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INSTITUUT VOOR FRANSE TAAL- EN LETTERKUNDEnbsp;TE UTRECHT
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LES QUATRE FILS
HISTOIRE HÉR-OÏQUE.
CHAPITRE PREMIER.
Charlemagne envoye Lothaire, fan fih, fommer Ie rebeile Due dyligremont. Horrible félonienbsp;du Due. Charlemagne fait Chevaliers lesnbsp;quatre fils dHyman, amp; sapprête d vengernbsp;Iajfajfmat de Lothaire. Les fils dHymon,nbsp;parens de lajfajfin, quittent la Cour denbsp;Charlemagne, pour netre pas obligés de com-banre contre lui. Hccueil que leur fait leurnbsp;mère. Le Due dHigremont vient au devantnbsp;de Charlemagne, ejt vaincu, amp; demandsnbsp;grdce pour fes Sujets au Hainqueur. Clé-menee héroïque de Charlemagne.
'HARLEMAGNE venoit de terminer, contre les Sarrafins, une longue amp; fanglantenbsp;guerre. II avoit mis a mort leur Chef, amp;
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-ocr page 12-6 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
avoit remporté une vidloire complette. li jouiflbir, au milieu dune Cour briliante amp;nbsp;nombreure, des douceurs de la paix Sc denbsp;lamour de fes Peoples. On fe confoloir, aunbsp;fein des plaifirs Sc des féres, de la mort desnbsp;Seigneurs'Sc des grands Capitaines^ que ie fernbsp;a volt moiifonnés. Paris étoit Ie rendez-vousnbsp;de routes les nations.- Les Arts, que ce Mo-irarque protégeoit; Ie luxe Sc la politeffe, quinbsp;les accompagnent, y attiroientce quil y avoitnbsp;de plus diftingué en Allemagne, en Angle-terre, parmi les Normands, en Lombardie,nbsp;dans routes les parties de la France, dans lesnbsp;Royaumes voifins, Sc méme parmi les Peuplesnbsp;barbares qui sétoient emparés de 1ltalie.
Les douze Pairs de France ornoient la Cour de Charlemagne. Parmi ces plus vaillans Guer-riers, on diftinguoit Ie brave Due Aymon,nbsp;Prince des Ardennes, Sc fes quatre fils, Renaud,nbsp;Allard, Guichard amp; Richard, héros dont lesnbsp;exploits étoient connus aux deux bouts de lanbsp;terre; Renaud étoit Ie plus renommé; fa taille,nbsp;de fept pieds, Sc les juftes proportions de fonnbsp;corps, Ie faifoient regarder comma Ie plus belnbsp;homme quil y eüt au monde.
Charlemagne aflembla fes Chevaliers Sc fes Barons, une des fêtes de la Pentecóte, Sc leurnbsp;paria en ces termes: Généreux Chevaliers,nbsp; chers Compagnons de mes vidoires, cefta vo- tre valeurquejedoislesconquêtesrapides quenbsp; j'ai faites: Par vous, jai fait mordre la pouP-,, fiére au téraéraire Sarrafin, Sc jai chaflé loinnbsp; de nos frontières cette nation infidelle amp;
-ocr page 13- barbare. II eft vrai que nous avons perdu plu- fieurs braves Chevaliers: Ils parrageroient nos trioinphes amp; norre gloire, ft riorgueilleuxnbsp; vaflauxnavoient pas refufé de venircoinbat- tre avec nous, quelques invitations que j.enbsp; leur en aye faites. Vous le favez, courageuxnbsp; Due de Bretagne, vous qui, au bruit de lanbsp;trompette, accourfttes a notre fecours; amp;nbsp; vous, brave Galerand de Bouillon, qui por-,, tiez 1Oriflamme; vous, Lambert de Berry,nbsp; amp; vous, Geoffroi de Bourdeille, braves fou- tiens dun Roi qui vous chérit, vous le fa- vez , fans vous, le Sarrafin, vainqueur ,nbsp; après avoir fubjugué 1Italie, auroit porténbsp;,, fa futeur amp; fa religion facrilége au fernnbsp; de votre patrie. Les refus obftinés de Gé- rard de Rouffillon, amp; de fes deux frères,nbsp;,, le Due de Nanteuil amp; le Due Beuves dAi- gtemont, font la caufe de nos pertes; ilsnbsp; nous ont empéché de porter plus loin lanbsp; terreur de nos armes. Nous aurions pu re- poufler jufqua fa fource ce torrent de Bar-,, bares, qui seft repandu dans 1Europe; maisnbsp; celui qui a témoigué le plus d'obftinationnbsp; eft le Due de Beuves. Je me propofe de lenbsp; fommer encore , amp; , s'il refufe , jirai, lenbsp; fet amp; la flamme a la main, affiéger Aigre-j, mont, amp;, quand je 1aurai en mon pou-j, voir, je jure de ne faire grice ni a ce Duenbsp; infidelle, ni a Maugis fon fils, ni a fa fem-r tne , ni a fes vaflaux.
Le fage Naimes de Bavière, le Neftor de la Cour de Charlemagne, arrêta fa fureur.
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-ocr page 14-8 nbsp;nbsp;nbsp;, Les quatre fils
Sire, lui dit-il, quelque jufte que foit vo- tre refleutiment, avanc de condamner Ie Due dAigremont, je crois qu'il eft de vo- tre fagefle de lui envoyer un homme quinbsp;,, réunifle la prudence amp; Part de parler aunbsp; ccEur , afin quil lui remontre fes devoirs,nbsp; amp; quil difcute fes raifons. Un Souveraianbsp;,, ne doit employer la force centre fes enne-
mis, quau défaut de tout autre moyen. Les y, querellesdesRoisintéreflentlesPeuples. Quenbsp; deux particuliers recourent a la vengeance,nbsp;,, elle ne peut être funefte, tout au plus,nbsp; qua deux hommes; mais la mort dun mil-,, lion de Sujets eft fouvent la fuite du cour- roux dun feul.
Charlemagne approuva la propofition de Naimes : II attendic que quelque Chevaliernbsp;fe préfentèt pour fe charger de ce meflage;nbsp;aucun nofoit prendre fur lui une commiffionnbsp;fi délicate : DAigremont étoit craint; dail-leurs, prefque tous les Chevaliers étoient fesnbsp;parens, amp; Ie Prince des Ardennes étoit fonnbsp;coufin.
LEmpereur, voyant leur embarras, appela Lothaire fon fils, amp; lui dit; Mon fils, silnbsp; étoit de la dignité dun Souverain dallernbsp;,, lui-même demander a fon Sujet raifon denbsp; fa révolte , je nhéfiterois pas un momentnbsp;,, de partir : Linjure, quil fait a votre père,nbsp;,, retombe fur vous; ceft done a vous de vousnbsp; charger de cette entreprife : Je ne vous diffi-,, mule pas quelle eft dangereufe. Beuves eftnbsp; cruel amp; perfide j mals vous êtes Ie fils de
-ocr page 15-i fon Roi; vous êtes brave;. amp;, fi ces titres 5 facrés ne lui en iinpolbient point, je vousnbsp;, donne cent Chevaliers, a votre choix , pournbsp;vous accompagner. Vous direz au Due dAi-j greinont, que je veux bien lui accorder troisnbsp;gt; mois pour faire fes préparatifs; mais fi, aprèsnbsp;j ce terme, il ne fe rend pas auprès de nousnbsp;, avec fes troupes, déclarez-lui que je Ie trai-5 terai en ennemi; que jirai mettre Ie fiégenbsp;, devant Aigreraont; que je renverferai fesnbsp;, murailles; que je détruirai fa ville; que jenbsp;, dévafterai fes campagnes; que, fur les dé-, bris de fes tours embrafées, je ferai coulernbsp;, Ie fang du père amp; du fils, amp; que je livrerainbsp; fa familie aux bourreaux.
Lothaire sinclina, nomma fes Chevaliers, amp;, Ie lendemain, il alia prendre congé du Roi,nbsp;qui ne put retenir fes larmes en lembraf-fant, comme sil eüt prévu Ie fort qui 1at-tendoit. Toute la Cour vit partir Ie jeunenbsp;Lothaire avec regret, fans que perfonne ofStnbsp;néanmoins foup^onner Beuves detre afleznbsp;déloyal pour ofer porter line main facrilégenbsp;fur Ie fils de fon Roi , revêtu par fon pèrenbsp;du titre facré dAmballadeur.
Le Due dAigremont fut bientót informé par fes efpions du départ de Lothaire; II aflèm»nbsp;bla fon Confeil, non comme un bon Princenbsp;qui cherche dans les lumières de fes Sujetsnbsp;1avis le plus fage, mais comme un tyran quinbsp;ne ralfemble fes efclaves, que pour leur fairenbsp;approuver les delleins les plus injuftes. Denbsp;j, quel droit, leur dit-il, Charlemagne précend-
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-ocr page 16-I o nbsp;nbsp;nbsp;Zes quatre flls
5, il me forcer a Ie fecoarir? eil-ce paree quil ,, règne fur de plus valles Ecats que moi ?nbsp;,, Sil raefure 1Empire fur 1étendue, ne puis-5, je pas Ie mefuver fur 1obéiflance aveuglenbsp; de mes Sujets? Sil fe croic mon Souverain,nbsp;,, paree qu'il penfe être Ie plus forc, a quoinbsp;,, fe réduic fon tirre, dès que je puis formernbsp;,, les mémes précentions que lui? II ell vrainbsp; que jai fait ferment de lui obéir amp; de luinbsp; porter fecours; mais vous connoillez tousnbsp; la valeur de ces fermens politiques, arra-,, chés, prefque toujours, ou a la foibleffe desnbsp;,, Souverains, ou a 1impérieufe néceflké desnbsp;,, circonftances, amp; dont Teflet cefie avec lim- puiüance de repoufler une force fupérieure.nbsp;Tel ell Ie cas oii je me trouve : Souve-
,, rain abfolu de mes Sujets, plus forc que ,, Charles par la fuuation de mes Etats, plusnbsp; fort encore par la valeur de Gérard denbsp; Roulfillon, du Due de Nanteuil, amp; du Princenbsp; des Ardennes mesfrères, amp; fur-tout par 1in- trépiditéde mes quatre neveux, jecrainspeunbsp;,, les menaces que Lothaire vient me fairegt;nbsp;,, Aufli nefl-ce pas fur Ie parti que je veuxnbsp; prendre que jai a vous confulter; je de-,, mande vos avis fur la manière dont ie doisnbsp;,, recevoir les ordres quil mapporre, amp; furnbsp;,, Ie dégré de mépris que je dois lui marquer.nbsp;Je lui dois des égards comme Ambafladeur;nbsp;,, mais, comme fils de Souverain, je ne luinbsp; dois rien, amp; c'ell dans ma Cour quil vientnbsp; me braver!
Un vieux amp; fage Chevalier de la Cour de
dAy man. nbsp;nbsp;nbsp;i r
Beuves, appelé Béon Ie Jufte, qui navoit jamais rampé devant la grandeur, fe leva, amp; demanda la permiffion de parler avec liberté,nbsp;II fut davis que Ie Due re9i\t avec refpedl Ienbsp;fils de Charlemagne. Le Due jeta fur lui unnbsp;regard dindignation : Le Chevalier, fans fenbsp;déconcerter, reprit ainfi; Seigneur, un Sou- verain doit fe refpedter dans fes femblables:
Plus vous honorerez Lochaire, amp; plus 5, vous acquerrez de droits fur Charlemagne.nbsp;», Quant au refus d'obéir, que vous vous pro-5, pofez de foutenir par les armes, je ne puis,nbsp;5, fans trahir votre confiance, vous dilRmulecnbsp; les dangers auxquels vous vous expofez. Lanbsp; valeur amp; lintrépidité de vos parens menbsp; font connues; je fais que vos Sujets verfe-5, ront jufqua Ia dernière goutte de leur fangnbsp;», pour vous défendre; mais avez-vous faitnbsp;», attention aux troupes nombreufes que 1'Em- pereur peut mettre fur pied , aux puifiansnbsp; alliés qui viendront fe joindre a lui au pre-,, mier fignal.^ La valeur la plus éprouvée doitnbsp;5, céder au nombre. Si vous étes vaineu,nbsp; quelle grace pouvez-vous efpérer dun Sou-,, verain courroucé, qui vous traitera en re-
belle........ Le Due l'interrompit avec fu-
reur, amp; le menara du plus cruel fupplice. La Duchefle, la larme a loeil, amp; tombant auxnbsp;genoux de fon mari, le conjura de prêter lo-reille aux confeils de fes véritdbles amis, amp;nbsp;de faire tous fes efforts pour rentrer en grècenbsp;avec le Roi. Le Due, que ce mot de grècenbsp;irritoit eiKote, jura que, nonftulement,ii no-
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-ocr page 18-béiroit point, mais que, fi Lothaire ofoit Ie menacer, il sen vengeroit de la manière lanbsp;plus fanglante,
Le chateau d'Aigremont étoit fitué fur un ro-cher inacceffible, enrouré dunmurimpénétra-ble amp; de hauces tours; fa fituation amp; fa force ne laiflbient craindre a ceux qui le défendoiencnbsp;que la famine : Un fleuve couloir au pied denbsp;fes remparts. Lothaire navoit jamais vu denbsp;forterefle fi redoutable. Monfeigneur, luinbsp;,, dit un de fea Chevaliers, le Roi eft le plusnbsp; puiflant Prince de la terre; mais, a quoinbsp;,, ferc la valeur, quand la viétoire eft impof-,, fible? Certe forterefle, inexpugnable, ren-,, ferme autant de Guerriers quen a votrenbsp; père. Ah! plüt a Dieu que iieuves amp; luinbsp; puflent saccorder. Beuves eft orgueilleux amp;nbsp;fier, amp; les menaces de 1Empereur ne fontnbsp; pas moins humiliantes que terribles; annon- cez-lui les ordres, dont vous étes chargé ,nbsp; avec la plus grande douceur; aflfoibliflez-ennbsp;,, lamertume. Nous fommes cent Chevaliers,nbsp; prêts a périr pour vous, sil ofoit vous in- fulter; mais que pouvons-nous contre lesnbsp; forces de Beuves? Lothaire approuva lafa-gefie du Chevalier, quoique bien réfolu danbsp;templir fa commiffion avec exaftitude, amp; denbsp;ne pas fouffrir impunément le moindre outrage.
A peine le Due eut-il tenvoyé fqn Con-feil, que Lothaire fe préfenta devant le chateau dAigremont; il y fut introduit avec fes cent Chevaliers : On le conduific au Palais,
-ocr page 19-qui étoit rempli de troupes. Le Due 1atten-doit fur un tróne, ayant, a fes cótés, la Du-chefle amp; fon fils. Lothaire le falua, amp; lui dit: Charlemagne, qui connoit votre valeur, eftnbsp;,, étonné du refus que vous faites de lui don- ner le fecours que vous lui devez; il men-,, voye pour vous demander le motif de cenbsp; refus. Sa bonté ne lui a pas permis den ve-5, nir, avec vous, aux dernières extrémités,nbsp; fans sêtre bien afluré de vos vrais fenti- mens. Sils font tels quil le défire, il eftnbsp; prêt a tout oublier amp; a vous rendre fonnbsp; amitié. Si, au contraire, vous perfiftez dansnbsp;,, votre défobéiflance , attendez-vous a unenbsp;,, guerre qui ne finira que par la ruine de vosnbsp; Sujets, amp;, peut-étre, par celle de toute vo- tre familie; car, qui peut prévoir jufquoünbsp;,, peut aller la colère d'un Roi qui fe croitnbsp;méprifé? Charles fe doit a foi-même cettenbsp;5, vengeance; il la doit a la mémoire de tantnbsp; de Chevaliers, dont votre défeftion a caufénbsp;5, la mort dans les champs de la Lombar-die. Le Roi vous annonce done, par manbsp; bouche, qu'il attend une réponfe pofitive;nbsp; amp;, afin que vous ne puiffiez pas 1accufernbsp;,, dinjuftice ou de cruauté, il ma ordonné denbsp; vous dire, que, fi vous perfiftiez dans votrenbsp;», rebellion, il ne mettroit point de bornesnbsp;91 a fa fureur; quil détruiroit vos villes amp;nbsp;,, vos chateaux; quil feroit palier vos Sujetsnbsp; au fii de lépée; qu11 défoleroic vos cam-, pagnes, amp; quil déclareroit une haine eter-M iielle a tout ce qui vous appartient.
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Le Due dAigremont frémit de colère \ il jura de nouveau quil nobéiroit point a Char-letnagae, amp; que, dès ce motneuc, iTlui dé-claroit la guerre. Lothaire lui demanda silnbsp;avoit oublié quil étoit homme-lige de 1Em-pereur. Beuves le regarda avec un mépris in-lultanc : Malheur, dic-il, a liiifenfé quinbsp; seft chargé de 1ordre de Charles, jamaisnbsp; il ne lui rendra compte de fa commiffionnbsp;Béon ofa repréfenter a fon Maitre le crimenbsp;dont il alloit fe rendre coupable. Le Due lenbsp;menapa lui-même, amp; lui impofh filence. Lanbsp;Duchefle prit le Ciel a témoin quelle détef-toit cette adion, amp; protefta quelle ny avoitnbsp;aucune pare. Malheureux Prince, sécria Lo- thaire, tu cours a ta perte; fonges-tu quenbsp;je fuis le fils de ton Roi, amp; que ceft dansnbsp;,, ta propre Cour que tu moutrages ? Ah !nbsp; crois-moi, je ten conjure, préviens les fui- res affreulbs de ta félonie ; ton crime re- tombera fur ta ftmille amp; fur ton peuple;nbsp; il neiqpas de nation, quelque barbare quellenbsp; foit, qui ne fe croye intéreflée a la ver dansnbsp;,, le fang du dernier de-tes Sujets, linjurenbsp; dont tu menaces tons les Souverains dansnbsp; ma perfonne. Beuves, fois plus jaloux de tanbsp; gloire \ fonge que ton nom paflera aux ra-y, ces futures, pour eftrayer ceux qui feroientnbsp;j, rentés de te reflembler,
Beuves, dont la colère étoit a fon comble, ordonna a fes Chevaliers d'arréter Lothaire.nbsp;Ils parurent confternés de eet ordre; mais,nbsp;foit crainte, ou défir de plaire a leur Mai-
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tre, un moment après, ils mirent tons 1épée A la main. Ceux' du jeune prince vinrent anbsp;fon fecours : Bientót, la falie ruiflela de fang.nbsp;Au brult des armes, amp; aux cris des combat-tans, Ie peuple saffemble autour du palais :nbsp;Les Chevaliers Frangois en défendent 1entrée,nbsp;amp; donnent la mort A tout ce qui fe préfente.nbsp;Lothaire vendoit chéremenr fa liberté, il ve-noit de jeter aux pieds de Beuves un Chevalier qui 1attaquoit. Beuves voulut venger fanbsp;mort ; Lothaire vole, 1atteint, amp; lui faitnbsp;courir Ie plus grand danger ; mais fa chutenbsp;même Ie fauve. Furieux a la vue de fon fang,nbsp;il fe relève avec Ie fecours du fage Béon , quinbsp;eflaye en vain de Ie calmer; il monte fur lesnbsp;marches dc fon trone, amp;, profitant de la-vantage du terrain, il sélance fur Ie jeunenbsp;Prince, quentouroit la foule; il lui porce unnbsp;coup fi terrible, quil 1étend a fes pieds; amp;,nbsp;pour mettre Ie comble a fa félonie, il lui coupenbsp;la tête de fa propre main. II ne reftoit plusnbsp;que vingt Chevaliers Francois. DAigremontnbsp;en fit égorger dix en fa préfence, amp; confenticnbsp;de laifler la vie aux dix qui reftoient, A condition quils fe chargeroient de reporter è leurnbsp;Roi Ie corps de fon fils', amp; de lui dire quenbsp;cétoit ainfi que Ie Due dAigremont recevoicnbsp;fes menaces; que Charles devoir sattendre anbsp;Ie voir bientót dans fes Etats a la tête de centnbsp;mille combattans, amp; que Ie plus fort feroit alorsnbsp;Ie maitre de faire fouft'rir au vaincu tel fup-plice qu'il jugeroit a propos.
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recevoir des nouvelles de Ton fils: II connoif-foit le carattère féroce du Due dAi'gremont. Aymon efiayoit de le confoler, amp; lui pro-mettoit daller, lui-même, tirer vengeancenbsp;du perfide, sil avoir eu 1audace de manquernbsp;è ce quil devoir au fils du Roi. Charlemagnenbsp;connoiflbir la fidélité d'Aymon , il voulut Pennbsp;récoropenfer; amp;, pour fe Pattacher encore da-vantage, il lui ordonna de faire venir fes qua-tre fils, afin de les armer Chevaliers. Aymonnbsp;obéit, amp;, le lendemain, il les préfenra au Roi,nbsp;qui fur furpris en voyant une auffi belle familie.
Renaud detnanda dêtre armé le premier; fa beauté, la noblelle qui caraélérifoit fa figure, le courage qui étinceloit dans fes yeux ,nbsp;lui attirèrent Peftime de fon Maitre. Charlesnbsp;fe fit apporter les armes du Roi de Chypre ,nbsp;quil avoit tué, de fa propre main, devantnbsp;Pampelune, amp; les donna a Renaud, commanbsp;au plus brave; cette flamberge, qui devint finbsp;redoutable dans les mains du vaillant Renaud,nbsp;Charles la lui ceignit. Oger le Danois, fonnbsp;parent, lui chaufla les éperons, amp; le Roinbsp;lui donna Paccolade; Renaud monta, devantnbsp;lui, fur Bayard, ce courfier unique, qui, fansnbsp;fe fatiguer, faifoit dix lieues dun ,feul trait:nbsp;Il avoit été nourri dans le Brifgau, amp; Mau-gis, le fils du Due dAigtemont, en avoitnbsp;fait prefent a fon coufin.
Lorfque les quatre frères eurent regii POr-dre de Chevalerie, le Roi fit'publier un Tour-noi pour eux. Plufieurs Chevaliers s'y pré-
-ocr page 23-fentèrent, mais tout 1honneur du combat demeura aux quatre fils dAymon , amp;, fur-tout, au vaillant Renaud. Chai:les ne putnbsp;sempecher de lui marquer fon étonnement;nbsp;il voulut qua 1avensr, ce jeune Héros com-battJtauprès de lui, amp; Renaud lui jura une fidé-lité a route épreuve, pour fes frères amp; pour lui.
Cependant 1Empereur ne favoit que penfer de Pabfence de fon fils, il étoit dévoré dunnbsp;ennui fecret, amp; mille fonges effrayans trou-bloient fon fommeil. Il communiqua fes in-quiétudes aNaimes,qui, jugeantduDucdAi-gretnont daprès la bonté de fon propre ca-raftère^'rafluroit le Roi, qui, de fon cóté,nbsp;saccufóit, en fecret, des fbup^ons que 1amournbsp;paternel lui fuggéroit- fur la loyauté du Due.
Un jour, quils fe protnenoient fur les bords de la Seine, ils virent, de loin, un Chevaliernbsp;couvert de deuil : Charles, qui, le premier,nbsp;le reconnut pour 1un de ceux qui avoientnbsp;accorapagné Lothaire, palit; amp;, fe retour-rant vers Naimes: Ah! Naimes, sécria-t-il,nbsp; mon fils neftplus; malheureux, eeft mol quinbsp;,, 1ai afl'alfiné! ne devois-je pas connoiire lenbsp;^ perfide dAigremontLe Chevalier sap-procha; il avoir encore le vifage couvert denbsp;fang, amp; a peine pouvoit-il parler. Il annoncenbsp;a fon Maitre la mort de Lothaire, amp;, autantnbsp;fiae fes larmes amp; fes fanglots peuvent le luinbsp;permettre, il raconte tout ce qui vient de fenbsp;pailer a la Cour du Due; il na pas encorenbsp;.fini fon difeours, quil tombe amp; expire auxnbsp;pieds de Charles.
-ocr page 24-iS nbsp;nbsp;nbsp;Tes quatre fils
Lempereur, qui ne peut réfifter a ce fpec-wcle, fe jette dans les bras dOger Ie Danois, il inonde fon fein de fes larmes , en invo-quant la mort. Le Due de Bavière embraflenbsp;les genoux de fon Maitre. Ah! Sire, dit-il,nbsp; ni vous, ni aucun de vos Chevaliers, ninbsp;gt;, moi-même, neulïïons jamais pu prévoir unenbsp; auffi déteftable trahifon. II neft aucun denbsp;,, nous qui ne donnat fa vie pour racheternbsp;,, celle de Lothaire; nous le regardions, tous,nbsp; comme un autre vous-même; mais, aprèsnbsp;,, eet événement funefte, nos regrets amp; nosnbsp;,, plaintes ne font quun témoignage inutilenbsp;,, de notre amour ; Les arrêts du Ciel fontnbsp;,, irrévocables, la Mort fe rit de nos cris im- puitl'ans. Ce ne font pas les angoifles dunenbsp; ame fenfible, que demande votre fils; cefcnbsp;la vengeance dun père outragé, ceft lenbsp;,, courroux dun Souverain, en vers lequel oanbsp; a violé les droits de la nature amp; des nations.nbsp; Le fang doit couler, amp; non pas des pleursnbsp;,, ftériles : Courons aux armes; il neft pasnbsp;,, queftion de vaincre, il ne sagit que denbsp; punir.
Ces paroles embrafèrent le emur de Charles; amp;, forcant de la léchargie de la douleur, ilnbsp;ordonne a tous fes Chevaliers, amp; d tous fesnbsp;Courtifans, de fe difpofer a marcher au de-vant des triftes reftes de fon fils, que fes Chevaliers apportoient. II partit, accompagné denbsp;Naimes, d'Oger, de Sanfon de Bourgogne ,nbsp;amp; de plufieurs autres Seigneurs. Ils rencontrè-rent le corps de Lothaire a dix lieues de Paris j
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Charles 1arrofa de fes larmes amp; jura de Ie venger; il voua une haine implacable a Beu-ves, amp; remit Ie cercueil aiix Seigneurs de fanbsp;fuite, qui Ie portèrent, eux-mêmes, dans Ienbsp;tombeau des Rois, 1Abbaye de Saint-Ger-niain-des-Prez.
Le Roi sen retournoit triftement k Paris, avec quelques-uns de fes pltis zélés Courti-fans,-qui parcageoient fa douleur, lorfquunnbsp;Chevalier vine 1averrir du depart dAymonnbsp;amp; de fes quatre fils. Charles en fut indigné;nbsp;fa jufte haine pour d'Aigremont ne lui permit pas de fonger qnAymon étoit le frèrenbsp;de fon ennemi; il les enveloppa, 1un amp; 1'au-tre, dans la même profcription. Dans fa fu-reur, il traita les quatre Chevaliers dingratsnbsp;amp; de perlkies : II fe fit raconter, enfuite,nbsp;jufquaux moindres circonftances de leur dé-feélion.
LorfquAymon, lui dit le Chevalier, a été inftruit de la trahifon de Beuves fon frère,nbsp;5t de la mort deplorable de Lothaire, il anbsp;afiemblé fes enfans amp; leur a dit, la larme ènbsp;1ceil ; ,, O mes amis! la honte dont mon frèrenbsp;me couvre, me jette dans la ntuation lanbsp; plus accablante. Quelle que foic 1amitiénbsp;5» qui me lie a lui, quel que foit le refpecT:nbsp;». que vous lui devez, nous ne pouvons pasnbsp;gt;» nous dilfimulerlatrocitéde fon crime. Char- lemagne, juftement irrité, va raflemblernbsp;,, contre laliaffin de fon fils les forces les plusnbsp; redoutables. Quel parti pouvons-nous pren-}gt;dre, dans une circonfiance auffi délicate?
-ocr page 26-a o nbsp;nbsp;nbsp;Les qmtre fils
5, La juftice eft pour Charles; maïs les Hens
les plus facrés nous uniffent au plus coupable. Défendre lun , ceft nous rendte complicesnbsp;9, de fon crime; entrer dans les projets denbsp;,, vengeance de 1autre, ceft violer tous lesnbsp;yf droits de la nature : Quelque parti quenbsp;3, nous embraffions, nous ne pouvons éviternbsp;33 les reproches .de notre confcience amp; denbsp;33 1honneur.
Alors, continua Ie Chevalier, Renaud a propofé un troifième parti, celui dun^ entièrenbsp;neutralité. I! eft vrai, a-t-il dit, que nousnbsp;3, venons de prêter ferment dobéillance amp; denbsp;3, fidélité è Charlemagne, amp; que j'ai promisnbsp;3, de combattre toujours auprès de lui; maisnbsp;3, cette promefle ne peut pas raengager a pren-3, dre les armes contre mon oncle : Dun au-3, tre cóté, Ie Due d'Aigremont me fera pasnbsp;3, afiez injufte, pour trouver mauvais que nousnbsp;3, ne Ie feconrions pas. II fait ce que nous de-3, vons i notre Roi, amp; fon crime eft tropnbsp;3, atroce, pour ofer fe plaindre de notre inac-3, tion Alard , Richard amp; Guichard, fenbsp;font rangés a eet avis, amp; font partis pour lesnbsp;Ardennes. ¦
Ainfi paria Ie Chevalier, fans ajouter un mot qui put condamner ou juftifier Aymonnbsp;amp; fes enfans; mais Ie Roi jura de fe vengernbsp;deux, amp; leur voua la même colère qua leurnbsp;père.
Cependant, Edwige, 1époufe dAymon, étoit accourue au devant de lui; elle embrafla,nbsp;tour a tour, les quatre Chevaliers, amp; leur père.
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Elle avoit appris les honneurs quils avoient regus de Charles, amp; ne pouvoit comprendrenbsp;pourquoi ils avoienr fi-tóc quitté fa Cour. Ay-iiion lui raconta ce qui venoit de fe pafl'er anbsp;Aigremont, amp; la réfolution quils avoient pri-» de ne foutenir ni la félonie de Beuves, ninbsp;jufte reflèntiment de Charles.
Edwige étoit alliée k la Maifon de France amp; i celle dAigreinont. Elle ne put setnpé-cher de frémir de la déloyauté du Due;
malgré tour lamour qu'elle avoit pour fon époux: II me femble, lui dit-elle, que toutenbsp;9i forte de motifs devoient vous engager 4 fui-vre Ie parti de 1Empereur; il eft notre Roinbsp;5, amp; Ie bienfaitaur de nos enfans. Vous man-,, quez a la foi amp; a la reconnoiflance que vousnbsp;5, lui devez; vous nuifez a vos propres inté-5, rêts: Car, vous ne devez pas douter quaprèsnbsp;5, avoir ravagé les Etats de Beuves, il nenbsp;j, tourne fes armes contre les parens de 1af-5, faffin de fon fils. Vous m'objeétez les liensnbsp;5, du fang qui vous uniflent au perfide; eft-il desnbsp;j. Hens qui puiffent unir Ie crime amp; la vertu?nbsp; Répondez-moi, mes enfans, fi Beuves eücnbsp; aflaffiné votre père, renonceriez-vous a lanbsp;3, vengeance, paree que 1aflaffin eft votre on-i, cle? En violant Ie droit des gens, refpedénbsp;a» des Peuples les plus barbares, en outrageancnbsp;Votre Roi, en 1aflaflinant dans la perfonnenbsp;sgt; de fon fils, Beuves a-t-il commis un moin-9, dre attentat? II vous eüt privés d'un père,nbsp; il privé la France d'un Souverain qui mar-,gt; choit déja fur les traces du fien, amp; qui eüt
-ocr page 28-,22 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
fait ie bonheur du monde ? Que favons-y, nous? Beuves eft, peut-étre , la caufe que les valles Etats de Charlemagne feronr gou-,, vernés par un Tyran, ou par un Prince foi- ble amp; p^ufillanime? Que feroi:-ce encore, fi,nbsp; ce que je ne puis croire, la fortune, favori-,, fant Ie crime, dAigremont écoit vain-,, queur? Ah! mes chers enfans, quels repro-,, ches nauriez-vous pas a vous faire, ennbsp;,, voyant votre Roi a la merci du bourreaunbsp; de Lothaire? Croyez-moi, retournez futnbsp;,, vos pas, amp; fervez votre Maicre.
Aymon adoroit Edwige ; il fut fenfible k fes reproches ; Ses fils étoient confternés. Ilsnbsp;abhorroient Ie crime de leur.oncle ; Ils étoientnbsp;fur Ie point de_ reprendre Ie chemin de Paris;nbsp;mais la tendrefle de leur mère, affoibliflanc fonnbsp;courage, elle les arrêta, amp; leur demanda denbsp;lui donner encore quelques jours.
Cependant, Charles ordonnoit les prépara-tifs de la guerre. II avoit renvoyé dans leurs terres la plupart de fes Barons amp; de fes Chevaliers, afin quils raflemblaflent leurs Vaflauxnbsp;fous leurs bannières : II les avoir ajournés aunbsp;champ de Mars, pour Ie 15 du mois de Mainbsp;fuivant. Le Due dAigremont ne tarda pointnbsp;a être informé des projets de Charles. II in-vira tous fes parens a fe joindre a lui. Gérardnbsp;de Rouffillon amp; le Due de Nanteuil, fes frè-res, firent des levées confidérables. Charlemagne étoit trop puiflant, amp; trop adoré, pournbsp;navoir point denvieux. Plufieurs Seigneurs,nbsp;trop foibles pour laifler paroitre leur rnécon-
-ocr page 29-tentement en particulier, sunirent a Beuves, quand ils 5e -viren: foutenu dune armee denbsp;quatre-vingts mille hommes. II nattendit pasnbsp;que Charles fut entré en campagne. Lor-gueil 1aveugloit trop, pour lui donner Ie tempsnbsp;de hattendre dans fon chateau d'Aigremont.nbsp;Sidans fes muts de roches vives amp; inac-ceffibles, défendus par des marais impénétra-bles, il eüt attendu la vicloire, il eüt, fansnbsp;don te, pu efpérer de 1obtenir.
K-ichard, Due de Normandie, fe rendit auprès de Charlemagne , dès Ie coramence-menc de Mai, a la tête de trente mille hommes, qui campèrent fur les bords de la Seine,nbsp;Le Comte Guichard arriva, bientót après,nbsp;avec un grand nombre de Chevaliers. Salomon, Due de Bretagne, Ie fuivoit de prés,nbsp;avec 1élite de la Province. Il arriva des troupes de routes parts. Dès quelles furent raf-femblées, Charles fit lui-même la difpofitionnbsp;lt;le 1ordre de bacaille. Son avant-garde, com-pofée de quarante mille combattans, étoitnbsp;lous les ordres de Richard, de Galerand denbsp;Bouillon, de Gui de Bavière, de Nemours,nbsp;Oger amp; Eftouteville. Charles étoit au centre ,nbsp;amp; Naimes faifoit 1arrière-garde.
Larroée fe mit en rnarche Ie troifième jour. Oger, qui conduifolt un corps détaché ennbsp;avant , rencontra un homme darmes, quive-rnoit a. ^ toute bride. II demanda detrenbsp;conduit a Charlemagne. Oger le préfenta lui-meme, Ce foldat 1avertit que Iarroee enne-mie avoir pénétté au cêntre ds lu Champa-
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Les quatre fis
gne, amp; quelleavoit formé Ie fiége de Troyes; que Ie Commandant fupplioit lEmpereur denbsp;venir promptement au fecours des affiégés, s'ilnbsp;vouloit conferver cette place importante, quenbsp;Beuves preflbit beaucoiip.
Cette nouvelle enflamma Ie courage de Charlemagne ; il ordonna a Oger de hiter fanbsp;marche, amp; fe félicita de trouver Ie Due dAi-gremont en campagne. II fit dire a Naimes,nbsp;a Bouillon amp; a Godefroid de Frife, de fairenbsp;marcher promptement leurs divifions, maisnbsp;fans les fatiguer. Trente mille combattans denbsp;1avant-garde firent halte a une demi-lieuenbsp;de la Ville, jufqu'a ce que toute 1arinée eücnbsp;rejoint. Oger, qui portoit 1Oriflamme, en-voya Ie Troyen, quil avoit rencontré, au Commandant de la Place, avec lequel il en-tretenoit une correfpondance fecrette, pournbsp;lui faire favoir que Charlemagne étoit a portee de Ie fecourir.
Enfin, 1avant-garde de Beuves, comman-dée par Gérard de Rouffillon, rencontra celle de 1armée Fran§oife. Les deux armées étantnbsp;arrivées, sarrêtèrent un moment amp; firentnbsp;leurs difpofitions. Dés quelles furent rangéesnbsp;en bataille, Gérard donna Ie fignal du combat, en terraflant un Allemand dun coup denbsp;lance. II faifit fon enfeigne, amp; fit fon cri :nbsp;Sa troupe accourut. Oger donna 1impulfionnbsp;a fes foldats, Ie combat devint furieux.nbsp;En un moment, la terre fut convene denbsp;membres épars, de cafques fracalTés, de dé-bris darmures; Ie fang ruifleloic de tous có-
tés.
-ocr page 31-amp; les trois frères, fuivis de kurs meil-leures troupes, fe précipitenc fur les efca-drons du Roi. Les Poitevins, les Allemands, ks Lombards, leur oppofent un mur impé-nétrable. Richard de Normandie eft a leurnbsp;tête. ün Chevalier, ami particulier de Gerard de Rouffillon, vent pénétrer dans k ba-taillon des Poitevins; Richard, qui k voit ve-nir, 1attend amp; k perce doutre en öotre, dunnbsp;coup de lance. Gerard veut le venger; mais Nanteuil larrête, amp; lui fait obferver quils onenbsp;a combactre tout le corps que le Roi com-mandoit. Comme ils délibéroient, Galerandnbsp;de Bouillon lue, a kurs yeux, un de kursnbsp;neveux. La furetir emporte Gérard, qui faicnbsp;avenir le Due dAigremont. II vient avecnbsp;de nouvelks troupes, amp; rencontre cellesnbsp;du Roi. La mêlée devint générale, la fureurnbsp;combattoit contré la rage; mais la fureur denbsp;Charles etoit éclairée par la prudence, Beu-vesfrappa Gauthier de Croifmar, amp;, du mê-me coup, per9a fon écu, fon armure amp; fonnbsp;corps. Richard de Normandie attaqua dAigre-mont; kur combat fut terrible; la mdmeardeurnbsp;de vaincre les animoit 1'unamp; 1autre; la force,nbsp;Padreiïè, tout fut mis en ufage de part amp;nbsp;d autre. La haine qui tranfportoit d'Aigre-mont, ne lui hillbit pas affez de réfiexionnbsp;pour fe défendre. Richard per^a fon boucliernbsp;biefla, DAigretnont fe bat en retraite. Ri-
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-ocr page 32-a6 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fih
chard fe félicite déjd davoir trouvé loccafio» (ie venger la mort de Lothaire; II Ie preflè, fai-fu uo moment favorable, amp; luj pprte un coupnbsp;fi terrible, quil croit lavoir tué ; mals Ie coupnbsp;tombe fur Ie cafque dacier de Beuves, glide Ienbsp;long de fon armure amp; fépare la croupe de fon die-val du rede du corps, de forte que dAigre-mont alia mordre la poudière. Cen étoit faitnbsp;de lui, 11 Richard eüt p_u defcendre de fonnbsp;cheval avant que fon ennemi ne fe fut rele-vé, avec Ie fecours de quelques Chevaliers,nbsp;qui expofèrent leurs jours pour fauver les flens.
Charlemagne raflemble autour de lui , Oger Ie Danois, Naimes, Bouillon, Hoël du Mans,nbsp;Salomon, Léon de Frife, 1Archevéque Turpin, Eftouteville, amp; plulieurs vailians Chevaliers . Amis! sécria-t-il, vengez votrenbsp;,, Roi; fon affront rejaillit fur vous; que dAi- gremont amp; fes frères ne nous échappentnbsp;point En même temps, il met fa lancenbsp;en arrêt, court fur Gérard de Roulfillon amp;nbsp;Ie renverfe. Sa mort étoit aflhrée, 11 fes frères ne fuflént venus a fon fecours. Qger pritnbsp;un des Chevaliers de la fuire de Gerard pournbsp;Gérard même, lui fendit la tête jufqqau go-ller, amp; chaque moitié tomba fur chacune denbsp;fes épaules. Richard frémit amp; Gommen9a denbsp;craindre pour lui-iuême. Beuves, non moinsnbsp;étonné, ofa prier Ie cid de^le fauver, amp; denbsp;ne pas permettre quil tombat entre les mainsnbsp;du Roi. Le Ciel exauce, quelquefois ,les vteuxnbsp;des méchans; mals cell pour les punir avecnbsp;plus de févérité, Si le fecouts mqmsatane qu'il
-ocr page 33-leur prête, neft quun piège qui! tend a leut imprudence.
Le jour étojt fur fon declin; les deux ar-mees étoient également fatiguées;^ celle du Due dAigremonrfe bactoit en retraite, amp; les Francois, conteiis davoir gagné Ie champ de ba-taille, ne ie mettoient point en peine de pour-fuivre les fuyards. Charles, qui favoir quilsnbsp;®e pouvoient pas lui échapper, fic cefler Ienbsp;combat.
Gérard sétoit retiré dans fa tente, il tnau-diffbit Ie jour oü fon frère porta une main téméraire fur Ie Ills de fon Roi. Beuves, Ienbsp;¦vifage couvert de fang, vine auprès de lui,nbsp;foutenu par deux Chevaliers. Beuves cómmen-Coit il fentir des remords', mals il nofoit ksnbsp;faire paroitre. Gératd, qui Ie croyoic faleffénbsp;mortellemenc, 1embrafle en foupirant; car,nbsp;quoiquil déteftat Ie crime de fon frère, fesnbsp;jours ne lui étoient pas moins précieux. II fitnbsp;appeler un Médecin, qui ne trouva que denbsp;fortes contulions amp; des blefiures qui neffleu-roient que la peau. lis envoyèrent cherchernbsp;leut frère Nanteuil amp; les principaux Seigneursnbsp;de leur parti. Cette journée en avoir enlevénbsp;plufieurs, amp; la plupart de ceux qui reftoiencnbsp;étoient bkffés.
Lorfque k Confeil de Guerre fut aflemblé, Gérard leur expofa la fituaüon de 1'armée,nbsp;ks fautes quon avoir faites, ks manoeuvresnbsp;qui avoient k mieux réuffi, ce quon pouvoitnbsp;efpérer, ou craindre, de la bataille qu'on fenbsp;difpofoit ^ livter k kiidemain. Pat Ie rapport
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Les quatre fils
des Efpions, Gérard avoir appris oü étoit pré-cifémenr la rente de 1Empereur, amp;, quoiquelle fut gardée par Naimes amp; par Oger, il fe fiat-toit dy pénétrer; il connoiflbit un fentier quinbsp;pouvoit y conduite, en égorgeant deux feiT-tinelles : II eft vr^i quil falloit trompet unenbsp;garde avancée, il en donnoit des moyens in-faillibles. II propofa done, ou de furprendrenbsp;Charlemagne dans fa rente, ou datcaquer lesnbsp;Frangois au milieu de la nuit, amp; de profiter dunbsp;défordre pour mettre Ie feu dans leur camp :nbsp;,, Je fais, ajouta-t-il, que 1un amp; 1autre denbsp; ces partis eft également dangereux; maïs ilnbsp;,, ny a que 1audace amp; la témérité qui puif- fent nous fauver : Q^and 1ambition amp; lanbsp; politique arment les Souverains, la foumif- fion du vaincu appaife aifément Ie vain-,, queur; mais quand la vengeance combat con- tre la haine, Ie vaincu na de reflburce quenbsp; dans fon défefpoir. Si nous donnons a 1en- nemi Ie temps de nous attaquer, nos trou- pes, fatiguées amp; découragées , fe croyancnbsp;plus foibles quelles ne font, en effet, nenbsp; fongeront qua évicer leur perte, fans ofernbsp; tenter Ie moindre effort; amp;, corame ellesnbsp; fa vent Ie fort qui les attend, fi elles torn bentnbsp; entre les mains de Charlemagne, elles pren- dront la fuite, fans avoir combattu ; amp; Ienbsp; Chateau dAigreraont, fe trouvant fans dé- fenfe, fera la proie du vainqueur. Si, au con- traire, nous pouvons furprendre fon camp,nbsp; Ie trouble amp; la confufion des ennemis dou- bleront Ie courage de nos foldats; les tranf-
-ocr page 35-i'Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;^9
fugesviendroncgroffirnotrearmée, avant M que les Fran9ois ayent Ie temps de fe rallier,
gt;, nous aurons celui de prendie des mefures pour nous rétabliri amp;, fi la fortune nous tra-rgt; hit unefeconde fois, dumoinspourrons-nousnbsp;faire une retraite honorable, rentrev dansnbsp;3J les murs dAigremont, amp; voir 1armée denbsp;Charles fe confumer en efforts impuifl'ans.nbsp;Après avoir ainfi parlé , Gérard detnandanbsp;1avis du Confeil, amp; commen9a par Ie Due.nbsp;y, Cen eft fait, mon frère , dit Beuves, manbsp;3, défaite a diffipé mon ivrelfe; jai trop long-,, temps écouté mon orgueil : Jaime Ie fen-,, timent qui vous infpire. Votre amitié povrrnbsp; moi, Ie courage qui vous anime, vous fontnbsp;voir les entreprifes les plus difficiles, commenbsp; fi elles étoient les plus fimples. Quand vousnbsp; avez formé Ie projet denlever Charlemagne,nbsp;y) avez-vous fongé que 1amour des Fran9oisnbsp; eft une fauve-garde qui met leurs Rois dnbsp;,, couvert dune telle entreprife ? Quand il fe- roic poffible de parvenir jufqua fa tente ynbsp; quand raême nous laurions en notre pou-voir, penfez-vous que toute la France nenbsp;3, fe ligueroit point pour nous 1arracher ? Si,nbsp; pour venger la mort du fils , elle a fait unnbsp;j, armement fi redoutable, que ne feroit-ellenbsp;31 pas pour nous punir des outrages faits aunbsp;» père ? Vous propofez de furprendre Ie camp ;nbsp;,, mais, quand hexécution de ce projet feroitnbsp;33 facile que votre courage vous 1a faitnbsp;33 croire,^ ne refteroit-il pas toujours au Fran-,j 90ls aflez de troupes pour oppofer aux nótres?
3lt;3 nbsp;nbsp;nbsp;Zes quatre fils
,, Nous en ferions une déroute générale, que Charles pourroit mettre fur pied une armeenbsp; beaucoup plus nombreufe. II ne nous reftenbsp;,, dautre parti a prendre; vous Ie dirai-je ,nbsp;amp; pourrez-vous croire que Ie fier Due dAi-gremont ait pu Ie concevoir? ceH dim-plorer la générofité du vainqueur.
Cet avis furprit lafl'emblée ; Comment, di-foit-on, un homme alléz téméraire pour faire è fon Souverain 1outrage Ie plus fanglanc,nbsp;a-t-il aflèz de confiance en lui pour efpérernbsp;den obtenir Ie pardon? Cependant, on gardenbsp;un morne filence : Beuves, qui connoit la grandenbsp;ame de 1Empereur, oftre de fe livrer lui-mêmenbsp;pour fauver fes fujets. On soppofe vainemencnbsp;a ce deflein ; II nomme trente des principauxnbsp;Seigneurs de fa Cour , leur donne fes inftruc-tions amp; les envoye vers Charles.
Au point du jour, dès que Ie Roi eut rangé fon armee en bataille, les Envoyés de Beuvesnbsp;fe firent introduire dans la tente royale; ilsnbsp;fe proftérnèrent aux pieds du vainqueur, ennbsp;implorantfamiféricorde.Sire,sécrièrent-ils,nbsp; en frappant la terre de leur front, quelquenbsp; horreur que Ie nom de Beuves doive vousnbsp;,, infpirer, quelque haine qui vous anime con- tre lui, c'eft lui*mérne qui nous envoye,nbsp;,, non pour vous demander fa grdce, il fait tropnbsp; quil sen eft rendu indigne; mais pour de- mander celle dun peuple infortuné qui nefcnbsp;« point complice de fon crime. Loin de fenbsp; fouftraire a votre vengeance, il oftre de ve-,, nir fe remettre^ lui-même» avec fes frères,
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eiitTS tro'S mriTTis. n fe leconnoic le plus cri-gt;» minel des hommes. Vous Iavez fait menacer 5) du fupplice le plus ignominieux; ofdonnez»nbsp; Sire, )1 Tiecdra lui-rttême au devant de fesnbsp;», bourreaux, amp; il regardera comme une fa-V quot;veur, de perdre la vie, sil peut fauver, a cenbsp;»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, fes malhetireux fujets.
Charlemagne frémit en entendant pronon-cer le nom du perfide : II détourna la vue avec horreur amp; garda un profond filence; mais,nbsp;le rompant tout a coup : Le barbare ! sé-91 cria-t-il, fon fang , amp; tout celui de fes full jets, me rendront-ils mon fils? Et que mim-n porte le fupplice dlin monftre! Ceft amp; 1u-,, nivers que je dois 1exemple de fa raort. IInbsp;viendra, dites-vous, fe remetrre en mesnbsp; mains, amp; donner fa vie pour le falut denbsp; fon peuple ! Le ISche ! un projet aufli géné-11 reux na pu être con^u par Iaflalfin du filsnbsp;,1 de fon Roi; c'eft quelque nouvelle trahifonnbsp;11 quil médite, fous 1'apparenee dun facrificenbsp;1, digne dun coeur plus magnanime que le fien.
Charlemagne fit fortir les députés, amp; fic appelet le Due de Bavière, Oger le Danois,nbsp;Galerand de Bouillon, Odet de Langei, Hoelnbsp;du Mans, Léon de Frife, amp; les autres Seigneurs de fa Cour. II kur raconta ce qui ve-noit de fe pafler. La propofition du Due dAi-grernont les étonna ; mais aucun nofa donnernbsp;Naimes fut le feul qui dit au Roinbsp;qu US étoient tout prêts a le venger; mais quilnbsp;n appartenoit qua lui daccepter ou de rejeternbsp;toute capitulation avec le Due Charles rêva
3 a nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre Jih
un moment, sécria plufieurs fois; Ó mon fils! Ö Lothaire! verfa quelques larmes, amp; fit direnbsp;aux Députés dentrer. Allez rapporter a cenbsp;j, traitre, leur dit-il, que je confens de fairenbsp;5, gramp;ce a fes fujets, a condition que fon ar-mée mettra bas les armes amp; fe rendra pri- fonnière de guerre , quil vendra , accom-pagné de fes frères, fe mettre en mon pou-;voir; mais, pour le convaincre quils nenbsp; doivent efpérer aucune gr^ce pour eux-mé-,, roes, vous leur direz que vous avez vu lesnbsp;,, échafauds drefles pour leur fupplice Charles voulut quon les elev^t en préfence desnbsp;Députés, amp;, dés que eet ordre fut exécuté,nbsp;il les renvoya vers leur maJere, en les avertif-fant quil ne lui donnoit que jufqu4 midi,nbsp;amp; quune heure plus tard, 1armée feroit pafl.eenbsp;au fil de 1épée. II ne croyoit pas le caraélèrenbsp;féroce de Beuves capable de fentir les malheurs de fon peuple.
Le Due neut pas plutót appris les intentions du Roi, quil ordonna 4 fes Officiers de taire défarmer les troupes, amp; 4 route lar-mée de fe tenir prêie a le fuivre. Le Due denbsp;Nanteuil amp; Gérard de Rouffillon refufoiencnbsp;obftinément daccepter les conditions de.Char-les; le Due dAigremont leur difoit : Pen- fez-vous quune ame aulli généreufe veuillenbsp; profiter de 1avantage que nous lui don- nons: II nous eüt combactus jufqu^ la der-5, nière goutte du fang de nos fujets; maisnbsp;), jamais fon grand courage ne savilira juf- qu4 faire périr dans les tourmens des en-
-ocr page 39-)gt; Tiemis qui fe livrent a lui. II les détermi-» na, enfin, amp; ils partirent.
Le Due dAigremonc marchoit le premier, amp; fes deux frères venoient après lui; ils étoienc 'nbsp;nue tête, en chemifes amp; la corde au col, fui visnbsp;de quatre cents Chevaliers, aufli en_ chemi-Is, Sc fans armes. Tous les Soldats, uéfarmes,nbsp;amp; nue tête, marchoient a une certaine dif-tance, amp; faifoient retentir les airs de cris amp;nbsp;de gémiffemens. Lorfque les trois frères arri-verent au camp de Charles, leur armée sar-rèta amp; mit un genou a terre ; ils avancèrentnbsp;vers la rente de 1Empereur; H en fortit, amp;,nbsp;auffi-tdt, eux amp; les Chevaliers fe proftetnè-rent. Charles les fit lever amp; leur tnontra lesnbsp;echafauds; ils sy acheminèrent en lilence :nbsp;Charles les arrêta, amp;, ne pouvant retenir fesnbsp;larmes:
Malheureux! leur dit-il, que vous avoit fait mon fils ? Beuves fut pénétré de ce re-proche, amp;, tendant les mains vers fon Roi,nbsp;déchiré de remords véritables, amp;, fentant, dansnbsp;ce moment, route 1énormité de fon crime,nbsp;demanda fincèrement la mort, comme une grS-ce. Les Bourreaux étoient prêts; les Courti-fans de Charles attendoient, dans un mornenbsp;filence, la fin de cette tragique aventure ;nbsp;Charles lui-même, fe couvrant les yeux denbsp;fes mains, paroiflbit agité des tranfports lesnbsp;Plus yiolens, a peine pouvoit-il refpirer; desnbsp;loupLrs sexhaloient du fond de fon cceur, amp;,nbsp;lamnt, enfin, un dernier effort fur lui-même :nbsp;», 0 mon filsl sécria t-il, puifle le facrilice
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-ocr page 40-34 nbsp;nbsp;nbsp;^0-5 quatre fils
que je vais te faire appaifer ton ombre; je ,, vais toifrir une vidime plus digne de toi,nbsp;,, que de vils aflaffins. Oui, ceft moi, cefl;nbsp; ton père qui simmole, qui te facrifie fonnbsp; refientiment amp; fa haine! Sois libre, dAi- gremont, reprends les marques de ta digtii-té, amp;, malgré ta trahifon, renouvelle-moinbsp;,, Ie ferment de fidélité que tu as rompu : Duf-,, fes-tu me trompet encore, je Ie recevrai;nbsp;,, que tes frères amp; les complices de ton cri- me, resolvent Ie même pardon,
Beuves embrafla les pieds de Charles, amp;, les fanglots étouffant fa voix, il fe frappoitnbsp;la poitrine, tournoit fes yeux vers Charles,nbsp;amp; laiflbic retomber fa têce dans la pouffière;nbsp;II avoua que tons les fupplices quauroit punbsp;lui faire fouffrir Ie Roi, auroient été moinsnbsp;afireux que les fentimens quil éprouvoit dansnbsp;ce moment. Tout Ie camp pleuroit datten-driflement, tout retentiflbit du nom amp; de 1é-loge de Charles. Ses viftoires navoiem jamaisnbsp;été li célébrées. On nentendoit, dans fon armee, que des cris dadmiration amp; damournbsp;5,0 grand Roi! lui difoit Naimes, en plea-5, rant, lunivers, vaincu, qui vous deman-5, deroic des fers, feroit un triomphe moinsnbsp;3, glorieux que celui que vous venez de rem-5, porter. O dAigremont 1 difoit Oger, quenbsp; tes remords doivent étre alFreux amp; cuifans!nbsp; O Lothaire 1 sécrioit Charles, quil eft doux,nbsp; mais quil en coute de pardonner!
Cependant, par les ordres du Rol, on avoit fait porter, aux trois frères, amp; aux
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Chevaliers de leur fuite, des arnies amp; des habits ¦, on avoit puhlié uue amniftie généralenbsp;dans 1armée efinemie, qui deraandoit a grandsnbsp;tris que Charles la conduisit aux entreprilesnbsp;les plus difficiles, amp; quelle répondoit du fuc-cès. Charlemagne re9ut les fermens des troisnbsp;frères, amp; leur permit, ainfi quaux Chevaliers de leur fuite, de voir tous ceux de Ionnbsp;armée. Ils étoient, les uns amp; les autres, parens ou amis : Naimes les conduifit, St chacunnbsp;des Chevaliers Francois, n'eut, peut-etre,nbsp;pas un moindre facrifice a faire, que celui donenbsp;Charles venoit de leur doniier Texemple.
Comme Its Courtifani ont Vart de fatisfalre ieurs pajjïons au nom de kur Souverain, quinbsp;ne s'en doute pas, amp; au préjudice de fes Su-jets, qui voyent la perfidie, en fouffrent ^nbsp;nofent sen plaindre. Trahlfon de Ganelon.nbsp;Mon du Due d Aigremont. Douleur de lanbsp;Duchefft. Sermens de Maugis de venger fannbsp;pire.
A guerre des Aflaffiris ( eeft ainfi quon ^voit nomme celle qüi venoit dêtre terminée )nbsp;avoit éteinc route haine entre les fujets denbsp;Charlemagne amp; les Vaflanx de dAigremont tnbsp;Ces trois frères avoient promis de Ih trouvetnbsp;aux environs de Paris, au commencetnen: du
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jnois fuivant, avec dix tnille combattans aux ordres du Roi. Le temps étoit arrivé; dAi-gremont avoit fait fes préparatifs; au lieu denbsp;dix mille, il avoit levé quinze mille hommes,nbsp;les plus beaux de fes fujecs, amp; en donna lenbsp;commandeinent a Gérard amp; a Nanteuil, fesnbsp;frères, amp;, ayant pris avec lui deux cents Chevaliers, il dirigea fa route vers Paris. En ar-rivant a Soiffons, il vit venir a lui une troupenbsp;denviron quatre mille hommes. II sarrêta.
Cette troupe étoit conduite par le traltre Ganelon. II avoit été témoin de 1aftion gé-néreufe de 1Empereur , lorfquil pardonna aunbsp;Due dAigremont. II regardoit ce pardonnbsp;comme une foiblefle de la part de Charles,nbsp;amp;, de la part du Due, comme une baflefle quinbsp;déshonoroit fa familie : II étoit incapable denbsp;1envifager fous un autre point de vue ; IInbsp;voulut les en punir 1un amp; 1autre; il étoitnbsp;leur parent; la haine les lui rendoit égalemencnbsp;odieux, il ne refpiroit que vengeance. Né brave , OU plutót, féroce amp; téraéraire , le partinbsp;le plus injulte étoit toujours celui quil em-braflbit. Paree quil étoit méchant, il foup-5onnoit tous les hommes de iétre; il ne voyoitnbsp;en eux que perfidie, amp; il nétoit occupé quenbsp;de projets de trahifon. II fepréfenta a Charles,nbsp;accompagné de Foulques de Morillon, denbsp;Harare amp; de Berenger. Sire, lui dit-il, cenbsp;,, n'eft point a moi a bldmer 1aélion héroïquenbsp; que vous avez faire a 1égard de Beuves;nbsp; II a égorgé votre fils; vous ne vous con-)) tentez pas depardoiicer} vous lui permettez
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gt;» un accès facile dans votre Cour; vous ac-jgt; ceptez fes fervices. Quel eft celui de vos gt;5 P^usfidelles fujets , que vous traiteriez plusnbsp;i'avorablement? Cependant, Sire, sil y a quel-quun qui doive vous étre fufped;, ceft Beu-gt;gt; yes, amp; fes frères Charles lui répondit quilnbsp;lui fufiifoit davoir pardonné , pour ne jamaisnbsp;revenir fur Ie pafle , qua la vérité , Ie coupnbsp;que dAigremonc lui avoit porté , lui étoitnbsp;trop fenfible pour qu'il püt jamais en faire fonnbsp;umi; mais aufli, que, plus Ie pardon quil avoitnbsp;accordé avoit repugné è fon cceur paternel#nbsp;amp; plus il étoit réfolu de foutenir ce quil avoitnbsp;fait. Prince généreux amp; confiant, sécria Ienbsp;traitre, depuisquand la bienfaifance a-t-ellenbsp;,, acquis des droits fur Ie cmur du méchant ?nbsp;») Eh bien ! apprenez que dAigremont vousnbsp;j» trahit encore. Jai furpris fon feciet; un denbsp;»»fes Chevaliers, que jai vaincu, ma toutnbsp;,, avoué, en mourant. Beuves na eu recoursnbsp;,, a la foumiffion, que paree quil sefl; trouvénbsp;j) Ie plus foible ; il favoit bien que vous luinbsp;j, pardonneriez. II vous a offert de vous fervirnbsp;ï, avec dix mille hommes; il en a raliemblénbsp;j, quinze mille ; il vous fuivra dans vos con- quétes, vous en obtiendrez des fervices ef-y, fentiels, afin de mieux saflurer de votrenbsp; confiance; mais, lorfque vous engagerez quel-que aftion générale, lorfque vos troupes fe-ront occupees a 1attaque de 1ennemi, dansnbsp;gt;5 Ie moment oü, fongeant plus a votre gloirenbsp;qua votre fureté, vous leur donnerezlexem-I) ple de la valeur i tremblez : Ceft 1inftant
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Zei quatre fils
f, qail a choifipour ia vengeance. II aprojeté cie vous enlever, au milieu de votre avmée ;
des ordres fecrets font donnés a fes trou-f, pes. A un certain fignal, dix mille hoin-5, mes doivent fe réunir amp; tournet leurs ar-), mes contre vos foldats; des transfuges aver- tiront 1ennemi; Ie délbrdre fe mettra dans votre armee, qui ne pourra pas soccuper,nbsp;,, en même temps, de fa défenfe amp; de lanbsp;,, vótre; dans cecte d'éroute, cinq mille hom- mes, conduits par Beuves, doivent vousnbsp;entourer, amp; vos troupes, qui ne ferontnbsp;,, point prévenues de cecte trahifon , sima- ginant que ce corps eft deftiné d faire vo-,, tre^ retraite, loin de soppofer a leurs ef- forts, les feconderont. Tel eft Ie plan quenbsp;dAigremont seft propofé. Si vous vouleznbsp;5, men croire , Sire, vous Ie préviendrez;nbsp; vous oppoferez la rufe a la rufe. DAigre-,, mont a pris Ie devant de fon armée; il neftnbsp;efcorté que de deux cents Chevaliers : Sinbsp;vous me Ie permettez, je Ie -mettrai horsnbsp; détat daccomplir jamais fon execrable deft-,, fein. Non, répondit Charles, la perfidie denbsp;,, d'Aigremont nautorifera jamais la mienne.nbsp; Si les avis que vous me donnez font juf-tes, 11 me fera aifé de rendre fa trahifonnbsp; inutile; un complot découverc ceffe détrenbsp;,, dangereux. Allez, vous-même, au devant denbsp;,, Beuves, ne prenez, avec vous, quune fuitenbsp; égale a la fienne, recevez-!e avéc honneurnbsp;,, amp; accompagnez-le jufqua Paris : Vous luinbsp; direz que jai uneentière confiance en lui^
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,, Sc que je fuis prêc a Ie recevoir. De bon cóté, profitant des avis que vous me don-igt; nez , je Ie ferai veiller de prés, Sz je fassnbsp;»» bién Ie moyen de faire échouer fes projets.
Ganelon fe retira, en proteftant a Charlemagne quil ne confulteroit que fon zèle. Ce perfide étoit, depuis long-temps, 1'ennemi denbsp;dAigremonr ¦, il avoir féduit une fille de Nan-teuil, amp; Pavoit engagée a quitter la maifonnbsp;paternelle; Nanteuil 1arracha de fes bras,
amp;, fur Ie refus que fit Ie ravifleur de 1épou-fer, il Ie défia, lebleffa, levainquit, amp; ren-ferma fa fille dans une tour, oü elle pleuroit encore fa honte amp; la perfidie de fon amant.
Dés Ie point du jour , Ganelon partit, è la tête de quatre mille combattans, brülantnbsp;dimpatience de rencontrer fon ennemi. Ünnbsp;feeree prefTentiment jeta Peffroi danslame denbsp;Beuves, lorfquil apergut les troupes de 1Em-pereur. Le pardon généreux de Charles, lesnbsp;efforts que les trois frères fe propofoient denbsp;tenter pour lui faire oublier le crime de dAi-gremont, ne rendoient pas celui-ci exempt denbsp;remords amp; dinquiétude : II fe raffure cepen-dant, il avance ; les deux troupes ne fontnbsp;qua qüelques pas Pune de Pautre. Morillonnbsp;sapproche, amp;, sadreffant è d'Aigremont :nbsp;5, Traitre, lui dit-il, void le moment de lanbsp;vengeance; Charles ta pardonné, mais tunbsp; dois compte a fes Sujets du Prince que tunbsp;jgt; leur as ravl,,, Th tê fers dun vrai pfétexte,nbsp; répondit le Due; ceft Ganelon que tu veuxnbsp;,« venger, amp; non pas Charles amp; fes füjets. Je
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,, connois les Francois; ilsregarderoient com-,, me une infamie , davoir des fentimens op-,, pofés a ceiix de leur Souverain, furtout lorf-quil sagit de générofité. Non, Charles amp; ,, tes Compatriotes défavouent ta déloyauté;nbsp; Ganelon U tol les déshonorenc.
II parloi: encore, que Ganelon donna Ie fjgnal du combat; fa troupe fe déploye amp;nbsp;cherche a envelopper celle de Beuves; ellenbsp;nétoit que de deux cents hommes; mals cha-que combattant étoit un héros. Ganelon portanbsp;fes premiers coups, amp; étendit a fes j^iedsnbsp;Reigner, coufin du Due. Beuves voulut Ienbsp;venger; il affronte les plus grands dangers;nbsp;fuivi de fes deux cents Chevaliers, il sé-lance fur la troupe k en maflacre une partie.nbsp;Tandis quil les attaque de front, amp; que Ganelon lui réfifte k peine, Morillon fonne unnbsp;detachement de mille hommes, gagne un che-min creux, amp; fe porte fur les derrières de Ia petite troupe de Beuves, pour lui couperlecheminnbsp;de la retraite. En effet, Ie Due fevoyapt accablénbsp;par Ie nombre, amp; ayant déja perdu vingt-cinqnbsp;combattans, veut fe retirer : Mais Morillonnbsp;soppofe a fa fuite. Le combat recommence, Ienbsp;Due, amp; les foixante amp; quinze Chevaliers quinbsp;iui reftoient, jurèrent de fe défendre jufquanbsp;la dernière goutte de leur fang, amp;, furtout,nbsp;de ne pas fe rendre prifonniers. Chacun deuxnbsp;eft comme un tigre, qui, fe voyant attaqué denbsp;touscótés, combat moinspour fauverfa viequenbsp;pour enrrainer les chafleurs dans fa perte. lisnbsp;ne frappent aucun coup qui ne foic mortel j
-ocr page 47-la rage leuf tient lieu de valeur; la vue du fang excite en eux 1envie de le répandre; leursnbsp;chevaux fecondent leur fureur, aucun foldatnbsp;nefl: renverfé, qviil ne foit écrafé fous leursnbsp;pieds. Ceft,furtout, auxChefs quils satta-chent; Us percent les bataillons pour les join-dre^ ils firent mordre la pouffièrea plufieurs;nbsp;Beuves tua du même coup Hélie amp; Godefroid;nbsp;Morillon alloit fubir le même fort; Griffonnbsp;de Haute-Feuille laper9oit, détourne 1épéenbsp;du Due amp; bleffe fon cheval, qui chancèle ynbsp;tombe amp; entraine dAigremont dans fa chute.nbsp;Le perfide Ganelon sélance, amp; ne rougit pasnbsp;denfoncer fa lance dans le corps de dAigremont; Griffon, plus Idche encore, le prendnbsp;pat les cheveux, le foulève, amp; perce fon emurnbsp;dun coup dépée. 11 ne reftoit plus que dixnbsp;Chevaliers de la troupe de Beuves; Ganelonnbsp;amp; Griffon sapprochent deux, amp; leur propo-fent de leut laifler la vie , a condition quilsnbsp;poiteront le corps du Due dAigremont dansnbsp;un cercueil,comtne il avoir fait porter Lothairenbsp;a Paris. Les Chevaliers refufèrent dabord,nbsp;amp; dirent quils avoient promis de combat-tre jufquau dernier moment de leur vie; Ganelon fait figne i fes foldats, amp;, dans Pinftant,nbsp;ils fe jettent fur les Chevaliers, les renver-fent, les défarment amp; viennent k bout, aprèsnbsp;bien des efforts, de les lier pieds amp; mains;nbsp;les Chevaliers auroient préféré une mort glo-lieufe a des fers; on les menace, on tientnbsp;le glaive fufpendu fur leurs têtes. Ganelonnbsp;leur annonce que, sils sobftinent k lefufer
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la vie, il va faire attacher ie cadavre de Heaves i un cheval, amp; Ie faire trainer ainfi, nu, jufqua Aigremont; qails peuvent encore fau-ver de eet affront les reftes de leur Souve-rain, en acceptant la condition quil leur innpo-foit. Les Chevaliers Ie promirent par amournbsp;pour leur Prince, a condition quils ne feroientnbsp;point cenfes prifonniers de guerre , amp; qu'ilsnbsp;feroient libres de propofer le combat a Gane-lon amp; a fes complices, quils défioient dès cenbsp;moment. Ganelon rit de leur bravoure amp; lesnbsp;fit délier. Mais les dix Chevaliers, qui le re-gardoient comme le feul alfteur du crime, nennbsp;remplirent pas moins lenrs engagemens, quandnbsp;iiS eurent rapporté le corps fanglanc de leutnbsp;maitre, ói la Duehefle. 11s la firent prévenir,nbsp;amp; elle Vint au devant deux , avec Maugisnbsp;fon fils; elle pouvoit è peine fe foutenir: Désnbsp;quelle aper9ut le cercueil, elle sévanouit;nbsp;rnais bientót, la colère lui rendant les forcesnbsp;que la douleur lui avoir faicperdre, elle prendnbsp;fon fils par la main, fait óter les lambeauxnbsp;fanglans qui enveloppoient le corps de fonnbsp;époux;,, Jure avec moi, mon fils , lui dit-elle,nbsp;jure paree fang,le méme qui coule dansnbsp; tes veines, que tu nepargneras rien pour lenbsp; venger. Initié dans des fecrets inconnus aunbsp; refte des humains, promets, t la face dunbsp;del, que, sil eft fourd k ta vengeance,nbsp; tu auras recours aux ombres infernales. IInbsp; ne peut défapprouver quune époufe amp; quunnbsp; fils fe fervent de tous les moyens pour punitnbsp; des perfides qui, contre foi publique, ont
-ocr page 49-n ravile jouraunpère tendre, aunepoux.
Elle ne put en dire davantageMaugis le fou-tenoic dune main, amp; juroit, de 1autre, d0 lempHr le vceu de fa mère. II prit le Ciel inbsp;temoin de fes fermens; 11 prit du fang de foDnbsp;pete, qui couloir encore, amp;, le jetant en Pair »nbsp;quil retombe , dit-il, fur fes ennemis. En-fuite , embraflant fa mère, 11 inondoit fonnbsp;fein de fes larmes, la chaleur de fes foupirsnbsp;la rappela a. la vie ; foible amp; languiflante,nbsp;a peine pouvoit-elle foötqnir le jonr. On lanbsp;mit dans un char; fon fils 1accompagna au Chateau dA,igremont, tl^bu elle ne fortit quenbsp;pour aller répandre de nouvelles larmes fur lenbsp;tombeau de fon époux.
Ganelon amp; Griffon fon père, retournèrent triomphans a la Cour de Charlemagne, quinbsp;les reput avec indignation. Le perfide Ganelonnbsp;tenoit dans fes mains 1épée deBeuvesi 11 fenbsp;profterne aux genoux de IEmpeieur, amp;, eanbsp;lui préfentant Pépée; ,, Sire, dit-il, voilé, lenbsp; fer avec lequel dAigremont a tuè Lothaire,nbsp;,, fi vous me croyez coupable pour vous avoirnbsp;,, défobéi, frappez, voilé mon fein; mais quenbsp;,, tout 1univers apprenne que le plus tendrenbsp;,, des pères óta la vie au plus fidelle de fesnbsp;ferviteurs, pour avoir vengé la mort de fonnbsp;« fils, amp; quil le fit avec le même fer dont onnbsp;gt;5 ^oit ailaffiné fon Prince.
Charlemagne ne put foutenir cette idéé; amp;, malgré le fauf-conduit donné a dAigre-mont, Griffon ,qui avoir perfuadé a Naimes,nbsp;amp; a la plupart des Seigneurs, que le Due avoit
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forme des complots contre le Roi, obcint la grace de fon fils.
Lorfque la douleur de Maugis fi.it un peu cal-mée, amp; quil eut appris que Charlemagne avoic accordé fon pardon a Ganelon, il raflembla fesnbsp;parens amp; fes amis: II leur propofa de porternbsp;la guerre au fein des Etats de Charles; maisnbsp;fes troupes amp; fes finances fe trouvèrent dansnbsp;un fi grand épuifement, quil falluc renoncernbsp;a tout projet de vengeance, ou, du moins,nbsp;la difterer. Ils jurèrent tous de nourrir ce feunbsp;dans leur fein, amp; de faifir la première occa-fion favorable qui fe*^préfenteroit. Renaud,nbsp;furtout, promit de ne pas laifler cette perfidienbsp;fans punition.
C H A P I T R E III.
Wynton reproche d Charlemagne Vimpunlté du crime de Ganelon. ^udace de Renaud. Ilnbsp;tue, d'^un coup d^échiquier, Berthelot, ne-veu de VEmpereur. Tulte de Renaud ^ denbsp;fiesfrères, amp; de Maugis leur coufin.
ARLES avoir raffemblé, dans fa Cour, tous les Chevaliers de fes immenfes Etats. Ilnbsp;avoir envoyé un Ambafladeur a la Ducheflenbsp;dAigremont, amp; 1avoit fait affurer , ainfi qu,enbsp;fes frères, quil navoit aucune part k la morenbsp;du Due ; quil navoit pu prévoir que le zèlenbsp;de Ganelon fe porteroit a daufli funeftes ex-trémités; mais quil les fuppUoic de ne pas
-ocr page 51-trouver mauvais quil ne panic pas un de ft-s plus braves Chevaliers, pour Iavoir vengé.
11 les invitoit doublier le palle, amp; de venir i fa Cour. La Ducheffe repoudic que fa fran-chife ne lui permeitoic pas de diffimuler gt;nbsp;que, rant quelle auroit un fouffle de vie, ellenbsp;ne refpireroit que haine amp; vengeance; que,nbsp;ni elle , nl fon ills, ne paroltroient point anbsp;la Cour de Charles; mais quelle ne gêneroitnbsp;perfonne. Aymon amp; fes quaere fils promirentnbsp;de sy rendre comme médiateurs entre les frèresnbsp;du ï5uc amp;; le Roi, amp;, pour obtenir une fatis-faftion qui pCit appaifer le courroux de lanbsp;Duchefle.
On voyoit, a. la Cour de Charlemagne, ce que 1Curope avoir de plus grand: On ynbsp;coraptoic quinzeRois, trenteDucs, quarantenbsp;Comtes, amp; un nombre infini -de Seigneurs.
II y avoir, chaque jour, de nouvelles fetes. Le Roi sapprocha, un jour, dAymon, amp; luinbsp;dit: Mon coufin, quoique vous mayez aban-,, donné au moment oii javois le plus grandnbsp;,, befoin de vous amp;. de vos enfans, je nainbsp; pu vous en favoir mauvais gré; dAigre-,, mont étoit votre frère amp; votre ami, vousnbsp;,, ne pouviez vous dédarer ni pour lui, ni pournbsp;j, raoi; je ne vous en aime pas moins, vosnbsp;5» enfans me feront toujours chers. Jaime, fur-»tout, Renaud , fon audace me plait; je lenbsp;,, deftine aux premiers emplois de ma Cour,nbsp; amp; je noublierai point fes frères,,. Aymonnbsp; remercia le Roi, amp; prit cette occafion poutnbsp;5, lui parler de la perfidie de Ganelon,,; II
-ocr page 52-ajonta, quil avoit été Ie premier A con-damner ladl^on atroce de Beiives, quil méri-toit une punition exemplaire, amp; quil eüc du périr par Ie fupplice Ie plus infame:,, Mais,nbsp; con:inua-r-il, aprés lui avoir fait grace , luinbsp;,, tendrc un piège pour Iaffaffiner, celi unnbsp;,, crime prefquauffi odieux que celui donenbsp; il sétoit rendu coupable Charlemagne re-jeta tour fur Ganelon. ,, Cela ne vous jullifienbsp; pas , reprit Aymon; dès que Ie crime vousnbsp; a cté connu, vous deviez Ie punir: Ce n'eftnbsp;,, ni pour Gérard mon frère, qui a tout ou-blié, ni pour moi, que je réclame votrenbsp;juftice, mais vous la- devez a 1époufe denbsp; dAigremont, a fon fils, a Punivers entier.nbsp; Peuc-étre, Sire, avez-vous mal fait de par-,, donner A mon frère, mais vous avez plusnbsp;mal fait encore, de faire grAce a Ganelon,nbsp; qui, fous prétexte de zèle pour fon Prince,nbsp; na fervi que fa haine particulière, amp; qui,nbsp; en agiflantfous votra nom facré, vous chargenbsp;,, d'un crime dont il recueille Ie fruit. Par-,, donnez, Sire, fi je vous parle avec cectenbsp;franchife; 1univers feroit bien a plaindre,nbsp; fi les Rois ne trouvoient jamais des amis !
Charles fut touché du difcours dAymon , mais il ne put jamais fe réfoudre A punir Ienbsp;coupable. Renaud amp; fes trois frères fe joi-gnirent a leur père, pour demander jufticenbsp;de la déloyauté de leur ennemi commun ;nbsp;mais Renaud , voyant quils ne pouvoiencnbsp;rien obtenir, ofa dire A lEmpereur, que lesnbsp;fetmens des Seigneurs fuzerains, amp; de leurs
-ocr page 53-homtnes-ligss, étoient réciproques; '^ue» file Vaü'al sengageoit de fervir Ie Seigneur, lp Seigneur, a fon tour , faifoit Ie ferment taeite denbsp;protéger fon Vafla); que Ie ferment étoil nul ,nbsp;dès -que la condition néioit point exacte-ment remplie, amp; que, puifque les parens denbsp;Beuves av^ient la force en main, Ie K-Oi»nbsp;en ne puniflant point leur oppreiVeur, leurnbsp;rendoit la liberté de recourir aux armes, pournbsp;Ie punir eux-mêmes.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦ .
Charles fut indigné de tant daudace: ,, es-tu, jeune tcméraire, lui dit-il, pournbsp;,, ofer juger les Rois? Je fais que Ie fermentnbsp;r, qui les lie a leur Peuple , les oblige de ienbsp; protéger;. mals ton orgueil fe feroit-il flattenbsp;,, de lire dans lame des Souverains., de pou- voir decider sHs ont tore, ou raifon, amp; d«
pénétrer leurs motifs ? Le dernier du peu-,, ple feroit done en droit de les aceufer din-,, jultice, dès quil penfe autrement que lui.
,, Va, jeune infenfé, fans les égards q,ue jai encore pour ton père, jaucois dsjd puninbsp; tes propos féditieux. Garde-tod, cepeodant,nbsp;,, de les laiflèr éclater dans ma Cour, crainsnbsp; de, me forcer a june rigueur, que tu ren- drois néceiiaire.
Renaud sinclina, rougit de colère, amp;, dif-ficnulant fon refl'entiment, il demanda pardon au Roi, davoir ofé lui dire la vérite. Le Roinbsp;le letint a diner; amp;, quand tout le mondenbsp;fe fut levé de table, Berthelot, neveu denbsp;Charles, propofa une partie déchecs d Re-aaud, qui 1aecepta. 11 étoit plorgé dans la
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Les quatre fils
triftefle; il avoir toujours fur Ie cceurla mort de dAigremont, amp; linjure que Ganelon avoirnbsp;faire a fa familie. Le diïcours de Charles avoitnbsp;encore irrité fa bleflure; en vain fes frèresnbsp;faifoient-ils leurs efforts pour 1appaifer. IInbsp;étoit dans ces cruelles agitations, lorfque Ber-thelot 1engagea de jouer avec lui. Ses dif-traftions continuelles lui faifoient faire desnbsp;fautes groffières; Berthelot, au lieu den pro-fiter, sen offenfa; il prit mal les excufes denbsp;Renaud, amp; lui répondit par des injures. Re-raud, fans lui rien dire, le regarda dun ceilnbsp;de mépris. Le Prince, furieux, ofa le frappernbsp;en préfence de plulieurs Chevaliers. Limpa-tient Renaud, ne pouvant plus le modérer,nbsp;faific réchiquier, qui étoit dor, amp; le jeta fi.nbsp;rudement a la tête de Berthelot, quil 1é-tendit a fes pieds. Tout fecouvs devint inutile; le malheureux Prince expira, en avouantnbsp;quil avoit tort davoir infulté Renaud, en luinbsp;demandant pardon de eet outrage, amp; en luinbsp;accordant celui de fa mort.
Charlemagne étoit accouru au bruit. Dès quil apprit ce qui sétoit paffé, il ordonnanbsp;quon empéchat Renaud de séchapper, ju-rant de le faire périr dans les fupplices. Lesnbsp;Pairs amp; les Barons mettent 1épée a la main,nbsp;amp; veulent arrêter le jeune Chevalier; maisnbsp;les frères de d'Aigremont, leurs fils, amp; Maii-gis, fe tangent du cóté de Renaud : Secondénbsp;de fes frères, il souvre un paflage ; Maugisnbsp;amp; les quatre fils dAymon, dont la prudencenbsp;éclaire la valeur, fortent du Palais, travér-
fent
-ocr page 55-fent la ville par des rues décournées ^ amp; prep-nent le chemin des Ardennes. Charles fit armer^ deux tnille Cavaliers pour courir après eux; mais les Princes, facrifiant tout a leurnbsp;fureté , ^ ne sarrêtent que lorfque leurs che-;vaux, épuifés de fatigue, tombent fous eux.nbsp;Les deux mille Cavaliers avoient formé unenbsp;avant-garde de 1élite de leur troupe. Rsnaud,nbsp;nionté fur Bayard, qui ne fe fatiguoit jamais,nbsp;sétant porté fur une hauteur, vit arciver cettenbsp;avant-garde : II avertic fes frères, amp; Maugis ,nbsp;du danger qui les mena9oit; ils fiiifirent leursnbsp;armes amp; attendirent de pied ferme. Ils sé-toient aper^us que cette petite troupe ne gar-rnbsp;doit aucun ordre , amp; que ceux qui étoient lesnbsp;mieux montés,' cherchoient a devancer lesnbsp;autres; chacun vouloit pouvoir fe vanter è,nbsp;Charles davoir arrêté, feul, Renaud, ou quel-quun de fes frères ; Le plus léger de la troupenbsp;1avoit dévancée de prés de derai-lieue. Renaud le voyant venir, fe place fur fon che-min : Rendez-Vous, lui dit le Cavalier, vousnbsp; êtes mon prifonnier . Renaud ^ fans luinbsp;,, répondre, 1attaque , amp;, dun coup de lance,nbsp;,, le renverle, amp; lui ote la vie. Voila déjinbsp;un cheval pour vous, dit-il a.Alard fon frère.nbsp;Un fecond Cavalier furvint, il avoir la lancenbsp;en arrêt amp; meiiaqoit Renaud de le percer, silnbsp;fe rendoit point. Renaud détourne le fer denbsp;la lance, amp;, le perce doutre en outre; il le jettenbsp;a terre, amp; ^ faififlant fon cheval, il dit a Gui--chard; En void encore un pour vous. Un troi-fième Cavalier, quj voyoit ce combat, redou-
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ble de v'tefTe, amp; secrie de loin, enfin, j e poufiai conduire Renaud a Charlemagne. Voila le dernier menfonge que tu diras de ta vie, répond lenbsp;fils dAj^mon; il sélance fur lui amp; le fait voler ,nbsp;fans vie , a dix pas de fon cheval, quil faifit,nbsp;amp; quil donne a Richard. Les momens étoientnbsp;précieux, la troupe approchoit, les trois frêles étoient montés: II ne reftoit queMaugis,nbsp;Renaud le fit monter en croupe fur Bayard,nbsp;ils partirent, amp;, dans tin moment, ils dif-parurent aux yeux des Cavaliers de Charlemagne. La nuir furvint, amp;, a la faveur denbsp;fon ombre, ils arrivèrent dans le chateaunbsp;dAymon. Leur mere vint au devant deux.nbsp;Renaud lui raeonta ce qui sétoic pafle a lanbsp;Cour de Charlemagne ;¦ elle en fut effrayée,nbsp;amp; tomba évanouie dans les bras de fon fils.nbsp;Ah ! cruel, dit-elle a Renaud , vous nousnbsp;perdez tous; votre père amp; moi, aliens êtrenbsp;livrés a la fureur de Charles ; Fuyez, pre-nez tout Tor que vous pourrez emporter ;nbsp;j,, nattendez pas que votre père foit de re-,, tour, amp; que le Roi le force, peut-être, anbsp;,, vous livrer. Ces deux mille Cavaliers, quinbsp;vous pourfuivent, ne peuvent point êtrenbsp;,, éloignés; quel que foit votre courage, lenbsp;nombre vous accablera comme il a accablénbsp;dAigremont. Ah! mesfils, fuyez, je vousnbsp;en conjure; nexpofez point votre mère ènbsp; vous voir arracher tous fanglans de fes foi- bles bras.
Renaud amp; fes frères fuivirent ce fage con-feil, ils prirent tout Ior que leur mere vou-
-ocr page 57-lut leür donner , amp;, avant qne Ie jour pa-rdt, ils senfonc.èrent dans la forêt dArdenne,
amp; ne sarrêcèrent que fur Ie bord de la Meu-fe; ils choiürent lemplacement Ie plus propre i leur deffein. Ils y élevèrenc un chateau formidable fur un rocher efcarpé, dont Ie pie_dnbsp;étoit arrofé par Ie fleuve. Des forts élevésnbsp;autour du chiteau, étoienc entourés duo foffénbsp;large amp; profond, défendu par^d'autres fortifications : lis 1appelèrenc Ie chateau de Moiic~nbsp;fort.
Cependant, Ie Roi fit arrêter Aymon, qui condamnoit laftion de fon fils, amp; qui étoitnbsp;défolé. 11 protefia au Roi, que, bien loin detre fon complice, il feroir Ie premier a lennbsp;punir. Charles vouloit lui faire jurer quii luinbsp;livreroit fes enfans. Aymon refufa de faire cenbsp;ferment déteftable; mais il promit de ne leurnbsp;donner jamais aide ni fecours contre fon Sou-verain. A cettë condition, il lui fut permisnbsp;de retourner chez lui, oü fon époufe lui ap-prit ce quétoient devenus fes quatre fils:nbsp;Quelque courroucé quil fut contre eux, ilnbsp;ne lui^fut pas polfible de diffimuler fa joie,nbsp;lorfquii fut quils étoient en fureté. Pout nenbsp;laifl'er aucun foup^on k Charlemagne, il vinenbsp;Ie rejoindre, amp; fe meitre, pour ainfi dire, ennbsp;otage dans fa Cour.
Les'quaere fils
CHAPITRE IV.
SUgt da Champ;teau de Montfon: Avant-gardt dc Charlemagne taillée en pieces. Bataille fan-glante : Trahifon de Hernier de la Seine,nbsp;qui introduit les Francois dans le Chdteau ,nbsp;amp; y met le feu : Combat au milieu des fatiiquot;nbsp;mes; vicioire des quatre fils dAymon.
X-/ESdeux mille hommes que Charlemagne avoir envoyés b. la pourfuite de Renaud amp; denbsp;fes frères, ayant rapporté que, -non feule-ment, on navoit pas pu les prendre, maisnbsp;encore que Renaud avoir tué trois Cavaliers,nbsp;amp; quils avoient pris les chevaux des vaincus,nbsp;le Roi envoya de tons córés, pour fa voir oiinbsp;les quatre frères sétoient retirés. On lui ditnbsp;quils sétoient arrêtés fur les bords de lanbsp;Meufe, amp; quils y avoient conftruit un cha^nbsp;teau redoutablè. Auffi-tót, il convoqua tousnbsp;les Chevaliers', les Barons, les Pairs amp; tousnbsp;les Seigneurs'de fes Etats, amp; leur ordonnanbsp;dB fe tenir prêts pour aller faire Ie fiége dunbsp;chateau de Montfort. Charlemagne fit denbsp;grands préparatifs; amp;, lorfque routes fes troupes furent aflémblées, on fe rendit, en peunbsp;de jours, dansles Ardennes, amp; 1avant-gardenbsp;fe trouva fotis les mtirs du Chateau. Cettenbsp;avant-garde étoit comrnamp;ndée par Regnier denbsp;Montpellier; elle parut au moment que Richard , Alard amp; Guichard, revenoient de la
-ocr page 59-chaiïe; ils avolent, avec eux» vingt Cavaliers. Richard , ne pouvant pas diftinguer quellenbsp;etoir cecte troupe, la fit remarquer a Guichard.
11s fe doutoient bien que Charlemagne vien-droit les affiéger; mals ils ne croyoient pas que ce ffit fi prompuement. Richard , impatient, savance amp; demande a Regnier quellenbsp;eft la troupe quil conduit ? ,, Ceft, dit Re-gt;»gnier, 1avant-garde de Parmee du Roi denbsp;France, qui vient faire le fiege du chateaunbsp; de Montfort, que les fils dAymon ont faitnbsp; clever, amp; ou ils fe font retirés. Vous voyez,
reprit Richard, un foldat de Renaud, vous 5» pouvez rapporcer a votre Maitre, que lenbsp;,, Chateau eft pourvu dhommes amp; de vivres,
,, amp; que nous fommes déterminés de nous en-,gt; terper fous fes ruines, plutót que de nous ven- dre, Ce ne fera pas toi, du raoins, dit Regnier,
»gt; qui defendras Montfort En difant ces inors, il met fa lance en arrêt. Richard lenbsp;laiffe apprbcher, évite le fer, amp;» dun coupnbsp;dépée, le jette expiratie fur la piouffiere, fai-fit fon cheval amp; 1envoye a Renaud. Ce combat particulier fut le fignal dune bataille fan-glante. Renaud, dans ce moment, exercoitnbsp;fes troupes, elks fe trouvèrent fous les armes,nbsp;lorfquon lui amena le cheval de Regnier; ilnbsp;fc mit a leur tête, amp; arriva au moment ounbsp;Rs troupes-(^2 1avant-garde fe metcoient ennbsp;. mouvement pour venger leur General. Le premier choc fut très-iropétueux; mais, outrenbsp;la fuperiorité du nombre , Parmee du filsnbsp;dAymon étoit ftaiche amp; repofee, amp; le Gé-
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Les quatre fils
néral, fecondé de' Richard, ne trouva aucun .adverfaire digne de lui ; Cette avant-garde ,nbsp;qui étoit de dix mille hommes, fut mife ennbsp;déroute, amp; prefquentièremenc paüee au filnbsp;de 1épée.
Charlemagne, qui avoit cru venir è une conquêce aifée, fut au défefpoir en apprenantnbsp;la perte de fes troupes, amp; Ie butin immenfenbsp;que Renaud avoit fait, amp; quil avoit conduitnbsp;a Montfort. II fut, furtout, faché de la pertenbsp;de Regnier. Oger lui raconta quil avoit vive-ment pourfuivi Richard après la bataille, maisnbsp;quil sétoit retiré dans Ie Chateau amp; quilnbsp;avoit fait lever les ponts; que Ie Chateau luinbsp;paroiflbit iraprenable, tant du cóté de Ia Meufenbsp;que de celui de terre. Le Roi voulut Ie reconnoitre par lui-mÊme; il ie fit inveftir, Scnbsp;en fit le tour : II convint que cette Placenbsp;étoit très-bien fortifiée, Sc que le fiége feroicnbsp;très-long; il déclara, en méme temps, quilnbsp;lie reviendroit point en France quil n'eüt lesnbsp;fils dAyraon en fon pouvoir. Sa colère étoitnbsp;fi vive, quil jura de faire périr par les fup-plices, Maugis, Renaud Sc Richard dans Mont-fort même. II protetta quil naccorderoitnbsp;jamais fa grace a Maugis, qui avoit juré, parnbsp;le fang de fon père, de venger fa mort. II fitnbsp;camper fon armée autour du Chateau, Sc fitnbsp;mettre a fon pavilion, une pierre précieufenbsp;qui fervoit de fanal pendant la nuit, Sc unenbsp;pomme dor dun prix exceffif. Lorfque routes les rentes furent dreflees, il fit venir Nai-.nbsp;«iss, Sc lui ordonna de faire publier, dans tout
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camp, que perfonne nen fortlt, ni ne
* ¦* quot; - ----- rcij-nnrs*
Ie
montat a cheval, jufqua ce queles iecours, quil alloit demander, fuflent arnjés de t ranee. Ganelon propofa au Roi doffrir la paixnbsp;Renaud, a condition quil livreroic Richarnbsp;fon frère, amp; Maugis. Charles, po'Hnbsp;guerre, y confentit; amp; Naimes amp;. Oger furnbsp;chargés den faire la propofition. Ils ie preien-tèrent 4 Alard, amp; lui dirent quils etoient en-voyés vers Renaud pour terminer la guerre.
On les introduiiit auprès de lui. Renaud les re^ut avec amitié; mais, lorfquil entenditnbsp;que Ie Roi lui propofoit d'envoyer fon fverenbsp;amp; Maugis a difcrétion, amp; que, sil refufoitnbsp;de les livrer, Charles lui déclaroit que la guerrenbsp;ne finiroit que par ie fupplice des quatre frêles, Renaud seroporta, amp; dit a Naimes; Jenbsp;,, refpeéle les liens qui muniflent a vous; fansnbsp; cecte confidération, vous mauriez outragenbsp;,, pour la dernière fois. Quoi! Naimes, vous,
mon allié, mon amivous, qui devriez vous armer pour ma défenfe, vous ofez me prö-pofer, fans rougir, une Ikheté que je faisnbsp;r, bien que vous napprouvez pas'. AUez: di-tes è. votre Muitte que je crains peu fesnbsp;,, menaces; que je puis compter fur mes trou-,, pes, 8i que Ie dernier de mes foWats pré-,, férera la mort a la honte de fe rendre Ennbsp;tnême temps, il prit Oger amp; Naimes par lanbsp;main, leur fit voir les troupes rangées fur lanbsp;place, les conduilit dans fes magafins, amp; leurnbsp;montra-les rues de Montfort rempües de faf-oines. Voila notre dernière reflburce, dit-il,
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Les quatre fils
fi, par quelquévènement, que je ne pré- vois point, Ie Roi fe rendoit maitre de la citadelle, chaque habitant a jure de mettrenbsp;,, Ie feu a ces fafcines, content de réduire lanbsp;,, villeen cendres,amp; depérir avecelle,pouminbsp; quil privé Charles de fa conquête.
Oger amp; Naimes reprirent, a la hate, Ie che-min du camp, amp; dirent, mot a mot, a Charles ce dont Renaud les avoit chargés. LeRoi, étonné de tant daudace, frémit de colère :nbsp;11 ordonna un ali'aut général; on attaqua troisnbsp;portes a la fois. Renaud, qui, fans rien rif-quer, avoit la facilité de pouvoir faire desnbsp;forties contre 1ennemi, au moyen dune fauf-fe-porte percée dans Ie rochet, voyoit toutesnbsp;les manoeuvres du camp de Charles. II fit mettre toutes fes troupes fous les armes amp; attenditnbsp;que les aflaillans fuffent bien fatigues; lorf-qu'il crut Ie moment favorable, iï fit baiflernbsp;les ponts amp; avancer Samfon de Bordeaux avecnbsp;cent Cavaliers: Aprés avoir embralfé Richardnbsp;amp; fes frères, il les pria de déployer leurs di-vifions dans la plaine, è. la faveur de la troupenbsp;de Samfon. Comme les Francois entouroientnbsp;la ville, ils nétoient en force nulle part; Re-naud profita de cette circonftance, 8c, ayantnbsp;fait filer fes foldats par la fautfe-porte, ils fenbsp;trouvèrent rangés en bataille avant que Charles put favoir quils projetoient une fortie. Richard en vouloit, furtout, au Comte dE-tampes, qui avoit fuccédé a Regnier dans Ienbsp;commandement de 1avant-garde. Les quatrenbsp;frères, en bon ordre, fe jetèrent dans Ie camp
-ocr page 63-da Roi, renverfèrent les rentes» amp; paflèrent au fil de lépée tour ce qui sy rencontra. Re-naud, monté fur 1infatigable Bayard, par-couroit Ie camp avec la vitefl'e de la foudrenbsp;amp; y caufoir les mêmes ravages. Charlemagne,nbsp;qui dirigeoit une des principales attaques denbsp;la Place, ayant appris que les ennemis pil-loient amp; ravageoieht Ie cairip, rappela fesnbsp;troupes; mais, avanc quelles fuflent raffem-blées, Renaud, ayant réuni les fiennes, mitnbsp;Ie feu dans tout Ie camp, amp;, tandis que lanbsp;flamme dévoroit hommes, rentes, chevaux amp;nbsp;fourrages, 11 attaqua Ie gros de 1armée denbsp;Charlemagne ; Mais, 6 honte 1 il tvouve,nbsp;devanc lui, Ie vieux Aymon fon père; il nenbsp;put 1éviter; il baiffa fes armes, amp; dit a fesnbsp;frères de Ie refpefter. O mon père 1 lui dit-il,nbsp; Pair quon refpire a la Cour des Rois, eft-ilnbsp; fi empoifonné, quil ait éteint en vous toutnbsp;,, fentiment dhonneur amp; de tendrefle ? Vousnbsp;,, ne vous êces pas contenté de nous exclurènbsp;5, de 1héritage de nos pères; complice de Char-,, les, qui en veut a nos jours, vous veneznbsp;j, Paider a nous enlever notre dernier afylelnbsp;9, Quel crime avons-nous commis contre vous?nbsp;,, Parens du Roi, au même dégré que ce Ber-,, thelot qui attaqua mon honneur amp; ma vie ,nbsp;gt;, je nai fait quoppofer la force a la force *,nbsp;»gt; sll a fuccombé, il na eu que le fort or- ^i^^rite dun téméraire agrelïeur. Que Charlies foit aflez injufte pour vouloir le venger,nbsp;,, c^eft a nous de nous défendre; mais quilnbsp;gt;, VOUS metre a la tète de nos ennemis, ceft
gB nbsp;nbsp;nbsp;£^5 qmtre fils
,, une lacheté indigne dun grand Roi, paree quil fait bien que vous ponrrez nous frap-,, per iinpunétnenc. Et vous, mon père, denbsp; quel nom appeler votre déférence a fes or-j, dres ? Les hommes nen out pas encorenbsp;,, trouvé, pour exprimer certains outrages fairsnbsp; a la nature.
Ce reproche fit rougir Aymon, qui mit au-tanc de diligence a fe retirer, que Renaud auroic mis de foin a 1éviter, sil eut cru lenbsp;rencontrer. Comme les troupes que conduifoitnbsp;Aymon, éroient celles du Roi, Renaud nenbsp;les ménagea point; il pafla les derniers rangsnbsp;au fil de lépée; il vit venir a lui Charlemagne, accompagné dAubry, dOger, du Comtenbsp;Henri, de Foulques de Morillon. Il rallie,nbsp;auffi-tót, fes troupes, amp; attend de pied fermenbsp;1armée fran^oife. Thierry ofa marcher, le premier, contre Renaud. Alard Iapergoit; il te-noit, dans le moment, le fer dune lance, ilnbsp;en frappe Thierry amp; le jette mott aux piedsnbsp;de fon cheval. Thierry étoit 1ami du vieuxnbsp;Aymon, qui, ne pouvant fe venger fur fonnbsp;His, abattit la tête dun des Chevaliers denbsp;Renaud. Celui-ci modera fa fureur, amp; secrianbsp;feulement : Oh I ngt;a raère, quelle fera vo-
tre douleur, lorfque vous apprendrez que votre époux fait la guerre a fes enfans ?nbsp;Foulques de Morillon renfor^a la troupe dunbsp;Roi, amp;, relevant le courage abattu des Francois, il les conduifit au plus fort du combat.nbsp;Harmée de Renaud héfita un moment, amp; re-cuia j Alard sapercut de ce mouvement j il
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pretid, avec lui, cinquante Cavaliers, fe mee a la tête de 1aile que Morillon avoit ébranlée,nbsp;fe précipite fur les Frangois, les prefle, lesnbsp;écarté, amp; fait volet autant de têtes quil e;xnbsp;frappe , de fon cóté, Renaud infpire Ie cou-r^ie aux Chevaliers qui 1entourent; aucunnbsp;coup ne porte a faux; les épis ne font pasnbsp;plus de réfiflance au fléau qui les écrafe;
Ie fang ruiffèle de toutes parts, les gémifle-ïuens des blelfés, les cris des mouvans , les henniflemens des chevaux, excitent la fureurnbsp;descombattans. Totis ségorgent, ou cherchentnbsp;d ségotger , fans aucune diftindion damis ,nbsp;de parens, ou de compatriotes. Yon de Saint-Omer eft frappé par Guyon, abattu, a fon tour,nbsp;par Guichard : Celui-ci fe faifit de fon che-val, pour en faire ptéfent a Renaud, qui,nbsp;deptiis long-temps, avoit déüré de ie donnernbsp;pour compagnon a Bayard. Renaud rencontranbsp;encore Aymon dans la mêlee ; lis sarrècèrentnbsp;amp; furent un moment immobiles; tandis quenbsp;Ie fils Ie prioit de fe retirer, amp; quAymonnbsp;1exhortoit debien prendre fes précautionspournbsp;ne pas tomber entre les mains de Charles,nbsp;qui avoit jure fa mort, un Chevalier, nomménbsp;Gaymar, vinrattaquer Ie jeune héros; il quittanbsp;brufquement fon pète, amp; fit tomber la têtenbsp;de Gaymar fur lar^on de la felle dAymon.nbsp;Ce vieux guertier, témoin de la fureur denbsp;fon ills, fe retira. Charles, de fon cöté, voyantnbsp;que la fortune lui étoit contraire , avoit déjanbsp;ordonné la retraite , lorfque Bernard de Bourgogne étendic,aux piedsde Renaud, Simon
Ie Béatnois, intiuie ami de Richard. Les qua-tre frères fe réunirent, amp;, fondanc, tous en-femble, fur les troupes du Roi, recommen-cèrenc Ie carnage : Renaud tua , ce jour-la , de fa main, environ trois cents Cavaliers,nbsp;les plus braves de l'armée de Charles; Alardnbsp;cherchoit Ie Comte dEtampes, il lapergutnbsp;dans la foule, il fe fit jour , amp; pénétra. juf-qua lui , dEtampes étoit Ix'ave, un feereenbsp;preflentiment fembla 1avertir que fa dernièrenbsp;heure étoit venue. II attendit Alard en pa-liffant, il lui décocha une flèche, elle gliflanbsp;fut 1écu de fon ennemi. Alard pique fon che-val, dun coup de lance, perce Eécu, bvifenbsp;Parmure , amp; ouvre Ie fein dEtatnpes, quinbsp;expire en tendanc les mains vers Ie ciel, Re-Kaud , qui Ie vit tomber , courut vers fonnbsp;frère, Penabrafia amp; Ie félicita de fa viétoire.
. Charlemagne ordonna, enfin , a fes Géné-latix de fe retirer; la retraite de fon armee fut auffi meurtrière que la bataille : Renaudnbsp;la pourfuivit jufque dans Ie camp, amp;; plufieursnbsp;Chevaliers furent faits prifonniers dans leursnbsp;retranchemens; il favoit quil eft, fouvent ,nbsp;dangereux de pourfuivre troploin fa viftoire,nbsp;amp; que Ie défefpoir peut donner des forces auxnbsp;vaincus : II ordonna a, fes troupes de rentrernbsp;dans la place fit iarrière- garde avec fesnbsp;frères; il ne fut attaqué que pat .Aymon ,nbsp;qui, avec deux cents Cavaliers, harceloit fesnbsp;enfans: Renaud eut pu, mille fois, fe défairenbsp;dun ennemi aufli opiniStre ; mais il Ie ref-pej.'la toujours j cependanr, comme il Ie vic
-ocr page 67-acharné aprèslui, amp; quil expofoit fes frères tl. être faits prifonniers ^ Renaud fe contentanbsp;dabattre, dun revers , Ie col de fon cheval;nbsp;tandisquAymon fe débarraflbit, Renaud gagnanbsp;do cliemin : Les Cavaliers » qui accompa-gnoienr Ie vieux guerrier« eurent litnpru-dence de pourfuivre les quatre frères, qui re-vinrent fur leurs pas amp; en abattirent cinquante;nbsp;Ie combat étoit plus animé que jamais, Charlemagne craignit quil neutdes fuitesfuneftes:nbsp;Ltonné de Tintrépidité de Renaud , ü sa-vance vers lui, amp; , dun ton d'autorité , ilnbsp;lui ordonne de ceffer, amp; lui defend de paliernbsp;outre. Renaud, tout furieux quil cft gt; baiflenbsp;un front refpedlueux, amp; fait figne a fes Cavaliers de rejoindre 1armée, qui rentroit dansnbsp;la Ville avec un grand nombre de prifonniers,nbsp;Charlemagne revint dans fon camp; routesnbsp;les rentes avoient été brülées ; Cet événement retarda les operations du fiége , qui duranbsp;treize mois, pendant lefquels il ne fe paflanbsp;jamais huit jours dintervalle d'un combat anbsp;1autre. Le Roi avoir juré quil ne rentreroitnbsp;point en France ,¦'quil neClt emporté Mont-fort, amp; que les fils dAymon ne fuflent ennbsp;fon pouvoir. Renaud avoit fait faire des pro-pofitions de paix; il avoit chargé Oger denbsp;repréfenter au Roi, que , jamais, Montfortnbsp;ne céderoit a la force ; mais que , sil vou-loit confentir que la garnifon fortit avecnbsp;tous les honneurs de la guerre, amp; rendre fonnbsp;amitié a fes frères amp; a lui, ils lui livreroient lanbsp;place \ Foulques de Morillon, qui apprit cette
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négoclation, empécha Ie Roi de rien conclure.
La longueur du fiége impatientoit également les affiégeans amp;les affiégés. Lafituation du fortnbsp;étoit telle, que Renaud amp; fes frères étoient mal-tres dune grande étendue de pays, ou ils alloientnbsp;chaffer, fans avoir rien a craindre de la partnbsp;des affiégeans; ilsfortoient, amp; rentroient quandnbsp;ils vouloienc, a couvert des fortifications, quilnbsp;eüt fallu emporter, pour couper la communication du Chateau avec fes environs. Charlemagne, voulant faire un dernier effort, affem-hla tout fon anieie-ban, Naimes, qui voyoitnbsp;les difficultés de prendre Montfort, confeillanbsp;au Roi de retourner en France amp; dattendrenbsp;un moment plus favorable ; Hernier de lanbsp;Seine fut dun avis contraire, amp; offrit au Roinbsp;de lui livter, en moins dun mois, les quatrenbsp;fils dAymon, a condition quon lui donne-roit la Ville, tout ce qui sy trouveroit, amp;nbsp;Ie domaine de cinq lieues aux environs. Charlemagne y confentit, amp; promit i Hernier denbsp;lui fournir les troupes quil lui demanderoicnbsp;pour cette expédition. Hernier demanda millenbsp;bons Cavaliers, amp; un Général habile. Le Roinbsp;lui donna Guyon de Bretagne, amp; ffii permitnbsp;de choifir, a fon gré, mille combattans denbsp;1élite de fon armée. Hernier ordonna a Guyonnbsp;dembufquer fes mille combattans fur la mon-tagne, dans un bois a peu de diftance dunenbsp;des portes du Chateau.
Lotfque ces difpofitions furent faites, Hernier monte a cheval, bien armé, amp; va, tour feul, fe préfenter a une des portes oppofées;
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I\ cria aux fentinelles davoir pitie de lui, quil étoit vivement pourfuivi par le Roi ,nbsp;pour avoir voulu prendre la défenfe de Re-naud, en pré fence de la Cour. Comme il étoit;nbsp;feul, il n'infpira auctine méfiance; on baiffenbsp;le pont, amp; on Iintroduit dans la place. Il de-niande a parler a Renaud, on le conduit aunbsp;jeune héros; Hernier tombe a fes genoux, amp;nbsp;le prie de lui donner un afyle contre la puluur du Roi, qui veutle faire périr du mSmenbsp;fuppUce quil deftine aux quatre fils d.Ay-mon, pour avoir voulu repoufl'er la calora-nie dont quelques courtifans les accabloienc.nbsp;j, Toute vérité qui ne flatte point, ajouta-t-,, il, eft odieufe 4 la Cour des Rois. On anbsp;,, perfuadé a Charlemagne que jentretenoisnbsp;5, nne intelligence fecrette avec vous; on anbsp;,,féduit des témoins, amp;, cette nuit même,nbsp;», je devois être arrêté. Linnocence neft pasnbsp;5, toujouTS malheureufe; un ami a découvertnbsp;,, cette trame abominable; il eft venu, fecret-9, tement, mavertir de tout ce qui fe paflok,nbsp;5, amp; ma facilité les moyens de marracher inbsp; unemortignominieufe: üne heureplus tard,nbsp;5) jaurois été facrifié a 1'impofture.
Renaud accabla le trakre de carefles: II lui demanda des nouvelles de ce qui fe pafloit aunbsp;camp. Hernier 1aflura que, fi Montfort te-noit encore quinze jours, le Roi feroit obligénbsp;de lever le fiége, paree que 1armée, affoiblienbsp;par tant de combats, manquoit de vivres, amp;nbsp;quon ne pouvoit plus en tirer de la France,nbsp;qui fe trouvoit elle-mêine dans la difette;
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que, déja, la plupart des Chevaliers sétoient retires, amp; quil mouroit, tous les jours, unnbsp;grand noinbre de foldats.
Renaud , qui «avoir aucune raifon de fe méfier d'Hernier, l?engagea de refter avec lui.nbsp;On chercha tous les moyens de Ie confoler,nbsp;amp; de lui faire efpérer im meilleur fort; on Ienbsp;lo'-ea dans la Ville, amp;, comme il feignit dêtrenbsp;fort fatigué, il demanda quon lui permit dal-ler fe repofer.
Hernier attendit que tout Ie monde retire : On avoir combattu pendant route la journée; Soldats amp; Chevaliers, tout dormoit;nbsp;on nentendoit aucun bruit. Hernier fort anbsp;petit bruit, va baiffer Ie pont, coupe la gorgenbsp;a la fentinelle, prend les clefs, amp; ouvre la,nbsp;porte. Guyon de Bretagne, qui ëtoit auxnbsp;ao-nets, voyant la porte ouverte, fait gliflernbsp;ib troupe è petit bruit; on cgorge quelquesnbsp;patrouilles, St 1on va fe raffembler fur la place. C'en étoit fait des quatre frères, amp; de lanbsp;earnifon, fans la négligence des palefreniers,nbsp;Ie Renaud; plongés dans livrelTe la,plus pro-,nbsp;fonde, ils avoient lailTé lès chevaux a 1aban-,nbsp;don; celui dAlard, plus vif que les autres,.nbsp;les tourmentoit; Bayard séchappe, amp; fesnbsp;hennifleroens éveillent Alard amp; Richard; ilsnbsp;fe lèvent, amp; aperqoivent, au clair, de la lune,nbsp;léclat des arvnes; ils entendeur un brult con-fus- ils courent dans rappartement dHernier,nbsp;amp; ne Ie trouvent point; ils fe doutent de lanbsp;trahifon. Alard revient, foudain, auprès denbsp;Renaud, pour 1avertir de tout ce ,qui,fe pafle.-
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Renaud étoit tout armé; il fe léve, il ne trouve que trente Cavaliers ; il court fur lanbsp;place; il rencontre Guyon, a vee cent combac-,nbsp;tans, qui fermoient la principale rue. Renaudnbsp;appeÜe fes frères, ils palienc au fil de 1épéenbsp;cette petite troupe. Les Francois tenoientnbsp;tine partie des foldats de Renaud enfermésnbsp;dans la cour du Chateau, oü Ie fang ruifle-loit; lorfquils entendirent que Renaud at-taquoit Guyon, ils craignirent d'etre furpris;nbsp;ils mirent Ie feu au Chéteau amp; dans plu-f eurs q'uartiers de la Ville : Renaud amp; fes frères avoient a combattre contre les ennemisnbsp;amp; contre les flammes; ils fortent de la Ville;nbsp;ils aper9oivenc, dans Ie fofle, une troupenbsp;qui 'attendoit Ie fgnal; ils sy précipitent amp;nbsp;ne laiflent échapper perfonne. Ils rentrentnbsp;dans Ie chateau. Un grand nombre denne-mis avoient fuivi les quatre héros, commenbsp;ils étoient entrés dans Ie folie, on les avoitnbsp;perdus de vue; les Fran§ois les cherchoientnbsp;de tous cótés ; Les nis dAymon, en rentrancnbsp;dans la place, ferment la porte amp; lèvent lesnbsp;ponts. Nayant plus a craindre que Ie Roinbsp;envoy^t de nouvelles troupes, amp; débarraliésnbsp;de celle qui étoit dehors, ils volent aux lieuxnbsp;oü Hernier, avec trois cents combattans, met-toit tout a feu amp; a fang; a peine font-ilsnbsp;arrivés, que tout change de face : Herniernbsp;amp; les fiens cherchent a sechapper; ils veulentnbsp;gagner le pont, ils le trouvent levé, amp; lanbsp;porte fermée. Les fils dAymon, qui avoientnbsp;raffenible leurs troupes, paffent les trois cents
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combauans aufil de 1épée; il les font jefer, par deflus les remparts, dans les foffés; Ils nenbsp;réfervent quHernier amp; douze des üens.
CHAPITRE V.
Danser de Renaud amp; de fes frères. Hernier leur propofe de leur livrer Ie tréfor de Charlemagne. Renaud Je fait écarteler. Retraitenbsp;des quatre Paladins. Regrets de Renaud^nbsp;d Vafpe9 de Montfort embrafé. Charlemagne les pourfuit avec fon armee. Renaudnbsp;fe retire en vainqueur. Retraite de Charlemagne. Combat d'uiymon contre fes enfans.
X^E Chateau amp; la Ville de Montfort étoient toujours la proie des fiammes-, elles avoientnbsp;confommé tous les vivres; la garnifon avoicnbsp;été égorgée. II ne reftoit plus aux lils dAymonnbsp;que cinq cents homi-nes. II étoit très-aifé anbsp;Charlemagne de prendre daflaut, ou daffa-mer cette malheureufe Ville. Renaud fenticnbsp;tout Ie danger de cette fuiiation; il propofanbsp;a fes frères de raflembler ce qui leur reftoitnbsp;de monde, amp; d'abandonner a Charlemagnenbsp;une proie inutile; ils furent töus de eet avis,nbsp;amp; Ie depart fut remis a 1entrée de la nuit,nbsp;Hernier, amp; les douze FraD9ois, furent té-inoins de la deliberation : Le traitre con^utnbsp;lefpérance de fauver fa vie. Je fais, dit - ilnbsp;n aux Ills dAymon, que je mérite la morci
-ocr page 73-jjjc ne demande aucune grice; jai voulu gt;, vous livrer vivans a Charlemagne, votre en-V, nemi; il eft jufte que vous men puniffiez;nbsp;5» mais, que vous importe que ce foit plusnbsp;»»tóc ou plus tard? Vous vous propofez denbsp;j) fortir , amp; daller former un nouvel établif-fetnent; avez-vous fongé aux forces redou-rnbsp;«tables de Charlemagne, au petit nombrenbsp;« de gens qui vous reftent, amp; aux difficultesnbsp;)» que vous aurez pour traverfer le camp desnbsp;», Fran9ois, qui vous entoure de tous cötés?
Dans quel que endroit que vous alliez, il », faut que vous vous ouvriez une voie ^nbsp;« travers vos ennemis. Jen fais une; ceft cellsnbsp; OÜ javois embufqué les mille combattansnbsp; que jai introduits dans la place : Elle eftnbsp;,, inconnue du refte des Fran9ois, amp;, peut-,, être, de vous-mêmes: Je vous dirai plus;nbsp;« cette route communique, par un fentietnbsp;«écarté, au pavilion du Due Naimes, dansnbsp;«lequel eft dépofé le tréfor du Roi. Je nenbsp;,, vous demande que trente hommes pour en-,, lever Naimes amp; le tréfor; ft vous accepteznbsp; les fervices que je vous offre, la feule ré- compenfe que je vous demande, eeft denbsp;,, memployer centre vos ennemis amp; contrsnbsp;,, Charlemagne lui-même. Traitre, lui répon-,, dit Renaud, nous ne voulons ni de tes fer-0 vices, ni de toi. Tu trahis, dansce momentnbsp;,, même, ou Charlemagne, ou nous; qui quenbsp;,, ce foit que tu trompes, tu nen méritesnbsp;9, pas moins la mort,,. Auffi-tót, Renaud or-donne quon le dépouille de fes habits amp; quon
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Fattaclie, par chacutt de fes membres, a quatre chèvaux des plus vigoureux. Le lache Her-ïiier tombe a fes genoiix, pale tremblant jnbsp;fa trahifon avoit infpiré de la haine, fes lar-mes firent naitre le mépris. II fut exéciué,nbsp;les douze prifonniers périrent par le gibet.nbsp;Dès que la nuit fut venue, les quatre filsnbsp;dAymon firent monter leur petite troupe anbsp;cbevalils mirenc au centre leur tréfor amp;nbsp;leurs équipages; Guichard amp; .Richard , avecnbsp;cent hommes, brent lavant-garde-, Alardnbsp;amp; Renaud, avec cent hommes, efcortoient lenbsp;convoi ; quoique cette petite armee fut divi-fée en trois corps, elle nen formoit qu'un,nbsp;par leur raarche ferrée. Un petit détachementnbsp;lie vingc-cinq hommes, commandé par unnbsp;Chevalier dune experience confommée, pré-cédoit la troupe pouf lui fervir de yédette,nbsp;amp; pour fouiller les haies amp; les buiflbns, denbsp;crainte de furprife. ^ ,
La troupe fortit du Chateau dans eet or-dte. Renaud ne put sempêcher de tournet, vers Montfort embrafé, ¦ fes yeux inondésnbsp;delarmes. ,, Adieu, cher amp; maiheureux afy-,1e, sécria-t-il, berceau de notre gloire,nbsp;amp; qui, fans la trahifon de Hernier, aurois vunbsp; brifer, a tes pieds, toute la puiflance denbsp; Gbarlemagne. Tu nes plus quun monceaunbsp; cendres, amp; tes fondateurs auroient denbsp; Ja neine a trouver, dans ta vafte enceinte,nbsp; lefpace quil leur faudroit pour repofer leurnbsp;*)têce. O mon cher Alard! nous nirons plus,nbsp;au retour des combats, nous repofer fous
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les bofquets naiiTans qui couvroient fes en-5, virons.
Aiard confoloit Renaud, amp; lui faifoit ef-pérer un meilleur fort. ,, Ce neft, lui di-5, foit-il, que dans 1infortune, que le héros eft veritablemenc héros. Aucun Chevaliernbsp;5,,lie vous furpafle en valeur, amp; le del, juf-,, quii ce jour,-a protégé votre vertu. Quenbsp;j, nous importe celui-ci, ou un autre LAl- lemagne, ou nous allons, vous offrira desnbsp;5, fituations auffi heureufes, amp; un climat auffinbsp;5, doux. La Patrie dun grand homme eftnbsp;gt;, par-tout OÜ il porte Iexemple de fes ver-j, tus. Nous nous ferons, par-tout, un autrenbsp;,, Montfort. Les cendres de celui que nousnbsp;5, quittons font plus glorieufes pour nous, quenbsp; des palais que nous aurio.ns acquis par unenbsp;,, lacheté,,. Renaud embrafla fon frère; il fenbsp;fentit animé dune nouvelle ardeur, amp; ne'nbsp;fongea plus quaux moyens deviter le campnbsp;¦de Charlemagne, ou de brufquer le paflage.
Charlemagjie navqit ¦ point encore eu de nouyelies dHernier amp; de fa troupe ; ilsnbsp;voyoient Montfort en ftammes, amp; les foldatsnbsp;que Renaud avoir laiffés hors de la ville, luinbsp;avoient raconté ce quils avoient vu; mais ilnbsp;ne comprenoit pas comment Hernier, ayantnbsp;mis tout a feu amp; a fang, ne revenoit pas;nbsp;ni pourquoi le pont étoit encore levé. Lorfquenbsp;Renaud fur parti, deux foldats, qui avoientnbsp;évité la,mort enfe cachant. dans-les debrisnbsp;dune maifon voifine de la place, rapportè-lent au Roi les adions héroïques des fils
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d'Aytnon, leur départ, la mort dHernier, amp; k deftruftion de Moinforc. O homelnbsp;,, sécria Charlemagne: Quoi! ni la force, ni lanbsp;,, rufe, ni Ie nombre, ne pourront mettre ennbsp;mon pouvoir Renaud amp; fes frères? Au mi- lieu des flammes, i!s me bravent .encore lnbsp; Charles, vainqueur de 1'Allemagne amp; de lI-
talie; Charles, la terreur des Sarrafins, fera ,, done Ie jouet de quatre jeunes gens ,,! Nai-mes Ie confola, amp; lui reprocha davoir plu-tót écouté Hernier que lui; il ajouta que ,nbsp;puifque leur troupe étoit réduite 4 un li petit nombre, il falloit 1attaquer dans fa tnar-che. Charlemagne envoya fes ordres, amp; Ie campnbsp;fe mit en mouvement.
Guichard, qui conduifoitlavant-garde,fut inftruit, auffi-tóc, du projet de Charles, il nenbsp;lui donna pas Ie temps de faire fes difpofi-tions; il fait avertir fes frères, amp; marche,nbsp;avec fierté, contre Ie Rol. Renaud ordonnenbsp;a vingt hommes de conduire les équipages furnbsp;les derrières, amp; vient joindre fes frères avecnbsp;Alard; amp; tous les quatre, fans donner Ie tempsnbsp;a 1ennemi de fe reconnoitre, frappent, tuentnbsp;tout ce quils rencontrent, renverfent les ten-tes,écartent les ennemis de droite amp; de gauche , ouvrenc une large route a leurs équipages, amp; jettent la confternation dans Ie camp.nbsp;Naimes a raflemblé quelques troupes; Richardnbsp;amp;. Renaud lui font face; ils écrafent les premiers rangs, Ie refte prend la tuice, amp; Nai-mes eft entrainé par Ie torrent.
camp, fans avoir perdu un feul homme ; ils ne doutèrent pas que Charlemagne ne les ficnbsp;pourluivre. Renaud fit marcher fes équipagesnbsp;devant, leur affigna un lieu pour le rendezvous, amp; leur ordonna la plus grande diligence.nbsp;Des le point du jour, Charles, fuivi dOger,nbsp;de Naimes, de Foulques de Morillon, paru-rent a la tête de Iarmee. Les quatre frèresnbsp;sarrêtent; le Roi, oubliant fon rang, amp; no-bciflant qua fa colère, met fa lance en ar-rêt centre Renaud , qui en detourne le fernbsp;amp; séloigne : Charles revient fur lui, plus fu-rieux; Renaud, ne fe pofledant plus, sélan-ce ; Hugues fe met au devant du Roi amp; revoltnbsp;lecoup mortel. Auffi-tót Charlemagne,tranf-porté de courroux, ordonne a fes Chevaliersnbsp;datcaquer la troupe des quatre frères; maisnbsp;ils firent fi bonne contenance, quelle ne putnbsp;jamais être entamée : File fe battit en retraite pendant treize lieues, Charlemagne lanbsp;harcelant toujours inutilement, amp; Renaud fenbsp;battant fans cede, amp; tuant ou bleflant quel-ques-uns des ennemis, fans quil perdit unnbsp;feul de fes combattans; il parvint, ainfi, juf-qua une riviere; Renaud avoit Iartde palfernbsp;les fleuves en préfence de Iennemi, fans avoirnbsp;d craindre d'en être inquiété, il fonda le guénbsp;lui-même, le traverfa avec quelques Cavaliers,nbsp;amp; , lorfquil eut frayé le chemin, il vint re-pren ire 1arrière - garde ; Charles eflaya , ennbsp;vain , de les fuivre, Renaud avoit fait romprenbsp;le gué, amp;, dailleurs, il fe fortifia fi bien,nbsp;que le Roi eut facrifié toute 1armée, fans
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quil lui eut ét(j poffible demporter fes re-tranchemens.
Enfin, Charles, défefpérant de pouvoic prendre les fils dAymon, alïembla fon Con-ieil : Naimes fut davis que Ie Roi retour-nat en France; il lui repréfenta quil étoicnbsp;dune obftination indigne dun fi grand Roi,nbsp;de covfrir après un fi petit nombre de perfon-nes , avec une armee fi formidable, amp; quenbsp;la légéreté des fils dAymon les mettoic a couvert de fes forces. Naimes fut davis quilnbsp;fufpendit fa vengeance, jufqua ce que fes en-nemis fe fuflent fixés dans quelques pays. Sonnbsp;avis fut fuivi; Charles ramena fon armoe ,nbsp;amp;, en paflant, il fit rafer les murs amp; les toursnbsp;de Montfort.
De retour a Paris, Charles congédia fes troupes, les Chevaliers sen retournèrent cheznbsp;eUx; chacun fe difoit, en foi-même , il neftnbsp;pas étonnant que je naye pu venir 4 boutnbsp;de furprendre quelquun des enfans dAymon,nbsp;puifquils ont échappé au plus grand Roi dunbsp;monde; Charlemagne fe confoloit, en difant;nbsp;¦il faiit que les fils dAymon foient les plusnbsp;vaillans hommes de la terre, puifque, ninbsp;moi, ni mes Chevaliers, navons pu les vain-cre.
, Le vieux Due Aymon fuivoit, tout conf-terné, Ie chemin de fon pays; il traverfoit la forét des Ardennes, avec une troupe nom-breufe; quelle fut fa furpr'ife, lorfquil rea-contra fes eiifans auprès dune fontaine! IInbsp;sarr^te, amp;; demande confeila fes amis; mais
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auCiin deujt nofa hafarder fon avis entre un père amp; fes enfans. Eh bien, dit Ie vieuxnbsp;Aymon, je ne confulterai que moi-même,nbsp;,, amp; mon exemple apprendra a route la terre,nbsp;,,que, lorfquil faut fervir fon Roi, on nenbsp; doit rien confidérer ; un vrai Chevalier,nbsp;,, lorfquil sagit de lhonneur, na ni père,nbsp; ni femme, ni enfans AulTi-tót il envoyenbsp;défier Renaud , qui refufa Ie combat; maisnbsp;Ie père inexorable fit dire a fes quatre fils,nbsp;de fonger a fe défendre, ou qu'il leS traite-roit comme des Ikhes. Aymon range fa troupenbsp;amp; savance en furieux contre Renaud amp; fesnbsp;frères: Ils cherchèrenc plutót a éviter fesnbsp;coups qu-i lui en porter; Renaud fe jeca.atinbsp;milieu de la troupe dAymon, amp; la forfa denbsp;reculer. Aymon la rallia, amp; revint avec plusnbsp;de furie; 1ordre que fes enfans avoient donnénbsp;a leurS combattans de ménager leur père ,nbsp;leur devinc funefte : Une grande partie desnbsp;gcns dAymon furent tués; mais Renaud amp;nbsp;Richard, craignant toujours que quelque traitnbsp;échappé nallat bieder leur père, ftifoientnbsp;faire k leurs bataillons de faufes manoeuvres.nbsp;Enfin, de cinq cents, leur troupe fe trouvanbsp;réduite ^ cinquante, dont encore quelques-unsnbsp;étoienc bledès. Renaud amp; fes frères, toujoursnbsp;pourfuivis par Aymon, gagnèrent une hauteur ; la (ituation du terrain , fuppléant aunbsp;nombre des combattans, ils fe défendirentnbsp;avec avantage; tous ceux qui sapprochoientnbsp;étoient moiffonnés. Alard eut fon cheval tuénbsp;de la main même de fon père; il alloit être
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fait prifonnier, fi Renaud eüt tardé plus long-temps de venir a fon fecours. Aymon avoit déja faifi Alard; Renaud frémit, amp;, renver-fant fon père ; Cruel, lui dit-il, ceft mal-,, gvé moi que je porte fur vous une main té- méraire; mais vous my forcez pour vousnbsp;,, épargner un parricide. II dégage Alard ,nbsp;amp; ie fait monter en croupe fur Bayard. Cetnbsp;intrépide courfier parut plus léger encore,nbsp;lorfquil fut chargé de ce double fardeau. Renaud, après cette aftion, fembloit avoir acquis de nouvelles forces; il porta aux gensnbsp;de fon père les coups les plus terribles amp; lesnbsp;forga de reculer.
Le combat fembloit fini, lorfquHermenfroi vint attaquer Renaud , amp; le mena9a de le li-vrer a Charlemagne; Renaud, indigné, met fanbsp;lance en arrêt amp; perce le Chevalier : II arrêtenbsp;fon cheval amp; le donne a Alard. Fier de ce pré-fent, Alard attaque Arfroi, le pilus vaillancnbsp;des Chevaliers dAymon. Arfroi, depuis lenbsp;commencement de cette guerre, avoit inuti-lement cherché 1occafion de fe battre contrenbsp;quelquun des quatre frères; mais celle-rla futnbsp;la feule; Alard le renverfa mort du premiernbsp;coup. Aymon, a qui il reftoit encore dixnbsp;fois plus de monde qua fes fils, voulut ven-ger la mort de.ces deux Chevaliers; il attaque Alard avec routes fes forces , Renaudnbsp;vient au fecours, Richard amp; Guichard lenbsp;joignent a eux, leur petite troupe étoit linbsp;fatïguée, quils combattoient feuls; ils fe bat-tirent en retraite jufqua une rivière, dont
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ils fadlitèrent le paflage a leurs gens; la, tournant le dos è la rivière, ils paroiflbientnbsp;comme quatre rochers, connelefquelsvenoientnbsp;cehouer tous ceux qui ofoient Jes atraquer.nbsp;Sils avoient eu feulement cinquante com-battans, een étoic fait de la troupe dAy-mon; il ne leur en reftoit que quatorze.nbsp;Lorfque les fils dAymon les virent fur lenbsp;rivage oppofe, ils savancèrent dans lesflots.nbsp;Leur père envoya encore après eux une par-tie de fa troupe, qui, malheureufement pournbsp;die , sengagea trop avant dans la rivière ;nbsp;lorfque Renaud amp; fes frères la virent luternbsp;contre le torrent, ils fe rapprochèrent, amp; ,nbsp;allant de foldat en foldat, ils ne firent qué-lever Si laifler retomber leurs lances fur leurnbsp;tête, amp; ils les fubmergèrent tous, 1un aprèsnbsp;1'auire.
Aymon amp; Renaud avoient rejoincleur monde ; chacun, de fon cóté, éprouva la même triftefle en voyant le mal quils sétoient faicnbsp;I'un a 1autre. Aymon fiottoit entre le re-mords de fa dureté envers fes enfans, amp; lanbsp;fatisfadtion fecrette davoir prouvé a fon Roinbsp;quil deteftoit leur félonie; il ne put refu-fer des larmes è leur fort; ils avoient toutnbsp;perdu, amp; il nofoit les fecourir. Il fit enter-rer les morts, amp;, après sêtre arrêté, une feulenbsp;nuit, dans fes Etats, il reprit le cherain denbsp;Paris, avec les corps des deux Chevaliers,nbsp;quil fit conduire après lui; il fe préfenta inbsp;Charlemagne, amp; lui raconta tout ce qui ve-tioic de fe palier; il témoigna, furtout, un
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Les quntre fils
grand regret de navoir pu faire prifenniers fes quatre enfans, pour les lui remettre, fai-fant peu de cas du grand nombre dhommesnbsp;quil lui en avoit coüté, sil eüt pu réufllr.
Charlemagne, dont lame étoit grande amp; généreufe, amp; qui ne pouvoit refufer fon ef-time au courage de Renaud 8c de fes frères,nbsp;jeta un ceil dindignation fur Aymon. De-5, puis quand, lui dit-il, 1'aigle dévore-t-ilnbsp;j, fes petits? Cell vainement, Aymon, quenbsp;,, vous voudriez pevfuader k un Roi, qui eftnbsp;5, père comme vous, que vous avez fait anbsp; vos enfans lous les maux que vous dites;nbsp;,, Ce que je puis faire de mieux, en votrenbsp;,, faveur, eft de croire que vous me trompez;nbsp;car, quelque odieux que foitle menfonge,nbsp;,, il 1eft encore moins que 1aveu parricidenbsp; que vous me faites.
Aymon fut ému de honte 8c de colère ; ,, Des reproches 8c des injures, répondit-il ,
font done la récompenfe des fervices que ,, 1on rend aux Rois? Je les mérite, fansnbsp; doute, puifque mon zèle pour un ingracnbsp; ma fait éroufter les cris de la nature; mais,nbsp; on -a roujours tort a vee les Princes, quandnbsp; tout ne réufilt point au gré de leurs vceux.nbsp; Si javois refté neutre, entre mes enfans 8cnbsp; vous, vous mauriez cru leur complice; vousnbsp; me combleriez de faveurs, fi je les amenoisnbsp; k vos pieds. Quoi quil en fóit, il nen eftnbsp;1, pas moins yrai que jai facrifié tous mesnbsp; vallaux, que jai fait périr leurs troupes, 8cnbsp;j, que je les ai réduits a la dernière extrémité;
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fi quelque fiatteur de votre Cour veut fou-,, renir le contraire, je lui prouverai quil a ,, menu Aces mots, Ayinon, furieux, for-Tic du Palais du Roi, amp;, Ians prendre congé , remonte a cheval, amp; revient auprcs denbsp;la Dtichefl'e; elle etoit venue au devant denbsp;lui; après avoir embralie Ton époux, fon premier foin fut de lui demander des nouvelles denbsp;leivrs enfans. Aymon lui raconta tout ce quinbsp;sétoit pafle depuis la mort de Berthelot, juf-qua 1accueil que Charlemagne venoit de luinbsp;faire.
Jufte recompenfe de votre cruauté, lui dit-j, elle! Eh! quoi, barbare, nétoit-ce pas aflez ,, davoir promis au Roi de ne prendre aucunnbsp; parti, ni pour,' ni centre vos enfans? cé- toit le plus grand facrifice quil put exigernbsp; dun pere. Parmi les monftres des forets, ennbsp; eft-il quelquun qui, voyant fes petits ennbsp;,, danger , ne iafle tout ce quil peut pour lesnbsp;,, fecourir? amp; vous, fans aucune néceffité,nbsp; par une vile adulation , vous les perfecutez,nbsp;,, vous faites tons vos efforts pour les livrernbsp;a un ennemi qui a juré leur perte! Lorf-,, que vous avez tourné vos armes contre eux,nbsp; que vous les avez forces a fe défendre, quenbsp; le brave Renaud seft contenté de détotirnernbsp;,, le fer de votre lance, moins pour éviternbsp; la mort, que pour vous épargner un par- ricide, vos entrailles ne fe font-elles pointnbsp;,, émues?0 mesenfans! quenepuis-je,danscenbsp; moment, vous aider d fupporter les- mauxnbsp;gt;t 0Ü votre père vous a plongés! Aymon Pin-
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terrompit : Ah ! chère époufe , najoutez point aux remords qui me déchirent! Vousnbsp;,, Pavouetai-je? ceft malgié moi que jai com-j, battu contre mes fils; je croyois quil falloit
tout facrifier a fon maitre.... Oui, reprit la Duchefle, tont, excepté la nature ; ellenbsp;,, a fes droits fur lelhlave Ie plus abjeft amp; I9nbsp; plus foumis.
Aymon, 1ameflétrie partant de reproches, alloit tomber aux pieds de Ibn époufe; ellenbsp;Ie retint dans fes bras, amp; y retrouva les fen-timens qu'ilavoit fi long-temps combattus.
CHAPITRE VL
Extréme misère des fi!s (Vylymon. Ils ont re~ cours d leur mere. Entrevue tonchante. Co-lère feinte amp; politique d'ylymon. lis fortentnbsp;du Chdteau avec cent hommes darmes, amp;nbsp;comblés de préfens amp; de bienfaits de leurnbsp;mere. Aymon les attaque amp; leur donne troisnbsp;cents hommes d''armes. Maugis efl d leurnbsp;tête. Renfort de trois cents hommes. Offrenbsp;de fervices au Roi de Gafcogne.
T vF.s malheureux fils d Aymon, après avoir perdu leurs foldats amp; leur ttéfor, erroient dansnbsp;les forêts dArdenne, difputant aux bêies fé-roces leur nourriture vivant de la chafle ,nbsp;amp; nayant dautre afyle, pour fe garantir du
-ocr page 85-froid, que des tanières danimaux, ou des cavernes humides amp; couvertes de neige. Lenrsnbsp;chevaux ne trouvoient que des feuilles sèchesnbsp;amp; des racines; a peine pouvoient-ils porternbsp;leurs mairres; le feul Bayard avoir confervénbsp;route fa vigueur. Les armes des Chevaliersnbsp;dépériflbient comme eux; fi la juftice ne lesnbsp;cut pas dirigés; sils avoient été auffi cruelsnbsp;que leur père, ils auroient pu fe fervir denbsp;leur force pour mettre a contribution fes vaf-faux ; ils auroient pu, par des pirateries pref-que neceffaires, vivre a fes depens amp; 1affa-mer dans Ion Chateau. Ce qui les chagrinoitnbsp;le plus, ceroit que, dans 1état ou ils etoientnbsp;réduits, ils ne pouvoient aller cherclier lesnbsp;aventures, ni offrir leurs fervices d quelquenbsp;Prince. Car, comment fe prcfenter, fans armesnbsp;amp; fans argent? Dailleurs, une grande partienbsp;de 1Europe étoit foumife a Charlemagne,nbsp;amp; il étoit dangereux de fe montrer fans ef-corte.
Renaud dit j un jour, a fes frères : Nous languiflbns, depuis long-temps, dans unenbsp;,, honteufe oifiveté ; ne nous fera-t-il donenbsp;,, jamais permis de fortir de ces trifles fo-,, réts? La crainte dun père dénaturé doit- elle nous priver, pour jamais, de revoirnbsp;5, les lieux qui nous ont vu naitre, amp; de vo-,, ler dans les bras dune tendre mère ? Quel-,, que alarmée quelle doive étre fur notrenbsp;fort, quelle feroit fa peine, fi elle favoitnbsp;,, notre fituation ? II ny a cei^endant, quellenbsp;s, qui puifl'e nous en retirer; mais, comment
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Les quatre fils
5, la lui faire connoicre,,. Alard 1interrompit:
,, En allant nous-mêmes, dit-il, implorer fon fecours: Qu'avons-nous k craindre ? Quel-j, que irrité que foit notre père, vous faveznbsp; que nous fommes chéris dans fes Etats; ilnbsp;5, noferoit jamais attenter fur nous dailleurs,nbsp; nous fommes fi changes, la nature lui parle finbsp;,, peu en notre faveur , quil auroit bien denbsp; la peine a nous remettre.
Alard décida fes frères; ils attendirent que la nuit fütvenue, amp; fe mirent en route pournbsp;arriver, le lendemain, dans !e temps quilsnbsp;favoient quAymon étoit a la chafle. Ils sar-Têtèrent k quelque diftance du Champ;teau; ilsnbsp;sinformèrent fi le Due Aymon y étoit; ilsnbsp;apprirent quil chaflbit, depuis le matin, avecnbsp;quelques Seigneurs du voifinage ; ils avan-cèrent , alors, avec fureté , non fans jeternbsp;lépouvante amp; létonnement dans Iefprit dunbsp;peuple. La maigreur de leurs chevaux, lesnbsp;vifages pSles amp; livides des Chevaliers, leursnbsp;barbes longues amp; épaifles, les rendirent mé-Connoiflables a leurs meilleurs amis; on lesnbsp;prenoit pour de pauvres étrangers échappésnbsp;aux fers des Sarrafins; perfonne ne fe doutanbsp;de la vérité; ils demandèrent a parler k lanbsp;Duchefle, on les introduifit dans le Chateau,nbsp;quils parcoururent fans rencontrer perfonne ; ils parvinrent jufqua fon appgt;artement ;nbsp;elle fe leva, amp; vint au devant deux.
Que demandez-vous, leur dit-elle; qui ,, êtes-vous, amp; en quoi puis-je vous fervir?nbsp; Généreufe Princefle, ïépoiidit Alard, nous
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M fommes quatre infortunés échappés a la fu-,, reur dun Prince injufte, qui a jure notre ,, perce, amp; qui nous a óté jufqua la volonténbsp;V de nous venger de lui La pauvreté ellnbsp;Ie moindre de nos malheurs; Ie cruel! il lïousnbsp;éloigne de ce que nous avons de plus cher aunbsp;monde. Hélas! sécria la Ducheffe , c'eft,nbsp; fans doute, de vos époufes, ou de vos en- fans. Jen eus quatre, qui faifoient toute lanbsp; joie de leur mère, Un fort cruel les éloignenbsp; de moi, peut-être ne les reverrai-je jamais;nbsp; ils font perfécutés, comme vous; commenbsp;,gt;vous, ils gémilTent, peut-être, dans unenbsp; pauvreté avilifiante; car, quel eft Je Princenbsp;,, aiiez généreux pour braver, en les fecou-rant, ou en les prenaut a fon fervice, Ienbsp;,, courroux de Charlemagne? Ceft ce puiflancnbsp;,, Roi qui les pourfuit, amp; qui, peut-être, anbsp;,, mis leur tête a prix. Ils auront, fans doute,nbsp; interrompit Richard, pris leurs précautionsnbsp;,, pour nêtre pas reconnus. Hélas! dit la Du- chehe, ils ne font que trop aifés a recon-,, noitre; beaux, jeunes, a Ia fleur de leurnbsp;,, age, chargés dexploits glorieux, leurs nomsnbsp; fe font rendu célébres aux deux bouts denbsp;,, la terre.... Ah ! je la détefte, cette célébrité,nbsp; qui ftifoit, autrefois, ma gloire.... Mais,nbsp; pourquüi vous importunai-je de leurs éloges?nbsp; pardonnez une mère qui cherche des coeursnbsp;,, fenfibles qui puiflent partager fa tendrefle.nbsp;,, Vous êtes roalheureux comme mes fils, vousnbsp; devez mêtre chers; expofez-moi vos be-j, foins avec confiance.
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Renaud fondoic en larmes; fon affliftion attira les regards de laDuchelTe; elle Ie fixe;nbsp;il bailïe la vue, en sécriant : ,,'Ahl Ma-,, dame, pourquoi la nature ne parle-t-ellenbsp;pas au coeur de votre époux, comme ellenbsp; fe fait entendre au vótre? Cette réflexionnbsp;la frappa ; malgré lépaifieur de fa barbe amp; Ienbsp;hale qui Ie défiguroit, elle crut démêler lesnbsp;traits de 1ainé de fes fils; elle releva lesche-veux qui lui couvroient Ie front, amp; reconnucnbsp;une cicatrice que Renaud 'eut dans fon en-fance. Ah! mon fils, sécria-t-elle, ah!nbsp; Renaud Ne pouvant fuffire a fa ten-drefle, elle s'évanouit; Renaud appela du fe-cours, amp;, lorfque la Duchefle revint, elle fenbsp;trouva dans les bras de fes enfans; elle nenbsp;favoit a qui elle devoit prodiguer plus de ca-refles; elle leur fait mille queftions è la fois,'nbsp;amp;, fans leur donner Ie temps de lui répon-dre, elle ordonne quon leur prépare un fu-perbe feftin. Tantót, ceft du foin de leiir parure quelle parolt occupée, tantót ceft denbsp;celui de leur procurer du repos : Elle vou-droit fatisfaire tous leurs befoins ü la fois;nbsp;elle leur parle dAyraon, leur raconte 1ac-cueil que Charlemagne lui avoic fait, amp; Ie re-pentir quil éprouve. Ils font pénétrés de joienbsp;de ce retour de leur père; ils veulent allernbsp;au devant de lui; leur mère les arrête; Tamsnbsp;dAymon nétoit pas encore aflez calme poufnbsp;les voir de fang-froid; elle fe charge de Ienbsp;prévenir fur leur arrivés; elle entend du bruitnbsp;dans la cour du Chateau, cétoit Aymon qui
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revenoit de !a chaffe; elle les fait cadier dans un cabinet voifin, amp; 1atrend dans le troublenbsp;amp; Iagitation. II entre; elle court a lui en fondant en larmes : ,, Ah ! mon ami, sccrie-,, t-elle, je viens dapprendre des nouvellesnbsp;,, de nos enfans; réduits a Iindigence, acca- blés de maux, la crainte de votre courrouxnbsp;,, ne leur permet point daller oftrir leurs fer- vices è aucun Prince ni Seigneur. Depuisnbsp; votre dernier combat, ils one erré dans ies'nbsp; forêts. Un feul témoignage de votre amitiénbsp; les rameneroit a vos genoux.
Aymon fe fentit attendri, il ctoit agité de différens mouvemens. II edt voulu les revoir,nbsp;la crainte de déplaire è Charlemagne le rete-noit; il confentoit que fon époufe les rappelat,nbsp;il le defendoit un moment après. Il avoit devancnbsp;les yeux les flammes qui avoient confumé Mont-'nbsp;fort; il craignoit le même malheur pour fesnbsp;Etats. Il ne favoit que réfoudre, lorfque lanbsp;Duchefle sélance de fes bras dans le cabinet ounbsp;étoient fes enfans, amp; les conduit aux genouxnbsp;de leur père.,, Les reconnoiflez-vous dans cetnbsp;,, état, lui dit-elle, cruel! il ne vous refle plusnbsp; qua les livrer au Roi. Ah! sil les voyoit'nbsp; dans 1humiliation ou vous les avez réduitsnbsp; vous-même, il en feroit touché,,. Aymon,nbsp;la vue égarée, cherchant a fe diftraire dunnbsp;fpeélacle qui 1attendriflbit, malgré lui, étouf-foit fes larmes amp; fes foupirs. Enfin, la craintenbsp;amp; 1ambition 1emportarit fur fa tendrefle ;nbsp; Fuyez, leur dit-il, fuyez le jufte courrouxnbsp;), dun père amp; dun Roi. Ah! malheureux,
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,, dans quels maux vous me plongez! 0 nion 5, pèrel sécria Renaud, quel plus grand malnbsp;») pouviez-vous nous faire? ceft vous quinbsp;f, avez détrujt notte dernière efpérance. Jenbsp;f, vous jure que nous ne voulons aucun malnbsp;5, a Charlemagne, amp; que nous ne défirons quenbsp;,, de le forcer a la paixnous en lerions ve-,, nus a hour. La paix avec des traitres! re-,, prit le Due : Ah! ne Pefpérez jamais; ilnbsp;,, me foup^onne de favorifer fecretteinent vosnbsp;,, defl'eins, amp; cela fuffit pour que je doivenbsp; moppoihr a tout accord. 0 ciel! interrom-¦ pit la Duchefle ; non, mes enfans, votrenbsp; père ne le penfe pas, je 1'ai vu s'attendrirnbsp;,, fur votre fort; il vous aime; ii panage minbsp; tendreffe pour vous; menagez un relte denbsp; foiblefle. Eh bien! reprit Alard, nous al-,, Ions le délivrer de nocre préfence impor- tune ; mais, du inoins, quil ne nous re-,, fufe point un fecours quil accorderoit a. desnbsp; Chevaliers étrangers amp; malheureux.
Aymon ne put retenir plus long-temps fes larmes. Non, dit-il, ceft moi qui vaisnbsp;,,fuir, amp; ne pas vous priver de jouir desnbsp;,, careffes de votre heureufe mère. Madame,nbsp; continua-t-il, en fe retournant vers elle ,nbsp;a, je ne ferai de retour quaprès-demain ¦, vousnbsp;,, êtes la dépofitaire de mes tréfors, vous pou-,, vez en difpofer comme vous jugerez a pro-j,pos : Adieu, je pars,,. II Ternbrafle, luinbsp;recommande ie plus grand fecret, amp; va re-joindre les Chevaliers avec lefquels il venoicnbsp;¦de chaffer.
-ocr page 91-A peine fut-il forti, que cette tendre mère, les embrafTant Iun après 1autre, leur fit ob-ferver que, fi leur père ne leur donnoic pasnbsp;les lémoignages des fentimens quil éprouvoit,nbsp;cétoit par contrainte, amp; quils ne devoientnbsp;pias Ten aimer moins; quils pouvoient étrenbsp;allures de Ion amour, amp; que, dans tout cenbsp;qui ne regarderoit pas le Roi, il ne leur fe-roit pas contraire. Renaud amp; fes frères lanbsp;prièrent dêtre médiatrice entre leur père amp;nbsp;eux; ils lui jurèrent quils avoient, amp; quils_nbsp;auroient toujours pour lui, 1amour le plusnbsp;tendre, dür-il les haïr.
La Ducheflè les fit diner avec elle, amp;, dans la crainte que fes fentimens ne trahiflènt lenbsp;feeree que fon mari lui avoit recommandé,nbsp;elle fit Ibrtir tout le monde; elle leur donnanbsp;des. armures amp; un habillement convenable anbsp;leur état; elle fit venir Mainfroi, le fils denbsp;fon Ecuyer, jeune homme dune fagelle amp;nbsp;dune valeur reconnues, elle le fit mettre, knbsp;table, a cóté delle, amp; lui demanda sil ne dé-firoit point de sattacher a quelque brave Chevalier, pour mériter de le devenir a fon tour.nbsp;Mainfroi lui répondit, que le feul Chevaliernbsp;quil eüt voulu fervir, étoit Renaud, ou quel-quun de fes frères; mais que, défefpérant denbsp;les revoir jamais, il avoit renoncé a tout autre fervice qua celui de la Ducheflè. Alors,nbsp;elle lui dit tout ce qui fe paflbit; Renaudnbsp;embrafla Mainfroi, qui fe confacra k lui dèsnbsp;ce moment. On lui dit de quelle importancenbsp;il étoit, que perfonne ne fut que les fils dAy-
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mon étoient avec leur mère; on Ie chargea dengager trois autres Ecuyers, quon lui nom-ma, pour partir dans la nuit dü lendemain.nbsp;Mainfroi protnic Ie feeree Ie plus inviolable,nbsp;amp; fe chargea des préparatifs du voyage; ünbsp;eut Ie plus grand foin des chevaux des Chevaliers , amp;, furtout, il cacha aux trois Ecuyersnbsp;les noms de ceux quils devoient fervir; ilsnbsp;ne les apprirent que lorfquils furent hors desnbsp;Etats de Charlemagne.
LaDuchefle,pendant tout cejour, amp; Ie lendemain, diftribua a fes enfans Ie tréfor de leur père , leur fit faire un équipage brillant,'nbsp;amp; Mainfroi ordonna, au nom du Due Ay-ïflon, une levée de cent hommes pour fe ren-dre, dans trois jours, k Sedan.
Tout ayant été conduit dans Ie plus grand fecret, amp; Ia nuit étant déja avancée, ils mon-tèrent a cheval dans la cour du Chtlteau. Leurnbsp;mère fondoit en larraes du regret de les quitter , elle les embrafla mille fois; ils ne pou-voient fe féparer delle; ils lui recommandè-rent leur père; elle les aflura de fon amitié,nbsp;amp; les exhorta de fe conduire toujours aulSnbsp;fagement quils 1avoient fait.
Enfin, ils fortirent du ChSteau; ils trou-vèrent, è. peu de diftance de la Ville, leurs Ecuyers qui les attendoient. A peine furent-ils hors des Ardennes, quils rencontrèrentnbsp;Ie Due Ayraon, avec trois cents hommesnbsp;magnifiqnement équipes. Les quatre frères ennbsp;furent effrayés; ils arrêtèrent; Aymon quittenbsp;fa troupe, savancc vers Renaud, amp; lui dit
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#n Xecret : Mon fils, je fuis au défefpoir ,, des maux que je vous ai caufés; ceft malgrénbsp; moi que je vous ai combattu; eeft a la poli-,, tiquequeje vous ai facrifié, amp; uonamonref- fentitnent. Après tout ce que jai fait con-,, tre vous, je fuis encore fufpeft a Charles;nbsp; que feroit-ce, lijavois gardé plus de ména-,, gemens? Je ne puis rne juftifier dun crimenbsp;,, quen paroiflant coupable dun autre. Tellenbsp;,, eft ma fituation. Adieu; les trois cents hom-,, mes qui me fuivent font a vous; Ie Che- vqlierqui les conduit, vafeindrede maban-,, donnet; il fait mon feeree, il nen abuferanbsp;,, pas. Adieu; foyez toujoursaulfi braves, auffinbsp; prudens amp; aufli généreux que vous 1étes.
En difant ces mors, il prend un air cour-roucé, amp; s'éloigne, en mena9ant fes enfans; il met fa lance en arrêt, amp; appelle fa tröupe anbsp;fon fecours : Celui qui la commandoit sap-proche, amp; tourne fes armes centre Aymon,nbsp;qui paroit furieux. Le Commandant de cettenbsp;troupe ordonne a fes foldats de fe ranger dunbsp;parti de ces quatre Chevaliers, amp; leur déclarenbsp;quü- lavenir, ils feront fous leurs ordres.nbsp;Cette feinte défertion fut exécutée avec unenbsp;li grande vraifemblance, que dix des fervi-teurs dAymon, qui nétoient point du fecret,nbsp;fondirent fur les transfuges; ils furent repouf-fés amp; raccompagnèrent leur maitre a fon Chateau. Peu de jours après, il répandit le bruit,nbsp;que les Chevaliers qui avoient débauché fesnbsp;foldats amp; emporté fon tréfor, étoient fesnbsp;ptropres enfans, qui s'étoient rendu mécon-
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Zes quatre fits
noiflables a leur père amp; a leur nière, pat uh déguifement indigne deux; il fit partir unnbsp;courtier pour en prévenir Charlemagne, quinbsp;fut la dupe de cecte fable, amp; qui ne défap-prouva pas la conduite des Chevaliers enversnbsp;un père fi inhumain.
Le Chevalier, qui conduifoit la troupe dAymon, garda le plus profond filence, juf-quil ce quils fuflent éloignés de trois lieuesnbsp;des terres da Due. Alors, il leva la vifièrenbsp;de fon cafque, amp; les quatre frères reconnu-rent Maugis, leur coufin; ils coururent a lui,nbsp;tous a la fois; ils 1accablèrent de carehes;nbsp;ils ne concevoient pas par qüel hafard il fenbsp;trouvoit dans les Etars de leur père. Maugisnbsp;leur apprit que Charles avoit mis fur piednbsp;upe puiflante armée, quon ignoroit encorenbsp;contre qui il devoit diriger fes coups; maisnbsp;quil croyoit que le Due dAyinon étoit ré-concilié a vee fes enfans, amp; quen conféquence,nbsp;il ne^ravoit pas invité de le fuivre ; Lenbsp;,, bruit 4e la rupture de Charles avec Aymon,nbsp;continus Maugis, étoit fi bien accrédiré,nbsp; que je fuis'venu ofFrir mes fervices, amp; ceuxnbsp;de mes oncles, a votre père; il ma parunbsp; plus attaché que jamais a ce Prince; il anbsp;,, été fincèrement affligédes bruits qui s'étoientnbsp; répandus d ce fujet; il eft vrai que, dansnbsp; un moment de dépit, Charles 1a aceufénbsp; dêtre de moitié dans les complots de fesnbsp;enfans; il na pas eu de peine a me per-5» fuader le contraire. Cependant, il fe repro-)) che en feeree les maux inutiles ^uil vous
-ocr page 95-,, a fa its. Jai voulu 1engager a fe raccom- moder avec vous: II ma juré quil nécoic pas votre ennemi, mais que jamais il nenbsp; vous donneroic des témoignages publics denbsp; fon amitié [ il ma offert rrois cents hommesnbsp;,, darmes, en me permettant den faire 1u-,, fage que vous voyez que jen ai fait. Votrenbsp; père défireroit que nous allaffions en Ef- pagne« pays fertile en aventures, amp; quinbsp; pourra nous] fournir des occafions de nousnbsp;,, faire eftimer de Charlemagne, amp; de 1enga- ger a nous rendre.fon amitié.
Maugis parloit encore, lorfquils rencon-trèrent, a Rheims, trois cents hommes fous les armes Alard partoit pour les reconnoitre,nbsp;amp; Renaud fe difpofoit a combattre : Ar- rêtez, leur dit leur coufin, cette affaire menbsp; regarde , amp; je vais, dun mot, les met- tre a la raifon . Maugis part sapprochenbsp;de celui qui commande, amp;, aufli-tót, cenbsp;corps fe divife en deux parts; moitié fe meenbsp;en inarche pour faire lavanr-garde, amp; Ie reftenbsp;attend que les quatre cents hommes des Chevaliers foient paüés. Les quatre frères regar-doient cette mancEuvre avec furprife , lorf-que Maugis vint les tirer dinquiétude; il leurnbsp;apprit que ces hommes darmes étoient a lui,nbsp;amp; qudl leur avoit donné ordre de 1attendrenbsp;a fon retour.
Les Chevaliers délibérèrent fur la route quils devoient tenir. Ils convinrent quil falloit évi-ter Paris; ils prirent des chemins détournés,nbsp;raarchantj Ie plus quiis pouvoiepc, a tra-
-ocr page 96-go nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
vers les forêts ; Ils arrivèrent dans la Brie, gagnèrent Orleans, on ils paflerent la Loirenbsp;amp; fe rendiren t, enfin, a Poitiers. Quoiquils fuf-fent en pays ennetni, ils fe contentèrent dy fairenbsp;vivre leur troupe aux depens de Charlemagne.
Ils avoient projeté daller en Efpagne , mais ils apprirent , è Poitiers, que Boulag-Akaficnbsp;avoir chafle du tróne dAquitaine le Roi Yon,nbsp;amp; quil devoir 1attaquer dans Bordeaux, avecnbsp;une armee de vingr mille Sarrafins.
Renaud, quine sétoit exercé depuis long-temps, propofa daller fecourir le Roi dAquitaine; En fix jours, ils arrivèrent è Bordeaux ; ils firent arrêcer leur troupe a Blaye, amp; fenbsp;préfentèrent chez le Roi, ou ils trouvèrentnbsp;un grand nombre de Chevaliers, mais aucunnbsp;ne pouvoit fe comparer a Renaud; fa taillenbsp;majeftueufe , fa démarche fiére, fon regardnbsp;nobie amp; dotix, le faifoient admirer des hommesnbsp;amp; adorer des femmes. Ses frères, amp; fon coufin,nbsp;ne le cédoient en beauté qua Renaud. Le favorinbsp;du Roi, en les voyant entrer dans le Palais,nbsp;fut frappé, amp; Vint au devant deux ; Ils de-mandèrent dêtre préfentés a fon maitre; ilnbsp;éroit au Confeil; le Courtifan les pria dat-tendre un moment. Renaud lui fit pjufieursnbsp;queftions au fujer de Boulag-Akafir, amp; il appricnbsp;que cet intrépide Sarrafin avoir conquis depuis Arles jufquaux Pyrénées, quil étoir lenbsp;maltre de Touloufe, de Montpellier amp; desnbsp;Villes les plus confidérables des bords de lanbsp;Garonne; quil en avoir brülé plufieurs, amp;nbsp;pafle les habitans au fil de 1épée.
-ocr page 97-Renaud faifoit encore des queftions, lorf-que le Roi parut; il prit fesfrères, amp; Maugis, par la main, amp;, en les lui préfentant: Sire,nbsp; lui dit-i!, nous fommes cinq étrangers, tousnbsp; Chevaliers, nés dans une fortune bien diffé- rente de celle que nous pofledons aujour-,, dhui. Nous venons vous offrir notre fecours;nbsp; nous avons fept cents hommes darmes inbsp;,, notre folde; nous ne vous demandons dau-^ tre récompenfe , ii vous êtes content denbsp;,, nos fervices, que de nous protéger amp; denbsp; nous défendre, lorfque nous vous deman-,, derons aide amp; fecours Le Roi parut très-üitisfait de leurs offres; avant de les accepter, il voulut favoir qui ils étoient: Renaudnbsp;ne fe fut pas plutóc nommé, qu'Yon témoignanbsp;la plus grande joie; il connoiflbit la valeurnbsp;des quatre fils dAymon, amp; leurs infortunes:nbsp;Quant a Maugis, il ne put sempècher de con-damner laffaffinat deLothaire, mais il blamanbsp;le Roi de navoir pas vengé fur Ganelon, lanbsp;mort cruelle de Beuves. Yon remercia le Cielnbsp;de lui avoir envoyé ces vaillans Chevaliers.nbsp; Si votre Roi voiis a profcrits, leurdit-il, linbsp;,, votre père vous a déshérités, un tyran sefl:nbsp;,, emparé de mes Etats; nos fortunes fontnbsp; communes; que notre union foit fincère amp;nbsp;,, durable. Vous voulez maider a reconqué-,, rir mon tróne, je promets de vous aider,nbsp; de tout mon pouvoir, contre vos ennemis,nbsp;,, quels qu'ils foient,, Le Roi les retinc amp;nbsp;Youluc quils fuffent logés dans fon Palais.
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Les quatre fils
CHAPITRE VIL
Combat des fih d^ymon contre hs Sarrafins. Jienaud force leur Koi a fe rendre amp; dnbsp;abjurer Mahomet. Boulag-yJkafir cède fesnbsp;conquêtcs au Hoi. Renaud demande , pournbsp;toute récompenfe, de fe bdtir un fort furnbsp;la Dordogne. Chêteau de Montaubaii. Lenbsp;Roi de Gafcogne lui donne fa fxar Tolande,nbsp;qui Vaimóit en fecret.
X-r/ E Roi lt;les Gafcons eut avis que les Sarra-fins étoient en marche, amp; quils nétoienc point éloignés de Bordeaux. Renaud partit uuffi-tót,nbsp;amp; fic palier la Garonne a fes iroupes. Boulag-Akafir étoit parti de Touloufe avec vingt millenbsp;combattans; il établic fon camp a deux lieues denbsp;Bordeaux; ilenvoyaun détachement de quatrenbsp;cents Sarrafins pour lever des contributions, amp;nbsp;pour ravager tout le plat-pays. Dès quils paru-rent, la Ville fut en alarmes. Renaud, étancnbsp;monté fur lesremparts, vit quil y avoit peunbsp;de danger; il apergut de loin le camp des enne-mis, amp; jugea que 1arinée ne tarderoic pas anbsp;fe mettre en mouvement; il fait armer fesnbsp;frères, sarme lui-même, amp; dit a Maugis dallernbsp;prendre le commandement de leurs hommesnbsp;darmes.
Renaud, monté fur Bayard, alia au devanc du Roi, amp; lui dit détre tranquille, quil alloit,
-ocr page 99-avec fes frères, amp;. fa troupe, au devant des. ennemis; quaprès avoir chafle ce detachement, il attaqueroit le camp, afin dengagernbsp;une adion; il pria le Roi de tenir fon arméenbsp;toute prête a partir au premier fignal. Renaudnbsp;fortit de la ville avec fa troupe, joignit lenbsp;detachement amp; en tua une bonne partie.
Dès le commencement de Iattaque, Iarmee ennemie setoitmife en marche; ce qui reftoitnbsp;du détachement fe rallia amp; fe battiten retraite;nbsp;Maugisle fuivit, amp; tomba dans une embufcade;nbsp;On Combattit avec acharnement; mais 1avan-tage étoit tout pour Maugis. Cependant ,nbsp;Boulag-Akafir savance avec fon année; fanbsp;marche étoit rapide amp; fiére; 1armée, moinsnbsp;Eombreufe, dYon , fe déploye dans la plaine.nbsp;Renaud 1anime du feu de fes regards: Ellenbsp;attend le fignal du combat avec impatience,nbsp;Boulag-Akafir, accoutumé a vaincre, sappro-che de Renaud pour le frapper, fon épée tombenbsp;fur un Chevalier gafcon amp; le pourfend jufqudnbsp;la felle de fon cheval; Alard veut le venger,nbsp;le terrible Sarrafin fe derobe a fes coups, qui ter-raflent deux Sarrafins amis de Bou'ag Le combat devient général; Yon, étonné des prodigesnbsp;de valeur des fils dAymon, court h leur fe-cours, amp; nabandonne plus Renaud; il animenbsp;fes troupes, qui ne donnent pas aux Sarrafinsnbsp;le temps de frapper; leur loi leur défendoit denbsp;fuir, quel que fut le danger, ils fe laiflbiencnbsp;égorger, en benillant le Prophéte. Boulag, lesnbsp;voyant réduits a un petit nombre, ordonnenbsp;la retraite; il ne put la faire, fans perdre en-
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core beaucoup de monde: MalgréMahomer, il fe determine a la fuite; Renaud sattachenbsp;a fes pas. Boulag montoit un cheval arabe,nbsp;done la vitefle égaloit celle des vents; Bayardnbsp;avoit de la peine k Ie fuivre; en moins denbsp;trois heures, ils avoient laifle Bordeaux a plusnbsp;de trence lieues derrière eux, amp; nétoietrt pointnbsp;éloignés deTouloufe; Ie RoiYon, amp; les frè-res de Renaud, ne favoient ce quil étoit de-venu; ils 1avoient perdu de vue dans la cha-leur du combat, ils Ie firent chercher parminbsp;les morts; les airs retentiflbient de leurs cris.nbsp;Yon cherchoit en vain a les confoler; il pro-mit de donnet la moitié de fon Royaume pournbsp;la ranfon de Renaud, sil étoit pris, amp;, linbsp;cela ne fuffifoit pas, il jura quil fe donne-roit lui-même. II ne voulut point rentrer dansnbsp;Bordeaux, quil nen eüt des nou velles; Mau-gis, les trois frères, amp; Yon, efcortés de deuxnbsp;cents Cavaliers, marclièrent fur les traces desnbsp;ennemis.
Cependant, Renaud atteignit Boulag-Alcafir; Ie Sarrafin vit, en frémiflant, ce Chevaliernbsp;intrépide, qui avoit détruit une partie de fonnbsp;arroée Brave Chevalier, lui dit-il, vous nenbsp; ménagez pas aflez votre cheval, Que tim-,, porte? dit Renaud; défends-toi;jai promisnbsp; ta tête au Roi dAquitaine, amp; je viens lanbsp; chercher .LeSarrafin, nepouvant éviterlenbsp;combat, attaque Renaud, fa lance fe brifenbsp;fur fon écu; le fils dAymon fond fur lui lépéenbsp;a la main, amp; le frappe fi vigoureufement furnbsp;fon cafque, quil le jette loin de fon che-
-ocr page 101-val, Boulag fe relève, encore étourdi de fa chute. Renaud ne voulut point combattrenbsp;cheval contre un homme a pied; il defcend amp;nbsp;attend que Boulag fe foit remis; alors, ils sé-lancent 1un vers 1autre, amp; cherchent a fenbsp;porter des coups funeltes. Tandis quhls lut-tent, Ie cheval de Boulag effrayé, senfuit anbsp;travers les champs, Bayard, qui fembleaniménbsp;de 1efprit de fon niaitre , court après lui,nbsp;1atteint, rue, Ie movd, Ie faiflt avec fes dentsnbsp;par la crinière, amp; Ie ramène au lieu oü lesnbsp;Chevaliers fe combattoient.
Boulag avoit re9u deux bleflures, Renand 1avoit terralle, amp; fe difpofoit a lui porternbsp;Ie dernier coup. Généreux Chevalier, luinbsp; dit-il, accorde-moi la vie, amp; demande-moinbsp; Ie prix que tu voudras', tout ce que je pof- sède eft a toi. Non , répondit Renaud,nbsp;,, garde tes dons, je ne veux rien devoirnbsp;,, qua mon épée; mais, fi tu tiens a la vie,nbsp; il neft quun moyen de la conferver ;nbsp; quitte ton abfurde Prophéte, qui na punbsp; te fauver , amp; embrafle une religion plusnbsp; pure amp; plus raifonnable. Promets-inoi dab- jurer Mahomet amp; de te faire chrétiennbsp;Boulag-Akafir avoir long-temps réfléchi futnbsp;1Alcoran; il sétoit apergu que fes dogmes né-toient que 1apologie des gouts, des vues po-litiques amp; ambitieufes de leur auteur; que cenbsp;quil contenoit de plus raifonnable, étoit unenbsp;légiüation accommodée au génie amp; au carac-tère des peuples, que Ie Prophéte avoit fou-mis, OU quil efpéroit de foumettre; il ne
-ocr page 102-voyoit rien de divin, rieii même qui ne fftc au deffbus du grand homme dans fa morale.nbsp;Boulag nhéfua point. Chevalier, lui dit-il,nbsp;je connois ta religion; fi je croyois que lanbsp; mienne fOic meilleure, mille trépas ne menbsp;5, la feroient point abandonner; rien neft plusnbsp;,, Ikhe que dadopter ce que 1'on ne croit pas,nbsp; amp; dabjurer Ie fyflème même Ie plus ridi-,, cule, lorfquon Ie croit vrai, malgré fes ab-furdités. Je me rends è vous, je fuis votrenbsp; prifonnier, voila mon épée Renaud lanbsp;regoit, 1embrafle, 1aide a fe relever amp; Ienbsp;remet lui-même fur fon cheval, plus contentnbsp;de cette conquête, que s'il avoit tué dixnbsp;mille Sarrafins de fa main.
Boulag-Akafir amp; Renaud sen retournoient a Bordeaux, fe livrant a Ia confiance, amp; dif-courant fur la religion des Chrétiens amp; furnbsp;les mceurs féroces des enfans du Prophéte ; ilsnbsp;furent rencontrés par Yon amp; fa fuite; Ie Rol,nbsp;Maugis amp; les frères de Renaud, verfèrent desnbsp;larraes de joie, en retrouvant ce héros : IInbsp;préfenta Boulag au Roi, en Ie priant davoirnbsp;pour lui tous les égards qui font dus a unnbsp;grand Capitaine , amp; a un brave guerrier : Onnbsp;Ie re^ut avec amicié ; amp;, lorfquon fut danbsp;retour a Bordeaux, Yon Ie préfenta \ tousnbsp;les Seigneurs de fa Cour. II déclara que cétoitnbsp;a Renaud, a fes frères amp; Maugis quil devoitnbsp;Ie Royaume dAquiraine ; il voulut quon fitnbsp;trois parts du bucin, 1une pour Renaud, lau-tre pour les quatre Chevaliers, amp; Ia troifièmenbsp;pour fon armee; mals Renaud nen voulut rien.
Yon, frappé dé tant de générofité, ne fa-chant comment récompenfer Renaud, edt dé-firé quil eut voulu accepter la main de la bell« Yolande, fa four, jeune Princefle, Sgée denbsp;dix-fept ans, de la beauté la plus parfaite,nbsp;nnais la crainte de fufciter de trop puilTans en-nemis a Renaud, Iempecha de propofer cenbsp;mariage.
Yolande n'étoit point infenfible aux vertus amp; aux belles qualités, du fils dAymon; ellenbsp;avoir affez hautement fait connoitre fes fenti-mens, lorfquon lui raconta les grandes actions qujl avoir faites a la bataille -des Sar-rafins. A fon retour, elle lui avoir marquénbsp;Cl reconnoiflance avec des larmes de joie; Renaud lui avoit préfenté Boulag, fon prifonnier ,nbsp;amp; elle les avoit félicités 1un amp; 1autre, Iuiinbsp;de fa viéloire, amp; 1autre détre au pouvoirnbsp;dun fi généreux vainqueur. La beauté, lesnbsp;grtlce? de la Princefl'e, fon caraftère doux amp;nbsp;bienfaifant, avoient fait impreffion fur 1amenbsp;du héros; mais fa modeftie étouffoit fes dé-firs amp; lui interdifoit rout efpoir.
Boulag, ainfi quil 1avoit promis, avoit abjuré la religion de Mahomet; il avoit pro-tnis de ne plus faire la guerre aux Chrétiens,nbsp;mais il défiroit de revoir les lieux qui Iavoiencnbsp;vu naitre; il sadrefla a la Princefl'e, amp; la prianbsp;dengager le Roi fon frère de le mettre a ran-5on; le Roi ne voulut point en decider, il vou-lut que Renaud put difpofer de fon prifonnier.nbsp;Boulag offroit fix mulets chargés dor; le Che-\aUei exigea, de plus gt; quil remit au Roi,
-ocr page 104-98 nbsp;nbsp;nbsp;Lei ^uatre-JiU
Touloufe amp; tout ce qiii en dépendoit. Boulag y confentit, amp; la liberté lui fut rendue. You,nbsp;dont eet accord doubloir les Etats, donna lesnbsp;fjx charges dor a Renaud, qui refufa de lesnbsp;accepter, en Ie priant de lui réferver fes bon-tés pour quelquautre occafion.
Cette occafion ne tarda pas a soffrir. Quel-ques jours après Ie départ de Boulag, Renaud, fes frères, amp; fon coufin, cliaflbient fut lesnbsp;bords de la Dordogne; corame ils sen retour-noient, Alard jeta les yeux fur la montagnenbsp;qui efl; au dela de la rivière; elle préfentoitnbsp;vin afpefl; agréable amp; de riches piturages;Ie fom-inet, fansêtre trop élevé, fonnoit une plainenbsp;qui pouvoit être aifément Ibrtifiée. Voilanbsp;,, une belle fituation, dit-il a fon frèrel Si nousnbsp;3, pouvions trouver ici un autre Montfort,nbsp;3, appuyés du Roi Yon, Charlemagne ne rat-3, taqueroit point impunément Alard luinbsp;confeilla de demander, pour toute récom-penfe, ce terrain, amp; la permiffion de Ienbsp;fortifier. Renaud approuva eet avis; ils tra-versèrent la Dordogne amp; fe tranfportèrent furnbsp;Ie , terrain même, amp;, après 1avoir bien re-connu, ils revinrent a la Cour. Renaud pré-fenta au Roi, amp; a fa fmur, quatre bêtes fauvesnbsp;quils avoient prifes a la chafle. Sire, luinbsp; dit-il, les fruits de nos délaflemens, Si ceuxnbsp;3, de nos travaux , doivent vous appartenir.nbsp;3, Riei) ne m'appartient que par vous, répon- dit Ie Roi, Cell è vous que je dois, amp; manbsp; puiflance, cc la tranquillité dont mes Etatsnbsp;ajouiflenci Ie feul inéegntentement que jé-
-ocr page 105-d'Ay mort. nbsp;nbsp;nbsp;99
9, proiTfre, ceft de vous voir rejeter toutes les r^ompenfes que je vous ai offerees. IInbsp;,, fembie que vous foyez fi jaloux de 1avan-,, tage que vous avez fur moi, que vous crai-,, gniez de 1affoiblir, en recevanc des mar-,, ques de ma reconnoiflance Renaud re-pliqua quil navoit encore rien fait qui méritacnbsp;ce fentiment; ,, cependant, ajouta-c-il, fi,nbsp;,, pour vous plaire, il faut accepter vos bien-,, fairs, accordez-moi, pour toute récompen-,, fe, la permiflion délever un Chèteau furnbsp; la montagne qui eft au dela de la rivièrenbsp;Yon lui accorda non feulernent cette permif-fion ; mais il lui donna la montagne entièrenbsp;amp; Ie terrain qui lenvironnoic.
Le lendemain, Yon , avec Renaud, fes frères, amp; Maugis, accompagnés de plufieursnbsp;Chevaliers, fe tranfportèrenc fur la montagne ; le Roi trouva la fituation très-belle amp;nbsp;propre a être fortifiée. Un de fes Courtifans,nbsp;qui aimoit Yolande, amp; qui nofoit faire écla-ter hautement fon dépit contre Renaud, pritnbsp;le Roi en particulier, amp; lui repréfenta les con-féquences dangereufes du préfent quil faifoicnbsp;aux fils dAymon. Sils efpèrent, lui difoit-,, il, de fe mettre a couvert du pouvoir denbsp;¦ Charlemagne dans la forterelle quils fe pro-,, ^fent de bdrir, que nen aurez-vous pasnbsp;,,a craindre, vous qui navez ni les forcesnbsp;,, de ce Roi, ni fes reflburces? Vous avez éga-lement d redouter, amp; la haine de Renaud, amp;nbsp;Ton amitié : Si jamais 1intéréc vous divife,cenbsp;« quil a fait pour vous dolt vous faire jugec
loo nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
de ce quil peut entreprendre contre vous, j, fecondé par fes fréres , amp; avec Ie*fecoursnbsp; dune fortereffe que leur art rendra inex- pugnable Le Rol fut ébranlé par c'e dif-cours; mais il avoir promis a Renaud, amp; nenbsp;voulur point lui manquer. Cependant, il luinbsp;dit; Si vous maviez demandé la moitié denbsp;mes Etats, je vous 1aurois accordée; jenbsp; nignore point quen vous permettant d'é- lever un fort fur cette montagne, je menbsp; mets, en quelque fa9on, en votre pouvoir;nbsp; mais jai trop de confiance en votre géné-,, roficé, pour avoir a craindre le moindrenbsp; attentat,,. Renaud amp; fes frères lui jurèrencnbsp;une amitié amp; une fidélité éternelles, amp; pro-mirent de le défendre contre tous fes ennemis.
Le Chateau fut conftruit en peu de temps; Renaud le fortifia de tous cótés, amp; éleva desnbsp;tours de diftance en diftance, fur la croupenbsp;de la montagne. Lorfque routes les fortifications furent achevees, Renaud amp; fes frèresnbsp;invitèrent le Roi dy -venir ; Yon ne put sera-pecher de 1admirer; mais, pour lui óter toutnbsp;foupfon de 1avenir, les quatre frères, amp; leurnbsp;coufin, promirenr que 1un deux refteroicnbsp;alternativement a fa Cour pour fervir do-tage , amp;. que le Roi auroit toujours une gar-nifon dans le Chèteau; Renaud pria le Roinbsp;de donner fon nom a cette nouvelle cite jnbsp;il la nomma le Chateau de Montauban , amp;nbsp;fit publier, dans routes les Villes de fon Royau-iTie,que tous ceux qui.voudroient Ihabiter,nbsp;feroient exeinpts de tout impot pendant dix ans.
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d*Aymon,
On y courut en foule, Ia Ville fut blen-tóc peuplée. Les Courtifans murmuroient; Ie Roi convenoit que tout autre que Rénauclnbsp;pourroit être a craindre , mais la vertu, Ienbsp;rafluroit. Le fils dAymon fut inftruit desnbsp;craintes de la Cour, il alia trouver le lloi,nbsp;amp;, après lui avoir renouvelé les affurances denbsp;fa fidélité, il le pria daflembler fon Confeil.nbsp;Le Roi fit venir tout ce quil y avoit de plusnbsp;grand dans fes Ecats, amp; voulut que le Peuplenbsp;envoyat fes députés : Lorfque le corps de lanbsp;Nation fut convoqué, Renaud demanda quenbsp;ceux qui craignoient quil nabusat, un jour,nbsp;lui, OU fes frères, de la grêce que le Roinbsp;venoit de leur accorder, propofaflenc leurs dif-ficulcés, amp; quil tamp;cheroltdelesréfoudre. Quel-ques-uDs répétèrent ce quils avoient déja ditnbsp;au Roi. Nous navons, dit Renaud, dau- tres gages a ofirir, que notre parole amp; nognbsp;,, perlbnnes; fi quelquun peut trouver un au-,, tre moyen, quil 1indique, amp; nous fom- mes prêts daccepter routes les conditionsnbsp; que le Roi voudra nous impofer Alors,nbsp;Godefroid de Moulins demanda au Roi la per-roiflion de lui parler en particulier : Ils fenbsp;retirèrent a lécart, amp; , après un momentnbsp;dentretien, on vit le Roi, la joie fur le vi-ftge, embraflèr ce Chevalier, le quitter bruf-quement, reprendre fa place, amp; dire ^ Renaud:
,, Vous venez de vous engager folemnelienient daccepter routes les conditions que je vou- droisvous impofer. Envoiciune, qui, feule,
loa quot;Les quatre fils
mais, Ie pouvoir de leur nuire. Yolande effc 1objet des vffiux des plus vaillans Cheva-liers de ma Cour amp; des Princes mes voilins;nbsp; elle connoit vocre mérite, amp; je fais quenbsp;vous nêtes pas inlenlible a fa beauté,nbsp; quoique votre modeftie vous ait empêchénbsp; de vous déclarer : Renaud, je vous dois lanbsp;,, couronne, nous fommes amis, foyons frè-,, res, jefpère que ma fceur ne s'oppofera pointnbsp; a tin mariage qui fera mon bonheur amp; Ianbsp;,, fureté de mon peuple.
Le héros rougit, Ie Confeil applaudir, a lexception de quelques prétendans, qui nofè-lent murmurer. Renaud, qui sen aperqut,nbsp;rendit de profondes adions de graces au Roi,nbsp;amp; ajouta, que cétoit la Princefle de decider; quil ny avoic aucune raifon détat quinbsp;pü: lui faire délirer un li grand bonheur, linbsp;elle y avoic la moindre répngnance, amp; quiinbsp;étoit tout prêta abandonner fonétabliflement,^nbsp;s'*!! devoir en coüter un foupir a une Prin-cefle auffi refpedable. Le Roi répondoit de fanbsp;fceur, amp; vouloic que le mariage fut rélblunbsp;dans 1inftanc même. Renaud amp; fes rivaux fenbsp;réunirent pour demander, qtiavant de paflernbsp;plus avant, Yolande fut confultée; ils parlè-renc avec tant de force, quils entrainèrencnbsp;Paflemblée. Le Roi renvoya le Confeil au len-demain.
A peine fe fut-on féparé, que le Roi paflk dans 1appartement de fa fceur, amp; lui annon^anbsp;que la Nation venoit de lui donner un époux;nbsp;Yolande frémic. Eh! quoi, dit-elle, fans me
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confulter? Quoique la raifon dEtat, reprit ,, Ie Roi, permetce rarement aux Souverainsnbsp;de fe marier au gré de leurs penclians, Re-j; naud a obrenu que 1on conlukeroit Ie vó-5, tre , pour favoir sil étoit conforme auxnbsp; vceux des peuples qui fe font déclarés. Ahlnbsp;5, reprit la Princeüe, puifque Renaud eft lxnbsp;5, circonfped:, ce nelï point lui quils onenbsp;choifil II neft point de facrifice que je iienbsp; Ibis ptéte de faire pour vos fujets amp; pournbsp;5, vous: Mais, mon frère, pourquoi ce Re-,, naud, a qui nous devons notre gloire, Ienbsp;,, feul qui puifle protéger vos peuples, ce Che-valier généreux qui foule aux pieds les ré- compenfes, qui en mérite de toute efpèce,nbsp;,, na-t-il encore trouvé, panni nous, que desnbsp;,, ingrats,,? Yon 1écoutoit avec plaifir, amp;nbsp;gardoit Ie filence. Ce neft pas vous, dunbsp;5, moins, dit-il, ma fceur, quil doit aceufer
dingratitude : Je vois..... Y'olande éton-
née l'iöterrompit : Que dites-vous, mon j, frère? Sur quoi jugez-vous, quoubliant Ienbsp; foin de ma gloire, mon coeur fe foit déciddnbsp;,, en faveur de ce jeune héros? Jai fu dif-,, tinguer fes vernis, mais je me fuis bornéenbsp; a les admirer. Mon coeur eft libre, amp;, quelnbsp;,, que foit 1époux que lEtat me deftine ,nbsp;je fuis prête a 1accepter. Je fuis fdché denbsp; tant de réfignation , reprit Ie Roi, car»nbsp; quoique Ie Confeil ait prononcé, un mot denbsp; votre part pouvoit la faire changer. Cruel!nbsp;,, sécria-t-elle, pourquoi vous plaifez-vous anbsp; raicquiéter ? Hatez-vous, nommez-moi
104 nbsp;nbsp;nbsp;quatre fils
,, eet époux *. Si ce neft point Renaud, toü't ,, autre meft égal.
Yon, qui ne doutoit point des fentiraens de fit fcEur, avoit caché Renaud, amp; deux denbsp;fes rivaux qui avoientle plus de prétentions,nbsp;de manière qu'ils pouvoient tout entendrenbsp;fans être vus. Aux derniers mots quavoit ditnbsp;Yolande, le fils dAymon sélan9a aux genouxnbsp;de la Princefle, amp; lui apprit que cétoit lui quenbsp;Je Confeil avoit choifi. Elle ft tourna, en rou-gifiant vers le Roi, comme pour lire dansftsnbsp;yeux, ft on ne la trompoit pas encore; lenbsp;Roi fourit, amp; lui confirma que le choix étantnbsp;tombé fur Renaud, il n'avoit rjen voulu con-dure fans 1aveu de la Princefle. Allez, monnbsp;,, frère, dit-elle, raflemblez le Confeil, amp;nbsp; aflurez la nation que japprouve le choixnbsp;,, quelle a fait Le Roi fit entrer les Cour-tifans, qui diffiraulèrent leur dépit, amp; féliei-tèrent Renaud.
Le Confeil ft raflembla, le lendemain; le mariage de Renaud amp; de la Princefle fut decide; le Roi en ordonna, lui-même, lesprépara-tifs; on noublia point les tournois, les quatrenbsp;frères, amp; Maugis, sy diftinguèrent encore plusnbsp;par leur courtoifie, que par leur bravoure.nbsp;Cette alliance jeta le cahne dans les efprits;nbsp;Les fills dAymon ft firent adorer, amp; les Bor-délois ne firent quun même Peuple avec ceuxnbsp;de Montauban.
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CHAPITRE VIII.
Charlemagne envoye demander au Roi dA-quitaine de lui livrer Renaud amp; fes frères. Refus da Roi. Declaration, de guerre. Ar-rivie de Roland d la Cour de Charlemagne. Sa jcunejfe , fa beauté^ fon courage.nbsp;Guerre contre les Sarrafins fur le Rhin.nbsp;Prodiges de valeur de Roland. Courfe denbsp;chevaux, dont Renaud., qu'on croit d Mon-tauban, remporte le prix , fous les yeuXnbsp;même de Charles.
C^harlemagne fut inftruit quYon avoit donné afyle, dans fes Etats, aux filsnbsp;dAymon, Les perfécutions quil leur avoitnbsp;fait efluyer avoient encore irrité fa vengeance. Ce Roi puiflant, dont le nora feul fai-foit trembler les Sarrafins, qui regnoient furnbsp;une partie de PEurope, voyoit, avec unenbsp;peine cruelle, que quatre jeunes guerriersnbsp;échappoient a fon courroux. II ordonna anbsp;Oger le Danois, amp; a Naimes, daller a la Cournbsp;dAquitaine , amp; de menacer Yon de fa co-lère, sil refufoit de lui remettre Renaud amp;.nbsp;fes frères.
Les Députés trouvèrent Renaud a la Cour, d.Yon. Oger sadrefla au Roi, amp; lui dit:nbsp; Charlemagne eft informé que vous aveznbsp;,, permis a Renaud amp; a fes frères, de fe conf-iruire un fort au milieu de ,vos Etats, h
E V
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,, de former une Souveraineté nouvelle au milieu de votre Royaume. Quelque con- traire que foic cetce conduite è 1'a fainenbsp;3y politique, Charles sen inquiète peu; mals,nbsp;3, ce qui 1indigne amp; Ie blefle, cell que vousnbsp;3, ayez pris Ibus votre protedlion fes plusnbsp;3, cruels ennemis : Sil na pas fait éclaternbsp;3, fa colère contre vous, ceft quil veut biennbsp;33 croire que vous ignoriez les caufes de fonnbsp; reflentiment. Apprenez done, que Renaudnbsp;3, eft, non feulemeut, Ie neveu du Due dAi-33gremont, Taflaffin du ills du Roi; raaisnbsp;^ quil a aflaffiné, lui-mêrae, Berthelot, neveunbsp;33 de ce Prince.
Renaud interrompit Oger: Vous favez, 33 Chevalier, que jai tué Berthelot a monnbsp;33 corps défendant, pourquoi done dites-vousnbsp;33 que je 1ai aflaffiné? Si cefi: pour juftifiernbsp;3, la haine de Charlemagne, ceft une flatte- rie indigne dun chevalier; fi ceft pournbsp;,, aigrir Ie Roi Yon contre nous, ceft unenbsp;,, méchanceté impardonnable. Au refte, ceftnbsp; mal connoJtre Ie Prince, que defpérernbsp;,) quil livrera a 1ennemi Ie plus implacable ,nbsp;3, des Chevaliers qui lui ont demandé une re-3, traite , amp; a 1iin defquels il a accordé lanbsp;33 main de fa fceur,
Oger reprit ainfi : ,, Que votre nouveau 3, protefteur sattende done a voir Charle- magne, avec routes fes forces, dévafternbsp;5, fes Etats amp; réclamer, Ie fer amp; Ia flammenbsp;3, a la main, des coupables auxquels il eft ré-3gt; folu de ne faire aucune grace Yon ré-
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pondit avec fermeté quil eut défiré de vivre en bonne intelligence avec Charlemagne, fonnbsp;parent; mais quil nacheteroit jamais fonnbsp;amitié par une perfidie; que, fi le Roi vou-loic recevoir les fils dAymon en grice, ilnbsp;pouvoit compter pour fes amis, amp; ces quaere Chevaliers amp; fes parens, amp; le Roi dA-quitaine, amp; fes allies.
Ogeramp;Naimes proteftèrent que, dans pen de temps, Charlemagne le feroit repentir ddnbsp;fes refus, amp; que, dès ce moment,, il lui dé-claroit la guerre. Ils 1aflurèrent que, dès quenbsp;le Roi de France auroit tiré 1épée, il ne lanbsp;laifleroit repofer, que lorfquelle feroit abreu-vée du fang de fes ennemis, amp; quil ne ren-treroit dans fa Capitale, que la tête de Re-naud a la main, apiès une punition exem-plaire de fes complices.
Quand les Ambafladeurs eurent rapporte a leur maitre la réponfe du Roi dAquitai-ne, amp; celle de Renaud, il entra en fureur;nbsp;j] voulut quon sarmèt fur le champ. Lenbsp; Roi Yon, difoit-il, eft encore fatigué denbsp; la dernière guerre; fes Etats ont été rava-,, gés par les Sarrafins; fes troupes ne peu-,, vent quêtre aifoiblies, profitons de cesnbsp; avantages, nous ne ferons que nous pré-femer amp; vaincre Le fage Naimes mo-déra fes tranfports; il préfenta a Charlemagnenbsp;que fes troupes nétoient pas en meilleur étacnbsp;que celles du Roi dAquitaine, que le feui nomnbsp;de Renaud effrayoit les foldats fran90is, quilnbsp;falloit faire de nouyelles levees, amp; quil étoit
lo8 nbsp;nbsp;nbsp;lLe$ quqtre fils
aifé de juger, par la réfiftance que Ie Chateau de Moncfort avoit faite, de celle quon de-voit attendre de celui de Montauban.
Le Roi étoic indigné quon osic lui parler des fils dAymon comme de héros fi redou-tables. II fe plaignoi: du fort, qui 1avoit faitnbsp;nalire pour régner , il edt défiré nêrre que lenbsp;dernier Chevalier de fa Cour, il edt défié lesnbsp;quatre fils dAymon, Maugis, amp; le Roi lui-même. II étoit dans cette agitation, lorfquonnbsp;lui préfenta un jeune homme dune beauténbsp;raviflante, portant dans les yeux toute 1in-irépidité de fon ame, joignant a la fierténbsp;du héros toute la modeflie de la valeur veritable, au coup-dmil de lhomme confomménbsp;la defiance que lhomme prudent a toujoursnbsp;de lui-même. Ce damoifel, ceft ainfi quonnbsp;appeloit les jeunes Gentilshommes qui né-toient point encore Chevaliers , parut d lanbsp;Cour de Charles avec les habits les plus ma-gnifiques; mais tout refpiroit en lui .le guer-rier; il étoit efcorté de trente Ecuyers, af-pirant tous d être Chevaliers, amp; ayant, pref-que tous, mérité eet honneur par des exploitsnbsp;héroïques.
Charles alia au devant du jeune guerrier, qui avoit cache fon nom pour ne devoir qu4nbsp;fon propre mérite 1accueil que lui feroit Ienbsp;,Roi. Ce Prince, en le voyant, fe fentit pé-nétré deftime amp; damitié pour lui; il lui mar-qua fes fentimens, de manière d le diftinguernbsp;de tous les Chevaliers de fa Cour, amp;, ce quilnbsp;y eut de fingulier, ceft que perfonne nea
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fut jaloux. Charles lui demanda qui il étoit : Un jeune homme, répondit-il, qui selti- meroit trop heureux de confacrer fes fer-,, vices 4 fon Souverain, amp; qui na dautrenbsp; ambition que de marcher fur les traces dunbsp;,, brave Milon fon père, amp; dimiter les vertusnbsp;,, de fa mère , votre digne foeur O ciel!nbsp;,, sécria Ie Roi, en embraflant Roland, janbsp;,, te rends grèces de mavoir donné un neveunbsp;,, digne de moi, amp; de menvoyer un ven- geur digne de combattre contre Renaud.
Roland pria Ie Roi, fon oncle, de farmer Chevalier, nayant jamais voulu recevoir eet honneur que de lui : Charles remit lanbsp;cérémonie au lendemain , afin quelle fut plusnbsp;éclatante ; il y eut des fétes magnifiques amp;nbsp;des tournois de la plus grande beauté. Dèsnbsp;que Roland fut fait Chevalier, il propofa denbsp;jouter contre quiconque fe préfenteroit. Oger,nbsp;qui étoit fèché de ce que Charlemagne avoicnbsp;dit quil lui venoit, enfin, un vengeur digne de fe battre contre Renaud, voulut éprou-ver par lui-même fi ce jeune guerrier étoitnbsp;suffi redoutable quon Ie croyoit. II fe pré-fenta; la viéloire balan^a quelque temps. Ogernbsp;paroifibit avoir plus de force; Roland, quinbsp;ménageoit la fienne, marquoit plus dadreflenbsp;amp; d'agilité, lorfquOger croyoit Ie frappernbsp;de fa lance, elle frappoit les airs, il étoitnbsp;emporté par fon cheval, amp; ne voyoit plusnbsp;fon adverfaire, qui déjè étoit derrière lui ,nbsp;prét a Ie frapper a fon tour. Roland fit du-rer quelque temps cette manceuvre fmgulière j
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bientót, ajoutant la fouplelle a la force, 11 attaque Oger, le preffe, amp; le renverfe avecnbsp;fon cheval; le jeune Chevalier defcend auffi-tóc, aide Oger a fe dégager, amp; lui ofïre lenbsp;combat a 1épée ; ils portent amp; parent, alter-nativeraent, les coups les plus terriblesj 1épée dOger fe cade amp; vole en éclats; Rolandnbsp;quitte la fienne. Ils commencent un nouveaunbsp;genre de combat , ils sembraflent amp; cherchencnbsp;ÈL fe terrafler. Roland, plus agile, fit voirauxnbsp;fpeftateurs quil neut tenu qua lui de ren-verfer plufieurs fois Oger ; mais Oger, en 1en-trainant dans fa chute, eut pu profiter dunenbsp;reflburce que Roland fe menageoit pour lui-inême : En effet, ce jeune héros laifla a fonnbsp;rival 1avantage de le renverfer, il entrainsnbsp;Oger , ü peine celui-ci eft-il tombé fur Roland,nbsp;que le nouveau Chevalier séchappe légère-ment par dellbus Oger, le foulève, le met,nbsp;fon tour, fous lui, appuye fon genou fur lanbsp;poitrine defon adverfaire, letient dune mainnbsp;a la gorge, le menace de Iautre, amp; le forcenbsp;de savouer vaincu.
Cliarlemagne fe félicitoit des vertus de fon neveu ; la beauté de Roland enlevoic tousnbsp;les ccEurs; fa bravoure lui artiroit le refpeélnbsp;de la Cour amp; du peuple. Le Roi le preflbicnbsp;de fe préparer pour aller combattre Renaudnbsp;amp; le Roi Yon, lorfquon apprit que les Sar-rafins avoient fait de grpds dégats depuis lesnbsp;fources du Rhin jufqua Cologne; quils af-fiégeoient cette Ville , amp; quils en avoientnbsp;brülé les environs. Les afliégés pouvoient te-
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nir encore quelque temps; mais ils follicitoient vivement Charlemagne de leur envoyer dunbsp;fecours, fans quoi ils fe verroient forcés denbsp;ie rendre. Charles, oubliant pour ce momentnbsp;fesprojets de vengeance contre Renaud, donnanbsp;vingt mille hommes darmes a fon neveu , amp;nbsp;Ie chargea de (Jélivrer Cologne amp; de chaffer lesnbsp;Sarrafins.
Roland partit avec Naimes, Oger Ie Da-nois, plufieurs autres Chevaliers amp; fesvingc mille hommes darmes, tous bien montés. Ilsnbsp;arrivèrent, Ie huitième jour, a la vue desnbsp;ennemis : Dès quils aper^urent les Sarrafins,nbsp;ils sarrétèrent amp; sembufquèrent dans un ravin, derrière un bois. Au point du jour, Roland forma uh détachement de douze centsnbsp;hommes, qui fe préfentèrent devant Ie campnbsp;des Sarrafins, Stleur firent quelques prifonniers.nbsp;Auffi-tót 1alarme fut répandue dans Ie camp ,nbsp;amp;L 1armée fe rangea en bataille; les Fran$oisnbsp;commen^èrent a fe battre en retraite amp; recu-lèrent, peu a peu, vers Ie bois; tandis quilsnbsp;foutenoient les efforts de 1armée ennemie,nbsp;Roland, qui avoit eu Ie temps de faire fes dif-pofitions, parok, tout a coup , hors du boisnbsp;avec douze mille hommes, fond fur les en-nemis, en fait une boucherie horrible, amp; lesnbsp;force k prendre la fuite *, les huit mille hommes,nbsp;qui navoient point paru, avoient dépaffé 1ar*.nbsp;ihée des Sarrafins k la faveur du bois, amp; leurnbsp;coupèrent Ie chemin. Les Sarrafins ne trou-vant plus aucun moyen de fuir , fe battirencnbsp;en défefpérés j mals leur courage amp; leur dé-
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fefpoir leur furent également inutiles; Roland souvrit un palTage a travers leurs bataillonsnbsp;les plus épais, écrafant amp; renverfant tout cenbsp;qui soppofoit è fa marehe fanglante; les Francois, qui Ie fuivoient, frappoient de droitenbsp;amp; de gauche ; Oger, qui conduifoit les huitnbsp;mille hommes que les fuyards avoienc trouvésnbsp;devant eux , faifoit la méme manceuvre, denbsp;forte que 1'armée des Sarrafins, fe voyant fé-parée en deux corps, chacun prit la fuite denbsp;fon cóté; Oger pourfuivit ceux qui fuyoientnbsp;dans la plaine, amp; Roland ceux qui alloientnbsp;vers Ie Rhin. Ils furent arrétés a ce fleuve parnbsp;]e Comte dAngers;lintrépide Roland necrai-gnitpointdaffronter un ennemi poufieè bout,nbsp;il ne fit que pafler, amp; Je rivage fut couvertnbsp;de morts. Un Roi des Sarrafins fe défendoicnbsp;contre un gros de Francois avec une audacenbsp;quiattira Fattention de Roland; il y courut,nbsp;fe fraya une route jufqua lui, amp; Ie fit pri-fqnnier. Almonafar; cétoit Ie nom du Roi,nbsp;demanda grSce pour celles de fes troupes quenbsp;Ie fer des Francois avoir épargnés; il leur or-donna de raettre bas les armes amp; de fe rendre.nbsp;Oger amp;Naimes , lafles de frapper amp; defuivrenbsp;les fuyards, raraenèrent auffi un nombre in-fini de prifonniers a Roland, on les enchaina,nbsp;tous, deux è deux, amp; Naimes fut chargénbsp;de les conduire en France. Almonafar pria foonbsp;vainqueur de Ie mener a Charlemagne, pro-mettant dabjurer fa religion , dobéir au Roi,nbsp;lui amp; fa poftérité , amp; de lui prêter fermentnbsp;de fidélité pour fes Etats. Roland rétablit 1or-
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dre dans Cologne amp; dans fes environs, amp; répara les dégats que lesSarrafins y avoient fairs: II revint, enfuite, avec fon prifonnier, a lanbsp;Cour de Charles, qui Ie coinbla de careflesnbsp;amp; de bienfaits. On ne parloit que du jeunenbsp;héros; Ie Peuple inconftant commen$a dou-blier Renaud, quon metroit, auparavant,nbsp;beaucoup au dellus de Roland. Le Roi, quinbsp;favoit combien le caprice du Peuple influe furnbsp;la renommee des héros, voulur favoir Pexaélenbsp;vérité; il interrogea le véridique Naimes, quenbsp;la prévencion, la flatterie, 1envie, navoiencnbsp;jamais aveuglé. Naimes lui raconra les exploitsnbsp;de Roland, auxquels il nauroit jamais ofénbsp;croire, sil nen eüt pas été témoin ; il étonnanbsp;Charles par le détail des difpofitions favantesnbsp;quavoit fait Roland; il le iurprit encore da-vantage par le tableau de fes aftions, Roland ,nbsp;dans ce moment, vint lui préfenter Almona-far, qui confirma tout ce que Naimes venoicnbsp;de raconter. Charles embrafla fon neveu , amp;nbsp;le laifla le maitre de difpofer de fon prifonnier. II fut renvoyé dans fes Etats, libre, Sx,nbsp;après avoir prêté ferment de fidélité a Charlemagne.
Cependant, leRoi cherchoit touslesmoyens de donner è fon neveu quelque preuve de fanbsp;reconnoiflance : II confulta Naimes. Dans lanbsp;bataille que Roland avoit livrée aux Sarra-fins, Naimes sétoit aper^u que le cheval dunbsp;Comte dAngers fecondoit mal fa valeur;nbsp;il confeilla a Charles de lui en donner unnbsp;digne dun tel Chevalier, afin que, lorfquil
-ocr page 120-combattroit centre Renaud, il neflt pns a craindre Ie terrible Bayard. Charlemagnenbsp;approuva ce confeil; maïs Ion embarras étoicnbsp;de favoir comment ft procurer un td cheval;nbsp;car, en fait de chevaux amp; damis, les Roisnbsp;ne font pas moins expofés a être trompés quenbsp;Ie moindre de leurs fujets. Naimes lengageanbsp;de faire publier dans tons fes Etats, une courfenbsp;de chevaux pour Ie premier du mois de Mainbsp;fuivant, amp; que, celui è qui appartiendroitnbsp;Ie cheval qui auroit Ie mieux couru, obtien-droit, pour prix, une couronne dor, cinqnbsp;cents marcs dargent amp; cent pièces déroffesnbsp;de foie: II neft pas douteux, difoic Nai-,, mes, que 1énorme valeur dun tel prix,nbsp;,, nengage tous les Chevaliers, amp; ceux quinbsp; auront les meilleurs chevaux , è Ie difpu-,, ter; amp; celui qui laura remporté fe croiranbsp;,, payé de fon cheval.
Charles fit publier la courfe : Une cou-tonne dor toute femblable k celle du Roi, avoir de quoi tenter Ie Chevalier Ie plusnbsp;loyal amp; Ie plus défintérefie. Renaud formanbsp;Ie projet téméraire dobtenir ce prix, quoi-que Ie Roi leüt nommément exclus du concours, amp; eüt ordonné quon 1'arrdtat, sil fenbsp;préfentoit. Renaud fit part de fon idee a fesnbsp;frères , amp; a Maugis: Ses frères firent tousnbsp;leurs efforts pour 1en empêcher; mais Maugis,nbsp;au contraire, 1'encouragea, amp; voulut être denbsp;la partie; il' les affura que, par Ie fecours dsnbsp;fon art, il narriveroit rien a Renaud.
é^Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;115
Kianda Ia garde dvi Chateau a Yolande; il Favoit quil pouv ohwmpter fur la vigilancenbsp;amp; fur la valeur; il . a'ïoit exercée a dautresnbsp;combats qua ceux de 1amour: Ses bras délicats ,nbsp;en venant de preffer avec tendrefle fon époux,nbsp;favoient porter amp; parer avec adreffe les coupsnbsp;de lance les plus redoutables. Alard, Gui-chard amp; Richard ne voulurent point fe fé-parer de leur frère; ils vouloient Ie fairenbsp;efcorter par trente Chevaliers \ Maugis sy op-pofa, amp; ne prit que deux Ecuyers.
Ils partirent de nuit amp; arrivèrent jufqua Orléans. On leur demanda qui ils étoient:nbsp;Maugis répondit, pour tous, quils étoientnbsp;Béarnois, amp; quils alloienr, i la courfe, dif-puter Ie prix. On les laifla palTer, fans leurnbsp;faire dautre queftion. Enfin, ils arrivèrent inbsp;Melun, deux jours avanr Ie concours. Lanbsp;veille, Maugis dit a Renaud quil étoit tempsnbsp;de partir, il ne voulut point que fes fièresnbsp;laccompagnalTent, mais il prit une plantsnbsp;qui lui étoit connue, il 1écrafa entre deuxnbsp;pierres, en frotta Bayard derrière les oreil-les, aufli-tót, il devintblanc commeun cygne,nbsp;amp; Renaud même avoit peine a Ie reconnoitre.nbsp;Maugis prit dautres plantes, les pila avec Ienbsp;pommeau de fon épée, en oignit Renaud, Ienbsp;lajeunit amp; Ie rendit méconnoiflable a fes frèresnbsp;mèmes.
Lorfquil eut ainfi métamorphofé fon cqu-fin amp; Bayard, il changea lui-même de figure, fans Ie fecours daucune plante, car Maugisnbsp;excelloit dans lart de la magie; art inconnu
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de nos jours, auquel on a fubftituc des fdencès vaines, plus propres a corrompre Ie cceur quünbsp;amufer Tefprit (i).
Charlemagne, qui craignoit que Renaud ne vint difputer Ie prix de la courfe, avoir donnénbsp;ordre au Due Naimes, -It Oger amp; a Foulques denbsp;Morillon, de garder Ie chemin dOrléans; ilsnbsp;sen retournoienc Ie jour que les fils dAymonnbsp;arrivèrent a Melun: A la taille de Renaud,nbsp;il crut Ie reconnoitre de loin ; mais, quandnbsp;il eut vu Ie cheval de prés, monté par unnbsp;jeune homme de quinze ans, il rit de fa mé-prife; il incerrogea Maugis, qui lui réponditnbsp;en Béarnois, amp; ne laifla aucun doute a Naimes.nbsp;Pour mieux déguifer Bayard, Ie Magicien luinbsp;mit une foie au pied amp; Ie rendit boiteux;,nbsp;malgré ces précautions, comme ils traverfoiencnbsp;Paris, un homme de la lie du people, quinbsp;jiavoit jamais vu Renaud, voyant un fi belnbsp;homme, simagina que cétoit lui-même; ilnbsp;faifit la bride de Bayard, il appeloit du fecours,nbsp;lorfque Bayard lui lanqa un fi terrible coup.nbsp;de pied, quil Ie renverfa mort fur la place. Cenbsp;même jour, avant de partir, Maugis par' dif-fraélion, avoir nommé Renaud dans leur au-berge; leur hóte 1entendit, amp; voulut les arrêternbsp;pour les livrer au Roi. Ils couroient, l'un Scnbsp;1aucre, Ie plus grand danger; Maugis ne putnbsp;sen délivrer, quen donnant un coup dépéenbsp;fur la tête de 1hóte, au moment quil faififlbit
O) LAuteur du Mamifcrit des quatre fils dAymon pen-foit coiwae J. J. Rouffean ;niais ilndtoit pas auIU éloquent.
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Renaud. II Ie renverfa fans connoiflance amp; noyé dans fon fang; ils prirent ce momencnbsp;pour monter a cheval, fourds aux pleurs amp;nbsp;aux criailleries de la femme amp; des enfans denbsp;1hóte.
Ils parvinrent, enfin, dans Ia plaine ou saf-fembloient ceux qui prétendoient au prix. Une partie de cette plaine eft couverte, aujour-dhui, par Ie Faubourg S.-Martin. Ils allè-lent, avec les autres Chevaliers, au devancnbsp;du Roi. 11 ordonna que la couronne, les cinqnbsp;cents marcs dargent, amp; les écoffes de foie,nbsp;fuffent placés a 1extrémité des lices: II donnanbsp;cent Cavaliers 'i Naimes, a Oger, au Due denbsp;Bourgogne Richard de'Normandie, poucnbsp;empêcher quil ny eüt aucun trouble pendantnbsp;Ja courfe. Lorfque tout fut difpofé, les con-currens montèrent d cheval amp; firent plufieursnbsp;tours. Renaud affedoit d'etre toujours des der-'nbsp;Tiers; lorfquon saperfut que fon cheval boi-toit, on finnille plaifanteries furIe Chevalier;nbsp;les uns vouloient quon lui adjugeat Ie prixnbsp;'avant de courir; les autres lui confeilloient denbsp;'defcendre amp; de Ie mener par la bride. Le Roinbsp;défendit rous ces propos injurieux, que Renaud fembloit ne pas entendre.
Naimes amp; Oger, voyant que tous les Chevaliers avoient pris leur rang, firent fonner les trompettes, pour quon fe tint prét au fignal.nbsp;¦TWaugis profita de ce moment pour déliernbsp;Bayard ; le %nal eft donné, les Chevaliersnbsp;partenc conimelafou4re; Bayard, qui navoitnbsp;pu être Üélré dans iinftant-quon parut,étoic
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encore derrière. Que fais-tu, lui dit Re-,, naud? hSte-toi; ne fouffre pas quüs ga-
gnenc fur toi 1'avantage Bayard, docile a la voix de fon maitre, amp; rempli de la mêmenbsp;lierté, sélance, atteint les Chevaliers, souvrenbsp;un paflage au milieu de la file, devance ceuxnbsp;qui fe flattoient déja de remporter Ie prix,nbsp;les laiffe bien loin, amp;c Renaud enlève la cou-ronne amp; refufe tout Ie refte.
Les Chevaliers qui, avant, plaifantoient Re-naud, amp; quils avoient malignement appelé Ie Chevalierboiteux, étoient confondus; Charlemagne lui-inême ne concevoit pas ce quilnbsp;voyoit. II appela Richard de Normandie amp;nbsp;lui raarqua fa furprife; il étoic d'autant plusnbsp;frappé de ce cheval, quexcepté la couleur,nbsp;il reflembloic parfaitement è Bayard.
Tandis que Ie Roi amp; Ie Due de Normandie parloient enfemble, Renaud, fa couronne k lanbsp;main, revenoit verseux, au petit pas. Lorf-quil fut portée, il falua Ie Roi : Si cenbsp; nefi; aflez d'une couronne, lui dit Charles,nbsp;je vous en offre deux, amp;je double Ie prix,nbsp; pqurvu que vous me laiffiez votre cheval.nbsp; Je prendrai foin de votre fortune, amp; je vousnbsp; promets de 1élever fi haut, que, de votrenbsp;vie, vous naurez rien a défirer. Sire, ré-,, pondit Ie Chevalier, je vous oftrirois monnbsp; cheval, fi tout autre que Renaud pouvoicnbsp;Ie monter,,. En difant ces mots, il piquenbsp;Bayard, amp; Charlemagne Teut perdu de vuenbsp;avant quil eüt prononcé lordte de Ie pour-fuivre. Renaud, sécria-t-il! Cheva-
-ocr page 125-fliers, courez après lui, quon 1arrête. Son ^ Ecuyer neft autre que Maugis; ils nous onenbsp;,, tous troropes; 1'affront de cette journeenbsp;,, nous eft commun, que notre vengeance lenbsp; foit aufli.
* II ny eut aucun Chevalier qui ne courut avec plus de zèle pour prendre Renaud, quilnbsp;navoit couru pour obtenir le prix; la foudrenbsp;eft moins prompte que Bayard. II parvientnbsp;au bord de la Seine; il la pafle a la nage, amp;nbsp;sarrete fur la rive oppofée; lorfquil vit quel-ques Chevaliers prêts è. sengager dans le fleu-ve, il remonte fur Bayard, gagne un fendernbsp;amp; fe derobe a leur vue. Maugis, qui favoicnbsp;OÜ il devoir pafler, alia le joindre d Melunnbsp;par un chemin détourné amp; plus court. Alard,nbsp;Richard amp; Guichaxd, furenc au comble de lanbsp;joie; mais Maugis ne leur donna pas le tempsnbsp;de le féliciter, il les fit, vite, monter a ch^nbsp;val, amp; reprendre le chemin de Montauban,nbsp;OÜ ils arriverent la cinquième nuit. Yolandenbsp;ne favolt comment témoigner fa fatisfadionnbsp;amp; fa tendrefle \ elle embraflbit alternadveraencnbsp;fon époux, fes frères, Maugis amp; Bayard.
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CHAPITREIX.
Charlemagne ajjiège Mbntauban , fait fotn~ mer Kenaud defe rendre. Renaudfak unsnbsp;fonie vigoureufe avec fes frères. Butin ,nbsp;majfacre, victnlre des fils d'^ymon. Fautenbsp;de Roland. Perfidie PFon, Roi dyjqui-taine. Combat terrible des fils d'^lymon,nbsp;feuls, défarmés , livrés par Ton, Exploitsnbsp;inouïs, Secours inattendu.
TTous les efforts des Chevaliers furent inu-tiles. Charlemagne ne refpiroic que vengeance; il revint a Paris très-mécontenc. II aliem-bla fon Confeil, amp; demanda quels étoient les moyens les plus prompts pour punir les filsnbsp;dAymon. Rolanvl propofa dattaquer Ie Roinbsp;dAquitaine , amp; daffiéger Montauban. Nai-mes approuva ce projec; maïs il ajouta quilnbsp;ne falloit pas 1entreprendre, fi 1on ne saf-furoit du fUccès; que Ie Roi devoit mandernbsp;tous fes Barons, amp; convoquer tous les bans,nbsp;avec ordre de fe munir déquipages amp; autresnbsp;chofes nécefl'aires pour fep: ans, au cas quenbsp;Ie fiége de Montauban dutdt tout ce temps-la. Charlemagne fit expédier des ordres dansnbsp;tout Ie Royaume, afin que tout Ie mondenbsp;füt rafiemblé, a Paris, ou dans les environs,nbsp;au mois de Février; la plupart des Chevaliers repréfentèrent quils venoient de fairenbsp;une guerre pénible amp; ruineufe contre les Sar-*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lafins,
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lafins j en Allemagne, amp; quils etoient hors dérar de rentrer, ii-tuc, en campagne.
Le Comte de Nanteuil, qui étoit è lem tête, offrit de fe tenir prêc pour le mois denbsp;Mai. Charles, indigné de ce délai, proteftanbsp;quil ne prendroit que les jeunes Chevaliers,nbsp;amp; que, lorfquhl feroit maitre de la Gafcogne,nbsp;il ne diftribueroic les terres qua eux, amp; que,nbsp;puifquil ne setoit encore trouvé perfonnenbsp;parmi les anciens Chevaliers, qui fdt en étatnbsp;de le venger de Renaud, cec honneur étoit,nbsp;fans doute, réfervé a quelquun des nouveaux.
Renaud, qui avoir des efpions a la Cour de Charles, fut bientót informé de ce difcours.nbsp;II vit, dés ce moment, les ennerois quil au-roit a combattre, amp; que les principaux étoiencnbsp;Olivier amp; Roland. Cependant, la propofitionnbsp;du Due de Nanteuil avoir fait impreflion furnbsp;1efprit de Charlemagne, qui, par le confeilnbsp;de Naimes, fit publier quil fuffifoit quon fenbsp;rendit, au commencement dAvril, a Paris.
Vers ce temps, on vit arriver Richard de Normandie, avec un grand nombre de Chevaliers, Salomon de Bretagne, fuivi de la no-blellé de fon pays, Dizier dEfpagne, avecnbsp;dix mille gens darmes, GeofFroi, Comte dAvignon , Bertrand dAliemagne amp; fes Irlandois,nbsp;accompagnés dune troupe dAfricains, amp; dfnbsp;mille Archers. Le dernier fut 1Archevêquenbsp;Turpin, avec une troupe choifie, très-bien'nbsp;difciplinée, amp; formée a routes les rufes de lanbsp;guerre. Le Roi fit aflembler fon armee poutnbsp;en faire la revue j elle fe. trouva mgoter i
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cent mille combattans anciens, amp; a trente mille nouveaux. li la mit fous Ie comman-dement de Roland, amp; lui fit donnet roriflamrnbsp;me , en lui recommandant de conduite cesnbsp;braves gens comine sils étoient fes propresnbsp;enfans.
Dès Ie lendemain, 1'armée fe mit en mar-che, amp; arriva, a petites journées, a la vue de Montauban. Roland, aveuglé, pat fa va-'leur, propofa d'abord de 1afliéger amp; deliayernbsp;de ie prendre daflaut. Charlemagne, quinbsp;voyoit mieux les difficulcés du fuccès, eütnbsp;voulu engager Renaud a capituler; ,, Tropnbsp;^ heureux, difoit Charles, fi, en fe foumet- tant, il évitoit de faire couler Ie fang hu-,, main On envoya un Chevalier défarmé;nbsp;il fut introduit dansla Ville, amp; fomma Renaud de fe rendre a merci, de livrer Richard a la difcrétion du Roi; en cas de re-fus, Ie Roi lui faifoit annoncer quil ne feroitnbsp;grice a perfonne, amp;. quil feroit expirer lesnbsp;q'uatre'fils dAymon, amp;leurcoufin, dans lesnbsp;fupplices, Renaud répondit, en fouriant, -knbsp;,, lenvoyé : Le Roi me connoit trop biennbsp;,, pour me faire faire fcrieufement une pro- pofition quil défapprouveroitlui-raême, fijenbsp;,, 1acceptois. Richard eft mon frère amp; mon ami;nbsp; fut - il étranger amp; mon ennemi, il fuffiroicnbsp; quil meftt deraandé un afyle, pour que jenbsp;,, le défendifle au lieu de le livrer; mals, finbsp; le Roi veut nous rendre fon amitié, nousnbsp;3, promettre laviefauve, amp; nous recevoir a fonnbsp; feivice, nous nous remettrons enite fes
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ff mains, amp; nous lui abandonnerons ce Chèreau.
Charles eüc accepcé 1'offre de Renaud, s'il neüc confulté que fon coeur; mais il croyoitnbsp;que fa gloite étoit intéreflee a la punition dqnbsp;Maugis, OU de quelquun des fils dAymon.nbsp;Naimes étoit davis quil ccoutdt la propofi-tion de Renaud; il repréfenta que Ie Chateaunbsp;étoit plus difficile a emporter quil ne Ie pa-loiflbit, que les affiégés étoienc en très-grandnbsp;nombre, amp; qua moins quon ne 1entourdcnbsp;amp; quon ne fdc campé bien prés de la Place ,nbsp;ils pourtoient faire des forties très-meurtrièresnbsp;pour les afliégeans.
Charlemagne ne piofita de 1avis de Nai-mes, que pour ordonner que Ie camp fdt éta-bli autour, amp; Ie plus prés de Montauban quil fe pourroit. Roland fit tendre fa tente vis anbsp;vis de la porte qui étoit a droite. Le Roi avoitnbsp;la fienne a la porte oppofée. La Ville fe trouvanbsp;entourée, de tous cótés, de plus de dix millenbsp;pavilions; lorfque Roland eut reconnu la place, il ne fut plus d'avis de 1emporter daf-faut. Il alia même jufqua dire que jamais Montauban ne feroit pris. Olivier lui fit obfervecnbsp;en vain, quils avoient pris Laufanne, dé-truit la grande tour amp; le donjon de Conftan-tindple. Roland perfifta.
Lorfque le camp fut tendu, Roland, frappé de la beauté du pays, engagea Olivier dallernbsp;leparcourir enfembJe, enchaflant; Renaud ,in-formé de leur abfence, appela fes frères amp;nbsp;Maugis; ils délibérèrent de profiter de cettenbsp;occafion amp; dhumilier 1orgueil de ce Roland.
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qui croyoit déja que la Gafcogne lui appaïr tenoit, paree que Ie Roi avoir dit quil ennbsp;diftribueroit les terres aux jeunes Chevaliers,nbsp;lis sarmèrent; ils prirent environ quatre millenbsp;hommes, forcirent par une fauflè-porce quinbsp;donnoic dans Ie plus épais de la forêc, ou ilsnbsp;sembufquèrent. Renaud fe fit conduire versnbsp;la tente de Roland, amp; en- enleva Ie dragonnbsp;qui la furmontoit. LArchevéque Turpin, 1U-liüe des Frangois, aper9ut un vol confidéra-. ble de corbeaux; il fe douta quil y avoicnbsp;des troupes dans Ie bois : En effet, a forcenbsp;de regarder, il vit reiuire des armes è tra-¦ vers les arbfes. II fit venir öger, amp; lui ditnbsp;de sarmer au plus vite; Oger fit mettre aulli-tót Ie camp fousles armes. Renaud fut faChénbsp;davoir été fi-tót découvert , mhis il ne fe dé-concerta point pil dit a Maugis de refter dansnbsp;Ie bois avec mille Cavaliers, amp; de nen fortirnbsp;quen cas de befoin; alors, Renaud, avec fesnbsp;trois mille combattans, paroit dans la plainenbsp;amp; fond fur Ie camp. Nicols fut Ie premier Chevalier quil abattit; il va, de tente en tente,nbsp;les renverfe, maflacre tout ce qui fe préfente,nbsp;amp; demande : Oü font Olivier 8i Roland ?nbsp;Ne favent-ils que nous appeler traitres amp;nbsp; nous menacer? Pourquoi fe cachent-ils ?nbsp;LArcbevêque Turpin ne put entendre calora-nier ainfi les deux jeunes héros' : Renatfd,nbsp; sécria-tril, ceft paree que lu as fu quilsnbsp;5, nétoient point au camp, que tu as ofé lat- taquer; je doute que tu eulles eu cette té- mérité, fj tu avois cru les rehconcrerEn
-ocr page 131-difatit ces mots, il attaque Renaud; les piè-ces de leurs armures volent en éclats amp; bleflenc ceux qui font autour deux; leurs lances fenbsp;roropent dans leurs mains; leurs épées fe bri-fenc, niais ils font inébranlables, la réfiftancenbsp;eft égale a iiinpullion. Renaud, au derniernbsp;coup dépée, fit chancelerTurpin: Reverendnbsp;,, Chevalier,lui dit-il,prêtre dunDieudepaix,nbsp; crois-moi, cours au pied des autels; les com- bats ne font pas fairs pour toi LArche-yéque, écumant de colère, séiance fur Renaud, pour Ie punir de ce reproche. La fureipnbsp;des chefs pafle dans 1ame des foldats; toutnbsp;sémeut; laélion devient générale. Oger ventnbsp;yenger Turpin ; il atraque Richard amp; Ie ren-verfe; quoique Richard, dans fa chute, eutnbsp;perdu la coiffe de fon cafque, il fe releva,nbsp;mit 1épée a la main; mais fon adverfirire futnbsp;attaqué par Renaud, qui venoic venger fonnbsp;frère; il lui porta de fi rudes coups, quOgernbsp;fut renverfé a fon tour : Sa vie étoit entrenbsp;les mains de Renaud ; lorfquil Ie vit ^ ter-re, il faifit la bride de Boifart, fon cheval,nbsp;qui étoit prêt a séchapper, amp;, donnant a Ogernbsp;Ie temps de fe relever : Chevalier, lui dit- il, quel démon vous anime contre nous,nbsp;,, qui fommes vos coufins? Vous devriez nousnbsp; fecourir, amp; vous fervez les fureurs dun Roinbsp; prévenu contre nous. Reprenezvorre cheval,nbsp;,, éloignez-vous de mes frères amp; de moi, amp; nenbsp;,, faites tomber vos coups que contre des étran-,, gers Oger, furpris de rant de générofité denbsp;la part dun ennemi qu'il avoit voulu tuer, sé-
loigna, amp; feperdit dans la foule. Les quatïefrè» resfaifoientun carnage horrible : Toute larméènbsp;de Charlemagne étoit en mouvement, amp; nènbsp;fe trouvoit pas encore aflez forte pour leurnbsp;réfifter, Lorfque Maugis vit quelle étoit en-tièrement occupée , il fortit du bois amp; fe jeté,nbsp;avec fes mille hommes, au plus fort de lanbsp;mêlée. Les Frangois firent des prodiges de va-lenr; lafles de combattre, affoiblis par Ie nom-bre de blelTés amp; de rnorrs, ils fe battirent ennbsp;retraite, amp; gagnèrent leurs retranchemens; lesnbsp;Gafcons les forcèrent amp; les chaffèrent horsnbsp;du camp. Maugis, amp; les trois frères, firentnbsp;un burin immenfe, amp; rentrèrent él Montau-ban , oü ils arborèrent, fur la plus haute tour,nbsp;Ie dragon que Renaud ayoit arraché du pavilion de Roland. Lorfque Ie Roi vit Ie dragon, il ne favoit què penfer; il crut quenbsp;Roland sétoit emparé du Chéiteau, tandis quenbsp;Renaud amp; fes frères étoient occupés è. fe battrenbsp;(ontre fes troupes; cette penfée lui fkifoit fup-porter fes pertes avec moins de chagrin; mais lanbsp;vérité cruelle vint bientóc lui ouvrir les yeux.
Olivier amp; Roland révenoient de leur tour-née; ils rencontrèrent Archambaud, qui leur fit Ie détail de cette malbeureufe journée : IInbsp;ajouta quon étoit fi loin de penfer que , tan»nbsp;dis quon fe battoit, ils samufaflént a fe pro*nbsp;mêfler amp; è chaffer, que Ie Roi croyoit quilsnbsp;étoient occupés a s'emparer de Montauban,nbsp;amp; que, cé qui confirmoit cette opinion inbsp;étoit Ie dragon de Roland qü'on voyoic ar-boré fur ufae des tours du Chateau.
-ocr page 133-Roland demeura confterne de ce reck , Pail prét a verfer des larmes de dépit; il courutnbsp;chez PArchevêque Turpin , qui le confola , amp;nbsp;qui le conduifit, dans le pavilion de Charlemagne : Le Roi le vit fi humilie ^ qnil fenbsp;contenta de lui faire remarquer que la moindrcnbsp;négligence a la guerre etoit, prefque toujours,nbsp;fuivie des plus grands malheurs, lorfquoanbsp;avoir affaire a un ennemi adtif amp; vigilant.
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Charlemagne, irrité par les obflacles, jura qu'il périróit plutót, que de renoncer au fiégenbsp;de Montauban. Naimes ne luiconfeilloit pointnbsp;de 1abandonner; mais il etoit d'avis quonnbsp;eüt recours aux moyens les plus faciles.,, Quelnbsp;,, eft votré but. Sire? dit-il; ceft davoif lesnbsp;,, quatre fils dAymon en vorre pouvoif. Janbsp;j, VOÜS protefte que , ni Roland , ni Olivier,nbsp;Di tous VOS Chevaliers enfemble, nen vien-i, dront i bout, fi le Roi Yon ne fe détachenbsp;,, de leur alliance, amp; nentre dans vos vues.nbsp;, Je fuis davis que vous le raenaciez de lenbsp;, chafler de fon Royaume , sil ne vous livrenbsp;, les quatre fils dAymon , amp; que vous lui pro-, mettiez des recompenfes proportionnees aunbsp;, ferVice quil vous rendra, sil les remet ennbsp;, votre pouvoir.
Le confeil de Naimes fut approuvé; Charles envoya un hérault a Touloufe , ou le Roi sé-toit retiré. Yon, plus avare que timide, futnbsp;renté des offres quon lui faifoit : II dit aunbsp;hérault dattendre fa réponfe, amp;, aulfi - tót ,nbsp;il afferobla fon Confeil; il repréfenta que Charlemagne, aveccent trente mille hommes, étoit
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«ntré dans 1Aquitaine , amp; quil mens^oit'dy mettre tout k feu amp; a fang, de détnüre toutesnbsp;3es Villes, amp; de s'emparer de la couronne,nbsp;ii on ne lui livroit les fils dAymon. Lun desnbsp;Confeillers étoit ce Godefroid , parent dYon ,nbsp;qui avoir efpéré dépoufer Yolande, amp; qui,nbsp;depuis ce temps, étoit Ie plus cruel enneminbsp;de Renaud. II y a long-remps, Sire , dit-,, il, en opinant Ie premier , que jai prédicnbsp; ce qui arrive aujourdhui. Se declarer Iaminbsp; de Renaud , ceft fe declarer lennemi denbsp;,, Cjiarles. Eh Iquel ennemi plus terrible IVain-gt;, queur des Sarrafins, de 1Allemagne amp; denbsp; 1Italie , comment pourrez-vous efpérer denbsp;5, défendre vos Etats contre lui ? Ce feroicnbsp;j, doncune politique dépourvue de raifon, qucnbsp;5, dexpofer votre couronnepour ces étrangers.nbsp;,, Yous vous croyez lié par la reconnoiflance,nbsp;5, amp; ce motif vous fait héfiter. Je foutiens quenbsp;,, vous ne leur en devez aucune. Ils cher- choient une occafion de fe fignaler, amp; vousnbsp; leur en avez fourni une plus brillante quilsnbsp; ne pouvoient 1efpérer Quand même il fe-,, roit vrai que vous leur duffiez de la recon- noiflance pour Ie fervice quils vous ont ren- du , ne 1avez-vous pas payée au dela denbsp;5, fa valeur. Des aventuriers chali'és de la mai- fon paternelle, profcrits par leur Souverain,nbsp;,, juftement irrité contre eux , fans afyle,nbsp;,, nayant pour route fortune quune valeurnbsp;j, equi voque, font jetés dans vos Etats par Ie ha-j, fard, Ils vous trouvent, les armes è la main,nbsp;}, pret a marcher contre vos ennemis; ils pro-
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fitent de eette circonftance; ils fe tnêlent a ^ vos troupes; elles font viöorieufes, amp; Renaudnbsp;,, sattribue tout Phonneur de cette victoire.
Eft-il done vrai, que, fans Renaud, fans fes ,, frères, vous auriez été vaincu ? Navons-nousnbsp; done jamais, a vant eux, remporté davanta- gesfurlesSarrafinsPMaisje veux quilsayentnbsp; tout Phonneurdecettejournée, de quel prixnbsp;,, ne les avez-vous pas payés? Renaud devientnbsp; Ie frère du Roi; il époufe une Princefle quinbsp;,, eüt fait Ie bonheur du plus grand Roi dunbsp;,, monde : Ceft peu ; vous vous êces dépouil-lé, en fa faveur, du plus bel apanage de lanbsp; Souveraineté : Ils élévent, au milieu denbsp; votre Royaume, une Ville inexpugnable.nbsp;,, Queüt ofé demander de plus Boulag-Akafirnbsp;,, vainqueur? Les frères Aymon ayanc done ob-j, tenu au dela du prix quils pouvoient exiger,nbsp;vous êces quitte envers eux, amp; vous pou- vez les livrei', fans crainte de pafler pournbsp;ingrat. Je dis plus; votre juftice amp; votrenbsp;,, fureté Pexigent. Renaud eft un traitre, ounbsp; va Ie devenir. Pourquoi a-t-il demandénbsp;quil lui fut permis délevgr Ie Chateau denbsp;j, Montauban ? Sil navoit dautre vue que denbsp; fe mettre a couvert des armes de Charle- magne, naviez-vous pas affez d'autres Cha- teaux; vos forces néroient-elles pas fuffifan-,, tes; ce fier vainqueur des Sarrafins fe croyoit-,, il trop foible dans vos Etats, fecondé denbsp;vos troupes? Non, il avoir dautres vues;nbsp;,, Renaud veut semparer de PAquitaine. Ceftnbsp;,, coïicie vous, amp; non centre Charlemagne,
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,, quil avoit befoin de fe fortifier. Prévenezï-,, done fa trahifon, qui nelt que erop mani-feiie; votre foeur ne doit point vous arrê-,, ter. Aflez dautres seftimeront heureux de la pofleder.
Le Comte dAnjou, qui voyoit la conduite de Renaud avec le délintéreffement dun vieuxnbsp;militaire, qui na rién a efpérer, ni è craiftdrenbsp;de la Cour, interrom'pit Godèffóid; La p«r-,, fidie quon vous propofe, Sire, dit-il, mé- rite tpute votre indignation; elle eft fuggé- rée par 1animofsté, amp; neft fondée que furnbsp;,, la calomnie. Les fils dAymofi nè font cou-,, pables, ni envérs Charlémagne, ni en versnbsp; vous. Lorfque dAigremont eüf afl^Ifinénbsp; Ldthaire , tout jeunes quils étoient, ils fu-,, rent les premiers a bümèr leuroncle; ils nenbsp;,, prirent aucun parti danscêtté querelle, pareenbsp;,, quils favoient que la vengeance de Charle-5, magneétoit jufte, amp;parce guileüt étécontrenbsp;,, la décence de défendre un affafiin : Lorfqua- prés avoir pardonné dAigremont, Charlesnbsp;,, refufa de punir le traitte Ganeloö, ReAaudnbsp;5, amp; fes frères biSrhèrent le Roi, paree quilsnbsp;,, croyöient fa conduite blamable. Le bouillaötnbsp;Berthelot, piqué des murmures de Renaud^nbsp;,, fon coufin , ofa lattaquer, amp; le frappa eflnbsp;4, préfence de toute la Cour ;Renaüd nemployanbsp;,, quune jufte défenfe, amp; Berthelot fuccombainbsp;,, Le Roi naceflé, depuisce temps, deperfécu.*'nbsp;4, ter les fils dAymön, il A fufeité contre eiiXnbsp;54 leur propre père; je ne parle point de la trahifoilnbsp;quon ernplóyapourftirpTendféieChSteaü dé
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Montfort; teft un des droits de la guerre; mais la trahifon quon vous ptopofe blefl'enbsp;,, tous les droits humains amp; facrés. Si un fini- pie particulier eft condatnnable lorfquil violanbsp; bhofpitalité quil a donnée, quel crime nenbsp;,, Gommet pas un Souverain qui naccorde uanbsp;,j afyle que pour avoir plus de facilité de tra- hir le malheureux qui seft cru en furetenbsp;föus fa pfoteftion? Lafyle que vous aveznbsp; donné i llenaud amp; a fes frères, Ueft pasnbsp;j, gratuit, vous ne pouviez le leur refufernbsp;,, fans ingratitude. Vous leur devez, non feu-lement, 1'Aquitaifte, quilsont fauvée, lanbsp; feule reflburce qui vous reftoit, amp; que vousnbsp; ne pouviez conferver fkns eux; mais encorenbsp;,, Touloufe amp; tout ce qui eh depend; vousnbsp;j, ftvéi2 què Rèflaud refofa d'adtnêttre Bou-,, lag-Akafir a rafl^on, qüil ne vous edt aban-j, donné fes coftquétes. Qui eft-ce qui auroitnbsp; pu fe plaindre, fi» dans ce moment , Re- naud éut exigé pour lui cè qu'il vous fitnbsp; rehdte, lorfque vous Vous y attendiez lenbsp;möins ? On lui fait ün crime d'avoit de- mandé la permiffion délever nne forterelfenbsp;pour fa fureté. Ne vous a-t-il pas donnénbsp;tous les otages que vous lui avez demaa-,, dés? Ne vous a-t-i-1 pas exhorté de preftdte,nbsp; Centre lui-même, routes les précautionsnbsp;,, que la méfiance pouvoit foggérer, de fortenbsp; que, fi les projets quon lui impute ëtoiéncnbsp; vrais, il feroit toujours dans limpnilnbsp;^ fibiüté de les exécuter ? Qüand il hauroitnbsp;f, pas cii k faveur h condüite k moins ftf-
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pefte amp; la plus foutenue, ne fuffit-il pas qu8 ,, vous ayez promis de Ie défendre, amp; de lanbsp;,, protéger contre fes ennemis, comme il seftnbsp;,, engagé de vous fecourir envers amp; contrenbsp; tous? Vous êtes lié par Ie ferment Ie plusnbsp;folemnel; il ne vous efl; pas permis de lanbsp; violer. Je compte pour rien 1amicié quenbsp; vous lui avez jurée, amp; 1'ailiance que vousnbsp; avez contradtée avec lui : On fait quellenbsp;,, eft la force de ces liens auprès des Souve- rains; mais, fi, malgré tout ce que vousnbsp;,, devez aux fils dAymon, vous les livrez inbsp;,, leurs ennemis, Charlemagne fera Ie premiernbsp;,, a vous méprifer, a vous en punir, peut-
être, amp; toutes les nations séleveront contre votre ingratitude.
Le Confeil dYon fut partagé; Godefroid reprit la parole, amp; détermina le Roi a lanbsp;irahifon. II écrivit k Charlemagne quil met-troit, avant dix jours, les fils dAymonnbsp;en fon pouvoir; quils fe rendroient, parnbsp;fon confeil, dans la plaine de Vaucouleurs,nbsp;Aéfitrmés, portant en leurs mains des rofesnbsp;amp; des branches dolivier en figne de paix;nbsp;quil pouvoit faire tenir, dans les bois desnbsp;environs, des troupes toutes prêtes pour sem-parer deux. II remit fa lettre a un des Chevaliers de fa Cour, qui accompagna le héraultnbsp;du Roi.
Lenvoyé remit la lettre, amp; ajouta que le Roi promettoit den exécuter le contenu denbsp;point en point, a condition que, de fon cóté,nbsp;Charlemagne retirerojt fes troupes amp; rempli-
-ocr page 139-roit les engagemens quil avoit pris par fon hérault. Le Roi renouvela ces promeflies amp; lesnbsp;accompagna ile fermens.
Lorfque le Roi dAquitaine fut bien affuré de la parole de Charlemagne, il ne fongeanbsp;plus qua exécurer fon perfide projet. II partnbsp;pour Montauban, amp; dit aux fils dAymon,nbsp;quil a fait leur paix avec Charlemagne, 8cnbsp;quil vient pour les en féliciter; il leur faitnbsp;un faux récit de négociarions, amp; leur apporte,nbsp;de la part de Charlemagne , quatre man-teaux décarlate, fourrés dhermine, Sc quel-ques bijoux que Ie Roi avoit ajoutés a ce pré-fent, pour les faire mieux tomber dans lenbsp;piège ; II eft convenu, dit-il, que, demainnbsp;,, vous vous rendrez , tous les quatre, fansnbsp; autres armes que vos épées, amp; fans autrenbsp;,, fuite que dix Chevaliers amp; Comtes de manbsp;,,Cour, dans la plaine de Vaucouleurs, avecnbsp; les manteaux que Charlemagne vous a en-voyés, montés fur des mulets, amp; portantnbsp; dans vos mains, en figne de paix, des rofesnbsp; amp; des branches doliviers. Le Roi doit vousnbsp; 5 attendre avec le Due Naimes de Bavière»nbsp; Oger §5 fes douze Pairs; vous lomberez knbsp;fes genoux, amp;, lui, il vous pardonnera amp;nbsp; vous remettra en pofleffion de tous vos Ché- teaux.
Renaud navoit aucune méfiance du Roi Yon ; mais il craignoit quelques pièges de lanbsp;part de Claarles. Yon le raflura, amp; lui ditnbsp;que Charles avoit engsgé fa foi. Au fur-plus, ajouta-t-il, fi vous avez le moindre
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doute, ny allez pas; il na traité quavec ,,moi feul; il eft vrai que jai promis ; Toutnbsp;retombera fur moi; quimpofte? Non^ repritnbsp;,, Renaud, il neft pas jufte que, pour vouloirnbsp;,) nous obiiger, vous voiis trouviez compro--mis, amp; chargé de toute la haine du Rol denbsp;Franee; nous nous tendrons dans la plainenbsp;de Vaucouleurs.
Alard, Richard amp; Guichard, neurent pös plutót appris ce traité, quils tocibèrent dansnbsp;la plus profonde triftéite. Si cette paijt,nbsp;,, difoient-ils, eft véritable, pourquoi Ie Rdinbsp;,, veut-il que nous allions la figner fans annésnbsp;,, amp; fansfuite? Méfions-nous de quelque trahi-fon. Non, dit Renaud, Charlemagne nenbsp;,, pouffera pas la perfidie jufqua ce point tnbsp;jj Dailleors, il faudroit qiiYon fót du Com-ploft, amp; ce feroit un crime que de Ie foüp*- gonner.
Qui pourroit peindre les craintes amp; les alarmes dYolande, lorfque Renaud alia pren-ère congé delle?,; Ah! du moinsj permets»nbsp;j, difoit-elle, que jaille ëXpirer en te défen«-,^damp;nt; ils noht pa, ni te vaincre, fii renbsp;féduire i üs veulent te trompet Renaudnbsp;Jöi repréfentoit ea vaih quhl faudroit fiap-pOfÈr Yon Ie plus perfide des hommes. ,, Ehlnbsp; feroit-il Ie premier, difoit-elle, qui aüroitnbsp;jjfacrifié fa fmur i de t^ils intéïêts? Je menbsp;raéfie de 1univers eiJtier, quand il sagitnbsp;üi de ihon époujt : Nort, inen eh'èr Renaud*nbsp;yj vous ne vóus livrerez point i rtos efineifiié,nbsp;C'eft les arises a ia fnain quün héros wwte
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dê Ia paix, amp; non comine Ie CoiHmandanc dune Ville prife daflaut.
En vain Ie prefle-t-elle dans fes bras, en vain fes lèvres brvllantes demenrent-elles at-tachées fur les lèvres de fon époux ; Renaudnbsp;a promis, Renaud eft inébraniable. Malheurnbsp;reux! il jugeoit les autres paf lui-même, amp;nbsp;il croyoit lés Rois incapables de trahifon. Sesnbsp;fréres 1eftgagèretit de deiiiander au Rói, quilnbsp;leur füt, du moins, permis daller au rendezvous fur leurs chevaux; Yon ne voulut pointnbsp;yconfenrir, decrainte, difoit-il, que lè Roinbsp;ne crut pas quil Ie trahiflbit. II fépéta encore, que, sils craignoient quelque prége, ilSnbsp;étoiènt les maïfres dé manqtier d la pafOlènbsp;quil avoit donnée a lËrfipereor.
Enfin, Renaud amp; fes frèfés partirénf, aceont=-pagnés de dix Seigneurs. Yón gértiffolt dans Ié fond de fon afne; fnais 1avarice amp; la crainfenbsp;étouffoient fes vfais fentimenS; sil avoir cfanbsp;quil y eut plus davantage d nahit Charlesnbsp;inagne, il 1edt trabi en faveur des fils dAy-ihon', mais Ie Rói étoit pins puiflant, amp; ifsnbsp;ttavoient que de ld vértu. Cépendant, Renaud, pendaiit la route, levoit, quèlqueföiSinbsp;les yeux vérs Ie ciel; il êtoit trifté, amp; je nènbsp;fais quel preflentifnent lui faifoit éprouveï,nbsp;davance, Ie fort qui lattendoit. Alard apéf-$ut quelques larmes qüi sédiappóient de fesnbsp;yéux: Ö mon frère amp; mon értii 1 lui dit-j, il, Vöilè les premiers plèurs què je vous voiinbsp; ré^ndrte;; è vous ^onp?onneli quelque per-i, èdie» nous ne fommés' pgs encore arrivé}
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revenons a Montauban. Ce nefl pas, répon'? dit Renaud, fur moi que je pleure, cfftnbsp;,, dans la crainte quil ne vous arrive queiquenbsp;y, malheur a caufe de moi. Jai promis, amp;,nbsp; duffai-je périr, ü faut que jexécute ma pro-,, mefle. Laiffez-moi aller feul; fi Charles nousnbsp; a tendu un piège, il ny prendra, du moins,nbsp; que mol; fi la paix eft , en effet, conclue,nbsp;,, il fe contentera des excufes que je lui ferainbsp;,, de votre abfence Les frères de Renaudnbsp;lui proteftèrenc quen la vie, amp; en la mort, ilsnbsp;ne 1'abandonneroient point.
Ils arrivèrent, enfin, dans la plaine de Vau-Couleurs, qui, depuis la trahifon de Charlemagne, a change de nom. Elle étoit entou-rée de forêcs épaiffes qui sétendoient a plus de dix lieues. La Dordogne amp; la Gironde lanbsp;traverfoienc avant daller fe jeter a la roer;nbsp;fur la gauche, étoit un rocher efcarpé, divifénbsp;par une ouverture étroite, oü deux hommesnbsp;pouvoient a peine entrer de front; quatre che-mins aboutiflüient a cette plaine, 1un traver-foit la France, 1'autre alloit en Efpagne, Ienbsp;iroifième en Galice, en Portugal, amp; Ie qua-trième au Royaume dAquitaine. Cette plainenbsp;étoit fituëe entre Bordeaux amp; Bayonne. Cha-que chemin étoit gardé par cinq cents hommes , embufqués dans la forêc.
Renaud amp; fes frères furent étonnés de ne voir perfonne dans la plaine, ils la traverfèretitnbsp;jufquau pied du rocher. Alard lui propofa,nbsp;une feconde fois, de sen retourner a Montauban. Défarmés., comme nous Ie fommes,
-ocr page 143-vingt Chevaliers fuffiroient pour nous prendre, llenaud, qui commenQOit a foup^onner Yon,.nbsp;amp; qui avoir reitipli fa promeffe, étoit prêt denbsp;fuivre Ie confeil de fon frère, lorfque Foul-ques de Morillon parut, la lance baiflee, con-tre lui ; Ah! sécria Renaud, je ne Ie voisnbsp; que trop, nous fommes trahis; Ie Roi, ajou-ta-t-il, en sadrefl'ant aux dix Seigneurs quinbsp;,, les efcortoient, nous a confiés a vous; c'eftnbsp;a vous d nous fecourir; fecondez-nousnbsp;Godefroid jeta un regard de mépris fur Renaud, amp; lui répondit brufquement, quil étoisnbsp;trop brave pour avoir befoin de fon fecours.nbsp;Renaud, indigné, tire fon épée, amp;, dun revers, fépare fa tête de fon corps. Les neufnbsp;dutres Chevaliers prirent la fuire, amp; ne du-jent ia vie qua la moniure de Renaud, quinbsp;ne put les fuivre. Mes amis dit-il, a fesnbsp;,, frères, puifque nous ne pouvons éviter lanbsp; mort, vendons-leur chèrement notre vie,nbsp;a, ne nous féparons point, amp; prenons gardenbsp;,, de tomber vivans entre les mains de cesnbsp;f, traitres Ils sembraflerent, mirent leursnbsp;manteaux autour de leurs bras, amp; attendirentnbsp;Jeurs ennemis 1épée a la main. Quoiqne mon-tés fur des mulets, Morillon fut étonné denbsp;leur audace; il leur dit quYon les avoit li-vrés, que toute défenfe leur étoit inutile, amp;nbsp;quil leur confeilloit de fe rendre. Infenfé,nbsp; lui répondit Renaud , ISche! qui ne rougisnbsp; pas d'attaquer des Chevaliers défarmés, nef- père pas nogt;is avoir vivans, amp; crains pournbsp;,, toi-même, li tu as Ie courage de te battre
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amp; armes égales; maïs fi tu as 1ame dun vrat ,, Chevalier, écoute ce que je te propofe. Aunbsp;», lieu détve Ie complice de la plus déteflablenbsp;,»mhifon, 1 aifle-nous retirer ; nous quitte- rons letraitre Yon, amp; nous férvirons Char*nbsp;,, lemagne : Nous te donnerons Ie Chèteannbsp; de Montauban. Si tu crains la colére du Roi,nbsp; nous promettons de te fervir avec quatrenbsp;cents gens-darmes, bien difciplinés. Sinbsp;,, cette propofition ne te convieiit pas, ennbsp; voici une autre : Choifis vingt Chevaliers,nbsp;mets-toi aleurtête amp; combats contienous; finbsp;», vous pouvez nous vaincre, nous leur pardon-», nons, davance, notre mort; mais fi, tout dé-farmés que nous fómtnes, nous remporions ianbsp;yy viftoire, tu nous laifieras retirer a Móiitauban.nbsp; Ce que je te propofe eft plus pour ton hön*nbsp;4, neur , que pour notte confervation Foul*nbsp;ques rejêta ces propofitions, amp;, fans lui donnetnbsp;Ie temps de fe mettre en défenfe, il lui portanbsp;un coup de lance, 5c lui petga la cuiffe. Renaudnbsp;amp; fon mulct mordirent la pouffière. Alard,nbsp;qui crut fon frère mort, sécria: Cen eft fait,nbsp;il ne nous refte dautve parti que de nousnbsp;,, rendre. Notre foutien eft tombé, nefpéronsnbsp;point de pouvoir nous défendre, feuls, con- tre tant de monde Ils avoient a faire auxnbsp;trois cents hommes que conduifoit Morillon.
Que parlez-vous de vous rendre? sécria Renaud, jefpère de punir la déloyauté denbsp;Foulques, avant de mourir,, : En difancnbsp;ces mots, il fe dégage, arrache avec effortnbsp;icfei de fa lance, amp; crie aPoulques: Trai-
-ocr page 145-ff trejdefcends, amp;viens, fi tulofes, te battre avec rnoi lépée ü la main Morillon pouffenbsp;Ikhement fon cheval centre Renaud, amp; levenbsp;fon épée; le fils dAymon, plus adroit, lévite,nbsp;s'élance fur la croupe du cheval de fon en-nemi, lui enfonce fon épée dans le corps*nbsp;amp; le jette è. terre fans vie. Ainfi Renaudnbsp;fe trouva parfaitement monté; il fe fit donnernbsp;}a lance amp; lécu de fon ennemi, amp; dit a fesnbsp;frères de ne pas fe féparer. A ces mots, il fenbsp;jette au milieu des Francois, baiffe fa lancenbsp;fur le Due de Croy, amp;léténd a fes pieds;nbsp;il prend fon épée, frappe Enguerrand amp; par-tage fatête en deux;onze Chevaliersamp; nombrenbsp;de combattans expirèrent fous fes coups.
La fureur lavoit emporté plus loin quU ïie vouloit; il fe rêtoorne; il voit Alard quinbsp;avoit pris un cheval, un écu amp; une lancenbsp;dun Chevalier quil avoit tué^ Quoiquil fütnbsp;bleffé, il joignit Renaud, amp; tous les deux firentnbsp;tm carnage horrible des Fran9ois; Richard amp;nbsp;fon frére étoient è pied i leurs mulcts avoientnbsp;été tués; ils fe firent jour jufquè Renaud jnbsp;amp;, lorfquils furent tous ralliés, il fut impof-fible de les entamer; ils entaffoient les mortsnbsp;antour deox; mais, au lieu de lesartaquer*nbsp;les Francois formèrect un peloton , auquel ilsnbsp;donnèrent une impulfion a la quelle les fils dAy*nbsp;mon ne sattendoient point. Ils ft trouvèrentnbsp;encore féparés. Richatd fe retifa vers la ro-'nbsp;che; Guichard, feul, amp; è pied, fut ftifi patnbsp;furprife amp; fait prifonnier; il avoit tué plu-fieurs combattansi il entua deux, en fe dé.^
-ocr page 146-battant entre les mains de ceux qui 1avoient pris, il éroit couvert de bleflures; on Ie Ha,nbsp;comme un crirainel, fur un cheval, amp; on 1em-menoit. Renaud sen aper9ut, amp;, rejoignantnbsp;Alard ; Courons, lui dic-il, délivrons Gui-,, chard, ou périffons avec lui, 1infamie de lanbsp; mort que Charlemagne lui deftine rejailli-,, roit fur nous. Comment percer jufqua lui?nbsp;,, difoit Alavd:Nimporte,attaquons. Aufli-tót, sabandonnant i leur courage, ils fon-dent fur les Francois qui efcortoient Ie pri-fonnier, les diflipent amp; parviennent jufquinbsp;lui. Alard Ie délia, tandis que Renaud tuoitnbsp;OU écartoit tout ce qui sapprochoit. Alard,nbsp;après Pavoir délivré, lui donna Ie chevalnbsp;même ou on 1avoit attaché , une lance Ssnbsp;nne épée de quelquun de ceux quil avoitnbsp;tués. Guichard fe vengea cruellement de 1af-front quil avoit regu; il leur manquoit Richard : Après Renaud, cétoit Ie plus brave desnbsp;quatre fils dAymon. Nen pouvant plus de fatigue Si du fang quil avoit perdu, il sétoitnbsp;couché au pied du rocher, nayant pas eu lanbsp;force de Ie gravir. II avoit tué de fa main,nbsp;cinq Comtes, quatorzeChevaliers,S;plufieursnbsp;foldats. Gérard de Vauvert, coufindeFoul-ques, 1ayant aper9U prefquexpirant, vinenbsp;fur lui, amp;, de fi lance, lui fit au ventre unenbsp;li large bleffure, que les boyaux paroiflbient;nbsp;il ne douta pas quil ne leüt tué, Si il alianbsp;publier fa mort. Richard eut encore aflez denbsp;force pour fe relever. Si, d'une main, bou-cltant fa plaie, il court après fon affaffin.
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Ie Irnppe fur fon cafque, amp;, Ie coup gliflant en travers, il !ui enlève la tête amp; 1épaulenbsp;droite; Gérard tombamort dun cóté, amp; Richard , que eet effort avoir encore affoibli,nbsp;tomba de 1auire; il ne lui reftoit prefque plusnbsp;de fang dans les veines.
Sesfrères, qui ne Ie voyoient point, inquiecs ,de fon fort, accablés, dailleurs, par Ie nom-hre, sacheminèrent vers Ie rocher, oü ilsnbsp;cherchèrent a fe faire un retranchement. Re-naud aper9Ut Ie malheureux Richard, prefque fans vie, entouré dun grand nombredenbsp;Frangois quil avoir rués, Defcendez, ditnbsp; Renaud a fes deux frères, amp;,' tandis quenbsp;je fouuendrai leffort des aflaillans, foule- vez Richard, amp; portez-le dans 1ouverturenbsp; du rocher. O bravequot; Richard ! ajoutoic-il ennbsp; pieurant amp; en écartant les ennemis, tu esnbsp; done la première viètime quYon a iinmo- lée a Charlemagne ? Puiffe ton ombre étrenbsp; témoin de ta vengeance,,! Tandis quilnbsp;foutenoit toute. la fureur des combactans,nbsp;Alard amp; Guichard enievèrent Richard fornbsp;leurs écus , amp; Ie tranfportèrent fur Ie rq-cher, au milieu dun nuage de fièches; ilsnbsp;- virenc quil nétoit point mort, ils lembraf-: fèrent avec des larmes dejoie: ,. Mes chersnbsp;-amis, leur dit-il, dune voix foible, jenbsp;¦ ,, me trouvCi mieux j gllez fecoprir Renaud;nbsp;'que je Ie voye encore avant de mourir:
Si vous pouvez gagner ce retranchement, je ne.défefpère poiqt encore de la vic-toire, ,
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Alard amp; Guichard coururent au fecours de Renaud ; il avoic, lui feul, abattu rrentenbsp;combattans dans Ie peu de temps que fes frèresnbsp;avoient été abfens; leurs chevaux avoientnbsp;été pris; mais ils en trouvèrent dautres, carnbsp;il reftoit plus de chevaux que de Cavaliers.nbsp;Ils repoulièrent les ennemis, amp;, fe battancnbsp;en retraite, ils gagnèrent louverture du rocher,nbsp;amp; febornèrenta en défendre les approches.
Ceft alors que parut Oger a la tête de trois mille hommes; il vint fommer Renaud amp; fesnbsp;frères de fe rendre : ,, Jufqua préfent, leurnbsp;dit-il, je nai pas voulu paroJtre; vous étesnbsp; mes coufins, amp; jai dü vous ménager; votrenbsp; obftination amp; ma patience me reridroiencnbsp;coupable envers Ie Roi, fi je tenois plusnbsp;long-temps mes troupes dans linaètion. Jenbsp;,, veux bien ne pas les aider , mais je ne puisnbsp;,, vous défendre *, tout ce que je puis, ceft denbsp;y, vous confeiller de 'vous en rapporter a la clé- mence de Charlemagne. Mon coufin, dit Re- naud, fi ceft la tout ce que vous pouvez fairenbsp;,, pour nous, vous deviez vous difpenfer de menbsp;Ie pröpofer.
Richard avoit repris des forces; il pria Guichard de dèchirer fon manteau amp; de 1en cein-dre, pour foutenir fes entrailles; lorfquil neut plus a craindre pour fa bleflure, il fe fouleva,nbsp;sadoflant au rocher, il étonna ceux quxnbsp;¦ Ravoient cru mort. Alard étoit étendu derrière Ie rocher, perdanttout fon fang dune flè-che qui lui avoic percé la cuifle : Lexemplenbsp;Richard Ie ranima; il banda lui - mêtae
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fa plaie amp; fe montra aux Francois, qui ne comprepoient pas commenc ils avoient punbsp;réfifter fi long-temps.
Cependant, Oger fut touché de la fituation de fes coufins: II fit fufpendte 1attaque du tocher. II dit 4 fes troupes quil efpéroit de lesnbsp;réduire a fe rendre, amp; qu'il alloic leur pariet.nbsp;II s'appreche de Renaud, fans armes; il luinbsp;demande de lui permettre de venir fur le bordnbsp;de 1ouverture; lorfquil eft a portée de fe
faire entendre : Mes amis, leur dit - il, je ,, fuis fliché de ne pouvoir vous feeourir, jenbsp;,, 1ai proinis au Roi; mais, quoique mesnbsp;,, confeils vous paroiflént ü raauvais, jenai unnbsp;,, 4 vous donner. S'il ne peut vous fauver , dunbsp; moins retardera-t-il votre perte. Yous al- lez être aflaiilis par routes les troupes; cenbsp;,, neft pas avec vos épées amp; vos lances quenbsp;^ vous les empêcherez de gravir ftir ce to-,, cher; neufliez - vous qua frapper pour lesnbsp;,, abattre a mefure quelles fe préfenteront,nbsp; vous feriez hors de combat, par la fatiguenbsp;,, feule, avant que la moitié fdc tombée fousnbsp;,, vos coups. II vous refte une reflource, eefl;nbsp;,, de raflembler autaut amp; de fi grofles pierres
que vous le pourrez, de les fnettre a por-,, tée de louvertiire du rochet, amp; de les faire rouler fur les combattans, 4 mefure que lesnbsp; Soldats graviront. Pour vous prouver quilnbsp; ne depend pas de moi de vous feeourir, jenbsp; refte jufqua ce que vous ayez fait une afléznbsp;,, grande provifion de pierres.
144 nbsp;nbsp;nbsp;quatre fils
remercia fon coulin, mais qui ne put lui par-donner de fe rendre complice de Ia perfidie dYon, amp; de la vengeance injufte de Charlemagne. Renaud amp; Guichard, comme lesnbsp;moins blefles, monrèrent au haut du rochetnbsp;pour ramafler les pierres quils trouveroient.nbsp;Renaud jeta les yeux fur la plaine; il con-temploit avec facisfadlion les ennemis quilsnbsp;avoienc dctruits. Le champ de bataille oünbsp;deux armécs fe font battues, offre fouventnbsp;un moindre nombre de morts amp; de blefles.nbsp;Ils eftimèrent que ce nombre pouvoit aller inbsp;quinze cents. En regardant dans la plaine,nbsp;ils aper9urent, au dela de la fotêt, une troupenbsp;nombreufe, ils crurent, dabord, que cé-toient des Frangois; mais, en regardant plusnbsp;attentivement, Renaud reconnut Bayard amp;nbsp;Maugis. Oh! mon frère, sécria-t-il en em- braflant Guichard , ceft Maugis que le cielnbsp; nous envoye; dis-le d nos frères, amp;, fur- tout, quOger nen fache tien; Ciel 1 ó Ciel!nbsp;,, je te rends graces Renaud revint auprèsnbsp;dOger, tandis que Guichard alia apprendre dnbsp;Alard 1'heureufe découvertc quils venoiencnbsp;de faire.
(PAymon.
C H A P I T 11 E X.
Suite dm combat précédent. Les fils dAymoii fecourus par les Gafcons, conduits par Mau-gis. Nouveaux exploits. Oger, vaincu parnbsp;Renaud, infuké par Roland, nen paroltnbsp;que plus grand. Maugis raconte d Renaudnbsp;comment il a appris la trahijbn du Roinbsp;dAquitaine. II rend au jour Richard, amp;nbsp;guérit les blejfures d'Alard, de Guichardnbsp;amp; de Renaud.
-ependant, les troupes simpatien-toient du long féjour quOger faifoit fur la inontagne. lUvouloit defcendre pour leurlaiflernbsp;commencer 1attaque : Eh quo!! mon coufin ^nbsp;lui dit Renaud, feriez-vous affez dénaturénbsp; de ne pas nous accorder encore quelques mo- mens pour nous repofer; encore qne heure,nbsp; amp; , non feulement, nous perniettrons a vosnbsp;,, troupes de nous attaquer, mais encore anbsp; vous-même , pour que Charlemagne naicnbsp; aucun reproche k vous faire Oger y.con-fentit, leur promit quils ne feroient attaqués que lorfque Iheure feroit expiree. II def-cendit de la montagne, pour aller calmer 1im-patience des Francois. II dit a ceux-ci quenbsp;les fils dAymon étoient prefque décidés a fenbsp;lendre mais quils demandoient quelquesnbsp;inftans pour prendre une dernière réfolutioc,
146
Zes quatre fils
Les Chefs vouloienc actaquer Ie rocher mal-gré lui; mais il menara de couper la tête au premier qui feroit affez hardi de faire Ie moin-dre mouvement fans fon ordre.
Le temps accordé nétoit pas a moitié écou-lé, que, la joie fufpendant les douleurs dA-lard amp; de Richard, ils fe fentirent en état de combattre : Mes amis , dit Richard anbsp;,, fes frères, autant que jen ai pu juger, lanbsp;,, troupe que Maugis conduit, eft denvironnbsp; cinq mille hommes; amp; les Francois ne fontnbsp;pas au dela de quatre mille. Ce neft pasnbsp;,, affez que Maugis nous dégage, il faut quilnbsp; nous venge. Si les Franïois fe doutent denbsp; fon arrivée, ils fuiront; ne leur donnonsnbsp;point le temps de sen apercevoir, defcen- dons au bas de la montagne; préfentons- nous au combat; Maugis ne doit pas êtrenbsp;,, loin ; tandis que nos ennemis sacharneroncnbsp; après leur proie, il déployera fes troupesnbsp;,, dans la plaine, amp;pourra les prendre de tousnbsp; cótés.
Lavis de Richard fut füivi; Renaud amp; Guichard defcendirent les premiers, Richardnbsp;amp; fon frère les fuivoient. Les Frangois nenbsp;doutèrent pas quils ne vinflent fe rendre. Ogetnbsp;courut k eux :,, Pourquoi, leur dit-il, avez- vous quitté votre afyle? Si ceft pour vousnbsp; rendre a Charlemagne, il falloit mieux ex- pirer les armes a la main , car je ne doisnbsp; pas vous cacher que ce Prince a juré quilnbsp; vouloit vous waiter avec la plus grandenbsp;V rigueui j fi ceft pour combattre, le Ueu
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que voiis opcupiez étoit inacceffible , ou , du moins, vous pouviez, avec le fe-j, cours que je vous avois indiqué, vous ynbsp;9, défendre long - temps. Nous voulons com-,, battre , répondit Renaud , amp; nous efpé-rons encore de vous vaincre. Le peu denbsp;ff repos que vous nous avez donné, nous anbsp;rendu nos forces, amp; nous voulons encoramp;nbsp;ff tenter la fortune Oger les prit pour de*nbsp;infenfés; il retourneafes troupes, amp; leur ditnbsp;Hntention de fes coufins: Les Francois paroif-fent furieux d'avoir fi long-temps attendu.nbsp;Oger leur donne le fignal, amp; fe retire; i peinenbsp;fe font-ils ébranlés, que Maugis, fortanc dunbsp;bois, fe déploye dans la plaine; il avoir faitnbsp;glifler des troupes le long de la forêt; ellesnbsp;sétoient avancées, fans que perfonne s'en fatnbsp;fiper9u, jufqu'a Iautre extrémité de la plaine;nbsp;amp;, loifque Maugis parut, les Francois fe trou-vèrent enveloppés par leurs ennemis. Le premier qui soffrit a fes coups fut Oger. Il lenbsp;frappu dun coup de lance, amp; lui fit une largenbsp;bletfure dans le flanc; Oger vouloit fe venger;nbsp;mais, heureufement, Bayard , fentant fonnbsp;maitre, emporte Maugis auprès de lui, sou-vrant un paflage è travers les Fran9ois, quilnbsp;déchire avec fes dents, amp; que Maugis ren-verfe avec fa lance. Maugis embraffe Renaud,nbsp;Alard amp; Guichard, car Richard avoir éténbsp;obligé de remonter fur le rocher.
Les Gafcons pénètrent dans le centre des ennemis, en font un horrible carnage, amp; lesnbsp;inettent en déronte; les Fransois veulent fuir;
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les troupes, emburquées dans la forét, les ar-ïétent, les repoudent dans la plaine, amp; font, par-tout, ruifl'der Ie fang. Renaud , monténbsp;fur Bayard, volt Oger, court a lui, amp;, dunnbsp;coup de lance, Ie jetre a trois pas de fon che-val; il defcend aufli-tót; il arrête Ie cheval,nbsp;amp;, en Ie rendanc a Oger: Comme notrenbsp; parent, lui dit-il, vous ne vouliez pas trera- per vos mains dans notre fang; mais vous'nbsp; avez conduit trois mille hommes contre vosnbsp; coufins, trabis amp; défarmés, pour les livrernbsp; a leur ennerni, qui nattendoit fes vidtimesnbsp;,,.que. pour les faire périr dans les fupplices.nbsp;,, Allez, je fuis aflez vengé; mais je vous con- feille de vous recirer.
Maugis, qui avoit fait amener fon cheval de bataille, ségoit jeté parmi les ennemis; ilnbsp;perya Guimard dun coup de lance, abattitnbsp;la téte dAllain, amp; fit fon cri de guerre; Ienbsp;carnage devint général; les troupes de Charlemagne diminuoient de moment en moment;nbsp;elles accufolent Oger détre la caufe de leutnbsp;déroute; dies 1attribuoient au temps perdunbsp;dans rinadtion oü leur Général les avoit faitnbsp;ianguir pendant deux heures. Oger, accufénbsp;par les flens, amp; vivement preflepar fes ennemis , pouffe fon cheval dans la Dordogne amp;nbsp;Ia paffe a la nage. Renaud, Ie voyant for 1au-tre rive : ,, Mon coufin, lui cria-t-il, vous tra- hiflez les intéréts du Roi : Vous fuyez amp;nbsp; vous nous abandonnez fes troupes. Perfide !nbsp; répondit-il a Renaud, tu mappelles traJrnbsp;tre, amp; ceft toi qui me trabis; fans moi.
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j, tes frères amp; toi feroient prifonniers : C'effc moi qui ai donné Ie temps a Maugis dar- rivet. Attends-moi, fi tu 1ofes. Je k veuxnbsp;bien, dit Renaud Auffi-tót Oger repaflenbsp;3e fleuve, amp; fe préfente au combat. Son cou-fin eut pitié de lui; fon cheval pouvoit a peinenbsp;3e foutenir; fon armure ruiffeloit de fang :nbsp;Renaud refufa; mais Oger avoit été appelénbsp;traitre; il dit a fon coufin de fe défendre.nbsp;Auffi-tót, ils fe frappent, leurs lances fe bri-fent, leurs ecus jettent des faifceaux détin-celles : Cliacun tombe bleffé de fon cóté; il»nbsp;fe reièvent, mettent 1épée a la main, amp; fenbsp;portent les coups les plus terribles; tandis quilsnbsp;fe battent, leurs oirevaux , auffi furieux quenbsp;leurs maitres, commencent, entr'eux , unenbsp;autre efpèce de combat; ils fe mordent, fenbsp;déchirent; 1agile Bayard rue, hennit, écumenbsp;Si frappe fon adverfaire a la tête, a la croupe, dans les flancs. Oger courut pour les fé-parer; mais Renaud, impatient de terminernbsp;Ibn combat, Ie renverfe dun coup dépée, Scnbsp;Ie blefle a la hanche. Oger revient fur lui,nbsp;frappe Renaud fur fon cafque Sc la fait chan-celer. Oger veut recommencer; mais, voyantnbsp;arriver Alard, Maugis, Guichard, amp; leurs troupes, il remonte , a la héte, fur Boifart, fonnbsp;cheval, amp; ne saperQUt quil navoit pointnbsp;de felle, que lorfquil eut paffé la rivière. Renaud len railla; Oger Ie défia de pafler, pour nbsp;venir recommencer a fe battre. Renaud avoitnbsp;accepté Ie défi; il ailoit palier la rivière,
davoir donné ]e temps a Maiïgis darriver; amp;, après quils eurent maflacré, ou force ce quinbsp;reftoit de Fxan9ois de pafler la Dordogne, ilsnbsp;allèrent auprès de Richard.
Oger, couvert de bleflures, excédé de fatigue , amp; fans felle, rentra dans Ie camp de Charlemagne. Perfonne ne doutoit que les quatre fils dAyraon ne fuflent pris; il ny avoit pref-que point de Chevaliers amp; de Seigneurs qulnbsp;ne fudent leurs parens , leurs amis', ceux quenbsp;leur mérite avoit rendu leurs rivaux amp; leursnbsp;ennemis, commencèrent a les regretter, dèsnbsp;quils les crurent perdus, elfet ordinaire danbsp;1infonune, qui change la haine la plus enve-nimée en une tendre commifération; mais quellenbsp;fut la furprife de Charlemagne, lorfquOgernbsp;lui eut fait un fidelle rapport de tout ce quinbsp;venoit de fe pafler, quil lui eut appris que,nbsp;de trois mille Fran9ois, il ne sen étoit fauvénbsp;que trois cents, amp; quil seöimoit fort heu-reux lui-même de navoir pas péri fous lesnbsp;coups de Renaud. Limpétueux Roland nenbsp;put entendre ce récit fans frémir. II étoit f^chénbsp;que Charles eut préféré Oger pour arrêter lesnbsp;fils dAymon ; il dit, hautement, quil étoitnbsp;nn lèche, pour sétre laifié battre par unnbsp;Chevalier fans armes, ou un traitre, quinbsp;avoit empêché fes troupes dagir. Oger ne putnbsp;fouffrir ces reproches, amp; 1accufa lui-méme denbsp;lècheté : Paree que vous me voyez blefle,nbsp;,, lui dit-il, vous ofez me tenir des proposnbsp;infultans, dont vous ne me croyez pas ennbsp;état de me venger; mais je vous défie amp;
-ocr page 157-,, veux vous faire voir que les forces expi-,, ratites dun guerrier, tel que moi, font au ,, deflus des bravades d'un jeune témérairenbsp;Roland init 1épée a la main. Oger, couvertnbsp;encore de fang amp; de pouffière, fans tirer lanbsp;fienne, faifit le fer de celle de Roland, amp;nbsp;lui dit; Jeune homme, regarde ces bleflu-,, res, avant que jeme metre en defenfe,aiinnbsp; que tu puifles fayoir le jugement quon por-,, tera de toi après notre combat. Si je fuisnbsp; vainqueur, on dira que tu navois que denbsp;,, Iorgueil fans courage, puifquun hommenbsp; foible,amp; épuifé de fang,ta donnéla inorf,fi.nbsp; je fuis vaincu, on publiera que tu nes quunnbsp; vil aflafiin , qui as proficé de rna foiblefle pournbsp;,, minfulter. Maintenanr, viens, amp; combat-tons. Roland laifla tomber fon épée, de-manda pardon d Oger, amp; le remercia. Celui-cinbsp;jreprit:,, Vous mavez accufé de trahifon amp; denbsp;,, iScheté, je dois me juftifier de Iun amp; denbsp;,, Iautre. Ceft au Roi a sinformer de manbsp; conduite ; vous, Roland , vous me fereznbsp;,, raifon de 1imputation de lacheté.
Charlemagne leur défendit de fe battre, juf-qua ce quOger fut rétabli de fes blefliires; mais il ne put cacher fon depit de la pertenbsp;inutile de fes troupes amp; de la viftoire de Mau-gis amp; des fils dAymon.
Cependant, Renaud, fes frères amp; Mangis, après avoir raflemblé amp; fait camper leurs troupes pour le refte de la journée, sen alloientnbsp;vers la roche, ou ils craignoient de trouvernbsp;Richard fans vie. Les trois frères foupiroient,
G iv
-ocr page 158-Maugis les confoloit; Alard, qui voyoif la triftellè de Renaud^ demanda a fon coufin cenbsp;qui sétoit pafle au Chateau de Montauban,nbsp;amp; par quel hafard, ou plutót, par quel miquot;nbsp;rade, il étoit venu a leur fecours.
5, river dans la plaine de Vaucouleurs I Je 9,1ai prefl'é de sexpliquer. II ma répondunbsp; quil ne pouvoit pas men dire davantage;nbsp;j, que fon devoir 1obligeoit an fecret, quelnbsp;5, quil fut.'Jai vainement employé les priè-55 res les plus preflantes; enamp;n, jai été jufqua
Javois bien 'de la peine a me perfuader, ,, dit Maugis , que Charlemagne ¦ euc fitdcnbsp;j, daangé a votre égard ; je né favois com-j, ment condlier fon projet de prendre Mon-5, tauban, le liege düt-il durer fept ans, avecnbsp;5, ce traité de paix a des conditions li douces.nbsp;¦ 5, Je craignois quil neut trompé le Roi dA-5, quitaine; car jamais je naurois penfi quenbsp;5, le Roi vous trahit. Je vous. ai vu partirnbsp;,, avec la plus grande douleur. Je venois denbsp;5, vous faire mes adieux, lorfque jjai paflenbsp;5, dans 1appartement du jeune Gaudard, ami,nbsp;5, fecrétaire amp; confident du Roi Yon. Je 1ainbsp;5, trouvé dans le chagrin St dans les larmes;nbsp;5, dies Pont empêché, dabord, de m-aperce-5, voir. Je ne Pai tiré da fa rêverie, quén lenbsp;j, fecouant brufquement. Ah! Seigneur, ma-5, t-il dit, pardoimez-moi ma diftradion; vosnbsp;.5, coufins font-ils partis? Ils font déja bieanbsp;5, loin, lui ai-je repondu; pourquoi me fai-5, tes-vous cette queftion? die malarme. Hé-,, las! a-t-il repris, puiflent-ils ne pas ar-
-ocr page 159-d'Ayinon. nbsp;nbsp;nbsp;*53
la menace. Vous vous y prenez mal, Che-3, valier, ma-t-il dit; qiiand les priéres tje ,, peuvent rien lur une ame honnêre, foyeznbsp; afluré que les menaces font encore plus im-3, puiflantes. Jai autanc denvie de vods ré-3, véler Ie fecret dont je fuis dépoficaire, quenbsp;33 vous en avez de Ie connoicre; maïs il ne dé-,, pend pas de mol. Je fuis revenu a fa priè-3, re; je lui ai repréfenté que, sil y avoit anbsp;3, craindre pour vous, fon filence rendroic iné-3, vitablc un malheur quon pourroit, peut-3, être, encore prévenir. Enfin, il seft laiflënbsp; toucher; il alloit me ré véler route la tra-5, hifon, lorfque Ie Roi 1a fait appeler : IInbsp; ma dit de lattendre, amp; neft revenu quenbsp; deux heures après. II ma raconté que Char-les avoit fait propofer au Rui Yon de luinbsp;livrer les quatre fils' d'Aymon ; qua cettenbsp;j, condition, il lui prometcoit de retirer fesnbsp;,, troupes de la Gafcogne, daugmenter fesnbsp;», Etat's de plufieurs Villes amp; Chateaux; maisnbsp;3, que, sil continuoit a les protéger, il de-33 voit sattendre a la guerre la plus fhnglan-3, te; que 1Aquitaine amp; la Gafcogne feroientnbsp;3, livrées k la difcrécion du foldat, les habi-3, tans paffés au fil de 1épée, amp; fes Villesnbsp;3, réduites en cendres; que, non feulement,nbsp;3, Charlemagne Ie priveroit de fa couronne,nbsp;3, mais quil Ie feroit périr des mémes fuppli-,, ces qu'il deftinoit aux fils dAymon. Lenbsp;,, Roi, flatté des promeffes de Charlemagne,nbsp;3, amp; intimidé par fes menaces, a porté 1affairenbsp;a fon Confeil 3 foit quil nait pas ofé fe
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charger, lui feul, dun crime atroce , foit ,, quil ait voulu trouver des approbateurs;nbsp;,, enfin, il a écric k Charles qui! promettoicnbsp; de lui livrer fes ennemis, quil les enver-,, i'oit dans la plaine de Vaucouleurs, amp; luinbsp; a défigné 1habit quils porteroient, Ie cor-tége quil leur donneroit, en un mot, routesnbsp;,, les marques auxquelles ils pourroient êcrenbsp; reconnus. Lhonnéte Gaudard a ajouté,nbsp;,, quil avoir fait tout ce quil avoit pu pournbsp; parler a quelquun de vous en particulier ,nbsp; amp; que, sil 1avoitpu, il vous auroit donnénbsp;5, les moyens déviter Ie piége, fans quil eücnbsp; compromis Ie Roi.
Quand Gaudard, continua Matigis, ma ,,eu mis au fait de la trahifon, je nai pasnbsp;,, héfité de lui faire part du projet, que jenbsp;venois de concevoir , de voler a votre fe- cours; il my a exhorté; il craignoit quilnbsp;5, ne fdt trop tard. Vous êtes parti a quatrenbsp;,, heures du matin , il en étoit huit, il fal-,, loic raflembler les troupes. HeureuSement,nbsp;a, elles étoient fous les armes: Jai pris Ie pré-5, texte dun grand fourrage; en deux heu- res, tout Ie monde étoit a cheval; jai prisnbsp;fix cents Cavaliers les mieux montés, pournbsp;marcher avec moi, amp; jai donné ordre aunbsp; gros de la troupe de me fuivre avec autancnbsp; de diligence quil fe pourroir. Je fuis partinbsp; du camp a dixheures, dans trois, nous avonsnbsp;fait notre route, Vous favez Ie refte,,.nbsp;Alard, è fon tour, rendit compte k Maugisnbsp;de tout ce qui sétoit pafle è Vaucouleurs.
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d*Aymon.
Pendant tous ces récits, ils parvinrent au pied du rocher; ils trembloienc amp; défirolentnbsp;de tCDUver Richard. Renaud nofoit y gta-vir, il pleuroic comme sil eut été certainnbsp;de fa mort. Ils Ie trouvèrent, en effet, écendunbsp;è terre, fans mouvement; il foucenoit fesnbsp;entrailles, qui fortoient de faplaie, fes chairsnbsp;étoient livides, amp; tout indiquoit la mort. Sinbsp;les larmes, les carefles, les embrallemens«nbsp;pouvoient rappeler a la vie, ceux de fes rroisnbsp;frères lauroient rendue a Richard. Maugis Ienbsp;voyoit dun ceil fee.,, Promettez-moi, leurnbsp;dit-il, de venir, avec moi, au camp denbsp;,, Charlemagne , amp; de maider a venger lanbsp; mort de mon père, amp; je mengage de ren- dre Ie jour a Richard,,. Ils neurent pasnbsp;befoin de recourir aux fermens: Maugis por-Toit toujours avec lui des plantes dont luinbsp;feul connoiflbit la vertu , amp; un baume quilnbsp;compofoit lui-même. II y avoir une fontainenbsp;dans ce rocher; il fe fit apporter de 1eau pure,nbsp;lava bien la plaie , fit rentrerles entrailles,nbsp;y exprima Ie fu^ des plantes, retrancha lesnbsp;chairs livides, recoufut la peau, appliquanbsp;far Ie tout de fon baume, fit avaler a Richard quelques gouttes dun elixir quil avoirnbsp;extrait de divers minéraux, amp; fit foulever Ienbsp;malade, qui commen^a a refpirer; bientót, ilnbsp;ouvrit les yeux, reprit 1ufage de fes fens,nbsp;amp;, comme sil fe füt éveillé dquot;un fonge, Unbsp;demanda è. fes frères fi Maugis étoit arrivé,nbsp;fi Oger amp; fes Francois 1avoient attendu ?nbsp;Maugis lembïafla, lui dit que les ennemU
avoient été mis en déroute, amp; 1eshorta de refter encore une demi-heure tranquille , amp;nbsp;couché fur Ie dos; ü regarda la plaie., ellenbsp;étoit déja confolidée. Renaud, Alard amp;. Gui-chard avoient des bleflures confidérables; Mau-gis les fit déshabiller, leurs corps étoientnbsp;templis de concnfions amp; couverts d'un fangnbsp;uoir amp; épais; il s'ëtoit figé. dans les endroirsnbsp;bleflës. Maugislesfit bien laver par fon Ecuyer,nbsp;il expriraa Ie fuc des mêmes plantes dans leursnbsp;plaies, y appliqua de fon baume, en frottanbsp;tout ce qui étoit meurtri de fon élixir; ennbsp;inoins de demi-heure, ils furent tous guéris-;nbsp;Richard étoit Ie plus foible , par la grandenbsp;quantité de fang quhl - avoit perdu ; la nultnbsp;étoit déja avancés, amp;, depuis la veille, ilsnbsp;navoient rien mangé; Maugls avoit eu foinnbsp;de faire prendre S fa troupe des vivres poufnbsp;trois jours; il envoya fon Ecuyer au camp,nbsp;il rapporta du vin, amp; des provifions abondances; ils foupèrenttoüs, reprirentleurgaieté,nbsp;-oublièrent leurs maux au fein de hamitié,nbsp;amp; sendormirent jufquau l^er du föleil.
Maugis, amp; les fils' dAymon, éroienc trop bien gardés par leurs troupes, pour avoir anbsp;éraindre la moindre'furpfife; dailleurs, ilsnbsp;cn étoient adorés; 1'amour du foldat pour fesnbsp;Généraux, le rend vigilant pour lui-mémenbsp;amp; pour eux. Le fommell leur rendit routesnbsp;leurs forces, amp;, quand les premiers rayons4anbsp;foleil frlppèrent leurs paupières, ils avoientnbsp;oublié les maux de la veille, amp; ne fe fou-inbsp;Tenoient plus que de leurs ttiomphes.
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Les héros fe difpofèrent ^ reprendre le che-Tnin de Montauban. Ils placèrent Alard amp; les prifonniers au centre, formérent leurnbsp;avant-garde des troupes les plus fraïches, fousnbsp;la conduite de Richard amp; de Maugis. Renaudnbsp;amp; Guichard commandèrent larrière-garde.
Renaud ne pouvoit fe confoler de la tra-hifon du Roi dAquitaine, amp;, quoiquil fut bien éloigné de penfer quYolande füt fa complice, fon ccEur opprefle avoir bien de lanbsp;peine a lui pardonner davoir un frère capablenbsp;dune telle bafiefle.
CHAPITREXI.
Retour des fih dAymon d Montauban. Alar-mes amp; remords du Roi dAquitaine ^ il fe réfugié dans un Couvent; Roland 1y décou-vre amp; Venlève : Renaud vole a fon fecours ^nbsp;- S' le dégage , après un combat fanglani.»nbsp;des fers de. Roland. Roland eft blejfé.
¦Tv ES fils dAymon amp; Maugis entrèrent dans Montauban , au milieu des acclamations dunbsp;peuple. Yolande, avec fes deux fils, courucnbsp;au devant de.fon époux, mais il repoulia lanbsp;«lère amp;lesenfans. Perfide! dit-il, de quelnbsp;jj frooit ofes-tu mapprocher, après le crimenbsp;j, de ton frère,? Si-tu nes point fa complicenbsp;,, pourquói he mas-tu pas encore vengé^* Pour- quoij quand.jarrive k Montaubanj neme
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f, livres-tu pas Yon dans les fers ? Va y re-rnène,-Uü tes enfans, je ne les reconnois ,, plus; un fang trop impur coule dans leursnbsp;,, veines. Yon, Ie traitre Yon, eft leur on-,, cle , amp; ce titre, ils pourroient auffi Ienbsp;,, donner aux frères deRenaud. Ote-les, óte- toi de mes yeux \ leur préfence mafflige;nbsp;,, amp; la tienne... Arrêce , Renaud , arrête ,nbsp;,, sécrie Yolande, en embraflanc les genouxnbsp;,, de fon époux; ah! fi tu me raéprifes afleznbsp; pour croire que jaye pu foup9onner la tra-hifon de mon frère, amp; navoir pas marchénbsp; fur tes pas avec tes enfans, quand tu t'obf-,, tinas, inalgré moi, daller a Vaucouletirs,nbsp;je ne veux ni de ton amour, ni de la vie.nbsp;,, Ce fut hier, après Ie départ de Maugis, quenbsp;jappris tout : Dès que je connus Ie dan-,gt;82r, je formal mille projets; Ie dernier,nbsp; auquel je marrécai, ce fut de te devancernbsp;,, a la Cour de Charlemagne, dexpirer a fesnbsp;,, yeux, OU dobtenir ta liberté. Les prépara- tifs de mon voyage étoient faits; jerame- nois mes enfans avec moi : Nous fortionsnbsp; des portes de Montauban, lorfquun desnbsp; hommes-darmes de Maugis nous arrêta, amp;nbsp;,, nous annonpa que votre libérateur étoit ar-,, rivé aflez a temps pour vous fauver tons;nbsp;jembraflai ce brave foldac; oifenfe-toi,nbsp;Renaud, fl tu Ie veux, des témoignagesnbsp; de ma joie; je Ie conduifis dans ton pa- lais, amp;, pendant quil me racontoic toutnbsp; ce qui seft palTé , je lui fervois dEcuyer,nbsp; dans la crainte quun autre, en Iintenoo*quot;
-ocr page 165-pant, ne me fk petdre un mot de fon ré-,, cit... Que dhorreurs! ah! Renaud!...
A ces mots, Yolande tombe évanouie aux pieds de fon époux, qui, ne pouvant plusnbsp;réfifter a fa tendrefle, appelle Richard, pournbsp;1aider a la foulever : Bientót les larmes amp;nbsp;les baifers de Renaud 1eurent rendue a la vie.nbsp;Leursenfans embraflbient, tour a tour, Yolande, leur père amp; leurs oncles. Lun de cesen-fans, a qui Renaud, par amitié pour fon beau-frère, avoir donné Ie nom dYon de Mon-tauban, fembloit prêt dexpirer de plaifir furnbsp;les lèvres de fon père; Renaud, a qui Ie noranbsp;dYon étoic devenu odieux, nappela plus fonnbsp;fils quAymon de Montforc, pour nêtre plusnbsp;expofé è prononcer Ie nom dun traitre.
II ne fongeoit quaux moyens de fe venger du Roi dAquitaine; les plus cruels lui paroif-foient encore trop doux, lorfquun hérault vintnbsp;fc jerer a fes pieds, amp; réclamer fa proteftionnbsp;pour ce même Yon, que Roland tenoit dansnbsp;fes fers, amp; auquel il étoit prêt a fairenbsp;fouffrir la mort. Qui? lui!... Roland!...nbsp; sécrie Ie fils dAymon; eh! de quel droitnbsp; Roland prétend-il venger les outrages fairsnbsp; a Renaud? Par quelle aventure Ie perfidenbsp;^ Yon eft-il tombé entre les mains de Roland?nbsp;Seigneur, répondit Ie hérault, pardonnez,nbsp; fi, dans Ie récit que vous exigez, tout neftnbsp; pas de la même gravité. Parrai les gens dar- mes que Maugis conduifit A votre fecoursynbsp; étoit un Cavalier protégé de ce Godefroid,nbsp;^ qui, dans Ie Confeil du Roi Yon, Ie déter--
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Les quatre fils
y, mina a vous livrer au Roi. Dès que vos 5^frères, amp; vous, eütes mis les Fran9ois ennbsp;yy fuite, ce Cavalier fc glifla dans Ie bois, amp;nbsp; alia droit a Bordeaux; il demanda a parlernbsp;au Roi. Sire, lui dit-il, les fils dAymonnbsp;yy reviennent triomphans de la plaine de Vau-y, couleurs. Yon fe fit raconter, dans Ie plusnbsp; grand détail, tout ce qui sétoit paffé; iinbsp;,, fe crut perdu, amp; ne fongea plus qua échap-,, per a votre vengeance. Dès que la nuit fucnbsp; venue, il séchappa de fon palais, déguifé,nbsp;yy 8i sécrianr, de temps en temps: Oh! manbsp; fceur, ma fceur! combien vous me dételle- rez, quand vous faurez quil na pas tenu knbsp;y, moi que Renaud amp; fes frères ne périflent furnbsp; un échafaud? Lache que je fuis! les mena- ces de Charles devoient-elles me faire com-,, raettre la plus déteftable des trahifons? Eh!nbsp; quavois-je a cvaindre, ayant Renaud poutnbsp; me défendre.? Cependant, Yon savangoicnbsp; vers un bois; Ie moindre bruit, une feuillenbsp;j, agitée par Ie zephyr, Ie faifoit trembler;nbsp;,, par-tout, il croyoit rencontrer un des filsnbsp; dAymon. Quand il eut gagné Ie bois, il'nbsp; ne fut pas plus tranquille, il croyoit voirnbsp; reluire un cafque, amp; cétoit la rofée d'unenbsp;,, feuille qui réfiéchiflbit les rayons de la lune:
Sil fe fentoic frappé par une branche er- rante, il fe croyoit percé de la lance de Renaud; é. tont moment, ücroyoitenten-dre Ie galop de Bayard, amp; il précipitoit fesnbsp;»gt; pas. Le Cavalier quilaccompagnoit, aufli ti-quelui, répoüvantoit encore. Enfin,
-ocr page 167-7, accablé de peur amp; de fatigue, Ie Roi, plus foible que coupable, amp; dont toute la Cournbsp;j, étoit réduite, en _ce moment,, a un feul amp;nbsp; pauvre foldat, lui demanda ce quil avoicnbsp; a faire. Le Cavalier, après avoir long-tempsnbsp; rêvé, ne trouva que deux partis; 1'un, denbsp; paflèr en Efpagne, de prendre le turban.,nbsp;5, de fe metire fous la protedlion des Sarra-j, fins, amp; de céder fon tróne a celui de leursnbsp;,, Princes qui le fauveroit de Charlemagne ounbsp;,, de Renaud : Lautre, de prendre lhabitnbsp; de Moine, paree que, certainement, Renaudnbsp;,, ne 1'attaqueroit jamais fous eet habit, quaudnbsp; même il viendroit a le rencontrer. Ce derniernbsp;,, avis parut au Roi Ie plus fage, amp; il réfo- lut de le fuivre. A lextrémité du bois, eftnbsp;la riche Abbaye d.e S.-Ildephonfe, retraitenbsp;, paifible dune vingraine dAuguftins réfqr- més, qiupartagent leur temps entre la bonnenbsp;,, chére, la challe amp; le fommei!, priant, au fur-plus, pour les preux Chevaliers amp; pour leursnbsp;Dames. Ceft la que le bon Roi Yon réfolutnbsp; de fe retirer. II part; a mefure quj! apprq-;che du monaftère, fa peur diminue; il ar- rive, enfin, fe fait ouvrir les portes, amp; de^nbsp;,, mandé 3 parler a 1Abbé. ¦
rafins, amp;tantót des Francois, fervant amp; ,, hilamp;nt 1un amp; 1aucre partis au gvé des
Malheureufement pour Yon, le Portier déjeünoit avec Pinaut, Vandale de Nation,,nbsp;,, qui, dans la dernière guerre de Pépiin, sé- tant réfugié en France , fut, tour a tour,nbsp; homme-darraes amp; efpion , rantóc des Sar-
' quot;¦ tra-
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V conftances, amp;, furtout, defes intéréts ;pen-,, dant la paix, il étoit commiffionnaire des Moines, chef de brigands, amp; faifant tout,nbsp;hors le bien. En buvant, en jafant avecnbsp; le frère portier, il apprit, mais en grandnbsp;,, fecret, que 1Abbé venoit de recevoir parmlnbsp; iSts Moines, un homme de très-grande im-,, portance, moyennant une fondation qui tri- ploit les revenus du Convent ; que 1Abbénbsp;,, lui avoit promis de le cacher li bien, que,nbsp; de long-temps, ni Charlemagne, ni Roland,nbsp; ni les fils dAymon, nen auroient des nou-i, velles, amp; quil pouvoit boire amp; dormir tran- quillement; mais, quel étoit ce perfonna-,, ge? C'ell ce que Pinaut ne favoir pointnbsp; encore. 11 fit ce raifonneraent en lui-mé-,, me : Ceft un Grand, qui fe cache amp; qurnbsp;,, fuit, done on lecherche; cherchons done,nbsp;,, a notre tour, ceux qui le pourfuivent. Il fenbsp;,, mit en quête, trouva le Cavalier qui avoirnbsp; accompagné Yon, Ienivra, amp; fut unenbsp;,, partie de fes fecrets. Pinaut imagina que,nbsp;,, puifquon prenoit rant de precautions pournbsp;,, cacher le Roi Yon aux fils dAymon amp; inbsp; Charlemagne, ils avoient un grand intérêcnbsp;,, d favoir fa retraite, amp; que, par confequent,nbsp;,, il y avoit un grand intérêt, pour Pinaut, denbsp; la leurdecouvrir, Il réfolut, d'abord, dallernbsp; révéler fon fecret aux fils dAymon; puis,nbsp; imaginant quil pourroit tirer une meilleurenbsp; récompenfe de Charlemagne, il changea d«nbsp; deflein. Comirie Pinaut a fix pieds onze pou- ces de hauteur, amp; quil fait trois lieues
-ocr page 169- quand les autres nen font qnune, il prit Ie chemin de Vaucouleurs, quoiquil foicnbsp; Ie plus long. II rencontra votre troupe, quinbsp;retournoit, triomphante, a Montauban, ilnbsp; coupa a travers les bois, amp; arriva, enfin, aunbsp;,, camp de Charlemagne.
Pinaut fe trompa de tente, il entra dans ,, cclle de Roland, amp;, croyant parler au Roi,nbsp; il lui raconta tout ce quil favoit dYon,nbsp;,, de fa retraite, de fon froc amp; de votre mar-che. Roland a juré quil vous attaqueroit.nbsp;Oger, qui ne demande pas mieux que denbsp;,, voir Roland aux prifes avec vous, amp; qui nenbsp; feroit pas féché que vous humiliafliez lor-,, gueil du jeune Chevalier, seft mis de lanbsp;partie avec Olivier, Richard de Norman- die , amp; Guidelon ; ils ont marché è la têcenbsp; de quatre mille hommes. Pinaut leur fer- volt de guide ; quoiquil dut prendre unnbsp; autre chemin, il les a conduits 4 1Abbayenbsp;«de St.-Ildefonfe. LAbbé, quinefe doutoitnbsp;,, de rien, eft allé les recevoir la tête denbsp;,, tous fes Moines, amp;, après les premiers com-,, plimens, il les a invités de venir fe mettrenbsp;,, a table ; cétoit 1heure du diné. Roland 1anbsp;,, remercié brufquement, amp;lui a dit; Seigneurnbsp;,, Abbé, quandjaurai envie de diner, je vousnbsp;,, en avertirai, ce neft pas, pour Ie moment,nbsp;« de quoi il sagit; il faut me dire ce quenbsp;,, vous avez fait du traJtre Ie plus liche quilnbsp;,, y ait au monde; il ne vous ftrt de rien denbsp;faire 1étonné; je fais quil eft dans votrenbsp;«Couvent, je pretends quil me foit remis.
-ocr page 170-ï6.4 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
,, pour en 'faire une punition exemplaire.
j, LAbbé, voyant quil étoit inutile' de diflimuler : Seigneur, a-c-il dit a Roland,nbsp;5, jai promis au Roi Yon quil feroit a cou-,, vert de loüte infulte dans ce faint afyle ,nbsp; de ne révéler a perfonne 1endroitoü il eftnbsp; caché. Si un Chevalier ell efclave de fa pa-5, role, un Religieux ne l'eft pas moins denbsp; la fienne, amp;, pour rien au monde, je nynbsp;5, manquerai. Je dois la refpedter, fans doute,nbsp;5, a repris Roland, amp; je'vais faire fouillernbsp;5, par-iout; vos recherches feroient inutiles,nbsp;5, répond Ie Moine ; il eft fi bien caché, que,nbsp;5, ni vous, ni vos Chevaliers, ne fauroiencnbsp;5, Ie trouver; il depend de mon fecret, amp; inonnbsp;5, fecret eft inviolable. Roland, que ce dif-5, cours impatientoit, a répondu au Moine :nbsp;5gt; Perfonne ne connoit mieux que moi Ie prixnbsp; dun fecret, gardez Ie vórre, Je vous ennbsp;5, loue, amp;jene vous prefle plus; mais, commenbsp;5,jai réfolu de punir Yon, amp; que je fuisnbsp;5, auffi invariable dans mes réfolutions, quenbsp;,, vous dans les vótres, je vais faire mectrenbsp; Ie feu aux quatre coins de 1Abbaye, amp;,nbsp;,, fans que vous violiez votre parole, Yonnbsp;5, fe trouvera puni; vous naurez rien a vousnbsp;reprocher; jaurai exécuté mon projet, amp;nbsp; nous ferons tous contens. QuOger, avecnbsp; deux mille hommes, aille inveftir Ie Cou-,, vent, je ie charge dembrafer la partie dunbsp;midi; Guidelon mettra Ie feu a celle dunbsp;nord; Olivier incendiera 'Ja partie du cou-M chant, amp; Richard de Normandie» celle du
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), levant: II détacha auffi-rót cinquante hom- mes-darmes, pour enfoncer les portes de TAtibaye , amp; aller, dans la facriftie, prendranbsp;j, routes les torches quils y trcuveroient.nbsp;« Quand 1Abbé a vu les haches levées, il eftnbsp;5» tombé aux genoux de Roland ; il a promisnbsp;j) de lui remettre Yon; mais, a-t-il ajoute,nbsp;vlbngez. Seigneur, quYon eft Moine, amp;nbsp;gt;, quen cette qualité, vous navez aucun pou-,, voir fur lui; Roland a regardé 1Abbé avecnbsp; un fourire amer , a élevé fa lance, amp; 1a-,, laifle tomber, de tout fon poids, fur 1é-paule de 1Abbé ; voila, lui a-t-il dit, cora-«, me jaime quon foit fidelle a fon ferment.nbsp;LAbbé, qui croyoit avoir 1épaule démife,nbsp;,, na rien répondu, crainte de plus finiftranbsp;,, aventure, a conduit Roland dans un ca~nbsp;,, veau, lui a moncré une petite porte quinbsp;donnoit fous le füt dune colonne, oü Yonnbsp;,, étoit caché; Roland 1a fait defcendre Ssnbsp;), fortir du caveau; il éroit fous lhabit de St.- Auguftin, Sitouttremblant: Sire Moine, luinbsp;,, a dit Roland, reverend Chevalier, pardon- nez, fi je trouble votre folitude; mais il faut *nbsp;,, dans le moment, que vous vous décidiez furnbsp;,, deux partis que jai a vous propofer. Quai- mez-vous mieux, ou venir, tout a Iheure,nbsp; aupres de Charlemagne, lui rendre comptenbsp;des fils dAymon, que vous aviez promisnbsp; de lui livrer, ou de rompre une lance avecnbsp;,, Roland, qui veut venger fes coufins de votrenbsp;,, trahifon? Choififlez. Le Roi Moine navoulunbsp;V, fe déterminer, ni pour 1un, ni pour 1'autre
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Les quatre fils
,, partis ; II a réclamé centre la violence quon ,, faifoit a un ReKgieux qui navoir plus riennbsp;,, a démêler avec ie monde, amp; a menacé Ro-,, land de la colère célefte; Ie Paladin j fansnbsp;,, écouter ni fes réclamations, ni fes menaces,nbsp; Ia, aufli-tót, faitenlever, amp; Ia fait atta- cher fur un clieval, le vifage tourné versnbsp; la queue, afin que route fa troupe püt lenbsp; voir a fon aife pendant la rnarche : Ceftnbsp; dans cet équipage, indigne d'un Roi, quilnbsp;,, le conduit a Charlemagne, amp; que je 1ai ren- contré. Dés quil ma aper^u, il ma appelénbsp; par mon nom, quoiquil lui foit défendanbsp;,, de parler a perfonne : Mais, comme cefl:nbsp; Pinaut qui eft chargé de mener fon chevalnbsp; par la bride, amp; que je le connois, je me fuisnbsp; approché du guide; il ma raconté tout cenbsp;ti que vous venez d'entendre. J'ai demandénbsp;,, au Vandale, la permiffion de parler au Roi,nbsp; qui ma dit, tout bas: Jaiindignement trainnbsp; Renaud amp; fes frères, je mérite route leurnbsp; indignation, ou,plutót, leur mépris;mais,nbsp;je connois leur générofité; va, vole a Mon- tauban, expofe mes malheurs amp; mon crimenbsp; è Renaud, amp; ne lui parle, feulement, pasnbsp; de mon repentir.
Le héros fe tut, Renaud, morne amp; penfif, iïiterrompoit, de temps en temps, fon terrible filence, par des cris amp; des foupirs. Enfin,nbsp;regardant fon époufe amp; fes frères en fondantnbsp;en larmes : Eh! ceft un Roi, dit-il, qui
seft ainfi dégradé, ceft un Roi que Roland »*,traite ai»fi? Arraons-nous, mes frères» at
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,, löns arracher Yon, tout Ikhe quil eft, des ,,mains de Roland. Qui? ce perfide! sécrienbsp;Alard, ce traicre, qui a voulu nous livrernbsp; inotreennemilnon,Renaud,non,jamais;
quil périiTe; amp;, puifque Roland veut nous ,, venger, quil foit fon bourreau! Mon frère!nbsp;,, mon frère, reprit Renaud, nous ferions biennbsp; peu dignes du titre de Chevalier, fi nousnbsp; navious pitié dun homme qui fe repent;nbsp;Yon nous a trabis; mais il nous avoit fe- courus. Errans, loin de notre patrie amp; denbsp;la maifon paternelle, perfécutés par Char- lemagne, livrés a lindigence, ceft lui quinbsp; nous a recueillis, qui nous donna un afyle,nbsp;,, des états amp; fon amitié; il ma fait un donnbsp; plus précieux encore, celui dune femme ai-,, mable amp; vertueufe:Voila, mes amis, de quoinbsp;,, nous devons nous fouvenir, amp; non dune tra- hifon , qui fut plutót 1eifet de fa foibleflè amp;nbsp; de fa crainte, que de fa méchanceté. II con- noifloit toute la haine de Charlemagnenbsp; contre moi; Yon a tremble, amp; seft cru per- du : Ses Confeillers, qui trembloient pournbsp; euK-mêmes, amp; qui, peut-être, étoient fe-gt;, crettement gagnés par les préfensde Charles,nbsp; lui ont fait des peintures effrayantes des mauxnbsp; auxquels il alloit expofer fes Peoples; ilsnbsp; lui ont perfuadé que fon refus alloit atti- rer fur eux, tous les fléaux dune guerre mal-heureufe; ils Tont empêché, fans doute,nbsp; de me communiquer fes alarmes; hélas! desnbsp;maux que fouffreut les Peuples, ce ne fontnbsp; pas les Rois qui font les plus coupables; cs
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Les faütre fih
font leurs courtifans; ils ont 1art de faire ,, de leurs Souverains, linllrument de leursnbsp; propres vengeances : Le Roi nous aimoit;nbsp;,, mais Godefroid nous portoit envie, amp; nousnbsp;,, navons été les vidlimes que de Ienvieux.nbsp; Si nous avions eu 1amitié de Godefroid, ilnbsp;,, eüt repréfenté è fon maitre, quavec notrenbsp;,, fecours, il étoit aflez fort pour rélifter anbsp;,, Charlemagne, amp; le Roi 1eüc cru amp; ne nousnbsp; eut pag trahis: Ainfi, mes chers atnis, Yonnbsp;,, eft moins criminel que vous ne le penfez;nbsp;if mais, le füt-il mille fois da vantage, ce feroicnbsp; une raifon de plus pour oublier fa trahifon ;nbsp;f, ne vo37ons en lui que notre bienfaiteur,nbsp;jjmon beau-frère, Tonde de vos neveux ,nbsp;,, enfin, un Roi malheureux, au pouvoir d'uanbsp; jeune téméraire.
Après avoir ainfi parlé , fans attendre la réponfe de fes frères, Renaud fait fonner lasnbsp;trompettes, amp; fes troupes fe rendent, auffi-tót, fur la place; il fe met k leur tête, amp;, lorf-quelles furent hors de Montauban : Ceft aunbsp;fecours, leur dit-il, de votre Roi prifonnier,nbsp;amp; deftiné, peut-être, a des fupplices infd-mes, que je vous mène : Sa honte rejail- liroit fur vous; II faut le délivrer, ou pé-
Les troupes, le people qui les avoit fui-vis, étonnés de la générofité de Renaud, sécriè-rent; ,, II faut délivrer Yon , notre Roi; mais Reöaud eft feul digne de Tétre,
' A peine Renaud amp; fes frères furent-ils for-tis de Montauban, quils aperjurent la troupe
d'Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;169
öe Roland : Ils savrêtèrent amp; fs rangèrenc en otdre de bataille. Oger fentit une fecrettenbsp;joie, en voyant Renaud ; Le voila done,nbsp;enfin, dic-il a Roland, voyons, mainte- nant, fi vous ferez plus heureux que moi,nbsp;Si vous le faites prifonnier, je vous tiensnbsp; pouï le plus valeureux Chevalier qui fut,nbsp; amp; qui fera jamais LArchevêque Turpinnbsp;ricanoit, en fecouant fa tête cliauve; Olivier lourioit, amp; le Due de Naimes confeü-loit a Roland de ne pas fe mefurer avec lui.nbsp;Roland, qui ne doutoit de rien, regarde Nai-mes avec dédain, amp; range fa troupe. Cepèn-dant, 1Archevéque Turpin lui fit obfervernbsp;que Renaud avoit beaueoup plus de mondenbsp;que lui ; Que mimporte, dit Roland, nenbsp;favez-vous pas que les Gafcons ont plusnbsp; dadrefle amp; defprit que dé valeur? Quand- cela feroit vrai, reprit 1Archevêque, jcnbsp; fais auffi, quavec un Général tel que Re- naud, les moins braves deviennent dés hé- ros, amp; que ceft le Général qui fait le foldat.
De leur cóté, les frères de Renaud 1ex-hortoient déviter le combat avec Roland, qui, felon 1opinion commune, avoit regu dunbsp;del, le don dêtfe invulnérable : II y anbsp;tant d'autres Chevaliers, lui difoient-ils,nbsp;avec qui vous pouvez combattre ï. avan^-,, tage égall Attaquez la troupe entière, nousnbsp;,jr vous feconderons-, nous Ia taiüerons en piè-,, cés'j mais évitêz'Roland. Mes amis, leürnbsp;dit Rénaud, je connois tout le prix de cenbsp;»rjeuae#rosjd-allKursj.jl eft neven du Roi ; ¦
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,, Sil veut la paix, je ne demande pas mleux; ,, niais sil veut combattre, je ne Ie crainsnbsp;,, point; tout invulnerable quil veuille fe fairenbsp;croire, je trouverai, peut-être, Ie moyennbsp; de diffiper un préjugé qui lui eft erop favora- ble Comme il parloit encore» il vit Roland qui savan9oit vers lui : Mon frère ,nbsp;,dit-il a Alard, retenez ies troupes; que per-,, fonne ne quitte fes rangs jufqua ce que jenbsp; 1ordonne : Aufli-tót, il pique Bayard »nbsp;amp; fend 1airjufqud ce quil alt joint Roland;nbsp;alors, en préfence des, deux troupes, il def-cend de cheval, 1attache a un arbre, metnbsp;fa lance a terre, amp;, Ie front courbé, fléchif-fant un genou devant Roland: Prince, luinbsp; dit-il, voici Ie temps de terminer nos haines.nbsp;,, Vous êtes neveu de Charlemagne, amp; monnbsp; coufin ; foyez notre médiateur, rétabliÜeznbsp;,,, la paix entre Charlemagne amp; nous; quilnbsp; nous rende fon amitié, amp; je lui jure, pournbsp; mes frères amp; pour moi, toute foi amp; toutenbsp; loyauté ; je remettrai Montauban en fonnbsp; pouvoir, amp; Bayard vous appartiendra ;nbsp;,, Ba^ard, que je ne donnerois pas pour unenbsp;,, Province: Nous quitteronsla France amp; nousnbsp; irons porter nos armes, au nom du Roi,nbsp; centre ies Sarraflns. 11 ny a point de fa- crifices que le Roi ne puifle exiger de nous,nbsp;,, tant nous défirons la paix, quelq^uavantagenbsp;,,que la guerre puifle offrir g des Chevaliersnbsp; fans fortune, abandonnéspar leurs parens.
Roland fut touchédeda prière.de Repaid; nuis il Ialiura que jamais; l5 fils .dAyinPH ¦
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nobtiendroientrien de Charlemagne, è moins quils ne confentillent a lui livrer Maiigis.nbsp;,, Nous mourrons ttius, reprit Renaud en fenbsp;,, levant amp; en reprenant fa lance; nous mour- rons tous, plutót que dacheter la paix parnbsp; une telle lacheté II ceignit fon épée,nbsp;monta fur Bayard, amp; revint, tout armé, versnbsp;Roland. II prit un ton plus fier ; Roland,nbsp;,, dit-il è. fon coufin, garde-toi de penfernbsp;,, quaucune crainte mait engagé a mhunii-,, lier devant toi. Je tai rendu ce que je tenbsp;devois, comme neveu du Roi, amp; commenbsp; mon parent; jai cru trouver en toi unnbsp; ami, un défenfeur centre 1oppreffion; jainbsp;,, cru que tes voeux, comme ceux dun vrainbsp; Chevalier, étoient pour la paix, que tu avoisnbsp;,, en horreur Ia difcorde amp; les haines entrenbsp; parens; mals, loin détre fenfible a ma priè-,, re, ton orgueil met a la paix une condi-tion, non feulement, impoffible, mais vilenbsp; amp; flétriflante : Elle mindigne amp; molFenfe.nbsp;Mais, afin que tu n'ailles pas te vanter, ènbsp; la Cour de Charles, que Ie bruit de ta va- leur ma fait tomber a tes pieds, pour tenbsp; demandèr grSce, combattons, amp; voici lesnbsp; conditions que je te propofe. Si je fuis vain- CU, je confens que tu me livres a la colèrenbsp; de Charlemagne; fi tu 1es, tu viendras, avecnbsp; moi, è Montauban , oü tu néprouveras,nbsp;avecnous, ni haine,ni colère, maisamitiénbsp;franche, paix, douceur amp; loyauté Roland exigea que Renaud lui donnat fa paro-lü, amp; Renaud lui répéta les mêmes proj?os^
Les qaatre fïls
quil appuya de fon ferment. Roland demanda encore iin moment, pour aller rapporcer a fesnbsp;Chevaliers les conditions du combat; il leurnbsp;dit que Renaud vouloit combattre feul a feul;nbsp;jnais Olivier, Oger, 1Archevêque Turpin,nbsp;amp; tous les Chevaliers, sy opposèrent. Re-nbsp;,, naud, lui dirent-ils, elt votre parent amp; Ienbsp;,, nótre, amp; Ie combat ne finiroic que par lanbsp;mort de Pun des deux. De quelque cóténbsp;,, que tournat la viftoire, nous en ferions éga- lement affligés. Ceft affez que Ie combatnbsp; foit général, amp; fi, dans Ia mélée, vous vousnbsp;j, rencontrez, vous pourrez eflayer vos for- ces . Roland, oblige de céder a ces con-feils, rangea fa troupe en bataille ; Renaudnbsp;conduific la fienne en grand Capitaine, amp; _fenbsp;jeta le premier au milieu des Francois : Unnbsp;Chevalier sofFrit fur fon paffage; il ne fit quenbsp;pouffer Bayard fur lui, amp; Ie Chevalier futnbsp;Ibulé fous les pieds de Bayard; il preflè la première ligne des Fran9ois amp; la rompt; Richard,nbsp;excité par fon exemple, frappe, renverfe,nbsp;écrafe tout ce qui échappe a Renaud : II faicnbsp;un fi grand carnage autour de lui, que Re-naud; étonné, fufpend fes coups pour ladmi-rer : ,, Que fais-tu Renaud, sécrie Richard,nbsp;pénètre dans les efcadrons, difpeiTe, divifenbsp;, les Frangois, empêche quils ne fe rallient.
Cependant/lesFrangoisinvoquent, agrands cris Ie fecours de Roland; il accourt furieux;nbsp;11 appfelle Renaud, qui brüle de ie combattre,nbsp;amp;. quilaifle refpirer les combattans; il rernetnbsp;ipn-épée dans'fon'fourreau, faific une lance
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courte, mals terrible par fa grofleur : Pour-5, quoi, dit-il a Roland, vous êtes-vous dé- robé fi long-temps è mes j-eux Aulfi-tót, ils courent 1un contre lautre. Hedlor* Salomon de Bretagne amp; 1Archevêque Turpin ,nbsp;voyant que Roland étoit armé de fon épée,nbsp;tremblèrent pour Renaud. Nous voyons avecnbsp;5, douleur, dirent-ils i Olivier, que Ie plusnbsp;,, généreux Chevalier du monde va périr :nbsp; Voyez avec quelle precipitation 1épée denbsp; Roland tombe fur Renaud; il eft vrai que Re- naud rend fes coups inutiles, amp; quil lesnbsp;,, détourne adroitement; mais Ie pourra-t-ilnbsp;encore long-temps, avec fa lance? Allez,nbsp;5, du moins, dire a Roland que, puifquil veucnbsp;5, combattre , il fe ferve des mémes armesnbsp;5, que fon adverfaire, Chevaliers, interrompicnbsp;5, Oger, vous vous eftrayez en vain; laifléznbsp;5, Roland fe fervir des armes quil jugera anbsp; propos ; il ny en a point que Renaud re- doute, je Ie connois mieux que vous; Ro-,, land nell pas plus k craindre pour lui, quenbsp; tout autre On crut que lenvie faifoitnbsp;ainfi pariet Oger, amp; les Chevaliers prièrentnbsp;Olivier de faire ceder ce combat; mais, 1ira-pétueux Roland ne voulut rien entendre, amp;,nbsp;les menagant du courroux de Charlemagne,nbsp;retourna vers Renaud , amp; lui dit : Che-yalier, vous évitez aflez adroitement mo«nbsp;épée, voyons, maintenant, fi vous vousnbsp; garantirez du fer de ma lance. Peu mim-,, porte, répondit Renaud, la lance ou 1épée»nbsp; tout meft égal Alors, ils coururent lua
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centre 1autre, avec une égale ardeur; tnais, 1ardeur de Renaud etoit éclairée, amp; fe jouoinnbsp;de liinpétuofité de Roland; ils fe frappèrentnbsp;avec tant de fureor, que leurs lances, quoi-que dune grofleur énorme, fe réduifirenr ennbsp;pouifière; leurs ecus fe heurtèrent, amp;, leurs che-vaux, repoufles 1un par 1autre, retoiirnè-rent, malgré eux, en arrière, jufqua 1'en-droit dou ils écoient partis ; Celui de Roland sabattit avec fon Cavalier; Renaud ,nbsp;fier, fur le fien, regardoit, en riant, fon rival etnbarrafi'é, fe débattre fur le fable; Renaud , qui ne voulut point profiter de fonnbsp;avantage, cria, Montauban.
Cependant, Roland fe relève, écume de fureur , prend fon épée, amp; veut abattre lanbsp;tête de fon cheval : Giice, grace, lui crienbsp; Renaud ; hélas! il a fait plus que vous nenbsp; deviez attendre; il sefi; relevé, amp; Bayardnbsp;,, en eft tout honteux ,,. Aufii-tót, Renaudnbsp;faute a terre ; Bayard, comme sil eüt entendunbsp;les propos de fon inaitre, sélance fur le cheval de Roland, le frappe a coups de pieds amp;nbsp;le déchire avec fes dents: Le fougueux Rolandnbsp;court è Bayard pour le percer de fon épée :nbsp;,,Arrêtez, Chevalier, lui crie Renaud; quelnbsp;Champion choififlez-vous aujourdhui? Ennbsp; voici un plus digne de vous; laiflons fairenbsp;,, nos chevaux amp; combattons,,. Rolan'd rou-git de colère : ,, Tu me menaces, Renaud,nbsp;,, sécria-t-il, attends, voici de quoi rabaif- fer ta fierté Renaud ne 1attendit point,nbsp;il courut a lui, amp; porta fur fon cafque un fi
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rude coup dépée, quil 1ouvrit; mais Flam-berge glifla fur 1écu fans effleurer la peau ; Ie neveu de Charlemagne fut étourdi du coup,nbsp;il recule, de crainte dun fecond, amp;, levahcnbsp;Durandal, cecte épée plus redoutable que lesnbsp;armes dAchille, il avance amp; frappe ; Renaudnbsp;lui oppofe fon écu , amp; 1écu tombe coupé ennbsp;deux, aux pieds de Renaud. ,, Nous voilanbsp; quittes, tour au inoins, lui dit Roland.nbsp;Non, reprit Ie fils dAymon, ton orgueilnbsp; veut- quelque chofe de plusIls alloientnbsp;recommencer , leur fureiir irritée annonpoicnbsp;Ie combat Ie plus terrible, mais, Maugis,nbsp;plus prudent, arréce Renaud , amp; Ie fait re-monter fur Bayard ; Oger amp; Olivier forcentnbsp;Roland den faire autant; Oger avoir biennbsp;de la peine a contenir la joie quil reflentoicnbsp;davoir vu Roland abattn par Renaud; Roland , humilié, rugit, rappelle amp; défie fonnbsp;adverfaire ; Mon coufin, lui dit Renaud,nbsp; nos Chevaliers ne-Ie veulent point; maisnbsp;,, tachons de nous dérober a leurs regards,nbsp; pallant la rivière a la nage, amp;, feuls dansnbsp; Ie bois, nous verrons a qui demeurera lanbsp;,, viftoire Roland y confentir; mais Olivier, qui foup9onna leur deiléin, Ie ramenanbsp;malgré lui.
Mais, comme Renaud alloit pafler la rivière , il apei-put une troupe denviron cent hom-mes-darmes, amp; un Religieiix au milieu deux; il fond fur ce peloton , reconnoic Ie Roi Yon,nbsp;amp; sécrie : ,, Laches, qui prenez plus de pré- cautions pour garder un Moine , que fi vous
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-ocr page 182- conduifiez dix Paladins amés, fuycz, laif-5) fez Ie RoiII frappe, en même tetnps, un Chevalier, amp; Ie renverfe; Ie refte fe dif-perfa devant lui, comme a la fin de 1autom-ne , les feuilles séparpillenc au fouffle dunnbsp;vent impétueux. Renaud, refté feul avec Yon,nbsp;ne lui fit point de reproches; il fe contentanbsp;de lancer un regard plus terrible pour Ie cou-pable que la punition la plus févère. Le mal-heureux amp; foible Roi tombe aux genoux denbsp;Renaud, amp; sécrie : Mon crime elt dignenbsp;5, du fupplice le plus honteux; la feule grdcenbsp;,, que je demande a Renaud, eil de na périrnbsp;5, que de fa main ; jaurai rooins a roiigir,nbsp;y, que de tomber entre celles de Charlema-5, gne. Jai été coupable , par la crainte de lenbsp;devenir; le Due dAnjou ma fait tremblernbsp;,, pour mes Sujets; il ma rendu traitre pournbsp;,, fauver mon Royaume des fureurs de Char-,, lemagne; amp;, paree que le ciel vous a pro-,, tégés contre ma perfidie amp; la fienne, Charlesnbsp; maccufe de 1avoir trahi; il me fait unnbsp; crime de votre liberté ; mais, hStez-voiis,nbsp;,, délivrez-moi dune odieufe vie Renaud ficnbsp;relever Yon, le fit monter a cheval, amp; lenbsp;fit cüuduire derrière fa troupe.
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CHAPITRE XII.
Richard eft fait prifonnier par Roland. CJiar~ lemagne stempare du prifonnier, malgré fon.nbsp;vainqueur, amp; k condamne a un fippUcenbsp;infdme. Enchantement de Maugis, qui /enbsp;rend niéconnoijfable; il découvre ce qui fznbsp;paffe au camp, en donne avk d Renaud,nbsp;qui fait embufquer fes troupes. Noble fer-ineté des Chevaliers, qui refufent d'efcorternbsp;Ja conduite de Richard au fappUce. Ldcheténbsp;d'ua Courtifan.
I-/E combat avoit recommence, entre les Francois amp; les Gafcom, au moment oü Re-Tiaud étoit parti pour palier la rivière. Sesnbsp;trois frères, amp; Maugis, furent attaqués parnbsp;Roland, Oger amp; Olivier. Ils voulurent lanbsp;montrer dignes dc Renaud,amp;' Ie camp desnbsp;Francois fut couvert de morrs. Roland ne fanbsp;poffédoit pasmais ce qui acheva de Ie raettrenbsp;hors de lui, ce fut Oger, qui lui dit: ,, Sei-gneur, avez-vous obfervé que vocrechevalnbsp; eft bleffé ^ la cuille, amp; que votre écu eflnbsp; fracafle ? Mais que vois-je? voila du fangnbsp;,, qui coule de vone cóté : Ah! puifque Ienbsp;,, brave Roland eft bleft'é , il faut. que Re--naud foit mort, ou, tout au moins,nbsp; votre prifonnier Roland, quon ne plai-fantoit pas impunément, porta la main furnbsp;la garde de fon épée, amp; menara Ogerj mais
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-ocr page 184-Olivier fe mit entreux deux, amp; les fepara.
Ce fat dans ce moment que le jeune Richard sapprocha de Roland amp; le défia; Roland, qui ne le connoifloit pas, lui donne a peine le temps dachever, amp;, pouflant fonnbsp;cheval fur lui, il le renverfe; Richard ne nbsp;s'étonne point; il remonte, prefle Roland,nbsp;qui saper9oit, enfin, que ceft un des filsnbsp;dAymon quil a en téte; mais, au lieu denbsp;combattre feul a feul avec lui, craignant,nbsp;fans doute, de fe compromettre en fe battantnbsp;avec tout autre que Renaud : A moi, Fran-9ois, sécrie-t-il, ceft Richard , ceft unnbsp;des fils dAymon, quil ferve dotage pournbsp; fes frères Auffi-tót, un efcadron de Francois environne Richard; fon cheval eft tuénbsp;fous lui; il fe dégage, amp;, quoiquil fe voyenbsp;pret dêtre accablé par le nombre, il metnbsp;1'épée a la main, blefle dangereufement knbsp;Gomte Antoine, me un Chevalier qui veucnbsp;le faire prifonnier,, écarté les plus hardis, amp;nbsp;^donne la mort a tons ceux qui attentent inbsp;fa perfonne. Cependant, on lui crie de tousnbsp;cótés : Rendez-vous, ou vous nous forcereznbsp;a vous donner la mort. Entouré de routesnbsp;parts', amp; voyant quauenn effort humain nenbsp;peut le dégager : Je me - ids; ou eft Roland,nbsp;,, sécrie-t-il, ceft a lui que je remettrai mesnbsp;,, armes .Un Chevalier fur aflez téméraire pournbsp;vouloir fe faifir de fon épée; Richard le regardanbsp;avec mépris: Tu ne mérites que den éprou- ver les coups ,, , lui dit-il, en lui abattancnbsp;Ia t-éte; amp; , aulü-tót, il sapproche de Ro-
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land, lui reniet fon épée route fanglatite, amp; fe rend a lui, comme au plus briave Chevalier.
Renaud fut avert! de ce malheur lorfquil ne fut plus temps de le reparer, amp; qu'on eutnbsp;fait partir Richard pour le camp de Charlemagne : Alard amp; Guichard, qui ignoroientnbsp;la captivité de leur frère, rencontrèrent Renaud , accablé de trifteffe. Lorfquil leur eutnbsp;raconré ie défaftre de Richard : ,, Ah! monnbsp;frère, sécrièrent-ils, pourquoi nous avez- vous engagé daller au fecouis du traitrenbsp; Yon ? Guichard , a ces mots, jette unnbsp;regard furieux fur le Roi, amp; veuc 1immo-ler a fon frère ; déja fon épée étoit levée,nbsp;Renaud lui retient le bras Arrêtez, mo'nnbsp;frère, lui dit-il; ceft a moi qu'Yon seltnbsp; rendu, ceft moi qui dois le punir ou Ie dé- fendre; foyons fes juges amp; non fes bour- reaux. 'Je le mets fons votre garde; con- duifez-le a Montauban, amp; moi, je vole aunbsp;,, camp de Charlemagne; je lui enleverai Ri-,, chard, ou je périrai avec lui II partoit;nbsp;mais Alard Ib jette au devant de lui, faillenbsp;Bayard park frein, amp; Guichard i'arréte par-derrière.
Renaud faifoit fes efforts pour sarracher des mains de fes frères, lorfque Maugis fur-vint. II leur demanda le fujet deleurs plain-les amp; de leurs larmes; il les écoiita avec uhfrorttnbsp;calmeamp; tranquille; il blèrna le projet inutile denbsp;Renaud. Allez, lui dit-il, vous repofer ènbsp; Montauban; ceft moi qui irai au camp Aè
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,, Charlemagne, amp;, fi Richard neft point mort, je vous réponds, fur ma téte, de Ie rame- ner avec moi. Ceflez toute plainte amp; com- ptez fur la parole de votre ami.
Les trois fils dAymon rentrèrent, tout confternés, dans Montanban, avec Yon leurnbsp;prifonnier, done les remords augmentoientnbsp;par Ia perte de Richard. Lépoufe amp; les en-fans de Renaud vinrenc Iembrafler; Yolandenbsp;ne put sempêcher daccabler fon frère desnbsp;plus fanglans reproches; leurs larmes coulè-xent en abondance, quand ils apprirent quenbsp;Richard étoit entre les mains de Charlemagne; mais Maiigis, qui arriva, un momentnbsp;après, les confola, amp; ranima leurs efpéran-ces. Maugis coroptoit trop fur les fecrets denbsp;fon art, pour avoir la moindre inquietude;nbsp;il fe retira un inftant, amp; pafla dans fon appartement pour fe preparer; il fe mit toutnbsp;nu ; il avala Ie. fuc dune herbe, dont lanbsp;vertu étoit telle que foti corps parut fubite-ment enflé; il frotta tous fes membres du fucnbsp;«5une autre plante, amp; ils devinrent noirs Stnbsp;livides, fes yeux tournèrent dans fa tête, amp;nbsp;Ton front parut couvert d'ukères., il fe re-T^it de haillons, amp;, dans eet état, il fe pré-fenta aux fils dAymon, qui ne Ie reconnurentnbsp;point; fa tête étoit affublée dun vieux chaperon; il tenoit dans fa main un long batonnbsp;de pélerin. Renaud fut étonné de voir,nbsp;dans fon Palais, tin mendiant fi pauvre amp;nbsp;fi malade; il alloit ordonner quon prit foinnbsp;de eet infortuné , lorfque Maugis Ie tita der-
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reur. Voila, dit-il, avec qudles armesje ,, vais combattre Charlemagne, amp; délivrer Ri-chard,, IIpJirt, amp;, dansmoins dune heure,nbsp;il devance Roland au camp du Roi; il Ie tra-verfe en boitanr, amp; appuyé fur Pon bourdon;nbsp;il alia devant la tente de Charlemagne; ilnbsp;actendit que Ie Monarque en fortit. ,, Grandnbsp;,, Prince, lui dit-il, dun ton hypocrite, puiüenbsp;Ie ciel vous préferver de tiaitres! Je tenbsp; fais bon gré de tes voeux, lui dit Charle- magne , il ny a que Dieu qui puiüe préfer- ver les Rois de la trahifon ; ils ne font quenbsp; trop environnés de pieges! Combien de foisnbsp; Ie traitre Maugis ne ma-t-il pas trompé?nbsp; Pauvre Hermite, Chevalier, ilprend routesnbsp; les formes quil veut. Hélas! Sire, repritnbsp; Ie faux mendiant, les bons patiflent toujoursnbsp;des méfaitsdes méchans; Si Maugis eft unnbsp;,, traitre, les pauvres gens ne lui reüemblencnbsp;pas: Puiüe Ie ciel lui rendre tout Ie malnbsp;,, quil ma fait? Et doü viens-tu, repritnbsp; Charlemagne? Sire, je viens de Jérufa- lem,dadorerle faintSépulcre. Hier,jepaflainbsp;,, a Balangon, javois, avec moi, dix Péle-5, rins; une troupe de brigands fortis de Mon- tauban , nous attaquèrent; ils tuèrent mesnbsp; compagnons, les dépouillèrent, amp; je ne menbsp;5, fauvai que paree quils me crurent morts.nbsp; Quand ils fe furent retires, je men allainbsp; dans un petit hameau, oü je demandai quinbsp;,, étoienc les fcélérats qui avoient tué mes coin-,, pagnons. Hélas! mon bon Prince, je ne mynbsp;,, ferois jamais attendu, on me dit que cétoienc
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Zes quatre fih
les gens des quatre fils dAymou amp; de leur H couün Maugis. Eh! mon Dieu! leur dis-je,nbsp;,, Ie mauvais métier qu'ils font la,pour des Gen-,, tilshotnmes! amp; 1on me répondin que leursnbsp;,, maitres étoient 11 pauvres, fi pauvres, qu'ilsnbsp; étoient obliges, pour fublifter, de faire arrêternbsp;,, amp; dépouiller les paflans. Au portrait que cesnbsp;,, bonnes gens me firent de Maugis, jai lieu denbsp;,, croire que ceft lui-même qui me lia amp; quinbsp; me mit dans 1étac oü je fuis. Ah! bon amp;nbsp;^ généreux Sire, je ne veux de mal a per- fonne, mais je ferois bien joyeux,li jétoisnbsp; vengé de ces aflaffins publics. Ce quenbsp; tu me racontes,lui dit Charlemagne, eft-ilnbsp; bien vrai?Oui, Sire. Doü es-tu?nbsp; de Bretagne. Comment tappelles-tu? nbsp;,, Kerlinet Ie Sincère, amp; je fuis aflez ri'che dansnbsp; mon pays. Sire, vous êtes Roi, amp; vous deveznbsp;me faire raifon des brigands. Eli! monnbsp; ami, je ne puis men faire raifon è. moi- même, amp; crois que fi Maugis tombe jamaisnbsp; entre mes mains, jé ne 1épargnerai point.
Les Chevaliers, térnoins de cette conver-fation, furenf fi touchés de 1air de franchife du Pélerin, quils engagèrent Ie Prince a 1in-demnifer de ce quil difoit que les brigands denbsp;Montauban lui avoient volé. Charles y ajoutanbsp;encore-, amp; Ie faux-mendiant, en faifant unnbsp;grand ligne de croix, sinclina jufqua terre;nbsp;il ajouta quil mouroit de faim, amp; Ie Roinbsp;ordonna quon ne Ie laifsat manquer de tien.nbsp;Maugis donna mille bénédiftions au Prince,nbsp;en Ie regardant en face, il lui dit; ,, Jai
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fait bien du chemin, jai vu beaucoup de p3ys; mais je nai jamais rencontré un linbsp;beau , fi aimable Prince.
Le Pél erin parloit encore, quand Roland, fa fuite, amp; Richard enchainé, entrèrenc dans lenbsp;camp, au bruit des trompettes. Oger, Heétor amp;nbsp;Naimes repréfentoient ^ Roland, quil nécoicnbsp;pas dun preux Chevalier de livrer Richard,nbsp;fon parent, amp; le leur, a un Prince qui avoicnbsp;jure la mort des fils dAymon.quot;,, II eft votrenbsp; prifonnier , lui difoient-ils, vous êtes lenbsp; raartre de fa liberté amp; de fa vie. Ne feroit-ilnbsp; pas plus généreux de le mettre a ran^on,,.nbsp;Roland étoit prefque déterminé a le renvoyetnbsp;fur fa parole; mais Ganelon, pour faire fa cournbsp;a Charlemagne, avoit devancé la troupe, amp;nbsp;1avoit informé d^e tout ce qui s'étoit paftenbsp;dans le combat, amp;, furtout, de la captivifénbsp;de Richard: Charlemagne en treflaillit de joie ;nbsp;il courut au devant de fon neveu, le felicifanbsp;de fa conquête, lui demanda fon prifonnier,nbsp;8s lui annonga la vengeance la plus terrible.nbsp; Sire, lui dit Richard, je fuis en votre pouvoir,;nbsp;,, vous pouvez ordonner de ma vie; mais fon- gez que Renaud me vengera, 8s que, tant quilnbsp; pourra monter fur Bayard, il ny a ni Ville, ninbsp; Chateau qui puifle vous mettre a couvertnbsp;,) de fa fureur . Le Roi entra dans un telnbsp;eroportement, quil frappa Richard de fonnbsp;fceptre. Un Juge, lui dit Richard, quinbsp; frappe un accufé, fe rend indigne dêtrenbsp; fon juge, 5s 1accufé devient fon égal. Dé-)) feudezi-YOus Il étoit pret dg sélancer fur
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lui; mais on 1arréta, amp; quelques Chevaliers eurentle courage de blamer leurSouverain.
Richard, cependant, reconnut Maugis fous les traits du Pélerin; dès ce moment, il fenbsp;crut en fureté : ,, Quel fupplice me deftinenbsp;la générofité de mon vainqueur, dit-il, ennbsp; sadreffant a Roland Le neveu de Charlemagne ne put s'empécher de rougir : ,, Tonnbsp;vainqueur, répondit Roland, teüt rendunbsp;,, la liberté, fi le Roi men eüt laifle le maitre.nbsp; Quhmporte, reprit Richard, neft-ce pasnbsp; pour lui faire ta cour, que tu me livresnbsp;,, a fa vengeance? Eh bien, que Charlema- gne prononce; a quel fupplice me condam-ne-t-il? Au fupplice des traitres, réponditnbsp;,, le Roi: Un gibet eft le prix que je réfervenbsp; a tes exploits, puifl'é-je y envoyer tes frè- res amp; Maugis! Sire, répondit Richard avecnbsp; un fourire amer, vous étes bien puiffant,
mais je doute que jamais ce projet s'exé-^ cute.
Maugis, qui en avoit aflez entendu, fei glille au travers du Camp amp; vole a Montau-han : Renaud, en le voyant arriver feul, henbsp;douta point que Richard neüt péri : II fenbsp;livra a la douleur, amp;, comme elle eft tou-jours injufte, il fit un crime a Alard amp; a Gui-chard de navoir pas combattu a fes cótés;nbsp;mais Maugis les raflura. II leur raconta toutnbsp;ce quil avoit vu, amp; larret infame que Charlemagne avoit prononcé. Armons-nous,nbsp; ajouta-t-il, ne perdons pas un inftant; allonsnbsp;n attendre Richard au lieu de fon fupplice,
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que ce lieu, deftiné 4 linfamie, folt Ie thél-tre de nocre triomphe amp; dè notre gloire. La vertu fait titer parti de tout; elle converticnbsp; Ie cyprès en laurier, amp;, dun raraeau denbsp;,, chêne, fe fait une couronne immortellenbsp;Renaud fit fonner les trompettes; il recom-manda a fes troupes la plus grande fubordi-nation; il fe met a leur téte; Alard amp; Gui-chard firent 1arrière-garde, amp;, en moins dunenbsp;heure , par 1art de Maugis, ils furent portésnbsp;au lieu ou 1arrét devoit être exécuté; ils sem-bufquèrent dans les bois des environs : Maisnbsp;les troupes étoient fi fatiguées, quen arri-vant, elles tombèrent dans un profond fom-meil.
Cependant, Charlemagne avoit aflemblé fes Barons amp; fes Pairs. Aigremont, leur dit-il,nbsp;plongea fes mains dans Ie fang de mon fiis;nbsp;y, Renaud a donné la mort 4 Berthelot, monnbsp;neveu ; ces affreux parricides étoient encorenbsp; impunis; mais, enfin, graces a Roland , Ienbsp;y, ciel moffre une vidime. Les lois divinesnbsp; amp; hutnaines condamnent les enfans dAy-,, mon, amp; Ie fupplice de Richard efl; un exem-yy ple que je dois a 1univers. Que, fur Ia plusnbsp; prochaine montagne , Richard , attaché a.nbsp; un gibet infame , apprenne a route la terrenbsp;5, a refpeder les Rois; mais Ie trajet eft long ,nbsp;,, 8i je crains que fes frères amp; Maugis ne 1en-,, lévent fur la route. Jai befoin d'un hommenbsp; inirépide, dun Chevalier qui ne les craignenbsp;5, point, jai jeté les yeux fur vous, Béren- ger; VOus tenez de'moi Ie pays de Galles
-ocr page 192-, amp; lEcoiTe, vous mavez jure de me fefvlr ; , la plus grande preuve de fidélité que vousnbsp;, puiffiez me donner, ceft de vous chargernbsp;, de cette entreprife , amp; de protéger lefcortenbsp;, qui dolt conduire Richard. Sire , répondicnbsp;, fièrement Bérenger de Valois, jai juré denbsp;, vous fervir en chofes qui ne pourroient com-, promettre votre honneur ni Ie mien. Je faisnbsp;, tout ce que je dois mon Souverain ; maisnbsp;, reprenez vos bienfaits, sil faut les acquérirnbsp;, a ce prix.
Charlemagne propofa Ie méme fervice au Cotnte Idelon , a qui il avoit donné la Ba-vière; il offrit dyjoindre encore la Ville denbsp;Melun; mais Idelon refufa avec indignation.nbsp;Le Roi crut furprendre Oger , en lui difancnbsp;quil navoit pas de meilleur moyen de fe juf-tifier de la trahilpn de Vaucouleurs, dont Roland lavoit accufé, amp; il lui promir, en outre, pour récompenfe, le Duché de Melun.nbsp;Oger répondit, que, fi quelquun le foupgon-noic davoir trahi la caufe du Roi, il avoit,nbsp;a fon cóté, de quoi ie juftifier; mais, quilnbsp;aimeroit encore mieux êrre accufé d'une tra-hifon dont il feroit innocent, que de com-mettre réellement une baflelie aux yeux denbsp;toute la France. II fit plus, il ajouta quilnbsp;défendroit Richard, fon coufin , contre qui-conque oferoit porter fur lui une main flétrif-fante.
LArchevêque Turpin, que Charlemagne voulut charger de cette commiffion, objeétanbsp;fa qualité de Prétre: Mais, lui dit Char-
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'lemagne, je vous ferai Pape. Je ne veux point de la Papauté a ce prix, reprit Tur- pin, quand même vous y ajouteriez la Francenbsp; amp; lEmpire. Ce qui eft mal, tons les Em-,, pires du monde ne fauroient Ie rendre bien.
Salomon de Bretagne fut traité dingrat , pour navoir pas voulu accepter Ie Duché dAnjou , amp; fe charger des ordres du Roi.
Enfin, il sadrefle a Roland fon neveu ; mais celui'ci commenga par remercier les Chevaliers de leurs refus, amp; protefta que Richardnbsp;étoit fon prifonnier, amp; qu'il Ie défendroit, finbsp;Pon vouloit, non feulement, Ie faire périrnbsp;dun fupplice infème; mais, encore, attenternbsp;feulement A fes jours. ,, II neft pas étonnant,nbsp; ajouta-t-il , quil y ait des Rois injuftesnbsp;,, amp; cruels; mais il eft honteux dimaginernbsp;,, quil y ait des hommes aflez laches, pournbsp; fe faire un plaifir dêtre les miniftres de leursnbsp; injuftices amp; de leurs cruautés, feulement
pour leur plaire.
Charlemagne ellliya encore Ie refus dHec-tor de Langres , a qui il offroit les Comtés de Clermont amp; de Montferrand. Richard denbsp;Normandie répondit a la propofition du Roi,nbsp;quil accompagneroit Richard,a condition quenbsp;Ie Roi lui donneroit deux cents preux Chevaliers bien armés, amp; que Charles conduiroicnbsp;Pefcorte.
Charlemagne étoit fur Ie point de renon-cer a fon entreprife, amp; de fuivre Ie confeil de Ganelon, qui p^ropofoit deufermer Richardnbsp;dans un cachot, de diminuer, peu a peu,
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fes alimens, amp; de Ie faire, ainfi, périr da faim ; maïs Charles craignit que , dans lin-tervalle, Renaud amp; Maugis ne Ienlevaflenc.
Oger, impatient de ces délibérations, roinpt 1aflemblée; il efc fuivi de Richard de Normandie amp; de 1Archevêque Turpin : Ils inon-tent è cheval, font aflembler leurs hommesnbsp;darmes, amp; proteftent que , fi quelquun étoitnbsp;affez hardi pour mener Richard au fupplice,nbsp;ils fauroient bien 1en punir ; ils allèreut a lanbsp;tente oü Ie fils dAymon étoit gardé ; ils lanbsp;trouvèrent enchainé comine un vil fcélérat;nbsp;ils fa difpofoient a brifer fes fers. Cheva-,, liers, leur dit-il, ceft trop vous expofernbsp;,, a la difgrace du Roi; je ütis combien vousnbsp;,, défireriez de me rendre la libercé ; maisnbsp;,,jaime mieux périr, que de vous caufer lanbsp; moindre peine. Soyez tranquilles fur monnbsp; fort, Ie ciel prendra ma défenfe , quand ilnbsp; en fera temps ; je ne vous demande quunenbsp;,, grèce , ceft de dire au Roi de ne pas dif-,, férer fi long-temps mon fupplice,,. Ogernbsp;firémit de cette réfolution; mais Richard Ienbsp;raflura, amp;, fans leur dire fur quoi il fondoitnbsp;fes efpérances, il leur dit que, plutót on Ienbsp;feroit partir, amp; plutót il feroit délivré , amp;nbsp;quil les prioit de ne faire aucune entreprifenbsp;qui put déplaire a leur Roi, paree que toucnbsp;effort de leur part lui feroit plus funefte quu-tile.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quot;
Cependant, des Rives, vil Courtifan, qui nattendoit que loccafion dune bafleffe pournbsp;paériter les bonnes graces de fgn maitre, fc
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préfenta au Roi, amp; ofirit de conduire Richard a la montagne. Charlemagne fut au comble denbsp;lajoie; il accepta fon ofFre.,, Va, lui dit-il,nbsp;,, conduis Richard , je te donne douze centsnbsp; Cavaliers; fi Renaiid fe préfence, tu le com-,, battras. Tu n'auras pas mes Pairs amp; mesnbsp;3, Barons; mais compte fur Ganelon, fur lesnbsp; deux fils de Foulques de Morillon , furnbsp;3, Griffon de Haute-feuille amp; fur Pinabel; silsnbsp;j, nont pas la valeur dOger , dOlivier, denbsp;j, Turpin » de Naimes amp; de Roland, ils ontnbsp; plus de rufe amp; d'adrefle, amp; , quand il sagic .nbsp;3) de combattre un ennemi redoutable, qu'ira-5, porte la fraude ou la vertu ,, ? Ainfi par-loic Charlemagne , non quil fit aucun cas denbsp;des Rives, ni quil eftimèt les Chevaliers quilnbsp;lui donnoit pour le foutenir autant que fesnbsp;Pairs; mais il vouloit être vengé. ,, Sire,nbsp; lui dit des Rives, qui ne pouvoit fe difli-,, muler la home dont cette commiffion lenbsp; cou vroit, outre le defir, que j ai, de prouvernbsp;,, quil ny a rien que je ne fois prêt de fa-,, crifier a mon Souverain, un autre motifnbsp;,, ma engagé de vous offrir mes fervices. Re- naud tua mon oncle au gué de Balan^on;nbsp;je vous rends graces de mavoir offert cettenbsp; occafion de me venger. Brave des Rives, luinbsp; dit Oger, la vengeance eft la paffion des hé- ros Des Rives exigea encore que le Roi dé-fendit è fes Barons amp; a fes Pairs de lui reprochernbsp;fa foumiffion aux ordres de fon Roi. Oger nenbsp;put entendre, de fang-froid, cette demandenbsp;Tiditule : f; Qwi? nous sécria-t-il; vous faire
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Les quatre fils
^ un crime de votre obéiflance! Al]ez,'nous vous promettons de regarder toujours 1ac-,, tion que vous allez faire, comme la plusnbsp;memorable amp; la plus éclatante de votre vie.nbsp;,, Vous allez entreprendre ce que les Cheva-,, liers les plus renommés amp; les plus intrépidesnbsp;nont ofé exécuter : Sansdoute, vous aveznbsp;^ plus de courage que Roland, amp;, fi, jamais,nbsp;1envie eflayoic de donnet a la commiffionnbsp;,, done Ie Roi vous honore, une interpréta-,, tion peu favorable, vous lui fermeriez lanbsp; bouche par ce feul mot: Jai fait ce quOger ,nbsp;Olivier, Roland, amp; vingt autres, nont ofénbsp;faire. Et, de plus, nalïez-vous pas vengernbsp; FoulquesdeMorilltyn, votre onclePLa ven- geance efl: du droit des gens.
CHAPITRE XIII.
Richard ejl conduit au fupplice; Renaud h. déUvre, aidé de Maugis amp; du Roi dyl-quitaine. Des Rives ejl mis d la place de,nbsp;Richard. Méprife dOger. Combat entrenbsp;Charlemagne amp; les fils dyfymon. Offre gé-néreufe de Renaud; dangers que courentnbsp;Charlemagne amp; Roland.
'es Rives, quenfioient les éloges ironi-ques dOger amp; du Roi même, fe croyoit au déflus des plus grands héros. II alia, lui-mê-Pje» a la tente de Richard, amp;, après Tavoic
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fait lier, il Ie fit monter fur un mulct, amp; marcher a fes cótés ; En paflant devant lanbsp;tente du Roi, il lui demanda fes ordres : IInbsp;ne lui en donna dautre, finon, de Ie délivrernbsp;promptement de Richard. Plüt a Dieu, Sire,nbsp; lui dit-il, dun ton plein darrogance, quenbsp;,, fes frères fuflent auffi en mon pouvoir.
Tout Ie camp fondoit en larmes, Richard avoit un air riant; Oger, a qui il avoit ditnbsp;fon fecret, ne faifoit femblant de rien; maisnbsp;il fuivit d'un peu loin, avec les autres Baronsnbsp;amp; les Pairs, la troupe, conduite par des Rives; elle arriva fur la montagne, fans quilnbsp;eüt paru aucun des hommes-darmes de Re-naud : Richard dit d des Rives, que, silnbsp;vouloit lui donner la liberté , il lui feroicnbsp;préfeiit dune telle fomme, quil hy auroicnbsp;aucun Chevalier qui nenviat fa fortune; maisnbsp;des Rives parut inexorable. Jen fuis üché,nbsp;dit Richard; car, quoique nous foyons ar- rivés a la montagne, je crains que vousnenbsp; veniez pas a bout dexécuter les ordres dunbsp; Roi, amp;, du moins, la fomrne que je vousnbsp; propofe vous relieroit.
Cependant, Renaud amp; fa ttoupe dormoient encore; Richard commenca dêtre inquiec. IInbsp;demanda a des Rives de lui faire venir unnbsp;Religieux pour Ie foutenir amp; 1exhorter, dansnbsp;ce moment terrible; des Rives héfitoit. Ogernbsp;sapprocha : Par Saint-Denis, eft-ce quanbsp;vous a.vez.juré aux manes de Foulques denbsp; Morillon-, votre oncle, de lui facrifier 1amenbsp; Ss Ie corps de Renaud Ss de fes frères? Des
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Les quatre fils
Rivès confentit, enfin. Richard fit durer tant quil put fa cönfeffion amp; fes difcours, avec Ie 'nbsp;Prêtre; maïs Rénaud amp; Maugis ne paroiflbiencnbsp;point. Le Religieux feignit un évanouifle-ment, amp;, pour gaguer du temps, il demandanbsp;a des Rives la permiffion de retourner a fonnbsp;Couvent amp; denvoyef un autre Religieux anbsp;fa place jv des Rives refufa; mais, Oger, amp;nbsp;1Archevêque Turpin, le forcèrent dy cpn-fentir, par leurs menaces. Alors, le Religieux,nbsp;au lieu daller a fon Couvent, courut au lieunbsp;oü Renaud étoit embufqué.
Quel étoit done ce Religieux, qui, par un faint menfonge, fauva la vie a Richard? Csnbsp;Confefléur étoit le Roi Yon lui-même. A fonnbsp;retour de Montauban, accablé de remords,nbsp;confondu par les reproches de fa feeur, hon-teux des maux qui avoient été la fuite denbsp;fa perfidie, il navoit pas fongé a quitter lenbsp;froc; il avoit fuivi Renaud hors de Montauban , amp; avoit été tranfporté avec les troupes des fils dAymon, au lieu de 1embufca-de; il les avoit, tous, vus fe plonger dansnbsp;le fommeil ; Lui feul, tyrannifé par fon re-pentir, ne put jamais sendormir; il étoit def-cendu dans la plaine, amp; cherchoit uneEglifanbsp;oü il pfit prier le ciel de lui pardonner fonnbsp;crime; il fe trouva è la porte du Couvent,nbsp;pü lon vint demander un Religieux, de la'nbsp;part de Richard , ceft ü lui quon sétoitnbsp;adreffé, amp; il soifirit. II ne fit pas ferablant-¦nbsp;de connoitre le fils dAymon deVaiit des Ri- -vesj mais ü eut tout le temps deTui'parier.t
dAymon. nbsp;nbsp;nbsp;193
fecvettetnent, Si de lui annoncer le prochain iecours de fon frère. II Iavertit du fommeilnbsp;OÜ la troupe écoit plongée; enfin, craignantnbsp;que le fecours narrivSc trop tard, il feignicnbsp;une indifpofition pour aller avertir Renaud.
Lorfque le Roi dAquitaine arriva , il rrouva les troupes prêtes a marcher. Renaud avoir éténbsp;éveillé par Bayard, qui, ne dormant point,nbsp;avoit vu, dune hauteur, tout cequi fepafloit.nbsp;Bayard ne pouvoit voir des Chevaliers armés,nbsp;fans fonger a combattre; il courut auprès denbsp;fon maicre : En vain il eflaya de 1éveillernbsp;par fes hennifleraens; ce moyen ne lui réuf-filiant point, il frappa ft rudement de fon piednbsp;fur 1écu qui fervoit doreiller a Renaud,nbsp;quil 1éveilla : Bayard revint i fon pofte ,nbsp;Renaud le fuivic, amp; vit Richard entre lesnbsp;mains du Religieux.
ce
qui produifit un eftet fingulier. Le lache
Le Roi d*Aquitaine dit Renaud quil étoit temps de fe montrer; quil avoit pour lui lesnbsp;Pairs amp; les Barons, amp; que, sils ne le fecon-doient pas, du moins ils ne lui feroient piasnbsp;contraires. Alors, Renaud fe mit en marche.nbsp;Des Rives apergut les Gafconsavant perfonne,
tomba aux genoux de Richard, comme fi cé-toit lui qui dut fubir le fupplice. Tandis quA-lard amp; Guichard enrourent la troupe de Char-j ®-^i^3ud amp; Maugis fe faififlent de des Rives. Ganelon, Pinabel, les fils de Foul-ques, veulent, en vain, faire quelque refif-tance, ils font défarmés amp; mis hors de combat j mais, Ogw, Turpin, Olivier, amp; les Pairs;
-ocr page 200-1^4 nbsp;nbsp;nbsp;quatre fils
fe retirent, voyant que les fils d'Aymon pouvoient fe palier de leur fecours, amp; pournbsp;ne pas encourir inutilement la difgrace du Roi.
Cependant, Maugis vouloit percer des Rives du fer de fa lance , Renaud 1arrêta ; Cecte raortferoittrop giorieufe, dit-il,pournbsp; un lache qui n'a pas rougi doffrir, lui-mê- me, de condiüre a un fupplice infème unnbsp; des plus braves Chevaliers, condamné con- tre routes les lois; il ny auroit point denbsp; tyrans, sil ny avoit pas de flatteurs dansnbsp;,, les Cours: Que des Rives leur ferve dexem-ple. Defcends, traitre.
Des Rives écoit furléchafaud avecRichard; amp;, comme il venoit de defcendre, Renaudnbsp;ie prit au bout de fa lance par-deflbus fa cotce-darmes, Ie tint quelque temps en 1air, amp;,nbsp;enfuite, Ie pofa a terre : amp;, tandis que Maugis délioit Richard, Renaud déshabilloit desnbsp;Rives de routes pieces, amp; Richard les re-vétoit; quand il fut armé, il monta fur Ienbsp;cheval du lache, amp; eet animal fembla prendre un nouveau caraftère fous un plus noblenbsp;poids. Richard armé, fupplia Renaud de fairenbsp;grace a des Rives. Non, mon frère, luinbsp; dit Renaud ; fi des Rives néroit quunnbsp; homme de la lie du peuple, forti, un inf-^ tant, de la foule , pouf fe reperdre dansnbsp; Toubli, )e dédaignerois une telle viftime,nbsp;amp; fa Ik'heté , punie , ou impunie , feroicnbsp;,, fans conféquence; raais ceft un homme denbsp;naifiance, Ie neveu deFoulques, un Cour-^ tifan, qui, £i la faveur de foa nom, ap-
-ocr page 201- proche du tröne pour Ie fouiller; qui, averti, par le refus de lant de braves Cheva-liers, de Hndignité dune aélion déshono- rante, sy eft prêté avec baflelle, amp; a, lui-3, même, follicité fon déshonneur; il faut,nbsp;raon frère, que fon exemple falie tremblernbsp;33 fes femblables. La punition des gens du peu-3, pie soublie, fe perd dans la foule; les pu-33 nitions exercées fur les Grands, quand ilsnbsp;33 font coupables, ne seffacent jamais de lanbsp;33 mémoire : Et, certes, ceft une grande in-^^juftice de les épargner; car, a crime egal,nbsp;33 un Grand eft toujours plus coupable quunnbsp;33 homme de la lie du peuple, qui ne doicnbsp;33 avoir, ni la même élévation dans 1ame, ninbsp;33 la même force pour relifter a fes penchansnbsp;,, vicieux, ni les raémes motifs, ni la mê-nae délicatelie fur 1honneur. Que les Cour-33 tifans apprennent,par 1'exemplede des Rives,.nbsp;33 que ceft trahit les Rois, que de leur obéir ennbsp;33 chofes malhonnêtes , amp; que les Rois injuftesnbsp;33 feroient inutilement mechans, sils ne trou-33 voient point de complices. Parle, des Ri-gt;5 ves; tegardois-tu le fupplice dun prifon-33 nier qui seft rendu, fur la bonne-foi de fonnbsp;», vainqueur, comme une cliofe jufte,, ? Desnbsp;Rives fot forcé de convenir, que, felon lesnbsp;ols de la Cheyalerie, Charlemagne ne pou-voic difpofej. du prifonnier de Roland, fansnbsp;laveu du vainqueur: II convint encore, quenbsp;Kenaud amp; fes frères, ayant offert de fe fou-mettre au Roi, u ne pouvoit pas les trailernbsp;«n rebelles, amp;, quenfto, cétoic une chofe
196 nbsp;nbsp;nbsp;Les qiiatre fils
indigne dun Chevalier, de briguer la com-ihiflion humiliante de conduite a la mort un autre Chevalier, füt-il coupable.
Après tous ces aveux, fairs a haute voix, Renaud dit a des Rives de fe preparer a mou-rir. Des Rives pleura, fe jeta è fes pieds,nbsp;demanda grace; mais Renaud fut inflexible,nbsp;11 Ie fit périr par les mains du méme bourreaunbsp;amp; au même gibet, qui étoient deftinés pournbsp;Richard.
Renaud, après avoir remercié les Chevaliers, raflembla fa troupe pour sen retourner a Montauban. Richard vouluc voir Oger; maisnbsp;il étoit rentré au camp. Nimporte , ditnbsp;,, Richard; je fuis libre, je pénétrerai dans Ienbsp;,, camp,,; II demanda a Renaud quatre centsnbsp;Cavaliers pour Ie fouteuir en cas de befoin.nbsp;Renaud exigea encore quil pric fon cor, pournbsp;iavertir, amp; fit tenir Ie refte de fes troupes anbsp;portee de Ie fecourir, II eft vrai que Mau-gis, par fon art, hata leur marche amp; leur fitnbsp;devancer Ie retour des troupes qui avoientnbsp;accompagné des Rives a la montagne.
- Richard, la vifière baiflee, la bannière de des Rives a la main, monté fur Ie chevaldunbsp;traitre, entre dans Ie camp. Le Roi étoit de-vant fa tente; Oger, feignant de ne favoirnbsp;point ce qui sétoit paffe, lui faifoit des re-proches fur la mort infame de Richard. A fanbsp;bannière, a fon cheval amp; a fes armes, Naimes,nbsp;iqui nétoit pas forti du camp, ne douta pointnbsp;que ce ne fut des Rives lui-même.; Oger ^ 1Ar-chevêque Turpin, Olivier, qui sétoient retir
-ocr page 203-d'Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;197
rés dès qué Renaud eut invelti les gens-dar-mes du Roi, y furent trompés; ils crurenc que , par quelquévènement quils ne pou-voient imaginer, Ganelon, Pinqbel, les filsnbsp;de Foulques, avoient repouüe les troupes denbsp;Renaud. Oger, croyant que des Rives reve-noit triomphant de fa bonte, en relientit lanbsp;plus vive douleur: Le iSche! sécria-t-il, il nenbsp;,, périra que de ma main En vain, Charlesnbsp;1appela ; il avoit faifi le mords du cheval denbsp;des Rives:,, Tu mourras, lui difoit-il, je tap-,, porte le falaire de la mort de Richard. Monnbsp; coufin, lui dit le ftls dAymon, ceft Ri-,, chard, a qui vous parlez; des Rives a fubi lenbsp; fupplice auquel il mavoit conduit, amp; je ve- nois vous donner des preuves de mon amournbsp; amp; de ma reconnoifl'ance. Tu ments, traitre,nbsp; sécrie Oger, tu crois échapper par cettenbsp;,, feinte groffière; ne vois-je pas ton armu-,, re, ton cheval 8; ta bannière? Renaud 1'ennbsp;,, a dépouillé, reprit Richard, amp; jai prjs fesnbsp;,, armes, pour n'être pas reconnu Oger re-fufoit de le croire; mais Richard, en sincli-nant verslui, leva la vilièrede foncafque; Ogernbsp;fut tenté de 1embraller; mais il nofa point,nbsp;tl caufe de Charlemagne, qui furvint; Richardnbsp;eut a peine le temps de lui dire ce qui sétoicnbsp;paflë a la montagne. Sire, dit Oger a Char-», lemagne, des Rives eft heureux. que vousnbsp;5) foyez venu; fans vous, j'allois faire volernbsp;,, fa tête è dix pas de lui: Je 1'aurois vengé ,nbsp; dit le Roi, amp; il dit au faux des Rivesnbsp;de defcendre amp; de le fuivre dans fa tente.
I iij
-ocr page 204-198 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
Sire, lui dit alors Richard, je ne puis pas ,, fupporter plus long-temps dêtre appelé dunbsp; nom dun lèche : Reconnoiflez Richard ,nbsp; des Rives eft au gibet oü vous maviez en-,, voyé, amp; oü mon frère 1a fait attacher,,.nbsp;Charlemagne ne concevoit point ce prodige;nbsp;mais, enfin, revenant a lui-même: ,, Traitre,nbsp; dit-il, Ie ciel te deftine done, malgré moi,nbsp;,, a périr dune mort plus honorable ; aufli-tót, pouflant fon cheval, amp; faififlant fa lance,nbsp;il fond fur Ie fils dAymon, qui, a peine, anbsp;Ie temps de fe mettre fur fes gardes : Ils fenbsp;porcèrent fur leurs ecus des coups fi terribles,nbsp;quon ne retrouva plus les pièces de leurs lances p chacun tira fon épée, amp; les airs reten-tirent du bruit de leur combat: Le cheval denbsp;Richard, qüi nétoit point accoutumé a denbsp;tels exercices, le renverfa. Richard fe relève,nbsp;amp; quoiqua pieds, il porte un coup fi terriblenbsp;fur le cafque de Charles , quil 1ouvre : Lenbsp;.Roi nen eft pas blefle; mais il tombe, fe relève , amp; faifit fi bien fon temps, quil fracaflenbsp;Ie cafque de Richard, amp; lefait chanceler. Charles furi?ux, crie Montjoye, amp; les Franqois sé-branlent, étonnés du combat de leur maitrenbsp;avec des Rives, car ils étoient encore dans 1er-reur. Richard fait retentir le cor de Renaud, amp;nbsp;fes frères accourent avec leurs Chevaliers amp; lesnbsp;Gafcons: Alors, commence une des plus terribles batailles quayent jamais livré 1'orgueilnbsp;outragé, la vengeance amp; lamour de la gloire.nbsp;Chacun des flis dAymon cria fa bannière:nbsp;Maugis courut fur Mongon, Seigneur de Pier-
-ocr page 205-refitte, amp; 1étendit mort aux pieds de fon che-val. Renaud abattoit fous fa lance tout ce quil rencontroit. Guichard, en ouvrant la tête denbsp;Boëmont, en fit exhaler les projets les plusnbsp;infenfés. Alard fit couler, avec Ie ïang de Ref-filly, Ie fiel amp; la bile quil confervoit depuisnbsp;vingt ans contre un Chevalier qui avoit roan-qué de 1appeler Monfdgneur, en préfence dunnbsp;autre Chevalier. Cependant, Charles sappro-che de Renaud fans Ie connoitre, amp; Ie frappe ; ils prennent du terrain amp; fe heurtent avecnbsp;nne telle impétuofité, qu'ils vont tomber loinnbsp;iun de 1autre ; ils fe relèvent amp; mettentnbsp;1épée a la main. Charles ne put sempêchernbsp;de sécrier quil navoit jamais trouvé de Chevalier auffi redoufable. Renaud Ie reconnut anbsp;fa voix; il y avoit quinze ans quil ne luinbsp;avoit parlé. fl sapproche du Roi, amp;, mettancnbsp;pied a terre : Sire, lui dit-il, je défire da-j, voir un entretien avec vous, amp; je vous fup-plie de maccorder une trève, amp; votre foi
i, nbsp;nbsp;nbsp;de Chevalier, que vous nuferez point denbsp;,, votre pouvoir jufquaprès notr*conférencenbsp;Le Roi^donna fa parole. ,, Je fuis Renaud, Ie
j, nbsp;nbsp;nbsp;fils dAyrnon, continua-t-il, je vous de-5, mande grace pour mes frères amp; pour moi.nbsp; II y a 15 ans que vous nous avez chaffés denbsp;j» votre Royaume amp; de notre pays. Vous faveznbsp;igt; les maux qui ont été la fuite de votre hainenbsp;V contre nous. Vous connoiflez 1incertitudenbsp;des évènemens; le bien amp; le mal fe fuccè- dent : Vous avez éprouvé contre nous, amp;nbsp; nous eprouvons également contre vous, une
200- nbsp;nbsp;nbsp;Hes qiiatre fils
alternative continuelle de fuccès amp; de pei'tes. Sire, lorfque, dans ces momens heureux, Ianbsp;3, fortune nous feconde, nous nous trouvonsnbsp;,, a plaindre, au fein de notre gloire, détrenbsp; féparés de notre Roi; nous gémiflbns de nénbsp; point partager avec lui, amp; de ne pouvoirnbsp;,, lui faire partager avec nous, des triomphes,nbsp; auxquels il manque toujours quelque chofe.nbsp;,, 11 eft cruel davoir a combattre contre unnbsp;,, Souvcrain quon aime; car, quelques voeuxnbsp;,, que nous faffions, ils font toujours a notrenbsp;,, défavantage; fi nous fommes vainqueurs,nbsp;,, nous favons que notre vidioire doic 1'irriter;nbsp; Si sil acquiert de la gloire, ceft a notrenbsp;,, honte. Grdce, Sire, que la pitié vous tou-,, che. Ce neft ni la crainte de la mort, ninbsp;,, 1efpérance dun fort plus heureux, qui ménbsp;,, font implorer votre clémence; cefl; Ie defirnbsp;5, dobtenir votre amitié ; accordez - nous lanbsp; paix, amp;, pour toujours, nos bras amp; notrenbsp;,, fang font a vous: Montauban , Bayard,' amp;nbsp;,, tout ce que nous pofledons, vous appartien- dront : Si vous 1exigez, je (brtirai de vosnbsp;,, Etats, amp; jirai, dans laPaleftine, avec mesnbsp; frères, combattre les Sarrafins amp; triompthernbsp; en votre nom.
Charles ne voulut entendre parler de paix quautant que Renaud lui livreroit Maugis:nbsp;Mais, Sire, quel eft'votre deflein fur Mau- gis? De Ie traiter comme Ie fcélérat que jenbsp;,, hais Ie plus,, de Ie faire trainer dans lesnbsp;,gt; vues de Paris, de brüler fon corps Sc denbsp;?, difperfer fes cendres. Sire, continua Re-
-ocr page 207-d'Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;20 r
naud, voudriez-vous accepter, pour fa ran-5. 9on, des Villes amp; des Chateaux, une Pro-Vince même que nous aurions conquife ? jgt; Non , reprit le Roi, je veux difpofer denbsp;5gt; Maugis a mon gré. Eh bien, Sire, appreneznbsp;j) que je fuis lié de 1amitié la plus étroitenbsp;avec Maugis : Je lui dois rant, que fi mesnbsp;j, frères étoient vos prifonniers, amp; que vousnbsp;« euffiez réfolu leur mort, je ne vous don-i) nerois point Maugis pour les arracher denbsp;vos mains; amp; mes frères ne le livreroientnbsp;pas non plus pour me fauver la vie. Ehnbsp;i» bien! reprit Charlemagne, point de paixnbsp;5gt; fans cette condition, amp; défends-toi. Sire,nbsp; reprit Renaud, vous nous traitez en rebel-,, les; fouvenez-vous que nous navons ja- mais fait que nous défendre, amp; quaucunenbsp;5, loi divine ni huruaine ne nous oblige denbsp;5, nous livrer a vous, quand vous nous me-j, nacez dune mort infame. Défends-toi, luinbsp;5» dit Charlemagne, je te permets de com-5, battre ton Souverain Renaud reprit fesnbsp;armes; Chc\rlemagne courut fur lui, amp;,dunnbsp;revers, il empotte un quartier de fon écu;nbsp;Renaud furieux, faifit Charles par le milieunbsp;du corps, ienlève de delius fon cheval, amp;nbsp;le met en travers fur le col de Bayard. Charlesnbsp;. fe débat en vain, appelle a fon fecours Ogér ,nbsp;plivier, Naknes, 1Archevéque Turpin amp; ifo-wnd. Renaud appelle. a grands cris fes frèresnbsp;« Ion coufin: Amis, difoit-il, fecondez-moi,nbsp;¦»»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;paix eft faite fi j'emmène monprifonnier
^Soudain, les Clwvaliers Fran9ois,les ills dAy-
mon amp; Maugis, accourent , Ie combat devient furieux. Renaud tenoit Ie Roi d'une main , amp;,nbsp;de 1'autre, il portoit les coups les plus terri-bles d ceux qui vouloient lui enlever fa proie.nbsp;Roland souvre un paflage , amp; porce fur Ienbsp;cafque de Renaud , un coup qui 1écourdic.nbsp; A quoi penfes-.tu, Renaud, lui cria-t-il,nbsp; de vouloir emmener Ie Roi? Crois-moi, cenbsp;,, fardeau eR trop pefant pour toi Renaudnbsp;Ie remit, amp;, frémiflant de courroux, il cour:nbsp;fur Roland, tenant toujours Ie Roi devantnbsp;lui; mais, quand ils en vinrent aux mains,nbsp;Charlemagne faific un moment oü Renaud ,nbsp;ayant regu un coup fur la vifière de fon cafque, fut óbloui des étincelles qui en Jaillhent,nbsp;amp; il fe glifla Ie long du col de Bayard. Re-naud amp; fes frères harcelèrent fi vivement Roland , quil fe vit forcé de prendre la fuitenbsp;pour éviter détre fait prifonnier. Renaud étoitnbsp;défefpéré que Charles lui eüt échappé. II fitnbsp;fpnner Ia retraite a caufe de la nuit, amp; partit,nbsp;avec fes frères , pour Montauban.
Charlemagne étoit inquiet de Roland amp; de fes Chevaliers; il les vit arriver avec joie,nbsp;.amp; Roland ne put sempêcher de lui dire, quenbsp;cétoit une chofe téméraire pour un Roi, denbsp;cembattre amp; de sexpofer, comme il 1avoitnbsp;fait; quil devoit fonger, qu'en expofant fanbsp;perfonne, il compromettoit fon Royaume, amp;nbsp;qu'il ne falloit quun malheur comme celuinbsp;qui avoit été fur Ie point darriver, pour plon-ger fes Sujets dans les plus grands malheurs;nbsp;que la mort naturelle dun Rol étoit, quel-
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d'Aymon.
quefois, moins funefte a fes Etats, que fa cap-tivité. Mon neveu , répondit Charles, Re-X, naud neft pas ennemi comme uii autre.
CHAPITRE XIV.
liZS quatre fils dylymon, amp; Maugis, ahat-tent le Pavilion du Roi. Combat d'Olivier amp; dt Maugis. Maugis prifonnier d'Olivizr,nbsp;Efforts de Charles amp; de fes Chevaliers ,nbsp;pour arracher Maugis d fon vainqueur. Ré-fiftance opinidtre d'Olivier. Combat d'Oliviernbsp;avec les Chevaliers. Générofité de Maugis:nbsp;Olivier le dégage de fes fermens. Maugisnbsp;brave les Courtifans. Renaud vole d fonnbsp;fecours.
R,
fut a portée : Mes amis, dit-il a fa troupe, Mon frère , reprit Ri-manque jamais a qui
.ENAUD, après avoir ralHé fes troupes, fe joignit a fes frères, amp; a Maugis , pournbsp;faire 1arrière-garde, au cas que les Frangoisnbsp;les fuiviflent. Quand il les eut conduits aunbsp;dela de Balanqon, Renaud ,'infatiable de gloire,nbsp;prit, avec lui, trois mille hommes, envoyanbsp;le refte a Montauban, amp; réfolut dattaquernbsp;le Roi dans fon Pavilion même; amp;, lorfquil
gt;, courage amp; prudence.
» chard, ]e cmur ne ______^_______
^fpire a la gloire Auffi-tót, Richard met spec a la main, court au Pavilion du Roi ,nbsp;en coupe les cordes, 1abat, amp; fait tombernbsp;1 aigle d o; maffif quj ig couronnoit: Les Fran-
204
Les qmtre fils
^ois furent effrayés, en voyant tomber Ie Pavilion impérial. A moi, mon coufin, sé-cria Richard, aide-moi a emporter ma con-3, quéte Richard amp; Maugis mirent pied anbsp;'rerre, prire!'.i. 1aigle dor, amp; firenc foniiernbsp;leur trompette, pour donner Ie fignal du combat. Bientót les quatre fils dAymon fe virentnbsp;aflaillis par routes les troupes du Roi ; Ils ennbsp;£rent un telmaflacre, que Ie fang ruifleloit denbsp;toutes parts. Maugis sécarta un moment, amp;,nbsp;après avoir mis laigle d^or en fureté, il re-tourna, feul, vers Ie Pavilion; il y trouvanbsp;Ie Roi. Sire , lui dit - il, vous nous p»erfé-cutez avec fureur; il feroit temps que lesnbsp; maux dune guerre injufte finiflent, amp; quenbsp; vous laiffaffiez repofer la terre. Vous nafpi- tez qua me faire périr du fupplice des ISchesnbsp;,, amp; des traitresjje faurai me garderde votrenbsp;pouvoir, amp; vous ne pouvez vous mettrenbsp;,, a couvert de mon art ;-amp;, pour vous prou-,,ver quil eft autant de votre intérêt quenbsp;du nócre, de faire la paix. voyez fi je fuisnbsp;maitre de votre vie Auffi-tót il lance unnbsp;dard qui paffe entte la poitrine amp; Ie bras quenbsp;Charles tenoit appuyé. Charlemagne, effrayé,nbsp;appelle Roland au fecours, amp; Maugis, ne voyantnbsp;plus Renaud amp; fes frères, fe bat en retraitenbsp;centre Olivier amp; Roland. II fe crut en fureténbsp;quand il eut pafle Balangon; raais il fut arrécénbsp;par une troupe qui Ie preflbit vivement. Mau-,gis frappa li rudement un des Chefs fur fon écu,nbsp;quil envoya a cinquante pas Ie cheval amp; Ienbsp;Cavalier roulant par terre. II appelle Renaud ,
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amp; Renaud ne repond point , mais, an lieu du fecours quil reclame, Olivier fend la prefie,nbsp;fond fur lui, amp; lui fait a la poitrine unenbsp;large bleflure; Maugis en fut renverfé; il fenbsp;releva fit fe défendit avec tant de valeur, mal-gré la nuit obfcure, que fon adverfaire luinbsp;cria : Qui que tu fois, brave Chevalier,nbsp;1, rends-toi, ne t'expofe point a une mort cer-,, taine, amp; ne perds pas, dans les ténèbres,nbsp;5, des exploits dignes du plus beau jour. Quinbsp; es-tu, lui répondit Maugis, toi qui jugesnbsp;,, la valeur, qui me confeilles de me rendre,nbsp;j, amp; qui mas porté de S terribies coups ? Sinbsp;,, tu cross, lui répondit 1inconnu, quun Che-,, valier puilfe, fans honte, rendre les arinesnbsp;,, a Olivier, tu peux ten rapporter a ma foi.
Généreux Olivier, fi vous croyez quun j, Chevalier qui combat loyalement pour une;nbsp;,, caufe jufte, ou qui, du moins, lui paroicnbsp;,, telle, peut impofer a fon vainqueur une con-,, dition honnéte, promettez-moi de remplirnbsp;,, celle que jexigerai de vous. Je vous le pro-,, mets, répondit Olivier; ehbien, reprit Mau-^s, promettez-moi done que vous ne menbsp; livrerez point a mon ennemi, quelque puif-,, fant quil foit, amp; quelques droits quil aitnbsp;,, fur vous; a ce prix, je vous dirai mon nom,nbsp;5, amp; je me reiidral Olivier jura amp; donna ia,nbsp;»foi: II neft puifiance fur la terre, ajouta-,)t-il, qui^moblige a violer mon ferment;nbsp;» Sc? fi une force fupérieure amp; irréfiftible ten-»gt; Is vous arracher de mes mains, je jure,nbsp;,, a la face du ciel, que je. vous égorgerai {dutdfc
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que de vous livrer. Je nattendois pas moins ,, de vous, reprit Ie Chevalier vaincti : Monnbsp;,, nom eft Maugis, ceft vous dire que celuinbsp;,, de mon plus cruel ennemi eft Charlemagne,nbsp; amp; voila mon épée Quand Maugis fe futnbsp;rendu, Olivier lui dit: Confentiriez- vousnbsp;,, que jemployafle tous les moyens qui dé- pendroient de mol, pour faire votre paixnbsp;,, avec Ie Roi? Jy confens, répondit Mau-,, gis; mes coufins amp; moi navons combattu,nbsp; jufquici, que pour y parvenir; nous havonsnbsp;,, vivemenc follicitée; nous avons voulu nousnbsp; foumettre aux conditions les plus dures;nbsp; mais Ie cruel nous 1a refufé, plus aveuglé,nbsp;peut-être , par les confeils de fes Courti- fans, que par fa haine. II demandè, nonnbsp;,, feulement, notre mort, mais une mort igno- minieufe. Cependant , qua produit, juf-quici, fa fureur? La perte de fes Sujets,nbsp;,, que moiflbnne une guerre inutile, fa confu- lion amp; notre gloire. Voici ce que diront lesnbsp;,, races futures ; Ce Charlemagne, ce vain-,, queur des Nations, qui chafla les Sarrafins,nbsp;qui impofa des lois aux fiers Saxons, quinbsp; régna fur la plus grande partie de lEurope,nbsp;,, confuma les années de fa vieillefle, amp; lesnbsp; plus belles troupes de fes Etats, i perfé- cuter les fils dAymon , qui Ie vainquirentnbsp;,, fouvent, amp; qui échappèrent, enfin, a fesnbsp; mains triomphantes.
f, avez oublié que, par les dons que ]'ai re^us ,, du ciel, jétois toujours muitre de ma def-,, tinée, amp; que je puis braver, amp; Charle-magne, amp; vous; amp; que , vaincu , chargé denbsp;,, fers, dans le fond des cachots, gardé parnbsp;une armée entière, jétois plus libre que monnbsp;,, vainqueur; mais vous mavez pris en com-f, bar loyal; je me fuis rendu de bonne vo- lonté, amp; je jure , a mon tour, que, fi vousnbsp;j, remplifl'ez le ferment que vous mavez fait,nbsp;j, je ne méloignerai pas de vous, je ne rom- prai pas mes fers fans votre permiffionnbsp;Olivier le fit défarmer, banda lui-même fanbsp;plaie , amp; lui céda fon lit.
Cependant, Charlemagne, irrité des entre-prifes des fils dAymon, aflembla fes Barons amp; fes Pairs. II y a , leur dit-il, trente ans quenbsp;je règne; fi, depuis ce temps, quelquun denbsp; vous a efluyé quelquinjuftice en fes biens,nbsp;en fa perfonne, ou en fon honneur; fi desnbsp;ufurpateurs ont attente i fes propriétés; finbsp;jai fouffert que mes Officiers abufafl'ent denbsp; Iautorite que je leur ai confiée; fi je n'ainbsp; pas repouüe loin de vous amp; de mes Etats,nbsp;nos ennemis communs; enfin, sil y a unnbsp; feul citoyen que mon pouvoir tutélaire naitnbsp; défendu ou protégé, quil fe plaigne, amp; jenbsp;« fuis prêt a réparer les dommages quil a re-»gt; 9ns. Jairégné en père; amp;, quoique le meil-j»leur des pères confulte rarement fes enfansnbsp;j, uir la rnanière de lesconduire, vous faveznbsp;.fi jamais jquot;ai agi au gré d'un pouvoir ar-i} bitraire, amp; fi jai négligé, dans aucune occa-
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,,fion, de foumettre mes projets a vos lu-= ,, mières. Jaurois pu men difpenfer, du moinsnbsp;dans la force de l%e; car la nature, quinbsp; donnea chacun fon talent particulier, mac-,, corda celui de régner; mais ce talent exigenbsp; une adlivité qui hate la vieillelle, amp; quenbsp;,, la vieilleffe ne peut foutenir. Trente ansnbsp; de règne ont ufé mes foibles organes, jenbsp;,, fens que vos confeils amp; vos bras me devien-nent, tous les jours, plus néceflaires; fi vousnbsp;abandonnez votre Roi, il tombera dans desnbsp;erreurs qui vous feront funeftes; fi vousnbsp;,, Ie conduifez mal, ou fi vous ne confulteznbsp;que vos intéréts dans les confeils quil vousnbsp;,, demande , vous jouirez, un moment, dunenbsp;apparence de bonheur; mais vos enfans, Ienbsp;Peuple, amp; vous-même, enfin, ferez les vic-,, times des lois injuftes que vous lui aureznbsp;,, fuggérées; fi, dans les combats, chacunnbsp;nagit que pour fa gloijre amp; ne fonge pointnbsp;è. lhonneur de fon Souverain, vous fini-rez par faire fa honte, amp; votre gloire s'éclip-, fera avec celle de la Nation. Voilice qui,nbsp;fans doute, arrivera bientót. Déja vousnbsp;,, mavez abandonné pour Renaud; ;vous vousnbsp;,, êtes laiflé féduire par les vertus apparentesnbsp;,, dun rebelle, amp; Renaud vous a fait laffrontnbsp;dattaquer votre Roi dans fon camp, de'nbsp;,renverfer fon. pavilion , amp; de lui faire lesnbsp;\ plus fanglans outrages, J'ai, fans doute, vécunbsp;, trop long-temps a votre gré. jie ne veuxnbsp;plus étre votre Roi malgré vous; amp;, dansnbsp;. ceue afleinblée denfans ingrats^, je dépofe
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ma couronne, quils refufent de foutenir, »ou quils brulenc, peut-être, de voir furnbsp; la tête de Renaud : Allez, confommez votrenbsp;» perfidie, couronnez fa rébellion, amp; dites-luinbsp; qu'il Vienne prendre la place de Charle- magne.
A ces mots, les Pairs amp; lbs Barons parurenc conlternés; aucun nofoit prendre la parole;nbsp;ils fe regardoient, les uns les autres, en rou-giflant. Naimes, plus hardi, tombant a fesnbsp;genoux : Sire, dit - il, quand nous vousnbsp;avoirs parlé en faveur de Renaud, repen- rant amp; foumis, nous avons eflayé dappai-fer, amp; non denchainer votre courroux,nbsp; dexciter votre clemence au pardon, amp; nonnbsp; de vous forcer a une générofité involon- taire; enfin, de vous engager k la paixnbsp;j, que VOS Sujets fembent défirer, amp; quinbsp;voyent périr leurs plus braves défenfeurs,nbsp; pour une quereile oii vous navez a gagnernbsp;que la ftérile fatisfaftion de vous venger,nbsp; amp; ob 1Etat a tout è perdre, foit que vousnbsp; veniez a bout de vos defleins, foit que lesnbsp;fils dAymon triomphent. Mais, Sire, dèsnbsp; que votre volonte eft de continuer la guerre;nbsp; dès que vous penfez quil y va de votrenbsp;- honneur de faire périr'les fils dAymon amp;nbsp;»gt; leur coufin; nous jurons, tous, fiiuf notrenbsp;») honneur, de vous fervir, de prendre Mon-tauban, ou de périr fous fes remparts, amp;nbsp; nous nous déclarons les 'ennemis de quicon- que accqrderoit aide ou fecours a Renaud,nbsp;a fes ftères amp; b Maugis; nous refervant,
-ocr page 216-,, néanmoins, comme bons amp; preux Cheva-,, liers, de ne leur faire tort ni injure quen loyale guerre Tous les Barons s'unirentnbsp;au ferment de Naimes; mais Charlemagnenbsp;nétoit pas encore content. II favoit que Mau-gis étoit au pouvoir dOlivier; mais il nétoitnbsp;point è 1aflemblée. Charlemagne 1envoyanbsp;chercher, amp; lui ordonna de lui remettre Mau-gis. Sire, lui dit Olivier, Maugis ne seftnbsp;y, rendu quéi condition que je ne Ie livreroisnbsp;point a votre pouvoir; je Ie lui ai pro-mis, amp; je lui tiendrai ma parole; je fuisnbsp;Chevalier, amp; une trahifon me rendroitnbsp; indigne de ce titre. Olivier, reprit Char-lemagne, vous connoiflez mal les lois denbsp; la'Chevalerie, votre premier ferment eftnbsp; de me fervir, amp; de navoir dautres enne- mis que les miens, amp; celui que vous aveznbsp; fait a Maugis vous rendroit parjure enversnbsp; moi, fi vous ne Ie deveniez envers lui; maisnbsp;,, je veux bien avoir égard è votre délicafefle,nbsp; amp;, pour vous fauver dun vain fcrupule,nbsp;,, Roland , Naimes, amp; 1'Archevêque Turpiij,nbsp;vous enleveront, de force, un traitre quenbsp; vous vous croyez obligé de reftifer de menbsp; livrer En ce cas, reprit Naimes, faites ar- réter Olivier; car je tiens de lui-même quiilnbsp; a promis dégorger fon prifonnier plutót quenbsp; de Ie céder a la force,,. Auffi-tót Charlemagne ordonna quon arrêtat Olivier; mais Ienbsp;Chevalier, tire fon épée amp; déclare quil arra-chera la vie au premier qui attentera a fanbsp;liberté. Le Roi sapprocha lui-même, Olivier
-ocr page 217-tombe ^ fes genoux, pour lui marquer fon ref-peft amp; fon obéiflance; mais il fe relève auffi-tót, 8; séchappe de fes mains; Naimes veut Ie recenir, amp; Naimes re§oic fur fon cafque unnbsp;coup dépée qui Ie renverfe; Oger accourt aunbsp;fecours de Naimes, amp; dEllouteville vole aunbsp;fecours dOger , quOlivier vient de terrafler ;nbsp;d'Eftöuteville ne fut pas plus heureux; mais,nbsp;dans Ie temps quOlivier sacharne fur fa proie,nbsp;Roland sélance fur Olivier, Ie prend par Ienbsp;milieu du corps, 1enlève amp; Ie ferre dans fesnbsp;bras jufqua lui óter la refpiraiion; Maugis,nbsp;informé du combat amp; du rifque que court Olivier , fepréfente a. 1aflemblée: Pairs, Barons,nbsp;Seigneurs, sécrie-t-il, amp; vous, fage Mo-narque, voici Maugis qui vient fe livrerdenbsp; lui-même, amp; dégager Olivier de fes fermens;nbsp;amp; moi, généreux Maugis, sécria Olivier,nbsp;je vous dégage des vótres; vous êteslibre,nbsp; amp; vous pouvez ufer de tous vos droits.nbsp; Convenez, Seigneurs, reprit Maugis, quenbsp;5» ceft un fpeftacïe bien doux, amp; un triomphenbsp; bien fatisfaifant pour moi, davoir mis auxnbsp;,, prifes les uns contre les autres les plus bravesnbsp; Paladins de Charlemagne! Et quel eft 1objetnbsp; de leur querelle? Un prifonnier quils fe dif-i, putent 1honneur de livrer a un ennemi quinbsp;veut Ie couvrir dinfamie. Certes, eet em-,, preflement de fe défaire dun guerrier dontnbsp;*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;la valeur, me donneroit unegrande
idéé de moi-méme, fi je pouvois me déguifer que Ie vérirable motif de vorre zèle n'eft quenbsp; cette baflefle 8c cette lacheté de Courtifans,
-ocr page 218-j, toujouts prêts a facrifier, au défir de plaira ,, amp; de flatter, honneur amp; vertu. Si Ie géné-,, reux Olivier neür pas été intérefle a ce com-,, bat, je me ferois amufé a Ie prolonger amp; atnbsp;,, voir couler un fang ennemi: ó Roi Charles,nbsp; félicitez-vous detre mieux fervi que les- tyrans dAfie, davoir des efdaves prêts a
ségorger, entreux, au moindre figne de ,, votre volonté, comme ces Gladiaceurs quinbsp;,, fe raaflacroient pour plaire ü leurs barbaresnbsp;,, fpeftateurs, Que des Paladins ordinairesnbsp;,, confacrent leurs travaux amp; leur fang a dé- fendre les opprimés, a fecourir la vertu mal- heureufe amp; fouffrante, a la gloire de leurnbsp;patrie, ceux-ci, plus généreux, narnb;- tionnent dautre prix de leurs combats,nbsp;,, que 1aflurance davoir réulB a flatter leurnbsp;,,, maitre.
Tu nous braves, Maugis, lui dit lArche- vêque Turpin, ceft la dernière reflburce ,, de 1orgueil défefpéré; mais, tantót, fur jenbsp; bücher qui teft deftiné, tu parleras, peut-,, étre, fur un ton dilférent. Je ne doute pas,nbsp;,, reprit Maugis, quavec de tels Miniftres,nbsp; un grand Roi ne trouve du plaifir dans lésnbsp; plaintes douloureufes dun ennemi mourant;nbsp;,, mais je doute fort que tous les fupplicesnbsp;,, réunis de tous les Rois du monde, puiflencnbsp; jamais marracher une larme.
,, Charlemagne , la fureur dans les yeux , interrompit Maugis : Crois-tu, lui dit-il,,nbsp;,, avoir befoin de mirriter encore? Si tu fa-j, vols a quel point je te haisl Sans toi, tes
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j, coufins feroient moins coupables, amp; fe-roient, aujourdhui, dans ines fers; Ri-gt;, chard, da moins, ne feroic plus. Tu te J» flattes, fans doute, déchapper a ma ven-jsgeance : Evoque, j'y confens, les puiflan- ces des enfers; fers-toi de tes enchantemens,
J» que le del ta dévoués, amp; je tedéfie dévitec jgt;la mort honreufe que je prépare- Vois-tunbsp;9» ce héranlt? ceft lui qui portera a Renaudnbsp;jgt; amp; fes frères, la nouvelle de ton fupplice.
Lorfque les quatre fils dAymon arrivè-rent a Montauban, lépoufe de Renaud vine au devant de lui; après quelle Eeut embraf-fé, elle fit éclatcr fa joie du retour de Richard ; maïs cette alégreflè fut faientót troublcenbsp;quand elle saper^ut de 1abfence de Maugis:nbsp;Renaud croyoit qu'ii les avoit devancés; onnbsp;le chercha vainement; Yolande tomba éva-nouie aux pieds de fon époux : Ün deuil gé-Bêral fe répandit dans Montauban : Gepensant, Renaud, rappelant fon courage Mesnbsp;amis, dir-il a fes frères, de quoi fervirontnbsp; a Maugis nos larmes amp; nos regrets? Ne per-,, dons pas des momens prédeux en gémiflè- mens inutiles \ fachons, dabord, ce qu'ilnbsp;3, eft devenu, amp;, pourvu quil refpire encore,nbsp;3» il neft rien que je ne tente pour le rame-Aufli-tót, Renaud sélance furnbsp;fans vouloir permettre a fes frèresnbsp;rV pi^cnd le cliemin du camp denbsp;Gnarlemagne, amp; ne sarréte qua Balan^on :nbsp;II rencontra un Page de lEmpereur, qui ef-fayoit un faucon pour la chaliè. Qui êtes-
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^ vous, lui dit Ie jeune homme, amp; que fai- tes-vous ici, feul amp; fans fuite ? Hélas! dit Renaud, je fuis un des geus de linfortunénbsp;,, des Rives, que les fils dAymon ont fait at-j, tacher au gibet : Je crains de les rencon- trer, amp; je ne me croirai en fureté, quenbsp; lorfque je me verrai dans Ie camp de Char-,,lemagne. Oh! quil doit être indigné denbsp;,, loutrage quil a regu dans la perfonne denbsp; mon maitre. Le Roi feta bientót vengé, ré- pondit le Page ; il fe livre, maintenant, è.nbsp;,, la joie; il tient en fon pouvoir Maugis ynbsp; (juil détefte encore plus que fes coufins. Quenbsp;,, dites-vous?incerrompitRenaud;quoi, Mau-,, gis eft prifonnier de Charlemagne 1 Sans dou-,, te , il ne vit plus; le Roi a du en tirer lanbsp;,, vengeance la plus prompte. Non, reprit Ienbsp;jeune homme, il le deftine a un fupplicenbsp; honteux amp; cruel Renaud fe félicita ennbsp;lui-même dapprendre que Maugis vivoit encore ; malgré le don quavoit fon coufin dé-viter les dangers par fes enchantemens, Renaudnbsp;craignoit toujours; il senfonga dans un bois,nbsp;oü il pafla le refle du jour, fongeant auxnbsp;moyens les plus prompts de délivrer Maugis.
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CHAPITRE XV.
Mauris aupoüvolr de Charlemagne; condamné d périr du fuppUce des traitres. Craintes ynbsp;fureurs inutiles de Charlemagne contre Mau-gis; enchantemens, rufes^ déguifemens denbsp;Maugis. Les Chevaliers fervent de caution,nbsp;d Maugis; fa loyauté, mème en trompantnbsp;Charlemagne; butin immenfe quil emporte^nbsp;fa fuite. Rencontre de Renaud. Courrouxnbsp;de Charlemagne d Vafpcct de 1Aigle dor.nbsp;Députation d Renaud; accord d'une trève,nbsp;rendue inutile par les confeils de Pinabel.nbsp;Générojité de Renaud. Les Chevaliers dé~nbsp;fendent leur loyauté contre Charlemagne.nbsp;Propojïtion du Roi de fe battre avec Renaud ; Roland offre de combattre d la placenbsp;du Roi.
C^^harlemagne , triomphant davoir Maugis en fon pouvoir, rappela, fous fa tente,nbsp;Roland , Oger , 1Archevéque Turpin , Richard de Normandie, Idalon, Ie Due Nai-mes, les Comtes de Morillon, Ganelon, OINnbsp;vier amp; tous les Pairs: 'Seigneurs, leur dit-il,nbsp;»»Maugis ma trop long-temps outragé,nbsp;»gt; que je ne fois point en droit de menbsp;,, yenger. Si je nétois quun limple Chevalier ,nbsp;je pourrois ne confulter que ma clémencenbsp; OU mon reflentiment; mais je fuis Roi, amp;nbsp;**. ne veux rien faire qui ne foit conforme aux
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lois; Le Souverain , qiii na dautre régie ,, que fa paflion amp; fa volonté, rifque toujoursnbsp;de ségarer; Mais, avecle fecours des lois,nbsp; il ne 1e trompe jamais'; il ne doit rien vou- loir, que ce que ve'üt la loi, le droit, quilnbsp;,, a, de faire des lois, ne lui donne pas ce~nbsp; lui de les enfreindre. Maugis seft rendunbsp; coupable de mille crimes ; raais, défirancnbsp; dufer, autant que je le puis, de clé- mence 'amp; de moderation è fon égard,nbsp; je les réduis tous aiix deux derniers. II nenbsp; seft pas contenté dabattre mon Pavil- Ion, amp; den enlever 1aigle; mais il anbsp; lancé contre moi un dard, qui meüt óténbsp; la vie, sil meüt atteint: II a prétendu, a lanbsp; vérité, quil iiavoit voulu que me donnernbsp;,, une preuve de 1avantage qüil avoit furnbsp; moi; le dard étoit lancé avec tant de for-ce, quil seft enfoncé de deux pieds dansnbsp; un chêne -qui eft derrière mon Pavilion.nbsp; Quel eft le fupplice done les lois punifl'encnbsp; un tel attentat, commis par un fujet, furnbsp;la perfonne des Rois? Les Barons répohdi- rent, que la loi condamnoit le parricidenbsp; a être tiré a quatre chevaux, amp; fts mem- bres jetés au feu; que, cependant, 1in- tendon pouvoit chgnger, ou, du moins, af- foiblir la nature du crime; mais que cennbsp;étoit toujours un, digne dune mort igno- minieufe , que dayoir, par une menacenbsp; fuivie d'une telle démonftration, fait fen- tir au Souverain que fa vie étoit au pou-i»voir d'un fujet.
5j Le
-ocr page 223-d* Ay mort. nbsp;nbsp;nbsp;tiif
Le fecond crime, dont je laccufe, conti-gt;, nua Charlemagne, crime qui lui eft commun i» avec la familie dAymon, ceft davoir éténbsp;pris, les armes a la main, centre fon Roi. Danbsp;5, ces deux crimes, Ie plus déreftable eft Ienbsp;jj premier; mais, comme il ne regarde per-» fonne que moi, je Ie lui pardonne, fi, pour-5» tanc, la loi me permet de pardonner. Jenbsp;ne veux Ie punir que du fecond. Quelle eftnbsp;la punicion que les lois infligent ? Lesnbsp;lois, dirent les Barons, laiflènc aux Juges Ienbsp;choix du fupplice, ou de faire mourir Ie cou-pable par Ie gibec, ou de lui faire tranchernbsp;latête; mais, Sire, obfervèrent les-Barons,nbsp;les fils dAymon vous one demandé grace,nbsp;one follicité la paix, amp; ils ne font quunenbsp;guerre défenfive. Nimporte, dit Ie Roi, Mau-gis a été pris les armes a la main contre moi;nbsp;ceneftaflez. Dans une heure, au plus tard,nbsp;conformément i la loi, Maugis fera attachénbsp;au gibet, amp; je veux quenfuite, comme for-cier, il foit jeté dans les flammes. Naimesnbsp;repréfenta que, li 1exécution fe faifoit denbsp;nuit, Renaud attribueroit cette précipitationnbsp;è la crainte quil ne vmt enlever Ie coupa-ble : Charles confentit de différer jufqu'aunbsp;lendemain; mais il craignit que Maugis, parnbsp;fes enchantemens, ne vint a bout de luinbsp;echapper. Maugis, qui avoit été appelé pournbsp;fon jugement, saper?ut de la craintenbsp;de Charles: Sire, lui dit-il, dun ton fer- me, amp;, fans paroitre ému, ne craignez pasnbsp;que je fuye: Je fuis préc a vous donnet caution
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de ma perfonne.,, Je Paccepte, dit Ie Roi, ta ,, peux en trouver une. Auffi-tót, Maugis fenbsp;,, tournevers Olivier: Quandje vousai rendunbsp;,, les armes, vous m'avez promis de me prêternbsp;,, votre aide auprès du Roi : Vous avez faicnbsp;,, tout ce qui étoit en votre pouvoir, pournbsp;,, que je ne tombafle point entre fes mains :nbsp;Je vous demande, pour dernière grèce, denbsp; me fervir de caution Naimes amp; les au-tres Barons, qui connoiflbient lexaditude denbsp;Maugis, lui demandèrent sil leur promettoit,nbsp;fur fa foi, de ne pas sen aller fans permif-iion. Maugis leur promit, fur fa foi^ non feu-lement de palier la nuit, mais, quandlejournbsp;feroit venu, de ne parcir, fi la fantailie luinbsp;en venoit, fans prendre congé de 1Empereurnbsp;même. Alors, les douze Pairs nhéfitèrenr plusnbsp;de fervir de caution pour Maugis , jufquaunbsp;point du jour. Le Roi les accepta, amp;, pournbsp;plus de fureté, le mit fous leur garde; mais,nbsp;Tjientót, il sen repentit, amp; voulut quil futnbsp;gardé auprès de lui.
Maugis, preffë par la faim, demanda quon lui donnamp;t a manger. Charlemagne avoit peinenbsp;a croire quun homme, fi prés de fon dernier terme , put conferver autant de fang-froid-; il voulut quil foupdt dans fa tente,nbsp;amp; devant lui. Charles, moins tranquille quenbsp;fon prifonnier, n'ofoit ni boire, ni manger,nbsp;dans la crainte quil ne 1enchantèt. Oliviernbsp;fit remarquer fa terreur a Roland, qui ne pucnbsp;sempêcher den rite. Après fouper, Charlemagne ordonna quon apportk cent totcliesj
-ocr page 225-8i quon les tint allumées touté la nuk; il voulut que Roland, fon neveu, amp; les autresnbsp;Pairs, demeuraflent avec lui; quils détachaf-fent cent hommes-darmes, pour veiller auteur de la rente, amp; que mille Cavaliers fuf-fent répandus, de diftance en diftance, dan*nbsp;Ie camp, amp; en avant du Pavilion. Après routes ces difpofitions, Charles saffitfur fon lit,nbsp;mie Roland amp; Olivier dun cóté, amp; Ie prifon-nier de 1autre ; Sire, lui dit Maugis, oiinbsp; dois-je repofer ? Quel eft Ie lit que vous
me deftinez? _Quoi, répondit Ie Roi, tu
fonges a dormir?_Oui, Sire, amp; jai très-
grand fommeil. _ Malheureux, amp; com-
j, ment pourrois-tu dormir, fachant que Ie giber tattend? Va, crois-moi, tu ne dor- miras que du fomineU de la mort. Si-9) re, je vous ai donné caution pour lanbsp;»gt; nuit entière ; laiflez - moi vivre è manbsp;9» fantaifie. Demain, quand Ie jour paroi-ft tra, vous ferez de moi rout ce que vou*nbsp;9, voudrez : Maintenant, permettez que jenbsp; dorme,,. Cette fécurité de Maugis augmentanbsp;les foupQons de Charles; il lui fit mettre lesnbsp;fers aux pieds amp; aux mains, amp; Ie fit atta-cher, par Ie milieu du corps, a. un piliernbsp;avec une chalne; mais, Maugis rioit de tantnbsp;de précautions Site, dit-il, je vous ainbsp;9gt; donné ma parole; elle eft plus söre quenbsp;9, routes vos chaines, amp;, fi je vous avoisnbsp;»gt; promis de monter fur 1échafaud, vous nau-9, riez aucun befoin de my faire conduire:nbsp;gt;, Vous pouvez étre tranquille jufquau lever
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,, du foleil, après cela, je nevous réponds d« rien.
Plus Maugis paroiflbit tranquille amp; paifible, amp; plus Ie Roi montroic de fureur; une armeenbsp;de Sarrafins 1'eüt moins inipatienténbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Eh, quels
,, font tes projets pour demain, lui demanda- t-il ?Je nen ai pas formé encore; mals , quels quils foient, je les exécuterai.nbsp;Traitre, je tempêcherai bien de voir I3nbsp;,, lever du foleil ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, faififfanc fon épée dune-
main, amp;, de 1autre, tenant Maugis par les -cheveux, il alloit lui trancherla tête; mals,nbsp;aufii-tóc, il fentit fon bras engourdi: Dailleurs,nbsp;Roland amp; les Pairs Ie défarmèrent. Ah! Sire,nbsp; lui dirent-ils, fongez que nous avons cau-,, tionné fa vie, amp; que nous ferions désho-^ norés a jamais : Eh! Sire, ne voyez-vousnbsp;j, point que ceft Ie défefpoir qui Ie fait par-^ Ier ainli, amp; quau lieu de votre colère,.ilnbsp;^ ne mérite que votre pitié. Comment sé-jj, chapperoit-il, enchainé comme il eft , au
milieu dun camp gardé de tous cótés. Je ,, ne fais, dit Charlemagne; mais il ma linbsp; fouvent trompé, que rien ne me raffure.
Maugis remercia les Pairs, amp;, comme Ie fommeil les accabloit, il avoit foin, de tempsnbsp;en temps, de les réveiller ; Le Roi, furtout',nbsp;ne pouvoit lélifter a Penvie de dormir, amp;nbsp;Maugis lui crioit fans celle ; Eveillez-vous,nbsp; Sire; quoi, vous avez fubjugué tant de Peu-ples, vous avez fait tant de conquêtes, amp;nbsp;vous ne pouvez réfifter, une nuit entière,nbsp; a un peu de iafficude ? Mais, fi je ne me trom-
-ocr page 227- pe, voila Ie point du jour, Ie lever du fo-,, leil ne tarderapas, prenez-y garde Charlemagne sagitoit, queftionnoit fes Pairs; ils lui répondoient en baillant, amp; il sendormoitnbsp;en leur parlant. Enfin, quand Maugis vit lesnbsp;premiers rayons du foleil:,, Chevaliers, leurnbsp;,, dit-il, vous voila libres de votre caution,nbsp; amp;moi de ma parole ; vous êtes, a préfent,nbsp; les maitres de dormir ou de vous éveillernbsp;Alors, Charlemagne, qui convint que 1heurenbsp;étoit paflee, voulut ordonner les préparatifsnbsp;du fupplice de Maugis; mais, comme il vanbsp;prononcer, entrainé par Ie fommeil Ie plusnbsp;profond, il tombe fur fon lit; Roland , quinbsp;¦veut faire des efforts pour 1éveiller, tombenbsp;èfes cótés; tous les Pairs, les cent hommes-darmes, amp; les mille Cavaliers, sendormentnbsp;tous; les chevaux ne peuvent plus agir; quandnbsp;eet enchantement eut produit tout fon effet,nbsp;Maugis ne fit que prononcer qnelques mots, amp;nbsp;fes chaines tombèrent a fes pieds. II rit, ennbsp;voyant Charlemagne dormir fi profondément;nbsp;-il lui fouleva la tête mal fituée, puis il luinbsp;¦óta fon épée amp; la mit a fon cóté; il prit lesnbsp;épées des douze Pairs, Durandal a Roland,nbsp;Haute-claire a Olivier; il courut, enfuite, aunbsp;tréfor de Charlemagne, emporta facouronne,nbsp;fes pierreries amp; fon or; quand il eut tout pris,nbsp;il attacha Ie Roi par Ie pied avec une petitenbsp;chaine, au pied de fon lit, amp; lui fit, enfuite, refpirer une liqueur forte, qui 1éveilla.nbsp;Maugis lui dit, alors . Je vous promis, hier,nbsp;»je ne partirois pas dici fans prendre
congé de vous. Je luis exaft en tout; adieu, je pars.
Charles, furieux, veut courir après lui; mais il fe trouve enchainé lui-méme; il ap-pela les douze Pairs; mais fes cris fembloiencnbsp;les plonger plus profondément dans Ie fom-meil: Alors, il fe reflbuvint dune lierbe quilnbsp;avoit apportée de la Paleftine, amp; qui avoicnbsp;la propriété de rompre tout enchantement;nbsp;mais il fut dans 1inipolïïbilité de laller cher-cher lui-même; il appela fes domefliques amp;ilsnbsp;ne répondirent point : Jamais Charlemagnenbsp;néprouva autant dimpatience; il eüt défirénbsp;pouvoir fe rendormir; il ne favoit pasjufqu'4nbsp;quand devoit durer eet enchantement; il crai-guoit, dailleurs, que les fils dAymon ne pronbsp;fitaflent de cette circonftance.
Maugis eut tout Ie temps de mettre en fureté les elfets quil emportoit; il prit quelques che-vaux, quil éveilla, les chargea de fon or amp; denbsp;fes épées, amp; les conduifit dans un bois, fous lanbsp;garde dun Berger, a qui il promit une récom-penfe; enfuite, il reprit la figure du Pélerin,nbsp;fouslaquelle il avoit parlé a Charlemagne, lorf-que Richard fut fait prifonnier ; mais il gardanbsp;fes habits amp; ne conferva du Pélerin que Ienbsp;baton amp; Ie rochet. II revint au camp dansnbsp;eet équipage, amp; alia devant la tête de PEin-peretir, jetant des cris plaintifs amp; demandantnbsp;pieufement du fecours. Charles 1entendit, 8cnbsp;reconnut la,voix du Pélerin. Entre, entre,nbsp;5, rnon ami, lui dit-il; cefl: Ie Roi qui te Ie
tente. Quevois-je, dit Ie Roi? les habits
XI de Maugisl____Ah! Sire, sécria Ie Pélerin
» en fanglotant, il ma meurtri de coups; il conduifoit trois chevaux chargés dor, denbsp;pierreries, amp; de très-belles épées; je 1ai re..nbsp;» connu pour un des fcélérats qiü tuèrent iiiesnbsp;compagnons fur Ie chemin de Balan^on ; jajnbsp;33 voulu fuir ; mais, infirme amp; malade eom-33 me je fuis, je ne pouvois aller bien loin;nbsp;33 il ma arrêcé. Traitre, ma-t-il dit, jainbsp;33 befoin de tes haillons pour nêtre pas re-33 connu ; Comme je Ie foupgonnois dun mau-3, vais deflein, jai refufé; alors, il ma terraf-33 fé , ma tanc battu avec mon bourdon , quenbsp;33 je lui 'ai demandé grace : Jai fait tout cenbsp;3, quil a voulu; il ma fait déshabiller , il sefl:nbsp;33 déshabillé lui-même ; il ma donné fa cotte-33 d'armes, fa vefte amp; tout ce que vous voyez;nbsp;33 il seft couvert de mes haillons, amp; il eftnbsp;33 parti ; Mais, Sire, je viens de traverfer Ienbsp;33 camp amp; tout y eft pïongé dans Ie fommeil 3nbsp;33 amp; vos gardes, amp; ces Chevaliers, tout dort;nbsp;3, vousfeul veillez, amp;, cependant, il eft midi.nbsp;», Tu vois, lui dit Charles, un effet des en-33 chantemens de Maugis Charlemagne ra-conta au Pélerin ce qui sétoit pafle depuisnbsp;la veille ; il lui dit de 1aider a brifer lanbsp;chaine qui Ie retenoit; Ie Pélerin Ie dégagea;nbsp;Charles, pour lui marquer fa reconnoiflance,nbsp;lui donna quelques pièces dor; Ie Pélerin 3nbsp;en les mettant dans la poche de fa vefte ,nbsp;temoigna de la furprife; il en retira une petite bouieille rempUe dune eau très-limpide»
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Maugls, dit-il, a, fans doute, oublié ce flacon; je ne fais a quoi il peut être utile.nbsp;5, Gaide-toi de ten ferviir, dit Charlemagnenbsp;en Ie lui ótant des mains; ceft, fans doute,nbsp; quelque compoiition infernale pour fes en- chantemens,,; amp;, en difant ces mots, ilnbsp;jeta la bouteille avec colère. Dès que la va-peur de la liqueur fe fut répandue, tous iesnbsp;Barons amp; les Pairs, les Gardes, les Officiers,nbsp;séveillèrent i la fois. Quelle fut leur furpri-fe, de trouver, au lieu de Maugis, Ie Péle-lin quils avoient vu, amp; quils reconnurent!nbsp;Charles leur répéta ce quil en avoit appris, 'nbsp;amp; la fuite du prifonnier, amp; tout ce quil fa-Toit. II dit a Naimes amp; d Olivier : Vou'snbsp;,, mavez répondu de lui, ceft a vous que jenbsp;,, dois men prendre. Sire, répondit Roland,nbsp;,, nous en avons répondu jufquau point dunbsp;jour, amp; ilparoiflbitdéja, lorfque nous nousnbsp;,, fommes endormis ; Maugis, lui-même (ilnbsp; men fouvient) nous a rendu notre parole,nbsp;,, amp; nous a dit quil ne répondoit plus de rien:nbsp;Vous vous étes même empOrté centre lui;nbsp; jufque-la, Maugis eft quitte envers nous.
II eft vrai quil vous avoit donné fa foi quil ne partiroit pas fans prendre congé de vous,nbsp; amp; , en cela, il a manqué de loyauté; non,nbsp; vraiment, reprit Ie Roi, il ma éveillé, toutnbsp; expres, Ie premier, pour me dire quil par-,, toit. Quoi! Sire, dit Olivier, vous 1aveznbsp; vu, vous lui avez parlé, amp; vous ne nousnbsp;,, avez point éveillés! amp; vous ne 1avez pointnbsp; arrècé! Je nai pu ni lun nilautre, reprit
-ocr page 231-« Ie Roi, Ie traitre mavoit enchatné; Scjai 5» eu beau crier , le charme étoit fi fort, quenbsp;rien n'a pu incerrompre votre fotqmeil. Maisnbsp;oii peut-il être allé? ce Pélerin Ia rencon-tré, au fortir du camp, conduifanc troisnbsp;chevaux chargés dor amp; dépées : Dépées Inbsp;») sécria Roland, qui saperqur, dans le mo-naenc, que Durandal lui manquoit. 0 ciel Inbsp;»il emporte la mienne Chacun des Chevaliers vit quil avoit fait la même perte; ilsnbsp;en furent tous confternes, fe regardant lesnbsp;uns les autres; Charlemagne ne tarda pas, nonnbsp;plus, a fe convaincre que Maugis lui avoicnbsp;tavi fa couronne amp; fes pierreries, amp; fa colèrenbsp;fut a fon comble. Volons, courons après Icnbsp; traitre, sécria-t-il; mais ou le trouver? Jenbsp; ne le crois pas bien éloigné, dit le Pélerin; jenbsp; lai vu gagner un petit bois, hors dunbsp;»gt; camp; fes chevaux étoient fi chargés, quil nenbsp;gt;» peut pas avoir fait beaucoup de chemin,,.nbsp;11 solTrit de leur fervir de guide; on Pac-cepte , mais, comme il pouvoit, a peine , fenbsp;foutenir, il pria Charles de lui donnet unnbsp;de fes chevaux. Tandis quon choilit amp; quonnbsp;felle le meilleur, Charles ordonne a fix Cavaliers de fe tenir prêts a marcher; la vapeurnbsp;de la liqueur enchantée, sétoit répandue fucnbsp;tout le camp, amp; les Cavaliers séveilloient,nbsp;comme sils étoient encore a demi-endormis;nbsp;la confufion régnoit par-tout. On eut bien denbsp;^ peine a la'faire cefier. Quand le cheval denbsp;Charlemagne fut prêt, on 1amena au Pélerin;nbsp;il fit bien des cris amp; des efforts pour le mon-
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-ocr page 232-ter; amp; gt; enfin, on fut obligé de 1y porter h de 1y foutenir : Cependanc, il fe raffermicnbsp;peu a peu; il demanda une épée. Je favoisnbsp; men fervir autrefois, dit-il, mais, dansnbsp;,, 1état oil je fuis, cell: une vaine parure;nbsp; nimporte,,. II prit 1épée dun air gauche,nbsp;amp; la porta, comme il put, toute nue dans fanbsp;main.
Lordre du depart donné, Ie Pélerin fe mit è leur tête , amp;, lorlquils furent fortis du camp,nbsp;il les conduifit dans une gorge fonnée de deuxnbsp;montagnes a pic. Cell dans ce bois, quenbsp;), vous voyez dici, dit-il a Charlemagne, quenbsp;,, jai vu entrer Maugis. Ne jugeriez-vous pasnbsp; a propos que je vous devan9affe dequelquesnbsp;,, pas? Si Maugis eft dans Ie bois, amp; quil menbsp; voye ainfi monté, il ne manquera pas denbsp; courir fur moi, pour menlever mon che- val; amp;, comme vous ne ferez pas éloigné,nbsp;?, au moindre cri, vous viendrez a mon fe-,, cours, amp; vous entourerez Maugis.
Lavis du Pélerin fut approuvé ; il gagna les devans; quand il eut pafle Ie défilé amp; qiiilnbsp;cut mis entre la troupe de Charles amp; lui imnbsp;efpace de quinze a vingt toifes, il te re-tourna , frappa la terre avec fon bourdon ,nbsp;amp; forma, dune montagne a lautre, un precipice dont on ne voyoit pas Ie fond : Alors,nbsp;il reprit fa véritable forme, amp; cria a Charlemagne amp; aux Chevaliers : ReconnoilTez ,nbsp;,, enfin, Maugis; I'or, les pierreries, la cou-j, ronne de Charles, amp; vos épées, tout vousnbsp;ti fera rendu, quand vous voudrez con'fentir
-ocr page 233-a la paix qvie les fils d'Aymon vous ont »gt; propofie. Ne clierchez point a me fiüvre ;nbsp;I) je ferai piutót arrivé a Montauban, que vous
naurez tourné ces montagnes, amp; franchi 55 ce précipice , qui Ie refermera de lui-mêmenbsp;5j lorfque je ferai en fureté On lui langanbsp;quelques traits; mais il difparut comme unnbsp;éclair.
La fureur parvenue jufqua un certain dé-gré , sévanouit fouvent , amp; , furtout, chez les Frangois. Charlemagne amp; les Pairs deroeu-rèrent, quelque temps« confondus; ils ne foir-tirent de leur étonnement, que pour délibé-rer fur ce quils avoient a faire. Pbur parvenirnbsp;au bois que Maugis leur avoit indiqué, il fal-loit franchir Ie précipice, ce qui étoit impra-ticable, OU tourner la montagne par un dé-tour de dix lieues amp; par des chemins très-dif-ficiles. On ne décida rien, lon reprit Ie chemianbsp;du camp , amp; les Chevaliers arrivèrent i lanbsp;tente de Charlemagne , en plaifantant fecret-tement de cette aventure. Les feuls Charlesnbsp;amp; Roland la trairoient plus férieufement.
Cependant, Maugis, après avoir repris fOQ tréfor,sen retournoit tranquillement a Montauban j il pafl'a dans Ie bois oii Reuaud sétoicnbsp;arrêté. Bayard fentit Maugis, amp; hennit denbsp;tqute fa force. II emporta fon maitre vers Maugis, qui, dabord, ne reconnut pas fon coufin.nbsp;55 Qui êtes-vous, lui dit-il, amp; que faites-55 vous ici ? Renaud fort de fa rêverie, fenbsp;*gt; precipite è fon col; je courois è votre fe-« cours, lui dit-il; Yous feriez arrivé trop tardgt; ¦
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,, réppndit Maugis, fi Ie del ne fut venu a ,, mon aide. II lui raconta tous les évènemensnbsp;,, qui sétoient pafles depuis quils s'étoientnbsp;,, féparés. Jemporte un butin immenfe, nonnbsp; pour en profiter, mais pour forcer nos en-
nemis a la paix.
Coinme ils approchoient de Montauban, ils renconirèrent, a la tête de deux mille Cavaliers , Alard, Guidiard amp; Richard, qui alloientnbsp;au camp de Charlemagne, ou pour délivrer,nbsp;OU pour venger Maugis; ils étoient triftes amp;nbsp;abattus;mais, en revoyant Maugis amp;Renaud,nbsp;ils fe livrérent a Ia joie. Guichard ne fit quenbsp;les embrafler, amp; les quitra, pour aller annon-cer leur retour a Yolande, qui yint au devantnbsp;deux avec fes enfans. IJs rentirèrent triom-phans; Maugis étala Ie butin quil avoit fait,nbsp;amp; il fut décidé quon placeroit fur la plusnbsp;haute-tour, 1aigle dor du Pavilion de Charlemagne.
Lorfque Ie Rol vit fon aigle, qui réfléchif-foit, a cinq lieues d la ronde, les rayons du folei!, i! appela fes Pairs: Quelle bonte pournbsp;,, nous, leur dit-il, quel trophée pour mes
ennemis! Ah! ce fut un grand malheur, ,, quand nous fïmes Ie projet dentrer dans lanbsp;,, Gafcogne; 11 quelque chofe peut nous ex-5, cufer aux yeux de Ia poftérité, cell 1artnbsp;5, magique de Maugis; car, qui peut réfifternbsp;5, a un ennemi qui combat avec des forcesnbsp;5, furnaturelles Mais, fi 1enfer Ie protege,nbsp;5, quavons-nous fait au ciel pour nous aban-jjdonner? -Ne iaccufoas point; U condam-
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ne, fans cloute , des Sujets rebelles; mais 3t il veut nous humilier. Cquot;eft a nous dappai-jj fer fa colère par notre foumiffion. Naimes,nbsp;jjOger, Eftouteville, Turpin, vous êtes pa-y; rens de Renaud ; allez dire aux fils dAy- mon que , s'ils veulent me rendre ma cou-9) ronne, mon aigle, mes pierreries amp; vosnbsp;»» épées , je confentirai a une trève de deuxnbsp;5, ans, amp; que je ramenerai mes troupes.
Les Chevaliers partirent; ils fe préfentè-lent a la principale potte de Montauban; ils demandèrent i parler aux fils dAymon. Renaud , fes frères amp; Maugis, députèrent Richard , pour les recevoir; ii les conduifit dansnbsp;la Ville, amp; Renaud vint au devant deux;nbsp;il les combla de marqués damitié, prit Ogernbsp;par la main, les accompagna au Chkeau, amp;nbsp;les préfenta a Yolande , qui les vit avec plaifir,nbsp;amp; leur témoigna Ie défir quelle avoit de lanbsp;paix , pour que fon époux put fe réunir anbsp;ia familie. Renaud leur demanda Ie fujet quinbsp;lui procuroit 1avantage de les recevoir.nbsp;5, Vous favez, lui dit Oger, combien nousnbsp;,, vous aimons tous, amp; que, silneüt dépendunbsp; que de nous, toute querelle entre Ie Roinbsp;amp; vous feroit, depuis long-temps, termi-,, née ; cependant, vous niguorez pas quenbsp; Maugis, votre coufin , vient de nous faire,nbsp;5) a tous, Ie plus fanglant outrage ; II nousnbsp;a prié de Ie pkiger auprès de Charlema-»gt; gne; il avoit promis de ne pas sévader,nbsp; amp; de ne partir quavec notre congé : Nonnbsp;}, feulement, u gft parti pendant notre fom-
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rneil,mais encore, il a emporté la couronne.» les bijoux, le trefor du Roi , amp; Jes épéesnbsp; de tous les Chevaliers. Le Roi demandenbsp;,, que voos lui rendiez fonaigle dor, ce quenbsp;,, Maugis lui a enievé, amp; nos épées, amp; il con-,, fent a one trè ve de deux ans, amp; a recirer fesnbsp;j, troupes de la Gafcogne.
Alors, Maugis pric la parole : Seigneurs, ,, leur dit-il, vous favez que je nai manquenbsp;,, a aucun de mes engagemens, amp;, li'- quel- quun peut prouver que je ne les aye pas
tnnc i*PtTin1ic . nbsp;nbsp;nbsp;pnnr^nc A
tous remplis, je confens a maller remet-,, tre entre les mains de Charles. Parlez; quel- quun de vous a-t-il rien a me reprocher? ,, Vous maviez pleige jufquau jour feule-,, ment, amp; je nai brifé mes chames quaprèsnbsp; le foleil levé; j'ai pris congé du Roi, commenbsp; je my étois engagé; il eft vrai que je fuisnbsp;,, parti dans le temps que vous dormiez, maisnbsp;je ne métois pas engagé de prendre congénbsp; de vous, Il eft encore vrai que, par monnbsp;,, art, vous avez dormi plus long-temps quenbsp;vous ne deviez; mais, avois-je promis denbsp; ne pas me fervit de mon art ? Jai fait unnbsp; butin confidérable dans la rente de Char- lemagne; en cela, je nai fait quufer dunbsp; droit de la guerre. Mais, jai eu , en le fai- fant, un motif plus noble , ceft dengagernbsp; Charles a confentir plus promptement a lanbsp;,, paix, dont une des conditions fera la ref-,gt; titution de tout ce que jai emporté. Mais,nbsp; nous difcuterons, demain,plus profondementnbsp;»gt;cette matière; livrons-nous, aujourdhui,
-ocr page 237-ft au plaifir de nous retrouver enfemWe II ordonna quon préparêt un feftin magnifique *nbsp;amp; la nuit Ie paffa dans les fêtes amp; les plaifirs.
Le lendetnain, Ie Due Naimes demanda i Renaud quelle réponfe il vouloic faire auxnbsp;propofitions du Roi. Je confens a tout, ré-», pondit Renaud , pour avoir la paix; je nenbsp; défire que de vivre avec Charlemagne ennbsp;,, fujet foumis amp; fidelle. Jaccepte la trèvenbsp;,, de deux ans. Jefpère que, pendant ce temps ^nbsp; il exaucera nos vceux , amp; que vous vous em-,, ployerez pour ly déterminer.
Renaud fit apporter 1aigle, la couronne 8s 1épée de Charlemagne. II donna a chacunnbsp;des Envoyés, celle qui lui appartenoit; Unbsp;chargea Naimes de remettre les autres: II ren-dit tous les bijoux, amp; tout lor, fans ennbsp;lien retenir. Oger, étonné de tant de gé-nérofité, ne put sempêcher de lui dire,nbsp;lt;5Ue jamais guerrier n'avoit fait un biitin finbsp;rich's amp; fi glorieux, amp; ny avoit renonce avecnbsp;tant de grandeur dame, amp;, que le Roi de-vroit être touché dun fi grand facrifice;nbsp;maïs Richard ne vouloit point que fon frèrenbsp;difposk de 1aigle dor. Si Maugis, dit-il,nbsp;j, a enlevé la couronne par fon art magique,nbsp; jai gagné 1aigle par forces darmes, amp; jenbsp;ï» noublierai jamais que, prifonnier du Roi,
il me frappa dans fon Pavilion Renaud pria tant fon frère, quil céda 1aigle dor.
Oger invita Renaud de venir au camp de Charlernagne avec eux, tandis que Maugisnbsp;garderoit Montaubanj mais Renaud, quina-
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voic point de confiance au Roi, ne vonloit pas s'expofer , Eftouteville soffrit de refter anbsp;Montauban pour otage; Naimes promit, aunbsp;nom des Chevaliers, de mettre Renaud a couvert de route infulte. Enfin, Refiaud y con-fentic. II sarma de routes pièces, amp; prit, avecnbsp;lui, Alard amp; deux Chevaliers. Yolande, fonnbsp;époufe, accourut toute tremblante ; elle fitnbsp;tout ce quelle put pour détourner Renandnbsp;de ce voyage; elle fe jeta aux genoux desnbsp;Chevaliers, pour leur recommanderfon époux :nbsp;Oger lui donna fa parole quil ne lui arriveroicnbsp;rien.
Lorfquils furent arrivés a Balan^on, Oger, qui connoiftbit Ie caraftère vindicatif de Charles, propola de les devancer pour fonder fonnbsp;ccEur amp; lavoir fes intentions; Naimes fe char-gea de lui parler amp; de venir avertir Renaud,nbsp;qui attendroit fon retour. Renaud confentitnbsp;a tout.
Oger amp; Naimes partirent, Eftouteville amp; 1Archevêque Turpin demeurèrent avec Renaud; ils fe félicitoient tous du retour de lanbsp;paix; ils la croyoient aflurée.
Le hafard voulut que Pinabel, neveu de Charlemagne, fe trouvSt au gué de Balangonnbsp;amp; quil entendit tout. Pinabel, Courtifan in-folenc amp; ISche flatteur, fe plaifoit dans lenbsp;trouble amp; haïflbit la vertu. II fe faifoit unenbsp;étude de perfécuter tous ceux quil voyoitnbsp;aimés amp; eftimés. II alia empoifonner auprèsnbsp;de Charlemagne, fon oncle, Ie voyage de Renaud, quil fit palier pour un complot. Char-
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lemagne ori^onna a Olivier de prendre quatre cents Cavaliers bien armés, amp; daller è Ba-langon, ou il trouveroit Renaud amp; Alard fonnbsp;ftère, amp; de les lui amener, quand il devroitnbsp;y facriSer toute fa troupe. Olivier, qui igno-loit la promefle quOger amp; Naimes avoir faitenbsp;a Renaud, partir pour exécuter les ordres dunbsp;Roi. A peine étoit-il forti du camp, quOgernbsp;amp; Naimes arrivèrent a la rente du Roi : Ilsnbsp;quot;Virent le mécontentement fur fon front, amp;nbsp;la colère dans fes yeux. ,, Sire, lui dir Oger,nbsp;sgt; VOS regards févères ont de quoi nous lur~nbsp;}j prendre ^ nous avons rempli notre commilTionnbsp;aveola plus grande fidélité; nous rapportonjnbsp;gt;1 le burin que Maugis avoir fait; Renaud nousnbsp;9» a tout remis, avec une exaftitude qui 3nbsp;gt;gt; droit de furprendre dans un vainqueur. Il »nbsp;35 tout facrifié au défir de la paix. Ou eft Re-93 naud ? leur demanda brufquement le Roi :nbsp;93 Je fais que vous êtes venu avec lui. Sire gt;nbsp;jj il eft vrai que nous 1avons déterminé denbsp;3, venir vous offrir fon hommage, fur la foinbsp;de la trève que -vous lui avez accordée, amp;nbsp; pour recevoir vos otages amp; fe mettre ennbsp; otage lui-roême. Eftouteville a voulu refternbsp; a Montauban comme garant de la foi quenbsp;93 nous avons donnée a Renaud; mais Renaud,nbsp;»3 plus généreux, 1a refufé, amp; sen rapportenbsp;,3a^noire parole amp; è votre foi. Je ne veuxnbsp; d un tel otage, reprit Charlemagne, quenbsp;,, pour le traiter comme Richard amp; commenbsp; Maugis. Ah! Sire, sécria Oger, fongez quenbsp;9, Renaud ne seft livré que fur la foi dune
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,, tïève que voüs-même lui avez offerte, Sire, interrotnpit Naimes, de tels propos font in-,, dignes dun Roi; gardez-vous de commettrenbsp; un tel crime, il vous rendroit Pexécrationnbsp; de tous les Peuples de 1univers. Cette pen- fée odieufe ne vient pas de vous; faites-moinbsp;,, connoicre Ie traitre qui vous 1a fuggérée,nbsp; amp; je vous vengerai de laffront quil vous anbsp;,, fait. Je vous déclare, Sire, quavant de fouf-frir eet attentat, Oger, Naimes, Turpin amp;nbsp;,, Eftouteville, que vous déshonoreriez, ver- feront leur fang pour 1empêcher, amp; quilsnbsp; défendront Renaud contre vous-méme. Qui!nbsp; nous! qui 1avons prefque forcé de nous fui-,, vre, que nous fuffions caufe de fa mort amp; lesnbsp;complices dune perfidie? Non, Sire, ja- mais. Nous devons vous fervir, fauf notrenbsp;,, honneur, Sr ceft notre honneur que vousnbsp; voulez fléirir! Sire, difpofez de notre vie,nbsp; nous vous en avons fait Ie facrifice en vousnbsp;,, donnant notre foi; mais notre verru nenbsp;,, dépend que de nous Vous êtes Ie plus puif-,, fant Roi du monde; vous avez la force ennbsp;main, amp; vous pouvez faire périr dans lesnbsp; fupplices 1homme de bien comme Ie fcélé-rat; mais, tous les Rois de la terre, li-enfemble , nont pas Ie pouvoir denbsp;,, forcer un honnête horame a trahir fa con- fcience, a la faire parler ou fe taire a leurnbsp; gré. Si vous avez des Courcifans aflez II- ches pour étre les minilires dun allaflinat,nbsp; vous pouvez les employer, amp; non pas denbsp;braves Chevaliers, qui ont juré de ne ja-
-ocr page 241-d* Ay mort. nbsp;nbsp;nbsp;^15.5
ï, maïs fonffrir Ie crime, de quelque rang que 5, foic Ie criminel.
Cependant, Olivier arrive, amp; rencontre Re-Kaud, fans armes, éloigné de Bayard. Renaud sapproche de Turpin amp; dEftouteville : Per- fid.'S, 'leur dit - il, vous mavez trahi ;nbsp;», jamais je ne me ferois attendu a cette dé-»»loyauté! Que dites-vous,Seigneur? répondnbsp;j, Turpin, nous, des traitres! Je vous jure,nbsp;», que nous vous tiendrons ia parole que nousnbsp; avons donnée, de vous defendre jufqua lanbsp;,, dernière goutte de notre fang : Si quelquunnbsp; a pu vous trahir, croyez que ce neft ninbsp;,, Oger, ni Naimes, ni nous. Alors, Renaudnbsp;,, dit a Olivier : Souvenez-vous que, lorC-que, dans la plaine de Vaucouleurs, Mau-,, gis, mon coufin, vous abattit, je vous ren»nbsp;,, dis votre cheval, amp; que, vous ayant aidenbsp;»» a y remonter, je vous aidai a prendre vo- tre revanche; rendez-moi courtoifie poutnbsp; courtoifie, amp; permettez-moi, feulement,nbsp; de monter fur Bayard. Seigneur, réponditnbsp; Olivier, je nai jamais fu oublier nn bien-,, fait. Je fuis au défefpoir de vous avoir ren- contré ici, amp; je ne fais pourquoi Ie Roinbsp; ma choifi pour me faifir de vous.
Comme ils parioient encore , voila Roland qni venoit aider Olivier a fe rendre maitrenbsp;de Renaud amp; de fon frère : ,, Rendez-vous,nbsp;,, leur crie Roland, vous ëtes mes prifon-»gt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦ Comme il proféroic ces mots :
Roland ! Roland ! lui crie Oger, qui, en fortant du Pavilion de Charlemagne, étoic
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quot;Les ^uatre fils
,5 accoufu au fecours de Renaud, gardez-vous }j de faire aucun mal aux ills dAymon 1 Sa-jgt; chez que ceft Ie Due Naimes Sc moi quinbsp;les avons conduits, fur notre foi amp; fer-9, ment, pour prendre Sc donner les otagesnbsp;y, de la trève que nous avons propofée a Re-,, naud, de la part du Roi, qui nous avoirnbsp;j, envoyés vers lui è Montauban ; Vous nenbsp;,, pouvez lui faire aucun outrage que nous nenbsp;Ie partagions avec lui, Sc, li vous 1'atta- quea, nous Ie défendrons Olivier fe joi-gnit a Oger, pour engager Roland a ne pointnbsp;attaquer Renaud. II me rendit, autrefois,nbsp; un fervice important, difoit Olivier, Sc jenbsp; dois lui en marquer ma reconnoiliance. Réu-,, niflbns-nous, Sc, fi Renaud veut y confen- tir, nous 1accompagnerons, tous, au Pa- villon de Charlemagne, pour 1engager 4nbsp; faire la paix. Sil la refufe, reprit Naimesnbsp;qui avoir fuivi Oger, Sc quen outrageancnbsp; Renaud, il veuille nous rendre fufpecbs denbsp; trahifon, nous ne Ie fouffrirons^point, Scnbsp; nous combattrons pour Renaud.^ Ce feroitnbsp;a nous une lacheté indigne de labandon- ner Naimes demanda a Renaud, sil ynbsp;confentoit. Renaud fe livra a leur bonne-foi;
Les Chevaliers Ie prirent au milieu deux, Sc ils partirent.
Oger sapprocba, Ie premier, de Charlemagne : Sire, lui dit-il, vous nous avez envoyés vers Renaud, lui ofl'rir une trève ;nbsp; Nous avons rempli vos ordres en bravesnbsp; Chevaliers Sc en ferviteurs fidelles. Renaud
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i) a accepté toutes les propofitJons que nous lui avons faites de votre part; il nous anbsp;»remis non feulement votre couronne, lesnbsp;» épées de vos Pairs, amp; la vótre, mais 1aiglenbsp;dor, qui, par dtoit de conquête, appar-}j tenoit a fon frère : Nous lui avons promis,nbsp;» fur votre parole, que, la trève acceptée, ilnbsp;v ne lui arriveroit aucun mal; amp;, cependant,nbsp;»gt; au mépris de vos fermens lacrés, vous en-jj voyez au devant de lui pour Ie prendre,nbsp;», amp; ceft un de vos plus braves Chevaliers,nbsp;9, dont vous furprenez la foi, pour Ie char-99 ger de cette expédition. Ainfi done, la foinbsp;99 des traités ne feroit quun piége pour trom-,, per 1honnête homme q\ü ne connoit pointnbsp;,, la méfiance, paree quil .eft ineapable denbsp;trahifon! Non, Sire, cela ne fera point;nbsp; mais, fi vous croyez que les propofitionsnbsp;99 que vous avez fait faire a Renaud, vousnbsp;99 foient défavantageufes, fi vous vous re-99 pentez de lui avoir aecordé une trève,nbsp;9, renvoyez Renaud è Montauban , amp; ren-9, dez-lui Ie butin de Maugis amp; celui dQnbsp;,, fon frère ; alors, ordonnez-nous daller ,nbsp;,, les armes a la main, reconquérir votre cou- ronne, votre aigle, votre tréfor amp; nosnbsp;99 épées, nous combattrons loyalement; vousnbsp;99 agirez en Roi, amp; Ie ciel bénira la caufe quilnbsp;99 jugera la meilleure.
Charleinagne impofa lilence a Oger, amp; lui dit quil ne feroit que ce qu'il lui plairoit, quilnbsp;ne laiflèroic point échapper Renaud auffi ai-féraent que Maugis, amp; quil étoit decide 4 Ie
-ocr page 244-punir comme traitre amp; rebelle. Non, Sire, ,, reprit Oger, vous ne le ferez pas. Préten- dez-vous, lui dit Charlemagne en 1inter-9, rompant, défendre mon ennemi centre moi,nbsp;,, amp;partager fon crime? Sire, répondit Oger
d'un ton ferme, je défendrai ma loyauté cóntre rous. Je la défendrai centre le cielnbsp; même.
Renaud les interrompit ; Sire, dit-il avec une modefte fierté, quel eft votre deflein,nbsp;amp; quexigez-vous? Vous mappelez traitrenbsp;9, amp; rebelle; Dieu fait que je ne fuis ni 1unnbsp; ni 1autre, amp; quil n'y en eut jamais dansnbsp;9, ma familie; il ny a homme ïur la terrenbsp; qui osamp;t me faire un tel reprbche avec im- punité; mais, Sire, 1autorité fuprèmepeutnbsp; tout fe permettre, paree quelle na rien 4nbsp;9, craindre.
Charlemagne fentit quil avoit été trop loin, êt, pour le réparer en quelque forte, il ditnbsp;^ Renaud ; ,, Je fuis prêt de foutenir ce quenbsp;j'avance les armes a la main : Je fuis Che- valier autant que Roi. Sire, répondit Re-j, naud, jaccepte le combat; Naimes, Oli-,, vier, Oger amp; Turpin feront mes répondans.nbsp;5, Nous le devons, dirent les Chevaliers, amp;nbsp;^ nous le fommes,,. Le Roi vouloit tenir fanbsp;parole; mais Roland 1empêcha amp; demanda anbsp;combattre k fa place. Sire, ditRenaud, choi- fiflez.
Quand les Chevaliers eurent répondu pour Renaud, Bayard lui fut rendu; il sen retqurnanbsp;i Montanban, ou lon croyoit la paix affurée.
-ocr page 245-XiS lendemain, après avoir tendrement em-brafle fon époufe, il dit a fes frères : Je vais gt;j combattre Ie plus brave Chevalier quil ynbsp;»3 ait au monde. Je ne puis prévoir quel feranbsp;3j ie fuccès du combat. Mes amis, mes frères,nbsp;jgt; ie VQus recommande ma chère Yolande amp;nbsp;5j mes enfans: Je remets en vos mains la gardenbsp;.»gt; de ce Chateau; ceft Ie feul heritage que jenbsp;puiile leur laiffer ; eh l qui fait encore ünbsp;Charlemagne, étendant fur eux fa hainenbsp;j, contre leur père, voudra leur permettrenbsp;,, den jouir tranquillement? Défendez-le, amp;nbsp;,, apprenez-leur a Ie défendre. Ce neft pasnbsp; que je défefpère de vaincre Roland, jai pournbsp; moi Dizu amp; mon épée, la juftice d'une bonnenbsp;j, caufe, amp; un courage égal au fien; mais jenbsp;j, puis être vaincu : On nous juge de la mêmenbsp;»j force.
Les frères de Renaud ne voulurent point ^emenrer; ils laifférentMaugis maltre deMon-tauban, amp; accorapagnèient Renaud au lieu dï»nbsp;combat.
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Les quütre fils
C H A P I T R E XVI.
Combat entre Renaud amp; Roland. Maugis les fauve, lun amp; 1'autre, par un prodige denbsp;fion art magique. Roland fuit Renaud dnbsp;Montauban. Charlemagne met Ie fiége devantnbsp;ce Chateau. Le Rol ejtenlevé dans Ie Palaisnbsp;de Maugis, amp; livré d Renaud. Maugis fortnbsp;de Montauban, amp; fe retire dans un lier^^nbsp;mitage.
peine le jour eut-il paru, que Roland sarma, amp; tnonta a cheval, pour fe rendre furnbsp;le champ de bataille. II alia, auparavant,nbsp;prendre congé du Roi. Mon neveu, lui ditnbsp;j, Charlemagne, puiffe le Dieu des armées tenbsp;gt;, foutenir amp; te défendre! Sil prête fon fe-,, cours a la bonne caufe, il dolt protéger Re- naud; car je ne puis diffimuler que , dansnbsp; certe occafion, la juftice eft pour lui. Sire,nbsp;,, répondit Roland , il n'efl: plus temps denbsp;,, fe repentir, je me fuis engagé trop avant. Ennbsp; refufant le combat, je me couvrirois denbsp;honte, amp; elle rejailliroit fur vous. Maïs,nbsp;,, Sire, en faveur du danger auquel vous mex-,, pofez en combattant un brave Chevalier,nbsp; qui a fur moi 1avantage de la juftice, fouf-3, frez que je vous conjure daccorder auxnbsp;3, fils dAymon la paix quils vous deman-3) dent Charlemagne ne répondit rien a fon
neveu; mais il fentit, en fongeant a Pinabel, «ombien les Courtifans amp; les flatieurs étoientnbsp;funeftes aux Souverains.
Cependant, Renaud étoit déja fur le champ bataille. Roland brdloit dimpatience. Cesnbsp;^eux fiers xivaux séroient déja rencontrés plu-fieurs fois; mais la viéloire avoir toujours écénbsp;indécife. Quand 1un fembloic la fixer par fonnbsp;audace amp; par fon impétuofité, Iautre la rap-peloit par une valeur éclairée amp; prudente. Ilsnbsp;avoient le mêine courage amp; la même force, amp; ,nbsp;fi 1un avoir plus daélivité, Iautre avoir plusnbsp;dadrefle amp; de conftance. Dauffi loin quenbsp;Roland apergut Renaud, il lui cria, dun tonnbsp;iropérieux : Enfin, Renaud, tu ne peuxnbsp;5, éviter ton Ibrt; voici le jour ovi tu vas cef-5, fer de te croire invincible. Tu me menaces,nbsp;¦gt;, Roland, répondit Renaud, crois-moi, foisnbsp;plus modefte; un Chevalier prudent nt;nbsp;5, chante jamais fa viéloire avant le combat,nbsp;s, Veux-tu la paix; veux-tu combattre? 1unnbsp;») amp; Iautre eft a ton choix, Quelquhonneucnbsp;9, que jattende du triomphe, je lui préfère lanbsp;paix, qui rendra le calme a 1Etat,, amp; Ja-mour des Peuples è ton maitre. Je ne fuisnbsp;. »5pas venu, repliqua Roland, pour conclurcnbsp;»gt;un traité. Eh bien, combattons, dit Re-», naud. : Crois-moi, fonge a te défendre,nbsp; répondit Roland.
A ces mots, ils piquentleurs chevaux, fon-dent 1un fur Iautre, amp; leurs lances, en fg brifant, formèrent dans les airs une pouffièrenbsp;légere; leurs écus fe choquerent, amp; le choc
L
-ocr page 248-füt fi rude, que Renaud, avec fa felle» alla tomber derrière amp; loin de Bayard, amp; quenbsp;Roland abandonna fes étriers amp; chancela long-teinps. Renaud fe relève, faiflt Bayard parnbsp;la crinière , remonte fans felle, amp; porta 4nbsp;Roland un coup li terrible fur fon haubert,nbsp;que fon cerveau en fut ébranié; Roland fenbsp;lemit, amp;, alors, commen9a un combat quinbsp;effraya les fpeélateurs. Chaque coup emportoitnbsp;un éclat de leur armure; leurs épées tran-ïhoient 1acier, comme la hache du Bucheronnbsp;ie tronc dun, vieux chêne. Naimes, en lesnbsp;regardant, ne put setnpêcher de sécrier:nbsp;s, Charles, quel eft ton aveuglement? ta du- reté va caufer ia mort des deux plus bravesnbsp;y, Chevaliers quil y ait au monde, amp; tu ne
fonges pas quils pourroient faire, un jour, y, Ie fuccès de tes armes amp; la gloire de tonnbsp;j, empire!
Renaud, voyant que 1avantage étoit égal» dit a Roland : Ayons pitié de nos chevaux,nbsp; ils vont périr, amp; nous nen trouverions pasnbsp; de pareils; defcendons, amp;, fi vous Ie jugesi.nbsp; a propos, nous combattrons a pied,,. Rolandnbsp;y confentit; ils defcendirent amp; coururent 1unnbsp;fur lautre avec autant de légéreté que silsnbsp;neuffent pas effuyé Ia moindre fatigue. Ils fenbsp;portoient les coups les plus redoutables; maisnbsp;leur adrelle d les parer, en rendoii la plupartnbsp;inutiles. Enfin, ils jetèrent leurs épées loinnbsp;d'eux , amp; fe prirent corps a corps; mais jamais 1un ne pouvoit renverfer lautre. Roland faifoic des., efibxts qui auroienc arraciié
-ocr page 249-les chênes les plus robulles; mais la fouplefle de lienaud en lalentiübit ks fecoufles, amp;«nbsp;loi-fque celui-ci courboit Roland jufqud terre,nbsp;fa vigueur. Ié remeuoit fur pied ; Tous deux,nbsp;étonnés, amp; de leur impulfion, amp; de leur ré-iiftance, fe,féparèrenc un moment pour re-prendre haleine. 'Ils sapèr^urent, alors, quenbsp;leurs cafques , .leurs, haubèrts, leurs armure»nbsp;amp; leurs écus fiacafles, nav.oient plus rien denbsp;leur première forme. Ils furent.furpris de leursnbsp;propres forces ; la terre, quils avoient fouléenbsp;en combattant-, étoic auffi dure que laire oünbsp;Ton viérit de battre la moiflbn.
Charlemagne trembloit pour fonneveo, amp; les frères da Renaud frémirent pour leur frère.nbsp;Le Roi invoqua Ie ciel pour Roland, amp; Ienbsp;pria dé faire ceffer le combat; mals le cielnbsp;avoit infpiré aMaugis le délir d'être témoin denbsp;cette aftion memorable. II avoir quitte Mon-tauban, amp;, p'ar fon art, il fe tranfporta furnbsp;üne hauteur voifine du champ de bataille.
Les deux Chevaliers, après sêtre repofe's ün moment, avoientdéja repris leurs épées,nbsp;amp; alioient.^recoramencer a fe battre, lorfquenbsp;Maugis jaflémbla autour deux amp; condenfa desnbsp;gt;apeurs, qui formèrenc un nuage fombre,nbsp;dont ils furent enveloppés. Ils ne fe voyoientnbsp;point Pun 1autre,. Ou. étes - vous ? sé-» crioient - ils mutuellement, ou bien, jainbsp;1; perdu la vue, difoit Roland, ou bien, lanbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ » tout a coup, raroené les ténèbres.
Jentends Roland,, s'écrioit Renaud, amp;: je 4l^nele vois poincj,,. Iis agltoient leurs èpéé^,
244 nbsp;nbsp;nbsp;quatrefils
amp; ne frappoient quun brouillard infenrihle: Ilsalloient, en tatonnant, Iun a la voix.tlenbsp;1autre; enfin, Roland vencontra la main denbsp;Renaud amp; la faifit, amp; , piar ufi'mouvementnbsp;involontaire, Tl embralla fon rival, amp; lui dit:nbsp;,, Vertueux Chévalier, fl Ié jour' vpus luit,nbsp; daignez me conduire , ceR'ünb grSce quenbsp;,, je vous demmde, amp; dont je ferai reconnüif- fant. Oü faut-il aller, démanda Renaud ? nbsp;,, Au camp de Charlemagne,'lui dit Roland,nbsp;,, Vous voyez , reprit Renatid v qu'il anbsp;,, juré ma perte, amp; que je nai dafyle quenbsp; Montauban , amp; vous ne voudriez point ynbsp;,, venir. Pourquoi ny irois-je pas F'y èu- rois - je quelque chofe a craindre avec lesnbsp;,, généreux fils dAyraotl? - N'cfn., certaine-,, ment, ils auroient la plus grande joie denbsp; vous y recevoir. Nous avons coihbattu'avecnbsp;,, un égal avantage , amp;, idit que Ie ciel naitnbsp;pa's voulu que nous périffions, 1un amp; I'au-tre, de fatigue, foic quil dit decide quénbsp; nous ne fuffions vaincus ni lun^ni raurre,nbsp;5, il a répandu , autour de nous , une nuitnbsp; protecSrice. Vous nétes poiiit fnoil prifon-nier, amp; je ne fuis point Ie vótre^, amp;, ffnbsp; vous venez 5 Montauban, ce ferapar ami- tié, amp; de votre bon gré. Mes frères amp; moinbsp; vous y regafderons comme notre parent amp;nbsp; notre ami, amp; nous vous traiterons commenbsp; Ie plus loyal des Che/valicrs amp; Ie neveu, du
Le nuage avoit Ia prppriété dehepointdter te vue des Chevaliers ius fpeiftateurs, qui
-ocr page 251-nentendoienc point ce qu'ils difoient» nnais qui jugeoient, par leurs geftes amp; leurs mou-veniens, que la paix régnoit entreux, amp;, ènbsp;Iexception de Pinabel amp; de Ganelon , toutnbsp;le monde en reflentoit la plus grande joie.nbsp;Les yeux de Renaud aper9urent les premiersnbsp;la clarte , il le die a Roland, qui lui renou-vela fes' prières de le mener a Montauban.nbsp;A peine eut-il témoigné ce défir, que Rolandnbsp;vit la lumière ; il crut revivre une fecondenbsp;fois; il apergut fon clieval, Mélancie, amp; lenbsp;monta, tandis que Renaud montoit fur Bayard.
Charlemagne demeura confondu, en voyant fon neveu fuivre Renaud: ,, O ciel! sécria-i, t-il, Renaud emmène Roland; ils prennentnbsp;,, le chemin de Montauban! Ah! fans doute ,nbsp; il eft fon prifonnier. Seigneurs, laifl'erez-vous ainfi mon neveu au pouvoir de mesnbsp;,»gt;enriemis? Voyez Maugis amp; les frères denbsp; Renaud qui le fuivent; h4tonJ-nous, ebu-}gt; tons le délivrer.
Les Pairs amp; Charlemagne volèrent fur les pas des Chevaliers, amp; les fuivifent jufquauxnbsp;portes de Montauban ; mais Maugis avoir hS-té, par fon art, les chevaux de Roland amp;nbsp;des fils dAymon. Charlemagne furieux, re-vint dans fon camp, il ordonna quon fe tranf-portèt fous les murs de Montauban , pour ennbsp;faire le fiége ; il donna POriflamme a Oli-^ Ü Richard de Normandie la conduitenbsp;du fiége. Tout obéit a eet ordre, on abattitnbsp;les rentes, les bagages furent chargés, amp; 1ar-,mee fe mit en mouvement, Richard dè Nor-
246
mandie conduifit dix mille hommes au gué de Balan9on, pour Ie garder jufqua ce que tout»nbsp;larmée fütpaflee. Le Roi alia lui-méme mar-quer le camp, amp;, quand larmée fut arrivésnbsp;fous les murs de Montauban, il fit élever fonnbsp;Pavilion en face de la potte principale.
Les Sentinelles, qui étoient fur les tours, avertirent Maugis que larmée de Charlemagne avoit invefti la place, que le blocus étoicnbsp;formé , amp; que le Pavilion de Charlemagnenbsp;faifoit face è la Ville.,, Soyez tranquilles,nbsp; leur dit Maugis, dormez, fans rien crain-y, dre : Quand méme Charles entreroit dansnbsp;,, ces murs, il nen feroit guère plus avancé.
Lorfque Ia nuit eut ferme tons les yeux, excepté ceux des Sentinelles amp; des Gardes dunbsp;camp, Maugis alia prendre Bayard, lemonta,nbsp;fortit de Montauban, amp; répandit fur les Sentinelles un charme qui rendoit leur vigilancenbsp;inutile; cétoic une ivrefle qui les faifoit, fansnbsp;ceflè , tournet fur eux - mémes , amp; toujoursnbsp;fur nn pied : II alia a la rente du Roi, amp;,nbsp;dés quil y parut, tous les Courtifans, lesnbsp;Officiers, fe mirent également a pii-ouetter amp;nbsp;è tournet : Le Roi ne comprit riena ce vettige, amp; prit le parti de rire dé routes fes forces ; maisil sendormit fi profondément, quenbsp;Maugis le prit, le mit en travers fur Bayard, lenbsp;condffilit, ainfi, dans Montauban, amp; le couchanbsp;dans fon lit même.'IIalia, enfuite, trouvetnbsp;Renaud, amp; lui dit: Mon coufin, ne fe-yj riez-vous pas bien fatisfait, fi vous pouvieznbsp;n tenir en votre pouvoir le Roi Charlemagne ?
-ocr page 253-d'Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;24^
^ J'en convietis, reprit Renaud; je me ven-ij gerois de lui avec bien du plaifir. Eh 1 y, qaelle vengeance en tireriez-vous? --- Je lenbsp;j, comblerois dhonneurs , je le traiteroisnbsp;^ comme mon Seigneur amp; mon Roi. A c«nbsp;j, compte, venez, fuivez - moi , amp;. Maugisnbsp;conduifit Renaud dans ton Palais , oii il lui fitnbsp;voir le Roi endormi. Alors, Maugis embraflanbsp;Renaud , ceignit une écharpe, pric un bourdon , amp;, pour ne pas oifrir a Charlemagnenbsp;us objet odieux , il fortit de Montauban, fansnbsp;Tien dire a perfonne : Le Portier feul le vitnbsp;fortir. Il alia vers la Dordogne, pafla la riviere , entra dans un bois épais, amp; marchAnbsp;jufqua neuf heures de la nuir, quil lencon-tra, fur une hauteur, un hermitage abandonee;nbsp;il sf repofa jufquau jour. Le lendemain, ilnbsp;examina cette retraite : Cétoit une grottenbsp;très-bien expofée, entourée de quelques arbres,nbsp;moins épais que dans le refte de la forêt Jnbsp;un petit verger, planté du cóté du midi, pro-duifoit des fruits de toutes les faifons; a leursnbsp;pieds étoient des herbes potagères amp; des ra-cines de toüte efj^èce ; devant louverture denbsp;Ia grotte, fermée par une forte natte, cou-lolc une fontaine dune eau claire amp; limpide ;nbsp;Maugis entra dans une autre petite grotte,nbsp;étoit a cóté; cétoit une chapelle ; il fenbsp;profterna , pria 1Étre Suprème de lui pardon-jss égaremens, amp; fe fentit pénétré dunenbsp;fi fainte ferveur, quil réfolut de faire fa de-meure dans cette folitude, de renoncer aunbsp;monde» amp; de ne vivre que des fruits, des
L iv
-ocr page 254-herbes amp; des racines que la^terre accorderoit au travail de fes mains; il fit, furtout,nbsp;des voeux, pour que Ie ciel mit la paix entte Charlemagne amp; les quatre fils dAyinon;nbsp;il réfolut, li cette paix sétabliflbit, de paf-ler Ie refte de fes jours dans eet hermitage ,nbsp;dy expier les inaux qnil avoit caufés pournbsp;Tenger la mort du Due de Beuves, fon père;nbsp;ear , quoique fa yengeance fut légicime, ilnbsp;eüt pu, par un pardon généjreux, épargnernbsp;tout Ie fang que la guerre avoit fait verfer.
II navoit eu, dabord, dautre projec, en séloignant deMontauban, que dene pas irriternbsp;Qiarlemagne par fa préfenee, amp; de mettre fesnbsp;coufins en droit de pouvoir répondre, au easnbsp;que Charles periiftèt a leur demander de Ie luinbsp;livrer , qu'il avoit difparu, amp; quils ignoroientnbsp;en quel lieu de la terre il sétoit retire,nbsp;en effet, ils ne Ie favoient point alors.
-ocr page 255-149
Ay mon.
CHAPITRE XVII.
Confcil des fih dAymon far Ie fort de Uur prifonnier. Réveil de Charlemagne; fa fer~nbsp;meté; prières de Renaud pour la paix ; at~nbsp;tendrijfement du Rol; Pinabel change fesnbsp;difpoJUions. Extréme générofité de Renaud :nbsp;Liberté de Charlemagne; vaine remontrancenbsp;des Chevaliers. Continuation du blocus; af-faut général; les troupes de Charles fontnbsp;répoujfées; famine horrible : Le plus grandnbsp;danger qué Bayard ait couru. Aymon jettcnbsp;des vivres dans la Prille, fa difgrace, fanbsp;retraite de larmee. Nouvel ajfaut, aujfi inutile que le premier.
V_^hari.emagne dormoit dun fommeil profond; Maugis feul favoit le moment ounbsp;ie charme devoit finir. Renaud appela les frè-res, amp; leur demanda ce quils devoient fairenbsp;de Charlemagne, amp; quelle vengeance ils vou-loient prendre de lui ? Alard opina quil fal-lolt profiler de cette circonftance pour le forcernbsp;a faire la paix ; Guichard vouloit quon lenbsp;letinr dans un endroit écarté du Palais, quonnbsp;en renvoyk tous les Fran9ois amp; que, dansnbsp;iabfence du Roi, Renaud amp; les Chevaliersnbsp;Franqois mécontens, semparaflent d^ene par-tie de fes Etats : Richard, qui ne pouvoitnbsp;oublier que Charlemagne avoir voulu le fairenbsp;¦périr d'une mort jgnoroinieufe,, vouloit iim-
L V
-ocr page 256-250 nbsp;nbsp;nbsp;Zes quatre fils
nioler a fa fureur ; mais Renaud « après avoir rêvé quelque temps, leur dit Mes freres,nbsp; oubliez - vous que Charles eft notre Sou-,, verain? Quelquhnjuile quil foit a notrenbsp; égard, ce neft pas a nous a punir fes in-^juftlces. Notre défenfe eft de droit divin;nbsp; mais une vengeance telle que celle que vous
propofez, nous rendroit odieux a 1univers. Ja Quel Chevalier, quelque déloyal quil fdt,nbsp; voudroit avouer pour fon ami, des alTaffinsnbsp; teints du fang de leur Souverain, ou lesnbsp; ufurpateurs de fes Etats ?
Renaud fit appeler Roland, Naimes, Oger, Turpin, amp; tous les Chevaliers du parti denbsp;Charlemagne qui fe trouvoient a Montauban :nbsp;,, Seigneurs, leur dit Renaud, vous étes tousnbsp; mes amis; jefpère quejobtiendraibientótlanbsp;^paix que je délire : Jai, en mon pouvoir,nbsp;^ un prifonnier dune telle importance, quenbsp;j, Ie Roi ne peut tnanquer de me 1accordernbsp; pour fa ran^on.
Tous les Chevaliers étoient dans 1impa-tience de favoir quel étoit ce prifonnier, amp;, quand Renaud leur eut nommé Charlemagne,nbsp;ils nen pouvoient rien croire. Renaud leurnbsp;raconta comment Maugis 1avoit emporté ,nbsp;tout endormi, fur Bayard. Naimes ne doutanbsp;pas que Ie ciel, par ce miracle, ne sexpli-quat en faveur de la paix. Renaud les condui-fit dans lappartement de Maugis, oü ils trou-¦vèrent Ie Roi dormant encore. Roland, quinbsp;penfoit quil ny avoit que celui qui avoirnbsp;fait Ie charme qui put Ie détruire, étoit da-»*
-ocr page 257-?rs quon fft venir Maugis, niais on le cher-cha vainemenc. On fic venir le Portier de la quot;Ville, qui 1avoit vu forcir; il raconta quanbsp;Maugis étoit parti, les larmes auxyeux; qu'ilnbsp;avoic dit quil ne rentreroit plus è Montau-ban, que, pour ne pas mettre un obftaclenbsp;a la paix, il alloit fe retirer dans le fond dunnbsp;défert. Richard amp; fes frères pleurèrent amè-rement la perte de leur cotifin. Helas! di-^ foit Richard, fans lui, jaurois péri dunanbsp;,, mort infame; cefb pour nous quil seft ex-,, pofé au courroux du Roi Richard, dansnbsp;fon défefpoir, étoit prêt ü cotnmettre le plusnbsp;affreux des parricides. O Richard, lui ditnbsp;Naiines, y penfez-vous, de vouloir óter lanbsp;vie d qui ne peut la défendre? amp; 4 qui»nbsp;i, encore Richard fut frappé de ces paroles cointne dun coup de foudre, amp; rougicnbsp;de fon projet.
Tandis quils parloient, 1enchantement cef-fa ; Charles jeta les yCuX autour de lui; il crut sêtre éveillé dans fa tente, au milieunbsp;de fes Chevaliers; mais il crut dormir encore, lorfquil s'aper^ut quil étoit dans le Chateau de Montauban, au pouvoir des fils dAy-nion. Loin de faire paroftre la moindre cralrt-, il jura de nouveau quil ne confentiroicnbsp;paix que lorfquon lui auroit remis Maugis gt; pour en difpofer comme il le jugerolt ènbsp;Fopos.
ïjEh! quoi, Sire, sécria 1impétueux Rl-»»Chard, vousêtes notreprifonnier, amp; vous BOOS menacez! Ah! poiir être dans ton Cb^
L vj
-ocr page 258-2^2 nbsp;nbsp;nbsp;Les^^uatre fils
,, teau» répondit fièrement Charlemagne, én fuis-je moins ton Roi? Et, paree que vousnbsp; êtes Roi, replique Richard plus fièremencnbsp;i, encore, vous eft-il permis detre injufte é.nbsp;,, notre égard ? Mais Renaud impofa filencenbsp;a fon frère: Quelle que foit la volonté dunbsp;,, Roi, dit-il, ceft a nous de nous foumet-,, tre, amp; dimplorer fa clémence : Nous fom-3, mes fes fujets, amp; notre partage eft de Ie fer- vir quand il nous commande en Roi, amp; denbsp; nous défendre quand il nous traite en en- nemis.
Renaud, fes frères, amp; tous les Chevaliers, tombèrent aux genoux de Charlemagne : GrS- ce, Sire, sécria Renaud, grSce pour mesnbsp; frères, pour Maugis amp; pour moi; nous nousnbsp; livrons a vous, fauf notre honneur; accor-,, dez-nous la paix, amp; notre fang eft a vous,nbsp; non pour Ie répandre fur un échafaud, maisnbsp; dans les combats, amp; è votre fervice. Silnbsp; vous faut une viftime , ordonnez-moi desnbsp;,, entreprifes au deflus des forces humaines,nbsp;jy périrai, content de mourir au cheminnbsp;,, de 1honneur; mais, pardonnez a mes frè- res, amp; rendez-leur ce qui leur appartienr.nbsp;,, Je confens a tout, répondit Charlemagne ,
pourvu quon me livre Maugis. Sire, jai dit que nous nous livrerions a vous, faufnbsp; notre honneur, amp; vous demandez que nousnbsp; vous abandonnions notre coufin? Non,Sire,nbsp;jamais je ny confentirai; 1amitié que jainbsp;,, pour lui me Ie défend encore plus que mon ,nbsp; honneur méme : Je dqnnerois ma vie pour
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»gt; la fienne, amp; mes frères, a eet égard, pen-*» lent tous comme moi. Dailleurs, Maugis» », prévenaut votre demande, amp; ne voulantnbsp;gt;, point être un obftacle a la paix, a pris Ienbsp;gt;, parti de s'éloigner pour ne plus paroitre dansnbsp;it Montauban.
Les Barons certifièrent que Maugis avoit difparu, amp; ils fe jetèrent encore aux ge-150UX de 1Empereur; ils demandèrent la gracenbsp;des quatre fils dAymon, avec tant de zèlenbsp;amp; de larmes, quil commengoit a satten-drir; quoiquil marqudt encore des doutes furnbsp;Ie départ de Maugis. Pinabel profita du foup-?on du Roi, amp;, feignant de prendre Ie partinbsp;des fils dAymon, qui ne fe méfioient pointnbsp;de lui, prit la parole : II eft temps, Si-,, re, que cette guerre, qui épuife vos Etats,nbsp;j, ait un terme. Je fens que votre coeur,nbsp;j, ulcéré, répugne a fe déterminer, amp; quenbsp;j, Ie pardon des outrages que vous a fait Mau-» gis, eli un facrifice pénible. Je fuis perfuadénbsp;quil eft forti de Montauban; cependant,nbsp; comme vous pourriez croire que ceft en-,, core uiie rufe, employez ce jour a fairenbsp;des recherches, amp;, fi, en effet, il a éténbsp; affez généreux pour sexiler lui-même, cettenbsp; aftion héroïque doit vous engager a Ie com- prendre dans Ie pardon que vous accor- derez a fes coufins.
Charlemagne adopta eet avis, que les Chevaliers combattirent en vain, amp; quils au-roient bien plus défapprouvé, sils euflènt vu Ie piège quil cachoit; mais Pinabel avoit
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Les quatre fils
1arc de féduire, amp; quoiquil füt regardé com« me un homme de peu de courage, on ne 1«nbsp;foup5onnoit pas d'être fourbe amp; méchant.nbsp;Quand il fe vit feul avec Charlemagne :nbsp;Eh quoi! Sire, lui dit-il, après routes lesnbsp;» rufes que Maugis a exercées contre vous, ilnbsp;ne vous eft done pas poffible de vous ennbsp;»»garantir? Pouvez-vous penfer que Maugisnbsp;» ait abandonné fes coufins, lorfque fon fe-5j cours leur eft plus néceflaire que jamais?nbsp;iy Pourquoi, amp; comment vous trouvez-vousnbsp;»» dans Montauban? Y étes-vous venu denbsp;votre plein gré; neft-ce pas encore Maugis,nbsp;V qui, }iar fon art diabolique, vous y a tranf-»j porté? Souffrirez-vous quil fejoue toujoursnbsp;11 impunément de vous? Que dis-je? fe jouer?nbsp;11 Souvenez-vous, Sire, quil n'y a pas en-11 core huit jours quil eut 1audace de vousnbsp;11 enchainer; que, peu de jours avant, il vousnbsp;¦1 prouva que votre vie étoit entre fes mains.nbsp;11 La croyez-vous en fureté ici? amp;, tantquenbsp;gt;1 Maugis vivra, Ie fera-t-elle jamais? Nenbsp;1, doutez point, Sire, que Ie traitre ne foitnbsp;1, dans Montauban; peut-étre, dans ce mo-1, ment, entend-il tout ce que je vous dis :nbsp;1, Na-t-il pas 1art de fe rendre invifible ?nbsp;1, Croyez-vous que les fils dAymon fuflent finbsp;1, empreffés a obtenii^ leur grice, sils na-1, voientdes projets dangereux? Beaux-frèresnbsp;1, du Roi dAquitaine, foutenus par une valeurnbsp;gt;1 téméraire, protégés par les fecrets de Mau-gt;igis, qu'ont-ils befoin de grSce? Ils vousnbsp;gt;, tiennent, pour ainli dire, dans leurs fers,
-ocr page 261-»gt; amp; ils font è vos genouxils peuvent vous » forcer a capituler, amp; ils vous parlent ennbsp;» fupplians. Sire, tant de conrradiAions cou-«vrent quelque myftère. Si 1'on pouvoitnbsp;j, ajouter foi a des bruits populaires, ces con-5» tradiftions apparentes ne feroient pointnbsp;jgt; inexplicables; mais, une rumeur que je ne
,»puis croire ...... Le Roi voulut favoir
^uels étoient ces bruits; il ordonna d Pinabel de ne lui rien cacher. ,, Sire, reprit Pinabel,nbsp; il y a quelque temps quOger fit prifoii- niers deux Archers de Renaud; ils difoient,nbsp;hautement, dans le camp, que, bientót,nbsp;j, les choles changeroient de face; que Mau- gis avoir promis a Renaud de le faire mon-,, ter fur le tróne de France; que, déja, plu-», fieurs de vos Pairs amp; de vos Barons fouf-j, froient impatiemment la dureté que vousnbsp; exerciez a 1égard de la familie dAymon,nbsp;» a laquelle ils appartenoient; que Renaud ,nbsp;», profitant de ce mécontenteraent, acheveroicnbsp; de les gagner; que Maugis fe chargeroit dunbsp; refte. Je najoute aucune foi ^ ce difcours;nbsp;,, mais eet empreflement des fils dAymon inbsp; demander la paix, lorfquaprès tout, ilsnbsp;peuvent sen palier, ne fembleroit-il pasnbsp; indiquer le défir de fe mettre k portee denbsp; féduire amp; dintriguet? Ces deux prifonniersnbsp; difparurent deux jours aprèsi
Mais je veux que mon zèle maveugle, amp; que mes conjedtures ne foient que les rê- yes dun fujet fidelle, qui craint pour le*nbsp;,, jours de fon Roi : Songez a Pexerfiple que
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»gt;vousallez donner a vos Chevaliers, lamr » bidon excite a la révolte, amp; 1impunité Jau-5» torife. II y a, dans vos Etats, des feuda-5» taires auffi braves, amp; plus puiffars que Re- naud ; Eh! qui fair li Roland, dont il anbsp;,, gagné 1affeftion, qui follicite votre clémencenbsp;,gt; pour les fils dAymon, encouragé par Ie par-», don quon vous arrache , nelTayera pas,nbsp;», dans un moment de dépit; car, vous fa-»,vez, Sire, combien il eft bouillant amp; em-,»porté, de fe foulever contre vous, amp; dob-» tenir, par la force, ce que vous refuferez anbsp;fes importunités? Renaud ell, dit-on, franc,nbsp;j, lincère amp; généreux, amp; vous mavez fouvencnbsp;j, dit que vous ne pouviez lui refufer votrenbsp;3) eftime. II vous a féduit par je ne fais quellesnbsp;vertus. Eh bien! fi, par un exces de bonté,nbsp;gt;, vous voulez faire grèce aux fils dAymon,nbsp;3) gardez-vous, du moins, dy confentir avancnbsp;33 de vous être afluré de Maugis.
Le lendemain, Charlemagne raflembla les Pairs amp; les fils dAymon. II leur dit quil étoitnbsp;réfolu de faire grSce a Renaud amp; a fes frères,nbsp;puifquil 1avoit promis; mais quil ne pouvoitnbsp;violer le ferment quil avoir fait, de mettrenbsp;Maugis hors d'état de lui nuire, d 1avenir, quilsnbsp;navoient qua le remettre entre fes mains; amp;nbsp;qua cette condition, ils pourroient compternbsp;fur fon amitié. Alors, Renaud prit la parole:nbsp;3, Sire, dit-il, puifquil ny a aucun moyen denbsp; fléchir votre colère , que jai fait tout cenbsp; quun fujet fidelle, amp; un bon Chevalier,nbsp;pouvoit faire, que je me fuis abaifle a la
-ocr page 263-'dAymon. nbsp;nbsp;nbsp;25?
plus humble prière, Sire, vous êtes Ie maitre de forrir, quand vous voudrez, de cette Vil-le; les porces vous font ouvertes, ne craigneznbsp;5) rien des quatre infortunés que votre dureténbsp;¦») réduit au défefpoir ; 'ils aimeroient mieuxnbsp;périr, que de faire aucun outrage i leur Sou-»gt; verain. Vous les forcez de penfer que, silsnbsp;ï» étoient en votre pouvoir, comme vous êtesnbsp;»» au leur, vous leur feriez éprouver votre ref-fentiment; Cette affligeante idéé nefl; pasnbsp; une raifon pour eux, de manquer au refpeélnbsp; quils vous doivent. Si nous vous refufonsnbsp;,, de vous livrer Maugis, ce neft point parnbsp;y, défobéiflance, ceft paree que nous ferions unenbsp;», aftion ISche amp; malhonnête.
Alors, Renaud appela un de fes Ecuyers, amp; lui ordonna de faire feller Bayard pour recon-duire le Roi. Renaud 1accotnpagna jufquauxnbsp;portes de Montauban, amp;, en le quittant, il mitnbsp;encore un genou a terre. Charlemagne ne putnbsp;sempêcher dadmirer tant de vertu; il, ditnbsp;luême a Renaud quil le plaignoit davoir une linbsp;grande tendrefl'e pour fon coulin. Renaud sennbsp;tetourna , amp; Richard lui dit: Ah! monnbsp;j, frère, je crains bien que vous ne vous repen-j, tiez de tant de générofité. Mon frère, ré-gt;» pondit Renaud, je ne puis jamais me re-»gt; pentir d'avoir fait mon devoir.
_ Larmée, qui étoit dans la douleur de 1ab-jence de Charlemagne, fe partagea entre la joie P ^ lurprife , en le voyantrevenir, monté furnbsp;Bayard; il ny eut perfonne qui ne crüt que lanbsp;paix etoit faite entre les fils dAymon amp; le Roi j
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Les quatre fils
mais oö fut dans 1adrairation de la courtoifie deRenaud, quandon apprit que Charlemagnenbsp;avoir refufé de leurfairegramp;ceiOnne favoitpasnbsp;que, fans Pinabel, elle alloit être accordée.
On demanda des nouvelles ile Roland, de Naimes, dOger; Ilsont abandonné Ie Roi,nbsp;,, répondoit Pinabel, pour fuivre Ie parti denbsp; Renaud On ne doutoit pas, dumoins, quenbsp;Renaud ne les retint pour otages de la paix;nbsp;mais quelle fut la furprife de 1armée, lorf-que, Charles ayant renvoyé Bayard, on vitnbsp;arriver les Chevaliers, a qui Renaud avoir permis de sen retournetr pour ne pas les expo-fer i la colère du Roi.
Tant de grandeur dame eAt dd R^chir Charlies; mais il éroic livré a de ISches Courtifans, ennemis des fils dAymon, amp; qui, pour fatis-faire leur vengeance, compromettoient la gloirenbsp;de leur maJtre. Cependant, il ne put sem-pécher de dire a Pinabel, que des procédés 11nbsp;généfeux de la part de Renaud, étoient bieanbsp;«ppofés aux projets dont il lui avoir parlé.nbsp;Sire, répondit Pinabel, Renaud connoitnbsp; mieux que vousl'art de tromperamp;deféduire.nbsp; Si, dans ce moment, 11 paroifloit dans votrenbsp;,, camp, il ny a, peut-être, pas un chevaliernbsp; qui ne föt prêt a Ie défendre. Ceft par cesnbsp; dehors impofans quon gagne les coeurs.
A peine les Barons amp; les Pairs furent-ils Tentrés, que Charles ordonna un aflaut géné-lal. II vouloit, en même temps, furpren-dre Renaud, amp; juger du fonds quil pouvoitnbsp;ftire fur les conjedures de Pinabel, par 1^
-ocr page 265-conduite des Chevaliers. Cependant, Naimes neceflbit de lui vanter la grande ame de Renaud»nbsp;la foutniflion amp; fa confiance , il lui repré-lentoit les fils dAytnon comine les plus vail-lans Chevaliers du monde; il prévoyoit quenbsp;la conquête de Montauhan cauferoit des pertesnbsp;dont on pourroit fe fouvenir long-temps; ilnbsp;lui répétoit que la guerre navoit cauféquetropnbsp;de maux; que les campagnes étoient dévaftées;nbsp;lt;iuil en coötoit, déja, a lEtat des fomraesim-ïlienfes, qui auroient pu être employées a chafletnbsp;lesSarrafins, qui faifoient des incurfions jufquenbsp;dans liiitérieur de la France. Ils jouiflent tran-j» quillement, difoir-il, du fruit de nos querelle*nbsp;inteftines; ils fe félicitent de voir leurs enne-» mis fe faire plus de mal eux-mêmes, quilsnbsp;u nen auroient re9u de leurs véritables ènne-gt;» mis. Les Sarrafins nont plus a regretter denbsp;ï» navoir pas de vaillans Chevaliers i oppofernbsp;*gt; aux nótres, amp; quont-ils a délirer, puifquenbsp;») nos Chevaliers fe détruifent eux-mêmes?
. Ainfi parloitNalraes, mais Charles, prévenu , jctant fur lui un regard de fureur ; Naimes ,nbsp;dit-il, craignez ma vengeance pour vous-mê-« me, amp; non pour mes ennemis, dont les inté-gt;» rêts vous font tropchers. Un zèlefi importunnbsp;commence a me devenir fufpeft; il femblenbsp;tenir moins du protefteur que du complice.nbsp; réfolu de ne point pardonner aux filsnbsp;» d Aymon, a moinsqu'ils ne melivrent Mau-»gt; gis, OU quilsnemapportent fa tête; amp; jere-,, garderai comme mon ennemi quiconque mCnbsp;gt;, parlera en leur faveur.
-ocr page 266-Malgré Ia 'terreur que ce difcour-s caufa aux Barons, Oger ne put sempêcher de dire ;
Certes, l'inébranlable fermeié du Roi doit yf bien encourager fes Chevaliers a la bienfai- fance amp; a la généroficé. Si Renaud neucnbsp;point été généreux, on fe fdc borné a Ienbsp; blamer , amp;, paree quil 1a été, nous allonsnbsp; Ie combattre, détruire fa retraite , amp;, peut- être, Ie Hvrera un ennemi quil a comblénbsp; dhonneur amp; de refpefts. Allons, Cheva- liers reconnoiflans, profitons de la liberténbsp; que Renaud nous a rendue , pour mettre fanbsp; ville a feu amp; a fang , amp; pour égorger fanbsp; familie ; Ie Roi 1'ordonne; il faut être in- grats OU rebelles: Bartons En effet, ils sap-prochent, auffi-tót, des mars, trainent aprèsnbsp;eux les échelles, les catapultes amp; les bellers,nbsp;Renaud les voit du haut des murs, il faitnbsp;fonner Ie cor, pour avercir fes troupes. Aunbsp;premier fignal, les remparts furent couverts de foldats; ils attendirent les Frangois',nbsp;qui sélancèrent dans les foflés, amp; plantèrentnbsp;leurs échelles fans obftacle; maïs, dés que lesnbsp;affiégés les virent prêts k irionter, ils firentnbsp;tomber fur eux une pluie dhuile bouillantenbsp;amp; de poix fondue, qui sattachoit a leur ar-mure amp; a leurs habits, amp; qui les brüloit juf-quaux os. Ils rouloient dénormes rochers,nbsp;qui écrafoient les échelles- Les fils dAymonnbsp;dirigeoient fi bien leurs coups, que rien nenbsp;-tenoit fous les remparts. II ny avoitpas unenbsp;heure que lalTaut avoit commencé, amp; Ie Roi,nbsp;craignant de perdre les troupes quil y avoir
-ocr page 267-envoyées, fit fonner la retraite ; II fe borna a tenir la Ville bloquée, juranc quil ne le-¦veroit le fiége que lorlquil auroic affamé amp;nbsp;le Chateau , ou que les affiégés fe ren^nbsp;^roienta liifcrécion. II pofta un corps de deuxnbsp;Cents Cavaliers a chaque porte, afin que per-Ponne ne fortit; Renaud fut confterne de cenbsp;P'®jet, paree que les vivres commengoient anbsp;hianquer. Alors, Richard lui reprocha de na-.'cir pas gardé le Roi; inais, malgré le dangernbsp;fiui les mena^oit, Renaud ne put fe repentirnbsp;de fa générofité,
¦Cependanc, la faim commen^oit a fe faire fentir; elle augraenra tous les jours, amp; fesnbsp;progrès devinrent terribles. Dabord, on iné-^agea le pain amp; lés alimens ordinaires; malgrénbsp;^tte économie, ils raahquèrent tout a fait.nbsp;On eiit recours a routes les reflburces que lanbsp;nécelfité cruelie fait iniaginer. On mangea lesnbsp;^niinaux de route efpèce, les anfedles les plusnbsp;l^cvoltans parurent délicieux : On détrempanbsp;cs cuirs amp; on les mela avec des herbes; onnbsp;dépouilla les arbres amp; les ronces; on arrachanbsp;^es racines les plus fauvages; les habitans né-toient plus que des fquelettes défigurés, fansnbsp;courage amp; fans vigueur; ils navoient de forcenbsp;que pour sarracher, les uns les autres, quel-ques alimens empeftés; la more les moiflbn-noit par centaines, amp; plufieurs expiroienr ennbsp;devdfanr les cadavres de I'eurs pères amp; de leursnbsp;amis. Les chevadx avoiefit été la' pature denbsp;leurs rfiaitres'-, if ne I'eftoit'que ceux des quatrenbsp;lt;il« d*AyinoH. Ay milieu de la ölaiaité-fu^
-ocr page 268-blique, quelques-uus, mourant de faim, de-raandoienc a fe rendre. Citoyens, leur die ,, Renaud, je fuis pret a fauver votre vie auxnbsp; , dépens de la mienne; mais fongez que, finbsp;,, nous nous rendons, Ie Rol ne me fera pointnbsp; périr feul; que ma femme, mes enfans, amp;nbsp;,, mes frères, feront les viftimes des plus cru,elsnbsp;j, fupplices. Nous aliens nous livrer, fi vousnbsp;,, 1exigezAlors, ils s'écrièrent tous, au-tant que leurs voix foibles amp; lugubres purencnbsp;fe faire entendre : Mourons, mourpns tousnbsp;,, avec les fils dAymon , plutóc que de foufiïirnbsp;,, quils fe rendent!
Le Due dAymon fut indigné. de la du-reté de Charlemagne; il combattoit contre fes quatre lils, amp; il étoit refté fidelle a fonnbsp;Souverain, contre fop propte fang. II alia fup-,nbsp;plier Charles davoir pitié de fes malheureuxnbsp;enfans; il lui repréfenta que, quoiquil lesnbsp;edt bannis de la maifon paternelle, 11 nenbsp;pouvoic fe défandre de les aimer; mais Charles neucaucun égard a fes prières, amp;, commenbsp;il vit que les Pairs, étonnés, fe regardoient,nbsp;il ordonna quon fit des Machines pour abat-tre la grande , tour. Cécoient des catapultesnbsp;qui lan^oient des pierres énormes; il en donnanbsp;fept d commander ,a Roland, fix a Olivier,nbsp;quatre a Naimes, quatre a 1Archevéque Turpin, amp; autant a Oger, amp;, enfin, il eut lanbsp;ctuguté den donner trois au Due Aymon; lenbsp;foible Due nofa les refufer; il murmura fe-«rettement, amp; n?en obéit pas; tnoin,s.
¦ catapujtes furiïoc ^reftees^ amp; jetèrent.
-ocr page 269-uuit amp; jour, de groffes pierres, qui ravage-rent la Ville amp; écrafèrent qiiantité dhabi-tans : Us foufïroient ces maux plus patiem-nient que la famine. Renaud, outre fes propres niaux, avoir a fupporter ceux de fa familie,nbsp;de fes troupes, amp; des habitans de Montau-tan; il verfoit des larmes amères. Yolandonbsp;affeftoit une tranquillité quelle neprouvoitnbsp;pas; elle ellayoit de le confoler; elle lui con-feiiloit de faire ruer deux , des chevaux quinbsp;reftoient pour fuftanter fes frères amp; fes en-fans, amp; elle tomboit aux pieds de Renaudnbsp;expirante de befoin ; 11 propofa cet expedientnbsp;a fes frères; mais Richard ne voulut pas li-Vrer le lien; il brufqua même Renaud; lanbsp;faim cruelle ne connoit ni 1amour, ni 1ami-tié.,, Faites tuer Bayard, loi dit-il, li vousnbsp;« le jugez a propos; cell vous qui êtes caufenbsp;5) de nos peines, puifque ceft vous qui, parnbsp;»i orgueil, plutót que par générofité, avest ac-5, cordé la liberté a Charles Le jeune Ay-^on, qui 1'entendit, dit a fon oncle quil nenbsp;falloit pas ainfi revenir fur le palie, amp; quilnbsp;étoit honteux de reprocher a quelquun deuxnbsp;fois la même chofe; quil netoit pas queftionnbsp;de ce qui étoit fait, mais de ce quil falloicnbsp;faire. La réflexion de cet enfant attendrit, amp;nbsp;fic rougir Richard, qui en 1embraflant, dienbsp;a fon frère de faire tuer fon cheval : Alardnbsp;confentit auffi que le fien fut tué; mais. il voulut quon épargn^t Bayard, a qui tous avoientnbsp;de fi grandes obligations.
Ces raflburces furent bientdt épuifées. Ri*
-ocr page 270-fi64 nbsp;nbsp;nbsp;Zes quntre fils
chard étoit davis de demander a capituler. Ah! plutót, mon cher Richard, sécria Re-naud, manger Bayard, amp; mes enfans, quenbsp; de rne rendre é. un Roi barbare qui nou9nbsp; feroir périr du fupplice des infèmes! Ne dé- fefpérons point du ciel, dans les circonftan-ces malheureufes oii nous nous trouvons :nbsp;5, Ün jour a fouvent produic de grands chan-,, gemens Alard avoir défendu, jufqualors,nbsp;ia vie de Bayard; mais il ne vit pas dau-tre moyen, pour vivre encore un ou deuxnbsp;jours. Renaud étoit confterné, fa femme, fesnbsp;fréres amp; fes enfans, mourans amp; exténués, Ienbsp;preflbient fi vivement, quil étoit prêc dynbsp;confentir; fes enfans sarrachoient, en pleurant,nbsp;des bras de leur mère défaillante; Alard em-braflbit Ie jeune Aymon, qui refpiroit a peine.nbsp;Richard colloit fa bouche fur Yon, amp; cher-choit a Ie ranimer de fon haleine brulante :nbsp;Si Renaud détournoit fes regards de ce fpec-tacle déchiranr, ils tomboient fur des objetsnbsp;plus effroyables encore. On avoit creufé, dansnbsp;divers lieux de la Ville, des folies profondes,nbsp;oü 1on jetoit ceux dont la faim avoit terminénbsp;les jours; la, des malheureux, fans force,nbsp;expiroient fous Ie poids des cadavres quilsnbsp;portoient, amp; rendoient, a cócé deux, leurnbsp;dernier foupir; ici, des creatures humainesnbsp;déterroient amp; difputoient aux vers, des chairsnbsp;infeéles amp; livides, on les faifoit cuire, onnbsp;les préparoir comrae les chairs des animaux,nbsp;amp; ces abominables alimens ne fervoient quanbsp;ïBettre dans Ie fang de ceux qui sen nour-
jiflbient»
-ocr page 271-d*Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;265
riffoient, tin nouveau ferment qui renJoit leur fièvre plus dévorame.
Dans cette affreufe extrémité, Renaud pro-Oiit a fes frères que la nuit fuivante ne fe PalTeroit point, fans quil leur ptocur^t desnbsp;fecours : En effet, dés qu'elle fut venue,
^1 forcit, fecrectement, de la Ville, amp; alia au Pavilion de fon père, quil avoir reconnu dunbsp;hauc de la tour : II rencontra le Due Aymon,nbsp;^lui fe promenoit, trifte, rêveur, amp; cherchancnbsp;i favoir ce qui fe paflbit dans Montauban.nbsp;Son fils lui demanda qui il écoit, amp;ce quUnbsp;faifoit, feul, è cette heure ? Aymom le re-connut; mais il diffimula : Et toi, lui dit-il,
« que viens-tu chercher dans le camp ? Ah! j, mon père 1 sécria Renaud , jembrafle vosnbsp;y, genoux; ayez pitié de vos enfans, qui meu-», rent de faim, qui ont épuifé routes leursnbsp;y reflburces : Ayez pitié de mon époufe amp;nbsp;wdune familie nombreufe, qui va difparoi-« tre : Dans ce moment, peut-être, mes en-ygt; fans expirent; je me rendrois pour les fau-»ver, fi je croyois que le Roi fe contentdcnbsp;»? dune feule viétime, ou quil ne fit pas re-5gt; jaillir fur eux 1infamie du fupplice quil menbsp;»gt; deftine. Depuis trois jours, ni moi, ni manbsp;»»femme, ni mes frères, ni mes enfans, na-»»vons pris aucune efpèce de fubfiftance, amp;nbsp;»gt; nous périffons. Il faut que nous mourrions,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nous nousv rendions ^difcrétion. Se-
* ^^^^'Vous afiez cruel pour nous voir mou-5, nr. ou pourriez-vous fouffrir, quen nous J» uvrant au Roi, nous coutuffions au devanc
M '
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Zes quatre fils
des fupplices,,? Le Due dAymon ne put téfifter plus long-temps : Un torrent de lar-mes séchappa de fes yeux; il emhrafla Re-naud, le fit entrer dans fon Pavilion, amp; luinbsp;dit dy prendre tous les vivres quil y trou-veroit, ne voulant pas les lui donner lui-mö-me, pour ne pas violer le ferment quil avoicnbsp;fait au Roi. Renaud preffa les genoux de fonnbsp;père, prit tout ce quil trouva amp; en chargeanbsp;Bayard, qui portoit autant quedeux chevauxnbsp;auroiem pu faire. Le lendemain,le Due Aymonnbsp;fit raflerabler, dans le camp, des viandes amp; dunbsp;pain, amp; les lanpa, au lieu de pierres, par lenbsp;moyen des catapultes dont il avoit le comman-dement. Renaudaflemblafa familie, amp; leur ex-pliqua parquel moyen cefecoursleurétoit venu.
Charlemagne fut bientdt informé , par Pinabel , de la raanière dont le Due Aymon avoit fait palier des vivres a fes enfans. II luinbsp;en fit un crime, amp; le menaga de le punirnbsp;comme traicre. Sire, lui dit Aymon, je nainbsp;,, que trop long-temps étouffé les cris de la na- ture,amp;ceftle feul crimequejeme reproche.nbsp;Jai banni mes enfans de la maifon pater- nelle, paree que vous vous êtes declare leutnbsp;5, ennemi; mais, Sire, ni la crainte de vousnbsp;,, déplaire, ni mon obéifl'ance aveugle, ninbsp; 1envie de mériter les bonnes graces de monnbsp; Roi, nont pulesbannirdemoncceurjjegé- mi? de leurs maux, amp; je les foulagerai tant quenbsp; je pourrai, ddt votrecolèteépuifer mon fangnbsp;dans lhorreur des fupplices. Le plus cruelnbsp;jgt; de tous eft au fond de mon coeur, ceft la
-ocr page 273-ii honte amp; Ie lemords davoir été fi long-temps 5j injufte amp; cruel envers des enfans gt; qui, mal-gt;5 gré ma conduite, ont toujours eu pour moinbsp;»gt;le même amour amp; Ie même refpect. Vousnbsp;»gt; voulez les faire périr, amp; vous exigez, Sire,nbsp;») qu'un père eiifonce Ie poignard dans leurnbsp;ï) fein! Quand ils auroient mérité Ie fort quanbsp;gt;» vous leur dellinez, un père qui fe rendroitnbsp;5gt; complice de leur honte, feroit juftemencnbsp;»gt; regardé comrne un monftre. Eh! de quel ceilnbsp;gt;, voudriez-vous quon me vit, moi, quinbsp;a, aurois été Ie complice de la mort de quatrenbsp;agt; enfans, les plus braves, les plus vertueuxnbsp;ïgt; Chevaliers quil y ait au monde? Ah! Sire»nbsp;agt; ne 1efpérez jamais.
Le Due Naimes, qui voyoit Ie courroux Roi senflammer, interrompit le Due Ay-hion: Ceft trop long-temps, Sire, dit-il,nbsp;»gt; avoir retenu Aymon auprès de vous. Lenbsp;facrifice quil vous fit, en fe féparant de fesnbsp;enfans, auroic fuffi au Souverain le plusnbsp;» abfolu. Un defpote penfe quil peut difpo-fer de la fortune amp; de la vie de fes Sujets;nbsp;a» mais il y en a peu, qui exigent qua leurnbsp;saordre fuprème, on iminole les droits de lanbsp;5gt; nature. Renvoyez le Due Aymon, amp; trai-V tez-ie plutót comrne fes enfans, que de vou-«loir quil en foit le bourreau.
Le Roi fuivit le confeil de Naimes, amp;, en le retirant, ce père infortuné demanda pardon aux Barons amp; aux Pairs, de la foibleflanbsp;qu il avoir montrée jufqua ce jour, amp; leurnbsp;«commanda fes enfans.
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Lts quatre fils
Cependant, Charlemagne, qui craignit, qui lexemple dAymon, on ne fe fervit de lanbsp;catapulte pour fournir des vivres aux affiégés,nbsp;ordonna de les détruire, amp;, bientót, la faimnbsp;fe fit fentir dans Montauban avec la mêraenbsp;fureur. La familie dAymon fe trouva réduitenbsp;aux mêmes extrémicés, amp; la mort de Bayardnbsp;fut encore demandée. Renaud sy étoit determine ; mais, au moment dexécuter fon projec«nbsp;Charlemagne, impatient que les affiégés nenbsp;for^aflent point les fils dAymon a fe rendre,nbsp;crut quen donnant un aflaut a la Ville, ilnbsp;5en rendroit aifément Ie maïtre. II fit porternbsp;au pied des murs, des echelles, des tours rou-lantes, amp; fit marcher 1élite de l'armée; mais,nbsp;comme fi Ie défefpoir, qu, plutót, 1efpérancenbsp;de trouver fur les remparts une mort qui ter-tninSltleursfouifrances enlescouvrant de gloi-le, eamp;t ranims leurs forces, les Gafcons firentnbsp;pleuvoir furies affiégeans, une fi grande quan-tité de pierresamp;de feuxj quils les contrai-gniient de ie reticer.
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d'Aytnon. =22i^BaP^
C H A P I T R E XVIII.
fils d'Aymon abandonncnt Montauban ^ ils en fomnt, fecrettement, avec les habi-tans. Ils fe retirent d Dordogne. Secoursnbsp;^uils trouvent dans leur route. Etat oü Charlemagne trouve Montauban. II veut ajjiégernbsp;Dordogne : Renaud Ie prévient, Bataillenbsp;fanglante. Le Due Richard de Normandienbsp;prifonnier de Renaud; fage confeil de Roland ;fermeté du Due. Mort du ^oi dA-quitaine.
moment oii Renaud navoit plus de Teflburces pour fauver fes enfans, fa femme «nbsp;fes frères amp; Bayard; au moment oü ils avoientnbsp;Ptojeté de senfermer dans la citadelle, amp; dynbsp;niettre le feu, en laiflant auxhabitans la li»nbsp;terté de fe rendre, un vieillard fe préfentenbsp;a Renaud , amp; lui dit: Monfeigneur, je voisnbsp;,, qu'il eft impoffible de fauver cette malheu-9,reufe Ville ; Tant quejai vu la plus petitenbsp;gt;,lueur d'efpérance, j'ai gardé mon fecret;nbsp;»mais le moment eft venu dabandonnetnbsp;sj Montauban.... Refpedablé vieillard , luinbsp;w Renaud, que vénez-vous me propofer?nbsp; gé'néreux habitans ont raieuxnbsp;9, aimé fouffrij 'les horreurs de la faim, amp; unö;nbsp;gt;» crueUe, que de fe rendre, amp; vousnbsp;»gt;vo«drie3.,,Noa, Monfeigneur, reprit le
M iy
-ocr page 276-}, vieillard, il ne faut pas fe livrer 4 Charle-magne....Ahljet'entends ,ehbien! charge-toi de 1exécution : Va , ordonne, donne des torches k tout ce qui refte dhabitans,nbsp;}»fais porter de la paille dans routes les mai-gt;, fons, amp; que chacune ferve de bucher a fanbsp;a, familie. N'eft - ce pas la le confeil que tunbsp;ja viens me donner? II eft cruel; mais il eftnbsp;j, dun citoyen généreux, amp; je ten remercie.nbsp;9, Sans doute, reprit le Vieillard , }e préfé-,, rerois ce parti a celui de me rendre; maisnbsp;je viens vous en offrir un plus doux. Nousnbsp; pouvons fortir de Montauban, fans que lenbsp;9, Roi puifle 1empêcher. Votre ChSteau eftnbsp;,, conftruit fur les mines dune ancienne ci- tadelle, dontle Seigneur fut unhomme trés*nbsp;9, habile dans routes les rufes de guerre; aunbsp; deflbns dune des tourelles du rempart, un ca-
veau communique a un fouterrain, qui con* duitjufquau bois de la Serpente; mais 1ou-
,, verture du caveau eft fi artiftement fermée , que perfonne ne la connoit amp; ne peut mémenbsp; la foupgonner; ce font les mêmes briquesnbsp;9, amp; la méme terre du rempart, amp;, fi je nenbsp;9, favois, par moi-même, 1endroit quil faucnbsp; creufer, quand méme je ferois prévenu quilnbsp; y a une ouverture, je la chercherois en vain.
Le vieillard, qui avoit amene des ouvriers, y conduifit Renaud, amp; lui montra les briquesnbsp;amp; la terre qui raafquoient Iouverture; quandnbsp;la terre fut ótée, on trouva le caveau, amp;, en-fuite, le fouterrain. Renaud aflcmbla tous lesnbsp;habitans, leur donna de$ torches amp; du feu;
-ocr page 277-il fit prendre aux plus robuftes ce quil y avoit de plus précieux dans Montauban, amp; les con-duifit a la caverne; les torches les éclairèrent.nbsp;Alard amp; Guichard marchoient a la tête. Richardnbsp;amp; Renaud fermoient la marche. Ils avoiencnbsp;déji fait une partie du chemin, lorfque Renaudnbsp;ft reflbuvint quils avoient laifle Ie Roi Yon ,nbsp;^ui étoit malade. Continuez votre marche ,nbsp;j, dit-il, i Richard, je vais chercher Ie Roi dA-9gt; quitaine: II mourroit de faim, ou tomberoit ynbsp;j, peut-être, entre les mains de Charlemagne ,nbsp;9, amp; je ne veux point avoir fa mort a me repro-ï» cher. Ah! mon frère, répondit Richard, Ienbsp;», traJtre n'a que trop vécu; Ne nous caufe-t-ilnbsp;), pas aflez de maux ? Mon frère, reprit Renaud ,nbsp;9, il eft coupable amp; malheureux; amp; 1état dé-9, plorable oü nous fommes ne doit-il pas feulnbsp;gt;j nous infpirer de la pitié pour ceux qui fouf-Jjfrent? A quoi ferviroient les revers, silsnbsp;9, ne nous rendoient pas meilleurs,,? En di-fant ces mots, il partit pour aller cherchernbsp;ft Roi, amp; recommanda a Richard de veillernbsp;fur la troupe. II ne rarda pas a ramener Yon,nbsp;quil avoit fait monter en croupe fur Ba5/ard.
Au point du jour, ils trouvèrent 1iflue de la caverne, amp; Ie vieillard leur fit reconnoitrenbsp;lendroit du bois de la Serpente oü ils étoienc.nbsp;Renaud fe reflbuvint quil nétoit pas éloignénbsp;de 1herinitage dArsène, vieux folitaire, au-Y^fois Chevalier, quil avoit vu chez Ie Duenbsp;Aymon, fon père; il avoit quitté Ie mondenbsp;amp;la Cour, è 1occafionde quelquinjuftice quilnbsp;^voit efliiyéc. Renaud demanda a fes ftères
Les quatre fils
sils ne jugeoient pas a propos daller Ie voir» en attendant la nuit, pour ne pas entrer denbsp;jour a Dordogne. Ils y confentirent; mais ilsnbsp;furent arrêtés par un fpeftacle qui leur arrachanbsp;des larmes. Leur troupe, en voyant de 1herbenbsp;fraiche, ne put sempécher- de la brouter, amp;nbsp;de sécarter dans Ie bols. Renaud eut bien denbsp;]a peine a les raflembler; il repréfenta a cesnbsp;Infortunés combien il étoit dangereux de fenbsp;féparer, amp; les aliura que, bient'Qt, ils auroientnbsp;de quoi manger.
Lorfque Ie bon hermite reconnut Renaud, 51 courut lembraffer; malgré la maigreur d'Yo-lande, Arsène fut frappé de fa beauté; il leurnbsp;üt, a tous, 1accueil Ie plus gracieux. Renaudnbsp;lui raconta, en peu de mots, 1excès de leurnbsp;misère : Arsène efit bien voulu appaifer lanbsp;faim de toute la troupe; mais fes provilionsnbsp;nétoient pas fuffifantes. II dit aux uns, dallernbsp;cueillir les berbes qu'il leur indiqua; auxau-tres, darracher des racines; il prit tout cenbsp;quil y avoit de legumes dans fon jardin : Ilnbsp;Vit des Bergers, fur une hauteur, qui condui-foient des moutons; il envoya Richard ennbsp;acheter dix. Tandis que les uns les tuoient amp;nbsp;les écorchoient, lés autres faifoient des bro*nbsp;ches avec des batons de faules amp; de noifettes;nbsp;dautreS formoient des trous dans la terre amp;nbsp;y allumoient du feu; Arsènenettoya les herbesnbsp;amp; les racines, amp; les fit cuire, comme il put,nbsp;dans les cafques des Cavaliers; car, pour toutenbsp;batterie de cuifine, il navoit quune petitenbsp;ïnarmite de fer. Quand tout fut prêt, Ie bon
-ocr page 279-hermite leur défendit de fe fervir eux-mêmes. La faim que vous avez foulFerte, leur dit-il, vous feroit manger avec trop davidité,nbsp;j) amp; trop dalimens furchargeroic vos eftomacsnbsp;9, affoiblis ; il commenga par leur faire prendre des alimens liquides amp; humeftans; il leurnbsp;diftribuales viandes en petite quantité; illesnbsp;conduifit fi bien, que perfonne ne fut incom-tnodé.
Les fils dAymon, Yolande amp; fes fils, amp; Ie Roi dAquitaine, après avoir fuivi la troupe, paflêrent Ie refte de la journée avec 1'Her-mite, lui racontant leurs aventures amp; les mauxnbsp;quils avoient foufferts pendant Ie blocus denbsp;Montauban, amp; donnant des larmes amères ènbsp;ceux que la faim avoit enlevés; quand la nuicnbsp;fut venue, ils prirent congé dArsène, amp; fenbsp;remirent en marche : Renaud avoit eu la pré-caution denvoyer Richard, avec un déta-chement, annoncer fon arrivée. Arsène luinbsp;avoit procuré un cheval. Dés que les habitansnbsp;de Dordogne eurent appris que Renaud arri-voit, ils fortirent tous, amp; vinrent, è unenbsp;lieue, au devant de lui, amp; Ie conduifirent anbsp;la forterefle. Le refte de la nuit, qui étoitnbsp;déja avancée, fe pafla en réjouiflances, amp;, lenbsp;lendemain, Renaud regut la foi amp; hommage denbsp;tous les Barons amp; Chevaliers du pays.
Huit jours sétoient pafl.es, fans que Charlemagne eöt vu paroitre perfonne fur les murs de Montauban. II fit le tour des rem-parts, amp; rien ny paroiflbit. II aflsmbla fesnbsp;Pairs, amp; leur dit que, faus doute, les af-
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-ocr page 280-fiégés avoient mieux aimé périr, tous, de-faim, que de fe rendre; quil falloit sen af-furer, amp; ordonna, pour Ie lendemaiti, un aflaut général. 11 marcha a la tête des troupes, on battit les murs, amp; perfonre ne lesnbsp;défendit. Alors, on ne douta plus que la morenbsp;nedt tout tnoiÜbnné. On drefla léchelle la plusnbsp;haute contre Ie mur, amp; Roland monta Ie premier; U fut fuivi dOger, dOlivier amp; de Nai-mes. Ils ne virent, par-tout, quune folitu-de : Aucune efpèce danimaux ne la vivifioit,nbsp;tous avoient fervi de pkure aux affiégés; Unenbsp;odeur infevSe, qui sexaloit des folies rempliesnbsp;de cadavres; un filence que Ie cri du plus petit infefte ninrerrpmpoit point, itnprimoiencnbsp;aux Chevaliers une terreur involontaire ; Ilsnbsp;entrèrent dans quelques maifons, amp; trouvè-lent les relies infeéls de membres humains ènbsp;demi-cuits, qui paroiflbient avoir été dévo-lés; ils détournèrent leurs regards de eet horrible fpeótacle, amp; fe hatèrent daller ouvriïnbsp;les portes au Roi : II fit chercher par7toutnbsp;les relies des fils dAymon, car il ne doutoicnbsp;plus quils neuflent péri.
Renaud fut averti que Charles étoit dans Montauban; il vouloit 1alier affiéger a fonnbsp;tour; amp;, comme Ie Röi croyoit navoir plusnbsp;dennemis, amp; quil fe livroit a une fécuriténbsp;dangereufe, Renaud eut pu Ie furprendre;nbsp;inais Yolande soppofa a fon projet. Ce füt,nbsp;fans doute, une grande faute dans un guer-rier tel que Renaud; mais Yolande lui rap-pela quil avoit jmé de fe défendre con-
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tre Charlemagne, amp; de ne iattaquer jamais.
Cependant, Pinabel, a force de fouiller, trouva Iouvenure du fouterrain; il alia fairenbsp;fon rappor: a Charles, amp; ajouta que Maugisnbsp;leur avoit ouverc cette route voiiine des en-fers. Naimes sy tranfporta, amp; dit au Courti-fan : Ta méchanceté te fait toujours trou- ver des raifons de blamer les abfens. Nenbsp;,, vois-tu pas que cette caverne eft creufeenbsp;,, depuis des fiècles, amp; quon na fait que lanbsp; deboucher ? Tant mieux, reprit Pinabel,nbsp; il fera plus aifé den trouver Iillue; car,nbsp;ft ceüt été 1ouvrage de Maugis, je nau- rois confeille a perfonne de sy engagernbsp;Il confeilla a Charlemagne dy faire entreenbsp;quelques Archers intrepides. Naimes, qui haif~nbsp;foit Pinabel, lui dit quil ne connoilibit per-fonne dans larmée plus propre que lui a unenbsp;telle entreprife. Pinabel nofa refufer; il fitnbsp;allumer quantité de torches, prit, avec lui,nbsp;une cinquantaine dArchers, amp; nentra quennbsp;tremblant; a peine eut-il fait quelques pas,nbsp;quil retourna tout elfraye : Il rapporta, quilnbsp;étoit impoffible daller plus avant, que Pairnbsp;intercepté empêchoit de refpirer. Roland éclatanbsp;de rire, en voyant la frayeur de Pinabel; ilnbsp;lui arracha la torche de la main, amp; ne fe ficnbsp;fuivre que de fon Ecuyer; il avanga fans obf-tacle, amp; fe trouva, enfin, dans un bois, quilnbsp;xie reconnut point; il revint par la même route, fit fon rapport a Charlemagne, amp; 1af-fura que Renaud sétoit fauvé par cette caserne, amp; quil avoit recopnu les pieds de
Bayard imprimés dans Ie fable : Sur ces indices, Ie Roi envoya, de tous cótés, pour favoir oü Renaud pouvoit sêtre retiré; ilnbsp;logea fon armee a Moncauban, amp; les Pairsnbsp;fe félicitèrent, en fecret, de la fuite des filsnbsp;dAymon.
Enfin, un des Efpions que Charlemagne avoir envoyés a, la découverte des fils dAy-mon, lui rapporta quil les avoir vus d Dordogne, quils y avoient une Cour brillante,nbsp;quils répandoient, fur les compagnons de leursnbsp;difgraces, les bienfaits a pleines mains, quilnbsp;ne concevoit pas ou ils pouvoient avoir prisnbsp;un fi riche tréfor, amp; quils avoient déjd raf-femblé une armee formidable.
Le Roi, irrité par fes mauvais fuccès, jura daller affiéger Dordogne ; il fit fonner lesnbsp;trompettes, afin que chacun sarmèt, amp;, quandnbsp;3e camp fut levé, amp; que tout fut prêt, ilnbsp;fit fonner la marche; ils arrivèrent, en deuxnbsp;jours, a Montorgueil, doü 1on aper^oit lesnbsp;clochers de Dordogne. Larmée y coucha cettenbsp;Uuit, amp;, dès le point du jour, Renaud vitnbsp;les premières troupes savancer; il ne jugeanbsp;pas d propos de fe laifler affiéger comme anbsp;Montauban, mais datcaquer Ie premier; ilnbsp;fait fonner lecor, toutsarme, on fort de lanbsp;Ville en bon ordre. Renaud fait fentir a fonnbsp;armée, quelle avoir non feulement k fe ven-ger des'maux qu'ils avoient eiluyés a Montauban, mais a fatisfaire la vengeance de leursnbsp;concitoyens, de leurs parens, de leurs amis.nbsp;Charlemagne fut furpris de voir les fils
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ö'Aymon a la tête dune fi brillante année. Lorfque Renaud fut a portée, il dit k Richard ,nbsp;qui vouloit tomber fur lavant-garde, de fuf-pendre un moment, paree quil vouloit parlernbsp;encore au Roi, amp; lui demander la paix. Richardnbsp;eflaya vainement de len empêcher. Renaudnbsp;sapprocha de Charlemagne, amp;, sinclinancnbsp;devant lui : ,, Sire, lui dit-il, tout ce quenbsp;j) nous venons de fouffrir devroit vous avoirnbsp;,» appaifé; je viens encore vous fupplierde nous
accorder la paix.
Le Roi, plus irrité que jamais, rejeta fa prière avec mépris, amp; ordonna a fes gens denbsp;tomber fur lui. Renaud, plus indigné encore,nbsp;poufle Bayard , fond fur un Chevalier tropnbsp;prompt a obéir aux ordres du Roi, le frappenbsp;dans la poitrine amp; le fait tomber aux pieds denbsp;Charles, oü il expire.
Charles excitoit fes troupes du gefte amp; de la voix. Naimes, en prenant 1Oriflamme, lui dienbsp;Suil devroit accorder la paix k Renaud, puif-quil la lui demandoit encore, après tant de fu-jets de relTentiment. ,, Naimes, lui réponditnbsp; le Roi dun ton févère, quand jaflemble-,, rai mes Pairs, amp; que je vous demanderainbsp;des confeils^ je vous permetrrai de mennbsp; donner; ici, votre devoir eft de porter monnbsp; Oriflamrae dune main, amp;, de 1autre, dsnbsp;,) frapper fur mes ennemis.
Renaud, voyant 1Oriflamme, fejeta dans la mélée, renverfa un Cavalier en paflanr, amp;nbsp;en abattit quatre de fa lance , qui fe brifa.nbsp;Comme il faififlbit fon épée, un Chevalier
-ocr page 284-2^8 nbsp;nbsp;nbsp;Zes qmtre fils
sapprocha pour Ie prendre en défaut; msis, d'un revers, Renaud fracafle fon cafque 8cnbsp;lui fend la tére jufquaux dencs; alors, il crienbsp;Dordogne, railie fes gens, amp; leur promec Ienbsp;gain de la baraille.
A la voix de Renaud , fes frères fe mirent è frapper fur les ennemis; chacun en abaccoitnbsp;de fon cóté; puls, fe joignant jous les qua-tre, ils réunirent leurs forces, 8c la more vo-loir autour d'eux. Des efcadrons enriers ve-noient les choquer 8c difparoiflbient, pour nenbsp;fe rallier jamais : Charlemagne attaqua lanbsp;troupe de Renaud, 8c tua plufieurs Cavaliersnbsp;de fa main, 8c la troupe fe battoit en retraite;nbsp;alors, Renaud quitta fes frères, vint i fonnbsp;fecours. Ia ranimapar fa préfence, 8c Charlemagne fut fur Ie point dêtre entouré; maisnbsp;Roland Ie tira dembarras. Charles ordonna anbsp;fes Pairs de faire fonner la retraite; il conve-noit que jamais Renaud ne lui avoir paru linbsp;grand 8c fi terrible ; quil y avoi- peu dehérosnbsp;qui puflent lui être compares, 8t que fes frèresnbsp;avoient fait des prodiges. Limpreflion que cettenbsp;journée avoir faite fur fon efprit, y refta long-temps gravée. Richard de Normandie vou-lut venger Thonneur des Fran9ois; il harcelanbsp;Renaud dans fa retraite jufquaux portes denbsp;Dordogne Renaud ne fe laiffa jamais entamer ;nbsp;il fe battit toujours, 8c les troupes avan^oient,nbsp;protégéespar leur arrière-garde, quifaifoit facenbsp;è 1ennemi. Renaud, prêt a entrer, fait filernbsp;les premières bandes; enfuite, faifant femblantnbsp;decraiudreSc de fuir» ü entte avec précipita-
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tion; limpradent Due de Normandie Ie fuic jufque dans la Ville, Renaud avoir fait ranger, de droice amp; de gauche, Ie long des mursnbsp;amp; en dedans, trois cents hommes darmes.nbsp;Lorfque Richard de Normandie fe fut engagénbsp;dans la Ville, Renaud fait mafquer la portenbsp;pat fes trois cents hommes, amp; fait prifonniernbsp;Richard, avec une centaine de Fran9ois, quinbsp;tentèrent vainement de fe faire jour.
Charlemagne, inftruit de la prife de Richard de Normandie, 1un des douze Pairs, réfolutnbsp;Ie fiége de Dordogne. Sire, lui dit Roland,nbsp; vous favez que Renaud na pas eu denne-mis plus redoutables que moi; mais, au-,, jourdhui, je prendrai fa défenfe auprès denbsp;s, vous. II y a quinze ans que vous faites lanbsp;,, guerre la plus fanglante aux fils dAymon,nbsp; amp;, toujours perfécutés, ils font loujoursnbsp;j vainqueurs; Ie ciel feinble sêtre déclarépournbsp;eux. Voila done Richard de Normandie pri-» fonnier de Renaud ; il na pas tenu a vousnbsp;que Renaud amp; Richard nayent péri par Ienbsp;M fupplice des traJtres; vous avez dit, a la facenbsp; delunivers,que, fijamais,eux,ouRenaud,nbsp; étoit en votre pouvoir, cétoit Ie fort quenbsp;j, vous leur deRiniez. Sire , cétoit nous cx-gt;, pofer a la même infamie; car, enfin, Ienbsp;w droit de la guerre permet è Renaud du-» fer de repréfaille envers Ie Due de Nor-,» mandie, amp; il ny a aucun de vos Pairs quinbsp;,, neüt pu tomber dans Ie piège oü Ie Duenbsp;,, eft tombé. Vous avez réduit la guerre d.nbsp;jgt; ce point, quelle as laiflè au plus brave
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Les quatre fils
,, homme que lalternative de la viéloire ou ,, dunemort honteufe; ainfi, lhonneur, ounbsp;la honte de vos guerriers ne dependent plusnbsp;que des caprices de la fortune; en quoi,nbsp;,, certes, vous entendez mal vos intéréts;nbsp; car, fi Ie Due périt dune mort ignominieu- fe, la honte en réjaillira fur vous amp; fur vosnbsp; Etats. Richard a de puilfans amis, qui sar- meront pour Ie venger. Sire, fi vous vou- lez en croire un ferviteur fidelle, qui nanbsp;,, dautre ihtérêc que votre gloire, faififleznbsp; 1occafion de la prife de Richard de Nor- mandie pour faire la paix. Envoyez è Re- naud deux Chevaliers pour Ie réclamer; Re- naud ne manquera point de mettre la paixnbsp; pour condition de la liberté, du Due, amp;,nbsp; en l'acceptant, vous parokrez faire ce fa- crifice a Richard amp; è vos Pairs, qui vousnbsp;en feront plus inviolablement attachés.
,, Eft - ce la tout ce que vous aviez a me dire? répondit Charlemagne. Certes, jaimenbsp; è voir Roland qui prétend marcher fur lesnbsp; traces dAchille, empruhter Ie langage dunbsp; prudent Ulyfle; mais Ulyfleeüt raieux connunbsp; Ie caraftère de Renaud ; il eüt fu que Re- naud aimeroit mieux périr, que d'abufer desnbsp; droits quil a fur fon prifonnier; ainfi, Ulylienbsp; nauroit point employé, pour me féduire,nbsp; Ie frivole motif de la crainte de Ia morenbsp; du due Richard. Eh! quoi, Sire, teprit Ro- land, ceft done paree que vous connoillèznbsp; la courtoifie de Renaud, que vous ne crai-» gnez point de Ieperfecutei, amp; ce qui, pouc
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igt; les autres ^ eft une raifon daimer amp; defti-j, mer, eft pour vous une raifon de haïr amp; de jgt; tyrannifer. Ceft, paree que vous favez quilnbsp;jiPorte la générofité jufqu'a rendre Ie biennbsp;»gt; pour Ie mal, que vous lui faites tout Ie malnbsp;u que vous pouvez. En vérité, Sire, ceft unenbsp;», manière de forcer vos Sujets a fe tenir ennbsp;jgt; garde contre la bonté de leur cceur, a la-») quelle je naurois jamais penfé. O Rois ,nbsp;», tel eft done 1ufage que vous faites de votrenbsp;pouvoir! Vous ménageriez des Peuples mu-tins amp; prompts è fe révolter, amp; vousnbsp; appefantiffez la verge de 1autorité fur desnbsp;,, Sujets doux amp; fidelles, paree que vous faveanbsp; que 1honneur leur fait un devoir de 1obéif-,, fance amp; de la foumiffion!
Après que Renaud eut tout difpofé pour la garde amp; la fureté de la Ville amp; de la cita-delle, il fit venir Richard de Normandie.nbsp;»gt; Richard, lui dit - il, vous favez combiennbsp;j, Charles me hait; vous favez que fon def-j, fein eft de nous faire prifonniers, pour nousnbsp;s) livrer au fupplice des fcélérats; cependant,nbsp;fes Pairs fervent fes injuftes fureurs; quelnbsp;eft leur but, neft-ce pas de nous livrernbsp;j» entre fes mains? Nétoit-ce pas votre in-tention , lorfque votre imprudence vous anbsp;s, conduit dans ces murs? Le Due Richard futnbsp;»»obligé den convenir. Vous, amp; les autresnbsp; Pairs, continua Renaud, êces done les com-j, plices de 1injuftice de Charles. Complices?nbsp; reprit Richard, des Sujets fidelles obéiflent,nbsp;»i fervent les paffions de leur maitre, fans étre
-ocr page 288-obliges de difcuter fes raifons. Richard, je pardonnerois cette défaite a un foldat mer-,, cenaire, au Peuple; mais vous, Pair du Roinbsp; de France, un des Chefs de la nation, obligénbsp;de balancer, avec lui, la juftice ou 1injuf- tice de fes aftions, d'éclairer fon autorité,nbsp;je navance rien de trop, quand je dis que,nbsp;,, fontenant fes prétentions, done 1injufticenbsp; vous eft connue, vous êtes fon complice.nbsp; Je Ie ferois, fans doute, reprit Ie Due, li,nbsp; pouvant lempêcher, je ne Ie faifois pas.nbsp;,, Richard, lui dit Renaud, il ny auroit ja- mais eu de tyrans, sils neuffent jamais trouvénbsp; des miniftres de leurs cruautés. Vous par- tagez done,avec lui une injuftice reconnue?nbsp;,, amp;, puifque Charles, aimantmieux me fairenbsp; une guerre, qui me rend fon égal, amp; quinbsp; me donne les mêmes priviléges qua lui,nbsp; que de maccorder une paix que je lui ainbsp; li fouvent, amp; fi honnêtement demandée ,nbsp; me laifle Ie pnuvoir de Ie combattre, denbsp; Ie faire prifonnier amp; dufer avec lui denbsp; tous les droits de la guerre, trouvez-vousnbsp;,,, quil y ait quelquinjuft ceden ufer de mêmenbsp; d votre égard? Non, Renaud, répondit Ri- chard, vous avez fur moi tous les droitsnbsp; d'un vainqueur légitime. Je vous declarenbsp; done, lui dit Renaud, que, li vous ne déter- minez Ie Roi k la paix, juferai de tous mesnbsp;avantages; que vous périrez du raéme fup- plice qu'il me deftinoit, amp; quil mauroitnbsp;fait fubir, fi vous maviez fait prifonnier.nbsp;Renaud, reprit Richard, la repréfaille e^t
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jjufte, amp;, pour te prouver que 1égalité de »nos droits eft parfaite, je te ferai obfervernbsp;5 que, comme Charlemagne fe feroit désho-, noré par ta mort, tu ne peux manquernbsp;, de te déshonorer par la mienne; amp;, pournbsp;, que tu ayes moins a te reprocher, je veuxnbsp;, bien tavertir que tes menaces ne me force-) ront jamais dengager Ie Roi dajouter Ienbsp;, parjure a 1injuftice du ferment quil a fait, denbsp;, te punir de la mort de fon neveu Re-naud ordonna quon gardat Ie Due de Normandie avec Ie plus grand foin, amp; quon ne Ienbsp;laifsit manquer de rien.
Le fils dAymon étoit, alors, occupé dun autre foin. Le Roi dAquitaine avoit abdiquénbsp;fa couronne en faveur de fon fils, amp; paflbicnbsp;fes jours auprès de Renaud; il avoit beau-coup foufferc pendant le blocus de Montauban ;nbsp;amp;, quoiquil eüt pu fe retirer dans fes anciensnbsp;Etats, il aime mieux partager les difgraces denbsp;Renaud amp; de fes frères. Confumé de remords,nbsp;il fut attaqué dune maladie violente; il de-manda pardon aux fils dAymon des mauxnbsp;quilleuravoitcaufés;mais, Renaud, oubliantnbsp;fes anciennes infortunes, ou ne sen rellbu-Venant que pour mieux jouir du bien préfent,nbsp;ïie voyoit dans Yon que fon beau-frère: IInbsp;excufoit fa foiblefle en faveur de la bonté denbsp;fon coEur; il Ie confoloit, le fervoit avec lenbsp;zèle dune ame reconnoiflante, qui ne croicnbsp;jamais avoir aflez payé les fervices de fonnbsp;bienfaiteur. Yon lui confirma la donation denbsp;la.Ville amp; du CMteau de Montauban, Ss
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Les quatre fils
celui de Dordogne: II recoramanda la familie dAymon au Roi fon fils, amp; rendit fon dernier foupir dans les bras de Renaud, quinbsp;Ie pleura comme fon ami, amp; qui lui fic fairenbsp;des funérailles telles quellès convenoient anbsp;un Roi. II fit tranfporter fon corps è Bordeaux , oü il fut enterré dans ie tombeau denbsp;fes pères.
CHAPITRE XIX.
tSongê de Maugis; iï vole au femirs de Re
naud; il attaque des vokurs amp; les bat; il traverfe Ie camp de Charlemagne fous lanbsp;figure dun Chevalier paralytique; il combatnbsp;Pinabel, Ie terrajfe, lui fait une peur ef-froyable; il arrive d Dordogne. Joie denbsp;Renaud amp; dS'olande. Maugis préfère Jhtinbsp;hermitage amp; fa pauvreté d Ia grandeur amp;nbsp;d la richefie; il repajfe au travers du campnbsp;de Charlemagne 1 en Herniite; dangers quilnbsp;court.
. A U GI s avoit pris pofleffion de fon hermitage; une nuit, quil sétoit endormi, après une longue méditation, il fongea quil avoirnbsp;été tranfporté a Montauban; il lui fembla quenbsp;Renaud amp; fes frères fe plaignoient que Charlemagne vouloic leur enlever Bayard, quenbsp;Renaud Ie tenoit par la bride amp; Ie défendoit;nbsp;il crnt entendre Charlemagne jurer que, fi ja-
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mais il étoit maitre de Renaud, il Ie feroit périr avec ignominie, il vit, un momentnbsp;après, Renaud aux prifes avec Roland amp;nbsp;Charlemagne, qui 1abattoient amp; Ie char-geoient de fers. Maiigis, alairmé de ce fonge,nbsp;séveille, part, vole au fecours de Renaud,nbsp;traverfe la forêt, amp; arrive dans un lieu fortnbsp;couvert : II y rrouve deux Marchands quinbsp;faifoient retentir la forêt de leurs cris; il leurnbsp;demande ce qui les faifoit ainfi gémir. Hé-t, las! dirent-ils, des voleurs viennent de nousnbsp; enlever toures nos marchandifes amp; tout 1ar-j,gent que nousavions; voyez, fous ces ar-3, bres, un de nos compagnons quils ontnbsp;blefle : Nous fommes ruinés: Car, ce quilsnbsp;5, nous ont pris étoit non feulement routenbsp; notre fortune; mais encore, nous devionsnbsp; une grande partie de ces marchandifes, denbsp;5, forte que nous navons rien, amp; que nousnbsp;j, nous trouvons chargés de dettes, que nousnbsp;j, ne pouvons pas payer. Quallons-nous de-9-, venir, amp; que deviendront nos femmes amp;nbsp;nos enfans,,? Maugis fut touché de leursnbsp;plaintes, amp; leur dit de venir avec lui, quilnbsp;lesprieroit fi honnêtement, que ,'quelque dif-courtois que fuflent ces voleurs, il les engage-roit de rendre ce quils avoient pris; amp; qu'aunbsp;pis aller, sils sobftinoient a refufer, il fau-xoit bien les y forcer a coups de bourdon. Lesnbsp;Marchands crurent avoir affaire a un fou; ilsnbsp;regardèrent Maugis avec pitié, amp; lun deuxnbsp;lui dit : ,, Pauvre homme, un feul de cesnbsp;3, brigands vous teiraSeroit, amp; ils four fep.t;
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,, vous navez quun miférable bSton, fur le-,, quel vous vous appuyez avec effort, amp; ils font bien armés : Eh! mon Dieu, difoitnbsp; 1autre, nous fommes bien malencontreuxnbsp;,, aujourdhui! A peine échappés des mains desnbsp;,, voleurs, nous voili aux prifes av6c unfou,nbsp;,, quil faudra, peut-étre, encore battre pournbsp;,, nous en défaire,,! Maugis rioit en lui-mêmenbsp;de ces bonnes geus. ,, Dites-moi toujours,nbsp; reprit-il, quel chemin ils ont pris. Va,nbsp;5, crois-moi, mon ami, reprit un des Mar-,, chands, paffe ton chemin, amp;, par tes ex- travagances, ne va pas encore les attirernbsp;,, fur nous; 1autre, de plus mauvaife hu-,, meur, Ie menara. Tu as tort, lui dit Mau- gis, de menacer qui veut te rendre fer- vice; mais, enfin, je ne puis vous faire dunbsp; bien malgré vous; ceft votre faute; adieu,,.nbsp;Maugis les quitta, amp;, malgré leur brutali-té, il ne fut pas moins touché de leur état;nbsp;II fuivit la trace des voleurs amp; les rencontra.nbsp;,, Seigneurs, leur dit-il, je viens de trouver,nbsp; a quelques pas dici, de pauvres Marchands,nbsp; qui fe plaignent que vous leur avez prisnbsp;,, leurs marchandifes, que vous les avez mal-' traités, amp;, même, 1un deux eft dangereu-,, fement bleffé : Ils pleurent, ils gémiffent,nbsp; amp; je ne doute pas que, li vous les enten- diez, vous ne fuffiez touchés de leurs lar-,, mes. Je me fuis chargé de vous faire con-), noitre la lituation oü vous les avez ré- duits, amp; de vous engager d leur rendre ce quinbsp;I, leur appartient. Pon-homme, lui dirent-ils,
-ocr page 293-M tu tes chargé la dune alTez mauvaife commif-fion, amp; nous pouvons taffurer que tu nen »gt; viendras pas a ton honneur. Pourquoi non ,nbsp;3t dit Maugis? il ne faut jurer de rien,,. Lesnbsp;voleurs regardèrent Maugis des pieds a lanbsp;têce, amp; fe mirent a rire : Meffieurs, leurnbsp;«dit Maugis, je vous ai parlé poliment, amp;nbsp;gt;, vous auriez dö me répondre de même;nbsp;j, mais je veux bien, caufe de votre pro-« feffion, ne pas faire attention d cela, pour-») vu, toutefois, que vous rendiez d ces pau-», vres Marchandsce que vous leur avez pris.nbsp;« Ecoute, gueux, lui dit Ie maitre des vo-»gt;leurs, tu devrois tapercevoir que tu nousnbsp;5, importunes. Cela fe peut, répondit Mau-9,gis, on importune prefque toujours quandnbsp;«on veuc ramener a leur devoir ceux quinbsp;j) sen font écartés; ceft dans lordre : Mais,nbsp;«que mimporte, pourvu que vous ren-ïgt; diez a ces pauvres gens ce que vous leurnbsp;« avez volé ? Attends, dit Ie chef, en pre-nant un baton, amp; Ie levant fur Maugis ,nbsp;öjVoici, peut-être, un moyen de t'impofernbsp;5» filence. Maugis recule, faifit fon bourdon è,nbsp;sgt; deux mains, amp; Ie frappe fi rudement fur lanbsp;«lête, quil 1étend mort k fes piedsLesnbsp;sutres voleurs sélancent fur Maugis; il nenbsp;fait quun faut en arrière, fes yeux s'enflam-nient,amp; eet homme qui, un moment aupa-tavanc, paroifloit foible amp; exténué, prit 1airnbsp;Ie plus terrible; fes yeux étinceloient, la fu-leur éclatoit dans chacun de fes traits: Arménbsp;öe fon feul bourdon, il écarté les voleurs, les
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fatigue, les harraffe, leur porte mille coups amp; les met en fang. Rendez-vous, leur dit-,, il, vils fcélérats, ou laiflez li votre proienbsp; amp; fuyez, OU craignez Ie fort de votre Chef,,.nbsp;Les voleurs, efpérant de laccabler fous Ie nom-bre, fe réuniflent pour 1envelopper; Maugisnbsp;les écarté encore, les fépare, amp;, è melurenbsp;quils approchent, il les terrafle amp; les tue ;nbsp;lorfquil nen refta que deux, ils voulurenCnbsp;prendre la fuite, il les arrêta, il appela les Mar-chands, qui avoient entendu Ie combat; ilsnbsp;accoururent, amp; témoignèrent leur reconnoif^nbsp;fance amp; leur repentir è Maugis : Ce nefl:nbsp;,, pas de quoi il sagit, leur dit-il, je ne mera-,, barrafle pas plus de votre reconnoiflance quenbsp; de vos injures; il vous faut une juftice en- tière, amp; vous 1aurez. Reprenez, dabord ,nbsp; vos marchandifes: Ce neft pas tout, dit-Unbsp;,, aux voleurs; vous avez pris de 1argent,nbsp;,, oü eft-il? ils Ie lui remirent, amp; Maugisnbsp;,, Ie rendit aux Marchands. Ce neft pas en-,, core aflez, il y a, 1^-bas, un homme bleflë,nbsp;,, il lui en coütera pour fe guérir II évaluanbsp;les frais, amp; les fit payer. Enfuite, il renvoyanbsp;les voleurs, après leur avoir fait jurer que, dèsnbsp;ce moment, ils renonceroient a leurs brigandages. Les Marchands étoient a fes pieds :nbsp;,, Levez-vous, mes amis, leur dit-il, foyez»nbsp; une autre fois, plus honnêtes envers les Her-raites: Allez foulager votre compagnon; jenbsp; voudrois qu'il ffit en mon pouvoir de luinbsp;,, rendre la ianté II les accompagna pournbsp;leur demandei des nouvelles de Charlemagne
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amp; des fils dAymon. Mon père, lui dirent-« ils, le Roi a pris Montauban par famine; « inais les fils dAymon ont trouvé, dans lenbsp;gt;5 CMteau, une fecrette iflue, un fouterrainnbsp;» qui les a conduits a Dordogne; Charlemagnenbsp;5gt; eft allé les y afliéger encore, amp; ne veuc en-» tendre aucune propofition.
Maugis, a ces nouvelles, prit congé des Mardhands, amp; sachemina vers Dordogne; ilnbsp;hUluc ttaverfer le camp du Roi; en approchant,nbsp;il prit la figure dun vieux Chevalier, acca-hlé de mifèreamp; dinfirmités, la têtecourbée,nbsp;sappuyanc fur fon bourdon quil avoirnbsp;changé en un méchant trongon de lance, ilnbsp;paroilibit paralyfé de la moitié du corps, amp;nbsp;irainoic avec peine la jambe gauche; il en-tendoit les Archers qui difoient, entreux:nbsp;gt;5 Croyez-vous quil fallüt beaucoup de tels Pa-ladins pour venir k bout de DordogneMau-gis ne répondoit rien; il pafla devant la tentenbsp;de Pinabel, qui lui cria, en riant : Che-» valier, ne venez-vous pas rompre une lancenbsp;5, contre Roland, en faveur de Renaud ? Maugis fut piqué. Pourquoi, lui dit-il, contrenbsp;» Roland ? il ne ma jamais infulté: Mais, linbsp;, lu veux, jen romprai une contre toi, quinbsp;» as 1infolence doutrager un vieillard, pareenbsp;gt;» que tu le crois plus foible amp; plus Ikhe quenbsp;), toi Pinabel entre en fureur, failit unnbsp;piquet de fa tente, amp; veut frapper Maugis;nbsp;mais Oger, qui pafla duns ce moment, les fé-para :,, II ma infulté, dit le vieillard. II anbsp;»gt;eu 1audace de me défier, dit Pinabel
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maïere. Le Soudan! sécria Ie Roi. Hélas! oui, dit le vieillard; il a été fait prifon-
Oger Ie blSma.,, II valoic mieux accepter Ie 'iiéfi, dit-il a Pinabel, que de Ie frapper,nbsp; amp;, felon les lois de la Chevalerie, vous de-,, vez a eet étranger une reparation. Je nennbsp; veux pas, dit Ie vieux Chevalier; je veuxnbsp;,, me battre avec lui, ou être en droit de direnbsp; quil eft un lache Cette affaire fut portee a Charlemagne; il les fit comparoitre :nbsp;II demanda a Ihnconnu qui il étoit; il fe ditnbsp;Chevalier Normand, parent du Comte Robert, amp; revenant, depuis peu, de Jérufalem,nbsp; OU il avoit vu Maugis, qui marchandoit denbsp;jeunes efclaves pour Ie Soudan dEgypte, fon
moirrf» T.p .'Nniirinn 1 sppvin 1p Rni. .. Hélalt;!!
,, injure; ce difcourtois Chevalier ma inful-
j, nier. Le Soudan lui a propofé d'etre em- palé, ou de renoncer è fa religion. Mau-gis, qui 1eüt dit? a eu la lamp;cheté de pré-férer ce dernier parti; le Soudan 1a fitic Eunuque, amp; il eft dans le Serrail; mais, quenbsp;j, mimporte Maugis ? Sire, il sagit de mon
^ té, je lai défié, amp;, plus Ikhe que Mau- gis, il eft tombé fur moi, un biton a la main. Je cohviens, dit Charlemagne, quenbsp;j, Pinabel a tort; mais, vieux amp; infirme, com-,, ment vous défendrez-vous? Sire, réponditnbsp; le faux Chevalier, je ne fuis paralyfé quenbsp; de la moitié du corps; je me battrai de 1au- tre, amp; ceft aflez pour un rival tel que cenbsp; Chevalier.
Pinabel étoit couvert de honte; il rougif-foit; il nofoit ni accepter, hi refufer; il ne
-ocr page 297-Voyoit pas plus de gloire dun cóté que de Iautre. Enfin, le vieux Chevalier, s'impa-tientant, menace Pinabel delui cafler la têtenbsp;avec fon trongon de lance. Charlemagne or-donne que le combat aura lieu. Le Chevaliernbsp;demande que, ne pouvant fe tenir k cheval,nbsp;k caufe de fa paralyfie, ils combattent k pied.:nbsp;Pinabel y confent, prend fon épée amp; veut fon-dre fur le Chevalier, qui, profitant du temps»nbsp;amp; ne voulant dautre arme que fon tron^on »nbsp;en donne un fi terrible coup fur le poignetnbsp;de fon adverfaire, quil le défarme; dunnbsp;fecond coup, il le frappe fi rudement dans lanbsp;poittine, que Pinabel, tout étourdi, va tom-ber aux pieds de Charlemagne. Le vieux Chevalier, fans lui donnet le temps de fe relever, lui met le genoufur la gorge, amp;, tenant,nbsp;de la feule main qui paroit libre, le pommeaunbsp;du tron^on de lance, levé fur le vifage denbsp;Pinabel, menace de I'ecrafet s'il ne fe rend.nbsp;Pinabel demande grace, amp; le Chevalier, ennbsp;le remettant dans les mains de Charlemagne , lui confeilla dêtra plus circonfpeft a 1'a-venir;
Le Roi, étonné de ce quil a vu, fait 1ac-cueil le plus honorable au vieux Chevalier , «lui le prie de lui permettre de voir le camp,nbsp;avant quil naille a Dordogne, faire rougicnbsp;les fils dAymon de 1amitié quils avoiencnbsp;eue pour ce Maugis. Charles, qui trouvoit cetnbsp;homme fort fingulier, amp; que lop combat luinbsp;faifoit regarder comme un des plus-braves Chevaliers, lui laiffe route liberté. Pinabel sétoic
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ïCtiré dans fa tente, fort humilié; Mangis, en-pareourant Ie camp, laperfut fur fon lit; il entra; Pinabel appela deux de fes Ecuyers,nbsp;amp; leur ordonna de fe failir de eet homme;nbsp;mais Maugis les atterra, amp;, par fon art, lesnbsp;plongea dans un profond foromeü. Pinabel les-crue mores, amp; euc, une feconde fois, la 13-cheté de demander grace. ,, Je te Paccorde,nbsp; dit Ie Chevalier, tu nes pas digne que jenbsp; te tue; mais ta gr3ce ne te fervira pas denbsp; beaucoup, car tu vas mourlr de ta bellenbsp; mort; Ie ciel a fixé ce jour pour Ie derniernbsp; de ta vie; tu ne douteras pas de ma prédic- tion,,quand tu fauras qui je fuis: Reconnoisnbsp; Maugis En ce moment, Maugis reprit fesnbsp;véritables traits; Pinabel eut la plus effroyablanbsp;terreur; Maugis reprit encore la figure du vieuxnbsp;Chevalier écloppé, amp; fortit, en boitant, commenbsp;fi de rien n'étoit. Pinabel voulut appeler du fe-CQurs; mais une langueur, quil prit pour lesnbsp;avant-coureurs de la mort, un fommeil quilnbsp;crutêtrele dernier, semparèrent,tout a coup,nbsp;de fes fens; ce malheureux , qui navoit quanbsp;la force de pleurer, luta, quelque temps, centre fon afibupifleraent, amp; y fuccoraba, canbsp;croyant rendre Ie dernier foupir.
Cependant, Maugis, fon bras en écharpe amp; trainant fa jambe, traverfa Ie camp de Charlemagne, amp; prit Ie chemin de Dordogne, oünbsp;il entra fous fa figure dHermite; il alia aunbsp;Palais ; Renaud, fes frères, Yolande amp; fesnbsp;enfans, din..^'ent; Maugis entra, comme fpec-tateur, dans la Salie h manger ; il sappuy®
-ocr page 299-contre un pilier, amp; les regardoit, avec plailir, fans rien dire. Le maJtre-d'hótel, qui Ié pricnbsp;pour un Hermite qui demandoit Iaumone,nbsp;lui lit apporter a diner; mais il ne prit quenbsp;du pain, amp; ne but que de 1eau claire. Re-naud le regardoit avec beaucoup dintérêt :nbsp;Malgré fon vifage pèle, amp; fa maigreur, il luinbsp;fembloit retrouver dans fes traits quelque chofenbsp;des traits de Maugis:,, Mais, quelle apparen-Ï, ce, difoit-il, quil fe déguisat ainfi , avec fesnbsp; confins amp; fes amis? Quand le diner fuTnbsp;fini, Renaud fe leva, amp; fit dire a 1Hermitenbsp;quil avoir è luiparler; lorfquils furent feuls:nbsp;j, Dites-moi, lui demanda Renaud, en 1em-braflant, pourquoi vous deguifez-vous? Sinbsp; vous nêtes point Maugis, qui êtes-vous?nbsp;,, Maugis ne put fe cachet plus long-temps:nbsp;¦gt;, Ceft lui-même, dit-il, en réitérant fes em- brallemens; ceft Maugis , qui pleure de joienbsp; de vous revoir ! Renaud le pria de quitter fes haillons, de prendre dautres habits,nbsp;amp; de venir vivre avec fes coufins. Non ,¦nbsp;,, Renaud , lui dit Maugis ; jai fait vmu denbsp;,, vivre dans la folitude amp; la pauvreté : Je nennbsp;j, avois jamais connu les avantages; une vienbsp;,, obfcure amp; tranquille, amp; le témoignage dunenbsp;», confcience pure, font au deffus de la for-1, tune des Rois; leurs valles Etats, des Royau- mes conquis, ajoutés él leurs Royaumes, riennbsp; ne fuffit a leur ambition , amp;, tandis que lenbsp;»gt; psnvre eft content avec un peu de pain,nbsp;de 1eau pure amp; quelques racines ; quunnbsp;,, travail modéré lui procure tout ce qui eft
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néceffaire a fa fubfiftance gt; Ie monde ravage g, ne peut affouvir la faim des Rois.
Renaud, dans la joie davoir retrouvé Mau* gis, appela fes frères amp; fa familie ; tous 1en-tourèrent en verfanc des larmes de tendrefle.nbsp;,, Croyez-vous, mon coulin, difoit-il a Re-,, naud, que, dans ce moment,je nemetrouvenbsp;,, pas mille fois plus heureux que Charlema-»nbsp;,, gne? Yolande, la tendre Yolande, arro-foit de fes larmes les mains de 1Hermite ;nbsp;elle ne ceffa de Ie preffer dans fes bras, quenbsp;pour aller, dans Ie Palais, annoncer a fesnbsp;femmes, amp; i tous ceux quelle rencontroit,nbsp;Ie retour de Maugis; puis, elle revenoit knbsp;lui, amp; Tembrailbit encore.
Mais, que cette joie fut courteJ Yolande Ie prioit de changer dhabits : Non , lui ditnbsp;,, Maugis, faites-moi donnet un bourdon denbsp; nceuds dépines, amp;je pars: Ma retraite im- porte a vatte fureté : Jamais Charlemagnenbsp; ne confentira a la paix, sil fait que je fuisnbsp; auprès de vous. Les larmes que la tendrelïènbsp;amp; 1amitié faifoient couler des beaux yeuxnbsp;dY'olande, fe changèrent en larmes de trif-teffe, amp; coulèrent plus abondamment; mais,nbsp;tout ce quils purent obtenir, fut que Maugis ne partiroit que deux jours après. Renaudnbsp;voulut lui faire accepter un cheval amp; de 1ar-gent. Non, non , lui dit Maugis; fimplenbsp; amp; panvre Hermite , je traverferai Ie campnbsp;de Charlemagne, fans quon prenne gardenbsp; a moi: Plus déclat infplreroit plus de cu- riofité. Mon coufin , Télévation fait Ie mal-
-ocr page 301-heur de la plupart des hommes, en fixatie gt;, fur eux tous les regards. Au nom de Dieu,nbsp;), celïez de matcendrir par vos larmes, amp;nbsp;5, laiflez-moi retourner dans ma folitude. Jainbsp;}, fait voeu daller a Jérufalem, amp; dy paflernbsp;j, trois ans; je viendrai vous voir, avant monnbsp;j, départ, amp; tl mon retour ; maïs je veux finirnbsp;5, mes jours dans mon hermitage.
Le jour de fon départ arrivé, Maugis, qui ne vouloit prendre congé de perfonne, fortic.nbsp;du Palais avant 1aurore; maisRenaud, quinbsp;sétoit douté de fon projet, sarracha, douce-ment, des cótés dYolande, alia le joindre , com-me il fortoit, amp; 1accompagna jufqua la portenbsp;de la Ville; ils sembrafsèrent, amp; Maugis pro-mit de venir le voir le plutóc quil pourroic.
Maugis, après avoir quitté Renaud, tomba dans une profonde rêverie; il ne saperqutnbsp;quil étoit prêt du camp de Charlemagne,nbsp;quaux plaifanteries dune garde avancée, quinbsp;sécria : Voici 1Hermite de Pautre Jour.nbsp;,1 Quelques Soldats saperqurent quil avoicnbsp;5, une écharpe neuve ; Sur ma parole, difoitnbsp; 1un, il a rencontré quelque Chevalier de foanbsp;,, efpèce, ils auront rompu quelque bourdonnbsp; enfemble, amp; il Te fera paré de la dépouille dunbsp; vaincu; mais, un Soldat plus brutal, en lenbsp;,» regardant fous le nez, savifa de dire quilnbsp;,, falloit fe méfier des Moines; que eet Her-,, mite pourroit bien être le Magicien Mau-,, gis, amp; quil ny auroit pas grand rifque anbsp;,, le tuer; quaprès tout, ce feroit, ou un Saintnbsp; de plus en paradis, ou un Sorcier de moins
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fur la terre; quil ny avoit qua gagner. ») Quelle folie! reprit un vieux Cavalier; nenbsp;voyez-vous pas que eet homme a cent ansnbsp;j, pafles, amp; quil eft paralytique? Je connoisnbsp;,, Maugis; je 1'ai vu cent fois; il na pasnbsp;5, trente-cinq ans; il eft plus grand que cenbsp;,, vieillard au moins de trois pieds. Dailleurs,nbsp;,, ne voyez-vous pas quil eft couvert de mè-j, dailies bénites, amp; ne favez-vous pas quil nenbsp; faut quune médaille de Rome pour em-y, pêcher tous les fortiléges du monde?
Comme Ie vieux Cavalier parloit ainfi, Ie convoi de Pinabel, quon croyoit mort, amp;nbsp;quon portoit au tombeau, paffa. Maugis sap-procha du vieux Soldat, amp; lui demanda quelnbsp;étoit ce Chevalier. ,, Ceft, lui dit-il, un fa- vori du Roi, un méchant homme que Dieunbsp; a puni de fes crimes, amp; quon a trouvénbsp; mort fubitement; il neft pas mort, repritnbsp; 1Hermite, il n'eft quenchanté, comme cesnbsp; deux autres, quon porte, fans doute, auffinbsp; au tombeau; ils dorment; voulez-vous quenbsp;je les réveille? Je ferois afléz curieux denbsp; voir un défenchantement, reprit Ie Soldat;nbsp; mais je voudrois que ce fut fur tout autrenbsp;que fur ces méchantes gens. Comment con- noiflez-vous quils ne font quenchantés? Scnbsp; comment avez-vous Ie pouvoir de les dé-j, fenchanter? Le charme eft aifé a connoitre,nbsp;,, reprit Maugis, a la couleur de leurs traits.nbsp; Quant au pouvoir de les défenchanter, ilnbsp;ï, confifte, comme vous lavez rrès-bien ob- fervé , dans ces médailles . Maugis, quj
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favoit le moment ou le charme devoit fimr, donna une médaille au Cavalier. Vous pou-j, vez, fi vous voulez en faire 1eflai, accom-1, pagner le convoi, amp;, dans deux heures dici,nbsp;5, quand on fera prêc a les mettre dans le tom-5, beau, dites quon fufpende la cérémonie;nbsp;5, appliquez feulemenc un demi-quart-dheurenbsp;5, la médaille fur le front de chacun des en-5, forcelés, amp; vous les verrez revenir peu inbsp;5, peu Le Cavalier remercia THermite, Scnbsp;ne fe vanta pas du prefent quil lui avoit fair,nbsp;pour fe ménager le plaifir de la furprife de fesnbsp;camarades.
CHAPITRE XX.
Réfurrcamp;ion de Pinabel. Propojltions de Charlemagne d Renaud- Inflexibilité de part d? dautre. Pinabel détruit les bons effets desnbsp;coafeils de Roland. Reproches amp; remen-trances au Rol. Gibet élevé far la plusnbsp;haute tour de Dordogne. Le Due Richard^nbsp;menace du fappUce, tue fes fateUites. Ingratitude de Charlemagne. DéfeSlion des Baronsnbsp;amp; des Pairs. Fermeté confiante du Duenbsp;Richard. ASiiongénéreufe de Renaud.
Charlemagne murmuroit de ne pas revoir Richard de Normandie; il fe plaignoicnbsp;aux Pairs de la déloyauté de Renaud, qui lenbsp;retenoit. Sire, lui dit Roland, ce qui me
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furprend Ie plus, ceft votre étonnemenc gt;, même, amp; fur quoi vous feriez-vous flatténbsp;j, que Renaud feroit, je ne dis point allez
i, nbsp;nbsp;nbsp;généreux, mais aflez inconfidéré, pour vousnbsp;», renvoyer fon prifonnier? Souvenez-vousnbsp;5, de fa courtoifle, lorfquétant en fon pou-
j, nbsp;nbsp;nbsp;voir, dans Montauban, il vous renvoyanbsp;), fans ranjon, fans aucune condition, furnbsp;j, Bayard, fon propre cheval, quil vous confia,nbsp;,, vous laiflant route liberté de lui faire lanbsp; guerre, ou de lui accorder la paix ? Aunbsp;,, lieu de lui tenir coinpte de fa magnanimi-,, té, vous navez ufé de votre liberté quenbsp; pour Ie bloquer dans fon Chateau amp; Ie fairenbsp; périr-de faim, lui amp; fa familie. Le ciel,nbsp; qui le protégé vifiblement, lui ouvre unnbsp;chemin -, il échappe a vos fureurs, il vousnbsp;,, épargne un crime, amp; vous le pourfuiveznbsp; dans fon dernier afyle; il eft aflez heureuxnbsp;,, encore, pour vous enlever un de vos plusnbsp; vaillans Chevaliers, prêt é le prendre, poutnbsp; vous le livrer, amp; vous voudriez quil vousnbsp; le rendit! Sire, fi Renaud ne 1a pas faitnbsp;,, mourir, ceft un excès de bonté qui nanbsp; point dexemple j mais, je le regarderoisnbsp; comme le plus infenfé des hommes, silnbsp; vous rendoit un otage de la paix quil défire,nbsp;,, avant quelle fdt conclue.
Naimes, Oger amp; 1ArchevêqueTurpin, ap-puyèrent le difcours de Roland, amp; Charle- ' magne fut forcé de fe rendre; il leur ordonnanbsp;daller vers Renaud, de lui dire de rendrenbsp;Richard de Normandie amp; Maugis, amp; qud ce
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d'Aymon.
prix, il confentiroit a la paix; quil rendroic ieurs terres aux fils dAymon, amp; quil feroicnbsp;élever dans fa Cour les enfans de Renaud.nbsp;j, Sire, repondit Naimes, ce feroic nous en-,, voyer inutiletnent: Depuis deux ans, Mau- gis seft féparé de fes coufins, amp; perfonnenbsp;,, ne fait ce quil eft devenu. II a pris ce parti,nbsp;,, vouslefavez, non quil craignitque, jamais,nbsp; Renaud lelivrétjmaispour óter toutobftaclenbsp; è la paix.
,, C'eft une impofture, secria Pinabel, qui ,, avoit entendu ces derniéres paroles, amp; quinbsp; venoit dêtre défenchanté; Maugis eft a Dor-,, dogne II raconta tout ce qui lui étoitnbsp;arrivé, dans fa rente, avec le Chevalier para-lytique. Roland lui foucint que la honce da-voir été vaincu par un vieux Chevalier invalide , lui faifoit fuppofer ces menfonges ;nbsp;mais les funérailles de Pinabel amp; de fes Ecuyers,nbsp;amp; le défenchantement occafionné par la médaille, le juftifièrent dans lefprit de Charlemagne, amp; Roland ne favoit quen penfer.
,, Quoi quil en foit, reprit le Roi, portez mes propofitions a Renaud : Nous verronsnbsp; ce quil répondra ; furtout, rapportez-moinbsp;,, des nouvelles de Richard de Normandie.
Les Barons obéirent; ils furent introduits dans la Ville, portant, chacun, une branchenbsp;dolivier, en figne de paix. Renaud leur ficnbsp;Paccueil le plus favorable, amp; Naimes lui ficnbsp;les propofitions du Roi.
Je fuis bien étonné , leur répondit Re-¦gt;, naud, que Charlemagne, fachant que Mauamp;is
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Les quatre fih
s'eft féparé de nous, amp; que ceft: unique-ment pour ne lui point faire ombrage, il sobftine a me Ie demander encore. Atta-'nbsp;cher a un traité une condition impoffible anbsp; remplir, eft un jeu indigne de lui amp; de moi,nbsp; Sc de ceux quil charge dune ambaflade auffinbsp;,, puérile. Je ne vous cacherai pas, cependant,nbsp;,, que Maugis eft venu me voir; mais il nanbsp;,, palïé ici que deux jours, amp; il eft reparti,nbsp; fans quil ait voulu dire quelle étoit fa re- traite; mais Charles fait que, quand il fe-,, roit en mon pouvoir, je ne Ie livreroisnbsp;jamais. II me fait demander Richard de
Normandie, quil met a
amp; ceft la feconde condition
la paix. Richard eft un très- vaillant Chevalier; mais ceft pour me li- vrer au Roi quil a eu la témérité de me pourfuivre jufque dans Dordogne ; Sil eütnbsp; réufli, je navois a efpérer quuné mort in- fame. Je ne blelferai done point la juftice,nbsp;en livrant Richard au même fupplice, au- quel il na pas tenu au miniftre des vengeancesnbsp; du Roi, que je naye été livré. Allez donenbsp;rapporter a votre maitre, que Maugis neftnbsp; point en ma puiflance; que, quand il y fe- roit, je ne Ie facrifierois point a fa fureur;nbsp;,, que jai deftiné Ie Due Richard au fupplicenbsp; auquel Charles me deftinoit lui-même; quenbsp; tout ce qui seft pafl'é, depuis quil mit Ienbsp; fiége devant Montauban, ma appris a êtrenbsp; inexorable comme lui; amp; quenfin, je trai,nbsp; terai comme efpions tous ceux quil men- verra, Chevaliers ou a«tres, lorfquils nau-
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tont è me faire quedefemblables propofitionsT
Les Pairs furent étonnés dentendre Renaud répondre avec une fiercé quil navoit jamaisnbsp;montrée; ils ne doutèrent point que fa patiencenbsp;ne fe fut laflee, amp; ils tretnblèrent pour Ie Duenbsp;de Normandie. Ils retournèrent vers Ie Roi,nbsp;amp;, après que Roland lui eut rendu la réponfenbsp;de Renaud ; ,»Sire, lui dit-il. Ia patiencenbsp; amp; la douceur ont leur terme. Celui qui faitnbsp;j, fe maitrifer , les franchit rarement; mais»nbsp;,, quand, une fois, il sabandonne a fon ref-
fentiment, fes excês font plus a craindre que celui de 1homme impétueux, qui nenbsp; connoit pas la moderation. La colère fe ra-i, lentit par 1habitude; mais elle eli intrai- table, quand elle fuccède 1habitude de lanbsp;douceur. Votre inflexible févérité, Sire, anbsp; forcé Ie plus doux des hommes a écouternbsp; un courroux trop long-temps retenu, amp; donenbsp;Ie malheureux Richard fera, peut-être, lanbsp; viftime. Je crois done quil ny a pas unnbsp; moment a perdre , li vous voulez appaifernbsp; Renaud.
Le Roi fut ébranlé; Pinabel Ie vit prêt a lenvoyer Oger amp; Roland vers Renaud; mais,nbsp;profitant de 1afcendant quil avoit fur fon mai-tre; Sei^ieurs, dit-il, vous feriez-vousnbsp; flattés de jeter , par vos craintes, feintes ounbsp;véritables, 1alarme dans le eoeur de votrenbsp;Roi? Si, jufquici, la terreur que fes me-,, naces ont imprimée dans Pame de Renaud ynbsp; 1a porté a shumilier amp; a demander gr^ce;nbsp;,) fi, iorfque Maugis, pat la plus indigne des
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Les quatre fils
,, félonies, init fon Souverain en la puiflai¥:e ,, de fes coufins, il nofa point profiler de fesnbsp; avantages; fi, au milieu des combats, il eftnbsp; tombé aux pieds de fon maitre, pour obte- nir la paix, comment pouvez-vous croirenbsp;j, quaujourdhui, Renaud veuille sexpofer,nbsp; par Ie fupplice de Richard, a la plus ter-,, rible des vengeances? Ce que vous appeleznbsp;f, douceur en lui , neft que prudence , amp; cenbsp;,, neft pas dans cette circonftance quelle fanbsp;,, déraentira.
Charlemagne approuva Iavis de Pinabel, paree quil étoit conforme a fes défirs amp; anbsp;fes vues; amp; il ajouta, que, fi Renaud faifoicnbsp;Ie moindre outrage au Due-de Normandie, ilnbsp;extermineroit, amp; Renaud, amp; fes enfans, fesnbsp;frères, fon père, jufqiPau dernier de fa race;nbsp;il chargea Naimes de porter cette réponfe anbsp;Renaud Sire, lui dit Naimes, je fuis précnbsp; d'obéir A vos ordres; mais fongez que cettenbsp;démarche eft décifive pour la vie de Ri-ehard. Renaud eft plus défefpéré de léloi- gnement de Maiigis, dont vous feul étes lanbsp;caufe, que de tous les maux quil a foiifferts;nbsp;il etlc donné fa propre vie pour la fienne :nbsp;ff Jugez, Sire, sil épargnera celle de Richard.nbsp;,, Pinabel ne concevra pias, fans doute, quenbsp;f, 1amitié malheureufe puifle porter a de telsnbsp;f, excès une ame fenfible, amp; il conclura quenbsp;ff Renaud ne sexpofera point, pour cette chi-f, mère, aux défaftres dont vous Ie menacez.nbsp;f, Vous pouvez, Sire, vous en rapporter Anbsp;ff Pinabel: Qui connoii que lui Ia fenlP-
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,, bilité inquiète , amp; les délicatefles dune ame grande? Continuez, Sire, de régler votrenbsp; conduite fur fes confeils; chargez-le de por- ter vos propofitions è Renaud : Au défiiutnbsp; de la bienféance, fon éloquence fuffira pournbsp; les lui faire accepter.
Pinabel rougit, voulut parler, amp; fa voix tretnblante ne put proférer que des fons malnbsp;articulés. Charlemagne fentit tout Ie poidsnbsp;des reproches de fes Barons: II craignit, nonnbsp;feulement, la perte de Richard de Normandie, mais encore la défcdlion de fes Chevaliers, qui fe trouvoient humiliés par les mau-vais traitemens faits aux fils dAymon, parnbsp;la mort infame ^ laquelle Charles expofoit Ienbsp;Due Richard, amp; par la préférence quil fem-bloit donner aux avis de Pinabel fur leursnbsp;Confeils défintérefles.
Cependant, Renaud affembla fes frères pour délibérer fur Ie fort de Richard de Normandie ; ils furent davis de lui faire fubir Ie fup-plice auquel Charles avoit condamné Richard,nbsp;leur frère. Renaud ne pronon9a point; mais ilnbsp;ordonna quon élevat un gibet au deffus de lanbsp;grande tour qui dominoit Ie camp de Charlemagne. Auffi-tót que Roland laper^ut, il cou-rut en avertir Ie Roi: Sire, lui dit-il, voil4nbsp;r, done la récompenfe de tous les fervices quenbsp;,, Richard vous a rendus; il ne dépendoit quenbsp;yt de vous de Ie fauver, amp; vous aimez raieuxnbsp;sj 1'abandonner, que de pardonner aux fils
dAymon! Certes, Sire, ceft un pujlTant en-« couragement pour vos ferviteurs t
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Charlemagne fouric de fes plaintes. nbsp;nbsp;nbsp;Ne
,, voyez-vous pas, leur dit-il, que tout cec
appareil neft quun vain épouvantail, pour me forcer a faire la paix? Je ne crainsnbsp; rien pour Richard.
Renaud, cependant, commanda dix Cavaliers pour conduirele Due de Normandie au fupplice. Le Duejouoit, dans ce moment, unenbsp;partie déchecsavec le jeune Yon; il vitappro-cher les fatellires, amp; leur demanda, froidement ynbsp;ce quils vouloient; Ils lui répondirent, dunnbsp;ton refpeftueux, quils étoient fachés des or-dres dont ils étoient chargés, que c'étoit avecnbsp;le plus grand regret quils les exécutoient.nbsp; Quels font ces ordres, interrompit bruf- quement Richard ? Monfeigneur, lüi di-rent-ils, nous avons la trifte commiffionnbsp; de vous conduite au fupplice Richardnbsp;les regarda avec mépris, amp; continua fa partie. Les Gardes attendirent encore quelquenbsp;temps; mais, voyant que Richard ne faifoicnbsp;aucune attention a eux. Monfeigneur, re- prirent-ils, il eft temps de marcher; il nynbsp;,, a point de grace a efpérer ,,. Richard, fansnbsp;faire femblant de les entendre, continua fonnbsp;jeu. Enfin, les Gardes sétant avifés de vou-'nbsp;loir 1enlever de force, Richard fe léve, amp;,nbsp;a grands coups de fon échiquier, qui étoitnbsp;divoire, il en étend quatre morts i fes pieds,nbsp;amp; les autres prirent la fuite; enfuite, il re-vint a Yon : Raccommodons notre jeu,nbsp;,, lui dit-il tfanquillement; ces malheureux,,nbsp;qui, fans doute, étoient ivres, 1ont un
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peu derange; ma mémoire y fuppléera ; jgt; Vous aviez perdu un cavalier, amp; moi unnbsp;»gt; fou; il vous reftoic quaere pions, amp; a moinbsp;fix; votre Roi étoit l4, amp; ma tour iciLenbsp;jeune Yon trembloit, amp;nofoitrien dire. Tan-dis quil raccommode fon jeu, Richard appellenbsp;fon Ecuyer, amp;lui ditfroidement: Faites Jeternbsp;par la fenétre ces coquins, qui venoient mé- tourdir, amp; quejai tués. LEcuyer, aveclenbsp;fecours dun domeftique, les jeta, 1un aprèsnbsp;1autre, dans la cour du Chateau. Alard, quinbsp;artendoit fur la tour quon amenat Richard,nbsp;fut bien étonné, lorfquil vit voler par lesnbsp;fenêtres de fon prifonnier, les Gardes quil luinbsp;avoir envoyés: II courut en avertir Renaud, quinbsp;comprit bien quil en coüteroit beaucoup avantnbsp;quon put fe faifir du Due de Normandie lt;nbsp;Ceux qui avoient fui, vinrent, tout tremblan®nbsp;encore, implorer le fecours de leur maltre. Renaud Vint dans Iappartement de Richard, amp;nbsp;lui demanda pourquoi il avoit tué fes gens.nbsp; Il eft vrai, repondit Richard , que, tandisnbsp;,, que je jouois, avec votre fils, il eft venunbsp;ici dix a douze coquins; ils mont tenu,nbsp;de votre part, des propos infolens, aux- quels, dabord, je nai pas fait attention;nbsp; mais, enfuite, en afiurant toujours que cé- toit par VOS ordres, ils ont eu 1audace denbsp; vouloir fe faifir de moi pour me conduire,nbsp; ont-ils dit, au fupplice; je fuis tombé furnbsp; eux a grands coups déchiquier, jen ai tuénbsp;,, quelques-uns, amp; les autres ont pris la fuitenbsp;» comme des laches. Si vous étiez mon pri-
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Les quatre fils
j, fonnier, comme je fuis Ie votre, jempécher ff rois mes gens de vous faire de pareils ou-
trages. Mon cher Richard, lui dit Renaud, il neft plus queftion de courtoifie. Je faisnbsp; tout ce que fe doivent de braves Cheva-,, liers; mais Charlemagne rna avili, amp; vousnbsp; partagez les torts de Charlemagne; quandnbsp;Richard, mon frère, fut entre fes mains,nbsp; amp; quil Ie condamna au gibet, il Ie fit gar- der dans une prifon obfcure; il Ie chargeanbsp; de chalnes, comme un vil criminelp je nainbsp;,, rien fait de tout cela a votre égard. Ceftnbsp;¦ contre mon intention quon a ufé de vio-,, lance; mais auffi auriez-vous du, peut-être,nbsp; marquer moins de hauteur, amp; ne pas don-,, ner la mort a de malheureux qui croyoientnbsp;,, ne faire quobéir; mais, Renaud, reprit Ri-,, chard, ne fuis-je pas auffi un ferviteur denbsp;,, Charles, qui a fait ferment de lui obéirnbsp; en tout?
,, Richard, ne perdons pas Ie temps en des ,, difcuffions inutiles; je veux bien vous don- ner Ie temps, encore, de folliciter ma paixnbsp; auprès de lui; mais, fi vous ny parveneznbsp;,,pas, il faut vous réfoudre è mourir, Re- naud, reprit Richard, je connois fi bien Ienbsp; fonds de ton coeur, je crains fi peu tes me-naces, que je me livre a toi fans réferve ,nbsp;,, amp; que, fans quil foit befoin dautres gar- des que de moi-même, je vais me rendrenbsp; au lieu de mon prétendu fupplice II ynbsp;monta; Renaud avoit fait un appareil impo-fanr; il fe fit accompagner a la tour par un
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Cortege nombreux. II dit a Richard : II eft gt; encore temps de vous dérober a la home.nbsp;5gt; Voici deux partis que je vous propofe : Aban-j, donnez le Roi, amp; vous uniflez avec moi;nbsp;», ou bien, faites ma paix avec lui. Jai ju-t, ré ^ répondit Richard, foi amp; hommage ènbsp;» Charlemagne; il eft mon Souverain, amp; lanbsp;,, crainte de mille morts ne me feroit pointnbsp;,, changer. Quant a la paix que vous deman-iy dez, perfonne ne la défire plus fincèrementnbsp;que moi : Je ne 1exciterai point a fe par-jurer; mais, comme je connois fon amitiénbsp; pour fes Pairs, donnez-moi un hérault, quenbsp;je puifle lui envoyer,
Renaud appela un herault, a qui Richard dit : ,, Allez vers Charlemagne, dites-lui quenbsp; vous mavez parlé au pied dun infdme gi-bet, ou jétois prêt a monter, amp; que, silnbsp;y, ne confent a la paix que Renaud lui de-y, mande, il va my faire attacher. Vous luinbsp;», donnerez cette bague, comme un figne quenbsp;j, ce que vous lui rapportez, vous le teneznbsp;de moi, amp; non dautrui. Vous ajoutereznbsp; que, pour lui témoigner le défir que jai denbsp;cette paix, non a caufe de la mort que jenbsp;y, fuis prêt è fubir, mais A caufe de 1amitiénbsp;y, que jai pour les fils dAymon amp; du zèlenbsp;y, que jai pour le Roi, je confens a ie dé-,, dommager des torts que Renaud lui a fairs.nbsp;I, Vous direz a Roland, amp; aux autres Pairs,nbsp;y, de reprefenter a Charlemagne la honte quinbsp;V) rejailliroit de mon fupplice, fur eux amp; fur lui.nbsp;Le herault exécuta fidellement fa commif-
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fion, amp; rapporta, mot a mot, ce que Richard lui avoit dit. Alors, Roland, Naimes, Oger,nbsp;Turpin, amp; tous les Pairs, fe jetèrent aux ge-noux du Roi. Sire, lui dirent-ils, fauvez anbsp;la fois, amp; Richard de Normandie, amp; lesnbsp;,, fils dAymon, amp; vous-même,,. Charlemagnenbsp;parut inflexible ; II leur répétoit, fans celie,nbsp;que Richard, au pied du gibet, étoit en fu-reté comme dans Ie camp, amp; que, jamais,nbsp;Renaud ne fe réfoudroit a Ie faire périr. Lenbsp;hérault protefta quil ny avoit aucune grkenbsp;a efpérer, amp; que Renaud 1avoit juré. Alors,nbsp;Olivier fe hafarda de dire k Charles: ,, Sire,nbsp;,, vous lui avez trop bien appris quil ne faucnbsp; pas obliger une feconde fois celui qui, lanbsp; première, a roanqué de reconnoiflance. Vousnbsp;9, tourneriez contre lui la grace quil feroitnbsp; a Richard, comme vous avez déjè fait celle
quil vous accorda a vous-même Le hérault demanda fon congé, mais Roland lar-rêta, amp; lui dit : Tu peux aflurer Richard de Normandie, amp; les fils dAymon, que tunbsp; as laifl'é les Pairs difpofés a quitter le fer- vice dun Prince, qui, dans 1occafion, nau-,, roit plus de pitié de nous, quil nen a denbsp;,, Richard.
Alors, tous fe levèrent en pleurant ; LAr-chevêque Tnrpin, qui reftoit feul, dit è Chatr lemagne :,, Sire, ceft avec regret que je vousnbsp;,, quitte; mais il feroit honteux a moi, denbsp;5, me féparer des douze Pairs; leur démarchenbsp; füt-elle condamnable, jaime encore mieuxnbsp;t) étre blètné avec eux, que de les trahir par
-ocr page 315-u une ISche défertion Ils fortirent tous; ils allèrent a leurs rentes, amp; les firent abactre;nbsp;ils raflemblèrenc leurs gens, amp; les conduifirencnbsp;hors du camp. Larmée de Charles fe trouvanbsp;diroinuée de plus de raoitié ; Ce qui relta fré-niit, en voyant partir tous les Chevaliers,nbsp;amp; ne laifler que quelques Gentilshommes, Ienbsp;traitre Ganelon amp; Ie perfide Pinabel.
Le hérault rapporta toutes ces chofes a Re-liaud; amp; Richard fentit combien peu il falloic compter fur 1amitié des Rois, puifque Charlemagne labandonnoit dans une circonftance,nbsp;oü il sagiflbit de lui fauver 1honneur amp; lanbsp;vie; le hérault raconta les difpofitións amp; lanbsp;défertion des Pairs. C'en eft aflez, sécrianbsp;3, Renaud,amp; il courut aulfi-tót embralier Ri-¦j, chard. Mon coufin, lui dit-il, je ne vousnbsp;55 demande point pardon du mal que jai voulunbsp;55 vous faire; car vous étiez bien afluré, amp;nbsp;»5 Charles nen eft que trop perfuadé, que monnbsp;55 intention na jamais été de vous faire mou-,5 rir. Quelquoutrage que Charles mait fait,nbsp;», fon exemple ne doit point féduire un cceurnbsp;5, noble amp; généreux, mais je vous prie de mönbsp;55 pardonner eet appareil, que jai voulu mettrenbsp;5, fous les yeux du Roi, amp; cette apparencenbsp;jj de rigueur amp; dinflexibilité a votre égard:nbsp;55 Leffet quelle a produit fur les douze Pairsnbsp;35 doit me juftifier a vos yeux.
Renaud renvoya le hérault vers les douze I*airs, amp;leur fit dire, quen leur confidération, ilnbsp;svoit fait grace a Richard, amp; les Pairs firentnbsp;^fiurer Renaud quils ne rentreroient au fervice
;io
jivy nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
de Charles, que lorfqu'il auroit fait fa paix avec les fils dAymon.
CHAPITRE XXL
Méchanuté des confeils de Pinabel, reconnue amp; punie. Noble aveu de Charlemagne. Retour des Pairs. Renaud fc dévoue pour fesnbsp;frères. Sa réjiftance aux larmes de fon époufenbsp;amp; de fa familie. Alarmes d'Tolande; fonnbsp;amour amp; fon courage. AttendriffemenX. denbsp;Charles. Pardon amp; punition. Exil de Renaud.
T-^-p.s douze Pairs saflemblèrent hors du camp, amp; prirent congé les uns des autres,nbsp;Charlemagne, réfléchiliant fur la perte quilnbsp;faifoit, fit appeler Pinabel, dont il commen-goit a fe méfier; il lui témoigna fes craintesnbsp;amp; fes regrets. Sire, lui dit Ie Ikhe flatteur,nbsp;je fuis étonné de vos alarmes; nêtes-vousnbsp; pas aflez grand par vous-même ? Eh! quenbsp; vous importe que vos Barons reftent, ounbsp;,, sen aillent? Vous pouvez tout fans eux,nbsp; amp; que feroient-ils fans vous ? Quand il fe- roit vrai, corame ils ont eu 1adrefle de vousnbsp; Ie perfuader, que la nation a en eux unenbsp; confiance aveugle, elle difparoitra avec eux,nbsp; amp; leur défertion prouvera a la nation mê- me, combien peu cette confiance étoit fon- dée. Vous cralgnez que leur fetraite nalfoi-f) blilie 1amour de vos Peuples: Sire, eet
-ocr page 317- amour, ils le partageoient avec vous, amp; ,, vous allez en reflentir feul tous les efFets.nbsp;,, Dailleurs, Sire, quel eft cet amour quilsnbsp;,, vous faifoient taut valoir? un caprice, unenbsp;,, eftervefcence paflagère. Quelle que foit 1af-,, feftion des Peuples pour le Souverain, quils
le craignent ou qu'ils 1aiment, pourvu quils ,, lui obéiflent, peu importe. Sont-ce les Roisnbsp; qui font fairs pour les Peuples, ou les Peu-,, pies pour les Rois?.,..
Charlemagne, enfin, révolté de fentimens fi bas, interrompit le lache adulateur : Trai-,, tre, lui dit-il, cent fois plus digne de manbsp; haine que Renaud amp; Maugis, porte loinnbsp;,, de moi tes difcours empoifonnés. C'eft toj,nbsp;,, Ikhe, qui mas engagé dans des démarchesnbsp; contre lefquelles tu tes imaginé que manbsp; grandeur compromife, ou une faulle hontenbsp;,, mempêcheroit de revenir. La honte con- fifte a perfifter dans 1injuftice, amp; non inbsp; revenir dune erreur. Malheureux! que ta-,, vois-je fait pour abufer, ainfi, de la con- fiance que je tavois donnée? Cent millenbsp; ennemis font moins redoutables pour unnbsp; Souverain, quun courtifan dont on ne fenbsp;,, roéfie pas.
A ces mots, Charlemagne appelle un héros, amp; lui ordonne de conduire Pinabel, pieds amp;nbsp;mains liés, vers les douze Pairs. Dites-leur,nbsp; ajoute-t-il, que je leur envoye le traitrenbsp;,, qui, par fes confeils, na ceflë de mirri-
ter contreux amp; contre la familie dAymon : « Je les lailie les raaitres de fa punition; di-
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tes-Ieur que leur Rol ne veut étre, défor-,, mais, que leur ami; quils reviennent lui ,, donner des confeils plus falutaires, amp; quilnbsp;y, eft prêt a les écouter.
Renaud, qui, des remparrs de Dordogne, voyoit tout ce qui fe palibit, fit remarquernbsp;a Richard de Normandie un Chevalier fansnbsp;armes, monté fur une mule étique, les mainsnbsp;liées derrière Ie dos, quun hérault préfen-toit aux douze Pairs. Richard reconnut Pinabel : Ils virent, un moment après, les douzenbsp;Pairs saflembler, délibérer amp; quot;reprendre Ienbsp;cheniin du camp de Charlemagne; mais Ienbsp;hérault conduifoit Pinabel è. Dordogne. Richard sen félicita : Depuis long-temps, ilnbsp;haïflbit Ie perfide; ils allèrent au devanc denbsp;lui : Seigneurs, dit Ie hérault, Ie Roi anbsp; livré cette viélime aux douze Pairs; il anbsp;,, reconnu que cétoit un vil flatteur, qui, parnbsp;,, fes confeils, entretient les divifions qui rè- gnent entte Ie tróne, les fils dAymon amp;nbsp;,, les Pairs; amp;, comme Charlemagne les anbsp;,, laifles les maitres de fon fort, ils vous Ienbsp;,, renvoyent pour que vous en fafiiez a votrenbsp; volonté Richard amp; Alard opinèrent pournbsp;quil fut attaché au gibet, qui fe trouvoitnbsp;tout élevé fur la tour : Mais Renaud Ie ficnbsp;mettre en prifon, jufqua ce que Charlemagnenbsp;eüt prononcé.
Cependant, les Pairs étant revenus auprès du Roi, ils embraflerent fes genoux; il leurnbsp;tendit la main, amp; leur ordonna de prendrenbsp;Iturs places.
Jai
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J'ai, peut-étre, dit-il, poufle la févérité trop loin a 1égard de la familie dAymon,nbsp;quoique Ganelon amp; Pinabel, par desnbsp; menfonges adroits, amp; par des rapports in- fidieux, ayent eu 1art dentretenir ma co-j, lère, javoue que jaurois dü être plus fen- au repentir de Renaud , amp; ne pas
fibls
,, rejeter fa priere; mais il nen efl pas moins ,, vrai que les fils dAymon fe font révoltésnbsp; contre leur Souverain; ils ne fe font pasnbsp;,, bornés a une guerre défenfive ; ils mont
i, nbsp;nbsp;nbsp;attaqué; ils mont pourfuivi; ils mont in- fulté jufque dans ma tente : Je rends juf-,, tice a Renaud, il na pas trempé dans cettenbsp; félonie; mais Ie chef doit répondre de ceuxnbsp;,, quil conduit, amp; la loi Ie condamne; unnbsp; pardon abfolu feroit un attentat contre lanbsp;loi. Les quatre fils dAymon font coupa-bles, amp; leur coufin left encore davantage.nbsp; Je veux bien , cependant, me contenternbsp;den punir un feul, en fauvant même fonnbsp; honneur amp; fa vie. Allez, Due de Naimes,
j, nbsp;nbsp;nbsp;dites è. Renaud, a fes frères, amp; è Maugis,nbsp; que 1un deux fe remette en mon pouvoir,nbsp;amp; qu'a ce prix, non feulement, je faisnbsp;», grace i tous les autres; mais encore que jenbsp;leut rendrai leurs héritages, leurs fiefs, amp;nbsp; tout ce que leurs crimes one, fait tombernbsp; au fifc.
Naimes porta eet ordre a Dordogne; route la familie dAymon, excepté Renaud, en fut coaf-tetnée: Chacun vouloit fe dévouer pour les autres : ,, Non, dit Renaud, ce fera rooi qui me
O
-ocr page 320-14 nbsp;nbsp;nbsp;quatre fils
,, facrifierai pour tous. Le Roi eft grand amp; ,, généreux, amp; sil eut été le rnakre de fuivrenbsp;,, le penchant de fon cceur, 11 y a long-tempsnbsp;,, quii eut accepté les propofitions que je luinbsp;j, ai faites, de lui céder Bayard , amp; de fuir,nbsp;,j avec vous, loin de fes Etats; mais Pinabelnbsp; amp; Ganelon lui ont fait envifager la clemencenbsp;,, comme une foiblefle dangereufe. Si ceft dunbsp;,, fang quii demande, ceft le mien qui doitnbsp;j, couler ¦, je me fuis couvert daflez de gloirenbsp; en combattant centre lui, pour navoirnbsp; point de regret a la vie. Vous êtes plusnbsp;,, jeunes que moi; il n'eft aucun de vous donenbsp;,, la mort ne fut une perte pour la patrie amp;nbsp;pour I'univers. Allez, Naimes, dites aunbsp;Roi, que je vais me livrer a fa difcrétion,nbsp; amp; lui raniener Richard de Normandie.
Les frères de Renaud soppofèrent vaine-ment t cette réfolution; Ni leurs larmes, ni leurs prières, ne parent le faire changer davis.nbsp;Yolande, avec fes deux fils, vint embraflernbsp;les genoux de Renaud. ,, Cruel, lui dit-elle,nbsp; tu vas texpofer aux fureurs dun enneminbsp; implacable; amp; tu nemmènes point avec toinbsp; ta femme amp; tes enfans! Si tu les abandon-nes, que veux-tu quils deviennent? quenbsp;,, veux-tu que devienne leur mère infortu-,, née r Si tu es refolu de mourir, permetsnbsp; que je meure a tes cótés ; Survivre a cenbsp; quon aime, eft mille fois plus cruel que lanbsp;mort; épargne-moi, je ten conjure, uJinbsp;,, fupplice fi long amp; fi terrible.
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Iftrmes, feignit de fe rendre. Vous le vou-,, lez, leur dit-il, que'le fort en décide: Que ,, le refte du jour fe paffe en prières, que nosnbsp;,, temples foient ouverts; demain, quand lenbsp; foleil éclairera nos plaines, nous nous ren-,, drons, tous, fur la place publique, amp; la,nbsp; en préfence de nos citoyens, chacun écriranbsp; fon nom, le jettera dans un cafque, amp; lenbsp;j, premier qui fortira, fera la vidime que lenbsp;,, del aura choifie.
Les frères de Renaud donnèrent dautant plus aifément dans le piège, quils fe fiattoientnbsp;dexciter le Pet^iple, a fuivre de prés celui quenbsp;le fort déligneroit, amp; a 1arracher au pouvoirnbsp;de Charlemagne, sil vouloit attenter a fesnbsp;jours; mais, pendant la nuit, Renaud, Nai-mes, amp; Richard de Normandie, partirent fe-crettement.
Renaud sétoit échappé des bras dYolande, fous prétexte de veiller a la fureté de Ia Ville.nbsp;Le jour étoit prêt de paroitre, amp; Yolandenbsp;ne voyoit point revenir fon époux; agitéenbsp;de mille foupQons, elle fort de fon Palals, vanbsp;chercher Renaud, amp; ne le trouve point. Ellenbsp;court a la pone du Chiteau, amp; elle apprend,nbsp;enfin, quil eft parti avec Naimes amp; Richard;nbsp;elle revient au Palais échevelée amp; verfancnbsp;Un torrent de larmes; elle vole vers fes en-fans: Chers gages de la tendreffe de Re-gt;, naud, sécrie-i-elle, allons fuivre votrenbsp;père; il va fe mettre au pouvoir de fon ea-y, nemi ! A peine leur donne-t-elle le tempsnbsp;shgbiller; fans fonger a fe faire accompa-
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-ocr page 322-«i6 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fih
gtier, oubliant la foiblefle amp; ia timidité de Ion fexe, elle prend un de fes enfans de chaquenbsp;main, amp; court au camp de Charlemagne. Lanbsp;longueur de la route iiirritoit que fon impatience, amp; ne lui caufoit point de fatigue;nbsp;fes enfans sanimoient de fon courage, ils lia-toient les pas de leur mère, qui euc voulunbsp;précipiter leur marche.
Dès que Ie jour parut, les frères de Re-naud fe rendirent au Palais; mais, quel fut leur étonnement, lorfquils ny trouvèrent ni leurnbsp;frère, ni fon époufe, ni leurs neveux! Lenbsp;depart de Richard de Normandie amp; de Nai-mes leur eut bientót ouvert les yeux. Ils sac-cufent dune honteufe crédulité; mais, fansnbsp;perdre un temps précieux a de vaines plain-tes, ils font retentir les cors amp; les trompet-tes, amp; le Peuple eft déjè fur la Place; il veutnbsp;prendre les armes amp; fuivre las troupes quinbsp;défilent.
Cependant, h la première clarté du jour, Naimes conduilit a la rente du Roi, Renaudnbsp;amp; Richard de Normandie : Charles ne put re-tenir fes larmes en voyant 1un amp; 1autre ;nbsp;il tendit la main a Richard, amp; sinclina versnbsp;Renaud qui embraflbit fes genoux ; mais, fenbsp;fouvenant quil étoit Roi, il prit un air fé-vère, que démentoit fon cmur. Renaud, luinbsp; dit-il, en prenant les armes contre votrenbsp; Souverain, vous avez violé routes les loisnbsp;3, divines amp;. humaines, amp; vous méritez la mort,nbsp;3, La punition d'un tel crime, vous le favez,nbsp; eit 1échafaud.,.. Nous venons pourymon*
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,, ter avec lui,,, sécrie Yolande, qtii arrivoic dans ce moment, amp; qui fe précipite avec fesnbsp;enfans aux pieds de Charles! Yolande avoicnbsp;pénétré dans Ie camp, amp;, lorfque les Senti-nelles avoient voulu larrêter, elle leur avoitnbsp;dit, en leur préfentant fes enfans: Voici lesnbsp;s, fils de Renaud, donnez-leur des armes, amp; ,nbsp;f, tout jeunes quils font, ofez leur difputernbsp; Ie paflage A ce difcours mena9ant, au nomnbsp;de Renaud, la garde du camp sétoit ouvercenbsp;amp; les avoit laiflë palier. Charles, lui difoit- elle, grace pour Renaud, oufaites-nous périrnbsp; avec lui! Je jure pour moi, pour mes en-,, fans, que nous Ie fuivrons au tombeau....nbsp; Et moi, je jüre, interrompit Charles, quenbsp; vos enfans maimeronr, quils béniront leurnbsp; Souvefain , quils lui feront fidelles, quilsnbsp; Ie regarderont comme leur protefteur amp; leur
père. Lève-toi, Renaud, Charles te par-,, donne; mais 1'Empereur doit un exemple a 1univers. Va rejoindre tes frères, va cal- mer leur impatience; après les avoir em-,, braflës, jexige que tu paflës les mers, quenbsp;,, tu allies combattre pour la défenfe des lieuxnbsp; faints. Je ne prefcrits point de terme a tonnbsp;,, exil; cependant, jaurai foin de ton époufenbsp; amp; de tes enfans. Je rends a tes fréres, amp;nbsp;a ta familie, vos heritages. Va, Renaud,nbsp; pars, amp; reviens couvert de nouveaux lau- riers.
Renaud embrafla fon époufe, qui sévanouit dans fes bras ; II profira de ce moment pournbsp;sen arracher amp; séparguer de plus triftes adieux;
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II demanda la proteftion du Roi pour fa fêm-me , fes enfans amp; fon père : II reprit Ie che-min de Dordogne avec Richard de Normandie , qui ne voulut fe féparer de lui que lorf-quil partiroit pour fon exil.
Renaud rencontra, a moitié chemin , fesfrè-res a la têtè de leurs troupes amp; de tous les habitans de Montauban : II leur raconta tournbsp;ce qui sétoit pafle , amp; les rameria. II arbo-ra, fur la grande tour, Ie Pavilion de la paix,nbsp;amp;, a ce fignal, Roland amp; Oger ne purencnbsp;sempêcher davouer que la douceur de Renaud, qui facrifioit tout au bonheur des Su-jets de Charlemagne , Ie mettoit au deffusnbsp;de tous les Chevaliers. Ün moment après, onnbsp;vit arriver unhérault, qui conduifoit Bayard,.nbsp;Renaud Penvo5'oit au Roi amp; lui faifoit de-mander fes ordres au fujet de Pinabel. Charlemagne laifla Renaud Ie maitre de fon fort;nbsp;Ie généreux Renaud donna au traitre une ha-quenée blanche , amp; lui ordonna de ne jamaisnbsp;leparoltre dans les Etats de Charles. Le la-che fortit de Dordogne, au milieu des huéesnbsp;du Peuple, amp;, malgré ces témoignages de mépris , préférant la honte a la mort, il avoicnbsp;iin air content déchapper a la vengeance desnbsp;fils dAymon.
Renaud , après sétre félicité de la paix quil venoit de donner è la France, amp; du facri.hcenbsp;quil venoit de faire a fes frères, leur deman-da ,'pouf toute récompenfe, de prendre foinnbsp;de fon époufe amp; de fes enfans, amp;, furtout,nbsp;de bien fervir le Roi. Alots, il quitte fon
-ocr page 325-armure, endofle 1habit de Pélerin, ne garde que fon épée, amp; veut fe féparer dc fes frèresjnbsp;ils raccompagnèrent, avec Richard de Normandie , jufqua ce Quenfin, Renaud exigeanbsp;quils Je quittaflènc pour aller fervir Cliarle-magne , amp; confoler la trifte Yolande.
CHAPITRE XXII.
^ccucil de Charlemagne auxfrères de Renaud. Son départ pour Llége. Combat de Bayardnbsp;amp; de Ganelon dans la Meufe. yJrrivée denbsp;Renaud a Conjlantinople. Rencontre impré-vue de Maugis malade; leur arrivée d Jéru~nbsp;falem. Siége de la Cité fainte. jddmirationnbsp;qu'excite Renaud dans Ie camp des Chrétiens.nbsp;Hommages du Comte de Rance, amp; desnbsp;Chevaliers , d Renaud- Préfens rejetés (Snbsp;diftribués par les fils d'/lymon, aux pau~nbsp;vres Chevaliers. Fêtes, réjouijfances dansnbsp;Ie camp. Sortie des ajjiégés; bataille fan-glante. Haleur de Renaud amp; de Maugis.nbsp;Jérufalem-enlevée aux Perfans. MUion défef-pérée d'Emir^ia. Les Perfes chajfés de lanbsp;Ralefline; ils demandent la paix. Troupesnbsp;de Chrétiens difcipUnées par Renaud. Départ de Renaud amp; de Maugis.
lendemain du départ de Renaud, Richard de Normandie conduific Alard, Guichard amp;nbsp;Richard au Roi. Leur arrivée au camp fut
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Les ^uatre fils
annoncée par Ie bruit des cors amp; des trom-pettes. Charles ordonna a fes Chevaliers daller au devant d'eux. Richard de Normandie lesnbsp;lui prefenta; ils mirent un genou a terre, amp;nbsp; Alard dit: Sire, quoique vous ayez voulunbsp; vous contenter de 1exil de Renaud, quoi- que vous ayez promis de nous faire grace,nbsp;,, nous venous nous remettre entre vos mains.nbsp; Croyez, Sire, que, quelque vengeance quenbsp;vous vouluffiez exercer centre nous, ellenbsp; negaleroit jamais la peine que nous reflen- tons detre féparés de Renaud, qui etoitnbsp; notre père amp; notre ami, amp; qui seft fi géné- reufeinent facrifié pour nous,,. Charlemagnenbsp;les fit lever, leur promit Ton amitié , les remitnbsp;en pofleffion de tout ce quil leur avoit óté, lesnbsp;embrafla en figne de paix, lesaflura quil aimoitnbsp;Renaud autant que Roland, fon neveu, amp;nbsp;que, lorfquil feroit de retour, ii ne mettroicnbsp;aucune dift'érence entreux.
Les trois frères allèrent auprès dYolande; ils la trouvèrent dans les larmes, embrafiancnbsp;fes enfans l'un après 1autre, amp; leur parlant,nbsp;fans cefle, de Renaud: Ses pleurs redoublè-rent en voyant fes beaux-frères. Ma fmur,nbsp;,, lui dit Richard, Renaud neft point perdunbsp; pour nous; il va cueillir de nouveaux lau-,, riers; Ie ciel, qui la prote'gé jufquici, Ienbsp;,, ramenera plus digne de vous; ne vous mon- trez point indigne de lui par un défefpoirnbsp; quil condamneroit. Lépoufe de Renauddoitnbsp;5, avoir plus de fermeté; elle doit renfermernbsp;,! fes peines, amp; ne laifler éclater que fon cou-
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rage Yolande remercia Richard, amp; lui promit de faire tout ce qui dépendroit delle,nbsp;pour fe vaincre, amp; fe contenta de ne porternbsp;que des habits violets, couleur trifte amp; conforme a fa lituation.
Cependant, Charlemagne fit lever fon camp, amp; fit mettre fes troupes en marche, pour allernbsp;au pays de Liège. Bayard, depuis quil avoirnbsp;perdu le vaillant Renaud , fon maitre , nenbsp;pouvoit fouffrir dautre Cavalier que le Roi,nbsp;amp;, fous ce fardeau glorieux, il étoit encorenbsp;trifte de Iabfence de Renaud. Unjour, quenbsp;Charlemagne, fuivi de fa Cour, marchoit,nbsp;le long de la Meufe, amp; quun de fes Ecuyersnbsp;menoit Bayard a la main, Ganelon fe vanta denbsp;le monter avec la même facilité que le chevalnbsp;le plus doux. Charlemagne le défia; Ganelonnbsp;piqué, sélance fur la croupe de Bayard; mais lenbsp;Her courfier indigné, 1emporte amp; fe précipitenbsp;dans le fieuve avec fon Cavalier; il plonge,nbsp;reparoit fur 1eau, replonge, remonte encore;nbsp;Ganelon ne lache point prife; Bayard furieuxnbsp;gagne le rivage, emporte Ganelon fur le pont,nbsp;amp; fe précipite encore avec lui dans les flots.nbsp;Ganelon , etourdi du coup, I'abandonne ;nbsp;Bayard, qui fe fent libre, profite du moment, fe drefl'e, renverfe Ganelon, nage amp;nbsp;sélance fur la rive qui eft; oppofée a 1armée:nbsp;Ilhennit, rue, part comme un éclair, sen-fonce dans la foret dArdenne, amp; difparoicnbsp;aux yeux de 1armée étonnée. Charlemagnenbsp;fit cpurir fur fes traces, mais tous fes foinsnbsp;furent inutiles; on ne put jamais le retrou-
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ver, amp; 1opinion commune eft, que ce fu-perbe courfier git encore dans ces forêts, ne fe laiflant approcher de perfonne, amp; henniflantnbsp;tomes les fois quil voit pafler un Chevalier ,nbsp;dans Iefperance de retrouver fon maitre.
Ganelon fut retiré du fond du fleuve , couvert de vafe amp; prefque noyé, amp;, malgré 1état OU'il étoit,oneut bien de la peine a sem-pécher de rire : Car, ceft un fpedlacle biennbsp;fatisfaifant, que la confufion d'un hommanbsp;vain amp; méchant,
Lorfque Charlemagne fut arrivé a Aix-Ia-Chapelle, oü il devoit, un jour, établir la capitale de 1Empire dOccident, il licencianbsp;fes troupes, amp; permit a fes Pairs, a fes Barons, daller chez eux ; maïs, avant quilsnbsp;partiflent, il les récompenfa tous, amp; les frèresnbsp;de Renaud comme les autres.
Cependant, Renaud, couvert dun habit de Pélerin, arrive a Conftantinople : II fe cachenbsp;a tout Ie monde; ilévite les lieuxtropfréquQji-tés;il demande une hótellerie, un afylepournbsp;un Pélerin quun voeu amène ajérufalem : Onnbsp;lui indique Ie réduit obfcur dune femme pau-vre amp; pieufe , qui exercoit 1hofpitalité ; ilnbsp;préféra cette maifon au plus riche Palais ; ilnbsp;y fut fervi par la pauvreté, avec plus dezèlenbsp;amp; daffeftion, quil ne 1eftt été par 1opu-lence. La charitable Mérancie partagea , avecnbsp;Renaud, un repas fimple amp; frugal; après luinbsp;avoir lavé les pieds, comme elle avoit cou-tume de faire ^ tous les Pélerins quelle re-liroii, amp; 1avoir fait fouper, elle fe condui-
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d'Aymon,
fic dans une petite chambre, ou tout refpi-roit la propreté, la décence amp; la fimplicité. j, II fauc, lui dit-elle, que vous vous conten-^ tiez de ce logement; celui qui eft a cóté,nbsp;^ amp; qui, peut-être, vous eüt mieux convenu,nbsp; eft occupé par un Pélerin maiade, a qui jenbsp; vais donner des foins. Madame, lui dit Re-,, naud, ce Pélerin eft, fans doute, protégénbsp; du ciel, puifquil lui a fait trouver , dansnbsp; fa maladie, les fecours dune ame bienfai- fante. Que Ie fort dun pauvre étranger ma- lade eft è plaindre, fi la pitié ne lui faitnbsp; trouver des parens par-tout oü il y a desnbsp; hommes! Permettez-moi de 1aller voir avecnbsp;^ vous, amp; de partager les foins que vous luinbsp; rendrez Mérancie vouloit qu'il allÉc fenbsp;repofer; il laflura quil nen avoir aucun be-foin, amp; que, depuis 1enfance, il étoit ac-coutumé au travail amp; a la fatigue ; Il la fuit,nbsp;amp;, k peine a-t-il porté fes regards fur Ie maiade , quil sécrie : Ciel! ceft Maugis,nbsp; ceft mon coufin ,, ! A certe voix, Maugis foulève fa tête appefantie. ,, Je te remer- cie , ó Dieu confolateur, sécrie-t-il, denbsp;mavoir envoyé Renaud dans 1affligeantenbsp;,, fituation oü je me trouve. Ah! Renaud,nbsp;dans quel écat je vous vois! Sous ce dé-9, guifement, vous fuyez, fans doute, la hainenbsp;9, dun barbare, amp; vous navez que des mal-»gt; heurs a mapprendre?
Renaud calma fes inquiétudes, amp; lui ra-conta tout ce qui sétoit paflé; il lui dit que Ibn voyage en Paleftine étoit 1unique con-
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dition que Charlemagne eut mife a la paix,: amp; quil etoit trop heureux, pour les fils dAy-mon, de terminer, k ce prix, une guerrenbsp;funelte. Ce récit rendit les forces a Maugis.nbsp;Ne nous quittons plus, dic-il a Renaud.nbsp;j. Nous fommes fans fortune, nous portonsnbsp; les livrées de la pauvreté; mals nous fom- mes également au delfus de 1'une Ik de 1au-j, tre, par notre courage Mérancie, qui lesnbsp;écoutoit, comprit feulement, d leurs dif-cours, quils étoient dune maifon illuftre.nbsp;La charité choz les femmes les empeche denbsp;médire, mals non pas dérre curieufes; ellenbsp;leur témoigna tant denvie de favoir qui ilsnbsp;étoient, que Maugis lui dit: Nous fommesnbsp; deux Gentilshommes exilés de France, pournbsp; lui procurer la paix; nous voyageons fousnbsp; ces humbles habits, pour nêtre point re~nbsp;,, connus, non que nous ayons rien k crain-,, dre; mais nous voulons jouir de la liberténbsp;,, quun nom trop fameux ne nous permet-,, troit pas de gouter Mérancie fe contentanbsp;de cet eclairciflement, amp; ne les traita ni mieux.,nbsp;ni plus mal quauparavant. Maugis, trois joursnbsp;après, fe fentit rétabli : Ils remercièrent Mérancie, récompenfèrent fes foins, amp; lui pro-,nbsp;mirent de la revolt a leur retour-Ils fe mirent en chemin, amp; traverfèrencnbsp;gaiement un pays immenfe, entendanc fou-vent parlerde leurs exploits, amp;afieél;ant de nynbsp;prendre aucune part, pour nétre pas recon-nus; ils parvinrent, ainli, a la vue de Jéru- ,nbsp;falem , quand ils pureot tjiftinguer la tour
de David amp; le Temple, ils fe mirent a genoux amp; remercièrent le ciel de les avoir conduitsnbsp;jufque-la, Pleins de confiance, ils fe levèrentnbsp;pour entrer dans la Cite fainte; mais, ennbsp;avanganc, ils virent un vafte camp qui Ienvi-rennoic.
Ilsne pouvoient difcerner de quelle Nation ce camp étoit formé. Comme Maugis amp; Re-naud sentretenoient, ils apergurent un vieuxnbsp;homme a cheval, qui fortoit du camp; ils nllè-rent d lui; ils lui demandèrent quelles troupesnbsp;affiegeoient la Cité fainte? Le vieillard leur ré-pondit quelle étoit, maintenant, affiégéeparnbsp;les Chrétiens, qui avoieut bien de la peinenbsp;è la reprendre; que les Perfans sen etoientnbsp;emparés, amp; quEmirza, leur général, 1avóitnbsp;prife par trahifon. Renaud voulut favoir comment il sen étoit emparé. Tout paroiflbitnbsp;,, en pleinepaix, reprit le Vieillard; les Per-,, fans avoient eflayé, plufieurs fois, de pren-,, dre Jérufalem, les Chrétiens les avoientnbsp;j, toujours repoufles. Fatigués, enfin, dunenbsp;,, guerre inutile, les Perfans propofèrenc aux^nbsp;,, Chrétiens de leur payer les frais de la guerre,nbsp;amp; qualors, ils fe retireroient. Les Chre-(tiens confentirent a en payer la moitié, lanbsp;j, condition fut acceptée, amp; 1on fe crut tran-j, quille, fur la foi du traité; mais ce nétoitnbsp;«, quun piège. Les Perfes firent femblantde fenbsp;retirer; ils fe cachèrent dans les montagnes»nbsp;«, amp; attendirent un temps plus favorable.
La délivrance de Jérufalem attira de tou-tes parts un grand nombre de Pélerins;..
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Les quatre fils
Èmirza fe déguifa, amp;fit déguifer mille hora-,, mes fous ce faint habit; il les fit glifler ,, dans la Ville, en plufieurs fois, amp; pat diffé-,, rentes portes : II y entra, Ie quatrièmenbsp; jour, avec fes Otficiers : II avoit choifi Ienbsp;,, temps dune fète folemnelle. Tandis quenbsp;,, les Chrétiens étoient en prières, dans Ienbsp;,, Temple, il fit fonner les cors, amp; les Per-,, fes, qui sétoient emparés des poftes les plusnbsp; importans, prirent leurs armes cachées fousnbsp;j, leurs habits de Pélerins, firent main-baflènbsp; fur les Chrétiens, amp; en maflacrèrent unnbsp;,, grand nombre. Le trouble amp; la confufionnbsp;j,, régnoient par-tout; les troupes embufquéesnbsp;,, quittèrent leur retraite, amp; vinrent fe join-,, dre aux autres. Quelques Chrétiens, revenusnbsp;de leur première frayeur, fe défendirent.nbsp; Le fang ruifleloit de routes parts; maisnbsp; les Perfes étoient les plus forts. Une troupenbsp;armée de torches, accourt au Temple amp;nbsp; menace dy mettre le feu, fi les Chrétiensnbsp; ne rendent les armes amp; ne fortent de lanbsp; Ville. Tous font forcés de 1abandonner, en- viant le fort de ceux qui font morts en dé- fendant la Cité fainte. Le Patriarche Tho- mas, Roi de Jérufalem, fut retenu par lesnbsp; infidelles; eh! qui fait le fort quils lui ré.nbsp; fervent ? Cet otage fufpend lardeurdes affié-,, geans; ils craignent pour fes jours, silsnbsp;attaquent vivement la place, de forte quilsnbsp; nofent rien entreprendre.
Renaud demanda au vieillard fi les afliégés faifoient, quelquefois, des forties. Trés-
d*Aymon. nbsp;nbsp;nbsp;32^^
)gt; fouvent, répondit Ie vieillard, car ils font en très-grand nombre, amp;, malheureufe-gt;, ment, nous navons point de Chef. Nousnbsp;verrons, dit Renaud en fouriant, amp; ilsnbsp;,, prirent congé du vieillatd.
Renaud amp; Maugis entrèrent dans Ie camp; ils attirèrent les regards de toute larmée :nbsp;Jamais on navoit vu un auffi beau Pélerinnbsp;que Renaud; il cherchoit des yeux un en-droit oü il put camper. Maugis lui fit aper-cevoir une petite éminence, afiez prés desnbsp;murs, ils allèrent chercher des branches denbsp;palmier amp; élevèrent une cabane.
Tandis quils travailloient, Ie Comte de Rance sapprocha deux; il les confidéra long-temps; il fut frappé de leurs traits majef-tueiix, de leurs roanières nobles, de leurnbsp;phyfionomie intéreflante, de leur taille amp; denbsp;leur port; il ne pouvoit, furtout, fe laflernbsp;denvifager Renaud. Enfin, il lui adrefla cesnbsp;mots Beau Pélerin, pardonneè: ma curio-fité; fi votre nom nefl; point un myftère,nbsp;3, fi voiK navezaucune raifon de vous cacher,nbsp; dites-moi fi votre nom amp; votre naiflancenbsp; répondent k la grande opinion que jaiconguenbsp; de vous, en vous voyant. II eft venu, ici,nbsp;un grand nombre détrangers de toutes lesnbsp;», parties du monde chrétien; mais aucun na-», voit encore fait la même impreffion fur moi.nbsp;ï,Je vous conjure done, par Ie Temple dunbsp;gt;, Diet! que vous venez adorer, par la Villenbsp;» fainte oü il a terminé Ie cours de fa vienbsp;»j mortelle, de vous déccaivrir franchement 4
-ocr page 334- un Chevalier, qui croit apercevoir en vous les marques d'une vertu fiipérieure.
,, Seigneur, répondit Renaud , quand jau-,, rois des raifons particulières pour taire mon 9, nom a route la terre, votre loyauté ne menbsp;permettroit point de vous en faire un fecret.nbsp; Je fuis Renaud de Montauban, Ie Due dAy-,, mon eft mon père. Un Prince imprudent,nbsp;9, neveu de Charlemagne, porta fur moi unenbsp;9, main téméraire; je me vengeai, amp; fa mortnbsp;,, excita dans Ie Roi, mon Souverain, unenbsp;9, haine implacable; il na cefle de perfécuternbsp;9, mes trois frères, mon coufin Maugis amp; moi;nbsp;99 il nous traitoit en rebelles, nous menagoitnbsp;9, dun fupplice infame, amp; nous nous fommesnbsp;9, défendus les armes a la main : Jai tout ten-9, té, mais vainement, pour fléchir la colèrenbsp;,, de Charles, fans cefle irritée par de vilsnbsp;9, Courtifans, efpèce toujours jaloufe, tou-9,jours ennemie de la gloire des Chevaliers,nbsp;9, a laquelle ils favent quils ne peuvent at- teindre; il eüt retrouvé en nous des Sujetsnbsp;fidelles amp; foumis; mais il vouioit des vic-,9 times; il a armé contre nous ce que Ia Francenbsp;9, a produit de plus vaillans Chevaliers ;ainfi,nbsp; 1envie, .aveugle, amp; mal-adroite, des Cour- tifans de Charles, en nous perfécutant, menbsp; fourniflbit, chaque jour , des occafions nou-9, velles dacquérir de la gloire ; La guerrenbsp;9, avoir moiflbnné un tiers de fes Sujets, pournbsp;9, une querelle qui leur étoit étrangère. Enfin,nbsp;,9 Charles, arrêtant Ie cours dune perfécutionnbsp;ji^funefte a lui-méme, a pardonné a mes frères
-ocr page 335-5, amp; a Maugls, amp; sefl: contenté de mon exil ,, fans en fixer Ie terrae. II m'a ordonné denbsp;,, venir, dans la Paleftine, défendre ou con-
quérir les lieux faints.
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Le Comte de Rance connoiflbit Renaud de reputation, amp; favoit une partie de fes aven-tures. Généreux Renaud, lui dit-il, en met-,, tant un genou è terre, le Comte de Rancenbsp;,, fe donne a vous avec tous fes biens, receveznbsp;,, fa foi; ceft un hommage quil dolt au plusnbsp; noble, au plus grand, au plus brave Che-,, valier du monde. Comte, que faites-vous?nbsp;,, lui dit Renaud, en voulantlerelever. Non,nbsp;,, reprit Rance; jamais je ne me leverai quenbsp; vous nayez recu mon hommage. Je 1'ac- cepte, dit Renaud en Tembraflant, mais anbsp; condition que vous accepterez celui de moanbsp; amitié. Rance continua : Que font devenusnbsp;vos frères, fi dignes de vous, amp; ce fagenbsp; Maugis, votre coufin, qui joignoit k tantnbsp;de valeur des connoiflances furnaturelles?nbsp; Seigneur, répondit Renaud, mes enfans amp;nbsp; mon époufe font auprès de Charlemagne; ilnbsp; seft déclaré le proteéleur de mes frères, amp;nbsp;5, les a rétablis dans leurs biens. Maugis, lenbsp;gt;, cher compagnon de mes infortunes, de mesnbsp;s, travaux amp; de ma gloire, eft devant vous,nbsp; ceft lui que vous voyez,,. Le Comte denbsp;Rance embrafla Maugis, amp; lui demanda fonnbsp;amitié; il remercia le ciel davoir envoyé denbsp;fi vaillans Chevaliers au fecours des Chrétiens;nbsp;fi ne douta pas que, bientót, la Cité faintenbsp;fie fuc en leur pouvoir, amp; que le Roi Thomas
Les quntre fils
ne fut délivré. Rance annonga Renaud amp; Mau-gis a 1armée; les Chevaliers fe raliemblèrent autour deux, amp; Ie camp retentie de cris denbsp;joie. Les Chevaliers fe joignirent aux prièresnbsp;de Rance, pour que Renaud acceptor Ie com-mandement de Parinée, amp; tous firent fermentnbsp;de lui obéir; ils ne voulurent écouter dautresnbsp;avis que ceux de Maiigis; Renaud regut leurnbsp;fói. Rance Ie fupplia de navoir dautre tentenbsp;que la fienne, amp; de la partager avgc Maugis amp;nbsp;lui; il les prit par la main, amp; les conduifit dansnbsp;fon Pavilion : Tous les Chevaliers les accom-pagnèrent. Rance fi^-préfent a fes hótes de vingtnbsp;chevaux de la plus grande beauté, de riches habits amp; décharpes magnifiquement brodées, denbsp;hauberts, amp; dépées de la meilleure trempe denbsp;Damas. Renaud fut étonné de tant de magnificence; amp;, pour 1engager è. accepter ces pré-fens, Rance Palfura que cétoit la moindrenbsp;partie du burin qu'il avoit fait-fur les Per-fes, en difflirentes occafions; mais, Renaudnbsp;amp; Maugis ne voulurent quun cheval pour cha-cun, un haubert, une épée, une écharpe amp;nbsp;une armure complette.,, Seigneur, lui dit Re-naud, unhomme, quelque riche , quelquenbsp;puiflant quil foit, ne peut porter quun ha-,, bit a la fbis; je con^ois que, dans les cha-,, leursexcellivesdelcté, il ne fe couvrepoint,nbsp;,, comme dans Ie froid rigoureux de Ihiver;nbsp;mais Ie guerrier ne connoït point ces vainesnbsp;délicatefles, fon armure eft fon habillement,nbsp;j, elle saccommode a routes les faifons, amp;,nbsp;,,lorlque, dans la vie privée, il la quitte.
-ocr page 337- rout habillement doit luj étre égal; car il fera toujours moins pefant que fon armure.nbsp; Ainfi, Seigneur, fi ces préfens me font def-,, tinés, permettez-moi d'en difpofer en fa-,, veur des plus pauvres Chevaliers; maïs,nbsp;,, comme vous les connoifTez mieux qne moi,nbsp;,, diftribuez-les vous-même Rance Ie luinbsp;promit; il les envo5fa chercher , fans en riennbsp;dire. Cependant, on foupe; Rance avoir invité les principaux Chevaliers; Grille, parentnbsp;de Turpin, Tefle, Galerand, Lezay, Géof-froy, Taleyrand. Sur la fin du repas, trentenbsp;Chevaliers entrèrent, amp; fe placèrent en facenbsp;de Renaud; ils avoient une contenance noble , un air de propreté martiale, qui laiflbiencnbsp;è peine remarquer la pauvreté de leurs véte-mens; quand ils furent tons entrés : Sei-,, gneur, dit Rance a Renaud, voila trente
Chevaliers, les plus pauvres quil y ait au camp; amp;, fi la fortune sa'ttachoit a la ver-
Tu, ils feroient aulR riches que les plus puif-y, fans Rpis de la terre Renaud fe leva » courut il eux, amp; les embrafla Iun après 1au-tre : Mes amis, leur dir-il, je fuis pauvrenbsp;,, comme vous; mais, non plus que vous, jenbsp;ne rougis pas de ma pauvreté : Les vraisnbsp; biens dun digne Chevalier, font une con- fcience exempte de reproches, amp; une bonnenbsp;», réputation ; tous les tréfors de la terre nenbsp;}gt; valent pas ceux-la
On apporta les préfens, amp; Renaud les leur diftribua ; il voulut leur ceindre 1épée, amp;,nbsp;^ mefure quil la leur ceignoit, il les embraf-
Les ^uatte fils
foit. Les Chevaliers étoient attendris; ils répandoient des larmes de joie , amp; , dans Ienbsp;tranfport de leur ivrefle , ils sécrièrent, ennbsp;mettant la main fur la garde de leur épée :nbsp;Seigneur, nous jurons de vous fuivre , denbsp; vous obéiren rout, amp; de tenter routes les en-,,, treprifes que vous nous ordonnerez,
Rance ordonna quon fit des réjouiflances dans tout Ie camp, amp; quon rendic a Dieu desnbsp;adions de graces, davoir envoyé Renaud amp;nbsp;Maugis au fecours des Chretiens. Galerandnbsp;amp; Géotfroy portèrenc ces ordres. Tous les Pavilions furent illumines; on alluma des feuxnbsp;devant les rentes, amp; les airs retentirent denbsp;chants militaires amp; dhymnes facrés, mêlésnbsp;de cris de vivmt Renaud amp; Maugis. Renaudnbsp;fut furpris de la beauté du camp; il Ie par-courut, amp;il lui échappa peu de foldats, aux-quels il ne témoignamp;t fa joie ?
Le bruit des acclamations, la clarté des illuminations, letumulte de la joiequi régnoic dans le camp, attirèrent les Perfans fur lesnbsp;rempart'; leur Général en fut éconné. Quenbsp; leur eft-il arrivé, sécria-t-il, pourquoi cesnbsp; divertiflemens amp; ces fétes? Ont-ils fu que jenbsp; dois les exterminer demain Et font-iJsnbsp; comme les cy^-gnes, qui ne chantént jamaisnbsp; tant, amp; fi bien, que la veiPe de leur mort?
Le Roi Thomas ne concevoit rien, lui-ml-me, a cette joie des Chretiens; il sen félici-ta, paree quil fuppofa quelle étoit occafion-née par quelque grand événement. Renaud pré-vit, en général habile, que cette clarté du
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c-amp,qui fe réfléchiflbit fur les tours amp; fur les murs de Jérufalem, infpireroit de la mé-fiance aux ennemis; il ordonna quon redou-bldt, cette nuit, la garde du camp, amp; quonnbsp;veiliat avec plus dattention que jamais.
A peine le jour eut-il paru, que tous les Chréciens, amp; leurs Chefs, fe rendirent auprèsnbsp;de llenaud, pour prendre fes ordres : Ils luinbsp;proposèrent de livrer un aflaut a la Ville. Re-naud préféra de fe tenir toujours pret au combat, amp; dattendre que les ennemis fiflent unenbsp;fortie. On délibéroit encore, lorfquon vint an-noncer que le General ennemi avoir fait ouvrirnbsp;lesportes,amp;: que fes troupes commengoient a Ibr-tir. Renaud ordonne que chacun coure aux ar-Kies,amp;quon saflemble, i! monte furie chevalnbsp;que Ranee lui avoir donné; Maugis le devance,nbsp;amp; crie aux Chevaliers: Void le jour de la vic-a, toire,jevouslannoncede]apartdu ciel, quinbsp;^ envoye les ennemis au devant de nos coups;nbsp;», je jure de ne rentrer dans ma folitude, quenbsp;j, lorfqujls feront chafies de la Cité fainte,,.nbsp;Il die a Godefroid : Ne quittez point Re-naud, amp;. moi, je vais oti la vidtoire map-pellera Il ne prend , avec lui, que trentenbsp;Soldats, amp; va fe poller entre la porre de lanbsp;Ville amp; le camp, ou les Perfes étoient entrésnbsp;Jiu nombre de dix mille. Par 1art de Maugis,nbsp;les trente Chrétiens quil conduifoit, paru-^ent aux yeux des Perfans une armee de trentsnbsp;wille hommes pde forte quil étoit impoffiblenbsp;ux afliégés de porter du fecours aux dix millenbsp;lui étoient déja fotiis.
Renaud fit de fes troupes une difpofition II favante , que Ie Général Perfan fut décon-certé; il fut obligé de changer fon plan dat-taque, amp; Renaud profita de ce moment pournbsp;jeter la confufion dans fon armée. Margarit,nbsp;jeune Prince dune riche contrée voifine denbsp;Vindas, savance Ie premier, a la tête de troisnbsp;mille hommes, pour foutenir Emirza; il ofenbsp;attaquer Renaud , qui difoit a Godefroid ; jenbsp;plains ce jeune homme, qui fe dépêche denbsp;courir a la mort; Renand court a lui, amp;,nbsp;dauffi loin quil peut fe- faire entendre :nbsp;5, Jeune homme , lui dit-il, rendez-vous : Nenbsp; vous obftinez pas ü lutter concre vos def-s, tinées, elles font ,'aujourdhui, detre vain- CU Je vais les changer, répondit Ie jeunenbsp;audacieux, en foulevant fa lance , pour frap-per Renaud a la vifière; mais Renaud écarténbsp;fon fer , Ie frappe au milieu de la poitrinenbsp;amp; lejette a dix pas de fon cheval, qui re-«ule deffroi, amp; foule fon malrre fous fes pieds.nbsp;Un Sarrafin accourt, 1épée a la main, pournbsp;venger ie Prince; Renaud faifit Ie momentnbsp;OU il léve Ie* bras pour Ie frapper, amp;, dunnbsp;revers, il emporte Ie bras amp; la tête du Sar-ralin ; Un troifième, qui portoit la bannièrenbsp;du Prince, vient a route bride far Renaud,nbsp;en proféranc des injures groffières contre lui;nbsp;mais Ie fier Paladin enfonce Ie fer de fa lancenbsp;dans fa gorge, amp; la moitié de fes blafphèmesnbsp;sexhale avecfon ame. Renaud crie, Montau-ban; Maugis laifie fes trentehommes, amp; vientnbsp;au cri de fon coufin, frappant amp; faifant tombex
-ocr page 341-les Sarrafins de droite amp; de gauche. Renaud lui-même, étonné de fa valeur , demande anbsp;Rance, fi jamais il avoit vu un Hermice denbsp;cette efpèce. Le Comte lui répondic quuu feulnbsp;Renaud fuiüfoit contre une armee de Sarrafins, amp; qua préfent, que les Chrétiens ennbsp;avoient deux, tous les fedlateurs de Mahomet , réunis, nempêcheroient pas la prife denbsp;Jérufalem. Rance, animé par de fi grandsnbsp;exemples, ordonne aux Chrétiens defrapper:nbsp;II fejette au milieu des ennemis, amp; ceux quinbsp;échappoient d Maugis, alloient tomber fousnbsp;les coups de Rance amp; de Renaud. Les tremenbsp;Chevaliers faifoienc un carnaga,horrible*, ilsnbsp;moiflbnnoient tout ce qui fe préfentoit dnbsp;eux : Les Sarrafins prirent la fuite, amp; vou-lurent rentrer dans Jérufalem, mais 1'arméeen-chantée de Maugis leur parut un mur impéné-trable.
Le Général Perfan alia au devant deux amp; les rallia : Laches, ou fuyez-vous? leur di-»gt; foit-il : Ignorez-vous que je fuis d votrenbsp;5, tête, amp; que je peux , feul, vous défendrenbsp;contre ce vil afiemblage de Chrétiens,,? IInbsp;demanda le Prince Margarit. On lui réponditnbsp;quil avoit été tué par ce Chevalier Frangoisnbsp;qui faifoit couler tant de fang : On 1aflura quenbsp;cétoitle plus terrible Chevalier que les Chrétiens euflent encore eu *, Emirza jura i Mahomet que ce Chevalier, quel quil fut, ne pé-fiioit dautre main que de la fienne : Auffi-tót,nbsp;ti fejette dans la mêlée : Galerand oppofa vai-tement fon écu a la lance dEmirza, qui lui
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Les quatre fils
per^a la poitrine, amp; létendit mort furla cronpe de fon cheval. II crioit : Frappez, qu'au-
cun Chrétien néchappe; Mahomet combat jj au milieu de nous; après la viftoire, il fenbsp; manifeftera a vos prophanes yeux A cesnbsp;mots, Ie combat devinc terrible ; La fuperf-tition fit dans les Perfans ce que leur courage nauroit pu faire; amp;, fans Renaud amp;nbsp;Maugis, cen étoit fait du camp des Chretiens.
Mais Renaud vole aux lieux oii Emirza fai-foit Ie plus de ravage. Orcan, jeune Seigneur Perfan, neveu du Général, veuc jouter avecnbsp;Renaud; mais celui-ci lui porte un coup dépée finbsp;terrible, qui lui fit voler la tête aux pieds denbsp;fon oncle : Maybon , défigné pour fuccéder aunbsp;Mufci, veut venger Orcan au nom dAly, amp;nbsp;Renaud , du même coup,donne la mort è Maybon amp; a fon cheval. Les Perfans étoient fi éton-nés des exploits de Renaud, quils crurent quenbsp;Ie Dieu des Chrétiens étoit venu les défendre ,nbsp;amp; combattre contre leur Prophéte; il ne frap-poit pas un feul coup, quil nabattit un en-nemi, amp; fouvent deux ou trois; il avoitjeténbsp;fon écu fur fon épaule, comme sil eut dé-daigné de fe défendre; il avoit attaché é fonnbsp;bras la bride de fon cheval, amp;, tenant fonnbsp;épée a deux mains, on eüt dit quil frappoit,nbsp;en même temps, ceux qui fe trouvoient de-vaut lui, ceux qui Ie fuivoient, amp; ceux quinbsp;étoient a fes cótés.
Le Général Perfan voulut sélancer fur lui» pour accomplir le ferment quü avoit fait i
fon
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fon Prophéte. Seigneur, lui dit Amaury, ,, qui étoit fon prifonnier, je crains bien quenbsp;vous nayez promis a Mahomet plus quenbsp;,, vous ne puifliez lui tenir. Croyez quil nynbsp;,, a pas de Chevalier au monde qui égale ce- lui-la Le Général regarde Amaury avecnbsp;pitié; mais, lorfquun moment après, le crinbsp;de Montauban eut frappé fes oreilles, 1hif-toire amp; le nom de Renaud, donr la réputa-tion étoit parvenue jufqud lui, fe retra^ancnbsp;a fa mémoire, ne lui permirent plus de dourer que ce ne fut Renaud méme, amp; il futnbsp;tenté dêcre parjure. Dun autre cóté, Mau-gis faifoit cooler un torrent de fang; la deroute des Perfans étoit générale : Emirza fitnbsp;fonner la retraite; alors, Maugis retira fesnbsp;trente Cavaliers; les Perfes, quil avoir tenusnbsp;en échec, fe précipitent dans le camp, tan-dis que ceux du camp accourent en foule pournbsp;entrer dans la Ville; leur choc fut terrible;nbsp;i!s fe preflbient, fe fouloienr, sétoulfoiencnbsp;eux-mêmes; Renaud amp; Maugis profitent denbsp;Cette circonftance ; ils raflemblent leurs Chevaliers, fondent fur cette foule embarrafleenbsp;amp; qui ne peut fe fervir de fes armes; ils au-gmentent la confufion. Les Perfes périflènt parnbsp;leurs propres efforts amp; par les coups des Chré-tiens. Le Général erre, au hafard, autournbsp;des murs, le Comte de Ranee le fuit, eft furnbsp;le point de le faire prifonnier; mais, quelquesnbsp;Perfans ayant aper9u Emirza du haut des rem-Parts, lui ouvrirent une des portes, vinrentnbsp;devant de lui St le firent entrer dans léru-
falern. Cependant, Renaud amp; Mangis, lades de frapper, fe contentèrenc de regarder lesnbsp;infidelles sécrafer eux-mêmes; jamais ils nau-roieni: pu rentrer dans les murs, fi Ie Géné-ral, ayant fait fortir trois mille hommes parnbsp;une autre porte, cette nouvelle troupe nenbsp;leur en eüt montré Ie chemin ; ils rentrèrent,nbsp;enfin, maïs toujours harcelés par les Chré-tiens.
Renaud j faché que Ie Général lui eötéchap-pé, defcend de cheval, prend fur fes épaules un raadrier que trente hommes les plus ro-huftes auroient eu bien de la peine a foule-ver; il sapproche de la porte amp; Télève fousnbsp;la herfe, pour 1empécher de tomber : Dail-leurs, la porte écoit fi embarraflëe, par lesnbsp;cadavres des Sarrafins qui avoient été étouffésnbsp;amp; foulés aux pieds, quil eüt été impolfible denbsp;la fermer. Les trois mille hommes de troupesnbsp;fi-aïches que Ie Général avoit envoyés, firencnbsp;face a la porte; mais Renaud, 1épée a lanbsp;main, fous Ia herfe, amp; fe faifant un rempartnbsp;des cadavres, foutient lefforc des afliégés :nbsp;Dards, lances, léviers, tout eft mis en ufagenbsp;pour Ie repoudër; ce héros eft inébranlable :nbsp;II donne Ie temps k Maugis amp; a Rancc de Ienbsp;jüindre , fuivis de leurs Chevaliers ; alors,nbsp;Renaudentra dans Jérufalem, en criant, Mön-taiiban; tandis que Crifl'é, Taleyrand amp; Go-defroid protégeoientamp; rangeoient en bon ordrenbsp;les Chrétiens quils faifoient entrer.
Emirza , voyant les Perfes fair devant Re-naud, Rance amp; Maugis,. parut comme ua
dAymon. nbsp;nbsp;nbsp;535
homtne que la foudre a ébloui; il fe reflbu-viut du Roi Thomas, qui etoit dans les fers; il courut dans fa prifon. ,, Thomas , lui dit-il,nbsp; tu vas mourir de ma main, fi tu ne me fan- vesla vie. Les Chrétiens font maitres de Jé-^ rufalem; ils me pourfuivent; je confens anbsp;leur abandonner la Ville amp; è me retirer;nbsp;3, mais, sils sacharnent a me faire périr, jenbsp; me précipite du haut de la tour avec toinbsp;Le Général Perfan fit palier Ie Roi fur la plate-forme; il lui tenoit le poignard fur la gorge,nbsp;amp;, dans cette fituation, il attendit que lesnbsp;Chrétiens arrivaliént: Ils approchent; ils fontnbsp;préts de pofer leurs échelles, lorfque Thomasnbsp;leur crie darrêter : Renaud amp; Maugis lèvencnbsp;la tête; quel fpeftacle! Ils demeurent immo-biles. Thomas leur fait favoir les propolitionsnbsp;dEmirza. Renaud ne pouvoit pas fe perfua-der quun guerrier qui avoit eu la lücheténbsp;dabandonner fes troupes, pour fa réfugier dansnbsp;la Ville, eüt le courage de poignarder Thomasnbsp;amp;de fe préclpiter, avec lui, du haut de Ia tour;nbsp;mais Renaud fe trompoit, amp; les hommes cou-rageux amp; braves fe trompent, prefque tou-jours, en calculant les effets de la crainte Scnbsp;de la lÊcheté. Emirza, voyant quils fe dif-pofoient a efcalader , prit le Roi par les che-¦veux, le renverfa fur un des crenaux, amp; le-Voit le bras pour lui enfoncer le poignard dansnbsp;la gorge. ,, Arréce, barbare, sécria Renaud,nbsp;») en retirant 1échelle, épargne le Roi, amp;nbsp;sj nous te laiflbns la vie amp; la liberté de te re-sj.tirer,,. Le Général exigea la foi des Che-
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valiers; ils Ja donnèrent, amp; Tliomas fut Jibre. Renaud, de fon cóté, tint fa parole au Gé-néral, amp; lui permit de fortir de Jérufalein aveenbsp;trois de fes guerriers.
Renaud, Godefroid, Maugis, amp; tous les Chevaliers, montèrent a la tour. Le Roi Thomas emhrafla fon libérateur, lui demanda fon noni,nbsp;amp; voulut favoir fes aventures. Renaud lui ennbsp;raconta une partie, en allant au Saint-Sépul-ere, oü ils fe rendirent tous.
Renaud donna ordre que tous les Perfans blefl'és fuflent traités avec les mémes foins quenbsp;les Chretiens : II difperfa les prifonniers ennbsp;divers quartiers de ia Ville, de manière quilsnbsp;ne puflent pas fe raffembler; il accorda la Ji-bercé aux Officiers, fur la parole quils lui don-nèrent, de ne plus porter les armes dans la Palef-tine; il leur permit de ramener deux centsnbsp;Soldats, a leur choix, pour leur fervir def-corte; il traita fi bien les prifonniers, que,nbsp;peu de jours après, leur ayant donné la liberténbsp;de sen retourner, ils lui demandèrent, commenbsp;une grke, de les incorporer dans les troupesnbsp;des Chrétiens, avec promefle dembraffer leurnbsp;religion, lorfque fa lumière auroit éclairé leurnbsp;raifon.
La Ville retentidbit de cris de joie, paf-j tout on béniflbit Renaud amp; Maugis. Le Roinbsp;Thomas avoit voulu leur céder fon Palais;nbsp;il vouloit encore partager fa couronne avecnbsp;Renaud; mais Renaud la refufa. Les Perfesnbsp;avoient lailie dans la Ville un grand norobrenbsp;'de chevaux fuperbes , amp; quantité de chofes
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précieufes; Ie Roi donna tont a Renaud amp; 4 Maugis; Renaud accepta quelques dons; maïsnbsp;Maugis ne voulut vien. Je fuis pauvre, di- foic-il, je veux 1érre, je ne changerois pasnbsp;ma pauvreté pour routes les richefles du Roinbsp; de Peife. A quoi peuvent être bons des rré- fors, pour qui na befoin de rien?
Renaud amp; Maugis demeurèrenc a Jérufalem tour Ie temps quil fallut pour rétablir la Ville,nbsp;amp; pour difcipliner les troupes; ils formèrencnbsp;des Généraux habiles, amp; des Soldats coura-
ils avoient étudié la manière de com-
geux;
battre des Perfes; ils mirent les Chretiens en ctat de ne plus les craindre.
Renaud, portant fes vues plus loin, crut que, pour óter a jamais aux Perfes Ie délirnbsp;de rencrer dans la Paleftine, il falloit les atrnbsp;taquer dans leur propre pays; il forma unenbsp;armee d'environ quinze mille hommes,.amp; lanbsp;conduifit au fein de la Perfe; il y fit des ra-Vages. Le Roi, que la défaite dEmirza avoitnbsp;effrayé, fit marcher centre Renaud amp; Maugisnbsp;de nombreufes arméesj mais Renaud, par fesnbsp;favances difpofitions, amp; Maugis, fecondé desnbsp;fecrets de fon art, furent toujours vainqueurs.nbsp;Le Roi de Perfe demanda la paix. Renaudnbsp;Paccorda aux conditions les plus avantageufesnbsp;pour les Chretiens. Renaud amp; Maugis les ra-menèrent triomphant, amp; chargés d'un butinnbsp;immenfe.
Charlemagne apprit, par des Envoyés du Roi de Jérufalem, les grands exploits de Re-haud S4 de Maugis; il fit dire au fiU dAymon
34® nbsp;nbsp;nbsp;qaatre fils
quil lui permettoit de revenir è Montauban amp; a fa Cour quand il le jugeroit k propos, quilnbsp;accordoit a Maugis le inéme pardon amp; les mê-mes faveurs qua fes coufins, amp; quenfin, il lesnbsp;reverroit 1un amp; Iautre avec plaifir.
Lorfque Renaud crut que les Chretiens de Ja Paleftine pouvoicnt fe palier de lui, il de-rnanda au Roi Thomas la permiffion de retour-ner dans fa Patrie; il voulut faire ce trajecnbsp;par mer. Le Roi fit conftruire un vaifleau plusnbsp;lelie amp;plus léger que magnifique; il le char-gea des prefens les plus riches, Iarma amp; nenbsp;le confia quau Pilote le plus habile amp; auxnbsp;Matelots les plus expérimentés. Lorfque toutnbsp;fut prêt, Renaud amp; Maugis allèrent s'embar-quer k Prolémaïs. Le Roi, le Comte de Ranee,nbsp;amp; Godefroid, les accompagnèrent, amp; ne fenbsp;fdparèrenc deux quavec les plus grands regrets*
d^ymon.
C H A P I T R E X X111.
Renaud S Maugis arrivent d Pahrme;accueil qu'ih repivent du Roi de Sicile; bataillenbsp;Jdnglante, gagnée contre les Sarrajins. Depart de Reaaud amp; de Maugis; ils retour-nent d Coriflantinople, pour sacquitter en-vers Mérancie ; leur retour en Italië : fisnbsp;pajjent d Rome^ amp; reviennent d Dordogne,nbsp;Renaud y apprend la mort diblande; fanbsp;douleur^ fes regrets; fun chagrin fe calmc en.nbsp;revoyant fes enfins. Maugis lui fait quitter Ie trifle féjour de Dordogne.
R ENAUD amp; Maugis parcoururent les mers pendant huit mois eniiers; ils efluyèrent desnbsp;tempétes amp; rencontrèrent des Pirates; Vain-«jueurs des plus grands dangers, ils abordè-rent, enfin, è Palerme. Le Roi de Sicile, dontnbsp;Ie Palais donnoit fur le port, aper^ut un vaif-feau, dont Ia forme élégante, amp; léquipagenbsp;lefte amp; brillanc, annon$oient un étranger denbsp;grande importance; unefoule de Peuple, attiréenbsp;paria fingulariré du vaifléau, amp; par la bonnenbsp;mine des voyageurs, sétoit raflemblée autournbsp;deux. LeRoi defcendit dans fes jardins, amp;,nbsp;dune terrafle que baignoient les fiots de lanbsp;roer, il reconnutRenaud; il en fut tranfporténbsp;de joiej il alia, lui-même, avec fes Chevaliers, au devant du fils dAymon, qui lui prér
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Les quatre fils
fenta Maugis, fon coufin; Ie Roi les embrafla 1un amp; 1autre, amp;, après avoir donné ordrenbsp;quon mit routes leurs richeffes en fureté dansnbsp;fon Palais, il les prit par la main amp; les ynbsp;«onduifit.
Au milieu des fétes, que Ie Roi de Sidle leur donna, un Chevalier vint porrer la nouvelle, que, fans aucune dédaration de guerre,nbsp;les Sarrafins avoienr envoyé une flotte fur lesnbsp;cütes de Sidle, avec dnquante mille hommes de débarquemenc, fous la conduite dE-mirza, amp; que cette armée savangoit versPa-lerme. Le Roi ne sattendoic point a cettenbsp;guerre, amp; , quoique fes troupes fuflent en bonnbsp;état, il en craignoit 1évènement: Renaudnbsp;le raflura, amp; promit de le délivrer bientót denbsp;«et ennemi. II lui raconta la vidoire quil avoicnbsp;xemportée, avec Maugis, fur Emirza. Le Roinbsp;lit fonner les trompettes, amp; toutes fes troupesnbsp;fe raflemblèrent devant Palerme. Renaud lènbsp;mit li leur tête, amp; Maugis prit le centre; lenbsp;Roi de Sicile lui confia fa bannière; il nenbsp;pouvoit pas la remettre en de plus süres mains;nbsp;Maugis lui promit de la porter en tel lieu,nbsp;quil faudroit bien que les Siciliens la fuiviflent.
Lorfque Renaud eut fait fes difpofitions, 1arniée marcha en bon ordre au devant desnbsp;ennemis, amp; ne leur donna pas le temps de fenbsp;reconnoitre; ils venoient attaquer un Princenbsp;quils croyoient furprendre, amp; ils fe virentnbsp;attaqués par une armée qui paroillbit déter-minée a tout hafarder; Maugis eft le pre-.mier qui, fa bannière a la main, fe jette au
-ocr page 351-milieu des Sarrafins, en criant i une troupe choifie: ,, Braves Siciliens, la bannière du Roinbsp; eft au milieu des ennemis, venez la défen-,, dre Renaud vit un Sarrafin qui vouloitnbsp;s'en emparer; le héros le frappe de fa lance,nbsp;de manière que le fer qui sen detache le clonenbsp;a foil cheval; ils tombent 1un amp; 1autre, fenbsp;débatten: centre la mort, fe roulent dans lanbsp;pouffière, amp; caufent autour deux un défordre,nbsp;done Renaud fut tirer parti; car, Maugis amp;nbsp;lui, pourfui vant, lépée a la main, quelques Cavaliers , amp; les for?ant de pafler fur le corps dunbsp;Chevalier expiranc amp; fur celui de fon cheval, ilsnbsp;sembarralient, tombent, en fontculbuter plu-fieurs autres , qui périflent , tous, accablésnbsp;par les Siciliens. Cependant, Renaud courtnbsp;dans les rangs de 1armée ennemie, abat toutnbsp;ce quil rencontre; 1effroi le devance, amp; lanbsp;mort le fuit. Maugis fe bat avec le mêmenbsp;fuccès. Emirza, qui ne le reconnoit point,nbsp;eft étonné de leur courage; 11 animoit con--tteux fes Officiers les plus intrépides; il for-moit des pelotons de fes plus braves foldats amp;nbsp;les envoyoit'contre les deux guerriers; mais,nbsp;ainii que les vagues pouflees contre des ro-chers par un vent impétueux, ces détache-mens venoient fe brifer centre Renaud amp; centre Maugis,
La fureur tenant lieu de courage a Emirza, il ofe savancer, lui-même, au devant dunnbsp;des héros, a la tête dune troupe quon ap-peloit 1invincible; il en étoit a peu de dif-lance, lorfquil emendit crier, Montauban; a
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ce cri, Emirza demeure immobile.,, Par quel ,, art infernal, sécrie-t-il ,-ce Renaud, qui manbsp;,, chalTe de Jérufalem , fe retrouve-t-il a Pa-,, lerme? Le Roi de Sidle, prévoyant quejenbsp;,, viendrois 1attaquer dans fes Etars, 1a-t-ilnbsp;y, attire dans la Paleftine, pour 1oppofer auxnbsp; Sarrafins, ou Penfer lui a-r-il révélé quejenbsp;,, viendrois dans ces dimats?
En vain fes Officiers promettent-ils 4 Emirza de le délivrer de ce terrible ennemi, Vousnbsp;,, ne le connoiflez pas, repond le Général;nbsp; cet homme joint é la prudence )a plus con- fommee, la valeur la plus audacieufe; a lanbsp; plus grande force, la générofité la plus fu- blime. Si 1ennemi de Mahomet pouvoit nenbsp;pas être tin démon, je croirois Renaud unnbsp; Dieu ,,. -Emirza vit Maugis qui sétoit faitnbsp;autourde lui un rempart de cadavres; il crutnbsp;en venir plus aifément d bout que de Renaud;nbsp;il 1attaque, 1entoure amp; ;ioufle des cris de vic-Toire; inais, Maugis, sélan^ant du milieu desnbsp;roorts, sattache è la troupe dEmirza, trouvenbsp;que fon épée eft trop lente, faifit une énormenbsp;maflue, quil portoit attachée a Pardon de fanbsp;felle, amp;, tenant d'une main la bannière dunbsp;Roi de Sicile, il frappe de Iautre, amp; fait per-dre fon nom a la troupe invincible, il ren-verfe, écrafe Chevaliers amp; Soldats; les heau-Mes fracafles, amp; les têtes applaties, ne for-menc que la même mafle, fpeftacle horriblenbsp;amp; dégoütant! Emirza ne peut le foutenir; ilnbsp;prend la fuite. Maugis le fuic jufqu'au riva-ge; Emirza fe précipite dans la met, avcc
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fon cheval; il gagne fes galères en frérniflanc, fuivi de quelques-uns des fens; maïs fon armee difperfée fur les bords de la mer, sef-force, en vain, defuivre fon Général;Renaud,nbsp;Maugis, amp; Ie Roi, en font un fi horrible carnage, quaprès la bataille, il fallut commander un detachement pour jeter les cadavresnbsp;dans les flots, de crainte que leur-infeftionnbsp;ne corromplt Pair de Palerme. Bientót, les galères dEmirza furent entourées de ces triftesnbsp;reftes, que les flots entrainoient, amp; qui fem-bloient lui reprocher fa fuite. Le flls d'Ay-mon regrettoit que ce Général lui échappacnbsp;encore; il fit lancer des pierres amp; des feuxnbsp;contre fa galère, qui sembrafa; il futforcé denbsp;1abandonner, de fauter dans une autre, amp; denbsp;gagner le large.
Le Roi de Sicile, ramené triorophant pat Renaud amp; Maugis, amp; chargé de toot le bu-tin de 1armée ennemie, étoit fi pénétré denbsp;reconnoiflance, quil propofa aux fils cTAymonnbsp;de partager avec lui un rróne quil avoir linbsp;bien fu défendre, amp; a Maugis de leur aidernbsp;a le gouverner; mais ils nacceptèrent fa pró-pofition, ni 1un, ni 1'autre; il tardoit trop ,4nbsp;Renaud de revoir fa chère Yolande, amp; fanbsp;Patrie, pour samufer a être Roi fur une rivenbsp;étrangère; amp; Maugis étoit trop emprellc denbsp;retourner dans fa folitude, pour fe charger desnbsp;foins du mihiftère. Quavoit è délirer Renaudnbsp;du cóté de la gloire, fon nom étoit plus cé-lèbre dans 1'univers que celoi daucun Roi;nbsp;il accorda quelques jours au Roi de Sicile, amp;
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lui demanda la permifluon de rerourner en France. Le vaifleau fur abondammen: appro-vifionné; le Roi ajouta de nouveaux préfensnbsp;a ceux du Roi de Jérufalem, amp; accompagnanbsp;les deux héros.
Ils fortoient du Port, lorfqu'ils fe rellou-vinrenc de leur hótefle de Conftantinople; ils délibérèrent sils y retourneroient. Ehnbsp; quoi! dit Renaud, fi un Roi nous témoi-,, gnoit le défir de nous avoir, nous volerionsnbsp;,, a fes ordres. Nous avons juré a Méraneienbsp;,, de la revoir; nous favons cotnbien notrenbsp; vifite comblera de joie une femme verrueu- fe, a qui nous devons le plaifir de nous êtrenbsp; téunis, qui nous a prodigué fes foins, a qui,nbsp;5,peuc-être, Maugis doit la vie, amp; nous héfi- terions! amp; nous ne ferions point, par devoirnbsp; amp; par reconnoiflance , h fon égard , ce que
nous ferions par vanité envers un Souve- rain qui devroit tout a fa naiflance amp; rien ,, a fa vertu ! Allons, Maugis, revenons anbsp;,, Conftantinople Ils partirent; ils débar-quèrent heureufement. Méraneie, qui ne lesnbsp;avoir point perdus de vue, avoir fu qui ilsnbsp;ctoient; ellesétoicfait informer de leurs aven-tures, avoir fuivi leurs exploits, amp; ne défef-péra jamais que de ft braves Chevaliers luinbsp;tinllent la parole quils lui avoient donnée, ftnbsp;le cours de leurs exploits les ramenoit a Conftantinople. Cependant, pour ne pas attirer les.nbsp;regards du Peuple, ils laifserent leur vailieaunbsp;a quelque diftance du Port; amp; ne parurencnbsp;lt;3rez Méraneie quen Pélerins; elle les re9uc
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avec une tendrefle inélée de refpeft; elle les appela par leur nom , amp;, lorfquils la prièrentnbsp;daccepter des témoignages de leur reeonnoif-fance, elle rejeta leurs dons; mals Renaudnbsp;lui dit : Ce neft point a vous que nousnbsp;y, faifons ces préfens, ceft aux Pélerins, auxnbsp; pauvres étrangers, a qui vous fervez de mère:nbsp; Ceft un dépót que nous vous confions, afinnbsp; que vous puiffiez en recevoir un plus grandnbsp;y, nombre, amp; donner plus détendue a votrenbsp;y, bienfaifance,, A ces conditions, Mérancienbsp;accepta les préfens des Chevaliers; elle les em-ploya' a b^tir un hofpice pour les Chrétiensnbsp;qui paflbient en Paleftine, amp;, fouvent, les In-fidelles y re9urent les mêmes fecours dans leurs.nbsp;befoins. Mérancie coinmengoit toujours par fe-courir, amp; sinformoit, enfuite, de la religionnbsp;des infortunés; mais, Infidelles ou Chrétiens ynbsp;elle ne fe repentoit jamais de leur avoir été.nbsp;utile.
Après sétreacquittés envers Mérancie, qui les vit partir avec chagrin, Renaud amp; Mau-gis reprirent la route de 1Italie; ils ne vou-lurent pas revenir en France, fans avoir vunbsp;Rome. Ils débarquèrent au Port d'Oftie, amp;ynbsp;fuyant les honneurs avec plus de foin que lesnbsp;autres ne les recherchent, ils prirent leurs habits de Pélerin, amp; entrérentdans cette anciennenbsp;Capitale du monde, que Ie père de Charlemagne , Prince qui , autrefois, eür briguénbsp;Phonneur dêtre compté au nombre des Ci-toyens de Rome, avoit, depuis peu, donnée'nbsp;aux fouverainsPontifes; ils admirèrent fes mo-
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rumens amp; fes ruines. O ville fuperbe! sé-,, cria Renaud, tu exifterois encore dans route ,, ta fplendeur, fi Ie luxe neüt chafle la vertunbsp;,, de tes murs; fi Torguell de quelques-uns denbsp; tes Citoyeris ne leur euc fair méconnoiirenbsp;,, la veritable gloire amp; fait préférer Ie frivolenbsp; avantage de commander aux hommes, anbsp;,, 1honneur de protéger amp; de défendre leurnbsp;,, libercé ! Céfar tenchaina; Céfar eft 1idolenbsp; du monde; les héros fe forment fur fesprin- cipes; amp; fi Catilina, regardé comme 1op- probre de fa patrie, efit été fecondé par lesnbsp;,, mêmes circonftances, au lieu de Céfar, lesnbsp;,, héros prendroient-, aujourdhui gt; Catilinanbsp; pour modéle.
Après avoir parcouru quelques antres Villes 6Italie, Renaud amp; Maugis fe rembarquèrent,nbsp;amp;, dans peu de jours, ils furent rendus Dordogne. Tous les habitans coururentau devantnbsp;deux. Alard amp; fes frères ne pouvoient fe lafiernbsp;dembrafler les deux héros; ils les conduifirentnbsp;au Paiais, au milieu des cris de joie de tontnbsp;Ie ï*euple. Renaud, impatient de re pas voirnbsp;Yolande, demanda fi elle étoit encore è la Cournbsp;de Charlemagne; on ne lui répondit que jiarnbsp;un trifte filence : Les larmes coulèrent desnbsp;yeux dAlard, malgré fes efforts pour les re-tenir. ,, Mon frère, mon cher frère, sécrianbsp;5, Renaud ! vous vous troublez ; que man- noncent vos pleurs ? Au nom du Dieu quinbsp; ma fauvé de tant de dangers, ne me ca- chez rien. Mon frère, répondit Alard, vousnbsp;,, avez foutenu tant de revers avec courage,
-ocr page 357-,, en manquerez-vous dans 1épreuve Ia plus y, cruelle que Ie ciel vous ait réfervée ? Lanbsp;,, vercueufe Yolande eft morte, digne de fonnbsp; époux. Des fcélérats de la Cour, charmésnbsp;y, de fa beauté, amp; ne pouvant vaincre fes ri-,, gueurs, ont cru la rendre fenfible a leurnbsp;f, amour, err fuppofanc vötre mort; ils fe fontnbsp; procuré une de vos armures, ils 1onc faitnbsp; porter a Yolande de votre part, comme Iénbsp; dernier témoignage de votre tendrefle pournbsp;elle, amp; Ie dernier préfent que vous faifieznbsp; a vos enfans. Yolande ajouta foi è ce men-,, fonge; elle fe livra, route entière, i fa dou-leur, amp;, depuis ce moment, elle na faitnbsp; que languir dans la triftefle. En vain Char- lemagne envoya un exprès a Jérufalem pournbsp; saflurerde la vérité, en vain 1impofture a-t- elle été découverre, en vain vous avons- nous vengé, Ie coup fatal étoit porté, amp; toutnbsp; ce que nos foins ont opéré, ceft quYolandenbsp; eö morte avec la fatisfaftion de favoir quenbsp;,, vous viviez encore, amp; quelle régnoit tou- jours fur votre cceur.
Renaud verfa un torrent de larmes, amp; Mau-gis partagea fa douleur. On ordonna un deuil public, qui dura un an; mais Ie deuil de Renaud dura jufquau dernier moment de fa vie.nbsp;s, Que me fert , sécrioit-il quelquefois, da-j, voir remporté tapt'de triomphes,, davoirnbsp;s, .foutenu rant de travaux avec quelqu'e glqire,nbsp;s, fi je ne puis en partager la récompenfé ayecnbsp;s)Yolande? Aventurés, combats, travaux,nbsp;entrepris potit la vertu, vous avez manqué'
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,, votre but, puifquYolande ne peut en re- cevüir Thommage! Oh! femme héroïque! tu aurois infpiré la vertu a celui qui nennbsp;,, eüi point eu didée, amp; tu foutenois lanbsp; mienue Oh! ma chère Yolande, fi Ie bon-,, heur, dont tu jouis au fein de lEtre Su- prème, ne ta pas fait oublier ta tendrefle,nbsp;,, fupplie-le de me rapprocher de tol. Je reve-,, nois, content, dans ma Pa trie, paree quejynbsp;,, revenois plus digne de toi; tu as difparu,nbsp; il nefi: plus, pour moi, de patrie, qu'aunbsp; ciel, oü tu mattends!
Ceft par ces douces plaintes que Ie tendre Renaud exhaloit fa douleur, malgré la forcenbsp;de fa grande ame; il y eüt fuccombé, iinbsp;Maugis nedc fait venir de Montauban lesnbsp;enfans de Renaud; 1un avoit atteint fa quin-zième, amp; 1autre fa feizième année. Ils étoientnbsp;dune taille majeftueufe, amp; dune beauté par-faite; ils réuniflbient, dans leurs traits, lanbsp;touchante douceur dYolaiide amp; Pair martialnbsp;de leur père ; Dauffi loin quils virent Renaud, ils coururent a lui, chacun deux pritnbsp;«ne de fes mains, quil baifa amp; quil arrofa de'nbsp;fes larmes. O mon père , lui dit Aymonnbsp;,, nous étions orphelins, nous avions perdunbsp; notre mere, amp; Ie ciel, touché de nos pleurs,nbsp;,, vous rend a nos voeux! Nous fentons, a pré-,, fent, la vérité de ce quelle nous a fbuventnbsp;,, répété ; Le del, nous difoit-elle, nenvoy*nbsp;jamais aux hommes plus de maux quils^nbsp; ne peuvent en fuppori:er,' amp;, quand Ie far-'nbsp;deau eft au delTus de jeurs foices, ceft par'
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it/iymon.
pitié quil leur envoys la mort. Oui, mes ,, enfans, leur dit Renaud , je 1éprouve, au-jourdhui, comme vous, cette vérité con-,, folante: Je ne croyois pas, il ny a quunnbsp;moment, pouvoir furvivre a votre mère,nbsp; amp; je fens que votre préfence mattache anbsp; la vie. Chers gages de la tendrefle de manbsp; chère Yolande, noubliez jamais votre mè-,, re, amp; foyez dignes de la remplacer dansnbsp;,, mon coeur!
Maugis ne favoit comment arracher Renaud des lieux oü repofoient les cendres dYolande.nbsp;j,Mon coufin, lui dit-il un jour, fi mon aml-,, tié vous fut utile amp; chère, je vous en de-,, mande la récompenfe; je délire de men re- tournet dans ma folitnde.... Quoü Maugis,nbsp;lui dit Renaud, ne rhe trouvez-vous pasnbsp; alTez a plaindre davoir perdu mon époufe ,nbsp; vous voulez encore mdter la reffource denbsp; 1amitié? Je ferai toujours votre ami, amp;,nbsp; quelle que foit ma paffion pour la retraite,nbsp; dés que vous aurez befoin de moi, je vo- lerai a votre fecours; permettez-moi denbsp;men retourner. Mais, avant de quitter Ienbsp; monde, jaurois défué de revoir, avec vous,nbsp;,, des lieux qui furent Ie théStre de notrenbsp; gloire, Montauban , oü vous devez fixernbsp; votre féjour, puifque Charlemagne vous 1anbsp; rendu; mais je nofe vous prier de my ac-5, compagner, un charme trop puiflant vousnbsp; retient a Dordogne, amp; je ne faurois vousnbsp;,, en bldraer : Je vais done partir, fans avoirnbsp; revu cette terre oü nous avons éprouvé tant
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,, de biens amp; tant de maux. Adieu done, mon cher coufin, je prends congé Arrêre,nbsp;,, Maugis, nous irons a Montauban ; nousnbsp; partirons dans deux jours : La, tu me pro- mettras de venir me confoler, de m'enfei- gner Ie lieu que tu as choifi poury vivre éloi-,, gné du monde, afin que jaille puifer desnbsp;forces dans Ie ,fein de 1amitié Maugisnbsp;promit tout èi Renaud, amp;, deux jours après,nbsp;il partit pour Montauban, avec fes enfans amp;nbsp;Maugis.
Retour de Renaud a Montauban; départ de Maugis pour fan hermitage; Renaud amp; fesnbsp;fils 1'accompagnent. Précautions de 1amitié.nbsp;Mon du Due .^ymon. Renaud en, apprendnbsp;la nouvelle d fesfrères: Partage de fes biens.nbsp;Education des enfans de Renaud. Ejfais denbsp;leurs forces : Difcours de Renaud d fes enfans ; il les envaye d Charlemagne amp; les metnbsp;d la tête de deux Compagnies dhommes-darmes.
^^ENAUD eüt revu Montauban aveejoie, fi tout ne lui eüt rappelé Ie fouvenir dYo-lahde; cependant, il renferma fon chagrinnbsp;dans Ie fond de fon coeur; il parcourut toutenbsp;la Viile avec Maugis : Les habitans jetoientnbsp;des fleurs fur leur paflage; ils béniffoient Ra^
-ocr page 361-uaud amp; Maugis, amp; toute la familie dAymon. Depuis que Charlemagne avoir rendu cettenbsp;Ville aux enfans de Renaiid, leurs oncles lanbsp;gouvernoient; ils avoient formé , entreux ,nbsp;un Confeil de régence, oü régnoit 1efprit denbsp;Renaud. Quand les trois frères délibéroientnbsp;enfemble, ils fe demandoient, 1un a lautre ;nbsp; Queüt fait, queüc penfé Renaud , dansnbsp;cette circonllance,,? amp; ils napprouvoiencnbsp;que ce quils étoient bien affurés quil auroitnbsp;approuvé, sil eüt été préfent; il fut étonnénbsp;de la grande population dune Ville que Ienbsp;blocus avoit rendu entièrement déferte ; il at-tribua cette population a la bonne adminif-traiion de fes frères; car, il ne faut pas de-inander fi, oü Ie Peuple abonde, Ie Peuplenbsp;eft heureux. Renaud donna des éloges a fesnbsp;frères, amp; voulut quils continuafl'ent de gou-verner.
Maugis étoit toujours également chéri de fes coufins; il ne favoit comment il pourroit lesnbsp;quitter; enfin, prenant, unjour, fon parti,nbsp;il leur annon9a fa retraite dans fon hermitage. Renaud, pour qui cette féparation étoitnbsp;plus cruelle que pour les autres, lui reprochanbsp;de vouloir labandonner, dans un temps oünbsp;fon amitié lui étoit plus néceflaire que jamais:nbsp; Prêter fon fecours a fon ami, lui difoit Re- naud, dans les occafions oü fa vie eft ennbsp; danger, eft, fans doute, un grand bienfait;nbsp;,, mais e'en eft un, mille fois plus grand, de
le confoler dans Iafflidtion, de Iaider a fup-»gt; porter les tourmens de fon cceur. Maugis en
-ocr page 362-,, convint; auffi, lui dic-il, mon intention ,, neft pas de vous abandonner, je viendrai,nbsp;,, foil vent, a Moncauban , amp; vous viendreznbsp;,, me voir dans ma folitude; vous ne la trou-,, blerez jamais; abfent ou préfent, vous ynbsp;,, ferez roujours avec moi. A quelquheure quenbsp; vous y veniez, vous my trouverez avecnbsp;,, votre fouvenir.
Renaud voulut 1accompagner , Maugis ny confentit quautant quAymon amp; Yon vienrnbsp;droient avec eux. Au jour marqué, ils par-rnbsp;tirenr de grand marin ; lorfquils furent i unenbsp;lieue de Montauban amp;: quils furent fur Ie pointnbsp;de fe féparer, ils sembrafsèrent; inalgré tousnbsp;les efforts que Renaud faifoit fur lui-méme ,nbsp;Ion cceur groffilibit, amp; fes iarmes rouloient fousnbsp;fa paupière. Maugis avoit prévu ce momen?nbsp;douloureux; il Ie faifit, pour lui annqncer unenbsp;nouvelle qui fit diverfion a fa peine : Cétoi^nbsp;celle de la mort du Due dAymon , amp; du tef-tamenr quil avoit fait en faveur de fes en-rnbsp;fans. Renand demeura confondu, amp; fa ren-drefle fe partagea entre fon père amp; Maugis.nbsp;,, II vous refte encore, lui dit Maugis, unenbsp;,, mère , done vous connoiflez 1'amour pournbsp; vous, vous lui devez des confolarions; ellenbsp;y, na jamais parcagé la dureté du Due a vo- tre égard. . . . Par combien de coups, ónbsp;ciel! sécria Renaud, accablez-vous, tout'dnbsp; la fois, un ccEur fenfible? Mon ami, lui ditnbsp; Maugis, votre père a parconru une longuenbsp;y, carrière. La vieillelfe nefl; quune longue amp;nbsp;j, pénible maladie, terminée par une crife far
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5, lutaire, qui nous délivre de fes infirmités. Pleurer un vieillard qui cefle de fouffrir ,nbsp; ceft aller contre Ie vceu de la nature : Nenbsp;jvVoyez-vous pas avec quelle fagefle elle nousnbsp; conduit au terme de la vie? elle nous afFoiblicnbsp;,, peu a peu, elle entalie,fucceflivementjinfir-jt mitéfurinfirmité,afind'acténuer,peuapeu,nbsp; eet attachement qu'ellenous a donné pour lanbsp;5, vie. Allez, Renaud, nattendez pas que vosnbsp;9, frères apprennent par dautres que par vous,nbsp;», la mort de leur père; ils peuvent en favoir lanbsp;nouvelle dun moment a 1autre, amp;, commenbsp;ils ont moins de force defprit que vous,nbsp;f, il faut que vous leur annonciez vous-mêmenbsp;,, eet événement, vous Ie leur adoucirez; ilnbsp;,,elt bien jufte que, puifquils ont mis tantnbsp;5, de zèle a vous venger de la mort dYolande,nbsp; puifquils sépuifent en elforts, pour vousnbsp; confoler de fa perte, vous les confoliez, silsnbsp;,, fe livroienc trop a leur affliftion. Adieu,nbsp; Renaud, tous ces maux font paflagers, lanbsp;3, gloire de les avoir fupportés avec conllancenbsp;3, eft immortelle.
Ladrefle de Maugis, en faifant pafler, ainfi , Ie coeur de Renaud du fentiment de 1amitiénbsp;è. celui de la pierte de fon père, en oppofantnbsp;a celui-ci Ie tableau de 1affliélion de fes frères, en mélant a tout cela, )e fouvenir de lanbsp;mort dYolande, affoiblifibit 1un par 1autre,nbsp;lui faifoit trouver moins poignant Ie chagrin de leur féparation. Renaud, après avoirnbsp;encore embrallè fon coufin, nentretint fes en-fiins que de la mort du Due dAymon. En
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arrivant a Montauban, il appela fes frères; il leur paria, pour la première fois, des biensnbsp;que Charlemagne leur avoir rendus; il en vinenbsp;il ceux qui reftoienc a leur père; il en pritnbsp;occafion de fa vieillefle; il excufa fa févériténbsp;^ 1égard de fes enfans, rappela les maux quilnbsp;leur avoir caufés, en rejeta, en partie, lanbsp;caufe fur les Courtifans de Charlemagne; enfin, après.les avoir bien difpofés, il leur ap-pric fa mort; il la pleura avec eux; il appaifanbsp;leurs douleurs; il en revint au partage desnbsp;biens quil leur laiflbit; ils sen rapponèrentnbsp;a lui : Il leur en fir la diftribution, amp; il nenbsp;fur pas le mieux parragé ; il ne fe léferva quenbsp;Montauban.
Renaud, cependant, mettoit la dernière main a 1éducation de fes enfans; il les for-moit aux devoirs, aux vertus Sc aux exerci-ces de la Chevalerie; il mettoit leur honneurnbsp;amp; leur probité a route épreuve; il élevoit leurnbsp;aroe par le rédt des grandes adtions des Cheva-rnbsp;liers les plus célèbres amp; des héros qui avoientnbsp;fait le plus dhonneur a lhumanité : Quandnbsp;il les crut aliez inftruits Sc afl'ez exercés, ilnbsp;affembla tous les Chevaliers des environs, amp;nbsp;tous ceux de fa familie; il fir porter des lancesnbsp;amp; des armes, Sc propofa des joutes-; Les jeunesnbsp;fils de Renaud combattirent avec tanc dadref-fe, de grèce Sc de force, que tous lies Gheva-fnbsp;liers, qui les voyoient pour la première fois,nbsp;furenr perfuades quils avoient fait leurs premières armes; bien des Cheva!ierx,-.cQnuusnbsp;par leurs combats, convinrent,quilsyoudroieas
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avoir la force amp; Padrefle des deux jeunes gens,
Quelques jours apres, Renaud prit fes deux fils en particulfer. II eft temps, leur dic-,, il, detre utiles a votre Patrie : Chaquenbsp; moment que vous perdriez dans 1oifiveté ,nbsp; feroit un larcin que vous feriez au Roi amp;nbsp;,, a 1Etat, amp; un temps mort pour votre gloire.nbsp; DifpofeZ'Vous ^ aller offrir vos fervices anbsp; Charlemagne , amp; a le prier, de vous armernbsp;,, Chevaliers. Noubliez jamais quil eft votrenbsp;,, Souverain : Rappelez-vous, fans cefle, cenbsp;,, que je vous ai dit, au fujet des devoirs quinbsp;,, vous lient a lui ; Quoique fes parens, vousnbsp;,, nen etes pas moins fes Sujets. Lhiftoire denbsp;,, ma vie vous apprendra quelles font les fui-,, tes funeftes dune apparence doubli de cenbsp;,, devoir. Tout innocent que jétois, le cielnbsp; a permis que Charles fiit inflexible a monnbsp; égard, pour apprendre aux hommes, que lesnbsp;,, fautes, même involontaires, contre une fu-.nbsp;,, bordination établie par nos pères, étoiencnbsp; des outrages fairs a la fociété, dans la per-5, fonne de celui quelle a choifi pour fon Chefnbsp; amp; fon repréfentant.
Renaud ordonna quon fabriqiiit des armes dune trempe a touie épreuve. Son premiernbsp;Ecuyer fut chargé de ce foin, amp; sen acquittanbsp;au gré de fon maitre. Harnois, armures, pale-frois, rout fut parfait, Renaud le.s arma lui-même : Enfuice, il leur préfenta cinq centsnbsp;hommes-darmes. ,, Mes enfans, leur dit-il,nbsp;it voila deux compagnies de braves gens, qugnbsp;»»je vous donne. Comme ils vous facrifient.
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Les quatre fils
i»
,, pour vous fervir dans les occafions gt; leur re-,, pos, leursplaifirs amp; leurs vies, vous devez ,, les ménager amp; vous facrifier vous-mêmesnbsp; pour leur confervation. Par les lois de lanbsp;,,guerre, ils font obliges dobéir a vos or-y, dres; mals 11 n'y a aucune loi qui puiflenbsp;,, les forcer a vous aimer; ceft a vous dnbsp;,, gagner leur confiance amp; leur amidé. Sinbsp;,, vous ne les aimez pas, ils vous obéironcnbsp; malgré eux; leur ame lera fans énergie amp;nbsp; fans émulation ; ils vous feront foumis amp;nbsp; fidelles, paree quils font honnétes; mais ilsnbsp;,, niront jamais au devant de vos veeux, pareenbsp;,, que rien ne les y oblige. Si vous obteneznbsp; leur eftime amp; leur amour, 1obéifiance nenbsp;,, leur coütera rien, leurs devoirs feront desnbsp; plaifirs, ils chercheront d deviner votre vo- lonté, a la prévenir; ils nauront dautre in-j, térêt que Ie vótre : Un Général qui ne fenbsp; fait point aimer de fes Soldats, eft feul, amp;nbsp; ifolé, au milieu de fes troupes, il na daurrenbsp; empire fur eux , que celui dun tyran furnbsp;des efclaves.
Votre naiffance amp; vos aïeux vous impo- fent la néceffité de ne rien faire qui foit indigne deux amp; de vous -, les plus légèresnbsp; fautes des gens fans naiflance, font des cri- mes dans ceux qui ont une illuftre origine.nbsp; La fortune ne vous a comblés de fes biens ,nbsp; quafin que vous les répandiez fur ceux quellenbsp; en a prlvés. Ces richefles leur appartenoient,nbsp;,, peut - être , amp; Ie hafard des circonftancesnbsp;«les a fait palier dans vos mains. Le titre
de
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dAymon.
de propriécé ne vous donne pas plus le droic de faire ce que vous voulez de vos bieus,nbsp; que de vocre vie : Vous ne devez faire quunnbsp; ufage honndre de Pun amp; de 1autre; ce neitnbsp; pas 1humanité feule qui doit vous exciternbsp; a la bienfaifance, ceft la juftice. Ne vousnbsp;», permectez jamais aucune parole qui puilfenbsp;offenfer perfonne; ne faites jamais des re-,, proches, fans êcre bien certains quils fontnbsp;« mérités. Aimez, refpedez Ihomine de bien,nbsp; dans quelque condition que le ciel 1ait faicnbsp;,, naitre. Ne penfez pas légèrement du malnbsp;,, dautrui, amp; nen dites jamais : Si le malnbsp;y, eft public, quavez-vous befoin de le répé- ter; sil eft cache, le publier eft une tra- hifon.
Aimez-vous, furtout, mes enfans; ceft a notre amitié mutuelle que vos oncles Scnbsp;,, moi devons, peut-être , notre gloive. Sou- tenez-vous 1un 1autre , avertifl'ez-vous denbsp;,, vos défauts. Confultez-vous, avant de riennbsp; entreprendre; fi vous reuffilTez, ne vous ennbsp; prevalez pas, 1orgueil gdte les plus bellesnbsp; aftions; fi vous échouez, ne vous décou-,, ragez point : Soyez humbles amp; inodeftesnbsp; dans la bonne fortune, fiers amp; courageuxnbsp;dans 1adverfité : Ne donnez jamais votrenbsp;opinion comme un jugeraent décifif. Etu-*gt; diez, connoiflez les perfonnes avec qui vousnbsp;j, vous lierez; car vous devez compte au pu-»,blic, non feulement, de votre conduite,nbsp;5, mais encore de celle de vos amis. Parmi lesnbsp;n Courcifans de Charlemagne, il v en a qui
Q
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font vos ennemis; évitez de vous trouver ,, avec eux; craignez leurs pièges; leur hainenbsp;,, eft daucant plus dangereufe, que, dansnbsp;,, quelques-uns, elle eft héréditaire; ne lesnbsp; provoquez point, ne négligez aucuiie voienbsp; honnêie pour les ramener : II y a pliTs denbsp;,, gloire a gagner un ennemi, en Ie formantnbsp;,, de vous aimer, qua en vaincre dix les ar- mes a la main; mais, sils vous provoquent,nbsp;,, sils vous attaquent en votre honneur, dé-^ fendez-le , préférez la mort a la honte, amp;nbsp;' lhonneur a rout. Ces préceptes font com- prisdans les lois de la Chevalerie, méditez- les enfemble. Aymon, vous devez fecours
amp; affiftance a votre frère, paree quil eft plus jeune que vous ; Yon , vous devez inbsp; Aymon déférence amp; honneur, paree quilnbsp;,, eft votre ainé; mais que lège amp; la fubor- dination ne vous empêchenc point de vousnbsp;,, aimer ; Oü trouveriez-vous un ami plus in-,, téreflé a la gloire de fon ami, que vous- mème ? celle de lun ne rejaillit-elle pas furnbsp;,, 1autre?
Les enfans deRenaud remercièrent leur père dans les termes les plus touchans; ils lui pro-mirent davoir ces préeeptes roujours gravesnbsp;dans leur eoeur, ainfi que ceux que leur mèrenbsp;l«ur avoit donnés, fur les moeurs amp; fur lanbsp;Religion ; ils fe mirenc a fes genoux; il lesnbsp;bénit; il ofirit a lEtre Suprème routes les actions de leur vie; il Ie fupplia de les protéger,nbsp;comme fource de route vertu. Renaud ne dif-tinguou point la vertu de Thonneur veritable;
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Car, avoir-il dit, fouvent,è fes enfans, ,, fi cétoient deux chofes diftinftes, il senfuj- vroit quon pourroit avoir 1une fans Iautre»nbsp;foutenir, par exemple, one injuftice, parnbsp;0, honneur, ou fe déshonorer par un excès denbsp;,, vertu Renaud navoic d'autre confeil ,nbsp;iautre oracle, que fa confcience. L'opinionnbsp;dautrui, lautorité, ne lui en impofoient pas.nbsp;Themiftocle, qui préféroit d foi-même la gloirenbsp;de fon pays, lui paroiflbit le plus grand hommenbsp;de 1antiqaité.
Après eet avis, Renaud embrafla encore fes enfans, monta a cheval, amp; les accompagnanbsp;jufqua une lieue de Montauban; il ne voulut.nbsp;point fe montrer a la Cour de Charlemagnenbsp;paree quil navoit pas encore refu une per-miffion exprefle dy paroitre.
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CHAPITRE XXV.
j4ymon fi? 9on arrlvent d Paris, demandent au Roi de les faire Chevaliers; accueil quilsnbsp;resolvent de Charlemagne amp; de fes Pairs.nbsp;Jaloufie des fils de Foulques de Morillon :nbsp;Outrages quils font aux fils de Renaud :nbsp;Dé fis, gages y pleiges. Réception des fils denbsp;Renaud; fètes. Préparatifs pour Ie combatnbsp;enne les fils de Foulques amp; ceux de Renaud:nbsp;Trahifon inutile; combat, viSoire djiymonnbsp;S dÜ'on; fureurs de Ganelon. Retour denbsp;Renaud amp; de fes fils d Montauban.
,/V.YMoN amp; Yon arrivèrent, a la tête de leurs compagnies. Le Peuple accouroit en foulenbsp;fur leur paflage, a caufe de la grande reputation de leur père; maïs, quand on lesnbsp;voyoit, on ne pouvoitsempêcher deles aimer pour eux-mêmes; ils fe firent annoncernbsp;au Roi, coinme deux afpirans a 1ordre denbsp;Chevalerie; Us lui firent demander lïi permif-fion de fe préfenter. Dès quils leurent ob-tenue, ils dirigèrenc leur marche vers lenbsp;Palais, Les Barons amp; les Pairs, qui igno-tüient encore quels étoient ces jeunes afpirans , allèrent au devant deux ; ils admi-rèrent leur beauté, leur air affable, amp; leurnbsp;fierté modefte. Quand les fils de Renaud fu-rent introduits auprès du Roi, ils fléchirentnbsp;le genou, amp; sinclinèrent jufqua fes pieds;
-ocr page 371-maïs Ie Roi leur préfenta fa main , quils baisèrent, avec une affeftion qui Ie furprit,nbsp;paree quelle paroiflbit accordée plus a la per-fonne qua la Majefté. Apmon prit la parole,nbsp;après avoir fait des veeux pour la prof-périté du Monarque : ,, Ceft a la fource denbsp;,, tout honneur, dit-il, ceft è vous, Sire ,nbsp; quil appartient de nous ouvrir la carrièrenbsp; oü nous nous difpofons dentrer; nous vousnbsp; fupplions de nous accorder 1ordre de Che- valerie : Nous nous fournettons a routesnbsp;,, les épreuves que eet ordre refpeèlable exige,nbsp;,, amp;, dès ce moment, nous nous confacrons,nbsp; mon frére amp; raoi, au fervice de votre Ma-jefté.
,, Qui êtes-vous? leur demanda Charlemagne , qui, ne les ayant pas vus depuis fix ans, avoir oublié leurs traits ; Pourquoi aucunnbsp;,, Prince, aucun Seigneur, ne vous a-t-il pasnbsp; annoncés a ma Cour ? Sire, répondit Ay-,, mon, nous fommes les fils dun Prince quenbsp;vous daignètes honorer de votre eftime;nbsp;,, qui, pour avoir vengé fon honneur outra-,, gé, euc Ie malheur de vous déplaire; quenbsp;,, des Conrtifans, jaloux amp; perfides, ont perdunbsp; dans votre efprit, contre lequel ils ont ex- cité un courroux que vous cruces légitime;
qui, malgré fes longues amp; cruelles difgraces, na jamais cede daimer fon Souverain, quinbsp; nous a élevés dans eet amour; de Renaud,nbsp;,, enfin, qui a offert fa vie pour obtenir unenbsp; paix quil crut néceflaire au bien de vosnbsp; Etats'i de ce Renaud, qui, dans 1efpace de
Q iij
-ocr page 372- trois ans qua duré fon exil, a réparé fes torts apparens, par des aftions héroïques,nbsp;,, qui ont mis Ie fceau 'a fa gloire.
Charlemagne, en entendant prononcer Ie rom de Renaud, fe leva de fon tróne, pricnbsp;un vifage riant, fit approcher Aymon amp; Yon,nbsp;amp; leur fit 1accuei'l Ie plus gracieux. Re-,, naud, leur dit-il, eft Ie plus digne Che- valier qui, jamais, ait été amp; qui fera ja- mais; ce que je puis vous fouhaiter de plusnbsp;heureux, ceft que vQus lui rellembliez; amp;nbsp; plüt a Dieu que Ia calomnie qui aifiège Ienbsp;tróne des Rois, neut jamais tenté de menbsp; féparer de lui!
Charlemagne leur demanda a quoi leur père soccupoit ? Sire , répondit Yon , commanbsp;fon age-ne lui permet guère les exercicesnbsp; violens amp; pénibles, il sapplique a fairenbsp; Ie bonheur de fes vaflaux, par des loisnbsp;,, fages, par les bienfaits quil répand fur lesnbsp; malheureux , par Iacfiiivice quil entretiencnbsp; parmi les Citoyens, par les encourage- mens quil accorde a 1Agriculture, au Com- merce, aux Arts, par la protedtion que lesnbsp; pauvres trouvent en lui, contre les Grands, amp;nbsp; les riches, qui abufent de leur fortune amp; denbsp;.leur autorité pour les opprimer. Tous fesnbsp;vaflaux, Sire, ne forment quune familie,nbsp; 8c la diftlnftion des rangs, quil croit né- ceflaire dentretenir, nen met aucunedansnbsp; les affedtions amp; dans lharmonie de la fo- ciété. Ses travaux, plus que fon age, 1ontnbsp; aflfoibli. Hélas! reprit Ie Roi, un tel homme
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d'Aymon.
ne devroit jamais raourir. Seigneurs, con-,, tinua-t-il, en sadreflant a fes Pairs, re-,, gardez , a 1avenir, les enfans de Renaud ,, comme mes propres enfaus; 31s reflemblentnbsp; fi bien , par leurs traits, a leur vertueux pè-,, re, que la nature feroiten contradiction avecnbsp; elle-meme, sils ne lui reflembloient par lanbsp; beauté de Idme,,. Puis,fe tournant encorenbsp;vers les fils de Renaud : Gentils enfans,nbsp; leur dit-il, vous ferez Chevaliers, amp; je- vous donnerai plus de terres que vorre père,nbsp;,, a qui jai rendu route raon amitié, nennbsp; poflede; a caufe de lui, amp; de ce que vousnbsp;,, meritez, je feral cent autres Chevaliersnbsp;,, avec vous.
Roland, Olivier, Naimes, Oger, le vieil Archevêque Turpin, amp; tons les autres Pairs,nbsp;accablèrent Aymon amp; Yon de carefles amp; dami^rnbsp;ties; chacun croyoit revoir Renaud dans cesnbsp;jeunes gens. Aymon leur demanda, modefte-ment, fi qui ils devoient tant de bontes.nbsp;,, Nous fommes tous vos parens, amp; les amisnbsp; de Renaud, répondirent les Pairs,,. Le Duenbsp;Naimes les leur noinma, les uns après les autres. Aymon amp; fon frère sinclinèrent devantnbsp;eux, amp; le? prièrent de vouloir bien guidernbsp;leur jeunefle : Les Pairs leur promirent qujlsnbsp;auroient toujours, pour eux, la même amiciénbsp;quils avoient pour leur père, amp; pour leursnbsp;oncles; amp; Roland fe chargea de les éclairernbsp;fur les ufages que leur éloignement de la Cournbsp;ne leur permettoit point de connoztre.
Deux jeunes Chevaliers vlrent, avec envie,
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Les quatre fils
cette alégrefle générale; c'étoient les fils de Foulques de Morillon; leur haine senflaraina,nbsp;furtout, lorfquils virent Charlemagne admet-tre a fa table les deux fils de Renaud, avantnbsp;quils fuffenr Chevaliers, Eh! quoi, difoient- ils, nous avons fait nos premières armes;nbsp;,, nous fomrnes Chevaliers, nous faifons, aifi- dument, notre cour au Roi, jamais, encore,nbsp; il ne nous a diftingués par aucune faveurnbsp; particuliere; amp; les fils de Renaud, qui né-,, toient point encore fortis de Montauban,nbsp;,, arrivent a la Cour, amp; en deviennent les ido-5, les! Que fera-ce, lorfqu'ils auront lordrenbsp;,, de Chevalerie? Protégés par Ie nom amp; parnbsp;5,1a répntation, peut-être ufurpée, de Re-5, naud, Ie moindre petit fait - darmes feranbsp;5, érigé en aftion éclatante, amp;, fans vertus,nbsp;5, ils acquerrontunecélébrité, è laquelle nousnbsp;5, noferons jamais prétendre. Les fils de Foul-5, ques de Morillon valent bien ceux denbsp;,, Renaud; fouifririons-nous une préférencenbsp;,, aviliflante? Non, jurons aces jeunes préfom-5, ptueux une haine implacable, haine dautantnbsp;5, plus légitime, que la mort de notre Inal-5, heureux père nous en fait un devoir.
Un jour, que Ie Roi tenoit Cour plénière, «n Chevalier Allemand étoit venu porternbsp;Jhommage de fon Prince è Charlemagne :nbsp;Parmi les préfens, quil ofFrit a la Princeflenbsp;Theudelinde, fille de Charlemagne, il fe trouvanbsp;deux panaches de plumes de héron. La Prin-celle, après en avoir obtenu la permiffion denbsp;fon père, appela les fils de Renaud, Ss-les leur
-ocr page 375-donna, pour en orner leurs cafques, le jour lt;juils ieroient requs Chevaliers. Yon fe trou-voit placé a cóté de Conftant, 1un des filsnbsp;de Foulques; coinoie il retournoit a fa place,nbsp;il saffit, fansy j^enfer, fur le bout de lécharpenbsp;de Conftant. Celui-ci fe léve, furieux; Jeunenbsp;,, infenfé, dit-il a Yon, tu devrois étre plusnbsp; actentiface que ru fais. Siles honneurs qu'onnbsp; rend, id, aux enfansd'un traitre amp; dun re-y belle,leur ontfaitperdrelaraifon, monfrèrenbsp;y, amp; moi ti-ouverons bien le moyen de les ynbsp; ramener. Conftant, lui répondit Yon, jainbsp;,, tort de mêtre aflis fur votre écharpe; monnbsp;intention nétoit point de vous déplaire,nbsp; amp; je vous en demande pardon ; mais je fuisnbsp; bien étonné quune faute auffi légère, fi eennbsp;eft une, ait pu exciter, dans un Chevalier,nbsp;j, la fureur que vous faites eclater. Les injuresnbsp;que vous venez de me dire devant Iatlem- blee la plus refpeeftabe de la nation, vousnbsp;,, déshonorent, amp; Ioutragent; vos reprochesnbsp; font un menfonge qui nedc pas dfi fortirdenbsp;,, votre bouche Si mon père a tué le vótre,nbsp;,, eeft a fon corps defendant, en brave amp; loyalnbsp;,, Chevalier. Le Roi fait, Stperfonne n'igno- re, qui fut Foulques de Morillon; fi, ce- pemlant, vous foutenez qu'il a été tué parnbsp;,, trahifon, vous mentez; amp; void mon gage.
- Les Sarons furent indignés de la conduite groffière de Conftant : Jeune imprudent,nbsp;lui dit Charlemagne, vous avez tort dac-»gt; cufer Renaud davoir tué votre père par tra-j, hifon, amp; vous nêtes point excufable de
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Zes quatre fils
,, prendre en témoignage dune fauffe accufa- tion les Pairs amp; moi. Vous auriez dü gar- der, fur eet événement, Ie filence Ie plus profond. Je vous ordonne, ou de défavouernbsp;,, ce que vous venez de dire a Yon, ou denbsp;,, fortir de ma Cour, que vous venez de trou-,, bier, fans refpeél pour votre maitre.
Robert, Ie frère de Conftant, prit la parole : Sire, nous fommes tout prêts de prou-,, ver, les armes a la main, aux fils de Re- naud, que leur père a tué Ie nótra par tra-hifon; voici mon gage Aymon amp; Yon sapprochèrent du Roi, mirenc un genou a terre,nbsp;amp; prirent les gages des fils de Foulques. Charles fut fdché de cette querelle; mals il re^ut desnbsp;mains dAymon amp; dYon les gages de Conftant amp; de Robert, amp; ceux dAymon amp; dYonnbsp;des mains de Conftant. Alors, Ganelon amp; Ber-luyer, dEftouteville de Movillon, amp; Griffonnbsp;de Hautefeuille, parens de Foulques, pleigè-rent Conftant amp; Robert, amp; Ie Roi les leurnbsp;donna en garde , pour les repréfenter quand ilnbsp;en feroit temps; amp; Roland, Olivier, Ie Duenbsp;Naimes, Oger, Richard de Normandie, amp; lesnbsp;filsdOdon, pleigèrent les fils de Renaud, pournbsp;les repréfenter au jour du combat.
Cependant, Ie Roi voulur, que, dés Ie len-^emain, Aymon amp; Yon fuflent requs Chevaliers; il donna les ordres néceffaires au grand Sénéchal. Aymon, fon frère, amp; ceux qui de-voient étre re?us avec eux, firent la veille-darmes a Notre-Dame : Ils fe préfentèrent,nbsp;Ie lendemain, a Charlemagne : Les deux fils
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de Renaud , en habit de cérémonie, deman-dèren: lordre de Chevalerie; ils furent re-9US avec pompe, amp;, après eux, cent autres Gentüshommes. La fête, que Ie Roi donnanbsp;k ce fujet, fut une des plus brillantes qui euflencnbsp;été données depuis Ie commencement de fonnbsp;règne. Les nonveaux Chevaliers portoient, anbsp;leurs cafques, les panaches dont Theudelindenbsp;leur avoit fait préfent; mais ces honneursnbsp;affeftoient foiblement les enfans de Renaud;nbsp;ils auroient défiré que leur père en eüt éiénbsp;témoin; ils faifirent un moment favorable,nbsp;amp; fe jetèrent aux genoux de Charles, pournbsp;lui témoigner combien la préfence de Renaudnbsp;ajovueroit a leur faonheur Le Roi leur fit fentirnbsp;quil étoit fSché de ne pas 1avoir fait aver-tir lui-méme. ,, D'ailleurs, ajouta-t-il, Re- naud fait que jai tout oublié, pourquoinbsp;,, neft-il pas avec vous? II lui fuffifoit denbsp; men prévenir; il devoit étre bien afluré quenbsp; je ne myoppoferois point Auffi-tóf, Charles envoya un mefiager a Renaud, pour lui an-noncer que fes enfans étoient Chevaliers, amp;nbsp;pour 1engager de venir a fa Cour; il lui flcnbsp;part de loutrage quils avoient regu des filsnbsp;de Foulques, amp; de la vengeance quils fe pré-paroient den tirer.
Renaud apprit ces nouvelles avec joie; il envoya a fes frères, pour quils fe rendiflent, au plutót, a Montauban ; il leur communiqua lanbsp;lettre du Roi, amp; il fut réfolu quils iroient,nbsp;tous enfemble, a Paris, amp;, le lendemain, ilsnbsp;partirent, efcortés de leurs Chevaliers.
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Lorfque les douze Pairs comprirent que Re-naud amp; fes frères nétoienc qu'a quelques lieues de Paris, ils allèrent au devant deux, avecnbsp;jAymon amp; Yon. Renaud, après avoir remer-cié les Pairs, prit fes enfans a 1'écart: Mesnbsp;9, arais, leur dit-il, vous êtes Chevaliers, amp;nbsp;,, navez encore rien fait pour 1honneur. Vousnbsp;j, avez obtenu la récompenfe avant de lavoirnbsp; tnéritée : Si vous aviez Ie malheur déchouernbsp;,, dans Ie combat contre les fils de Foulques,nbsp;5, on diroit que Charles seft trop haté de vousnbsp; donner 1ordre de Chevalerie, que vous nennbsp; étiez point dignes, amp; votre défaite légiti-,, meroit loutrage que vous avez regu, amp; ouenbsp;,, je partage avec vous. Mon père, sécria Ay-,, mon en lembrafl'ant, nous courons a unenbsp; viftoire aflurée; puifque la caufe que nousnbsp;,, foutenons eft jufte, nous ne craignons rien;nbsp;,, nous combattrons fous les yeux du Roi amp;nbsp; fous les vótres, amp; nous défendrons notrenbsp;,, père 8e notre hofineur. Vous voyez ces pana-,, ches, ils nous ont écé donnés par Theudelin- de, comme un préliige de la viiftoire.
Charlemagne apprit avec joie 1arrivée de Renaud 8e de fes frères; il les fit venir, 8enbsp;leur fit 1accueil Ié plus honorable; il com-bla Renaud d'amitié; il lui confirraa ce quenbsp;fes enfans lui avoient dit des bontés quil leurnbsp;avoir témoignées, de la manière éclatante 8enbsp;diftinguée dont il les avoit re9us Chevaliers;nbsp;du zèle avec lequel il avoit pris leur partinbsp;contre les fils de Foulques 8e contre leurs'nbsp;parens. Renaud raanquoit dexpreffions pour
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marquer au Roi fa reconnoiflance amp; fon amour; il lui demanda pardon du paffé, com-me sil eut été coupable. Je ne me fouviensnbsp;de rien, lui dit Charles; au moment quenbsp; vous mavez obéi, amp; que vous vous êcesnbsp; foumis, jai tout oublié, excepté vos gran- des adions. Je vous jure que vous naurez ja- mais de meilleur ami que votre Souverain,nbsp; tant quil vivra. Charles Ie congédia, amp; Ienbsp;laifla aller fonger au combat qui fe préparoit.
Quand Ie jour marqué fut arrivé, Conftant amp; Robert fe préfentèrent, les premiers, a Charles, qui leur dir ; Jeunes téméraires, vousnbsp; avez eu une idéé bien funefte, en défiancnbsp; les enfans de Renaud. Je crains bien quenbsp; vous ne vous en repentiez, en entrant furnbsp; Ie champ de bataille : Ce neft pas la pre- mière imprudence quayent faite ceux denbsp;^ votre race; puifle-t-elle êcre la dernière!
Ganelon , amp; les autres Chevaliers, pleiges de Conftant amp; de Robert, furent confternéanbsp;de ce reproche; mais Conftant, fans répon-dre au difcours du Roi, lui demanda feule-menc daffigner Ie champ de bataille, de dé.»nbsp;cider fi Ie combat feroit de deux contre deux,nbsp;OU dun contre un. Le due Naimes prit lanbsp;parole, amp; dit que, puifque Conftant avoitnbsp;appelé Yon traitre, amp; que Robert avoit in-fulté Aymon, ils devoient fe battre enfemblenbsp;amp; deux è deux. Le Roi ordonna done, que lenbsp;combat feroit de deux a deux, amp; que le champnbsp;feroit dans 1Ifle Notre-Dame, entre les deuxnbsp;bras de la Seine.
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Renaud conduifii: fes enfans chez lui, amp; ceux de Foulques fe retirèrent avec leurs plei-ges. Alard, Guichard amp; Richard armèrentnbsp;leurs neveux, amp; leur donnèrent routes lesnbsp;inftriiélions quils crurenc néceflaires; ils lesnbsp;envoyérent, enfuite, a St.-Viftor, pour fairenbsp;leur veille-darmes; leurs ennemis allèrencnbsp;veiiler a Sr.-Germain-des-Prez. Un Evêque,nbsp;parent de la familie de Foulques, leur dit lanbsp;mefle, amp; les bénit; amp; 1Archevêque Turpinnbsp;dit la mede aux fils de Renaud, amp; les bénitnbsp;avec fon épée. Après les cérémonies, les deuxnbsp;nouveaux Chevaliers allèrent fe préfenter aunbsp;Roi, qui les recommanda au Due Naimes, anbsp;Roland, a Olivier, a Oger amp; a Richard denbsp;Normandie. ,, Ayez foin, leur dit-il, que lenbsp;^ champ foit bien gardé; vous porterez lesnbsp;^ faintes Evangiles, amp; vous ferez jurer auxnbsp; combattans quils entreront en lice loyale-ment, amp;, furtout, que mon honneur foienbsp;,, bien gardé. Je trains quil ny ait quelquenbsp; trahifon, car Robert me paroit peu loyal,nbsp;,, amp; je me méfie de fes amis : Renaud amp; fesnbsp;,, frères font puiflans amp; fages, amp; ne fouffri- ront aucun tort en leurs perfonnes, ni ennbsp;celles de leurs parens amp; amis. Je connois,nbsp; furtout, la vivacité de Richard; il ne mé- nage rien, quand il eft courroucé, amp; je nou- blierai jamais, quune fois, dans fa fureur,nbsp; il me mena§a moi-même. Je ne crains rien denbsp; Renaud, il eft trop prudent amp; trop fagenbsp;Nairoes promit au Roi, que fon honneur amp; fesnbsp;droits feroient bien amp; loyalement gardés.
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Les fils de Foulques fe rendirent dans 1Iüe Notre-Dame, fnperbement montés; quandnbsp;jls y furent arrivés, ils mirent pied a terre,nbsp;saffirent fur Ie gazon, amp; fe mirent tranquil-lement a difcourir enfemble', en attendant Ay-mon amp; Yon. Leur aflurance prévenoit en leurnbsp;faveur tons ceuxT qui étoient accourus pournbsp;étre témoins de ce combat; mais perfonne nenbsp;fe doutoit que la caufe de leur fécurité étoitnbsp;une afFreufe perfidie.
Tandis que Charlemagne étoit encore avec fes Barons, Berenger, Hardes, amp; Griffon denbsp;Hautefeuille, étoient allés s'embufquer auprèsnbsp;de 1Ifle; lorfique Ie combat auroit commence,nbsp;ils devoient venir, bien accompagnés, aunbsp;fecours de Conftant amp; de Robert, amp; maf-facrer les fils de Renaud.
Enfin, lorfque Renaud jugea quil étoit temps que fes deux fils fe rendiflent dans 1Ifle,nbsp;il appela Aymon , amp; lui dit, en lui remet-tant Flamberge : Puifle cette épée vous ac- quérir autant dhonneur quelle men a ac-,, quis. Allez, quelle ferve a venger votrenbsp;,, père IIles embraffa tousles deux, amp;lesac-compagna jufqu'au bord de la Seine.
Lorfque Renaud amp; fes frères eurent laiffé les jeunes Chevaliers au lieu du combat, ilsnbsp;allèrent au devant de Charlemagne, qui de-voit être préfent; mais, comme ils étoient présnbsp;de fon Palais, ils furent arrêtés par les crisnbsp;dun homme qui couroit après eux. Arrêtez,'nbsp;I,Renaud, arrêtez, difoit 1inconnu; arrêtez,nbsp; Renaud,volez au fecours de vosenfansi,
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,, peut-écre ne vivenc-ils plus: Griffon ell en ,, embufcade, auprèsde Tlfle, avec quantiténbsp; de gens armés, pour romber fur eux, fi leursnbsp;,, adverfaires ont du deffous.
A ces mots, Renaud toniba prefque éva-Eoui. Oh! France! sécria-t - il, oh ! ma ,, chère Patrie , faut-il quü y ait toujoiirs,nbsp; parmi tes enfans, des traitres pour te déehi- rer Ie fein? Allez, courez, Richard, armez-,, vous, faites armer tous nos amis, conduifez- les dans lIfle, quils veillent fur Griffon, amp;,nbsp; sil paroit, tombezfut lui, népargnez pas Ienbsp;,, perfide. Ne vous embufquez pas, comme lui jnbsp; mals que tout Ie monde fache que vousnbsp; étes la pour la fureté du camp ; mais,nbsp;,, furtout, quand Ie combat fera engagé en-,, tre les enfans de Foulques amp; les miens, finbsp;,, les premiers triomphent, gardez - vousnbsp; bien de donner du fecours aux vaincus;nbsp;,, laiffez périr vos neveux, plutót que delesnbsp;,, fauver par un attentat.
Richard rafferabla quelques amis a la hSte, amp;, après leur avoir fait connoitre la perfidie denbsp;Grifibh, 11 les mena dans lIfle.
Cependant, Charlemagne fut furpris de voir arriver Renaud, fans Richard; ils mon-tèreiit fur la tour qui ell au bord de la Seine, avec les Barons amp; les Pairs, pour juger dunbsp;combat. A peiney furenr-ils arrivés, que Charlemagne vit Richard accourir avec fa troupe.,, Ah! Renaud sécria-t-il, quel eft votrenbsp; deflein, avez-vous réfoiu de me déshonorernbsp;,, amp; de vous perdre ? Renaud, queft devenue ¦
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d'Aymon.
i,*votre loyauté? Sire, répondit Renaud , pourriez-vous me foupgormer dune lamp;chete?nbsp; II nell pas encore temps que vous fachieznbsp;,, pourquoi Richard seft armé ; mais croyeanbsp; que c'eft pour votre honneur, amp; nappré-,, hendez rien dindigne de vous, ni de la fa-,, mille d'Aymon.
Cependant le combat sengage, amp; Conflant renverfe le jeune Aymon; mais celui-ci fenbsp;relève adroitement, amp; porte a fon adver-faire un coup terrible fur fon heaume :nbsp;II étoit dun acier dune fi bonne trempe,nbsp;quil réfifta; mais Flamberge glifia fur la vi-fière, la mit en pièces, amp; la moitié de lanbsp;joue fut emportée. Le coup ne sarrêta pointnbsp;lè; il tomba fur le col du cheval, quil abat-tit, amp; Conftant avec lui. Aymon defcendit:nbsp;Conftantnefe releva quavec peine; Aymonnbsp;courur a lui. ,, Ce fuc, lui dit-il, un grandnbsp;y, malheur pour roi, quanJ tii tavifas dac- cufer mon père de trahifon ; voici lenbsp;y, jour de la vengeanceAymon lui ayantnbsp;dit de fe défendre, il lui porta des coups finbsp;multiplies, que Conftant, déconcerté , alloitnbsp;de cóté amp; dautre, agitant vainement fonnbsp;épée, amp; ne pouvant porter, que des coupsnbsp;amortis, Alors, jetant loin de lui fon épée amp;nbsp;fon écu, il pric Aymon par le milieu dunbsp;corps pour lutter centre lui: Aymon ne de-mandoit pas mieux, il étoit fort amp; robufte,nbsp;amp; élevé dans les exercices les plus pénibles ;nbsp;il fe dégagea des bras de Conftant, le faifitnbsp;par le heaume, le traina fur la poufiière,
jufqua ce que Ie heaume fe détacha amp; refta dans la main dAymon : Conftant ne pouvantnbsp;plus fe relever, appela fon frère a fon fecours.nbsp;,, Cen eft fait de moi, lui difoit-il, fi tunbsp;,, ne viens me défendre ; mais Robert lui-méme nétoit pas en meilleur état. Yon 1'a-voic terrafle du premier coup) il avoit brifénbsp;fon armiire pièce a pièce ; il avoit, dunnbsp;coup dépée, fait rouler a terre la moitié de fonnbsp;heaume , avec une oreille amp; une partie de lanbsp;inamp;choire droite ; il perdoit tout fon fang;nbsp;11 ne pouvoit fe foutenir; il fe traina , avecnbsp;de grands efforts, auprès de fon frère. Les filsnbsp;dAymon leur offrirent leur grSce, è. conditionnbsp;qu'ils a voueroieni que, lorfquils avoient accufénbsp;Renaud davoir tué leurpère par trahifon, ilsnbsp;avoient dit un menfonge, amp; quils reconnoif-foient que la mort de Foulques étoit jufte ;nbsp;mais Robert, faififlant Ie moment oü Aymonnbsp;sapprocboit dc Conftant, pour 1exhorter ènbsp;demander grice, fe foulève amp; eft prêt k frappernbsp;Aymon par derrière; Aymon sen aper^oit,nbsp;il Ie repouflè rudement amp; revient fur Conftant,nbsp;quil frappe au vifage. Yon sapprêtoit a punirnbsp;ia perfidie de Robert.
Renaud triomphoit; Charlemagne étoit bien aife que la calomnie regüt fon falaire; maisnbsp;Ganelon, étincelant de colère, appelle Béren-ger, Hardes, amp; Henri de Lyon. Nous fommesnbsp;déshonorés, leurdit-il, les fils de Foulquesnbsp;,, font défaits. Je nofe les fecourir, non inbsp; caufe de Richard, mais a caufe de la pré- fence du Roi. Quel parti devons-nous prenr
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dre? Le feul qiii nous refte, réponditHardes, ,, ceft de diffimuler notre injure, amp; datténdrenbsp; un moment plus favorable, pour nous vengernbsp; fur les parens de Renaud, fur fes amis amp;nbsp;^ furRenaud lui-même.
Aymon avoit dangereufement blefle Conf-,^tant. ,, Conviens, malheureux, lui difoit- il, que Renaud efl le Chevalier le plus loyal quil y ait au monde, quil tua ton pèrenbsp;en fe defendant, tandis que ton père, aunbsp;contraire, vouloit le tuerpar trahifon; re-,, connois , amp; défavoue ta méchanceté. Nenbsp; tobftine pas a ta perte Conftant savouanbsp;vaincu, fe rendit, mais refufa de défavouernbsp;ce quil avoir avancé de Renaud; Aymon re-fut fon épée amp; le mena au Roi, pour en fairenbsp;ce quil jugeroit A propos. II revint au camp,nbsp;pour achever ladéfaite de Robert; mais Younbsp; syoppofa- Laiflez-moi, lui dit-il, medéfairenbsp; de celui-ci, pomme vous vous êtes défait denbsp; 1autre,,. Yon court fur Robert, amp; lui portenbsp;fur lépaule un coup fi terrible, qui! lui abat Ienbsp;bras. ,, Reconnois, lui dit Yon, que Renaudnbsp;,, de Montauban neft point un traitre, quenbsp;,, tu as dit un menfonge, quand tu Pas dit;nbsp; avoue amp; rends-toi, amp; je te laifferai la vienbsp;Robert refufa davouer amp; de fe rendre, ajoutantnbsp;encore de nouvelles injures contre Renaud Senbsp;fes fils. Yon, furieux, le prend par le heaume,nbsp;Ie lui arrache, lui tient 1épée fur la gorge;nbsp;mais Robert, plus obftiné que fon frère, nienbsp;conftamment quil ait fauflement accufé Renaud, amp; traité Yon de fils de rebelle. Yon,
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indigné de fon obftination, après 1avoir encore invité de demander grace, Ie prend par les che-veux amp; lui plonge lépée dans Ie fein.
Les deux Chevaliers, comblés de gloire, allèrent fe jerer aux pieds de Charlemagne,nbsp;qui loua leur courage. Cen ell aflez, leur dit-i!,nbsp; Conllanr fe meurt amp; Robert neft plus; alleznbsp; vous repofer dans les bras de la Viftoire:nbsp;,, Cependant, il efl; jufte que Conftant foiCnbsp; puni. Sire, quil dél'avoue fon menfonge,nbsp;,, Si j'oublierai tout Charles Ie lui ordonna,nbsp;ibus peine dêtre dégradé darmes; mais Robert,nbsp;en voulant profeter quelques mots, expira;nbsp;amp; 1on ne put favoir sil avoit défavoué, ounbsp;sil avoit perfiflé.
Vous voyez, dit Ganelon a Hardes, a Bé-,, renger amp; a Gvilfon; vous voyez comment Charlemagne nous traite. Jurons de nous ennbsp; venger, quand nous en trouverons 1occa-,, fion. Ils Ie jurèrent, amp; Ganelon ne rem-plit que trop bien fon ferment, lorfqua Ron-cevaux, il trahit amp; fit périr les douze Pairs.
Cependant, Renaud, qui avoit expliqué t Charles pourquoi Richard s'étoit armé, ren-doit graces a Dieu : II fit venir fes enfans; ilnbsp;les accabla de careflès. Si, tandis quAlardnbsp;Guichard bandoient leurs plaies, il les exhor-toit de profiter de lexemple de ces jeunes in-confidérés, amp; de ne jamais rien dire qui portStnbsp;atteinte a la reputation de perfonne; il leurnbsp;fut gré davoit, plufieurs fois, offert la vie anbsp;leurs ennemis; il leur recommanda de confer-ver Phumanité, la première des vertus.
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Dès quils furent guéris, ils allèrent voir Charlemagne, qui les combla dhonneuts, amp;nbsp;leur donna pUifieurs Chateaux; amp;, peu denbsp;temps après , Renaud amp; fes frères prirentnbsp;congé de Charlemagne amp; sen retournèrent ènbsp;Montauban.
Renaud sappliqua a mettre fes affaires ea bon ordre; enfuite, il envoya chercher fes eii-fans, il leur diftribua fes Etats; donna Dordogne a Yon, amp; Montauban a lainé. Jai afleznbsp;,, vécu pour Ie monde, leur dit-il, amp; je Ie quittenbsp;fans regret, puifque je puis compter fur vosnbsp;}, vertus, vous navez plus befoin de mon fe-j, cours; je puis, fans crainte, vous abandon-5, ner une carrière que jai parcourue avecnbsp;5, quelquhonneur. Pour moi, je veux cönfa-5, crer au Dieu , a qui je les dois, Ie peu denbsp;55 jours que jai encore a vivre.
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CHAPITRE XXVI amp; dernier.
Lietraite de Renaud; regrets fur fon depart; foa amour pour Pégalité. Renaud Ma^on,nbsp;Pélerin , défenfeur de I'innocence , vain-queur de Pinabel, pourfuit fes courfes, arrive d VHermitage de Maugis, fe fixe au-près de lui; leur amltié; leur vie douce amp;nbsp;paifible : Maladie, prédiblion amp; mort denbsp;Maugis. Dernier combat de Renaud. Pi^nbsp;nabel fuffoqué dans les flats ; il y entrainenbsp;Renaud. Mort de ce héros ; fan tombeau *nbsp;fes funérallies; honneurs que Charlemagnenbsp;rend d fa cendre.
3L/ E s frères amp; les fils de Renaud ne croyoient point fa retraite fi prochaine; il reprit fonnbsp;habit de Pélerin, amp;, dés Ie lendemain, au levernbsp;de Iaurore, il defcendit fous le rempart dunbsp;Chateau; il entra dans le fouterrain par le-quel il sétoit fauvé a Dordogne, lorfque Charlemagne avoir afFamé Montauban. Ses frèresnbsp;amp; fes enfans le cherchèrent en vain ; tout re-tentifloit de leurs cris. Aymon amp; Yon réfo-lurent de Pallet chercher dans tous les paysnbsp;de la terre, fi, avant quinze jours, ils nennbsp;avoient point de nouvelles. Alard courut ènbsp;Charlemagne annoncer la retraite de Renaud;nbsp;Charles amp; fes Barons en furent inconfolables.
Cependant, ce Renaud, qui rempliflbit le I monde du bruit de fes exploits, erroit a tra-
-ocr page 389-rers les n^ontagnes, expofé aux injures de Pair amp; de la faim, fe nourriflant de racines Sc denbsp;fruits fauvages, plus content, au milieu denbsp;ce dépouillement ^énéral, que Ganelon amp;nbsp;Griffon, méditant des perfidies, ne Ietoientnbsp;au fein de la Cour.
Renaud envifageoit tous les hommes comma égaux; il ne les diftinguoit que par leurs ver-tus ; il regardoit comme des jeux denfans,nbsp;ces dillinctions que la fortune amp; la naiflancenbsp;ont mifes entreux : 11 faifoit peu de cas denbsp;ce mérite de convention, qui nexifte que dansnbsp;Popinion, amp;, a cet égard, il ne seftimoit pasnbsp;plus que le plus pauvre, amp; le dernier des hommes; il penfoit que, comme il ne falloit pasnbsp;rougir de parens vertueux, dans quelquétatnbsp;que le ciel les eut placés, il ne falloit pas,nbsp;non plus, les expofer a rougir, par des actions indignes deux, Sc que le meilleur moyeanbsp;de leur témoigner notre reconnoiflance, étoicnbsp;de nous comporcer, comme ils défireroiencnbsp;que nous nous comportaflions, sils vivoientnbsp;encore, ou comme nous voudrions que vé-cuffent nos defcendans. Ceft dans ces principes, quil avoir élevé fes enfans. Cette habitude de neftimer les hommes que par leursnbsp;propres vertus, Sc de ne les diftinguer, lesnbsp;unsdesautres, qu'autant quils fediftinguoiencnbsp;eux-mêmes par leur conduite, lui faifoit trou-ver fa condition aétuelle auffi douce quellenbsp;Ietoit, lorfquil regnoit dans Dordogne, ounbsp;dans Montauban.
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vit,,de loin, des Magons qui Mtifloient un Monaftère; les uns écoient accablés fous Ienbsp;poids de pierres énormes, les autres, furienbsp;faite de 1édifice, étoient e:^ofés a perdre leurnbsp;vie a tout moment. Quel eft , difoit Re- naud, 1objec de travaux li fatigans amp; linbsp;,, dangereux ? De gagner de quoi ne pas mou-,, rir de faim. Ces hommes, condamnés, ennbsp; naiflant, a la mifère, ne font-ils pas, commanbsp;,, moi, les enfans de la nature ? Pourquoinbsp; nont-ils pas eu la même part a fes faveurs ?nbsp;,, N'y ont-ils pas les mêmes droits? Ah! ilsnbsp;les ont, fans doute; mais ceft nous, cenbsp;,, font les puiflans amp; les riches, qui, abufancnbsp; de la foiblefle de 1innocence , ont ufurpénbsp; ces droits, amp; fait des viitimes de leurs fem-blables! Hommes injuftes amp; cruels! la na-,, ture ne peut-elle vous donner quelqua- vantage, que vous ne vous en ferviez pournbsp; 1outrager? Eh ! bien, vengeons-la; je pou-,, vois naicre dun père Magon , comme jenbsp;,, fuis né dAymon , allié de Charlemagne ;nbsp;,, quittons la place que le hafard mavoit mar- quée, amp; mettons-nous a celle qu'il pouvoitnbsp; me donner.
En parlant ainfi, Renaud va trouver le mai-tre des ouvriers, amp; le prie demployer un pau-vre étranger, qui ne demande pas mieux que de travailler pour gagner fa vie. Le Maitrenbsp;Magon le regarde des pieds è la téte. Renaudnbsp;étoit exténué par le jeüne amp; par la fatigue.nbsp; Mon ami, lui dit le maitre , cet ouvragenbsp;i, n'eft guèie fait pour vous. Quimporte? dit
Rc^
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9 Renaud, je ferai ce que je pourrai, amp; vous ne me payerez qua raifon de mon travail;
Jy confens, lui^dit Ie Ma^on. Voyez-vous, la-bas, ces quatre Manceuvres, qui noncnbsp;j,, pu venir a bout de trainer cette pierre ?
allez leur prêter votre bras Renaud vit bien que eet homme plaifantoit; maïs, fansnbsp;faire femblant de sen apercevoir, il alia versnbsp;ces pauvres gens : Le Ma9on Ie rappela. Bonnbsp;homme, lui dit-il, ou vas-tu? ne vois-tunbsp; pas que ce far Jeau eft trop lourd pour quatrenbsp;jeunes gens robuftes amp; vigoureux? Crois- moi, fi dautres que toi ny mettoient lanbsp;j, main, la pierre pourroit bien refter la juf-5, qua la fin du monde ; mais, Renaud,nbsp;fans récüuter, alia vers la pierre, amp;, fans lenbsp;fecours de perfonne, il la roula jufquaux piedsnbsp;du maJtre, qui avoit de la peine a croire cenbsp;quil voyoit. Eh! bien, lui ditRenaud, vou-5, lez-vous me recevoir parmi vos ouvriers?nbsp;5, Mon ami, lui répondit le Maitre, preneznbsp; Pemploi que vous voudrez Alors, Renaud monta leftement fur le faite, amp; fe mit anbsp;travailler. En regardant autour de lui, il vit,nbsp;dans le fond dun vallon, une femme écheveléènbsp;repoullant les brutales carelïès dun homme ef-fréné, qui faifoit tous fes efforts pour 1outra-ger *, Renaud quitte fon ouvrage , defcend,nbsp;sarme dun gros levier, amp; court de routes fesnbsp;forces. Quelques manoeuvres, qui ignorent fohnbsp;deflein, le fuivent, fans favoir oü il va; ilnbsp;approche; il entend les cris de la jeune femme,nbsp;amp; reconnoit Pinabel. Traitre, sécrie-t-il,
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-ocr page 392-,, abandonne ta proie amp; fonge è te défendre,#. Pinabel reconnott la voix de Renaud, amp; s'é-lance fur lui; Ie fier Paladin ne lui donne pointnbsp;Ie temps dapprocher, amp;, dun coup de levier,nbsp;il 1étend è fes pieds : Alors, Renaud vole 4nbsp;la jeune fille, étendue a terre a demi-nue»nbsp;amp; prefque fans connoiflance; mais, comme ilnbsp;efl'aye de la rappeler a la vie, il entend Ie crinbsp;des Magons qui étoient fur une hauteur; ilnbsp;vole k leur fecours, il les trouve aux prifesnbsp;aveC une douzaine de fcélérats, complices denbsp;Pinabel. Les Masons nétoient que fix, amp;,nbsp;fans Renaud, cen étoit fait deux. Renaud,nbsp;armé de fon levier, fe jette au milieu des af-faffins, enfonce, d lun, lapoitrine, cafle la têtenbsp;a lautre, abat Ie bras du troifième, en af-fomme deux autres, amp; Ie refte prend la fuitenbsp;amp; court plus vite que Ie vent; les Manoeuvres , furieux, achèvent ceux que Renaud avoiCnbsp;bleliés; il revint au fecours de la jeune fille,nbsp;amp; il la trouva noyée dans fon fang : Le Idchenbsp;Pinabel, revenu de fon étourdiflement, tandisnbsp;que Renaud puniflbit fes complices, 1avoicnbsp;poignardée amp; avoit pris la fuite; Renaud futnbsp;également défefpéré de la mort de cette infor-lune'e amp; de la fuite de Pinabel.
Renaud sacquit une fi grande réputation parmi ces Ma9ons, que le Maitre vouloit luinbsp;céder routes fes entreprifes; mais, ennemi denbsp;touce diftindion, Renaud trouva quêtre Maitre de Masons, cétoit encore blefler cettenbsp;3oi dcgalité quil eöt voulu rétablir fut lanbsp;terre, fans rien dire, il partir, peu de
-ocr page 393-jours après; il fut généralement regretté de fes compagnons, qui, tous, fe feroient facrifiésnbsp;pour lui.
Renaud erra de montagne en montagne, de forêt en forêt, jufqua IHermitage de Mau-gis; il en avoir changé : De Ia Guyenne, ilnbsp;étoic pafle en Allemagne; il avoit crainc Ienbsp;courroux de Charles; il évitoit fa faveur; ilnbsp;sétoit fixé fur les bords du Rhin, au deflbusnbsp;de Cologne; il étoit affis fur un gazon, Ienbsp;dos appuyé contre un rocher, tenant un' livrenbsp;a la main, entièrement occupé de fa lefture.nbsp;Renaud Ie vit; il sapproche de loin, fans ennbsp;être aperfu, fe met devant lui, amp; Ie regar-de, fans tien dire. QuandMaugis eut ceffé denbsp;méditer, il leva les yeux, amp; Ie premier objetnbsp;qui Ie frappa, fut Renaud. Maugis crut quenbsp;c'étoit fon ombre ; mais Renaud sécrie, ennbsp;ie preflant dans fes bras; O mon cher Mau-f, gis, béniflbns Ie ciel qui nous réunit pournbsp;9, ne plus nous féparer,,. La joie de deux Chevaliers , unis depuis fi long - temps, peut fenbsp;concevoir, amp; ne fauroit fe peindre; malgrénbsp;leur amour pour la folitude, ils ne purent,nbsp;cependant, fe privet de la douceur de vivrenbsp;lun auprès de 1autre.
A quelques pas de IHermitage de Maugis, étoit une caverne creufée dans Ie rocher; Renaud la choifit amp; 1'habita; ils fe voyoient tousnbsp;les jours; leur age amp; leurs infirmités avoientnbsp;befoin de cette reflburce; chacun, de fon cóté,nbsp;fortoit de fa folitude, amp; leur point de réunionnbsp;étoit un chêne antique, fur une petite hau-
388 nbsp;nbsp;nbsp;Les quatre fils
teur. Le monde étoic, pour eux, une ombre qiü les avoit occüpés un moment, amp; ils re-grettoienc de sen être occupés; ils ne crou-voient de veritable jouiflance que dans la eon-templation de la nature; leur ame nétoicnbsp;vivement affedée que de la grandeur amp; de lanbsp;fagefle de eet Être Suprème, a qui le fpec-tacle de 1univers les ramenoit fans cefl'e; jamaisnbsp;leurs jours navoienc paliè auffi rapidement.
Un jour, que Renaud sétoit rendu fous le vieux chêne, plus rard qua lordinaire, il nynbsp;trouva point Maugis; il 1attendit long-tempsnbsp;amp; ne le vit point venir. Lamitié de Renaudnbsp;en fut alarmée; il alia jufqua la cabane denbsp;fon ami; il le trouva foible amp; languiflant,nbsp; Mon coufin, lui dit Maugis, le terme eftnbsp;venu, dans deux heures, je ne ferai plus;nbsp;je craignois que vous ne vinffiez point, Ssnbsp;je ferois mort avec ce regret; Nen donneznbsp; point a ma perte; la more neft que 1ac- compliflemenc de 1ouvrage que la Naturenbsp; commence en nous formant; heureux lesnbsp; hommes, fi mille accidens funeftes, donenbsp; leur inconduite Sï leur méchanceté font lanbsp; caufe, ne dérangeoient eet ordre ; Pour unnbsp; fruit qui tombe dans fa maturité, combien,nbsp; que les infeftes dévorent, que les vers cor- rompent, que ia gelee détache de leur tige,nbsp;que des chaleurs exceffives deflechent, ounbsp; que des mains imprudentes cueillent avantnbsp;le temps? Je tombe fous lès coups bienfai- fans que frappe la Nature. Ah! mon chernbsp; Renaud, que je voudrois que votre vie fyc
-ocr page 395-terminée par une mort corame la miennel f, mais le del vous en deftine une plus utile;nbsp;,, il faut que vous ferviez fa vengeance, mêmenbsp; en mourant. Que dites-vous? Maugis, in-
terrompit Renaud, comment fe pourroit-il ff quun Solitaire, dont les forces font affoi*^nbsp;3, blies, amp; qui ne veut plus quitter ces lieux,nbsp;,, puifle venger le del? Telle eft votre def- tinée, Renaud; vous ne voulez.pas, dites- vous, quitter ces lieux : Et queft-ce que lanbsp;,, volonté de 1homme ! Dieu feul veut, amp;nbsp;,, Ihomme obéit; malheur a lui, sil obéicnbsp; malgré foi. Neft-ce pas Dieu qui lui donnenbsp;,, le vouloir? Comment Ihomme peut-il fenbsp;flatter quil fera ce qu'il voudra, Jui, quinbsp;,, ne peut prévoir un feul inftant dans 1ave-,, nir? Se foumetrre, exécuter les ordres dunbsp; del, lorfquil nous les fait connoitre, ounbsp; par la voix de la confcience, ou par cellenbsp;,, de la raifon, ou par celle de la nécelfué,nbsp; voila le partage de Ihomme. Adieu, monnbsp;,, cher Renaud, tu ne me furvivras pas long-,,-temps : Je meurs fansfait amp; tranquille, dansnbsp; les bras de mon ami. Je ne Grains rien aunbsp;,, dela du terme de la vie; creature foible , amp;nbsp;,, fragile par narure, je rends, a un être bien-,, faifant par eflence, une ame dont 1injufticenbsp; na point altéré la purete. Adieu.
En difant cet adieu, Maugis expira dans les bras de Renaud, qui fe fentoit confolénbsp;par les dernieres paroles de fon ami; il nenbsp;regi-etcoic que foi dans cette perte , car ilnbsp;étoit perfuadé que Maugis alloit jouir -dun
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-ocr page 396-bonheur éternel; il 1enfevelit amp; Ie dépofa dans un tombeau , que Maugis sétoit creufé lui-inéme : Depuis ce moment, Renaud vint,nbsp;tons les jours, dans la grotte oü repofoit Maugis; Ie lieu quil avoit habité étoic un templenbsp;pour Renaud; il Ie revoyoit dans tout ce quinbsp;avoit été è fon ufage, amp; cette illulion lui te-noit lieu, quelquefois, desmomens quil avoitnbsp;pafles avec lui.
Un jour, que Renaud fe promenoit fur Ie bord du Rhin, il entendit, fous des arbuftes,nbsp;Ie cri de deux jeunes filles qui appeloient dunbsp;fecours, malgré les glacés de 1Sge; Renaudnbsp;vole : Une jeune fille érendue fur Ie fable, amp;nbsp;toute nue, avoit les pieds amp; les mains liés, amp; fenbsp;défoloit; Dauffi loin quelle vit Renaud, ellenbsp;lui indique de la main un fpeélacle plus affreux'nbsp;qui fe paflbit fur Ie fleuve; un homme, la fu-reur dans les yeux, trainoit une autre jeunenbsp;fille, par les cheveux, hors de 1eau : Renaudnbsp;vole fur Ie bord du Rhin , Sc, de fon bourdon,nbsp;frappe Ie fcélérat fur la téte : Celui-ci ISche fanbsp;proie, amp; séloigne, a la nage, hors de la portéenbsp;dun fecondcoup; Renaud ne Ie quitte point ;ilnbsp;Ie pourfuit, 1atteint amp; reconnoït encore Pinabel. Infame opprefleur de linnocence! luinbsp; dit-il, ce fleuve fera ta tombe A ces mots,nbsp;Renaud sélance fur Pinabel, Ie faiflt par Ienbsp;milieu du corps, amp; Ie plonge dans 1eau, pournbsp;Py étouffer; mais, foit que la crainte donnarnbsp;des forces a Pinabel, foit que les derniers efforts de la nature expirante óient aux nerfsnbsp;leur fouplelie amp; leur élafticité, il ne fut ja-
-ocr page 397-d'Aymon.
maïs poffible a Renaud de débarrafler fes jambes des mains de Pinabel, qui les tenoit ac-crochées: II fic dinutiles efforts pour fe dé-livrer dun poids qui Pempêchoit de nager ; il frappoit, en vain, Pinabel dans la poitrinenbsp;amp; fur la tête, pour lui faire lêcher prife; Pinabel étoit mort, amp; fes ongles, enfoncés dansnbsp;les chairs de Renaud, étoient des crochetsnbsp;que fes efforts ne faifoienc que refferrer davan-tage. Renaud nagea pendant quelque temps;nbsp;il appela du fecours; mais il nen parut dau-tre fur Ie rivage, que lesjeunes fiiles, qui Ienbsp;faifoient retentir de vceux impuiffans pournbsp;leur libérateur. Renaud lutta long-temps centre Ie courant amp; contre Ie fardeau qui len-trainoit; mais fes forces affoiblies, re purentnbsp;lui permettrej de regagner Ie bord ; il senfonce|,nbsp;amp; Ie même flot couvrit Ie fcélérat amp; 1hommenbsp;jufte.
Jamais les enfans Ss les frères de Renaud nauroient eu des nouvelles de fa mort, li lesnbsp;jeunes fiiles navoient raconté leur aventure,nbsp;amp; remarqué 1endroit oü Renaud fut fubmer-gé; elles afferent avertir des Pécheurs de cenbsp;qui venoit de fe palier; ceft par elles quonnbsp;fut que Pinabel, qui, depuis long-temps,nbsp;brüloit dun feu inutile pour Iune delles,nbsp;les avoit furprifes dans Ie bain, quil avoicnbsp;dabord trainé fur Ie rivage celle qui lui étoicnbsp;indifférente , quil 1avoit liée, pour Tempé-cher de défendre fa compagne, que fon pro-jet étoit denlever celle quil aimoit, Ss da-bandonner, ou, peut-être, de plonger 1autre
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-ocr page 398-59® nbsp;nbsp;nbsp;^uatre fils
dans les flors; amp; quenfin, Pinabel, avec quel-ques brigands de fon efpèce, sétoit emparé dun Chateau, dont ils avoient maflacré les ha-rnbsp;hitans.
Les Pécheurs retirèrent, en même temps, du fleuve Renaud amp; Pinabel; ils reconnurencnbsp;PHerraite, pour lavoir vu, quelquefois, fenbsp;promener dans la forêt prochaine; ils Ie tranf-portèrent dans la grotte oü repofoient les ref-tes de Maugis; ils lurent cette infcription furnbsp;fa tombe.
Renaud DE Montauban, fils dAymon,
A CONSACaÉ CETTE PIERRE Aux MANES RÉVÉRÉS DE SON CoüSIN,
Maugis , fils de Beuves ,
En mémoire de leur amitié.
Les Pêcheurs appriretit, pour la première fois, quil y avoir eu deux Hermites, amp; quenbsp;Ie dernier ne pouvoit être que ce Renaud denbsp;Montauban, dont 1Hermitage ne devoit pointnbsp;être éloigné ; ils Ie cherchèrent amp; 1eurentnbsp;bientót trouvé; ils fe convainquirent de fonnbsp;nom, par 1image dYolande, qui étoit fuf-pendue u lun des rochers de la grotte, amp; fousnbsp;laquelle Renaud avoit écrit, de fa main, Ienbsp;nom de fon époufe amp; Ie fien. Les Pécheurs nenbsp;voulurent point féparer ces deux amis; ilsnbsp;inhumérent Renaud è coté de Maugis, amp; mi-rent, pour route infcription gt; ie nom de Renaud
-ocr page 399-de Montauban amp; Ie portrait dYolande fiir la tombe de fon époux.
Le bruit du combat amp; de la mort de 1Her-mite parvint jufqua Cologne. Le nom, de Reuaud excita la curiofité du Seigneur de Bu~nbsp;rie; il avoit, autrefois, connu le fils dAy-mon; il favoit quil avoit difparu du fein denbsp;fa familie; il favoit que Charlemagne le fai-foit chercher, amp;, quoique ce Seigneur nepücnbsp;fe perfuader que 1Hermite dont on parloit,nbsp;fut Renaud de Montauban, 31 alia le voir,nbsp;]ut linfcription du tombeau de Maugis, amp;nbsp;reconnut Yolande; il pria fur la tombe dunbsp;héros, y mit des Gardes, revinta Burie, amp;,nbsp;dès le lendemain, il.y envoya toutle Clergénbsp;de Cologne, fit exhumer Maugis amp; Renaud,nbsp;amp; fit embaumer ce dernier; il fut tranfporté,nbsp;avec la plus grande pompe, a Cologne, amp;nbsp;dépofé dans la Cathédrale,, oü vingt Chevaliers , qui fe fuccédoient deux a deux, le veil-lèrent nuit amp; jour.
Le Seigneur de Burie envoya un exprès aux frères de Renaud amp; a Charlemagne. A cettenbsp;nouvelle, un deuil général couvrit toute Ianbsp;France; la Cour fut plongée dans latriftefle;nbsp;ïc modéledes Chevaliers eft mort, sécrioit-onnbsp;de tous cótés, amp;, bien loin que les Chevaliers, les Batons, amp; les Pairs, fuflent offenfésnbsp;de eet éloge exclufif, ils répétoient, le modèlenbsp;des Chevaliers eft mort. Les frères de Renaudnbsp;amp; fes enfans étoient inconfolables. Ce qui ren-dit ia douleur de Charlemagne plus amère ,nbsp;ce fut d'apprendre que Pinabel éroit la caufc
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-ocr page 400-394 nbsp;nbsp;nbsp;^uatre fils d*Aytnoru
de la mort de Renaud ; il fit venir les deux jeunes filles quil avoit défendues contre lesnbsp;outrages du brigand; il les maria i deux Seigneurs de la Cour, amp; les dota dune partie desnbsp;biens confifqués au traitre.
Peu de jours après, les frères amp; les fils de Renaud , accompagnés dun grand nombre denbsp;Chevaliers, allèrent a Cologne, chercher lesnbsp;relies du héros amp; de Maugis; ils les firent tranf-porter en France , amp;, lorfquils furent i quel-ques lieues de Paris, Charlemagne, avec fanbsp;Cour, alia au devantdu convoi; amp;, lorfquilnbsp;lui eut fait faire les plus magnifiques funérail-les, on conduifit les cercueils a Montauban;nbsp;Charlemagne voulut encore les accompagnernbsp;jufqua Orléans, amp;, de retour è. la Cour, ilnbsp;condamna è 1opprobre Ie nora amp; la mémoirenbsp;de Pinabel.
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V_/haPITH.E ER-EMIER. Charhmagtti envoys Lo-thaire , fon fils , fiommer le relielle due d'yligreinont. Horrible félonie du due. Charlemagne fait Chevaliersnbsp;les quatre fils d'rPymon, Ö? s'apprête d venger I'affalfinatnbsp;de Lothaire. Les fils tTAymon , parens de l'afajpn .nbsp;quittent la Cour de Charlemagne, pour n'itrc pasnbsp;obligés de combaltre contre lui. /Itcueil que leur faitnbsp;leur mire. Le due d'Aigremont vient au devant danbsp;Charlemagne , efi vaineu amp; demands grdee pour fesnbsp;Tuiets au vainqueur. CUmence birolque de Charlemagne.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pag. 5
Chap. II- Comme les eourtifans ont I'art de fatifaira leurs pafions au nom de leur fonverain , qui ne s'ennbsp;doute pas, amp; au préjudice de fes fujets, qui voyent loper fidie , en foufrent df n'ofent s'en plaindre. Trahifottnbsp;de Ganelon. Mort du due d'Aigremont. Couleur de lanbsp;duchejfe. Sermens de Muugis de venger fon plre. 3gt;nbsp;Chap. III. Aymon reproche amp; Charlemagne Vimpunitdnbsp;du crime de Ganelon. Audaee de Renaud. 11 tue,d'uanbsp;coup d'lchiquier, herthelot, neveu de Vempereur.nbsp;Fuiie de Renaud, de fes frlres, amp; de Maugis leurnbsp;coufn.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;44,
Chap. IV. SUge du chdteaudeMontfort;avant-garde de Charlemagne taillie en pilces; lataille fanglante;nbsp;trahifon de Bernier de la Seine, qui introduit les fran -fois dans le chdteau, S?y met le feu; combat, au milieunbsp;des famines; vittoire des quatre fils d'Aymon. 5anbsp;Chap. V. Danger de Renaud amp; de fes frlres. Berniernbsp;leur propofe de leur livrer le tréfor de Charlemagne;nbsp;Renaud le fail icartelif. Retraite des quatre paladins,
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-ocr page 402-Regrets de Renaud, a I'afpcSt de Montfort embrafi. Charlemagne les pourfuit avec fan armée. Renaud ftnbsp;retire en vainqueur. Retraite de Charlemagne. Combatnbsp;d'dymon centre fes cnfans.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;66
Chap. VI. Extréme mifére des fils d'Aymon. Us out recouTS a leur mire Entrevue touthante. Colire feinttnbsp;amp; politique d'.lymon. Us fortent du chdteau avec centnbsp;hommes d'armes, c? comblds de J^réfens i3? de bienfaitsnbsp;de- leur mere. /lymon les attaque IS leur donne troisnbsp;cents hommes d armes. iilaugis efidleur téte. Renfortnbsp;de trois cents hommes d'armes. Of re de fervices auroinbsp;de Cafcogne.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;78
Chap VIL Combat des fils d'Aymon centre les farra-fins. Renaud force leur rot d fe rendre d abjurer Mahomet. Boulag-Jkafir clde fes conquêtjes au rot.nbsp;Renaud demande , pour toute récompenfe. de fe hdtirnbsp;tin fort fur la Dordogne. Chdteau de Montauban. Ltnbsp;roi de Cafcogne lui donne fafaur Tolande, qtti I'aimoitnbsp;en fecret.
Chap. VIII Charlemagne ennoye demander au roid A-quitaine de lui Uwer Renaud S fes frlres ; refus du roi. Dlclaratioii de guerre. Arrivie de Roland ct lanbsp;cour de Charlemagne. Sa jeunejfe , fa beauté fon courage. Guerre contre les farrafins fur leRh'tn. Prodigesnbsp;de etaleur de Roland. Courfe de chevau.v. dont Renaud^nbsp;qu on cro'tt a Montaubanremporte le prix fous lesnbsp;yeux méme de Charles.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;105
Chap. IX. Charlemagne ajfilge Montauhan^fait fommer Renaud de fe rendre Renaud fait mie forth vigou-reufe avec fes frlres. Butin ^ maffacre, viSoire des filsnbsp;d.lymon. Fauie de Roland. Perfidie d Ton ..roi d Aquitaine. Combat terrible des fils d' Aymon ,feuls ,défarmdSfnbsp;litres par Ton. Exploits inouis Secours inattendu.
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Chap. X. Suite du combat précédent Les fils d'Aymon fecourus par les gafeons conduits par Maugis. Nou-veaux exploits. Oger vaincupar Renaud, infultlpar
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Rolandi ntn parit quo plus grand. Maugh racontt ü Rmaud comment il a appris la trahifon du roinbsp;d'.iquitaine. 11 rend au jour Richard, amp; guérit lesnbsp;llejfures d'Alard, de Guichard amp; de Renaud. 145nbsp;Q/RKS.'SA.' Retour desfils d'Aymon is Montauban. Alar~nbsp;mes amp; renterds du roi d'Aquitaine i il fe réfugié dansnbsp;un convent; Roland ly découvre amp; l enlève: Renaudnbsp;vole d foil fecours, amp; Ie dégage. après un combat fan-glant, desfers de Roland. Roland ejlhleffé. 157nbsp;Chap XII. Richard ejl fait prifonnierpar Roland.Charlemagne s'empare du prifonnier ,malgré fnn vainqueur,nbsp;amp; Ie condamne d un fupplice infame. Enchantementnbsp;de Maugis, qui Ie rend méconnoiffahle ; il découvre canbsp;qui fe paffe au camp , en donne avis d Renaud, qui faitnbsp;embufquer fes troupes. Noble fermeté des Chevaliers fnbsp;qui refufent d'efcorter la conduite de Richard au fupplice. Ldcheti d'un courtifan.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;177
ChaP- XIII. Richard eft conduit au fupplice. Renaud Ie dólivre. aidé de Maugis amp; du roi d'Aquitaine. Desnbsp;Rives eft mis d la place de Richard. Méprife d'Oger.nbsp;Combat entre Charlemagne 6? les fils d'Aymon. Offrenbsp;génireufe de Renaud; dangers que courent Charlemagne amp; Roland.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;190
Chap. XIV Les quatre fils d'Aymon, amp; Maugis, abat-tent Ie pavilion du roi. Combat d'Otivier amp; de Maugis. Maugis prifonnier d Olivier Efforts de Charles amp; de'nbsp;fes Chevaliers pour arracher Maugis d fon vainqueur.nbsp;Réfiftance opinidtre d Olivier ; combat dOlivier avecnbsp;les chevaliers. Ginéroftté de Maugis. Olivier Ie dégagenbsp;de fes fermens. Maugis brave les courtifans. Renaudnbsp;vole d fon fecours.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;203
Cpiap. XV Maugis au pouvoir de Charlemagne; con-damn é d périr du fupplice des truitres. Craintes^ fureurs inutiles de Charlemagne centre Maugis; en-chantemens, rufes, déguifemens de Maugis. Les chevaliers fervent de caution d Maugis; fa ioyauté. mémtnbsp;en trompant Charlemagne; butin immenfe quil em-
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parte gt; fa faite. Rencontre de Renaud. Courroux de Charlemagne d I'afpeB de I'aigle d'or. Diputation dnbsp;Renaud ; accord d'une trive, rendue inutile par les.nbsp;confeils de Pinabel. Généroftti de Renaud. Let Chevaliers difendent leur Inyauti centre Charlemagne.nbsp;Rropofition du roi de fe battre avec Renaudi Rolandnbsp;of re de combattre d la place du roi.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;215
Chap. XVI. Combat entre Renaud if Roland. Maugis let fauve Vun êf Vautre par un pirodige de fun artnbsp;magigue. Roland fuit Renaud d Montauban. Charlemagne met le Jiége devant ce chdteau. he roi efl enlevinbsp;dans le palais de Maugis, li livri d Renaud. Maugisnbsp;fort de Montauban ,amp;fe retire dans un hermitage. 240nbsp;Chap. XVII. Confeil des fils d'Aymon fur le fort dtnbsp;leur prifonnier. Réveil de Charlemagne ; fa fermeté;nbsp;pribres de Renaud pour la paix; attendrifement dttnbsp;roi; Pinabel change fes difpofitions. Extréme générofttinbsp;de Renaud : Liber té de Charlemagne; vaine remon-trance des chevaliers. Continuation du blocus; afautnbsp;ginéral; les troupes de Charles font repoufées; faminenbsp;horrible: Le plus grand danger que Bayard ait couru.nbsp;Wynton jette des vivres duns la ville, fa difgrace, fanbsp;retraite de larmée. Nouvel afaut, aujfi inutile que lenbsp;premier.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;249
Chap. XVIII. Les fils dJymou abandonnent Montauban; Us en fortent, fecrettement, avec les habitans, Jlsfe retirentd Dordogne. Secours qu'ilstrouvent dansnbsp;leur route. Etat oh Charlemagne trouve Montauban.nbsp;11 veut aftéger Dordogne: Renaud le ptévient. Bataillenbsp;fanglante. Le due Richard de Normandie prifonniernbsp;de Renaud; fage confeil de Roland; fermeti du due.nbsp;Mort du roi d'Aquitaine.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;269
Chap. XIX. Songe de Maugis; it vole au fecours de Renaud; il attaque des voleurs amp; les bat; il iraverfenbsp;le camp de Charlemagne fous la figure d'un chevaliernbsp;paralytique; il combat Pinabel, le terrafe, lui faitnbsp;me peur efroyablei il arrive d Dordogne, foie dt
-ocr page 405-Kinaui fif d'Tolandc. Maugh prlfère fon hermitage ^ fa pauvreti ct la grandeur amp; ct la richejfe; il repajfenbsp;au travers du camp dc Charlemagne^ en hermite; dangers qu'il court.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;aS4
Chap. XX. KéfurreBlon de Pinahel. Proportions de Charlemagne h Renaud. Inflexibiliii de part d'autre.nbsp;Pinahel ditruit les bons efets des confeils de Roland.nbsp;Reproches £? remontrances au roi. Gibet élevé fur lanbsp;plus haute tour de Dordogne. Le due Richard menacénbsp;du fupplice, eue fes fatellites. Ingratitude de Charlemagne. DéfeSion des barons amp; des pairs. Fermeté con-fiante du due Richard. riSion généreufe de Renaud. 297nbsp;Chap. XXI. hUchanceti des confeils de Pinabel recon-nue Êf punie. Noble aveu de Charlemagne. Retour desnbsp;pairs. Renaud fe dêvoue pour fes frlres. Sa refinancenbsp;aux larmts de fon épotifs amp;quot; de fa familie. /Hannesnbsp;d'Tolande; fon amour êf fon courage, rittendrijfementnbsp;de Charles. Pardon ti punition. Exil de Renaud. 310nbsp;Chap. XXII. dccueil de Charlemagne aux frlres denbsp;Renaud. Son dipart pour Liége. Combat de Buyar/lnbsp;amp; de Ganelon dans la Meufe. /Irrivie de Renaud dnbsp;Conjiantinople. Rencontre imprivue de Maugis malade;nbsp;Uur arrivie h Jérufalem. Siégede la Cité faint e. Admiration qu'excite Renaud dans le camp des Cbrétiens.nbsp;Hommages du Comte de Ranee , S? des Chevaliers, Itnbsp;Renaud. Prifens rejetis amp; diplribuis par les fils d'Ay-mon f auxpauvres Chevaliers. Fites, réjouifances dansnbsp;le camp. Sortie des ajjicgis; bataillefanglante. Valeurnbsp;de Renaud fi? de Maugis. férufalem enlevée aux Per-fans. ASion difefpérie d'Emirza. Les Perfes chajfésnbsp;de la Palejline; ils demandent lapaix. Troupes de Chri-tiens difciplinies par Renaud. Dipart de Renaud amp;nbsp;de Maugis.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;315
Chap. XXIII. Renaud 6? Maugis arrivent è Palerme^ Accueil qu'ils refoivent du roi de Steile; bataille fan-glante,gagnêe centre lesSarraftns. Dipart de Renaudnbsp;S dt Maugis i ils rctournent d Confiontinoplc, pour
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s'acquittir enters Mérancie; leur retour en Italië; lis. pajfent h Rome., 5? reviennent ü Dordogne. Renaudnbsp;y apprend la mort d Tolande; fa dauleur Jes regrets^nbsp;fon chagrin fe calme en revoyant fes enfans. Muugisnbsp;lui fait quitter Ie trifle féjour de Dordogne. 343nbsp;Chap. XXIV Retour de Renaud d Montauban ; dé~nbsp;part de Maugis pour fon- hermitage; Renaud 'èf fesnbsp;fils laccompagnent. Pricautions de l'amitié. Mort danbsp;Duo dymon. Renaud en apprend la nouvelle d fesnbsp;frlres : Partage de fes biens. Education des enfansnbsp;de Renaud. Efl'ais de leurs forces. Oifcours de Renaudnbsp;d fes enfans; il les envoye d Charlemagne amp; les metnbsp;d la tête de deux Compagnies d'hommes-d'armes. 354nbsp;ClIAP XXV. Aymon amp; Ton arrivent d Paris, deman-dent au Roi de les faire Chevaliers; accueil qu ilsnbsp;regoivent de Charlemagne amp; de fes Pairs. Jaloiifle desnbsp;fils de Foulques de Morillon : Outrages quits font au»nbsp;fils de Renaud : Déflrs, gages, 'plciges. Réctption desnbsp;fils de Renaud;fêtes.Préparatifs pour Ie combat entrenbsp;les fils de Foulques 6? ceux de Renaud : Trahifon iminbsp;tile; combat., viBoire dAymon Cf dTon; fureurs denbsp;Ganelon. Retour de Renaud cf de fes fils d Montau-bofi.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;364
Chap. XXVI, Retraite de Renaud; regrets fur fon départ; fon amour pour Vègalité. Renaud Mapon . Pé-lerin . défenfeur de Vinnocence , vainqueur de Pina~nbsp;tel, pourfiit fes eourfes, arrive h VHermitage de Maugis . fe fixe aupris de lui; leur amitié; leur vie doucenbsp;É? paifihle : Maladie, prédiUion Cf mort de Maugis.nbsp;Bernier combat de Renaud. Pinabel fuffoqué dans lesnbsp;pots; il y entralnc Renaud. Mort de ce héros; fon tom-heau , fes funérailtes; honneur que Charlemagne rendnbsp;i fa cendre.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;38 2
Jai lu, par lordre de Monfeigneur Ie Garde des Sceaux, /a Siiliolhèque Bleue. encièremenc refonduenbsp;amp; conlidérablement augmentée; amp; je penfe que per-fonne ne regardera eet amufement dun Lictérateur,nbsp;homme defprit, comme un rajeuniffement inutile.nbsp;Donné a Paris, Ie 12 Septembre 1783.
*i AcadémUi d'Anders öf de Rotten.:
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