbsp;estre les autheurs.
On s^ait assez que Monseigneur Ie Due dOrléans, par vn malheur deplorable en vn si grand Prince, na pasnbsp;eu peil de part a vne entreprise si estonnante ; mais aussynbsp;ceux qui scauent quelle est la bonté et la tendresse de sonnbsp;naturel, tout humain et tout royal, ne doutent pointnbsp;quen cette occasion il nait agi par des impressionsnbsp;estrangères, que Ton nait séduit son esprit pour abusernbsp;de la sincérité de ses intentions, et quil nait souffertnbsp;violence auant que de la faire ou de lautboriser parnbsp;son suffrage.
Ien dis de même du puissant Sénat qui a prononcé eet arrest funeste tumultuairement et a 1impourueu , senbsp;laissant aller au torrent dvne cabale nee de Ianimositénbsp;de peu de personnes offencées et intéressées, nestantnbsp;pas croyable quvne Compagnie qui a receu du Roy loutnbsp;ce quelle a dauthorité, et qui pour lordinaire a parunbsp;ne point auoir de sentiment plus vif ny plus pressantnbsp;que pour la defense de son Prince, ait esté capable delle-mesme et par son propre mouuement dvne resolutionnbsp;de cette qualité.
Mais quant a ceux qui ont esté les principaiix et les véritables instrumens de cette action toute extraordinaire , a quoy pensoient-ils ? et de qiiel esprit, de quelnbsp;génie auoleiit-ils lame poüssée et transportée ? Qua denbsp;ooininun la France auec vn dessein, ie ne dis pas si per-
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nicieux , maïs si bas et si sanglant, ou si contraire a Thumanité et a la générosité Francoise ? pour satisfairenbsp;la haine et la passion de peu dauares , dambitieux et denbsp;brouillons centre vn Ministre qui sest oppose a leursnbsp;factions et a leurs cabales , de tout ce quil y a denbsp;Francois, falloit-il en faire des bourreaux par vn arrestnbsp;public et solemnel de la première des Cours souuerainesnbsp;de lEslat , abandonner a laudace et a la rage du dernier des hommes vne teste couronnée de la pourprenbsp;Romaine; la proposer pour rancon des criminels quinbsp;lauroient coupëe; promettre ou vendre aux voleurs etnbsp;aux meurtriers Fimpunité de leurs exces pour vn assas-sinat et pour vn parricide; et signaler 1essay dvne procédure si peu clirestienne sur vne personne honorée denbsp;Ia plus éminente des dignitez sacrées, après celle dunbsp;très-sainct et du très-heureux Père de tous les fidelles ?
Et en effect, représentons-nous que quelque furieux , sous couleur dexécuter Ie iugement dvne Compagnienbsp;souueraine, vinst a plonger ses mains dans Ie sein etnbsp;dans Ie sang de ce Prélat infortuné; qui ne frémiroitnbsp;dhorreur a la nouuelle dvne violence si tragique ? Quinbsp;de tous ceux qui ont souhaité et coniuré Ie plus ardem-ment sa perte, ne changeroit sa haine et sa vengeance ennbsp;effroy et en pitié ? Et qui ne seroit saisi de douleurnbsp;voyant ou Ie nom Francois malheureusement flétry parnbsp;Iinfamie et par latrocité dvn attentat qui paroistroitnbsp;dautant plus iniuste quon auroit voulu lappuyer denbsp;1authorité des Loix et de la Justice ; ou Ie plus venerable de tous les ordres du Royaume outrage et rendunbsp;méprisable par vne blessure et par vne Infraction si insupportable de ses immunitez et de ses priuiléges, quenbsp;les Souuerains mesmes qui ont eu quelque teinture de la
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piété chrestienne, ont tousiours réuérez; ou enfin Ia maiesté du Siège Apostolique violée presque au premiernbsp;chef par Ie massacre et par la mort de lvn de ses membres principaux qui forment et composent selon les Canons et Ie sentiment commun des Doctcurs Ie corpsnbsp;inuiolable de lésus-Christ en terre ? Dieu par sa sainctenbsp;grace nous veuille préseruer dvn accident si horrible et
si detestable!....................
Et pour examiner Ie premier de ces trois chefs qui prouuent en cette rencontre linnocence du Cardinalnbsp;Mazarin et Ie mettent a couuert également de la puissance des Magistrals et de la violence des particuliers, ynbsp;a-t-il homme si ignorant et si peu versé dans les cous-tumes et dans les loix de ce Royaume qui ne scachenbsp;que les Euesques , et par conséquent ceux a qui la Francenbsp;donne vn rang dhonneur beaucoup plus esleué quenbsp;celuy des Euesques, ne reconnaissent point, hors lesnbsp;causes ciuiles, la iuridiction des Cours séculières et nenbsp;répondent point directement deuant Ie tribunal des lugesnbsp;laicques, non pas même en cas de crime de lèse-Maiesté? Cette vérité ne doit pas estre prouuée parnbsp;dautres témoins que par ceux mesmes, lesquels aunbsp;préiudice de Fauthorité de leurs anciens arrests ontnbsp;vsurpé celle de iuges en vn faict dont la connoissance,nbsp;par leur propre aueu, ne leur appartient point. Le grandnbsp;Roy Francois ayant résolu de faire Ie proces a deuxnbsp;Euesques qui luy auoient manqué de fidélité en coniu-rant contre son sendee auec les ennemis , et ayant con-sulté le Parlement des Pairs sur vne affaire de cettenbsp;importance , cette Cour auguste répondit a eet augustenbsp;Prince, que son pouuoir Royal ne sestendoit pas a cesnbsp;matières et que dans 1ordre commun et légitime, elles
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deuoient être terminées par vn iugement Episcopal et Apostolique. Et sans mentiiq cette venerable Compagnienbsp;ne pouuoit donner a son Roy vn aduis plus sage, plusnbsp;iudicieux, plus éuangélique, ny mieux fonde sur la pratique des Royaumes Chrestiens, et particulierement dunbsp;premier de tous , qui est le Royaume de France.
Et quant a ce qui nous touche pour la preuue dvne coustume si louable , il me suffira dans vne infinitenbsp;dexemples que Ihistoire nous rapporte , den choisirnbsp;quelques vns dont les premiers ont paru sous la plus an-cienne race de nos Princes, dont la memoire est en benediction pour auoir produit les premiers Roys Chrestiens de nostre nation; et les autres sous la seconde,nbsp;dont la gloire doit estre immortelle pour auoir hasty vnnbsp;nouuel empire destine a la defense de 1Eglise vniuer-selle et du Royaume eternel de lesus-Christ en la per-
sonne de son Vicaire general en terre.........
»««» » Et pour quel suiet done, et par quel mystere faudra-t-ilnbsp;quvn seul Cardinal Mazarln nait point de part a vnenbsp;immunite et a vne prerogatiue si considerable des Prelatsnbsp;de PEglise sainte? Estce peut estre que Ton nestime pasnbsp;quil soit raisonnable destendre aux cardinaux du throsnenbsp;de sainct Pierre ce priuilege des Euesques ? Cette défaitenbsp;seroit insensee, ridicule et opposee au sentiment communnbsp;de toute PEglise, par le consentement vnanime de laquellenbsp;ces premiers appuis de la chaire des Apostres, ces enfansnbsp;choisis de la mere des fidelles, ces assistants et electeursnbsp;sacres du chef visible du corps mystique de lesus-Christ,nbsp;ces Peres reuestus et couuerts de pourpre par vn droictnbsp;particulier en temoignage de leur dignité Royale senbsp;voyent esleuez a vn si haul comble de grandeur et de
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gloire cjue selon la' pensee de tons les Docteurs les loix publiques ne les peuuent obliger si elles ne les marquentnbsp;^xpressément, comme il fut allégué dans Ie sainct Concilenbsp;general de Trente. Estce que les crimes et les désordresnbsp;'niputez a ce deplorable Cardinal sont des désordres etnbsp;des crimes inouis? et qiiils surpassent incomparablementnbsp;ceux qui nont pas priué de eet auantage les anciensnbsp;Euesques, dont ie viens de parler? Mais Ie Cardinalnbsp;Mazarin a-t-il eu, comme eux, des intelligences ou signénbsp;des traitez auec les ennemis de lEstat ? A-t-il, commenbsp;eux, corrompu la fidélité des suiets du Roy? La-t-il,nbsp;comme eux, exposé a la risée et a la fureur de sesnbsp;rebelles? La-t-il, comme eux, traité dexcommunié,nbsp;esloigné des autels et du commerce des Chrestiens ? Luynbsp;a-t-il, comme eux, rauy la liberté auec la couronne, ounbsp;attenté, comme eux, sur sa personne et coniuré sa mort?nbsp;Quon eboisisse Ie moindre de ces excez dont les anciensnbsp;Prélats de France ont esté coupables ou chargez , et quenbsp;Ion consulte la haine ou lenuie la plus implacable quinbsp;se soit allumée depuis peu dannées contre ce Ministrenbsp;malbeureux; il est sans doute quelle noseroit, ie ne disnbsp;pas Ten accuser, mais len soupeonner.
Que si 1ayant trouué pur et innocent de toutes fautes mesmes apparentes enuers son Roy et son Prince souue-iain, on recherche les iniures quil auroit pu faire auxnbsp;particuliers, on verra pour la pluspart quayant comblénbsp;de graces les vns, et pardonné, souffert ou dissimulé lesnbsp;outrages des autres, il ne sest procuré rinimitié et attirénbsp;la persécution de tous que par lexcez de ses largessesnbsp;enuers les vns, et de sa patience enuers les autres; lou-bly des iniures ne luy estant pas moins naturel que Ienbsp;souuenir Test pour lordinaire au reste des hommes, et
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sa bonté ayant paru si rare et si inüincible que ses en-nemis sont tousiours en estat de pouuoir loffenser ou se réconcilier auec luy impunément, s^achant quils font lanbsp;guerre ou la paix auec vn homme qui ne se venge point.nbsp;Ie ne veux done point que Ton considère les seruices si-gnalez quil a rendus par ses soius et ses conseils au Roynbsp;et a lEstat : LEspagne domptée, IItalie protegee,nbsp;IAHemagne pacifiée, les espérances des ennemis et nosnbsp;frontières tousiours reculées, iusques a tant que Ie tu-multe des nouuelles intrigues eust trauersé Ie cours denbsp;nos prospéritez domestiques et estrangères. Que lonnbsp;nait égard purement qua linnocence de ses inoeurs etnbsp;de sa conduite; faut-il quautrefois des Prélats atteintsnbsp;de crimes les plus noirs et les plus irrémissibles ayentnbsp;pu dabord se garantir de la séuérité des Cours Royalesnbsp;et Ciuiles pour ne respondre et ne comparoistre quenbsp;deuant leurs confrères, et quvn seul Cardinal Mazarinnbsp;qui les précède en rang et en honneur et dont la vienbsp;particuliere et ladministration publique nont esté su-iettes iusques a cette heure a aucun reproche iuste et lé-gitime, trouue eet azile et ce port ferme a la defense denbsp;sa réputation, de ses biens, de son salut et de sa di-gnité ?
Mais en cette occasion nappuyons pas Ie droit infail-lible de ce Cardinal, ny sur les exemples les plus mé-morablesde ce qui sest veu et pratiqué de tout temps en France, ny sur Ie témoignage et les arrests expres denbsp;ceux qui ont depuis peu entrepris de Ie iuger. Consul-tons loracle de lvne des plus sainctes et des plus inuiola-bles conuentions qui ayent esté passées entre nos Roysnbsp;et les Souuerains Pontifes. Ce fameux Concordat arresténbsp;depuis plus de cent trente ans entre Ie Pape T.éon X et
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Ie grand Roy Francois, et ensuite vérifié et enregistré dans cette première de nos Compagnies souueraines etnbsp;obserué de part et dautre auec tant de religion, nenbsp;porte-t-il pas formellement quen cas de crime Ie Papenbsp;enuoyera et commettrades luges sur les lieux pour cou-noistre des crimes des Éuesques; mais pour les Cardi-öaux de lEglise Romaine, il en retient les causes et sennbsp;réserue a luy seul la connoissance ?
Que peut-on souhaiter de plus décisif, de plus au-thentique , de plus fort, de plus inuincible en faueur de ce Prélat ? En haine dvn seul homme, est-il iuste de vio-ler la sainctetéd'vn traité si solemnel ? Ne pouuons-nousnbsp;estre luges dvn coupable prétendu sans esbranler lesnbsp;fondemens de la lustice? Et pour authorise! vn parricide en la personne dvn Cardinal, faut-il deuenirnbsp;infidelle au Pape mesrne et au souuerain maislre de lanbsp;Foy ?
11 est done visible que Monsieur Ie Cardinal peut esta-blir la première nullitc de sa condamnation sur lincom-pétence et sur lentreprise de ses luges : il est Cardinal; en matière criminelle, il ne doit répondre qua 1Église.
Mais supposons néantmoins que ceux qui Pont iugé, Qe soient blasraables daucune vsurpation et quils soientnbsp;demeurez dans les limites de leur puissance légitime;nbsp;ont-ils suiuy 1ordre de la lustice? ont-ils gardé scrupu-leusement, comme Ie réquéroit vne si grande affaire, lesnbsp;formes iuridiques et accoustuinées en pareilles occasions? Le Cardinal Mazarin est accusé destreentré dansnbsp;Ic Royaume au préiudice de la déclaration du Roy'; et
Cardinal Mazarin____de rentree
au
* Declaration du Roy portant defenses dans ce Royaume , etc. [925].
Tl 21
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la-dessus on condamne ce Prélat, on Ie proscrit, on met sa vie en proye a la rage des meschans. Mais dans vnenbsp;rencontre si importante, ne falloit-il pas employer auecnbsp;la dernière exactitude les formes ordinaires qui accom-pagnent les iugemens publics et solemnels et quipeuuentnbsp;estre appelés auec raison Ie fondement des Loix, la lu-mière de la Justice, Ie rempart de Tinnocence, Fame desnbsp;conseils et vn frein qui arreste la licence et la témérité denbsp;ïuges passionnez ou corrompus ?
On asseure done que Ie Cardinal Mazarin est entré en France et que par cette entree il a violé les defenses dunbsp;Roy; mais dans cette occasion, lordre naturel de la Justice ne demandoit-il pas que lon séclaircist et que 1onnbsp;informast iuridiquement dvn faict de cette consequence?nbsp;Or oü sont les tesmoins qui chargent ce coupable? De-uant quel Juge ont-ils faict serment de ne point blessernbsp;la vérité ? Et les a-t-on ensuite confrontez, selon quilnbsp;sobserue en pareilles occasions ? Toute la depositionnbsp;que Ton a receue, est celle de Monseigneur Ie Due dOr-léans, dont la naissance et la condition Royalle ne per-mettoient pas que Pon pratiquast en sa personne ce quinbsp;se pratique ordinairement en celle des tesmoins.....
Mals pour venir au suiet particulier dont il sagit icy, la régularlté de la procédure, en ce qui touche la vie desnbsp;hommes, est vne condition si fondamentalle et si essen-tielle pour authoriser vn meurtre quvn docte Religieux,nbsp;illustre par sa probité et par ses ouurages et Confesseurnbsp;du grand Empereur et Roy dEspagne Charles Quint,nbsp;sestant propose cette question particullère, de scuuoirnbsp;si on est oblige dobéyr au Roy quand il nous coininandenbsp;de tuer vn homme, la résout en répondant, quon y est
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oblige OU quon Ie peut en conscience quand Ie Roy procédé par les formes legitimes; quautrement on ne Ienbsp;doit ny on ne Ie peut. Que si la distinction de ce Tbéolo-gien célèbre a lieu a légard du Roy dont la puissancenbsp;paroist estre sans limites et a qui mesme la nécessité desnbsp;occasions et des affaires ne permet pas quelquefois denbsp;recourir aux moyens accoustumez, combien plus est-ilnbsp;iuste et nécessaire den vser a légard des Magistrats quinbsp;nont point de part aux mystères de lEstat et dont lau-tliorité et laiuridiction doiuenttousiours estre renferméesnbsp;dans les formes quil a plu au Roy de leur donner? Etnbsp;1on croira néantmoins que sous prétexte dvn comman-dement donné irrégulièrement, sans enqueste, sans té-moins, non par Ie Roy, mais par vn Parlement, non parnbsp;vn oracle du Souuerain, mais par vne ordonnance dvnenbsp;simple Cour de ses Officiers et de ses ministres, il estnbsp;permis, chose detestable ! de répandre Ie sang dvn Cardinal et en mesme temps decouurir dvn deuil general etnbsp;éternel lauguste corps des Princes de lEglise , de qui cenbsp;coup mortel auroit offense sacrilègement la dignité,nbsp;comme larrest qui Ie commande, réduiroit, sil auoitnbsp;lieu, leur personne sacrée a la condition des plus inrnbsp;fasmes criminels!
Mais auouons, ce qui nest pas, que dans cette occasion Ie Cardinal Mazarin a esté iugé et condamné par ses luges naturels et quen Ie condamnant dvne manièrenbsp;aussy rigoureuse que nouuelle, ils nont rien obmis desnbsp;formalitez de la lustice; ont-ils eu matière de con-clure et de prononcer contre luy vn si séuère iuge-inent ?
Vn Prince du sang esleué plus que iamais nul autre on biens, en charges , en Gouuernemens, en places, en
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estime de courage et suffisance extraordinaire dans la guerre, mais qui seroit tousiours bien moins redoutablenbsp;sil ne lestoit par les biens-faits de celuy quil veut per-dre et que lon scait luy auoir procure, entre autresnbsp;auantages, la charge de Grand Maistre de la Maison dunbsp;Roy, vn commandement perpétuel de ses armées et desnbsp;Souuerainetez considerables sur la frontière de 1Estat,nbsp;lillustre Comté de Dampmartin, lvne des plus richesnbsp;et des plus nobles terres du Royaume; vn Prince, dis-ie,nbsp;de cette qualité, fait éclater tout dvn coup son ressentiment contre la Cour, couure et colore de diuers pré-texles Ie dessein de se venger, détache de larmée tous lesnbsp;Regimens qui estoient sous son nom , leur defend de re-connoistre les ordres du Roy, traicte et sallie auec l'en-nemy, assemble des troupes et ses amis de tous costez,nbsp;arme, souslesue et met en feu toute la Guyenne et lesnbsp;pais voisins, appelle lEspagnol, lerecoiten France, luynbsp;donne des villes a fortifier, sapproche etvient en armesnbsp;au deuant duRoy qui Ie poursuit auec des peines insup-portables a la tendresse de son age; et comme si la rebellion des suiets contre les Roys nepouuoit réussir qua lanbsp;faueur du parricide des Roys, il enuoye a Londres; ilnbsp;implore Ie secours de ces mains cruelles, encore teintesnbsp;et fumantes du sang de leur Monarque; et les partisansnbsp;de sa cabale publiant dèsia partout lentrée de quatrenbsp;mil Escossois dans la riuière de Bordeaux, ne craignentnbsp;point de faire dvne alliance si honteuse vn suiet denbsp;gloire et de trophée.
Dautre costé, Monsieur Ie Cardinal, qui auoit souf-fert durant plusieurs mois , sans plainte et sans murmure les outrages dont on 1auoit chargé en particulier et ennbsp;public, bien loin de penser aux moyens de se venger et
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d écouter les offres que luy faisoit lEspagne en cette occurrence, également touché de reconnoissance pournbsp;tant de biens que luy ont fait Ie Roy et eet Estat, et denbsp;douleur pour les maux extresmes dont il voyoit lvn etnbsp;1autre menace, se résout constamment de les secourirnbsp;dans vn si éminent danger, demployer ses soins, sesnbsp;forces, celles de ses amis et enfin sa vie pour vne entre-prise si glorieuse; met en peu de temps sur pied vne ar-mée considérable; recoit du Roy vn commandement expres de la conduire en France, auec espérance certainenbsp;den tirer vn seruice très-notable dans la conioncturenbsp;présente des affaires.
Cependant Messieurs de la Cour du Parlement, ayant seeu lapproche et la démarche de ce Cardinal et son entrée en France auec sou armée, quoy quils ne pussentnbsp;ignorer quil y reuenoit par ordre du Roy et en estatnbsp;dassister Sa Maiesté contre vne faction puissante de rebelles , sassemblent aussi tost, Ie déclarent criminel denbsp;lèze-Maiesté , mettent sa vie a prix, promettent impuniténbsp;et récompense aux coupables qui lauroient assassiné , etnbsp;ce qui fait horreur a dire et a penser, ordonnent que sesnbsp;biens seront exposez et vendus publiquement pournbsp;payer la teste de leur Maistre; peu de iours ensuite lexé-cution de la Déclaration du Roy donnée des longtempsnbsp;Contre la rébellion de Monsieur Ie Prince * est sureise etnbsp;siispendue, pour nauoir effet que du moment quonnbsp;^urareceu desnouueües asseuréesde lesloignement et denbsp;la retraite du Cardinal hors du Royaume.
En premier lieu done, pour bien iuger si on a con-damné auec iustice Ie retour du Cardinal, considérez
* nbsp;nbsp;nbsp;Lettre du Roj écrite au Cardinal Mazarin [2164].
* nbsp;nbsp;nbsp;declaration du Roy contre les princes de Condéy de Conty^ etc. [906].
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dvnë patt, que cëst Ie Parlement qui ne Ie vent pas; et de lautre, que cest Ie Roy qui la voiilu ; puis voyez sinbsp;la raison et toüte sorte de deuoirs üe iious ordonnentnbsp;pas de préférer incomparablement la volonté du Roy anbsp;la volonté dvn Parlement qui ne peut auoir de iuste volonté que celle du Roy; ce qui a fait dirè au plUs éclairénbsp;et au plus admirable des Pères de TÉglise, que si lEm-pereur commande vné cbose et ses Ministres vne autre,nbsp;il faut obéyr au comtnandement de lEmpereur et nonnbsp;pas a celuy de ses inférieurs et de ses Ministres, nestantnbsp;pas vn crime aux particuliers de vouloir plustost ce quenbsp;veut Ie Roy, que ce que veulent ses Ministres; maisnbsp;au contraire éstant vn crime manifeste aux Ministresnbsp;dü Roy de vouloir autre chose que ce que Ie Roynbsp;veut.
Remarquez en suitte la différence et Tinégalité du traitement que reqoiuent deux personnes qui arrestentnbsp;sur elles auiourdhuy les yeux de toute la France, oünbsp;pour mieux dire, de toute lEurope. Lvn va contre Ienbsp;Roy ; et lautre accourt pour Ie secourir. Lvn a conspirénbsp;aUec les ennernis de cètte Couronne; et lautre est arménbsp;pour la défendre. Lvn appélle les estrangers par mer etnbsp;par terre; et lautre les vient chasser. Et tcutes fois,nbsp;chose estrange! on fauorise Ie premier, et on persécutenbsp;Ie second. On fortifie les iniustes enlreprises de lvn ennbsp;différant de Ie condamner; et on affoiblit les effortsnbsp;louables de lautre en les traittant de désobéyssance etnbsp;de rébellion. Enfin on absouten quelque manière Ie cou-pable, pour faire paroistre linnocent plus criminel etnbsp;plus odieux que Ie cöupable mesme. En vérité, plus ienbsp;pense a ce mystère et plus ie me pasme destonnement.nbsp;Vit-on iamais quvn suiet du Roy ayant traitté auec len-
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nemy et lkyant introduit dans les places de lEstat, vii Patlement ayt loué son entreprise et layt dëclarée legitime pour vn certain temps et sous certainès conditions?nbsp;Conclure ét arrester que Ton attendra de verifier les declarations portées Cotitre Monsieur Ie Prince, qui com-mande des troupes Espagnoles et leur permet de së fortifier en Güyenne, en Poictou et en Champagne, iusquésnbsp;a tant que Monsieur Ie Cardinal ayt vuidé Ie Royauilie ,nbsp;liestce pas conclure et arrester que lEspagnol auranbsp;droict dy demeurer et de sy establir tout Ie tëmps quenbsp;Monsieur Ie Cardinal y deméürera ? Et nestce pas nie-nacer Ie Roy que sil souffre dans sa Cour vn dë Sesnbsp;Ministres, on souffrira que ses eUnemis deuiennént lesnbsp;maistres de son Estat ?
Enfin, nousviuons dans vn temps si deplorable qüoti nappréhende pas de fauoriser manifestemettt vn Prineenbsp;qui entretient vne liaison ouuerte aüec lennemy, peunbsp;de temps après quoh faisoit vn crime irrémissible anbsp;Monsieur Ie Cardinal dauoir commerce et intelligencenbsp;aüec Ie Roy. On allèguera peut-estre que Monsieur Ienbsp;Cardinal est conuaincu dauoir désobéy a la Declarationnbsp;du Roy vérifiée en Parlement aux derniers iours de lanbsp;Minorite, par ou Ie Roy defend a ce Prélat de rentrérnbsp;én France, et a tons les Gouuerneurs de Prouinces et denbsp;places de ly retirer. Mais si on agit en cëtte bccasiohnbsp;par vn pur esprit de maihtenit la force et Tauthorité desnbsp;Declarations du Roy, doü pëut venir quon a tant denbsp;2èle pour lexécution des vries et tant dindifference pbürnbsp;celle des autres ? Y a-t-il des Loix qui défendent au Cardinal de retouiner en France? et ny en a-t-il point quinbsp;défendent aüx Princes dy receuoir les ennemis, leurisnbsp;fiottes, leurs armées, et de leur en liürer les villes et les
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ports ? Et pourquoy done sempresse-t-on auec tant de violence pour venger Iinfraction des vnes, et laisse-t-onnbsp;en mesine temps impuny le violement des autres?
Mais pour ce qui regarde la Declaration du Roy tou-chant Iesloignement de Monseigneur le Cardinal, en quel temps, en quel estat Sa Maieste Ia-t-il publiee ?nbsp;Alors le Roy estoit-il Roy ? Estoit-il maistre de sonnbsp;Royaume auant que de Iestre de ses volontez? Etnbsp;auoit-il atteint cette plenitude dage qui Iesleue au-dessus de luy-mesme et le rend iuge de toutes les actionsnbsp;précédentes de sa vie pour les approuuer on les con-damner selon quil luy plaist? Dailleurs aussy dans cesnbsp;placards insolens et seditieux, ne voyoit-on pas des des-seins et des proiets de nouueautez estranges exposez ennbsp;affiches par tons les coins de Paris? Ne parloit-on pasnbsp;ouuertement de reculer la maiorite du Roy et de donnernbsp;la Regence du Royaume a Monseigneur le Due dOr-leans, ou de luy continuer pour quelques annees la fonc-tion de Lieutenant General de 1Estat? Et ny auoit-il pasnbsp;lieu dapprehender que latémérité dinnouer et dentre-prendre, qui va tousiours croissant dans les tumultes po-pulaires, ne se fist vn passage a de plus importans etnbsp;plus iniustes changemens?
II est done sans doute que le Roy ou plustostla Reyne Régente, pour céder a la nécessité du temps qui est biennbsp;souuent laloydesSouuerains, se vit obligee de consentirnbsp;ala Declaration dont il sagit et quon nignore pas auoirnbsp;mesme este dressee par Messieurs du Parlement dans lesnbsp;termes quil leur plust.
Mals outre que ca este par vne conduite sage et salu-taire que Leurs Maiestez voulurent en cela condescendre a la passion des ennemis de Son Eminence qui au-
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trernent sur Ie déclin de la minorité et sur 1accroisse-inent des nouueaux troubles domestiques, auroient pu prendre des resolutions dvne consequence dangereuse etnbsp;sur tout au milieu dvne grande ville oii Leurs Maiesteznbsp;mesmes, peu de mois auparauant, nauoient pas iouy denbsp;la liberté de leurs personnes ;
La loy fondamentale de la Souueraineté ne veut-elle pas que les Roys et les Monarques ne sengagent pas sinbsp;estroitement a lobseruation des loix quils font sur desnbsp;occasions particulières, quils ne sen puissent dispensernbsp;légitimement eux-mesmes selon que Ie demande Ie biennbsp;de leurEstat et de leur seruice; et principalement silsnbsp;accordent vne chose qui de sa nature ne peut questrenbsp;forcée,comme quand ils renoncent aux droicts essentielsnbsp;et attachez inséparablement a leur Couronne, entre les-quels vn des plus sacrez et des plus inuiolables est sansnbsp;contredit la liberté de choisir eux-mesrnes les Ministresnbsp;dont ils composent leurs Conseils et a la fidélité desquelsnbsp;ils commeltent Ie secret des affaires publiques ?
Mais pour continuer a Ie défendre et a Ie iustifier par la bouche mesme de ses ennemis et de ses persécuteurs ,nbsp;laccusera-t-on de la résolution quon prit, il y a deuxnbsp;ans, darrester Monseigneur Ie Prince ? Mais cette accusation nattaque pas moins directement Monseigneur Ienbsp;Due dOrléans que ce Ministre ; Son Altesse Royale ayantnbsp;eu, comme on scait, la principale part a ce baut des-sein; et sans en recliercher plus curieusement les causes,nbsp;si on en fait vn crime au Cardinal, il aura pour défen-seur Ie Due dOrléans, qui, ayant approuué et autho-risé cette entreprise, comme luy en est coupable si ellenbsp;fut iniuste, et en doit répondre aussy bien que luy.
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Et devray, si lon neust point transféré Monsieur Ié Prince du bois de Vincennes oü il fut mis dabord, aunbsp;Haure de Grace, place forte et asseurée a Leurs Maies-tez, Monseigneur Ie Due dOrléans ne sé seroit péut-estre pas si tost ibis en peine de Ie faire déliurér ; et beau-coup pensent qu il na souhaitté de Ie voir librè qüenbsp;depuis quil a vu quil nen estoit plus Ie maistre etnbsp;quil ne sest plus imagine dauoir a son cboix oü de Ienbsp;retenir en prison qu de len retirer, Comme quand il estoit au Chasteau de Vincennes a la veue et aiix pbrtes denbsp;Paris. Osera-t-on reletter sür lüy Ie blasme du siiége denbsp;Paris? Son Altesse Royale et Monseigneur Ie Péince quinbsp;estoiént diuisez et cohtraires lvn a lautre jjour Ie iusti-fier sue la detention de lvn des deux, saccorderont anbsp;lheure mesme èt se réuniront pour Ie défendre, etnbsp;soustieUdront en sa faueur la iustice de ce siége memorable qUils ont fait eux-mesmes et poursuiuy auec tant denbsp;zèle et de vigueur. Les Cours souueraines luy impute-ront-elles les désordres de lËstat qui ont précédé Ienbsp;mécontentement quelles ont receu en leur particuliernbsp;par Ie dessein quon auoit pris de retranclier les gagesnbsp;de leürs charges ? Ou elles se soht teues quand il falloitnbsp;parler, ou elles ont parlé quand il falloit se taire; et ilnbsp;est visible qüe des remonstrances j des plaintes et des cla-meurs qui nont pour principe quele bien particulier denbsp;ceux qui les excitent, portent leur reproche en elles-mesmes et ne méritent en facon du monde destre con-sidérées par des personnes sages et dégagées de toutenbsp;préuentlon dintérest et de passion. Cest ainsi done quCnbsp;Ie Cardinal, quoy quagité de tant de disgraces, se
que
trouüe néantmoins dans vn estat si aduantageux
de pöuuoir plaider sa cause impünément deuant ses en-
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et les rendre les témoins de son innocence, en ^esrhe temps quils voudront estre ses luges et quilsnbsp;^Qtreprendront Ie plus ardemhient de Ie condamher ounbsp;Ie persécuter; ce quils nont presque iamais fait quenbsp;lorsquils ont deu rèconnoistre ses trauaux et luy décernbsp;des couronnes et des triomphes pour les grandsnbsp;seruices quil venoit de rendre au Roy et a lEstat.
A-t-il donné la paix a la capitale du Royaume et a tout Je Royauine en mesme temps? Vne faction puissanteses-lèue contre luy, aigrit et fortifie les preinieés dégousts denbsp;Monseigneur Ie Prince quelle Veut sacquérir et dontnbsp;elle seffol'ce par mille artifices de corrompre la fidélité.nbsp;Après la detention de ce Prince, a-t-il réduit auec vnenbsp;incroyable diligence les places de Normandie et denbsp;Bourgogne dans les rigueurs extresmes de lliyuer, puisnbsp;secouru Guise, dompté Bourdeaux, appaisé toute lanbsp;Güyenne dans les chaleurs extresmes de 1esté? Pournbsp;loute recompense de si grands seruices, on redoublenbsp;eontre luy les efforts de la cabale et de 1intrigue aunbsp;iTiesme temps quon les pouuoit croire esteintes etnbsp;étouffees.
Cependant Ie Cardinal, battu dvn si Violent orage, sen esloigne, ou pour lappaiser, ou pour Ie fairenbsp;fondre sur ses ennemis; au coeur de lhyuer il les attaque ; il les cbasse de Rethel; il les défait en bataillenbsp;fangée, ou il taille en pieces leurs meilleures troupes, etnbsp;sen reuient chargé de trophées ét plein de gloire a lanbsp;Cour du Roy.
Pour de si admirables succez, il se dèuoit bien pro-ïiettre 1applaudissemeut public; et il pouuoit bien con-sidérer tant dennemis vaincus comme autant de victimes *^apables dappaiser Ie ressentiment dé ses aduersaires;
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mais au contraire, plus il est glorieux et plus on veut quil soit mal-lieureux ; mieux il sert lEstat et plus onnbsp;laccuse de Ie troubler. Enfin, de ce vainqueur, on ré-sout den faire vn prisonnier et vn coupable a la veue dunbsp;Roy et au milieu de la ville capitale de la France. Ainsinbsp;onvoitque ce nest pas a ses fautes quon en veut, maisnbsp;a sa puissance qui saccroist auec son bonheur et auecnbsp;ses mérites; et lon ne doute point que ceux qui taschentnbsp;de nous faire croire que ses crimes out augmenté auecnbsp;ses seruices, nayent pris pour rebellion leseffets de sonnbsp;deuoir, et ses seruices pour des crimes; et il est infail-lible que si eet exile reuenoit en France moins accom-pagné et moins en estat de rendre victorieuses les armesnbsp;du Roy par Ie renfort et par la ionction des siennes, onnbsp;nauroit pas dépeint son retour si pernicieux que lon anbsp;fait, et peut-estre mesme que la haine de ses condam-nateurs ne seroit pas venue a vn exces si épouuantablenbsp;que de mettre a prix sa teste sacrée et de la sacrifier a lanbsp;fureur des assassins les plus désespérez.........
Mais toi, Paris, maistresse et capitale de toutes les villes de ce grand Estat, ie ne veux point chercher borsnbsp;de toy les interprètes et les témoins de ton deuoir ennbsp;cette conioncture; ie veux seulement te conduire dansnbsp;vne assemblee généralle de tes anciens Pères, te fairenbsp;paroistre en leur presence et te prier en mesme temps denbsp;les considérer, non fragiles et mortels comme ils ontnbsp;esté pendant leur voyage sur la terre, mais incorrupti-bles et glorieux comme ils sont dans Ie ciel; et ils tenbsp;prononceront pour la seconde fois vne loy sacrée quilsnbsp;ont faite et publiée au milieu de toy depuis buit siècles,nbsp;et te commanderont très-séuèrement de lobseruer, sur
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peine de leur haine et de leurs censures les plus redou-*^3bles.
II est certain (voir Ie slxième concile de Paris) que puissance Royalle est estahlie pour Ie bien et pournbsp;^uduantage de tous ceux qui luy sont soumis, etnbsp;*j[u'elle est obligee de Ie procurer selon les loix denbsp;^ e'quité : et c'est aussipour cela que tous ceux qui luynbsp;^ont sublets, doiuent luy obéyr et la seruir auec fidé-^ité; dautant que celuy qui résiste a vne Puissancenbsp;ordonne'e de Dieu, ainsy que IApostre nous lensei-gne, résiste en rnesme temps a lordre de Dieu. Carnbsp;comme les sublets désirent que Ie Roy les conserue etnbsp;les protégé selon la lustice et la piété; de mes me ilsnbsp;^ont obligez de leur part de secourir Ie Roy en toutenbsp;franchise, et sonsprétendre de s'en pouuoir dispensernbsp;^'ous aucun prétexte et par aucune excuse que ce soit:nbsp;^t ils sont obligez, en premier lieu, pour Ie salut denbsp;l^ur dme; et en second lieu, pour contribuer a cenbsp;qui regarde la bienséance et l'utilité publique dunbsp;Hoyaume, suiuant la volonté de Dieu; et en s'acquit-tant de ce deuoir, on ne peut point douter qu ils nenbsp;^ati'sfassent tout ensemble au commandement de Dieunbsp;^t d la fidélité quils doiuent au Roy. Et en effet quenbsp;Irs sublets soient tenus de rendre ce seruice d Sa Ma-^esté Royalle, les préceptes de la Loi nous Ie térnoi-gnent ouuerternent; et Ie Seigneur nous lapprend luy-^esnie en CEuangile, quand il dit : Rendez a Césarnbsp;qui est a César, et a Dieu ce qui est a Dieu. Etsainctnbsp;I^ierre dit aussy: Soyez obéissans a toutes sortes de per-®onnes pour Iamour de Dieu; soit au Roy, comrne anbsp;celuy qui tient Ie premier rang; soit a ses Ministres, ennbsp;^onsidérant que cest luy qui les enuoye et qui leur
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donne authorité. Et vn peu après il dit: Craignez Dieu, honorez Ie Roy. Et VApostre saincl Paul ditnbsp;au mesme sens : Que toute peisonne soit soumise auxnbsp;Puissances supérieures; car il ny a point de Puissancenbsp;qui ne vienne de Dieu; et celles qui sont establies dansnbsp;Ie monde, sont establies de Dieu mesme; et ainsy celuynbsp;qui résiste a quelque Puissance, résiste en mesme tempsnbsp;a la disposition de Dieu, et Ie veste, oü l'ApoUre continue Uien au long de nous instruire sur eet te matière.nbsp;Et Ie mesme aussy escriuant a Tile dit : Aduertissez-les bien de se renclre obéyssans aux Princes et aux Puissances. Et dans sa lettre a Timothée ^ il nous fait voirnbsp;a quel poinct luy estoit précieux Ie salut du Roy, par-lant de cette sorte : Ie vous supplie et vous recom-mande quauant toutes choses lon fasse des prières, desnbsp;supplications et des actions de graces pour tous lesnbsp;hommes, pour les Roys et pour tous ceux qui sont es-leuez en dignité, afin que nous menions vne vie tran-quille et paisible en toute piété et purelé; car cest vnenbsp;chose bonne et agréable deuant Dieu Nostre Sauueur,nbsp;qui veilt que tous les hommes soient sauuez et quils par-uiennent a la connoissance de la Vérité. Car c est ainsynbsp;que Hiérérnie, Ie diuin Prophete, exhorte de prier pournbsp;la vie du Roy Nabuchodonosor, quoy que ce Roy fustnbsp;idolastre. Cambien plus done toute sorte de personnesnbsp;doiuent-ils implorer auec humilité Ie secours de Dieunbsp;pour la conseruation et pour Ie salut des Roys Chres-tiens? Or ces témoignages diuins peuuent suf fire pournbsp;rnonstrer en peu de paroles comme il faut obéyr a lunbsp;puissance Royalle et auoir soin du salut du Roy. Etnbsp;cest pourquoy il est nécessaire cpie tout fidelle, poWnbsp;Ie bien de son salut et pour la gloire de ÏEstat, selon
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lt;iuhl j)laist a Dieu, soit disposé c/e donner au Roy one assistance raisonnahle , comme doiuent faire les membres au chef, et quil rechercheplustost l'aduancement,nbsp;^ utdité et la gloire du Rojaume que les aduantagesnbsp;du siècle, afin que Ie Roy et ses sublets conspirantéga-^cnient a s'enlrajder par on secours niutuel et salu-taire, ils méritent ensemble de iouyr on iour de la fé-Hcité du Royauine éternel.
Ce sont les conseils et les loix de tes propres Pères, ó Paris! assemblez chez toy, qui te parlent et tinstruisent,nbsp;par les diuins oracles, de ce.que tu dois a la Maiesté denbsp;ton ieune Roy, et qui semblent maintenant descendus dunbsp;ciel pour te sanuer des embuscbes dangereusesdesbrouil-lons qui te voudroient séduire et tacheuer de perdre, ennbsp;tinspirant Ie dessein impie dvne rebellion infasme et ennbsp;te plongeant dans les misères infinies dvne guerre ciuilenbsp;et dvne guerre estrangère tout ensemble. Mais sur toutnbsp;9U mesme temps et sous Ie mesme Louis, Empereur etnbsp;Roy de France, les Éuesques assemblez par lordre decenbsp;Roy pour la réfonnation de lEglise de Dieu, ne nousnbsp;6nseignent-ils pas a détester générallement toutesorte denbsp;féuolte et dengagement dans vn party rebelle, quand ilsnbsp;Veulent et ordonnent par vn Canon exprès que ceux quinbsp;^uront suiuy ou fauorisé qui que ce soit contre Ie Roy,nbsp;^eiont déposez de leurs ministères, sils sont Ecclésias-tiques, ou excommuniez sils sont Laicques et Séculiers.
11 est sans doute, dit Ie saint Synode, que quiconque ^ésiste a one Puissance establie de Dieu, selon lanbsp;^^axirne de sainct Paul, résiste a lordre de Dieunbsp;'uesnie. Et partant, nous ordonnons don communnbsp;udiiis que si on Euesque ou quelque autre d on ordre
-ocr page 346-inférieur dans lestat Ecclésiastique , soit par crainte OU par auarice ou par quelque auire motif que ce soit,nbsp;abandonne nostre Maistre et Empereur Catholiquenbsp;Louis, OU viole Ie serment de fdélité quil luy a pro-mis, et par vn pernicieux dessein vient d se ioindre,nbsp;comment que ce puisse estre, auec les ennemis de Sanbsp;Maiesté, il soit priué de sa dignité et de son ministèrenbsp;par ene sentence Canonique et Synodale. Et si quelquenbsp;Laieque se trouue coupable dvn pareil attentat, quilnbsp;sasseure aussj quil sera frappé dexcommunicationnbsp;danathesme par tous les Ordres de l'Eglise.
Et après cela, nous mépriseronscette fouclre spirituelle dont nos anciens Pères nous inenacent; et nos Euesquesnbsp;ne paraistront pas auiourdliuy les successeurs du zèlenbsp;Apostolique de ces véncrables Pères, aussi bien que denbsp;leur tbrosne, pour défendre 1authorité Royale et ter-rasser par leurs analliesmes tous ceux qui la combattent!
p;i
En effet, on lattaque témérairement; on cabale ; on remue; on sollicite de tous costez la fldélité des subietsnbsp;du Roy; on traite , on ligue auec les estrangers ; on lesnbsp;introduit dans Ie Royaume, sans autre prétexte que dunnbsp;ministre rappelé pour Ie seruice de son Prince et nonnbsp;chargé de crimes comme on tasche vainement de Ie fairenbsp;croire, mais de gloire, de mérites, et mal-gré la plusnbsp;noire et la plus furieuse enuie, de triomphes remporteznbsp;sur les ennemis de la Couronne ; et les gens de bien , lesnbsp;vrais suiets du Roy , les vrais amateurs de leur patrie ,nbsp;les Prélats, les Prestres, tous les Ministres de la parolenbsp;de Dieu demeureront muels, froids et insensibles dansnbsp;vn mal si déplorable! Que si les Euesques, ces héritiersnbsp;augustes des Apostres, ne sont point touchez, ce quanbsp;Dieu ne plaise, du malheur public et du déchet de lau-
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thorite Royale, qui leur a tousiours esté si chère et si prëcieuse ; sils ne veulent pas considérer que sil estoitnbsp;permis dopposer les armes a lavolonté du Roy, les amesnbsp;iinpatientes de la domination ne manqueroient iamais denbsp;Couleur pour lentreprendre, quon ne cesseroit iamaisnbsp;de contróler lauthorité Royalle, sous prétexte de la mo-dérer, et enfin qua force de la combattre pour la tem-perer ou pour ladoucir, on la destruiroit entièrement;nbsp;s lis ne veulent pas considérer que si Ie Roy ne pouuoitnbsp;choisir quau gré des Princes les Ministres de son Estat,nbsp;les Ministres de 1Estat seroient aux Princes et non pasnbsp;a.u Roy, et ne Ie consellleroient iamais selon Ie bien denbsp;Son seruice, mais selon lintérest de ceux qui pourroient,nbsp;i{uand bon leur sembleroit, les maintenir ou les cliasser;nbsp;sils ne veulent pas auoir deuant les yeux que ceux quinbsp;cxcitent ou qui tasclient dexciter vne guerre ciuile, em-peschent absolument Ie bien tant souhaltté de la paix vni-Uerselle, nos désordres intestins faisant espérer de sinbsp;grands aduantages a nos ennemis dans la continuation denbsp;guerre , et la paix domestique estant la seule voye quinbsp;*ious peut conduire a lEstrangère; sils ne veulent pas,nbsp;dis-ie, deuenir sensibles a tant de iustes considerations,nbsp;® 1aduantage, a la gloire, au salut, ou de leur Roy ounbsp;de leur patrie , au moins quils se laissent toucher a leurnbsp;propre honneur et a lexcellence de leur propre caractèrenbsp;^'ion profane et blesse mortellement en la personnenbsp;dvn Cardinal de lEglise de Rome.
Autresfois vn Euesque de France, quoy quinfasme et coïiuaincu manifestement du crime irrémissible de lèze-^aiesté, ayant esté traitté auec quelque sorte de rigueurnbsp;par Ie Roy mesme quil auoit trahy, les autres Euesquesnbsp;^ssemblez pour Ie condamner ne laissèrent pas de se
n nbsp;nbsp;nbsp;22
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plaindre au Roy du traittement peu respectueux que leui' collègue auoit receu, et ne craignirent pas, dit lhistoire,nbsp;de luy faire vne séuère réprimande. Et Ie parricide or-donné, non par vn Roy, mais par vn simple Parlement,nbsp;centre la personne dvn illustre Cardinal, ne sera pointnbsp;capable dallumer Ie zèle et lindlgnation sainte des Eues-ques de ce temps ? Et ne comprennent-ils pas, nenbsp;voyent-ils pas quils sont proscrits en quelque sorte auecnbsp;ce Prélat et exposez auec luy a limpiété et a la cruauténbsp;des ames les plus désespérées; que tous les couteaux quinbsp;pendent sur la teste du Cardinal, pendent sur leur teste,nbsp;et que la licence de Ie tuer est vne porte ouuerte a la licence et a limpunité des assasslnats les plus abomina-bles ? Quils pensent done sérleusement a se ressentirnbsp;de loutrage fait a la saincteté de leur ordre auguste etnbsp;inuiolable, a soustenir la cause de leur dignité sacrée etnbsp;Apostolique, a protéger courageusement vn accuse qui anbsp;pour témoins de son innocence ses propres accusateurs,nbsp;qui ayant esté si longtemps sans charges, sans gou-uernemens, sans places, sans alliances et destitué denbsp;tout autre appuy que celuy de Leurs Maiestez, nanbsp;point voulu quelles eussent dautre otagé de sa fidéliténbsp;que la facilité de Ie défaire quand elles voudroient, dontnbsp;lesloignement force et tumultuaire a empire visiblementnbsp;et non pas amendé , comme on prétendoit, la conditionnbsp;des affaires publiques, que lon na iamais plus violemmentnbsp;persécuté que lorsquil falloit Ie couronner pour la grandeur et pour Ie bon-heur de ses seruices, contre la testenbsp;duquel on ordonne que les mains de tous les hommesnbsp;soient armées , pendant quil est armé pour la defense denbsp;son Roy, et que les véritables gens de bien auouent ingé-nument avoir esté iugé, proscrit et condamné dvne ma-
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oière si cruelle, sans cause, sans forme, sans ponuoir, J Arrest qui le condamne centre la volonté du Roy,nbsp;^yant si peu de force quil paroist plustost vne ven-§eance dennemis irritez que la resolution dvn Senatnbsp;constant, sage, raagnanime et inebi-anlable dans Iamournbsp;lo la lustice : Vt magis iratorurn hominutn studium,nbsp;^Uam consiantis Seiiatus consilium esse oideatur.
Ordre donné par le Mazarin d son Maistre dHostel, pour 'vn plat dont il lt;veut que sanbsp;table particuliere soit seruie pendant tous lesnbsp;iours dll mois de Féurier prochain, laissantnbsp;le reste d la 'volonté du sieur Euzenat [262t].
(9 janvier 1652.)
Mon Maistre dHostel verra le Marquis de Vieuille, Sur-Intendant des Finances, de Bourdeaux Intendant, etnbsp;Le Tellier, Secrétaire dEstat, pour leur dire de ma partnbsp;lt;lue ie luy ay ordonne de me seruir vn plat extraordinaire sur ma table pendant chacun iour du mois denbsp;Léurier prochain, dont il faut quils fournissent lesnbsp;l^éatilles.
S^xvoiR :
Le premier iour de Féurier de Iannee 1652, vn po-tage de santé, gamy du retranchement dvn quartier des gages des Officiers.
Le T iour, vn potage doyson a la purée, gamy du ceculement des rentes de IHostel-de-Ville de Paris.
' Euzenat étaitprétre, intendant de la maison du cardinal Mazarin.
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Le 3®, vil potage de poictrine de veau, garny du ie-trancheinent de toutes les rentes prouincialles.
Le 4% vn potage de béatilles, garny de la reformation de plusieurs billets de lEspargne, cy-deuant expé-diez sous prétexte des dépenses faites au siége de Créinone.
Le 5', vn plat dceufs au beurre noir, garny de la vente de Dunquerque.
Le 6% des tortues en ragoust, garnies des contributions des villes frontières.
Le 7®, des cardons dEspagne, garnis de la vente des Offices de la Maison de Monsieur leDuc dAniou.
Le 8®, des rognons de béliers, garnis de la vente de rArcheuesclié de Thoulouse, Euesché de Poictiers et au-tres benefices.
Le 9®, vne tourte de Franchipane, garnie de la suppression de la charge de Controlleur General des Finances.
Le 10®, vne fricassee de pieds et doreilles de porc, garnie de laugmcntation de quatre Intendans.
Le 11®, des maquereaux, garnis de la creation de deux nouueaux Directeurs.
Le 12®, vn Vilain en ragoust, garny de taxes sur les Greffiers du Conseil pour les faire garder les minutes.
Le 13®, vne piece de boeuf et queue de mouton au naturel , garnies demprunts généraux et particuliers sur toutes les villes.
Le 14®, vne longe de porc a la sauce Robert, garnie dvne année du reuenu des Bénéficiez pour la facilité denbsp;la Coadiutorerie.
Le 15®, vne teste de veau frite , garnie dvne Declaration pour faire financer les acquéreurs du domaine ius-ques au denier trente.
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Le 16% vne piece de boeuf a la marotte, garnie de la creation dvne Cour des Aydes a Lion.
Le 17% vn plat dhuistre au demy-court bouillon, §arny de la creation dvn Parlement aPoictiers.
Le 18®, des trippes de morue fricassees, garnies de la Creation dvne Cbambre des ComptesaTours.
Le 19% vn potage de lacobins au fromage, garny ivne Declaration pour rendre les Compagnies Souue-quot;aines et Présidiaux Semestres.
Le 20®, vne tourte de pistaches, garnie dvne Declaration portant banqueroute généralle de loutes les debtes du Roy.
Le 21®, vn plat dartichaux a la poiurade, garny dvne Declaration pour 1hérédité de tons les Gouuer-*iemens de France, moyennant finance.
Le 22®, vne Feuillantine, garnie de la creation des ^Uges Consuls en litres dOffice dans tout le Royaume.
Le 23®, des sardines de Royan, garnies de la Declaration du parisis des voictures et toisé des maisons de ï*aris.
Le 24® vn plat de harans a la sauce rousse, garny du Lontroole des tintures, poids et mesures dans tout lenbsp;Royaume.
Le 25®, vn agneau gras, garny de lhérédité de tous les Procureurs et des Aduocats du Conseil.
Le 26®, vn oyson sauuage, garny dvn Office de Con-troolleur-Visiteur des liures des Marchands , auec attri-l^Ution de six deniers pour liures.
Le 27°, vne eschinée aux pois, garnie dvn Office de ^cntroolleur General de tous les Baptesmes, Mariagesetnbsp;l^Iortuaires.
Le 28®, vn plat dartichaux en cul, garny de la créa
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tion dvne charge de Visiteur General de tous les Fonts et Chaussées du Royaume.
Jr;:;
Cec/ est ma volonté, en tesmoin de quoy i'ay si^iié Ie présent mémoire au camp. Pont-Yonne, Ie quin-ziesme lanuier 1652. Signé, Ie Cardinal Mazariny. Etnbsp;plus bas, par Monseigneur Zungo dej
(24 janyler 1652.) nbsp;nbsp;nbsp;^
le me garderois bien de mettre le nez dans les secrets de la Cour, si ceux qui en deuroient estre les princi-palles intelligences, nen estoient exclus; et ie croiroisnbsp;que ma curiosité ne se pourroit point porter iusquaunbsp;désir de scauoir ce qui se passe dans ces retraitesnbsp;Royalles, sans attenter criminellement au respect quinbsp;leur est deub, si liniuste restablissement de celuy quenbsp;la iustice en auoit chassé, ne me dispensoit de mennbsp;aprocher auec tant de circonspection, pour y contem-pier la posture auec laquelle lvsurpateur desire sy main-tenir malgré toutes les resistances de eet estat.
Si nous le voyons rem onter sur nos espaules auec sa pesanteur ordinaire, ce nest que pour nous estre sous-mis trop aueuglément aux sermens quon nous faisoitnbsp;du contraire et quon sefforcoit presque tous les iours
^ Zongo Ondedei, maitre de cliamlire du cardinal Mazarin, et depuis évéque deFréjus. Lettre d^n marchandde Lïége..^. auec Vinstruction secretenbsp;du Cardinal Mazarin pour Zongo Ondedei^ etc. [1884]; Examen de ïécvdnbsp;dressé par Molé ^ Servien et Zondedei sous le titre de: Edit du Roy portantnbsp;amnistie, etc. [1314],
Ifi:
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de nous autlioriser par des protestations Royalles, pour nous en faire receuoir la croyance auec moins de soup-9on dinfidélité; et cest en abusant criminellement denbsp;nostre soumission a escouter ses parolles apparemmentnbsp;Royalles sans les examiner, quon a disposé les affaires anbsp;son restablissement, iusque - la que nous ne sommesnbsp;presque plus en estat de former des obstacles a son ambition, sans troubler le repos que nous ne scaurionsnbsp;¦ainais plus fortement establir que sur les debris de sanbsp;fortune.
Cette reflection , nous obligeant a nous précautionner contre les apprehensions raisonnables de quelque sem-blable intrigue, nous fait rechercher quelque acceznbsp;pour nous insinuer dans les secrets de la Cour, et pournbsp;y descouurir les routes que nos ennemis oat tenues etnbsp;quils prétendent désormais tenir, afin de rasseurer vnenbsp;miuste grandeur que toutes les forces de IEstat auoientnbsp;si victorieusement esbranlee, lorsque conspirant vnani-luement pour brizer les fers qui captiuoient la liberténbsp;de ceux qui auoient affranchy celles des peoples, ellesnbsp;arracherent enfin le gouuernail de cet Estat dentre lesnbsp;lïiains de ce perturbateur du repos public.
Ses partizans firent semblant den receuoir la disgrace par vne complaisance politique, dont ils tacbèrent de deguiser le veritable dépit quils en auoient conceu.nbsp;Mais ils ne quittèrent pas le dessein, ou de faire iouernbsp;quelque intrigue pour disposer les affaires a son restablissement , ou de rasseurer pour le moins leur fortunenbsp;par le concours quils presteroient a la passion de lanbsp;Reyne, laquelle se croyant la plus offensee dans Iesloi-gnement du Cardinal Mazarin , sinteressoit aussi plusnbsp;flue tout autre pour en pratiquer le retour.
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Les intrigues néantmoins en eussent esté fort inipuis-santes si Ie dësespoir du mariage, auquel vne nécessite politique auoit fait consentir Ie Prince de Condé, neustnbsp;fait espérer a tout Ie party quen ioignant celui denbsp;Mme de Cheureuse qui se sentoit offencée de la rupture de ce mariage, il pourroit peut-estre triompher dansnbsp;Ie dessein de faire réussir celuy quil méditoit pour Ie res-tablissement du C. Mazarin. Cest cette ouuerture qui fitnbsp;trouuer la porte du Palais Royal a M. Ie Coadiuteur,nbsp;non point a dessein de contribuer par ses intrigues a cenbsp;restablissement quil a tousiours eu raison de redouternbsp;plus que tout autre, mais de se frayer vn chemin aunbsp;Ministère ou au Chapeau Rouge, par la complaisancenbsp;quil y téinoigneroit, quoiquen intention de ne Ie seconder que pour en faire auorter Ie succez par la sagessenbsp;estudiée dvne imprudente conduite.
La passion du Comte de Seruient ne se produisoit pas auec plus de sincérité, quoyque néantmoins il y semblastnbsp;engage par la reconnoissance des faueurs quil auoitnbsp;receues du Mazarin. Son veritable dessein, en faisantnbsp;lempressé pour disposer les affaires a ce retour, nestoitnbsp;autre que de sancrer par cette chaleur quil témoignoit,nbsp;dans les affections de la Reyne, et dobliger Ie Cardinalnbsp;Mazarin de luy en faire comettre tout Ie secret, afinnbsp;den pouuoir plus heureusement empescber lexécution ;nbsp;et cest par ce moyen quil espéroit que la Reyne mesmenbsp;fauoriseroit son ambition, lorsquaprès plusieurs inu-tiles efforts elle ne verroit plus de iour a ce restablissement.
Enfin la Reyne reconnaissant bien, après toutes les tentatiues quelle auoit fait faire sur 1esprit inesbranla-ble de M. Ie Prince, que toutes les intrigues estoient
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impuissantes, se laissa persuader par son Conseil quil falloit en venir a vne force ouuerte, et quvn second attentat a la liberté de ce Prince seroit peut-estre pournbsp;réiissir plus heureusement que Ie premier a la faueur denbsp;la Maiorité.
La fin de ce dessein nestoit autre que de Iexécuter, si toutefois il nestoit point découuert, ou dobligernbsp;M. Ie Prince den faire esclater quelque mécontentementnbsp;qui Ie fist haïr par lappréhension de quelque nouueaunbsp;trouble, sil arriuoit quil en fut auerty. Et cette secondenbsp;intention ayant réussi, on ne manqua pas de chargernbsp;son innocence de mille suppositions, en luy imputantnbsp;mille manuals desseins, ausquels on prétendoit faussementnbsp;quil prétextoit celuy de maintenir la liberté parcequenbsp;les attentats nen estoient point visibles a tout Ie monde.
La poursuitte que M. Ie Prince fit pour sasseurer contre tant de menaces, fut cause de lesloignement politique, qui fut aparamment pour iamais, mals en effetnbsp;pour quelque temps seulement, des trois personnes quinbsp;sembloient estre les plus attachées au restablissemenl dunbsp;Mazarin ; et de lestablissement du conseil qui fut en-suite fait sans Ia participation de Son Aitesse Royalle etnbsp;de MM. les Princes®; mais il marqua trop visiblement Ianbsp;passion que la Cour auoit dobliger M. Ie Prince dennbsp;faire esclater Ie mécontentement par quelque coup hardy,nbsp;qui peust estre capable de donner vn peu plus de couleur au désir quon auoit de Ie pousser a bout, pournbsp;frayer vn plus heureux chemin au restablissemenl de cenbsp;meschant Ministre.
' Le Tellier, Servien et de Lyonne avaient quitté la cour Ie 20 juil-let 1631.
* Premier coup dEtat de la maiorité du Roy, etc. [2846].
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Ie ne doute pas que les sieurs de Chasteauneuf et de Molé, dont Ie premier fut esleué a la charge de Ministrenbsp;dEstat et Ie second a celle de Garde de Sceaux, ne senbsp;soumissent pour lors a ce choix quon faisoit de leursnbsp;personnes; auec intention de donner des preuues dvnenbsp;gcnérosité telle que leurs seruices passez nous la fai-soient attendee des deux plus anciens officiers de lanbsp;Couronne, et de ne seconder les passions de la Reynenbsp;pour Ie restablissement du Cardinal Mazarin quautantnbsp;quils pourroient connoistre que leur complaisance seroitnbsp;inutile a la conduite qui Ie pourroit fauoriser.
Cest du inoins la reflection de ceux qui ont estudié vn peu plus attentiuement la politique de Mme de Che-ureuse, laquelle nayant iamais eu de dessein de pro-téger Ie Cardinal Mazarin que pour Ie faire périr plusnbsp;infailliblement, suggéra Ie dessein de poursuiure M. Ienbsp;Prince, moins en intention de Ie pousser a bout, quoynbsp;que néantmoins elle en eust den estre rauie, que denbsp;rendre Ie retour du Mazarin impossible par la nécessiténbsp;quelle sembloit imposer a son party, de ne Ie rappellernbsp;point en Cour pendant quil seroit nécessaire de fairenbsp;croire aux peuples que Ie dessein de son restablissementnbsp;seroit vne fausse apparence que M. Ie Prince prétexte-roit a ses véritables desseins.
De cette pierre elle prétendoit faire deux coups; pre-mièrement elle donnoit assez de loisir a M. de Chasteauneuf de sancrer dans Ie Ministère et de se rendre nécessaire dans eet illustre employ, pendant que lanbsp;Cour seroit aux prises auec M. Ie Prince, dont ellenbsp;iugeoit bien que la puissance ne laisseroit iamais voirnbsp;aucun iour au restablissement du Cardinal Mazarin,nbsp;puisque la nécessité de traiter cette raison de prétexte
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deuoit tousiours estre indispensable; secondeinent elle lugeoit bien que si la passion de la Cour nestoit pointnbsp;assez patiënte pour attendee 1occasion fauorable a cenbsp;iestablissement, il luy seroit tres facille, par lentremisenbsp;de M. de Cbasteauneuf, de Ie presser auec vne aparencenbsp;de zelle pour son succez, mais en effet pour Ie fairenbsp;auorter en Ie precipitant auant Ie temps.
Le premier de ces deux coups eust porté, si la passion neust prédominé dans le Conseil et si limpatience denbsp;reuoir le Cardinal Mazarin neust oblige la Cour dennbsp;haster le restablissement malgré les grandes incommo-ditez quelle y peut préuoir, par les grands auantagesnbsp;quelle donne a M. le Prince de faire hautement retentienbsp;la iustice des raisons de son armement, quon ne scau-roit désormais trailer de prétextes, puisquelles sontnbsp;visibles a tout le monde.
Ainsi les plus aduisez se doutent bien que Mme de Cheureuse et son party nayant point reussi dans lenbsp;dessein de maintenir M. de Cbasteauneuf dans le Ministère , sur la raison quils ont eu de faire voir dunbsp;danger dans le retour du Mazarin par lequel M. lenbsp;Prince deuoit estre iustifié, ils ont cru quaprès lesnbsp;efforts inutiles quils ont fait pour sy oposer, il falloitnbsp;tenter de faire triompher leurs intentions en les piéci-pltant par leurs conseils.
En effet, a bien considérer les affaires, il semble quil na iamais estc moins a propos de rappeler le Cardinalnbsp;Mazarin quil lest auiourdliuy, puisque, pour faire coii-damner M. le Prince dans la crèauce des Peuples, cestnbsp;a dii'e pour letter la sollitude dans son party, il estoit
* Lcttre du Roy escrite au cardinal Mazarin [216i]; Ordre du Roy.... pour le passage du cardinal Mazarin [262S].
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nécessaire que toute la France ne doutast point de la sin-cérité du bannissemeat de Mazarin, dont on scauoit que lapréhension feroit grossir Ie party de ceux qui se met-troient en posture de luy vouloir oposer des obstacles.
Voila Ie dessein de Mme de Cheureuse, de M. de Chasteauneuf et de tout son parti. Mais celuy de lanbsp;Reyne, qui se conduit par des intrigues toutes particu-lières, a esté de conclure au restablissement par dautresnbsp;raisons : premièrement, elle a veu quelle auroit beaunbsp;attendee, si elle espéroit que la raison dont M. Ie Princenbsp;pretend iustifier son arniement, puisse passer pour pré-texte, tandis quon aura subiet de soubconner questantnbsp;Ie ebef et maitresse de tout Ie Conseil, elle conserueranbsp;tousiours Ie dessein de restablir celuy quelle ne croitnbsp;estre chassé que par attentat; secondement, elle a iugénbsp;que deux ou trois petits auantages dont Ie bonheurnbsp;venoit récemment de fauoriser ses armes, rendoit lanbsp;precipitation de ce restablissement moins imprudente,nbsp;par la reflection quelle a fait, que la ionction desnbsp;troupes de Mazarin auec les siennes luy pourroitnbsp;faire espérer quelque plus notable succez; troisième-ment, elle a veu quil estoit fort a craindre que si cenbsp;retour estoit plus longtemps différé, M. Ie Prince ne senbsp;rendist enfin assez fort pour y former des obstacles inuin-cibles, par la grande aparence quil y auoit que Son Al-tesse Royale deuoit pancher de ce cóté la, et par Ie bruitnbsp;qui couroit assez probablement que les Dues de Guise etnbsp;de Nemours venoient pour grossir 1armée de M. Ienbsp;Prince, Ie premier de six mille Espagnols 1, et Ie second
Manifeste de monseigneur Ie due de Guise touchant..,. les raisons de sa ionction auec M. Ie Prince [2369] ; Manifeste de M, Ie due de Guyse conte^nbsp;nant les véritables motifs de la leuée d'vne armeef etc. [2382].
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de quatre mille Lorrains'; quatriesmement, les Partisans du Mazarin luy ont fait entendre que ce Ministre ne pouuoit rentrer dans lEstat que par la mesine portenbsp;par laquelle il en est sorty, et que sil y reuenoit a la fa-ueur des troubles, il ne se pouuoit a tout rompre quilnbsp;ny demeurast enfin a la faueur dvn accommodement.
M. de Chasteauneuf qui ne desire rien moins que ce retour, na pas manqué dattaquer fortement toutes cesnbsp;raisons; mais lopiniastreté des Mazarins pour les fairenbsp;valoir, en a empescbé Ie Iriomphe. Tellement que nenbsp;voyant plus de iour a les pouuoir combattre, il sestnbsp;auisé de les renforcer en apparence, pour les affoiblirnbsp;en effet auec plus de succez. 11 a done consenti, malgrénbsp;ses véritables sentimens, au dessein de Raster Ie retournbsp;du Mazarin®, non pas comme on dit, parceque Ie Mazarin sest engage par serment de renoncer pour iamaisnbsp;en sa faueur a la charge de premier Ministre dEstat ®,nbsp;car on scait quil a pour première maxime de nestrenbsp;point esclaue de ses paroles, mais paree quil a iugé quenbsp;la presence de ce proscrit fauoriseroit Ie dessein quilnbsp;a de Ie faire périr, en procurant lvnion de ceux qui Ienbsp;perdront infailliblement, a moins quils ne Ie regardentnbsp;auec indifference.
Pour faire réussir cette politique, il a fait Ie pas-sionné pour les interests de la Reyne, en luy faisant entendre questant du moins moralement impossiblenbsp;darracher Ie Cardinal Mazarin dentre les mains de
* nbsp;nbsp;nbsp;Entrée et la marche de ïarmee de monseigneur Ie due d^Orléans , etc.nbsp;[1227] ; Lettre da Roy escrite a son Parlement de Paris sur f entree des Es~nbsp;Pagnols, etc. [2162].
* nbsp;nbsp;nbsp;Articles accordez entre MM. Ie cardinal Mazarin ^ Ie Garde des sceauxnbsp;^itateauneuf, etc. [4'02].
Ecttre de M. Ie cardinal Mazarin a M. Ie Préuost des marchands [1985].
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tant dennemis qui sembloient estre sui Ie point de se liguer, il estoit a propos de leur lier les bras par lesnbsp;auances de quelque composition auantageuse.
Ce conseil na pas esté désaprouué, quoy quen effet il soit trés dangereux pour Ie Cardinal Mazarin, auecnbsp;lequel tout Ie monde scait quil nest pas asseuré de trailer ; et pour Texécuter promptement, la carte blanche anbsp;esté presentee a Son Altesse Royalle et a M. le Prince,nbsp;a celuy la pour le traité du Manage de Mademoisellenbsp;dOrléans, sa fdle, auec Sa Maiesté, et a lautre pournbsp;Ienterinement de toutes les propositions quil pourranbsp;faire; et tout cela a condition quils cesseront tons deuxnbsp;de sopposer au retour du Mazarin, auec protestationnbsp;quil ne sera iamais parle de luy redonner le gouuerne-ment de IEstat.
Qui ne iugeroit que cet aduis part dvne passion sincere pour le restablissement du Mazarin ? mais si Ton veut prendre la peine den considerer Iintrigue auecnbsp;plus de reflection, ne iugera-t-on pas que M. de Chas-teauneuf pretend faire connoistre la foiblesse et le des-espoir du Mazarin par les propositions aduantageusesnbsp;quil luy fait auancer dvn accommodement, lors mêmenbsp;quil sembleroit deuoir estre en estat de se remettrenbsp;malgre les resistances de tons ses ennemys, pour lesnbsp;obliger par cette connoissance quil leur donne de lanbsp;foiblesse de Mazarin , a conspirer plus fortement contrenbsp;luy, que plus ils ont suiet den esperer vne glorieusenbsp;défaite ?
La raison que M. de Chasteauneuf a desperer que ces propositions de la Cour, quelque avantageuses quellesnbsp;semblent estre, seront rebutees néantmoins de Son Al'nbsp;tesse Royale et de M. le Prince, cest quil a remarque
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dans la conduite du Cardinal Mazarin que les belles pi'omesses seruent de bonne aparence a ses fourberiesnbsp;ordinaires lorsque sa fortune est réduite au désespoir, etnbsp;que cette mesme connoissance que Son Altesse Royalenbsp;et M. Ie Prince en ont, ne inanquera pas de les leur fairenbsp;fenuoyer, auec dessein cependant den tirer auantagenbsp;par vne plus forte et plus parfaite intelligence.
Ce nest néantinoins plus Ie seul motif de cette belle intrigue. Ce grand personnage a iugé que pour liguernbsp;plus intimement Son Altesse Royale et M. Ie Prince,nbsp;uest a dire pour perdre Ie Cardinal Mazarin, il falloitnbsp;tacher de leur faire porter des propositions qui Assent connoistre quils nagissoient en cette conioncturenbsp;que par le seul motif de leurs interests particuliers , afinnbsp;que leur générosité se trouuant rebutee de cette creance ,nbsp;se roidit dautant plus fortement contre toute sorte denbsp;Composition, que plus elle auroit raison de craindre quenbsp;le decry de son estime ne sen suiuit.
Quoy quil en soit de tous ces motifs, la proposition du mariage de Mademoiselle dOrleans auec le Roy nanbsp;este receue de Son Altesse Royalle que comnie vne vieillenbsp;Intrigue qui ne pouuoit desormais plus seruir quanbsp;cffarer son imagination, et quil nestoit en estat de re-garder que comme le masque de toutes les fourberies dunbsp;l^azarin. Et M. le Prince na non seulement pas voulunbsp;^scouter les auantages quon luy faisoit offrir; maisnbsp;*itesme il a tesmoigne que la seule proposition luy ennbsp;^sioit honteuse, puis que nayant iamais eu autre desseinnbsp;dans son armement que celuy de restablir Iauthoritenbsp;^oyalle et de procurer le repos a IEstat par la ruine denbsp;Son perturbateur, 1honneur ne luy permet pas sans dé-luentir les auances de ses premiers intentions, den-
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tendre iamais a aucune sorte de traité, a moins que Ie premier article ne conclue dabord a la proscription dunbsp;Cardinal Mazarin.
Depuis eet intrigue, les affaires nont point change de posture, quoy que les Mazarins bien surpris de cettenbsp;fermeté de Son Altesse Royalle et de MM. les Princes,nbsp;nont pas manqué den rechercher de nouuelles pournbsp;rasseurer la fortune de leur Maistre. Mais 1impuissancenbsp;den pouuoir rencontrer qui soient assez efficaces, lesnbsp;oblige de consulter Ie désespoir et de hazarder, quoyquenbsp;dangereusement, la voye des armes pour Ie restablisse-ment de leur Mazarin.
(28 janvier 16S2.)
11 ny a personne en France qui ne s^ache Ie miserable estat auquel Ie Royaume est réduit, et ne préuoye lesnbsp;voleries, inceiulies, violernens, desolations et cruauteznbsp;qui sy vont commettre, auec des sacrileges et impiéteznbsp;abominables, et Ie peril que court la sacrée et Royalenbsp;Personne du Roy destre enleuée du milieu de la France,
* Arrêt de la Cour de parlement donné contre Ie cardinal Mazarin, public Ie 30 décembre 1651 [303]. On lit dans la Relation contenant la suite etnbsp;conclusion du iournal de ce qui sest passé au Parlement, etc. [3097] que 1®nbsp;1**^ juin 1652 les Enquêtes demandèrent pour la troisième fois Tassembleenbsp;des cliambres afin daviser aux moyens de trouver les cent cinquant®nbsp;mille livres pour Ie prix de la tête de Mazarin, disant quil y avait desnbsp;gens prêts a faire Ie coup, pourvu que la somme fut mise en mains tierces.
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d entre les bras de tant de millions de Subiects et fPestre enirnenée en Pays estranger ;
Que Ie Cardinal Mazarin ayant esté reconnu Ennemy du Roy et de lEstat, sur la plainte vniuerselle et sur lesnbsp;continuclles clameurs de tous les Peuples, nayt esté declare tel par tous les Parlemens du Royaume, aueenbsp;deffence de iamais y rentrer. 11 y est ncantmoins rentrénbsp;3 main armee , auec orgueil, insolence etfureur, commenbsp;Vn autre Attila, fléau de Dieu, menassant de mettre toutnbsp;8 feu et a sang pour assouuir sa vengeance et faire inhu-mainement périr tous les sages Parlemens qui Tont sinbsp;mstement condamné, et tous ceux qui nont voulu recon-toistre et adorer ce Tyran.
A cause de quoy certains bons Francois, fidèles Subiects du Roy, aymans sa Royak ct sacrée Personne et Ie salut de leur patrie, voyant que Ie Tyran Mazarin estnbsp;ivnique et malheureuse cause de tant de maux et misères, se sont associez, coniurez et déuouez pour exécu-ter tous les Arrests du Parlement de Paris et de tous lesnbsp;^litres Parlemens du Royaume, pour chasser du corp:nbsp;de lEstat eet Esprit immonde du Mazarin par tous lesnbsp;^myens quil se pourra, et ne désister iamais de cettenbsp;saincte et salutaire entreprise quelle ne soit exéculée,nbsp;'luelques obstacles, empeschemens et difficultez qui synbsp;puissent rencontrer.
Le tout a la gloire de Dieu, a lhonneur du Roy, au iien de IEstat et a la tranquillité publique.
Pour eet effet, ils ont institué vne Croysade et fait les ^ktuts qui en suiuent :
Au NOM DU Père, du Fils et du Sainct Esprit , Amen.
Ï'C sainct nom de Dieu sera réuércminent et conti-n. nbsp;nbsp;nbsp;23
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nuellement inuocqué, et la conduite de son Sainct Esprit déuotement implorée pour les fins de la présentenbsp;Croysade.
II sera tous les iours dit trois Messes par les trois Chapelains de la Croysade, lvne a six heures du inatin,nbsp;a Thonneur de la trés Saincte Trinité; 1autre a hulctnbsp;heures, a lhonneur et mémoire de la Mort et Passion dunbsp;Fils de Dieu, nostre Rédempteür; et lautre a dix heures,nbsp;a lhonneur du Sainct Esprit pour obtenir son assistance.
Ilf
Chacun des associez, coniurez et déuouez tachera dentendre vne de ces trois Messes; sinon, il dira ennbsp;priué a quelque heure du iour vn Pater et vn Ave Marianbsp;a lintention et fin de la Croysade.
II sera fait voeu et serment dVnion, de Secret, de Fidélité et de Perséuérance par ceux qui cy après entre-ront en cette Croysade, sur lAutel ou se dira lvne desnbsp;Messes, et sur la Croix et Missel qui y seront, ainsi quenbsp;ceux qui se sont présentement associez, coniurez et déuouez, ont fait et suiuant la formule qui en a esté dictee.
Ce serment sera receu par Ie Chapelain qui dira la Messe, en presence de lvn des Directeurs de la Croysadenbsp;et dvn autré associé.
Il y aura sept Directeurs de la Croysade, qui auront la conduite et disposition de toutes choses, mesme desnbsp;trois cent mille liures que des personiies puissantes ont gt;nbsp;par vn grand zèle et piété, asseuré pour les nécessitez etnbsp;bonnes fins de la Croysade.
Les Directeurs de la Croysade receuront en icelle toutes sortes de personnes, de quelque condition quellesnbsp;soient, pourveu quils soient Francois naturels, qudnbsp;leur paroisse quils ayment véritablement Ie Roy et Ienbsp;Royaume poür lesquels la Croysade est instituée.
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Les associez, coniurez et déuouez ne se uoinineront ny descouuriront iamais les vns aux autres pour quelquenbsp;cause et occasion que ce soit.
Ils ne demanderont ny nadmettront iamais aucune dispense du serment et du vceu quils auront fait, maisnbsp;sy tiendront ferme moyennant la grace de Dieu, iusquanbsp;souffrir la mort sil y escheoit.
Que du susdit fonds de trois cent mille liures qui a esté mis ès mains des Directeurs, et de toutes les autresnbsp;sommes de deniers dont il pourra estre cy apitS aug-menté, il en sera baillé ce quils iugeront conuetiablenbsp;aux différentes per-sonnes des associez, coniurez et déuouez qui sous diuers prétèxtes et par diuers moyensnbsp;yront trauailler aux fins de la Croysade.
Les pauures dentre les associez, coniurez et déuouez seront secourus du Trézor de la Croysade de tout cé quinbsp;sera nécessaire a leur entretien, spécialetnent Cv-uX quinbsp;entreprendront dexécuter par leurs propres mams cenbsp;qui conuient au bien public.
II ne sera entrepris et exécuté que sur la pérsonné du Tyran Mazarin.
Si la lustice de Dieu Ie ounit par Ie moyen de la Croysade et par les mains de quelquvn des associez, coniurez et déuouez, les autres qui trauailloient a cette fin sans se connoistre ny communiquer, sarresteront et nènbsp;passeront plus auaiit.
II ne sei'a rien escrit soit des noms et des personnes des associez , coniurez et déuouez, soit des ordres, mémoires , instructions, disnositions et diligences, ny autresnbsp;choses généralement quelconoües| mais Ié tout se feranbsp;verbalement.
Les sept Directeurs auroiit vil conseil de sept autres
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CHOIX
associez^ coniurez et déuouez, auec lequel ils; asseii bleront vn iour de chacun mois pour Iraitter des affairesnbsp;de la Croysade.
Quen ces Assemblees se résoudra la continuation ou changement et eslection dautres Directeurs et conseil-lers, ainsi quil sera iugé conuenable.
Les sept Directeurs sassembleront parliculièrement vn iour de cbacune sepmaine; et lvn deux choisi etnbsp;nommé par les autres aura la garde du Trésor qui! dis-tribuera selon laduis des autres, saus ordonnance nynbsp;quittance par escrit.
Le Trésor de la Croysade venant a diminuer a cause de Tentretènement des associez, coniurez et déuouez,nbsp;qui entreprendront la deffaite du Tyran Mazarin parnbsp;leurs propres mains, ou par leur Industrie et disposition,nbsp;et par tels instruments quils verront bon estre, les Directeurs pouruoiront ausuplément des fonds par les voyesnbsp;certaines quils scauent, en telle sorte quil y ait tousioursnbsp;dans le coffre de la Croysade vn fonds de deux a troisnbsp;cens mille liures pour le moins.
Lexécution des Arrests contre le Tyran Mazarin estant faite, il sera payé a celuy qui laura fait, la somme denbsp;cent mille liures outre et pardessus les cent cinquantenbsp;mille liures qui sont asseurez de la part du Parlement,nbsp;et si celuy qui fera ce coup glorieux, mouroit dans Taction , la mesme somme sera payée a sa veufve, enfans etnbsp;héritiers.
Si quelquvn des associez, coniurez et déuouez, de ceux qui entrepiendront la ruine du Tyran Mazarin,nbsp;estoit découuert ou surpris auant Texpédition et que lanbsp;rage du Mazarin se portast a le faire mourir, il seranbsp;donné a sa veufue, enfans et héritiei's , la somme de cin
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*ïuante mille liures, pourueu quil ne découure rien des dispositions de la Croysade et ne se déparle du serment.
Le fonds qui se trouuera dans Ie coffre de la Croysade au temps de lexécution du Tyran Mazarin, après lenbsp;payement des recompenses qui seront deues , sera fidélenbsp;ment distribué entre ceux des associez, coniurez et dë-uouez qui estoient particulièrement employez a icelle; anbsp;quoy les Directeurs procèderont auec prudence et lustice,nbsp;ayant esgard aux diffërentes dispositions, engagemensnbsp;et natures des entreprises.
Que les grands et puissans qui se sont dés maintenant associez, coniurez et dëuouez, et ceux de leurs qualiteznbsp;qui entreront cy après en la présente Croysade , estime-ront et chériront les petits qui sont aussi a présent associez , coniurez et déuouez, et qui seront receus cy aprèsnbsp;dans la Croysade, et leur feront toute sorte de bonnbsp;traittement comme a bons et fidèles confrères, en tellenbsp;sorte quentre les vns et les autres il y aye bien-veillancenbsp;et assistance, respect et seruice chacun endroit soy»
Que les présens Statuts seront inuiolablement gardez et obseruez par les associez, coniurez et déuouez présensnbsp;et a venir sur peine de lhonneur et de la vie.
Ainsi a esté promis et solemnellement iuré par soixante dix persoiines de toutes conditions, gensnbsp;de hien et d'lionneur, bons Francois et fidèles ser-uiteurs du Roy, au mois de lanuier de Vanne'enbsp;^ mil six cent cincjuante deux.
Ensuit la formule du voeu et serment solemnel.
Ie, N..., promets a Dieu le Créateur, en présence de tous ses Anges, dentretenir, garder et obseruer moyen-nant sa grace tous les Articles des Statuts de la Croysade
-ocr page 368-faite pour Ia conseiuation clu Roy et du Royaume, et pour lentière execution des Arrests solemnels des Parle-rnens du Royaume contre Ie Cardinal Mazarin, en la-quelle Croysade iay esté receu associé, coniuré et dé-uoué, de quoy ie fais voeu et serment solemnel sur eetnbsp;Autel- Crqix et Saincts Euangiles, et pour eet effet dem-ployer, sil est besoin, toutes mes forces et tout monnbsp;sang, sans y inanquer ny contreuenir sur peine de lhoit-neur et de la vie. Ainsi Dieu me soit en ayde!
ADVERTISSEMENT.
Ceux qui par la grace de Dieu auront assez damour pour Ie Roy et pour la Patrie et désireront entier en Ianbsp;présente Croysade, auec les soixante dix associez, con-iurez et déuouez qui y sont a présent, sont aduertis quilsnbsp;nont qua approuuer la Croysade et louer les Statutsnbsp;dicelle en tous leurs discours et dans les conuersationsnbsp;familières, compagnies et assemhlées oü ils se trouue-ront, et uue , perséuérant dans ce désir et langage, ilsnbsp;seront, vn iour, abordez et entretenus par vn des associez , coniurez et déuouez qui les aura ouys, obseruez etnbsp;bien considérez, sans estre connu ny soupeonné, lequelnbsp;les conduira ou il eonuiendra pour estre receus en lanbsp;sainete et salutaire Croysade; en quoy il ny a aucunenbsp;despense a faire, y ayant desia fond§ notable et suffisantnbsp;pour subuenir a toutes cbpses.
Soiï Ie tout a la gloire de Dieu, a lhonneur du Roj, au bien de lEslat et a la tranquillité et utilitenbsp;publicjue.
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DE MAZARINADES,
(20 avril 1652.)
Dans les temps oü règne la verin, on peut inger des liommes par leur deuoir; dans les siècles corrompus etnbsp;qui portent pourtant des gens habiles, on en dolt iugernbsp;par les intérests ; dans ceux dans lesquels il se rencontrenbsp;beaiicoup de déprauation auec peu de lumière, commenbsp;est celuy pu nous viuons, 11 faut ioindre les inclinationsnbsp;des hommes auec leurs intérests et faire de ce meslangenbsp;la regie de nostre discernement. Ie pretends sur cettenbsp;maxime rendre iusticea la vérité, que lon enseuelit plus-tost que lon ne lesclaircit, par des raisons assez souuentnbsp;chimériques,appuyées sur des faits tousiours obscurs; etnbsp;ie mimagine que lon conuiendra aisémentque la mesurenbsp;dont ie me sers pour la connoissance de ceux qui sontnbsp;présentement sur Ie theatre, nest pas la moins cerrnbsp;taine.
Si M. Ie Prince eust bien connu ses intérests, il eust esté persuade quil nen auoit point de plus grand aunbsp;monde que de viure selon les deuoirs de sa naissance;nbsp;sil eust sceu mespriser de foibles aduantages quil tiroitnbsp;dans les premières années de la Régence par la complai-:nbsp;sauce quil auoit pour Ie Ministère, il eust arresté sansnbsp;peine ce débordement, pour ainsy parler, de la faueurnbsp;qui a failli denseuelir lEstat au commencement dans lanbsp;lyrannie , et depuis dans la confusion; il ne se fust pas
' Ils sont du Cardinal de Rctz qui les avone dans ses Memoires.
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donné la haine publique par Ie siège de Paris et par Ia protection du C. M.; et 11 ne se fust pas mis en suitenbsp;dans la nécessité de roinpre ce sacré noeud qui doit vnirnbsp;la Maison Royalle, pour sopposer a vne puissance quilnbsp;auoit luy-inesme esleué puisquil en auoit souffert Fex-cez. II est done vray que sa conduite a esté contraire anbsp;ses interests; et ses fautes en ce poinct ont esté produitesnbsp;par son inclination qui 1a porté auec tant de violence anbsp;de petits ménagemens indignes de sa naissance quellenbsp;luy a osté la lumière nécessaire pour discerner ce quinbsp;estoit de ses véritables aduantages. Cela supposé, il nestnbsp;pas malaisé de connoistre quels sont présentement les interests de M. Ie Prince, puisquil nest pas possible quilnbsp;ne puisse et quil nembrasse ceux auxquels sa conduitenbsp;passée la engage et qui de plus sont conformes a son naturel. Tout Ie monde conuient par les experiences pas-sées et par ce que nous voyons nous-mesmes auiourdhuy,nbsp;quil y a vn peu trop dauidité dans lesprit de M. Ienbsp;Prince ; et il y a beaucoup dapparenceque si lesgrandesnbsp;victoires quil a remportées autresfois contre les ennemisnbsp;de lEstat,nont pu remplir son coeur au poinct quil nynbsp;demeurast tousiours beaucoup de place pour dautresnbsp;mouuernens bien éloignez de ceux qui font gagner lesnbsp;batailles, il y a, dis-ie, beaucoup dapparence quilnbsp;naura pas les sentimens plus épurez dansvn temps oü ilnbsp;faut que ses amis aduouent quil na pas tant de suietnbsp;quil nen a en autresfois, desleuer son esprit par lanbsp;veue de ses Lauriers et par la consideration de ses tro-phées.
Sil est done vray que linclination de M. Ie Prince soit de considérer tousiours les petits interests, il est anbsp;présumer et mesme a croire que sa conduite suiura a ce
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DE MAZARINADES.
suiet sou naturel. Et ie ne fonde pas cette opinion sur vne conuiction , mais sur Ie particulier de ce que iay re-ntarqué dans ces derniers troubles. Nous nauons pointnbsp;veu que M. Ie Prince se soit pu résoudre depuis troisnbsp;iHois a faire la chose du monde quil scait Ie mieux, qui estnbsp;la guerre; nous nauons point veu que les plaintes dvnenbsp;belle armee qui dépérissoit par son absence, layent punbsp;obliger a faire vn pas qui pust arrester les négociations;nbsp;nous nauons point veu que lapréhension de la perte denbsp;Sa reputation dans les peuples ait eu la force de Ie touchernbsp;iusques au point de Iempescher vn seul moment de traitternbsp;avec Ie Cardinal Mazarin. Cette conduite qui a paru ab-solument contraire a tontes les regies de la veritable Politique, ne peut auoir de source que dans ces mesmesnbsp;niaximes qui Font porté dans les temps paisibles a ne pasnbsp;soustenir auec assez de dignité la qualité de Prince dunbsp;Sang et qui font que dans les troubles il ne remplit pasnbsp;les deuoirs dvn bon Chef de party. Et de la toutes cesnbsp;fansses mesures, et de la ce peu daplication a donnernbsp;1ordre aux choses, a maintenir les armées, a soustenirnbsp;la reputation de la cause, a mesnager les peuples, a sa-lisfaire ses amis et sesseruiteurs; et de la toutes ces négociations auec Ie Cardinal Mazarin qui ont ietté Ie publicnbsp;dans la defiance et dans laigreur et qui ont cause dunbsp;chagrin en paroles et la lethargie en effet.
Ces mauuaises productions dvne mauuaise cause fi-Cent tenir a Monsieur Ie Prince, par nécessité, la conduite quil auoit prise par choix. I.e peu dordre quil a luis dans son party, fait quil ne peul pas estre assez puissant pour se rendre Ie maistre des affaires; Ie grandnbsp;cclat quil a fait contre la Cour, fait quil ny peut plusnbsp;prendre de confiance que par des eslablissemens quil
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aura tousiours tlessein dobtenir et quil nobtiendra pourtant iamais; paree quil na pas pris ses mesures asseznbsp;iustes, OU pour se les procurer par la douceur, ounbsp;pour les acquérir par la consideration du party quil anbsp;formp.
Il est done éuident que M. Ie Prince sest impose a luy-mesme, par sa mauuaise conduite, la funeste néces-sité de conseruer tousiours Ie Cardinal Mazarin pareenbsp;quil ne peut auoir despérance de faire réussir ses des-seins que sous vn ministère aussy foible que Ie sien, etnbsp;de perpétuer la guerre en France paree quil ne peutnbsp;auoir de paix auec luy, oii il trouue sa seureté , que parnbsp;des establissemens qui ne pouuoient estre apcordez quanbsp;la force du party qui a perdu toute sa vigijeur par Ienbsp;peil dordre quil y a mis. II est done vray que lintérestnbsp;nécessaire de Monsieur Ie Prince est de conseruer Ie Mazarin et de rompre en toute occasion la paix.
II faut auouer quil y a beaucoup de raison dans Ie reproebe que lon fait au Cardinal de Retz, de nauoir pasnbsp;connu ses véritables interests quandilnest pas demeurénbsp;précisément dans les bornes de sa profession; et il estnbsp;certain que sil ne se fust seruy des talens que Dien luynbsp;a donnez, que dans les foiictions Ecclésiastiques, il eustnbsp;réussi dans la réputatiop des hommes dvne manière quinbsp;neust pas esté a la vérité si releuée, mais qui luy eustnbsp;donné plus de douceur, qui eust esté exposéea beaupoupnbsp;moins denuie et qui sans contredit eust eu plus dappro-bation parmy toutes les personnes de piété. A parlei'nbsp;chrestiennement, ce raisonnement est iuste, quoy quilnbsp;puisse receuoir des exceptions et quil soit véritable quenbsp;Ie Cardinal de Retz nest point blasmable, mesme selonnbsp;les regies les plus estroites, sil se trouue en effet quil
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esté engage dans les affaires (comme il a paru par Ie ®iège de Paris dont les interests luy doiuent estre si cliers),nbsp;ion pas seullement par la politique, mais mesme par lanbsp;'aison et par Ie deuoir, que lpn peut dire auec iusticenbsp;li'il ne sest pas ietté par choix dans les emplois dunbsp;iiionde, mais quil y a esté emporté par son obligation.
Ce qui a fait croire quil ny a pas esté force par Ja pure nécessité, est cette pente naturelle que lon a tous-oiirs remarquée quil auoit aux grandes choses. II estnbsp;difficile de distinguer la gloire de lambltion. Elles ontnbsp;Souuept les mesmes effets; elles viennent presque tous-gt;ours de mesme cause; elles ne se rencontrent presquenbsp;iamais que dans les esprits de mesme trempe. Ie voy quilnbsp;y a partage dans Ie monde, laquelle de ces deux passionsnbsp;^st Ie principedes actions de Monsieur Ie Cardinal deRetz.nbsp;ïous ceux qui ne Ie connoissept pas dans Ie particulier,nbsp;font Ie iugement que lon fait dordinaire de tous ceuxnbsp;^ui sont dans les grandes affaires, qui est quils nont nynbsp;de régies ny de bornes que celles quils cherchent dansnbsp;^ambition et quils ny i-encontrent iamais. Ie voy heau-ooup de gens qui Tapprochent et qui croyent auoir pé-nétré son naturel, qui sont persuadez quil est plus tou-par la gloire des grandes actions que par lamour desnbsp;'^ignitez.
Les premiers fqndent leur opinion sur la mt^xime gé-ttéralle et qui re9oit a la vérité fort peu dexception, et la dignité de Cardinal a laquelle ü sest esleué dans vnnbsp;ou lon a veu peu de particuliers y estre paruenus.nbsp;I^es derniers se confirment dans leurs pensees par ]e mes-Pris que Ie Cardinal de Retz a fait toute sa vie du bien,nbsp;lui est pour lordinaire fort recherché par lesambitieux,
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paree que cest Tinstrurnent Ie plus propre pour faire réussir leur passion; et adioustons de plus que Ie cardi-nalat en la personne dvn Archeuesque de Paris nestnbsp;quvne suite fort ordinaire de sa dignité. Lequel quilnbsp;ayt suiuy de ces deux principes , il ne nous est pas malnbsp;aisé de discerner oii sont ses interests. Sil agit par la-mour de la gloire, peut-il rien souhaitter auec tant denbsp;passion que Iaccomplissement entier de louurage auquelnbsp;11 a tant contribué, de lexpulsion du Cardinal Mazarin,nbsp;puisquil a tiré iusques icy la plus grande partie de sonnbsp;esclat de lopposition quil a eue auec ce Ministre? Peut-il rien désirer auec tant dardeur que la paix et Ie repos,nbsp;laquelle, sil y contribue, effacera ce qui peut estre de-meuré denuie et de reproche dans lesclat quil sest acquis dans les troubles et dans les agitations de lEstat? Etnbsp;si Ie Cardinal de Retz na pour regie de sa conduite quenbsp;son ambition, ie Ie trouue néantmoins heureux en vnnbsp;poinct, que sil prend bien ses inte'rests, comme il faiitnbsp;auouer que iusques icyil les a assez bien entendus, il nenbsp;peut en auolr de veritable et par Ie bon sens et par sa conduite passée qua chasser Ie Cardinal Mazarin qui luy estnbsp;vn grand obstacle par la puissance quil a dans la Cour,nbsp;et qui par son seul nom, donne plus deforce a Monsieurnbsp;Ie Prince (des interests duquel Ie Cardinal de Retz est fortnbsp;esloigné) que des armées entières; et qua procurer lanbsp;paix et particuliere et généralle qui donne labondance anbsp;Paris, dont la grandeur estautant son aduantage que ce-luy du public et qui conserue Ie lustre a toutes les grandesnbsp;dignitez Ecclésiastiques, pareilles acelle dont est reuestunbsp;Monsieur Ie Cardinal de Retz; a quoy iadiouste que 1®nbsp;Cardinal de Retz ayant eu depuis quatre ans tant de partnbsp;a toutes les actions qui ont esté agréables au public : a la
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defense de Paris, a lapaix de Bourdeaux, a lalibertédes Princes, a lesloigneraent du Cardinal Mazarin, et nennbsp;syant euaucune a tout cequil y a eude foible et de tra-gtque a la conduite de ce party : au massacre de THostelnbsp;de Ville , a la desolation de nos campagnes, a loppres-^on de Paris, il a vn très-particulier intérest que lesnbsp;affaires finissent paree quil en sortauec beaucoup dhon-öeur et paree que ses ennemis ne les achèuent quauecnbsp;honte, liaine et confusion. Il est done vray que son interest est lesloignement du Cardinal Mazarin et la paixdunbsp;Poyaume.
Ie ne mestendray point sur les interests de Monsieur Due de Beaufort: il ne lesconnoist pas assezluy-mesmenbsp;pour scauoir en quoy ils consistent , ny sur ceux de Messieurs de Chauigny et de Longuell et pareüs négociateurs:nbsp;ds ne sont pas assez considerables pour auoir place én cenbsp;deu et pour donner quelque bransle aux affaires; et ienbsp;croirols manquer a la vérité et au respect que ie dois anbsp;Monsieur leDuc dOrléans, si iosoisseullement mettre sonnbsp;tiom dans vn ouurage qui porte Ie titre dIntérest, puis-^Ue toute lKurope auoue quil nen a iamais eu dautresnbsp;luelebien de lEstat, Ie seruice du Roy, Ie soulagementnbsp;des peuples et la tranquillité publique.
* Ceci montre que les Intérests du temps auraieiit du être rejetés après 4 juillet, dans la Viste chronologique des Mazarinades
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CHOIX
(31 mai 1682.)
Tous les Cheualiers de la Paille,
Estant receus, sont auertis Dexterminer cette canaillenbsp;De Mazarins, grands et petits;
De eroire que son Éminence Est Ie veritable Antéchrist;
Que cest vertu, non pas offense,
Dauoir la teste du proscrit;
Contre luy dvn Arrest fort iuste *
Demander lexécution Sur qui nostre monarque augustenbsp;A fait sa declaration ^
Abiurer Ie Mazarinisme Qui sest dans la Cour introduit,
Comme vne erreur ou bien vn schisine Qui beaucoup desprits a séduit;
Que Ie Coadiuteur qui lorgne Pour estre ministro dEstat,
Aussi bien que Seruien, Ie borgne,
Est de la Fronde vn apostat;
-ocr page 377-Na point dautre but que la paix Et que le Cardinal ^detalenbsp;Hors de la France pour iamais j
Criant : Viue le Roi de France! Viuent les princes de Bourbon!nbsp;Point de lule ! point dEminence !nbsp;Iamais Cardinal ny fust bon.
Quand ils seront a la tauerne, Ils boiront tons a la santénbsp;Du Prince, et que le diable bernenbsp;Et lule et sa postérité!
L'Ordre et cérémonie qui se doit ohseriier, tant en la descente de la Chdsse de Saincte Germ-idefue, Patronne de Paris, qu en la Procession dicelle, qui se fera Mardy 11 de juinXGóélnbsp;pour ohtenir de Dieu la Paix Généralle [2626]
' On trouvera dans la Liste chronologique des Mazarinades, sous la date quot;la 11 juln 1652, les litres dune douzaine de pieces qui ont élé publiéesnbsp;* eette occasion. Treize chiSses accoinpagiiaient, a la procession géné-^®le, Celle de sainte Geneviève ; saint Marcel; saint Aure, it Saint-Eloy ;nbsp;Saint Magloire, aux Pères de IOratoire du faubourg Saint-Jacques;nbsp;®aint Landry, a Saint-Germain 1Auxerrois; saint Martin èt le chef denbsp;saint Paxan , a Saint-Martin des Champs; saint Merry; saint Honoré,nbsp;sainte Opportune, le chef de saint Benoit, saint Médard et saint Hippo-^yte. ha Liste et les miracles arriuez aux descentes de la chaasse de Sainte Ge-'^^uiefue, etc. [2316],
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quil y a trois principales causes pour lesquelles nous honorons les Saincts en ce monde. La première est fon-dée sur ce que dit sainct Paul en lEpistre aux Romains,nbsp;chap. 2: Gloire ethonneur a celujquiceuure Ie hien et Ienbsp;meten action. Car si les Païens et Ethniquesontesté tel-ment curieux et adonnez a célébrer la mémoire dVnnbsp;Socrate , dvn Achille, dvn Hector et de plusieurs autresnbsp;pour leurs vertus et excellences (lesquelles toutes fois nenbsp;sont rien au regard des nostres, dautant, comme ditnbsp;Lactance, que toute leur lustice est comme vn corpsnbsp;sans chef, estant hors la connoissance du vray Dieu);nbsp;h plus forte raison deuons nous faire résonner et retentirnbsp;les louanges de nos Saincts et Sainctes, lesquels nontnbsp;point seullement reluy et excellé en vertus humaines ,nbsp;ains ont esté douez dvne Foy diuine, dEspérance etnbsp;Charité , qui sont les trois vertus Théologalles et diuines.nbsp;La seconde est a limitation de ludith, laquelle aprèsnbsp;auoir excite son peuple a la penitence, elle obtint enfinnbsp;lavictoire dessus Holofernes; de mesme en nos processionnbsp;et ieusnes nous pouuons appaiser Tire de Dieu iustementnbsp;irrité contre nous pour nos iniquitez. La troisiesme quim-plorant la miséricorde dece bon Dieu, nous nous adres-sons a sa bienheureuse Mère et a sa chère Espouse Sainctenbsp;Géneuiefue pour obtenir par leurs prlères ce que nousnbsp;ne sommes pas dignes de demander. Et me semble quenbsp;durant Ie grand miracle des Ardans, il se fit vne procession oil la Chaasse fut descendue et portee en lEglisenbsp;N. D. de Paris pour la première fois, et depuis conti-nuée en la mesme sorte iusques auiourdhuy, quil seranbsp;for t a propos den faire vn brief discours, tant sur lesnbsp;Cérémonies obseruées en la descente de la dite Chaasse,nbsp;que de lordre tenu en la Procession dicelle.
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Premièrement a esté de tout temps pratique que Iprs-qu il est question de descendre Ie Corps Sainct de la dite Vierge, pour porter hors son Église en Procession, ilnbsp;faut que ce soit a la requeste et publication de Messieursnbsp;les Preuost et Escheuins de la ville de Paris, qui viennentnbsp;présenter leur requeste a Messieurs de Nostre Dame , etnbsp;Ce pour quelque vrgence, nécessité ou peril qui soit aunbsp;dommage de la République.
De plus, il faut vn Arrest de Messieurs de la Cour de Parlement; et il faut quils promettent auant que riennbsp;se face, de ne laisser passer aucune chose due a lhon-neur de la dite Saincte. Car cest vne maxime généralle,nbsp;ratifiée de toute antiquité , que la dite Procession tantnbsp;au partir quau retour doit estre faite auec tout honneurnbsp;et réuérence.
Parquoy Messieurs de Nostre Dame dvne part, ayant fait leur requeste envers Monsieur lAbbé et lesnbsp;Religieux de Saincte Geneuiefue dautre part, si la causenbsp;est nécessaire, ils ne peuuent aucunement estre refusez ,nbsp;Veu que cest Ie refuge et confort des Parisiens en leursnbsp;nécessitez.
Enfin Ie iour estant pris dVne part et dautre pour faire les Processions, on fait aduertir toutes les Paroissesnbsp;par Messieurs les Archiprestres de la Magdeiaine et denbsp;Sainct Séuerin pour faire commencerles dites Processions.
D;
La première Procession se fait de la sorte qui suit; cest que chaque Paroisse et Monastère vont directementnbsp;3 N.-D. de Paris et de la en PEglise de Saincte Geneuiefue , OU la messe est cbantée par Messieurs de Nostre
ame.
La messe ditte , il faut que Monsieur rArcheuesque se transporte au Cbapitre, accompagné du corps de son
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Église, pour declarer par deuant Messieurs les Religleux et Nottaires Royaux quil ninnouera rien et quil ne pretend aucune lurisdiction sur lesdits Religieux.
Et le iour quelle est portee en Procession, on doit tenir les rues par ou passe le Corps Sainct, le plus nette-inent que faire se peut, plus, tapisser deuant les maisonsnbsp;comme le iour de la Feste-Dieu.
Or cependant les Religieux doiuent, en attendant le iour arreste, sexercer autant quil leur est possible etnbsp;que Dieu leur en fera la grace, en tons ieusnes,nbsp;prières , oraisons et autres bonnes oeuures.
La veille estant venue, on dit Vespres et Complies comme la veille de la feste Saincte-Geneuiefue , lesquellesnbsp;finies, les Religieux sen vont retirer iusques a neufnbsp;heures du soir.
Les neuf hfnires venues, les Religieux viennent aii Chceur et chantent Matines comme au iour de la ditenbsp;feste, lesquelles Matines dites a Minuit, ou vn peunbsp;deuant. Ton dit Prime, Tierce, Sexte, None; et cela dit,nbsp;on descend la Chaasse a la manière qui sensiiit.
Premièrement , M. eAbee sen vient a Iautel, reuestu en Aube, et la se met a genoux sur vn tapis , le-quel lui est préparé , commence les sept Pseaumes Peni-tentiels; et lui respondent les Religieux, pareillementnbsp;estant a genoux sur des tapis; lesquels finis , Monsieurnbsp;IAbbe dit les Oraisons et fait 1absolution que Ton anbsp;accoustume de faire le Jeudi Sainct, adioustant IOraisonnbsp;propre a ce que Ton requiert.
Cela fait, le Cheuecier, accompagne dvn autre religieux , reuestus dEstolle et nuds pieds, montent a la Chasse pour 1accommoder et ayder a la descendre.nbsp;Estant en Fair, le Chantre commence le Respond :
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Beata virgo Genouefa ; lequel finy, Monsieur lAbbé et les Religieux, selon leurs ordres, la vont baiser nudsnbsp;pieds.
En après, Monsieur lAbbé va commencer la grand-Messe, la oü tous les Religieux doiuent communier, estant tous nuds pieds; et faut remarquer que pas vnnbsp;Religieux ne dit Messe ce iour la que Monsieur lAbbé.
La Messe dite, chacun sen va retirer pendant que Monsieur Ie Baillif, accompagné du Procureur Fiscal, etnbsp;les Sergens de la maison la gardent iusques au matin,
Le matin sur les cinq a six beures , Monsieur Ie lieutenant Criminel, Monsieur le Procureur du Roy, auec les Commissaires et autres Officiers de la Justice, lanbsp;prennent en leur garde , comme ceux qui au nom de lanbsp;Ville en sont les Protecteurs, iurant et affermant lanbsp;gaider fidellement selon leur deuoir et office; et de faitnbsp;sont tenus la conduire et raconduire et ne la point perdrenbsp;de veue iusques a ce quelle soit remontée, faisantnbsp;mesme certain ostage, craignant quil nen viennenbsp;faute.
Les Porteurs, ce iour la , font chanter vne basse Messe a la Chapelle de la Miséricorde, qui est dedans les Clois-tres et la communient tous.
Sur les six a sept heures du matin, les Processions commencent a venir, chaque Paroisse apportant vn Re-liquaire, et estant reuestus de Chappes.
Plus , on doit apporter les corps de S. Paxan , S. Ma-gloire , S. Méderic, S. Landeric, Saincte Auoye, Saincte Opportune et plusieurs autres Sainctes Reliques.nbsp;Messieurs de Nostre Dame en surplis apportent la Chassenbsp;de S. Marcel (car Ton dit en commun Prouerbe quenbsp;Saincte Géneuiefue ne partiroit si S. Marcel ne la ve-
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noit querir) accompagnez de Monsieur IArcheuesque, reuestu de son habit Ar chi episcopal.
Messieurs de la Cour de Parlement reuestus de leuiS Robes rouges, auec Messieurs de la Cour des Aydes et denbsp;la Chambre des Comptes, Monsieur le Préuost des Mar-chands auec les Escheuins et les Officiers de la ville, ounbsp;estant entrez dans IEglise de Saincte Geneuiefue, lenbsp;Chantre de Nostre Dame commence IAntienne O felixnbsp;Jncilla^ laquelle dite , Monsieur de Paris dit IOraison.
En apres, le Chantre de Saincte Geneuiefue commence IAntienne de S. Marcel, O dulce decus Parisio-nim; et Monsieur IAbbe dit fOraison. Alors on prend les Chasses et commencent a partir les Processions; etnbsp;en sortant, le Chantre de Saincte Geneuiefue commencenbsp;le Respond de tous les Saincts Concede nobis, lequelnbsp;finy, Ton doit chanter quelque Respond du temps denbsp;quoy on faict la Procession.
Estant arriuez a Petit Pont, on chante le Respond de Saincte Geneuiefue, Aduenisti, ou bien Ingredienti,nbsp;apres lesquels se chante le Respond de la Vierge Marienbsp;Gaude Maria; et en entrant dans fcglise de N. D.nbsp;on commence Iiiuiolata , auec les Orgues et la Musique.
A Ientree de TEglise de N. D., les Porteurs de la Chasse de Sainct Marcel prennent la Chasse de Sainctenbsp;Geneuiefue; et les Porteurs de Saincte Geneuiefue prennent la Chasse de S. Marcel, et alnsl portent les sus-dites Chasses en vn certain lieu dans le Chocur denbsp;IEglise N. D. accommode pour cet effect; elfaut notternbsp;que les Porteurs de la dite Chasse de Saincte Geneuiefuenbsp;ne sont reuestus que de linge et nuds pieds; et ceux.nbsp;de S. Marcel sont reuestus de leurs habits ordinaires.
Entrez quds sont, les deux Chantres tant de Saincte
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^éneuiefue que deN. D. commencent la Messe, laquelle dilte par Monsieur 1Archeuesque, ayant Crosse etnbsp;^ittre; Messieurs de Sainete Géneuiefue estant tousnbsp;Ruds pieds, et aussi Monsieur lAbbé, lequel auec sesnbsp;Religieux tiennent tousiours Ie costé droit, mesmenbsp;dedans N. D.; et ledit sieur Abbé se met dans lanbsp;chaire Archie'piscopale auec Crosse et Mittre. La grand-IVlesse estant dite, Ie Chantre de Sainete Géneuiefuenbsp;commenee lantienne Salue, Regina; laquelle ditte,nbsp;Monsieur lAbbé dit lOraison, estant en la chaire denbsp;Monsieur lArcheuesque, pendant laquelle Antienne lesnbsp;Porteiirs de la Chasse de Sainct Marcel prennent cellenbsp;de Sainete Géneuiefue et les Porteurs de la Chasse denbsp;Sainete Géneuiefue celle de Sainct Marcel; et ainsi lanbsp;portent iusques deuant la porte de lHostel Dieu, qui estnbsp;^uprès du petit Chastelet, la oii ils se disent Adieu lesnbsp;vns les autres. Messieurs de Nostre Dame sen retournentnbsp;^lïez eux auèc leur Chasse; et Messieurs de Sainete Gé-*ieuiefue sen reuiennent auec la Chasse.
Les Paroisses qui les accompagnent au retour, sont Sainct Estienne du Mont, Sainct Médard. Les Augustins la conduisent iusques au Petit Pont; les Cordeliersnbsp;nsques au carfour de Sainct Séuerin; les Carmes iusquesnbsp;deuant leur Église; et les lacobins iusques a lÉglise denbsp;Sainete Géneuiefue.
Estant deuant les Carmes, Ie Chantre de Sainct Gé-^^uieue commence Ie Respond Cornelius Centurio; Pnis quand la Procession est arriuée sous Ie portail, lesnbsp;^^cobins sen retournent; et les Porteurs attendent quenbsp;Religieux soient entrez dans la Nef pour la receuoir.
En entrant, Ie Chantre commence Ie Respond Audiui ^ocem; cela fait, on remonte la Chasse en diligence,
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pendant lequel temps les Religieux sont tons a genoux ; et estant remontée, lon commence tout aussitót espres, lesquelles dites chacun sen va se lauer pour senbsp;réchauffer.
Le reste de la iournée, tant les religieux que les Por-teurs de ladite Chasse se doiuent comporter le plus déuo-temerit que faire se peut, en prières et Oraisons, afin dappaiser Tire de Nostre Seigneur et le rendre propicenbsp;enuers son peuple.
Et faut remarquer que tout le luminaire , tant la veille que le iour, soit cierges, torches , flambeaux , armoiries,nbsp;doiuent estre fournis par Messieurs de la Ville; et fautnbsp;que ce soit toute cire blanche.
Le Cheualier du Guet doit estre soigneux auec tous ses Lieutenans, Exempts et Archers tant a cheual quanbsp;pied de se promener par les rues, estant armez de leursnbsp;armes pour empescher les seditions qui se pourroientnbsp;commettre par quelques insolens. Dien nous donne lanbsp;grace que nous Ie puissions appaiser par les prières denbsp;sa Mère et de la bien heureuse Vierge Saincte Géneuiefue,nbsp;a lhonneur de quoy ce présent traicté a esté fait. Ainsi'nbsp;soit-il.
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DE MAZARINADES.
(23 juin 1632).
Ie ne suis ny Prince, ny Mazarln; ie ne suis ny de party, ni de cabale; ie ne suis quEsprit et ne fais pointnbsp;de Corps; ie veux la Paix et ie déteste la Guerre; ienbsp;suis bon Francois et ie ne prends part quaux seuls interests de ma patrie.
Peuples.
Croyez eet auis aussi désintéressé que véritable; nen-trez point dans vne querelle oü vous ne pouuez que pcrir. Elle a esté assez fatale a tout Ie Royaume pournbsp;vous en détourner par Ie souuenir des choses passées etnbsp;parlexemple des malheureux. Vous voyez tout lEstat ennbsp;combustion, les Prouinces désolées, les Peuples fugitifs,nbsp;les Loix mortes, Ie Commerce rompu partout oü lani-mosité des partys a porté ses ressentimens; il ny a li-berté de respirer que dans les lieux oü la guerre nanbsp;point encore esté, et dans ces climats heureux que lesnbsp;factieux nont pu séduire par leurs intrigues, ny tirernbsp;par leurs promesses de leur deuoir, pour les letter dansnbsp;Ie désordre.
Quel intérest auez vous dans celuy des Princes ? Com-
' 11 est dit dans VEsprit de guerre des Parisiens, etc. [1282], qui est une ï'éponse du parti des princes, quun porteur de V Esprit de paix ayant éténbsp;®rrété, il déclara que ce pamphlet lui avait été remis chez Ie Coadjuteur.nbsp;Cest possible; mais lauteur ne me parait pas moins être Ie père Faure,nbsp;prédlcatcur, confesseur de la reine et successivenient é\ èque de Glan-t^éves, de Montpellier et dAmiens.
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batent ils póur vous? Sont lis vnis auec vous? Ne trai-teront ils point sans vous ? Serez vous dédommagez de toutes vos pertes ? Et ce peu qui vous reste, sera-t-il con-serué par vos armes ? Pauure Peuple, qui texposes iour-nellement a la peste et la famine, en faueur dvnenbsp;ingrate grandeur dont tu as esprouué si souuent ounbsp;linconstance ou Iinfidellte! Vse de ta raison on de tonnbsp;experience; ne crois plus ces supérieurs intéressez ounbsp;corrompus qui tengagent a les seruir pour se dégagernbsp;de leurs téméraires entreprises. Ne vois tu pas bien quenbsp;Ie Parlement se dégage Ie plus adroitement quil peut,nbsp;dvne. liaison quil auoue auoir mal faite, et que lesnbsp;mieux sensez pratiquent sourdement leur accommode-meat, pour se libérer de la punition qui pend sur lanbsp;teste des malheureux ou des coupables et dont la foi-blesse ou 1indifférence des Princes ne les tirera iamais ?
Ie ne parle point en faueur de qui que ce soit; et si tu fais reflection sur la vérité de ce que ie te dis, tunbsp;verras bien que lesprlt de Paix parle par ma bouche etnbsp;que eet auis est égaleinent sincere et veritable. Cest anbsp;toy den profiler et de régler la dessus tes mouuemensnbsp;et tes pensees.
Demande la Paix, pour iouir ou du fruit de ton tra-uail et de tes peines, ou du bien de tes pères. Demande Ie Boy pour lasseurance et Ie sacré gage de cette paix,nbsp;la prompte punition des coupables et des interrupteursnbsp;de la Paix, qui ne veulent que la confusion pour peschernbsp;en eau trouble et se rendre importans et redoutables anbsp;tes despens, qui ont eux mesmes fait venir Ie Cardinalnbsp;Mazarin pour donner prétexte a leurs mouuemens,nbsp;qui ont autant de peur de voir esteindre lincendienbsp;quils ont eu dardeur a lallumer.
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Sils veulent combattre Ie Mazarin, il faut que ce soit par eux mesmes; cest vn coup de Cabinet et non pasnbsp;lie Rebellion. Cest vne affaire particuliere quil ne fautnbsp;pas rendre publique, et quils ont deu démesler dans Ienbsp;secret, par Tauthorite de leur naissance et non pas parnbsp;1oppression de lEstat et du Peuple. lis ont deu mesurernbsp;Jeur ressentiment et prendre garde que leur iniure particuliere ne deuinst générale et uniuerselle et que Ienbsp;succez de leur vengeance nenuelopast la perte dunbsp;Royaume dans celle de leurs ennemis. Mals, pauurenbsp;peuple , ouure tes yeux ; considère si leur dessein est lanbsp;perte du Cardinal Mazarin. Ont-ils voulu empeschernbsp;son entrée? Tu sais bien que les troupes de S. A. R.nbsp;estoient en assez bon nombre et assez bien postées surnbsp;la riuière dYonne et depuis sur Loire. La haine desnbsp;peuples estoit presque capable de larrester, si elle eustnbsp;esté soustenue par celle des Princes. On a fait la guerre.nbsp;Lont ils faite a leurs despens ? Soldoyent ils leur armee ?nbsp;He subsiste elle pas sur Ie païsant et sur Ie plat pays ?nbsp;Mais cependant nont ils pas fait des propositions,nbsp;ïiont-ils pas dressé des articles et cherché les occasionsnbsp;fauorables a leurs desseins, sans y appeller ny Ie Parlement quils ont embarqué, ny les Peuples quils ontnbsp;affligez ?
Si Ie Roy ne leur accorde pas ce quils demandent aux despens des peuples, et si lon ne donne pas anbsp;Ie Prince Ie meilleur reuenu du Royaume, pournbsp;l'indemniser de la dépence quil a faite pour te ruiner,nbsp;^Ux despens de tes rentes et des gages des Officiers; sinbsp;lon ne fait pas Marchin Maresclial de France, ce laschenbsp;léserteur de la Catalogne; si lon ne satisfait pasnbsp;de Montbazon, les chères délices de ce grand
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génie Ie Due de Beaufort; si Ton ne contente pas Ie Marquis de La Boulaie; enfin si Ie Roy ne souffre pas Ienbsp;partage de son Estat, pour contenter tous ceux qui senbsp;sont iettez dans leurs interests, lon verra a linstantnbsp;des menaces de Iestablissement dvne tyrannie. Lon senbsp;vante de faire des assassins en plaine rue; lon proinet anbsp;la canaille des billets pour piller les inaisons, exposernbsp;cbacun a ses ennemis particuliers, et ceux qui ont dunbsp;bien , a lauarice des filoux.
II est temps que tu y donnes ordre et promptement. Aussi bien la misère de tant de pauures qui ont amenénbsp;leurs bestiaux, va te donner la peste, qui iiespargneranbsp;ny les grands ny les petits et qui aura bien tost déserténbsp;Paris et désolé la face de cette grande ville, Ie séiournbsp;des Roys et Tornement de lEstat.
Crois done lEsprit de Paix; demande Ie a Dieu a quelque prix que ce solt. Que Ie Roy soit Maistre sansnbsp;condition; Ie Peuple sans oppression ; Ie Royaume sansnbsp;guerre; les Princes en leur deuoir; les Loix en leurnbsp;iuste force; Ie Bourgeois en paix; la Campagne libre;nbsp;Ie Paysan dans sa maison ; les armées sur la frontièrenbsp;et enfin lordre restably, pour vser doucement de la vienbsp;et pour faire reüssir Ie dessein legitime que tu doisnbsp;auoir de iouïr de tous ces aduantages. Va ten en foulenbsp;au Palais dOrléans a S. A. R. dire que tu es las denbsp;tant de misères, que tu demande ton Roy et la Paix, etnbsp;quil vienne sans condition receuoir dans sa bonnenbsp;ville de Paris lobéïssance et lamour de ses peuples.
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DE MAZARINADES.
Rédt 'véritable de tout ce qui s'est passé d VHostel de Ville touchant lVnion de Messieurs de Ville et du Parlement auec Messieurs les Princes pour la destruction du Cardinal Mazarin [3028]*.
(4 juillet 1652.)
Enfin cest a ce coup, chers Parisiens, que Ie Ciel vous fauorise puisque Messieurs de Vüle et Messieurs dunbsp;Parlement ont signé lvnion auec Messieurs les Princesnbsp;pour la destruction du Cardinal Mazarin, puisquenbsp;iamais vous ne fussiez sortis de la misère oü vous estiez,nbsp;si vous neussiez pris les arines pour les contraindre a senbsp;ioindre auec ceux qui vous ont monstré auec tant de va-leur que leur sang na pas estc épargnépour vous deffen-dre. Mais ie serois trop prolixe si ie voulois vous entretenirnbsp;de la dernière deffaite, veu que vous en auez veu diuersesnbsp;Belations% nayant mis la main a la plume que pournbsp;vous reciter ce qui sest passé a lHostel de cette Ville denbsp;Paris touchant lvnion que Messieurs de lHostel de Villenbsp;et du Parlement ont esté contraincts de signer pour senbsp;ioindre auec Messieurs les Princes pour la destruction dunbsp;Mazarin. Vous scaurez done que Monsieur Ie Princenbsp;sestant acheminé au Palais dOrléans pour parler a son
' On verra plus loin que ce récit a été écrlt par un témoin oculaire qui était sur la place de Grève pendant 1incendie.
II sagit ici du combat livré le 2 juillet dans les rues du faubonrg Salnt-Antoine. On trouvera les titres de ces diverses relations dans lanbsp;Liste chronologique des Mazarinades,
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GHOIX
Altesse Royale, vii marchand de eette ville estant a la porte du Palais dOrleans, luy dit ; « Monseigneur,nbsp;les Boulangers nous ont apporté du pain; mais ils rem-portent de la poudre et des boulets pour nous battre. »nbsp;Sur quoy Monsieur Ie Prince na fait que baisser la teste;nbsp;et puis ensuite tous les Princes et Seigneurs sont arriueznbsp;en après afin daccompagner Messieurs les Princes anbsp;lHostel de Ville, afin de scauoir de ces Messieurs silsnbsp;auoient dessein de se ioindre auec eux; oüestans dedans,nbsp;vn Soldat qui gardoit la venue de la rue de la Mortel-lerie, est venu dire aux autres qui gardoient la porte,nbsp;quil estoit besoin de scauoir ce quils résouderoient, etnbsp;quil falloit enuoyer quelque officier en haut pour scauoirnbsp;si on laisseroit sortir Messieurs de Ville sans auoir signénbsp;rVnion; mais en vn instant on sest mis a crier : Pointnbsp;de Mazarin! par plusieurs fois des fenestres de lHostelnbsp;de Ville, ou Monsieur Ie Due dOrléans disoit a Messieursnbsp;quil les remercioit dauoir laissé passer ses troupes parnbsp;cette Ville et quil ne loublieroit pas. Monsieur Ienbsp;Prince leur en ayant dit aulant, puis S. A. R. ayantnbsp;repris la parole, leur a dit quil estoit venu aussinbsp;pour scauoir deux sils estoient résolus de signer lVnionnbsp;pour eloigner Ie C. M. Mais ils luy ont répondu qu'ilsnbsp;désiroient auoir encore buit iours. Mais après, Messieursnbsp;les Princes estant sortis de lHostel de Ville, ils dirent aunbsp;peuple quils nauoient pas voulu signer lVnion etnbsp;quils eussent a les contraindre et quil ne falloit plus denbsp;remise; oir la populace sestant assemblee, on voulut en-trer dedans; mais ayant ferme la porte, les Bourgeoisnbsp;se mirent a tirer aux fenestres de lHostel de Ville, etnbsp;dautres en deuoir daller querir des fagots pour mettrenbsp;Ie feu aux portes dicelle; mais ceux qui estoient dedans,
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s estant mis en effet de les empescher, ont tiré enuiron quelques quatre vingts coups de fusil par la vlsière denbsp;grande porte, mais sans aucun effet que dauoir tuénbsp;'ïeux OU trois hommes ; ce qui na seruy que de ranimernbsp;^eux qui y estoient, lesquels ayant allumé Ie feu a toutesnbsp;ïes portes , ont fait encor plusieurs de'charges et se sontnbsp;'ïiis a courir de tous costez pour voir sils pourroient en-tfer dedans et forcer les portes; mais Messieurs de lHos-tel de Ville et du Parlement, ayant veu quils nenbsp;pouuoient pas résister et quil falloit signer lengage-öient auec Messieurs les Princes, ont fait paroistre vnnbsp;drap aux fenestres, tandis quvn Trompette les sommoitnbsp;de parler; lequel a esté exposé lespace dvn quartnbsp;dheure, tandis quils escriuoient lVnion, lequel ayantnbsp;ietté par la fenestre, ce peuple la ramassé a dessein denbsp;lire; mais vne troupe estant surueniie sur nous, nousnbsp;iiauons pas eu Ie temps de Ie lire qua moitié, Ie Peuplenbsp;sestant ietté sur nous et nous layant décliiré, criantnbsp;^près nous aux Mazarins! Mais ie ne vous diray pas cenbsp;4uil y avoit dedans, dautant qu'ils en ont encor ietténbsp;''U autre après celuy la, sinon que voyans quon ne ces-soit de tirer, ils ont ietté Ie drap quils auoient exposénbsp;^ la fenestre en bas; ou Ie Peuple layant ramassé et veunbsp;® d ny auoit point dargent, sest mis a crier ; « lettez Ienbsp;feu ; il faut tout tuer. Point de quartier! point denbsp;'lUartier! » Et layant ietté au feu, ils ont encor ietté vnnbsp;¦^utre billet pour monstrer quils désiroient lVnion , du-*l*Jel la teneur ensuit : « IJVnion de la Ville et dunbsp;Parlement auec Messieurs les Princes pour la destruction du Cardinal Mazarin. » Signé Lemaire*.
' Greffier en lHntel de Ville.
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CHOIX
Mais Ie Peuple na pas délaissé de redoubler ses charges et de tirer encor aux fenestres ; puis se sont mis encor anbsp;porter des pieces de hois pour acheuer de brusler lanbsp;grandporte ; mais les Messieurs voyans quils estoient ennbsp;danger de périr et que lon ne cessoit point de tirer et
vn
de ener
Point de quartier 1 en ont ietté encor autre, lequel ayant esté porté a S. A. R., la signénbsp;aussi tost et a enuoyé Monsieur Ie Due de Beaufortnbsp;pour pacifiei- Ie tout. Mais cela na pas empesché qu'ilnbsp;ny ait eu plusieurs de Messieurs de tuez et toutes lesnbsp;portes de lHostel de Ville bruslées. Mais ce seroit faiienbsp;tort aux Parisiens et a tous ceux qui se sont trouuez ennbsp;ce rencontre , que de ne pas louer la prudence quilsnbsp;ont eue en se monstrant plus sages que non pas les Sol-dats, veu quayant tiré dvne caue plusieurs pieces denbsp;vin et layant exposé en pleine Grèue pour Ie boire, ilsnbsp;nen ont iamais voulu gouster, disant ; cc Ne buuonsnbsp;point. Point de vin ! Point de vin ! » et ie vous asseurenbsp;que si nous secondons nos Princes et que Ie courage nenbsp;nous manque non plus que la, nous emporterons la vie-toire sur tous les Mazarins, moyennant le secours dunbsp;Tout Puissant, lequel ie prie de vouloir seconder nosnbsp;desseins afm que , iouissant dvne parfaite Paix, nousnbsp;puissions luy rendre grace des benefices quil nous a fait*nbsp;et fait tous les iours.
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Liste générale de tons les morts et blessez, tant Mazarins que Bourgeois de Paris, a la géné-reuse résolution faicte d VHostel de Villepournbsp;la destruction entïere des Mazarins, ensemblenbsp;Ie suiet de lInstitution de 1 Ordre des Cheua-liers de la Paille par lordre de Messieurs lesnbsp;Princes et de Mademoiselle [2320].
(4 juillet 1632.)
leudy, quatriesme iour de luillet, Messieurs les Princes auec Mademoiselle se transportèrent tous anbsp;^Hostel de Ville pour faire conclusion de toute 1assem-^lée et faire vne Vnion générale par ensemble. Et cha-^tin désirant de voir cette fin et Mademoiselle estantnbsp;Contente de voir cette amitié si grande pour Ie seruicenbsp;Roy et de Messieurs les Princes, il fut conclud ainsinbsp;Suil auoit esté faict a la bataille dernière, que tous lesnbsp;'^oldats sous la conduite de Monsieur Ie Prince porte-*oient vne reconnoissance de leur partie, scauoir de lanbsp;Prille tous a leur chapeau; et Mademoiselle voyant Ienbsp;P^uple si animé au seruice de leur liberté, cest-a-direnbsp;Paix en ce Royauine , elle ordonna que chacun porte-'oit de la paille au chapeau, tant que la Paix fut faite;nbsp;'^ont son Altesse Royale et Messieurs les Princes et aussinbsp;^l-sdemoiselle en portoient les premiers; et que si aucunnbsp;J auoit qui ne voulust accepter cette belle marque, ilnbsp;^eroit déclaré Mazarin. LAssemblée estant finie, lesnbsp;Princes et Mademoiselle se retirèrent sans aucune satis-
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faction. Le peuple se souleuant contre les Mazaï-ins, Ie feu y fut mis; et chacun animé, de part et dautre, se de-fendit pour la destruction entière de cette engeance,nbsp;layant bien fait paroistre par la mort de tant de brauesnbsp;Bourgeois et gens de mérite dont sensuiuent les noms :
Monsieur Boulanger, blessé au bras gauche ;
Monsieur de lanury, dit de Feran, conseiller, place Maubert, tué;
Monsieur de Precen, inarchand de fer, rue Galande, dit la place Maubert, tué;
Le fils de Monsieur Flexelle y a esté tué;
Le Vicaire de Sainct lean en Grèue fut bruslé dans les flammes pensant se sauuer.
Celuy de Sainct Sauueur, pareillement bruslé.
Le Curé de Sainct Barthélemy, estropié dvne busche que lon iettoit dans le feu;
Le Curé de Sainct Symphorien, blessé a la cuisse ;
Le Vicaire de Sainct Estienne neust aiicun mal; mals sa Constance fut telle quil demeura trois heures entièresnbsp;entre trois Archers de la Ville qui estoient tuez, dontnbsp;nous dirons les noms cy dessous;
Le premier est Garualet dans la rue des Petits Champs;
Le second est Maurice, a la rue de Croisay, proche la rue des Célestins;
Le troisiesme est du faulxbourg Sainct Germain, a Ia Marmite.
Plus , Monsieur Yon, escheuin, blessé au bras;
Monsieur Ie Mair, Greffier en lHostel de Ville, blesse au bras ;
' Le Maire ne fut pas seulement blessé au bras. Attaqué dans son bu' ieau par des borames qui cherchalent la caisse de la ville, il recut plu-.sieurs coups de b.aïonnctte. II fut enfin, après une éiifrgiquc défen e.
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Monsieur lEnfant, marchand en la rue Sainct Denis, ^lessë.
Le Pre'uost des Marchands fut blesse' a lespaule par vn Archer ou quelque autre personne inconnue, dans leurnbsp;iéroute, dont il demeura tiois heures sans dire mot,
scachant sil contrefaisoit le mort ou viuant; puis ^Près il reuint a luy et sortit par vne fenestre qui iettenbsp;^ans léglise dn Saint Esprit, vis a vis du grand Autel,nbsp;auec les Escheuins.
Deux Crocheteurs, deraeurant lvn et lautre dans la tUe de la Mortellerie au Coq, proche du petit lardinet,nbsp;y ont esté tuez;
Deux compagnons Coutelliers, demeurant dans la rue
la Coutellerie, lvn au Coutelas, et lautre a la Halle-^arde, y ont esté tuez.
Plus, vn nommé Liégault, blessé a la gorge dvn ^*^Up de mousquetade;
Deux Trompettes, arriuez de la part du Roy au ^ïéuost des Marchands, tuez et bruslez, se voulantnbsp;^auuer;
Vn Chanoine du Sepulchre, Mazarin, tue;
Le Vicaire de Sainct Leu Sainct Gilles, blessé a la 'baisse dvn coup de mousquet;
Vn Marchand de fer de la rue Sainct Martin, proche 'quot;^ainct lulien le Ménestrier, blessé.
Llusieurs Portefez , Charbonniers et autres gens Vauaillant sur le port, y ont esté blessez.
de racheter ce qui lui restait de vie a prix dargent. Lassemblée de
'dlepritj le 18 juillet, une deliberation par laquelle, en reconnaissance ses services et en témoignage de satisfaction pour son courage, ellenbsp;t conserva son office de greffier « pour en disposer par sa veuve, en-'^uts et béritiers après sa mort, a leur volonté. »
tr nbsp;nbsp;nbsp;2.3
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Monsieur Mathieu, Médeciu , demeurant en la Mon-tagne Saincte Géneuiefue, blessé au bras droit.
Deux Colonels, Mazarins, y estant Incognito, lvn blessé a la cuisse et lautre au costé
(4 juillet 16S2).
Ie ne puis comprendre Iemportement ou plustost Faueuglement de nostre siècle; ie ne void personne quinbsp;ne se pique de Politique; ie ne void personne qui nenbsp;decide sur les affaires dEstat; et ie ne void personnenbsp;qui les cognoisse. Le vulgaire ne se contente pas denbsp;former des coniectures; il pénètre iusques dans le secret des cabinets ; il perce les mystères les plus cacheznbsp;11 aioute a des cognoissances imaginaires des phantaisiesnbsp;chimériques. Ainsl tout est plein de fausses lumièresjnbsp;alnsi les impressions ou iettées par 1artifice des impos-teurs, ou naissantes dans les esprits par vn raisonne-inent bizarre et mal fondé estouffent les plus bellesnbsp;véritez; ainsi nous calomnions nos libérateurs *, et nousnbsp;couronnons nos tyrans.
* Lexempiaire de la Bibliothèque nationale porte une note manuscrit® dune écriture du temps, qui est ainsi concue; « Tuez ; M. LeGras,nbsp;Maistre des Requestes; M. Miron, maistre des comptes, qui sont leSnbsp;2 collonnels sy dessus, des plus affectionnez pour ie parti des Princes. nbsp;Je trouve en effet Miron, sieur du Tremblay, maitre des Comptes, dausnbsp;la Liste de messieurs les colonels de la vïlle de Paris, etc., en 1649 [SSO'?]»nbsp;raais point Le Gras.
Ce pamphlet est avoué par le cardinal de Retz dans ses Mémoires.
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Iay essayé, pour me tirer de ces labyrintes dans les-^uels nos esprits se trouuent enueloppez, de démesler confusions; ie me suis propose de ne plus cherchernbsp;^3 vérité dans Ie discernement des faits, qui recoiuentnbsp;Vne infinite de iours tout différends, qui sont contesteznbsp;Risques dans leurs moindres circonstances par les deuxnbsp;partis; et iay voulu iuger du vray par Ie vray sem-blable , qui ne fait pas tousiours, a la vérité, vne raisonnbsp;démonstratiue, mais qui est pourtant assez souuent etnbsp;presque tousiours opposé au faux, et a mon sens lanbsp;fegle Ia plus certaine dans ces sortes de süiets si dluer-sifiez, si mystérieux, si pleins dobscuritez et de nuages,nbsp;que 1on peut dire auec beaucoup de raison quil estnbsp;impossible de les pénétrer par dautres moyens.
Sur ce fondement, iay fait des reflections sur la plus grande partie de tout ce qui sest fait depuis nos der-niers troubles. Iespère de les donner au Public dansnbsp;quelque temps. Celles que vous lisez présentement sur lanbsp;Conduite de M. Ie Cardinal de Retz, ne seruent quenbsp;flessay pour vn plus grand ouurage; ie les ay choisis denbsp;preference pour eet effet parceque les bruits que lonnbsp;a respandu contre luy, mont paru plus particulièreinentnbsp;que tous les autres opposez au vraysemblable.
Les Libelles qui ont esté composez depuis quelque temps sur son suiet, nous veulent faire croire quil anbsp;soustenu les intérests du Mazarin. Y a-t-il apparencenbsp;quil souhaltte la conseruation et quil procure lagran-i^issement dVn Ministre quil a attaqué dans sa plusnbsp;gcande puissance, quil a cruellement offensé dans vnenbsp;'ufinité de rencontres différentes et dont la grandeurnbsp;^st incompatible auec la sienne par la ialousie naturellenbsp;fl^i est entre eux par leurs dignitezPLe Cardinal de Retz
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est il assez stupide pour prendre confiance aux promesses du Cardinal Mazarin ? Le Cardinal Mazarin est il assez hardi pour ne pas craindre la vigueur du Cardinalnbsp;de Retz? Le Cardinal de Retz a-t-il paru iusques icy asseznbsp;attaché aux interests de M. le Prince pour auoir procure le retour du Cardinal Mazarin, qui luy a redonnénbsp;tous les aduantages que les succez si mallieureux quilnbsp;auoit eus en Guyenne, luy auoient fait perdre? Lenbsp;Cardinal de Retz trouuoit il quelque utililé a la seulenbsp;chose qui estoit capable dobliger Paris a receuoirnbsp;M. le Prince? Si le Cardinal de Retz vouloit agir ennbsp;hoinme de bien, se pouuoit il résoudre a contribuer anbsp;vne action si fatale a IEstat? et si lambition estoitnbsp;le Principe de sa conduite, preuoit il ie restablisse-ment du Mazarin, dvn Ministre tout puissant a lanbsp;Cour, dvn Fauory qui ne laisse aucune part dans lesnbsp;affaires, inesine a ses ineilleurs ainis; se seruoit il,nbsp;dis ie, de sou restablissement coinme dvn instrumentnbsp;fort propre pour conteuter sa passion ? Cela peutnbsp;estre vray; mais il faut auouer que cela nest pas vray-semblable.
On nous a voulu persuader par vne infinite descrits et de discours respandus dans le Public, que M. le Cardinal de Pietz auoit des négociations a la Cour. Est ilnbsp;croyable que ses intrigues, ses cabales, ses traittez ayentnbsp;esté si secrets que lon nait iamais pu, ie ne dis pas lenbsp;conuaincre, mais auancer vne seule preuue particuliere;nbsp;que ceux qui auoient tant dintérest a iustifier ce quilsnbsp;publioient si hautement, ayent esté obügez de se con-tenter de letter des bruits vagues, des bruits que Ponnbsp;iette également contre les plus innocens et contre lesnbsp;plus coupables? et y a-t-il apparence quvn liomme ob-
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serué par vn Prince qui a clans les mains toutes les forces (1 vn grand party, qui a tant dintelligences dans la Cour,nbsp;pu dissimuler si adroitement sa conduite quil 1aitnbsp;^bsolument cachée, au mesme temps que les négocia-*^*ons faites auec Ie Cardinal Mazarin par Chauigny',nbsp;par Faber, par Montaigu, par Gaucourt, par Gouruille,nbsp;ont esté scenes iusques dans leurs moindres eircon-stanees, ont esté éuentées a la Cour, ont esté publiéesnbsp;flans Paris et ont esté eonfirmées ensuite par la notoriéténbsp;publique? II est presque impossible que les actions dunbsp;Cardinal de Retz eussent esté plus couuertes. Cela pour-tant peut estre vray; mais il faut auouer que cela nestnbsp;pas vray semblable.
A-t-on rien oublié pour reietter tout ce qui a paru de laugueur dans Ie Party des Princes sur les artifices denbsp;Ie Cardinal de Retz? Auec combien demportementnbsp;plustost de fureur a-t-on exaggéré Ie pen deffort quenbsp;^ on fit a lentrée du Cardinal Mazarin pour arrester sanbsp;Oarche? A qui sest on pris du peu dordre qui parois-*oit dans les affaires, du peu de concert qui paroissoitnbsp;Poiir les desseins? Le Cardinal de Retz sopposoit a les-tablissement dvn Conseil; le Cardinal de Retz empes-^hoit la leuée de largent et des troupes; le Cardinal denbsp;^cetz faisoit des cabales dans le Parlement; il partageoitnbsp;^ ^i'inée; il 1empeschoit dagir; enfin le Cardinal de Retznbsp;®*toit la veritable remore de ce grand vaisseau qui, sans
' On ne compte pas inoins de cinq pamphlets sur les négociations de Z; les Articles de la paix proposez d Saint-Germam en haycy etc.
P ^' j ; Auerlissement aiix bons bourgeois .uir le siilet de la conférence^ etc-»
X Journal veritable et désintéressé de fout ce qui s'*est fait et passé tant ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Germain en Laye^ etc. [1764]; Lettre divn bourgeois de Paris escrile
^ien ami de la vïlle de Lyon, etc. [1354] ; Pelatiou veritable de tout ce s est passé d Saint-Germain en taye [3218],
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CHOIX
ses impressions occultes, alloit brauer les tempestes et donner la loy a tout Ie Royaume. Quand la postériténbsp;apprendra que M. Ie Prince trouua a son retour denbsp;Guyenne vne armee de dix mil hommes composée denbsp;vieilles troupes, quil en prit possession par vn aduan-tage signalé sur les trouppes du Mareschal de Turenne*,nbsp;sans contredit plus foibles que les siennes, quil entranbsp;dans Paris auec les nouuelles de cette victoiie, quil futnbsp;receu au Parlement auec acclamation^; et quand la postérité verra ensuitte qne tout ce Party sest éuaporé,nbsp;que ces dix mil hommes sont demeurez sans chefs, quenbsp;ce qui en est resté, ny a seruy qua'faire passer ennbsp;triomphe deuant les bourgeois de Paris les instrumensnbsp;de leur ruyne; quand, dis ie, la postérité lira les deuxnbsp;parties de cette histoire, elle aura peine a se résoudrenbsp;daccuser Ie Cardinal de Retz dauoir ralenti la vigueurnbsp;du Party. Elle iugera sans doute quil y a plus dapa-rence de reietter les manquemens que lon a remarquénbsp;dans la conduite des affaires, deuant que M. Ie Princenbsp;fust venu de Guyenne, sur ses creatures et sur ses négo-ciateurs que sur M. Ie Cardinal de Retz; ils sestoientnbsp;assez intéressez a faire que M. Ie Due dOrléans ne fustnbsp;pas maistre des choses pour ne pas souhaitter quil y eustnbsp;assez de vigueur dans Ie Party pour Ie iendre indépen-dant de M. Ie Prince. Chauigny, qui tiroit toutes sesnbsp;forces de la protection et de la confiance de M. 1^nbsp;Prince, selon les régies de la basse politique dont il fait
' Le combat de Bleneau. II y en a plusleurs récits, et entre autres la Relation veritable de ce qui s^est passé entre Varmee de MM, les Princes etnbsp;les troupes Mazarines^ etc. [3229]-
^ Relation sommaire et veritable de tout ce qui s'*est passé aupadement dans les deux dernières assemblees, etc. [3177]; Particularités du resultat d^snbsp;trois (ïssemblées du parlement, etc- [2717],
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profession, luy vouloit conseruer, ou pour mieux dire, 3cquérir la consideration quil auoit perdue par lesnbsp;i^auuais succez de Berry et de Guyenne. II peut tombernbsp;dans les esprits des hommes des soupqons assez raison-Qables que la mesme conduite qui a esté tenue par lesnbsp;Partisans de M. Ie Prince, deuant quil soit reuenu denbsp;Guyenne, pour Ie rendre absolument maistre du Party,nbsp;a esté continuée par luy mesme pour ne pas chasser Ienbsp;Mazarin, a la conseruation duquel il a trop dintérestnbsp;pour Ie perdre. Seroit il croyable que si 1on eust agy denbsp;bonne foy, on eust laissé périr vne telle armee; on eustnbsp;pris des mesures si peu certaines auec lEspagne; on senbsp;fust chargé de la haine et de lenuie que portent natu-iellement des traittez faits auec les Estrangers, et quenbsp;1on eust donné Ie temps au Cardinal Mazarin de re-cueillir les fruits quon en pouuoit tirer? Y a-t-il appa-i'cnce quil eust fait si bon marcbé de sa prostitutionnbsp;bonteuse du sacré caractère de Ministère que destre Ienbsp;Gorrespondant de Paris a Bruxelle et que ses négocia-tions auec lEspagne eussent si mal réussi, sil neust eunbsp;intérest de les faire éclatter dvn costé pour se donnernbsp;de la considération a la Cour, et den empescher Ienbsp;succez dautre part pour faire réussir celles quil auoitnbsp;auec Ie Cardinal Mazarin ? Aura-t-on facilité a se persuader que Ie Cardinal de Retz se soit opposé a 1esta-blissenient dvn Conseil qui nest pas encore forménbsp;depuis cinq semaines quil est de notoriété publiquenbsp;'luil ny a pas fait obstacle? Est ce Ie Cardinal de Retznbsp;^lui fomentoit la diuision dans Ie party, si elle a éclatténbsp;sans comparaison dauantage depuis quil ne sest plus
* Ls conseil de la Lieutenance générale. Relation vérilahle de tout cc qui fait et passé au Parlement... Ie 26 iuillet, etc. [3250].
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meslé des affaires ? Est ce Ie Cardinal de Retz qui brouilla a Orleans MM. de Beaufort et de Nemoursnbsp;Est ce lui qui a oblige depuis quatre iours la pluspartnbsp;des Officiers généiaux de larmée de M. Ie Prince denbsp;quitter son seruice ® ? A-t-Il produit toutes ces disputesnbsp;bizarres qui enricbiront vn iour vn Catholicon et quinbsp;rendront ridicule vn consell qui deuroit estre fort sé-rieiix? Est ce Ie Cardinal de Retz qui oste la reputationnbsp;de la cause commune par lestablisseraent dans Ie Conseilnbsp;de la Lieutenance générale de Ministres décriez et haïsnbsp;dans Ie public? Ny a-t-il pas beaucoup de raison de senbsp;persuader que les pas dans lesquels on a voulu engagernbsp;Monsieur et Ie public, comme la Lieutenance générale, lanbsp;préuosté des marchands et Ie gouuernement de Ianbsp;Ville, nont esté soubaittez que pour en tirer des conditions plus auantageuses de la Cour ? Peut on, dis Ie,nbsp;en douter, voyant Ie peu deffort que 1on a fait pournbsp;soustenir des démarches dvne si grande conséquence?nbsp;Enfin seroit il possible que toutes les affaires du partynbsp;fussent tombées dans vne déplorable decadence depuisnbsp;que Ie Cardinal de Retz ne sen mesle plus, sil eust esténbsp;la cause de leur ruyne quand il estoit tons les iours anbsp;Luxembourg? Cela peut estre vray; mals il faut auouernbsp;que cela nest pas vray semblable.
Ie ne puis passer sous silence Ie murmure qui séleua contre Ie Cardinal de Retz sur Ie suiet de la retraitte denbsp;M. de Lorraine et ie me donne la gloire a moy mesine
* nbsp;nbsp;nbsp;Entreuue de Mgrs les dues de Beaufort et de Nemoursy etc. [12S9].
* nbsp;nbsp;nbsp;Les comles de Tavaniies, de Valon et de Chavagnac.
® La lieutenance générale avait été donnee auducdOrléans, laprevóte des marchands a Broussel, Ie gouvernement de Paris au due de Beaufort.
^ On peut voir entre autres la Trahison du due Charles tramée par Ie roi dAugletcrre et Ie cardinal de RetZy etc, [3792].
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ne mestre pas laissé surprentlre a des impostures ^ont les autheurs mesmes rougirent par la declarationnbsp;Publique de Monsieur. Deuant mesme que Ie partieuliernbsp;fust conneu, ie ne pouuois comprendre qnvn soupeonnbsp;de cette nature peust tombersur M. Ie Cardinal deRetz.nbsp;Ie voyois que son intérest estoit que Monsieur eust toutenbsp;la consideration du party, que M. Ie Due de Lorrainenbsp;demeurast dans ses interests, peu affeetionné a M. Ienbsp;Prince, et auec qui, par conséquent, il pouuoit auoirnbsp;des liaisons tres estioites. II mestoit impossible denbsp;trouuer des raisons qui peussent lauoir obligé de eon-tribuer a ce changement; ie trouuois mesme des contradictions dans tout ce quon disoit contre luy sur ce suiet,nbsp;Quelle apparence quvn homme, qui ne trauailloit tonsnbsp;les iours, a ce que disoient ses ennemis, qua brouillernbsp;Monsieur et M. Ie Prinee, se peust oster a soy mesmenbsp;Iinstrument Ie plus puissant et Ie plus certain de sonnbsp;dessein? Quelle apparence que Ie Due de Lorraine senbsp;soit plus tost retiré du seruice de Monsieur par les con-seils de M. Ie Cardinal de Retz, que par Ie refus de sesnbsp;places que M. Ie Prinee luy auoitpromis de luy rendre,nbsp;et par Ie mescontentement quon luy donnoit tous lesnbsp;iours a dessein, selonles régies de la Politique ordinaire?nbsp;II y auroit bien de la difficulté a prouuer que Ie Cardinalnbsp;de Retz, qui tiroit toute sa considération de celle denbsp;Monsieur, ait eu suiet de se réiouyr de la retraitte donbsp;M. de Lorraine, et que M. Ie Prinee ent raison de sennbsp;affliger. Cela peut estre vray; mais il faut auouer quenbsp;cela nest pas vray semblable.
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CHOIX
Quand on na pas de faits particuliers a appuyer,^ on se iette dordinaire dans des inuectiues générales; onnbsp;sabandonne a sa passion; et lon donne de faussesnbsp;couleurs auec lesquelles on essaye de déguiser les vé-ritables apparences. Le Cardinal de Retz passe dansnbsp;la réputation du monde pour ne pas manquer de forcenbsp;et de vigueur. Sous ce prétexte les mesmes personnesnbsp;qui laccuseroient, sil leur plaisoit, de foiblesse,nbsp;Taccusent de violence, essayent de le décrier commenbsp;vn esprit trop altier et trop ferme, le traitent de mes-cbant, luy font conceuoir des desseins tyranniques etnbsp;exhalent en iniures la rage que peut estre ils ont con-ceue de ne lauoir pas fait plier par leurs menaces etnbsp;de ne lauoir pu tromper par leurs artifices. Ie ne lenbsp;connois point; ie ne iuge de son naturel que par lesnbsp;apparences; ie suy le dessein de mon ouurage; et surnbsp;ce proiet après beaucoup de réflexions, ie me convainsnbsp;moy mesme par Tinnocence de sa conduite. Quelle ap-parence cjuvn esprit qui ne respire que le sang et lenbsp;carnage, se solt contenu dans lespace de quatre an-nées pleines de grands mouuemens, dans les quels ilnbsp;a tenu vne des places les plus considérables, se soit,nbsp;dis ie, contenu dans vne modération si réguliere quilnbsp;ait enfermé dans son cceur toute sa violence, sans ennbsp;faire iaraais éclatter vne seule action dans le public?nbsp;est il possible quvne ame de cette trempe soit tousloursnbsp;demeurée dans la deffenslue, mesme dans les temps oünbsp;il na manqué ni doccasions ni de prétextes pour iusti-fier loffensiue? Est il croyable quvn emporté ait témoi-gné si peu de ressentiment des iniures receues, desquellesnbsp;il a trouué tant de lieux de se venger? Oii est le sangnbsp;respandu par ses conseils ? A-t-il eu part aux massacres
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de lHostel de Ville qui sègneront aux siècles a venir dans Ie cceur de tous les bons Francois, qui demandentnbsp;lustice au ciel et qui doiuent animer la terre contre vnnbsp;crime si noir et si tragique ? Ie Cardinal de Retz a-t-ilnbsp;part a toutes ces cruautez, a toutes ces inhumaniteznbsp;effroyables qui ont esté souffertes dans les portes denbsp;Paris, qui ont osté les enfans aux pères, les pères auxnbsp;enfans, qui ont rauagé nos campagnes, qui ont déserténbsp;nos villes , qui ont profane nos Autels ? Ie ne sais pas sinbsp;Ie Cardinal de Retz a essayé de nous faire tous ces inauxnbsp;quand il sest meslé de nos affaires et quand Ie siége denbsp;Paris nous les pouuoit faire appréhender auec plus denbsp;suiet quil ny en a paru dans ces derniers troubles; maisnbsp;sil en a eu les desseins, il faut aduouer quil a esté biennbsp;heureux de ny auoir pas réussi. Quand il ny auroit quenbsp;lordre que lon a veu dans toutes les choses auxquellesnbsp;il a eu part, on ne scauroit, sans passer pour caloninia-teur, blasmer sa conduite de violence; les éuénemensnbsp;selon toutes les apparences luy sont fauorables; il menbsp;semble que Ie passé ne nous doit faire appréhendernbsp;quoi que ce soit de laduenir. Nest ce pas vne imagination extrauagante de se persuader que Ie Cardinal denbsp;Retz fasse des proiels contiaires au repos, a la grandeur,nbsp;a labondance de Paris ? quel intérest luy peut estre plusnbsp;cher et plus considerable que celuy dvne ville de laquellenbsp;il tire tout son esclat, tout son bien, toute sa considéra-tion, toute sa force? Est il probable quvn archeuesquenbsp;de Paris puisse iamais auoir des intérests séparez dunbsp;lieu de sa résidence, oil il doit viure et mourir ? Est il
* La meilleure pièce sur ces événements est Ie Redt veritable de tout ce qui sest passé a VHostel de Ville touchant Vmibn de messieurs de la Ville etnbsp;du Parlement avec messieurs les Princes, etc. [3023]. Voir page 379.
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croyable quil ne fasse pas tous ses efforts pour se con-seruer par toute sorte de voie les bonnes graces dvn peuple quil doit regarder comme ses enfans ? Ces senti-mens sont si vray semblables, que ie crois quon leurnbsp;peut donner Ie nom de vrais.
Vous voyez que les bruits que lon a semez contre Ie Cardinal de Retz, sont assez opposez au vray serablable.nbsp;II reste a examiner en deux paroles ce qui est vray sem-blable de sa conduite; ientends de celle quil peut auoirnbsp;tenue depuis ces derniers temps , sur laquelle ie remarquenbsp;que par la comparaison que lon en peut faire auec lanbsp;passée, il y a beaucoup dapparence quil est demeurénbsp;sans action et dans Ie repos, paree quil a conmi que lonnbsp;ne pouuoit trauailler auec bonneur et auec seureté dansnbsp;vn party ou loa trahit continuellement Monsieur quinbsp;seul a de bonnes intentions, ou lon ne fait la guerre quenbsp;pour piller, oii on ne la veutpas assez forte pourchassernbsp;entièrement Ie Mazarin, ou lon ne cherebe que desnbsp;aduantages particuliers, et ou lon ne Ie désiroit que pournbsp;Ie sacrifier et pour en faire ses conditions meilleures. Ienbsp;dis quil y a beaucoup dapparence que Ie Cardinal denbsp;Retz na aucune part a toutes ces affaires, paree que lanbsp;vérite nous force d auouer que lon a remarque dansnbsp;toutes celles dont il sest meslé, plus de concert, plus denbsp;conduite, plus de vigueur et plus de foy que nous nennbsp;voyons dans celle de laquelle il sagit auiourdhuy. Cestnbsp;en effet la marque la plus forte de la profession quil faitnbsp;de ne prendre plus aucune part a toutes les affaires; etnbsp;il est vray semblable quil ne sen est retire que par lanbsp;raison que iay desia touchée du mauuais ordre que 1 onnbsp;affecte dy tenir. La bonté auec laquelle Son Altessenbsp;Royale Ie traitte, fait bien voir quil ny est oblige par
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aucun changement qui soit arriué du costé du Luxembourg ; et pour ce qui est des violences, il est assez en possession de nen point reconnoistre que celles quilnbsp;se fait a luy inesme. Nous auous veu la sedition régnernbsp;dans Ie Palais; nous lauons veu triompher de lHostelnbsp;de Ville; et nous auons veu que Ie cloistre ne Ia pasnbsp;appréhendée.
Tarif du prix dont on est conuenu dans xne assemblee de notables tenue en présence denbsp;messieurs les Princes pour récompenser ceuxnbsp;qui déliureront la France du Mazarin, qui o,nbsp;été iustement condamné par arrét du parlement [3752]
(20 juillet 1652).
A celuy qui, après lauoir tué, luy coupera la testc et la portera par les rues de Paris, en signe de paix, lanbsp;somme de cent mille escus, et permission a lui seul, ounbsp;a ceux qui lauront de luy, de Palier porter par toutesnbsp;les villes, bourgs et villages du Royaume pour en tirernbsp;les profits que Pon a coustume daccoi'der a ceux quinbsp;portent la teste du loup.
A celuy qui, après Pauoir heureuseinent guetté, lors-quil paroistra a la fenestre, luy fera sauter, par quelque bon coup de fusil, ce peu quil a de ceruelle, dix millenbsp;escus.
Au soldat qui, Ie voyant a la teste de son bataillon,
* On salt quil est de Marjgiiy.
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au lieu de Ie saluer, luy tirera vu coup de mousquet, cinq mille escus; et sera anobli, lui et sa postéiité; etnbsp;au cas que Ie soldat fust découuert, ce qui pourtant nestnbsp;pas facile lorsque tout vn régiment fait vne salue, Tof-ficier qui Ie fera sauuer, aura dix mille escus.
Que si tout Ie corps sintéresse a la conseruation de celuy qui aura execute vn coup si important a lEstat,nbsp;il sera recognu par MM. les Princes pour vieux corps etnbsp;entretenu, soit en temps de paix, soit en temps de guerre,nbsp;par la ville de Paris; ct Ie fond sera pris préférablementnbsp;a toutes autres assignations sur celuy des entrees.
A celuy qui, dans lapproche des armées ou a quelque siége de ville, luy tirera vn coup de pistolet et se sauueranbsp;dans les troupes de MM. les Princes ou dans la place as-siégée, la somme de quatre mille escus, si cestvn simplenbsp;caualier, et de dix mille escus si cest vn officier; et luynbsp;seront expédiées Lettres de Comte ou de Marquis, a sonnbsp;choix, dont MM. les Princes solliciteront la verificationnbsp;dans le Parlement, dans la Chambre des Comptes etnbsp;dans la Cour des Aydes, sans quon luy fasse valoir lesnbsp;breuets de Marescbal de Camp ou de Lieutenant generalnbsp;dont il sera gratifie.
A celuy qui, ayant loue quelque maison commode prés de celle du Mazarin, luy tirera par la fenestre denbsp;son logis vn coup de fusil charge de balles ramées etnbsp;empoisonnées et se sauuera ensuite sur vn bon clieualnbsp;quil aura soin de faire tenir prest, la somme de sixnbsp;mille escus.
A celuy qui larquebusera lorsquil sera dans léglise, chose qui ne doit donner aucun remords de conscience,nbsp;attendu la declaration de la Sorhonne, six mille escus.
A celuy qui se seruira dvne arquebuse a vent pour le
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tuer commodément saus que lon en puisse entendre Ie bruit, dix mille escus.
A celuy qui chargera ses pistolets de poudre blanche ahn quil puisse exécuter facilement lentreprise sansnbsp;estre descouuert, la somme de dix mille escus.
A celuy qui, se glissant adroitement a sa suite, lors-quil se fera porter en chaise, luy tirera vn coup de niousquelon par dessus lépaule du porteur, et se iettera,nbsp;pour se sauuer, dans la maison la plus proche dans la-quelle on luy donnera retraite fauorahle pour auoir seruinbsp;lEstat, vingt mille escus.
Au canonier qui, Ie voyant dans vne hatterie, mettra Ie feu dans vne harrique de poudre pour Ie faire sauter ,nbsp;cinquante mille escus.
Aux Fantassins ou Cheuaux Légers qui, faisant sem-blant dauoir tiré par mesgarde, Ie tueront, vingt mille escus.
Aux Gensdarmes et Cheuaux Légers de la garde ou autres qui, lorsque Ie Roy sera a la chasse accompagnénbsp;du Mazarin, donneront a ce Sicilien Ie coup mortelnbsp;dans quelque fort ou faux fuyant, cinquante millenbsp;escus.
A celuy qui iettera vne grenade dans sa chamhre, dans son carrosse ou dans sa chaise et Ie tuera , trois millenbsp;escus.
A celuy qui, ayant vne maison pres de la sienne ou en louera vne pour faire vne mine sous la caue de son logisnbsp;et Ie fera sauter, soixante mille escus.
A celuy qui mettra vne bombe dans vne chambre au-elessous de la sienne et la fera heureusement iouer, pa-eeille somme.
A celuy qui, dans vne chambre au-dessus de la sienne,
4C0
CHOIX
mettra vne bombe chargée de poudre dor fulminant pour faire miner Ie plancher et laccablera sous les ruines, pareille somme de soixante mille escus.
A celuy qui luy fera présent de quelques petites boëtes, ballots OU coffres remplis dartifices quine prendront feunbsp;que lorsquil les ouurira, en cas que Ie coup réussisse, lanbsp;somme de cinquante mille escus.
A celuy qui, se coulant dans la piesse , sapprochera de luy, portant sous son manteau vne arbaleste a la Gé-noise, etluytirera vne aiguille pointuedans Ie corps, lanbsp;somme de trente mille escus.
A celuy qui Ie tirera dvn coup de flèche , se seruant dvne arbaleste ordinaire, deux mille escus.
A celuy qui, sous prétexte de luy donner quelquaduis secret, mettra dans son chapeau vn bon pistolet et Ienbsp;tuera, cinquante mille escus.
A celuy des Gardes du Corps du Roy ou des Cent Suisses , arcbers du Grand Préuost, archers de la Porte, Sol-dats des Gardes Francoises ou Suisses qui, Ie voyant passer, mettra a fin Ientreprise, cinquante mille escusnbsp;auec vne compagnie dans vn vieux Corps.
A tous Moines, Hermites ou gens déguisez de la sorte qui porteront dans la grandmanche poignards, pistolets ou armes propres pour exécuter vn semblable coupnbsp;et lexécuteront heureusement, cinquante mille escus; etnbsp;outre seront obtenusdu Saiiict Père, pour les premiers,nbsp;dispenses de leurs voeux, et du Parlement arrests pour lesnbsp;faire rentrer dans Ilieredite paternelle.
A celuy de ses domestiques qui, Ie seruant a table, luy donnera vn coup de couteau empoisonné dans les lom-bes, la somme de cinquante mille escus.
A labbé de Palluau, camérier du Mazarin, au ras
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(juil facllite 1entrée et la sortie de 1exécuteur d vne en-treprise si généreuse et si saincte, Ie Chapeau et la Cha-pelle de son maistre.
Aux pages ou laquais qui, estant derrière son car-fosse, luy appuieront pistolet, mousqueton ou autre arme et en déliureront Ie monde , vingt cinq millenbsp;escus.
Aux valets de chambre qui lestoufferont entre deux couettes, ou qui a coups de sacs de son, de sable ounbsp;dos de morts piles Tassomineront, ou qui, pour les-touffer, mettront en vsage nceuds coulans, seruiettes etnbsp;ceintures, ouqui, lui faisant la barbe, appuieront for-tement Ie rasoir, ou, en lui donnant la chemise, lem-barrasseront et Ie dagueront facilement a bons coups denbsp;poignards ou de bayonnettes empoisonnées et exécu-teront lArrest du Parlement, soixante et dix mille escus.
A tous ceux de ses domestiques et Officiers de sa maison qui Ie tueront ou lameneront vif ou mort dans Paris,nbsp;cent mille escus; et seront absous de toutes les peinesnbsp;portées par les Arrests contreux et seront declares Fron-deurs et gens de bien , dhonneur et de probité.
Aux cochers et postillons qui, leconduisant pres dvn precipice, Ie verseront adroitement, en cas quils luynbsp;fassent rompre Ie col, quarante mille francs; en casnbsp;quil nait qu'vn bras cassé , deux mille francs; pour lesnbsp;iambes, quatre mille; pour les iambes et les bras, buitnbsp;'itille; pour 1épine du dos, dix mille escus.
A lEscuyer qui trouuera moyen de déguiser vn sau-teur ou trottier en guildine et luy causera quelque des-cente de boyau, en sorte quil deuienne inhabile au coït, Jtiille pistoles et vue cbaisne dor auec la médaille de.snbsp;Princes et de la Viile de Paris.
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A tous Pontoniers, Batellers et Voituriers par eau qui) Ie menant, feront renuerser Ie bateau ou trouuerontnbsp;moyen de Ie faire couler a fonds et se sauueront ensuitenbsp;a la nage, neuf mille francs.
A tous Gouuerneurs de Places qui larresteront ou Ie feront tuer, sera donnée la propiiété de ladite place poutnbsp;en iouir eux et leurs enfans iusques a la troisième generation , auec les cinquante mille escus portez par lArrestnbsp;du Parlement.
A tous Médecins qui, Ie traitant des maladies ordi-naires et extraordinaires , luy ordonneront des remèdes conformes a lArrest du Parlement et nécessaires au salidnbsp;de lEstat, la somme portee par ledit Arrest.
A IApothicaire qui infusera ou dissoudra dans ses remèdes arsenic, sublime, réagal, oppion, sue denbsp;napele, aconit, if, ellébore, essence de tabac, sue denbsp;crapaud , sueur de rousseau, poudre de diamant, pierrenbsp;de cautère, verre pile et autres sues et herbes salutairesnbsp;pour Ie public en la personne dudit Mazarin, la somro®nbsp;de cinquante mille escus , sans préiudice de ses frais dontnbsp;il sera remboursé.
Au Cbirurgien qui, en Ie saignant, trempera sa lan-cette dans quelque poison, la somme de soixante mill^ liures.
Item , a lApothicaire qui, luy donnant vn lauement, empoisonnera Ie canon, vingt mille liures.
Au Cuisinier qui, dans ses ragouts, mettra lièure marin, cantaride, fiel de taureau, éponge préparée gt;nbsp;araignée et les autres ingrédiens dénommez dans Ie premier article de Tapothicaire, la somme de trente millenbsp;liures.
Aux Sommeliers qui empolsonneront les fruits, com-
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poles f confitures et Ie gobelet et prépareront son vin 3uec tant clart que mort sen ensulue, dix millenbsp;^scus.
A tous lardiuiers et lardinières, Bouquetiers et Bou-^uetières qui luy présenteront bouquets parfumez auec poison, mille escus.
A tous Parfumeurs et Gantiers qui seruiront Ie public sa personne , comme faisoit celuy de la Reine Catherine , trois mille escus.
A tous Cordonniers qui empoisonneront Ie roussi et 1escarpin, la soinme de deux mille escus.
A tous Secrétaires, Courriers ou Messagers qui luy porteront pacquets bien et düment préparez, en cas quenbsp;Ja chose re'ussisse au contentement du public, la sommenbsp;portee par lArrest.
Au Courtisan qui, approchant Sa Maiesté, luy désil-Jera les yeux et lui faisant connoistre Ie miserable estat iJe son Royaume, la fera consentir a la Conchinade, lanbsp;thesme recompense du Mareschal de Vitry.
A celuy des Mareschaux de Villeroy, du Plessis, de Turenne, de La Ferté et dHocquincourt qui, aprèsnbsp;J auoir fait assommer, ramcnera Ie Roy dans sa bonnenbsp;^ille de Paris, lespée de Connestable.
A ceux qui sont pourueus de breuets de Dues et Pairs, ®n cas quils méritent de 1Estat par vne si belle et bonnenbsp;Action, la verification de leurs Lettres en Parlement non-rifistant toutes oppositions.
A toutes femmes et lilies de la Cour ou autres de la ^ille qui lesuenteront auec des esuentails empoisonnés,nbsp;qui luy fourreront dans Ie gosier ces certains busquesnbsp;laine ou de velours pour 1estouffer, la somme denbsp;r^inquante mille escus dont elles seront dotées par Ie Par-
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lement et mariées dans Tan, sans que leur age leur puisse nuire ni préiudicier.
Aux femmes qui, Ie voyant passer par la rue, luy fe-ront tomber sur la teste grais , pots doeillets ou bonnes grosses pierres et lassommeront, la mesme recompensenbsp;queut la bonne femme vénltienne pour auoir tué Ie Tié-poly.
A ceux qui, iouant auec luy Ie soir, feront semblant de se quereller, et, après auoir soufflé les flambeaux, anbsp;beaux coups de chandelier de Dieu ou dautres armes ennbsp;déferont Ie public, si ce sont financiers, la Surinten-dance des finances; si ce sont ecclésiastiques, des Eues-chez; si ce sont gens despée, des Gouuernemens et desnbsp;dignitez; si ce sont gens de Robe, des Charges de Secrétaires dEstat ou dautres a leur choix.
A tous Sorciers, Vaudois, Magiciens et Nécroman-ciens qui, employant les secrets de leur art et Ie pouuoir de leur Maistre , par herbes, charmes, billets, imagesnbsp;de cire et paroles, déliureront Ie monde de ce malbeureuXnbsp;Estranger, qui en est Ie perturbateur, la somme portéenbsp;par rArrest, auec Ie restablissement de leur bonnenbsp;fame et renommee, en sorte quils puissent aspirernbsp;et estre pourueus de toutes Charges, Offices et Bé-néfices.
A tous Confesseurs qui fortifieront dans ce pieux des-sein ceux qui, par foiblesse desprit et scrupule sans fondement , leur reuèleroient a la confession, les Abbayes et autres Bénéfices du défunct.
Si quelquvn, poussé de lesprit de Dieu et touché de la misère publique , préfère Ie salut du Roy et de l'Estatnbsp;au sien particulier dans lexécution dvne si haute entre-prise et digne dvne récompense éternelle, la somme de
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quatre cent mille liures sera donnée a ses héritiers; et outre ce, luy sera fait vn tombeau deuant Ie grand autelnbsp;de 1Égl ise Cathédrale de Paris, deuant lequel seranbsp;outretenue éternellement vne lampe aux despens dunbsp;public.
Que si tons ceux qui sont inuitez par ce présent mé-'Uoire, fait pour Ie bien du seruice du Roy et du ïl^oyaume , ne pouuoient heureusement exécuter leursnbsp;genéreux desseins, toutefois pourueu quil soit connunbsp;par quelqueffusion notable de son sang quils ont ha-ïardé Ie coup, ils seront récompensez de la somme denbsp;quarante mille francs.
Et afin que lon ne doute point de la certitude de la i'écompense, on sera auerty que les sommes, poftées parnbsp;oe mémoire, sont entre les mains de M. Ie Comte de Fon-^railles, demeurant rue dAniou pres des Enfants Rouges , qui les déliurera ou en deniers comptants ou parnbsp;lettres de change, payables a Venise, Amsterdam ounbsp;ïfambourff. au choix dudit executeur qui doit sasseurer
0 7 nbsp;nbsp;nbsp;*
que, pourueu quil fasse bien son deuoir, on ne Ie chi-oanera pas sur la recompense; au contraire, il sera gra-dfié du change en cas quil veuille receuoir la somme ^ors de Paris.
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CHOIX
[4007] *.
(7 aout d652.)
Puisque la colère de Dieu, si iustement irritée parnos péchez, a permis que lorsque la France faisoit tremblernbsp;tons ses ennemis et estoit en estat de pouuoir donner lanbsp;paix au reste de lEurope, comme elle lauoit donnée anbsp;lAllemagne, et de se la procurer a soy-mesme auec tantnbsp;dauantage quelle nauroit pas este moins durable quenbsp;glorieuse, elle se trouue auiourdhuy reduite, par noSnbsp;diuisions domestiques, dans vne telle extrémité de mal'nbsp;beur quil faut auoir renonce a Iamour de sa patrie et anbsp;tout sentiment dhumanité pour ne pas contribuer»nbsp;comme quelques gouttes deau afin de tascher a esteindrenbsp;eet embrazement, et ses larmes en la presence de DieUnbsp;et ses aduis a ceux qui peuuent sen seruir pour Ie bieonbsp;general de tout Ie Royaume, ie mestime dautant plu*nbsp;oblige a parler dans vne occasion si pressante que ie naynbsp;point veu dans tous les Ecrits qui ont paru iusques icy gt;nbsp;quon ait approfondy iusques dans leur source les causesnbsp;des maux qui nous font périr, ny quon ait leué ce voil®nbsp;funeste qui empesche presque généralement tout 1®nbsp;monde de discerner les ténèbres dauec la lumière, les
On a attrlbué ce pamphlet au père Faure, confesseur de reine, et depuis évéque dAmlens. Mailly Ie proclame un pen empltatiqueroen*nbsp;« louvrage Ie plus satisfaisant, Ie plus raisonnable qui soit sorti de 1*nbsp;presse dans ce temps dextravagances. »
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interests cachez dauec Ie zèle apparent et les faux pré-textes dauec les intentions véritables.
leprotestedeuantleDieu viuant et qui peutdvn coup tonnerre me réduire en poudre si ma protestationnbsp;nest véj'itable, que ie ne suis par sa grace porté en cecynbsp;ny daucun intérest ny daucune haine, et que si ie menbsp;sentois pressé de lescrire par les raisons que ie viens denbsp;i'eprésenter, ie naurois iamais pume résoudre de mettrenbsp;la main a la plume pour dire des choses qui seront dau-tant plus mal receues de la pluspart de ceux quelles re-gardent, quils scauent en leur conscience quelles sontnbsp;plus véritables.
II faut done voir clairement quelles sont les causes de nos maux, afin de iuger des remèdes qui sont ca-pables de les guérir. Et eest ce que ie vais tascher denbsp;faire.
La premiere cause est sans doute nos péchez, dont nous ne sqaurions demander pardon a Dieu auec trop denbsp;soupirs , de gémissemens et de larmes, ny en faire vnenbsp;trop séuère pénitence. Personne nignore quelle futnbsp;celle des Niniuites; mais, au lieu de Iimiter, onse contente de les imiter et mesme de les surpasser dans leursnbsp;offenses.
Quant aux causes secondes, la dissipation des Finances peut passer sans difficulté pour la principale et la première de toutes. On ne scauroit penser sans horreur a lanbsp;manière dont elles ont este administrées depuis le tempsnbsp;du Cardinal de Richelieu. Au lieude choisir des hommesnbsp;dignes de remplir la charge de Surintendant, qui est lanbsp;plus importante du Royaume, principalement durantnbsp;^ne aussy grande guerre que celle que nous soustenonsnbsp;depuis tant dannées , puisquelle en fait mouuoir tons
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CllOlX
les ressorts, on a veu vn Mareschal Desliat disposer plus absolument des trésors de lEstat que les autres ne disposent de leur bien propre, et faire en mesme temps auxnbsp;portes de Paris, en Auuergne et en Aniou des despencesnbsp;et des bastimens que Ie Roy, son maistre, nauroit osénbsp;entreprendre; Versailles, qui ne seroitpas vne trop bellenbsp;maison pour vn particulier, ayant esté la seule que cenbsp;grand Prince aitbastie durant tout son règne. On a veunbsp;vn Bullion, ce monstre dinhumanité, dimpudicité etnbsp;dauarice, voller auec la mesme hardiesse que dautresnbsp;me'nageroient largent du public, et laisser des biens sinbsp;prodigieux, non-seulement en argent mais en fonds, quenbsp;ce grand nombre de terres qui pourroient toutes ensemble composer vne prouince, sont des marquesnbsp;tousiours visibles de la vérité de ce que plusieurs per-sonnes scauent ; que ce redoutable Ministre, qui sestoitnbsp;rendu Ie maistre de son maistre, disoit quil auoitnbsp;tousiours dans sa boiste de quoy faire pendre ce Surin-tendant, afin de Ie tenir sans cesse dans vne dépendancenbsp;absolue et vne obéissance aueugle. On a veu, commenbsp;des Harpies subalternes nées pour la ruyne du peuple,nbsp;vn Cornuel qui estoit lame damnée de Bullion, ce quinbsp;est tout dire en vn mot pour exprimer sa vertu et sanbsp;probité; vn Bordier, qui, tirant son illustre naissancenbsp;dvn Chandelier de Paris, a despencé plus de trois centnbsp;mille escus a bastir sa maison du Rincé (^Raincj) parnbsp;vne insolence sans exemple, mais qui mériteroit pournbsp;lexemple quon Ie logeast a Montfaucon qui en est toutnbsp;proche; vn Galland qui, estant fils dvn paysan de Cbas-teau-Landon, sest fait si riclie en peu dannées quvnnbsp;Président au Mortier ' na point eu bonte despouser sa
* Le président Le Coigneux.
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1)1£ JIAZAKINADES.
vefiie; vii Lambert, fils fivn Procureur des Comptes , qui, portant eucore plus dans Ie coeur que sur Ie visagenbsp;Ie caractère dvn luif, a laissé quatre millions cinq centnbsp;mille liures de bien dont Ie Président Viole, ce bonnbsp;Francois et ce fidelle seruiteur du Koy, a eu pour sa partnbsp;plus de quatre cent mille liures ; vn Ie Camus qui, estantnbsp;venu de rien et ayant au moins dix enfans, a laissé aunbsp;moins vn million de liures a chacun; vn Bretonuilliersnbsp;qui, nestant autresfois quvn simple Receueur généralnbsp;des Finances de Limoges, a gagnétantde millions cpiestant assez bon homme dailleurs, il en auoit bonte luy-mesme; vn de Bordeaux qui, pour nen auoir pas dunbsp;tout tant, ne doit pas estre accusé de négligence puis-quil a tousiours esté beaucoup plus ardent et plus hardynbsp;que luy pour en acquérir; et vn ïubeuf qui, de petitnbsp;commis du Mareschal Desfiat, est deuenu en peu dan-nées Intendant des Finances, Président des Comptes etnbsp;aussi riche quil est grand ioueur. Ie serois trop long si ienbsp;voulois nommer tous ceux qui ont fait comme en vn moment tant de fortunes prodigieuses, et ce grand nombrenbsp;de Partisans et de Traittans sortis de la lie du peuple,nbsp;dont les noms nont esté connus que par la somptuositénbsp;de leurs festins, Ie luxe de leur train et de leurs meu-bles, la magnificence de leurs bastimens et les crisnbsp;quont poussez iusques au ciel les aisez, la pluspartnbsp;mal aisez, dont ils ont rauy Ie bien, et tant de pau-ures officiers quils ne se sont pas contentez de priuernbsp;entièrement de leurs gages par des taxes continuelles,nbsp;mais quils ont mesme réduits a senfuyr et a se ca-cher pour conseruer leur liberté, en les voulant con-traindre par vne barbaric inimaginable de payer surnbsp;leur autre bien encore dautres taxes quils ne pou-
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uoient prendre sur leurs gages paree quils nen iouis-soient plus.
Voila au vray en quel estat estoient les Finances lors de la mort du feu Roy. Voyons maintenant de quellenbsp;sorte elles ont esté depuis administrées. On ne scauroitnbsp;sans iniustlce accuser la Reyne dauoir eu dessein da-masser de grands trésors durant sa Régence, puisquaunbsp;contraire chacun scait quelle doit beaucoup et quellenbsp;na pu acheuer lEglise du Val-de-Grace, qui est Ie seulnbsp;bastiment quelle a entrepris. Mais Ie Cardinal Mazarinnbsp;estant entré auec vne authorité absolue dans Ie ministère et ayant trouué les affaires du Roy dans la ncces-sité oü tant de voleries les auoient réduites, fit-il parnbsp;lestablissement dvne bonne Chambre de Justice (ie disnbsp;bonne a la difference de ces autres Chambres, non pasnbsp;de iustice, mais diniustice, que nous voyions si souuentnbsp;auparauant et qui ne seruoient qua autoriser les crimesnbsp;au lieu de les chastier), fit-il, dis-ie, par lestablissementnbsp;dvne bonne Chambre de Iustice, remettre dans les cof-fres du Roy, pour Ie soutien de lEstat et Ie soulagementnbsp;du peuple, ce que ces sangsues auoient desrobbé? Abolit-il Ie luxe que ces volleurs auoient introduit et qui anbsp;cause vn luxe general par la peine que chacun auoit denbsp;souffrir que des gens de néant parussent si fort au-dessusnbsp;deux? Et enfin choisit-il pour Surintendant vn si hommenbsp;de bien, si homme dhonneur et qui eust les mains sinbsp;pures quil peust, autant par son exemple que par sanbsp;probité et par ses soins, apporter des remèdes aux mauxnbsp;que ses prédécesseurs auoient faits ? Au contraire , il senbsp;rendit Ie protecteur de ces Harpies; il fit des principauxnbsp;dentreux ses familiers auec lesquels il passoit les nuicts anbsp;iouer grand ieu : ce qui est vn crime et vn grand crime a
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ceux qui sont employez dans les Finances. II souffrit que, par vne auarice infame, des personnes des plus qualifie'esnbsp;de la Cour et des Officiers des Cours Souueraines fussentnbsp;leurs associez dans les prests et dans les prests sur prests,nbsp;qui estoit vne vsure iusques alors inouye. II renchéritnbsp;encore sur ce luxe general, en ne se contentant pas dunbsp;superbe Salon que Ie Cardinal de Richelieu auoit faitnbsp;bastir pour ses comedies, mais en Ie faisant rompre ennbsp;partie pour donner place aux iminenses machines de cetlenbsp;ennuyeuse Comédie qui cousta cinq cens mille francs aunbsp;Roy de largent du peuple; et il fit vn bastiment pournbsp;ses cheuaux, dont la magnificence surpasse celle des palais des Princes. Enfin pour couronner toutes ces bellesnbsp;reformations, il choisit pour Surintendant Ie plus vi-cieux, Ie plus insolent et Ie plus hardy volleur qui fustnbsp;en France, en mettant Demery dans les Finances. Cetnbsp;horame, dont Ie père estoit vn paysan dvn village de lanbsp;République de Syene, nommé Particelle, duquel il por-toit Ie noin, dont Ie frère auoit fait amende honorablenbsp;a cause dvne banqueroute a laquelle il auoit part, et quenbsp;chacun scauoit auoir este tout prest destre pendu a Toursnbsp;en IfilQ pour des maluersations quil auoit faites dansnbsp;la charge de Controlleur de IArgenterie , ioignant a sesnbsp;debordemens publics et a son audace sans pareille vnenbsp;cruaute si impitoyable quil rioit en ecorchant tout lenbsp;monde, porta les esprits dans le desespoir.
Cest la la source la plus apparente de nos malheurs et IVn des plus grands crimes du Cardinal, quoyque ienbsp;nignore pas que le Trafic sacrilege des Benefices quil anbsp;estably iusques a donner a des Séculiers et mesmes a des
' liopéra dOrpliée.
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gens despée, ses doniestiques, des pensions sur des Éues-chez et Archeueschez, ne soit encore beaucoup plus grand deuant Dieu, puisque cest distribuer a des lay-ques, comme vn blen profane, Ie patrimoine sacré denbsp;lésus-Christ.
Mais voyons la suitte. LeParlement, dont la lascheté auoit esté telle que de noser, pendant les quatre premières années de la Régence, faire vne seule remonstrance au Roy et a la Reyne touchant ces extremes dés-ordres, quoy que son deuoir Iy obligeast, voyant quenbsp;Demery vouloit toucher a ses gages, sertueille, fait parnbsp;la consideration de son intérest ce que la consideration denbsp;son honneur nauoit pas esté capable de luy faire faire,nbsp;sassemble , donne 1Arrest dvnion auec les Compagniesnbsp;Souueraines, excite les autres Parlemens et, par vne au-dace criminelle, ne pretend rien moins que de sériger,nbsp;sinon de nom , au moins par effect, en tuteur des Roys.nbsp;En quoy ie nentends nullement parler de ceux qui nenbsp;sestant iamais despartis du respect quils doiuent a leurnbsp;Souuerain, ont gémy en leur cceur et tesmoigné sur leurnbsp;visage et dans leurs aduis la douleur quils ressentoientnbsp;de lestrange égarement de leurs confrères, mais de ceuxnbsp;qui font gloire de porter eet infame nom de Frondeurs,nbsp;qui sera en horreur a toute la postérité, et dont Brousselnbsp;est le Patriarche.
Le Coadiuteur de Paris, dont 1ambition na point de hornes, ne pouuant se résoudre dattendre que le tempsnbsp;1esleuast a la dignité que sa naissance, son esprit et sanbsp;charge pouuoient iustement luy faire espérer, fut rauynbsp;de rencontre!' cette occasion. Et ainsi, au lieu de letternbsp;de r eau pour tascher desteindre le feu qui sallumoitnbsp;dans cette capitale du Royaume, qui doit vn iour estre
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DE MAZARINADES.
son siege, il y ietta de lhuile pour en accroistre lembra-sement, et a enfin réussi si heureuseinent ou, pour mieux dire, si malheureusement dans son dessein quil a esténbsp;honoré decelte pourpre qui Ie déshonore, estant teinte,nbsp;comme elle est, du sang qui inonde auiourdhuy lanbsp;France par cette cruelle guerre ciuile dont il est vnenbsp;des principales causes, et faisant voir par lvn desnbsp;plus pernicieux exemples qui fut iamais, que cette éminente dignité, au lieu destre en sa personne la recompense dvn grand seruice, est la recompense dvnnbsp;grand crime.
Ce seroit icy Ie lieu de parler des Barricades et du siége de Paris; mais comme ils ne sont que trop connusnbsp;de tout Ie monde par les malheureux effects quils ontnbsp;produits, ilme suffira de dire que peu de gens ont re-marqué, ce me semble, que Ie Roy nen voulant quaunbsp;Parlement et non pas a Paris, ils neurent en effect pournbsp;cause que ce que Paris prit la querelle du Parlement con-tre Ie Roy
Après que ce grand orage fut passé et quil sembloit quon deust iouir de quelque calme, ceux qui nenbsp;pouuoient espérer darriuer promptement que par Ienbsp;trouble au but ou leur ambition les portoit, saduisè-rent de la fourbe de loly ® et choisirent la Boulaye pour
* Cest la these des pamphlets royallstes en 1649.
® Le 11 décemhre 1649, Guy Joly, un des syndics des rentiers de 1Hötel de Ville, feignit davoir reen un coup de pistolet dans son car-rosse et davoir en Ie bras fracassé. H porta plainte au parlement; Moyensnbsp;des VQquestes pvéseniées d la cour par M. GuyJo/j ,etc.[^515]. Lehut de cettenbsp;fourberie était de soulever Ie peuple contre Ie cardinal Mazarin. Le marquis de La Boulaye parcourut en effet les rues aux environs du Palais,nbsp;wiant aux armes! mais personne ne bougea; ct ce pauvre complotnbsp;ttaboutit qua une accusation de tentative dassassinat que le prince denbsp;Gondé lanca contre le due de Beaufort, le coadjuteur et le vieux Brous-
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exciter, sous ce prétexte, par vn crime qiii raeritoit mille roues, vne sedition générale dans Paris. Monsieur lenbsp;Prince tesmoigna chaleur pour le chastiment des cou-pables et demanda iustice pour luy mesme sur Iopinionnbsp;quil eut auec beaucoup dapparence, quapres auoirnbsp;manqué le dessein dexciter vne sedition, ils Iauoientnbsp;voulu faire assassiner. Cest icy ou ceux qui viendrontnbsp;apres nous, auront peine a croire que la trahison et lanbsp;perfidie ait pu aller aussi auant que le Cardinal fut capable de la porter. Car en mesme temps quil tesmoi-gnoit destre entierement attaché a Monsieur le Prince,nbsp;depuis sestre accommodé auec luy par Ientremise denbsp;Monsieur le Due dOrléans, et Ianimoit a perdre lenbsp;Coadiuteur dont il se déclaroit Iennemy mortel, en ap-profondissant Iaffaire de la Boulaye et Iassassinat quilnbsp;croyoit auoir este entrepris contre sa personne, il trait-toit en ce mesme temps auec le Coadiuteur et tous lesnbsp;autres ennemis iurez de Monsieur le Prince pour arrester Monsieur le Prince; et buit iours auparauant sanbsp;detention qui estoit résolue, il y auoit desia quinze iours,nbsp;et quon chercboit a tous momens Ioccasion dexecuter,nbsp;il luy donna vn escrit de sa main et signe de luy, auxnbsp;asseurances duquel il estoit absolument impossible de riennbsp;adiouster. Ainsi, lorsque Monsieur le Prince auoit suietnbsp;de se croire le mieux a la Cour, puisquil aauoit acquisnbsp;la haine du peuple que pour auoir seruy le Roy durantnbsp;le siège de Paris, il se trouua dans le Bois de Vincennesnbsp;par vn effect de la sincérité et de la iustice de ce Minis-
sel. Il ny a pas de doute que La Boulaye nait agi en cette circonstance pour le compte de Gondy; car, peu après rarrestadoii des princes, il ynbsp;eut une Declaration du Roy portant abolition générale de ce qui s'est passenbsp;en la ville de Paris Vonziesme décemhre 1649, etc, [921].
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tie; et vne amnistie généralle pour la Boulaye et ses ad-hérans , iointe mesme a des recompenses , fut aussy vn illustre tesmoignage de léquité et de la prudence de sanbsp;politique.
Vne prison si iniuste et dont toutes les fausses cou-leurs que Ie Cardinal employa dans cette lettre de cachet quil tiroit vanité dauoir faite*, ne peurent souffrir la lumière du Soleil sans disparoistre aussy tost, excita vnenbsp;plaincte si générale contre luy quaprès Ie retour du Roynbsp;du voyage de Guyenne, il fut contrainctde sen aller; etnbsp;la liberté de Monsieur Ie Prince fut résolue a des conditions qui ne luy estoient pas désagréables, quoy quellesnbsp;fussent très-aduantageuses pour Ie Roy. Mais par vn aueu-glement et vne impudence inimaginable, Ie Cardinalnbsp;deuanca les Députez de Sa Maiesté qui alloient aunbsp;Haure les luy porter, et Ie mit en liberté sans aucunesnbsp;conditions : ce qui a esté 1vne des principales causesnbsp;des malheurs dans lesquels nous sommes maintenant,nbsp;ainsi que la suitte Ie fera voir.
lusques alors Monsieur Ie Prince, non seulement nauoit rien fait dindigne de la grandeur de sa nais-sance, mais il lauoit encore surpassée par la grandeurnbsp;de ses actions. Il auoit porté la terreur du nom Francois partout oil il auoit porté les armes du Roy. IInbsp;pouuoit compter ses campagnes par Ie gain des plusnbsp;grandes batailles qui ayent esté données, et par la prisenbsp;des plus fortes places qui ayent esté assiégées de nostrenbsp;siècle. II passoit dans tout Ie Septentrion pour vn autrenbsp;Roy de Suède, et dans tout Ie reste de lEurope pour Ie
' Lmre du Roy sur la detention des Princes etc. [2197] , elle est du ^9 janvier 1650.
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plus heureux, Ie plus vaillant el Ie plus grand Capitaine du monde; et enfin pour comble de gloire , il faisoltnbsp;mestier dvne inuiolable fidélité enuers son Roy etnbsp;dvne ardente passion enuers sa patrie.
Mais par vn changement non moins estrange et deplorable que criminel et funeste, eet Astre qui lancoit de toutes parts les rayons dvne si viue lumière, estnbsp;comme tombé du firmament dans vn abysme daueugle-ment et de tënèbres. Monsieur Ie Prince au lieu de nenbsp;penser qua iouir dvne reputation dont sa prison auoitnbsp;encore rehaussé lesclat et Ie lustre , au lieu de ne pensernbsp;qua reconnoistre par de nouueaux seruices lextrêinenbsp;obligation quil auoit au Roy de luy auoir donné Ie gou-uernement de Guyenne qui vaut trois fois celuy de Bour-gongne quil auoit auparauant, au lieu de ne penser quanbsp;contraindre par de nouueaux trophées nos ennemis denbsp;consentir a vne paix qui ne luy auroit pas esté moinsnbsp;glorieuse quvtile et honorable a la France, on Ie vit senbsp;retirer de la Cour, aller en Berry, passer en Guyenne,nbsp;allumer la guerre de tous costez, se saisir de 1argent dunbsp;Roy, surprendre ses places, oublier iusques a vn telnbsp;poinct sa qualité de Prince du Sang de France, loseray-ie dire et Ie croira-t-on vn iour? que de fléchir Ie ge-nouil deuant lEspagne , rechercher son assistance pournbsp;faire la guerre a son Maistre^ a son bienfaiteur, a sounbsp;Roy, deuenir client et pensionnaire de celuy dont il fou-droyoit auparauant les armees, establir dans Bouvg etnbsp;dans la Guyenne ceux quil auoit forcez dans ïhion-uille, dans Dunquerque et dans dautres places dunbsp;Luxembourg et de la Flandre, et pour comble de transport et de fureur, irnplorer le Démon a son secours eunbsp;iinplorant cehiy de Cromwel, ce démon sorty do 1enfer
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pour treinper dans Ie sang de son Roy et dvn des ineil-leurs Roys du monde ses mains parricides et sacriièges, Ce Mahomet de nostre siècle qui en renuersant toutes lesnbsp;diuines et humaines, fait Ie Prophete et affecte denbsp;''*Ure comine vn simple particulier lorsquil est en effetnbsp;^ Vsurpateiir et Ie lyran de 1Angleterre.
Voila ce qua fait Monsieur Ie Prince, sans que ny la ctainte de Dieu qui tonne sur la teste des ingratsnbsp;des rebelles, ny la crainte de ternir deuant lesnbsp;^oinines toute la gloire de ses actions passëes, ny lanbsp;Cfainte de rendre son nom incomparablement plus odieuxnbsp;^ toute la postérlté que ne Test encore auiourdhuy celuynbsp;Charles de Bourbon, ait pu destourner son esprit dunbsp;'^essein quil auoit formé par vne ambition inconceuablenbsp;se rendre Maistre absolu dvne grande partie dunbsp;^oyaume.
Chacun scait quil prit pour prctexte dvn tel crime 'lte Ie Cardinal qui estoit alors hors de France, deuoitnbsp;Ceuenir ; comme si quand il auroit desia eslé de retour, ilnbsp;*''eust pas den se contenter de se retirer dans son gou-^ernement ou dans lvne de ses places, pour représenternbsp;la au Roy Ie tort quil se seroit fait en Ie rappellant,nbsp;plus tost que de se serulr de son gouuernement et de sesnbsp;places pour mettre Ie feu dans Ie Royaume, pour ap-Pcler les Estrangers a sa ruine et pour causer ces mauxnbsp;®^Us nombre dont ceux que nous voyons, font vne partie.
Le Roy par vn tres sage Conseil va en Berry, sasseure 'Ic Bourges, bloque Montrond et saduance iusques anbsp;^uictiers. Lapproche de sa Maiesté ne fut pas néantmoinsnbsp;'^^Pable darrester laudace de Monsieur le Prince, lesnbsp;^®stes espérances quil auoit concues, lui faisant croirenbsp;il pouuoit tout entreprendre. Et ainsi au lieu de céder
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a la presence de son Maistre, il osa attaquer Colgnac presqua sa veue; mais il connut par la sorte dont Ienbsp;Cointe dHarcourt luy fit lener Ie siège par la manièrenbsp;dont il Ie poussa a Tonnay Charante% et paria promptitude auec laquelle il Ie contraignit de porter dans lanbsp;Guyenne la guerre quil auoit promis auec tant de bra-uade et de pompe a ces rebelles par éminence de Bourde-lois de porter a cent lieues deux, il connut, dis-ie, quenbsp;sil estoit Ie mesme Capitaine, il ne commandoit plus lesnbsp;mesmes soldats, que sil estoit Ie mesme general, il nestoitnbsp;plus a la teste des mesmes armées, de ces armées victorieuses des plus belliqueuses nations du monde. Il connutnbsp;la difference quil y a de combattre pour Ie seruice de soonbsp;Boy, sans rien craindre que de ne rencontrer pas des occasions assez périlleuses pour luy tesmoigner sa fidélité, ou denbsp;sentir sa conscience bourrelée de mille remords et dauoirnbsp;continuellement deuant les yeux 1image affreuse dvne prison , si Ie sort des armes luy estoit contraire. 11 éprouuanbsp;a Miradoux% a la louange immortelle de ces deux brauesnbsp;Regimens, Champagne et Lorraine , quVn village poU'nbsp;uoit, sans estre force, tenir durant quatorze iours contrenbsp;celuy qui nen auoit employé que treize a prendre DuO'nbsp;querque.
Ainsi Monsieur Ie Prince après la leuée de ce slèg^
* Relation veritable de ce qui s'estpassé a la leuée du siége de Cognac, etc. ^3211]; Véritable ïournal de ce qui est passé pendant Ie siége de Cognac,nbsp;[3938]; Lettre du Roy,.. sur la défaite des troupes de M, Ie Prince de Cond^nbsp;deuant la ville de Cognac, etc.
^ Relation véritable de la défaite de cinq cents cheuaux.,. ei de la pTi^^ de Tonné-Charente par M. Ie Comte dHarcourt [3238].
® La levée du siége de Miradoux par Ie prince de Condé a fourni auJf écrivains du temps Ie sujet de sept ou huit pièces. Voir la tiste cfironOquot;nbsp;logique des Mazarinades a Ia date du 27 février 1632.
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cstoit pres de se voir réd uit ou a implorer la niiséricorde du Roy, OU a receuoir la honte, mille fois pire que lanbsp;Wort, daller augmenter dans Madrid Ie nombre desnbsp;Courtisans du Roy dEspagne. Mais il trouua sou azylenbsp;dans Paris par Ie moyen du retour du Cardinal a lanbsp;Cour, dont il me faut parler maintenant et dont ie nenbsp;Scaurois parler quauec des souspirs meslez de larmes.
Lesloignement de ce malheureux Ministre, confirmé par diuerses Declarations du Roy vérifiées auoit donnénbsp;Vne telle ioye a toute la France quexcepté ces furieuxnbsp;Bourdelois et ceux qui estoient particulièrement déuoueznbsp;a Monsieur Ie Prince, tout Ie reste estoit demeuré dansnbsp;Ie deuoir; et Ie Parlement de Paris, nonobstant lanbsp;cabale que Monsieur Ie Prince y a tousiours entretenue,nbsp;auoit vériflé Ia Declaration qui Ie noircit du crime denbsp;léze Maiesté b Ainsi Ie Roy estoit sur Ie poinct de chastiernbsp;bautement sa rebellion, de restablir glorieusement sounbsp;authorité, de rendre Ie calme a son Estat et de fairenbsp;ensuitte vne paix géne'ralle tres aduantageuse, si dvnnbsp;costé les artifices de Monsieur Ie Prince qui durant quilnbsp;déclamoit Ie plus centre Ie Cardinal et prenoit pournbsp;Prétexte de sa réuolte Ie dessein de son retour, négocioitnbsp;avec luy par Gouruille qui lalla trouuer a Cologne , afinnbsp;de Ie porter a reuenir, et si dvn autre costé la Princessenbsp;Balatine, Ie mareschal du Plessis, Senétaire, Ie père, etnbsp;^luelques autres personnes de la Cour neussent par vnenbsp;lasche complaisance et par vn pur mouuement dintérest
* nbsp;nbsp;nbsp;Declaration du Roy portant qua Tauenir aucuns étrangers... qui auront
promus d la dignité de Cardinal, rïauront plus entree au Conseil, etc.
Declaration du Roy portant defense au Cardinal Mazarlut,, de reUr *lt;'^gt;-dansle royaume, etc. [925].
* nbsp;nbsp;nbsp;Declaration du Roy contre les princes de Condé, Conty,,, et autres leursnbsp;adherents, etc. [906].
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particulier fortitié la Keyne dans Ie dessein de Ie rappeller sous prétexte de maintenir lauthorité du Roy, et en luy alléguant pour cela lexemple de la faute quauoitnbsp;faite Ie feu Roy de la Grande Rretagne en abandonnantnbsp;Ie Comte de Statford a la fureur du Parlement dAngle-terre; quoy que eet exemple soit tres différent de celuynbsp;dont il sagit, paree que Ie Vice Roy dIrlande auoittoutesnbsp;les bonnes qualitez qui manquent au Cardinal, quil estoitnbsp;si innocent que ses cnnemis qui estoient ses juges, furentnbsp;réduits pour trouuer quelque couleur a Ie condamner,nbsp;de faire par vne iniustice et vne illusion abominable a lanbsp;iustice vne loy toute nouuelle quils révoquèrent aussjnbsp;tost après quil fut iugé , et quau lieu quils vouloient anbsp;quelque prix que ce fust auoir sa teste , cbacun demeu-roit daccord que Ie Roy pouuoit permettre au Cardinalnbsp;non seulement de demeurer en lieu de seureté, mais danbsp;iouir de tous ses benefices et de tout son bien.
la
Monsieur Ie Due dOrléans qui iusques alors nauod pas voulu sengager dans les interests de Monsieur lanbsp;Prince, fut si extresmement touché dapprendi'e que lanbsp;Cardinal se mettoit en estat de reuenir, quil se résolut;nbsp;bien quauec vne extresme repugnance (car il faut rendrenbsp;ce tesmoignage a la vcrité) de signer lvnion auec Monsieur Ie Prince*. Mais il laissa passer Ie Cardinal au lieOnbsp;de len empescher, comme il auroit pu Ie faire sil fu^*'nbsp;monté a cheual auec cc quil auroit fort facilement ras-semblé dans vne telle rencontre, et ce quil auoit desi*nbsp;des troupes entretenues sous son nom, quoy quen effectnbsp;elles soyent au Roy, lesquelles il ioignit depuis sousnbsp;commandement deValon a celles de Monsieur Ie Prince^
jirlicles et conditions dont S. .d. R. et M. Ie Prince sont conuenus ponf '^expulsion du Cardinal 31azarin , etc. [424].
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commandées par Tauannes , et a celles des Espagnols , commandées par Glinchan, dont les Dues de Beaufort etnbsp;de Nemours furent généraux.
Le Parlement de Paris scachant Ie Cardinal a la Cour, surseoit pour vn mois 1effect de la Declaration quilnbsp;auoit vérifiée contre Monsieur le Prince; ce qui estnbsp;vne entreprise sur lauthorité du Roy dont on ne pour-Poit assez sestonner si elle nestoit encore moins considerable que la hardiesse quil eut de luy donner placenbsp;sur les Fleurs de Lys, quoy que declare criminel denbsp;léze Maiesté, quoy que portant Fescharpe rouge etnbsp;quoy que faisant trophée de Fenlèuement dvn quarter des Troupes du Roy quil vouloit faire passer pournbsp;Vne bataille genéralle remportée sur son armeenbsp;Le seul Président de Bailleul eut le courage de luy direnbsp;^uil sestonnoit quil osast ainsi prendre sa place. Maisnbsp;s il se mit en deuoir de soustenir par cette action 1hon-*ieur de la Compagnie quil présidoit, 1insolence quenbsp;Oombre de factieux eut de luy faire vne huée que denbsp;petits escoliers auroient eu bonte de faire dans vnenbsp;'klasse, fit voir combien cette mesme Compagnie dégénéré maintenant de la gloire de ses prédécesseurs,nbsp;*lont il ne faut pas sestonner puisque cette malheu-^euse Paulette qui expose au plus offrant et derniernbsp;^Uchérisseur le pouuoir de iuger souuerainement denbsp;*^08 biens, de nostre honneur et de nos vies, faitnbsp;^titrer dans ces charges qui deuroient estre la recompense du scauoir et de la vertu, ou des personnes ]a
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plupart de très-petlte naissance et de nul méinte, ou de ieunes gens qui surpassent les Courtisans en beauxnbsp;habits, en belles liurées et en toutes sortes de dissolutions , qui font gloire de paroistre auec plus de galons et de poincts de Gennes , et plus poudrez et plusnbsp;frisez que des ferames, au cours, au bal, a la comédie,nbsp;dans les palais des Altesses et dans ces Académies oünbsp;les cartes et les dez sont les liures quils estudient pournbsp;apprendre a bien rendre la iustice, et les impiétez etnbsp;les blasphesmes, les diets et les paroles notables de cesnbsp;Sages, non pas de lancienne Grèce, mais de la nouuellenbsp;France,
Iespère que ceux qui liront cecy, pardonneront bien cette petite digression a la douleur qui me presse, denbsp;voir ainsy, a la bonte de nostre siècle, toutes lesloix ren-uersées par ceux qui deuroient les maintenir, de voir quenbsp;de ieunes escoliers si ignorans que nul particulier ne lesnbsp;voudroit prendre pour arbitres dVne affaire de vingtnbsp;escus, deuiennent au sortir du college, auec vne peaunbsp;de parchemin qui leur en couste quarante mille, lesnbsp;arbitres de la fortune de tout Ie monde, et que leurnbsp;presumption va iusques a se croire plus capables de déci'nbsp;der les affaires les plus importantes de lEstat que nau-roient fait les Silleris, les Villeroys, les leannins aprèsnbsp;auoir passé toute leur vie a sinstruire de la veritablenbsp;politique dans les négociations, les ambassades et les plusnbsp;importans emplois que les plus grandes affaires des plu®nbsp;grands Empires puissent fournir aux plus grands Mi*nbsp;nistres.
Mais pour reprendre la suitte de mon discours, comme lorsque Ie Cardinal estoit hors de France, Monsieur 1^nbsp;Prince auoit tousiours négocié auec luy, aussy na-t d
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point discontinue depuis son retour : ce cpie nul de eeux lt;iui sont tant soit peu informez de ce qui se passe, nenbsp;peut ignorer. Mais paree quautant que Monsieur Ienbsp;Prince est attaché a ses interests, autant Monsieur Ienbsp;Hue dOrléans proteste de nen auoir point, et quainsinbsp;A. R. ne desire pas moins que Ie Cardinal se ie-hre, que Monsieur Ie Prince lappréhende, a causenbsp;quil perdroit par la Ie prétexte quil luy importe sinbsp;fort de conseruer pour en profiter dans toutes lesnbsp;rencontres qui soffriront a son ambition démesurée,nbsp;d na pas esté au pouuoir de Monsieur Ie Princenbsp;dexécuter son traicté, quelque passion quil en eust.nbsp;Mais lorsque Ie Due de Lorraine est venu a la prièrenbsp;de Monsieur Ie Due dOrléans pour sauuer ce quilsnbsp;auoient de Troupes dans Estampes dont Ia perte estoitnbsp;sans cela inéuitable, il sest bien gardé de luy rendrenbsp;Clermont et Stenay paree quil lauroit obligé par lanbsp;de sattacher aux intérests de Monsieur Ie Due dOrléans et aux siens \ ce qui auroit contrainct Ie Cardinal de sen aller et luy auroit fait perdre non seulementnbsp;Ces deux Places, mais les aduantages incomparable-nient plus considérables quil veut retirer en consentantnbsp;que Ie Cardinal demeure, ou que sil sesloigne, ce nenbsp;Soit que pour peu de temps et seulement pour la forme.
Ainsi Ie Due de Lorraine voyant quil auoit rendu a Monsieur Ie Due dOrléans par la leuée du siège dEs-tampes dont il a esté en effet la seule cause, lassistancenbsp;quil auoit désirée de luy, et quil falloit ou donner ba-
II envova notamment Ie 28 avril 1652 a Saint-Germain Ie duo de Rohan , Ie comte de Chavigny et Gouks, secrétaire des commandemenisnbsp;du due dOrléans. Voir sous cette date la Liste chronologïque des Mazari-
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taille au Marescha! de Tiirenne qiii estoit tout prest de rattaquei1, ou exéciiter Ie Traitté quil auoit fait auec Ienbsp;Roy , de ne se mesler plus des affaires des Princes et denbsp;sortir de France dans quinze iours, lorsque Ie siège dEs-tampes seroit leué, il prit Ie party quil auroit fallu auoirnbsp;perdu lesprit pour ne pas prendre, qui estoit de ne pointnbsp;hazarder vn combat paree que sil luy eust esté désaduan-tageux, coinmeily auoit grande apparence, il eust perdunbsp;en perdant son armee la seulle chose qui !e rend considerable , nayant plus ny estat ny places, et que sil leustnbsp;gagné, ce nauroit pu estre quauec vne si grande pertenbsp;que ce qui luy seroit resté de Troupes dans vn pais es-tranger (pour ne pas dire enneiny, puisque la folie denbsp;Paris a estë telie que delereceuoir auec des acclamationsnbsp;publiques lorsque son armee désoloit ses campagnes auecnbsp;des cruautez inimaginables) Ie rendroit si pen considérénbsp;de ceux mesmes pour lesquels il auroit hazardé toute sanbsp;fortune, quils luy auroient donné la loy, après les auoirnbsp;tirez de lestat oü ils estoient, de ne pouuoir esuiter de lanbsp;rcceuoir du Roy, leur maistre.
La retraite du Due de Lorraine, larriuée du Mares-chal de la Ferté auprès du Roy .auec quatre mil hommes et la foiblesse des Troupes des Princes augmentant Ie désir et limpatience de Monsieur Ie Prince de voir sonnbsp;Traitté auec Ie Cardinal execute, il accorde de tout sonnbsp;ccEur quil demeure. Mals Monsieur Ie Due dOrléansnbsp;Insiste a voulolr quil sen allle, et ne veut point senga-ger a consentir quil reuienne dans quelque temps. Lenbsp;Cardinal, au contraire, croyant que lestat des choses luy
Relation générale contenant au vrat ce qui s'est passé entre les deux amices a Villeueaue.-Saint-Georges , etc. [3171 j. On peut quot;Voir d ailleurs lanbsp;TAsle chvonologique des Mazarinades i\ la date dii 16 juin 1652,
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est fauorable, sopiniastre a ne point sesloigner dii tout; laReyne fortlfie Ie Roy clans ce sentiment; Leurs Males-tez viennent de Melun a Sainct-Denys auec toute lar-mée; et on fait vn pont de bateaux sur la Seine : ce quinbsp;donna lalanne aux Troupes des Princes qui estoient anbsp;Sainct-CIou et a Poissy
Cette approche du Roy faisantappréhender a Monsieur Ie Prince que les seruiteurs de Sa Malesté dans Ie Parlement ne reprissent coeur, il ne fut pas fasché que pournbsp;les intimider, on les maltraitast, comme on fit au sortirnbsp;de Ia GrandChambre et Monsieur de Beaufort, cenbsp;grand Héros, autrefois ITdole de Paris, iouant plus tostnbsp;Ie personnage dvn Brasseur de bière et dvn Arteuellenbsp;que non pas celuy dvn Prince, commanda aux coquinsnbsp;qui auoient fait toute cette émeute, de se trouuer, la-près disnée, a la place Royalle % oii sestant rendus aunbsp;noinbre de trois ou quatre mille, il les alia haranguernbsp;auec son eloquence ordinaire, qui luy réussit si biennbsp;quils ne manquèrent pas Ie lendemain au sortir de Ias-sembléedu Parlement de faire de si belles descharges surnbsp;des Présidens au Mortier et des Conseillers cjuils en ren-dirent quelques-vns vaillans malgré eux pour se sauuer,nbsp;et apprlrent aux autres cjuon peut courir autant de fortune au milieu des rues de Paris que dans vne grandenbsp;bataille.
* Relation contenant tont ce qui sest passé au comhat donné entre Varniée de Messieurs les Princes et celle du Mareschal de Turenne , etc. [3102] .
^ Cest lémeute du 25 juin 1652 quon a appeléela Guerre des Menar-deaux. Veritable relation de ce qui s'est fait et passé au Parlement... Ie mardi 23 iuin^ etc. [3943] ; la Guerre des Menardeaux, etc. [1524]; et dautres
encore.
Supplication ou Requeste présentée... par les bourgeois qui sestoient assemb/ez... d la Place Rorale, etc. [3733].
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Voila sincèrement et en pende mots lestat des affaires iusques a la fin de luin 1652 , que iescris cecy , et lesnbsp;principales causes de nos malheurs. La dissipation et lesnbsp;maluersations des Finances, la mauuaise conduite et lanbsp;foiblesse du Cardinal Mazarin, les cabales et les intrigues du Cardinal de Retz, les entreprises et les attentatsnbsp;du Parlement ont fourny de suiet et de moyen pournbsp;commencer a esbranler rauthoritéRoyalle qui est la bazenbsp;et Ie fondement de lEstat; lambition effrénée de Monsieur Ie Prince a ioint vne guerre ciuile a vne guerre es-trangère; la trop grande facilité, pour ne pas dire Ienbsp;manque de vigueur de Monsieur Ie Due dOrléans, anbsp;perdu les occasions desteindre ce feu dans sa naissance,nbsp;soit en empeschant M. Ie Prince de prendre les armes ounbsp;en se declarant son ennemy sil les prenoit, soit en sopposant au retour du Cardinal Mazarin ou par la forcenbsp;au passage des riuières, ou par la fermeté de ses Coii-seils en se rendant a Poictiers auprès du Roy; la flatterienbsp;de quelques Courtisans intéressez a fortifié et fortifie encore auiourdhuy par vn crime detestable et contre leurnbsp;propre conscience lesprit de la Reyne a conseruer cenbsp;Ministre fatal a la France malgré les voeux de toute Ianbsp;France; et enfin la Reyne, par vne fausse persuasion denbsp;maintenir Tauthorlte du Roy son fils, met en proye Ienbsp;Royaume du Roy son fils et ces conquestes qui nous ontnbsp;couste tant de sang et de millions, en abandonnant lesnbsp;vnes a Iinuasion des ennemis et en abandonnant Iautrenbsp;a la fureur des armes estrangères et a la rage des nostresnbsp;propres.
* Cette pièce est done antcrieure au combat du faubourg Saint-An-toine. Je 1ai rejetée trop loin dans la Liste chronologlque des Maza-rinades.
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Cest icy oü iauoue que les paroles me manquent; et Dieu me garde de les égaler a mon suiet, II faudroit estrenbsp;vn Démon pour pouuoir auec vn charbon tiré de lEnfernbsp;faire vn crayon qui fust capable de représenter toutes lesnbsp;horreurs, toutes les inbumanitez, tous les meurtres,nbsp;tous les violemens, toutes les impiétez et tous les sacrileges que commettent toutes ces armées qui ne sont plusnbsp;composées dbommes mais de Démons. Et quand ie nenbsp;serois pas Cbrestien, et par conséquent tres persuadé desnbsp;cbastimens espouuantables de lautre vle, il me suffiroitnbsp;de croire vn Dieu pour ne pouuoir douter que rien nenbsp;lempescbe dexterminer tous ces tygres impitoyables etnbsp;ces scélérats dvne manière terrible que paree que desnbsp;crimes si monstrueus ne s^auroient estre punis que parnbsp;des suppliers éternels.
Que tous ceux qui ont contribué a cette guerre, qui la fomentent, qui la soustiennent et qui, pouuant em-peseber les désordres abominables quelle cause, nenbsp;Ie font pas, iugent done, sils croyent vn Dieu, quelsnbsp;cbastimens ils doiuent attendre de sa iustice.
Que Ie Cardinal Mazarin qui est Ie suiet de cette san-glante tragédie et pour lequel ie proteste sur mon salut nauoir ny aversion ny baine particuliere, non plus quenbsp;contre aucun de tous ceux dont ie parle dans ce discours,nbsp;ne croye pas mal employer vne beure de temps pournbsp;faire vne réflexion sérieuse du compte quil luy faudranbsp;fendre vn iour deuant Ie tribunal redoutable de lésus-Christ (ce qui sera peut estre plus tost quil ne pense), etnbsp;Ce quil pourra respondre lorsque ce nombre innom-brable de pauures, de vefues, dorpbelins , de femmes,nbsp;de filles et de Vierges consacrées a Dieu, auec vne voixnbsp;®iille et mille fois plus forte que celle du sang dAbel,
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laccuseront destre la principale cause de leur ruine to-talle, de la mort cruelle de leurs maris, de la fin tra-gyque de leurs pères et de la perte irreparable de leur honneur; lorsque tant de Prestres laccuseront dauoirnbsp;esté cause quils ont esté arrachez du pied des Autels,nbsp;chassez de leurs Eglises, pillez, massacrez ou rendus er-rans et vagabons et réduits auec tout ce pauure peuplenbsp;que Dieu auoit sousmis a leur conduitte, a mener vnenbsp;vie si deplorable quils sestimeroient beureux de la finirnbsp;en se donnant la mort si les loix du Christianisme Ie pou-uoient permettre; et enfin lorsque Ie sang mesme denbsp;lesus Christ 1accusera quil a esté cause quon 1a traitténbsp;dvne manière dont lhorreur, faisant glacer Ie miennbsp;dans mes veines, ne me permet pas de représenter lesnbsp;sacrilèges plus que diaboliques.
Mais quand Ie Cardinal ne seroit pas Chrestien comme il est, quand il ne seroit point touché de lappréhensionnbsp;du iugement de Dieu, peut-il bien vouloir passer pournbsp;coupable aux yeux de toute lEurope et de tous les siè-cles a venir de la plus haute ingratitude qui fust iamais,nbsp;en refusant de se retirer avec seureté et avec la iouissancenbsp;de tout son bien pour faire cesseries maux de la France,nbsp;a laquelle il doit toute sa grandeur et sa fortune ? Peut ilnbsp;eslre si insensible aux mtérests de nostre ieune Monarquenbsp;pour lesquels il est obligé par tant de bienfaits dauoirnbsp;encore plus de passion que sil estoit son suiet, que denbsp;ne vouloir pas non seulement par sa retraite, mais auxnbsp;dépens de sa propre vie sil en estoit besoin, procurer Ienbsp;repos et Ie calme a son Estat ? Et enfin peut il estre sinbsp;méconnoissant des extresmes obligations quil a a la Reyne,nbsp;que de vouloir, en sopiniastrant a demeurer, faire quenbsp;Ie Roy luy reproche vn iour, comme il Ie luy reproche-
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roit sans doute, que par Ie plus méchant conseil qui fust lamais, elle lauroit porté a préférer aux voeux de toutnbsp;son Royaume et au salut de son Estat Ia conseruationnbsp;dvn Ministre que la haine généralle conceue contre luynbsp;rend de'sormais incapable de Ie bien seruir, quand il se-roit Ie plus grand Ministre du monde ? Car ne seroit cenbsp;pas préférer la conseruation du Cardinal au salut denbsp;lEstat que daccorder a Monsieur Ie Prince pour Ienbsp;inaintenir en effect, quoy quon lesloignast pour peu denbsp;temps en apparence, les conditions dont on scait quilsnbsp;sont demeurez daccord ensemble, et quil importe ex-tresmeraent dexaminer, afin que les Peuples et particu-lièrement Paris ouurent les yeux pour connoistre iusqucsnbsp;a quel poinct les Grands se iouent deux, et de quellenbsp;sorte ils sacrifient a leurs interests et a leur ambitionnbsp;leur repos, leurs biens et leurs vies.
Au lieu de se contenter de remettre a Monsieur Ie Prince par vne amnistie les plus grands crimes que puissenbsp;commettre vn suiet contre son Roy et vn Prince contrenbsp;Ie Monarque du sang duquel il est descendu,
On luy donne des millions par eet infasme Traitté, paree quil en a receu du Roy dEspagne et quil a prisnbsp;tout ce quil a pu rauir de 1argent du Roy.
On luy donne Ie Gouuernement deProuence pour Monsieur Ic Prince de Conty, son frère, paree que PJonsieur Ie Prince de Conty a commence de se faire connoistre ctnbsp;continue de se signaler par'la rebellion et paria réuolte.
On luy donne Ie Gouuernement dAuuergne pour Ie l^uc de Nemours, paree que Ie due de Nemours nanbsp;point bonte de deuoir a Monsieur Ie Prince pour auoirnbsp;lïianqué a son deuoir, ce quil deuoit attendee du Roynbsp;sil se fust acquitté de son deuoir.
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On luy donne Ie Baston de Mareschal de France et la LIeutenance généralle de Guyenne pour Marchin, eetnbsp;infasme déserteur, ce traistre, qui ayant esté honoré parnbsp;Ie Roy de la charge de Vice Roy de Catalogue, si esleuéenbsp;au dessus de la bassesse de sa naissance, a en effect liurénbsp;la Catalogne au Roy dEspagne, non seulement ennbsp;labandonnant dans Ie temps ou elle auoit Ie plus besoinnbsp;dassistance, mais en débauchant tout ce quil a pu desnbsp;Troupes de Sa Maiesté quil commandoit, pour les amener a Monsieur Ie Princece qui seroit vn exemplenbsp;plus préiudiciable a lEstat que la perte de toute vnenbsp;prouince.
On luy donne vn autre Baston de Mareschal de France ou la dignité de Due et Pair a son choix pour Doi-gnon, ce petit cadet de Sainct Germain Beaupre, pareenbsp;que tenant de la trop grande bonté du Roy Brouage etnbsp;dautres gouuernemens dont vn Prince qui se seroit si-gnale par des seruices tout extraordinaires, se seroitnbsp;estimé trop bien récompensé, il a par vne perfidie dé-testable et que nul supplice ne peut expier, employé ennbsp;faueur de Monsieur le Prince les places et les vaisseaux dunbsp;Roy contre le Roy mesme et paree quil traitte avecnbsp;Cromwell, ce qui est le crime des crimes.
On luy donne des Lettres de Due et Pair de France a Montespan, paree quil ne se peut rien adiouster a sonnbsp;infidélité enuers son maistre.
On luy donne asseurance de Cent mil escus pour le Due de la Rochefoucault, paree que pour le seruir, ünbsp;na perdu aucune occasion de desseruir son souuerain.
Jrrét de la Cour du parlement de Toulouse,,, contre la defection de Mar-sin et ses troupes, etc. [3S7].
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On restablit a sa prière Ie Président de Maisons dans Ia charge de Sur Intendant des Finances , paree quil Ianbsp;exercée auec tant de suffisance et de probité quil a ré-paré en peu de temps les bresches que ses grandes pertesnbsp;au ieu et les immenses dépenses de sa royalle maison denbsp;Maisons auoient faites en son bien.
On donne en sa faueur vne grande somme au Président Viole, paree quil a esté Frondeur enragé dans Paris, Chef du Conseil des factieux endiablez de Bour-deaux et Sur Intendant des Finances pillées et rauies anbsp;force ouuerte dans les receptes du Roy.
Et on luy accorde encore dautres conditions non nioins honteuses, et mesme pour des femmes, que iau-rois honte de rapporter.
Cela se peut il nommer vn accommodement de Monsieur Ie Prince auec Ie Roy? Et ne seroit ce pas plus tost Vn véritable partage de lEstat entre Ie Roy et Monsieurnbsp;Ie Prince, puisquil deviendroit par ce moyen Due denbsp;Guyenne, Comte de Prouence, maistre non seulementnbsp;des places quil tient dèsia, mais de toutes celles quilnbsp;feroit conseruer a ceux qui ont mérité par leur dés-obéis-sance de les perdre auec la vie; Distributeur des Gouuer-nemens de Prouinces, des Duchez et Pairies, des Officesnbsp;de la Couronne et de tant de charges importantes; Egal-lement puissant sur Ia terre et sur la mer; En pouuoirnbsp;de se vanger de ceux de toutes ces grandes prouinces surnbsp;lesquelles sestendroit sa domination, qui nont pas suiuynbsp;Son party; et en estat de recommencer quand il luynbsp;plairoit, sous Ie mesme prétexte du Cardinal ou surnbsp;quelquautre, vne nouuelle réuolte auec dautant plusnbsp;daduantage que eet exemple mille fois plus pernicieuxnbsp;H^on ne sgauroit croire, de donner è linfidélité et au
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démérite les recompenses qui ne sonl deues qua la fidé-lité et au mérite , attireroit a luy tous les meschans dont Ie nombre nest que trop grand dans vn siècle aussy cor-rompu que Ie nostre, et décourageroit tous les gens denbsp;bien; ce qui Ie rendroit si formidable par luy mesmenbsp;quy ioignant encore Ie secours quil pourroit tirer desnbsp;Espagnols , ses fidelles alliez, qui après auoir esprouuénbsp;que lvnion de nos forces a porté leur Monarcbie iusquesnbsp;sur Ie bord du precipice, ne perdronl iamais doccasionnbsp;de nous ruiner en nous diuisant, on pourroit dire auecnbsp;vérité cpiil ny auroit pas seuleinent vn Hoy ennbsp;France, mais quil y en auroit deux, dont eet vsurpa-teur et ce Tyran qui régneroit au dela de la riuière denbsp;Loire, pourroit exciter a toute heure vne nouuellenbsp;guerre au Roy légitime et allumer dans tout Ie reste denbsp;ses Prouinces vn feu semblable a celuy qui embrasenbsp;maintenant Paris et quil entretient et quil augmentenbsp;auec tant de soin pour faire tourner les eboses au poinctnbsp;quil desire.
Le iemède a vn mal si redoutable et dont la seule pensee donne de Tborreur a ceux qui n ont pas perdunbsp;auec le iugement 1amour de leur propre salut et de leurnbsp;patrie, estant d'esloigner de bonne foy et pour iamais lenbsp;Cardinal, puisque cela estant, Monsieur le Prince nenbsp;scauroit prétendre que labolition du crime quil a com-mis par sa réuolte, et que leurs maiestez seront receuesnbsp;dans Paris et dans toutes les autres villes du Royaume,nbsp;non seulement auec les respects qui leur sont deus, maisnbsp;auec des larmes de ioye et tous les applaudissemens ima-ginables, seroit il bien possible que la Reyne par vnnbsp;aueuglement prodigieux et en se laissant flatter a cesnbsp;personnes qui ne se soucient pas que tout se perde
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DE MAZARINADES.
pourueu quils trouuent dans la ruine publique lesta-^lissement de leur fortune partlculière, voulust pour re-teiiir Ie Cardinal, abandonner les interests du Roy son fils, abandonner les interests de la France, abandonnernbsp;les siens propres ? Seroit il bien possible quelle voulustnbsp;'l'^e Ie Roy luy reprochast a lauenir, que toute la Francenbsp;luy reprochast a jamais et quelle se reprochast vn iournbsp;fieuant Dieu elle mesme a elle mesme dauoir par vnenbsp;fausse générosité fait vne telle brèche a la Couronne denbsp;Son fils par Ie conseil quelle luy auroit donné de senbsp;fendre inflexible a lesloignement de ce Ministre si ar-fiamment souhaité de tous ses peuples?
Au nom de Dieu, Madame, laissez vous toucher a nos ^oeux , comme il sest laissé toucher aux vostres en nousnbsp;fionnant ce grand Prince par vne espèce de miracle lors-4^6 nousnosions plus nous Ie promettre. Considérez , ienbsp;'ous supplie, mais auec les sentimens dvne Reyne trésnbsp;^hrestienne comme vous Testes, auec les sentimens dvnenbsp;l^oyne qui fait profession de piété comme vousfaites, auecnbsp;l®s sentimens quauroit eu sans doute la Reyne Blanchenbsp;®gt;elle se fust trouuée dans vne semblable rencontre, cou-^dérez, sil vous plaist, la resolution que vous deueznbsp;l**'endre dans cette importante affaire qui arreste mainte-^'^nt sur Vostre Maiesté les yeux de toute lEurope. II nynbsp;Madame, que Tvn de ces deux aduis a prendre : ounbsp;conseruer Ie Cardinal, soit en ne permettant pasnbsp;'luil sen aille, soit, sil se retire, en Ie rappellant dansnbsp;temps dont on conuiendra auec les Princes , auquel casnbsp;tombera inéuitablement dans les inconuéniens quenbsp; remarquez; ou de Tesloigner pour tousiours et denbsp;'tune foy, auquel cas Ie Roy fera tomber les armes desnbsp;des Princes, conseruera son Estat en son entier,
II. nbsp;nbsp;nbsp;28
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CHf)IX
restablira glorieusement son authorité, gagnera Ie coeur de tons ses suiets, redonnera Ie calme a son Royaumenbsp;et contraindra lEspagne de consentir a vne paix quinbsp;estant iuste, ne sgauroit pas n'estre point auantageusenbsp;a la France, l ose croire, Madame, que sil plaist anbsp;V. M. dexaininer cela deuant Dien auec la responsenbsp;que iay rendue a ce quon luy allègue du feu Roynbsp;dAngleterre touchant Ie Comte de Stratfort, elle nenbsp;iugera pas qu'il y ait lieu de délibérer a préférer tant denbsp;biens a tant de maux.
Et vous, Sire, qui auez ce merueilleux aduantage quau milieu de tant de souffrances qui réduisent vosnbsp;peuples au désespoir et tirent des larmes de sang dunbsp;coeur de tous les véritables Francois , non seulement onnbsp;naccuse vostre Maièsté de rien, mais on considère sonnbsp;innocence comme lancre sacrée qui nous reste etnbsp;qui peut nous garantie du naufrage, faites quenos espé-rances ne soient pas vaines. Nous vous regardons gt;nbsp;Sire, comme vn Roy donné du Ciel pour Ie bonheuinbsp;de la France; agissez comme vn Roy qui seroit descendunbsp;du Ciel. Nous vous regardons comme Ie successeur denbsp;saint Louis ; agissez comme vn autre saint Louis. RendeZnbsp;a Dieu ce que vous deuez a Dieu, en exterminant lesnbsp;impiétez et les crimes abominables qui ont contraint sanbsp;iustice dappesantir sa main par les fléaux qui nous acca-blent. Rendez a la Reyne vostre Mère en qualité de fil*nbsp;ce que Dieu vous oblige de luy rendre; et réunissez anbsp;vous par vostre bonté et par vn oubly du passé toute lanbsp;maison Royale. Rendez a vos peuples ce que vous lemnbsp;deuez, non seulement en qualité de Roy, mais de père,nbsp;puisque les suiets dvn Roy tres Chrestien ne sont pa*nbsp;seulement ses suiets, mais ses enfans. Cboisissez poui
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DE MAZARINADES.
Mi
mistres les plus grands personnages et les plus ver-^Ueiix de vostre Estat. Que Ie seul nom de Fauory vous en horreur par Ie souuenir de tant de maux que ceuxnbsp;ont remply ces places fatales aux Monarques et auxnbsp;Monarchies, ont causez a vostreRoyaume. Faitesrefleurirnbsp;lustice. Restablissez la discipline militaire. Réglez lesnbsp;désordres des Finances. Rannissezleluxe. Enrichissezvosnbsp;^^¦ouinces par laugmentation du commerce sur la mernbsp;sur la terre. Et faites auec lassistance deDieu que parnbsp;changement miraculeux et digne du fils aisné denbsp;jÉglise on voie succéder la piété a limpiété, lvnion anbsp;diuision, la lustice a 1'iniustice, la discipline a lanbsp;^*cence, 1ordre au désordre, la modestie au luxe,nbsp;^ abondance a la ne'cessité et enfin vn siècle dor a lvnnbsp;^^s plus malheureux siècles qui fut iamais.
Mais , SiEE, vn si grand ouurage ne peut saccomplir dans Ie calme; ce calme ne peut arriuer que par lanbsp;Paix générale; cette paix générale ne se peut faire quennbsp;*^itte dvne paix domestique ferme et asseurée; cettenbsp;P^ix domestique ne peut estre ferme et asseurée que parnbsp;^ esloignement du Cardinal; et eet esloignement ne dé-P^nd que dvne seule parole de vostre Maiesté. Ainsi,nbsp;si iamais Roy a pu faire voir quil est limage vi-'^^nte de Dieu , vostre Maiesté Ie peut faire maintenant,nbsp;P'^isque comme Dieu en créant Ie monde tira par vnenbsp;®^Ule parole la lumière des ténèbres et 1ordre qui reluitnbsp;tout lvniuers, de la confusion du cahos, vostrenbsp;^^iesté peut par vne seule parole faire esclater Ie iournbsp;'^^^s cette nuict funeste qui nous enuironne, et changernbsp;telle sorte la face des choses que nous croirons estrenbsp;vn nouueau monde. Seroit-il bien possible, Sire,nbsp;^Uand mesme la Reyne vostre Mère trompée par les dé-
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testables conseils quon luy donne, sopposeroit dans vostre esprit a ce dessein , que vostre Maiesté ne voulustnbsp;pas par vne seule parole garantir son Royaume du perilnbsp;qui Ie menace, et en Ie tirant dvn abysrae de malheur,nbsp;Ie combler de félicité et de gloire.
Mais si Dieu pour la punition de nos péchez ne permet pas que cette image si sincere et si naïue de nos mauxetnbsp;des remèdes quon y peut donner, arriue iusques a leursnbsp;Maiestez par Iobstacle quy apporleront ceux qui ontnbsp;tant de suiet de craindre quelles ne connoissent la vé-rité, que deuons-nous faire et quelle resolution deuons-nous prendre pour nous empescher de perir ? le croynbsp;que toutes les personnes non passionnees qui liront cecy,nbsp;iugeront que si pour estre capable den dire son aduis,nbsp;il suffit destre détacbé de tout autre interest que denbsp;celuy du bien public, iay droict de dire le mien pareenbsp;que ceux a qui Ton donne le nom odieux de Mazarins,nbsp;le nom factieux de Princes et le nom detestable de Par-lementaiies, seront egalement meconlens de moy etnbsp;quainsi il ne peut y auoir que les bons et veritablesnbsp;Francois qui soient satisfaits de ce discours.
Ie dis done sans crainte et auec Iasseurance que me donne le tesmoignage de ma propre conscience, que si lenbsp;Roy, nonobstant toutes les remonstrances et les supplications quiluy ont este faites iusques icy desloigner le Cardinal, veut absolument le conseruer, il faut se soumettre etnbsp;luy obeir. Ilfaut que Paris luy ouure ses portes, sinon auecnbsp;ses acclamations de ioye ordinaires, au moins auec le*nbsp;mesmes respects. Nous luy deuons cela comme a nostrenbsp;Roy puisque Dieu nous le commande; et nous nous lenbsp;deuons a nous-mesmes puisquil ny a point dhominenbsp;raisonnable qui ne demeure daccord quencore que le
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Cardinal soit tel que ie lay représenté, dix Ministres semblables a luy ne scauroient faire en dix ans autantnbsp;maux que nous en souffrons depuis deux mois etnbsp;lt;iue nous en souffrirons tousiours de plus en plus si nousnbsp;Hoiis portons dans la réuolte.
Que si nous en vsons de la sorte et nemployons autres ^rmes pour combattre Ie Cardinal que nos prières et nosnbsp;larmes enuers Dieu et enuers Ie Roy, afin quils nous ennbsp;déliurent, ne deuons-nous pas espérer que sa Maiesténbsp;®stant pleinement satisfalte de nostre obéissance et mieuxnbsp;iöformée quelle nest du tort que lui fait eet infortunénbsp;^inistre, elle écoutera fauorablement nos plaintes;nbsp;®lle exaucera nos voeux et fera par elle-mesme et auecnbsp;*oye, en lesloignant volontairement, ce quon ne lanbsp;®9auroit contraindre de faire, quand on Ie pourroit,nbsp;®ans ruiner toute la France en lexposant en proye a lanbsp;'^^ngeance de ses anciens et irréconciliables enneinis etnbsp;^ la fureur de tant de nouueaux tyrans qui sélèueroientnbsp;'lans la pluspart de nos propres Prouinces et de nosnbsp;places.
Voila sans déguisement et saus artifice aussi bien que ®ans intérest et sans passion ce que iestime que lon doitnbsp;laire. Mais il ny a point de temps a perdre pour se ré-®audre. Le moindre moment importe de tout, lorsquonnbsp;®at sur le bord du precipice; et cette conioncture estnbsp;Mle que trois lours, deux iours, vn iour de retarde-*^^nt peut encore si fort accroistre nos maux qu i!s de-''lendront, possible, irrémédiables.
Crand Diev, qui depuis tant de siècles faites des ^'^Ifacles continuels pour soustenir cette Monarchie, nenbsp;P^rinettez pas questant encore assez puissante pour fairenbsp;^''embler ses ennemis, elle se destruise par elle-mesine.
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Inspirez aux peuples des sentimens damour, de respect et dobeissance pour leur Roy. Faites que loute la maisoBnbsp;Royale et tous les ordres du Royaume conspirent ensemble pour la grandeur et la féliclté du Royaume; etnbsp;que cette reunion générale qui ne scauroit pas ne pointnbsp;produire la paix générale, appaise nos douleurs, es-suye nos larmes et adoucisse de telle sorte la mémoü®nbsp;de nos maux passez que nous ne nous en souuenionsnbsp;que pour vous rendre des actions de graces immof'nbsp;telles dauoir fait céder vostre iustice a vostre démencenbsp;en arrestant le cours de vos chastimens qui, quelqne*nbsp;terribles quils soient, sont beaucoup moindres que noSnbsp;péchez.
(7 aout 1652.)
A VOUS Membres dvn Parlement Basty, le bou Dieu scait comment,
Paris enuoye cette lettre,
Non quil veuille vous recognoistre Comuie les luges souuerains ,
Mais comme fieffés Mazarins;
Et comme tels pour vous apprendre Qua vous nappartient pas dentendre,
Ny de vuider aucun Procez,
A moins que de commettre excez Et violer la loy ciuile,
Qui taut aux champs comme en la ville Nous permet luges recuser,
Quand sur eux on trouue a gloser.
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Or dessus vous vn chacun glose Et produit bien plus dvne causenbsp;Pour clore vostre digne becnbsp;Et mettre vos Arrests a sec.
Primo^ lou vous tieut vn peu bestes (Vous verrez tantost si vous Testes);nbsp;Secundo, pour intéressez;
Et si cela nest point assez,
Tertio, pour gens de qui Ie nombre De son corps ne peut faire T ombre;nbsp;Quarto, pour des gens vacabons,
Et comine vn huis hors de ses gonds; Enfin pour gens de Triquenique,
A qui Ton doit faire la nique,
Et quon va chiffler au Palais Si vous y reuenez iamais.
Primo, si bestes on vous nomme, Qui de vous se pourra dire homme?nbsp;Et nest ce pas vn trait doysonsnbsp;Dauoir délaissé vos maisons,
Paris et la Chambre dorée,
Ou la Justice est adorée,
Pour suiure ce Maistre Jean-cü Qui vous a fait placer Ie cunbsp;Dans vne ville de Pontoise,
Pour trancber, dans ce nid a rat Des luges du plus haut karat.nbsp;Secundo, nest il pas visiblenbsp;Que celuy qui rend tout possible,nbsp;Ientens Ie diable dintérest,
Vous a fait ployer Ie iarret Et prosterner deuant la bestenbsp;Dont vous auez proscript la teste.'*nbsp;Premièrement, vous présidentnbsp;Dont la bai'be cut tant dascendant
Sur la pauure badauderie 1,
Et pourquoy si sainct et pieux,
Estes vous si peu soucieux Du bien de nostre ieune Prince,
Dont on rend Ie crédit si mince,
Si ce nest que vos interests
Vous touchent vn pen de plus prests?
La Mitre et la rouge Calotte,
Dont vostre espérance on balotte,
Les abbayes et les Sceaux
Sont, direz-vous, de bons morceaux,
Et méritent bien que Ton choye La main qui tient si belle proye.
Et vous Président de Noyon^.
Pourquoy faites-vous Ie coyon;
Vous, qui iadis aux assemblées,
Donniez de si rudes sanglées A ce faquin que vous suiuez?
Nous iurerions que vous creuez,
Si nous ne scauions quvne crosse Dvn Genest peut faire vne rosse,
Comme lÉuesché de Beauuais,
Dvn homme de bien vn mauuais.
Et vous Coigneux, que la grandchambre Rend plus froid que neige en décembre,nbsp;Qui vous rend si fort différendnbsp;De feu Monsieur vostre Parend?
Ie veux dire feu vostre père,
Qui fuioit comme vne vipère
nbsp;nbsp;nbsp;Le premier président, Mathieu Molé. Poëme sur la barbe du prem.nbsp;présid. [2305].
* nbsp;nbsp;nbsp;Nicolas Potier de Novion, président au mortier. II était désignénbsp;pour étre ehassé de Paris, ainsi que Menardeau, dansla Trés humble re~nbsp;ntontrance des bons bourgeois de Paris a nos seigneurs du parlement^ etc.
[38)3].
-ocr page 451-Les Cardin aux et leur faueur.
Et vous tout de contraire humeur Courez après son Éminence,
Et prenez en main sa deffence?
Ah! ie comprens vostre raison ;
Vn Breuet en vostre maison (Mais Ie Breuet dvne abbaye)
Vous peut faire aymer chose haye.
Ainsi vous aymez Mazarin'
Et Eaideau suit Ie mesme traiir^,
Faisant voir quvn grand lansen) ste Peut estre grand Mazariniste,
Et quon peut saus difficultez Conioindre ces deux qualiteznbsp;Auecque vne bonne abbaye,
Portant tiltre de Baronnye,
Comtne fait celle de Berné Dont on luy bailla par Ie né,
Lorsque feu sou oncle fit flaudre Pour en lautre monde se rendre,
Et la voir si Ie Cardinal Fait loger les siens bien ou mal.
Perrot, Tubeuf et Bragelonne®
Nous scauons bien ce quon vous donne,
Et ce quon ne vous oste pas
-ocr page 452-Pour suiure de Seue Mandas De la Barre et de Ville-Neufue,
Gens qui font tout pourueu quil pleuue;
Aussi bien comme Tambonneau,
Lefèure ^ et Ie gros Menardeaii Qui pour obtenir Vintendancenbsp;Est Mazarin a toute outrance.
Quant a vous, Monsieur Champlastreux,
Vous seriez vn malencontreux ,
Et de Saincte Croix vostre Frère%
Si Ie tran tran de vostre père Vous ne suiuiez de point eir point;
Car aussi bien nen est-il point De plus lourd ny de plus facilenbsp;Pour enrichir vostre familie,
Et vous faire bien tost bailler Lécritoire de Ie Tellier.
Vous enfin Maistres des Requestes,
Et tout ce que de luges estes En vostre Parlement chétif,
Auez vous quelquautre motif,
Pourquoy vous laissiez vos confrères,
Qui pourtant disent des lanlères Et de vous et de vos Aivests,
« Mandat, Ie ventre, paree quIl a bon appétit. » Le Mercure de la Cour, etc.
* « Lefèure et Fraguier, les iambes , paree quils sauent se sauuer du danger; et comme on dit, au dlable les iambes qui ne sauuent pas ienbsp;corps. » Le Mercure de la Cour, etc.
Jean Molé, sieur de Champlastreux, et Francois Molé, abbé de Sainte-Croix, fils du premier président et couseillers. « Champlastreux,nbsp;Sainte-Croix et Menardeau en seront les parties honteuses parceque cenbsp;sont des gens acacher plulót qua produire. » Le Mercure de la Cour, etc.nbsp;Onavaitparlé de Champlètreux pour remplacer le secrétaire dEtat Lenbsp;Tellier, éloigné de la Cour sur les instances du prince de Conde.
Cest Menardeau, le conseiller, qui est le héros de la Guerre des Me-nardeaux, etc. [152J1.
-ocr page 453-Que celuy de vos interests?
Sans vous bouffer de colère,
Auouez Ie nous, la Berchère, dOrgeual et vous Balthazar,
Et sans vous letter au bazar De demeurer dedans Pontoisenbsp;Pour iuger Perrette et Francoise.
Reuenez ioindre vostre Corps,
Qul dans Paris et non debors,
A son siege et son domicile,
Ou mesme Thomme de Sicilië Qui vous mesprise et qui les cralnt,nbsp;Bongré malgré sera contraintnbsp;De rendre compte a nostre maistre,nbsp;(Quand tout de bon il voudra lestre)nbsp;Des désordres quil a commis.
Et pour lors Messieurs mes amis, Vous cognoistrez que frenesienbsp;Auoit vostre teste saisie,
Et quelle auoit besoin de sens,
De croire que malgré deux cens Qul nont ceruelle ny mains gourdes,nbsp;Quatorze ou qulnze happelourdesnbsp;Pouuoient absoudre et maintenlrnbsp;Ce fat quon ne peut trop punir;
Et qu enfin ni loix ni prophètes, Nauthoriza ce que vous faites,nbsp;Quaud Parlement vous appelez,nbsp;Quatie teigneux et deux pelez.
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CHOIX
Les lustes plaintes de la Crosse et de la Mitre da Coadiuteur de Paris portant par farce Ienbsp;deuil de Madame de Rhodez, sa soeur dlami-tié, auec la Requeste présentée par eux a Messieurs du Parlement et ïArrest donné ennbsp;consequence dicelle [i785].
(7 aout 1652.)
Quoy! nous portons Ie deuil de Madame de Rhodez! Vne femme nous couure dvn habit noir; et vn Prélatnbsp;qui deuroit nous considérer auec honneur, nous expose anbsp;la honte et a linfamie 1 Que dira-t-on a Rome quand onnbsp;scaura 1iniure que nous faisons a toutes les Crosses et anbsp;toutes les Mitres? Le Pape fera vne Rulle par laquelle ilnbsp;ordonnera que les Gondys ne seront iamais honorez desnbsp;dignitez de lÉglise; et peut estre nous déclarera-t-il ex-communiez dauoir souffert ce changement. Les Cardi-naux tiendront vn consistoire auquel nous serons citez denbsp;comparoistre; et cependant deffense de continuer lenbsp;dueil. Les Archeuesques assembleront vn Concile national et nous desclareront indignes de seruir a aucun denbsp;leur Corps; les Euesques de la Prouince nous enuoye-ront des Lettres de cachet et nous sommeront de vuidernbsp;promptement lArcheuesché de Paris; les Abbez mesmesnbsp;ne voudront plus aller après nous; et tout le clergé senbsp;scandalizera de notre lascheté. Mals quoy, nous ne pou-uons pas nous opposer a des tirans qui nous ont habilleznbsp;par force. Nous auons résisté fort longtemps; nous ennbsp;faisons des plaintes en public. Il ne reste plus qua s a-
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dresser a Messieurs du Parlement et leur demander a cstre deschargez du deuil que nous portons. Cette procédure nous iustifiera en Cour de Rome. Le Pape, lesnbsp;Cardinaux, Archeuesques, Euesques et Abbez naurontnbsp;rien a nous reprocher. Nous serons exempts de blasmenbsp;et hors de mesdisance; et si quelque iniurieux nous attaque en nostre honneur, nous le deffendrons lespée anbsp;la main. Nostre Palais estremply dhommes armez. Tousnbsp;les braues affectionnez au party Mazarin y font foulenbsp;auec allégresse ; et les Prélats qui le fréquentoient autresnbsp;fois auec liberté, ny osent plus entrer quauec passeportnbsp;et en saluant les armes. Ne nous mettons plus en peinenbsp;de nostre deffense : nous la chercherons chez nous sinbsp;les forces nous manquent dautre part.
Si nous faisions pourtant vne sérieuse reflexion sur nostre conduite malheureuse, nous trouuerions en nousnbsp;des suiets de désespoir et de rage. A-t-on iamais veu vnnbsp;Coadiuteur si peu estimer les présens et les biens quinbsp;doiuent le rendre le premier Pasteur dvne ville? A-t-onnbsp;iamais veu vn Prestre se mesler dintrigues auec lesnbsp;femmes et quitter lAutel pour caioller dans les ruellesnbsp;de liet? A-t-on iamaiz veu vn Archeuesque preschernbsp;dans des Églises pour animer le peuple a la destruction de ses ennemis? A-t-on iamais veu vn cardinal sinbsp;ruse et si adroit a composer des libelles séditieux quinbsp;déclarent criminels dEstat ceux quil déclaroit inno-cens, il y a vn an ? Pourquoy done, en nous plaignant denbsp;nostre robbe de deuil, ne nous plaindrions-nous pas desnbsp;caballes de celuy qui nous Ia fait porter? II y a long-temps que nous connoissons les visites trop fréquentesnbsp;quil rend a la Duchesse de Cheureuse, a la Marquisenbsp;Bampu et a Madame de Rhodez. Les visites nocturnes
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quil faisoit a la dernière, ne luy ont-elles pas cause vne maladiè mortelle ? Tout Ie monde scait quil nosoit lanbsp;voir pendant Ie iour et que, quand il y alloit la nuit, ilnbsp;falloit auoir deux carrosses pleins dhommes, lesquels,nbsp;auec des mousquetons, estoient aux aduenues des ruesnbsp;dOrléans et des vieilles Estuues. Les bourgeois du quar-tier de la Croix du Tiroir et des enulrons de lHostelnbsp;de Soissons et les Prudhommes tesmoigneront par-tout cette vérité qui teriiit nostre reputation et exposenbsp;nostre honneur a vne médisance horrible. Mais quenbsp;pouuons nous faire en ce rencontre? Notre consciencenbsp;nest point complice de tous ces crimes. Nous ne sommes point attachez a vn coeur criminel. Nostre deuoirnbsp;nest point a Iaccompagner dans la conuersation desnbsp;Dames. Cest a TEglise oil nous presidons; et la nousnbsp;sommes esleuez au dessus de sa teste, auec respect etnbsp;soumission de la part de ceux qui nous considèrent.
Il ne faut done point nous estonner si nous auons perdu Iaffection des Parisiens. Nous auons murmure denbsp;leur inconstance, mais a tort. Nous ne scauions pas encore toutes les intrigues que nostre Maistre faisoit iouernbsp;contre eux. Son dessein nestoit p^s tant de les protegernbsp;comme de les abattre. Il a voulu se seruir de leurs testesnbsp;pour sesleuer a la dignlte de Cardinal, a laquelle il estnbsp;paruenu par trahisons et par fourberies, en renoncant anbsp;la lustice de la Fronde et aux sentimens des gens dhon-neur. Combien luy auons nous veu commettre de lasche-tez pour conduire son entreprise a execution? En quelsnbsp;lieux nauons nous point este portez pour abuser les esprits foibles et pour conuaincre les obstinez deuant et
* Baigneurs fameux.
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après sa promotion au Cardinalat? Que na-t-on point promis a Messieurs Ribier et Ie Feure de Caumartin pournbsp;lengager a leur prester de largent? Tous ces deux Co-rinthiens ne sont ils pas intéressez dans sa fortune? Zanbsp;Signora Olimpia Ie scait fort bien; et lAbbé Char-rié en diroit exactement toutes les circonstances.
Mais pourquoy nous arrester si longtemps a examiner Ie malheur de nostre Maistre et ses iniustices, puisquelles sont connues dvn chacun. II est vray quenbsp;pour nous plaindre de la violence que lon exerce ennbsp;nostre endroict, il faut donner des preuues des tyranniesnbsp;quil a coinmises enuers les autres, et tesmoigner parnbsp;linfortune de ceux cy que nostre douleur nest pas particuliere. Quelquvn nous dira peut esti'e que nous auonsnbsp;mauuaise grace de faire esclater nos plaintes a la face denbsp;tout vn peuple qui ne scaura pas discerner la iustice desnbsp;vns ny liniustice des autres; que pour nostre reputationnbsp;il falloit plustost souffrir nostre iniure que la repoussernbsp;auec calomnie. Il est vray que ce procédé eust esté rai-sonnable sil ne se fust point attaqué a nostre honneur.nbsp;Nous auons esté obligez de deffendre nostre innocence;nbsp;car en ce rencontre Ie silence nous faisoit criminels etnbsp;nous rendoit incapables destre iamais portez par aucunenbsp;teste ecclésiastique.
Nous voyons auec quel mespris les autres Mitres et Chapeaux rouges nous considèrent. On nous accuse denbsp;lascheté; et on nous impose des crimes que nous ne con-noissons point. Nous ne voyons plus la teste que nousnbsp;deurions voir dans IEglise. Elle na plus de pieds pournbsp;venir a IAutel. Nous sommes dans vne oysivete de péché
Agent du coadjuteur a Rome ponr 1affaire du Chapeau.
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mortel; et néantmoins on nous couure dvn crespe a la Rhodienne. II semble quil vienne des mains du Turc anbsp;dessein de nous empescher lapproche du Temple denbsp;Dieu, a lhonneur duquel nous deurions sacrifier tousnbsp;les iours. Ce seroit Ie seul moyen de rentrer dans nos-tre innocence, de nous faire chérir des peuples et denbsp;faire voir aux grands diuisez que nous ne nous intéres-sons plus que pour leur vnion et leur Concorde.
Mais nous entendons desia autour de nous vn bruit qui nous auertit que cela ne sera iamais quauparauantnbsp;nostre Maistre naye fait penitence de ses crimes; quilnbsp;nous faut prendre vne bonne resolution, et quil y va denbsp;nostre conscience a nous libérer de ses mains. On nousnbsp;reproche desia nostre foiblesse. On croit que nous sommes gagnez pour nous désister de nostre requeste. Cestnbsp;pourquoy il faut poursuiure généreusement. Nos plaiutesnbsp;sont iustes et raisonnables. Iamais Prélats et Coadiu-teurs nont fait porter Ie deuil a leur Crosse et a leurnbsp;Mitre pour la mort dvne femme comme celle cy, qui nestnbsp;son alliée que par intrigue et quil appelloit sa soeur parnbsp;raison de Politique et non de Chrestien. Mettons donenbsp;promptement la main a la plume pour dresser nostrenbsp;Requeste. Nous la donnerons a M. de Machault pournbsp;la rapporter au Parlement, lorsque les Chambres serontnbsp;assemblees. Cest vn iuge aussi généreux que désintéressé, qui nous rendra bonne iustice. Escriuons présen-teinent ;
TRÈS HUMBLE REQUESTE
(/e la Crosse et de la Mitre da Coadiuteur de Paris pre'sente'e a Nosseigneurs da Parlementnbsp;assemhlez /e 12 aoust 1652.
SuppLiENT humblement la Crosse et la Mitre du Coad-
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iuteur de Paris, Disant quau préiuclice de leur honneur, rópulation , Droits et Prérogatiues, lean Francois Paulnbsp;de Gondy, Arclieuesque de Corinthe, Coadiuteur a lAr-clieuesché de Paris, et Cardinal de la saincte Eglise Ca-tliolique, Apostolique et Romaine, les auroit forcez anbsp;prendre Ie deuil de la mort de Louise de Lorraine, fillenbsp;bastarde du Cardinal de Lorraine et de la Mareschale denbsp;lHospital, autrefois appellee Madame des Essarts, veufuenbsp;du Marquys de Rhodes, cy deuant grand Maistre desnbsp;Cérémonies de France; et que non content dauoir exercénbsp;en leur endroit vne violence de cette qualité contre tou-tes voyes deues et raisonnables, il les laisse encore dansnbsp;Vne oisiueté criminelle, sans assister a 1Office Diuin ,nbsp;sans approcher de lAutel et sans faire les fonctions denbsp;Prélat; que les autres Crosses et Mitres prétendentnbsp;les faire dégrader des Litres dlllustrissimes et de Réué-i'endissimes, ce qui leur seroit vn affront tres sensible etnbsp;qui pourroit apporter vne confusion dans lEglise, !a-quelle ne sesteindroit pas si facilement; ce considéré ,nbsp;NOSSEIGNEÜRS, il vous plaise y apporter vn remèdenbsp;prompt et asseuré, ordonner que nos habits de deuil.nbsp;Voiles et crespes noirs seront donnez a dautres; quenbsp;Uostre Maistre, Ie Coadiuteur de Paris, sera obligé denbsp;dire vne Messe basse tons les iours; que les premiersnbsp;T)imanches du mois, les bonnes festes de lannée etnbsp;les iours des Saincts Apostres, il la chantera auec lesnbsp;ornemens pontificaux, et que deffenses seront faitesnbsp;aux autres Crosses et Mitres de nous disputer riionneurnbsp;et Ie rang qui nous appartient et de nous attaquer ennbsp;quelque facon que ce puisse estre; et vous ferez bien.
Cette requeste na pas esté plustost inise entre les inains de Monsieur de Machault, qui cxpédie les affaires
II
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auec avitant de lustice que de promptitude, quil a pris occasion de la rapporter, ce matin, au Parlement, lesnbsp;Chambres assemblees. Après la lecture dicelle faite, onnbsp;a mandé Ie sleur de Becliefer, Substitut du Procureurnbsp;General du Roy, lequel a consenty pour sa Maiesté quenbsp;Ie contenu en ladite Requeste fust accordé a la Grosse etnbsp;a la Mitre du Coadiuteur de Paris ; et qua légard dice-luy Coadiuteur, il luy seroit fait deffense doresenauaiitnbsp;dattenter aux Priuiléges et exemptions des ornemensnbsp;Pontificaux et Sacerdotaux, et que pour reparation de lanbsp;violence et Tyrannic a eux faites contre les Loix denbsp;lÉglise, 11 sera tenu de garder Ie silence pendant Ie sé-iour du Cardinal Mazarin en France et de prier Dieunbsp;pour la Paix Générale, pour la tranquillité du Royaume,nbsp;pour leslolgnement de la Reyne et pour la mort du Tyrannbsp;quelle protégé, qui est lules Mazarin.
Le Substitut du Procureur Général retire, il y a eii plusieurs aduis differens. Les vns tendoient a enuoyer lenbsp;Cardinal de Retz dans la Conciergerie du Palais pournbsp;Iempescber dauoir intelligence auec le Mazarin et denbsp;mettre sa Crosse et sa Mitre sur la teste de Monsieurnbsp;Deslandes Payen. Les autres vouloient quil fust inforniénbsp;plus amplement de sa violence, et cependant sursis-Quelques vns estoient daduis de remettre 1affaire anbsp;Mercredy et dattendre la présence de Son Altessenbsp;Pioyale; mals Monsieur Ie Prince a opine a donnernbsp;TArrest qui ensuit :
Arrest, de la Cour tlonné contre la Crosse et la Mitre dll Coadiuteur de Paris.
Ce iour, la Cour, toutes les Cbambres assemblees, Monsieur le Prince de Conde y estant, ayant délibére sur
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vne requeste de la Grosse et de la Mltre du Coadiuteur de Paris presentee par Monsieur de Machault, et ouynbsp;sur ce Bechefer, Substitut du Procureur General dunbsp;Roy, luy retire, la matière mise en deliberation, Laditenbsp;Cour considérant liniustice du Coadiuteur de Paris et lanbsp;violence quil a exercée contre sa Crosse et sa Mitre, Anbsp;ordonné et ordonne quils seront deschargez de porternbsp;Ie deuil pour quelque mort que ce soit, quand seroit lanbsp;sienne propre; qua laduenir il nvsera plus de tyrannicnbsp;enuers ses ornemens Pontificaux et que deffenses luy seront faites dauoir aucun commerce auec son cber amy Ienbsp;Cardinal Mazarin, quil nécrira point a la Reyne, a Ianbsp;Cheureuse, ny a ceux qui sont du party contraire au biennbsp;Public, et quil ne rendra iamais aucune visite a Madamenbsp;Dampu pour éuiter Ie scandale et Ie désordre qui ennbsp;pourroit arriuer; et que pour la contrauention par luynbsp;faite aux Ordonnances Ecclésiastiques, il sera condamne'nbsp;a payer la somme de vingt mil escus pour la Subsistancenbsp;de lArmée du Prince et de garder Ie silence pendant Ienbsp;séiour du Cardinal Mazarin en France. Et sera Ie pre'sentnbsp;Arrest leu, public et affiche par tous les Carrefours denbsp;cette Ville et Faux bourgs de Paris, et enuoyé a tous lesnbsp;Bailliages et Sieges Présidiaux et autres du ressort, pournbsp;estre pareillement leu et public; et donné aduis diceluynbsp;aux autres Parlemens inuitez de donner pareil Arrest.nbsp;Fait en Parlement Ie douzième Aoust mil six cent cin-quante deux.
Signé DU TILLET.
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(19 aout 16o2.)
Cüiniiie ie nay pas tant dhoiTeur de la pierre qui mest iettoe, que iay de ressentiment contre celuy quinbsp;me 1a iettée , ie iiai point tant dauersion contre celuynbsp;qui me Llesse et qui ny peuse, comme ien ay contrenbsp;celuy c[ui le conseilie a me ma! faire et sans les suggestions et impulsions duquei Ie ne receurois point de tort.nbsp;Ie pardonne trés vol on I Iers au Pi'ince sous la dominationnbsp;duquei la prouidence de Dieu ma réduit, toutes lesnbsp;charges et impositions quil me fait souffrir, pour lanbsp;créance que iay que ce mal ne marriue pas de son grénbsp;et de son inuenlion; mais iay vn grand ressentimentnbsp;contre le donneur daduis et le mauuais conseiller quinbsp;me met a ranqon et qui me persecute. Ie regarde inonnbsp;Roy; ie le choye et le respecte, comme vne personnenbsp;sacréc; mais iay en horreur le barbare officier qui menbsp;tyrannise. Cest pourquoy ie fals tont ce qui mest possible pour éuiter le coup dont il me veut frapper. Ienbsp;me soustrais; ie inen fuis; et si ie ne puls escliappcr,nbsp;ie pars et me défens le plus accortement que ie puis. Ienbsp;ruse enfin ; et ie me sauue par les faux fuyans et parnbsp;les cquiuoques, quaiul ie nay plus dautre refuge ; ayantnbsp;ouy dire assez souuent quil est loisible de frauder lanbsp;Gabelle, principalement quand elle est excessiue; et
* Declaration du Roy portant trajislalion du parlement de Paris en la rille dePontoise, tic. [94.2],
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neantinoins paree qiie cette leuée se fait sous lo nom et par rauthorité du Prince, Ie particulier qui tascheroitnbsp;dy résister par vne voye de fait, coinmettroit vne rebellion. Mais autre chose est quand tout Ie peuple par vnnbsp;mouueinent et par vn interest commun se sousleuenbsp;contre loppression ; car alors ce nest plus vne rebellionnbsp;et vne désobéyssance; cest vn procez, dont la contestation se forme par vne guerre; et la decision sen faitnbsp;par ie sort des armes selon la volonté de Dieu, qui estnbsp;Ie souuerain du Roy et du peuple et Ie dernier iugenbsp;dappel. On demandera, et on trouuera estrange, comment il se fait que ce qui est rebellion et désobéyssaacenbsp;a vn particulier, quand il est entrepris par tout vn peuple, deuient vne guerre légitime, veu que Ie plus ou Ienbsp;inoins, selon la philosophie , ne change pas la substance.nbsp;II faut respondre que cette maxime est vraye auxehosesnbsp;physiques; mais elle recoit explication aux morales etnbsp;politiques. Et premièrement toute désobéyssance nestnbsp;pas rebellion. Si Ie Prince ou son Ministre ordonnenbsp;quelque chose qui soit contre la loy do Dieu, Ie refusnbsp;dy obéyr nest ny rebellion ny crime; au contraire, cenbsp;seroit vn crime que dy obéyr : Sperne potestaterii ti-mendo potestateni, dit sainct Augustin; cest a dire,nbsp;Tu peux impunément, voire mesme tu dois mespriser Ienbsp;commandement de la puissance humaine pour satisfairenbsp;a celuy du Tout-Puissant. Secondement, si Ie Piance tenbsp;fait vn tel commandement qui de soy nest pas contre lanbsp;loy de Dieu, mais néantmoins est iniuste, paree quijnbsp;est excessif, en ce cas-la cest Ie Prince qui pêche, pareenbsp;quil agit contre la loy de Dieu , qui 1 oblige a faire ius-tice; maistoyenlexécutant, lu n offenses pas; au contrairenbsp;Dl en fais exercice de patience. Or cette patience est
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louable; et la resistance que tu ferois au contraiie, seroit inutile,'seroit demauuais exemple, etteseroit pre'-i udiciable. En ce cas la il faut que tu obéysses; et Ienbsp;Magistrat qui agit sous lauthorité du Prince, ty peutnbsp;contraindre par ainendes, par peines et einprisonnemens.nbsp;Et quoy que limposition soit excessiue et iniuste en soy,nbsp;néantmoins par relation au repos public que tu ne doisnbsp;pas troubler par ton impatience, il est iuste que tu lanbsp;subisses. Mais si la charge et la coruée est vniuersellementnbsp;imposée sur tous les habitans du pais, et que ne la pou-uant plus supporter, ils se resoluent de la refuser, etnbsp;quen vengeance de ce refus on procédé contre eux parnbsp;outrages et guerre declarée, quon les affame , quon lesnbsp;massacre, quon viole leurs femmes et leurs filles, lanbsp;nature alors sesleue contre Ie prétendu droict ciuil dontnbsp;Ie Prince se veut préualoir, et présente Ie bouclier de ianbsp;defense légitime contre la force et la violence : Vim vinbsp;defendere omnes leges et omnia lura permittunt. Carnbsp;alors Ie respect estant perdu de la part du peuple et Ienbsp;Prince sestant depouillé de toute charité et ne rendantnbsp;plus iustice ny protection , la liaison mutuelle est dissoute;nbsp;il ny a plus ny Prince ny subiects; et les choses sontnbsp;réduites a la matière première. Alors il arriue que lanbsp;forme du gouuernement se change totalement; car ounbsp;ia Monarchie passe en Aristocratie ou en estat populaire ; ou bien si les peuples ne sont pas entièrement dé-gcustez de la Royauté, ils la transfèrent a vne autrenbsp;familie, ou ils se soumettent a vne autre nation plusnbsp;puissante et réglée par de meilleures loix. Ainsi les Hol-landois se mirent en estat populaire; ainsi les villes sub-iectes aux cheualliers Teutoniques se donnèrent au Roynbsp;de Pologne. Voilales extrémitez ou les violens Conseillers
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et les fauorls récluisent les Princes et les peuples. Que deuiennent donctous ces commandemens de sainct Pierrenbsp;et de sainct Paul, si exprez et si reitérez dans Ie Nou-ueau Testament, de 1obéyssance quil faut rend re auxnbsp;puissances supérieures ? Les Docteurs respondent facile-inent a ces passages, Ie principal desquels est Ie ISnbsp;chap, de lEpist. aux Rom. Ils reinarquent que sainctnbsp;Paul écriuoit sous Néron qui dominoit tout ce grandnbsp;empire Remain , dans lequel les Chrestiens ne faisoientnbsp;quvne petite poignée dhommes, lesquels estant per-suadez de la liberté de lEuangile, et comme ils nestoientnbsp;plus sous la seruitude de la Loy ancienne, pouuoientnbsp;prétendre et se faire accroire qiiüs nestoient plus obli-gez a lobéyssance des Princes Séculiers. Pour cette raisonnbsp;lApostre prend soin de les instruire et de les tenir ennbsp;douoir et en sousmission; mais i! ne iustifie pas poiirnbsp;cela lesexcez et les cruautez de Néron, qui fut condamnénbsp;incontinent après par Ie consenteraent de tont Ie Sénatnbsp;et de tout Ie Peuple. Et quand sainct Pierre comraandenbsp;aux Seruiteurs dobéyr a leurs Maistres, etiam djscolis,nbsp;ce mot signifie seulement quand ils sont moroses et denbsp;mauuaise humeur. Autre chose est quand ils tuent etnbsp;quils massacrent; alors cette obligation nest plus dansnbsp;ses hornes. Alors la nature se declare et prend la defense légitime pour elle-mesme et foule aux pieds Ienbsp;prétendu droict ciuil, en la mesme sorte que font cesnbsp;Lyons appriuoisez, quand ils ont souffert de leurs maistres quelque grand outrage qui les met au bout de leurnbsp;patience et de leur docilité. Cest ce qui vient darriuernbsp;depuis nos iours dans plusieurs prouinces de lEurope.nbsp;Or il ne faut point aller a Delplies pour scauoir qui anbsp;poussé les Princes dans ces precipices et qui leur a
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bandé les yeux pour ne les pas apperceuoir. Ce sont les infulèles conseillers et les Patrons cle lauthorité abso-lue. Vne domination modérée nest pas suiette a ces ac-ciclens; et si elle recoit quelque atteinte, cest par lat-taque du dehors. Car par elle raesine et de son estoc ,nbsp;elle est presque immortelle, ne plus ne moinsquvn corpsnbsp;bien tempéré et sobrement nourry, qui desoyne formenbsp;ny fièure ni abcez et qui ne peut estre endommagé quenbsp;par des accidens estrangers. Quheureux seroient les Roysnbsp;si OU pouuoit purifier leurs cours de la contagion de cesnbsp;pestes! Or cela nest pourtaut pas impossible; car nousnbsp;scauons quil y a des Royaumes en Europe oil Ie nomnbsp;de fauory nest non plus en vsage que la chose. Pour-quoy la France, lEspagne et lAngleterre ne sen pour-roient-elles pas bien passer? Mais puisque cettemauditenbsp;engeance est si opiniastre a nous affliger et quils nenbsp;veulent pas démordre ny se destacher de nostre peau ,nbsp;quoyquils regorgent de nostre sang, soyons de nostrenbsp;part perséuérans a nostre légitime defense ; et tascbonsnbsp;den dégouster nos Rois et nos Reines qui la proté-gent.
Quant aux fauoris et fauteurs de la puissance absolue, il ne leur faut pas tant de respect; nous auons assez denbsp;qualité et de charactère pour leur parler du pair. Quenbsp;si leur orgueil les empesche de nous escouter, nous sommes contens de nen estre pas creus ; mais nous lour pro-duirons les aduis des sages anciens, selon que la mé-moire nous fournira. Et premièrement Polybe leur ap-prendra quil faut faire vne notable difference entre lanbsp;Monarchie et la Royauté. Cest vne puissance légitimenbsp;déférée par la volonté et Ie choix du peuple. La Monarchie, cest vnepuissaricc violente qui domine contre Ie gré
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fle sublets et qui les a sousinis contre leur gré. La ïl^oyauté se gouuerne par la raison ; la Monarchie a discretion et selon la conuoitise du commandant. La finnbsp;la Royauté, cest lvtilité commune; la fin du Monar-^{ue, cest la slenne particuliere. Arlstote, Ie Roy des esprits et du raisonnement humain, ditque legouuernementnbsp;^onarchique , cest-a-dire dvn seul, est bestial commenbsp;celui du Roy des abeilles, qui les régit sans conseil; que lanbsp;Royauté, cest vn gouuernement propre des hommes,nbsp;qui sadministre par conseil et par communication denbsp;1aduis des personnes bien sensées. Cicéron, Ie prince desnbsp;philosophes Latins aussi bien que des Orateurs, ditnbsp;après Aristote, et auec Ie consentement de tous les Po-litiques, que les peuples ont esleu les Roys pour leurnbsp;faire iustice et pour les protëger; pour eet effect, quilsnbsp;Ont choisi les plus vertueux et les plus sages. Et quandnbsp;Cicéron , Polybe et Aristote ne lauroient pas dit, peut-d entrer dans Ie sens coinmun quon en aye peu usernbsp;^utrement? Ces mesmes grands génles nous disent quenbsp;les gouuerneurs des peuples et des républiques, soient-ils Roys, Empereurs, Electeurs , Consuls , ou qualifieznbsp;de tels autres noms quon voudra, ne doiuent point estrenbsp;considérez autrement que comme sont les tuteurs a 1es-gal de leurs pupiles : Ft tutela, sic procuratio reipu-^licse, ad eoruni vtilitalem qui commissi sunt, non adnbsp;^orum quihus commissa est, referenda est. Cic., lib. 1.nbsp;^fficioruni. Cet oracle est si vtile , si beau et dvnenbsp;'mérité si indubitable quil deuroit estre escrit dans tonsnbsp;*cs palais des Princes, dans tous les auditoires de ius-dce et dans toutes les chambres du conseil public. Fa-i^ins-Maximus, au Rapport de Tite-Liue, sur ce que Ienbsp;ciine Scipion vouloit passer son armee en Afrique con-
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tre Ie consentement du Sénat, auanca son aduis en ces termes : 1'estime , Per es conscrits, que Scipion a esiénbsp;créé consul pour Ie Men de la répuhlique et pour Ienbsp;nostre ^ et non pas pour Ie sien particulier. Le mesmenbsp;se peut dire a tons ceux a qui on donne le commande-ment pour gouuerner vne nation, de quelques noinsnbsp;quils soient honorez. Et comme ce consul ou ce dicta-teur est oblige dagir et de se régir par iustice pendantnbsp;son année ou ses six mois, le Roy pareillement estnbsp;oblige dadministrer iustice pendant tout le cours de sanbsp;vie et de son règne. On ne les a iamais esleus sous dau-tres conditions ; et il ne peut pas tomber dans le sensnbsp;de qui que ce soit, que iamais vne communaute, pournbsp;barbare quelle aye puestre, se soit forme vn chef pournbsp;en estre affligee et gourmandee. Cela estant ainsi, denbsp;quelque date que soit Iorigine dvne Monarchie, elle nenbsp;peut pas prescrire la liberte de la nation qui lui a donnenbsp;Iestre et le commencement. Cest vne maxime indubitable en Droict, que les gens de robbe ne doiuent pasnbsp;ignorer, que, nemo potest siM- mutare causain posses-sionis. Hue Capet fut esleupar les estats deFrance pournbsp;régner equitablement et suiuant les loix du pais; il ennbsp;fit le serment solemnel lors de son sacre; il a par consequent transmis le royaume a sa postérité , a cette mesmenbsp;condition. Si Louis XI a entrepris quelque chose aunbsp;dela, il a pesche contre son deuoir et centre son tiltre;nbsp;et les Estats tenus a Tours sous Charles VIII, son fds ,nbsp;ont este bien fondez a remettre les choses en leur premier estat et dans les homes de 1équité. Les Roys quinbsp;ont suiuy depuis, se sont maintenus dans vne louablenbsp;moderation. Louis XII a mérité le nomde Père du Peu-ple. Henry IV, nourry dans la licence des guerres, hors
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de Ia discipline de la vraye Religion, attaqué pav les acmes, irrité par les plumes, diffamé par vn million din-uectiues , estant paruenu enfin a la Royauté , il sy est comporté si légalement quil na iamais fait bresche anbsp;aucune loy fondamentale de lEstat, na iamais coutraintnbsp;aucune compagnie de Judicature , na pas mesme molesténbsp;aucun particulier de ceux qui les composoient, iusques-la que pour faire passer lEdict de Nantes, il prit soinnbsp;dhonorer Ie Président Séguier de lambassade de Ve-nise pour éuiter sa contradiction. Nous scauons encorenbsp;que sestant échappé a quelque parole vn peu dure centre Ie Président de Harlay, il Ie renuoya quérir dès Ienbsp;lendemain pour luy en faire des excuses. Cest pournbsp;cette iaison plustost que pour ses exploits militaires, quenbsp;nous luy auons donné Ie titre de Grand; et ce fut ennbsp;cette veue quon mit sous son pourtraict (ie pense que cenbsp;fut Ie Cardinal du Perron) :
Ce grand roy que tu vois, de sa guerrière lance Subiusua ses suiets contre lui réuoltez:
O nbsp;nbsp;nbsp;'
Mais dvn plus braue coeur, quand il les eut domtez,
Luy mesme se vainquit, oubliant leur offense.
Cest ce modèle que Ie Mareschal de Villeroy deuroit faire voir a son disciple, et non pas des exemples dauthoriténbsp;absolue, que les Grecs appelleroient tyrannie. Quant anbsp;cette clause impérieuse laquelle on a coustume dapposernbsp;a la fin des ordonnances et lettres Royaux, Car iel estnos-tre bon plaisir, cest vne légere obiection, de laquellenbsp;néantmoins tons les autres peuples nous font reproche,nbsp;comme de la marque de nostre esclauage. Mais ceux quinbsp;sont tant soit peu intelligens dans nos formalitez, sca-Uent que ces tenues ne signifient autre chose, sinon :nbsp;tale est placitum nosü'um; tel est notre Conseil. II
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depend, puis après, des Parlemens ou des autres moin-dies luges dexaminer la iustice de telles Lettres et de les verifier siellessont trouuées legitimes et raisonnables.nbsp;Mais de penser que ce mot de car, soit vne causatiue, quinbsp;influe vn charactère dauthorité aux lettres et qui tiennenbsp;lieu dvne raison ineluctable, il ny a point dapparence;nbsp;et la pratique des lurisdictions ordinaires y résiste, quinbsp;refuse tous les iours des lettres m unies et fermées denbsp;cette clause. Et cest ce mr la quonpourroit iustemcntnbsp;abandonner a la correction des Docteurs de lAcadé-mie, non seulement comme inutile, mais comme denbsp;pernicieuse consequence. Or, la première ordonnancenbsp;oil nous trouuons quil a esté mis en vsage, ca esténbsp;celle de Charles VIII, de lan 1485, par laquelle ilnbsp;defend les habits dor et de soye aux gens de moindrenbsp;condition et les réserue pour la noblesse. A la fin denbsp;cette ordonnance il adiouste : Car tel est nostre plaai-sir. A la vérité on ne peut pas dire que Ie Royaume denbsp;France se peut plaindre dvn tel édict; et on pourroitnbsp;bien Ie pardonner a ce Roy la, quand il nauroit pasnbsp;allégué dautre raison. Cest vne des confusions de nostre siècle que les gens de néant shabillent et se meu-blent aussi somptueusement que les Princes et quilsnbsp;ne leur laissent aucun discernement. Et ce nest pasnbsp;simplement vne faute de bienséance que Ie luxe ; cestnbsp;lorigine de toutes les concussions et de tous les volsnbsp;publics.
Reuenons a cette puissance absolue; et disons quelle nest pas compatible auec nos moeurs, soit chrestiennes,nbsp;soit francoises. Il ne faudroit plus dEstat; il ne fau-droit plus de Parlement; il faudroit abolir Ie sacre denbsp;nos Rois et Ie serment quils font sur les saincts Euan-
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giles, de reridre iustice, dempescher les exactions et de traicter lews subiets auec équité et misericorde:nbsp;Ce sont les propres termes de la formule de leurs ser-luens. Nous nauons pourtant pas faute dEscriuains, quinbsp;par Ie litre de leurs offices, et pour se monstrer exces-siueinent fiscaux, portent cefte authorité absolue aunbsp;dela de toutes hornes, iusque a souslenir que les Roisnbsp;peuiient dispenser de la simonie.
Mais ce quils en ont dit, soit en plaidant ou en es-criuant, ca esté par vn zèle de party; les vns pour refuter les premiers Huguenots qui vouloient mettrenbsp;lEstat en République; les autres pour sopposer auxnbsp;attentats et pernicieuses maximes de la Ligize. Et aunbsp;lieu de se tenir dans des opinions mode're'es, ils se sontnbsp;ieltez aux extrémitez, en attribuant aux Princes plusnbsp;de pouuoir quil ne leur est expedient den auoir pournbsp;leur propre seureté. Bodin en sa Republique, leg. 2, cha-pitre 3, pense beaucoup dire et croit que cest vnenbsp;grande bonté aux Rois de se sousmettre aux loix de lanbsp;nature; quant aux loix ciuiles, il estime quils sontnbsp;releuez par-dessus dvne grande hauteur! Cest dans cenbsp;chapitre oii il est si téméraire de qualifier dimperti-nence Ie discours dAristote sur la diuision quil faitnbsp;des différentes Royautez, au 14 cbap. du 3 1. de sesnbsp;Rolitiques. Mais dans cette partie, cest vn indiscrctnbsp;zelé et qui nest pas demeuré sans réplique. Cuias (quinbsp;viuoit du mesme temps), auec beaucoup moins daffec-tation, et beaucoup plus grande cognoissance, a escritnbsp;viie decision capitale sur cette matière, en ces termos :nbsp;Hodic Principes nonsunt soluti lepibus, quod est cer-lissinmrn, quoniam iwunt in leges Patrias; cest surnbsp;loy 5. ff. de lust. et lure. Lo Pythagore des Gaulcs,
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Ie Seigneur de Pibrac, qui auoit esté aduocat general du Parlement, autant passionné pour lhonneur du Roynbsp;coinme equitable aux interests du peuple, ne feint pointnbsp;de dire quil bait ces mots de puissance absclue. Aunbsp;reste, toutes ces flatteries dadorateurs qui font des Pa-négériques aux Empereurs, toutes ces paroles de braue-ries que les poëtes mettent en la bouclie de leurs roisnbsp;de theatre, ne sont pas des autlioritez considerablesnbsp;pour establir cette puissance excessiue ; au contraire , cenbsp;qui est prononcé par vn Atreus, vn ïhyestes ou vnnbsp;Tibère, doit estre abliorié par vn bon Prince. II fautnbsp;plustost prendre langue et instruction de pliilosophes,nbsp;qui auancent leurs maximes en cognoissance de causenbsp;et sur des fondemens de raison et déquité. Or , on nennbsp;trouuera aucun qui approuue cette puissance sans limi-tes : lvn veut quil y ait vn Conseil compose de gensnbsp;expérimentez; lautreveut quily ait vne loy dominante,nbsp;dont vn Prince ne soit que lexécuteur et lestre. Lem-pire de la loy, dit Aristote , cest quelque chose de diuiii,nbsp;de permanent et dincorruptible; lempire absolu denbsp;lhomme seul est brutal, a cause de la conuoitise et denbsp;la fureur des passions, et ausquelles les Princes sont su-iets, aussi bien et plus que les autres hommes. Nosnbsp;aduersaires obiectent et disent; si celuy qui commande,nbsp;est régie et circonscrit par les loix, sil est attaché a desnbsp;gens de conseil, ce nest plus vn Roy; ce nest quvnnbsp;simple Magistrat. Nous répondons que nous ne dispu-tons pas du nom ny des termes, mais que nous trauail-lons a la definition et a létablissement solide et legitimenbsp;de la chose. Ce que nous appelons Roy en France, ennbsp;Allemagne cest vn Empereur; en Moscouie cest vnnbsp;due; a Constantinople cest vn grand Seigneur 5 mais
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partout, de ees Seigneurs et de ces Roys, les peuples ea attendent iustice, protection et soulagement. Ennbsp;fjuelques endroits les Roys iouyssent dvne pleine souue-raineté ; en dautres ils ne sont que feudataires; les vnsnbsp;et les autres obligez de rendre iustice. Il y en a qui sontnbsp;électifs; il y en a de successifs; mais tous égalementnbsp;obligez a rendre iustice et a régir en équité. Pour eetnbsp;effetilsont des officiers et des gardes, tant pour lexécu-tion de leurs volontez que pour la conseruation de leursnbsp;personnes ; encore est-il a considérer que ce noinbrenbsp;de gardes quon leur donne, doit estre limité et modérénbsp;pour deux respects; dvn costé afin quils soient plusnbsp;forts que les partlculiers , pour les tenir en deuoir; etnbsp;de 1autre, afin quils ne soient pas trop puissans pournbsp;opprimer toute ia cite. Cest Ie tempérament et les precautions que baille Ie grand Aristote, dont lauthoriténbsp;est preferable a celle de suppóts de la domination violente. Au reste, on peut apprendre de ce sage philoso-phe , et lexpérience nous Ie monstre , quautant quil ynbsp;a de nations diuerses, autant y a-t-il de différentes formules de gouuernement, selon lesquelles elles ont esta-bly leurs souuerains, en leur imposant des noms selonnbsp;leurs diuers langages. Mais toutes ces nations conuien-nent en ce principe, a ce que iustice leur soit adminis-trée. Toutes les autres qualitez sont accidens et circon-stances. La Iustice fait Ie corps et la substance de lanbsp;Royauté; cest celle quon a requise en la creation desnbsp;premiers Roys, lorsquon les a esleus. Deus' iudiciumnbsp;tuumRegi Da; cest celle quon demandepour les Roysnbsp;successifs, et iustitiam tuam filio Regis.
On peut dire a présent de la Politique ce quHippo-crate a dit de la Médecine, a scauoir que de tous les
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arts il neii est pas cle si illustre que celuy qui enseigne a procurer la santé des hommes; mais que par ligno-rance de plusieurs qui Tont voulu pratiquer sans en auoirnbsp;eu la cognoissance, leurs mauuais succcz ont ietté dans Ienbsp;décry et rendu infame vn art si auguste et si diuin. Toutnbsp;de mesme ces harpies infernales qui ont cause tons lesnbsp;maux quo nous auons ressenty et qui nous accablentnbsp;niaintenant. Radix omnium: rnaloj'um, dit saint Paul,nbsp;est cupiditas. I. a. tim. 6, v. 10.
Ce soulèuement general qui est arriué presque dans toules les monarchies de lEurope, nous montre quenbsp;Dien est grandement courroucé contre nous. Reuenonsnbsp;encore vn coup a la puissance absolue. Les Roys veulentnbsp;sattrihuer cette primauté par laquelle dans sa dernièrenbsp;Declaration il commande aux Princes de se trouuer ab-solument prés de sa personne. Ie prononce dans la loynbsp;de Moyse quil ny a que Dieu seul qui peut commandernbsp;absolument, et que les Princes du sang ne sont suiets lt;anbsp;aucune puissance souueraine que par deuoir dhonueur.nbsp;Cest pourquoy ie soustiens que la puissance absolue doltnbsp;estre reiettée, et que les lolx fondamentales de lEstatnbsp;nauthorisent point les Roys de dépouiller leurs suiets denbsp;biens et dhonneurs, pour affermir leur puissance. Aussinbsp;est-il vray que les Parlemens sont obligez par toute sortenbsp;de deuoirs de ne point abandonner les Princes et les peu-ples , desquels ils sont les protecleurs pour leur deffensenbsp;et leur bien particulier; duquel Aristote parle quand ilnbsp;dit, que cest luy seul qui attire a soy efficacieusement ianbsp;volonté, amabile quidam bonum unicuique autein proprium. Leur honneur et leur propre vic qui sont ennbsp;commun peril, les doiuent porter a faire tous les efforisnbsp;possibles pourvenir a bout de leur dessein. Dieuaueugla
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les yeux de Pharaon et endurcit son cceur pour ne pas entendre sa volonté, quil luy estoit manlfestée par lanbsp;touche de Moyse. Mais nonobstant laueuglement etnbsp;obstination de ce Roy, par son bras estendu et puissant,nbsp;d retira et arracha, pour ainsi dire, des mains de ce ty-fan de la puissance absolue son peuple. Nous pouuonsnbsp;espérer vne pareille déliurance.
(24 septenibre 1632.)
Comme tous les membres du corps sentre aydent na-turellement a se guérir de leurs maladies et que Ie feu sestant pris a vne maison, tous ceux qui en sont, accou-rent pour lesteindre; ainsi Tauthorité Royale estant at-taquée comme elle lest maintenant, auec tant dexcès etnbsp;de scandale, tous les suiets du Roy indifféremment sontnbsp;obligez de sarmer pour la deffendre : in C/'imine Maies-tatis omnis homo miles.
Quil vous plaise done , Nosseigneurs , de remarquer icy deux considerations tres importantes au bien publicnbsp;des affaires, a lacquit de vos Charges et au repos denbsp;la France. La première et générale vous fera souuenirnbsp;que si vostre Office vous donne droit destre Mediateursnbsp;entre Ie Souuerain et Ie peuple et destre vn noeu sacrénbsp;qui les vnisse et les albe estroitement ensemble, vousnbsp;'^stes beaucoup plus inférieurs a lvn que Supérieurs anbsp;1autre.
II nbsp;nbsp;nbsp;30
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Que la Monarchie a deuancé de pres de neuf siècles rinstitution du Parlement tel quil est a ceste heure; quenbsp;lauthorité de eet Auguste Corps nest ny première, nynbsp;absolue, ny indépendante; mais quelle est seulementnbsp;empruntée, limitée et soumise a vn plus haut ressort;nbsp;que les Roys de France sont les seuls Pères véritables etnbsp;les seuls luges Souuerains de leurs Suiets; que pour cestenbsp;raison leurs Vassaux leur prestent serment de fidélité etnbsp;leur rendent vne parfaite et religieuse obéissance; que,nbsp;comme Ie rayon dériue du Soleil et na de clarté que cellenbsp;qui luy vient de ce Roy des astres, ainsi vostre puissancenbsp;découle toute entière de celle du Monarque, selon laueunbsp;syncère que vous auez fait vous mesmes depuis peu, dansnbsp;la dernière de vos Remonstrances contre Ie cardinal Ma-zarin
Ce qui nous fait bien voir que, comme vn ruisseau se tariroit luy mesme sil ëpuisoit la source qui luy donnenbsp;la naissance, ainsi vostre autboritë se perdroit enfin etnbsp;se dëtruiroit iufailliblement elle mesme, si elle entrepre-noit de ruiner celle du Roy, dont elle tire son principe;nbsp;que si les Roys vous ont fait lhonneur de vous ressentirnbsp;de 1ëclat de leur pourpre, ils nont iamais eu 1intentiounbsp;de sen despouiller eux mesmes, et sil leur a plu de vousnbsp;laisser vne partie assez considërable de leur autboritë, ilsnbsp;iiont iamais pensé a vous associer a la Maiestë de 1Em-pire, qui réside originairement et incommuniquablementnbsp;en leur personne sacrée.
Que lestablissement. Ia distinction et la multiplication
* Relation véritable de ce qui s^est fait et passé dans Vaudience donnee a ^aint-Denys.,. a MM. les députés du Parlement, etc. [3201] ; Relation de cenbsp;qui s'est passé a la Cour en la reception de MM. les députés du Parlement denbsp;Paris [3114].
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des administrateurs de la lustice, la prouision de vos Offices , Ie serment de fidélité, Ie Mare dOr, Ie droit Annuel, Ie rachapt de la Paulette, les Éuocations, du moins cn certains cas les lettres de lussion, Ie rétrécissementnbsp;OU lestendue de vostre Jurisdiction a telles matières ounbsp;a telles personnes quil plaist a sa Maiesté, les termesnbsp;mesmes dont vos airests sont conceus et signifiez, Denbsp;PAR LE Roy, marquent assez éuidemment les iustes limi-tes de vostre pouuoir et la soumission en laquelle vousnbsp;deuez demeurer.
Que Iautliorite de Roy et celle de luge estant deux choses inseparables, Ie Roy se seruant de vous comme denbsp;1vn des doigts de sa main de Justice, il ne la quitte nonnbsp;plus que son Sceptre et son Espée, quand il en donne lanbsp;gaide et lvsage a son Connestable; quil nappartientnbsp;nullement aux Subalternes de trancher du Souuerain etnbsp;quil ny a que Ie Prince qui puisse dire auec authoriténbsp;absolue : Tel est wostre plaisir.
Que Ie nom de Parlement, dans sa première Institution, nappartient quaux Estats Généraux composez des Ordres du Royaume; quil na esté reserué a vostre Jl-lustre Corps que pour Ie soulagement des Princes et desnbsp;Suiets, afin que la Justice fust i-endue et plus prompte-ment et plus facilement.
Que lautre Tiltre qui rend vos Arrests solennels, est celuy de la Cour, paree que vous devez marcher auec etnbsp;après Ie Prince qui la réunit en sa personne : les Aiglesnbsp;(ffe) se trouuant tousiours auec Ie corps, et Ie corps, anbsp;moins que de faire vn monstre, ne subsistant que parnbsp;fivnion auec son Chef; que toute lauthorité enferme'enbsp;^ous ces deux noms se borne dans les Arrests pour lanbsp;Justice contentieuse et dans les Remonstrances pour
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les Edits du Souueraiu ; quon nen peut prétendre da-uantage sans vsurpation; que les dépositaires dvne chose nen sont pas les propriétaires et que, quand vous serieznbsp;les Tuteurs du pupille, vous nen seriez pas les pères pournbsp;cela.
Que la vente des charges dont labus augmente a lin-finy, ne vous donne pas plus de droits que quand elles se donnoient au pur mérite, par commission, par choixnbsp;et Election gratuite, et pour les exercer autant de tempsnbsp;quil plairoit au Roy, ce qui depend encore du bon plai-sir seul de sa Maiesté; que les enfans qui sont entrez ennbsp;la place de leurs pères, ne se peuuent attribuer vne plusnbsp;grande lurisdiction que celle quils ont receue par droitnbsp;dhérédité.
Que de se figurer que Tauthorite souueraine résidasl toute entière en Nosseigueurs du Parlement, ce seroitnbsp;vne vision dvn esprit malade et vne folie toute pure.nbsp;Nous auons appris dès Ie berceau et succé avec Ie laitnbsp;ceste veritable maxime, que Ie point qui ferme la cou-ronne de France, est indiuisible; que les Roys ne doiuentnbsp;et mesme ne peuuent partager Ie droit et la gloire denbsp;lEmpire auec qui que ce soit. Outre que lentreprise dunbsp;contraire choqueroit directement la Maiesté du Prince,nbsp;ce seroit vn larcin commis sur les autres Ordres dunbsp;Royaume et vn déréglement prodigieux qui offenseroitnbsp;aussi tous les autres Parlemens.
Lauthorité politique est estendue en tout Ie corps de lEstat, en telle sorte quelle ne laisse pas destre recueil-lie dans Ie Chef, comme tous les sens ont Ie siége dansnbsp;la teste. Cest ceste partie, maistresse et Reyne de toutesnbsp;les autres, qui en possède seule la perfection et la pléni-tude. On a eu recours a lassemblée des Estats Généraux
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dans les nécessitez ou dans les occasions extraordlnaires, comme au temps de Charles Martel, de Hugues Capet,nbsp;du Roy lean, de Francois F, et en dautres semblablesnbsp;occurences. Mais cpii simagina iamais que Ie premier etnbsp;ie second Ordre de ce Royaume Tres Cbrestien neussentnbsp;aucune part a la direction et a la conduite des affairesnbsp;publiques ?
Nosseigneurs du Clergé sont trop ialoux de leurs privileges et du rang qui leur est deu par la Sainteté de leur Caractère, pour vouloir estre exclus des communs soinsnbsp;de la Patrie ou ny estre appellez que pour occuper lanbsp;dernière place. Cette généreuse Noblesse a lamour desnbsp;fleurs de Lys empreint trop auant dans son lllustre sangnbsp;pour abandonner la plus riche succession de leurs an-cestres.
Les Parlemens ne sont ny Ie Total ni Ie principal. Ils tiennent lieu seulement dans Ie Tiers. Celuy de Paris,nbsp;parses lettres circulaires1, confesse que les autres doi-Uent au moins luy estre associez, comme ils partagentnbsp;auec luy vne mesme au thorite. Ce sont dix frères dvnnbsp;mesme père et dvne mesme mère, qui sont Ie Roy et lanbsp;France, qui ne meurent iamais. Laisné, pour auoir vnenbsp;portion plus grande, nexclut pas entièrement les Puis-nez.
Mais, quand on les verroit tous assemblez en vn mesme corps, leur authorité seroit tousiours empruntée et limi-tée; elle seroit tousiours soumise a celle du Roy; elle seroit tousiours relatiue a celle des Estats Généraux; elle nenbsp;seroit au plus quvn Tiers; Nosseigneurs mêmes ne nient
Lettre d'enuoi de CArrest da Parlement de Paris en date du 20 iuillet, etc. [184-5] ; Lettre circulaire du Parlement de Paris enuoyée a tous les Parlemensnbsp;de France , etc. [1822].
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pas que Ie Clergé et la Noblesse ne soient les deux premières parties.
Nous voyons mesme, par la généreuse réponse des vns et par Ie discret silence des autres, que tons ces Par-lemens ne saccordent pas tousiours en mesme sentiment;nbsp;que, ne considérant la Politique que comme vn obietnbsp;hors de leur sphere, a Paris on leuuisage dvne facon,nbsp;et partout ailleurs on la regarde dvne autre; ce qui faitnbsp;aussi que vos iugemens les plus esclatans et les plus so-lennels, bien loin destre suiuis, se trouuent quelquefoisnbsp;directement choquez et combattus par des Iugemens con-traires des autres Cours du Royaume. Et en effet quellenbsp;cérémonie et quelle pompe nauez-vous pas apportées anbsp;lArrest célèbre et inouy iusqua cette heure, par lequelnbsp;vous auez déclaré Monseigneur Ie due dOrléans Lieutenant Général de la France*, et donné sous son Altessenbsp;Royale Ie commandement des Armées a Monseigneur Ienbsp;Prince? Et cependant nous avons veu que cette nou-ueauté a paru si illégitime a tous les autres Parleraensnbsp;du Royaume quau lieu de lapprouuer, comme vousnbsp;1espériez, ils Tont reiettée dvn commun accord et def-fendu rigoureusement de la reconnoistre en lestenduenbsp;de leurs ressors; en quoy celuy de Toulouse® mesme a
^ Cela nest pas tout a fait exact. Les Frondeurs firent publier plusieurs pièces ; Relation veritable de tout ce qui s'est passé aux trois dernières assem*nbsp;blees du Parlement tenues les 18, 19 et 20 iu'dlet^ etc. [3252]; Kécït véti-
table de tout ce qui s^est fait et passé.....en parlement.,, les 19 20 iuil*
lety etc. [3026]; Declaration du Parlement par laquelle S, A. R. est dé* clarée Lieutenant général de VEstat, etc. [900]; mais Ie Parlement n ynbsp;eut aucune part. Au contraire, il protesta par la publication du Veritablenbsp;arrest du Parlement.... les 19 et 20 iuillet, etc. [3920]. Cétait tout ce quinbsp;lui restait de force et de liberté.
® Je ne connais pas ces defenses. Loin de la , je trouve un Arret de la Cour du Parlement de Toulouse donné, les chambres assemblees, contre l^nbsp;retour du Cardinal Mazarin^ du 29 décembre 1651 [359]-
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tesnioigné vne fermeté si grande que bien que eet hon-tieur de la Lieutenance Générale fust apparemment très-auantageux a son Gouuerneur, qui lavoit accepté, il na pas laissé de Ie condamner comme vne entreprise détes-table, et de déclarer ceux qui lauroient appuyée ou fa-uorisée, criminels de Leze Maiesté; toutes ces Compagnies et toutes ces Cours non moins souueraines que lanbsp;Vostre, nous faisant connoistre dans cette rencontre quenbsp;Vos intentions et vos ordres bien souuent ne sont pas Ianbsp;régie de leurs iugemens, niais la matière de leurs censures.
Que si linexpérience, la sollicitation, Ie tumulte, et, si on ose parler auec Ie vulgaire deuant Nosseigneurs, sinbsp;Ia Fronde nauoit pris, comme elle a fait, Ie plus hautnbsp;ton, lage, la sagesse, rauthorité et les lumières de lanbsp;Vraye prudence neussent pas manqué de se déclarer ennbsp;faueur de la lustice et de la vérité, Le nombre, graces anbsp;Dieu, est assez grand, et la qualité eneore plus remar-quabie, de ceux qui confessent que se séparer de Iautho-rité Royale, cest se ^erdre, et quil ny a point de Palx,nbsp;de Ministère, de Gouuernement ny de condition qui nenbsp;doiuent estre préférez a toute sorte de Guerre Ciuile.
Et cest, Nosseigneurs, la seconde reflexion particuliere que lon vous remonstre en tout respect, auec la soumission deue a la Cour, scauoir ; lestat miserable sousnbsp;lequel nous gémissons. Espérons que vostre bonte et vos-tre vigilance trauailleront désormais a la guérison denbsp;Dos maux, puisque vous nen pouuez ignorer la cause.nbsp;A la vérité, toute la Fiance et mesme toute lEuropenbsp;sestonne dvn changement si soudain et d vne conduitenbsp;si estrange.
Nous autres gens simples et pacifiques, auons bien de
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la peine a deuiner qul cest qui a noircy la blancheur des Lys et qui a meurtry lesclat de lor? Quomodo obscu-ratum. est aurum, mutatus est color optimus ? Le Cardinal naturalise Francois par son humeur, par sa vertu,nbsp;par son mérite, par vos arrests, par le choix et par lesnbsp;emplois tres illustres et tres auantageux au bien de cenbsp;Royaume dont le deffunct Roy Louis XIII, dheureusenbsp;memoire, Ia honore, nest pas autre quil estoit quandnbsp;vous avez veu son administration toute remplie de bon-heur et de sagesse et accompagnee dvne foule de succesnbsp;extraordinaires et admirables, tandis quon luy a laisse lanbsp;liberte dagir et que chacun est demeure dans les fonc-tions et dans les limites de sa Charge. Nous auons raisonnbsp;de vous demander, Nosseigneurs, doii vient le changement de nostre fortune et la cause de nos disgraces.
Comme les peoples doiuent respect a vos Charges et obeyssance a vos Arrests, paree quils portent le carac-tère Royal, vous deuez, par vne obligation réciproque,nbsp;soulagement a leur misère et instruction a leur ignoF nee.nbsp;Et véritablement nous ne conceuons pas bien que vousnbsp;ayez la balance en main pour ne la faire pencher quoünbsp;il vous plaist. Vous ne voudriez pas nestre assis sur lesnbsp;Fleurs de Lys que pour les fouler et les flétrir. On anbsp;peine a se figurer questant les gardes et les dépositairesnbsp;de Tautliorité Royale, quelques vns paroissent agir commenbsp;feroient des Ysurpateurs; quayant de vous mesmes prisnbsp;la qualité de Tuteurs de la Veufue et de lOrphelin-, vousnbsp;procuriez ou nempeschiez pas leur oppression; que de-uant estre, non pas les Maistres et les Capitaines, maisnbsp;les sages Pilotes de nostre nauire, vous nayez pas préueunbsp;la tempeste, ou que, layant préueue, vous ne lapaisieznbsp;pas, OU quau moins ne la pouuant calmer, vous ne ca-
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liez pas les voiles pour diminuer dautant la fureur de lorage.
Questant Curateurs du bien public, vous ne vous soyez aperceus quil estoit blessé que quand vos interestsnbsp;ont esté choquez par vn Edit du Roy qui nauoit riennbsp;dextraordinaire, et que vous auez cru la saison fauo-rable pour accroistre vostre authorité; que Ie droit desnbsp;remonstrances ne vous estant point osté, vous ayez passénbsp;cette ligne qui fait la separation entre Ie Trosne et Ienbsp;Tribunal.
Mais, a nen point mentir, nous pensons voir des ombres OU des songes quand nous voyons ce que nous ne pouuons pas encore croire en Ie voyant; ce que nos pèresnbsp;nont iamais veu, et ce que ceux qui viendront aprèsnbsp;nous, auront peine a croire ; que eet Auguste Parlementnbsp;ait seruy de Theatre a la faction; quelle y ait changenbsp;aussi souuent de face quon feroit en vne Comédie; quenbsp;la leunesse ou la violence y ait fait prendre des conclusions tumultuaires; que Ia Religion et lintégrité de lanbsp;Cour se soit laissé surprendre iusque la que dapprou-uer Ie Recours aux Espagnols, des voyages en Flan-dres et Tentrée de leurs Enuoyez en vos Assemblees;nbsp;que tant dartifices, dintrigues et de souplesses ayentnbsp;esté ou ignorées ou plustost dissimulées; quaprès lanbsp;conclusion du traitté de paix et vne Amnistie généralenbsp;de tous costés, on se soit encore laissé fasciner par lesnbsp;mesmes enchantemens et les mesmes prétextes de lad-ministration du Cardinal.
Que les voyages de Normandie ét de Bourgogne qui nous ont paru des torrens de conquestes, la leuée in-
En 16S0. Le roi était part! In 2 février poni' la Normandie, et Ie a mars ponr la Bourgogne.
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espérée du siége de Guyse, suiuie peu après de la reduction de Bourdeaux et du pacifiement de la Guyenne1, tant de glorieux succez quVne mesme année auoit veunbsp;naistre, couronnez auant quelle finist, et comblez aunbsp;coeur de lhyver par la prise de Bétel et par la défaitenbsp;des Troupes ennemies^ qui venoient Ie secourir et prendre leurs quartiers dhyver dans Ie voisinage de Paris;nbsp;enfin que lesclat de tant de seruices nait fait que rallu-mer ou vostre vengeance ou vostre auersion contre ce-luy qui les auoit rendus; que vous ayez voulu que Ienbsp;bonheur dauoir chassé les Ennemis du Royaume vousnbsp;fust vne raison de Ten chasser luy mesme; que vous luynbsp;ayez declare la Guerre pour auoir donné la Paix et Ienbsp;calme a tout lEstat; et quafin, disiez vous, daffermir cenbsp;calme et cette paix, vous ayez entrepris de forcer Ie Boynbsp;et de luy oster la liberté, pour Ie faire consentir a cellenbsp;dvn grand Prince qui nen deuoit vser que pour nousnbsp;la rauir et pour nous rendre esclaues de lEspagne. Quelnbsp;mystère est celuy cy, Nosseigneurs ? Pour empescher lanbsp;Guerre, vous la renouuellez; pour establir la Paix, vousnbsp;bannissez celuy qui venoit de la faire dans Ie Boyaume,nbsp;pour estre suiuie aussitost de la générale, et deliurez celuy qui la deuoit rompre au mesme temps que les chais-nes de sa prison, en appellant et en attirant comme il anbsp;fait de tous costez les Ennemis les plus implacables dé lanbsp;France, pour la mettre en proye et pour labandonner anbsp;leur fureur!
Mais ce qui surpasse toute créance, cest que la lustice cesse detre lustice pour Ie seul Cardinal Mazarin; que
1quot; octobre 16S0. Declaration du Roi accordée d son Parlement et vilU de Bordeaux^ etc. [902].
^ 18 décembre 1650.
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1'on bouche les oreilles a la voix de son innocence ou de sa lustification; quon ouure des voyes pleines de nou-Ueauté et de cruauté pour Ie rendre coupable. Si, Nos-seigneurs, vous ne voyez pas la collusion des Princes etnbsp;Ie trafic des Grands, la Justice a bien plus dvn voile surnbsp;les yeux. Si, reconnoissant fort bien que sous Ie nom etnbsp;Ie prétexte du Cardinal, on vise directement a la Reynenbsp;et on attaque mortellement lauthorité du Roy, vous Ienbsp;souffrez, a qui est-ce désormais que les oppressez doiuentnbsp;recourir? Si vostre zèle nenuisageoit que Ie bien publicnbsp;et Ie soulagement du pauure peuple, doü vient que lonnbsp;na rien auancé dans ces matières et que Ton nen parlenbsp;point du tout dans vos assemble'es ?
Pardonnez nous, Nosseigneurs, si nous ne pou-uons conceuoir que vous ayez renfermé Ie restablisse-ment des affaires et Ie salut de toute Ia France dans lesloignement dvn seul homme. Sil est coupable dunbsp;moindre des crimes dont laccusent les Colporteurs dunbsp;Pont Neuf, vos Arrests sont infiniment trop doux; silnbsp;est innocent, ils tiennent autant de Ia rigueur quenbsp;de liniustice. Soit quil soit coupable ou innocent, quinbsp;ne sestonnera quen Ie iugeant, vous nayez gardé nynbsp;la compétance ny lordre ny les formes de la Justice;nbsp;donnant contre luy eet Arrest sans exemple qui met sanbsp;teste a prix, qui Ie rend la victiroe de la plus sangui-naire barbarie et fait également horreur a la Religion etnbsp;a IEstat?
Falloit-il, a la bonte de nostre siècle, voir éclore de vos bouches et de vos mains vn monstre semblable a ce-luy-la, que vous détestez vous mesmes au fonds de vosnbsp;consciences ?
Sil y a de l'horreur en cette entreprise, il ny a pas
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moins de honte dans la vente dvne Blbliothéque' qui ne pouuoit estre quinnocente. Au moins si ce rarenbsp;ouurage, recueilly si curieusement des deux parties dunbsp;monde, auoit esté confisqué en faueur du public! Aunbsp;moins si la distraction en anoit esté faite par des voyesnbsp;legitimes et honnestes ! Au moins si les Vendeurs publicsnbsp;nauoient pas esté les acheteurs particuliers! Au moinsnbsp;si lemploy des deniers ne marquoit pas ou vne anaricenbsp;sordide ou vne mesquinerie infame ou vne lasche vengeance !
Et icy, Nosseigneurs, permettez nous de vous declarer auec ingénuité que bien souuent on nous fait vne de-mande quil nous est trés malaisé et comme impossiblenbsp;de résoudre sans blesser ou la reputation ou la dignité denbsp;vostre Illustre Compagnie. Représentez-vous, nous dit-on, quvn homme et mesme vn estranger ayant desseinnbsp;de releuer la gloire de ce grand Royaume, aussi biennbsp;par celles des sciences et des beaux Arts que par celle desnbsp;conquestes et des victoires, ait enuoyé dans les lieux lesnbsp;plus éloignez du monde pour y rechercher et y recueillirnbsp;a quelque prix que ce pust estre les plus riclies Monu-mens de TAntiquité et les faire transporter dans la cé-lèbre ville de Paris; qua ce dessein il ait employé dansnbsp;les pais estrangers Ie crédit que lui donnoient Ie rang quilnbsp;tenoit, et Ie poste releué quil occupoit auprès dvn grandnbsp;Monarque triomphant partout de ses ennemis; quayantnbsp;commence eet ouurage dans Rome, sa Patrie, il en aitnbsp;despouillé sa propre Patrie pour en enrichir et orner lanbsp;France; quil ait assemble auec tant de soins et de des-
' Arrest de la Cour de parlement portant cpCil soit fait fonds de cent cin-quante mille Uitres pour exécuter VAvrest dit mois de décemhre contre Ie Cor^ dinal Mazarin, etc. [322].
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pense vn prodigieux et incomparable amas de volumes de toute sorte, pour repaistre la curiosité louable desnbsp;Scauans j que pour entretenir ce Trésor de liures inestimable et infiny, il ait assigné vn fonds considerable surnbsp;ses propres benefices; quen ayant destine et voué lvsagenbsp;au public, il ait voulu Ie mettre sous la protection de lanbsp;Cour des Pairs et du premier Parlement du Royaume ;nbsp;et toutefois que de ce rare ornement de la France, denbsp;cette source inépuisable de toutes les bonnes et bellesnbsp;choses, Ie mesme Parlement qui en deuoit estre Ie def-fenseur et Ie garde, en ait fait vn prix pour acheter lanbsp;teste OU pour payer lassassinat de son autheur, aussinbsp;bien accuse sans auoir failly que iugé sans estre ouy, etnbsp;dans Ie temps que lvnique crime qui 1auoit soumis a vnenbsp;condamnation si rigoureuse, nestoit autre que lenuienbsp;quil sestoit cause'e par la fidëlité et la grandeur de sesnbsp;seruices.
Quelle apparence, nous disent-ils, quelle teinture, quelle ombre de lustice trouuez-vous dans vn procédé sinbsp;estrange et si barbare? Et nous vous supplions, Nossei-gneurs, de nous faire entendre nettement ce quil fautnbsp;fespondre a vne question si embarrassante, que les per-sonnes mesmes les moins intelligentes et les plus gros-sières ne cessent de nous faire.
Mais ce que vous deuez vous mesmes, Nosseigneurs, souhaiter que la postérité ne ci'oye iamais, cest que cenbsp;Venerable et Auguste Parlement de Paris ait préfere lanbsp;profanation des choses saintes, Ie violement, lincendie,nbsp;Ie rauage, Ie pillage, Ie brigandage, la desolation desnbsp;Prouinces, des Villes et de la Campagne, enfin tous lesnbsp;funestes effets dvne guerre ciuile et Ie bouleuersementnbsp;general de toute la France a la demeure dvn homme en
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France, qui, en séloignant du Roy, a plustost suiuy la moderation de son esprit quil na cédé a la violence denbsp;ses ennemis et a la force de leurs armes. Vostre sagesse,nbsp;Nosseigneurs, a-t-elle oublié quil faut tolérer ce quenbsp;lon ne peut oster que par des voyes toutes pernicieusesnbsp;et toutes criminelles, et que de deux maux inéuitables,nbsp;vous estiez obligez de souffrir Ie moindre ?
Mais quoy ? est-ce bien cette sage et iuste Compagnie qui permet et qui approuue que les Impriraeurs de Parisnbsp;nenfantent que des Monstres et que les Crieurs remplis-sent les rues dinfamies ou de sottises ? que les Princesnbsp;et les Grands, qui ont plus dadresse, se seruent desnbsp;mains de la Justice (qui nen deuroit point auoir) pournbsp;ietter la pomme de discorde et pour allumer et fomenternbsp;Ie feu de la diuision? que les peuples secouent Ie ioug denbsp;lobéyssance, sans préuoir quaprès cela, comme Lyonsnbsp;et Taureaux qui ont rompu leurs attaches, ils se ietterontnbsp;sur ceux qui les gardent et déuoreront leurs maistres ?nbsp;Tesmoin ce que lArmée fait a Bordeaux, et ce que lanbsp;populace a commence de faire a Paris, ou lorsquelle anbsp;paru et vous a poursuiuis les armes a la main, ala sortienbsp;de ce lieu sacré que vous appelez Ie Temple de lustice1, ounbsp;lorsquayant bruslé la Maison de Ville®, elle la remplitnbsp;du sang et du carnage de tant dIlliistres Citoyens.
Sont-ce bien les Protecteurs de la France et les Tu-teurs de Tauthorité Royale qui laissent esbranler la Cou-ronne sur la teste de leur légitime Monarque ? Sont-ce ces graues Sénateurs, ces Testes Sages et ces Couragesnbsp;incorruptibles qui souffrent impunément quon traitte
nbsp;nbsp;nbsp;Le 25 juin 1652.
* nbsp;nbsp;nbsp;Le 4 juUlet de la méme année.
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auec lEspagnol ennemy, quon recoiue de son argent et de ses troupes, quon leur donne des places de seureté,nbsp;quon les conduise au combat contre des armées ou estoitnbsp;Ie Roy en personne ? Et ce qui est incroyable, et ce quenbsp;les ennemis nauroient iamais laudace dentreprendrenbsp;eux-mesmes, quon ait eu linsolente témérité de pointernbsp;et de tirer Ie Canon sur lOingt du Seigneur et de com-mettre ce sacrilege, non seulement dans la ville dEstam-pes ou les rebelles auroient pu reieter leur faute sur lesnbsp;Espagnols qui estoient enfermez auec eux, mais dansnbsp;celle de Paris oü lon a veu, chose estrange, la Bastille,nbsp;qui doit estre vn fort de lauthorité du Boy, tonner etnbsp;foudroyer contre la personne du Roy mesme! Sont-cenbsp;ces sages Catons, ces fameux Maistres de la lurisprudencenbsp;qui commettent de continuelles Antinomies, ou crimi-nelles ou honteuses ou ridicules ?
Le blocus de Paris a assez fait connoistre la bonne foy de ceux qui les ont trompez pour leur argent; et ils synbsp;fient vne seconde fois! Cette grande ville qui saccablenbsp;de son propre poids, na desia que trop esprouué lhu-meur des Princes et des Grands; et ils se laissent encorenbsp;bercer et endormir au mesme bransle! Ils sentent leurnbsp;mal; ils en voyent le remède; et ils ne veulent pas sennbsp;seruir! Labsence du Roy les ruine de fond en comble;nbsp;personne ne le nie. Sa chère pre'sence seroit la ressourcenbsp;dans leur malheur; tout le monde le public bautement.nbsp;Toutes fois, sils prient sa Maiesté dy venir, cest auecnbsp;des conditions que les égaux noserolent proposer. Silsnbsp;1inuitent de sapprocher, au même temps ils abattent lesnbsp;Ponts, ferment les passages, luy opposent des armées etnbsp;nont iamais sceu se résoudre a luy ouurir les Portes etnbsp;a le conuier sans exception et sans réserue a reuenir dans
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Ie premier siége de son Empire, accompagné de tout ce quil honore de sa bienueillance et de sa protection.
Ils ont condamné vn Prince qui na rien de petit que de sestre lié a ce qui est moindre que luy; et ils ladmet-tent en leurs deliberations auant que destre iustifié,nbsp;mesme tandis quil est actuellement dans la continuationnbsp;du mal contre lequel ils ont prononcé! Ils font condes-cendre la bonté et la clémence du Roy a quitter lesnbsp;aduantages de ses armes victorieuses et du bon droict de sanbsp;cause, pour esloigner ses armées de dix lieues, afin des-pargnef Ie contour de sa bonne ville de Paris.
Après cela, qui Ie pourra iamais croire? on permet quon lèue des troupes dans Paris, non-seulement contrenbsp;la volonté et contie Ie seruice du Roy, mais pour lesnbsp;employer a combattre des Armées quil commande luy-mesme! On trouue bon quelles y demeurent, quellesnbsp;volent, quelles pillent, quelles viuent sur Ie voisinage. Onnbsp;voit venir des Armées Estrangères qui nont de disciplinenbsp;que la science du pillage, de lembrasement et du meur-tre; cependant on sen resiouit; onyapplaudit; onsouffrenbsp;leurs logemens a deux ou trois lieues de la mesme ville;nbsp;on est fasché de quoy la sagesse et la prudence du Ministro a inieux aimé leur mesnager vne honorable retraite nbsp;que de les vaincre, faisant battre les Francois contre lesnbsp;Francois.
Voila, Nosseigneurs, en toute hurnilité, respect et in-génuité, la Requeste que lamour de la France et de la Paix nous fait présenter aux pieds de la Justice et entre
* La retraite due de Lorraine Ie 16 juin 1652. Veritable traité... entre Ie Roy et Ie Due Charles de Lorraine^ etc. [3968] ; Particularité du traité dunbsp;Due de Lorraine auec Ie Cardinal Mazarin., etc. [2720]; Articles da traiténbsp;accordé entre Ie duc de Lorraine et Ie Cardinal Mazarin, etc. [423] etnbsp;autres.
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les mains de nostre Illustre Sénat, afin quil vous plaise, pour la gloire de Dieu, pour la conseruation de lautho-rité Royalle, pour Ie bien public de la France, pour Ienbsp;soulagement du pauure Peuple, pour lacquit de vosnbsp;Charges et de vos consciences et pour vostre propre reputation, Ordonner par vn Arrest public, solennel et ir-réuocable, non tel quont esté ceux que vous auez donneznbsp;et quon a partout mesprisez iusqua cette heure, paree,nbsp;dit-on, quils venoient dvne puissance rebelle a la puissance souueraine, au lieu que nous voyons gue ceux denbsp;vos confrères retirez a Pontoise par ordre du Roy sontnbsp;reconnus et honorez par tout Ie Royaume auec vne en-tière réuérence pour cette raison seule que ceux qui lesnbsp;ont donnez, sont appuyez de lapprobation et de laueunbsp;de sa Maiesté et quils luy ont fait paroistre la syncériténbsp;de leurs intentions pour Ie bien de son Seruice, en senbsp;rangeant auprès de sa personne pour obéir a sesnbsp;Ordres.
Et nous vous supplions de nous permettre, Nossei-gneurs, de faire icy vne petite digression pour vous de-inander la resolution dvne difficulté qui nous trauaille et nous met depuis quelque temps en inquietude; car sinbsp;ceux mesmes qui se sont destachez de vostre Corps pournbsp;sassembler oü il a plu au Roy, et auec eux tous les autresnbsp;Parlemens du Royaume, font si peu deslat de vos Arrests quils ne craignent pas de les reietter par dautresnbsp;tout contraires, iusques la que celuy de Toulouse nousnbsp;deffend de les reconnoistre sur peine de la vie; dites-«ous, de grace, IN osseigneurs, pourquoy prétendez-vousnbsp;fiue nous préférions Ie iugement dvne seule Cour, quinbsp;®st la vostre, au iugement de toutes les autres, qui sont ennbsp;grand nombre, et principalement lorsque dvne part lanbsp;nnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;31
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violence de la populace et des Princes vous a raui la li-berté de vos opinions, et que de lautre vous condainnez vn premier Ministre dEstat par des Arrests que la passion qui vous aninie contre luy, a seule pu vous inspirer;nbsp;doLi vient aussi que les autres Cours qui agissent libre-ment et qui nont pas la mesme bayne contre Ie mesnienbsp;bomme, ne Ie traitent pas dans la rigueur dont vousnbsp;1auez traité, mais la condamnent ouuertement. Est-ilnbsp;iuste, nous dit-on, de préférer laduis dvn Parlementnbsp;captif et offense a ceiuy de tant dautres qui ne sont nynbsp;esclaues ny passionnez ? de quelle ioye ne serions-nousnbsp;pas touchez, Nosseigneurs, si vous nous faisiez Ie bien denbsp;nous instruire familièrement et claireinent sur tous cesnbsp;doubles si considerables et qui estant bien éclaircis, nousnbsp;donneroient tant de facilité de sauuer lbonneur de vos-tre Compagnie qui nous est si chère et a qui les moin-dres gens ont la hardiesse de faire ces reprocbes! Mais,nbsp;pour conclure enfin et pour ne pas abuser de vostre patience plus long temps, quil vous plaise, Nosseigneurs,nbsp;ordonner par vn Arrest ferme et estably sur Ie fondement inesbranlable de lauthorité Royalle, que désormaisnbsp;elle sera partout reconnue comme elle doit; que cbacuonbsp;se tiendra dans son rang et dans son deuoir ; que Ie Parlement reprendra son zèle ancien et son ancienne conduite; que les Pensions et les traitez auec les Espagnolsnbsp;seront désaprouuez et chastiez; que les Troupes Enne-mies seront repoussées; que la Guerre ciuile sera en-tièrement estouffée, a quelque prix que ce soit; que lonnbsp;trauaillera continuellement a la reunion de la Maisoflnbsp;Royalle; que Ie pauure Peuple sera soulagé de tant Aenbsp;calamitez, et que toute la France estant en paix enfl-ployera toutes ses forces et toute son industrie a procu^
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rer celle de toute lEurope et de toute la Chrestienté; et vous ferez bien.
¦Aduis important et nécessaire aux Corps de Fille, Bourgeois et Citoyens de la Ville denbsp;Paris sur la prochaine election dixn Préuostnbsp;des Marchands, par lequel par de grandes etnbsp;importantes raisons il leur est monstré quenbsp;pour Ie bien et salut de la Ville il est nécessaire de procéder a Velection dxn Préuostnbsp;des Marchands suiuant les anciens Droicts etnbsp;Vsages et comme il a esté pratique dansnbsp;lélection de Monsieur de Broussel, Conseillernbsp;en Parlement, sans plus receuoir Ordre njnbsp;Lettre de Cachet de la Cour ny dvne autrenbsp;Puissance , comme contraire aux Ordon-nances; auec la Response aux Ohseruationsnbsp;contraires et les moyens pour se restablir dansnbsp;eet ancien Droict dElection [522].
(24 septembre 1652.)
Comme la puissance des Roys sestaugmentée de temps en temps, leurs Fauoris et premiers Ministres qui ontnbsp;abuse de leur authorité, ne se sont pas contentez, pournbsp;auoir Ie gouuernement de 1 Estat, de disposer des prin-cipalles charges du Royaume dans la lustice, Financesnbsp;et Guerre; ils ont encore voulu se rendre Maistres desnbsp;Villes; et, pour y paruenir, ils ont creu ne pouuoirnbsp;mieux faire que dentreprendre sur leur liberté dans Ic
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choix de leurs magistrals municipaux; et, comme ils ont regardé Ia Ville de Paris comme la Capitalle du Royaumenbsp;et celle qui donne Ie mouuement a toutes les autres, leurnbsp;principal soin a esté de luy oster sa liberté dans lélec-tion dvn Préuost des Marchands, qui est Ie chef de cesnbsp;magistrats municipaux, et de luy en donner vn a leur dé-uotion, sestant persuadez que, sasseurant de cette Villenbsp;par ce moyen, ils sasseureroient en mesme temps etnbsp;dvn mesme coup de toutes les autres. Mais, craignantnbsp;quvne oppression si violente et odieuse ne causast vnenbsp;iuste indignation, capable dalienner Ie cceur de ses ha-bitans de lamour quils ont naturellement pour les Roys,nbsp;en la priuant de ce Droict légitime dElection, ils luy ennbsp;ont laissé les anciennes formes; car, quoy quelle ne soitnbsp;plus libre en son choix, néantmoins, comme si elle auoitnbsp;encore cette liberté, dans cette occasion, les Ministres senbsp;seruant du nom du Roy, ne font que proposer a lAs-semblée, par la Lettre de Cachet du Roy quils y en-uoient par forme de recommandation, celuy quils dési-rent introduire en cette place comme digne de leurnbsp;suffrage. Mais on s^ait que cette recommandation doitnbsp;auolr son effet, comme auoit celle des Empereurs Remains pour Ie Consulat; de sorte que, quoy quon continue dobseruer les anciens vsages, de donner sa voixnbsp;aussy bien a celuy que les Ministres présentent pour I0nbsp;Préuost des Marchands, quaux Escheuins, néantmoinsnbsp;lAssemblée nose pas en nommer vn aulre, scachant biennbsp;que cette nomination nauroit pas lieu et que les Ministres employeroient la violence pour la faire casser et sub-stituer en sa place celuy quils auroient propose.
Cette vsurpation sur Ie droict quauoit la Ville de Paris délire vn Prévost des Marchands, a commence en
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lannée mi[ cinq cent quatre-vingt quatorze. Get abus sest ensuite estendu dans les Prouuinces dans lesquellesnbsp;les Gouuerneurs, comme ils sont tousiours a la déuotionnbsp;des Minlsties, aussi pour leur intérest et pour leur con-sell, ils ont employé leur authorité pour faire donner cesnbsp;charges a leurs creatures, principalement dans les Villesnbsp;Capitalles de leurs Gouuerncmens, afin de pouuoir parnbsp;Ce moyen disposer faeileinent de toute la Prouince; cenbsp;qui a principallement esclaté dans les Prouinces denbsp;Guyenne et de Prouenee, ou les Villes ont esté forcéesnbsp;de reeeuoir pour leurs Chefs eeux qui leur ont esté pré-sentez par les Gouuerneurs, lesquels, pour authorisernbsp;cette iniustice et oppression, ont extorqué des Lettres denbsp;Cachet du Roy, par lesquelles ils ont fait noinmer ceuxnbsp;de leur faction.
Les Afilles ont longtemps souffert cette contrainte, ne Voyant pas que la Justice fust assez forte ny vigoureusenbsp;pour les en déliurer. Mais, comme eet attentat contre Ienbsp;droit naturel du peuple a esté suiuy de plusieurs actionsnbsp;de violence et doppression contre Ie seruice du Roy etnbsp;bien de lEstat et des peuples, au préiudice des lois fon-damentalles du Royaume, que les premiers Ministres ontnbsp;commises pour contenter leur ambition et auarice, ainsinbsp;que nous auons veu et éprouué malheureusement pendant
Ministère du deffunct C. de Richelieu, et après son dé-cez, celuy du Cardinal Mazarin, Ie Parlement, a qui il appartient de maintenir les Loix de lEstat, ne pouuantnbsp;plus souffrir les désordres du Ministère qui alloient des-truire lancien Gouuernement et les Prineipes de Ia Mo-larchie Francoise, a tant fait par ses soings et créditnbsp;'luil a obtenu du Roy cette célèbre Déclaration du moisnbsp;^octobre f648, laquelle sert de barrière aux viollences
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du Ministère et remet les anciennes Loix. en lenr vigueur. Les peuples en ayant en connoissance, plusieurs Villesnbsp;des Prouinces, et entrautres de Guyenne et de Pro-uence, en execution dicelle^ se sont pourueues contre cesnbsp;innouations et [ont] procédé dans les élections suiuantnbsp;leurs anciens droicts et vsages, par Ie support des Parle-mens, lesquels, reprenant leur première authorité, ontnbsp;mieux fait valoir la iustice quils nauroient fait aupa-rauant.
Ces exemples doiuent exciter la Yille de Paris den vser de mesme pour lélection dvn Préuost des Mar-chands. Elle Ie doit plus que les autres Villes paree que,nbsp;comme elle est douée dvn grand nombre de priiiiléges,nbsp;franchises et immunitez, tant a cause de sa qualité denbsp;première de lEmpire Francois que des signalez ser-uices quelle a rendus aux Roys dans les plus urgentesnbsp;ne'cessitez de lEstat, et que depuis cette violence on anbsp;enfreint impunément ses priuiléges, que la corruption,nbsp;la violence et ie Monopole y ont cause dhorribles dés-ordres et que présentement elle doit craindre plus quenbsp;iamais la vengeance du Ministère, a cause de lassistancenbsp;quelle a donnëe a Ia Iustice du Parlement. Le seulnbsp;moyen quelle a pour sa seureté, garaiitir ses priuilégesnbsp;dvne perte toute entière, faire réparer le dommagenbsp;quelle a souffert en iceux, trouuer son soulagement etnbsp;le remède a ses maux, est de se restablir en la coustumenbsp;en laquelle elle a vescu pendant tant de siècles, de senbsp;choisir vn Préuost des Marcliands; a quoy elle est dau-tant plus obligee quoutre son intérest particulier, elle ennbsp;a vn autre général qui luy doit estre aussi eber, qui estnbsp;le payement des rentes constltuées sur lHostel de Villennbsp;dans lequel tout le Royauine est intéressé. Et elle n aura
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iamais vne occasion plus fauorable pour réussir dans ce glorieux dessein que celle qui soffre présentement; et.nbsp;ce dautant plus que par Ie choix libre qui vient destrenbsp;fait, suiuant les anciennes formes, de Monsieur de Brous-sel pour Préuost des Marchands^, sur la demission denbsp;Monsieur Le Febure, elle a commence a secouer Ie iougnbsp;quon luy auoit impose et est rentree en ses anciensnbsp;droicts; de sorte quil ne luy reste plus inaintenant quanbsp;continuer dans eet vsage immemorial et se maintenir vnenbsp;liberté quelle a recouurée, laquelle luy ramènera tous lesnbsp;biens que luy a osté cette contraincte, et déliurera desnbsp;inaux et inconuéniens quelle lui a causez, ainsi quil estnbsp;aisé de faire voir en peu de parolles.
Le droict des villes en France, sans parler de celles des autres Royaumes et pays, de seslire des Magistratsnbsp;est aussi ancien que leur fondation; car, dès le momentnbsp;que les peuples se sont assemblez en diners lieux pour ynbsp;bastir des villes afin de viure en société, la première pensee quils ont eue, a estè de choisir parmi eux certain nom-bre de personnes de la plus haute vertu, suffisance etnbsp;fidélité, et ceux quils ont estimé estre les plus zélez,nbsp;pour auoir la garde et gouuernement des villes; et soitnbsp;quelles se soient establies par la permission des anciensnbsp;Seigneurs des Gaulles auxquels elles se sont soubmises,nbsp;soit que depuis leur establissement elles se soient ran-gées sous leurs Seigneuries, ca tousiours eslé auec cettenbsp;condition que le droict de seslire des Officiers de villenbsp;leur demeureroit.
Mais entre les villes de France, les villes Capitalles des
' Particularitez de ce qui sest fait H passé... pour l'election de 31. de l^roussel, etc. [2704]. Lélection eut lleu le 6 juillet.
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Prouinces, et, sur toutes les villes, celle de Paris, Capi-talle du Royaume, a eu vne grande passion pour ce droict délection. Ces Magistrats ont eu diuers noms en France,nbsp;suiuant les diuerses Prouinces, et ont esté diuersementnbsp;instituez. A Thoulouze, ils ont Ie nom de Capitouls; anbsp;Bourdeaux, on les appelle lurats; dans les autres villes denbsp;la Guyenne et Languedoc et en toute la Prouence, onnbsp;les nomine Consuls; et dans les autres Prouinces, onnbsp;leur baille la qualité dEscheuins. En quelques villes, onnbsp;a estably sur eux vn premier Officier, lequel en quelquesnbsp;vnes est nommé Ie Maire; et en dautreson luy a donnénbsp;vn autre tittre. Dans Ia ville de Paris, Ie premier Officiernbsp;a la qualité de Préuost des Marchands.
Les villes se sont maintenues dans la liberté de les es-liie pendant vn temps immemorial; car, sous la domination des anciens Seigneurs des Gaulles, celle des Ro-mains, et depuis eux, sous le Règne des deux premières Races de nos Roys et bien auant dans la troisième, ellesnbsp;sont demeurees en cette possession sans quaucune denbsp;ces puissances les ait troublees en ce droict; et la première fois que les ministres de nos Roys ont voulu Ien-treprendre, toutes les villes, et principalement celle denbsp;Paris, sy sont vigoureusement opposees et nont pointnbsp;craint den porter leurs plainctes aux Estats Généraux denbsp;France assemblez a Blois, sur lesquelles il a esté ordonnénbsp;par Iart. 373 en termes exprès que toutes les electionsnbsp;de Preuosts des Marchands ^ Maires, Escheuins, Capitouls, lurats, Consuls, Conseillers et Gouuernearsnbsp;des villes se fassent lihrement et que ceux qui par autres vojes entreront en telles charges, en soyent osteznbsp;et leurs noms rayez des Registres.
Les villes, dans leur fondation, oaten plusieuis gran-
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des et importanles raisons pour se constituer cette ioy délection : Ia première et principalle, questant nèes litres, elles ne pouuoient mieux marquer leur liberté et lanbsp;rendre perpétuelle quen se donnant lauthorité de ses-lire des Magistrats; la seconde, que , pour leur seureté,nbsp;deffense et police, faire obseruer les conditions de leurnbsp;establissement et maintenir leurs priuiléges, trauailler anbsp;leur vtilité et gloire, entretenir leur commerce et raesinenbsp;1augmenter, il leur estoit nécessaire destre goiiuerncesnbsp;par des Officiers auxquels elles peussent prendre vne en-tiere confiance; qu elles ne pouuoient la trouuer si leursnbsp;Officiers nauoient vne probité singuliere, vn couragenbsp;inuincible dans les temps difficiles, et vne rare fidélité;nbsp;quils ne pouuoient rencontrer des personnes auec cesnbsp;qualltez que par Ie cholx quelles en feroient parmy leursnbsp;Citoyens, tant paree que les Citoyens estoient obligez aunbsp;bien et salut de leur ville par leur naissance et fortune,nbsp;que paree quelles auoient vne parfaite connoissance denbsp;leurs vies et moeurs; la troisième, que, sagissant de leurnbsp;gouuernement particulier, personne ne deuoit sen ines-ler que ceux lesquels y auoient intérest, qui sont les citoyens, toutes autres personnes leur deuant estre suspec-tes. Dailleurs elles ont considéré que ce droict délectionnbsp;leur estoit dautant plus nécessaire que, pouuant estrenbsp;trompees dans Ie eboix de leurs Magistrats par la dupU-cité de leur ceeur, elles deuoient auoir Ie pouuoir de des-tituer ceux qui trahiroient leur cause et manqueroient anbsp;leur deuoir; quelles ne pouuoient prétendre ce droictnbsp;de destitution si elles nauoient celuy délection; que cesnbsp;Magistrats estant louurage de leurs suffrages, ils se sen-tiroient obligez de respondre a la bonne estiine quonnbsp;auoit eue de leur vertu par leurs déportemens; que pour
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cntretenir vne vnion et intelligence parfaite entre les Ci-toyens, et principallement vne obéyssance des inférieurs enuers les supérieurs, elles deuoient seslire ceux quinbsp;auroient Ie commandement, ne pouuant auoir de 1a-mour et du respect pour ceux que nauoit pas choisisnbsp;leur coeur; que ce droict délection leur estant nécessaire, elles ne deuoient point hésiter a Ie prendre, pareenbsp;que leurs Seigneurs pouuoient seuls sy opposer pournbsp;leurs intérests, mais que ne voulant lestablir contrenbsp;leurs seruices, mais seulement pour veiller a leur bien etnbsp;seureté, ils ne pouuoient blasmer ny se tenir offenseznbsp;dvn aduantage qui appartenoit a des gens dvne condition libre; bien daduantage que non seullement ce droictnbsp;ne choqueroit point les intérests de leurs Seigneurs,nbsp;mais leur seroit aduantageux, paree que les villes rem-plissant ces charges de gens de bien par Ie choix quellesnbsp;en feroient, leurs Seigneurs pourroient sasseurer quellesnbsp;ne manqueroient iamais a la fidélité et obéyssance quellesnbsp;leur deuoient, et que dailleurs, donnant leur consente-inent a eet usage, ils feroient cesser les partialitez desnbsp;villes, dangereuses a vn Estat, et se concilieroient la-mour des peuples; que, tout au contraire, cestoit exposer et meltre en danger leurs vies et biens auec leursnbsp;priuiléges que de souffrir que leurs officiers leur fussentnbsp;donnez par des mains estrangères, ouurir la porte desnbsp;maisons et Hostels de ville a la corruption et y donnernbsp;entrée a des personnes suspectes qui abandonneroient lesnbsp;intérests de la chose publique pour leur profit particulier , introduire dans lenceinte de leurs murailles la dis-corde et les diuisions, mettre en commerce leurs personnes et fortunes, enfin perdre leurs libertez et dcuenirnbsp;esclaues.
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Outre ces raisons généralles, les villes Capitalles des Prouinces en ont eu de particulières pour se conslituernbsp;cette loy. Elles ont iugé que les autres villes du pays, senbsp;formant a leur raodèle, suiuroient leur exeinple; ce quinbsp;entretiendroit vne vnion parfaite entrelles pour leurnbsp;bien commun. En second lieu, elles ont veu questantnbsp;obligees de veiller non seulement a leur deffense et salut,nbsp;mais aussl a celuy de toute la Prouince, a cause de les-troite liaison quil y auoit de leurs interests auec ceuxnbsp;des autres villes du Territoire, ayant des Magistrals denbsp;la qualite requise, ils soustiendroient non seulement leurnbsp;cause, mais celle de toute la Prouince. Cest par cesnbsp;raisons que la ville de Paris, Capitalle du Royaume, pardessus toutes les autres villes, a voulu auoir ce droict parnbsp;prérogaliue. Mais si les villes ont eu de puissantes considerations pour establir ce droict delection, elles en ontnbsp;eu de plus puissantes pour Ie conseruer et sy maintenir,nbsp;principalenient sous Ie Règne de nos derniers Roys, pendant lequel les Ministres ont vsurpé lauthorité Royalle,nbsp;dans la crainte quelles ont eu quils nentreprissent surnbsp;cette liberté. En effet, mesurant leurs passions par lanbsp;puissance de leurs Maistres, ils ont attaqué ce droictnbsp;délection et violente les villes en plusieurs Prouinces,nbsp;mesme la ville de Paris, dans Ie choix de leurs Officiers;nbsp;et, quoy quelles aient inutilement résisté a cette forcenbsp;maieure, néantmoins elles nont iamais abandonné eetnbsp;aduantage; et les Prouinces de Prouence et Guyennenbsp;nont laissé passer aucune occasion de réclamer contrenbsp;cette vsurpation.
Les peuples nont pas esté trompez dans les espéran-ces quils auoient conceues de ce droict déleclion; car, pendant Ie temps que les villes en ont iouy, elles nont
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souffert aucune diminution dans leurs priuiléges; et Ia puissance redoutable du Ministère na point eu dentréenbsp;dans leurs murailles. Lauthorité des Ministres, leursnbsp;promesses ny leurs menaces et la corruption du monopolenbsp;nont pu ébranler Ie courage ny corrompre lintégrité denbsp;ceux auxquels les libres suffrages des peuples ont donnénbsp;ces charges publiques, comme nous en auons la preuuenbsp;dans nos Histoires. Tout au contraire, aussitost que lesnbsp;Ministres se sont ingérez de mettre dans ces places desnbsp;personnes a leur déuotion , elles ont icceu de grandesnbsp;pertes en leurs priuiléges et esté exposées aux passionsnbsp;des fauoris et brigandage du monopole. La raison denbsp;cette difference est que les villes, pendant Ie tempsnbsp;quelles ont esté en possession de ce droict, ont tous-iours cboisi pour leurs Magistrats les plus gens de biennbsp;et les mieux intentionnez de leurs Citoyens, de sorte quenbsp;leur choix a esté la marque de leur vertu. Et les Ministres , au contraire, comme ils ne subsistent que par lanbsp;violence et ne sagrandissent que dans loppression desnbsp;peuples, ils ont rempli ces charges de personnes cor-rompues de leur faction et caballe ; de sorte que leur es-tablissement a esté Ie signe de leur corruption.
La ville de Paris a éprouué plus que pas vne autre cette vérité. Lorsque la charge de Préuost des Marchandsnbsp;a esté dans Ia disposition des Bourgeois de Ia ville, ellenbsp;est demeurée florissante dans lobseruation de ses priuiléges et immunitez; et Ie monopole ny a pu introduirenbsp;aucun droict sur son commerce et ses denrées. Mais de-puis quelle est tombée dans Ie pouuoir du Ministère,nbsp;principalement depuis celuy du deffunct Cardinal de Richelieu, on a donné atteinte a ses priuiléges et immunitez ; la corruption et Ie monopole y ont régné absolu-
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ment; et la police a eslé negligee et abanclonnée. Premièrement, non seulement la contagion du Ministère a attaqué Ie Chef des Officiers de cette ville, inaisnbsp;tout Ie Corps. Les elections des Esclieuins et des autresnbsp;Officiers nont plus esté que des pratiques contre lesnbsp;bonnes moeurs; et on na plus veu ces charges rempliesnbsp;de lélite des gens de bien, comme auparauant. Pour cenbsp;qui est de la violence, cest dans cette ville que les troisnbsp;tirans, les deffunets Mareschal dAncre et C. de Richelieunbsp;et présentement Ie Cai'dinal Mazarin, ont fait arresternbsp;les Princes du Sang et les plus grands du Royaume; cestnbsp;dans cette mesme ville, en laquelle Ia seureté publiquenbsp;doit estre toute entière pour les Prouinciaux qui sy ren-dent pour leurs affaires et commerce, quils ont esté vio-lemment emprisonnez par les émissaires des Partizansnbsp;pour des taxes solidaires. Le monopole ny a pas moinsnbsp;fait de rauages que la violence. On ne sest pas contenténbsp;daugmenler les anciens droicts dentrée sur toutes lesnbsp;marchandises; on en a estably de nouueaux. Les den-rées qui auoient esté iusques a présent exemptes de lanbsp;maltote, y ont esté suiètes; on a érigé en tittre dOfficenbsp;fermé les menus Offices de la police qui auoient tous-iours esté en la main et a la nomination du Préuost desnbsp;Marchands, auec attribution de nouueaux droicts sur lenbsp;public; et on en a créé de nouueaux auxquels on a ac-cordé les mesmes droicts. Rien daduantage, la ville denbsp;Paris a esté plus mal traittée que celles qui payent lanbsp;taille. On a veu ses Bourgeois liurez a Ia haine, rage etnbsp;malice des Partizans par des taxes daisez quils ont faitnbsp;payer auec des rigueurs et cruautez insupportables, com-prenant dans leurs roolles non seulement ceux qui en es-toient capables, mais beaucoup dautres, comme leurs
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ennemys pour sen venger, ou gens de bien pour les op-primer. Ce na pas este assez de violer les priuileges de cette ville, dimposer de nouuelles charges sur les denreesnbsp;et marchandises a la foule du public, dobliger les Pro-uinciaux, ceux qui y estoient présens, den sortir, et lesnbsp;autres de ny pas venir, soit pour euiter leur emprison-nement, soit pour ne pouuoir supporter la chèreté desnbsp;viures et des autres choses nécessaires a la vie, on a encore entrepris de rauir aux Bourgeois de cette ville lenbsp;meilleur de leur bien. Le monopole, par la lascbete desnbsp;Officiers de la Ville, a impunement retranclie des quar-tiers de rentes sur toutes sorte de nature, et de ceux des-quels on a mis le fond entre les mains des payeurs. Cesnbsp;payeurs, ou plustost voleurs des rentes, par leur artificenbsp;et malice, nen ont paye quvne partie, et ce auec lesnbsp;plus mauuaises especes quils ont peu trouuer, comme sinbsp;ces deniers estoient a eux et quils en fissent vne aumosnenbsp;charitable aux Rentiers. I.es Rentiers qui se sont plaintsnbsp;de ces maluersations, nont paseu raison; ou, sils en ontnbsp;eu aucune, ca este auec de si grandes longueurs et auecnbsp;si peu de profit quils ont perdu Ienuie de faire plus aucune poursuitte ; ce qui marque quelque intelligence se-crète et criminelle quils ont eu auec eux pour la ruinenbsp;des rentes ; et on scait ce quelles seroient deuenues si onnbsp;neust point estably des scindicqs pour leur conseruation;nbsp;en quoy ces Officiers sont dautant plus coupables quenbsp;toute la France a interest au payement des rentes et sennbsp;repose sur leurs soings et intégrité, ayant este preposeznbsp;pour veiller a leur seureté et payement. Le manque de
Moyens Irh-importants et nécessaires pour reformer Vabus.... dii pavement des rentes de I'Holel de Ville, etc. [2520]. Liste de MM- les deputes...-sur le fait des rentes, etc. [23Ü8].
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police a fait autant de préiudice que Ie moiiopole. Les taxes pour Ie prix du bois, cbarbon et autres marcban-dises et denrees qui arriuent par eau, nont point esténbsp;obseruces par la conscience de ces Officiers. Les Mar-chands de bois et de charbons et autres out exigé publi-quement, en la presence des Officiers de la police desnbsp;Bourgeois, de plus grandes sommes quils ne doiuentnbsp;prendre par les Règlemens; et les Officiers de police,nbsp;desquels Ie deuoir est de tenir la main a lexécutionnbsp;diceux, au lieu de sen acqultter, ils ont pris eux mesmes des droicts qui ne leur sont pas deubs, par des voyesnbsp;rigoureuses. LHostel de ville a sceu et cognu ce brigan-dat^e et la toléré; et si on sen est plaint et qu'on luynbsp;ait demandé iustice de ces voleries, les longueurs et lanbsp;difficulté quil a apportées a la rendre, sont cause quonnbsp;a mieux aimé laisser cette exaction entre les mains de cesnbsp;voleurs que den poursuiure la restitution. Tous ces mauxnbsp;et désordres ne seroient pas arriuez si la ville de Paris fustnbsp;demeurée en sa liberté de seslire vn Préuost des Mar-chands; car cette charge nestant plus dans sa dépendance , mais dans celle des Ministres, ceux qui y sontnbsp;mis de leur main pour eslre continuez dans eet employ,nbsp;les deux ans passez, suiuent aueuglément leurs passions;nbsp;de sorte que leur continuation nest plus la recompensenbsp;des seruices quils ont rendus a la chose publique, maisnbsp;a ces Ministres.
Ces raisons vous doiuent exciter, braues et illustres Citoyens et Bourgeois de la ville de Paris, descendus dunbsp;Sang de ces généreux Francs qui nont rien tant chéri aunbsp;monde que leur liberté, de vous conseruer vn anciennbsp;droict de liberté naturelle dans lequel vous estes rentrez.nbsp;Cest pour cette querelle iuste et légitime que vous deuez
-ocr page 506-plus volontiers exposer vos vies et vos biens que pour lexpulsion du Cardinal Mazarin; ear quoy que son retour ait ramené vne grande calamité et soit dangereuxnbsp;pour la ville de Paris, néantmoins cette misère nest pasnbsp;comparable a celle que vous souffrirez si les Ministresnbsp;continuent a vous donner vn Préuost des Marchands;nbsp;car Ie mal de ce rappel peut finir ou par Ie décez de cenbsp;ïvran ou en perdant les bonnes graces de la Reyne, etnbsp;ne peut regarder que vos personnes et biens présens;nbsp;mais la continuation de cette vsurpation fera vn malnbsp;perpétuel, lequel, saugmentant tous les iours, passera anbsp;vostre postérité. Aurez-vous moins de courage et de gé-nérosité que vos pères, qui ont estably ce droict pour leurnbsp;honneur, leur bien et salut, Font si fortement deffendunbsp;pendant vn si long temps centre les entreprises quon anbsp;faites pour Ie supprimer, et nen ont point quitté la possession quauee vne sensible douleur et protestation dynbsp;rentrer dès Ie moment que la violence nauroit plus sonnbsp;cours ? Ferez vous difficulté de maintenir vn aduantagenbsp;que la nature vous a donné, que les Roj^s vous ont laissénbsp;et qui vous a esté confirmé par les Estats de Blois ? Hési-terez vous a vous declarer pour vne cause de laquelle ilnbsp;ne sagit de rien moins que de choisir la vie ou la mort,nbsp;Ie bien ou Ie mal, vne félicité perpétuelle pour vous etnbsp;vos enfans ou vne calamité éternelle pour vous et pournbsp;eux, enfin la liberté ou 1esclauage; car cest deuenirnbsp;libre que se eonseruer ce droict, puisquil ne vous restenbsp;plus que cette marque de vostre ancienne liberté naturelle; et cest retomber dans lesclauage que de souffrirnbsp;la continuation de cette contrainte. Ha 1 si lamour denbsp;vostre liberté, de vos vies et biens vous est cher, commenbsp;il doit estre, si vous aimez vos enfans et si vous auez
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encore quelque honneur et courage et nauez point dégénéré de la vertu militaire de ces anciens Paiaslens, ne permettez pas quon charge de nouueau vos mainsnbsp;des fers que vous auez brisez. Mais, si vous prenez cettenbsp;résolution, comme vous la deuez prendre, cest mainte-nantquil fautlexécuter. Vous nen aurez iamais vne occasion plus propice ny fauorahle; car cest dans Ie tempsnbsp;présent que la violence est abattue aux pleds de la ius-tice et que Ie monopole a perdu ses forces; et on nenbsp;s^ait pas de quelle durée sera ce bouheur paree quenbsp;Ie C. Mazarin prétend, en se restablissant, restablir anbsp;main armée la tyrannic et Ie monopole. Enfin cestnbsp;maintenant que Monsieur Ie due dOrléans a esté dé-claré Lieutenant Général du Roy pendant sa détentionnbsp;par Ie C. Mazarin; et vous deuez espérer de sa bonté etnbsp;iustice toute sorte de contentemenl.
On vous pourra dire, pour ralentir ces bons desseins, que, depuis lannée 1594, la ville de Paris a tousioursnbsp;souffert que les Roys luy ayent proposé vn Préuost desnbsp;Marchands et quayant coïtsenti a eet vsage, quoy quenbsp;nouueau, elle a perdu son droict, ayant cessé den iouirnbsp;pendant ce temps, et ne peut rcclamer contre cette nou-Uelle pratique sans offenser lauthorité du Roy et encou-rir son indignation.
Mais cette obiection ne doit pas estre considérée, paree que, outre que ce temps nest pas suffisant pournbsp;acquérir vne prescription contre vne communaute anbsp;celuy qui na point de droict, dallleurs il est notoirenbsp;que ce nouueau vsage est vne violente vsurpation sur vnnbsp;droict naturel, public et commun, contre lequel on nenbsp;peut prescrire par quelque temps que ce soit; et il nenbsp;^aut pas prendre ce changement pour la volonté des
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Roys, mais pour celle de leurs Ministres, qui se seruent de leur nom pour leurs desselns. Ainsi ce ne sera pointnbsp;offenser Ie Roy ny blesser son authorité que de se resta-blir dans vne prérogatlue que la naissance vous donnenbsp;et laquelle ils nont point voulu vous oster. Quoy quenbsp;cen soit, vne lettre de cachet ne peut pas préualoir surnbsp;les Ordonnances du Royaume; et on nest point obligenbsp;dy defférer au préiudice des loix fondamentales de lEs-tat. Cest pour cela que ce droict délection estant nenbsp;auec vous, approuué par les Roys, confirmé par lesnbsp;Estats généraux du Royaume, il ne peut estre destruitnbsp;par lettres de cachet sous Ie nom du Roy, extorquées parnbsp;de mauuais Ministres contre ses intentions, lesquelles onnbsp;doit tousiours présumer nestre point contraires aux loixnbsp;de lEstat et a la Justice.
Le moyen de se conseruer ce droict est quil se fasse présentement vne Assemblee généralle en la Maison etnbsp;Hostel de ville, la plus solemnelle qui se pourra faire,nbsp;dans laquelle il sera délibéré sur les moyens propres etnbsp;nécessaires pour rentrer pleiflement et entièrement dansnbsp;ce droict délection et sy maintenir contre les entrepri-ses des Ministres. On peut proposer celuy qui sensuitnbsp;comme trés propre, scauoir : que deputation sera faitenbsp;incessamment vers le Roy, et maintenant vers Monsieurnbsp;le Due d Orleans, son Lieutenant Général, pour le priernbsp;de laisser iouir la ville de Paris de son droict dvne librenbsp;élection du Préuost des Marchands, comme elle en iouis-soit auparauant lannée 1 594, et quil ne sera plus en-uoyé lettres de cachet sur ce suiet; et afin que eet esta-blissement solt stable et ferme, que le Roy, et maintenantnbsp;Monsieur le due dOrléans, représentant sa personne,nbsp;sera prié denuoyer vne Déclaration par laquelle, en tant
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que besoin est et seroit, on coniirmera eet ancien droict délection, et lettres de cachet ne seront plus enuoyéesnbsp;a TAssemblée sur Ie choix dvn Préuost des Marchands ;nbsp;et cependant quon ne receura point lettres de cachetnbsp;du Roy pour la prochaine election, comme contrairesnbsp;aux Loix et Ordonnances du Royaume; mais sera procédé comme il a esté fait dans celle de Monsieur denbsp;Brousse), et que cette deliberation sera confirmee parnbsp;Arrest du Parlement.
On pourra prendre dans 1Assemblée dautres moyens pour se maintenir dans cette liberté, laquelle fera cessernbsp;les misères que souffre la ville de' Paris, réparera sesnbsp;dommages, restablira les choses dans lestat quelles es-toient auparauant Ie ministère du deffunct C. de Richelieu, et produira [non seulement] a cette ville, mais anbsp;toute la France les biens que lou doit attendee de lad-Qiinistration de gens de bien qui n auront point dau-bes interests que ceux du bien public; et on se doit pro-tuettre que les moyens qui seront pris dans TAssemblée,nbsp;téussiront paree que Monsieur Ie Due dOrléans ayantnbsp;tesmoigné tant de zèle pour Ie soulagement des peuples etnbsp;l^it paroistre vne si grande auersion contre la violencenbsp;des Ministres et loppression des Partizans, il ne man-4Uera pas, dans vne occasion si importante au bien denbsp;^ette ville, de luy renclre iustice et donner sa protectionnbsp;pour mériter entièrement son ainitié et Ie coeur desnbsp;Pouples.
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CHOIX
[3998],
(26 septembre 1652.)
LA REYNE.
Cet attachement pour Ie Cardinal Mazarin a fondé dans la sotte créance de certains Ie soubcon dvn ma-riage entre luy et la Reyne*. II en est beaucoup qui ennbsp;ont iugé auec moins de moderation. Tout Ie monde anbsp;conclu que cette princesse estoit ou mal conseillée ounbsp;mal intentionnée. Ce dernier est plus probable.
Lorsquon luy a représenté quelle sen alloit ruiner tout lEstat, na-t-elle point respondu que, si Ie pain luinbsp;manquoit en France, son frère estoit assez puissant poiu'nbsp;luy en donner en Espagne. Si cela marque que nostrenbsp;desolation luy est fort indifférente, elle monstre encorenbsp;bien plus, en abusant de nostre soumission, que nostrenbsp;aueuglement est bien pitoyable. Obéir a qui nous oO'nbsp;trage; respecter qui nous persecute; permettre quvunbsp;implacable sassouuisse aux despens de tout nostre Estat;nbsp;si nous ne sommes aussi sots quelle est enragée, que seinbsp;faut-il ?
« Sil est vray, ce quon dit, qulls soientliez ensemble par vu manage de conscience et que Ie père Vincent, supérieur de la mission, ait ratibenbsp;Ie contrat, ils peuuent tont ce quils font, et dauantage, ce que nous nenbsp;voyons pas. » iRe(]ueste ciuile contre la conclusion de lapaix [3468].)
II est fait mention de ce mariage dans Ie Silence au bout du doigt [3674Jr et par son Testament veritable, etc. [3767J Mazarin laisse au bon pèrenbsp;cent son plus authentique bréuiaire.
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Ne sest-elle pas vantée quelle ruyneroit tie bon coeur la moitié de la France pour se venger de lautre, et parnbsp;raesme moyen de toutes deux ? Ne luy a-t-on pas ouynbsp;dire quelle allumeroit les guerres ciuiles pour y fairenbsp;périr les plus redoutables ennemis du Roy, son frère,nbsp;puisquelle nauoit peu les faire périr en les abandonnantnbsp;au milieu du danger, comme M. Ie Prince de Condé etnbsp;M, Ie Cointe dHarcourt deuant Lérida? Na-t-elle pasnbsp;protesté quelle nentreroit iamais dans Paris que dansnbsp;vn vaisseau flottant sur Ie sang de ses ennemis? Ne luynbsp;a-t-on pas veu donner ordre, chemin faisant, de ruynernbsp;Ie reste des moissons que la fureur des soldats auoit es-pargnées? Ne scait-on pas quelle demande a ceux quinbsp;viennent de Paris, si elle peut encore espérer que la famine la vengera bientost de cette grande ville? Bon Dieu!nbsp;quelles paroles! Si elle na frémy en les aduancant, ilnbsp;faut bien quelle ait vn coeur a lespreuue de tout sentiment bumain.
Elle a désia réussi dans la pluspart de ses intentions. Des quatre parties dela Fi'ance, Irois sont sur les dents.nbsp;II ny a que Paris qui lui pèse beaucoup sur les bras,nbsp;paree quil a encore vn peu de pain; mais si nous nenbsp;Hous resueillons pas vn peu, il est a craindre quelle ennbsp;viendra bientost a bout.
Ils ( les princes ) nen veulent quau Mazarln ; et nous en voulons au Mazarin et a la Reyne, encore plus a lanbsp;Reyne quau Mazarin. Ce nest pas a Pespée qui fait Ienbsp;meurtre, mais au bras qui la maniée, que la lustice sennbsp;doibt prendre. Le Mazarin na esté que Iinstrument desnbsp;passions de la Reyne. Il na rien fait quelle naytvoulu,nbsp;paree quelle 1'eust bien empesché de faire si elle ne leust
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point voulu; mais si Ie Cardinal Mazarin vouloitsenrichir, la Reyne voiiloit nous appauurir; et eet Estranger nanbsp;iainais eu de mauuais dessein que cette Eslrangère naytnbsp;encore fait paroistre innocent en enchérissant par dessiis.
Le feu Roy, qui cognoissoit fort bien la Reyne, ne lui vouloit iamais laisser la Régence. Les flatteurs luy flrentnbsp;succomber, mais après auoir ouy dire de la bouche dvnnbsp;Roy mourant ; (c Hélas / vous ne cognoissez point lanbsp;dame 1 » Nous la cognoissons bien maintenant; maisnbsp;nous la cognoistrons encore inieux si nous voulons auoirnbsp;la patience destre vn peu plus scauans. Hélas! quenbsp;nostre ignorance nous estoit bien plus aduantageuse etnbsp;quil nous eust mieux valu de ne scauoir point cenbsp;quelle scauoit faire, paree que nous ne scaurions pasnbsp;maintenant que nous viuons sous la tyrannic.
LE ROY.
Qui a esleué le Roy ? Nest ce pas le Mazarin ? Qui le possède? Nest ce pas la Reyne? Qui le fait agir? Nest cenbsp;pas lvn et lautre ? Ie soustiens done quil ne peut estrenbsp;bon Roy quauec miracle, paree quil na iamais apprisnbsp;lart de régner que de ceux qui ne le scauent point.
Le Mazarin la esleué ; il faut done quil en ayt fait vn fourbe; car il ne peut luy auoir appris que ce quil scait-Si le Roy est fourbe, malheur a lEstat quil gouuernera!nbsp;IjU Reyne le possède; elle ne luy fera done gouster qu®nbsp;du sang; car ee nest que le sang quelle respire.nbsp;peut-on espérer de tout cela ?
Quelque beau naturel que le Roy ayt eu, estant tendre, il a esté capable de receuoir toute sorte dimpr®®®tons. H
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n a peu receuoir que les impressions quon luy a données. ^eux qui luy ont donné des impressions, sont ceux quinbsp;1ont esleué ou qui Ie possèdent encore. Ceux qui Tontnbsp;®sleué et qui Ie possèdent encore, sont tous ou violensnbsp;OU fourbes ou sanguinaires ou cruels ou vindicatifs.nbsp;Peut-il done auoir receu des impressions qui ne soient
mesme nature ?
Cette humeur, naturellement bieu faite, mais néaut-Kioins desbauchée par lartifice, ne scauroit estre corri gée que par viie espouse. La Reyne consentira-elle aunbsp;ttiariage ? Si la politique nest point menteuse, elle Ienbsp;différera tant quelle pourra, paree que Ia continuationnbsp;de son pouuoir est incompatible auec Ie mariage du Roy.
II y faudra néantmoins consentir, paree que les néces-sitez de lEstat Ie requerront. On parle de Mademoiselle. Ie croy bien que cela se feroit si la lustice estoit escou-tée; mais cette Princesse est trop généreuse et trop clair-Uoyante. II faut vn naturel moins ingënieux ou plusnbsp;lasebe pour mériter que la Reyne ne sy oppose point;nbsp;OU pour Ie moins il faut que la Reyne soit sans pouuoir.nbsp;La vertu est auiourdhuy désaduantageuse pour les affaires dEstat, paree que les meschans gouuernent. Pournbsp;luériter destre esleué, il faut faire voir quon ne Ie mé-dte point. Néantmoins, si lEstat men croit, il crèueranbsp;plustost que de permettre 1entrée du liet Royal a dau-tre qua la fille des deux branches Royalles dOrléans etnbsp;de Montpensier.
LE DUG DORLÉANS.
II est bien constant que Ie Due dOrléans a escouté Routes sortes de personnes. Le Coadiuteur, la Che-
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ureuse, Chasteauneuf et Ie reste des Mazarins nont ia-mais esté rebutez. II est bien probable que les conseils de ces Messieurs nont iamais vise a terminer les affairesnbsp;paree que leurs interests, dit-on, ne sy retrouuoient pas.
On dit que Ie Coadluteur a tousiours fomenté dans lesprit du due dOrléans vn certain deffy de la puissancenbsp;du Prince de Condé. Si cela nest pas vray, cela nestnbsp;pas trop mal fondé. Le Coadiuteur hayt Ie Prince denbsp;Condé. Cette haine ne peut subsister que par le soup9onnbsp;quil entretient dans lesprit du Due dOrléans pour synbsp;rendre nécessaire. Si le Due dOrléans sest deffié dunbsp;Prince de Condé, il na iamais agi auec vigueur pour seconder ses desseins. Raisonne la dessus qui voudra.
quot;Vn homme qui entend tout le monde, ne peut quil nen recoiue des impressions diuerses, a moins quil nenbsp;soit indépendant de toute sorte de conseil estranger. Lenbsp;due dOrléans na pas cette qualité, paree quil se deffienbsp;par trop de soy mesme, quoyquil puisse et quil sqachenbsp;plus que tous les autres. Se peut il done que les parti-zans de deux partis contraires laieiit attaqué sans le fairenbsp;bransler diuersement selon les mouuemens quil en rece-uoit? Qui regoit le bransle de diuers mouuemens, nagitnbsp;iamais vniformément. Si le Due dOrléans na point aginbsp;vniformément, le party qu11 appuyoit par préférence, nenbsp;pouuoit quil ne marebast dvn pied languissant. Ie nennbsp;dis pas daduantage, paree que tout le monde en dit assez.
LE PRINCE DE CONDÉ.
Le Prince de Condé a lesprit percant, ambitieux, hardy, vigilant, actif, infatigable, a lespreuue de lanbsp;fortune et des reuers. Voila les qualitez quon luy donne.nbsp;Elles sont en elles mesmes toutes innocentes; elles peu-
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uent estre mauuaises dans leurs obiects. Ses ennemis mettent ces qualitez dans lexcez; ses amys les retien-nent dans la moderation et dans les hornes. Nescoutonsnbsp;ni les vns ni les autres; parlons auec indifference; etnbsp;iugeons de tout cela sans passion.
Auant Ie blocus de Paris, cestoit Ie Dieu de 1Estat. II ny auoit que lenuie qui lui peust contester pour lorsnbsp;ces sept qualitez susnommées dans leur plus parfaitenbsp;moderation; mais Penuie nest que 1ombre de la vertu.nbsp;Après Ie siege, la haine a change les iugemens, pareenbsp;quelle a altéré les imaginations dans ceux qui ne règlentnbsp;leurs iugemens qua lintérest.
Mais, sans flatter Ie dé, quel fut Ie crime du Prince de Condé dans ce siége? Cest sa trop grande passionnbsp;pour maintenir lAutborité Royalle; cest sa trop grandenbsp;soubmission aux ordres dvne souueraine. Parlons fran-chement: luy, qui estoit inuincible, se laissa vaincre parnbsp;les larmes de la Reyne. Elle engagea sa parole par sesnbsp;adresses de femme et par ses charmes de souueraine. Sanbsp;parole engagée lobligea a la poursuite qui a cause toutesnbsp;ses trauerses et les nostres. lusques la ie ne vois point denbsp;plus grand manquement que celuy de nauoir point esténbsp;prophéte pour préuoir les fautes de ce dessein.
Les autres disent que si Pambition de ce Prince neust esté fort modérée, il ny auoit pas plus loing de luy a lanbsp;Souueraineté que de Sainct Germain a Paris. Ien iugenbsp;autant, et auec moy tous les plus sensez. Pourquoy est cenbsp;done qu'il ne se laissa point gagner a ce charme ? Pareenbsp;quil nest pas moins vainqueur de 1ambitiou que de nosnbsp;ennemis; paree quil vouloit seruir, non pas destruirenbsp;son Roy. Il na done point esté malheureux que dauoirnbsp;esté suiet dvne femme ou de nauoir pu désobéyr sans
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fonder Ie soubcon raisonnable dvne ambition déréglëe.
Laissons Ie siége. Passons a son emprisonnement. Quest ce qui larreste ? Quel crime ? Quel attentat ?nbsp;Cest son courage; cest sa vertu; et, par contre coup,nbsp;cest 1ingratilude; cest la mécognoissance. Sil eustpeunbsp;craindre ses obligez, ou si ses obligez eussent eu dunbsp;coeur, il estoit sans danger. La Reyne ne Ie fait arresternbsp;que paree quil 1a seruie, paree que sil ne lauoit pointnbsp;seruie, elle neust seulement pas osé ietter les yeux surnbsp;luy que pour ladmirer.
Me voila maintenant oii tout Ie monde mattend. On croyoit que Ie Mazarinisme ne dureroit pas quinze iours.nbsp;Les commencemens fortifioient cette créance. Lvnionnbsp;quon espéroit plus forte entre luy et Ie Due dOrléans,nbsp;ny contribuoit pas de peu. Le Coadiuteur et la Che-ureuse , sa coadiutrice, ne paroissoient plus deuoirnbsp;estre en crédit. Le Mareschal de LHospital et le Pré-uost des Marchands1 nestoient plus regardez que commenbsp;des instrumens sans force. Enfin on espéroit tout de luy.
On scait comment il a fait quand il a esté le maistre : a Chastillon, a Sainct Denys, au faux bourg Sainct Antoine. De la on peut coniecturer ce quil eust fait si sesnbsp;volontez eussent esté les maistresses dans les autres occasions.
Quel est done ce fatal ressort de tous les grands des-seins de lEstat? Quand le Prince arriua, il eut vne grande armée a conduire, vne puissante ligue de Maza-rins dans Paris ^ rompre, lesprit du Due dOrléans a
Bromsel.
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mesnager. Chacun des trois demandoit Ie Prince tout entier. II a fallu néantmoins quil se soyt partagé pournbsp;se donner aux vns et aux autres selon leurs besoins.nbsp;Quelque lent quon soyt, pourueii quon aille quand onnbsp;trouue tant dobstacles , on va bien viste. Quand Ienbsp;Prince sest donné a son armee, il en a bien battu les en-nemis; quand il a entrepris la llgue des Mazarins, sil nenbsp;la rompue, il la bien affoiblie; quand il sest attachénbsp;au Due dOrléans, il en a, dit on, presque détaché Ienbsp;Coadiuteur; il est du moins asseuré que les visites nennbsp;ont point esté si fréquentes. Si, pendant quil eust esté anbsp;la teste de ses troupes, quelquautre que luy eust esté capable de rompre la ligue des Mazarins, de fortifier Ie Duenbsp;dOrléans contre la souplesse du Coadiuteur, ie ne doubtenbsp;pas que nous neussions desia oublié Ie nom de Mazarin;nbsp;mais comme il a fallu quil se soyt partagé a tant de né-cessitez, les affaires ont esté plus lentes que limpatiencenbsp;des peuples.
Quelques passionnez en attendoient plus de violences. Ils disent quil falloit se défaire du Coadiuteur puisque Ienbsp;Coadiuteur estoit vn obstacle au bien public. Si ce prélat ne meurt que par les mains ou par les ordres de cenbsp;Prince, il sera immortel. II ne doit périr que par 1entre-prise de quelquesprit plus bas et de quelque plus laschenbsp;main. Le Prince nest capable que de faire des coups denbsp;Prince. Si le public se ressent des intrigues du Coadiuteur, que le public se venge. Cest a tort que le publicnbsp;attend que le Prince soit linstrument de ses passions. IInbsp;trauaillera bien pour ses intérests; mais il ne les pousseranbsp;point par vn coup de lascheté.
Dautres passionnez, aussi fols que les précédens, disent que le Prince ne deuoit point mesnager le Due
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dOrléans et Ie Parlement auec tant dattachement. Ces politiques ne regardent que leurs interests. Ils voudroientnbsp;quvn premier prince du sang se fust comporté en tribunnbsp;du peuple. IIs voudroient quil eust iustifié par sa conduite les calomnies de la Cour, qui ne reproche aunbsp;Prince que la violence; mais il a démenty ces reprochesnbsp;par lexpérience dvne moderation inouye. Les violencesnbsp;sont des brutalitez lorsquelles ne se font que par Ie caprice dvn particulier; lorsquelles se font par Ie concertnbsp;des sages, ce sont des Coups dEstat.
Si vos affaires auoient eu tant de langueur, quot;Éelles de la Cour en auroient eu plus de vitesse; car il nest pasnbsp;possible quvn party soit lent sans que Ie contraire nenbsp;sen préualle.
Quels sont les auantages de Ia Cour? Qua-t-elle pro-fité de cette langueur prétendue? Auec buit mille hommes Ie Prince en a fait périr vingt-cinq mille; il a dis-sipé la ligue quelle fomentoit depuis si longtemps dans Paris ; il a fait auorter tous ses desseins. II a sauué Parisnbsp;lorsquelle Ie destinoit au sang et au carnage ; il a fait cenbsp;que tout autre que lui ne pouuoit point faire. Si cestnbsp;languir, Ie procédé de la Cour est done mort, ou nosnbsp;impatiences sont trop précipitées.
t.E PARLEMENT.
Le Parlement a-t-il plustost esté Mazarin que Prince, ou au contraire? ou bien na-t-il point esté nynbsp;lvn ny Pautre? Si lon considère le Parlement par lesnbsp;. particuliers en détail, il a bien plustost esté Mazarin quenbsp;Prince, paree quil y auoit plus de Mazarins que denbsp;Princes. Si Ton considère le Parlement sous le titre de
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corps souuerain, sans se réfléchir au particulier qui Ie compose, il a fort nagé entre deux eaux. Au reste, ienbsp;pense quil na esté véritablement ni Prince ni Mazarin.
11 est vrai que Ie Parlement a bien choque Ie party Mazarin; mais il na pas assez fauorisé celuy du Princenbsp;pour Ie rendre maistre de son compétiteur. Si Ie Parlement a choqué Ie Mazarin, cest qipon Fa tant poussénbsp;quil na pu sempescher de Ie heurter. Sil a fauorisé Ienbsp;party du Prince, cest quon luy a arraché ses faueurs.
Faut-il done accuser Ie Parlement ? Nenny. Le Parlement est auguste et venerable; mais il en est beaucoup de ceux qui le composent, qui ne relèuent pas beaucoupnbsp;son prix. Iav le bonheur de nen connoistre pas vn denbsp;ceux qui sont de cette estoffe. Pour récompenser ceux-que ie cognois, il faudroit faire vingt ou trente Gardes desnbsp;Sceaux et autant de Secrétaires dEstat.
LE DUG DE BEAUFORT.
IjC Duc de Beaufort, sans contredit, est bon Prince. Le Coadiuteur, dans ses escrits, a beau le comparer anbsp;des brasseurs de bierre ou a des .Arteuelles ; il a beau lenbsp;nommer Fidole du temps; tous ces outrages ne flétrissentnbsp;en rien la gloire de ses actions. Quelque louange que lenbsp;duc de Beaufort mérite, ie croy quil est inimitable en cenbsp;quil est Fennemy le plus irréconciliable du Mazarin etnbsp;du Coadiuteur.
Tout ce que ie trouue a redire en luy, cest quil a trop espargné ce dernier depuis qu il a reconnu quil
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nestoit pas digne de ses affections; mais les heros de son génie ont plus de bras que dyeux. Ne Ie flattons pasnbsp;luy-mesme. Disons ce quil doit faire, puisquil ne Ie faitnbsp;point. Ce nest pas Ie tout que de hayr vn ennemy lors-que 1ennemy ne se borne point réciproqueraeut a sanbsp;haine. La haine du Coadiuteur nest inféconde que pareenbsp;quelle est impuissante. Sil auoit Ie dessus sur luy, il Ienbsp;presseroit tant quil Ie crèueroit. II faut done que Ie Duenbsp;de Beaufort se serue de 1aduantage quil a, et quil fassenbsp;ressentir au Coadiuteur quil a plus de pouuoir que luy,nbsp;en Ie faisant traiter comme vn ennemy impuissant.
Mais non; ie ne conseille pas encore cela au Due de Beaufort. Quil suiue sa générosité; et, pour maltraiternbsp;bien rudement Ie Coadiuteur, quil Ie mesprise, quil luynbsp;tesmoigne, en dédaignant de Ie maltraiter, quil nenbsp;mérite seulement pas quil Ie maltraité. Le Coadiuteurnbsp;ne craint rien a légal du mespris. Cest lescueil de sanbsp;patience; cest le suiet de son impatience.
Ie scay bien quil na point tenu au Coadiuteur que ce schisme nait esté ietté dans lintelligence de ces deuxnbsp;Princes (le prince de Condé et le due de Beaufort). Lenbsp;Marquis de Chasteauneuf y a trauaillé, mais ny a pasnbsp;réussi. Madame de Montbazon a mesme esté sollicitéenbsp;pour ce mesme dessein par vn des plus proches de cenbsp;nouueau Cardinal; mais on luy a respondu quon nestoit pas seulement en estat den vouloir escouter les premières propositions.
Le Due de Beaufort voit bien que le Coadiuteur ne voudroit le désvnir dauec le Prince de Condé que pournbsp;le perdre heureusement après lauoir désvni. Tous lesnbsp;généreux luy pèsent sur les bras. Le Coadiuteur ne veut
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point damis sil ne les commande. II ny a que les las-ches qui sy soumettent.
Disons done que Ie Due de Beaufort va de bon pied; quil est homme de eceur et dhonneur; quil est biennbsp;attaché au party, comme il la tousiours bautement tes-moigné. II ne faut pas laisser de luy dire quil est a propos quil donne de lesperon au Préuost des Marchands,nbsp;dont on ne craint pas moins la moderation que limpé-tuosité de son prédécesseur.
LE COADJUTEUR.
Le Coadiuteur est vn ambitieux; cela est constant. Cest vn intrigant; cela ne se contredit point. Cest vnnbsp;hardy; tout le monde en tombe daccord. Cest vn violent; personne nen iuge autrement. Voilh bien des qua-litez qui sont incompatihies auec Ia supériorité.
Mais OU dit-on quil aspire? Au Ministère dEstat. Que fera-t-il pour y arriuer ? Tout. Que faut-il faire pour ynbsp;arriuer? II faut destruire tous ceux qui peuuent sy op-poser. Qui sont ceux qui sy peuuent opposer? Ceux quinbsp;ont desia ressenti leffet de la puissance des Fauoris et quinbsp;doiuent estre au dessus par Ie mérite de leurs vertus etnbsp;de leur naissance. Cest le Due dOrléans; cest le Princenbsp;de Condé. Le premier nest point a craindre, paree que,nbsp;outre quil est trop bon, la proximité du Trosne le metnbsp;a iabry des violences. Le second est redoutable, pareenbsp;quil est ambitieux et quil est en estat de craindre ceuxnbsp;que la faueur fait approcher du Trosne pour y seruir denbsp;premiers ministres.
Pourquoy est-ce done que le Coadiuteur a plus estudié de sattacher au Due dOrléans quau Prince de Condé,
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puisque ce dernier est a craindre et que 1autre ne 1est plus a cause de sa trop grande bonté ? La raison en est claire :nbsp;Ie Prince de Condé ne veut point dautre maistre que Ienbsp;Roy. Le Coadiuteur veut commander a tous ceux qui se-ront au dessous du Roy. Lvn et lautre visent a mesme but;nbsp;le premier par le mérite de ses vertus et de sa naissance;nbsp;le second par les suggestions seules de son ambition.
Le Coadiuteur ne bait pas Monsieur le Prince de Condé; mais il aime la souueraineté. Et comme il voitnbsp;quil ny peut arriuer par confidence, a moins quil nenbsp;destruise le Prince, il nobmet que ce quil ne scait pasnbsp;pour sen défaire.
Toutes ces réflections, qui ne sont pas moins infailli-bles que les véritez de lÉuangile, font conclure a certains politiques que si le Prince estoit réduit au choix OU a Ia nécessité de supporter lvn des deux cardinauxnbsp;dans le ministère, ou Mazarin ou Gondy, il supporteroitnbsp;le Mazarin. Ie nen doute pas. Tous les sages sont dansnbsp;ce mesme sentiment. Le Mazarin a desia tant pillé quilnbsp;nest plus a craindre pour ses pilleries, paree quil sestnbsp;remply. Le Coadiuteur, outre quil est gueux, sest encorenbsp;tellcment eiidebté quil est a craindre que le peuplenbsp;payeroit ses debtes. Le Mazarin na point de parensnbsp;dont léléuation par sa faueur puisse faire ombre a nosnbsp;Grands et diuiser par mesme raison cet Estat. Le Goad-iuteur en a vn si grand nombre quil seroit obligé par sesnbsp;raisons politiques de renuerser tous les autres pour esle-uer les siens.
Voila les raisons générales. Pour les particubeics : Mazarin nest ni cruel, ni sanguinaire, ni violent. Poutnbsp;ce quon peut dire de luy, eest que eest vn fourbe, vn
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DE MAZARINAUES.
auare, vn ingrat et vn sot politique. Le Coadiuteur a toutes les mauuaises qualitez du Mazarin; mais il na pasnbsp;lesbonnes. II est cruel et violent, tesmoin quand il futnbsp;daduis quil falloit sousleuer le peuple pour arracher lesnbsp;sceaux au Premier Président. II est superbe et arrogant,nbsp;tesmoin lorsquil voulut, laii passé, a la porte de lanbsp;Grandchambre du Palais, entrer de pair auec le Princenbsp;de Condé, si ce dernier, iustement ialoux de son rang,nbsp;ne leust rudement repousse. II est hardy et entrepre-nant, comme i! le fit paroistre, lannée passée, dans toutes les assemblees du Parlement, ou il ne venoit iamaisnbsp;quauec vne escorte de general darmée.
Mais, pour coniecturer ce quil seroit sil estoit premier Ministre dEstat, il faut scauoir que, parlant vn iour au comte de Lègues [marquis de Laigue], commenbsp;on dit, et au marquis de Noirmoustier, il leur asseuranbsp;que, si le Mazarin eust esté plus séuère, cest a dire plusnbsp;cruel, il ne fust iamais deschu de son rang. Il vouloitnbsp;dire par la, dit la glose ; Si iestois iamais ce que le Mazarin a esté, ie vous asseure. Messieurs, que si ie tenoisnbsp;en prison quelque Due de Beaufort, quelque Maresclialnbsp;de La Mothe ou quelque Prince du Sang qui meussentnbsp;choqué, ie ne permettrois iamais quils en sortissent quenbsp;les pieds deuant. Mon Dieu! Mon Dieu! Mon Dieu!nbsp;que Ie Mazarin reuienne plustost!
Cela me feroit quasi croire ce que certains ont remar-qué, que M. le Prince de Condé na point poursuiui le Mazarin si viuement quil eust fait sil neust redoubté cenbsp;successeur par la faueur du Due dOrléans et par lanbsp;Vengeance de la Eeyne. Ie ne sqais s il 1 a fait; mais ienbsp;suis bien asseure quil 1a deub faire et que le Coadiuteurnbsp;ïia que trop tesmoigné que sil arriuoit iamais a la con-
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CHÜIX
fidence du Roy, il tascheroit dy débuter par la perte du Prince. Cela veut dire (fue si les peuples veulent que Ienbsp;Prince les défasse du C. Mazariu, il est iuste que lesnbsp;peuples mettent Ie Prince a labry de ce quil doibt crain-dre du costé du Coadiuteur.
On a tort de reproclier au Coadiuteur quil est Maza-rin, cela est vray; car il ne Test pas; mais néantmoius, cela nempesche pas quil ne lait soustenu. Voila lanbsp;raison : Ie Coadiuteur ne peut sesleuer au ministère quenbsp;par la faueur de la Reyne et par la perte du Mazarin.nbsp;Pour mériter la faueur de la Reyne, il faut quil la flattenbsp;oil il luy démange, cest a dire quil appuye apparem-ment les interests du Mazarin, quoyquen effet il Ie dé-teste. Pour perdre Ie Mazarin, il faut quil ne désemparenbsp;iamais lesprit du due dOrleans. Pour donner encore a lanbsp;Reyne vn motif de laimer, il faut quil se porte pour vnnbsp;des plus grands ennemys du Prince de Condé. Voyla biennbsp;des contradictions quil a a mesnager. Ce nest pas tout.
Pourquoy soppose-t-il si fortement aux poursuites du Prince de Condé contre Ie Mazarin ? car il est assez constant que, sans la lenteur que les intrigues du Coadiuteurnbsp;ont causée dans lesprit du Due dOrléans, Ie Prince au-roit desia terrassé tout Ie party de Mazarin. Et si les ap-parences ne sont pas trompeuses, nous Ie pouuons asseznbsp;coniecturer de ce quil a fait, lorsquil a eu Ie loisir de senbsp;dérober aux intrigans pour prendre lespée.
Le Coadiuteur veut bien que Ie Mazarin soit esloigué; mais il seroit bien marry que le Prince de Condé 1 eustnbsp;destruit par la force. Voila pourquoy il la tousiours af-foibly en sefforcant daffoiblir le concours du Due d Orleans. Mais pourquoy cela? me dira quelquvn. C est que
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si Ie parly Mazarin venoit a succoinber par viie extresme et visible foiblesse, Ie Prince auroit assez de force pournbsp;frustrer Ie Coadiuteur de respérance quil a dans Ie Ministère et pour empescher la Reyne mesnie de ly esle-uer; au lieu que si Ie Mazarin ne succombe que lorsnbsp;même quil sera encore en estat de pouuoir résister, ilnbsp;laissera la Reyne en estat de pouuoir faire choisir aunbsp;Roy celuy quelle voudra; et Ie Prince naura pas asseznbsp;de pouuoir pour leinpescher; et la Reyne sera bien aisenbsp;de porter son choix sur Ie Coadiuteur, tant en recognois-sance de la complaisance quil luy a tesmoignèe pour Ienbsp;restablissement du Mazarin, que paree quelle Ie iugeranbsp;capable de seconder aueuglément toutes ses intentionsnbsp;pour la venger bautement du Prince de Condé.
PARIS.
Ie nappelle pas Parisien celuy qui est né dans Paris; maïs iappelle Parisien celuy qui espouse les interests denbsp;Paris sans anemie reflection a ses interests particuliers.nbsp;En ce sens, ie croy quil ny a point de Parisiens dansnbsp;Paris, paree que tous les Parisiens sont partagez a lanbsp;deffense de ceux que lintérest ou 1affection leur faitnbsp;choisir. Ainsi Paris oblige tout Ie monde; et Paris no-blige personne. II en est de mesnie de luy que du Parlement. Le Parlement oblige les vns et les autres pareenbsp;quil a des particuliers dans son Corps qui sont partageznbsp;selon leurs interests ou selon leurs inclinations; niaisnbsp;pour luy il noblige personne. Paris est pour le Prince ;nbsp;Paris est pour le Mazarin, paree que Paris a des particuliers qui sont pour le Prince, et daulres qui sont pour
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CHOIX
Ie Mazarin; mais en soy Paris nest ni pour lvn ni pour lautre, paree quil nespouse pas, coinme il faut, les interests de lvn ni de Iautre.
A la iournée du faux bourg SainctAnthoine, oü Ie Prince de Condé sauua Paris, Paris fit néantmoins cog-noistre quil estoit Prince et quil estoit Mazarin tout ensemble. Son affection fut problématique en ce iour; etnbsp;Mazarin et Ie Prince eurent esgaleinent subiect de sennbsp;offenser et sen tenir obligez.
Im. Vérité
cuntlnuanl de prononcer ses oracles.
LE PREMIER PRF:SIDENT.
Tout Ie monde conuient que Ie Premier Président fait Ie politique et Ie grand homrae dEstat. Cela veut direnbsp;quil croit lestre; mais cela ne conuainepas quil Ie soit.nbsp;II est plus probable quil ne lest pas pour cette seulenbsp;raison quil Ie croit estre.
Le Premier Président affecte vne facon stoïque. II fait 1apatbique et le hardy. Lorsquil a plus de subiect denbsp;craindre, cest alors quil se roidit le plus pour ne trembler pas. Ses regards sont estudiez; sesmouuemens sontnbsp;tous composez; sa barbe mesine ne se remue iaiuaisnbsp;quauec compas. II parle fort peu; mais il est einpha-tique. II ne rit que fort rarement; sa démarche est ma-iestiieuse; son maintien graue; son visage fort venerable.
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La piétë donne la dernière couleur a tout oet extérieur. Voila vne belle apparence. Si les effets iie la démententnbsp;point, cest vn grand homme. Sils sont contraires, cestnbsp;vn grand fourbe. Parlons-en vn peu.
Si le Premier President est désintéressé, ie men rap-porte. Le bruit, neantmoins, qui court du contraire, nest pas trop desraisonnable. II est constant que depuis cesnbsp;derniers mouuemens il a pani diuerseinent intéressé, tan-tost pour le Prince de Conde, tantost pour le Mazarin.
Lorsque les Sceaux furent donnez au Premier Président, il estoit dans les interests du Prince. Lorsquils luy furent ostez pour estre redonnez au marquis denbsp;Cbasleauneuf, il en sortit. Quest-ce qui Iobligeoit a cenbsp;changement ? Si nous deuons dcferer a la raison et a lanbsp;créance publique, cest Iesprit de vengeance qui le des-taclia du Prince, paree quil crut que le Prince luy pou-uoit conseruer les Sceaux sil se fust bien Intéressé pournbsp;luy. Ce motif de changement est lasche. Celuy qui dé-laisse vn party par la seule raison que ses intérests nenbsp;sy retrouuent pas, ne le condamne pas; mais il se con-damne luy mesme en ce quil tesmoigne quil ne veut senbsp;donner quau plus offrant. Si cest estre homme dEs-tat, il faut réformer le Polibe et le Taclte. Passons outre.
Pendant Iemprisonnement des Princes, le Premier Président fit le lanus ou le Gérion, cest a dire Ihommenbsp;a deux ou trois visages. Il portoit bien les intérests dunbsp;Prince de Condé; mais la force luy manquoit pour lesnbsp;soustenir. Quelquiniustice quil vist en son einprisonne-ment, il nen dit mot iiisqu a ce que sa lascheté lui fistnbsp;voir que la tyrannic nestoit pas assez absolue pour luynbsp;fermer la bouche. 11 paria: mais cest quil ne pouiioit
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plus se taire. 11 se déclara lorsquil vit que raesme ceux qui estoient moins que luy, sestoient desclarez. II fit lem-presse pour Ieslargissement des Princes lorsqui! recog-nut que la tyrannie nestoit plus en estat de Ie pouuoirnbsp;plus refuser. Lorsque Ie torrent des voix lemportoit, ilnbsp;parloit hautement, faisant Ie fier pour la defense desnbsp;Princes. Lorsque les autres se taisoient, il se tenolt dansnbsp;Ie silence, nosant parler a moins quil ny fust inuité parnbsp;lexeinple de quelquvn qui fust plus hardy que luy....
Cette politique est-elle dvn homme dEstat? Le Premier Président est a qui plus luy donue; il attaque qui luy donne le moins. Il regie lestime de celuy quil fauo-rise, a ce quil en recoit. II se fait achepter pour se re-üendre a celuy qui luy donnera le plus, tellement quenbsp;ceux qui! sert, ne tiennent rien, a moins quils ne lenbsp;inettent en estat de ne pouuoir rien espérer de plus grandnbsp;que ce quils luy donnent. Voila la politique des Suisses.
Le Premier Président a vieilly dans le Palais; aussi lentend-il bien. II nest entré dans lEstat que lorsquvnnbsp;désintéressé de son aage en voudroit sortir; faut-il ses-tonner sil ne Teutend point. Aussi dit-on que cest parnbsp;cette seule raison quil ny est pas intelligent, que lenbsp;Mazarin Ta choisi paree quil ne eraint que ceux qui ennbsp;scauent plus que luy, et quil scait, outre cela, quil estnbsp;des vertueux de la grandmanche. Ie men rapporte.
Doü vient done cette hardiesse, cette grauité, eet aius-tement extérieur, composé a la politique, qui semblent des vertus dEstat? De sa barbe, de sa robe longue, d vnenbsp;présomption particuliere, dvn extérieur de piété et de lanbsp;couslunie quil a de prononcer sou iugement saus appel.
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l)K MAZARfNAOES.
LA DULHESSE DE CHEÜREUSE.
On ne peut pas nier a Ia Duchesse de Clieureuse quelle nait beaucoup entrepris. Tout lè monde scaitnbsp;quelle a donné Ie bransie a plusieurs grands mouue-mens et quelle a esté Iintelligence de plusieurs grandsnbsp;desseins; mais Ie malheur est quon ne luy en attribuenbsp;pas vn de bon. On dit quelle remue beaucoup, maisnbsp;quelle nestablit iamais vne affaire. On dit quelle mesienbsp;bien vne intrigue, mais quelle ne peut iamais la démes-ler. On dit quelle sort fort bien dvn labyrintbe, maisnbsp;non pas sans sengager dabord dans vn autre. Ou ditnbsp;quelle trouble bien, mais quelle ne calme iamais. Bref,nbsp;on dit quelle brouille bien, et cest tout dire. Mais celanbsp;est-il viay ? II faut Ie voir.
II est probable que ses principes né sont pas plus as-seurez que ceux du Cardinal de Retz, son coadiuteur dans 1intrigue, puisquils ne branslent que par mesrae mouue-ment, ils nagissent que par mesme principe. Les principes du Cardinal de Retz ne sont pas fort approuuez. Onnbsp;ne luy donne tout au plus que des souplesses et des bri-coles dans la Politique, paree quon ne luy voit pointnbsp;produire aucun beau coup dEstat; et comme on voitnbsp;quil est assez intriguant pour désordonner Ie plus belnbsp;ordre, on dit quil est ou Ie bon disciple ou Ie bon col-lègue de la Cheureuse.
Cette conformité de génie quon recognoist dans les deux, fait quon en recherche plus curieusement la vériténbsp;pour nen déférer quauec raison. On examine la conduitenbsp;de la Duchesse de Cheureuse; on ny rencontre iamaisnbsp;quvne importune suite de souplesses qui sengagent in-
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sensibleinent lvne après lautre et clont elle ne se dégage iainais. On examine Feconomie du Coadiuteur; et Ianbsp;mesme confusion la rend désagréable; mais pour desnbsp;Coups dEstat, cest a dire pour des traits de prudencenbsp;qui fassent voir vn nouueau iour aux affaires dans leurnbsp;plus grand embarras, ie pense que ny 1vn ny lautre neunbsp;ont iamais produit. La première na brouille les cartesnbsp;que pour en aller iouer Ie ieu hors de lEstat. Elle nestnbsp;rentree que par la porte quelle auoit ouuerte, cest anbsp;dire par les troubles. Elle ny vit que par les tempestesnbsp;quelle a souleuées ; point dordre, point de calme,nbsp;point déconomie dans sa conduite. Le Cardinal denbsp;Retz ne brouille pas moins. Sa conduite nest autrenbsp;chose quvne suite de souplesses entrelacées les vne.snbsp;auec les autres. II ne finit iamais, paree que, en sornbsp;tant dvn abysme , il tombe dans vn autre. II a lin-trigue inespuisable, paree quil na point de prudencenbsp;qui la puisse bomer par aucun coup dEstat.
Pour intriguer, il faut estre hardy au dela de la moderation ; la Duchesse de Cheureuse Pest dans la perfection. II ne faut iamais se rebuter; elle est a lespieuue des refus; et son Altesse Royalle le pourroit bien tes-moigner. II ne faut iamais agir que par le motif de lin-térest : cest le seul de ses principes, comme il a tous-iours paru. Il faut estre de deux visages : le Mazarinnbsp;peut bien estre tesmoin quelle entend ce mestier. Ijnbsp;faut faire semblant de hayr ceux quon aime, et dai-mer ceux quon bait : elle triomphe dans ce dégui-senient. Il faut estre actif, prompt et vigoureux : c estnbsp;son genie. Et, pour conclure en vn mot, il faut tousioursnbsp;engager les affaires, solt en semant de faux bruits, soit
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en diuisant les vns dauec les autres, soit en faisant nais-tie de nouuelles conionctures, soit en faisant tirer toutes choses en longueur pour se rendre nécessaire : cest ennbsp;quoy lesprit de la Duchesse de Cheureuse se fait remar-quer parmy les plus intelligens.
LE COMTE DHARCOURT.
Le Comte dHarcourt est soldat, dit on; mais il nest pas capitaine. 11 a le bras bon; mais il a la teste foible.nbsp;Il fait bien; mais il délibère mal. II a Taction forte;nbsp;mais sa conception est foible. Cest vn Briare; mais pournbsp;cent bras, il na pas vn cerueau____
Ceux tjui le défendent, disent quil a tousiours laissé les branches pour ne sattacher quau tronc. Ceux qui Tac-cusent, disent quil sattache aueuglément; quil a trop denbsp;complaisance pour vn homme de coeur; quil ne se re-cognoist pas, paree quil se prostitue a toute sorte dem-ploys; quil cherche Thonneur, mais par les voies denbsp;Tintérest, ou quil cherche plustost ou il y a a gagner, quenbsp;OU il y a a se signaler.
On dit quil obéyt aueuglément; quil ne regarde pas si le ministre est tyran, mais sil est fauory. Cela est biennbsp;honteux; mais cela est-il vray ? Après Taction quil fitnbsp;en escortant les Princes iusques au Haure, on nen anbsp;iamais douté. II est vray que cette complaisance estoitnbsp;bien honteuse et quon sestonna bien de voir quvnnbsp;prince de Lorraine faisoit le Grand Préuost après auoirnbsp;esté général darméeh
* Cl Pour vingt mille francs, le corate clHarcourt a vendu sa nalssance et sa venouimée, après avoir vendu sa conscience. »
TEjcpédition héroique. du comle dHarcourt, etc. [1333].
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CHOIX
Cependant cést, uii graad preneur de ville». Cazal et Turin valent bien Villeneuue et La Réole. II sest rendunbsp;maistre de ces deux la; pourquoy a-t-11 escboué deUantnbsp;ces deux cy'? La ralson, dit-on, en est claire. 11 auoitnbsp;des bras et des testes deuant Cazal et deuant Turin. llnbsp;nauoit que des bras deuant Villeneuue. Turenne, Dunbsp;Plessis, La Mothe lui manquoient. Quand il est tout seul,nbsp;il ne fait rien. Quand il est en Compagnie, il fait desnbsp;merueilles; mais cest quil faut que les autres fassentnbsp;tout. II ne paye que de boiine mine; point de ieu si onnbsp;ne luy conduit la main.
LF. MARESCHAL DE TURENNE.
Le Marescbal de Turenne est braue; mais il est mal-heureux. Sil auoit le bonheur, il auroit les quatre vertus que Cicéron demandoit autrefois a vn general darmée.nbsp;Ses pertes luy sont illustres; ses désaduantages ne déro-gent en rien a sa gloire. Quil soit vainqueur ou quilnbsp;soit vaincu, on dit tousiours quil a bien fait. Aussi il nenbsp;perd iamais quil ne gagne. Depuis ces troubles, la ba-taille de Sommepuits prés de RhéteP, la déroute de Chas-tillon, la iournée du faux bourg Sainct.Anthoine luy ontnbsp;esté toutes aduantageuses pour ce qui est de la gloire,nbsp;mais toutes désaduantageuses pour ce qui est du profit;
* nbsp;nbsp;nbsp;Le siége de Villeneuve d'Agen est un des grands événements de ia
Fronde dans la Guienne. .11 fut levé Ie 2 juillet nbsp;nbsp;nbsp;Levée du siége de
Villeneuue d*Agénols^ etc. [2298J. Relation veritable de ce qui s*est
et passé a Vattaque de la ville de la Réole, etc. [3199].
Plus connue sous le nom de bataille de Rethel, le 18 décembre Lettre du Roi..., contenant.... fout ce. qui s'est fait et passé a Rethel. etc.nbsp;[2186].
* nbsp;nbsp;nbsp;G*cst le combat de Bleneau, Ie 7 avril 1652.
523
DE MAZARINADES.
car 11 na lamais esté vainqueur. Cette cognoissance quon a de son destin, fit dire a certains, lorsquil accepta lem-pioy de general de Iamiee mazarine, quil estoit braue,nbsp;mais que sa brauoure ne seruiroit que pour rendre nosnbsp;triompbes plus illustres, paree quil estoit en prescription destre tousiours vaincu. Ne luy disputons pas lanbsp;gloire destre grand capitaine; il Test sans contredit____
Après ce quil fit pendant reinprisonnement du Prince, est-il bien croyable quil fasse ce quil fait auiourdhuy ?nbsp;II en est en cela de luy comme des autres : il ne tra-uaille que pour lintérest-, cest Ie dieu du eoeur. Lanbsp;gloire nest que Ie dieu de la bouche. Si Ie Prince, dit-on,nbsp;luy eust voulu promettre la lieutenance de Guyenne et Ienbsp;Duché dAlbret, si Ie Due dOrléans luy eust voulu don-ner Ie commandement de ses troupes et loster au Duenbsp;de Beaufort, on croit quil ne se fust pas fait Mazarin.nbsp;Le désespoir et lintérest lont ietté dans ce party.
En tout cas, ie ne le blasme que dauoir cru triom-pher dvn party que son maistre appuye. Ie ne le blasme que dauoir cru trouuer ses interests chez le plus intéressé de tous les hommes. Ie ne le blasme que dauoirnbsp;pris vn party choqué de toute la haine de lEstat. Ie ne lenbsp;blasme que dauoir cru trouuer lintérest en le cberchant.nbsp;Vn braue comme luy ne doit viser qua la gloire. Tous lesnbsp;autres obiects le doiuent faire rougir; et sil aime autrenbsp;chose que ce qui fait lhonneste homme, il cesse de lestre.
LE CARDINAL MAZARIN.
11 est vray que le Mazarin na fait que ce que tous ses
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prédécesseurs dans Ie Ministère ont fait; inais son malheur est quil na pu piller que ce qui estoit nécessaire pour subsister, et quen ostant ce mauuais reste, il a faitnbsp;crier au voleur. Sil eust pu piller sans tont rauir, il eustnbsp;esté vn voleur impuny. II a esté raalheureux en ce quilnbsp;est venu Ie dernier et quil a esté oblige de piller ce quonnbsp;ne pouuoit perdre sans perdre patience. Quand vn peunbsp;ple est ricbe, les premiers voleurs dEstat pillent sansnbsp;danger paree quils pillent dans labondance. Les secondsnbsp;commencent a faire murmurer, paree quon voit du dé-croissement dans les finances. Les derniers sont heureuxnbsp;sils ne sont assommez, paree quils ne peuuent rien prendre sans prendre tout.
On ne nie pas que Mazarin ne soit vn voleur : cest son premier mestier; cest Ie mestier de ses pères; cestnbsp;la profession de ses ancestres; mais on s^ait que, parmynbsp;les Ministres dEstat, il na pas esté Ie seul voleur. II anbsp;peut estre esté Ie plus insatiable ou Ie plus prompt a vo-ler ; et cest de quoy ie laccuse. Sil nous eust despouil-lez peu a peu, nous eussions encore esté assez sots pournbsp;nen dire mot. Au lieu de retenir le manteau, nous luynbsp;aurions peut estre donné la chemise. Son auidite Fanbsp;perdu; et 1énormité de son butin Fa rendu trop visiblenbsp;pour le tolérer.
Cette auidité nest pas la seule cause de la perte du Mazarin. Il a voulu se rassasier de Fhonneur comme ilnbsp;se rassasioit de la substance du peuple. Cette mesme qua-lité de coquin de naissance luy a cause cette soif dhon-neur inaltérable. Pour la contenter a Fesgal de Fautre, ilnbsp;a fallu dabord faire marcbepied de tout ce quil y a eunbsp;de grand dans FEslat. Les grands sen sont rebutez; les
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génércux se sont liguez; et tous vnanimemeiit ont conspire sa ruine.
Pour moi, ie naccuse Ie Mazarln que dauoir eu vne politique qui ne luy a point réussi. Cest vn coquin denbsp;fortune qui a eu de 1ambition. II en a suiuy les mouue-mens; il les a mesnagez Ie mieux quil a pu. Si la politique des Estats se mesnageoit comme Pintrigue desnbsp;flious et des bandits, il y eust peut estre réussi. II nes-toit que pour estre charlatan ou tout au plus estafiernbsp;dans quelque maison de Cardinal. II a veu que la Francenbsp;nestoit pas trop difficile pour lechoix des hommes dEs-tat; il y est reuenu; il a réussi; on la receu a brasnbsp;ouuerts. Tous les grands luy ont fléchi Ie genouil. Lesnbsp;pcuples Tont adoré. La Reyne la fait son indépendant.nbsp;Pourquoy laccusons-nous ?
Ne scauions-nous pas quil estoit dItalie? quil nestoit entré dans nos bonnes graces que par vn trait de fourbe? Ne nous auoit-on pas dit quil estoit surnomménbsp;Ie pipeur et Ie charlatan par antonomaze ? Pouuions-nousnbsp;ignorer quil eust fait Ie mestier dintroduire les ambassadeurs de Vénus ou les estalons damour?
Ce ncst pas luy qui est coupable, mais ceux qui loiit protégé et Ie protégent. Il a fait ce quil deuoit faire etnbsp;que tout autre que luy neust pas manqué de faire silnbsp;1eust peu. Tous ses manquemens et tous ses attentatsnbsp;sont les crimes de ses protecteurs. Ce sont eux qui doi-uerit estre punis de toutes ses maluersations. Cest a euxnbsp;que la lustice sen doit prendre.
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Relation 'veritable de ce qui s'est passé a Pon-toise, en la reception des six Corps des Mar-chands; ensemble leurs Harangues, et ce qui leur a esté répondu par le Roy et la Reyne
[3218].
(29 septembre 1682.)
Le Dimanche, vingt-neufiesme Septembre, arriuèrent a Pontoise, sur les trois a quatre heures apres midy, lesnbsp;Dëputez des six Corps des Marchands Bourgeois de lanbsp;ville de Paris, au nombre de soixante et dix, taut Drap-piers, Epiciers, Merciers, Pelletiers, Bonnetiers, quOr-pheures, tous conduits par le sleur Patin, Ancien et grandnbsp;Garde de la Drapperie, lequel, en cette qualité, portoitnbsp;la parolle.
Lors de leur arriuée, le E.oy estoit dans la cour du Cbasteau, accosté sur vne espèce de Balustrade, accom-pagné du sleur de Vitermont et autres Capitaines et Officiers du Régiment des Gardes qui venoient darriuer denbsp;Dunquerque ou ils estoient en garnison lors de sa prise,nbsp;et rendoient compte a sa Malesté de ce qui sy estoit passé.
Le Roy voyant arriuer cette quantité de Carrosses remplis de Bourgeois escortez denuiron cent cinquantenbsp;Caualliers, demanda ce quecestoit; a quoy fut respondunbsp;([ue cestoient les Députez des Bourgeois de sa bonne villenbsp;de Paris qui le venoient supplier dy retourner. Aussinbsp;tost il partit du lieu oii il estoit, et alia dans vn Jardin dunbsp;Cbasteau, ou, après auoir demeuré vne grosse demienbsp;heure, il en sortit et monta en sa charabre.
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DE MAZARINADES.
La Reyne estolt pour lors a Yespres aux Carmélites, doü estant reuenue au Chasteau, en descendant de sonnbsp;Carrosse, dvn air riant, dit a Monsieur Ie Comte dOr-val, son Escuyer : « Hé bien, Monsieur Ie Comte, Messieurs de Paris sont-ils arriuez ? » Et ainsi montant en sonnbsp;appartement, elle demanda ou estoit Ie Roy, qui parutnbsp;aussitost et retourna a la promenade dans Ie mesme Jar-din doii il estoit sorti peu auparauant. Sur les sixnbsp;heures du soir, Ie Roy tint Conseil ou fut résolu quenbsp;Ie lendemain Lundy, Audience seroit donnée sur Ie midynbsp;a ces Messieurs les Députez, qui en attendant se logè-rent oü ils peurent.
Le Lundy 30, sur les sept heures du matin, ces Messieurs en Corps furent trouuer Monsieur le Lieutenant Ciuil dans son logis, au Couuent des PP, Cordeliers, etnbsp;la le prlèrent de les vouloir présenter a leurs Maiestez ;nbsp;sur quoy, après sestrc excusé sur ce que Monsieur lenbsp;Préuost des Marchands Le Fèure estoit a Pontoise etnbsp;que cestoit son fait, a cause que cette Députation nes-toit composée que de Marchands, il ne laissa néantmoinsnbsp;den accepter la charge sur ce qui luy fust représenténbsp;quil estoit leur luge naturel et quils ne connoissoientnbsp;Monsieur le Préuost des Marchands quen certaines cho-ses, et que sa Jurisdiction ne sestendoit pas sur toutnbsp;comme celle du Lieutenant Ciuil, qui estoit le veritablenbsp;luge de la Police. II nestoit plus question que de Ia Cérémonie ; pourquoy faire quatre des principaux furentnbsp;prier Monsieur de Saintot pour accompagner Monsieurnbsp;le Lieutenant Ciuil; ce quil fit; et, des Cordeliers, tousnbsp;furent en corps faire leurs visites.
Ils commencèrent par celle de Monsieur le Sur-Inten-dant des Finances qui les receut fort bien; et après
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CHOIX
auoir ouy Ie sieur Patin, il respondit que toute la disposition de la Cour estoit de donner a la Compagnie ce quelle désiroit; que de sa part il contribueroit a toutnbsp;ce quil pourroit pour faire voir a Messieurs de Parisnbsp;laffection quil auoit pour Ie retour de Sa Maiesté dansnbsp;sa bonne Ville ; après leur auoir dit que véritablement ilnbsp;y auoit quelque chose a redire au procédé des Bourgeois,nbsp;sur ce que Ie Boy estant a S. Germain en Laye, les Pré-uost des Marchands, Escheuins et Bourgeois de la villenbsp;de Paris auoient pris des passe ports de son Altessenbsp;Royalle pour venir trouuer Ie E.oy a Saint Germain, etnbsp;que cela lauoit dautant plus estonné que la Métropoli-taine du Royaurne, ceste grande ville et ce monde, ses-toient soumis a demander des Passeports a dautres quanbsp;leur Souuerain. A cela luy fut respondu que ce nauoitnbsp;point esté par marque de soubmission, mais seuleraentnbsp;pour éuiter les fréquentes incursions des gens de guerre,nbsp;qui, violant la foy publique, ródoient partout sans aucunnbsp;respect ni consideration. En suitte de quoy il asseura lanbsp;Compagnie et de son affection et de son seruice.
De la on fut chez Monsieur Ie Chancelier logé aux Vrsulines; lequel nestant pas encore en estat destre veu,
qui,
auec
on fut cbez Monsieur Ie Garde des Sceaux.
tendresse, receut la Compagnie et dit que la Cour ne respiroit que Paris; quil approuuoit fort Ie zèle des Dé-pulez; maïs que ce nestoit pas encore tout fait; que lanbsp;personne du Roy ne pouuoit pas estre en seurcté dansnbsp;vne ville tandis quil y auroit des ennemis de son Estat;nbsp;que Paris nestoit remply que de gens de gucrre, allansnbsp;et venans; que de sa part il estoit obligé de représen-ter les inconuéniens qui en pourroient arriuer; qu ilnbsp;scauoit fort bieu , et par experience, que tons les bons
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Bourgeois nauoient iamais manqué et daffection et de fidélité enuers Ie Boy; que sil y auoit eu du désordrenbsp;parmy eux, que ce ne pouuoit estre que la Canaille quinbsp;leust cause, et non les gens de bien; quil feroit ce quilnbsp;pourroit pour que Ie Roy retournast en bref a Paris; quenbsp;toute la disposition y estoit ainsi quil lauroit désia dit;nbsp;mals que parauant il falloit pouruolr a la seureté de lanbsp;personne du Roy. A quoy fut respondu que toute la seureté y estoit et que lors de lapprocbe de sa Maiesté,nbsp;on sortiroit de Paris soixante mille hommes pour luynbsp;aller au deuant, et quil ny auoit que sa présence quinbsp;pourroit apporter Ie calme et la tranqulllité dans la villenbsp;et dissiper les menées de certains factieux qui estoientnbsp;aux gages de ceux qui taschoient de fomenter Ie désordre. Ce quayant ouy, il remercia la Compagnie, las-seura de sa protection et de son seruice, et dit que Ienbsp;Roy donneroit audience sur Ie midy.
De la on retourna cbez Monsieur Ie Cliancelier, qui dvne grace toute extraordinaire recent Ia Compagnie,nbsp;approuuant son affection auant que Pon luy eust dit au-cune chose; et comme il vit que Pon se préparoit a lanbsp;harangue, sestant vn peu retire pour donner moyen a lanbsp;pluspart de la Compagnie dentrer, Ie lieu estant vn peunbsp;serré, il entendit mot pour mot ce que Ie sieur Patin luynbsp;dit; a quoy il respondit ponctuellement, asseura la Compagnie de Paffection du Roy enuers ses suiets, et partinbsp;culièrement enuers les Parisiens; que iamais Ie Roy,nbsp;quoyque ieune, nauoit tesmoigné pendant ces troublesnbsp;aucun ressentiment contre Paris ; que souuentes fois ilnbsp;luy auoit ouy dire quil Paymoit; quil ny auoit du toutnbsp;rien a craindre, mais tout a espérer de sa clémence et denbsp;sa bonté; quil espéroit que sa Maiesté, croissant en
II 34
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CHOIX
age, croistroit aussi en affection et en bonne volonté; et que quant a la Reyne, il falloit tout espérer delle; quenbsp;la sincérité de ses actions feroit paroistre Ie contraire denbsp;ce que lon auoit creu; quil auoit pris la liberté de luynbsp;reprësenter plusieurs fois et en particulier que depuisnbsp;vingt ans quil auoit lhonneur destre dans la charge denbsp;Chancelier, il nauoit iamais connu dans les Parisiens quenbsp;fidélitë et amour pour Ie seruice du Roy; et que la dessusnbsp;la Reyne luy auoit fait lhonneur de luy dire quelle Ienbsp;scauoit bien et quelle se porteroit aussy tousiours pournbsp;eux; que ce quil disoit, il Ie disoit auec sincérité et quilnbsp;ne parloit que du plus profond de son cceur; que Ienbsp;Roy, la Reyne et toute la Cour estoient tons disposez aunbsp;retour de Paris et que pour luy il y apporteroit ce quilnbsp;pourroit; mais quayant lhonneur destre du Conseilnbsp;du Roy, il nosoit sengager a luy faire entreprendre cenbsp;voyage, estant trés périlleux de Ie faire aller dans vnenbsp;Ville dont il nestoit pas asseuré, non plus que ceux quinbsp;venoient de parler; que, bien que les bourgeois Ie sou-haitassent auec passion, ainsi quils Ie tesmoignoient, ilnbsp;nestoit pas a propos que iiy luy ny ceux du Conseil lynbsp;fissent aller ; que cestoit a la Compagnie a Ie demahdernbsp;a la personne mesme du Roy et a luy déduire les raisonsnbsp;qui Ie pourroient émouuoir a entrer a Paris, soit pour lanbsp;seureté de sa personne, soit aussi pour y receuoir lesnbsp;vcEux et les obéyssances de tous ses fidels suiets; quenbsp;cela estant, pourueu quil y eust après la moindre appa-rence, Ie Roy ne manqueroit pas de sapprocher de lanbsp;Ville; quil ly porteroit autant quil pourroit, et quenbsp;lon se pouuoit en tout asseurer de sa personne, piiisquenbsp;estant Parisien, il y estoit doublenient oblige. Après quoy,nbsp;il remercia la Compagnie de rhonneur quelle luy auoit
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fait de cette visite, et la conduisit iusques a la porte de sa chambre, ou ayant salué les vns et les autres, il les as-seura, tant en general quen particulier, de son affectionnbsp;et de son seruice, et quils auroient audience sur Ienbsp;midy.
Du logis de Monsieur Ie Chancelier, on fut chez Monsieur du Plessis Guénégault, et de la au logis de Monsieur Le Tellier, ou se trouua Monsieur Seruien, auxquelsnbsp;après pareilles Harangues que deuant, ils asseurèrentnbsp;la Compagnie de leurs seruices et bonnes volontez; quenbsp;le Roy et la Reyne estoient tout a fait disposez au retournbsp;de Paris; quen ce qui dépendroit deux, ils feroientnbsp;leur possible, iusqua se rendre supplians enuers le Roynbsp;pour la satisfaction de Messieurs les Bourgeois de Paris;nbsp;quoutre que cestoit leur patrie, ils estoient eneorenbsp;obligez par affection et pour beaucoup dautres considerations a souhaiter le Roy dans Paris et la tranquilliténbsp;dans le Royaunie. Ce qu ayant dit, on les asseura que lenbsp;Roy approchant de Paris, 011 feroit vne baye de cefit milnbsp;hommes depuis Paris iusques a S. Denys, lesquels nenbsp;respiroient que la sacrée personne du Roy et sa presence.nbsp;Sur quoy ils asseurèrent que ce seroit en bref, mais quilnbsp;falloitvoir leRoy et quils auroient audience sur le midy.
Lbeure venue, les Marcbands sassemblèrent dans le lardin des Pères Cordeliers, et de la furent en Corps etnbsp;en Ordre au Cbasteau, reuestus de leurs Robbes de Garde,nbsp;et la furent introduits par le Sieur Saintot, Maistre desnbsp;Cérémonies , qui les eonduisit dans la Galerie Neufue oiinbsp;ils furent bien vne demy beure, attendant que le Roynbsp;fust reuenu de la Messe; après quoy estant de retour,nbsp;ils furent conduits dans vne Salie ou estoit Sa Maiesté,nbsp;^ccompagnée de la Reyne sa Mère, de Monsieur le Due
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dAniou, cle Monsieur de Vendosme et autreg Grands Seigneurs du E-oyaunie, de Monsieur Ie Chancelier, de Monsieur Ie Garde des Sceaux, de Monsieur Ie Sur-Intendant des Finances, de Messieurs les Secrétaires dEstat et au-tres Officiers de la Couronne. La les Députez prosterneznbsp;a deux genoux aux pieds de sa Maiesté, Ie sieur Patin fitnbsp;sa harangue, supplia tres humblement Ie Roy dhonorernbsp;Paris de sa presence et dy apporter la Paix et la tranquil-lité tant désirée de ses fidels suiets; que cestoit la Ienbsp;seul motif de leur legation, dasseurer sa Maiesté de lanbsp;fidélité et de lobéyssance des Bourgeois.
II neust pas finy que Ie sieur Brun, vn des Gardes des Marchands Merciers, fist sa Harangue et au Roy et anbsp;la Reyne, et dans la suitte de sou discours entrecouppénbsp;de sanglots, beignant en pleurs, eust Ia force par laffec-tion et par Ie zèle quil tesmoignoit au seruice du Roy, denbsp;tirer les larmes de sa Maiesté et de la pluspart de Iassem-blée, protestant qu11 ne souhailtoit de viure que pour senbsp;sacrifier au seruice et a lobéyssance qui estoit deue a sanbsp;Maiesté, et quil désiroit auoir cent mil vies pour les luynbsp;pouuoir offrir et les sacrifier a ses pieds , que son coeurnbsp;parloit pour cent mil hommes qui auoient la mesme affection que luy, coniurant la Reyne de porter Ie Roy anbsp;la Paix, de faire quelle fust donnée, et de la donnernbsp;elle-mestne. Ce discours ainsi naturellement anime', etnbsp;sans aucun artifice de Réthorique, tira du Roy quelquesnbsp;parolles bien veillantes; et la Reyne qui dit auoir lesnbsp;sentimens du Roy, asseura la Compagnie de toute affection que Ie Roy leur tesmoigneroit tousiours et leur ennbsp;donneroit en peu de temps des premies quils en auroientnbsp;toute satisfaction ; quil estoit asseuré de leur fidélité, etnbsp;trés rauy de les voir; que ce nestoit pas luy qm estoit
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cause de tant de désordres, et quil estoit aussi bien quelle, trés fasché de ce quils auoient tant souffert etnbsp;de ce quüs souffroient tant encore. A quoy fut respondunbsp;quil ny auoit que la seule absence du Roy qui faisoitnbsp;souffrir Paris, et que sa seule presence estoit capable dennbsp;guérir tous les maux; que cinquante mil, voire centnbsp;mille hommes ne respiroient autre chose et que si sanbsp;Maiesté laissoit eschapper cette occasion, on ne pourroitnbsp;pas scauoir ce que ces gens la pourroient deuenir; quenbsp;sa Maiesté estoit de rechef trés humblement suppliée denbsp;mettre ordre a ces désordres, dhonorer Paris de sa presence et dy apporter la paix.
La, Ie sieur Perrichon, aussi lvn des Gardes des Mar-chands Merciers et lvn des Maistres de lHoslel-Dieu de Paris, prit la parole, représenta au Roy la misére pu-bliquej que Ie dépeuplement de la campagne et la ruinenbsp;des Fermiers et des Laboureurs, auec Ie peu quon auoitnbsp;receu au bureau de Ia recepte généralle de lHostel-Dieu,nbsp;estoit cause que Pon ne pouuoit plus entretenir aucunsnbsp;pauures , bien loin den substanter trois mille que lonnbsp;estoit prest de renuoyer et de mettre sur Ie carreau, nynbsp;ayant en lHostel-Dieu aucun moyen pour eux; quilnbsp;pleust a sa Maiesté et a la Reyne de pouruoir a vne tellenbsp;nécessité; que leurs Fermiers se préualant de la guerrenbsp;11e se mettoient en nulle facon en peine de payer; quenbsp;la presence du Roy dans Paris y apportant Ia paix estoit Ie vray moyen de faire subsister Ie pauure et Findi-gent; quil ne tenoit qua sa sacrée personne que la cha-rité, la plus haute des vertus, ne fust exercée; quil estoitnbsp;trés humblement supplié de mettre la main a Iceuure, etnbsp;que par ce moyen , en Ie faisant et donnant a son peuplenbsp;ce quil luy demandoit auec tant dinstance et de lustice,
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il surpasseroit en grandeur et en vertu tons les Roys ses prédécesseurs.
Le Roy pressé de douleur et de tendresse, ayant peine a luy respondre, dit seulement quil les remercioit; et lanbsp;Reyne en continuant dit quil ne falloit point douter denbsp;la bonne volonté du Roy, et quil estoit asseuré de la fi-délité et affection de ses fidels suiets et des bons Pari-siens; fit leuer la Compagnie qui auoit tousiours pavlé anbsp;genoux et la face contre terre; et après auoir dit quennbsp;peu on feroit en sorte de les satisfaire et que lon en re-chercheroit incessamment les nioyens, le sieur de Saintotnbsp;eut ordre de les faire retirer ; et sortirent par vne autrenbsp;porte après sestre deux a deux prosternez aux pieds dunbsp;Roy. Ils sen retournèrent au Couuent des Cordeliers oilnbsp;ils furent conduits par Monsieur le Comte de Nogent,nbsp;qui les asseura de la bonne volonté de la Reyne et quenbsp;tout iroit a leur contentement.
Iespère, Dieu aydant, donner a ma Patrie la satisfaction quelle pourra désirer des véritables relations de ce qui se passera en Cour pendant que iy feray séiour,nbsp;espéraut continuer celle cy dessus auec autant de vé-rité et daffection pour mes Compatriottes.
(1652.)
II est de Sicile natif.
II est tousiours prompt a mal faire. II est fourbe au superlatif.
II est de Sicile natif.
I
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II est dvn naturel tardif :
II est lasche. II est mercenaire.
II nest pas trop persuasif.
II na iatnais eu lesprit vif.
II nest ni galant, ni naïf.
II nest qua son bien attentif.
Si Ie nostre Ie rend pensif,
Ce nest que pour nous Ie soustraire; Et dvn accord consécutifnbsp;Le peuple ne cesse de braire ;
II est de Sicile natlf.
II est tousiours prompt a mal faire.
On ne scait quel est ce chétif,
Quel est son père présomptif,
Dou nous est venu ce faussalre,
Sil est noble ou sil est métif;
Et la Cour, comme le vulgaire ,
Chante pour tout point décisif :
II est de Sicile natif.
II est tousiours prompt a mal faire.
Puisquil est si vindicatlf,
Que son poison est corrosif,
Et quil a lasme sanguiuaire,
Quvn diable est son maistre instructif, Quil nest point de préseruatif,
De remède confortatif,
De vuide, ni de lënitif,
Quon manque de restauratif Et quil nest aucun correctifnbsp;Contre ce ministre offensifnbsp;Dont nostre perte est le motif,
II nest rlen de plus positif Que le Chrestien, comme le Juif,
-ocr page 546-Peut (ivn accent alternatif Dire au moins pour se satisfaire :
I] est de Sicile natif.
11 est tousiours prompt a mal faire.
Ce faquin est gras comme suif Et nest pas beaucoup maladif.
II nest ui fourbu ni poussif;
Mais pour Ie point génératif II aime Ie copulatif;
Autrefois on Ie vit passif;
Maintenant on Ie croit actif;
Et quoique pour chose si claire II est fort sur Ie négatif,
On peut soustenir Ie contraire :
II est de Sicile natif.
II est tousiours prompt a mal faire.
Chez lui, tout est impératif;
Et comme il scait peu la grammaire , 11 ne connoit point Ie datif;
II pretend faire vn positif De tout pronom démonstratif.
II fait vn grand préparatif Dont il sera mémoratifjnbsp;Mais on scait que ce fugitifnbsp;Ne fut iamais expéditif,
Quil na pas 1esprit inuentif Et que ce nest quvu apprentifnbsp;Dans la science militaire.
II est mescbant. II est craintif.
II est de Sicile natif.
II est tousiours prompt a mal faire.
Quoiquil soit fort appréhensif.
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11 pille tousiours en corsaire.
II charge dvn bien excessif Aussi bien galère quesquif.
11 a des tables dor massif,
Dont on fait ailleurs innentaire.
Sons lui tont Ie peuple est captif.
II est de Sicile natif.
11 est tousiours prompt a mal faire.
Mais quil ne soit plus si rëtif De peur quvn bois de chesne ou difnbsp;Nempesche vn bourreau destre oisifnbsp;Et quVne leltre circulairenbsp;Ne prone encore dvn ton plaintif :
II est de Sicile natif.
11 est tousiours prompt a mal faire.
II est fourbe au superlatif.
II est de Sicile uatif.
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CHOIX
Relation véritahle des particularitez ohseruées en la reception du Roy dans sa bonne Villenbsp;de Paris , et tout ce qui s est fait et passé ennbsp;Parlement Ie Lundy 21 octobre 1651 , ennbsp;presence de son Alt. Roy alle et autres Duesnbsp;et Pairs de France, auec la Harangue faitenbsp;par M. Ie Préuost des Marchands a sa Ma-iesté [3260j.
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(21 octobre 1652).
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Monseigneur Ie Due dOrléans sestant renclu au Palais sur les huict heitres du matin, acconipagné de Monsieur Ie due de Beaufort, Monsieur Ie Mareschal dEs-tampes et autres Seigneurs, et ayant pris sa place a Iaccoustumee, Monsieur Ie Président de Nesinond luy anbsp;adressé la parole et dit quil auoit receu Lettre de Cachet de la part du Boy, quil a presentee a la Compagnie,nbsp;sur la suscription de laquelle il y auoit :nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nostre amé
et féal Monsieur de Nesrnond., nostre Conseiller dEs-lat et Président en nostre Parlement^ qui porte :
Quil aye a se trouuer Ie Mardy 22 dOctobre en son Chasteau du Louure pour receuoir et entendre ses vo-lontez sur toutes les affaires présentes.
Aucuns de Messieurs se sont plaints de ce que plu-sieurs dentre eux auoient été ohmis et auxquels on na-uoit pas escrit, quil semhloit quil y eust du particulier, que lon vouloit demeurer dans vne dissimulation tropnbsp;secrette, pour leur iouer quelque piece dans ce temps.
II est arriué quvn particulier est entré dans 1 Assem-
blée et a présenté vn gros pacquet; lequel ayant esté dé-ployé, il se seroit trouué quil y auoit dans ledit pacquet six autres petits pacquets.
Le premier pour Messieurs de la grandChambre, et les autres pour les cinq autres Chambres des Enquestesnbsp;du Parlement de Paris, lesquels ayant esté aussi ouuerts,nbsp;il sy est trouué plusieurs particularitez qui seroient tropnbsp;prolixes a reciter.
Messieurs de Paris ayant sceu le lour pris par sa Ma-iesté pour y reuenir, lis enuoyèrent par toutes les Par-roisses et Églises commander de cariilonner; ce qui a esté fait depuis les trois heures de releuée iusques a lar-riuée de sa Maiesté en son Louure;
Et le soir du mesme iour, faire les feux de ioie par toutes les rues de la Ville, pour tesmoigner le grandnbsp;contentement quelle auoit de voir son Roy auec elle.
Dès les huict heures du matin, vne Compagnie des Archers de la ville a cheual, auec leurs hocquetons etnbsp;trompettes, sallèrent rendre a 1'Hostel du Mareschal denbsp;rHospital, Gouuerneur de Paris, pour le conduire et ac-compagner a la Maison de Ville, pour, auec Messieursnbsp;les Préuost des Marchands, Escheuins et les Mandez,nbsp;aller receuoir le Roy a son arriuée.
Au deuant du Roy, allèrent toute la Noblesse des qua-tre Académies, trés bien montez et couuerts, iusques au dela du Cours a la Reyne.
Quantité de Seigneurs et Nobles furent iusques a Ruel, OU le Roy fut receu par Madame la Duchesse dAi-suillon et disna au Chasteau auec Monsieur le Due
o
dAniou, son frère.
Monsieur le Préuost des Marchands, Escheuins et Officiers de Ville et vn grand nombre de Bourgeois man-
-ocr page 550-dez, tous a cheual, auec les trois Compagnies dArchers et dArbalestriers, sortirent aussi iusques au dela dunbsp;Cours.
Tl y auoit vne multitude infinie de Peuple de tous les quartiers de la Ville, curieux de voir arriuer Ie Roy anbsp;Paris.
Auparauant arriuèrent a Paris Monsieur Séguier, Chancelier de France, Monsieur Ie Premier Présidentnbsp;Molé, Garde des Sceaux, Messieurs les Présidens denbsp;Nouioa et Le Coigneux, les Secrétaires dEstat, partienbsp;des Gardes Francoises et Suisses.
Sur les six a sept heures du soir, le Roy arriua a Paris par la porte S. Honoré et alia descendre aunbsp;Louure.
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Sa Maiesté estoit accompagnée de Monsieur le due dAniou, son frêre, du Roy dAngleterre, du Due denbsp;Vendosme, du Cardinal de Retz, de plusieurs Dues etnbsp;Pairs de France,
Des sieurs dEstrées, de lHospital et de Villeroy, Ma^ reschaux de France,
Des quatre Compagnies des Académies,
Et dvn grand nombre de Noblesse.
Entre trois heures de releuée iusques a Iarriuee du Roy a Paris, lon carillonna par toutes les Paroisses etnbsp;Églises de Paris;
Et au soir les Canons de lArsenal et de la Grèue, au nombre de quarante-six, auec quantité denbsp;Boetes;
Et par toutes les rues de Paris, les Feux de ioye et des Lanternes allumées aux fenestres, auec cris denbsp;Roy] et mousquetades, ce qui dura iusques a dix et onzenbsp;heures du soir.
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DE MAZARINADES.
Harangue de Monsieur Ie Préuost des Marcfiands faicte au Roy.
SXRE,
Votre bonne Ville de Paris veut tesmoigner a Vostre Maiesté la grande ioye quelle a de son heureux retournbsp;en icelle. Elle la considère comme son Soleil dont lanbsp;presence dissipera tous les nuages obscurs et ténébreuxnbsp;dennuy et de tristesse quelle a soufferts pendant son absence. Elle se promet auiourdbuy iouir des iours dAl-cyon, exempts dorages, de tempestes et de tourbillons.nbsp;Ce luy est vne Iris Thaumentide qui luy donne asseu-rance dvne bonne Paix, dans laquelle elle reprendra sonnbsp;ancienne splendeur et reuerra la prospérité en ses families; et, nonobstant toute la mauuaise saison quellenbsp;a eue durant quelques années, cela na rien diminué denbsp;lestimation naturelle quelle a daymer son Roy, ainsinbsp;quelle a fait entendre a vostre Maiesté par les Députeznbsp;des six Corps des Marchands, par la boucbc de ses Colonels et par la nostre, sans se départir iamais du seruicenbsp;et de lobéyssance quelle a tousiours eue singuliere, protestant de vouloir viure et mourir auec cette gloire des-tre fidèles a^Vostre Maiesté, de laquelle,
SiRE ,
Ils veullent estre creus
Tres humbles et tres obéyssants seruitcurs et Subiects.
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Abel, II, 427. Ableiges (veuve du sieur d) , I, 222.Abraham, I, 67, 292. Absalon, I, 229. Acheus, roi des Lydiens, I, 394. Adrien (Iempereur), I, 168, 293; II, 32. .^gée, roi dAtlièiies, II, 215. Aëtius, I, 389. Agrippa, I, 364. Aignan, arlequin de la Comédie ita-lieniie, II, 192. Aiguillon (Marie-Madelelne de Vi-gnerod, duchesse d), I, 413; 11, 33, 539. Ajax, II, 217,218.Alais (Louis de Valois, comte dj. II, 31, 104. Alais (le sieur d), marechal de camp, 11,118. Albert, archiducdAutriche, 1,468. Alencon (Jean II, due d), I, 263; II, 40, 51. Alexandre, roi de Macedoine, I, 146, 406; II, 218. Alexandre Sévère , empereur , I, 368, 401 ; II, 48. Alexandre VI, pape, I, 380.Alibert, financier, I, 119, Alizon (la viellle), II, 193. Alluye (Charles dEscoubleau, marquis d), I, 436; II, 68. Amat, financier, I, 125. Amboise (Georges d), cardinal, II, 46. |
Amelot, Jacques, marquis de Mau-regard, premier président de la Cour des Aydes, I, 210; II,nbsp;138. Amelot, sieur de Gournay, maitre des requetes, I, 214, 219. Amphitrite, II, 219. Ampus (la marquise d), II, 445, 431. Amyque (le roi), II, 216. Ancre ( N. Conchino Conchini, marquis et marechal d), I, 33,nbsp;84, 56, 61, 62, 89, 292, 304,nbsp;326, 464; II, Ib 108, 244, 230,nbsp;493. Angouleme (Charles de Valois, due d), I, 82, 263, 433, 445; II,nbsp;134. Angrand, financier, I, 135. Anjou (Philippe de France, due d), il, 6b, 312, 313, 340, 532, 539,nbsp;540. Anne dAutriche, reine de F ranee, I, 65, 173, 427, 468; II, 499. Anne (dame), marchande de la halle, II, 276, 291. Annet, servant a la garde-robe dans le palais Mazarin, II, 223. Annlbal, I, 273. Antiphon, I, 234. Appelles, II, 218. Archimède, I, 13. Ardier président de la Chambre des Comptes, I, 211. Argouges (N. dj, conselller au grand conseil, 1, 4. |
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Argus, II, 209. Aristide, I, 236. Aristote, I, 63, 390, 406 ; II, 4S7, 461, 462. Arnauld, gén. des Carabins,!!, 282. Arnoul, financier, I, 125. Arteveld (Jacques), II, 425. Assur, I, 72. Atrée, II, 462. Attila, I, 388. Aubert, financier, I, 118. Aubrav (Dreux d), lieutenant civil au Chatelet de Paris, I, 214. Aubry, president de la Chambre des Comptes, I, 210 Auguste, I, 364, 390; II, 48. Aumale { Charles de Lorraine, due d), I, 14. Avaux (Claude de Mesmes, comte d), II, 19. Aymon (les quatre fils), I, 355. Ayragny, II, 217. B Baebaumont (Francois Le Coigneux, sieur de), conseiller au parlementnbsp;de Paris, I, 181, 436. Bachelier, financier, I, 129, Bailleul (Louis de), président.i,mortier au parlement de Paris, I, 174; II, 421. Baiots, financier, I, 132. Balthazar, conseiller au parlement de Paris, IL 443. Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 491. Barbe, financier, I, 134. Barberini (Antonio), cardinal, I 96,99, 154. Barbier (Louis), abbé deLa Rivière, évéque de Langres, I, 104, 166,nbsp;174. Barbier, financier, I, 138. Barbier, II, 219. Barclai (Jean), II, 213. Barillon (Jean-Jacques de), président a mortier au parlement de Paris, I, 29, 101, 292, 306, 333,nbsp;334; II, 17, 37, 248. Barin (sieur de La Galissonnière), maltre des requétes, I, 216. |
Barrières, II, 151, 219. Bartet, agent du cardinal Mazarm , II, 279. Barlhélemy (sieur dOynville), mai-tre des Comptes, I, 213. Bas (le sieur de), II, 151. Bastier (Miles Marguerite et Marie), II, 204. Bautru (Bernard de), avocat au parlement de Paris, I, 211,479. Bautru (Guillaume), I, 55, 123, 174, 303, 411,503; II, 441. Bautru-Nogent, financier, I, 114. Bazinière (de La), financier, I, 129. Beaufort (Francois de Vendome, due de), I, 101, 110, 112, 183,nbsp;220, 306, 308, 334, 413, 421,nbsp;433, 436, 501, 503, 504, 505,nbsp;506; II, 14, 15, 18, 32, 37, 41,nbsp;68, 84, 87, 89, 99, 109, 114,nbsp;115, 116, 147, 174, 182, 206,nbsp;248, 270, 287, 301, 365, 378,nbsp;382, 392, 413, 421, 425, 509,nbsp;513, 523, 538. Beaumais, mercier, I, 519. Beaupuy (le sieur de), gentilhomme dn due de Beaufort, I, 433. Beaurain, financier, I. 133. Beausemhlant , nom de comédie quon prétait a Isaac de Laffemas, II, 193. Beauveau (le comte de), II, 216. Becbefer (de), substitut du procureur general du roi prés du parlement de Paris, II, 450, 451. Bebr, II, 205. Bellegarde (Roger, due de), II, 44, 57. Belleroze (Pierre le Messier, dit), comédien, I, 438 ; II, 193. Bellièvre (N. Pomponne, sieur de) cliancelier de France, I, 444- Belbèvre (Nicolas Pomponne de), président a mortier au parlementnbsp;de Paris, depuis premier président, I, 211. Bénicourt (de), armurier, a 1en-seigne de la Chasse-Royal^i 1, 291. Benoise, conseiller au parlement de Paris, I, 216. |
545
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Bérault, garde des róles, I, i 25, 131, 133. Bennond (sleur de), conseiller au parlement de Paris, 1, 216. Bernard, conite dEspagne, I, 61. Bernières (sleur de), inaltre des re-quétes, I 214. Bernon (M. de), 11, 206, 217. Berlant, financier, I, 133. Bertinet, I, 15. Besnard (sieur de lEssart), con-selller au parlement de Paris, I, 220. Bétaut, receveur des consignations, I, nbsp;nbsp;nbsp;132. Bétliune, I, 454. BeuYron (Francois de Harcourt, marquis de), I, 433. Beys, comédien de lhótel de Bourgogne, II, 192. Bignon (Jéróme), avocat general au parlement de Paris, I, 222. Bigot, II, 217. Bins, financier, I, 126. Biron (Armand de Gontaut, Baron de), maréchal de France, I, 444; II, 53. Bitault ( Francois ), conseiller au parlement de Paris, 1,219; II,nbsp;137. Blaeu, géograplie, I, 13. Blanche de Castille, reine de France, II, nbsp;nbsp;nbsp;433 Blancmesnil (Réné Polier, sleur de), président a mortier au parlementnbsp;de Paris, I, 24, 131, 181, 186,nbsp;213; II, 14, 26, 37. Blessier, financier, 1,137. BIot(N. deChauvigny de),1,17,141. Bocasse, II, 217. Bochard (sleurde Champigné), mai-tre des requêtes, I, 267. Bocquemare (Charles de), président aux roquétes du palais, I, 221. Bodin (Jean), I, 237 ; II, 461. Bois-le-Fèvre, II, 137. Boisset, muslcien célèbre du temps, 1,176. Boleslas Ie Chauve, roi de Pologne, 1,60. Bonneau, conseiller au parlement deParis,I, 222;II,73.n |
Bonneau, financier, I, 118, 119 136, 138. Bonnegarde (M. de), II, 207. Bonnelle (N. marquis de) , I, 211; II, 74. Bonnlvet (Guillaume Gouffier, sieur de), amlral de France , 1,409. Bordier, financier, I, 114, 123, 131 ; II, 408. Bossuel, financier, I, 128. Boucherat, maitre des requêtes, I, nbsp;nbsp;nbsp;211. Boucqueval (de), doyen du grand conseil, 1,307 ; lï , 34. Bondon, iinaneier, I, 127. Bouguier, conseiller au parlement de Paris , 1, 213. Bouillon (Henry de La Tour-dAuvergne , due de), II, 214. Bouillon (Frédéric-Maurice de La Tour-dAuvergne, due de), I,nbsp;183, 203, 413, 421, 431, 434,nbsp;435; II, 80, 149. Bouillon (la duchesse de), II, 103. Boulanger, II, 384. Boulanger (veuve du président aux enquêtes), I, 220. Boulay, financier, I, 126. Boulx (sieur de), conseiller au parlement de Paris , 1, 220. Bourbon (Charles, due de), coniié-tahle de France, II, 417. Bourbonie (Ia déesse), II, 201, 203, 203, 211. Bourdeaux ( de), intendant des finances , II, 339, 409. Bourgogne, gouverneur de Brie-Comte-Robert, I, 265; II, 123, 133. Boutault ( Eloi), évèque dEvreux, II, 46. Boutaut, évêque dAlre, 1, 196. Boutevllle (Francois, comte de), I, 402. Boiiteville (Francois-Henri de Montmorency, comte de) , depuis maréchal et due de Luxembourg I, 304; II, 183, 214, Bouvard (Charles), premier méde-cin de Louis XIII, 1,463. Bouvard, conseiller au parlement de Parts, I, 217. 33 |
646
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Boyer, financier, I, 119. Bragelonne (Jean Quatre-Hommesnbsp;de), président aux enquêtes, I, nbsp;nbsp;nbsp;217. Bragelonne (N. Quatre-Hommes, sieur de), conseiller a la cournbsp;des Aydes, I, 212; II, 138, HI.nbsp;Brandelys, personnage de comédie, II, nbsp;nbsp;nbsp;193. Braze, guepein, 1, 83. Bregi-Flexelies (le comte de) , amquot;nbsp;bassadeur de France en Pologne,nbsp;1,307. BretonvllUers (de), sieur dAuron, conseiller au parlement de Paris, I, nbsp;nbsp;nbsp;221. Bretonvilliers, financier, I, 136; II, 109. Brézé (Armand de Maillé, due de), grand amiral de France, II, 26.nbsp;Briconnet, maitre des requêtes, li,138. Brienne (Henry-Auguste de Lomenie, comte de), secrétaire dEtat, 1,171. Brinquelle, montreur de marion-nettes, I, 300. Brion (sieur de), président en la cour des Aydes, 1, 211.nbsp;Briquemau, II, 217. BrLssac (Louis de Cossé, due de), I, 504; II, 151. Brissonnet, maitre des requêtes, I, 211. Briu, sieur de Houille , 1, 218. Broglio (N., comte de), maréchalnbsp;de camp , H , 30. Brossamin, financier, I, 123, 129. Broué, sieur de La Guette , maitrenbsp;des requêtes ,1,217. Broussel {Pierre), conseiller au parlement de Paris ,1,8,9,16,nbsp;23, 20, 27, 131, 174, 181, 186,nbsp;212,220, 22S, 373. 376, 138 ; II, nbsp;nbsp;nbsp;11, 13, 26, 37, 82, 81,nbsp;126, 182, 260 , 270, 278,287,nbsp;112, 113,183, 487, 499, S06. Bruges (le chevalier de), 1,436. Brun , garde des marchands mer-ciers, II, 332. Brutus (Junius), 1, 370. Bullion ((ilaude de), surintendant |
des finances, I, 113,121 , 135;II, 71, 108. Caissant, financier, I, 138. Cajetan (Thomas de Vio), dit le cardinal, I, 68. Caligula, empereur, 1,401, 112. Callistliènes, le philosophe, I, 106. Calprenède (sieur deLa), II, 167. Cambises, I, 390. Campobacho (le comte de), 1,61. Camus (Jean - Pierre), évéque de Belley, 1, 518. Camus (N.), ingénieur, I, IS. Canasille (Nicolas), consul de France a Dantzig, I, 307. Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret de La Vallette, due de), I,nbsp;303,301, 303; II, 30. Canivet, financier, I, 111. Canolle (le chevalier de), lieutenant colonel du régiment de Navailles,nbsp;II, 219. Cantarini, banquier du cardinal Mazariu, I, 310. Canto , II, 286. Carmeline, 1opérateur, 1, 11. Carrel (Thomas), huissier sergent k cheval au chitelet de Paris, I,nbsp;121, 329. Casimir, roi de Pologne, I, 60. Cassiodore (Aurelius), Senator, I, 368. Castelnau Mauvissière ( Jacques , marquis de), depuis maréchal denbsp;France, II, 29. Castor, I, 213. Catelan, financier, I, 118, 120, 121,122, 138, 112, 438. Catilina, I, 240. Catinat, conseiller au parlement de Paris, II, 130. Caton , 1, 110. Catou dUtique, I, 401. Catulle, II, 241. Césy (le comte de), I, 111. Chabenat, financier, 1, 120- Chaillou (de), maitre des Comptes , I, 212. Chalanges , financier, I, 129. |
TABLE ALPHABÉTIQUE. Chambon (Ie cointe de), gouverneur deSaintes, II, 217. Chambon (N. Hay, abbé de), I-293. nbsp;nbsp;nbsp;' Chamboy (Ie baron de), gouverneur du Pont-de-lArche , II, 142 ,nbsp;216. Chamilly (Ie comte de), lieutenant general, 11, 20o, 217, 318. Chamilly (la comtesse de), II, 204. Chamilly (Mile de), II, 204. Champeron, conseillcr au parlement de Paris, I, 213. Champldtreux (Jean Molé, sieur de), conseiller au parlement de Paris,nbsp;I, 220; 11, 286, 442. Chantefort, financier, I, 123. Chapelier, ayocat général en la cour des Aydes, I, 213. Charlemagne, I, 61. Charles Ie Simple, rol de France, I, nbsp;nbsp;nbsp;61. Charles V, dit Ie Sage, roi de France, I, 81, 394, 409; II,nbsp;23b. Charles VI, roi de France , 1, 81, 392, 394, 444, 404. Charles VII, roi de France, I, 81, 409. Charles VIII, roi de France, ï, 392, 409; II, 31 , 438, 460. Charles IX, roi de France, II, 238. Charles, due de Normandie, frèie de Louis XI, II, 236. Charles dAnjou, roi de Naples, II, 181. Charles Ie Téméraire, due de Bourgogne, I, 61. Charles Martel, II, 469. Charles Quint, 1,39,60, 82, 87; II, nbsp;nbsp;nbsp;232, 322, Charlet, conseiller au parleinent de Paris, 1, 222. Charlet (sieur dÉbli), I, 217. Chariot, financier, II, 57. Charrié (Jean, Fabbé), agent du cardinal de Retz a Rome, II, 447. Charron (Jacques), sieur de Menars, intendant des finances, I, 125. Chartier, financier, I, 128. Charton (Louis), président aiix re-quêtes du Palais, I, 220. |
547ChJteauneuf (Charles de LAubes-pine, marquis de), garde des sceaux de France, II, 237, 346,nbsp;347, 349, 33Ö, 310, 318. Chètelet (Paul Hay, marquis du), 11, 186,192.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ QiJtilIon (Francois de Coligny amiral de), II ,'238. Chètillon (Gaspard IV de Coligny , due de), I, 273, 308; II, 30,nbsp;34, 69, 112, 114. Chatillon (Isabellede Montmorency, duchesse de), I, 299. Chatius, financier, I, 130. Cliaulnes (Honoré dAlbert, due de), I, nbsp;nbsp;nbsp;434. Chaumuel (Ie sieur de), 1, 318. Chauvin, financier, 1, 128. Chavagnac (Gaspard, comte dé) . 392.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' Charigny (Léon Le Bouthllier, comte de), secrétaire dÉtat, I, 155,nbsp;174, 332, 333; II, 37, 43,nbsp;238, 363, 389, 390, 422. Chemerault (Ie comte de), II, 217. Chemerault (la comtesse de), II 204. Ghérizy (le comte de), 11 217. Cheselier (N.), conseiller de la cour des Aydes ,1,4. Cbevigny (le marquis de), 11, 206 Chevreuse (le due de), 1/4. Clievreuse (Marie de Rohan, du-cliesse de), I, 431, 433; II, 282 288, 291, 344, 346, 347,443!nbsp;431,506, 319. Chevreuse (Charlotte-Marie dé Lorraine, Mile de), I, 431: II, 292. Chezelles (sieur de Nue), 1, 213. Childéric I'', roi de France , I 81. Cliilpéric, I, 389. Chiron , II, 272. Chory, financier, I, 129. Cicéroh (Marcus Tullius), I, 169, 170, 382, 383, 383, 406, 407; II, nbsp;nbsp;nbsp;437, 327, Ciiiq-Mars (Henri Coiffier de Ruzé, marquis de), grand écuyer denbsp;France, I, 401; II, 33. Gircé, II, 177. |
548
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Clré (Ie baron de) , II, 192. Clanleu (Ie marquis de), I, 273; II, 111, 113. Claudian , poëte latin, I, 397. Claudius, censeur, I, 394. Claudius César, empereur, I, 59. Clément (Jean), coutelier, I, 519. Clesia, II, 217. Clinchamp (Bernardin de Bourgue-¦ville, baron de), II ,421. Clodion Ie Chevelu, I, 388. Clovis, I, 281 ; II, 215. Colion (Antliyme-Denis), évêque de Dol, I, 121, 179, 185, 196; II,nbsp;123, 124, 314. Colbert, financier, 123. Coligny (Gaspard II, amiral de), II, '314. Colonna, Ie cardinal, II, 245. Colonne, Ie connétable, 1, 154. Comines (Philippe de), I, 229, 392. Condé (Henri II de Bourbon, prince de), ;1, 150,156, 163 ,nbsp;465, 498. Condé (Louis II de Bourbon, prince de), I, 8, 32, 56, 92, 106, 149,nbsp;173, 177, 180,184, 192, 193,nbsp;197, 198, 202, 231 , 234, 263,nbsp;272,298 , 327 , 336,344, 432,nbsp;433, 435,436,445, 470,472,nbsp;479, 482, 498, 511; II, 14, 15,nbsp;18, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26,nbsp;27, 28, 30, 31, 32, 33. 34, 36,nbsp;38, 41, 44, 45, 47, 48, 49, 53,nbsp;54, 55, 57, 50, 60, 63, 68, 81,nbsp;105, 110, 113, 133, 178, 181,nbsp;182, 204, 210, 214, 217, 2l9,nbsp;247, 250, 254, 257, 261, 263,nbsp;265, 269, 271, 272, 273, 275,nbsp;278, 280, 284, 286, 289, 290,nbsp;300, 304, 313, 325, 327, 329,nbsp;330, 344, 345, 346, 348, 350,nbsp;359, 361, 364, 367, 377, 379,nbsp;380, 383, 388, 390, 393, 413,nbsp;414, 415, 416, 417, 418 , 419,nbsp;420, 421, 422,424,426, 429,nbsp;431, 432,450 , 470,501,504 ,nbsp;5 10, 511, 512, 614 , 510 , 523. Condé ( Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douai-_ rièrede), I, 173; II, 16, 172. Condé (Claire-Eugénie de Maillé- |
Brézé, princesse de), I, 173, 202, 219;II, 16, 172. Conradin, II, 181. Constance, 1empereur, II, 310. Constantin, musicien du temps, I, nbsp;nbsp;nbsp;17, 142. Conty (Armand de Bourbon, prince de), I, 56,161, 173,182,268,nbsp;414, 420, 431, 432, 472, 511; II, nbsp;nbsp;nbsp;14,22,26, 28,41,46, 52,nbsp;56, 63, 72, 78, 80, 107, 108,nbsp;152, 153, 160, 204, 250, 277,nbsp;282,286,292, 300, 325, 419,nbsp;429. Coquelav, conseiller au parlement dePaïis, I, 214. Corbet, II, 205, 218. Core, grand prêtre dIsraël, I, 69. Cornuel (Claude), financier, 1,113, 114, 118, 120; II, 408. Cosmar (Ie marquis de), II, 45. Cosnac (Daniël de), archevéque dAix , 1, 125. Costar (1abbé Pierre), II, 149. Coste (Pierre), II, 10. Cottignon, 1,221. Cottiiiet (Arnould), libralre, I, 497. Coudray (N. du), conseiller au parlement de Paris , 1, 23. Coulanges (de), financier, I, 134. Coulon (Jean), conseiller au parlement de Paris, I, 181,217. Courtin, conseiller au parlement de Paris, I, 221. Courtin, maitre des requétes, 1,216. Courtois, valet de chambre de la reine mère, II, 282. Couttayes (Ie sieur de), 1, 513. Crécy (Ie sieur de), II, 151. Créon , roi des Thébains, II, 215. Crépin, conseiller au parlement de Paris, I, 211. Créquy (Francois de Bonne, marquis de), 1, 174. Cresson (Ie sleur de), I, 431. Crispus Passienus, II, 48. Cromwel (Olivier), II, 4l6y'*30. Cugnac (Ie marquis de), I. ¦^96. Cujas (Jacques), 1, 460 ; II, 461. Cumont ( sieur de ) gt; conseiller au parlement de Paris, I, 215; II,nbsp;130. |
549
TABLE ALPHABÉTIQUE.
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Cynéas, 1, 361. Cyrus, I, 390. DDAlvimare, financier, I, 133. Darbault, huissier, II, 22-i. Darius, I, 390. Darragoniiois, financier, I, 113. Daucour, II, 216. Davenne (Francois), 1,103, 517; II, 186. David, le roi-prophète, I, 229. David (M.), II, 207. Davity (Pierre), I, 473. De Billy, financier, I, 123. De Bordeaux, financier, 1, 116, 123. De Combes, financier, I, 130. DeHalus, financier, I, 123. De La Garde, financier, I, 129. De Mons, vicomte dAndrezelle, financier, I, 117, 118, 123,128, 138. Denouveau, financier, I, 130. Denys le Jeune, tyran de Syracuse, I, 394. Denys le Tyran, I, 397. Deodati, financier, I, 133. De Repas, financier, I, 134. Deshournais, financier, I, 413.nbsp;Desbrosses - Guénégaud , financier, I, nbsp;nbsp;nbsp;114. Descartes (Rene), I, 13, Descoutures, II, 227. Des Forges, II, 217. Deslandes-Payen (Pierre), conseillernbsp;an parlement de Paris, I, 214, II, nbsp;nbsp;nbsp;81, 430. Desmartineaux, II, 286. Des Noyers (Francois Sublet, sieur), intendant des finances et secrétaire dÉtat, I, 123, 219. Des Roches (sieur), II, 98. De Vic, financier, I, 138. Deville (Antoine), ingénieur, I, 13. Diane, II, 203, 205. Dioclétien, empereur, II, 282. Dioinède, I, 13; H, 216. Dognon (Louis de Foucauld, comte de), depuis maréchal de Fon-cauld, 11, 430. Dollu, I, 211. |
Dort, 11,217. Dosnay, 11,206. Doublet, financier, I, 113. Douglas, II, 206. Douruet, financier, I, 134. Doux, conseiller an parlement de Paris, II, 104. Dreux (N.), conseiller au grand con-sell, I, 4. Drouet, greffier du parlement de Paris, I, 222. Drouin, financier, I, 132. Dubois, sieur de Raillet, I, 215. Du Bos (Mathieu), IT, 278. Du Faye, II, 206, 217. Dulresne , avocat et financier , I, 138. Du Frottolr, I, 303, 304. Du Guesclin, I, 409. Du Mas, financier, I, 113. Dumesnil, II, 217. Du Mousseau, financier, I, 122. Dunois fjean dOrléans, comte de),nbsp;I, 409. Du Perron (Jacques Davy, cardinal), I, nbsp;nbsp;nbsp;441 ; II, 459. Duras (Henri de Durfort, comte de), depuis ducet maréchal de France, II, 213. Duras (Guy-Alphonse de), depuis maréchal de Lorge, II, 128.nbsp;Duret de Chevry, président au parlement de Paris, I, 212, 412.nbsp;Durié (la), I, 116. Diirot, financier, I, 132. Duval (Jean), I, 416. Du Vouldy, financier, I, 113, 119. EEaubonne (sieur d), conseiller au parlement de Paris, I, 220. Effiat (Antoine Coiffier, marquis d), maréchal de France, snrin-tendant des finances, I, 123, 464;nbsp;II, 408, 409. Elbeuf (Cliarles de Lorraine, due d), I, 109, 112. 182, 421, 433;nbsp;II, 78, 80, 83, 91, 95, 108. Elbeuf (Catherine-Henriette, fifie légitimée dllenri TV, duchesssnbsp;d), I, 182. Éléazar, I, 69. |
550
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Élie, Ie prophéte, I, 238. Éliézer, serviteur dAbraham, I, 67. Émery (Michel Particelly, sieur d), surintendant des finances, I, 8,nbsp;119,122, 123,323,413; II,4H, . 412. Epaminondas, I, 463. Érigone,!!, 210, 220. Erlach (Jean-Louls, comte d), general de 1armée weymarienne, , I, 23, 309; II, 133, 156. Érostrate, I, 291. Esdras, Ie prophéte, I, 68. Espernon (Jean-Ijouis de Nogaret de LaValette, due cl), I, 409; II,nbsp;30. Espinay, financier, I, 123. Estampes (Jacques, niaréchal d), II, 338. Esther, femme dAssuérus, I, 68. Estienne ^Antoine), libraire, I, 473. Estrades (Geoffioy, comte d), de-puis maréchal de France, II, 29. Estrées (Francois-Annihal, inaré-chal d ), II, 340. Euzenat (1ahhé), intendant du cardinal Mazarin, II, 223, 339. F Fahert (Ahraham), maréchal de France, II, 339. Fahius Maximus, II, 437. Fauge (sieur de), II, 216. Faure (Francois, lepère), confesseur de la reine et depuis évéque dA-miens, II, 373, 406. Favier, maitre des requétes, I, 213. F'ayette (veuve du président) , I, 221.Fermelis (Mile de), II, 204, 218. Ferracier-Monhrun(le sieur de), maréchal de camp, II, 118. Ferté (Henry de Senneterre, maréchal de La), 1,141 ; II, 403, 424. Feydeau, ahhc de Bernay, coiiseil-ler clerc au parlement de Paris, I, 220; II, 441. Fezzary, sieur de Gagny, I, 222. Fiesque (Charles-Lóon , comte de), I, 433, 304, Fienhet, financier, I, 133. Figuière (Ie sieur de), I, 433. |
Flauriau, financier, I, J36. Flavianus, évéque dAntioche, I, 449. Flechensteiu, général de 1armée weymarienne, I, 309. Fleix (Marie-Claire deBauffremont, marquise de Senecey, comtessenbsp;de), I, 174. Flexelle ( sieur de), président en la chamhre des Comptes, I, 210. Flexelle ( 61s du précédent), II, 384, Fontaine-Martel (Ie sleur de), II, 188. Fontenay (Ie comte de), amhassa-deur a Rome, I, 414. Fontrailles (Louis dAstarac, marquis de), I, 304 ; 11, 403. Forcoal, financier, 1, 131. Formé, I, 222. Foulé, maftre des requétes, I, 218; II, 186. Fouquet de Croissy, conseiller au parlement de Paris, 307. Fouquet, maitre des requétes, I, 208. Fournier, président en lélection et premier échevin de Paris, II,nbsp;138. Fracasse, comédien, II, 193. Fraguier (Francois, sieur de Long-perrler), conseiller au parlement de Paris, II, 442. Francois Iquot;, roi de France, I, 366, 409; II, 202, 237, 317, 321,nbsp;469. Francois II, roi de France, II, 238. Francois , dauphin de France, depuis Francois II, I, 60. Francois II, due de Bretagne, I, 164, 409. Frédéric II, roi de Danemark, II, 42. Frequienne (le chevalier de). Hi 219. Gaguac, II, 217. Galand, financier, 1,116,117, 118, 119, 123, 138, 139; H, 408.nbsp;Gamoi in, I, 13. Gargan, financier, I, 116, |
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Gamier , president en la cour des Aydes, I, 212, Gamier, financier, I, 130. Garvalet, archer de la ville de Paris, II, 384. Gassion (Jean de), marechal de France, I, 297, 336, 350; II, 30,nbsp;54. Gathon, financier, I, 138. Gaucourt (Joseph, comte de], II, 339. Gauraont, sieur de Villers, I, 222. Gautier, comédien, II, 193. Gedouin, financier, I, 130. Georges de Paris (le chevalier), I, 149,298, 358. Gerzay ou Jarzay (Réné du Ples-sis de La Roche Pichemer, marquis de), I, 501, 303 , 304 ; 11, 161. Gillon, I, 389. Girard, conseiller au parlement de Paris, I, 217. Gobelin, sieur de Gilvoisin, I, 214. Godard, I, 219. Godefroy, sieur de Valentpn, I, 213. Gofecourt (M. de), II, 206, 219. Gofecourt (Mile de), II, 204, 218. Goizel, astrologue, 1, 177. Gomberville (Marin Le Roi de), II, 167. Gondy (de), I, 221. Gontier, conseiller au parlement de Paris, I, 212. Gonzague-Clèves (Anne de), prin-cesse palatine, II, 419. Goret, sieur de Bougival, I, 216. Gorsenlart, financier, I, 130. Goulas (de), secrétaire des comman-dements du due dOrleans, II, 422. Gourville (Jean-Hérault, sieur de), II, 207, 220, 389, 419. Gouville (le sieur de), colonel du regiment de Condé-cavalerie, II,nbsp;217. Gramont (Antoine, marechal de), I, nbsp;nbsp;nbsp;175, 177 ; n, 71, 113,. 122. Gramont (Philibert, chevalier de), II, nbsp;nbsp;nbsp;205, 216. |
Grancey (Jacques-Rouxel, comte et depuis marécfial de), I, 264 ; II,nbsp;128, 133. Grandpré (Jean-Armand de Joyeu-se, comte de), depuis maréchal de Joyeuse, II, 216. Grasseteau (Hugues), conseiller au parlement de Paris, I, 221. Grieux (sieur de), président en la cour des Aydes, 1, 210. Grimaldy, le cardinal, I, 413. Groin, financiers, frères et fils du maltre de la Pomme de Pin, I,nbsp;136. Gros-Guillaume, comédien, II, 199. Guénégaud (Heiiry, sieur du Ples-sis), secrétaire dEtat, 1,174, 209, 222, 411 ; II, 42, 54, 73, 76,nbsp;331. Guérin (N.), conseiller de la cour des Aydes, I, 4. Guérin, financier, I, 125. Guignet, financier, I, 133. Guillard, financier, I, 137. Guillaume, comédien, II, 193. Guillot, acteur de la Oomédie ita-llenne, II, 192. Guilloty, financier, I, 135. Guiry,T,181. Guise (Henry Iquot; de Lorraine, due de), II, 43. Guise (Henry II de Lorraine, due de), I, 32,102, 339; II, 45, 248,nbsp;348. Guise (Louis II de Lorraine, cardinal de), II, 43. Gustave Vasa, roi de Suède, II, 42. Guyet, greffier du parlement de Paris, I, 411 ; II, 104. Guygnard, II, 206. HHamilton (Antoine), II, 203. Harcourt (Henry de Lorraine, comte d), grand écuyer de France,nbsp;I, 32, 106, 20'3; II, 72, 81,nbsp;91 , 173, 247, 312, 418, 301,nbsp;321. Harcourt (le prince d), fils ainé du due dElbeuf, I, 182, 433. Hardy, comédien de ITiotel de Bourgogne, II, 192. |
TABLE ALPHABÉTIQUE. 552 Harlay (Achille de), premier président du parlement de Paris, I, 444 ; II, 459. Haiitdessens, aide dubourreau, II, 198. Hautinan (veuve de), I, 220. Héliogabale, empereur, I, 4Ü1.nbsp;Henriette de France , femme denbsp;Charles Iquot;, rol dAngleterre, I, 173; II, 248. Henry 11, roi de France, I, 409; II, nbsp;nbsp;nbsp;237. Henry III, roi de France, I, 26o, 409, 479; II, 51, 238. Henry IV, roi de France, I, 83, 146, 235, 399, 401, 409, 444;nbsp;II, 2, 130, 152, 293, 438.nbsp;Henry, roi de Suède, I, 394.nbsp;Hérard, receveiir général des tailles,nbsp;II, 155. Hercule, II, 212, 314, 217,218. Hérodote, I, 63, 390, Hersent (Charles), prédicateur, I, 103. Hippolyte, reine des Amazones, II, 215. Hippocrate, II, 463. Hocquincourt (Charles de Monchy, marquis d), maréchal de France,nbsp;11, 59, 403. Hodicq (Pierre de), président aux enquêtes, I, 220. Holopherne, II, 368. Honorius, empereur, I, 397. Horace, I, 415. Housset, financier, I, 123, 134. Hugon, ie Roy, I, 26. Hugues Capet, II, 438,469. Huron, financier, I, 132. Ibrahim, le sultan, I, 445. Ifiescas (don Joseph de), envoyé de 1arcliiduc Leopold, I, 223.nbsp;Imbert, financier, I, 125.nbsp;Imecourt (le comte d), II, 217.nbsp;Innocent X (J. B, Pampliili), I,nbsp;477; 11,249. Isaac ,1,67. Isabelle (Claire-Eugenie), veuve de Iarchiduc Albert dAutricbe, et |
gouvernante des Pays - Bas , I, 468. Itetidu, financier, I, 133. JJacob (le Père Louis), II, 222. Jansénius (Corneille), évêque dY-pres, I, 69. Janvry (de), dit de Féran, conseil-ler an parlement de Paris, II, 384. Jars le commandeur de, I, 174^ 503; 11, 198. Jason, 11, 208, 209, 210 , 213, 214. Jassaut, maitre des requétes , I , 214. Jean II, roi de France, II, 234, 469. Jean Guillaume, le bourreau , II, 196, 241. Jérémie, le Prophéte, II, 334, Jodelet, I, 271, 300; II, 167. Jolv (Guy), conseiller au cliêtelet de Paris, II, 413. .Toly, financier, I, 134. Jonglas, financier, I, 125. Josselin, financier, I, 137. Joubert, financier, I, 138. Joyeuse (Robert, marquis de) , I, 174. Judith, II, 368. Juignon, procureur au parlement et financier, I, 138. Jules César, I, 59, 368, 382; II, 249. Jupiter , 11, 203,210. Justinien, empereur, I, 460. KKerner, financier, I, 138, I.La Barre (sieur de), président aux enquêtes, I, 218; II, 442. La Bercbère, conseiller an parlement de Paris, II, 443. La Berge (sieur de), capitaiue des gardes du prince de Condé, 11^nbsp;217. |
653
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LaBerg«rie (M. de), II, 207. Laboulaye (Maximilieii Eschalard, marquis de), I, 112, 297, 348,nbsp;357, 422, 435; II, 84, 100, 122,nbsp;148, 149, 161, 378, 413, 414. La Chltre (Mile de), II, 204, 218. La Claucire, II, 29. La Coste (peut-etre Pierre Coste), II, 220. La Croix (de), maitre des Comptes, I, 213. Lactance (Lucius, Coelius, Firmia-nus), II, 368. La Fare (Charles-Auguste, marquis de), II, 29. La Ferté(Marc), I, 210. Laffemas (Isaac de), maitre des re-qiiétes,!, 217;II,186,192, 198. Laffemas (N., abbé de), 1,295,349. Lafleur, tambour, II, 157. La Forests, financier, 1,115. LaGastine (de), I, 221. Lagneau, astrologue, I, 177. La Grange (de), sieur de Marcon-ville, conseiller au parlement de Paris, 1,216. La Grange (sieur de, maitre des Comptes), I, 215. Laigue (le marquis de), II, 289, 513. Laisbordes, II, 217. Laisne, conseiller au parlement de Paris, I, 213. La Lous'ière (sieur de), lieutenant-gouverneur de la Bastille, II, 84. La Magdeleiue, II, 217. La Magne ou Lumagne, financier, I, 116. Lamoignon (Guillaume de , sieur de Bayille), maitre des requétes, I, nbsp;nbsp;nbsp;211. Lambert, financier, I, 135, 136 ; II, 409. La Motte, II, 217. La Moussaie (N., marquis de), II, 203, 213. La Nauve (sieur de), conseiller au parlement de Paris, I, 215; II,nbsp;137. Landais (Pierre), favorx de Pran-cois II, due de Bretagne, I, 164, 410. |
Langue (le baron de), II, 216. Languet, financier, I, 134. Lantot, financier, I, 121. Lapat, financier, I, 132. La Peyrère(Isaac de), II, 205, 214. La Piardière, financier, I, 124. La Pierre (le sieur de), exempt des gai'des du prince de Condé, 11,nbsp;219. La Porte, arlequln de la Comédie italienne, II, 192. La Raillère, financier, I, 118, 121, 122, 128, 442,458; II, 100.nbsp;Larcher, sieur dEsboulets, I, 222.nbsp;La Roche (le sieur de), II, 220. La Rochefoucauld (Irancols VI, due de), n, 128, 291, 430. La Rochefoucauld (le chevalier de) II, 216 La Roque (sieur de), II, 205, 216, 219. La Trousse (de), I, 351. Launay Grave (Jean de), conseiller au chatelet de Paris, I, 121, 122,nbsp;137; II, 124. Launov (le comte ^e), I, 182; II, 29. Laurent, prends ton verre, I, 494. Laverdin (le marquis de). II, 148, 150. La Baillie (sieur de), I, 217. Le Blanc, procureur. It, 224. Le Camus, controleur general des finances, 1, 117, 118, 119, 123,nbsp;138, 323; II, 409. Le Clerc, financier, I, 133. Le Coigneux (Jacques), président a mortier au parlement de Paris, I, nbsp;nbsp;nbsp;116, 174, 210; II, 137, 408,nbsp;440, 441, 540. Le Coq (Jean), sieur de Goupillier, conseiller au parlement de Paris. II, nbsp;nbsp;nbsp;130, 137. Le Dru (Nicolas), I, 311. LEclanche, I, 494. Lefebure, tresorier de France, I, 114, 211. Le Feron (N.), president aux enquêtes et prévót des marchands de Paris, I, 137, 217; II 97nbsp;103, 487, 527. Lefèvre (Louis-Francois, sieur de |
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Caumartin), conseiller au paile-ment de Paris, I, 222; II, 130, 137, 442, 447. LeGras, maitredes requétes, 11,386. Lemaire, greffier en Ihotel de ville de Paris, II, 381, 384. Le Meusnier (Clément, sieur de Lartiges), conseiller au parlementnbsp;de Paris, I, 212, 219. Le Nain, conseiller au parlement de Paris, I, 212. Le Nain, sieur de Tillemont, maitre des requétes, I, 218. Lenfant, marchand, II, 384. Le Noir, president en la cour des Aydes, I, 210. Le Normand (1ahbé), maitre de cliambre du cardinal Mazarin, II,nbsp;223. Lentu!us(Cneius Cornelius), consul, I, 380. Leon X (Jean de Médicis), pape, II, 320. Leony, banquier du cardinal Mazarin, I, 326. Léopold Guillaume, archiduc dAu-triche, I, 223, 333, 341, 361, 431, 516; II, 96, 126, 140, 146,nbsp;130, 134, 249. LEscuyer, merabre de la cliambre des comptes, II, 138. LEscuyer, financier, I, 123. Le Page, financier, I, 133. Le Pautre (Antoine), arcliitecte, I, 15.Le Picard, maitre des requètcs, I, 215. Le Plaisant, bouffon de Louis XIII, I, 402. Le Koy, conseiller au parlement de Paris, I, 216. LeRoy, II, 207. Le Royer, financier, 1,123. Le Sage, financier, I, 128. Lescalopier (sieur de), I, 213. Lescot, joaillier du cardinal Mazarin, I, 410, 310. Lesdiguières (Francois de Bonne, due de), connetable de France,nbsp;n, 44. Lesseville , sieur dEvesquemont, maitre des Comptes, I, 213. |
Le Tardif, financier, I, 134. LeTellier (Michel), secretaire dEtat et depuis chancelier de France,nbsp;I, 174; 11, 29, 263, 283, 339,nbsp;343, 442, 331. Le Vanneur, financier, I, 138. Le Vasseur, financier, I, 114, 116. Le Vau (Louis), arcliitecte, I, 15. Levis-Ventadonr (Anne de) , arche-véque de Bourges, II, 30, 46. Lhopital (N. deVitry, maréchal de), I, nbsp;nbsp;nbsp;174, 313; II, 87, 214, 421,nbsp;506, 339, 340. Lhopital (N. des Essarfs, veuve du maréchal de), 11,449. LHuillier, financier, I, 134. Liancourt (Charles du Plessis, due de), I, 174; 11, 54. Licinius Sura, préfet du prétoire, I, 401. Licius, censeur, I, 394. Liégault, II, 384. Ligneville (le comte de), II, 214. Ligours, financier, I, 138. Lillebonne (N. de Lorraine, comte de), I, 433. Lionne (Hugues de), secrétaire d'E-tat, II, 263, 279, 281, 343. Lionne, grand audiencier, I, 212. Lorabart, financier, I, 129. Loménie (Antoine de, seigneur de la Ville aux Cerfs), II, 226. Longpré, II, 217. Longueil (René de), conseiller au parlement de Paris, I, 314, 436; II, nbsp;nbsp;nbsp;137, 363. Longuet, trésorier général de 1ex-traordinaire des guerres, 1, 133, 208. Longueville (Henry II, due de), I, 104, 161, 173, 178, 182, 204,nbsp;303, 340, 421, 432, 440 ; II, 14,nbsp;19, 21, 28, 41, 63, 72, 78, 80,nbsp;81, 91, 92, 102, 123, 142, 149,nbsp;157, 162,221. Longueville ( Anne-Genevléve de Bourbon-Condé, duebesse de), I,nbsp;161, 173, 177; 11, 16, 168, 170,nbsp;173, 182, 201, 208, 211, 214. Longueville ( Charles - René dOr- |
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léans, comte de Saint-Paul, puis duo de), I, 177; II, 102. Lopes, marchand portugais, I, 5S, 303. Loppin (Isaac), I, 377. Lorraine (Charles IV, due de), I, 272; II, 126, 140,214,392,393,nbsp;423, 424, 480. Lorraine (Charles de), cardinal, II, 449. Lothaire, roi de France, I, 61. Lottin (N.), président du grand-conseil, I, 4. Lottin, conseiller au parlement de Paris, I, 216. Lottin (sieur de Charni), nialtre des requêtes, I, 216. Louet, guépein, I, 88. Louis Ie Débonnaire, empereur, I, 61 ; n, 333. Louis 11, roi de France, I, 81. Louis VII, dit Ie Jeune, roi de France, I, 392. Louis XI, roi de France, I, 36S, 392, 409, 442; II, 233, 237,nbsp;438. Louis XII, roi de France, 1, 380, 401, 444; II, 31,438. Louis XIII, roi de France, I, 28, 83, 296, 401, 409, 476; II, SI,nbsp;202,472, Louis XIV, roi de France, I, 34, 173, 473, 510, 314; II, 301. Loyseau (Charles), I, 366. Lucrèce, I, 369. Luynes (Charles dAlbert, due de), connétable de France, I, 62; II,nbsp;44. Luynes (Ie due de), I, 264, 433; II, 128, 140, 190. Luynes , commissaire général aux saisies réelles, I, 133. M Machault (Francois de), conseiller au parlement de Paris , 1, 221 ;nbsp;II, 448, 449, 431. Macliiavel (Nicolas), I, 6, 99, 236, 278, 319, 337, 344, 347, 380,nbsp;312. Machoire (1ahhé de La), I, 4)4. |
Macquars, financier, I, 113 Magalotti, marcchal de camp, I, 138. Maillet, financier, I, 116,123. Mailly (Jean-Baptiste), I, 203, 339, 437, 301 ; 11, 406. Maisons (René de Longueil, sieur de), président a mortier au parlement de Paris, II, 238, 431. Mallet, financier, I, 127, 130. Mamurra, II, 241. Mancini (Laure-Victolre), nlèce du Cardinal Mazarin, I, 104; II, 38. Mandat (Galiot), conseiller au parlement de Paris, II, 442. Manicamp (Louis de Madalllan de Lesparre, marquis de), I, 304. Manzini, beau-père du cardinal Mazarin, I, 268. Manzini (la), soeur du cardinal Mazarin, I, 292. Mare Antoine, triumvir, I, 169, 382. Marc Aurèle, I, 353. Marcellus (Quintus), consul, 1,39. Marche, II, 217. Marchin ou Marsin (Jean-Gaspard-Ferdinand, comte de), IJ, 377, 430. Marcillac, financier, 1, 132. Maressar ou Meressars (M. de), II, 203, 218, 219. Margonne, financier, I, 113. Marie Stuart, reine dEcosse, II , 129. Marie Tudor, reine dAngleterre, I, 60. Marigny (Jacques Carpentler de), II, 242, 397. Marillac (Louis de), maréchal de France, I, 401, 436. Marillac (Michel de) , garde des sceaux de France, 464. Marin (Claude), intendant des finances, I, 118, 138. Marin (dit Rigny ], financier I 126. Marius, I, 371. Marre (le baron de), II, 142. Mars, II, 81,203, 212, 219. Marsillac(N. de La Rochefoucauld, prince de), I, 431. |
I
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Martillière, avocat au parlement de Paris, II, 198. Martin, intendant de 1écurie durov, I, 137. Martineau, évéque de Bazas, 11, 314. Martineau, financier, I, 130. Martinozzi (la), soeur du cardinal Mazarin, I, 292. Martinozzi (Marie), nièce du cardinal Mazarin, I, 104. Massac (M. de), II, 223. Matarel, II, 288. Matha (Ie marquis de), I, 436. Matha (1abbé de), I, 518. Matbieu, médecin, II, 386. Matliieu, ordinaire du palais Mazarin, II, 222, Matignon (Francois de Goyon, sire de), I, 432 ; II, 91. Maugis dAigremont, I, 355. Maupeou (sleur de), conseiller au parlement de Paris, I, 216, 219. Maure ( Louis de Rochecliouart, comte de), I, 331, 436. Maurice , archer de la yille de Paris, II, 384. Mauroy, financier,!, 114, 125. Maximilien Iquot;', empereur dAlle-magne, I, 380. Maximilien II, empereur dAutri-che, I, 468. Maxlmin, empereur, II, 49. Mayne ou Maycnne (Charles de Lorraine, due de), I, 444. |
Mazarin (Jules), cardinal, I, 28, 33, 39, 48, 49, 50, 62, 88, 91, 92,nbsp;94, 104, 107, 110, 118, 122,nbsp;123, 140, 143, 150, 153, 155,nbsp;167, 173, 177, 179, 183, 184,nbsp;186, 189, 191, 192, 193, 197,nbsp;199, 202, 203, 207, 225, 243,nbsp;267, 270, 274, 289, 292, 295,nbsp;298, 306, 307, 314, 317, 383,nbsp;384, 408, 411, 412, 432, 435,nbsp;440, 445, 472, 477, 478, 484,nbsp;489, 507, 508, 510, 511, 512,nbsp;513; II, 6, 12, 14, 15, 16, 18,nbsp;19, 20, 21, 23, 24, 27, 28, 31,nbsp;32, 33, 36, 38, 42, 43, 45, 46,nbsp;48, 49, 55, 58, 59, 61, 63, 70,nbsp;75, 79, 86, 89, 102, 107, 108,nbsp;114, 126, 132, 139, 141, 152,nbsp;157, 160, 163, 168, 169, 170,nbsp;171, 172, 173, 174, 175, 176,nbsp;179, 181, 182, 184, 209, 212,nbsp;222, 223, 227, 229, 240, 241,nbsp;242, 256, 260, 261, 263, 265,nbsp;274, 279, 283, 286, 289, 294,nbsp;296, 298, 301, 303, 308, 317,nbsp;318, 320, 321, 323, 325, 327,nbsp;329, 330, 331, 339, 342, 343,nbsp;344, 346, 347, 349, 351, 352,nbsp;353, 358, 360, 361, 364, 366nbsp;376, 377, 379, 380, 387, 389!nbsp;391, 396, 397, 410, 413, 415,nbsp;417, 419, 420, 421, 422, 424,nbsp;426, 427, 432, 437, 441, 450,nbsp;470, 472, 474, 476, 480, 485,nbsp;493, 496, 499, 500, 501, 502,nbsp;508, 511, 513, 517, 519, 523. Mazarini (Pietro), père du cardinal, I, 95, 265 ; II, 252. Mazarini (Julio), jésuite, oncle du niinistre, I, 154. Mazarini ( Michel) , cardinal de Sainte - Cécile , archevéque denbsp;Lyon, yice-roi de Catalogue, I,nbsp;51, 103, 344, 413; II, 24. Mazel, financier, I, 134. Mecenas, I, 364. Médée, 11, 211, 212. Médicls (Catherine de) , reine de France, I, 89, 235 ; II, 403. Médicis (Marie de), reine de France, I, 56, 89. Meilleraye ( Charles de La Porte, due de), roaréchal de France, I, nbsp;nbsp;nbsp;13, 124, 173 ; II, 44, 71, 99, 100.Méliand, procureur général au parlement de Paris, I, 210, 222; II, 91. Melon, II, 206, 218. Memmin, financier, I, 128. Menardeau - Champré (Francois), conseiller au parlement de Paris,nbsp;II, 82, 130, 137, 440, 442. Merat, inaitre des comptes, I, 21I- Merault, financier, 1, 118. Mercator (Gérard), géograpbe, I, 15. Mercier ou Le Mercier (Jacques), architecte, 1,15. |
Mercoeur (Louis de Vendóme , due de), I, o09; II, 35,38,263,281.
Merlin-Coccaïe, I, 471.
Mérovée, roi des Francs, I, 388.
Mesme (Henry, sieurde), président a mortier au parlement de Paris,nbsp;I, 209; II, 19, 130, 137.
Mestrezeau, I, 13.
Metz (Henry de Bourbon, évéque de), abbé de Saint-Germain desnbsp;Prés, II, 46.
Meusnier, financier, I, 136.
Mlchaut, financier, I, 12o.
Michel (Ie Père), de 1ordre des Ca-maldoli de Grosbois, 1,263, 433, 502; II, 134.
Mignot, financier, I, 123.
Milet, procureur au parlement de Paris , 1, 221.
Mlleti, 1, 311.
Minerve, II, 202, 212.
Miron (Jacques, sieur du Tremblay), maitre des comptes et colonel de la milice, I, 213 ; II, 386.
Mithridate, roi de Pont, II, 163.
Mittanour (Dufour Jean), I, 319.
Mizelas, Ie vieil, roi de Pologne , 1,60.
Moïse, 1, 69 ; II, 463.
Mole ( maitre), receveur des rentes de la cour des Comptes, I, 213.
Molé (Malthieu) , premier président du parlement de Paris, I, 18,nbsp;124 209,430; II, 130,137, 183,nbsp;287,342,346,439,316,328,340.
Molé (N.), évéque de Bayeux, II, 120.
Mommirot, financier, I, 136.
Momus , II, 193.
Monaco (Ie prince de), I, 97.
Mondini ou Mondin (labbé), do-mestique du cardinal Mazarin, I, 98, 410, 311 ; II, 247.
Monguignard, 11, 218.
Monnerot, financier, I, 123, 129.
Montaigu (Jean de), intendant des finances et grand maitre de F ranee , I, 394.
Montaigu (lord), II, 389.
Montauban, avocat au parlement
de Paris, II, 198.
Montaulieu, II, 217.
557
Montauron , financier, I, 133.
Montbazon (Hercule de Rohan, due de), gouverneur de Paris et denbsp;lile de France, I, 167, 173;nbsp;II, 15, 44.
Montbazon (Marie de Rohan, du-chesse de), I, 174 ; II, 377, 310.
Montecot (sieur de), maitre des re-quêtes, I, 216.
Montelon , avocat au parlement de Paris, 1, 220.
Montespan (Louis de Pardaillan de Gondrin , marquis de), II, 430.
Montigny (M. de), II, 203, 218.
Montmaur (Ie sleur de), I, 209.
Montmorency (Lisblus de), II, 213.
Montmorency (Anne de), conné-table de France, I, 409 ; II, 271.
Montmorency (Henri II, due de), maréchal de France, I, 401; II,nbsp;52.
Montpensier ( Anne-Marie-Louise dOrléans, duchesse de), Mademoiselle, I, 103, 173, 202; II,nbsp;330, 383, 303.
Mont-Remy (Lysoie de ), II, 213.
Montreuil, 11,217.
Morin, financier, I, 136.
Mortemart (Ie marquis de), I, 174.
Mothe - Houdancourt ( Philippe de La), due de Cardone , maréchalnbsp;de France, I, 101 , 106 , 112 ,nbsp;184, 306, 334, 413, 422, 434,nbsp;304; II, 17, 41, 57, 80, 109,nbsp;115, 117, 119, 120, 149, 248,nbsp;313,322.
Mothe-Houdancourt (Henry de La), archevéque dAuch, I, 101, 434.
Motteville (Francoise Bertaud, dame de), I, 431 ; II, 168.
Mousseau, financier, I, 131.
Moussy (sieur de), maitre des Gomptes, 1, 214.
Moysel, financier, I, 121.
Muissat, financier, I, 136.
Mutl (la), steur du cardinal Mazarin, I, 292.
N
Naboth, I, 261.
Nabuchodonosor, I, 437 ; II, 334.
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Naudé (Gabriel), bibliothécaire du Olier (Jean-Jacques)j curé de Saint-cardinal Mazarin, I, 1, 28, 39, Sulpice, 1,519.
56, 65, 92, 123, l'i9, 246, 263, Olimpia(MaïdalcbbiiPamphili, dite 268, 289, 293, 295, 314, 348, la signora), II, 447.
358, 408,425, 437; II, 222. Ondedei (Zungo), maitre de cham-Nauplins, II, 216. nbsp;nbsp;nbsp;bre du cardinal Mazarin. II, 342.
Navailles (Philippe de Montaut de Orgeval (d), conseiller au parle-Benac, comte et puis due de), ment de Paris, II, 443. marécbal de France. II, 30. Orieux (sieur d), président en lanbsp;Negoras, I, 58.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;des Aydes, I, 210.
Nemours (Jacques dArmagnac, due Orléans (Gaston duo de), frère de
de), II, 40. nbsp;nbsp;nbsp;Louis XIII, I, 1, 8, 104, 105,
voie, duc'de), I, 433; II, 206, 301, 348, 392, 421, 429.
Neptune, II, 202, 218.
Néron, empereur, II, 455.
Nerva, lempereur, I. 168.
Nesmond (Francois-Théodore de), président a mortier au parlement de Paris, I, 211; II, 137,nbsp;538.
Ne'vers (N. de Gonzague, due de), 11,51.
Nicolaï (Nicolas de), président en la chambre des Comptes, I, 209,nbsp;450.
Noailles (Anne, comte et puls due de), II, 29.
Noé, Ie patriarebe, II, 94.
Nogent (Ie comte de), II, 534
Nemours (Chorles-Amédée, de Sa- 151, 152, 154, 156, 159, 165, ¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;166,.173, 177, 180, 184, 192,
193, 197, 198, 202, 231, 234, 265, 344, 469, 480 ; II, 12, 15,nbsp;17, 22, 24, 30, 31, 32, 41, 44,nbsp;63, 65, 71, 88, 110, 114 135,nbsp;138, 174, 176, 216, 227, 250,nbsp;261, 265, 271, 280, 282, 283,nbsp;285, 290, 300, 309, 312, 313,nbsp;315, 322, 328, 329, 330, 345,nbsp;349, 350, 364, 365, 366, 377,nbsp;378, 380, 382, 383, 390, 392,nbsp;393, 396, 414, 420, 423, 424,nbsp;426, 450, 470, 497, 499, 503,nbsp;506, 507, 511, 513, 514, 520,nbsp;523, 538.
Noire (maitre), sienr de La Plan- Ortis (d), I, 13.
chette, I, 214. nbsp;nbsp;nbsp;Orval (Ie comte d), écuyer de la
Noirlieu (Ie marquis de), II, 116. reine, II, 527.
Nolrmoutlers (Louis de La Tré- Orviétau (1), charlatan fameux, 1, mouille, marquis de), 1,112,431;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;271,
II, 106, 128, 289, 513. nbsp;nbsp;nbsp;Oudin (Antoine), I, 511.
Normand (1abbé), domestique du Oudinet. I, 15, cardinal Mazarin, I, 518.
Nostradamus (Michel), I, 15, 27, nbsp;nbsp;nbsp;p
416,
Nouveau, intendant de la justice en Paget, financier, 1,127. la généralité de Paris, I, 126, Palamèdes, II, 216.
Novion (Nicolas Potier, sieur de), Pallas, II, 209.
président a mortier au parlement Pallu, lainé, financier, I, 136. de Paris, I, 181, 186, 211, 450; Palluau (Philippe de), maréchal denbsp;II, 440, 540.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Cleramhaut, I, 151, 336; II, 30,
247.
O nbsp;nbsp;nbsp;Palluau, (Iabbé de), maitre de
chambre du Jcardlnal Mazarin,
Oems , général de 1armée weyma- II, 400.
rienne, I, 509. nbsp;nbsp;nbsp;Palluau (N.sieur duFay),conseiller
Orléans (Marguerite de Lorraine, duchesse d), I, 173, 202; II, 71.nbsp;Ormond (Ie comte d), II, 45.
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au parlement de Paris. I, 220; II, ISO, 138. Panfili (Francesco), neTeu du pape Innocent X, I, ISI; II, 249. Paris, membre de la chambre des Comptes, II, 138. Paris (Paulin), I, Particelli, I, 311; II, 411. Pasiphaé, 11,213. Pasquier (Nicolas), conseiller au parlement de Paris, I, 441 ; 11,nbsp;240. Passerat (Jean), un des auteurs de la satyre Ménippée, I, 14. Patin (Guy), I, 92, 149, 246, 263, 339, 437, 507. Patin, ancien et grand garde de la draperie, II, 326, 329,332. Patru (Olivier), avocat au parlement de Paris, II, 277. Paulet (Charles), secrétaire de la cbambre dn Roy, inventeur denbsp;la Paulette, I. 1, 366. Pavilion, financier, I, 132. Payen, financier, I, 123. Pélissier, financier, I, 127. Pelletier (N. sieur deLa Houssaye), conseiller au parlement de Paris, I, 222. Péraction, financier, I, 123. Pérault, président en la cour des Comptes, 1,129. Péréfixe (Hardouin de Beaumont), précepteur de Louis XIV, évéquenbsp;de Rhodezet depuis archevéquenbsp;de Paris, I, 414, Péricard (Francois de), évéque dAngouléme, II, 30. Périclès, I, 38. Perrault, président de la chambre des Comptes et intendant dunbsp;prince de Coudé, II, 16. Perrichon, garde des marchands merciers, II, 333. Perrot, président aux enquêtes, I, 219. Perrot (Jean), conseiller au parlement de Paris, I, 219; II, 441. Persan (Vaudeter, marquis de), II, 88.Pertel, financier, I, 136. Pertuis, II, 217 ¦ |
Pesche (Peuche, sleur de La) II, 276, 291. Petit, financier, I, 120, 123, 134. Petit, doinestique du président Tu-beuf, II, 224. Petit (la) , femme Navarrot, ï 120.Peyrat, financier, I, 128. Pharamond, I, 388. Pharaon, II, 463. Philippe de Macedoine, I, 161. Philippe Ie Hardl, rol de France,nbsp;1, 392. Philippe Ie Long, rol de France, I, 392. Philippe de Valois roi de France, I, nbsp;nbsp;nbsp;392, 393. Philippe de France, due dAnjou , frère de Louis XIV, I 173nbsp;414. Philippe le Bon, due de Bourgogne II, nbsp;nbsp;nbsp;208, 236.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp; Philippe II, roi dEspagne, I, 60, 83, 468. Philistus, favori de Denys le Jeune I, nbsp;nbsp;nbsp;394. Phinée, roi de Phenicie, II, 217. Pliisica, 11,117. Pibrac (Guy du Faur, sleur de), II, 462. Picard, financier, I, 117, 123, 128. Pichou, comedien de Ihotel de Bourgogne, II, 192. Picot, exempt des Gardes, I, 13. Pidou, financier, I, 138. Pinon (Jacques, sieur de Martray), Conseiller au parlement de Paris,nbsp;.1,219. Pinon, I, 216. Piry, financier, I, 128, 133. Platon, II, 202. Plessis-Praslin (César de Choisenl, marquis de), maréchal de France,nbsp;I, 508; II, 133, 146, 150, 134,nbsp;403,419, 322. Pline le Jeune, I, 390. Pluton , II, 112. Pollux, II, 213. Polybe, II], 436, 457, Pomponius Sextus, jurisconsulte I, 460. |
560
|
Pont (Mme de), duchessede Richelieu , II, 35, 59. Pontcarré (Nicolas Camus, sleur de), conseiller au parlement denbsp;Paris ,1,217. Pont Saint Pierre (Ie marquis du), 1,441. Pordel, financier, I, 128. Porsenna, roi dÉtrurie, I, 371. Portall (Paul), conseiller au parlement de Paris, 1,218, 479. Portier, financier, I, 128. Polier, (N,), évêque de Beauvais, I, 156, 332. Polier, financier, I, 138. Precen (de), marchand de fer, II, 384. Prélabé, maitre, I, 210. Preschon (Georges), 1, 394. Prevetay (Francois ) libraire , I, 497. Prévost (Charles), conseiller clerc au parlement de Paris, I, 213. Prévost, maitre des requétes, I, 217. Prévost, financier, I, 127. Priam, roi de Troye , I, 6. Prier, financier, I, 133. Probus, empereur, 1,63. Prochyte (Jean) , I, 292. Proclète, 1,394. Prudhomme , baigneur, II, 446. Q Quatresols (sieur de Montanglos), conseiller au parlement de Paris, I, 219. Quentin, financier, I, 118. Quignet (Pierre du), I, 290. Quincy (veuve de Pierre de), I, 220.Quintin (N. de La Moussaie, comte de), II, 215. Quintus Marcius , censeur, 1, 407. R Rabatus, financier, I, 134. Radzivil (Ie prince de), II, 45. Rambouillet, financier, 1, 127. Ransommes, II, 214. |
Ranty (Ie baron de), I, 518. Rantzau (Josias, comte de), ma-réchal de France, I, 336, II, 41. Regnard, I, 518. Renard, traiteur au bout du jar-din des Tuileries, 1, 501, 503 , 506; II, 84. Renaudot (Théophraste), fonda teur de la CazeKe,!, 190, 445; II,nbsp;123. Renaudot (Eusèbe), II, 123. Renaudot (Isaac), II, 123. Rézé (Besnard de), conseiller au parlement de Paris , I, 212. Retz (Albert de Gondv, maréchal de), 1,409. Retz (Pierre de Gondy , due de), I, nbsp;nbsp;nbsp;431, 504; II, 162. Retz (Jean-Francois-Paul de Gon-dy, coadjuteur de 1archevéque de Paris et cardinal de), I, 39,nbsp;183, 218, 219, 220, 416, 448,nbsp;508, 593; II, 15, 32, 89, 133,nbsp;174, 177, 182, 184, 213, 230,nbsp;250, 254, 259, 270, 276, 277,nbsp;278, 279, 281, 283, 287, 288,nbsp;289, 291, 308, 344, 359, 362,nbsp;264, 366, 375, 386, 387, 390,nbsp;391, 392, 393, 394, 396, 412,nbsp;413, 414, 426, 444, 449, 504,nbsp;506, 507, 509, 511, 519, 540. Rhodes (Claude-Pot, comte de), grand maitre de la garde robe, I,nbsp;174, II, 449. Rhodes (Louise de Lorraine, com-tesse de), II, 444, 445, 449. Rihier, II, 447. Richebourg (de), financier, I, 118. Richelieu (Armand du Plessis, Cardinal, due de), I, 62, 85, 96, 97, 109, 153, 982, 223, 234, 303,nbsp;312, 326, 329, 330, 333, 335,nbsp;339, 340, 341, 347, 363, 378,nbsp;408, 409, 426, 435, 443, 464; II, nbsp;nbsp;nbsp;46, 242, 258, 407, 411, 485,nbsp;492, 493, 499. Richelieu (Armand-Jean Vignerod, due de), II, 33, 53, 59, lOi. Richon, gouverneur de Vayres, en Guyenne, II, 249. |
Ricouse, II, 217. nbsp;nbsp;nbsp;Saint Georges, 1, 26.
Rieux (N. de Lorraine, comte de), Salut-Germain Beaupré ^sienr
11,430. nbsp;nbsp;nbsp;t eur de),
Riote, financier, I, 128. nbsp;nbsp;nbsp;Saint Grégoire, pape, I, 69.
RIvière ^le clievaller de), II, 216. Saint Hippolyte, II, 367.
Roberval (Gilles-Personne de), géo- Saint Jean Chrysostome, I, 149.
metre, I, IS.
Robin, sieur de Varize, I, 218. Rochefau (M. de), II, 205, 218.nbsp;Rocollet (Pierre), imprimeur et li-braire ordinaire du roi, I 473.nbsp;Rodolphe, I, 69.
Rohan iHenry de Chabot, due de), II, 100.
Roban (Tancrède de), II, 105. Roisi (Ie comte de), I, 433.
Roland, personnage de comédie, II, 193.
Rolet, financier, I, 134.
Saint-Joseph (dom Pierre de), de lordre des Feuillants, I, 277.
Saint-Julien, poëte burlesque, I, 109, 436; II, 68, 118.
Saint Landry, II, 367, 371.
Saint Louis, roi de France, I, 392 ; II, 434.
Saint-Luc (Francois dEspinay, marquis de), I, 433.
Saint Magloire, II, 367, 371.
Saint-Maigrin (Jacques-Estuer de La Vauguyon, marquis de), I 503,nbsp;504; lï, 311.
Rolland, neveu de Charlemagne, I, Saint Marcel, II, 367. 371.
333. nbsp;nbsp;nbsp;Saint-Marc (M. de),gentilhomme
Rolland, financier, 1,118. nbsp;nbsp;nbsp;de la chambre du prince de Con-
Rollln de La Haye, libraire, I, 493. dé, 11, 205, 217.
Remand, financier, I, 134. nbsp;nbsp;nbsp;Saint-Martin (M. de) II 206 367
Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, Saint Médard, II, 367 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
marquis, puis due de), 1,126, Saint Merry, 11, 367, 371
Saint Paul, apötre, II, 334, 368, 433.
Saint Paxan, II, 367, 371.
Saint Pierre, apötre, I, 426, 499; II, 333, 453.
Saint-Pol (Louis de Luxembourg, comte et connétable de), II, 40,nbsp;33.
c nbsp;nbsp;nbsp;Saint Remy archevêque de Reims,
II, 215.
Sachetti (Ie cardinal), I, 96; 11, 2Ö0. Saint-Romain (1abbéde), 11, 204,
Sainctot (Nicolas de), maitre des ^ 213, 219.
Rose, financier, I, 127, 134. Roseret, financier, I, 132, 134.nbsp;Rosnay (Ie comte de), II, 216.nbsp;Rouilly, financier, I, 133.
Roulin, I, 494.
Ruellan, maitre des requêtes, t, 218.
cérémonies, I, 513.
Saint Ambroise, I, 449. Saint-André (de), financier, I, 131.nbsp;Saint Augustin, I, 63 ; II, 453.nbsp;Saint Aure, II, 367.
Saint Benoit, II, 367.
Saint Bernard, I, 68. Saint-Chamond (Melchior-Mitte denbsp;Chevrières, marquis de), 4o4,
Saint-irbar (Ie comte de), gentil-bomme du prince de Conty, I, 432.
Sainte Agnès, I, 468.
Sainte Avoye, II, 371.
Sainte Catherine, I, 468. Sainte-Croix (Francois-Molé, abbénbsp;de), conseiller clerc au parlementnbsp;de Paris, II, 442.
Saint Denis, lAréopagyte, II, 21a. Sainte Genevieve, II, 367,368,371, SamtFélix.1. IS.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;374.
II
562
Sainte Opporlune, II, 367, 371. Sévigné (Ie chevalier de), II, 103. Saintot (Nicolas), maitre des céré- Sévigné (Marie de Rabutin-Chan-moiiies, it, 130, 527, 531.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tal, marquise de), I, 351; 11,103.
Salomon, I, 68. nbsp;nbsp;nbsp;Sévin (Charles), conseiller au parle-
Saluste, 1, 240. nbsp;nbsp;nbsp;lement de Paris, I, 213.
Samuel, financier, I, 123. nbsp;nbsp;nbsp;Sigismond, roi de Pologne, I, 367.
Sanguin, conseiller en la cour des Silhon (Jean), I, 32; II, 314.
Aydes, 1,212. nbsp;nbsp;nbsp;Sillery (Nicolas Brulart de), chance-
Sara (Henry ou Robert), libralre, I, lier de France, I, 461.
497. nbsp;nbsp;nbsp;Sillery (Ie marquis de), II, 213.
Sarrazin (Jean-Francois), secrétaire Sinon, I, 6.
du prince de Conty, I, 175; 11, Sirot (Ie baron de), maréchal de 204, 213, 219, 222, 277.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;camp, I, 188.
Saturne, II, 203. nbsp;nbsp;nbsp;Sociando, II, 236.
Sauvain, financier, I, 130. nbsp;nbsp;nbsp;Soissons (Charles de Bourbon,
Savaron (Jean), I, 441. nbsp;nbsp;nbsp;comte de), II, 20.
Savoie-Carignan (Thomas, prince Solon, I, 58.
de), I, 182. nbsp;nbsp;nbsp;Sommerance (N. de), lieutenant gé-
Scarron (Paul), conseiller au parle- néral civil et criminel de Stenay, ment de Paris, I, 473.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;II, 207.
Scarron (Paul), poëte burlesque, I, Sourdis(CharlesdEscoubleau, mar-109, 268, 423, 471; II, 92, 118, quis de), I, 436.
241. nbsp;nbsp;nbsp;Souvray (Ie commandeur de), I,
Schomberg (Charles, due de), ma- 503. réchal de France, I, 410, 508; Souvré (Ie comte de) I, 174.
II, 101. nbsp;nbsp;nbsp;Stevin, I, 15.
Scipion 1Africain, I, 379. nbsp;nbsp;nbsp;Strafford (Thomas de Wentworth,
Scipion Ie Jeune, II, 457. nbsp;nbsp;nbsp;comte de), II, 420, 434.
Séguier (Antoine), président au parlement de Paris, II, 459.
France, I, 265. Suétone, I, 389.
Scudéry (Madeleine de), II, 167. Strozzi (Philippe), maréchal de
Séguier (Pierre), chancelier de Fran- Sully (Maximilien de Béthune, due ce, I, 11, 156, 159, 174, 252, de), I, 409.
457; II, 71, 76, 250, 258, 529, Sylla, I, 368, 371.
539.
Séjan, I, 364. nbsp;nbsp;nbsp;T
Senecey (Ie marquis de), I, 441.
Senneterre (N., comte de), 11,419. Tabouret, financier,!, 121, 128. Séiineterre (HenrydeSalnt-Nectaire, Tacite, I, 59,64.
123, 174 Senoc, financier, 1,134.
Sercelles (sieur de), I, 219.
Sercote, joueur fameux, I, 135. Serroni (Hyacinthe), évèque dOran-ge, II, 46
Tallemant, financier, I, 127. Tallemant des Réaux, I, 113, 411;nbsp;II, 199.
Talon (Omer), avocat général au parlement de Paris, ï, 28, 222,nbsp;501; II, 120, 177.
dit de), maréchal de France, I, Tacite, empereur, I, 401.
Servien (Abel, marquis de Sablé), se- Tamboneau (Michel), président au crétaire dÉtat, 1, 104;II, 19, parlement de Paris, II, 441,442.nbsp;263, 279, 283, 314, 342, 344, Tardieu (Pierre), lieutenant crinn-343, 366, 531.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nel au Chételet de Paris, I,
Sève (N. de, sieur de Chatignon- Tarente (Henri-Charles de La Tré-villc),luaitredesrequeles, 11,442. mouille, prince de), Igt; 433.
-ocr page 573-5S3
Targoii, Ij Ig
Tarquin le Superbe, I, 369. Tavannes (Jacques de Saulx. conite
/le), IIj 392j 421.
Telamon roi de 1ile de Salamine.
H, nbsp;nbsp;nbsp;217.
Terrat, financier, I, 129.
Thalès, le philosopiie, I, 3b9. Théodebert, roi dAustrasie, I, 394.nbsp;Théodoric, roi des Gotlis, I, 368,nbsp;388.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
Théodose, empereiir, I, 397, 402 449.
Tbésée, II, 215.
Tbévenini (lahhé), I, 510.
Thibeuf (sieur dé Bouville), con-seiller au parlement de Paris et colonel de la milice, I, 218.nbsp;Thoré (N. Particelli, sieur de), président au parlement de Paris,
I, nbsp;nbsp;nbsp;311; II, 133.
Thou (Franeois-Auguste de), con-seiller au parlement de Paris, I, 401; II, 33.
Thou (Auguste de), président aux enquêtes, I, 213.
Thucydide, I, 64.
Thyeste, II, 162.
Tibère, I, 364, 442; II, 462. TilJadet (le,marquis de), gouverneurnbsp;de Brissac, II, 29.
Tillet (du), président aux requétes du palais, I, 221.
Tillet (sieur du), conseiller au parlement de Paris, I, 213.
Tillet (Jean du), greffier du parlement de Paris, II, 431.
Timothée, disciple de saint Paul, II, 334.
Tiriot (Jean), ingénieur, auteur de la digue de la Rochelle, I, 13.nbsp;Tisiphone, II, 193.
Tite, disciple de saint Paul, II, 334. Tite-Live, I, 466,
Torelli, I, 311.
Toully (M. de), II, 206.
Tournon (Francois de), cardinal, II, 46.
Tracy ou Trassi (le sieur de) ,
I, 433; II, 219.
Trajan , Ienipereur, I, 138, 390, 401.
Travor, I, 13.
Tremblay (sieur du), gouverneui de la Bastille, I, 210; II, 33.
Tresmes (N. Potier, due de), II,
34.
Tréville (M. de), I, 436.
Trimouille (Henry due de La ), I, 434; II, 144.
Tristan IErmite, I, 409.
Tubeuf (Charles., baron de Blan-sac), president a mortier au parlement de Paris, I, 55, 121, 123, 124, 126, 129, 174, 412; II,nbsp;222,223,409,441.
Tureune (Henry de La Tour-dAu-vergne, vicomte de), I, 203, 272, 434, 509 ; II, 47, 140, 133, 169,nbsp;171, 174, 173, 202, 214, 213,nbsp;280, 390, 403, 424, 423, 522.
Turgot (N.), conseiller au grand conseil, I, 4.
Turlupin, II, 193.
u
Ulysse, roi dltliaque, II, 60, 216.
Uncelenus, I, 327.
Ursina (Portia), femme de Pietfo Mazarini, I, 292.
V
Valentinois (César Borgia, comte de), I, 380.
Valette (Jean-Louis, chevalier de La), I, 179, 183, 190, 217; II,nbsp;118.
Valignie(de),II, 206.
Vallicont, financier, I, 113.
Vallon (N. comte de), II, 392, 420.
Vanel (Claude, dit Trécourt), financier, I, 122, 128.
Varenne (le comte de), lieutenant general, II, 202, 204, 218.
Varin (Jean), graveur et maitre de la monnaie de Paris, I, 125.
Variqnet (Pierre), lihraire, I, 497 .
Vassant, financier, I, 130.
Vcndónie (César, due de), I, 433, 509 ; II, 58, 532, 540.
Verderonne (Claude de Laubepine, baron de), gentllhomme du due
-ocr page 574-TABLE ALPHABÉTIQIIE. Villète, financier, I, 127. Vincent de Paule, II, 300. Viole (Pierre), président a mortier au parlement de Paris, I, 133,nbsp;181, 186, 219, 450; II, 104,nbsp;130,137, 409, 431. Vion (sieur de Gayonnet), I, 212. Virgile, II, 93. Vitermont (de), capitaine au régiment des Gardes, II, 526. Vitruve (Marcus Vitruvius Pollio), I, 13. Vitry (Nicolas de LHospital, due dê), I, 112, 433 ; II, 106. Vrillière (N. Phélippeapx, marquis de La), secrétaire dEtat, I, 174. Villefranche (sieur de), II, 74. 564lt;rOrléans, depuis président en la chambre des Comptes, I, 1.nbsp;Verdier, financier, I, 132. Verpillier (Mlle de), II, 204, 218. Vialar ou Viallard (sieur dAu-tbenill, conseiller au parlementnbsp;de Paris, I, 181, 213. Vidal, financier, I, 127. Vieuville (Charles, marquis de La), surintendant des finances , II, 339. Vicneul (N. marquis de), I, 304. Villars , (Pierre, marquis de), II,nbsp;206, 218, 219. Villebois (sieur de), I, 213. Villedot, archltecte, I, 13. Villefort (Joseph-Francois Bourgoin de), II, 168. Villefort (sieur de), I, 216. Villeneuve (N. de), conseiller aunbsp;parlement de Paris, II, 442.nbsp;Villeregi (sieur de), conseiller aunbsp;parlement de Paris, I, 218.nbsp;Villeroy (Nicolas de Neuville , ma-récbal due de), gouverneur du roi, I, 174, 308 ; 11, 403, 439, 540. Villesavin (sieur de Plaisance), I, 218. |
Yon, éebevin de la ville de Paris, II, 384. York (Jacques Stuart, due d), depuls Ie roi Jacques II, II, 120, 130. Zethes, II, 217. |
pus DE LA. TABLE ALTHABETIQUE.,
-ocr page 575-Pages.
1. nbsp;nbsp;nbsp;Discours sur Ie gouvernement de la reine depuis sa ré-
gence....................................... \
2. nbsp;nbsp;nbsp;Catéchisme des courtisans de la cour de Mazarin....... 0
3. nbsp;nbsp;nbsp;Discours au parlement sur la détention des Princes,...nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;10
4. nbsp;nbsp;nbsp;Factum pour luessieurs les Princes {extrait).......... 40
5. nbsp;nbsp;nbsp;Lünion ou Association des princes, etc.............. 63
6. nbsp;nbsp;nbsp;Le Courrier burlesque de la guerre de Paris, etc...... nbsp;nbsp;nbsp;68
7. nbsp;nbsp;nbsp;Manifeste de madame la duchesse de Longueville...... 168
8. nbsp;nbsp;nbsp;Apologie des Frondeurs.......................... 178
9. nbsp;nbsp;nbsp;Le Frondeur désintéressé (extrmV).................. 188
10. nbsp;nbsp;nbsp;Apologie pour Malefas.......... 192
11. nbsp;nbsp;nbsp;Le Temple de la déesse Borbonie.................. 201
12. nbsp;nbsp;nbsp;Apothéose de madame la ducbesse de Longueville, etc.. 208
13. nbsp;nbsp;nbsp;Remise de la bibliothèque de Mgr le cardinal Mazarin par
le sieur Naudé entre les mains de M. Tubeuf....... 222
14- La Juliade, etc. {extrait)......................... 227
18. Requête de la noblesse pour 1assemblée des états gé-
néraux...................................... 230
16. nbsp;nbsp;nbsp;Declaration des prétentions de la noblesse, etc........ 239
17. nbsp;nbsp;nbsp;La Mazarinade.................................. 241
18. nbsp;nbsp;nbsp;Défense de 1ancienne et légitime Fronde............ 284
19. nbsp;nbsp;nbsp;Avis désintéressé sur la conduite de Mgr le coadjuteur.. 259
-ocr page 576-566 nbsp;nbsp;nbsp;TABLE DES MATIÈRES.
Pages.
20..Lettre dun marguiller de Paris a son cure, etc....... 277
21. nbsp;nbsp;nbsp;La Requête des trois Estats touchant le lieu et les per-
22. nbsp;nbsp;nbsp;Les Particularités des cérémonies observées en la majo-
rité du Roy, etc............................... 310
23. nbsp;nbsp;nbsp;Les Sentiments dun fidéle sujet du Roy sur larrêt du
Parlement du 29® décembre {extrait).............. 314
24. nbsp;nbsp;nbsp;Ordre donné par le Mazarin a son maitre dhótel pourun
plat dont il yeut que sa table particulière soit servie
pendant tous les jours du mois de février, etc....... 339
2o. Le Secret de la Cour............................. 342
26. nbsp;nbsp;nbsp;Croisade pour la conservationnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dunbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Roy et du royaume. . 3S2
27. nbsp;nbsp;nbsp;Les Intéréts du temps............................ 359
28. nbsp;nbsp;nbsp;Statuts des chevaliers de la Paille,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;etc............... 366
29. nbsp;nbsp;nbsp;Lordre et cérémonie qui se doit observer en la descente
de la cbasse de Sainte Genevieve, etc............. 367
30. nbsp;nbsp;nbsp;LEsprit de paix................................. 373
31. nbsp;nbsp;nbsp;Récit véritable de tout ce qui sest passé 5 1hótel de
ville touchant 1Union, etc.................. 379
32. nbsp;nbsp;nbsp;Liste générale des morts etblessés.... a la généreuse ré-
solution faite a 1hótel de ville, etc............... 383
33. nbsp;nbsp;nbsp;Le Vraisemblable sur la conduite de Mgr le cardinal de
Retz........................................ 386
34. nbsp;nbsp;nbsp;Tarif du prix dont on est convenu____pour récompenser
ceux qui délivreront la France de Mazarin, etc...... 397
33. La Vérité toute nue, etc.......................... 406
36. nbsp;nbsp;nbsp;Satyre du parlement de Pontoise................... 438
37. nbsp;nbsp;nbsp;Les Justes plaintes de la Crosse et de la Mitre du coad-
juteur de Paris, etc............................. 444
38. nbsp;nbsp;nbsp;Le Raisonnahle plaintif sur la dernière déclaration du
Róy......................................... 452
39. nbsp;nbsp;nbsp;Requéte des peuples de France.... a Nos Seigneurs de
la cour de parlement, etc.......................
40. nbsp;nbsp;nbsp;Avis important et nécessaire aux corps de ville, bour
-ocr page 577-567
rages.
41. nbsp;nbsp;nbsp;La Vérité prononcant ses oracles sans flatterie {extrait). 500
42. nbsp;nbsp;nbsp;La Vérité continuant de prononcer ses oracles [extrait).. 516
43. nbsp;nbsp;nbsp;Relation veritable de ce qui sest passé a Pontoise en la
reception des six corps des marchands, etc......... 526
44. nbsp;nbsp;nbsp;Virelay sur les vertus de sa faquinance.............. 534
45. nbsp;nbsp;nbsp;Relation veritable des particularités observées en la ré-
ception du Roy dans sa bonne ville de Paris, etc.... 538
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
Iniprimerie de Ch. Lahure (ancienne maison Crspelet) nie de Vaugirard, 9, prés de 1Odéon.
-ocr page 578- -ocr page 579- -ocr page 580- -ocr page 581- -ocr page 582-.i .gt; ^ nbsp;nbsp;nbsp;4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.:f
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