D E
Fait auK annêes i6j^. G? i6j6,
Par JACOB SPON Et GEORGE WHELERnbsp;TOME PREMIER.
A L A H A r Ey
Chez ruTGERT ALBERTS, *724*
I
-ocr page 8- -ocr page 9-A U
TRES-REVEREND pere
L E
REVEREND PERE
CONSEILLER du ROY amp; fon Confefleur Ordinaire.
[on Reverend Pere ,
Comme c'eji feuhment Vamour de 1Anfiquitéy qui m'a fait entrepren-dre k Voyage dltaUe ér de Grece :nbsp;aujfi ay-je crü necejfaire aprés mmnbsp;retour, deconfacrer mes remarque^
-ocr page 10-E P I T R E.
a uneperfome éclairée dans cettean-tiquité t tel que jay Vavantage , Mon Keverend Vi.s^'Ejde vousnbsp;connottre depms plufieurs armé es jnbsp;car aprcs les recherches que vous a-'vtz, faites , Vinclmation quenbsp;VOUS anjez témoignée pour les bijouxnbsp;antiques i il n'y a perfonne qui nac~nbsp;cepte V. R- pour unjufie arhitre ennbsp;cette matiere, ér qui ne s'en tiennenbsp;A fa decifon. Ceji ce qui wé a faitnbsp;prendre la liberté de 'uous prefenternbsp;ce que je fuis allé déterrer de plusnbsp;curieux dans la Grece, ér que jenbsp;foümets entierement a votre cenfure,nbsp;efperant que vous Ie recevrez fa-vcrablement , de même que vousnbsp;mefaifiez la grace de me permettrenbsp;a Lyon de vous aborder toutes lesnbsp;fats qmjefaifois quelque décowuertenbsp;d'antiqtnté; ér mefattant deplus,nbsp;comme vous aurez la bonté d'excu-fer les fautes qui fe feront gHJféesnbsp;dans eet Ouvrage, votts appuyerez
-ocr page 11-E P I T K E.
ünjji de uotre p''oteldioni les 'Veri-iez que j'y auray mtfes dU jour. Soviffrez done de graces M. R. P-que je vous confidere plutot comwenbsp;un curieux Illujlre) que eotnme unenbsp;perfonm revêtii'e du chafacfefeeleve ^nbsp;dont Ie plus fage de tous les Rois anbsp;Yeconyiu vhve ffobité ej^vatïe rneti-fe , ^ dont l'amour que vous avezetinbsp;^epKislong-tetnps pourles Cefars ér lesnbsp;i^eros de lAntiquité, femble avoirnbsp;éte tifi jj^iireux Atigure , eotnmenbsp;autrefois l'inclination du jeune Achillenbsp;pour les ar mes fut un prefage de fesnbsp;gy atides atfions. Jnfecié que jefuisnbsp;de l'air de la Province ér de lapoufnbsp;fiere du Cabinet ^ ceferoit mal fairenbsp;ma Cour de vous aller importunernbsp;jufqtdau milieu du Louvre, ér inteer ompre des occupatians au ff fe-rieufes ér aujf importantes que lesnbsp;votres. II eft vray qu'encore que jenbsp;ne pnijfe penfer d y. R. fans penfernbsp;en même temps d cette place quellenbsp;* ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;otcupe
-ocr page 12-E P I T R E.
occupe avec tant d'applatidijfement, je ne defefpere pas neanmoinSi quenbsp;tnes Objervationsvoiis puffent étrenbsp;ntiles k eet egard: car il nejl riennbsp;de j m mème de fi necej[airenbsp;que de dormer dans les grands atta~nbsp;doemens quelque reUche a Vefprit,nbsp;Ó'j'ofe foutenir qu'il n'y en a pointnbsp;de phs noble ni deplus agrcable, quenbsp;celiiy qui nous ejl procure par la con-Jideration des Monumens antiques,nbsp;particulierement des Medailles érnbsp;des Marbres, qui feront d'egale du-ree avec Ie monde. Ce ne peut-être,nbsp;dis-je, iMon Reverend Ff re,nbsp;quun divertijfement digns d'une a-me hcrcique amp; d^tine perfenne, quinbsp;eji incepfarnment prés d'un grandnbsp;Monarqtie , d'avoir tons les joursnbsp;entre les mains des marques einprein-tes fur Ie bronze ér ftir la pier re ,nbsp;de la vertil des anciens Heros. Onnbsp;y void la pompe de letirs trïomphes,nbsp;leur clemence envers les peuples foA-
mis,
-ocr page 13-E P 1 T R E.
, les particuliers recompenfez de leur foin ér de leur affeéion pournbsp;Ie public. Onyremarque la liberalise des Soiiverains, S' lu reconnoif-fance des fujetSy Nerva qui domenbsp;du bied a toute la populace -, Trajannbsp;qui dijirtbue des Couronnes a diversnbsp;c one wrens, é?' Hadrien qui a faitnbsp;du bien a toute la terre. Ony obfer-quot;^e enfin tout ce que la vertu morale amp; les bonnes loix avoient infpire'nbsp;de grand ét' de jujle a Vaneknnenbsp;^ome. Les Marbres a la verité mnbsp;peuvent pas facilement ètre tranfpor-Sez pour orner les Cabinets des cu-^ieux. On fe contente des copiesnbsp;^ui en ont été faites fur les ori-ginaux. Ceft, M. R. P ce quefaynbsp;eu de plus en vue dans mon voyagenbsp;de Grece, ér ce qui ne s'ejl pas faitnbsp;fans peine ér fans rifque, parminbsp;des peuples gr offers S ignorant',nbsp;mais je me tiendray tres-avanta-geufement paye des peines que cettenbsp;* 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pajfion
-ocr page 14-E P I T R E.
pa£ion m'a c^iifees, Ji je fuis par-U contribuer k l'ajjortiment de vos curiofitez, en joignant k vos Medailles les Infcriptions des marbresnbsp;quejay rapportees, demème qd'At-ticus revenant de Grece apporta tmenbsp;Mermathene pour fervir d'ornementnbsp;a la Bibliotheque de Ciceron. Jenbsp;pourrois dire k Vkre Reverence ,nbsp;que c'eji-lk ma pajfion dominante ,nbsp;Ji elle rdétoit furmontée par une autre bien plus forte, qui eji de fairenbsp;connottre k tont Ie monde les fenti-mens de veneration que j'ay toüjoursnbsp;eus pour vkre merite fmgulier , érnbsp;Ie zele refpekueux avec kquelje fe-ray toute ma vie,
MON REVEREND PERE,
De Vêtre Reverence,
Lyon, cc T j. Novera-bre 1677,
Lc tres-humblej amp; tres-obeïffant ferviteur,
Jacob Sro-w# PRE-
-ocr page 15-* nbsp;nbsp;nbsp;ij^'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*¦? -c-
Eft une chofe ordinaire, que ceux qui font des Relationsnbsp;de Voyage , traitent leur fu-jet felon leur Genie, Les unsnbsp;ne parlent que de Palais gt;nbsp;^Eglifes amp; de places publiques. Les au-nentretiennent leurs Leéleurs que dunbsp;Pjan des Villes, de leur Peuple, de leursnbsp;ïortifications amp; de leur Police, II y en alnbsp;plus fpeculatifs, qui sattachent I de-crire Ia Religion 5 les Moeurs amp; les Cou-*umes des Pays , ou ils nont fait que paf-Quelques autres nous font la defcrip-^lon des Plantes, des Mineraux, amp; dunbsp;Negoce des lieux quils ont frequentez.nbsp;Javoüe qu'un Voyageur devroit fjavoirnbsp;rcpondre a tout ce quon peut sinformernbsp;de lui aprés fon retour; mais ceft unenbsp;chofe a fouhaiter , plutót qua efperer, è.nbsp;tnoins que de trouver un homme fort u-niverfel, qui eut beaucoup de fanté, denbsp;rentes amp; de loifir en (és Voyages, Pournbsp;*noy, je nay pas a la verité negligé tou-lt;Snbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tes
-ocr page 16-PREFACE.
tes ces particularitez , lorfque je les ay pui apprendre avec facilite amp; avec peu denbsp;mis: mais il ne fera pas mal-aife de voir nbsp;quand je nen ferois pas un aveu fincere inbsp;quemes plus grandes recherches ont eunbsp;pour but la connoiffance des Monumensnbsp;antiques des pays que jay vus danscenbsp;Voyage, amp; que ^a été la ma plus fortenbsp;inclination. Je ne me fuis jamais fort em-preffedaffifterauxplus celebres ceremonies de Rome , aux Concerts ni aux O-pera dItalië : mais comme javois entre-pris amp; aflez avancé avant que partir, unnbsp;ouvrage des Infcriptions antiques pournbsp;fervir de fupplement a celles de Gruterus«nbsp;je paffay a Rome les jours amp; les mois en-tiers a ne faire prefquautre chofe quenbsp;confiderer les ftatuës, les bas reliefs amp;nbsp;les mazures, amp; a copier toutes les Infcriptions non feulement qui ne fe trou-vcnt pas dans Gruterus, mais auffi unenbsp;grande partie de celles qui y font déja gt;nbsp;pour examiner fi elles y étoient exafte-ment rapportées: de forte quapres y a-voirdemeure cinq mois de fuite amp; re-cuëilli par le moyen de diverfes perfonnesnbsp;intelligentes , toutes celles qui 4ifoient inbsp;mon fujet, du Royaume de Naples amp;nbsp;dautres lieux dItalic ou je navois pas
deflein de me tranfporter , je m'eti trou-vay charge de plus de deux mille incon-nuës a cet Auteur, dont il y en a nom-bre de tres-confiderables: amp; meditant 1^* delTus la belle recolte que jen poiirroisnbsp;faire dans la Grece gt; ou les Voyageursnbsp;iiont fait jufqua prefent queffleurer cet-te curiofite, ilme prit une forte envienbsp;daller faire du moins une promeftade jul-^ua Athenes, qui a été autrefois dans lanbsp;Grece, ce que Rome fut dans Iltalie.nbsp;Feut-être naurois'je pas execute mon def-fi je neulTe trouve trois Gentils*nbsp;iiommes Anglois qui soffrirent detre denbsp;k partie, de partager avec moy les rif-ques du trajet: mais comme la paffion denbsp;¦^oyager croit en marchant gt; nous neu-pas plutot apperceu les cotes de lanbsp;Gi'Cce, que nous dimes entre nous quilnbsp;^etoir pas jufte de la quitter fans voirnbsp;Gonftantinople , qui y tient prepnte-ment le premier rang amp; a peine eumes-nous fejourne dans cette Ville-la un moisnbsp;entier , que nous voyans fi voifins denbsp;1Afie Mineure, nous nous crumesobli-gez de luy donner une de nos vifites a-yant notre retour. Dans toute cette routenbsp;jay trouve dequoy fatisfaire amplementnbsp;rna curiofue, en ayant rapporte un grand
PREFACE.
nombre dlnfciiptions Grecques, qui navoient point encore vule jour. Jennbsp;donne ici les plus curieufes r amp; qui fervent a la Geographie r mais comme ce-la neft pas du gout de tout le monde ,nbsp;je les ay renvoyées^la fin du difcours,nbsp;qui en fera moins interrompu. Je lesnbsp;produis le plus exad;ement amp; le plus fi-delement quil eft pofllble; toute 1in-fidelité que jy puis avoir commife, eftnbsp;de navoir pas toüjours pü faire entrer lesnbsp;Infcriptions felon la difpofition amp; le nombre des lignes qui font aux originaux , a-yant été borne par la petitelTe du volume,nbsp;c'e qui fe pourra reparer dans une editionnbsp;Latine en plus grande forme, fi celle-cy eft bien recede. Une autre infide-iité dont on pourroit maccufer, quoynbsp;quelle foit avantageufe aux Ledleurs,nbsp;eft que dans ces Infcriptions Grecques jenbsp;fepare les mots qui doivent être feparez gt;nbsp;quoy qu^ la verité il ny ait la plus grande partie du temps aucune diftinftionnbsp;fur les pierres amp; les marbres doiijelesnbsp;ay tirées, foit par la faute des Sculp-teurs, OU par des raifons qui nous fontnbsp;inconnuës. Ce qui fait une telle confu-fion, amp; donne tant de peine a les déchifquot;nbsp;frer, qu^ caufe de eek dans le Livre
inti'
-ocr page 19-PREFACE, intitule MaxmorA OxonitnfA, pour fou-lager le Leamp;eur, on les a mifes premie-rement felon 1Original, amp; enfuite en.nbsp;petite lettre avec les mots difting:uez^amp;nbsp;naarquez des Accens. Au fonds je n aynbsp;pas cru que ce fcrupule full de fi grande importance, que cek me put obh-ger den ufer de la forte. Pour ce quinbsp;eft de toute k relation de ce Voyage, jenbsp;ne Crains pas quon maccufe detre men- _nbsp;'eur, comme k plupart de ceux quinbsp;viennent de loin, ny ayant pas dit desnbsp;chofes fort cbffidles i croire, amp; k ma-uiere fimple Ians politefle dont je lesnbsp;dcbitc, ne les fera jamais pafTer pournbsp;dcs Romans , outre que jay eu pournbsp;compagnon de mon Voyage , un Gen-til-honune dhonneur Anglois, qui n anbsp;pas moins de fincerite, amp; qui feroit con-noitre au public mon peu de foy , fi j cnnbsp;avois manque , ayant eu dauffi bonsnbsp;yeux que moy. Je croy qud neft pasnbsp;necelTaire de juftiner icy 1utilite que 1 onnbsp;peut tirer des inferiptions antiques, puisnbsp;quon k trouvera alTcz établie , par knbsp;fuite de ces Obfervations; je pretens mê-me quelles font dune neccffité indifpen-fable a ceux qui fe veulent ingerer dé-crirc dcs Antiquitez de quelquc lieu :
car
-ocr page 20-caf qui peut par exemple dire, de qui étoitce Monument antique qui eft furnbsp;le Mufee a Athenes , sil ne confukenbsp;1'Infcription qui sy lit encore ; ce quenbsp;pouvoit être ce Fanari ton Dimofthe-nis, ft Ton ne prend la peine de lire eenbsp;qui eft grave fur la frife. Je nauroisnbsp;point de même été affiiré que Salonanbsp;fut la Ville dAmphifta, Caftri celle denbsp;Delphesj Hakhiffar celle de Thyatire,nbsp;Melaflb celle de Mylafa amp; non pas denbsp;Milet, fans le fecours des marbres antiques que j'y ay trouvez. Je nin-fifte pas davantage la-deflliSi paree quenbsp;celuy qui voudroit nier opiniatremenC'nbsp;une chofe ft évidente , ne merite pasnbsp;quon prenne la peine de Ten convam-cre, amp; je ne luy voudrois oppofer quenbsp;les premieres lignes de la Preface denbsp;Gruterus, ou il dit que les inferiptionsnbsp;ont été de tout temps enfi grande efti-me , quon a toujours cru a jufte titre »nbsp;que celuy qui navoit pas de la Venerationnbsp;pour elles ne meritoit pas le nom denbsp;Sqavant, amp; que celui qui les méprifoitnbsp;meritoit celuy dignorant. Comme jenbsp;ne penfe pas que cet Autheur ait euparnbsp;ces paroles le delTein de sattirer un E-^e ilui-meme, je ne pretens pas auffi
tirer
-ocr page 21-tirer vanité des receuils que jen ay faits.'
Je my fuis applique plutot par caprice amp; pour mon divertiflement, que pour ^evenir fgavant. Bien loin de preten-a cette qualite, je me contenteroisnbsp;detre de ces gens-la que Scaliger ap-Pelleles porte-amp;x des grands hommes ,nbsp;leur fourniflant par leurs fatiguesnbsp;dequoy exercer leurs fpeculations , amp;nbsp;enrichir leurs connoiffances : auffi naynbsp;je ajoute dexplication a mes marbres ,nbsp;'luautant quil etoit neceffaire pour ennbsp;donner quelque intelligence a ceux quinbsp;un peu de curiofite, mais que lenbsp;travail amp; la meditation rebutent, lorsnbsp;Rtiil fe prefente quelque difficulte dansnbsp;leur chemin.
Quelquun fera furpris de ce que je cite a la pag. ny* du Tome II. unnbsp;fymbole de S. Jean, a S,, Gregoire E-'^cque de Neocefarée, qui na vêcu nean-rnoins que long-temps après luy , a f(^a-voir dans le troifieme fiecle: mais ilnbsp;faut que les premiers Copiftes qui 1ontnbsp;sjoüté aux Oeuvres de S. Denys Areo-pagite, ayent cru ou que Saint Jean nenbsp;foit point mort, comme quelques uns desnbsp;anciens fe le font perfuadez , ou que cenbsp;Syqibok ait été dióté a S. Gregoire, lors
que S. Jean 1Evangelifte luy apparut: cardurefte on ne pent pas entendre parnbsp;ces mots de S. Jean le Theologien amp;nbsp;IEvangelifte, Saint Jean Chryfoftome»nbsp;qui ne vivoit quau quatrieme fiecle. Voi-cy les termes Grecs du titre de ce Symbo-le, Qiohxtyl» 7oC clytis Voiotj/va toO ©eaAoy^nbsp;^vuyyiXi?ou i arpo'f toV «yiov rpy,ya'
piOV ^TfiO'KOTtOV
yov.
â -iitVjfih'j'y
â â :s'
Pag. I
-'f nbsp;nbsp;nbsp;-f f
Livre Premier.
Voyage de Provence ^ i^d^Iialle.
commencement dOclobre \6t4 Monfienr VaiSlam Anti-quaire du Roy pall'a a Lyon ,nbsp;dans le deflein d'ailer en Italicnbsp;avec dcs ordres de Monfieur
--------- Colbert, pour envichir le Cabi-
de la Majefté, de medailles amp; dautresAn-''Initez quil pourroit recouvrer en fon voya-Comme j'avois 1honneur de le connoi-je lui fis confidence du deflein que ja-''tiis de faire le même voyage; amp; mayantté-*no;gné que ma compagnie ne lui feroit pas nefagreable , je lui donnai parole de Tallernbsp;mipdre a Marfcille pour nous embarquer eti-l^rnble, quelques affaires domeftiques mobli-,nbsp;6®ant de paffer a Creft en Dauphiné , qui eftnbsp;de la route de Provence. Pour ne le pasnbsp;attendre, je partis avant lui de Lyon, amp;:nbsp;^e rendis a Valence, fans marréter ni a Vien-ni aToumon, oil je n'avois rien a faire.
/. nbsp;nbsp;nbsp;Anbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Jc
-ocr page 26-Va-
tEN-
)C,£.
Je vous avertirai dabord , que je nentre-prens pas de faire une defcription exaéte des Villes 8c des autres lieux dc ma route; ce quinbsp;fe trouve dans tous les Itineraires, 8c qui vousnbsp;donneroit peu de fatisfaéfion. Je vous diraynbsp;feulement ce que jy ai vu de plus rcmarqua-b!e, amp; que de moins curieux que moi ne fcnbsp;font peut-être pas donné la peine décriré finbsp;exaAement. Je vids done aux Jacobins de Valence Ie portrait d'un fquekte de Geant trou-vé prés de la, de 1'autre cóté du Rhone dansnbsp;Ie Vivarets. On en a tranfporté quelques osnbsp;au Cabinet du Roy , 8c lon enmontreauCon-vensde S. Riifs quelques autres, qui font du-ne grandeur prodigieufe. Un Chanoine menbsp;fit voir une dent deux fois plus épaifle que Ienbsp;poüce, 8c il pretendoit quelle fuft de Geant :nbsp;mais jofe afllirer que celi une dent dElefant,nbsp;paree quelle fe leve en écailles. On eft encore plus infatué dè ces os de Geans a Soyonsnbsp;8c a Charmes. Ce font deux villages prochenbsp;de Valence au dela du Rhone, 8c jy fuspournbsp;voir quelques antiquitez dont lon mavoit par-lé. On my montra de ces grandsoi , Sedansnbsp;la campagne des pierres a peu prés commedesnbsp;pierres de moulin troüées au milieu , dont lesnbsp;femmes de ces Geans, a ce que difent les bonnes gens de ce pays-la , fe fervoient pour met-tre au bout de leur fufeau. Proche dc Charmes je fus a la cimc d'une petite montagne ,nbsp;pour y voir un tombeau antique , dont per-fonne, a ce quon me dit alors, n'avoit encore pü lire rinfcription. Le peuple entêté du-ne devotion indifcrete va fouvent viüter ce fe-pulcre, pretendant quil eft de quelque Samtnbsp;inconnu. Je ne pus neanmoins y oblerverau-cune marque du Chriftianifme, commeétoientnbsp;les croix, les figures de la Bible , ou 1Alpha
8£
-ocr page 27-d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;5
amp; rOmega, De dix vers qui y font gravezje nen pus lire que deux entiers , qui ine fem-Went plutot êrre des produöions d'un fieclenbsp;l^ayen; amp; Ie temps qui confume toutes cho-fts, a efface de ia pierre Ie nom de celui quinbsp;y étoit cnfeveli.
Eftant de retour a Valence on crut mobli-ger beaucoup de me faire voir un tombeau ^uon pretend étre de rimperatricc Jufline ,nbsp;paree quon y lit deffus , D. Justina M. ccnbsp;'jue Golnitz dans fon Itineraire explique tres-'nal Diva Jufiina Mater, au lieu de Düs Ma-tubus Jufiina; car la premier Sc la dernierelet-Ve vont enfemble , étant dun charadlere plusnbsp;gfos que Ie mot du milieu. C'eil-a-dire, quenbsp;' on recommandoit aux Dieux Manes ou In-fernaux cette Jufline , pour qui étoit fait ccnbsp;tombeau. Si vous me deinandez pourquoi ortnbsp;ty avoit mis que fon nom, fans aucun t'itre,nbsp;ti aucun éloge; je vous repondrai que cené-toit quune petite fille, de qui il ny avoit ricanbsp;^ dire, Sc dont les parens n'étoient pas con-fiderables. Ce que je navance pas fans raifon,nbsp;Ptiifque Ic tombeau eft petit, Sc na aucun or-ttement, bien loin detre dune femme dEm-P^reur, quon nauroit pas enfevelie fi pauvre-Jttent; quand mêine Ie tombeau auroit été af-grand. Joint que Jufline étant uue Impe-P^ratrice Chrêticnne, les Dieux Manes necon-^cnoient pas a fon tombeau.
On me fit voir a cóté de Ia porte S. Felix i tour tonde qui avance beaucoup plus ennbsp;uaut quen bas , de forte quétant au pied .nbsp;''Oils étes k couvert de la muraille. Quelques-ttns croyent que ceft un chef-dcKuvrc dAr-t^mteélure, comme la tour panchanfe de Fife Scnbsp;^eile de Bologne, avec lefquelles die neft pasnbsp;' comparer, ni pour la grandeur, ni pour lanbsp;A 2.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fac
-ocr page 28-Crist
tabvique. Mais le peiiple , a qui dordinaire tout cc qui eft diflicile a penctrer , paffe pournbsp;mirack, dit que cette tour seft coiirbée de lanbsp;lone, lorfque S. Felix amp; deux autres Martyrsnbsp;entrerent dans la Vilk , comme pour fe prof-terner devant eux. Valence au refte na pasnbsp;pits fon nom delEnnpereur Vakntinien, com-me qudques-uns ont avancé ; car Ptolomeenbsp;qui vivoit du temps de Trajan amp; d'Hadricn ;nbsp;en fait déja mention fous le nom de Valentinnbsp;Colonia; amp; jay faitimprimer une belle Infcrip-tion trouvée depuis pen a Die , 8c gravée dunbsp;temps de IEmpereur Philippe, oii eileeftainlinbsp;nomniee.
CREST neft quiine petite Vilk a quatre lieues de Valence, 8c nétoit dans fes com-roencemens quun Chateau fur la Drome dcsnbsp;Corates de Diois 8c Vakntinois. 11 eft fou-vent park de la Tour de Creft dans les demê-lez quils avoient avec les Daufins de Vien-Jiois. Jy troavai aux murs de la Cathedralenbsp;\me Infcription de Vannée n88. oh il eft faitnbsp;mention dun de ces anciens Comtes appellénbsp;Aymar de Poitiers, Ademarut de PiSlavis , 8cnbsp;Ik une autre un peu moins ancienne d'un certain Pierre Evêque de Die. Dans la premiere de ces Infcriptions cette Ville eft appelleenbsp;Crifta , 8c dans la derniere Creflatn : mais dansnbsp;les reconnoiffances de Creft manulcrites , ellenbsp;eft nominee Crifta Arnaudi , de quelque Seigneur qui portoit k nomdArnaud. Auflieft-elle lituee a lextremité dune Crete de monta-gae, qui ne fait quune chaine depuis Grenoble jufques a Creft. Je metonnai de voir furnbsp;la porte de la Vilk , les armes du Prince denbsp;Monaco ; mais ma furprife cefla , quand onnbsp;inkut dit ,que le Roy lui avoir donné les reve-nus de Creft , Valence, Chabueil, Giane 8?
Moa-
-ocr page 29- -ocr page 30-(3 d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;f
Montclimar. Ce fut par cette derniere Ville ^ue je repris la route de Marieille.
MONTËLIMAR eft appenéAii?«/;//»?»dansMoN-' tine Infcription delan 1198. laqueüe neft au-xEti-tre chofe qu une exemption de droits 6enbsp;ports accorde'e par deux Seigneurs, qui en U'
^'oient alors la Souveraineté , amp; qtti sappel-loient Gerald Aymar amp; Lambert. Le premier éioit Vicomte de Marfeille, amp; lon trouwe a Aix en Provence une carte écrite en Tan II13. contenant promelTe de mariage entre E-deÜarde fa filleamp; Bemand de Baux fleur denbsp;ïdeirargiies. Montelimar a une forterelTepref-que negligée, amp; qui étoit peut-être alors unenbsp;des plus confiderables places de ces petitsnbsp;Seigneurs. De Montelimar je vins a Orange,
Cette VilIe a des antiquitez bien remarqua- Ohan-Sles, entre lefquelles il y a un Are de triom-Pbe, qui merite detre confideré. Les Tro-Phées quon y void gravez feront des monn-mens éternels de Ia vidloire de Marius amp; de Catuhis fur les Cimbres, dont il en demeuranbsp;deux cent mille fur la place , amp; quatre-vingtnbsp;Hjille prifonniers , fcion quEutrcpï cn con-¦vient. II ny a point a Rome darc de triom-Phe de cette grandeur, ni rocme ft fuperbe ;nbsp;i^ar on void dans celui-ci un nombre de Roysnbsp;*^3ptifs , amp; des armes de difièrentes Nationsnbsp;^titaflees les unes fur les autres. Pent - ctrenbsp;rtu'a Rome on craignoit d'en faire de fi hauts,nbsp;pour ne pas donner lieu au murmure du peu-amp; a I'envie des Grands. Quoi quil ennbsp;ceux de Tite , de Trajan 6e de Gal-ne répondent pas aux viftoires du pre-^'-7 , aux conquêtes du fecond , 8c a Ior-dll dernier. Les noms de ces deux Con-mls p.noilient encore a derai dans une pier-A 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;re
-ocr page 32-6 Voyage de Provence. re de eet Are. On y reinarque dun eóté Rome triomfante, ayantlaiéteentourée de rayons»nbsp;pour fignifier par la que Rome commandoitnbsp;par tout oil k Soleil éclaire. Dans un auircnbsp;coin de lare on void la figure de Marthe lanbsp;PythonelTe tenant Ie doigt a l'oreille. Marius lanbsp;menoit avec grand honneur dans fes années gt;nbsp;pour lui predire Ie fueeés de fes entreprifes,
11 y a auffi a Orange un Cirque fort grand ,
amp; un pavé a la Mofaïque dans une ehambre baffe dun particulier , oii eft reprefenté fortnbsp;au naturel un chat qui lient un rat entre fesnbsp;dens, ce qui fans doute avoit fon niyftere ennbsp;ce temps-la.
Aprés avoir quitté Orange, je paflTai la petite riviere de Sorgue , qui neft confiderable que par Ie fejour qua fait dans fon voifinagenbsp;Ic fameux Petrarque. II y compofa ces beauxnbsp;Vers qpi ont fiüt Tadmiration de fon liecle vnbsp;amp; 1on dit en efFet quelle a vers fa fource desnbsp;endroits merveilleux pour les enthouiiafmesnbsp;des Poëtes. Comrae je ne pretens pojnt a cet-te qualité, je ne my arretay pas, Sc pourfui-vant ma .route, je vins par Cavaillon , Tort ,,nbsp;Lamhclc §? S. Caival i Aix ville capitak denbsp;Provence.
Aïx.
AIX étoit appellée anciennement Slt;a:-tU. paree quil y avoit des eaux chaudes, quff Strabon atfüre avoir été prefque cliangées cnnbsp;ftoides de fon temps. Elks font pourtant encore tiedes, quoy quon les neglige, Sc quel-ks ne fervent quauxTeinturiers, danskquar-rier defquels on me les fit remarquer. UnSei-, gnéur Romain noramé Sextius y avoit menénbsp;«ne Colonie, Sc ceft ce qui lui a donné fonnbsp;fccond nom. Cette Ville eft une des mieuxnbsp;baties de France, Sc les inaifons du Cours fontnbsp;autant de Palais, doat PArchitedure eft beau-
6? S'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;f
coup mieux entenduë que celle dii Cours de Marfeille, qui toutefois donne plus dans la vu«nbsp;que celui-ci.
Le Cabinet de Monficur Lauthier fait uri des ornemens de la Ville. On y void de pe-lits ouvrages, excellenS 8c adinirables des anciens Graveurs fur des pierres precieufes ; en-autfes une Bacchanale gravée dans un belnbsp;Eliotrope en ovale de la grandeur dune piecenbsp;quinze fols. Celt un joyau qui ne fe peut-pas payer. Une vandangequot; gravée dans uncnbsp;excellente Carniok t qui neft pas plus grandenbsp;que Iongle , quoi quil y ait quinze perfonna*nbsp;gcs, 8c trente-cinq figures d'inftrumens, vafesnbsp;^ autres chofes diöèrentes. Une tête de Mar*nbsp;cellns fur une Cornaline, 8c une de Solon furnbsp;Une Ametbyfte gravée par Diofeoride le meil-Eur Ouvricr qu'Augufte avoit a fes gages. Etxnbsp;up mot eeft un reciieil furprenant dAgatlres ,nbsp;d Onyces, de Carnioks, de Jafpes, de Sar-doines 8c de Jacinthes gravées en creux 8c erinbsp;fplief par les pluslrabiles maitres de I'Antiqui-II y a aufll des coquillagcs , des vafes ,nbsp;des medailles, des ftatuës, 8c plufieurs autresnbsp;galanteries qui réjoüilïcnt la vüë 8c Iefprit.
Monfieur Borelly a des tableaux, des chofet '^'turelles, des medailles d'or 8c des Infcrip-Jions antiques. II conferve le fquclete dunnbsp;E-yelope. Ce néroit pas un de ceux qui man-8crent autrefois les compagnons d'Ulyffe , anbsp;qui il eut 1audace de crever Iceil avec unenbsp;'^ugtie poutre alumée , comme lui même lenbsp;''ccite dans Homere. Celui-ci nétoit qu'rinnbsp;enfant, né avec un ceil feulement aii milieunbsp;u front, comme lAntiquiié a accoutumé denbsp;cprefentci- ces Monltres.
foiites ces curiofiteznem'auroientpasnean-ioms lani retenu a Aix , fans ks manuferipts A 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;d«-
-ocr page 34-8 Voyage de Provence^ de Monfieur de Peiresk , que javois grandenbsp;envie de feuilleter. Cet hommeinfatigablecnnbsp;avoir hide prés de cent Volumes , ou de fanbsp;main, ou dc cclle de fes Secretaires. Unenbsp;panic eft entre les mains defonlieretier. Mon-lieur Sibon en a dix cbei lui. Ccft un tres-galant horame, cjui a auffi uu Cabinet remplinbsp;dline infinite dc chofes rares , comme gravü-les, medailles, amp; autres pieces antiques. Unnbsp;de ces manufcrits traite des poids 8c des me-fures des Anciens. Un autre neft que dc Genealogies. II y en a deux qui ne traiteut quenbsp;cles Langues Orien'.ales, 8c deux autres quenbsp;dInfcriptions antiques, cc qui étoit de monnbsp;gout 8c qui me convenoit mieux que le relle.nbsp;Monfieur Sibon me permit den tirer cc quenbsp;je voudrois. Jy en trouvai plus de trois centnbsp;qui n'ont pas été impriraées, amp; entrautres unenbsp;tres-curieui'e, dont je me fouvicns davoir vünbsp;depiiis quelques fragmens en Italic. Elle menbsp;fembie li particuliere, que je crois vousen devoir dire quelque chofe. Ceft une Infcrip-tio.n, qui contient beaucoup de noms de che-vaux , 8c le nombredes vidloiresqu'ilsavoieirtnbsp;remportées. Vóus verrez ft ces noms avoientnbsp;du rapport a ccux que nos Ecuyers donnent ^nbsp;prefent a leuvs chevaux. Voici les principauxnbsp;qui fe peuvent traduire en Fran9ois. Le^Pe-gafe, le Coureur, le PalTereau, le Loup, le Gay,nbsp;]e Moucheté, IAigle, le Meunrier, IEnje-raudc, le Delicat, le Grave , le Satyre , Icnbsp;Leopard, le Ravilfeur, le Dédale , IArcher ,nbsp;lArbalête, le Dard , le Ramier , 1Ecrevifle ,nbsp;IAraignee, IExaft, le Poignard, leRomain,nbsp;IAiax, le Franc, 1Innocent, le Vainqueur ,nbsp;le Barbu, le Rufé , IArgus 8c IArion. Poutnbsp;ce qui eft de leur pays, la plupart étoient A-fricains, ce qoi nous apprend que ce neft pas
de-
-ocr page 35-d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;^
palspeu quqn fait ellime des Barbes. Lesau-tres étoient dEfpagne, de Mauritanië, de Cy-rene amp; des Gaules. Mais a propos de che* vaux , je ne pus point apprendrequ'étoit deve-ïiu lEpitaphe de Boryfthene Coureur de TErn-pereur Hadrien. E!le avoir été trouvée anbsp;Ce , amp; portee si Aix , cliei M. de Peiresfc.nbsp;Comme les Epitaphes des bêtes font fort extra-ordinaires , olies dcuvent auffi avoir quclquanbsp;caradlere de politefle, qui les fade confiderer.nbsp;On en lit urre a Genes au Palais da Princenbsp;Doria, faite a un de fes Chiens , 8c qui eftnbsp;dalfez bonne maniere mats je nay rien vünbsp;de fi galant que celle dun Roffignol , gravéenbsp;fur une Urne antique de marbre qui fe void itnbsp;Rome au Palais du Cardinal de Maximis.
Le fejour que je fis a Aix me fut plusfaver-rable que je naurois penfé , ayant été caufe que je narrivai pas a temps a Marfeille, pournbsp;meinbarquer avec M.- Vaillant f dans le malheur duquel jaurois été envelope r puis qué-tant parti dans une Barque Livournoife, il futnbsp;pris par-les Coi faires avec une vintaine de Francois , qui alloient a Rome voir 1ouverture dunbsp;Jubilé. Bien que je' mengage dans une alfeznbsp;longue digreffion, je croy quelie ne vous dé-plaira pas, 8c que vous ferez bien ail'e dap-prendre une avanture que fescirconftancesren-dent finguliere, 8c que Ini-même m» apprifenbsp;depuis fon retour,
Comme le Corfaire étoit d*Alger, qui apaix Svec nous, nos Frangois fe flatterent quon lesnbsp;iftettrok a terre, comme il sétoit pratiqué erenbsp;dautres rencontres; mais le Reis oirCapitainenbsp;sppellé Mezomorto, sen excufa fur ce quilnbsp;dtoit trop loin de France 8c dItalië , 8c quilnbsp;*avoit pas plus de provifion qu'il lui en fal,-:nbsp;«« pour fon retour a Alger promettaivt denbsp;A 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Iw
-ocr page 36-ks mettre entre les mains de kur Conful i fon arrivée. On fe contenta de kur faire con-figner Vargent quils avoient, amp; de les foiiil-ler en leur dilant : 'Bona pace , Franceji , fansnbsp;leur parkr defclavage. Mais dés quils furentnbsp;cntrei a Alger , tout changea de face. Lenbsp;Day, c'eft-a-dire, k Roy du Pays , prit fonnbsp;huitiéme, qui eft fon droit fur ks Efclaves dcnbsp;bonne prife, prétendant en faire autant furiesnbsp;Francois, qui etoient reclamez par k Chevalier dAr vieux Conful de France. Le Day fenbsp;londoit fur cc quayant ecrit trois fois a fa Ma-jefté Tres-Chrêtienne pour avoir huit Algeriensnbsp;qui étoient aux Galeres de France , on ne ksnbsp;lui avoit pas renvoyez, Sc ainfi il prctcndoitnbsp;vendre ks Francois , pour racheter ks huitnbsp;Turcs de cet argent. Le Conful sy oppofa-forteraent; proteftant quil fe vendroit plutotnbsp;lui-meme pour ks racheter , que de foufFrirnbsp;quils fuffent vendus, 8c que cetoit tompre lanbsp;paix. Le Day infiftant toujours la deffus, M-le 'Vacher Pere de la Miflion lui propofa dcnbsp;les mettre en depoft jufqu'a ce quon cut ré-ponfe de France: ce quil accepta it conditionnbsp;de ne pas donner le pain aux Fran9ois , quinbsp;furent conduits au Bain de la Doiiane, oil lenbsp;Gonlul kur donna un écu par jour jufquaunbsp;mois de Fevrier, quon receut ks Lettres dunbsp;Roy qui promettoit de renvoyer les Turcs tnbsp;pourvft quon renvoyat les Fraru^ois-. Le Daynbsp;ne voulut pas comraencer , 8c tout ce quonnbsp;put faire par le moyen dun renegat Pariiien rnbsp;a qui on donna cinquante piaftres fous main ,nbsp;fat dobtenir la liberté de M. Vaillant , qui fenbsp;devoit charger des Lettres du Day. Déslclen-demain il le fit venir devant lui , 8c lui ditnbsp;Sois le bien venu. Ayant apris que tu es aunbsp;let vice, du Roy da France )C veux tc renvoyer r
-ocr page 37-y a'Ttalte. nbsp;nbsp;nbsp;Tt
vojer, amp; jevoudrois Ie faire de même des au-tres: inaisje ne fuis pas ici fi ablblu, queton Ma'itre eft chez lui. Tu 1alTureras que je de-fire d'cntietenir une bonne correfpondance a-vec lui amp; de continuer la paix. Je te ferainbsp;dönner les noras des Algeriensqui font en France, afin que tu procures leurlibené, commenbsp;je tay accordé la tienne.
Trois feraaines apres une Barque de Mar« feille étant fur fon départ , il fut rappellé dc-vant Ie Day avec Ie Capitaine , qui par ordrenbsp;du Day lui rendit vingt medailles d'or antiques, amp; deux cent medailles dargent , quonnbsp;avoir trouvées dans fa Valife. II scmbarqua'nbsp;done Ie lendemain , quatre mois Sc demi apréï^nbsp;fa prife, laiffant les autres Franjois danslefpe-fance dun femblable retour. La Barque ayantnbsp;fait voile, avan^a pendant deux jours avec unnbsp;Vent favorable : mais a la fin im matelot qui étoitnbsp;au haut du maft, cria qu'il voyoit un Vaif-feau qui avoit Ie ventfureux. LePilotemon-tant auffi-tór lui-incme, découvrit que cétoitnbsp;t^n Corfiire de Salé avec une Barque de prife :nbsp;Ce qui Ie fit refoudre a mettrela fienne en pou-pe pour fuif en Efpagne. Comme M. Vail-lant fgavoit la mifere des Efclaves, amp; particu-Pierement de ceux qui létoient a Salé, il for-*iia un deffein tout-a-fait extraordinaire , quinbsp;fut davaler les vingt medailles dor quil avoitnbsp;fur lui, pour fe faire quelque reffourcedanslesnbsp;beceffitez, quil prevoyoit lui devoir arrivernbsp;dés que Ie Corfaire fut proche prefque a 1»nbsp;Portée du Canon, il ne manqua pas de 1'exe-cuter. Les autres pafiagers étoient de mêmenbsp;dans la deiniere confternation par les affreufes'nbsp;tdeesdel'efclavagedontils étoient raenacez,IorS'nbsp;'luune bourrafque sétant lout dun coup le-, cUe écarta Ie batirnent de Salé. 'Vbusnbsp;A 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;poll»-
-ocr page 38-It F'oyagt de Pro^enat pouveT jiigtr quelle joyc ils en eurent ; nean-moins le vent étant toüjours violent , ils n'é-toieni pas a la fin de leurs craintes , le Pilotenbsp;ne pouvant refifter a Iorage qui dura deusnbsp;jours, 8c les jetta enfin fur Ics cotes de Cata-logne, prets déclioüer fur les fables , ou lesnbsp;Efpagnois les auroient pris, fiuiiegrofle vaguenbsp;ne les ei\t remis en iner, 8c sils neuflent en-fuite cótoyé tout ce pays-la a la faveur d'uncnbsp;banniere Genoife qu'ilsarborerent.. Maiscora-me les malheurs sentrefuivent ordinaireinent ,nbsp;ils vinrent encore sembaralTer dans les bancs ,nbsp;qui font vers rembouchure du Rhone, a unenbsp;]ieue du Village de Saintes,. oil apres avoir perdu leurs ancres, M. Vaillani refolut dabordcrnbsp;avee Iefquif, lui cinquiéme, le rivage le plusnbsp;proche : ce qui leur retiflitheureufement, quan-titc de monde étant fur le Port; qui leur mon-trerent Fendroit commode pour venir aterre,.nbsp;amp; les Confuls du lieu lui inodererent fa qua-»antaine a 14. heures, en confideration des dépêches quil avoir pour fa Majefié.
Cependant comme il avoir avalétantde medailles dor, qui lui pefoient fort a 1eftomac , il demanda avis, a deux Medecins quil ren-contra iur le chemin d'Avignon. Laccidentnbsp;leur parut ffngulicr , 8c ils ne demeurerent pasnbsp;daccord du remede , l'un«propofant des pur-gatifs, tk 1autre des vomitifs ; 8c dans cettenbsp;incertitude il ne fit rien , 8c pourfuivit fon che-min jiifqua Lyon, de même qu'auparavant inbsp;S. Vallicr, apres avoir mangé des epinars. Ilnbsp;flit dabord rendre vifite a.M. Dufour fon a-mi, 8c le prefentant devant lui avec fa barbenbsp;8c fon. habit defdave, il fut. oblige de dire fonnbsp;nom. A prés s'étre einbrafl'ez, il lui fit le re-cit de fes avantures, 8c noublia pas la particu-laritt jles medailles. M. Dufour, qui elt uni-
yfrrelJement curieux des belles chofes , pat Ic commerce quil entretient avec les curieux eanbsp;Europe amp; en Afie , a fait auffi un beau re-cuëil de medailles. II demanda a M. Vail-«nt la qualité des Hennesamp; fi- elles étoientnbsp;ci_u haut Empire, qui font les plus pefantcf.nbsp;Clelui-ci lui en fit voir Iechantillon, amp; lui af-fura quellcs étoient toutes des premiers Em-pcreurs. Mais eft-il poffible , lui dit M. Du-füur, quun homme defprit tP un habile Me-*3ccin comme vous, ait ofé charger fon efto-mac dun poids fi confiderable de cinq ou lixnbsp;onces, amp; d'une matiere fi folide. Vous par-Ez, lui repliqua-t-il, comme un homme quinbsp;cft a fon aife dans fon Cabinet, Scqui nenvi-Ege qne de cent lieuës loin les malheurs denbsp;1elclavage. Si vous aviez été en ma placenbsp;^ous ainiez peut-être avalé , non feulementnbsp;Es medailles, mais la Barque méme sil avoitnbsp;cé poiiibk , pöur adoucir les amertumes de lanbsp;captivité. NI. Dufour qui avoit achêté en mê-JTie temps cinq medailles que fon ami lui avoitnbsp;montrées, fit auffi marché dun Othon d'or ,nbsp;amp; de quelques autres quil avoit encore danslcnbsp;corps; negoce dont il ne sétoit peut-être ja-gt;'ais parlé. 11 sy accords pour la rareté danbsp;Eit, amp; ayant pris congé de lui , il fe refolutnbsp;Qe partir Ie lendemain par Ie Coche: mais parnbsp;Bonheur il acheva de les rendre avant que denbsp;sembarquer, 8c les remit a 1achêteur,
Je reprens ma relation que jay interrompuë,. je vous diray quétant arrivé a Marfeille, jenbsp;¦Voulus m'appliquer a la recherche des curioii-Ez. Jy trouvay quelques infcriptions Romai-mais je n'y remarquay aucun edifice denbsp;grande antiquité, quoyque la Ville ibitun oa-''fage des anciens Phocéens. Elle eft affile dansnbsp;to terroir pierrcux, ayant au basun Portcreo-A 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fé
-ocr page 40-*4 Voyage de Provence,-fé dans fes rochers, en forme daraphitheatrer amp; tourné vers Ie Mrdy : car elle eft prefquc'nbsp;de même aiijourdhuy, que Strabon fa an-cicnneraent décrite, amp; a Iavantage de s'etrenbsp;mieux confervée quaucune aiure Ville. Lesnbsp;deu« Citadelles 6c 1'Arfenal font en bon état,nbsp;amp; ce font des chofes dignes de la ciiriofiténbsp;des Etrangers^ mais comme je ne me piquenbsp;pas de my entendre, je ne voiis en marque-ray aucune particularité. Jaime mieux vousnbsp;entretenir d'une tête prodigieufement grolTenbsp;que 1'on conferve au Convent de 1Obfervan-ce. Cetoit la tête dun nomme Borduni filsnbsp;d'un Notaire de Marleille. II mourut 11 y a environ foixante ans, agé de cinqnante. Des Re-ligieux de ce Convent qui 1ont vu, raont af-fure quil navoit pas plus dc quatre pieds denbsp;haut, amp; neantmoins fa tête en a trois de tournbsp;par les córet, amp; moins dun pied de hauteur.nbsp;Les os 4 force de sektgir etoient devenus fortnbsp;minces, 6c entrouverts de la largeurdun écu,nbsp;è I'endroit oil la future fagittale fe rencontre a-yec la coronale, quon appelle auffi la Fonta-neile, amp; au derriere de la tête a Toccipitale.nbsp;Eien quil eiit beaucoup de cervelle, il n'ennbsp;avoit pas plus defprit pour cela, 8c cétoit uirnbsp;Proverbe qui couroit dans Marfeille, Ttt notnbsp;pAs plus da fens /}ue Borduni. Quand il devint d-gé, il ne pouvoit plusfodtenir fa tête fans Iap-puyer fur un couffin. Il avoit été enterré ènbsp;rObfervance, 6c comme on creufoit dans leurnbsp;citneticre il y a quelques années, on y ttouvanbsp;ce crane, quon a depuis cohfervé par rareté.nbsp;Jay vii depuis i Negrepont un gar9on de i y-i i6i ans qui eft encore en vie r qui a la têttnbsp;]1 peu présfemblable, 8c entierement difForme;nbsp;car le front lui avance de trois travers dedoigfnbsp;ginteflus du yiPage, comme sftl avoir anegrof'
-ocr page 41-,5applatie par deffus la téte. Prés de-Ubiervance jallay voir Ia Sucrerie, que la, ^ompagnie des Indes de Hollande avoir éta-le, 8c quelle a depuis venduë a un Marfeil-ois. On fait fondre dans de grandes cliaudic-6s la Mafcoüade, qui eft Ie Sucre comme ilnbsp;ort des cannes, tout noiratre 8e plein dordu-6e quand elle bout trop, on y jette dunbsp;curre ou de la graiflc, pour Iempêcber de fenbsp;l^^pandre au dehors. Enfuite on la met dans denbsp;fitandes formes de terre, 8e puis dans de plusnbsp;Pstites, qui donnent la figure a nos pains denbsp;^ucre. On met ces formes !a pointe en bas,,nbsp;p par deffus le fucre une couche dargile quenbsp;' on arroufe deau chaude, laqiielle de mêmenbsp;S^une Jeifive emporte ce qui eft dimpur, 8cnbsp;. ccoule par une petite ouverture au deftous de'nbsp;^ forme. 11 fe fait auffi a Marfeille grande'nbsp;S'^ntité de Savon, 11 eft compofé dhuile, denbsp;effive de chaux 8e de la foude quon apportenbsp;0 Efpague, qui neft autre chofe que le fel du-herbe marine appellee KaU. Ce Compofénbsp;1on cuit auffi dans de grandcs chaudieres,,nbsp;06 bout pas fenfiblement, mais il ne laiffe pass' jetter de terns en terns de gros bouillons denbsp;ou ro, pieds de haut, 8c il eft dangereux-J* on approcher, paree quil brüle tout cequilnbsp;^uche de combuftible. 11 me femble que lesnbsp;strangers ne derroient pas auffi negliger dcnbsp;'Oir les boutiques des Coraliiftes, Marfeille é-*nt la feule Ville de France oh Ton f^achebiennbsp;Jivailler le Corail. Jy en ay trouvé des efpe-qui ne font pas ordinaires, comme dunbsp;®nc, eeft-a-dire, de celui qui eftfolidc; carnbsp;pour celui qui eft creux 6c troüé, ce n'eft pasnbsp;0 vray corail.- Jen achêtai une piece qui é-inoitié rouge 8c moitié blanc ^ pour dunbsp;Ics aaltres maflureient tous^ quil ne
sca
-ocr page 42-iS Voyage de Provence^ sen trouvoit point de veritable , mais feiifequot;nbsp;ment des plantes corallil'ées, qui ne peuventnbsp;pas foufFrir la menie pour être mifes en oeuvre. Monlieur Magis me fit voir d'autres fortes de curiofitez, des Murnies 8c des Idolesnbsp;dEgypte, avec des caraéteres dont je laififenbsp;Fexphcation au R. P. Kircher, qui a depuispeunbsp;mis au jour dans un grand volume, ceux quinbsp;fe trouverent dans la caifle 8c dans les band^nbsp;dune belle Mumie que Monfieur Dufour avortnbsp;rcceuë d'Egypte, 8c qui a merité dêtre milsnbsp;au Cabinet du Roy.
Eir attendant que Ie temps fe rendit beau pour faire voile , j'allai voir ce qu'il y a denbsp;plus remarquable autour de Marfcillc. Surnbsp;ehemin dArles on void Ia petite ville de Salon, qui neft confiderable que pour avoir ét^nbsp;Ie lieu de la naiflance de Noftradamos. II eAnbsp;enterré aux Cordeliers, moitié dans lEglife»nbsp;8c moitié dehors; peut-étre paree quon ndnbsp;fqavoit pas sil étoit Sorder ou Proplu-te.nbsp;traverfai enfuite Ia Crau, qui eft une grandenbsp;campagne de dnq ou fix lieiiës de largeur»nbsp;toute plcine de pierres, entre lefquelles il croitnbsp;un peu dlierbe excellente pour Ie paturage. L®nbsp;vent y foiifiioit alors terriblement, mais il né-toit pas alFez fort pour faire rottier les pierres rnbsp;comrae Strabon allure quil arrivoit qiielque'nbsp;fois. Les Andens fe font roinpus la tête poufnbsp;donner la- raifon de cette prodigieufe quantit®nbsp;de pierres. Ariftote croyoit quelles y 'avoieU*nbsp;été poulfées pat ces fortes de trérablemens d®nbsp;terre, qui en jettent quelquefois un grandnbsp;Bombre, qui torribent enfuite comme une plu'nbsp;ye dans les plaines. Pofidbnius simaginoit qU®,nbsp;cette campagne avoit été autrefois un Lac q*fnbsp;sétoit defl'eché; mais iEfcbyk , a qui il étc®Jnbsp;permis de mentir auffi bien qu'aux autro$P®^quot;j
-ocr page 43-fi? d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;ty
racontc qnHercuIe combattant centre les jr'guriens, Jupiter fon pcre craignit pour luinbsp;lextremité oü il Ie voyoit reduit, amp; fitnbsp;inber une fi grande pluye de pierres, quilnbsp;accabla tous fes ennemis.
. -^RLES eft plein de ruïnes anciennes, en-Abibs, ~ iefquelles on void un refte damphithcatrenbsp;beau, que les mailbns baties dedans ca-a demi. Une Diane de marbie quon ynbsp;oiifervc dans la Maifon de Ville, fait voirnbsp;les Marfeillois avoient éiabli Ie ciilte denbsp;j? Diane dEphefe en ces quartiers-la, commenbsp;^ifiire Strabon. Elle na pas de bras, mais ellenbsp;laifie pas detre belle; car il n'eft pas impof-Jole (ju'ii y ait tie belles manchotes atdii biennbsp;de belles aveugles amp; de belles boiteuies;
^ ^ans doute ceft un ouvrage de quelque ex-Sculpteur de l'Antiquité. Plus baquot;^
Arlcs il y avoit dans une Ifle que font les ^tiboüchures du Rh6ne, un Temple confacrénbsp;^^^ette Déeffe , oü appareinment cette ftatuënbsp;,'^it placée. Autour des Minimes qui fonthorsnbsp;T la Ville, on void une quantité furprenantenbsp;tombeaux antiques. Ceüx des Chretiens ontnbsp;Croix, ou des hiftoires de Ia Bible gravéesnbsp;. J* dehors, amp; ceux des Payens ont pour lanbsp;j grande partie des inferiptions que linjurenbsp;el? .^^'¦nps a laquelle ils font expofez, a prefquenbsp;j-^herement effacées. LeChoeur de l'Eglife eftnbsp;de?® d'une baludrade compofée de fcülpturesnbsp;la Bible, quon a raraafiees des pieces de cesnbsp;lgt;^iiUmens du Chrillianifme. On dit que lesnbsp;t,5^^ns appelloient cette campagne les champsnbsp;^.yiées. amp; quils fe croyoient bien-heureuxnbsp;qZ pQuvoir être enfcvelis. On ajoüte mêmenbsp;2'® '^eux qui habitoient Ie long du Rhone troisnbsp;Vonbsp;nbsp;nbsp;nbsp;journées au deffus dArles, envo-
leot quelquefois kurs laorts attachei lur ua
six a la mercy de cette riviere avec Iargent neceflaire pour leur fcpulture, amp;quilneman -quoient pas de sarrêter a Arles oir Icra avoitnbsp;foin de les enterrer. Dans ks Catacombes quinbsp;font fous 1Eglife, il y a les Epitaphes de Saintnbsp;Trophime, de S. Hilaire , amp; dc quelques au-tres Evêques dArles. Les Vers en font excel-lens, 8c paroiffent être des prodiiöions du cin-quiéme fiecle, qui étoit aflez fecond en beau*nbsp;cfpnts. On admire fur tout au milieu de knbsp;voute une de ces Tombes, qui eft toüjourinbsp;moitié pleine deau, quoy quil n'y en aitnbsp;point dans les autres qui font deffus Sc del-fous.
IK St. DArles je me rendis ^ la Sainte Beaumeg
BauME.marrêtant aat pied de la montagne a un lieu appellé Gijrg»;tx, qui na quune petite Eglifcnbsp;amp; un tres-mechant logis. Ce lieu la étoitnbsp;pourtant connu dans 1antiquité foüs un noninbsp;femblable; car dans une infcription qui y futnbsp;trouvée, 8c quon a tranfportée au village denbsp;Gemenos oü je lallay voir, tl eft appellé Lotus Gargarius. II faut monter de la plus denbsp;deux heures avant que detre a la Sainte Baiir-me, qui eft remarquable par fon dcfert 8c parnbsp;fa lituation dans une roche efcarpée, oü lonnbsp;a pratiqué un petit chemin. La grotte eft fortnbsp;humide , a caufe de leau qui en dégoute patnbsp;tout, excepté a lendroit oü Ton croit que ienbsp;tenoit la Madelaine. II y fait prefque toüjoursnbsp;froid , Ie vent de Nord y fouflant fouvent du-ne étrange force, 8c sil ny avoit du bois ennbsp;abondance, on'y paiTeroit bien malle temps-Les Religieux qui y fervent font du Conventnbsp;de S. Maximin , oü lon garde les reliques dsnbsp;eette Sainte Penitente. Le lenderaain je grim'nbsp;pay a cheval jufques au Ciel, du moms juf'nbsp;quau delTus des nuës; car la cime de cctte
mon'
-ocr page 45-Tiontagne, quon appelle Ie Saint Pilon, eft ff ®*evée, que les nuës paroiffent fouvent au dei-*ous. Métant tiré en trois ou quatre heures denbsp;^arche de ces deferts affreux, je vins me refi-®fe au chemin de Marfcille a Toulon, doüjenbsp;'US bien-tót a Olioure qui me divertit plus a-peableraent la vüë par ces grands Otangers ,nbsp;jous lefquels un homme a chcval pourroit li-paffer.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;_
Trois heures aprés jarrivay a Toulon, oujeTorgt; '''us dabord tout ce que les Etrangers vontnbsp;'oir, le Parc, amp; le fuperbe Vaiffeau nomménbsp;u Royal Loiiis, qui porte plus de fix-vingtnbsp;P'uces de canon. Le Port eft fermé dun beaunbsp;|Uole , Sc route la plage a un bon an era ge pournbsp;''^.grands Vaiileaux, il nya que le vent Grecnbsp;'luiynbsp;nbsp;nbsp;nbsp;incommode.
H lERES neft qua trois Vieuës de ToulonHieri» ^ merite bien quon y faffe un tour. Les jar-?is de citroniers amp; dorangers y font admira-Rs par une profufion de la nature plutot quenbsp;I*'' les foins que Ton apporte a les cultiver.
^ Gentilhomme du pays tire jufques a quin-® millelivresdcrente dulien, bien quilnelbit quot;quot;'rv® grande éteiiduë.
LHieres jc revins a Marfeille, dou je me P'^opofois de reprendre mon chemin pournbsp;, lors quun de mes amis y arriva pournbsp;'*5' en Italië voir Iouvcrture du Jubilé. Jcnbsp;engageay aiféraent avec lui, amp; nous arrê-mes notre embarquement fur un Vaiffeau denbsp;ïmborirg^ qui devoit partir pour Genes aunbsp;Pferaier bon vent , quil nous fallut attendrenbsp;Y®? de trois iemaines. Nous éiant rendus aunbsp;®'ffeau au moment quil kvoit Iancre, nousnbsp;vimes d'abord a la voile, amp;,ledepartfutnbsp;j. P'omt, que de deux AUemans qui vouloientnbsp;®mbatquer avec nous , 1un dsmeura en sa-
mufant a faire des adieiix , quoique fes hardiS fulTent déja embarquees; amp; lautre ayant laif'nbsp;fé les fiennes a une Barque qui ne put atteindrfinbsp;Ie Vaiffeau', fe trouva dedans fans manieaunbsp;fans Lettres de Change.
Genes, En trente-fix heures nous fumes a lavüede Genes, amp; un vent de Nord sétant levécomnaenbsp;nous étions prêts dy entrer , il nous falhhnbsp;deux jours entiers pour en venir a bout a force de bordées. Le Port elt toiit ouvert dunbsp;c6tc du Midi, amp; a de petits rochers couvertsnbsp;deau qui le rendent mal feur, quand il vientnbsp;quelque- bourrafque. La Ville eft batie ennbsp;Amphitheatre autour du Port, amp; fait une tresbelle perfpedive, amp; k dedans furpaffe de beati-
Goup 1idée quon en a conceuë. On n'y void que des Palais amp; du marbre, amp; la Sirada nova nen a que de fort fuperbes. Genes a cclanbsp;de particulier amp; d'avantageux furies autresvilles dItalie, que tous fes Palais fe fuivent fansnbsp;être joints avec des maifons ordinaires. Celuinbsp;du Prince Doria , qui eft au Faux-bourg , ennbsp;des plus confiderables. Pour ce qui eft des E'nbsp;glifes, elles font les plus belles du monde,nbsp;particulierement 1Annonciade, les Jefuites dinbsp;les Theatins. La nouvelle fabrique de Santanbsp;Maria in Carignano ne leur cede pas. Cenennbsp;par tout que marbre, qpe jafpe , que dorures »nbsp;amp; que tableaux des plus fins. Je nay jamai*nbsp;vü que la des Excommunications écrites aünbsp;debors des Eglifes contre ceux qui piflerontaü'nbsp;tour, OU qui joüeront auxcartes, oucommet'nbsp;tront quelqu autre indecence. Mais peut-êtrsnbsp;les foup9onneroit-on detre moins jaloux de lanbsp;gloirc' de Dien que de la propreté leursouvra'nbsp;ges; car au refte ils nont pas la reputation d'd'nbsp;tre- plus Saints que ks autres ; au contraire gt;nbsp;il court UQ Pïoverbe deux en Italië , qui n«;
-ocr page 47-ietie. Mer fans poiflon , montagnes 'fans , femmes fans honte , amp; gens fans foy.
'Siir eft pas avantageux: Mare fenzapejcs, mon-^lt;fgne fenza letno, Donne fenzavergogKa , vJen
y jm r i nbsp;nbsp;nbsp;_
y a pourrant dhonnêtes gcns comme par gt; mais ]e grand nombre d'efpions amp; de Sbir-fs qui obiervent tout ce que lon fait, nemenbsp;P^ait p3s. ^^Qnflc^r Ie Chanoine Ferro me fitnbsp;*üir avec beaucoup de civiiite fon Cabinet denbsp;Medailles, de gravures, 5t d'autres bijonx an-*']ne3.
Genes nous primes tine Felouque , Êc P^fiant le long de la cote, que les Anciensap-Mloient mer Liguftique, amp; que Ton noramcnbsp;^'ioiird'hui riviere de Genes, paree que de mê-que les bords dune riviere elle eft pleinenbsp;j Petites Villes tres-jolies , nous arrivamesnbsp;^fiireufement a Livourne.
LlVOURNE eft une Ville faraeufe pour leLi* ^goce, mais inutile pour ma curiofite. Toutvouiirnbsp;jj que jyobfervaifut laftatueduPete du Grand ke.
r avec quatre Efclaves de bronxe au def-
PG qui ne font pas mal travaillez. Lou-de la Porte-Sainte fe devoit bien-tót a Rome, ce qui nousobligeadenousem-^rquer le jour fuivant fur le Canal qui nousnbsp;'nduifit a Pi/e.
^ette Ville eft grande 5c belle , mais ellePtss.' pas peuplée. Elle a autre-fois fait bruitnbsp;le monde, amp; jay trouvé a S. Vidlor dcnbsp;quot;^arfcille une Epitaplie des Pifans , qui etoientnbsp;fap dans une glorieufe entreprife quilsavoientnbsp;eii'^ 'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1114 fur rifle de Majorque , tenue
(jg'p/einps-la par des Mahometans. La Tour fe dnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;P®*quot; hauteftquelquc cho-
fgj admirable, foit que 1Architefte ait eu def-faire un Chef-doeuvre, ou quelle fe *8aiffce de eette maniere par un tremblc-
SlENE.
ment de terre. Les S^avans nen font pas d'ac-coid entte eux , amp; je ne fuis pas afle?. habile pour leur fervir darbitre. II y a une autrenbsp;Tour a Bologne de même nature , amp;ronseftnbsp;taillé autrefois des Religieux voifms, qui pre-fenterent requête pour la faire abbatre, croyantnbsp;quelle alloit tomber. Le lendemain nous primes des chcvaux, amp; ne vimes quen pafïantnbsp;Stem.
Rome.
Ceft une celebre Academie , amp; bien que nous ne voulvtffions pas nous y arrêter ; novisnbsp;nous^donnames pourtant le temps d'aller 'voirnbsp;le Dome amp; la Bibliotheqne peinte a frcfque pafnbsp;Pietro Perugin, 8c par Raphael, qui furpafl*nbsp;bien-tót fon Maitre.
Enfin nous arrivames a Romaquelques jours devant rouverture du Jubilé , comme nous Icnbsp;fouhaitions. Elle fe fit avecles ceremonies ac-coütumées. Je vous avoüe que je neus pas lanbsp;courage de me pouffer dans la foule extraordEnbsp;naire de monde quil y avoit a la place de S-Pierre. Le Pape donne les premiers coups poujnbsp;abbatre la porte de S. Pierre , amp; les Cardi-naux le fuivent : cnfuite les materiaux qui 1*nbsp;muroient étant torabez le monde y entre 8c ynbsp;fait toucher fes chapelets. En même temp*nbsp;quelle souvrit il partit du Vatican trois de*nbsp;principaux Cardinaux, fuivis dune Cavalcadenbsp;de toute la Cour de Rome quil faifoit beat*nbsp;¦voir , pour faire la même ceremonie aux troi*nbsp;autres Eglifes Cathedrales de S. Jean de La'nbsp;tran, de Sainte Marie Major , 8c de S. Pad;nbsp;hors des murailles. Lexercice de ceux qd*nbsp;veulent gagner les Indulgences accordées pod*nbsp;la vifite de ces quatre Eglifes eft affés rude:nbsp;car on ne la fqauroit faire a pied en moins denbsp;cinq heures, 8c on lés doit vifiter quinze odnbsp;ringt fois chacune, niais on neft pas oblige o®
lï
-ocr page 49-6? d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;25
'e faire confecutivement. Les Relations que fans doutc on en aura faites , doivent fuiRre ,nbsp;^ je nen parlcrai pas davantagc.
perdre fon temps.
vousaimez les Livres, vous avezaRome
Lc Pape avoir alors fait une fort bonne Or-^onnance, qui étoit que les Courtilanes neuf-*^nt point a tenir cette année-la dePenfionnai-|''ïs. Un Francois nous avoir logé chez une '^anie que lagc couvroit decefoupgon; nean-tioins coinme elle eut appriseet ordre, amp; crai-Ênant quon nc Iacciijat d'avoir été autre-foisnbsp;cette profeffion , elle trouva quelque mé-^hante excufe pour fe difpenfer de nous accor-®er les deux chambres quelle nous avoir pro-^Rfes. Ce fut a nous denouspourvoirailleurs,nbsp;quoi nous fumes bien aifes, aprés en avoirnbsp;deviné la raifon: car non feulement nousvou-jlons vivre fagement ; inais auffi nous ne vou-ons pas donnet l'ieii de croire que nous vécuf-'jons d'autre forte, M. Mayer nétant venu inbsp;*fome que par un motif de devotion , amp; moinbsp;SUe par un principe de curiofité. De cettenbsp;jj'aniere je ne vous entretiendrai que des An-!j3*^itez, des Jardins, des Fontaines amp; dautresnbsp;^ofes de cette nature; mais plutót nattendeanbsp;fas que jg yous donne rien de particulier denbsp;^oiTie. Ses curiofitez inont fi fort ébloüi.nbsp;gHil ne men refte gue des idéés confufes,nbsp;que jy aye demeuré cinq mois a biennbsp;j^itcmpler les chofes. En eiFet, ilfaudroitê-u® tout-a-fait ftupide, pour ne pas trouvernbsp;dequoi fe iatisfaire en routes manieres,nbsp;ïv ''°yager fans nulle curiofité , ceft , i mon
d,
Ier** Bibliotheques, oü vous pouvez al-Ig^^^tudier tous les jours, excepté les FêtesSc Jendi ; f^avoir celle du College de la Sa-ttce öc celle des Auguftins, Si lon eft cu-
rieui
-ocr page 50-¦t4 Voyéige ds Provence f rieux de manuitrits, il faut voir la Bibliothe-que ctu Vatican, qui souvre auffitrois oaqua-tre fois Ia fcmaine. On y void un Virgile 8lt;nbsp;iin Terence anciens de mille ans , amp; quantiténbsp;de Livres qtii ne fe troiivent point ailleurs. Sinbsp;quelquun elt charmé de la Mufique , on peutnbsp;entendre tous les jours des Concerts dans lesnbsp;Eglifes, chez. la Reine de Suède , amp; chex lesnbsp;Cardinaux, amp; des voix les plus excellentes dunbsp;monde. Pour ce qui elt des ceremonies denbsp;1Eglife , il ny a point de lieu dans toute lanbsp;Chretienté ou il y en ait davantage, Sc oü elks loient plus pompeufes. Si lon a de la paf-lion pour les tableaux, on ncn peut pas voitnbsp;plus grande quantité qua Rome , 8c on y ennbsp;void de la main des plus grands Maitres quil ynbsp;ait eu en cette Prot'eüion. Pendant que Jynbsp;étois on en compofa un Livre, qui elt un re-cueil des plus fins ouvrages de toutesIesEigliresnbsp;de cette Ville. Si vous avex Ia curiofité denbsp;voir de la peinture des anciens Remains, quenbsp;vous pournez chercher inutileraent dans tontnbsp;ie refte du monde, vous en trouverez des piU'nbsp;ces dans quelques cabinets de Cardinaux , Stnbsp;line toute entiere a la Vigne Aldobrandine ,nbsp;qui reprefente une nóce. Si vous en avetnbsp;pour les deffeins des pieces antiques amp; des pein-tres moderncs , Ie ChevaPer del Pozzo 8cplu-lieurs autres curieux vous en feront voir denbsp;tres-beaux recueils. La Sculpture vous plait-clle ? Si vous en voulez de la moderne, vouSnbsp;en verrez de Michel-Ange , comme elt cenbsp;Moyfe incomparable de San Pietro in Vincola *nbsp;de Sanfouin, amp; du Chevalier Bemin qui fai^nbsp;des mervdlles. Pour celle des anciens GreC*nbsp;8c Romains, elle paffe jufquau prodige. Lenbsp;Laocoon du Vatican, rHerculeFarnefe, TAU'nbsp;tinous , amp; la Venus de Medicis tiennent
¦premier rnng. Enfuite Ie Taiircau Farnefc, Ic ^''larc-Aurele du Capitole, ,amp; Ie Gladiateur denbsp;Lmlovifio. Maisjene veux pas entrer dansnbsp;e détail, de peur de me faire une aflaire avecnbsp;lt;^eux du metier, qui les tangent en differen-claffes, amp; j'en park felon que ma memoi-^2 me les reprefente; a quoy j'ajoüte leule-*rient que rien ne mayant furpris que de voirnbsp;SUe Rome, aprés avoit été ü fouvent facca-ë^c, puifle avoir confervé tant de belles clio-fes. Le Palais Paleftrinea plus de 6oStatues,nbsp;qui pour la plus grande partie one été trouvéesnbsp;riaiis le terrain de la maifon. Celui de Jufti-^'ani en a environ ijo dans une feule Sak :nbsp;forte qu'on pourroit encore dire de Romenbsp;qu'on difoit autrefois dAthenes, quelepeu-P'e ny étoit pas en fi grand norobre que lesnbsp;uatuës. Du moins cc qui ne fe jullifieroit pasnbsp;Ia quantité, fe pourroit rccompenfer furienbsp;ëfix; car il y a telle ftatué que 1'on ne don-®croit pas pour cent mille écus , amp; une inquire de miferabks fe vendroient pour peu denbsp;'itofe.
dü
kon de.
Jl y a peu dhonnêtes gens amp; de gens def-qui nayent de rellime pourl'Architeéfure. vous aimez celle des Anciens , confidereznbsp;^,6lk du Colifée , du Theatre de Marcellus ,nbsp;''q Pantheon, amp; des reftes des Bains de Dio-p'^tien qui font ailx Chartreux. Et pourlAr-uite(q;yj.g moderne, vous n'avez qu'a voir Icnbsp;j^'ais Farnefe, k Palais Borgliefe amp; cent au-(Jont Pon a ftit graver des Livres; laPot-f Pie amp; la Porte del Popok), mais par delTusnbsp;l'Eglife de S. Pierre, qui eft la plus belle
^ *our ce qui eft des Fontaines, vousentrou-®kz d'admirabksamp;d'excelkmment beaux od-«Sur tout celk de S. Pietro Montorio 1,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Bnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;meri-
-ocr page 52-merite 1admiration de tons les humains.
Si vous étes curieux des bas reliefs , vous en avez pour vous occuper dix ans entiers !nbsp;qivand ce ne feroit quau Palais Mattliei, amp; a lanbsp;Villa Borghefe qui en font tous revêtus par de-liors; amp; ce quon en a de gravé neit pas lanbsp;vingtiéme partie de ce qui refte.
Pour les Pyramides, les Obelifques, les Colonnes amp; les Arcs de triornphe , oü en pour-loit-on trouver de plus remarquables pourfluf' toire du plus fioiiffant Empire cui ait jamaisnbsp;été?
Si vous vous plaifez aux medailles antiques gt; vous en trouverez des Cabinets tres prccicuxnbsp;chez la Reine de Suede, clicz Ie Cardinal dcnbsp;Maximis, amp; chez 1Abbé brachefi. Ceux dcnbsp;Alonflgnor Ginctti, du Chevalier del Pozzo ,nbsp;dc Dom Augullin , amp; d'autres particuliers nbsp;ont auffi chacun plufieurs pieces remarquables.
Si vous prenez plus de plaifir aux petits bijoux antiques, comme font des Urnes , des Lacrymatoires , des Idoles , des Vales , desnbsp;Poids amp; des Mefures , vous en trouverez unnbsp;Cabinet tres-bien fourni chez Moiilleur J. P-Bellori Antiquaire du Papc, amp; très-f^avarrt ennbsp;toutes fortes d Antiquitez. Ceft itlui qucnouSnbsp;fommes redevables de 1explication de la Cq-lomnc Trajane 8c. Antonine, 8c il a auffi faitnbsp;1Eloge des Peintres illuflres, 8c plufieurs autresnbsp;Ouvrages.
La conference des perfonnes f^avantes vont pMr-ellc ? voyez Ie Pere Kirkcr pour les Laii'nbsp;gues inconnuës, 8c pour les Mathematiqiies inbsp;Le Pere Fabry grand Penitencier dc Franc^nbsp;pour la Theologie 8c la Mathematique; Mon-fieur Jean Lucii pour 1Hiftoire 8c pour 1'Afnbsp;cbitciSure» Moniieur Suarei Evêquc de VaF
^ nbsp;nbsp;nbsp;foi»
-ocr page 53-ftn pour les Antiquitcz, lHiftoire les Ge-iiealogifs; Le Pere Bartoli pour la Phyfiqueffc Humanitez; Monfietir Fabreltipourks An-^ques amp; les belles Letues; Monfieur Caun-elynbsp;ibliothccaire de la Reine de Sij|dc pottr lesnbsp;quot;ledailles, amp; Monfieur Nazari , qui traduitennbsp;^*^alien le Journal des S^avans, pour la Litera-Je nignorc pas quil y en a un grandnbsp;^oiTibrc dautres, mais je ne nomme que ecusnbsp;Sue jay eu 1'honneur de connoitre amp; d'ap-Pfocher.
Les beaux Jardins amp; les Maifons de plaifan-de Rome, attirent tout ce quil y a de cu-^leux, amp; ce font de vrays Paradis terreflres 6c uomme deslieux enchantez que les Vignes Borg-, Pamfile , Montalro , Ludovifio , Mat-jquot;®i j amp; de lAbbé Benedetto , auffi bien quenbsp;jardins du Vatican , de Montecavallo amp; denbsp;^ledicis.
ïour de beaux ameublemens, il nefautquen-dans les Palais Borghefe , Colonne , Pa-'Itrine, Cbigi, Ludovifio amp; Maximis.
Seriez-vous touché comme moi des Infcrip-j°tis antiques, vous en avex si Rome pour con-5,^tcr votre curiofitc. Je ne métonnors pas t-ntendre dire a quelqucs Etrangers qu'il y ennbsp;J'oit peu, paree quon ne reraarque d'ordinairenbsp;5^9 cc qui plait, amp; que peu de gens prennentnbsp;P 2iiir aux Infcripüons. Pour ce qui eft.de moy,nbsp;V cti ay Icu plus de trois mille, amp; copié plusnbsp;piille qui ne font pas encore imprimées.nbsp;vous demandez, des gands , descifences,nbsp;^ Parfums; du tabac en poudre amp; des vinsnbsp;jp Rome le difputcra encore avectoutesnbsp;ydlcs du monde.
Pari* nbsp;nbsp;nbsp;curieux des Langiies que l'oti
de w P^efentement en Europe , le Bourgeois *^ome parle bon Italien , la place dEfpa-B inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gnc
-ocr page 54-Voyage de Pro'iCiu:^ gne park Frangoïs amp; Alkmand , les pierres ynbsp;parlent Latin, 6c les Obelifques Egyptien , Si .nbsp;ainft vous y avei les Langucs mortes avec lesnbsp;vivantes. Peur k Giec, il cft renferraé dansnbsp;les livres dü Vatican amp; de la Sapience , amp; dnbsp;ny a quun petit nurabie de JJodtes qui l'en-tendent.
Enfin je ne trouverai pas étrange que voiis nayez, aucune de ces curiofitez, ü vous nalleznbsp;jamais a Rome que par devotion. Car vousnbsp;aurez afiez d'occupation a vifiter tant d'Eglifesnbsp;amp; de Reliques que 1on y montre, 6c vous ncnbsp;vous en retournerez pas fans Indulgences, Cba-pekts 8c Agnus Dei, quelle fournit abondani'nbsp;inent a toute 1'Europe Catholique.
Ceft ainfi quil faut profiter de ce que lon rencontre de bon dans les voyages ¦, fücer knbsp;miel 6c la rofée com me les abeilles, 8c non pa!nbsp;Ie veiiin comme les aiaignées. Ceuxquitrou-vent quil fe fait tant de mal a Rome ont eunbsp;part affurement a celui qui sy comvnet , Scnbsp;Ton n'apprend ordinairement k vice qu'en knbsp;commettant.
Gelui qui a fait imprimer la Lifte des tableaux qui font a Rome, en promet unefetn-blabk des Palais 6c des Cabinets , 8c Monfieut Patin nous fait efperer la relation de fon voya'nbsp;ge dItalie, qui ne -fqauroit manquerdetre bkgt;*nbsp;receuë: ce qui me difpenfe de métendrenbsp;cette matieré, qui fera ampkment traitéedan*nbsp;ces deux Livres quon nous prepare.
T IVO Tih
Je ne voulus pas quitter Rome fans aller vi' liter les environs, amp; Mónfieur WhekrGenti*'nbsp;bomme Anglois, qui a fait enfuite k voyaS^nbsp;du Levant avee moy, voulut être de lapaitknbsp;Nous fumes premiereraent a JivoU , qui ncnbsp;qua demi-jüurnée de Rome. Ceft un lieu ;nbsp;on il femble que Iart 6c la nature difputcnt '*¦
11)
-ocr page 55-6? ctItalië. nbsp;nbsp;nbsp;19
TJi fera paroitre plus de merveillcs. La grande ^afcade 8c celle de Ciceroa , qui precipitentnbsp;rocher efcarpé Ia petite riviere de Teve-rcne, font a mon fens une des plus belles cho-que ]a nature falTe dans les eaux; de rnêinönbsp;que la grande Cafcade 8cles difFerens jets deaanbsp;jard;n dEfle, font les artifices les plus raresnbsp;q'te nons puiffe fournir 1'art Hydraulique. Cet-chiite precipitée du Teverone a creufé avecnbsp;q temps les róchcrs, 8c forméces vontesquoanbsp;avoir fervi de logement a la Sybille Tibur»nbsp;'ts; car Tivoli eft l'ancien Tïbur. En efFet,nbsp;^tt delTus de la Cafcade on void'les reftes dunnbsp;Temple , que quelques-uns aflurent avoirnbsp;de(i,é a cette Sybille; dautres auffiveuleutnbsp;il lait été a Hercule, a caufe dune Infcrip*nbsp;t'oii qni trouvée dans cette Ville , 8c quinbsp;ft Confacrée a un Hercules Saxanus, ceft-a-.di-un Hercule du rocher , dont Ie Templenbsp;t^t fur Ie roe. En approchant de Tivoli onnbsp;PslTc fill- un Pont, appellé Pmte Lucane , ou ilnbsp;i ® tin beau Maufolée avec deux oii trois gran-fs Infcriptions de Plautius Sylvanus Confulnbsp;^^itain, 8c lun des fept intendans du ban-Sft^des Dieux, a qui Ie Senat av^it accordénbsp;t riomphe pour les belles addions quil avoitnbsp;®'tes dans Illlyrie. Nous vlraes dans la Villenbsp;quelqnes Infcriptions 8c quelques Mafures, quinbsp;fes anciens titres de NobleflTe , 8c dans lanbsp;deux tres-belles Statues dun beaa inar-^^.ëtanite rougeiite Sc moucheté de groffesnbsp;leu * °ires, dont il ne fe trouve guere ail-femblable. Elles reprefentent tou-deux la Déefie Ifis adorée dans l'Egypte ,nbsp;itir'^ ^^idrien les avoit apparemment fait ve-fj fttiir lervir dornement a fa maifon de plai-c de Tivoli, dont je parlerai bien-lót.
*^ua cc que les Etrangers remarquent a Ti-B 3 nbsp;nbsp;nbsp;Toli,
-ocr page 56-obiigea (Sc nous en aliéf fur le lieu. Comme nous y arriva-mes , nous decouvrimes dans ce petit Lac»nbsp;une douiaine dlflcs an milieu, qui ne nous pa-roiffoient pas dabord fe remucr, 8c nous crai-gnions déja davoir été pris pour dupes , lor*nbsp;quil fe leva un petit zephir qui conmnien^adcnbsp;poufler peu a peu ces Ifles denótre cote , com'nbsp;me ft elles nous fuffent venues k la rencontrenbsp;pour nous reprocher notre incredulite. Ellc*nbsp;font a fleur deau, 8c toutes couvertes dc ro-feaux, par lefquels nous en faifimes une, pen'nbsp;dant que Iun de nous pafferoit deffus, ce quenbsp;nous fimes tour a tour, 8c nous reconnuine*nbsp;quelles avoient de la folidité amp; de Iepaiffeur.nbsp;car nous n en pumes pas atteindrcle fonds avcCnbsp;nos epees. Aufll ce Lac , comme j'ay dit»nbsp;eft fort profond, 8c on le juge par le temP*
quS
30 F'oyage de Provence, voli, mais il y en a peu qiii fe mettent eftpeï*nbsp;ne daller voir ce qui eft de plus curieus a de-jni-lieuë de-la. Ceft un petit Lac qui na quenbsp;quatre ou cinq cens pas de tour, mais qui eftnbsp;extrémement profond. Leau en eft fort foiVnbsp;frée, produit tin ruiffeau de raême , fur Ic'nbsp;qiiel on paffe en allant de Rome a Tivoli. Cette eau apporte un limon qui sattaclie amp; sen-durcit dans Ie canal , amp; qui bouclieroit bien-tüt Ic paffage, ft on navoit foin de lenettoyeïnbsp;de temps en temps. Lair dalentour eftintec-tc de cette odeur foüfrée, ce qui fait quonluinbsp;donne Ie nom de Solfatara, amp; l'on sy vientnbsp;baigner de Rome pour la guerifon de differen-tes maladies. Mais ce neft pas ce quil y a denbsp;plus remarquable. Nous avions vti dansla carte de la Campagne de Rome , que Ie Perenbsp;Kirker 1appelloit Ie Lac des Ifles Sotantes , amp;?nbsp;nous en informant a Tivoli, on nous donnoitnbsp;des réponfes qui ne nous rendoient pas affc*
cclaircir
fravant. re O'd nous nbsp;nbsp;nbsp;dpnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pn Hnét
-ocr page 57-6? ^Italië.
demeure a sélever un boüillon '« lt;5ne ito Pjeires quon y jette pquflent en hau*. Lanbsp;grande de ces Ifles a environ aj. paS denbsp;amp; IJ) de large, amp; les autres fontujipeunbsp;^oindres. Pline fait mention de plufieurs Ifleanbsp;l'ütantes en divers Lacs dItalie, maisentreau-dune dans Ie Lac Vadimonis , que quel-^'les-uns eftiment êu'e Ie Lac de Viterbe , Scnbsp;^autres celui de BalTanelIe. II ajoiite que eet-étoit chargéc dune épaiffe foreft , amp;nbsp;ne la voyoit jamais de jour Sc de nuitnbsp;pas Ie niême lieu. Pline Ie nêveu a fort ga-i^^uiient decrit ce Lac Sc ces Ifles flotantes ^nbsp;fes Lettres« ccft a la 20. du 8. Liv. Sc onnbsp; '^iUarque beaucoup de relTerablanceaveccel-du Lac de Tivoli, que nous décrivons. Lenbsp;^ux Pline patle aiuTi de quelques autres Iflesnbsp;ans !a Lydie , quon nomme CalamiM , anbsp;aiiie de 1abondance des rofeaux quellcs ,poï-. c'oininc celles-ci, donf je ne vois pasnbsp;Pourtant quil ait eu la connoilfancc , Sc quinbsp;Peut-êirc nétoient pas fonnées de fon temps.
! jarditis Sc des forêts comme celle de Pli-jj - 8c celles qui font auprès de S'. Oraer , ou
Pe Ie
lt;^iiis d'HalicarnaflTe nous fait Ia defcriptioa j- Ifle dans le Lac Cutil'mm ; appellé pre-|ntetnent Coniigliano, qui avoit 50. pieds denbsp;'arnetre, Sc un pieddeterre audeflusdeleau ,nbsp;^ flui portoit quelques arbtifleaux. Le peu-PPi de'Tivoli appelle celles-ci des barquetes ,nbsp;dfltielles fe peuvent gouverner c-omnicnbsp;j,6s barques, Sc je ne fais point de doute quenbsp;. ^ Lac étoit plus grand, elles ne fc puiTcntnbsp;grandirconfiderablement, jufqua pouvoir por- des iarditis Sc des forêts comme celle de Pli-
y, 3 des habitans. Car quand même le terroir
peut
doa-
j| fouftfiroit pas pour être trop humide ^oit aifé dy porter deiliis un pied ou deuxnbsp;^ttte bonne terre. La railbn quon neutnbsp;B 4
-ocr page 58-oonncfr de ces Ifles flotantes, eft, cc me fem' ble , qiie ce Lac étant produit par des four-ces dcau foufrée, les boüillons quon y re-marque élevent du limon rarefié par Ie foufre,nbsp;qiii furnageant amp; sattachant avec des joncsnbsp;amp; des herbages qui samaflent dans ce marais gt;nbsp;fe groflit peu a peu par de femblable matiercjnbsp;amp; s'augmente par erabas; de forte qiie cesnbsp;ctant compofécs dune terre poreufe amp; me-' lée dc ce foufre, fe foütient de cette maniercnbsp;fur leau , amp; produit des joncs de niême qquot;®nbsp;les autres tcrres niarécageufes. ¦ Mais de qufj'nbsp;que maniere cela fe fade, il me femble tod-jours que ceft une chofc tres-remarquablegt;nbsp;amp; que les Etrangers qui vont a Rome , ncnbsp;dcvroient pas negligcr d'aller voir , quand eenbsp;ne feroit que pour jufiifier Pline quon accU'nbsp;fe dï mentcrie plus fouvent quil ne merité'nbsp;Ce que jen dis ici obligera peut-être que'*nbsp;ns curieux a y faire dautres nouvelks remat'nbsp;ques.
Yilia rJe Tivoli nous primes Ie chemin de FrC' ] Ja- fcati, amp; nous nous detournames un peu fur 1*nbsp;uiuA- gauche pour voir les mafures de Villa Hadrh*'nbsp;SI.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cpie les Payfans appellent livsli vecchio,
vieux Tivoli , ignorant que cétoit feulemcu
une raaifon de plaifancedelEmpereurHadrieU^
Les Jefuites y ont converti cn Cellier un Teih' ple qui en dependoit ; amp; qui eft encore ft*'nbsp;entier. 11 eft quarré par dehors amp; rond panbsp;dedans, de 50. pieds feulement de diametrC'nbsp;mais aux angles il y a quatre reduits ménagéquot;nbsp;dans Ie mur, qui fervoient ou pour confet'^^^nbsp;les ornemens du Temple , ou pour les y i®'nbsp;cher dans la neceffité. Nous vimes ennquot;nbsp;deux ou trois Temples a demi détruits, öcunnbsp;partie des appartemens du Palais, dont Ie , 5nbsp;dans ne répondoit pas a 1idée que nous avio
-ocr page 59-tre revêtu de marbre. Les flatuës dIfis c. 'Harbre noir quon void au Palais de Maxi-a Rome, en ont été tirées. Delafuivantnbsp;,otte chemin libus laiffaraes a main gaucbe lenbsp;de Regilla , cclcbre par la défaite des 1 ar-avuis, ^ vinmes a Frefcati.
. Ce nctoit autrefois quune maifon de plai-pKEs-nce l_.ucullus, mais ceft raaintenant uneCATi^ 'fe Ville avec des Jardins amp;. des Palais en-Borghefe y eft remarquablenbsp;gj grandes allécs de laurier a pcrte de vuë,
CjlP^f les bufles amp; ,res ftatuës antiques. Mais Igj ® du Cardinal Aldobrandin la furpallé pournbsp;jttyj'fl'fices deau. Nous aliaraes voir lesautresnbsp;tttg ''®' amp; primes enfuite un guide pour nousnbsp;aux mafures de Tufculum , qui eft slnbsp;j- 'tiilles de la au deffus de la montagne. IInbsp;¦' Suelques niafurcs peu confiderables8cnbsp;B snbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H»
ïuis
Concejjg (Jun batiment fi vafle amp; fi magnifiquc ^ fornine on nous Ie décrit. Car ce font plu-beurs petites chambres voütées de mcme gran-, oil nous remarquaines quil ne paroif-point de cheminéc. Au refte 1Empereurnbsp;^^tJrien avoit bati, corame Spartien lerappor-cette maifon de campagne , dune manie-^ galante, quil y avoit imité amp; donné lesnbsp;*'oms des lieux les plus celebres du monde ,nbsp;du Lycée, de lAcademie , du Pryta-du Portique, du Canope d'Egypte amp; dunbsp;¦ernpé de Theilalie. Ce nous auroit été uncnbsp;Occupation peu utile denousamufera débroüil-ci'^tous CCS lieux-la. Nous ne voulümes pasnbsp;cnies nous opiniatrer a chercher les fonde-p'cns de cette muraille quil y avoit batie , o^nbsp;j.O'' avoit Ie Soleil dun cóté , amp; lorabre denbsp;, parceque cétoit une chofe aifée en lanbsp;^apofant du Levant au Couchant. Le bati-i'^cnt^paroit tout de brique , mais il pouvoitnbsp;en être revêtu de marbre. Les flatuës dIfis
-ocr page 60-AtBlC
54 Voyage de Provence^ un batiment prelqiie cntier au deflus du graniJnbsp;chemin appellé Ie chcmin vieux. La traditionnbsp;aflurc que qa été la maifon de Ciceron. Celtnbsp;line des plus belles vues qui foienl au voifina-ge de Rome, car elle eft a la cirae de la mon-t.igne, amp; lon découvre de la Caftel-Gandolfe»nbsp;Ie Lac dAlbano, la Mer amp; toute la campagnenbsp;de Rome. Les beautez amp; les agreables frai-cheurs de Frefcati rie nous firent pourtant paSnbsp;oublier qu'il nous falloit pourfuivrenótre voya'nbsp;ge. Nous paflames par un gros Bourg appel*nbsp;Ié Marini, parceque cétoit autrefois une mai*nbsp;fon de campagne de Manus, SclesPrincesColonnes y en ont prefentement une. A quatrenbsp;OU cinq milles de Ia nous trouvames Caftel*nbsp;Gandolfe, qui eft un autre Bourg, oü les Pa*nbsp;pes ont un Palais. Nous y entrames , roaisnbsp;lans y rien trouver qui meritat de nous y arrê-ter long-temps. La vüë en eft belle furie LaCnbsp;dAlbano , Ie long duquel nous continuameSnbsp;nótre chemin , en jettant quelquefois les yenSnbsp;fur 1endroit oü devoit être autrefois la Villcnbsp;dAlbe-Longue, entre Ie Lac amp; la montagne.nbsp;11 n'y a prefentement la quun Convent appellé PalazzuoU , oü lon découvre quelquefois en remuant k terre quelques reftes de eet'nbsp;te fameufe Ville.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
ALBANO qui en a retenu Ie nom, nenen qu'a deux ou trois milles. Ceft un Bourg af'nbsp;fcx joli, a qui une maifon de plaifancedeD^Tnbsp;mitien a donné les fonderaens. On y voi®nbsp;plufieurs anciennes mafures , amp; particuliere'nbsp;ment fous les Capucins un petit Amphitheatrenbsp;de pierre de taille, dont il refte quelques de'nbsp;grez. Les vins dAlbano 6c de Genzano tien'nbsp;rent rang entre les plus delicats qui fe bd'nbsp;vent a Rome , oü nous retournaraes par .*®nbsp;grand cliemin qui cótoye l'ancicnne Vgt;a
-ocr page 61-cfi: encore toute remplie des reftes de mo-Huraens placcz de cóté amp; dautre. Ce chemia toit beau 6c tiroit a Rome en droite ligne ,nbsp;Pavé cummc les autres grands cheminsdcgransnbsp;^uart'ers de pieire , dont lon appergoit lesnbsp;ple^^* prelque dans tout Ie clicrain de Na-
¦IS rendant a leurs gites ordinaires,
11 ny a point de condition plus changeants Celle dun voyageur. Un lieu ne cora-l^ence pas plutót a plaire , quil Ie faut quit-Plus on demcure a Rome , plus on ynbsp;' ''ouve de charmes; inais il men fallut partirnbsp;Potir me rendre a Venüe , ou javois rendez-ous avec trois Gentilshommes Anglois , quinbsp;^cvoient sembarquer avec moy pour la Gre-j ¦ Je me fervis de la commoditddesClt;iw^;W-que je nay pas vüeétablie ailleurs quennbsp;On change de cheval de pofte en pof-inais on ne court pas, 8c vous navcz be-^ ni de poftillon , ni de guide , les chevauiE
^ un pen plus d'un jour je me rendis i Fr-oü je me fis conduire dabord avec la be.
Jc ^ rHótel-de-Ville. J'y rencontray quel-N^es Gentilshommes du pays , qui me firent j. Ic Portrait a frefque dAnne de Viterbe,-A 5 cft rendu celebre par fes fourbes dans lanbsp;f'Publique des Lettres. Les Sga vans ne dou-aii ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;11^ IAntheur des Livres mis-
jj J°nr fous les noms fupofez dAntiquitez Ba-j^g.?''iftues de Derofe 8c de Chroniqiies de Ma-tjp non. I] faifoit de plus graver des Infcrip-des^* Pnr des marbres en Grec 8c en Latin avec tei-f'¦^^i^cres tres-difSciles , 8c les faifoit en-I'erfnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;venoient a être décou-
tou ** *3nelques années aprés amp; les Scavans fe' ['^sntant 1efprit pour ksexpliquer^ illem-toit fur eux,. 8c fe faifoit cftitner par oett«'
Voyage de Provence^ addreffe plus que lous les autrer. Jen vidsdenbsp;cette efpece quon a enchafl'ées dans Ie mui' dcnbsp;la Maifon de Ville a 1entrée dune des cliara-brcs. Lunc eft une revocation de DidierRoynbsp;de Lombardie, des Decrets dAIlolphe , quenbsp;Gruterus a prife pour antique. Lautre tftGre-que, amp; parle dun certain Temple de Cybelenbsp;auprés de Viterbe. La Ville na pas manquénbsp;pour 1lionneur du pays dy mettre un Elogeficnbsp;une explication, a vee Ie titre de pierre tres-antique; cependant, a monavis, luneamp;l'au-tre font des produftions de l'efprit de ce bonnbsp;Religieux. Ce qui rend même la fourbe tropnbsp;grofliere, ceft que les deux pierres qui devroientnbsp;ctre de deux fiecles bien éloignés lun de lau-tre, font dune même forte, dune même con-fervation, amp; d.un caraétcre femjblable , fort menu amp; dune mauiere qui ne fe trouve pas ail-Icurs.
Je pafTai enfuite Radicofani , une des plus liaiitcs montagn'es dItalie , furla cime delaquel-le Ie Grand Due a une Forterelfe, qui confinenbsp;avee les Terres du Pape.
Flo-
IS.1;NCE
FLORENCE eft furnommée la Belle , amp; ce neft pas fans raifon. La Galerie du Grandnbsp;Due eft une de fes beautez qui me touche Ienbsp;plus. Aprés avoir vü a Rome un fi grandnbsp;nombre de Statues amp; de Buftes, je ne me fe-rois pas iniaginé den pouvoir trouver encorenbsp;la deux cent cinquante, amp; il y a parmi quel-ques Iiifcriptions que Ie Cardinal de Medicisnbsp;avoit fait venir dAfrique. On me crut habilenbsp;liomme, parceque jen Ifts quelquune mieiusnbsp;que r.Abbé Falconieri qui les adonnéesaujour,-Cétoit toutefois une perfonne tres fqavantenbsp;mais ce n'eft pas un grand crime de faire quel-lt;jue faute en copiant une Infcription. Autournbsp;öe cette Galerie il y a plufieurs diambres , oir
' on fait voir les treiors des Grands Dues. II: y en a quatre ou cinq plaines darmes , plusnbsp;^nfiderables par la qualité que par Ic norobre.nbsp;y void une arquebufe dor rnaffif qui avoitnbsp;prefentée a un Empereur. Sil y avoir cn-eore quelque Beliogabale au monde , il ne pour-*'oit choilir dindrument pour mourij; plus pre-eieux que celui-la; car nous lilons dans lHif-^oire de eet Empereur, quil avoit preparé unnbsp;Poignard dor , Sc des vafes demeraude pournbsp;oiré du poiibn,, au cas quil fut obligé de fenbsp;^üer foi-même. On y void aufli des armesnbsp;Jtes-prccieufes prifes iur les Tures par les Ga-^eres du Grand Due.. On conferve danscepe-Aifenal un gros Aymant qui tire beaucoup;nbsp;i] y en a un a la Cour du Palais , oü Icnbsp;¦fince fait fa refidence , que les Etrangers nenbsp;^emarquent pas, paree quilfemblenêtrequun-êtos quartier de roche, amp; 1on ne jugeroit pasnbsp;^ue ce fufi un aymant. C'eft une pierre quinbsp;P^le plus de cinquante quintaus , amp; fi elle a-^oit de Ia vertil a proportion de fa grandeurnbsp;ps effeus en feroient fuiprenans. Mais elle nenbsp;que tres-peu , paree queile a été gatée danbsp;dans un embrafement. Sur ce fujetjevousnbsp;e'Bi un mot dun autre aymant que jay vAnbsp;* Avignon chez Ie lieur Roflani , dont leffetnbsp;^ fort bizarre. II neft pas fi gros que Ie poingnbsp;p.ne tire pas plus dime petite clef, quoi qu'itnbsp;oitbien armé; maisun couteau , ouquelquau-d'® piece dc fer qui en a été frottée , tire qua-fois plus que ne fait la pierre niême de-S'Jpi jay vü faire lexperience. Son maitre a-jodtoit quelle étoit merveilleufe pour touchernbsp;®iguilles de Quadran, amp; que fi on venoitinbsp;^ettre un autre aymant auprés, Ie fien Ie tuoitnbsp;^'Continent, amp; lui faifoit perdre toute fa force,nbsp;¦^cs autres chambres font rcmplics de vaif-B 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;felle
-ocr page 64-7,^ Voyage de Provence^ felle dor 8c dargent, de tableaux de Titian ,nbsp;de Raphael 8c de Carrache ; de meubies pre-cieux, 8c de plufieurs bijoux antiques 8c ino-dernes. On ny ofe plus guere montrcrledounbsp;de fer , dont la moitié avoir été changée ennbsp;or, comme on pretendoit, par I'arrifice de lanbsp;Chymie, pirce quort a découverr que' tour lenbsp;miracle confiftoir en la foudure, qui joignoitnbsp;imperccpriblement ces deux metaux Iunknbsp;Iautre. Dans la bafle-cour du Palais on tientnbsp;Ic Carofle du Grand Due , donr il fe fervitnbsp;i fon mariage. Les roiies fonr dacier , 8cnbsp;Ietoffc prefque route dor. Jamais Empereurnbsp;Romain nen eur de fi riche. Auffi les Ro-mains navoient-ils que de petits chariots fansnbsp;couverture ; a la referve de leurs femmes quinbsp;en avoient dapprochans de nos Carofles. Maisnbsp;on donnoit des homes a leur vaniré, ennbsp;ne leur permettant davoir que deux mulesnbsp;pour Tattelage.
Le Palais oil Ic Grand Due fe tient ordinai-rement, netoit que la maifon d'un particulier de la familie des Piti, mais qui meritoit biennbsp;de logcr un fi grand Prince. Les Curieux ynbsp;adinirent moins les riches ameublemens , quenbsp;les platfonds peints par Pietro deCortbne. Lenbsp;Gardinal de Medicis qui vivoit encore quandjenbsp;paffai a Florence, eut la bonté de me faire voirnbsp;iui-meme fes medailles , fes gravures amp; ca-mayeux antiques , oh jobfervay des chofesnbsp;tres-fingulieres. Une autre de fes curiofitez, é-toil davoir receuilli les portraits de quantitdnbsp;de famcitx Peintres, faits deleurpropre main rnbsp;amp; jen vids- une chambre route pleine. Lenbsp;jardin qui joint le Palais eft beau fpacieux 6cnbsp;en belle vfte. Sur une hauteur qui eft dans fonnbsp;enceinte il y a une petite Citadelle , oh lenbsp;Prince tient fes deniers. La Bibliotheque du
Pa-
-ocr page 65-Palais eft bien fournie, mais lesManiifcrits quon *'ent a S. Laurens me plaifent encore plus*nbsp;y garde un Virgile écrit du temps de The-odofe , une Hilloire de lEmpereur Alexiusnbsp;Comnenus, amp; une de Florence de Borghinius.nbsp;Je vous parlerai dun autre manufcrit qui re-garde mon métier, qui eft 1iinique quon fja-de routes les Bibliotbeques de 1Europe.nbsp;^eft un gros volume Grec , qui comprend lanbsp;Chirurgie des Anciens, comme dHippocrate ,nbsp;*'e Galien, dAfclepia^ , de Bitbynus , dA-Pollonius , d'Archigenes , de Nymphodorus »nbsp;Heliodore, de Diodes , de Rufus Ephefiusnbsp;^ d'Apollodorus Citienfis, dans 1ouvrage diïnbsp;otiqucl il y a des figures peintes fur Ie parche-^in pour la manierc de remettre les difloca-'^ons. Ce dernier, auftr bien quAfclepiadc,nbsp;¦Apollonius amp; Diodes, font citea diverfes foisnbsp;P^r Pline , amp; Gallien parle fouvent d'Archige-^'es. Mais nous na voyons point de leurs outages entiers; amp; Bithynus, Nymphodorus dinbsp;PJeliodore ne nous font preft^ne pas connus denbsp;jom. Ceft aflurément un grand trefor pournbsp;Medecine amp; pour la Chirurgie de trouvernbsp;Ous ces Autheurs-la enferable. MonfieurAn-^ine Magleabecchi eft Intendant de ces deuxnbsp;Bibliotheques. Jamais homme ne futpluspro-que lui pour eet employ ; il a tous les Li-dans fó tête, amp; connoit tous les S^avansnbsp;IEurope. La Chapelle S. Laurens oü fontnbsp;lombeaux des Dues doit être mife entre lesnbsp;Plus riches ouvrages de l'Italie; tout y eft mar-porphyre, lapis 8c chalcedoine. LaCha-voifine oü font en attendant les corps denbsp;princes en depót , a deux Maufolées denbsp;^Jchel-Ange , 8c a la place du Grand Duenbsp;U y a fur une fontaine un Neptune tiré parnbsp;a'tatre chevaux marins quon dit être auffi de
lui. Le Dome elt grand , mais il a peu d'or-f nement. LAnnonciade eft fort jolie. Lesau-tres Eglifes de S, Jean , du S'. Elprit 5i de Sain-te Marie meritent aufft detre vues.
^Ma curiolité n'auroit pas été I'atisfaite, ft jc. neufle trouvé des [nfcriptious. J'en vids tantnbsp;chez les Marquis Corfini 8c Richardi , 8c a lanbsp;Vigne de iAbhé Strozzi, que jen fus furpris rnbsp;8c auffi-tót aprés je pourfuivis mon voyage.nbsp;Hoto- 80L0GNE na rien de defagreable que fonnbsp;NE, langage.qui eftle plus corrompu detoute Iltalie.nbsp;On marche prefque par toute la 'Ville fous desnbsp;Portiques, amp; aux Fauxbourgs on en a fait de-puis pen de tres-fuperbes. Les Convents y fontnbsp;les plus beaux du monde , inais entre autresnbsp;celui de S. Michel-au-Bois, eft le lieu le plusnbsp;agreable quon pounoit choifir pour y faire unenbsp;penitence commode. II y a dedans des Logesnbsp;peintes par Carrache 8c fes Eléves , 8c dansnbsp;i'Eglife un beau tableau du Chevalier Guarci-ni. Monfteur Jofeph Magnavacca Peintre Stnbsp;curkux en medailles, me fit remarquer deuïnbsp;peintures a frefque de Guido Retni dansla grande Place, 8c-fous le Palais de la Juftice quatrcnbsp;figures excellentes de marbre de Jean Bologna,nbsp;8c une, peinture de Carrache, qui fefentbeau-coup des injures de 1air; 8c une Sainte Cecilenbsp;de Raphael a S. Jean-in-Monte. LEglife denbsp;S. Procule na t'en de remarquable que IE-pitaphe dun certain Procule , qui fut tué'nbsp;par la cloche de S. Procule qui lui tomba def-'nbsp;fus; ce qui a donné fujet a deux 'Vers anciensnbsp;quon a gravez de houveau au devant de PE-glife:
Si procul a Proculo Froculi campana fuif fet.
Jam procul k Proculo Proculus ipfe p rtt-.
LC
-ocr page 67-. Le Cabinet dAldrovandus rempli de productions naturelles amp; danimaux rares eft gardé a ia Maifon de Ville, 8c merite detre vudescu-tieux. Monfieur Lotier Banqiiier de Bolognenbsp;^ applique aux medailles a fes lieures de recreation. II en a un tres-beau Cabinet que je par-t^ourus, amp; jy remarquay plufieurs pieces rates, entre lefquelles je doisconterdeuxOthonjnbsp;oe cuivre, dont 1antiquité ne peut être con-teflée. II faut laifler dire aux ignorans quilnbsp;tjy en a point dAntiques, car tout le mondenbsp;® ingere den dire fon opinion. Pour cequi eftnbsp;oe moi, je puis dire que jen ay vü nne vin-taine dans mes voyages, qui font indubitablc-ttient antiques. J'allai enfuite avec lui 8c utinbsp;lutre curieux nomine Monlieur Louys Borgo-iocchi, a la maifon de campagne du Senateurnbsp;Volta , pour voir 1Infcription enigraatiquenbsp;o^lia Laelia Crifpis, qui nétoit ni homme ,nbsp;tgt;i femme, ni hermaphrodite, qui nétoit mor-tn ni de faim , ni par le fer, ni par le poifon,nbsp;tnais par tout cela enfcmble, qui nétoit ni dansnbsp;i^^ eaiix, ni au Ciel, ni en terre , mais quinbsp;®toit par tout. LInfeription avoit été mifenbsp;Pst Lucius Agatho Prifeus, qui nétoit ni fonnbsp;ttgt;ari, ni fon galant, ni fon parent, mais toutnbsp;a la fois, 8c femblables colifichets qui fontnbsp;P'tie, mais qui ont neantmoins exercé 1efpritnbsp;n^s Syavans de diverfes Nations. Un Philofo-Pne de Padoiie 1a expliquée de 1eau de pluye.nbsp;^n Jurifconfulte Fiamand , de la matiere premiere. Un Francois, du Mercure chymique,nbsp;^ un Hollandois-, de I'Amour. Au rapportnbsp;ee dernier il seft fait un recueil des raifonsnbsp;ims Sc des autres , imprimé préraierementnbsp;? Padoiie, 8c puis a Dordrecht. Pour moi ,nbsp;Je Ics auio s voulu accorder en leur prouvantnbsp;*iue cette Infeription nétoit pas antique , quoi
quils fuppofent tous fon antiquité , amp; jauroij taché de leur perfuacler quon ne doit p;^s sa-lembiquer Ie cerveau k des penfées ridicules denbsp;quelque moderne qui a voulu faire Ie bel ef-prit. AuiE ce que l'on montre nen eftquuncnbsp;copie , Sc je ne püs apprendre ce quétcit de-vcnu loriginal. Je prècens même que celui quinbsp;Fa fait nentendoit pas feulement lceconoiTiienbsp;des noms Latins; car iElia amp; Laelia font deusnbsp;families differentes , 8{ Agarlro Prifcus fontnbsp;deux furnoras fans avoir aucune familie join*nbsp;te.
Je bornai enfuite ma curiofité a voir en dif-ferens endroits de la Ville des Inlcriptions antiques , que Monfieur Ie Comte Valerio Zani a-voit eu la bonté de mindiquer. Ceft un Gen-tilhomme tres-curieux amp; amateur des Lettres, lequel a été Prince ou Chef dune compagnienbsp;de Sgavans de Bologne, k qui lon donne Ienbsp;tJtre A'Academia Gelatmm, J'en vids une cn-tre autres au Palais Albergati dun certain,T/wrnbsp;Aviafius Servandus, qui avoit legué pour len-tretien d'un Bain public bati par AuguiJe , 8inbsp;létabli par Germanicus, quatre cent Sefterces,nbsp;qui font plus de vingt-cinq mil écus de nótrenbsp;iTionnpye; car un fefterce fe prend ordinaire-mcnt dans les Infcriptions pour mille petitsfef-terces: comme on peut Ie voir dans les origi*nbsp;nes de la langue Latine de Voffius. AulTi eft-il vrai que les Anciens étoient tort fuperbes dansnbsp;leurs Bains» de même que les Turcs Ie fontnbsp;aujourdhiiy. De Bologne je membarquai furnbsp;Ie canal pour Ferrare.
F.ts.B-A- FERRARE elf une grande Ville , amp; alTez belle, mais elle elf mal-faine amp; mal peupléc.nbsp;De la par des^ canaux 8f par Ie Pó on fe rendnbsp;dans les Lagunes de Venifc, oüjarrivaiqucl-ques jours avant IAfcenfion.
Ö* d'Italië. nbsp;nbsp;nbsp;4^
VENISE a quelque cliofe de lifingulierdans Veni-* ja fituation, que quand on auroit couru toute se.nbsp;la Terre, on ne pourroit pas dire davoirnbsp;ancune Ville qui lui relfemble. CellesdcHol-lande ont bien quelque chofe dapprochant knbsp;caufe de leurs Canaux ; mais la difference eftnbsp;^uelles font en terre ferme, 8c que celle-ci eftnbsp;®ans la mer. II eft vrayque ccft une merfortnbsp;baffe, que les Italiens appellent des Lagunes ,nbsp;que nous pourrions peut-êrre nomraer desnbsp;bdarais; 8c neanmoins quoique les badmensnbsp;i'ayent de fondement que fur Ie fable 8c Ie li-^lon , ils ne laiffent pas davoir autant de foli-ddé que ceux de terre ferme. Le cloclier denbsp;quot; Mare en eft une preuve tres-afturée, 8c il eftnbsp;ft haut, quon découvre dans un temps ferainnbsp;les autres Villes qui font de la Jurifdidion denbsp;y^nife , jufqua dix ou douie lieües déten-duë.
LEglifc de S. Mare eft auffi fort maffive 8c grande. Elle eit b2t:c s hGrcqite,
^¦dire en croix racourcie 8c quarrée , avec un pand Dórae au milieu , 8c dautres petits furnbsp;ps cótez. On ne void point ailleurs tant denbsp;^ofaïque ancienne, 8c les parois 8c les voütesnbsp;font routes incruftées en dedans. Les qua-ftc chevaux de bronze dorez qui font !t Ia fa» .nbsp;ïade, furent emportez par les Venitiens au facnbsp;Conftantinople. Conftantin les avoit faitnbsp;'^pir de Rome pour mettrefurunaredetriom»
1'fte quon lui aroit drelfé , les ayant ótez de '¦^lui de Neron, fur lequel ils ctoient placez ^nbsp;'^oinme on le reconnoit au revers dune de fesnbsp;Medailles.
, Le Palais Pifani a la place S. Etienne a une ps plus belles fagades qui fe voyent en Italic,
^.'1 y a a la porte deux Hercules de marbre ftut font parfaitement beaux. Ceux de Moro-
fini
-ocr page 70-44 P'oyage-fle Provence^ fmi 8r de Loredan a Ia même Place font aüffinbsp;tVune maniere bien galante; mais je ne veuxnbsp;pas mengager dans un détail que daurres ontnbsp;déja fair. Je vids dans celui de Rofini un desnbsp;plus beaux Cabinets du monde en medailles ,nbsp;agathes 8c tableaux^ fins. II faudroit des volumes entiers pour donner une liftc exafle de cenbsp;quil y a de rare a Venife dans ces fortesnbsp;de curiofitez; car pour Ie gt'and nombre denbsp;beaux tableadx , il efb conftantquellepairetou-tes les Villes dltajie , amp; quelle Ie peut aunbsp;moins difputer a Rome; 8c pour ce quieftdesnbsp;medailles, il ny a point de Ville dans lEuro-pe oü il y ait plus de curieux qui les aiment.nbsp;On void dans Ia grande Sale de 1Audience , cenbsp;iaraeux tableau de Teintoret, qui reprelentelenbsp;Jugeracnt univerfel, 8c quantité dautres de Paulnbsp;Veronefe , du Balfan 8c Zuccaro. Le Convent fie S. George conferve encore commeuiinbsp;trefor une Nócc de Cana de la main du premier. L'Eglife eft tres-bien batie , 8c la Bi-bliotheqiie eft des mieux fournies quelonpuif-fe voir.
Jay dit quil y avoit beaucoup de curieux de medailles a Venife, 8c voici les noms desnbsp;principaux. Le Procurateur Juftiniani en a unnbsp;Cabinet aflez ample. La familie des Capelloanbsp;herité de celui dErizxo, qui en a compofé unnbsp;Livre. Monfieur Georgio Barbaro en a fait ennbsp;pen de temps un recuëil des plus confiderables-Meffieurs Morofini, Garzoni, Zani, le Baronnbsp;de Taffis, le Dodkur Bon , 8c d'autres Noblesnbsp;en ont aufll: fans oublier le bon horame Fran-cefco Rota , qui en fournit ces Gcntilshomcnbsp;mes, 8c qui men procura la connoiffance.
La Bibliotheque de S. Mare eft une des prC' mieres de l Europe pour la quantité de man af'nbsp;grits Grecs, laiffez la plus grande partie pat- 1^
-ocr page 71-Ö* cVItali:. nbsp;nbsp;nbsp;4f
Cardin'al Beflarion Grec dc Nation. Le Veüi-btile eft oriié de llatucs, de buftes amp; d'lnfcrip-^lons antiques, amp; !c dedans de cartouches pcin-tes delicatement. LAbbé Gradenigo Candiot oc Nation , qui eft un liomme lort civil, en ellnbsp;Bibliotheca ire. /iprés qu'il uitut fait voir lesnbsp;Pl-is rares de ce lieu-la fgachant que la curioli-te étoit lunique qbjet de nies voyages, il menbsp;JP-ciia a 1ancienne mailbn dErizzo, pour menbsp;fattc voir cinq ou flx Infcriptions apportéesnbsp;iitrefois de Grece, parrai lefquelles il y anbsp;,,B^P''aphe de Diogene le Cyniqiie , avecnbsp;ion chien grave fur la pierre. Celuy du Poëtenbsp;¦Anacreon, qui sétouffii en avalant de traversnbsp;Bn grain dc raifin. II fe trouve' pourtant im-pi'imé dans Theocrite, amp; 1on nef^'aii fi le Poe-ïe 1a pris du maibre, ou ll le marbre l'a prisdn nbsp;Boëte. Le Palais Grimini eft enrichi par de-nors 8c par dedans dedépoüilles femblables d'A-Suilée 8c de la Grece, car il y a des buftes, desnbsp;Batuës 6c des Infcription antiques.
Pour ce qui eft des Eglifes, celles della Saint» la plus fuperbe pour PArchitedlure, quoynbsp;^uclle ne foit pas encore tout-a-fait finie. Celicnbsp;S. Jean amp; S. Paul a une place au devant,nbsp;eft la ftatuë a cheval de Bartheleniy de Ber-ëïnio, fameus General des Venitiens. Dansnbsp;Eglife il y a un tableau de Titian , qui re-Pfefente le crucifiment de S. Pierre. Tout joi-pant eft lEcoIe de S. Mare, oü il y en a denbsp;|[es-beaux; 8c en general ceux qui aiinent lanbsp;^ ^inture ne doivent pas oubher de vifitcr toutesnbsp;**^8 Ecoles qui en font ornées.nbsp;j Je fus a Venife pendant toutes les Fêtes denbsp;Ai'cenfion , qui commcncent pat la prome-^ïde que k Doge 8c les premiers de lEtatvontnbsp;^,quot;¦6 fur la mer, montez fur le Bucentaure.nbsp;^eft une efpece dc Galere a deux étages, enri^-
cliie
-ocr page 72-F^oy. de Prov. £5? d'ltal. thie tout autour de fculpture de bois doré. Otinbsp;tient quelle a couté cinq cent mille livres, 8Jnbsp;Ie tapis qu'on étend l\ir Ie dernier couvert, com-mc les houfl'es quon jette fur limperiale desnbsp;carolles de nos Princes, eft de velours rougenbsp;cromoifi avec de larges bandes dor amp; une cré-pine de menie étofie qui regne a lentour. Onnbsp;ne void que la parüe des rames qui touchenbsp;leau, lans voir ceux qui les manient, amp; en general route la fabrique de cette niagnifique Ga-lerc eft admirable. On la tient route lannéenbsp;dans 1Arfenal foüs un couvert, d'oü lon ne lanbsp;tire que deux jours avant la Fête de lAfcen-fion , lorfque Ic Prince avec Ie Senat 8c les Am;nbsp;bafladeurs va époul'er la mer, amp; témoigner anbsp;tout Ie monde par cette pompeufe ceremonie 1nbsp; que la Republique elt maitrefl'e du Golphe gt;nbsp;corame elle létoit autrefois de tout Ie commerce dOrient. Deux Galeres amp; une Galcacefui-virent Ie Bucentaure cette année-la, avec uncnbsp;quantitc de felouques 8c de gondoles, qui fontnbsp;les carofles de Venife. II y en avoir juiques anbsp;quatre OU cinq mille, 8c ccla faifoit un très-belnbsp;effet. Tout ce Cortege sen va au dela de l'c'nbsp;eucil de Lido, 8c aprés sêtre avancé environ unnbsp;mille dans la haute mer, Ie Doge époufe 1®nbsp;Golfe de Venife ou la mer Adriatique, en jet-lant dedans un anneau dor avec ces paroles La'nbsp;tines; Sponfamus te mare noftrum in Jignum vtf^nbsp;tp- perpetui Dominii; cell-a-dirc; Neus vius i'nbsp;poufons nótre mer, pour marque d'une veritable dnbsp;perpetuelle Stigneurie. Le Patriarche donne la bC'nbsp;nediétion au bruit des canons, des mortiers Sbnbsp;des arquebuzades, 8c toute la compagnie v*nbsp;oüir la MelTc a lEglifc de Lido. Enluite o*nbsp;sen retourne auPalais, ou Ic Doge traite les S*'nbsp;nateurs 8c les Procurateurs de 8. Mare, pou*nbsp;ne ïiSQ oublier de la ceremonie dn mariag^j
L*'
-ocr page 73-A Prés les réjoüiffances de rAfcenfion , noris apprimes quc Ie Bajlc ou Amballadeur desnbsp;^enitiens, partoit dans peu de jours pour Con-||antinople. 'Cétoit im Morofini qui a été Am-l'alTadeur en France, oü Monficur Vernhonnbsp;'^£nt:lhonime Anglois qui devoir faire Ie voya-ëe avec nous, lavoit connu; de forte quil fcnbsp;clurgea de nous faire embarqiier avec luy I'oc-vafioii étant trop favorable pour Ia negliger.
}-e zo. de Juin 1675. on nous vint avertif il falloit partir, amp; nous nous rendimes in-ontinent fur une Galere du Baile. Elle portoitnbsp;^'rr enfeigne Hercule au berceau, amp; étoit com-jJï'ndée par un Gcntilhomme Venitien appellénbsp;j ^riedetto Sanuti. Le Baile palfa deffus jufquaunbsp;^ndemain quun de fes parens lui amena la fien-j On fit voile fur le ininuit , amp; le vent é-fi doux, qua peine sapercevoit on qu'onnbsp;Nous ne laiflaines pourtant pas denbsp;ous trouver le lendemain a la vüë de lIftrie.
^ heures avant midy nous donnames fonds j * écueil de S. André, oü il y a un Conventnbsp;S. Francois dans une vüë tres-agreable quenbsp;^'^rrncnt les bofqucts de cette petite llle. Onnbsp;?'tipte de Venife jufques-la environ quatre-'quot;t mille.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
vOUVIGNE efi: une petite Ville tout joi-Rouvi-[ lécueil de S. André, fur une languedecNE.
I dont k terroir voilin eft tres-fertile
4^ Voyage de Daïmatie, en vigces amp; en oliviers. Le vin y ell bon;nbsp;amp; je crois que ceft la raifon pour laquelle oOnbsp;y void quantiié dé boiteux, paiceque le vinnbsp;violent eft le pere amp; le nourncier de la goutsnbsp;.amp; de la fciatique. Les femmes y portent desnbsp;vertngadins a iEfpagnole , qui les rendent ef-froyables.
¦TotA, POLA oü nous allames moüiller le lende-main, eft une des plus anciennes Villes de rif' trie, ¦amp; ellc fe feut aulTi beaucoap defon anti-quité. A peine y a-t-il maintenant fept ^huitnbsp;cent habitans, amp; ft 1on ny voyoit pas desnbsp;marqués de fon aneienne grandeur, perfonnCnbsp;ne croiroit que ceut étc une Republique ,nbsp;comme Je 1ay appris dune Infcription giavésnbsp;fur ia bafe dune ftatuë de IEmpcYelir Severe,nbsp;oü elle eft appellee Refpublka PoUnJis. Cenbsp;marbre eft a la Cour du Dome, amp; on faillitnbsp;a le mettre atix fondemens du clocher quonnbsp;y baiit. Ce Dome ( ceft ce quautrcmentnbsp;nous appellons Eglife Cathedrale) a été batinbsp;apparemment fur les ruïnes de quelque Temple Payen , car nous trouvames aupres deSnbsp;reftes de colomnes, de chapiteaux Sc dIn-fcriptions antiques, amp; un petit baiïin de fon'nbsp;taine fort ancien, qui fert prefentement denbsp;benêtier. Pola felon le Poëte Callimachus a etenbsp;une colonie des peoples de la Colchide qutnbsp;pourfuivoient les Argonautes; car ne pouvantnbsp;fqavoir ce quils étoient devenus, ils nofercntnbsp;retourner vers leur Roy, amp; fe bannirent vo-lontairement de leur pays, ce qui donna 1^nbsp;iiom de Pola ü la Ville quils batircnt. Pol*nbsp;fignifiant en leur languc des gens bannis, coni'nbsp;me le remarque Strabon. On eft en peine dUnbsp;eliemin quils tinrent pour venir en cc lieu'nbsp;la; car quelqucs Autheurs veulent quilsayept
qui leur fit donner Ie nom d'lftrie a Ia Province quils vinrent habiter , amp; quenfuite ils fir«nt voile dans la mer Adriaüquc avec leursnbsp;®icmes VailTeaux, ce quils ne pouvoient fairenbsp;fluen les cliargeant fur les épaules, Ie Danube nayani point de communication avec cenbsp;^olfe, Quoy quil en foit, les antiquitez quinbsp;Paroillent a Pola ne font point des fiecles linbsp;'ïctilez, mais fculement du temps des Empe-*'surs Romains. Proche de la Place il y a unnbsp;Petit Temple avec quatre colonnes Corinthien-Jes a la facade, 8c huit aux cótez, 8c uncnbsp;¦ife de feuillages qui regne autour, fort bien exe-^ntée. Le peiiplc diï quc 9a cté im Templenbsp;J'e Diane; mais mes yeux me reprefenterentnbsp;** chole autremcnt; car jy vids fotis le fron-°n rinfcription de fa dedicace ^ Rome 8c anbsp;^'Jgiifte. Aufli les noras du vulgaire nousfer-Vent pcu a reconnoitre les Antiquitez. Ennbsp;Vpicy deux autres exemples dans cette mêmenbsp;ville de Pola. LAmphitheatre appellé IOr-*^ndine ou Maifon de Roland, 6c une ëfpccenbsp;''^rc de triomphe quon nomrae la Porta dora~nbsp;j- II fert maintcnant de porte ^ Ia Ville, 8cnbsp;«n étoit pas autrefois un des moindres ordemens. II avoit été erigé a Phonnenr dunnbsp;'¦ertain Sergius Lejsidus par les foins de fa fem-d'e. Quant a IAmphitheatre , il eft i pennbsp;de la grandeur deceluy de Rome, 8ctoutnbsp;de belles pierres dlftrie, a trois rangs dcnbsp;^tiêtres lune fur lautre, 8c il y en a foixantcnbsp;j douze a chaque rang. Lenceinte en eftnbsp;^¦¦tentiere, mais il ny paroit aucnns degrez,nbsp;1on tient aufli quils étoient de bois. Palla-dans fons Architedture en a donné le plannbsp;j es dimenlions, que je nentreprens pas denbsp;orriger. Les Vcnitiens envoyent un Gou-'fneur i Pola, 6c il porte.le titre de Comte.nbsp;^one. Lnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Cnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ib
-ocr page 80-fö Foyage de Dalmutie^ lis y ont ,bari une .petite Citadeile a qtiatrCnbsp;baftions , amp; Iont laiflee imparfaite , ny te.»nbsp;nant dedans que dix ou douie foldats , quinbsp;craignent plus la famine que la guere. Lenbsp;voilinage de Venife fait leur feureté.
Zara.
Le loir de Ja S. Jean nos Galeres fe rcroi* rent a la voile, mais ayant trouvé le vent contraire, elks relacherent a fix milk plus avantnbsp;au Port de la Veruda; amp; k jour fuivant nousnbsp;traverfames le Golfe de Guarneret large denbsp;dix-huit milks. La bourrafque nous y prit anbsp;tnoitié canal, mais nous en fiimes quites poutnbsp;la peur. Les Galeres ne font pas propres inbsp;refifter au mauvais terns , comme ks autrcSnbsp;batimens ; neanmoins ks Venitiennes fontnbsp;meilkuresamp;plus fcuresque celles d'aucun autrenbsp;pays, paree quelks ont par tout leboifage double. Le vent ne nous étant pas tout-a-fai^nbsp;favorable, nous fumes encore deux jours avantnbsp;que darriver a Zara, qui eft a cent milks dSnbsp;Pola, amp; a deux cent de Venife. On void el*nbsp;chemin plufieurs Ifles amp; plufieurs Ports è Ia'nbsp;bry des éceuils qui ks forraent, amp; plufieui*nbsp;Bourgs amp; Villages de Dalmatie; entrautre*nbsp;ruibo , Selva petite Ville alfez jolie habité*nbsp;de riches mariniers, amp; Saint Pierre Nembo»nbsp;OÜ il y a une tour ccinre de murailles,'nbsp;gardée par douze ou quinze foldats.
Nous entrames a Zara au bruit des canon* amp; dc la moufquetetie, qui tal.^oient bonnen'nbsp;au Balk. Le Comte amp; k Capitaine des at'nbsp;jnes le vinrent recevoir au fortir de la Gain'nbsp;re, amp; le menerent au Palais du General n*nbsp;Dalmatie, qui le traita fomptueuferaent 8cnbsp;mena voir la Ville. Mais il ne luy donna p**nbsp;la droite, pareeque ks nouveaux Baiks nn!|'nbsp;trent pas dans la fomftion de leur charge qu *nbsp;ae foient atrivez a Adrianopk, amp; que
-ocr page 81- -ocr page 82-^rédeceffeur ne les ait inftallez. On arrive il ^ara par un beau amp; grand canal dc nier, qidnbsp;«d entre les Illes amp; la Tcrre ferme. La Villenbsp;'ft affife dans un lieu plain fur une langue dcnbsp;tcrre, qui neft attaché au Continent que parnbsp;Iilhme dc vingt ou vingt-cinq pas, quilnbsp;jeur feroit aifé de percer. Elle a de ce cót^nbsp;a utie Citadelle tres-bien fordfiée, avec troisnbsp;«aftions minez amp;c contreininez, couverts donbsp;bonnes Demi'lunes amp; contrefcarpes. Ilyavoitnbsp;lors dans la Ville huit compagnies dInfantc-t'Ci amp; trois de Cavalerie tres-lefte, compo-fées dEfclavons, de Croates, amp; de Tramon-^ns. Auffi ceft la Capitale, amp; une des meil--Icures Places de ce que la Republique poffedenbsp;ftans la Dalmatie; Ie Turc pendant la guerrenbsp;ftc Candie nayant jamais approché , fans ynbsp;tecevoir de la confufion.
. Zara sappelloit ancienneraent Jadera , amp; J^ftilfoit des droits de Colonie Romaine. Jynbsp;iis une inferiptionantique, oüIEmpereur Au-lufte eft qualifté du titre de pere de cette Co-j^nic, amp; il y eft ajoüté quil en avoit faitnbsp;itir les Tours amp; les murailles. Proche dcnbsp;^itglife des Grecs appellee S. Helie, je vidsnbsp;*'Cüx belles Colomnes canelées dordre Corin-*ftien , dont la bafe, Ie plinthe, Ie chapiteaunbsp;^ larchitrave font égaleinent de bonne raa-*'jcre. On juge que ceft Ie refte dun Tem-P'c de Junon par une Infeription quonatrou-\de proche de la, amp;: que je vids dans lan^nbsp;¦'lenne Eglife de S. Donant. La porte dcnbsp;quot;Jint Chryfogone eft compofée dune particnbsp;'^Arc antique tranfporté dun quart de lieuenbsp;'tr dela. LInfcription nous apprend que ce#nbsp;Are étoit chargé de quelques ftatuës, quil ynbsp;*voit en eet endroit-la un Marché, amp; quunenbsp;t^cttaine Mdia Annianu lavoit erigé Ulionneurnbsp;C »nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lt;1$
-ocr page 84-yi Vayage de Dalmatic, öc fon raary Lipicim Bajfus; ce qui donne inbsp;connoitre que la Ville avoit alors beaucoupnbsp;plus d etenduë quelle na prefentement , Ienbsp;tour de fes murailles ne faifanl pas plus de deuxnbsp;milles dItalie, 8c Ie nombre de fesliabitansnenbsp;pouvant guere monter qua cinq ou üx mille.nbsp;Dans leneeinte dune denii-Lune il y avoit unnbsp;refte d'Araphitheatre, dont on ne void main-tenant aucun veilige, ayant été détruit pournbsp;regler la fortification. Les Romains ne pour-voyoient pas tant au divertilfement, quils ncnbsp;pourvüflcnt davantage au neceflaire. Leau man-quoit i la Ville, 8c même prefentement il n'ynbsp;a que des citernes. Pour remedier a ce dé-faut ils avoient fait un Aqueduc, qui menoitnbsp;Peau de dix licuës loin de 14. 11 en refte quel-ques mafures , proche defquelles Monlieurnbsp;1'Archidiacre nous afture quon avoit trouvénbsp;un fragment dInfcripiion de 1Empereur Trajan, quon jugeoit par-la en avoir été lAu'nbsp;theur. Cet Archidiacre s'appelle Valerio Ponte,nbsp;homme fgavant, amp; qui poffede bien I'hiftoircnbsp;de fon pays. II me fit voir parmi fes Livresnbsp;un raanufcrit des Infcriptions d'Iftrieamp;deDaPnbsp;itiatie. Le Comte ou Gouverneur qui com'nbsp;mandoit alors a Zara étoit un Noble Vcnitieiinbsp;nommé Antonio Soderini , tres-civil amp; obli'nbsp;geant. A nótre arrivée nous fumes dabord »nbsp;la feulc hótellerie qui eft a 7,ara, oü nous aU'nbsp;rions éié tres-mal logez; aulfi ne va-t-on p**nbsp;en ces pays-la pour chercher fes aifes. NoU*nbsp;avions une kttre de recommandation po^^nbsp;voir le Cabinet de ce Gentil-homme, öc **nbsp;Jui ayant été prefenter , il nous receut'avc*'nbsp;beaucoup de civilité, amp; nous retint a foup^^'nbsp;Cependant il envoya querir nos hardes , ^nbsp;nous fumes tout furpris comme nous vou!ilt;^^nbsp;reto^tner a notre logis, tjuil nous avoit deft'f
-ocr page 85-®é un appartement dans fon Palais. I! a vil *out Ie Levant, amp; en a rapporté un Cabinetnbsp;medailles confiderables. Ce qui vous fur-Prendroit dans cette abondance de bellesnbsp;^hofes, ce feroit dy voir cinq Othons de cui-'re indubitablement antiques, amp; cela me fitnbsp;feflbuvenir de nótre incomparable Monfieurnbsp;de Peyresk. Dans Ie temps que les Antiquai-*'es croyoient coinme un article de Foy, quilnbsp;de fe trouvoit point de ces Othons de cui-^te! antiques, il lui en vint une flote dunbsp;j-icvant. De cinq quil en avoit, Monfieurnbsp;Procureur General de Paris en aquit deuxnbsp;quot;'ais Ie plus beau neut pas une fi bonne for-'jine; car 1heretier de Monfieur de Peiresknbsp;*étant défait du Cabinet, il fe referva un Ot-®on, paree quil avoit oiii dire que cétoitnbsp;hne piece rare. 11 Ie porta long-temps dansnbsp;poche, pour Ié faire voir a fes amis, 8cnbsp;'*ne foeur quil avoit dans un Cloitre layantnbsp;Pfié de lui laifler pour quelques jours, incontinent aprés elle tomba malade, amp; mourut. Onnbsp;*e reffouvint de cette'medaille dOthon, onlallanbsp;'hercher parrai les hardes de la defunte, maisnbsp;®n nen put jamais apprendre aucune nouvelle.
Si vous voulei quenfiiitc je vous parle des *xcellens tableaux qui fe voyent dans les Egli-'sdeZara, je vous diray quau Dome, quinbsp;un aflez bel edifice; on me fit voir unenbsp;Peinture de la Sainte Vierge avec S. Pierre Senbsp;Antonie, de la main du Tintoret, Sc unnbsp;*étre tableau du Palma. A Sainte Catherinenbsp;Pn du Titian. A Saint Dominique, un Saintnbsp;Ifróme Sc une Sainte Magdelainc du mêmenbsp;^»lma. J £ s u s enfeignant dans Ia Synagoguenbsp;P'^int fur Ie bois des orgues par Ie Schiavonet-A Sainte Marie, Saint Pierre, Sc S. Je-^önte du Palma. S.Fianqois du Tintoret. Unnbsp;C 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ta-
-ocr page 86-54 Voyage de 'DdlmatU, tableau de la Sainte Vierge du Diamantm! »nbsp;amp; un S. Antoine du Padoüanin. Dans IEgli-fe de S. Simeon au deffus de lAutel eft unnbsp;corps Saint apporté de Judée. Les gens dunbsp;pays difent que c'eft S. Simeon qui poita Nó-tre-Seigneur dans fes bras. On nous Ie décou-Trit a caufe du Baile qui y entendit la Mefle,nbsp;fcquand ellefut finic, nous lallames voir. Lanbsp;Chaffc a un cryftal au devant gt; amp; Ie corps pa-loit tout cntier avec la chair deflechéc , maisnbsp;toute-fois aflez blanche. Les habitans Ie tien-nent pour leur Protefteur, amp; Ie portent quel-quefois en proceffion par la Villc.
La camp^ne voifine eft affea bien cultivde» mais depuis que ccux de Zara ont eu des efcar-mouches avec les Turcs, on ny a point lailTénbsp;darbres. La montagne appellee la Morlaquequinbsp;regne Ie long de la Dalmaiie eft habitée desnbsp;Worlaques fujcts de la Republique, autrefoisnbsp;fugitifs dAlbanië, gens determine! amp; infatiga-bles, qui ne demandoient pas mieux pendantnbsp;la guerre, qüe de venir aux mains avec lesnbsp;Turcs. Unc poignée d'entreux faifoit des partis pour aller faccager quelque Village, amp; ils ennbsp;revenoicnt toöjours cliargez de butin. Ce fontnbsp;des gens fi robuftcs, que les chcmins étant tres-mauvais dans leurs montagnes, amp;c les chevaii*nbsp;courant quelquefois rifque de fe rompre Ie col»nbsp;quatre dcntreux porteront un cheval une ving'nbsp;taine de pas en Iembraflant fous Ie ventre. De*nbsp;perfonn^s dignes de foy me Tont alTuré, amp; m^'nbsp;me quelques-uns de ces Morlaques, de qui .Knbsp;men fuis particulierement informé. Quoy qui*nbsp;cn foit, ils ont la mine terrible, 8c ils nc vieU'nbsp;nent point au marché avec leurs denrées, quil*nbsp;ne portent avec eux leur fabre 8c leur carabin^'nbsp;Ils parlent Efclavon, amp; fuivent la plupart 1*nbsp;Religion des Grecs,
-ocr page 87-t^e jour qui fuivit n6tre depart de 7ara iïousS£*ï-Jfna aux environs de Sthtnho. Ccft la plus Nico. 'orte place de Ia Dalmatie, a vee qiiaire bonnesnbsp;Citadelles. Lune eft au Port, Sc sappelle S,
Nicolas; La feconde compiend les ouvrages 9«i renferment la Ville; Les auttes deux foutnbsp;fur deux eminences voilines, amp; on les nom-Saint André amp; Ie Baron. La Ville peutnbsp;contenir fept a huit mille arnes, maïs avant lanbsp;Pefle il y en avoit prés de vingt mille, amp; Icnbsp;Pays d'alentour eft bien cultivé. Le Dome eftnbsp;*out de marbre dune belle Architefture.
~ éceuil dor vis a vis de la VilJe eft une lilc ^es-agreable 8c tres-bien peuplée. De Zara anbsp;Cbenico l'on compte 50. niilles, pendant lef-Juels Bous c^oyames Bibigne, S. Caffian, lanbsp;*orrette, Zara vecchia, 8c Moriaro qui pottenbsp;*n abondance des mufeats 8c des olives. De Se»nbsp;benico aTraou on va par canal entre Ia Terrenbsp;J^ferme Sc les Ifles de Girona 8c de Bratza,
Geile de Bua joint Traou, 8c on lappelle auffi Hlle des perdrix, a caufe de la grande quantiténbsp;Su*on y en trouve. On ks envoye pour la plusnbsp;ifande parcie a Venife fakes, 8c entacées dansnbsp;''CS barils comme des harangs.
Traou eft connu des Anciens foüs leTn-kcW *otn de Tragur'mm, 8c Ptolomée 8c Sirabon ennbsp;Pïrlent comme dune We. Jean Lucius a montrénbsp;^ue ce nétoit quune Peninfule, 8c que Ie canalnbsp;Jjui la feparc du Continent eft un ouvrage denbsp;' ?gt;'t, amp; non pas de la nature. Ce Monfieur Lu»
Cjus eft un Gentil-homme de ce pays-U que Jay eu 1honneur de connoltre » Rome, oü ilnbsp;*eft habitué. Sa patrie lui eft obligée de Ia-'oir tirée des tenebres de 1 Antiquité, par lhif-oire quil en a faite.. II a fait auffi imprimernbsp;lufcriptions de Dalmatie 8c dautres f9avansnbsp;*raitei. Nous étions arnvci i Traou a lheur-C 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;re'
-ocr page 88-f5 Voyage de Dalmatte , re du diner, amp; nous cherchions un logis, lor»nbsp;quon nous dit quil nous Moit pourvoir autre-ment a nótre diner, amp; que ce nétoit pas lanbsp;coütume en ces pays-la de tenir hótellerie. Lenbsp;compliment étoit fee pour des gens qui ne man-quoient pas dappetit; neanmoins par grace onnbsp;nous conduifit en un endroit de la Ville ouTonnbsp;vendoit fimplement du vin, 6c Ton nous fiten-trer dans le corps de logis au deffous. Nousnbsp;nous étonnames de voir cette maifon qui eftnbsp;aflez belle, amp; qui a la vüë fur la mer, routenbsp;vuide 8c comme deferte, 8c nous fümes encore plus furpris, quand on nous eut dit que e'e-toit la maifon de ce Monfieur Lucius de qui jenbsp;viens de parler. II y a plus de vingt-cinq ansnbsp;qu'il Ia quittée. a caufe de l'incivilité dun General de Dalmatie, kquel étant venu a Traou gt;nbsp;lui fit fgavoir quil vouloit loger dans cette maifon. Le Gentil homme sappretoitalerecevoir,nbsp;8cfe refervoit feulementun appartement mediocre. Mais Monfieur leProveditcur trenchant dnnbsp;Souverain envoya incontinent aprés fes gen»nbsp;pour mettretous les meubles dehors. Cette inci-vilité le fafehatenement, quilpartit auffi-tot denbsp;ce pays-la, 8c, quil ny a jamais voulu revenif*
La Ville ell en aflez bel afpedl, 8c principa-lemcnt le Fauxbourg qui elt fur 1'lfle de Bua-EUe peut renfermer environ quatre mille ameslt; Le Dome neft pas laid, 8c la porte a été tire®nbsp;des dépoüilles de la Ville de Salone, qui eft *nbsp;douze milles de la. II y a dans cette F.gliftnbsp;quelques Statues daiTez bonne main.
Au refte none Galere ne vint pas donnef fonds a Traou, mais nous primes a Spalatro u-ne Barque pour y aller. Ce fut principalementnbsp;pour y voir un manuferit qui a fait grand bruitnbsp;dans la Republique des Lettres il ny a pas fottnbsp;long-temps. Celt un fragment de Petronius At'
^ter, qui manquoit i fes ouvrages imprimezj ^oinme on navoit jamais vCl cette piece, onnbsp;* imagina qu elle étoit fuppofée, amp; »n jeu def-Pjit de quelque S^avanl , qui avoit imité Icnbsp;Jjile de Petrone. Monficur de Valois étoit unnbsp;ceux qui Ia tenoient pour fufpeéle, maisnbsp;l^ynfieur Lucius 8c lAbbé Gradi de Rome é-toient de fes partifans. Ainfi, comme sil eütnbsp;queftion de reconnoitre un Prince , l'Euro-^ ctoit divifée en trois partis. L'Italie 8c lanbsp;^almatic la portoient, la France 8c la Hollan-la defavoüoient, 8c l'Aliemagne fe tcnoitnbsp;ïieutre; car Ie Dode Reinefius fit un commen-taiie fur ce manufcrit , fans ofer neanmoins-^len prononcer fur fon antiquité. Monlieurnbsp;Ie Dodeur Statilius, dans la Bibliothcque du-^uel eet original fe trouve, eft un homme denbsp;^eritq, qui en auroit puparler pertinemmenr,nbsp;^ fes maladies nc len eulfent empêché , 8cnbsp;Monlieur de Valois a eu tort de Ie prendrenbsp;Pour un jeune homme, puifquil eft du moinsnbsp;P'efentement agé de foixante ans. Je ne veuxnbsp;Pïs remuer les cendres de cette guerre, quoy-^ue lefFet nen püt pas être fi funefte que de'nbsp;celledes Troyens, maisje ne lailTeralpas dennbsp;^^pporter ce que jen ay remarqué. Ce ma-*'ufcrit eft in folio , épais de deux doigts ,nbsp;Nontenant plufieurs traitez écrits fur du papiernbsp;Sti a beaucoup de corps. Tibulle, Catulle8cnbsp;toperce font au commencement , 8c no»nbsp;P3s Horace, comme seft trompé l'Autheur denbsp; Preface imprimée a Padoüe. Petrone fuitnbsp;la même main, de la maniere que nous-^vons dans nos Editions. Aprés , on voiiïnbsp;ctte piece done il eft queftion, intitulée Tra-tMtntum Petronü Arbitriex libro decimo-ojuinto ^nbsp;^ fexto decimo, oil eft contenu Ie fouper denbsp;«titualcioncomme il a depuis été imprimé'
C 5 nbsp;nbsp;nbsp;fiili'
-ocr page 90-qm » a line
yS Voyage de Dalmatte y fur cet original, De Salas Efpagnolnbsp;commenté cet Autheur fait mentionnbsp;quinziéme 8c femiéme Livre, mais il ne ditnbsp;pas OÜ il Ia vd. Le Livre eft par-tout biennbsp;lifible , 8c les commencemens des Chapitresnbsp;6c des Poemes font en caraifteres bicux 8c rouges. Pour ce qui eft de lantiquité du manvwnbsp;Lrit, il ne faut que sy connoitre 8c le voirnbsp;pour nen pas douter,8c Ton doit en cette rencontre ajouterplus de foy aux yeuxquau raifonne-ment. M. le Dodt. Statilius nous fit faire unenbsp;remarquc que les autres navoient pas faite^nbsp;ceft que fous la page 179. l'année qui y a éténbsp;écrite eft marquee de cette manierc: 14x3. lo.nbsp;Novemb. Ce fiecle-la navoit pas des efpritsnbsp;fi bien faits que Petrone, pour pouvoir fedé-guifer fous fon nom.
Nousrencontrames auflila un autre hotnme fgavant, appelléMonfieur le Dodleur Dragra-20, qui nous fit voir quelques Infcriptions antiques dans fon jardin, 8c nous informa desnbsp;particularitez dupays, en quoy je ne trouvaynbsp;pas qu'il y eut rien de fort remarquable.nbsp;SvAiA- SPALAtRO n'eft qua douze milles denbsp;ïteo Traou, 8c environ a quatre cent de Venife.nbsp;Il neft pas plus grand que le lieu que nous venous de quiter, mais il eft deux fois plus peu-plé, parceque ceft une cchelle pour les Ca-ravanes de Turquie , qui chargent li leursnbsp;marchandjfes pour Venife. L.e Port eft grand rnbsp;8c a bon fonds 8c bonne tenue , quoy qu'ilnbsp;foit un peu a découvert au Sud-Oüeft. Aanbsp;fond du Port proche des muraiiles de la Ville ilnbsp;7 a un beau 8c grand Lazaret. Ceft le nontnbsp;que les Italiens donnent aux lieux oil 1on faitnbsp;la quarantaine. Le Baile y logea faute dautrcnbsp;lieu plus commode, 8c nous y primes aulönbsp;tine ckambre oii, il ny avoit auciin meuble-
Nous nous arrêtames dix ou douze jours a Spalatro , amp; )a caufe de ce retardement futnbsp;Sue Ie Baile ayant refolu de sen aller a Con-ftantinople par terre , il fallut aller querir anbsp;cinq journées de la des ehevaux pour fon equipage. Ainfi iiótre Galere attendantfon departnbsp;pour continuer fon voyage, 8c porter les harries les plus embanaüantes, amp; les prefers pournbsp;ie Grand Seigneur, nous eümes Ie terns quenbsp;uous fouhaitions pour voir les curiofiiea de'nbsp;U Ville.
Labord de Spalatro par mer eft fort agrea-^ We, amp; il eft litué au fond dun grand BortJnbsp;fait en demi-Lune. La Ville eft quarrée , amp;nbsp;ua pas plus d'un mille de tour. Igt;ans les mo-lumens anciens de trois a qtiatre cent ans ^llenbsp;eft appellee Sfaletum, Spalatum amp; Afpalatum ,nbsp;St de ceite manicre SpaUto me ferableroit plus-conforme a lorigine , que Spalatro, quoy quenbsp;Ce dernier foil plus en ufage. Cc nom-la luynbsp;peut être venu du mot Latin Palaüum, par-ceque ce nétoit anciennement quun Palais denbsp;* Ëmpereur Diocletien , natif de Salone, quinbsp;*eft élorgnée de Spalatro que dune lieuënbsp;comme on lapprend par la tradition du lieu,nbsp;« par ce quen a dit Conftantin Porphyroge-®ete, qui remarquc que ce Palais étoit toutnbsp;oati de grandes pierres de taille. Ceux qufnbsp;iont pris pour l'ancienne ville dEpetium, fe'nbsp;font écartez de fix ou fept mille, car on ennbsp;^oid les ruines plus au dela vers lembouchürenbsp;®e la petite riviere de Zarnovina. Spalatro eftnbsp;wrtifié de bons Baftions de pierre de taille,,nbsp;uont il y en a trois entiers du cêté de la ter-jC, Sc deux demi vers la mer. Mais ce qupnbsp;jC rend plus foibk, ceft que Ie terroir dalen-«Ur eft plus haut, amp; que la colline au Cou-C 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chanf
-ocr page 94-chant oü eit Ie Fauxbourg, commande toute
la Ville.
A la portee du mofqtiet hors de Ia Porte dvt Levant, il y a une Forterefle fur une éminence, qui commande auffi la Ville, avec qiia-tre Baftions, qui ne font ni achevei, ni reguliers. Aufli les Venitiens y tiennent peu denbsp;foldats, amp; ils fe fient fur leur Forterefle de Clif-fa, foüs laquelle il faut paflér pour venir denbsp;Turquie a Spalatro. 11 y a un autre petit Fortnbsp;de terre que Ie Chevalier Vernede avoit faitnbsp;faire a la pointe du Croiflant qui forme Ienbsp;Port: mais comme ils ont prefentement la paijcnbsp;avec Ie Turc , ils Ie laiifenl a labondon, 6cnbsp;nont a Spalatro quune compagnie dlnfante-rie, 8c la moitié dune de Cavalerie, lautrenbsp;moitic fe tenant a ClifTa.
Le Dome de Spalatro étoit autrefois un petit Temple au milieu du Palais de Diocletien.. II eft oftogone au dehors, 8c rond au dedansnbsp;tout bati de belles pierres de taille, horfmis lanbsp;voute qui eft de briquc, au deflbus de laquelle eft une galerie foütenuë de huit colonnesnbsp;Corinthicnnes de prophyre 8c de granite. En-tre le cul de lampe öc cette galerie il y a unenbsp;frife chargée de dilFerens animaux, de feftonsnbsp;de mafcarons , 8c de quelques-têtes, que lesnbsp;gens du pays entctet du nom de Diocletien,nbsp;prennent pour des têtes dé eet Empereur. Aunbsp;dehors du Teinple regne a moitié de fa hauteur tin corridor couvert de pierres de taille,,nbsp;travaillées en compartiment, 8c foütenudehuitnbsp;colonnes Corinihiennes de raarbre, avec unenbsp;Irife bien travaillée. On y montoit par u»nbsp;autre Temple quarré long,, qui donnoit aulfinbsp;Fenti'ée a un auire Temple rond au fond, 8£nbsp;en, avoit uu autre petit a main droite quon-
apptlle
-ocr page 95-sppelle maintenant S. Jean Baptifte. La place ^ la dilpoiition de louvrage étoient de qiiel-qiie bon inaitre, tnais dans Ie détail les corni-ches ; les feurllages amp; les chapiteanx nctoientnbsp;pas de li bonne nianiereque du lemps desEm-pereurs. Depurs que cc Temple a été changénbsp;en Eghfe, on la pereé pour y faire un Choeur»nbsp;amp; on y a fait quelques Jours, car auparavantnbsp;il ne recevoit de jour que par la porte. Les^nbsp;1ayens faiforcnt prefquctous leurs Temples ob-fcurs, pour ne pas profaner aux yeux des mortelsnbsp;les myfteres de leurs Dieux, amp;dela vini Pufagenbsp;des flambeaux Sc des lampes quon y allumoit
On a auffi ajouté au devant de la porte fur. 1efcalier im tres-beau Clochcr, percé de qiian-tité de fenétrages , dont ks materiaux de mar-fcre OU de belle pierre ont été tirex des ruineamp;nbsp;de Salone , parmi lefquelles nous trouvamesgt;nbsp;quelques Infcriptions qui parlent de ceite Vil-Je. Appian Sc Gruter en cirent une dans cenbsp;Temple quarré proche dune Idole de Cybele.nbsp;J'y vids 1Infcription ; mais cette prétenduë'nbsp;idole neft autre chofe quim Sphinx de mar-We granite dEgypte. Les colonnes qui fontnbsp;la autour font auffi de Ia même pierre.
Les murailles du Palais de Diocletien quP embraifent les deux tiers de la Ville , font pref-que entieres , 8e font un quarré Jufte, avecnbsp;tine porte au milieu de chaque face. Il en.nbsp;i'efte trois dune architeéhire auffi belle quenbsp;folide. Les pierres foüs Pare lont entées ennbsp;ffiortaife les unes fur les autres; ceux qui ba-tilToient alors prétendant de cette manicreren-dre leur voute plus alfurée. Aux cótez denbsp;chaque porte il y avoit deux petites Toursnbsp;l^exagones, qui gardoient Pentrée , Sc y ajoü-'oient quelque embelliflement. Tout ce quarter de la Ville enfermé dans cette enceintenbsp;G 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;eS
-ocr page 96-Voyage ch DalmafiCy eft vouté en pluüeurs endroits, Si a quantitynbsp;de mafures antiques. Du cóté de la marine ilnbsp;y avoit un corridor entre Ie Palais amp; un murnbsp;élevé a rftêine hauteur, mais percé de fenêtresnbsp;qui lui laiffoient la vüë de la mer. Ces fenc-ires ont des entre-colonnes 8c une frife delFusnbsp;dordre Doriaue alTez bien proportionnée.nbsp;Nous y trouvaraes unc douzaine dInfcriptionsnbsp;«ui peuvent avoir été portées de Salone, 8cnbsp;dans lEglife de S. Francois un bas relief avccnbsp;15. figures ou environ, qui paroiffoit être lanbsp;Tiftoire de Conftantin fur Maxencequifenoyanbsp;dans Ie Tybre. Vers la pointe Occidentalenbsp;du Port i! y a une Eglile de S. George, quinbsp;eft appareinment lendroit appellé AdDianam,nbsp;dans la Table de Peutinger, a caufe de quel-que Temple de Diane qui y étoit. Prés denbsp;la porte par oü lon fort en cc quartier-la, ünbsp;y a deux ou trois petits ruifleaux d'eau faléanbsp;amp; foufFréc qui coulent dans la mer, 8c donenbsp;lon ne tire aucun avantage.
Le Gentilhomme Venitien qui commandoilt alors a Spalatro appellé Francois Lauredano anbsp;été Provediieur a Cerigo. 11 nous fit voir de*nbsp;colonnes quil en avoit apportées. II femblenbsp;quelles foient de marbre blanc tranfparant,nbsp;mais ce neft quune eau congelée, qui fe pe-trifie dans les grottes de cette Ille.
Le temps que nous fejournames a Spala» tro ne nous dura pas , parceque nous y dé-couvrions tous les jours quelque chofe de nouveau, 8c que dailleurs on y fait tres-bonn«nbsp;diere. II ny avoit a redire quau logementnbsp;qui nétoit pas fort commode, n'ayant trouvénbsp;que quatre murailles nuës. Les perdrix nfnbsp;valent que cinq fols, 8c un liévre ny coütcnbsp;guere davantage. On a la viande de bouche-'nbsp;ïie pour t«i fol la livre, 8c les tortuës grofle*
CODt'
-ocr page 97-de T'Atchipet nbsp;nbsp;nbsp;4!^
^OTntne les deus poings pour quatre ou dnq lols. Mais Ie plus fouventnousaimions mieux
hire maigre amp; manger de ces petites truites-de Salone, done lEmpereur Diocletien étoitli-friand, que de peur d'en manquer il avoir fait dn conduit exprés qui les amenoic dansnbsp;'On Palais. Elies font aflurément de tres-boijnbsp;gout: celles de la riviere Afcanius dans la Na-Jolic, oü nous avons depuis paffé en allant anbsp;Smyrna, font encore meilleures amp;: beaucoupnbsp;pins grolTes. II n'y avoir point; corame jainbsp;nit, dhotcllerie dans la Ville, li ce neft unnbsp;Petit caberei que tenoit une Allemande quinbsp;nous apprêtoit a manger. Un foit que nousnbsp;'oüpames trop trad, nous trouvames les por-*es dela Ville fermées, comme nous voulionsnbsp;dous rctirer a notre chambre , du Lazaret.
Nous crümes que le Gouverneur auroit la civilité de nous faire ouvrir pourne pas lailTer couchernbsp;desEtrangersfurladure. Maisil nous fit dire quenbsp;h mot du guet étoit donné, amp; quil falloit prendrenbsp;patience. Nous priames unfsldat denous chernbsp;nher quelquun qui nous donnat au moins le cou-'ert , amp;nous trouvames enfin un Gentilhoramonbsp;du lieu nomrae Pierre Alberti, qui pous receutnbsp;hes-bien, Venous couchabeaucoup mieux quonbsp;nous netions fur nos Strapontains ordinaires..
Mais ilfautvous dire quelque chofede Salone 8c de Cliffa, nous ffimes voir enfuite.
. Salone étok une VillefaracufedanslAn-Cj^pfc. liquité, Mais nous ny trouvames que desma-° _nbsp;Ures, amp; il ny a plus quune Eglife avec qua-quot;nbsp;ke ou cinqmoulins. Les Villes periffent aulHnbsp;ien que les hommes. Elle ctoitdans unebel-h plaine a deux milks de la montagne Morla-^ue quelle avoit au Nord , amp; s'étcndoit juf-9nes a un petit golfe qui étoit fon Port, dansnbsp;iequel va tomber la petite riviere qui pafle au
milieu,
-ocr page 98-miliea, amp; oü ]'on pêche Jcs truites. Eüe eft dans une égale dillance de Cliffa amp; de Spala-tro, ceft-^-dire, environ a quatre milles denbsp;FuneSc delautre. Elle pouvoit avoirhuit a neufnbsp;milles de tour, mais ceux du pays en dil'entnbsp;davantage. Nous étions quatre de compagnie ^nbsp;amp; nous avions autant de voiturins a pied, quinbsp;étoient quatre Morlaques, Stbienquhls tulTentnbsp;dun regard terrible amp; tels quejay depeintplusnbsp;haut ceux de cette Nation, nous en fumesnbsp;pourtant affea bien fervis, 8c on auroit de lanbsp;peinc en nos quartiers a trouver de plus hon-nêtes gens de cette profeffion. Hs nous me-nerent voir parmi ces ruines un trou quils di-foient être k fepulchre de S. Domne premiernbsp;Evêque dc Salone amp;c difciple de S. Pierre, 8Cnbsp;prés de la deux autres fepulchres de S. Ana-ftafe amp; de S. Rainier Prelats du même lieurnbsp;Lechemin qui va de la a ClilTa portoit ancicn-nement Ic nom de Via Gabiniana, commejenbsp;lapris par une Inlcription antique.
CtissA. CLISSA eft Ie lieu que Ptolomée appelle ' Aniecrmm-, 8c StXihon Andtirinum. Mais eet-te pierre dont je viens de parler Ie noth menbsp;Andetrium, amp; ees monumens font plus eer-tins que les livres qui ont püêtre alterez par lesnbsp;copiftes. Ceft une Citadellede grande importance , qui fut prife fur les Tures par les Ve-nitiens fous lecommandement de Fofculo Pro-vediteur de Dalmalie. Elle avoit été autrefoisnbsp;a 1Empereur dAllemagne, amp; lon dit quuncnbsp;Reine de Hongrie lavoit fait baiir. Depuisnbsp;que la Republique latient, elle en a fait fau-tcr une partie au devant pour la rendre plu*nbsp;forte amp; plus aifée a garden Elle eft fur unenbsp;Crete de colline entre deux hautes montagnes gt;nbsp;ftir Ie chemin de Turquie en Dalmatie. L»nbsp;fentinelle void tous ceux qui paflent, amp; R*
oblvquot;
-ocr page 99-wlige ï parler. IJ ny a pourtant ni Ballions,
gt;11 ouvrages de dehors , mais feulement quel-ques terrafles, amp; Je roe fert de muraille. Leau y manque , amp; Ie froid y eft terribJe en hyver.
Jc mimagine que ceft une rude pénitence pour Gentilhomme Venitien dy aller faire pen-aarit deux ans la charge de Provediteur. 11 ynbsp;* deux compagnies dInfaHteric , 6c la moitiénbsp;d Une de Cavalerie. La caufe de fa prife fut ,nbsp;outre les vives attaques quon yavoitdonnées,
One bombe qui tomba fur la Mofquée , pendant que les Tures étoient a leur devotion , a-''ec lefperance qu'ils perditent d'un fecours qui fut défair. Ils fe rendirent vies amp; bagues fauces , mais les ïylorlaques leurs ennemis irrecon-ciliables les attendirent a un palTage, amp;lestail-Stent tous en pieces de leur propre mouvement. Je vids a Traou une infeription appor-fde de Clifla, ceft peu de chofe, mais toute-fois cela montre fon antiquité. II ne faut pasnbsp;sétonner ft Ptolomée la mal placée, veu quilnbsp;eft peu exaél: en ces quartiers-la , car il faitnbsp;Traou plus meridional d'un degré que Salonc ,nbsp;^uoique celle-ci approche plus du Midi quenbsp;lautre. De Spalatro nous paflaraes a Liefinanbsp;on moins de quinxe heures.
LIESIN A eft une Ifie que Ptolomée appel- LiEsri i^Pharia, 8c Strabon Phare, denviron centNA.nbsp;hiilies de tour, mais ce nc font que rochersöcnbsp;fetres ingrates propres pour des lievres 6c desnbsp;«pins. Auffi les peuples de IIfle qui font aunbsp;Oorabre de trois ou quatre mille fe font tousnbsp;tetirez a la Ville du même nom , afin dy voirnbsp;Suelquefois aborder les Etrangersdans leur Port.
°our les recevotr avec plus d'honneur , ils y Ont fait un tres-beau mole de inarbre 8c denbsp;Pietre de taille, qui environne Ie derai-cerclenbsp;de ce Port. Les éceuils qui font vers len-
^6 P^oyage de Taalmatte , trée font dautres moles naturels, oü les vaif-feaux font a labry. Sa fituation relTemble anbsp;peu prés a celle de Genes, mais vous pouvesnbsp;bien croire quelle napproche pas de fa beauté.nbsp;II y a de tres-bon pain 8c de tres-bon vin, 8snbsp;forces faidines pour exciter Iappetit, dont ilJnbsp;fournilTent lItalie amp; la Grece. Leurpêcheennbsp;cft affei curkufe, amp; voici de quelle manierenbsp;ïious la vlmes faire. Des quon f^ait que lesnbsp;Sardines doivent venir, en May 8c Juin , onnbsp;va dans les enfonccmens des cceuils de Dal-matie, on elles fctiennent, pour fuir fans douse la rencontre des gros poilTons qui les avale-roient. Les apprêts fe font Ie jour, 8c la nuitnbsp;on allume a la poupc d'une petite barque unnbsp;feu déclats de pin , 8c on les va chercher k deuxnbsp;OU trois cens pas de la terre. Quand les Pê-cheurs qui rament doucement en ont obfervénbsp;^uelques gros peloton ¦ qui fuit leur lumiere ,nbsp;ils sen vqnt ducótédeleurs filets, 8c désquilsnbsp;font dans lenceinte , ils les levent prompte-mentjScrcmplilTent leur Barque de cepoiflfon.nbsp;Lesmeilleures fe trouvent a IlUe voifine deLilfa,nbsp;Les Turcs qui ne manquent pas defprit, fe gue-lifTent de plufieurs maladies avec des Sardines,nbsp;qui font raresen Turquie. Je nefgais pas fi 1i-magination y contribuë quelque chofe.mais Icnbsp;remedenedeplairoit pas a des matelots de Provence, qui en font un de leurs principaux ragofits.
Je ne vous parlerai pas de la Citadelle , cc neft quun nid de corbeaux, quon abbatroit aifé-ment de deffus les pointes voifines des rochtrsnbsp;Auffi ny tient-on pour toute garnifon quunnbsp;fmiple foldat, qui foit lOlfice de Capitaine tnbsp;de Sergent 8c de Portier, a peu prés coramcnbsp;celui de Plaute. Nótre Galere aprés avoir fai»nbsp;provifion de bifcuit pour la Chiourme pto-fita dii boft vent , qui la porta cinquantc
jsüf-
-ocr page 101-killes dans line apres-dinée jufqui Couirola, COURZOLA eft une petite Ville dans unenbsp;jfla de même nom , du reffort de Vcnife auffiCo^»nbsp;'gt;gt;en que Liefina , amp; les Anciens TappellentzotA,nbsp;Clt;)rcyr4 mgra. La manierc dont les Ragufiensnbsp;I on perdue eft afTezplaifantc. Ilsctoientbroüil-lez avec les Venitiens, qui ont un cceuil ap-Pellé S. Mare qui commande la Ville de Ragu»nbsp;avec un petit rocher encore plus prés, quinbsp;^ a pas plus de terrc-plain quil en faitt pour lesnbsp;fondemens dune niailbn mediocre quon y »
cpuis batie. Les Venitiens y envoyerent done ^ne nuit des gens qui y baiirent un petit Fortnbsp;oe carton peint de couleur de terre, amp; y por-^crent quelques canons de bois fabriquez a lanbsp;«ate. Le matin ces petits Repubüquainsayantnbsp;^gt;1 une Citadelle achevée amp; garnic dartillcrienbsp;fi peu de temps, en furentfort allarmez, Scnbsp;Oernandant a parlementer furent bien-aifes deanbsp;^tre quittes pour lIfle de Courzola quilscede-tent aux Venitiens en échange de ce méchantnbsp;*¦001161. Mais pour 1éceuil de S. Mare quilsnbsp;^omandoient, onnen voulutpas entendre par-La terre ferme le long de la met vis-it-de cette Ifle eft encore a eux, 8c ils y ontnbsp;beaux jardins appellez Saéiomru. Cependantnbsp;Courzola eft fort utile a la Republique de Ve-quot;ife paree quelle lui fert comme dArfenalnbsp;pour fabriquer amp; radouber les batimens, étantnbsp;Ptefque toute couverte de bois de haute fuf-*3ye. Les Sardines 8c le vin font fes principauxnbsp;*svenus. Elle a cinq Villages peuplez de 14.
* tj. cens ames chacun , mais la 'Ville ncn a Suere plus de mille , 8c 1enceinte n^a pasnbsp;plus dun quart de lieüe. Les murailics ontnbsp;baties par Diocletien , auffi-bien que Itnbsp;yotne de Saint Mare, qui eft au milieu fur unenbsp;^¦liiaence » Si au^uel toules les raës vontabou-
-ocr page 102-6S Voyage de Dalmatte, tir en montant. A la fagade fous Tangle dunbsp;toift eft un bufte de marbre done tpmme ceu-ronnée. On nous dit que cétoit la tête de lanbsp;femme de eet Empereur. Mais je nen vou*nbsp;drois pas être caution , ne Tayant point con-nuë ni par les medailles , ni par les ftatuës,nbsp;Elle eft pourtant antique, ScTEglife auffi, quinbsp;a deux rangs de colonnes en dedans Tune futnbsp;Tautre. Les materiaux en font prefque tout denbsp;marbre, qui fe taille dans Tlfle même iquatrenbsp;OU cinq milles deli. II y a peu de maifonsnbsp;qui nen foient pareillement baties, mais il nenbsp;prennent pas Ie foin de Ie polir. Comme eet-te Ifle eft pleinc de bois, cela fert dazile a plu-fieurs bêtes fauvages. On y void entrautrcsnbsp;un certain animal quon me dit être fait com-me un chien, mais il a Ie cry dun chat oünbsp;dun paon. Si on allurae du feu la nuit pro-che de ces bois, on en entend un grand nom'nbsp;bre crier amp; entonner unc mufique enragée: denbsp;forte que ceux qui ne les ont jamais oiiis , lesnbsp;prennent pour des gens qui crient. On dit en*nbsp;core quils deterrent les morts pour sen nour-rir, du refte ils ne font bons a rien, fi ce neftnbsp;quon en peut faire quelques méchantes fout'nbsp;rures. Les Grccs les appcllent Zachalia, amp; lesnbsp;Tures Tchakal. Nous en avons oüi hurler ennbsp;Natolie proche d'Ephefe, amp; a Sainte Maure.nbsp;Je erois que ceft Vüyina des Anciens, quenbsp;quelques-uns ont dit être une année male ,nbsp;1année fuivante femelle; mais Ariftote niecet'nbsp;te pretenduë Metamorphofe. Cette relTemblan'nbsp;ce même de la voix humaine peut avoir don*nbsp;né lieu a ce que Pline en rapporte de fabu'nbsp;leux, quelle imite fi bien la voix dun honi'nbsp;me, quelle apprend quelquefois des noms denbsp;Bergers pour les faire forth de chei eux en lesnbsp;appeiUht, 6c les devorer enfuite,
En poufuivant nótre route nous viraes les If-*cs dAugufta, de Meizo amp; de Melcda , qui ®ppartiennent a la RepubliquedeRagufe. Puis,nbsp;l'ous donnames fond a Saiiite Croix, qui eft unnbsp;£au Port de eet Etat, oü Moniieur Ie Doge
* nbsp;nbsp;nbsp;une niaifoii de plaifance qui merite peu unnbsp;Parcil nom; mais les Bourgeois y en ont d'af-
paflables. Nous voguaines Ie jour fuivant a la viie de Ragule, qui a de la peine a fe re-fver depuis Ie furieux tremblement deterrequi
* nbsp;nbsp;nbsp;abima prefque toute. Douze niilles au delanbsp;quot; y a un village appellé Ragufa vecchia , quinbsp;'^oit 1ancien Epidaure, au dela duquel font lesnbsp;quot;ouches de Cattaro ou nous entrames. Dellinbsp;jgt;ous jRmes voile pour traverfer Ie golfe denbsp;^odrin, qui na pas moins de 180. milles denbsp;^ajet. Cell Ie celebre golfe dApollonie , oèinbsp;J-efar courut rifque de la vie. Nous laiflamesnbsp;^ petite forterefte de Budua detniere place desnbsp;^enitiens en Albanië. Enfuite li 1on voguoitnbsp;ferre-i-terre comme nous fimes au retour, onnbsp;^id Dulcegno, autrefois TJlcinium, Ville desnbsp;^*ircs, qui peut contenir fept a buit mille a«
amp; qui eft une aflez bonne échelle, ceft-*'dire dans Ic langage du Levant , une Ville negoce. Les Francs y ont un Conful. Du-qui étoit Ie Dyrrachium des Romains ,nbsp;«ft quun Village avec une Forterefte ruinéc.nbsp;void enfuite Ie golfe de Boyana avec uncnbsp;jviere de même nom qui entrededans, dequenbsp;noramoit autrefois Drito. Lelongdumê-rivage on trouve la riviere de la Pollona ,nbsp;^ftui Ie voifinage dApollonie adonnélenom;
1'eau refte, amp; Ia Ville ne fe void plus, ^ -dulon, que par corruption nous appellonsnbsp;* Malone. A trente milles de li en terre fer-j ? ft a une montagne, ou fe trouve une fon-' de Poix, dont les Anciens ont fait men^
tion, 8c lon en calfcutre ks Vaiffeaux , étant niélée avec du goudran. Lécueil de Saienoinbsp;fix milles d la Valone bornelegoIfedeLodriunbsp;au Sud-Eft. Comme nous traverfions ce goi'nbsp;fe, nous appergümcs a la pointe du jour ut»nbsp;Brigantin, qui fe retira dés quil nous eut dé-couvert, ce qui nous fit croire quc cétoientnbsp;des Coffaires; particuliérement lorfquenous vi-mes quil toinnoit la proiie du cóté de la Va-lone. Nous Ie pourfuivimes chaudement, 8^nbsp;nóire Chiourme fit fi bien, quen moins d'uncnbsp;heure nous en fümes a la portée du canon*nbsp;Nous Ie faluames de trois ou quatre voices »nbsp;qui robligerent dainener les voiles. Maisilfcnbsp;trouva que ce nétoit quune Barque de Cefa-lonie chargée dhuiles amp; de froinages pour Ve-nife, iaquellenous avoir pris nous-mêmcspoufnbsp;des Corfaires. Ainfi chacun pourfuivit fa roU'nbsp;te, les Cefaloniens bien-aifes de n'avoireuquenbsp;la peur du mal quilscraignoient, ÖcnoustriileSnbsp;de navoir eu que lefperance du profit que nouinbsp;attendions.
Le vent nous étant favorable, nousnemoüil'' lames point a Safeno. Le Comité de nótr®nbsp;Galere nous conta une chofe étrange qui y é'nbsp;toit arrivce depuis quelques années. 11 étoita'nbsp;lors Pilote dune autre Galere , amp; avoir jett®nbsp;l'ancrc en ce lieu-la. Deux formats denbsp;Chiourme, amp; un d'une Galere de compagni*nbsp;fe fauverent, 8c fe cacherent parmi les brornbsp;failles, jufqua ce quon fut parti. Mais qnfnbsp;croiriez-vous que firent ces miferables ? Apré*nbsp;avoir demeuré la deux ou trois jours, 8c n'a'nbsp;yact plus rien k manger dans ce lieu defcrt gt;nbsp;les deux camarades de la Chiourme de nótr*nbsp;Comité delibererent fur les moyens de confernbsp;ver leur vie jufqui larrivée de quelque batt'nbsp;ntentf amp; relolurent de tuer celui de lautreG*'
-ocr page 105-'ffc qui bétoit iauvé avec eux , pour Ie man-êff- Ils execnterent ce quils avoient projet* ** amp; fe nourrireiik encore quelques jours dunbsp;^prps de ce mifcrable , jufques a ce quuanbsp; aifleau étranger venant aboraer en ce mêmenbsp;ils s'y embarquercnt, amp; paffercnt a Ve-
Des environs de Safeno nous découvrimes jVlonts Acrocerauniens, appellcz maintenantnbsp;montagnes de la Chimere. Du cóté de lanbsp;quot;Ier ils font peuplez de cinq ou lix Villages ,nbsp;font têtc au Turc, amp; ne veulent pas payernbsp;Caraifch ou tribiu par tête. Le principal denbsp;*-es Villages sappelle la Chimara, pofte furunenbsp;'oche efcarpée, oü tout Ie pays fe peut retirernbsp;cas de befoin. De plus , fi on vouloit lesnbsp;jenir prendre par trier, ils fe fauveroient dansnbsp;^Urs montagnes prefque inacceffibles avecleursnbsp;fOüpeaux, öc fi Ion venoit les chercher parnbsp;^^re, il y a des paffages ft étroits, quils défe-oient une armée i coups de pierre. Ils fontnbsp;oiisfoldats, amp; ils fuivcnt la Religion Greque ;nbsp;«ais ils font dailleurs fort adroits a dérober ,nbsp;.«rtime les Magnotes , auffi fopt-ils defcendusnbsp;Macedoniens , comme les Magnotes le fontnbsp;Laccdemonieiis , deux peuples égalementnbsp;«lliqueux; ils ont un bon Port appellé Parto-^normo , oü toutefois peu de batimens ofentnbsp;^Oüiücr; car on dit qu'ils vendent les Turesnbsp;Chretiens, amp; les Chrétiens aux Tures. lisnbsp;fotimettent neanmoins pour le fpirituel aunbsp;y«Ropolitain de Janina, qui eft une grandenbsp;a deux journées de la. Nous commen-*«ies alors de nous voir a 1'entrée de la Gre-g gt; ce qui nous donna autant de joye qUEnécnbsp;t autrefois de chagrin lorfquil pafla en cesnbsp;^artiers-la. Car il confideroit les Grecs com-^ les deftruöeurs dc fonpays; .amp;nous, nous
Icj
-ocr page 106-LtstE ' lISLE de CORFOU eft Ia premiere des Ifles confiderables que Ton rencontre a I*nbsp;fortie du Golfe de Venife , amp; qiii appartientnbsp;avec Cephalonie Sc Zante a la Sereniffime Re*nbsp;püblique. Elle sappelloit anciennement Phtit'nbsp;da, êc depuis on la nomma Corcyra du nol®nbsp;dune Nymphe qui y batit une Ville. LeSnbsp;Grecs dapre/ent Iappellent Corfi, ou Cor-fous.
CASSOPO, OU nous abordames premiere;
DF.
lt;dOR-
FOU.
Casso-
po.
les regardions comtne des gens , aux ancê' tres defquels nous avons obligation des Scien'nbsp;ces Sc des Arts. Nous eumes auffi plus denbsp;bonlieur qu'Ence, car il fut fept ans pour aller depuis Troye aux environs du Tibre, ^nbsp;nous vinmes en deux mois dc Rome k Tro-ye.
ment, dtoit uncdesVillesdecettellIe, conuu® fousle nom de CaJJlope, fameufe par fon Tempi®nbsp;de Jupiter Cafllen, dont nous avons trouvéplu-lleurs medailles. Ce nell maintenant quun®nbsp;forterefic ruinée, avec une Egltfe dediée ï 1*nbsp;Panaria, cefl-a-dire, a la Sainte Vicrge , ^nbsp;fervie par des Caloyers ou Religieux CreCS-Elle eft a moitié pleine de marques de Vceu*nbsp;rendus par des Mariniers ou autres perfonne*nbsp;écliapées de Ia mer. On parle la dun mira'nbsp;cle, dont nous voulümes voir lefFet. II y *nbsp;une Image de la Sainte ViergepeintealaGreC'nbsp;que, fur une plaque de pierre enchalTée daD*nbsp;une Chapelle. Les voyageurs qui fouhaiten*nbsp;defijavoir fi quelquun de leurs parens eft mort»nbsp;appliquent a cette Image un fol de cuivre d®nbsp;Corfou OU de Dalmatte; Sc fi celui quilspeO'nbsp;fent eft vivant, Ie fol sattache; sil eft mort»nbsp;il tombe. Jy vids plufieurs de ces fols qui inbsp;tenoient encore, bien quil ny ait rien defo*' Jnbsp;fiblc qui paioiffe les pouvoirarrêter. Jcn vo^ '
-ocr page 107-WIS appliquer, fans penfer neanmoins a rien , peur de faire mourir quelquun de mes pa-II y en eut qui tomberent, amp; dautresnbsp;Sui sattaclierent, amp;je crus queceux qui étoientnbsp;öinbex n'étoient pas bien plats. JVJais jenen-J^sprens pas de donncr la railbn comme celanbsp; peut faire , ne voulant pas mingerer de ju-8er fi ccft par une vertu naturelle, ouparquel-^we cliofe de furnaturel amp; de divin. Le len-^^wiain nous fimes en peu de temps les dotizcnbsp;w'illes qui nous rcfloient pour arriver a la vil-? Qe Corfou, doüjnfqu'a Venife on comptcnbsp;cens milles dItalie.
Corfou eft, la plus importante Place Cob.' la Rcpublique de Venife polï'ede pourpQy.nbsp;en bride toute la mer Adriatique , 8cnbsp;Clt pourquoi ils y tiennent toüjours une ar-de quinze ou feize Galcres , quelqucsnbsp;p^'Heaux 8c quelques Galeaces. II y a deuxnbsp;orterefles, dont la vieille eft fur deux poin-^ de rochers efcarpez tout autour , avcc denbsp;Baftions au bas. La nouvelle de lautrenbsp;_ de la Ville neft pas de cette force , quoinbsp;j^on ny ait rien épargné; car elle ell com-^andée par une colline voifine appellee le Mont-Un Provediteur voyant cc détaur,
°wlqit enfermer ce Tertre dans 1enclos des Ijj^failles. Je ne vous dirai pas fi dies fontnbsp;fournies dartillerie, parceque nous nefu-ijiff pintót arrivez , qu'on fit dcfenfe dynbsp;entrer perfonnc, principalementdesAn-Poi^ ^ Franqois. Ceft quon nous pritnbsp;ton Ingenieurs, paree que lun de nótrcnbsp;Ij quot;^Pagnie avoit des inftrumens de Mathema-u i ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;voyoit tous copier dans
ïoni
Ic plan des Places.
D
Le General Priuli qui
tiql-^lwatie, foit inferiptions, foitMafuresan-^ 6c même quelquefois par curiofité era-
-ocr page 108-«jui commandoit aux trois Illes, quifont Cor'-foil, Cephalonie amp;Zante, ayantreconnuapré« setre mformé de iachofc, quecenétoitqu'u'nbsp;ne fimple curiofité, nous donna a M. Whelcfnbsp;amp; a moi la peimiffion de nous embarquer fuinbsp;les VailTeaux de la Republiquc , pour Conftan'nbsp;tinople; car nótre Galepe nalla pas plu«nbsp;ioin.
LEglife Metropolitaine des Grecs elt afleï jaelle , amp; ornée de riches lampcs d'argent , SCnbsp;dune dor, pour laqueile un Gentil-homniedenbsp;Corfou nommé Nicolas Politi ordonna par founbsp;teftament cinq mille Zequins de Venife. On inbsp;conferve Ie corps de S. Spiridion Evêque d®nbsp;Corfou, a qu' 1Hglife eil dedice. Les habi'nbsp;tans difent quon a plufieurs foistentédele pof'nbsp;ter a Venife, mais que Ie Saint atoüjours mon'nbsp;tré par les obftacles quil a fait naitre, que eet'nbsp;te tranflation ne lui plailbit pas. Son corpsennbsp;tout entier, a la referve d'un bras qui eft *nbsp;Rome. Tous ceux qui Tont vu , difent qu®nbsp;quand on preffe fa chair a vee Ie doigt , ell®nbsp;plie; amp; retourne en fon premier état comm®nbsp;i une perfonne vivante. Les Grecs nont pointnbsp;Ia d'Evêque, mais feulement un Protopapa lt;nbsp;ceft a-dire premier Prêtre. Celui qui l'eftprc'nbsp;fenteraent eft de la maifon ^tBulgari. 11 non*nbsp;chargea dun prefent pour lePatriarchedeCon'nbsp;ftantinople, amp; cétoit l'Oftice de S. Spiriditii*nbsp;avec un abregé de fa vie en Grec literal. L*nbsp;frere de ce premier Prêtre , nommé Nicol^*nbsp;Bulgari eft Doéleur en Medccinc, amp; tres'f?*'nbsp;vant auffi en Theologie amp; dansla LangueGrS'nbsp;que. II y a dans Corfou une Academie de bC'nbsp;les Lettres, dont il faitmembre, auffibienq»*nbsp;Meffieurs les Doéteurs Jufiimani iy Lupina, ^nbsp;Monfieur Ie Chevalier Marmora, qui a échnbsp;en Italien 1H'iftoire dt ce pays-la. H nous n
VP»
-ocr page 109-n y a pas un liecle que la Ville de Corfou j utoit autre chofe que la vieille Forterefte öcnbsp;5 Paux-bourg óeCaJirati, qui eft affex grand,nbsp;p oü nous trouvames quelques Infcriptions antiques. Au bout du Faux-bourg eft lEglife denbsp;, ceft-a-dire, de tous les Saiats, dontnbsp;^dus allames faluër Ie Papa , ou Ie premiernbsp;yetrc. 11 eft Hiemnonachos, ou Moine facré,nbsp;®®PPelle Arfenio Caluti. Ceft un hommcf;a-ant en Theologie, ftc dans Ie Grec literal, ünbsp;,i auffi habile Predicateur, amp; a étudié a Pa-^de. Il nous fit voir parmi fesLivresquelquesnbsp;^anufcrits Grecs lort curicux, cntre autres unnbsp;dd Saint Jean Datnafcene, qui ne fe trouvenbsp;imptimé, amp; qui eft intitule Paliloï; ceftnbsp;diiime un abregé de fes oeuvres, 8c im Com-mentaire éePtocheprodromus fur les Hymnes denbsp;^SUfe Greque. Son Eglife eft batie en croixnbsp;D inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Grc^
fon Cabinet de medailles, qui eft prefque corapoie de medailles dupaysgravées dansnbsp;Ion Livre. H nous fit voir auffi des deffeinsnbsp;Poür 1augmenter; amp; il ne fe contenta pas denbsp;*ious avoir regalé de cetie vue, il nous envoyanbsp;ün prefent dune corbeille des meilleures figuesnbsp;du monde , quon appelle Fracaffanes. Elksnbsp;comme un fuc glacé au dedans , qui faitnbsp;des merveilles conlre les chaleurs du mois denbsp;ds Juillet. Monfieur Spiridiou Auloniti Nabi-a auffi un petit Cabinet de medailles. Geilnbsp;dn jeune homrae de qui noiK receüraes beau-de civilitex, amp; qui eüt la booté de irousnbsp;*9ire voir tout ce quil y ade plus curicux dansnbsp;^ pays. Monfieur Ie Dodeur Capello , quoinbsp;aflex jeune, eft tres-f^avant dans Ia Jurisprudence, amp; dans les belles Lettres; amp;ilnousnbsp;dit qu'ij compofoit im Didionaire enGrecvul-^^ite, Italien Sc Latin , plus ample que tousnbsp;deiix qui ont paru jufques a cette heure.nbsp;ny a pas un fiecle que la Ville de C
-ocr page 110-Grcque avec un petit Dome au milieu, amp; aU deflTus de la porte il y a une infeription dulixic-me OU feptiéme fiecle que Ie Chevalier Marmora a taché de déchifrer dans fon Livre. Ünbsp;nous raena enfuite faire la reverence a un autrenbsp;Caloycr plus vieux que lui, qui eft fon oncle.nbsp;Ccft un venerable vieillard tres-fgavant, qui anbsp;fait imprimer un Diftionaire en quatre Lan*nbsp;gues, Grecancien 8c moderne, Latin 8c Italien-11 sappelle Jeróme Vlach Candioth de Nation,nbsp;Sa Bibliotheque eft nonibreufe en manuferitsnbsp;anciens de Theologie. II y en a plus de vingtnbsp;qui nont jamais été mis fous la prefle entreau*nbsp;tres un Commentaire Grec dOrigene fur l'li-vangile de S. Jean, amp; les Sermons dEphrera,nbsp;Son Eglife appellée Panaria de Palxopoli dontnbsp;il eft Abbé, eft tres-ancienne, 8c lInfcriptionnbsp;Grequé que nous y iümes fur Ie grand Portailnbsp;nous apprend que ceft 1Empereur Jovien quinbsp;la fit batir; car il fajfoit profeffion de la Reli'nbsp;gion Chrétienne. Ce noni de Palseopoli qu*nbsp;eft reflé a ce quartier-la , ne fignifie autre cho-fe que la Ville ancienne: 8c en effet, ceft Ünbsp;quelle fut anciennementbatie. La grande quaii'nbsp;tité de marbre qui sen tire fait voir que cé-toit une Ville grande 8c magnifique. Elleétoitnbsp;dans une prefquIlle, qui lui failbit auffi donnet Ie nom de Cherfopoli, 8c elle avoit unbeaUnbsp;Fort, oü 1on void encore 1endroit de Ia chai'nbsp;ne qui Ie fermoit; roais il na plus de fond^nbsp;que pour les petites Barques. 11 y avoit unnbsp;Aqueduc qui pafiToit de la Ville au Port, poofnbsp;fournir les Galeres deau, 8c nous en vtmes 1* 'nbsp;fortie. LHiftoire de Corfou , dont nous avon^nbsp;fait mention , parle plus au long de cette Vil' )nbsp;Ie , 8c en donne Ie plan. On y trouva il y *nbsp;quelques années une ftatuë de Germanicus qn* 'nbsp;fift eropoi'tée a Venile par Ie Pxovediteur V*'
-ocr page 111-de V Archipel. nbsp;nbsp;nbsp;^,
maïs nous vimes rinfcription de fa bale, y découvrit auffi un grand couvert dunenbsp;Pjïrre de taille, plein dune prodi^ieufequanti-de medailles de cuivre de plulleurs Empe-^'eurs; mais principalement de la familie de Se-^fe, avec Ie nora des Corcyréens au revers ,nbsp;une Galere pour marqucr leur puilfancema-
De lautre cóté de Palaeopoli sétend une Petite plaine fertile arroféede plufieursruiffeauxnbsp;1on juge avoir été 1endroit des jardins dunbsp;^°y Alcinoüs fi renommez dans Homcre. Le*nbsp;^?avans appellenr maintenant ce lieu-la Chryfi-8c le peuple Pezatnili, a caufe dequelqucsnbsp;J'doiilins qui y font. Nous nous fouvinnies ennbsp;®Oüs promenant par la de iavanture de Naufi-j.®*fi!!e de ce Rol, qui sen allant au bainavecnbsp;filles de (fhambre rencontra Uliffe qui avoitnbsp;porté par la tempête a cette Ifle , commenbsp;le void au long dans lOdylfée dHotnere,nbsp;V® Cabinet du fieur Nigri de Bologne, poffe-üne medaille extremement rare de cette He»nbsp;*^ine. La Ville renferme plus de vingt millenbsp;j gt;ïies, Sc rifle en a environ foixante mille. El-D tres-tertile en vins Sc oliviers , en cedresnbsp;^ limons.
nbsp;nbsp;nbsp;Nous Icvames lancre de Corfou Ie premier
* nbsp;nbsp;nbsp;dAouft 1675. avec un vent de Sirocquinbsp;dtoit contraire Nous ne fitnes ce jour
_ le fuivant que loüvoier, 8c navan^dmes ? Environ vingt milles. Enfuite le vent fanbsp;pprna , Sc nous viraes en palfant lIlle de Ce-cpi] , qui elt deux fois plus grande quenbsp;]J^ de Corfou; car elle a environ 140. mil-^j.de tour, 8c lautre nen a pas plus de 70.
fertile ,en huile,, vins rouges, mufeats g 'ellens, Sc en raifins de la nature de ceuxnbsp;^ ^ous nommons raifin» de Cprinthe, de-D 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quoi
-ocr page 112-7^ P^oyage de Dalrmtie i ^uoi elle tire beaucoup dargent. Le Keu ounbsp;eft la Fortereffe amp; la refidence du Provediteutnbsp;Sappelle Argoftoli. II y a un grand Portferin®nbsp;de toüs cótez , mais les ancres ny tienncD*nbsp;pas bien. Aux bouches de ce Port il y a uOnbsp;grand Village appellé Luxuri, oü demeuren^nbsp;plufieurs riches marchands de ces raifinsnbsp;Corinthe. Depuis peu de temps il y eut ujifnbsp;guerre civile entre eux, a caufe dun déméj®nbsp;de deux Families. 11 fe faifoit des partis ^nbsp;cinquante ou foixante qui fe battoient auflgt;nbsp;crueliement que les Turcs fe battent contrei^*nbsp;Chrêtiens. Les Gouverneurs Veniticns n*'nbsp;voient pas alTez de pouvoir pour appaifernbsp;ablFerens; mais aprés quils furent las de leut*nbsp;divilions, ils firent la paix foüs cette conu-'nbsp;tion, quune des deux Families ennemies u*nbsp;prendroit jamais la liberté de pafier dansnbsp;quartier de lautre, fur peine de la vie.nbsp;Levant il y a un autre Port, oü nous donn*lnbsp;mes fond en revenant de Zante a Venifc. *nbsp;sappelle Pefcarda, amp; neft bon que pournbsp;petits bamp;imens. On void la les ruïnes du!'nbsp;Bourg, amp; il ny refte maintenant autre cbo®nbsp;quune Eglife avec quelques Caloyers.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;;
Vis-a-vis de Pefcarda eft 1lfle óeThiaki, l'jj nen eft feparée que par un trajet de trois unbsp;quatre milles, ce qui la fait nommer parqu^.nbsp;ques-uns la petite Cephalonie. La confoidquot;'nbsp;té de nom fait quon la prend pour 1Ifle dItl}*quot;nbsp;que une des principaks du Royaume dUliö^Jnbsp;amp; les Cartes de Sophian amp; de Samfon lanbsp;cent en eet endroit. Mais ils peuventnbsp;trompez; car Strabon pariant de lIfle dftb*nbsp;que lui donne 8o. ftades de tour, quinbsp;10. milles d'Italie; 8c cette Ifle en a pour'jjnbsp;moins le double. Ainli je crois qu'Ithaquenbsp;tin autre écueil éloigné de fept ou huit
-ocr page 113-U , appellé encore gt; 9*11 Henplnsf Petit que cette Ifle. Iour celle-cy , je croisnbsp;^e ceft rifle de DuUchium, parcequelle a aanbsp;;^evant un grand Port avec les mafurcs d'uhenbsp;* il'e appellee encore a prcfent Dolicha, com-^e Strabon a remarqué quelles sappelloit denbsp;'®nteras; ce qui meparoitaflezconvainquant.nbsp;Ieanmoins il femble que Strabon eft du cóténbsp;^ ceux qui prennent Thiaki pour Ithaca,nbsp;^ lui-même peut-êtrc ignoroit la veritablenbsp;quot;tuation de ces Ifles , parceque les noras ennbsp;'toient déja changez; car du relle fi nous re-ttourons a ce quen dit Homere, il ue femblenbsp;Pas que Dulichium foit une des Ifles Echina-^es, comme les Geographes qui font veaus a-Ptés lui ont penfé; amp; quoi quil en foit, cefl:nbsp;^tie queftion- aflcz difficile a décider. Deuxnbsp;^aiffeauxAnglois vont tousles ans charger dansnbsp;j®Port delIfie de Thiaki de ce raifin de Co-htthe dont jay fait mention, 8c qui eft cultiVénbsp;P*r les habitans de lIfle, qui font reduits ennbsp;tout a trois Villages appellez Onai, Vatht 8enbsp;V't. On y voit dans un bois une mafuredenbsp;.joux Chateau, que les Infulaires difent êtrenbsp;jOn Palais d'Ulylfe, Pour ce qui eft de Tlflenbsp;^ Ithaco elle eft deferte, 8c ceux de Thiaki ynbsp;] Out de temps en temps pour la cultiver. LIf-jO de Cephalonie au fiecle dHomere portoitnbsp;^tiotn de Samos, Scavoit uneVille du mêmcnbsp;, qui ne devoit pas être loin du Port denbsp;'icarda, dont nous ayons parlé. Cétoit lanbsp;ptts grande Ifle des Eftats dUliiTe, 8c je m c-jOUne que Strabon ne lui donne que 300. ftadesnbsp;® tour, qui nefont que 3.?. milles, 8c Plincnbsp;o 4^ milles, quoi qu'elle en ait plus de fix-Q St. Mais je ne métonne pas des fautcs desnbsp;oographes anciens , puifque les modernes,nbsp;m outre la Geographic antique ont les rela-D 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tions
-ocr page 114-Sain-
TE
jVIau-
KE
Po Voyage de Dalmat ie ^ tions de nötre temps , sécartent fi grofliefe-ment en beaucoup dendroits de ces païs-la. ^nbsp;Puifque nous fommesdans leRoyaume d ü-lifle , ne Ie quittons pas fi-tót , amp; parlons unnbsp;pen de 1Ifle de Sainte Maure. Cette Ifle sap-pe'lloit anciennement Leucas, öcles Grecs mo-dernes 1appellcnt toüjours Ltucadia ; car i!snbsp;nappelleiit propreracnt Sainte Manre que lanbsp;Fortereffe , ou il y avoit du temps des Veni-tiens un Convent de ce norn. En revenant anbsp;Venire, nous fumes obligez a caufe du inau-vaistempsderclacher a uu Portdecette Ifle ap-pelle Climeno , qui eft le meiileur de tons gt;nbsp;ayant bon fonds amp; bonne tenue. De la il nousnbsp;prit en^ie daller voir la Fortercfle , amp; nousnbsp;primes un Monoxylon pour nous y mener.nbsp;Isous voguames quatre ou cinq heitres pour nbsp;arriver, dans le détroit qui la fepare de terrc-ferme. Strabon dit queilcy a été autrefois at'nbsp;tachee , amp; quc Ton creufa ce détroit pournbsp;feparer ; ce qui fe peup aifément croire ; carnbsp;au plus dtroit al ny a .gucre plus de yo. pas denbsp;trajet , 8c prefque par tout feulement trois ounbsp;quatre pieds deau. Ceft en cet endroit leplunbsp;etroit quetoit la Ville de Leucade fur une équot;nbsp;niinence a un mille de la mer , de quoi Ionnbsp;voit encore quelques mafures, 8c le Port étoitnbsp;prefque tout je canal aux endroits qui avoieiii^nbsp;le plus de fonds. Ortclius 8c Ferrari fe troni'nbsp;pent , quand ils croyent comme les autre*nbsp;Geographes que Sainte Maure (bit encore dau*nbsp;la même place que cette Ville. Ils nont pa*nbsp;été fur les lieux, 8c Sainte Maure eft trois mil'nbsp;les au dela , dans le milieu du canal, qui ell eHnbsp;cet cndroit-la large .d'une lieue. La Forterel'nbsp;fe eft bonne, amp; flanquée de quelques Baflion*nbsp;ronds fur une terre fort bafle ; 8c ce quinbsp;tend de quelque conlideration , eeft quon n V
peUk
-ocr page 115-peut aller ni par terre , ni par mer, fi ce nelt dans ces Monoxyla ou petits bateaux , qui nenbsp;pvennent pas plus d'un pied deau, Elle ell:nbsp;leparée par une Foffe de trente ou quarantenbsp;picds de large de deujt autres petites Ifles dansnbsp;Ie marais, qui font comine les faux-bourgs denbsp;de la Fortereffe , oii font plulieurs habitansnbsp;Tures öc Grecs. Leurs maifons ne font quenbsp;de bois, amp; fort bafies , mais en revanche ilsnbsp;font bien vètus. Auffi font-ils grands Corfairesnbsp;for cette mer , amp; Ie Bacha de la Morée y é-toit venu cette année la exprès pour brulernbsp;Jeurs petites Galeres. Uiirag Bey faineux Cor-faire de Lepante en avoit lept ou buit denbsp;^Jainte Maure quil comniandoit. Nous laifTa-mes nótre petit bateau en terre , pour y paiïernbsp;fnr une Aqueduc long d'un mille , qui fertnbsp;3u(fi de Pont pour les gens de pied, bien quilnbsp;hait guere que trois pieds de large , amp; fans au*nbsp;oun appuy. Quelque alTuré quon puiffeêtre,nbsp;on tremble quand on rencontre quelqu'un quinbsp;'''ient du lieu oü 1on va , car cell tout ce quenbsp;Peuvent faire deux hommes que dy pafTcr denbsp;ftont. II y a plus de cinq ou fix mille amesnbsp;dans la Citadelle, OU dans ces Fauxbourgs ,nbsp;hais nous y aurions fait mauvaife cherefansdunbsp;Poilfon que nous y avions porté; car nous nynbsp;*fouvames que du pain mal fait 8c de mechantnbsp;'in, avec de ebetif Iromage. I! y a dansllflenbsp;environ trente Villages habitez de pauvres Grecsnbsp;qui pêchent 8c cultivent la terre, 8c qui ont unnbsp;Evêque, dont les revenus font appareroraentnbsp;tres-mediocres, LIfle eft aflez fertile en grains ,nbsp;eitrons, oranges , amandes, Sep^uragespournbsp;bêtail, 8c elle a douze a quinze lieuës denbsp;|our. La Fottereffe de Sainte Maure neft é*nbsp;oignée que de douze milks de 1'entrée dunbsp;fiolfe dAmbracie, appellé maiatenant golfe de
D s nbsp;nbsp;nbsp;tquot;:'
-ocr page 116-Larta, proche duquel étoit autrefois la celebre villedAélium, fameufepar la bataille dAugultenbsp;contre Marc-Antoine ; mais a prefent on nenbsp;parle plus de cette Ville. Ne voulant pas allernbsp;jufques-la, nous nous informames des particu-iai'itez de ce Golfc , dun habile homme dcnbsp;Larta. Nous flumes de lui, que Larta ouArtanbsp;nétoit pas Ambracia, comme nos Geographesnbsp;nous Ie veulent perfuader. Car la Ville dAm-liracie qui donnoit Ie nom au Golfe eft a plusnbsp;dune journée dc la, 8c sappelle encore parnbsp;les gens du pays Ambrakia, bien quecene foitnbsp;quun Village a un mille de la mer, juftementnbsp;au milieu du fond de ce Golfe. 11 y a unnbsp;Chan a fon Port, qui fert de Magafin pour lesnbsp;jnarchandifes que 1on y decharge. Pour lanbsp;ville dArta, elle eft a la main gauche, é*nbsp;loignée dequinze milles de la mer fur une riviere , qui eft appareinment lAcheron des Anciens , Sc qui fe dégorge felon Pline dans Ienbsp;golfe d'Ambracie. Vturo-pptami eft Ie noiBnbsp;moderne dune autre riviere quon trouve ennbsp;approchant dAmbracie , amp; fans doute ceftnbsp;1Arachthus dautre-fois, quoiquil nepalfa pasnbsp;li prés du village dAmbrakia, mais apparem-ment la Ville sétendoit alors jufques-la.
Lentrée du Golfe na pas plus dune demi-lieuë de large, bien quil ait plus de 15, lieuës de tour. Sur la gauche on void unefortereflenbsp;des Turcs un peu moins habitée que Saintenbsp;Maure. On lappelle PreventM , 8c cétoit I»nbsp;fituation de lancienne Nicopolis bStie par Au-gufte en memoirc de fa viétoire contre Marc-Antoine. II y a dans Arta fept a huit millenbsp;habitans,. Ie nombre des Grecs furpaflant denbsp;beaucqup celui des Turcs Le fleur Manno-Man-ntn riche raarchand de cette Ville-la me ditnbsp;quelEsliie Metiopolitaine appcUée EvtmgtHJlrar
Ceft-Ji-dire ïAnnondade, eft un grand corps dc oatiment, qui a autanc de portes amp; de fenê-Ues quil y a de jours dans lannée, amp; qui eftnbsp;joütenu de plus de deux cent colonnes de mar-II ajoüta qu'une Infcription quon y litnbsp;fur Ic grand Portail fait foy quelle a été batienbsp;pat Michel Duca Comnene. Cette Ville 6c ienbsp;pays d'alentour negotient en tabac, boutar-gues amp; fourrures, dont il fe fait grand com-nierce.
LArchevêque ou Metropolitain d'Arta fai-foit autrefois fa refldence a Lepante, quil a ftuitée a caufe quil y a peu de Chretiens. IInbsp;avoit huit Suffragans , mais 1Empereutnbsp;Juan Paleologue partagea en deux 1Arche-yefché dArta pour eriger celui de Jmim.nbsp;f-cs quatre Evêchez qui relevcnt dArta fontnbsp;^ogous petite Ville a dix milles de Pre-quot;''entza , oü lArchevêque commande aufli.nbsp;^oij/za Ville avec Chateau de lautre cóté dunbsp;polfe. A'euj en terre-ferrae, aifei grande Vü-a deux journées dArta. Acheloo» qui tirenbsp;fpn nom de la riviere dAcheloüs. LEvêquenbsp;G cette derniere Ville fait fa refidence \ An-gclo-Caftro, amp; commande de plus Zapandi,.nbsp;^effalongi amp; Anatolico.
. Janma eft une Ville plus grande quAita ¦uabitée de riches marchands Grecs. Son Me-hopolitain a foüs lui ces quatre Evêcheif^r-pfo-CaPro Ville de mediocre grandeur; Del-qui neft quune bicoque: Sutrinto, foüsnbsp;^quel font les Villages de la Chimere; Gly-gt; qui prend fon nom duoe riviere appel-|ee Glyki, amp;c ce dernier Diocéfe sétend depuisnbsp;^aramythia jufqüa Parga fovtereffe des Veni-'*Gns, au bord de la mer.
^ais il ne faut pas oubÜer dexpliquer ce c'eft que cejnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dont iay parlé. Ce
font de petits bateaux faits dun tronc darbrc creufé, longs de 15. a 10. pieds fur un pied 6Cnbsp;demy de largeur, amp; prefque autant de hauteur. On sen fert a Anatolico, a Meffalongi
a SainteMaure, la mer étant fort bafle dans ces quartiers-la, amp; sils prenoicnt plus dunnbsp;pied d'eau, on courroit rifque de demeurernbsp;Jouvent a fee. Le nom que lon donne a cesnbsp;bateaux expriir.e bien 1étofFe amp; la inanierenbsp;dont ils font batis; car Monoxylon 1 en Grecnbsp;Teut dire qu'ils lont faits dune feule piece denbsp;bois. On saffit fur le fonds, amp; on les conrnbsp;duit avec de petites rames, amp; même quelque-fois a la' voile. Jamais je ne fus plus furpris,nbsp;que de voir au plus étroit du trajet traverfetnbsp;tleux chevaux dans un de ces Monoxylon gt;nbsp;car pour peu quils fe fullent remuez tout futnbsp;renverfé dans Ieau. Les Etolicns avoient lanbsp;reputation de gens broiiillons Sc méchans, Stnbsp;les Turcs de Sainte Maure ont herité de leursnbsp;qualitez auffi bien que de leur pays.
Pour reprendre nótre route, vous f^aureï que nous arrivames a Zante le 4. dAouft»nbsp;Sc que nous y demeurames trois ou quatrenbsp;jours.
Zaste. ZANTEaété autrefois appelTée parBcf-terusllüe dor , mais elle meriteroit encore mieux ce titre a prefent quelle a trouvé le fcquot;nbsp;cret de planter des vignes qui produrfent de
1or
Ct nom de MonoxyJa n efi pas inconnu ^ Hefychius, qui dit que les Cypriots appelloiefJnbsp;. au0 ces bateaux aè'pva: atparemment a caujtnbsp;quilt étoient creufez, dun chine, que les Greetnbsp;rtemment i'pos. Veicy les paroles de eet Autheur. fnbsp;K^.pvUy TcXotunbsp;nbsp;nbsp;nbsp;KÓTcaiot. Et dant l hty
toire d'Uelhdore il y eji aujfi far Ié de ces Merti' oe'xLh.
-ocr page 119-Ö* de rArchipel nbsp;nbsp;nbsp;8
^or en produifant Ie raifin quon appelle dc ^orinihe, bien qu'il nen vienne point main-tenant a Corinthe ni aux environs. II eft vrainbsp;lt;lu'il y en avoir autrefois, amp; puifquils en portent Ie nom, il y a bien de lapparence quenbsp;plan eft venu de la. Je men informal par-tjculicrement lorfqiie je fus a Corinthe, amp;nbsp;lon me dit quil n'y a pas long-temps qu'oiinbsp;en recueilloit encore un pcu a Vafilica, quinbsp;eft lancienne Sicyon éloignée feukment denbsp;Corinthe de fix a fept milks; mais que com-tj-e on nen trouvpit pas Ie debit chez lesnbsp;Tiircs, on ks a negligez. Pour quitter un peunbsp;^Antiquité; amp; délafler vötrc efprit en vousnbsp;Parlant de chofes moins ferieufes, je vous fe»nbsp;tai 1hiftoire entiere de ces raifins de Cotin-tfte, qui saccommodent affez bien avec tourenbsp;fttrte de ragouts, une bagatelleréjoüiflantquel-^'lefois plus nótre eftomac quune viande tropnbsp;^ourriflante. Je vous dirai done; depuis quenbsp;Chrêtiens ont été dépoffedez de la Grece ,nbsp;^ que k Turc a bati deux Chateaux auxbou-^ftes du golfe de Lepante, il ne permet pas hnbsp;t]os batimens dy entrer, de peur de quelquenbsp;furprife, amp; que fous pretexte de venir char-S^r la des raifins de Corinthe, les Corfaires denbsp;^althe ne leur fafifent infulte. On fait venirnbsp;t^eanmoins de ces raifins dans k goPfe a Lepante même amp; I Voftitfa, maïs on les portenbsp;* Patras, oü il en croit auffi; quand on les.nbsp;^^ut charger, amp; ces trois lieux en peuventnbsp;Ournir la charge dun Vaifleau mediocre. Vis-*'Vis de Patras dans k pays des anciens Eto-tiens il y a un Village nomnié Anaiolico, batinbsp;^pmme Venifc dans un marais, amp; pcuplénbsp;environ deux cent feux. Ses habitans y cul-t'vent dans la terre-ferme du voifinage Ie rai-de Corinthe qui y reüiTit merveilleufement.
II eft beau amp; bon, amp; deux fois plus gros que celui de Zantc. Ils en peuvent charger aveCnbsp;ceux du village de Meffalongi un grand Vaif-feau. Nous y fumes dans Ie temps quim inar-chand Anglois y avoit mené fon batimentpournbsp;Ie charger de cette raarchandife; 8c je vousnbsp;dirai en paflant, que les Anglois confumentnbsp;plus de ce raifin dans leurs ragouts, que ninbsp;lAllemagne ni la France enfemble. Cétoitnbsp;un plaifir de voir une flote de Monoxyla ap-poiter chacun cinq ou lix facs de raifin aunbsp;Vaifleau; mais dès que Ie vent commence anbsp;fe renforcer on void en un inftanr ces petitsnbsp;bateaux fe difliper comme un eflain d'abeilles,nbsp;car ils noferoicnt pas fe joüer comme nos fe-louques avec les raoindres vagues. Ce mar-chand Anglois ne payoit point dc Doüanenbsp;pour la fortie de ces raifins, mais d'ailleurs ftnbsp;lui falloit faire un prefent de mille ecus aunbsp;Vayvode ou Fermier dAnatolicö, amp; nonob-ftant cela il ne laifloit pas dy trouver mieuxnbsp;fon compte quavec la Doüane de Zante quinbsp;cft de dix ecus par millier. Cephalonie qui eftnbsp;une grande Ifle en fait avec Thiaki la chargenbsp;dc fept a buit Vaiflfeaux, amp; Zante environ lanbsp;moitié. Ses vignes font dans une tres-bellenbsp;plaine de douze milks de long 8c de quatre ounbsp;cinq de large, ü Iabry des montagnes qUJnbsp;bordent les rivages de l'Ifle; de forte que Ienbsp;Soleil raflemblant fes rayons dans ce fonds JTnbsp;fait parfaitement meurir les raifins de Corin-the, Ic raifin mufcat 8c Ie raifin ordinaire, don*nbsp;1on fait du vin tres-fort. Qui croiroit quunenbsp;place fi mediocre , oü il y a dailleurs quanti'nbsp;té doliviers 6c de jardinages, produife quatrenbsp;a cinq millions pcfant de ce feul raifin, 8c diXnbsp;mille grandes tonnelées de vin pour lufagedeïnbsp;habitans. La Doüane de Iun amp; de lautre pof'
quarante mille écus par an dans les cofFrer du Doge, amp; Zante amp; Cefalonie enfemblcnbsp;^unt mille. Le millier pefant revient a ceuxnbsp;'lui lachetent environ 14. écus quoyque Ienbsp;Pferaier achat ne foic que de dix écus, maisnbsp;d y a de gros droits. On vendange ces rai-uns de Corinthe un peu plütot que les aiitres,nbsp;^ l'on en fait des couches fur la terre, qnonnbsp;«ifie fecher pendant huit ou neuf jours. Silnbsp;tomboit de la pluye, tout feroit en dangernbsp;d etre gaté , mais elk y eft affeï, rare. On lesnbsp;ktre enfuite dans des Magafms, amp; quand onnbsp;veut charger fur les Vaiffeaux, on les metnbsp;dans des tonneaux, amp; des hommes les preflentnbsp;®vec les pieds afin quils fe confcrvent mieux,nbsp;^ quils noccupent pas tant de place. On ennbsp;^it quelquefois du vin par curiofité, mais ilnbsp;trop violent , amp; il peut pafler pour detres-ponne eau-de-vie. Ce raifin frais eft excellentnbsp;* manger, amp; nous le trouvames de tres-bonnbsp;Suftt, de même que les melons de Zante, quinbsp;cedent point a ceux dEfpagne, amp; ceuxnbsp;P'ii ont la chair blanche amp; mufquée font lesnbsp;^cilleurs. On a auffi dans cette Ifle les plusnbsp;dplles pêches que lon puifle voit; elles pefentnbsp;d ordinaire huit a dix onces , amp; quelques-dues vont jufques ï quinze 8e a feize. Lanbsp;duair en eft ferme comme celle ce nos auber-I] ny manque pas auffi de concombrcsnbsp;de figues excellentes, amp; il sy trouve denbsp;.uuile en abondance 8e d'une grande bonté.nbsp;^^ golfe de Lepante lui fournit de tres-bon-|r*m, 8c la Morée de tres-bon bétail. Enfinnbsp;. un Paradis teneftre, oü routes chofes a-ondent, hormis le bois qui y eft cher, biennbsp;jjd autrefois lIfle fut pleine de Forefts, ce quinbsp;j,d'fit donner le fur nom de Sy/wyii par Home-d dï par Virgile. Eüe a environ 50. milks
de tour, amp; lon y comptc juiques a 50. Villa'* ges. Si vous êtes curieux de f^avoir les noiusnbsp;d'iine partie, les void comme je les ay piinbsp;apprendre , 8c felon Fortfre de 1'Alphabet;nbsp;AiUo, Amfelo Banato, Belouji, Braka , Cagh'nbsp;fado , Catajidri, Ch'tliomeno, Couchiéji , Coarynbsp;coulidi, S. Dimitry, Faghid, Fioliti', Gahdntinbsp;Galdro, Jeri, Jeracarió, Keri , S. Kiricó , K0nbsp;miri, Lagofédt, Langaddchia, Lithachid, LU'nbsp;kd , Mekerddo, Maredis, Mufdki, OrthonidHinbsp;Oxochéra , Pigaddchia , Pijfinounda , Plemonti'nbsp;rió, Sarachindda , Schoulichddo, Tragdki, Volt'nbsp;ma.
La Ville porte k nora de Zante en Italien» Sc en Grec elle sappelle Zacyntkos auffi bieönbsp;que toute l'lfle. Llle peut contcnir viiigt »nbsp;vingt-cinq mille ames , quoi qu'elle ne fo)tnbsp;pas murée, mais elle a fur tine éminence unenbsp;Forterefle afléz bien munie de canons.nbsp;maifons font baffes a caufe des trernblemens d«nbsp;terre qui y font frequens, ne fe paffantnbsp;dannécs qu'il ny en ait, mais qui ne font pa*nbsp;de grans dom mages. La langue I talienne fnbsp;eft prefque auffi commune que la Greque. H /nbsp;a toutefois tres-peu de geos du rit Latin gt;nbsp;quoy quauffi-bien que les Grecs» ils ayent u,nbsp;Evêque quon leur envoye de Venife. CeU'*nbsp;des Grecs commdnde auffi Cefalonie, 8c s nbsp;tient Ie plus fouvent. Au deffiis de la ViH®nbsp;en allant a la FortereiTc, il y a une Eglife arnbsp;pellée S. Helie, oü felon que quelques-upsnbsp;ont écrit, on avoit trouvé Ie tombcau de Q'nbsp;ceron ëc de Tertia-Antonia fa femme; ma'*nbsp;je ny remarquay autre chofe quun fond d'Lt'nbsp;ne de porphyre, 8c je ne pus apprendre aucü'nbsp;ne nouvelle du refte, ny ayant pas la desnbsp;fonnes curieufes comme a Corfou. PendaHnbsp;Ie fejour que nous y fimes, on nous ni^
-ocr page 123-voir un endroit de llfie, oü la terre tremble foüs les pieds, Le myftcre canlifte en iinenbsp;fontainede poix qui fort des entraillesde later-fe avec une belle eau claire. La poix demeiirenbsp;ïi.u fond par fa pefanteur, mais quand on ennbsp;il en lombe toüjours fur la terre, avecnbsp;Isquelle il fe fait comme une croüte, le def-foiis fe creufant par 1eau de la fontaine. Denbsp;fiianierc que quand on marche delTouson fentnbsp;tranler cette terre, comme quand on va furnbsp;f'ne planche qui neft pas forte. Ils ont la furnbsp;Cc fujet une plaifanté imagination. Ceftquilsnbsp;croyent quen fautant un peu fort en eet en-Cfoit, on excite des tremblcmens de terrenbsp;jJans iIfle. lis jaujoütent quenfuite destrem-ulemens il fort toujours plus de poix, 8c furnbsp;fout pendant que le vent de Sud-Oiieft foufle.nbsp;On tire routes les années environ too barilsnbsp;cette poix , 8c elle ell três-bonne a calfeu-frer les Vaifleaux melde avec du goudran. Lanbsp;fontaine eft a ico. pas de la mer, 8c vis-a-visnbsp;eft un éceuil appellé Marathonift, c'eft-a-direnbsp;Ifle de fenoüil, paree quil y croit beauGOUpnbsp;öe fenoüil fauvage. Nous y allames faire unnbsp;grand repas du poiifon qui prête fon ventrenbsp;Pour faire la bourtargue, 8c ce fut cliez deuxnbsp;Oaloyers qui sytiennent pour Ie fervice d'unenbsp;petite Eglife. LAutheur dAthenes anciennenbsp;^ moderne, sdtonne que les Anciens avoientnbsp;*3onné le nom dIfle au petit éceuil de Peeno.nbsp;Oelui-ci oü nous mangeames eft encore plusnbsp;petit, 8c il ny a pas dequoi être furpris quonnbsp;*üi donne Ie nom d'lfle,puifque les Grecs ap-Pelloient aheiennement Ni^os, 8c que ceuxnbsp;0 ce temps nomment Nici, ceft-a-dire Ifle,nbsp;foute forte de terre environnée de la mer,nbsp;¦ans que jj petitefle la privé de ce. nom , ft cenbsp;Peft que quelquefois ils fe fervent du diminu--
tif Nifaki, ou Nifopoulo, ne nommant Xera oil éceuil quun fimplerocher, ou des fables cou*nbsp;verts d'eau. Et qiieft-ce qiie la famcufe Iflenbsp;de Delos quun éceuil aifez mediocre? 11 ynbsp;avoit a Marathonili une femme quon diloitnbsp;être polTedée, amp; qui depuis quatre ans ne vi-voit que de pain amp; deau. Mais nous remar-quames que Ie Diable qui la pofledoit nétoitnbsp;quun fot, car il fe difoit être de Padoüe,nbsp;il ne fjavoit pas un mot dItalien. 11 eft vra!nbsp;que la femme toute ignorante quelle étoit gt;nbsp;répondoit prefquc toüjours en vers fur Ienbsp;champ, dans fon Grec vulgaire, mais il eftnbsp;Conftant que la melancolie amp; Ie genie peuvenlnbsp;faire ce prodige.
Avant que de partir nous allames rcndre line Lettre de recomraandation au Signor Dimitry Beninzclos. II eft Aihenien, mais il y a deux ans quil eft ï Zante auprés de fa me-le. Ceft un des plus habiles qui foient darisnbsp;h Grece. 11 f^ait le Latin , Ic Grec amp; la Phi-lofophie, amp; de plus il eft Predicateur, biennbsp;quil ne foit ni Caloyer, ni Papa. 11 nouinbsp;apprit que Hiero-Monachos Damaskinos étoitnbsp;mort depuis peu a Athenes, dcquoi nous fft-mes fachez aprés avoir vü fon Eloge dans Ienbsp;Livre dAthenes ancienne amp; moderne. Hnbsp;nétoit pourtant proprement que Maitre d'E-cole, mais dans un pays oü il ny a guercquenbsp;des ignorans, il ne faut pas être beaucoup f^a-vant pour y faire quelque bruit. Les Illes quinbsp;font foüs les Venitiens font mieux fournies denbsp;gens de Lettres que la Grece. Le Papa de IH'nbsp;glife de tous les Saints appellé Papa ¦Aggt;V.*nbsp;pafte pour bon Predicateur. Il nous fit voifnbsp;fa Bibliotheque oii il y a plufieurs manufcritSrnbsp;amp; un entre autres qui na jamais été imprfmé,nbsp;oil font contcnuës les Vies de Saints PereS f
Archer
-ocr page 125-6? de V Jrchipeï. nbsp;nbsp;nbsp;pi
Archevêqnes, Abbcz amp; Caloyers dc lEglifc ^reque.
Nous necontinuamespas nótre voyage com-nous lavions comraencé, amp; notrc compagnie nétant jpas de bonne intelligence fe par-jagea en deux a nótrè départ de Zante. Mon-neur W^icler 6c moi primes la refolution de Pouffer jufques a Conftantinople par mer, 5cnbsp;les deux autres voulurent aller en Grece. Cé-toient deax Gentilshommes Anglois, dontlunnbsp;sappelloit Ie Chevalier Gilles Etfcuart, 6cnbsp;Pautre Mr. Franqols Vernhon Aftronome 6snbsp;on Mathematicien. Ils allerent droit a A-Ihenes, 8c de la firent Ie tour de la Morée,nbsp;tnais il en coüta la vie au pauvre Chevalier,nbsp;li sefforgoit de fe tenir a cheval, quoi quilnbsp;fe trouvat incoramodé, pour ne pas deineu-rer dans des lieux oü il auroit été mal-traitc»nbsp;efperant de pouvoir arriver a Athenesr maisnbsp;aprés quils eurent paffé Lepante pour aller 4nbsp;Belphes, il mourut fubitenient fur la raonta-gne de Vitranitza, sétant fait defcendre denbsp;cheval. On fit faire Ie rapport de fa mort aunbsp;Cady du premier Village, 6c on lenterra dansnbsp;tine Eglife Greque la plus proche du lieu oünbsp;il expira. Son compagnon pourfuivit fon voyage, 8c fe rendit pour Ia fecondefois a Athe-ties, doü il s'embarqua enfuite pour Smyrne;nbsp;tiiais il fut pris par des Corfaires Chrêtiens quinbsp;Ie depoüillerent 6c Ie laiflerent a Milo, pünbsp;lt;iuelques Vaiflcaux Anglois étant arrivez il.nbsp;emprunta de largent pour continuer fa route.nbsp;Nqus avons vü depuis une Lettre Angloifeim-Primée quil écrivit de Smyrne, ou ily a quel-ques particularitez de ce qu'il a vu dans lanbsp;^fece. De la il pafla a Conftantinople, 6cdenbsp;Conftantinople a Trebizonde par Ie Pont-Eu-
, doü il devoir gagncr la Perfe; mais ou
-ocr page 126-a appris depuis quit avoit été miieraWernent ¦tué cn cliemin par des gens avec qui il sétoitnbsp;pris de quirelle. Cétoit nne perfonne tres-fqavante, amp; qui parloit fept ou huit Langües:nbsp;mais il étoit né fous quelque méchante Etoile,nbsp;car il avoir déja été il y a quelqucs tonées,nbsp;pris efclavc par les Corfaires de Tunis, ce quinbsp;ne Tavoit, pas degoüté des voyages de mer.nbsp;VoiU les rifques a quoi sexpolént les voya-geurs, mais Dieu nous a confervé mon cama-rade. amp; moi de toure mauvaife rencontre ,nbsp;quoique nous en ayons eu la peur plus dunenbsp;fois.
Le Jeudi matin 8. dAouft nótre flote fit voile pour Conflantinople. El!e étoit compq-fée de huit Vaiffeaux, cinq de guerre, amp;troisnbsp;marchands. Le Capitan de Nave y étoit ennbsp;perfonne. Celt une grande charge dans l'Etatnbsp;de Venife. 11 avoit ordre daccompagner unnbsp;Provediteur quon envoyoit ^ Tine, amp; def-corter nótre Vaifleau qui portoit les hardes SCnbsp;les prefens du Bayle. Nótre Batimens portoitnbsp;pour enfeigne la Conftance guerriere, amp; étoitnbsp;commandé par le Capitaine Jean Brome denbsp;Paralto ville de lAlbanie Venitienne. Ceftunnbsp;des braves foldats que la Republique ait a fonnbsp;fervice. II fe trouva dans fa jeuneffe au fiegenbsp;de Paralto, qui étoit attaqué par une arraéenbsp;de deux mille Turcs. Eien qu'ils ne fulTentnbsp;que quarante-neuf dans la Place, ils ne lailfe-rent pas de refilter vigoureufement, jufqu'a-ce quaprés avoir tué une partie des Turcs,nbsp;amp; avoir mis en defordre leurs bateries, ils fi-rent une fortie fur eux, amp; les chalTerent denbsp;devant leurs murailles. 11 a été en courfe avecnbsp;Un Vailfeau qu'il commandoit , amp; autant qu'itnbsp;elt redo^uté des Turcs il elt aimé des Corfat'nbsp;res Chretiens, qui ie connoilTent tous.
A vee une Tramontane fort favorable nous laillanies en peu de temps les Ifles Strophades,nbsp;^'e les Anciens feignoient être Ie refuge desnbsp;Harpyes, dont Ie vifage étoit de femme, amp;nbsp;corps de Vautour. Les Grecs amp; les Ita-iens les appellent a prefent Strofadi oü Striva-¦ Ce font deux petites Ifles fort bafles, dontnbsp;* plus grande na cjue trois ou quatre milksnbsp;ue circuit, mais qui dans fi petit efpace portenbsp;J}ue grande quantité de fruits excellens. Lesnbsp;murces y font fi abomdantes, qu'on ne f^au-^oit prefque planter im baton en terre, quilnbsp;^ y Ibrte de 1eau. On dit que dans les fon-*aines de cetta Ifle il fe trouve fouvent desnbsp;kuilles de Platane, quoiquil nen croifle pointnbsp;lu, mais feulement dans la Morée, dont ellenbsp;élojgnée a peu prés de trente mill es. Cefl:nbsp;qui fait croire afl'ez vrai-feroblablement quenbsp;*^28 fources viennent de ce pays-la , par desnbsp;J^^naux foüterrains que la nature a formezfoüsnbsp;abimes de la nier. Cela pourroit en qiiel-maniere autorifer la fable dArethufe, quinbsp;® ^llant baigner a la riviere dAlphée fut pour-'uivie du Dien qui préfidoit a cette eau, 8cnbsp;Ie fecours dc Diane fut changée en unenbsp;Ontaine qui alia fortir en Sicile, quoi quil ynbsp;'t plus de cent milles de trajet de la Morée %nbsp;'ette Ifle.
; Les habitans des Ifles Strophades ne fe ma-*'^ut jamais, car il ny en a point dautres ^''e des Caloyers ou Moines Grecs, jufquaunbsp;quot;Oinbre de foixante ou quatre-vingt. Leurnbsp;otivent eft bati en maniere de ForterefTe avecnbsp;terraife' au deflus garnie de bons canons,nbsp;j Une Sarrafmefque a leur porte, de la crain-^uils ont des Corfaires. Neanmoins onnbsp;, ous dit que même les Tures amp; ceux de Bar-refpeéient ces bons vieillards, 8c quils
i)4 Voyage de Dalmatte^ nabordent leur Ifle que pour y prendre denbsp;i'eau.
Le Vendredi 9. dAouft nous laidames J gauclie les montagnes d'Arcadie amp; leceuil denbsp;la Sapience. Cett une petite Ifle qui s'appel-loitanciennement Sfihitgi* amp; Sapientia, amp; quinbsp;efl: bien connuë aux Corfaires de Barbaric, quinbsp;fe tiennent cachez derriere, pour attendre ennbsp;embufcade les Batimcns qui fortent du Golfenbsp;de Venife, ou qui viennent du cóté de Sicile.nbsp;Nous nen étions pas trop éloignez quand unnbsp;matelot découvrit de defl'us nótre Hune disnbsp;grands Vaiffeaux a la voile, qui tenoient Ianbsp;même route que nous. Nous tiraines un coupnbsp;de perrier de nótre bord pour avertir le Commandant amp; toute la flote de ce que nous a-vions vu , 6c lon éleva dix fois la banniere ennbsp;poupc pour leur faire f^avoir 'le nombre desnbsp;Vaifleaux. Dabord le Capitan embroüilla u-ne panic de fes voiles, amp; rebrouifa cheininnbsp;autant que le vent de Maëftro , qui nous étoitnbsp;auparavant favorable, nous lepouvoit permet-tre. Nous fuivimes fes bordées, 6c nous com-men9anies a nous appareiller au combat. Onnbsp;mit toutes les hardes a fond de cale, on char-gea 1artillerie, on fit des parapets fur la proüenbsp;6c fur la poupe, 8c lon difpofa tous les fol-dats dans leurs poftes. Bien que lon fut danSnbsp;lincenitude fi c'étoit des Corfaires , parcequenbsp;les Algeriens marchent fouvent avec une bon'nbsp;Be Efcadre de Vaifleaux, ou des amis, on nCnbsp;voulut toutefois ricn negliger dans cétte rec'nbsp;centre. II demeurerent plus de trois heures »nbsp;venir a nous, quoi quils fiflent force de toU'nbsp;tes leurs voiles; ce qui nous fit juger apréslc*nbsp;gageures que lon avoit propofées, que ce n't'nbsp;toit pas des Corfaires dont les Batimens fonnbsp;plus legers, mais quil faflolt que ccfufTcntde*
-ocr page 129-Cs? cle l^JrchipeL nbsp;nbsp;nbsp;py
Vaifleaux marchands Anglois ou Hollandois, II y en eut dentre nous, qui crürent que cé-^oic une efcadre de Frangois comniandez parnbsp;Monfieiir de Ia JJertefdie, qui en vouloit a Ianbsp;flote de Hollande pour Smyrne. Mais quar.dnbsp;Is furent plus prés, on déeouvrit avec unenbsp;Lunete a longue vüë, quils portoient en pou-Pe Ie pavilion rayé de bleu, blanc amp; rouge,nbsp;^ quainfi cétoient des Hollandois. De fortenbsp;lue fout ce grand appareil de combat, fe re-duilit a rien, amp; nous en fümes quittes monnbsp;camarade Sc moi, pour la moitié dun barrilnbsp;tie nótre vin, que les Matelots prirent la pei-ïte de boire a nótre fanté, tandis que nous é-tions au deffus de la poupe, a confiderer lor-tlte de nótre Efcadre, amp; Ie tremoulTcment denbsp;^os Canoniers amp; des Officiers du Vaifleau,nbsp;Nótre Capitan portoit Ie pavilion de Saintnbsp;Mare au grand mats, comme grand Admiral;nbsp;ffiais Ruiter Ie fits, qui commandoit- la flotenbsp;ties Hollandois, navoitarboré que la dammetje au grand mats, comme liraple Chef dEfca-^te. Ainü ce fut a lui de venir palTer foüs Ienbsp;''ent de nótre Capitan, Sc de faluer Ie pre-''ier. Tous les autres palTerent de même, amp;nbsp;öüiis leur rendimes Ic filut; amp; aprés que Ienbsp;Commandant de la flote Hollandoile eut en-'oyé deux Officiers complimenter nótre Ca-Pitan, nous les laiilames pafler devant. lis al-^ient a Smyrne, amp; avoient trois Vaifleauxnbsp;de guerre qui accompagnoient fept Vaifleaurnbsp;quot;larchands. La bonacc regna prefque toutcnbsp;iiuit-Ia, amp; nous ne nous trouvames Ienbsp;^ndemaiii que vis-a-vis du Goliè de Coron,nbsp;V.°nrme nous nétions pas éloignez du Brazxonbsp;dl Mayna, nous prenions plaifir de nous in-'?'|ner de quelques Magnotes qui étoient ma-^®iers Air nótre bord, dc létat prefent de leur
pay«.
-ocr page 130-Voy
mijs de Dahnatic,
Ceri-
0.
pays. Is nous dirent que depuis qiielqu* temps Ie Ture les avoir obligez par adreffe ^nbsp;conlentir qu'il batift deux Forterefles fur leursnbsp;cores, amp; qu'il ny avoir que ceux des monra-gnes qui pullenr évirer de lui payer tribur :nbsp;Que ccla avoir éré caufe que quanrité de gensnbsp;avoient abandonné Ie pays, amp; quil y en avoirnbsp;plus de deux mille qui sétoient rerirez dans ianbsp;Poüille, oü Ie Roi dEfpagne leur avoir aiE-gné quelques rerres. Ils lont li adonnez aunbsp;larrecin, que voyant arriver quelques Vaifleauxnbsp;dans leurs Ports, ils en vant couper les cables,nbsp;ne pouvant voler aurre chofe. Comme dansnbsp;ces fortes de rccirs on prend plaiCr dencherirnbsp;les uns fur les autres, pour mieux marquer lïnbsp;genie de la Nation, un Officier qui avoit éténbsp;en ces quartiers-l'a nous conta une hiltorierrenbsp;que je vous donne de la maniere que je laynbsp;ïeceuë. Quelques Etrangers étoient dans upnbsp;des villages de ces Magnotes, amp; avoient faitnbsp;porter leurs hardes dans Ia maifon dune bonne vieille qui fe mit un peu aprés a pleurer.nbsp;Les Etrangers furpris de cela sinformerent dnnbsp;fujet quelle en avoit; quelquun de la corapa*nbsp;gnie répondit pour elle, que voyant des genSnbsp;qui nétoient pas de fon pays, cela lui faifoirnbsp;fans doute penfer a Iétat niiferable oü les Ma*nbsp;gnotes étoient reduits, amp; quelle pleuroit leursnbsp;propres miferes. Hé , neiiny, repliqua auffi'nbsp;tót la bonne vieille sadreflant aux Etrangers gt;nbsp;ce neft pas cela qui mafflige, mais je pleun!nbsp;de ce que mon fils neft pas icy pour vous d^'nbsp;rober vos hardes.
Le quatriéme jour de nótre depart de ZaU' te nous arrivames a lIfle de Cerigo, qui eftnbsp;fameufe Ifle de Cythere, pays uatal de Vennsnbsp;gj dHelene. Cela vous en donnera fans do^nbsp;te des idéés comme de lIfte la plus belle ^
-ocr page 131-I* plus delicieufe du monde; mais en ce cas je fiiis oblige de vous en defabufer. Cellnbsp;Ifle montagneufe amp; un terroir fee, quinbsp;^a rien de fort charmant, Elle appartient auxnbsp;^enitiens qui y envoyent un Provediteur.nbsp;^oiis montames prés dune heure, avant quenbsp;^2 pouvoir arriver a la Citadelle, qui neftnbsp;forte que du cóté de la mer, quelle regardsnbsp;^omme dun precipice. Dela, quand Ie tempsnbsp;'ft clair on entrevoit 1'Ifle de Candie, qui ennbsp;'ft pourtant éloignée de quarante milles; Scnbsp;'Oviron a moitie chemin on voit Ia petite Iflenbsp;Ctrigoto, oü il ny a que des chevres fau-Vges, amp; qui appartient au Colonel Macario-de Cerigo, qui étoit venu avec nous dépuisnbsp;f-orfou. II nous fit goüter du vin du paysnbsp;5oe nous trouvames tres-bon. Les vivtes ynbsp;Jont a grand marché, 6c un de nos Camara-y achêta un mouton pour deux quart d e-II y a quantité de lievres, de cailles 8cnbsp;'o tourterelles, 6c ces dernieres étoient lesnbsp;'yfeaux de Venus. Devant Ie port de la Cita-i'lle il y a un petit écueil quon appelle Vaeufnbsp;?. caufe de fa figure, 8c 1on y prend auflinbsp;On qu'a Cerigo dexcellens Faucons. Ce portnbsp;vaut rien , car il eft entierement expoféauxnbsp;'Onts-du Midy, 6c na place que pour feptnbsp;5*^ huil batimens. Aufli neft ce pas cét en-roit la qui fait dire a Strabon que cette 111enbsp;j On bon port. II entendoit fans doute parlernbsp;Celui de Saint Nicolas, oü nótre Vaifleaiinbsp;*la prendre de leau; car outre Ie port desnbsp;p''^nis Vaifleanx qui ont la bon ancrage 8cnbsp;^otine tenue, il y a une darfe enfoncée natu-'ftement dans Ie rocher capable de contenirnbsp;^°' galeres, qu'on pourroit aifément fermer inbsp;h^ne. Nous reconnumes Ie long de ce portnbsp;/.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Enbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les
-ocr page 132-lt;)§ T'oyage de Dalmatte, les mafures de la V'ille ancienne du Roi Mene*nbsp;laüs prefque toutes a rezde terre, Ce que nous /nbsp;vimcs de plus cntier efl; iitie voute creuféenbsp;dans Ie roe, que ies gens du pays difent avoirnbsp;¦été les bains dHelene. Coinme nous avionsnbsp;oüi parler des ruïnes d'un Palais dHdene quinbsp;étoit de ce cóté-la , nous firaes trois ou qua-tre milles pour y aller; mats nous ny trou-vames autre cliofe que deux colonnes deboutnbsp;fans bafe amp; fans chapiteau; amp; nous jugeaniesnbsp;avoir été de 1ordre Dorique. Tout cela nenbsp;nous fatisfaifoit pas, que nous retournames aunbsp;port, oil nos gens avoient fait un trou pro-che de la mer , doit ils liroient de l'eau. Ccftnbsp;quil y a un lit de riiifleau qui fe feche lH*nbsp;té, amp; envoye neanmejns quelque eau patnbsp;delfous Ie gravicr.
Le lendemain nous vimes nos Vaiffeaut que nous avions lailTez foils la Foiterefle, quinbsp;s'étoicnt mis a la voile. Nous en fitnes denbsp;inême, 8t paffames avec bon vent la FalcH'nbsp;tticra, écueil defert Se inhabité, a qui Pieti'Onbsp;de la Valle croit que les Faucons ont dom'dnbsp;le nom; bien quon dife quils ny font pasnbsp;plus frequens que dans les autres Mes de 1At'nbsp;chipel. Nous vimes a nótre droite Bella Poli;nbsp;OU l'lfola Bntpata, 8c plus loin Milo Sc 'Anti'nbsp;Thilo. Le premier a un des beaux ports dunbsp;monde. Lécneil de Caravi, qui fignifie cUnbsp;Crec un Vaifleau, étoit a nótre gauche, ^nbsp;plus avant l'Ar^entkre, appellée par les GreC5nbsp;Kimolo, qui a quelques habitans Sc une min®nbsp;dargent. Ce nom que les GrecsluiconferveU''nbsp;encore, montre que ceftlIfle de Cimolus un*nbsp;des Cyclades, dont Ptolomée Sc Strabon foiU'nbsp;mention ; Ce que nos Geographes nont pa*nbsp;eifcote fceu, appellant Cimolus tantót Foliu®
-ocr page 133-tantót Sicandro. Sifanto parolt enfuite, ou y a neuf ou diK Villages riches en beauxnbsp;ftuits amp; en belles filles. El'les y ont un grandnbsp;quot;lonaflere, oü prefque routes les Religieufesnbsp;l'Archipel vont faire leur profeffion. Parisnbsp;Paros Ifle renomniée pour fon marbrc,nbsp;P*tut, mais éloignée de nous; amp; Ie foir dunbsp;*7- nous eürnes a notre droitc Serifos, qui anbsp;Pn Bourg amp; un port vers Ie Slid. Cette Iflenbsp;* des mines daimant, qui ne font toutefoisnbsp;'stier la Bouflble quoyque Ie Vaiffeau en ap-Ptoche. Nótre Pilote nous afllira quil en a-'oit éprouvé, amp; quil nétoit pas fi bon qucnbsp;^elui des autres mines. Pline aflure quc de fonnbsp;*^crnps les grenoüilles de cette Ifle y étoientnbsp;^luettcs, mais que fi on les tranfportoit ail-'eius , elle faifoient autant de bruit que les au-'tes.
La niiicle vent sétant misauPonant, nous dtclTames la proüe entre Zea amp; Thermia. Nosnbsp;jSifeurs de Cartes déflgurent Ie nom de cettenbsp;lappellant Ferm'ia ou Fermina; mats fonnbsp;Rentable nom eft Thermia, comine lappel-^nt ceux du pays, d caiife des eaux chaudesnbsp;'1'ii sy trouvent, car Ie mot Grac ne fignificnbsp;^itre chofe. La reiferablance de prononciati-quil y a entre 1F amp; Ie Th parmiles Grecsnbsp;prefent, a contribué a cette erreur.
, Le jour fuivant nous paflames aflez proche 1Ifle de Scyra, appellé autrefois Scyros, amp;nbsp;Pïoche de celle de Gyaros que Ton norame inbsp;Pfefent j}oura. Elle avoit la reputation dêtrcnbsp;d' tres mauvais fejour, amp; 1on y envoyoit ennbsp;j 'fl des perfonnes de qualité de Rome. Au-JOurdhui elle ett tout-a-fait inhabitée, la gran-fülnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de rats ayant fait defertcr ces In-
w^ires, li nous ajoütons foy au raport dcPli-
100 Voyage de Dalmatte ^ ne. Juvenal lui uonne Ie furnom de CoUrie 1nbsp;paree quen eifet elle eft tres-petite; amp; Virgilenbsp;celui de profonde, d'autant que lamerd'alen'nbsp;tour y a grand fonds.
Tine. Nous arrivames enfin a Jenos appellee pre-fentement T/ne, qui eft la derniere Ifle que Ie1 Venitiens polfedent au Levant. Elle eft niieiiinbsp;cultivée öi plus peuplée que les autres Illesnbsp;Cyclades, qui font foüs la domination Otternbsp;jnane, paree qu'ellc eft a couvert des inlulte1nbsp;des Corlaires Chretiens. Elle na point de Port inbsp;mais feulement une plage appellee Saint N'i'nbsp;colas, oü les Vaifleaux vont donner fonds inbsp;auprès de Ia quelle étoit la Ville de cette Ifleinbsp;amp; bien quil n'y ait plus que trois ou quati'^nbsp;rnaifons, Ie lieu porte encore Ie nomdePa/ft inbsp;qui figiiifie une Ville en nótre langue, De-I»nbsp;on monte a la Forterélfe qui eft a quatre oUnbsp;finq rnilles de la mer fur un des plus éminenSnbsp;ciidroits de IJile, cc qui la rend confiderablCnbsp;pour 1avantage de fa fituation. Le Bourgnbsp;joint la Fortereffe, 8c en cas de befoin toult;nbsp;les habitans des Villages sy pourroient renfet'nbsp;mer. lis fuivent prefque tous le rit Latin gt;nbsp;quoi-quils parlent la langueGreque, Scion Ifnbsp;conté jufqua 14. Villages, qui'semployent 1nbsp;^ faire de la foyc 8c a travailler celle de ilfi^nbsp;dAndros. Elle ny vaut quenviron quart®nbsp;francs Ia livr.e, raais elle nell pas fort bell®lt;nbsp;8c ils font ft mal adroits en ces pays-la, qua'1nbsp;lieu de lui donner du luftre en la travaillant: gt;nbsp;ils lui ótent celui quelle avoit; de forte
leui1
Audc aliquid brevihus Gyaris 8c carcef1 dignum. ^aven. Sat. i.
Ut Gyarceclaufus fcopulis pimque Seripb®' Idem. S1t. 10.
-ocr page 135-sufs étofFes de foye ne paroiflent pas plusquè elles étoient de fleuret. Nous rencontramesnbsp;^ns cette Ifle un Francois qui sy eft établi,nbsp;^ tache de sy faire créer Conful de )anbsp;Ration, ny en ayant point encore en celieu-II sappelle Charles Guyon , 8c paroitnbsp;'tre fort hónnête hom me. Llfle elt fertilenbsp;bleds, en figues 8c en beaux raifins , cenbsp;*3ui a donné occafion de graver au revers d'unenbsp;Medaille de cette Ifle que nous y trouvames,nbsp;grape de raifin. Dans une autre on y voidnbsp;Neptune avcc fon Trident, pareequilyavoitnbsp;? autrefois un Temple celebre confacré a ccnbsp;^ieu. Elle a aufli porté anciennement Ie notanbsp;'^^'jdrooufa , a caul'e de quantité de fourcesnbsp;®eau dont elle eft remplie. Tout Ie rocy eftnbsp;Ptefquc de marbre, 8C il y en a encore desnbsp;barrières qui ont été autrefois travaillées. Nó-Efcadre devoit sy arrêter quelques jours,nbsp;Poiir avoir Ie temps de charger les hardesd'uanbsp;tovediteur de Tine, qui retournoit a Corfoanbsp;la moitic des Vaideaux. Ainfi nous au-jjotis eu peu de curiofité ft pendant cc lemps-nous ne fuffions allé voir lIfle de Dclos quinbsp;j) en eft éloignée que de douae milles. Nousnbsp;¦*lt;nes la partie avec un Doéteur de Tine nom-Signor Nicolo Creïeentier, qui soffrit fortnbsp;^öligeamment de nous y conduite. Nous nenbsp;Poiivions fouhaiter une meilleurc compagnie,nbsp;il fqavoit lhiftoire de ces pays-la, Ie Latinnbsp;p 1 Italien , Sc nétoit pas ignorant ni en Phi-ofophie, ni en Theologie, ayant bien ctudiénbsp;* Rome. Nous fimes quelques provifionsnbsp;y diner, amp; nótre Doéleur noublia pasnbsp;jjnq OU fix gros oignons pour fon écot. Ennbsp;'quot;ance on laifleroit cela aux paifans 8c auxnbsp;^^ïons; mais auffi il faut avoüer quil y aau-de difference entre nos oignons 8lt; ceuxnbsp;£ 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4«
-ocr page 136-I öi Voyage de Daïmatie , de ces pays-la, quentre nos poires de bonnbsp;Chrêtien, amp; les poires que Ie vulgaire appelfenbsp;détranguillon, ceft-a-dire afpres amp; rebman-tes. Ces oignons des Mes de lArchipel nontnbsp;point cette mauvaife odeur amp; cette r4crimoni£nbsp;quont les nótres. Ils font doux, amp; fe mangent crnds comme des pomraes , 8c mêmcnbsp;font excellens.pour ayder la digeflion. Je fuisnbsp;perfuadé que les plus'delicats de nos Francoisnbsp;ne feroient pas difficulté dcn manger, aprésnbsp;cn avoir goüté une fois. Cela me fit fairenbsp;quelque reflexion fur ce qae les Enfans dIfraclnbsp;regt|ttoient fi fort les oignons dEgypte;nbsp;cn effet des gens qui avoient été en Barbarieösnbsp;cn Egypte nous afluroient que ceux de cesnbsp;quarticrs-la font encore plus excellens que lesnbsp;oignons de la Grece. II en eft de même de»nbsp;porreaux quon rtiange auili tout cruds ,nbsp;dont les Grecs font un grand regal. .Le So-leil en ces lieux-Ia ayant plus de force, toute»nbsp;fortes de fruits, dheibages 8c de leguineSnbsp;memiöent bien mieux que fous nótre climatnbsp;OU la chaleur manque. On croiroit que denbsp;manger du concombre crud erl quantité, SCnbsp;même avec du laid! aigre, ce feroit affez poufnbsp;feire crevcr un cheval. Cependant tous ceu*nbsp;qui ont été au Levant f^avant que ceft un de»nbsp;mets les plus de delicieux des Turcs, 8c quenbsp;perfonne ne sen trouve jamais incommodenbsp;en ces pays-lL
Nous primes done une Barque de Tine, oti nous laiflames nos Vaifleaux, croyant de le»nbsp;pouvoir venir rejoindre fut le loir. Un petitnbsp;vent favorable nous porta Iieureufement eonbsp;deux heures a Delos, dont je vay vous don'nbsp;net la defcription le plus exaéiement quilnbsp;fera poflible.
Duos.
nombr®
-ocr page 137- -ocr page 138-V.
--7-'-
1gt;
/
1!^'
â¢./
! nbsp;nbsp;nbsp;/ V / â¢;
/ nbsp;nbsp;nbsp;/nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
V-
s-'*- M -i-
â¢
t ri . .â
.., K. L-' nbsp;nbsp;nbsp;^ '
â-⢠gt; â 'â ' ' nbsp;nbsp;nbsp;, /
-â â - \
3
â â¢: )
;'a
â â¢i â nbsp;nbsp;nbsp;l
' â i
d
Oombre plurier, paree quüs comprennentfous même nora llfle Rhensea, qui deloinfem-nêtre quiine même Ifle avec Delos,nbsp;l'appelient ]a grande Delos, 1 lautr'cnbsp;ell la veritable, la petite Delos. La pre-j^iere a peu de mafures, 8c a fufS'amracnt denbsp;otine terre pour être cultivée, comrae ellenbsp;par eeux de Micone : mais la veritablenbsp;pelos a tant de ruines , quclle nc fgauroicnbsp;'être, amp; elle nefl:jrabitée que de Lievres amp;znbsp;Lapins , qui y mukiplient de telie forte,nbsp;*3ue cela lui fit donner anciennement k nomnbsp;Lagia, lagos en Grec iignifiant un Lievre,nbsp;pétoit peut-être pour cette raifon qnon nynbsp;'oulfroit point de chiens, puis quils en au-^¦oient bien-tót éteint la race, amp; que Delosnbsp;®knt un lieufacré, les bétes méme y de-''^oient trouver un afyle afluré. On lui donnanbsp;quot;Uffl Ie nomnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;comme qui diroit 1iöe
ps Cailles, parceque felon Ie fentiment de «olinus, cétoitj la que les premieres avoientnbsp;êtéyües. Mais a prefent quil ne s'y feme plus denbsp;pains, il ne faut pas sétonncr que ces oifeauxnbsp;' ayent abandounée pour fe retirer dans les Ifle1nbsp;'^oifines.
Dne fuite de fiecle change beaucoup Ia face . tin pays. Herodote allure que cette lücnbsp;E 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;étoit
M. Baudrand qui a augmenté Ie 'DiSltonaire 'Ferrari, fe trompe de dire que eette Ifle efinbsp;t^efentement mmmée Fermenc, qui efi Ie nomnbsp;^'gt;rrompu de d'Ifie de Thcrmina a plus de 30.nbsp;^Ues de Delos, dont nous avons parlé a la pag.nbsp;99. Lerreur de nos mariniers qui ent cru qiionnbsp;Jp appelloit Sdiles, vient de ce que les Grecs peurnbsp;'re 4 Delos, difent eis Dilous, c?' pour aheiirnbsp;S. Dilous OU S. Diks.
-ocr page 140-Ï04 Voyage de Dalmatie^ étoit fertile en Palmiers, mais prefentementnbsp;il ny en a pas un feul, amp; il ny vient que Junbsp;Lentifque, qui eft larbrifleau qui porte la gom-me de maftic. On tient quil nen produit quenbsp;dans rifle de Chio; mais il y a apparcncequcnbsp;fi on Ie cultivoit de même a Delos, il ennbsp;produiroit auffi; car jy en remarquai quel-ques larmes deflus, èc Ie climat de ces deuxnbsp;Ifles efl prefque ferablable.
Au refte cette Ifle a été fi celebre dans 1An-tiquité, que vous ne trouverez pas ctrange fi je métens un peu fur fa defcription veu quenbsp;les Anciens nenous 1ont pas aflcznetteroent de-peinte, 8c que les modernes ne nous en ontnbsp;donné que des portraits fort peu reflemblans.nbsp;Laurembergius qui a fait de petites cartes denbsp;toute lancienne Grece , cmbroüille plus 1»nbsp;fituation des lieux quil ne les déraélc , lesnbsp;ayant placez plütót felon fon caprice, que felonnbsp;la verité: auili eft-il fort difficile de Ie biennbsp;faire, fans avoir été fur les lieux.
Delos a pris fon nom du mot Grec dtkhf ccft-a-dire parehre, parceque felon quclquesnbsp;Authcurs elle parut la premiere des autrcsnbsp;Mes, aprés lécoulement des eaux du Deluge,nbsp;qui. arriva au Cede dOgyges, long tcmpsnbsp;avant celui de Deucalion. Mais ceft une amp;nbsp;ble mal inventée, fuppofé même que ces deluges particuliers euiTent pü fenfiblement enflernbsp;Ia mer. Carles eaux venant iferetirer, Delos auroit plutót été des dernieres a paroitre,nbsp;étant une Ille fort bafle, amp; ny ayant pas unenbsp;des Ifles voifines , comme Andros , Tine#nbsp;Myconc, Scyros 8c Naxia qui ne foient in-comparablement plus hautes. Strabon mêmenbsp;tout exaél Geographe quil eft nous en faitac-croire, en voulant que Ie mont Cymhus, qenbsp;eft au milieu de lIfle foit une haute montagne »
puii'
-ocr page 141-Ptiifqu^ peine ell-elle auffi éleve'e quc celle Oü Capitole; ceft-a-dire quelie na quezo. ounbsp;toiles de haut , pour ne pas m'engagcrnbsp;quot;3ns line mefure exadle de Geometrie. Maisnbsp;u y a plus dapparence que cette Ifle tire l'ori-gine de fon nom de lopinion quon avoit quenbsp;¦Latone y étoit accouehée dApolIon öedeDia-Jie gt; amp; que cétoit la quelle avoit ofé paroitrenbsp;premiere fois depuis quelle fuyoit par toutnbsp;monde la colere de Junon.
Steplianus en donne une autre raifon aflez inge-'ieufe. Ceflparee, dit-il, que fon oracle fai-fcit paroitre au jour les choi'es dont lon sin-formoit, amp; qui fans cela auroient demeuré cnfevelies dans lobfcurité. Ariflote en appor-?e une plus naturelle, 8c dit qtie Ddos a éténbsp;sinfi appelleeparee quelle vint a paroitrenbsp;tout dun coup hors de la mer; ce qui neftnbsp;Pas incroyable, sil eft vrai, comme il ny anbsp;point de doute, que les tremblemens de terrenbsp;ont fouvent élevé des montagnes dans unenbsp;P'aine, 8c poulTé hors de la mer des terresnbsp;^uon ny avoit pas encore vues.
Nous ne fumes pas plütêt arrivez a Delos',' ^lue nous étendiracs notre nappe fur lherbe.nbsp;Pour ne pas aller faire nos promenades ajeun.nbsp;^ais OU Ie peu de provilions que nous avionsnbsp;Porté, OU la démangeaifon de courir parmilesnbsp;iiiafures dun lieu ft celebre, nous fit abregernbsp;Jiótre repas. Nous commen^araes de marchernbsp;du cóté oü nous voyions de plus grands mon-lt;^eaux de marbre; car 1lfle en eft fi fort cou-t'erte ^ que ft on y vouloit prefentement batirnbsp;tine quot;Ville, il ne feroic pas bcfoin dy emplo--yer dautres pierres.
Nous neümes pas fait cinquante pas depuis « petit Port oü nous avoit porté nótre Fc-^uque, que nou* trouvames- onie colonnesnbsp;E 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4e-
-ocr page 142-to6 Voyage dè Dalmattey debout fans chapiteau, amp; quelqucs autres coU'nbsp;chées par terre. Les habitans des Ifles voili'nbsp;nes, c'eft-a-dire , quatre oü cinq perfonnes rnbsp;«ui ont qiielqirC teintuie de l'Hittoire ,nbsp;t'iennent par une efpece de traditionnbsp;cétoit Ie Gymnafe, ou les Ecoles; amp; en effetnbsp;aflez prés de la nous irouvames une ancienncnbsp;ïnfcription qui failoit mention dun Gymnaii-arque, ce qui fert a confirmer cette opinion.nbsp;11 eft vray quun peu plus a 1écart nous ennbsp;trouvlmes une autre, qui parloit dune feni-blable charge; amp; ainfi cela ne pourroit fervirnbsp;qu'a prouver quil y avoit un College a Delos^
Ón dit raême quelaphlpartdesCorfairesChrê-
tiens appellent encore cette Ifle , les Ecplts-Les deux Reéfeurs dont il eft parlé dans cette ïnfcription étoient Atheniens, amp; lon f?aitnbsp;quAthencs a été long-tcmps en poffeflion denbsp;rifle. Mais ce qui mefurprit, eft quelles fontnbsp;dediées. Tune a MithVidate Evergetes, 8cratgt;'nbsp;tre a Mithridate Eupator Rois de Pont, dontnbsp;Ie dernier fut vaincu par Pompée; bien quonnbsp;life dans Strabon que les Generaux dun de cesnbsp;Rois faccagerent Delos, Sc la mirent au pilla*nbsp;ge. Les S^avans ontremarqué, que leurnornnbsp;devoit être écrit Mithridate comme on Ie voidnbsp;dans ces deux bales de ftatuë, que je vouSnbsp;donnerai avec d'autres a la fin de cette Relation.
Environ cinquante pas plus loin nousvimes nn lieu pour les Naumachies ou combats d®nbsp;mer qui Ie faifoient pour Ie divertiflement danbsp;peuple. Ceft un ovale de 300. pieds de longnbsp;amp; de 100. de large , revêtu dune muraille denbsp;quatre ou cinq pieds de haut, autour de 1'^'nbsp;quelle il pafoit encore trois ou quatre colon'nbsp;nes fur pied, Se lon juge par la quil y ennbsp;Toit une rangée qui 1entouroit , foit quellf®nbsp;fervifleut funplement pour 1ornemenc,
poiir
-ocr page 143-Ö* de fJfcMpet nbsp;nbsp;nbsp;107
pour aifacLer les petitsbatteaux quon y faiioit combattre , Ie litu n'étant pas capable dcnnbsp;porter de gtands. *
Ayant pafle un peu plus avant dans ces pre-cieux debris,' nous nous trouvames fur Ie plan du Temple dApollon ce que nous aurions pAnbsp;ignorer, fi nous ny euffions apper^ö fa fiaiuënbsp;couchée par terre , amp; prefque reduite a unnbsp;Ironc fans forme. Ce font des fuites inevitables de fa vieillelTe, oudes mauvais traitemensnbsp;^uelle a re^üs par diverfes perfonnes qui onlnbsp;abordé a Dclos. Les unes lui ont emporté unnbsp;Pied, les autres unemain, fansrcfped ni con-fideration de I'eüime quon en faifoit anciea-dement. 11 ny a pas même long-temps quunnbsp;Provediteur de Tine lui fit fcier !e vifage, voyant que la tête étoit une trop lourde maife.nbsp;Pour la pouvoir enlever dans fon VaiiTeau. Ennbsp;®lïet cétoit un vrat Cololfe , car cette ftatuënbsp;^toit quatre ou cinq fois plus grande que nature , comme vous Ie pouvcz juger par ksnbsp;Picfures que jeus la curiolite den prendre. Lanbsp;wgeur des deux épaules enfemble eft de fix.nbsp;Pkds, amp; Ie tour de la cuilTe vers Ie milieu,nbsp;®Pviron de neuf. Je ne pus pas ft bien prendre la hauteur, paree quil y manque les deuxnbsp;iambés amp; une partie des cuilTcs. Comme nousnbsp;'drairions un fi beau morceau de marbre, unnbsp;de nótre compagnie nous dit que nous avionsnbsp;*ort de prendre cela pour une ftatuë dAppol-£ 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ion gt;
* Cejl ce que Ie Poéte CalTimachus appellt ^poXoio'trce tilfiyit, un Laf rond: car fon Scholiafitnbsp;yant expliqué que l'on peut entendre la mer parnbsp;mots, a caufe quelle environne l Ijle, il ajoü^nbsp;ce peut aujji être un Lat-rond qui efi danpnbsp;, n xiu.1,; T(5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nspupeer';. Ex Epift. Av-
-ocr page 144-io8 Voyage de Dalmatie,
Ionamp; que felon fon fentiment, ccn e'tolt plutót unede Diane, paree quil y reraarquoitnbsp;de longues treffes de cheveux quilui pendoientnbsp;fur les épaules. Je lui repartis que je croyoisnbsp;que cétoit lui-même qui prenoit Ie change,-amp; que ces cheveux étoient la, marque la plusnbsp;alTurée que cette ftatue étoit dAppollon , par-;nbsp;ce quils nous reprefentoient fes rayons; ce quinbsp;avoir porté les Anciens a lui donner Ie furnoranbsp;óuikeirecemis en Grec, amp; d'Intonfus en Latin,nbsp;amp; c'cft de la maniere quHorace Ie dépeint aö-premier Livre de fes Odes:
Dianjim tenem dtcite vtrgines ,
Intonfum pueri diciti Cynthium,
Cétoit pour fignifierquela cheveluredApol' lonnavoit point été coupée, au lieu que Di»'nbsp;ne avoir fes cheveux rattacher, derriere, pournbsp;nêtre pas embarraifée a la chaife, dont ellcnbsp;faifoit Ibn divertilfement ordinaire. A quoi ünbsp;falloit ajodter, lui dis-je, que Diane étoit tqü*nbsp;jours reprefentée vêtuë, 8c Apollon nud, al*nbsp;referve dun petit manteau quon lui donnoitnbsp;quelquefois, coramecelui-ciparoifloit en avoirnbsp;CU un fur lépaule gauche.
Pour ce qui eftde laftatuëde Diane, quofl f^ait par lHiftoire avoir auffi été a Delos,nbsp;nously cherchames inutile.ment, 8c nous troU'nbsp;vames feulement prés de la une piece deftatuSnbsp;que nous jugearaes être dun Centaure , don*nbsp;la fculpture étoit inerveilleufe, les veines ^nbsp;ks mufcles marquant leffort quil faifoit.nbsp;quelques pas de la nous vimes un demicorprnbsp;de femme, dont la. draperie étoit louvrag®nbsp;d-une main auffi delicate que celle qui avoi*nbsp;travaillée a la piece précedente. Pour moT^'nbsp;jj;Ju^eai que les deux pieces ncn avoient au^
-ocr page 145-'ïefois fait quune , amp; quelk reprefentoit Ie Centaure Nefi'us qui enlevoit Dejanire; cequinbsp;ï^econvenoit pas mal a rornement de ce Tempee, puifque les Centaures étoient confacreznbsp;^ Apollon , comma nous lapprenons par lesnbsp;types de diverfes médailles, amp; partrculierementnbsp;de * Galien. Dun autre cóté du Temple onnbsp;t'oid encore quatre troncs de marbre, quonnbsp;*uroit de la peine a prendre pour des Lions,nbsp;ft les voifins de Delos ne fe reflbuvenoient dcnbsp;les avoir vils fur pied amp; plus entiers quils nenbsp;font. Le Lion étoit atifli dedié a Apollon,nbsp;^ lorfque les Perfes vouloient reprefenter Icnbsp;Sqleil, ils le depeignoient avec un vifage dcnbsp;1-ion, parceque lots qu'il eft dans le figne dunbsp;Lion, il a plus de force que dans tous les autres.-
Entre la mer amp; le Temple regnoit un beau Eortique de marbre du cóté qui regarde Ilflenbsp;de Rhaenia. Ceft la paiticuliercment quil reftcnbsp;ttne prodigieufe quantité de grans quartiers de-ttiarbre, de pieces de colonnes, fk de frifesnbsp;cntaflees les unes fur les autres. Les colonnesnbsp;luon y void font pour la plus grande particnbsp;oanelées par le haut j amp; taillées a facetes par Icnbsp;oas. Nous ne vimes dans cetre confufion quenbsp;deux ou trois chapiteaux dordre Corinthicn,nbsp;« lefte qui devoit accompagner les colonnesnbsp;ayant été enlevé par les VailTeaux Turcs ounbsp;Chrêtiens, quiy font venus aborder depuisquenbsp;1Ifle a été abandonné. Les Roys de la Grécenbsp;E 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;avoient
, * Medaille Je Galien, Revert,, un Centaurt, ey *rit amour Apollini Augufto, ce ejue le Poittnbsp;Manilius liv. i, conjirme dans ces deux Vers:
Et Phoebofacer ales, amp; almo gratus laccho
Qater amp; duplici centaurus imagine fulgsns.
-ocr page 146-1 lo T^oyage de Dalmafie, avoient contribué aux frais dun fi fuperbc' ou-vrage, dequoi il ne nous fallut point dautresnbsp;preuves que Ie nom duRoy Philippe de Macedoine que nous y lumes fur une grande frife ,nbsp;amp; celui dun autre Roy appellé DionifiusEuty-dies fur nn marbre fcmblable.
Joignant Ie Temple , ou peut-être même dans fon enceinte nous remarquames unenbsp;grande pierre a deray enterrée, ou fe lifcnt cesnbsp;deux mots, NAStoi AnoAA qui ne nous ap-prirent autre chofe, fi ce nefl que les habitansnbsp;de 1Iflede Naxos appellee prefentementnbsp;avoient dedié a Apollon quelque ftatuë, ounbsp;quelquautremonument a Delos, dontcemarbre fervoit debafe. De lautre cóté i! y avoir quel-Gues caraderes , qui approcfaoient de la figurenbsp;des lettres Tofcanes anciennes, mais je reconnuSnbsp;pourtant quelles étoient de Grec moderne.
Au pied du mont Cynthien lon void auffi grande quantité de marbres amp; depierrcs, quomnbsp;peut juger ctre des debris de la Vilie , car c'é-toit la quelle dcvoit être placée , felon la de-fcription que nous en font les Autheurs, amp;nbsp;particulierement Strabon. Nous y lumes unenbsp;Infcription qui parle dun Vocu fait a Serapisynbsp;Ifis, Anubis amp; Harpocrates, qui peut-être y a-Toient un Temple, quoique les Hifloriens ncnbsp;nous en ayent pas fait mention;- ou du raoinsnbsp;un Autel dans Ie Temple dApollcn; car les^nbsp;Egyptiens difoient quelquefois que Serapisétoitnbsp;Jupiter , amp; dautrefois que cétoit Apollon; doünbsp;vientquils reprefentoient fouvent Serapis avecnbsp;desrayons autourde la tête. De même ils crO'-yoient quIfis étoitlaLune, amp; on Ia void quel'nbsp;quefois dans des medailles avec un croiflant. 1
Tout
CiUt VilU s'étendoit dam la flaine iusqu
dé'
-ocr page 147-6? de VJrchipeT. nbsp;nbsp;nbsp;r r E
Toat Ie marbre qui étoit employé a Delos étoit de celui de Paros, que les Grecs efti-nioient beaiicoup pour fa beauté amp; pour fa blan-cheur. Le petit mout Cynthius qui donnoitnbsp;Ie furnom de Gynthien a Apollon amp; a Diane^-eft un roc de marbre granite, aftel approchantnbsp;de celui dEgypte. 11 nc paroit pas nean-iiioins quon en ait jamais tiré. On void au def-Itis quclques mafures , comrae sil y avoit eu-Stieique Temple.
Entte cette colline amp; la mer du cóté qui re--garde l'Ifle Rhaenia, nous vimes un Theatre de nrarbre, dont il refte encore une partie des de-grez. II a un peu plus que le demi-cercleavecnbsp;les angles exterieurs qui rentrent en dedans, 'nbsp;Son diametre en y comprenant répailTeur des-degrez eft de zoo. pieds. Sur le derriere fon6nbsp;placées aux cótez deux efpeces de Tours malli-Ves qui ont 30. pieds de long amp; 18. de large;.nbsp;amp; fous 1endroit de ia Scene fe découvrent ennbsp;terre neuf voütes fcparées chacune par une mu-raille. Nous les primes pour des citernes, paree qua quclques-unes on void un conduit quinbsp;y portoit Peau de pluyc.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sur
^hroit de mer, qui eft entre les deux Iftes de DeloS' Cs* de Khesnia, amp; même le Theatre dont nous par~nbsp;krans bien-tót étoit dans l'enceinte de la VUUy.nbsp;oomme on lapfrend par me infeription qui fevoid^nbsp;^aintenant » Venife d la Bibliotheque de Saintnbsp;¦Mare, ztr qui apparemment a été apportée de Dekt. Elle eft imprimée dans le Gruterus k la pagenbsp;^ceev. Stephanas parle d'un lieu appellé Olyin-picum dans lIfte de Delos, ou les Mheniens bd-krent une Ville, aux dépens de l'Empereur Hadri-. d caufe dequoi ils la nommerent, la nouvellenbsp;^thenes dHadrien, amp;il ya beaucoup dapparen-^ que c'étoit cette même Ville dont parle Strabortfnbsp;^t ils avoient rebatie amp;agrandie.
-ocr page 148-Sur Ic foir nous voulumes retourner a nos quot;Vaifl'eaux, mais voyant Ie vent fenliblcmentnbsp;angmemé, öc la mer fort agitée, nous trouvailles a propos d'attendre au lendemain. Ainlïnbsp;il fallut pour ce foir-Ia nous contenier des ref-tes de nötre diné, 8c de nous firire des mate-lats de Palium montanum, 8c d'autresherbesquenbsp;nous pumes amaller, efperant que Ie vent fenbsp;calracroit la nuit, 6c que nous pourrions nousnbsp;remettte en mer de grand matin. Mais lejournbsp;étant venu, amp; Ie vent fe rendant toüjoursplusnbsp;fort, nous ne voulümcs pas rifquer avec unefinbsp;petite barque que la nötre. Cetie difgrace nousnbsp;arriva tres-mal a propos, parceque nous na-vions pas eu la precaution de prendre des pro-vifions, 8c qurl nous auroit fallu jeuner fortnbsp;aufterement tout ce jour-la , fi par bonheur unnbsp;de nötre compagnie neüt mené avec lui unnbsp;chien de chafle, 8c porré fon tuiil, avec quoinbsp;il tua quelques lapins, que nous fimes rótif Ienbsp;moins mal que nous pumes, 8c que nous man-geames fans pain , ni bifcuit. Le pis étoitquenbsp;nous navions rien a boire, 8c qualors la cha-leur étoit tres-grande. Nous clierchames inu-tilement la riviere dInofus, qui couloir auiresnbsp;fois dans cette Ifle , felon le témoigrtage denbsp;Strabon 8c de plufieurs auires Geographes, denbsp;linfidelité'defquels nous avionsbienlieudenousnbsp;plaindre dans une rencontre li facheufe. Maisnbsp;cette riviere dont ils font mention ne pouvoitnbsp;être quun torrent -fort mediocre qui ne fe for-moit que par la pluye, oij du moins une lint'nbsp;ple fontaine que le bouleverfement de tant denbsp;ruines nous cachoit. Auffi Piine ne lui donnCnbsp;que le nom de fontaine ; mais il en racontcnbsp;une cliofe merveilleufe; ceft, ditdlqueHe ob'nbsp;fcrvoit le même temps 6c k même regie lt;}®
-ocr page 149-13 AeV Archipel. Iï | 5e Nil quand die venoit comme ce fleuve ^nbsp;crokre tk i décroltrc.
Le Doéleur Crcfcentio, qui étoit notreguide f^avoit pourtant que l'Ifle avoitdeleau , 8e il s'opiniatra a la cherdier deux heures durant.nbsp;A la fin il trouva une ouverture de voute anbsp;Cent pas du pied de la montagneparmides ma-fures. Ayant jetté dedans une pierre, ilrecon-nut quil y avoir de leau, amp; nous en vint a-vertir. Nous nous y rcndiines tous , pour jnbsp;faire defcendre un de nos matelots , amp; nousnbsp;J^emplir un baril. Cétoit une belle citerne an-cienne amp; qualre voütes feparées feulement.parnbsp;^uelques piliers. Leau en étoit bonne , ounbsp;dumoins die npus paroiffbit telle , amp; mêmenbsp;'saffi excellente que le meilleur vin du monde.
Laprefdinée nous allames a la pointe de Ilfle ^ui regarde Tine Se Mycone, pour obferverftnbsp;bos Vaiffeaux étoient encore a l'ancre. Nousnbsp;'lmes quils étoient i la voile pour fuivre leurnbsp;l^oute de Conftantinople, 8c fümes bien furprisnbsp;de les voirpartir, fans trouverdexpedient pournbsp;öous y rcndre. Le vent leur étant contrairenbsp;bous jugeames bien quils auroient de la pcincnbsp;* doubler le Gap de Tullo, qui eft de rifle'denbsp;Mycone, ce qui nous donna qudque efperan-ce quils feroient obligez de retourner a Tine,nbsp;bit de venir mouiller au Port de Mycone , ennbsp;^Uoi nous ne fümes pas trompez, car ils vin-'^cnt-donner fond a ce dernier. Notre fommeilnbsp;be fut pas profond cctte nuit-la , par lin-^Uietude de ce que nous deviendiions fur cenbsp;biiferable écueil de Delos, dont lancienne re-bommée ne nous donnoit point a manger,nbsp;^ous fümes tous cvcillez avant 1aube dujour,nbsp;7 nos matelots ayant remarqué que le ventnbsp;*ctoit un peu relache,, nous profitumes de cc
'ï 14 Voyage de DaJmatie, moment pour nous embarquer, amp;: venir a I*'nbsp;rame a Mycone, ce que nous fifmes en moin9nbsp;d'une heure. Comme nous étions tout pro-che, Ie vent recommcnga defoufler pluscruel-kment quil navoit fait, amp; bien que nousfuPnbsp;iions a 1abry de la cóte, nous neüines pas peUnbsp;de peine a gagner Ie Port. Les vagiiesavoientnbsp;rempli dcau nótre barque, amp; nous étions pref'nbsp;que autant moüillez que fi nous fuffions torn-bez dans la mer.
Mtco- mycone, anciennement Mymm eft lIflc
Sis. oir les Poëtes difoient que les Centauresdéfaits par Hercule étoient entcrrez. Elle neft fepS'nbsp;rée de Dclos que de trois milles de trajet , Sinbsp;non pas de quinze , comme Ferrari laflurenbsp;dans ion DidionaireGeographique. Entrecet-te Ifle.8c Delos il y a un écueil que les Francsnbsp;appellent Uragontra , 8c les Grecs Tragonifi tnbsp;comme qui diroit Fllle des Boucs. Le circuitnbsp;de Mycone eft de a 30. milles. Elle eftnbsp;fertile en orge amp; en vin, mais qui neft pasnbsp;meilleurs. Je m'étonne que Baudrand , qui *nbsp;augmenté Ferrari, dife quelle eft fous la dorni'nbsp;nation des Venitiens, nayant pas oüi dire quilsnbsp;en ayent Jamais été en pofleffion. Mais il f^nbsp;peut faire que du temps de la guerre, Tllle é'nbsp;tant abandonnée, ils y ayent fait quelque def'nbsp;cente. Car elle na point de ForterelTe ,nbsp;c'eft pourquoi les Turcs noferoient l'habiter »nbsp;de peur que les Corfaires Chrétiens ne les nbsp;vinlTent enlever pour les rendre efclaves.nbsp;les Galeres du Grand Seigneur ne manquentnbsp;toutes les anuées dy venir prendre letributp^'^nbsp;tefte quils appellent Caraifch ; Il ny a qu'uHnbsp;feul village dans Fllle, 6c il payc pourfonCa'nbsp;ratfch trois mille fix cent piafttes. Le norob^nbsp;des habitans monte a peine a deux mille , ^nbsp;lon y trouve quatre femmes pour un homms
-ocr page 151-Parceque la plufpart de ces Infulaires font Mariniers OU Corfaires, amp; il ne revient jamais Ia ^oitié de ceux quivont cherclier fortune. Lesnbsp;«lies ny font pas cruelks , quoique pour lanbsp;Plüpart elics foient trcs-belles. Nótre Capitai-en enleva une, que fon propre pere lui a-'Voit vendue. Elle faifoit femblant de ny pasnbsp;Confentir, amp; toutes les femmes feignoient denbsp;*cn allarmer. I^eur habit efl lout-a-tait particulier. Le corps eft de velours rouge ownbsp;°run; les manches font de toile , ayant plusnbsp;lt;iune aune de large , amp; autant de long. Lenbsp;^Odilon fort plilfé ne defcend quun peu plusnbsp;pas que le genou, amp; Ia chemife paroit deflbusnbsp;Jufquau foulier, eft pliffée de même , amp; ou-yagée de foye. Elles sentretionnent a filernbsp;cotton qui croit dans leur Ifle , ou de lanbsp;foye dAndros, dont elles font des mouchoirs.nbsp;Le Gibier eft a grand marché dans ceite Ille,nbsp;La paire de perdrix ne coüte dordinaire quenbsp;^inq fols, mais nous en payames dix , parce-Pue nous étions étrangers. Sils avoient affesnbsp;oe poudre , on les auroit encore a meilleurnbsp;Pdx. Le bois amp; 1eau y font rares. On nynbsp;otule prefque quedesherhesfeches, amp;un grandnbsp;Juits fournit deau tout le Village. II y a environ trente Eglifes Grecques, amp;unefeuIeLa»nbsp;diie. Le Commandant de iIfle eft unGreede-Lonftantinople.
Vendredi Z3. dAouft nous levames les an-^tes fur le midi, 5c paflames entre Tine 5r ¦^J'cone, qui ne font éloignées 1une de 1air-Le que de quatre ou cinq milks. La Tra-fftontane nous étant contraire, elle nous jettanbsp;*0 lendemain du cóté de Nicaria 5c de Samos,.nbsp;Ppe nous laiflames environ a trente müles ftirnbsp;^otre droite. Sur le foir nous nous trouvamesnbsp;Prefque a lentiéc du canal, qui eft entre Chio-
-ocr page 152-K^IO.
6c Ia terre-ferme de Natolie. Comme ce ti'é-toit pas nótre route de nous aller engager dans ce détroit nous fifmes un grand bord a gauchsnbsp;pour aller doubler lécueilde Venetico, prochcnbsp;duquel nous paflames. Le Dimanche nouSnbsp;eümes bonace , 8c nous avions a nótre droitcnbsp;rifle de Scyros, 8c le petit écueil de Caloiero,nbsp;que, quelques-uns prennent mal-a-propös pournbsp;rifle de Gyaros, qui sappelle maintenant JoU'nbsp;ra, comme je lay dit plus haut. Quand onnbsp;découvre de loin eet écueil , il femble quCnbsp;ceft une voile de navire. La nuit le vents'é-tant mis au Siroc ou Sud-Eft , nous paflamcsnbsp;entre lécueil de Pfara , qui n'a quun Village, 8c Vlfle de Chiigt;. Le vent continuant denbsp;nous être favorable , nous laiflames a nótrenbsp;droite MeieUn, qui eft lancicnne Lesbos,nbsp;vlnines le foir du z6. entre lIfle de Tenedosnbsp;6c Ie pays de Troye, oü un caline qui furvintnbsp;nous obligea de jetter 1ancre.
Mete-
LIN.
Je nc puis quitter lArchipel , fans vous el* dire quelques autres particularitez que jafnbsp;fceües. Chio eft une belle Ifle, oü il y a unenbsp;bonne Ville 8c douze ou quinze Villages, qn*nbsp;cultivent le Lentifque 6c Ie Terebinthé, poufnbsp;en tirer le maftic 8c la Terebentine , dont onnbsp;fait beaucoup de casdans toute lEurope. Oi*nbsp;y fait auffi des étoffes de foye , 8c des darna*nbsp;aflez grolTiers quoii envoye en Barbarie. LIi'nbsp;le a environ foixante milles de tour, 8c il y *nbsp;un bon-Port 8c une bonne Forterelfe , oü 1®nbsp;Grand-Seigneur entretient une Garnifon.
METELIN eft le double de Chio en grandeur , niais fon negoce neft pas femblable» Tous fes revenusconfittent en grams, entruits»nbsp;en beurre 8c fromage, 8c ces deux Ifles pay£!!*nbsp;chacune dix-huit mille piaftres de Caratfehnbsp;Grand Seigneur. Ceux qui le Icvent des
tal*
dc Qiio, Ic leur font payer encore trois ^ns après leur mort, cefl-a-dire, quilsyobli-Ê^nt lheritier. En general , quand un Grecnbsp;change de pays, il faut qu'il paye double ca-^atfch, undans Ie pays qu'il a laifTé, amp; Tautrenbsp;dans celui quil vient habiter, a moins quil nenbsp;s_cn exemte par quelque addrelle , comtne ennbsp;|achant de caclier fon nomamp;fanaiflance. LIf-de Naxia paye pour Ie fien fix mille piaftres,nbsp;trois mille; Pafh c?' Jiufe autant; Scymnbsp;deux mille; Zea dix-feptcent pour Ie caratfch,nbsp;^ deux mille cinq ccatdedifmcs; Andros (\\iz-*te mille cinq cent de caratfch , amp; fix mille huitnbsp;Cent de difmes'. Negrepon:, quieft la plus grande Ifle de lArchipel paye pour tous fes droitsnbsp;Cent mille piaftres. Lc difrae vient aux Beysnbsp;Vayvodes, qui font obligez dentretenir denbsp;Ces deniers-la certain nombre de Galeres, fansnbsp;^Uil en coüte rien au Grand Seigneur. Smyrnenbsp;cntretient deux Galeres; Naxia, Metelin , Sa-hios, Andros une chacune; Chio deux ; My-cone avec Seripho une, amp; de même lesautresnbsp;? proportion. Naxia étoit anciennementdediécnbsp;* Bacchus, parcequelle eft fertile en vins ex-cellens, qui ny valent quun quart depiaftrelenbsp;®lril. Sur un écueil qui neft qua une porteenbsp;de moufquet de lIfle il refte un tres-beau por-de marbre , quon croit avoir été duunbsp;^emple de ceDieu. Lair y eftfibon, quunnbsp;^oble Veniticn appellé Antonio Gigli qui synbsp;ctoit retire depuis 30. ans, y mourut depüisnbsp;feu agé de cent quinze. 11 y en a encore unnbsp;*utre de ia familie des Baroci agé de cent cinqnbsp;comme me font alTuré des gens dignesnbsp;de foi qui ont demeuré dans cette Ille.
. Nous fumes contraints de demeurerquelques Jours a lancre entre Tenedos amp; la quot;Troade,nbsp;Hotot la bonace, amp; tantót Ie vent contraire ,
s'oppofant au deffcin que nous avicns davan-eer chemin. Pour ne pas perdre ce temps-la iiiiitilement, nous nous fifmes mettre a terrenbsp;avec lefquif, amp; allames voir de plus prés k*nbsp;ruines de la ville de Tro7e, dont nous dé'nbsp;couvrions quelques marqués vis-a-vis de nous»nbsp;Le terroir dalentour eft tout inculte , a knbsp;referve de quelques endroits oü il croit dunbsp;cotton. Le refte neft que broflailles amp; bolsnbsp;chênes verds, 6c le terroir ne nourrit que desnbsp;lievres, des cailles 8c des perdrix, qui y fontnbsp;en abondance. Quand nous fumes pres dunbsp;lieu oü étoit la ville, nous vimes quantité denbsp;colonnes , dont il ny en a pasuneentiere avccnbsp;Ie chapiteau. A lextremité le la Ville dunbsp;cóté de la Tramontane eft le Port de Troye»nbsp;que l'Antiquité a rendu celebre; raais prefen-tement lentrée en eft bouchée, 6c il y reftenbsp;peu deau dans le baflin, qui eft prefque toutnbsp;comblé de fables. Les pieds des colonnesqu'nbsp;reftent autour font juger que fon circuit étoitnbsp;denviron quinze cens pas. Ces colonnes ayantnbsp;été toutes rongées par 1air, ne paroiflent pasflusnbsp;belles que la pierre ordinaire; mais on ne lailknbsp;pas deremarquerquelles étoientde raarbre granite dEgypte. La radefervoit aufll de Port, cenbsp;quil eft aifé de juger par quantité de colonnesnbsp;amp; de piliers qui y reftent. II y a même dansnbsp;un endroit des degraz de marbre, 8c prochenbsp;de la deux ou trois tombeaux dont Ia figurenbsp;neft guere differente de ceux des Romainsqu*nbsp;font a Arles. Leur conformité me fait avoitnbsp;cette opinion, amp; mempêche de croire qu^nbsp;ce foient des monumens des anciens Troyens-Nous trouvaraes dans ce qui nous parut lcn'nbsp;ceinte de la Ville proche dune moitiénbsp;Temple rond, une infeription Latine dunbsp;de des premiers Cefars. Augufte y avoit en^
voy?
-ocr page 155-'lt;^yé line Colonie, amp; avoit un peu remis Ja fur pied. Auffi vcir-on Jouvent a desnbsp;*cvcrs de medailles Imperiales Ie nom quellenbsp;*vo:t pris de Colonia Augufia. Troas.
Le Grand Seigneur a fait enlever quantité colonnes de Troye pour la fabrique de lanbsp;^loPquée neuve dc la Sultane mere. Nousnbsp;'le laiilames pas dy en trouver encore trotsnbsp;'Vouchees dans les broJTailles, au Sud du Portnbsp;^tir une éminence. 11 y en a deux de 30. piedsnbsp;Ie long d'une feule piece chacune , amp; une denbsp;pieds rompuë en trois, qui a quatre piedsnbsp;leiif pouces dc diametre, routes trois de pier-granite. Selon les apparences le quartier lenbsp;plus habité de la Ville étoit fur le plus hautnbsp;il Une colline qu'on monte infenfiblement de-Puis le rivage, environ ^ deux milks de lanbsp;quot;ler. Car on void en eet endroit quantité denbsp;*itafures, de temples, de voutes, Sc un thea-plus petit qne celuy de Delos; mais parti-^ulierement trois arcades, amp; des pans de mu-faille qui reftent ePun batiraent fuperbe, dontnbsp;fituation avantageufe amp; 1étenduë font con-Jioitre que cétoit le Palais leplus confiderablenbsp;p la Villc. Je ne veux pas croire, commenbsp;I® difent ceux des environs de Troye , quenbsp;étoit le Chateau du Roi Priam, car je nenbsp;tiens pas plus ancien que le temps des pre-Piiers Empereurs Remains. Ce batiraent étoitnbsp;Ptel'quc tout dc marbre, amp; les murailles ontnbsp;_uuze pieds dépaüTeur. Au devant de ces ar-Si^des, qui paroilTcnt avoir foütenu une voute,nbsp;II y a une fi prodigieufe quantité de quartier*nbsp;de marbre entaffezles uns fur les autres, quonnbsp;Peut aifément juger par la de la hauteurnbsp;dc la beauté de ce Palais. Nous decouvrï-.quot;es auffi parmi ces ruïnes un beau Chapiteaanbsp;pilaftre d'ordre Corinthien; mais fi je vou-
loi^
-ocr page 156-lois vousrendre railon de routes les pieces qui rel' tent dans ces mafures, jen auroispourtroplortg;nbsp;temps , amp; je vous ennuyerois dune piece »nbsp;1'eche 5c li pcu utile.
Le Samedi 31. dAouft nos Vaifleaux avan-cerent quelques milles, pour aller donnerfond proche de la forterefle de Tenedos, qui nclnbsp;quune Tour avec iin Boulevard garni den*nbsp;\iron qiünxe canons. Les Venitiens sen C'nbsp;toient rendus maitres pendant la guerre de Can'nbsp;die, mais les Tures la reprirent par le moyennbsp;dun tonneau de Sequins, avec lequel ils g*'nbsp;gnerent le Commandant. LIfle elt fertile ennbsp;bons vins, dont elle fournit Conftantinople»nbsp;amp; les mufeats y font excellens. Ceuxnbsp;Vaifleau qui fe plaifóient a la chafle, y troU'nbsp;voient autant de gibier quils vouloient, maisnbsp;particulierement des lievres 6c des perdrix.
Le 3. du mois fuivant nous allames nou* fournir deau fous le village qui eft au Cap denbsp;Janifleri, oü étoit lancienne Ville de Sig^®'nbsp;Nous montamesjufqu'au village que les Grecsnbsp;appellent encore Troias, 8c comme nótre vO'nbsp;yagc fe prolongeoit nous y fifmes provilion denbsp;poules amp; d'oeufs, tout y eft a li grand mar'nbsp;ché , quon a quinte poules pour une piallre gt;nbsp;amp; que la douzaine doeufs ne coüte qu'un fo^i'nbsp;Nos mariniers y firent aulli grande provifioiinbsp;de féves. Le quot;Village peut contenir enviroHnbsp;trois cens feux. Tous les habitans fontGreCS»nbsp;6c vivent de la vente de leurs denrées, q^*^
fontbleds, vins, fafrans, melons 8cautre fruits-
Le Timin , qui eft nótre piece de cinq folsj vaut la quatorze afprès, mais kurs afpresnbsp;petits, 8c ne paflent pas a Conftantinople.
Quatre jours aprés nous lifmes voile pof^ aller moüiller i 1Ifle dImbros, oü nous avion*
ut
fefoia dc faire du bois. Cette Ille
-ocr page 157-un pcu plus grande que Tenedos, 8c a quatre 'tillages, dont Ic principal eft Imbros, accom-Pagné dune Forterefle. Nous montames a iinnbsp;des plus hauts lieux de lIfle, qui neft toutsnbsp;que de petites montagnes couvertcs de bois,nbsp;oü il y a beaucoup de chaffe. Un Genril-liom-Flamand de nótre Vaifteau j alia avec fonnbsp;fufil amp; fon chien, 8c en moins de deuxheuresnbsp;d lua un Sanglier 8c iinc Laye avec fes quatrenbsp;uarcaffins. Ce plaifir lui coüta dier, car Ienbsp;Chef de nótre Efcadre sétant mis a la voilenbsp;pendant quil chaflbit, nótre Vaifteau fut obli-Sé den faire autant, 8c nótre Capitainequinenbsp;''^ouloit pas Ie laifler, donna ordr» a trois ouinbsp;quatre de fes matelots dc lattendre avec lef-quif. II vint une demi-heure aprés , maisnbsp;efquif ne pouvant atteindre Ie Vaifteau, Isnbsp;nuit les furprit avec Ie raauvais temps, qui leinbsp;jetta fur l'écueil defert de Mauria proche dcnbsp;Tenedos doü ils ne fe purent rendre que Ienbsp;ueuxiéme jour a nótre bord , avec aflez denbsp;danger 8c de fatigue.
_ Le 9. nous entrames dans les bouches de Conftantinople, ceft-a-dire, dans la Détroitnbsp;fameux dc 1Hellefpont, qui fépare 1Europenbsp;de l'Afie, 8c en particulier la Thrace de lanbsp;hrygie. Ce Detroit oü Xerxes Roi de Perfenbsp;Jetta un Pont de bateaux pour faire pafler huitnbsp;'^ent mille hommes en Grece., a deux nomsnbsp;*nciens, 8c deux noms modernes. On 1'ap-^hoit Hellefpont, comme qui diroit, mer dcnbsp;pellé, qui fut fille dAthamas Roi des The-hains, 8c qui pour éviter les embüches de fanbsp;^^lle-mere Ino, prit la fuite avec Phryxus fonnbsp;tere, 8c fe noya en palTant cette mer, qui ennbsp;*etint Ie nora. On lappelloit encore détroitnbsp;Seftos 8c dAbydos, du nom de deux Villesnbsp;®®Ues de cóté 8c dautre de fon tivage, 8c fa-4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Fnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mcu^
-ocr page 158-itl Voyage de V Archipel nieufes par ks amours de Leandre amp; de Hero *nbsp;quelesPoëtesnoLisonttant chantées. Les deu*nbsp;noms modernes font les Dardanelles 6deDetroitnbsp;de Gallipoli, dont je parleai dans la fuite denbsp;cctte Defcription , que je tachcray de vousnbsp;donner Ie plus exaólementquilmefera poffibk-Eftant done fous Ie canon des deux Chi'nbsp;peaux neufs, qui font des deux cótez de rentree , nous les faluames de fept coups de nófenbsp;artillerie , amp; ils répondüent a leur ordinairenbsp;d'un feulcoup a bale. Nous les remerciaines denbsp;Ginq autres, car les faluts de mer fe font toü-jours a nombre impair, comme les Medecins fontnbsp;des pilules quils ordonnent. Ces deux foiteref-fes nontrien de conliderable, ni qui les doivenbsp;faire craindre.que la grofleur des canons poin-tezafleurdeau. Elks nont nifolkz.ni ouvra-ges 4:6c ce ne font que de iimples murailles, qui nenbsp;font pas même foütenuës de terre par derriere.nbsp;LefoirrAga.dune desForterelTesenvoya faluernbsp;nos Capitaines, 8c ks regaler dun magnifiquenbsp;prefent de deux douzaines dosufs, 8c d'autant denbsp;poules. Onkspaya.avec ufure, par de bon vinnbsp;amp; de la poudre quon prelenta.a ceux qui vin-rent de la part. Car les Tutes nont guerenbsp;accoutumé de donner, sils nelperent de rC'nbsp;cevoir Ie double en échange.
Le courant de 1Helkfpont , qui va tou-jours du Nord au Sud en tombant dans lA' cbipel, comme Pline 1a remarqué, 8claTr*'nbsp;montane qui y foufie en Eté quelquefois deu*nbsp;raois de fuite ; nous empêchoit daller pk®
avant, 8c nous.commencions de nous ennuie
d'etre fi long-temps a lancre. Ceft ce d*** no is fit prendre la refolution daller par terr®nbsp;jufquaux vieux Chateaux , pour y prendfnbsp;une barque pour Conftantinople, 8c il y avoinbsp;fept OU huii .milks de cheaiin. Nous
-ocr page 159-de Conjlantmpïe. 125 SU village Ie plus proche appellé Kainoum-Chorio , ceft-a-dire Ie Vülage-neuf; pour ynbsp;chercher des cheveaux. Jy couchai chez uanbsp;Grec, qui me receut avec lEvêque de Serifonbsp;amp; Mycone, qui y étoit venu avec moi, amp;nbsp;«jui avoit Ie même deflein que nous. Nótranbsp;hóte nous traita Ie mieux quil lui fut pofli-ble, Sc parccque lEvêque qui étoit Caloyer,nbsp;comme ils Ie font tous, ne mangeoit pas de lanbsp;viande, felon les regies de leur Ordre, il nousnbsp;fit un repas de raifins, de figues, de miel canbsp;ïaïons, dceufs, de fromage 8c de melons d'eaunbsp;sue les Grecs appellent Aagourte. Cell unnbsp;iruit commun dans ces quartiers-la , 8c lesnbsp;ineilleurs viennent de Gallipoli. Ce village elfnbsp;d'une centaine de maifons de Grecs, quiyontnbsp;une petite Eglife ou nous allaines entendre leursnbsp;Vêpres. Le Prêtre les chanta de la plus miferablcnbsp;Uaaniere du monde, 8c l'on ne difcernoit pas uanbsp;Uiot de ce quil difoit. Pcut-être auffi nyen-tendoit-il rien lui-même; car ils fontlaplüparïnbsp;fi ignorans dans les Villages, quils ne ffaventnbsp;pas feulement lire leur Office, 8c ce quilsnbsp;difent, ils le fjavent ordinairement parnbsp;coeur. Du moins sils le fgavent lire, y ennbsp;a-t-il fort peu qui 1entendent, paree quil ellnbsp;Grec literal, qui eP prefque autant different du Grec moderne, que le Latin leltnbsp;ue ritalien,
Le jour fuivant 15. de Septembre, nayanl pü tiouver des chevaux, nous loüames pournbsp;Uous conduire aux Chateaux quatre chariotsnbsp;pour quatre que nous étoins avec nos hardes.nbsp;i^ótre marché étoit affez fingulier. Nos chariots étoient foutenus de deux petites roüe^nbsp;jolides fans rayons, 8c attelez chacun par deuxnbsp;bufies, qui nous conduifoient avec bcaucoupnbsp;'wgtavité, ce qui fit que lanuit vint, avantnbsp;F znbsp;nbsp;nbsp;nbsp;que
-ocr page 160-1X4 'Voyage de TArchipel que nous fuffions anivez. Par bonheur noufnbsp;avions rencontre en chemin un lionnetehora-me, qui nous reconnoiflant pour des Francs,nbsp;nous dit quil étoit le Conful de la Nation An-gloife amp;: de la Hollandoife, 8c qui fe mit de-vant pour nous preparer un logis; ce qui nousnbsp;fit bien du plaifir, parceque nayant aucunenbsp;connoifiance en ce lieu-la, 8c y arrivant a uncnbsp;heiire de nuit, nous aurions eu bien de la peinenbsp;amp; en trouver un. Nous fumes receus chez unnbsp;de fes amis appelle Eliazer Ruder Droguemannbsp;des Veneticns, amp; le Conful sappellé Abrahamnbsp;Curfo, tons deux Juifs de Religion, 8c fortnbsp;civils. Nous commenjames a connoitre quenbsp;nous étions en Turquie, paree quil nous fallutnbsp;fouper avec nos hotes, les jambes croifées furnbsp;une eftrade , dans la meine pofture de nosnbsp;Tailleurs dhabits. Le Bourg de ce Chateaunbsp;du cóté dAiie eft peuplé de trois ou quatrenbsp;mille ames , moitié Mahometans, 8c moitienbsp;Juifs. Les Chretiens y font en tres-petit nom-bre, 8c ny font pas fort confiderez.
Je m'eiois imagine que ces deux Chateau* defendant lentrée de la mer de Marmora, ounbsp;de la Propontide, 8c par confequent celle denbsp;Conftantinople, devoient être quelques placesnbsp;dimpottance. Ce neft pourtant rien raoinsnbsp;que ce que je métois figure, celui du cóté denbsp;J'Afie oil nous étions, nétant qu'unc enceinte de murailles , avec un méchant foff^nbsp;dc trois ou quatre pieds de profondeur; 8inbsp;celui qui eft du cóté del'Europe, neft quunenbsp;Tour ronde avec deux Boulevarts avancez eitnbsp;coeur dune maniere Gothique. Ces deux pe*nbsp;lites 'Villes ne iont point fur le plan des deu*nbsp;anciennes Seftos 8c Abydos, comme le veu-lent nos Diftionaires Geographiques. I! n/nbsp;paroit aucune mafure antique, 8lt; ce neft p^*
-ocr page 161-la auffi 1endroit Ie plus étroit de lHellefponr. Car ^ trois milles plus loin il ii ferre bien da-vantage , amp; nous y trouvames au bord de lanbsp;mer des fondemens 8c quelques mafures, quinbsp;iious confinnerent que cétoit la leur veritablenbsp;Situation. Le nom même dAbydo, ou Avirnbsp;flo eft inconnu aux Chateaux. Les noms quosnbsp;donne a ces deux Bourgs qui font autour desnbsp;fieux fortcrefles des Dardanelles, font le chateau vieux de Romelie , c? le chateau vieuxnbsp;d'Anatolie, chacun felon la maniere d'expri-mer de fa langue. La largeur de THellefpontnbsp;eft la denviron deux milles, de forte que lenbsp;canon porte aifement d'un cóté a lautre.
Le lendemain nous primes une Felouque a cinq rames, qui nous devoit conduite jufques-a Conttantinople, ceft-a-dire aumoins foixan-te lieuës, 8c nous fimes marché avec des mariniers Turcs pourdixneuf paiftres. Nousmar-chames toutc.la nuit 8c arrivaraes deux heure»nbsp;avant jour ^ Callipeli, que nous alldraes voir,nbsp;bien quil y euftdelapefte. Mais commcnousnbsp;allions a Conftantinople, oü elle regne pref-que inceflamment, il étoit neceffaire de synbsp;accoütumer de bonne-heure. Gallipoli eft uncnbsp;grande Ville de cinq ou fix milles de tour,nbsp;mais elle neft pas peuplée a proportion de f«
gt; grandeur. Chaque maifon prefque a fonjardin. Le Bezeftein, qui eftle lieu oii fe vendent lesnbsp;marchandifes, eftun grand batiment quiaquel-lt;3ues domes couverts de plomb, 8c qui eftnbsp;aflez bien fourni On fait état quil y a dansnbsp;la Ville douze mille Turcs , quatre ou cintjnbsp;mille Grecs, 8c presque autant de Juifs. Ellenbsp;iia quune méchante Fortereffe a peu prés denbsp;Ja maniere des précedentes. Nous avions elTayénbsp;1avancer chemin, mais aprés avoir demeuréinbsp;''Q mille de Gallipoli, 8c paffé la nuit foüs unnbsp;F 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;arbre.
-ocr page 162-1 i6 Voyage de VArchipel arbre , nous fümes obligcr dy retourner i e»nbsp;attendant que la Tramontane sappaifat, 8cnbsp;xious vinmes loger chez Ie Conrnl Venitien.nbsp;Nous ne trouvames pas la des Antiquitez qu*nbsp;nous fatisfilTent , ny ayant vü quune frifcnbsp;de marbre bien travaillée vers Ie Port, 8Cnbsp;quune Infcription de peu de confequence.
Nous crdmes que nous pourrions voir quel-Ï^AM- que chofe de plus confiderable a Lampfaco, quir jsACo. eft de 1autre cèté du détroit d^ns lAfie.'SCnbsp;nous y paflames malgré un gros vent qui nousnbsp;donnant en flanc menagoit Touvent nótre barque dêtre culbutée. Ceftun Bourg mediocrenbsp;habité de Turcs 8c de peu de Grecs. Maisparnbsp;avance, je dois vous donner avis, que quandnbsp;je vous parle de Villes, de Bourgs ou de Villages dans la Turquie,je nentens pas fairenbsp;tine diftinélion corame dans nos pays de licudnbsp;fermez ou ouverts; car en Turquie les Villes,nbsp;quoique fort.grandes, riont point dordinairenbsp;de murailles, a la reibrve de quelques-uncs,nbsp;comme font Conftantinople, Andrinople, 8Cnbsp;quelques Villes frontieres. Celles qui font ^nbsp;peu confiderables ont quelque petite fbrtereuénbsp;commandée par un Aga avec quelques Officiers 8c foldats , qui ne portent pas nean-moinslépée.silsnefontcn fadfion. Auffiferoit-ce sexpofer ï quelque affront de la vouloirnbsp;porter dans nne Villè , car il leur fembleroitnbsp;quon auroit quelque mauvaife intention, ounbsp;du moins quon témoigneroit de ne fe pas croi-re en feureté parmi eux.
Lampfaque eft une des trois Villes que Xerxes donna a Themiftocle pour fon entretien^ Magnefie étoit pour fon pain, Myuns pourftnbsp;viande, 8c celle-cy pour fon vin. Auffi y re*nbsp;marquames-nous detres-belles vignesi lentour.nbsp;U y avoit un Port excellent i 170. ftadesdAby
dos.
-ocr page 163-^os, Si elIefutnomméeanciennement7gt;i/|yaya, felon Ie téraoignage de Svrabon. Priape futnbsp;particuliercinent reveré en ce lieu-la , quiétoitnbsp;celui de fa naiflance, 8c Virgile en fait mention au 4. des Georgiques. Les Turcs quinbsp;liabitent a Lampfaque ne font pas fi fcrupuleuxnbsp;quen bien dautres lieux, oü ils nofent pasnbsp;cultiver la vigne, Ie vin leur étant defendu parnbsp;la Loy de Mahoraet. Icy fous pretexte da-Voir des raifins, ils ne laiffent pas de faire desnbsp;vins cuits qui leurs font permis, 8c de leau dcnbsp;vie, dont les moins fcrupuleux fe fervent denbsp;méine que nous. Entrant dans un lieu, oilnbsp;1'on boit du Café, nous y trouvames un Juif,nbsp;qui parloit Italien. II nous mena voir troisounbsp;quatre Infcriptions Greques, dont les deux plusnbsp;Belles étoient chez un Turc appcllé Achmetnbsp;lt;Aga Tchelebi, 8c quelques mafures, que kousnbsp;jugeames avoir été des murailles anciennes denbsp;la Ville.
La Mofquée eft afiez belle pour ce lieu la. Les gens du pays difent quelle a fervi dEglifenbsp;aux Chretiens, 8c en efïét aux quatre colonnes que foiitiennent le Portiqne , on remarqucnbsp;des croix fur les chapiteaux. Notre Juif nousnbsp;snena voir a une demi-heure de la au quartiernbsp;de Sotihachi qiielques debris dune Eglife: avecnbsp;fept ou halt colonnes couchées par terre ksnbsp;nnes fur les aiitres'. II nous en fit uncontequcnbsp;Ics payfans dalentour alTurent être veritable,nbsp;que depuis peu dannees on en voulnt empor-kr qnelques-uncs pour fervir dans Lampfaquenbsp;a la fabrique dune Mofquée neuve, mais quenbsp;le lendemain on les trouva dans le même lieunbsp;doü elles avoient été ótées; 8c cela par deuxnbsp;fois; ce quils attribuent a tin miracle, Dieunbsp;ne voulant pas que des pierres qui avoient éténbsp;Cfflpioyées pour une Eglife, fervüicntauxMof-F 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quces
-ocr page 164-quées des Turcs. Neanmoins ils ne. doivent étre que trop convaincusdu pouvoircjue Diet»nbsp;a donné a ces Infideles fur les Chretiens denbsp;TEglife Greque dont ils fe font appropriez par-tout les prindpales Eglifes. Nous retourna-mes coucher Ie foir a Gallipoli, Ie trajet né-tant que de hiiit milles ; roais ces deux lieuXnbsp;ne font pas tout-a-fait vis-a-vis lun delautrernbsp;car Lampfaque eft un peu plus au Midy, amp; Gallipoli eft juftement a Ientrée de Ia nier blanche, connuëancicnnementfousle nora dePro-pontide.
Notis partimes Ie lendemain a lentrée de I*-jiuit, pour profiler du calme, amp; Ie matin nous nous trouvaines avancez de trente milles. Nosnbsp;mariniers ayant befoin de repos nous nousnbsp;arreftames au village appellé PeraJIe , oü nousnbsp;fumes regalez de caféamp; de fruits par lAga qui ynbsp;commandoit, ayant reconnu M. l'Abbé Char-pentier qui nous avoit joint avec fa Felouque,nbsp;amp; qui faifoit Ia mêine route que nous. II la-voit vü au premier chateau des Dardanelles»nbsp;OU il étoit defcendu. Six milles au dela nousnbsp;fifines une feconde paufe a un autre villagenbsp;appellé Heraclijfa, 6c deux heures aprésnousennbsp;flmes une troifiéme a Alyriofyton, autre village qui a plus de deux cens feux, 8c dontnbsp;les habitans font en partie Turcs , 8c en partienbsp;Grecs. Nous voulumes nous promener dansnbsp;les ruës , mais les enfans nous ayant apperqusnbsp;habillcz a Ia Franqoife', sattrouperent aprésnbsp;nous, ce qui nous obligea de nous retirerversnbsp;nótre barque. Le Sangiac qui commandoit ennbsp;ce lieu-la nous connorirant pour Etrangers»nbsp;nous aborda , 8c nous entretint quelques mo-mens a.vecun peu dltalien quil f^avoit. Ilnousnbsp;dit quil avoit été pris efclave 8: mené a Mal'nbsp;the, oü il avoit demeuré trois ans avant qu®
sctre pü rachêter. 11 fc loüoit fort du Cor-faire qui 1avoit pris , amp; dont il avoit receu toute forte de bon irahement. C'éioit Ie Ca-pitaine Daniël de Marfellle, qui fut tué il y anbsp;deux ans, en febattant contre les Vaiffeauxdenbsp;Tripoli amp; les Galeres du Bey Maffamam. Cenbsp;Sangiac nous fit prefent dun panier de raifins,nbsp;dont les grains, lans mentir, étoient auffigrosnbsp;que des ceuft de pigeon, amp; Ie goüt en étoitnbsp;tres delicat. Le vin eft k grand marcbé dansnbsp;toute Ia cóte de Ia mer blanche.
Nous couchames dans n6tre chaloupe . amp; partimes avant jour pour traverfer Ie golfe' denbsp;Rodejlo, au fond duquel cfi la Ville de cenom,nbsp;fituée fur le panchant dun cóteau, amp; dont lesnbsp;inaifons font une agréable vüe fur la marine.
Elle eft aulli grande que CalHpoli, 8c mieux peuplée. Nous y decouvrimes dix ou douaenbsp;Mofquées avec Icurs minarets, ceft-a-dire, a-vec leurs petites tours, doülon crie aux heu-tes de la priere , pour appeller le peuple ^nbsp;la Mofquée. Les Grecs y ont auffi glufieursnbsp;Eglifesv
Trois heures avant Ia nuit nous arrivames Ueraclée, qui a un beau Port fait en Araphi-j-^jj^nbsp;theatre, denviron trois milles de tour, 8c dontnbsp;la bouche eft au Nord-eft. Nous eümes affeznbsp;de temps pour y aller cbercher des Antiquitez,
8c nous ne tardames pas den decouvrir. Les tnurailles ont des pieces de ftatuës, de colonnes 8c de chapiteaux enclavées parmi leurs au-trcs materjaux, 8c ayant apperccu quelque In-fcription, nous voulüraes la copier, mais raal-lieureufement mon cainaradc 8c raoi avionsnbsp;perdu nos plumes. Ce nous étoit un grandnbsp;malheur en cesquartiers-1^, parceque lesTurcs-^ les Grecs ne sy fervent que de petites can-tailiées a leur mode, dont neus aarionsnbsp;F jnbsp;nbsp;nbsp;nbsp; Ipje®
-ocr page 166-i^o- Voya^ de f Archipel bien de Ia paine a écrire Ic moindre mot. Dansnbsp;eet embarras nous allames jetter les yeux furnbsp;«ne aile doye qui tralnoit par Ia ruë, doünbsp;Bous tiiames promptement quatre ou dnq plQ'nbsp;mes, a vee lefquelles nous copiames quelquesnbsp;belles Infcriptions. II y en a une entre autresnbsp;inlerée dans Ie raur de lEglife Cathedrale desnbsp;Grecs, oü fe lit Ie nom de Perinthus, que 1*nbsp;Ville portoit du temps des premiers Empereurs,nbsp;conwne elle avoir eu auparavant celui d'Heracle»nbsp;quclle avoir repris dans Ie bas Empire, felonnbsp;que rapporteZozime,. amp; quelle retient encorenbsp;aprefent. Cette infeription étoit dediée aThon-Beur de lEmpereur Severe , amp; ceft avec rai-fon quils fe fouvenoient dece Prince, qui leurnbsp;avoit alfujetti la Ville de Byfance . devenucnbsp;Totjjet de fa colere, pour avoir defendu avecnbsp;trop d'opiniatreté Ie parti de Pefcennius Niger.
Je mentretenois un jour a Conftantinople avec Monfieur Finfch Ambaffadeur dAngle-terre , fur la fituation dHeraclée. Geft unnbsp;Gentilhomme f^avant, amp; de beaucoup denbsp;merite, amp; qui a une particuliere connoiffancenbsp;de ces pays-lL II me dit quil croyoit, quenbsp;cétoit la Ville de Tchourly, oü il avoit palTé eamp;nbsp;Venant dAndrinople. Quil y avoir mêmcnbsp;trouvé une Infeription a I honneur dHerenniusnbsp;Etrufeus faite par les Perinthiens. Que la pier-re étant fort groffe il n'y avoit aucune appa-rence quelle eüt été apportée dailkurs , SSnbsp;quainfl ce devoit être leur Ville. Pour lui di'nbsp;re auffi mon fentiment, je repartis, què 1»nbsp;verité Tchourly devoit être une Ville du ref-fort des Perinthiens ^ nétant éloignce que dcnbsp;quelques lieuës dHeraclée; mais que proprc'nbsp;ment Perinthus étoit une Ville maritime, cenbsp;que la.defcription des anciens Geographes, SSnbsp;Jes, medailles de cette Ville, qui ont une Galt;
6? de Conjidnt'impfe. i lere ao revers, prouvoient affez clairemenr.
Que rinfcriprion qiie nous y avions trouvec portoit auffi Ie nom des Perinihiens, Sc quen-fin Ie nom dHeraclea quelle avoir encore anbsp;prefenr eh étoit line preiive fuffifante.
Le lendemain quatre heures avant Ie jour nous nous mimes a la rame, 8c Jailfames atinbsp;Soleil-levant Selymbria, qui eft une anciennenbsp;Villc, OÜ il y a prefentement plufieurs Mof-^uées, nn Bezeftein Sc Philieurs Eglifes Gre-ques. Plus avant nous vlmes Pivad'es Tfchefch-fnehé, 8c trois ou quatre autre grands IBourgs.
Nous vinraes coucher au Port de la Ville de San stefam, doil Ton ne conte que neut ounbsp;dix milies jufques a Conftjntinople.
Le lundi matin 13. de Septembre nous arri- Con-vames a cette grande amp; fameufe Ville, qui*T''^quot; 'bien qu'elle ne Ibit batie prefque entierementnbsp;que de bois, ne lailTe pas d'ayoir fes beautezf'-®»nbsp;aiifii bien que fi elle droit toute de marbre.nbsp;Comme nous paffions prés des murailles de lanbsp;Ville, qui font fur le Bofphore, je remarquainbsp;quelles dtoient fort negligees. Sc quappareni-irient elks nont pas été rebaties depuis le tempsnbsp;des Erapereurs Grecs, paree qu'on y void encore en beaucoup dendroits des inferiptions ,nbsp;oil font des noms des Empereurs qui Icsavoientnbsp;relevées. On y lit entre autres les noms desnbsp;Empereurs Theophile, Michel Bafile, Con-flantin Porphyrogenete, Manuel Comnene Scnbsp;Jean-Pakologue, fous 1Einpire duquel la Ville fut prife. Ainfi cela confirme ce que Gyl-lius dit, que les murailles de Gonftantinople'nbsp;one été rebaties par 1 heophile, fans parler desnbsp;autres, ce quil nauroit pii neanmoins igno-¦er, sil avóit obfervé ces Inferiptions, qui fontnbsp;siTez en vide.
t»ancienne Byrance, qui étoit an wêmc F 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sea*
lieu OU eft mainienant Conftantinople, nétoit autre chofe que l'cnceinte du Serail, qui eftnbsp;de quatre ou cinq milles. Ses Fondateuis a-Toient confulté I'OracIe^ qui leurordonnad'al-kr batir une Ville vis-a-vis du pays des aveu-g!es. Comme il étoit fort obfcur, amp; quils é-toient en peine de fftvoir ce que l'oracle en-lendoit pat ces aveugles, ils jugerent enfin qu^nbsp;cétoit fans doute ceux de Chalcedoine, quié-toient traitez, d'aveugles^ pour être venus lesnbsp;premiers dans Ie voifinage du Bofphore, amp; arnbsp;¦v,oir fi mal choifi l'endroit de leur Ville, quinbsp;eft du cóté de lAfie dans une Alliete defavan-tageufe; au lieu qu'ils pouvoient saller poliernbsp;lur la langue de tcrre qui eft cntre la Propon-tide 8c Ie Golfe que fait Ie Bofphore, fi coni'nbsp;mode pour fervir de Port. Ainfi ils refolurentnbsp;dy aller batir une Ville quils nommerent By-xance y du nom de leur Chef appellé Byzas.nbsp;En effetyla fituation de Conftantinople eft admirable, foit pour la coramoditéy foit pour lanbsp;beauté. 11 ne regne que deux vents en ce pays*nbsp;k , Ie vent de Nord amp; Ie vent de Sud. Quandnbsp;Ie premier foufle, il ne peut rien venir par la-Propontide Scpar Ie Bofphore de Thrace; maisnbsp;alors pat Ic Pont Euxin Ie Bofphore Ponti-que les Vaiffeaux ont vent en poupe, amp; four-niflent la Ville de provifions neceflaires. Aunbsp;contrairequand Ie vent de Sud domine ,nbsp;tien ne peut venir du Pont-Euxin, amp; toiftnbsp;vient de la mer blanche.. Ainfi ces deux ventsnbsp;font comme les deux clefs de Conftantinople*nbsp;qui ouvrent 8c ferment lentrée aux.Vaiffeaux *nbsp;amp; quand 1un 8c lautre ceflént, elle eft librCnbsp;aux. petites Barques qui vont a-la rame.
Ces deux Détroits qui font la communica^ tion de la Propontide avec Ie Pont-Euxinnbsp;^igneat entte. Goaftantinople amp; Galata» ^
s'éUii'
-ocr page 169-Ö* de onfiantmopU. ij j s'élargiflent en un petit golfe de dix ou doiizenbsp;injllcs de circuit. Quand on eft au miüeu, o»nbsp;ne void ni lentrée, ni la fortie, amp; cc grandnbsp;badin fait Ie plus beau Port du monde, mêmenbsp;pour les plus grands VailTeaux, qui ont affeznbsp;deau proche de terre, pour y pouvoir paliernbsp;fur une planche. Ceft autour de ce baffirtnbsp;quon void Conftantmople au Midy amp;au Cou-chant; Galata , Fonduk!i-amp; TophanaauNord,nbsp;amp; Scutari au Levant , ce qui donne aux yeuxnbsp;Ie plus magnjfiq.ue objet quon fe puiffe imagi-ner. Toutes ces maifons, ou plutót toutes ces-Villes étant baties fur des eminences en Amphitheatre ,. on découvre Ie tout dun feulnbsp;coup deeil; Le mélange des Cyprés amp; desnbsp;tnaifons de bois peint, avcc les domes desnbsp;Mofq.uées qui font fur les lieux les plus éleveznbsp;contribuë beaucoup a ce merveilieux afpeéLnbsp;Mais pour dire auffi let chofes comme ellcsnbsp;font, toute la beauté de Conftantinople eft aanbsp;dehors, car au dedans il y en a peu. Les, ruesnbsp;font fort etroites, amp; il faut prefque toujoursnbsp;monter ou defcendre. Il ny a que la grandenbsp;rue qui regne depuis la porte dAndrinople juf-quau Serrail, qui eft paflablement belle.
Je ne veux pas entreprendre une defcription axadte de cette Ville, plufieurs autres qucnbsp;moi sen étant acquitez fidelement, ¦amp; entrau-rres Petrus Gyllius, Pietro de la Valle, dunbsp;Loir» Thevenot, amp;tout frakhement M.Jeaanbsp;Tavernier, le plus fameux Voyageur dé nó^nbsp;tre ficcle. Il me femble que Rome ne nousnbsp;doit pas être mieux connue que Conftantinople, puifque nous avons tant de relations denbsp;Iune 8c de Iautre. Toutefcis il ne feroit pasnbsp;honncte den fortir, fans faire voir que jy aynbsp;«té, 8c que jy ay remarqué des chofes, anbsp;^uoi peut-être Ics autres nont pas pris garde.
-ocr page 170-II ny a peifonne qui ait decrit plus exa(fl'e' itient Contiantinople que Petrus Gylfius, nean-iBoins il navoit jamais vu la colonne de TErn*nbsp;pereur Marcien, corame li elle eüt été perdue. Jeus le bonhenr de la découvrir, amp; j'ennbsp;veux bien donner ici le delfein que je crayon-nai moi-même. On. la void an quarticr desnbsp;Janiflaires tout joignant le bain dlbrahim Ra-Gha, dans la cour de la maifon dun particulier. Elle eft de marbre granite, 8c peut a-Yoir environ quinxe pieds de haut. Son chapi-teau eft dordre Corinthien, 8c; elle portoit aunbsp;deflbus la ftatue de ce Prince r comme Iln-ftrription de fa bafe nous 1apprit, quo! quenbsp;tres-difScile a- dechifrer. Sur le chapiteau eft unnbsp;quarre de pierre creufe orné de quatre ai-'nbsp;gles a fes angles. Cela me fait juger que lenbsp;cosur de ce Prince y pouvoit être renfermé;nbsp;car les deus Vers qui font a la bafe, avertif-ient le Ledeur de confiderer la ftatuë8c Ie lifnbsp;de Marcien, que Tafianus lui avoit confacré.nbsp;Si ceüt été un Empereivr Payen, on auroitnbsp;mis la fes cendres dans quelquc urne; maf?nbsp;comme il étoit Chrétien,. 8c que la coüturaenbsp;de brüler les corps étoient abolie parmi eux^nbsp;il y a quelque raifon de croire, quon avoitnbsp;mis feulement fon ccéur li dedans, le corps-ctant peut-être enterré foüs la pyraraide.
La colonne qui eft au milieu de la ViHe toute hiftoriée cn bas reliefs, a été élevée anbsp;1honneur des Empereurs Arcadius 8c HonO-rius, dont lcm voit la rcnrefcntation fur uiïnbsp;eóté de la bafe. Ü^eux Vidoires leur fnettenfnbsp;la couronne fur la tête, 8c ils font accompa-gnez dune troupe de Senateurs. Au rang de'nbsp;deflbus, deux autres Vidoires amenent dés-figures de femmescotironnées de crcnaux, qulnbsp;tcprefeBteut amant de Villesque les-amiées-
de'
-ocr page 171- -ocr page 172-t-,:
,»lt;¦ i.
I
#
3l-f-
de Conftanftnoph. t ces deux Princes avoient foümifes a leurnbsp;Empire. Le Labarum, qui ëtoil Ie chifré en-trelacé des deux premieres lettres du nomnbsp;Chriftos y que la pieté des Empereurs Chretiens avoir fubftitué a lAigle Romaine, y 'pa-tok en difFerens endroits» La colonne eilnbsp;route de marbre, amp; de la maniere de celle denbsp;Trajan, qui. eft i Rome. La fculpture nennbsp;ek pas fi bonne; auffi eft-elle d'un flecle oU',nbsp;les Arts avoient beaucoup perdu de leiff perfection. Elle eft pourtant affez belle, amp; jernbsp;me fuis également étonné de ceux qui la mé-prifent tour-a-fait» amp; de» autres, qui la preferent mêrae a celle de Trajan; Pour ce qui'nbsp;Èft de la hauteurelle la furpafte; car felon Ianbsp;mefure quen a donné Gyllius, elle eft de 147..nbsp;pieds, au lieu que celle de Trajan nen a quenbsp;IZ3. mais celle dAntonin les furpalfe toute»nbsp;deux, ayant 177. pieds de haut. Cette colonne dont je parle a un efcalier en dedansnbsp;mais je ne pus obtenir des Turcs la permilïionnbsp;dy monter, foit qnils faffent fcrupule dy ad-¦Urettre des Chretiens, ou que les degrez ennbsp;Idient ruinez. Les figures de la bafc amp; du basnbsp;de la colonne font fort maltraittées, plutótparnbsp;la fuperftition des Turcs qui nen veulent pas-IdufFrir, que par fa propre vieillelTe. LeSculp-^ur qui a gravé ce grand nombre de figuresnbsp;dhommes amp; de bêtes, fera bicn étonné aunbsp;JQur du Jugement, felon 1opinion de ces ridicules Seétateurs de Mahomet, quand chacu-de ces figures viendra lui demander fon a-a. faute dequoi clles laccuferont devantnbsp;^eu de leur avoir donné ce corps, fans avoirnbsp;Pd en même temps leur fournir un efprit pournbsp;animer. Car les Turcs ont cette folie imagination de croire que toutes ces reprefenta-loos^. foit en plate peintuie, foit en boflc».
prendront vie a la fin du monde, amp; que leur donnera une ame, en puniflant en raêmcnbsp;temps ccux qui auront eu la teroerité de lesnbsp;faire, amp; davoir voulu imiter la puilFance danbsp;Createur.
II y a une autre colonne a cóté de la grand-TUë qui vient dAndrinople. Elle na point de bas reliefs, mais elle eft plus precieuië qnfnbsp;toutes les autres, étant de porphyre, quoiqu*nbsp;prefent il y ak de la peine a Ie difcerner ds*nbsp;vee Ic marbre, paree quelle a éié noircie patnbsp;les frequens embrafemens des maifons voifines»nbsp;ee qui lui a donné Ie nom de Colonne bruldejnbsp;amp; raême pendant Ie fejour que je fis a Con-Ilantinople, il y eut une centaine de maifonsnbsp;qui brulerent aux environs. Conftantin avoitnbsp;fait mettre fa ftatuë au delTus, mais elle ncnbsp;s'y, voit plus. Gyllius qui en avoit pris toutesnbsp;ks dimenüons,^ éc qui nous les rapporte aveCnbsp;cxaélitude, ne parle point dune inferiptionnbsp;qui eft tout au haut. Je la lüs avec une petite JU'nbsp;Bete d'aproche, ne pouvant pas aifez difcet-Ber les lettres fans cela, du bas de la ruë. Lenbsp;fens de ce quon y Ut neft autre chofelinonnbsp;que eette colonne a été renouvellée par 1Em-pereur Manuel Coranene. On dit que ceftnbsp;la proche que mourut dune mort tragique Ienbsp;fameux heretique Arrius.
Four ce qui eft de 1» colonne de Pompéegt;f comme Ie vulgaire 1appeile elle eft a Ierabou-chüre de la Mer noire ou du Pont-Euxin, fittnbsp;un écueil vis-a-vis du village de Fanari. Cenbsp;rocher eft une de ces pierres Cyanées, dontnbsp;les Anciens racontoient diverfes Fables, cofUf'nbsp;me de dire quelles fiotoient fur la mer, tan-tót d-un cóté, tantót de 1autre. Nous piknbsp;mes une Felouque a fix rames pour lallervoir-ïdle eft de marbre^ 8i. na g^uere plus de dou'
I
-ocr page 175- -ocr page 176-T.I. P. l%7. -
-ocr page 177-de Conflantimple. i yy ïc pieds dc haut, avec un chapiteaii Corin^nbsp;thien, amp; une bafe ronde, qui ne paroit pas a-Voir été faite pour cela, mais plutót pourquel-que Alltel de Sacrifice. LInfcription de cettcnbsp;lgt;afe cft a 1honneur dAugufte. Monlieur denbsp;Monconis a cru quelle nétoit pas antique,nbsp;parceque les carafteres en font mal formei, 8cnbsp;fort fuperficiels, mais il ne faut pas sen éton-Ber, puifquelle eft depuis fi long-temps expo-fée a iair de la mer, qui eft de foi-même cor-tofif; amp; fi monfentiment eft de quelquepoidsnbsp;dans une matiere que je dois entendre, ja-¦voüe queje ne fais pas de difficulté de la recc-Voir pour telle. En y allant on laifte a main-gauche les Bourgs amp; Villages fuivans, dontnbsp;voici les noms, les premiers étant joints a Gagt;nbsp;lata.
Top-hatia , Foniiukli, 'Bechiktaffh , Ortakioi Coroutfchefné , Arnaudkioi, Bebekbackchefi, Ei^nbsp;bihifjar OW Caftel-Vecchio, Bartohman, Tegna,nbsp;iegnikioi, Therapia, Foiukderé, Saryer.
Et a la main droite dans 1Anatolie. Scutari, Coujchcougitik , Staarffs, Tchenghelkm, Coula-tdkcheji, Candil-Bakcheji, Eskihi/far dAnatolienbsp;vis-a-vis celui dEurope , Ghiokfoüi, Tchi-bou-Wi, inghirlikioi, Onkiar-Skelofi, Bcicos, Saüboa-roun , loro , olim Vanum.
Pour achcver ce difcours des Colonnes de Conftantinople, nous vinmes a l'Arraeydaanbsp;^ui eft une place longue de 550. pas, 8c large de izo. Cétoit 1ancien Hippodrome dunbsp;temps des Empereurs dOrient, oii 1on faifoitnbsp;des courfes de chevaux 8c des réjoüflances pu-'iques. LObelifque, ou laiguille qui y eftnbsp;dreflee eft une belle Pyramide quarrée dunenbsp;^ule piece, 8c denviron 50. pieds de haut.nbsp;Qn trouve dans les Memoires de Monfieur denbsp;¦^fonconis quelle eft haute de do. pas; mais
1 jS Voyage da rArchipel ceft une faute trop grofliere pour croire qu'elnbsp;Ie vienne de lAutheur; cen eft une de Tim-preffion; au lieu de 6o. picds. II y a dans lanbsp;bale une lufcription Greque d'un cóté, amp; u-ne Latine de lautre , qui nous apprennentnbsp;toutes deux, que celt IEmpcreur Theodofenbsp;qui Tavoit fait redrelTer, après avoir étéiong-*nbsp;temps' negliglée amp; couchée par terre. Lesnbsp;Vers Grecs difent qifelle fut erigée en rrente-deux jours , amp; lon voit dans un bas relief»nbsp;qui eft i un des cótez les machines que lonnbsp;employa pour la mettre fur pied. Je vous ennbsp;donne ici Ie deflcin, avec un autre bas reliefnbsp;qui sy voit aufli. amp; qui reprefente cette mê-ftie Place coinme elle étoit lorfqu'elle fervoftnbsp;dHippodrorae. LEmpereur y va couronnernbsp;quelque Viélorieux, qui fe profterne a fes ge-nbüx: amp; au bout un Cavalier manie fon che-val, amp; lEcuyer Ianiitie du foüet, comm®nbsp;on fait dans nos maneges. Cinq colonnes pa»nbsp;foiffent dans eet Hippodrome. Celle du milieunbsp;eft ce même Obelifque. 11 en refte encore nnffnbsp;des quatre autres, qui eft fort haute, au boutnbsp;dé la Place, maflbnnée de gros quartiers denbsp;marbre, amp; qui a une Infcription gravée fur fanbsp;bafe , amp; rapportée par Gyllius. Un Cominen'nbsp;tateur manuferit de Sophocles, * dit que 1®nbsp;Stadium des Grecs oü fe faifoient les combatsnbsp;amp; les courfes, avoit trois colonnes; lune anbsp;lentrée, l'autre au milieu, amp; ia troiliérae aUnbsp;bout de la carrière. Que fur la premiere colonne il y avoit ce mot écrit apiztETE»nbsp;eeft-a-dire: Fat te mieux que tu pourras'. 8c anbsp;k feconde snEY'AE, Depêche i 8c a la der-niere kam on, Ettomne. liremarqueauifi»
* cite dans Fafoldi nbsp;nbsp;nbsp;Gncitfttps editd
Ö* de Confiantïmph. i jp CCS colonnes étoient cubiques, comme cSnbsp;cclle quirefte ici; mais comme eet Hippodro-Kie étoit beaucoup plus grand que Ie Stadiumnbsp;nétoit que de 115. pas, ceft pour cettqnbsp;ïaifon quon y voit jufques a cinq colonnesnbsp;placées de diftance a autre.
Je reviéns i lObelifque, qui eft de marbre Sfanite dEgypte, chargé de differens caraéle-ïes amp; dhieroglyphes Egyptiens. De plus route la bafe eft hiftoriée de Sculpture. D'un cóténbsp;paroit quot;Empereur Theodofe, qui tient unénbsp;t^o^ronne a la main, amp; une fouVe de foldatsnbsp;lenvrronne. Au deffous eft un Choeurdenbsp;Muficiens, qui joüent de la flute, 8c dun certain inftrument hydraulique fait en fagon doi^nbsp;Sue, dont on voit la reprefentation dans quel-lUes medailles contourniates de ces tcmps-lè.nbsp;A une autre face Theodofe eft aflis fur utinbsp;tftróne avec fes deux fils Honorius amp; Arcadius-*ccompagnex de route leur Cour. Si javoiS-l^Jé meilieur peintre que je ne fuis, 5c quCnbsp;Jeufle eu la commodité , je laurois deffignéé-^e tons les cótez: mais il ny a pas trop denbsp;^ureté de sy arrêterlong-temps, 8c les Turesnbsp;tie comprenant pas bien les raifoïï^e ma cu-t'ofité, mauroicnt peut-être fair^elque in-fulte.
On voit encore dans la même Place troii ^erpens de bronze entrelacez 1un avec lautre ^nbsp;^tii compofent comme Ie corps d'une colon-8c Jes têtes fortent au delTus en triangle,nbsp;vuelques-uns prennent cette antiquité pour unnbsp;tfépied dApollon, on du moins pour la co-^tgt;nne qui foutenoit ce trepied dor de lOraclenbsp;^ Delphes. Dautres veulent que cc füt unnbsp;* klifman, qui préfervoit cette Ville de fer-8c ajoütent, que depuis que Sultannbsp;tourat fe promenant un jour par la Place, a-
baiit
-ocr page 180-KIOlirA. TETPA-IXABYPOTS- AEIXOOTS^I XEIMEXOlsr A:x:oos IVtOYïrOS AX AS TKS AI 0EYAOSIOS BASIAHYSnbsp;[ToAAIHSAS nPOKAOS E nËXEKAETO K.A1 TOSOS ESTHnbsp;Kinisr HEAIOIS EIST TPIAK-OIfTA A Yü.
140 Voyage de V Archipel batit dun coup de canne la machoire de de!*-fous dune des tÊtes, ce Talifman perdit 1»nbsp;venu.
Cette Place de TArmeidan a dun cöté Is face d'un vieux Scrrail, qui na rien de fuper-be, amp; de Üautre la Msfquée neuvc de Sultai»nbsp;Achmet. Cette Mofquée efl: unc des plus ma*nbsp;gnifiques de Conftantinople. Le Dome en eftnbsp;grand, amp; accompagné de quatre demi-dómesnbsp;qui la rendent prefque quarrée en dedans*nbsp;Quatre piliers qui nont pas moins de 60. piedsnbsp;de tour, amp; qui en ont un peu plus de haut,nbsp;foutiennentla voüte. Cette proportion neplai'nbsp;raspas fans doute a nos Arcbiteftes; mais Ie*nbsp;Turcs font en poffeffion de faire chei eux le*nbsp;chofes com me il leur plait. Et peut-être, pournbsp;fonder en raifon cette prodigieufe grofleur denbsp;colonnes, me feroit-il permis de dire , q'-i^nbsp;ccla fait dautant plus admirer la maffe de cenbsp;dome, quil lui a fallu avoir, des jambes ft grof-fes pour le fupporter. Ces quatre manieres dc-colonnes font de marbre blanc, canelées d'u*nbsp;ne faqon toute contraire aiix nótres; ceft-a'nbsp;dire que lacancldre ell: en dcrai-boffe, au lie'snbsp;que celle done nous nous fervons ell en creux-Le Cour de la Mofquée eft de Ia même grari-deur que le plan du batiment, amp; a un corridor autour foutenu de colonnes antiques d®nbsp;rnarbre rouge Sc giis, amp; une fontaine au milieu fermée de treillis de fer doré.
La Mofguée neuve de la Sultanne mere de Mahomet a prefent regnant, eft encore piquot;?nbsp;fuperbe. Ceft un dcs plus beaux edifices qquot;Snbsp;fc puiifent voir, foit par le dehors, foit par lenbsp;dedans. LArchiteifture, bien quun peu eloi-gnée de nos regies, ne le cede point a cell®nbsp;des belles Eglifes d'ltalie. Elle a même ^ no-tre égard quclque chofi; de plus furprenant
-ocr page 183-y de Conjlantimpk. 141 U nouveauté, Le corps de la Molquée eft unnbsp;Brand Dome avec cjuatre demi-dómes aux c6-tez, amp; quatre autres petits a chaque coin; cenbsp;lui rend cec edifice quarré. Les murs amp; lesnbsp;Pilallres au dedans font tous incruftez de terrenbsp;^uite vernilfée femblable a nótrc fayence, dcnbsp;*tiême que Ie Trianon de Verfailles La frifcnbsp;lui regne autour foüs les domes eft Ample,nbsp;Uiais bien proportionnée, avec des moulons inbsp;{Antique. Les culs de lampe font tous peintsnbsp;3 fleurs amp; a compartimens ; cette forte denbsp;peinture nétant pas dcfenduë par la Loy dcnbsp;«lahomet, comme celle des chofes animées.nbsp;A plein-pied de la Mofquée regne tout autournbsp;^u dedans une galerie foötenuë de colonnesnbsp;Qe marbre, amp; au milieu a la hauteur duncnbsp;toife OU environ pendent une infinité de lam-Pes, de luftres, de boules de verre amp; d'yvoid's, amp; de vafes dorez, qui doivent faire un belnbsp;'ffet, quand les bougies font allumées la nuit
Pöndftnt i(9i nbsp;nbsp;nbsp;II y a Ju Jaugwi ^ ui* Gki-o
Uen de sy trouver i ces heures-la; niais hors lu temps de ces Aflemblées on peut entrernbsp;Par tout en demandant permilfion aux Gar-Jiens, amp; en leur donnant 1étrêne. La pro-Pfeté y eft entiere, on ny lailfe jamais entrernbsp;quot;ies chiens, amp; les hommes laiflent leurs pan',nbsp;'oufles a la porte, ou les portent a la main,nbsp;^ais je ne crois pas que ce foit par devotionnbsp;ftuils en ufent de la forte, puifquils en fontnbsp;*utant quand ils entrent dans la chambre dunnbsp;Particulier, amp; fur leurs fofas couverts dun tap's ou dunc fimple natte fine, comme il y ennbsp;* prefque dans toutes les Mofquées. Le Porti-Sue qui regne autour de la Cour eft foütenunbsp;s belles colonnes de marbre gris entremêlez;nbsp;'^ais les deux qui font a lentrée font dunnbsp;Marbre jafpé parfaitement beau, Elles ont été
tirées
-ocr page 184-Voyage de V Archipel tirées pour la plus grande partie, des ruïnes denbsp;Troye. Leurs chapiteaux ne fe rapportent anbsp;aucun de nos ordres, amp; ne laiflTent pas d'etrenbsp;affez bien proportionnez au fufte des colonnes,nbsp;En voici a peu prés la figure:
I Les deux Mofquées précedentes, amp; les au-tres de Sultan Selim, Mahomet, Soliman ^ Bajazei fout baties prefque felon Ie modeledenbsp;Sainte Sophie ancienne Eglife des Chretiens gt;nbsp;qui eft maintenant la premiere de ces fe?!^nbsp;Mofquées Royales, amp; la plus proche du Set'nbsp;rail Cell un dome tres-vafte amp; tres-bien é-dairé, foütenu de belles colonnes de marbrenbsp;aux e^ez, 8c les murailles en font auffi toU'nbsp;tes incruftées. Je ne marrêterai pas a vous ennbsp;donner la defcription, ni a la comparer a Saintnbsp;Pierre de Rome, ï qui elle cede en grandeutnbsp;amp; en architeélure. Cela a été fait par plufieurtnbsp;perfonnes, qui ont mieux exarainé les choft*nbsp;que moi; car jcus allez de peine aentrerdan*nbsp;cette Mofquée, a caufe que cétoit Ie temp*nbsp;du Ramazan, ou jeünc de quarante jours»
-ocr page 185-6? de Conftantimple. 145 Pergt;d*nt Icfquels felon la Loi les Mahometansnbsp;ï'e mangent rien de tout Ie jour; mals dèïnbsp;^ue Ie Soleil eft couché, il leur eft permis denbsp;fftanger aiitant quils veulent. II leur eft mê-rne defendu de fumer pendant ce temps-la;nbsp;jnais com me ils ont de la peiue a fe fevrer denbsp;fcurs plaifirs, il y en a quelques-uns qui savi-fent de faire prendre du tabac a des Juifs, ounbsp;* des Grecs auprés d'eux, pour avoir un peunbsp;part a leur fuinée. Pendant ce temps-la lesnbsp;^¦inarets des Moufquées font éclairez toute lanbsp;^uit de quantité de liimieres, ce qui fait unnbsp;Oei effet dans lobfcurité.
Aux environs de Sainte Sophie il y a qua-*te Maufolées batis en dome, amp; ornez au de-lans de colonnes de marbre, de larapes amp; de gros cierges fort cpais en bas, amp; qui vontnbsp;tgt;eu a peu en diminuant. Ce font les fepul-ohres de Sultan Achmet, de .fes femmes, amp;nbsp;oe fes llx vingt enfans étranglez en un journbsp;fon frere Sultan Mahomet, qui lui fucce-a lEmpire. Les tombeaux nont quunetoi*nbsp;1® de fóye par deffiis une caifle de bois. Lesnbsp;jOales font marquez avcc une figure de têtenbsp;')óe d'un turban, amp; des raouchoirs a l'entournbsp;*^0 col, pour donner ï connoitre leur genre denbsp;gt;tiort.
Un peu plus avant dans Ia grande ruë eft Ie Maufolée du Grand Vifir Mahomet Cpproglinbsp;«acha, pere dAchmct Coprogli Bagha, quinbsp;roi a fuccedè, amp; qui étoit encore vivant lorf-S*gt;e jétois a Conftantinople. Ce Maufolée eftnbsp;ooinine une petite Mofquée a dome, avecnbsp;^0 veftibule du cóté de la ruë, fous leqiiel ilnbsp;enterré. Depuis deux ans ce veftibule eftnbsp;découvert, de forte que la pluye arrofe cenbsp;Jowbeau. Voici la raifon quon en debite anbsp;Mgt;nftantinopIe , amp; que vous recejy^, sil
. tjVOUS
-ocr page 186-144 Voyage de V Archipel vous plait de la même maniere quellc m'anbsp;«donnée. Ils difent done que Ie Grand Sei*nbsp;gneur 8c Ie Grand Viïir fon fils, eurent unenbsp;ruit un même fonge, dans lequel ie defuntnbsp;Vizir fe prefentoit a eux, 8c les coujuroitnbsp;lui donner un peu deau 8c de refraichiffc'nbsp;ment, paree quil brüloit. Le matin ils fe 1®nbsp;rapporterent lun a l'autre, 8c eonfulterent 1®nbsp;Moufti, qui trouva a propos de faire décon-vrir ce Veftibule, afin que Ia pluye y put ei'*nbsp;trer. Le peuple dit quil eft puni en l'autrenbsp;monde, pour les tyrannies quil a exercéesnbsp;les bourfes durant fa vie.
Le fleur Abraham Finfeh Juif de Religio 8c Drogueman des Anglois chez qui nous é'nbsp;tions logez a Galata, nous fervoit de conduC'nbsp;teur 8c de Janiflaire pour nous faire voir I®*nbsp;curiofitez de Ia Ville, quil entendoit mieu*nbsp;quaueun Ture. II nous fit remarquer en nouJnbsp;promenant que les Porte-faix Tures ont eet'nbsp;tains facs de cuir pleins de paille fur le dos»nbsp;pour porter leurs fardeaux avec plus de corn'nbsp;modité; 8c il ajoüta quil ny avoit quun Jni^nbsp;de cette profeffion a qui cela fut permis. NoU*nbsp;vouldmes f^avoir la raifon dun fi beau privi'nbsp;lege, 8c voici ce quil nous en apprit. Sultannbsp;Mahomet IV. qui regne prefentement, a un®nbsp;li forte paflion pour la chafle, que depuislon^nbsp;temps il en fait toute fon occupation. Cennbsp;par cette raifon que fept ou huit ans de fuit®nbsp;il a fait fa refidence a Andrinople, parcequ®nbsp;les environs font fort propres It lui donner c®nbsp;plaifir quil aime tant. Souvent quand la nuitnbsp;Iobligeoit a fe retirer, on le voyoit reveni®nbsp;tout chagrin detre forcé de diflèrer fon exer'nbsp;cice jufquau lendemain. II fe mettoit fur unnbsp;tapis de Turquie ou de Perfe les jambes uquot;nbsp;cïoix la manij^e des autres Tures, le dos
-ocr page 187-y de Conftantincple. ij.f *ppuyé fur un carreau de brocard, amp; fe fai-foit donner a fouper; aprés quoi fans bougernbsp;cettc place, il fe faifoit apporter une couverture, 6c dormoit Ia fans autre fagon. Uunbsp;peu aprés la minuit, il ne manquoit pas de sé-veiller 6c dappeller un Page pour fgavoir s'ilnbsp;étoit temps de fe lever; 6c comme il lui ré-Pondoit quil ne feroit jour de trois ou quatrenbsp;heitres, il pouffbit un fortpir, 8c fe plaignoicnbsp;de Ia longueur de la nuit. Ayanf repofé encore environ deux heures, il faifoit la mêmenbsp;demande 6c Ie même fodpir. Mais a la troi-fiémc fois, comme on lui difoit que Ie journbsp;commengoit a paroitre, il fe levoit dabord,nbsp;Sc battoit lui-mcme une tymbale pour fairenbsp;promptement lever tout fon equipage, amp; monter a cheval. De cette maniere il couroit juf-Sua la nuit a travers les bois 8c les montagnes.nbsp;Un jour pourfuivant un cerf a toute bride,nbsp;fans prendre garde fi on Ie fuivoit, il ségaranbsp;fi bien, quil y avoit deux heures entieres, quenbsp;He fe reconnoiffant point il cherchoit Ie che-Htin fans Ie pouvoir rerrouver. La nuit sap-prochoit, 8c il courroit rifque de la paffer dansnbsp;les bois, tout Grand Seigneur quil étoit, fansnbsp;Hti Porte-faix Juif quil rencontra par bonheur,nbsp;Sc a qui il demanda Ie chemin dAndrmople.nbsp;UHebreü Ie reconnoiffant pour ce qu'il étoit,nbsp;Sc voyant fon embarras, fe mit promptementnbsp;en devoir de lui montrer, 8c de Ie conduitenbsp;jufquaux portes. Comme ils y furent arriveznbsp;u fupplia tres-humblement fa Hauteffe de luinbsp;Recorder une grace pour Ie fervice quil venoitnbsp;He lui rendre. Parle, lui dit Ie Sultan. Je tenbsp;Ptie, dit k Juif, de maccordei la permiffionnbsp;de porter Ie fac de cuir fur Ie dos, cornmedesnbsp;®Htres fujets Mufulmans de ma profelïion. Cenbsp;«^rince neut pas de la peine \ Ie gratifier dunenbsp;lm. i,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Gnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;récom-
-ocr page 188-récoinpenfc fi juite, aprés une demande fi mo-dcrée. Depuis ce temps-la ce pauvre Juit' a toujours porté ce fac avec autant de joye qucnbsp;fi on lui avoit donné un fac de piftoles, avecnbsp;lequel il auroit pü remedier a la balfelfe de fanbsp;fortune.
Le peuple de Conflantinople , qui naime pas le Sultan, dit que cette violente palTionnbsp;quil .a pour la chaffe eft une fuite de la ma-ledidion de fon pere Ibrahim, qui par unSnbsp;cabale des principaux OfSciers , amp;c un fou-levement du peuple fut dépofledé du tróne,nbsp;Sc reflerré dans une prifon. Son fils Maliometnbsp;fut proclaraé en fa place, Sc quelques joursnbsp;aprés on travailla au procés du pere. Lcnbsp;Moufti drelfa un Fetfa, ou Arreftdemort centre lui, Sc le fit porter au jeune Empereur quinbsp;le figna. Ibrahim apprenant par les efclaves quinbsp;le venoient étrangler, que fon fils même avoitnbsp;fjgné fa condaranation , le maudit, Sefouhaitanbsp;qn'il ne put jamais demeurer en fa maifon,nbsp;mais quil mourut hors de chez foi au milieunbsp;diine campagne , comme une béte faiivage.nbsp;Ce fouhait a déja eu fon effet en partie, com-me le difent les Tures; car il y a fept ou hultnbsp;ans que le Grand Seigneur eft abfent de Con-ftantinople; qui eft lancienne amp; ordinaire ré-fidence des Monarques Ottomans. On a fceUnbsp;qu'il j eft allé faire un tour depuis quelqueSnbsp;mois, mais il ne sy eft guere arrêté craignanCnbsp;peut-être quon ne lui joüe le même tour quinbsp;fon pere. Pour tacher de rallentir nn peu ennbsp;lui cette paffion fi ardente pour Ia chaffe, onnbsp;la porté a faire quelques maitrefles dans fonnbsp;Serrail. II seft attaché a quelques-unes , ^nbsp;en a eu deuxoutrois enfans; entre autres unenbsp;fille agée prefentementde cinqou lixans, qu'unbsp;avoit niariée depuis peu a un de fes favoris*
Ö* de ConftüMlnopIe. 147 De petit mercier qui! étoit il fut appellé dansnbsp;Ie Serrail amp; fait page du Grand Seigneur; putsnbsp;en moins de quinze ans ayant paffe par direr-fes charges, il parvint a la dignité de Bacha.nbsp;Ceft affez que fon maitre lui voulut du bicn,nbsp;pour lui donner par avance fa fille, quoiquenbsp;bien éloignee de lage oü elle dut êire mariéanbsp;On nous racontoit a Conftantir.ople les pom-pes, lescaroufelsamp;lesfeuxde joye qu'on avoitnbsp;faits a Andrinople pour cette felle. Tout Ienbsp;monde avoit raifon de sen fouvenir, car lesnbsp;peuples avoicnt contribué aux frais de ces nócesnbsp;par de groffes taxes amp; des impofts dont ils a-voient été furchargez, les Officiers en ayant éténbsp;moins exempts que les autres. Le Tefterdtir ^nbsp;OU Treforier qui avoit le foin de chercher denbsp;iargcnt pour cette grande dépenfe, fit dire entte autres au Capitan Bacha quil envoyatqua-Ire. cens jeunes hommes bien vêtus a la Cour;nbsp;pour faire une partic de léquipage des nou-Veaux mariez, a quoi il ne manqiia pas. Maisnbsp;quand cette troupe fut arrivée, le Tefterdarnbsp;les renvoya, lui faifant fqavoir quil falloit quenbsp;cette jeunelTe full route vêtuë d'étoffes dornbsp;^ dargent. Le Capitan Bacha comprenantnbsp;bien quon en vouloit a fa bourfe lui fait ré-Ponfe, quil ne f^ait pas comment le conten-ter, quil craint de ne f^avoir pas vêtirlesgensnbsp;^uil demande dune maniere qui lui agrée,nbsp;^uil prenne la peine de donner les ordres lui-fttême, amp; que pour eet effet il lui en voye centnbsp;ffiille ecus , dont il difpofera , comme il lenbsp;ttouvera bon; ce que le Tefterdar prit de toutnbsp;fon cceur, amp; ayant cu ce quil fouhaitoit, ilnbsp;lui en dit plus mot. Enfuite il envoyadirenbsp;9 1Aga des Janiffaires, quil mit un afpre furnbsp;^aque livre de viande qui fe vendroit dansnbsp;Vonltantinople, au profit du Grand Seigneur.
L'Aga voyant la confequence de cet impoft repondit au Tefterdar, quil ne Iofoit pas en-treprendi'e ; que leurs deux têtcs feroient ennbsp;danger, amp; que leur Maiire pourroit craindrenbsp;lui-mêrae pour la lienne, par la fuite de quel-que fedition populaire. Que pour la prevenirnbsp;A: ne pas irriter le peuple, il aimoit inieuxnbsp;donner vingt mille ecus qurl lui envoya fur I'heu-re. Le Tefterdar les prit, amp; quelques joursnbsp;apre's rendant raifon au Sultan des fomrtresnbsp;quil avoit receues, ne paffa en corapte quenbsp;dix mille ecus de IAga des Janiffaires, vou-lant fe referver iautre raoitie pour fes peines.nbsp;LAga peu de temps aprés sétant prefenté de-vant fa Hautelfe, elle lui reprocha la petiteffcnbsp;de fon prefcnt , lui demandant fi dix millenbsp;écus étoient tine foinme a envoyer a un Prince de fa forte. LAga fort furpris repartit aunbsp;Grand Seigneur, quil etoit vray que fonpou-voir navoit pu égaler fa volonté, amp; que toutnbsp;cequi] avoir pu faire étoit de lui envoyer vingt-mille ecus. Comment vingt mille, dit le Sultan? le Tefterdar ne ina fait mention que denbsp;dix mille. Sur cela ils sexpliquerent , amp; lonbsp;Grand Seigneur faifant venir le Tefterdar pournbsp;fqavoir la verité, celui-ci nofa la defavoüer,nbsp;niais dit feulement quil ne sen éroit pas fou-venu. Sur-quoi 1Aga des Janiflaires outré denbsp;pet affront , reprefenta au Grand Seigneur ,nbsp;que ce n'étoit pas la feule fourbe que le Tef-terdar avoit foite, amp; que fa Hautefle en fgau-roit des nouvelles, fi elle vouloit prendre linbsp;peine de sinformer de la fomme que chaquenbsp;Officier avoit donnée. On en fceut bien-tótnbsp;des particularitez, Se le Grand Seigneur poutnbsp;punir le Tefterdar de fon mauvais procédé»nbsp;lui envoya dire quil avoit bcfoin de quattenbsp;^ent mille ecus, amp; quii les lui falloit promp'
W
-ocr page 191-ff? de Conftaniinople. tement. II en avoit payé une partie lorfqucnbsp;nous étions a Conftantinople, amp; Von ne dou-toit pas quaprés quil auroit payé Ie refte onnbsp;ïe lui demandat fa tête par delTus, pour luinbsp;spprendre que de pareilles friponneries ne doi-vent jamais être impunies.
Nous avions grande envie daller voir Ia Cour a Andrinople, mais elle nouspafla quandnbsp;iious fcümes qu'il y mouroit de la pefte presnbsp;de mille perfonnes tous les jours. II eft vraynbsp;^ua Conftantinople dl em mouroit aulïi deuxnbsp;Ou trois cens par jour, amp; que la pefte y eftnbsp;Prefque continuelle; mais comme la Ville eftnbsp;grande; quelle enferme avec les Fauxbourgsnbsp;plus de fept cens mille ames, ce petit nombrcnbsp;de deux ou trois cens eft comptépourrien, amp;nbsp;Ion ne commence a faire des prierespubliquesnbsp;pour être délivrez. de ce mal epedemique ,nbsp;^ue lorfque Ie nombre de ceux qui meurentnbsp;Par jour monte jufqua mille. Tous les joursnbsp;Kous en voyions porter en terre Ie vifage dé-oouvert , que leurs Jmans, ceft a-dire leursnbsp;Prêtres , ont lavé , amp; que Ie peuple accom-Pagne , comme sils étoient décedex duncnbsp;ïHaladie ordinaire. On fc frequente égale-^ent, on achête aufli bien leurs meubles quenbsp;des autres; il ny a que ceux de nos quartiers,nbsp;^ quelques gens d'efprit parmi les Grecs amp; lesnbsp;Turcs, qui ufent en cela de quelque précau-**on. II n'y avoit pas huit jours que nous étions arrivez, que la maifon qui touchoit la nó-*¦6 fut infeétée. Nótre hóte eut allex de prudence pour nous aller incontinent loüer unenbsp;Petite maifon proche de la mer feparée denbsp;tpute autre, 6c il y vint lui-même loger avecnbsp;*a familie jufques è nótre départ. Nous luinbsp;fumes obligex du foin quil avoit pris a nótrenbsp;confideration; car pour ce qui étoit de lui ilnbsp;G 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ne
-ocr page 192-T-fÖ Voyage ie T Archipel, ne craignoit pas la pefte, en ayant étéunefoisnbsp;attaqué. Ceux de Conftantinople tiennentnbsp;pour maxime, quon neft pas fujct a la re-prendre, quand on a eu une fois Ie bonheurnbsp;den cchaper. Cela neft pas neanmoins veritable , amp; nous avons des obfervations du contraire. Mon Pere ma affuré quil a vü unenbsp;perfonne dans Lyon attaquée deux fois denbsp;cette maladie, mais en deux contagions denbsp;difFerentes années. Jai auffi lü dans unelettrenbsp;de Monfieur Gui Patin Profefleur Royal ennbsp;Medecine a Paris , amp; écrite a mon Pere ennbsp;lannée i6j6. quil avoit confulté pour uncnbsp;Dame qui avoit eu la pefte par trois diverfesnbsp;fois. 11 eft bien vray que pendant quune mc-ane contagion dure, ceux qui Tont euë, ne lanbsp;craignent plus, amp; qiiils lervent les maladesnbsp;fans courre de ritquc, comme on laremarquénbsp;a Lyon, oü elle a été deux ou trois fois de-puis Ie commencement de ce fiecle. Maisnbsp;quand il vient une nouvelle pefte., ils courentnbsp;Ja même fortune que les autres, paree quellesnbsp;font ordinairement differentes en malignité;nbsp;Ainfi lon pourroit dire en faveur de ceux quinbsp;croyent ny devoir étre plus fujets x Conftait'nbsp;tinople , que ccft toujours Ia même pefte :nbsp;car en cfFet elle ne sy éteint prefque jamaisnbsp;entierement, pour lef^u defoin que Ic peupi*^nbsp;a de fe conferver.
Nótre guide nous raena, un jour voir ^ Serrail, mais nous nentrames que jufquau pi'nbsp;van, qui na rien de fuperbe. Pour les appat'nbsp;temens interieurs du Grand Seigneur amp; desnbsp;Sultanes ce font des lieux impenetrables. Nousnbsp;en decoüvrimcs fort peu de chefe des lieuXnbsp;voilins, amp; nous en consumes peut-êtrenbsp;de beautex quil ny en a en eftét. Lalliet^®nbsp;du Serrairamp; fes jardins contribuent beaucouP
-ocr page 193-£s? de Conjlaniinopïc. lyt 3 fon embelliffement; mais tout ceqiieje vousnbsp;cn dirois ne pouroit vous faiisfaire, coinmelanbsp;defcription que Monfieur Tavernier en a pu-bliée depuis pen fur Ie rapport de deux hommes quiyavoient été élevez. Ce que jauroisnbsp;plus particulierement fouhaitté d'y vojr efl: lo-behrque qui eft dans les jardins; amp; Ie Tite-Live parfait quon a cru être dans la Bibliothe-que du Grand Seigneur. On ma dit quil nenbsp;s'étoit jamais pü trouver, quoi quon eüt offert des fommes confideraWes a celui qui a Ienbsp;foin des Livres, li on lavoit pü avoir par fonnbsp;moyen.
Maïs puifque je vous parle de Livres, vous fercz peut-étre bien aife de f^'avoir li les Turcsnbsp;ks aiment fort. Tout Ie monde f9ait quilsnbsp;nen fouffrent pas dimprimez, 8i ce nell pasnbsp;aulfi ce que je vous veux dire. Nousfceümesnbsp;de Monfieur Vatz Efcoflbis qui a voyagé qua-tre OU cinq ans dans ces quartiers-la , 6c fre-quenté des gens du pays, ayant parfaitementnbsp;bien appris 1? Turc, amp; lvfrabe qui eft leurnbsp;Langiie de Science , comme Je Latin dans lanbsp;Chrétienté; nous fceümes, dis-je, de Monfieurnbsp;Vatz, qua Conllantinople il y a un Bazar,nbsp;OU marché de Livres manufcrits de differentesnbsp;Sciences, en Turc, en Arabeamp;en Perfan, 8cnbsp;quil y a du danger pour les Chretiens dy al-kr, paree quils croiroient profaner leurslivresnbsp;de nous les vendre. Ccft ce que jappris mê-me, lorfque palfant depuis aPrufa devant unenbsp;boutique oü ily avoitquelqueslivres Arabes, 6cnbsp;ks voulant marchander, on me renvoya hon-kufement avec 1injure de Gwoarquils donnentnbsp;ordinairement aux Chrêtiens, ayant reconnunbsp;due je létois. Je me retiray promptementnbsp;kus rien repartir, de peur quil ne marrivainbsp;pis que Iinjure. Monfieur Vatz nous dit quenbsp;G 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les
-ocr page 194-les Turcs tenoient des Regiftres annuels de tout ce lt;jui arrivoit dans 1étenduë de leur Empire, amp; des guerres quils avoient avec leursnbsp;voifins. Que lon pouvoit avoir une copie denbsp;ces Annales contenuës en cinq ou fix gros volumes pour deux cent écus. Quil y a desnbsp;Hiftoriogvaplies amp;: Kcrivains payex pour celanbsp;dans Ie Serrail. Qu'on trouvoit un autre beaunbsp;Livre du gouvernement de lErapire Ottho-man. Qu'il avoit achêté lui-même une pleinenbsp;quaifle de livres Turcs amp; Arabes, entre lei-quels il y en avoit de tres-curieux, commenbsp;celui de Chek-Boum Egyptien, de la vertu desnbsp;paroles divines 8c humaines avec quantité denbsp;lignes 8c de figures, par lefquelles il pretendnbsp;faire voir mille chofes curieufes pariesanagram-mes. Un autre qui montre la theorie de ceticnbsp;Icience Cabaliftique. Un DieEonaire Turc èenbsp;Arabe. Un livre de chanfons Turques, oii ünbsp;y en a plulieurs fort anciennes, comme dA-vicenne fils dAlbuqiierque. Des Grararnairesnbsp;Turques 8c Perfanes. Des Alfabets de toutesnbsp;les Langues. Un Livre de toutes les revolutions du Royaume d'Egypte, fait par un ancien Chek ou Doöeur du Grand Cairefqavantnbsp;Allrologue. Les prédidlions de eet Autheuinbsp;avoient toüjours été trouvéesfi veritables, quenbsp;quand Sultan Selira vint faire la guerre au Roinbsp;dEgypte, tous les Confeillers de ce Rotluinbsp;difoient que cétoit une folie de fe vouloir dé-fendre, quoi quil eüt une belle armee de Mores, dArabes 8c de Maminclucs, 8c quil fal-loit felon les prédidlions de ce Livre, que Selim devint maitre de IEgypte, ce qui arrivanbsp;en effet. 11 nous fit voir aufli une Ephemeri-de de Iaccroiflement 8c du décroilTement dunbsp;Nii» tegld par un Dodleur Arabe felon Ie mouvement des Planetcs, 8c particulierement de
la
-ocr page 195-la Lime. Un autre de la Chirojuande plus curieux que tous ceux de Jean-Baptifta Porta,nbsp;dans lequel lAutheur pretend que les cara'ifte-res de la main font des lettres dont il donnenbsp;lAlphabet. II nous paria d'un autre livre in-titulé Bauraan, qui eft un Livre ancien con-tenant quantité dexperiences chimiques, com-menté par un Chek-More quil a connu aunbsp;Grand Caire , od il y a beaucoup degenscon-liderables qui sappliquent a ceite Science. Eunbsp;dautres vilites que nous lui fifmesilnousmon-tra une hiftoire de Tamerlan en Arabe, plusnbsp;ample que ce que nous avoirs de traduit eunbsp;Franqois de I'Arabe Alliacen. D.eux livres desnbsp;Talifinans, a fqavoir les principes amp; la pratique, defquels il difoit que Monlieur Gaffarelnbsp;avoit eu connoilTance, y ayant pris tout ccnbsp;qu'il avoit fait imprimer dans fon livre des cu-riofitez inoüies. Mais je ne voudrois pas Ienbsp;foupqonner de cela, étant une perfonne ires-fqavante, quoi qua la verité on ne faffe plusnbsp;guere de fcrupule de ces fortes de larcins. IInbsp;nous alfuroit de même que Monfieur Grotiusnbsp;avoit dérobé tous les plus forts arguraens denbsp;fon livre de la verité de la Religion Chrêtien-ne, des Auteurs Arabes, amp; particuliereraentnbsp;des oeuvres d'un grand homme que les Latinsnbsp;tiennent pour un Herefiarque, amp; les Coftesnbsp;qui font les Chretiens dEgypte pour un Saint,nbsp;qui a fait un tres-beau traité contre les Turcsnbsp;amp; les Juifs pour la verité du Chriliianifme.nbsp;Cecy vous furprendra davantage. II nous affu-ra davoir vd un livre dAltronqmie fort ancien , qui fuppofoit 1'ufage de laiguille ayman-tée, quoiqua la verité ilnel'appliquat pas pournbsp;la Navigation, mais pour d'autres ufages A-ftronomiques. II nous montra auITi une hi-öoire generale du Grand-Caire, une de-G 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fcr^
-ocr page 196-fcription des Eglifes de Conflantinople , IcrS qu'elle fut prife par les Otthomans, Tunenbsp;1autre ecrites en Arabe. Enfin il nous afluranbsp;quil y avoit des Profefleurs publics a Conftan-rinople amp; au Caire, qui enfeignoicnt lAfiro-logie , I'Aftronomie, Ia Geometrie ^ TAriihme-tique, la Poëfie, 1Arabe amp; Ie Perfan.
Monficur Cowel ChapelaindelAmbaffadeur dAngleterre nous fit auffi voir des chanfonsnbsp;Turques, oü nous nentendions rien. 11 nousnbsp;alTura que les exprelllons amp; la mufique en é-toient fort bonnes. Un Renegat élevé auSerraitnbsp;T avoit mis des notes a nóire mode. II sap-pelloit Uatybeg en Turc : mais fon nom denbsp;Chrétien étoit Albertus Bobovius. II avoit éténbsp;amené cfclave de Pologne, lorfquil étoit jeune. II étoit forti du Serrail, 8c étoit devenU-nn des principaux Droguemens. II f^avoitnbsp;éixfept Langues, 8c avoit apris IeFranjois, lAn-glois 8c lAlleman, comme sil eut été dansnbsp;ros quartiers. Ceft Ie racme ^ fi je ne mC'nbsp;trompe , qui avoit fourni avant fa mort desnbsp;memoires i Monfieur Ricaud ConfuideSmyt'nbsp;ne, qui a fait imprimer 1état de lEmpire Ot- ¦nbsp;tonian, Monfieur de Nointel a un traité dunbsp;Serrail qiiil a fait en Itaiien: amp; M. Galland»nbsp;qui a demeuré quelques années a- Conftantino-ple avec M. de Nointel, a pltifieurs chofes-éctites de la main de eet Haly-beg, 8c entrenbsp;autres une bonne partie des Pfeaumes, quil anbsp;mis en vers Tures 8c notei en Mufique. Nousnbsp;allames rendre deux ou trois fois vifite a Mahomet Eacha Chiruigien ï l'Atmegdan. II ^nbsp;de lemploi au Serrail, 8c poffede quelques U'nbsp;vres Latins Anglois 8c Italiens, de Chirurgie 8c de Medecine quil entend fort bien carnbsp;j1 étoit Anglois, 8c fut pris jeune paries Turcs-qui lont élevé dans la Reli^on Mahometan^
-ocr page 197-Ï1 témoigne beaucoup de civüité aux Francs. Ï1 nous fit voir un livre de Medecine en Arabsnbsp;dun Dofteur Perfan, qu'it difoit être fort f^a-yant: mais je ne le crois pas fort capable d'ennbsp;juger , fa fcience nallant guere au dela denbsp;favoir faire quelques fyrops , conferves 8cnbsp;Confitures , dont il saquite affei bicn , amp;nbsp;de faigner les malades avec la lancette. Nousnbsp;vlmes pendant que nous étions a fa boutiquenbsp;quelques Turcs qui venoient prendre des pilules d'Opium, quils appellent Afion. Ceft Icnbsp;fuc du pavot fans aucune préparation, ni purification. Tout le monde f(;ait que celaneles faicnbsp;Pasdormir, mais quils leprennent pour cordialnbsp;a plufieurs maladies ,amp; pour aller affronter avecnbsp;nioins de crainte dans la guerre les plus grandsnbsp;perils. Commeils sy accoutument dèsla jeunef-fe,il na plus la force de leur affoupir les fens,nbsp;tjuoiquil enait affexpour endormir Iefprit, 8cnbsp;lui oterlesfentimensde la peur8c dela douleur.
Je minformai auffi particulierement dii Rufina ou Chrifina des Turcs; qui eft une efpece donguent, avec lequel ils font tomber le poif,nbsp;Ils en font de deux fortes; un qui eft compose dorpiment amp; de cbaux vive en poudrenbsp;^uils font cuite avec de 1cau en confiftencenbsp;dongnent; Iautre qui eft auffi de chaux avecnbsp;parties égales dune certaine pierre noiratrenbsp;tninerale, qui vient dEgypte, quils accom-ïtiodent de même que le précédent. Jen a-chêtai qnclque peu a Conftantinople, oii ellenbsp;eft a grand raarché, marsje ne puis vous ennbsp;¦dpnner dautres lumieres, amp; nos Droguiftesnbsp;connoiffent rien. II y a de Iapparencequilnbsp;entre auffi de Iorpiment dans la compofitionnbsp;«aturelle de cette pierre. On Iapplique quandnbsp;cgt;n entre dans le bain, 8c le Baigneur prendnbsp;fiöigneultment garde, lorfque le poll commen-G 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cf
-ocr page 198-15Ö Voyage dcVArcht-pel. ce a ëtre roiigé, 6c qu'on le peut aifément tf-ler. Alors il lave promptement la partie avecnbsp;de Ieau chaude, amp; froitant avec un drap rude, enleve ainft tout le poll fans faire du mal.nbsp;Les fept Tours font une efpecc deFortereflenbsp;a lextremité de Ia Ville du cóté du Midy.nbsp;Ceft oü lon garde une partie des trefors dunbsp;Grand Seigneur, amp; oii lon tient en prifon lesnbsp;gens de quaiité. 11 y a quelques années quuiinbsp;Chevalier de Malthe pris efclave y étoit ref-ferré. II trouva moyen de fe fauver, amp; de-puis on na pas voulu y lailfer entrer les Etran-^nbsp;gcrs, de peur quils rren connoiffent le foible-Du cóté de la terre il ya trois muraiJles, maisnbsp;il ny en a quune du cóté dela mer. Jecon-fiderai moins ce Chateau pour fa force quïnbsp;neft pas grande , que pour cinq ou fix bas reliefs quon void a une porte de derriere qui eltnbsp;jnaintenant murée. II y en a un qui reprefentenbsp;la chute de Phaeton; un autre qui reprefentenbsp;Hercule, qpi conduit le chien Cerbereamp; unnbsp;troifiéme» un Adonis dormant, Venus quisennbsp;approche, 8c Cupidon qui lui prête fon flambeau; le tout dune alTez bonne maniere. Lenbsp;refle neft pas fort confidtable. Monfieurlenbsp;Marquis de Nointel- AmbalTadeur de France anbsp;la Porte, qui eft extrémement curieux, pourranbsp;un jour faire deffigner ces reliefs. II nous fitnbsp;voir chea lui plus de curiolkez, que nous nennbsp;aurions vft danc tout le refte de Conftantino-
fle. Nous y vimes environ trente marbres oU nfcriptions antiques quil a apportées dAthe-nes, ou de 1Archipel. Par un furcroit de bonté il nous permit den copier ce que nousnbsp;voulumes. H a grand nombre de medailles»nbsp;parrai leCquelles il y en a de bien fingulieres»nbsp;8c quatre cent defl'eins de bas reliefs,. edificesnbsp;amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;q«il a fait faiie dans tons fes vo~
yageS
-ocr page 199-yages de Grece amp; de Turquie. H y apeu de perfonnes au monde qui euflent pü avoir cenbsp;credit dans un pays fi ennemi de la peinture;nbsp;niais il y avoit toüjours deux Janiffaires a cóténbsp;de fon Peintre, lors qu'il tiroit quelque chofe.nbsp;11 demeura qiiinze jours a copier feulemeirt lesnbsp;bas reliefs amp; la fagadc du Temple de Minervenbsp;a Athenes. 11 nous fit la grace de nqus en-trenir fouvent des belleschofes quil.avoit vüësnbsp;dans fon voyage, nous invita plufieurs foisafanbsp;table amp; nous fit la grace de nous donner unnbsp;Pafleport, au cas quü nótre retour iious tom-baffions entre les mains des Corfaires Chretiens.nbsp;Lc Palais de IAmbafTadeur qui eft a Pera eftnbsp;lm des plus beaux de Conftantinople, tant pournbsp;Ia vüë quil a fur Ie Serail amp; une partie de lanbsp;Villc , que pour fa propreté. On confondnbsp;orciinairement CaUta amp; Pera r ce dernier mosnbsp;figinifiant en Grec au dela, amp; les Grecs voulantnbsp;palfer de Conftantinople aGalata ont accoütii-mé de direnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, je vais de la leau ce qui
a donné ^ ce quartier-lalenom de Pera; aulli appellent-ils lendroit oü on pafte leau Peratna ,nbsp;ceft-a-dire Ie trajet.
Nous allames aulE faluer Monfieur Ie Chevalier Finfch , qui venoft de faire fon entrée ik Andrinople , en qualité dAmbaffadeur du Roynbsp;de la Grande Bretagne. Son Chapelain Mon-Ceur Cowel nous afiura que Conftantinoplenbsp;navoit pas quarante trois degrez de latitude,nbsp;comme nos Cartes Ie placent; mais que patnbsp;plufieurs obfcrvations quil avoit faiies avecnbsp;1Aftrolabeau Solftice amp;a lEquinoxe, ilavoitnbsp;trouvé que cette Villé nétqit quau 40. deg.nbsp;56. min. amp; que fon obfervation saccordoit a-vec celle dun Pere Jefuite tres-habile homrae ,nbsp;qui ne mettoit aulfi Andrinople quau 41. degr.nbsp;»8, min. II ajofitoit ^ cela que toutes nosCar-G 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tC9
-ocr page 200-tes de Thrace font faufles amp; que la plus pafla-
ble eft celle dOrtelius.
Le tour des murailles de Conftantrnople eft denviron 15. milles; maisles Fauxbourgs, ounbsp;pour mieux dire ks Villes qui lui font jointesnbsp;nont pas moins détenduë, Sc ne font pas moinsnbsp;peuplées. Bien quelle ait double muraille dunbsp;cóté de terre, elle ne peut pas paffer pour forte.nbsp;Devant les jardins du Serrail proche de la mernbsp;il y a quantité de canons rangea foüs un couvert,nbsp;parmi lefqucls il y en a des dépoüilles de plu-fieurs Princes Chretiens, 8c quelques-uns dunnbsp;fi prodigieux calibre, quun homme pourroitnbsp;être affis dedans, ayant prés de trois pieds denbsp;diametre. On ne charge ces gros canons quenbsp;de boukts de pierre, qui feroient un terriblenbsp;fracas dans un Vaiffeau, 11 y en a un entrenbsp;autres a triple calibre, qui eft peut-être del'in-?ention de quelquhm de nos Renegats,ks Turcsnbsp;nayant pas tant de fubtilité pour ces chofes-la. I
Entre Conftantinople 8c Scutari il y a au milieu du Canal une Tourfur un petit tocher,nbsp;avec quelques pieces dartilkrie. Y étant en-trez nous fumes furpris dy trouver un puit»nbsp;ffeau douce; car on nousafTura que ce n'étoitnbsp;pas une dterne, mais que k fource fortoit dunbsp;IOC environné de tous c5tes de la mer, 8e ve-Boit de terre-ferme. Je ne fgais fur quel fondement quelques-uns lappelknt la Tour d«nbsp;Leandre, qui étoit pKitét a Abydos proche desnbsp;Dardanelles. Celk-ci na rien dantique, maknbsp;elle peut avoir été rebStie fur des fondemcnsnbsp;plus anciens.
Nous paflames trois milles plus loin que Scutari pour aller voir Chalccdoine, qui eftnbsp;plus ancienne que Byiance. Les Turcs Tap-pellent CarUkioi, 8c les Grees encore Chalet'nbsp;ion», lis croyent que Ic CoBCÜe de Chalcc-
doi-
-ocr page 201-6? de ConfiantimpTe. nbsp;nbsp;nbsp;ï yp
^oitie fe tint a TEglile Metropolitaineque nous-allames voir. MaisMonfieur IAmbafladeur de France nous dit que cétoit a un mille de lè,nbsp;amp; qu'il y avoit la une Infcription qui en par-rnbsp;loit. Ce neft maintenant quun grand Village, oü il y a autour quelques jardins qui fer-¦vent de lieux de divertiflèinent a ceux de Con-ftantinoplc, amp; entre Scutari amp; Chakedoine onnbsp;Voit un Serrail du Grand Seigneur.
Les environs de Gonftantinople font bien cultivez , tout y abonde , amp; les fruits y fontnbsp;Uès-beaux. Le vin feul y eli cher, amp; vaut unnbsp;quart de piaftre la bouteille. Mais la commenbsp;dans tout le refte de la Turquie on pefe le vingt;nbsp;amp; on le vend a Yoque, qui fait du moins troisnbsp;de nos livres. Le boire ordinaire des Turcsnbsp;til le café, qui fe fait avec une efpece de grai-Be en poudre qui vient dArabic , quon faitnbsp;bouillir dans de leau, amp; quon boit auffi chau-de quon peut le fouffrir. Cette boilTon forti-fie reftomac diliipe les vapeurs qui mon-tent au cerveau , tient lefprit éveillé , 8cnbsp;donne de lappetit. Je me difpenfe denpar-kr plus au long , paree quelle commence dê-tre affez connuë en France. Les Turcs ontnbsp;auffi dautrfes boilfons appellées Sorbets. Celuinbsp;du menupeupie eft fait avec de leau jettéefurnbsp;du raifin de damas pilé;, 8c le forbet desricjiesnbsp;eft cuit avec le fucre 8c le jus de citron , inbsp;quoi l'on ajoüte un peu de miifc. On nofe-ïoit vendre du vin dans lenceinte de Conftan-tinople; mais les Grecs 6c les Juifs ont la li-Ferté den faire a Galata. Ces derniers ontnbsp;toüjours le meilleur, paree quils font tenusnbsp;par leur Loy de le faire pur, fans aucun mélange deau r mais les Grecs qui ne font pasnbsp;tonfeience de frauder, font fcrupule de boirenbsp;du vin des Jui/s,, de même que les Juifs , de'nbsp;«elui des Grecs^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' Nous
-ocr page 202-i6o Voyage de Vult chipeh Nous ne volumes pas manquer daller baifernbsp;les mains du Patiiarche a qui nous avions unnbsp;paquet a rendie du Protopapa de Corfou. Celui qui l'eft'a prefent sappelle Parthenius. Hnbsp;avoir déja été dépoffedé une fois du Patriar-chat; mais il a ii bien fait , quil sy eft réta-bli. La charge eft a celui qui donne Ie plusnbsp;au Grand Vixir , qui ne demandant pasmieuxnbsp;que de remplir fes cofres, fait queces Patriar-ches fe chaflent les uns les autres , amp; que de-puis cinqans ils ont change jufques a cinq fois.nbsp;Du temps de PEmpereur Leon ce Patriarchenbsp;avoit quatre-vingt Metropolitains 8c vingt Ar-chevêques fous lui. II nen a guere moins pre-fentement, mais les Prelatures font plus pau-vres, depuis que 1Eglife Greque eft dans l'ef-clavage des Turcs. Quand ils font élevez aunbsp;Patriarchat, ih écrivent d'abord a tons les Metropolitains pour contribuer a la fomme quilsnbsp;ont débourfée pour leur élevation. S'ilsnepa-yent, ils en fubftituent dautres a leur place.nbsp;Les Archevêques taxent a proportion leurs E-vêques Suffragans, 8c ceux-ci les Papes de leurnbsp;Diocefe. Ainfi tont fe fait par Simonie. Lesnbsp;Grecs nofent eux-mêmes defavouCT eet abus gt;nbsp;qui seft introduit parrai eux. Nous faluamesnbsp;ce Patriarche au fortir de 1Eglife de Balata.»nbsp;qui eft la Metropolitaine oti il fait farefidence;nbsp;La maniere dele faluër eft de lui baifer ledef-fus de Ia main , oule chapelet quil tient, com-me on feroit a un Evêque ou fimple Papa. Onnbsp;Ie traite de i Panagiotit» fou, ceft-a-dire vótftnbsp;toute , OU tres-grande Sainteté. Mais aux fim*nbsp;pies Prêtres on donne feulement Ie titre dA-giotita-fou, OU de vótre Sainteté. II na autrCnbsp;fuite que des Metropolitains 8c Evêques habil'nbsp;lez en Caloyers , car ils Ie font tous , amp; lui'nbsp;inêine dans fon habit na tien ^i Ie diftingu*
-ocr page 203-Ö* de Conflanttnoph'. rtfr' autres. 11 étoit vêtu dune foutane; amp;d'u-vefte par delTus de ferge noire. Nous nenbsp;J^entretinmes pas long-temps, ï caufede 1em-quot;^rras oü il étoit dun ordre quil venoit denbsp;^ecevoir du Vizir, de Ie venir trouver, ce quinbsp;étoit de mauvais préfage pour fa bourle. Balata eft un Faux-bourgs de Conftantinople, quilnbsp;tie faut pas confondre avec Galata.
Le Bazar, qui eft la place du Marclié, eft |res-beau a voir , amp; chaque métier y a fa rué.nbsp;Les Arts qui fleuriflent parmi les Turcs, amp;nbsp;tjui sexercent plus parfaitemcnt que parminbsp;^ous, font ceux de Tailleur, de Couroyeur,nbsp;oe Cordonnier, de Brodeur dor 6c dargent ,nbsp;oe Tapiffier, de Menufier, de Maréchal, denbsp;Coutelier, dArmurier, de Sellier, de Faifeurnbsp;ue brides, d'arcs 6c de flêches,. de Baigncur,nbsp;^e Barbier, de Confifl'eur 6c de Faifeur de Sor-^nbsp;^ets. Au contraire il y a beaucoup dautresnbsp;juêtiers quils nentendent pas fi bien que nous.nbsp;La Medecine n'y eft prefque exercée que parnbsp;quelqucs CandiotS'Juifs OU Renegats; 6c li-tótnbsp;luun Barbier f^alt un fecret, il sérige en Me-tiecin. Maurocordatus Chretien de Candie,quinbsp;® écrit quelque chofe fur lufage du poulmon ,nbsp;quil a derobé a nos Auteurs, étoit Mcdecinnbsp;Grand Sei gneur, 6c prefentement il seftnbsp;fait Drogueman. Je trouve quil a fait pru-demment, car fa vie neft pas il fouvent eanbsp;danger que dans fa premiere profeffion , oiinenbsp;pas guerir le Prince dans une maladie, paftenbsp;pour un crime capital. I.es Barbiers f^aventnbsp;quelquefois ftigner, 6c leurs rafoirs ont desnbsp;itianches tout dune venuë avec la lame. Ilsnbsp;tafent a contrepoil, 6c ont la main tres-legere:nbsp;ttiais au lieu de favonettes, ils nont que desnbsp;pieces de favon, comme nos blanchifleufes.
Je voiis donnerois bien quelques autres re-
l6z Voyagz du Levant, jnatques des coütumes de Turquie mais nenbsp;pouvant ignorer quil y a plufieurs Autheursnbsp;qui en ont écrit, je me contente de vous a-voir fait mes obfervations particulieres, qu'ilsnbsp;»ont peut-être pas toucliéesii exaftementquenbsp;moi ; amp;je crois même quil y en a quelques-unes qui ne fe trouveront point dans les Relations qui courent de ces pays-Ia. II eil tempsnbsp;de quiter Gonftantinople, amp; de penfcr a prendre Je chemin dAtlienes, queje iduhaitois par-ticulierement de voir.
NOus étions fort irrefolus fur Ie choix de la route que nous pourrions prendre postnbsp;aller a Athenes, pour laquelle proprementnbsp;nous avions entrepris nótre voyage. II y avoitnbsp;trop de rifque a y aller par mer Jt caufe de»nbsp;Corfaires, 8c il ny avoit pas moins a craindrenbsp;par terre a caufe de la pefte qui regnoit parnbsp;toute la Thrace, que nous aurions été obligeznbsp;de traverfer. Enfin nous nous determinames nbsp;amp; Toccafion de deux marchands Anglois quinbsp;alloient a Smyrne, 8c d'un Medecin de leurnbsp;Nation nommé Ie Dodleur Pickering, nous fitnbsp;refoudre dy aller avec eux, dans le delTein,nbsp;aprés que nous y ferions arrivez, de prendrenbsp;nos mefures pour pafler dans la Grece.
Nous prlrties done tous enfemble line Bar-cue, 8c partimes de Gonftantinople fur le mi-
-ocr page 205-Ji le i6. dOftobre 1675. Nous laiflltnes ^ notre gauche Chalcedoine, amp; le golfe de Nicome-, au fond duquel eft cette Ville appellécnbsp;prefentement Ifchmet; 8c k notre droite Ildlenbsp;*^2 Proté, 0Ü nos Vaiffeaux Venitien,s avoientnbsp;donné fond, le Bayle ne leur ayant pas permisnbsp;de venir au Port de Conftantinople ^ caiife denbsp;la pefte. Le Vaiffeau marcband nommé/aFor-*unetu, qui avoit été oblige dy venir, ne tar-da guere a être infeamp;é, amp; trois ou quatrc matelots en moururent. Plus avant nous laiflaraetnbsp;*^ur la droite deux ecucils, qui retiennent leurnbsp;sucien nom d'Oxya. 8c de Platy; le premier,nbsp;paree quil eft fort pointu; 6c Iautre, pareenbsp;^u'il eft bas 8c large; 8c eeft ce que lignifienCnbsp;155 noms que les Grecs leur ont donnez. Eufnbsp;ftiite nous paffames pres de la petite Ifle d'An-*^gone, 8c vitimes coucher a celle de Chdois^nbsp;un Monaftere de Caloyers rebati parnbsp;amp;ioti Drogueman du Gfand Seigneur. On fnbsp;''pid fon Epitaphe en Grec literal, 8c cellenbsp;dun AmbafladeurdAngleterre appelléEdoüardnbsp;®arton, fous le tegne dElizabet. Les Caloyers nous receurent civileraent, 8c nous four-ttitent autant de couvertures 6c de mateiatsquamp;nbsp;itous voulümes. Le lendenaain nous partimesnbsp;de bonne heure, 8c vtnmes dans le golfe denbsp;Montagma appelle anciennement C'lanus Jims,.nbsp;du nom de la Ville de Cium. Nous cotoyd-faes a notre droite le village de Trichlia, 8c anbsp;mille deli celui de Siki, qui eft aflezgrand,nbsp;^ que nos Cartes nom ment Sequino, mal inbsp;propos; car Siki eft fon veritable nom , figni-dant en Grec une figue, pareeque le terroicnbsp;dalentour eft plein de figuiers fauvages. II y anbsp;« une Eglife quils appellent ^gios Stratms,amp;cnbsp;c eft le nom quils donnent quelquefois a 1'Ar-chan^ Saint Michel, comiaq fi.nous difions
-ocr page 206-1(54 Voyage du Levant ^ h Saint Capitaine, Proche du rivage il y a unenbsp;fontaine appellee Chriftts, a laquelle les Grecsnbsp;attribuent des miracles. Ils nomment ces fortes deaux, auffi bien que Ieau benite ^^ia/-ma.
Mon- a quatre ou cinq milles de la eft la petite
TAG- Ville de Montagnia, oil nous primes terre. II
Mia, eft aifé de juger par fes mafures, que le lieu eft fort ancien, 8e quelques-uns veulent quenbsp;ce foil la Nicopolis de Bithynie. II y a unnbsp;beau K.an, qui a environ cinquante chambres.nbsp;Nous y paffames le refte du jour, amp; primesnbsp;le lenderaain des chevaux, pour aller a Proufa,nbsp;qui nen eft éloignée que de dix ou douzenbsp;milks. Nous laiflames ^ moitié chemin le village de Moulfanpoula, Sc des campagnes biennbsp;cultivees.
Prou- P R O U S a , ou Bourjia, ou Burfa (car le nom de cette V'ille fe .pronohce de ditFerentesnbsp;manieres; a un aborddes plus agreabks; toutnbsp;le terroir dalentour étant ombragé de noyers,nbsp;de chataigners amp; de meuriers, amp; embelli denbsp;jardinages de cote amp; dautre du grand cheminnbsp;qui eft fort large amp;c auffi beau quon fe puilTenbsp;imaginer, quoi que peu a pen il aillc en moa-tant. Cetoit I'ancienne Ville de Prufa ad Onbsp;lympicam , étant au pied de cette montagne gt;nbsp;qui étoit autrefois appellée IOlynipe de Bithyquot;nbsp;nie. Ceft une des plus hautes de IAfie niineu-re, amp; on la voit de Conftanrinople, bien quel-le en foit éloignée de prés de cent milles. Lenbsp;fommet eft couvert de neige toute lannée;nbsp;mais H la moitié de fa hauteur elle a des en-droits fort agreables, des bois de pins amp; fa-pins, amp; même dune elpece de Cedre, com-me le jugeoit mon camarade fort curieux poufnbsp;les plantes. Ces bois font arrofes de quantiténbsp;de ruifleaux, oh 1on pêche aifément des trui-
^ des Sept EgJifcs. tavelées de rouge, que les Turcs appellentnbsp;¦^laghaluc, ce qui, i exprimer Ie mot a lanbsp;, fignifie «» èeau poijfon. Les plus grof-*£s lont portées au Grand Seigneur, coramenbsp;*10 morceau delicat. Cette Ville fut prile iurnbsp;Empereurs Chretiens dOrient par Sultannbsp;Orchan lan 1300. 8e devint Ie Siege de l'Elm-pire Ottoman, jufqu'au temps quils fe furentnbsp;rendus maitres de Conllantinople. Elle a encore les murailles quelle avoir foüs la domination des Chretiens. Les Turcs ne les ontnbsp;pas voiilu démolir, comme ils font prefque anbsp;routes les autres, paree quils la confiderentnbsp;cotnme une des Villes Royales de l'Empire.nbsp;^^ous en fifmes Ie tour, qui eft denviron fixnbsp;milles, Ellles fontbaties des ruïnes de lancien-ne Ville; car on y voit quantité de colonnesnbsp;8c de pieces de marbre enclavées avec les pier-res. Le quartier qui eft fur une roche efcar-Pée du cóté du Baaar, eft appellé le ChSteaunbsp;nu la Forterelïe. Elle eft entourée d'une mu-raille feparée de celle de la Ville , avec quaere portes pour y entrer. Cétoit le refugenbsp;uss Chrêtiens, maïs la Place étoit meilleurenbsp;riuelle neft a prefent. Nous y vimes le Mau-lolée dOrchan , de fa femme amp;de fesenfans,nbsp;^ans une Eglife quils ont ótée aux Grecs. Ellenbsp;batieen croix Greque, un dome au milieu,nbsp;le Choeur tout de marbre. On voit auffinbsp;prés de Ik un torabeaüoü font enfevelis les en-,nbsp;fans de Bajazet.
La Ville contient environ quarante mille Turcs, amp; prés de douze mille. Juifs. Pour cenbsp;eft des Grecs 8c des Armeniens, iis fontnbsp;*aiix Faux-bourgs, 8c ne font pas un grandnbsp;aaombre. Au contraire le Bourg de Philadar,nbsp;Jui eft a deux lieuës de Proufa, na que desnbsp;^^êtiens, quoi quils foient plus maltraittez
166 Voyage clu Levant, dcs Turcs que par tout ailleurs, car ils leur fontnbsp;payer double caratfch, a caufe de la vigoureu-fe refinance quils leur fircnt, lorfquils fe ren-dirent maitres du pays; Sc comme ce font desnbsp;marques de leur courage, ils fouffrent ce rude traitement fans en murmurer.
Lancien Serrail de Proula étoit fort petit. II y a quinze ans que le Grand Seigneur y de-vant venir, on Iabatit, 6c Ton en rebatit utinbsp;autre en moins de deux mois. Nous y entra-mesavec un Janiflaire, amp; nousne vimesquunnbsp;batiment fort mediocre, qui na que fept ounbsp;huit chambres boifees avec des armoires doréesnbsp;a compartiment, fans être accompagné dau-cun jardin; toutefois la vüë en eft tres-belle.nbsp;II ny a aucun meuble dans ces chambres,nbsp;auffi les Turcs nen ont guere, amp; le Concierge qui nous les avoit ouvertes eut pour fa peine une piaftre de chacun de nous.
La Ville neft arrofee daucune riviere, 8? il ny a quun ruiffeau a un mille dela fur lenbsp;cherain de Montagnia; mats en échange ilnbsp;ny a point de quot;Ville ati monde ou il y ait plusnbsp;de fontaines. Divers Sultans y ont bati jui-qua fix ou fepr Mofquees, 8c celle d'Aladinnbsp;eft la plus belle 8c la plus ipacieufe de toutes-Elle eft quarrée 8c couverte de vingt-cinq pe-tits domes degale grandeur. Ceft une nellenbsp;architedure, amp; toute de pierre de taille. Lenbsp;Bazefluit,. oh fe debitent les marchandifes eftnbsp;un alTez beau lieu; 8c non feulement Proufanbsp;eft une 'Ville de grand negoce, mais elle eftnbsp;aulli de grand pafiage pour les Caravanes quinbsp;vont dAlep ou de Smyrne a Conftantinople gt;nbsp;amp; il sy fait des foyes tres-fines. Il y a quan-tité de beaux bains ou étuves a la Turque, ^nbsp;des Kans pour loger les paflans, dans 1un def-quels aous avions deux chambres pour notrfi
coni'
-ocr page 209-6? des Sept Eglifes. 16/ Compagnie. Un de nos Anglois y tomba ma-'^de, amp; nous y retint prés de quinze jours.nbsp;Le Doéieur Pickering Ie faigna deux fois lui-örême faute de Chirurgien, amp; comme il crutnbsp;^ue fa maladie tireroit eu longueur, nous par-times enfin de Proufa aprés lui avoir laifle deuxnbsp;Perfonnes pour railifter. Nous apprlmes quince jours aprés quil y étoit mort, non fansnbsp;feupjon de quelque malignité apportée de Con-uautinople, oüla contagion ferenforqoitquandnbsp;ttous en partirnes. Car au refte fa maladie né-toit pas dangereufe, nétant quune fiévre tierce intermittente. Quoique Ie commerce desnbsp;deux Villes fut libre, amp; quon n'y obfervatnbsp;^ticune precaution, il ny avoit pouttant pointnbsp;de pefte a Proufa,
Un Armenien nous donna un cheval a cha-ctm julqua Smyrne pour trois piaftres. Mon-«eur Wheler fut fortfaché de ce que Ie fien tiavoit point de bride; mais nous apprimes knbsp;nous y accoütumer dans la Grece, oü nousnbsp;etions montez comme Ie Marc-Aurelc du Ca-pitole fans bride, lans felle 6c fans étrieu, nousnbsp;contcntant d'un licol, dun baft amp; dune cor-de pour tout harnois. Le premier jour nousnbsp;tte vinmes coucher qua un mille de Proufa,nbsp;®ux bains dcau chaude qui font au village denbsp;Le grand bain femble une Mofquée,nbsp;^ nous ny pümes entrer, paree quil y avoitnbsp;des femmes. Toute 1aprés-dinée eft pour cites , 8c le matin pour les hommes. Celui oiinbsp;tjous nous baignames, bien que lun desmoin-dfcs, étoit un dome tout de marbre par dedans. Leau ell foutrée, Sc feroit trop boüil-«nte, fi on ne la temperoit avec de leau froi-Les Tures les frequentent fort, tant parnbsp;t regies de leur Loy qui leur recommandenbsp;bain, que par delices», amp; pour leur fervit-
töS Voyage in Le'cant ^ de remede en diveri'es maladies, pour la gue-rifon defquclles ils font renommez dans toutlenbsp;pays.
Le lendemain 14. dOdlobre nous quittames Capligi avant jour, amp; traveriames des campagnes de bled cuitivees par les efclaves desnbsp;Turcs,; car pour ks Mufuhnans; il ny en anbsp;point de reduits a cette neceflité, amp; ils fontnbsp;tous affez a leur aife dans ce monde. Ils saC-tendent de Ietre encore davantage dans Iau-tre, amp; s'appuyent entierement fur les promef-fes ridicules de kur Prophete. Nous nous ar-retames fur k midi a un hameau de Grecs,nbsp;OÜ nous trouvames des oeufs amp; du laid. Nousnbsp;y mangeames fans faire repaltre nos chevaux tnbsp;qui étoient accoütumez a la Turque a fairenbsp;abftinence jufquau.foir dans le voyage. Notrenbsp;repas fait, nous fumes encore fix heuresache-val par un pays de même nature que le precedent , mais un peu plus diverfiné par da-greables collines. Trois ou quatre milles aunbsp;deqa du gite ou nous nous arrêtames ce foir-nous traverfa.mes une grande plaine, oünbsp;nous decouvrimes a notre gauche un beau lacnbsp;long de z^. milles ou environ, amp; large denbsp;fept ou huit. Nous rencontrames ce jour-lanbsp;fix Cavaliers fairs comme des voleurs de grandnbsp;chemin. On nous alTura auffi que nous nenbsp;nous trorapions pas de les prendre pour tels;nbsp;mais nous etions fept bien armez, amp; nous nenbsp;craignions pas quils ofaflent sattaquer a unenbsp;plus forte partie que la leur. Notre petite Ca-ravane étoit compofée du Dodeur, dunmar-chand Anglois, de mon camarade 8c de mownbsp;avec un Janiffaire que nous avions pris depuisnbsp;Conftantinople è un écu par jour lui amp; fonnbsp;cheval , 8c deux ferviteurs; fans compter deu*nbsp;gu trois voituriers a pied, mais qui navoienc
ff? des Sept EgUfes. i6f) point darmes, amp; qiii fe moquoient dcs vo-Icurs, paree quils n'avoient rien a perdre.
Le foir nous arrivames a nbsp;nbsp;nbsp;petite Vil-Lou-
prefque deferte, fituéc de Iauire cóté de la tadi riviere qui fort du Lac, 8c fe va jetterau def-lous dans le Granique. C'eft Ic lac Sc la riviere A Afemius, mais nos Cartes placent cenbsp;lieu-la au bord du Lac, quoi quil en foit anbsp;Irois milles au delfous, 8c ils pofent le lac af-lèa proche de la mcr, bien quil en foit eloi-gne dunc journee de chemin. Cette Villeeftnbsp;allurement ancienne, comme on le rcconnoitnbsp;gt; fes marbres 8c colonnes niifes confufementnbsp;dans la fabrique des murailles, qui font unou-vrage des Empereurs Grecs , avec des toursnbsp;rondes 8c pentagones de vingt en vingt pas.nbsp;Nicetas Choniates, qui a écrit dans le treizic-ine ficcle appelle cette Ville Lopadium. Ferrari dit quelie s'appelloit anciennenient Apolli-gt;^1 ; mais ce quil ajoute eft evidennnentnbsp;fiux , difarit quclle eft prés du Mont-Olympe,nbsp;dont nous étions éloignezdune journee. Nousnbsp;y entraraes fur un Font de bois, mais il y anbsp;des mafurcs dun Pont de pierre. Les maifonsnbsp;Idnt prefque toutes de terre , 8c a peine y a-'^¦il mille habirans. Nous logeames chez unnbsp;prec, qui ne fqavoit parlcrque Turc, amp;dansnbsp;Ifs Villages deces quartiers-la, il ny a quel-'I'retoisque le Prêtre qui fgache le Grec. IInbsp;itous regala dune truite prife dans cette rivie-8c nous a'voiiames tons que cetoitlameil-Iciire que nous euffions jamais mangée. Nousnbsp;^oniinuamcs nötre marclie le lendemain juf-Ida midy dans cette belle plaine de la Myfie,
P^ds nous vinmes a de petites collines. Lc loir nous paflames le Granique fur un Pont denbsp;a piles de pierre, quoiquon leüt pü ai-i^naent gayer ny ayant pas de 1eau ju/quauxnbsp;l,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fan-
-ocr page 212-t^o Voyage chi Levant^ iansles dcs clievaux. Ceft cette riviere que Iflnbsp;paliage ciAIcxandre !e Grand a rendu li fa-rneul'e , Sc qui fut le premier theatre de ftnbsp;gloire, lorfquil marchoit centre Darius. Ellenbsp;eit prefque a fee en Eté; mais quelquefois ellenbsp;¦le deborde étrangement par les plupes. Sonnbsp;fonds nell que fablon amp; gravier, amp; lesTiircsnbsp;qui ne font pas foigneux de tenir les embouchures de rivieres nettes, ont laifl'é prefquenbsp;.combler celle du Granique, ce qui empêchenbsp;quil ne foit navigable , même proche dc lanbsp;mer; ou il eft aliez large. Nous le cotoya-mes pendant deux heures, 8c arrivames 'aunbsp;village de Soufighirli, qui nen eft qua unenbsp;moufquetade, II y a un grand Kan ou Kier-vanfera , eeft-a-diVe une Hotellerie a la modenbsp;du pais , dequoi M. Tavernier nous donncnbsp;une longue 8c exadte defeription dans fes voyage d'Afie. Mats ce Kan étant alors toutnbsp;rempli d'autres voyageurs, nous firmesobligeznbsp;de nous reduire dans un petit bas oh nous mimes nos chevaux. Sc nous nous plaqaraesfurnbsp;uneeftrade ou IbfaalaTurqiieun peu plushautnbsp;pour nous éloigner de fhumidité. Notre hotenbsp;qui etoit Turc nous traita bien a la mode dunbsp;pais. II nous donna du Tragana qui eftdu blednbsp;griié aprêté comme le ris a la Turque; unenbsp;ïourte de moelle, de viande 8c de mie de pain,nbsp;qui etoit fort excellente, 8c un autre ragoutnbsp;quils appellent Voulma. Ce lont des pom-mettes compofees dc jailles 8c foyes de pou-let, de graitle, doignons, 8c depiceries fri-caifees dans une feuille de vigne. Le deflertnbsp;conliftoit en de bonnes confitures de poires,nbsp;de primes 8c dabricots an vin cuit. Nousnbsp;ctions fi perfuadci de la mauvaife chere desnbsp;Tiircs, quecelle-ci nous parut merveilleiife. Scnbsp;ic lendemain nous payames notre hote aufS
des Sept EgUfes. 17X graflTement cue li nous fuffions fortis dii meil-leur Logis de France; ce que Ton fait dc boanbsp;ccEur fans marchander avec eux.
Ayant quitté le village des Bufles-deau (car ceft ce que fignifie en Turc Soitfighhli) nousnbsp;allames encore le long du Granique pendantnbsp;plus dune heure, amp; a fix milles de la M. lenbsp;DodleurPickerlingnous fitremarquer delavitrcnbsp;cóté de Ieau aflcx loin de notre chemin, lesnbsp;rnafures dun Oiatcau quon croit avoir etcnbsp;baii par Alexandre, apres quil eut pifle la riviere.
Ce pais neft fertile quen bleds, paree quil ny a que des Turesdans cesquartiers-la, auliinbsp;ny trouvjons-nous point de vin , ce qui ncnbsp;nous plaifoit pas. II falloit nous contenter dunbsp;café ÖC dun breuvage a IAngloife, qui nétoitnbsp;pas inauvais. Nous le faifions avec Ieau denbsp;vie, du jus de citron, de 1cau amp; du fucre;nbsp;Car nous avions fait provilion a Proufa duanbsp;outre deau de vie. II eft vrai quil nous eanbsp;couta affezcher; car quand Meffieurs nos An-glois, que nous croyions meilleurs me'nagersnbsp;que nous, nous rendirent le compte de la dé-Penfe, il fc trouva que depuis Conftantinoplcnbsp;jufqu'a Smyrne nous avions dépenfé quarantenbsp;ecus en eau de vie amp; en fucre. Nous pafla-^es fur le midi prés dun Kan delaiffé, appellcnbsp;Porte-de-fer, qui a autrefois bien fait peur anbsp;gens, ayant été un nid de voleurs amp; daf-^3fllns qui detrouflbient les paflans. En effet,nbsp;*yant pouffe un peu plus avant, nous mimesnbsp;P'cd a terre dans une prairie pour mangernbsp;Promptement prés dune fontaine , oft nousnbsp;(quyames une tête dhomme décharnée; amp;nbsp;F ctoit apparemment la tête de quelque mal-'ipureux voyageur qui y avoir été affaffiné,nbsp;y ayant point la de Cimetiere.
La nuit nous arrivames i Mandrago'ia mediant village, done les maifons font deterreSC de chaume. Nous logea'nes dans le Kan,nbsp;eft line grande ecurie avec une eftrade autournbsp;amp; des cheminées de dix en dix pas, oil lesnbsp;gens fe tiennent. II ny a dans ces Kansquunnbsp;homine qni a foin de donner de la paille 8Cnbsp;de Iorge en payant; car dans route la Tur-quie il ne fe park ni de foin , ni d'avoine poutnbsp;ks cheyanx, ce qui eft caufe quils font plusnbsp;legers, amp; quils ne prennent pas de groffesnbsp;pances qui les puiflent rendre pouOifs cominenbsp;les notres, II fournit auffi une nate, fur la-qiiclle on dtend le petit raatalas quon portsnbsp;avec fes hardes, amp; 1on va chercher dans ksnbsp;maifons voifines, le bois , le pain amp; autresnbsp;chofes ne^effaires, autant quon les peut trou-¦yer. Mais on porte toujours provifion de risnbsp;en chemin, étant le mets quon apprête knbsp;plus aileinent amp; en moins de ternps, car anbsp;leur mode on ne le fait cuire qiiun quart-dheure dans 1eau. Quand on a du beurre,nbsp;ou de 1'huile, on Iajoute en fortant du feu.-Nous Iavons fouvent trouvé bon fans autresnbsp;ingrediens que de Ieau amp; du fel, avecun bonnbsp;pppetit. Je mimagine bien que mille gensnbsp;sétonneront en cet endroit, que les Turcsnbsp;nont pas 1efprit d'établir comme nous dc bonnes hote'.Ieries; mais il faut confiderer quenbsp;quelquun deux s'avifoit d'en tenir, il ne knbsp;trouveroit perfonne qui iroit y loger , ft eenbsp;neft les Francs. Car comme les quot;Turcs outnbsp;accoütumé de ne ddpenfer prefque rien dansnbsp;leurs Kans, ce qui saccorde fort avec kutnbsp;humeur mefquine , ils nauroient garde denbsp;saller fourrer dans un Logis, oil 1effroyabknbsp;peniee de payer pour une nuit hommeamp;che-Val un écu par tête, feroit capable de les fair?
fuir bien loin , au lieu de les y attirer. Auüi rie voyons-nous pas que les Armeniens faflentnbsp;de grands écots, lorfqu'ils voyagent dansnótrenbsp;Europe. Ils aiment rnieux diner en chemin-faifant, amp;c coucher fur leurs baks de Soye,nbsp;^ue de saller mettre dans un bon iit.
II y avoir dans ce Kan dnq ou fix colonnes fort antiques, qiii nous firent juger que Ce lieu-Ia avoit autre-fois été quelque chofe denbsp;plus quil neft prefentement, Sc la reifemblan-ce de nom me fit croire, que qa été la Maii-^ropolis, dont Pline fait mention ; car nousnbsp;ctions alors dans la Phrygie, oü il place cettenbsp;Ville.
Le jour fuivant nous palfaraes encore Ie Granique, quinavoit que deuxpiedsd'eau, Scnbsp;nous marcMmes huit heures durant par desnbsp;Collines defertcs. Le foir nous arrivames aunbsp;pillage de Courougougil, ceit-a-dire , maraisnbsp;deffeché, Sc nous y recontrames deux Hol-Endois qui venoient de Smyrne, avcclefquelsnbsp;noiis foupames chez un Turc.
Le nous ne iifraes que cinq lieuës, SC nous primes nótre gite a Bafculimbei, Bourgnbsp;dcnviron trois cens teux. II y a un Kan,nbsp;^ais nous aimames rnieux loger chez un Turcnbsp;la connoiffance du Doéleur Pickerling. IInbsp;npus traita ]e inoins mal quil püt avec dunbsp;pilau , ceft-a-dire du ris a la 'lurque , dunbsp;^iftgt; Sc de laviande alTezbien aprê.tée, Sc desnbsp;Confitures au vin cuit. Nous remarquamesnbsp;^nez lui lInftrument dont ils fe fervent pournbsp;i^Parer le cotton d'avec fa grainc, car il sennbsp;*xit beaucoup en ces quartiers-la. Ce font deuxnbsp;^puleaux , l'un de bois, Sc 1'autre de fer, quenbsp; cgt;n fait tourncr tous deux en dedans, Sc Ponnbsp;^ ?Pproche le cotton qui paffe entre deux,nbsp;***« la grain e ny fqauroit palier paree qdilsnbsp;H 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;font
font fcrreil'un centre Iautre. Li figure vous
Icxprimera mieux que k difeours.
Jnflnmtnt dts Tuns peur fepartr la grame dt Cote»,
Nous navionsplus delaquedeuxpetitesjour-nées jufques a Srayrne.niais nous nous écaria-'Pjjya nbsp;nbsp;nbsp;lieues pour aller voir Thyatire, appd'
tirequot; maintenant Ak-hipr pzr ks Turcs, eeft' a-dire en leur langue Chateau blanc. Cell unenbsp;des fept Eglifes de IApocalypfe , amp; ce fera knbsp;premiere dont je vous donnerai la defeription.nbsp;Elk ell: batie dans une belle plaine , qui a pksnbsp;de vint milks de large, femée de cotonsnbsp;grains; mais il y en a une partie inculte ^
COU'
-ocr page 217-couvcrte de tamarife. A Tentrée de la plaine nous v'iraes fur une éminence qui commande'nbsp;Ie chemin , les mafures dun Chateau, qui por-toit Ie même nom A'Ak-hiJfar , doü les Tuicsnbsp;sétant retirez, ils vinrent batirdans celicu plusnbsp;Commode fur les ruïnes de lancienne Thyati-te, öc lui donnerent Ie nom du Chateau quilsnbsp;avoient quite. 11 n'y a pas encore feptouhuitnbsp;ans quon ne f^avoit oir avoit été cette fameufe,nbsp;Ville dé Thyatire, Ie nom même enayantéténbsp;perdu. Ceux qui fe croyoient les plushabiles,nbsp;irompez par une faufl'e reflemblance de nom,nbsp;simaginoient que ce fut Ia Ville dcTiriakimnnbsp;journée dEphefe. Mais Monficur Ricaud Con*nbsp;lui de la Nation Angloife y étant allé accom-Pagoé de plufieurs de ces Meliieurs qui nego-cioient a Smyrne, reconnut bien que Tirianbsp;n'avoit rien que de moderne, amp; quecen etoitnbsp;pas ce qu'ils cherchoient. Jugeant a pen présnbsp;quartier oii ils virent plufieurs mafuresanti-^ues, amp; trouverent Ie nom de Thyatire dansnbsp;^uclque infeription, aprés quoi ils ne douterentnbsp;plus que ce ne full clle-même. M. Ie Doéleurnbsp;que nous avions lavantage davoir en nótrenbsp;compagnie, comme il eft fgavant amp; curieux,nbsp;loühaita de saiTurer de la chofe, amp; fut caufenbsp;que nous y allamcs. Avant que dentrcr dans-la Ville nous vimes un grand Cimetiere desnbsp;Tures Ie long du chemin, ouremarquantqucl-ques inferiptions, je mis pied-^-terre pour lesnbsp;cqpier. Nous y demeurames toute laprefdi-^ce, Sc nous étions logez dans Ie Kan prochffnbsp;nu l3.uar, oü il y a environ trente colonnesnbsp;atrec leurs chapiteaux amp; pied-delhux de mar-fc gt; difpofées confufément en dedans pournbsp;oütenir Ie couvert. II y a un cliapiteau dor-ufe Corinthien , 8c des feiiillages fur Ie fullcnbsp;niênie de la colonne, comme vous en verreznbsp;H 4.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dans
-ocr page 218-clans un Temple de Melaflb, dont je vous donncrai Ie dellein; ce qui eft aflcz extraordinaire.
Au fiijet de ces colonnes oiivragées de fcnil-lagcs, voici line autre remarque que M. Galland Amiquaire du Roi a faire amp; ina communiqués. 11 y a un Kiofque ou Pavilion bati par Sultan Soliman prés dInghirlikioi qui neftnbsp;pas loin de Conllantinople, fiir Ie canal de lanbsp;tner noire. Lefondeinentde.ee Kiofque ellnbsp;de plufieurs colonnes, parmi Icfquelles il y ennbsp;a une de marbre blanc, dun pied Sc demi denbsp;diametre, dont on n'en voit quenviron deuxnbsp;pieds de longueur du cóté de la bafe, qui for-tent hors du fondement en guife de canon,nbsp;comme les autres colonnes. Celle-ciell toutenbsp;particuliere : car Ie fiifte même de la colonnenbsp;eft ouvragé de feuillages de vigne entrelaceznbsp;de figures difFerentes danimaux, comme denbsp;belettes, amp; de liraagons fort au naturel, avecnbsp;deux mafques Sc une cuvepleine de raifinsquenbsp;trois hommes foulent, amp; un autre en tire Ienbsp;vin par Ie bas, Sc tout cela avec Ic goüt Sc lesnbsp;marqués de la bonne antiquité. Cette colonne a été fans doute prife du Temple de Bacchus, dont Petrus Gyllius fait mention dans fanbsp;defcription de Conllantinople, Sc en parlantnbsp;des colonnes voici ce quil en dit : CapituUnbsp;inferiorum echinos hahent aircumdantes imomnbsp;partem. Reliqua fan ejl tola veftita foliis; maiSnbsp;il ne les avoit pas obfervécs de fort prés.
Nous primes un Janilfaire du lieu avec nous, pour aller voir les inferiptions antiques denbsp;Thyatire. La premiere qu'on nous avoit in-diquée étoit fous une hale proche du Bazar,nbsp;Sc ellc commence ainfi: H ICPATIXIH ©ïA-TEirHNtiN EOYAH , Ie tres-fuiffant Senat dtnbsp;Thyatire, Une vintaine de Tures sctant at-
troU'
-ocr page 219-fs? des Sept EgUfes. ijf traiipez autour de nous pour voir ce quenbsp;tioiis fiifions, nous leur difines que cctoit unenbsp;pierre du temps des anciens Fayens, oii étoitnbsp;k nom'que leur Ville portoit autrefois. I!snbsp;sétonnerent de ce noni de Tltj^atue que jenbsp;Prononqai , amp; deux ou trois dentreux nous'nbsp;cn menerent voir d'autres que nous copiames-exadiement. 11 y en eut un noinnré Vezi Che-^bi qui en avoit une chez lui creiifée en reftr-''oir de fontainc, amp; je puis dire que nous na-¦vons point trouvé de Tures plus civils qu'ennbsp;Ce lieu-la. Nótre JanifTaire nous mena a lanbsp;Cour dun des principaux habirans appellé Mn-ftapha Chelehi, oü nous lumes encore trois Inscriptions. Les deux premieres font les jam-bages du portail de la maifon , amp; parlent dAn-*onin Caracalla Empereur Romain , comnienbsp;dun Bien-faiteur amp; Rellaurateur. de Ie Ville.nbsp;Le titre de Maiire de la lern eer de lamer, quinbsp;y eft donne a ce Prince ambitieux ; eft auffinbsp;rare que celui de Divinité prefente aux mertels,nbsp;Sui lui eft attribué dans une bafe de maibre itnbsp;Lrafcati proche de Rome. Aprés avoir leunbsp;Ces deux pierres,. nous apperceumes au milieunbsp;de la cour un grand cercueil de marbre , oü il-y avoit la place de deux corps, amp; a 1un desnbsp;cótez 1Epitaphe da mari amp; de la femme, quinbsp;y avoient été enfevelis. Comme nous nousnbsp;riiettions en devoir de le copier, un des Turesnbsp;du Logis, peut-être par fuperftition , fe mitnbsp;devant nous, amp; ne voiilut pas nous le per-rrrettre, simaginant que c'étoit un tombeau denbsp;ftuelquun de leurs Saints. Nous fimes fem-^'ant de croire que ce quil en faifoit nétoitnbsp;^cie pour rite; maft n'ótre Janiffaire le fit óternbsp;®cla, ScnousécrivimesFEpitaphe, oüknomnbsp;de Thyatire étoit repeté deux fois. Aprés ce-fious vimq^ vine autre Infcription dans une'nbsp;H 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cólon-r
-ocr page 220-ly'ê Voyags du Lcvmt y colonne qni foütjent une galerie dun Kan ,'nbsp;amp; OU nous himes en Grec amp; en Latin, quenbsp;lErapereur 'Vefpafien y avoit fait faire dsnbsp;grans chemins l'année de fon fixieme Confu-lat.
Les maifons pour la plus grande partie ne font que de terre, ou de gazon cuit au Soleil,nbsp;fort balTes amp; fans beaiicoup dartifiee. Leniar-bre qui sy trouve nefl employé quaux Ciine-tieres, 8c aux Mofquées , qui font au nombrenbsp;de lix ou fept, pour quatre ou cinq mille ha-bitans , qui negocicnt en cotons. IIs fontnbsp;tous Mahometans, 8c il ny a plus en ce lieu-la de Chretiens, ni Grecs, ni Armeniens, finbsp;cc nefl peut-être quelques cfclaves , ou quel-ques étrangers qui travaillent chez Ie artifans.nbsp;'ün Grec que nous rencontramcs, 8c quiétoitnbsp;de ces quartiers-I^, nous montra une petitenbsp;Mofquée , qu'il nous affura avoir été unenbsp;de leurs Eglifes. Le minaret de la Mofquéenbsp;étoit tout découvert, 8c il nous dit que lesnbsp;Turcs l'avoient couvert deux ou trois fois,nbsp;mais que le toiél étoit toüjours tombé bien-tot aprés, ce quil attribuoit aun miracle a cau-fe d« la profanation qui en avoit été faite parnbsp;'les Turcs en Ia convertiiTant en Mofquée. Lnnbsp;wn mot il ny a plus dexercice de la Religionnbsp;Chrêtienne en ce lieu-la , 8c Ditu a puninbsp;fur cux felon fa menace, les impietez de Jezabel. Jay qutlqut chofe a vous reprocher, ditnbsp;S. Jean a cette Eglife; ctfi que vous fermettez,nbsp;que Jefabel , une femme qui fe dit Prophete ffe, feduife mes ferviteurs, u leur enfeigne u f*nbsp;corrompre par la fornication, C/ d manger de tenbsp;qui efl ftcrifié aux Idoles. fe lui ay denné dt*nbsp;tempt pour faire penitence de fon impuditite,nbsp;elle nt l'a pas voulu faire. Mats je m'en vatnbsp;la reduire au lit, en la frapant de maladie , ca'
ac-
-ocr page 221-atcaller de maux zy dafflidtions cenx qm corn-ntettent aduhere avec elle. jfe fcrai mourir Jes *nfans d'une mort precifttée, zy toittes les Kglifes'nbsp;connoitront qite je fuis celui qui fonde les reinsnbsp;Zy les casttrs, zy je rendrai a ehacun felon fesnbsp;csuvres.
Lejour fuivant étant veniis au bout de la plaine, nous paflames quelques collines, puis-line autre grande plaine longue deprês de vingtnbsp;lieuës, amp; large de quatre ou cinq, oü Scipi-on furnommé lAfriquain défit autrefois An-fiocbus. Layant traverfée nous gayames \'Hcr-*ntss petite riviere qui fe va jetter avec Ie Pa-ftüle a Ientrée du golfe de Smyrne. Luneficnbsp;1'autre rouloient ancienneinent de Por dansnbsp;leur fable, mais on ny en remarque pas a present. Un mille au dela efl Ie mont Sypilus,
amp; au pied la Ville de Magnefie, appellee a prefent Magnefa, oü nous vinnies coucher cheaMaG-Hn Turc. La Ville efl grande, amp; a plus deNïsiE.nbsp;douze mille habitans. Cell la refldence dunbsp;Gouverneur de ces quartiers-la , a qui IVnnbsp;lt;lonne Ie tltre de Muflellem. La montagnenbsp;eft au Sud-Eft. Sur Ie panchant il y a unenbsp;Gitadelle affez mal en erdre. Les Grecs nynbsp;ont quune Eglife.
Le 3r. nous montamcs trois heures durant Ie Sypilus , amp; arrivames cinq autres heuresnbsp;sprés a Smyrne. Ainft Magnefie nen ell pasnbsp;fi loin que nos Cartes la mettent. II vim en-¦'iron cinquante Anglois a la rencontre des nó-ttes. Monfieur leDoéleur Pickerling en efl fortnbsp;aimé , amp; lis le lui ont témoigné en lui faifanCnbsp;Jne penfion de douze cens ecus pour larrêternbsp;a Smyrne amp; être leur Medecin. Nous étionsnbsp;*¦1 peine oü aller loger; mais entre ceux quinbsp;'l^oient venus au devant de nous, il y avoit
Traiteur Fiangois qui avoa apporté une'
H (gt; nbsp;nbsp;nbsp;belle
-ocr page 222-belle collatibn,. amp; qui s'ofFrit de nous-rccevoiK chez lui. II sappelle Honorat, 8c seft mariénbsp;la avcc line Greque. Son logis, oil nous fumes tres bien, eit dans le quartier des Francois Qui regarde fur le Port.
Smyr-
»!£.
SMYRNE eft une Ville fort ancicnne, ba-tie, a ce que difoicnt les Grecs par 1Amazone Smyrne, qui lui donna fon nom. On la voit reprefentee dans les medailles antiques dcnbsp;la Viile avec la double hache amp; le petit bou-clier dAmazone, 8c Ton remarque a lentréenbsp;de la Forterefte fon bufte de marbre , quenbsp;Monfieur de Monconis prenoit pour Apollon.nbsp;Les gens du pays font des contes ridicules furnbsp;cettetête, 8c difent que cetoit une certainenbsp;Reine de Smyrne qui vivoit du temps dAlexandre le Grand; dautres difent que ceft Se-iniramis : mais au fond ce n'eft aatre chofenbsp;que ce que je viens de dire. On le reconnoitnbsp;a la coiffure femblable aux medailles ou ellcnbsp;eft gravée. Si les Turcs ne setoient divertis anbsp;lui tirer des coups de moufquet pour lui caflernbsp;le nez, on lui verroit peut-etre encore la hache fur lépaule.
Le Port de Smyrne eft un grand golfe de bait licues de tour, 8c qui a prefque par toutnbsp;bon ancrage,. Sc bonne tenue. Mais il y anbsp;com me une efpece de darfe on petit Port ren-fermé pour lesGaleresSc barques Turquefques.nbsp;La Douane quon y a batie depuis pea eft unenbsp;maifon avancée fur la mer, 8c fort propre,nbsp;bien qu'elle ne foit que de bois peint 8c vernif-fé. Son droit eft de trois, quatre, cinq 8cnbsp;huit pour cent, felon 1'es Nations, qui nynbsp;font pas traitees également. Les Anglois ynbsp;font les plus favorifez, 8c les Armeniens ksnbsp;plus chargez; a Smyrne, de mêine quaureftenbsp;^e la Turquie,. ft 1'on ftirprend. q.uelqu'un qui
¦yeuiib-
-ocr page 223-y des Sept EgUfes. 181 Veuille frauder la Doiiane , on ne Ini con-fiftjue pas fa marchandife j tnais on lui fait feule-nient payer le double du droit ordinaire. Onnbsp;sen fie le plus fouvent a. la bonne foy desAn-glois fans les vifiter, paree quils agiffent avecnbsp;honneur,. amp; que la pliipart des negodans qiiinbsp;font la,, font Gentilshommes ou de ricliemai-fon, nayant pas befoin de ces adrellp pournbsp;avancer leur fortune. Lorfque nous étions a-Srayrne on achevoit dy batir un Bezefieinnbsp;vouté de pierres de taille, belong de quatrenbsp;cens pas,, qui prend jour par de petits domesnbsp;couverts de plomb,. amp; qui fera fermé par quatre portes, aux cotez 5c aux extremitez. Onnbsp;y élevoit auffi tout joignant un grand Kan denbsp;pierrede taille; mais pour mettreen e'tat cesnbsp;deux édifices, ils en deiruifent un autre qui-ne faifoit pas un des moindres ornemens de lanbsp;Ville. Cell un theatre antique, qui eft fur lenbsp;panchant de la colline, comme Ton monte anbsp;la Citadelle. II étoit fort haut amp; tres-bien ba-ti, 8c avoit la vue fur la mer. Avant notre a-tivee on y avoit trouvé un pot de medailles^nbsp;deGallien, de fa familie 8c des Tyrans quinbsp;tegnoient en merac temps que lui. Jy trou-¦vai dans la feene une bafe de ftatuë quinavoitnbsp;Sue le mot de Claudius en Lettres Greques-aflez mal formées, 8c peut-être du mêmenbsp;temps de cet Empereur. Ainfi Ton pourroitnbsp;juger q,uil avoit été bad, gu du moinsrenou-vellé fous fon regne. Au delTus de cette petite montagne, qui eft au Levant de la Ville,,nbsp;font les ruïnes de la Citadelle dont jay parle..nbsp;Ceft un oHvrage des Empereurs Grecs; carnbsp;nous y vinies fur une porte muree deux, ounbsp;trois lignes Greques fi mahaifées a déchifrer,nbsp;5uon connoiflbit bien quelles etoient du basnbsp;Empire, 8c dun fiede peu poli* Les Turcs
ï S 2 Voyage iu Levant, ont auffi une ForterefFe a Ia bouche du golfenbsp;pour recevoir les droits de chaque Vaifleau ,nbsp;amp; pour defendre lentrée aux Corlaires; maisnbsp;cl!e na que les murailles, amp; un petit fofle,nbsp;fans aucune force que celle de fes canons. A lanbsp;potte de la vieille Fortereffe ou nous étionsnbsp;inontez, il y a un grand cerifier fauvage, quenbsp;les Grecs du pays difent être Ie baton de S.nbsp;Polycarpe premier Evêque de Smyrne, qui unnbsp;moment aprés quil fut planté en terre, poulftnbsp;des branches. Le dedans de cette Fortereffenbsp;ruinée ncft quun grand amas de pierres, amp; ilnbsp;y a auffi une petite Mofquée quon dit avoir é-tc l'ancienne Eglife Metropolitaine dediée d'nbsp;Saint Jean. On voit a fon vellibule deux colonnes d'ordre Corinthicn , mais de la plus belle maniere qui fe trouve parmi les ouvrages desnbsp;Anciens. Proche de la Mofquée cft une grande vodte foutenuë de fort gros piliers. Je crusnbsp;qüe qavoit été une citerne, parceque les four-ces raanquoient dans cette Citadelle. Un pel^nbsp;plus bas on voit hors de fes murailles les ruïnes dune Chapelle dediée a S. Polycarpe, amp; lesnbsp;reftes de fon tombeau , oü il n'y a rien de con-fiderable. H eft proche dun beau amp; grand Cirque long denviron deux cens cinquante pas,nbsp;amp; large de quarante-cinq. Je maccommodenbsp;sï 1ufage des Latins en appellant ce lieu-la unnbsp;Cirque; car les Grecs lappelloient Stadium,nbsp;lorfquil étoit de izj. pas, 8c Diaulss quand ilnbsp;avoit le double, comme a celui-ci.
Au bas de la Ville on voit quelques pans de murailles de grolfcs pierres dé taille, méléesnbsp;avec les maifons; 8c ce peuvent être des reftesnbsp;du Temple de Cybele mere des Dieux, unnbsp;des plus celebres du pays. Au Nord 8c au Le^nbsp;yant des murailles coule la riviere Miles, quenbsp;la croyance quon eut quHomere étoit né au-
pres
-ocr page 225-prés rendit autrefois tamcul'e, ce qui donna a Ce grand Poëte Ie furnom de MeUfigenes. Ccnbsp;neft maintcnant qu'un ruilTeau prefque a fee,nbsp;a moins que les pluyes ne Ie groffilfent. Lenbsp;peu deau qui sy trouve eft teliement partagé'nbsp;pour deux Moulins qu'il fait tourner, amp; pournbsp;arrofer les jardins du voifinage, qua peine luinbsp;en refte-t-il pour payer Ie tribut que tous lesnbsp;fleuves doivent a la iner. Celt dequoi il nenbsp;faut pas sétonner, puifque routes les rivieresnbsp;prefque de la Perfe qui courent vers le Midi,nbsp;font coupées amp; diverties par tant de canauxnbsp;pour arrofer les terres , qu'elles sy perdentnbsp;enfin, amp; quelles ne peuvent aller jtifqua lO-cean. Au refte fept Villes fe difputoient en-femble la gloire de la naiflance dHomere,nbsp;Smyrne, Rhodes, Colophon, Salaniine, Chios,nbsp;Argos amp; Athenes, mais Smyrnc avoir pournbsp;elle les plus fortes preuves, comme Straboiinbsp;le témoigne. Cet Autheur ajoute quils avoientnbsp;un poitique ou étoit le Temple amp; la figurenbsp;dHomere. Jai cru que cétoit cette mafure inbsp;'Jn mille de la Ville entre des Oliviers, quenbsp;lt;}uelques-uns appellent le Temple de Janus.nbsp;Ceft un petit portique, qui a Ientree de deuxnbsp;cotez, au Midi 6c au Septentrion, batie denbsp;grofles pierres fans chaux. Du cótédelOrienrnbsp;contre la muraille pouvoit être Peffigie dontnbsp;Parle Strabon; amp; le Temple étoit ence lieu-Ik.nbsp;«rêrae ou quelquautrc batiment joignant, quenbsp;le tempsadetruit. Neanmoins on ma écrit de-Puismon depart, quon a trouvé depuis peuennbsp;creufant la proche une ftatue de Janus a deuxnbsp;faces, que M. leConfuldeVenifeLuppaxzolonbsp;^ achetéc: ce qui confirmeroit 1opinion vul--gaire , que cétoit un Temple de ce Dieu.
Tous ces autres beaux portiques dont cet Autheur fait mention, ne sy voyent plus amp;
les:.
-ocr page 226-Jes rues ny font plus a droite ligne, (rommcquot; elks étoient anciennement, ayant été fix fois-tcTriblement fecoiiee par ks trembkmens denbsp;terre. Les Grecs du pays apprehendent k fep-tiéme, quils difent devoir être fa ruine cntic-re. On voir encore ^ vingt ftades, commenbsp;Strabon k remarque, eeft-a-dire environ anbsp;deux milks amp; demi en allant k long dela mernbsp;au Chateau qui \eft a lentrée du golfe, Ten-droit OÜ étoit la vieilk Smyrne, ou il rellenbsp;quelques colonnes amp; fondemens fur k riva-
Pour ce qui ell des Infcriptions antiques jen trouvai quelques-unes alkz remarquabksnbsp;dans k Cimetiere des Armeniens, paree quilsnbsp;fe font fervis de ces marbres pour kurs tom-beaux; mais ils en ont quelquefois effacé lenbsp;Grec pour y graver kurs Epitaphes en Arme-nicn. tl y a aux jardins dAchmet Aga unnbsp;cercuefl de pierre avee une Infcription, dansnbsp;kquel ori a trouve depuis pen ks os d'un Ro-main avec fon cafque, dc fe armesde cuivre,nbsp;dont Iufage étoit plus ancien pour la guerrenbsp;que celui du fer
Monfieur Ricaud Conful des Anglois nous fit milk civilitei, 8c voulut que nous mangeaf-fions fouvent avec lui. Cell un tres-galantnbsp;homrae, fort aimé Sc refpecté de tous lesnbsp;Francs. Cell lui qui a ecrit 1état de IEnipi-re Ottoman, 8c prefentement H travailk a lanbsp;continuation de Ihilloire Ottomane depuis Sultan Mourat , que les Turcs nont jamais nom-mé Amurat, comme nous faifons. 11 nous fitnbsp;auffi voir un livre quil avoit avancé, 8c quinbsp;traite de 1état prefent de IEglife Greque.
By a perfonne qui fe puifle mieux acquiter que lui de femblabks ouvrages. II a été long-temps Secretaire de 1AmbalIade dAngleterse
~ nbsp;nbsp;nbsp;¦ fout
-ocr page 227-6? (les Sept Eglifes. iSf fous Monficiïr Ie Comte de VVinchcIfeay, Ssnbsp;f^ait parfaitement Ie Grec ancien amp; moderne, Ie Turc, Ie Latin, l'Italien amp; Ie Francois , outre l'Anglois qui ell fa Langue mater-gt;)cl!e. Les droits du Confulat font tous anbsp;lAmbalTadeur, mais il a en fon particuliernbsp;^eux mille ecus dapointement de Ia Compa-gnie du Levant.
Nous vimes aufïi Monfieur Chambon, qui faifort loffice de Monfieur du Pui Confulpournbsp;^es Francois. On ra'a alfaré depuis, quon a-'oit oblige nos Confuls de fe tenir a leurs residences de confulat. Les Hollandois amp; lesnbsp;quot;'^enitiens orit aufli leurs Confuls a Smyrne,.nbsp;Stii eft la mcilleure échelle de negoce de toutnbsp;|c Levant, particulierement pour ks foyes dcnbsp;yerfe que les Armeniens apportcnt par terrenbsp;Jufqua Smyrne, oü il y en a qui fe vendcntnbsp;ie 3.8. a 40. piaftres Ie Halman, qui fait envi-i'on amp; d'ordinaire dix-hnit livres amp; demi denbsp;ïtótre poids;.car il y a de ces batmans dedifie-^¦ent poids. Les autres raarchandifes que l'onnbsp;y charge font des fi!s amp; toiles de coton deMa-gnefie^ des camelots d'Angoura lufttez 8c ta-i^ifez plus beaux que la moire. La piece vautnbsp;40. ou 50. piaftres, 8c celle des rouges teints-fn cochenille va jufqu a 60. bien qu'ii ny aitnbsp;^ chaque piece que pour deux Veftes a laTur-Sue. On y charge auffi du tabac 8c de la fcam-**tonée, qui eft Ie fuc d'une plante qui croisnbsp;®tix environs de Smyrne, 8c dont nous nouS'nbsp;^crvons dans la Medecine.
Je recherchai particulierement a- Smyrne des-Medailles antiques, pour apprendre quelque» üngularitez du pays. Monfieur Falkner mar-^iiand Anglois curieux 8c fgavant men fit voirnbsp;fort de belles, prefque toutes des Villesnbsp;*ientour de lIonie» de ia Carie 8c de ia Ly-
die.
-ocr page 228-«iie, amp; rnenfit prefent dequelques-unes. II montra entre autres une qui mapprit I'originenbsp;du nom de Phocée, a qui Marieilie doit fanbsp;naiflancè. Cefl unc Ville qui n'efb éloignée'nbsp;de Smyrnc que de vingt mille, 8c même il ynbsp;en a deux voifines I'unc de 1'autre qui portentnbsp;le nom de foja. vwhia , ci Foja nova. L-anbsp;vieille etoit la fameufe ville de Phocée , ^nbsp;neft prefentement quun miferable village. El'nbsp;]e tiroit apparemraent fon nom du mot denbsp;Phccas, qui fignifie un veau matin, pareequilnbsp;fe pêche prés de la quantité de ce poilfon, 8cnbsp;même dans tout le golfe de Smyrne. Le medaillon dont je viens de parler de l'Empereutnbsp;Philippe femble le confirmer par fon revers rnbsp;oü il a un chien qui eft aux prifes avec un denbsp;cesPhocas, 8c le mot on K A iEnn a Ten-tour, qui veut dire que ceft ime medaille desnbsp;Phocécns. LPlmbieme eft dilBcile' k pénetrer ^nbsp;car pourquoi Joindre un chien avec un poiflbn »nbsp;fi ce neft peut-être pour donner a entendre 3nbsp;que leur puiflance fur terre étoit égale a leursnbsp;forces maritiraes; ou que leur fidelité a 1Enï^nbsp;pire Roraain, 8c leur vigilance, dont le chiennbsp;eft rEmblcme, difpofoient leur Ville fignifiétnbsp;par ce poilfon a tous les devoirs que deraan-doit une fi douce domination. Mais a direnbsp;vrai, ces fortes denigmes font des nezdecirenbsp;quon peut tournet de quelque cótéquon veut,nbsp;amp; il me fuffit davoir fait part aux curieux denbsp;cette remarque, pour leur en lailfcr le juge-menc libre.
Continuant de minformer par tout de ces fortes de curiofvtez; j'en achéray de differen-teS' perfonnes affez avantageufement pour payernbsp;une partie des frais de mon voyage; car anbsp;mon retour a Venife, j'y rencontrai Mon-ficur Patin, qui ge me quitta point que je ne
-ocr page 229-des Sept Eglijes. 12j üi en eufTe vendu alTez conliderablcment, ncnbsp;lui pouvant rien refufer, comme a celui qui anbsp;üté mon maitre en matiere dantiquitez, lorf-*lue jétois a Strasbourg avec lui. Jen accom-^odai les Cabinets de quelques antres curieuxnbsp;de celles que j'avois doubles, 6c il men reftanbsp;cncore une centaine des plus belles que je vou-lois au moins porter en France. Je ne defa-^oüe point ce commerce, dont les honnêtesnbsp;Sens ne font point diiBcuIté de fc meier, denbsp;^ême quun Gentilhomme ne fait pas de ffcru-Pule de troquer ou de vendre iin cheval. Cellnbsp;Par Ic grand nombre de medailles qui paflentnbsp;par les mains quon fe peut rendre habile dansnbsp;eette Science, 6c il eft prefque impoffiblc de Icnbsp;devenir autrement.
Nous ne nous ennuyames point a Smyr-Ue. Cell une Villc de bonne compagnie, 6c de bonne cherc, plus quaucunc de toutnbsp;Ie Levant. II y a tout autour tres boön-e-nbsp;cliaflc dexcellent gibier, 8c entre autres dcjnbsp;Prancolins , qui valent mieux que des per-drix. Ceite Ville eft bien peuplée , 6c Tonnbsp;tient quilty a plus de 30. mille Turcs, dou-ie ou quinie mille Juifs, 8c neuf ou dix mille Grccs qui ny ont que deux Eglifes. Lesnbsp;Chrêtiens y fouffrirent de grandes pcrfccutionsnbsp;dans les premiers fiede?. S. Polycarpe y futnbsp;lUartyrifé, 6c Ie Pafteur étant frapé, lon né-Pargna pas Ie troupeau. Mars Dieu les a rrrain-tenus, comme il leur avoit promis danslApo-Calypfc. Ne crai^nez riên, dit lEfprit aux Fi-deles de Srayrne: U diahte dans peu de tempsnbsp;tnettra quelques-uns de tjous en prifon, afin qutnbsp;tious foyiex, éprotfvez, , c?quot; vous (erez. ajfiipz,.nbsp;pendant dix jours; maïs foytez fidelfs jafques èinbsp;mort, Cf y* iMtitrat la courtnne dt-vie.
Noot.
-ocr page 230-Nous navions garde de demeurer un rnois ^ Smyrne , fans aller voir Fph-efe, qiii nen eftnbsp;éloignée 'que dune journée amp; demie. Nousnbsp;primes un Trucheman Arraenien pour y venirnbsp;avec nous, amp; nous fiimes coiicher a quatrenbsp;lieiies de Smyrne a un village appellé Jawouh-ci, chez un JanifTaire qui connoidoit Ics An-glois, 6f avoir accoütuiné de !es mener a E-phefe. Nous lui propofames de venir aveCnbsp;nous, amp; dabord il en fit difficulté, pareequilnbsp;y avoir des voleurs en campagne, 8c il nousnbsp;dir quils etoient au nombre de dix-huit cavaliers Arabes. Il saccorda neanmoins de nousnbsp;accompagner, fi nous vouHons quiter le che-min ordinaire qui eft dans les roehersdu mont-Mimas, oil il y a un palTage dans le roc, quenbsp;les bonnes gens de ces quartiers-la difent quenbsp;S. Paul coupa avec fon épée. Lendroit étantnbsp;favorable aux voleurs, il nous reprdenta quilnbsp;étoit bicn plus fenr de pafler par la plaine,nbsp;quoique le chemin foit plus long; paree quaunbsp;moins nous aurions 1avantage de les voir venir de loin, 8c de neftre pas furpris par der-riere. Ayant done confenti a ce qu'il voulut,nbsp;amp; profitant de I'avis qu'il nous donnoit, nousnbsp;partimes une beure ou deux avant jour. Nousnbsp;paflames de grandes plaines, 8c la petite riviere Halis, qui alioit autrefois a Colophon. Nousnbsp;ny fentimes point une frakheur fi extraordinaire que les anciens Naturaliftes le veulentnbsp;perfuader. Stir les dix lieures dii matin nousnbsp;Times a droite 8c a gauche les ruines dun ancien Aqueduc qui travcrfoit notre chemin, 8Cnbsp;alioit vers un village appellé Tourbaté, qui don-ne quelques marques davoir été anciennementnbsp;une place plus confiderable qu'elle n'eft pre-fentement, 8c qui étoit peut-ére la Ville appellee Metropolis, doat il femble ^ue le aom
de
-ocr page 231-13 ck$ Sept EgUfes. igp lE Tearhalé foit venu, fi ce nelt plutot I'en-droit dont nous pail.erons bientot. Enfuitcnbsp;nous irouvaraes durant une heure un grandnbsp;chemin pave de quartiers ds pierre en plulieursnbsp;cndroits. Cetoit apparemmcnt lechemin militaire qui ailoit de Smyrne a Ephefe, amp; nousnbsp;jugeames par la que la Viile de Metropolis n'cnnbsp;devoir pas être loin , puifque nous etions anbsp;tïioitié chemin dc ces deux Villes, mais unnbsp;Peu plus prés dEphefe comine Strabon remar-«Jue quelle e'toit lituée. Cependant il n'y a plusnbsp;de lieu qui porte ce nom , amp; notre JanilTaire,nbsp;ti notre Armenien ne nous en 1'gurcnt direnbsp;='ucune nouvelle. Lheure du diner s'appro-^hant, nous ne voulumes pas manger alaTur-tlue, ceft-a-dire en marchant , comme ilsnbsp;font lors quils font en voyage, ne sarretantnbsp;point depuis le matin jufqua la couchee: maisnbsp;t'qus mimes pied-a-terre, amp; etalames nospro-'''ilions Ibus un grand Tcrehinthe pres dun Ci-^etiere, on nous fumes aprés le repas cher-*^lgt;er parmi les pierres, fi nous y trouvcrionsnbsp;^tielquc chofe digne de notre curiolité. Nousnbsp;y vimes quantite de pieces de colonnes amp; denbsp;larbres antiques, amp; un entrautres, ou il y a-''oit encore quelque refte dInfcription. Biennbsp;'Jtiellc ne nous apprit que le nom de celuinbsp;pour qui elle avoit été faitc, ellc nous confir-an moins dans la penfée que c etoit la veritable fituation de Metropolis, par le grandnbsp;toinbre de mafures amp; de debris que 1'on voitnbsp;autour; amp; nous trouvames cnfuite dans Icnbsp;riuamp proche de I'arbrc fous lequcl nous a-^*ons mangé, deux ou trois voutes fous terre,nbsp;p queiques autres ruines. Il ne nous en fal-pas davantage pour nous perfuader lanbsp;dofe, Sj notre Armenien sinformant de cenbsp;nous cberchions, nous lui dimes que nous
YOU-
-ocr page 232-I po Voyage dil ant ^ voulions jiiftifier sil ny a%'oit pas eu autrefoisnbsp;une viUe en ce lieu-la. II nous avoüa qu ei^nbsp;-cffet ceux du village de Cabagea a un mille denbsp;Iendroit ou nous etions, affuroient quil ynbsp;voit eu la un Villc, amp; que même le mot denbsp;-Cabagea lignifioit en Turc une grandd Ville.nbsp;quoique ce Village nait que quinze ou vingtnbsp;maifons, ayant pu garder le nom de Ville»nbsp;pour être voifin des ruines de cello-cy. H n ynbsp;a peut-etre pas même fort long-temps quellenbsp;eft détruite, puifqu'il y a encore aux environsnbsp;quatre ou cinq grands Ciinetieres Turcs, qutnbsp;témoignent que ces quartier^-Ia nont pas etcnbsp;fi depeuplez aux flecks précedens qii'ils le fontnbsp;prefentement; car nous ne rencontrames p^snbsp;jufqu'a Ephefe une feule maifon dans le grandnbsp;chemin. Cette Ville étoit prefque au pienbsp;du mont Mimas, ayant une tres-belle vuë furnbsp;la plaine, Sc le Caijhe deux ou trois milksnbsp;plus avant. Nous coramen^ames a voir cet-te riviere deux heures avant que darriver anbsp;Ephefe; mais auparavant nous apper^utnesnbsp;fix cavaliers, qui venoient du cóté de la mon-tagne, Sc marchoient a travers champ. Nousnbsp;nous tinmes fur nos gardes -a cette vüë , nousnbsp;doutant bien que eetoient des voleurs. D^snbsp;quils nous eurent découverts, ils sarrêterentnbsp;dans le chemin; mais nous fans faire mine denbsp;les craindre, nous allamcs notre pas ordinaire , tenant la main fur nos carabines. Notrenbsp;Janiflaire paflant le premier, ils lui demapde-rent qui nous étions, Sc ou nous allions. Luinbsp;voyant quil y avoit du danger de nous declarer des Francs, que Ton croit toujours en cesnbsp;pays-la chargez dor Sc dargent, répondit pru-demment que nous étions de fes amis, Sc quenbsp;nous allions nous promencr a Ephefe. Ain»nbsp;apres nous avoir confidcrez un moment, ^
voyant
-ocr page 233-Voyant que nous ctions tous bien arme?,, a Ja i'el'erve de notre Armenien qui navoit quenbsp;fon fabre, comrae ils navoient pas tons desnbsp;Jfmes a feu, ils crürent quil ne feroit pasnbsp;wn fe joiier a nous, amp; que nous ne nouslaif-^^rions pas fi aifément dépoüiller- que les pau-''fes Grecs du pays quils venoientde pülerauxnbsp;Environs. Ils nous quitterent done, de sil ennbsp;fallu venir aux mains, nótre Janiffaire fcnbsp;ifroit fans doute bien batu; car dordinaircnbsp;gens-la ne font pas fourbes, amp; lon peutnbsp;fier a eux quand on les a pris pour guides,nbsp;avoir deux ou trois piftolets a la ceinture,nbsp;^ de plus il avoir toute la mine d'etre brave.nbsp;9^1ui de ces voletivs qui paroifloit êtrelechef,nbsp;®*oit un Arabe de ceux qui courent dun paysnbsp;® I'autre amp; nont dautre profeflion que denbsp;¦gand. Quelquun nous dit aprés, que Ienbsp;Pste de nótre Janiffaire avoit autrefois été denbsp;nombre , amp; quapparemment ils fe connoif-'oient, ce qui nous avoit fauvé deleurs mains,nbsp;y.uoi quil en foit. Dieu nous en garentit, amp;nbsp;a Uil foin particulier des voyageurs qui fsnbsp;^onfleut en fa providence, puifque fouvencnbsp;'^t'ine les precautions que nous prenons liu-^^inement ne nous fervent qua nous précipi-dans les dangers, comme il arriva dansnbsp;rencontre, ayant quitté Ie grandchemin,nbsp;nous croyions que ces voleurs fe trouve-plutót quen lautre que nous primesnbsp;Pour lej éviter. Du cóté de TAfie il ny anbsp;^'¦'Iqiie point dautres voleurs que dps Arabes;
du CGté de la Grece, ce font les Albanois 'lui courent les grands chemins. Pour ce quinbsp;des Tures, on en trouve tres-peu qui faf-^nt ce métier-la, ny ayant rieu que leur Loinbsp;^lt;^ommande rant que la chariré, 8c ceh elinbsp;P^ut'êtr.e caufe ,en partie, quils ne fe portent
igi Voyagi da Levant^ pas au vol amp; au brigandage. A quoi ilnbsp;ajouter quils ne font pas miferablcs commenbsp;les Albanois 8c les Arabes, que leur extrémenbsp;indigence reduit quelquefois a ceite neceffi-té.
Nous fuivimes pendant une heure 8c demie la petite riviere dont jay parlé, laquelle faitnbsp;de grands contours, 8c va tellement en ferpen-tant, que cela a porie la Valle, du Loir 8cnbsp;Monfieur de Monconis a la prendre pour Ienbsp;Meandre. Mais ceft uneerreur, qui doitêtrcnbsp;corrigée. Ce quej'y trouve de plaifant, ceitnbsp;que eomme on la voit deux foix en allant anbsp;Ephefe, 8c qua caufc des Tours quelle fait »nbsp;on la perd de vüe , lorfquon fuit Ie grandnbsp;chemin , 8c quenfuite on la paffe fur un Pont,nbsp;quelques-uns ont cru avoir vu deux rivieresnbsp;differentes, appellant la premiere Ie Meandre,nbsp;6c l'autre Ie Caiftre. Mais il eft certain quilnbsp;ny a quune riviere dans oette plaine; que Ienbsp;Meandre eft ^ une journée 8c demie de la»nbsp;ëc quil fe décharge dans la mer procbe desnbsp;ruines de Milet; Que celle-ci enfin eft Ie Caif-tre, comme Strabon 8c les autres Geographesnbsp;anciens la nomment; 8c pour plus ample confirmation de cela, on trouve des medailles denbsp;Valericn, de Gallien 8c de Salonius avec cesnbsp;mots au revers: EMSifiN kaïstpos 6c lanbsp;figure qui reprefente cette riviere de Kayflroi,nbsp;que les Ephefiens mettoient fur leurs monno-yes. Jen trouvay deux femblables a Smyrne,nbsp;qui me peuvent fervir de garant de ce quenbsp;javance. Les Turcs donnent au Caiftre deuxnbsp;OU trois noms difFerens; Carafou, ceft-a-direnbsp;Eau noire ; Ccutchouk-Mindre, 8c Mindrefcarttnbsp;petit Meandre, ou Meandre noir, a caufe denbsp;la relTemblance quil a avec Ie vertiable Mean-dre , quils appellent fimplement Mindrt, ou
-ocr page 235-Ö* des Sept Eglifes^.
tSojouc-Mindre]e grand Meandre. Au rcfle ]e Cayllrevient desmontagnes de Lydie,, amp;coulcnbsp;dans la plaine d'F.phefe, paflant a un mille denbsp;cette Ville vers Ie Couchant.
Nous arrivimes deux heures avant la nuk a Ephefe, (jue les Turcs appellent prefentementF.PHï-^jafiouc. Je ne crois pas quil y ait de Vüle se.
U monde qui ait de fi grands amp; de fi trifles ¦telles de fon ancicnne fplendeur. On ne voitnbsp;par tout quc des monceaux de marbre, desnbsp;niurailles renverfées, des colonnes, des cha-piteaux amp; des pieces de flatue entaiTées iesnbsp;tines fut les autres, avec des frageraens d'In-fcriptions quon y decouvre en divers endroits;
amp; cell proprenient dEphefe quon pourroit dire que ce n'ell plus quele cadavre dune Vil-felon la penfée de Ciceron en parlant denbsp;quelques Villes de Grece. La ForterefTe quicknbsp;fur une éminence, cft apparemment un ouvra-des Empereurs Grecs. Sur Ia porte qui eflnbsp;a lOrient il y a trois bas reliefs, qui ont éténbsp;airez de quelque ancien monument. Celui dunbsp;ttiilieu eft Remain, amp; mieux fait quc ICs autres, Quelques-uns fe font figure! quil repre-fentoit un niartyre de Chretiens, amp; a caufe denbsp;cela ont appellé ce portail, la Porte de la persecution. Dautres fe perfuadent p'utót quilnbsp;teprefente la, deftruélion de Troye, öc Heftornbsp;tiré par Ie chariot dAchille. Mais il vautnbsp;tiiieux lailTcrla chofeindecife , jufqua ce quonnbsp;puiffe avoir un defiein, oü en confiderantnbsp;icn chaque figure , on pourroit juger de Ianbsp;t^liofe plus feurement; ce qui feroit alTez mal-®fé a obtenir des Turcs, a la porte ¦'duncnbsp;forterefle. Dans la muraillefe voit enclavé parnbsp;S dehors un autre Iras relief dune tête avecnbsp;'tn ferpent dun cóté amp; un are de 1autre, cenbsp;1'ti reprefentc cette Divinité que les payensnbsp;l,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;appel-
-ocr page 236-IP4 Voyage du Levant, appel'oient Pfoicrpine dans les Enters, qui ednbsp;marquee par le Serpent, ia Lune dans leCiel,nbsp;qui ell expriraée par cette tête , amp; Diane (ornbsp;la terre, qui eft défigaee par cet arc. Cefontnbsp;ces trois Divinitez qui ielon leur Theologienbsp;ïi'.en faifoient quune; qu'ils nommoient auffinbsp;Mtcate trlformis, Hecate a trois vifages ,nbsp;quon pourroit dire avec beaucoup dapparencenbsp;a7oir été une ombre ou un crayon de la tres-fakite Trinitd.
Dans la place du Bazar, proche de la mai* fon, oül'on boit le café , ii y a un anciennbsp;arombeau de inarbre blanc , avec une Infcripti-on a demi eSacée, amp; prés de ia un chapiteannbsp;de même étofe , qui a été creufé par les Chretiens pour fervir de Fonds de Baptême.
On voit en arrivant fur la gauche du grand cherain, des Aqueducs, qui portoient autrefois 1'eau dans la Ville. II en refte encorenbsp;philieurs arcades fur pied , ^ ils étoient cjn-duits de fort loin. 11 y a a cinq ou lix millenbsp;.dEphefe une file de ces arcades fur pied, amp;nbsp;1on y lit une infeription a lhonneur de lanbsp;Diane dEphefe , amp; des Empereurs Auguftenbsp;amp; Tibere. Cell lur le chemin dEphefe a Scalanbsp;nova.
Le Lendemainnousmontimes a chevaipour aller voir les antiquitez qui font au pied' de lanbsp;montagne du cótédu 'Femple de Diane. Nousnbsp;entrames dabord dans une grotte foüs le roc,nbsp;que l'on lient être ceüedes fept Dormans, qainbsp;fuyant la perfecution de Diocletien , sy en-dormirent, amp; ne sévcillerent que deux censnbsp;ans aprés, ne croyant pas a leur réveil avoirnbsp;dormi plus dune nuit. Vous pouvez jugernbsp;quelle fut leur furprife, lorfque retournant ^nbsp;Ephefe, üs ne reconnoiffoient plus ni lés pef'
fonnes, ni la mounoye, amp; nentendoient pref'
que
-ocr page 237-{if des Sept EgUfes. r que plus le langage; tout étant alors change,nbsp;amp; tout le peuple devenu Chretien. De peurnbsp;quun fi long iommeil ne nous y prit, nous ennbsp;fortimes promtement. La pieté des anciensnbsp;Chretiens en avoit fait une Eglife, amp; ]e rocnbsp;étoit taillé en demi-cercle par devant, ce quinbsp;tient lieu de portique. Plus avant nous vlmesnbsp;ce quon appelle le Baptiftere, de S. Jean , quinbsp;eft un grand vafepeuprot'onddun beau marbrenbsp;jafpé , d'environ quinze pieds de diametre,nbsp;tians lequel il n'y a point dapparence , com-me pluficurs Iaffurent, que S. Jean 1Evange-ftfte ait baptife, les fondfions du CriPianifmcnbsp;He fe faifant pas alors avec tant d eclat, com-itie on les fait aujourdhuy.
Prés de la il y a plufieurs collonnes moitic ftebout; moitié couchées par terre, qui fontnbsp;spparemmentauflibienquece vafe , les ruinesnbsp;lt;ie quelque temple Payen.
Nous vlmes enfuite un lieu alTez approchant du Cirque Romain, ou du Stadium desGrecs,nbsp;oft fe faifoient les cqurfes amp; les autres jeuxquinbsp;dtoient en ufage parnii les Payens; amp; toutnbsp;joignant, un portailde marbre, qui letoitpeut-dtre de quelque Eglife. Ily ades inferiptions,nbsp;un has relief quon a enclavez dedans fans or-dte , amp; fans deflein. Nous en copiames cenbsp;Sue nous pdmes, amp; allames enfuite cherchernbsp;'Cs mafures du Theatre dEphefe, dont il nenbsp;*'cfte prefque rien. 11 etoit un peu plus haucnbsp;Sue le pied de la colline, St avoit la vue furnbsp;Temple de Diane; ce qui etoit propre i.nbsp;^uiouvoir la fedition des Orfevres, qui faifoientnbsp;quot;u^petits Temples dargent, voyant que S. Paulnbsp;^echoit la deftrudion des Temples des IdoJcs,nbsp;^ quil leur reprefptoit fortement que lesnbsp;^Uyrages de la main des hommes netoientnbsp;point des Dieux. La vüë de ce Temple amp;
1 .1 nbsp;nbsp;nbsp;fa-
-ocr page 238-fameus dans route 1Alie Jciir infpiroit la liar-diefle de sécrier pendant deux heures: Grande tjl la Diane dcs Epheficns.
Sur la ci'.ne dune colline voifine eft un refte de Tour qnarree, quon appelle la prifon denbsp;S. Paul, doii nous decouvrimes les inerveil-leux detours du Cayftrc , nous en tirarae«nbsp;un crayon pour les conferer avecceux duMean-die , que M. le Dodtcur Pickerliug nous avoitnbsp;lournis.
Plufieurs Autlieurs ont parle du Meandrc, Dio Prufaeus parlant de fes contours, dit quilnbsp;cn fait en toute fa coutfe jufqua fix cens*nbsp;Quelques autresremarquent quil faitdes lettresnbsp;Creques dans fon cours, commeeffeéliivementnbsp;Oil y peut aifénient reraarqucr dans le crayonnbsp;que je vous donne le |, ^, les-, \u. amp; It.nbsp;Mais perfonne na fait une fi belie delcrip-tion du Meandrc quOvide dans ces Metamor-phofes.
Non [ecus ac Uquidis Phrygius Maander in mdis
Lndit amhlgtto lapfu rejlnitque fluitque,
Occur/enfqne fibi venturas adfpicit undas-,
Et mine ad fontes nunc ad mare verfus aper-tum
Incertas exereet aquae, 8cc.
In mare deducit fejfas errsribiis undas.
Pour ce qui eft du Temple de Diane, il étoit au pied de la montagne qui eft a main gauchenbsp;de la plaine dEphefe en venant de Smyrne.nbsp;dans un terroir humide 5c marécageux, ce quinbsp;to caufe qu'on dépenfa plus aux fondemens,nbsp;quau refte du Temple: car on avoit mis dunbsp;charbon 6c de la laine entre les materiaux or-dinaires, comme Piine I'affure au iC, livre de
foil
-ocr page 239- -ocr page 240-, , nbsp;nbsp;nbsp;-v^ : â nbsp;!â
â J'-Pc-V
'A (/-/
âgt;
i
'\
quot;â¢. /-
9.
-ocr page 241-fon Hiftoire naturelle. Nous cntrames dans ces fondemens par un petit efcalier pratiquenbsp;dans un pan de muraille qui nous conduilicnbsp;fous terre. Nous avions cliacun une bougie anbsp;la main, amp;un peloton de fifcelle, de peur denbsp;nous égarer dans ce labyrinthe; car ceft Ienbsp;nom quon donne a ce lieu-la; amp; ces voütesnbsp;ont en efFet quelque rapport a un labyrinthe,nbsp;étant fort longues amp; entrecoupéesdautres vod-,nbsp;tcs, oü Ton auroit de la peine a retrouver lanbsp;fortie fans ce fecours. Comme ellcs font fortnbsp;balles, nous pallames par tout, en partie a ge-noux, en partie a quatre pieds, croyant trou-ver quelque chofe digne de nótre curiofité;nbsp;mais nous nc trouvatnes que des chauve-fou-ris qui faillirent a nous crever les yeux. Jenbsp;crus que cela pouvoit bien avoir fervi de citer-ne pour les ufages duTemple, amp; même nousnbsp;remarquames deux de ces voütes plus étroitesnbsp;lt;iue les autres, qui pouvoient être des Aque-ducs qui y portoientleau, amp; mêmeil y en cou-loit encore aflez. Nous voulümes fuivre uncnbsp;de ces voütes jufquau fond, mais nous fumesnbsp;contraints de nous en revenir après avoir a-vancé environ cent pas, a caufe de la boüe,nbsp;dont nous eümes de Ia peine d nous dégager.
Etant fortis de cc lieu foüterrain , nous con-fiderames li parmi ces pans de murailles amp; les mafures qui reftent de ce fameux Temple,nbsp;t^ous en pourrior.s comprendre Ie plan. Autantnbsp;lüc jen puis juger, je crois quil étoitquarré,nbsp;Sc que la longueur Ieraportoit Ie double furnbsp;lalargeur. A voir la place, amp;les medaillesquinbsp;feprefentent ce Temple, Jcnepuis croiie quilnbsp;?it eté dune autre figure. A quoi je dois a-Joüterce que jay remarqué dans Pline, quenbsp;ce Temple avoit 415. pieds de long, amp;
^ large. La face ou ientrée étoit tournéc 1 3nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dir
-ocr page 242-1 p8 Voyage du Levant, du cóté oü cft maintcnant Ic Chateau amp; Icnbsp;Village dEpliefe. Les murailles font de gran-des pierres, amp; de la brique en quelques en-dt/oits. On y remarque plufieurs trous difpofeinbsp;¦» droiteligne, cequi me fitjuger que ce Temple étoit tout levêtu de plaques de bronze ounbsp;dautre metal, cramponées dans la pierre. IInbsp;y a parmi ces debris cinq ou fix colonnes denbsp;marbre dune feule piece chacune, qui ontqo.nbsp;pieds de long 8c fept dediametre, ce quifem-ble répondre aux proportions de 1ordre Dori-que. Pline dit neanmoins quelles avoient 6o.nbsp;pieds de haut, 8c qu'il y en avoit jufqua izy.nbsp;Ce Templeetoit dansfes cominencemensaffeznbsp;mediocre. Enfuite on Ie batit plus grand, 8enbsp;en Ie compta pour une des fept merveilles di»nbsp;monde, ce qui pouffa un certain Heratoftratcnbsp;dy mettre Ie feu, pour faire parler de lui dansnbsp;tous les fiecks avenir. Les Grecs pour ex-eufer la negligence de leur Diane qui ne dé-tourna pas eet incendie, difent quelle étoit ccnbsp;jour-la occupée a fervir de Sage-femme a O-Jympia, qui accoucha dAlexandre Ie grand.nbsp;Ce grand Prince auCQ genereux que vaillant fenbsp;aroyant au plus haut de fa fortune , s'ofFrit de Icnbsp;faire rebatir a fes depens,pour-vü quon y mitfoanbsp;itom fur Ie frontifpice; maisles Ephefiens tropnbsp;fcrupuleux sen défirent galamment, 8c dune ma-niere dontilne pouvoitpas fe choquer, lui re-prefentant quil nétoit pas jufte quun Dieu com-me luidediat un Temple a une autre Divinité.
Au refte il ny a plus perfonne a Ephefc, capable dentendre les Epitres de Saint Paul,nbsp;qni!^ leur a autrefois écrites. II ny a aucunnbsp;Chrétien dans Ie Village , 8c leur principalenbsp;Eglife dediée a Saint Jean a été convertie eanbsp;Mofquée, depuis que les Turesfe font rendusnbsp;maitres du pays. Celui qui en avoit les clefs
eut
-ocr page 243-des Sept Eglifes. i cut bien de la peine a nous y laine? entrerjnbsp;car en cette matiere-la lon e(l plus Icnipuleuxnbsp;en Natolie qua Conflantinople. Ils dil'cnt quenbsp;nous polluons leurs Mofquées en y entrant ¦,nbsp;niais on a trouvc Ie fecret de leur lever ceicru-pule avec de largent. Ce Turc vouloit quenbsp;Monfieur Wheler amp; moy lui donnailtons cha-cun une piaftre; car ils siniagiucnt que lesnbsp;pi.ifires amp; les ducats necoütentncn auxFtancs,nbsp;amp; quils en font tous charges. Notre Arme-nien fit en ibrte qu'il fe contenta dune demi-piafire pour MonfieurWheler, fans rien prendre de moy, layant alTuré que je nétois quenbsp;1Ecrivaindece Gentil-homme, ce qu'il devoiEnbsp;croire; pufquil me voyoit la plume amp; Ie papier a la main. NouS' approuvames fon ad-drefie a épargner nótre bourfe , (k nous ennbsp;rimes enfemble, nepouvantlui en f^'avoirmau-vais gré. II y a dans cette Mofque'equatreginudes colonnes de inarbre granite , amp; non pasnbsp;de pierre fondue, comraequelqucs-uns denosnbsp;Voyageurs Iaffurent dans leurs relations. Jenbsp;ne fqais comment on efi entété de cette fortenbsp;de pierre imaginaire, comme fi les carrkresnbsp;®avoient pas dafiez grandes vcines pour ennbsp;tirer de ces grandes colonnes d'une feule piece.nbsp;On eft infaiué en plufieurs endroirs, amp; parti-culierement a Lyon de ces prétendues pierresnbsp;fondues, dont lon veut que foient compoféesnbsp;^uatre colonnes de I'Eglife dEnay. Jemefuijnbsp;ctonné que Monfieur deMonconis, tres-habilenbsp;iroinme dailleurs, ait autorifé cette erreurdansnbsp;fes Memoires. On fuppofe que c'eft un fecretnbsp;perdu; raais il faudroit montrer auparavant,.nbsp;Sn'il a été trouvé. Je vous donneray encore,nbsp;d vous plait , la deifus une remarque. IInbsp;y avoir a Geneve une croix de pierre ex-^xtrémement haute, au niveau de la f^^de denbsp;I 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Saint
-ocr page 244-Saint Pierre. On cient quelle étoit route d''iine piece de cette pierre fondue , amp; qu'elle futnbsp;abbatuë dun coup de foudre. J'ay fouventnbsp;corifideré les pieces de cette croix, amp; je tombe dans Ie fentiment dun de mes amis, quinbsp;les a aulüobfervées exacfement. il tient donenbsp;quelle étoit compofée depetites pierres rondesnbsp;cnchaffées dans un ciment tres-fort jetté aunbsp;moule; ce qui fait enfuite un corps auffi durnbsp;que sil étoit tout dune pierre. En effet il eftnbsp;certain que Ie ciment dont les Anciens Ie fcr-voient, étoit dune extreme dureté; ce quonnbsp;reconnoit par les demolitions antiques, quinbsp;font prefque impenetrables au fer amp; au feu.
Mais revenons a nótre Mofquée , qui n»' rien autre chofe de confiderable que ces colonnes , qui font dordre Compolite; amp; a la cournbsp;qui eft au devant, que quelques fragraens denbsp;chapiteaux amp; de colonnes, qui de mêrae quenbsp;prefque tous lesraateriaux de la Mofquée, foutnbsp;dun marbre tres-beau 8c tres-folide.
Nous laiflames enfin Ephefe avecune ferieufe conlideration du jugement de Dicu fur cettenbsp;Ville, dequoi Jesus-Chmst 1avoit menacenbsp;par ces paroles de 1Apocalypfe; Souvtma^-vousnbsp;ik l'éiamp;t dont vous êtes dechüe, faites-m peniien-(e , v reijtrex, dans la pratique de i-os premiereenbsp;(Kuvrts.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fi vom y manquex, je vtendr.iy
hien tót a vom, amp; jit er ay votre chandelier de jon lieu, Ji vom ne vom repentex.
Comrne nous fumes occupez tout Ic matin ¦a voir ccs curiofitex, nous ne pumes partirnbsp;que fur le midi, 6c la nuit nous furprenantnbsp;avant que dc pouvoir arriver a Jamovaci, oilnbsp;nous avions pris nótre JanilTaire, nous perdi-ines le chemin dans la plaine, fans le pouvoirnbsp;retrouver, quoique nous euffions allumé diinbsp;feu pour le cliercher. Nous nous étions bien
dou--
-ocr page 245-doiUex quil nous fainiroit marcher deux heu-res de nuit, mais notre Janiffiiire fe vantoit de fgavoir bien le chemin, amp; quil étoit im-poffible quil le manquaT. Nous étioiis mêmenbsp;bien aifcs de profiler de robfcurite, pour évi-ter la rencontre des voleurs, qui font afl'ezfre-qiiens cn ces quartiers-la. Ainfi nous fiimcs'nbsp;contraints de pafTcr la unit cn pleine campagne, fans rroiiver Ic moindre abry. Sc ayantnbsp;toute la unit une pluye froide furledos. Nous'nbsp;primes cette difgrace avec patience, amp; ayantnbsp;mis le feu a quclques brolfailles, nous nousnbsp;rechauffames un peu an dedans avec une bou-teille de vin de Srayrne qui nousrelloit. Nousnbsp;entendimes alfex long-temps hurkr autour denbsp;nous de ces animaux appellez Zachnlia, quinbsp;out la voix femblable a ccile dun homme, amp;cnbsp;ayant un peu fommeillé dans nos capots, nousnbsp;nous levaines a la pointe du jour pour nousnbsp;aller repofer un peu plus a notre aife cheznbsp;notre JanilTaire, qui nous donna un ample dejeuner. Nous avions admiré le foir précédentnbsp;fa patience amp; fa moderation, car il ne prdfe-ra jamais le moindre mot de colere fur notrenbsp;facheufe avanture, comme des gens de fa forte 'nbsp;feroient parrai nous, 8c quoi que fa foif dutnbsp;égaler la notre, ii ne voulut Jamais boire du-vin, toute autre boiffon nous manquant alors.nbsp;Je lui reprefentai inutilement que la neceffiténbsp;navoit point de loi, quil pourroit fe rendrenbsp;ntalade, 8c que comme Medecin de profeffionnbsp;je lui confeillois de prendre un peu de vin pournbsp;fe foutenir fe cosur. II me répondit en foanbsp;langage, Hekim Benam bir Allah, ceft-a-direnbsp;^iea fera mon Medecin, ¦ èc il ny eut jamaisnbsp;ïnoyen de vaincre fon opiniatrcté dans cettenbsp;^ncontre. Une li ferine refokition de ne pointnbsp;boire de Tin ne venoit toutefois pas taut dunbsp;1- 5.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fcrupt-,7
-ocr page 246-20% P'oyuge' ill Levant, fcrupulc de pecher centre la Loi , que dunnbsp;accident qui luiétoit arrivé de depuis peu. IInbsp;avoit toüjours fa cave fournie du ineüleur vinnbsp;du pays, amp; comine il étoit un jour en débau-che avec trois Turcs de fes amis, il les menanbsp;au pied des tonneaux pour faire choix de celuinbsp;quils voudroient. lis y büreut fi bien, quenbsp;les futnées du vin leur étant montées au cer-veau , ils sentretinrent dune fille bien faite denbsp;leur Village, quils concerterent daller voir ^nbsp;ce quils firent aufli-tót entrant dans la maifonnbsp;malgré toute la refiftance que 1'on leur fitnbsp;Cette fille les re^ut avec plus de fierté quilsnbsp;ne fe létoient imaginez, amp; voyant quils na-vanqoient rien par la douceur, ils voulurentnbsp;en venir a la force. Mais ils trouverent a quinbsp;parler; car la fille sétant faifie dun poignard,nbsp;clle en coucha un dabord fur Ie carreau , amp;nbsp;les autres épouvantez de la mort de leur ca-inarade fe fauverent promptement. Cependantnbsp;die ne lailia pas de porter Ie lendemain fesnbsp;plaintes a la juflicc. On fit venir ceux quinbsp;avoient voulu ufer de violence contre elle ,nbsp;amp; comme Ie Cadi eutappris quils étoient ivres-Jorfquils en vinrent a eet excés, il fe conten-ta de leur faire donner quelques baftonnades gt;.nbsp;amp; de les condainner chacun a une amende.nbsp;Notre Janiffaire du depit quil eut de la fotti-fe quil avoit faite, amp; du chatimentquilavoitnbsp;fuivi, fut auCfi-tót a fa cave, amp; pour lavetnbsp;1afFront que Ie vin Ini avoit caufé, enfonga tousnbsp;fes tonneaux amp; épancha tont fon vin, faifantnbsp;un voeu particulier de nenjamais boire. Aullinbsp;les Turcs ne fgauroient prefque boire de vin,nbsp;quils nen viennent dabord a lexcés amp; a lanbsp;brutalité.
Etant de retour I Smyrne, nous nous infor* ïnaraes des autres Eglifes dc lApocalypfe que
nons
-ocr page 247-'amp;? des Sept Êglips. loj' rious navions pas vüës. Monfieiir Ie Conful Aii-glois amp; Mr.Ie DodenrPickerling nouscommu-niqiierent Ifs memoires quils quils en avoienr,
amp;les Infcriptions quils ytrojverent en un voyage quils y avoient fait depuis cinq ou iix ans.
PERGAME eft encore connuë parlesTurcs amp; par les Grecs foüs Ic nom de Pergamo. Cet-PER-te Ville eft a 34. milles de Smyrne, amp; a 20. game.nbsp;de Thyatira, affife au pied dune montagnenbsp;quelle a au Nord, dans une belle plaine fertile en grains, oü paffent Ie Titanus Sc Ie Caï-cus, qui fe déchargent dans la riviere dHrr-mus, A cóté de la Ville palTe la petite riviere , ou plutót Ie ruiffeau rapide appcllc ancien-nement Selinas, qui court auSud-Sud-Eft, amp; fenbsp;va rendre dans Ie Caïcus. De 1autre cótéidu Seli-nus il y a unebelle Eglilequi poitoit Ie nom denbsp;Saintc Sophie convertie prefentement ennbsp;Mofquée. Dans Ie quartier Oriental de la Vilde on voit les ruïnes dun Palais, qui étoit peut-ctre la demeure des Roys du pays; car ceftnbsp;Pergame que failbient leur reftdence les Rois Èu-ilrenes amp; Attains, dont il eft fouvent parlcdansnbsp;Ihiftoire Romaine. De toutes ks colonnes quinbsp;enrichilTorent eet edifice , il ny en refle que cinqnbsp;belles de marbre poli, hautes feitlement dear,nbsp;pieds, amp; 1on en voit encore quelques-unesnbsp;de lautre cóté de la ruë. Vers Ia partie Meridionale de la Ville, il y a aux deux cóteznbsp;du grand chemin deux petites collines artifi-cielles, fur lefquelles il y avoit deux petits Fortsnbsp;pour garder lentrée de la Ville, amp; au Levantnbsp;il y en avoit deux autres femblablcs. On voitnbsp;prés de Ia un grand vafe de marbre de vingt 8cnbsp;un pieds de tour, gravé dun bas reliefdhóm-iiies a cheval, fort bien travaillé; Le long dequot;nbsp;la montagne vers Ie Sud-Oueft fe voyent lesnbsp;ruïnes dun Aqueduc, qui a encore fix arcadesnbsp;I 6nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fur
-ocr page 248-2©4 Wojage (tri T.evanf, fur iin niilTeau, amp; au Midy de ces arcadesnbsp;il en a fix autres avec de grandes voütes quanbsp;les Turcs appellent Kijferai. De Ia en tirantnbsp;encore plus vers Ie Sud on Uouve les ruïnesnbsp;dun theatre fur k^anchantde la colline, doünbsp;la vtïë ell tres-bellefur Ia plaine.
Les Chretiens de Pergame font en pauvre état. Leur Eglife Cathedrale de Saint Jeannbsp;qui eft a rOrient,,eft entiereinentruïnée. Ellcnbsp;ü 56. pas de long, amp; 31. de large. Les Turcsnbsp;ont piïs les pieces des colonnes qui étoient anbsp;Ia nef, pour raettre fur les tombeaux-, maisnbsp;Ie corps du batiment nétoit que de brique. L»nbsp;Viiie ell: peuplée de deux ou trois mille Turcs;nbsp;mais il n'y a que douze ou quinze families mi-ierables de Chretiens Grecs qui cultivcnt lanbsp;terre. II leur refie une Eglife dediée anbsp;Theodore Evêque de Smyrne, fous Ie Dio-cefe duquel ils font compris. Dieu les a encore confervez, pareeque felon Ic temoignagenbsp;de celui qui parle dans IApocalypfe ; Jh a-quot;jotent confervé Jonnomnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n avoient ^oint renonce-
la Foi , lore même qa Antipas [on temoin fide~ le avail fouffert le marlyre parmi-eux.
I-AO-
LAODICE'E eft appellee par les Turcs du voilinage Eskihijjar, eeft-a-dire vieux Chateau; auffi cft-ce une Ville entierement rafée,nbsp;amp; il ny a prefentement quun Moulin fansnbsp;autre habitation. La Ville de Colofle a qui S.nbsp;Paul addrelfe une Epitre nen eft éloignée quenbsp;dc it. milles, amp; les Grecs Iappellent Chonos.nbsp;Ferrari dans Ton Didlionaire veut que Laodi-cée sappelle encore Laudichia, amp; quelle foitnbsp;nommée paries Turcs Nove-Lejehe, ajoutantnbsp;qnelie joüit encore du litre dArchevêché.nbsp;Mais il faut, ou quil ait écrit fur de faux mémoires , ou que cette Ville ait acheve de fcruinernbsp;Hi de perdre fon nom depuis ce temps-lL II
{jT' (hi Sept EpJiCes. züf eft vrai quil y en a plufieursqui font troinpeznbsp;de prendre le Boiirg de Laotik, proclie dAn--gonra pour. Laodicée, a caufe de la reflem-Wance de nom. Ce qui re-ile de plus beau anbsp;Eskihiffar font qiiatre theatres de marbre auflinbsp;polis 8c auft] entiers que siis avoient eté batisnbsp;depiiis pen. Proche dun de ces theatres onnbsp;lit une Infcription Grequea Ihonncurde rjim-pereur Tite-Vefpafien. Elle a au Nord-Eft la'nbsp;riviere Lycus qui fe perd dans le Meandrc, cenbsp;qui la diftinguoit de quelques autres Villes ditnbsp;tnêrae nom; car on I'appelloit Laodicée proche le Lycus. Cette riviere eft la même quenbsp;Tite-Live appelle Marfyas, du nom du Saty-re Mariyas quApollon écorcha tout vif pournbsp;avoir eu la teraerité de Uii difputer la gldire denbsp;bien chanter. Quinte-Curce nous donne unenbsp;defeription exaéte 8i tres-belle de ce fleuve,-amp; remarque que fa fource eft au fommetdune'nbsp;montagne , d'ou il tombe fur un roc avecnbsp;grand bruit, amp; que venant a sepandre dans lanbsp;plaine , il arrofe les campagnes voifines ,nbsp;confervant fes caux toüjoars claires fans lesnbsp;meier avec dautres. Et paree quil reflem-hle en couleur ^ la mer quand elle eft ealme,nbsp;les Poetes, dit cet Autheur, ont pris de lanbsp;occafion de feindre que les Nymphes éprifejnbsp;de fon amour faifoient leur demeure en ce ro-cher. Il ajoute que jufqiies dans 1enceinte desnbsp;murailles de Celenes il garde fon nom denbsp;Marfyas; mats qu'au fortir des ramparts, com-me il senfle, amp; devient irapetueux il changenbsp;de nom, amp; quon Iappelle Lycus.
, On ne f^ait ce queft devenu IEgltfe Chrê-^lenne, qui étoit autrefois a Laodicée, amp; la *iienace de celui qui eft la Verilé même, nanbsp;manqué davoir Ion elFet Je ffai queUesnbsp;tont VOS oeuvres, qm vous riétts ni froiit, «j-
chaud; mais parceque vohs êtes tiede, je fuhprêt-de VOHS vomir de ma houche.
SARDES appellee aujourd'hui'Sar(/o eft au pied du fameus Mont-Tmolüs, ayant auNordnbsp;une grande plaine arrofée de quantité de ruif-feaux, qui fortent en partie dune eoiline voi-fine au Sud-Eft de la Vüle, amp; en partie dunbsp;Tmolus. Le Paftole fort de la même mon-tagne k lOrient, amp; perd forr nom danslHer-naus qui paffe prés de Magnefie. Sardes a éxénbsp;anciennement le ficge du Roi Crefus, le plusnbsp;riche Prince de fon Tiede. Tout y étoit riche'nbsp;amp; furperbe, mais elle eft prefentement reduitenbsp;^ un pauvre Village qui na que de chetivesnbsp;cabanes, mais oü il y a pourtant un grand Kannbsp;bati i la maniere des autres Kans de Turquie ,nbsp;amp; OU les Voyageurs font comraodement logez.nbsp;Geft le grand paffage des Caravanes qui vontnbsp;de Smyrne a Alep amp; en Perfe. Ellè neft pref-que habitée que de Bergers qui vont menernbsp;leurs troupeaux dans les beaux paturages de la'nbsp;plaine voiftne. On voit a lOrient de la Villenbsp;tm vieux Chateau a vee les ruines d'une grandenbsp;Egiife. Au Midy Ik au Nord il y a auffi desnbsp;ruïnes confiderables de quelque ancien Palais;nbsp;mais au fond ce ne font que des ruines. Lesnbsp;Tures y ont une Mofquéc qui étoit une E^li-fc de Chretiens, a la porte de laquelle il ynbsp;» plufieurs colonnes de marbre poli. 11 synbsp;trouve quelques Chrêtiens, qui soccupent lanbsp;plupart au jardinage, amp; qui nont ni Prêtre,nbsp;ni Egiife. Aufli le Pils de Dieu dans la revelation de S. Jean reproche a ceux de Sardes,nbsp;^inils avoient la reputation d'être vivans , amp;'nbsp;qu'ils étoient marts; foyezt vigilant, ajoüte-t-il,nbsp;effaites penitence', car fi vaus ne veillex,, jevien-dray a vaus comme le larron, ©* vem ne fjaurezinbsp;s atselh heure j» viendra'h
6f des Sept Eglifes. ioT PHILADELPHE neft qua 17. millesPsuA-de Sardes vers le Sud-Eft, au pied du memcDEL- 'nbsp;Tmolus, dou la vue eld très-belle fur la plai- phb.nbsp;ne. Les Grecs liii confervent fon ancien nom,nbsp;iriais les Turcs qui les broiiiMent t'ous, I'appel-lent Allahfcheyr , comme qui diroit, la Villc-de-Dieu. Lorfquils vinrent semparerdu pays»nbsp;les habitans fe battirenc amp; fe defendirent vigou-reufement. Les Turcs pour leur donner de lanbsp;terreur saviferent de faire un retranchemenrnbsp;par une muraille tome dos de inorts liez en-lemble avec de la chaux. Monficur le Confulnbsp;Ricaud men fit voit une piece qui étoit afleznbsp;Iblide, amp; quil avoiteu la curioiite dapporternbsp;du lieu OÜ il sen trouve quelque relie. 11snbsp;furent forcez de fe rendre; mais ils firent leurnbsp;Capitulation plus douce que leurs voilins. Onnbsp;leur laiffa quatre Eglifes quils ont encore , Pa-iiagia; Saint George, S. Theodore lt;5c S. Ta-xiarque, qui eft le même que S. Michel. II ynbsp;a dans Philadelphc fept ou huit mille habitans,nbsp;cntre lefquelson peut compter deux mille Chretiens; ce qui nous fait voir IaccomplilTementnbsp;ttierveilleux de la prophetic de TApocalypfenbsp;3-e Jfai qmlles font VOS ccuvres. Jttiensla por-OHvertt devant voas, o' perfonne ne la peat-firmer, paree qu encore que vous ayex,.pesi defor-vous avez, neanmoins gardé ma parole , onbsp;gt;avez point renonce mon mm. Pareeque vousnbsp;gardé la patience qui vous eft ordonnee parnbsp;**ta parole , je vous garderai aujft de Iheure de lanbsp;*pntation qui viendra fur tout I Univers , pournbsp;^Prouver ceux qui habitent fur la ierre.
Que pouroit-on fouhaiter de plus formel Pour marquer la venue du Turc Iennemijurdnbsp;Chriftianifme, amp; qui femble navoir éténbsp;fovoyé que pour la punition de nos crimes,
^ pour diftinguer ks veritabks fideles davec
les
-ocr page 252-loS' Voyage dti Levant. les faux Chretiens; Mais il ne faut pas fciile-ment parler des Turcs, il faut pariet en general de tous les Mahometans, qui occupentplusnbsp;de Ie moitié de nótre grand Continent , Sfnbsp;font répandus non feiilement dans tout FEm-pire Ottoman, inais encore dans route la Perfenbsp;amp; toute la Tartarie, dans une partie des In-des, amp; dans routes Ie cótes de 1Afrique quinbsp;regardent nótre Europe. Quelle prodigieufenbsp;étenduëde pais noccupe pas Ie feul Grandnbsp;Seigneur ne fait-il pas des trois mois en-tiers pour traverfer fon Empire.^ Combien denbsp;Royaumes na pas aflujeti la vilU a fept collines, cr lt;\HÏ domine fur les eaux; II ny en anbsp;point au monde a qui ces paroles fe paiflentnbsp;niieux appliquer qua Conftantinople. Elle anbsp;fépt collines, fur chacune defquelles il yaiinenbsp;Mofquée Royaic, oü il feprofére tons les joursnbsp;des blafphemes contre Jesus Christ, Et anbsp;prendre même la chofe a la lettre, elle domi-ne fur les eaux, étant la clef de lArchipel,nbsp;de la Mer blanche ,amp; du Pont-Euxin. Jene nienbsp;pasquecela ne fe puiffe auffi attribuerauxEm-pereursRomains, qui ont leng-tempsperfecuténbsp;1Eglife naiflante, jufqua ce quelle eut fur-monté routes ces traverfes, amp; que Ie diablcnbsp;fut enchainé pour mille ans. Ce terme expirénbsp;ileft forti a la faveur des terriblesarmées des Ot-tamans, qui depuis trois cens ans, ceft-^direnbsp;denviron mille ans aprés les derniers abois dunbsp;Paganifme, saccrurent prodigieufement, amp; oc- nbsp;perent une grande partie derAfie,de lAfriquenbsp;amp; de 1Europe: car avant ce terapsda la loi deMa-hornetnétoit prefque pas connuë dans lEurope,nbsp;ni dans une grande partie de 1Afie. X* notnbrenbsp;jfjoüte lOracle de 1Apocalypfe chap. 20, égale-ra celui du fable de la mer. Je les vids Je répan-dre fur la tjrre, (sr tnviromer U camp desSaintsi-.........' nbsp;nbsp;nbsp;' tse'
-ocr page 253-fte fe peut rien de plus expreinf pour depein-rorgueii dcs Tur.es ik icur tvrannie , la
k-
Cï* la Ville chcriede Dien. Cellia Vükde jeru-lalem , düiit ils fe font rendus maitres depuis long-temps. Voila ce qui eft déja arrivé ,nbsp;voici ce qui reftc , dont nous devons pricr Diennbsp;dacourcir Ie terme. Man il defcendh du C'telnbsp;un feu envoyé de Dien qui les itevora, zyle diublenbsp;qui les feduijoit, fut jes.'ê dans l'étang de feu zynbsp;de foujfre, oit la béte O' les faux Prophetes ferontnbsp;teurmeniex. jour zjf nuit a:ix fsscles des Jiecles.nbsp;11 Y a apparence que les anciens Prophetes de»nbsp;Juifs n'ont pas porté leurs regards jufquauxnbsp;cveneinens des ces derniers iitcles. Mais nenbsp;diroit on pas neanmoins quHabacuc a en-fifigé les Tures dans cette belle Propheticnbsp;touchant les Chaldcens, dont ils font en partje defcendus, dedont ils ont herrté les nrccurs ?nbsp;Je feray , dit IEfprit de Dieu par la bouchcnbsp;du Prophete , um oeuvre de votre temps quenbsp;voiis ne croiree. point , quand on vous en fera Unbsp;fecit. Car void je men vah fufeiter Ics Chal~nbsp;déens, qni font une Nation violente er étour-die, qui rnarchera it travers les pays pour pojje-der Its Tabernacles qui ne font pas a eux. Ellenbsp;e(l funsafe cr terrible. J'oute [on mtorité , crnbsp;tout fin gouvernement viendront d'elle-même.nbsp;Ses chevaax font plus legers que Us Leopards ^nbsp;Cr ont meilleure vuè que les Lynx. Ses gensnbsp;de cheval Je répandront ca Vquot; ld, esT fis cavaliers viendront de loin, lis voleront comme unenbsp;.'itgie qui find fur quelque proye. Elle ne vien-dra que pour comtnettre des violences, ils ravi-font tout comme an vent d-Orient, cy feront desnbsp;prifonniers comme-du fkblon. Elle fi tnoque des'nbsp;Roys, er mépri/e les Princes. Elle fi rit denbsp;toiites les FortereJJes, cr avec de Jmples terrafjssnbsp;elle s'en rendra maitrejfe. li me femble quil
aio Voyage du Levant^ legereté de leurs chevaux, amp; la facilité quilsnbsp;ont de prendre des Places. Les Grecs qui ge-miflent fous leurs fers, reconnoitroient encore mieux cela que nous. Ils sétonnent qucnbsp;les Princes de l'Europe étant tons Chretiens,nbsp;iiiinilTcnt enfemble leurs interefls amp; leurs forces contre l'ennemi declaré du Chriflianifme,nbsp;au lieu de Ie laifler avancer peu a pcu fur leursnbsp;frontieres. ll ny a plus que la largeur duGol-fe de Venife encre la 7'urquie amp;rjtalie, amp;nbsp;tousles jours ils viennent faire des efclaves dans-celle-ci. De tousles Princes de liChrêtienté,nbsp;il ny en a point que feTurc craignc tant quenbsp;Ie Grand Czar de Mofcovie, car il peut met-tre de grandes arniées fur pied , amp; cntrer aifé-jnent dans les terres du Gran-d Seigneur; maisnbsp;ce qui lui donneroit l'avantage fur tous les au-tres, c'elt quil ny a aucun Monarque de lanbsp;Religion Greque que lui, 8c fans doute quenbsp;ïes GreeS feïoient ravis. de p-rfTer fous fa domination, Scquilsfe declareroiecit en fa faveur,nbsp;quand ils Ie verroient entrer dans la Turquienbsp;avec une puiflante armée. Audi ai-je oüi direnbsp;a q_uelq,ues Grecs, enüautres au Sieur Manno-Mannca marchand de la- ville dAita, hominenbsp;defprit 8c détude pour Ie pays, quil y avoitnbsp;nne Prophetie parmi eux , qui portoit qucnbsp;1Empire du Turc devoit être détruit par unenbsp;Nation Chryfogenos, ceft-a-dire blonde , cequinbsp;lie peut sattribuer quaux Mofcovites qui fontnbsp;prefque tous blonds.
Mais avant que de quitter ce pays-la , i! faut vous dire quelques particularitez des Villes voi-fines des fept Eglifes.
Hi»-
KAPO-
hlSt
HIERAPOLIS eft une Ville entierement deferte, 8c les Turcs appellent fes ruines Ham-bouk-kalé , ceft-a-dire Tour de coton, a caufcnbsp;des roclicrs blancs qui font aux environs. Ellc-
y des Sept Eglifes. 2 j ^ cfl au pied dune haute colüne, qui a au Midynbsp;line plaine de dnq mille delargeur, amp;prefquenbsp;vis-a-vis de Laodicée. Le Lycus paffe entrcnbsp;Iuneamp;lautte, mals plus proche de Hierapolis.
On y voit une fi grande quantité de ruïnes dc Temples anciens , amp; tant de belles fonrcesnbsp;deaux minerales propres a guerirdes maladies,
luil ne faut pas sétonner quc les Anciens lui ayant donné le nora de Hierapolis, celt-a-direnbsp;Ville Sainte. (jn y remarque entrautres un fortnbsp;beau bain de marbre blanc enrichi tout autoiirnbsp;de colonnes qui font tombées dedans. De linbsp;1eau fe diftribuë en divers canaux, Scfe répan-dant quelques-fois hors des bords, forme uncnbsp;croute de terre blancheatre, dont la fuperficienbsp;teffemble a la couleur de Topafe. Ces eauxnbsp;dtoient aiiffi renommées pour les teintures, amp;cnbsp;J'on, y trouve encore une Infcription Grecquenbsp;dreffée par le Corps des Teinturiers. II y reftenbsp;aiilTi un grand Theatre de marbre a quarantenbsp;degrez , qui merite detre conlideré, amp; dansnbsp;le portail duquel fe lit une Infcription a A-Polion furnommé uirche^eies, AüQAAQjSli
apxhphtei.
MlLETnaeu guere moins de renomMilET» ^ue la Ville dEphefe, amp; fa deftinée na pasnbsp;plus favorable dans ces derniers fiecles,
Oar ce n'eft plus quun amas confus de belles foafures, parrai lefquelles il y a quelques cabases de Bergers. PaUtfchia. eft le nom quon luinbsp;dqnne prefentement, a caufe des ruïnes de Paleis amp; de marbres qui sy trouvenr. Tous nos-Oeographes modernes fe font égarez dans cenbsp;P3ys-la, ayant pris la Ville de Melaffo, quinbsp;. deux journées plus loin que Palarfchia, pournbsp;^ancien Milet, a caufe de la re.ffemblance dunbsp;ftom; au Jieu que Melaffo, com me je mon-texai dajis Ja fuite efi Pancienne Ville de My-
lafa,.
-ocr page 256-hfa. Les Anglois de Smyrne découvrircnt quö la Ville de Milet. ou Milefiiim étoit ce Jieunbsp;de Palatfchia par une belle Infcription qui synbsp;voit encore, on Ie mot de no AIS miAH-Sl£2N eft repeté par cinq fois. La fituationnbsp;sy accorde, nétant qua une journée amp; deminbsp;d'Ephefe, amp; proche du Meandre, a quelquesnbsp;milles de la mer. Le Meandre que les Tiircsnbsp;appellent encore, comme jay déja remarquénbsp;Sciouc-Mindre, ou grand Meandre, eft celebrenbsp;dans lAntiquité pour fes merveilleux détours,nbsp;qui iinitent les lettres Greques, comme on lenbsp;peut voir dans le crayon que j'en ay donné.nbsp;Ceft une riviere fort étroite, qui na guercnbsp;plus de 15. brafles de large; mais en revanclienbsp;clle eft fort profonde, part icnüerement prochenbsp;de Milet, oü elle a autant de fond quedelar-geur.
Milet étoit la patrie de Thales un des fept Sages de la Grece. Ceft lui a qui ce nom de'nbsp;Sage fut premierement donné, amp; qui le raeri-toit bien, puifquil fut le premier entre lesPa-yens qui foütint limmortalité de larae , com-me Ie remarque Suidas. Les uns mettent cet-te Ville dans 1Ionie, les autres dans la Carie;nbsp;mais fi Ie Meandre faifoit , comme on écrit,nbsp;la divifion des deus Provinces, il la faut reconnoitre avec Srrabon de lIonie.
As- ASKEMKALESI, ou autreraent le KEMKA- Chateau d'jisUem eft une Ville ru'inée amp; unnbsp;lEsr. . Tort de mer, une journée 8c demi plus loinnbsp;que Milet. Monfieur Pickerling croyoit que cenbsp;fut la Ville dHalicarnaffe fiége des anciensnbsp;Roys de Carie; mais fi nous en croyonsPiir.e,nbsp;il faut que cette Ville fut encore plus loir.,nbsp;ear il ne Ia met qua quinze milles de llfle denbsp;de Coos. Ce qui lui avoit donné cette penféenbsp;eü: la grande quantité de marbres anciens
moma'
-ocr page 257-itionitmens qui sy trouvent, avec plufieurs Inicripnons. II men communiqui trois 011nbsp;quatre, en Tune defquelles qnoique peu cor-i;eéte, je trouvai que celui pour qui étoitdref-lé lEpitaphe étoit lASEïS, ceft-a-dire denbsp;la Ville de Jofus, ou ^ajjits; ce qui me fitnbsp;connoitre que ces mafures étoient Ia Ville dIa-(us. Jcn trouvai enfuitc la fituation conformenbsp;a ce quen difent les anciens Geographes. Stra-bon dans la defcription de la Carie dit quIaf-fus elt un Ville dans une 111e proche de terre-ferme. On y voit encore lenceinte dés mu-tailles, un theatre de marbre oü fe lit une-Infcription Greque, qui nous apprend qu'unnbsp;Certain Zopater fils dEpicrates 1avoit dedié ünbsp;Bacchus, comme étoit celui dAthenes. Lesnbsp;habitans de cette Ville étoient autrefoisnbsp;fort adonnez a la pefche , comme on Icnbsp;peut remarquer par une hiftoriettc que Strabonnbsp;nous debite. Un Joüeur dinftrument muficalnbsp;faifoit un jour montre de fon addrefie dans lanbsp;Ville d'IalTus. Tout Ie monde sétoit alTem-blé autour de lui pour 1'écouter, mais dabordnbsp;^uon oüit Ie fignal pour vendre Ie poilTon,nbsp;Bs fe retirerent tous, a Ia referve dun feul,nbsp;^ui étoit un peu fourd. Le joüeur dinlirumentnbsp;ne ffachant pas fon défaut lui fit un compliment, 8c le remercia de ce quil lui faifoitnbsp;1honneur de lécouter, 8c de ce quil eftimoitnbsp;plus la mufique que les autres qui sen étoientnbsp;allez au premier coup du fignal. Comment,nbsp;tépondit l'autre? je ne 1avois pas oüi, 8c ennbsp;difant cela, il le quitta brufquement pour fui-vre les autres.
A quelques milles de Ia fe voyent de belles tuïnes dun fuperbe édifice, que quelques-unsnbsp;poyent être du Maufolée, fappofant que cenbsp;Cu-Ia eft 1ancienne Halicaruaffe, Jajoütepout
COÜ'
-ocr page 258-ai4 Voyage du Levant^ confirmation de ce que jay avancé, que Straboanbsp;decrivant la core de !a mer en venant du cotcnbsp;dHalicarnafle pour aller a Sinyrne, met lafl'us, amp;nbsp;enluite Milet, qui nen eft en eifetéloigné quenbsp;de quinie milks, amp; quil park aprés des Villesnbsp;qui font éloignées, comme de celk qui fuit.
M E L A S S O neft done pas la Vilk de Mi-MïLAs-kt, comme Ortclius, Ferrari amp; tous ks mo-SD. dernes Iaffurent; ce qui fe reconnoif, non feu-lement par ce que jay dit de Palatfchia , raais aufli par la conformité de ce que Strabon rap-porte de la Ville de Mylafa avec celk-ci. Audinbsp;voyez-vous quelle a gardé a peu prés le mê-mc nom. Le temple de Jupiter qui étoit knbsp;6o. Hades de la Vilk, sy voit encore entier.nbsp;Cell un petit édifice avec qiiatre colonnes knbsp;la faqade, dont vous verrez ici kdelfein quonnbsp;ma communiqué. Lautre qui eft plus vaftenbsp;plus fuperbe eft dedié a Augufte , comme ilnbsp;paroit par Ilnfcription de la frife. Mais ce quinbsp;eft de plus convainquant pour montrer quenbsp;MelalTo eft la Vilie de Mylafa, amp; non pas denbsp;Milet, eeft cette belle colonne que jay faitnbsp;graver, erigée a Ihonneur de Menander filsnbsp;dEuthydemus, laquelle sy voit encore. Carnbsp;Strabon parlant de cette 'Vilk de Mylafa, ditnbsp;que cet Euthydemus étoit un de fes plus illuf-tres Bourgeois, amp; quil avoit herité de gran*nbsp;des richeffes de fes ancêtres, amp; quil étoit fortnbsp;confideré non feukment dans fon pays, maisnbsp;dans route IAfie, ou il fut honoré des premie-les Charges. Cependant un certain Hybreasnbsp;vint a fe poufTer dans le monde. Son Fere nenbsp;lui avoit laifTé jquun mulct pour gagner fanbsp;vie it charger du bois, ou Iemployer a dau-tres chofes encore plus viles. Sentretenantdenbsp;cela il étudia i Antioche fous Diotrephes tres-#xccllent Orateur. Etant de retour k Mylafa
|
vim |
/ï | |
|
gt;ë | ||
|
t |
^ s | |
|
f |
K S is | |
|
% |
[ |
H 4 M |
|
4 |
i |
SS |
|
% |
c |
El |
|
4 |
r |
0 o WK |
|
[ |
fclK | |
|
[ |
g H PW ¦ H | |
|
è |
[ | |
|
jljm |
ID |
t3 |
r
?
patrie, il sadonna au IJarreau , amp; fe poufla dans quelques Charges publiques, oü il savan-9^ eu li peu de temps, quil fe rendit coramcnbsp;tnaitre de la Ville du vivant même dEuthy-demus qui étoit alors agé. Mais Euthydemusnbsp;dUnt dans la fleur de fon age avoit neanmoinsnbsp;plus dautorité que ncn avoit alors Hy-treas, amp; même quoiquil y eut je ne fgainbsp;Suoi de tyrannique dans fa maniere dagir, ilnbsp;^e latlToit pas dêtre fort refpeöé, paree quilnbsp;sdtoit rendu utile a fes Citoyens. Hybreas ditnbsp;*^n jour dans une Harangue une parole hardie,nbsp;hiais fort a propos, amp; sadreflant a Euthyde-®ius; tu es, luidit-il, un mal necefl'aire a nó-*re Ville, car nous ne pouvons vivre avectoi,nbsp;^ nous nj f^aurions vivre fans toi. II arrivanbsp;^nfuite que Labienus partifan de Caflius, sé-*ant revolte contre les Romains amp; rendu Chefnbsp;des Parthes, qui s'emparerent de lAfie mineu-¦e, Zenon de Laodicée amp; eet Hybreas ne Ienbsp;^oulurent point reconnoitre ayant animé leursnbsp;villes contre lui, car ils étoient 1un 8c 1autrenbsp;^res-habiles Orateurs, qui perfuadoient aupeu-Ple tout ce quils vouloient. Et comrae La-i'ieniis fe faifoit appeller General des Parthes;
moi , dit Hybreas, je veux quon mappel-|e General des Cariens; car MelafTo eft dans Carie. Enfuite Labienus sen étant appro-ehé a vee des Troupes Romaines, il fe renditnbsp;J^aitre de la Ville, mais il ne put faifir Hy-quot;¦¦eas, qui sétoit déja fauvé a Rhodes. Sanbsp;*^aifon fut abandonnée au pillage, 8c la Villenbsp;*^31 traitée. Mais aprés qu'il eut quitté lAfienbsp;^ineure, Hybreas retourna a Mylafa, 8c Ienbsp;^^mit fur pied avec la Ville.
Eour ce qui eft dHalicarnaffe, il y a long-^crnps quelle a été ruinée, 8c lon en voit en-*^üre de grands refles en un lieu inhabitè appel-
Voyage du Lei-a
Ié Boudron, vis-a-vis Tide dc Cos, qui iVeft point nomraée par les Grecs Stancliio, ni Stiu-go, ni Lango; lice n'eft par nos mariniers.,nbsp;qui ont entendu parler les Grecs, lujfqu'ilsnbsp;veulent dire a Kos, car ils difent Stin-Go, I'snbsp;IC.aprés \n, Ie pronon^ant coininc un^, iÜnbsp;Stin eft 1abregé de larticle if
Ces trois Provinces qui fe touchent; IIonie, la Carie 8c la Lydie font des pays tres-bons 8Cnbsp;tres-fertiles. Les anciens difoient de la der-iiiere, que les pcrdrix y avoient deux coeurs.nbsp;Le Docfteur Pickerling me difoit que 1origine dsnbsp;cette fable venoit, de ce que le pays étantnbsp;cxtrémement bon 8c fertile en grains, la per-drix, 8c peut-être pluiicurs autres oifeaux anbsp;force de manger prenoient les oreilles du cosurnbsp;ü grofles , quelles fembloient un autre coeurnbsp;8c quil lavoit fur tout remarqué aux pigeons.nbsp;II nous arriva une cliofefemblable commenousnbsp;étions fur 1'Archipel a nótre retour de Srayrne.nbsp;Nos matelots ptirent une grofle cortuë de mernbsp;qui pefoit bien prés de trentc livres. L'ayantnbsp;éventrce, ils sécrierent qu'elle avoit troisnbsp;cceurs. Jy accourus pour voir ce miracle, 8£nbsp;je reconnus que cétoit les deux oreilles dunbsp;coeur, qui étoient chacune grofles comran Ianbsp;moitié du coeur; car comine ils virent qucllesnbsp;avoient auffi un battement, ils smiaginerentnbsp;que sétoient trois coeurs.
Nous aurions pü aifément nous refou* dre a aller voir quantité dautrcs Villes, quinbsp;ont autrefois été celebres dans ces quar-tiers-la, fi 1'on ne nous eiit reprefenté le danger que nous courions pour les voleurs, SCnbsp;pqur les avanies que les Turcs tachent denbsp;faire aux Chretiens , 8c le plus fouvent poutnbsp;de faulTes accufations. On nous aflura quenbsp;depuis quelques annécs un Conful HoUandoi*
m
-ocr page 267-fut aflaffiné amp; vole auprés dEphefe: amp; Ton nous apprit ime facheufe intrigue arrivee dc-puis peu a vm Gentilhomme Frangois, qui al-ioic dc Smyrnc a Alep avec la Caravane, Ce'-toit un homme riche, qui ne voulut pas fenbsp;faire connoitre a Srayrne. II menoit fa fera-nie avec lui, Sc quelques domcftiqucs, amp; ilnbsp;arriva quun jour elle tomba de deffus le cha-tneau qui la portoit. Sur cela le valet de ccnbsp;Gentil-homme querella le Chamelier, coinmcnbsp;étant la caufe de cette chute, amp; n'ayant pasnbsp;tjien accommode fon chameau. Ils en vinrentnbsp;a de grofles paroles, amp; des paroles aux coups.nbsp;En un mot le valet tua le Chamelier de nuit,nbsp;St fe fauva, fans en rien dire a fon Maitre. Lenbsp;lendemain matin les Turcs amp; les Grecs voiantnbsp;E Chamelier mort allerent fe plaindre au Cady du lieu le plus proche, amp;c accufercnt ccnbsp;Gentilhomme; de raaniere que le Cady voyant tant de téraoins contre lui, fe dilpofoitnbsp;de le condamner ï la mort. II y avoit la unnbsp;Convent de Capucins Frangois, qui ayantfceunbsp;fon malheur parlerent pour lui, 6c aprés plu-fieurs follicitations ils firent refoudre le Cadynbsp;de lui fauver la vie moyennant mille ecus quilnbsp;lui payeroit. Voici comment le Juge sy prir.nbsp;Laprefdinee, lorfquon croyoit que rArreftnbsp;slloit etre prononce, il fit revenir toute la,nbsp;Caravanne devant lui, 8c recommenga a lesnbsp;interroger fur Iaffaire dont il sagiflbit. Voili,nbsp;homme mort, leur dit-il; ^ui cft-ce quilanbsp;tué.^ Ceft ce Frangois, lui repondirent tons,nbsp;ceux de la Caravane cn lui indiquant le Gen-Jilhomme. A quelle heure 1a-t-il tué, ajoütanbsp;Ie Cady ? II 1a tué pendant la nuit, repiique-^'ent-ils, mais nous nc fgaurions bien dire riacu-J'e. Enfin le Cady leur demandant de quellenbsp;^naniere, 8c avec quoi il 1avoit tué, ils repar-I,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;K ¦ '
-ocr page 268-z r 8 Voyage chi Levant, tirent quils nen f-^avoient rien. Comment inbsp;canaille, reprit Ie Cady dun ton plus fier, voiisnbsp;venez acciifer iin homme den a-voir tiié imnbsp;antre fans fjavoir ni quand, ni comment il lanbsp;fair? Vous netes que de faux témoins, amp; jenbsp;ne fgais a quoi il dent que je ne vous faitenbsp;tous pendre a l'heure même. Si vous ne menbsp;trouvex aujourd'hui vingt mille ecus, a quoi jenbsp;vous condamne, vous ne partirex point d'ici.nbsp;Ainfi il trouva moven de tirer de l'argent denbsp;iaccufé amp; des aceufateurs, qui furent obligesnbsp;de fe cottifer, pour faire entre eux cette fora-me. Un autre Frangois qui ne faifoit quenbsp;d'arriver a Smyrne fut abordé par un coquianbsp;de Grec, qui !e pria inftamment de lui prêtetnbsp;dix ecus. Le Frangois qui ne Ie connoilloitnbsp;point, dit abfolument qu'il ne pouvoit pas;nbsp;furquoi le Grec Ie quittant, lui dit quil pour-roit biea sen repentir. Quelque temps appésnbsp;le Frangois étant parti pour aller par terre anbsp;Conftantinople, amp; ayant beaucoup dor furnbsp;foy, fut épié par deux ou trois miferables quenbsp;ce Grec avoit apoflez, lefquels le dépoüille-reiit, le menant enfuite garoté au premier Village. Ils dirent que cctoit un Corfaire, 8?nbsp;quils lavoient autrefois vü fur un batimentnbsp;faifant le métier de Pyrate dans 1Archipel. Surnbsp;eet expoie il fut mis dans un cachot, ik il cutnbsp;bien de !a peinc a cn fortir a force d'argenf,nbsp;car il ny a rien que les Tures ne loient ca-p.ibles de f.iirc pour lintereft. Auffi cil-cc u-ne maniere de Provetbe dans tout le Levant,nbsp;que (1 Pon prefente dune main de largent inbsp;un Turc, il fouffiira que de 1autre main oUnbsp;lui creve un ceil.
Leur juilicc eft courte, comme chacunfgaif, Ceia eft bon cn plufleurs rencontres, Scabreg^nbsp;les procés que la chicane fomente, Mais d-ail-,
leufS
-ocr page 269-iiurs ilsy glill'e bien desabus, foit en corroirra pant des Juges, ce qui eft facile; ou quelque--fois par lignorance 8c Ie fanple caprice diulnbsp;Cady, qui etant Icul, 8: nayant perfonne dontnbsp;il foit oblige de confulter les avis, juge de Ianbsp;nraniere quil lui plait, amp; comme il trouve Icnbsp;plus davantage.
Un de nos amis revenu depuis peu dAIep Hous racontoit un plaifant Jugement que Ienbsp;Cady y avoir rendu. Un Turc avoit vendanbsp;tine de fes elclaves a un de fes amis; mais ilnbsp;tie demeura pas long temps a sen repentir,'nbsp;paree quelle étoit fort belle. II la redemandanbsp;done a celui qui 1'avoit achetée, 8c lui offrit'nbsp;de lui rendre 1argent quil en avoit payé. IInbsp;lui avoüa quil ne pouvoit plus vivre fans elle,nbsp;dc Ie conjura de la lui rendre. Celui-ci témoi-gna quil ne Ie pouvoit, quil ne lavoit pasnbsp;ïchetée pour Ia revendre, amp; quabfolument ilnbsp;la vouloit garder. Lautre voyant quil ne póu-''^oit pas lobtenir de cette maniere, eut fon retours au Cady, a qui il propofa fon airaire;nbsp;Le Cady lui rc'pond quil a tort de redenian-der fon efclave, 8c quil ne peut pas obligcrnbsp;Celui a qui il I'a venduë a Ia lui rendre. Sur-cela lautre Ie preffe plus fort, 8c lui prometnbsp;quelque prefent sil Ia lui fait obtenir. Hé biennbsp;lui dit Ie Cady, je Ie veux bien; pourvü quenbsp;tu falies tout ce que je te dirai, je te proinetsnbsp;lue ton efclave te fera renduë. La partie a-yant été dtée devant Ie Cady, celui-ci luinbsp;propofa de rendre lefclave, en lui reflituant Ianbsp;tuême fomnie quil en avoit donnée. Lacliê-^cur protefta quil ne vouloit point sen défai-te; quils en avoient paffe Ie contraéi enfem-ule, 8c quon ne pouvoit je retrafter.. Alorsnbsp;u Cady ie tournant du cote du deraandeur,nbsp;d dit de fe ineltre a danfer, ce quil fit 1'in-K. 'bnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fiaat»
-ocr page 270-liO Poyage da Levant^ ftant, ayant promis dobeir a tout cc quil Iiilnbsp;comrnanderoit. Puis sadreflant au defendeur;nbsp;Et toi, lui dit-il, danfe auffi. Moi! repliqiianbsp;1autre, je ncn ferai tien , je ne fuis pas founbsp;comrne lui. Ha ! ha ! reprit Ie Cady, puifquenbsp;tu avoües quil eft fou, Ie marché ne doit pasnbsp;tenir; amp; Ie contradf que tu as pafle avec luinbsp;eft nul. Va lui rendre tout ï 1'heure fon efcla-ve pour largent quil te la venduë; ceft toi-itiême qui tes condamné, amp; il fallut que lanbsp;chofe allat de la forte.
LIonie avoit douze Villes, qui tenoient leurs Aflemblécs dans un lieu proche de Mi-let appellé Panionium. Smyrne y fut ajou-tée, 8c elle faifoit la treiziéme. Ces Villes é-toient.
Ephefs, appellée maintenant Ajafalouk,
Mikt, prcfentement Palatfcha. nbsp;nbsp;nbsp;,
Myms, détruite depuis long-temps.
Zebedos, qui neft plus rien.
Teos, nbsp;nbsp;nbsp;Village, nommc Sïgeji,
Colophon, raféc.
Prkne, nbsp;nbsp;nbsp;qui ne parozt plus.
Phocée, appellée maintenant PaUa Toja.
Erythrée, Ie Village de G«y»;é.
Clazomene, Village de Vourla , ou Ktltfman. 1 Chios,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Samos, gt; qui retiennent leur ancien nom.' Smyrne, ¦gt;
Pendant tont Ie temps que nous demeura-tnes a Smyrne, nous gardames deux Chameleons en vie. Lun nous avoit étédonné, 88 lautre qui étoit fort petit avoit été trouvé Iknbsp;la campagne par Monfieur Wheler. Ils tien-nent beaucoup du Lezard, mais ils marchenlnbsp;bien plus lentement, ayant des jambes foitnbsp;longues. Les anciens Naturaliftes difent quenbsp;eet animal vit de 1air; Mais on a remarqué
qui)
-ocr page 271-fon
^Uil mange des mouches amp; dautres infedles, aufll un eftomac amp; un petit boyau , ce qui nenbsp;fooit pas neceflaire, sil nc vivoit quede Tair^nbsp;II eft pourtant vrai que quand on Ie gardenbsp;long-temps, on ne Ie void prefque jamaisnbsp;iHanger , 8c quoique je prefentalle quelquesnbsp;douches au plus gros d^es nótres, javois de Ianbsp;Peine a les lui faire avaler. Mais cela ncft pasnbsp;particulier a eet animal, car il en eft dc mêmenbsp;des Lezars 6c des Serpens que jai vft garder^nbsp;^üatre ou cinq mois dans des phioles fans riennbsp;^Hanger. Ce que je trouve de plus remarqua-en cette matiere, eft lobfervation quenbsp;Monfieur du Four, un des plus curieux denbsp;Jdtre Ville, ma alfuré davoir faite; qui eft,nbsp;Suc bien que Ie Chameleon ne mange pas, ilnbsp;^e laifte pas de faire beaucoup dexcremens. Jenbsp;^emarquai que les nótres dormoient 24. heuresnbsp;deftiite fans fe remuer; aiiffi la faifon étoit a-'ors aflez ffoide. Leur langue avec laquelle ilsnbsp;dardent les mouches eft longue amp; creufe aunbsp;°out en trompe dElephant, 8c Ie deffbus a-'^artce en fa?on de ciiilliere, enduit dun plileg*nbsp;He gluant qui tieni les mouches embarraflees,nbsp;Inline amp; Solin difent quil a toüjours la bouchcnbsp;ouverte, ce qui fe remarque neanmoins tres-ïaremenr. Cc quil a de fmgulier fur tous lesnbsp;*ntres animaux, ce font les yeux quil remucnbsp;*'tiD dun cóté, 1autrc de 1autre, de forte quilnbsp;peut regarder en haut 8c cn bas en mêmenbsp;jernps, OU cn tenir un fixe , 8c remuer lautre,nbsp;Ils fcmblent deux petits jayets enchaiTés dansnbsp;Iss paupieres, qui font percées dun petit trounbsp;ond pour leur donner du jour; ce qui faifoitnbsp;Hommer leur ceil par Tertulüen PmSlum ytr~nbsp;^hinans, un point roulant de cóté 8c dautre,nbsp;oeil nétant en effet gucre plus gros quu-s tête dépingle, Mais pour ce qui elf de '
-ocr page 272-241 Poyage du Levant j fon changement de couleur, ceft quelque ch(gt;nbsp;fe de li furprenant, que vous ne ferez pas fiché que je vous en communique mes obferva-tions. Ariftote, Pline, Solin ScPlutarque ontnbsp;écrit quil prenoit toutes les couleurs, li Cfenbsp;neft Ie rouge amp; Ie blanc, amp; ils nous veulentnbsp;perfuader que ce changement vient des objetsnbsp;proche defquels il fe trouve, amp; dont il em-prunte la couleur. Cependant jai remarquénbsp;aulTi-bien que dautres ^uil prend Ie blancnbsp;tres-facilement, non pas a la verité un blancnbsp;dégagé de toutes les autres couleurs; maïs auf-fi toutes celles quil prend font toüjours ac-compagnées de quclques nuances. Je ne vou-drois pas auffi nier abfoluinent, comme fontnbsp;quelques-uns, que les objets lui fervent a prendre les couleqrs. II y a quelque chofe de veritable , mais ce n'elt pas cela fcul qui la luinbsp;fait changer. Quand nous laiflions les nótresnbsp;fur une treille, ils devenoient peu a ^eu dunnbsp;beau verd, quon avoit de la peine a diftin-guer des feuilles, amp; quand on les en ótoit, ilsnbsp;Ie gardoient encore quelques momens. Lorf-que Monlieur Wheler prit Ie petit a la campagne , il étoit fur un arbrilfeau, amp; paroiiroit*nbsp;tout verd: mais comme il sapperceut quonnbsp;lalloit prendre, il toraba en terre, amp; devintnbsp;tout noir. Quand nous les mettions fur desnbsp;étofes noires, amp; quils y demeuraient long-temps, ils devenoient auffi noirs, mais nonnbsp;pas tout dun coup. Je nay jamais remarquénbsp;que pour les mettre fur du bleu, du rouge ounbsp;du violet, ils changeaflent de couleur. Pournbsp;oi, je crois que leur changement vient pournbsp;I'ordinaire de leurs paffions', aidées peut-êrrenbsp;quelquefois du froid amp; du chaud. Car lorf-quils ctoient dun beau verd, amp; qu'on lesnbsp;vouloit prendre, ils fe retiroient, fiflant com-
ttt
venant a mowrir étoit jaune pal» fans mou-K 4 nbsp;nbsp;nbsp;chc-
des Sspt Eglifes, 211} fte nne vipere, amp; fe noirciflanr, Lc peurnbsp;Comme plus craintif ch.ingcoit aufüpluspromp-teinent, raais particulievement lorf^ue je l'é-''eülois. La couleur la plus ordinaire da grosnbsp;^toit uu verd grifatre avcc cinq ou fix tachesnbsp;blanchvures amp; rougeatres, a cóté de lépinenbsp;du dos. Mals ce fonds fe changeoit fouvent ennbsp;Hoiratre, fans aucune apparence de verd ni denbsp;faclies, principalement fi nous Ie laiflions allernbsp;ïu grand air en un teraps froid. Lorfque je lanbsp;^ettois foüs un bonnet blanc, ou rouge , ounbsp;d'autre couleur,je 1en tirois incontinentaprésnbsp;lont blanc mélé dorangé 8c de jaune, 8c quel-Suefois femé de taches plus claires. Je ne fgz-vois a quo! attribuer cela qua 1efFort qu'il fai-foit pour en fortir; car sil dormoit, i) nenbsp;lt;:hai^eoit point. Je lavois porté dans nótrenbsp;Vai ffeau, 8c je pris garde un jour qu'il grim-Poit proebe de la fenêtre de mon cabinet, 8cnbsp;cherchoit a séchaper par quelque fentc. Lanbsp;Siroc qui eft un vent chaud foufloit k traversnbsp;^ je Ie trouvai alors dune couleur que je nenbsp;1'avois jamais veu. II étoit jaunatre, mouche-»nbsp;té de grandes taches noires. Je 1ótai de la, 8Cnbsp;cette couleur palTa prefque auffi-tót, devenantnbsp;grifatre. Je l'y remis deux ou trois fois, maisnbsp;d ne devenoit qne jaune mélé dorange ,nbsp;fans taches. Je lai vü quelquefois dun grisnbsp;t'oir, moucheté comrae un Leopard par toutnbsp;^2 corps de taches noires 8c jaunes, qui difpa-toilfoient dés qu'on Ie manioit. II prenoit auffinbsp;Quelquefois un beau verd enfoncé tacheté Ienbsp;^ong de lépine de cinq mouchetnres blanchesnbsp;Marges comme un denier. Un foir je Ie trouvainbsp;dun verd clair moucheté de jaune 8c denoirjnbsp;jtiais ce fonds devenoit gris noir, 8c fe con-tondoit a vee les taches en 1'irritant. Le pc'
-ocr page 274-Z24 Voyage Ant t cheturcs, 8c je Ie garde encore comtne celainbsp;Cell aulii ce que dit Pline : DefunSio pallor eji.nbsp;Enfin eeft une chofe merveilleufe que ceitenbsp;grande variation de couleurs; ce qiai me faitnbsp;étonner de ce qua dit le fgavant Monfieurnbsp;Gaflendi dans la vie de Monfieur de Peirefc,nbsp;Car il afifure que le Chameleon ncchangequcnnbsp;devenant un peu plus brun lorfquil eft mis aunbsp;Soleil. Nc feroit-ce point quen nos quartiersnbsp;jl nc fait pas fibien remarquer fes changemens.nbsp;Cela me fait fouvenir que deux Capucins paf-ferent a Lyon il y a quelques annees, portantnbsp;iin Chameleon a Paris, pour le prelenter aunbsp;Roi, Plufieurs perfonnes le virent, 8c aflurc-lent que ce changement de couleurs étoit unenbsp;fable. Je Iobfervai moi-même plus duneheurenbsp;fans y rien remarquer. Mais pour ceux quenbsp;nous avions a Smyrne, les couleurs etoient linbsp;diiferentes, qu'ils fembloicnt tout-a-fait dau-tres animaux, li on ne leur cut vu la mêmenbsp;figure, 8c quon ne ks eut pas quitté de vüë.nbsp;Monfieur Wheler remarqua aufli bien que moinbsp;ces changemens raerveilleux, de même quenbsp;plufieurs de ceux qui étoient avec nous dansnbsp;le Vaiffeau. Jeus bien du regret du gros quonnbsp;me laifia échapcr, ayant lailTé la fenêtre denbsp;mon cabinet ouverte; car je nen eus depuisnbsp;aucune nouvelle. Cct animal craint extreme-ment le froid , 8c M. du Four en ayant faitnbsp;venir cinq ou fix dEgypte, ils fe troiiverentnbsp;cn chemin pendant Ihyver de l'année dernie-re, qui fut fort rude. Ces pauvres animauxnbsp;qui étoient dans une cailTe defon, setoientnbsp;tenement repliez en forme de peloton , ksnbsp;jambes cn croix, 8c la qiieiic noüéc autourdunbsp;col pour fc garentir du froid en fe concentrantnbsp;de cette maniere, quil les recent tous mortsnbsp;«a cette trifle polUire.
£$? des Sept Eglifes. 12^ fJoTis refolumes nótre embarquement furdeinbsp;Vaifleaux Anglois, qui sen retournoient, amp;nbsp;devoient toucher a Zante, ou nous étionsbicn-aifes de nous rendre, pour aller de la tl Athc-*nbsp;nes. II y avoit deux Vaifleaux marchands,nbsp;iun nomme la Ville de Londres, amp; Tautróinbsp;IOin-David; avec deux Vaiffeaux de guerre,nbsp;le Dragon, amp; le Darthmouth , fur lequel I0nbsp;Capitaine Jean Tempel nous recent avec bean-eoup de civilite. Ceft une Fregate de trentenbsp;pieces de Canon, avec laquelle il a fait dansnbsp;Cette derniere guerre neuf ou dix prifes furnbsp;ks Hollandois. Ceft un Capitaine reconnunbsp;pour tres-brave, amp; hardi comrne un Liott.nbsp;Il mouroit denvie de fencontrer ceux de Tripoli, avec qui les Anglois avoient alors la guerrenbsp;amp;il nous promettoit a chacun uri efclave,- coniine s'il ies eut déja cus en fon pouvoir; inaisnbsp;nous ne fouhaitions point une pareilie rencontre. Ces Corfaires de Tripoli font Ies plusnbsp;méchans de tous Ies Corfaires de Barbaric. Lesnbsp;Anglois notit pas iaifte de les mettre J J.a raLnbsp;fon, leur ayant bruk cinq VaiiTeaux jufqueSnbsp;dans leur Fort avec des Chaloupes, quf fenbsp;itioquoient de la grêle de leurs inoufquetades.nbsp;3ls les ont enftn obligez de faiie la paix aveenbsp;eux, amp; de leur payer la valeur de quatre-vingtnbsp;mille .ecus, en efclaves, marchandifes, ou argent. Pour reconnoitre la civilité des Chevaliers de Malthe , qui avoient bien receu lesnbsp;Vaiffeaux Anglois, amp; kur avoient dónné desnbsp;provifions , ils racheterent un Chevalier, amp;:nbsp;qiiatre cens efclaves Maltliois pour la fommenbsp;de vingt-cinq mille écus , qui fut rabatuc furnbsp;Ce quils avoient prorais. Il fut couclié dan'snbsp;ks atticles de Paix quon ne vifiteroit pointnbsp;kurs Vaiffeaux, amp; qu'ils pourroient porter tel--ks marchandifes qu'ils voudroientamp; inême
-ocr page 276-zzS Voyage du Levant^ appartenantes a des marchands dautre Nation.nbsp;Car cétoit la Ie principal fujet de leur querel-le, ceux de Tripoli croyant avoir droit denbsp;Gonfifquer cequi nappartenoit pas auxAnglois,nbsp;quoique foüs leur banniere. C'eft Ie Chevaliernbsp;Narbrouc qui conduifii fi bien cette guerre,nbsp;amp; qui la finitavec honneur avant la linde lan-née 1Ó75. Ceil: Ie mémequi fut il y aquclqucsnbsp;années par ordre de fa Majellé Britannique aunbsp;Detroit de Magellan pour endécouvrir toutelanbsp;lituation amp; les paflages. II en raporta une relation fort exadle.
Le z8. Novembre nous fifmes voile avant Ie jour avec bon vent pour fortir du golfe dcnbsp;Smyrne. Nous laidamcs environ a quinxenbsp;milles fur nótre gauche le Village de Vourla r
cinq milles plus loin celui de Kelijman fur une pointe vis-a-vis de quelques Illes, amp; denbsp;1 ecueil de Calabouroun. Les deux jours fuivansnbsp;nous ne fimes que changer de bord entre Chionbsp;amp; Pfara, ayantlevent contraire au Sud-Oiielf.nbsp;Mais le premier de Decembre nous douWamesnbsp;ces deux Ifles, portant la proüe vers Negre-pont, dont nous approchames. Lelendemainnbsp;nous fumes rejettexprésde Pfara avec une tour-mente qui dura deux jours, amp; finit par desnbsp;tonnerres, des éclair amp; des tourbillons , quinbsp;mettoient tous nos Matelots en defordre. Nousnbsp;roulames encore quatreou cinq jours la autournbsp;avec vent contraire jufquau 9. Decembre,nbsp;que le vent s.étant mis au Nord-Oücft nousnbsp;nous trouvames prells a palTer entre Negrepont
Andros ; mais la miit nous ayant furpris, amp; le vent s'étant renforcé, nous nofames pasnbsp;nous engager entre ces deux lües, qui nenbsp;font éloignées que de cinq ou lix milles 1'unenbsp;de lautre. Lelendemain matin nous nousnbsp;trouvames proche de Tine 6c dc Mycone ,
mais
-ocr page 277-de nos Vaifieaux que nous nappercevions plus, -étoit rOin-David , qui étant Ie raoins fort
des Sepf Eglifes. nj mais commc nous voulions paffer entre cesnbsp;deux Ifles, la boimace nousarrêta tout court,nbsp;Sc la nuit une furieufe Tramontane sétantlevéenbsp;nous rcnverfames Ie bord, pour ne nous pasnbsp;engager entre ces deux Ifles, reliftant au ventnbsp;Ie mieux qu'il nous fut poflible. La tourmentenbsp;des nuits précedentes nous avoir beaucoupnbsp;travaillex, mais celle-ci fut terribleamp; nosnbsp;Matelots en furcnt épouvantex. Sur^ Ie minuitnbsp;Ie vent saugmenta fifort, quil dechirale voile'nbsp;de Trinquet que nous portions feul. Pendantnbsp;plus d'un quart-d'heure il fut impoffible dennbsp;inettre aucun , amp; les autres 'VailTeaux furentnbsp;aufli makraitez. Les vagues eouvroient fouventnbsp;lenótre, amp; j'avois beau fe:raer la fenêtre denbsp;ma chambre, j'cnte-ndois a tousmomensenirernbsp;des ravines deau, qui me fcmbloient être au-tant davertiifemens que nous étions prets denbsp;faire naufrage. Les cofres, les armoires amp; lesnbsp;canons ébranlez pas les coups de mer faifo entnbsp;Un furieux bruit, 8c vous pouvez juger dansnbsp;t)uel embarras nous fumes route la nuit. Not^nbsp;vaiffeaux comme Ie plus petit 8cIe tnoins chargé, étoit Ie plus fecoüé detous, Scnous croy-ons a toute heure Ic voirrenverfé. Le matinnbsp;nous étions a 50. milles de Tine proche denbsp;1Ifle Icaria, fans apparence que le venifevou-Iiit appaifer de tout le jour. Cette Ille na.nbsp;point de Port, comme ont remarqué les anciens Geographes. Le naufrage dIcatus fils denbsp;Dedale lui a donné fon nom, 8c a la merda-Jentour celui de mer Icarienne. Tout cela nenbsp;nous étoit point de bon augure, non plus quum
de tous, nous fit craindre quil,neut été en-fcnee, oil quil neüt échoüécontre les- Ifles de iTitiq OU de Micone, Nous allies tout cenbsp;K lt;5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;joua-
-ocr page 278-}our-la vent en poupe, quoi quil fut terrible, amp; malgre les vagues auffi hautes que la poupenbsp;du Vaiireaunous avan^ames environ centmiiles^nbsp;Sur le foir nous vimes a notre dtoite Ilfle denbsp;Stampalia , ?gt;c la nuit avec -une fcule voile nous-avanqaraes jufqua Scitrpanto. Cell: une Iflcnbsp;denviron 50. milles de tour, pleine de mon-lagnes afTez fcrtiles. Ainli avec Iaide de Diclinous éeliapames de cette tempête, avec unenbsp;ferme refolution de ne nous plus fier ^ la mer,nbsp;fi nous pouvions gagner la terre. Mais lesnbsp;fenncns de ceux qui voyagent fur la mer, ne-fout gueres plus forts que ceux des Amans, Henbsp;Je danger pafle on ne senfouvientplus. Nousnbsp;nous confolames de ne pas voir Rhodes quinbsp;étoit a notre gauche, paree quon nous ditnbsp;quon ne lailToit pas entrer les Etrangers dansnbsp;la Ville. Lors même que Monfieur IAmbaf-ladeur de France y alia, on le laiffa bien entrer, mais on ne voulut pas le laifler fortir de;nbsp;fa maifon jufqua fon depart, par ce quilna-Toit pas un PalTeport dugrandVizir, fans quoinbsp;iin Etrangef ne fgauroit voir Rhodes. On ditnbsp;même que'ceft maintenant wespeu de chafe;-,nbsp;amp; que les Tutes, qui ne raccommodent pref-que jamais rien , en feroient bien plus fa-cilement chaifez, que n'en furent. ks Chevaliers-
Nos trots V-aifFeaux-tinrent Confeil,.8c re-folurent a caufe de ces mauvais temps desé-loigner des Ifles-, amp; de patfer au Sud de Can-die; cequi étant executé, nous fit encore rou-kr fur CCS mers dix-huit ou vingt jours avant que de pouvoir arriver aZante. II nous etit éténbsp;incommode de demeurer plus long-temps ennbsp;chemin-, . car noire VaiiTeaucommenjoita man*nbsp;quer deau , Be en avoir emprumé quelquesnbsp;tonneaux-du Dragon.
DES-
E T
l E Jardin AUohrandm, S Monte-Magnanopoli a des Statues, des-Bas-reliefs, les portraits-de Bar-tole amp; de Baldus de la main de . Rafaël, une Baccanalc; une N6-tre-Dame, une Judith 8c un Saintnbsp;ïeróme du Titain: une Pfyché du Carrache ,nbsp;amp; dautres excellcns tableaux de Leonard Avin-de Jules Romain 8c d'Albert Durer: avecnbsp;K 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;una
-ocr page 280-2.^0 Lifle des Cabinets^ tine peinture antique a frefque dune Noce,nbsp;qui eft le plus beau morceau qui nous reltedesnbsp;anciens Peintres du temps du Paganifme. Onnbsp;en trouve des copies dans une taille douce gra-vée a Rome.
Le Palais du Due d'Akemp! proclie la Place Navonne, a quantité de ftatues amp; de buftes,nbsp;tin bean triomfe de Bacchus de inarbre fin, avecnbsp;plufieurs inanufcrits.
Le Palais de la Mivquik nbsp;nbsp;nbsp;, a desRe-
liques amp; plufieurs antiquitez Chretiennes, im-primees dansle Livre intitule Roraa fakerranea , des peinturesde Guido Reni 6c une Refurredliottnbsp;dAnnibal Carrache.
Le Palais dquot;Aquafparsa, proche de I'Hopita! S. Efprit, ren ferme quelqiies buftes amp; Inlcrip-tions antiques.
Le Cardinal AzzoUni poffede des tableaux de Lanfranc 8c dautres modernes qui font en reputation.
Le Palais de VAmbaffadeur de Malthe au Cours, a neufou dixftatuës d.tnsla balfe-Cout}nbsp;fjavcir Jupiter, Apollon, Pladrien, Antonin,nbsp;amp;c.
Le Cardinal Bonelli a une belle Bibliotheqiie laiflee par le Cardinal Alexandre neveu de Pienbsp;V. ou il y a des Livres de Theologie 8c desnbsp;Manuferits, entrautres un Virgile dent dés le-huitiéme ficcle.
Le Signor Jean-Pierre BelUri Antfquaire du Pape a ramalfe un Cabinet tres-curieuxnbsp;de quantité de bijoux antiques, comme 1am-pes, petites ftatues, Inlcriptions , urnes , la-crymatoires 8c quelqhes tableaux fins. 11nbsp;loge proche de S. Jofeph , au mont de 1»nbsp;Trinité.
Le Palais Btr^heft a une Cour Sc des Corridor»
-ocr page 281-Pahis de Rome. 25ï öors foütenus de colonnes antiques, quelq^ue®nbsp;ftatuës, amp;entrautresune fort grande 8e fortnbsp;belle de la Déefl'e Flora: 8e dans les apparte-mens une infinite dexcellens tableaux8c de meu-bles tres-richcs.
LAbbé Brachefi, a. Sainte Marie Major, a des tableaux, des biiftes 8e de tres belles medailles, Sc particulierement une des fgt;Ius bellesnbsp;fuites de grand bronze qui fe puifle voir.
Le Palais Chigi, a la Lungara a une voute oil eft reprefentê le Banquet des Dieux, 8c des-3utres appartemens peintsa frefquepar Rafaël,nbsp;Sc 11 ne fe pafte point de jour quon ny voyenbsp;One foule de jeunes Peintres , qui sexercent
deftlgner aptés ces beaux originaux.
Le. Palais du Cardinal Chigi a Santi Apofloüy ® neuf OU dix chambres ornées de ftatuës antiques, entte lefquelles font un Apollon qui é-oorche le Satyrd Marfyas, une Matrone Ro-niaine affife , quelques Venus tres-bélles , amp;:nbsp;quatre Athletes trouvcz depuis quelques an-®ées. lis font tous une pofture fcmblablenbsp;ttiais il y en a un cinquiémeexpirantde fa blef-fure, qui eft unchef-d'ceuvrede Sculpture. Otinbsp;y void outre cela une Nótre-Dame de Guidonbsp;Reni, quelques tableaux de Rafaël, 8cdautresnbsp;ïeintres renommez.
Le Palais du même Cardinal, a la Stradade Sainte Marie Major, eft un beau recueil denbsp;Ptoduaions rares de la nature, de lampes, dur-gt;?«, de petites ftatuës, 8cdautres bronzesan-^ques.
Le Palais du Marquis Corfini, a Piazza Fiara-JBetta , eft eurichi de ftatuës , de peintures cxcellentes amp; de Livres curieux.
Le Chevalier Corvino, a la Lungara, a été Curieux de dclEgaet les differens infeftes qui
naif-
-ocr page 282-ïiaiifent de chaque plante. il a outre cela qael-ques autres ctiriofitez, comme desiirnes, des-lacrymatoires amp;c des plantes. Ilnousfitvoirune Salaraandre quil a gardés lorvg-temps en vie,
amp; qui eft une efpece de petit lezard. II nous dit qu^il a plnficurs fors fait Texperience de cenbsp;quon dit quelle ne eraint point Ie feu, amp; quel-fe nourrit dans les flames, amp; que la verité eftnbsp;que lorfquil mettoit eet aninaal dans Ic feu, ilnbsp;jettoit autour de lui une bave qui l'éteint amp;nbsp;qui rérapêche de bruler, pourvü quon ne lynbsp;laiflc pas trop long-temps, car Ie feu confu-mant k la fin cette bave , Sc nen pouvantplusnbsp;jetter, ü auroitété brulé comme une autre anima}.
Euftacliio nbsp;nbsp;nbsp;eft celebre pour les Teief-
copes , Microl'copes, Engyfeopes, Ss autres Lunettes quil travaillc.
Antonro de gli Effeiti poflede une étude de petites peintures, mignatures, pierres precieu-fes , Sc autres bijoux,
Le Palais Caietan proehe du Cours, a fur 1efcalier une douzaine de ftatues antiques,nbsp;entre Icfquelles la plus curieufe \ mon grénbsp;eft une Orafale vetuc de la dépoüille denbsp;Lion , que le bon Hercule efFeminé par fesnbsp;charmes , avoit troqué contre fa quenoüillenbsp;amp; fon fufeau.
Le Palais du Cardinal Nerli, a Saint Maria }n Campitelli, a des bas reliefs amp; quelquesnbsp;flatuës, entrautres au bas de lefcalier celle denbsp;M. Mettius Epaphroditus Grarnmairien Grec^nbsp;qui tient un volume ^ la main. II en avoitnbsp;acheté trente mille felon le térnoignage denbsp;Suidas , qui lappclle fimplement Epaphroditus. Cela ne vous doit pas furprendre:nbsp;car le volume nétoit quun rouleau de par-
ehe-quot;
-ocr page 283-^icmin , ciont la groffeur ncfl: pas deü-Jiie. II vivoit depuis lEmpire de Neron juf-Siua celui de Nerva , amp; enfeignoit publiquc-iiient a Rome.
Le Palais de Santa Croce eft embelli de que!-ques ftatucs fc bas reliefs dans la batle Cour.
Celui du Cardinal Gabrielis de même a lef-calier amp; a la Cour.
Le Palais Colonna procbe 1'Eglife de Sandli Apoftoli eft meublé de ftatuës, de bullcs, denbsp;tableaux, amp; d'un beau lit de fculpture, portónbsp;par quaire chevaux raarins de bois doré , Scnbsp;dans le jardin il y a des corniches amp; des cha-Piteaux antiques d'iine grandeur démefurcenbsp;quon prétend étre du Palais de Neron , amp;nbsp;de cette Tour dont il regardoit brüler la Vil-
de Rome en chantant lincendie de Tro-ye. Tous les Antiquaires r.e tombent pas tteanmoins daccord que ce fut la ce Palais denbsp;Neron.
L'Eglife de Saint Paul liors de la Ville 2 qvtantité dInicriptions antiques Payennesnbsp;^ Chrêtiennes partni les marbres du pavé ,nbsp;tnais la plupart fort gatées, 6c fculement ennbsp;pieces.
Paul Frangois nbsp;nbsp;nbsp;a des tableaux 3c des
fieurs rares.
Jüfepli Eelice sapplique aux Medailles 5c aux ifavüres antiques, que les Italrens appelJcnt
Pierre Gigli a la Lungara , a un beau jardin dOrangers amp; de Citroniers de toute forte,nbsp;*'ec des flcurs étrangeres Scautres fort curieu-fss.
ï'ionfignor Ginetti pre's de Saintc Marie Major,
* un beau Cabinet de Medailles, entre lef-qttelics il y en a une iiagulierc de bronze de
celles
-ocr page 284-celles qiion appeüe médaillons. Llle efl: it lEmpercur Alexandre Severe avec I'Amfiteairenbsp;de Tire, amp; lInfcription MUNIFiCENTlAnbsp;AVGulli. Cell appartemment paree quil la-voit fait raccommoder; car Lampridius dit quenbsp;eet Empereiir avoit redredé plulieiirs ouvr.igtsnbsp;des Efnpercurs fes prédecellcurs, marque par-ticulieremenrrAmfiteaire dans un autre endroit;nbsp;Lenonum , mentncHm v txchtorum z-ciiigal infi-crutn ararium inferri letuit, jtd fuv-iptibuspi4i,ii-eis, ad injlanratienem Circi, Thcaii'i, Amphi-theatri o* JErar'ü defignavit. II a aulii un Medaillon de Philippe avec cette Infcription aunbsp;revers EX ORACULO APOLLINIS amp; unnbsp;Temple d'Apollon. Cette medaille aufli bi;nnbsp;que la précedente eft 1unique qut foit au monde en fon efpece.
Le Palais Jafllniam a Ia Rotunda, a une Salle pleine de Itatuès , oii il y en a une en-trautres d'une Venus fortant du bain , dont Ienbsp;Chevalier Bemin a cxtrénieinent bien imiténbsp;toutes le beautez, en ayant fait une fembla-ble quon voit au même lieu. Un Ecce homonbsp;amp; une Nótre-Damedu Titian. S. Jean aude-fert de Guido Reni. Le Baptême de N. S.nbsp;du Carache amp; quelques pieces de Paul Vero-nefe.
Carlo nbsp;nbsp;nbsp;Gentil-horame Romainafait
un recueil furprenant de toutes fortes darmes anciennes amp; inodernes, de medailles öc de bronzes antiques.
Le Palais du Cardinal de Majftm'is aux qua-tre Fontaines, eft un des mieux fourni d'ln-fcriptions de ftatués 8c de huiles antiques, a-vec une Bibliotheque 8c un Cabinet de medailles tres-bien choilies. Jy ay vü. uu fuige qui fentoit iiatureikment k mufe, 'ii qut pa:-
fi.'
-ocr page 285-de cette odeur Ia cliambre ou oii Ic
tenoit.
Le Palais de Tabric'ü Majftmis a Saint Andrd, a des bas reliefs, desThcrmes, desInfcriptionsnbsp;8c un tres-beau Coloffe de Pyrrhus, deux buftesnbsp;de Theophrafte amp; de Xenocrates de Chalce-doine, avec quciqnes autres ftatuës.
Le Jardin de AUdicis a Ia Trinité du Mont, a des Üatuës , entre lefquelles efi; cette bellenbsp;Venus fi renominée.
Le Palais Barberin, autrement du Prince de Pahftrine , renferme une quantité furprenanttnbsp;de belles ftatuës 8c de buftes antiques; deux ounbsp;trois tableaux de Rafaël du Baffan 8c du Pouf-fin. Une voute admirablement belle, peintenbsp;par Pietro da Cortone. Une Bibliotheque ounbsp;il y a plufieurs curiofitez fc quelques manu-fcrits, 8c dans le jardin une cinquantaine dIn-fcriptions quele Cardinal Barberin a ramaffées-,nbsp;amp; qui ne font point imprimées. II y a un Li-vre in folio, qui fait la defcription de ce Palais,nbsp;8c qui ell intitule JEdes Idarberinx.
Le Perre Kirker au College Romain, a fait un Cabinet de pieces des Mathematique , Me-chanique, Dioptrique , Talifmansamp;Medailles.
Le Caliitole renferme quantité de belles chores. Les inferiptions de Magiftrats 8c Confuls Romains, amp; deleurs triomfes. Lesftatuësdenbsp;Marius, de Ciceron, de Jules Cefar, dAuguf-te, de Virgüe 8c du Heros Aventinus. Celienbsp;de bronze de ce jeune hommequi vint en diligence a Rome porter Ia nouvelle du gain d'uncnbsp;bataiüe, 8c qui sarracha en fuite a fon aifenbsp;une épinedu pied, qu'il navoit pas vouluóternbsp;par les chemins, pour ne pas perdre un mo-tnenr. Les trois Furies, quitiennent les flambeaux Sc le foüet a lamaifl. Un bon homme
qvu
-ocr page 286-^^6 Lijle des Cabinets ^ qui conduit les Allemans amp; les autrcs Strangers pour voir les curiolitez de Rome, leur ditnbsp;fort ferieufement que ce font les trois graces,nbsp;amp; penfa fe mettre en colere contre moy, quinbsp;difois que cétoient les trois furies ou les Eu-menides, comme on les appelle aufli. Dansnbsp;les balfe-cours on voit Ie beau Marc-Aurele denbsp;bronze a cheval. Marforio , qui étoit une fortnbsp;grande ftatuë du Tibre a demi couché. Lanbsp;tête dun Cololfe de Domitien, avec Ie grosnbsp;arteuil. Un tombeau de marbre quon attri-buë a faux a 1Empereur Alexandre Severenbsp;a fa mere Mamea, amp; dont Ie bas relief ne rc-prefente point non plus lenlevement des Sabines, comme lInfcription quon y a ajoütéelenbsp;veut perfuader. La Columna rofirata de Duil-lius. La Colonne milliaire, doü l'on prenoitnbsp;la diftance des lieux éloignez de Rome. Lesnbsp;ftatuës de Caftor amp; Pollux, Les Trophéesnbsp;appellez vulgairement de Marius , que lesnbsp;Sgavans affurent être ceux de Trajan , desnbsp;Allocutions , des Chars de triomphe , Scnbsp;des Sacrifices en bas reliefs fur lefcalier ,nbsp;amp; quantité de peinturcs du Chevalier Gio-feppe.
Le Palais Lancdotti, ruë des Coronari , a une Cour ornée de ftatuës Sc de bas reliefs.
Le Signor Luka Mt negoce de medailles Antiques , Sc les nettoye tres-bien.
Paul Macarani poffedc unc galerie de flatuës amp; de tableaux.
Le Palais nouveau des Paluz.z.i ou Altieri, au Jefu, efl: un des plus fuperbes de Rome.nbsp;J1 y a au bas de lefcalier une ftatuë dun Roynbsp;captif, qui fut trouvée il y a quatre ou cinqnbsp;ans a la place Navonne.
Le Palais Pamfite a la place Navonnc ft des ftatuës amp; des tableaux, amp; une voutenbsp;peintc a frefque par le fameux Pietro da Cor-tone.
Raymond Pennalh a une Bibliothcque amp; un Cabinet de toutes fortes dAmbrcs.
Le Cardinal Carlo Pio; une Venus du Titian , une Europe de Paul Veronefe. Une Sainte Helene du même, une Annondationnbsp;du BalTan, avec un beaujardin de toutesfor*nbsp;tes de Tulipes.
Le Chevalier del Pozzo, a entrautres les fept Sacremens du Pouffin , des medailles amp; desnbsp;livres de defleins de plufieurs antiquitez de Rome.
Le Sieur Pierre Cherchemont de Paris, tre?^ itfelliicnt en medailles , en fait commerce,nbsp;de mcrae que dautrcs bijoux antiques.
Le Palais du Cardinal Raggi, a une Sainte Dorothée de Guido Reni, la vertu de Paulnbsp;Veronefe , amp; autres pieces rares.
Le Cardinal Rafponi, des peintures de Titiat^ de Teintoret amp; de Paul Veronefe. Une Bi*nbsp;I^liothequc fournie de livres de Droit 8c autres Sciences.
Felice Rondanmi a un beau recueil de pein-fes, de camayeux, medailles 8c gravures antiques.
Le Sieur Pietro Ro/ltni Antiquaire a Ia place dEfpagne vend des medailles 8c autres piecesnbsp;antiques.
Le Cardinal Jules Rofftglioji, a une fuite de la Vierge en Egypte du Pouffin , 8c autres pieces du même. SainteRofalve de Van-Dyk, S^nbsp;des payfages de Claude Lorrain,
Le Palais Sacket/i, ^ Saint Jean des Florcn-ti*s. Une Venus du Titian. Une Nótrc-Dam»
d(l
-ocr page 288-du mcme. Uu enlevement des Sahincs de PieUt» da Cortone.
Le Palais du Dnc Salviati, a la Lungara, aine Diane duCorrege. Un Ganymede du Titian.
Le Palais Sannefi des peintures .a frefque de Lanfranc, des ftatues de bronze , amp; catnayeuXnbsp;antiques.
Le Palais du Marquis Spad.i des ftatues ; des bas reliefs; des Infcriptions 5c des peintures.
La Reine de Suede uneBibliotheque oüil y a nombre de manuferits, d'agarhes, de bons tableaux, 8c une étude de medailles antiques, 5cnbsp;cntrautres plus de zoo. beaux medaillons Grecsnbsp;5c Latins.
Le Prince de Sicovaro des peintures excelléfi-tes 8c defleins rares.
Le Vatican a de tres-beaux jardins, oü Pon voit la grande pomme de pin de bronze, quinbsp;étoit autrefois fur la Aloles Hadriani, appelléenbsp;prefentement Chateau Saint Ange. Des ftatues adrnirables, 8c entrautres celles du Lao-coon , dAntinous, 6c ce tronc dun Hercule,nbsp;qui étoit tant eft'mé par Michel-Ange. Lesnbsp;galeries 8c les loges de Rafaël 8c Jules Romain.nbsp;Lécole d'Athenes. La Chapelle du Pape ounbsp;cft peint le dernier Jugement par Michel-Ange, des Infcriptions, des jets deau , 8c uncnbsp;Bibliotheque de manuferits celebre par tout ICnbsp;monde.
La villa TSorgheft cft remplie dune prodi-gieufe quantité de ftatues antiques, 8c du modernes du Chevalier Bemin , de buftes «nbsp;durnes, de bas reliefs, dont le Palais eft pref-que tout revêtu en'dehors; dInfcriptions, denbsp;ta,b!eaux, de belles allées 8c de jets deau, dont
09
-ocr page 289-Palais dj Rome.
*gt;i a la dcicription dans vin livre expres en 1-atin.
La ri/Ze Cefarini ncfl confiderable que pour grand noinbredInfcriptions antiques enchafsnbsp;fées dans une muraille.
_ La Vigne ^uftiniani, a !a Porte del Populo, fia gueres morns de 300. inferiptions 8c autantnbsp;de ttatuës 8c buftes antiques , 8c qiielques urncsnbsp;de marbre, gravées de bas reliëfs tres-cxcellens.
La Vigne Ludovi/ia a des marbres, des In-[criptions 8c des Aatuës antiques, entre lefquel-^cs OU compte Ie Gladiatetir pour une des mcil-letircs de Rome. II y a aufii un lit tout enrichi de lapis, dagates 8c autres pierres precieufesnbsp;cinquante mille ecus, maij il eft prefen-teitient alPe?. negligé 8c je ne penle pas quil eanbsp;Valüt la moitié.
La rilla Matthei efl riclie en tableaux, flay Lies, buftes , obelüques , 8c prés de zoo. Inscriptions antiques. II y a un tres-beau tom-teati, oil font gravées les Mufes avec un Her-cule, qui étoit furnoramé quelquefois Mufagg-Lr. Le Palais Matthei dans la Ville eft auïBnbsp;loiit orné de bas reliefs antiques.
La Vigne Pamfile batie par Innocent X eft ifne des plus belles, pour les allées, jetsdeaux,nbsp;tgt;eaux meubles, ftatuës 8c Inferiptions anti-«Hies.
La vigne Pemtti, OU Montalto , renfermc fiille belles chofes. Les ftatuës de Quintiusnbsp;Lincinnatus , de Gerraanicus , dun Gladia-leur de pierre de touche : Une Vierge denbsp;Uiiido Reni; Saint Jean de Pomeranci , unenbsp;l^ibliotheque , dont le plat-fonds eft pcint knbsp;ftefque par Baltbafar ^ Croce; Une aflbmtionnbsp;de la Magdelaine pat Lanfranc j Un Chriftnbsp;lUort de Raphael; Les buftes de Neron, de
Pyrrhus, de Pefcennius Niger; Saint FrangoiS dAnnibal Carrache; Un Chrift mort du Pafli-gnan: amp; dans Ie petit.Palais les buftes dAn-toninPie, de Caracalla 8c de Geta. Les fta-tuës de Scipion, de Marius 8c dAdonis. Bacchus S: Ariane de Guido Reni, 8c grand norurnbsp;brc dInfcriptions antiques dans les Jardins.
'E n'efl pas mon dejfein de donner ici toutes les Infcriptions antiquesnbsp;que j'ay trouvées dans mon voyage. Celles que j'ay copiées a Rome, fe-roient toutes feules un ajjez gros volume in folio, c? les Greques quenbsp;J aj recuetllies en Italië, en Gréce cr en Natolienbsp;* en compoferoientpas un moindre, putfquelles mots-*ent a plus de 500. amp; que linterpret at'ton quilynbsp;faudroit joindre en augmenteroit fenfiblement lanbsp;groffeur, Ainfi je me contente de donner a prefentnbsp;celles qui font cities dans la relation de ce voyage ^nbsp;eu qui peuvent fervir a la Geographic ancienne,
^ a une plus parfaite connoijfance des lieux que j'ay decrits dans foute cette route. Elles font lanbsp;plupart des preuves O* des a£ies publics de ce quenbsp;f ay avancé; comme lorfque j'ay dit quHeracleanbsp;étoit la Ville de Perinthus, qu'Hak-hiffar efl fiernbsp;ie plan de l'ancienne Thyaftre, que Palatsha eft lanbsp;l't llé de M'tlet, Melajfo cel Ie de Mylafa, Eski~nbsp;itijfar celle de Laodicée cr de mime des autres, jenbsp;*te faurois confirmer plus fortement mes ra'tfons^nbsp;^u'en produifant les Infcriptions de leurs marbresnbsp;dh leur ancien nom paroit. Il y a mime quelques-uns de Ries amis, qui me confeilloient de les tnfe-cer aux endroits de ma Relation, oufenfayquel-ï«e mention ; CP* cette maniere feroit peut-étre nbsp;fnieux du goüt de toutes les perfonnes de lettres :
relais -ayaut conjideré que la plus grande par tie is ceux qui Itront ce livre, ne ferent pasdesfpavans,nbsp;fvais des perfonnes qui ne fe piquent ni de Grec nsnbsp;de Latin , ou du moins qui nefe plaijent pas fort *nbsp;des Infcriptions antiques, dent eiles ne connoijjentnbsp;pas Iimportance, ne cherchant qua. fe divertir,nbsp;ferns vouloir s'appliquer d me leClure ferieufe: jaynbsp;CfA quit valoit mieux les renvoyer toutes d lafin^nbsp;ok aurois plus de liberté d'y ajouter une explication a chacune, avec quetques reflexions pour lesnbsp;rendre plus intelligibles. De la maniere tnémsnbsp;dont on les difpofe , nous avons fait [uivre Us Infcriptions aux Tomes d mefitre quils en font mention , en forte que la moite efl jointe au premier Vnbsp;Vautre au fecond Tome , en retranchant ie troi-féme Totne quavoient atiparavant fait les Infcriptions.
amp;ue Ji quelquun fouhaitt enfuite de favoir cs que fay dejfein de faire de toutes les autres Infcriptions que fay recueilUes, CX ji je prétsns en profi-ter tout feul fans' en faire part a laRepubliqtie des Spa-vans, fe lui répondrai ingenüment que je ne fitsnbsp;point un de ces curieux faloux qui gardent leursnbsp;raretez. ZT leurs th'cfors, de mime que le chien dnbsp;trois tetes faifo'tt des Pommes d'or du jardin desnbsp;Hefperides, qui rien laifjoit approther perfonne,nbsp;er qui d moi/ts d'itre trompez comme lui parquel-que addrejfe d'enchanteur , refufent de les profanernbsp;aux yeux des moftels. f}e declare au contraire tnbsp;queje feraypapt au public fans fctupule, de tout cenbsp;queje croiray qui merit era fon approbation, zx quenbsp;pourvA que je trouve des tibraires qui ne fe rehu-tent pas par les dipences ajjez confiderables quit ynbsp;faudra faire, je fuis prit d mettre au jour parti-(uUerement toutes les Infcriptions Greques , quinbsp;n ontpo'tnt itiimprimies par-cy-devant: refervantnbsp;les Latinespour les augmenter zs en faire un Supple-tftent d( Grutcrus. fe feux mime promettre pint
quoit
-ocr page 295-Avertiss. av Legteur?
^uon ne s'aviferoit de me demander , peur ne pas dtmentir Ie charaSlere dAiithear ¦. car jxuraiissisnbsp;«« net en plu de temps un autre Livré in folio ,nbsp;Intitule MifceUanea erudita Antiquitatis; oh tlnbsp;J aura une foule de belles choCes tirkes de marbret.nbsp;fiatu'és, gfavures de pierres precieufes, bas reliefs inbsp;eercueils , urnes, poids er mefures antiques, ex-pliquées CT deffeignées aprés les Originaux , quenbsp;] ay vus dans mes voyages, ou, peur ne pas d-éro-ber lhonneur a qui il eft dü , que fay tirés evnbsp;partie des manuferits de feu M. de Bagarris, per-fonne tres-éclairée dans l'Antiquité, er Bibliothe-fUire de Henry IV. er de l'incomparable Ai. danbsp;Peiresk, qui étoit de fan temps Ie Patron er Ienbsp;ppnie tutelaire des Sciences eT'de la Curiofité. Ennbsp;voila ajfez pour me tirer d'une petite raillerie ePurtnbsp;de mes bons amis, quine m'appelle que l'Autheurnbsp;des petits Livres. Mais pour en revenir d ces Ih-fcriptions , je les ay copiées Ie plus fidélement quitnbsp;m'a éié po0ble, les ayant toujours enfuite collation-nèesaux originaux'.ce nejlpas que dans quelques-unesnbsp;^ui étoient affex, mal tonfervées, il ne m'y puifjenbsp;it re échappé quelques lettres pour fautres : mptsnbsp;teft peu de chofe au fond \ er pour ce qui efi denbsp;I explication, je la fais d ordinaire af ez, fuccincle,nbsp;pour laiffer aux ffavans la liberté d'en juger ernbsp;de les expliquer Jelon leur fens, lorfquils rte trou-Veront pas leur compte au mien. Sjue fi j'en afnbsp;laiffé quelques-unes fans les traduire, c'efl lors quel-ies ne contiennent que des noms propres, qu'on peutnbsp;facilement entendre , ou que ce ne font que desnbsp;fragmens , dont Ie fens neji pas complet, er que je'nbsp;n'ay pas pu peneirer.
-ocr page 296-Z4^ nbsp;nbsp;nbsp;Jiifcripions^
Entre Charme ö* Soyons , dont il eji farlé è la pag. %.
ï. VBI;: ENS GENUS EGREGIVM ATQ. ORDINE PRINCEPS
LVG... SIOGERVM NOBILE CONSI-LIVM
EXACTO VITAE TRANSCENDIT Algt; AETHERA CVRSV.
TERRENVM TVMVLO DANS ANIMAM SVPERIS
......OVA CINER..
VSVRAM LVCIS NATVS ANNOS....,
.......NON BREVE
PLVS......
.... PRIMIS ORDINE PRO...'
II ne paroit non feulement aucunc marque du Chriftianifme dans cette Epitaphc, comracnbsp;j'ay dit au commencement de ma Relation;nbsp;mais il y en a deux aflez fortes du Paganifme.nbsp;La premiere eft Ie mot (^iMthera, au 3. Vers:nbsp;car ceft comme cela que les Payens appelloientnbsp;Ie fejour des Bienheureux. J'en lailte millenbsp;preuves quon pourroit tirer des Autbeurs anciens, amp; jen rapporteray feulement une, desnbsp;deux Vers fuivans de l'Epitaphe de Feftus A-vienus Poëtepayen , impriméeavecmesinfcrip'nbsp;tions, Ignotorum Dtorum Artt pag. 41.
Ihh
-ocr page 297-Ibis
in optatas fedes , nam jappiter thram
Pandit Pefte tibi tandidus ut venias
La fcconde marque du Paganifme eft le mot de Suptri; que les payens oppofoient aux DieuXnbsp;teanes ou Inferi-, amp; ce mot nauroit pas éténbsp;bien-feant dans la bouche dun Chrétien, quinbsp;he doit parler que dune divinité, amp; ceft k unnbsp;Ovide a dire, Sic vifumeft Superis. J'avoiiequenbsp;les Poetes Chrêtiens ont quelquefois pris cettcnbsp;licence de dire Les Bieuxi mais je ne Iay pasnbsp;ïemarqné dans les Infcriptions des tombeaux,nbsp;ou devoient paroltre la pieté 8c la fimplicité denbsp;IEglife primitive. On y lifoit: Depofitus mnbsp;pace, queifcit in pace, migravit ad Dominum snbsp;ou des expreflions femblables a celles dune Epi-*nbsp;taphe que jay lüë ï Rome, faite pour unenbsp;Chrêtienne du quatriéme llecle enterrée fous lenbsp;Confulat d'Antonius 8c Syagrius Ian 1 de N. S.nbsp;381. La voicitoute aulong, Gruterus Iayantnbsp;citécfort imparfaite, a la page MCLXXVII.
hors
Theodora qvae vixit annos xxr.
M. VII. D. XXIV. IN PACE EST BISOMV.
AMPLIFICAM SEQVITVR VITAM DVM CASTA AFRODITE
FECIT AD ASTRA VIAM CHRISTI MO-DO GAVDET IN AVLA,
L 4 nbsp;nbsp;nbsp;RES-
RESTITIT HAEC MVNDO SEMPER CAE-LESTIA QVAERENS OPTIMA SERVATRIX LEGIS FIDEIQVEnbsp;MAGISTRA
DEDIT EGREGIAM SANCTIS PER SAE-CVLA MENTEM
INTER EXIMIOS PARADISI REGNAT ODORES
TEMPORE CONTINVO VERNANT VBl GRAMINA qvaevisnbsp;EXPECTATQVE DEVM SVPERAS QVOnbsp;SVRGAT AD AVRASnbsp;HOC POSVIT CORPVS TVMVLO MOR-TALIA LINQVENS
FVNDAVITQVE LOCVM CONJVNX
EVA...............ANS
DEP. DIE
ANTONIO ET SYAGRIO CON.
On pourroit ajodter pour line troifiéme raifoii que cette premiere Epitaphe que nous avons ei-tée, nefl point d'un C-hrêtien , quil y eft fait
mention des cendres CINER.....dans Ie cinq-
quiéme vers; ce qui fc raporte apparemmenfi l'ufage Payen de brüler les corps des Defunts.nbsp;Ainfi je ne doute pas que Ie peuple ne sabufenbsp;de prendre ce cerceuil, pour celui dun Saint.
A C R E S T
Anno ab incarnatione Domini M. C. LXX^ * VUI t menfe Manio, indkiione feptima: Ego Ado'
fftOr
-ocr page 299-^gt;rus (Ie Ptil(tvts Comes Valentinenfis , dono', ^audo a'tque concedo plenam lil/ertatem CHnciis ho-*^inibus meis de Criftcc, e^ui rrnnc funt CT* fittuftnbsp;, Ht nullo deinceps tempore d me vel ab alianbsp;fttejjorum meorum violentas five injufias exablionetnbsp;f en fare cogantur, fidejujjoresfive obfides prater fuatnnbsp;quot;^oluntatem non. fiant, falvis legibus Cf jn/liciis meisnbsp;^anniscf expecricionibus Cf ofpicio centum milttum :nbsp;esf qttod omni tempore vite mee concejfam liber-^atem confervem jHrisjurandi religione confirmo. Itocnbsp;intern faiium eji in Ecclefia Sanéfe Marie de Crijia ,nbsp;prafcnte Domino Rotherto Dienfi Epifcopo, Dominonbsp;Ëuflachio Valentinenfi praprojito patruo meo , Petra'nbsp;Pineti, Elia Procuratore , Philêppo Canonicis Dienfis Ecclefia , Gulielmo Priore SanSli Medardi, Pon-eio de Sanêh Pnjebio, Gengione de Va/va , laren'nbsp;tone Monacho Cf mtdtis aliis,
LAn delIncarnation de N6tre-Seigneur ri8S.-au mois de Mars, indiöion feptiéme. Nous* Aymar de Poitiers, donnons , alJoüons amp; con-cedons une libcrté entiere a nos gens de Crelïnbsp;prcfens amp; a venir; de telle manierp quedenê-tre part ni de cclle de nos Succefleurs ^ on nenbsp;leur puiffe faire payer aucuns exceffifs 8f in--juftes impóts, amp; quils ne puiflent ctre obliges de fervir de pleigcs ni dótages; fauf nosnbsp;loix, juftices, bans, expeditions amp; logementnbsp;de cent foldats: amp; pour gage que je les veuxnbsp;inaintenir dans ces franchifes tout Ie temps de'nbsp;ma vie, je lai conflrmé par Ie ferment. Faitnbsp;dans TEglife Sainte Marie de Creft, prefensnbsp;Mr. Robert Evêque de Die, Mr. Euftache Prefer de Valence mon Oncle Paternel , Pieite'nbsp;du Pineï» Elie Procureur, Guillaume Pricarnbsp;L j,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dsF
-ocr page 300-de S. Medard , Ponce de S. Prieft , Gen-gion de Vaiva, Jarenton Moine amp; piufieurs-autres..
Celle qui fuit eft vis-a-vis la préce-dente, mais en lettres Romaincs.
Hoe efl Tejlamentum de banno 'vtn 't quad dederunt' fuis hominibus Petrus Vienjts Epifcopus er ejusne-fotes er Gulielmus Crefii mm fuis infmtibus iunbsp;êmni tempore nifi de vifiitti modiis vini puri inter omnes hoe barmttm tali palio fatient. Siuod'nbsp;Jimodius venditur duobusfolidis, ipji vendentfuurnnbsp;tribus er ita in omni pretio hoe bannum facientnbsp;quolibet tempor», nifi in quadragepma er temport mejjium : pro hoe dono dederunt eis homines'nbsp;Crefti LX. folidos Valentinenjes in Tefiimenium fent'-pternum..
Céci' eft Ie traité du ban ou impót du vin »-quont accordé a leurs gens de Creft, Pierre Évêque de Die 8e fes neveux, amp; Guiliauine'nbsp;de Creft avec fes enfans, pour tout ie temps a-venir: mats Us ne feront cet impót, ft ceneftnbsp;pour vingt muis de vin pur chacun. Que ft Icnbsp;vin fe vend deux- (écus) fols , ils vendront lequot;nbsp;leur trois, 8c ainfi si quel prix que le vin le'nbsp;donne ils continueront ce ban toute 1année,nbsp;excepté en Carêine 8c au temps des moiflbns:nbsp;amp; pour cette donation les gens de Creft Itunbsp;ont fait prefent de foixante (écus) fols de Valence en. téraoignage perpetuel de leur gratitude.
Ii,es Tdmbeaux des Cómtes de Diois 8c Va-
lentinoi*'
-ocr page 301-Anfiqttef. nbsp;nbsp;nbsp;23*1
feitinois étoient au Convent des Cordeliers de Creft, comme il fe void par un aéle amp; convention fort authentique receue amp; ftipuléeparnbsp;frois Notaires Ie 15. Avril 1374. par laquellenbsp;il appert quun de ces Comtes de Diois amp; Va»nbsp;lentinois, appellé de même que Ie precedentnbsp;Aymar de Poitiers, avoit fondé une grandenbsp;Alefle dans TEglife S. Sauveur, amp; Ie Liberalnbsp;me audit Convent, i chanter fur Ie tombeau-des Comtes de Diois, amp;c. Cette convention-fut paffee 1an iv. du Pontifical de Gregoire XI.nbsp;amp; receuë par Maitre Gnotic Notaire de Creftnbsp;Reniond Sylveftre de Chateau-double amp; Jean-Rabot d'Upie Notaires Imperiaux, amp; duditnbsp;Corate, avec Ie feau au pied en cire rouge ,¦nbsp;pendant en laqs de foye.
Jtnno ah incamatione Domini MCXCVIII. Geraldus Mmarius cf Égo Lambertus nos duonbsp;D~ii Monttlii per nos er per nos bona fide er fint'nbsp;dolo er mera liberalitate er fpomanea voluntatenbsp;donamus CV* titttlo perfeSla donachnis concedmusnbsp;ernnibus noftrts de Monülto pr/efentibus esf futurisnbsp;bbertatem Salem- ne de atero toltam vel quiftamnbsp;yel aliquam novatn exadionem vel prava ufatica-è» eisfaciamus vel aliquo modo fieri permittamus,nbsp;iseceis per vim vel per aliquam forciam gravamen'nbsp;aliquid vel jaüuram nifi juris vel jufiiciè debito-^enabimur inferre. Sfitod fi nos vel aliquis fuc-efforutry pred'iclam dbnacionem amp; libertatem quo-^unqui mode violare temptaverit jam diHos omnefnbsp;pmines nefifos er eorum in villa Momilii fale'nbsp;L 6
-ocr page 302-dominio nofiro in prefenti vel futur» exiflsntes cmni)ure e?' fidslitate es* ominio abfolvimus, C?*nbsp;ut omnia fuut fuperius fcripta funt fidsUter ohfer-vemus ztr niillo tempore comraveniamus taClisnbsp;faoro-fanÉlis Evangeliis JURAMUS,
Sigilltim
Geraldi
JEmari.
Ecrit fur un plomb.nbsp;Sdgillam
Gwllem. Ugonts.
Un Chevalier portant un guidonnbsp;' avec fes bandes amp;nbsp;ces lettres autour,nbsp;Mateus me fecit,nbsp;Une figurenbsp;a cheval.
LAn de Tlncarnation du Seigneur Nous Gerald iEmar amp; Lambert, Seigneurs denbsp;Montelimar, de nótre part amp; de la part desnbsp;nótres, donnons de bonne foi, fans fraude,nbsp;dunc pure liberalité Se franche volonté, 8cnbsp;eoncedons en titre de donation parfaite a nos^nbsp;jOrjets de Montelimar prefens amp; a venir, unenbsp;telle franchife, quau refle nous ne leur faf-lions ni permettions faire aucune exaöion ,nbsp;ïribut OU impöt nouveau , ni ne fouffrionsleurnbsp;ctre fait par aucune force ou violence, aiicu-ne charge ni doraraage, au deli de ce qui fe-ra conforme aux reigles du droit amp; de la Juf-tice. Que fi nous ou aucuns de nos Succef-feurs entreprenions de violer en quelque tagonnbsp;que ce fjoit cette donation amp; franchife, en cenbsp;cas nous declarons nos dits fujets de Mon-telimar prefents Sc a venir, avec toutes leurs-poffeffions difpenfés de tout droit, homraag?nbsp;amp; fidelité; Et afin que nous obfervions toutesnbsp;ces chofes,, comme dies font écrites ci-deflus,
-ocr page 303-Antiques,
qive Bous ny contrevcnions jamais, nous JUrons fur les Saints Evangiles.
Cette infeription avoir été tranfportée db 1Eglife Paroiffiale, a la tnaifon de Ville, 8cnbsp;étoit fur line table de marbre en cliaradercsnbsp;Un peu Gothiques dorés amp; peints de gueulfenbsp;amp; d'azur, fcellée en placard de qiiatre Bullesnbsp;de plomb enchaflees aux quatre coins, ou fenbsp;voyoient les lettres amp; les empreintes ci-delTus..nbsp;Jai copié tout ccci des manuferipts de Mr.nbsp;de Peirefc, dc ce quil dit en fuite: qtte lanbsp;tiionnoye defdits Seigneurs de Montelimar, a-Voit une Croix recroifetee, amp; que le feau dunnbsp;lamhertus de Montilio Dominus Montilii, avoitnbsp;trois Croix pommetées, dans une cliartc denbsp;Dourbons, comme celles de Thouloufe. La-Ville de Montelimar porte encore, de gueulesnbsp;a la Croix dor lichee fur un globe daiur a lanbsp;bordure dor. Le nom de Montelimar eft ve-nu de ces Seigneurs iïmars, comme ft Ton di-foit Montilium ^marji Montil-iEmar.
Infcriptton citée ^ Ici page 8. contenant des noms de chevaux, leurs paysnbsp;leurs viiloires.
|
2f4 |
Infcnptïoni | ||
|
DROMO HISP. |
I |
SICA AF. |
ï |
|
PASSER AF. |
I |
CIRPATO AF. |
f |
|
LVPO AF. |
I |
MELISS AF. |
I |
|
SILVANO AF'. |
I |
DELICAT. MAV. nbsp;nbsp;nbsp;* | |
|
LVCIN AF. |
I |
PARATÖ AF. |
I |
|
EVTÖNÖ af. |
IV |
BAL 1ST. af; |
VI If |
|
PYRAL. af; SE |
. IV |
ANDREM AF. |
VIII |
|
PARDO AF. |
IV |
SPICVLO GAL. VII rï | |
|
ROM7LO LAC; |
V |
ROMVLO AF. |
VIIII |
|
RAPACE AF. |
V |
LVPO AF. |
vini |
|
RAETIC. AF. |
VI |
PALVMB. AF. |
VIIII |
|
camm. af. |
VI |
ROMVLO AF. |
vnii |
|
DAEDAL, AF'. |
VI |
GLAPHYRO vrni |
S P H. |
|
GAETVL. af; |
vr |
balist; xiiR |
Ilf |
|
ALCIMO |
VI |
MEMNOLAC. |
xr |
|
BILARO Hls. |
r |
BARB. AF. |
i |
|
SMARAGD, af; |
I |
C.ALLID. CYR. |
I |
|
DRAVCO AF. |
I |
THELO AF. |
I |
|
ARANIO' AF. |
I |
ARIONE af; |
r |
|
EXACT. MAV, |
I |
helio af. |
1 |
|
PlSTO CIRi |
ï |
HIRPINO HEV |
iP |
|
PUGIO AF. |
1- |
palmat; af. |
II |
|
ANDRE, af; |
r |
PASSER. T». |
rr |
|
roman. gal. |
1 |
CATTA AF. |
iP |
|
CANDID; AP; |
I |
PVGIO AF. |
Hi |
|
ABASC. THE. |
XX |
EXCELL. | |
|
ARCAD. AET. |
XVI |
ARACIN. | |
|
LVPO HISP. |
XXI r |
CALLiD. | |
|
SAGIT. AF. XI. |
XIIX- |
AQVILAi | |
|
AIACE nbsp;nbsp;nbsp;AP. XXII |
XXX |
PECVL. | |
|
aether, af, |
. XXX | ||
1N G E Nquot;.
XXIIX
ARgo APH. XXX Victors af. xxxii
*NN0CE. af. XXVIII.
ufntiques.
ING. HILAK.
XL,
_PALMAS SIBI COMPLEVIT
c Callid. af. ballist. af. 5»
QVOS EQVOS C...
-f la page p. Epitaphe d'un Roffigmï gravée fier une urne de marbre ^ chsz-Ie Cardinal de Maximis,
Lufeinit Ph'ilumens. ex aviario Dornitiorum^ ftltlU verficolori pnlcerriKts. cantrici fuavijf. om-nib, grattis ad digitam pipillanti in poculo myr-'hino capHt abluenti infeliciter fummerfa, heumi-fella avicula , hinc inde volitabas tota garrula to-fafefliva, latitas modo inter pulla leptynis locu-iamenta implumis frigidula claujis ocelïts, Licinia-filitmena delicU fuét quam in ftnu paftillis alebatnbsp;in propria cubiculo alumna karijf. lacrumans pof.nbsp;Have avis iocundijjtma qua mihi volant obvitt'nbsp;hlando perfonans roftello Salve, toties cecinifii,nbsp;bave avis avia averna.. Vale cr vola per Elyfium.nbsp;in cavea piPia faltans qua dulce canebat, mutanbsp;ienebrofd nunc jacet in caved.
Je ne la traduis pas en Francois, pareequon He f^auroit Ie fairefans lui óter toute fa grace.
-ocr page 306-2,flt;5 nbsp;nbsp;nbsp;Infmptims
ce. Monfieur Bcllori dans un livrc intitule yragmenta Anth^mtatum veteris 'Rorrit, la citenbsp;comme antique; mais quand même elle nelenbsp;feroit pas, je ne Ien eftimerois pas moins,^ 8ïnbsp;de quel liecle queHc foit, elle' ne peut êtrenbsp;quune produftion dun cfprit poli, amp; tpuipof»-fcdoit bien la langue Latine.
Epitaphe d'un Chien de ehajfe ^ a Pergame.
ÏOÏNOMA «SlAOKTNHroS EMOJ Toios TAP rnAPxaNnbsp;©ElPSIH Eni 4gt;0BEP01E KFAIHN'Gïlnbsp;e©bka noAï
Ceji d dire.-
Mon nom étoit Phitocynegos, ou arnatetif de la chafle; paree que jai toüjours été tel ,¦nbsp;amp; que jai fouvent donné la fuite aux bêtes-les plus redoutables.
Epitaphe de S. Trophime premier Evêque de cette Ville-la, eitéenbsp;]a page 17. les lettres font Romai-nes, fi ce neft que les C. quar-rés amp; quil y a plufieurs abbrevia*nbsp;tions.
Ifoph'tmHs hk iclitur AnUtis pr^eftd avilHs .
-ocr page 307-Gallia quern primum fenftt jlpofiolkum.
hunc Ambrofium proceres fudere nttorem Claviger ipfe Petrus, Paulas amp; egregius,
Otnnis de cujus fufcepit Gallia fonte Clara falutifen dogmata tunc fidei.
^inc conjianter ovans cervicem Gallia fleSih,
Et matri dignum prahuit obfequittm.
Ipjignifque duet ingeni gloria femper Gaudet Apoftolicas fe meruijfe vices.
Sacro fanSti. legis Antiftes hie quiefeit.
Antijles Domini, qui paupertatis amorem ^raponens aure, rapuit cdejlia regna.
Klarius, cui palma obit us gy vivere Chrijlus, Contemnens /ragilem terreni corporis ufum,
Hie carnis fpoliam liquit ad aftra volans. Sprevit opes dam qaamp;rit opes tnorialia vitansnbsp;J^erpetuis caelum donis terreflrihus emitnbsp;Gemma facerdottim plebis unufque magijler,nbsp;^uflica quin etiam pro Chrifto munera fumeatnbsp;'Servile obfequium nec dedignatus adire,
Gfficio vixit minimus e? culmine fummus. i^ec mirum fi pofihamp;c meruit tua limina Chri'
r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Angelicafque domos intravtt amp; aurea regna. Igt;ivitias paradifo tiias, fragraatia fempernbsp;Gramina halantes divinis ftoribus hortos,nbsp;Subjedafque videt Nubes gT fidera coeli.
Ces deux Epitaphes^ paroiffent être da mc-me temps amp; dun raérae Amheur, alles loin du llecle de ces deux grands Saints: car cellesnbsp;le faifoient dans les premiers fiecles delE-S'ife dtoicut fort liinples, 8c fans remarquer
prefq,uc
-ocr page 308-«1
prefqiie aucane qualité, foit quon en ufaft ainfi par un efprit dhumilité, ou pour ne pasnbsp;expofer les corps des Chrêtiens 8c de leursPre-lats ^ linfolence des Payens , qui étoient encore les plus forts dans lEmpire Romain. Maisnbsp;depuis que Ie Chriftianjfme eut Ie delTus, patnbsp;la converfion de IEmpereur Conftamin, lesnbsp;Epitaphes furent proportionnées au merite desnbsp;perfonnes illuftres, amp; lon en ajoüta aux tom-beaux des premiers Chrêtiens, qui sétoientnbsp;rendus recomraandables par leurs charges 8cnbsp;par leur Sainteté; ainfi qu'apparemment on ficnbsp;ces deux a Saint Trophinae 8c a Sainte Hilaire. Le quatriéme 8c Ie cinquiéme fiecle pro-duifirent entrautres plufieurs beaux genies poufnbsp;Ia Poëfie, de laquelle on fe fervoit fóuventnbsp;pour les Epitaphes, comme étoient un Lac-tance, un Claudien, un Conftantius, un Au-fone 8c un Sidonius Apollinaris. Ceft fansnbsp;doute quelque plume femblable qui tra^a lesnbsp;éloges de ces deux Prelats; 8c nous avons uncnbsp;preuve du temps quils ont été gravez fur cesnbsp;tombeaux par la figure des lettres: car c'eft depuis le quatriéme fiecle jufquau huitréme quonnbsp;yoit dans les medailles 8c dans les marbres antiques, des C quarrez, comme il y en a dausnbsp;ceux-ci.
A 5- milles dAix,
ijTJ»
|
FIN. |
amp; de l'ait- |
FIN. |
|
AQ. |
tre cóté. |
arel. |
Ceft-a-dire, Jints A^uenjes amp; Fines Artllt;t~ 1n/es. Ainfi cétoit vers cette roche quétoientnbsp;bornes de ces deux Villes, dont Ie terroirnbsp;touchoit: car ccroit une coutume des anciens de mettre au limites des pays ou desnbsp;PofTelïions particulieres, des pierresquon nom-^oit des Termes, pour óter tous pretextes denbsp;different enrre les voifins. Ceft de cette fortenbsp;sue les Grecs avoient placé dans lIfthme denbsp;Gorinthe, une colonne fur laquelle étoit écritnbsp;^un cóté, Jufquici s'étend l'Jonie, amp; de Iau-*te gt; 'üufijti ici s'étend Ie Peloponefe.
Marbre troavé h Garguïez.^ Ö* porté h une moufquetade du village de Ge-menos.) dans une Chapelle de N. Da~nbsp;me du Plan^ ou il fert de table 4nbsp;l'AuleL
Pagani PAGI LVCRETI QVI ^ SVNT
f'lNIBVS ARELATENSIVM LOCO GAR-GARIO
Q. COR. MARCELLI LIB. ZOSIMO lïiïïl. VIR.
AVg. col. ivl. paterna arelate
gt; OB
«ONOREM EIVS QVI NOTÜM FECIT
ilt;50 nbsp;nbsp;nbsp;InCcriptions
INIVRIAM NOSTRAM OMNIVM SECV-LORVM
SACRATISSIMO PRINCIPI T. AELIO ANTONINO
R. ROMAE MISIT PER MVL-TOS ANNOS
AD PRAESIDES PROVINCIAE PERSE-CVTVS SST
INIVRIAM NOSTRAM SVIS IMP........
OB HOC
DONAVIT NOBIS IMPENDIA QVAE FECIT
,VT OMNIVM SECVLORVM SACRA' TISSIMI
PRINCIPIS IMP, CAES. ANTONiNi AVG.
PII BENEFICIA DVRARENT PERMA-NERENTQVE
QVIBVS FRVEREMVR.......
ET BALINEO GRATVITO QVOD AB-LATVM ERAT
PAGANIS....... QVOD VSI FVE-
RANT
AMPLIVS ANNIS XXXX,
C' ejt-h-dire :
Les habitans de Ia communauté Lucretieil' ne, qui lont aux limites de ceux dArles aJnbsp;lieu Gargarius, de Gargukz., ont fait gravernbsp;cc marbre a 1 honneur de Quintus Corneliusnbsp;Zofimus affranclii de Marcellus, amp; Sextunt'nbsp;vir de la Colonie dArles lequel a fait connoi-tre linjuftice quon nous faifoit, au tres-AU'nbsp;gufte Prince, tres-facré dans les Cedes a ven'.rnbsp;Titus ^lius Antoninus, amp; qui a mandé lotsnbsp;quil étoit a Rome pendant plufieurs années
-ocr page 311-Antiq^ues. nbsp;nbsp;nbsp;i6t
Gouverneurs des Provinces, ayant pour-^uivi a fes frais Ie tort qui nous étoit fait, 8c *^ous ayant même tenu quittes de tous les dé-Pcns , afin que les bien-faits 'du Tres-facrénbsp;fince lEmpereur Cefar Antoninus Pius du-f^lTent 8c demeuraffent éternellement dans nó-memoire 8c dans la même jouiflance dontnbsp;nous a mis en pofTeffion : nous ayant grati-fié par deffas du Bain, dont on nous avoit pri-, quoique nous reuffions polfedé pendantnbsp;plus de quarante années.
Pagus Lucretius étoit peut-être toute cettc Petite plaine depuis Ambagne, jufquau piednbsp;^le la montagne de la Sainte Baumc, oü eft Ienbsp;'lllage de Gemenos 8c ce lieu de Saint Jeannbsp;*12 Garguiez: car au refte pagus ne fignifie pasnbsp;^oüjours un bourg, raais aufli un pays 8c unnbsp;^erritoire; car cefl de ce mot pagus, quell:nbsp;^enu celui de pays 8c de Paganus celui denbsp;Payfan. La Ville dAubagne pouvoit être Icnbsp;lieu de ce bain qui leur avoit été.accordé; carnbsp;nom dAubagne fignifie en I?roven5al rtinbsp;balneum, OU ad Balnea, qui eft peut-être fonnbsp;jDcien nom, 8c qui fentiroit mieux fa bonnenbsp;l-ïtinité que Ie mot duiubanea quon lui don^nbsp;prefentement.
C.... TVSTACTVS SVNTONATOR.nbsp;REGIS THOLOMEInbsp;L. V. ANN. L.
Le.jour que je vis cette Inicription je nc pus Jamais deviner, ce que fignifioit ce motnbsp;extraordinaire Suntonator: mais la nuit en fon*nbsp;geant il me revint en 1efprit amp; je Texpliqua*nbsp;heiireufemenl Muficien, ou maitre des tons 8£nbsp;de la Mufique, felon létymologie du Grec»nbsp;qui étoit la langue dEgyptc du temps deSnbsp;Rois Ptolomées, a un defquels appartenoit cenbsp;Mulicien: car ce mot de THOLOMEI neftnbsp;guune méchante Ortographe de celui de
Antiques. ATTICAnbsp;FILIAEnbsp;PATRInbsp;B. M.
,, Jc nai pas deffein de rapporter beaucoup ^Infcriptions de Rome, paree quil y auroitnbsp;'16 quoi faire un aflez gros volume: je dis mê-JJie de celles qui nont jamais été iraprimées:
I Sn veux leulement donner quelque échantil-^n. Celle-ci me paroit aflez particuliere, puis Jnelle qualilie ce Titus Flavius Expedi-'Us Doöeur des tireurs dArc. Doitori fagit~nbsp;^^riorum-. amp; cétoit peut-être paree quil en-signoit cet exercice: car il nj a point de mê-'ler qui nait fes regies amp; fa feienee aulfi bientnbsp;ta pratique.
Q. ERENNIO ETRVSCO MESSIO DE-
CIO
f^OBILISSIMO 1 CES. PRINCIPI IVVEN- u iS TVTISnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ctfarL
Cos. FILIO IMP. CAES. C. MESSI Q.
TRAIANI DECI PlI FELICIS INVIC-* T1
AVG. ARGENTARII ET EXCEPTO-
Temq. NEGOTIANTES VINl SVPER-^NAT. ET ARIMIN.
ÜEVOTI NVMINI MAIESTATIQ. E-IVS.
Cette
-ocr page 314-Infcript ions
Cette belle Infcription neft point imprimée dans le corps des Infcriptions de Gruterus,nbsp;peut-etre paree quelle a été trouvéc depiiis»nbsp;comine plus de mille autres que jai copiées inbsp;Rome, bile eft a Ihonneur de Quintus He*nbsp;rennius Etrufeus Cefar, Conful amp; Prince denbsp;la jeuneffe, fils de Trajanus Decius, qui pet'nbsp;fecuta tant les Chretiens , faite par les OrfC'nbsp;vres amp; les Changeurs, amp; par ceux qui nego'nbsp;cioient du vin de Rimini amp; des cotes de 1®nbsp;mer Adriatique, quils appelloient Mare SU-ferum doü vient le furnom de Suftt'.nbsp;natis.
* *. e.
ad fof-
[am.
Celle-ci eft afles étrange pour le langage» qui apparemment devoir être dun fieclc biennbsp;dloigné de la bonne Latinité, qui fe corroiH'nbsp;pit par Iabord des Goths en Italic amp; des ati'nbsp;tres Nations étrangeres, qui ayant inondé ce jar»nbsp;din de rEurope,.de mêrae qu.un torrent de-bordé, en avoient emporté le bon terroir, ^nbsp;ny avoient. laifle que des pierres 6c de I*nbsp;boiie.
Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;i6f
A ROME,
An Palais du Prince de Palejline , ott cedes Barberinas.
Bafe de Jlatue.
CHEIONIOCONTVCIOV. C. OB E-GREGIA FACrA ET RARVM VETERIS SANCTITATIS EXEMPLAR IN-?. ^ il-LvSTRATVRI PROSAPIAE SVAE CV- lupa-IVS OPE AVCTAM INSTAVRA-^'^-TAMQ^ tot. a SE PICENI ET FLA-MINIAE PROVINCIA GRATVLATVR QVO IVDICANTE qvasi ovodamnbsp;Tarente primevo singvlaeci-*-« c?-VlTATIS IN PRISTINAM FACIEMnbsp;Revocatas esse LETANTVR FO-RONOVANI DESIDERIA TOTIVSnbsp;PROVINCIAE PRAECAEDENTESnbsp;STATVAM AD VIVACExM RECOR-ÖATIONEM ET SEMPITERNAM ME-Moriam POSVERVNT.
, Cette Infcription femble favorifer la pronon-^iation du C. a la mode Italienne com me cn Pfangois ch : car Cheionius iieft autre cliofcnbsp;Sae Ceionius, de la familie Ccionia, qui é-'oit une familie illuftre de Rome, de laquellcnbsp;^toit IEmpereur Commode. Pour ce qui eftnbsp;ce Cfionius Contucuis, il y a apparence quilnbsp;^ivoit dans le 4 fiecle, ce que 1on reconnoitnbsp;marbre par les lettres mal gravies, parcet-Tom, 1,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Mnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tc
-ocr page 316-te addition V. C. vir CUriJ/imus ou Confularis, litre ordinaire de ce fiede, amp; par les diph-thongues /E écrites en E fimples, aux mofsnbsp;de Primevo amp; Letantur. Lc commencement dcnbsp;ce fiecle-la ent quatre Confuls de cette faroil'nbsp;Ie, f^avoir Gajus Ceionius Rufius VolnfianuStnbsp;lan de N. S. 314. Flavius Rufius Ceionius Cse-cina Sabinus, lan 316. Publius Publilius Ceionius Julianus Camoenius lan 315. Cajus Ceionius Rufius Albinus Tan 345. amp; un cinquiémenbsp;qui étoit peut-être Ie même que Ie 4 Ceionius Rufius Albinus lan 335. Ainfi je ne dou-te pas que ce Ceionius neflt de 1emploi ennbsp;qualité de Prdteur ou deProconful dans les Provinces de Picene Bc dc Flaminie, fous un deSnbsp;Confulats fufnommez, puifquéiant de la même familie de ces Confuls, il lui étoit facilenbsp;dobtenir quelque charge. Picenum étoit Unbsp;Marche dAncone, amp; une partie de 1Abruzze»nbsp;amp; Flaminia la Romagne , fous laquelle étoitnbsp;cette Ville de Forum novum qui avoit dreflenbsp;nne ftatuë i' Ceionius Contucius.
En vöici une que M. Bellori Antiquaire dn Pape, perfonne tres-fqavante , me communi-qua, amp; je 1ai bien voulu rapporter; pareenbsp;quelle illuftre la Geographie de 1Umbrie, quinbsp;eH incorporée au patrimoine de S. Pierre.
TRO'
-ocr page 317-yfnti/jues. nbsp;nbsp;nbsp;z6y
merenti
Ceft a dire, a Ihonneur de Cajus Betuutfic^runt Cilo Minucianus de la tribu, Trotnentine, Patra»
^ Prot$6ieur municipal des XV. peuples de l'Om-brie, Amerini, cvc. qui lui ont dedii ce monument de leur gratitude.
I. Amerini font ceux de lancienne ville ^Ameria , appellee ptefentement Amelia, anbsp;fix mille de Narni: defquels Virgile fait mention au premier des Georgiques.
Atque Amerina parant lento, retinacula viti.
_ z. Afifmates font ceux d'Aiïife appellee an-ciennement AfEfiura, fameufc par la naiflance du grand Patron amp; fondateur des Cordeliersnbsp;Erangois dAiïife.
3. nbsp;nbsp;nbsp;Forofiaminienfes étoient ks hahitans dunenbsp;ville appellée Forum Flaminii, ddtruite parnbsp;ks Lombards, Ie lieu porte encore fe noin dcnbsp;forfiamma, a trois milles deFoligno.
4. nbsp;nbsp;nbsp;tulginates font ceux de Foligno, qui fcnbsp;bommoit autrefois Fulcinium , on plutot Ful-Zinia conformement a lInfcription amp; au versnbsp;de Silius Italicus.
^ patuloque jacens fint mxnihus arvo,
Tulginta,
M Z nbsp;nbsp;nbsp;4. Hif-
-ocr page 318-5. nbsp;nbsp;nbsp;Hifbtlknfes , done Ia ville fc nommoitnbsp;Hifpellura OU Hilpella amp; maintenantS/gt;e//5 amp; quinbsp;neft plus quun grand village a trois mslles dc
rFoIigno. LeFoëte Silius Iiaiicus au 1.8. cn feit mention.
Hifpetlum, e? duro monti per faxa recumlens
llt;[arnta.
6. nbsp;nbsp;nbsp;Iguvir.i font les citoyens de la ville dI'nbsp;guvium appelléc en fuiteEugubium , amp; mainte-nant Gubio dans Ie Duché dUrbin.
Interamnates font ceux d'Interamna appellee maintenant Terni, fur la rivier* de Nar oUnbsp;Nera qui fe mêle avec Ie Tibre. On y trou-vc quantité dInfcriptions amp; dantiquités, quinbsp;font autant de litres de noblede.
8. nbsp;nbsp;nbsp;'Mevenates font ceux du bourg de BevagnUnbsp;appeüé autrefois Mevania , oü étoit né Ienbsp;Poëte Properce: Elle eft a fix railles de Foli'nbsp;gno. Lucain en fait mention au premier livrenbsp;de la Pliarfalc.
iy? qui tauriferis ttbi fe Mevania campis,
9. nbsp;nbsp;nbsp;Narnienfes étoient les habitans de Narnia, nommée prefentement Narni; cétoit fenbsp;patrie de lEmpereur Nerva. Claudian cn feitnbsp;mention dans fes vers pour Ie fixiéme Confulatnbsp;dHnnorius.
Celfa de higt;ic patulumprafpeiiansNarnia camputff
Kigali calcatur equo.
IC. Nuierini étoient ceux de Nuceria, qui portc prefentertïent ie noin de Nocera.
rt. Ocriculani étoient ceux de Ocricoli ap-pcllé anciennement Ocriculum.
ia. SpoUtini que Tite Live appelle Spole-tani, font ceux de Spoleto, Spoletum. Martial liv. 13.
W'
SpeUtina hihis vel Marfts condiea cellis.
13-
-ocr page 319-13. nbsp;nbsp;nbsp;Trehiates^ neuf milks de Spoleto fontnbsp;Ceiix de Trevi, appellee autrefois Trebi*.
14. nbsp;nbsp;nbsp;Tadertini étoient ceux de cette ville qufnbsp;^appelloit Tuder ou Tuderium, amp; maintenantnbsp;quot;^odi patrie de faint Martin Pape. Siliusau qui-triéme livre:
Et Gradiv'tcolam ctlfo de colie Tudertem.
15. nbsp;nbsp;nbsp;Vettonienfes etoient enfin ceux de Vetto^nbsp;nium, qui a maintenant le nom de Bittona,nbsp;6c neft plus quune fortereflc.
Cette Infcription les range par ordre Al-Phabetique, de peur de faire naitre quelque Conreftation entreux pour la prélTeance. Cettenbsp;ïrovince avoit encore dautres villes afles re-»ommées, Camerinum, Forum Sempronii,nbsp;Panum Fortunae, Nurfia, Pifaurum, Reate,nbsp;*rifernum , Vrbinum amp; quelqnes autres quinbsp;^¦econnoiflbient quelque autre Proteéleur qucnbsp;les I j. précedentes. Peut-être auffi quelles é-toient comprifes fous ces 15. Gruterus rapporrnbsp;*e une autre Infcription ^ Peroufe , de cenbsp;Caius Betuus Minucianus, qui yeft auffi nom-tné Protedfeur des XV. Peuples dUmbiic,nbsp;6ns les nommer comme en cclk»ci.
Hercvli saxano sacrum ser: svlpicius trophimvs aedem
XOTHECAM CVLINAM PECVNIA SVA A SOLO RESTITVIT IDEMQVEnbsp;LEDICAVIT K. DECEMBR. L. TVR*nbsp;PiLIO DEXTRO M. MAECIO RVFOnbsp;Cos. EVTYCHICVS SER. PERAGEN-ÖVM CYRAVIT.
M 3 nbsp;nbsp;nbsp;Cette
-ocr page 320-Cette Infcription eft de Tannée de N. S-21J. fous IEmpire dAlexandre Severe , quc Lucius Turpilius Dexter 8c Marcus Maefiusnbsp;Rufus étoient Confuls; auquel temps Serviusnbsp;Sulpicius Trophimus, avoit rebati depuis lesnbsp;fondemens a Ihonneur dHercules furnomménbsp;Saxanus, un Temple, uh lieu ou Ton tenoitnbsp;des bêtes vives amp; unc cniffne, a fes propresnbsp;fraix 8c dépens, 8c avoit dedié tout cela lenbsp;premier jour de Decembre des Confulats fuf-nommes. Mais il faut remarquer que Culinanbsp;neft pas ici propreraent une cuifine, mais unnbsp;lieu proche des Temples ou Ton faifoit lesnbsp;repas des funerailles. Voyez ce quen ditnbsp;VolBus dans fon Et'^mologicum lingua La~
tin*.
qb POMPEIO Q. F. QVIR. sene-CIONI ROSCIO MVRENAE COELIO SEX. IVLIO FRONTING SILIO DE-CIANO C. IVLIO LVRYCI HERCV-LANEO VIBVLLIO PIO AVGVSTA-NO ALPINO BELLICIO SOLLERTinbsp;IVLIO APRO DVCENIO PROCVLOnbsp;RVTILIANO RVFINO SILIO VALENTI VALERIO NIGRO CLEVS-SA. .NTIANO SOSIO PRISCO PON-TIFICI SODALl ANTONINIANI VE-RIANI SALIO COLLINO QVAESTO-RI CANDIDATO AVGG. LEGATOnbsp;PR. PR. ASIAE PRAETORI CONSV-LI PROCONSVLI ASIAE SORTITOnbsp;PRAEFECTO ALIMENTOR. xx VIROnbsp;MONETALI SEVIRO PRAEF. FERIA'
RVxM
-ocr page 321-jlniiques. nbsp;nbsp;nbsp;2,71
RVM LATINARVM 0. PATRONO MVNiCIPII SALIO CVRATORI FANInbsp;H. V.
S. P. Q, T.
Ces qiwtre dernieres lettres fignifient Senatut populufqut Tiburtinus, Ie Senat amp; Ie peuple denbsp;Tivoli, lefquels avoient dedié ce monument anbsp;plufieurs perfonnesdequalité amp;dc merite , quinbsp;y font nominees.
A FRASCATI,
jar din de la Fille Bcrghefe, a Monte Dracone^ dont il eft parU a la pag.nbsp;33. (5? lt;* la pag. 177.
IMP. CAES. M. AVRELIO ANTONINO PIO FELICInbsp;AVG. PRINCIPI IVVENTV-TIS NVMINI PRAESEN-TI RESTITVTORIET CONSERVATOR! SEMPER VITAE ADQVE DIGNITATISnbsp;SVAE DEVOTISSIMVS NVMINI EIVS A. AEMILIVSnbsp;MACER FAVSTINIA.
V. C.
Et
-ocr page 322-DEDIC XVIII. KAL.
SEPTEM. .Pi
C. ATIO SABINO II. ET CORNELIO ANVLINO COS.
Celle-ci eft de lannée de N. S. 216. fous Ie CoBfulat de Sabinus amp; Aiiullinus: maisce pre-mier eft noramé dans les Falies §_.Aquitius Sa-binus, au lieu de Cajus Mius. Ce litre aunbsp;refte de divinité prefente qui eft ici donnéparnbsp;JEmilius Macer Fauftinianus k IEmpereurnbsp;Antonin Caracalle eft remarquable, amp; un desnbsp;plus forts que la fiaterie ait mventée a Ihon-.nbsp;Beur de ce Prince.
A FLORENCE,
Apportée dAfrique du territoirc dc ^I'unis, de même que les pré-cedentes.
.....PECVNIA PERFECIT ET DEDI-
CAVrr ET OB DEDICATIONEM PV-GILVM CERTAMINA EDIDIT ET DECVRIONIBVS SPORTVLAS ETnbsp;PüPVLO GYMNASIVM EPVLVMnbsp;DEDIT ET HOC AMPLIVS PROnbsp;.SVA LIBERALITATE CAMERAM SV-PERPOSVIT ET OPERE MVSEO E-
XOR-
-ocr page 323-XöRNAVIT.... CVM..:. AREIS -. FELICE ET RVFINO m.... IS DED, OB QVAM DEDICAT. EPVL. DEC,nbsp;ET PüP. FRVM, DED,
Cette Infcription me paroït être de IEmpf-fc dAntonin Pie, a caufe du Confulat de Ru» finus, qui fut Conful 1an de N. S. 153. avecnbsp;Bruttius Prsclens, qiiorque celui qui lui eft ietnbsp;joint, a fqavoir Felix, ne fe trouve pas dansnbsp;les Faftes, ce qui neft pas facile a dérnêler,nbsp;SportuU étoient des préfens que les grands fai-foient a leurs inferieurs, dans des jours denbsp;quelque foleranitéde remarque , amp; paree quottnbsp;les portoit dans de petites corbeilles, on leurnbsp;donna ce noni qui ne llgnifie autre chofe dansnbsp;fon origine quune petite corbeille. Ceux quinbsp;en veulem fqavoir davantage fur cette matie-re, nont qua cönfulter Budaeus, Turnebus,nbsp;Briflbnius amp; Fuivius Urfinus. Opus mufeutKnbsp;eft un ouvrage de Mofaïque, que dautres ap-pellent aufli mufiifum , qui eft fait de petitesnbsp;pierres blanches amp; noires rapportées. Voicinbsp;Comment il faut expliquer la derniere ligne,nbsp;»6 hanc de^iieationem epulujn Decumniiusnbsp;populo frumentHtn dedit.
Au mêrae lieti.
....STAF. SACRVM
AVG. ARMENIACr PARTH, ....PLVM CVM ARCV ET PORnbsp;TICIBVS ET OSTEISnbsp;ETOPERE ALB-ARI A. FVND,
M 5
-ocr page 324-Ceile-d eil du temps de 1Empereur Mare Aurele 8c Lucius Verus, fous lefquels fut e-rigé quelque Temple ( dont Ie mariquementnbsp;de Ia pierre ne nous permet pas de fgavoir Ienbsp;nom) avec une voute, les arcades, les por-tes amp; les murailles enduites de cltaux , cenbsp;quils appelloicnt O^us albarium, comme onnbsp;Ie lit dans Vitruve 8c dans Pline liv. 36. cIi.nbsp;33. de inême que dans cette infeription.
SAT. AVG, SACR.
LABIENVS PVDENS
CAECILIANVS C. V.
V. S. L. A.
Saturne utiigufio facrum Labienut Pudens Ce--ttiianus Clariffimus wr Votum folvit libeuii ani-i
IVLIAE DOMNAE AVG. MATRI CA-
STRORVM MATRI AVGVST.......
IMP. CAES. L. SEPTIMI SEVERI Pil PERTINACIS AVG. CONIVGI Q. SI-LICIVS VICTOR ET C. TADIVS FOR-TVNATVS OB HONOREM FLAMvnbsp;SVI PERPETVI STATVAM CVMnbsp;BA.SE EX HIS BINIS MILIB. N. LEGI-TI MIS ADIECTIS TERTIS EX DE-CRETO PAGANORVM PAGI MER'
'CV-
-ocr page 325-Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;irr^
Apparemment cette Infcription étoït la bafé oe la ftatue dont die parle, crigée a Ihonneurnbsp;^e Julia Augufta ou Domna mere des arméesnbsp;^ de deux Empereurs, Caracalla amp; Geta,nbsp;^ui eft iin litre que les medailles Ini donnentnbsp;*uffi, amp; femme de IEmpereur Severe, parnbsp;Quintus-Silicus Vidor amp; Cajus Traditius For-*unatus en memoire de ce quils avoient éténbsp;honorés de la prêtrife perpetuelle, ayans pournbsp;ret efifet deftiné la fomme de deux mille fef-lerces de leur jufte valcur , avec un tiersnbsp;*joüté par ordotinance des habitans d'un certainnbsp;lieu appelle fagu$ Mercurialis, peuplé des veterans ou Soldats licenties de Mtdilitani, quinbsp;*ft apparemment quelque Province de la cotcnbsp;dAfrique proche Thunis; doit cette pierre anbsp;dtc apportée; mais aucun Geograpbe que je;nbsp;lache ne fait mention de ce pays, non plusnbsp;que du pagus Mtrcurialis, qui etoit peiit-êtrenbsp;Proche du Cap de Eon qui eft cn ces quartiersnbsp;de Barbarie amp; que Pline appelle Mercur'ii pro-'nbsp;*nontorium, au y. livre de fon biftoire naturelle. II fait auffi mention dunc ville dEgyptenbsp;appellée Oppidum Mircurii, mais jc nc penfcnbsp;Pas que ce foit ce pagus Mercurialis, amp; jennbsp;demeure aux environs de ce Cap qui neft pasnbsp;êloigné de Thunis doh ce marbre a été ap-Porté: ceft le méme Cap qui eft appellé dansnbsp;Ptoloraée Hermtum promontorium, öc qui eftnbsp;le plus proche de la Sardaigne amp; de la Sici-k.
27lt;5
Infcriptïonï
Chez Ie Senateur Volta:
AM. PP. D.
JÏLIA LJELIA CRISPIS NEC VIR MV-LIER NEC ANDROGYNA NEC PVELLA NEC IVVENIS NEC ANVS NEC MERE-TRIX NEC PVDICA
SED OMNIA
SVBLATA NEQVE FAME NEC FERRO NEQVE VENENO
SED OMNIBVS
NEC COELO NEC AQViS NEC TERRIS
SED VBIQVE lACET LVCTVS AGATHO PRISCVS NEC MA-RITVS NEC AMATOR NEC NECES-SARIVS NEQVE MOERENS NEQVEnbsp;GAVDENS NEQVE FLENS HANC NECnbsp;MOLEM NEC PYRAMIDEM NEC SE-PVLCHRVM
SED OMNIA
SCIT ET NESCIT QVID POSVERIT-HOC EST SEPYLCHRVM INTVS CADAVER NON HABENS HOC EST CADAVER SEPVLCHRVM EXTRA NON HABENS SED CADAVER IDEM EST ETnbsp;SEPVLCHRVM SIBI.
Si qwelque efprit réveur amp; melancRonque' ¦vent samnrer a fon explication, il sy peutnbsp;¦divertij: pour moi iai deja proieilé que je nc
-ocr page 327-5'eftfmois pas antique, 8cque jenevoudroispas Prendre la peine den chercher Ie myftere,nbsp;comme plufieurs ont fait. Marius Michaelnbsp;Angelus Profefleur de Padnüe 1'a cxpliquée denbsp;jeau de pluye Joannes Turriiis Flamand denbsp;a matiere premiere. Ricardus Vitus Angloisnbsp;de Niobé, puis de 1ame, amp; enfin de 1ldée.nbsp;Nicolas Barnaud Frangois, du Mercure , amp;nbsp;Gafpart Guevart la appliquée fort fgavammentnbsp;a l'araour. LiE joint enfemble, ell: une ma-Oiere moderne, amp; fi ce marbre étoit lorigi»nbsp;rial, il nen faudroit pas davantage pour con-vaincre l'Infcriprion de faulTeté.
DIVVS AVG. PARENS DEDIT
......AVGVSTVS
GERMANICVS
REFECIT
iN HVIVS BALINEI LAVATIONE HS cccc NOMIN. C. AVIASI T. F. .SENECA Enbsp;P. SVI T. AVIASIVS SERVANDVS PATER TESTAMENT. LEGAVIT VT EXnbsp;Reditv eivs svmmae in PERPE-Tvvm viri et impvberes vtrivs-
QUE SEXSVS GRATVS LAVENTVR.
Je 1ai expliqude dans ma Relation, amp; jene Veux pas faire des repetitions inutiles. Voyeznbsp;'a la pag. 42. Monfieur Ie Comte Valerio Zaninbsp;JJiavoit indiqué une Infcciption fur une colo»-M 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n
-ocr page 328-Bè qui eft dans im autre Palais que je nc re-pete pas ici', paree quelie eft dans Gruter a Ia page ccLxxxi. to. Elle eft de 1Empereurnbsp;Magnentius. II faut feulement remarquer qu'ilnbsp;lly eft pas appellé Liberator vrhis c orbis RO'nbsp;tnani-, mais fimplement «fèt/ Romani, comracnbsp;M. Ie Comte m'avott averti dy prendre garden
ïinE KTON TIN02 ANAPOS SHMA 4)rAASSEIS
TOï KYNOX AAAA TIS HN OTTOS ANH? O KT£iN
AIOTENHS EtnE St NOUETS OS ni©ON QIKRS KAI MAAA NTN AE ©ANÜN ASTEPAS Oi*nbsp;KON EXEI
Dis-moi Chiert, de qui gardes-tu ici la fta-fnë avec tant de foin ? Ce Chien répond. DU Chien. Mais qui étoitcet horame-Ia , 6 chien.nbsp;ll répond. Cétoit Diogene. Apprens-rnoi denbsp;grace de quel pays il étoit.? Refp. 11 étoit denbsp;Sinope, amp; cëft Ie même qm habitoit autrefois dans un tonneau gt; amp; qui a raaintenant 1^nbsp;Aftres pour domicile.
On trouve cette Epigramme dans I'Antho-logic Greque, qui a etc en partie recueill'®|
-ocr page 329-tombeaus, amp; des bafes de ftatues» qui fe tjouvoient dans la Grece, dont celle-ci ennbsp;^toit une femblable: car ce neft pas feulementnbsp;'ians ces derniers iiécles, quil y a eu des cu-fieux d'Infcriptions. Jen copiai dans la Biblio-thcque de Medicis a Florence une quinzaine',nbsp;que quelque Grec avoir ramaflees dans la Gre-, i! y a quatre ou cinq cens ans. Elles fontnbsp;lt;Sans un manufcrit en vclin, oü ü y a quelquesnbsp;ritres traitez Grecs joints enfemblc. Maisnbsp;pour remonter plus hant, Suidas parle dunnbsp;Certain Philocorus Athenien , qui avoir écritnbsp;quantité de livres, amp; entrautres plnfieurs cho-qvu concernoient les Atheniens, amp; quinbsp;^voit auffi fait un recueil des Infcriptions quinbsp;*6 trouvoient de fon temps dans 1Attique,nbsp;Quelle perte pour les Antiquaires, que celivrcnbsp;été envelopé dans Ie malheur de plufieursnbsp;*Wres livres qui ne font point venus jufquinbsp;ous ? Athenée fait mention dun Polemonnbsp;qui vivoit du temps de Ptolomée Epiphanes,nbsp;qui fut furnommé sTiAoxls-as , paree quiïnbsp;J^oit pris beaucoup de peine a copier les Inscriptions des ftatuës amp; des colonnes fepulcra-fur lefquelles étoient gravées des Epita-Pbes, comme dans celles que nous donneronsnbsp;uans la lifte des peuplcs dAttique: amp; entrau-hes livres quil avoir compofés, i! y en avoitnbsp;lin qui étoit intitulé, des inferipmns qui fenbsp;^^ouvent dans chaque Ville. Un autre des chofesnbsp;Cqdiées aux Dieux dans 1Acropolis on Citadellenbsp;.qAthenes, quil avoit aulli décrite dans unnbsp;.'^re exprés. Le Commentateur dApolloniuïnbsp;Argonautas, 1. 2. cite les livres des Infcrip-*'ons de Thebes dün certain Ariftodemus. 11nbsp;y avoit auffi un illüftre Grec appellé Neopto-|*Uius Parianus, qui avoit autrefois compofénbsp;h recueil d'Iafcriptions , Sc particulierement
de celles qui fe trouvoient fur leSquot; tombeaox; amp; 1on peut aifement juger par la kdiire denbsp;plufieursanciens Autheurs, comme Sophocles rnbsp;Herodote , Denys dHalicarnaffe, iEfchines,nbsp;8c Deinofthene, quils ne negligeoient pas uncnbsp;occupation li utile a l'hiftoire.
©ASAI TON ANAPIANTA TOïrON iï 2E' NE
SnOTAAIE KAI AEF EHAN EIS OïKOI^ EA©HS
ANAKPEONTOS EIKON ElAON EN TEli TON npos0Em DEPissoN nAonoiiiNnbsp;nPOS0E[S AEXOTI TOIS NEOIS AAETOnbsp;EPEIS ATPEKEUS OAON TON ANAPA
Monfieur Ic Fevre de Saumur, qui a mis att jour Theocrite, oü cette Epigrainine fe trots'nbsp;Te, 1explique tres-bien de cette raaniere;
Hanc'ce Jiatuam intuere ó Uofpes Studiofe , er die ubi domum redieriy,nbsp;udrtacreontis 'tmaojnem apad Teit/s vidi,
Glui vir inter Poëtas primas lenuit.
Jis autem ft addideris hoe i^uoi^ue , ipp Scilicet fuerorum eonjttetudinem mirtfice pltf'nbsp;emfe,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Dans cette même Cour fe Toyent autres inferiptions Greques, que je rendra'
-ocr page 331-Jour publiques, avec bon nombre dautres, sil plait a cdui qui eft Ie maitre de nótre fanté,nbsp;^ de nótre vie.
M. VECILIO MARCELLO VIRO
M. F. ceft-a-dire Marei Filio ou Filise: 8e T. F. I. teftamento fieri juffir, Le refteneiontnbsp;des noms particulieis.
L. CVRTIVS L. L. PRIseVSnbsp;CVRTIA L. L.
JSEVMA CVRTiA D. L.
L. L. Cgnifie Lmïi Lilnnus ou Liberta, 8i
'Sic.
'RefpH-
hlica
Polenjis
devoia
numint
majef-
iatiijut
ejus.
z8z nbsp;nbsp;nbsp;Infcriptions
D. L. Caih Liberta, car les lettres rcnverrés*
Hiarquoient ks noms de femmes.
A P O L A,
Pag. 48.
SEPTIMIO SEVE
Cell: une bafe quarrée diine ftatuë qui avoit été dreflee a lhonneur de lEmpereur LuciuSnbsp;Septimius Severus, pieux, heureux 8c invin_'nbsp;cible, par la Republique de Pola devoüée *nbsp;fa Divinité 8c a la Majefté.
Gruterus a cité cette Infcription, auffi-biett que la fuivantc, mals a toutes deux il y man'nbsp;que Ie commencement, qui fe trouve dans knbsp;manufcrit de M. Valerio Ponte de Zara, ^nbsp;qui eft etFeftivement eflacé fur la premiersnbsp;iMfe.
A PO'
-ocr page 333-zSj
Antiq^uts.
^ar um autre bafe de marhre qui fe voyoit autrefois prés de lapréce-dente.
Max. trib. pot. v[. imp. xi. cos.
Blico sacerdos tvscvlanvs
C'ejl-h-dire.
A lhonneur de Lucius Septiniius Severus Bertinax, pieux, Augufte, Souverain Pontife,nbsp;jouïffant de la puiflance de Tribun pour la fi-Siémefois, declare General darmée onzefois,nbsp;Conful pour la feconde amp; Pere de la patrie»nbsp;Mare Aurele Menophilus honoré par fentencenbsp;de lEmpereur, dune ftatuë a cheval élevéenbsp;public, Prêtre deTufculum, Edile de Po-*a avec fon Pere Menophilus affranchi de nosnbsp;Etnpereurs, amp; ci-devant Procurateur de lanbsp;Province tres-bon 8c tres-indulgent: Ie lieu denbsp;ftatuë ayant été accordé par un decret desnbsp;I^ecuiions.
Procha
i84
M. BA RBIVS SOTER BARBIJ ASCLEnbsp;PIODORiEnbsp;FILI^ PIENTISSI.
Marcus Barbius Soter avoit renfermé dan* ce cercueil Ie corps de fa diere fiile Afclepio'nbsp;dora; amp; cell la tout ce que lInfcription nou*nbsp;en apprend.
Ea principale qui efl fur la bafe du milieti gt; qui portoit apparemment la ftatuë de edu'nbsp;pour qui eet Are avoit été drefiTé, elt de cetrenbsp;Hianiere.
z2f
L. SliRGlVS L. F. LEPIDVS AED.nbsp;TR. MIL. LEG. XXIX.
Lucius Sergius Lcpidus fils de Lucius, Edik amp; Colonel de la Legion vingt-neuviê-ii)e.
^ cote fur une bafe femblable de llatuc eft ecrit.
L. SERGIVS C. F.
AED. II VIR.
Ce Lucius Sergius fils de Caius Edilc amp; Luumvir étoit, fi je ne me trompe, le Perenbsp;^u précédent, qui étoit fils dun Lucius Ser-Êius, amp; frere de celui dont le nom paroit i
gauche.
CN. SERGIVS C. F.
AED. II. VIR QVINQ.
Ce Cneus Sergius fils de Caius Edile 5s Luumvir pour cinq ans, étoit Ioncle de L.nbsp;^ergius a qui cet efpece d'Arc de triomfe ounbsp;^e monument dhonneur étoit dreffé, par lesnbsp;Eiins amp; aux frais de fa Icmme nommée Salvianbsp;^ojluma.
SALVIA POSTVMA PECVNIA.
SERGI DE SVA
Jc
-ocr page 336-Je lappelle efpece d'arc de triomfe, parcc' que fi cen étoit un veritable , qui eüt étenbsp;dreffe par ordre du Senat, pour un triomf^nbsp;quauroit obtenu Ludus Sergius, il n'eflnbsp;croyable que fa femme qui Ie voulut honorctnbsp;aprés fa mort de cette marque de fon fouvC'nbsp;iiir, eüt oublié de marquer une particularité finbsp;.avantageufe a la memoire de fon mary. Le*nbsp;Ediles au refte étoient ceux qui avoient Iin'nbsp;tendance fur les Temples amp; edifices publics, ^nbsp;ks Duumvirs étoient dansles Colonies Romai'nbsp;nes, deux perfonncs qui avoientfoin de rendr®nbsp;la juftice, corame on peut voir plus au longnbsp;dans les Autheurs qui ont expliqué les Magfi'nbsp;traturcs Romaines.
Q. ASISIENO Q. F. TRO. AGRIPPaEnbsp;AED. II. VIROnbsp;PONTIFICInbsp;EX AERE CONLATOnbsp;DECVRIONES ET PLEPS
Cétoit rinfcription de quelques monunie'' dedié, i la memoire de Quintus Afifienus A'nbsp;grippa fils de Quintus, de la tribu Tromen**'nbsp;ne, Edile, Duumvir amp; Pontife, de Pargef^^
-ocr page 337-j4ntilt;iues'. 2,87 Wavoient contribué a eet effet les Decurionsnbsp;^ Ie peuple.
Grutcr qui Ia citée, y a fait unc erreur a la ^Etniere ligne , ayant écrit DECVRIONISnbsp;J:'EPIEFS qui ne fignific rien. II y a mani-V^llement PLEPS, ce mot fe trouve auflinbsp;'9'^it dans des autres inferiptions de cette ma-'iere, au lieu de PLEBS.
IMP. CAESAR. DlVI F. AVG.
PARENS COLONIAE MVRVM ET TVRRIS DEDITnbsp;Tl. IVLIVS OPTATVS TVRRESnbsp;VETVSTATE CONSVMPTASnbsp;IMPENSA SVA RESTITVIT
Ce neft pas une même piert# que la préce-quot;ente, comme Gruter TalTure; mais ce font pierres bien diftindles quoiquelles ayentnbsp;placées, peut-être par hazard, Tune auprésnbsp;''P 1autre. Elle ne fignifié autre chofe fi cenbsp;eft que lEmpereur Cefar Augufte Pcre denbsp;Colonie (de ladera) avoit fait faire les mu-^ailles amp; les Tours de la Villc, 8c quun certain Tiberius Julius Optatus, en avoit auflire-'6vé quelques Tours ruïnées par leur proprenbsp;''ieillefTc.
Ceux qui étoient de Jadera font nommez °ans plufieurs Infcriptiöhs ladeftini, 8c non pasnbsp;^dertini comme Pline les appelle.
288
Vrbe hac prifedus Sanuta ex prole MartnUS
Me ftruxk tandem Veneto dominante Senattt-
Cétoit iin Marin Sanuti qui avoit rebati Ville du temps quelle appavtenoit déjanbsp;Senat de Venife: Le Sopracomite de nótr^nbsp;Galere étoit de cette familie, amp; sappelloit Be'nbsp;nedetto Sanuti; je croi quil ne fut pas facb^nbsp;que nous lui indicaffions des titres denbsp;Noblefle de fa maifon, gravez fur cette pie*''nbsp;re.
ISTDI SERAPI LIBER.
i. e. Solvit li-hcns
LIBERAE VOTO SVSCEPTO PRO SALVTEnbsp;SCAPVLAE FILI SVInbsp;P. QVINCTIVS PARISnbsp;S. L. M.
A cóté de cette bafe font gravez ifis cr mnt 'o. rapis, amp; lautre cóté qui eft engage dans
iTiuraille a peut-être la reprefentation de übe'' amp; de Likra, quifque Ia pierre cft dediée a c'CSnbsp;quatre Divinitez , pour la [anti de Scapula filt^^nbsp;Publius ^inHius Paris,
Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;zSp
A la maifon da Siear Tomafoni.
TI. CAESAR DIVI AVG. F. AVGVSTVS IMP. PONTIF. MAX.nbsp;trie, potest. XX COS. III.
DESIG. nil LEG. XI P. CORNEL. DOLABELLAnbsp;LEG. PR. PR;
Celle-ci eft a Ihonneur de Tibere, amp; mile Par la Legion XI. 8c par les foins de Publiusnbsp;Cornelius Dolabella, Lieutenant dti Preteurnbsp;ou Gouverneur de la Province.
IVNONI AVGVSTAE APPVLEIA M. F. QVINTAnbsp;SVO ET L. TVRPILII BROCCHInbsp;LICINTANT FILII NOMINE
Cette pierre étoit écrite des deurr cótes, car lit en un endroit les trois premieres lignes ,nbsp;en un autre laj. 8c la 4. ligne, ce qui faitnbsp;'e fens complet. Elle étoit dediée a ^junon,nbsp;'irnommée Augufle, par AppuUia ffjuinta, fil~nbsp;de Marcus, en fin nom amp; en celui dc Luciusnbsp;^'srpilius Brecehus Licinianus fin fils.
ANN. XXX ANTONIA VALERIA SORORnbsp;PIENTiSSIMO POSVIT
Valeria foeur d'Antonius Vihianus avoit drefi U monument de ce cher frere, mort a I'dgenbsp;30. ans.
Chez le Doéteur Dragatzo.
D. M.
POMPEIAE
PHYFBAE
LEPIDIVS
VALES POSVIT SIBI ET VXORI BENEnbsp;merenti liber.
LIBERTABVSQ^ SVIS
IN F. P. VIII IN AG. P. VIII.
Cell un monument quun mari avoit fti* pour fa femme, amp; pour fes affranchis amp; af'nbsp;franchies. La derniere ligne fignifie que. cCnbsp;monument avoit in frontt pedes viij in agro P'nbsp;des viij, ceft-a-dire huit pieds lt;k large, ^nbsp;buit pieds de long.
TI. CAESAR DIVI AVGVSTI F. AV-
. gVS'
-ocr page 341-Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;apt
GVSTVS IMP. PONTIF. MAX. TriB. tOTEST. XXI. COS. II. VIAM A SA-
lonis ad gastel, daesitiativm
ÏER MILLIA PASSVVM CLVI. MunIt
¦et idem viam ad IA.... QVOD
DIVI......VS A SALONIS munIt PER
MILLIA PASSVVM CLVIII.
* CVIVS VIAE MILLIA PASSVVM SVNT CLXVII mvnIt PER VEXIL-Mnbsp;LARIOS LEG. VII. ET XL ITEM?/'quot;*
Viam gabinianam ab salonis-^^J,
ANDETRIVM APERVIT et viwnlTfeparé-
Eer lég. vil nbsp;nbsp;nbsp;mais on
voitbhn
La-même. nbsp;nbsp;nbsp;l'*
unefuite
EOTEST. XiïX COS. II. A COLONIA^r/j;; SALONEN. PER MILLIA PASSVVMnbsp;CLXXVII A LEG. RRO.......
TL CAESAR DIVI AVGVSTI F. AV-* GVSTVS IMP. PONT. MAX. TRIB.I/''f
Ces deux Infcriptions font de 1'Empereur Tibere, qui avoit eu Ie foin de faire mettrenbsp;état les grands chemins autour de Salone,nbsp;Sui alloient en diffèrens endroits. Strabon, aunbsp;^u. livre de fa Geographic, met les D^fitiatesnbsp;lt;^3115 Ia Pannonie, qui comprenoit Ia Hongrienbsp;'Iaprefent amp; quelques pays voilins. La pre-JUiere Infcription en marqué la diftance de Sa-Qna, quiétoit de 156. milles. Ponv Andetrium,nbsp;lous avons déja remarqué, que cétoit la For-'erefle de Cliffa: a la pag. 64.
A SPA.
-ocr page 342-api nbsp;nbsp;nbsp;Infcripions
AVR. GLYCON ET VALENTIA VIR: GINI VIVI SIBI POSVERVNT
AVR. QVINTIANVS DEC. COLL. FAB. ET CENT. QVI VIXIT ANN-P. M. LI. MENS. V. D... VIVVS SIBInbsp;POSVIT. ET AVR. lAENVARIAÉnbsp;CONIVGI SVAE COT. SI QVIS AEAMnbsp;ARCAM POST MORTEM EORVMnbsp;APERIRE VOLVERIT INFER. DECVnbsp;RIAE MEAE .X. XXV.
Les deux ou trois premieres lettres de cha' que ligne manquent a la pierre ; mais ilnbsp;ma pas été diflScile de les reraplir. VoicicoiO'nbsp;ment il la faut lire fans abbreviation.
Aurelius ^intimus Decurio Collegii 'Fahruf* {ou Fahrorum) ey CentenarhrW'n qui -vixitnbsp;nis plus minhs ^i.nenjes 5. dies.,., vivus jlHnbsp;pofuit er Aurelia lattuarie, conjugi fsu. ^odj*nbsp;quis earn arcam pofi mortem aperire nolueritnbsp;feret Deouria tnea Sejlertia viginti quinque.
A COVE'
-ocr page 343-jlntiques\ nbsp;nbsp;nbsp;ipj
^1(1 Madonna del Scoglietla.
D. M. S.
D. M. S. lignifie piis Maaibus Sacrum,
ftfte eft aifé.
Sar Ie fortail de TEgUfe de Palao^ pli. Pag. 77.
llISTIN EXÜN BASIAIAN EMSN MENEflH STNEPieoN
20I MAKAP r4gt;lMEAON TON A lEPON EE^ TISA NHON
^AAHNÏiN TEMENH KAI BSMOtS ESAAA-
hasas
^IPOE AnOTTlAANHS lOBIAKOS EANON ANAKTI
.11 eft évident par cette Infcription que ceft ' Empereur Jovianiis qui a fait batir cette E-8'ife ^ 1honneur du Dieu Tout-puiffant , a-ffés avoir détruit les Temples amp; les autelsdesnbsp;^!'yens de la Gréce. Son nom écrit de cettenbsp;y'aniere lohianos, montre que la prononcia-'on du b Grec étoit dés lors femblable a cellenbsp;j^l'v confonante des Latins, puifque ceux-cinbsp;^oient levianoi,
N ï nbsp;nbsp;nbsp;A
-ocr page 344-A C O R F O V,
IJOAIS TEPMANIKON KAI2APA TIBEPlOt KAISAPOS riON SEBASTOr KAISAPOS ïWnbsp;NON inATEïONTA 0EOIS
La villt de Couifoii recommande aast Dieax, Gertnanicus Ce/ar, fits de Tiéere Ce far tnbsp;Augufte, exerfant la charge de Conful.
Germanicus fils adoptif de Tibere fut Conful lan 11. de N. S. ou 765. de la fondation denbsp;Rome, enfuite de quoi, il fit un voyage dansnbsp;Ie Levant, amp; ceft fans doute dans ce temps-li que ceux de Corfou lui dreflerent cette fta-tiië: car il nen revint pas; étant mort a An-tioche, OU il fut empoifonné par les cnvieuXnbsp;de fa fortune.
A nOAlS MAFKON KAAH...
TAIOr riON BTBAON TON
HATPONA KAI ETEPrETA
EPMAI HPAKAHI
La Ville de Corfou confacre a Mercure ^
a
-ocr page 345-^ Hercule , Marcus Cali..... Eyblus fils dc
Caius, fon patron amp; fon bienfaiteur.
Ce quil y a de confiderable dans cette In-'cription, ceft Iexpreffion du dialefte Dori-Sue, que la Ville de Corfou tenoit, puis quil y a en trois endroits IA pour 1H A noAli:,nbsp;pour H noAis. eyepfeta pour eyepfethn ,nbsp;8c EPMAI pour EPMHI,
ioyaian ©eo
ASiPAN APETHS ENEKEN ©EOIS.
Ceft une Infcription qui recommande aux Dieux lulia Theodora, en confideration dcnbsp;fa vertu.
d la page loo. ijc.
M N H M H
TITfi lt;Igt;AAYm EYEAniSXn KATEEKETASEN H TYNH AYTOY
Ceft un monument fait a k memoire dun Certain Titus Flavius Evelpiftus, par Ics foinsnbsp;de fa femme.
A DELOS. d la pag. 100.
MSIAEOS MiePAAATOY
EYEP.2
N 4
ÏTEPrETOr SEAEïKOS MAPA0QNIOS rïMNASIAPXflN
Cétoit la bafe dune ftatuë erigée au Mi-ihridate Evergetes, par Seleucus de Marathon gt; Refleur des Ecoles:
BASE RONDE,
BAEIAEÏIS MiePAAATOr EïnATOPOS EY'
Trx....... TOT MiePAAATOr EYEPrETOÏ
AIONTSIOS nes... NOS AeHNAIOS rYWt-NASIAPXH SAS ANE0HXEN
Le Roi Mithridate , ou Mithridate dont H efl ici parlé, cft ce celebre Roi de Pont qui ü?nbsp;fi long-temps la guene aux Roniains , amp; quinbsp;fut enfin défait par Pompée. -il étoit fils denbsp;Mithridate Evergetes, qui avoit été ami amp; al'nbsp;lié des Remains, amp; cette ftatuë lui avoit éténbsp;dedice par un certain Dionyfius Athenien GyiU'nbsp;nafiarque de Delos.
EASiAEüS 4gt;iAinnor marea.
avoir apparemmentcontribué aux frais dequel' que édifice de Delos.
Elle eft du Roi Philippe de Macedoine, qui
Ld-mcme.
Cclle-
AioNYsior Errrxor.
Celle-ci efl: peut-étre du Roi de Sicile Dio-f yilus, qui fut dépoffedé de fa Couronne, 8c «jUi fut enl'uite obligé de gagner fa vie a fairenbsp;1oiEce de Maitre déeoie a Corinthe.
nonAios....r
Torra i........
TOEP EAYXaN......
TON lAiaN SAPAHIAr ISIAI ANOTBIAI APnOnbsp;XPATEI AIOSKOTPOISnbsp;Enr lEPEasnbsp;2TASEOÏ TOY «tlAÖnbsp;KAEOYZ- KOAQNH0EN
¦djfés prei de la, far un marhre qmrréy en petit es lettres^
Ceft Texecution dun vosu qui avoit éte fair i Serapis, Ifis, Anubis, Harpocrates, Caftornbsp;8c Pollux, fous la Piêtrife de Stafeus fils denbsp;Philocles, qui étoit natif du peuple dAttiquenbsp;appellé Colonosr car la plupart des charges denbsp;Delos étoient tenues par des Atheniens,
HPAISTION MITONOS A0HNAIOS E-HOIEI
C^eft-a-dire.
Hepheflion fils de Myron a fait cecy:
, 3joo. ans aprés Ia fbndarion de Rome;- «¦ N 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;menit
Myron étoit un celèbre ftatuaire dont Pline fait mention, qui vivoit dans Ie raême tempsnbsp;^ue Phidias r en'viron la 83. 5c 84, orympia-
-ocr page 348-avoit fait quantité de beaux ouvrages que Pao' fanias nous rapporte. Ainli il y a apparencenbsp;que fon fils Hephasftion étant heritier de fanbsp;Science, avoit fait quelqne belle flatuë a Delos dont ce marbre étoit Ie pied-deftail.
DlVI IV LI FLAMINI C. ANTONIO M. F. VOLT. RVFO FLAMIN. DIVlnbsp;AVG. COL. CL. APRENS. ET COL-IVL. PHILIPFENSIS EORVNDEM ETnbsp;PRINCIPI ITEM COL. IVL. PARIA-NAE. TRIB. MILIT. COH. XXXU-VOLVNTARIOR. TRIB. MIL. LEG-XIII. GEM. PRAEF. EQVIT. ALAE Inbsp;SCVBVLORVM VIC. VII.
La derniere ligne neft pas moins mal-aiféc
Ceft une baf« de ftatuë erigée a lhonnetir de Gajus Antonius Rufus fils de Marcus de lanbsp;Tribu Voltinie, Prêtre de Jule amp; dAuguftenbsp;Cacfar, dans la Colonie Claudienne dApri 8enbsp;de Philippi Villes de Thrace amp; Prince de cesnbsp;deux Villes. Item dans la Colonie Juliennenbsp;de Parium fur la Propontide, Meflre de campnbsp;de la Cohorte XXXII des Volontaires amp; de lanbsp;Legion XIII furnommée Gemina, Sc Commandant de la premiere aile de Cavalerie desnbsp;Scubuli, qui font des peuples ott des fortes de mi'nbsp;lice cjue je ne connois point.
a expliquer, 8c il y avoit la trois autres In-fcriptions qui ne differoient que par ces cha-rafteres VIC. VII. ou VIC. VIII. ou ViC. IX. qui pourroient fignifier Vicus Septimus*nbsp;Oi'favus, Sec. qui étoient des ruës amp; q.uartiersnbsp;dc Rome ou de Troyc, qui en qualité de
Co-
-ocr page 349-Co'onie des Romains avoir fes divifions dc Suavtiers amp; dc nibus comme Rome même.
nANTA eEOAnror THN ©rrATEPAnbsp;BITAN ANTIKAEOrS
Pag. 125.
H TEPOrSlA
KrroN. AnoAAnNioï. apxiatpon. apis-tON. nOAEI THN. EHISHMON. HPOS. HOA AOIS ETEPrETHMASIN. EIS. ATTHN. AAEI-PANTA. AAM. npns. KAI. nOATAAnANDE.nbsp;KAI. ASYNKPITQS. KAI. AHO XAPIEAME-NON. XEIAIA2. ATTIKH2. TH. TEPOrSIA
Le Senat a honoré Cyrus fils dApollonius Medecin tres-babile , amp; Bourgeois tres-illuftre,nbsp;a caufe de plufieurs bienfaits quil en a receus,nbsp;sen étant acquitté avec édat amp; beaucoup dcnbsp;dépenfes, amp; fans aucun reproche, amp;c. Jaynbsp;trouvé a Florence dans la Villa Stroizi uncnbsp;petire infeription dun Cyrus Medecin dc Li-via femme dc Drufus.
CY-
-ocr page 350-CYRVS
LIVIAE DRVSr CAES MEDIC.
II peut-être que ce foit ce niemeCyrus Mc' deciii de Lampfaque; car les Grecs étoient !£*¦nbsp;plus eftimez dans Rome , amp; dordinaire le*nbsp;Empereurs amp; les plus grands Seigneurs de Rome ne sen lervoient point dautres.
IOÏAIAN SEBASTHN ESTI AN NEAN AHMH-TPA H rEPOïSIA TO AE EI2 TO ATAAMA KAI THN BASIN KAI THN ANASTASIMnbsp;ATTOI AAnANHMA nOIHS AMENOÏ EKnbsp;TiiK lAIiiN ÏDEP' THS EIS TOTS STEOA-NOTS EYSEBEIAS TOT lEPEilS Ti2N SE-BASTHN KAI STEOANOOOPOT TOT STMnbsp;nANTOS ATTHN OIKOT KAI TAMIOT TOÏnbsp;AHMOT TO AETTEPON AIONISIOT TOT A'nbsp;noAAONOTElMOT
II feroit difficile de la mettre en Francois-Void comment je la traduis en Latin.
yuliam Auguflum Vejiam novam Cereri confi' erat Stnatus, impenfas ver'o ad flatuam c? b^'nbsp;Jim , ejufque inttionem faciente ex fuA pecunh*nbsp;propter pitta:em in coronas Sacerdote Augtijioruttfnbsp;ac Stephanephoro totim eoritm domus er cjuejiof-^nbsp;popuU fecundum, Dionyjto ApolUnoiimi Jilio.
Cetoit la bafe dune ftatue élevée a riion-neur de Julia Augulla.,, ou Domna fcmnield.c IEmpereur, a qiii le trtre eft ici doiiné' ft®nbsp;Vefta nova : pareeque de meme que cettenbsp;Déefte amp; fes Pretrefles appellées Veftales c'nbsp;loient les depofitaires du feu facré , dont j*nbsp;peite ou la diminution aiiroit prefage celle ft®
-ocr page 351-Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;301
ïa Republique Romaine , aufli vouloicnt-ils, dire que Julia ctoit la gardienne 8c la protec-Rice de IErapire. Ccft par cette même raifoanbsp;quon trouve des medailles de cette Imperatri-ce avec le revers VESTAE SANCTAE, Scnbsp;d'autres avec un facrifice de Veftales avec cet-le Infcripvion VESTA MATER.
Appellee aujfi autrefois Perinthus. A rEglije Cathedrale, pag. 130.
ArA0HI TTXHI AYTOKPATOPA KAISAPA TPAIANOY nAP©IK.OY YION ©EOT NEPOYAnbsp;YIONON YPAIANON AAPIANON SEEASTOAnbsp;AHMAPXIKHS EEOYSIAS TOI YHATONnbsp;TO r.
A la bonne fortune v a ïhonneur de IEmpe-reur Hadrien fils de Trajan cr petit fils de Ner-va , poffedant la charge de Tribun du peuple pour la dixiéme fits, cr Conful pour la troifié-me.
Cette infeription eft citee car Selderms dans fes Marmora ArundelUana, amp;. aprés lui dans lanbsp;nouvelle edition quon en a faite fous le litrenbsp;de Marmora Oxonienfia-. mais il ny eft pointnbsp;.marqué en quel lieu elle fe trouve. Seldenus anbsp;Clu quil.y faloitUie AHMAPXIKHX eeoyziaxnbsp;TO r; a'u'lieu de TO I, paree, ditdl. quenbsp;dans le troifiéme Confulat d'Hadrien , il avoitnbsp;aulTi pour la troifiéme fois le Tribunal, amp; connbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;M 7nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pas
-ocr page 352-pas pour la dixiéme. Mais lInfcription portc fans difficulté TO I, amp; il ny a aucune con-tradition a cela , car Hadrien nayant étéCon'nbsp;ful que trois fois, on ne laifle pas de fairenbsp;mention de ce Confulat, routes les années qunbsp;Tont fuivi. Ainfi a la dixiéme année de fonnbsp;regne amp; de fa charge de Tribun on difoit toü-jours Conful III. quoiquil leüt été fept ans au-paravant, comme il feroit aifc a Ie prouvernbsp;par des medailles 8c par dautres Infcriptions.
ArAÖHEI TÏXHI ArrOKPATOFA KAISAPAnbsp;A. SEnriMION SEOYHPONnbsp;ETSEBHN nEPTINAKAnbsp;ZEBASTON APABIKONnbsp;AAIABHNIKON OAPeiKONnbsp;MEnSTON H BOrAHnbsp;KAI O AHMOS TiiNnbsp;NE£2KOPnNnbsp;nEPlNeiQN
'A la honne fortune er* a l'honmur dt lE0' pereur Cefar Lucius Septimius Severus Plus Pef'nbsp;tinax Augufte, Arabtque, Adiabenique amp; PtiT'nbsp;thique, par Ie Senat cr Ie peuple des PerinthieVtnbsp;Pleocores.
ii
-ocr page 353-jlntiques. nbsp;nbsp;nbsp;^05
AÏTOKPATOFA KAI 2APA TAION ME2I0Nnbsp;KTINTON AEKIONnbsp;TPAINNON ErXEBHnbsp;EYTTXH SEBASTONnbsp;H AAMnPOTATH AISnbsp;NEflKOPOS nEPINemNnbsp;noAis
Ceft une Infcription faite par les Perinthiens riionneur de Caiiis Meffius Quintus Trajanusnbsp;öecius Empereur Romain, comtne la préce-'iente a celui de Severe. Mais eeft une grandenbsp;Sueftion de f^avoir ce que eetoit proprementnbsp;9Ue ces Ne0cori, comme on les nommoit ennbsp;prec , amp; J¥.ditui en Latin. Quelques-uns veu-^ent que Ton appelloit ainfi les Villes qui a-J'oient des Temples celebres amp; quon difoitnbsp;on ttr Neocorus, quand il y en avoir deuxnbsp;trois. Dautres croyent que cela venoit dunbsp;¦'ombre des folemnitez amp; fetes publiques quinbsp;celebroient. AIbcrtus Rubenius fils du grandnbsp;*Jeintre Rubens, en a fait une differtation La-*'iie imprimée avec quelques autres ouvrages;
un demes amis de Venife, nommé le Doc-¦eur Nicolas Bon Candiote , nous enpromet quot;n Livre entier quil enrichira amp; eclaircira a-'ec des medailles fgt;c des inferiptions antiques,nbsp;^ qui nous en donnera plus de luraieres quenbsp;¦¦otu nen avons pas encore cues.
A COf^
-ocr page 354-304
Infcriptmu
Sur les miirailles qui regardent la
iiYpros eEOlt;i)iAOT en
XPISTa AÏTOKPATOPOS.
Tour de Theophile Empereur en Jefui Chriji.
XIÏPIOS ©E04IAOY KAI MI XAHA niSTwN. EN xdnbsp;ATTOKPATOPaN
Tour de Theophile fj? Michel Emp^' Tcurs fideles en jefus- Chriji.
nrpros basiaeiot kap KaNSTANxiMOf
niSTfflN EN X« ATTpICPATOPaN.
Tour de Bafile S Conftantm fideU^ Empereurs en 'Jefus~Chrifigt;-
Sur un Porlai}.j
. nbsp;nbsp;nbsp;1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.....
ANEKAINI20E Eni BASIAEIOY KAT
TASÏ*'
-ocr page 355-30^
^TANTINOY T»N nOFlt;I)YPOrENNHT«N *1-^OXPISTaN XEBA2T«N AEXnOT«N EN ttE K«gt;KA
RenouveJlé fom Bajlle (f? Conftantin forphyrogenetes ferviteurs de quot;Jefui-^hrijl EmpereurSj en Fannée...... ^nekainis©h Eni manotha tot «gt;iAoxr
®ASIAEI. PaMAIOY TIs» EN NHS... KAI AT fOKPATOPOS PwMAIaN T» KOMNHNOT ENnbsp;èTEI 4gt;X0 BMB
B.enouvellé fous Manuel Empereur Remain ferviteur de Jefus-Chrift ^ fih ____ 0 de TEmpereur Remain Com-
nene..
On THS ©AAAXSHX ©PAYSMOX UAKVêt ÏPON« KAYAONI nOAA^ KAI X^OAPanbsp;epnymenh enexein katenaykaxe nrp-fON EK BA©P*.N BAXIAEIOX HFEIFE EY-Ï^EbHX ANA3
Cette Tour que les fecoujfes de la mer er lesfre-{uent er uiolens orages avoient fait somber, a été ''elevée depuis les fondement far Ie ben Rot Bafi-^ÜS,
j I ar EN Xa AYTOKPATOPOX
Cellc-ci
nAAAioAoror
Celle-ci eft de IEmpereur Jean Palaeolo' gue, fous lequel Conftantinople fut prifenbsp;les Turcs.
TO eEION EPrON £N0AAE lt;Igt;0APEN XPON« KAINS MAnbsp;NifHA ErSEBHS ATTOKPATniP
Cet ouvrage admirable ruïne par le temps ^ itt renoMvellé par Manuel Empereur debonnaire-
Je ne mets pas ici une vintaine de 'belled inferiptions que jai copiées chez Montieur Isnbsp;Marquis de Nointel AmbafTadeiir de France anbsp;la Porre, paree quelles ont été apporcées denbsp;differens endroits de la Gre.ce, amp; quelles .nenbsp;fervent de rien a la defeription dc Conftanti'nbsp;nople: outre que le volume sen trouvefoitnbsp;augmenté plus que jc nai delTein de le fairelt;
EPITJPHE de PANAGIOit
Tw XgT
fcelrat Tlatocyiamp;na ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;kpii-id xloc-t
Meyisc ^lecTTsp^xvToq U o-acp^v Aepydi^
Kai ^otriXfioiq u^i(X9 s(Xi}(p0ro^
AêX*i7rorolt;3 nbsp;nbsp;nbsp;tonbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7r^a(p$-avfjnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;v
-ocr page 357-«9r5x7jj nbsp;nbsp;nbsp;*5 I^C61CUpt6}f
Ax^y nbsp;nbsp;nbsp;K ^
Cy git Ie corps de Panagioti Interprcte diin Empereur tres-puiffant, lequel a été en grande confideration parmi les perfonnes de merite, amp; qui a tenu fa dignité de IEmpire. I]nbsp;eft mort avant quavoir atteint la yieillelTe, 8cnbsp;fon ame s'en eft cnvolée dans Ie fejour desnbsp;bicn-heureux, Ie zi. Septemb. 1673.
Quoique ce tic foit pas la coütume des Grecs davoir des armoirics, on en a ajoüté knbsp;cettc Epitaphe, qui conviennent a fa profef-fion. LEcu eft de quel metal ou couleur ilnbsp;Vous plaira au caducée de Mercure pofé ennbsp;pal, furmonté dunc tête de Leopard en chef.nbsp;Panagioti a été en grande eftime dans la Cournbsp;du Gr. Seigneur bien quil fut Grec de naiflan-ce 8c de religion, jufques-la quil fut envoyénbsp;en Ambaflade au grand Czar de Mofcovie. IInbsp;étoit natif de Chio , dont les Grecs ont unnbsp;Proverbe entreux , qui dit que lorfquon vcrranbsp;Un hommc fage de Chio, on pourra dire davoir vü un cheval verd. De forte quayant acquis leftime dêtre tel, on Ie nomraoit ennbsp;raillant Ic cheval verd.
S^r une colonne^ p. 164. T. L.
TVSCV....
P. LOLLI M. F. SECVNDI PATRIS
Dans
K. B.
AïP. lt;DAAB«NHN POrlt;lgt;EINONnbsp;EKATONTAPXONnbsp;AEZnOTATONnbsp;nPEIMOinEIAAPlON
r
XEIAIAPXON nbsp;nbsp;nbsp;'
OrPBANIKIANON HAIAIA KOPKIAIAnbsp;NEIKAPETHnbsp;TON ANAPA
II y a Ik plufieurs mots Latins habillez a Greqiie. Aureluim Vlavonetn, Centum milituf^nbsp;Tribunam potentijpmum , Primipilarium chiliaf'nbsp;chum Vrbanum OU Vrbanïc'tanum , Publilia Cofnbsp;nelia Nicitrete vintm fuum veneratut.
Cette Infcription eft confiderable en cequel* Ie autorife la prononciation de lOI amp; de lElnbsp;comme an I fimple, puifquen traduifant deJnbsp;mots Latins, elle les écrit de cette manierenbsp;Pupnum Porlt;DElNON. Primipilarium nPEIMOI'nbsp;nEiAAPK)N; amp; je lai ttoavé de même dan*nbsp;plufieurs autres Infcriptions.
A PROV'
-ocr page 359-Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;509
AtrHAis EAnr AHOOPOS ATPHnbsp;AIA XPïSOrONH ©irnbsp;TATPI MNHMHS XAFINnbsp;KAI ATPHAIA A3gt;Hnbsp;XFTTSOrONH ©rrATFInbsp;MNHMHS XAFIN
Aurelius Elpidiphoros en memoire de fa fille Aurelia Chryfogone, 6c dc fon autre fills Au-tclia Afi Chryfogone.
A THYATI-
-ocr page 360-H. BOÏAHKAIO AHMOS ETEIMNHSAN OTAniANnbsp;MAPKEAAAN THN IEEEnbsp;lAN THS APTEMIAOSnbsp;MAEKOT OïAniOr AAnbsp;MAnAPAAOSOr KAI KA
niaias baeshs ©tta TEEA EniTEAESASAN TAnbsp;THS ©EOT MÏÏTHEIAnbsp;KAI TAS ©ÏSIAS AAMnbsp;nPflS KAI nOATAADAnbsp;Nas ANASTHS AN Ti2Nnbsp;THN TEIMHN ANAEONEInbsp;KOT TOT ANAPONEIKOrnbsp;KAI STEATONEIKHS THSnbsp;MHNOTENOrS TQN ©FEnbsp;'EANTHN EK TON lAION
Le Senat amp; Ie peuple de Thyatire ont hO' noré Vlpia Marcella Prêtrefle .de Diane, fi»®nbsp;de Marcus Vlpius Dama-Parodoxus amp; denbsp;nidia Baffa, sétant aquittée des myfteres ^nbsp;ceremonies de la Déeffe amp; des facrifices avednbsp;beaucoup déclat 8c de dépenfes. Cette Jjatuenbsp;lui ayant été erigée par les foins 8c aux dépei®nbsp;dAndronicus fils dAndronicus 8c de Straton'd®
fille dc Menogenes, qui Iont élevée amp; nour-He.
Diane que les Grecs appelloient Artmh ', ^töit en grande veneration par toute 1Afie mi-Oeure,' a 'caufe de fón celebre Temple quellenbsp;3voit a Ephefe; amp; cettc Infcription nous faitnbsp;Connoitre quelle en avoir auffi un a Thyatircnbsp;dont Vlpia Marcella étoit Prêtrefle. On a trou-Vé auffi ce fragment dans la raême Villc.
ARTEMIAI OREIT...
Ceft-a-dire, « Diane habitante des monta-i»es: de même quen dautres rencontres ils Iappelloient la DéelTe des bois, a caufe de lanbsp;^haffe, dont elle faifoit fon exercice ordinaire.
Celle qui fuit eft d'un même charadlere 6c dun même ftile que celle dVlpia Marcella:nbsp;biais le nom de celui pour qui elle a été fail;cnbsp;cn eft efface.
A... STPATOr ArnNO0ETH SANTA TOT
fiponflAEas TÏPIMNOS EN Aosns kai e-
ftllt;I)ANr2SEN TE AE NOMAIS KAI EnlAOSE-5:IN TAIS npos THN BOÏAHN ANASTFA-t'EN TA (DIAOTEIMJiS KAI METAAOnPE-flns KAI TAS AHMOTEAEIS ÖYSIAS KAI S'POTAS AOeONSiS KAI ANYnEFKPI TiiSnbsp;ÊniTEAEANTA EN TH nANHTYPEI KOSM-^SaNTA THIt IIATPIAA EN TE TQ ©tME-^iKn KAI TYMNn ATONI ©EMASIN ASYN-rt^PlTOS OIKO©EN KAI TEMMASIN nPOS-^APAS toys ATriNIS TAS KATASTAïitX
©EOT
-ocr page 362-©£Or KAI TOr nATPOS aaikianot aiI' APOS EN nASAIS APXAE KAI AEITOÏ^nbsp;riAIS KAI THEPESIAIS TnAKOTONTOS THnbsp;nATPIAI agt;IAOTEIMQS H BOrAH EKnbsp;lAIIiN MAPTïPOïEA ANESTHSEN EK HAI'nbsp;AOS HAIKIAS KAI EN AAAAIS APXAISnbsp;AEITOïPriAS AÏTOÏ HA.. E.. nNETOTNT0gt;nbsp;TH HATPIAI EniAiEAH©£NTOS ANTfiNlO^nbsp;BASSOr
Cétoit la bafe dune ftatuë que le Senat Thyatife avoit erigé a un de fes citoyens, lt;1^'nbsp;s'étoit acquitté des charges dont on Iavoit bfnbsp;noré, avec prudence amp; magnificence , entraU'nbsp;ires des jeux amp; facrifices publics du Dieu Tfnbsp;rimnus qui avoir fon Temple au devant de 1*nbsp;Ville, amp;: des Fetes que le peuple obfervoitnbsp;1honneur des Dieux; Antonius Baflus ayaf'nbsp;eu le foin de lui élever en public cette mat'nbsp;que de Ieftime 8e de la reconnoiflance du Ss'nbsp;nar.
H. KPATISTH ©ÏATEIPH NflN EOTAH .KAI2AIONnbsp;ATP. HPOKAON HPI2A ANnbsp;APA ETTENH EHI SEMnbsp;NOTHTI BIOT KAI APnbsp;XAIS KAI AEITOTPriAISnbsp;HASAIS AIA TE ATTOÏnbsp;KAI TOr TENOTS
c4
-ocr page 363-AnüqtieS'. nbsp;nbsp;nbsp;515
Le tres'puiflant Senat de Thyatire a Ivon»-ïé Clodius Aurelius Produs perfonne de grand merite amp; dune extradlion noble, en confide-fation de la bonne conduite de fa \ie 8? desnbsp;employs amp; minifteres publics, quiontétéexer-«ez par lui-même ou par fa familie,
H nATPIS
M. AïP. Ataaoxon inniKON ton aPxiw.^ PEA THS AEIAS NAliN TÜN EN nEPTAMMnbsp;kai apxiepea kata ton ATTON KAIFONnbsp;The nATPiAos kai aia biot botaapxoknbsp;Timh©enta rno ror ©eiotatot atto-KPATOPOS M. ATP. EEOrHFOr antunei-NOï SEBASTOr STNA-FAI TAS APXIEPEfl-SrNAS TOIS OEESIN EN EKATEPAIS TAISnbsp;ÏIOAESIN OTAOTIMHSAMENON ENAOSi2Snbsp;Kai MErAAOcppoNns anafa Eni [HeESinbsp;Kai EniEiKEiAi kai thi npos thn ha-,nbsp;TPIAA EÏNOIAI AIAnPEnONTA
T»w. /.
Patric a erigc cc monument dhonnetï \ Marcus Aurelius Diadochus Hippicus, Pon-dAlie mineure aux Temples qui font anbsp;I*crgame, amp; Pontife dans Ie mêrae temps de
-ocr page 364-la Patrie, 8c Conleiller durant fa vic, hotior^ par Ie tres-divin Empereur Marc-Aurele Seve*nbsp;re Antonin , (cefi-a-dire CaracnUa) des charges dn PontiEcat quil a données dans I nn®nbsp;üe '1atrtre'Ville a des ptcrlbnncs intelligentesnbsp;qni sen aqiiitteaic avec hoiincur amp; éclat: cnnbsp;icconnoi-flaiMrc jde fon merite partictilier, dcnbsp;fes bonnes inoeurs, de fa douceur, amp; de f*nbsp;¦bonne volonté enven 'k Patrie,
Le Tempte te .plas celebrc de Pergame d-toit celui dEfculape, doü vient que cc Dier» cft prefqiie toüjours reprefepte dans les Medailles de cette Ville-la: amp; Diane en avoit un *nbsp;Thyatire, .comme je 1ai déja dit.
TON rHS KAi .©.AAAS SHS A-ESHOTHNnbsp;ATT. KAIS. M. ATP. SEOr HPONnbsp;ANTONEINONnbsp;riA.P©. ME. nATEPAnbsp;TEPM. me. nATPIAOSnbsp;iATTOr ïtAiI THEnbsp;®OAEnS ErEPrETHNnbsp;T. ANT, AAOHNOSnbsp;APirNUTOS TOnbsp;TPITON XEIAIAPXOEnbsp;O lEPErS TOr ©Eornbsp;KAI NEnKOPOSnbsp;TOT SEBASTOrnbsp;SA-I EIIITPQHOE BEnbsp;BAÏTOT AP.KHS I
-bianhs
-ocr page 365-Au Maltre de la terre amp; de la mcr, lEm-quot;pereur Cefar Marc-Aurele Severe Antonin {Caracalla) Parthique amp; Germanique tres-puiflant, Pere de la Patric, bien-faiteur de lanbsp;Ville de Tbyarire, amp; Ie fien en particulier,nbsp;Titus Antonius Alfcnus tres-illijftre Commandant de mille hommes poiar la troiliéme fois,nbsp;Prêtre du Dicu Tyrimms, Neocore de lEm-pereur, amp; Procureur Imperial du Threfor dcnbsp;Libië.
Je ne prétens que de traduire mot a mot,' en mettant ce mot dc Libië: car je nc fgau-rois d'ailleurs dire ce qnil fignifie, ny ayantnbsp;point dapparence quil derive du mot de Ly-bic , qui fignifie une Province dAfrique, amp;nbsp;qui forme les adjedlifs Lihyfticos , ou Libyfiits^nbsp;niais non pas Lmanos,
ArA0H TÏXH Arr K. M. ATf. SEornbsp;ANT!2NEIN0N
£eb. EïS. eïtïxh T. ANT. AAOHNOSnbsp;APirNOTOS Anonbsp;TPIflN XIAIAPXmi»nbsp;Ton lAiON KïPIOMnbsp;Kai THS nOAEffiSnbsp;ItTISTHN o lEPEïSnbsp;Tor ©EOr KAI NEÜ.»
-ocr page 366-pereur Cefar Marc-Aurele Severe Antonin hei'; reux Sr pieux: Titus Antonius Alfenus illul''nbsp;tre après trois Commandemens de mille hom*nbsp;mes, Prêtre du Dieu Tyrimnus, honore icnbsp;fon Souverain, Ie fondateur de la Ville dcnbsp;Thyatire.
«ABIOS ZOSIMOS KATASKEtASAS e©eto Eni Tonor ica©apoï ontot nrOnbsp;THs noAEnE npos tm SAMBA©Einr
Till XAAAAIOr nEPIBOAni nAPA THN AH' JVI02IAN OAON EAïTfl EO Jl TE0H KAI THInbsp;rATfCrTATHI ATTOr rïNAIKI [AYPHAI-^nbsp;nONTIANH H MHAENOS EXON TOS ET^nbsp;por EEOrSIAN amp;EINAI TINA EISnbsp;SOPON TATTPïN OS AANTOAMHSH ^nbsp;nOIHSH nAPA TAYTA AASEI EIS MEN THI*nbsp;©ÏATEIPHNnN APrrPIOÏ AHNAPIA XElAl''^nbsp;hentakosia eis AE TO IEFOTATON TA'nbsp;MEION AIS XEIAIA HENTAKOSIA TEIKO'
menos rnET©rNos ehs2©en Tni th5
TTMBnprXIAS NOMni TAYTHS THS Efll' ri'AOHS ETPAOH AHAA AY£i ON TO ETE'nbsp;PON ETE0H EIS TO ^^PXEION ETENETOnbsp;en TH AAMOPOTATH ©YATElPHNnN EfO'nbsp;AEI ANQtnATni KATIAAini SEBHPni Mfï'nbsp;NOS ATANAIOT TPIS KAl AEKA THI EHQnbsp;MHNOOiAON IOYAIANOT AHMOSION.
Fabius Zofimns ayaat fait achapt dun
-ocr page 367-'lïeil Ia mis dans un lieu pur, au devant de la ytlle, au lieu appellé Sambathseum, dans Ienbsp;jardin du Chaldéen, joignant Ie cheniin pu-Wlc, amp; ]a deftiné pour lui amp; pour fa cberenbsp;tpoufe Aurelia Pontiana : en forte qUe per-fönne nait Ic pouvoir de mettre quelqu'autrenbsp;dans ce monument. Que fi quelquun étoitfinbsp;bardi que de Ie faire, amp; de paffcr enquelquau-^te fa^on nos ordres, il fera obligé de payer' anbsp;la Ville de Thyatire mille cinq cens deniersnbsp;dargent, amp; au tres-facré threfor public deuxnbsp;Jnille cinq cent: devenant outre cela coüpa-ble de laloi concernantle violement desTom-oeaux. Ayant été au refte fait un double denbsp;tette infeription, dont 1un des originaux a é-fé mis dans les Archives. Fait dans la tres-lllulire Ville de Thyatire, lorfque CatiliusSe-^erus étoit Proconful, Ie 13. du mois Aud-^aee , fous Menophilus Popularis fils de Julia-
gt;1US.
II y auroit dequoi faire ici un aflfez grand com* ïnentaire: mais je me contente de rcmarqueinbsp;deux ou trois chofes. Le mot denbsp;eft rare. Hefychius expliquenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, /»-
*(gt;ê'ériif \)tKpagt;, qui dépoüille les tombeaux: 8e Meurfius fait mention au liv. i. de fes Anti-quitez des Lacedemoniens, dune Venus fur-bommée Tymborichos, qui étoit adorée par-tni eux. Le mois Audmtn qui eft ici marqué,nbsp;beft pas moins fingulier. Les Macedoniens a-^oient un mois appeüénbsp;nbsp;nbsp;nbsp;qui répondoit
* nótre Janvier, amp;c ceft apparemment le mê-tne que lAudnffien que ceux de Thyatire fui-^oient, amp; que d'auires appellent |Le Proconful dont il elt^ici parlé étoit celui denbsp;fACe mineurc, amp; le même fans doute qui futnbsp;Conful fous Hadricn , ian de N. S. iio. Sc quenbsp;'et Erapereur avoit fait Gouverneur de Syrië,.
O 3 nbsp;nbsp;nbsp;corn-
-ocr page 368-comme dit Spartien. II eft appellc dans lesF^fquot; tcs Catilius Severns. Menophilus étoit Ie Ca-pitaine ou Gouverneur de la Ville, quils aprnbsp;pelloicnt Snaugou
Pag^ 178.
IMP. CESAR VESPASIANVS AVG. PON' TIF. MAX, TRIB. POT. VI. IMP. XI If-COS. VI. DESIG. VIL CENSOR VIA^nbsp;FACIENDAS CVRAVIT;
AÏTOKPATQP OTEZnASIANOX SEBASTOS APXIEPEïX MEFIXTOS AHMAPXIKHS EEOÏ'nbsp;2IAS TO 9 AÏTOKPATÜP TO-IF. DATH?nbsp;HATPIAOS ïnATOS TO 5- AnOAEAElF'nbsp;MEN02 TO-Z TEIJtEHTHZTAS OAOTSnbsp;BOlBXXSr
LEmpereur Cefar Vefpaficn SouvetainPori' tife, joüilTant de la puilTante de Tribun diSnbsp;peuple pour k fixiémc £ois, proclamé Empe-Peur OU General darmée treize fois, ConfLi''nbsp;pour la fixicmc, defigné pour la feptiémc,nbsp;Ccnfeur, a fait faire les grands chemins.
Nous en trouvames encore dautrcs a Thya-' tirc que je referve pourquelquautre occafion »nbsp;me contentant de donner ici les Infeription*nbsp;qui portent les norns des Villes, ou qui (et'nbsp;ventquelque peu a Ia connoilTancc de leursnbsp;amiquitez.
A SMYR-
-ocr page 369-ArAOHI TYXBl
ter AAMnroTATH kai MurtonOASt kai Tpis NECKOPa TON SEBASTSIW. KATAnbsp;Ta AOTMATA THS IEPQTA TftX- ÏÏTKAB-ïor rMXPiïAÏS2N.....
Le refte a été cffacé pout y écrire 011e Ept* ^sphe ë'un Ann-enien, amp; Ion 11e void dan»nbsp;tecy que Jes titrcs quoa donnoit a la Ville denbsp;Smyrne, dc trcs llluftre, de Mctropok, fqa-'oir de l'Afie Proconfulaire , 8c quclquefoisnbsp;^aêrne dans les medailles- on la nomnio-it lanbsp;Premiere dAfic de méme quEpliefc. Dansnbsp;*n medaillon de IEmpereur CSfacalIe, qucnbsp;iay copic dans le Cabinet du Comie Mofcap-a Veronc, elle y cft nommée la premierenbsp;*n beauté 8e en grandeur: amp; quclques Infcrif^-lions citées dans le livre de Marmora Oxo-Hienfia lui donnent la tnême qualité. Ce medaillon a dun cêtéla léte dc Caracaïïa en buf-k avec ceskltrcs A. K. M. AYP. ANT«NEiNOSnbsp;^ au revers une couronne de chefnc avec cesnbsp;Paroles cMïPNAlOH HPaTON A2IA2 T.nbsp;^EaKOPCN TllN EEBASTGN KAAAEI KAInbsp;lUEFE©! Eni£TPA7.H. TlEEPlOr KAI KPH-1APiOr cell-a-dirc , fgt;mjrrisoru.m primorumnbsp;Afii ter Neacerorttm Auguftorum pukhritud'tntnbsp;^ nagnituiiine ftd Tiberio © Cretarlo tnilhi*nbsp;t^tLpoPitis. Voyci auiii Maim. Oxon. pag. 47,nbsp;^ 1^6.
A SMYR-
-ocr page 370-^iö nbsp;nbsp;nbsp;Infer ipt ions
même lieu que la précedente Pag. 184.
01 eETOTATOI ATTOKPATOPES SEOYHPOS KAI ANTliNEINOi KAl SAFES SMYPNAIOlSnbsp;El KAATAIOS POYlt;I)INOS O nOAElTHS Ï'nbsp;MQN O AIA THN nPOAIPESIN H SÏNE2'nbsp;TIN Eni nAIAEIA KAI TON EN AorOl^^nbsp;STNEXHBION THN HFOKEIMENHN TOlSnbsp;20lt;I)ISTAIS KATA TAS ©EIAS TQN HPO'nbsp;rONON HM£2N AIATAEEIS ATEAEIAN T^I*nbsp;AEITOTPrmN KAPHOÏMENOS ÏMQN Af'nbsp;TON EKOTSm ANAFKH nPOKAAOrMENfiï*nbsp;XOESTH THN STPATHFIAN KATA TO HPO?nbsp;THN HATPIAA lt;Egt;IATPON THN TOYN ElSnbsp;TA AAAA MENEIN AHPArMOSYNHN A'nbsp;KEINH TON AÏTO AIKAIOTATON ESTll}nbsp;or TAP AEION TO ANAFI THN EIS XMA^'nbsp;«lAOTEIMIAN TENESTAI ZHMIAN KAI MA'nbsp;AiSTA taïtHn tmun AiTorNTiiN rn£*nbsp;AYTOr THN XAPIN
eytyxeite
EHFESBEYEN AYF. ANTONEINOS KAI At-AIOS SHHPATOS,
C'ejl-h-dire»^
Les tres-divrns Empereurs Severe amp; Antoquot; iiin, a ceux de Smyrne. Si Claudius Rufip^'*nbsp;v6ire citoyen, lequel a caufe de fonnbsp;tion aux études amp; Iart Oratoire, eft diipen*^nbsp;des charges publiques felon les divines Conn''nbsp;tutions etablies par nos anceftres, eft ne^''^'nbsp;moins obligé par une necefliic indifpenfabl^^
-ocr page 371-i v6tre requifuion , daccepter Vemploy dc Gouvernenr; faites done en forte quil ne foitnbsp;pas trouble par dautres occupations, commenbsp;i! eft jufte ; car ce feroir une chofe iildigne dcnbsp;lui que IafFeclion quil vouS porte, Inr devintnbsp;Un fupplice, puifqiic ccll: vous-mêmc qui a-\n demandc cette grace pour lui. Bien voiunbsp;foit. Les deputei on été Aurelius Antonius,nbsp;amp; vï.lius Speratus.
II y en a encore fept ou hull autres dans ce Cimetiere, qui ont été donnécs au public dansnbsp;Un petit livre dun Anglois nommé M. Thomas Schmidt, intituléfeptem Eccltftarum'nbsp;¦Afumincrii: raaisjay dequoi Taugmenter du-ne fois autant dlnfcriptions, que je referve a'nbsp;quelquautre volume, jajoute feulement cesinbsp;deux autres.
JiAPKOS lt;nABI02 MAPKOr OABIOr n02-TAAEPIA inNIOS ETIiN KA
Marcus Fabius fils de Marcus Fabius de la Tribu Galeria, lonien, age de 21. ans.
On dit quon trouva dedans un cafquc amp;Ies autres armes dun Cavalier, mats routes dcnbsp;Guivre comme jai dit a la pag, 18 p
l^EQKOrOS SMÏPNAinN AHMOS ITEIMH-o 5 nbsp;nbsp;nbsp;SES
-ocr page 372-SEN MAPKON ATTIAION EPAAOYA TOISE AN(?lïnATON EniMEAH©ENTOS AïAPKOtnbsp;AïPHAIOï nEPHEPOr TOr Eni xaN O-nAüN STPATHEOr
Le people Neocore de Smyrne a honoré Marcus Attilius Bradua Proconlul, parlesfoinsnbsp;de Marcos Aurelius Ferperus Commandant denbsp;Ia Milice.
Mareut jiuHm Bradua fut Conful 1an de N. S. loS. fous lEmpire de Trajan, comrocnbsp;on 1apprend par les tables Confulaires amp; il ynbsp;en eut un autre de même nom fous Commo'nbsp;de l'année de N. S. 185. qui étoit peut-ctre lenbsp;petit fils du precedent.
ATP. TEPTXAAIAJUOS AHOAAONIOT.... a.
H BOïAH ETELMHSÉK naHAlON AIAIjON «PAAnbsp;BlANOK-AnOAAOAQnbsp;ION ASIiENAIOK «IiIAOnbsp;AorON t'o AE MNHnbsp;MEION KATErKETASENquot;nbsp;riODAlOS AIAIOS 4gt;AAnbsp;BIAWOS XOJAOS Onbsp;AAEAlt;Igt;aS AïXOr XH
TO MtïHMElOBf n. OlfHAïaï abaSKantöS «TEaTfiBOXi OrHAMJS ABASKAWTOS. NE^-ÏEPOS ZHl OïHAlA ,2B KpïKAA Zm OX^-AIA NEIKOnOAIS amp;C. '
-ocr page 374-Abafcantus Ie jeune; dont lon void encore l^c-des fragiuens avec fes charaflere^ Latins P* VHDIVS ABASCANTVS IVNIOR. LIrv-fcription. eft plus longue que je ne la metsici ¦¦nbsp;mais comrae elle étoit alTez Haute amp; cti petitenbsp;lettreje ne pus pas en copier davantage,nbsp;ma viië étant trop fatiguéc de ce que jen a-vois dechtfFré. Le refte neft poiirtant que desnbsp;noras de la tnêtne familie , dont il paroit a lanbsp;mème Portc plufieurs fragmens Latins, coiH'nbsp;me ceux-ci. P. VED. NICEPH. VEDIAEnbsp;P. F. PAVLLINAE.... S. S. P. F. PAEDE-ROSamp;c. Ciceron fait mention au livre 6.nbsp;de fes Epitres dun Publius Vcditis quil avoitnbsp;vü dans-ces quartiers-la, lorfquil étoit a Lao-dicée. n dit que c'étoit urt ami de Pompée,-mais du refte grand fourbe, amp; qui avoit mê-me une grande familie: Ainfi ce peut être unnbsp;de ceux dont il eft ici parlé, ou du moins denbsp;la même familie, car Ciceron ne dit pas fp»nbsp;furnom.
....ACCENSO ,.KENSI ET.ASIAE.
Quelques-itns de ceux qui ont fait des rela' tions d'Ephefe rapportent comme un mot en'nbsp;tier ACCENSO RENSI: ce qui neft pas denbsp;ia raaniere, 8c ce feroit même un- mot baibi'nbsp;rc amp; inconnu. jiccenp éroient les Officiersfu'nbsp;balternéS' des- Juges, 8c qui citoient les- partiesnbsp;at comparottre; 8c. RENSI eft la fin.denbsp;que mot que je ne f^aurois devioer,.
.A dtiii
-ocr page 375-jfntiquts.
A deux: lieuës d'Ephefe fur Ie chemitt de Scala-nova: fur un Aquedue qui al-lolt d, Ephefe: pag. 1P4.
DIANAE EPHESIAE ET IMP. CAESA-RI
APTEMIAI E4gt;ESIA KAI ArTOKEATOPl AVG, ET. TI. CAESARI AVG. F.
KAIEAFI SEBASTÖI KAl TIBEPIM
ET CIVITATI EPHESIORVM CAIVS-
KAI AHMOI TON EOESIiiN TAIOS SEXTILIVS P. F. VOT.
2EETIAIOX nonAior ïios oroTorpu POLLIO CVM OFILLIA A. F.nbsp;noAAiJiN xrn oo-eaaia aïaot errA*
TPl
BASSA VXORE SVA ET C. ,
BASSHITH EAÏTOÏ rïNAlKI KAI TAiai; OFILLIO PROCVEO F- SVOnbsp;G«)iAAini nPOKAni toi eattoï tiojnbsp;CETERISQVE LEIBEREIS SVEISnbsp;p r
-ocr page 376-KAI TOrS AOinOIS TEICNOIS
PONTEM DF SVA PECVNIA FACIVPÏ-
DVM CVRAViT,
THH rE4gt;ïrAN EK T£2N lAIQN ANEöH^
KEN
Ceite Infcription efl; en Latin amp; en Grec, amp; voici comment jc la mcttrois en Francois.
A lhonneur de ls Diane dEphefe, de IEm-' pereur Cefar Augufte, de Tibcre Cefar fonnbsp;fils, amp; de la Villc des Ephtlicns, Cains Sex-tilius Pollio fils de Publius, de la tribu Vetu-ria, avec fa- femme Ofillia Baffa fille d'AuIus»-Caius Ofillius Proculus fon fils Se fcs autrcsen*nbsp;fans, a fait ik coirfaCTéle Pont de ccr Aqiic-due a fes propres frais amp; dépens.
Diane dEphefe étoit celebre eomme nouJ avons dit, non feulcment dans- la Ville dE-phefe, mais auffi dans toute IAfic mineureJnbsp;Voici une petite Infcription des hahitans denbsp;Miletopolis, gravée fur ane lampe qni a peut-ctre autrefois fervi a quelque Temple que'nbsp;cetre i Déeffe asoit dans ce lien la: mais 1*'nbsp;lampe eft prefentement dans Je cabinet danti-qoitez de Monfienr Bellori, dont jay parld ^nbsp;la pag. Z3P.
APTEMIX Elt;l!EcmN STTïXOïX AAEaANAPOrnbsp;MEIAHTOnOAEITON
Miletopolis étoit fine Ville entre Cytiftlte amp;la Bithynie proclie du mont Pyndax, com-
JC*
-ocr page 377-me tcmoigne Stephfinus ByzAntinus, amp; Euty-ches Alexander pourroit être Ie nom de celui ^ui avoit dedic la larape.
AlfiN lt;PIA0204gt;02 Elt;{gt;ESrOZ EnOlEI
Igt;ion Philofopht Ephejitn , dönt Sthenmt a'volt fait quelque ftatuë, ou quelque, monumentnbsp;dhonneur quon lui avoit drelFé, neft pointnbsp;dans la lifle des Philolbphes dont Diogcnenbsp;Laërce a décrit la vie, ni dans celle dEuna-pius: amp; Suidas park de trois perfonnes Hluf-tres de ce nom, dont lun étoit de Syracufe-^ fuivoit Ja Philofophie de Platon , Ie fecond;nbsp;de Nicée qui a écrit lhiftoire Romaine, amp; Ienbsp;troijiéme de Prufa Philolbphe amp; Orateur ce-Jcbre, connu fous Ie nom de Dio Chryfotlo-
»JUS.
«AAIAAAN ©rrATEPA M. AYPHAIOï ANTQNEINOrnbsp;KAISAF02 SEEASTOT,
Cétoit une bafe de ftatuë erigée a l'hon-lieur dc Fadilbi fillc de rEmpercur Mate Au-
iele,
-ocr page 378-rele, quOiflavius Strada dit être inorte pTp' che du Mout Taurus, quoique Capitoiin drfcnbsp;que ce fut Faufline la jeune, femme de eetnbsp;JEmpereur qui mourut la', amp; ne fafie aucunenbsp;mention dune fille de Mare Aurele qui aitnbsp;porié ee nom. On apprend au eontraire qu el-le a furvecu a Marc Aurele par ce qu'en dit'nbsp;Herödien, lors quil décnt la vie de Commode amp; la conjuration de Clearider qnc perfonnonbsp;nofoit déeouvrir a ce Prince, Sc qui alloit e-clatter ft fa foeur Fadilla neut cu la hardieiienbsp;de saller j etter a fes pieds Sc de lui reprefentei'nbsp;Ie danger quil couroit lui Sc tons eeux qu*nbsp;lui appartenoient, sil ne donnoit promtementnbsp;ordre darrêter 1Auilteur de la conjuration*nbsp;Herödien ajoüte qu'étant tout épouvanté dcnbsp;eet avis, il envoya promtement querir Clean-der Sc lui fit coiiper la tête fur Ie champ, cenbsp;qui appaifa Témdtc des foldats qiiil avoit ga'nbsp;gnés a fon parti.-
rAION ANTION AYAON lOYAION AthOi YION KOYAAPATON AIS YHATON Atlnbsp;©ïnATON ASIAS SEnXEMOYIPOYM EAOÏ'nbsp;AONUN OI'ATPEM APOYAAEN nPESBEÏ'nbsp;THN KAI ANTISTPATHEON KAP BElSt'nbsp;KIAS nPESBEYTHN ASIAS nPESBEYTHI*nbsp;SEBASTON EnAPXIAS KAnnAAOKlASnbsp;ANeYDATON KPHTHS KYnPOY nPESBEÏquot;nbsp;THN SEBASTON STPATHEON AYKIAÏ^nbsp;KAI HAMOYAIAS nPESBEYTHN KAI AN-TISTPATHEON aytokpatopos nepoyaSnbsp;TPAIANOY KAISAPOS SEBASTOY TEPM-^nbsp;NIKOY AAKIKOY EOAPXIAS SYPIAS »nbsp;BOYAH KAI O AHMOS TQN nPSPTSlN NEf^'nbsp;KflPSiK nEPrAMHNON TON EYEPTETHN
E0l
-ocr page 379-ANASTASEQZ
Antiques, tni MEAHGENTHN THSnbsp;TQN STPATinxnN
A rhonnear de Cajus Antius Aulus Julias Quadratus, qui fut Conful par deux foisnbsp;( dans les Fa/les il n efi ncmme quune fois Con~nbsp;ftsl I'an de N, S. 105. fous Trajan : rnais ilnbsp;il avoit iti auparavant (bus Domitien Confulnbsp;Suffeólus) Proconful dAiie, un des fept Inten-dants du banquet des Dieux, Frcrc Arvale,nbsp;Envoyé amp; Lieutenant General de Bithynie»nbsp;Lieutenant de i'Empereur dans I'Afie amp; dansnbsp;le Gouvernement de Cappadoce , Proconfulnbsp;de rifle de Crete , Lieutenant Imperial denbsp;Cypre, General darraée dans la Lycie amp;nbsp;Eamphylie, Envoyé amp; Lieutenant General dcnbsp;IEmpereur Nerva Trajan Cefar Auguite Ger-lt;nbsp;itianique öc Dacique, dans Ic Gouvernementnbsp;dc Syrie: le Senat amp; le Peuple de Pergamenbsp;honorant leur bicn-faiteur de cettc ftatue, Scnbsp;Ics foldats ayant eu le foin de la faire drefler*
TITQI ICAISAPI ZEBASTOI OYEZnASIANfit ïnATii TO i AÏTOKPATOPOS 0Eor otes-IlAEiANOr Xini KAI TCI AHM£1I NEIKOS-TPATOS ATKIOX TOX NEIKOSTPATOÏ TOT-TON TON AI0ON EK TQN lAIQN ANE0H-KJEN TA nPOZAEI-i-ANTA TOT EPTOT TE-AEIQ2ANTOZ NEIKOSTPA TOT KAHPONO-MOX AXTOY KAGIEPQZANTOS AE TOTnbsp;TPAiANOr XQT ^OrnATOT
C-#
-ocr page 380-A rhonneur de lEmpereur Tite Ccfar Vcf-pafien Conful pour la fcptiéme fois, fils du Divia Erapereur Vefpafien', amp; i Thonncur dunbsp;Jeuple, Nicoftratus lilamp;de Ludas Sc perft fil*nbsp;de Nicoftratus a mis cettc pkrre a fes frais ^nbsp;dépens. Le reSc' de Touvrage ayan-t éténbsp;par Nicoftrattis fon herirkr, Ik: confacré p**nbsp;Trajanus Proeonful; fiu piurreit Uns U-Trajan^jtti fut enfuite Empereur: c*r il avoffnbsp;titj'u iié Confut fom DomuitJt.
MNBMA MONOMAXïAÖN AOOINTilN rnCf APXlEPEÏiS KAI ST£iIiAJ-iHlt;)OPOÏ AICKA£'nbsp;Ors roï AIOKAEOrS. tot JSiHTPO*gt;nbsp;Aor
CPétoit un raaibre mis en Tnemoire de quel-ques combats finguliers quavoit donné aU People DiocLcs fils de Drocles, petit fiis denbsp;Mctrophilus Pontife ik Prêtre courotmé.
Stephaniis fait mention de qxurtre Villes qui portoient le nom de Laodicéc, Jont il y ennbsp;aa'oit une dans la Syrië, une autre dans laLy*nbsp;die, une troifiéme dans la Lycaonie, ik unsnbsp;dans la MeJie, Cellc de k Lydtc dont nousnbsp;avons parlé- fci, ctoit auffi nommée pour knbsp;dift'inguer des atttres, Laodicean Ehririonbsp;OU ad Ljciem , AAOAïKEIA nPOS AYKfll .nbsp;comrae en fait foi cettc Infcription quejaynbsp;trouvée chez un Sculptcur du Palais Earbe-lirn '
A RO-
-ocr page 381-jlntiqmi.
fOPVLVS LAODICENSIS A. F. LYCO JOPVLVM ROMANVM QVEI SIBI '
Salvtei fvit benefici ergo QVAE SIBEI BENIGNE FECIT-
O AHMOS O AAOAIKEnN TCin UPOS AïKfll TON AHMON TOMnbsp;ïnMAItlN TETENOTAnbsp;iïiTHPA KAI ErEPTETHiT
Le Peuple de Laodicée qui cfl: auprés dB ®euve Lycus rewercie par ce Monumeiït ]enbsp;peuple Roraain, pour le fecours 6c les bien-faits quil en a rcceus.
AïTOKPATOPA KAISAPA 0EOT
aapianoï ïion ©Ear tpaianox
ïlaNON t. AIAION AAHANON ANTEtNINON ETSEBHN SEBASTONnbsp;AHMAFXIK-HS EEOrZIAS B. ïnATÖNnbsp;ÏPITON HATEPA HATPrAOS H BOÏAHnbsp;O AHM02 TÖNnbsp;SapAIANÖN ETIMfïSEN HPSAnbsp;ÈrNWAS AïTOr XAPIN
Le Senat 8c le Peuple de Sardes ont voulu 'ci honorer comme un Heros 8c comme leurnbsp;Men-faiteur 1'Erapereur Cefar Tkus- iEliusnbsp;Hadrianus Antoninus Pieux 8c Augufte, filsnbsp;du diviD Hndrien'8c petit fils du divin Trajai\,
iotiii-
-ocr page 382-joüiflant dc la puilTance du Tribunal poi^ feconde fois, Conful pour la -troiliérae gt; ^nbsp;Fere de la Patrie.
Q. nANAPISTE BnKONTlE ... SAIS ATEAETTONnbsp;EPrON E0I. .. AniSnbsp;TON E©I nONHSAMEN..
Comme cette Infcription eft imparfaite j® ncntrèprens pas den pénetrer Ie fens. Jy r®!nbsp;marqué feulement Ie mot de BSiKONTIE, q®*-eft pris du Latin Vocontie: amp; qui autorife 1*nbsp;prononciation du B. comme un V Latin,
?lAH TIMflArS ETEIMH2EN EK TÜN IAI£iN TIBEPION KAISAPA
Phile Timoüs, ou peut-être habitante dtt Tmolus , a honoré a fes dépens IEmperedtnbsp;Tibere Ccfar.
LHiftoire nous apprenJ que de fon temp* il y eut un grand tremblemcnt de terre a Saf'nbsp;des, Philadelphe amp; autres Villes voifmes, ^nbsp;qu'il leur fit donner des fommes confiderabl®*nbsp;pour fe rétablir, dou vient quon lui fitnbsp;medaille , qui porte au revers cette InfcdP'nbsp;tion , CIVITATIBVS ASIAE RESTITV'nbsp;TIS, amp; peut-être pour cette même raifon gt;nbsp;cette femme dont il eft ici parlé, voulut doU'nbsp;ner une marqué de fa rccounotflance anbsp;Empereur.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j ¦
-ocr page 383-ÏANGinnHN AKTAA MNHMHN BIOT ÜA-r£A£2KEN
Bomü teimhsas eemnota thn aao-
XON
fiAPeENOS HS AnEATEE MITPHNHS fl-PION AN0OS
ESXEN en HMITEAEI nATEAMENON ©A-AAMni
TPEIS TAP En ElKOEIOrS TEAEQSE BIOM ENIAÏTOrS
l^AI META TOTS AE ©ANEN TOYTO AI-norsA «PAOS
Ceft un Monument quun certain Aquila *voit drefle a fa femme Xanthippe, qui étoitnbsp;jhorte fan-s avoir en des enfans, amp; agée fen-lement de 13. ans.
AnoAAnNi APXHrHTEi
.Apdlo Archegttes, comme ft nous difions Ie ^rince ou Ie Condudeur , étoit auffi adorénbsp;'lans rifle de Naxos, oü ceux de Clialcis luinbsp;^oient drefle un Autel , comme rapportenbsp;a hucydidc au commencement du livre fcizic-»ac.
Au mime Ucu»
TOYTO TO HPnON STEfANOI
-ocr page 384-Le Corps des Teinturiers honort amp; couronne monument de ct Herojs.
II y a plufieurs fourccs d'eau chaude a HiP' rapoUs, amp; ces caux dit Strabon au liv. xiij-fa Geographic, étoient merveilleufes pour i*nbsp;teinture des laines, en forte quon en teignoj^nbsp;a vee des racines, dune fi belle couleur, queJ'nbsp;Ie ne Ie cedoit pas a celle de la pourpre öcnbsp;Iccarlate.
HAEirsAs ïhep maaean eis
JTAAIAN nAOAS EEAOMHKONTA AïO KATESKETASEN TO MNHMEIOHnbsp;EAÏTO KAI TOIS TEKNOIS OAA
orifl ©etaoto KAI oAAorm
©ETAAKAm AN EKEINOI ETNXnPHnSIN
Flavius Zeuxis maltre ouvrier devant fail® voile au delk du Gap Malée en Italië avec 7^'nbsp;batimens seft choifi un monument, 8c i i®*nbsp;Hls Flavius Theodorus, amp; Flavius Theud*'nbsp;Meus sils sy veulent accorder.
-ocr page 385-A M I L E T,
|
IE 0 r A H aquot; |
IH wATEO |
|
AEHI ora AriE lt;Igt;rAASON THN nOAIN MIAHSIamp;-N KAI «ANTAS TOTS KATOInbsp;KOTNTAS |
EHIO Ta/A AriE O-TAATON THN nOAIN MIAHSION KAI HANTAS TOTS KATOInbsp;KOTNTAS |
|
- | |
|
3 |
4 |
|
TAHOIwE nbsp;nbsp;nbsp;_ |
HOTlAwE |
|
Hior ai AE ATIE lt;I)TAA'SO N THN no A IN MIA-HXI«N KAI HANJAS TOTS KATOInbsp;KOTNT AS |
lOTa- AEH ATIE lt;tgt;TAASON nbsp;nbsp;nbsp;^ THN no AIN MIAHSI«N KAI HANTAS TOTS KATOInbsp;KOTNTAS |
IHE-
-ocr page 386-5 or anbsp;AEHInbsp;AriE
4gt;Y AAEON THN no AINnbsp;M1 A H C I « Nnbsp;KAI nANTACnbsp;TOYC KATOInbsp;KOYNTAC
APXArrEAOI «tYAAccETAI H nOAIc MIAHCI*|Nnbsp;KAI IIANTEC OIKAT.
Cette infeription eft une efpece de Talifin**! 4e ces anciens Heretiques quon appelloitnbsp;filidiani ou Gnoftiques, qui trouvoient degr^Pnbsp;myfteres dans les lettres du mot de Jehova»nbsp;'quils cachp.ient fous les fept voyelles Grecqu^nbsp;AEHlOYü difFeremment tranfpofées amp; repetc^nbsp;'ici jufqua dix fois: Ie mot de AriE qui leiu'^nbsp;Ie confirme: 8c ainfi jinterprete chaque cfnbsp;reau de la meme forte Jehova fa'm confervtnbsp;Ville de Milet or tous fes habitans; amp; ce quinbsp;au deflbus, b Archariges, qut la Ville de A/jnbsp;t?* tous fes habitans foient confervez.
Ce font les mêraes Heretiques 'qui noih' jnqient auffi Dieu Abraxas , dont lesnbsp;priles felon la valeur des nombres quelles Bg^f
j/intiquf,s. nbsp;nbsp;nbsp;537
foient être autant de vcrtus amp; dintclligences divines. Chifflet en a fait imprimer un Traiténbsp;fort curieux , oü l'on void les difFerens types,nbsp;fous lefquels ils Ie reprefentoicnt, tantót com-me lAnubias des Egyptiens, amp; quelquefoisnbsp;corame un Monftre avec une tête de coq 8cnbsp;deux ferpens en place de pieds, 8c Ic mot dA-bpasas écrit autour. Pont ne pas me fervirnbsp;de ce qui fe trouve dans ce curienx traitégt; jenbsp;produiray ici une piece qui a été inconnuc anbsp;lAutheur. C'eft une belle Amethyfte quenbsp;Monfieur de Thou avoit apportéc du Levant,nbsp;8c dont jay trouvé Ic deflein parmi les Memoires de Monfieur dé Peiresk, 8c qui ne fe-ra pas mal a propos pour nous faire connoitrcnbsp;la bizarrerie de ces Heretiques.
Cette figure reprefente mJcM l'Anhange ; prefque de la maniere que les Payens reprc-fentoient leur Mercure, avec des alles a la têtenbsp;amp; aux talons. II tient de la main gauche 8cnbsp;foule aux pieds un Dragon, 8c porte une cou-fonne de la main droite. Ces principaux membres font écrits en particulier de Carafteresnbsp;¦Grecs, dont les mots qui en refultentfontnean-moins Hebrcux ou Chaldaique, felon que cesnbsp;Heretiques avoient coütume de Ie pratiquer.
-ocr page 388-55S
AEHIXJYUJ BH I DYIUA
HÏIIYIIIAE ï DYIUAEHnbsp;DYUJAE H I
Y UJAEHI D
en
Antiques. nbsp;nbsp;nbsp;555
Sur la poitrine amp; U ventre.
Le Seigneur des Armies,nbsp;majeflénbsp;caches dansnbsp;la lumiert du feiinbsp;la Pefjejpannbsp;de fa divinise ,nbsp;la force de lanbsp;IA MIX AH A lumiere, Michel.
Sur le hras droit.
A BP Am nbsp;nbsp;nbsp;Abraham
N i K A M A P Nicamarien.
Sur le hras gamht,
£ESAf nbsp;nbsp;nbsp;Sefae
SEN nbsp;nbsp;nbsp;nofn
BAP nbsp;nbsp;nbsp;du fils
3)APANTHS^(e Pharan
Hans la Couronne,
Iexaltation de fon peuple.
Su- les jambes,
P A O A H A Raphael IASOÏHA lafouel
-ocr page 390-Les Lettres du Revers fcnt les fept Voycl-ks fept fois repetées, que jay déja remarqu^ exprimer tacitement k nom de Jehovtt. Gru-terus dtc une Infcription femblablc, a la finnbsp;de celles quil produit comtne fuppofées, la-quelle il dit avoir été gravée fur une plaque denbsp;metal quon trouva fur la poitrine dun fquelettenbsp;qui fut découvert dans «n ancien tombeau pro-che dEngouléme; amp; ne pouvant deviner ccnbsp;myftere des fept voyelles, il simagine que ce-la navoit été mis que par raillerie amp;c pour ex-ercer lefprit des curieux qui viendroient a knbsp;découvrir; mak par la confrontation de cclks-la avec celles^cr, qui font repetées de mêtnCnbsp;amp; tranfpofées fept fois, il eft certain que cenbsp;nétoit autre chofe que cc nom de jehova,nbsp;quon avoit voulu mettre fur la poitrine de cenbsp;mort, qui avoit peut-êtrc cté un de ces He-retiques. S. Irenée au premier livre de fou ou-vrage contre les Payens, dit que les Seftateur*nbsp;de rheretique Marcus cachoicnt les myftcrcsnbsp;fous des lettres Grecques, appropriées a cha-que membredont les mots.étoient Hebraïques',nbsp;comme les fuivans quil] rapporte, Bapma gt;nbsp;Eacabafa , Eanaa., Irraurijia, dy arbada, caeff'nbsp;taha, febor, Camelanthi, quil interprete, Bienbsp;quodefl fufer omnem virtutempatris invoco, quoinbsp;vocasur lumen V fpiritu; CTquot; vita, qucniam incor'nbsp;pore regnalii. Ncanmoins fon Commentateurnbsp;Fen Ardentius, dit que ces mots ne font ninbsp;Hebraiques, ni Grecs, ni Chaldaiques, ni Sy'nbsp;riaques, ni Arabes, mais phitot des nomsnbsp;monftrueux amp; barbares. Et cn effet il sennbsp;trouve plufieurs dans des Jafpcs, Agathes oUnbsp;Onyces antiques , avec des mots tout-a-f*4nbsp;extravagans, aulfi bien que les figures.
-ocr page 391-AntiqueSr
KAï Tor Arior MAPTTPüS oNHSinnor
C'eft quelque refte dlnfcrfption dun ancica Chrétien 6c Martyr Onefippus, qui ctoit peac-étre enterré a Milet.
AFASHS METABOAHS TÓXtO TO MNKf-MEION AÏ2IMAX0Y TOÏ TETBAKIX XTOI-BAS TOYTOr ME O EEOYSI MOT TA TEKNA AOrSIMAXOS KAI KOTAPTA KAl TA ESnbsp;AïTflN rENNH0HSAMENA TEKNA £iS TEnbsp;KAI rONIAS KAI O TAMBPOS MOTAEQNnbsp;APTEMEISION O EniKAAOïMENOS lASflKnbsp;OIKONEI MEN MEIAHSIOS ®TSEI AE lA-EEïS TOTTOr AE ETEPOS QIAEIS ME0E-EEIO... TE SrN TENETS MOT OTTE ESilTI-KOS TIS EI MH TI ETEP£i TieESOMAI ETElnbsp;M... TOS H TA TEKNA MOT H O TAMBPOSnbsp;Mor O nPOFEIPAM MENOS KAI STN XOPH-SaSIN TINI TE0HNAI O AE HAPA TAÏTAnbsp;'rOAMHSAS H BIASAMENOS AliSEI EIS
Men ton kaisafos «piskon ahnafia XEIAIA OENTAKOSIA eis AE THN...,Ar-Tos AE ENOXOS
Ceft iin monument fait pour un certain Ly-Cmachuï pour fon fits, pour fa fille, 8c les cnfans quiis avoientou pouvoicnt avoir, pournbsp;fon beau pere, 8c pour fon gendre appcllénbsp;Won lils dArtemifias habiiani de Milet öc na-P 3-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tif
-ocr page 392-tif de JaJfus: qiii eft cettc même Ville oü fe trouve cette Infcription , parmi des mafuresnbsp;^ue les Turcs appellent Askemkallefi, cornmenbsp;nous avons dit k lapag. zii. Le refte de Tin-fcription amp; la defenfe qui eft faite de mettrenbsp;dans ce tombeau, foit quelquun des pareus,nbsp;foit quelquautre étranger, i moins que cesnbsp;fils OU fon gendre nen donnent la permiffion:nbsp;amp; ccux dit-il qui en agiront autrement ou fe-xont quelque violence pour cela, donnerontnbsp;au Threfor ou Fife de 1Empereur mil cinqnbsp;cens deniers.
Pag, 214.
O AHMOS MENAN APON OïAlAAOrnbsp;TOT ET©YAHMOrnbsp;EÏEPrETHN THSnbsp;nATPIAOS KAInbsp;EE ETEPrETSlNnbsp;TErONOTA
Le peuple a fait ériger cette Colonne poor honorer Menander fils dUliades, petitnbsp;dEuthydemus; ayant été le bien faiteur de fanbsp;Patrie , amp; defcendu de plufieurs qui lui ontnbsp;fait aufli beaucoup de bien.
Euthydemus, un des plus puiffans Citoyeo?
-ocr page 393- -ocr page 394- -ocr page 395-Antiques, nbsp;nbsp;nbsp;^4^
de MylalTa, amp; tres-excellent Orateur, vivoit au temps de Jules Cefar: ainfi fon petit fitsnbsp;Menander peut avoir vecu fous Tibere amp; Caligula, amp; par confequent Ilnfciiption feroit denbsp;ce ternps-la puifquelle y fut mife pendant fanbsp;vie. Vous pouvez voir la delTus ce que Stra-bon a dit dEuthydenius dans fa Geografie li-vre XIV. ce qui eft une preuve que la Ville denbsp;MylaiTa dont il park la, eft la mêtne quecellenbsp;qui sappelle maintcnant Melaflb, quon seftnbsp;trompé de prendre pour Mikt; commc nousnbsp;avons dcja dit a la pag. 114.
Des Planches de Medailles antiques ^^fer-vant a la confirmation de ce qui a été avancé dans le voyage de Grece denbsp;Levant ifi ala connoijfance des anti~nbsp;quez de chaque lieu.
Elks font toiites de cuivre.
Planche I.
JAy park a la pag. 53. desOthons decnjvre, dont jalTure menic d'en avoir vu bon nom nbsp;bre: ce qui moblige de donncr Ic deflein desnbsp;deux pins rates que jayc vus , amp; qui nont pasnbsp;encore été gravex , quoique plufieurs Autheursnbsp;en aycnt produit avcc ks revers dlfis, de Se-rapis, de AtArnNEiTON, ou fimpkment denbsp;S. C. dans une couronne. Jc nay pas cru nc-celfaire de faire graver leur tête, qui eft fcra-blabk a celles qui ont les revers dont jc viensnbsp;dc paikr,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;P 4nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i. La
-ocr page 396-1. nbsp;nbsp;nbsp;La premiere eft done le Revers dunemedaille dOthon, que jay apportée de mon voyage. Elle a autour de la tête en lettres ^nbsp;moitié rongécs mapk, o©«nos kais. seb.nbsp;amp; pour type du Revers une tête de femmenbsp;voiiée amp; couronnéc, qui a derriere, le cadu-céc de Mercure, fymbole perpetuel de la paixnbsp;quelle reprefente, comine les lettres mêmesnbsp;EIRHNH qucn y entrevoit le confirment.nbsp;Cet Empereur vouloit par la faire entendre aunbsp;peuple Romain, que fon élevation fur le throne lui apportcroit une paix heureufe danstoutenbsp;1étenduë de fon Empire, ce quil leurexprima
- aufii dans la medaille Latine qu'il fit battreavec CCS eharafteres PAX ORBIS TERRARVM.nbsp;Galba fon prédecelfeur n'en avoir pas moinsnbsp;fait efperer , car il y a une medaille fcmblablenbsp;de cet Empereur avec un même revers, quenbsp;jay vüe a Zara chez M. le Comte Antonionbsp;Soderini.
2. nbsp;nbsp;nbsp;La feconde eft un autre revers dOthotinbsp;encore plus rare, que le fleur Dominique Ba-beli Venitien, qui l'avoit apportée avec dau-tres du grand Caire, me permit de crayonner,nbsp;ne me Tayant pas voulu vendre pour vingtnbsp;pilloles que je lui en offrois. Elle eft parfai-tement bien confervée, amp; ce revers eft tout-a-fait extraordinaire. Celt une figure de femme vêtuë qui porte de la main droite une petite viftoire, amp; dela gauche un Trotée , avecnbsp;ce mot KPA2IS, qui fignifie In Moderation denbsp;TEmpèreur Othon au milieu de fes viétoiresnbsp;amp; de fes trofécs: car outre quil avoit depof-fedé Galba de IEinpire, il eut encore troisfoisnbsp;Ia victoire contre les troupes de Vitellius: maisnbsp;la quatriéme bataille lui fut fatale, ayant éténbsp;lurpris fous le pretexte d'unc entrevüe, ce qui
-ocr page 397-des Medaillés. nbsp;nbsp;nbsp;^4f
füt caiifc qui! fe tua lui-même bien moins par defefpoir, que par un fentiment dc compaf-5««. innbsp;fion, de tant dc foldats qui feroient tuez i hOtk9».nbsp;guerre; sil sopiniatroit avouloir difputerTEm*nbsp;pire a Vitellius. Le mot de KFASIS peutnbsp;auffi fignifier le temperament ou la temperance, mais celui de moderation convieni mieuxnbsp;au type qiii accompagne Ilnfcription, amp; ncftnbsp;pas même nouveau dans les Medailles, car onnbsp;en void une de bronze de 1'Empereur Tiberenbsp;avec un revers MODERATION!, 6c une lê-te au milieu dun bouclier,
Le 3. amp; 4. rond eft la tête amp; le revers du-Be medaille de \Heroine Nauficaa fille du Roy ¦ Alcinous, dont jai pailé a la pag. 77,CeEunenbsp;tête i ajoüter aux portraits deshommes 6lt; femmes illultres tirez de lantique, que Fulviusnbsp;Urfinus, Theodore de Galles êcCaninius nousnbsp;ont donnez , dont je peux tnême augmenterlenbsp;rornbre de pliifieurs lêies qui leur ont été in-connuës, comme de celles de Pythodoris Reine de Pont, de Pyrrhus, des Philofophes Xe-nocrates amp; Theon, amp; de quelques autres. Lenbsp;Revers dc Nauficaa eft des Mytiknéens MT-TIA. Eni STPA. lEFOKA. Ceft a dire, lorf-quils avoient pour Commandant ou Generalnbsp;ae la milice un certain Hirocles. La figure denbsp;femme afllfe eft celle de Sappho, que ceux denbsp;Mytilene, parmi lefquels elle étoit née, repre-fentoient dans leurs medailles, comme Juliusnbsp;Pollux 8c Ariftote le remarquent, amp; commenbsp;celles que nous trouvons encore dc ccife Iftenbsp;nous en font foi. La Lyre quelle tient a lanbsp;main le confirme aufll, car cétoit la marquénbsp;des Poëtes Lyriques, entre lefquels elle a ex-cellé. Urfinus dans fes portraits de» hommesnbsp;llluftrcs, produit une medaille qui a dun cóténbsp;P 5nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I»
-ocr page 398-h tête de Sappho, amp; de I'autre un Polype, amp; les raêmes lettres MïTIA.
Ceux qui fouhaittent de voir les medaille» quon trouve de I'lfle de Corfou, nont quanbsp;fe prevaloir du Livre intitule Hiftoria di Corfptnbsp;du Chevalier Marmora, imprimée a Venile,nbsp;oil il y a pourtant quelque chofe a dire I'ur desnbsp;medailles quil a gravccs, amp; quine fe trouventnbsp;point avec les revers de KOPKTPAinN, commenbsp;Ic Germanicus, I'Othon amp; le Gaiba: maisjcf-pere quil corrigera ecla dans une feconde édi-tion a laquellc il travaille, amp; quil augmentcnbsp;de 'beaucoup de defleins.
5. nbsp;nbsp;nbsp;amp; 6. Eft une medaille de Ilfle de Tine,nbsp;appellée autrefois Tenos; dont nous cn trou-vames la quatre ou cinq des reftes dun pleiiinbsp;vale qui sy étoit découvert prés de la Citadelrnbsp;le. Elle a dun cóté la tête de Jupiter Ham-mon, quon reprefentoit avec la corne de Be-ïier, amp; de lautre une grappe de railin, fym-bole de la fertilité du pays, amp;particulierementnbsp;des vignes. TH eft k commencement denbsp;THvion'.
6. nbsp;nbsp;nbsp;8, Eft une autre medaille antique de ceuxnbsp;de Tiné, laquelle a dun cóté la tête de Neptune , qui étoit particulierement adoré dansnbsp;cette Ifte, oè il y avoit un Temple celebrc,nbsp;auquel fe rendoient une fois 1année ceux desnbsp;Ifles voilines, pwur lui confacrer une Fête fo-lemnelle, comme dit Strabon au dizieme livrenbsp;de fa Geographic. Le revers eft le Trident denbsp;ce Dieu avec deux Daiifins amp; les lettresnbsp;THNi«ir, qui marquent de même qua la pré-cedente, quellc étoit de ceux de llfle de Tienbsp;»é.
PtANCHE II.
É
-ocr page 399- -ocr page 400- -ocr page 401-fappée par ceux de 'Zante, dont la téte eft un Caracalle. La figure qui eft reprefentée de ccnbsp;c6té avec Ie mot de ZAKYisi©itlN eft un Bacchus qui tient de la droite un railin, amp; de Janbsp;gauche fon thyrfe ou baton entrelacé de Jierrenbsp;ik de pampres: de forte qu'on peut juger parnbsp;la , qiie c'eft depiiis fort long temps que cettenbsp;Ifle a été fertile en bons vins, amp; favoriféc danbsp;Dieu Bacchus.
z. La feconde eft une medaille de ceux dAbidos, qui reprefentoient dans leurs reversnbsp;Heros Sc heander , dont Ie Poète Mufée a chan-té les amours. Outre leur nom qui y eft écrit,nbsp;on void Leander traverfant Ie détroir dcl'HeJ-lefpont a Ia nage, pour aller voir fa JVIahrefTenbsp;qui demeuroit a Abydos du cóté de TAfie, 8cnbsp;lui a Seftos du Cóté de 1Europe. Le détroitnbsp;na la quune demi lieuë de large. Cela neft:nbsp;pas difficile a un bon nageur, mais ilfaifoit celanbsp;de nuit, amp; il avoit befoin de lumierc; aufïïnbsp;voit-on ici Hero au deflus dune Tour, quinbsp;tient un flambeau a Ia main pour lui fervir denbsp;guide; mais le Cardinal de Maximis avoit unnbsp;beau medaillon de Severe avec un revers fem-blable dAbydos, oü ce neft pas Hero qui tientnbsp;le flambeau, mais un petit amour qui voltigenbsp;au deflus de Leander.
3. 4. La troifiéme eft une medaille de grand bronxc, qui a dun cóté la tête de lAmaxonenbsp;Smyne, avec fa double hache, quon lui en-trevoit derriere lepaule. Ceft elJe quon efti-moit avoir fondé 8c donné fon nom a la Villenbsp;de Smyrne. La tête du revers couronnée denbsp;Tours feprefente celle de Thyatirc. Ainfi iJnbsp;faut lire linfcription des deux cótex conjointe-ment SMïPNAtQN OMOyon» ©rATEIPHNfiNnbsp;Eni AnOAINAnor, ce qui lignifie concerdenbsp;OU alüance, dt cettx de Sinyrni avet (eux dt
Thyatire, dans le tempi qu ApoU'tnarius étolt Gouverneur en cette dernicre. Apollinarius é-toit coufin dc Titus Antonias Alfenus, dontnbsp;j'ai rapporté quelques infcriptions, amp; fon nomnbsp;étoit auffi Alphenus Apollinarius, comme onnbsp;Japprcnd par une autre belle Infcription qucnbsp;les Teinturiers avoient fait graver a fon hon-Jieur. Ils vivoient 1un amp; 1autre fous l Empirenbsp;de Caracalle, amp; par confequent la medaille eftnbsp;de ce tems-la ou environ.
Mais au fujet de cette medaille, il taut que je votis dife ce que je fgai des Alliances quenbsp;ces Villes dAfie mineure contradfoicnt enfem-ble, amp; particulierement celles de Ilonie, denbsp;la Lydie amp; de la Carie, trois Provinces con-tigues. Comme les Empeteurs Remains leurnbsp;yermcttoient de vivre felon lews Loix , ils nenbsp;trouvoicnt pas mauvais quellcs salliaflent lesnbsp;unes avec les autres, amp; quelies entretinflentnbsp;une bonne corrcfpondance, pour fe fecourirnbsp;mutuellement cu cas de befoin. Les Livres nenbsp;nous difent prefque rien 14 deffus, mats cequenbsp;nous en f^avons, nous ledevons aux medailles.nbsp;Void la iilte de celles que jai reraarquécs ennbsp;\ifitant les Cabinets des Curicux, amp; en ayantnbsp;eu inêrae quelques-unes en mon pouvoir. Jenbsp;ne doute pas quil ne s'en trouve un plusnbsp;grand nombre, amp; particulierement dans lenbsp;Cabinet du Roy: mais ceci fervira d'échantiWnbsp;Ion , amp; donnera peut-etre a quelquun la pen-fde dc rcchcrcher tout ce qui sen peut rcncon-ircr.
Alliance de Thyatire C7' de Smyrne.
IMTFNAiaN ©TATEIPHNAN OMONOIA.
Au revers dune tére qui reprefente le Sacré Senat , iepa xrNKAHTOS. Elle elt gravéenbsp;dans le Thefaums dc M. Patin cliez qui je Iai
vdc.
-ocr page 403-vAc. Je la croi du même temps que cellequc uous avons citée ci-dellus.
Alliance de Smyrne avec Perinthut,
XMTPNAIUN OMONOIA nEPINQIAN Enj MENEKAEOrS.
Menedes eft Ie nom du Gouverneur de Pe-rinthus. C'eli Ic revers dun Gordicn, moycQ bronie, a Lyon chez M. Dufour.
Alliance de Smyrne avec Efcfe.
SMïPNAinH EOESIQN OMONOIA,
Avec deux temples, au revers dun CaracaL ie. Chez M. Patin. Voyez fon Thcfaurus.
Alliance de Smyrne avec Pergame.
SMÏPNAICN nEPFAMHNQN OMONOIA.
La mêmejM. Falkner a Smyrne en aaaffiun medaillon de Caracalle, oü il y a de plus En.nbsp;cYP. FEMINOT. Eiculape debout amp; une figurenbsp;couronnée de Tours affife. Item un autrc medaillon avec 3, figures, Efculape cntre deuxnbsp;Déefifes.
Alliance de Smyrne, Pergame e? Efefe,
SMYPNAIflN nEPr. EOtEEION OMONOIA:
Diane dEfefe entre Efculajfc amp; lAmazone Smyrne. Revers dun medaillon dAntonianbsp;Pie, chez la Reine de Suède a Rome.
Alliance d' Hierapolis avec Smyrne.
lEPAJIOAEITaN SMïPNAmN OMONOIA.
Revers dunc Otacilia Severa, moytn bronze,
Alliance d'Ephefe avec Sardif.
E'PESiajï KAI EAPAIANSiN OMONOIA.
P 7 nbsp;nbsp;nbsp;Deux
-ocr page 404-Deux figures qui fe donnent la main. Rc' vers dune Medaille du grand bronze dcnbsp;Reine de Snede , de 1Emp. Marc-Aurele.
alliance dEphefe V Bierapolis.
EdiESmN KAI lEFAnOAEITSiN OMONOIA.
Revers dune medaille de Commode, grand bronze, chez la Reine de Suede.
Alliance dEphefe avec Cyziqtie.
E4)EXmN NESlKOrnN OMONOIA KïZIKH-NüN.
Diane avec une figure niië debout. Revers dunc medaille de grand bonze dAntonin Pie.
Alliance d'F.phefe avec Tralles.
E4gt;ESII2N B. NEIiKOP. TPAAAIANHN OMONOIA.
Diane dEphefe avec Jupiter qui eft aftis; au Revers dune medaille de Lucius Verus.
Alliance d'Ephefe c/ de Pergame. Elt;Igt;EXinN nEPEAMHNnN OMONOIA.
Diane amp; Efculape, au revers dune medaille de Gallien moyen bronze, chez M. Falkncr anbsp;Smyrne.
Alliance de Pergame ev d'Ephefe. nEPrAMHNON EOESIDN OMONOIA,
Un Chariot tiré par deux Centaures, fur le-quel eft affis un Jupiter qui porte a la main line petite Diane dEphefc. Revers dun medaillon de Commode. II y en a un autre dcnbsp;ce même Empereur avec les mêmes charaifte-res, mais il sy lit de plus En. STPAiiAnioï.nbsp;ou plutot n. Annior koinon , amp; pour typenbsp;deux figures dont 1une eft dun homme demi
veto ,
-ocr page 405-vêtfl. «lui tient a ja main droite une Juno Pronuba, amp; 1autre eft comme dun Herculenbsp;nud qui porte auffi de la droite la Dianc dE-phefe, gravé dans Odiavius Strada.
Alliantt de Mikt v d'Ephefe.
AlEIAHcIfiN KAI EOEcIÖN OMONOIA.
Venus 8c Diane avec fes deux cerfs. Revers dun medaillon de Fauftine la jeune. 11 y en anbsp;un autre prefque feniblablc, avec la mêine in-fcription, de Lucius Verus, dans Ie Cabinetnbsp;de M. Morofmi a Venife.
Alliance de Cos avec Milet,
KQflN MEIAHClilN.
Efculape amp; Venus, quon adoroit dans ces deux Villes. Revers dun medaillon dAntoninnbsp;Pie, delïïgné par M. Patin a Padoüe.
Alliance de Laodicée avec Pergame.
AAOAIKEQN nEPrAMHNÜN OMONOIA.
Revers dun medaillon de Marc-Aurele j cheïJa Reine de Suede a Rome.
Alliance de Laoiicèe avec Ephefe.
AAOAIKEON EOESinN OMONOIA.
Jupiter avec Dianc amp; fes deux cerfs. Revers dune Otacilia Severa medaillon, parmi lesnbsp;dcffeins de M. Morel a Berne.
Alliance d'Alicarnaffe avec Pergame. AAIKAPNACCEflN KAI...... SEHT, *AAOY.
Apollon amp; F.fculape, dont Ie dernier fe met ordinairement pour Pergame, ainfi quoique Ienbsp;mot ne sy life pas, je ne donte pas quil nenbsp;1'y faille fnppléer. Revers dunc medaille denbsp;grand bronze de Caracalla amp; Geta qui fe re-
gardent. A Rome au Cabinet du P. Kirker. jill'tance d'Antioche fur It Meandrt avec Efheji.
ANTIO........ EOESmN AIS NEiiKOTilN.
Diane dEpliefc entrc deux figures affifes ^ terre, dont Tune reprcfente la rivieredeMean-dre. Revers d'un medaillon dAntonin Pie gra-vé, dans Odavius Strada.
Alliance de Selga avec Laetdemone.
CEArEQN OMONOIA AAKEAAIMONinN.
Pallas amp; Hercules qui facrifient, 8c un fer-pent qui seieve fur l aiitel. Revers dun medaillon de Trajanus Decius, parmi lesdeffeiiv» de M. Patin. Quoique Selga fnt dans la Pifidiefnbsp;die etoit Colonic des Lacedemoniens, com-Bie dit Stephanus de Byfance. EeAyij, a-óAi? tti-
, «.Tceix.®^
Alliance de teodicée er de Sinyrne.
AAOAIKEQN cMïPMAinN OMONOIA,
LEmpereur debout entrc deux figures de femmes vêtuës. Revers dun medaillon denbsp;Marc-Aurele: a Zara, chez le Comie Sode-rini.
Alliance de Smyrne avec Nicomedle, 2MÏPNAIQN NEIKOM OMONOIA.
Deux figures couronnees de Tours qui fc donnent la main. Revers dun medaillon denbsp;Marc-Aurele. A Conftantinople, chez M. lenbsp;Marquis de Nointel,
Alliance de Smyrne amp; Magnefie,
Dans une infeription du terns de Seleucus Callinicus, qui eft niife la premiere dans Icnbsp;livre inütulé Marmora Oxonienfia: oil il y a
UB
-ocr page 407- -ocr page 408- -ocr page 409-SB grand Comtncntaire qui laccompagne.
Alliance de Pares avec CyzJqae.
Dans un autre inarbre que jai copié a Veiii-fe a la Cour du Palais Grimani, qui contier.t une grande Infcription Grequc. Je reprcns iMnbsp;medailles de la feconde planche.
La cinquiéme eft Ie revers dune medaille de Caracalla, qui a Icnom de Patras COL. A. A. PATR. Colonia Augufim Aroë Patrenfis,nbsp;avec Diane quils adoroicnt la fous Ie furnomnbsp;de Laphria; voyez ce que jen ay dit en par-lant de cctte Ville-la , au Tomc II. pag, 5.nbsp;£cc.
6. nbsp;nbsp;nbsp;La fi.'tiéme cft Ie revers dun Commode,nbsp;qui reprefente Ie Port de Patras avec une fta-tuë qui étoit a 1'entrée, amp; une efpece de cenbsp;portique ou arcades dont jai parlé a la p. 6.nbsp;Tom. II,
7. nbsp;nbsp;nbsp;La feptiéme cft une Fauftinc jeune clieznbsp;Ie Comtc Molcardi a Vcrone avec Ie reversnbsp;AEAOGN, amp; Ie Temple cckbre dApoIion quinbsp;étoit a Delfes. La ftrudltire ncn paroit pasma-gnifiquc, amp; on n'y void que cinq colonnes:nbsp;auffi fuis-je fort periuadé quoiquil fut fort ce-lebre, qu'il nétoit pas bien grand, veu Ie peunbsp;de te:re-plain qu'il y avoit a Delphes, amp; Janbsp;difficulté dy porter des materiaux.
8. nbsp;nbsp;nbsp;La huitiéme eft un Geta avec ce reversnbsp;dun Cupidon qui a fon flambeau renverfé, iknbsp;Ie mot de cIKTsNIaN , qui nous apprendquel-le avoit été frappée par ceux de Sicyon , dontnbsp;nous avons parlé a la pag. 179. Tom. II.
Planche III.
Cettc Planche a une medaille de chacune des fept Eglifcs, S{ uae denbsp;nbsp;nbsp;nbsp;au pied
dmnoat Éipylus.
I. La premiere eft un Alexandre Severe Tnoyen bronze, qui a pour revers ©yateiph-NHN, qui marque quelle a été battue parnbsp;ceux de Thyatire, quoique la Louve qui al-laite Remus amp; Romulus foit le fymbole ordinaire deRomc: mais eeft peut-être un traitnbsp;de leur flaterie, pour exprimer leur bonheiirnbsp;fous la domination Romaine. On trouve autfinbsp;quAntioche a quelquefois mis dans les medailles ce mcme type.
La feconde eft une Tranquilline prcfque de grand bronze avec Ilnfcription cMTPNAinNnbsp;r. NEJlKOPSiN POYflNOT. cO(lgt;l. Des Smyr-neens Neocores par trois fois, fous le Capi-tainc de la milicc Rufihus. La figure qui ac-compagne Ilnfcription eft celle de 1AmazonCnbsp;Smyrne, quils rcprefentcut avec la tête cou-ronnee de Tours comme Fondatricc de leurnbsp;Ville, tenant un petit bouclier en demi-Lune,
6 nbsp;nbsp;nbsp;une hachc a deux tranchans que les Latinsnbsp;appelloient bipennis, qui étoit Iarmure ordinaire des Amazones.
3. La troifierae eft le revers dun Valerian Pere, que M. Whcler a dans ion Cabinet,nbsp;de même que dun Gallien que pofledcnbsp;Diifour, amp; d'un Saloninus fils de Gallien qufnbsp;jacquis a Smyrne: car dies ont routes troisnbsp;ce même revers EipEcmN KAYcTPOc, avecnbsp;la figure appuyée fur un pot qui verfedc 1eau,nbsp;amp; qui reprefente comme I'lnfcription en faitnbsp;foi, la riviere du Cayftre qui palfe prochcnbsp;dEfefe, comme nous avons dit plus ample'nbsp;nient i la page ipz.
4- La quatriéme eft un Geta avec les revers dEfculape, qui avoit un Temple eelebre anbsp;Pergame, amp; de fa fillc Hygieia qui tient unnbsp;ferpent a la «tain, Sc le mot dc iiEPrAMH-
5. L*
-ocr page 411-'5. La cinquiéme cft un revers de Commode grand bronze, que Ie feu Cardinal de Medicisnbsp;me fit voir dans fon Cabinet. Elk eft dtsnbsp;Laodicéens Neocores AAOAIKEOil NOOKOPaN ,nbsp;avec Ie type amp; Iinfcription qvii fe trouvequel-quefois anx medailles Latines FELICIAnbsp;TEMPORA, mais écrite en Grec Eïttxeicnbsp;KAïroi, par laquelle ils vouloient faire con-noitre Ie benheur quils avoient fouslEmpiredenbsp;Commode dans toutes les Saifons de 1année,nbsp;qui font reprefentces par quatre jeunes hommes. Le Printeraps porte une corbeille denbsp;fleurs : lEté une faucille pour moiffonner:nbsp;lAutorane une corbeille de fruits amp; carefTc unnbsp;chien de chaffe.- lHyver tient un lievre dcnbsp;la main gauche, pareeque cette Saifon eftnbsp;propre pour la chaffe du lievre, doü vient quenbsp;yirgile dit:
Auritóftjue fequi lepores, turn figert damas,
Cutn nix aha jaeet, glackm cum fiumina tra., dunt.
Horace en dit « peu prés autant, Epod, II. Cette Saifon eft aufli reprcfcntéc vêtuë pour fenbsp;garantir du froid. Et nous avons a Lyon unnbsp;bas relief dans lIfle Sainte barbe, oü ie trou-?ent les quatre Saifons reprefentées prefque denbsp;la même maniere. Je 1ai cité dans mes anti-quitez de Lyon pag. 198. Tout incommodenbsp;que fut 1Empereur Commode , il ne laiflbitnbsp;pas de trouver des fiatteurs, qui lui vouloientnbsp;perfuadcr que le monde ctoit fort heureux fousnbsp;fon regne, car outre cette medaille le mêmenbsp;Cardinal de Medicis m'en fit voir une de mêmenbsp;grandeur avec cette belle infeription dans unenbsp;couronne, que ceux de la Ville de Nicée a-voyent gravée afonhonneur, baciAEtontocnbsp;KOMOAOr o KOCMOC ETTEXEI KIKA1E12N.
6, La
-ocr page 412-6. nbsp;nbsp;nbsp;Lï fixiéme eft iin Marc. Aurefe fte bronze , qui a pour revers un tenaple de Pbiladel-phe; OU 1'on découvre Apollon, 8c autournbsp;i/nfcription lt;igt;iAAAEAlt;fgt;EnN Eni ErrENETor,nbsp;qui fignifie que ceux de Philadelphe 1avoientnbsp;frappce, lors quils avoient pour Gouverneurnbsp;Eugenetes. Eile eft dans Ie Cabinet de M. Ienbsp;premier Prefident de Paris.
7. nbsp;nbsp;nbsp;Ceft Ie revers dnne Tranquillinc denbsp;grand bronze, clrez M. Falkner a Smyrne quinbsp;a autour de la tête «ppor. tpanktaaei-NA cEB. Fruria ou Furia, car il ie trouve é-crrt des deux manieres dans les medailles,nbsp;Tranquillina Augufta, 6c de iautre cöté uncnbsp;Urne doü fort une palme. EITI lOïA. EPMO-eiAOr AP. XrrSAN©INA SAPAIANSiN. Ainfinbsp;ceft nnc medaille de la Ville de Sardes, qui avoitnbsp;celebré dans cc temps la, les jeux appelleznbsp;Chryfanthina fous Ie Pontificat de Julius Her-mophilus, Le même Cabinet de Monlieur Falkner poftede un medaillon de Caracalle, avecnbsp;un fcmblable revers, 1urne doü fort nnc pal-me, amp; ces mots. En. AN. POïlt;lgt;or. APX. A.nbsp;TO. r. XPrZAN01NA ZAFAIANSIN B, NESl-KOPS2N. Ceft a dire, Antonio Rufi primonbsp;Pontifice lertid-vice , Chrifantina certamina ha-bita apud Sardianoi [ecundo Iftocoros, Voyez ccnbsp;que dit fur ces jeux le livre Marmortt Oxonieifnbsp;fior, au troifiéme marbre.
8. nbsp;nbsp;nbsp;Eft le revers dune Philippe fils, qni re-prefente un Apollon affis, avec ces lettresEnr.nbsp;ATP. TATIANOOr. B. MAFNHTnN Smt.nbsp;Ceux de Magncfie au pied du mont Sipilusnbsp;Iavoient frappée lorfquils avoient un Aurelius Tatianus commandant pour la fecondenbsp;foil.
Plan-
-ocr page 413- -ocr page 414- -ocr page 415-Plancke IV.
I. i. Une têtc couronnée de Tours qui rc-prel'ente la Ville de Phocée éiüCEA: amp; poHr revers ofiKAiEfiN, une petite barque, annbsp;delTus de laquelle fe voyent les deux étoiics fenbsp;les deux bonnets de Caftor amp; Pollux, pournbsp;marqucr les heureufes navigations de ces peu-ples, qui ont été les premiers a voyager furnbsp;iner amp; a fonder des Colonies dans les pays é-loignés, témoin noflre Ville de MarfeilJe, quinbsp;leur devoit fon établiflement.
i. 3. THMNOS la Ville de Temnos qui n'é-toit pas cloignée dcPhocée, amp; proche de la riviere d'Hermus , car Monfieur Falkner anbsp;Smyrnc qui a cette medaille en a auffi unenbsp;autre dOracilia Severa, avec Ie revers de cettenbsp;riviere THMNEirnN efmox. pour ce qui ellnbsp;du revers de ceile-ci, cefl la fortune qui tientnbsp;un gouvernail de navire 6c une corne dabon-dance.
5. 6. EPTOrAi , Ia Ville dErithréc maritime ce qui eft delignc par la proüe de navire quinbsp;ell au revers avec Ie mot EPrepAiflN. Cenbsp;lieu a éié celebrc par la fejour de la Sybillenbsp;appellee Erythrée. Elle eft chez Ie mérae ^nbsp;Smyrne.
7. 8. ïfKANH Ia ville d'Hyrcane, avec un revers femblablc a celui de Temnos, amp; Ic motnbsp;YPKANÜN, par lequel il ne faut pas entendrenbsp;les peuplcs de lHyrcanie proche de Perfe,nbsp;mais les habitans dun lieu dans la Lydie denbsp;ce nom, a qui Srephanus ne doqne pas i lanbsp;verité Ie nom de Ville, mais feulcment d'unenbsp;campagne, è^inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;AvJ'i«f:
la tête couronnée de Tours nous enfeigne quil y a eu la-mcmc une ville. Strabon au liv. 13.nbsp;de fa Geographic lui donne Ie meme norn quenbsp;»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Stephanusj
-ocr page 416-Steplianus, Sc ajoüte qu'elle avoltpris fonnom des Hircaniens, que les Pcrfans y avoientlaificnbsp;pour riiabiter.
II fe trouve quelques autrcs pctites medailles de cette forte, comme SMïrNA, Revers SMTPNAinN un Lyoii, gravée dans Seguin *nbsp;OU avec une proüe de navirc. Jen ay une quinbsp;a diin cóté SMTFNAinN Serapis, amp; de lautrenbsp;SMYPNAiflN une poüe de navire, Chez Ienbsp;Card, de Maximis jcn ai vu une dun cóténbsp;AOKIMOS une tête couronnée. Revers Efcu-lape, AOKiMEiiN , de la ville de Docimeumnbsp;en Pbrygie. 11 y en a auffi de Cyzique K-ï-ZIKOS, Revers KTZIKHNDN.
Planche V.
I. Celt Ie Revers dun beau medaillon que Monfieur Falkner avoit a Smyrne. II repre-fente la riviere Hermüs demi couchée Sc ap-puyée fur un vafe qui verfc de 1eau avecnbsp;une plante a la main , Sc Ie mot de lt;igt;n-KAïEüN paree que Ia ville de Phocée nétoitnbsp;pas éloignce de 1embouchure de lHermus.nbsp;Les lettres autour En. stp. atp. eytïxots.nbsp;TO B. fous Aurelius Eutyches Gouverneur pournbsp;la feconde fois. II fe trouve auffi une medaille qui !a dun cóté , iepa Eynkahtos Ie facrénbsp;Senat, Sc de laurre la proüe de navire avcCnbsp;les deux étoiles de Caftor Sc Pollux, Sc lesnbsp;mêmcs lettres En. s. ayp. Errrxors. t. b.nbsp;ce qui nous la doit faire ranger au tems denbsp;Gordien.
a. La feconde eft ce beau medaillon de Philippe, dont jai parlé a la pag. i86. frappénbsp;par les Phocéens fous Ie commandement denbsp;Claudius Scribonianus,
3. 4. La troifiéme eft Ia tête Sc Ie revers dun beau medaillon du feu Cardinal de Maxi-*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mis.
-ocr page 417- -ocr page 418- -ocr page 419-mis. La tête couroiinéc de tours cft k Villc de Sardis qui fc qnalifie de premiere metropo-le dAfie, de Lydic amp; de Grece. EAPAIS A-EIAE AïAIAS EAAA AOZA MHTPOnOAIS.nbsp;lAfic fe prcnd fouvent dansles Marbres, 6cnbsp;les medailles pour lIonie fimplement ou pournbsp;l'Afle Procorifulaire, qui étoit une partie dcnbsp;l'Afie mineure. Monfieur Seguin en a fait graver un femblable medaillon du cóté de la tête ,nbsp;mais Ie revers cft different. Cclui-ci eft unnbsp;Jupiter alfis au milieu des ii. fignes, commenbsp;on Ie remarque dans une medaille de Julianbsp;Msefa. La tête quil reprefente auffi dans Ie Hennbsp;nelt pas couronnée de Tours, mais d epicsnbsp;dc bied. II y a apparence que ces deux medaillons font du même temps: comme celuinbsp;de Monfieur Seguin porte Ie nom de Juliusnbsp;Hermophilus Afiarque, nous avons remarquénbsp;dans la 7. med. de la troiliéme planche, quilnbsp;étoit en charge dans Ie temps de Tranquillincnbsp;femme de Gordien troifiéme.
j. 6. Eft un medaillon dffomere efpcce de contourniate, «MHPOS, que Monfieur Falk-ner a reconvert a Smyrne , laquelle preten-doit avoir donné la naiflance a ce grand hom-me 8c qui faifoit graver des medailles a fa me-moire. Le revers eft un homme qui conduitnbsp;un cheval, 8c qui appartient a quelque particulier qui avoit gagné quelque courfe ou quelque combat a cheval dans la Ville de Smyr-;
ne.
Plakche VI.
I. Ccft le revers dunc petite Sabine, che?; Monfieur Falkner a Smyrne , frappee par lesnbsp;habitans de la montagne dc Lydie app'elléenbsp;Tmolus, TMnAEiTON, une petite Diane aveenbsp;fon arc, pour marquer leur application a lanbsp;cliaffe,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;La
-ocr page 420-|(?0 nbsp;nbsp;nbsp;Explkatton
1. La feconde eft une Otacilia Severa rap-portée ci-delTus entre les Alliances des Villes d'Afic mineure. lEPAnoAElTON SM/PNAinSnbsp;NEnieoPiiN OMONOIA, qui marqué la bonnenbsp;intelligence de Smyrne avec Hierapolis, quinbsp;avüient quelque jeiix publics communs, quinbsp;font defignés par les deux urnes, d'oü fortentnbsp;deux palmes de chacune.
3. nbsp;nbsp;nbsp;La 3. eft uil Hadrien avec la tête danbsp;Jupiter qui avoit un Temple prés de la Villcnbsp;de Mylafa MTAASEnN, appellee maintenantnbsp;Melafto, comme nous avons dit a la pag.nbsp;Z14.
4. nbsp;nbsp;nbsp;Eft une medaillon de Geta, ches Ie Gard.nbsp;de Maximis avec un Temple a 4. colonnesnbsp;des mêmes habitans de Mylafa MrAASEflN ,nbsp;amp; une divinité au milieu qui fembleroit Dianenbsp;dEfefe appuyée für fes deux broches, fi ellenbsp;navoit un martcau a la main.
y. Eft une medaille de Gallien avec Ie revers de Metropolis, qui eft entre Smyrne 8c Efefenbsp;MHTFonoAEiTüN; ks autres medailles ajod-tent T£2N EN mNiA, paree quelle étoit dansnbsp;1Ionie amp; alTez prés du Cayftre qui eft ici re-prefenté, comme a celle des Efeliens. Jai vAnbsp;entre les defteins de Monfieur Patin un medaillon de Solon, avec un Jupiter amp; Diancnbsp;dEfefe au revers amp; l'lnfcription KOlNOïInbsp;MHTPOnOAEITtiN TON EN liiNIA.
. Ceft Ie revers dune medaille de Diadu-menien de la Vilk de Colophone, fituée cii-ire Smyrne 8c Efefe proche du ruilTeau Halys qui y eft rcprefenié avec Ie mot de KOAO-4gt;liNmN.
7. nbsp;nbsp;nbsp;Ceft Ie revers dune medaille de Cara-ca'le; t'rappée par ceux de Lebedos dans Plornbsp;sic, AEBEAinN amp; une Pallas armée.
des Medailles. nbsp;nbsp;nbsp;3(?t
au revers amp; rinfcription duNEiKAIEflN KiA-BIANON, qui étoit quelquc Ville du nom de Nicée daus Ie territoire de Lydie appelIéCawj-pHs Cilhianus qui étoit arrofé du Cayftre. Stra-bon en fait mention au 13. livrede fa Geographic. Cayjlriano itaque campo, q«i medio loconbsp;inter mediterranea cf Tmolum imtdit, verfusnbsp;Orientem conterminus e(l Cilhianus campus ma-gnus ep' habitationibus probe aptus, agrique fer-tilis. Cétoit la même Ville quon appelloitnbsp;CtVianum, 8e dans Ie bas Empire ValentinU-nopolis, dont il eft fait mention dans les Con-ciles.
Javois fait deiTein de donner ici unc note particuliere de routes les medailles des Villes-de Grecc Sc Afie Mineure, Sc particuliere-ment de lIonie, Carye, Lydie , Bithynie,.nbsp;que javois obfervées dans les Cabinets de curieus Sc même dont jen avois acheté un nom-bre affez confiderable; la plus grande particnbsp;même nayant point encore été donnée aunbsp;jour. Mais deux confiderations men ont dé-tourné; Tune que ccla groffiroit trop ce volume, 8c même li je Ie voulois faire avec exactitude, ccla feul en feroit un affez juftc; lau-tre eft que Monfieur Vaillant Antiquaire dunbsp;Roi, qui a déja donné au public deux volumes de medailles Latines , en promet un general des Colonics Romaines Sc Villes Grec-ques, auquel il travaille depuis quelques an-nées, 8c ce fera un ouvrage qui répondranbsp;amplemcnt a ce que les fgavans 8c les curieuxnbsp;fe promettent de fa capacité. Dans cc grandnbsp;nombre de belles chofes quil y aura, a peinenbsp;me puis je perfuader que les obfervations quenbsp;j'aurois pft mettre au jour, puffent lui être dcnbsp;quelque utilité, outre que sil y en a quelquesnbsp;«nes daffez particulicres pour enrichir.fes re-
Tom, I, nbsp;nbsp;nbsp;Qnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mar-
-ocr page 422-marques, je fais gloire de les repiettre dans de fi bonnes mains. Cette matiere fera extré-meraent curieiife pour rétablir amp; enrichir Ihif-toirc amp; la Geographie ancienne, tant pournbsp;les veritabics noms des Villes anciennes, quenbsp;pour leur fituation , leurs montagnes, leursnbsp;Gouverneurs: amp; mille autres remarques quinbsp;ont écliapé a 1exadtitude des Geographes, onnbsp;que les Copiiles des anciens livres nous ontnbsp;corrompu. Jay tin Commode grand bronzenbsp;amp; prefque de la grandeur des medailles, avecnbsp;I'lnfcription de noMnHionoAEiTON Sc dansnbsp;I exergue fous une figure demi couchée nH-rasrNiAS: cependant qui a fgu jufqua pre-fenc quil y avoit a Pompekpolis Ville de Pa-phlagonie une Fomaine appellée Sunias. Mon-fieur Giraud me fit prefent dun Geta moycnnbsp;bronze que je navois point encore vü, avecnbsp;le revers dune Diane amp; le mot de 0EAnoYl-snN, qui corrige Stephanus dans le mot denbsp;TEAlt;l)OrS2A, Ville dArcadie , quil devoitnbsp;écrire conformemeht k la medaille ©EAnoY-SA. II sy trouve auffi des inferiptions fur-prenantes Sc qui ne font pas communes auxnbsp;medailles Latines, comme quelqucs-unes quenbsp;jai déja citées Sc une Saloninc moyen bronzenbsp;que Jai avec ce revers TON AFAeoN Edgt;E-i;iSiN Sc une Diane, dont le celebre Templenbsp;faifoit Iavantage Sc le bien des Efefiens. Unnbsp;medaillon frapé par les Efefiens a Caracalla Scnbsp;Geta qui fe regardent, avec le titre de NEOInbsp;HAIOI, les nouveaux foleils. On void fduventnbsp;dans ces medailles Grecques des Pontifes, desnbsp;Afiarques, des Prytanes Sc même des Procon-fuls dont rhifioirc ne nous fait aucunc mention , comme dans une medaille moycn bronze de Vcfpafien, a laquelle outre le nom denbsp;cct Earpereur, on lit le commencement du
mot
-ocr page 423-des Medailles.
mot KAAYAionoAiTiiN, Claudiopolis deCili-cieoü les Romams envoyoient des Proconfuls , amp; Ciceron y tut en cette qualité; au reversnbsp;dis-je, de cette medaille il y a un faifleau dcnbsp;fix epics de bied amp; écrit autour Ie nom enticrnbsp;du Proconful Eni MAicpor nAANKior oya-por ANamp;rnATOr, ce qui nous apprend quenbsp;fous l'Empire de Vefpafien, il y avoit dansnbsp;la Cilicie un Proconful Romain, appellé Mar-cus Plancius Varus. Mais en voila affez pournbsp;vous donner par avance quclquc goüt d'uncnbsp;piece auffi curienfe, que fera celle de Mon-licur Vaillant, dont je vous ay parlé.
Monfieur Patin , prefentement Profeffeur en 1Univerfité de Padoiie , a tait auffi depuisnbsp;quelques années un gros volume de medaillesnbsp;des Empereurs en moyen amp; petit bronze, ounbsp;il y en a la plus grande partie de Colonies amp;nbsp;Villes Grecques: mais il cn a depuis recueillinbsp;une augmentation de plus de quatre mille pournbsp;en faire un nouveau volume, qui fera fansnbsp;difficulté un des plus curieux qui ait été mis ennbsp;lumierc.
Pour rempUr les Pages 'uuides de cette feuille, fajoüte ici -quelques-uns desnbsp;plus rares medaillons que 'fay vu cheznbsp;les curieux ou que j'ay acheté dansnbsp;ce voyage-.
HAdrien. Revers Cof. III. P. P. Pallas de-bout, avee Ie eerde antique.
Hadrien. avee Ic titre dOlympien , AAPIA-NOS KAISAP OAYMnios, Revers une faqa-Q 1 nbsp;nbsp;nbsp;dc
-ocr page 424-de de Temple a huit colonnes, KOIKON E-OESiQiN NEOKOP frappée par la coramunau-té des Eplielkns. A Chambciy au Cabinet de feu M. Graxa.
Hadrien amp; iEüus qui fe regardent, Ie premier avec Ie même tltre dOlympien , Rev'. EfpESXQN AIS NE£2K.
Hadden. R. Hercule amp; Pallas avec unarbre entredeux. Medaillon a Zara chez M. Ie Comte Soderhii.
Hadrien amp; Sabine, les deux têtes Tune fur Pautre, R. une figure qui facrifie au genie denbsp;1'Empereur; Genio Augusti. A Veronecheinbsp;Ie Comte Mofcardi.
Antonin Pie. R. Orphée qui attire les ani-maux autour de lui. Medaillon Egyptien du Cointe Soderint.
Antonin, R. iEnée qui porte Anchife, 8c au deflbus Ia Truye avec les u. cochoiis.nbsp;Medaillon Latin a Rome.
Antonin R. koinon rinoAEfiN , amp;e. Hercule affis Diane debout. A Rome cheznbsp;la Reine de Suede.
Antonin , R. le jugement de Paris. Morofi-nt, A Venife.
M. Aurele R. une vidtoire Cof. IH.
M. Aurele R. KOINON AESBiiiN un temple a 8. colonnes.
Commode R. kemaion eti st. KOP. AOAAIANOT. Jupiter affis.
Commode 8i Hercule en faqon de tête de Janus, R. Tellus staeil , unc figure demi-couchec avee un globe 8c 4. petites figures autour.
Severe R nEPlNQIfiN NEOKOPfiN. iinC galere a voile. Je 1ai vu auffi a Caracalla 8c anbsp;:Ccta,
Severe R. zees. .. HSios nrsixoi asias
£dgt;E-
-ocr page 425-E4gt;ESlfiN. Jupiter affis qui p:-rte de la droite Diaiie dEpliefe. Jai eu les üx medaillons pré',nbsp;précedens.
Severe 8c Caracalle qui fe regardent. R.' XAMIHN, l'Empereur a cheval. A Smyrne,nbsp;chez M. Falkner.
Caracalle, R. EOESinN nPOTiaN AXUSQ. Jupiter, affis.
Car. R. EOESiflN AIS neok:ops2N. Une vidoire qui écrit fur une palme.
Carac. R. Elt;Igt;EZinN TPIS NEOKOFSIN KAI THS APTEMIAOS. Diane dEphefe entreCaf-tor amp; Pollux a cheval.
Carac. R. EfhESmN MONJiN AnASON TETPAK.IS NEOKOPSiN. Un facrificateur dc-vant Ie Temple de Diane.
Car. R. SAMIHN, 1. fig. debont.
Car. R. AiosiEPEixnN... iEfculape 8c Hy-gica. Dios-ieron, étoit une petite ville dIo-nie, entre Colophon 6c Lebedos, auffi Ie trouvai-je a Smyrne.
Carac. R. SMrpNAinN nPflxaN r. neo-KOPüN rnN SEBASTQN, dans une couron-ne, Le même avec 4. templeschez M, Ie Marquis de Nointel a Conft.
Car. R. SMïPNAmN npnTQN ASIAS. r. NEJAKOPÜN ton SEBASTON KAAAEI KAInbsp;MErEQI EniSTPATH T1BEPIOÏ KAI KPH-TAPior, dans une couronne. A Verone,nbsp;chez Ie Comte Mofcdrdi. Elle efl; des Smyr-néens trois fois Neocores des Empereurs, lesnbsp;premiers de 1'Afie (proconfulaire) cn beauténbsp;6c en grandeur, fous Tiberius 8c Cretariusnbsp;Commandans de la Ville. -Voyez la-deflus lanbsp;2. Infcription du livre, intitulé : Marmoranbsp;Oxonienlia.
Car.
fiU.
Carac. R. Eni xaipea attaaoy hep-rAMHNjiN, 3. Temples. A Aix chezM. Bu»-
-ocr page 426-Car. R. nEPrAMHNaN seaeinots kh-TEior. Efculapc au defl'us des deux rivieres dc Pergame, Ic Selinus 8c le Citeius. CurL dtnbsp;Medicis.
Macrin. R. SAMIHN, le temple de Junon. Un autre auffi des Samiens, avec Hercule 8cnbsp;Omfale, amp; un autre a trois figures, une vic-toire qui couronne IEinpereur, 8c a cóté Junon de Samos.
Macrin R. Elt;igt;EZl£ïN monqn npnxoN ASIAS NEOKOPHN. Un quadrige tiré par desnbsp;cerfs. Garzo»i Noble Venitien.
Macrin 8c Diadumenien. R. TAPZOï MH-TPonoAE£2Z. A Corfou chez M. Spiridion Aulointi.
. Ces deux mêmes têtes R. KAISAPEIAS NEOKOPor MHTPonoA. ET. B. chcz M.
.Whel,
Alexandre Severe R. PERPETVITAS AV-CVSTI. Jupiter affis donnele globe du monde Ï. IEmpereur, accompagné de dcuxfoldats. A Rome, chez le Card, de Maximisnbsp;Alex. Sev. R. Bacchus entoure dune vigne,'nbsp;un tigre a fes pieds Eni Aïf. zhnönos APX.nbsp;A MAIONAN.
Alex. Sev. 8c Mamsea. R. les deux têtes dii Soleil 8c de la lune mypnaiqn nrnTON a-2IAS r. NEOKOPiZN TON SEBB. J'ay eucesnbsp;deux medaillons de Smyrne.
Elagabale. R. un Chariot a quatre chevaux qui porte un aigle. Garzoni, a Venife.
Pupien. R. les 3. têtes de Balbin, Pupien 8c Gordien, tapsoï MHTPonoAEflS, chez M.nbsp;Georgia Barbara a Venife.
Gordien. R. Junon 8c Nemefis ZAmisyn, Gordien. R. ADLOCVTIO AVGVSTLnbsp;LEmpereur haranguant fes foldats, Je Tainbsp;euë de Venife,
Maximin amp; Maximus R. Caftor Sz Pollux debout, Cgt;aKAlE£iN. Chez Ie Comte Lazara stnbsp;Padoiie.
Philippe R. ANTioxEnN, Jupiter dans wj Temple. Je 1ay eu a Smyrne.
Fia du frémUr Tome\
i
-ocr page 428- -ocr page 429- -ocr page 430-Ss 028
-A
, nbsp;nbsp;nbsp;.-V^â â 'â 'i
'â ?â ,'â ' â ⢠i â^-'' V â '... nbsp;nbsp;nbsp;;lt; â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠,. ,
V- ^ nbsp;nbsp;nbsp;\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quot; V Vgt; ' ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i ⢠⢠â¢-,â .' V *nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* 'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;''
. nbsp;nbsp;nbsp;'X - ' tV^*- ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â' gt; â
-. r A*-, â . - . :. nbsp;nbsp;nbsp;1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
â¢gt; V ',gt;. nbsp;nbsp;nbsp;..-i; 'r.â, â -
. ,* '⢠1 quot;- gt; ⢠;.'*-â » c ⢠' ^ nbsp;nbsp;nbsp;. ifâ gt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,â V.
gt; im'i
âa*- nbsp;nbsp;nbsp;' V â ââ quot;'â â¢
'â nbsp;nbsp;nbsp;\ \ if ⢠â¢
â j? nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* '
. rt'^, :/â gt;:â¢gt;.- V-' âv ^ quot; * nbsp;nbsp;nbsp;.quot;â¢
-y^ â :V â
â¢, nbsp;nbsp;nbsp;' *nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;A
.. \
r-â- nbsp;nbsp;nbsp;;.'vnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;';nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'â ?â '.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' ^â - '
'V - nbsp;nbsp;nbsp;. !⢠' '!4.^ - ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
.*⢠'' nbsp;nbsp;nbsp;ââ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' .,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠V ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
â â¢â - k *⢠nbsp;nbsp;nbsp;quot; i».nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â 'â '-ââ i'i»â
,';, , nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â -, , S'. V t r ', â
.;â â â â gt;, â 'k .*â¢- . ' -gt;
â¢'â â nbsp;nbsp;nbsp;.'â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^' ry\ ..' â v'v' -
- , â ' ⢠. 'â¢;- ^â quot;
- â gt; .'
gt; y V-V,
V* 'Vv â 'igt;KV v^r--.
^ Xgt;â-- nbsp;nbsp;nbsp;^ .y» , â .
l 'â gt;â ;. --â nbsp;nbsp;nbsp;^â¢â¢nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quot;