o XI
DE M«. LABBÉ DEFELLER.
TOME PREMIER.
igt;V
« 11)^
-ocr page 6- -ocr page 7-//i
DE LABBÉ DEFELLER
ÉN HONGniE, EN TRANSYEVANIE , EN ESCLAVONIE, EN BOhÊME ) EN POLOGNE, EN ITALIË, EN SUISSE, EN ALLEMAGNE, ENnbsp;FKANCE, EN HOLLANDÈ , AUX PAYS - BAS , AU PAYS UEnbsp;LIEGE etc.
Inpisibilia enlm ipsius, cl creaturd mundi, per ea qucs facta sunt, intellecta, conspiciuntur ; sempitemanbsp;quoque ejus virtua, et divinitas.
Rom. I.
TOME PREMIER.
mtBTAA)TF?rCA
A LIEGE,
CHEZ F*. LEMARIÉ, I MPRI MEÜR-L IB R AIRB , BROCRB lhotbe-de-yii,i.e, » 8l.
Et a paris,
Chez AnCtTSTE DELALAIN , Imprimeur-Libraire, Rae de« Mathurina St.-Jacques, Nquot;. 5.
1820.
-ocr page 8-'j^llonius intravit Persas, pertrarmuit Caucasum, Jlbanos, Scythas etc. Invenit ille vir ubique , quad disceret, etnbsp;semper proficiens semper se mehor fieret.
Hieron. Paulino.
-ocr page 9-TOME PREMIER.
325
X\.BAN, nbsp;nbsp;nbsp;gt; pag. 125 Agi-am OU ZagraL , nbsp;nbsp;nbsp;322 Agrie OU Eilau , nbsp;nbsp;nbsp;223 Albc-Royale, nbsp;nbsp;nbsp;85 Alégro, Ccst Ie nom que lAuteurdomioita sou chieu.nbsp;Aiicóne,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;44^ sniv. Apenniii, nbsp;nbsp;nbsp;35i a 353 |
Bo.sileYO, Brinu , Brecskerek, nbsp;nbsp;nbsp;3o2 et 3o3 Bruxelles , 8. F'oyez cc Nom a la Table alphabé-tique du tom. 11. Buccari, nbsp;nbsp;nbsp;828 et 332 Bude, nbsp;nbsp;nbsp;28, i4oet2ai | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
G. Gacs, 113 et suiv., et 117 , 119 et 13,1. |
K.Kecskemeth, i4i et suiv. Kiralfalva, beau jardin, 6,0nbsp;Kptch, mont,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;106 et 109 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
DE,S NOMS DES LIEUX etc Krapach, Sg , 'j8 et 11 onbsp;Krasuahorka, 288, 248 etnbsp;255. Kreranitz, 21,28 et 109 Eri-van, mont, 108 et suiv. r Malacapa, nbsp;nbsp;nbsp;845 Melck, nbsp;nbsp;nbsp;16 et 17 Meleck, nbsp;nbsp;nbsp;29 Mer(i(léedela),5o3 et suiv. Messine, Metz, Milletics, Miskolcs,nbsp;Mobacz,nbsp;Monoc, Mont-Royal, Montefiascone,nbsp;Morano,nbsp;Morlavina,nbsp;Motiska, 3i8 Lazareto, Léopolstadt, Macerata, nbsp;nbsp;nbsp;4^9 Maco, nbsp;nbsp;nbsp;494 Maestricht, 8 et 10. Voyez encore ce mot a la Tablenbsp;alpbabétique du torn. 11.nbsp;Maison (Sainte-) ou Sanctanbsp;Casa ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4^1 et suiv. Küttieva, L. Liege, nbsp;nbsp;nbsp;2 ^ *9 Lintz, nbsp;nbsp;nbsp;i5, 16et 38 Lorette, nbsp;nbsp;nbsp;et suiv. Luiano et Petra mala, 352 Luneville,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ta Luxembourg , 1,7, i3, 27, 87, 57 a la Note, etnbsp;3io. M. |
i5 6 et 12 49* 251 489 et suiv. 226, 231 et 288nbsp;8nbsp;368 473 3i9 *4? et 197 N. Nagy-Sérind, nbsp;nbsp;nbsp;49^ Neusol, 22,47, tii, 112, 118 et 192. Nitrie, Olmutz, 91,98 et 167 |
Ombrie, nbsp;nbsp;nbsp;4^7 Raifort: ses bonnes proprié-
III.
i5 3a8
429 69
7 et 11
Otiicoli, nbsp;nbsp;nbsp;4^^
Ratisbonne,
Raimagor,
P. nbsp;nbsp;nbsp;Recanati,
Religion,
Rheims,
Riefergejiurg, lisez Riesen-Gebürge, nbsp;nbsp;nbsp;7^
Riguaiio, nbsp;nbsp;nbsp;4^^
Rodiiau , nbsp;nbsp;nbsp;i54 j 280 a 288
Rome (depart de 1Auteur pour), 290 et suiv.
Rome etc., 370 et suiv. a 477
Padoue, Palma-NoTa ,nbsp;pour 1ltalie.nbsp;Palo,
Pa i clan, Passaw,
Pe'saro,
Pest,
Petau,
337
428
3o3
i5
455 el suiv. 29 et i4o
484
|
Rosnau , Rotenstein, 242 et suiv. 93*97 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Siculie et Siculietis , i6i et suiv. Sinigaglia, nbsp;nbsp;nbsp;454 St.-Jean, i o5 et suiv., pour les hautes montagnes.nbsp;Storta,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;369 Strasbourg, nbsp;nbsp;nbsp;8 ct 13 Strigonie ou Graan , Strudel, Surdac , Szentiakab , Szent-Maria, Szerevics, Tallia, Temestirn, Tcmeswar, Ténérifïe, Pic, Tersate, Tbeiss, Tirnaw, 18,42,67,85 et 98. |
Vampires, Varalya, Vei tb (St.-), Velino, Vellegrad, Venise, Vlcka, Vienne, J7,38,3o3 k 2l8 Vilisca,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;io4 VindeTokai, 227 et suiv. Vinscbacbten, Vintz OU Cilvintz, Viterbe, |
jES Voyages sont aujourdliui multiplies au même degré que les Dictionnaires , les Anecdoles,nbsp;les Essais, et quelques autves productions favorites de notre litférature moderne. Accablé par Ienbsp;nombre , Ie public sent la difficult^ du cboixetnbsp;presque teujours trompé , tout en ce genre Ie dé-»nbsp;goute et Ie repousse. Si cétoit ici une vraie description de Voyage , comme il y en a tant, nousnbsp;aurions laissé Ie manuscrit qui 1eut contenue ,nbsp;dans robscurité oii nous 1avons trouvé ; maisnbsp;nous 1avons envisagé comme un Recueil dOb-servations et de Lettres , ou regne un langagenbsp;de sentiment et de candeur qui intéres.se Ie cceur,nbsp;et qui, par un certain nombre dfe réflexions vraiesnbsp;et ingénues, pouvoit aussi fournir quelque alimentnbsp;k lesprit. Ce nest point par les choses que cesnbsp;Voyages ont quelque intérêt; ce seroit plutót par lanbsp;maniere de voir.
Une mémoire excessive et en quelque sorfe surchargée, arempli ces Observations et les Lettresnbsp;quon y trouvera entremêlées, dune infinite denbsp;citations , toujours heureusement appliquéesj ellenbsp;a alléré la légereté du style épistolaire; elle a en-travé la marche et du Vo}mgeur , et du Lecteurnbsp;qui voyage avec lui. Mais des Lettres ori 1onnbsp;rend compte, non-seulement des objets quon anbsp;vus , mais encore des réflexions que cette vue anbsp;fait naitre , restent naturellemeut dans la classe dé
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;a
-ocr page 16-AVERTISSEMENT. celles quon écrit journellement dans Ie commerce ordinaire de la vie.
On sattend bien a devoir suivre souvent lAu-teur chez les Jésuites : il en parle souvent, et cela ne paroitra que très-naturel. Tout a changé de-puis ; et ce quil nous en dit ne sera pour bien desnbsp;gens que dun foible intérêt: mais outre quil peutnbsp;servir a lHistoire et a la Géographie du tems , ilnbsp;présente un point de vue très-philosophique surnbsp;les ruines dune Société célebre qui, par ses tra-vaux et ses succes , sembloit avoir acquis une es-pece de domaine dans les sciences profanes et religieuses , et qui, en un instant, a passé de lanbsp;gloire aunéant. Semblable a celte nation puissante,nbsp;dont un Ancien nous a décrit la chute avec tantnbsp;d energie , et qui ne présente plus que quelquesnbsp;individus épars , sans force et sans confiance,
j.. ^Eueldoü,
Gens antiqua ruit multos doininataper annos.
Plurirna perqae vias sternuntur inertia passim
Qorpara ,perqua domos , et Relligiosa deorum
Linüna ...................
Les Lettres quon trou vera dans la seconde Partie de eet Itinéraire , étant presque toutes adressées anbsp;un Seigneur , avec lequel Ie voyageur étoit liénbsp;dune amitié Irès-particuliere , et qui les a gardéesnbsp;avec soin , on na pas eu beaucoup de peine k lesnbsp;rassembler.
II a été plus difficile dengager lAuteur a en per- 1
Le Chef suprème de fEglisc, Pillustrc, rimmortcl Pie Vil, vieiit de rétablir cette Socie'té, par une Bullsnbsp;óolemuclle, domice co 1814. fj'tote de PÈditeur.).
-ocr page 17-AVERTISSEMENT. mettre 1impression; on travailla dès lannée 1769nbsp;^ ly délerminer , et ce ne fut qu aprës bien desnbsp;années quon obtint enfin son consentement, pournbsp;la satisfaction de ses amis et des lecteurs assimilésnbsp;a sa maniere de voir par un même genre de plvilo-sophie.
Les choses néanmoins en demeurerent la; et ces Lettres avec Ie resle de lItinéraire, ne paroissentnbsp;enfin que dix-huit ans après la mort de lAu-teur.
Nous avions dabord résolu de supprimer les anecdotes et les événemens qui regardent direc-tement la personne du Voyageur , sans avoir unenbsp;liaison essentlelle avec les choses dont il parle;nbsp;mais un ami que nous avons consulté , nous a faitnbsp;changer de sentiment. Les personnes , dit-il, quinbsp;connoissent Ie Voyageur, sintéresseront a son His-toire , et se délasseront par Ie récit de amp;es aven-tures, de 1attention qu'ils auront donnée a ce qu ilnbsp;y a de sérieux dans ses Observations ; et ceux quinbsp;ne Ie connoissent pas , y prendront au moins Ienbsp;même intérêt quils prennent a la narration dunnbsp;voyageur quelconque.
Quant aux Notes , qui sont en assez grand nam-hre , elles sont de lAuteur même , et ajoulées postérieurement au récit de ses Voyages; quelques-unessont dune autre main; elles désignentles chan-gemens survenus depuis Ie Voyage de Mr. 1Abbénbsp;de Feller, dans les ditlérentes Villes ou Provincesnbsp;qnil a parcourues. Enfin il en est, en petit nombre,nbsp;6t pour la même fin , ajoutées par 1Editeur. Onnbsp;Jty trouvera pas, sans doule , tout ce que ces
-ocr page 18-Villes OU Provinces out essuyé de revolutions et de bouleversemens depuis aS a 3o ans ; ce nen estnbsp;point ici Ie lieu , et dailleurs la besogne eüt infini-ment surpassé nos forces, nos ressources et npsnbsp;moyens.
gp^On prévient que lImprimeur s'est conformé h. Torthograpbe que lAuteur a suivie dans tousnbsp;ses Ouvrages; et que lorsquil renvoie au Dic-tionnaire histonque, et au Dictionnaire géogra-phique, cest è. ceux quil a faits et publiés k Liege.
EN HONGRIE, EN TRANSILVANIE, EN ESCLATONIE, en POLOGNE, en ITALIË, etc.
DEPuis 1^65, jusqu'en 1769.
Consideratio contemplatioque naturce est aninwrum ingeniorumque naturale pabulum,
Cic., L. 2j Quxst. Acaigt;.
JORSQüE je partis pour la Hongrie, quelcjuun me pria de mettre par écrit tout ce que je verroisnbsp;de remarquable. Cela, et dautres raisons , men-gagerent k faire ce recueil. Jy marqué aussi ce quenbsp;javois vu antérieurement k ce voyage gt; eest unnbsp;compte que je rends k un ami et k nioi-même.
Jai vu k Luxembourg, en 1 54, un nain d'en-viron deux pieds. Je crois quil avoit au moins 29 ans. Cest Ie même dont il est pai'lé dans Ienbsp;torn. VIII, SuppUm. a PFlist. de Mr. de Bujfon ,nbsp;édit. in-zx^ P^S-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;paysan de Frise, qui
» en I 51, se fit voir pour de largent k Amster-dam. A lïige de 26 ans, il navoit que 29 pouces dAmsterdam n. Le fameux Bébè de Stanislas ,nbsp;ie bmifaisant, navoit que deux pieds et deuxnbsp;Tam. I,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;A
-ocr page 20-pouces. 11 a vécu ^3 ans , qui onl été un siecle pour lui; aussi paroissoit-il vieux. II éloit né ennbsp;1741) et mourut en i';64. H pesoit 7 liv. 3 onces,nbsp;Valmont deBomare enparle dans son Diet. dHist.nbsp;nat., article Nain.
Précéderament javois vu dans la même ville , un grand leopard , pardus animal nobilitate leoninbsp;secundum ; a tigride differens magnitudine qua einbsp;cedit, ct macidarumjigura orbiculatu, cüm illarumnbsp;sil virgata. Pliys. sacr., tom. VI, tab. 601. «. Gest-11 a-dire, Ie leopard est, après Ie lion, Ianimal Ienbsp;n plus noble. II est moins grand qüe Ie tigre, dontnbsp;gt;1 il diEFere encore par ses laches rondes, tandisnbsp;)) que celles du tigre sont allongées ». Quant anbsp;loriginedu léopard,les sentimens ont étépartagésjnbsp;les uns ont pensé qu il provient dun lion et dunenbsp;tigresse, les autres du lion et de Ia panthere; cesfnbsp;une erreur , eet animal a sa femelle.
A Liege , iai vu un homme sauvage , pris dans une isle par les Holiandois. II avoit lair assez Euro-peen. II devoit être baptise a la Chandeleur ennbsp;i'yGa , et nommé Pierre. II est constant quil ma-choit et qu il avaloit les cailloux les plus durs. Jenbsp;m'en suis assure a ne pouvoir en douter. Dans Ienbsp;Testament da Mr. Scharp , ou Supplément a la
magie
blanche de Mr. Decremps, pag. 211 , on
parle de ce mangeur de pierres comme dun charlatan stipendié. Mr. Decremps ne cite pour garant de ses assertions , que Ie directeur des Ombresnbsp;chinoiscs, assez pauvre autorité. Du reste , quilnbsp;y ait ici des mensonges, je Ie crois : mais il estnbsp;sur que eet homme machoit des pierres et les ava-
-ocr page 21-lolt. Decremps Uri-même avoue quil les avaloit, mais il pretend quil machoit une boulette de terre.
Je crois mêtre convaincu du contraire.
On disoit que eet homme avoit été trouvé dans une isle déserte, oü les Hollandois lavoient aban-donné fort jeune , et que la nécessité lavoit ré-duit a trouver un aliment dans les cailloux. Maisnbsp;la cruelle cupidité pourroit bien réduire un enfantnbsp;cette extrémité au milieu de nos villes. En 1783,nbsp;il parut a Liege une fdle , un peu difforme parnbsp;un front velu , qui ne mangeoil que des viandesnbsp;crues , ne parloit pas, et atfectoit en teut Ie main-tien dune brute. Quelques paysans fayant recon-nue par les signes quelle leur fit, on la retira desnbsp;mains de ses conducteurs, auxquels on lavoit vendue. Elle déclara alors quon laAroit forcée a se taire,
^contrefaire la brute, a ne manger que des viandes et des graisses crues ; ce que la faim lui avoit ap-pris. Ramenée dans son village, a 3 lieues de Liege,nbsp;elle parut très-raisonnable , vécut en bonne chré-tienne , et mangea comme les autres.
Pour cequi concernela mastication des cailloux, on ne doit nullement la regarder Comme impossible. Pres de Malaca , on trouve une herbe quinbsp;endurcit tellement les os , que si on en frotte lesnbsp;dents , il ny a point de cailloux si durs , quellesnbsp;ne rédulsent en poudre. Je reviens a Xhomme sau-II ne faut ni im tems bien long, ni une suitenbsp;de plusieurs generations , pour que lhomme senbsp;Irouve réduit a ce triste état. On en a une preuve Artic. Zwoll,nbsp;convaincanie dans cette fille de Chalons-sur-Marne,nbsp;qui, des sa tendre enfance, avoit vécu dans les Ti\anc,Dilt;et.hist.
A 2
-ocr page 22-Ijois. Voyez Racine, Ep. ze. surPhomme, elle se Irouve k la suite du poëme sur la Religion. II en estnbsp;pavlé plus au long clans Ie Diet, dhist. nat., articlenbsp;Homme sawage. Que dans nos montagnes même,nbsp;et dans des plages encore inconnues de lEurope ,ilnbsp;puisscy avoir de cette espece dhommes, voyez Examen critique, dePHistoirenaturelledeBuffon, IQ, l.
Ciiien fidele.
you'll MsTVt Mon ami de Saive , mainlenant jésuite, a vu ce litt. , i5 juillet prodige de gratitude en 1762. Je fus a Maestrichtnbsp;1.^63 ; Ianimal étoit morL On voit dans eetnbsp;Itinéraire , un attacheineut prescjue semblable denbsp;mon cheval a ma personne.
Bdllessculptu- Jai vu a Liege, en 1762, trois pieces dune
llyavoiten 1761 ,lorsque je demeuroisk Liege, un chien taraeux a Maestricht, qui depuis 10 a 12nbsp;ans navoit pas quitté Ie tombeau de son maitrenbsp;enterré dans un cimetiere altenant aux remparts.
sculpture admirable. Cétoit la bataille dAlexandre contre Porus , et, si je men souviens bien, cellenbsp;de Constantin contre Maxence, et la bataille dAr-belles , en bas-relief, de la grandeur et de la formenbsp;dun devant dautel. Dans ces figures tout étoitnbsp;exprimé daprès nature; la peinture nauroit pasnbsp;mieux réussi. Le prix en étoit grand. Le sculpleur,nbsp;qui y avoit gagné la phthisie, espéroit que quelquenbsp;puissant prince en deviendroit amateur. On ac-couroit de toutes parts pour admirer ces piecesnbsp;vraiment admirables.
Le Colibri.
Jai vu dans la même ville , au Museum des Anglois , un Colibri ou oiseau-mouche. Mr. Pluchenbsp;en fait une belle description, Speet, de la nature,nbsp;tom. I, voyez sa Table desmatieres, et Mr, Dulard,nbsp;Grandeur de Dieu. Peut-êlre ai-je tort de con-
-ocr page 23-fondre Ie Colibri avec Ioiseau-mouclie. La cliffe-Tence néanmoins n'est pas grande. L oiseau-mou-clie est plus petit; on en peut faire des pendans doreilles. Le P. Labat confond aussi le Colibrinbsp;avec Ioiseau-inouche , et il paroit qu'il a raison.
» On pretend , dit-il, quil y en a de cinq a six )) especes , qui ne different entr'elles que par lanbsp;)) grosseur. II ma paru que cette différence étoitnbsp;» assez difficile k remarquer. Et pour le coloris ,
)) je ne crois pas que cela doive faire une espece n particuliere , vu le peu de différence quil y a ».nbsp;Colibn est le nom que lui donnent les Caraibes.nbsp;II y a des auteurs qui Iappellent hourdonnant,nbsp;paree que quand il vole , il bourdonne comme lesnbsp;abeilles. Dautres Iappellent oiseau-mouclre, anbsp;cause de sa petitesse. Cest assurément le plus beaunbsp;et le plus petit oiseau du monde. Il y avoit aussinbsp;dans ce Museum un serpent d sonnettes, ou plul6tnbsp;les sonnettes du serpent ainsi nommé. Cest le Boi-tjuira ; ce nom lui vient des anneaux cartilagineu.xnbsp;de sa queue. V^oyez Journ. hist, et Uttér., I Fév.nbsp;pag. iy3.
Je vis encore a Liege, en i ¦jG i, k la verrerie de Mr. Nizet, sur le quai diAoroy, tous les procédés de cet art, de beaux ouvrages en verre , denbsp;grand prix , et que je nai vus que Pi.
Jai vu k Treves, vers Tan 1749, le trésor de la Calhédrale , qui est fort considerable. Jy ai vunbsp;enfre autres choses , quelques grains de la mannenbsp;tombee dans le desert ; mais la tradition mennbsp;est tres-suspecte. Les Reliques que Ton garde hnbsp;Saint-Maximin , sont des plus i-espectables , et
A'crrcije.
A Treyés,
quelques-unes paroissent assez authentiques. J'ai beaucoup admiré dans la Catliédrale un grandnbsp;ostensoir dor , qui conlenoit en forme darbrenbsp;toute la généalogie de Jesus-Cbrist. Le Patriarcbenbsp;Abraham occupoit le pied , et le dernier rameaunbsp;alloil se perdre dans le soleil. J'ai vu depuis lors,nbsp;k. Cracovie , dans lEglise de notre College, lenbsp;plus beau et le plus riche ostensoir qui puissenbsp;être. II faut lavoir vu pour sen former une idéé.
II est haut de 4^5 pieds. Cet ostensoir a élé estimé vingt-qiiatre mille ducats en 1774» aprèsnbsp;quon eut dépouillé les Jésuites. La fa9on ne futnbsp;sans doute pas comprise dans cette estimation.nbsp;Cest une vigne dor dont les raisins sont desnbsp;groupes de perles. On y voyoit aussi un beaunbsp;pélican de brillans.
Encore a Treves jai vu la belle Eglise de S. Siméon, qui est une vraie raieté en ce genre. Cestnbsp;lancienne porie de Mars, et un des plus précieuxnbsp;monumens de 1antiquité, II paroit toutefois quenbsp;la vraie nature de ce bailment n'est point très-connue. Yoyez les Annales Trepirenses de Mr.nbsp;dHontheim , trop fameux auteur du Febronius ,nbsp;et autres savans qui ont écrit la-dessus. La magni-fique Eglise de S. Paulin , ses belles catacombes.nbsp; La belle Chartreuse , a une lieue de Treves ,nbsp;vers le Luxembourg. Le tameux monumentnbsp;d'Igel, qui a épuisé toutes les recherches du P.nbsp;Bertholet et de plusieurs autres savans. Jai vunbsp;entre Metz et Pont-h-Mousson, une autre antiquilénbsp;Romaine: cest un aqueduc dune hauteur et dunenbsp;longueur extraordinaire; il passe par la Moselle.nbsp;Les habitans du pays lappellent pont du diable.
-ocr page 25-Les ouvrages des Romains étoient diine solidité extréme. Le souterrain qui passe sous Ie Rhone,nbsp;depuisTarasconjusquaBeaucaire, snhsiste encorenbsp;en entier ; cétoit le bon moyen de passér le Rhonenbsp;entoutiems. En 1749. javois vu la belle Ahba3enbsp;dEchternach; ony remarque un orgue immense,nbsp;une belle bibliotheque etc.
Après avoir deraeuré long-tems a Luxembourg, )ai vu, en 1753, Sedan, Donchéri , Carignan ,nbsp;Mézieres , Chai'leville , Rhetel-Mazarin , Rheims.
¦*Voy. Pliiclip,
A Rheims on ne croit pas au miracle de la sainte ^LtAoïnè Ampoule. Saint Grégoire deTours nenparlepoint. itocties.
En 1754, ie vis Arlon, Marche en Eamenne ,
INiamur , Bruxelles , Soignies , Binche , Halle ,
Alons , Ath, Tournay. En 175G, Lille. En 1767 ,
A 4
Sedan est une très-jolie ville , et trè's-forlifiée. Mézieres est très-fort, et très-laid. Charleville estnbsp;beau et régulier. Rheims est une tvés-grandènbsp;ville : sa Cathédrale est peut-^etre la plus belle diinbsp;monde : son frontispice na sürement point dégal.nbsp;On voit prés de Rheims un gvaiid et superbe jar-din, appartenant k M'. de Mires ; je my suisnbsp;souvent promené. Les Rhémois prétendent quenbsp;Rheims (^Rhemi) vient de Remits, et que leurnbsp;ville a été batie par le frere de Romuhts. Lesnbsp;promenades de Rheims sont superbes. Un cha-noine de cette ville a légué six cent mille livresnbsp;pour leur entretien. Les Eglises sont en grandnbsp;nombre en cette ville , toutes negligees et laides,nbsp;excepté la Cathédrale , S. Remi, et S. INicaise. IInbsp;y a , a S, ISicaise , une cloche qui, loi'squellenbsp;sonne, fait très-sensiblement trembler un pilier *,
-ocr page 26-Douay , et en Septembre, raême année , Nivelle , Treves, Ti'arbacn, Mont-Royal, ruiné. Bruxelles,nbsp;ma patrie, que javois quittée sans la voir, est unenbsp;ville superbe. Lille est plus réguliere , mais dunbsp;reste bien au-dessous de Bruxelles. La citadellenbsp;de Tournay est démolie du cótéde la ville , qui estnbsp;forte , grande , mal peuplée. La citadelle de Lillenbsp;est la plus belle de 1Europe. Geile de Strasbourgnbsp;est très-belle , et a plus de dehors. Mont-Royalnbsp;étoit une place imprenable, placée sur une très-haute montagne. Elle clominoit sur la Moselle. Jainbsp;vu a Trarbacli lEglise Lutliérienne, dontles Ca-tholiques ont une petite partie. Tout sy trouvenbsp;a-peu-près comme dans les Eglises Catholiques,nbsp;orgue, confessionnal, autel, rien ny manque. Jenbsp;crois même.que sur eet autel, il y a un, Crucifixnbsp;et un tableau etc. Rien de plus varié que Ie sys-tême Protestant.
En I j6o , je vis Liege: i ¦jöi, Huy; 1768 Maes-tricht, Tongres, St.-Hubert. Les deux quais de Liege sont beaux. Après Rome, cest Liege qui 1emportenbsp;pour la beauté des Eglises, Après Ie clergé denbsp;Rome , Ie clergé de Liege est un des plus nom-breux. Les fontaines sont encore une chose commune aux deux villes. Quales habet fontes (Saintnbsp;Chrysost.). R est faux cependant, comme quel-ques auteurs font écrit, quil y en ait dans chaquenbsp;maison.
Prés de Maestricht, j'ai vu ces cavites profondes, qui creusent des montagnes entieres. On dit quenbsp;Louis XIV na pas osé altaquer les habitans denbsp;Teine, village a deux lieues de Maestricht, qui
-ocr page 27-sétoient retires dans ces cavernes (jai vu depuis, ce village, en J'j'jg)- Lon a tiré de ces cavitésnbsp;les pierres dont sont baties toutes les maisons dunbsp;pays. de Bufibn ne manquera pas de regardernbsp;ces montagnes pour des bancs de sable ; mais ilnbsp;setromperaici coname dans les autres observations,nbsp;dont il a taché détayer son système sur la tbéorienbsp;de la terre. Ce sable est très-subtil et approche denbsp;la poussierej il est terreux, devient boueux, sertnbsp;dengrais , fait effervescence avec les acides , etnbsp;par conséquent est calcaire. Celui des collinesnbsp;qui sétendent de Tongres a Maestriclit, a gauchenbsp;du chemin , est vitrescible , quoique parfaitementnbsp;semblable et également rempli de coquillages; cenbsp;qui saccorde très-peu avec la prélendue originenbsp;des pierres calcaires, comme TobserveM'quot;. deLuc,nbsp;iom. IV, pag. zzz. Depuis lors , cest-a-dire , eunbsp;1774* nous avons trouvé un os pétrifié dans unnbsp;bloc de pierre sablonneuse , tiré de ces carrières.nbsp;Ony atrouvéaussi unemachoire de crocodile avecnbsp;quelques vertebres. On la voit cliez M'. Drouin ,nbsp;officier Franqois au service de Hollande, a Maes-tricht. Elle y est encore acluellement (1778); maisnbsp;il est dintention de la vendre.
Les Hollapdois montent la garde h Maestricht avec une magnificence extréme ; leur belle cavalerie y figure avec éclat. Les sentinelles sont anbsp;cheval, Ie sabre a la main (cette coutume nexis-toit plus en 1773). A Namur et a Tournay, ilsnbsp;sont plus modestes. Joseph II les a expulsés de cesnbsp;deux places quils occupoient en vertu du Traiténbsp;des barrières.
-ocr page 28-( 10 )
Dé Maestricht k Liege , Ie rivage de la Meuse
est très-riant, mais moins inagnifique que celui
de Liege a Huj^- Celui de Huy k Namiir est fort
* Riviere des sauvage. Le rivage de la Brenta * est peut-ètre
Etats de Vemse, couvert de palais, mais celui deLiege est bien en italic.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
plus interessant par savariele et ses beaux aspects, entx-e deux chaiixes de montagnes. Cest la naturenbsp;avec 1alt. Allaht de Huy a Namur , jai passé souvent par une petite forêt de buis ;¦ c'est la séulenbsp;que iaie vue.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
A St.-Hulxert, jai vu la fameuse étole de ce Saint Pontife quon y invoque contre la rage. La perpé-tuité de cette étole ést un prödige qui approche dunbsp;miracle proprement dit,sil nen est un. Cependantnbsp;il est incroyable combien oii peut óter de petifesnbsp;particules piesque imperceptibles , sans quunenbsp;cliose paroisse diminuer , sur-tout- si elle a unenbsp;certaine longueur j et dès-lors la conservation denbsp;létole de S. Hubert, exige dautres'preuves pöurnbsp;être regardée comnie un vrai miracle. Le P. Ro-berti, jésuite, a satisfait a tout ce que le P. le Brunnbsp;a écrit conti'e les observances de ceux qui sontnbsp;niordus par les bêtes enragées. Les PP. Martennenbsp;et Duraixde justifient aussi ces pratiques , V^oyagenbsp;Uttér. , liv. 3, pag. zqö; mais il y a quelques explications peu naturelles, qui montrent fembarrasnbsp;des explicateurs. En , les moines de Saintnbsp;Hubert ont donné de nouvelles loix plus simples,nbsp;et plus aisées k interpreter.
Les chanoines de S. Pierre, a Liege, prétendent avoir le corps de S. Hubert , aussi bien que lesnbsp;' moines de St.-Hubcrtj mais on ne détermine le
-ocr page 29-lieu de Ia sépulture, ni dans la Collégiale, ni dans lAbbaye. II paroit incontestable quil a été trans-porté k lAbbaye , en 817; mais la Maison et lE*nbsp;glise ayant été réduites en cendres par les Francois,nbsp;en 1554, il y a apparence que ce saint Corps a éténbsp;consume avec Ie reste.
En 1764 . je vis Thionville , Metz, Nancy, la maison royale de Malgrange, Pont-a-Mousson etc.nbsp; Thionville est une très-jolie ville et une placenbsp;forte. Les trois places de Nancy sont renomméesnbsp;dans rUnivers. La place royale et la place carriersnbsp;sont au-rdessus de toute exprdsHon. Les Parisiensnbsp;avouent que leurs places, quoique plus grandes ,nbsp;sont moins belles. On voit a Nancy la Chapellenbsp;oü sont enterrés les Dues de Lorraine ; c'est unnbsp;chef-doeuvre. Un Conseiller du paidement me dit:nbsp;Cest Ie bijou de Nancy. La Mission ro}rale est imnbsp;palais. La Malgrange est une maison royale denbsp;Stanislas prës de Nancy; jy ai vu toules sortes denbsp;curiosités -. un tableau mouvant ou diflérentesnbsp;manoeuvres sexécutent au naturel; les belles Stations du Hoi Stanislas , monument de la tendrenbsp;piété de ce Prince ; la célebre machine du F.nbsp;Paulus, représentant tous les systêmes astrono-miques , et Ie cours des planetes. Elle fut depuisnbsp;Iransportée au cabinet du Due Charles de Lorraine,nbsp;et y étoit en 1776. Javois déja vu, a Rheims,nbsp;un fort beau planétaire, mais de beaucoup inférieur a celui-ci, et dune construction toute différente j tous les mouvemens célestes, les éclipses etc.,nbsp;étoient ici mathématiquement mesurées. II y anbsp;un auIre planétaire a Nancy, semblable h celui
-ocr page 30-de Ia Malgrange; il appartient a IAcademie : il indique les heures , les jours , les mois , les ans ,nbsp;les siecles. Met2S est une très-belle ville; beau-coup de choses y sont en grand j les casernes sontnbsp;des palais. La Cathédrale est haute; larchitecturenbsp;extérieure en est belle. Les deux ponts sur lanbsp;Moselle , Ie pont Ifroi et Ie pont des Marts, sontnbsp;très-beaux. A deux lieues de Metz , au Sud , jainbsp;vu Frescati, maison de campagne de lEvêquejnbsp;les batimens en sont beaux. Le jardiny est dunenbsp;grandeur extraordinaire, bien cultivé, mais unnbsp;péu trop uniforme»
1765. nbsp;nbsp;nbsp;En i^65 , je fus h Luneville, fort jolie ville.
Le palais du Roi Stanislas quon y voit, est magni-fiquejcest Versailles en petit. Les cascades, les fontaines, le chateau deau, tout y est d'un goütnbsp;exquis. Louis XV dit un jour a Stanislas : Monnbsp;pere, vans êtes mieux logé que moi ¦, ce qui cepen-dant ne peut sentendre que de la disposition inté-rieure des deux palais.
LEglise de S. Nicolas, abbaye de Bénédictins, entre Nancy et Luneville, est antique, mais belle.nbsp;Dom Calmet en a la representation dans sa Lorraine,
Chanteuxs eest une maison royale de Stanislas , balie dans le gout polonois. Rien de plus superbenbsp;ni de plus singulier. Les peintures qui sy voientnbsp;dans un cabinet, sont attribuées a Stanislas; maisnbsp;elles sont trop abominables pour être louvrage denbsp;ce religieux Prince.
Jai passé par Blamont, Sarbourg, Pfalsbourg^ place forte; jai vu la fameuse descente de Saverne,nbsp;le palais, le jartlin superbe du cardinal de Soubise;
-ocr page 31-Strasbourg, la fameuse horloge, Ie palais , la tour qui a , dit-on , 5i4 pieds de hauteur ; Ie fort denbsp;Kelil^ Rastadt, E.slingen, Canstadt, Geislingen ,nbsp;situé entre dhorribles montagnes qui lui dérobentnbsp;Ie jour j Ulm , DllUngen, Dona-wert, Neubourg,nbsp;Ingolstadt, Ratisbonne , PasSaw, Lintz, Crembs ,nbsp;Kicnne, Presbourg ^ Tirnmv. Jai vu, entrenbsp;Ratisbonne et Passaw, Straubingen, ville considerable du due de Baviere. Je ne my suis arrêténbsp;quun demi-jour,
De toutes les villes que jai vues , Mézieres est la plus laide , mais très-forte, et fameuse par unnbsp;siege soutenu centre Charles-Quint; Charleville lanbsp;plus réguliei-e ; Luxembourg la plus forte; Nancynbsp;la plus belle Liege la plus grande, la plus riche,nbsp;la mieux située. Monsieur de Pölnitz parle malnbsp;des Liégeois , paree que , dit-on, il a re^u desnbsp;coups de baton sur Ie Pont des Arches. Quoiquenbsp;Liege avec ses fauxbourgs soit très-grande et très-peuplée , elle ne contient pas plus de 8o millenbsp;ames. Si je devois choisir une ville pour ma de-meure, ce seroit Liege (1).
Strasbourg est fort grand, et presque rond j son circuit est dune lieue et demie. On y compte
Espcce de propliétie en 1765, accomplie a 1extinc-tion de la Société durant lannée que je prêchois a Liege, en 1773. Note de lAuteur.
II demeura en effet plusieurs années dans cette ville après la suppression des Je'suites. II est a croire quil seroit dunnbsp;autre avis, silrdvoit encore, et quil put voir cette ville ennbsp;Iétat oil la mise un gouvernement re'ge'nérateur. On saitnbsp;comment il a régenéré la France et presque toute 1Europe.nbsp;R Éditeur.
-ocr page 32-plus de 4e,üoo ames, dont la moitié est catholique. Jy ai vu Ie P. SauU, qui ayoit été mon prétet knbsp;Rheims, et Ie P. Bddch, que jy avois aussi coiinunbsp;particuliéreraent. J'ai toujours estimé beaucoup Ienbsp;P. Sault. Le college de Strasbourg étoit beau etnbsp;presque acbevé, quand nos Peres Tont quitté.
Avant darriver a Canstadt, jai yu de loinLouis-boLirg, résidence du due de Würtemberg , dont la situation est charmante. Canstadt est très-laid ,nbsp;mais très-agréableraent situé sur le Necker. Je suisnbsp;fik'hé deuavoir pas été loger a Stutgard, qui nennbsp;est que peu éloigné, et qui mérite bien plus dêtrenbsp;vu. Cest a Canstadt que jai connu Mr. de Rhein-berg , lieutenant colonel au service de Baviere ,nbsp;qui ne raa quitté qua Donawert; je lui ai promisnbsp;du souvenir, ainsi quau P. Gold h Ingolsladt, etnbsp;au P. Le Chapelain, a Vienne; ce Pere est cé-lebre; il étoit prédicateur de la Reine de France;nbsp;il Test maiutenant de lImpératrice (Marie-Thérese).nbsp; Peu de tems après il perdit lesprit, et fut trans-féré ailleurs avec une pension de 600 florins; ilnbsp;guérit ensuite, et alia prècher a Bruxelles. Voysznbsp;son art., dans h.Dict. hist.
Ulm est une assez belle ville , bien forlifiée , mais commandée. La grande église est fort belle jnbsp;elleestauxluthériens. Les catholiques enontdeux.
¦A Dillingen, notre college, léglise, la salie de la sodalité, sont dune grande beauté. La salienbsp;de la sodalité a Neubourg , est aussi très-belle.nbsp;Celle dIngolstadt surpasse en beauté les deux pré-cédentes. II y a dans cette derniere ville un établissement formé par le P. Rem, mort en odeur de
-ocr page 33-sainteté *. La chapelle en est très-riche, et tont ce * nbsp;nbsp;nbsp;^
I nbsp;nbsp;nbsp;1 F .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, cie ce rere
fjiiartier qui est une espece cie semmaire, respire Taj7ner,j)i{g. 5i8. la sainteté. Le college est grand et compose de presnbsp;de 200 jésuites. La ville est forte, mais trop vastenbsp;pour être bien défendue.
Ratisbonne na rien qui soit digne du grand nom que la diete de l'Empire lui donne. Elle est situéenbsp;a lorient dun grand bois , formidable a cause desnbsp;voleui's qui sy fetirent. La cathédrale nest pasnbsp;belle; elle ressemble a celle de Treves. Le pontnbsp;sur le Danube est fort long j mais il nest ni largenbsp;ni beau. Jy ai fait connoissance avec le P. Mayer,
Principal de S. Paul, et avec le P. Wegman.
Passaw est extrêmement remarquable par sa situation. Trois rivieres, le Danube, YInn et YIlz divisent la ville en trois parties. Le college et lanbsp;cathédrale sont magnifiques. La chapelle de Notre-Dame de Passaw, placée sur la montagne, nestnbsp;pas si belle quelle est célebre. Jy ai dit lanbsp;Messe.
Entre Passaw et Lintz , jai vu, cette même année lySS, la fameuse cataracte et le gouffre dunbsp;Danube;, le Würbel {Charjbdis) , et vers la rivenbsp;opposéele Strudel (5cj//a) , écueil également re-doulable. Ces deux endroits sont procbes lun denbsp;1aulre, et 1on peut dire comme du Scylla et dunbsp;Charybdis de Messine :
Dextrnm Scylla latiis , Icevum, implacata Charybdis
Ohtinet...............
De fameux Scylla de Messine est ruiné ; le roe a été abymé dans la mer : on passe maintenant des-
-ocr page 34-sus. On a jeté dans Ie Würbel, des poutres qui ont reparu dans Ie lac Forte, proche dEdenbouïg.nbsp;Voyez la planche de ces gouffres dans Ie Mundusnbsp;subterr. part. i. Je soupconne que ces deux fa-meux endroüs sent Ie reste dune grande cascade ;nbsp;Ie Strudel seroit Ie groupe derochers dou partoientnbsp;les eaux, et Ie Würbel seroit Ie gouffre creusé parnbsp;une longue et lente operation des eaux précipitéesnbsp;avec force. La vue de la cascade de Schaffhousenbsp;autorise celle idéé , de laquelle on ne concluranbsp;pas fextrême antiqiiilé du monde , lorsquon sauranbsp;combien cette derniere cascade est changée par lanbsp;corrosion et la chute des rochers , depuis 1740.nbsp; Scylla et Charybdis furent formés en un moment,nbsp;sans l'opération d'une cascade. Foyez Joum, hist,nbsp;et litt. , l Mal zyjS, pag. 11.
Lintz est unetrès-belle ville. Les Francois layant prise en 1741, et y étant en garnison, lappelloientnbsp;un petit Paris. Nous y avons une belle église; Ienbsp;college du nord , collegium nordicum, nest pasnbsp;moins beau.
Melck est un bourg, ou petite ville, entre Lintz et Vienne , a distance égale de' Tune et de lautrenbsp;de ces deux villes. II est de la haute Autriche.nbsp;Labbaye des Bénédictins quon y voit, est dunenbsp;magnificence sans égale ; léglise, la bibliotheque,nbsp;lappartement oü lEmpereur a logé , sont dunenbsp;grande beauté. A lentrée de léglise il y a dansnbsp;une tourelle un escalier remarquable , qui repré-sente exactement la coquille dun escargot. Cecinbsp;me rappelle lescalier que 1on voit a Liege dansnbsp;leglise de S. Jacques ¦, celui-ci est double 5 il se
croise
-ocr page 35-croise ct sembrasse en plusieurs endroits, cl'uiie inaniere a étonner ceux qui sy i'enconlrent.
Outre la bibliotheque de Melck , jen ai vu de BiLHotlietirKs. belles, h. Liege, chez nps Peres; a Vienne, aussi;nbsp;a Pont-a-Mousson, cliez nos Peres et chez les Pré-inonlrés j a Ingolstadt, chez nos Peres , elle estnbsp;belle et riche; a Echternach, chez les Bénédictins,nbsp;elle est petite ; a Lille , la bibliotheque du Roi; hnbsp;Tirnaw, chez nos Peres, lesliviesmanquent. Cettenbsp;bibliotheque estcepenclant laseule detoute la Hon-grie; encore ny a-t-il que la place quon piiissenbsp;appellerbibliotheque.LaPologneest également malnbsp;pourvue, et jose assurer que dans toute la Polognenbsp;il ny a point une seule bibliotheque qui en méritenbsp;Ie nom, si on en exceple celle de Mr. Saluski.
Voyezle Joum. hist, et litt. ,Mars 2774,
La bibliotheque la plus complette que jaie vue, est celle du comte de Palm k Ratisbonne; mais lesnbsp;charabres qui partagent cette précieuse bibliotheque , sont sans ordre , sans beauté , sans dessin elnbsp;presque sans jour. Je regrette beaucoup de ne pasnbsp;avoir vu , a Vienne , celle de Charles VI , qui estnbsp;publique. 11 y a dans cettebibliotheque douze millenbsp;volumes manuscrits, et trois cent mille imprimés.
Fienne. Les fauxbourgs de Vienne , léglise de S. Charles, sont superbes. La cathédrale est an-cienne et belle , la tour vaut presque celle de Strasbourg ; elle est haute de 48o pieds. La grossenbsp;cloche pese 36,4oo livres.
On a mis les beaux f auxbourgs deViénnealabi i dune insulte , par de bonnes lignes solidement balies. La circonvallation est immense : il reste en-Totn. I.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;B
-ocr page 36-core , enlre les maisons et les lignes, de vastes plaines , ou lon batira peu-a-peu. Le prince Eugene est auteur de ce plan. Les courses des rebelles Hongrois , qul ravageoient toutjusquauxnbsp;portes de Vienne, ont donné lidée de ces lignes;nbsp;élevées en i'yo3 , elles ont été depuis considera-blement améliorées et rendues beaucoup plus solides ; les ouvrages sont en maconnerie et très-pro-pres. Ces lignes, avec le bras du Danube qui fermenbsp;le fauxbourg de Léopold, torment une circonfé-rence égale a celle de Rome et de Paris.
Jai vu a Sclioenbrunn IEmpereur Francois Ier, trois mois avant la mort de ce bon Prince, et lenbsp;Prince Charles. Javois vu ce dernier h Luxembourg en i'^Si. Le palais et le jardin de Schoen-brunn sont très-beaux.
A Tirnaw, oü je suis depuis le i5 de Mai, il ny a point dédifice remarquable après Vobserva-toire des Jésuites , et la pension royale. Celui-lh estnbsp;bien bati, fort liaut et fort large; celle-ci figureroifnbsp;inême sur la place royale de Nancy. La ville estnbsp;laide, quoique considerable depuis la fondation denbsp;Funiversité qui est toute aux Jésuites, el la translation du cliapitre de Strigonie. Je ny ai point dautrenbsp;plaisir que de philosopher avec inoi-même (*) , etnbsp;dentendre la belle musique de notre église.
La musique de Vienne a perdu depuis que le Cardinal Archevêque de Trautson a supprimé les
Jai été ensuite plus occupé; Jai enseigné le franjois dans un séminaire, entendu les confessions, ettrayailléanbsp;dill'érentes affaires; et de plus jai eu occasion de voir lanbsp;Moravie, la Pologne, et presqne toute la Hongrie.
-ocr page 37-trompelies et les tymbales , paree que ces instru-
niens clonnent a la musique ecclésiastique un air
militaire; et pourquoi pas7 Deus exercituum Do-
minus... Terribilis ut castrorum acies... Laudate Jmm. hht. et
eum in tympana. Laudate eum in sono tuhat. Lau- ^dtér., i5 Déc.
date eum in cymbalis henè sonantibus, in cymbalis nbsp;nbsp;nbsp;,
jubüationis. Ce sent les chatrés et les femmes, la P®s- Sg-
musique molle et elféminée qiiil faut chasser des
temples. Gloriati sunt, qui oderunt te in medio so~
leinnitatis tuce. Cest a Liege que la musique ec-
clésiastique est belle.
On mavoit assuré quil y avoit encore des Tem-pliers a Tirnaw; mais on avoit pris pour des Tem-pliers les Cleres habillés de rouge , couleur que Ie Primat Barkocsi a supprimée depuis peu. Journ.nbsp;hist, et litt., zó Jativ. ZjSif., pag. z3o.
Le college de Tirnaw est fort grand; il y a a 5o Jésuites. Cette ville est la pafrie du célebrenbsp;et estimable Sambucus, qui voyageoit de la mêmenbsp;maniere que moi. Voici comme il parle de Tirnawnbsp;danslouvrageintitulé : Emblemata et aliquotnumminbsp;antiqui operis Joan. Sambuci Tyrnaviensis Cano^nbsp;nici, 3. editio, Antuerpicz, ex ojfic. Christ. Pïan-tini, i56^,pag. z65.
Vrbs^est Pannonicis famd inclyta , libera ,regnis i Tyrnaviam vulgus nomine reque vocat.
Bela etenim regum ditissimus undique cinxit Mcenïbus , ac densam turribus excoluit.
JlcEc. me produxit, lucem,que videre serenam T^ilalesque haustus dulcis alumna dedit.
JIuic rotA,pro insigni ,ccelestis utrinque tuetur iNuntius , et Qhristo pree side tuta manet,
Tjtque nihil certuvi in nosti is sine nuinine rebus ;
Sic rota, nifirmes , voluilur instahilis.
Messibus ^ et dives Bacclio , mercator abundat, ^rmis jure -potens , clara Deumque metu.
Hanc salvani longos tueatur Christus in annos , Turcicus liic furor , et dirninuatur honos.
Ses tours, ses hautes murailles, ses fossés pro-fonds, quoiquaujourdhui inutiles , donnent a Tir-naw de rintérêt et un aspect imposant. Cest un mauvais usage d'abolir ces vieilles défenses, sur-tout les fossés. Journ. lust. et litt., l5 Mai ,nbsp;pag. zo8.
En Septeinbre i'j65, jai vu Trenscliin dans Ia *ilaheshüciter haute Hoiigiie * , oü nous avons une belle maisonnbsp;^liuermon.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;église ; cest Ie noviciat de la Hongrie.
La maison de campagne, nommée Sekalka, qui vent dire Koe, est la plus agréable quon puissenbsp;voir. On y voit la retraite de deux saints solitaires,nbsp;André et Benoit, dont les Hongrois font la fêtenbsp;Ie 17 Juillet. II y a, a Trenschin, garnison autri-cliieime dans Ie chateau , dont une partie appar-tient au Comte Illeshasi. Cette place est éloignéenbsp;de Tirnaw de 'rö lieues de France. Jy vis Ienbsp;général Reinhart, ancien ami de ma familie , quinbsp;m avoit engagé a faire ce voyage, et qui mourutnbsp;1année suivanle, 1766.
Le pays, depuis Tirnaw jusqua Trenschin, est très-beau et très-peuplé. Ony voit un beau chateaunbsp;appartenaiit au Comte de Reway , et un autrenbsp;magnifique au Comte Antoine Erdödy ; et puis lenbsp;chateau de Betzko , situé au milieu dune plainenbsp;arrosée par le Vagus. Ce fleuve fait des dégats hor-
-ocr page 39-Voyage dAlep a Jénisalem, i Av.nbsp;7795 pag' 495*
1'ibles , et change sans cesse de lit, ce qui Ie fait appeller Vagus. Le chateau de Betzko, qui est unenbsp;petite ville, est situé sur un roe escarpé de tousnbsp;cótés. Le roe est tout nu , et semble avoir été unenbsp;montagne , dont les terres se sonl éboulées , ounbsp;durant le deluge, ou peu-a-peu par les ptuies. Lesnbsp;montagnes de la Palestine sont en grande partienbsp;dépouillées de leurs terres. Les bonnes terres sé-boulent plus aisément. On voit plusieurs rochersnbsp;semblables k la Chine; et un de nos missionnairesnbsp;atlnbue leur nudité aux mêmes causes.
* 74 ? Exara. critique.
A une lieue de Trenschin , on rencontre un peuplier, qui a 4® pieds de circonférence. On ditnbsp;que les cedres, quon voit encore au nombre denbsp;quatorze sur le Liban, en ont 44 (fourn. hist.etlitt.,nbsp;zS Nou. zySs.) pag. %7). Jai remarqué ailleurs *,nbsp;que tout dans la nature a ses géans et ses nains.nbsp; VoyezleDict.géogr., art. iVensWc petite villenbsp;de Suabe. Prés de cette ville, qui est du Duché denbsp;Würtemberg , il y a un tilleul, dont le tronc anbsp;'i'] pieds , 4 pouces de circonférence , et les branches, qui se prolongent horizontalement, ont plusnbsp;de quatre cents pieds d'étendue (*).
Jai passé par treis fameuses villes des montagnes {ciuitatesmontancè), Kremnitz, Neusol, Schemnitz.nbsp;Jen ai rapporté quantité de pierres minérales.
Kremnitz est un endroit horriblement laid, situé entre des montagnes dune hauteur extraordinaire,nbsp;comme Geislingen en Suabe. II y a un hotel desnbsp;monnoies, ainsi qua Nagibania.
{*) LEditeur de eet Itinéraire 1a vu avec admiration, le 5 Janvier i8o3.
B 3
-ocr page 40-Neusol est une petite ville , jólio , belle mème pour une ville cle Hongrie, et ^gréablement située.nbsp;Les Jésuites y ont un beau college et un tartioratnbsp;(cest une maison destinée ii un troisieme an denbsp;noviciat, que font les Jésuites avant léraission desnbsp;vneux soleranels). Jy suis destine pour Novenibrenbsp;jy ai connu Ie P. Ignace Grenber, auquelnbsp;je dois un souvenir pour les amities quil ma fai-tes (*). Lariviere de Graan, qui passe par Neusol,nbsp;est considerable, et d un grand secours pour Ienbsp;transport du bois nécessaire a la fonte des métaux.nbsp;II sera parlé de Neusol plus en détail, sous 1'an-née i';66.
Schemnltz na rien de beau que son Calvaire , qui, pour sa situation , na peut-ètre point dégalnbsp;au monde. Cest une montagne parlaitementnbsp;ronde, qui se termine en pointe, un cóne exact,nbsp;couvert dune belle venlure. Gelte montagne estnbsp;placée sur une auire comme sur une large base ,nbsp;d'ou elle domine sur toutes celles dalentour, quinbsp;semblent lui former une couronne. Les stations,nbsp;les chapelles, les domes , sont en grand nombre etnbsp;Irès-bien disposés; touty est dune grande beauté.nbsp;Francois I®''. y a fait biUir une nouvelle station ,nbsp;lorsquil visita Ie calvaire en i'jGi. La ville estnbsp;située dans Ie fond et sur la pente des montagnes.nbsp;Les maisons sont séparées par des jardins et desnbsp;arbres ; cest a-peu-près comme Achen aux Indes,nbsp;dans 1'isle de Sumatra.
LEmpereur FranQois I®r. a visité ces trois villes
('¦) CePcre a étédans la suite Ie premier General de la Sociélé rétablie parPie YII, en Russie,
-ocr page 41-en i'jöi , et Joseph II en 1764 , n'étant encore que Roi des Romains. On conserve comme desnbsp;reliques les habits de mineurs , dont ces Princes senbsp;revêtirent lorsquils étoient a Schemnitz; its sontnbsp;enfermés dans des ai'moires vitrées, avec ceux desnbsp;princes Albert de Saxe, et Leopold dAutriche.nbsp;En 1777, on y ajouta celui de lArchiduc Maxi-milien. Foj. Ie. Journ, hist, et litt., 10 Aoüt IJJJ,
Leopolstadt est une très-bonne place de guei're; eest un hexagone. Cette ville, qui conlient peu denbsp;inaisons, fut batie par Leopold 1®=^, en i665.
Prévidie nest quun bourg» mais on y voit une très-belle église de Piaristes , ou religieux desnbsp;écoles pies.
Nitrie , ville episcopale , très-laide , avec un chateau élevé et une belle maison de Piaristes. nbsp;Entre Nitrie et Léopolstadt, une belle maison denbsp;Camaldules, située dans une grande solitude.
La pauvreté et la mal-propreté des auberges de ce pays-la sont extremes. Les draps de lits ny sontnbsp;presque jamais changés etc. En Bohème, mêmenbsp;dans nos colleges, on na quun drap de Ut. On senbsp;couvre dun lit de plumes qm a touché dix millenbsp;corps. En certains cantons de la Hongrie , lesnbsp;paysans portent des chemises enduites de graisse ,nbsp;quils n'ótent jamais. Telle chemise se transmettranbsp;jusqua la quatrieme génération.
Jai passé prés de Kremnitz par une forêt de sa-pins , dune beauté extraordinaire , quoique fobs curité y cause de 1'horreur en plein jour. Cellesnbsp;que j ai vues en Suabe et en Alsace , ne sont pas
B 4
-ocr page 42-comparables a cclle-la. Le pin et le sapin ne sont pa's lrès-di(férens. Le sapin est plus liant, plusnbsp;droit, dun vert plus fonce; ses branches qui con-pent le tronc a angle droit , nont que de petitesnbsp;sous-divisions toujours subordonnéesa la direction,nbsp;de la branche principale sur laquelle elles posentnbsp;égalejnent a angle droit; son cone est ovale , longnbsp;et moins dur que celui dii pin. Le pin est divisé ennbsp;branchettes {F^oyezlliist. des plantes). Le cone dunbsp;pin est plus pointu et plus solide, les feuilles de cetnbsp;arbre sont plus longues, les branches plus étendues,nbsp;inais moins droiles que celles du sapin. Le pin estnbsp;dun vert plus clair, il est moins droit et moinsnbsp;régulier.
Le cedre a beaucoup de rapport avec le pin. {J^oyez Phys. sacr. ^ tab. xxxv et alibi.') II y en anbsp;de deux cents pieds de haiit. A Solna, aufrementnbsp;Silein et Silina, jen ai vu quatre. Jen ai vu unnbsp;beaucoup plus grand a S. Jean en Liptovie. Madame Ztentivarimenadonnéplusieurs cones. Sousnbsp;chaque ecaille de ces cones , on trouve une especenbsp;de noix bonne a manger. Ces amandes sont lesnbsp;graines. Cest delles qne viennent les cedres denbsp;Chelsea. Ces cones du reste sont tort seinblables h,nbsp;ceux du pin. Quelquun ma conteste ensuilq quenbsp;ce 1ussent la des cedres du Liban; mais la description que les naturalistes font du cedre et de sonnbsp;fruit, en particulier celle quon lit dans le Diction-naire de Valmont de Bomare, convient exactementnbsp;aux cedres que jai vus ici, et qui sont très-diffé-rens de 1oxicedre. II est bien vrai quautrefois lesnbsp;vrais cedres pe se voyoient pas en Europe ; mais
-ocr page 43-( 25 )
®n en a planté avec des cones pris au Liban, en-traulres ceux du jardin botanique de Chelsea (i).
A la fin de Septembre i'j65, jallai a Neuheusel OU Uivar , ville démolie , mais très-célebre dansnbsp;lhistoire de Hongrie; nous y fumes telleraent ac-cablés de puces, que nous Tappellames Pulicopolis.nbsp;Je fis ce voyage avec Ie P. Bozitio , ancien préfetnbsp;de lobservatoire de Gratz, et actuellement prédi-cateur italien a Vienne, homme dun grand mérite ,nbsp;et leP, Cervus, qui devoit se rendre a Cassaw.
Comorre est célebre par sa situation dans Tangle de Tisle de Schutt, et par ses deux citadelles, quinbsp;sont très-bonnes ; et encore par Ie tremblement denbsp;terre qui, ennbsp;nbsp;nbsp;nbsp;la détruisit presquentiérement.
Léglise des Jésuites étoit superbe , et la plus belle de la Hongrie et de TAutriche : elle venoit dêtrenbsp;achevée (2). On a remarqué que la veille denbsp;ce terrible événement , les chiens avoient hurlénbsp;extraordinairement j que les cris des oies , desnbsp;coqs etc. , navoient pas discontinue. Cest ainsinbsp;quk Lisbonne, ennbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les hurlemens des chiens,
et les chants plaintifs des Coqs furent aussi-tót suivis dun tremblement de terre a jamais mémo-rable. Ce qui prouve la vérité de ce que dit Vir-gile des signes qui avertissent les Siciliens des fer»nbsp;mentations du mont Etna:
(i) Cc jardin a 3 heues dcLojidres ne Ie cede a aucun de ce genre dans toute TEurope; il surpasse celui de Paris etnbsp;de Leyde, au moins par rapport aux plantes de TAmériquenbsp;septentrionale.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
I 2; Le feu désola encore cetle pauvre ville en 1768.
-ocr page 44-Ohscenique canes , importanceque volucres Signa dahant. Quotiès Cjclopur/i effervere in agiosnbsp;J^idimus undantem , ruptis fornacihim , JBtnam ,nbsp;Flammaru tique globos, Uquefactaque qtolvere Saxa !
G-soro. , L. I.
Toute la ville de ComoiTe fut élevée, avec unei partie de I'isle de Schutt, h. la hauteur de cinquantenbsp;pieds, et retomba aussi-tot. Des patres qui étoientnbsp;de Iautre cote du Danube, se disoient: Voyez Co-inorre sur une montagne. La terre souvrit a quelquenbsp;distance du Danube, vers le midi , et on en vitnbsp;sortir des globes de feu. La même chose étoit ar-rivee i6o ans auparavantaux environs de Gomorrenbsp;* Istuanfi, de et de Neuheusel Incredibilis nalurce in suhler-rehitspannonicis.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cunicuUs operandi potentia. Kirch, mund.
subterr. part, i, prsef., c. 3. II est remarquable que le Dictionnaire geographique de Vosgien, imprimenbsp;avant ce tremblement de terre , dise , en parlantnbsp;de Gomorre : II ny a pas de ville en Europe, oiinbsp;Ion fasse tant de réjouissances durant Fannie. Jainbsp;appris depuis un trait plus marquant. « La villenbsp;)) de Fleurs , qui étoit a une lieue de Ghiavenne ,nbsp;» dans le pays des Orisons, vers les confins dunbsp;» Milanez , fut abymée le 26 du mois dAout 1618,nbsp;n par une montagne qui se fendit et tomba sur lanbsp;n ville, de maniere quil nen échappa pas uneseulenbsp;Voyageenitalie » personnc, de plus de 3,000 habitans. Cétoit unnbsp;parMr.deLaLan-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dagrément Oil les Franckenet dantres riches
g, éJit. de Paris, )) Milanois alloient passer fautomne : il étoit de-
1769.
» venu célebrepar les arausemens ou les désordres » qui y régnoient. Un ministre zélé avoit menacénbsp;)) les habitans de la colere de Dieu, et Ton ne man-» qua pas dallribiier a la vengeance divine ce ter-
-ocr page 45-'» rible accident ». Cest exaclement et a la iettre, Ie terrible cliatiment dont parloif Job , et qiiilnbsp;trouvoit si propre a caractériser la puissance et lanbsp;justice dun Dieu irrité. Qui (ransiulit montes, etnbsp;nescierunt hiquos suhvertit infurore suo. Job.,c. g.nbsp;Ignis succensus est in furore meo, et inontium fun~nbsp;damenta comburet. |}euler., cap. 2, Onmavoitnbsp;assure que durantles grands trenibleraens deterre,nbsp;il arrivoit quelquefois que les champs et les mon-tagnes fussent transportés ailleurs par une especenbsp;de liquéfaclion de la terre : je commencois a re-garder cela comme une fable , lojrsque jen trouvainbsp;un exemple dans Kircher {Mundus suhter. torn. I.,nbsp;p. 240, Z. 4, cap. zo, parag, %, refert JEgidiusnbsp;Neapolitanus'). Mais souvent cest une montagnenbsp;qui saöaisse , et une aulre qui s'éleve. Entre deuxnbsp;grands tremblemens de terre, il sécoule ordinai-rement un siecle, paree quil faut du tems a lanbsp;mine pour ètre en état de jouer. Je nai senti de
violent tremblement de terre quen 1760, h I.uxem-
bourg; il étoit assez fort pour faire tomber des pots ^ fleurs places sur ma fenêtre.
Graan ou Strigonie est une ville vaste , mais mal balie. Les fondemens de léglise métropolitaine ,nbsp;du palais archiépiscopal , des séminaires etc. ,nbsp;jetés par feu 1archevêque Barkozi, promeltoientnbsp;beaucoup. On les appelle ici: Surgentes novae Car-thaginis arces. II est incertain si eet ouvrage seranbsp;Continué , pendent opera interrupia minceque mu-rorwn ingentes. Tout étoit dans Ie même état quandnbsp;je fus a Graan en 1767. Il y avoit eu dans cettenbsp;ville une ancienne église superbe, Ia mélropole denbsp;Strigonie : il en restoit une porte de marbre a Ia
-ocr page 46-gothique, mals trës-belle. Elle vient cl'être ren-versée par Iinattentioii des oiivriers. Jai vu i Graan les plus respectables antiquités ecclésias-tiques , et de la monnoie juive et romaine ,nbsp;trouvée dans les fondemens des nouveaux édificesnbsp;qui out remplacé les anciens.
Bude est une trës-grande vtlle, qui en renfevme trois; Arx, qui est proprement la ville, Acjiialica,nbsp;Ratzianica, qui est la ville des Grecs. Cest unnbsp;proverbe ;
Buda jugo , Venetce pelago , Florenlia campo Eminet. Ilis similes quw tibi terra dabit ?
Le nouveau palais et Tarsenal sont magnifiques , maïs la ville nest pas forte. Placée sur une collinenbsp;commandée de toutes parts, ceinte dune simplenbsp;iriuraille, elle a fait, en i684 et 1686, une resistance inconcevable. Le premier siege coutanbsp;28,000 hommes : enfin ilfallut le lever. Larchiducnbsp;Mathias , Rogendorff etc., en avoient fait autant,nbsp;On montre k Bude un endroit, dou le sang humainnbsp;couloit comme un torrent dans le Danube durantnbsp;lassaut. On a laissé, par respect, subsister dansnbsp;cette ville un reste du batiment qui renfennoit lanbsp;célebre bibliotheque du Roi Mathias Corvin. II ynbsp;reste encore aussi une mosquée et un minaret (*).nbsp;Jy entrai, pour pouvoir dire que javois été dansnbsp;un temple de Musulmans. La situation de Luxembourg est singuliere; celle de Bude a plus de grandeur. Quelques géographes ont pris celle-ci pournbsp;lancien Acinctum / raais il paroit quils se sontnbsp;Irompés.
(*) Tour, cbez les Turcs, faite en forme de clocher, pour appeller Ic people k la priere, et annoncer les heures.
-ocr page 47-Pest est une fort belle ville , fhótel des invalides estun des plus beaux edifices delEurope. Lhópitalnbsp;général de Lille en Flandre , quoique tiès-beau ,nbsp;ne lui est pas comparable : Ie frontispice annoncenbsp;la demeure d'un Iloi. Les statues,, les tropbées, lesnbsp;inscriptions brillent de toutes parts. Sur Ie frontisrnbsp;pice on lit:
......Quanta per ofquora vectum
Accipio.
VinaiLE.
A Pest commencecette plaine immense, ourien, pas mème un aibre ne borne la vue. Du cóté denbsp;Bretzin elle est rase de toutes parts ; on lappellenbsp;mare siccum,
Allant de Bude a Albe-royale, iaivu kMeleck un très-beau nionastere de Camaldules. Les cellules , léglise , Ie réfectoire y sont dune grandenbsp;beauté. II ny a quun couvent de Camaldules ennbsp;ï'rance; il est prés de Paris. La maniere de vivrenbsp;de ces religieux est assez semblable a celle desnbsp;Cliarlreux. Jai vu a Raab des religieux denbsp;S. Camille de Lellis , et é Tirnaw des Paulins,nbsp;deux Ordres inconnus aux Pays-Bas, Les Paulinsnbsp;sont habillés de blanc, ils se disent disciples denbsp;S. Paulihermite. Chez les Camaldules de Meleck,nbsp;jai vu , dans une grotte, des pétrifications admi-rablesj cétoit un groupe de joncs, preuve de lanbsp;rapidité avec laquelle la nature opere quelquefoisnbsp;cette métanjorphose.
Albe-royale n'arien de remarqiiable. Lamaison de nos Peres et leur église sont très-belles, et puisnbsp;cest tont.
Lac Balatou.
Le lac Balaton est k sept lieues dAlbe. II est
-ocr page 48-long de s3 lieues de France, et dans l'endroit oii je lai vu , cest k-dire, k Karesiecert/ jusqua Fock ,nbsp;il est large de quatre : on croit voir la mer. Lesnbsp;eaux en sont bonnes, les poissons grands et ex-cellens j les tempêtes y sont fréquentes j je l'ai vunbsp;en fureur; les vagues étoient hautes. On assurenbsp;quil communique avec Ia mer j et la chose estnbsp;vraisemblable, puisquil y entre fort peu deaiinbsp;d'ailleurs; on dit aussi quil séleve une tempêtenbsp;lorsquon y jette des pierres : raveiiture de Loretusnbsp;{Mund. suhterr., torn. II, pag. Il3, édit. iSjB')nbsp;semble appuyer ce conté. Nous enavons jeté plu-sieurs sans eifet; cest une vieille fable quon dé-bite de plusieurs autres lacs , et de plusieurs ca-vernes , dont une a deux lieues de Gratz en Sfirie.nbsp;LeP. Weiland , supérieur de notre maison dAlbe,nbsp;ma dit que quand du milieu du lac il sélevoit tout-a-coup de grands flots (ce qui arrive souvent et meinbsp;les navires en danger), cétoil signe d'une pro-chaine tempête dans 1air. II paroit en effet que lesnbsp;feux souleiTains et autres exhalaisons de la terre,nbsp;per9ant les eaux et sassemblant dans lair, doiventnbsp;y exciter des orages. On pourroitpeut-être trouvernbsp;ici quelques raisons physiques de ces tempêtes oc-casionnées par des jets de pierres, et dire que la-gitalion de lean a doruié passage auxnbsp;Esprits qui portent Ie tonnerre,
Impétueux tyrans des airs,
Qui causent les perils des raers,
Et les ravages de la terre.
Quoi qu'il en soit, sit sua cuique fides, sit Jldei liberlas. Gregor. Loretus , apud Kirch. Mund,nbsp;subterr. , part. 2 , pag. 113 , édit. 1678.
I
-ocr page 49-Le P. Jaszlinszki, Vhys. part., Dissert. 3, n». pense que le lac Balaton pourroit bien aussinbsp;commiiniquer avcc le fameux lac de Czirnitz dansnbsp;la Camiole. Les eaux de celui-ci rentrent au prin-fems , avec une partie des poissons, dans le roenbsp;dont elles sont sorties; le Balaton élant trop basnbsp;pour élever le réservoir formé dans le roe , au niveau du lac , jusqua ce que la chaleur de lété aitnbsp;fondu les neiges des Alpes et des horribles mon-tagnes de Slirie , lesquelles se rendant dans le réservoir et sélevant jusqua louverture du roe, senbsp;répandent de la dans le lit du lac j mais le senti-nrent de Jaszlinszki est une erreur. Ce nest pasnbsp;après la fonte des neiges que le lac de Czirnilz senbsp;i'emplit, cest après lécoulement des eaux forméesnbsp;par les neiges quil est a sec , paree que dans cettenbsp;saison les réservoirs re9oivent peu deau; les neigesnbsp;ne sont plus, la terre et le soleil absorbent presquenbsp;toutes les pluies. Les pluies dorage ne se filtrentnbsp;pas ; trop violentes elles se rendent en forme denbsp;torrent dans les rivieres. Ces principes de séche-resse cessent en Novembre , Octobre, et quelque-fois en Décembre,
Mr. Rosset, dans son Poëme sur Pagriculture, LacdcCzimits:-et Mr. Fréron , Année littéraire, , n°. placent ce lac en Hongrie; ils se trompent. Voicinbsp;la description qu'en fait Mr. Rosset, dans une Notenbsp;du Chant IV.
» Sa longueur est de trois milles trois quarts ;
» sa largeur est de deux milles en quelques en-1) droits , et dun mille et demi dans dautres. La )) profondeur du lac est de trente-cinq pieds au
-ocr page 50-)i milieu, et de douze K quinze sur les bords. Kuit )) ruisseaux sy déchargent, et, loi'squil est a «ec,
quot; ils se précipitent dans Ie fond , sans Ie remplir. n On compte dans ce lac trois isles j ony remarquenbsp;» des fossés ou Ie poisson se retire. Au-dessous dunbsp;» lac est un autre lac souterrain , avec lequel ilnbsp;n communique par des trous et des crevasses. IInbsp;n est environné de grandesmontagnes, deplaines,
» de vastes cavernes ornées par la nature , a-peu-n pres comme la grotte dAntiparos. Quelquefois » ces cavernes sont seches, et quelquefois ellesnbsp;)) se remplissent deau ».
» Au mois de Noverabre (*), on appergoit une 1) vapeur ou nuage blanc qui sort de ces mon-» tagnes, et qui est suivi déclairs , de tonnerresnbsp;j) et dune grande pluie 5 eest Ie signal de la for-» mation du lac, Leau sort en colonnes des ca-« vernes des montagnes , tombe dans Ie lac , et ynbsp;» jette des poissons , des oiseaux de riviere , etnbsp;1) beaucoup de canards ; ils ont peu de plumes,nbsp;» ils sont foibles et aveugles. Après quinze joursnbsp;» ils recouvrent la vue et reprennent des forces.nbsp;51 On voit jusqua cinquante de ces colonnes deaunbsp;n se précipiter ti la fois dans Ie lac : spectacle mer-51 veilleux et terrible ».
5) Au mois de Juin ou de Juillet, Ie lac coin-« mence h se desséclier; il est k sec au conimen-5) cement dAoüt: leau en se retirant, y laisse des 9 poissons et des oiseaux de passage. On y trouvenbsp;1) des broebets, des tanches , des lottes etc. Lors-
» quil est a sec on en avraclie les joncs. Au bout « de vingt jours , on y coupe de très-bon foin.
» On laboure ensuile j on y seme du millet ou »gt; dautres grains qui prennent un prodigieux ac-» croissement et mürissent en peu de jours. Aprësnbsp;» la récolte , il se forme un excellent paturagenbsp;» pour Ie béiail. Quand Ie fond est entiérementnbsp;n sec, les lievres , les bêtes fauves, les ours y des-» cendent des bois et des montagnes. On jouitnbsp;» du plaisir de chasser dans Ie lieu même oü 1onnbsp;» avoit pêché peu de mois auparavant ».
Jai passé bien prés de ce lac en allant de Fiume a Trieste 5 mais il ne sy voyoit rien dans cettenbsp;saison qui put donner de ladmiration ; il étoit anbsp;sec. Le moment Ie plus curieux et Ie plus intéressant est lorsquil se remplit. Revenons au Balaton,nbsp;que nous avons quitté un instant.
Les poissons du Balaton sont fort grands et dune figure singuliere, ainsi que presque tous les grandsnbsp;poissons des lacs. Ne pourroit-on pas croire quenbsp;ce sont des poissons de mer dégénérés , ou plulótnbsp;modifiés suivant 1effet que finfluence des eauxnbsp;douces peut avoir sur les animaux indigene^^de lanbsp;mer? Cela peut paroitre raisonnable, si on adraetnbsp;ce que jai dit dans VExamen des époques, pag. 131.
II y a , k Véreshérény, prés du Balaton, des escargotieres que jai vues , et oü lon nourrit desnbsp;escargots dune grandeur inconnue aux Pays-Bas:nbsp;les Hongrois aiment les escargots a la folie. Ti-hany, forteresse imprenable , est située dans unenbsp;presquisle formée par le Balaton. II y avoit en cettenbsp;petite ville une Abbaj^e de Bénédictins , qui fut
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;C
-ocr page 52-délruite , ainsi que presque foutes les maisons re-ligieuses de Hongrie , sous Ie regne de Joseph II. Vesprin , ville épiscopale, est située prés dunbsp;lac: il ne sy voit rien de beau. Eu allant du lacnbsp;Balaton a Raab , jai dïiié dans une belle Abbayenbsp;de Bernardins ; jamais je nai vu de molnes plusnbsp;polis , plus gracleux.
Entre Ie Balaton encore et Raab, jai vu Ie fa-meux monastere fondé par S. Etienne, et situé sur la montagne nomnlée mans Pannonice. Ce lieu estnbsp;en grande veneration dans toute la Hongrië; je nynbsp;entrai pas : cétoit autrefois une forteresse. Voyeznbsp;Martinsberg, Diet, géogr., édit. de ij87 , ou denbsp;1793-1794.
On voit aussi entre Ie lac Balaton et Raab , la fameuse forêt de Bacon, qui étoit autrefois infestéenbsp;par six cents assassins, qui devinrent ensuite Pan-douj-es ^ sous Trenck. Tout y étoit tranquille quandnbsp;jy passai: on ma dit ensuite que les assassins Ba-coniens étoient ditférens de ceux de Trenck
Raab OU Javarin est une belle ville , bien forti-fiée; la cathédrale nest pas belle. Jai vu la fameuse porte de Raab , que Vaubecourt fit sauter par Ienbsp;nroy en dun pétard, ce qui enleva la ville auxTures.nbsp;On y voit aussi un monument érigé par lEmpereurnbsp;Charles VI, en 1731 , en réparation de lhorriblenbsp;profanation de lEucharislie , qui fut Ie crime denbsp;la garnison en corps. Le Pape , dit-on (cétoit Clément XII) , étoit davis que lous les coupablesnbsp;fussent sévérement punis , et que Raab fut démoli;nbsp;mais IEmpereur nen fit rien ; les principaux officiers même ne furent que légérerae'nt punis. Dautres
-ocr page 53-m ont dit que quelques soldats avoient été mis k mort, et ont prétendu justifier la conduite denbsp;VEmpereur, mais sans preuves sufSsantes. Voyeznbsp;cesf'aits rapportés exactement etbienéclaircisdansnbsp;VHistoire des sacrileges, edit, de 1789, pag. ]5.nbsp;Ce Mémoire est de moi-même , daprès les plusnbsp;sürs renseignemens. On a remarqué que depuisnbsp;ce teras-la, les affaires de lEmpereur allerent denbsp;mal en pis. Charles VI, dit Voltaire, dans sesnbsp;Annales de lEmpire, tom. 2 ,Sut constamment heu-reux jusquen II perdit aussi-tót Naples et lanbsp;Sicile, et peu après Belgrade avec pi-esque tout Ienbsp;fruit des conquêtes du Prince Eugene. On dit quenbsp;dans cette guerre malheureuse, VEmpereur Francois Ier., alors vice-roi de Hongrie, fut pris k lanbsp;chasse par les Turcs, et que c'est la la vraie raisonnbsp;pour laquelle VEmpereur Charles céda tout-a-coupnbsp;la Servie , la Bosnië , la Valachie, dont il avoitnbsp;une grande parlie depuis 1716. On massura depuis que durant toute cette guerre , Francois na-voit pas été a Varmée 5 ce qui est faux. Ce Prince,nbsp;suivant quelques Auteurs du tems , étoit encorenbsp;en Toscane , ou il étoit allé passer Vhiver , quoi-quil fut général en chef de l'armée Chrétienne;nbsp;ils Vy font rester par ordre expres de VEmpereur,nbsp;appuyés sur des motifs moins vraisemblables quenbsp;tout ce que les Hongrois racontent a ce sujet.nbsp;Marie-Thérese fut sur Ie point dêtre détrónée jnbsp;elle perdit la Silésie. La maison dAutriche mou-rut avec Chai'les VI. La faute de Saül fut en ap-parence plus légere : il avoit épargné les Amalé-cites.
C 2
-ocr page 54-Hist, de Ufa- On attribue a rhommage celebre que Rodol-talitédessacnl., jer_ rgndit a rEucharistie , lelevation de sa
Diet.hist.,art. Hiaison 5 et Ion attribue aujourdhui les malheurs Charles VI.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ggj. maison a Iexces de clémence de Charles VI,
dans une occasion ou la piété , le zele, le Pontife vouloient la sévérité. On ma assure quk la sollici-tation dun illustre scélérat, un page avoit erapoi-sonne Charles , en versant dans le chocolat unenbsp;goutte da^ua tophana.
. nbsp;nbsp;nbsp;......nulla aconita bibuntur
Fictilibus j tunc ilia time , cum pocula sumes Geminata.
Le Recteur du college de Bude ma dit comma une chose miraculeuse , que tous les ans , le 2nbsp;Septembre , jour de la procession qu'on fait ennbsp;action de graces pour Iexpulsion des Turcs , lesnbsp;aigles sassemblent et viennent voltiger au-dessusnbsp;du peuple j mais je crois que le bruit du canon denbsp;la place les fait sortir de leur retraite , qui est dansnbsp;une montagne voisine appellee mans aquilarum ,nbsp;et que 1odeur de tant de corps rassemblés hors denbsp;la ville, les invite h. venir chercher quelque proie;
Matth.jC. 24j uhicumque uerit corpus, illic congregabuntur et
' nbsp;nbsp;nbsp;aquiloe. La procession se tient long-tems sur la
brêche , on y prêche ; et eest ordinairement alors que les aigles paroissent: jajoute que Ton peut direnbsp;des Hongrois , ce que le P. Schmitt, dans sa bellenbsp;Hist, des Ottomans, dit des Turcs : Gens queenbsp;omnia interpretatur, Les Impériaux ont toujoursnbsp;regardé Iapparifion de 1aigle comme un bon au-gure. Les anciennes nations, même celles qui
-ocr page 55-( 37 )
ïiavoient pas laigle pour armes ou pour étendard , éloient du même avis. Un aigle paroit derriere lanbsp;flotte dAlexandre, un autre au- dessus de sa tête.
Freinshem., l. IJ, chap. 8. Quint.-Curt., l. IV, chap. zó.
OBSERVATIONS
relatives a la physique , A lhistoire naturelle ,
A LA MINERALOGIE , AUX MCEURS etC.
En 1765 , a Luxembourg, jai vu une liarpe enfermée dans un coffre. On en jouoit en tournantnbsp;une manlvellej le son en étÖit extraordinairenientnbsp;fort et infiniment liarmonieux.
Muséum dI»-golstadt.
A Ingolstadt , dans le Musceuin Orbanlanum , toules sortes de curiosités. Des embrions de toutenbsp;espece. (On peut voir les progrès de Iembrioiinbsp;admirablement gravés, au tom. I®*', de la Physiquenbsp;sacrée, tab. xiii, xivet kxiii) Une momie de quatre Maniere dem-mille ans , sans presquaucune alteration; dans lesnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
pag. 114.
grandes chaleurs, il en decoule un onguent qui momies , Phys. est un excellent vulnéraire. On dit que la chair j tom. IInbsp;des momies est excellente centre la pleurésie; eestnbsp;un conte: le peu defficacite quelle peut avoir, estnbsp;Ieffet du baume. Le type de la célebre araignéenbsp;de Milan, qui éloit de cinq pouces, Des armesnbsp;de toutes les nations du monde. Des étendardsnbsp;lures , des queues de clieval, drapeau turc, quinbsp;eonsiste en une pique garnie de quelques queuesnbsp;de cheval. Un missionnaire Chinois, habille ennbsp;Mandarin, dont void Iorigine : Un missionnairenbsp;avoit envoyé ces habits de la Chine -. les PP. dIn-
golstadt dresseren! une statue au missionnaire, et Ie revêtirent de ses habits. Des hamacs , litsnbsp;suspendus oü dorment les Américains. La chairenbsp;du fameux Eckius , Ie fléau du Luthéranisnie, la-quelje est dune simpUclté admirable. Un oiseaiinbsp;de Paradis ; cetoiseauadespieds, raais fort minces,nbsp;et souvent U les perd par maladie ou par vieillesse.nbsp;II S8 repose rarement; eest un oiseau de proie quinbsp;poursuit les pigeons , les verdievs etc. j son plumage est très-beau et très-varié etc. Anie diemnbsp;cïauso coinponet vesper olympo, L'emplacement denbsp;ce Muséum est magnifique ; cest une des plusnbsp;grandes salles , et peut-être la plus vaste que jaienbsp;vue; elle est bien éclairée , bien ornée : les buffetsnbsp;en sont de bon goflt. LElecteur avec toufe sa familie a été Ie voir sept mois après mon depart.
Muséum clu college de Liiutï.
Au Muséum du college de Linlz, en Autriche, il y avoit, et je lai vue , une horloge magnétiquenbsp;frès-bien ordonnée. Un génie suspendu montroitnbsp;les heures , un crapaud nageant indiquoit les minutes : les deux gnomons, ou aiguilles , étoientnbsp;dirigés par deux lames dacier renfermées dans Ienbsp;coffre derhorloge,etassez éloignéeslunede l'autrenbsp;pour ne pas mèler ni confondre leur action. Lenbsp;directeur de ce Muséum ne voulut point se persuader la possibilité du clavecin électrique; il eédanbsp;enfin, et lon ma dit quil étoit homme k lexécuternbsp;sans délai.
A'ienne.
A Vienne, en 1765 , jai vu , dans la chambre obscure de lobservatoire des Jésuites, l'astrolabenbsp;etle cadran fixe du célebre Ticho : cest un présentnbsp;de lEmpereur Leopold Les cadrans fixes ne
-ocr page 57-tVifferenl des astrolabes;, qu'en ce quils sont attachés et immobiles dans la méridienne ; la lunette estnbsp;mobile. Je vis aussi alors è. Vienne Ia belle salienbsp;de Funiversité, Ie IS^luséuTn stdticjUG etc,
MENAGERIE DE SCHCENBRüNN,
Schoenliruiin
Le dessin de cette menagerie est très-beau ; cest une étoile parfaite : le petit dome, qui en fait lenbsp;centre, est le seul édifice qui soit couvert dardoisesnbsp;enAutriche. EnHongrie, il nyen apresquepoint:nbsp;jen ai vu, que lEvêque dAgrie faisoit tirer desnbsp;monfagnes dErlau; elles nont pas le beau bleu desnbsp;ndtres.
II y avoit alors (en iquot;65) dans la menagerie de Scboenbrunn toutes sortes d'oiseaux rares, des per-roquefs, des corbeaux dinde, des oiseaux de sympathie, des autruches (*), des insatiables ou grand-
and
' Fhys, saer. f
clou enfoncé, et presque couvert dune tumeur que la plaie tom. II. avoit occasionnée; faction des glandules digestives et lanbsp;trituration ne contribuant enrien a la digestion, le clou estnbsp;resté presquentier. Les poules digerent 1argent. Si gallinisnbsp;monetam nel argenti vel cupriprojeceris , illani aridènbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lig. g, ch.
degliitient : sed uhi earn per secessnm ejecerint, semi V. Raison de cette esainjam reperies. Pluche, torn. i, pag. do^, ayouequc digestion, iSid.nbsp;les autruches avalent le fer, mais il ne convient pas quellesnbsp;le digerent. Ce nest pas , dit-ii, pour en tirer quelquenbsp;nourriture , mais pour les aider d hroyer les viandes ,nbsp;qui sont dans leur estomac, a modérer Vaction d unenbsp;chaleur excessive ^ et d déhoucherpar son poids l entree
c 4
{*) II est certain que Tautruclie avale le fer. èelles de Scliffinbrunn en avalent habituellenient; iin de mes amisnbsp;leur en a donnc, quelles ont pris ar ec a\-idité. Geile dontnbsp;Scheuchzer nous donne bestomac grave *, y avoit un gi
-ocr page 58-gosier, onocrotalus, un casoar (grand oiseau saus plumes et sans alles, couvert dune espece de sole),nbsp;des aigles de toute espece, des paons blancs etnbsp;autres 5 un pelican (*), un porc-épic, des chameaux,
et les passages des inf.estins. Celle doiit paile Sclieuclizer peut confirmer cette peiise'e. Tliomas Brown est du mèmenbsp;seiitimeiit après Aldovrandc rjui dit avoir vu a Trentenbsp;uue autruclie dévorer des morceaux de fer, et les rendrenbsp;eiitiers et intacts avcc les excréinens ; Ego fen i frusta de-vorare ^ dum Ti-idenli essem , observavi , sed quce in-coctarursus excerneret. Cet animal loiird et simple, ditnbsp;Léon dAfrique , qui vivoit dans un pays , oii les autrucliesnbsp;sont communes, avale sans choix tout ce quil trouve, ilnbsp;dévore jnsqua du fer ; surdum ac simplex animal j quid-quid invenit ahsque delectu , usque adferrum devorat.nbsp; Selon Ie P. Kirclier, lautruclie en un jour digere Ie fernbsp;que Ie feu nc consume qu'après un long espace de tems:nbsp;Struthio intro, unum diem ferrum digerit, quad abnbsp;igne nisi longo tempore consumi non potest. Le fer senbsp;fond aisément, maïs sans quil se consume.
() Le pelican est un oiseau de la grandeur de loie; il est Iriste et justifie lexactitude de lexpression de David : Si-milis foetus sumpelicano solitudinis, Psalm. loi («).nbsp;Yoyez-enla figure, Phys. sacr., torn. 1, tab. 248, litt.Y,,nbsp;ainsi que la fable quon en raconte {ibid. , pag- 298),nbsp;ct que jai entendu mettre sur le compte de lEcriture,nbsp;quoique le pelican ne se trouve dans toute FEcriture quau
(a) Le passereau dont il est parlé au mème Ps., Vers. suiv. ; yigilavi, et f actus sum sicut passer soUtarius in tecto , nestnbsp;jX)jnt un passereau ordinaire, mais un oiseau rare et fort triste,nbsp;que les Italiens nomment rnerulo solitario. üii le trouve dansnbsp;les Alpes du Trentin. VoyezJoach. Camera,Symb.,pag. 167.nbsp;Moii pere en a vu un a Bruxelles ; on levend un ducat a Venisenbsp;et a Milan.
-ocr page 59-des clromadalres (i), un loir , des nioutons Danois
fort grands, dautres moutons a grosse queue, tels
quon nous les représente dans les relations des
Indes, a cela prés quils ne trainoient pas la queue
sur une petite cliarrette; des oies de toute espece;
un taureau et une vache des Indes ; un lynx , qui
1777 gt;Pag. 601
paroit être Ie loup-cengt;ier* ; une vache , avec une * Joum.hist.et ________ littêr* j i5 Aout
Verset que je viens de rapporter. Au reste, il nest pas encore assez prouvé que ce que Pon dit du pelican, savoir,nbsp;quil nourrit ses petits de son propre sang, ne soit quunnbsp;conté sans aucun fondement. Au moins est-il certain quilnbsp;les nourrit des alimens tirés dune grande pocLe qui luinbsp;pend sous Ie Lee. II se peut aussi que Ie pelican souvre lanbsp;poitrine, et quïl en tire du sang ; ce qui rend Ie fait plusnbsp;croyaLle, cest que, suivant les relations, ses plumes anbsp;cette partie sont ordinaireinent rouges et tcintes de sang.nbsp;Th. B rown , Eiieurs populaires , tom. i , p. l (amp;).
(i)Selon Buffbn, les Losses du cLameau ne sont pas naturelles, mais un indice de la servitude, XI, aSo. Lenbsp;dromadaire et le cLameau ne sont pas deux especes.nbsp;5. 8. Grit. « Les callosités se perpétuent, aussi Lien que lesnbsp;« bosses, paria generation n. Buft. , XI, aSo. V^ideturnbsp;falsa hcEC inassai~um origo. JJecrescunt in lahore etnbsp;fame , crescunt in pinguedine et otio. i'i']. Dubitatnbsp;ipse , et conspectu cameli sylvestris , si daretiir , confir-mari aui expugnari liane opinioneinposse affirmat. aS t.nbsp; Asinus , antiquissimus porlator sine gibho est, nbsp;Nee videntur post mille annos aut ainplius gihbuinnbsp;gestaiuri eqiii , qui sicut et asini ubique terrarumser-'vimit : Cameli in sold Asice parte.
(?') Les SS. PP. se sont quelquefois servis de cette idéé pour exprimer Pamour du Sauveur , entrautres S. Thomas , innbsp;liythmo : Pig pelicans , Jesu Dojnine, 771e i7n7nu7idum viundanbsp;. luo sanguine. Le pélican es 11hiéroglyplie de Pamour paternel.
-ocr page 60-partie dune autre vaclae sur Ie dos (i); un mouton k trois jambes ; différens boucs, des sangliers , desnbsp;daims, des chamois, des capricornes (2).
Jai vu k Schcenbruim encore , chez Ie jardi-nier hollandois, des plantes de tous les pays du monde 5 des ananas , des aloes , des ichneumons ,nbsp;un palmier (3) elc. A Vienne de la toilenbsp;dAsbeste (4). Voyez Kirchar, Mund. subterr.,nbsp;part. 2.,
A Tirnaw, jai vu des singes, un diable des bois^ un crocodile, des cochons de mer, la pierrenbsp;*Voy.uneteiie dasbeste , du papier dasbeste *, plusieurs pierres
description de ________ ,
rAsbestCj
69.
qui portoit sous laisselle uue tcte humaine plantée dans sou corps. De kis rebus fuse in 3lio. Cod. Crit.
(a) Les daims ont les cornes fort hautes et hrancluies, les chevilles plattes : javois vu plusieurs daims au pare denbsp;Bruxelles. Si quis dainas et rupicapras distinguat,dieetnbsp;cum Plinio : Rupicapris carnua in dorsum curva,nbsp;damis in adversum. Dama pro clievreuil sumi non potest, quidquid hlaterent qucedain dictionaria. Maliinnbsp;caprum sylvestrem dicere vel capreum. De his vocibus :nbsp;Dama;, dorcades, raxtieso^vx, grammatici certant etc.
(3) Ce palmier a flcuri la meme aiiuée un peu après mon depart de Vienne. Description et repre'sentation du palmier,nbsp;Phys. sac. , torn. 1, tah. i Les dattes, ïbid., torn. 5,nbsp;tab. 525. Jen ai mangé souvent eullongrie. La feuillenbsp;du palmier séchée devient jaune, prend Ia dureté et lanbsp;flexibilité du jonc, et se conserve de même. Jen ai vu anbsp;Liege ; les Tréfonciers sen servoient autrefois a Ia procession du Dimanche des Rameaux.
^4) ld asheste ou Vamiante est un mineral compose de fils tres-déliés, plus ou inoins longs, appliquéslongitudi-
suhter.,ystt. a, (i) LeP. Barbier, mon recteur a Liege, a vu uu homme
-ocr page 61-Pline dit avoir vu une nappe de lin incombustible, que lon jetoit au feu pour la blancliir. On bruloit dans cesnbsp;toiles lescorps des Rois, pour que leurs ccndres ne se me-lassent point a celles du bucher. Quoique le lin fut plusnbsp;cber que les plus belles perles , ainsi que Pline le rapporte,nbsp;il nétoit cependant pas beau; il étoit roux, difficile a tra-vailler , et très-court; il venoit de la Perse : cétoit le seulnbsp;qui fut connu de son tems.
On trouve de très-bel amiante dans 1isle de Corse; il y en a dont les fils ont quelquefois iu.squa six pouces et plusnbsp;de longueur; ce sont les plus blancs, les plus bvillaus et lesnbsp;plus rares. Cette e.spece seroit la plus propre a êire tra-vaillée et a donner une belle toile.
II en crolt encore a Eisfield dans la Thuringe; dans les mines de lancienne Baviere; a Jlamur dans la Belgiqne;nbsp;dans 1'isle dAnglesey, annexe de la Principauté de Galles;nbsp;a Aberdeen en Ecosse ; a Pouzïoles en Italië; a Smynic;nbsp;en Tartarie; enfin, en Egypte. Lart de filer 1amiante,nbsp;autrefois connu des anciens, est depuis long-tems ignore,nbsp;et mème i présetit ou ne sait point en faire de belle toile.nbsp;Les montagnards des environs de Barrege ont seiilement
-ocr page 62-* Voy. Kirclier, cassites *, une optique extraordinaire, qui occupoit cliambre, et i'eprésentoit, en relief, lesnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;plus beaux jardins et édifices de lEurope, des arcs
de triompbe etc. Tont étoit illumine et paroissoit dans Ie calme dune belle nuit : cette illuminationnbsp;étoit produite par de petiles ouvertures faites dansnbsp;les tableaux , qui donnoient entrée k une grandenbsp;Inmiere quon avoit placée derriere ¦, eest lex-pression litiérale du système ridicule des Récolletsnbsp;de Tirnaw sur les étoiles (i). J'ai vu, depuis, la
mie adresse singuliere pour en faire des bourses et des jarretieres.
II ne fuut pas croire que Ie papier damianle que jai vu k Tirnaw, se fasse avec de la toile damiante. Cest unnbsp;amiaiile a fds très-flexibles, et entrelace's de maniere quilsnbsp;formeiit des especes defeuillets. La couleur en est grisatre;nbsp;on lappelle papier-fossile : il y en a de plus épais, quonnbsp;appellectiïr^,ssi^e. On en trouve non-sculement dans lesnbsp;environs du Krapacli, mais aussi dans la vallée de Coinpansnbsp;aux Pyrenees. T^oyez Ie Joui'n. liiat. et litt.^ 15 /'aV. 1781,nbsp;pag. 279.
(i) Ces PP., dans une tliese soutenue publiquement, disoient que les étoiles étoient des trous, au travers desquelsnbsp;on voyoit Ie plaucher doré du ciel. Uu Jésuile attaqualanbsp;these par eet argument: Un trou ne peut fermer un autrenbsp;Dehisirou', or, une étoile en cache souvent une autre. Sinbsp;5c. Exam. crit., Jjons PP. eussent restreint leur these aux étoiles fixes,
nbsp;nbsp;nbsp;il eut été difficile de les réfuter : cela est si vrai, que Ie
célebre et estiina])le Derham croit effectivement que les Joum. hist, et néhuleuses sont des ouvertures a travers lesquelles on dé-Utt., iSMai 1786. ^g^Yre Ie ciel empyrée. Riccioli fait mention de ce sys-lème a 1occasion des étoiles nouvelles qui disparoissentnbsp;après avoir lui quelque tems, comme cclle de la Cassiopéo
Altnag., torn. 2, pag. i
u-
en 1572,
-ocr page 63-(45 )
même optique avec de nou%-elles pieces, a Liege,
Ie 8Décembre 17d. Jai encore admiréa Tirnaw une chainbre o])scure mouvante, oü lon. voyoitnbsp;toule la ville et les environs (i). Différenles idoles.
nbsp;nbsp;nbsp;Le cotton avec sa planle. Un escargot méfal-lisé, ce quiest très-remarquable (2). Une écorcenbsp;darbre qui sert au même usage que la toile, etnbsp;dont les néopljyles du Paraguay se font des vête-mens (3). Le portrait dun anlropophage du
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Ily cn a iint: semblable a loljscrvatoire des Jésuitesnbsp;a Vienne.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Ce petit escargot me'tallisé prouve, ainsi quele cLam-pignon que jai vu a Varalya , quil ne faut pasbeaucoupnbsp;de tems a la nature pour achever ces sortes dopérations.nbsp;Ce cbampignon e'toit grand, et si exactement pétrifié, quilnbsp;ny a pas inoycn de trouyer une plus belle pétrification.
nbsp;nbsp;nbsp;Mr. Suber, dans ses Lettres sur lItalië , parle aussi denbsp;deux cbanipignons petrifies, qui se trouveiit dans le cabinet de Mr. Charles Allione, professeur de Botanique anbsp;Turin, et ne paroit pas douter que cette pétrification nenbsp;soit naturelle. Cependant, outre ce que je dis de Mr. An-drassy plus bas dans cette Note, et ce que la beauté dunbsp;champignon rend très-probable, Mr. Schroeter, dans sonnbsp;Léitholog. , fait mention du lapis nstMS, connu et employénbsp;par les anciens pour pétrifier les cadavres. Tom. i, pag.nbsp;104. Le champignon de Varalya, ci-dessus, avoit éténbsp;pétrifié dans une liqueur pétrificatiye par le baron Jeannbsp;Andrassy, grand chymiste.
(3) nbsp;nbsp;nbsp;Lindustrie des sauyages , pour peu quon la pro-voque, ne se borne pas au simple nécessaire, comme on lenbsp;dit communément. Jai yu, en 1776, une petite maison ^nbsp;indicnne, avec tous ses mcubles, très-bien exécutée, pournbsp;servlr de modcle, et donncr un tableau de ces demeuresnbsp;sauyages. Cétoit Touvrage dun indien de Surinam, quinbsp;pouyoit jüüter ayec les quincailleristcs de Nuremberg,
-ocr page 64-Paraguay , eavoyé par un missionnaire. Des monnoies Turques : elles n'ont aucune figure ,nbsp;mais seulenient Ie nom du Souverain.
En Septembre j'jöS , j'ai examiné les raachiues admirables de Scheannitz (i), dans la haute Hongrie,nbsp;qui servent ^ tirer leau des mines , la machine hnbsp;feu de Vinschachten (2) et dans Ie même endroit,nbsp;la machine hydraulique du célebre Mr. Heil, frerenbsp;du Jésuite, grand mathématicien, et préfet de l'ob-sercatoire k Vienne. Ce Mr. Heil est un homme
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Ou trouve toiicliant Neusol ct Schemnitz , heaacoupnbsp;de choses dans Valmont de Bomare, Minéralogie, a vol.nbsp;in-8vo, Paris, 1774-
(2) Lingéniense invention de cette machine fera un journbsp;une époque brillante dans lhistoire des arts. II est éton-nant que cette importante de'couverte se soit laite ennbsp;France, en Allemagne et en Augleterre pfesque dans Ienbsp;même tems, sans que les inventeurs eussent eu entreuxnbsp;la moindre relation. Comme les moyens inventés par Ienbsp;docteur Saveri, Frangois refugié en Augleterre, ont éténbsp;reconnus pour les plus simples, lAngleterre est restée ennbsp;possession davoir inontré la premiere a FEurope lesnbsp;pliénomenes de Ia machine a feu. Cependant plusieursnbsp;persoimes pensent que la premiere idee en est due a Papin,nbsp;médecin frangois, professeur de physique expérimentalenbsp;a Marbourg , et membre de la Société royale de Loudres jnbsp;car, outre quil a fait counoitre Ie premier, par Ia fa-meuse experience de sa marmite, la force de Ia vapeurnbsp;deleau, il en a encore parlé dans un petit Ouvrage latinnbsp;quil fit paroltreen ifigS. Mr. Blackey, Anglois, travaillenbsp;a nous douner un Traité complet de la construction desnbsp;machines a feu. II sera imprimé en fraujois , et fera suitenbsp;a la description des arts, doune'e par Mrs. de FAcadémienbsp;des sciences de Paris.
-ocr page 65-simple et très-modeste c'est en voyant ces machines et les travaux immenses qui sont nécessaires pour arracher les métaux a la terre ¦, qu'on séci'ie : C^uid nonmortaha pectora cogis, aiiri sacranbsp;fames'. Ces machines sont très-différentes denbsp;celles du P. Kircher, part. i., pag, zt3, ^^4 gt;nbsp;Zró. In aliis edit., consule indicem ad vocem Machina hydraulica. Je vis, a Schemnitz, labrégé (Jenbsp;toutes les machines qui servent aux mines; Ie village de Vinschachten sy voit aussi tout entier, avecnbsp;les souterrains el tous les travaux des mineurs (i).nbsp;Le mouvement dune manivelle remue toutes lesnbsp;machines; cette piece ne sauroit être assez admirée.nbsp; A Neusol, on me fit voir la maniere de tirernbsp;1argent du mercure, largent du plomb, le cuivrenbsp;du fer par le moyen du teu , et celle de séparer,nbsp;par le moyen de leau , lor , largent, le cuivre.nbsp;Le feu rèverbéralif est dune activité inconcevable:nbsp;les fondeurs k Neusol, se )ettent pieds nus surnbsp;lécume (scoria) de largent fondu, encore toutenbsp;rouge, sans se brüler.
Jentrai dans ces mines avec le Vicomte de Hö-gengarlen (2) ; elles communiquent avec celles de
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Kircher explique toutes ces divisions, Mund. suht.,nbsp;et Valmont de Bomare, Mineralogie^ 2 vol. in-8vo,nbsp;Paris, 1774'
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Lintendant des mines est Comte de la Chambrenbsp;impériale , et son lieutenant Vicomte. Le Vicomte menbsp;fit preudre le costume de mineur ; cest un habit singulier.
Les mineurs forment une milice assez jolie : le jour que 3 y fits , le Vicomte leur fit faire 1exercice pour honorernbsp;«11 Abljd des Prémontrés des environs de Caskaw.
-ocr page 66-Schemnitz , qul sont i une lieue de la. J'élois entré anssi auparavaat dans celles de Neusol, qui sont knbsp;deux lieues de la ville, dans Ie He.rrengmnd (vallisnbsp;Dominorum). Elles ont, dit-on, cinq cents brasses ,nbsp;Ou 2,5oo pieds de profondeur. On varie beaucoupnbsp;dans la determination de celte profondeur: coramenbsp;on y entre de cóté , il se peut que , sous quelquesnbsp;inontagnes, elles aient 5oo brasses; mais les verti-cales nont ordinaireraent pas 200 brasses. Aunbsp;fond de la mine, il y a un lac qui change Ie fer ennbsp;cuivre en i5 jours de tems. Jen ai apporté unenbsp;belle piece a Tirnaw. Le P. Kircher , Mund.nbsp;subterr., part. %., pag. 2-/^^ prouve que ce neslnbsp;pas une vraie transmutation : les officiers des minesnbsp;sont de son avis. Je ne descendis point cettenbsp;fois-ci j usquau fond des mines 5 mais jen vis asseznbsp;pour croire,
Esse aliquos Manes et suhterranea regna,
Et contum, stygioque ranas in gurgite nigras , jitque und transire vadum tot millia cymbd.
Juvenal.
On reviendra encore sur cette raatiere dans la suite de eet Itinéraire.
Démons mon-tagiiards.
Ce que Kircher dit des démons montagnards , quon a pris autrefoisppur des nains, que Paracelsenbsp;croit êlre les habitans du monde souterrain etc.,nbsp;est encore attesté aujourdliui par les mineurs denbsp;Hongrie. A Neusol est mort depuis peu un mineurnbsp;qui, jusqu'au dernier soupir, attesta avoir vu unnbsp;de ces nains ou Bergmcennlein. Le célebre Mr. Heilnbsp;assure en avoir vu trois fout récemment. Je nainbsp;aucun sentiment sur ce point, que je ne veux ni
affirmer ,
-ocr page 67-fiffiriner, iii nier j )6 dis seulement: 3Jultn wcre-dibilia z»era, biendes chosesincroyables sonlnéan-raoins vraies.
Journ. hist, et tér., I Févrieinbsp;788, pag. 186.
Ml. Genneté dit « que si on ne vent pas consulter )) la raison , on na quk consulter tous les mineursnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'i*'
1) d'Allemagne, de Bohème, de Hongrie, de Tran-n sylvanie et Ie reste } quon trouvera que ces ou-« vviers nont jamais vu, ni entendu parler de tels » lutins. n Origine des fontaines, pag. 20y. II paroitnbsp;que ce premier physician de S. M. I. ne les a jamaisnbsp;interrogés ; car , sll leüt fait, ils lui auroient ra-conté des choses étonnantes : il na pas non plusnbsp;interrogé les houilleurs.
II est remarquable que presque toutes les vaches Vachesetbcenfs
.1 , f nbsp;nbsp;nbsp;T ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp; 1-1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-1. de Hongrie.
et les boeufs de Hongne sont gris, quoiqu ils soient roux en naissant. An quia in aperto semper aëre
degunt adTibiscum* vicim'squeplanis? atisquoque * Theiss., ri-
color inter monies ubi stahulanlur. Prcetered sunt * nbsp;nbsp;nbsp;°
equi pariter sub dio hiemantes colons varii. Les vachesdeSuisse, transplantéesenHongrie, restentnbsp;noires, même après plusieurs générations : je nenbsp;sais si elles changent enfin ; cela est a reraarquei',nbsp;et peut seivir dans la question de 1oxigine desnbsp;negres. Les taureaux sont aussi noirs ou bruns ¦,nbsp;peu sont gris.
On y voit une espece de mouions qui ont des Moutons et comes spirales d'undemi-piedet au-dela-.leschiens chiensde berger,nbsp;de berger sont très-semblables aux moutons ; cenbsp;quil faut expliquer par 1imagination.
On y remarque une espece de melon rouge qui Melons, estparfaitement rond ,tres-sain, dun gout insipide;nbsp;on le nomme melon grec: il y en a de blancs, qui nenbsp;Tom. I.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H
-ocr page 68-( 5o )
sontquune variété de la même espece. Les melons ordinaires sont extrêmement grands aux environsnbsp;de Dtbretzin-, les champs en sont remplis : on en anbsp;plusieurs pour un creutzer.
A Neusol, on me montra la manlere de lirer la couleur verte de leau vitriolique. II en sera parlénbsp;plus amplement dans la suite. A Schemnitz ,nbsp;chez Ie Baron de Harscli, toutes sortes de mi-néraux tirés des mines de Stirie, du Tirol, denbsp;Hongrie etc. , et amasses avec discernement. nbsp;A Trenschin, jai remarqué 1'oratoire ou prie-Dieunbsp;de Ferdinand II; plusieurs belles reliques;le corpsnbsp;de S. Bemphimius est un présent de S. M. Marie-l'hérese : Ie squelette est très-arlistement lié etnbsp;revêlu dun habit superbe, qui cependant ne Ienbsp;cache presque pas. Jai vu a Raab une momie ;nbsp;une aulre a Presbourg. La même, a Raab el anbsp;Tirnaw , une corne prétendue de licorne, quenbsp;Kircher {Mimd. subterr., part. 2, pag. By) croit,nbsp;avec raison , être la défense dun grand poisson ,nbsp;quon trouve dans les mers du Nord , et qui se batnbsp;avec la baleine. II dit, ibid., quil ny a jamais eunbsp;de licorne, cest-a-dire, telle que Pline et Elien lanbsp;décrivent; car il est certifié par lEcriture-Saintenbsp;et toutes les histoires, quil y a eu un animal appelénbsp;rhinocéros (Kirch., ibid.), et Scheuchzer ajoute :nbsp;Qucestio non attinet te an , sed te quid. En lisantnbsp;Bulfon, torn. ii , onreconnoit lancien rhinocérosnbsp;a la figure prés. On confond souvent monocérosnbsp;SXGC rhinocéros, paree que, comme dit Scheuchzernbsp;(Phys. sacr., torn. 3, pag 3^6) Est quoque rhinoceros (nasocornis) monocéros, quee vox omnibus
-ocr page 69-unicornibus communis est, sed non contrd, Le poisson dont parle Kircher ci-dessus , est nomménbsp;monocéros, et sa corne est vraiment celle que jainbsp;vue en tant dendroits. On peut voir la figure dunbsp;poisson et desa corne, Phjs. sacr., torn. l, tab. i6,nbsp;lilt. E. On y trouvera aussi le rhinoceros quadru-pede , ibid., torn. 3, tab. 3i3. On en a vu un anbsp;Luxembourg ily a i3a i4 ans. Jai vu depuis, anbsp;Trenschin, durant un second voyage que jy fis ennbsp;Septerabre i quot;jfifi, la corne du véritable rhinoceros,
Ce que dit Kircher, ibid., pag. S'j, des fossiles, qui ont la forme dune corne , est une chose cer-laine. II y a ici, au college de Tirnaw, une de cesnbsp;cornes, fort grande et fort épaisse, quoique dunenbsp;forme différente de celle que lantiquilé a attribuéenbsp;a la licorne. Cest la corne dun morse ; la Sibérienbsp;en est pleine.
Jai vu a Tirnaw faire de la poudre k canon , tirer et preparer du salpêtre dune terre grasse. Ennbsp;plusieurs endroits de la Hongrie, jai vu des buffles,nbsp;des cigognes, des bistardes, des taureaux terribles.
A Presbourg , jai remarqué dans la pharraacie de nos PP., un basilic, la machoire dun dauphin,nbsp;différens coquillages curieux , divers embryons jnbsp;entrautres un ours de la grosseur du poing, très-bien formé, et aussi bien développé que la mère ,nbsp;ce qui prouve la fausseté de ce qu'on débite tou-chant la formation de eet animal. Un poulet, unenbsp;oie h quatre pieds. Plusieurs de ces vers, quinbsp;ont rongé il y a quelques années, les vaisseaux etnbsp;les piliers a Amsterdam ; ils sont de la grosseur etnbsp;de la longueur dun doigt; il y en a un métamor-
D 2
-ocr page 70-phosé en papillen. Sur ces vers qui rongent même les vaisseaux,Pluche fait cette reflexion ; « Ainsinbsp;« ces vaisseaux formidables , qui portent des ar-igt; mees entieres, qui vomissent Ie feu de toutes parts,
» et qui paroissent la gloire et la süreté de létat,
» redoutent eux-mêmes la morsure dun foible I) animal. Dieu nemploie quun ver, pour fairenbsp;n sentir aux hommes la fragilité de leurs plus beauxnbsp;» ouvrages. Ce ver a quelquefois répandu lalarmenbsp;)) dans une des plus florissantes républiques denbsp;)) FEurope ». Speet, de la nature, torn. 3,pag. ZOZ.
Javois vu a Liege en ijdi et années suivantes, au muséum des Anglois, les plus belles machinesnbsp;pneumatiques de toutes tormes ; des telescopesnbsp;newtoniens ti'ès-bien executes. Ceux de Tirnaw,nbsp;faits par Ie P. Borgias Kéry (1) sont moins beaux ,nbsp;mais excellens, et pour Ie moins égaux k ceux denbsp;Liege. Lobservatoire y est beau et bien bati, quoi-que peu solidement. Lhorizon y est bien dégagé,nbsp;et beaucoup plus favorable que celui de Vienne.nbsp;Jy ai assisté plusieurs fois aux observations quinbsp;sy faisoient; la lune paroissoit fort grande , sesnbsp;laches étoient très-bien exprimées, telles que Kir-cher les représente , Mund. subt., z. part., pag.nbsp;fö.. On y voyoit aussi les laches de Jupiter; sesnbsp;satellites paroissent fort petits dans tous les téles-copes. Le soleil na point Ie limbe dentelé que Ie
Le célebre P. Kéry vit encore a Tirnaw, en 1766 : son Histoire byzantine , sa Dissertation sur la lu~nbsp;miere etc., sont cstimés. II est nommé dans VApologie denbsp;linstitut des Jésuites , pag. 807.
-ocr page 71-P. Schemer a cru y voir, amp; Rome, lan i635. Peul-ètre nest-ce quuiie gentillesse du graveur ,nbsp;pour exprimer Is feu. Le soleil est sans tache de-puis assez long-tems; quelques newtoniens sima-ginent que ce délkut de taches annonce le besoinnbsp;de quelque comete, dont lengloutissement réparenbsp;les perles du soleil. Le ii de Mars i';;66 , jy ainbsp;remarqué trois taches fort petiles, a deux doigtsnbsp;de lextremite supérieure, Vénus paroit dans uiinbsp;de ces telescopes(1)qui est de 4 pieds 3/4,cominenbsp;la lune coiisidéi ée sans lunette. Lanneau de Sa-turne y paroit aussi très-bien. Ceux qui croientnbsp;voir les satellites de Jupiter dans les miroirs ordi-naires, sont ti ompés par une illusion doplique ,nbsp;causée par linëgalité du rairoir, Jai vu soutenir cenbsp;point avec une opiniatreté incroyable, quoiquenbsp;toutes les regies de la catoptrique dussent détruirenbsp;cette idéé. Je crois que eest a-peu-près de la sortenbsp;que le Capucin Rheita a vu , a Cologne, de nou-veaux satellites autour de Jupiter. Les astronomesnbsp;se soiit mis a la torture a cette occasion-
Les astrolabes , les cadrans fixes sont aussi trës-beaux k Tirnaw. Les micrometres y sont ex-cellens : celui dont se sert ordinaireraent le P.
II y a de ces telescopes qui sont de la fagon de Casse-graine et qui renversent les objets; il y en a aussi de la fa^on de Jacobusnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ veritable itivcnteur du teles
cope ; ccux-ci peiivent servir pour les objets terrestres. La plupart sont newtoniens; mais le P. Kéry y a fait desnbsp;cliangemens avantageux. On peut voir la difference desnbsp;telescopes de Newton et de Cassegraine, inst.
Scherffer , pag. 258 e( suiv.
D 3
-ocr page 72-Weis ( I ) , donne , dans une revolution qui est divisée en loo part. , i min. , lo sec., 55 tierces.
Le basilic. ^ 7 auroit bien des remarques a faire sur Ie basilic que jai vu a Presbourg (a).
ïo. Cel animal a des pieds , il est ailé , sa queue est noueuse ; it est tel en un mot, quon peint lesnbsp;dragons : il est done sur et démontré quil y a desnbsp;dragons, cest-k-dire des serpensailes j etKirchernbsp;a raison dappeller ohstipi capitis homines, ceuxnbsp;qui en nient 1 existence. Le lézard volant ne rem.:-pliroit pas toute Iidee dun dragon.
20. Kircber, Mund, subt., part. %, lib. 8, cap.Zf
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Ce P. est renomme : il imprime tons Ics ans ses Observations : il est en correspondance avec les Parisiens; dunbsp;reste fort simple, etpayant, comme jai dit, sont tributnbsp;aux mathe'raatiques.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Les serpens a sonnettes peuvent être regardés commenbsp;des serpens courounes, dont jai entendu aussi contesternbsp;1existence : erreur. Cette sonnette nest pas sur la tête,nbsp;inais an bout de la queue. Serpentempulchre variega-tum reperi in agro quodam patrio} Luxemburgensis.nbsp;Embriones vidi Posonii (Posen). Miras serpentumnbsp;figuras -videre est apud ScJieuchser , Phys. sacr., tab. i.nbsp;Tab. 606, 662, 653, 654,655 , 628, 629, et tom. 7.
passim. .An serpentes detruncati uiaant iitrimque , cum Augustino et Ponneto diversis in locis disserui.
¦ Serpentes , etiam perniciosissimi , raro Irsdunt non initati; mansuescunt i/iierrfw/n.. Vide exempla, Phys.nbsp;sacr., tom. 6, ad tab. 606.
Dieu voulant pourvoir a la surete de Ihomme, a rele'gue les dragons et les monstres venimeux dans les antres et lesnbsp;deserts.
. nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. Pater omnipotens speluncis abdidit atris ,
Poe metuens.
-ocr page 73-( 55 ) _ nbsp;nbsp;nbsp;-
nous assure que le basilic nail oe 1 ceuf d un vieiix coq. Basiliscos cx oi^o galli vefeiis nasci alatos,nbsp;adeb hodiemo die innotuit, ut quis temeranus ha-beri censeatur, qui id iiegare insolentius vdit. Lenbsp;basilic ressemble assez au coq.
3. On dit que le basilic tue par son regard *. nbsp;nbsp;nbsp;* negat,
Ceux aui connoissent Tefficacité incroyable de cer- Th. Brown, £/-
VjcuAv.| nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;reiirs pnpulairefi,
tains venins, n ont pas de peine a concevoir que cet nbsp;nbsp;nbsp;j ^ p^g. 269,
animal, fixant sa vue sur un oblet, puisse lui en- BufFon, Ihst. voyer par les yeux assez de poison pour le tuer (i).
Les terribles serpens de I'Orenoque, qui enveloppen! , une demi-lieue a la ronde , les lions , les tigres , liommes, cbevaux etc., dune atmospberenbsp;venimeuse , sont bien plus admirables : tout estnbsp;attire vers le monstre, tout en est sued, comme lanbsp;belette est attirée et sucée par le crapaud. Lesnbsp;PP. de Trevoux se servent de ce dernier fait quinbsp;est constant , pour appuj'^er le premier qui estnbsp;atteste par nos missionnaires (2).
(1) Quod utiqiie non fit nisi vindenti spii'itds ofii-cacid. Kircli., de Basilico. Mund. subt. , part. 2 , lib. ix , cap. 5, de SympaiJdd. Sic fascino se amaiites infi-ciunt etc. , ibid. Elegam ille locus est. Morbusnbsp;quidam Jioirendus, Danse de S. Jean, obtutu liauritur.
Voyez Trevonx, art. Danse. Mem. de Trevoux, 174^^,
Janv., pag. 32.
{ibidem Jiabet Scheuchzer, Pliys. sacr., tom. 5, pag. 768. Etiam altissimas aces trahunt et eelerrimènbsp;volantes; ridere tarnen vuletur, nescius rem esse certain.
Molem serpentisprobat, tom. vi, tab. 628. yives trahi infontem mineralem in S. Joanne ad Carpathum , innbsp;aprico est. Fontem ipse vidi. On assure quil y a en
Vins de Hon- nbsp;nbsp;nbsp;vins dc Hongrie sont excellens, comrae tout
Ie monde sait. On regarde constamment Ie Tokai pour Ie meilleur de la terre; maïs comrae la bonténbsp;du vin depend aussi du goüt et du tempérament,nbsp;qui sont diöërens dans tous les hommes , on nenbsp;sauroit tout-k-fait décider la-dessus, comme je Vainbsp;écrit ailleurs , aprës Malebranche. Je pense quenbsp;pour les vieillards, Ie Tokai est, généralementnbsp;parlant, Ie meilleur ; Ie Monte-Pulciano me plaitnbsp;davantage. Le Champagne encore pétillant, sur-tout le mousseux , peut paroitre préférable auxnbsp;jeunes gens (mais il est mauvais pour les gensnbsp;détude , souffrant des nerfs , ou suiets k des af-
' nbsp;nbsp;nbsp;feclions rhumatismales). Le vin d'Edemburg est
trës-bon. CeuxdeBude sont dediff'érentesespeces; ils sont dun rouge foncé et dun goüt assez analogue au Bourgogne; je préf'ere le vin de Graan.nbsp;Celtn dAgria est aussi très-bon. Mais quoi! jou-bliois VHongria ; eest le roi de tous les vins. Lenbsp;vin du Necker, en Allemagne, est le plus sain quenbsp;jaie bu, mais il nest pas flatteur. Voyez lesnbsp;qualités du Tokai, dans la Dissertation de Samuelnbsp;Dombi, de Vino Tokaiensi, 1^58.
En i'j66 , iai vu a, Tirnaw une belle et ample collection de coquillages , envoyés de Trieste,nbsp;Létoile marine , Concham Sli. Bernardi, oü l'onnbsp;trouve une petite écrevisse, qui détruit le poisson;nbsp;on appelle celte écrevisse : le pauvre homme, Vher-jnite Bernard {Foyez Pluche, Speet, de la nature,
Espagne une fontaine qui attire tout. Celle de S. Jean, en Hongrie, attire sürement les oiseaux : a moins quon naimenbsp;mieux dire quclle les tue par la force des esprits minéraux.
-ocr page 75-tom. 3y pag. nbsp;nbsp;nbsp;ffjppocampas , quce Jonnicis
objectce et ad ossa usque cxesce, mirarn Jiguram exhlbent. (^Mundus suhteri'., part. 2., pag.
Pinnasmarinas. Jaivuaussi unscorpion, qnon nourrissoit avec des mouches et du bois pourri.
Je remai'que, on passant, quil y a differentes es-peces de scorpions. Elien en compte jusqua neuf.
Jai remarqué , a notre maison de campagne, des oiseaux extraovdinanes et fort petits , qui cou-roient les murailles perpendiculairemnt comme lesnbsp;lézards.
A 8 lieues de Tiruaw, j'ai visité les caveaux de Caveaux Cheita , si remarquables par leur arcbilecture, etnbsp;par la nature des voutes, qui ne sont failes quenbsp;dune terre argileuse fort dure ; il y en a qui ontnbsp;Irois étages. Firma terra est, dit Turoczi, et solidinbsp;ad insiar muri... slant celloe alice super alias , quinnbsp;tarnen quidquani vitii faciant. On passe de 1un è.
Iautre par des canaux extrêmement étroits, que jai parcourus , en rampant, avec un enfant quinbsp;portoit la lumiere , non sans crainte de nous y engager a ne pouvoir en sortir aisément, k cause denbsp;la multitude des cliemins, qui font tres-facilementnbsp;oublier fentrée. Quelques-uns pensent que cesnbsp;caves ont été faites par \ts Hussites-Adamites, quinbsp;sy retiroient, ou pour y faire leurs abominations,nbsp;ou pour se derober au zele des Catboliques (*).
{*) Jai vu un autre souterrain magnifique a Luxembourg : ccst un labyriuthe immense a plusieurs e'tages, bati par les Francois. On y entrc par-dessous un caraiier,nbsp;pres la Porte-Neuve: on croit ctre dans le fameux Templenbsp;deSérajüs. Ouvoil, dans la memeville, leBouc, grand
-ocr page 76-Cest dans une de ces caves , que s'est passee rhistoire terrible de la Comtesse Baitori, mavieenbsp;au Comte Nadasly. Elle sacrifia six cents filles knbsp;sa beauté, selavantavec leur sang, pour se blanchirnbsp;le teint. Cette scélérate prit ensuiteplaisir a mangernbsp;la chair humaine, et k lt;voir expirer ces filles dansnbsp;les plus affreux tourmens. (^Quisnani hominum,nbsp;quern tu delicto videris uno, contentuml Juvenaz'^^nbsp;Cette histoire est certaine , quoique plusieurs ynbsp;ajoutent des circonstances fabuleuses. Res cerlis-sima, etnullius auctoritale elevanda, dit le P. Tu-roczi, Hangaria suis cum regionibus , pag. z8g.nbsp;Le nomdu dénonciateur est écrit sur la voute de lanbsp;cave : Felix Spring, tffzo. Le Palatin découvritnbsp;le crime en 1610.
Toutes les circonstances de cette liisloire se trouvent dans les registres du Palatin Turzo , jugenbsp;de ce crime. Le P. Kaprinai, qui travaille ici anbsp;Tirnaw, a la diplomatique de Hongrie , est ennbsp;possession dune piece autbenlique du proces. Onnbsp;a cependant résolu desupprimercelte histoire dansnbsp;une nouvelle édition du P. Turoczi, pour ne pasnbsp;irriter la familie de Nadasty j celle des Battori estnbsp;éteinte. Cest ignorer les droits de lhistoire : ellenbsp;doit déV oiler les grands forfaits, commeles grandesnbsp;vertus, montrer jusquou peut sélever une bellenbsp;ame, et quelle est la profondeur de labyme oiinbsp;entraine le crime. Je ne sais si le monde a vu pa-reille afrocité depuis quil exisle , qua tragcedid
roe creuse' depuis peu, et qui est uiie vraie mervcille. Ces sortes de souterrains ne sont guere propres a une boniienbsp;defense j on y est étoulïé par la fuméc.
-ocr page 77-trlstiorem an sol unus post homines natos viderit,
on natio ulla unquam audierit, jure dubites, dit le
P. Turoczi; il désespere de trouver croyance, vix journalhist. et
sperabam , tania est facti atrocitas , fidem
quemquam me inventurum.
Je montai, durant le même voyage, sur la haule montagne de Témcstirn, ou il y a un chateau ruiné,nbsp;et dou Ton voit Presbourg , qui en est éloigné denbsp;quinze lieues, Tirnaw, les Comtes ou Comitalsnbsp;(C'est ainsi quon nomme les provinces en Hon-grie), de Presbourg, de Trenschin, de Comorre,nbsp;de Nitrie , de Strigonie. Rien de plus grandnbsp;quun tel coup-doeil : la grandeur de Dieu , la pe-titesse de la terre , sy voient comme dans unnbsp;tableau. « La, les grandes villes paroissent commenbsp;» des points , les plus vastes régions comme unenbsp;« poignee de terre. C'est ainsi que le philosophenbsp;1) les envisage toujours ; et quand I'ceil sunit hnbsp;n Iesprit pour juger de la petitesse de la terre, sanbsp;» fausse grandeur peut-elle en imposer 7 » Lettrenbsp;d Mr. D***. Assis sur un roc escarpé , je me livrainbsp;aux réflexions les plus consolantes, mon ame sem-bloit sétendre avec ma vue. Regna terrce ^ cantatenbsp;Deo; psallite Domino. Cette montagne ma biennbsp;trompe j de loin elle paroit petite : je croyoisnbsp;pouvoir en atteindre le sommet en une demi-beurenbsp;en partant de Stréda; jy ai mis trois heures. Ce-pendant, ce n'est qu'un nain vis-k-vis du Krapach.
- On trouve sur cette montagne, ainsi que sur le Krapach, des pierres précieuses : il faut être versénbsp;de longue main dans létude des joyaux pour pouvoir les connoitre; les Autrichiens aiment ces sor-tes de recherches.
-ocr page 78-( 6o )
Bains de Porte-
ny,
littér.
gt;789
15 Mars
J'allai, vers le niême terns, a Porteny (*) , o'i il y a des bains celebres, dont jai fait usage :nbsp;1eau en est si cliaude, quun poulet y est cuit ennbsp;peu de terns; elle bout continuellement. La sourcenbsp;de cette eau sort du milieu du fleuve Vagus; cenbsp;qui me fait croire quelle communique avec cenbsp;fleuve, cest quelle croit et decroit avec lui. Ellenbsp;sen sépare prés de Trenschin ou ailleurs , en senbsp;perdant dans quelque gouffre; apres quoi elle passenbsp;par des minéraux et des feux souterrains, et senbsp;rejoint ensuite au fleuve. Je connois plusieurs fon-taines qui communiquent ainsi avec des rivieres ,nbsp;et qui en derivent. Oij a forme depuis-lors, a Porteny , une petite isle dans cet endroit du Vagus ,nbsp;au milieu de laquelle est creusé un bassin, pour ynbsp;recevoir Ieau minerale. Du reste, cet endroit estnbsp;fort négligé , quoique le concours y soit grand jnbsp;Journ. hist, et on ny trouve pas une babitation honnète. ; Onnbsp;peut voir De aquis et ignibus suhtei-raneis, Mund.nbsp;suhterr., part, l , lib. 6, cap. 6, de cestu et calorenbsp;thermarum ejusque causa; etquomodh ex adeb dif-^nbsp;ferenti mineralium tincturumisceantur; ubiet totiusnbsp;natures operationis schema exsculptum habes. Innbsp;Budensibus pisces sunt palmaris rnagnitudims, etnbsp;ad epulas boni.
Chateau et jar- H 7 S gt; ^ lieues de Tirnaw, un jardin magni-dinduComtePalfi fique, apparfenant au Comte Charles Palfi. Le
a Kiralfalva. nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;______
(*) Jai fait ces petits voyages avec le P. Demeter, jeune homme dun naturel charmant, et dlme conversationnbsp;agre'able, et avec le P. Schmetzer, grand antiquaire et rai-dailliste, homme philosophe, ennemi de la nouvelle phi-losophie et de tout ce qui y conduit.
-ocr page 79-chateau est vaste et asscz beau ; Ie jardin passe pour Ie plus beau de la Hongrie (i). Le 3 Juinnbsp;1766 , ie piis la poste pour y aller et en revenirnbsp;le même jour. Le village ou le chateau est situé ,nbsp;sappelle Kiralfaha. Je trouvai, en effet, que cenbsp;jardin renommé méritoit un petit voyage ; on ynbsp;trouve de grandes variétés et des scenes très-riantes. La salie des festins (2), le thédtre, \her-mitage, sont jolis; Vorangerie est aussi très-riche ;nbsp;tout cela est piquant dans un pa3's que les Turcsnbsp;ontdévastétanl de fois, et quils ravageoient encorenbsp;en i683. Le labyrinthe est détruit (3). On y voil
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Les jardiiis sont peu cultive's en Hongrie; ony clier-cheroit en vain Tagrcment et 1élcgance, on y trouve knbsp;peine le nécessaire et lutile. Je nai point vu de fleuristenbsp;dans tont le Royaume. Les tulipes , les anemones , lesnbsp;renoncules, les orcilles-dours y sont sans clioix et sansnbsp;tonn eur. Les Liégeois, et sur-tout leurs clianoines, excellentnbsp;dans la culture de ces fleurs. Voyez Pluche , Speet, denbsp;la nat,, torn. 2, pag. 44*
(2) nbsp;nbsp;nbsp;La salie èsx, festins de Versailles est magnifique,nbsp;par la quaiitité des jcts-deau qui en font le centre. Cest cenbsp;qui manque a ccUe de Kiralfalva. Nota. Celle de Versaillesnbsp;est détruite.
(3) nbsp;nbsp;nbsp;II paroit que le goüt des lahyrinthes se perd ge'né-ralement: celui de Sclioenbrunn est aussi fort endommagé.nbsp; Voyez les Reflexions sur les beaux jardins, les aspectsnbsp;pittoresques etc. Journ. litt. et hist., lyyS, Avril,nbsp;2e. pai-t. ,pag. 548. Les labyrintbes, pour ètre un peunbsp;compliqués, demandent un trop grand esjrace et un grandnbsp;eutretien , a raison des cliarmilles ou autre genre de haie.nbsp;Si elles sont trop rapproebees, elles sétouffent les unes lesnbsp;autres ; si pour y faire circuler 1'air, on les fixe a 3 ou 4nbsp;pieds de liautcur, lintérct du labyrintbe est affoibli par Ia
-ocr page 80-un grand vivier de tortues, testudinetum (*), et un pare de mille faisans ,fasianctum, en langagenbsp;du pays, mais formé sur Ie génie du latin.
La collection des plantes rares est estimable; je crois cependant les avoir vues toutes k Schoen-brunn. On y voit des ananas , des aldès de toutenbsp;espece, un arbre melonier, de la liauteur de ¦j knbsp;8 pieds , dont Ie fruit ne réussil pas toujours ; onnbsp;Ie nomme papajol. Une haute plante sans feuillesnbsp;et sans branches , appelée candela peruviana. nbsp;Une espece de serpent végétatif, qui croit ou dansnbsp;vue qui en de'couvre Pcnsemble, et qui instruit celui quinbsp;sy promene, du point ou il se trouve.
(*) Les tortues sont fort communes en Hongrie : je nen avois vu quk Liege. On en a pris une prés de Livournenbsp;cetteaimée 1766, au moisde Juillet, qui pesoit 1,^00 li-vres [Gazette de PreshoiirgAoüt ijGÖ). Creditepos-teri. Le boeuf Ie plus grand, dont jaie ouï parler, nennbsp;pesoit que 1,600; [a) la tortuc pouvoit aller de pair aveenbsp;lui. Jen ai vu tine a Yienne, en i ^6^, qui pouvoit pescrnbsp;au plus 3oo livres; elle passoit pour un géant entre lesnbsp;tortues. Celles des Antilles out des têtes égales a celles denbsp;grands vcaux. En Sicile, on voit des écailles de tortuesnbsp;assez grandes pour couvrir des carrosses, et pour servir denbsp;barques a trois ou quatre personnes [Suspecta mihi fidesnbsp;hominis licEC narrantis).
Les tortues franches ont jusqua Gay pieds de longueur depuis le bout du inuseau ju.squa 1extre'mité de la queue,nbsp;ct pesent alors jusqua 800 livres.
^a) En 1^83, on a vu, a Bruxelles, un boeuf venant des Etats du Prince de Badc-Dourlach, pesant 3,840 livres, haut denbsp;6 pieds 1 pouces , long de 11 pieds 6 pouces , ayant 11 pieds denbsp;circonférence, agé de 6 ans, et hermaphrodite.
-ocr page 81-la terre , ou dans la pierre, cereus serpens minor.
Ficus indicce: ces figuiers sont dune forme singuliere , sans feuilles et sans branches proprement diles. On croit voir des figues applaties, attachéesnbsp;les unes aux autres; an bout de ces figues-bran-ches, naissent quelquefois des figues réelles, quonnbsp;pourroit manger , sans leur extréme douceur. nbsp;(^uelques aloës, devenus arbres; les feuilles ennbsp;sont plus courtes et plus dures : il y en a de 3 ounbsp;4 pieds de hauteur. 11 ne faut pas les confondrenbsp;avec la/oës arhre, dont parle Scheuchzer, Fhys.nbsp;sac., torn. 3, tab. 5z7. II est faux que les aloës nenbsp;fleurissent qu a cent ans; ils fleurissent k trenle,nbsp;quarante, cinquante, une fois seulement : il y ennbsp;a dont la fleur répand une odeur délicieuse. Riennbsp;de plus beau que 1aloës en fleurs : cest une grandenbsp;et haute pyramide , dun arrangement admirablenbsp;dans toutes ses parlies. Ce nest, au reste , que lanbsp;multitude et la distribution des fleurs qui flattenbsp;loeil; leur beauté en elle-même est peu de chose.
Un arbre nommé Bananier (en allemand Pisang) (enlatin Musa), qui a peu de feuilles , mais dontnbsp;chacune est de deux a trois pieds de long sur unnbsp;de large : quelques-uns disent que ce fut de cesnbsp;feuilles quAdam etEve coüvrirent leur nudité(*)}nbsp;mais cela est faux.
Hcrba sensitiva, qui sincline et semble témoi-gner de la douleur dès quon la touche: ce qui vient de ce que la chaleur de la main laflétrit et fafibiblitnbsp;un moment j on la nomme encore herbe mi-
{*) Cest pour cela quils 1appellent Figuier dAdam-
-ocr page 82-tiieuse, Ce n'est point un zoophyte , ou animal plante. Bonnet , contempl. da la nat., pense quenbsp;een est un. EIFectiveinent, on ne peut pas direnbsp;que la chaleur de la main la fane pour un moment,nbsp;puisque toute 1ardeur du soleil n'y fait rien j aunbsp;contraire, Ie depart du soleil la fait languir ; denbsp;plus, les petites divisions dont chaque feuille estnbsp;composée, se resserrent k fattoucheraent, ce quinbsp;nest pas une marque de foiblesse; cest peut-êtrenbsp;la nature de la transpiration et de latmospherenbsp;humaine qui produit eet effet, par son oppositionnbsp;k la nature de la plante (*). Mr. labbé Ray nie
(*) Jai vu a Luxembourg, en 1764, une belle et grande plante, que nous nommions treJfle-Turc. Le P. de Mars-chal [a) la cultivoit avec soin; je nai pas vu cette plantenbsp;ailleurs.
En 1770, jai vu a Cliaufontaiiie, pres de Liege, des plantes dont on fait des couronues qui, suspendiies aunbsp;plafond dune eliambre, croissent et fleurissent deux ounbsp;trois ans sans aucuu aliment. Journ. hist, et litt. , t5nbsp;Déc. 1784, pa-g- 628 (6).
Je vois ici, a Tirnaw, herham glacialem (herhe de glace ou herbe glaciale), Cette plante est tres-singu-liere ; elle est couverte de glace dans les plus grandesnbsp;cbaleurs; les rayons du soleil les plus per^ans ny cbangentnbsp;rien. Cest le sue de la plante enveloppé dans de petitsnbsp;vaisseaux traiisparens et invisibles, quil enfle par sa fermentation. Dela vient quen serrant fortement Ia plante,nbsp;on la voit répandre de 1eau.
Jai vu en Hongrie, et depuis lors en Moravie, plu-
(a) II étoit frere de Mr. ie Baron de Marsclial, commandant de la place a Luxemliourg.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
(/)) II est a eroiro que 1auteur parle dune espece de jouflarhe, que les paysans Wallens nomment hsrhe de 6'. Jean. (LÉditeur.)
quil
-ocr page 83-^'gt;'gt;1 y ait des plantes-animaux. Joimt, litl. et hist.,
Oct. pag. s.44.
Je partis k J heures de Kiralfalva, et je fis toute
la diligence possible, pour voir Ie même jour Ro-
denslein , qui est au Comte Rodolphe Palfl; mais
la nuit et un orage qui survint, men empêcberent,
el me ramenerent h Tirnaw ; jai vu ce chateau
trois rao.is après.
Je puis faire seul les plus longs voyages sans Mceursdcsiion-, nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;°nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. arois etc.
m ennuyer; mes pensees ne tanssent point. J aime *
iiéanmoins a voyager avec un compagnon agréable et complaisant. Facundus comes in via, dit Terence , pro vehiculo est. Jai remarqué dans ces der-niers voyages , que quand jétois seul en route ,
Ou avec un compagnon dont je navois pas ii ré-pondre de la personne, je ne craignois rien, quoi-que je passasse paf de grandes forêts , que je cou-cbasse dans les rues suJ} dio pour éviter lhorrible
sieurs cliamps scmés de bied de Turquie (011 dit aussi bied d'Itide, maïs) que les llongrois iiomment cüciiriitz , onnbsp;eucuritza. On nia assure que !a moclle de la canne oiinbsp;ti^e, est bonne a faire du sucre, ct quon en avoit faitnbsp;1expérience. 11 est vrai que cette moëlle est fort douce.
Le. pain de ciicürütz est cgalement doux, mais pesaut et lual-sain. Jen ai mango a Monoc en i^67:jen ai mangénbsp;Tin gateau a Bislritz, qui e'toit excellent, et qnon pou-voit prendre pour une tourte (ie riz. Autres usages,
Vahnont de Bomarc, Diclionn. dhist. nat.,0i\t. Maïs.
¦Jüi-vu des picisoniies curicuscs de savoir comment on détaebe les grames du cüciiriitz ; on le bat comme Ic bied,
111.115 avec quclqucs precautions. II faut masquer les bat-teurs , paree que les grains prciuicnt un essor qui pourroit les blesser.
2'om. I. nbsp;nbsp;nbsp;l'l
-ocr page 84-mal-propreté des auberges : mals quau contraire tout meffrayoit des que jétois chargé de quelquenbsp;enfant, comme dans mon voyage de Lorraine ennbsp;1764, et en d'autres occasions. Je me conformerainbsp;dans la suite k cette observation, pour ne pas êtrenbsp;oblige de dire avec Enée :
Et me qjiem dudum non ulla injecta movehant
Tela j nee adverse gloinerati ex agmine Graii ,
Nunc omnes terrent aurw , sonus excitat omnis
Suspensum, etpariter comitique onerique tinientem.
Que jai bien éprouvé cela en 1767 , lorsque je me vis obligé de me charger de 1 education du Comtenbsp;Nicolas Andrassy
Cest en Hongrie que jai appris k connoitre cent nations ditférentes; car, sans parler des Esclavons,nbsp;des Creates (1), des Arméniens, desTransylvains,nbsp;des Allemands , des Francois , des Italiens , desnbsp;Polonois etc., que je vois tous les jours a Tirnaw;nbsp;il y vient des Tures , des Arabes, des Maro-nites (3) etc. II y a même une colonie considérablenbsp;de Russes prés dünguar ; ils sont iinis a 1Eglisenbsp;Romaine. Du reste ils suivent Ie rit grec , et ontnbsp;leurs popes qui sont mariés. Leur évêque réside knbsp;Munkatz j il est zélé catholique Romain. Les Tures
(1) La milice des Croates, Pandoures, Talpaches etc.,nbsp;nest plus si terrible quelle la été j elle est maintenantnbsp;discipline'e et habillée a la Hongroise.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Nous avons eu, en 1765, des prètres Maronitesnbsp;qui out officie plusieurs fois dans notre Eglise selon leurnbsp;rit, qui est extrèmement différent du Romain. Leur missetnbsp;est en syriaque.
-ocr page 85-sent k Semlin, a Posega etc, et viennent aux foires de Zagraf, cle Cronstadt etc. (*).
Jai xemarejué cjue dans tons les pamp;ys , les Alle-mands etoient employés pour la mécanique , et quils y exceiloient par-lout. Ils foumissent desnbsp;ouvriers k lout le Nord, la Suede, le Danemarck,nbsp;la Pologne, la Eussie , la Hongrie etc.
Les Autrichiens parlent tres-mal allemand j il est difficile aux liabitans des autres provinces denbsp;IEmpire de. les entendre. La chez eux est pro-noncé conime To, et tout est confondxi : les Hon-grois les imitent.
II est aussi remarquable que IAHemagne ait donne des Eois k toute I'Europe. Nous voyons encore les Brunswick en Angleterre , les Holstein ennbsp;Danemarck, les Nassau en Hollande, les Gottorpnbsp;en Russie, les Brandebourg en Prusse. La Hongrienbsp;etla Bohème sont altachées a IAutriche; I'Espagnenbsp;1'a été durant des siecles; Naples et la Sicile Ietoientnbsp;encore en 1785. La Pologne a. eu deux Augustenbsp;de Saxe. Popu/um lath Begem.
Les Allemands regardent les Hongrois corame un peuple peu civilisé; les Hongrois n'aiment pasnbsp;les Allemands:
Necdiim etiam causes irarum, sesvique dolores
Bxciderant animo...
Les Allemands paroissent avoir oublié leurs an-
(*) Uii autre eiidroit oil jai vecu avec des individus de beancoup de nations , est le pensionnat de Rlieims : ilnbsp;y avoit des Suisses, des Allemands, des Espagnols, desnbsp;Irlandois, des Canariens, un Américain, des Anglois, desnbsp;Hollandois ele.
ciens déniêlés avec cette nation : Ie vainqueur oublie plus aisément que Ie vaincu.
Les Hongrois méprisent les Sclavons, dont Ie pays est rempli (Les Slwons, Sclavons on Slaves,nbsp;sont une nation éparse dans Ie Royaume , différente des Sclavons ou Illyriens , liabitans de lanbsp;Sclavonie). Les Slavons respectent les Hongrois,nbsp;coinme la nation dominante; mais 1envie et labaincnbsp;accompagnent ce respect. Les Arméniens et lesnbsp;Grecs font bande a part ; jamais je nai vu ninbsp;imagine desprits plus nationaux; cest vraimentnbsp;Rcgnum in se divisum. Les Grecs que jai vusnbsp;souvent , sur-tout les scbismatiques , ont outrenbsp;leur aiicienneperfidie, une espece de férocilé, quenbsp;leurs peies navoient pas : ils sont égaleraent bar-bares et ignorans j leur babit, en Hongrie , nenbsp;differe que peu de l'babit Hongrois.
Le Hongrois est assez sincere ; il est cordial, serviable, bienfaisant, et s'attacbe beaucoup, desnbsp;quavec un mérite médiocre on lui paroit avoirnbsp;quelque amitié pour lui : mais il ne faut point of-fenser la nation ; on bouleverseroit tout lunivers,nbsp;si on loue la Hongrie , fout est bien. Ce peuple anbsp;encore quelque cbose du vieux tems, ou la sim-plicité et la droiture faisoient 1lionneur de fhuma-nilé. II est cbaste dans ses mcjeurs, grave et hon-nête dans ses discours , ut prisca gens mortalium.nbsp;Les choses cependant cbangent a vue doeil. Lesnbsp;Hongrois aiment les Francois j il y a un certainnbsp;je ne sais quoi analogue au génie des deux nations:nbsp;et de plus , les Ffanrais ont toujours loué leursnbsp;rebellions , et les ont soutenues par de puissantes
diversions. Or, tout le monde sait quotes Francois sont devenus le modele de toules les nations pournbsp;le malheur de la Religion ef des mosurs (*).
La nation, en general, est assez docile et modeste , excepté dans ce qui concerne la guerre, en quoi elle pretend exceller. Elle aime h appvendrenbsp;et kseperfectionner; maisceux qui font les savans,nbsp;sont insoutenables : ils ont tout le naturel de leurnbsp;pere Attila et de leur oncle Buda : aussi, la litte-rature est-elle en Hongrie dans un état pitoyable.nbsp;Newton y triomphe, ainsi qoe Boscowich, et toutnbsp;nouveau faiseur de sjstêmes. Les nations moinsnbsp;cnltivées ont toujours la fureur dimiter le bien etnbsp;le mal, le vrai et le faux quils remarquent dansnbsp;les peoples célebres. Les Russes sont les plus fii-rieux de ces imitateurs. Les Polonois sont en celanbsp;semblables auxHongrois. Les Turcs commencentnbsp;k iraiter ; ils ont déjk des imprimeries, des livresnbsp;Francois etc.
La Religion trlompbe en Allemagne et en Hongrie , quant a Iexterieur; mais je ny trouve pas, a beaucoup prés , les sentimens et la solide piéténbsp;que jai remarques dans nos Beiges , et dans ce quinbsp;reste de Catholiques en Angletevre , en Hollandenbsp;eten France. Etant dans le Luxembourg, je de-mandai a un homme qui avoit beaucoup voyage etnbsp;qui avoit un jugement bien solide, oii il pensoitnbsp;(]ue se trouvèient les meilleurs CalhoUtjues ? Je crusnbsp;qnil alloit dire ; En Italic , en Espagne , e/i Por-lagal; ilmerépondit: Dans le pays de Luxembourg.
(*) A Vienne, on dit dun petit-maiue : Cest un Eiancois on un Transylvain.
E 3
-ocr page 88- Mr, Robbe , quoique Francois , dit dans sa Gdographie, tom. i,pag. %Sj, en parlant desPays-Bas ; Oest assiirément Pendroit de tonic PEurope ,nbsp;oil la Religion Catholique est professée avec le plusnbsp;de pureté et de sincérité. En HoRgrie 11 y a quelquenbsp;chose de machinal: des soupirs, des inclinationsnbsp;profondes, des frappemens de poitrine sans fin;nbsp;jeunes et vieux, pieux et medians , tons font denbsp;nième (1). Une nouvelle hérésie feroit bien desnbsp;ravages. C'est la coutume, en Hongrie, de donnernbsp;la Communion aux enfans de 6, j , 8 ans; jamaisnbsp;OU rarement plus tard : cest un grand abus, contraire au sentiment et k 1usage de loute lEglisenbsp;Catholique. Le Cardinal Pahmann, Archevêquenbsp;de Graan, est comme le restaurateur de la Religion Catholique en Hongrie; cétoit bien réel-lemenl un grand homme. On garde, comme unnbsp;monument, son bonnet quarré rouge, dans la bi-bliotheque de Tirnaw. Les églises, en Hongrie,
rt Mr. Maldonat (célehre Jésuite), qui étoit alors a )) Rome, senqiiérant a moi de 1opinion que javois desnbsp;)gt; raoeurs de cette ville , et notamment en sa Religion, ilnbsp;» trouva son j ugement du tont semblable au mien (savoir);nbsp;» que le mème people étoit, saus comparaison, plus dévotnbsp;)) en France quici; mais les riches, et notamment cour-)) tisans, un peu moins. II me diet davanlage qiia ceusnbsp;1) qui lui allégoint que la France étoit toute perdue denbsp;» hérésie, et notamment aus Espaignols , de quoi il y ennbsp;« a grand nombre en son eollcge, il maintenoit quil ynbsp;» avoit plus dliomes vraiment religieus, en Ia settle villenbsp;» de Paris , quen toute PEspaigne ensemble. » Jqurn. denbsp;Montaigne , Voyage en Italië. Paris , 1774. Voyeznbsp;le Journ. litb. et hist., i Mars 1782, pag. 826.
-ocr page 89-60nt presque toutes belles, ou du moins propres.
Les Hérétiqiies , sur-tout les Calvinistes , sent prodigieusement ignorans et bai bares en Hongrie:nbsp;je ne sais dou leur vient la coulume de peindrenbsp;des coqs dans leurs églises; cest la comme leurnbsp;idole dans ce pays-ti; rien de semblable chez lesnbsp;Allemands. Les Prolestans de Suabe sent fortnbsp;modérés; ilsmont sollicité pour avoir des images,nbsp;ün homme distingué , a Uhn , me montrant unnbsp;Crucifix, me dit ; Koila mon espérancc.
Les Bavarois, ainsi que les Sueves, ne soitt pas savans , ni ne se piquent de savoir; aussi sont-ilsnbsp;droits , pieux , humains. Les Bavarois sont extre-iiiement bons; les Sueves les surpassent encore.nbsp;On sait Ie proverbe : Er ist ein guter Schwabnbsp;(Cest un bon Suabe). Ceux dUlm mont ravi.nbsp;daime moins les**** populum latè Regent, belloquenbsp;superbum.
Depuis que jai vu nos paysans Slavons, je n'ai aucune peine a croire ce que nos missionnaires nousnbsp;disent de quelques nations Indiennes et de leurnbsp;extréme stupidité; plusieurs ne peuvent compternbsp;jusqu a 3o. Celui qui ma conduit jusquk Bude,nbsp;marquoit sur un. baton, par autant déchancrures ,nbsp;Ce qui lui venoit par jour; il marquoit tous lesnbsp;jours, car il nauroit su compter les jours ; il futnbsp;ensuite bien étonné de ce que, sans baton, javoisnbsp;ï'endu mon compte juste (*). Hommes etjumenta
(*) Jai fait ailleurs des reflexions sur cette stupidile', et sur Ie tort de ceux qui semblent sen prendre a 1ame ounbsp;au cerveau. Quon nous traite en Slaves, dit Voltaire, etnbsp;flous serons Slaves.
( 7^ )
salvabis, Domme. Ils comptent aussi leurs péchés sur des batons, et portent ces batons au confes-sionnal (ce qui revient a la coutume des Mavagno-niens, qui étendent les doigts); et quand ils ontnbsp;fait tel péchéplus dedixfois,ils sejettentparterre,nbsp;et étendent les pieds et les mains. Quid est homo,nbsp;quodmemores ejus? Cette coutume des Slaves nestnbsp;pas générale, mais elle existe. Le P. Andreauski,nbsp;procureur du college de Tirnaw, a entendu de cesnbsp;confessions a batons. Cette nation est tres labo-rieuse, Irès-pauvre et très-gaie. Les nommés Sin-gari , Bohémiens , ont un air elFrayant; ils de-meurent dans des especes de camps, comme lesnbsp;Tartares vagabonds , et sont presque nus. Lesnbsp;Slaves paroissent des pliilosophes en comparaisonnbsp;d'eux. Les Valaques sont encore pires. De la cettenbsp;épitaphe : Jiic est ille Dacus, scelerum Lacus, at-quc Valacus,
Zi/o,iSepi.ij89, nbsp;nbsp;nbsp;igs ma.ximes de la Religion.
Le despotisme des nobles sur les paysans est extréme j ce qui leur plait est k eux. Jai eu peinenbsp;k concilier ce droit avec 1humanité. Quand lesnbsp;seigneurs les font travailler , il y a plusieurs hommes a pied OU a cheval, qui les aiguillonnent avecnbsp;des fouets il en est de inêrae des Valaques.nbsp; Pour que le paysan soit libre et k son aise,nbsp;sans être dangereux , il doit ètre instruit, con-vaincu de la soumission quil doit a ses maitres ,nbsp;et pénétré des vérités de la Religion etc.; sansnbsp;quoi cest un tigre déchainé. Les Bohémiens ne senbsp;sont révoltés en 1774 i'jnS , que paree que lanbsp;joiim, hist, et suppression des Jésuites leur avoit rendu problé-
pag. 60,
l'sll
-ocr page 91-Mr. de Boulainvilliers , malgré l'esprit actuel
siecle , a fait léloge du gouvernement féodal, Ilist. de lancien Goiwernement de la I' rance , Lanbsp;liayc, i]%j, 3 vol. in-8vo. Voici Ie jugeinent quenbsp;fAuteur des Trois siecles porie des idéés de cenbsp;philosophe sur celte matiere ; « Ce quil a avancénbsp;» surlexcellence du gouvernement féodal, prouvenbsp;» quil est des Auteurs capables de fermer les yeuxnbsp;n au flambeau de la raison et a celui de lexpé-« rience. On a beau revêtir ses paradoxes denbsp;» lappareil dun raisonnement captieux, répandrenbsp;» sur son style les charmes de 1éloquence , em-» ployer toutes les ressources de 1art pour séduirenbsp;» les esprits , fillusion na presque jamais sonnbsp;gt;' efiet; ou si elle subsiste quelques momens , Ianbsp;» réflexion la proscrit bien vite , et 1auteur para-» doxal ne recueille que Ie blame qui lui est dü ».
Cependant jai fait, comme on Ie verra dans la suite de eet Itinéraire , quelques reflexions et observations favorables a cette opinion. Le gouvernement féodal, tel quil étoit dans les Gaules , lesnbsp;Pays-Bas etc., étoit une vraie anarchie; les noblftnbsp;et les paysans qui leur étoient soumis, scntre-tuoient pour des querelles particulieres dans l.enbsp;tems dune guerre générale. Quand les grandsnbsp;sont entiérement soumis au Monarque, la féoda-lité est moins pernicieuse , et le paysan trouve unnbsp;soutien contre loppression, Journ. lilt. et hisf. ,nbsp;i Aoüt zyyy,paff. ^77. Z Déc. zySz, pag. ^Sx.nbsp;' z Juin zy83, pag. zog.
Les Hongrois, a limilation des Tqjcs , aiment les bains j ils en sont bien pourvus. Jai vu ceu.x de
-ocr page 92-Bude ([) , de Graan , de Porteny , de TaBplilü, Ceux de Bude, batis par les Turcs, sont a lanbsp;turque. Ceux de Toeplilz sontentrede hautes mon-lagues , comme ceux de Chaufontaine , présnbsp;Liege. De dix en dix pas, les eaux y sont diffé-rentes, et plus ou moins fortes. A deux Heues denbsp;Schemnitz, il y a un bain de vapeurs d'une effica-clté merveilleuse : on y monte un escalier , denbsp;dessus lequel on sent faction des esprits minérauxnbsp;k mesure que lon monte ; chaque maladie a sonnbsp;degré; et si Ie tempérament du malade est foible,nbsp;*Similequidde ü sassied sur un degré inférieur *.
a,p. 63.
Tunis Z^Neap^ Cctte affluence de loutes les richesses de la na-Misson,tom. ture, en Hongrie , a donné lieu k ce proverbe :
Extra Hungariam non est vita; vel si est, non est ita (Hors de la Hongrie , point de vie ; ou sil ennbsp;est ailleuis, il nen est point de pareille).
Le Hongrois aime les couleurs tranchantes et brillantes. Les Turcs airaent le rouge, et les Tar-tares encore plus. Les Hongrois appellent ces der-nieres woros Torok, cest-a-dire , ruhros Turcas, ounbsp;Turcs rouges. Tous les Turcs que jai vus, avoientnbsp;des robes rouges, jen ai vu dautres depuis. Lhabitnbsp;Hongrois fait extrêmementbien k la jeunesse, ilest
(1) II y a des poissons dans les eaux minérales de Bude , quoique très-cbaudcs; ils sont bons a manger. Piscespal-maris magnitudinis , frigidiorein aquam miiiimè sus-tinent, etprotifiiis expirant. Istuanti, de rebus Panno-nicis, 2o3. En Hongrie, le gibier et le poisson sont anbsp;vil prix. Le Tihiscus est si poissonneiix, que 1ean en estnbsp;gatée par la multitude des poissons. Les fosses quil inoude,nbsp;deviennent des rivieres.
-ocr page 93-plus propre qiie tons les habillemens du monde a bien faire paroitre un beau corps; aussi, les Hon-grois sont-ils fous de leur habit ,et sur-tout de leursnbsp;Culottes : bien des jeunes gens refusent dentrer ennbsp;religion, pournepasmettrecaligasGermanicas, desnbsp;culottes Allemandes. Its se font une loi de ce pro-verbe : Omnia si perdas, caligas sen^ane memento.nbsp;(Sil vous faut tout perdre, sauvez votre culotte).nbsp;Un de nos missionnaires , ayant fait inulilementnbsp;beaucoup deflbrts pour convertir un village Lu-thérien, savisade dire que Luther avoit eu caligasnbsp;Germanicas, cest-k-dire, des culottes k IAlle-niande; le predicant 1ayant avoué , tout le villagenbsp;se convertit. Le fait est vrai, et en même terns plusnbsp;vraisemblable quon ne pense ; et il ne ramp;volte pasnbsp;ceux qui savent avec quelle lacilite ces peoplesnbsp;ont tant de fois passé dune religion k Iautre. Lenbsp;peuple, en ce pays, est peu instruit des motifs denbsp;sa croyance; les ministres se sont long terns servisnbsp;de la haine des Hongrois contre les Allemands ,nbsp;pour faire des proselytes ; et les préjugés les plusnbsp;grossiers et les plus ridicules tiennent ces pauvresnbsp;lustres asservis aux opinions quon a intérêt denbsp;leur faire professer.
La mal-propreté et fair marecageux du pa}s font eclorre une infinité dinsectes incommodes. Lesnbsp;cantharides nous ont obligés dabattre plusieursnbsp;arbres de notre jardin , tant 1odeur en etoit insupportable. Les puces y sont multipliees au-delk denbsp;fc quon peut penser. I.es cousins vous abymcntnbsp;Ic visage, les mains et les jambes. On y voit desnbsp;forèls entieres dévastées par les chenilles. Le?
-ocr page 94-arbres , sans feiiilles , ramenent an milieu cle rété la ti'iste image de Ihiver. En 1766 , unenbsp;belle foret, voisine de la maison de campagne dunbsp;college de Tirnaw, etoit sans I'euilles dfes le moisnbsp;de Juin (*).
Mais les plus insupportables de tousles animaux, sont les punaises : elles mont assailli dune étrangenbsp;maniere des le premier jour de mon arrivée anbsp;Tirnaw. Cependant les lits sont de fer dans pres-qiie toutes nos maisons : je ne sais si ce remedenbsp;est bon. Kirclier {Mund. suiter., part. Z, denbsp;sympalhid Jerri, pag. 2-%) assure quelles aimentnbsp;le lev , et Ic prouve par une expérience quinbsp;paroit déraonstrative. yéd abigendum id malumnbsp;panas cucurbilas in cubiculo serrari vidi Romavicenbsp;in Hungarid. Rcmedia alia contra hanc luem,nbsp;ibid. Kircher, pag. 3qS. Oleum olivce optimumnbsp;mihi prohatum , si Jerreus lectus est. II n'estnbsp;guere possible de se faire une juste idéé de lanbsp;persecution que ces animaux font a Ihomme , sansnbsp;en avoir fait lexpérience. Kirclier paroit 1avoirnbsp;faite, quand il fait de la punaise la description sui-vante : Cymex (kuros Grads) , animal tiim formd,nbsp;turn Joetore Jcedum ct abominandum ; nidum suum,nbsp;ulplurimhm, m lectoruin grabatis, eorumfluerimis,nbsp;anfractibus, murorumque lectis vicinoritm fora-niinibus sortiuntur. Oriuntur ex sordibus humanisnbsp;atque ex halitu sanguinis corrupti and phle.gniatinbsp;vitioso mixti, quod abominandiis fcetor, quern denbsp;se spaigunt, facile indicat, qui nescio quid morti-
(*) II nest pas rare de voir la memc cliose dans la Campitic(eontrée des Pays-Bas), et jely ai vue,sur toutnbsp;f w 1811. Note de VEdileur.
-ocr page 95-t-ïnium oleat assoe fuetidce baud dtspan's mephitis.
Sed ne uUeriorem nohis aboininando suo feetore ^museam moveal, ad aha progrediamur (Mundusnbsp;subi0r,, part,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^9^)* Jai cxplicjuc ailteurs
plusieurs fois , et fort au long, comment on dolt entendre ce que dit ici Kircher , et ce quil fautnbsp;penser de lorigine des punaises : eet insecte fui{nbsp;la Inmiere dune maniere étonnante; auroit-il hontenbsp;de sa turpitude ? On peut sen preserver, au moinsnbsp;jusqua un certain point, si 1on dort ayant dansnbsp;sa chambre une bougie ou une lampe allumée.
Gordan , Scaliger , Vossius, ont discuté la question ; Pourquoi les Chartreux idavoient pas de punaises ? Voyez Thiers, des superstit., torn. i, pag. 3i5.
Loeustas quoqpe majores omnibus a me visis , vidi in Hungarid, De illis vide Kirch., ibid. 383.
Caput equi probè rejert suo capite locusta, pedum quoque posleriorum robur : undè equini seminis,nbsp;sive pro mairice , siue pro seminis parte, aliquid innbsp;locuslce genesi adesse dicijorsan posset ex illis, queenbsp;Kircherus disseril de scarabceis comutis, item denbsp;apihus. Venit illarum nubes horrlda, anno 27^8,nbsp;in festo S. Magdalence Trenschinium, quee, tor-menlis per tres horas ex arce tonantibus, ad moniesnbsp;se recepit. Aruerunt momenta omnia, nudatce foliisnbsp;sylvoe etc *.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* Joum^hht.et
Le froid et Ie chaud sont extrêmes en Hongrie: nbsp;nbsp;nbsp;plg
fan 1^66 a été mémorable par la rigueur delhiver. 35.~1N0v.1780, Durant le mois de Janvier, les puits ont été gelésnbsp;^ Schemnilz; des hommes et des bestiaux, les loupsnbsp;même ont péri : les oiseaux tomboient en volant.
-ocr page 96-Les Hongrois , ainsi que les Autricliieiis , ont un attrait parliculier pour les études seclies et pé-nibles; par exemple , les calculs, les langues, lesnbsp;autiquités etc. Le P. Kliel et Mr. Monsberger ontnbsp;publié, en 1766, a Vienne, des dissertations è,nbsp;perte de vue sur une médaille de Kespasia Poïla,nbsp;mere de Vespasien, et cela avec autant de fureurnbsp;et dinjures que sil se fut agi du salut de la chré-tienle. Pro uncrnumismate interdiim turpiterlitigaturnbsp;(Irait. Christi, L. 3, cap. 3). II est presquim-possible de reconnoitre la fausseté des médailles,nbsp;tant Ia fraude est devenue ingénieuse. Voyamp;z Jo-bert, Science des Médailles , torn. %, inst, zo.
Ils ont peu de gout pour la littérature et les beautés de la pliilosophie; mais ils soccupentnbsp;beaucoup a connoitre les métaux et les pierresnbsp;précieuses : leurs cabinets en sont remplis. Je menbsp;suis pourvu aussi de minéraux , que jai choisisnbsp;a Neusol et h Scbemnilz, pour faire comme lesnbsp;autres ; les pierres me manquent. On dit que lenbsp;mont Krapach en produil beaucoup , et que lesnbsp;Italiens qui circulent en vendant des images, ynbsp;rodent sans cesse pour les enlever. Cependant unnbsp;de nos PP. qui y fit uiie course par ordre de lanbsp;Cour , ny trouva que frois pierres de prix. Lenbsp;Riefergeburg , qui est une branche du Krapach ,nbsp;est, dit-on, très-riche en pierreries. ün auteur Al-Iemand prétend que quelques families Vénitiennesnbsp;se sont eni'ichies et ont bati des palais magnifiques,nbsp;au moyen des pierres ramassées dans le Riefergeburg. Voyez un petit ouvrage intitule : Johannesnbsp;Gofllieb VolMtz , gesammelete Schri/'ten etc.
-ocr page 97-Pilaw und Leipsig zyjó , pag. z6i, Le P. Kiicher , Mund, subterr, , part, a, pag. 86 ,nbsp;donne ties pierres precieuses une notion tres-exacte , qui est nécessaire ceux qui veuleninbsp;figurer dans la conversation avec les Autrichiensnbsp;et pavler dans leurs cabinets, Voici quelquesnbsp;Kiots de Kirclier, toiichanl les plus connues de cesnbsp;pierres:
Adamas , omnium gemmarum pretiosissima, duritieiindomabilis (i), diaphanus; in India crescitnbsp;verus et genuinus (a).
Achates variis Jiguris spectabilis gemma , colo^ ribiis differentibus imbuitur. Passim in Germania
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Pomatur tarnen et frangitur, ut hodie constat,nbsp;et hahet ipse Kircher, ibid. , pag. 20. Non liquatur,nbsp;sed consumitur igne. Journ. Mst. et litt., i Aviil, 1778,nbsp;pag, 5o I. An verè crescantgemmce? An mundo cocevce}
Vid. fol. 5,4 Grit., de Metallis et Gemmis.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Adamas omnium visorum maximus longitu^nbsp;dinem pollicis ccquat, latitudinem superat; cestimatiirnbsp;75,000 lib. Gallic. Alter pulchrior et rotundior , sednbsp;minor , quern Carolus audax in pugnd quddam contranbsp;Heluetios amisit; constitit Hetiuriai Pud 75,000 Imp.
Unio maximus in tJiesauro Regis Persarum , emptus
i4o,ooo lib. Gall., oequatpollicem. Vide fig. phys. saer., Mara 17-5* tom. 5, tab. SaS. Pretiosi quidam lapides , non tarn pag. 332.nbsp;visu quum usu clari, inveniuntur in quibusdam ani-^antibus , ut in porco-spinoso , qualem vidi Alhce~
Pegalis , vel Jaurini. Pe his, Muud. subt., part. 2, pag- 54. Item , TrenscMnii. Bezoardum quoque vidi,nbsp;nascuur in sioynacho caprce cujusdam Indica; , et innbsp;^apriventre ,cujus desciiptionem hahetPiclionn.Trév.,nbsp;art. Béïoard, Quomodb fiat, dicetur infra. Quant
-ocr page 98-iwenllur ( i ). Species vurias vide m Dictiann. Trévoux, art. Agate.
ythABASTWU, est marmor splendidum varii colons (2). Minus splcndicat quia commune est. Amethtstus violacei colons est.
Beriltjjs ex viridi cccruleum colorem. inentitur, aquee maidnce similem.
* Vove7. Saver progr. f de THist.nbsp;nat., 1778, pag.nbsp;74. Valmont,nbsp;BTt. Pierres pré-cieuses.
Raison pour la-qiielle la Russie peut faire dcvS dé-penses de luxenbsp;plutót que les au-tres Cours. Voy.nbsp;Journ* histor. et:nbsp;litt* y ï Mai 1780Jnbsp;pag. 64.
au fanieux diamant de Kussie, uu de mes amis ayant fait, eu 1775, uu xoyagc a Amsterdam, a eté coiivaiucunbsp;par des témoigiiages irrécusaLles, que ce diamant avoitnbsp;clé elicclivement aclicte' par 1Impératrice de Russie ;nbsp;mais olie l a ])ayé, au moins eu partie , en terrcs pournbsp;1 millions 9.5o mille livrcs, et 100 mille livres de pension \iagcvc *. II ma rapporto une gravure, qui repré-scnte ce diamant sous quatrc aspects diflerens : dans sa plusnbsp;grande largeur, il occiipe a-peu-près un pouce ct demi.nbsp;Celte gravure est de 17(37 , avcc des inscriptions frangoise,nbsp;angloise ct liollaiidoise. « De.scriptiondim diamant de lanbsp;» vieille mine Laborat des Indes, de prahaiei^ qualité,nbsp;)) ct extrêmcment beau; il pese 779 grains dH^laudc, etnbsp;» apjiartieiit au Sr. Gregorio SalTraz, de la famSlle Gogianbsp;)) Minaziau, né a Ilispahau Julfa, dcmeurant a Ams-1) terdam ».
(1) nbsp;nbsp;nbsp;La substance des agates ct des jaspes est absolumentnbsp;lamème... La grande variété de uoms donnés aux corps,nbsp;sur les plus petits accidcns, a rendu plus difficile Ietudenbsp;des fossilcs... Tons ces noms de calcédoine , de cornaline ,nbsp;(Vonyx, de sardoine etc., ne désignent pas des picrresnbsp;particuliei cs; nous les donnons a des agates qui se distiii-guent par certaiues couleurs, par des veincs ct par desnbsp;couclies, par uu degré de pureté, de nettetc, de dureténbsp;etc. C'o/AW, Voyage mineral,128.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Pntem albi tantum ; id vox ipsa indicat. Gallicanbsp;Albatre, ab albastro, alboastro.
Garsdnculvs , scu Rubinus , tucem, carhonis inslar, edit.
Chalcedonivs vartos colores rtfert, prout di-verso luminiexponitur, semidiaphanus est, et inter Onycbes computatur.
IJvANCiNTHVS pro majori vel ininori rubedinc inodó ad carbunculos, modö ad Grastatos re-i'ocaiur.
Jaspidzs plurimcB sunt species ; ob diversos, quihus pingitur, colores nomina dirersa sortitur.
Lazvtms lapis est cceruleuS) punc/is aureis no~ tutus,
. Lvdius lapis marmoris nigri species est, ad aunim ^ argentumgue probandum aptus,
Chrvsolitvs aureo colore fulget.
Onyx ab humani unguis simüitudlne dicilur} atbo-nigro calore imbuitur, lineisque varii coloris,
Sapphirus gemma ccerulea est et diaphana.
Sardiüs carni sanguinolentae sïmilis est; si? dictus, quia in Sardinia inUenitur probce notce.
Smaragdus virentium gemmarum pulcherrima.
Topazivs aquam croceo tinctam rejert.
Je me suis soigneusement informé en Hougrie tie lexistence des vampires. Ils paroissoient oubliés,nbsp;lorsque S. M., par Ie conseil de Mr, Van-Swieten ,nbsp;envoya un médecin dans Ie Comté de Saros ,nbsp;pour examiner les corps de plusieurs personnes,nbsp;quon y trouvoit mortes subiteraent et privées denbsp;*ang. Ce médecin passa par Bude Ie i®. Juinnbsp;1 'jbb. On appelloit vampires en Hongrie et en Mo-ravie, ces singuliers recenans qui paroissent avoirnbsp;faitmoins de bruit dans cespays-li, quen Francej
Tom. I, nbsp;nbsp;nbsp;F
-ocr page 100-il en est ainsi de tout ce qui vlent des pays loin-tains. Jai parlé ailleurs de ces vampires : je dirai quelque cliose de ceux de Pologne ci-après.nbsp; Mr. Van-Swieten, médecin, est célebre par sonnbsp;Commentaire sur Boerhave et son grand crédit anbsp;la Cour impériale.
Chevaux
Hotiorie.
de
pagaai.
Les Hongrois sont grands amateurs des chevaux j ils sy connoissent et en ont des soins infinis. Jennbsp;ai vu un grand nombre chez Ie Comte Charles Palfi,nbsp;a Kiralfaiva : on les tient dans les attitudes les plusnbsp;fieres; on place des miroirs devant eux ; on lesnbsp;masque pour les animer et les tenir dans une agi-Beau passage (Ie tation perpétuelle. Stare loco nescit,micat aurihus ,nbsp;Buffon , Clef du tremit arlus. Plusieurs sont attachés par les piedsnbsp;Cabinet, 1772 ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chaiiies de fer, qui servent a leur rendre Ie
pas léger. Istuanfi , de rebus Pannonicis, dit dans son élégante histoire, que de son terns il y avoitnbsp;en Hongrie un cheval pris sur les Turcs , qui ennbsp;un moment abattoit des pieds de devant Ie cavaliernbsp;quil avoit en lête , et Ie mordoit de fa^on a Ie tuernbsp;dans linstant même. Dautres Auteurs encore ontnbsp;parlé de ce cheval. Dum Joannes Brascovitius,nbsp;dit Ie P. Schmitt (Imper. Otlom., l. 6.), jubentenbsp;Paljio cum insedissef Jerocice periculum facturus ,nbsp;tanto inipetu in adversarium cquilem insiluit, ut,nbsp;f 'rustrd reluctante sessore , quamquam cetate viri~nbsp;busque pt'cevalido , cemulum moinento temporis con~nbsp;fecerit. Le même P. Schmitt, ibid., 1. 6, pag. 282,nbsp;doute si ce cheval éloit nafurellement si féroce ,nbsp;innatd ferocid , an arte.
Jen ai vu un , au contraire, chez Ie Comte Rodolphe Palfi, qui étoit des plus doux, et, comnie
-ocr page 101-tUsoit Ie Comle , des plus prudens : on pouvoit lui confier un enfant.
Recueildcpof-sies de Mr. Flo-rian,Paris, i;86, lYOl. ilj-lb.
Certain coursier , né dans 1Andalousie ,
Fut élevé cliez un riche fermier j Jamais chfival de Prince ou de guerrier,
Ni même ceux qui xivoient dambroisie,
Neurent un sort plus fortune, plus doux.
Tous dans la ferme aimoient notre Andaloux;
Tou.s pour Ie voir, alloient a 1écurie Vingt fois Ie jour; et ce coursier chérinbsp;Dun voeu cominun fut nommé Favori.
Favori done avoit de la litière Jusquaux jarrets, et dans son rateliernbsp;Le meilleur foin qui fut dans Ie grenier.
Soir et matin, les fils de la ferihière,
Encore enfans, menageoient de leur pain Pour 1Andaloux; et lorsque dans leur mainnbsp;Le beau clieval ayoit daigné le prendre,
Cétoient des cris, des transports de plaisir ;
Tons lui donnoient le haiser le plus tendre :
Dans la prairie ils le menoient courir,
Et le plus grand de la petite troupe,
Aide par tous, arrivoit sur sa croupe :
La, satisfait et dun air triomphant,
Des pieds, dcs mains, il pressoit sa monlure;
Et Favori moderoit son allure ^
Craignant toujours de jeter bas 1enfant.
Je dirai dans la suite de qv.#lle jnaniere on domple les chevaux.
Larchitecture est fort négligée ebez les Hon- Architecture, grois et chez les Tures ; les maisons y sont malnbsp;fcaties et fort basses ; la plupart sont des rez denbsp;chaussée. Les Tures (1) balissent ordinairement
Titrcas nonnullos vidi. De illorum indole ac nio~
F 2
-ocr page 102-avec du bois. Jai vu plusieurs de leurs maisons k , Bude, a Albe et ailleurs. yEdifidorum elegantiamnbsp;hmhec'k lega- urbibus Turcicis frustrd requiras, dltBusbeck,nbsp;lus Ferdinandi, Epist. z.LapetUesseetlepeudelévationdesmai-hi'st!etlittéri! turques lont paioitre de loin leurs mosquées,nbsp;M£ui785,pag.4. et leurs minarets qui sont des tours et galeries ounbsp;ils orient albah. Le Sultan ayant un jour demandénbsp;a un de ses Envoyés en France, si Paris étoit aussinbsp;grand que Constantinople; celui-cirépondit: Que ,nbsp;pour avoir une idéé de Paris , il falloit mettrenbsp;Stambol (Constantinople) sur Stambol^ et dere-(dieï Stainbol sur Stambol; et enfin une troisiemenbsp;fois Stambol sur Stambol. Je ne sais sil y anbsp;une ville plus malheureuse que Constantinople.nbsp;Le P. Schmitt (Imper. Ottom.) lappelle seditio-num perpetua altrix; il pouvoit dire ; Eestis, sedi-tlonum, 2;ib/enh(e.Ellevientd'être défruite, enMainbsp;i'^66, comme Lisbonne et Comorre , avec cettenbsp;difference, que les maisons turques ne comportentnbsp;pas une telle mine.
Hhns , et an pare cJiristianis a quibusdamphilosophis prwferantur disserui 37 , 3. Crit. Qui ex Is-tuanji (de rebusPannonicis) et P. Schmitti^vxptv. Ottom.)nbsp;elegantibus et cequissimis historicis de iis fudicdrit,nbsp;nullam eis injuriam fec»i it. De eorum religions , fol..nbsp;5 sem. eloq. et 27, 3. Crit. ¦ Hodiè alios Europee
populos in inultis iinitantur et sensim mitescunt. __
Monetam habent nostree similem, nisi quöd meris in-scriptionihus signetur; nmnmuni aureum item et ar~ genteum vidi Tyrnavien 20 Sept. 1766. Vide quoquenbsp;Basbequii quatuor elegantes epistolasj item et multa,nbsp;Mc infra.
-ocr page 103-II y a aux environs dAlbe-Royale , des \'illages entiers sous terre : il faut être altentif pour ne pasnbsp;se précipiter dans les maisons par les cheminées.
En général les maisons villageoises sont très-basses etirès-panvres. AnxPays-Bason les prendroit pournbsp;des élables de cochons. Les nies sont très-larges;nbsp;on trouve en tont cela quelque air Chinois , a lanbsp;mal-proprelé prés. Tirnaw paroit de loin unenbsp;ville magnifique , a cause de la multitude de sesnbsp;tours , que Ie peu déiévation des maisons fait pa-roiire dans toute leur hauteur. La yille haute denbsp;Bude et celle de Presbourg sont mieux baties.
Les Hongrois naiment pas les mets délicats , Maniere de se
mais les viandes solides. Ils donneront touiours
' grie etc.
nn faisan pour un morceau de boeuf. Les Turcs au contraire naiment point la viande de boeuf, ilsnbsp;nen mangent point , mais ils ainvent beau coup cellenbsp;de mouton. Les Hongrois mangent sans beaucoupnbsp;dassaisonnement, et souvent la viande n'est cuitenbsp;qua demi. Ilsne parlent que de buhula (viande denbsp;boeuf). Le Carême ne leur pese que paree quilsnbsp;doivent se passer de bubula (*). Leur premier motnbsp;en entrant dans les auberges, cest bi/bu/a ; lau-bergisle tuera sur le champ un boeuf, pour ennbsp;donner les viandes , une demi-heure après , a sesnbsp;hóles. On tue un nombre infini de ces animaux ,nbsp;et on prend plaisir a les chasser dans les basses-eours avec de grands chiens , pour les mettre ennbsp;luieur el en rendre la chair plus molle. Jai vu
(*) carnes homini semper fuerint permissce j an necessarice j disserui lt;fol. 43 j 3. Crit,
de ces chasses, que les trompeltes et les tymbales rendoient assez aigréables ; mals je ne puis voirnbsp;tourmenler ainsi des animaux doux et utiles. Jptanbsp;Ovid.,fast. i8. jugo cervix non est ferienda securi.
Point de desserts dans ces pays-ci; après Ie rót, lout est finl. Leiirs sausses ne sont quune imitationnbsp;des sausses alleniandes et frangoises ; mais souventnbsp;rien nest plus ridicule que cette imitation. II y anbsp;quelque tems que les Hongrois ne souffroient n»nbsp;bouillon ni ragouts ; il ne leur falloit que de lanbsp;viande mal cuite , mais en grande quantité.
Si l'on est invité a diner par uu Transylvain, il faut porter avec soi son couteau et sa fourchette jnbsp;on les porte attachés a la ceinture, ou dans Ienbsp;fourreau du sabre; on dit qu'aujourdhui cettenbsp;coutume tombe, ainsi que celle de boire dans unnbsp;grand pot , qui contient la portion de chacun,nbsp;Jaime assez les Transylvains j its ont quelquenbsp;chose de guerrier et de résolu , ne laissant pasnbsp;d etre traitables et capables damitié. Sils épousentnbsp;les intéréts de quelquvm , eest avec fureur,
Titres de no- Les Hongrois sont, on ne peut pas plus, attentifs Üesse,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;aux litres de noblesse. Chez eux, la profession des
arts vils nöte point la noblesse j au contraire, ils font cas dune grande liste demplois bas et rotu-riers : grand nombre de pauyres sont nobles dunenbsp;ancienne noblesse accordée par Ie Roi S. Etienne jnbsp;ce sont souvent les plus fiers. Le précepteur dunnbsp;jeune Comte étalera tous les titres de son éleve,nbsp;pour dire au bout quil est son pedagogue. Tout lenbsp;monde est exeeïlens, nobilis, preenobilis, eruditusnbsp;^ic. : un écolier ordinaire est tout cela ensemble.
-ocr page 105-Ce govlt est commun aux Hongrois avec les nations orientales (i). Plus de culture et de vvaie philo-sophie corrigeront ce défaut (2). Rien en ceci denbsp;plus raisonnable que les Francois.
Le berceau des paysans Hongrois est une piece de toile attacbée par les deux bouts a deux pieux ,nbsp;comme les lils de nos missionnaires dans les Indes.nbsp;Jai vu deux de ces lits dans le muséum du P. Or-ban , ^ Ingolstadt ; ils étoient proprement tra-vaillés; on les attache a de hauts arbres pour senbsp;gai'antir des bêtes teroces : il arrive même que lesnbsp;t^urs et les tigres se tiennent au pied de larbre, oiinbsp;1odeur du missionnaire les attire , sans oser ynbsp;monter; ils paroissent se défier de leurs forces dansnbsp;cette attitude gênante. Jai vu a Kiralfalva, avecnbsp;quelle rapidité les ours mentent sur les arbres :nbsp;ils y parviennent difBcilement quand les arbres
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Rien de plus fastueux que les titres des Tiircs, etnbsp;sur-tout des Sultans. On peut voir ceux de Soliinan II,nbsp;Asms VImperium Ottoin. de Sclimitt. tom. i , pag. 107 ;nbsp;ceux des autres Sultans, dans VJIistoire des troubles denbsp;Ilongrie. Voici ceux de Séliin, pere de Soliinan I. :nbsp;Selimus Ottomannus , Rex Regum et Dominus omnium Dominoruni, Ptinceps omnium Principum ,nbsp;fdius et nepos Dei. (Chronic. Turcaruin, a Lonicero,nbsp;fob 35.) Les Perscs et les Mogols, les Chinois et les Ja-ponois, sont encore plus ridicules en cette matiere.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Quand on parle aux Hongrois dune tclle philosophic , ils se'crient que cclle de Newton quils professent,nbsp;®st la veSritablc. Je me souviens, a cette occasion, de cenbsp;Lecteur Re'collet, qui se fachoit de seutendre dire quilnbsp;n etoit pas philosophe, tandis quiJ avoit défendu dunbsp;philosophie et même la théologie.
sont fori branchus, paree que ces animaux y grim-pent en ligne spirale.
Langues. nbsp;nbsp;nbsp;l'extrême diversilé des nations qui liabitent
la Hongrie, et celle des langues quon y parle, qui a rendu la langue latine si commune dans tout lenbsp;pays : sans la savoir, on ne peut guere convei'«er,nbsp;Dans line même compagnie, on trouvera des Ar-jnéniens, des Creates, des Slaves, desValaques,nbsp;d^s Allemands etc. ; le mo3en de leur parler ? Lanbsp;langue Hongroise est rude k prononcer et difficilenbsp;k apprendre; elle a quelque rapport avec celle desnbsp;Turcs : plusieurs mots sent les mèmes dans lesnbsp;deux langues, selonlaremarque du savant P. Bray,
' nbsp;nbsp;nbsp;dans les apologies de son ouvrage, Annales Hun~
garomm (*). La langue Grecque semble avoir donne quelques mots aux Hongrois j ilt;^eu , parnbsp;example , Deus. are, on (reu, tertia persona aorlstinbsp;%di, exisiit. Sic et gt;1707. Jehova, existens, sumnbsp;qui sum. La langue Sclavonne est moins difficilenbsp;que la Hongroise; elle est la mere de la Bohémienne , de la Russe et de la Polonoise. Les Hongrois la deteslent, et voudroient la detruire avecnbsp;la nation, sans laquelle néanmoins ils ne sauroientnbsp;Tgt;e Utigud Va- vivre. Les Sclavons cultivent la terre, et sont lenbsp;^nieTfliungar. pcuple de presque loute la Haute-Hongrie,nbsp;etc. Dicetur in-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. . . Rusticonim mascula militum
fra.
Proles, SabelUs docta ligonibus Versare glebas , el severcenbsp;Matris ad arbitriuin recisosnbsp;Portare fustes. , ... ......
(*) Quelques auteurs donnent aux Turcs et aux Hongrois la incme origine : ils se rapprochent effectiventent en certains points, II en sera parle' ci-apres.
-ocr page 107-II est bien remarcjuable que Ie mot sac, soit Ie iiiême dans toutes les langues du monde, a lanbsp;terminaison prés. Ke pourroit-cm pas en donnernbsp;quelque raison? Dieu ne ciinfondit les langues quenbsp;pour di viser les ouvriers de la lour de Babel. Le motnbsp;sac n'enlroit pas dans le langage nécessaire pournbsp;sentendre dans la construction de la tour : au contraire , prendre son sac, cest annoncer son départ,nbsp;pi ce mot peut servir a annoncer la seule chose quenbsp;ces insensés devoient i'aire de concert.
Les Hongrois disent que les noms de plusieurs de leurs villes viennent des généraux Romains quinbsp;les ont balies. Par exemple, Sapronium (Edemburg),nbsp;de Scmpronius; Posonium, deP/so/z; Trenschin,nbsp;de Tercntianus.
Les frontieres de la Hongrie son! assez bien dé-fendues : il ne laisse pas d'y avoir de grands vides, comme entre Temeswar et Peter-Waradin. Belgrade, si nialheureusement perdu, tenoit le milieunbsp;entre ces deux places. Voltaire se trompe, quand ilnbsp;dit, tom.}., Annal. de I'Empire, que Charles VI per-
dilTemesvxar dans la mallieureusepaixde I'ySg.Temeswar est resté al'Empereur, avectout leBannat, qui est très-considérable. Leopolstadt, Comorre ,nbsp;Raab, sent de bonnes 1orteresses, mais trop avan-cées dans le Royaume, et presquinutiles. Bude nenbsp;peut soutenir de siege, et Ton ne peut concevoirnbsp;qu elle en ait soutenu. Temeswar et Peter-Waradinnbsp;®ont assez irréguliers, mais très-forts. Arad nestnbsp;pas encore acheve. Esseeb est excellent et régulier.nbsp;Brod nest quun quarré , mais joliment fortitié.nbsp;Gradisca est assez bon. Weissembourg, ou Alba-^
-ocr page 108-( 90 )
Julia, e.st la seule place forte de la Tians3'lvanie . Charles VI 1ayantfortifiée, on lappelleaiijourdhulnbsp;Carolina. Les Turcs réparent Belgrade , qui avantnbsp;sa déraoUlion étoit une place superbe, et presquenbsp;comparable H Luxembourg. Ils out Semendria ,nbsp;Nissa et dautres places, toutes inférieures a Te-meswar et k Peter-Waradin.
Demolition (lé-eernée contre presque toutescesnbsp;forteresses. Journal hist, et litt. ,nbsp;I Mai 178a, pag.nbsp;gi.
Je parle de ces forteresses daprès les plans que jai ici, et Ie rapport de ceux qui les ont vues. Jainbsp;vu moi-mêmeBude, Comorre, Raab, Léopolstadt;nbsp;et ensuite celles dontje parlerai ci-après, savoir :nbsp;Kolnock, Eilacs Ou Agria, Cassovie, Grand-Wa-radin , Weisserabourg, Garlsbourg, Teraeswar,nbsp;Belgrade, Peter-Waradin, Esseck, Sigeth, Arad,nbsp;Segedin.
*Irrégularité de sa situation. Journal hist, et litt. fnbsp;iNov. 1783,pag.
4o5,
Après toutes les forteresses que jai vues, je suis plus persuadé que jamais , que Luxembourg estnbsp;la plus forte'place du monde'*'. Maltlie ou Lanbsp;Valette peut lui être compare, si les plans que jennbsp;ai vus nen exagerent point la force.
Fecit ex uno omne genus hominum inhahitaro super unwersam faciem terrce : definiens statutunbsp;tempora et terminos habitationis eorum.
Act, xvJi, 26,
-ocr page 109-DU VOYAGE EN HONGRIE etc.
l]66 ET
.........£xire, locosque
jËxplorare nopos, quas venfo accesserit oras QucBTcre constituit, sociisque exacta Teferre.
) L.
J E divise cette suite, comme ce qui a precede j je parle dabord des objets et effels naturels, denbsp;quelques ouvrages de Iart, ensuite des villes et desnbsp;peuples, quoique cette division ne soit pas toujoursnbsp;exactement gardée, Tun entrainant Iautre.
Dans un voyage que je fis k Olmutz, en Sep-tembre 1766, jai vu a Scalitz, dans la Haute-Hongrie , un chien marin : il est coramim dans 1Adriatique j ce chien marin étoit tout autre chosenbsp;que le requin. ^ Une dent de cheval marin, hjp-popotame. Voyez la Physique sacrée, lom.' 5 ,nbsp;tab. 532, et Pluche, Speet, de la nat., tom. i ,nbsp;pag. 4o8 5 jaurai occasion den parler ci-apres. nbsp;Une dent de sanglier, denviron un demi-pied,nbsp; Une feuille de saule, assez semblable a celle dunbsp;palmier, grande et large, ciselee et frisee : eest lenbsp;salix palmescens. Dans le territoire de Scalitz etnbsp;de Holtitz, ce phenomene nest pas rare. LEm-pereur Francois I®quot;quot;, a envoye une de ces feuilles anbsp;Vienne, pour être exposée dans le celebre muséumnbsp;physique du P. Frantz-. Le saule est un arbre asse^
-ocr page 110-anoinal, il ne se propage gnere que par boutures ;
Ie male na ni fruit ni semence , maïs seulemenl des fleurs a élamines, et cette facilité a modifier etnbsp;a diversifier la figure de ses feuilles , est une autrenbsp;singularité remarquable : les étamines de quelquesnbsp;plantes voisines pourroient influer sur cette modification , si ces saules venoient de semences ,nbsp;car fai vu en ce genre des phénomenes curieux ;nbsp;peut-être quelque semence étrangere vient-ellenbsp;faire ici quelque tentative moins heureuse.
A Holtitz , on me fit voir une castorerie, ou vivier de castors. Le castor est un des plus admi-rables animaux que la nature ait produits. Popenbsp;dit que c'est des castors que 1bomme a appris anbsp;balir : cest une folie de la nature de celles dont lanbsp;philosophie moderne est remplie. On peut con-sulter sur ce sujet le P. Charlevoix, Hist, de lanbsp;Nouvelle France , et le Speet, de la nat., torn. i,nbsp;pag. 361.
Je vis aussi un troupeau de buflles : ces animaux sont dune espece différente de celle des boeufs.
Les écLiries de IEmpereur , k Cobschan , sont très-vastes ; on y voit des chevaux d'une grandenbsp;beauté : j y en ai vu deux de Babylone, couleurnbsp;de perle , et aussi reluisans. On voit^les meilleursnbsp;de ces chevaux, peints dans une trés-belle salienbsp;enclavée , avec quelques cabinets , dans le vastenbsp;quarré qui comprend les écuries : le plafond denbsp;cette salie est très-riche et très-curieux.
Jai vu a Rotenstein les chevaux du Comte Rodolphe Palfi, qui sont aussi très-beaux. Quandnbsp;ils mangent lavoine, on bat du tambour, on sonne
-ocr page 111-la trompette ; ils semblent alors ne respirer que Ie combat. Ubi audierit buccinam dicit : Vah 'nbsp;procul odoratur helium, exhortatlonem ducurn etnbsp;idulatum exercitüs. Job. 39 , aS.
. . . Turn si qua sonum procul arma dedêre ,
Stare loco nescit, mieat aui ibus et ti-ernit artus ,
Collectumque premens volvil sub naribus ignem.
Georg. 3.
A Olmutz , on itve raontra un cancre , astacus, yoyez Thys. écrevisse de mer a corps rond et court. Une écre- «aer.,tom.l,tab.
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 A, X 1 onbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r . iS.htt. jG, non
visse de mer, prise sur la cote ou Ie c,rucinx tut jy, enim rapporté a S. Fran^ois-Xavier. Le P. Général a rneadum.nbsp;envoyé cette écrevisse de Rome , et paroit persuade que ce nest point un cancre , écrevisse denbsp;mer qui ressemble a une araignée , mais unenbsp;écrevisse de mer proprement dite , qui a rapporténbsp;ee Crucifix. Jai vu quelques Jésuites conservernbsp;une sorle de veneration pour toutes les écrevissesnbsp;de cette cóte. Jai mangé plusieurs fois , en Flan-dre , des écrevisses de mer 5 ici, ce régal paroUnbsp;une chimere.
A Rotenstein, résidence du Comte Rodolphe'
Palfi, a quatre lieues de Tirnaw, il y a un beau cabinet de raretés , ou l'on trouve toutes lesnbsp;collections imaginables de pierres précieuses , denbsp;marbres , de cailloux , de coquillages , de médailles, de tabatieres, de pipes Turques (*) : un
(*) Les pipes Turques ont 5 a 6 pieds de longueur : on dit que cette longueur améliore la fumée. La vraie raisonnbsp;**t que les Turcs aiifient a soccuper ou a samuser quand
-ocr page 112-Voyez YHisl. net. , des corallines,deMr.Ellis.
Pêche de la ba-leine, Speet, de la nat., tom. I ,nbsp;pag. 44nbsp;vue pcinte h Tir-naw en 1765. nbsp;Origine des lamesnbsp;fortes et pliantesnbsp;quon appelle ba-leines,Yo\A. ^ pag.
406.
hérisson marin; ce liérisson est de la grandeur du porc-épicj la dent raolaire dun elephant; desnbsp;statues de corail. Je commence h croire que lesnbsp;corallines sont des ruches travaillées par des polypes raarins : la peau dun grand serpent qui futnbsp;pris assez prés du chateau : I'aile dun poissonnbsp;volant (i) : une petite et jeune baleine qui appa-remment nétoit pas encore née , ou qui venoitnbsp;de naitre ; jai doute, depuis , si eetoit une baleine (3): un cancre, astacus: toutes sortes didolesnbsp;de bronze , de cuivre, divoire etc, : des pepinsnbsp;changés en or dans les raisins de Tockai (Journ. hist,nbsp;et lltt., t Juill. lySo ^ pag. 366): une dent egalementnbsp;changée en or. De hdc aurijicalione alibi disserui.
ils fumeiit, et que pour cela il est bon que la pipe repose sur quelque chose, et quil ue faille pas la soutenir denbsp;la main. Un plaisant, exagerant la longueur des pipesnbsp;Turques, disoit que, lorsque les Seigneurs Musulinansnbsp;vont a leur campagne , Ie concierge de leurs palais al-lume a Constantinople la pipe quils embouchent dansnbsp;leurs maisons de plaisance.
(1) Ces petits objets ont un inte'rêt particulier dans les contrdes éloignées de la mer, oil toutes les productions etnbsp;ieshabitans decette partie du globe sont regardes commenbsp;des êtres dun autre monde.
(3) A en jugerpar sa grandeur, ce netoil quun em-brion : la petite baleine est de soixante a soixante et dix pieds; la grande de cent trente, cent soixante et quel-quefois de deux cents pieds. Cela dépend de la vitesse denbsp;Iaccroissement, et conse'quemment, suivant la regie denbsp;Buffon, de la longueur ordinaire de la vie des baleines.nbsp;liparort quen general le poisson vit long-teias, granditnbsp;lentement etc.
-ocr page 113-Purum aunim esse omninö nego, at posse particuUs fjuihusdam deaurari. Entraulres minéraux , il ynbsp;a une espece dont Tor est purifié et presquenbsp;préparé comme après laction du feu ; j'ai vu lanbsp;ruème chose a Neuïol. Des chandeliers fails dunenbsp;matiere rare, éclose de Vopération dun alchimistenbsp;qui a dupé leRoi de Prusse. (Histoire remarquablenbsp;dun alchimiste pendu a Custrin. Journ. hist, etnbsp;litt. , i Févr. l'J'jSf pag, Lécaille dunenbsp;très-grande tortue. ün grand morceau de bols,nbsp;de Ia longueur dun pied , trouvé dans lesforaacnbsp;dun cerf, tué par Ie Cojnte Rodolphe Palfi,
* Journ* hist* ct littér* , i5 üéci
X)es pétrifications, 1^83gt;pag. 6ofr*
Une espece de marrons aqualiquesdontIe21:'è/s9ü« est leinpli, et qui sont bons k manger. Le Ti-bisque est un grand fleuve de Hongrie, extrê'nbsp;mement poissonneux (Cest la Theiss'^. Unenbsp;écuelle faite de fiente de vache , très-propre etnbsp;très-soUde. Des anneaux Remains . ils sontnbsp;très-grands et travaillés grossiérement, avec desnbsp;inscriptions en grandes lettres *. ( i) Lanbsp;canne dont on tire le sucre.
des métalliflcalions (2). Les serres dune écre-
(i) On voit dans dautres anciens anneaux, dessaphirs, des jaspes, des onyx etc., avec des bustes extrèmement biennbsp;graves. Voyez Beger, Thes. Brand., i5g, 160, 161,
162, i63.
(a) On ma donné de 1eau, prétenduement pétrifiée dans ies mines de Scliemnitz. Un ongle de veau, ou de daim.
Jai marqué ailleurs comment se font ces pétrifications; nbsp;nbsp;nbsp;r.-
'jue 1 eau est indestructible etc. Exemple terrible depétri- des fosüles, par
fication, et qui paroit certain, ibtMud. subter., part. 2, bertga.s, Art.AK.»
P«g- 53, la ville deBiedoblo, sur la cóte dAfrique, pé-
'rifiée : crimes de ses habitans. Et nescierunt hi, quos Cuatbi. '
-ocr page 114-visse énorme. Nombre de couteaux et autanf de fourchettes , rent'ermés dans un noyau de ce-nict.hist., Krt. rise, Le Cardinal Pazman assure , dans une con-Aiumno, Spamno-sur 1Eucharistie, avoir vu ii Prague,
GBI Ct KüVEtUCK.____
suhvertit in furore suo. Job. 9,5. jilia de petrifica-tione , metallificatione , ibid., p. i , pag. So^. 11 y a, prés de Leulch , iin lac pétrifiant (Ce iiest point icinbsp;proprement une pétrification). Quaud les particules pe'tri-fiques sont transparentes, rien de plus beau que les cavernesnbsp;Vêtues de ces pdtrifications ou cristallisations, si 1on ynbsp;Mund.suhterr., porie de la lumiere. On peut voir une belle descriptionnbsp;p. I ,.pag. 123. duue caverne de ce genre, située dans lisle dAnti-Paros ,nbsp;dans iArcbipel , de'couverte par Mr. de Nointhel, am-Jiassadeur de France a La Porte. Voyez-en le plan et lanbsp;covipe dans le Voyage pittoresque de la Grece, par Mr. denbsp;Choiscul-Gouffier, Chap. ^,pag. 5i. II diminue beaucoupnbsp;ce que dautres voyageurs en ont dit; peut-ètre le fait-ilnbsp;lt; par esprit de contradiction, car il lelaisse appercevoir ennbsp;plus dune occasion : suivant sa propre description, cettenbsp;caverne est une très-belle chose. Jai vu de ces fleurs denbsp;terre oii stalactites bien transparentes et brillantes, a Ros*nbsp;nau, le 9Fév. 1768. Misson, dans son J^oyage dItalië,nbsp;torn. 1 , pag. 162, semble douter quil y ait de vraies pé-trificalions : celle du cliampignon, sur-tout, lui paroitnbsp;suspecte ; il y a de quoi sétonner de son ignorance sur cenbsp;point. Le champignon se conserve peu de tems; sa pétrification, ainsi que celle du pain, des joncs etc., que jainbsp;vue ailleurs, semble prouver quil ne faut pas toujoursnbsp;beaucoup de tems pour opérer cette transmutation. Lesnbsp;principes de la pétrification ne sont point par-tout dans lanbsp;mème activité, la même quantité, le mêine ensemble denbsp;circonstances. La cuprification se fait en qtiiuze jours. ;nbsp;],a pétrification est encore une figure de lEucharistie. Lenbsp;l)ois périt; sa forme, son volume, ses traits, sa couleur etc.
subsistent.
dans
-ocr page 115-dans Ie cabinet de lErnpereur Rodolplie II, trois cents vases divoire renferinés dans un grain denbsp;poivre; ces vases avoient Ie bord doré. On faitnbsp;encore è. Ausbourg de ces gobelets divoire avecnbsp;nn anneau roulant 5 on en met jusqu'k cent dansnbsp;un grain de poivre de médiocre grandeur (JUisson,
Voyage iTItalie, tom. i, pag. z63. Jai parlé dautres merveilles de ce genre en différens en-droits. Cest ainsi que la nature et Tart étonnentnbsp;souvent limagination.
II y a, a Rotestein, des caves dune profondeur extraordinaire ¦, elles ont trois étages : on y voit uanbsp;puits qui a ga toises de profondeur, Un arsenalnbsp;très-propre , très-bien ordonné , oü tout est dunbsp;meilleur cboix : il s'y trouve des armes de toutesnbsp;sortes de formes 5 des cottes de mailles *, tellesnbsp;que les anciens chevaliers portoient dans les com- tom.i,aurXieamp;nbsp;batsjdes statues toutes encuirassées etc. ,etc. Le ces cottes de mail-
1 nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;IAnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;y-,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les Je gain de la
saiJrequi coupalatêle au lameux Comte JNadasty. batailie do Böuc On y a grave un vers, que Je crols avoir retenu vines,nbsp;et être tel:
Francisci caput a Nadasty hie abstulit ensis.
Les Hongroisle regardent comme un saint, comrae un innocent sacrifié h Iambition de la Cour denbsp;Vienne j mais rien nestplus faux que cette idéé,
^ui tient encore a Iancienne antipathie des Hon-grois centre les Allemands. Voyez Nadasty, dans le Dictionn. hist. (1) Jy vis encore un étendard
^
() On a de Nadasty, Mausolceum regni jlpostolici ,
a queue de cheval, pris sur les Turcs. Les chaines horribles , dont les Turcs chargerent lenbsp;Comte Palfi.
II y a, a 5 lieues de TIrnaw, un paysan ce-lebre , qui, avec beaucoup d'eruditioii et une bibliotheque choisie , vit absolument eh paysan ,nbsp;cultive ses champs, et ne se retuse a aucun travail, rustique : il se nomme Kutinovics; il vientnbsp;aux theses j et le livre quon lui donne selonnbsp;?Onmelatlit la coutume , il le met dans sa besace *. Cest
mort en 1767, homme simple et modeste , plus estimable et
Journ. nistor. et nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-i-,- 1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;''
«m,iMaii785, plus heureux que les Diderot, les dAlembert, les
pag. 17. nbsp;nbsp;nbsp;Rousseau, les Voltaire, les Hume, les Buffon ,
les Helvélius et tons nos philosophes.
nbsp;nbsp;nbsp;Beatus ille qui procul negoiiis ,
XJt prisca geus mortalium,
Paterna rura bobus exercet suis Solutus omni fcenore. . . .
Forumque vitat et siiperba civium' Potentiorum limina.
Horat,.
Non ilium populi fasces , non purpura Regum
Flectit, et injidos agitans discordia fratres ,
Nec conjurato descendens Vacus ab Istro :
Non res Romance perituraque regna, neqiie ille
Regum ac Ducum Norimbergce , 16G4, avec des figures, ouvrage ecrit en style lapidaire, commeii5aiit par Kévé,nbsp;Due de Ilongrie, et continue jiisqua Leopold exclusi-vement. Jai vu des gens qui regardoient ce Mausolccum.nbsp;coinnie 1ouvrage dun Jean Nadasi, Jc'suile j mais le Comtenbsp;quilede'die solemnellcrnent aux Etatsde Ilongrie, le re-gardoit certainement comme son propre hien.
-ocr page 117-¦J^ut doluit miserans inopem , aut invidit liahenti, Quos rami fnicius , quos ipsa volentia nuanbsp;Sponte tulêre sud , carpit; nee ferrea pira ,nbsp;Insanumve forum , aut populi iabularia vidit.
VCRG. % Georg.
« Nous avons cru, dit Fontenelle, cju'en d^-quot; robant cinq ou six syllabes a la mort, nous )) étions sürs de vivve ii jamais ; il valoit biennbsp;» mieux consentir a mourir de bonne grace , nousnbsp;gt;) et nos noms ».
Linjustice des lecteurs qui condamnenl dans un Ouvrage ce qui est bon, qui- approuvent ce quinbsp;est manvais j les intrigues, les passions qui éleventnbsp;la reputation dun auteur vil et méprisable, et quinbsp;réprouvent un éerivain solide, sulEsent pour nousnbsp;engager k ne pas paroitre sur la scene des sciences.nbsp;gt;' Le nombre des auteurs, moi compris , disoitnbsp;n Voltaire, est beaucoup trop grand », Conten-tons-nous de communiquer h quelques esprits do-ciles ce que nous savons de beau et dutile ¦, etnbsp;quand la Religion et le zele nen demandent pasnbsp;davantage, n'allons point au-delk (1).
II est inconceyable k quels exces se portent les factions litte'raires, sur-tout a Paris, et dans les grandes quot;villes. Voyez le Discours de Mr. Lefranc a lAcadérnie desnbsp;jeux florauXj.le 6 Janvier 1749' Cabales des impiesnbsp;des hérétiques contre les auteurs catholiques , f. o; i.nbsp;5-3. C. Poel. Depuis 1766, que jai écrit ceci, les clioscsnbsp;'ont bien pis. LAcade'mie Franyoise a adopté un monopolenbsp;qui prépare la mine entiere de la litlérature. Linguet a eunbsp;som de consigner dans ses Arriiales toutes ces destructivesnbsp;operations. Voyez sur-tout le 11. 29, année 1778.
G 3
-ocr page 118-Je mesouslrais, sans me plaindrc ,
Aux cabales, aux noirceurs,
Qui de tout terns ont fait craiiidre Le commerce des iieuf securs.
Oui, de la simple fauvettc Le cliant me seniLle plus doux;
Et, lorsque je le répete ,
Je ne fais point de jaloux.
Voyezci-dev., nbsp;nbsp;nbsp;Etant a Transchin, durant un second Voyage que
pag.,20. nbsp;nbsp;nbsp;jlt;y gjj Septembre , on my montra la corne du
véritable rhinocéros, et la pierre du porco-spi-noso , que j'avois déja vue ailleurs. Jy vis aussi un éventail singulier , servant k renouveller lair dansnbsp;les cliatnbres.
Prés de Solna, on reinarque le chateau du Comte de Szuniogh , ou il y a une belle orangerie. Jynbsp;ai vu le portrait de sa tante qui avoit été enterréenbsp;7pendant dix-huit jours. Le Comte prenoit cettenbsp;resurrection pour un miracle j mals je sais tantnbsp;dhistoires de ces prétendus morts, enterrés et puisnbsp;ressuseités , que je ne puis souscrire k sa pensée ,nbsp;sans en avoir dautres preuves. La tante du P. De-traux (1), monbon ami, fut exposée comme raortenbsp;pendant douze heures: elle vécut ensuite plusieursnbsp;années. On peut voir sur ce sujet une belle et sa1-vante Dissertation dans les Mémoires de Trévoux.nbsp; Le Journ. hist, et lilt., i Déc.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pag. 490 :
et le I Déc. 1791, pag. 491.
Similis causa in L. Lamid, viro prcetorio tradi-lur. C, JEliwn Tuberonem , prwturd functum , a
Savant Jésuite, né k Luxembourg , qui fut le regent de rèditeur de eet écrit.
-ocr page 119-^ogo relatwn , Messala, Rufus etpler'ique tradun/.
Hcec est conditio mortalium , ad has et ejusmodi oc-casioncs fortuncc gigninmr, uti de homine ne morti quidem deheat credi. Plin., Hist, nat,, L. 7 , Cap.
Sa. Aviola, vir consulans in rogo recixit; ei quoniam subvenirinonpoterat ,prcevalenteflammd,nbsp;vhus cremaius est. Idem, ibid. Mr. Civile,nbsp;mort trois fois , Mém. de Trévoux,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;JuilL
1736, et Juillet 176a, pag. 1678, Calmet,
Hist. des apparit., torn. II , pag. 207 et suiv,
Item , un Ouvi'age allemand ; De Mastications tnortuovum,
II y a , k une demi-lieue de Solna, un autre chateau oü Ton voit Ie corps encore entier dunenbsp;dame célebre par sa piéfé ; maïs ce corps est toutnbsp;desséché, et son incorruption ne peut être donnéenbsp;pour un miracle. Jai vu a St.-Jean en Liptovie,nbsp;un caveau qoi conserve très-long-tems les corps quinbsp;y sont déposés : ce caveau est pénétré de soufrenbsp;en quantité considérable. Si lon jetoit uire cer-taine quantité de soutVe , par exemple, de la hau~nbsp;teur dun pouce , sous les cadavres enfermés dansnbsp;des cercueils quon recouvre de terre , ou quonnbsp;bouche bien herméliquement, il en écarteroit toutnbsp;genre dinsectes et de corruption. In aliquibus ter-ris dijficulter cadavera putrescunt, quia vel sunt cur., dec.nbsp;salsa;, aluminosce , aut nitrosce ; nitrum verb et salnbsp;® putredine prceseivant; vel quia simt nimis sicccenbsp;frigidae, aut nimis calidcc, Le corps du fa-eux anti-Pape , Pierre de Lune, le plus obstinénbsp;lt;les hommes , privé de la terre sainte , est, dit-on ,nbsp;encore entier dans le chateau éélgluccas en Ar-
* tóyez Ie P. Xüïl). '
ragon. Celui de Boniface VIII fut trouvé enlier en i6o5, trois cents ans après sa mort : on peut jus-tifier la mémoire de ce Pontife * (i).
II y a une Eglise dans la Russie-Rouge f ou les corps enterrés depuis des siecles , sont conserves ; ,nbsp;ceux quon y met aujourdhni ne tardent pas a êtrenbsp;consumes. On vante beaucoup la conservation dunbsp;corps de S. Alban a Cologne, ün de mes arais , Ienbsp;P. Bozisio , prédicateur italien a Vienne , mainte-nant recteur k Trieste, cjui la vu , ma assuré quenbsp;la chose n etoit pas telle qnon la disoit. Le Roi denbsp;Pruss,e a voulu sen instruire, et na nen trouvé quinbsp;le convainquit du miracle. Cependanl le P. Des-poulles, Jésuite, homme respectable dans maPro^
(i) II est bien difficile de Ia jnstitier enticrement en li^ sant lHistoire de lEglise Gallicaiic, tom. XII, pag. 353nbsp;et suiv. Ce quon dit de son corps paroit certain. « ïroisnbsp;« cent deux ans après, sous Paul V, le onze Octobre ,nbsp;» jour même de son tre'pas, on ouvrit son tombeau placenbsp;n dans la Chapelle qnil avoit construite a lentre'e de lE-» glise de S. Pierre. On trouva scs habits pontificaux ennbsp;» entier, et son corps sans ctuTuption, a la re'serve du neznbsp;)) et des levres. Mr. Sponde en parle comme ténioin acu-:nbsp;)) laire, sélant trouvé k Rome en ce tems-la : cétoit eunbsp;)) i6o5.... On lit pourtant cbcz quantité dliistoriens, quenbsp;» Boniface mourut en furieux, se rongeaiit les mains etnbsp;» les bras : ce qui fait voir combien la partialité alterenbsp;u quclquefois Iliistoire dans les points lesplus iinportansa,nbsp;Quoiquune certaine incorruption ou integrite' des corps ,nbsp;ne pronve en general rien de bien positif; elle dit beau-coup , par cela senl quclle eSt rare, lorsqnelle a beu k lé.-gard des bommes cxtraoi dinairement respectés, ou calom^nbsp;uiés.
-ocr page 121-( io3 )
vince (*), et témoin oculaiie, ma dit des merveilles de cette incorruption.Mr. Ie Comte Ybarra, liommenbsp;extrêmement éclairé et judicieux, massure avoirnbsp;Vliet touché a Eysenstad, Ie corps dunePrincessenbsp;Esterhasy, morte en odeur de sainleté depuis 5onbsp;ans. Ce corps est sans aucune corruption , plein ,nbsp;et visible , dans la sacristie des Servites. IInbsp;paroit néanmoins dailleurs , comme on Ie verranbsp;dans la suite , que cela est faux et exagéré. Lenbsp;moyen , après cela , de croire a ce que nous ra-content les voyageurs! Voir soi-même , eest lenbsp;seul moyen desinstruire. Les voyages m'ont apprisnbsp;a croire tout possible , mais a ne me rendre quknbsp;1évidence. Jai vu a Treves et ailleurs , des corpsnbsp;entiers , mais desséchés ; jai remarqué ailleursnbsp;{fol. 3j, 3. Crit.) que les corps restoient souventnbsp;entiers en Hongrie.
Jai vu a Gracovie , dans lEglise de notre College , outre le magnifique ostensoir que jai dé-crit, pag. 6 , un autre fort simple qui est le propre ouvrage du Roi Sigismond. On y voit aussi denbsp;belles cbasubles , faites par la pieuse Reine denbsp;France : javois vu auparavant celles que la mêmenbsp;Princesse a envoyées a la Mission de Nancy. Lesnbsp;Dames de France , Victoire et Adelaide, préseii-tant ces chasubles a nos PP. , leur dirent : Notrenbsp;Mère et la vótre, vous fait ce présent.
II y a dans cette Eglise de S. Pierre , une Clia-pelle qui ne contient que des Reliques. Les piliers
(*) Ce Pere,]ors de la .suppression des .lésuites, en 1773, étoit au College de Luxembourg ; il éloit fort agé, et viyoitnbsp;en reclus.
( io4 )
de lAufel et tout ce qui Ie constitiie , sont des re-liquaires vitrés et très-bien ordonnés. J'y ai vu et porté dans mes mains la tête de S. Stanislas Kostka,nbsp;que jai baisée avec beaucoup de vénéralion, ainsinbsp;quune lettre de S. Fran9ois-Xavier.
Le grand nombre de corps saints quon voit a. Cracovie, la multitude, la beauté, la richesse desnbsp;églises , font dire aux Polonois que Cracovie estnbsp;une autre Rome , Cracovia altera Rorna. Jai vunbsp;au noviciat des Jésuites, une chasuble et un daisnbsp;de paille, très-bien travaillés. A 1entrée de lanbsp;calhédrale, la cuisse et la cóte dun géant, avecnbsp;dautres ossemens , appartenans , disoit-on , aunbsp;jnême corps, attirent lattention : la cóte peut avoirnbsp;» neuf pieds de longueur. Cette cóte peut être unnbsp;fossile , ainsi que les autres ossemens , ou bien lesnbsp;restes dune baleine , car il y a des baleines dontnbsp;les os ou arrêtes peuvent étayer ou servir a cons-truire de grands édifices. On pourroit croire encore que cette cóte est celle dun éléphant; maisnbsp;y a-t-il eu des éléphans en Pologne , ou du moinsnbsp;en Allemagne, en Hongrie? Ces sortes de fossilesnbsp;sont-ils de véritables os enterrés? Adhuc sub judicenbsp;lis est.
Salines de Vi- II y 3 a Vilisca, près Cracovie, des mines de lisca, en Pologne. très-célcbres , et dune structure singuliere.
Le Roi de Prusse a voulu les voir; on diroit une ville entiere sous terre , elle a ses églises et sesnbsp;chapelles, oii lon voit des autels et des statuesnbsp;bien travaülées et faites de sel. Les Polonois at-tribuent la découverte de ces salines a Sainte Cu-irégonde, Duchesse de Pologne , qui les connut,
-ocr page 123-lt;^isent-ils , par une lumiere surnaturelle, On y descend au nioyen dune corde , ce qui est très-dangereux, lors même que Ia corde est neuve.nbsp;de sais deterribles exemples en ce genre : je nainbsp;pu y descendre; les pluies et les neiges qui gros-sissoient les torrens du mont Krapacli et des autresnbsp;inontagnes horribles , qui séparent la Hongrie denbsp;la Pologne, mena9oient de menfermer en Pologne,
Dcscente dan» les salines de Déesnbsp;en Transylranie,
amp;i je restois encore un jour a Cracovie. On voil de pareilles salines en Hongrie, a Chovar, présnbsp;dEpériés. On peut voir, au sujet des salines de vojsez ci-aprfes.nbsp;Cracovie, Gracianilibros, invitd Minervascriptos,
OU bien Austuarium hist, nat. Regni Polonici j ou Pluche , Speet, de la nat. ,¦ toni. 3, pag. izz.
II jr a k Saint-Jean, prés St.-Nicolas, dans la Haute-Hongrie, une fontaine minerale j les oiseauxnbsp;qui volent au-dessus , en sont attirés, ou plutótnbsp;elle les étourdit et les fait tomber; mais il faut quenbsp;les oiseaux ne soient pas a une très-grande hauteurnbsp;lorsquils volent au-dessus de cetle source. Jai re-marqué , la comme ailleurs , que la renommeenbsp;exagere fout, et quil est bon de se rendre surnbsp;les lieux pour juger des choses. Le même phéno-mene se voyoit autrefois sur le lac Averne , ennbsp;Italië , au rapport de Virgile, Luerece , Pline,nbsp;Silius-Italicus etc.
........... . Tails sese halitus atris
Faucihus effundens supera ad convexa ferehat. . . Quem super baud ullce poterant impunè volantes
Tendere iter pennis. . . ............
Undè locum Grail dixerunt nomine Aortiorc.
-ocr page 124-Ce lac a perdu depuis long-temps cette funeste propriété. Quelques auteurs pensent que le lacnbsp;Averne est le cratere dun ancien volcan ; maisnbsp;Mrs. Ferben, Dietrich , Hamilton, Brydone etc.,nbsp;ont tenement multiplié les volcans en Italië , quenbsp;le public sest tenu en défiance k Iegard de toutesnbsp;ces suppositions, bien plus systématiques , malgrénbsp;lout ce que ces Mrs. en disent, que vraiment ap-piiyes sur le temoignage de ceux qui voient avecnbsp;des yeux non prévenus.
On voit, de Saint-Jean, les grandes raontagnes nommees Krapach, Karpath, mantes Carpathici;nbsp;la plus haute de toutes sappelle Kriaan. Unnbsp;plaisant disoit que la lune , dans son périgée ,nbsp;heurtoit centre le Krivau. Virgile , parlant desnbsp;flots de la mer, va biea plus loin :
Ter spumam elisam et rorantia vidimus astra.
JËMEin.
Le Kotch est presquaussi haul que le Krivan. Du sommet de Tun, comme du sommet de 1autre,nbsp;on decouvre Cracovie , qui est a trois grandesnbsp;journees de la. Quelques-uns font le Krivan egalnbsp;au Pic de Ténériffe; mais je crois le Pic plus haut.nbsp;On monte en un jour sur le Krivan ¦, en trois joursnbsp;sur le Pic : on voit le Pic a soixante lleues dans lanbsp;mer. On lui donne six milles d'ltalie en hauteurnbsp;quelques auteurs lui en donnent le double. Con-certal Carpathus cum altissimis guibusm montibusnbsp;totius orbis (Szentiv. misc. Curio, dec. i. 79).nbsp;Ilalicas superat Alpcs et quascumque alias (Tu-roezi , Hungar., pag. 207). Palmam inter mantesnbsp;Europeos dat Hdvetiis Bujfon. Quelques auteurs
-ocr page 125-ilisent que Ie Pic est la plus haute montagne de terre; dauties donnent cette prérogative auxnbsp;Andes, dautres au Caucase : on dit que celui-ci anbsp;douze milles dAllemagne, quarante-huit dItalienbsp;perpendiculairement iSzentiv. misc. Cur. dec. 2);nbsp;cela paroit absurde. Buffon donne seize cents toisesnbsp;aux montagnes de Suisse au-dessus du niveau denbsp;la mer. La Martiniere, art. Ténériffe, donne aunbsp;Pic 471872 pieds , cest-a-dire , pres de huit millenbsp;toises ; Herbert lui donne quinze milles Anglois 5nbsp;Dellon et Duret, neuf mille Anglois ; Vareniusnbsp;quatre et demi; Beekman deux milles et demi,
Voyez YHistoire générale des T^oyages, torn. 6, pag. iqo. Mr. de Borda', dans un Mémoire lu knbsp;1académie des sciences, Ie 12 Nov. 1777,nbsp;réduit la hauteur a 11,424 pieds ; Ie P. Feuillet,nbsp;k i3,tj8.
II est presque impossible dedélerminerlahauteur
des grandes montagnes (Mund. suhtcr., pari. t, Moyendecon^
pag. oA p 2, cap. Z2.); Dieu seul la connoit exac- oitre la liauteur i L A7 ¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦ VA) r\ par la distance, ct
tement -. Altitudmesmoniiuimpseconspicit (rs. 94;. Ja distance par la
1.1 en est de même des asfres. De modo ordinario hautenr. Mund.
monies meliendi scripsi aliquid mier physiccB Jiguras,
ubi de arce Temelzin. Barometro mensurari censet I^^S- 94-
Bujf 'on, sed perperdin. DrfficuUatem etiam hodiè in-
vincibilem meliendi monies , habes in Snpplem.
obseiv. phil.jfol. ao. Addes : Le barometre ne
mesure guere mieux les montagnes que laslrolabe.
Mr. Néedham ayant calculé la hauteur du Monl-
Tourné, situé entre le mont Cénis et le pelit Saint-
Bernard, a trouvé 463 toises de dillérence entre
la méthode de Mr. Cassini et celle de Mr, Bouguer,
-ocr page 126-quil employa Tune après laulre. Que seroit-ce, si deux différens hommes avoient fait ce mesurageennbsp;différens tems, avec des barometres différens ?
Létat de fair change pendant quon monte; et quand il faut monter un jour ou deux , il a tout Ienbsp;tems de subir une révolution. Le moyen de Savoirnbsp;avec certitude combien le baromelre descend anbsp;raison de la hauteur de la montagne?... Cest,nbsp;dit-on, de placer quelquun avec un barometre aunbsp;pied de la montagne , tandis que les autres vontnbsp;au sommet ; fair change en bas, tandis quil nenbsp;change pas en haut. Les grands et subits change-mens de latmosphere se font dans les régions in-férieures, au-dessous de la cime du Pic et du Cénis 5nbsp;cest la que se forment les nuées et les orages etc.
Jaurois bien voulu monter sur le Krivan, mais il étoit couvert de neige : cétoit exactement lanbsp;figure dAtlas, telle quelle est représenlée dans cesnbsp;beaux vers de Virgile :
. . . Cinctum assiduè cui nubihus atris Piniferum caput et vento pulsatur et imbti :
Nix humeros infusa tegit : turn Jlumina menia PrcEcipitant senis, et glacie riget horrida barba.
PiRO. 4 jEncid.
C est chose agréable de monter sur le Krivan en été : il est rempli de merveilles, Le P. Turoczi,nbsp;Hungaria, cum suis Regionibus, lappelle Gazo-phylacium Hungarlce, pag. zo8. Les daims , lesnbsp;roari^ottes etc. y sont en très-grand nombre : onnbsp;y voit un étang deau noire , quon nomme Oculusnbsp;maris. Vel ex altiori hjdrophylacio, vel ex nivibusnbsp;phwiistjue ontur Ine oculus, vel ex inari, undè
-ocr page 127-oculus mans. (Reinzer, Meteorolog., dissert, xi,
Hor af.
9ult;Est. I, Quseres 'y). Cet étang nest point tout-a-au sommet de ce luont gigantesque : Ie sommet ^ étoit beaucoup plus large, il y a quelques an-nées 5 la foudre la rétréci. Ferhint summos fulminanbsp;fnontes.
.............. Ipse flagranti
Firgil.
Aut Atlio , aut Rhodope , aut alta Ceraunia telo
Rejicit.......................
Que dire des pierres précieuses , dont ces mon-tagnes sont parsemées, des riches minéraux quelles renferment dans leur sein etc.? Mirahilis in altisnbsp;Idominus. Fis immensa arhorum, feranim,, Turoczijao^.nbsp;avium, rerumque plurimarum, nonnecessitati modhnbsp;aut utïlilati, veriim ctiam luxui innocuceque volup-tati servicntium, multum supra modum invenitur.
A quelque distance du Krivan, on ne prendroit \oyez\eSpeet. cette montagne que pour une masse isolée , tandisnbsp;que cest un groupe de collines entassées, et en-ti'ecoupées par des vallons sans nombre.
Dans un second voyage que je fis ti Kremnitz, en 1766, iai vu de quelle maniere on sépare lornbsp;de largenl par Talambic et leau-forte; battre mQigt;nbsp;noie, allonger, couper, arrondirles lames etc.
Jai remarqué, dans ce voyage , que les hautes nvontagnes, comme Ie Krivan , Ie Kotch, étoientnbsp;souvent couvertes de neige, lors même quil n'ynbsp;en avoit pas ailleurs. Quelquun faisant la mêmenbsp;reflexion , me dit que peut-être les montagnes en-gendroient les nuées. Celte idéé ne peut être re^uenbsp;dan^ toute son étendue 5 mais les vastes montagnesnbsp;renfermant dans leur sein une grande quantité
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d'eau et de feu , sout saus doute Irès-propres a engendrer quelques nuages; car il est reconnu quenbsp;les nuées sattachent a leau. Plusieurs vents ont lanbsp;mêine origine : de la lidée des poëtes, que les ventsnbsp;sont emprisonnés dans les montagnes. Molemquenbsp;ct monies insuper altos imposuit (i ^Eneid.). Souvent on voit sortir dun trou du Krivan une petitenbsp;nuée , qui, en un instant couvre toute la mon-tagne , et se retire ensuite dans la même ouverture.nbsp;Le supérieur de notie maison, a Saint-Nicolas ,nbsp;raa dit avoir vu lui-même ce phénomene lorsqu'ilnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;montoit sur le Krivan d^iutres mont dit la même
cliose, et jai remarqué moi-même que d'un moment a l'autre, ces montagnes étoient nettes et couvertes. Le même supérieur me dit que fair estnbsp;doux et agréable sur le sommet du Krapach, plusnbsp;que vers le milieu dautres mont dit quil est sinbsp;subtil , quon ny respire qu'avec peine : il fautnbsp;considérer les lempéramens, la hauteur de lat-mosphere ; léfat actuel de fair, et dautres cir-constances, Jean Struis, Hollandois, dit aussi quenbsp;sur iemont Ararat, 1airestbeaucoupplus agréablenbsp;au-dessus de la region moyenne , quil en a faitnbsp;Vexpérience etc. Voycz le Dictionn. de Trévoux ,nbsp;art. Ararat. Mr. de la Condamine a vécu plusieurs semaines sur les Andes , qu'on croit être lesnbsp;?AndcsonCor- plus hautes montagnes du monde *.
téer7ourT)iisi nbsp;nbsp;nbsp;inoment en süreté sur
etlitt., iSSept. le Krivan : les tempêtes subites et horribles ont *786,pag. 82.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j-epeniif plus dun philosophe de sa curiosité.
II paroit que celte cause des tempêtes est en raison inverse de celle de Franklin. « Le sommet des
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gt;' inonfagnes, dit-il, attire les images , et lire le Malta vidt
feu eleclrique du premier ivuage qni Iaborde. nbsp;nbsp;nbsp;multas
*gt; Le second qui suit, lorsqu it approche de celui- tudlnes .¦ aliquo-
gt; ci déia dépouillé, lui lance son feu et dépose ses ^ilt;^^usqueadnwr-, I . nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tern periclitatus
» eaux : le premier image atorslanqanlde nouveau sumhoTumcausd, « ce feu dans les montagnes, le troisieme appro- MeratM sumnbsp; chant et tous les autres arnvant successiveraent, 34.nbsp;agissent de la même sorte , aussi loin quils se-. » tendent en arriere, ce qui peut être dans unenbsp;)) etendue de pays de qiielques centaines de lieues n,
Un New tonien dira que le vaste corps de ces monts attire les vapeurs ou desnuages déja formés:nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
il calculera et saura, par le rapport de la nuée avec la montagne , en quel terns la tempête auranbsp;lieu. « Mais, dit Mr. Pluche, de cent personnesnbsp;« qui feront ces recherches , pas deux ne se réu-n niront dans la même conclusion ». Pour moi,
)a)oute a ce que jai dit, que les hautes montagnes sent des digues ou les nuees vont se briser, et ounbsp;eiles sarrêtent.
OnmafaitvoirciNeusol, le aqOctobre 1766, un raifort vraiment gigantesque , que nous avouamesnbsp;être une production singuliere dela nature. J'ai re-marque ailleurs que tous les êtres, et même toutesnbsp;leurs propriétés ont leurs géans. Dans ce pays-cinbsp;on se sert avec succès du raifort centre la gra-velle ; le P, Alexandre Howath, que jai connu anbsp;Tirnaw, en a fait 1expérience. On massure aussinbsp;que le raifort rapé et appliqué au ventre dans unnbsp;sachet, guéritmerveilleusement toutés les coliques,nbsp;meme le miserere ; appliqué au fi ont, il soulagenbsp;les maux de tète, mais son action est violente. II
-ocr page 130-faut en manger souvent; il y a néanmoins des es-tomacs qui ne sauroient Ie digérer.
MarLre noir trouvé en Hoii-gric. Jourtti. hist,nbsp;et litt. 3 I Juinnbsp;1780, pag.24^.nbsp;Curis acuens mor-talia corda,
Ut varias usus meditando ex-ticnderet artes.
Virg.
Le marbre est extrêmement commun k Neusol, a Graan et en dautres lieux de la Hongrie ; knbsp;Neusol, il est presque aussi commun que les aulresnbsp;pierres; le marbie noir est rare dans tout le pays,nbsp;ainsi que le blanc. II y a peu de mines de marbrenbsp;noir : deux, je pense, en Europe. Voyez larchi-tecture de dArvillers. Je ne sais cependant silnbsp;parle de celle de Stantz , en Suisse; les statuesnbsp;qucn y voit dans léglise paroissiale, en ont éténbsp;tirées, mais le noir est veiné de blanc. II y a ennbsp;Hongrie beaucoup de marbre de coiileur cendrée,nbsp;qui est très-beau et bien flagellé; jen ai une bellenbsp;piece, dont Madame de Torock ma fait présent;nbsp;ce marbre a beaucoup de rapport avec iagate:nbsp;le plus commun est le rouge, flagellé , vergetté etnbsp;pommelé. Jai appris k écrire sur le marbre, lenbsp;Ier etc., dune maniere très-aisée , et qui donnenbsp;aux lettres beaucoup de relief et déclat.
II y a k Neusol une infinité de machines et de inoulins qui servent k travailler le fer et le cuivre.nbsp;Jai vu, le 4 Décembre, le moulin k cuivre : on ynbsp;coupe de grandes masses de cuivre et de fer , onnbsp;applatit les lames, ont fait des cbaudrons etc. etc.;nbsp;les marteaux font tout cela , les ouvriers ne fontnbsp;que diriger le métal pour recevoir les coups anbsp;propos,
Cest une chose terrible k voir que les fournaises qui fondent les minéraux : javois bien vu des fon-deries , mais celle-ci est tout autre chose. Durantnbsp;la nuit, je crois voir Ienfer ouvert, quoique les
fournaises
-ocr page 131-fournaises soient è.^lln quart de lieue de ma cham.-: 1air est illumine au-dessus des cheminées k.
'ine hauteur fort considerable.
........Tdfiquam si terra dehiscehs
8. Ahiieul, 2/13,
Infernos reseret'sedes , et regha recludat Pallida , Dis invisa , superqtie imfnane haralliruin
Pernatur.j.tiepidentque', immissa limine manes^
En Décembre nbsp;nbsp;nbsp;jai yu'a. Gaos, a deux
Voyez le Spgt;-ct. de la nat., tofnrs
petites joui'uées de Neusol, Ie chaleau du Comte de Forgacs , dont lintér ieur est très-beau et riche-ment meubié5 les-appartemens.de Madamepeuventnbsp;foger uneReine, Gacs est unendroit dont Ie Comtenbsp;a fait une petite yjll.ejy ai vu plusieurs arts, dontnbsp;j ignorois la.méjthode. II y a peu darts que je naienbsp;Vu exécuter pu allege , ou aux P,ays.-Bas , ou,ennbsp;Irance , ou en Bongrie. Je ne parlo, dans eetnbsp;Itinéraire, lt;pue des arts quon ne frquve pas par- 5,6,7.-La«;(-tont,: les plus communs ne doivent pas êfre né- hanerie de piu-gligés. Le philosoplie observe tout; tout est grand 6*Vag-dès qnil instruit. La machine a filer Tor et 1ar-gent, que jai vue k Gacs, est vraiment curieiise:nbsp;on y voit un autre petit moulin, qui applatit Tor etnbsp;1argent, et le prépare a être filé. J'y ai vu aussinbsp;faire des galons, battre 1or en feuille etc. : unenbsp;feuille , qui paroissoit indivisible , en donnoit 60nbsp;de pareille grandeur.
Ee moulin qui sert k faire le crayon, est assez ^emblable aux moulins k farine. La manieve dontnbsp;on fait aujourdhui le crayon, est tóute différentenbsp;de celle que Vitruve attribue aux Rhodiens,
Je fis ce voyage en fraineau : les Hongrois ai-T'om. T. ¦ nbsp;nbsp;nbsp;H
-ocr page 132-iuent beaucöup cetle voiture (i) j cfest ce quils appelleni trahisare. Le froid est grand dans lesnbsp;pays montagneux de Hongrie ; Jai 'été oblige ,nbsp;en 1769 , de mettre dans le calice une boule denbsp;marbre cbauffée , pour pouvoir dire la Messe. Jainbsp;pensé mourir de.I'roid le .13 Janvier, allant ennbsp;traineau de Divm a, Neusol. Les gazettes ónt parlénbsp;du terrible froid quil afait ce jour-la; jen ai pleurénbsp;comme un enfant, et sans une cabane que le bon-heur nous fit rencontier , je crois que je seroisnbsp;mort de froid.
Jai vu h Podrescban , chéz Mr. Törock , des armes turques et tarlares , vin livre de prieresnbsp;turques, que les ancêtres de ce seigneur avcientnbsp;pris sur les Ottomans : une'^rue familiere. Lesnbsp;grues sont communes en ce pays-ci ; jen ai vunbsp;dautres cbez'Mr. le Comte dö Grassalkovics anbsp;Godelo. La Hongrie ést voisine de'la Tlirace , oiinbsp;elles ont combattu autrefois les Pigmées en bataillenbsp;¦Cangée.
Jai remarqiié dans tons mes voyages , que les animaux de la mème espece sont différens dansnbsp;différens pays 5 ce qui prouve que le sol, le cli-mat, la nourriture etc., peuvent causer une diver-sité, comme celle que nous voy ons dans les negres;
* Dictionn. nar ilest certain que les négrillons naissenlblancs *.
dhist. nat,, Alt. jjq ailleurs que Iiniaginalion des meres , ren-Negke. nbsp;nbsp;nbsp;_____________________ _
(i) Mr. Navier, de Cbalons, docteiir de Rheiras, e* baclielier de la Faculté de Paris, a traité cette questionnbsp;singuliere, le i3 Mars 1777 : .dn salubris magnatibusnbsp;rhedula niyeo-tractoria ? Sil est salulaire aux grandsnbsp;daller eu traineau? II a soutenu Paflirmatiye,
-ocr page 133-doit blancs les ours , les lievres etc., daiis les paj s Septentrionaux. Mais un Moscovite m'a assuré de-puis , que ces animaox néloient pas blancs ennbsp;naissant, maïs quils Ie devenoient par la suile ,nbsp;comme les boeuls en Hongrie. Jai souvent parlénbsp;dé eet article; mais jaime encore k y revenir, pournbsp;confondre Ie matérialisme. Les pores sont entiére-meirt roux dans quelques cantons de la Hongrie :nbsp;dans dautres ils sont entiérement noirs. Aux Pa3rs-Bas, ils ne sont ordinairement ni roux ni noirs.
J'ai baptisé a Vodreschan, un enfant Singare (i), qui étoit tout brülé et roux, paree que ses parénsnbsp;avoient passé leur vie au soleil. J'en ai vu un autrenbsp;a Tortel, prés de la Theiss, Ie 17 Mai 1767 , quinbsp;avoit les j'eux , Ia couleur , tout Fair dun negre.
Un mulatre que jai vu a Vienne, étoit moins noir.
On ma demandé pourquoi les Américains sont sans barbe ! il est assez difficile de prononcer la-dessus : il faudroit avant tout être bien assuré dunbsp;principe on cause efficiënte des plumes et desnbsp;poils. Jen ai dit quelque chose, yb/. s.3, z. Grit.;nbsp;jajoute que les Américains ne fout point usage dunbsp;sel *, et quainsi Ie sel seminal, nétant point aidenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;navigat
--------------- in Srasil. , cap,
(li On ne sait quelle est 1origine de ces Zigeiner ou nbsp;nbsp;nbsp;gt;
° Tl nbsp;nbsp;nbsp;TT Francofurti ad
ctingares , que les rranjois nomment Fgyptiens ou Bo- Mcenum, i5go.
hémiens. Ils se disent d'Egypte, et condamnés par la
malediction de Dieu a la misere et a 1exil, comme les
Juifs et les enfans de Chain. II est xrai quils ont Ie mème
gout pour la divination que fes anciens Egyptiens. Szentv.,
Dec , 2 , 128, dit que cest une fable. II y a qiielqnes
annécs quon les a chassés de la province de Luxembourg,
oil ils demeuroient dans les bois,
H 2
-ocr page 134-( Ilö )
du sel élémentaire, a moins de force. Quelques-iiiis disent que les Américains s'arrachent labarbe et les poils avec tant de soin, quon attribue a lanbsp;nature ce qui est Fetfet de leur caprice. On peutnbsp;dire en général que les Américains étant toujoursnbsp;nus (1), et nusant que de nourritures simples ,nbsp;sont dun tempérament sec, chaud , sans acreté etnbsp;sans beaucoup dhumeiirs. On voit aussi chez nousnbsp;des hommes sans barbe et sans poils; lesEthiopiensnbsp;sont également sans barbe; leur tête na que peunbsp;de cheveux. Gest défaut ou excès de chaleur;nbsp;excès qui desseclie et dissipe les hunieurs j défautnbsp;qui ne peut les digérer et les poujser. Les cheveuxnbsp;ne sont que des produits formes des vapeurs fuli-gineuses du sang , qui, poussées paria chaleur versnbsp;la superficie du corps , se condensent en passantnbsp;par les pores de la peau : peut-être Ie vêferaentnbsp;favorise-t-il cette condensation. Jai vu a Lursanbsp;prés de Pest, en Hongrie , une femme qui avoitnbsp;la barbe si forte , quelle se couvroit Ie mentonnbsp;pour ne pas prêter k rire. Selon 1Auteur desnbsp;Recherches sur les Américains (ouvrage absurde
Vixi alicuhi nos oinnes pilosos fore , si nudi ad polos hahitarernus ; sed nuncplane dubito ; etsiprovidanbsp;natura pilorum ferax sit in animantibus polo vicinis.nbsp;Homines plane pilosos visos esse, verèque hominesnbsp;fuisse dixi in 3. Grit. ylt neque jEthiopes , nequenbsp;Singari nostri , neque Americani , etiam Zonales ,pi-losi sunt quamvis nudi. Puellam salso sanguine labo-rantein, adstuporem crinitarn vidi. Oves salis amantee.nbsp;sylvescunt land. Avium sal in plumaspennasque abit;nbsp;urinam non faciunt.
-ocr page 135-Bt très-mauvais) , cest la grande hunridité de l'A-mérique , qni en rend les liabitans sans polls. Depuis leur mélange avec les étrangers , ils sontnbsp;plus velus. Ceux qui prétendent que la coutumenbsp;de sarracher les polls a rendu cette dépilation lié-réditaire , sont réfutés par les plus simples notionsnbsp;de la physique. Un pere aveugle nengendre pointnbsp;daveugles. Voyez pag. ^o, tom. I, Recherches surnbsp;les Améncains.
A Gaos, )ai vu faire des fourneaux ou poëles ^ chauffer , d'une forme particuliere j ce sont denbsp;grandes et belles statues , bien travaillées et faitesnbsp;dune terre blanche qu'on trouve dans Ie voisi-ïiage , OU bien dune autre espece de terre, moinsnbsp;belle que la premiere , inais bien vernissée. Cesnbsp;fourneaux font un bel effet dans les salles ; ien ainbsp;Vu un qui représente Confucius , ce fameux phi-losophe et législateur Chinois ; dautres représen-lent des sirenes , des Turcs , des Maures etc.
Le 5 Février 176'j , feus la curiosité demonter h une caverne , qui est au milieu d'une montagne,nbsp;i une lieue de Neusol. Lentrée en est percée dansnbsp;Un grand roe. Je suis fenlé de croire quautrefoisnbsp;d y a eu des mines dargent ou de cuivre dans cettenbsp;Uiontagne , qui nest pas éloignée du HejTengrmdnbsp;(val des Seigneurs), dont }ai parlé ailleurs. II ynbsp;^ prés de St.-Jean , en Liptovie , une autre ca-'verne renommee, que Szentivari, Dec.pag. Gj,nbsp;soupeonne avoir été une mine. On dit que lesnbsp;Uiines de ce pays-la ont été exploitées par les Ronbsp;Uiains.
Jai vu a Neusol une espèce de marbre, que 1on
trouve dans I'Autriche supérieure, et qui a les propriétés les plus remarquabies. On Ie nommenbsp;hlmmelstein, Réduit en poudre, il devient une mé-(lecine efficace contre les chaleurs ou inflammations , les fievres , les indigestions etc. Ce quinbsp;paroit incroyable , c'est que ce marbre met unenbsp;difference entre les hommes et les temmes. Lenbsp;rouge opere mieux chez les hommes; le blancnbsp;chez les femmes. S'il ny avoit pas dans la naturenbsp;dautres phénomenes pareils , je ne me serois pasnbsp;laissé persuader de fexislence de celui-ci. On dit,nbsp;par exemple , que pres de l'isle de Socotora , surnbsp;la cóte dAfrique , il y a deux isles, dans 1unenbsp;desquelles les femmes seules , dans lautre lesnbsp;hommes seuls peuvent vivre. II est certain dail-leurs que le tempérament de la femme, élant pournbsp;l'ordinaire plus foible que celui de fhomme, de-mande des remedes proporlionnés.
On voit encore h Neusol une digue, qui passe diagonalement par le Graan. Elle a une demi-lieuenbsp;de long, et est surmontée dun plancher, qui est tou-jours net, paree qne 1on ny passe ni a cheval ni ennbsp;voiture. On s'y promene ainsi au milieu des eaux,nbsp;et entre deux bords très-rians. Cette digue sert anbsp;arrêter les bois que le Graan amene aux fondeurs :nbsp;de la vient quon fappelle Rastra. LEmpereurnbsp;Joseph II, nétant encore que Roi des Remains ,nbsp;prit plaisir a se promener sur ce pont. Sur un desnbsp;sieges qui sy trouvent despace en espace , on Ütnbsp;les vers suivans:
Qtcisqueperegi'inus Regis memor esto Josephi , Qiiifuit, exactd messe, Neosolii. i7tgt;4
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Et celui-oi ;
Jiicfuerat quondam Kegis sedile Josephi.
Jai vu dans la niême ville plusieurs antiquités tirées de la vieille Eglise du chateau, que pour lorsnbsp;On réparoit et dans la Maison-de-Ville , des cha subles précieuses et antiques, dun travail en bas-relief, auquel je nai enqore rien vu de semblable.
Jai observe quen Hongrie on se sert de pins et de sapins , pour former des pyramides et dau-tres figures dans les jardins , comme nous y ein-ployons les ifs.
Les vents qui nous amenent de la pluie en.France et aux Pays-Bas, donnent Ie beau tems en Hongrie.nbsp;Au contraire , Ie vent dOrient venant de la Mer-Noire , qui est voisine de ce pays-ci, fait pleuvoir.nbsp;Ce qui me convainc de la vérité des réfiexions dunbsp;E. Régnault a ce sujet, Voyez aussiReinzer, Me-teorologia, dissert. 6, qucest. conclus, 3.
Dans un second voyage que je fis a Gaos (il faut prononcer Gatsch) , Ie 4 Avril i'jGq , je visnbsp;graver les tables de cuivre, dont on se sert pournbsp;faire la toile cirée; et la maniere de faire Ie velours et la pluche. Le chateau de Gacs est aussinbsp;avanfageusement situé que le Spilbergen Mora\'ie.;nbsp;on en pourroit faire une forteresse importante.
Le Comte deForgacs fait actuellementtravailler ^ une machine qui, attachée a une voiture et ap-pliquée a la roue , marque exactement la mesurenbsp;du chemin que 1on parcourt. Cest un odometrenbsp;lel que celui par le moyen duquel Dulens a mesurJnbsp;les principales routes de 1Europe. Jai vu cette ma=nbsp;chine exécutée en bois 5 le Comte 1'a fait construire
H 4
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en fer ; elle est très-Curieuse. Le inouvement de Ia derniere roue est si insensible, quil faut je ne saisnbsp;combien de mille lieues pour qdelle ait achevé sanbsp;revolution,
Xheiös.
Voyage de Ia Le 16 de Mars 1 ^6'^, je partis de Neu^ol (Haute-Hongrie), pour me rendre a Pbdrcschan, dans le Comté de Neugmd, dou , après un séjour de troisnbsp;semaines , je me mis en route avec une nombreusenbsp;compagnie, pour aller demeurer quelque tems surnbsp;les bords de la Tbeiss , un des quatre principau:^nbsp;fleuves de Hongrie (*), renommé dans 'to'ute lEu-rope, par la prodigieüse quantité de poissons quilnbsp;nourrit, par la multitude de toutes sortes doiseauxnbsp;qui demeurent dans les lacs formés par ses inon-dalions dans les Campagnés voisines, et enfin parnbsp;la singülarité du pays quil parcourt. Tous les ans,nbsp;la Theiss ést tellement rem pile de vers et dinsectesnbsp;durant trois ou quatre jours, que leau en devientnbsp;une espece de bouillie ¦, ils descendent ensuite aunbsp;' » fond et servent de nourriture aux poissons. Celanbsp;arrive vers le i4 Juin; on dit alors que la Theissnbsp;fleurit. Cest ainsi qUe paroit quelquefois sur lanbsp;Meuse une prodigieüse quantité de petits papillens ; on les assemble par le moyen dune botte denbsp;paille allumée ; ils viennent sy brüler les alles ,nbsp;tombent dans leau, et deviennent la pature desnbsp;poissons. Les apparences laiteuses de leau de lanbsp;mér ne sont auire chose quune multitude de petitsnbsp;insectes luisans, qui ne brillent que durant la nuit;
. Ces quatre fleuves sont Ie Danube , la Theiss ^ ^Tihiscusj ^ la Drave, la Save.
-ocr page 139-on ne peut en douter , après les observations du oapilaine Newlan , de Mrs, FrancMin, Nollet, Ri-gaud, médecin de la marine de Calais. Ces animalcules si multipliés , sont sans doute l'essaimnbsp;OU Ie frai dune espece de poisson,
Le 8 Avril, je dinai k Gacs, petite ville dont je parlois il ny a quun instant, au chateau dunbsp;Comte de Fergacs, qui pour lors étoit absent, etnbsp;je vins couclier a Sa gal, chez le curé. Comme ilnbsp;iiavoit quune chambre a nous donner, et quenousnbsp;étions k i8 personnes , je dormis dans la voi-ture qui ne me mit point a labri du froid , ni denbsp;la pluie , ni dun loup , qui vint me rendre visitenbsp;a la portiere. En voyage, rien ne me rebute, riennbsp;ne mafflige : jai vu pleurer mes compagnons, tan-dis que j etois de fort bonne humeur.
Fn.gida dat potum , tellus inarata cubile ;
Cervical saxum , tenues speliinca recessus ;
¦Arentes victum rami lapidosaque corna etc.
Un voyageur doit se résoudre k tout cela, et en rire. Je nai perdu ma bonne humeur que dansnbsp;deux voyages, celui dlOlmutz et celui de Cracaw,nbsp;et cela pour raison.
Leg, nous passames par Szecsény, ou le Comte Sigismond Forgacs a un fort beau chateau ; la for-teresse ou jadis les Turcs dominoient, est k present démolie.
Nous dinames a Told; nous y vimes une femme de 114 ans, Jen ai vu une, dans ce même voyage,nbsp;agée de 120, La premiere paroissoit plus agéenbsp;que la seconde : je ne voulus point croire quenbsp;celle-ci eut cet age|, raais on raen a convaincu ,
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Oil du moins on ma fait voir par quelques époques, quil sen falloit peu. Dans ces contrées de telsnbsp;exemples ne sont pas rares. En i'j'jö , il est niortnbsp;dans le Comte de Zathmar une Dame de laS ans.nbsp;Nous passames la nuit suivante a Cosarcha, cheznbsp;un Gentilhomme nommé Marsouski-Gabor i jenbsp;coucliai sur une planche; et le lendemain, lo,nbsp;apres avoir vu les belles ecuries du Comte Gras-solkovitz, ornées de statues de chevaux, deboeufs,nbsp;de patres , qui sont les rich esses du pays , nousnbsp;dinames a Hatvan.
Avant darriver a Hatvan, on voit les monts Matra, célebres en Hongrie , et qui sont repré-sentés dans les armoiries du Royaume, avec lesnbsp;monts Patra et Fatra.
Hatifan est un endroit assez renorame dans Iliis-toire de Hongrie; les Turcs et les Chretiens sen sont souvent emparés , le reprenant les uns surnbsp;les autres. On ny voit rien de reniarquable quenbsp;le chateau du Comte Grassolkovilz, et un conventnbsp;de Capucins.
A Hatvan commence cette fameuse plaine , qui occupe une grande partie de la Hongrie en-de 9anbsp;et au-de-lk de la Theiss; quelques-uns la nommentnbsp;Mare siccum. On dit quil ny a point de plainenbsp;pareille en Europe, sinon dans la petite Tartarie.nbsp;On y voit de terns en terns des monceaux de terre,nbsp;qui paroissent avoir été des especes dobserva-toires , dou Ton pouvoit voir Tarrivée de Iennemi.nbsp;On y voit aussi dautres inégalités, qui paroissentnbsp;être Iouvrage des vents , dont la violence est terrible dans cette plaine; les sables entassés par les
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vents el battus de la pluie, auront pris consistance durant un grand calme. La terre ne paroit pasnbsp;propre anourrir des.arbres j il ny amême, dansnbsp;le peu de jardins quon y rencontre , que quelquesnbsp;arbrisseaux insignifians et chétifs. Dans les vigno-bles Aq Kecskemeth, ou la terre est sablonneuse,nbsp;les arbres sont assez grands : les pruniers sentnbsp;presque les seuls arbres de ces cantons; aussi nenbsp;jettent-ils point de profondes racines. Jai observénbsp;que sous la prenaiere couche, qui est une terrenbsp;excellente ^ la profondeur denviron un pied etnbsp;demi, il y avoit une terre glaise, ou les autresnbsp;arbres ne sauroient s'enraciner. Lusage immodérénbsp;de ces prunes, entretient la dyssenterie parmi lenbsp;peuple de ces vastes cantons.
Comme les villages y sont fort éloignés les uns des autres, on ne voit ordinaireinent que ciel etnbsp;gazon , sans quil y ait ni maison, ni arbre , ninbsp;quoi que ce soit, qui puisse fixer la vue. Virgilenbsp;auroit dit : Codum undique, et undique cespes; etnbsp;Ovide : Qubcumque aspicio nihil est nisi cespes etnbsp;tether. Le soleil sy leve et sy couche comme dansnbsp;la mer , et Ihorizon y est aussi étendu quil puissenbsp;être : de quelque cote quon regarde, la vue senbsp;perd, et Ton voit autant d'espace,
. . . Quun homme assis au rivage des mers Voit dun roc élevé despace dans les airs,
Et que des immortels les coursiers rapides
En francliissent dun saut.........
Boiieau.
Après-midl, nous paiiimes de Hatvan, et pas^--sames par un rdilage de Jaziges, nation qui fait la
-ocr page 142-guerre a laPandoure, et qui forme dans les troupes de Sa Majesté une milice distinguée, ainsi quenbsp;les Cumaniens : ceux-ci sont les descendans desnbsp;Uzas (1). Rien de plus humain ni de plus soumisnbsp;que ces peuples, ainsi que les Creates , quand ilsnbsp;sont chez eux, pauvres et opprimés par les nobles,nbsp;accablés de coups etc, Rien de plus terrible dansnbsp;la licence des armes. Rusticagens est optimaJlens,nbsp;est pessima gaudens.
Nous vimes , le même jour , les restes dun canal qui devoit joindre la Theiss av'ec le Danube.nbsp;Je passai la nuit dans une etable isolee, au milieunbsp;dune vaste campagne ; dix-sept chevaux, qui synbsp;promenoient a Iaise, mauroient mille fois écrasé,nbsp;si' Iinstinct du clieval ne Iempechoit de foulernbsp;rhorame aux pieds. Je ne laissai point de dormir,nbsp;quoique moins bien que nos cochers, qui me firentnbsp;songer bien des fois h ces vers d'Horace :
..........Somnus agrestium
herds virorum, non humiles domos Faslidit,
» Les Uzas, ou Uzes, peuple Tartare, plus fe'roc» » encore que les Hongrois, passerent le Danube en io66,nbsp;n pour attaquer I'Empire. Ils se disperserent peu de ternsnbsp;» après : quelques-uns vinrent se jeter entre les bras denbsp;» IEmpereur (Constantin X), qui leur donna des etablis-« semens en Macedoine, oii ils se civiliscrent et demeu-» rerent lide'leraeut soumis. Les autres, conservant leurnbsp;n liberté et leur fe'rocité naturelle , sancterent au-delanbsp;» du Danube, dans ce quon nomme aujomdhui la Mol-» davie, et dans cette partie de laHongrie qui porte encorenbsp;n le nom de Cumauie, ou Ton voit Zolnock, Arad,
» gedin, Kocskemi etc ». Le Beau, Hist. duJias-Emp., L. 79, tom. 'i'] , pag. 2i4-
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Le 11 , nous dinaines a Ahan, qui est un grand tiourg, ball a la mode du pays. Les maLsons y sentnbsp;ou sous terre, ou balies de (ene ou de roseaux;nbsp;rjuelques-iines sont de bois. On y garde les grainsnbsp;dans de grandes fosses quon recouvve de terre,nbsp;et dont on a soin de retenir la place. Le's souris,nbsp;sans doute, out donné le dessin-de ces greniers.
Sub ten is posuitque domos , atque horrea fecit.
On ma montré une de ces fosses, oii Ton en-graissoit les pores , au point de devoir les ceindre de cercles de fer , pour les empêcher de crever;nbsp;Un plaisant disoit que celte pratique étoit centrenbsp;la tempérance.
II y a a Aban une ecole Juive, ou jai pris plaisir daller ; jy ai vu, avec admiration, Iattachementnbsp;de ces bons Hébreux k la langue sainte et aux livresnbsp;saints. LHébreu des rabbins et des savans juifs,nbsp;est différent de celui de IEcriture. Le Chalda'iquenbsp;y est mêlé , les mots des deux langues sont souvent changés, la signification en est restreinte ounbsp;élendue. Larabe , le grec, le latin, différentesnbsp;langues modernes y figurent aussi, sur-tout lanbsp;liongroise , parmi les rabbins hongrois,
Les habitans du pays , jentends les hommes , sont habillés de peaux de moutons, et portent denbsp;grandes pelisses leur couvre-chef est le kalpac ounbsp;chapeau hongrois leur chaussure, une piece denbsp;Cuir et des cordes entrelacées; leur chauffage , desnbsp;-toseaux ou dé la fiente séchée ; ils se frottent lesnbsp;cheveux avec du lard pour les avoir bien noirs ,nbsp;ce qui donne aux églises une odeur insupportable.
^ Les chiens, les bmufs , les taureaux , les pores
-ocr page 144-ïiiême et les vaches sont fort a craiadre , sur-lout pour les étrangers, dont lhabit les irriie.
Les Hongroismontagnards sont beaucoup mieux fails de corps et desprit, que ceux qui habitentlesnbsp;plaines : il est dès-lors très-faux de dire, avec nosnbsp;philosopbes , quun peuple est doux quand il nenbsp;lui manque rien, Que manquoi(-il aux Grecs, auxnbsp;lloraains etc,? Que manque-t-il aux Turcs, auxnbsp;Chinois ?
Lesoir, nous arrivames h Toszeg, qui étoit Ie but du coyage : Toszeg est un village situéau bordnbsp;dun grand lac , que la Theiss entrelient. Nousnbsp;nous promenames souvent sur ce lac qui, lorsquenbsp;les^eaux sont grandes, peut avmir quatre k cinqnbsp;lieues de circonférence. Quand les eaux se reti-rent, on y plante des choax, on y fauche , on ynbsp;chasse , ce qui lui donne quelque rapport avec Ienbsp;fameux lac de Czirnitz. Le lac de Toszeg , etnbsp;quelques autres, tburnissent des roseaux a tout lenbsp;pays vöisin : ces roseaux servent abatir et a couvrirnbsp;les maisons. hes Russiens nèmmoms et les Va-laques du Comté de Marrnaros, amenant du sel anbsp;Zolnock, y amenent quantité deboispar la Theiss;nbsp;ce bois se vend k un prix très-modique, et suffitnbsp;k tout le pays des environs. Jai déja observé ail-leurs que la sagesse du Créateur na laissé aucunnbsp;pays , sans compenser les incommodités qui s'ynbsp;trouvent par quelques avantages.
La iertilité de cette plaine est inconcevable : les Slaves y viennent cbercher des grains , comme lesnbsp;enfans de Jacob en Egypte. Ils y apportent desnbsp;vases de terre quils écliangent contre le grain
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c(ue les vase's peuvent contenir. Les asperges crois-sent en abondance dans les champs. Tel champ portera une seconde fors , sans quon y ait semé.nbsp;Ipsaque tcUuS oriinici Itberiiis , mdlo poscenie fo-rehat. - Primce benedictionis vestigia hinc indénbsp;Deus in maledicta terra reliquit. Simde quid de do-miniö infcras... Nonobstant tout cela, ce pays estnbsp;Ie plus triste quon puisse voir; il manque de bois,nbsp;de pierres, deau etc. Üon omnisfort omnia tellus.
Le vin de Körös, de Kecskemüth etc., est bon; il est moindre cependant que celui des montagnes.nbsp;Lair y est beaucoup moins sain que dans la Haute-llöngrie, mais plus chaud et beaucoup plus proprènbsp;a l'avoriser la fécondité de la terre. Le même joutnbsp;que je quillai les montagnes , je sentis cette diffé-rence; les monts étoient encore couverts de neige,nbsp;taudis qne le zéphyr jouoit dans ces riantes campagnes. Cependant, le i**'. ,2, 3 et 4 de Mai, ilnbsp;neigea beaucoup , sur-tout prés de Segedin : nousnbsp;eumes h Toszeg, avec la neige, un froid terrible,nbsp;mais bien inférieur a celui que nos montagnardsnbsp;éprouverent les mêmes jours. Javois fait la mêmenbsp;remarque le 20 Avril 1765, en arrivant de Luxembourg h Metz, oü les jardins avoient déja un airnbsp;très-gracieux, tandis que lhiver régnoit encorenbsp;dans les nótres.
Virg., Géorgi
Et ciim tristis hiems etiam nunc frigore saxa Rumperet et glacie cursus frenaret aquarum ;nbsp;llle coniam mollis Jam turn tundebat acanthi ,
jEstatem increpitans seram...........
La chasse et la pêche sont des plus intéressantes dans ces plaines de la Theiss ; les lévriers y font
Plaisante et admirable chasse a Taigle , Speet, denbsp;la nat., torn. I,
pag. 320 , tirée
des Mém, de Mr. de Thou.
merveille. Ou ivy trouve que des renaids et des lievres; les clievreuils, les cerfs etc., ne sauroientnbsp;sjcaclier. En hiver, les loups ny sent pas rares.
¦Les poissons sent en telle quantité dans la T helss, quon les enfonrehe avec des tridens. II ny a pasnbsp;de jlewe au monde, dit Ie P. Fournier dans sanbsp;Géographie, chap. 19, qui soit preferable a lanbsp;Theiss pour labondance, la bonté , ou Iq dwérsiiénbsp;des poissons (1). II pouvoit dire la même chose desnbsp;oiseaux qui habiteut les hords du fleuve et les lacsnbsp;quil forme : jy en ai vu des especes que je navoisnbsp;pas cru exister. Nous allions a la chasse des bis-iardes , des grands-gosiers , des lepffitgantz etc..,nbsp;et même des chevaux; les mêmes especes sont va-riées h linfini. Les paons y sont communs et fa-iniliers. Jai vu, dans ces plaines, des aigles dunenbsp;grande beauté, mals tous inférieurs h ceux desnbsp;Alpes et de la Suisse, qui enlevent des moutons etnbsp;des enfans de six k sept ans.
........... JHox in ovilia
Demisit hostem vividus impetus,
Nunc in reluctantes dracones Egit amor dapis atqiie pugnm.
Horat. L. IV. Od. 3.
Les plus hautes montagnes sont Ie séjour chéri des aigles.
1
Une tête de carpe fut serVie a une table de six a sept personnes, taut elle e'toit grande. Au mois de Juin, cenbsp;fleuve est duraut quelques jours fort trouble et plein denbsp;vers : cest laliment du poisson, ou peut-ètre 1épanouis-sement des ceufs. Cest un excellent manger, sur-lout lesnbsp;jeunes, ce que jai eu peine a croire.
Mirati
-ocr page 147-Miratl sumus priscorum Hungarorum judïcmm,
Pannortiam , Jelix omnium rerum copid domi-cdium, sibi delegerunt. Magnum spatium terras ^mensi eramus , turn trans mare, turn citra (Amasianbsp;et Constantinopoli), quo tarnen nihil prceter tor-Tidum et exile, et tantiim non ariditate enectuinnbsp;gramen, hordeum, triticumque videramus. Atlluiv-gartam ingressis etc. Busbec, leg. feud. i.Epist. i.
Plusieurs personnes mont dit que dans Ie paj's dont je parle , Ie seigle se change en froment.nbsp;« On a admis la conversion du bied en ivraie , denbsp;« Tavoine en seigle; on a prétendu que lexpé^nbsp;« rience confirmoit cetle conversion, etilafallilnbsp;n que des pliysiciens de profession tentassent sansnbsp;» rougir des experiences , dont une saine philo-gt;' sophie montroit assez quels devoient être les ré~nbsp;« sulfats. Ces expériences ont done été faites ;nbsp;gt;1 Ton a poussé lés précautions jusquau scrupule,nbsp;« et la prétendue metamorphose est resfée dansnbsp;» lordi'e des préjugés ». Cont. de la nat., torn. I,nbsp;part. j,chap. 1%. Cependant les dégénérations sontnbsp;certaines ; et pourquoi la culture ne rameneroit-elle pas un être dégénéré k sa nature premiere 7nbsp;Cat. philos., n°. 6o.
Malgré la grande fertilité de ces contrées, les paysans y sont tres - pauvres , et menent une vienbsp;digne de compassion. Legrand norabreestpresquenbsp;toujours logé avec les bestiaux h.la belle éloile.nbsp;Pauper et injimd de gente sub dio moratur(Hora{.).nbsp;Les nobles tirent tout a eux, et sont extrêmementnbsp;attachés kleurs possessions. Ils sétudient sans cessenbsp;a augmenter leurs revenus, a multiplier leurs trou-
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;I
-ocr page 148-peaux : on n'y entend parler que de clievaux, de boeufs, de moutons, de nouvelles terres acquises.nbsp;Cest la toute la conversation de ces Messieurs. Unnbsp;philosophe qui se trouve malheureusement enclavé parmi eux, na dautre plaisir que de con-verser avec lui-même, et de dire avec Horace :nbsp;-Bsf uf viro vir latius ordinet
^rbusta sulcis........
.... j^qua lege necessitas Sortitur insignes et imos.
Lib. 3j Od. i.
ou Lien :
.....Sans reHche il sagite ct sempresse;
Verumtamen in imagine per-transit homo; sednbsp;etfrustrd coiitur-batur , thesauri-zat jet ignoratcuinbsp;congregahit ea.nbsp;Ps. 38.
Rien ne peut contenter ses frivoles besoiiis ;
Lc mcprisable ainas dune fausse richessa Occupe tons ses soins.
Pour des bicns fugitifs, ó Ciel! que de fatigues!
A-t-il vu reussir ses penibles efforts?
Yoici quuu seul instant a des cnfans prodigucs Livre tons ses trdsors.
I?Abbe Desfontaines.
Avec tout cela ils vivent pauvrement et crasseu-sement. Une chambre loge souvent toute une familie , et le reste va k proportion ; j'ai fait tout au monde pour leur donner un peu délégance et unnbsp;peu de philosophie , pour les guérir un peu dunenbsp;trop grande faim des biens de ce monde; mais jenbsp;nai rien gagné.
Ilium si propiio condidit horreo Qiddquid de lyhicis verritur areis,nbsp;Gaudentein patrios findere sarculonbsp;jdgros j attalicis conditionihus ^
Numquum dimoveas.
J'allai durant ce tems , huit fois a Zolnock qui est k trois lieues de Toszeg. Zolnock est assez re-nomraé par la forteresse que Ferdinand I y fitnbsp;Mtir , et dont les Turcs ont été long-tems lesnbsp;raaitres. Ce nest quun triangle de terre , mais quenbsp;la Tlieiss et une autre riviere rendent difficile anbsp;prendre. On y voit sous la porte des ossemensnbsp;dun gëant trouvés dans la Theiss ; je les ai me-sures. Ce géant peut avoir eu 12 a i4 pieds. Jainbsp;marqué ailleurs quil y avoit eu des geans de cettenbsp;grandeur. On mavoit dit ces os vingt fbis plusnbsp;grands quils ne sont en effet 5 ce qui prouve encorenbsp;combien peu on doit se fier aux relations. Au restenbsp;comme il y avoit peu de ces os , et que je nai punbsp;les combiner , je ne veux point prononcer si cenbsp;sont effectivenient des os humains.
On ma demandé k cette occasion sil y avoit eu des éléphans en Hongrie : il y en a eu sans donte.nbsp;Maximilien II en a eu un k Presbourg , quIstuanfinbsp;dit avoir vu lui-mêine. Get éléphant néloit pasnbsp;grand : on le voit représenté daprès nature anbsp;Vienne , sur la place ou est la belle pyramide denbsp;Leopold, érigée en Ilionneur de la Ste. Trinilé.nbsp;Les Rois de Macedoine faisoient la guerre auxnbsp;Remains avec des éléphans , dou ils ont pu aisé-nient passer en Pannonie et dans les provinces voi-sines. Dailleurs le délugeles arépandus par-tout.nbsp;Quelques-uns se sont sauves, dautres ont été eni-portés par les eaux etc. En 1772 , on Irouva ennbsp;Sibérie un rhinoceros, jentends le squelette de cetnbsp;animal, et des éléphans sans fin {Buffon, tom. XI,nbsp;pag. 88 et suit.). Le vrai est, que , tout bien exa-
I 2
-ocr page 150-miné , on ne trouva alors que l'ivoire de la vache xa.SiXVa.e(yoy.YExamendes époquesclelanatiiré).^1).
Les Récollets ont une belle Eglise ii Zolnock. Jy ai vu durant la semaine Sainte , dés cérémonies fort singulieres : on se donnoit des souftlets ,nbsp;on faisoit des processions de flagellans , on lesnbsp;femmes mêmes se flagelloient j une troupe d'en-fans battoit la terre avec un fracas terrible ; cestnbsp;ce qu'on appel loit battre Pilate: Ccedere Pïlatum.nbsp;II n'est pas croyable combien tout cela paroit es-tsenliel a ces peuples, ainsi que se frapper la poi-trine , pousser des soupirs etc. II est vrai que lesnbsp;Allemands sont k-peu-près du même avis. Unnbsp;homme se trouvant k Vienne dans lEglise denbsp;S. Pierre , cui e.d une rotonde, entre deux Autelsnbsp;opposes, oü deux Messes étoient k lélévation,nbsp;fut fort embarrassé. Enfin il se décida, et se frappanbsp;la poitrine d un poing , et Ie dos de l'autre. Lenbsp;Gardien du couvent de Zolnock, nommé Bóna-
Hominum pecoruniqiie ossa,. certis concurrenti-hus causis , non posse succis ignibusque injlari , ter~ restribusque particulis condensari , non ausim ajjir~nbsp;mare , etsi ridicula idea hcec esse videatur. Aliitnbsp;similitudinibus videtur expugnari , aliis roborari.nbsp; In jluviis , ejusmodi ossa frequentia. Journ. hist, etnbsp;litt., i5 Mai 1778.
» Elephantorum ossa quce in paludibus variis Da^ » nubii reperis , vertebra; , dentes , Integra mandi-» hula cum dentibus Tibice etc. , ah illustri Comiténbsp;n Aloysio-Ferdinando Marsiglio (Danubivis Pannonico^nbsp;)) Mysicus, Amstelod. i736,toin.II,pag. 273,tab. 283i)nbsp;» describuntur et splendidissiinis iconibus exkiben-^nbsp;n turn. Gesner de Petrificatis, cap. ai.
-ocr page 151-venture Aès, me fit fieaucoup damitié et trop dhonneur.
Hors lEglise de ces PP. et Ie chateau, Zolnock öa de remarquable que Ie magasin de sel; ce ma-gasin est fort considérable, et Ie sel que Ton tirenbsp;des salines Ae Rhonaszeck est très-beau.nbsp;tissimum totd Europa salem suis includit montïbusnbsp;regio Marmoriensis (Turoczi, Hangar, cum suisnbsp;region., pag. 208). Le sel de Transylvanie estnbsp;cependant préférable.
Le chateau de Zolnock na maintenant que cent hommes de garnison. On trouve dans ce chateau ,nbsp;ainsi que vers Segedin, et dans toutes ces contrées,nbsp;pour peu quon fouille en terre, des ossemens hu-mains , monumens des guerres terribles qui ra-vagerent le pays. La Hongrie est le pays oü 1onnbsp;abataillé le plus, si Ton excepte peut-être lesnbsp;Pays-Bas et laLombardie. Par-tout on trouvesiesnbsp;restes de camps ou de retranchemens etc. On peutnbsp;dire du Danube ce que Virgile dit du Simoïs ;nbsp;Tot correpta sub undis scuta virüm, ^aleasquenbsp;et Jortia corpora volvit. A deux lieues au-dessousnbsp;de Segedin , on voil le champ de la terrible ba-taille de Zeuta , oü vingt mille Ottomans périrentnbsp;par le fer ou dans les flots de la Theiss.
Uil jour le lahoureur dans les mêmes s'dons,
Oü dorment les débris de tant de bataillons, Heurtant avec le soc leur antique dépouille,
Trouvera, plein defTroi, des dards rongés de rouille; Entendra retentir les casques des héros ,
Et dun cei) elFrayé contemplera leurs os.
Pelille , trad. des Géorg.
Scilicet et tempus veniet, cüm fmibiis illis ^gricola , incm'vo terram molitus arairo ,
Exesa inveniet scabrd rubiginepila ,
Et gravïbus rasfris galeas pulsabit inertes , Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris.
Vino. , L, t , Georg.
II n'y a pas long-tems que ces belles plaines sont cultivées. Les guerres avec les Turcs avoient toutnbsp;détruit, tout ravagé : on ny vovoit ni villages, ninbsp;ti'oupeaux, ni terres labüurées. Céloit unvrai desert , un trésor enfoui el ignoré.
Quippè uhifas versum atque nefas ,tot hellaper orhem, '1'am multcB scelerum facies. JN'on ullus aratronbsp;Eignus bonos ; squallent ahduclis arva colonis ,
Et curves rigidum falces conflantur in ensem.
Ibid.
Qrie dborrciirs en effet ont souillé la nature!
Les -villes sont sans lois, la terre sans culture ;
En des cliainps de carnage on change nos guéretsj
Et Mars forge ses dards des armes de Cérès.
Delh.le , ibid.
Qtiogra^hique»
J ai vu plusieurs fois k Zolnock des troupes de Russiens et de Valaques, qui liabitent Ie Comlé denbsp;'ilarmaros. Ces peuples sont Grecs de religionnbsp;niais unis k l'Eglise de Rome; on dit quils n'ontnbsp;jamais été schismatiquesj quils liabitent la Hongrienbsp;depuis S. Etienne etc. Leurs popes portent unenbsp;\oycz Russiens, soutane violettc, Le jour du Saint-Sacrement , ilsnbsp;lt;lans \eIhcUonn.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jjos prètres. Les autres Va
laques quihabitent le Bannat et la Transylvanie, sont en grand nombre schisniatiques , et beau-coup plus féroces que ceux de Marmaros. Qui ditnbsp;Valaque, en Hongrie, dit le plus méchant des
-ocr page 153-hommes, comme on voit par cette épitaphe : Ilic joum. hist, et est ille Dacus, scelerum Lacus atque Valacus.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/2^f.,^Janv.i';85,
Les Russes parlent la langue Moscovite, laquelle est un idióme de la Slavonne. Les Valaques ontnbsp;leur langue propre, qui a beaucoup de rapport avecnbsp;ritalienne. lis se disent une colonie Romaine; cenbsp;qui est en effet très-probable : leur habillement estnbsp;grossier et lourd , ainsi que celui des Russes.
Jeus plusieurs conférences , k Zolnock , avec des marchands Grecs : cest la premiere fois quenbsp;mon peu de Grec ma servi (i). Parmi ces marchands, jen trouvai un qui étoil homme d'esprit,nbsp;de savoir et dexpérience ; il professoit la Procession du Saint-Esprit a Filio, comme nous, maisnbsp;il restoit néanmoins attaché k son église; il étoitnbsp;de Thessalonique. On rencontre parmi eux desnbsp;gens fort humains, qui nont point pour lEglisenbsp;Romaine la haine que les Grecs lui portent ordi-nairement; ils nattendent, pour s'unir k nous ,nbsp;que lexemple de la Czarine.
J'ai pris plaisir a lire leur catéchlsme et d'autres ouvrages. Le catécliisme est intitule : Orlhodoxanbsp;CoTifessio Calholicce atque Apostolicce Ecclesicenbsp;Orientalis ; (Confession orthodoxe de lEglise Ca-tholique et Apostolique dOrient) , imprimé knbsp;Breslaw, iijSi (2). Ce catéchisme a toute la forme
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Les Grecs prouoncent plusieurs lettres et syllabes
autrement que les Francois et les Beiges Hellénistcs. Par exemple :nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;rota npavour, ils prouoncent tis ouranis.
Leur s devient scli etc.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Dans toute la Grece, il ny a point dimprimcrie,nbsp;pas mcme a Constantinople j au moiiis il ny en a point
et la division des nótres ; ü est bien fait; jy ai trouvé tout ce que Mr. Arnauld a écrit contrenbsp;Mr. Claude, dans la Perpétuité de la foi. Jai re-marqué quils nient moins la Procession du Saint-Esprit a Filio, quils ne prétendent que cettenbsp;croyance n'est point nécessaire au salut. Voyez lanbsp;Quest. 6ie. de 1ouvrage cité, a la fin.
Ces Grecs avoient aussi leRituel (JSuchologiuin) du P. Goar, Dominicain très-savant; ils en fontnbsp;grand cas. ; et l'Evangile , en ancien grec , etnbsp;en grec plat, tel que Ie peuple Ie parle , impriraénbsp;a Hall, en Saxe , i 'j i o. Les Russes, les Valaques ,nbsp;les Polonois du rit grec , ignorent cette langue, etnbsp;font lofBce en leur langue. Les Rasciens, répandusnbsp;en Hongrie, en Servie etc., Ie font en Slavon cor-rompu.
Tous ces peuples prient pour les morts , sans néamnoins admettre Ie purgatoire; et ilsavouent,nbsp;Quest. 64 et 65, que personne ne peut être dé-livré de I'enfer. Pourquoi prient- ils done (i)7 ¦nbsp;Théophilacte (2) se donne la torture a ce sujet. II
Voyez Cl des nbsp;nbsp;nbsp;^trecs puissent se servir. Le peu quils impriment,
sous, pag. 145. nbsp;nbsp;nbsp;^ Venise ou en Hollande etc. Les Russes unis
impriment en Pologne: ils veulcnt actiiellement établir une imprimcrie a Karol, en Hongrie,
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Quidam, cum Misson Calviniano Mc sy^spen-sioaem salutis allegant, aed numquid ex operihus etnbsp;non aliorum preeihus judicahuntur damnandi ? Novinbsp;ego protestantes salutis suspensw vindices , qui tarnennbsp;non orant pro mortuis.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Les Grecs appellent The'opldlacte Saint. Cest Ienbsp;seul homme (Je merite quils aient eu depuis Ie schisme;
-ocr page 155-iistingue , il explique; il ne satisfait point. II dit que personne ne peut êlve délivié de 1enfer parnbsp;ses mérites , mais bien par les prieres des autres,
Le Grec , dont jai parlé , avoit horreur de celte doctrine. La Quest. 66®. semble, du moias versnbsp;la £n, nier seulement Fexplication que quelquesnbsp;latins ont faite du purgatoire, laquelle , en certains points, est en efl'et fabuleuse. La Quest. 63®. Joum, hist, einbsp;établit Ie jugement particulier , remettant Fexécu-tion parfaits de ce jugement k la fin du monde.
Ils disent ordinairement la Messe de S. Chrysos-tome , qui est belle et bien faite; quelquefois celle de S. Basile. ün de ces Grecs pensa se facher denbsp;ce que je demandois si en etfet ilspensoient commenbsp;nous, touchant la Transsubstantiation. II nest pasnbsp;concevable comment Mr. Claude a pu nierce point.
Stupenda Claudii, Carenionici ministri, ccBcitas et audacia, dit Nat. Alex., ssec. xiii, cap. v., art. 4,nbsp;n°. ij. Les Grecs unis se servent des ornemens desnbsp;Latins, quand ils disent la Messe dans nos églises;nbsp;el nous pouvons nous servir des leurs, quand nousnbsp;disons la Messe chez eux. Ils ne sacrifient pas surnbsp;une pierre , mais sur line nappe, ou est peint unnbsp;Christ, et sous laquelle il y a des reliques (*).
car je ne pense pas quil faille ajouter OEcnmeniiis. On ne sail même sil a vecu an q'., io=., ou u i'. siecle. Dail-leurs, il nest quun abreviateur de S. Chrysostome.
( * ) Quidam repreJiendunf ^ Grrecoe in templo ple-rurnque stare; sed illi alieni sunt ah ecclesicB sensu:
I'leniento, Domine____ omnium circumstantium. Qui Can. Missce.
statisin domo Domini; et ignorant veteres usus. Voyez le Traité de Jean le Lorrain, De Iancienne couiumenbsp;dadorer dehouf.
-ocr page 156-Dans ce pays-ci, ainsi qua Bude, on les appelle Albglaubig, apparemment paree qu'ils ne regoiventnbsp;que les six premiers Conciles-généraux; peut-êtrenbsp;aussi, paree quils rejettent Taddilioii Filioque, etnbsp;quils gardent Ie Symbole de Nieée ou de Constantinople tel quil étoit aneiennement; peut-être ,nbsp;paree quils reeurent les premiers la foi, et quilsnbsp;sont les prémiees de lEvangile. L'aneienne rigueurnbsp;du jeiine subsiste eneore parmi eux ete,
Le 22 Mai, jallai voir leurs églises a Bude et a Pest; elles sont belles, propres, et ne different pres-quen rien des nótres, Ils y ont une musique ,maisnbsp;sans orgues: leur sonnerie, aBude, est belle. Leursnbsp;ornemens sacerdotaux ont une forme plus antiquenbsp;que les nótres. Ils nont point de statues , maisnbsp;beancoup dimages, quils lionorent avec beaucoupnbsp;de piété : j'ai même vu une lampe bruler devantnbsp;quelques images , dans la maison dun Grec denbsp;Zolnock. Ils ont beaucoup dimages célebres, quilsnbsp;disent être miraculeuses. II y a k Pest une imagenbsp;miraculeuse de Notre-Dame, k laquelle on rendnbsp;un culte grand et bien solemnel (1).
Sancti Moscorum non statim rejiciendi ; pauci illis proprii ; ignorantes inagis quam perlinaces. Bol-landus, Maio, torn. i. Epliemer. Graecorum et Moscorum, h°. 20. Mosci initio Catholici, non schismatici. Ibid., contra Possevin. N. xi, seró schismatici , ibid. Varielas ritus non scindit, sed ornatnbsp;Ecclesiam , ibid., ig. « Basile convoque le vm'. Con-» cile, oü Pliotius fut condamné; la Religion ebrétienuenbsp;» sétendit en Russie ». Ee Beau, Jlist. du Bas-Empire.nbsp;Voyez Wlodomir, dans le Dictionn. bist. De iiidis-solubilitate Matrimonii , f. 29, 3. Grit. Ignorantia
-ocr page 157-On ma demandé, a cette occasion, si les schis-inatiquespouvoient avoir des images miraculeuses, et sil se faisoitparrai eux des miracles? Comme jenbsp;crois le peuple inatériellement scliismatique et hé-rétique, je noserois point assurer quim culte orthodoxe , tel qiie celui des images , ne frit pasnbsp;quelquelbis approuve par des miracles. Au reste ,nbsp;la stupide ignorance des Grecs Russes etc, , estnbsp;tres-propre k controuver des miracles et a les multiplier a Iinfini, On en trouve plusieurs exemplesnbsp;dans les beaux Mémoires du P. Sicard. Les Grecsnbsp;honorent sur-tout S. Paul, S. Chrysostome, S. Ba-sile etc, Ils rendent aux reliques le même cultenbsp;que nous.
Jeus , a Bude , une conférence avec un moine Moscovite , qui me réjouit beaucoup, et me fitnbsp;toucher au doigt Iignorance et les pauvres raisonsnbsp;des schismatiques : je le quittai avec compassion.nbsp;Je parlois sans cesse a ces Grecs et k ces Rasciens,nbsp;du Concile de Lyon et de celui de Florence, ok
quorumdam theologorum G^rcccis perperam errores af-fingentium,, f. 5, C. Theol., 29, 3. Crit. Duobus punctis , nimirum Papa; primatu et additione Filioquenbsp;Grcecorum controversias circumscribit Pejachovich.nbsp;Controv. Ecclcs. Orient. elOccid., Gra;cii, 1752. Caucusnbsp;niulta eis perperam ajfinxit; in quibiisdctm autem ve-rius dixit , qudm fateatur Allatius , Caucoplusculiimnbsp;asperior. Imposture du medecin Poncet, qui accom-pagnoit le P, Breyedent; sur quoi, voycz les Notes dunbsp;P. Brotier, sur la 2®. edition des Lettres édifiuntes , parnbsp;1abbc Querboeiif. Item , un fait assez remarquable dansnbsp;la Relation dun Jjage en Ethiopië , 2®. vol. des Lett,nbsp;edifi. Eéflexions sur les miracles, f. 9, 8, 4- Crit.
-ocr page 158-( i4o )
les Grecs ont souscrit a tous les dogmes des Ro-mains ; ils convenoient de tout cela. Plusieurs disent que si la Czarine consentoit a lunion, toute la Grece suivroit son exemple. Les Lutliériens,nbsp;croyant être plus heureux que les Calvinistes,nbsp;dont les tentatives avoient été sans succes, ontnbsp;voulu sattaclier les Grecs. Un de leurs docteurs anbsp;mêrae donné Ik-dessus un ouvrage extravagant :nbsp;Bcclesia Grceca Lutheranisans j mais les Grecsnbsp;ont horreur de cette secte bien plus que de Rome.nbsp;Hoffman, autre Lulhérien, se moque lui-mêmenbsp;de eet ouvrage; et Ie des tin de Pierre lil nous ap-prend ce quil en faut penser. Le Calviniste Beau-sobre , Bi, de la Polit. , pag. 400, dit : « Lesnbsp;» Grecs, les Jacobites , les Arméuiens, les Nes-» toriens, les Cophtes, les Abyssiniens, les Chré-» tiens de S. Thomas etc., se rapprochent plusnbsp;» des Catholiques Romains que les au tres ».
Bude.
Jai été charmé de revoir Bude ; c'est sur-tout en venant de la Theiss, quon voit bien la bellenbsp;situation de cette capitale. Locus, dit Busbec,nbsp;Epist. I , videtur de industnd Imperia HungaricBnbsp;delectus. Comme on voit en même tems Pest, lenbsp;coup-dceil est des plus magnifiques. Ce sont sur-tout les bains de Bude, qui rendoient cette villenbsp;si chere aux Tures, nation la plus mal-propre quinbsp;existe, quoiquil ny en ait aucune qui se lave plusnbsp;souvent; yEthiopemlarant. II y a, a Bude, quatrenbsp;OU cinq bains , dont les eaux sont toutes diffé-rentes les unes des autres; jai usé de celui qui estnbsp;proche du ponton, sur la rive du Danube.
Pest.
Pest est devenu, depuis peu dannées, une trés-
-ocr page 159-belle ville (i) : javois vu Irop superficiellement laniaison des invalides dans mon premier voyage,nbsp;iai été plus curieux cette fois-ci. Les Freres de lanbsp;Miséricorde, qui sont les médecins spirituels etnbsp;corporels des invalides, mont tout fait voir. Lenbsp;qiiartier des fous a de quoi occuper un philosophe;nbsp;il y trouvera des folies admirables et bien difBcilesnbsp;a expliquer.
Le lo Mai, jallai h Kecskemeth, bourgextrê-mement considerable : on y compte quarante mille ames (a), et k peu prés autant dans les desertsnbsp;voisins, qui gardent les bestiaux appartenans k lanbsp;ville, OU qui cultivent quelques vignes, quelquesnbsp;champs etc. Les vignes , dont la ville est ceinte ,nbsp;lui donnent un air fort agréable : quant a la villenbsp;même , les maisons y sont sans ordre, de sortenbsp;quon y voit k-peu-près autant de rues que denbsp;maisons. Charles VI y ayant envoyé quelquunnbsp;pour en tirer le plan, celui-ci jeta devant Sa Ma-jesté une poignée de pois , disant que cétoit Ik Ienbsp;plan de Kecskemeth. Les Calvinistes y sont ennbsp;grand nombre; jai vu leur église. Les Récolletsnbsp;sont chargés de la paroisse Catholique. Les prêtresnbsp;des écoles-pies, fondés par S. Joseph Calasanz,nbsp;y ont un nombreux college et une très-belle église.nbsp;La jeunesse confiée k leurs soins ma paru fort
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Les Turcs sont extrêmement peu curieux de 1dlé-gance et de la beaute' des villes. Toutes les villes de Hongrienbsp;étoient dans un état aflreux, quand on les reprit sur lesnbsp;Turcs. Elegantiam in urhïbus Ttircai-um JruMra re~nbsp;quiras. Busbec, Epist. i.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;On le dit, mais il ny en a pas dix mille.
-ocr page 160-modeste et bien élevée, et je ne puis que me louef de la maniere dont ces Peres mont accueilli.
Le X9, du mêine mois , je Cs un voyage au delti de la Theiss, ou je ne vis rien de renlarquable,nbsp;sinon les moulins du pays : des clievaux ou desnbsp;boeufs, attelés k une grande roue dentée, poséenbsp;horizontalement, font tourner la meule.
Le 6 Juin , je vis pour la Iroisieme fois Pest et Bude. Ce voyage fut le plus pénible que jeussenbsp;encore fait : j elois parti de la Theiss a pieds, sansnbsp;argent, sans guide , sans compagnon , sans batonnbsp;(car il ny en a pas dans toute cette contree). Ï1 ynbsp;avoit unmois que je devoisêtrede retour k Neusol;nbsp;mon principal differoit toujours : il ny avoit pointnbsp;dautre moyen de me délivrer. Sortant de Toszeg,nbsp;je me prosternai au pied du calvaire , recommandant mon voj age k Dien , qui eut soin de tout. Surnbsp;la route , les chiens , les boeufs, les taureaux, toutnbsp;minquiétoit. Je pouvois dire avec le Prophete, etnbsp;plus liltéralement que lui ; Circumdederunt me
vituU multi, tauri pingucs obsederunt me..... Cir-
cumdederunt me canes multi. Ps. 21.
Mon sac et un grand manteau dhiver, me char-geoient beaucoup : pour surcroit de malheur , jè tombai malade a Siglit. Je partis néanraoins le len-demain, et un Frere'servile mayant pris par cha-rité dans sa charrette, jarrivai heureusement anbsp;Pest (1). On y tenoit dans ce moment-la une
Anivaut a Bude, cn 1765, je tombai malade avec mon compagnon, dunc maladie qui, dans Inn ct dansnbsp;1autre, avoit les mcmes symplomcs. Je fus dabord attaquénbsp;plus violemincnt que lui : je me recommandai instainmcnt
-ocr page 161-grande foire ; outre des Grecs, des Arméniens, des Juifs de Turquie etc., je fus charmé dy voirnbsp;un grand nombre de Turcs assemblés. Javois vunbsp;des Turcs en différenies rencontres , sans jamaisnbsp;les bien considérer ; je réparai pour lors cettenbsp;negligence. II est certain que lhabit turc , et ennbsp;général lbabillement oriental, donne un air denbsp;grandeur et de majeslé; et quand les couleurs sontnbsp;bien assorties , il ne peut manquer de fixer lanbsp;vue (1 2). Le rouge et Ie vert, sur-tout, plaisentnbsp;beaucoup aux Turcs j mais le vert, ainsi que lenbsp;turban blanc, nest permis k qui que ce soit, ex-cepté aux Musubnans; on dit même que la couleurnbsp;verte nest pas indistinctement permise a tous lesnbsp;Musulmans. Jai déja parlé des Turcs, ci-dessus.
LesAuteursqui peHvent ser vir denbsp;regie du juge-ment a porter desnbsp;Turcs, sont prin-cipalement Is-tuanfi ; De rebusnbsp;Dannonicis, Scli-niith , Imperiumnbsp;Oltom., Busbecknbsp;etc.
¦ Ils sont aujourdhui beaucoup plus traitables quils nétoient , lorsquils dorainoient jusquauxnbsp;portes de Raab et de Vienne. On ne peut nier quilnbsp;ny ait parmi eux de fort braves gens, polis, hon-nêfes, fideles etc. Ces vertus sont une suite denbsp;lhumanité , et non pas du Mabomélisme j Attilanbsp;aussi avoit des vertus.
a S. Franjois-Xarder, et je partis le sur-Iendemain, avec le P. Borizio, pour Albe-Royale , tandis que mon pauvrenbsp;P. Cerpus avoit en forme les fievres hongroises, qui le tin-rent aux portes de la mort pendant trois semaines. Hfedb-cinam carnalem corpori meo nunquam exhibui; sednbsp;haheo Dominum nostrum Jesum Christum , qui solonbsp;sermone restaurat unipersa.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;S. Agatlia.
Kestis longa , ccsterisparibus , semperpomposior
et dignior quam brepis.....Pcdcs vestis defluxit ad imos,
Et vera iucessu patuit Dca. Virg. , i JEneid.
-ocr page 162-Reflexion sur les louanges don-néesaux infideles,nbsp;voyez ci-aj)rès.
Le parallele que certains philosophes ont voulu faire des Turcs et des Chretiens , est ridicule etnbsp;absurde (i). Un bon Turc vaut mieux quun mau ¦nbsp;vais Clirétienj soit: que s'ensuit-il de Ik? Cicéronnbsp;et Caton valoient mieux que Luther, que Vigilance etc. Les Païens valoient done mieux que les
Chréliens ?...... Au milieu de la barbarie et de la
férocité, on voit des traits frappans de droiture, comme chez les Huns, les Goths, les Carthaginois,nbsp;les Iroquois, les Hurons etc. Les vertus morales^nbsp;des Turcs, des Païens etc., prouvent, contre lesnbsp;philosophes , que la vertu nest rien darbitraire,nbsp;quelle est Ibndée sur la raison, qui est la mêmenbsp;par-tout.
Jai dit ailleurs, aprèsMr. Pluche, que les Turcs sont descendans dIsmaël: Je sais quon dispute Ik-dessus ; mais comme ils ont pris les moeurs , lanbsp;religion , 1habit des anciens Sarrasins, que leurnbsp;empire est comme grefFé sur celui des Caliles , onnbsp;peut les regarder comme Arabes et comme ïdu-méens. Saint Jerome nomine les Sarrasins Jsmaë-* In vita Mal- ^ Szentivani (Miscell. cur.), nomme les Turcsnbsp;Agareni, dAgar, mere dIsmael. II semble que
(i) Montesquieu refute ces visions, Esp. des Loix, liv. 24 j ch. 3 et 4 ; liv. i6, ch. 6 etc. II condamne 1abbénbsp;du Bos et Boulaiuvilliers , liv. 3 , ch. 24 (Voyez le Journ.nbsp;bist. et litt., i5 Oct. 178a, pag. 269), et Mr. de Tott,nbsp;(i Ayril 1785 , et suiv.) Contradictions pour et contrenbsp;Mahomet, dans Voltaire, Erreurs de Volt., torn. i,nbsp;pag^^54. Vains cloges quil donne au gouvernementnbsp;Turc, ibid., pag. 137. Rapidite' de leur chute, Journ.nbsp;kist. et Uit. I Mars, 1784, pag. 873.
le
-ocr page 163-Ie peuple de Dieu doive toujoars avoir les enfans dIsmaëi pour ennemis , et que Dieu veuille se ser-vir de celte race pour les cliatier. N'os autem,
Jrafres , secundüm Isaac, promissionis Jilii sumus.
Sed quoinodo tune is, qai secundüm carncin nafiis Suerat, persequebatur eum, qui secundüm spirilum:nbsp;ita ct nunc. Galat.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;:gt;.8,2p. Memor esto, Do-
mineffiliorum Edom in die Jerusalem ; qui dicunt:
Exinanite, exinanite usque ad undamentum in ca.
Ps. i36.
Les iniprimerles sont maintenant communes eu Turquie, malgré les piaintes des prêlres Tures.
On y imprime mème des livres francois en langue turque. Les sciences dissipeiont cette religion té-nébreuse. II est a craindre que Iindillerentisme ,
Vincrédulité , en un mot lesprit de ce siecle , ny
passe avec les sciences, et sur-tout avec les livres
IVancois; mais ce sera toujours un bien que la perto
de Venthousiasme musulman, qui fermoit pres-
que entiérement la porie a la vraie Foi, et rendoit
la conversion des Tures presque impossible. Les
Imans , ou prêfres Tures , ont déja perdu beau-
coup de leur autorité. En un mot les Tures shu- journ. hht. et
manisent beaucoup , et se lamiliarisent avec Ie diUr., i5 Avrii
Christianisme C). nbsp;nbsp;nbsp;^784, pag. 593.
Le q Juin 1767 , je vis J'Eatzen, ville episcopale sur le Danube, dont le Cardinal Mi gazzi es tEvêque. 1
En ijfig, ils vont coinbatlre coiitve les Russes pour la Religion Caüiolique, avec les conféderés de Pologiie,nbsp;tons cruises, et porlant la Croix a Iciirs drapeanx : ilsnbsp;oiu 15,000 officiers Francois et Allcmands dans leur proprenbsp;armee.
Tom. J, nbsp;nbsp;nbsp;K
-ocr page 164-La catliédrale, qul est un grand edifice, ir'est point encore achevée. L'EgUse des Ecoles-Pies , et cellenbsp;desDominicains sont assez belles.On voitJi^ateCTtnbsp;un are de triompbe élevé en lhonneur de lEmpe-reur Francois el deMarie-Thérese. Get arc futnbsp;frappé de la foudre et endoinmagé , Ie jour mèmenbsp;que eet Empereur inourut a Inspruck. Les Hon-grois qui interpretent tout, coinme nous lavonsnbsp;déja remarqué, ne manquerent pas de raisonnernbsp;la-dessus.
Jarrii'ai Ie mème jour k Schaak, on nous avons une residence. Depuis environ 9 beures du matin jétois rentré dans les montagnes ; quellesnbsp;sont agréables k voir , lorsque pendant deux moisnbsp;on na vu que ciel et gazon! Arrivé a Schaak, jynbsp;trouvai lieureusement les Comtes Colloredo (*) etnbsp;Schalknberg, qui, Ie lendemain, me conduisivenlnbsp;a Chemnitz. Je montai au chateau pour bien con-sidérer la ville que ^avois déjk vue ddux Ibis; etnbsp;après avoir assisté aux réjouissances failes pour Ienbsp;rétablissement de la Reine , je rentrai Ie 9 dansnbsp;mon cher Neusol. Le mème jour , a Chemnitz ,nbsp;javois parlé au Corate Slampjer, président de Ianbsp;Chambre,impériale de cette ville. Toute la hautenbsp;Hongrie retentit des éloges de ce seigneur, qui estnbsp;un jeune homme d'une modestie et dune piéténbsp;exemplaire. Dès que le poëme de la Pucellc eutnbsp;commencé a paroitre dans le pays, il acheta tous
En passant par Ie village de St.-Antoine , le Conitc de Colloredo alia voir une lemme Zigeiner, qui venoitnbsp;daccoucher de cinq eiifans vivans.
-ocr page 165-les exemplaires quil en put trouver, pour les dé-truire et diminuer au nioins leffet de Ia contagion.
Le 11 Juin, jallai dire la Messe ad veteres mantes (aux vieilles monlagnes , altgehürg) , oü il y a une très-belle image miraculeuse de la Saintenbsp;Vierge ; eet endroit est a deux lieues de Neusol.nbsp;De Ik je fus voir quelques cascades cèlebres dansnbsp;le pays, qui sont a une grande lieue de Xahgebürg.nbsp;Une de ces cascades est dune grande beauté : ellenbsp;est large et partagée en dilTérens ruisseaux, dontnbsp;la chute est irréguliere, et qui, entremêlés de verdure , Ibrment le plus beau coup-dceil. 11 ny anbsp;aucune de ces cascades qui soit (rès-haule et dontnbsp;la chute soit bien bruyante (*).
Nous avons entre ces cataractes une auh'e residence appelleeü/o/w/ta ; toute cette conlrée est animée par lexploitation des minéraux ; on y yoitnbsp;plusieurs mines , dans deux desquelles )eus la cu-rnbsp;riosité dentrer. La premiere passoit jusquau Her-rengrund, qui est a trois quarts de lieue de Ik.nbsp;Jentrai aussi dans le vaste creux dun roe , ou jainbsp;senti toute la majesté de la nature dans les lieux
Pulchra est Rheni caladupa ad Schafhausen in Helvetia.Alia pulchrior in traetu Tigurino (dansnbsp;le canton de Zurich) ad Édirliha'ch , et planè magnifica.
Caladupam promüs ternhilem Kelini amnis des-
eribit Kiïchcv , Mand. suht, j l. %, cap. Q,fol. 4- Ex VoyezUDiet.
trecentorum pedum altüudine labitur ;perpetuum iri- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ *
dem Jiabet in nuhe ex contusis aquis confectd. De
Eau lapsïbus quid dieam? Cicero vel in Catone jnajore,
vel in Scipionis somnio ait istorum locorum incolaspreo
slrepiiu, surdos esse, at fahè.
K 2
-ocr page 166-solitaires et refirés. On. pretend que ces mines etoient en exploitation des le terns des Remains :nbsp;il en est plusieurs dal^andonnées , qui sont assu-rément dune grande antiquite.
Les babitans de ce canton sont tres-bien faits ct d'un excellent naturel; si je savois le sclavon, etnbsp;que le supérieur de Moliska me demandat, pas-serois volontiers ma vie avec ces pauvres monfa-gnards. Extrema per illos justitia excedens terris ves-tigia fecit. 2. Georg.
De ma vie je nai vu de lieu plus riant, plus propre a loger un philosopbe et un bomme denbsp;lettres. Les fontaines qui ruisselent de tous cotes ,nbsp;donnent a ces collines un agrément touHi-fait rave.nbsp;O nymplianim domos I ó sedes musarum I 0 locanbsp;litteratis apta secessibus! Busbec., Epist. i. ^ As-pectus stellati cceli et cavern® nigv® , ®qua vinbsp;Deum animo sapientis admovent : Si ascenderonbsp;in Cesium, tu illic es; si descendero. in infernmn ,nbsp;ades. Verb Deus est in foraniinibus petres, in ca-
vernci macerice.--Emittis fantes in convallibus :
inter medium montium perlransibunt aquae. Super ea volucres cceli habitabunt; de medio petrarum da-bunt voces. Ps. io3.
Les auteurs profanes , comme les ecrivains sacrés , se plaisent a nous présenter ces imagesnbsp;si agréables et si touebantes.
Jiara mihi , et riguiplaceant in vallibus amnes: Flumina amem , sylvasque inglorius. 0 uhi campi ,nbsp;Sperchtusque , et virginihus hacchata lacainisnbsp;Taygeta ! 6 qui me gelidis in vallibus Ilceminbsp;Sistat, et ingenti ra.moruin protegat uinbrd!
2. Geo?^.
-ocr page 167-¦..........Turn sylpis srena coruscis
Desuper ; Iiorrentique atriun nemus imminet unihró-
Fronde sub adpersd scopuiis pendent Urns antrum ;
Intiis aquae dulces , vivoque sedilia saxo ,
Nympharum domus...............
I. jEiieid. 1G4.
Quapinue irt^gens , alhaque populus Umhram hospitalein consociare amantnbsp;Ramis , et obliquo lahoiat
Limplia fugax irepiidare riro.
IIORAT.
Agréables deserts, sejour de Iiiinoccnce,
Oil loin dcs -vaiiites, de la magnificence, Commence nioii rejios et Unit mon tourment:nbsp;Vallons, rocliers, ruisseanx, aimable solitude,
Si vous fiites leinoins de mon inquietude,
Soyez-lc désormais de mon contentement.
Jouissez en repos de ce lieu foidune;
Et le calme et la paix y tiennent leur empire 5 Et dcs soucis aflrcux le souffle empoisonnenbsp;Ny corrompt point Fair que Fon y respire.
Je dois reconnoitre que, clans tons mes voyages, les Hongrois me font assez daccueil; ils aimentnbsp;et estiment les Francois , coinme je Iai déja dit.nbsp;Quoique je sois Beige (*) et non Francois , onnbsp;aappelle constamment Gallus, Frenzoss, Franc-zuch, Sclav. Franezuz, Crovd. Franezia ,lio-ngr.nbsp;Pen de gens mappellenl par mon nom : le people,nbsp;sur-tout, regarde les Francois comme des hommesnbsp;dqne nouvelle espece. Lorsejue jetois a Neusol,nbsp;on sassembloitautour demoi, des que je paroissois
(*) LeP. Defellcr, originaire du Ducliedc Luxembourg, esl né a Bruxelles. (JJFditeur).
(^5o)
pour dire la Messe; ce qui mobligea de la dire lorsquil y avoif peu de monde a léglise. Un plai-sant (I'admirable P. Speranlzi) disolt quil falloitnbsp;me porter par la ville , enfermé dans un coffre, aunbsp;son dun flageolet.
Mon exil les touche, et les porie a me Tadoucir, tanclis quil ne me touche pas moi-mème : ils menbsp;regardent comme
Troas, relliqiiias Danaüm atque iinmitis jicliillei
Errantes , longè patrio,, maria omnia circnm.
Ceux qui ignorent la destinée des Jésuites , en France (car lesHongrois ne sembarrassent guerenbsp;de ce qui arrive hors de chez eux), sont extrême-ment surpris de me voir, et ne peuvent concevoirnbsp;qu'un Francois quitte son pays , pour venir de-meurer en Pannonie. Je leur dis alors avec Enée i
Postquam res Asia; , Priamiqiie evertere gentem
Immeritain visum superis , ceciditque superhum ' Ilium , et omnis humo famat Neptunia Troia,
Ei persa exilia- y et desertas quwrere terras
jéutturiis a^imur dipiïm. ...........
o nbsp;nbsp;nbsp;o
3. AÜNJBIjD.
Le 4 Aoüt iquot;67, j'allai voir Ie Herrengrund (vallée des seigneurs , vallis dominorum) , qui nestnbsp;éloignée de Neusol que de deux lieues de France.nbsp;On y va par un chemin très-agréable et bien en-tretenu : on monte pendant une heure sans aucu-nement descendre, ce qui nempêche pas que lenbsp;fferrengrundue soit une vallée. Ce lieu est célebrenbsp;pat' ses mines de cuivre, qui sont abondantes; parnbsp;celles dargent et d'or , beaucoup moins impor-tantes , et sur-tout par ses eaux vitrioliques qui
-ocr page 169-changent Ie fer en cuivre. Javois négligé, dans un vayage que javois fait auparavant an Herrengrund,nbsp;de descendre jusqua la source des eaux vifrio-liques; je lai fait cette fois-ci. Nous la tröuvamesnbsp;a trois cents pieds de profondeur perpendiculaife.nbsp;On mavoit dit que cette profondeur étoit de cinqnbsp;cents brasses : il est vrai que les mines pénetrentnbsp;plus bas dans la terre; mais 1eau vitriolique senbsp;trouve a la hauteur que je viens de dire. Rarementnbsp;les profondeurs passent cent brasses, on cinq centsnbsp;pieds (*). Lair est sain dans ces mines, et ne nuitnbsp;point aux mineurs. II fait fort chaud dans cellesnbsp;qui sont profondes : nous suames beaucoup avantnbsp;darriver a leau vitriolique.
Quand Ie fer cuprifié est tiré de feau , fl se durcit peu-a-peu ; dans leau vitriolée, il est mounbsp;comme de la paté ; ce cuivre est facile k traVailler,nbsp;et préférable a tout autre.
On dit oidinaireinent que cette cuprification se fait par succession ou substitution des parficules denbsp;Cuivre a celles du fer, comme dans la petrification jnbsp;cependant un nom cle Jesus, concave du cóté du
(*) Les salines de TVilisha, en Pologne, ont i,5oo pieds de profondeur; Vahnont de Bomare ne leur en donne quenbsp;600. Celles de JoacJdnis-Thal, en Bohème , sont les plusnbsp;profondes que Pon connoisse; elles ont 280 toises, ou i ,680nbsp;pieds. Tout ce que dit Mr. de Buffon, Epoq., vol. 1,nbsp;Plt;^g- 213 ef sidv. ; torn. i , pag. 817, soiit des exage'ra-tions risibles. Voyez Examen des Epoques ,pcig. 201. nbsp;Fausse mesure de la mine de Cotteberg, Journ. kist. etnbsp;litt. , \^Juillet\r.?gt;\,pag.[\\^. F.n qucl sens ces mesu resnbsp;pourroient être exactes, ci-dessus, pag. 48.
fer, oü Ie cuivre sétoit attaché , et Ie fer qui suh-sisloit encore, me feroient aclmettre la voie dadhé-sion, si cela ne mavoit été montré par un Newto-nienfurieux, et quune bonne partie du fer neut été dissoute. II est vraisemblable que cela se faitnbsp;par adhesion et par succession.
Tout fer quon met dans le bassin on la source tombe , se change en cuivre en très-peu de terns.nbsp;Les Crucifix de fer, les couronnes , les clefs , lesnbsp;clous , les armoiries, les noms des personnes dis-tinguees, le tout étant de fer et mis dans le bassin ,nbsp;VoyezKirrlier, (jjgparoit commc fer, et se change en beau cuivre
etc que nous Qi- nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
ions nbsp;nbsp;nbsp;de la meilleure qualite.
Bien des gens se récrient la-dessus , et écrivent que ce fait prouve évidemment la transmutation desnbsp;métaux , tandis que ce nest que le resultat dunenbsp;simple opération de docimasie (*) , qui prouvenbsp;lout le contraire. Faites dissoudre du cuivre dansnbsp;de Feau-forte 5 meltez ensuite une lame de fer biennbsp;nette dans la dissolution, vous verrez bientot Feau-Ibrte lacher prise sur le cuivre , et attaquer le fernbsp;pour le dissoudre. Alors le cuivre dissous reparoitnbsp;et sattache au fer, en Fenveloppant comme dunenbsp;fine limaille , jusqua ce que tout le cuivre se soitnbsp;dégagé de Feau-forte, quil se soit attaché ii la lamenbsp;de fer, ou précipité au fond du vase.
Dans la montagnc, Feau de pluie penetre par la terre et par les jointures du roc , sur la mine denbsp;cuivre. Cette eau douce sy charge de nitre, fond
(*) Docimasie on Docimastiquc, terme de cliymie : ccst uii essai que Fon fait en petit sur lc.lt;vpiues, pour con-noltre quels sont les me'taux quelles coutiemicut.
-ocr page 171-Ie vitriol de la mine , simpregne de son acide, et devient par-lii une sorte deau-forte , qui dissoutnbsp;tout Ie cuivrequelle Irouve enétatmélallique dansnbsp;Ie mineral. Ce cuivre, dissous dans leau, est porienbsp;avec elle de jointures en jointures du roe, jusquknbsp;ce quil tombe dans Ie bassin j et la , dès quonnbsp;y met du fer , leau lache son cuivre, Ie deposenbsp;autour du fer en Ie rongeant, a la longue, par unenbsp;eau continuellement renouvelée , jusqu a ce quenbsp;tout Ie fer ait disparu ; mais toule la forme du fernbsp;est déja très-bien figurée en cuivre , que Ie fer sub-siste encore. Ainsi, de cette operation merveil-leuse, il ne résulte simplement que la precipitationnbsp;du cuivre dissous en un sediment, dont une partienbsp;sattache au fer, et 1autre tombe au fond du bassin,nbsp;ensuite au fond du ruisseau qui en sort, et dansnbsp;les fosses qui Ie recoivent (1).
On tire dune autre source deau vilriolique, la plus belle coulenr verte, et cela par la simple subsession du vdtriol. Cette couleur' est cliargée denbsp;cuivre; et durant la guerre derniere, on la jetoitnbsp;dans les tournaises , pour en tirer ce métal, pareenbsp;que la couleur ne pouvoit se vendre qu a un prixnbsp;trop modique. Jai parlé ailleurs de cette eau quonnbsp;appelle ciment, ou cément-wasser (eau de cementation). Voyez Journ. kist. et lilt., i Déc. i'}8o ,nbsp;pag. 519.
On voit, dans cette vallée , une belle maison
Eliani hcec cupi ificalio imago queedam Euclior-risticB ent. Non est mêra siihsiitutio : forma, pondus, magniludo marient. In petrificaiione manet etiain co~nbsp;lor. Alia 24 Theolog.
-ocr page 172-et des alambics magnifiques, destines k tirer cette couleur par Ie feu j mais Mr. de With a écbouénbsp;dans celfe entreprise. La couleur séparée de cettenbsp;fagon palissoit peu-a-peu, et perdoit tout sonnbsp;éclat 5 faction du feu en avoit apparemment óténbsp;certaine humidité nécessaire a sa conservation. nbsp;J'ai vu depuis, en Transylvanie, a Rodnau,, fairenbsp;la plus belle couleur verte avec du vitriol et unenbsp;eau minérale alkalique. On met im huitieme doncenbsp;de vitriol contre un pot sauer-brunn. Jaurai, ci-après , occasion de parler de cette source deaunbsp;minerale.
Les Remains, dit-on , ont connu et exploité les mines de Herrengrund : ce quil y a de sur, cestnbsp;quil y en a beaucoup dabandonnées , dont onnbsp;ignore absolument lancienneté. On assure aussinbsp;que les Remains ont cultivé les mines de Schmelnitz.nbsp;Quant kcelles de Transylvanie, la chose est sansnbsp;réplique. On lit, k Torda, linscription suivante:
Jon Inventori ,
Diti Patri , Tprrx Matri ,
DeTRCTIS DacïAS TUESAURIS ,
J)ir. Nerva Prajasus Ca:s.
Aug. VOTUM SOLVIT.
Torda , néanmoins , n'a aujourdRui que des mines de sel. A la fin dune inscription , knbsp;Salathna, on lit : Procurator aurarice. Et dans unenbsp;autre , Ik-même : Collegium aurariarum.
. incedunt En Septembre, 1766 , jai vu Scalitz, Hollitz, longo ordine Tlradish, Vdlcgrad, OlmutZfProsnitz, Vischau,
gentes,_ nbsp;nbsp;nbsp;.
Quam vanw lm- JjTlftJl.
guls , habitu nbsp;nbsp;nbsp;Hny a dc reniarqitable kiSca^Vz (Haute-Hongvle),
-ocr page 173-notre college et notie église. Le P. Haror, lecteui de celte niaison, est a légarcl de ses liótesnbsp;le supérieur le plus lionnêle que jaie encore vu.
Hollitz (on prononce Hollitsch), k une lieue de Scalitz, est un pelit endroit riant, depuis quenbsp;lEmpereur Francois y a bati un beau palais,nbsp;et qu'il y a établi une fabrique de faience, quinbsp;est devenue célebre. On y fait les ouvrages lesnbsp;plus délicats, et toutes les clioses imaginables ennbsp;faience , comme les Saxons en porcelaiiie. Cesnbsp;ouvrages, même les plus grossiers, sont très-chers.nbsp; Le palais de lEmpereur est défendu par quatrenbsp;bons bastions et deux fosses : on y voit un petitnbsp;arsenal, ou il y a quinze a seize pieces de canon.nbsp;Les cuisines et nombre dappartemens sont entié-rement sous terre, tout aiitour du palais , qui ennbsp;paroit dautant niieux : ce plan est très-singulier ,nbsp;et peut-être unique. H y a encore a Hollitz unnbsp;beau et vaste grenier, une grange immense , etnbsp;dautres monumens du goüt de Frangois I®*'. pournbsp;l'économie champêtre. II faisoit ses délices de cettenbsp;terre, oü il avoit attiré un grand nombre de Fran-cois-Lorrains.
Ilradish, en Moravie, est mal bati, mais agréa-blement silué, quoiquun grand nombre de lagunes qu'on y trouve, doivent readre eet endroit mal-sain. Notre college est ce quon y voit de plusnbsp;remarquable.
Vdlegrad est il une lieue de Ik : c'est une superbe abbaye deBernardins;leur église est une des plus belles que jaie vues, et nulle part je n'ai trouvénbsp;de Moines plus attachés aux Jésuites que ceux-ci.
-ocr page 174-En allant de Vdlegrad a Ldannec, terre appar-tenant au college de Hradish , on traverse une ibrêt de six lieues , oü lon rencontre plusieurs monu-mens. II y en a un , dont les caracteres ne sontnbsp;plus lisibles : on m'a dit quil conservoit la mé-moire dune grande ville , jadis située en ce lieu,nbsp;qui fut, dit-on, engloutie durant un horrible trein-hlcment de terre; cela est possible , et ne manquenbsp;pas dexemple, On peut voir , entrautres, len-gloutissement de Sainte-Euphómie, si énergique^nbsp;ment décrit par Kircher, dans la Preface de sonnbsp;Mundus subterraneus.
Hcec loca vi quondant et ¦vastd convii Isa ruina., (Tantum cEvi longinqua valet mutare vetustas)nbsp;Dissiluisse ferunt.................
ViRO. 3. jEneid.
D'autres cepenelant mont assure que cétoit une fable, et que cette pierre marquoit un repas quenbsp;les anciens Seigneurs de ces contrées, ou un desnbsp;Marquis de Moravie, avoient pris dans cette forêt.nbsp;C'étoit en effet lusage des anciens, de conservernbsp;par des monumens et des inscriptions, Ie souvenirnbsp;de ces banquets cliampêtres. Voyez-en un exemplenbsp;dans Ie Voyage de G. Loretus, inséré dans Ienbsp;Mand. subterr. On en voit une preuve ailleursnbsp;dans cette même forêt. Je me souviiis , a cette occasion , de deux parcils repas que javois faits autrefois dans Ie Grunewald, grande forêt, a peu denbsp;distance de Luxembourg, lun pres du Glasbrunn,nbsp;lautre pres du Schetzelbrunn. Quece dernier en-droit étoit charmant, et propre a attirer un philor
-ocr page 175-soplie I I,es hommes du slede ne senfent guere les t'harmes de ces belles solitudes.
JVogt;i umhrie altoi'uni nemorum, non nhollia possunt
Praia movere animuni, non quiper saxa 7)olutus ,
Pnrior electro campum petit amnis........
3. Georg.
Le saint hermite Schctzelius a, dit-on , vécu dans le creux dun roe , epi est proclie de cettenbsp;fonlaine. Ilahitarunt Di quocjue sylvas.
Heureux sejour de 1innoccnce,
Ruisseaiix, vallons délicioux,
Cliar.tons celui, doiit la puissance,
Forma ces agréablcs lieux.
A epelque distance de cette ford , que je traversal pour aller a Ldannec vers Olrautz , on trouve un ancien chateau , très-vasfe et fortifié anbsp;lanticpie , appartenant au Comte de Killenbourgnbsp;et un peu au delk, une belle église, ou il y a unenbsp;Image miraculeuse.
Olmutz, capitale de la Moravie , est une très-belle ville, assez grande, bien fortifiée. Les statues el les fontaines embellissent les places : on y voitnbsp;une pyramide des plus superbes, dressée en i'jSS,nbsp;k rhonneur de la Sainte Trinité. Le réfectoire denbsp;notre college , ainsi que la blbliolheque, sont dunenbsp;rare magnificence. Ce réfectoire est plus raagni-fique que celui cle Tirnaw, qui est simple, maisnbsp;le plus majestueux que jaie vu. On voit dans cettenbsp;blbliolheque deux globes dune beauté et dunenbsp;grandeur très-extraordinaires. La salie des actesnbsp;est imposante; celle de Iuniversile, a Vienne , estnbsp;plus majestueuse , celle-ci est plus brillante.
-ocr page 176-II y a a Olmutz cent Irente Jésuiles : nous y avons un trës-beau séminaire pour leducation denbsp;]a jeunesse ; mais de tons les séminaires de cesnbsp;pays-ci , il iien est aucun qui me plaise commenbsp;ceux de France. Je dois tont h. celui de Rheims :nbsp;nos Peres de France étoient f^its pour la jeunesse,nbsp;de laveu même de Mr. Ie Chancelier dAguesseau,nbsp;qui n etoit point de nos amis.
Excudent alii spiraiitia molliüs cera,
Credo equidern , vivos ducent de itiarmore vultus j Orabunt causas meliüs , Coelique meatusnbsp;Eescrihent radio , et surgentia sidera dicent.
Tu regere imperia pueros , Jesuita , memento :
JIcE tïbi erunt artes , castosque imponere mores.
Ahstralie ab obsccenis teneras sermonibus aures j Mox etiam formes prmceptis jrectus aniicis ,nbsp;Asperilatis et invidicB corrector et irce.
Dans Ie tems que jétois a faire ce voyage , il y avoit a Jgla-w un camp de soixante mille hommes,nbsp;que jaurois vu volontiers : jen avois vu un denbsp;douze mille prés de Luxembourg, vers l'an 1748.nbsp; jai vu Ie dernier siege que Ie Roi de Prussenbsp;avoit mis inulilement devant Olmutz (*), expriménbsp;par des lignes et des redoutes, quon venoil denbsp;faire , pour représenter 1attaque h IEmpereurnbsp;Joseph 11. Un trës-beau monastere, qui avoi-sinoit'trop les fortifications, a élé démoli en 1778.
Prostenitz ou Prosnitz et Vischau, sont deux petites villes passables, sur la route ó^Olmutz a
Le Roi avoit pcu ayancd Ie siege; il navoit pas etw core pil se rendre maitre dune redoute isole'e et cloignéenbsp;du corps de la place.
-ocr page 177-Brinn. Ceüe route est belle et bordée d'arbres comme en France et atix Pays-Bas. Les deuxnbsp;places sont assez jolles.
Brinn est aussi beau quObnutz : les deux places y sont belles. On volt sur Ie Kraut-Markt (marchénbsp;aux herbes) nombre de fontaines sortant dun röcnbsp;ibrt élevé qui présente la noble irrégularité de lanbsp;'nature. Les Eglises y sont fort belles; la nótre eslnbsp;magnifique. Celles des Augustins , des Cordeliersnbsp;et des Donainicains inéritent aussi la curiosité denbsp;létranger.
Spilberg est une ciladelle imprenable, qui do-mine la ville et tons les environs ; eest un cóne dune hauteur énorme. Cependant dans un secondnbsp;voyage que jai fait a Brinn , jai remarqué quÉnbsp;cette citadelle étoit fort incommodée par une hau1nbsp;leur voisine. Les Suédois y ont deux fois échoué.nbsp;La ville est aussi fortifiée par des bastions et desnbsp;demi-lunes.
Dorchana-w est un village h deux lieues de Brinn , vers la Hongrie, oü nous avons une rési-dence et Tadministration dune Eglise célebre parnbsp;une statue rairaculeuse de la Ste. Vierge ; jy alnbsp;dit la Messe. Jobserverai en passant, que je nainbsp;vu üulle part dImage miraculeuse plus belle etnbsp;plus digne de nos Eglises , nulle part plus de solide piété quk la Cliapelle de Notre-Dame knbsp;Luxembourg (1).
Cette Cliapelle, située prés de la A'ille, et quon peut appeller un lieu de piéte', un lieu de sainteté, a snbsistenbsp;jusqua la guerre effroyable , quon doit nommer la guerrenbsp;du pldlosophisme j coinmencée en 1792 et termine'c ennbsp;1815. Membre du college de Luxembourg, je visitois cette
-ocr page 178-I-es Moraves et les Bohémiens sont hons : ils sonf moins iniitateurs des nations célebres que lesnbsp;Polonois, les Hoiigrois et les Russes. La nouvellenbsp;philosophic ne les domine pas encore ; ils sontnbsp;assez niodesles pour enseigner la théologie dunbsp;P. Muska, jésuite Autrichien. Ce P. est actuelle-ment compagnon du Provincial dAutriche. Lesnbsp;Parleniens de France , dans les comptes rendus,nbsp;Pont cilé avec Busenbaum , la Croix , Keller etc.nbsp;La maniere de vivre dans les Colleges hongrois menbsp;plait infiniment plus que celle des Bohémiens; toutnbsp;en Hongrie a un air 1'amilier , tiicile, amical. Nosnbsp;PP. de Silésie nont plus aucune communicationnbsp;avec ceux de Bohème; Ie Roi de Prusse leur a faitnbsp;donner un Provincial. Dans dix Provinces denotrenbsp;Société, que jai vues, jen'ainulle part trouvé plusnbsp;d'affabilité et damitié5 nulle part autant de magnificence a 1égard des étrangers que chez les Polonois. Ils mont accablé de caresses; les mets étoientnbsp;sans nombre , Ie vin de Tockai sans mesure.
Pendant les raêmes vacances , jeus occasion
Ghapelle aiis.si souvent que je ie pouvois, et jamais je ny eiitrai sans ressentir u: e impression, sans cprouvernbsp;un sentiment que je ne saurois détlnir. Mille autres pournbsp;lors et depuis co toms-la , mont avoué quils avoientnbsp;yoyezVHist.de constamment éprouvc la même chose. Le concours desnbsp;N. ü. de Luxem-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ journalier. Mais rien de plus édifiant que
rOctave qui se céléhroit dans FEglise du college, oii lon apportoit la sainte Image, et oü clle demeilroit exposéenbsp;depuis le quatrieme jusquau cinquieme Dimanche aprèsnbsp;paques. Laffluence y étoit iucroyahle; et, pour dire tontnbsp;cn deux mots, je ne crois pas que lon puisse faire aunbsp;Ciel une violence mieux combine'e. (Note de VÉditeur.)
de
-ocr page 179-de connoitre quelques nations étrangeres trans-plantées en Hongrie , comme les Arméniens , les Sicules etc. Les Siciiles (Siculi) descendentnbsp;¦vraisemblablement des Scythes 5 et SicuU, dil-on,nbsp;vient de Scytuli; dautres leur donnent une autrenbsp;Origijie, Mr. Ie Beau, Hist, du Bas-Empire, tom.nbsp;VlI, pag. 354 gt; dériye Siculi de Sek-hel, dont ilnbsp;ne donne pas la signification. II dit que ce peuplenbsp;est un reste des Huns , ce gui est vrai de tous lesnbsp;Hongrois.il dit quelesSiculiens écrivoient dehautnbsp;en bas comme les Chinois , peres des Huns. II estnbsp;plus quapparent que les Siculiens n'ont jamaisnbsp;beaucoup écrit, et quil ny a pas eu de livres denbsp;leur fa^on dans Ie tems qu'on suppose quils écrivoient de haut en bas (1 2).
Les Sicules sont bons et traitables, dès quon ne touche pas a leur liberté c'est pourquoi ils dé-testent les Allemands, avec lesquels cependant ilsnbsp;saccommodent un peu mieux depuis quelque tems.nbsp;La situation particuliere de la Siculie, entourée
(2) Quoiquil nous paroisse très-naturel dc'crire de gauche 'a droite, on a employé chez difi'érens peuples lesnbsp;quatre directions, de gauche a droite, de droite a gauclie,nbsp;de haut en bas, et de bas en haut. On sait que la secondenbsp;niéthode est celle des Hebreus, et que Ia quatrienie a éténbsp;cclle des Mexicains. II faut convcnir néanmoins que notrenbsp;uéthode est la meilleure. Eu écrivanl de bas en haut,nbsp;OU cache et on eflace ce quon \ient de'crire; Ie jncme in-couTénient subsiste a un certain point en écriyant de droite
gauche. En écrivant de haut en bas, on fait faire au bras un voyage continnel, au lieu quen direction horizontale , il ne change presque pas de point dappui.nbsp;Tom. J,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L
-ocr page 180-lie montagnes , a inis ce peuple a Iabri des réva-lufions qui ont un pen altéré le génie des Huns dans les autres Hongrois.
Je ciois devoir ajouter a ce que jal dit des Sicilies , Textiait dune lettre de Mr. le Comtenbsp;Ybarraf a Mr. N**. Ce seigneur qui daigna m'ho-norer constainment dune amitié distinguée, parlenbsp;ainsi dans cette lettre.
Transcrit mot n Vous m'ordonnés de vous dire quelque chose i. mot exacte-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;brave nation de nos Siculiens. Le nom
ment dapres ro-
rigiiial. nbsp;nbsp;nbsp;n Székhel est derive du latin Siculi, on réellement
)) Scilhuli, paree que ce sont eux seuls qui sont » de vrais Hongrois , ou les restes des Scythes,nbsp;» qui possedent leurs terres sans donation de Roynbsp;» ou Prince , et sans aucun instrument de con-II cession , mais come leur acquisitum proprium.nbsp;» Qui quoique laboureurs et depuis quelqucs an-1) nées soldats , sont tons nobles , cum onere mili-igt; tandi. Cette nation qui fait grande et illustrenbsp;I» noblesse (la familie de ma femme da présentnbsp;gt;) en est une des premieres) liabite les districts ounbsp;1) comtées suivant, Osik, Harornszik, Gyorgyo ,nbsp;» Udvarkeli, Marvs , Aranyos, dont C^siX: etnbsp;» Gyorgyo sont telment Catholiques purs, quilnbsp;M ny est pas permis aux protesfans dy séjournernbsp;I) pendant Irois jours. Ces districts ou sedes sicu-» licalcs sont gouvernés au lieu des supiêmesnbsp;» Comtes, par des supiêmes Juges royau:t. Aunbsp;» temps de la prétendu reformation , eetoit le bill sayeul de ma femme qui gardoit avec ses troupesnbsp;» les issues des montagnes de Csik et de Gyorgyonbsp;» pour arrêter les moines et les prêtres qui en vou-
-ocr page 181- loient sorlir pour embtasser Ie nouveau Evan-» glle quon préchat k Hermanstadt, oü il fit exé-» cuter a mort tous ceux qui persistoient dans leur » detestable dessein , sur une montagne , qui en-» core porie Ie nom de Pap-Halal, cest-k-dire ,nbsp;n la mort des prèlres. Les autres districts Siculiensnbsp;» sont en parli melé de calvinistes, et cellui denbsp;5gt; Marus et UdvarkeJy plein des Arriens, ou Uni-
» taires , cest-a-dire de Sociniens.......»
Signé : n Ig. Comle dYbarra ».
Les Arméniens sont en grand nombre dans la Transylvanie : il est assez difficile de savoir comment ils y sont venus (1). Ils habitent presque seulsnbsp;la ville de Samos-Uivar; ils sont bons Catholiques-Romains. J'ai trouvé depuis , prés de la Theiss,nbsp;nn de ces Arméniens de Samos-Uwar, qui parois-soit fort brave homme, et prenoit pour une injurenbsp;que je parusse douter sil étoil Catholique-Romaih.nbsp;J^ous recevons cette année dans la Société un novice Arménien. La province des Jésuites dAu-triche est composée dune infinité de nations. Jai
Comment les Saxons sont-ils venus eu Transylvanie? Quelques Auteurs diseut que la devastation de leur paysnbsp;par Charlemagne, leur lit chercher nn asyle dans celui-ci.nbsp;Peiit-être sont-ils Ik depuis les Croisades, ce que quelquesnbsp;écrivains ont cru; daiilres disent que ces Saxons descendent des faineux enfans de Hamwelen , enlevés par Ienbsp;diahle, et portésjusquen Transylvanie. Ceux qui croirontnbsp;avec Ie P. Schott, que les animaux iureiit portés en Amé-rique par les Anges, no rejetteront pas cette histoire desnbsp;Saxons. Voyez D. Calinct, Hist, des appar. , et lesnbsp;Jrnag. de Mr. Ouffie, torn. II, pag. ii8.
L 5t
-ocr page 182-vécu , k Neusol, avec ün grenadier Prussien nont-mé Poulek , qui étant prisonnier en Autriche , se convertit et se fit frere Jésuite. G etoit un des meil-leurs freres que jeusse vus; il me disoit en riant;nbsp;Die Protestanten was sind das vorLeutl
Quelques conversations avec un Sicule Arien, nouvellement converti, homme desprit et de lecture , m'ont fait connoitre a fond létat de ces sec-taires en Transylvanie, oii beaucoup se sont retires , après avoir été chassés de la Pologne. Je lesnbsp;ai vus a Clausenbourg en 1768. Ce sont vraimentnbsp;des Aliens , quoi qu'en dise Schwartz. Blandralanbsp;ést comme Ie fondateur de cette hérésie dans cettenbsp;province. David Cyihrée est aussi un de ses apó-tres j ils sont grands chicaneurs , grands dialecti-ciens , et ont tout Ie génie de Socin, de Crellius etnbsp;des anciens Ariens, tels que S. Grégoire de Na-zianze et Eusebe nous les représentent (1). Lenbsp;passage de 1Ecriture, dont ils se tirent le plus mal,nbsp;est celui de S, Paul, au chap. 20®. des Actes:
Lingumque audaces et mulliplices nexus , per quos simplicitas perit Jidei. Telwque .Aranece imhe-cillus career ; qum levia illigant rohustis risus. Greg.nbsp;Nanz., in Carm. de vita sua. Non inquirentes quidnbsp;Sacree doceant Scripturce, sed cujusmodi syllogismo-rumforma... requiratur... Qubd si quis aliquem Scripsnbsp;turce locum iis ohjiciat, examinant, utriim connexumnbsp;an disjunctum syllogismi genus ex eo conjici possif.nbsp;Euseb. ,1.5, Hist. Ecclcs., c. 28. Solvunt ligantqusnbsp;queestionum1 vincula , per syllogismos plectiles. Vatnbsp;captiosis Sycophantarum strophis etc. Prud., in Pr1f-ad Apoth.
-ocr page 183-Regere. Ecclesiam Dei quant acqinswU sanguine Apiès avoii' proteslé confre la divinité dunbsp;ï'ils et du Saint-Espiit, ils baptiseiit oojnme nous ;nbsp;ils reconnoissent Ie libi6 arbitre * Ie purgaloire ,
OU du moins mgt;e espece de purgaloire, la nécessité des bonnes oeuvres, etc. Toufe bonne oeuvre estnbsp;Sacrement; Ie Baplême nest point nécessaire , ilnbsp;ny a point de péché originel eic., etc. On les ap-pelle Unitaires .- ils condamneut Arius , et disentnbsp;que Ie Vei'be, na existé , ,nl avant Ie .comraence-®ent, niau commencement, autrement quen promesse (é« prótiiissiom), Quoique cötle secfe soitnbsp;la. plus subtile et la plus söpliisllque de toutes cellesnbsp;qui oht désolé lEglise , elle na jamais su fixer sesnbsp;dogmes. Soils'fÉmpereur Constance, il y eut plusnbsp;de onze ou douze formules de foi différenles; nouvelle preuve de la nécessité découter lEglise Ca-ftolique. Leurs églises sont sans autels , sansnbsp;images etc. , in templo aboininatio desolationis.
Le neophyte avec qui jeus ces entreliens, a5'ant toujours de la peine a concevpiv que le Fils denbsp;Dieu put avoir la nature divine, sans que cettenbsp;nature fut différente de celle du Pere, je lui prisnbsp;la main , et lappuyant sur mon baton , je lui dis
®n nous promenant: Ne vous setvez-vous point de Sic lapis angu-
7 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t ..7 ¦; laris unicus, est
panetis A et paridis B susleifta-menlam.
ce baton, comme sije ne m en scraoïs pas, et esl~il nbsp;nbsp;nbsp;A etva-
(*) Cullus adeö inciiltus , et religio ortini religione et sacro ornatu sacrisque ritihus destituta. Contra Ca-tiiolicoruTntemplorum et sacrorum incredibilis qucedamnbsp;niajestas etc.
L 3
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mains man appui, paree qu^il est Ie vótre 7 Nest-il pas vrai quevous wez im bdtonpourvous protnener,nbsp;et que f en ai un aussi, quoique ce bdfon soit Ienbsp;piême? Cette isimple comparaisoa , quoique déi'ec-tueuse (car sil y en avoit de parfaite en ce genre,nbsp;Dieu cesseroit detre) la plus affecté que de longsnbsp;raisonnemens quil faut éviter , autant quil estnbsp;possible , a légard des catéchumenes et des néo-phytes. Infirmum autem in Jide assuniite, non innbsp;disceptationibus cogitationum. Rom, c. i4i
Segniüs irritant animum demissa per aures , Quam qua; sunl ooulis subjecta Jidelibus , et qiianbsp;Jpse sihi tradit spectator. . ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
JIoRAT. ^ Art. poet,
Jai souvent aussi remarqué quil vaut mieux, coinme dit Pascal, faire voir a iios freres erransnbsp;la grandeur et la majesté de la Religion Catho-lique, ses caracteres divins etc., que de démontrefnbsp;séchement Ia vérité de ses dogmes en détail. Pournbsp;rendre les hérétiquès dociles , il faut leur fairenbsp;sentir adroitement, mais avec force, combiennousnbsp;sommes persuadés quil ny a point de salut horsnbsp;de lEglise Catholique. Qwce pars Jideli cwn inji-deli7 t^uand on leur dit des choses solides avecnbsp;douceur, et avec modestie , sans prendre fair et Ienbsp;ton de Ia dispute, et sans paroitre vouloir entrernbsp;en maliere, sans paroitre songer a leur conversion , ils se trouvent vivement touchés. Remarquenbsp;du jP. Auger f dans Tanner, analogue a celle-ci ,nbsp;pqg.
^nverliroient tons , si Ton poiirvojoit a leur sub-distance.
Quid facerem ? iteque servitio me exire licehat,
Nee tam, prceseiites alibi cognoscere divos (1).'
Les Polonois avec tosqiiels jai conversé pendant les vacances, mont fait connoitie leur nation plusexactementqne jene lavois conniie jnsques-lh.nbsp;Leur habit est assez analogue it celui des Ttircs :nbsp;culottes larges , robe longue, téle rasde, a unnbsp;flocon prés, quiis laissent croitre a«-dessiis de lanbsp;tète , a la longueur de quafre a cinq doigts ; leurnbsp;bonnet est fait cle peaux , et d'unè autre formenbsp;que Ie turban. La plupart des nobles sont vêtus 5inbsp;la francoise j la milice est presque toute habilléenbsp;de la sorte. Les Russes quittent plus généralementnbsp;leur habit que les Polonois. Le miel assaisonnenbsp;presque tous les mets deceux-ci; la bierre , lhy-dromel et Teau-de-vie fontleur boisson ordinaire 5nbsp;la Hongrie leur fournit le vin. Leur politesse estnbsp;gênante et affeclée; ils vous embrassent les jambesnbsp;pour vous saluer. Ils spnl très-zólés Calholiqiiesnbsp;et ci-devant ils tiroient le sabre durant 1Evangile ,nbsp;soit pour témoigner quils étoient prêts a mourirnbsp;pour la foi, soit pour se montrer prompts h dé-fendre lEvangile centre les Tures et Ifes infideles;
Voyez plus bas Fétat des autres sectaires en ÏIoii-grie, des Grecs etc. Les Anabaptistes sont presquéteints. La Reine vent absolument que le reste se convertisse.nbsp;Jai vu pour la premiere fois des Anabaptistes en Suabe,nbsp;entte Strasbourg et Rastadtjils étoient assez hutnains,elnbsp;vénérables par la lougueur de leurs Itarbes.
L 4
-ocr page 186-ceJte coutume nest pas encore entiérement iom-bée : k Posnanie il y a toujours un chevalier de Malte qui tire son sabre au milieu de léglise,nbsp;durant la lecture de lEvangile.
Les Jésnites fran9ois qui sont en grand nombre dans la Pologne , y ont donné une nouvelle facenbsp;aux études; sans introduire la fureur du newto-nianisme et réduire toules les sciences au calcul,nbsp;ils ont fait embrasser aux Polonois tout Ie beau etnbsp;lintéressant de la philosophic. Jai ici une thesenbsp;du V.Luskina, soutenue a Varsovie en 1764, quinbsp;est tiès'intéressante et pleine de choses. Le P. Lus-kina a éludié chez nos Peres , a Paris , et sy est*nbsp;beaucoup perfeclionné. La litlérature est négligéenbsp;en Pologne.
f'-gT nbsp;nbsp;nbsp;Fran9ois en tout, ne soit très-préjudi-
Vict. géog., ciable a la simplicité de leurs moeurs et a la Reli-Art. PoLOGKE et gjon. Laqcent des Polonois est fort singulier, et
\ jkRSOYlGr nbsp;nbsp;nbsp;Tlnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
tieat de l'accent fran^ois : ils disent, par exemple, Polognia, comme les Francois Folagne. Ils ap-puient sur 1i; et le font long,; Pologina, Cracovia,nbsp;Saint Stanislas , Evêque de Craeovie,.et S. Stanislas Kostka, sont leurs deux principaux Patrons. nbsp;Sainte Cunégonde, Duchesse de Pologne, y estnbsp;aussi en grande veneration.
Voyage en Po- Cracoiic, capitale de ce vaste Royaume, est une grande ville, avec trois faiibourgs très-étendus ,nbsp;nommés Clcpkardia, Stradomiria, Casimiria. Dansnbsp;ce dernier se trouvent les synagogues des Juifs.nbsp;Le trésor de S.. Stanislgs est très-considérable. De-puis que Varsovie est devenue la residence du
Journ, hisï. et II est k craindre que la fureur des Polonois k
logne.
-ocr page 187-^oi, Cracovie a perdu beaucoup de son lustre : Varsovie lui cede néanmoins infiniment pour lé-tendue , les antiquités, la beauté des églises etc.nbsp;La distance de 1une a Iantre est de 90 lieues denbsp;France. Javois été en route pour aller ii Cracovie,nbsp;et avois changé de dessein ii Trenschin, Je mennbsp;repentis bien des fois, et voulus souvent y allernbsp;depnis , sans pouvoir réussir. Enfin, aprës deuxnbsp;ans, je fis ce voyage en Octobre i'j66. Je vouloisnbsp;conhoifre les Polonois , et avoir une idéé de cenbsp;vaste Royaume.
Je partis done Ie ii Octobre, et arrivai Ie même jour a Trenschin. Jy trouvai expirant Ie généralnbsp;Reinhard, nion ami, que jy étois venu voir Fannbsp;passé. Le lendemain jallai voir la citadelle , quenbsp;javois négligé de voir k mon premier voyage 5 ellenbsp;est extrêmement haute et escarpée, et ne peut êtrenbsp;prise que dun cóté , par ou elle est commandée.
Je me remis en route, k environ midi, pour aller coucher k Vholi. Lk, jeus le plaisir de voir unnbsp;banquet de noces k la Sclavonne. La parure desnbsp;époux , la quantité et la qualité des mets , tout étoitnbsp;divertissant. Je lus invité k ce singulier repas , etnbsp;je n'eus garde de refuser; mais je ny fus que spec-tateur. Je régalai ces Slaves dun très-bon vin quenbsp;javois apporlé de Tirnaw : ils étoient extasiés denbsp;cette mariiere dagir,
Allant de Tizolia Zolna, onYoliBlétritz, bourg considérable , plusieurs chateaux, situés sur lenbsp;laite des plus hautes montagnes , un grand village , nommé Vischaw, agrcablement situé dansnbsp;une belle plaine arrosée par le Tagus, A lheure
-ocr page 188-de midi, i3 Octobre, nous arrivames a Xolna,
Zolna est une petite ville oii nous avons une residence. Les Ilécollets y ont une belle maison.nbsp;Cette ville est située aux pieds dhovribles monta-gnes qiie nous passames Ie lendemain, i4 Octobre , pour arrivcr vers midi a Tchacha. Lk, onnbsp;fait des provisions comme pour passer les sablesnbsp;de lEgypte 5 car de Ik a Cracovie , il ny a ninbsp;pain , ni vin , ni viande a trouver ; cela paroitranbsp;incroyable. Quoi, dira-t-on , dans les grands villages, dans les soi-disantes villes , comme Kend,nbsp;Zolura, il ne se Irouveroit pas un inorceau denbsp;pain kacheter7 Qui Ie croira, sil ne la éprouvé?nbsp;Mais que mangent done ces paiivres liabitans ? Ennbsp;vérité, je nen sais rien : je nai vu manger per-sonne dans toute cette route. Les Polonois n'ontnbsp;pas besoin de pain; ils nen mangent presque point.
Le mème jour, après avoir manqué dentrer en Silésie dont nous nétions éloignés que de deuxnbsp;cents pas, nous arrivames ebez le vicaire, k Sca~nbsp;lltzé, auquel nous demandaraes k loger. Cétoit unnbsp;jeune prêtre, sage, modeste et pieux, pauvre au-dessus de toute expression, qui nous recut de sonnbsp;mieux. Je ne cessai de fadinirer, sur-tout quandnbsp;jeus vu la férocité des hommes sauvages avec les-quels il demeure , et qu'il supporle avec une douceur extréme. Je me rappelai, et lui appliquai cesnbsp;paroles du Prince des Apólres ; « Tout occupé knbsp;gt;5 perfectionner 1homme intérieur ; se conservanlnbsp;» dan? une pureté incorruptible, doux, modeste,nbsp;» complaisant ¦, un lel hommo na pas besoin desnbsp;n biens de ce monde pour paroitre riebe aux yeux
-ocr page 189-» de Dieun. Qui absconditus esl cordis homo, in i.Petr.jC.S, incorniptibilUate quieti ac modesti spiritus, qui est
conspectu Dei locuples,
Ce village, ainsi que les autres de ces cantons , est d'une longueur prodigieuse, et silué Ie longnbsp;dune riviere nommée Kisoutzka, que nous pas-sames ce jour^Ia environ vingt fóis. Je Ie croisnbsp;long de deux a trois lielies de France. Jai re-mavqué depuis , que sur les fronlieres de Tran-sylvanie et de Moldavië , il y a des villagesnbsp;également longs, et vesserrés dans leur peu denbsp;largeur par deux chajnes de monlagnes.
Les liaFitans de Soalitzé sont assez semblables aux sauvages de TAinéiique t leur habit, leursnbsp;demeures, leurs talons , leurs expressions , me ,nbsp;rappeloient lidée des Hurons, Jls sont souventnbsp;serviables, fideles et de bon cceur; mals lout celanbsp;a un air et un ton Iroquois, Leurs expressionsnbsp;sont pleines dénergie, Allez-vous è Pcglise ? ditnbsp;mon interprete au conducteur, que Ie cbapelainnbsp;nous avoit donné. Serois-jo en vie, répondil-il , sinbsp;je ny al/ois pas 7 Ils étoient lous Lulhériens , il ynbsp;a quelques années; nos jnissionnaires lesonl con-vertls et uu peu humanjsés, Syleestres hominesnbsp;saccr interprcsque deorum,., cultu Jcedo deterruit,
Ilorat., Art. poet, (1),
Leurs maisons sont des poutres de sapin, assez
Il y a sept ans que les habitans des montagnes de diiveiz adoroieiit encore un vieux pin, et y attachoient desnbsp;ex-Doto. Nos missionnaires pensereut perdre la vie pournbsp;l'avoir coupé.
-ocr page 190-bien enchassées les unes dans les aufres , ainsi que dans presque tout Ie nord. L'église a Scalitzé esïnbsp;balie de la même fa9on : dans, les autres contréesnbsp;de Ia Hongrie , elles sont assez propres ; mais lesnbsp;sonneriessontpar-toutpeuharmonieuses. II serablenbsp;que les fondeurs ne savent donner aux clochesnbsp;les proportions relatives. Nos carillons , dont onnbsp;ignore Ie nom, y passeroient pour des jeux ma-giques : on dit que Ie Prince Esterliazy en a unnbsp;petit dans son palais de Kirmartony.
Les paysans de cette contrée vont a demi-nus , même dans les grands froids. Leurs chandellesnbsp;sont des morceaux de pin ou de sapin , qui éclai-* l/rit odora- rent assez bien, mais dont la fumée élouffe *.
tam nocturna in lumina cedrum.nbsp;j. rEneid, i3.
» Sur ces monts entassés, séjour de la froidure, j) Au creux de ces rochers, dans fces goufires affreux,.nbsp;)) Je vois des animaux, maigres, pMes, hideux,
» Demi-iius, affamés, courbes sous 1irifortune.
» Ils sont liouimes jjourtant ; notre mere commune » A daigné jtrodiguer des soius aussi puissaitsnbsp;» A pétrir de ses mains leur substance mortelle,
» Et Ie grossier instinct (i) qui dirige leur sens,
» Qua former Ie vainqneur de Pharsale et dArbelle a. Ge passage est de Voltaire , dans son Ode sur lanbsp;mort du Dauphin, laqnelle du reste ne vaut rien.
Le 15 Octobre, nous arrivames vers buit heures et demie aux confins de la Pologne avec la Hongrie. Ceslimites sont sur une haute monfagne, dansnbsp;un terrein désert et sterile , oü l'on ne voit quenbsp;des sapins. II nous fallut passer par un bois affreuxnbsp;et des chemins impraticables : au sorlir de ce bois,
(^i) Ceci peut se prendre en un sens vrai et raisonnable.
-ocr page 191-petit Polonois nous présenta un petit fromage ï'ond, dur comme la pierre, sans gout ni saveur.nbsp;Ces fromages sont communs dans ce pa}'s-ci. Nousnbsp;dinames a Miloka, chez une Juive , qui nous gatanbsp;deux poulets en les enfumant de sapin , et nousnbsp;obligea de jeüner. Le curé fut plus charitable, etnbsp;nous envoya du pain et de la bierre.
Le soir , nous coucbaraes k Xivetz, ville Polo-noise , oü il y a un beau chdteau , et une mission. Le missionnaire Jésuite qui nous a recus , est unnbsp;homme vrairaent extraordinaire , poli, prudent,nbsp;agréable; homme dexpérience et dun grand zele;nbsp;cest, pour ainsi dire , lidole du pays , tant il estnbsp;aimé et estimé par-tout. II étoit ennemi déclaré denbsp;la coutume de quelques missionnaires qui nenbsp;mangent point de certains mets, et qui professentnbsp;dautres singularités : il peut néanmoins se faire quenbsp;cela soit nécessaire dans certaines circonstances.
Ce missionnaire me dit que les Russes nont pas pour les Catholiques-Latins la haine quonnbsp;leur prête, mais bien pour les Luthériens et lesnbsp;Calvinistes quils regardent comme des impies.nbsp;Ils ont permis que deux de nos missionnaires ai-dassent les soldats k mourir : il y en eut soixantenbsp;et dix qui se convertirent. Le général dit que lesnbsp;Jésuites et les popes étoient la même chose. Lesnbsp;ambassadeurs Russes nous ont souvent protégésnbsp;en Perse et ailleurs: il nen est pas tout-k-fait denbsp;même avec les Grecs,
En parlant des vampires, il me dit que leur existence en Pologne étoit incontestable ; quilnbsp;avoit lui-même été chargé dexarainer le corps
-ocr page 192-de noire brasseur enlerré dans notre égllse k Calisse, Tan 174^, et quil lavoit trouvé gonflénbsp;de sang et sans corruption. Le P. Lerset, Jésuilcnbsp;Fran9ois, qui setoit moqué des vampires, fut tel-lement frappé k la vue de ce cadavre , quil nenbsp;voulut point se coucber , sans quil y eüt quatorzenbsp;Jésuitesdanssa cbambre. Ilmassuroit quece corpsnbsp;sortoit du tombeau ; que lui, missionnaire, luinbsp;avoit mis des chaussons nets , qui se trouverentnbsp;sales la nuit suivante. Il lui fit enfin tranchei' lanbsp;tête, et tout fut fini.
II est vrai néanmoins que les vampires sont nioins généi-alement comius en Pologne , en Hon-grie , en Moravie, quen France. II en est ainsi denbsp;tout ce qui vient de loin : vires acquirit eundo. Resnbsp;IndiccB, dit Maffee, quarum ipsa longinquitas habetnbsp;delcctalionem. La description des vampires, quonnbsp;Irouve dans le Supplément du Dictionnaire de Tré-voux, est assez conforme k ce que nous dit le missionnaire. Voyez 1art. Strjges. Mais le remedenbsp;dont il y est fait mention, est absurde; je nen ainbsp;enlendu parler nulle part: cette médecine est très-propre k animer le style de lauteur des Imaginations dc Mr. Oirffle.
Jai cru pouvoir expliquer une parlie du phé-nomene de notre missionnaire, par le magnétisme (1) qui constitue lamour. Un corps épuise
Fascino se amantes inficiunt. Varice notandas circumstanticE, a'ér, terra, corpora , non semper cequd-liter promovent hunc magnetismum , nee ubique. nbsp;Sed quid de nocturnd ambulatione ? Si vera tarnen.
-ocr page 193-t'U auin; corps , a une distance considerable. Quoi t[u il en soit, Ie niissionnaire croit que Ie diable senbsp;sert de ces corps pour inquiéter les vivans : il ni'anbsp;dit la-dessus des choses assez satisfaisantes. Lenbsp;démon peut-il conserver les corps ? Peut-il lesnbsp;animer? Pent-il se servirdes corps des justes, ounbsp;seulement de ceu.x que la magie lui a consacrés?nbsp;Dans une fameuse histoire vampirique , arrivée knbsp;Divin, le diable se servoit du corps dun magicien.nbsp;Etoit-il permis de déterrer ces corps, et de lesnbsp;détruire?)., Cogiladones mortalium ümidce, et ih~nbsp;certce providendce nostrce (i).
La magie (a) est extrêmement commune dans ces pays ignorans, sur-tout parmi les liéréliques,nbsp;qui manquent absolument dinstruction. J'ai vunbsp;prés de Saint-Nicolas un homme roué au-quel on avoit coupé bras et jambes , pour sennbsp;servir dans 1art magique. Mon compagnon louchénbsp;par une femme inconnue , la retoucha tout denbsp;suite (3). Pour moi je nai jamais voulu le faire,
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Moyen aisé dexpiiquer le valnpirisme, par les principes desadvcrsaircs de la magie, Journ. hist, etlitt. 15 Mars
Vampirisme des Tonquinois, i5 Janvier 1779.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;La magie généralement est plus rare aujourdhui,nbsp;paree que le peuple est plus instruit, moins férocc, etnbsp;plus éloigné du commerce avec 1enfer. Cest la conse'-quenoe dune pensee du P. Kirclier et deLorctus, f. 7^
3 Grit. Autre raison, i5, 2 Grit.; 20,6 Grit. Exemplcs certains de magie, 6, 4 Grit. Ridicule des incrc'duJes,nbsp;f. 20, ibid.
(3) nbsp;nbsp;nbsp;Gette pratique, pcut-êtrc superstitieusc , nest pointnbsp;exclusivement proprc aux pays dont parle 1Auteur. Dansnbsp;la Belgique et dans le pays de Liege, ou la recommande^
-ocr page 194-quoiquelle meüt frappé deux fois el que je n'igno^ rasse pas Ie sentiment des Casuistes Ik-dessus. Innbsp;Domino coirfido... In Domino spcravi, non timebonbsp;quidJaciat inihi homo, aut diabolus. Non ilmebis
a timore nocturno......a negotio perambulante in
tenebris,ab incursu et dcemonio meridiano. Je suis persuade , malgré bien des histoires, que Ie diablenbsp;ne sayroil nuire aux serviteurs de Dieu, qui senbsp;confient entiérement en la protection de leur puissant Maitre : jentends dune mauiere grave et vrai-lïient nuisible j car S. Paul lui-même fut frappénbsp;par Vangelus satance.
Le i6 nous logeames a Zotura, ou Zator, chez Ie cure qui , après son médiocre soupé , fut biennbsp;aise de manger les resles de nos provisions ,nbsp;mais fort embarrassé a trouver un coin dans sanbsp;maison , oü Ton put étendre de la paille qui nousnbsp;servit de lit. Zotura est une soi-disante ville ,nbsp;moins belle que nos villages deFlandre. Nous di-sions en parlant au curé ; In hoe pago, et il senbsp;tuoit k dire : In hdc civitate. Voulant me faire lion-neur, il me fit officier dans son Eglise : je fis tontnbsp;de travers , on m'étourdissoit en clianlant autournbsp;de moi en polonois : Sevente Bozé etc. Sanctenbsp;Deus etc., pour 1heureux succès de la Diete.
Le 17 a neuf heures du matin nous passames la Vistule sur un ponton , et k trois heures , post va-T'ios casus , post tot discrimina reruni, nous arri-vames k Gracovie. Jen ai déja dit un mot plus
et ma bonne grandmere me disoit quil falloit retoucher OU frapper plus haut que navoit fait la sorciere. [Note denbsp;lEdüeur').
haut ¦,
-ocr page 195-ïiaulj jajoute que cette vilSe est fort sale et peu aninaée. Cracovie et Clephard ou CUopard sont aunbsp;Nord; Stradomir C;\ Casimiraw Midi. II y a clans lanbsp;Casimiria , qne les Suédois cjnt presque détruite ,nbsp;wne infinite de Juifs ils y ont jusqu'a six sj'na-gogues. Jen ai vu une par le moyen dun medecinnbsp;juif, assez honnête honnne, que jallai trouver anbsp;cet effet on ma tout montré , tout expliqué. Leurnbsp;habit dassemblée est tout différent de 1ordinaire;nbsp;il est fort singulier. Je les ai vus sortir des synagogues , tous en habit polonois noir. Apparemmentnbsp;quils avoient change dans le vestibule des synagogues , k cause du tems cpi étoit pluvieux.nbsp;Oremus et pro peifidis Judceis,
Ils sont formidables en Pologne par leur nombre. Un rabbin puissant converti entraina, il y a quel-ques années, une grande multitude de ses freres knbsp;la Religion chrétienne, après les disputespubliquesnbsp;qui eurent lieu a Léopol ou Lemberg. On en.nbsp;faisoit monter le nombre k 5,ooo. LArclievêquenbsp;lafln de Léopol donna k celte occasion un Mandement fort insti uctif (1). Ce même rabbin quel-que tems après , alloit se faire passer pour le Messienbsp;et causer une révolution en Pologne 5 il fallut fen-fermer : il sappelloit Chapcheuka.
On voit pres de Cracoide le tombeau de Cracus, fondateur de la ville ; eest une petite montagnenbsp;sous laquelle on le dit enterré. On ajoute quenbsp;chaque soldat de son armee jeta sur lui une poi-
11 y a a Léopol trois Arclievêqucs, im Latin, un Grec , un Annénien : ces deux derniers sont unis. Je doul^nbsp;si celui des Grecs uest nas .^implement Evêque.
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;M
-ocr page 196-gaée de terre, et que leur grand nombre fit éclorre cette montagne. Cétoit la coiilume des anciens denbsp;marquer les tombeaux des inorts illustres par unenbsp;grande elevation de terre. Ergb, dit Virgile , liv. 3 ,nbsp;^neid. Iiistauramus Policlorojitnus etingens ad-geritur tellus.
LesEglises a Cracovie sont magnifiques, sur-tout la Catbédrale; dans celle de S. Pierre, qui est cellenbsp;de notie College, Ie grand Autel est majestueux;nbsp;celle de S. Vincent-de-Paul; celle de fUniversite,nbsp;OU 1on voit Ie tombeau de S. Jean (^antius canonise tout récemment; celle des Dominicains , oünbsp;est Ie tombeau de S. Hyacinthe ; celle des Paulinsnbsp;batie a lendroit du mavtyre de S. Stanislas. II y anbsp;dans lEglise des Chanoines de Latran , une cliairenbsp;de vérilé très-belle en forme de barque. Docehat denbsp;I,T7c, Chap. 5, naviculd iurhas. Je nai vu de ces chanoines, ainsinbsp;que quelques autres religieux quaCracovie, Onnbsp;voit a la Catbédrale , qui est dans Ie chateau, Ienbsp;sépulcre magnifique de S. Stanislas j il y a choeurnbsp;perpéluel , ainsi que dans lEglise de Notre-Dame.
Les Rois de Pologne sont inhumés dans la Ca-thédrale , oü se vmient leurs mausolées. La Cha-pelle oü est enterré Sigismond est superbe; elle est couverte de lames dorées , et quelques-unesnbsp;sont dor. Misson , Voyage dItalic , liv. i, pag.
, parle dun toit pareil ü Inspruck : il Ie croit effeclivement dor. Les deux plus beaux mausolées que jaie vus, sont celui du Prince Erard denbsp;la Marck, dans la Catbédrale de Liege, et celui dunbsp;Comte de Mansfeld a Luxembourg. Louis XIV fitnbsp;enlever quatre pleureuses qui faisoient parlie de
-ocr page 197-celui-ci, et peu s'en t'allut quil ne lit enlever Ie monument lout entier (i).
La grande cloche de Cracovie que lon vanle heaucoup , ne pese que neuf mille livres ; aussinbsp;ma-t elle paru petite ; celle de Neusol a Ie n^êmenbsp;poids , et un très-heau son.
Le palais des Rois , qui touche k la Cathédrale, est fort simple : on y montre la cliambre ou est nénbsp;S. Casimir. On dit que celui de Varsovie est ma-gnifique. Celui du Due de Courlande , qui est surnbsp;la grande place, paroit assez bien. La hibliothequenbsp;de notre College est pitoyable j celle de la maison-professe est im peu meilleure , a double étage , ounbsp;mezzanine* , dans le govit polonois. Jose assurer *Orilredarcl\i-que dans toute la Pologne il ny a pas une biblio- p^mlLuxétag'^snbsp;theqiie qui en mérite le nom , si lon excepte celle dans sa hauteur,nbsp;de Mr. Salus/d. Voyez Journ. hist, et lilt., i Marsnbsp;^774 gt; r^S-
LUniversité dé Cracovie est peu illuslte : les Jésuiles ny ont rien a dire. Elle étoit en gala anbsp;loccasion de la fête du B. Cantius , qui en a éténbsp;membre. La veille de la fète , les écoliers firent anbsp;la porte des classes une bruyante nlusique , entre-mêlée daffreu-x cantiques ; trois chaudrons de poixnbsp;briilante faisoient le beau de celte fète.
Tout est en fermenlation dans ce royaume. Un camp de Russes prés de Varsovie tient la Diete ac-tuelle en respect.
I-a Pologne abonde en miel ¦, la cire y est excel-
(I) On croit que celui du Pi incc Erard de Ia Marck a été la proie du vainqueur dans la guerre de la revolution fi an-coise , du i8*. siccle. [Note de lÉditeiir).
M 2
-ocr page 198-lente : les cierges et les Ijougies ny sont point composés de poix on de snif, comme les nótres.nbsp;Les Hongrois sont presqne également pourvus denbsp;cire. Dans quelques endroits, cornme a Grand-JVaradin, on vend la livre des plus belles bougiesnbsp;blanches trois maricmus ; ce qui est encore chernbsp;comparativenient.
Les Polonois sont fort différens des autres nations , pour riiabit, la nourriture, Ie goüt, les coLitumes , Ie gouvernement , lalangue , laccent,nbsp;Tart de la guerre etc. Cela mavoit donné une nouvelle ardeur de les voir. Ils aiment plus les Francois que les Alleraands. Les nobles ne diront pasnbsp;quils sont habillés h Pallemande ^ maïs d la Jrannbsp;coise. Depuis que les Anglois semblent l'emporternbsp;sur les Francois , on fait tout d Pangloise. Lesnbsp;Dames de Varsovie se piquent de pailer anglois.nbsp;O imitatores seivum pecus! Les Polonois saventnbsp;eux-mênies qu'ils sont singuliers en tout. Ils vousnbsp;disent sans cesse : Popolski, more polonico , a Ianbsp;polonaise. Maïs leurs facons et leurs usages ne leurnbsp;font aucun tori dans 1esprit du pliilosoplie, qui nenbsp;leur reproche que 1afl'ectation des airs étrangers.nbsp;En effet, comme dit lAuteur des Lettres sur lesnbsp;Francois , pag. 115 ; Les étrangers qui adoptentnbsp;ces choses et sen parent, mcritent dêtrc marquésnbsp;de tout Ie ridicule quelles peuvent avoir. Le bonnbsp;des Francois est toujours omis dans Fimifation etnbsp;dans la ressemblance que veulent avoir avec euxnbsp;les nations étrangeres; on goüte seulement leursnbsp;sots systêmes , leur pédanterie et leurs airs denbsp;petits-maifres j ce qui nest que singerie et peti-tesse. Quil y a dindignité a se faire valoir par-
-ocr page 199- Le mérite de Vhomme nest pas wie chose si ignoj-ce que nous sojons rédidts a avoir recours anbsp;tóutcs ces ajfeclations , d lui subslituer un méritenbsp;étrangnr qui fait de Vhoinnie wie johe chose, unnbsp;colfichct ,plul6t quunecreature qui aitdela dignrté.
¦ Les Turcs ont aussi cédé enfin ^ limilalion. Rien , dit Buffon , est plus oppose d limitation,nbsp;qu^une forte dose de bon sens. Hisl. nat. , torn. IV,nbsp;pag. 89.
Les Lithuaniens et ceux de la Russie blanche , sont sujets a une inaladie fort singuliere et pi-esquenbsp;incroyable. Une lioupe de cheveux sentrelace etnbsp;désigne une contraction inférieure ou extérieure,nbsp;qui occasionne des douleurs extrêmes , et causenbsp;quelquefois la mort (*). On sait quand Ia houpenbsp;murit, et on la coupe alors avec beaucoup de pré-caution. Les Eglises oü il y a des Images miraculeuses , sont remplies de ces flocons de cheveux,nbsp;quon y suspend comme autant d'ex-voto : cestnbsp;ce quon appelle plica polonica. Les brouillardsnbsp;rendent ces provinces fort humides.Laluetfe a unenbsp;semblable correspondance avec les cheveux.
Les Palatins, les Starostes, et toule la premiere noblesse de Pologne, est magnifique; on croit voirnbsp;autant de Rois. La noblesse subalterne est très-jalouse de sa dignité : un Schlachta, ou noblenbsp;ordinaire , ne se nomme quavec emphase. Ces
(*) Etiam sanguis per pilos exit; tubes quippè liahent. Ohservavi per niicroscopium in Demo Hungar. 1768,nbsp;aquas arsenicales plicam creare , ait Voyage du Nord,nbsp;3,25. Magna immundities Polonorum , Jouni. hist, ctnbsp;iitt., i5Déc. 178^, pag. 577.
Messieurs , en imitant le ridicule de la politesse fran^oise, nont garde dapproiiver la liberie et lanbsp;franchise quelle permet. Ils voulent des respectsnbsp;et des contraintes sans fin; tout se fait cliez euxnbsp;avec pompe et une étiquette mesurée. La liberténbsp;francoise consiste h oser s'asseoir, quand on estnbsp;las; a demander a boire et a manger, quand onnbsp;en a besoin; a dire que le vin nest pas bon, qnandnbsp;il ne 1est pas etc. Sil y a sujet de rire, que ce soitnbsp;111 la liberté dune nation ; il y a sans doule de quoinbsp;rire davantage, de voir des nations chez qui cetlenbsp;liberté ne se trouve pas.
Les nobles Polonois ont perdu , dans, la dernlere diete , le droit quils avoient cbacun en particulier,nbsp;de protester centre la diete, et de la rendre nolle.nbsp;Rien n etoit plus ridicule que ces asseinblées ; onnbsp;montoit sur les autels, sur les confessionimux, surnbsp;la chaire etc. On crioit, le sabre k la main : Nonnbsp;indulgeo , haheo gravissimas rationes etc., et puisnbsp;on en venoit au sabre. Cependant la diete actuellenbsp;a rétabli la totalilé des suffrages pour les matieresnbsp;de religion. Les Cathollques, et sur-tout IEvequenbsp;de Cracovie, ont paru avec éclat dans cet te Diete (1).
Tout a change depuis : des esprits .siiperticiels ap-plaudiroiit a la réformc quoii a faito dans le gouvernement de la Pologne; les hommes sages no Ic feront point. Le génie national a peri, ct eest cerlainementnbsp;beaucoup; eest mcme tout, jose le dire. Avec cettenbsp;très-dcfectueuse Constitution, avec tous les inconveniensnbsp;de la féodalité, les Polonois ont résisté a toutc la puissance Ottomane; tandis qucllc cnv.ahisscit les Etats mo-narchiques les plus puissans, les Polonois nc lui ont pasnbsp;cede im police de terre. Quoii inette actuellemciit cettenbsp;nation a la mème épreuve.
-ocr page 201-Les funérailles des magnals Polonois sont superbes : on leur éleve de magnifiiHes catafalques, et la dépense quon y fait, monte a des sommesnbsp;incroyables. Les Lithnaniens font dans les églisesnbsp;des courses de chevaux , comme les capitainesnbsp;dEnée. Ils brisent centre Ie catafalque lépée, lanbsp;lance , Ie baton de commandement et les autresnbsp;nifli-ques de dignité. Les Troyens et les Grecsnbsp;faisoient a-peu-prës de même aux funérailles denbsp;leurs héros. On diroit que David fait allusion anbsp;eet usage : Ibi confregitpotentias arcuum, scutum,nbsp;gladium et helium.
II ny a pas au reste bien long-tems que dans ïios provinces , les chevaux paroissolent aussi dansnbsp;les églises aux obseques des grands. Voici ce quenbsp;je lis la-dessus dans VHistoire de Lorraine , parnbsp;Durival: « En i56G , dit-il, la cérémonie des ob-« seques du Due Eran9ois I®''. , se fit avec lanbsp;» pompe la plus éclatante, en présence des Pi'incesnbsp;« de la maison de Lorraine , dans l'église des Cor-n deliers de Nancy. Cétoit alois fusage de con-)) duire 1'offrande dans féglise, en faisant lourner
derriere Tautel les chevaux du Prince défunt. )) On fit la même chose encore en 1608 , h lanbsp;» pompe funebre du Due Charles III. On y menanbsp;» quatre chevaux, Ie cheval dhonneur, un chevalnbsp;» bardé pour la bafaille , Ie cheval de secours , etnbsp;» enfin Ie cheval de service ». Cette coutume pa-roit imitée du ii'. Livre de 1Enéide, v. 80.
Post hellator eqiius , positis insignibus , jdUthon
It htcrymans , guttisque humeclat grandihus ora.
Nous quittames Cracovie ie 19 Octobre, a trois
heures après-midi, et nous arrivames k Pictlcontz, Le 20 , nous fumes a Zwetz. Nous rentrames ennbsp;Hongrie le 21 , a six heures du soir 5 nous dépas-sames les limites qui sont sur une montagne très-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;haute et très-escarpée, et descendimes a Pulhora,
OU un rommis a la douane, horame dexpérience et grand voyageur , nous obligea d'entrer cheznbsp;lui, et nous recut de son mieux. Sa femme etnbsp;ses entans nous accueillirent avec un zele et unenbsp;veneration inexprimables. Jai observé plus dunenbsp;füis , que plus on séloigne des lieux ou l'argentnbsp;circule, plus on trouve dhospitalité et de franchise. Lignorance des besoins de fantaisie donnenbsp;ce contenternent haliituel, qui rapproche les hom-
___ nbsp;nbsp;nbsp;mes. Plus on séloigne des lieux de commerce ,
plus on séloigne des vices quil engendre.
Journal hi si. et Ricn négalc lhospitalité des Hongrois. Dieu les
i5 nbsp;nbsp;nbsp;garde d'être jamais civilisés a la mode des nations
1778, pag. 3)8. élégantes et polies, davoir des idéés de commerce,
r-15Mars 1^85, nbsp;nbsp;nbsp;posséder 1art et fesprit! Le bonheur dune
pag, 890, nbsp;nbsp;nbsp;*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
nation ne consiste pas dans ces raffinemens.
Mr. Grisogono de Traw, dans un ouvrage in-litulé : Pé/lexions sur létat présent de la Dalmatic, imprimé k Venise en 1776, voudroit abolir cette belle qualité chez les Dalmates, et voudroitnbsp;y substituer des hótelleries 5 mais ces vues sontnbsp;bien peu philosophiques , et montrent combiennbsp;peu Mr. Grisogono sait apprécier la valeur desnbsp;clioses. « Lhospitalité, dit-il, bannie par lécornbsp;)) nomie du milieu des nations commerqantes,nbsp;)) semble sêtre réfugiée en Dalmatie. Un Mor-xgt; laqué qui toule lannée nourrit sa faipille avec
-ocr page 203-gt;' du lalt et des herbes , pour ne pas diminuer Ie nonibre de ses troupeaux, oublie tous ses prin-» cipes deconomie a la vue dun étranger. 11 sa-n crifie volontiers un agiieau ou un clievreau ,nbsp;« pour apprêter un diner rustique a un passagernbsp;« qu'il ne connoit pas. Cette facilité , ajoute-t-il,nbsp;» privé la province dhótelleries publiques ». Onnbsp;voit que lauteur traite sa matiere en politique, etnbsp;non en philosophe. Peut-être rhospitalilé et quel-ques aulres vertus des Dalmatiens , sont-sllesnbsp;plus estimables et plus voisines du bonlieur quenbsp;les richesses que Mr, Grisogono veut introduirenbsp;parmi eux,
Psalm, 34,
Avant que d'arriver a Pulhora, la nuit, les bois , les torrens , les precipices, la neige quinbsp;fondoit, les chemins les plus affreux , nous avoientnbsp;mis dans une étrange situation, Aliquotiès usquenbsp;ad mortem periclitatus sum horum causd. Eccli 24*nbsp;Nous éprouvions déjk lesdeux malheursprononcésnbsp;par un Prophete, centre des voyageurs iniques :nbsp;Fiat via illorum ienebree et luhricum. Heureuse-inent nous navions pas Angelus Domini perse-quens eos,
Le 22 , nous dinames a Trestina, et couchames a Zouherctz, Ces peoples nous sont lort attachés anbsp;cause des missions que nos PP, tont chez eux : ilsnbsp;sont plus officieux que les autres montagnards,nbsp;Jeus plaisir a voir l'empressement avec lequel ilsnbsp;nous servirent : leur pauvreté est extreme. Unenbsp;mauvaise chambre loge les bêtes et les hommes.
Cest chose remarquable que parmi ces peuples d n'y ait rien k craindre sur les grands chemins,
-ocr page 204-Danger dune ni la nuit dans les auberges ; tandis que dans les
population exr.es- nbsp;nbsp;nbsp;i »nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r
give, Jour/i. hist. P^J's des plus polices on ne lait point tin pas en
et Utt., I sürelé.
77^1 P^S- nbsp;nbsp;nbsp;Après avoir pris a Zowèe/'etóun renfort dhonimes
et de chevaujt, nous passames une montagne hor-^ rible, et arrivames a Saint-Nicolas Ie aS a midi. Nous y avons une residence fort lielle, mais très-pauvre : les habitans de ce lieu sont presque tousnbsp;Luthériens. Quand nous eumes vu quelques cu-riosités dans les environs , nous nous remimes ennbsp;chemin Ie 24 : nous dinames a Rosenberg, bourgnbsp;considerable , et couebaraes chez des Luthériens ,nbsp;k Cralovan. Lit, je cessai de voir les monts Kra-pach, dont la vue m'attachoit beaucoup.
Le 0.5, nous fumes a midi a Turocs (*), ou nous avons une residence. Get endrolt est fa-meux, a cause dun esprit, quon dit revenir dansnbsp;notre maison. Ce bruit injurieiix a la mémoirenbsp;du grand Cardinal Pazman, est une fable pure etnbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;un conte denfant.
Le 26, nous dinaraes a Stubna, apr'es.avoir pris le bain, et 'logeames a Kremnitz, chez les PP. Ré-collets. Leglise paroissiale de Kremnitz est fortnbsp;belle ¦, e'est une espece de rotonde. Les deux toursnbsp;en sont dune belle forme , couvertes de cuivre etnbsp;de bossages dores.
Le 27 , nous fumes a Chemnitz, et le 28 , a Neusol. Javois vu ces deux endroits Iannee pré-cédente.
(*) Cs j en Hongrois, se prononce comine is. s , coinme sch ; eest ce qui fait que jceris souvent le inemenbsp;mot différemment.
-ocr page 205-A ce que jai dit plus haul des mcems et des langues de ces peiiplcs, jajoutei'ai ce que jai re-gt;ïiarqué depuis.
Les Jésuites sont Cures dans un grand nombre de villes, et font souvent les fonctions de Curesnbsp;dans leurs missions. Cest en Hongrie que jainbsp;pour la premiere fois baptise , donné le Vialique,nbsp;porte la Communion aux prisonniers etc.
Leducation des enfans Hongrois , mêrae des nobles, a quelque chose de rustique. On les gate,nbsp;et néanmoins on ne cesse de les frapper ¦, cestnbsp;toute Iinslruction qu'on leur donne : je parle desnbsp;parens; les Jésuites ne raéritent point ce reproclie,nbsp;Ils out, sans doute , voulii exprimer 1éducationnbsp;paternelle, quand ils ont mis sur le convict anbsp;Edenbourg , cette inscription :
Jfcc est conviclus , datur Me et victus et icUis,
Ictus ut ingeniutn , corpora victus edat.
II faut ici excepler les nobles policés.
Les nobles Hongrois laissent reposer leurs morts deux ou trois semaines , six mois, un an etc. dansnbsp;leurs caries , avant de les enterrer. Cette coutumenbsp;a quelque chose dEgyptien ; mais elle est bonnenbsp;pour sassurer de la réalité de la mort, toucliant la-quelle on se trompe assez souvent.
Les Hongrois , portant un corps mort a léglise, chantent le Psaume J^enite, exuUemus Domino,nbsp;dun ton qui m'a toujours arraclié des larmes , tantnbsp;gt;1 est propre a la componclion. La mort de 1'bommenbsp;et Celle de tous les êtres , est un hommage solemnelnbsp;rendu a Félernité et a la grandeur de Dieu , que cenbsp;^Psaume peint si vivement : Dcus magnus Doini-
-ocr page 206-( iSS )
Conjitehor tihi nus , e( Rex magnus supcr omnes deos... In manu
da terribiliter magnificatas es.
qida terribiliter ¦ nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r- ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t ¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
nbsp;nbsp;nbsp;. c/Ms sunt omnesJines terrce... ipsius est mare et ipse
1^8- nbsp;nbsp;nbsp;Jhcit illud, et aridam fundaverunt manus ejus...
non nbsp;nbsp;nbsp;P^oremus covam Domino quifecitnos... Nos aute/n
stultus non uitel- populus ejus et oves pascuce ejus. Ps. 94. hgeihxc Ps.gi,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hongrois sont assez
ofïicieux j jajoute que les pauvres paysans, sur-tout les Slaves (car les strictè Hungari, du cóté de la Theiss, sont moins bons), ont plus de sentimensnbsp;el plus d'humanité que nos philosophes Francois.nbsp;Barbari verb procstabant non modicum humanitatemnbsp;nobis. Act. 28. Jai trouvé , dans Ie Comlé denbsp;Neugrad, un de ces paysans qui m'aravi : jai eunbsp;bien de la peine k lui faire reprendre l'argent quilnbsp;avoit mis dans notre voiture pour continuer noirenbsp;voyage. Si Ton demande quelque assistance, toutnbsp;le village se met en mouvement : ils me portoientnbsp;entre leurs bras, pour ne pas me laisser marchernbsp;dans la boue. Voilk ceux que nos philosophes ap-pellent des barbares, des automates. Melior estnbsp;profecto humilis rusticus, quam superbus philoso-phus (Th. a Kerapis , Imit. Christi, 1. i , c. 2).nbsp;Nos raffinemeus , nos affectations, nos politessesnbsp;outrees , nous ont réduifs k ne plus aimer lesnbsp;hommes quen qualité (Xêtrcs.
En certaines choses , les Hongrois sont plus dé-licats que les Fran5ois ; ils se munissent davantage contre le I'roid ; jentends les nobles ; ils sont ,nbsp;comme les Polonois, pelisses de haut en bas.
La langue hongroise a beaucoup de mots em-pruntés de Iallemande; par exemple, has maison, de haus. Peut-être ces mots viennent-ils dune
-ocr page 207-taere commune aux deux langues. Schelma de Malta vidi'rr-schelm {i);groff, de nbsp;nbsp;nbsp;var, altendez ,
quot;Wart. Le P. Sainovics, compagnon du P. Heil, tudines. Eccli.
dans lobservaüon du passage de Vénus dans la
Laponie , en 1769, a fait imprimer une Disserta-
lion inlitulée : Demonstratio idioma Hungarorum
ct Lapoiium idem esse, réfutée dans les gazettes
llttéraires et ciiliques de Prague, en 1771. La
langue hongroise , si 1on excepte quelques mofs
adoplés, n'a nul rapport avec aucune langue con-
nue , la laponoise peut-être exceptée. Bort, Ice~
nicret, vizet, du vin, du pain, de Veau, a laccu-
satif. Coxe et Mallet défendent lobservalion du
ï*. Sainovics, Voyez Laponie , dans le Diction~
nairc géographic/ue.
Je trouve , dans lallemand de Luxembourg , des mots bongrois 5 comme kabos, choux ; Hsn-grois , kahosla (2); F evens, Ferensjen, Franqois ,
Hongrois , Ferens ; haisch, fouet; Hongrois, coi'-bdcs, se prononce corbatsch. Szent, Saint; les Luxembourgeois disent aussi Szent Jacob , Szentnbsp;Endrès etc. Az, eest cela, cela est; les Luxembourgeois disent aussi az, au-lieu de ist, est.
Niclos, Nicolas; les Luxembourgeois disent iVf-c^los, Szent Niclos.
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Le mot Chelm se trouve dans un diplome de lanbsp;féte des foux. Voyez Mémoire pour sei-vir d lJtiisioire
laféte des foux , par Mr, du Billiot, nbsp;nbsp;nbsp;, pag. 118,
Béception de H. de Bourbon.: sgavoir faisons , et chelm 9^1 ne le voudra croire.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Dans quelques cantons du pays wallon, onappellenbsp;balbus , les eboux pommés.
-ocr page 208-Les Huns ont été probahlement dans ce pays; ils y auront laissé quantilé de soldats vieux, blessés,nbsp;jnariés aux Beiges. Attila fut défail prés de Clia-lons; soa immense armee inonda la Champagnenbsp;et toutes les provinces voisines; mais plusieurs denbsp;ces mots sont postérieurs a Attila. Nous ver-rons , ci-après , que Ie langage saxon est Ie mêmenbsp;que celui de Luxembourg. gt;
On y trouve aussi des mots latlns, comme post-post, dessert j per se, sans contredit j templom , église. Ce dernier mot me fait croire que les anciens Huns nont pofnt eu de temples. Jai ditnbsp;ailleurs que ces mots hongrois , templom, evan-geliom , testanientoin etc. , prouvent en faveurnbsp;de 1accent frangois et belgique; car ils (les Hongrois) écrivent et prononcent om. Cette preuve anbsp;paru une démonstration a ceux de Tirnaw, denbsp;Vienne, de Cassaw, et sur-touL a ceux de De-breczin et du Grand-Waradin (1).
Nostriprceceptores nbsp;nbsp;nbsp;Qaintilianus, ceruou,
ssRUouque 7) cX o , litteris scripserunt (nimirüm uo ^ non vu) quia suhjecta sibi vocalis in unum sonuvinbsp;coalesceref, el confandi nequiret (id est, ne fortè duo unbsp;in unum abirent et serum diceretur; nee seruum , neenbsp;seruom , sed servom ut patet ex liis quae de littera Fnbsp;subjungit) Nunc u gemind scribuntur ed ratione quanbsp;reddidi. Neutro sans modo 7gt;ox quam sentimus ejji-citur. Nee inutiliter Claudius jEoliam ilium, ad hos ususnbsp;F litteram adjecerat. Quintil., iiistit. orat. litt. 7'cap. 7.
Si porrb ope litteras F recta erat pronuntiatio serfom, profectb o proniintiabatur; nusquiun enim legimns o so-nuisse ut u ; saspè autem m ut o. Vide plura in antiquinbsp;noviqui Latii ortliographicd jd. Claudio Dausquio,p. 37»
-ocr page 209-Les Autrichiens onl rcauvaise grace de contesler sur ce point avec les Francois , tandis quils pro-noncent sans aucun fondement Va comme o dansnbsp;leur propre langue, ein Glos JVosscr, cinguterMon.
Les Hongrois, leurs disciples, comraencent k écrire o et a abolir lo dans faliemand. Jai déja lunbsp;Coffée, kleiner Monn , Zimmermonn. Les seigneursnbsp;et les savans esiiment laccent saxon; mais Ie peu-ple rit et traite de Swab ceux qui prononcent ainsi,nbsp;simaginantque tousles Allemands parlent cornmenbsp;les Autricliiens , excepté les Sueves éparpillés ennbsp;Hongrie, Lallemand de Luxembourg approclie denbsp;1'autrichien , Wosen pour blasen ) do (la), pournbsp;da etc. , scJdoffen pour schlajfcn.
Neusol oü je demeure depuis Ie a8 Oct. i'j66,
- ¦ _ _ _ -----__________________
Toruaci, i632. Sed ibid, multisprobat exemplis dicendum vieous, bonous etc., pag. 53.
Lallemand a plusieurs mots du latin., par exemple, hahen , lat. habere ; essen , lat. esse ; ani, lat. armus.
La laugue sclaxomie a des plirases entieres lt;jui, avec la même prononciation , signifient tont autre cliose eii fran-5ois, par exemple, Ie sclayon qui dit; coupez-moi ci , yeutnbsp;dire : nous nous acheterons cela. Je nentends pasnbsp;cela,\ei\X dire : cette femme faisoit paüre les hestiaux.
Jai cela , signifie il est allé. Qui va ld ? veut dire: il a fait signe. On sent quil faut prononcer ces mots ennbsp;fraiicois; car cest laccent franjois qui les fait entendrenbsp;Jiux Slaves : les voyant écrits, ils ny concevroient rien.
Plusieurs mots franjois qui neviennent ni du grec, ui du latin , viennent peut-être du sclavon, ou duiie merenbsp;commune a ces deux laugues. Je , par exemple, en sclavonnbsp;fa. Cocher , sclav. coc/itte. Cochitz , cnLongrois,nbsp;signifie la luèiue chose. Ki , ou Kiesoda [KilscJwda) ,nbsp;CU hongrois, et en frangois, qui.
-ocr page 210-tne plait beaucoup de ma vie, je riai vécu pltiS content, plus Iranquille , plus joyeux, quoique Ienbsp;troisieme an de noviciat soit un au de penitence.nbsp;Les environs de la ville sont extrèmement variesnbsp;et très-rians. Lexploitation des minéraux la rendnbsp;très-animée, et présente des choses intéressantes anbsp;voir. On y mange Ie plus beau, Ie meilleur painnbsp;que jaie jamais mangé habituellement : je dis Aa-biiuellement, -car jen ai mangé d'admiiable ii Co-more et a Bude.
Jai eu beaucoup de plaisir a voir la piété des Neusoliens ent'ers Ie grand Xavier. Les Hongrois,nbsp;en general, lhonorent beaucoup : ceux de Schem-nitz, de Trenscbin , de Zagrab etc. , ont fait denbsp;son jour une fête solemnellej en plusieurs endroitsnbsp;Ia veille de cette fête est un jour de jeune. Oher-bourg, en Stirie, est un endroit très-célebre parnbsp;une Image de S. Xavier, et un temple augustenbsp;administré par des prêtres séculiers.
;8o,pag. 496.
II y a , a Neusol, un grand nombre de Lutbé-riens : ils portent une grande croix k leurs enler-remens, et ont beaucoup dusages catholiques. J'ai vu , Ie 17 de Janvier i , 1enterrement solemnelnbsp;dune Dame Luthérieane , dont Ie rit étoit asseznbsp;Passage de la con- singulier. Les Luthériens de Neusol ont la confession (PAugs- Pension auriculaire, et se confessent en détail : lesnbsp;therfjbL»!fo'quot;. Slaves neu veulent pas; 1obslination des uns etnbsp;et lilt., I Déc. autres est inconcevable. On distingue leurs
maisons de celles des Catholiques, par des inscriptions grecques OU latines , en grand caractere. Leurs minlstres sont habillés de noir, et portentnbsp;des rabats blancs; dans leglise, ils portent une
robe
-ocr page 211-robe longue. Leurs églises ne different presque en rien des nótres. Jai vu chez eux , a Tamasi, présnbsp;de Lossones, des images , un orgue, une cliaire dq-,nbsp;predication, un autel, des cierges , un Crucifix etc.nbsp;Ils disent une espece de messe en Sclavon, Gloria,nbsp;Credo, Dominus vobiscum etc. Ils célebrent lesnbsp;fêtes de la Vierge , mais seulement celles dont ilnbsp;est fait mention dans lEcriture j comme la Purification , la Visitation , lAnnonciation. Ceux denbsp;Cassaw ont qualre Sacremens; ceux de Bistrilznbsp;trois; les autres deux, rejetant la Confirmation etnbsp;1absolution. Leurs catéchismes sont dune difle-rence infinie.
Neusola été entiérement consume par les flammes en 1761. Cet incendie , dont on peut voir la description imprimée la même année k Presbourg,nbsp;est un des plus terribles qui ait eu lieu depuis lanbsp;destruction de Sodome. Les flammes se répan-doient par-tout comme des torrens, et se commu-niquerent même aux forêts situées sur de très-hautesnbsp;niontagnes, a une demi-lieue de la ville. Le vent,nbsp;qui changeoit de tems en teins, les dirigeoitde tellenbsp;sorte, quil semble que Dieu ait voulu que rien nynbsp;échappat. On ne pouvoit se tenir dans les rues : lanbsp;lerre étoit devenue ardente ¦, toute la ville nétoitnbsp;quune fournaise vive image de ce qui arriveranbsp;)) A ce moment piévu par nos aïeux,
» Qui coiifondra Ia terre avec les cieux,
» Lorsque la flamme cn ravages féconde » Viendra sapper les murailles du monde,
» Pour reproduire, en ses vastes tombeaux,
» De nouyeaux cieux et des hommes nouyeaux. »
RorSSEAT.
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;N
-ocr page 212-L'église Luthérienne échappa aux fïammes, quoi-quelle fut de bois : les Luthériens ont crié au miracle , et ont été confirmés dans leurserreurs, quoi-que, vu les circonstances , rien nait été plus'natu-rel. Cette église nest pas dans la ville; si elle vient a être détruite , les sectaires n'oseront la rebatir.nbsp;Ils ont la mèrae défense a Presboiirg et ailleurs (1).
Le 21 Mars je fusvoir les Calvinistes aLossones, capitale du Comté de Neugrad. Ils dominent dansnbsp;cette ville , oü les Catholiques sont dans un éfatnbsp;fort humiliant. Le ministre fut très-élonné de lanbsp;visile que je lui rendis; il me dit tout de suite quenbsp;le Roi de Portugal avoit fait divorce avec le Pape.nbsp;Rien ne put fengager a me faire voir léglise ; maisnbsp;il me montra sa bibliotheque , qui est assez riclienbsp;pour ces cantons : elle est dans une place voütée,nbsp;et fermée dune porte de fer, Ce ministre est la plusnbsp;vive image de Calvin que jaie jamais vue. Toutesnbsp;les ténebres de sa secte paroissoient dans sa phy-sionomie. Jallai voir léglise a 1lieure de la prierenbsp;du soir : il y ëtoit scul attendant le peuple pour lenbsp;séduire et le perdre. Le voyant dans sa guérile ,nbsp;avec son air fourbe et cache, je me disois ces paroles du Prophete : Sedet in insidiis.,.. in occultisnbsp;ut interficiat innocentem. Oculi ejus in pauperemnbsp;respiciunt, insidiatur in abscondilo , quasi leo innbsp;speluncd sud. Insidiatur ut rapiat pauperem ra-peiv pauperem dum altrahit eum (Psalm. 9). Unenbsp;persuasion intime qu'on prêche la vérité , la vraienbsp;religion, donne un air et des facons toutes diffé-
Je nai vu de grand incendic que celui de lhótel-de-de-TÜle, a Lille, eu 1757.
-ocr page 213-rentes de celles que jai remarquées dans ces messieurs. La candeur et lassurance sont les compa-gnes de la vérité (i). Quelques bons-mots centre Ie Pape, ou lhistoire ridicule de quelques moines,nbsp;sont leur ressource, quand on les presse et quonnbsp;leur fait toucher 1errenr au doigt. Un savant mé-decin convenant de tout ce que je disois , se ras-suroit néanmoins et se confirmoit dans sa secte,nbsp;paree quun sot moine avoit mis linscription sui-vante sur un tronc destine aux offrandes ;
So bald der Pfenning in der Casten hlingt,
¦Also gleich die Sehl aus dein Fegfeuer springt.
Cest-a-dire :
Silót que Ie pfenning (2) sonne dans cette trappe , Des feux qui la purgeoient laine aiissi-tót séchappe.nbsp;Cest ainsi que nos Francois se consolent par unenbsp;chanson de la perte dune grande bataille.
On ne voit dans cette église que les murailles , des chaises , la guérife du minisüe , la table dunbsp;pain , la chaire de predication , sur laquelle on anbsp;CU soin de mettre ce texle tiré de la I®*'®. Epifre denbsp;(i) Erat docens eos sicut potestatein habens y et non
sicut Scriba; lt;
dicamus occulla dedecoris j non ainbulantes in astutid, neque aduUerantes verbum Dei ; sed in manifestalionenbsp;veritatis , commendantes nosmetipsos ad omnem con-scienliam hominuin coram Deo. 2. Cor. IV. 2. SpirCnbsp;tiudis auteni judicat omnia , et ipse a nerninejudicatur.nbsp;1- Oor. II. i5. Et Icetatus sum in omnibus , quoniainnbsp;^ntecedebat me ista sapientia. Sap. VII. 12. - Dominusnbsp;dabit verbum Evangelizantibus virtute inultd. Ps. 67.nbsp;Loquehar de testimoniis tuis , et non confundehar.
Ps. 11S.
(a)Petitc jiicccdemonnoie dAllemague,deHollande etc.
IS a
; et Phariscei. Matth., 'f. 2g.Ah-
* Simulacris. S. Jean , Chap. 5 : Filioli, ciistodite vos ab idolis *.
Mes chers enfaiis , gaixlez-vous des idoles. Ils ont des cloches , mais point dorgue.
Le tilre des ministres (Calvinistes) en Hongrie est clai'issimus Dominus , clanss'mia Dominatio.nbsp; La secte aime h être appellee réformée , ainsinbsp;que Ia Luthérienne évangélique ; celle-ci est Evan-gélique, comme Scipion est Jfricain pour avoirnbsp;dévasté IAfrique.
Ces Messieurs Calvinistes sont maintenant fort modestes ; mais ioujours prêts k remuer a la premiere occasion ; on ne sauroit trop les contenirnbsp;dans le devoir.
Ni faciat , inaria ac terras , coelumque profundum
Quippèferant rapidi secuin, verrantque per aurtis.
I JLncid.
Les Luthériens sont plus honnêtes et plus ma-iiiables que les Calvinistes; peut-être paree que les Luthériens sont Slaves, et les Calvinistes Hongrois.nbsp;lis saccommpdent moins avec les Calvinistes qua-vec les Calholiques. Les uns et les autres ont éténbsp;autrefois si puissans en Hongrie, que \e.nomPapisinbsp;est resté aux Catholiques dans la langue hongroise.nbsp;La plupart des Calvinistes sont aujourd'hui Armi-inens} ils détestent le Synode de Dordrecht commenbsp;le Concile de Trenle , les Gomarisies, comme lesnbsp;Catholiques (i).
(i) Je.me suis bien convaincu de la vérité de ces paroles dun Auteur judicieux ; In plehe est queedam insignisnbsp;animi hebeludo , cui qiiidquid dixeris , illud deniquenbsp;suum repetit se veile niori in fide in qua natas est. Innbsp;aliis mentis elalio , in aliis spes vana , timor in aliasnbsp;stoUdus , in plarimis vitae licentia et salutis incuria-Rud.jllist. de Huiigar.
-ocr page 215-DU VOYAGE EN HONGRIE etc.
ET 1768.
Vir in nmltis expertus cogitabit midta; et qui multa didicit ,enarrabit iniellectum, Qui non est expertus ,nbsp;pauca recognoscit.
Eccli., C, 34, V. 9,10.
ü E négligé dans celte deuxieme suite la division que j'ai gaiclée piécédemment, et je marque chaque chose dans 1ordre selon lequel je Vai vue.nbsp;On se rappelle avec plaisir la suite et lépoque desnbsp;observations quon a laites , la succession des de-meures qui ont varié notre existence terrestre.nbsp;ForsanethcBc quondam nieminissejuvahit, II semblenbsp;quon se reproduit asoi-même avec les pays ou lonnbsp;a vécu , et les choses quon y a vues, et, les aven-tures quon y a essuyées. On jouit du présent et dunbsp;passé. Si lon regrette des jours qui ne sont plus,nbsp;on se réjouit de les avoir eus. Le plaisir du sagenbsp;subsiste, lorsmêmeque la cause nen subsisteplusjnbsp;le Clirétien voil danslhistoire de sa vie, celledunenbsp;aimable providence a son égard. Deus qui pascitnbsp;me ah adolesceniid meü, usque in prcesentem diem.nbsp;Genes. 48.
Le aS Aout i ¦^67 , je fis un second voyage dans la belle solitude de Motisca .- jallai voir la sourcenbsp;du ruisseau qui forme ces belles catavactes. Ellenbsp;occupe un espace considérable , et consiste en unenbsp;infinité de peliles veines , qui sortent de la terre
* Le contraire Journal hist, etnbsp;litt., I Mai 1^80 jnbsp;pag. 33,
comme dun ciible (i). Leau de ce ruisseau est froide en été, en hiver elle est trop cliaude pournbsp;ètre bue j par Ia même raison , qui rend les cavesnbsp;et tous les souterrains plus cbauds en liiver qu'ennbsp;été. Quelques-uns disent que Ie tbermomelre mar-, que les caves plus froides enliiver quen été*; inaisnbsp;que dire des fontaines ? Lhomme nen juge que re-lativement aux mets égalemeiit cuits en hiver et ennbsp;été j OU relativement au vin et a leau de la mêmenbsp;cave et du même puits en hiver et en été. A Chaux,nbsp;village de la Franche-Comté, h cinq lieues denbsp;Besan9on , se trouve une caverne oü il y a en été
(I) nbsp;nbsp;nbsp;Dans cette retraite lieureuse,
Je vois de nouvelles caux :
Si leur course est moins pompeuse,
Leurs jeux neii sont pas moins beaux; Tendremeiit clles gazouillentnbsp;Prés des arbres quelles mouillent.
Jaimc a cótoyer la rive Dim riant et clair ruisseau;
De sou onde fugitive Je contemple le tableau :
Cest 1image de la vie.
Ainsi se'coulent nos jours;
Mais quils sont digues denvie,
Quaud ricn nen trouble le cour.s!
.Ty laisse couler mon esprit,
Comme cctle onde gazouillante Qui suit le cliemin de sa ])ente,
Que nulle loi ne lui prescrit.
Ruisseau, si je grossis ton oude,
Si jy inêle souvent mes ])lcurs,
Cest que la course vagabonde Mc fait songer it mes erreurs.
-ocr page 217-des pjramides de glace qui se fondent en hiver.
* Journ. hist, et litt. , I Mainbsp;1784, pag. 6.
Les herbes les plus salutaires et les plus pré-' cieuses se trouvent dans Ie canton de Motisca ; Ie cochleare, Ie polupodiuni, hngua-cervina etc. On ynbsp;trouve aussi des champignons odoril'érans dunnbsp;grand prix, nommcs fungi cervini. Les Dimanchesnbsp;et les Fêtes , les femmes et les filles vont aprèsnbsp;Vêpres chercher ces ditférentes plantes , quellesnbsp;vendent ensuite a très-vil prix *.
Les habitans de cette contrée jouissent dim excellent tempérament et de la santé la plus durable; on y voit des personnes dune rare beauté : ilsnbsp;sont dune affabilité incroyable. Leur plaisir est denbsp;voir un Jésuite : j'ai ressenti une grande satisfaction a parcourir ditférentes vallées et k entrer dansnbsp;les maisons des charbonniers. On me baisoit lesnbsp;mains avec autant de respect que lon baise Jesnbsp;pieds du Pape : je pailois k ces bonnes gens parnbsp;interprete, avec plus de plaisir quaux Princes denbsp;la terre (i).
(i)iVbre -varios inhiantpulchrd testudinepastes... jit secura quies et nescia fallere vita ,
Dives opum variarum , et Iwtis otia fundis , Speluncce viviqiie lacus et frigida tempe ,nbsp;Mugitusque boum, dulcesque .sub arbore somninbsp;Non absunt. Illic saltus ac lustra ferai-um;
¦Etpatiens operum , parvoque assiieta juventus ; Sacra Deüm, sanclique Patres , extrema per illos
Justitia excedens terris vestigia fecit.......
2. Georg.
Que Mr. Thomas traite Lien ce .sujet dans son Epitre au peuple! .
Foriunatus et Hie Decs qui novit agrestes ,
( 200 )
Le lendemain, jour de S. Bartliélemi, je me rendis k clieval ad veteres monies, dou après avoirnbsp;chanté la Messe devant lImage miraculeuse denbsp;Notre-Daine , et entendu la confession des Alle-mands, qui accourent en foule a cette église , jenbsp;revins a midi a Motisca. Le soir je fus de retour k Neusol. Je croyois que céloit Ik mon dernier voj'age en Hongrie; mais le 2i Octobre, jenbsp;dus me préparer a y retourner, pour aller 'chez lenbsp;Comte Andrasi, comrae on le verra ci-après. Jenbsp;reviens k ma course actuelle.
Le 5 Septembre 176'j, je partis de Neusol avec le P. Skerlecs, Create, un des plus aimables compagnons de voyage que jaie jamais eus. Nous ar-rivames le même jour a Chemnitz, doü après avoirnbsp;¦jfu une belle collection de minéraux (i), de pierresnbsp;extraordinaires, et de tout ce quon trouve dans
Panaque, sylmnumquesenem, Nymphasquesorores. Ilium non populi fasces , nou purpura regumnbsp;Flexit, et infidos agitans discordia fratres ,nbsp;jiut conjuralo descendens Dacus ah Istro.
* Inopici 3 51 malum , parvurn et breve est. Potiüsnbsp;quia ibi nee divi-tice nee paupertas 3 sed aureame-diocritas etfelixnbsp;sujficientie.
Non res Pomance periluraque regna, neque ille jiuf doluit miserans inopein *, aut invidit 'hahenti.nbsp;Qiios rami fructus , quos ipsa volentia ruranbsp;Sponte iulêre sud carpsit, nee ferrea juranbsp;Insanumque forum, aut populi tabularia vidit.
Firg. ibiJ-
( I) On me fit remarquer que les minéraux sont diffr-rens dans les difl'érentes mines, do sorte que les mineurs vous diront de quelle mine telle piece est tirée, quoique b'Snbsp;mines soient peu distantes les unes des autres. ¦
-ocr page 219-( aoi )
les mines, nous partimes Ie lendemain; nous pas-sames par T^inschachten, dont jaidéja parlé , et par Prandorff, pour aller couclier a Schiffart. Nousnbsp;rencontrames après-midi un petit camp de cavalerie denviron sept escadrons.
Le 'j , nous vimes Nitria, ville episcopale avec un bon chateau , qui peut être très-bien défendu jnbsp;Galgocs (quon prononce Galgotz) , autrement ap-pelé Freystadt, oü nous dindmes j Leopolstadt etnbsp;Tirnaw, oü nous restames deux jours et demi.
J'eus la consolation indicible dy revoir mes diers Hongrois , avec lesquels javois vécu un an etnbsp;demi, ainsi que mes collegues exiles.
Le 8, ienfendis derecbef le beau Laudato pueri, dont jai parlé *. J'ai cbanté bien des fois ce beau *yoy.MiscelL,nbsp;Psaume mis ainsi en musique, ü Rosnaii avec lenbsp;P. Varadi en 1768.
Le 9, nous dinames a VAlbanum, grande et belle maison de campagne. Une bonne musique etnbsp;la plus aimable compagnie nous y aftendoient. Jynbsp;vis un eiFet prodigieux dun tourbillon : une grangenbsp;neuve et solidement batie, renversée en un instant } deux OU trois personnes y périrent. Lesnbsp;ouragans , ou tourbillons dair produits par desnbsp;vents contraires , sont encore plus fréquens sur lanbsp;terre que sur la mer , et les etfets en sont quelnbsp;quefoiS plus prodigieux. « Jai vu, dit Bellarminnbsp;¦gt; {De ascerisu mentis in Deum), je ne le croircisnbsp;n pas , si je ne lavois pas vu , une fosse énormenbsp;)j creusée par le vent, et toute la terre de cettenbsp;» fosse emportée sur un village; en sorte quenbsp;igt; lendroit doü la terre avoit été enlevée, parois-
-ocr page 220-( 202 )
Buffon, iiist. soit iin trou épouvantable, et que Ie village fut naf.jtom. I.pag.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;°
» entiérement enterre par cette terre transpor-)) tée ».
Nous parlimes Ie lo , après les plus tenclres adieux , et au soir nous arrivames a Presbourg, nbsp;Le 11 , nous vimes derechef Ie basilic (*), dontnbsp;jai parlé ailleurs ; un passereau solitaire, tel quenbsp;jen avois vu quekjues-uns a Vienne. Nous allamesnbsp;ensuite au chateau que le Prince Albert a beau-coup embelli. Jy ai vu de belles peintures denbsp;-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Rubens et de quelques autres peintres célebres :
(*) It j en a deux autres plus grands dans Ic cabinet curieux de 1Empereur, a Vienne, prés de la bibliothequenbsp;royale. Lc Comte dYbarra massura quils e'toient luinbsp;ouvrage de 1art ; jo ne Ic crus pas alors; je Iai cru depuis.nbsp;Celui de Presbourg nest point factice : celui que jai vunbsp;depais tors ii Clausenbourg , pourroit plutot lêtre; il cstnbsp;fort semblable a unc ebauve-souris, et peut en etrc unenbsp;cspece. Au rcste, le savant J-iianxus, Systema ?iaturci;nbsp;la fin, pease cottniie le Comte dYbarra, ii°. 9: Est lacertanbsp;alata per artem , monstrose ficta et siccata. Idem denbsp;Hydra Ilambiirgensi ipse detexit, n°. i. Composi-tionem agni scytici , vide ibid. n°. 6; ex radicibusfili~nbsp;cinis .AmericanM cpmpositus est. J)e aliis aniina-libus dubiis , vide iS et 38 Miscell. et passim in hocnbsp;liin. Ex pisce Rajd jfiugi basilLscos ait Misson ,nbsp;Voyage dltalie, pag. i6r , tom. i. » Quoiquon put aise-» meat faire des basilics avee des coqs-dinde ou des ser-« peas volans, oa les fait plus communément avec Icsnbsp;» peaux marquetees des raies ou des aiiges , ainsi que 1anbsp;1) observe Aldrovandus, et quil Ia parfaitement de'ciitnbsp;)) dans son excellent Traite'des Poissons ». Tb. Brown,nbsp;Erreurspopulaires, tom. i, pag. 2y i. Chats-canards ,nbsp;Journ. hist, et lilt., i Acut 177H, pag. 5oi.
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plus belle porcelaine de Saxe , employee a des lustres et a dautres ouvrages dun grand gout etc.
¦ Je vis aussi a Presbourg un certain Mr. Biver mon conipatripte, cpii étoit venu me voir a Tirnaw.
II étoit gouverneur des Comtes Zapari. Le Comte Paul est un des plus ainiables cavaliers que jaienbsp;vus. Une des Comtesses Zapari vient de faire sonnbsp;héritier notre college de Cassovie, qui ne sub-sistoit quavec bien de la peine , et qui par cenbsp;moyen sera dorénavant fort a son aise.
Le 12, nous vimes une ancienne église balie par Etienne , Hoi de Hongrie , et une petitenbsp;monlagne, quune poignée de terre apportée parnbsp;cliaque soldat dune grande armee fit éclorre ,nbsp;ainsi que le mausolée de Cracus. Régelshrunn,nbsp;oü nous dinames ; Ebersdorff, palais de Léopold,nbsp;qui est maintenant un hópital, et enfin Eieime.
Lei3 , nous vfimes 1Impératrice Marie-Thérese, Grandeur etpo-1'Empereur son fils , et toute la familie impériale.
LAmbassadeur de Naples , Due de Sainte-Elisa- et Utt., i5 Juin
beth, parut avec éclat ii 1occasion du prochain '7775 P^g. 278.
inariage de son maitre avec 1Arcliiduchesse Jo-
sephe, qui mourut un mois après. L'arsenal des
bourgeois est fort beau : on y voit un grand aigle,
fait de sabres enlevés aux Tures; la tête du fa-
nieux Kara-Müstapha, sa chemise, un tambour
Turc dune forme toute particuliere, qui estune
espece de porfe-voix etc.
Le caveau des Empereurs mérite dêtre vu : il est dans le cloitre des Capucins. La religion et lenbsp;hon goüt de Marie-Thérese paroissent dans 1aug-nientafion quelle y a fait faire. Ferdinand 11 et II1,
-ocr page 222-Mathias, Rodolphe, nontque de simples cercueils. Leopold et Charles sont un peu distingués. Marie-Tlierese y est déjk représentée a cóté de Franqoisnbsp;On y voit aussi Iurne de IArchiduc Charles etnbsp;qqelques aulres , le tout en étain dAngleterre.
Mehus est ire nbsp;nbsp;nbsp;Q uelles iéilexions ne préscntent point au philo-
HI domurn lactus nbsp;nbsp;nbsp;i i^i / . inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i ^ i
qudni in domum sophe Lhrétien les cendres augustes de tant de convivii in illd grands Princes , dont la gloire couvroit autrefois
enim finis cunc- nbsp;nbsp;nbsp;i , r\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i nnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t i tt
torum adinonetar le monoe I On reprochoit a ILmpereur Joseph 11 honiinum, et vi- trop grande popularité: ce Prince repondit que,
vens cogitatqmd
futurum sit. Ec- s iL lie devoit converser qu avec ses egaux, le caveau cles.jC, 7, V. 3, dgg Capucins deviendroit son palais. « Quelquesnbsp;» Seigneurs setoient plaints au niême Empereurnbsp;)) de ce quils ne pouvoient pas jouir a leur aisenbsp;» des promenades pulrliques, paree quelles étoientnbsp;gt;) trop remplies de petite noblesse et de peuple,nbsp;)) suppliant S. M. de faire fermer le Prater et denbsp;jgt; régler que 1entrée nen fut perraise qua eux. Cenbsp;» Monarque surpris de la demande , leur réponditnbsp;» avec cette sagesse qui fait son caractere : Si jenbsp;» ne voulois voir que ines egaux, je devrois menbsp;» renermer dans les caveaux des Capucins, oii re-n posent les cendres de mes ancêtres ; jaime lesnbsp;» hommes sans distinction , et je préfere ceux quinbsp;n ont de la vertu et des sentimens , d ceux quinbsp;j) comp tent des Princes parmi leurs aieux n. Lenbsp;gazetier de Cologne en rapporlant ce trait en i Ty4 jnbsp;a fait un anachronisme de septa huitans. Aiueste,nbsp;1esprit de cette popularité de Joseph II a été par-faitement connu quelques années après.
La bibliotheque de notre Maison-Professe est ncuve et fort belle , mals peu riche en livres. Le
-ocr page 223-mème jour on me fit voir la cliambre oii Ton crolt f[ue S. Stanislas Kostka recut la Communion de lanbsp;main des Anges. On en a fait une chapelle dont Ienbsp;dehors est bien paré.
Le i4 , jallai voir Ie college des laiigues Orien-(ales , lequel est proche du college académique: les Jésuites en ont Tadministralion. Léglise et lanbsp;maison des Salésiennes , sont belles. Jy trouvainbsp;un compatriote , Mr. Bernard, confesseur de cesnbsp;Dames; il me combla damitiés. Jy dinai avecnbsp;Mde. de Sehottcndorff, qui me connoissoit, et quinbsp;avoit demeuré long-tems a Luxembourg ; cest as-surément une Dame très-pieuse et dun caracterenbsp;très-esfimable.
Jai vu le belvedere, palais du Prince Eugene, et fruitmagnifiquede ses victoires. CegrandPrincenbsp;na rien négligé pour rendre ce batiment superbe :nbsp;on auroit pu y mettre cette inscription :
Barharico pastes aura spoliisque sitperbi. Lauteur des Temples anciens et modcmes, ou Observations historicjues ct critiques sur les plus cè.le-hres monumcns iparchitecture, y trouve dans lanbsp;decoration extérieure un goüt gothique : ce juge-ment paroit peu juste. On y voit des tableaux ennbsp;mosaïque très-estimés, et des peintures admirablesnbsp;qui représentent les victoires de ce grand général;nbsp;lentrée de Francois et de Joseph h Francfort lenbsp;couronnement de Joseph ; la création des Chevaliers ; lentrée dElisabeth de Parme, premiere Im-pératrice h Vienne; le mariage dElisabeth et denbsp;Joseph etc. Ce quil y a détonnant, cest que ,nbsp;nonobstant la multitude inlinie de personnes qui
paroissent clans ces tableaux , et la petltesse ou il a été nécessaire de les représenter, tous les portraits sont tirés daprès nature, et c[uil nest guerenbsp;possible de syméprendre. Tels étoient ces tableauxnbsp;dont parle Virgüe au i®*'. livre de lEnéide : Senbsp;quoque Prlacipibus permixtum agnovit Acliivis. Onnbsp;y voit aussi les statues des Empereurs et du Princenbsp;Eugene; les personnages qui coraposent la cournbsp;de lEinpereur de la Chine , fails de cire, et repré-sentés au naturel. Feu lEmpereur (Francoisnbsp;les fit venir de Pékin pour une somme très-consi-dérable. Voltaire a beau nommer les Chinois Ienbsp;plus sage peuple du monde; je conviens quil y anbsp;de la sagesse chez eux, mais cette cour me paroitnbsp;fort sotte.
Les statues du belvedere sont extrêmement bien faites ; les sphynx sur-tout qui y sont en grandnbsp;nombre ; les atlas c^ui font Ie péristyle, et deuxnbsp;clievaux cjui sont a 1entrée de derriere ; mais parnbsp;une negligence impardonnable on a laissé mutilernbsp;par les enfans un grand nombre de ces belles statues. On voit dans ce palais un petit salon dunenbsp;rare beauté j Ie plafond seul a coüté trente millenbsp;florins.
Je fus après cela au Noviciat des Jésuites : on my montra de beaux reliquaires et danciennesnbsp;reliques , entrautres une main de Sainte Anne.nbsp;Lauthenticité de cette relique est encore un pro-l)lême : on montre deux mains droites de Saintenbsp;Anne ; je pense que celle que jaie vue , est lanbsp;gauche , et les Acta Sanctorum ne la rejettent pasnbsp;comme une fausse relicpe.
-ocr page 225-Le inuswum-physicum du P. Fraiitz, joignant le college oriental, est digne sur-tout de Ioeil dunnbsp;philosophe ; il me paroit preferable k celui dIn-golstadt, au nioins pour remplacement; il occupenbsp;deux salles. On monle a la galerie par deux esca-liers , qui nont dautre soutien que léquilibre. Onnbsp;y voit un Maure qui sonne lheure , et qui donnenbsp;aufant de coups de marteau que Ton veut. Get artifice ma fait comprendre une charlatanerie quinbsp;ma toujours intrigue, quoiquelle ne sexécute pasnbsp;toujours de la fa9on dont on Texécute ici. Lanbsp;celleclion d'idoles y est estimable ; on y voit unnbsp;agneau k deux têtes , qui est assez grand, et quinbsp;paroit avoir vécu deux mois j on ly a envoyé denbsp;Crems il y a un an. II sy trouve aussi plusieursnbsp;grands oiseaux extraordinaires, entrautres un hi-bou dune grandeur énorme, vrai géanl de sa race.nbsp;Jai observé ailleurs que tous les êtres, et mêmenbsp;toutes les qualités , telles que la mémoire, la force,nbsp;la science , la vue, avoient leurs géans ainsi quenbsp;leurs pj'gmées. Jai vu aussi un orgue de papiernbsp;macbé j deux livres Chinois dune propreté extreme etc. Ces livres ne sont imprimés que dimnbsp;cóté, le papier étant trop mince pour quon puissenbsp;employer les deux laces. Le caraclere est immobile et grave sur du bois. Pour les 90,000 carac-teres Chinois il faudi oit une casse immense, et knbsp;liniprimeur de bien bonnes jambes pour courirnbsp;continuellement dune lettre a lautre. II paroit quenbsp;Ia plupart des anciens livres nétoient aussi écritsnbsp;que dun cóté : cétoient, comme 1on sait, desnbsp;rouleaux. Celui dont il est dit : Scn'ptus intits et
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fans, étoit distingué, en ce quHI étoit écrit ties deux cótés, Voyez Tart. Pfolomée Philadelphe,nbsp;dans Ie Dictionnaire historique. Après lasup-pression de la Compagnie de Jesus , ce muséumnbsp;deraeura sous la direction du P. Frantz, qui ennbsp;étoit encore démonstraleur en Octobre 17 ;4'
La bibliotheque impériale ne Ie cede a aucune bibliotheque ; tout y est dune magnificence plusnbsp;que royale. On ma dit depuis que celle du Vaticannbsp;est plus belle ; mais cela est faux. Le plafondnbsp;de la coupole menacoit ruine j on consulta Bos-cowich (*) et Ximenès , deux célebres Jésuitesnbsp;nommés dans YApologie de finstitut, pag. 3o8 :nbsp;on travaille depuis long-tems a le soutenir. Cettenbsp;bibliotheque peut consister en trois cent mille volumes j elle contient outre cela douze mille raa-'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nuscrits , et les plus nombreuses collections de
carles , de plans , de vues etc. qui ont appartenu au Baron de Stosch k Florence. Feu le Baron vannbsp;Swieten, qui a eu pendant 27 ans la direction denbsp;cette bibliotheque, 1a considérablement augmen-tée; il y a mis, entrautres choses, tous les livresnbsp;tures , persans, arabes et dans dautres languesnbsp;orientates, qui sont sortis de 1imprimerie dIbra-him-Etfendi , ci-devant établie a Constantinople.
Journ. hist, et Mr. de Nessel a dressé un grand catalogue in-Joi-littér. , i5 Mai manuscrits de cette bibliotheque impériale , ^7-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ Vienne, 1690. On y a placé un pla
netaire selon le systême de Copernic ; il est dun grand prix et peut-être unique dans son genre;
Jai TU le P. Boscowich a Liege.
tons
-ocr page 227-tons les mouvemens en sont exactement mesurés, et suivent ceux du ciel.
Le 15, jallai voir un palais de Lichtenstein dans le fauxbourg de Rossaw. La grande salie en estnbsp;très-belle et très-spacieuse : les degrés sont denbsp;marbre, et toute la maison se ressent de la magnificence du Prince Wenceslas de Lichtenstein. Lenbsp;Comte de Mahoni, ambassadeur dEspagne , ynbsp;faisoit alors de magnifiques préparalifs pour le balnbsp;quil alloit donner a loccasion du mariage du Roinbsp;de Naples avec lArchiduchesse Josephe. Cette ai-mable Princesse mourut k Schoenbrunn le i5 Oc-tobre , élant sur le point de partir pour Naples.nbsp;Elle ny alloit quh regret, et disoit quelle aimoifnbsp;mieux mourir : Dieu l'exauca.
Le i6, je vis Mauer, qui est a deux lieues de Vienne. Le College , le noviciat y ont leurs mai-sons decampagne; ony voit une allee damandiers.nbsp;Ce lieu est très-agréable.
Le i'j , on me conduisit en bonne compagnie a larsenal impérial, qui est une merveille en cenbsp;genre. On dit que les autres nations n'ont rien quinbsp;y soit comparable. La salie oü lon voit les bustesnbsp;en bronze de Fran9ois I'o. , de Marie-Thérese ,nbsp;du Prince Lichtenstein , est sur-tout remarquable.nbsp;Le dessin de 1édifice est des plus variés et des plusnbsp;nobles ; eest une de ce* choses, dont on doit dire :nbsp;ff on est in intellectu , nisi priiis fuerit in sensu ; onnbsp;ne peut en avoir une idéé sans lavoir vue. II synbsp;trouve des trophées sans fin. On y voit les armesnbsp;fiAttila, de Scanderbeg (*) , de Charles - Quint,
{*) Jai êu en main le faweux sabre de Scander-
Toni', . nbsp;nbsp;nbsp;Q
-ocr page 228-lt;le Tillieïc. Les habits de Gustave-Adolphe des héros a cheval, des guerriers encuirassés pa-roissent dans Ie plus bel ordre : la plupart des statues sont fades daprès nature et sont des portraitsnbsp;fideles. Defunctaque corpora vitd magnanimümnbsp;heroum. ^neid. vi. Anna procul currusque virCimnbsp;miratur inanes. Stunt terra defixce hastoe^ Ibid. Onnbsp;ne peut voir Ie jeuneRoi Louis,tuéasansnbsp;pleurer son sort. Jnfelix puer atque impar congressus Achilli. ^neid. i. La plupart de ces armesnbsp;semblent avoir été transportées dInspruck, ounbsp;plutót de 1arsenal du chateau Ambrosien prés denbsp;cede ville , ou un Archiduc les avoit rassembléesnbsp;a grands fraix. Jai sous les yeux un grand in-folionbsp;deslampes , appartenant k Mr. Ie Baron de Gier ,nbsp;dont Ie litre est : Augustissimorum Imperatorum,nbsp;Megum , Archiducum , Principum etc. imagines,nbsp;quorum arma, aut Integra aut horuni partes, anbsp;Serenissimo Principe Ferdinando ex omnibus ferènbsp;orbis terrce provinciis conquisita, in Ambrosianccnbsp;arcis avmamentario a sud serenitate non procul ci-vitale OEniponfana constructo conspiciuntur, OEni-ponti, excudebat Joannes Agricola, l6oi,
Quoique tout cela soit magnifique , il sy mêle quelque chose dhorrible ; toute la fureur de Marsnbsp;sy montre comme dans un tableau ; Furor impro-bus intüs Sceva scdet super arma.... F remit horri-heg. Maliomet II a eu raison de dire qiie ce sabre nayoitnbsp;rieii do particulier, et que les siens dtoieiit nieilleurs. Lenbsp;bras de Scanderheg faisoit Je mérite du sabre. Missounbsp;parle duu sabre de Scanderheg gardé a Venise datis far-scual du palais ducal.
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dus ore ci-uenlo (*). On voit diins une place den nbsp;nbsp;nbsp;i.
tas, une cote de géant denviron trois pieds ; une tortue denvh'on 3oo livres j ce qui nest pas extraordinaire : les tortues franches ontjusquk six anbsp;®ept pieds de longueur depuis le bout du museaunbsp;jusqua Textremite de la queue, et pesent alorsnbsp;jnsqua 800 livres,
Le 18 jallai ?i Gromef-iVeusjVs, village a4lieues de Vienne , voir mon cousin Jungblut, chanoinenbsp;de la Cathedrale , qui mourut peu de terns après,
Dans ce village on se plaignoit beaucoup du defaut de pluie dont on avoit besoin pour pouvoir ense-mencer les terres , et 1on rejetoit ce manque denbsp;pluie sur une vieille meuniere du voisinage. Des-pace en espace on voyoit des groupes dépis , quanbsp;les moissonneurs avoient abandonnés aux vents :nbsp;telle est la superstition des paysans de ce canton;nbsp;ces flocons dépis sappellent windspels (feuille volante) j le vent content de cette nourriture épargnenbsp;te reste du bled.
{*) Ah ! quid insanum sapientis ultrb
Mentis ardorem sequimur ? quid atra Cogit excordes celerare tristisnbsp;Stamina fati ?
QuamduKvitcB ratio magistra Per procellosum pelagus vagantesnbsp;In necem prtzceps agit et cruentcenbsp; Ora Charyhdis ?
Non satis multas inimica mortis Falce vis gentes rapuit rapitque ?
Quid novis nostro capiti minantem nbsp;nbsp;nbsp;Joum. hist, et
Cingimus armis? nbsp;nbsp;nbsp;^*^0 Jaitvier
Musaj Leodienses, lyba^pag. 46-
O 2
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Nous passames par Lantzendoiff, ainsi nomjné k cause du grand nombre de lances qu'on trouvenbsp;aux environs. On pretend que cesl la qu'arriva lanbsp;défaile des Quades , et Ie miracle de la legion fulminante , qui est représenté dans IEglise du lieu.nbsp;II faut supposer que les Quades occupoient lesnbsp;bords du Danube , sans quoi Ieau nauroit pu mjn-quer k larmée Romaine.
Le 20 , nous alliimes saluer les PP. Thérésiens H Aderkling, campagne du College Thérésien,nbsp;OÜ les cavaliers passent les mois de Septembre etnbsp;dOctobre : dans ce pays-ci on nomme cavaliersnbsp;la jeune noblesse.
Le 21, nous vimes le jardin botanique qui esl beau. Le jardinier est un Franqois natifde Metz,nbsp;qui nous montra tout avec un empressement extréme ; la plante qui porte le café (1 ) , la cannenbsp;k sucre , le cotonier, cereus serpens triangularisnbsp;avec sa fleur , fort different de celui que j'ai vunbsp;en Hongrie chez le Prince Palfi ; arbor draco}nbsp;musa, le bananier, que j'avois vu ailleurs j Xacacia,nbsp;1arbre melonier , un euphorbier dune force extréme : feu IEmpereur en donna une très-pelil®nbsp;épine k un poulet, qui mourut k Iinstant.
Le 20 nous fumes voir le palais et le jardin du Prince Sch%varlsembcrg ; ce jardin est superbe; onnbsp;y voit de beaux grenadiers. Les statues en sont
En certains pays on nomme fort mal a propos cafl la feve lupine, on la feve de la plante appellée lupin ¦nbsp;ces deux plantes sont absolument difl'érentes, et noidnbsp;pas le moiudre rapport entrelles.
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fort belles , mais trop francoises. La Diane qui sy trouve avec ses oréades est de toute beauté.
Qiialis in EurotcB jipis , autper juga Cinthi
Exercet Diana choros quam mille secutce
Hinc atqne hincglomerantur Oreades; illapharetram ^neid.
Eert humero , gradiensque deas supereminet omnes.
Latonce tacitiim pertentant gaudia pectus.
Nous allames voir ensuile Ie jardin et la campagne ordinaire da College ; celle de Tirnaw vaut beau-coup mieux.
Le 29, nous vimes la belle rotonde de S. Plerre.
Nous rendimes une visite au célebre P. Heil: ce P. qui est directeur de lobservatoire, est nomménbsp;dans \'Apologie de linslitut, pag. 3o8 j eest unnbsp;bomme simple et fort modeste. II vient detre ap-pellé en Danemarck par le Roi, avec le consen-tement de l'Impératrice ; le P. Seinovics mon aminbsp;b Timaw 1accompagne. Nous pümes voir en mêmenbsp;tems le muséum astronomique , et Tobservatoirenbsp;de rUniversité.
Idorphanolrophium du P. Barhamsner : les en-fans y sont élevés en soldats; ils en ont lhabit, les exercices etc., et sont néanmoins appliques k dif-férens arts. Le bailment quils occupent, est vastenbsp;ot bien ordonné; eet établissement aquelque chosenbsp;de singulier et en même tems de très-louable.
Le 3o Septembre, le i et 2 Octobre , jai passé les matinées a la bibliotheque impériale , pour ynbsp;chercher certaines choses que je n'aurois pu trou-ver dans toutes les bibllotheques de la HongrLe, etnbsp;dont javois tenu note.
Le ï®r, Octobre, je fus voir les écuries impé-
O 3
-ocr page 232-riales. Ce jour-lk je vis aussi la noble garde hongroise, sa maniere de vivre et la belle maison.nbsp;qu'elle habite dans Ie Josephienstadt, Cest sur-toutnbsp;la peau de tigre en guise de manteau, lecalpac,nbsp;les bousses h la hongroise, qui font bien paroitrenbsp;cette garde. Un detachement de cette même gardenbsp;noble suivit lArchiduc Léopold a Florence , etnbsp;alia jusqua Rome, voir Ie Pape. Toute Tltalie futnbsp;enchantée de voir ces Hongrois, dont lhabit denbsp;gala est superbe. Le Saint-Pere recut lui-mêmenbsp;labjuration dun dentreux qui étoit Galviniste , etnbsp;lui assigna une bonne pension : il donna a tousnbsp;une médaille dor.
Le Brader (les Viennois prononcent Prater) est une forêt située dans le Léopolstadt; lEmpereurnbsp;vient de la faire ouvrir pour être une promenadenbsp;publique. UAugarten, jardin de lEmpereur Léopold , est situé au même fauxbourg : on la beau-coup embelli en
La Maison professe , située sur la grande place, paroit avec éclat : elle est bien balie et dune bellenbsp;ordonnauce; mais la plupart de ceux qui 1habi-tent, sont des Peres anciens et peu animés , ce quinbsp;men rendroit le séjour assez désagréable , si jenbsp;devois y demeurer long-tems. Jai proposé dynbsp;mettre pour inscription :
Veniunt morhi tristisque senectus.
Le P. Bruder qui y rétablissoit sa santé , et le jeune novice Baihiani furent ma société. Maltanbsp;ferunt anni venientes commoda secum ; malta rece-dentes adimunt. Horat., art. poet.
Le 8 Octobre, je vis pour la premiere fois un
-ocr page 233-iiegre en habit africain. A cela prés, javois vu k Vienne des individus de toutes les nations, qui ,nbsp;dans leur habillement, ont quelque rapport avecnbsp;*ious. Javois vu aussi plusieurs negres en habitnbsp;europeen dans différentes provinces. Jè ne saisnbsp;sil est au monde quelque lieu , oü lon voie autantnbsp;de bossus qua Vienne.
Le même jour, allant me promener du cóté de Schoenbriinn , je vis IEmpereur qui j alloit ennbsp;birouche, et un pen après le célebre van Swieten,nbsp;revenant de 1église de Sainte Marie de bon seeoursnbsp;{Maria auxilialrix). Je vis aussi le Prince Albertnbsp;de Saxe-Teschen et TArchiduchesse Christine sonnbsp;épouse. Rentrant dans la ville , je rencontrai unenbsp;autre Archiduchesse. L'étiquette de la Cour obligenbsp;tout le monde a sortir de carrosse pour saluer lesnbsp;Princes , ce qui est très-gênant, et tient trop dunbsp;cérémonial,
Le P. lEnfant (1), célebre Jésuile , prédicateur du Roi Stanislas, et maintenant de Flmpératrice ,nbsp;revint de Dresde vers ce tems-la. Je Tus ravi denbsp;faire connoissance avec lui; sa maniere de penser,nbsp;ses fagons, son caractere ne pcuvent qüe faire estimer infiniment son amitié.
La plus belle église de Vienne est celle de S. Charles : cest une rotonde dont larchifecturenbsp;iiest pas sans reproche, mais dont les beautés fontnbsp;disparoitre les défauts. II y a, a cóté de fenfrée ,nbsp;deux grandes colonnes sur lesquelles sont re-
présentés les principaux événemens du regne de ___________¥ __________
II fut massacre a Paris le i Septemhre.
-ocr page 234-Charles VI. Labbé May, auteur des Temples anciens et modernes, en fait une critique un peu trop sévere.
Le i6 Octobre , nous allames , Ie P. Leuridan, Jésuite de Lille et moi, a Saint-Vith , maisonnbsp;royale a deux lieues des porfes de Vienne. Nousnbsp;passames par Schoenbrunn , on étoit le corps denbsp;IArchiduchesse Josepbe , morte la veille , le journbsp;mème de Sainte Thérese, fête de son auguste mere.nbsp;Le Jardin de Saint-Vith est petit, mais joli et varié.nbsp;Les appartemens y sont beaux : le plancher ounbsp;parquet des salles basses est remarquable; il est;nbsp;composé de bois de difFérentes couleurs , ce quinbsp;lui donne un air de mosaique et fort propre. Lesnbsp;tapisseries de ces salles sont extrêmement biennbsp;peintes, et représentant au naturel les peuples (1),nbsp;les plantes et les animaux de lAniérique. On y voitnbsp;un rhinocéros fort diiférent des anciens origes, etnbsp;de 1animal que nous appellons aujourdhui rhinoceros ; il a quelque chose du griflbn. On y voitnbsp;aussi une béte de charge, dont les piecls de devantnbsp;ont quatre ongles, et ceux de derriere seulementnbsp;trois , ce qui pourroit la faire regarder comme unenbsp;substance mixte. Mr. Brisson pense que cest unenbsp;espece simple. Je lai vue depuis a Mons : on 1ap-pelle tapir ou manipouri. Cetle béte est fort doucenbsp;et porte-des fardeaux dun poids énorme : elle estnbsp;presque sans poil et tient beaucoup du cochon.
Quoique les Amcricains de Ia zóne torride ne soient pas noirs au mème degré que les negres dAiVique , il y e»nbsp;a qui approchent beaucoup de eeiix-ci.
-ocr page 235-Cest un ainphibiequi nage mieux quil ne marche,
Le pi ture an^ ttche d'Iiercola--no,e contorni in-gt;nbsp;else, con qualchenbsp;Spiegazione , Napoli , 1757 etc,nbsp;Regiastamperia».
LeS^.vol.a paru en 1767.
Le 20 Octobre, je vis le palais et le beau jardin du Comte Harrach , situes dans un des fauxbourgsnbsp;assez prés du Belvédere. Le jardin et la biblio-tlieque du college Thérésien. On voit dans lenbsp;jardin une grotte dont Charles VI faisoit ses dé-lices. La bibliolheque sans être fort grande, estnbsp;riche et bien choisie : jy vis un Irès-bel ouvragenbsp;que je cherchois depuis long-terns , les Antiquitésnbsp;dHerculanum, imprimees a Naples en 1767 etnbsp;1760 etc., avec des figures extrêmement bien gra-vées, qui nous apprennent q\x Herculanum étoitnbsp;une ville fort adonnee a la debauche, et ou lesnbsp;bonnes moeurs étoient peu respectees. Qui trans-tulit monies : et nescierunt hi quos suhveHil in furore suo. Job, c. 9, f. 5. Pour dix jusles, sil synbsp;en fut trouve autant, Dieu auroit épargné Sodome,nbsp;comme nous 1apprend 1Ecriture (Genes, ch. z8).nbsp;Je ne crois pas quon ait osé graver toutes les horreurs quon a trouvees dans les ruines de cettenbsp;ville abominable.
Mr. Fougeroux de Bonderoy, dans ses Recherches sur les mines dHerculanum, et sur les lu-mieres qui peuvent en rcsulter relativement a Vélat présent des sciences et des arts, avec un traité surnbsp;la fabrique des mosaïques , k Paris , chez Desaintnbsp;1770, pag. 74, prétend que ces figures et sur-toutnbsp;cette prodigieuse multitude de Priapes , dont lesnbsp;uns servoient de lampes , les autres de pur ornement etc., nétoient pas absolument une suite du dé-réglement des moeurs , mais du desir dune grandenbsp;population. Ce desir dans une nation dont les moe,?.-
-ocr page 236-( 2l8 )
trueuses débauches tarissoient les sources de Ta gé-nération , néfoit assuréinenl pas bien général ou du moins bien conséquent. Le culte rendu au dieunbsp;Priape et a ces petites figures obscenes, ne prouvenbsp;autre chose, sinon quon avoit divinise la luxure,nbsp;et que le désordre étoit devenu partie du culte public. Mr. Fougeroux ne parle que dune statue quinbsp;semble enfin lui persuader que les plus horriblesnbsp;débauches étoient en honneur chez les Romains.nbsp;Encore voudroit-il en quelque sorte isoler ce crimenbsp;dans la personne du sculpteur. II faut qu'il naitnbsp;pas lu lHistoire Romaine , et quil nait pas vunbsp;attentivement toules les figures recueilHes dansnbsp;rédition royale de Naples. On naccorde point lesnbsp;honneurs de la peinture ni de la sculpture , cheznbsp;aucune nation , aux vices qui y sont en horreur.nbsp;Sapientiam enitn prcetereuntes non tantum in hoenbsp;lapsi sunt ut Ignorarent hona; sed ct insipientice sucenbsp;reliquerunt hominibus memoriani , ut in his queenbsp;peccaverunt, nee laterepotuisscnt. Sap., cap. g.
Le 22, nous allames voir le calvaire et la belle dglise quon y batit. Ce calvaire est bien con^u ;nbsp;on y monte des deux cótés de légUse par de beauxnbsp;escaliers, le long desquels sont dressées les stations. La chapelle du Saint Sépulcre est toutenbsp;semblable a celle de Jerusalem.
En revenant de 1^, nous vimes l'Empereur k cheval, accompagné de deux Princes et des gardesnbsp;hongroises. Ce Monarque est dune aelivilé extréme , et donne les plus grandes espérances, aunbsp;cas quune guerre vienne h sélever.
Le 26 Octobre, je partis de Vienne pour aller
-ocr page 237-Monoc chez Ie Comte Etienne Andrassy. Je vis Ie même jour un crocodile de 3 a 4 pieds.
Deux jours avant mon départ, Ie P. Lalieu, provincial de notre province Gallo-Belgique menbsp;rappella; mais nos supérieurs donnerent quelquenbsp;explication k ce rappel, et me firent parlir pournbsp;la Hongrie.
Je fis un détour par Tirnavv, pour accompagner les PP. Leuridan et Dewez, deux Jésuites Beigesnbsp;qui vouloient voir mes Hongrois , dunt je leurnbsp;avois dit tant de bien. Ceux-ci soutinrent parfai nbsp;tement la réputation que je leur avois faile.
Le 28 , nous observames Ie soleil a Tirnaw : les taches en étoient plus remarquables quen i'j66nbsp;oyez ci-devant, pag, 6x, etle Journ. hist, et lilt.,nbsp;z6 Octobre lJJJ, pag. z8o). Jy vis dans le cabinetnbsp;de physique les ossemens dungéant de i5 pieds,nbsp;trouvés dans la Drave (chose très-douteuse). Jenbsp;vis ensuite dautres ossemens h-peu-près de lanbsp;même grandeur gt; et tous ces géans nont eu quenbsp;12, i3 , i4 OU i5 pieds.
Le 3i, je vis Raah pour la seconde fois *. nbsp;nbsp;nbsp;* goyezd-iey.
Javois passé par Altenboui'g , on javois vu le P. Sluha, frere du Comte deee nom, aumóniei' dunbsp;régiment du Prince Albert, et célebre par ses malheurs en Portugal. Les fortifications de Raab menbsp;parurent plus considerables quh mon premiernbsp;voyage, oü les fortifications incomparables denbsp;Luxembourg occupoient encore mon esprit. Ellesnbsp;sont néanmoins de terre en grandepartie, et un peunbsp;délabrées. Le régiment de Molck , autrefois Sta-renberg, qui y est en garnison , a a sa solde une
( 290 )
troupe de Maures , pour faire Ia musique turque, quon entend toutes les fois que les grenadiers sentnbsp;de garde. Cette distinction a été accordée k ce régiment , pour avoir haché en pieces un corps denbsp;Turcs, et setre empare de leur musique. Cettenbsp;musique metourdit beaucoup pendant la nuit; etnbsp;Ton avoit eu soin de me prevenir, afin quelle nenbsp;mintriguat point. Les Turcs ne savent guerenbsp;dautre accord que Ioctave , ce qui donne k leurnbsp;musique quelque chose de grave et de monotone,nbsp;qui ne laisse pas de plaire dans certains airs. Ennbsp;général les Orientaux ne souffrent pas la musiquenbsp;k plusieurs parties. Etant a Neusol, un soldatnbsp;de ce régiment me fit appeller k la prison : c'étoitnbsp;un Francois, et il y étoit détenu comme déserteur.nbsp;Outre la consolation spirituelle que jeus de lenbsp;mettre bien avec Dieu , jeus encore cede de lenbsp;voir arraché k la mort.
aS.
pag.
Je fus le même jour k Comore, qui commence * Vo^ez, ci-dey. k se relcver de ses mines *. J'y revis avec beau-coup de plaisir leP. Rehacsheck, mon co-novice aunbsp;troisieme an , k Neusol (i) , qui me fit des amitiesnbsp;trop marquées pour être oubliées.
Le 2 de Novembre allant k Groan, je viscouper et polir le marbre. A six lieues de Comore, je fusnbsp;obligé, par la négligence de raon cocher , de
(I) On fait deux noviciats dans la sociélé des Jésuïtes ; le premier, qui est de deux ans, se fait en entrant ayantnbsp;remission des veeux simples. Ceux que 1on admet a la profession solemiielle des ^ veeux, doivent avant cettc profession , faire un troisieme an de noviciat. {Note de lE~nbsp;diteur].
-ocr page 239-( 221 gt;
prendre la poste pour arriver ce jour-la k Graan,
Comme il étoit nuit lorsque jarrivai, et quon entend rarement la poste a Graan, le cor du postilion mit loute la ville en alarme, et Ton forma surnbsp;mon arrivee un raisonnement fort ridicule , dontnbsp;on fit part le lendemain au P. supérieur.
Le 3, jarrivai en poste k Bade .- mon coclier y arriva presquen même terns, A Comore il avoilnbsp;hu, et on lui coupa la bourse dans la maison oinbsp;il passa cette nuit : il vint se plaindre k Bude denbsp;cefle aventure ; je me plaignis de la mienne et desnbsp;fraix de la poste. Je vis derechef la mosquée etnbsp;les bains turcs, qui sont dans la ville basse dunbsp;cóté de Graan. Jelrouvai au college leP. Buch-herger, mon directeur au troisieme an , devenunbsp;recteur; le P. Dobai, mon grand ami k Tirnaw;nbsp;le P. Rochel, que javois aussi connu particu-liéreraent k Timaw, ainsi que plusieurs autresnbsp;Peres. Je puis bien assurer que de ma vie je nainbsp;re9U tant de politesses, ni éprouvé fant de cordia-lité que chez mes chers Hongrois,
Le ponton de Pest k Bude est abrogé j on y a substitué un beau pont de bateaux, dont les fraixnbsp;seront bientót remboursés, car on y paie très-chernbsp;le passage.
Après avoir mieux considéré la situation de yoyez cJ-der. Bude , je con^us une meilleure idee de sa force, pag- a8.
Si Ton construisoit quelques ouvrages sur le Mont
St.-Gérard, qui domine la place, le siege pourroit 1781, pag. 698.
en devenir très-laborieux. Que la situation de cette
ville est magnifique! Regardant du haut de la ci-
tadelle la ville basse, celle des Grecs, le Danube
-ocr page 240-avec ses isles , Pest et la plaine immense qui sétend au dela de Tcmeswar, je sentis tout ce que la phi-losophie chrétienne fait sentir , quand un espritnbsp;penseur proraene ses regards sur de grands objets.nbsp;Sit gloria Domini in sceculum ; Icetabitur Dominusnbsp;in operibus suis.. Cantabo Domino in vitd med :nbsp;psallam Deo meo quamdiii sum (Ps. I03). Venite,nbsp;exuüemus Domino : jubilemus Deo salutari nostro.nbsp;PrceoccupemusJaciem ejus in confessione.... Quo~nbsp;niarn Deus magnus Dominus et Rex magnus...nbsp;Quoniam ipsius est mare, et ipse fecit illud; etnbsp;aridam fundaverunt manus ejus etc. etc.
Despiciens Deus immensas ex cethere moles , Terramque tractusque marts, ccelumqueprofundum ,nbsp;Quceque illic natura refert miracula rerum,
Ipse sibi pulchmm gratabitur ipse laborem.
MusasLeod. i^Gijpag. ïSsé
Le 5, après avoir été au bain, je vis léglise des Grecs unis, qui est confiée aux RR. PP. Récol-lets. II me semble quon nauroit pas dü mettre denbsp;statues dans celte église, et que le rit grec y auroitnbsp;mieux fait que le latin j les schismatiques sy lais-seroient plutót attirer. Diversitas ritüs non scindit,nbsp;sed ornat Ecclesiam, disent judicieusement lesnbsp;Bollandistes , Mai, torn. z.
Le 6, je passai par Godelo, chateau magnifique appartenant au Corate de Grassalkoiics. II y a unnbsp;grand pare rempli de daims et de cerls blancs :nbsp;j y vis deux aigles dune grandeur extraordinaire.nbsp;Les appartemens de ce chateau sont superbes : onnbsp;y voit le lit sur lequel le Prince Eugene de Savoienbsp;a été trouvé mort, et deux autres extrèmement
-ocr page 241-riches , ovt coucherent leurs Majestés Impériales Francois I®*', et Marie-Therese , lorsquelles ren-rlirent visite au Comte, qui est un liomme de fortune , mais dun grand mérite. Son palais peutnbsp;'être compare au Belvedere du Prince Eugene knbsp;Vienne, quoiquil lui soit inférieur en bien desnbsp;ehoses.
Jarrivai le soir a Gjongos, quoiquéloigné de Bude de i6 lieues de France. Gyongosesi unbourgnbsp;très-laid , mais très-considérable , situé au piednbsp;du mont Matra ; nous y avons une Maison. De cénbsp;bourgnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;il y a environ lo lieues de France.
Je fis néanmoins cette route en une demi-journee, sans changer de chevaux j ce fut le n Novembre.
Agrie, que les Allemands appellent Erlau, et les Hongrois Eger, est très-célebre par deux siegesnbsp;qu'il soutint centre les Turcs. Le premier fit auxnbsp;Hongrois un honneur infini : les femmes mêmesnbsp;sy distinguerentbeaucoup, et égalerent les hommesnbsp;en courage (*). Doha gouverneur de la ville durantnbsp;ce siege , étoit un homme de conseil et dexecu-tion, qui avoit des ressources infinies. On peutnbsp;voir cette belle défense écrite avec toute lénergienbsp;et tout le détail possible dans Istuanfi , de rebusnbsp;Pannonicis. Jai dit ailleurs combien cet auteurnbsp;est estimable. On peut voir encore XHistoire des
{*).........Quorujn maritcB ,
Militibus generosiores ,
Fatale norunt stringere dexterd
Femim volenti , nonque alihs dato f^irtutis exeinplo , cruentinbsp;Se rapiunt per acuta belli.
Mus. Leod. 1762, pag. ^8.
-ocr page 242-troubles delJongrie. Les Empereurs Turcsfaisoient tant de cas de cette place, quentre leurs fastueuxnbsp;litres, ils meltoient celui de Possesseur de Pinvincible fortcresse d' Agria.
Le lendemain jallai voir Ie chateau qui est niain-tenaut fort peu de chose. On my montra un vieux mur sur lequel, k ce quon assure , trois lis ontnbsp;fleuri en plein hiver. On voit encore k Erlau plu-sieurs maisons turques : la mosquée qui estnbsp;devenue une église, a un minaret dune hauteurnbsp;considerable. La plus belle mosquée qui soit ennbsp;Hongrie est a Cinq-Eglises : elle est batie dans lenbsp;goüt de Sainte-Sophie, ce beau temple de Justinien.nbsp;Presque toules les mosquées sont baties sur ce module. La chapelle du palais épiscopal est petitenbsp;et simple, mais dun grand goüt, et entiérementnbsp;revêlue dun beau marbre bleuatre.
Je fus voir le Comte Charles Esterhazi de Ga-lantha, Evêque dAgrie. Ce prélat jette les fonde-demens dun édifice vaste et superbe, quil destine k luniversité quil veut former k Erlau. II me fitnbsp;voir les ardoises , les marbres et les charbonsnbsp;qa'il faisoit tirer des montagnes A'Erlau. Lesnbsp;ardoises sont rares dans ce pays-ci; elles n'ontnbsp;pas non plus le beau bleu des nótres. Les charbonsnbsp;y sont excellens, el bi ülent avec autant d'activilénbsp;que ceux du pays de Liege (1). Ce prélat mac-
Les charbons fossLIes réduits en poiidre, se mêleul avec 1argile : le feu en est moins violent, et 1on consumenbsp;par cc moyen moins de charbon. Cette composition faitenbsp;en consistance de mortier, et partagée en petites masses,nbsp;soit en forme de briques, soit en boules, sappelle ho-
corda
-ocr page 243-( 225 )
corcla Irès-gracieusement lappiobalion, contre la coutume , sans examen préalable.
Je Irouvai a Erlau Ie P. IIenter, missionnaire Segnerien, issu dune ancienne familie de Baronsnbsp;Transylvains; homme dun grand zele et dunenbsp;grande mortification. Je fis avec lui Ie voyagenbsp;^Erlau k Monoc. Le P. Keltz, recteur d'Erlau jnbsp;est un homme extrêmement estimable , et une desnbsp;meilleures têtes de notre province dAutriche. Jainbsp;vu peu de personnes qui fussent plus conformes inbsp;ma fa90n de penser..
diets , en langage wallon,et quelquefois briquettes. Ov), pent brüler a la fois de ces hochets et de la Louille vive. Lanbsp;menue houille samasse dans les liouilleres: ce sent les par-fnbsp;celles qui tombent des grosses pieees. On appelle quelque-fois houille les cliarboiis fossiles, et quelquefois les hochetsnbsp;qui sont la composition de cette houille en poudie raèléenbsp;avfcc de largile, a la proportion dun 6®. ou dunnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de celle-
ci avec la houille en poudre. ^ Voy. la Connoissance des veinea dehouillej par Genneté, in-S®., Nancy, chezLecIere,nbsp;J774- Cet Auteur dit que la houille se reproduit tous lesnbsp;quaranteans; ce qui certainement nest pas général. Ce-pendant il 1assure sans restriction, et en donne les raisons, voyez la page 122. Autre Traité sur la houille,nbsp;lourn. hist, et litt., t Aoht 1776, pag. 497* Cetfe er-reur de Genneté est inconcevable dans un homme qui anbsp;été a Liege, et qui paroJt être au fait de la chose sur la*nbsp;quelle il écrit. Ibid., i Nov. 1779, pag. Sao, et i Avnlnbsp;pag. 548.
Le nom de houille vient dun certain maréchal nommé I^rudhomme le Ilouilloux, qui, dit-on, en fit la dé-«ouverte. On ajoute quun fantóme sous la figure dujunbsp;'^leillard vètu de blanc, lui en inontra la mine.
Tom. I. nbsp;nbsp;nbsp;P
-ocr page 244-( 1126 )
Ce même jour je logeai è, Niarod, village ap-partenant au College dAgrie. Je dinai Ie lende-main a Vatta, chez un noble fort lionnète horame; et Ie soir je fus a Girints chez Ie Comte de Dort',nbsp;et enfin Ie lo , a Monoc (1). Le lendemain de monnbsp;arrivée, nous allames , le Comte et moi, déter-miner la hauteur dune fontaine avec tout lappareilnbsp;de la géométrie.
Ce fut a Monoc que je fis la connoissance du Comte d17;nrm^ Espagnol dorigine, qui demeurenbsp;en Transylvanie : cest un Seigneur très-aimable,nbsp;très-accompli , et qui parle bien francois. Je nainbsp;pas vu de séculiers plus exemplaires, plus pieux.
Quiconque devroit faire en poste le mème voyage que je viens de faire , peut se régler sur le suivantnbsp;dénombrement des postes.
iVicnne. nbsp;nbsp;nbsp;postes. Siloiiva deVicnneaCasï-
Prcsbourg.......4 nbsp;nbsp;nbsp;montagries,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;on
Jalirendorff......i nbsp;nbsp;nbsp;va par
Viselbourg.......i nbsp;nbsp;nbsp;i
Hochstrass....... nbsp;nbsp;nbsp;j
Dorog...... 1
Vcresvar.......1 nbsp;nbsp;nbsp;J
Bude..........i nbsp;nbsp;nbsp;j
Kérepes.
postes.
Saiib....... . nbsp;nbsp;nbsp;I
i. .1
Galgocs.
Rippin. . nbsp;nbsp;nbsp;. . .
Tapolesan.....
Ifitra-Sambokreth.
Vesztenics.....
Baimocs......
Aszod.........I J
Hatvan........1
Rudiio.......
Thuroez-Sainbakz.
Monoc est prés de Tohai , dans la Haute -Hougrie-
-ocr page 245-( 227 )
|
Nolcsova...... |
* Ces deux en-droits conduiseiit | |
|
Rosenberg..... | ||
|
jMokragy. .... |
plutót aCracovie; | |
|
^Nameszto..... |
il laut de lioseii^ | |
|
Petendorf. .... |
berg,prendre sur Petendorf. | |
|
Okolicsma..... |
**Ilny apoint | |
|
Hibes....... |
de poste dans ces | |
|
Lucsiuna. .... |
deux eudrOits. | |
|
Suaboles...... | ||
|
Leutsovia..... | ||
|
Biaczovecz..... |
. . 1 | |
|
Berthot...... |
. li | |
|
Eperies...... | ||
|
Lemesan. ..... |
. . I | |
|
Cassaw. ..... |
.. . ï |
lt;iyongyos.......1 nbsp;nbsp;nbsp;I
Agrie.........i nbsp;nbsp;nbsp;»
3
^Monoc.
Si par la premiere route ou va jusquii Cassovie , On prend dOnod sur Szerens, Tokai, ou plutótnbsp;sur Wilmann et Szina. Ainsi ó!Onod a
Szerens. j. . t . .
Wilmann. ....
Szina. . « i . . .
Cassovia......
Wn de Tokai.
Le 16 Novembre, jallai a un vieux chateau du Comte Andrassy, oü lon fait le vin de Tokai.nbsp;Voici comment on y procédé : on choisit les raisins les plus beaux et les plus mürs j après les avoirnbsp;Conservés quelques jours , on les jette dans denbsp;grandes cuves. Ce qui ddcoule des raisins sansnbsp;fjoon les pressure, sappelle essence. On les foulenbsp;ensuite avec les pieds , on jette quelque autre bonnbsp;vin dessus, et on laisse fermenter le tout. Gest IAnbsp;1 aiissbruch, vinum passurn , aszszu szolobor. Onnbsp;Verse ensuite sur ces raisins quelque autre vin
choisi, qu'on y laisse , jusquk ce quil en ait tiré Ie gout de Yaussbruch. Cest ce quon appellenbsp;inaslas. Les vins orclinaires de ces cantons senbsp;* ^comme ailleurs *, On ne choisit pas les raisins,nbsp;toiu. a^pag^SS; on les foule avec les pieds dès quils sont cueillisnbsp;et jetés dansla cuve 5 on les met ensuite au pres-soir. Ils ont tous une supériorité marquée sur lesnbsp;meilleurs vins de Hongrie. Leur extréme douceurnbsp;ma incommode les premiers jours; jai dü leur subs-tiluer un vin foible et aigre en comparaison. Jai bunbsp;aBude de Yaussbruch deBude, qui étoit excellent 5nbsp;je l'égalois au Monte-Pulciano. Le vin du Bourgnbsp;nommé Tokai, nest pas meilleur que celui denbsp;Tartzal, Mad, Tallya ou Tailya, Szènto , Ke~nbsp;resztin, Liszka, Toltsua et des endroitsdemoindrenbsp;consideration enclavés entre ces bourgs , commenbsp;Golop, Monoc etc. Les Hongrois appellent tousnbsp;ces vins , ainsi que celui de Tokai , vina suh~nbsp;montana. Quelques-uns ajoutent a ces endroits ,nbsp;Patak et Uihelin ; dautres leur disputen! eet lion-neur. On fait ici la vendange Irès-tard, vers lanbsp;mi-Novembre, soit que la nature du raisin craignenbsp;moins la golée , soit que toute cette contrée soit knbsp;Joum. hist, et fabri des vents du nord sous la protection du montnbsp;1*786 pao^igcTètnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;disposition même des vignobles.
11)1. nbsp;nbsp;nbsp;La lie du Tokai communique puissamment son
gout aux autres vins , et sépuise difficilement. Cest dune lie pareille que le Prophete a pris 1al-légorie Verumtainen fcex ejus non est exinanita.nbsp;~ Ce quon appelle essence nest guere potable jnbsp;cest plutót une huile quun vin : on sen sert pournbsp;améliorer les autres vins. On mavoit dit que du
-ocr page 247-Tokai on ne pouvoit faire du vinaigre , a cause
de son extreme douceur. Jen ai gouté néanmoins
qui avoit dégénéré en excellent yinaigre , chez le
Commandant a Bistritz en Transylv'anie. nbsp;nbsp;nbsp;ci-dcr.,
. nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pag. o6.
Turoczi, Hungar. cum suis region. , pug. aog
dit : Celehenimum Europa unwersu Tokainis de
montibus vinum, cui an simile orbis proforat non
immeritb dubitant multi. « Le vin des montagnes
n de Tokai, dit-il, est très-renommé dans IEu-
n rope entiere, et bien des gens doutent avec raison
» sil^en est de pared dans tout 1univers ». Les
Dues de Bourgogne se qualifioient Seigneurs, des
meilleurs vins de la chrétienté. Cétoit le cas d'avoir
la guerre avec les Rois de Hongrie (*).
Le i8 Novembre, ie fis le voyage de Cassovie Vojagelt;3cCss-
/¦rlt; nbsp;nbsp;nbsp;ftnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;sovie,
(Lassaw) : nous passaines par Szanto, bourg con-sidérable et renommé pour Iexcellent vin que ses collines produisent. Nous dinames k Gons-ruzka arrivaraes a Cassaw dassez bonne heure,nbsp;quoique nous 1'ussions partis fort tard , et quenbsp;Cassaw soit éloigné de Monoc de i8 èi 19 lieuesnbsp;de F ranee.
Cassaw (les Allemands disent Kaschau, les Hongrois ATössa, les Slaves ATassice) est une videnbsp;très-considérable pour ces contrées (on peut voirnbsp;la-dessus la Chorographiam urbium Hungar. a Szer~
(*) Vide Dissertaiionem pliysico-cJiymicó-medicam de -vino Tohaiensi , a Sainuele Dombi , 1^58. De no- Utt., i Juin 1786,nbsp;rninïbus et loco natali , pag. 5. De generibus et causis Pag- 188.
'uarice bonitatis , pag. i3. De principiis cbyinicis , pag. a6. De usu in homine sano , pag. 34.; in a;gro ,
R a
dahelyi, pag. i49 , et Turoczi, Hmgar. cumsuis regionibus, pag. i'ji). Léglise paroissiale est bellenbsp;et antique : elle rempoiie sur bien des cathédrales.nbsp;Larsenal est passable : les fortifications , partie anbsp;lantique, partie a la moderne , sont peu impor-tantes. Léglise des Dominicains est assez belle,nbsp;IMoire college nest pas beau : Ie Recteur est Ienbsp;P. Fodor, horome dune piété et dune mortification. éclatantes, très-huraain , tvès-bienfaisant etnbsp;Irès-poli. Quoique je demeure h Monoc, ]e suisnbsp;attaché au college de Cassa-w, ou je serai souvent,nbsp;II y a une université peu considerable, qui est auxnbsp;Jésuites, Cassa-w et Tirnaw étoient les plus céle-bres universités de la Hongrie : Joseph II les anbsp;presque toutes abolies (Reflexions sur cetle abolition, Journ. hist, et litt. , i Décembre 1782 ,nbsp;pag. Sao)., Jai vu a Cassaw un Slinx, petit crd-^nbsp;codile, qui demeure toujours petit. Je Ie pris da-bord pour quelque lézard indien. Voyez Ie Diet,nbsp;de Trévoux, art. Crocodile.
Le If), jallai avec mes co-exiles, Roussel et Leclerc ( 1 ) ^ k Sdoban, chez le Pope , lequelnbsp;nous requt avec beaucoup dempressement, se re-vètit de ses habits sacerdotaux , nous fit voir lé-glise , les vases sacrés , les saints mysteres etc., etnbsp;me fit présent dun pain destine a la consecration.nbsp;Comme il nous vit partir dans le carrosse du Comtenbsp;de Doria. six chevaux, ilsimagina quenous étionsnbsp;des gens dautorité, qui pourroient faire la fortune
Jlort missionnaire,
-ocr page 249-ses fils; il nous les recommancla beaucoup, ei je fus bien faclié de ne pouvoir les aider. Ces Grecsnbsp;suivent leur rit, raais ils soiit unis avec Rome.nbsp;Leur liturgie est en sciavon : ils sont Russes d'ori-gine; on les appelle Russnaken. Leur évêque quinbsp;ést a Muncatz , tache détablir Ie célibat parmi lesnbsp;prêtres. Jai déja paiié des Grecs et des Russiens,nbsp;pag. z34 et suiv. Ces Russiens sont unis de bonnenbsp;foi k lEglise Romaine, ainsi quun grand nombrenbsp;de ceux qui sont en Pologne. Voyez Synodus Ru-thenorum Eccl. Zamoscia; tj%0, edit. Roinae lyzo,nbsp;dicata Benedicto XIII. Un de ces bons Russiens unis me deinanda si en effet il y avoit péchénbsp;a fumer du tabac? ce qui me fit croire que Tim-pertinence, que rapporte Voltaire dans son Histoirenbsp;de Charles XII, est un fait réel. Un Transylvainnbsp;me demanda la même chose k Dées.
Nous revinmes Ie 21 a Monoc,\Q Comte Dori et moi. Nous fimes la route en quatre heures ,nbsp;ayant change deux fois de chevaux. Nous vimesnbsp;de loin Taliya, un des bourgs fameux par Ie vinnbsp;de Tokai,
Le 12 Décembre, je me rendis au sommet dune montagne voisine de Monoc, ou sont les carrièresnbsp;du Corate. Jy ai vu les pieces dun tronc darbrenbsp;admirablement bien pétrifié dans ces carrières ;nbsp;et jai dessein den porter une piece au.x Pays-Bas.nbsp;Cette montagne , qui est dégagée de tous cótés ,nbsp;jouit dune belle perspective. On voit de la Tart-zal, Tally a et plusieurs endroils distingués par lesnbsp;vins de Tokai. Tally a est ün bourg fort consi-dérable.
p 4
-ocr page 250-(230
pig. 5gt;
Le i3 , nous allames voir Ie chateau du général Andrassy. Ce chateau est assez beau pour ces con-(rées, ainsi que le jardin, qui est néanmoins fortnbsp;inculle, Ce Seigneur demeure a Beller, prés denbsp;Rosnau. Cest le plus affable et le plus populairenbsp;de tous les seigneurs Hongrois que jaie vus. Nousnbsp;vimes aussi les caves du Comfe , qui sont éparsesnbsp;ca et 1^ dans le village ; elles sont creusées dansnbsp;' Voyezó-rler., unc terre argileuse , comme celle de Chella H
y en a de deux étages ; un de ces caveaux con-tient 35 pieces ^aussbruch de Tokai, ce qui dans dautres pays feroient un trésor inestimable.
3ai eu plusieurs conférences avec un mission-naire Polonois gt; le P. Szobcck, dune familie Hon-groise distinguée : il étoit envoyé par la sacrée Congrégation de Propaganda, en Laponie. II ennbsp;trouva toujours fentrée fermée par les Russes,nbsp;L'Impératrice Catherine et ses ministres le trom-poient lour-k-tour. Un séculier Polonois, nomménbsp;Siernicki, homme zélé, y pénétra avec i8 compagnons, et commenca a instruire ces peuples quinbsp;sont si ignorans et si brutes, que dans certainesnbsp;conirées ils adorent les cochons. Les nobles fo-jnentent cette ignorance et ce paganisme , pournbsp;tirer de ces peoples un plus gros tribut a titre dido-latrie, On peut voir sur ce sujet un discours pa-ihétique dans les ouvrages de Pierre Martyr, ambassadeur de Ferdinand et dIsabelle. Les Grecsnbsp;nont pas plus de talent que les Protestans pournbsp;convertir les nations. Les Moines restent dans leursnbsp;cellules, et les popes cherchent a vivre et anourrirnbsp;Jeurs families,
-ocr page 251-Le mêmemissionnaire v'ülesKalmoucs} ils sont idolatres, même ceux qui sont dans larmée Russe.nbsp;Un de leurs chefs demanda a ce missionnaire silnbsp;vouloit voir le dien des Kalmoucs, et il lui montranbsp;ensuite une petite figure enveloppée de rubansnbsp;rouges , enfermée dans un coffre. Les Russes senbsp;facherent tout de bon cbntre ce missionnaire et sèsnbsp;compagnons de ce quils avoient montré le Crucifixnbsp;h ces peuples, disant que ces chiens néioient pasnbsp;dignes de regarder le Dieu des Chréliens,
Les Russes nont pas encore recu le Calendrier Grégorien; maïs lImpératrice Catherine en pressenbsp;la réception (1). Hcerelicis, dit Strada , Romanumnbsp;Calendarium respuentibus , toto coelo , atque annonbsp;errare toto, grave non est. La reformation du Calendrier, fait unhonneur infini a 1Eglise Romaine;nbsp;honneur sanctioned par tons ses ennemis. Lesnbsp;Grecs unis nont pas encore recu ce Calendrier :nbsp;les Luthériens et les Calvinistes ont été plus sages.nbsp;La distribution même des Evangiles est la mêmenbsp;pour les Dimanches chez les Luthériens que cheznbsp;les Catholiques, au moins dans la Hongrie.
Le 21 Décembre 1767 , mon éleve étant tombé malade, et paroissant absolument hors detat denbsp;faire ses études, je me prépare de nouveau a quitter la Hongrie ; et si le Maitre souverain de nosnbsp;destinées ny met obstacle, je retournerai dans manbsp;patrie. Mais je le vois, la chose trainera en longueur, litioraque Ausonice semper recedentia refrö.
Le 2(), je partis pour aller a Pataclc, avec Mr. de
Elle na pas réussi.
-ocr page 252-Zumai, Vicomte on Lieiitenant-Gouverneur tlu Comté de Zemplin. Nous passames a cole de Mad,nbsp;un des bonrgs du pays de Tokai, Nous logeamesnbsp;a Tolsua , dans une belle et spacieuse maison ,nbsp;appavlenante a un parent dp Vicomte. Nous con-versames au-dela de niinuit avec un Calviniste Go-marien, fort honnête liomme, et un autre, Armi-nien , qui parloit peu , raais qui ecouloit avec unenbsp;avidite extréme. Le Gomarien avoit beaucoup lu,nbsp;et defendoit sa secte avec assez de moderation.nbsp;Jattestois sa conscience, quil ne croyoit pas fer-meraent les dogmes de Calvin : il hésila, et Ias-semblée en fut étonnée. II dit ensuite quil croyoitnbsp;les dogmes , autant quils sont confornies ti 1'Ecri-ture. Mais doii vous viennent les preuves denbsp;cette conformilé ? Par la lecture de 1Ecriture,nbsp;un esprit droit etc. S. Paul navoit-il pas lu 1Ecriture 7 Avoil-il 1esprit moins droit etc. 7 Quenbsp;Act. 26, V. 6, dit-il néanmoins7 Et ego quidem existiniaveram menbsp;adversüm nomen Jesu Nazareni debere multa con-traria agere. Mon horame vouloit sappuyer desnbsp;Luthériens ; je lui dis ; Vous navez rien de com-mun avec les Luthériens , que la guerre que vousnbsp;faifes contre Rome. Les Francois et les Turcs sontnbsp;unis a-peu-près de la mème facon quand ils fontnbsp;la guerre a lAutriche etc. II convint que Ia com-paraison éloit exacte.
Une chose digne de remarque, cest que les Luthériens sont mème plus ennemis des Calvinisfes que des Calholiques, nonobstant tout ce que lesnbsp;Calvinistes ont fait pour les adoucir. Cest sur-loutnbsp;la predestination calvinienne qui les irrite : lis la
-ocr page 253-regardent comme un turcisme, et comme un principe certain dathéisme et dirréligion, ce quelle est effectivement. Maïs que penser du livre de leurnbsp;Patriarche, de sengt;o arhitrio ? Nesf-ce pas un alliénbsp;des Calvinistes ?
Le P. Gauthier, dans sa Chronologie , attribue aux Calvinistes loo heresies. Le P. Feuardent,nbsp;Docteur de Paris leur en donne i4oo, dans unnbsp;livre intitulé : Theomachia Calvinistica, Si oiinbsp;compte toutes les consequences, les scholies, lesnbsp;corollaires ; si on anal}^se les principes etc. , cenbsp;nombre peut être exact.
Un Calviniste grossier me dit que si le Corps de Jesus-Christ étoit aussi vaste quune montagne, lesnbsp;Catholiques lauroient déjii raangé. Leurs ministresnbsp;les aveuglent par de pareilles sottises. Sumit unus,nbsp;sumunt mille ¦, quantum isti, tantum ille, nee sumptusnbsp;consumitur. Nulla rei fit scissura etc.
Le lendemain 3o, ayant vu en passant le fameux mont Tolcai, nous fumes avant midi a Patack.nbsp;La forteresse en est déraolie ; elle avoit éfé batienbsp;par le Prince Ragocsi. Les Trinitaires y ont unenbsp;Maison, ainsi que les Jésuites: nous ny enseignonsnbsp;que trois classes , les rudimens , la grammaire et lanbsp;syntaxe. Le 3i je fus voir cetlejeunesseassemblee,nbsp;qui est très-respectueuse et fort timide. II estaisénbsp;de se lattacher et de la bien élever.
Patack et Debreezin sont les Genere de la Hon-grie. Les Calvinistes ont k Patack un college cé-lebre et bien fréquente. Je fis une visite au doyen de leurs professeurs , qui est un brave homme. 11nbsp;est excommunié, paree que ses voyages et son ex-
-ocr page 254-X. 3, C. 3.
périence lui ont fait perdre Ienthousiasme calvi-nien. II se nomme Ccécsi ; il se plaignoit avec larmes de ce qne des voleurs lui avoient enlevénbsp;quelques centaines de ducats , tandis quil ne saf-flige pas de la perte de la Foi, quil avoue ne senbsp;Th. a Kemp., trouver pas dans sa secte. Pro modicd prcebenddnbsp;longa via, curriiur : pro ceternd vitd vix pes semel anbsp;terra levatur. II avoue quil a été tenté de se con-vertir a la lecture de VExposition de la Foi, parnbsp;Bossuel. Jai appris depuis quil étoit mort Ca-tholique.
Les Russiens unis sont en grand nombre a Pa-tack : iai vu leur église , qui est peu de chose. Le pope , qui est un homme lettré et un zélé Ca-tliolique Remain , voulut me montrer les saintsnbsp;mysteres; mais je le refusal, disant que je les avoisnbsp;vus une fois pour minstruire d'un rit respectablenbsp;dans 1Eglise , mais que dorénavant je ne me per-mettrois pas que de si augustes Mysteres servissentnbsp;de matiere k ma curiosité.
LEvêque Russien de Munkats a plus de 1020 paroisses sous sa jurisdiction -. grand nombre denbsp;ces Grecs unis sont Hongrois. La forme de lab-solution est la même que chez nous, même cheznbsp;les Schismatiques de ces contrées. Ceux-ci retran-chenf seulement ah omni vinculo excommunica-tionis etc. Elle est aujourdhui jiidicatoire dansnbsp;presque toutes les sectes delOrient. Les prêtresnbsp;ne récitent leur Bréviaire que les jours oü ils disentnbsp;la Messe : il est en langue russienne et imprimé ennbsp;Pologne. IIs se servent de la lithurgie de S. Chry-soslome, de S. Basile et de S. Grégoire de Na-
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ziaaze. Ils chantent la Messe aussi-blen que les Romains; maïs Ie chant de ceux-ci a quelque chosenbsp;de plus auguste , do plus touchant. II est a re-marquer que presque toutes les nations et toutesnbsp;les sectes chantent les louanges de Dien,
Etant a Patach, jallai aussi voir Ie Comte Szen-nejr, oncle de la Comtesse Andrassy, colonel dü régiment de Rodolphe Palfi : cest un militairenbsp;liès-pieux et bien exemplaire. II ne faisoit quenbsp;passer par eet endroit : il est frere de la Comtessenbsp;Doii. Le Corate Dori est capitaine et gouverneurnbsp;du Comté de Zemplin, et un des sept juges de lanbsp;Chambre de Pest. Jai eu plusieurs conversationsnbsp;avec lui : cest un Calvinisle converti, et le meil-leur Catholique que jaie vu en Hongrie, après le.nbsp;Comte dYbarra.
1768.
Le 2 Janvier 1768 , je revins h Monoc, après avoir diué h Liska, chez un Paulin , aumónier dunbsp;régiment de Haddick. Le lendemain jécrivis auxnbsp;PP. de Patack pour les remercier.
Heu ! quam terrihilis. Boreas ululavU ab arcto,
Et teneros laceravit jiix tenuissima vultus !
Et si non bundam (1) accepissem , mortuus essem. Nona fait Monohi potui citm tangere postes.nbsp;Malta salus Patrihus , cuin primis supperiori ,nbsp;Eeheo cui memores animos ; et spiritualinbsp;Et Patri KatoncË , mihi qui bonus inclyta magncénbsp;Fecit amiciticB argamenta y locumque tenentinbsp;Hussaricos inter populos (2) tristesque Croatasnbsp;Eivere raptando assuetos , et vertere cuncta ;
(1) nbsp;nbsp;nbsp;Pelisse liongroise.
(2) nbsp;nbsp;nbsp;Ml'. Schuit, lieutenant de hussards au régimentnbsp;de Zoecsai , qui est eu pension chez nos PP. de Patack.
-ocr page 256-* vide programma causce foren-sis Calv^ities an malum ? Tirna^nbsp;vice, inSG,
Queis superi largd miseris inortalibus uti Concessere maim. Tu , fill mi quoque Brute ,nbsp;Vive , vale et gaude ; gaude me vivere semper ,nbsp;Et {^quoniam bona * Calvities) calvescere semper,nbsp;Lcetari semper, stultescere denique semper.
Le 12 Janvier i'j68 , nous trouvames k Monoc un tas de feuilles de chêne extrêmement bien pé-trifié : on men a donné de pareilles en Liptovie,nbsp;oil ces pétrifications sont fréquenles. Je vis lenbsp;inême jour un pain pétrifié.
Le i4 , je partis de Monoc pour Krasnahoka, chateau considérable appartenant a la familie dAn-drassy. Jeus pour compagnons deux Luthériens ,nbsp;le fiscal de mon Comte et son secrétaire , avec les-quels je vecus enfort bonne intelligence. Ils eurentnbsp;plus degards pour moi que nen auroient eu desnbsp;Catlioliques, et ils écouterent avec docilite ce quenbsp;je leur dis de la Keligion 5 mais nous ne dispu-tames pas même amicalement : ces disputes nenbsp;menent a rien. Ceci me rappelle que passant par lanbsp;Suabe, je dus rire de mes compagnons qui, pournbsp;n'avoir jamais vu encore de Luthériens, leur an-noncoient dupremier abord,quils étoientdamnés.nbsp;Quodcumque ostendis mihi sic, incredulus odi.nbsp;Uor., art. poet.
Nous arrivamesce jour-la a nbsp;nbsp;nbsp;et logeames
chez un officier du Comte Andrassy ; nous y trouvames un petit soupé que notre bonne humeur assaisonna. Modb sit mihi mensa tripes et conchanbsp;sails purl. Hor., L. i, Sat. 3.
Le i5, nous partimes de Halmai après avoir diné, et vinmes loger a Fdsovadas, chez le Baron
-ocr page 257-de Mesko qui nous recut ainsi que Madame , avec toute la cordlalité imaginable. Ce village estnbsp;presque eniiérement compose de Russiens. Lenbsp;pope nous avoit déja accordé sa raaison , lorsquenbsp;le Baron nous re9ul. Ce Seigneur est extrêmementnbsp;pieux 5 il se cont'essa le lendemain, communia etnbsp;me servit la Messe avec une dévotion exemplaire.nbsp;11 a fait tout au monde pour mavoir cliez lui:nbsp;iaurois bien voulu y aller pour quelque tems; maisnbsp;le Comte Andrassy ne le permit pas,
Le i6 nous AïnsMXQS h. Szentiakab (St.-Jacques). Mon fiscal voulut bien faire maigre avecmoi, cafnbsp;cétoit un samedi; mais son secrétaire se cacha pournbsp;manger, a ce quil dit après, dun poisson d quatrënbsp;pieds. Notre diner consista en deux oeufs, et unnbsp;\erre de vin assez mauvais. Mais jaime a menbsp;trouver ainsi avec peu de chose, vis-a-vis dunenbsp;assiette de bois et dun pot de terre au défaut dunnbsp;verre. Ma philosophic me sert a merveille dans cesnbsp;circonstances, et sexprime ordinaiiement de ma-niere h se faire un disciple de mon compagnon,
.............Nulla aconita hïbuntur
Fictilibus. Tune illa time, cüm pocula sumes G-emmata , el fulvo setinum ardebit in auro.
JursN. j Sat. 10.
Ce fiscal, brave homme, mayant parlé du pur-gatoire, je lui dis que rien nétoit plus évident que 1existence du purgatoire, puisque Dieu ne damnenbsp;point pour une parole oiseuse, et qu'il la punitnbsp;-ependant. De onini verbo otioso quad etc. II nenbsp;put sortir de Ih; et en eflet il ny a pas moyen dennbsp;sortir. Ces Mrs. triomphent de sêtre faitrecevoir
-ocr page 258-par force enPologneavec les Calvinistes, lesjuifs, les Schismatiques , les etc. LaReiigion Calholiquenbsp;rougiroit de se voir confondue dans un edit so-lemnel avec quelque hérésie que ce soit (*). Ellenbsp;diroit : Quce cowentio 7 Signe évident que toutesnbsp;ces sectes sentent quelles sont coupables , etnbsp;quelles ne prétendent que coinbattre la vraienbsp;Eoi.
Nous vimes dans ce trajet plusieurs églises de Russiens unis : elles sont ordinairement composéesnbsp;de trois tours, Tune plus grande que Iautre. Onnbsp;dit que cestenlhonneur de lasainteTrinité; maisnbsp;pourquoi cette inégalité ? Ces Russiens sont unisnbsp;de bonne foi, ainsi que presque tous ceux du diocese de Miinkats, sur-tout les religieux de S. Ba-sile 5 mais ils tiennent toujours quelque chose dunbsp;génie des Grecs et de leur ignorance, de leur amenbsp;servile etc. Leur extréme pauvreté, et Ie méprisnbsp;que les Hongrois ont pour eux , les rendent vilsnbsp;^ eux-mêmes ; ils ne se disent Russiens quennbsp;shumiliant,
Après midi nous vimes Torna, chateau fameux, mais démoli ; après quoi nous passames par uns
Cest ccpctidanl ce quelle essuie en France, en vertil de Ia Cliarle constitutionnelle de Louis XVIII, de Iannbsp;i8i4, oil il est dit, art. 5 : Chaciinprofesse sa religionnbsp;avec une éghle liherté, et obtient pour son culte la mêinenbsp;protection. Art. : Les ministres de la Religion Catlw-lique jipostolique et Romaine , et ceux des autres cultesnbsp;Chretiens , repoivent seals des traitemens du trésornbsp;'rqyal, (Note de I Éditeur).
belle vallée. On mavoit dit que dans celte vallée Ie vent se faisoit toujovus sentir, lors même que Ienbsp;tems étoit toul-a-fait caline ailleurs. Eneffet, nousnbsp;senlimes , des lentrée , un vent froid et véhément.
Je crois que ce vent sort des montagnes, qui ler-
ment cette vallée au nord. Les maisons qui sont Voyezunemon-
, nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 taane sembla))le
proche de ces montagnes , ne peuvent avoir de ^5 )e jyjmidux fenêtres de ce coté-lk; tant les typlions qui en vlen- subterr. denbsp;nent sont terribles ; ils détruisent même les toils.
Ces montagnes sont un rempart assuré a ces maisons , contre tout vent qui viendroit dau dela.
Journ. hist, et Avrilnbsp;522.
Voyez ci-devant, pag. 110. Ayant repassé trois fois depuis par celte vallée, Jai remarqué quellenbsp;a un bassin propre h. réfléchir Ie vent en toutnbsp;sens. Gergo, ou Ie vent est des plus forts, estnbsp;justement situé dans Ie foyer de cette espece denbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
miroir concave formé par une montagne haute et ^ escarpée.
Nous couchames h Almas chez Ie Cure, avec un Capitaine de hussards , fort honnête homme. Cenbsp;Cure a étudié a Rome, et aime extrêmement lesnbsp;Jésuites : il est néanmoina froid et nourrit peu lanbsp;conversation.
Nous parlimes Ie lendemain 1 , après que jeus dit la Messe k une compagnie de hussards. Nousnbsp;primes 8 chevaux pour franchir une grande montagne; mais une somme de i6,ooo florins ennbsp;argent avoit tellement donné du poids h notienbsp;Voiture , quil n'y eut pas moyen de monter :nbsp;li fallut déballer et emraener notre trésor en troisnbsp;fois.
Nous arrivames un peu après midi a Dernö (1), village appartenant au Comte Andrassy, qui a lanbsp;une fonderie et un vieux chateau de bois qui nenbsp;laisse pas detre habitable et assez commode. Jynbsp;occupe son appartement, et y serai tandis que jenbsp;demeurerai aux environs de Krasnahorka, quenbsp;nous irons voir demain 19.
Le 19 Janvier 1768 , jallai a Rosnau , oü nous avoirs une residence. Nous dinames a Varalya,nbsp;bcurg appartenant k mon Comte , situé au piednbsp;du chateau de Krasnahorka. Je ne pus monternbsp;jusqua ce chateau; le chemin qui y conduit etoit,nbsp;en ce moment, trop glissant. Vers 3 heures aprèsnbsp;midi', jarrivai a Rosnau.
Rosnau, qui depuis a été érigé en Evêché, est un bourg considerable et bien bati, avec une placenbsp;grande et réguliere. Au milieu de celte place estnbsp;réglise des Jésuites, que les Luthériens furentnbsp;obligés de batir, pour avoir contrelait les pesti-férés lorsque 1Archevêque de Graan, qui est Seigneur lempoiel a Rosnau , voulut leur rendre visite. On peut voir celte plaisante histoire dans lenbsp;P. Turoczi {Hungaria cum suis regionibus). Lesnbsp;Récollets y ont aussi une Maison que le feu vientnbsp;de dé vaster. Les habitans de Rosnau, et sur-toutnbsp;la jeunesse que jallai voir assemblée dans lesnbsp;classes, sont dun bon naturel, polis , dociles, res-pectueux, comme sont en général les Hongroisnbsp;des montagnes, qui pour la plupart sont Slaves.
Les Hongrois prouonccnt 6 coimne-ea. Dern 'u Derneu ; Torock , Teureuch , etc.
-ocr page 261-Léglise paroissiale est vaste : on l'a reprise aux Luthériens qui s'en étoient emparés. On voitnbsp;dans une cliapelle qui joint celte église , dasseznbsp;belles peintures, qui composoient Taulel des Lu-*nbsp;thériens ; on y voit lImage de S. Jean lEvai^gé-liste, et celles de quelques autres Saints.
Les Luthériens ainsi que les Calvinistes se crolent grandement déslionorés , lorsque'quelquun desnbsp;leurs embrasse la Religion Catliolique. Ils se pré-immissent mutuellement contre cette seduction ,
¦comme ils lappellent, par tons les moyens possibles et les plus capables de perpétuer lerrein dans leurs lamilles.
Les Calvinistes , qiioique moins traitables et plus ennemis des Catholiques que les Luthériens,nbsp;ainsi que nous lavons déja observé, deviennent,nbsp;quand ils se convertissent, de meilleurs Catholiques que les Luthériens. Ils sont plus savans ,nbsp;plus zélés pour leur secte, et croient avoir plus denbsp;raisons de se tenir séparés de 1Eglise Calholique.
Les mêmes qüalifés ont fait de Paul un grand Apó--tre. Existimabam me adversüs nomen Jesu Naza^ Act. 26, T, q. reni deberc inulta contraria agere. Les Luthériensnbsp;sont plutót tolérans, et les tolérans ne se convertissent presque jamais sincérenient. Ils sont aussinbsp;plus indolens et plus mous.
On me monlra u Rosnau différens minéraux lirés des mines de Smelnitz ou de celles du généralnbsp;¦¦indrassy , entrautres un morceau de fer très-remarqfiable , qui semble prouver évidemmentnbsp;Hue les minéraux se forment de la maniere que jenbsp;lai dit, foi. Sy 3 Crit, Fernmi istud adpuritatem
a iiaturd excoclum, veri stillicidiifixi naturain^or^ mamque rcjerehal. Lac i'eiri vocari solet. AUudnbsp;frustum vidi in Demo, sed miniis exceUens.
J'ai vu a Rosnau deux barometres exfraordi-naxres , une grenouille verte , et un poisson peu connu aux Pays-Bas, quoiquon en troiive dans lesnbsp;Voyezlt Diet, lïiai'ais de la Campine (1). Les HongroisTappellentnbsp;geegr., art. Da- jp/j/c/c. Conserves dans une bouleille ils annon-
MJBE1
cent Ie tems par différens mouvemens. '
T^erum ubi iempestas , et cceli mohilis humor Wdutapamp;re vias, et Juppiter hutuidus austrisnbsp;Vennat, erant quee raramodb, et quee densa relaxat jnbsp;J^ertuntur species animomm , et pectora motusnbsp;Nunc alios, alios , duin nühila venlus agehat
Concipiunt : hiiic elc................
Gmórg. l. I.
............ Et lorsque ces vapeiirs
j nbsp;nbsp;nbsp;Doii naissent tour-a-toiir Ie froid et les clialeurs,
Ou des vents incoiistaiis lorsque Iliumide lialeiiie Cliajige pour nous des cieux riiifluence iiicertainejnbsp;Les êtres animes cliangent avee Ie tems.
Ainsi etc..................- . .
Delille, trad. des Géerg,
Ce poisson se conserve aisément en vie. Si Ton ]elte sur 1eau dans laquelle il nage, une couchenbsp;dhuile dolive , il devient extrêmement gros, LefSnbsp;Korigrois mangent ces poissons j maïs cest uftnbsp;panvre régal.
Le 21 Janvier, nous allames , Ie supérieur de
Jcn ai vu aussi a Toumay et dans les environs : oft les trouve prés de lEscaut, dans les fosses creusés pournbsp;Jécoiilement des eaux, dont souvent sont inondées lésnbsp;prairies qui bordent cette riviere. (JVote de lÈditeufi
-ocr page 263-liosnau, Ie P. Varadi et moi, diner a Beller, chez Ie général Andrass}^ , qul nous envoya sesnbsp;chevaux. Le chaleau de ce Seigneur est dans unnbsp;gout singulier , il ressemble a une mosquée. Sonnbsp;épouse est une Comtesse Nadastj, fille du feunbsp;Chancelier de Hongrie. Ce général en appella è.nbsp;mon témoignage pour convaincre le P. supérieurnbsp;de lexistence bien réelle de la fameuse processionnbsp;ü'Echtemach dans le duché de Luxembourg, quenbsp;ce P. navoit jamais voulu croire. II est vrai quenbsp;cest chose presque incroyable et peu conciliablenbsp;avec la majesté du Christianisme. Elle peut figurernbsp;avec le Festum asinorum. Voyez du Cange , etnbsp;laiiecdote rapportée dans nion Dictionnaire géo-graphique, art. Echlernach (*).
(*) » II sy faisoit tons les ans, a la Pciitecóte, une pro-1) cession de danseurs qui reculoieiit dun pas sur trois. )) Elle a été suppiimée eu 17^9, par un dccret de lAr-« clierêque de 'ïve\es, jilacété au Conscil de Luxembourg.nbsp;)) Cette cérémonie singuliere y attiroit beancoup de monde,nbsp;1) et les savaus 1ont critiquée et approuvco tour-a-tour.nbsp;» Les uns la regardent comme un usage ridicule, proprenbsp;)) a seryir de pendant au Festum asinorum (Voyez dunbsp;w Cange, a ce mot, dans mon Biet. hist.); dautres Tontnbsp;n envisagée comme une oeuvre péuible que la siinplicitc ,nbsp;» la bonne foi et vine intention pure pouvoient rendre mé-» ritoire ».nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
)) Quoi quil en soit, nous observerons ici en passant, gt;gt; que cette facon davaucer en reculant dun pas sur trois,nbsp;» a été autrefois en usage dans les pélérinages. La Reinenbsp;tl Catherine de Médicis lit voeu, si elle terminoit heiircu-1) semeut uneentreprise, denvoyer a Jerusalem un pélerinnbsp;gt;1 qui en feroit le chemin a pied, en avanjaut de trois pas,
Je pus en cette rencontre me convaincre de nouveau avec quelle rapiclité gagne et se propagenbsp;la contagion de rirréligron et de rincrédulilé. Lanbsp;Hongrie fourmilie déja de ces pédans impies. Ser-mo eoruin ut canccr serpit. Jeüs done a Beller unnbsp;long entrelien avec Ie plus bóurru et Ie plus impudent des incrédules. A peine éilons-nous a table,nbsp;que son déisme éclala avec tant de fureur contrenbsp;Ie Christianisme , que je doiitai quelque teiiis silnbsp;falloit lui répondre. Je priai Ie General et Ie P. Supérieur de lui laisser Ie tems et la liberté de toutnbsp;dire. Je lui obtins même du General, la permissionnbsp;de proposer, a ce quil disoit, tin terrible argument. Si on la lui avoit ref'usde , il auroit cru avoirnbsp;du supprimer une merveille, et quelques atiditeursnbsp;auroient pu Ie croire comme lui. Lorsquil fut las denbsp;liai'anguer sans être interrompu, je repris son discours a voix basse et dun air fort négligé. La mo-destie et la tranquillité sont des gages de la victoirenbsp;tons'iU ex-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ces sortes de combats. Lenthousiasme gate
j)ers mole ruit nbsp;nbsp;nbsp;3^53] remarquéque les réponses les moins
sud; nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;!nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. Jnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-n
P'im tentperafam etudiees et les plus simples sont les meilleures en dt quoquepro- pareil cas. Ponite in cordibus 2gt;.esfris, non preeme-
fiirnajus, lIoR- « et en reculant dun pas a chacpie troisieme pas. II fut )) question de trouver un homme assez vigourenx pour en-)) trepreiidre Ie voyage, et assez patient pour reculer dunnbsp;)) pas sur trois. Un habitant dc Vcrbcrics , bourg de Pi-» cardie , se presenta, et promit daccoinplir scnqiuleuse-)) inentte vtcu. Iliercmplit avec unc exactitude dont Janbsp;)) Reine fut persuadée par des perquisitions. Ce bourgeoisnbsp;» quiétoitmareband de profession, regut une bonne sommenbsp;» en conse'quence , et fut annobli ». {Note tirie du Biet.nbsp;f^éogr. de lAuteur'^.
-ocr page 265-(Ilian qucmadmodüm respondealis. Ego cnim dabo vohis os et sapientiam cui non potcrunt resistere etc.
Luc. , C. 21. Infanüuin linguasJ'acis esse diserias.
Lanalyse cjue je fis, fut courte ainsi que mes réponses 5 Ie Seigneur daigna me bénir et méclai-rer particuliércment en cette rencontre. Mon pédant ne dit aulre chose , sinon que jétois inalin;nbsp;que je savois donner un tour adroit a ce que je disais ; que f étois un vrai Francois ; quon Ie voyoitnbsp;en tout; que f eusscla bonté dedéclincr mon nom etc.
Je répondis a tout ce!a par une inclination , et
mon nom ne fut pas révélé. Ce champion de lin-
crédulitéay'antdit quilnétoitpas surprenant quun
Jésuite défendit Ie Christianisme et 1Eglise, Cicero
pro domo sud ; je lui fis voir que c'étoit plutót
Cicero contra domuiif suam ; mon exil appuyoit
mes preuves. Si Ie Christianisme est faux , les bons
Religieux ainsi que tous les vrais Chrétiens sont,
comme Ie dit fApótre , les plus malheureux des
hommes. Si in hdc laniüm vitd in Christo sperantes i. Cor.,C. iS.
sumus , miserabiliores siimus omnibus hominibus.
Cest Ie premier impie que jaie vu se declarer avec autant de hardiesse dans une compagnie sinbsp;chrétienne. Ces Messieurs senveloppent oi dinaire-ment, et ne font voir que quelques rameaux denbsp;leurs systèmes ; ils en cachent les conséquences ,nbsp;et tandis que Ie Luthérien, lArien, Ie Mahometannbsp;nvoue sa croyance \ Ie Déiste ou 1Athée n'ose declarer la sienne. Uimpie a dit dans son coeur : II Ihxitimpiusin.
nest point de Dieu : il Fa osé Ie dire de bouche .
. nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/ est Deus, Ore non
^joute S. Augustin , tant sa pensée est in fame.11 suit lt;msii.s est dicpre,
est. Au o.
eet avis d'Horacc ;
-ocr page 266-(^48)
. . jjaeros coram populo Medea trucidet,
jdiit humanapalam coquat exta nefarius ^treus.
Quodcumque ostendis mihi sic, incredulus odi.
Art. poet.
Indignantur enim quihus est equus , et pater et res.
ibid.
Le 23 et Ie 23 il fallut encore diner chez Ie f;énéral : il me fit voir de beanx minéraux de ci-nabre et dargent, une grande quantité de mer-t ure etc. , quil tire de ses mines ; et la fleur dunbsp;mercure qui découle des minéraux avant Tactionnbsp;du feu. Ce fut cliez lui que je vis pour la premierenbsp;fois de la monnoie de Moscovie. Jy vis aussi unnbsp;pigmée , mais beaucoup plus grand et plus massitnbsp;que celui de Stanislas , et que celui que javois vunbsp;A Luxembourg en 1^54 (i) il peut avoir 3 pieds jnbsp;il est agé de 5o ans.
Le 24 je revins a Karalya; et le lenderaain après avoir chanté la Messe en Ia place du Curé qui étoitnbsp;malade (2) , je montai au chateau de Krasnahorka.nbsp;La raontagne sur laquelle il est situé , est grande ;nbsp;elle n est toute entiere quune piece de marbre,nbsp;ct dun beau marbre granit , la plupart blanc etnbsp;rouge. L'architecture de ce chateau est la plus ab-
(i) Jcn ai parlé au commencement de eet Itinciairc.
(3) Cest la seule église que jaie vue en ITongric .saus orgiie, paree quil venoit detre de'tniit par uu incendie.nbsp;Lesorgues sont TU:ce.ssaires enHongr-ie, p.arceque le plaiu-cliant V est presque par-tout ignore : Torgani.ste cliantcnbsp;comme il lui plait. ou plutót comme il plait a Torgue; carnbsp;il tiiclie daccorder son chant avec ce quil fait jouer.nbsp;Lorgue releve ])ourlant ce pauvre chant, sans quoi j«nbsp;namois guere pu tenir a TAutel.
-ocr page 267-( 2^9 .
Horat.
suMe quon puisse imaginer; Dédaie n'en trouveroit jamais Tissue. On y voit i3 k i4nbsp;pieces de canon. Les peintures et les inscriptionsnbsp;Tont voir Theureuse simplicité dans laquelle vi-voient les Magnats Hongrois il iTy a que dix ounbsp;vingt ans. Damnosa quid non imminuit dies ! Lesnbsp;Hongrois ne connoissoient guere ci-devantles aisesnbsp;et les commodités de la vie, encore moins la splendour des edifices 5 je nai vu dans ces canlons ninbsp;portes, ni lils qui lussent proportionnés k Thomme.nbsp;II faut se réhécir et sapetisser nuit et jour, lorsnbsp;même quon nest pas grand.
Ce même jour je fus de retour dans mon ai-mable hermitage de Demo, oü je serai quelque tems seul avec mes livres et mes papiers. II ny anbsp;personne dans tout Ie village aqui je puisseparler,nbsp;excepté la femme du Hafdeihler qui sait un peunbsp;dallemand. J'aime eet état par la même raison quinbsp;me dégoüte de la conversation des hommes. J'é-crivis aussi-tót au P. J^aradi mon ancien ami ,nbsp;pour reraercier les PP. de Jdosnau, des auiitiésnbsp;quils mont faites (i).
(I) Comme les PP. de cette province aiment a menteiidre réciter des vers, je'crivis ceux-ci:
* Psalm. Laudato pueri, sa-piüs Rosnaviw recantatus.
Utpueri , laudo Dominum *sed te quoque noster Laudat amor , quód me Gallis e civibus uninn ,nbsp;Omnibus ejectum regionibus , omnium egenum,nbsp;Mure , domo sociare bonus consenseris ,atquenbsp;De larihus migrare tuis , proprioque cubilinbsp;Ponere proscriptum corpus. Quis talia fandonbsp;Non celebret ? Tiim qua; totiès mild Candida lactisnbsp;Pocula j Cafaeique dabas , ubi.lucifer umbras
-ocr page 268-( 35o ) ces contr
et dès-lors lort officieux, ce qui me ren-
Voycz Cfquot; nbsp;nbsp;nbsp;Les ha])itans de ces contrées sont la plupart
Jlous avons dit ci-
dei^ant
lesililTéreiitesna- [iroit ce séjour fort agréable , si ie pouvois leur
tionsqnihalntcnt nbsp;nbsp;nbsp;n nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i n'
laHongrie. palier, lls aimcnt lös Fretres et les Keligieux : ils sont plus pieux quc les Hongrois proprement dits ,nbsp;et noiit pas l'horrible coutume de blasphemer Ienbsp;saint nom de Dieu , laquelle est extrêmement en-racinée chez les Hongrois. Je naime pas a voyagernbsp;avec ceux-ci, lors mème qu'ils me prennentnbsp;par amitié, a cause des blasphemes horribles quilnbsp;faut entendre. Les Hongrois sont véhémens et ou-irés dans toutes leurs expressions. Les choses lesnbsp;plus ordinaires sont ad horrorcm , ad horripilatio-
Terfuerat, radiisque novis solpinxerat orhein, ?
* R. P. Reet.
* De Testhno-vio Josephi ocris fUsputatio, at om-nis irw, o fjènsce-qne aut ir.juruenbsp;expers. Sed oin^nbsp;nes disputationesnbsp;jam- nauseo , etnbsp;pot LUS omnia con-redo.
Tres amahiles eorivLcfores Szeut
* Renooatio vo^ 'lorum.
Quam mea depinxit non uno munere vaster Pectora supperior * , maneo qui nomine tantumnbsp;Pimidium Recti , Rectum sed rs tenet omne.
Sit Patribus studium notum , mea nota voluntas Omnibus : et Patri Kovacs spondere mementonbsp;JSlon allo postliac rapido certamine pacisnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Fcedera corrumpenda * ; nee inter hilaria Bacchi Pocula Tisiphonem mixturam jurgia linguce ,nbsp;Quamuis innocua , et doctis illustria rebus :
Ante Ararim Parlhus j hihet aut Ocrma7iia Tigvim.
Sunt niiliF sunt etiam tua dulciapignora cordi, Pignora hina * , sed imprimis tua maxima cura ,nbsp;Pojsque mece queedam , si vis , Antonius... ocionbsp;Post soles f ni fortè octo labantur et octonbsp;Ex casu , me riirsüm haheaX Rosnavia civemnbsp;Gaudentem , vel dispeream. Sic nü placet illenbsp;Ante alios omnes locus. Hw , sinile hüc mea vota *nbsp;A Gallis damnata feram. Sine denique nohis ,nbsp;Ibadislae ^ tuo nonnulla inpectore pars sit.
-ocr page 269-nem. Horrendh me amat, cest-a-clire , beaucoup, Taiiaricè , diabolicè vastarc , cest gronder ou trapper légérement. Quid Tartarorum ? Diabolica ip~nbsp;sius mater etc., sont des expressions exlrêinementnbsp;fréquentes. Un Gure des environs de la Theiss menbsp;louant un jour son cheval, dit je ne sais combiennbsp;de fois : Diabolica ipsius mater. II y a de ces blasphemes que l'enfer seul peut avoir composes, ounbsp;1'impureté et la rage centre Ie Ciel se disputent hnbsp;qui aura Ie dessiis, Deus judex Justus, fortis etnbsp;patiens ; numquid irascitur per singulos dies ?
Un célebre Cordelier de Misfcolcs, mort depuis peu en odeur de sainteté, avoit coutuine de des-eendre de la voiture, quand il entendoit ces horreurs , et de prier quelque tems a genoux. Un journbsp;en seigneur lui dit : « Mon Pere, si vous descen-» dez autant de fois que vous mentendrez blas-» phémer , nous narriverons pas alijourdhui anbsp;» Miskolcs n.
Les Cordeliers ont un College a Miskolcs, bourg considerable oü jai été , et qui est a 8 lieues denbsp;Monoc , Ie P. dont je viens de rapporler Ie traitnbsp;ci-dessus étoit de cette Maison, et sapp.elle Kele -men. On dit que son corps est encore entier anbsp;Miskolcs : on travaille ii sa canonisation. Mr. Fay,nbsp;*ioble Hongrois et frere du Jésuite de ce nom ,nbsp;gt;T^ort dans les prisons de Portugal a , depuis peunbsp;lait serment avec cinq autrespersonnes, qu'un journbsp;d avoit vu un globe de feu fort éclatant sous unnbsp;arbre a une distance considerable.de sa maison,nbsp;cl que sy étant fransporté aussi-tot en carrosse , ünbsp;y avoit trouvé Ie P. Kelemen en priere, et que
-ocr page 270-pour lors le globe avoit disparu. Ce pbenomene a pu être naturel, mais les circonstances le rendent
bien reraarquable.....Saint Gregoire setant caclié
pour nêtre point placé sur le trone pontifical, 1'ut decouvert par Tapparition dnn globe de feu. Sul-pice-Severe rapporte que la tête de S. Martin anbsp;paru brillante dun globe de feu. Voyez 1'Ouvragenbsp;de Zeinzcr sur des météores de ce genre , et lenbsp;Journ. hist, etlitt., i5Nov. 1782 , pag. 4fifi*
Le 3 Février je fus encore a Bosnau ; le 5 j'y renouvellai mes voeux de Religion , et le 10 je fusnbsp;de retour a Demo.
Le 15 et le 16, je passai le carnaval a Varalya, cliez Tadministrateur du Comte Andrassy. Cestnbsp;la seule fois que jaie fait une course en traineaunbsp;cette année. II ny avoit presque plus de neige, etnbsp;Ton pourroit a peu-près aller de cette sorte en.nbsp;traineau k la S. Jean 5 mais cest la A'^oiture chérienbsp;des Hongrois.
Jai remarque durant ces petits voyages , com-bien les Hongrois agissoient simplement, sincé-rement et sans aucune ostentation damitié , sans empressement etc. Tel homme qui ne vous regar-dera pas seulement lorsque vous entrez chez lui,nbsp;ou qui vousdira fioidement de vous asseoir, sansnbsp;toucher son bonnet, vous donnera un diner ma-gnifique, et vous remerciera bien sincerement denbsp;Iavoir acceptej quod se humiliaverit (il est vrainbsp;quit faut s'humiliare pour entrer chez eus); il vousnbsp;remerciera, dis-je, et cela les larmes aux yeux, ounbsp;bien A'isiblement le cceur sur les levres. Cela vautnbsp;bien nos raffinemens , nos affectations, nos révé-
-ocr page 271-rences cadencées, nos protestations plelnes de du-plicité et de mensonge. Avant.de connoitre cette qualité des Hongrois, jétois souvent fort mal knbsp;mon aise , et mimaginois mille liistoires dont jainbsp;ri ensuite.
Le 19 Février , je revins de Demo a Monoc.
Arrivés a Bakatza, nous y passames la plus mau-Vaise nuit quon puisse passer. Nous vinmes ensuite a Vcndegy, oü les juges du Comlé de T.orna étoient assemblés, et tenoient leur séance dans unenbsp;pauvre cabane. lis eurent une avidité extreme denbsp;me voir et de me parler . ils minterrogerent surnbsp;une infinité de points. II y avoit parmi eux unnbsp;Calviniste, fiscal du Prince Esterhazy, qui savoitnbsp;Un peu de francois. On me paria de Fehronius,nbsp;de VEsprit des Loix, des Lettres Persanes etc.
Toutes ces pestes sont déjk connues enHongrie , et ces Messieurs les avoient lues. ün autre livrenbsp;a la mode dans ces pays-ci, -cest Bélisaire, dontnbsp;il ny a néanmolns que le quinzieme Chapitrenbsp;qui soit mauvais et infecté de Iindifierentisme,
Voyez le jugement de Fróron sur tout louvrage, ann. litt., zj68, ri°. i. Jai trouvé depuis aunbsp;Grand-Waradin le livre de \Esprit avec des notesnbsp;de Godscbeden pires que louvrage quelles expli-quent, Leipsig, lySo , et en Transylvanie , lesnbsp;Matinees du Hoi de Prusse ; la Philosophie du bonnbsp;*ens etc. Serino eorum ut cancer serpit.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Clef da Cabl-
Le 26 Février, je partis de nouveau de Monoc avec le pere de mon éleve. Les neiges étoientnbsp;Lautes , et nous fimes en traineau le plus rapidenbsp;des voyages. Etant partis k 6 heures de Monoc,
-ocr page 272-nous lümes renJus avant une heure h Derno. II y a 30 lieues dun endroit a I'autie: nous cliangeamesnbsp;qua're Ibis de clievaux. A Szentiakab nous pen-sames périr au pont Ie traineau en avoit dépassénbsp;Ie bord, el nous nous crümes perdus, ainsi que lesnbsp;paysans qui nous regardoient. Mais la force dunbsp;mouvement horizontal, et la forme du traineaunbsp;qui se terminoit en pointe , nous relirerent desnbsp;bras de la mort. Mon Comte qui prétendoit ne rieiinbsp;craindre, ne cessa de me répéter cette aventure.
II me fit reniarquer en chemin la vallée que S. Ladislas, poursuivant les Tartares, doit avoirnbsp;franchie dun saut. On dit quon voit encore marqués sur Ie roe de la montagne opposée les vestigesnbsp;des pieds de son cheval {1). Dautres disent que ,nbsp;poursuivi par les Tartares , il leur échappa par Ienbsp;moyen de ce vallon qui se forma en un instantnbsp;par la rupture de cette montagne.
Le 1®'. Mars, nous allames diner a Varalya, après quoi nous montames au chateau de Krasna-horka. Le Comte y a une bibliotheque très-richenbsp;pour ces cantons. Jy trouvai plusieurs livres fran-j^ois, enlrautres un ouvrage très-curieux et très-hardi, les Amours de Zéokinuzul, Roi des Kofi-rans. Je naurois jamais cru quon osat imprimernbsp;un pared ouvrage sous les yeux du Prince, dontnbsp;on décele les foiblesses. II est dit que ces anecdotesnbsp;sont tirées des écrits de Mr. Crébillon. Si cela est
Voyez au-dessus du village de Couillet, prés Charleroi, ce quoii nomme le pied oii le pas Bayard : cest cxactement le pendant de cette liistoire. [Note de lJidi-teur).
-ocr page 273-vrai, on ne peut altrilnier qu a Téditeur les calom-nies , les impiétés, les contradictions maniCestes. dont ce livre est rempli; par exemple, dans lanbsp;même page (43) , les Francois souhaitent et de-testent Tintrigue du Roi avec une peisonne de lanbsp;Pour.
Le vrai est, que Crébillon flls , auteur de Tan-zai^ du Sopha et de quelcjues autres romans las-cifs et impies, est auteur de Zéokinuzul. Lauteur des Ttois Sledes lui altribue aussi les Lettres de lanbsp;Marquise de Pompadour. Mais que dire des lettresnbsp;de plusieurs seigneurs encore vivans, cjuon vientnbsp;dajouter dans une nouvelle édition , qui sont desnbsp;réponses a celles de la Marquise, ou des lettresnbsp;auxquelles la Marquise répond 7 Elles sont égale-ment fabriquées, Mort de Crébillon, Journ.nbsp;hist. et litt., i5 Mai 1777 , pag. i56.
Je vis aussi au chateau plusieurs curiosilés; une piece minerale dor pur, et un grand champignon Uttér., i5 Aoittnbsp;exactemeiit pétrifié.
Le 3 de Mars, comnie le tems nous pai'oissoit long a Demo j jallai h Krasnahorka, prendre desnbsp;chambres obscures, des microscopes , des miroirsnbsp;ardens , des phosphores. Je me faisois une fète denbsp;voir briller la pierre de Boulogne, mais nous nenbsp;pümes réussir : il faut quelle ait été mal préparée.
Jai eu depuis ce plaisir k Boulogne. Le 6 , je ^us a Rosnaii, dou je revins le 7, avec le Vicomtenbsp;de la province Mariassy, célebre dans ces contréesnbsp;par son zele pour la Religion Calholique, et par sanbsp;Pieté exemplaire. Nous continuames k nous amusernbsp;de nos expériences jusquau lo. Nous partimes ce
-ocr page 274-( 256 )
j.our-la après midi pour Monoc , et nous éprou-varaes un froid terrible et bien extraordinaire en cede saison : un bon vin de Hongrie fut gelé dansnbsp;la voiture.
Le i3 Mars, je me rendis a Miskolcs, pour y voir le Provincial des Cordeliers ; javois vu cenbsp;Perea Monoc : il est savant et très-judicieux. IInbsp;me prit grandement en aaiitié dès le premier journbsp;que nous nous vimes.
Le i8, jallai k Tallia, bourg considerable et renommé par son bon vin de Tokai. On racontenbsp;que le défunt Pontife Benoit XIV, goütant le vinnbsp;de Tallia, que lEmpereur lui avoit envoyé, dit:nbsp;Summum Pontijicem talia pina decent.
Le 22, je vis la soie que Ion cueille sur certains arbres du pays. Elle se file difficilement, paree quelle est fort courte j nous y mêlames dunbsp;lin pour y réussir.
Le 23 , je fis connoissance avec le Comte Bar-Tcocsi. Cest un bon Hongrois du vieux tems , fort éloigné des frivolités dont les seigneurs Hongroisnbsp;commencent k soccuper.
-ocr page 275-VOYAGE EN TRANSYLVANIE.
17
«J 'ai fait ce voyage pour aller voir Bistritz Ie Comie A'Ybarra, Ie meilleur anii cjue jaie dans cesnbsp;pays-ci.
Je partis de Monoc Ie a8 Mars avec les équipages de mon Gorate, qüe je renvoyai dès que les chevaux furent fatigues. Je ne sais si a mon départnbsp;des Pays-Bas , jy ai remarqué plus de sensibililénbsp;que dans la maison de ce bon Seigneur Hongrois.nbsp;Les uns pleuroient, les aiitres n'osoient paroiire ,nbsp;dautres membrassdient 5 enfin au moment du départ , la voiture allant déjk, on y montoit encorenbsp;pour me baiser les mains et les habits. Le Chiis-tianisme ne défend pas d'etre sensible a ces demonstrations daffection. Lamitié des hommes estnbsp;un don du Giet; fhumanité en recommande Ies^-time et en soutient le prix. Je ne sais même si lenbsp;philosophe peut tirer des choses humaines une joienbsp;plus pure et une plus noble satisfaction que celle-ci. II ne sagit au reste que des braves gens; lesnbsp;autres sont incapables damitié et dattachement,
Jarrivai h Cassovie a 4 heures , après avoir change trois fois de chevaux. Je fus aussi-lót voij?nbsp;le Gomte Dory , mais je pris logement au college :nbsp;cétoit le lundi de la semaine sainte. Je marrêtainbsp;huit jours dans cette ville , tant pour me faire ha-biller , que pour être laumónier des Francois quinbsp;y sont mêlés parmi la garnison. -r- Le Recteur dunbsp;college de Cassovie est lhomme de toute la HpWt:
Tom. J. nbsp;nbsp;nbsp;R,
-ocr page 276-giie auquel j'aile plus tVobligation. Cestunhomme apostolique, confesseur célebre, aml de la vraicnbsp;pénitence , ainsi qiie Ie P. Henler, misslonnairenbsp;de Cassovie. Jai yu ehez Ie sous-principal desnbsp;pensionnaires , une belle collection decoquillages ,nbsp;de petits animaux de mer, d'oiseaux , de plantes ,nbsp;de bois etc. II y avoit une écrevisse fort singuliere:nbsp;jen ai mangé depuis de semblables a Sinigaglianbsp;en Italië.
Le 29, jallai voir léglise paroissiale, qui est très-belle en dedans comme en dehors. Elle a unnbsp;bel escalier double, semblable ^ celui quon voitnbsp;a S. Jacques a Liege. Je vis le mème jour lenbsp;moulin k poudre; et, quoique jeusse eu plusieursnbsp;occasions de le voir, je minstruisis pour la premiere fois des opérations de cette machine.
Le luncli de Paques, je partis par Ia poste pour Tokai, OU je ne pus arriver ce jour-laj je fusnbsp;cbligé de loger a Békecs. Un des officiers du Comtenbsp;arriva a une heure de nuit k Békecs, mapportantnbsp;des pommes centre la soif et la poussiere. Quonnbsp;juge de Ik jnsquou vont lattention et Ie bon coeurnbsp;de ces bons Pannoniens. Le lendemain ayant repris la poste a Szerencs, jarrivai avant midi anbsp;Tokai, que je vis encore avecplaisir sur ma route.
Tokai nest quun bourg situé au confluent du Bodrog et de la Theiss. II y avoit un chateau quinbsp;nexiste plus. Je descendis chez les Piaristes, quinbsp;y ont une très-pauvre residence. Après le diner jenbsp;pris un guide pour monter sur le lameux montnbsp;Tokai. Jemployai prés de deux heures a y monter, me reposant de tems en tems. Les vignobles
-ocr page 277-Hé sétendent pas jusquau sonimet; les meilleurs sont au bas de la montagne. Jai encore remarquénbsp;ici combien il esl vrai, que les bonnes terres sé-boulent aisémeiit. Cette montagne borne la grandenbsp;plaine de la Theiss , et a de tous cotés la vue lanbsp;plus élendue et la plus magnifique. De la je dé-couvrois Tolna , Liska ^ Koresthur , Tarisal,
Mad, Szereiics, Szanto , bourgs renommés par leurs vins excellens de Tokai j Cassaw k 22 lieuesnbsp;de la, Dehrcczin a i5 : une infinite de bourgs etnbsp;de villages apparoissent aux yeux du spectateur,nbsp;lorsque Ie terns est serein. Quun tel coup-doeilnbsp;enfante de grandes idéés, et fournit un alimentnbsp;exquis aux pensees dun philosopbe ! Ascende ca~nbsp;cumen Phasgce, et oculos tuos circuinfer ad occi-dentem et ad aquilonem , austruinque et orientcm ,nbsp;et aspice. Deuter. 3, f.
Continuant daller en poste , jarrivav Ie lende-inain a Nanas vers midi , puis a Boszoimcny.
Sagesscde eet te mesure, Journ.nbsp;hist, et litt, , i5
Lil, je ne trouvai ni cheval, ni caleche, ni postillon. La ville est calviniste , mais Ie Magistral me re9ut bieii et me fit conduire k Debreczin, oü jenbsp;fïis rendu avant Ie soiv. Adebreczin est la plus grandenbsp;ville de la Hongrie, la Geneve de ce Royaume etnbsp;la Rome des Calvinistes. La Cour vient dordonnernbsp;néanmoins que Ie tiers de la magistrature seia Ca-tholique; jen ai trouvé Ie diplome chez lEvêque dunbsp;(drand-Waradin. Cette ville, a laquelle on donnenbsp;ï 00,000 babitans , n'en a pas 10,000. Batie k la 1779, pagnbsp;ohinoise, elle peut servir de regie dans Ie calcul ^92-'lp la population de Kanton et de Pekin 5 elle peutnbsp;'lonner une idee de Ninive, de Babylone, de Per-
R 2
-ocr page 278-sepolls. Si ces villes avoient quelques palais superbes , Ie reste nen étoit pas moins des villages entourés de murs. Cest ainsi que daus nos villes ilnbsp;y avoit des cathédrales sqperbes , des hótels-de-ville et des palais , tandis quon ny trouvoit pasnbsp;une bonne maison, A Debreczin, les clercs cal-vinistes portent de longues robes bleues. II y anbsp;aussi dans cette ville plusieurs inaisons iurques ,nbsp;sans fenêtres du cóté de la rue. II sy trouve unenbsp;Maison deFranciscains et une dePiaristesjle nom-bre des habitans Catholiques y est fort petit rela-tivement a celui des sectaires.
Ces Messieurs se plaignenf sans cesse quon les persécute , quon ne leur laisse pas toute la liberlénbsp;quils voudroient. Mais Calvin na-t-il pas composénbsp;un traité pour prouver quon peut faire mourir lesnbsp;hérétiques? Pourquoi fit-il mourir Servet ? Que nenbsp;feroienl-ils pas des Catholiques, sils en étoient les,nbsp;maitres? Que nont-ils pas fait en France , en Hon-grie etc. 7 LEvèque ^Eiiau, Esterhazy, voyantnbsp;plusieurs piédestaux dans féglise des Calvinistes,nbsp;demanda ce quil y avoit eu la-dessus. Ils répon-dirent : DesJigures (cest Ie mot dont ils se ser-vent toujours en parlant des Images). LEvêquenbsp;reprit : Pourquoi honorez-vous dans lEucliaristienbsp;la figure du Sauveur plutót que dans son Image.nbsp;JRemarquant ensuite quelques pierres sépulcralesnbsp;antérieures au Calvinisme, il se mit a genoux des-*Beaupassage, SUS, et pria poui' ces morts Catholiques Lesnbsp;Joam.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ministi'es, soit Calvinistes , soit Luthcriens, sont
1790, pag. 357. si ignorans , quils ne sauroient prêcher que ce quils ont écrit. Si Ie papier tombe, ils ne sauroient
-ocr page 279-plus dire Ie mot. De Ik Ie proverbe : Si charta ca~ dit, iota scientia vadit.
Jallai voir Mr. Fay, frere du Jesuile qui souf-frit si long-terns dans les prisons de Lisbonne. Carvalho Iavoit dit mort, lorsque Marie-Therese le réclama avec ses autres sujets, II sorlit de prisonnbsp;en I'j'j'j : Marie-Thérese fit les fraix de son relournbsp;en sa patrie.
Metant repose un jour chez les Piaristes, dont le supérieur nommé Kemigius Temliny , me requtnbsp;fort bien , je partis a minuit avec la poste ordinaire. Jétois incommode, il pleuvoit, ma calechenbsp;étoit sans abri; j'approchois des Valaques et desnbsp;ixiontagnes horribles de la Transylvanie. Linquié-tude voulut semparer de mon coeur 5 jétois seul,nbsp;ne sachant ni le valaque, ni le hongrois, ni le sla-von, qui d'ailleurs nest plus guere dusage dansnbsp;ces cantons. Je crus que la Providence avoit as-signé ces landes stériles et les cases de ces pauvresnbsp;Valaques aux derniers jours de mon existence ter-restre. Jeus 1avantage de ne pas me trouver fortnbsp;troubléde cetteidée, et jauroismieux aimé mourirnbsp;la quailléurs. Si javois continué daller en postenbsp;nuit et jour sans boire ni manger (car je ne pulsnbsp;me résoudre a porter avec moi aucune provision),nbsp;exposé au vent , au froid , k la pluie etc., il estnbsp;apparent que les Valaques meussent enterré. Maisnbsp;peu importe oir Ton périsse, ou Ton soit enterré.nbsp;Que mimporte, disoit Ie sage Théodore , que jenbsp;pourrisse dans les entrailles de la terre ou au-dessus de sa surface ? Etre mangé des chiens ,nbsp;nest-ce pas la plus heureuse sepulture des Tar ¦
tares7 Et les loix de la Bactriane ne répulent-elles pas très-heureux celui dont les Taulours ont manganbsp;Ie cadavre? Que ceci cependant soit dit sans con-séquence et comme une sortc de plaisanterie; carnbsp;comme je lai dit souvent et tres a\i long allleurs ,nbsp;rien de plus naturel ni de plus raisonnable que Ienbsp;soin de sa sépulture,
Mais dans Tétrange position oü je me trouvois alors , admirons la Providence ! A Hossu-Palj,nbsp;la poste se partage : Tune va vers Clausenhourg,nbsp;lautre au Grand-Waradin. Lerreur du maitre denbsp;postes me fit aller au Grand-Waradin, oü je menbsp;trouvai cliez nos Peres , qui me ravitaillerent aunbsp;mieux, et me recurent avec une charité inexplicable. Le Baron de Patachich (on prononce Pata-chitz) , Evêque du Diocese, ensuite Archevêquenbsp;de Colocza; le Comte Kollonics (prononcez Kollo-nilsch) , Grand-Prévót du Chapitre, depuis Evêquenbsp;de Transylvanie ; Mgr. Alapi, Evêque de Dul-Cigna (*) , voulurent partager cette charité. Ilsnbsp;marrêterent plusieurs jours j je dinai chez eux;nbsp;javois des c'arrosses a mon service etc. Peu sennbsp;est tallu que je ne restasse accroché pour toujoursnbsp;chez lEvmque. Ce Prélat eut avec moi une conférence de deux heures dans sa bibliotheque, quinbsp;est belle et riche. Je passai aussi. avec Elle troisnbsp;heures, a un concert charmant. La musique denbsp;lEvêque est superbe j jen ai peu enlendu de mieuxnbsp;iburnie. La même et a cette occasion , un plaisant
C) Dulcigna est uneville da la Haute-Alhanie, oü sont ifs plus türieux piiates,
-ocr page 281-falsant allusion anx systêmes de quelques-uns de nos pliilosophes, deuiaiida pourquoi les chevauxnbsp;ne faisoient point une pareille musique ? La question revint durant Ie soupé. Je répondis avec Helvétius , quil leur manquoit une main avec cinqnbsp;doigts. Mais pourquoi Ie papio , Ie singe , Ie castornbsp;nen font-ils pas? Toute lassemblée prit plaisir htnbsp;ridiculiser Ie philosophe fran9ois. Le Grand-Prévót me rendit la visite que Je lui avois faite;nbsp;et, pour finir , je partis du Grand-TVaradin plusnbsp;confus que content. Je navois jamais rien vu denbsp;pareil en fait dhumanité, de politesse et de bonnbsp;coeur, et je croyois éprouver les illusions dun en-chantement. Le Seigneur menvo)'oit ce petit bon-heur, pour me préparer aux maux qui matten-doient au dela.
Le Grand-Waradin est une ville très-vaste : elle a, outre le Chapitre , des Prémontrés , des Capu-cins,desPaulinSjdes Trinitaires,des FF. de IaMi-séricorde, des Jésuites. La citadelle est un penta-gone, qui ne peut guere être attaqué que du coté denbsp;la ville, oü il y a un ravelin, deux lunettes, unnbsp;bon chemin couvert, revêtu de briques. On voitnbsp;sur la porte , plusieurs figures turques, avec lenbsp;buste du Bacha commandant. Les Valaques unisnbsp;ont aussi dans cette ville leur Evêque , Suflragantnbsp;de lEvêque latin.
On voit au Grand-Waradin une espece de han-netons , qui purgent fair de toute infection. Lors-fiue ces insectes ne paroissent pas, fair est mal-sam et les maladies regnent; ma cbambre en étoit pleine. Les grands serpens et les monstres veni-
-ocr page 282-tloyah
poet-.
art.
liieux existent dans les pays chauds et mal-sains. Toxici magneticce bursce. Peut-être que sans euxnbsp;les bords du Maragnon et de IOrenoque seroientnbsp;inhabitables.
On vouloit encore me retenir au TVaradin. Jn-vitum qui serval, idem facit occidenti. Jen partis malgre tout, le i5 Avril, resolu de jeuner et denbsp;veiller. J eus encore le bonbeur darriver pour lanbsp;nuit cbez un noble qui me traita bien. Cetoit anbsp;Elées, derniere station de la Hongrie , vers lanbsp;Valachie Cisalpine. En arrivant, je vis un hommenbsp;venir au-devant de moi avec un empressementnbsp;extréme. Les larmes aux yeux, et les sanglots in-terrompant ses paroles , il me conduit dans sanbsp;maison. Au milieu dune salie assez belle pournbsp;cette contréé, je vois son fils mort étendu sur unenbsp;pierre ou biere (*). Cétoit un bel enfant de i3
O PrcEclsa est velut a texente vita mea : dum adhiic crdirer succidit me. Isaias, C. 38. Quasi Jlos egrediturnbsp;et conteritur. Job, G. 14.
Impositique rogis juvenes ante ora parentum... Infantumque animas stantes in littore primo,nbsp;Quos dulcis vitcB exsortes et ah uhere raptosnbsp;jdhstulit atra dies , et fanere mersit cicerbo.
Kibo. , iEneid w.
Quatem virgines demessum pollice ftorem ,
Ceu mollis violw vel purpurei hyacinthi ,
Cut neguefulgor ad/titc , necdutnsuafomiarecessit; Nee jam mater alit tellus, viresque ministrat.
Vino.
Telle une jeune fleur, quun matin voit eclore,
Des baisers du zepbir, et des pleurs de Ianrore, Brille un moment aux yeux, et tombe avant le ternsnbsp;Sous le Irancbant du fer, ou sous 1efibrt des vents»
-ocr page 283-ans, écolier au Grancl-Waradin. Je voulus cun'* soler ce bon pere 5 mais ayant considéré ce pauvrenbsp;enfant, et voyant dans son destin celui de tous lesnbsp;liumains , et 1inexorabililé de la mort, plus sensible encore dans une jeune victime, je pleurainbsp;avec Ie pere : jassistai Ie jour suivant k 1enterre-ment et aux obseques de eet enfant cliéri, Ilsap-pelloit Charles Locs. Les Hongrois ont dans cesnbsp;cantons-la ^ un rit assez calvinien a leurs enterre-mens , et des cljansons sans fin. En général lesnbsp;Hongrois sont rarement enterrés dans les églises.
Japprouve cela, quoique je ne veuille pas blamer lusage contraire:pareeque,commeditMr.Fleury,
» on atoujours eu grande devotion k se faire en- Mceursdescliré-gt;¦gt; terrer prés des Martj^rs; et cest ce qui a enfin nbsp;nbsp;nbsp;^
)gt; attiré tant de sepultures dans les églises. La vé-)) nération des reliques et la croyance distincte de » la résurrection , ont elfacé parmi les Chretiens
n 1horreur que les anciens , même les Israelites , ,, Joe*, hist, et ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/*H.,iDéc. 1775,
n avoient des corps morts )). nbsp;nbsp;nbsp;pag. 85^.
J'allai Ie même jour voir une maison de Zi-geiner. Lart étoit dy entrer et dy voir clair. Leur métier est foisiveté et Ie vol : plusieurs vont toutnbsp;nus , et sont noirs comme les mores, les yeuxnbsp;tort blancs, la peau lendue et presque luisante.
Ecce qui serviunt ei non sunt stabiles, et in Angelis suis reperit pravitatem ; quanto magis qui habitantnbsp;domos luteas. On dit des Zigeiner, quen naissantnbsp;ils savent trois choses , voler, jouer du violon ,nbsp;travailler Ie fer. Ils sont presque tous musiciens etnbsp;serruriers ou maréchaux. Quant au vol, leur extréme pauvreté les y engage. 3Iagnuni pauperiesnbsp;opprobrium jubet quidlibet et facere et pati.
-ocr page 284-Le 17 Avril je fus a Barod au lems du diner; inais il ne sagissoit plus de diner. Le pope, avecnbsp;ses Valaques scliismatiques , tenoit séance au cabaret. Ce pope étoit habillé comine un autre pay-san (i); il buvoit avec Madame la Po-pesse, et futnbsp;bientót aussi ivre que ses paroissiens. II vint aussi-tót me saluer , me montra son église , qui étoitnbsp;horrible , et me dit beaucoup de choses que jenbsp;nentendois pas. Ces gens admiroient beaucoupnbsp;mon chapelet et ma lorgnette. Le Pope voulutnbsp;faire lexpérience de ma lorgnette, et examinernbsp;ma médaille : je lui dis aussi-tót, par interprete,nbsp;quelle étoit de cuivre , craignant quil ne me tuatnbsp;dans les ibrêts que jallois traverser , sil la croyoitnbsp;dor; car on mavoit prévenu la-dessus. Mais jainbsp;recoiinu ensulte que cette crainte étoit vaine etnbsp;frivole, ainsi que bien dautres , quon avoit tachénbsp;de minspirer. Je dois ajouter que Mr. Tokodi,nbsp;inspecteur des biens domaniaux , m'avoit donnénbsp;ses chevaux et un heiduque aux armes impériales,nbsp;ce qui me rendit fort respectable a ces Valaques.
* Be moribus Ce peuple au resfe nest pas si mauvais *; il res-^uL7am''7uprè. nbsp;nbsp;nbsp;^^s Prêtres et la grande Croix que jai tou-
item^Journ.hist, joui's attachée au cou , suivant lusage des PP. de ^784^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;province quand ils sont en voyage. La pau-
Janv. 1785, vreté et la stupidité de ce peuple liennént du pro-
pag. DO.
dige.
II paroit certain que ces Valaques sont une co-
(i) I).aiitres popes ont des soutanes noires ou -violettes; quelquefois des paremens rouges, et portent la barbenbsp;longue.
-ocr page 285-lonie romaine , aitisi quils Ie discnl. Noïs sentlem Eneur du g»-Romain; nos sumus Romani. Leur langage a beau- ^journal hi^t!'i;t coup de rapport avec ritalien, Ie trancois , Ie la- Janv.nbsp;tin; quelques mots sont les mêmes, bos, vacca etc.
Dautres y ont lanalogie la plus sensible , comme fok,focus', apa, è'aqua-, guitu, ée guUur;fon-tina , de fontaine 5 bonna sara , bon soi?'; Jong,nbsp;en exprimant Ie jugum ; nocte bonna. II senbsp;trouve aussi dans ce langage rapsodique, des motsnbsp;liongrois , allemands , slavons , grecs etc. Leurnbsp;salutation est bonna sanitate. Laccent et ie ton estnbsp;vraiment italien, quoique moins délicat. Le ca-ractere est le grec un peu change , tel quil est ennbsp;usage cliez les Rasciens. II y a une imprimerie va-laque a Balasfalaa, en Transylvanie.
LEvêque dArad, schismatique furieux , vient de mourir. II avoit parcouru , travesti en paysan ,nbsp;les pays des Valaques , pour replonger dans lenbsp;schisme ceux qui en étoient sorlis. II osa dire de-vant des Catholiques respectables , qu^il aimoit Journ. hist, et
mieux être Turc , que Catholique Romain. Quel- nbsp;nbsp;nbsp;Avn!,
, nbsp;nbsp;nbsp;, - rnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1778, pag. 58i.
quun lui repondit qu a aimoit peut-etre la po- i Fév. 1785,
lygamie.
Le 18 Avril a six heiires et demie du matin , nous quittames la Hongrie pour entrer en Tran-sylvanie. Les limites des deux pays sont entrenbsp;dhorribles montagnes , quon nomme les Alpes.
Mon cocher nayant pas voulu passer le Crisins a ¦Fokete-To, oü javois logé, me promena dans lesnbsp;montagnes et les déserts , faisant un détour denbsp;quatre lieues. Limpatience mepritj je dis a mesnbsp;Valaques : Fous mavez conduit dans ces déserts.
-ocr page 286-litt., pag. 210.
pour me tuer. Ce reproche les toucha vivement : le cocher ne paria plus toute la journee; et Iaulrenbsp;me baisa les habits avec les protestations les plusnbsp;vives et les gestes les plus expressifs. Ils me direntnbsp;quV/s avoient aussi une ame; ils fontbien de le dire.nbsp;Un moment auparavant , ce dernier s'étoit misnbsp;Journ. hist, et lentement k genoux a dix pas de moi, me tournantnbsp;K'v. i;85, ]p . pyjg otant son bonnet et le mettant a terrenbsp;ainsi que son baton, une main sur sa poitrine ,nbsp;Sermentetim- Iautre élevée vers le del, il cria avec véhémence ,nbsp;blra chez lerOs-' parla quelque terns en valaque : cetoit la pro-tiacks.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vocation de la foudre en cas quil me trompat.
Journ, hist» et * nbsp;nbsp;nbsp; tnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' n »nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*1. i
litt. I Oct. 1777 j ^ nbsp;nbsp;nbsp;» arrive au passage ou Ion ecnt les noms
pag. 171. nbsp;nbsp;nbsp;de ceux quientrentenTransylvanie, jaurois voulu
boire du lait 5 mais la femme valaque refusa den donner, paree que cetoit un lundi: ce lundi me ve-noit mal k propos. Mes gens lui dirent que, depuisnbsp;deux jours je navois pas mangé. Elle se laissa fle-chir, me donna du lait et des oeufs, et ne voulut pointnbsp;en être payée. Non-seulement les Valaques, maisnbsp;encore les Hongrois , tant Catholiques que Luthe-riens et Cal vinistes, observent des jeunes arbilrairesnbsp;quils ne violent jamais , tandis quils transgressentnbsp;les Commandemens de Dieu , et perséverent dansnbsp;les habitudes les plus détestables. Reliquistis man-data Dei propter traditionem vestram. Javois prisnbsp;pour queiques jours a mon service un de ces Va-laqnes, autrefois uni, mais redevenu schisma-tique , qui savoit le latin; il voulut sattacher a moinbsp;pour avoir du pain, pro pane, disoit-il. Ces Valaques admiroient mon chocolat; ils disoient quenbsp;cétoit de la manne.
-ocr page 287-C'est dans ces cantons que jai vu pour la premiere fois cles fenêtres , ou inanieres de vitres, fades de vessies de boeufs; au moins je les pi isnbsp;dabord pour telles : on ma dit depuis , que cenbsp;nétoient pas des vessies , mais des enveloppesnbsp;de boyaux. Ces sortes de fenêtres sont communesnbsp;dans ces pays-ci.
Je dormis a Huniade, bourg considerable, chez le Predicant Calviniste , bomme assez savant etnbsp;fort humain. II mouvrit aussi-tot son cceur, et menbsp;proposa toutes ses difficultés. Nous parlames denbsp;presque toutes les matieres controversées, avecnbsp;beaucoup de modération , au grand elonnementnbsp;de Madame et de sa Demoiselle , qui avoient tou-jours entend u crier a la hongroise dans ces sortes Reflexion sur lanbsp;d occasions. II blamoit les cérémonies , je lui citai moderation 'dansnbsp;Begeret Scheuchzer. Commeil disoitque du même ccs^isputes, voy.nbsp;bois on faisoit un banc et une statue de Saint, jenbsp;Iassistai en récitant ces mots dHorace : Olim trun-CUamp; eram Jiculnus e'c. , cum faber incertus scam-num , Jaceretne Priapum , maluit esse Deum etc.
Les Gatholiques connoissent aussi I'usage dubois.
Parlant deRome paienne, jaffectois demployer dans le vrai sens les textes de IApocalypse , dontnbsp;ils abusent : sur quoi il parut devenir pensif.
Luniversalité de TEglise , dont je tachai de bien parler, sembla le frapper ; il ne dil mot a cela.
Néanmoins il ne pouvoit linir , lors même que nous étions couches (^). Jai remporté de cede 1
On mavoit dresse un petit lit pres du sien : it ne crssa de via questionner jusqua minuit.
-ocr page 288-conférence une vive persuasion de la vérilé de ma foi. Salulem ex ïnimïcis nostris, et de manu omniumnbsp;qui oderunt nos.
Le lendemain il mexpédia pour Clausenbourg,, comblé d'amitiés et de proteslations les plus hon-nêtes , et après mavoir demandé qui étoit monnbsp;pere. Entre Huniade doü je partois , et Clausenbourg oü jallois , on Irouve de pelits cailloux plats,nbsp;quon dit être 1argent des Tartares , pétrifié parnbsp;S. Ladislas; ce sont a ce que j'ai pu juger , desnbsp;coquilles pétrifiées , quon appelle operculites ,mai\snbsp;fort endominagées , et réduites au couvercle quinbsp;leur donne le nora A'opercuUtes. Quelques paysansnbsp;iQsappeWenimoTtnoiedudiahle,com.ra.e ils appellentnbsp;ponts du diahle, les aquediics qui ne leur semblentnbsp;bons a rien, et quils regardent comme des pieges.nbsp;Suivant Gessner , ces cailloux plats sont des héli-ciles; il en explique la nature et lorigine ; il lesnbsp;appelle aussi nwnulanos lapides, et lentes lapideas.nbsp;Bertrand , dans son Dictiomiaire universel des fos-siles, ne paroit pas séloigner du sentiment denbsp;Mr. Bourguel, qui regarde les numismales pournbsp;des couvercles de coclytes ou de limacons de mer,nbsp;et de cornes dammon : jaime mieux croire avecnbsp;Spada , que cest un coquillage bivalve. Lin-croyable multitude quon en trouve en différensnbsp;pays, me fait prélerer cette opinion; on sait quellenbsp;est icnorme multiplication de ces sortes de co-quillages. Gessner approche fort du même avis jnbsp;mais il les range parmi les cochleas multilocularesnbsp;vel polythalamias per diaphragmata in plura locu-lamcnta distinctas. Elfectivement rintérieur de ce
-ocr page 289-coquillage autorise cette classification : on fait ou-vrir les /mmisinales, en les jetant loutes chaudes dans de 1eau froide.
Je fns h. Clausenbourg pour midi : cetle rille et Hennanstadt se disputent riionneur dêtre capitalenbsp;de ia province; celle-ci est la demeure du Gouverneur , qui est maintenant Mr. 0Donel. Clau-senbourg est une ville très-antique , batie parnbsp;I'Erapereur Claude. Nous y avons une Universifé ,nbsp;une belle Maisoii de pensionnaires; on batit lenbsp;College : notre Eglise est la plus belle de la Tran-syhanie ; une célebre Image de Notre-Dame Ien-richit beaucoup : on assure que cette Image a ré^nbsp;pandu des larmes. II est vrai qu'on assure la mêmenbsp;chose fort gratuitement de quelques autres Imagesnbsp;en beaucoup dendroits de la Hongrie ; mais ici lanbsp;chose paroit authenlique. Llmage est belle , etnbsp;inspire de la devotion : jen avois déja entendunbsp;parler aux Pays-Bas, et jen avois 1histoire. Auditu job. 4?., y. 5.nbsp;nuns audivi te ; nunc autem oculus meus videt te.
Je nai pas remavqué dexcès ni de fanatisme dans ce cube. Sur le grand Autel ou. est cette Image , on,nbsp;lit cette inscription : Magno Deo Uni aC trinonbsp;LaUs, FIrtUs , gLorla (1% D. GC. XXIV).
Le même jour je vis les Ariens , quon nomme ici Unitaires ; ils ont un Oratoire et un College :nbsp;cest lout ce qui reste de cette abominable hérésie,nbsp;qui autrefois inonda le monde. Parmi eux lesnbsp;lettrés portent de grandes robes bleues, ceinturenbsp;et bonnet noirs ; dautres ont de petits manteauxnbsp;noirs; Chassés de Pologne , ils se retirerent dansnbsp;cette province , ou selon Iexpression de Tacite ,
-ocr page 290-( 273 )
toutes les horreurs se rétbgient comme dans un * Què cuncta cloaque *. II y a en Transylvanie des Catholiques,nbsp;quot;a/ftpi^er^acon- Galvinistes, des Luthériens , des Anabaptistes,nbsp;Jluunt cdebra^ des Juifs, des Quakers , des Ariens, des Tolérans,nbsp;'c. 44 ^ ' Grecs unis, Grecs schismatiques etc. Les Calvi-nistes ont a Clausenbourg une grande et bellenbsp;église , qui appartenoit autrefois aux Jésuiles.nbsp;Cest dans cette église quils ont massacré Ie F. Ni^nbsp;ger , qui sopposoit a la profanation de IEucharis-tie (i). Ces Calvinisles sont extrêmement zélésnbsp;pour leur secte.
Jai vu aussi dans cette ville un chien-marin et un basilic ; ce fut Ik aussi que je renvoyai monnbsp;domestique Valaque , dont jétois on ne peut pasnbsp;plus las : je pris en sa place un de nos écoliers denbsp;Clausenbourg.
Etant parti de la Ie 21, je visSamos-Uimr, ville toute Arménïenne; les Latins disent Armenopolis :nbsp;je nen ai point vu de plus belle en Hongrie. II ynbsp;a garnison dans Ie chateau qui est antique. Lesnbsp;Arniéniens sont bons Catholiques et trés-bravesnbsp;gens; ils ont la Messe selon Ie rit grec, mais leursnbsp;temples ont la forme des notres. Ils gardent leursnbsp;femmes avec Ie même soin que les Orientaux ; leurnbsp;langue est un amalgame de dix autres.
A sept heures du soir jarrivai a Dées : on dit que ce nom Dées vient de Deus, paree que lesnbsp;Huns invoquerent Ie nom de Dieu en prenant possession de cette terre. On montre un roe , sur le-
(i) Ilsy ont un orgue; quoiquüs affecient aillcurs de nen point avoir,
quel
-ocr page 291-Cor.xi, V. 33,
Je pesois iip
ejuel lenrs chefs iurent assis ; et sur la tour de Téglise principale on lit ces vers :
Ilunnus de Scythicis digresstis sedibus hospes ,
PannonicB gleham transfert hoe gramine et undanvj Ter clamans : Deus, hdc liceat tellure potiri-,
Desiacamque Dei dixit de nomine genterrii
Maïs loute 1histoire des Huns est pleine de fables.
Descendu done k Dées, je trouvai avec peine du logement a la Maison de ville; et la même il nynbsp;avoit rien a manger ; Ie Comte Haller menvoyanbsp;du pain et du vin, Un officier hussard , nomménbsp;Anialji, me donna un canard, sa femme un ragoutnbsp;de veau; ses hussards me servirent. Mr. de Breuxnbsp;(*), ex-Jésuite, avec lequel j'avois régenté aLiege,nbsp;et pour lors précepteur du Comte Teleky, accourutnbsp;aussi ; nous nous diverSimes au mieux, Le lende-main jallai avec lui a Déesakna voir les salines ;nbsp;ces salines sont vastes , profondes, et donnent lenbsp;plus beau sel de roche; elles sont dun revenunbsp;très-considérable pour le Roi.
Mr. de Breox , moi , un charissime et un ou-vrier , enveloppés dans une peau de bosuf attachée h une corde , nous descendimes dans eet abime..,nbsp;Eümes-nous peur ? Pourquoi pas 7 Le grand Paul,nbsp;compte entre ses périls une descente assez sem-blable. Per fenestram in sporlu dimissus sum pernbsp;tnitrum. La corde sur laquelle fout portoit, pou-quot;Voit se rompre , et tout étoit dit ¦, on nauroitnbsp;point été en vie en touchant terre. Ces cordes iivrcs.'nbsp;durent trois ou quatre ans : quimporte ? il est
{*) Mr. de Breux mourut chez le même Comte , eu Fêvrier 1774-
Tam. I. nbsp;nbsp;nbsp;S
-ocr page 292-permis de se mellre en danger pour sallsiaire une curiosité raisoiinable.
A lenlrée de la fosse , Ie controleur du sel arri-vant précipitamment, nous déclara quil y avoit un danger évident a descendre quatre a la fois 5nbsp;mais la roue marchoit déja ; nous descendimes ,nbsp;et après quelques minutes nous entendimes lebruitnbsp;des travailleurs , et appercuines des cbandelles ,nbsp;qui paroissoient comine des éiiiicelles (i). Enfinnbsp;nous touchames au fond ; ó la belle chose que cesnbsp;salines ! On jeta une grande flamine du bantnbsp;de la losse, pour nous faire voir la beauté et lanbsp;grandeur de la voute (2). Enfin nous remontamesnbsp;par la mOne corde, après quoi nous allames dinernbsp;chez Ie Comte Haller.
( I) Contre cc qiii arrive ordiiiaircmcnt; car une lumiere paroit plus grande de loin que de pres. Les rayons se ré-ti actent ici cii scloigiiaiit et sccartent de la ligne visuelie.nbsp;La raison cn est, que les rayons sortaiit dun milieu plusnbsp;dense pour entrer dans un autre moius dense, se divergentnbsp;et séloigneut de Ia perpendiculaire: au contraire les rayoijsnbsp;de la lune horizontale, passant par toute lopacité denbsp;ratsmospLcre , Ja font paroitre plus grande. Cela est tres-reinarquaLlc t'u certains jours au lever de la lune, et au,nbsp;coucher du soldi.
^2)1) Eu 1770, on a trouvé et 1ou troiive encore main-Journ. hist, el » tenant dans les salines di^Akna , des moreeaux de sel Ziu.jiFév. 1784, » quunbois brMé et re'duit en cbarbon traverse d'outrenbsp;pag. 190.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;outre ; ce cliarbon est noir et brule'. Nous en avons
» fait ré])reuve avec Mr. Ie Coinle ». Leltre de Mr. de Breux , de Bées ^ Ie 6 Janvier 1770. Quel mystere pournbsp;les naturaüstcs, meme dans le système de Buffo 11! Scionnbsp;Ferber et Dietrich, iJ y aura eu la quelque voleaii.
-ocr page 293-Les eaux étoient devenues si grandes , quon ne pouvoit passer mille part. Je passai iiéanmoins encore Ie Samos sur un ponton, ou se trouvoit aussinbsp;rArchidiacre des Grecs unis , brave homme , biennbsp;inslruit et bien poli pour un Valaque j mais unenbsp;autre riviere marrêfa k ATores/Aur, village k quatrenbsp;lieiies de Dées. Le lendemain a 8 heures du matin,nbsp;mes chevaux passerent seuls j quah'e bceufs tiroientnbsp;ma voiture ; je suivois monté sur un cheval asseznbsp;baut, que le Baron Tónna mavoit donné.
Jarrive a Bethlem vers onze heures ; le ponton sur le Samos ne marchoit pas a cause de la rapi-diié des eaux. Jabandonne ma voiture sur le bordnbsp;du fleuve; je passe avec mon écolier dans un troncnbsp;darbre, au grand péril de la vie; je vais trouvernbsp;le Comte Bethlem, descendant du fameux Bethlem-Gabor, Prince de Transylvanie; c'est le pere desnbsp;Calvinistes de Transylvanie. II me recut assez froi-dement, raais un moment après nous fumes les meil-leurs amis du monde. II dit a son domestique ennbsp;hongrois , que si Je restois quatre mois cliez lui,nbsp;je lui ferois le plus grand plaisir. Nous parlamesnbsp;de touies les choses possibles : nous nen vinmesnbsp;que lard aux controverses ; je tachai de parlernbsp;plutót au coeur qu'a lesprit (*), et je crus voir quenbsp;lui faisois impression : je lembrassai plusieuvsnbsp;^üis, et partis le ad a neuf heures,
( * ) Rica ne frappe plus ces Messieurs, que la demands OU leur fait, pourquoi ils sont plutót Liithe'rieiis dunbsp;l^alviuistes , quArieiis ? Ils en appellent k la Bible; lesnbsp;Ariens aussi. Ils diseut que la foi de Ia Trinite' est csscmnbsp;belle ; les Ariens le uient, Ces Alessieurs sont tOUS toléquot;
In itlnerihus scepè ; periculisnbsp;JlunLinarn , peri-culls lalronum ,nbsp;periculis in gen-libus f periculisnbsp;in solitudine etc.nbsp;;j Cor, y C. Ï1.
11 ny eut pas moyen de passer le Saïo a St.-dn- dras; jy laissai ma voiture, les chevaux nagerent,nbsp;je passai avec mes gens dans une iracelle ; ensuitenbsp;je montai a cheval et arrival le même jour a Bis~nbsp;tritz, villeSaxonne, après des dangers, despeines,nbsp;des fatigues sans fin ; niais lout cela faisoit lAonnbsp;plaisir.
.............ZVon. u/la laborum
O Virgo I nova mi facies inopinaque surgit j
Omnia percepi , atque animo mecum ante peregi.
Bisintz na de garnison quun bataillon du régiment de Haller. Cette vllle tres-antique est liabitee par des Saxons qui sont presque tousnbsp;Luiheriens. Mathias Teutcher , prieur des Do-minioains , y introduisit les nouvelles erreurs , etnbsp;devint Cure et juge de la ville. On voit encore sesnbsp;armes sur la porte de Hongrie avec cette inscripnbsp;lion : Anna eximii Doctoris, Matthei plcbani is~nbsp;tius civitatis, Matthias Teutcher. M. D. XLIJ,nbsp;On voit parmiles ruines de I eglisedesDominicainsnbsp;des peintures de Van i48o , exposees a toutes lesnbsp;injures de 1air , et neanmoins peu endommagees.nbsp;II y a a Bistritz des Piaristes et des Cordeliers. Lanbsp;grande eglise est aux Lutheriens : elle est tres-belle et ties-grande. Je Iai vue le Mai ; onnbsp;y dislribuoit alors la Communion. Leurs Hostiesnbsp;sont semblables aux notres : leur liturgie est toutenbsp;allemande. Leur orgue est excellent, j'en entendsnbsp;tous les tons dans la maison d.u Comte; il me semblenbsp;étre dans un état violent en servant 1hérésie, etnbsp;lans. ün predicant piêclioit a Rodna prés dc Bistritz .nbsp;aux Luthe'riens et aux Calviiiistcs lour-a-tour, le Coin tenbsp;^Ybarra le chassa, et il ne fut pas peniplacé.
-ocr page 295-désavouer Ie chant qnil accompagne. Le grand autel a encore les statues que les Gatholiques ynbsp;ont mises ; tous les monumens, toutes les pierresnbsp;protestent contre ces hérésies; el si les prédica-teurs se taisoient, les pierres parleroient. Si hinbsp;tacuerint, lapides clamabunt (Luc. ig, . /^o).nbsp;Attendite ad Abraham patremvestrum y et adSaramnbsp;tjuce peperit vos. Attenditc ad petram undè excisinbsp;estis , et ad cavernam laci de qua prcecisi estisnbsp;(Isaise 5i). Presque tousles villages dela Tran-sylvanie ont des noms de Saints : il semble quonnbsp;ait voulu répai'tir les Litanies des Saints sur lesnbsp;villages. II y en a même un qui sappelle Kyrienbsp;eleïson (*).
Les hommes, a Bisfritz , portent des pelisses assez courtes en guise dhabits , même en été. Ce-pendant ceux qui en ont le moyen portent des habits dété; mais la forme de pelisse reste toujour.s.nbsp;Les femmes ont des manteaux noirs, reliaussésnbsp;dun grand collet : les ®!es ont des bonnets ennbsp;forme de tambours.
Ges Saxons parlent allemand j mais leur langage propre est lallemand de Luxembourg , avec quel-que changement : ce qui me fait croire que lesnbsp;Luxembourgeois sont aussi une colonie Saxonne.nbsp;Létonnement de ces Saxons , ainsi que Ie miennbsp;bit extréme , quand nous découvrimes lidentiténbsp;*^6 ces langues. De la je conclus que ce langagenbsp;le vieux langage allemand. Le naturel, Ie tonnbsp;les manieres de ces Saxons sont justement les ^
(*) Quelques isles au sud des Celebes sappellent Pater koster,
S 3
-ocr page 296-mêmes que ceux des Luxerobouvgeois. Ce sont de irès-bonnes geus, sur-tout les paysans. Entrenbsp;les bourgeois on trouve plusieurs filoux, mais peunbsp;habiles.
Les Valaques aux environs de Bistritz , sont nnis a lEglise Romaine. Ce sont de bonnes gensnbsp;et point du tout 1'éroces : ils respectent extrême-inent les Prêtres; et en cela les Saxons, tout Lu-thériens quils sont, les Hongrois, les Zigeiner etc.nbsp;de ces cantons, leur sont semblables. Un certainnbsp;Sochronius voulut, il y a dix ans, pervertir cesnbsp;pauvies rustres les armes k la main, et les entrainernbsp;dans Ie scliisme. II s'étoit déja formé une petitenbsp;armée de Valaques , qui commettoit de grandsnbsp;excès , et qui lionoroit son general comme unnbsp;Saint. II ne put néanmoins gagner les Bistritiens.nbsp;Ce faquin étant entré dans lécole de Nagi-Bania,nbsp;{«soit dire aux enfans ; Credo in Spiritum Sanc-titm Sanctam Ecclesiam Constantinopolitanam.nbsp;LEvêque schismativues est un certain Nova-icoiics, qui est une grande cru'cb.e , mais qui estnbsp;moins furieux que celui dArad , dont nous avonsnbsp;dit un mot plus haut, pag. 367.
J'ai trouvé dans presque toutes les maisons de Bistritz, Ie portrait de Moïse, quon y regardenbsp;comme veritable5 peuf-être nquot;y a-t-il que la couleurnbsp;égyptienne, qui soit en efi'et de Moïse. On lit desnbsp;deux cótés du buste :
Effigies nbsp;nbsp;nbsp;Moysis
Eiri Dei sanc- nbsp;nbsp;nbsp;tissimi
Ducis popiiU nbsp;nbsp;nbsp;Israël
Et aii-dessous;
Ex ed, qucc in tapete depicla a Tigrane
-ocr page 297-JEgyptum, vastante 3216 inventa exl,
Donata dehinc Dominatori Africcs Panacolielino , quam posted Prcetornbsp;Joannes i5^2 Anglia; Reginw per Francis-cum Praconem admiralem dono ohtuUt.
Je sens assez la critique quon peut faire de 1au-thenticité de ce portrait; mais je labandonne a d'autres, ne pouvant métendre sur ces sortes denbsp;choses, sans trop augmenler eet ouvrage.
Firum heve ipse equidern spatiis exclusus iniquis
Preetereo , atque aliis post commemoranda relinquo.
PiRG.
Jai VU a Bisfrilz, chez Ie Comte dYbarra , une grande piece dune tasse de grenade, qui avoit ap-partenu k Ia Reine de Portugal; cette tasse avoitnbsp;prèsdun demi-pied de diametre. Jy vis aussi unenbsp;dent de requin. Le peuple prend ces dents pournbsp;des langues de serpens pétrifiées : jen avois vunbsp;une plus grande a Cassaw. Jai remarqué de lanbsp;terre argileuse jolinient pélrifiée, et un charbonnbsp;fossile tiré par Le Comte d'une mine de Sicile. Cenbsp;Seigneur y fut envoyé par flmpératrice a la prierenbsp;du Roi de Naples , et y demeura deux ans. Lenbsp;charbon dont je parle, a encore tons les linéamensnbsp;du bois; et lon peut en inférer qu'un grand nom-bre de charbons fossiles ne sont point une coagulation de soufre sotilerrain, mais des bois ensevelisnbsp;paria grande revolution du délugeuniversel. Jenbsp;vis encore une belle tabatiere faite de la lave dunbsp;Vësuve. Cette tabatiere étant cassée,leComlemennbsp;donna deux pelites pieces. Cette matiere a la couleur et la dureté de la pierre serpentine. Quand on
-ocr page 298-C 280 )
la frotfe , elle répand une odeur de soufre. Cest un composé de salpêtre, de soufre, de pierreselc. li-Vidimus undan-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ccttelave du VésuveIprulc avcc taut de vio-
tern^ruptisjor- *
nacibus Mih- lencc , que les flammes du torrent se mamtiennent rmm,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quelquefois assez avant dans la mer. Le Comte me
t iammarumque ' nbsp;nbsp;nbsp;^
glohos, lique~^\ encore présent dune piece de la lave de rEtlina.
factaque volvete fiaxa,
QjiORO, !
Elle est plus légere et plus poreuse que celle du Vé-suve; on ne sauroit la travailler. II me fit voir aussi un caillou du Nil : ces cailloux ont la beauté denbsp;lagate, mais ils ne sont point transparens 5 ils sontnbsp;fort durs. II me montra une araignée changée ennbsp;pierre. Toute araignée enfermée dans une boite de-vient pierre au bout de trois ou quatre ans j au moinsnbsp;celles quen allemand on appelle Kreulz-spinnenbsp;(araignée-a-croix) , elles vivent entre les pierres ,nbsp;el sont reraplies de parlicules pierreuses. Je visnbsp;aussi une montre turque : une corde de violon ynbsp;servoit de chaine; les chiffres arabes du cadrannbsp;étoient un peu différens des nótres.
Dcut* ^ C. 8 , V.7, 9, 10.
Le 8 Mai, je fis avec le Comte dYbarra, le voyage de Rodnau, ou sont les mines de sa direction. Ces mines ayant donné de grandesespérancesnbsp;en 1767 , on chantaun Te Deuiri, le sermon quenbsp;fit a cette occasion un Piarisle , avoit pour texte :nbsp;Deus iuus introducet te m terrain honani... cujusnbsp;lapidesferrum sunt, et demontibiis ej'us ceris mctallanbsp;fodiuntur, ut citm comederis et saiuratus Jueris ,nbsp;benedicas Domino Deo iuo, pro terra optima quamnbsp;dedit iibi. Nous arrivames le même jour a Jaad,nbsp;village saxon : ces Saxons sont les meilleures gensnbsp;du monde , dune candeur extréme et dune égalenbsp;ignorance. Le fils du Cure de Bistrilz, agé de vingt
-ocr page 299-ans , soutint ü y a pen de tenis, que Luther étoit contemporain des Apótres. Ils sont heaucoup plusnbsp;propres que les Hongrois et les Valaques ; ils ontnbsp;aussi Ie naturel et Ie langage des Luxembourgeois.
Journ. hist, et litt., I Juin 1778,nbsp;pag. i63.
Le 9 nous passames a cóté de Borco, dernier village de la Transylvanie vers la Moldavië, Cestnbsp;la qu'on fait la quarantaine lorsquon entre ennbsp;Transylvanie. Ayant franchi une grande rnonta-gne, nous entrames dans une contrée hideuse etnbsp;déserte, mais bien agréable k un pliilosophe. Nousnbsp;envisagions les liautes montagnes , qui seanbloientnbsp;nousenfermer dans ces vallées profondes, ignoréesnbsp;des mortel*, comrae des remparts contrela séduc-tion et la folie du monde.
Cat. phil., 3' édit.
Nous dinames a Illova Mike. Les Valaques qui liabitent eet eirdroit, sont bons et unis : leursnbsp;femmes portent des turbans et despendans d'oreillesnbsp;a la turque. Nous passames deux fois le Samos,nbsp;qui étoit prodigieusement eirflé, et baignoit le hautnbsp;du siege de la voiture. En cheanin nous observamesnbsp;desmontagnes qui anarquoient évidemanent factionnbsp;des eaux dm aart le deluge. Toutes ces collines portent lempreinte du dégat et de la fureur des ondes,nbsp;et point du tout d'iin déplacement lent et graduénbsp;de la mer. Enfin, après bien des aventures, nousnbsp;arrivames a Rodnau a neuf heures et demie du soir.
Nous logeaanes chez le Berch Schapfer.
Le ao, nous allames a cheval, car on aie sauroit
aller autreanent, aux mines, qui sont encoae k troas lieues de Rodnau, Nous passaanes trente-troisnbsp;fois un torrent considéaable. II faisoit uai froid ter- Informet hU-rible, et les montagnes étoient de nouveau dépouil-
-ocr page 300-lees de leur verdure et couverles de neige. Les neiges couvrent quelqueibis ce pays-ci au mois dAoüt.nbsp;Il j a sept ans, on fif des courses en traineau Ienbsp;jour de S. Bartliélemi : la fête de lAssomptionnbsp;Joiirn. hist, et nest pas toujours sans neige. Nous admirames lesnbsp;fr-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gclées et figées a leur sortie de la
nbsp;nbsp;nbsp;terre, dans une position admirable. Cela ma fait
soupconner que 1'opinion populaire, qui fait sortir Ia rosée de la terre , pouvoit être vraie 5 non pasnbsp;quelle s'altache immédiatement aux plantes aprèsnbsp;sa sortie, mais quelque tems après, lorsque Ie soleilnbsp;la précipite. Lorsquelle ne retombe pas dabord,nbsp;elle dégénéré en pluie ; et de lè. vient que les pay-sans se reglent sur la rosée , comme sur nn ba-rometre.
Nous vimes, avant darriver aux mines , un piquet de Valaques qui garden! la sortie de lanbsp;Transylvanle : cest une milice qui n'est, alnsi quenbsp;les Siculiens, que pour défendre la fronliere. II ynbsp;a jli ès de la une potence dressée pour les Valaquesnbsp;transfuges : ils ne laissent pas de fuir en grand nom-bre. Cest malgré eux quon les a réduits en nai-lice (*). Ilsfaisoient assezmauvaisefigure, portantnbsp;è-peu-près Ie même babillement qu'ils avoient au -parav'ant. Depuis lors tout cela va de mieux ennbsp;inieux ; ils sont maintenant en uniforme gris et
(*) Le capitaiue Gosimelli a public un Poënic latin sur celtc milice. 11 commence ; Undique prccmptisnbsp;qua Dada vergil ad arcton rupihus etc., imprimc anbsp;Ciausenbourg, i ¦^68. Je 1ai dans mes collections lilte'iaires.nbsp;¦ Elogc A'Entzenherg, Jeurn. hist, et lilt. , 1 Nov.nbsp;1^80, pag. 364-ï Janv. lyfiS, pag. 56. i5 Janv.nbsp;1^85, pag. i38.
rouge : ieur habit est propre. Leurs officiers, quand nous les vimes, avoient des pai'emens rouges, etnbsp;des habits bruns. Ces nouveaux soVdats raenent lanbsp;charrue dune main , et de Iautre portent le sabre,nbsp;comme les Israélites a la reconstruction du temple.nbsp;TJnd manu faciehant opus, et altera tenebantgla-dlum. Hdc arat, infelix , hdc tenet arma manu.nbsp;Ovid. Sicque Ceres duro regnat malè junctanbsp;Gradivo.
Ces bonnes gens sont unis a IEglise de Rome , mais ils savent aussi peu ce que cest que cedenbsp;union, que les schismaliques savent ce que c'estnbsp;que la desunion. Un de ceux-ci soutint a quelquunnbsp;de mes amis, que le schisrae consistoit k 1'aire lenbsp;tour de Iautel de gauche h droite, fandis que lesnbsp;Latins le font de droite h gauche. Ils gardent lenbsp;jeune si sévérement et si superstitieusement, quilsnbsp;ne mettront pas a la bouche une pipe dont 1extré-jnité soit de come ou dos , tandis que le vol, etnbsp;des vices affreux ne les etfraieront point. Voyez lenbsp;Journ. hist, et lift. , i Mars lySS, pag. 36'y.
Un certain norabre cle ces Valaques habite les montagnes. Ennemis du travail, de lasociélé, denbsp;loute gêne, ils peuvent dire avec vérité :
Nos , mortale gemis , terris remoramur inerles ;
Conslruimus luteas , vilia tecta , domos.
On vient de leur distribuer des canada (pommcs de terre, patates) , qui viennent trës-bien dans cesnbsp;montagnes, oii la charrue ne peut être que très-peu d'usage. II est faux que les canada épuisentnbsp;les terres , puisquils viennent très-bien dans lenbsp;sol le plus aride , com.me en Ardennes. Au con-
a. EsdrcB , 4 j
Journ. hist, et litt., i5 Janviernbsp;1785, pag. iSg.
Ignorance des Bulgares, Journ.nbsp;hist, et litt., Mill
1774, pag- 331-
Journ» hist» et litt., Janviernbsp;1785, pag. 189.
Dlverscs oliser-vations sur ce vé-gétal. Jowr«. hist» et litt. , I Mat
pis-
(raire , ce genre de planlation et de récolte étant inseparable du maniement et du bouleversementnbsp;du sol, doitnaturellementlerendreplusfécond('^).
LEvèque des Valaques unis, dont la residence est a Balasfaha, est savant et bien zélé ; il vientnbsp;de faire peindre et graver un arbre ecclésiastique ,nbsp;assez semblable k celui de Mr. Cars. Les Peresnbsp;grecs et latins des Conciles de Lyon et de Florencenbsp;sont attachés a 1arbre; Photius, yidxc^Epheseetc.nbsp;en sont retranchés avec Arlus et Nestorius , quenbsp;lenfer engloutit. Cette peinture exposée dans lesnbsp;églises a ramené bien des scliismatiques. Ce Prélatnbsp;a établi un séminaire de clercs , dont on esperenbsp;Journ. hist, et beaucoupj ce digne Evêque se nomme Athanasius
htt., i5 Janvier nbsp;nbsp;nbsp;jg Qiulafalva.
i\o. nbsp;nbsp;nbsp;Avant midi nous arrivaraes aux mines, qui sont
entre dhorribles montagnes, au pied du Kuhoiv, montagne comparable au Krivan et au Taurus parnbsp;son nom et par sa hauteur. Arrivés aux mines ,nbsp;nous nous mimes a genoux, et priames fort dévo-tement; car ces mines nentendent pas raillerie.nbsp;Elies venoient décraser deux braves mineurs, etnbsp;de donner ainsi aux autres un avertissement par-. lant. Nous finimes assez vite la visite des.mines ,nbsp;et Ie soir nous fumes de retour k Rodnau.
Le 12 nous allames au «SaurZirartu (fontalne ai- 1
Les patates ou pomines de ierre , sont delicieuses dans Ics Ardennes; dans VEntre-Samhre-et-Meuse j, qnoi-quinferieures aux ardennoises, dies sont encore très-bonnes; au-lieu que dans les teires grasses de la Flandrenbsp;et du Brabant dies ne sont guere bonnes , ct qudquelbisnbsp;pas mangeables. (Note de IEdiieur)
-ocr page 303-gre). Cest une source deau minérale alcalique, qui a les propriélés les plus esliniables ; elle a guérinbsp;Ie Comte de Bethlem dune paralysie, et elle estnbsp;un remede a bien des maux; je me suis néanmoinsnbsp;trouvé mal de lusage que jen ai 1ait; en généralnbsp;les personnes grasses et corpulentes sen trouventnbsp;mieux que les maigres. La source est maintenantnbsp;sur une montagne que Ie sédiment de leau a for-mée peu-a-peu ; les bmufs , les cerls , les che-vreuils passent Ie Samos pour venir boire a celtonbsp;I'ontaine.
Je grimpai, un de ces jours-la, jusquau sommet dune haute montagne pour voir la Moldavië-, etnbsp;si jeneusse pensé que je ine mettois dans lobli-gation de faire la quarantaine a mon retour , jenbsp;serois allé k Jassy, capitale de cette province. Lenbsp;Vaivode est Catholique ; cest uii Florentin nomménbsp;Scarlats, mais natif de Constantinople. II y a knbsp;Jassy un Bacha et un corps de Turcs pour observer ce Vaivode. Celui-ci est très-altaché auxnbsp;missionnaires Jésuites qui sont chez lui ; il estnbsp;libre a tout le monde , hors les Musulmans , denbsp;faire profession de la Foi Romaine.
Le i6 , nous célébrames la fête de S. Jean Né-pomucene, patron des mines. Je chantai la Messe, et les mineurs, en habit de gala,blanc et vert,nbsp;y assisterent. Le même jour nous limes une jolienbsp;cavalcade k la fontaine; ce qui eut encore lieu AtpuerAscaniasnbsp;le 22. Nous combattimes detemsen tems pour lanbsp;palme olympique qui me demeuroit ordinaire- Gaudei eqm. ;nbsp;ment, paree que jétois bien monlé.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ C'famllZl'-
Lei-;, je baptisai un enfant sans le S. Chrème, rit iüos.
ces cantons élanl presqiie cntiéreinent destitués de toutes les choses temporelles et spirituelles : javoisnbsp;demandé du sel, on jnapporta du sel et du poiv're.
Le 23 , je dis la Messe dans lEglise greccjne des Valaques, non sans difSciiUé de la part de Mr. Ienbsp;pope qui , le jour précédent avoit renvoyé unnbsp;P. Piariste, disant que cliez eux on ne disoit quunenbsp;Messe par jour sur le mêrae autel.
Je remarquai, en allant le long de la riviere qui passe a Rodnau, combien sensibleraent on des-cendoit en suivant lebord avec le courant de leau ,nbsp;et conpus que le réfectoire des Religieux dePlone,nbsp;prés de la Meuse , sousnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.pouv'óit être de niveau
avec le chateau de Chokier, également entre Huy et Liege, car on le dit ainsi j et que Viénne est denbsp;deux lieues perpendiculaires plus bas que Dona-wert, vu la rapidité du Danube. L'/svor prés desnbsp;mines est 4^0 brasses plus haute qua Rodnau.
dependant le général PfitFer, qui entend très-bienle rnesurage des hauteurs, sest moqué de moi, lorsque je lui ai fait part de ce calcul, sur ce que ,nbsp;disoit - il , nous navions pas dans Ie monde denbsp;montagne dune lieue perpendiculaire, et quil fautnbsp;si peu dinclinaison pour lécoulement des eaux.nbsp;Reste a savoir si une pente insensible , mais suffi-sante pour donner une si grande rapidité aux eaux,nbsp;prolongée dans tout lespace de 6oo lieues (denbsp;Donau-Eschingen jusqua la Mer-Noire) , n egalenbsp;pas la hauteur perpendiculaire des montagnes lesnbsp;plus fameuses ; mais cette hauteur étanl prise dunbsp;niveau de la mer , semble décider la chose pournbsp;Mr. Pfiffer.
-ocr page 305-Le 24, nous fimes encore une bien agreable cavalcade j usquau retranchement fait sous Charles VI centre les Tartares et les Moldaviens. Ce fort estnbsp;tres-peu de chose, et il est cominandepar plusieursnbsp;inontagnes : on y tient une garde Valaque. Nousnbsp;bumes en passant a une autre fontaine minerale ,nbsp;qui me parut aussi bonne que le fameux Saur-briinn. Les sources minerales sont en grand nom-bre dans ces vallons , qui sent rians et très-variés.nbsp;yjn me ludit amabilis insania ? Audiiv et videornbsp;pios errare perlucos , amoenoe quos et aquee subeuntnbsp;ct aurcc. Horat. Je ne sais si de ma vie je menbsp;suis trouvé dans une position aussi agreable qu'anbsp;Rodnau. Une aimable philosophie, qui mest commune avec mon cher Comte A'T'baj'ra , assaisonnoitnbsp;tons mes plaisirs.
Le 25 , nous fumes kJaad chez nos Saxons, et le 26 a Bistiitz, ou j'ai vu des liaises dune grandeur énorme , et qui peuvent passer pour géansnbsp;entre les fraises. Cetoient desfraises-ananas, au-jourd'hui fort communes. Jai connu k Bistritz lenbsp;Stephani, Italien, capitaine d'un régimentnbsp;Valaque , et tres-aimable cavalier jjy ai connu encore le Baron A'Enzenberg, colonelet le Baronnbsp;Baiiji, Calviniste , ou plutot indifferentiste.
Le I®*', de Juin, nous allames en cavalcade voir fabriquer les grosses cordes et les cables destinés anbsp;1'usage des mines. Ce jour-lk, le 2, 3,4 et 5 Juin ,nbsp;d y eut des neiges continuelles dans les montagnesnbsp;de Rodnau ; et a Bistritz, durant trois Jours etnbsp;demi et quatre nuits, une pluie horrible et des plusnbsp;continuelles quon ait vues depuis le deluge. Ce#
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pluies précédant Ie solstice , out préparé un élc sec et de la plus belle sérénité. Tout Ie contrairenbsp;est arrivé lannée suivante. Les pluies nétant torn ¦nbsp;bées quausolstice, toutlétéa étéfroid et pluvieux.
Jai observé que, par une suite de ladmiration que rhomme a pour tout ce qui est éh'anger et quinbsp;vient de loin, on parloit dans ces pays-ci trës-souvent et beaucoup desfrancs-macons j on traitoitnbsp;de francs-macons tous nos incrédules et nos nou-veaux pbilosophes. On me demanda ce que je pen-sois de cette société mystérieuse 7 jen pense cenbsp;quil en faut penser depuis laBulle de Benoit XIV:nbsp;quand il ny auroit rien de mal dans cette société,nbsp;son secret est condamnable. Ce quun de mes amis,nbsp;fort honnête homme , qui a été sur Ie point dêtrenbsp;initié a ses mysteres, men a raconté , ne mennbsp;donne quune mauvaise idee. Lapologie qui sennbsp;trouve dans les Amusemens Uttéraires, tom. i ,nbsp;pag. 9, bien approfondie , et comparée sur-tout knbsp;léloge du Soliiaire de labbé Grécourt, pag. 335,nbsp;égaleraent bien considéré, tout cela donne beaucoup a penser, principalement quand on est informénbsp;dune certaine qualité attachée ii nos nouveauxnbsp;pbilosophes , dont jai parlé ailleuis. Ce quen ditnbsp;Ie Supplément de Trévoux , art. Frey-inacons,nbsp;nest qu'un tas de'fariboles. Voyez Ie Journ. hist,nbsp;et litt, , i5 Mars , pag. 4o6. i Décembre,nbsp;pag. 84o. Décembre, pag. qrg. Lettre aunbsp;Prince de Ugne etc.
' Le 9 Juin, nous fimes encore une agréable cavalcade a la fontaine de S. Ladislas , qui est a deux lieues deBistritz. On raavoit dit que cétoit cette,
fontaine
-ocr page 307-fonlaine que S. Ladislas, comrae Moïse , avoit fait sortir dun roe , pour étancher la soif de ses soldata ; mais il n'en est rien dit dans Iinscriplion denbsp;Ia chapelle doü sort cette fonlaine.
Nous rencontrames en chemin un puits sale , cest Ie premier que jaievu de ma vie ; il est ferme,nbsp;afin que les genssoient obligés d'acheterle sel dontnbsp;ils ont besoin. Je me Ie fis ouvrir , et en tirer denbsp;leau ; jen donnai k mon cheval et a un autre j ilsnbsp;en burent avec une avidité extreme. Les bêtes anbsp;comes recherebent beaucoup ces eaux salées, quinbsp;sont assez communes dans Ie pays.
Une aventure assez tragique nous arriva durant cette promenade. Le lieutenant - colonel, commandant de Bistriiz, inavoit oblige de monter sonnbsp;cheval. Lorsque nous eumes fait environ la moitiénbsp;de la route, il me prit fantaisie de quitter ce chevalnbsp;pour monter le mien, qui est une béte admirable.nbsp;Peu de tems après, ce même cheval, que je venoisnbsp;de quitter, jeta bas le P. Piariste qui le montoit,nbsp;et le traina , le pied dans létrier , dune horriblenbsp;maniere. Nous le crumes perdu , lorsque par bon-heur la courroie de fétrier se rompit et sauva lenbsp;Pere , qui fut trouvé en assez bon éiat. Personnenbsp;ne voulut plus monter ce méchant cheval (*) ; ilnbsp;fallut done m'y résoudre, et nous arrivames heu-leusement k Bistritz pour la nuit,
Le cheval que jai maintenant, ma couté 15 flo-
(*^) Equi domantur forti sed dalei imperio j verhis lt;^enibus sed absolatis ; claniori et ictiius generosioresnbsp;esistunt.
( 390 )
rins dAllemagne ; il est petit, maïs dune grande beanté , vigoureux et plein de feu , un amateur ennbsp;donneroit 60, ou même 100 florins aux Pays-Bas ;nbsp;je Vy amenerai, sil est possible ; cest un Mol-dave, je lai fait seller et brider fort proprement.nbsp;Les monlagnes donnent de petits chevaux ; maisnbsp;, les plaines , comme la Flandre , la Hollande , Ienbsp;Campo-loiigo Ruihenorum f la Russie etc., en four-nissent de grands. En Transylvanie, les plaines ennbsp;pr-oduisent dassez grands 5 mais on ny voit pas denbsp;plaine très-considérable. On y paiera ao et 3o du'»-cats dun grand clieval, landis quun petit et très-bon nen coütera que trois.
Voyage de Rome. Je me prépare a quitter Bistritz, et me dispose tout de bon au voyage de Rome, auquel jai tou-jours aspiré. Une si longue route meffraieroit ,nbsp;mais je ne 1envisage qu'en détail. Les petiles distances noflrent aucune difficulté ; ajoutées Tune anbsp;Iautre et mises bout k bout, elles eflectuent lesnbsp;plus longs voyages. Caudoeque pilos et equina, ditnbsp;Horace , puulatim vello , demo unum , demo etiamnbsp;unum; dam cadat elisus ratione mentis accrvi, J#nbsp;compte partir Ie 20.
......Oinnem cursum- mihi prospera dixit
Jielligio ; et cuncti suaserunt nomine Divi Italiam petere , et terras tentare repos tas.
JLneid 3-
Domimcssolus Ce ne fut néanmoins que Ie 22 Juin, que je dux ejus fiat. partis de Bistritz pour Rome, tout seul, monté siunbsp;Deuter. 32.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;clieval Hansel. Tanta fuit Romam tibi causo
videndi. Bien des incidens et des événemens com * pliqués retarderent mon depart, et exercerent ad-
-ocr page 309-Terriiit gente$ grave ne rediretnbsp;SceculumPj/rrhlt;Hnbsp;nova fnonstranbsp;quce stee;
Omne cüm Proteus pecus egit altos
Visere monies.
Horat. Journ, hist, etnbsp;lilt. , 1 Févriernbsp;1785, pag, 211.
mirablement ma patience. A 9 heufes , je fus k la foniaine de S. Ladislas. Après avoir laissé paitrenbsp;mon cheval, jen allois partir sans manger, lors-quheureusement Voler, peintre de Distritz, arrivenbsp;avec iin assez bon diner. Je dine, et je pars.
3. Peg. 23gt;
Je passe Ie Saïo k Kyrie eleïson. Presque toutes les campagnes étoient couvertes deau 5 suite denbsp;rhorrible pluie dont jai parlé ci-devant. Après avoirnbsp;pensé périr dans la bone avec mon pauvre Hansel, jentre dans une forêt üu je mégare. Quenbsp;faire ? Javois craint d'y trouver des Valaques ;nbsp;maintenant il faut les chercher. Sectamur ultra ,nbsp;quos opimus Jallere et effu^ere est triumphus. Hor.nbsp;Jen trouve enfin : après bien des prieres , unnbsp;deux me conduisit hors de la forêt pour une dou-zaine de creutzers. La soif me tourmentoit beau-coup et me pressoit darriver a Bethlem; et commenbsp;les noms et les choses se rencontrent quelquefoisnbsp;singuliérement, je disois aussi-bien que David :nbsp;O ! si quis mihi daret potum aquae de cistemd, qucenbsp;est in Bethleem! Jy arrivé enfin a 8 heures dunbsp;soir. Le Comte nest pas cbez lui; je passe la nuitnbsp;sous quelques planches; la faim, la pluie, la tris-tesse assaisonnerent mon repos. La pluie tomba versnbsp;le matin, et lut suivie dune sérénité de six mois,nbsp;préparée par les grandes pluies qui avoient pré-cédé de trois semaines le solstice.
Le lendemain 2d , je vais h Keresthur^ chez Mr. Torma, qui mavoit bien traité k mon premiernbsp;passage 5 mais la , comme a Bethlem , nemo domi,nbsp;(personne au logis). Je vais è Rettek, chez le Comtenbsp;Mikès; nemo domi..... Ensuite k Dées, chez le
Comte Teleki; nemo domi..... Enfin chez le Comte Pierre Haller; nemo domi. Madame sa mei'e menbsp;retint neanmoins a diner, et je passai la nuit sent,nbsp;dans la maison du Comte Teleki, qui etoit è.nbsp;Hermanstadt,
Le 24, je suis a Samos-Uivar, dans la cita-delle , chez le capitaine Patrick; le commandant Ekhard me fait inviter pour le lendemain, je nènbsp;puis accepter. Les soldats de la garnison sont ravisnbsp;de ma présence 5 ils sonl des plus officieux, et ontnbsp;grand soin de mon cheval, qui hroute 1'herbe damsnbsp;la place. La chapelle ou jai dit la Messe le lender-main , est belle et très-propre.
On voit dans un mur des casernes, le buste du celebre Cardinal Martinusius. En ce qui regardenbsp;ce Cardinal , il faul en croire Istuavfi, plutot quenbsp;Mr. de Thou et labbé Bechet dans la Vie denbsp;ce Cardinal , imprimée a Paris ennbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Quelle
croyance merite-t-on, quand on dit que Charles-Quint engagea Ferdinand a .se défaire de Mariinu-nius , pour sassurer la monarchie universelle {pag. ^^4) ? Quand on ridiculise Charles V ,par lanbsp;devise des cinq voyelles a e i o u, qui est la devisenbsp;de Rodolphe II Ibid. ? Quand on dit, en 1715 ,nbsp;que cette grande Maison na pas encore réuni cenbsp;loyaiime a ses domaines, pag. 4^^ gt; ^'*1 6St vrainbsp;quil restat encore le Bannat. Dun autre cote,nbsp;Mr. de Sacy , dans un roman philosophiquementnbsp;Journ. hlst. et boursoufflé , SOUS le titre A'Jlisloire de Hongrie ,nbsp;pagfTèonbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Marlinusius un portrait atlVeux.
I Sept, 1784lt; Après le diner, je vais voir la grande eglise des Arméniens , qui nest point achevee, et qui est
-ocr page 311-très-mal peinte. Elle a une forme latlne, quoicjue la Messe sy dise selon Ie rit grec, mais avec dunbsp;pain azyme. Le Missel est arménien, mais dunnbsp;langage mêlé avec toutes les langues qui sontnbsp;en usage dans ce pays-ci. Dans les Missels denbsp;Rome, 1'arménien est pnr. On voit dans cettenbsp;église un beau drapeau de daraas bleu , représentant la Sainte Trinité , avec ces paroles ; Sanctanbsp;TrinitaSf iim/s Deus , ora pro vobis , sans quonnbsp;ait songé jusqnici k corriger la bêtise du peintre.
Ces Arméniens sont un peu superstitieux, on plutót trop simples et trop crédules. Leur piété estnbsp;extréme ; leuvs moeurs exquises et tenant de lan-cienne sévérité du Christianisrae. Quoique très-humains et bienfaisans, ils se défient des étrangersnbsp;inconnus, et sont en cela un peu Chinois. L equiténbsp;et la droiture leur sont cheres. On dit que leursnbsp;marchands vendent tout a un prix excessif; maisnbsp;dans un pays sans commerce, éloigné de tous lesnbsp;ports, de toutes les grandes villes, toutes les mar-chandises éti'angeres doivent êlre cheres 5 les Arméniens se donnent des peines infinies pour lesnbsp;faire venir: c est la nation , oü la juslice se retirantnbsp;delaterre, a fait son dernier séjour. Exlrema pernbsp;justitia excedens terris vestigia fecit. II n'y anbsp;lue 4o ans quils sont unis a lEglise de Rome.
th
Le 26, iai pour diner 1eau du Samos, et mon *^^eval les beaux paturages de cette plaine fertile.nbsp;^ 6 heures du soir je suis k Clausenbourg; j'entrenbsp;^t^ec bien de la peine au college, après avoir cher-
Vlrg. Georg,
róleur de Samos-Uiv
^ en vain un logement dans la ville. Le con-
ar, n'apporlant pas mon T 3
-ocr page 312-porte-manteau, par vin manque de parole impar-donnable, je retourne a Samos-Uwaï' Ie 29. Je revins Ie 3o k Clausenhourg. La faim me prit ennbsp;cliemin 5 deux braves hussards me donneient dunbsp;isahn. 32. painetunchapon. Ecceoculi Domini super metuen~nbsp;tes eum, et in eis qui sperant super misericordid ejiis,nbsp;Hteruat a morte animas eorum, et alat eos in fame.
Jai vu a Clausenhourg un beau bézoard ap-porlé dAmérique , pesant une livre deux onces. li y en a qui pesent jusqua buit livres. « Le bé-» zoard oriental, dit Buffon, Hist, nat., tom. 12 ,nbsp;igt; pag. 23, ne vient pasdun animal particulier,nbsp;n mais de plusieurs animaux différens.» Mr.Hirsch-feld ( Briefe über die Schweitz , ou Lettres sur lanbsp;Suisse, Leipsig 1776, pag. 221) dit que les bé-zoards des daims des Alpes viennent des racinesnbsp;que les daims deterrent en hiver , pressés par lanbsp;faim, et qui se durcissent dans leur estomac rétrécinbsp;et brülant. Ce sont ces racines et ces herbes quinbsp;donnent lodeur et la vertu aux bézoards.
Le 2 Juillet, jassiMe avec edification k plusieurs cérémonies singulieres, mais pieuses et raison-nabies dans la belle église du College ; on y céié-broit la fête de la Visitation. Considérant le magni-fique College quon batissoit a Clausenhourg, je disnbsp;k nos PP. , que vu la situation actuelle de la Compagnie , ce batiment seroit probablement changenbsp;en casernes. Impius hcec tam culta novalia milesnbsp;habehit. Virg. On y travaitle une pierre dalbatre ,nbsp;qui doit former la table dAulel, en maniere durne.
Truditar dies die ;
Novceque pergunt interire luncB ;
Tu seeanda marmora
-ocr page 313-JLocas sub ipsum funus ; ei sepuldui Iminemor , struis domos.
Hor AT.
Le 3 , jassiste a line Messe arménienne , dite par un Religieux de S. Antoine de Venise , Supérieur en Transylvanie : ce rit arménien est mêlénbsp;du grégorien et du basilien.
Le 5, je dine a Torda, chez le controleur du sel : il y a six salines a Torda , toutes riches etnbsp;belles. On pent se rappeller Iinscription que nousnbsp;avons rapportee plus haul, pag. 154-
A Fel-Vintz, je ne puis trouver de logement, ni a la poste , ni au cabaret, ni chez le Curé catho-lique, ni chez le Predicant calviniste. Je dors donenbsp;sub dio y victima nil rniserantis orci j tandis quenbsp;Hansel broutoit iherbe du cimetiere, je priois a lanbsp;porte de Ieglise , ayant toujours a Iesprit ces motsnbsp;de lEcclésiastique ; Queeswi sapientiam palam in Ecdi. C 5inbsp;oratione med : ante templum postulabam pro ilia,
Le 6, je marrête un peu k Enied, bourg considerable , OÜ il y a des Cordeliers : je mégare en-suite , et ne puis faire comprendre aux Valaques h quel endroit je veux aller. Carlsbourg, fFeissen-bourg, Alba-Julia (*), Alba-Carolina, étoient desnbsp;noms inconnus. Enfin entendant dire a un Hon-gpo\s feirrar, et a un Valaque Belgrade ; et réllé-chissant que les villes quon nomme Alba, se nom-
Ainsi nominee de Julia-Aiigusta , mere de Marc-Au-rele son fondateur , ut ostendit , dit OEthel Thesaur. geogr., ex antiqud inscriptione ejusdem loci , Stepheunbsp;nus Taurinus , in sua Stauromaehid. Cependant je nenbsp;trouve pas cette inscription dans celles de ce pays-la, quenbsp;jai sous les yeux.
T 4
-ocr page 314-moient ainsi en ces langues , je leur fis signe que c'étoit li\ que je voulois aller, ils me dii igerent, etnbsp;jarrivai h 3 heures après midi a Carlsbourg, ainsinbsp;noramé par lEmpereur Charles VI, qui en fitnbsp;line forteresse superbe : lenlrée est une des plusnbsp;magnifiques du monde 5 la statue équestre de cenbsp;Prince est au-dessus 4e la porte , avec beaucoupnbsp;d'autres statues symboliques. Je nai rien vu denbsp;semblable depuis Carlsbourg , jusquh larc denbsp;Francois a Florence.
Le 7 , je vis la forteresse en détail; lhêtel des monnoies , oü 1on me montra une nouvelle etnbsp;belle machine servant a élendre les lames, et lanbsp;maniere de séparer lor davedargent par Ie moyennbsp;de 1eau forte; ensuite jefus a Téglise desValaques.nbsp;Leur Cure est un Religieux de S. Basile , hommenbsp;poli, instruit et très-judicieux : il me'présentanbsp;une tasse de chocolat et me fit mille amitiés. Cesnbsp;Basilites sont unis de bonne foi et avec zele knbsp;1'Eglise de Rome ; celui-ci est de la résidence denbsp;Balas fahm. Leur habit est noir, doublé de rouge;nbsp;ils ont par-dessus une robe assez semblable a cellenbsp;des Jésuites, et sur la tête une espece de tambour.nbsp;Javois vu un autre Basllite , Vicaire-général knbsp;Bistritz,. Jallai voir aussi la Cathédrale , qui estnbsp;passable , mais qui manque de fenêtres ; cest 1'é-glise de 1Evêque de Transylvanie, quoiquil de-meiire a Hermanstadl.
Le 8 , je dine avec Ie capitaine Wolf a Fintz OU Cilvintz, oü il y a un chateau de 1Evêque; cestnbsp;la (jue fut assassiné le Cardinal Martimisius. Hnbsp;gvoit fait balir ce chateau sur les ruines dun Mo-
-ocr page 315-nastere quil avoit fait abattre. Siiivant Mr. tie Thou , Ie Supérieur de ce Monastere prédit k Mar-tinisius sa fatale destinée.
Le lendemain je fus oblige de quitter Mr. Wolf, paree que savoiture nepouvoit suivremon Hanset.nbsp;Vers minuit (le 8) jarrivai a Sasvaros, après avoirnbsp;terriblemeiit galopé : k fentrée de la nuit je ren-contrai différentes troupes de Zigeiner (Bohémiens)nbsp;tout nus. Je naurois point éié a mon aise sansnbsp;Iapproche des voitures du capitaine , et lun deuxnbsp;mavoit déja crié : Arrête. Une Zigeinerine me regardant fixement, me répéta en allemand une pré-diction singuliere , qu'une autre femme m'avoitnbsp;déjk faite autrefois a la porte du College de Luxembourg (*). Si le bonheur dont elle me paria , estnbsp;le bonheur intérieur , elle na pu dire plus vrai 5nbsp;mais celui-la je le possédois déja dès-lors : et dail-leurs ces diseuses de bonne aventure ne soccupentnbsp;point des destinées invisibles 5 du reste je seroisnbsp;bien faché quelle eüt deviné juste. Mais cette pré-diction sera sürement démentie par févénement.nbsp;Le rapport néanmoins est remarquable , et suppose assurément quelque commerce avec fes-prit des ténebres, qui croit prévoir souvent cenbsp;quil ne prévoit pas, et qui par sa longue expé-rience de six mille ans et sa perspicacité extréme,nbsp;louche quelquefois le vrai. Souvent il profile desnbsp;lumieres de quelques saints personnages qui fontnbsp;des prophélies 5 il les répete après eux 5 cest la pensee de S. Augustin : Audiunt enim ticec dèrice po-testates, II est vrai que de saints et judicieux
(*) Je rapjjellerai cette pre'diction ci-apres.
Joum. hist, et /ïVf.^iSept. 1784Jnbsp;pag. 24.
Journ. hist, et littér. j i5 Aoütnbsp;1777) pag- 614.
Prediction faite a Mde. de Maiii-tenon , Journalnbsp;hist, et lilt., i5nbsp;Opt. 1786, pag.
245-
-ocr page 316-personnages mont fait la même prediction en tec» mes plus généraux ; ils se sont également trompés.nbsp;Journ. hist, et Jobservcrai ici en passant quil y a deux prin-cipales especes de Zigelner ; les uns sont mal ha-^ ®nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;billés , les aulres sont nus et ne sortent de leurs
forêts qua lentrée de la nuit comme les bêtes fé-roces. Posuisü tenebras et facta est nox ; in illd pertransibunt omnes bestice sylvoe : ortus est sol etnbsp;Journ. hist, et congregati sant. La Valachie et la Moldavië en sontnbsp;Uttér., i5Octob. pleines.
'77 1 pag- 2 2. nbsp;nbsp;nbsp;^ Sasvaros dans un carrosse ouvert: un
terrible orage me fit fuir du carrosse dans une maison ouverte , et retourner de cette maison aunbsp;carrosse moins ouvert que la maison. Javois jeune 'nbsp;ainsi que mon cheval; les Récollets nous retjurentnbsp;tous deux Ie lendemain. Les Valaques de ces cantons sont très-doux et très-officieux.
Le 9 , je loge a Deva, dans Ie beau chateau de la Comtesse de Haller, après avoir dit avec unenbsp;volupté spiritoelle,mes heures dans son charmantnbsp;jardin.
Le 1 o , après avoir dit la Messe chez les Récollets Bulgares , je montai au chateau de Deva, qui est fort haut, bien situé , et en état de faire quel-que défense. La vue y est des plus charmantes etnbsp;des plus variées ; ce chateau est un poste important pour entrer en Transylvanie ; il est célebrenbsp;dans 1histoire de Ia régence du Cardinal Martinu-Voy.DEVAdans sius. La montagne sur laquelle il est bati, estnbsp;Je uir.t. géogra- ji-peu-près entourée dun fossé deau, et d'un re-phique.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tranchement régulier. Je dinai chez le Comman
dant qui deraeure dans une assez belle maison au
-ocr page 317-bas de la montagne; et Ie soir je fus a 8 heures chez Ie capilaine Frejmuth a Dobra.
Le 11 a 3 heures du matin au sortir de Dobra , un cavalier me demanda mes passeports , et map-porta de Iavoine pour Hansel; cest la seule foisnbsp;que Ton mait solemnellement fait montrer mesnbsp;passeports dans tout ce voyage. Jentre dans unenbsp;fcrêt horrible, dont la traversée est de drois ounbsp;quatre milles dAllemagne ou 6 lieues de France,'nbsp;jy chante a pleine voix le Te Deum, pour épou-vanter les voleurs. Differens passages des saintesnbsp;Ecritures , analogues au local que je traversois ,nbsp;occupoient ma pensee. Abraham verb plantavit ne- Genes., C. 21.nbsp;mus in Sersabee, et inaocarit ibi nomen Domininbsp;Dei ceterni. ^ Invenit eum in terrd deserid, in loco Dent. 32, 10.nbsp;horroris et vastoe splitudinis. Exuliabunt omnianbsp;ligna sylvarum a facie Domini. ¦ Et deduxit eos Psalm. gSet 77.nbsp;in spe, et non timuerunt. Lidée de Dieu a quelquenbsp;ohose de plus sensible dans les solitudes et lesnbsp;deserts inaccessibles au tumulte des choses hu-maines. Je fis faire cette reflexion h mon chernbsp;Comte d'Tbaira;et depuis il écrivit des montagnesnbsp;de Rodnau, a Madame , quil la trouvoit dunenbsp;grande vérité.Telle estlapiété des esprits religieus:nbsp;par-tout ils trouvent des autels dressés h FEternel,nbsp;sous lombre des hêtres comme sous les voütes do-rées des temples les plus magnifiques. Saint Bernard disoit que dans la connoissance de Dieu , ilnbsp;navoit eu dautres maitres que les chênes et lesnbsp;hêtres. Jai senti vivement cette impression des fb-rêts dès 1age de 8 k 9 ans.
Je mangeai quelque chose k Cochova, au sortir
( 3oo )
¦*Voy. Ie Journ.
de ceüe forêt: jenfrai ensuite dans une autre forê,t semblable ci la premiere; jy reiicontrai des Va-'etnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* 5 puis sorti de celte forêt, je jouai quel-
Fév. 1785, pag. que tems avec deux feux-follets. Je crus dabord que cétoient deux lanternes atlachées aux deux cótésnbsp;de la porte de Lugos oü jallois 5 mais j'étois encorenbsp;a J lieues de Ik , et Lugos na ni porles , ni lanternes. On appelle feux-follets ces feux errans quinbsp;fuient devant celui qui les poursuit, qui trompentnbsp;Ie voyageur , et que jamais na pu atteindre lanbsp;course la plus rapide. Mr. Volta les a saisis , les anbsp;enfermés dans des bouleilles en y faisant entrernbsp;Fair inflammable des marais , qui s'y enflammoitnbsp;bientót après. Lettres de Mr. J^olta sur lair inflammable des marais , Strasbourg , cliez Heitz ,nbsp;i'jjB , un vol. in-80.
Je ne pus arriver a Lugos qu'a onze heures de nuit, ayant fait avec LIansel ce quon fait en deuxnbsp;jours en voiture. J'arrivai trop tard pour trouver anbsp;me loger. Le ciel servit de toit et a moi, et a monnbsp;Hansel. Deux boeufs penserent mécraser pendantnbsp;la nuit. Lugos est une ville considérable du Bannatnbsp;de Temeswar; elle est située sur la Temès, et nestnbsp;pas fort loin de Karansebès, quon donne pour lenbsp;lieu de 1exil dOvide. Cest une bévue. Voyez lenbsp;Dictionn. histor., art. Ovule,
Le 12, je vais voir Féglise des Valaques schis-matiques ; de toutes celles du rit grec , cest la plus belle que jaie vue. Je passai de Ik pres desnbsp;écluses de la Temès, a deux lieues de Lugos. Cesnbsp;écluses proportionnent 1écoulement des eaux aunbsp;besoin du canal et des fortifications de Tcmeswar.
-ocr page 319-Je dlnai chez un officier du Bannat, proprement logé a la hollandoise, qui -vint, comme Abraham,nbsp;roaborder sur Ie grand cliemin , el me forca den-trer. Jarrivai a heures h Tcmes-war, après avoirnbsp;beaucoup souffert de la poussiere et ensuite de Ianbsp;pluie , une femme valaque ayant refusé avec du-reté de me laisser entrer avec mon cheval dans sanbsp;maison, qui réellemenl n'étoit quune écurie.
Ladministration du Bannat de Temeswar est immmdiatement subordonnée k la Chambre royalénbsp;de Vienne, sans avoir de liaison avec la Hongriej.nbsp;Ce Bannat est divisé en onze districts; toute lanbsp;partie oriëntale en est montagneuse ; on, y trouvenbsp;des mines j elle est plus habitée que la partie oonbsp;cidentale, qui est fort marécageuse. Je parlerai ci-aprèsdes changemensquiy sont survenus en 17']y.
Le i3, je vis en détail la belle ville de Temesr-¦war , batie réguliérement et magnifiquement. La Cathédrale est un bel édifice : lEvèque neslnbsp;point Evêque de Temeswar, mais de Czanad.nbsp;Léglise des Valaques schismatiques est belle aussi}nbsp;la nóire est une mosquée. La promenade dans lesnbsp;, galeries ouvertes des casernes est assez agréable.nbsp;On voit encore le chateau turc; la tour Eugé-nienne, par ou le Prince Eugene entra dans lanbsp;ville , après 1avoir prise le ra Octobre 1716 5 etnbsp;plusieurs maisons turques. Je vis aussi quelquesnbsp;Juifs vêtus k la lurque. Les églises du Bannatnbsp;ne sont point consacrées, k cause du peril oü ellesnbsp;sont detre prol'anées. II ny a point de Dédicace :nbsp;si Ton recouvre Belgrade, on les consacrera, nbsp;Lair nest pas très-sain k Temeswar, quoique lesnbsp;marais environnans soient en grande partie dessé-
-ocr page 320-diés, et quon y ait fait un lion canal, qui est dune grande utililé. Les fievres y regnent ordinairementnbsp;sansêtre dangeieuses, pour peu quon se naénage.
Lerapire que !a fievre exerce sur Ia Hongrie , la fait reconnoitre pour une déesse , et mêmenbsp;pour une grande déesse par les anciens Ro-mains. On lit a Ostroliovo^ en Transylvanie, cettenbsp;inscription;
Febri VirjB.
Voy. Ie Journ. hist, et littér., inbsp;Oct. 1782 , pag.nbsp;i8o.
Fbrri sanct.r.
FeBRI MAONjE.
Camilla amata.
Pro FtLio.
Male afbecto p.
Le 15 , i'examinai les fortifications, en falsant Ie tour des remparls} elles sont belles et fortnbsp;bonnes. Ceux qui ont cru pouvoir les comparer anbsp;celles de Luxembourg, nont aucune connoissancenbsp;de l'arcbitecture militaire, et ne doivent pas mêmenbsp;avoir fait usage de leurs yeux.
Le 16 je dine, ou plutót je jeune a Parian, et après avoir pensé périr de soif et de chaleur dansnbsp;une plaine immense et stérile, quoique jeusse bunbsp;plusieurs Ibis de 1eau bourbeuse et fétide des puitsnbsp;qu'on y rencontre de loin en loin , jarrive k dixnbsp;lieures de nuit k Brecskerck, oü les chiens des Va-laques faillirent de mettre en pieces mon pauvrenbsp;Hansel. Une brave femme allemande , après biennbsp;des questions, se leva en considération de ma prê-trise , et me donna un verre de bierre qui menbsp;rendit la vie} ensuite elle roe fit conduire dans unnbsp;assez bon logement.
Autrefois Brecskerck éfpit une ville et une for-
-ocr page 321-teresse assez considérable, au milieu dun marais, qui, lorsque jy passai, étoit k sec par les longueSnbsp;et grandes chaleurs, et par les saignées faites parnbsp;Ie canal de Temésv/ar, qui y passe. Dans les an*»nbsp;ciennes cartes on yoit Brecskerek au milieu dunnbsp;lac. Cest la patrie des mouclies, des cousins, desnbsp;punaises, des puces etc. arice iUuduntpestes.
Le 17 , jétois accablé de tristesse ; moncheval mal sellé se trouvoit blessé, et presque sans sanbsp;queue, que la croupiere, frop tenduepourdégagernbsp;les épaules dune selle improporlionnelle a la petitenbsp;béte , avoit coupée. La chaleur et les millions denbsp;cousins , ne me laissoient point reposer un moment. Le Curé me fit amilié. Un brave Croatenbsp;minvita k diner : nous étions plusieurs convives,nbsp;mais un même gobelet servoit k tous. Je vis sutnbsp;la porte de la maison les portraits de deux célebresnbsp;vieillards très-bien tirés ; ce sonl les deux per-sonnes que Charles VI fit venir k Vienne. On ynbsp;lit ces paroles; Janos Rowin alt i'jx undSara Dessennbsp;anweib jahr gebiirftg zu Zodowir im Karanse-bischen Distrikt, haben im Ehestand gelebtnbsp;Cesl-a-diie : « Janos Rowin, agéde i'j2 ans , etnbsp;n Sara sa femme, agée de 164 ans, nés k Zodowirnbsp;» dans le district de Karansebès, vécurent unisnbsp;« 147 ans 1). Ils se nourrissoient de cucurutz ounbsp;bied de Ttirquie, quon voit peint dans le tableau.nbsp;On dit que la femme avoit un écureuil du mêmenbsp;age quelle; cependant quelques naturalistes nenbsp;donnent k eet animal que sept ans de vie. lie portrait de Rowin se voit k Bruxelles , dans Ia biblio-theque du Prince Charles. Valmont en parle
-ocr page 322-dans son Dlctionn. lt;FHist. nat., art. Homme,
De la Hieillesse el de la Mort, et fait mention de Pierre Zorten , paysan du même pays, agé denbsp;i85 ans (*).
Après avoir dine je montai sur un minaret; je rendis ensuite visite a I'lnspecteur imperial , puisnbsp;je partis avec un Rendeur de comptes pour Pelès-vaios. Je fus très-bien chez cet homme, quoiquilnbsp;ne me connut aucunement.
Le i8, je passe le Danube k Surdac : ce grand fleuve y est d'une largeur étonnante; on croitnbsp;passer un bras de mer. Cest cependant encore biennbsp;plus bas que se trouvoit le pont de Trajan. Aprèsnbsp;mêlre égaré pendant trois heures au-dessous denbsp;Seinlin, jerevins sur mes pas en coloyanï Belgradenbsp;et fus a 'j heures du soir chez le Vicaire-Généralnbsp;a Semlin. II y a dans cette contrée un labjTinthenbsp;de ehemins , dont il est impossible de se tirer sansnbsp;guide. Cest la seule fois que je me sois égaré aussinbsp;considerablement dans tout le voyage de Rome.
Quia delectdsli me, Domine, in facturd tud et in operibus manuum tuarum exultaho... Vir insi-piens non cognoscet, et stullus non intelliget hcec.nbsp;Psalm. 91.
It y a pea (iannees quon a roue a Bistritz im Va -l.Kjue de 128 ans. Un soldat de Charlemagne, mort sous Lotliaire, eu 1128, nomme Jean, avoit 36i ans.nbsp;Voyez Nauclerus , Cramerus etc. Berti , Hist. Eccl. ,nbsp;brev. parte id. , app. sasc. 12. La chose paroit incontestable; jai neanmoins peine a la croire. Drachenberg,nbsp;mort a Aarhus en Jutland, a i^b ans en 1773. On pentnbsp;voir sa pompe funebre, son epitaplic, Gazette de Leyde ,nbsp;24 Novembre.
I 'j68.
Oportet me et Romampidere* Act, xix. ai; Transiho igitur, etvideho terramhanc optimami Deut. m. 27.
Oemlin est une ville, ou plufot un bourg consi-dérable, babité par des Allemands , des Rasciens, des Juifs, des Turcs etc. Cest ici 1ancien Sjr-mium. La Servie qui est au dela du Danube et.nbsp;de la Save, est, me disoit-on, bancienne Thrace jnbsp;mais cela ne peut être vrai qu'a légard de la Thracenbsp;du mojen dge. Celle des Remains et des Grecs estnbsp;la Romanie d'aujourdhui. Schmith , Hist. Imp.nbsp;Ottom. et Istuanfi, appellent toujours les Serviensnbsp;Th races. Istuanfi , De rebus Pann., dit : Situm estnbsp;Belgradum in ed Thracice regione etc., et ainsinbsp;par-lout,
Semlin esi, vis-a-vis de Belgrade , dont il est se-pare par le Danube et une grande isle. Selon Iac-cord fait avec les Turcs, on ne peut le fortifier j il na dautres remparts quune rangée de grossesnbsp;et hautes palissades , qui sent autant de pins en-foncés enterre. hsiContumace, ou quartier de ceuXnbsp;qui font la quarantaine, a de doubles palissades ¦,nbsp;ce quartier est comme la forteresse de Semlin, Lesnbsp;hommes et les marchandises y font également lanbsp;quarantaine. Les Recollets ont une Maison a Semlin.
J'ai beaucoup parlé avec le Directeur de la Con~ tumacc, touchant la nature de la pesle turque. Ilnbsp;I'attribuoil a leur mal-propreté; mais je crois pou-
Tonij I. nbsp;nbsp;nbsp;V
-ocr page 324-voir y trouver encore daufres raisons. La peste a toujours passé pour un fleau de Dieu. An forsnbsp;quia a vino abstinent? Vinuin enim eam fugatjuxtanbsp;/)'« Guys , et ut docet in morbis putridis expencn-tia. Vina tarnen acria , utRhcnanum, Mosellanumnbsp;Sourn. hist, et proistare passim crediturCyprio, quod laudat Guys,nbsp;later., 10 Avnl J[lii falia snirituosa vinu nialuntunde adustis vinis
i777? pas- 562. nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;
menus servantur a putredine carnes. Acetosa vina bilis foccundiora.
Le 19 Juillet, je fus voir le Commandant, Mr. de Sturm (*) , et ensuife la ville de Belgradenbsp;du cüté du Danube. Je montai, non pas sur le minaret , comme je le dis dans le Journal du i®'quot;.nbsp;A0ÜI i'j84 , pag. Sai , mais au liaut de la tour denbsp;I'Eglise Calliolique, qui est une ancienne mosqnéenbsp;(démolie en i y84) , pöur pouvóir de la mieux voirnbsp;Belgrade, avec une lunette dapproche. Je le visnbsp;encore du bant dun ancien chateau , bien situé ,nbsp;mais qu'on nose i'ortiller. ]gt;e cette montagnenbsp;on vüit, outre la citadelle, une grande partle de lanbsp;ville. Enfin, malgré les craintes que le Commandant et leVicaire-Général iacherent de mlnspirer,nbsp;j'allai avec Hansel, jusquau canal Ae\a.Sauspilz,nbsp;OU pointe de la Sare. LEmpereur avoit été un peunbsp;avant moi jiisquii la Sauspilz. On rencontre deu.x piquets Impériaux, avaiit dy arriver. TJn brave Croatenbsp;qui ë toit de garde, me suivit pour plus grande sureté.nbsp;La situation de cette célebre forteresse , sur unenbsp;montagne enlre le Danube et la Save, est extrêine-inent avantageuse, mais les fortifications nen sont
-ocr page 325-(3o7)
pas bien considerables : celles des Autrichifns out éié déniolies, et les Tures nont guere bati. II y anbsp;sur Ie bord du Danube une baiterie formidable.nbsp;Lattaque de la ville ne peut guere se faire que
Voyczlcs dliK'
du cóté de la Ratzenstadt ou ville des Rasciens. renssiogtsdccci.
Kien de plus tranquille aujourd nui que les Bel- dans Bonf /.s.
gradiens ; on ne voit personne sur les remparts ; nbsp;nbsp;nbsp;i
on nentend rieii , on diroit que c'est une ville
déserfe. Aurefois ils passoient la Save, et enle-
voient tout ce quils irouvoient. Lauteur des
Considérations sur dorigine et les revolutions du
Gouvernement Romain, Paris, 1778, croit quau-
trefois la Save se décliargeoit dans 1Adrialique ;
cefte idéé est réfutée par Ie seul aspect de toute
cette region, par les Alpes horribles de Carlstadt
et A^Laulach: de la maniere dont eet écrivain rai-
sonne, ou plulót déraisonne sur ce sujet, il paruit
croire que la Save remonte de Belgrade , jusque
dans la Carniole , prenant h rebours Ie dessin et
1expression de la carte.
Le soir , au moment oü jallois me couclier , Ie Directeur de la quarantaine entra dans ma chambrenbsp;avec quelques autres personnes , pour demandernbsp;luon avis sur unemédaille de Moise, pour laquellenbsp;les Juifs avoient déja voulu donnev plusieurs ducats.
*le ne me suis Jamais beaucoup applique a la science
des médailles; je lui dis seulement que le caractere
liébraïque moderne, qui est le Chaldaïque, navoit
pas été en usage au tems de Moïse. La figure de
^loïse sur cette médaille, ne saccorde pas non plus Journ. hüt. et
^vec son portrait , dont jai parlé ci-devaut,
Pag. 378. nbsp;nbsp;nbsp;'' ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
( Jo8 )
On Jnontre des médailles dAbraham et de Sara, de David , d'Absalon et dEsther. Le Baron denbsp;Spanheim prouve asssz bien que nous navons au-cune médaille frappée avant la destruction du second Temple. II croif que la plus ancienne médaillenbsp;est celle dAmjntas , premier Roi de Macédoine ,nbsp;laquelle se trouve danste cabinet du Roi de Prusse.nbsp;II la croit antérieure a celle dun autre Amynlas ,nbsp;aieul dAlexandre-le-Grand, qui est dans le trésornbsp;du Roi de France , et a laquelle le P. Hardouinnbsp;avoit donné le prix de Vantiquité. En Italië le Pa-douan et le Parmesan, et en Hollande un nqmménbsp;Carteron, sont les plus célebres faussaires en faitnbsp;de médailles.
Le 20 Juillet, je passai par Panoscha ou Banoska, OU 1on ache vela quarantaine commencée a Semlin. Jy pris un déjeuné chez le Ghapelain ,nbsp;qui me fit beaucoup daccueil. Je dinai a Bésckanbsp;chez un Capitaine de Varadiniers, après avoir eunbsp;une chahde querelle avec son Enseigne , qui étantnbsp;schismatique avoit refusé de me conduire chez lui,nbsp;et qui fut très-embarrassé de 1entrevue que jeusnbsp;avec le Capitaine en sa presence. Je souffris ennbsp;ce jour une telle chaleur, que la cire dEspagne senbsp;fondit dans mes poches. Un grand orage me sur-prit sur la hauteur de Carlovitz. Mon cheval, quenbsp;je laissois ordinairement suivre sans le conduire gt;nbsp;en fut effrayé, et chercha prés de moi un asyle avecnbsp;une ardeur extréme.
..............Pater ipse coruscd
Plilmina molitur dextrd , quo maxima motu Terra tremit, fagêre ferm , et inortalia cordanbsp;Per gentes humilis stravit pavor. PrRO. Georg-
-ocr page 327-Pour surcroit de malheur raon cheval se déferra, et il fallut travailler a detacher Ie fer du pied. Jé-chappai néanmoins a lorage par la seule issue quenbsp;Ie Ciel avoit laissée. A 6 heures du soir je passainbsp;par Carlovits, ville archiépiscopale, et résidencenbsp;du MétropoUtaiu Grec schismatique , qui se Irou-voit alors a la derniere extrérnité. II mourut ennbsp;effet qu'elques jours après , et fut enterré avecnbsp;grande pompe. II étoit Conseiller intime de Marie-Thérese , et dès-lors Excellence. La Cathédrale estnbsp;assez belle : les Latins y ont aussi une Eglise. Onnbsp;y voit une chapelie balie en mémoire de la paixnbsp;HeCarlontz, en 1699, qui finit cette longue chainenbsp;de victoires qui suivirent Ie siege de Vienne , etnbsp;dëterminerent Ia decadence de lEmpire Ottoman.nbsp; Sa Majesté est obligee davoir de grands égardsnbsp;pour lesSchismatiques de ces nouvelles conquêtes,nbsp;SLir-tout sur les confins.
Res dura, et regni novilas me talia coguni
jyiolivi , et late fines custode tueri.
1. iEneid.
A heures je fus a Petcr-TEaradin. Jy trouvai Ie P. Grundner, un de mes anciens amis.
Le 21, jallai me promener a Maria schnee {Maiia ad nives). Cest une belle chapelie batie sur lenbsp;champ de bataille , oii le Prince Eugene défit lesnbsp;Turcs ennbsp;nbsp;nbsp;nbsp;le 5 Aoüt, fête de Sainte Mane
aux neiges. On me fit voir aussi 1arbre prés du-quel le general Breuner, ayanl été fait prisonnier, fut tué de sang-froid par les Turcs.
Allant a la citadelle, je passai parle fort quon venoit de batir a larrivée de 1Empereur, pour
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-ocr page 328-( 3io )
l'atiaquer el Ie défendre en sa presence. La cila-delle, extrêmement haute et 'excellemmenl forti-fiée , seroit une place imprenahle , s'il y en avoit aujourdhui.Le Danube forme une presquisle, oünbsp;se trouve la citadelle et la ville, qui est aussi trës-^nbsp;forte. II jr a encore de bons ouvrages au dela dunbsp;Danube, et dans une isle qui est vis-a-vis de lanbsp;ville. Luxembourg est néanmoins encore tout autrenbsp;chose, quoique la situation de Peter-Waradinnbsp;puisse paroitre meilleure a quelques égards, Lenbsp;Prince Eugene a fait renforcer par un bon ouvragenbsp;a comes, le seul endroit par ou on pouvoit altaquernbsp;cette citadelle, quidominesur uneplaineimmense,nbsp;On j a coutume de tirer le canon quand il tonne,nbsp;comme on fait sur mer. II y a aussi dans cettenbsp;citadelle une belle machine hydraulique, qui elevenbsp;l ean du Danube Jusque dans la place.
Le 22 , je vis Neusatz (JVeoplanta/n) , petite ville construite depuis peu , inais déjii fort animée. Onnbsp;y compte frois Eglises Schismatiques, une Catho-lique, et une Arrnénienne j les Rasciens y ont imnbsp;Evêque. Depuis iVensa^s jusqua la Theiss, setendnbsp;un ancien retranchement Romain. Voyez Istuanfi,nbsp;Bonfinius etc. et Marsigli , opus Danubianum. Jenbsp;revins le mème jour a Peter-TVaradin.
Le 23 , iallai voir le Gouverneur , Baron de JVulfj'en. Je vis aussi plusieurs vaisseaux de guerre,nbsp;dont on se sert contre les Turcs. Ce ne sont quenbsp;desbarques, appellees schaikcB. Le 25 , fete denbsp;S. Jacques, je chantai la Messe dans notre Eglis^-Dans 1après-dinée, jallai a cheval avec le Supc'nbsp;rjeur, a Maria schnéa. Jy trouvai un major d®
-ocr page 329-Ganoniers qui avoit connu beauconp mon grand-pere : il men paria av.ec aatant denlliousiasme qae de reconnoissaiice.
Le 2'j, je parlis de Peter-Waradln Ie P. Grund-ner maccompagna a cheval jiisqua une lieue de la. Je me délournai de men chemin peur voir unenbsp;alibaye de meines Sclii.smaiiques de S. Basile ,nbsp;située dans une admirable Vallée. II y a la deux denbsp;ces abbayes j je ne vis que la seconde, qui est dei-riere slch. Peu de ces moines sonl prêtres : ilsnbsp;sont frès-ignorans, et portent rarement, au inoinsnbsp;en été , lhabit religieux ; je les pris pour desnbsp;paysans on pour des doraestiqiies. II y a en Escla-vonie trente monasteres de ce genre. Les Grecsnbsp;appellenl leurs moines Calugeri. Nos missionhai-res, dans les heitres édijlanles, les nomment ennbsp;Francois Caloyers.
Je dinai k Szerevics, cliez Mr. de Bonne-Garde, inspecteur de la Cbambre impériale, qui me retintnbsp;Ie reste du jour. Vers le soir, je montai sur lesnbsp;debris dun vieux chateau , avec une lunette, pournbsp;jouir dune des plus belles vues qui existent. « Lenbsp;n climat, le sol et sa fertilité, les productions denbsp;n loute espece, la beauté singuliere des végétaux ,nbsp;» tout semble concourir a rendre cette contrée lanbsp;n plus brillante et la plus délicieuse de Ia terre.
') Tout y est merveilleux et de la plus satisfaisante « variété. A chaque pas on trouve des paysagesnbsp; uniques ; 1oeil est frappé a la vue des tableauxnbsp;quot; les plus singuliers. Pendant buit mois de lan-« née, les forêts y censervent toute leur verdure;
» les collines sont couvertes de vignobles et de
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-ocr page 330-I1 chateaux de la plus élégante structure ; les val-V léés sent remplles de jardins perpétuellement » chargés de fruits et de légumes excellens. Ajou-n tez h ces richesses inépuisables, les mines abon-» dantes cachées au sein de la terre , et vousnbsp;ft naurez encore quune idéé imparfaite desagré-ti mens de toute espece , quofïfe la nature dansnbsp;)gt; lEsclavonie et la Syrmie (1) ».
LEsclavonie tire son nom des Slaves, Ce pays portoit, du tems des Remains, les noms de Pan-nonia-Valeria, èllnteramms eXivYllirie. Ceuxden-tre les Esclavons qui suivent acluellement Ie ritnbsp;grec , sont appellés Paatzer , Raizer ou Rasciens,nbsp;Le Danube, la Drave et la Save bornent cette con-trée dont la longueur est de 32 milles, et la largeurnbsp;de 6 milles seulement en certains endroits,et de 12nbsp;milles en dautres. Dans eet espace, comme onnbsp;voit assez peu étendn , la variation de 1aiguille ai-mantée est de i5 a 18 degrés. La cause de ce phé-nomene seroit très-difficile a trouver, si 1on nenbsp;savoit pas que les mines de fer sont Irès-abondantesnbsp;dans les montagnes de la Styrie , de la Carinthienbsp;et de la Carniole.
Si, comme on le dit, il ny a que 285,000 ames dans lEsclavonie et le Sjrniium, on ne peut pasnbsp;dire que le pays soit bien peuplé ; et par proportion , il ny aura guere quun million et demi d'ha-bitans en Hongrie, et trois millions en y ajoutantnbsp;les provinces dépendantes. ¦ Tout est Grec ounbsp;Romain dans ce pays 5 point de Calvinistes ni denbsp;Jjuthériens.
Extrait de la Description quen fait un Auteur, qu? notre Yoyageur ne nomme pas ^Note ie lÉditeur.),
-ocr page 331-Le 28 , ne frouvant rien pour mon cheval chez les Récollets AIllok, bourg et chateau sur le Danube , je poussai jusqua Szeregrad, et pour la nuitnbsp;jusqua Bukovar. Les Récollets me recurenl fortnbsp;bien : ces PP. ont des Maisons dans presqiie tonsnbsp;les bourgs de lEsclavonie; ce qui fit dire a lEm-pereur Joseph II, qui venoit de visiter le pays ,nbsp;que c'esl un vraipays de Récollets. Ein Franciscaner Land,
Je nai garde dimprouver celfe multitude de Religieux qui, avec les Cures instruisent les peu-ples , et les entretiennent dans les idees et les sen-timens de la Religion ; mais cest sur-tout dans lesnbsp;pays très-peuplés quon auroit tort de vouloir ennbsp;diminuer le nombre. A quoi bon les ramener dansnbsp;un monde , oii toutes les places sont prises , ou ilsnbsp;ne peuvent se placer, sans en déplacer dautres ,nbsp;et oü ils feroient une consommalion bien plus dis-pendieuse pour se nourrir et se vêtir , au lieu quenbsp;leur pauvreté actuelle met h leur aise un grandnbsp;nombre dindividus qui jouissent des biens et desnbsp;douceurs abandonnées par ce pieux sacrifice. Lesnbsp;PP. Récollets ont dans 1'Esclavonie , 5o Couvensnbsp;bien batis , vivent très-honnêtement, et exercentnbsp;1hospitalité de fort bonne grace. Je dois observer quil y avoit anciennement une ville nom-mée Bononia, batie sur remplacement ou auxnbsp;environs dilllok, dont je viens de dire un mot.nbsp;Voyez Ortelius.
Le 29, je fus vers midi kEssek, belle forte-resse bien réguliere sur la Drove ; la ville est assez jolie -f elle plut k lEmpereur. II y a des cavaliers
-ocr page 332-sur les remparfs, des contre-gardes aux demi-lunes et aux bastions, des lunettes aux angles rentransnbsp;du cbeinin couvert. II y a de lautre cóté de lanbsp;Drave , un excellent ouvrage ii couronne , cons-truit par ordre du Prince Eugene. H y a aussinbsp;^ Essek une manufacture de soie qui commence anbsp;être intéressante : les rauriers viennent très-biennbsp;en Esclavonie.
Le fameux pont d'iE'sse^ qui alloit jusqu a Darda, b deux lieues ou plus dEssek , est tout miné.nbsp;Ce n'étoit quune suite de grosses planches asseznbsp;mal appuyées sur des pieux. II seroit peut-êtrenbsp;plus aisé de dessécher ces marais , que dy fairenbsp;de si grands ponts ; mais on les regardoit, ainsinbsp;que les grandes forêts, comme des forteresses etnbsp;des ielrancheraens. On voit encore entre lesnbsp;fortifications d£'sse^ , des restes de lanciennenbsp;ville de Mursia ou Mursa. Plusieurs géographes ,nbsp;entr'autres Ortelius , donnent k la ville d^Essek lenbsp;nom de Mursa : je pense que le fameux Ariennbsp;Valens de Murce , étoit Evêque de cette ville.nbsp;Cest apparemment Attila qui la ruinée. Erreurnbsp;et sufEsance de Mr. Busching et de son correspon-dant ace sujet, Journ. hist, etlitt., i Janv. 177(1,nbsp;pag. 02. Voyez aussi la Pré. de nion Diet,nbsp;géogr., édit. de 1778.
Je vis a Essek une belle machine hydraulique , qui éleve les eaux du fleuve , et en fournit a toutenbsp;la ville : nous y avons une Maison ; les PP. Kutternbsp;et Baffo me firent des ainitiés tout-a-fait particu-lieres.
Le 3o , veiile de S. Ignace , je chantai solem-
-ocr page 333-nellement la Messe de mon saint fondateur; car dans ce pays-ci on célebre la veille comme la fêtenbsp;même. Après midi je fus hAlmas, arec leP. Baffb,nbsp;missionnaire de cel endroit; c'est un beau village sur Ie Danube , oü il y a une célebre Imagenbsp;de la Ste. Vierge. Nous vimes en passant Ie confluent de la Drave et du Danube : la couleur desnbsp;eaux de ces deux fleuves étoit notablement différente : cest la proximité de Mursa avec Ie confluent du Danube et de la Drave , qui prouve quenbsp;les ruines quon voit prés ëiEssek, sont effective-ment les restés de cette ancienne ville. Voyez Or-telius, Thesaur. geogr., au mot Mursa.
Le 2 Aout, je pars : k quelque distance de la ville , je vois les resles hideux de nombre de vic-times immolées k la vindicle publique , par tousnbsp;les genres de supplices possibles *et inconnus dansnbsp;nos provinces 5 les uns empales , les autres percésnbsp;dun pieux transversalement, dautres coupés ennbsp;deux etc , etc. Je dine k Kicica, ou plutót monnbsp;cheval dine; car dans ces pays-ci, il ne faut jamaisnbsp;saltendi'e a manger , ni k boire , ni k dormir dansnbsp;les auberges.
Entrant a Déakovar, residence de lEvêque de Bosnië, apparemment in pax'tibus etc,, mon Hanselnbsp;fit une cbute qui me jeta loin de lui 5. commenbsp;nous allions 1ort modestement, je ne pus devinernbsp;la cause de cette chute , car le chemin étoit très-bon. On accourut pour massister, mais nous nousnbsp;relevames, Hansel el moi, sans aucun mal. LEvêque nétoit pas la 5 je le trouvai k sa terre denbsp;Tyrnava , k 3 lieues de Déakovar, II me reent
-ocr page 334-bien ; mais comme il étoit logé fort a l'étrolt, je ne laissai pas de dormir avec Hansel k lécuiie.nbsp;LEvêque mavoit fait préparen un appartementnbsp;chez Ie Curé ; mais je gagnai Ie Curé , et il menbsp;laissa dormir a mon aise. La maison dAutriche,nbsp;par la roalheureuse guerre terminée en 1739, per-dit la partie de la Bosnië quelle possédoit depuisnbsp;Joum, hist, et la paix de Passaroviiz en 1718. Cet Evêque réfu-
Evêque dEsclavonie.
Les Esclavons sont extrêmement bons , hu-mains, serviabfes : lEmpereur les loua beaucoupj c'est assurément un bon peuple. Dans la guerre ilsnbsp;ne laissent pas dêtre cruels. Ils croient peut-êtrenbsp;quon ne fait la guerre quaux scélérats et pour ven-ger de grands crimes j peut-être est-ce aussi Ienbsp;cojTuptio boni pessima. La langue de ces bonnesnbsp;gens est lillyrienne : cest un idióme de la sla-vonne , ainsi que Ie croate , Ie rascien , Ie bohémien , Ie polonois , Ie russien etc. On dit que Ienbsp;Missel, ou plutót lEvangile sur lequel les Rois denbsp;France jurent k leur sacre, est en langue slavonne.
Le 3 Aout, l'Evêque me fit accompagner par des Pandoures , qui se relevoient dun village anbsp;lautre. Que ce sont de bonnes gens et de zélésnbsp;Catholiques! plutót cependant de volonté et denbsp;coeur , et par une possession générale de la Foi ,nbsp;quavec connoissance de cause , linslruction desnbsp;peuples étant très-négligée dans ces provinces.nbsp;Mais la vraie Religion a une influence si forte surnbsp;les ames , quil sufFit, si je puis le dire, de laimernbsp;pour devenir meilleur. Aj^ant quitté mes bonsnbsp;Pandoures environ midi, jemégarai considerable-
-ocr page 335-ment dans les monfagnes ; enfin je me retrouvai dans Ie bon chemin. Je fus très-bien accommodénbsp;pour la nuit chez Ie Curé de Pléternitz, qui est unnbsp;excellent Jiomme.
Le 4 gt; je fus h onze heures du matin a Posega, capitale de 1'Esclavonie a ce quon dit; car cettenbsp;ville na rien qui mérite ce nom ; Esse/c le mérite-roit davantage. Entré dans notre College, jy trouvainbsp;Ie P, Speranlzi, mon co-novice au troisieme an.nbsp;Le P, Pejacevich, Recteur , me fit tout ce quortnbsp;peut faire dhonneur et damitié è un étranger (sinbsp;toutefois Ton peut dire quun Jésuite fut jamaisnbsp;élranger è,aLn% aucune maison de la Société). Urnenbsp;conduisit dans 1après-dinée a Kuttieva, anciennenbsp;Abbaye , devenue la maison de campagne du College; cest une des plus belles que jaie vues : tousnbsp;nos PP. de Posega sont extrêmement gracieux etnbsp;polis.
Ne laudes hominem in vitd sud.
Le 5 , je fus k 1auberge oü lEmpereur avoit diné , et jappris avec grand plaisir la maniere populaire et bienfaisante dont ce Prince avoit usénbsp;envers tout le monde. Le Recteur lui ayant en-voyé les chevaux du College , il sentretint tout lenbsp;long du chemin avec le cocher quil appelloit meinnbsp;lieber aller (mon cher vieillard). Ayant vu le mis-sionnaire de Ar««iejgt;a,il luifitplusieurs questions,nbsp;et loua les missiones Catholicas, ou missions de lanbsp;Doctrine Chrétienne , préférablement aux segne-riennes, ou de la pénitence.* Un Esclavon sétantnbsp;écrié : JVer ist daim wiser Kaiser 7 (Qui est donenbsp;notre Empereur ?) 1'Empereur se leva dans la yoi-ture et toucha de la main sa poitrine. Plura de op~
-ocr page 336-llmi Principis populariiate, Journ. liist. et littér. ,
I Mai 1']']] ) pag- 72- (N.B. Time nondiim noH),
J'ai vu aussi la belle sole , quon recueille de-puis quelque tems en Esclavonie : les müriers y viennent très-bien. Jai vu ensuite a Posega la ma-niere de la développer» Sa Majesté lira cette annéenbsp;la de TEsclavonie , 1100 livres de soie.
Le 6, jallai philosopher dans une des plus belles valides du monde 5 elle est pres de Kutlies^a, etnbsp;arrosée dun beau ruisseau, qui fait jouer plusieursnbsp;moulins plantés sur quatre pieux. La roue y estnbsp;placée horizontalement ; cest ce quon appellonbsp;Lepjelmillen. On ne voit ni cousins ni autres insectesnbsp;champêtres incommodes dans ces beaux cantons 5 ilnbsp;sy troLive sans doute quelque chose qui leur estnbsp;contraire (1). On explique souvent ces sortes denbsp;choses trop légérement par des miracles : la bellenbsp;maison que jy vis étoit un repaire de puces ,nbsp;quoiquelle ne fut pas habitée. La raison qui éear-toit les autres insectes , étoit apparemment favorable aux puces. Les souris, selon la remarquenbsp;de Scaliger, en amenent beaucoup. Mures tantumnbsp;iiiferre pulicum , ut paulö minus accuratè prospec-ianti pulicis interdum cqrio tecti esse videanturnbsp;(Exercit. 246 , Sect. 5.). Jules Scaliger réfute dansnbsp;eet endroit Cardan , qui prétendoit que les Char-treux navoient pas de punaises , paree quils ne
11 y a pres de Cliarleroy dans uu vallon, un Mo-iiastcre de Dames BernardiiieSjdont 1enclos est assez grand. On ma assure que jamais 011 iiy a vu de hannetoiis,nbsp;quoique tous les environs en soient souvent très-infesté».nbsp;(Note de lÉditëur).
-ocr page 337-mangeoient point de viande. Voyez Thiers, Traité des supersf,, tom. I, pag. 3i5.
Je reviens a ma charmante vallée, oü je vou-drois demeurer.
......O l quis me densis in vallibus Ilemi
Sistat, et ingenti rainorum protegat umhrd !
J?saïm» 49»
Les lieux agréables nous dépeignent, pour ainsi dire , la beauté de Dieu m^me , et nous annoncentnbsp;son infinie amabilité. Et pulchritudo agri mecumnbsp;est. En revenant nous vimes quelques montagnesnbsp;de la Turquie , sur Tune desquelles il y avoit u»nbsp;chateau.
Le 8 , je pars : un orage horrible me surprend : je suis toujours sans manteau. Mon Pandoure menbsp;prête Ie sien. Ce bon homme étoit si stupide, quenbsp;je devois descendre de cheval pour lui ouvrir lesnbsp;barrières qui, dans cefte contrée, ferment les che-mins de distance en distance. Le soir je suis clieznbsp;Ie Cure de Pakras.
Incendie des campagnes dansnbsp;cette contrée.
Le 9 a midi, j'arrive a Méginrich, chez le Cure ; son Vicaire avoit été Jésuite : il tressaillitnbsp;de joie en me voyant. A 3 heures je suis kKuttina,nbsp;qui est déjk en Creatie, et pour la nuit kMorlanna,nbsp;dans le beau chateau du Comte Erdody, situé
sur une colline appellée Mons Claudius. LEmpe- nbsp;nbsp;nbsp;et
r'i j j'i nbsp;nbsp;nbsp;1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;11nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;iv* itttér. , i5 Sept.
reur Llaude, dit-on , y a eu des vignobles. Maïs 1^,-9, pag. 209.
comment Claudius y avoit-il des vignobles, si les
vignes ne f'urent plantées en Pannonie que sous
Probus ? II paroit certain quavant Probus il y a
eu des vignes dans les Gaules, en Espagne , en
Pannonie etc., et que eet Empereur ne fit que
lever la déf'ense faite par Domitien , den planter.
( Sao )
La dénominalion dc cette montagne me porte en effet a croire que les vignes éloient cultivêes ennbsp;ffist.dcsEmp. Hongi'ie long-teras avant TEmpereur Probus, quenbsp;Rom., tom. XI, Cievier regarde comme Ie fondateur des vi-Paris ij55. gnes de Tokai, de Champagne ^ de Bourgogne etc.
Peul-ètre les vignobles étoient-ils absolument dé-^ vastés et abandonnés, lorsque Probus permit denbsp;les culliver, et par-la il peut être regardé commenbsp;Ie restaurateur de la liqueur bachique dans ces dif-férens pays. Mr. Crevier dit que ce Prince eüt élénbsp;sans doute célébré par les buveurs, si les buveursnbsp;éloient savans. Pluche a placé a la tête du secondnbsp;tome du Speet, de la nat., un monument quil suppose lui avoir été élevé par les peoples des Gau-les, de iEspagne, de la Pannonie, en reconnois-sance des vignes quilyalait planter parses soldats^nbsp;selon Ie témoignage de Kopiscus,
Probo Imperatori.
Patri Patrije.
LjBTITIJE vatori,
Enfin, est-ce de Claudius II, ou de Virabecille et cruel Claudius I, ou bien de quelque Généralnbsp;de ce nom , que la montagne sappelle Mons Claudius? Peut-être nest-ce pas des vignes, mais dunnbsp;campement de Claude II, dans son expedition ennbsp;1'hrace, que vient Ie nom de Mons Claudius.
On voit dans ces contrées des ponts dune longueur élonnante pour passer des marais. Les che-mins, pour cetle raison, sont peu droits, et lon fait souvent des détours immenses, L'eau y estnbsp;rare, et jaidonné jusqua 7 creutzers pourabreuvernbsp;Or.ierem.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cheval. Aquam nostrum pecunia bibimus.
yoenit
-ocr page 339-J^cenit vilissima rerum hic aqua. Cö nest pas quon Horai., ii i gt; ta vende , k proprement parler, maïs pour avoirnbsp;un gargon avec un seau, il faut IamorCer.
Le 10, je suis k Sainte-Croix^ chez Ie Curé, qui est un très-brave homme. Jy dis la Messejnbsp;cest la fête de S. Laurent. On y fait un ènterre-menl; les Creates y hurlent et y pleurent avec unnbsp;tumulte affreux. Ut qui conductiplorant mfunere Wem,arflt; jjo«.nbsp;dicunt et faciunt prop'e plura dolentïbus ex animo.
Si je devois être enterré dansce pays-cl, jaurois soin de metlre dans mon testament:
jibsint inani funere ncenice ^
Luctusque turpes y et quenmonice gt;
Compesce clamorem sepulchri ;
Mitte supervacuos honores... nbsp;nbsp;nbsp;Ideirit
Les Creates sont zélés Catholiques j jamais il n'y eut ni Lutliériens, ni Calvinistes parmi eux.
Ils ont un air martial et dégagé : les cheveux en tresse leur font bieu. En éfé its vont presque tousnbsp;nu-pieds et en chemise, avec de longues culottesnbsp;de toile. Leur langue est un idióme de la slavonne.
Laprès dinée, je rencontre un Turc a cheval, bien équipé , en domino rouge ; on insultoit pu-'nbsp;bliquement ce pauvre Musuiman. A3 heuresnbsp;je suis a Juanitz^ la il y a une palanque, ou fortnbsp;de bois et de gazon, avec garnison. Je demandainbsp;du lait a la servante du Curé , qui raen donna jnbsp;ce qui dans cede terrible chaleur et celle équitationnbsp;continuelle , me soulagea beaucoup : jai fait unnbsp;grand usage de ce remede, en mêlant de leau avecnbsp;le lait j ma poitrine étoit fort allaquée au sortir denbsp;Tom. 1.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;X
-ocr page 340-Transylvanie ; je la remis aussi-tot au moyen dé cette boisson.
La nuit va, me surprendre, et je amp;uis en danger de mégarer, je m'égare même un peu ; mais jenbsp;reviens suf mes pas, et arrive k Bosiakovina. Jenbsp;loge au chateau du Comte Dmskoidcs, après avoirnbsp;amérement reproche aux officiers une inhumanitynbsp;et une rusticité dont its nétoient pas coupahles.nbsp;Cetoieiit les meilleures gens du monde , maisnbsp;jignorois les manieres croatiques : ils sétoient tousnbsp;Bnfuis et tus par respect et par une espece de sai-sissemenl de me voir arriver.
Ce chciteau est très-antique ; ton's les manes des ancêtres doivent y revenir ; je fiis, justement logénbsp;dans Iendroit qui doit être le rendez-vous de tousnbsp;«es revenans.
Telles On nous peint les taniercs,
Oil' gisent iiinsi qnan tombeau;
Les pytbonisses , les soi'cicrcs ,
. Dans Ic donjon dun vicnx cliAtcau.
Gresset.
Jeus bien plus de peine: h me faire un lit a ma facon, qua me défendre des esprits. Enfin,nbsp;après avoir beaacoup souflèrt, je fus parfaitementnbsp;bien recu a Agram, ou jarrivai le ii Aout avantnbsp;midi. Quasi morienles, et ecce. vivimus.
Agram ou Zagrab est la Capitale de la Croatie. Les géographes placent ordinairement cette ville ,nbsp;et quelquefois Warasdin en Esclavonie , croyantnbsp;que toute la contrée de la Hongrie, comprise entrenbsp;Ja Drave et la Salt;/e se nomme Esclai^onie. On anbsp;achevé de rendre Agram Capitale de la Croatie,
-ocr page 341-lorsqu'en i , on y transféra la Régence de TFa-rasdiii. Agram est uiie grande ville et fort helle pour ces cantons. Elle est divisée en ville Capiiu-lairc, Episcopale et Royale. On y conserve un onnbsp;plusieurs corps des SS. Innocens; mais ces reliquesnbsp;sont très-suspectes.
Les Jésuites y ont un College et une Universitélt; Le P. Skerlecs , mon intime ami , étoit alors ^nbsp;Agram ; quil fut étonné de ray voir ! Le P. Julian!, Ministre (i), me fit aussi beaucoup dami-tiés le Recteur étoit absent.
La Catliédrale, bailment golhique, est estimable; les autels en sont de marbre et très-bien tra-vaillés. II n'y a quune Image de la Sainfe Vierge, figure puerile, indécente et fanatique, qui maitnbsp;blessé les j^eux.
ïlor., art.poëtt
Ue gratas inter mensas symphonia discors gt;
Et crassuTTt unguentum et sardo cum mellepapaver OJjfendunt; poterat daci quia poena sine istis.
Les Anliphonaires sont dune antiquité respeclahle et en caractere de S-, Pierre.
Jai vu XHisioriarum Cathedralis Ecclesice Zagra-biensisetc. ou Hisloire delEgUse Catliédrale deZa-grab, partie Idu lome I; avec des Préliminaires ^ oii don irouve la suite des Evéques depuis Pan M, CCC.,nbsp;/usqud Pan M. D. C. III, avec des Notices sur cesnbsp;Evêques et surdautres ohjets, par Mr. Pabbé Ker-nbsp;selicfi de Corhavia, a Zagrah, in-folio (2). LHis-toire des Evêques va depuis i3oo, jusquen i6o3;
(i) Second Supe'ricur dune Maison de Jésuites. Ce liyre pavoit datiCr cLe
X 2
-ocr page 342-elle oflVeun journal cxacl des événemens politiques pour les années i565i6o3 , qui feroit souhaiternbsp;que lauteur eüt enibrassé uii plus long espace denbsp;tems.
Parnïl les Evêques de Zagrab, il y a eu des Prélals distingués , tels quAugustin Gazoüi, qui anbsp;cté canonisé; Nicolas Olahus, de la Maison desnbsp;Princes de Valachie , et sur-tout un George Dra-covich, célebre orateur du Royaume de Hongrienbsp;au Concile de Trente.
Le i3 , je dis la Messe dans une belle Eglise de S. Xarder, et je recommandai a ce cber Patron,nbsp;juon voyage de Rome. La maison dé campagnenbsp;des Jésuitcs est contigue a cette Eglise. Les environs sont chanuans et dclicieu.x. On vouloitnbsp;par force me laire aller par Laubach, pour écliap-pqr a 26 larrons Turcs, qui inl'estoient et rava-geoient Ie cbemin de Fiiune a Carhtadt. Je prisnbsp;uéanmoins cette route décriée, et je vis ensuitenbsp;que javois bien fait.
Le 14. je dine , ou plulót je jeune h Jaska, el Ie soir je dors a Carlstadt, dans le carrosse du Comtenbsp;de Draskovics. Cette ville est de la Creatie, avecnbsp;une petite citadelle de terre. On me vola è. Carls-tadt mon beau cbapelet et une belle médaille denbsp;S. Xavier. Un hussard a paru me suivre toute lanbsp;journée pour faire cette emplette.
Le 15 , je A'is le régiment des garde-Umiies, legio conjiniaria, en parade. Je passe ^ cólé denbsp;Novigrad, ancien chateau, et je descends ensuitenbsp;dans une belle vallée, oü une eau cristalline étan-che la soifardenie de mon cheval. Je fais bien des
-ocr page 343-reflexions sur Ia nécessilé et Ie prix des Fontaines ; sur la sagesse et la bienfaisance du Créateur. Internbsp;medium montium pertransibunl aqua, Potabunt Psalm. io3.nbsp;omnes hcstia agri; expcctabunt onagri in siti sud...
Super ea volucres cceli hahilabunl, de medio petra-ruia dabunt voces.
Je dis la Messe a Bosïlero-, cest la fête de lAs-somption de la Sainie Viei ge, et je dine chez Madame de Polzia, qui me recoit parfaitement. Mon Hansel va comme un éclair : je ne deyois être quenbsp;pour la nuit a Bosileoo, jy suis k dix heures dunbsp;matin. Les montagnes et les Ibrêts commencent anbsp;s'élever jusquaux mies j la chaleur diminue : onnbsp;ne peut regarder ce pays sans être saisi de frayeur.
On mannonce que les larrons se sont retires. Vers trois heures après midi, je rencontre une troupenbsp;de Creates armés de toutes pieces ; ils avoient vunbsp;passer quelques cerfs , et alloient leur donner lanbsp;chasse. Ils me menent a une source deau pour ynbsp;désaltérer mon cheval, et me reconduisent au che-min avec un grand empressement.
La nuit me prend k Verhoesko : Madame Jake-vics ne veut pas me recevoir, elle rit de mes instances : elle est Catholique, elle a deux fils dans nos classes k Agram; nimporte, elle persiste knbsp;mexclure. Le Cure est absent. Que faire? Pous-serai-je jusquk Lutzina, qui est k deuxlieues denbsp;la? Hansel doit être fatigue, la nuit commence,nbsp;on mavertit de nouveau du danger que je cours.
Erraverunt in solitudine, in inaquoso. Hiam civi- P^alm, io6. tatis habitaculi non invenerunt. Je pars néanmoins ,nbsp;et après une demi-heure je me trouve sur une
X 3
-ocr page 344-( 326 )
ïiaule montagne, h l'entrée dune horrible forêt; céloit celle oü les Turcs avoient fait leurs exploits , mais je lignorois. Je navois prescpie faitnbsp;cjue monter toute la journée; cette montagne étoitnbsp;done infiniment haute. Cette forêt commence déjanbsp;a Carlstadt, et jy étois depuis mon départ de cettenbsp;ville, mais elle est élaguée en plusieurs endroits.
QuandBuffon,tom.XII,nousreprésentefhomme défrichant une terre défigurée par la vétusté desnbsp;siecles , des pins antiques entassés jusquaux nues,nbsp;et Ie germe de la terre étoulfé sous ce tas de ruines;nbsp;je me dis alors : II faut que ce philosophe nait pasnbsp;vu l'état actuel de la nature dans les pays les plusnbsp;déserts et les plus inaccessibles a 1industrie denbsp;lhomme. Les premiers arbres tombés pourrissentnbsp;avant que leurs successeurs soient dans Ie cas denbsp;lomber a leur tour.
Cette contrée est 1ancienne Liburnia. On pour-i'oit croire que ces montagnes , si riches en beaux sapins, ont fourni des matériaux a la constructionnbsp;des vaisseaux dont parle Horace : Scevis Liburnis.nbsp;scilicèl invidens elc. Lobservalion que je viens denbsp;faire, sur la pensee fausse de Buffon, a foujoursnbsp;lieu , tant pour cette contrée mème , abandonnéenbsp;depuis dix- sept siecles, que pour dauties vastesnbsp;forèts éloignées des mers et de toute habitation ,nbsp;des lacs , des rivieres et de tout chemin pralicable.
Lidée seule de cette forêt, ou jallois mengager, roe saisira tant que je vivrai. Je vois a droite unnbsp;abime, dont Ie fond noir échappe a loeil; des sapins, vrais géans de la nature végétante, bordentnbsp;Je chemin de leur sommet arabitieux, et semblent
-ocr page 345-mesurer Ia profondeur de labime dont ils sont partis. A gauche s'allonge vers Ie ciel une-mon-tagne égalenient liérissée de sapins contemporainsnbsp;du monde ; loeil en plein jour nen perce que Ianbsp;superficie.
...........Ccelo capita alia ferentes
Concilium horrenduni : quales cutn verlies celso ^éérias quercus , aut coniferce Cyparissinbsp;Constiterant , syh'a alia Jovij , lucusque Diana;.
3. TEncid.
Lhorreur et la nviit occupent ce que les sapins nont pas rempli. Des fosses profondes invitent lesnbsp;voleurs et les brigands a assiéger les chemins. Millenbsp;sapins blancs brisés a hauteur dhomme par la fou-dre , les vmnts et les siecles, representent dcs assassins en senlinelle. Je Iavoue, la peur me saisitnbsp;et je fus charmé que la nuit sepaississant, molatnbsp;la vue de ce hideux sejour. Hansel fut saisi lui-raême de frayeur, carnousetions seulsnous deux,nbsp;et fut plein dardeur pour le quitter.
It nest pas croyable combien la bonne conscience et la paix cle Fame rassurent dans ces cir-cons lances.
Integer vita; , scelerisque purus Non eget Mauri jaculis nec arcu...
Si ae per syrtes iter cBstuosas.,
Sive facturus per inhospitalem Caucasum , vel qua; loca fahulosusnbsp;Larnhit Hydaspes.
IIoRATi
Dès que la nuit futpleine, jedevins hardi : je chantai a pleine voix le Psaume Qui habitat, lenbsp;Te Deutn, la Prélace de 1Assomption j et je fis k
X 4
-ocr page 346-mon tour frémir leternel silence de celte vaste forêt.
Je gagnai enfin une verrerie, nommée Sutzina, situéeau milieu de cesantres; les larrons y avoientnbsp;été, et avoient tout ravage. Je ne pus voir quennbsp;iVissonnant les tristes débris qui avoient échappé knbsp;leur fureur. Cette verrerie qui est fort animée ,nbsp;ne donne pas de très-beau verre. La plus bellenbsp;verrerie que jaie vue jusquici, est toujours cellenbsp;de Mr. Nizet k Liege.
Le lendemain, i6 Aout, je passai par Rauna-gor, que les brigands avoient également dévasté. LIiorrible forêt duroit toujours ; je ne la quittainbsp;que vers quatre lieures aprcs midi. liaunagor,nbsp;Mercopan, Fuschma, sont des villages enclavésnbsp;dans cette vaste forêt, qui a , dit-on, sept journéesnbsp;de longueur vers la Turquie. Une telle frontierenbsp;garantit mieux la Croatie et la Carniole , que dixnbsp;forteresses. Je dinai k Fuschina, ou j'eus unenbsp;assez plaisante conférence avec lépoux de la sus-dile Dame de Ferbocsko, qui est un honnêtenbsp;homme.
Me voici enfin , k 4 heures, hors de la forêt; ici la nature épuisée en sapins, ne produit quenbsp;des pierres et des sables brülans. Je fus dédom-magé de ce trisle aspect par la vue de la mer, denbsp;ristrie, des isles de Veglia et de Cherso , de lanbsp;ville de Buccari etc j vue k-peu-près semblable knbsp;celle dont parle Virgile au Livre de lEnéïde:nbsp;Despiciens mare velivolum , ierrasque jacentes, lit-toraque et latos populos. O la belle perspective!nbsp;La majesté du Créateur y est peinte comme dans
-ocr page 347-un tableau. Quoniam ipsius est mare, et ipse fecit illud, et andam fundaverunt inanus cjus. f^enitenbsp;adoremus et procidamus ante Deum; ploremus coram Domino f qid fecit nos.
Depuis ce moment, je ne fis plus que clescemlre jusqu'a Flume, Iespace de deux ou trois heuies.
La clialeur est insoutenable eutre ces rochers : après avoir descendu duiant une heure, on trouvenbsp;des villages, des jardins, des vignobles sans fin ,nbsp;des lauriers, des figuiers, des maroniers etc. Versnbsp;6 heures du soir , je fus a Fiume, mon Hansel,
I'incomparable Hansel ajmnt gagné un jour sur les trois que jétois condamné a faire de Carlstadt anbsp;Fiume,
Le chemin de Tune de ces denx villes ë I'autre
. nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Joum.. hist, et
est magnifaque : on y voit des montagnes jointe:
par des ponts : cest un ouvrage de Charles VI, nbsp;nbsp;nbsp;
vicr 1782 , pae.
grand reparateur des chemins. nbsp;nbsp;nbsp;4,.
Fiume, quon appelle aussi nbsp;nbsp;nbsp;(1), est
une petite ville, mais animée et très-commei canle.
Son port est plutot un goH'e quun port; mais ce golfe est fort franquille : Ientree en esl dllfirile.
On ny voit ordinairement que des vaisseaux Grecs
Sainl-Veitli, ou Sairit-Vitlr. li y a plusieurs autres villes de ce 110m; une en Carinthie , une dans Ic Dnclié denbsp;Luxembourg, ainsi nominees, en me'moire du MarlyrSaiutnbsp;Vitli, qiii fut ciiit dans une cliaudicre bouillante. Ounbsp;croyoit alors quon ne pouvoit donner anx di rnenres !m-maines des noms mieiix assortis que ceux qui faisoient unenbsp;impression de Religion et dc vertu, et qui rajipelloicjit anbsp;I'esprit la sanction de toutc société, oil Ton pre'tendoit fairenbsp;régner la félicile' et la paix.
-ocr page 348-( 33o )
et Turcs. Uiie belle riviere, dont leau est clatre, sy jette dans la mer; eest ce quils appellent Fiu-mare. On y trouve Ie long de la mer quantité denbsp;fontaines deau douce ; ce qui na rien de bien admirable , sinon peut-être dans Ie systême de Descartes. Le flux et reflux de la mer nest pas fortnbsp;sensible a Fiunie, ou il est denviron quatre pieds;nbsp;il est plus considerable a Trieste. Cest uhe chose anbsp;remarquer, que IAdriatique ait son flux et sonnbsp;reflux, tandis que la Médiferranée ne fa pas.
LEglise des Jesuites est une rotonde, dune architecture tres-particuliere; on y voit un Crucifix -célebre, quiy est en grande veneration. Il y aaussinbsp;une Collégiale : une des portes de la ville ést asseznbsp;belle; elle est surmontée dune grande aigle impériale , et porte les bustes des Empereurs Leopoldnbsp;et Charles.
Les Fiumiens sont de bonnes gens; ils admi-roient beaucoup mon cheval, paree que chez eux les bons chevaux sont rares : on ne parloit que dunbsp;polcherrimo cavallo. Leur langage est italien ou il-lyrien. On ne savoit me dire si Flume étoit ennbsp;Istrie , en Morlaquie , en Dalmatie etc. , car lesnbsp;Jouni. hist, et limites de ces regions netoient pas bien décidées.nbsp;1776^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en I'j'jfi , on a declare que Flume étoit en
Flura, t Janvier Hongrie.
ci-aprfes --ifem! nbsp;nbsp;nbsp;montagne voisine Iancien cha-
iFév.i778,pag. teau de Frangipani, et sur une autre Tersale^ ou on dit que la sainte Maison de Nazareth fut trans-portée : je parlerai plus bas de cetle translation. Ilnbsp;y a a Tersate un Convent de Récollets : on voitnbsp;dans 1Eglise de ces Peres, .une Image de la Sainte
-ocr page 349-Vierge envoyée par Ie Pape aux Fiumiens , pour les consoler du depart de la sainte Maisoii.
Le i8, iallai par mer a noire maison de campagne , qui est belle , ainsi que le jardin : je pris plaisir a reciter mon bréviaire le long de la mer ,nbsp;qui se mettoit en fureur, quoique le teins fut asseznbsp;calme.
Le 19, jefisune visite au Commandant,Mr.Mih-tutter et a Madame, qui est une Mathieu de Luxembourg. La vue du haut du chateau ou ils sont logés, est magnifique : le même jour, le P. Bardarini,nbsp;Recteur, fut de retour , et mempêcha de parfirnbsp;pour Trieste. Je lui ai beaucoup dobligations ; ilnbsp;ma trës-cordialement présenté sa maison pour tou*nbsp;jours. Ne pouvantdonc partir, jallai a Buccari;nbsp;jadmirai Iindustrie de ces bons et pauvres liabi-tans, qui écartent lindigence des pierres quils ba-bitent, tandis que les Hongrois croupissent dansnbsp;la crasse et la misere dans le plus fertile pays dunbsp;monde. II est certain que la premiere fertilité denbsp;la terre eut mal convenu au naturel dépravé denbsp;riiomme, quidemande du travail et des nécessités.nbsp;Hinc varice degeneraliones, insertiones, industrice,nbsp;curce etc. Tlt;di lecta diu et multo spectata labore ,nbsp;degenerare tarnen... Sic oinniaJati's in pejus ruere...nbsp;ViRG. Georg.
.............Pater ipse colendi
Hand facilem esse viam voluitiprimusqueperartem iMovit agros , curis acuens mortalia corda ,
JVec torpere gravi passus sua regna veierno.
Kirg.
Qui in sunoRE vvltus fj.nem non comedunt,
-ocr page 350-atque ejusmodi duiis laboribus corpora non inner.-rant; %gt;el perpetuis studiis , vel industriis , poenis carnem doment necesse est; quidquid hcereiici contranbsp;voluntarias qfflictationes obganmant.
^ nbsp;nbsp;nbsp;Buccari est un endroit hideux ; et si la mer n'y
étoitpas , ce seroit un tombeau : cest la residence de lEvêque de Scgnia en Dalinatie. Cet Evèque ,nbsp;Pius Manzador , est un bon ami des Jésuites : ilnbsp;mene avec lui Ie P. Mordax, durant la visite denbsp;son Diocese ; jai appris depuis qu'il étoit mortnbsp;en 1774) Evèque de Transylvanie. Jai vu a Buccari difl'èrentes manieres de pêcher, et un beaunbsp;poisson nommé spada, quon venoit de prendre :nbsp;ce poisson s'appelle aussi cspadon ou poisson dnbsp;épée. On en prend en quanlité dans Ie phare denbsp;Messine : il y en a aussi beaucoup dans la mer desnbsp;Antilles; mals ceux-ci ont lépée dentelée, et sontnbsp;les grands ennemis dé la baleine , dont ils sappli-quent a scier la queue. Voyez une ample description de ce poisson, et de la maniere de Ie prendre,nbsp;Voyage dItalië et d^Espagne, par Ie P. Labat,nbsp;torn, V, pag. 221.
Je vis aussi Ie Port-Royal (Porto Ré) , qui est
très-sür et très-avantageusement sitiié. Charles VI,
ayant encore Ie Royaume de Naples, s'en promet-
loit beaucoup. On la négligé depuis ; mais on
* Cepoitseré- songe a y travailler *. Mr. de Verneda et nn Comte
tablit et se ram- Qj-gc, y demèureut actuellement , et en ont lad-m(i,Journ.nist,et , nbsp;nbsp;nbsp;,
Un,, i5 Février lïiimstration. J'y ai vu deux belles Iregales tout re-
1781, pag. 283. cenunent lancées a leau : elles sont nommées ,
Tune aurora , lautre stella matutina , Yaurore, et
Xétoile du matin, Lune , je pense , est de 3o, et
-ocr page 351-lautre de 36 pieces de canon : les chambres , les statues et toute la sculpture en sont très-belles.
II j a a Flume une 1abrique de tabac et une de sucre ; celle-ci est tres-considérable. On y voitnbsp;toutes les opérations dune sucrerie , esceplénbsp;Ie moulin qui écrase les Cannes, et la premierenbsp;cuisson du sucre qui provient direclement desnbsp;Cannes. Cette fabrique est administrée par des Al*nbsp;Iemands et des Beiges : un deux me présenta,nbsp;avec beaucoup de politesse , uu excellent vin denbsp;Chypre.
II est difficile de se faire une idéé nette des dif-férens sucres, sans avoir suivi attentiveraent touteS les opérations dune sucrerie. Voyez le Voyage dunbsp;P. Labataux Isles, tom. III. Les divisions et sous^nbsp;divisions sont infinies. Cassonade de caisse, estnbsp;tout sucre qui nest point en pain; candi, de Can*»nbsp;ton, ville de la Chine, est le sucre des memesnbsp;Cannes qui donnent le blanc, Maniere de le faire ,nbsp;(bid, pag. 3q3. Candi vient plutot de candir senbsp;candir, senci'outer, se durcir. Les raeilleurs raf-fineurs sont des AUemands et des Hollandois : Hinbsp;sont naturellement propres, actifs , yigilans, attachés au travail, dit Labat, Voyage aux isles,nbsp;tom. Ill, pag. 381. LesFrangois, dit-il, pag. 383,nbsp;sont inconstans , négUgens et trop adonnés d leursnbsp;plaisirs, pour suivre pied-a-pied le travail d*unenbsp;sucrerie.
Le a I , après avoir diné au College avec plu-sieurs officiers de fétat-major de differens régi-mens, je partis pour Lyppa. Je dormis dans lécurie avec Hansel ¦, et le lendemain, après avoir fait mal-
-ocr page 352-:t-propos uno poste vers Laubach, je f'us de bonne lieu re cl Trieste : de sorte que inon pauvre Hanselnbsp;avoit fait a-peu-près six posles, par uii cherainnbsp;pierreux et un pays désolé.
Je laissai tant soit peu èi gauche Ie singulier lac 'de Cziraitz', maïs il ny a rien ay voir dans cettenbsp;saison; c'est un terrein ordinaire, il t'audroit y êtrenbsp;un an pour en suiyre les vicissitudes. La descentenbsp;de Trieste est assez seniblable k celle de Fiume : lanbsp;vallée seroit charmante, si elle étoit arrosée denbsp;quelqiie ruisseau j leau y manque absolument. Jenbsp;vis en descendant des montagnes, plusieurs salinesnbsp;creusées sur Ie vivage de la mer ; on fait entrernbsp;Peau de la mer dans des fosses préparées , ensuitenbsp;on ferme la communication. Leau sévapore et Ienbsp;sel reste ; mals ce sel nest ni beau , ni pur , avantnbsp;la décoction.
Trieste est maintenant fort anlmé et très-com~ mer9ant, au grand regret des Vénitiens. La nouvelle ville est trës-belle) les rues en sont larges etnbsp;spacieuses. LSvêché de Trieste est ancien et lanbsp;Cathédrale est antique. Le grand canal est remplinbsp;de vaisseaux , mais le port est desert: il ny a dail-leurs quun bras dachevé, et on ne songe pas knbsp;lautre. Pour former ce bras , on a jeté dans la mernbsp;quanlité de ciment amend de Pouzzoles au Royaumenbsp;de Naples (*). Ce ciment se durcit, même dans lanbsp;iner, et devierit dune dureté égale a celle du marbre.
Jai ma chambre du cóté de la mer, prés dune belle plate-forme , dont la vue est immense. Jai
Porcelaine virnt de Pozzolo.
-ocr page 353-Tu Ie muscEum nauticum du P; Orlando, professeur de la marine : dans un des corridors du College,nbsp;on voit un boulel de canon, avec ce chvonographenbsp;heureux ;
HiïC nobIs gaLLIa poMa Dabat.
Le fameux Chevalier de Forbin attaqua Fiunie et Trieste en 1702, mais sans succès.
Le 25 , il se fit un orage terrible : on mavoit dit que le tonnerre nayoit point de son sur la mer}nbsp;cela est t'aux, mais il ne peut produire le bruit répéténbsp;et renforcé quil produit dans les pays inontagneux.
Pendant eet orage, les torrens qui découlerent des monlagnes, donnerent h la merles couleurs les pluanbsp;variées ; ce qui métonna beaucoup, avant que jennbsp;susse la raison. Rien de plus beau que le couchernbsp;et le lever du soleil dans la mer : toute la mernbsp;ressemble h un diamant, qui rejetle les rayons.
Journ, hist, et litlér, . i5 Aout
J'ai vu h Trieste, un très-grand poisson , quon nommoit piscis imperatorius; une fabrique de cire,nbsp;la maniere de la blancliir etc. Leau est extrê'nbsp;mement rare dans cette ville : il sy trouve desnbsp;fontaines, mais une sécheresse médiocre les tarit.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,55
Le 25 , quoique le vent Idt dune véhémence Ste! nbsp;nbsp;nbsp;
terrible, la mer étoit fort tranquille; je partis après midi. Mon Hansel étoit a l'aigle impériale , ounbsp;je 1avois .souvent visité ; c'est ce qu'un cavalier nenbsp;doit jamais dédaigner ni négliger. Le foin et l'a-voine sont dune cherté excessive dans ce pays-ci.
I^es Rectcurs de Fiume et de Goriu ne permirent néanmoins pas que je misse mon //ause/k fauberge.
Celui de Trieste na point décurie , etlagrêle ve-noil de lui enlever presque tout son revenu. En
-ocr page 354-partant je passai par Ie lazarcto sporco, cjiü est Ie port de la contumace , et Hansel me porta pour lanbsp;nuit h Douine, beau chateau du Comte de la Torrc.
Le s6, je passai par Ie Forum-Julium : cest un jardin continuel, et une espBce de paradis terres-tre, situé entre d'horribles montagnes pierreusesnbsp;et stérües. Le Lisonzo est lunique riviere quejaienbsp;vue depiiis Fiume , il arrose cette belle plaine, oünbsp;lon voit cjuantité de vignes dans les prairies, agréa-blement rangées et attachées a des saules ou a desnbsp;arbres fruitiers.
Goritzou Gorlz, ou je fus avant midi, estune assez belle ville : on y trouve beaucoup. de nobles , entrautres les Comtes Alhemis, les Edling,nbsp;les Strasoldo. Notre College est bien situé, sur lanbsp;grande place : la Cathédrale nest pas belle, et lin-térieur qu'on a renouvellé, a tout lair dun theatre. LArclierèque Athemis est un saint Prélat : lenbsp;jeune Comtenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mon cher anii, vient dêtre
nommé sou coadjuteur (*). Le chateau de Goritz est fort haut et très-ancien ; il appartenoit autrefoisnbsp;auxVénitiens j ony voitencoreunlion deS. Mare,nbsp;avec linscriptioa : Pax tibi, Marce , Evangelistanbsp;meus (on dit que Jesus-Christ apparoissant anbsp;'S. Marc dans la prison , lui adressa ces paroles.).nbsp;Jai vu dans cette ville , une belle rubanerie.
Les Goritziens sont pieux, humains, polis, in-dustrieux et bien fails : ils parlent allemand et carniolien, La langue carniolienne est encore un
(*) Cest ce Prélat qui a taut souilert sous le regiie de Joseph Jh
idióme de la slavomie , cette mere si féconde Nous avons déjk fait la remarqiie, que, comme onnbsp;l'assure, lEvangile conserve a Rlieims, sur lequelnbsp;les Rois i urent ii leur sacre, est en langue slavonne.
Jusqu'ici javois caché avec soin mon dessein daller en Italië 5 mais ii Trieste et k Goritz je com-men9ai k Ie manifester. Javois craintque, sil nenbsp;réussissoit pas, on ne se moquat de mon beau pro-jet, et quon ne cbantat de moi comme de Pierrenbsp;A'Ambris:
Cétoit un terrible homme;
II avoit une fois entrepris Quasi daller k Rome.
Le 37 , Je passe Ie Lisonzo dans un tateau , et enfin jentre en Italië, que jai toujours tant désirénbsp;de voir , et qui sembloit fuir devant moi.
Jam tandem Italics fugientis prendimus oram,
jEneidj
Salve, magna parens frugum , Saturnia tellus ,
Magna virum : tibi res antiquce laudis et artis.
Terre féconde eii fruits, Cn grands hommes fertile,
Salut!
Je passe sur la contrescarpe de PaJma-Nuova , assez bonne place Vénitienne , et vais diner knbsp;Palmada.
Léglise de Palmada a un beau portail, qui se ressent déjk du bon gout italien. Je passe prksnbsp;de deux palais , lun du Corate Marin, Tautre dunbsp;Comte Qabrieïli : en Hongrie ils mauroient éténbsp;ouverts , car rien négale lho.spitalité des Hongrois ¦,nbsp;mais il fallut aller loger k Codroïpo, chez d'asseznbsp;bonnes gens.
Tom. I, nbsp;nbsp;nbsp;Y
-ocr page 356-Les Italiens appellent quelquefois palais une de-meure très-ordinaire 5 ainsi que les Hongrois ap-pellent aula la plus chétive maison de quelque noble , et palalium la salie ou plutót Ie trou h.nbsp;manger : il faut croire que palatium vient de palatum. Cest ainsi que Ie Pó est appellé Ie Prince etnbsp;Ie Roi des fleuves, non pour la quantité de sesnbsp;eaux , mais a cause de la beauté du pays quil par-court. Fluviorum rex Eridanus. Virgile en donnenbsp;lui-mêine cette raison , dans Ie 4®- Liv. de sesnbsp;Géorgiques :
Eridanus , quo non alius per pinguia culta In marepurpureum violentior injluit aninis.
...........» Et FEi idaii fougueux
» Qui roiilaiit a travers des campagnes fe'condes, n Court dans les vastes mers eiisevelir ses ondes ».
Deulle-
Le 28 , après av^oir dit la Messe, je passe Ie Tajamento avec deux pélerins Allemands : je voisnbsp;St.-Vith, bourg considerable; Lamota, oü il y anbsp;plusieurs*palais, une église de Capucins ou de Cordeliers, dont toutes les murailles étoient chargéesnbsp;A'ex-voto; et enfin Oderzo, ville ou bourg fortnbsp;joli, oil je suis logé vis-a-vis du palais et du beaunbsp;jardin du noble Vénitien Contarini.
On ne peut être plus mal a son aise que je ne Ie suis ; j'ignore 1italien , je ne connois pas 1argent fnbsp;je présente a mes hóles la main remplie de nion-noie , ils prennent ce quils veulent. Je prie Dieunbsp;de m'óter Ie désir de voir Rome, et de me ramenernbsp;h. Ristritz ; mais Je sens une impulsion secvete etnbsp;invincible qui me presse de pousser mon dessein -
-ocr page 357-et c[iii men promet Ie succèk Je croj'ois entendre qnelquun qui me disoit; K, ostendam tibi spoii-sam uxorem Agni (Apoc. 21 .) Et ostendit mihi ci-vitatem sanctam Jerusalem (ibid.). Je dis donenbsp;corame S. Paul ; Nunc ecce alligatus ego spirilu,nbsp;vado in Jerusalem.
Act. X'
Je suis accablé de fatigue; mais a peine suis-je au Ut, quun officier, après les dernieres violencesnbsp;faites a mon hóle , moblige a quitter la chambrenbsp;pour sy loger , et a attendre ainsi Ie jour pournbsp;partir : lhóte m'en fit mille excuses , mais cela nenbsp;changea rien a mon désagrément. Alors encore jenbsp;fis tous les efforts du monde pour rebrousser che-min 5 mais Ie Seigneur vouloit absolnment mac-corder ce que j'avois toujours désiré avec tantnbsp;dardeur, et me guérit mème dun mal de poitrine,nbsp;qui étoit ce qui sollicitoit davantage jnon retour.nbsp;Cüm venisseni autem in Mysiam, tentahant ire innbsp;Bithyniam, el non permisit eos Spiritus Jesu, Cestnbsp;Oe que j'ai souvent éprouvé durant mes voyages.
Geues. i3-
Je vois déjk ici la difference quil y a entre les peuplas voisins des grandes villes, comroe Venise,nbsp;et ceux qui en sont éloignés. On voit un grandnbsp;nombre de palais de différens gouts , les uns plusnbsp;beaux que les autres : Ie pays est délicieux et ar-rosé des ruisseaux les plus clairs et les plus lim-pides. J^idit omnem circa rcgioiiem , quee iiniversanbsp;irrigabatur , sicut Paradisus Domini ^ et sicutnbsp;-^gjptus venientihus inSegor.
Le 2(), après avoir passé ia Piave jarrive a Trv-viso , ville ancienne , épiscopale , morte , peu peuplée. La portc óiOderzo est assez belle, et povte
Ie lion de S. Mare : la Catliédrale elFEveché sont simples. On dit que la salie de comédie y est fortnbsp;bellej je nai pu la voir, paree que je nai pu direnbsp;que je voulois la voir. Je ne sais oü jai passé lanbsp;nuit 5 je me souviens seulement. de lavoir biennbsp;payé : je crois que cest a Noalia.
Le 3o, a dix heures du matin , après avoir échappé k un grand orage , je suis k Padoue j jenbsp;dis la Messe k S. Antoine. La cliapelle ou est sonnbsp;tombeau est un bijou -.les miracles y sont sculptésnbsp;en marbre par les plus grands inaitres ; cbaquenbsp;piece est un chef-doeuvre. Léglise est belle,grande,nbsp;ancienne; elle a sept cou^oles; on y voit les tom-beaux de plusieurs nobles Vénitiens , et de quel-ques hommes illuslres : je marrête quelque lemsnbsp;u celui du Cardinal Bembo , pour la mémoire du-quel jai toujours eu une estime particuliere 5 cenbsp;nest pas réellement son tombeau , car Bembonbsp;mourut a Rome , et son corps y est reslé; cest
Abuscontraire monument dressé k sa mémoire. Sil est vrai, au respect du auxnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;inbsp;nbsp;nbsp;nbsp;v i n * i
Eglises. nbsp;nbsp;nbsp;comme le dit Bolingbrock , et apres lui 1 Auteur
des Notes sur Bolingbrock , que Bembo méprisoit
les Epifres de S. Paul, je ne lestime plus , et je
le relegue au nombre des impies, Peut-être , en
savant orgueilleux , étoit-il rebuté du style de 1A-
pótre : Erasme cependant ne sa voit assez admirer
lEpitre a Pbilémon ; maïs comme les incrédules et
les impies alment a trouver des complices parmi
les grands hommes, je crois que ceci est une pure
calomnie : cen est une au jugement de Bayle , elle
sort de la plume dun écrivain Alleraand nommé
Thomas Langius, qui sétoit proposé de décrier
-ocr page 359-toutes les nations. Dictionn. anti-phll. deNonnofe, art. Paul. Ce prétendu Bolingbrock, auteur denbsp;\'Examen important, cest Voltaire lui-même ibid.,nbsp;et Eergier dit la même chose. Dailleurs Bembonbsp;devenu Cardinal changea entiérement deconduite,nbsp;réforma ses mceurs , ses pensées et ses discours.nbsp;Voyez son article dans mon Dictionnaire historie/ue.
Voici son épitaphe ou plutót linscription quon lit k Padoue sous son buste :
PpTRI CaROI^ALIS BeMBO EFFIGIEM
Hieronymus Ismerii F-In purlico poni curavit ;
Ut cujus jngenii monumenta JBterna sunt ,
Ejus (flToqUE CORlORIS MEMORIA Ne a posteritatf. pesieeretur.
Léglise de Ste. Justine a huit coupoles et du dessin du célebre Palladio, elle est après S. Pierrenbsp;de Rome, la plus belle du monde. Elle passe, ainsinbsp;cjue S. Pierre , toute idéé , toute expression : jenbsp;n'en dirai done rien. « Léglise de Sainte Justine,nbsp;)) dit Addisson, Suppl. au voyage de Misson , pag.nbsp;»nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7 , est la plus belle, la mieux éclairée, la moins
)) embarrassée que jaie vue de ma vie. Elle est » estimée par plusieurs maitres, pour un des plusnbsp;» beaux ouvrages dItalie ».
On ne garde dans cette église quune partie du corps de S. Luc, et non pas Ie corps entier. Missonnbsp;a done tort de multiplier Ie corps de ce Saint, quoinbsp;quil en soit de raulbenticité de cette Relique.
La Cathédrale de Padoue est belle et neuve.
¦ Le jardin botanique est renommé et mérite de lètre. On voit snr la place , la statue équestrenbsp;dun général quonmadit êtie célebre: cest, je croisnbsp;un certain Gambalelta. La maison de ville est an-cienne , mais en partie renouveliée. Sur les qualrenbsp;portes de la grande salie on voit Tite-Live et troisnbsp;aulres illustres Pataviens. En i'jSö , le 17 Aoüt,nbsp;iin grand tourbillon enleva le- toit de plomb denbsp;cette maison , et le porta a ce quon me dit , a deuxnbsp;licues hors de la ville ; ce qui est bien difficile anbsp;croire , quelque force quaient ces sortes de tour-billons.
Le pavé des rues de Padoue est le plus horrible que j'aie jamais vu ; mon Hansel pensa sy cassernbsp;le cou, et ^ la fin je dus aller k pieds. L'auteur denbsp;Vitinerario per il viaggio da Firense, a Roma, n'a-Toit sans doute pas vu Padoue , quand il se dé-mena si fort contre le pavé A'Aquapendente qui estnbsp;excellent, comparé a celui de Padoue.
Je parlerois volontiers du fondateur de Padoue, paree que je sais que les savans s'exercent Ik-des-sus ; mais comme je ne puis rien décider , jenbsp;réciterai seulement les vers de Virgile, qui sontnbsp;favorables a la pretention des Padouans.
Anterior potuit inediis elapsus Achivis
Illyricos penetrare sinus , atque intima tutus L, I, .Stneid,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Jiegna Llhurnoruni et fontein superive Tiinavi..,
Hic tarnen ille urhem Patavi , sedesque heavit
Teucroruin etc.
Je sais ce quon répond a tout cela 5 mais je ne pqis^inarrêter , et je dois sans délai partir pour
-ocr page 361-( 343 )
Ferrara. On montre a Padoue le iombeau dAnte-nor : cest une folie , un fanatisme dantiquaire.
Encore un mot en partanl. On dit qiie Padoue a été autrefois un port de nier : cela paroit in-cro3rable; mais il est certain que la mer quitte souvent un terrein , pour en inonder un autre. Onnbsp;dit aussi que Tongres , an pays de Liege, troisnbsp;fois plus éloigné de la mer que Padoue , fut jadisnbsp;un port. On y montre dans la belle Collégiale desnbsp;anneaux , quon dit avoir été sur le rivage pour ynbsp;attaclier les vaisseaux: jai été a Tongres sans avoirnbsp;pu voir ces anneaux.
Buffon, Hist. nat., tom. I, pag. 690, ne rejette pas cette Tradition des Tongrois. 11 cite Hubertnbsp;Thomas, dans sa Description du pays de Liege.nbsp;Buffon est intéressé a défendre Hubert Thomas ,nbsp;pour acquérir une nouvelle preuve en faveur denbsp;son systême absurde. A Betho, village a un quartnbsp;de lieue de Tongres, il y a un ruisseau qui senbsp;rend dans 1Escaut a Anvers : on y voil des digues,nbsp;marques indubitables dun ancien canal. Voilknbsp;comme Tongres tenoit a la mer. Les vers de Vir-gile favorisent cette opinion touchant Padoue.
TJnde per ora noveni, vasto cuinmurmure mantis ,
It mareprwruptum, etpelagopremit arpa ininaci.
Je pars de Padoue le 3i Aout a dix heures , cest-a-dire , ^ six ; car le soleil se couche a septnbsp;heures , et a huit le jour est ferme : c'est alorsnbsp;vingt-quatre heures en Italie. Neuf heures parnbsp;conséquent sont une heure , dix heures sont deuxnbsp;heures etc. Les horloges ne sonnent que douze
Y 4
-ocr page 362-heures, excepté la principale , qui sonne treize , quatorze etc. jusquii vingl-quatre.
Je passe par Rovigo : mon ffansel y étant arrivé trop tót, je dors la nuit suivante, je ne sais oü.
Le i®*'. Septembre, a quinze heures, cest-k-dire a onze, je suis k Ferrare, qui est une grande ville,nbsp;niais assEz morte ; il y a garnison papale dans lanbsp;ville et dans la citadellej on voit sur la nouvellenbsp;place , une colonne avec la statue dun Pape : lenbsp;inont-de-piété est magnifiquement bati; on y Utnbsp;cette inscription, qui exprime lesprit de ces éta^nbsp;Ulissemens ;
PaUPERIBUS SU BESVANVla SeBV ASDISqV E VEPOSITIS.
Procurante Fran. Carjijnali Branciterio,
aInno M. dcc. LXI.
¦ Le Cardinal légat (en ce moment Cardinal Spi-^ jiola) demeure dans un vieux chateau, solidementnbsp;bati, et entouré deau : il a une garde qui est com-pösée desbirres; un de ces braves sbirres me servitnbsp;de conducteur : leur habit tient de harlequin et dunbsp;Suisse. La citadelle est réguliere, elle a de bonsnbsp;bastions, des demi-lunes, des lunettes, un cheminnbsp;couvert: on y voit au milieu la statue de Paul V,nbsp;avec linscription suivante, qui est asse? bonne :nbsp;Paulus V PoRTiFEX Maximus ,
Ns, RECEDENTE IIINC PaEO, Fsrrarje TUTBEA rbceeeret,
Hic ARCEM EXTRUENBO,
Mmrtsm Neptuno substituit.
Tom. ïjpag.ago. Le pauvre Misson\dit que cette citadelle fut batie par Clément VIII,
-ocr page 363-La guerre avec Ie Due de Modene paroissoit alors inévitable j on mettoit la place en état denbsp;défense : lalTaire est mainfenant lerminée. Lanbsp;Cathédrale est un vieux bailment gothique; la tournbsp;en est belle et garnie de colonnes jusquau sommet.nbsp;Le Cardinal Archevêque Crescenti, venoit demou-rir. Je passe la nuit a San - Carlo, chez unnbsp;homxne fort mal-honnête.
Le 2 Septembre, je dinai quot;kMalacapa un brave pêcheur me donna de bonnes grenouilles, que jenbsp;mangeai de grand appétit avec le pain dont manbsp;pauvrefé vouloit se contenter, et que ce bon hommenbsp;ne voulut pas me voir manger sans quelque accompagnement : un peu après je f'us k Bologne.
Bologne, grande et belle ville, a une Académie célebre , qu'on appelle l'Institut. Benoit XIV anbsp;donné un grand éclat a eet établissement : ce fut lanbsp;premiere chose que jallai voir, Le batiment est unnbsp;quarré, au milieu duquel on voit un Hercule denbsp;bronze , belle statue antique. On voit ensuite dansnbsp;différentes chambres, tout ce que la nature et Tartnbsp;ont de plus précieux et de plus rare.
Nous vimes dabord Yembrionisme, oü les com-mencemens de fhomme sont sculplés daprès nature, ainsi que tous les progrès de son accroisse-ment, ses différentes situations dans le sein raa-ternel, etc.
Deus qui humanoe substantiae dignitatem mira-biliter condidisti. Orat. Eccl. Ignoras qud ratione compingantur ossa in ventre preegnantis : sic nescisnbsp;opera Dei, qui fabricator est omnium (Eccle. xi,nbsp;y. 5). Vocans generationes ah initio, ego Domi-^
-ocr page 364-Reflexion qui nus (ïsaï. C. ^i). Sicut lac mulslsli me, ct siciU
Job. Joarn. hist»
caseum me coagulasti (Job. x). Tu formasli me et etlitter. ,iSTgt;éc. posuisti Super me manurn tuarn. Mirabihs facta estnbsp;/S, pag. 88;. scientiatua ex me-, confortata est et non potero adnbsp;earn (Ps. i38). Ncscio qualiter in utero meo appa-ruistis ; neque enim ego spirUum ct animam donavinbsp;pobis et vitarn , et singulorum membra non ego ipsanbsp;compegised enim miindi Creator, qui formavit ho-minis nativitatem, quique omnium inrenit originemnbsp;(II. Machab. vii, f. 22, 23).
Missoa , après Scliraderus, fait mention d'un nionstre de Florence a deux lêtes , dont les affections et ies sensations étoient différentes (tom. II,nbsp;pag. 341)* Son tombeau et son épitaphe sont dansnbsp;IEglise de IHopilal ad scalas. Celui que jai vu anbsp;Bologne, avoit deux corps , mais mêlés et jointsnbsp;ensemble : celui de Florence vécut, dit-on, vinglnbsp;Journ. hist, et et vingt jours ; je ne puis le croire j il y a eunbsp;fin., I Juin 1786. néanmoins a Presbourg deux filles ainsi coagu-lees, qui ont yécii vingt ans leur pere étoit unnbsp;paysan , sujet du Primat Csaki. Ce Prélat, ounbsp;bien lImpératrice Marie-Thérese , les entretenoitnbsp;chez les Religieuses de Notre-Dame ou cbez lesnbsp;Ursulines , a Presbourg 5 la chose est certaine.nbsp;Lune mourut, et on fit mourir laufre dunemortnbsp;douce. Jai depuis recu une lettre de la Mere Eme-rentiana , qui a vécu avec ces enfans ; la lettre estnbsp;du 15 Avril 1769. Ces pauvres enfans étoient fille»nbsp;dun paysan , sujet du Cardinal'de Saxe , Evêquenbsp;de Raab , qui les fit élever chez les Ursulines anbsp;Presbourg. Elles étoient jointes par 1'os sacrum;nbsp;portoient deux corps el deux jupes. Elles sappel-
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loient Mugdelcne et Judith, et ont vécu 20 ans.
Lune étoit fort stupide et se portoit mal} l'autre
étoit spirituelle et dune bonne santé. Celle-ci ne
voulut pas mourir. quand on fut oblige de metlre
fin a ses jours, après que lautre fut raorte dapo- et Utt., i Mars
plex=e(*). nbsp;nbsp;nbsp;^779,P=S-33lt;.
Que penser dim enfant k deux têles , qui du reste est très-bien conforme 1 Les uns disent quilnbsp;a deux ames, puisquil est muni de deux sensoriurnnbsp;commune deux glandes pinéales, de deux corpsnbsp;calleux, de deux centres ovales. Les autres ré-pondent quon ne peut avoir deux ames, quandnbsp;on na quune poitrine. (Quest, sur lEncyclop.,nbsp;art. Ame^ ouvrage dailleurs abominable.).
Locke observe a légard des monstres , quil ne faut pas attribuer rimmortalité a lextérieur d'unnbsp;corps} que la figure ny fait rien. « Cette immor-» talité , dit-il, nest pas plus altachée a la formenbsp;» du visage et de la poitrine, qua la maniere dontnbsp;» la barbe est faite ou que lhabit est taille ». IInbsp;demande quelle est la juste mesure de ditformité,nbsp;a laquelle on puisse reconnoitre si un enfant estnbsp;homme ou non. Après cette digression, je continue k visiter les différenles pieces de YJnstitut.
Dans une autre cbambre, on voit un élan (alcc); un ver solitaire long de i4 aunes , large et plat;
(*) Je ne sais si cela étoit Lien permis en bonne morale.
Mais jiar la on a épargné a cette pauvre fille Ie cruel tour-tnent de vivre dans la société de la mort, tel exactemciit fju un tyran ingénieux en atrocité l'avoit imagine , etnbsp;qn il excrcüit sur les victimes de sa fureur ;
L. C. yCsEi»,
Mortua quin etiam jimgehat corpora vivis.
-ocr page 366-un serpent lire du corps dun Capucin ; un antre grand serpent; un troisieme h deux têtes ; un serpent a sonnetle; un lezard volant.
Les ouvrages de peinture , de sculpture , do dessin qui ont remporté le prix , occupent unnbsp;autre cabinet.
Ailleurs on voit la collection des mineraux, des marbres , des bijoux, des pétrifications etc., quinbsp;sont les plus rares et les plus estimes. Ensuite desnbsp;armes de toutes les nations du monde , des ex-voto du paganisme, des idoles etc. On voit dansnbsp;cette même cliambre une momie enveloppee.
Jai vu briller la pierre de Bologne avec im éclat qui ma ravi: javois en vain tenté cette expériencenbsp;en Hongrie, avec le Comte Etienne Andrassy. Lesnbsp;professeurs vendent ces pierres aux curieux : peunbsp;de gens savent les preparer.
On me montra aussi le portrait de Benoit XIV en mosaique , tiré avec le plus grand succes , etnbsp;au has duquel on lit cette inscription :
BeNEDICTO Xjy
Amplificatori Maximo.
6e portrait imlte le pinceau le plus delicat : il est placé dans la salie des assemblees publiques denbsp;rinstitut. Pour juger de la délicatesse et de la dif-ficulté de ces sortes douvrages , il faut considerernbsp;le prodigieux nombre démaux quon y a employés.nbsp;La seule tête de Paul V dans léglise de S. Pierre,nbsp;en a plus dun million sept cent mille , qui cliacunnbsp;sont moins gros quun grain de millet. Les pierres,nbsp;les agates, les jaspes, les cornaliiies, les sardoines,nbsp;les éméraudes, turquoises, lapis lazuli etc., quon
-ocr page 367-emploie a Florence, ne prennent que rarement des nuances bien dégradées } et ces ouvrages sontnbsp;dun prix excessif, non-seulement a cause de lanbsp;cherté des pierres quon y emploie , mais encorenbsp;par Ie tems quil faut mettre k les scier, les dressernbsp;et les refendre suivant les contours des différensnbsp;dessins quon veut imiter, et k les polir. On leurnbsp;substitue des émaux, dont les teintes sont plus va-riées, les degradations et les nuances plus parfaites,nbsp;et qui nexigent pas autant de fraix dans la main-doeuvre. De Ik les mosaïques de S. Pierre k Rome,nbsp;qui mettent les chefs-doeuvre des plus grandsnbsp;maitres k labri de toute altération , et en état denbsp;passer aux siecles les plus reculés en conservantnbsp;tout leur éclat. Les mosaïques de S. Marca Venise,nbsp;jont comme celles de Ste. Sophie , faites avec denbsp;grands morceaux de verres coloriés; ces mosaïquesnbsp;sont de fort mauvais gout. On croit quelles sontnbsp;1ouvrage de quelques Grecs venus du Levant. ^nbsp;Les Romains ont cultivé 1art des mosaïques: Plinenbsp;et Vitruve en parlent. Opus musivum, vermicu-latum.
La chambre anatomique est encore une belle chose, k 1Institut : on y voit une momie décou-verte. La bibliotheque est assez belle, riche etnbsp;publique : celle des Dominicains est aussi très-belle ¦, la salie qui y conduit est très-riante. On ynbsp;a mis une inscription très-propreaux bibliothequesnbsp;publiques:
Quam sine fictions didici ,
Journ, hist, et litt., iMarsi^Sj,nbsp;pag. 393.
Et sine invidid communico ,
Et fionestatem illius Non abscondo.
-ocr page 368-( 35o )
On vöit dans TEglise de ces PP. iin belle Chapelle, oü se trouve Ie corps de S. Dominique , leur foa-dateur.
La Calhédrale a été magnifiquement réparée par Benoit XIV. LEglise des Carmes est dignenbsp;aussi d'être vue , ainsi que celle de S. Sauveur ;nbsp;je crois que c'est autour de celle-ci que jai lu :nbsp;Regnante Paulo V Rorghesio, totius Christiamnbsp;orbis sapienlissimo moderalore.
Je n'ai pas oublié Ste, Catherine de Bologne ; je ne sais ou Misson a vu quelle étoit embaumée ,nbsp;et qu'avant Ie prélendu miracle de cette incorrup-tion, personne navoit songé a sa sainteté ; contradiction frappante , comme il y en a mille dans eetnbsp;ouvrage. Depuis quand savise-t-on dembaumernbsp;une pauvre religieuse, a la sainteté de laquelle on.nbsp;ne pense que cent ans après? II seroit bien difficilenbsp;h eet écrivain de prouver cc point, ainsi que biennbsp;d'autres de son Voyage d*Italië, qui est un très-mauvais ouvrage, et autant pernicieux aux Calvi-nistes, selon les idees desquels il pretend écrire,nbsp;quaux Catholiques.
II est vrai que ce corps nest pas fort agréable ^ voir, et que je ne voudrois pas beaucoup exalternbsp;cette incorruption : la Sainte est assise sur un autelnbsp;a gauche du sancluaire. Üne femme visionnaire anbsp;assuré au Comte Tekki, quelle se levoit de temsnbsp;en tems. Moils in rcligionem animis inulla nuntiata,nbsp;mvlta temerè tradita, dit Tite-Live. On peut re-voir ce que nous avons rapporté en ce genre ci-devant, page loo.
Proche de la tour Asinelli, il sen trouve une
-ocr page 369-aufre, noinmée Tunis Gansenda, qui est inclinée de () pieds sur i3o de hauteur : elle fut hatienbsp;ainsi. Celle de Pise est haute de 188 pieds; ellenbsp;penche de i3. Ce jeu d'architecture et cette especenbsp;dillusion cesse détonaer , des qu'on sait que lanbsp;ligne de gravitation ne dépasse point la base. Lenbsp;sommet de Ia tour de Vienne penche beaucoupnbsp;depuis quelques années; mais ceci est leffet dunbsp;dépérissement de louvrage : on ne le soutientnbsp;que par des ancres et des barres de fer.
Le 3 Septembre, le maitre des postes menvoya la route de Florence : elle porte 9 postes asseznbsp;grandes. De Bologne a
ij. Luiano.......\\ nbsp;nbsp;nbsp;vj.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Caffagiolio. .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;l
iv. Covigliaio. .... i nbsp;nbsp;nbsp;vüj.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Firense......i
Je pars a 9 heures : je passe prés du beau palais de Benoit XJV, situé dans une rue large et biennbsp;batie; la Reine de Naples venoit dy prendre sonnbsp;quartier k son passage. Benoit XIV étoit natif denbsp;Bologne, oü sa familie a rang entre les quarahtenbsp;nobles de Bologne. Après sa promotion, une denbsp;ses cousines, religieuse, lui demanda la permission de sortir du cloitre et de venir k Rome luinbsp;baiser la pantoufle : Benoit, pour lui épargner lenbsp;voyage, lui envoya une pantoufle k Bologne.
Hors de la ville je vols un autre palais magni-fique , qui nest pas encoi'e achevé : je crois avoir entendu dire quil appartenoit a Don Antonio Rio-vmi. LApennin comanence ; je vois pour la der-
-ocr page 370-( 352 )
niere fois Bologne et une plaine Immense jusqu^ Venise et Goritz : jai diné je ne sais ou.
Entre Luiano et Peira mala, un peu k cóté du
grand chemin, au milieu dun autre chemin pier-
reux, on voit une flamme grande et claire, qui
subsiste sans aliment et sans ouverture sensible :
cest une vraie merveille, un petit Vésuve familier
et innocent. Voyez Misson, torn, II, pag. 345.
II y a un volcan semblable dans Ie Dauphiné, a
Journ. hist, et 3 lieues sud-est de Grenoble, nommé la Fontaine , i5 Juillet ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, rt 7 ¦ Tgt;
^779) P^g-444 ^^dente. Lreogr. univer. de Jsuschmg, raxis, 1772.
Les grandes pluies leteignent; elle renait k niesure que Ia terre seche. M. de Lalande, dans son Fnbsp;attribue cette extinction aux grands vents.
Au haut de lApennin, je trouve des forêts de chataigniers doux; spectacle piquant pour un habitant du nord. La nuit me prend après Feligare .-tout est désert et nu j lApennin paroit dans toufenbsp;son horreur : les roes les plus sourcilleux rendentnbsp;hommage a celui oü je suis. Ccelo capita alta fe-rentes : concilium- horrendum. De fond, on nennbsp;voit pas ; un autre roc néanmoins séleve a manbsp;droite jusquau ciel; il renferme des cavernes que jenbsp;soup^onne recéler des assassins : Hansel va aunbsp;grand galop.
Mr. de la Condamine croit que tout lApennin a été composé de volcans : Ie Baron Dietricht, dansnbsp;ses notes sur Ie Vojage de Mr. Ferber, pag. 280 ,nbsp;Ie réfute, et dit que YApennin est constamrnent cal-ioarn. hist, et caire. Le petit volcan de Luiano est peu favorablenbsp;a Mr. de la Condamine. Voyez Apennin dans monnbsp;etsuir.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Dict. géógrapliique.
Enfin
-ocr page 371-kiifin j'arrive k CovigUaio Ie maitre des posleS me reent avec humanilé, mais Ie paiivre Hanselnbsp;neut que de la paille : Ie son et les feves sontnbsp;1'avoine ordinaire des chevaux dans ces contrées.
Les habifans de lApennin sont assez semblables aux Savoj^ards par lhabillement, les fa90ns, Ienbsp;naturel. Or, la fidélité et la probité des Savoyardsnbsp;sont reconnues par tout lunivers . ceux delApennln lourn. idst. etnbsp;sont bons, bien humanises et très-laborieux. Onnbsp;voit par-tout des mulets et des anes , ces derniersnbsp;sont grands ici et très-beaux; mais ce que je prenoisnbsp;pour des anes si beaux et si grands, on ma ditnbsp;depuis que céloient bien réellement des mulets,nbsp;quoiqu'ils fussent de couleur grisatre comme nosnbsp;anes j je crois cependant avoir bien vu , et que cenbsp;sont vraiment des anes. Hansel ne vouloit pas lesnbsp;voir a son entree en Italië ; il ma joué quelquesnbsp;tours; maintenant il les souffre.
Le 4 Septembre, je dis la Messc, nonobstant la mauvaise humeur d'un Cure. A 13 heures, cest-a-dire, a 9, jenfre dans lesnuées, un vent terriblenbsp;menace de renverser mon cheval. La descenle denbsp;l'Apennin commence : on voit des bosquets et desnbsp;allées de cypres.
A 21 heures , cest-k-dire k 5, je vois Florence: je m'arrête k considérer le magnifique arc-de-triomphe de lEmpereur FranqoiS Ier. ^ surmonténbsp;de la statue équesire de ce Prince : eet are est fortnbsp;grand; il est de marbre rouge les statues (Jtii 1or-nent sont de marbre blane ; on ny a rien épargné,nbsp;ct cest assurément ee que jai vu de plus beau etnbsp;de plus grand en ce genre; les anciens arcs ne lui
Tont. T. nbsp;nbsp;nbsp;Z
-ocr page 372-( 354 )
sont nullement comparables. Les anlicjuaires se-ront indignés de ce jugement; mals la chose nen est pas moins vraie.
Cent carrosses étoient arrêtés par one procession pres de la porte St.-Gal: je fis un détour, et jentrai, en longeant la citadelle, par la porte delnbsp;prato. Je ne sais par oü cette citadelle a paru sinbsp;forte a Misson (Liv. II, pag. 341) : je crois nynbsp;avoir vn quune courtine et de rcéchans bastions.
Que jaime Bistritz, quand jentends Ie tumiilte et Ie fracas terrible de cette grande ville! Florencenbsp;est pavé de grandes pierres quarrées, cequi rendnbsp;la ville propre mais il est difficile aux chevauxnbsp;dy marcher , sur-tout lorsqu'il a plu.
Le 5 Septembre, je vois dabord la Piazza di Duca, oü est le vieux palais , la statue équesfrenbsp;de Come de Médicis, et une belle fontaine chargéenbsp;de statues , qui sont autant de chefs-dceuvre. Lanbsp;ville est divisée en deux par XArno, sur lequel ilnbsp;y a plusieuis ponts, dont un est chargé de mai-sons , coinme a Paris le pont au Change, le pontnbsp;St.-Michel, le pont Nolre-Dame etc. Je vois ensuitenbsp;la place et 1Eglise du Saint-Esprit ¦, la place de lanbsp;Trinité, oü il y a une colonne surmontée de lanbsp;Justice j cest ce qui fait dire aux Florentins quenbsp;la Justice est si haut, que personae ne peut Pattein-dre; la place de St.-Marc j la Ménagerie, oü j'ai vunbsp;deux lions , deux bonnes, deux tigres.
» La colère du bon est noble, son courage » magnanime , son naturel sensible : on 1a vunbsp;» souvent dédaigner de pe'iits eiinemis, méprisernbsp;K leurs insultes et leur pardonner des lihedés of-
-ocr page 373-» fensantes: on la vu réduit en captivitésennuyer » sans saigrir, prendre au contraire des habitudesnbsp;» douces , obéir a son maitre , flatter la main quinbsp;» Ie nourrit, donner quelquefois la vie a ceuxnbsp;» quon avmit dévoués a la mort en les lui jetantnbsp;» pour proie (*) ¦, et, comrae s'll se les fut attachésnbsp;» par eet acte généreux, leur continuer ensuilcnbsp;)) sa protection, vivre tranquillement avec eux,nbsp;)) leur faire part de sa subsistauce, se la laissernbsp;). même quelquefois enlever toute entière , etnbsp;n souflfir plutót la faim, que de perdre Ie fruitnbsp;n de son premier bienfait n. Bvffbn, tom. IX,nbsp;Pag- 7-
Le tigre, au contraire, ne sapprivoise jamais: les Hongrois néanmoins me raconterent une histoirenbsp;qui semble prouver le contraire. Le lion , dit-on,nbsp;est une espece de chien (pas tout-a-fait. Voyeznbsp;Journ, hist, el Ut tér., i Mars 1788, pag. 3i3) ,nbsp;le tigre une sorte de chat. « Des Bonzes Ghinois,nbsp;» pour en imposer au peuple, vont de ville ennbsp;» ville , montës sur des tigres quils ont appri-n voisés , sans avoir ni muselière , ni chainesnbsp;» pour lesretenir ». (Dictionn. des Cultes relig.,nbsp;art. Bonze.) « Le tigre est peut-être le seul desnbsp;» animaux dont on ne puisse fléchir le naturel «.nbsp;{Biiffon, tom. IX, pag. i35.) Le tigre de cesnbsp;Bonzes est peut-être XOnce. « Les Persans , ditnbsp;» Tavernier , edition de Rouen, 1718 , tom. II,nbsp; pag. a6, ont une certaine béte appelée Ones
(*) Quant aux jMartyrs la chose est certaine : ce quon raconte touchant dautres personnes est très-incertain ,nbsp;fi'ès-rare et daas des circonslances très-différentes.
Z 2
-ocr page 374-f) (vraie espëce de tigre), qui est fort douce et )) fort privée n. « Pour les grandes chasses, onnbsp;» se sert de bêtes féroces dressées a chasser ,nbsp;» lions, léopards , tigres, panthères , onces... Jainbsp;n vu de ces chasses en Hircanie, en i6G6 ».nbsp;(j^oyage de Chardin en Perse etc., Amsterdam ,nbsp;1711 , torn. II, pag. 82 et 33.)
)) Letigre, AiiBuJJ'on (tom.TX, in-4to,pag.35), » sirrite des bons comme des mauvais traitemens;nbsp;1) la douce habitude qui peut tout, ne peut riennbsp;)) sur cefte nature de fer j le temps, loin defamollirnbsp;» en tempérant des humeurs féroces, ne failquai-n grir le fiel de sa rage j il déchire la main qui lenbsp;» flatle , comme celle qui le frappe : il rugit k lanbsp;» vue de tout êlre vivant; chaque objet lui paroitnbsp;» une nouvelle proie, quil dévore davance de sesnbsp;» regards avides, quil menace par des frémisse-n mensatfreux, mêlés dun grincement de dents ,nbsp;n et vers laquelle il sélance malgré les chaines etnbsp;» les grilles qui brisent sa fureur sans pouvoir lanbsp;») calmer ». Voilk ce que dit Buffon a lendroitnbsp;cité; et Buffon néanmoins , la-même, pag. 1647nbsp;cite aussi les auteurs dont ci-dessus jai rapporténbsp;quelques passages. A la fin on ne sait a quoi sennbsp;tenir ; on pourroit conclure ; Nemo adeb ferus estnbsp;qui non milescere possit.
La difference des auteurs peut venir de ce quon . a confondu les especes, ou de ce quon na pasnbsp;poussé les experiences assez loin. Buffon ne donnenbsp;le nom de tigre qu a ce quil appelle la grande pan-ihere (ibid.'). On ne sauroit faire un bon compte denbsp;toufes ses dissertations la-dessus. Léopold avoit
-ocr page 375-tieux leopards dresses a la cliasse ; ils montoient en Croupe derriere leurs instituteurs. Karoli, chefnbsp;des Couroutz, aprës avoir détruit la ménagerienbsp;en I ^o3, se 6t faire une pelisse de leur peau. \oyeznbsp;Ie Continuateur (Vlstuanji, pag. 644) edition denbsp;Cologne, 1724.
LaCathédrale de Florence est tres-belle 5 mais elle semble avoir paru encore plus belle a Misson.nbsp;Le chant majestueux de 1Eglise my a beaucoupnbsp;aflfecté. La tour est assez semblable a celle de Fer-rare. Voyez le Dictionn. hist., art. Brune.
Le Palais Pitti, ou le Nouveau-Palais, dont le Due fait sa résidence, est fort beau , mais I'extre-mité des ailes le défigurent un peu. II y a une mé-nagerie dans le Jardin, ou Ton voit toutes sortesnbsp;de guenons, des autruches etc. On y trouve aussinbsp;une grotte superbe et précieuse,
A S. Laurent, il y a deux cliapelles on sont en-terres les Grands-Ducs ; la premiere na rien de bien extraordinaire5 mais fautre est la plus précieuse qui soit au monde. Le porphyre, le jaspe,nbsp;réméraude etc. , y sont prodigués et employés hnbsp;des ouvrages en mosaïque, du goüt le plus exquis.nbsp;Les armoiries de toutes les villes de Toscane ynbsp;sont travaillées de cette maniere.
La mosaïque de Florence est très-différente de celle de Rome : au-lieu du verre colorié, on em-ploie ici ditférens marbres et pierres précieuses.nbsp;Les pieces sont grandes, et représentent Tune lanbsp;mer, lautre le ciel; celle-ci un fruit, celle-lh. unnbsp;fleuve. Cette manufacture est établie h Florence,nbsp;Voyez ci-devant, pag. 348 et 349.
Z 3
-ocr page 376-Misson, tom. n, Misson dit avolr vu six oreillers , sur les six pag. .ijg.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mausolées : je nen ai vu que deux; les autres doi-
vent avoir été enlevés : ils sont en effet dune richesse inexprimable. Le peu dexaclitude denbsp;Misson dans des points plus considerables, me faitnbsp;croire quil a pu confondre 2 avec 6. 11 mérite denbsp;lindulgence, puisquil en a lui-même beaucoupnbsp;pour Marlin de Pologne, qui, a-peu-près, a vunbsp;les choses comme lui : Misson approuve mêmenbsp;que lon confonde Iampliitheatre de Vespasiennbsp;avec un temple, et cela afin de ressusciter lanbsp;Papesse.
Cette superbe et magnifique chapelle nest pas acbevée : le grand autel se trouve dans les galeriesnbsp;du v'ieux palais; c'est un bijou. Les galeries de cenbsp;palais ont la forme du p grec n. Quelquun ditnbsp;qu'elles ont la figure d'une L } mais eet écrivainnbsp;doit ignorer l'alpbabet. Elles contiennent, ainsinbsp;que les cabinets qui y sont joints, les anliquitésnbsp;les plus rares, et les plus précieux ouvrages ennbsp;tout genre. On voit dabord a 1entrée plusieursnbsp;urnes, ou vases cinéraires, pierres sépulcrales etc.nbsp;Je remarquai une petite urne de marbre blanc, quinbsp;porte linscription suivante;
Carasnec inip- Philonici Prlvigni et Dyscheria Novercce cineres na quot;rte re/j«-positi , pristi'ni odH incmores , una renuunt
ouunt. viJXineicI. nbsp;nbsp;nbsp;\
Andava com- COTimUSCCri.
hattenclo, ed era nbsp;nbsp;nbsp;bippopotame OU clicval marin desséclié et
Tasso, conserve dans une chambre a cote de la galerie.
Cet animal, dit Buffon, est doux, mais terrible
dans sa colere. II iie faut pas simaginer que lhip-
popotame ait la figure dun clieval. Lopinion qui
-ocr page 377-donne a la mer tons lés aniraaux de la terre, est trës-fausse ; il y a dans la mer cent animaux quenbsp;la terre na pas, tels que les tortues, les huitres ,nbsp;différenles sortes de raies, Ie polsson de la lune ,
OU ortluagoriscus etc. Dun autre cóié la terre produit des animaux qui ne se trouvent pas dansnbsp;la mer, comme la pantliere , lhiene , Ie cliameau ,
Ie mouton, la taupe etc. Quoiquil y ait plusieurs animaux marins, dont les noms désignent la figurenbsp;de quelques animaux terrestres, comme Ie hé-risson , les serpens marins etc. , il y en apourtantnbsp;un très-grand nombre qui ne ressemblent pointnbsp;aux animaux terrestres dont ils portent Ie nora :nbsp;tels sont, par exemple, les poissons que 1on ap-pelle Ie renard, Ie chien, lane, la grenouille, Ienbsp;passereau , la grive , Ie lievre etc. Malta alia insignia apud Brown, Erreurs populaires, pag. 384nbsp;et suiv.
Un Laocoon avec ses deux erifans dans sa Iiilte L. a, jEneid. centre deux grands serpens. Rien de plus expressifnbsp;que cet ouvrage, qui nest cependanl quune copienbsp;de celui qui est h Rome dans !e belvedere du Vatican,- ouvrage dAgesandre Eliodien , qui l'exé-cuta avec deux autres sculpteurs sous I'empire denbsp;Vespasien. Pline en fait I'eloge comme dune vraie Ptiuc, L. 36,nbsp;merveille en fait de sculpture. Les deux associésnbsp;d'Agesandre sont Polydore et Antenodore. Lanbsp;copie qui est a Florence, a été faite par un Chevalier de S. Jacques : en la voyant on croit lirenbsp;Virgile :
.......Spirlsque ligant ingentibuis, et jam
Bis medium amplexi , his collo squammiea circuni
( 36o )
'Terga dati , superant capite ei cervicihus altis.
Ille sitnul inanihus tendit divelLere nodos Perfasus sanie vittas atroque veneno.
Une Chimere de bronze. Un Bacchus, autant qu'on peut en juger par les attribuls, dont Ienbsp;piëdestal porte : RcUctis Delphis, ctfratre, utnbsp;potui, hüc veni. Une chambre magnifique, oünbsp;sont les portraits de tous les grands peintres, faitsnbsp;par eux-mêmes ; car les peintres se faisoient hon-neur dêtre places dans cette chambre , et y en-Yoyoient leur portrait pour figurer parmi les peintres célebres. Au milieu de Ia chambre, ainsiquenbsp;dans les autres , est placée une table de pierresnbsp;précieuses, en mosaïque, dun prix extraordinaire.nbsp;Dans Ie cabinet des idoles, on voit une colonnenbsp;d'albalre surmontée dune Diane ; un trépied , unnbsp;sistre etc (1).
Le plus beau des cabinets est celui oü, avec d'autres statues très-estimées , se trouve la cé-lebre J^énus de Médicis : cette statue est vraimentnbsp;belle; mais javoue que je mextasie rarement vis-a-vis de ces sortes de choses. Une belle campagne,nbsp;lamer en fureur, un templeaugusie lerontplutótnbsp;eet effet sur moi. La voute de ce cabinet est revê-lue de nacre de perles : le fond de la coupole estnbsp;une grande boussole. On volt sur les tables la villenbsp;de Livourne et dautres contrëes représentées en
Poiiiquoi le sistre nauroit-il pas daccord, comme le Misson j torn. II, pagi aSi i bes baguettes dairainnbsp;ayaut plus ou moins de longueur, ont des sous \arie's, ounbsp;iia qua Icsfrappcr en jnusique. Ccst uiic cspece de claviernbsp;PU 4e carillou : jcn ai vu de scmblables.
-ocr page 379-niosaïque, de la manufacture de Florence; les portraits de Luther et de Calvin.
Dans un autre, on admire plusieurs ouvrages de cire et divoire. La peste et la progression denbsp;la corruption du corps humain, sont sui'-tüut re-marquables ; cestlouvrage de Gaston-JeanZumbo.nbsp;Voyez son article dans Ie Dictionn. kist.
Ailleurs on voit lanatomie dune tête hiimaine de cire; plusieurs buffets en mosaïque , chargésnbsp;de pierreries : dans un de ces buffels se trouve unnbsp;orgue, et la descente de la Croix, faile de cire parnbsp;Ie célebre Michel-Ange Suanorotti. On y es timenbsp;sur-toutune perle grosse commeun oeuf de pigeon.
La plus grande perle, dit-on, est dans Ie trésor duRoi de Perse; elleest de la grosseur dun pouce,nbsp;et a coüté i ,4oo,ooo livres. Je nai pas vu Ie célebre diamant du Grand-Duc, qui doit avoir coüténbsp;5,000 écus : je crois quil se trouve actuellemenlnbsp;dans Ie trésor impérial ü Vienne. On peut en voirnbsp;la figure dans la Physica sacra de Scheuchzer ,nbsp;torn, V, tabula 523. Le plus grand diamant estnbsp;a-peu-près dun pogce en largeur et de deux ennbsp;longueur, Phys. sac., tom. V, tab. 628 : il pese,nbsp;selon Tavernier 229, »e. carats. LImpératricenbsp;de Russie doit en avoir acheté un a Amsterdamnbsp;en 1772 , pesant 779 grains , pour 12 tonnes dor,nbsp;et une pension de 4,000 roubles. Je suis persuadénbsp;que cest une fable répétée par tant de gazettes, etnbsp;inventée pour convaincre que la Russie pouvoitnbsp;continuer Ia guerre sans se gêner. (\^oyez lhistoirenbsp;de ce diamant dans le Journ. hist, et lilt., i Marsnbsp;J775, pag. 333. Maniere d'évaluer les dia-mans, iUd., pag. 334*
-ocr page 380-Enfin , on entre dans une assez grande piece, moins belle que les autres, oü lon voit une petitenbsp;momie (1), de grarids globes cosmograpbiques ,nbsp;des instrumens dastronomie , un airaant longnbsp;denviron un pied, qui est néanraoins foible etc.
Je vis ensuite la place de 1Annonciade avec la statue équestre de Ferdinand I®''., Due de Florence ; celte place est réguliere : lEglise des Ser-vites , OU sont leurs sept fondateurs, en occupe Ienbsp;fond; lEglise de S. Jean est passablement belle. nbsp;Repassant par la place du vieux Palais, je visnbsp;monter la garde : on apporte Ie drapeau du Grand-Duc, et on bat aux champs.
Les Florentins sont assez officieux et polis : il ne laisse pas dy avoir parmi eux de grands filoiix.nbsp;Leur salutation est : Servitor di vostra Signoria,nbsp;quils prononcent tellement qu'on nentend ordi-nairement que Ie mot Signoria, et dun dióle denbsp;ton, sur-tout les villageois.
Lart de nos injections anatomiques, qui envoie des liqueurs dans tous les vaisseaux par Ie moyen dunenbsp;seringue , déja perfectionné par Ruyscli, Graast, Swammerdam, est devenu aujourdhui supérieur a la momifica-lion des Egyptiens. Mr. Nietzke vient de conserver Ienbsp;eorps dun jeune homme dans létat apparent dun être vi-vant. Les chairs ambrées ont leur couleur, leur fermeté ,nbsp;comme si 1enfant vivoit. Journ. hist, et polit. de Geneve , 20 Nov., n. 5, pag. 36. II sagit de verifier lanbsp;durée de eet état. Momie dAuvei'gne, hien supérieure anbsp;celles dEgypte dans Ie cabinet du Roi de France, décou-verte en iqfiG.Voyez Buffon, hist. nat. , tom. XV, pag.nbsp;i65, édit. du Louvre, in-qto.
-ocr page 381-Exod. i5.
II est heureux que je fasse ce voyage landis que les fruits sont en malurité, el que jen puis mangernbsp;sans peine et sans clépense : souvent je ne mangenbsp;pas autre chose dans toule la journée. (^uant k lanbsp;pluie et aux orages, jécliappe toujours heureuse-ment et a point nommé; ce qui est nécessaire, carnbsp;je suis sans manteau. Filii autem Israël ambula-verunt per siccum in medio cjus. II tomba , Ie journbsp;que jélois a Florence, une grande pluie; il ny ennbsp;avmit pas en depuis cinq mois; raais en Italië denbsp;très-fortes rosées y suppléent. Quand la terre estnbsp;bien seche, il pleut difficilement; quand elle estnbsp;bien trempée, il ne passe pas un nuage sans se dis-soudrej c'est 1'observation constante des cultiva-teurs. Leau glisse sur une éponge seche. Lesnbsp;orages , les grosses nuées sattachent aux fleuves ,nbsp;aux grandes montagnes , oü sont les réservoirsnbsp;des eaux. Lorsque jétois a Lucerne., Ie 20 Aoütnbsp;1777 , pendant une grande sécheresse , il vint unenbsp;pluie qui ne tomba que sur Ie lac et sur les terresnbsp;voisines.
La plaine de Florence est une des plus belles et des plus riches du monde. De la Ie pvoverbe; Budanbsp;jugo, Vmetcepelago, Florentia campo Eminet.ATpxeanbsp;des montagnes pierreuses et des landes stériles, onnbsp;trouve ordinairement les terres les plus fertiles. Postnbsp;Arahiam pelream, Arabia Jëlix. Cest ainsi que lanbsp;nature, par une espece de désceuvrement, se prépare aux plus belles, aux plus riches productions;nbsp;cest ainsi que dans Ie mont Krapach , dans lesnbsp;Alpes, lApennin, elle médite la fertilité de lanbsp;Ilongvie, de la I-ombardie, des plaines de Flo-
-ocr page 382-rence etc. Toutes ces montagnes prolegent les plaines contre les vents du nord, et renvoient lesnbsp;rayons de lastre vivifiant, comme diin foyer.
II arrive quelque chose de semblable relativement aux grands hommes qui ont coutume dêtre contemporains, et de laisser voir un grand vide avantnbsp;eux et après eux. La nature semble épuisée aprèsnbsp;de grandes productions , et Ton croiroit qu'ellenbsp;veut réparerses forces par une longue oisiveté. Lesnbsp;siecles dAugusfe, deFran9ois I®gt;., de Louis XIV,nbsp;semblent avoir été des tems que la nature setoitnbsp;choisis pour produire de grands hommes.
A 19 heures , cest-k-dire, a 3 heures après midi, je vis dautres jardins du Due , hors de lanbsp;porte Romaine ; ensuite remontant lApennin, jenbsp;vois encore Florence et sa riche plajne. Je passenbsp;par S.-Casciano et dors a Tavandli. Un gentilnbsp;garcon , bien élevé , ent bon soin de moi, et nenbsp;demanda quun paul; et comme fen témoignai manbsp;surprise, il répondit: Cest ainsiquilfaut recevoirnbsp;les étrangers,
Le 6 Septembre, je passe par Poggibonzl, et dine je ne sais oü. Je suis de fort bonne heure hnbsp;Sienne, grande ville pavée de briques, posées denbsp;champ , cest-a-dire, mises sur le coté. Elle a unenbsp;citadelle assez insignifiante. La Cathédrale est unenbsp;des plus belles dItalie le dedans est de marbrenbsp;noir et blanc; le pavé en mosaique , représentenbsp;différentes histoires. Le palais du Grand-Duc etnbsp;celui de lArchevêque sont k cóté de la Cathédrale.
On voit par-tout Rennis et Romulus , et la louve sur des colonnes ; ce sont les armoiries de
-ocr page 383-la ville. La grande place est dune forme ovale;
Ie milieu sert dhippodrome ou de manege.
Dans 1'Eglise des Dominicains on voit la dia-pelle de Sainte Catherine de Sieniie; mais son corps ny est pas : on ma dit qnil étoit ii Rome, a lanbsp;Minerve. Celui de S. Bernardln de Sienne est anbsp;Aquila. Misson sépuise en sottises et en satyresnbsp;en parlant de cette Sainte Catherine ; il est vrainbsp;quedes Catholiques extravagans ont souvent donnénbsp;occasion aux héréfiques de blasphemer les Saints.nbsp;Legendes sunt lugendce,
Depuis Bologne jusquici, on donne Ie vin dans de grandes bouleilles clissées, cest-h-dire, revê-lues dosier ou de jonc entrelacé en maniere denbsp;claie. Les chiens servent de tournebroches, Onnbsp;voit des cliambres sans fenêtres; mais la vivaciténbsp;de fair les garanlit de toute mauvaise odeur. Ennbsp;Espagne cela est fort commun; dans nos Pays-Bas, la chose ne seroit pas supportable.
Le '5 Septerabre, je dine chez de braves gens k Bon - Convento, lieu oü mourut lEmpereurnbsp;Henri VII, Comte de Luxembourg. Je loge en-suite k San-Quiricof chez une femme devote, knbsp;XOsteria della fontevena. II y a, k S.-Quirico unenbsp;Collégiale, un couvent de Récollets, un palais dunbsp;Cardinal Chigi. On me fit une musique très-agréa-ble , la sérénité de mon ame augmentant toujoursnbsp;par les fatigues , les travaux, le dépouillement etnbsp;leloignement de tout ce qui peut attacher.
Le 8 , je vois de loin le célebre Monte-Pul-ciano. Vers midi , je suis a Radicophani, chateau désert, qui est presque dans les nues, élant
-ocr page 384-sitiié sur une montagne du même nom , un des
plus hauls pics de 1Apeniiin, que Mr. Ferher ei
Mr.Z)ie^/ïc/i/piélendent avoir été un volcanj ainsi
Ie pense avec eux Mr. Hamilton : il paroit assez
quils ont raison. Dietricht mélend h lavérité que Journ. hist, et .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Ut tér., i5 Nov. \Apennin est conslamment calcaire , soit, je pas-
1777 5 P^g- 396. serois une exception pour liadicophani. iii(/.pag. 448.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mauvaise rencontre mcfl'raie; je double
Ie pas , et viens diner chez une bonne vieille femme au commencement de la descente. A peinenbsp;suis-je parti, quun cavalier de Florence me prienbsp;de lui permettre demaccompagner : jenfusbien-aise; sa compagnie jusquk Rome me fut commodenbsp;a certains égards, et incommode a dautres. nbsp;IMous évitons un grand orage. A 21 heures (5 heu-res), nous passons un torrent, et nous entrons dansnbsp;1Etat du Pape : nous passons sur un beau pont,nbsp;bati par Clément XI j mais leau manque souventnbsp;a ce pont, comme au pont du Man9anarès k Madrid (1).
Aquapendcnte, oü nous couchons , est une bien
Nouveau Voyage en Espagne etc. Paris , chcz Regnault, 3 vol. iii-S. Avaiit darrivcr a Madrid, notrenbsp;YOjagenr rencontre Ie Mancanarès, très-pctite riviere quinbsp;Cüule a quelquc distance et au bas des liauteurs sur Ics-quelles cette ville est batie. Ellea deux grands pouts, celuinbsp;dc Ségovie et celui de ïolcde : ce dernier, construit parnbsp;Philippe II, a une longueur et une largeur si pcu propor-tionnees au volume du Mancanarès , quon a dit gaieincntnbsp;qud ce beau pont il ne manquoit quuiie riviere. Ibinbsp;parcourant lEspagne, on en trouve dautres sur lesquelsnbsp;oiipourroitfairela nicmcplaisanterie; mais lauteur adopte
-ocr page 385-laivle ville épiscopale, sur une montagne. Le 9, jious voyons Ia Catliédrale et la place qui tientnbsp;beaucoup plus dun village que dune ville. Nousnbsp;cótoyons le lac de Bolsena, qui est en grandenbsp;f'ureur, tont blanc décume. Ce pays est fort dé-sert : il y a despace en espace des cavilés, doünbsp;1on a tiré de la pozzolane, ou du ciment de Pouz-zol, dont nous avons parlé ci-devanf. Celte suitenbsp;de cavernes se prolonge jusqu a la montagne denbsp;Vilerbe : plusieurs sont assez profondes. Les pé-lerins et les voleurs les mettent a profit. Nous eü-
a ce sujet une re'flexion de Mr. Silhouette qui, avant de parvenir au ministère, avoit voyage en Espagne, et il jnbsp;ajoute les siennes. Voici la cause de cette apparente disproportion : « LEspagne est coupée dans presque tous lessensnbsp;» par de grosses chaines de montagnes dont les sommets ,nbsp;» malgre' la chaleur du climat, sont souvent couverts denbsp;» neige. Les ruisseaux et petites rivieres qui découlentnbsp;)) de leurs flancs, ont habituellement un petit volumenbsp;11 deau, paree que la sécheresse est fréquente dans le.snbsp;» provinces quils parcourent ; mais lorsque des pluiesnbsp;)gt; abondantes, ou la fonte subite des neiges vieiment anbsp;» grossir ce volume, le lit de ces rivieres sétend dautantnbsp;n plus, quil est moins profond, et quelles charrient beau-coup de sable ; et cest daprès ees cas, quoique rares,nbsp;» quon a calculé les dimensions de leurs pouts. On leur anbsp;)) donné de la solidité pour obvier aux crues subites, etnbsp;« beaucoup de longueur, pour que les débordemens ne lesnbsp;» rendissent pas insulEsans. II ne faul pas , dit 1Auteur ,nbsp;» taxer dinepüe des générations, des nations entieres,nbsp; paree quon ne peut d abord se rendre raison de certainsnbsp;» usages, de certains établissemens. Combien de ebosesnbsp;« ridicules au premier coup-docil, ne paroissent plus quenbsp;)gt; raisonnables après un peu dexamen )gt;!
-ocr page 386-mes bieti de la peine déchapper a une pluie ier-rible, et après avoir fait une très-inauvaise station y oü Hansel attaqué par un autre cheval, pensa menbsp;tuer sans Ie vouloii\Nous dinames proche de Monte-
fiascone.
Montejlascone nbsp;nbsp;nbsp;passable, a un Arcbevêque;
elle est située sur une hauteur ; 1entrée en étoit autrefois bien difficile; on y a remédié. A Saintnbsp;Flavien, cjui nest qui 200 pas de la ville , est en-terré Ie Seigneur Polonois ou Allemand, dont onnbsp;raconte 1histoire des^, est, est, propter nimiuinnbsp;est, Dominus mens mortuus est. Voyez Misson,nbsp;tow. II, pag. 3o4.
Viterhe, Capitate du Patrimoine de S. Pierre , ést belfe, a beaucoup de fontaines. De grandesnbsp;pierres plates , mais irréguliérement taillées , ynbsp;torment Ie pavé des rues. Sur la porte Romaine ,nbsp;on voit Sainte Rose de Viterbe.
Sorlant de Viterhe, on passe par un chemirt creiix , taillé dans de grands rochers; sil nétoitnbsp;pas ouvert par Ie liaut, ce seroit une espece dénbsp;grotte semblable a celle de Naples ou dePausilype.
Nous montons la montagne de Viterbe, qui est très-baute et plantée de sycomores et de chatai-gniers ; elle est infeslée de voleurs, contre lesquelsnbsp;il y a toujours un piquet de soldats. H y a unenbsp;poste de la ville jusquau sommef de la montagne,nbsp;et de lil une poste jusqu^ RoncigUone. Cest unénbsp;erreur quon trouve dans quelques cartes et dan.lt;nbsp;cerlainesrelations, de ne mettrequune poste entrenbsp;Viterbe et RoncigUone. Nous voulions poussernbsp;jusqua RoncigUone, mais un tems horrible nous
arrêta
-ocr page 387-Le lo Septembre, nous descendons et voyons Ie Lago di vico. Nous prenons une tasse de chocolat , et mon cheval de lavoine h llondglione,nbsp;ville assez bonne , qui excite aujourdhui lappétitnbsp;du Roi de Naples. Tout ce pays ressemble aux Ardennes. Aprës trois postes, nous dinons a5accö«o.
A la Slorta , quatrieme poste , tandis que nos chevaux se reposent, je vais voir une belle Clia-pelle, Ou lon croit que Dieu apparut a S. Ignacenbsp;de Loyola allant h, Rome. Le tableau de lautel re-présente cefte vision : au-dessus de la porte il y anbsp;une table de marbre blanc, avec Vinscription sui-vante:
B. O. M.
In hoe Sacello Beus Pater
Sancto Ignatio Rojnam petenti Ad Societatem Jesit instituendamnbsp;Anno M. B. XXXPIInbsp;Apparuit
Ipsum ejusque Socios Christo Filio Crucem hajulantinbsp;Benignè commendans,
(^ui sereno vultu Ignatiuin intuitus Mis verhts affatus est:
Ego vobis Romce propitius ero.
Thyrsus G-onzales Preepositus generalis Societatis ,
Sacello refecto et ornato Sancto Parenti
P-
BCC.
Aa
Anno M.
Vulclmt de as-pcctu ]h):ncB ex Gilhert. lournalnbsp;Jiist. et litt. , i5nbsp;I''év. YZ'in»
A 19 Iieures (a 4) paroit enfin la grande Rome, .... Quce de septeni totum circuinspicit orbemnbsp;Montibus , Imperii Roma Reümque locus.
Ovid. Trist.
Act. XIXj V. 21
Iteuter. Sa.
Des que je la vis , je cliantai Ie Te Deum. Depuis tant dannées je désit ois de la voir! Combien denbsp;fois avois-je dit avec S. Paul : Oportet me et Ro~nbsp;mam videre! Enfin, la Providence se rendant è,nbsp;mes ardens désirs , après avoir écarté tous les obstacles , et mavoir donné Ie tems , la liberté , lesnbsp;mojens nécessaires, me fait voir cette chere Romenbsp;ii une époque ou jen étois Ie plus éloigné. Elle menbsp;lira du fond de la Transylvanie, seul, monté sur unnbsp;petit clieval, sans connoissance des chemins ni desnbsp;langues , eteffectua ce grand voyage avec une effi-cace et une douceur qui caractérisent tous ses des-seins. Att'mgit a fine usque ad finem fiortiter, etnbsp;disponit omnia suaviter. La totalilé et Ie résultatnbsp;des moyens portent 1'empreinte de la force et denbsp;Pefficacité divine, oMingitJorliter, Les moyens ennbsp;détail sont naturels, el Ie dessein se cache sous Ienbsp;Roinirus solus Voile des événemens ordinaires 5 disponit omnianbsp;dux ejus fuit._ suat^iter. Je ne me suis presque jamais égaré, etnbsp;très-souvent jai passé Ie terme que je m'étois propose. Et deduxit eos in vium rectum, ut irent innbsp;civitatern habitationis (Ps, 106). Coiifiteantur Domino inisencordioB ejus, et mirabilia ejus fiUis ho-minum (Ibid.). Depuis mon retour, je ne sauroisnbsp;aller dun village a lautre, sans mégarer.
II est remarquable que Rome, centre de l'ido-latrie , Capitale du plus grand Empire qui ait existé, soit devenue Ie chet-lieu du Christianisme.nbsp;Le premier Empereur Chrélien a quitté Rome
-ocr page 389-pöur Pil abandonner Ie séjour (jè ri'enlre point dans la question de la donation) au Pere des Fi-deles. Dieu, dit Mr. de Claviile , avoit résolu denbsp;tout icms de faire de Rome la Jérusalem du Chris-tianismc (1). Jai déja marqué ailleurs , qu'il éioit
)) Tihi Epangelium Clirisii ,ll.oina, respleitduit;
)i et quce eras ma gistra erroris ^ facta es discipula ve-» ritatis... Te ad liane gloriam epexerunt, ut gens )) saneta,populus electus, vipitas sücerdolalis et regia gt;
)) per sacram heati Petri sedeni ^ caput orbis cffecta ,
)gt; latiüs preesideres Religione divina , cpiam domiuatione )) terreiia. Quampis eniin mullis aiicta victoriis ^ jusnbsp;» imperii tui terra marique protuleris ; minus tarnennbsp;)gt; est, rjuod tihi hellicus labor subdidit, qucirn quodnbsp;pax Christiana subjecit». Leo M, Serm. I in Natali Ap.nbsp;Pftri et Pauli.
» Petrus Princeps ^postolici ordiiiis adarcemRo-)) rnani destinatur imperii^ ut lux ueritatis... ejficaciüs » se ah ipso capile per totum mundi corpus efunderet...nbsp;n Trophoeum Crucis Christi Romanis inferehas arci-igt; bus , quo te dipinis ordinationihus anteibant et honornbsp;poteslatis, et gloriapassionis ». Ibid, ante medium.
» Fides vctiistce (Roni®) recia erat jam antiquitüs ,
)gt; Et recta ferstat nunc item , nexupio y » Quodcumque labens sol videt, devinciens ;
;gt; Et universi preesidem mundi decet,
» Totum colit quce numinis concordiam,
Greg. Nazïaiiz. ^ cavm. de vita aua.
» Sedes Roma Petri, quce pastoralis honoris 1) Facta caput mundo , quidquid nonpossidet armis ,
» Relligione tenet.
Prosper , carmine de ingrat!.s, » Qaodautem, j dilFcbronius )ui-mème, qui Ecclesicsnbsp;)i toll as caput erat, in urbem totius orbis dominamnbsp;» perpenerit, ibiqiie se.dem fixerit suain , singulari
A a 2
-ocr page 390-en queUiue sorte nécessaire que Rome Tul sonmlse au Rape, et indépendante de lout Prince séculier.nbsp;Les Papes a Avignon étoient, selon la resnarquenbsp;de Vollaire mème, les esclaves des Rois de France,nbsp;et devoient saccommoder a tous leurs caprices.nbsp;Joiirn. hist, ct S'il résidoit a Vienne, que diroient les Francois en
Cest done cette Rome que je vois, Auditu auns Job. 42? V. 5. (ludin te : nunc autem oculus mens videt te. Nousnbsp;passonsprochedun ancientombeau, que Iepeuplenbsp;dit être sepolchro di Ncronc,]^ ne sais sur quel foir-dement. Les symboles et les figures qu'on y voit,nbsp;nont rien de décisif.
Pres de ce tombeau , un postillon donna Ie défi a mon Hansel, paree que javois dit quil mac-compagnat, et quil allat plus vite ; il en eut unenbsp;extréme coniiisioii en grande compagnie, Hanselnbsp;disparut en im instant.
Cepays est extrêmement desert; on ny voit point un village ; rien qui annonce la qu-oximité dunenbsp;grande ville. Nous entrons dans un beau et longnbsp;fauxbourg,mals assez mort.Nous renconlronsplu-sieurs Ecclésiastiques , Ie Cardinal Castelli et deuxnbsp;autres Cardinaux ; celui-la étoit d pied , les deuxnbsp;autres en voiture.
La porte Flaminienne , ou la poi'ta dlpopoïo est assez belle : elle est simple, mais dune architec-» divincB Propideniiee consilio factum videtur; utnbsp;» scilicet ipse ^ ejusque successores , indé, quasi ex su-» hlirni loco excubias agere , et muneris suipartes com-» modiiis iwplere possent. Febron., lom. T,pag. lo?..
-ocr page 391-ture noble. La facade qui est en dehors de la vüle est de Michel-Ange; celle qui est en dedans , est dunbsp;chevalier Berninije crois y avoir lu ces mots :
Paulas III, Pontifex Maximus ,
Portam liane ad amplitiidinem Extulit. Piam Flarniniam stravit.
La place du peuple frappe dalrord a lentrée; sa grandeur , son air dégagé , deux belles églises ,nbsp;un grand obélisque, trois giandes mes qui en partagent Ie fond , tout invite a y faire une pause. Getnbsp;obélisque est appellé Guilla di popolo les deuxnbsp;églises soïil Madonna di miracoli, et Monte Sancto,
Sur la place des Espagnols , est une belle fon-taine en ferme de barque : lImpératrice de Russie vient den demander Ie dessin. La Trinilad delnbsp;monte occupe Ie milieu de cette place, vis-a-vis denbsp;la fonlaine ; cest un Couvent de Minimes , lanbsp;plupart Frangois , fondé par les Rois de France ^nbsp;apparemment par Louis XI, qui appella S. Francois de Paule en France, et qui voulut par des fon-dations pieuses allonger sa vie criminelle. Lescaliernbsp;de marbre est un des plus beaux quon puisse voir,nbsp;et cest réellement une des clioses ([ui mont Ie plusnbsp;frappe a Rome. Comme Ie palais du Grand-Duc denbsp;Toscane est sur la même montagne (cest Ie montnbsp;Pincius) , je ne doute pas que ce Prince nait con-tribué a la magnificence de eet escalier.
Le IJ Septembre , nous voyons la place et Ie palais Borghese ; le pont et le chateau St.-Ange,
Limage de ce chateau est renversée dans Misson, JCom.Tbpag.iSS. ainsi que presque touies ses estampes : on prend h
-ocr page 392-gauche , après avoir passé Ie pont, si lon vent poursuivre son chemin , et a droite pour entrer aunbsp;chateau. Ce bel écrivain , qui na écrit que pournbsp;déclamer centre les inosurs , Ie Chris tianisme , lesnbsp;Papes etc, ne dit rieii de ce chateau, et se contente de lancer des injures k Sixte V , et de se mo-quer du Chrislianisme , par la maniere dont ilnbsp;parle de Borri et de Molinos : je dis du Christia-rnbsp;nisme, et non pas seulement du Catholicisme.
Le pont est superbe. Douze Anges placés des deux cófés , portent les instrumens de la Passionnbsp;du Sauveur j au-dessus du chateau est un autrenbsp;Ange de bronze. Alexandre VI a rehaussé la molesnbsp;ytdriana, et lui a donné un air de citadelle ; elle estnbsp;maintenant environnée de cinq bastions a la moderne. Misson dit quil uy en a que quatre; je croisnbsp;quil se trompe, Cest l'Empereur Adrien qui parnbsp;une solte et stupide ambition , a fait batir cettenbsp;vaste tour pour lui servir de tombeau ; apparem-ment a limitation des pyramides Egypliennes. Onnbsp;lit du cólé du pont les mots suivans :
exprimer les sentimens que eet aspect 1orma dans mon coeur.
Ut vidi , ut stupiii! ut me meus ahstulit ardor !
Une forêt de colonnes vient embrasser la place de deux cólés. Ce péristyle superbe est surmonté denbsp;statues : il a été lérmé pendant un tems , et hor-
-ocr page 393-doit toule la place, mais le poriail de TEgllse en souffroit; on a done lait I'ouvertuie et le vide , lelnbsp;quon le voit aujourdliui. Au milieu seleve le cé-lebre obelisque du Vatican; il a a ses cotes deuxnbsp;belles fontaines qui jaillissent en grosses gerbes.nbsp;Je consideiai long-terns ce bel obelisque , quenbsp;Sixte V fit placer ici avec taut de peines et de dé-penses : lérection de ce monument est très-biennbsp;peinte dans ua des cabinets dn Valican. 11 est sur-monte dune grande Croix. Sa hauteur est de 78nbsp;pieds , sans y toinprendre la croix ni la base. IInbsp;est de granit, comme tons les obélisques de Rome.nbsp;Les hiéioglyphes en sont effaces : il y resle quel-ques mots lalins qui paroissent avoir été plus pro-fondement graves, enlraatres ceux-ci:
Doiniiius muncU ConsUmliiis ,om,nia fretus Cedere virtuti, ten is incedere jussitnbsp;Maud partem exiguam montis ^pontoque tumenti.
On raconte dans 1histoire de I'erection de cet obélisque, une anecdote qui appartient a iin obérnbsp;lisque de Constantinople ; savoir , que les coruesnbsp;étant trop longues, quelqu'un cria de les mouiller,nbsp;quoique sous peine de la vie, il lut defendu denbsp;parler. Gelui du Vatican est le plus grand de tousnbsp;les obélisques dEgypte. LEmpereur Constance lenbsp;fit transporter a Rome, au rapport dAmmien Mar-cellin, et comme semble le prouver Iinscriptionnbsp;dont je viens de rapporter un morceau. Cet obélisque , ainsi que tous les autres , sont dune seuienbsp;piece quarrée qui se termiiie en pointe ; ils ontnbsp;tons été transportés de IEgypte. On lit sur le pié'rnbsp;destal de ce!ui-ci;
Du cóté gauche.
Sixtus V^ Pontifex Maximus Cruci invictcenbsp;Oheliscum Vaticanum jnbsp;Ah impia superslitione expiatum ,
Justiüs eb feliciiis Consecravit,
Anno M. D. LXiKXPI. Pontificatus LI.
Du cóté droit.
Sixtus V, Pontifex Maximus Oheliscum Paticanumnbsp;Diis gentiumnbsp;Impio cuUu dicatuinnbsp;Ad Apostolorum liminanbsp;Operoso lahore transtulit.
Au milieu vers 1entrée de Ja j^ilacp.
Ecce Crux Domini Fugite partes adverscenbsp;Picit leo de TrihuJudd.
Du cóté de 1Eglisc.
Christus re gnat,
Christus vindt,
Christus imperat,
Christus ah omni malo Plehem suam defendat.
Kous avaii^ons vers lEglise qui , comme dit Toni.IIjpag.iÓD. Voltaire dans les dnnales delEmpire, est Ie plusnbsp;beau monuinent darchitecture cjue les mains desnbsp;hommes aient jamais élevé. « Avec les débris denbsp;)) lAncienne Rome , on a construit lEglise denbsp;n S. Pierre ; batiment plus magnifique f]uaucininbsp;gt;1 qui ait jamais exislé. Diet.phil., art. Jerusalem «.
-ocr page 395-JoLirn. hisl. el. lit tér. , i5 Juin
Ceux qui ont voulu lui égaler S. Paul de Londres, navüieut peut-êire vu ui Tune ni Tautre. Saus par-ler du reste, Téglise de S. Paul est dun tiers moinsnbsp;longue que celle de S. Pierre. Voyez Misson ,nbsp;torn. II,pag. 126, et les deux plans dans Ie ojagenbsp;dItalië , par Mr. de Lalande.
Quoique Ie Temple de Salomon soit bien an-dessus de la critique ausleré de Volfaire , il est certain quil n'étoit pas comparable au Vatican.nbsp;Le Temple de Jérusalem étoit analogue aux rilsnbsp;judaïques , incompatibles avec le dessin dun seulnbsp;vaisseau simple et magnifiqoe.
Le grand Dictionnaire de la Martiniere dit que 1 eglise de S. André en Ecosse, aujourdhui ruLnbsp;née, étoit de 7 pieds plus longue et de deuxnbsp;pieds plus large que S. Pierre ; que sa bauteurnbsp;extraordinaire , la beauté de ses piliers et sanbsp;belle symétrie, lui donnoient le premier rang entrenbsp;les édifices golhiques 5 les Dclices d Angleteire,nbsp;dEcosse et dllrlande, ne parlent pas de cettenbsp;église.
Nous considérons le portail; il est magnifiqne , malgré quelques défauts dans les détails. II porte ;
In honorem Piïncipis Apostolonim Paulus F Borghesius Jlomaims, Pontifexnbsp;Max. Anno M. D. C. Xll. Pont. VÏI. {1)
Nous entrons dans le vestibule de ce superbe Temple; tout y est précieux, tout y est magnifiquenbsp;comme dans le Temple même, On volt a droila lanbsp;porte du Jubilé : cette porie est maintenant murée j
28quot;,,
J I«g-
Solas pqiiicus a Paulo F est.
-ocr page 396-mais on abal la rauraille au coitimencement tie iannée d'or. Anx deux extrémités du vestibule onnbsp;Yoit les statues équestres de Constantin et de Charlemagne , de marbre blanc, grandeur colossale.
La grandeur, la saintelé , la magnificence de cette belle Eglise, saisissent, dës Ientree, l'amenbsp;du spectateuv, et Ie laissent dans iin étonnemenl quinbsp;va jusqua la stupeur. II ne sait que dire , quenbsp;penser , sinon que cc lieu est terrible, et vraimcnlnbsp;la demcure de Dieu. Terribilis est loens isle. Hienbsp;domus Dei est. Je nentrerai dans aucun détail:nbsp;on a écrit des volumes pour célébrer les beautés denbsp;eet incomparable edifice. « Monument célébrónbsp;» dans toutes les langues et toujoiirs supérieur anbsp;» lidée quon sen fait, pourvu que Ie bon sensnbsp;)) regie limagination. Temple auguste qui neutnbsp;» jamais degal en grandeur, en majesté et en ri-rnbsp;1) chesse; ou la Religion a rassemblé tout ce quinbsp;» peul servir a animer, a nourrir la piété ; oir lanbsp;)) curiosité la plus avide et la plus intelligentenbsp;» trouve de quoi se satisfaire , revient sans cessenbsp;» aux mêmes objets, et ne les quitte que déter-)) minée a revenir encore ; ou les artistes en toutnbsp;)) genre, les plus critiques et les plus habiles vien-)) nent admirer et sinstruire ». Temples anciensnbsp;et modernes, ou Observations etc.
» La plus vaste et la plus auguste maison qui » ait jamais étébatie pour Ie culle de Dieu ; nennbsp;)) déplaise au Temple de Salomon et a tont ce quenbsp;» 1histoire nous raconte des plus famenx templesnbsp;Sourn.hUt.et « de lantiquité chrétienne et profane «. Labat,nbsp;1^780'281 V'oya^e dItalië et dEspagne, lom, VI, png. iqG.
-ocr page 397-Joiirn. hist, ei littér., I Avrilnbsp;1784, pag. 483.
La Conjession (1), ou letombeau des saints Apó' Ires, surmontée de quatre grandes colonnes spi-rales dairain, est justement sous la grande cou-pole , qui est haute de 4^2 pieds jusquau haut denbsp;Ia croix qui sunnonte la Loule: cest une especenbsp;de baldaquin qui couronne Ie toinbeau des saintsnbsp;Apótres et lautel quon a placé dessus. Cest sui-vant Lalande Ie plus grand ouvrage de Ijronzenbsp;que Ton connoisse j une infinite de lanipes y sontnbsp;sans cesse alluniées dans lordre Ie plus beau. nbsp;La coupole est double celle quon voit au-deliorsnbsp;nest pas celle du dedans j elles sont divisées parnbsp;un cscalier en spirale, qui conduit jusquh laboule.nbsp;On assure que cette coupole a justement la largeurnbsp;du Panthéon.
Je me prosternai devant camp;\\.q Confession, avec une grande consolation , et je remerciai Diennbsp;de mavoir fait une grace, que les ardens déslrs denbsp;S. Chrysostome navoient point obtenue. Combiennbsp;de fois métüis-je servi des paroles de ce saint Doc-teur pour exprimer nies vceux ! Quis inihi dabitnbsp;circumvolvi corpori Pauli? -dljfigi sepulchro, viderenbsp;pulvcrein corporis illius, quee ad/iüc in ChrisLo dc-deerant, adimplentis, stigmata sua gesfanlis, ptxv-dicationem Evangelii ubique seminantis ? E.xpos,nbsp;Epist. ad Rom. Vide Brev. Rom. 4a. Julii.nbsp;Citm Paulas etc.
Au cóté gauche de la Confession, est une grande
Confessio, idem est quod sepiilchrum , cryptasuh-terranea Martyris, lypsaiiotlicca, altaigt;e majus etc. Vide acta Holland, Junii, toni. VI, part. aa., de (Jonfessionenbsp;S. Petri, ff'. T.
-ocr page 398-( 38o )
statue antique de S. Pierre : elle est de bronze et assez mal faite; on en a use un des pieds, a forcenbsp;de le baiser. Les magnifiques tableaux de IEglisenbsp;de S. Pierre out été donnés aux Chartreux, apresnbsp;quon en eut fait des copies en niosaïque. Ces mo-saïques sont une des grandes beautés de IEglise denbsp;S. Pierre (*). Les confessionnaux sont dans la partienbsp;gauche de la croisée : on y a mis des inscriptionsnbsp;qui avertissent les différentes nations du siege denbsp;leur pénitencier. Les Jésuites sont ici péniten-ciers, ainsi qu a Lorette.
, On voit au fond de 1Eglise la 'Chaire de Saint Journ. hist, et Pierre , portee par S. Augustin , S. Ambroise ,nbsp;UtUr. , I Aout Athanase ét S. Chrysostome (que quelques-unsnbsp;prennent pour S. Grégoire de Nazianze) , statuesnbsp;colossales de bronze. Misson, tom. II, pag. 13:7 ,nbsp;y met S. Gvégoire et S. Jéróme j je crois qu'il sénbsp;troinpe. II dit aussi que la Confession est faite desnbsp;seuls clous de la couverture du Panthéon, qui anbsp;produit en outre un canon de 70 livres de balie;nbsp;folie , extravagance! Veram esse Petri Cathe-drain consent Bollandistas, et conservatam sicutnbsp;S. Marei Alexandrice.
Les tableaux en mo,saïque , les mausolées des Papes , les statues des Apótres et des Fondateursnbsp;(f) On peut consultcr le Traité sur lafahriqiic des mo-saïques , de Mr. Fougeroux, qui se trouve ii Ia fin des Recherches sur les ruines dHerculaniun , par le niêmenbsp;Auteur, imprime'es a Paris en 1770. On trouvera re'uuiesnbsp;dans eet ouviage toutes les helles pieces en niosaïque,nbsp;qui ornent cette grande Eglise.
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tl'OvdiPs (?) etc., tüut est clune beauté supérieure aux idéés de quiconque na pas vu ces clioses. Vin-cifur sermo rei magnitudine, et minus est omne quodnbsp;diciniits. S. Hieron.
Nous voyons 1Eglise des Peres des Ecoles-pies; de S. Laurentzo j de S. Antoine , aux Portugais;nbsp;de S. Louis , aux Francois : celle-ci est fort belle,nbsp;avec une voute joliment travaillée et doréej ellenbsp;nest pas grande.
La Piazza Colonna, place inagnifique, au milieu de laquelle se voit la colonne dAntonin et la statue de S. Paul. Antonin n'y a rien perdu, sanbsp;statue équestre étant posée au milieu de la placenbsp;Capitoline; et Paul, li mon avis, figure mieux surnbsp;la place Colonne , quoi quen dise Voltaire.
Non, encore un coup, Sixte V na pas mal fait,
Home moderne doit sa gloire k Pierre el Èi Paul, et point du lout k Trajan ou k Antonin 5 du reste,nbsp;voir places sur des colonnes triomphales, au milieu de Rome Cluétienne, les ennemis du Christia-nisme, et Trajan son persécuteur, eüt été unenbsp;chose qui auroit pu blesser bien des yeux. Je saisnbsp;que ce mot persécuteur, appliqué k Trajan , aigritnbsp;extrèmement nosphilosophesj ce nenestpasmoinsnbsp;pour cela une véiité.
PiazzaNavona.Hn grand obélisque soutenu par quatre colosses, qui sont les statues symboliquesnbsp;du Danube , du Nil, du Gange et de lEuplirate , Ouvragecle Ber
-- nbsp;nbsp;nbsp;_____________________________ iiiiu.
(*) Les Carmes sont enfin parvenus a y placer Èlie.
Vniversus Carmelitarum Ordo Fundatori suo Elicc.
Quelfftios-iins dciix rcgarderont cela sans doute cönune une decision.
-ocr page 400-sur nn grand bassin , dans lequel tombeni en jail-lissant de grandes nappes deau , qui sortent d'im rocher percé de part en part : ce roclier est dunnbsp;rnarbre riisliqne , et forme une espece de caverne.nbsp;Un lion y boit dun cólé , et un cbeval marin sortnbsp;de lautre. LEglise de Sainte Agnès, exlrémementnbsp;belle en dehors et en dedans, est au milieu denbsp;Tune des deux longues files des batimens de cettenbsp;place. Cest une chose dégoutante de lire tout au-tour de 1architrave de la coupole ; Ingressa Agncsnbsp;iurpitudinis locum , Angeluin Domini prceparaÈumnbsp;invenit. Outre que les actes de la Sainte sont supposes , on ne pouvoit choisir pour une Eglise dé-pigraphe plus revoltante.
Lafontaine de Trevi ou Trivii. Ti a trois nies qui aboutissent a 1exfrémifé gauche du bassin.nbsp;Cette fontaine passe toute expression ; il n'y a ninbsp;palais ni église qui ait une facade pai'eille. On nenbsp;Salt si ce sont les eaux ou les statues quil faut admirer Is plus. On lit au-dessus de la grande statuenbsp;de Neptune:
Clemens X.II Pontifex Maximus Jlquam virginem copid etnbsp;Salahritate commendahilein ,
Cultu magnifico ornavit,
Anno M. DCC. XXXr.
Et plus bas :
Perfecit Benedictus XIP.
Aqua vir^o. Cest Ie nom propre de cette abon-dante fontaine; comrae aqua Felloe^ aqua Paula, autres fontaines de Rome. Les anciens personni-fioient les eaux , les divlnisoient, les marioient.
-ocr page 401-( 383 )
les faisoient vine dans Ie célibat, comnie bon leur senibloit. Dautres disent que cette fontaine sap-pelie Virgo, paree quelle semble reculer, lors-quelle est sur Ie point de mêler ses eaux avecnbsp;celles du rivus Herculanus. Cesl Pline qui rai-sonne ainsi : quasi timeret amplexus viriles, etiauinbsp;numinis. II ne nomme pas cette fontaine , mais ilnbsp;paroit la designer par-la. Frontin dit quelle futnbsp;nommée ainsi, paree que sa source fut découvertenbsp;par une jeune fille.
Ovide parle de cette fontaine dans deux en-droits, qui ont beaucoup gêné les commentateurs qui ne la connoissoient pas : Ie premier est aunbsp;Liv. 3^. des Elégies, la®. Elégie;
JVunc , uhi perfusaest oleo lahente juventus ^ Defessos artus Virgine tingit aqud.
Et ailleurs :
Nee vos campus hahet, nee vos gelidissiinaVirgó ^ Nee Tuscus plaeidis develiit amnis aquis. ¦
Le College grec est assez hien bati, et paroit avec' avantage. Vraiment jai bien employé cette matinee ; mon compagnon nen peut plus: cependant itnbsp;reste bien des choses, et il ny a point de terns knbsp;perdre.
Après midi, nous voyons encore la fontaine de Trevi; car on ne se rassasie point de la voir, etnbsp;la belle piazza di colonna. Hcec plaeuit seniel, hcecnbsp;decies spectata placebit.
Le College romain est un palais grand et superbe. On lit au-dessus de la porte :
G-regoï ius XIII Religioni et bonis artibus.
-ocr page 402-Leglisé de ce College est une des plus belles de Rome ; les Bollandistes rappellent /^ei'Z de la vitte.nbsp;Ob eleganliam ac venustatem meriih dixeris urbisnbsp;ocellunï, Julii, lom. VII, gloriaposihuma S. Ignatii.
L'aiitel et Ie loinbean de S. Louis de Gonzague^ sont un bijou inestimable : on voit prés de la clia-pelle de ce Saint, Ie niausolée du Cardinal Ludo-visio, qui batit cetle magnifique église k lhonneurnbsp;de»S. Ig/iacc, óont l image est placée sur Ie maitre-autel, OU plutót cest 1Image de Jesus-Christ quinbsp;apparoit chaigé de Ia Croix k S. Ignace. Jamaisnbsp;1'image dun Saint ne doit occuper Ie lieu principalnbsp;du maitre-autel : bien des geus 1'ont trop peu dat-tention k ces sortes cle cboses. Au-clessus de 1urnenbsp;de ce mausolée , on voit la statue de 1oncle dunbsp;Cardinal, Grégoire XV, qui canonisa S. Ignace.nbsp;Autonr du buste de ce Cardinal, on lil :
yllter , J.gnaiium admovit aria : aller aras Ignatio.
Ce qui est judicieusement et heureusement ex-primé.
Monte Cavallo, ainsi nommé du cbeval dA-lexandre , dont la statue est au milieu de la place, est un palais du Pape. A peine y lus-je arrivé, quenbsp;leSt.-Pere sorlit avec pompe, me regarda et me bé-uit avec un grand air de bonté. Je ne pus mempê-cher destimer Ie sort de Rome moderne au-des-sus de celui de lancienne, en voyant son Souve-rain pacifique et débonnaire, donner des bénédic-tions a lendroit même ou Tambition et la cruaulé,nbsp;OU du moins la fausse gloire des Empereurs paiens,nbsp;Irainoient a leur cbar des Rois malheureux. Voltaire
-ocr page 403-taire lui-niêjne convient que oe changement est heureux, quand même on Ie considéreroit indé-pendamment de la Religion et de la vérité du Chris-tianisme. La philosophie et lhumanité saccordentnbsp;dans ce sentiment (1).
On a toujours cru que les deux bucéphales qui sent devant Ie palais , étoient réellement , Ilin denbsp;Phydias et l'aiitre de Praxitele on pourroit nëan-moins faire quelques difBcultés la-dessus. Sur lanbsp;base de lun on lit; Opus Phidice; sur la base denbsp;Pautre : Opus Praxilelis.
Quand Ie Pape sort, sa garde a pied et k cheval Vattend devant Ie palais : celle-ci Ie suit, lautrenbsp;bat aux champs et veste. Un Prélat porte une grandenbsp;Croix , monté sur un mulet blanc, caparaqonnénbsp;de noir; suivent quelques Prélats k cheval. Lenbsp;Pontife arrive dans un carrosse vitré, raagnifique,nbsp;assis dans un fauteuil de damas ou de velours
Voyez limpertiuent Dialogue de Frere Fulgcnce avec Marc-Aurele : Déchue , si vous vpulei , mais mal-heureuse. Nou ; au contraire , lapaix y regne etc.nbsp; Journ. hist, etlitt. , i JaiiV. 1776,pag. 64. iSMainbsp;1778, pag.84--^ I Mai 1782, pag. 57. Passage magiii-fique sur la fausseté et 1inhumauité de Vhéroïsme romaiu jnbsp;voyez Eergier , dansie Déisme réfuté , 2emo_
-.....Sonantes non egoferreis
Turrnas catenis, nee miserahili Squallore dejectos trakentenbsp;Belligeros litubare currunbsp;Videbo. Sed spes alma ^ sed aurseenbsp;Felicitates , et populis salus '
Optata , longo liberates Bxilio redeunt beaiisnbsp;Tecum quadrigis,
Tom. J. nbsp;nbsp;nbsp;B b
-ocr page 404-rouge : Ia garde et d'autres carrosses ferment la marche.
Nous voj^ons quatre belles Fontaines aux angles saillans de quatre rues concentrates. On voit ici lanbsp;jolie et petite eglise AeS.-Catio alle quatro foniane,nbsp;qui avec Is Couv^ent, nest pas plus grande , h cenbsp;que 1on assure , quun des quatre grands piliers denbsp;S. Pierre : exageration, on si Ton veut diminutionnbsp;si visible , quii est inconcevable quun géometrenbsp;tel que Mr. de Lalande , ait pu la rapporter sansnbsp;le moindre correctif.
On peut dire quen général rien nest plus beau, rien de plus répété a Rome, que les fontaines.nbsp;Saint Cbrysostome disoit de son terns en parlantnbsp;Fvpo9 itiFpisi Rome : Qualibus coronis duabus ornatur urbsnbsp;ad Romanos. ista ! QuoUbus catenls aureis cincta est I Qualesnbsp;habet fonles ! Vraiment, quales habet fontes !
Nous examinons un grand obelisque derriere Ieglise de Sainte Marie-Majeure. Au cóté opposénbsp;a léglise , on lit ces mots :
Christum Dominum
Quern Augustus de T^irgine nasciturum f^ivens adoravit
Seque deinceps Dominum dici vetuit .Adoro.
Je ne sais si ce trait dhistoire est bien Ibnde (*).
Cur non credamus in cateris liac atque iliac gen-tibiis, alios atque alios fuisse (qui Christum utcumque cognoveruut, uti pi'iAs dixerat). -Aug. Epist. 122/ etnbsp;hare a se semipelagiano dicta conjinnat, 1. 9. , retract. ,nbsp;c. 3i; sed excludil dignitatem. Alter locus insignis ,
-ocr page 405-( -quot;87 )
Je clierchois ceUe inscription sans savoir oi\ elle étoit, et je Ia trouve heureusement ici.
Au cóté gauclie :
Sixtus V. Pont. 3Iax- obeliscum JEgypto adductmn , jLugusto in ejiisnbsp;Mausolceo dicatum etc. etc. Mc erigi jussci.nbsp;M. D. LXXXFL
Deux domes magnifiques sontacülé de celte égVise, et en font parlie : clans luu on garde la creche denbsp;notre Sauveur , d'oü 1église est appellee Sanctanbsp;Maria ad Prccsepc. Cesl a cpoi fait allusion Vobé-lisque , aiiquel on fait dire
Christi Dei In CEternum viventisnbsp;Cunahulanbsp;Lcetissimè colo ,
Qui mortui Sepulchro udugustinbsp;Tristisnbsp;Serviër am.
l. i8, de CU'. Dei , c. 47 , vide Richard. Ficior. et alios apud Tournély , de Incarii. , pag. i8.
jVIultos in sinu infidelitatis novisse et udorasse ver rum Deuni , atque adeö Christum et nasciturum etnbsp;natum , dixi fol. lo, Cod. theol. De Sybillis etnbsp;Platone eonstare videtur. Notant Bossuet et Grotiusnbsp;hwc Plaionis 7gt;erba. Extcndenda; pcï patibulum manus.nbsp; Sybillas snde apud Natal. Alex. Sceculo I, Dissert.
Confuciuin ex bibliotheca regia, pag. 78.So-cratem et Plntonem apud pewfatum Nat. Alex. See-culo II ^ Dissert. (J, nquot;. i.
Ista accuratiiis pensata in Catech. philosoph-, et ipsn Diclion. bist'.
Dans lautre dome est une célebre Image de la Sainte Vierge , quoii dit peinte par S. Luc.
Misson, tom. II, pag. 19^, met la creche et limage dans la même chapelle ; je crois que cestnbsp;encore une erreur. II dit ailleurs que S. Luc nenbsp;fut jamais peintre 5 cela est trop Iranchant. Théodore Ie lecteurdit, au commencement du 6®. sieclenbsp;en parlant dune Image de la Ste. Vierge peinte parnbsp;S. Luc , que rimpératrice Eudoxie Fenvoya denbsp;Jerusalem a la sainte Princesse Pulchérie.
Cette église est encore appellee Sancta Maria Major, et Sancta Maria ad Nives. La grande nefnbsp;est sans voute , mais Ie plafond est magnifique ,nbsp;ainsi qua S. Jean de Latran. II faut observer quenbsp;ces deux églises , S. Paul, et toutes les anciennesnbsp;égüses de Rome sont sans voute : ce quil faut at-tribuer a fusage plutót qua la timidité des archi-tectes; puisque ceux qui voüterent les Thermesnbsp;de Constantin , pouvoient aussi facilement voüternbsp;une église. Les beaux plafonds de Sainte Marie-Majeure et de S. Jean de Latran, ont été faits dansnbsp;ces derniers tems.
Le frontispice de Sainte Marie-Majeure , aprës celui de S. Pierre et celui de S. Jean de Latran ,nbsp;est le plus beau de Rome. Paul V a placé devantnbsp;cette Église, une colonne de marbre gris, tiréenbsp;dun ancien temple de la Paix, bati par Vespasien.nbsp;Elle porte une belle statue de la Vierge : on lit surnbsp;un des cótés de la base :
Impura falsi templa Quondam numinisnbsp;Jubente mcesta perferebani Ccesare ;
-ocr page 407-Nunc Iceta veri Perferens Wlatrem Deinbsp;Pe j Paule j nullis obiicebo sccculis
Les deux autres inscriptions sont egalement belles,
mais mes compagnons inarracherent de la.
Saint Jean de LatrünhvJv, dit-on , par Cons- Voycz teBrév.
, r. .^-1 nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- Kom. au i) Nor.
tantm, et consacre par S. Silvestre , est a lextre-
mité de Rome , contre lamuraille de la ville. Cest la premiere Eglise du monde en dignité , commenbsp;S. Pierre lest en beauté : cest IEglise Episcopalenbsp;ou Catliédrale de Rome. Le Pape est Evêque denbsp;S. Jean de Latran. Le rit antique y est tellementnbsp;observe, que toutes les additions faites a la Messe,nbsp;dans des terns postérieurs aux premiers siecles ,nbsp;ny ont pas lieu , pas mème le Dona nobis pacein ,nbsp;de S. Gregoire-le-Grand ; on ^ dit, comme lesnbsp;deux précédenies fois : Miserere nobis.
Le frontispice , quoique moins grand que celui de S. Pierre , a beaucoup de noblesse et de goiit.
Sur les deux colonnes qui sont a cóté de Ientree , on lit ces paroles :
Sacrosancta Lateranensis Ecclesia ,
Omnium urbis et orbis Ecclesiaruin Mater et Caput.
Au milieu :
Dogmate Papali datur et simul Imperiali ,
Quod sim cunctarum Mater , Caput, Ecclesiarum.
Eerh magnificus fuit ille Paulas. In solam mi-thram Pontificiam n 0,000 aureos impendit. Families suw Borghesice , Del in bonis, vel in cere, deditnbsp;scuta .^,103,000/ major futurns, si ea in res Ponti-ficias distribuisset.
Et ca liaut ;
Cleniejis XII Pont. Max. Anno , Christo
Salvaiori , in honorem S. Joannis Babtistce Et Evangelista; (*).
On assure que lautel cle bois , qui est sous Ie grand autel, est celui de S. Pierre : personne quenbsp;Ie Pape, ny dit la Messe. Les tètes des saints Apö-tres sont aussi ii S. Jean de Latran. Voyez lesnbsp;Acta Sanctorum, Junii, torn. V, pag. et seq.
Les statues des douze Apótres sont magnifiques, ainsi que Ie dome, qui est au cólé gauche en entrant : cetle chapelle et Ie dome, sont louvrage denbsp;Clément XII, qui fit élever ce bel édifice a lhon-neur de S. André Corsini, son parent.
Au cóté droit de lEglise, on voit un ouvrage en mosaique fort ancien. Je pense y avoir lu a-peu-près ces paroles : Monumentum antiqui Ccenaculinbsp;a Leone III extructi pro Senatu sacro et conciliis.nbsp;On voit un grand palais papal, que les Papes nontnbsp;iamais habité, et un grand obelisque chargé dhié-roglyphes, dont les inscriptions iatines sont asseznbsp;difficiles h lire.
Joani. hist, el Scala sancta lateris Christi. On monte par plu-sieurs degres a une chapelle , batiraent de bon
Errcur etc Voltaire, Journ. hist, etlitt., i®*'. Mars I'jfii , pag. 322. Plaisanlc reflexion de ce Patriarclie de lanbsp;philosophic, centre la residence on sejour de S. Pierre anbsp;Rome; Leltre sur le diner de Boulain villiers , pag. i o5 ,nbsp;et ajoutez-a ce qjie jai dit en cet endroit, que celte Eglisenbsp;est formellernent dediée a Jesus-Christ Sauveur, ct coiisé-quemment suivaiit Pordre dii terns et des choses , nouobs-taiit que S. Pierre ait fait sa dcincure ii Ruine.
-ocr page 409-(
gout et d'une architect ure moderne, cu il y aune Image miraculeuse du Sauveur, a laquelle Ie peu-ple a beaucoup de dévolion. Ces degrés sont aunbsp;nombre de 28 : on ne les inonle qua genoux; maisnbsp;il a, a droite et a gauche, un autre escalier quenbsp;Ton monte k pied.
Mon cicérone (*) me dit fort naïvement , en m'expliqcant lIndulgence de la Scala sancta ;nbsp;)) Quand vous auriez tranché la tête a votre pere,nbsp;» bu Ie sang de vos treres, ravage la terre par Ienbsp;i) feu , épuisé tous les crimes; montez et descen-» dez ces degrés a genoux, et tout est comme sinbsp;» vous naviez rien fait ». II ne faut cependantnbsp;pas trop appuyer sur ces propos populaires et ridicules ; les ignorans ne sauroient rendre avecnbsp;¦ justesse les choses les plus raisonnables; etquelquenbsp;fausse idee quils y atlachent, on nen sauroit con-clure autre chose , sinon quils ont besoin dins-truction et de notions plus vraies.
Ces degrés, dit-on, ont été appoi-tés de Jerusalem a Rome, sous Constantin-le-Grand ; on dit que ce sont les degrés du prétoire de Pilate. Sergius II, en 846, Célestin III et Sixte V, placerentnbsp;en différens endroits ces degrés devenus respectables pour avoir été pressés sous les pieds du Filsnbsp;'de Dieu au jour de ses soutfrances. Je nai gardenbsp;de garantie la tradition de leur transport ou transen) Ou appclle ainsi a Rome celui qui guide les étrangersnbsp;par la ville. Les cicérone sont les explicateurs des beautésnbsp;de Rome, les narrateurs lideles'de tous les contes populaires , qui déiiatureiit 1idée des luomnnens saciés et pro-IVties.
13 b 4
-ocr page 410-lalion de Jerusalem a Romej mais je suis égale-ment éloigné de blamer la dévotion du bon peuple Chrétien, qui sans raisonner savamment sur lesnbsp;occasions et les alimens de sa piété, passe par unenbsp;intention droite et pure au deinier et incontestablenbsp;objet de son culte.
n Une des ruses de nos philosophes modernes , dit un Auteur judicieux, est de jeter du ridiculenbsp;sur tous les nionumens de la superstition, dansnbsp;lespérance quil en rejaillira quelqueqieu sur lesnbsp;instrumens sacrés de la Religion. Une saine critique ayant, depuis plus dim siecle, tracé desnbsp;regies invariables pour distinguer les faits et lesnbsp;monumens apocryphes, de ceux qui sont au-thenliques, notre piété se trouve enliérementnbsp;dégagée du mélange de tous ces alimens de lanbsp;crédulilé ; il est par conséquent aussi inutile quenbsp;dangereux de nous repaitre sans cesse de cesnbsp;« lades plaisanteries, qui ne lomberoient que surnbsp;n la bonhomie de nos aïeux, puisque nous avonsnbsp;n appris h mettre une distance convenable entrenbsp;» ces monumens abandonnés a la simplicité dnnbsp;» vulgaire, et les faits sur lesquels est fondée lanbsp;2) Religion. Tout homme qui raisonne, sait quilnbsp;« est assez indifférent dabandonner a la vénéra-1) tion des fideles des monumens profanes, pourvunbsp;» que rhommage qui leur est rcndu , reviennenbsp;» en derniere analyse h celui quune pieuse cré-)) dulité fait croire en avoir été Ie possesseur ;nbsp;» quon ne doit arracher quavec de sages précau-n tions, a la vénération du people ces alimensnbsp;)) de sa piété j que dans tous les cas, il y a bien
-ocr page 411-» moins de danger a tolérer, a nourrir même cette 5) piense crédulité , qu'a proposer , comrae fontnbsp;n nos philosophes , h la vénération publique, denbsp;n faux sages, souilles de tous les vices, et cor-» rupteurs des nations ». Voyez la crédulité biennbsp;plus risible et plus niaisement bonasse des anti-quaires , dans le Joiirnal hist, et litt. , 15 Nov.nbsp;1784, pag. 443.
Voyez ci-dcT.
Nous arrivons assez tard au Colysée ou Am-philhéatre de Vespasien , qui est fort endommage par une breche quy a faite un Prince ou Cardinalnbsp;Barberin, a 1occasion de quoi me disoit-on faus-sement , on avoit fait dire k Pasquin ; Quod nonnbsp;fecerunt Barhari fj'ecerunt Barberini. Mais on raanbsp;trompé en appliquant ce bon mot au Colysée : il anbsp;été fait il 1occasion des colonnes et de la tribunenbsp;superbe qui est au-dessus de la Conjession de Saintnbsp;Pierre. Urbain VIII , auparavant Majfeus Barberini, la fit faire des colonnes et du plafond dairainnbsp;du Panthéon , que les Goths et les Vandales ynbsp;avoient laissés. Ce bon mot au reste nempêche pasnbsp;que le Pape nait tres-bien employé ces colonnes ,nbsp;et qu'il nen ait fait quelque chose de mieux. Jenbsp;connois des gens qui n'adorent pas Dieu, et quinbsp;sont pénétrés de respect vis-a-vis dun vieux pilier.nbsp;Linscription placée sur le poiiique du Panthéonnbsp;suffit pour réfiiter ce fanatisme dantiquité.
Urbanus VIII Pontifex Maximus velustas cenei Lacunaris relicfuias in Vaticanas colu/nnas et bel-lica tomienla conflavit, ut decora inutilia et ipsinbsp;propè famce ignota, fierent in Vaticano Tcinplo-,nbsp;Aposiohci Sepulchri ornamenla , in Iladriand araonbsp;inslrumenta pitblicce securilaiis. Anno z639..
-ocr page 412-La breche susclite fut faite par Paul III, et employee a batir Ie superbe palais Faruese. Le long de 1arene de eet amphitheatre , ou plutót toutnbsp;autour, on a placé de belles Stations, et au milieunbsp;une grande Croix. II y a trois rangs de piliers et unnbsp;de pilastres : le premier, je crois, est de 1ordrenbsp;toscan , le second de lionien , le troisieme et lesnbsp;pilastres ont 1ordre corinthien ou le composite.
Les Stations sont éclairées , du moins aux ap-proches de la nuit. Je fus saisi d'nne espece dhor-reur au anilieu de ce vaste batiment a 1entrée de la nuit : je crojmis voir les lions et les tigres dansnbsp;leurs cavernes , rassasiés du sang des Martyrs.nbsp;Cest la que le grand Ignace Evêque dAntioche et.nbsp;tant dautres rendirent, par leur sang, hommagenbsp;a la Croix, qui y est aujourd'hui adorée. Cest lanbsp;que les premiers Chretiens défendoient le Chris-tianisme centre les hommes, en combattant lesnbsp;bêies. Martyres a feris aliquandö illcBsi, res cerlanbsp;est ex Ignatio Antiocheno : Oro , inquit , ne sicutnbsp;et aliorum Martyrum non audeant corpus attingere.nbsp;Qubd si venire noluerint, ego vim faciam, ego menbsp;urgebo ut devoter. Epist. ad Rom.
Ignace dAntioche, ce grand homme, une des plus grandes Lumieres de la primitive Eglise, futnbsp;condamné par Trajan, qui le fit conduire de Syriënbsp;a Rome , pour le donner aux bêtes. Après cela nosnbsp;phllosophes enragent, quand les Chrétiens regarded Trajan comme persécuteur de leur sainte Religion (1), Rien de plus juste que le tilre de per-
II ne faut cpie lire le Martyrologe Romain.
-ocr page 413-sécuteuv doniié a Trajan; Pline , plus raodéré, plus équitable, Tétoit lui-mème. Lisez sa Letlre anbsp;Trajan. Pourquoi laat nier ces persecutions 7nbsp;Pour enlever au Christianisme une preuve de Ianbsp;divinité de son établissement; inais cette preuvenbsp;est nulle, au nioins en partie , si on est attaché inbsp;sa Jieligion a proportion qu on sonjfre pour die. 'nbsp;Voltaire oublie eet axióme , quand , ainsi quenbsp;Fréret, il atlribue la ruine du paganisme au;: per-sécutions de Constantin. On souffre pour la Religion a mesure qiion y est attaché; niais on ny estnbsp;pas attaché a niesure quon souffre. Cette soul-france , adoucie par de grandes consolations et parnbsp;la certitude de la recompense, peut quelquefois
augmenter notre attachement a la vraie Foi.....
Les Païens embrassoient la Religion a la vue des tourmens. Par quel axióme expliquer cela 1
Dodwel donne Ie désir dune value gloire
des motifs du martyre ; mais i». les nouveaux
pon
jlpotogie de ld
convertis, aussi-tót trainés au supplice , navoient Religion. pas Ie tems de se faire a ce systême dont ladoptionnbsp;nest rien nioins qu^aisée. 2°. La belle gloire dêtrenbsp;exécuté , de devenir infame aux yeu.x de toutnbsp;lEmpire , et admiré par une secte méprisée etnbsp;persécu lée!
Après eet amphilhéalre , nous vimes encore trois arcs de Iriomphe , de Constantin , de Tile ,nbsp;de Septime, et nous arrivames enfin au Capitole;nbsp;maïs la nuit nous empècha de Ie bien voir ; ilnbsp;lallut se rendre a la maison , et remetlre ce piai.sirnbsp;au lendemain.
Le 12 Septeinbre, je me trouve fatigue. Tandis
-ocr page 414-que mon cicerone va a pied , je monte a clieval pour aller è. S. Paul, k deux milles hors de la porienbsp;dOstie : je vois en passant la Rotonde ou le Panthéon , grand Temple, autrefois dédié a tons lesnbsp;dieux du paganisme, aujourdliui consacre an vrainbsp;Dieu , en Ihonneur de la Sainte Vierge et de tousnbsp;les Saints. Cest un bel edifice dont Ianliquitenbsp;augmente le prix : une seule ouverture au haut denbsp;JouTTi. hisi.et la voute y jette uh jour ahondant. Defectu vitri,nbsp;wiain, quandb polerant , Jkneslram cedificianbsp;Trier 1789, pag. maxima redigebant... Sane lugiibria erant, atra ilianbsp;palatia, quamcumqiie magnlfica. Les plus grandsnbsp;edifices, cpand on le pouvoit, étoient condamnesnbsp;h navoir quune seule ouverture , faute de verre 5nbsp;iristes et Ingubres palais , tout magnifiques quilsnbsp;étoient.
Quelques auteurs ont cru voir dans le Panthéon, la solution de cette énigrae , proposée par Virgile,nbsp;3®. Eclogue :
Die quihus in terris , et eris milii magnus Apollo ,
Tres patent coeli spatium non amplius ulnas.
Depuis le sol jusquau grand oeil qui re9oit le jour, ce Temple a i44 pieds, et a-peu-près autant ennbsp;largeur, les temples des paiens nétant nulle partnbsp;très-grands : ce nest pas quil ny eut de tres-grands édifices chez les paiens; mais ils ifaimoientnbsp;pas les grandes églises. Voyez 1ouvrage de labbénbsp;Journ. hist, et jyj^y, Temples anciens et modernes, pag. 8 et i8.
Kircher {Mund. subterr. , 2 part., pag. 100) remarque quune petite ouverture donue beaucoupnbsp;de jour, quand elle le recoil perpendicidairemcnt,nbsp;et quelle est au milieu du toil ou de la voute : on
-ocr page 415-Volt Ie même effet dans la fameuse grotte de Naples.
Le même Kirclier (Alund. suhteir., part. i , pag. y8) observe quautrefois on montoit au Panthéon par plusieiirs degrés, tandis quon y descendnbsp;aujourdhui : il conclut de la , que les plaines sé-levent peu-a-peu; peut-être aussi paree que lesnbsp;montagnes décroissent *. Les Septem Colles sont *'\'oyez d-afrès.nbsp;aujourdhni bien peiites. Misson , torn. i ,nbsp;pag. 210, en donne une autre raison, qui peutnbsp;paroitre meilleure. « Rome daujourdhui, dit-il,
» est de i4 OU i5 pieds plus haute que lancienne, n paree quelle est sur les ruines de celle-ci n.
Raison qui, dans le fond , rentre dans lautre ; mais ni 1une ni lautre ne sont sufïisantes : la pres-:nbsp;sion énorme et continuelle des grandes masses ,nbsp;doit ici entrer en consideration. De la vient quenbsp;les arcs de triomphe et aulres edifices, ont biennbsp;moins baissé que le Panthéon , quoique ces arcsnbsp;de triomphe eux-mêmes et autres monumens soientnbsp;ensevelis a une hauteur considérable , ainsi quenbsp;la colonne de Trajan, a laquelle on a creusé unenbsp;espece de cour enfoncée et basse, pour la dégager.
C'est pour cela que la Roche-Tarpéienne est si petite , outre que les rochers diminuent plus vite que les montagnes couvertes de terre. Le froid, lenbsp;chaiul les fondent; les pluies les lavent et les consument. Gutla cavat lapidem, non vi, sed sespènbsp;cadendo.
D une aulre part, quand on considere les im-menses provisions , les matériaux de toute espece qui entrent dans une ville , on concoit que son
-ocr page 416-terrein doit s eiever. Tant de cadavres d'homuies et danimaux; des cent mille hommes, qui tons lesnbsp;3o ans (\^rai terrae raoyen dune génération) senbsp;mêlent avec la terre, doivent nécessairement re-hausser la siiperficie d'une ville.
Cette derniere raison ma paru dabord être de quelque poids; ensuile jai commence a douter sinbsp;elle pouvoit entrer en consideration, vu la quan-tité prodigieuse de debris, dimmondices etc., quinbsp;s'enleve continuellement dune grande ville. Cestnbsp;done plutót h, la pression des edifices quil faut at-tribuer leur airaissement3 autrement la Seine et Ienbsp;Tibre pourroient-ils se contenir dans leur lit? Carnbsp;si Rome et Paris sexliaussoient a. un tel point, ounbsp;Ie cours de ces fleiives seroit déjk obstrué, ou leiirsnbsp;bords se seroient déja élevés a une hauteur considerable.
Dailleurs , pliisieurs de ces masses senfoncent dans des champs isolés , dont Ie local supposenbsp;plutót Véboulenient et la diminution, que laccrois-sement des lorres. II y a une pyramide d'Egyptenbsp;qui est exactement dans ce cas ; en general, celtenbsp;raison sert bcaucoup a expUquer la difficulté desnbsp;décombres trouvés h. différentes prol'ondeurs au-dessous du niveau des habitations actuelles; quoi-que, saus doute , Ie rehaussement du sol y soitnbsp;pour quelque chose. Que celui de Rome se trouvenbsp;exhaussé par les ruines et les déconrbres , eest,nbsp;ca semble, ce quon ne peut révoquer en doute.nbsp;Quant a la Roche-Tarpéienne, on pourroil croirenbsp;qu'elle est basée sur un terrein moins ferme et plusnbsp;sujet a saffaisser .et h céder inscnsiblement. II faut
-ocr page 417-néanmoins convenir que cetle roclie est encore assez élevée. Leffet cie la foudre doit aussi êtrenbsp;compté parmi les causes de la diminulion quon ynbsp;volt : elle en a été si fréquemment Irappée, quenbsp;S. Jéróme y voit la malediction du Ciel, qui re-proche ainsi a Torgueil et a la cruauté de Romenbsp;leurs odieux triomphes. Sanctior, dit-il , locus estnbsp;(Bellileem) rupe Tarpeid, quce de ccelo scepiüs ful-minala, ostendit qubd Deo displiceat. Revenons aunbsp;Panthéon.
R y a, a lentrée du Temple, un grand péristyle, dont les colonnes sont de granit, ordre corinthien;nbsp;il me paroit aussi ancien que Ie Temple, paree quenbsp;ces peristyles se trouvent sur les anciennes médailles , qui représentent des temples. On lit surnbsp;la frise de ce porlique : M. Agrlppa l. . cos. ter-tiüm fecit. Quelques antiquaires prétendent qu'ilnbsp;ny a que Ie portique qui soit louvrage dAgrippa,nbsp;et que Ie Panthéon existoit du tems de la répu-blique. Vojmz Ie jugement de lElecteur Palatinnbsp;sur Ie Panthéon , Journ. hist, et litl., i Juin 1775,nbsp;pag. 778. Autre, i Aout 1779, pag. 489.
Devant Ie péristyle il y a un petit obélisque et une belle fontaine; lobélisque porie :
Clemens XI Pontifex Max.
Foritis et Fori ornamento.
Anno M. DCC. XL
LEglise et la place de la Minerve. R y a dans Ie convent une bonne bibliotheque publique, ad-ministrée par les Dominicains : cest un don dunbsp;Cardinal Casanate, dont la statue de marbre blancnbsp;se voit au fond de la bibliotheque. Au milieu
-ocr page 418-de la place , est un elephant portant un petit obélisque.
Paris , tom. I , pag. 2/n
On passe par un long desert, avant darriver a la porte dOstie : on volt dans ce vide une especenbsp;de ravelin cjui Ie commande, et Ie fameux Monsnbsp;testaoeus. Les innrs de la ville de ce cóté-ci, ontnbsp;été bafis par Béiisaire. Depuis St.-Ange, jusquanbsp;la porte du fort, qui est Ie quartier de S. Pierre,nbsp;OU dau-deea du Tihre, il y a des bastions et desnbsp;courtines : contre la porie se trouve une grandenbsp;pyramide de pierres quarrées. Quelquun ma ditnbsp;VideRomam, quelle étoif de Septimius-Severus} mais on y voitnbsp;inscription qui détruit cette opinion. Cest Ienbsp;pag. 4o5, édit.de Sepolcro di Ceslius, qui voulut être enten é a 1é-
gyptienne; i! y a au-dedans une cliambre , corame dans les pyramides d'Egypte. Voyez Petrus Martyr, de Legatione Babylonicd ; eet ourTage est cu-rieux. Ce Martyr étoit ambassadeur de Ferdinandnbsp;et dlsabelle prés du Soudan dEgypte. Le Grand-Caire sappelloit alors Baby lone. La Moles-Ha-driana a aussi son appartement.
Un peu après, on passe pres dune Cliapelle , dont 1inscription indique que cest la que Pierre etnbsp;Paul se séparerent allant au supplice : on y litnbsp;raême ce que les saints Apótres se dirent lun anbsp;lautre ; mais tout cela est tiré dune prétenduenbsp;Lettre de S. Denys a Timothée, que Baronius lui-même appelle ineptissimam. A Rome , comme anbsp;Jerusalem, la trop grande piété des Fideles a obscure! les monumens véritables par la multitude desnbsp;monumens supposés; et ceux-ci ont de plus obscure! 1histoire et les actes des Saints. La crédulita
comme
-ocr page 419-comme lincréduUté excessive, soutune suite de
rhumanité : il ne faut pas sattendre a trouver quel- Joum. hist, et
que chose d'exactement raisonnable chezl'homme
dans les choses même les plus raisonnables. Paul
Aringlii , dans sa Roma subterranea , prouve la
vérité de la susdite inscription , ainsi que lhistoire
des trois Fontaines, tom. IV, pag. 4o8 et suiv.
Rien de plus pitoyable que la critique de eet Auteur, OU plutót il n'en a point.
II paroit niême douteux si S. Pierre et S. Paul soufTrirent Ie même jour : plusieurs pensent avecnbsp;S. Augustin, Serm. et 3Si, quils ne soufiVi-rent pas la même année, mais run au jour anni-versaire du martyre de lautre. Prudence dit aussi,
Hymne tz:
tJnus utrumque dies ,plena tarnen innovatus anno ,
Vidit superbd morte laureatum.
Et Ie poëte Arator:
........... Geminos quos a,ddidit asti is
Non eadem tarnen una dies ; annique voluto
Tempore sacravit repetitam passio lucem.
Sourn. hist, et litt., iFc'r. 1791,nbsp;pag. 186.
Cependant Ie sentiment bien prononcé des Bollan-distes , est que les deux saints Apótres ont souffert Ie martyre au même lieu et au même jour. Junii,nbsp;toni. V, pag. 4io, èdit. Tenet (*).
Saint Maxime, Tlomil. 5, de Petra et Paulo , dit: Petrus et Paulas , und die , uno in loco, unius tyranninbsp;toleravêre sententiam. Und die passi simt, ut ad Christum pariter piervenirent.
Ajoiitons cc qne nous lisons dans VOjp.ee divin. Durant rOct.ave des saints Apótres, et dans les Suffrages commuBSnbsp;a Laudes, PEglise cltante : GloriosiPrincipes terree, quo-Tom. T.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Cc
-ocr page 420-LEglise de S. Paul est vaste et ancienne ; elltf est confiée aux Bénédictins de la Congregation dunbsp;Journ. hisi. at Mont-Cassin; en général elle est laide et négligée.
pa' 3*^9^* nbsp;nbsp;nbsp;apsis en mosaïque , dont les figures
^ nbsp;nbsp;nbsp;^ ^ sont horribles (On appelle apsis la séparation du
choeur davec la nel).Elle est sans voute et même sans lanibris ; on ddcouvre toute Ia charpente.nbsp;Des 8o colonnes qui .«outiennent la nel, il y ennbsp;a 24 grand travail et du plus beau inarbre;nbsp;on dit ([uelles ont été tirées du mausolée dA-drien. Voyez la critique de ce Temple par Mr.nbsp;labbé May , Temples anciens et modcrnes, pag.nbsp;j 22. Ce vaste edifice renferme une partie de lan-cien ciiuetiere de Lucine, dans lequel on ne per-met pas d'entrer.
On lit sur la table iTe lautel : Sub hoe altari re-fjuiescunt corpora SS. Apostoloriim Petri et Pauli pro medietate. Quelques-uns disent que Ie corpsnbsp;de S. Paul est tout entier k S. Paul, et celui denbsp;S. Pierre tout entier au Vatican; mais les Bollan-distes adoptent cette inscription. Voila, sil en estnbsp;ainsi, avec la tête de S. Pierre qui est k S. Jeannbsp;de Latran, une grande diminution dans Ie dépot denbsp;ses reliques, que lon croit être a S. Pierre.
Tout ce qui concerne Ie grand Paul, mintéresse
modó in vitd sud dilexerunt se j ita et in morte non sunt separati.
Et a Magnificat, aux secondes Vêpres du jour de leur Fète : Hodiè Simon Petrus ascendit crucis patibulum :nbsp;Hodi'e clavicularius regni gaudens migravit ad Christum- Hodiè Paulus Apostolus lumen orbis terrae , in-elinato capite, inartprio coronatus est.
-ocr page 421-iiifiniinent, et m'est infiniment dier j je voulus done voir aussi Ie lieu de sa mort. Après avoir faitnbsp;encore deux milles, jarrivai aux trois Fontaines,
OU il y a un monastere de Citeaux et trois Eglises.
Celle des Religieux ¦, une rotonde, noramée Scala Coili, OU lon voit la prison du grand Apótre,nbsp;l'autel de S. Bernard, Ie tombeau de S. Zénon etnbsp;de io,3o3 Martyrs. La troisieme est celle quon anbsp;batie sur Ie lieu du martyre de S. Paul.
Jobserverai ici quon ne voit pas h. quoi bon cette prison dans la rotonde Scala Cadi. Paul arrivé au lieu du supplice, auroit-il été remis ennbsp;prison?.... Au-dessus de la porte de la troisicBnonbsp;Eglise, on lil:
;
Sancti Pauli martyrii locus,
Le niartyrè de S. Paul est représenté sur un au tel,
et celui de S. Pierre sur lautre ; le tableau de
S. Pierre est Irès-estimé. II y a trois Ibntaines dans
cette Eglise ou Chapelle ; elles sont élégamment
revêtues de marbre. On dit que la tête de S. Paul
tombant, fit trois bonds, et que ces fontaines sor-
lirent des endroits que la tête toucha; mais pour
ne pas dire trop hardimenl que cela est fabuleux,
je dirai seulement, avec les Bolla.ndistes, quon
peut en douter sans scrupule : Sine piacido duhi- 'Tom.\,Junii,
tari potest. II paroit que ces trois fontaines sont
les eaux salviennes {aquee sahice) : Aringhi lui-
raênie , le rapporteur et le défenseur de toutes les
bistoires populaires, les nomme ainsi.
On rnontre un billot de marbre, revêlu de quel-ques planches , quon dit être celui sur lequel la lète du grand Paul fut ti'anchée. Les Bollandi.stes
C c a
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n'en parlent pas; cela ne saccorde point avec le sabre quon garde en Espagne, puiscjuil supposenbsp;que S. Paul fut mis a mort dun coup de hache ,nbsp;comme cetoit Tusage chez les Romains. On peutnbsp;voir la figure de ce sabre suspect, dans les Actanbsp;Sanctorum , tom. VI, Junii, pag. 2^3 , in Embo-Usmo.
Quoique tout cela me Cut suspect, je fis taire ma critique, et baisai cetle pierre avec piété , disantnbsp;avec S. Chrysostome : Sit mihigladius ille pro corona, et clavi Petri pro gemmis infixis in diademate.nbsp;Serm. S. Chrys. apud Metaphr. : Sed disputatur denbsp;authore. Stylus a Chrysosloino non abhorret.
Je reviens k Rome, très-content du petit voyage que je venois de faire en IJionneiir de S. Paul : jenbsp;me serois reproclie davoir négligé de voir quelquenbsp;chose, que la vie ou la mort de ce grand Saint eutnbsp;sanciifie. Lamour de Paul pour Rome, le longnbsp;sejour qu'il y a fait, le martyre quil y a souffert,nbsp;avoient beaucoup contribué a Iardent désir quenbsp;j'avois eu persévéramment de la voir 1
Ego et Romam proptered diligo , tametsi aliunde iltam laadare queam , iienipe a rnagnitudine , ah anti-quitate, a pulchritudine , ah imperio , a divitiis , etanbsp;rebus in heltofortiter gestis. Sed his omnibus omissis,obnbsp;id illam beatarn praidico , qubd erga illos Paulus , dumnbsp;-i^iveret,adeb fuit benevolus,adeb itlos amavif,et coramnbsp;disseruit , et postrema vitam apud eos finivit. Cujusnbsp;sanctum Corpus ipsi possident : et proqrtered civitasnbsp;ilia hincfacta e,st insignis inagis , quctm ah aliis rebusnbsp;omnibus.
Chrysust., Expos, in Epist. ad Rom.
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Je passe pres dune Eglise , noramée la hocca delta verita, prés de lliopital des Arraéniens , parnbsp;Ie quartier des Juifs , qui portent des pieces denbsp;drap rouge ou jaune sur leurs chapeaux.
Journ, hist, et litt. , I Juilletnbsp;1776, pag. 337.
Jentre dans une belle Eglise, Maria da Porücu. Jai vu des voyageurs critiquer cette grandenbsp;multitude dEglises quon voit a Rome et dansnbsp;daulres villes : la multitude de nos Temples ennbsp;facilite laccès , nourrit la devotion , sert de monument a la piété des Fideles qui les ont batis ,nbsp;fait Tornement des villes, et étale les richesses denbsp;larchitecture en riionneur du grand Architecte dunbsp;monde. Ces monumens de piété qui, a chaquenbsp;pas, se trouvent sous les yeux du libertin, sem-blent larrêter dans sa marche, gêner et contredirenbsp;sesprojets. Cest, dans mie grande ville sur-tout,nbsp;une espece de protestation en faveur des mceurs,nbsp;de Ia sagesse, de Ia justice, de Ia décence, toutesnbsp;filles de la Religion; protestation muèlte, mais sensible, et d'autant plus efficace, quelle est plus soutenue et plus répétée.
Je vois ensuite Ie Capitole : il consiste en trois corps de batimens superbes , élevés sur les fonde-mens de 1ancien. On y raonte a pied par un escaliernbsp;magnitique, a cótéduquel passent les voitures: desnbsp;antiques sans nombre remplissent Ie dehors et Ienbsp;dedans. Au milieu est la statue équestre de Marc-Antonin ; Misson dit que cest Mare-Aurele; jenbsp;crois quil se trompe, et que cest Marc-Antonin Ienbsp;pieux, sans néanmoins oser lassurer contre 1au-torité de ce terrible auteur. Cependaut tout biennbsp;cousidéré , la chose me paroit sure. Misson a éié
Cc J
-ocr page 424-Iroinpé, sans doute , par les bas-reliefs de la colonne , qui représentent les guerres de Marc-Au-rele contre les Marcomans, les Parthes , les Ar-méniens : Marc-Aurele fit élever ce monument a la mémoire de son pere adoptif. Cependant Mr. denbsp;Braguenel, dans ses Observations nowellcs sur lesnbsp;outrages de peinture , de sculpture et d'arclutecturenbsp;ejiii se voicnt d Rome et aux environs , Londres ,
, dit comme Misson. Voltaire dans son fa-meiix Dialogue, dit avec jnoi. Balconet dit aussi Ie clieval de Marc-Aurele ; je crois me souvenir da-voir lu sur Ie piëdestal : Ad conservandam optiniinbsp;Principis memoriam ; ce que Ie Pape n'a pu direnbsp;raisonnablement de Marc-Aurele , persécuteurnbsp;acharné du Christianisme : Antonin na pas tantnbsp;])ersécuté. II paroit au moins que la persecutionnbsp;dAntoniu a cessé a lépoque de lédit quon voitnbsp;dans Eusebe, pag. 2zS, édit. de Paris, iGS^. Onnbsp;ne peut douter i»., que eet édit ne soit Irès-réel.nbsp;ao. (^uil ne soit dAntonin et non pas de Marc-Aurele. Les objections de Scaliger et de quelquesnbsp;autres , contre la premiere de ces assertions, ainsinbsp;que les raisons de ceux qui lattribuent a Marc-Aurele, sont pleineraent réfutées dansun ouvragenbsp;moderne : Commentio historico-theologica in edic-ium etc ; cest-a-dire , Recherches histoiiques etnbsp;théologiques sur Pédit d^Antonin Ie pieux , qu'onnbsp;rctrouve dans /'Histoire ecclésiastique Eusebe etc.,nbsp;par Mr. Tobie-Godefroi Hégelmaïer , professeurnbsp;en théologie etc., ci Tubingen 1777 , i vol. in-4to.
de Pierre I®. , Ie critique, et ne Ie trouve pas aussibeau que les admirateurs des choses antiques.
Quoique ses critiques soient qnelquefois violeiites et dédaigneuses , il faut convenir quil juge asseznbsp;bien les chefs-doeuvre de 1anliquité.
Je me repose, je dine ainsi que mon cicérone et mon Hansel; après quoi je monte Ie bel escaliernbsp;de la Trinité du mont Pincius, et je vois la grandenbsp;Rome du haut de la plate-forme de léglise , oil uiinbsp;Religieux Minime , Francois de nation , me conduit. Descendu de la , jentre un moment dans Ienbsp;palais du Due de Toscane qui est assez beau , etnbsp;extrêmement bien situé. Je vois léglise de lanbsp;Magdelene et Ie palais Altieri.
La place de la colonne de Trajan : au lieu de lurne qui contenoit les cendres de ce Prince , onnbsp;y a placé S. Pierre. On voit sur cette place deuxnbsp;beaux temples, Ste. Catherine de Sienne, et Notre-Dame de Lorette,
Jenlre encore au palais de Monte-Cwallo ^]e vois les galeries , les jardins , et Rome du hautnbsp;dun balcon.LePape*viént et me bénit au bout de * Clénieut XIII.nbsp;lescalier 5 il monte en carrosse , je Ie suis, il passenbsp;auprès des bucépliales. Les deuxPrélats qui étoientnbsp;avec lui me regarderen!, et parlerent de moi a Sanbsp;Sainteté en riant, soit de ma lorgnette , soit denbsp;mon attachement a considérer Ie St.-Père, qui toutnbsp;vieux qu'il est, a assez bonne mine. La paix ,nbsp;eompagne inséparable des Saints, est peinte surnbsp;son visage , au milieu des persecutions qui las-siégent de toutes parts. limourutnéanmoinsquatrenbsp;mois après ; voyez 1éloge historique de ce saint
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Ponlife , dans Ie Dictionn. hist., et dans Ie Journ. hist, etlitt., i5 Fév. 1775, pag. 249-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
Léglise du noviciat des Jésiiites, est dédiée sous linvocatlon de S. André ; cest une rotondenbsp;comme la plupart des églises de Rome. Elle estnbsp;petite , mais bien riclie et précieuse ; cest un vrainbsp;bijou. ¦
Jentre au palais Barberin : je vois celui du Car^ dinal Albani; la belle fonlaine de Termini; elle estnbsp;a cóté dune grande place nommée Piazza di termini. On y voit un Moïse qui tire de 1eau du ro-clier ; cest la quétoient les bains de Dioclétien.nbsp;Les Remains appellent cette fonlaine ,J'ontana allonbsp;terme Diocleziano.
Notre-Dame des Anges, église inagnifique en forme de Croix. Ce sont les bains de Dioclétien ,nbsp;qui dans la main dun habile architecte ont éténbsp;ainsi transformés. La forme de Croix donnéenbsp;cette église , démontre quelle na point été faitenbsp;dune seule salie de ces bains, comme Ie dit 1auleurnbsp;des Temples anciens et modernes. Le cóté droit denbsp;léglise occupe une partie des vastes ruines de cesnbsp;bains.
Saint Bernard, petite rotonde, qui ne recoit de jour quepar la lanterne de la coupole, et qui néan-inoins est bien éclairée, ainsi que je lai observénbsp;plus haut en parlant du Panthéon.
Je traversai une grande place, peu belle , on il V a un grand jet deau , appellé \a.J'ontaine de Ti-riboni. Encore un coup : Quibus rebus ornatur urbsnbsp;ista ! Quales habet fontes! Le palais du Cardinal Ferroni est beau j celui de lAmbassadeur denbsp;'Venise, grand et vieux.
-ocr page 427-Léglise Ae \3^ Maison-professe, ou 1église de Jesus , passe tout éloge. Le tombeau de S. Ignacenbsp;est k gauche , dans une des plus riches chapeliesnbsp;quil y ait au monde : le saphir , le jaspe, la-gate etc. , lor et largent Ienrichissent a lenvi.nbsp;On estime lautel de cette église quatre millions denbsp;scudis (deux millions de ducats) : on peut volr lanbsp;description exacte du tombeau de S. Ignace, avecnbsp;une figure en taille-douce , dans les Acta Sancto-ruui) Juin , torn. f^II, Gloria posthum S. Ignatii,nbsp;Cap. V, fol. s.
Vis-k-vis du tombeau de S. Ignace , dans une chapelle semblable , mais moins riche , est le brasnbsp;de S. Francois-Xavier , mon cher et bienfaisantnbsp;patron et protecteur. Ossa eorum puUulent'de loconbsp;suo ; nam corroboraoerunt Jacob , et redemeruntnbsp;Se in Jide virtutis. Eccli 49 , 12.
Je reviens par le corso ou le cours , rue longue et magnifique j lAcadémie francoise ou des pein-tures 5 le palais Doria qui est vis-k-vis 5 celui dunbsp;Cardinal Sciarra Colonna etc., tout donne a cettenbsp;rue un éclat plusque royal. En général les rues denbsp;Rome sont toutes belles , larges , propres , biennbsp;pavées 5 ainsi que Tobie disoit de ia nouvelle Jerusalem : Ex lapide candido et mundo omnes plalecenbsp;ejas stenientur. Cap. XIII, f. 22. La nuit et lanbsp;fatigue me forcent k prendre quelque repos.
Le i3 Septembre , je^retourne au chateau bt.-Ange et k S. Pierre. Après avoir donné quelqu»nbsp;tems a la place et k léglise , je voulus voir la chapelle Pauline ; mais elle étoit fermée : eest la cha-pelle domestique du Pape , quand il demeure au
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f!
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Vatican. Jenfre au palais da Vatican, contigu a léglise; cest un vaste baliment assez irrégulier.
La chapelle Pauline dont je viens de parler, ne doit pas êlre contbndue avec la chapelle Sixtine,nbsp;oü les Cardinaux sassemblent dans Ie tems dunbsp;Conclave , pour aller au scrutin. On y voit Ie fa-meux tableau du Jugementj par Michel-Ange. Ennbsp;i'jöa , Ie sage Clément XIII a fait un peu drapernbsp;plusieurs figures de ce tableau et du plafond : onnbsp;sent bien quon lui en a voulu tout Ie mal du monde jnbsp;mais les bonnes moeurs , la paix et la pureté desnbsp;coeurs , la décence et la sainteté dun temple dunbsp;Dieu vivant, valent bien 1enthousiasme de quel-ques spectateurs pour les belles nudités.
La bibliotheque ne répondit pas a mon attente; commencée en 1447 ,dissipée en par Ie Con-nétable de Bourbon, elle fut réparée par Ie Comtenbsp;de Tilly , qui y transporta la bibliotheque palatine. Elle est basse ; les livres sont enfermés ; lesnbsp;peintures de la 'grande salie lui donnent peu denbsp;noblesse. Les Conciles généraux y sont dépeintsnbsp;avec des inscriptions qui en déclarent Ie résultat.nbsp;Les Conciles de Bale et de Constance sont omis.nbsp;Le V®. de Latran sy trouve. Cetle bibliotheque anbsp;la forme du T. A gauche on volt un Muséumnbsp;ajouté par Benoit XIV , et a droile les antiquitésnbsp;Roraaines , auxquelles Clément XIII a fait pré-pai'er une place fort jolie. Le feu a récemmentnbsp;ravage cette parlie du Vatican, et y a onusé beau-coup de dommage (*).
(*) La bibliotheque du Pioi de France commencée en i364 j est la premiere 4c 1Europe pour les litres. Pour Ie
-ocr page 429-Je vois aussi Ie jardin , fe Belvedere dont la cour présente les plus précieuses antiquités , en-trautres Ie Laocoon, donl j ai pai'lé ci-devant, pag.
359. Les galeries et les antiques du Prince Hus-poli. Léglise des Espagnols , petite , mais belle et très-riclie. Enfin pour la seconde fois lanbsp;piazza del popolo, Ie pont sur Ie Tibre, el je quittenbsp;Rome , ayant vu tout ce que je voulois voir , etnbsp;rien ne pouvant désormais ajouler a lidée que jennbsp;ai acquise.
Je me suis ensuite repenti de navoir pas vu les nbsp;nbsp;nbsp;Cataconv
nbsp;nbsp;nbsp;, DCS.
Catacombes , mes meilleiirs amis qui ont vecu a Rome , ne les ont pas vues non plus , et inontnbsp;détourné de les voir. Ni Ie Comte dlYban-a, ni Ienbsp;Comte Stephani, ni Ie P. Urbany , ny ont été.
Celles de Callixte ou de S. Sébastien sont les prin-cipales. Baronius , Notes sur Ie Martyrologe, 20 Janvier, écrit Katalombes, et dit que cest un en-droit dans lequel on descendoit dabord et qui étoitnbsp;voisin des tombes, Le mot Catacombes est pure-ment grec , de Katacustó ,fodio , creusor , ou denbsp;Kata , propè , proclie et de Kumbos , solitudenbsp;creusóe. Quoi quil en soit de Tétymologie , cesnbsp;Catacombes sont louvrage des païens , que lesnbsp;Chrétiens ont convert! k des usages religieux etnbsp;sacrés ; on les a creusées dans une pierre caver-
local cest celle dc Vienne , coinmcncée par 1Empereur Maximiiien P'. au commencement du iCquot;. siecle ; aujour-dliui, en 1772, augmeiitée des livrcs du Baron Yan Swie-tcu , elle renferme Ineu certainemcnt 3oo,ooo volumes. '
La bibliotliequc de Bude et celle du Prince Eugene, 1ont beaucoup euricliic.
-ocr page 430-neuse , grumeleuse , et qui se rédeit aisément en poudie. On y a conslruit des voütes , soit de lanbsp;même pierre , soit de briques : elles tivent du journbsp;par des ouvertures ou lucarnes assez allongées ,nbsp;inais fort étroites , pratiquées despace en espacenbsp;au haut des voütes. On y descend par deux esca-liers; lun conduit a l'église de S. Sébastien^ lautrenbsp;a la voie dArdée. Ces lieux profonds se divisentnbsp;en une infinite de détours et de ramifications.nbsp;Voyez les Acta Sanctorum, aq Junii, tom. V,nbsp;pag. 436. Corarae les païens y jetoient de tems ennbsp;tems des cadavres (quoique chez eux 1usage constant fut de les brüler) , on ne prend pour la dé-pouille mortelle des martyrs , que les ossemens quinbsp;présenten! des signes certains , auxquels on puissenbsp;les reconnoitre j tels que des fioles remplies denbsp;sang, une haclie enfoncée dans la tête, des flammes,nbsp;des peignes de fer , des croix , Ie monogramme denbsp;J. C., de saintes Images peintes sur du verre etc. ;nbsp;on négligé Ie reste. Voyez les Vies des Saints,nbsp;par Butler, torn. IX, pag. 629 ou 684*
Aringhi, dans sa Itomd subterraned, donne Ie plan des catacorabes deCallixte, et de celles quinbsp;sont au-dessous : ces dernieres sont un ouvragenbsp;immense, vrai labyrintlie, peu ditlérent de celui denbsp;Crete, dontparle Virgile, ASneid. L. V, jf. 588.
Ut quondam Creta fertur lahyrinthus in altd Parietibus textum cards iter ancipiiemquenbsp;Mille viis hahuisse dolu.m, qua signa sequendinbsp;Falleret indeprensus et irremeahilis error.
Saint Philippe de INéri fut presque toujours dans celles de Callixle durant dix ans. Oir y litnbsp;ces vers:
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Profunda nocLis umbra et horrendum speciis ,
Ubi extra, fugiens, nolis exosus jubar ,
Patens PJiilippiis inter has tejiebras diit,
Inter cavernas , inter hcec silentia ,
Quern deperibat, quern Jlagrabat repperit,
Qui dorinit et requiescit in ineridie,
Qiii a dit kMisson que ces catacombes eloient Iouvragedes Chretiens? On peut soutenir savam-ment quelles le sent; mais les plus savans Catho-liqnes Roniains le nient. Qui prend sans distinction les os des catacombes pour des reliques ,nbsp;comme il le dit tom. II, pag. 24»? Voila donenbsp;lerudition tirée dHorace et de Godwin qui sennbsp;Aa en fumée ,241.Ainsi que celle que fournissentnbsp;Mr. Spon et les épitaphes ou 11 y a fata, manes,nbsp;doiniis ceterna etc., 24.*- Et un passage de Ter-tullien , 243. Et les fioles de verre et lesnbsp;petits vases de metal, ibid. Tout est brise avec lenbsp;principe^ des quon le nie. Voyez la nature etlu-sage exclusil des catacombes, dans i'Encyclop. mé-thodique, part. Theolog., art. Catacombes et dansnbsp;les lies des Saints, parButler, tom. IX, pag. 629.
SUR LÉTENDUE DE ROME, SA POPULATION etc.
ES murallles actuelles de Rome ont été élevées en part ie par Bélisaire, qui a bati sur les fonde-mens des murs construits par I'Enipereur Auré-lien. Léon IV a rebati plusieurs tours et fait denbsp;grandes reparations : plusieurs morceaux enfinnbsp;sont plus vieux ou plus modernes que Bélisaire.
-ocr page 432-Lenceiiile de Rome na jamais été plus grande quelle ne Test aujourdhui, a moins dy com-prendre les villages voisins. Vopiscus qui donnenbsp;a Rome cinquante milles de circonférence, a éténbsp;altéré par ses copistes, ou a compris les campagnes , les jardins, les bourgs contigus k la ville.nbsp;Oui, je Ie dis sans craindre de jne tromper, len-ceinte moderne de Rome comparée a lancienne, estnbsp;plutót plus vaste que plus resserrée.Ilest incroyablenbsp;combien les auteurs se sont égarés sur ce point,nbsp;séduits par une admiration stupide de tout ce quenbsp;Ie tems ou Tespace a éloigné de nous.
Ceux qui disent que les sept collines ne sont pas dans lenceinte moderne , ne savent pas les déter-miner, ou bien ces collines nont pas été non plusnbsp;dans lancienne Rome, et nen ont pas fait parlie,nbsp;sinon a titre de voisinage. Outre les monts Aven-iinus , Ccelius, Esquilinus ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, Quiri-
nalis, Palatinus, Capitolinus, qui y étoient autrefois, il y a aujourdhui Ie Vatican, Ie Janiculus, Ie Pincius. Le Collis-Pincius na probablement pasnbsp;été plushabité anciennement quaujourdhui, puis-quon lappelloit Collis hortulorum (la colline desnbsp;peüts jardins).
II ne laut que des yeux pour sassurer que les bornes de lancienne Rome sont presque généra-lement les bornes de la Rome daujourdhui. Lenbsp;sépulcre de Cestius est toujours a cóté de la portenbsp;dOstiej lEglise de S. Jean ante Portam Latinam,nbsp;est oü cette porte a été du tems d'Auguste; \Am-phithealrum Cgstrensc est, comme autrefois, enclavé dans les murailles de la ville^ le Castrum
-ocr page 433-Pmlorium est aujourclhui dans la ville; autrefois il n'y étoit pas ; la Porta P'laminia est toujours lanbsp;mêmej 1'enceinte dau dela du Tibre est aujour-d'hui plus grande , et nest point interrompiie ,nbsp;comme du tems des Empereurs ; eet ouvrage dd anbsp;Léon IV , me paroit avoir été reconslruit posté-rieurement.
Sous Aurélien, deux siecles après Néron, Rome avoit les murs sur lesquels Bélisaire a bati. Quonnbsp;dise quil y avoit des maisons de campagne jusquk 'nbsp;Otricoli ^ a la bonne heure : il y en a souvent a plu-sieurs lieues de bien des villes. La ville de Veïesnbsp;(aujourdhui C'wita Casteïlana, et quarante autresnbsp;étoient dans eet espace pris a la ronde. Les Tri-taberni, sont encore aujourdhui a la même distance de Rome, quau tems de S. Paul.
Les Temples étoient, en général, moins étendus que ceux daujourdliui 5 mais je mengage h ren-fermer toiites les Eglises de Rome dans 1espacenbsp;du grand cirque et des bains dAntonin. Cettenbsp;proposition, paradoxale pour bien des gens, 11enbsp;1est point pour les hommes instruits des vraiesnbsp;proportions des édifices de Rome. Vo.yez Urbisnbsp;ichnographia , a Leonardo Bafalino , ligneis for-rnis evulgata , servatd proportione, contracta anbsp;J. B. Nolhs geometr. et architect., dédiée au Cardinal Lambertini, ensuite Benoit XIV. Enfin ,nbsp;comparez les plans de notre Rome avec lexcel-lente carte de Ligorius, ayant pour titre ; Effigiesnbsp;rr^ntiqucB Boince ex vestigiis oedificiorum, ruinarumnbsp;testimonia , vetcrum auclorurn fide , numismatis ,nbsp;monumenlis ceneis , plumbais , saxeis figulinisque
-ocr page 434-collecfa a P. Ligorio. Horna per XIV regiones, in quas urbem divisit Imperator Ccesar Augustus.
Quant a la population , Rome n'a jamais eu cinq cent mille habitans. Les maisons de Rome étoientnbsp;isolées comme des isles ¦, elles nétoient que peunbsp;élevées; ses cirques, ses bains, ses jardins, sesnbsp;amphithéatres , ses places étoient immenses , sesnbsp;temples sans nombre. II est presque certain quenbsp;ses citojens ne furent jamais en plus grand nombrenbsp;qu'aujourdhui , malgré les deserts de Rome moderne.
Jai vu des gens superficiels , objecter que la Capitate du monde entier ne pouvoit êlre moinsnbsp;peuplée que Paris et Londres ils ignoroientnbsp;que Ie systême dagrandir et de peupler les ca-pitales aux dépens des provinces est tres-moderne. La bonne politique avertit trop clairementnbsp;des maux de eet étrange abus', pour quon futnbsp;tenté de Ie réatiser , avant que toutes les ideesnbsp;dordre et de félicité publique frissen.! altéréesnbsp;et confondues par 1étourdie et bavarde philoso-phie. Danste i6®. siecle, on ne connoissoit pasnbsp;encore cette boursoufllure des villes capitales.nbsp;Cliarles-Quint disoit quf/ mettroit Paris dans sonnbsp;Gand, et il avoit raison. On savoit quentassernbsp;dans une seule ville la population et les ressourcesnbsp;de léfat, cétoit en faire de vastes goufFres qui absorbent tout et ne rendent rien , des foyers denbsp;seduction et de corruption, oü sabiment avec lesnbsp;ressorts et les moyens de 1ordre, les intéréts lesnbsp;plus chers de la société humaine.
La
-ocr page 435-Lil mer insatiable, engloutissaiit les eaux Des fleuves, des tonens, des lacs et des rnisscauxbnbsp;Reiid au moins par filets, et renvoie en fontaincsnbsp;Les iributs que son sein rc^oit a cuvcs pleines;
Et toi, ville saus borne, abime de trésors,
Til ne'pands que disette et famine au-deliors.
J'ajouterai a ce que jai dit de la place immense quoccupoient k Rome les cirques, les palais etc.;nbsp;que la seule domus aurca Neronis, remplissoit unnbsp;quart de la ville- On connoit ces vers rapportésnbsp;par Suétone ;
Roiua domus fiet y F'eïos migrate , Quirites ,
Si non et Weïos occupat ista domus,
» Sortez, Rome , sortez incessaminent de Rome,
« Dans peu vous nc screz quune seule maison;
» Si vaste quelle soit, je doutc avec raison,
» Quelle siiffise encor pour y loger son homme.
Le même Suétone rapporte {in ^erone), comme la preuve dune peste horrible , que durant unnbsp;aulomne il mourut Irente mille personnes, et lenbsp;texte raontre assez que tous les morts durant eetnbsp;espace de tems y sont compvis. Pesülmtid uniusnbsp;autumni triginta funerwn millia in rationem Libi-tince venemnt. On sait que ces calculs sont tou-jours exagérés ; mais sil étoit vrai que Rome eutnbsp;en un million dhahitans, il en seroit mort a-peu-près quarante mille par an, lors même quil nenbsp;végnoit aucune maladie; le dégat de la peste neutnbsp;par conséquent pas été très-grand , en emporlantnbsp;trente mille ames en trois mois. Cest au reste lenbsp;ravage que fait une peste tant soit peu violent®nbsp;Tom. T.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Dd
-ocr page 436-dans les villes de cenl mille habilans. (^uancl il ny périt pas Ie quart du monde qui les habite, on nenbsp;juge pas quelle soit 1'ort destructive. C'est surnbsp;1horrible libertinage des Remains , quil fairt }ugernbsp;de la population de l'ancienne Rome et de 1'Em-pire.
Jamais lltalie entièré na eu quinze millions dhabitans. « Sous TEmpire Romain, dit Gtosley,nbsp;») ÏËmiUa, \dL Flaminia, et tont Ie pays vénitien ,nbsp;» n'étoient quun assemblage de terreins noyés ,nbsp;n incultes et inhabités. Telles étoient au tems denbsp;)) Vitruve , de Strabon et d'Hérodien ces fertilesnbsp;« contréès qüi torment Ic territoire actuel dA-n quilée , dAltino et de Raverine. Strabon ajoulènbsp;)i que Bresse , Mantoue, Reggio et Cóme étoientnbsp;» au milieu des m,arais, et que toutes les villes dunbsp;» pays vénitien , ou étoient entiérement envi-1) ronnées par la mer, comme Venise Test main-a tenant, ou cj(ie, baignées dun cóté par la mer,nbsp;j) ellés avoient de lautre des lagunes, qui dans Ienbsp;»' siecle 'dHérodien étoient encore navigablesnbsp;1) dAltino b Ravenne; et quainsi tont Ie pays in-» termécliaire, dont Ferrare qui nétoitpas alorsnbsp;» et son fertile territoire font aujourdhui partie ,nbsp;» nétoit babifé que par des grenouilles ». Obser-vciiions éur lIialie, torn. I, pag. 296, éditionnbsp;de
Et pag. 295 , aprbs avoir parlé des forêts qui couvroient Ie nord de lItalie , il ajoute : « Quenbsp;j) ces forêts fussent très-anciennes, nous Ie pou-1) vons inférer dun passage de Sidonius-ApoUi-» naris, qui parlant du Lambro, de lAdda, de
-ocr page 437-H TAdige , du Mincio et des autres rivieres de la « Lombardie, oü il avoit voyage, dit que les Lordsnbsp;» de ses rivieres dtoient couverts de forêls denbsp;» chênes et d'érables, forêts dont il nexiste pasnbsp;)) aujourd'hui Ie moindre vestige ». N. B. II y anbsp;un supplément k eet ouvrage, qui sans douie estnbsp;aussi de Grosley, jnais qui nest pas traduit denbsp;langlois. Journ, histor. etliitér., Mai 17741 pag'nbsp;321.
Journ. hist, el littér. j t Juinnbsp;1775, pag. 580stnbsp;781.
Ce qui rend Rome la premiere ville du monde, du cóté même de ses édifices; ce qui léleve au-dessus de Londres et de Paris , ce sont ses anti-quités : voilh, ce qui attire les savans et les curieuxnbsp;dans son sein. Ils y vont admirer les débris desnbsp;beaux arts, qui lui conserven! lhommage du mondenbsp;lettré. Le Germain va gravementy conlempler lesnbsp;murailles du Capitole et du Cirque'j le Frangois ynbsp;court pour pouvoir en parler,
Et lAnglois raurmurant contre ses destinées.
En me'disant du Pape, y répand ses guine'es.
A mon départ, jusqua Porta-prima, une des portes de Rome , je vois plusieurs resfes de laa-cienne Rome, qui me font philosopher k-peu-prèsnbsp;comme Sulpitius au sujet dEgine, de Mégare etnbsp;de Corinthe , dans sa belle Leltre h Cicéron ;nbsp;Posieaquam inihi etc. Seroit-il croyable que 1an-cienne Rome sefüt étendue jusquk Porta-prima ,nbsp;une grande poste au dela de lendroit oü est ku-jourdhui la porte Flaminienne ? Le mot Porta-prima semble dire quau moins le fauxbourg alloit
Dd 2
-ocr page 438-jusque-la. Des palais et des niaisons de campagne , OU irois a qua're bains , tels que ceux de Tilus, d'Antonin, de Dioclétien, qui étoient dansnbsp;lenceinte de Rome, eussent sufE pour illustrer denbsp;leurs iromenses ruines cette vaste étendue.
^spice inurorum, moles , prceniptaque saxei, Ohrutaque horrenti vasta theatra situ ;
ffesc suilt Roina. T'~iden velut ipsa cadavera tanfee Villis adhuc spiient imperiosa minas 7
Aujourdhui ce nest plus quun desert et une vasie solitude, dont Ie silence dit plus k l'ame dunbsp;pliilosophe , que tout Ie bruit de Rome. Nousnbsp;croyons penser beaucoup, quand nous réfléchis-sons sur la briévelé et la caducité de la vie hu-inaine (1). Les villes et les empires, les gouver-nemens , les états , tout est également périssable ,nbsp;tout vérifie ce mot du Prophete : Sicut operloriumnbsp;niutabis eos f et mw'wèun/Mr. Laville que nous habi-tons a peut-être péri plusieurs fois depuis lépoque
Nomen nostrum ohlivionem accipietper tempus , et nemo memoriam hahebil operuin nostrorum. Sap. 2. 4-
nbsp;nbsp;nbsp;Preeterit enim figura hujus mundi. I. Gor. 7. 3l. nbsp;Filii hominuin , usquequo gravi corde 7 ut quid dili-gitis vanitatem et quceriiis mendacium 7 Psalm. 4- 3-
nbsp;nbsp;nbsp;Cum igitur hcec omnia dissolvenda sint, qualesnbsp;oportet vos esse in sanctie conversationibus et pieia-
tibiis7 II. Petri, 3. ii-
Jjtliremur periisse homines : monumentaperibunt. Mors etiam saxis mannoribusque venit.
Air sou.
-ocr page 439-desanaissance; la vue des anciens palais, des mo-numens nous inspire cede pensee : nous devoirs Iappliquer a lout ce qui paroit grand et durable ennbsp;ce monde , elle se présente naturellement a Iespritnbsp;du sage, et il y trou ve sa consolation. Accesserunt Matth. a4, V. iinbsp;discipuli, ut ostenderent ei cedijicationcs tempUnbsp;ipse auteni rcspondens dixit illis : Videtis hcecnbsp;omnia ? Amen dico voids ; non relinquetur lapisnbsp;supra lapideni, qui non destruatur. Le Clirétiennbsp;est charmé de voir 1hommage que la vicissitudenbsp;de tous les êtres rend a rimmortalité et a Fimrau-tabilité du souverain Etre. Sainte Thérese pleuroitnbsp;toujours a ces paroles du Credo : Cujus regni nonnbsp;erit finis. Elle croyoit alors voir toutes les grandeurs liumaines, tous les empires, tous les étatsnbsp;disparoitre les uns après les autres , confesser leurnbsp;caducité et leur foiblesse; tandis que le royauinenbsp;de Jesus-Christ, seul durable et éternel, embrassenbsp;tous les siecles.
Bossuet remarque que Dieu transporte les Empires et lesRoyaumes dun homme a lautre, dune nation k une autre, dune familie k une autre,nbsp;et que les hommes ne sont que les administrateursnbsp;et les vicaires de celui qui est. seul le souverainnbsp;maitre de la terre (1). On trouve dans cel endroitnbsp;des reflexions admirables sur la Providence, sur
I. Tim. 6.
)) Par-la, dit-il, se vérifie ce que dit 1Apótre, que gt; Dieu est le seid puissant, Roi des Rois et Seigneur desnbsp;1) Sci gaeurs : Soluspotens , Rex regain et Doininus doft minantium, dunt le repos est inaltéralile; qui voit toutnbsp;» changer sans changer lui-nièute, et qui fait tons les chan-
Dd 3
-ocr page 440-ia destinée des Empires , et sur la souveralneté exclusive du Roi des Rois.
Parti de Rome , je suis Ie irrême jour au soir k Rignano. Avant dy arriver je vis de grands restesnbsp;de la voie Flaminienne , qui subsistent encorenbsp;hien j cest la grande route , je lévitai pour mé-nager mon cbeval qui naimoit pas les pierres.nbsp;Après avoir passé Civita-Caamp;tellana, et voulantnbsp;prendre un cheniin plus court, je mégarai. Unenbsp;raéchante femme ne youlut pas rae remettre dansnbsp;Ie cliemin de Loreto, paree que mon grasseyementnbsp;me faisoit dire a-peu-près Loreto ; elle se mo-qua de moi, disant quit ny avoit pas de Loveto.nbsp;Enfin avec un souris moqueur , elle partit en ré-pétant non capisco, non capisco. II fallut revenir knbsp;Cmta-Casiellan(i.
Remis dans Ie bon cliemin, je passe Ie Tibre sur un beau pont : mon cbeval est un peu blessé,nbsp;et après toutes les tromperies que jai essuyées ,
Di'ic. sarYHist. uTiiv. 4 3*'. part.
» geniens par un conseil iinmiiable j qui domie et qui óte la » puissance, qui la trausporte dun liomme a un autre,nbsp;» dune maison a une autre, duu peuple a un autre , pournbsp;» montrer quils nc soiit tous que par emprunt, et quil estnbsp;)) Ie seul en qiii elle reside naturellement ». Cam epacua-verit omnem principatum , et potestatem et virtutem.
nbsp;nbsp;nbsp;Confregit in die irw sucb reges ; judicahit in natio-nibus j implebü ruinas. Regnum de gente in gentemnbsp;Iransfertur propter injustitias , et injurias , et con-tumelias , et diversos dolos. ^lt;x\ï. lo, ii. Quoniamnbsp;Domini est regnum et ipse dominabiturgentium.Vs.il.
nbsp;nbsp;nbsp;Quoniam tu solus Doininus, tu solus allissimüs.
-ocr page 441-targent commence a me manquer. Un bra^e Alle-mand de Styrie qui mouroit de faim , me demande Ianmone en lalin, dun ton qui me penetre le cmur;
)e lui donne une petite piece de nioiinoie qui ine-tolt très-nécessaire a moi-mêine; je 1accoinpagnai de mes larmes (0- EHe portoit je crois Iinscrip-tion : Modicum juslo (n).
Avant darriver a Otricoli, je trouve des pele-rins Francois en iortmauvais état , aussi bien que moi, gais cependant et conlens aussi bien que moi. Reflex, sur ce*nbsp;Je dinemisérablenient a Otricoli, ou je rencontre
uu brave Jésuite,missionnaireda nouveau royau- Nov. ijSa , pag.
. nbsp;nbsp;nbsp;32^.
me de Grenade : il membrassa avec une ]0ie ex-trême , apprenant que jétois un Beige exile.
Ce pays est stéiile , désevt, miserable et mon-tagneux : on le prendroit pour la Nouvelle-Hol-lande. Le peu daniraaux quon voit dans cede conlrée, la nudilé quon y appercoit ainsi que dans
(i) Ma situation etoit alors assez semblable a celle de Mr. Corbinelli. Corbinelli nctoit pas bien dans scs aflaircs,nbsp;et portoit sur lui des marques parJaiites du dépéri.ssementnbsp;de sa fortune. Un jour quil etoit aux Miuimes, un honmienbsp;bien vètu vint se mettrc a genoux prés de lui, et lui pré'nbsp;senta la main en demaiidaiit Iaumone. Mi! Monsieur ,nbsp;lui dit Corbinelli, vous mavez prévenu / fallois vousnbsp;en faire aiUant.
(a) Lcs petites monuoies papales out toutes des inscriptions tire'es de 1Eeriture qui sout asSez bien cboisics; comme: Utere quasi virfrugi. Eccli. 31, 19. In ciliosnbsp;pauperum. I. Cor., i3, 3. Hahetis pauperes. Marc.
dicum justo. Ps. 36 , t6. 32, 19.
14, 7. Pauperi porrige maniim. Eccli. 7,36. ¦ Mo
Ut alat eo.s in-fame. Ps.
Dd 4
Mand. art, 1 ,
'V oyez
fiubt, , p.
piig, ii5
piusieui's autres plages dltalie , est moins leffet des diverses causes que les politiques et les agro-manes ont imaginées , que du déf'aut de pluie. IInbsp;nest pas possible que Iltalie soil gazonnee commenbsp;ia Ilollande , la Flandre et daulres contrées conli-nuellement arrosees par les eaux du Ciel. La Provence , IEspagne et en général les pays ou la pluienbsp;est rare ct le soleil ardent, ont malgré leurs excel-lenfes productions , un aspect aride et nu , quinbsp;étonne les voyageurs nés dans des plages plas sep-tenirionales.
Je me trouve, avant dêtre a Narni, sur la cime dune montagne a cote dun abime , dont la vuenbsp;lait horreur. Le Nar y coule écumant et trouble ,nbsp;avec un bruit terrible; il vient dessuy er une étrangenbsp;cliute pres de Term. Gest proprement le Velinonbsp;qui fait cette chute, mais il se mêle aussi-tot aunbsp;iVw. Ce fleuve est rempli de souffe.
Narni nest pas tres-beau ; Terni on je passe la nuit Test davantage. Cette ville est située dans unenbsp;vallee assez fertile et riante ; mais cela ne durenbsp;guere.... Mon indigence commence a jeter Ia-mertume sur lout ce que je vois et sur ce que jenbsp;mange; antequam comcdam siispiro. Les pierres etnbsp;les montagnes recommencent; Proche de Terni hnbsp;6 ou milles , on voit le fameux mont Ccesius ounbsp;OElius f dod le vent sort avec une impétuosité etnbsp;une force incroyable.
Le 15 Septembre, je cotoie long-terns le lit dune riviere desséchée ou détournée , ou dun torrent,nbsp;qui, dans des terns de sécheresse nexiste pas. Lenbsp;FcUn.o fait dans le yoisinage une chute inexpri-
-ocr page 443-mable , et se jette entre les pien-es et les rochers dans un abime dont on ne peut soutenir la vuenbsp;sans frémir. Javois songé durant tont mon voyagenbsp;a cette calaracle ; mals jignorois alors quelle futnbsp;si proche de nioi, quoique la nature du pays et lanbsp;vue du Nar mêlé avec Ie Velino, inen donnassentnbsp;quelque soupcon. Voici comme Ie P. Kircher ennbsp;parle dans Ie Mund, subter., part. 1, pag. ii5.
Fluvius summa impetu in modum arcüs ruens in profundissimam voraginem altitudme trecentorumnbsp;circitar pedum , tam horrendo strepitu , Jragore, etnbsp;murmuris vehemeiitid devolvitur, quoe si non exa-nimare adslantes, saltern stupefdcto aurium sensunbsp;ilios, non secüs ao caladupoe IS Ui, surdos redderet.nbsp;Horrcndum omninb spectaculum, infernum diceres ,nbsp;spumoris gurgitibus, et coiifusd undarwn aestuan-tium repercussione formidandum tanto labentiumnbsp;aquarum mugitu, qucz velInteramnii quinque mil-liariuin spatio , nocturni temporis sileniio ,facilbnbsp;percipiatur. Ex lapsu aqua , inter exasperalos ru-pium dentes , ita atteritur, ut in perpelud nebula tenbsp;constitutwn dicercs , neque inde nisi egregiè pei'plu-tus abeas. Sole lucente ibi perpetua iris exhibe-tur etc.
Misson pavle aussi avec une grande adiniiation de cette cascade quil a vue , et saccorde parfaite-ment avec Kircher. « Cette rivière , dit-il, quinbsp;» marchoit déja dun pas diligent, se précipitenbsp;» tout-a-coup d'une roche escarpée, haute de trois
cents pieds, et tombe dans Ie creux dun autre » rocher , contre lequel ses eaux se brisent avecnbsp;)) une telle violence, quil sen élève comme un
-ocr page 444-n nuage de poussière jusqua la double hauteur gt;» de la cascade; ce qui l'ait aussi comme une pluienbsp;» éternelle dans tousles environs. Cette eau pul-n vérisée, forme avec Ie soleil, une infinité darcs-
» en-ciel..... On est, je vous assure , dans je ne
« sais quel étonnement h la vue de eet objet. La » rivière semble hater son cours avant qüelle senbsp;» précipite. Les flots s'empressent comme autantnbsp;» de désespérés, a qui partira Ie premier. Dèsnbsp;)) quils sont en Iair ils se brisent, ils bruient, ilsnbsp;)) écument, ils se choquent et se repoussent, ilsnbsp;» s'embarrassent les uns dans les autres, et tombentnbsp;)) enfin dans fablme quils se sont eux-mêmes ap-» profondi , et ils en sortent tout furieux , 1unnbsp;}) par louverture dun rocher , 1autre par unenbsp;)) autre, lis sen vont après cela en grondant etnbsp;« en murmurant, et se mêlent enfin parmi lesnbsp;yi eaux de la petite rivière de iVem, quils gros-1) sissent pour le moins des trois quarts: cest ainsinbsp;» que finit le pauvre Velino Tom. I, pag, 335nbsp;et 336.
I78.5, pag. 601.
Spoleto OU Spoïete., assez belle ville, est située sur une montagne ; le chateau est fort élevé, jenbsp;Joiirn. hist, et vois la Calhédralc et lEglise de S. Philippe, quunnbsp;httér.j iS^Déc. treroblement de terre a fort endommagée en 1767-Ün grand nombre de maisons lurent renversées ;nbsp;mais les Eglises résisterent. Un aqueduc de troisnbsp;OU quatre cents pieds de hauteur (Misson le dit denbsp;63o pieds, tom. I, pag. Sda). II fournit leau a lanbsp;ville; il est entier et en bon état : je me suis pro-mené dessus. (^uelques jours avant mon arrivée,nbsp;un homme étoit tombé de haut en bas sans se faire
-ocr page 445-aucun mal; ce cjue mon cicerone ne manqua pas d'attribuer a une Image de la Sainte Vierge ,nbsp;placeea cóté de la banquette dans une petite niche.nbsp;Cest de la quon a précipité des milliers de Martyrs.nbsp;Voyez mon Diet. géog?\, art. Spolete.
Je rencontre quantité de pélerins, Italiens, Al-lemands, Francois, Polonois etc., qui vont a Lo-rette , ou qui en viennent : les Allemands sont les plus pienx. Le pays est plat jusquh Foligno,nbsp;eest-a-dire , durant ao milles dItalie(ioa iinbsp;lieues moyennes de France). Hansel fait honte anbsp;la poste qui veut le devancer.
PróT. 3o,
Cette partie de fllalie sappelle VOmbrie. Je suis accompagné , jusqua Foligno, par un homme dunbsp;peuple, a cheval, si poli et si raisonnable, quenbsp;)en suis étonné : il me parle de Dieu et de la Religion avec beaucoup de sentiment j de son ignorance et de sa simplicile avec candeur et avec unnbsp;jugement, que je ne trouve pas dans tous les phi-losophes. Jai frouvé dans ces contrées beaucoupnbsp;de personnes de ce caraclere ; jen louois la divinenbsp;Providence, qui a ses élus parmi les simples etlesnbsp;idiots, plulot que parmi les grands et les sages denbsp;la terre. Quoniam non cognovi lilteraturam, in-troibo in potentias Domini. Ps. 70. En general, lanbsp;anoyenne classe des gens est, en Italië, dun commerce aise, poli, sur , ayant des sentimens et desnbsp;égards marques pour les étrangers. Cette classe denbsp;citoyens est la meilleure chez toutes les nations;nbsp;cest Cette observation qui faisoit dire k Salomon :nbsp;Mendicilatem et divilias ne dederis mihi.
Foligno est une assez grande ville, La pluic est
-ocr page 446-suspendue, comme toujours, jusqua mon arrives, et tombe a verse, des que je suis sous toit. Dieu ,nbsp;qui a peut-êhe attaché ma sanctification auxnbsp;voyages, aux maux que jy souttVe, aux réflexionsnbsp;que jy fais , ma toujours accordé un tems favorable , et cela continua dune maniere étonnantenbsp;jusquen 1776 et 1777.
Le 16 Septembre , je laisse Assise k 10 milles k gauche , ma pauvreté ne me permettant pas lenbsp;moindre circuit : jaurois vu volontiers la bellenbsp;Eglise de S. Fran9ois et la Portioncule.
A Palo, je vois les cascades dun beau ruisseau qui descend dune haute montagne , fait diflérensnbsp;bouds, et anime plusieurs fabriques.
Voici de nouvelles Alpes. Cest un bras de lApennin qui me poursuit par-fout; on diroit quenbsp;peu content de dominer ces belles contrées parnbsp;son elevation, il veut encore les embrasser parnbsp;limmensité de sa chaine. LApennin est un fitsnbsp;des Alpes , auxquelles il est lié ; peut-être sonnbsp;nom est-il un diminutif des Alpes , quasi Alpen-ninus; peut-être est-ce Alpiuin penna; les mon-tagnes de Suisse feroient lautre aile ; en ce sensnbsp;on pourroit encore dire alia penna. Il y a dans lenbsp;Mundus subterraneus ^ une carte générale desnbsp;montagnes dé la terre et de leur cohérence : cestnbsp;le squelette du corps terrestre , suivant fidée denbsp;lauteur.
Sur le sommet de ces montagnes , on trouve quelques plaines fertiles. Les mendians me mau-dissent, paree que je nai plus rien k leur donner.
Je dine a Serra-Valle, qui est un trou horrible,
-ocr page 447-après avoir eu une assez mauvaise rencontre. Le Comte ^Ybarra me parlant, après mon retour ,nbsp;des endroits dangereux de rifalie , me nominanbsp;dabord Serror-P^alle. Un Dominicain sy perdit lenbsp;raême jour , et y fut tué ou enlevé : je rencontrainbsp;bien des personnes qui le cbercboient avec sonnbsp;compagnon = celui-ci étoit extrêmement em-barrassé.
Je dors k Belforle; la nuit mavoit surpris : un très-brave gar9on my conduisit avec un zele incomparable, et au-lieu dattendre une récompense,nbsp;il me baisa la main avec beaucoup de dévotion, etnbsp;senfuit. Je pensai me gater le sang dans un lit in--fectë ; jen portai les marques pendant quelquesnbsp;jours; mon excellent tempérament vainquit lanbsp;contagion, et le tont considéré, je suis convaincunbsp;que ce nétoit quun mal cutané, lel que la gale.
Le ï-j. Tolentino est une ville fort vieille et
peil belle ; mais elle est extrêmement renommée
pour avoir été le lieu natal de S. Nicolas de To-
lentin. Macerala est assez grande et belle : cest
dans cette ville que nos Peres ont commence la
dévotion des 4o heures , les trois derniers jours du
carnaval. Le pays devient meilleur ; on y trouve
dexcellentes gens , et quoique cela np soit pas
général , on ne peut que sétonner que des voya-
geurs aient pu en donner des idéés désavanta-
geuses *. Cest sans doute leur bonhomie chré- nbsp;nbsp;nbsp;Joum.
tienne , leur pieuse et dévote simplicité qui leur Mst. ethttér., i
^ nbsp;nbsp;nbsp;rSoT. l;82,pag.
a mérite cette injustice. nbsp;nbsp;nbsp;323.
Rccaimli, sur une monlagne, est passable : on
-ocr page 448-( 43o )
y voit, dans Ie mur dune grande maison , qui ma paru êfre la Maison-de-Ville , un monumentnbsp;dairain , qui représenle la Sainte Vierge ét lanbsp;maison de Nazareth , portee par des Anges, Jainbsp;taché den retenir linscription :
F^irgini Lauretance Quad Nazarenam stiam domumnbsp;In Ricineiensi territofio (i)
Fixam voluerit,
Senatus populusque Tanti benejicii memoresnbsp;yFneam hanc molem pp.
Ce pays est très-animé : on y rencontre une infinité de pélerins et de pélerines, qui tressaillentnbsp;de joie, qui chanlent et qui sannoncent par Ienbsp;bruit de certains tamboui's dune forme particuliere , pour avoir été a la sancfa Casa ; mais je nenbsp;vois ni ivrognerie, ni dissolution quelconque (2).
Je vois la mer et un long aqueduc : Lorette, situé a un quart de lieue de la mer , sur une col-line, est défendu par un rempart et de très-bonnesnbsp;tours. On ne peut dire combien cette petite villenbsp;est animée : les pélerins y abordent de toutesnbsp;les parties du monde; on dit quen certains jours,nbsp;on en a vu 200,000. Leva in circuitu oculos tuosnbsp;et vide. Omnes isti congregati sunt; venerunt tibi.. nbsp;Videbis el qfflues ; mirabitur et dilatabitur cor
(r) Loreto est aujourdhui iudépendatit de Recanati. (2) Des étrangers sont toujours sages dans des paysnbsp;inconnus; cest pourquoi les pélerins qui entreprennent denbsp;grands voyages, yivent sagement; et cest une raison pournbsp;ne point blamer ce genre de dévotiou.
-ocr page 449-Isai,, C. 60.
ilium... Kenient aurum etthus defcrenlcs, etlaudem Domino annuntiantcs. Réflexions sur la paix etnbsp;la sécurité qui regne a Lorelte , inalgré cette multitudenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;hist, et Utter., i Nov. 1782, pag. SaG.
Les habilaus de Lorette sont, la plupart, de très-braves geus , dune grande simplicité , droi-ture, piété, humanité etc., et eest peut-êlre cenbsp;qui a attiré la- sainte Maisoii chez eux préférable^nbsp;ment ii dautres nations. Cette foule de pélerins nynbsp;cause aucun désordre : leur piété, les démonstra-tions de penitence et de résipiscenoe , est un spectacle qui ne peut être indifférent a un yoyageurnbsp;Chretien. Belle reflexion dun pbilosophe tou-chant les remords, la pénitence, labsolutLon et lesnbsp;indulgences, Journ. hist, et litt., i5 Juill. 1789,nbsp;pag. 397.
La Cathédrale de Lorette est une Eglise superbe; rien ny a été épargné. Slxle-(^)uint, né dans la Marche-dAncóne , qui est lancien Agernbsp;Picenus, a donné un Evêque a cette ville , il anbsp;érigé la Collégiale en Cathédrale, et sest particu-liérement appliqué è. Iembellir. La statue de cenbsp;Pape est a cóté de la porte de lEglise : au milieunbsp;de la place est une belle fontaine. Le college desnbsp;Jésuites, les Pénitenciers, le palais apostolique ,nbsp;occupent le cóté gauche de cette place, qui estnbsp;Irès-belle.
La sancta Casa est au milieu de la Cathédrale ; elle nest pas fort grande; les murailles en sontnbsp;épaisses, balies de briques et de pierres , tellesnbsp;quon nen trouve point en Italië : on y a mis unenbsp;voute postérieurement ; elle est a Textérieur
-ocr page 450-revêtue des plus beaux ouvrages en maibre , oü les sibylles , les actions de la Sainte Vierge, Ienbsp;transport de la sainte Maison sont représentés parnbsp;les plus grands maitres. Derriere lautel on volt lanbsp;cheminée et un enfoncement dans la muraille, oünbsp;lon garde un habit et un petit vase de terre, quinbsp;ont servi, dit-on, k la Sainte Vierge. Un chanoinenbsp;eut la bonté de me faire voir cela en particulier,nbsp;et de faire retirer tout Ie monde.
Les murailles de la sancta Casa sont sans fon-demens , et immédiatement assises sur Ie pavé de fEglise. La statue de la Sainte Vierge est denbsp;cedre, et on la dit avoir été apportée avec lanbsp;maison : les murailles ont encore quelques restesnbsp;dune très-ancienne peinture , que lon attribue knbsp;Sainte Hélene.
Le 17 , i8 et 19, je suis occupé a examiner tout ceia. Le 19, je dis la Messe dans la sainte Maisonnbsp;pour Sa Majeslé 1Impératrice (*) : on dit cons-tamment quen entrant dans cette Maison, on senbsp;trouve comme saisi de lesprit de Dieu et de lanbsp;plus douce piété. On m'avoit dit la même chose denbsp;beaucoup dautres endroits; mals je ny avois jamais rien senti; il suffisoif même que je voulussenbsp;OU que je crusse devoir sentir quelque douceur celeste , pour que je ne senlisse rien du tout, et quenbsp;ma piété ordinaire se refroidil; mais cbaque foisnbsp;que je suis entré dans la sancta Uasn^ j'ai senti monnbsp;coeur senflainmer , concaluit cor mewn intra me,nbsp;et in meditatione ined exardescit ignis. Fueruntinihi
{^) Cétoit alors Iillustre Marie-Thérese.
lacrymcr
-ocr page 451-(*) Jc sens parfaitement que Ie yoyage de Lorette nest pas un voyage pliilosopliiqne; mais il est vrai cependaninbsp;quon y a vu des pliilosophes célebres. Montaigne, en quit-tant Rome , a pits également Ie chemin de Lorette : il ynbsp;passa même pres de trois jours j une partie de ce tems futnbsp;employé k faire construire un riche ex-voto, compose' denbsp;quatre figures dargent, 1une de la Vierge, devant laquellénbsp;étoient a genoux les trois autres , savoir, la sienne , eellenbsp;de sa femme et celle de sa fille , et a solliciter pour son ex^nbsp;voto j une place quil nobtint quavee beaucoup de faveur. Ce qui surprendra peut-être les beaux-esprits de cenbsp;siecle, cest que Montaigne y fit ses devotions. Autre sujetnbsp;détonncment : Montaigne croyoit aux miracles. Enten-dons-le parler lui-même :
1) II y avoit, dit-il, en même tems la Michel Martean , Journ. hist, el » Seigneur de la Chapelle, Parisien, jeune-homme trés- Aftór., i5 Jiiillet
riche, aveq grand trein; je me fis fort particuliérement nbsp;nbsp;nbsp;J'*'
)) et curieusement reciter, et a lui, et a aucuns de sa suite ,
1) Pévénernent de la guérison dune jambe, quil disoit » avoir eue de ce lieu; il nest pas possible de mieus nynbsp;» plus exactement former Ieffaict dun miracle. Tous lesnbsp;chirurgiens de Paris et dItalie sy étoient faillis; il ynbsp;avoit de.spandu {dépensé) plus de trois mille ecus : sonnbsp;genou enflé, inutile et très-dolureux, il y avoit plus denbsp;trois ans , plus mal, plus rouge , enflammé et enflé,nbsp;jusques a lui donner la fièvre; en ce même instant tousnbsp;autres mcdicamens et secours abandonés il y avoit jdu-» sieurs jours; dormant tout a coup, il songe quil e.stnbsp;» gueri, apele ses jans, se leve, se proraène, ce quilnbsp;I) navoit faict onques puis son mal; son genou désenflé,nbsp;a la peau flétric tout autour du genou et come morte, luinbsp;gt; alia toujours depuis en amandant, sans nullautre sortenbsp;;gt; deide, et lor.s il éloit en cet état dentière guérison ,
Tom. T nbsp;nbsp;nbsp;E e
site imposant et majestueux d une montagne, d'une vallée , dun ruisseau même, fait quelquefoisnbsp;éprouver de ces sortes d'éraotions, pouiquoi rie lesnbsp;éprouveroit-on pas dans des lieux que la Religionnbsp;et la piété ont consacrés 7
Le Predicant de Uuniade , dont j'ai déja parlé , me dit quil falloit détruire les Images , paree que,nbsp;ajouta-t-il, Uy a peut-être des sots qui les adoreni.nbsp;II citoit savamment fEcriture; mais je citois lenbsp;soleil et la lune , que tant de nations ont adorés etnbsp;adorent encore , sans que le Seigneur les détruise.nbsp;Au reste, a Lorette , je nai remarqué aucune superstition ni puérilité dans la devotion des peoples.
Le trésor de cette Eglise remplit une grande salie : tout y est dans le plus bel ordre; je ne puisnbsp;en imaginer le prix , ni en décrire 1'incroyablenbsp;magnificence. On trouve de petits livres imprimésnbsp;en différentes langues , ou 1on voit le détail desnbsp;richesses et de tout ce quil y a de remarquablenbsp;dans lEglise et dans la ville. Je cherchai un aiglenbsp;de brillaus , quon raavoit dit avoir été donné par
I) étant revenu ii Lorette; car cétoit dun autre voiage » dun mois ou deux auparavant (juil étoit gue'ri, et avoitnbsp;» été cependant a Rome aveq nous. De sa bouche et denbsp;« tousles si eiis, ilnesen peut tirerpour certain que cela ».
r.
Montaigne, lorsquil croyoit a ce miracle,, étoit agé de 5o aiis, et avoit fait scs JEssais. Je doute fort que nosnbsp;grands pliilosoplies le mettent désormais au noinbre denbsp;leurs confreres; ce bon homme avoit des préjugés, il seranbsp;rayéde la liste.Voyez le Journal de Michel Montaignenbsp;en Italië , par la Suisse et lAllemagne, en 158onbsp;et i58i , arec des notes ,par Mr.de Qwe/ Jore.Paris, ebez
-cjai, 1774
-ocr page 453-Ie Roi cle Prusse , el uii vaisseau dor, présent duii Sultan Turc; mals je ne pus trouver ces deuxnbsp;pieces, et Ton massura qn'elles ny avoient ja-anais élé.
Voltaire condamne et ridiculise ces offrandes ; e, rears de VóP il fait prononcer la-dessus des oracles a Socrate; taire,tonunnbsp;niais ces trésors , outre quils sont un monumentnbsp;respectable de la piété et de la gratitude des Chretiens , sont encore une ressource bien grande pournbsp;lEgHse et pour lEtat, dans des nécessités ex-trêmes ; deposes dans un lieu moins sacré, ilsnbsp;nattendroient pas les grands besoins pour êfrenbsp;employés et dissipés. Un jour quun homme dunbsp;siecle se plaignoit de la prétendue inutilité de cesnbsp;trésors consacrés h Dieu , je lui dis : Pourquoi cesnbsp;richesses qui brillent autour du corps et sur lanbsp;toilette des dames du grand monde 7 Cest lanbsp;mode, me répondit-il. Mais , repris-je , pourquoi la mode, qui honore la mémoire, les reliquesnbsp;OU les portraits des Saints, est-elle plus blamablenbsp;que celle qui nourrit la vanité des méchantes femmes?... Dans une misere publique, lEglise ouvrenbsp;ces dépots de la piété, et emploie au soulagementnbsp;des hommes, des richesses sanclifiées par 1ac-ceptation de Dieu; au-lieu que les toilettes nenbsp;servent guere k ces sortes daffaires.
Jourm hist, et littér. , I Mai
1783, jjag. 5J-
Le i8 au soir, je vais k cheval avec Ie péni-lencier Allemand et le P. Jurein, de la province de Bohème , au port de Recanati. Ce port nestnbsp;quun abordage , on il y a un petit fort, pournbsp;ecarterles corsaires : ceux-ci nosent pas trop ha-zarder Tentree de cegolfe, oü les Vénitiens et les
E e 2
-ocr page 454-galeres clu Pape , de Naples etc. les eniermeroient et en rendroient bon compte ; maïs sil prenoit anbsp;la Puissance Ottomane urie envie séiieuse de sem-parer de ce riclie trésor, rien ne seroit, semble-t-il, plus aisé. Loretle peut résister ^ un coup denbsp;main, inais point a une armee. 11 paroit que lesnbsp;Turcs sont plus délicats que nous en matiere denbsp;procédés; jentends les procédés publics de l'Etat,nbsp;et non la conduite générale de la nation. Jai vu unnbsp;homine pieux, qui regardoit la,conservation dunbsp;trésor de Lorette comine un miracle.
Le i() Seplembre je pars pour Ancónej mais avant de quitter Lorette , il faut dire un mot de lanbsp;translation de la sainte Maison, et de la plaisantenbsp;idéé de Mr. Misson.
I ;88, pag. 84.
Joum. /list. et translation dune maison depuis la Palestine , i5 Sept. jusquen Dalmatie, el de la en Italië, est une chosenbsp;qui ne Irouvera jamais croj^ance chez nos pliilo-soplies , et k Dieu ne plaise que je veuille leur ennbsp;parler : cc nest point au resle une chose quon nenbsp;puisse nier, ou qui soit de toi. Les indulgences,nbsp;les fêtes etc. , ne prouvent pas incontestable-üient ce transport ; une opinion pieuse suffit pournbsp;établir une fête, une indulgence etc. y lobjet dunbsp;culte est d'ailleurs assuré. Quand la descriptionnbsp;allemande de Lorette traite dhérétiques ceux quinbsp;nient cette translation , je la trouve aussi impertinente en ceci, que lorsquelle dit du mêine ton,nbsp;que lAnge Gabriel -annonca dans cette maison knbsp;la Sainte Vierge et sa prochaine mort et llncarna-tion du Verbe. Odi prqfanum vulgus et arceo.nbsp;Lun est une vision , lautre une vérité ou du
-ocr page 455-moins une probabilité respectable et autorisée,
Lorsque la mort de Marie fut prochaine , cette Sainte Vierge étoit bien loin de la maison de Nazareth.
Prcef, in Da-nielem.
Saint Jérónie fait difficulté dadmettre Ie transport dHabacuc, et sembie approuver les raison-nemens du Docteur Hebreu sur la fausseté de ce miracle. Ce savant Pere de lEglise croyoit quenbsp;cette partie de Daniel néloit pas canonique , etnbsp;la chose alors nétoit pas décidée. Quauroit-ilnbsp;done dit de la translation de la sainte Maison ?
Saint Jéróme ne sembie pas avoir réfléchi h len-lévement de S. Philippe, jdet, VIIl, f, dq.
lub. , C. g.
Nimporte quil nait pas été transporté aussi loin qu'Habacuc ; Ie plus ou Ie moins ne fait pas laf-faire. Dieu dans sa colere transporté les monta-gnes pour accabler les impies, Qui tj-anstulit monies, et nescierunt hi quos subverlit in furore suo,
Sa bonté nauroit elle pu rien faire de semblable pour dédommager les Chretiens de la perte desnbsp;Lieux saints, pour aiiimer leur piété,pourhonorernbsp;sa demeure terrestre. La devotion si générale etnbsp;si décidée de lous les peuples envers cette Maison,nbsp;poLirroit être une espece de preuve , malgré cenbsp;qu'en disent Misson et du Verger.
Vovez
Le docte et pieux Lassels, dit Misson , proiwe In vérité de ce miracle par la toute-puissance denbsp;Dieu. Cela est faux; mais il en prouve la possi-bililé , et efface les préjugés que la difficulté denbsp;ce transport fait raitre. Je ne répéterai pas ce dus-Fluliuslcanbsp;que dit Turselin de eet événement dans son élé- gt; Turna-
. -tt* nbsp;nbsp;nbsp;*1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nus, Raynaldus,
gante ilistoire, ni les preuves qud étabht pour en MartorelU.
Ee 3
-ocr page 456-( 438 )
((eriuader la vérité; je ne copierai pas nou plus ce tjue jai écrit il y a plusieurs années a ce sujet;nbsp;jajoute 1. que la statue de la Sainte Vierge estnbsp;de cedre, et quil n'y a jamais eu de cedre ennbsp;Italië , quon repi'oclie même a Virgile dy ennbsp;avoir mis.
2». Que Ie reste des peintures est d'une très-grande antiquité , et que depuis plusieurs siecles, au SU et au vu de tout Ie monde , ce ne sont quenbsp;des restes. Si Lassels prouve mal la translation parnbsp;ces restes, ces resles prouvent du moins la folie dunbsp;systême de Misson toucliant Boniface Vlfl.
3°. Que ces pieuses peintures font assez voir que ce nest point un batiment profane.
4°. Que la cheminée fait voir que ce nest point une chapelle.
5°. Que la malson est sans auGun fondement, rez de terre. Misson dissimule ce point.
ü°. Que les pierres et les briques sont si diffé-1 entes des italiennes de fous les tems, que Misson est oblige de dire qu'elles ont été choisies «veenbsp;affectation. Tom. I, pag. 3io.
7, La sainte Maison est siluée d'orient en Occident, ce qui, selon la remarque même denbsp;Misson , est très-rare dans les Eglises dItalie.nbsp;Ibid., pag. 312.
8. Depuis ce transport, on ne parle plus de la m-iison de Nazareth en Palestine, quoique les anciens en aient beaucoup parlé, comme Nicephore,nbsp;Evodius , S. Epiphane, S. Grégoire de Nj'sse ,nbsp;¦S. Jean de Damas , S. Jéróme, Ie venerablenbsp;Egde eic, Le Cardinal de Vitry y a dit la Messe,
-ocr page 457-S. Louis, Roi de France y a communié. Au reste, je ne donne pas ces raisons comme des demonstrations; ce fait nen peut avoir. 'Les conjecturesnbsp;peuvent venir au secours dune croyance déjanbsp;établie.
Un officier me demanda nn jour en plaisantant, pourquoi on navoit pas retenu cetle Maison anbsp;Fiume en Dalmalie ; pourquoi on ne I'avoit pasnbsp;arrêtée ? Je lui dis ; Monsieur, si une maisonnbsp;savisoit de partir, vous seriez bien embarrassénbsp;pour la retenir : la difficulté de la translation nestnbsp;pas la.
Addisson, dans Ie Supplément au Voyage de Misson, dit simplement que ce voyage est une imposture ; mais il désespere de Ie prouver. Missonnbsp;croit être plus lieureiix , et dit que Boniface VIIInbsp;fit batirla Maison en une nuit,et que Ie lendemainnbsp;il déclara que cétoit celle de Nazareth : et il senbsp;fonde sur la mauvaise vie de ce Pape (1).
Ni Tune ni 1autre des deux translations ne se fit sous Boniface VIII. Elle fut transporlée de Nazareth en Dalmatie sous Ie Pontifical de Nicolas IVnbsp;en 1291, que Saladin ayant pris Jerusalem, chassanbsp;tous les Chrétiens de la Syrië. De la Dalmatie ellenbsp;fut apportée en Italië en 1294 , sous Céleslin Y.nbsp;Boniface ne fut élu quaprfes 1abdication de Géles-tin, lamême année i294- Mais outre eet anachronisme , voici Iabsurclité de la pensée de Misson.
La mémoire de Boniface peut ètre solidement justi-fiée, quoiquon ue puisse nier quil nait éte' uu pcii em-porté. Voycz Series Rotnanorum Pontificum, a P. Kolb,
S. J.
Ee 4
-ocr page 458-X*. Quand Ie batiment auvoit pu être achevé en une nuit, la chaux et les autres matériauxnbsp;eussent-ils pu être préparés en si peu dheures?
2°. Combien dliommes y auroient travaillé? Le secret auroit-il été bien confié ii cette multitudenbsp;dames vulgaires , viles peut-être? Si on les a jetésnbsp;dans la mer , comme ma dit un petit-maitre, parnbsp;qui7 par combien d'hommes? Ceux-ci y ont éténbsp;jetés aussi sans doute , et par qui ? par dautres, etnbsp;ainsi cl linfini.
3o. La chaux on plutót le ciment, peut-il sécher en si peu de tems 7 Et le lendemain ce batimentnbsp;neut-il point paru tout frais et tout neuf 7
4°. Comment y afficher les débris des vieilles peintures ?
5o, Pourquoi en ce cas faire les mnrailles si épaisses '!
6°. Comment en si peu dlieures choisirles briques fiX'cc affeclation 7
no. Les Palestinois nauroient-ils pas réclamé en faveur de la vraie Maison de Nazarelli7 Les Sara-zins eux-mêmes nauroient pas consent! a celienbsp;perte qui les intéressoit beaucoup.
8o. Le transport de la sainte Maison en Dalma-tie est aussi re9u , que celui de Fhime a Lorette. Le systême deMisson nembrasse point cette partienbsp;de riiistoire quil pretend expliquer.
Misson se dit Calviniste ; mais la maniere dont il parle de Jesus-Christ, et de certaines observations physiques , décelent son esprit anti-chréliennbsp;el son matérialisme. 11 déteste la Religion Catho-lique , et il sent dans son arae qu'il nen a point
-ocr page 459-dautre ^ lui opposer. Que devenir done? Que ne parle-t-il de la sainte église Calviniste ? Pour dis-tinguer ces sectaires des Lutliériens , il est obligénbsp;de les appeller Calvinistes. Les Catholiques gardentnbsp;leur nom au milieu de ses emportemens.
Ladvocat a raison de dire que son ouvrage est Jort mawais ses peintures démonlrent la corruption de son cceur abominable ; il a compose lesnbsp;fables les plus absurdes pour lui donner lessor : ilnbsp;y a sur-tout un endroit oü la luxure et la contradiction se disputent Ie prix; enfin eet ouvrage conduit directement a limpiété. Si lon en óte les re-liques , les images , les papes et la papesse, ilnbsp;restera bienpeu de chose, Sa fureur anti-catholiquenbsp;Ie fait donner dans des exces et des aveuglemensnbsp;inconcevables. Par exemple , torn. II, pag. zo5 ,nbsp;voulant k toule force ressusciter la papesse , enter-rée par Blondel, par Courcelle, par Bouxhorn ,nbsp;par Coringe , par Cavée , par Schoock et tons lesnbsp;Protestans savans et modérés , il dit que cest unenbsp;chose plus obscure et plus difficile de savoir sinbsp;famphithéatre de Vespasien nest pas Ie temple dunbsp;soleil, que sil y a une papesse , et que Martin denbsp;Pologne a bien pu se tromper dans 1un sans senbsp;tromper dans fautre. La fable de la papesse estnbsp;postérieure k Martin de Pologne , elle a été insé-rée dans son ouvrage par une main étrangere :nbsp;elle ne se trouve pas dans Ie manuscrit royal denbsp;Paris j on 1y a ajoutée après coup , de laveu denbsp;Blondel (1). Je crois avoir vu chez Ie Baron de
Saumaise sétoit vanté que si on lui donnoit fecrit
-ocr page 460-wfart.feot marginale , iom. 11, pag. zoS.
Cler , a Liege , un anlre exemplaire imprimé oü la papesse se trouve écrite h. la marge. Missen lui-mêmeparle dun manuscritqui porie cette addition
Quil fait pitié par la maniere dont il se defend, a la même page !nbsp; A la page 222 , il pretend qunne bonne femmenbsp;est aussi légitimement pontife quun méchantnbsp;homme; car cest la en effet ce que dit son gali-mathias.
Je lui passe de compter entre les reliques de Rome , les cornes de Moïse , les rayons de 1 etoilenbsp;des Mages , les hans de S. Joseph (1 2) , Ie son desnbsp;cloches de Jérusalem; paree quen effet on trouvenbsp;en Italië et ailleurs des reliques de celte nature ,nbsp;comme on voit k Jérusalem la pierre que les batis-seurs ont rejetée. Lapidem quem reprohavenmtnbsp;cedijicantes , hic Jactus est in caput anguli. Matth.nbsp;21,5?, 4^- Pour ce qui est de 1arche de Noé ou denbsp;lArche dalliance quil place h S. Jean de Latran,nbsp;je suis Irès-persuadé que cest encore une de sesnbsp;visions. Ce quil dit de l'ane de Vérone , est unenbsp;imposture énoi'me. Je garde la letlre queleRecteur
de Blondel, il Ie dissiperoit en soufflant dessas; mais Ie livre lui ayant été domie', il ve'cut six ans saus y répoudre,nbsp;et sans quon. ait trouve' après sa mort un seul mot denbsp;lui sur cette matiere. Rivet plus sincere que Saumaise ,nbsp;a écrit quil doutoit quon put réfuter Ie livre de Blondel,nbsp;k la satisfaction dun lecteur éclaire'.
Hart. ou plutót ahan , air qui sort avee briiit dc la poitrine dun homme qui fait de grands efforts, par excmplcnbsp;en abattant un arbre, en fendant du boisetc.
-ocr page 461-(*) En 1771 , jai vu au college de Mons en Hainaut, uue carte de Jerusalem iinprimée et peinte. Tous les anciens monuinens sy troiivoieiit, et la pierre angalairenbsp;étoit placée sur les remparts a la droite du lecteur ,nbsp;prés du tombeaii de Dayid, n*. i54, avec ces paroles:nbsp;La pierre angulaire. Cette carte est dédiée d la Reine,nbsp;msre du Roi , par H. Jallot , Paris, 1678. On y voitnbsp;aussila maison du mauvais riche et de Saiute Véronique,nbsp;et aussi la fdle de Sion.
II ny a rien dans Ie Nouveau ni dans 1Ancien-Testa-inent, quon ne prétende avoir. II est vrai que la piéta trop simple du jieuple ncst point un crime j quil vautnbsp;mieux pe'clier par eet excès que par 1autre, et quaprèsnbsp;tout on ne reVere ces cltoses que conditionnellement etnbsp;dans la supposition quelles sont ce quon dit. II faiit 1a-vouer ; il y a quelquefois de quoi se faclier et quelquefoisnbsp;de quoi rire ; ce sont des choses évidemment siipposées,nbsp;fausses, ridicules et impossibles.
Jajouterai a cette note une remarque importante en cette matiere : clle est du P. Ménestrier, la Revise dunbsp;Roi justijiée etc., Paris, 1679, pag. 6g. « Dans les re-)) presentations chretiennes, dit-il, qui se faisoient il ynbsp;1) a deux ou trois siècles, dans les processions et les places
)) publiques..... On représentoit la Passion du Fils de
» Dieu, et les Histoires du Yieux et du Nouveau Testa-» ment. Et paree quon gardoit dans des Eglises ou dans » des Monastères les meubles et les babits qui servoientnbsp;» a ces representations, on a cru dans la suite des tempsnbsp;» quils étoient les mêmes qui avoient servi dans des tempsnbsp;» plus recnlés, aux personnes dont on représentoit lesnbsp;» actions en ces spectacles. Ainsi Pon voit encore sur lanbsp;» face extérieure dune ancienne Eglise de Vienne ennbsp;w Daupliiné, ces paroles écrites ; Ici est la poinine du
-ocr page 462-II négligé la majeslé d'un temple et de la liturgie Catholique, pour aller chercher dans la sacristie OU dans un coin de léglise quelque tableau ridicule. II appelle Ie Psaulier de la Sainte Vierge et dautres Oraisons semblables , wie impiéfé mons-irueuse. Cette critique est excessive et tient de lanbsp;fureur; on lui pardonneroit plutót de dire une piéicnbsp;monstrueuse. II invente , il embellit mille histoiresnbsp;scandaleuses , mille contes absurdes , pour étouf-fer limpression que lantiquité , la grandeur , lanbsp;sainteté de la Religion Catholique font sur lui.nbsp;Bourdaloue remarque que cest la Ie génie et lanbsp;pratique de tous les incrédules.
Pag. 222 , toni. II : Ze sang des Papes, dit-il , en gênéral est horriblement corroinpu, ainsi quenbsp;Vwouent tous les historiens, de quelque religionnbsp;quils soient. Peut-on porter plus loin limposturenbsp;Journ. kist. et gj. pimpudence 7.... Leur gouvernement, dit-il ,
littér. , I Jum nbsp;nbsp;nbsp;1nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' Jnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;°nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;TI
P^S- 779* nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;matheureux. Rt toule
la terre sait quil peclie par un excès de douceur. II entre après cela en frénésie et dans les transports de sa manie, il articnle ces beaux vers :
Servierant tihi , Roma , prins Domini Dominorum ;
Servorum servi iihi sunt nunc, Roma, tyranni.
» sceptre de Pilate ; ct on monU'c k S. Denys la laii-» terne de Judas. Cest ainsi qua Aix en Provence on » a Ie Veau dor, les Articles du Symbole des Apötres,nbsp;» la harpe de David, ct cent au tres clioses semblables ,nbsp;)) qui servent aux representations qui se lont tons les ansnbsp;)) Ie jour du Sl.-Sacrcment».
De his reprasenlationibus multa apud Paquot, in tract. Molani de SS. Imag., pag. 5oo,
-ocr page 463-Que dire? Nee satis apparet, an mlnxerit in pa-trios cineres , an triste bidenlal moment incestus j certe furit. Horat. , art. poet,
Addisson, autre Calviniste, a en horreur de tels écarts , et releve Misson dans le Supplément auxnbsp;Voyages etc, pag. 126, Leur prince (des Remains,nbsp;le Pape sentend) est ordinairement un hoinme dénbsp;grand saroir et de grande vertu , parvenu d la ma-turité de Iage et de l'expérience ; qui a rarement ounbsp;vanité ou plaisir d satisfaire aux depens de sonnbsp;peuple f et nest embarrassé ni dejqmme nidenfans,nbsp;ni de maitresse. Cette réflexion peut sappliquer inbsp;tous les Princes ecclésiastiques. Malheur au peuplenbsp;dont le Jioi est enfant. Eccle. 10 , f. 16, Journ.nbsp;hist, et littér,, i5 Mai pag. S4.
Est-ce aveuglement ? est-ce ignorance complete du génie de Luther , qui lui fait nier que la priere-écrite de la propre main de ce fougueux et luxu-rieux liérésiarque , k la fin de sa Bible que Tonnbsp;conserve au Vatican , soit réellement de lui? IInbsp;convienl qae la priere est de la même main quenbsp;toute la Bible. Or , on na jamais nié que la Biblenbsp;ne fut écrite de la main de Luther. Commentnbsp;nier que la priere ne soit également de lui? Missonnbsp;le nie , et cela dun ton de maitre , sans en appor-ter dautre raison , sinon que ce seroitfaire passernbsp;Luther pour un débauchc. Quen pouvons-nous ?nbsp;Luther ne l'a-t-il pas été publiquement, et denbsp;1aveu de presque tous les Protestans 7 Que Missonnbsp;sen prenne kAurifaber,qiii nous enapprend millenbsp;choses curieusps, et aux ouvrages de Luther mêmenbsp;qui décelent k chaque page la conoiption de son
-ocr page 464-cceur aussi bien qiie les 1ureurs de son esprit: Misson est done bien ignorant dans lhistoire denbsp;Liitlier. Four rooi jai fransoil autrefois cette bellenbsp;priere , que jai trouvée dans un auteur Luthérien ,nbsp;Chrétien Juncker, vita Lutheri, pag. aaS. Le bonnbsp;Juncker ne sail que dire , sinon que Misson nenbsp;charge pas Luther de cette priere. 11 est constantnbsp;qu'il ny a point de priere possible , plus conformenbsp;a la vie , aux discours , aux écrits et a toute famenbsp;de Luther;
O Gott , durch deine guhte ,
Bescher uns kleider und hu te;
Audi incEntel und roecke ,
Feite hcelber und boecke j Odisen schaffe und rinder ,
Viele weiher, wenig kinder.
Sclilechte speise und tranek Madieii einem das jalir lang.
Cest-a-dire : « O Dieu ! par votre bonté , pour-)lt;¦ voyez-nous dhabils , de chapeaux , de capotes )i et de manteaux 5 de veaux bien gras, de cabris,nbsp;» de boeufs, de moutons et de génisses; de beau-)) coupde femmes et de peu denfans. Bienhoire etnbsp;)) bien manger est le vrai moyen de ne point sen-« nuyer ». Quon décide ce qui l'emporte ici,nbsp;lindécence , Iimpiete , la luxure ou la gourman-dise. Jtt oratio (jus fiat in peccatum. Ps. 108 , . 7.nbsp;JVon potest arbor mala bonosJ'ruclus Jcicere. Matth.nbsp;7. Progenies viperarum qiiomodb potastis bonalo-qiii cüm sitis mali ? Ex abundantid enirn cordis osnbsp;loquitur. Matth. in , Jq.
(^uoique Misson soit Calviniste , et par conséquent aussi éloigné de Luther que du Pape , il fait
-ocr page 465-eomme lous les liérétiques, comme tous les incrc-dules , dequelque secle, de quelque système quils soient. Ils se réunissent toujours centre la vraienbsp;Eglise, et se défendent mutuellement, se comblentnbsp;déloges etc. Beatificant et beaVficantur. « Dans lesnbsp;» divisions, dit Bourdaloiie , ils suivent toujoursnbsp;n Ie parti de lerreur ».
» Sil (Misson) n est pas mieux instruit des prin-j) cipes de sa secte quil Test des usages de la Re-n ligion Catholique, contre laquelle il ne cesse de )) déclamer a tort et a travers ; il est k plaindre denbsp;» professer une religion quil ne sait pas. II nennbsp;n imposera k personne de bon sens , et ne feranbsp;» paroitre que de lignorance ou de la mauvaisenbsp;)) volonié dans ce quil avance contre la nótre ».nbsp;Labat, Buoyage dItalië, tom. VII, pag. 182.
Enfin void Ie jiigement que porte de ce voyage de Misson , Ie Nouveau Diet, hist., compose parnbsp;une société de philosophes : « Get ouviage, ainsinbsp;» que tons les ouvrages de Misson , est fort mau-» vais , et rempli de contes pitcyables sur lanbsp;n croyance de IEglise Romaine : il a plus fait denbsp;)) tort a son auteur quk la Religion Catholique,nbsp;)) Misson étoit né avec beaucoup desprit et denbsp;n raison ; mais le fanatisme changea ces qualilésnbsp;» en enthousiasme et en délire ».
Cen est assez. Ayant fait le voyage de lItalie , je devois ces remarques sur celui de Misson :nbsp;cétoit alors le Voyage dItalië le plus connu j onnbsp;navoit pas encore celui de Lalande , de lAbbénbsp;Richard, de Coyer, de Gruys etc. Celui de Labatnbsp;étoit devenu rare. Je devois, dis-je, ces remarques , non-seulement comme voyageur et ami
-ocr page 466-de la vérifé , niais comme Caiholiifue et comme Chretien. Au reste je n'ai dit que la inillieme pavtienbsp;de ce quil y auroit a redire a eet onvrage absurde,nbsp;dont Ie style coulant et safyrique, les citationsnbsp;poétiques a perte de vue , ont gagné bien desnbsp;lecteurs inconsidérés.
Le ig Seplembre , je suis avant midi k Aneóne la citadelle est sur la montagne, ainsi quune partienbsp;de la ville. Celle ville est grande : elle a un longnbsp;aqueduc et un port bati par Trajan , augmenté etnbsp;réparé par Clément XII. Sur le Molo se voit unnbsp;are de triomphe de IEmpereur Trajan. Ce quenbsp;Misson dit des Moines qui demanderent ce monument , est une fable : eet are est simple et asseznbsp;petit. Je ny ai pu lire que le mot Germanico.nbsp;Misson dit que Iinscriplion en est encore très-par-laite. Je men prends done a ma vuebasse et foible,nbsp;et je transcris ici cette inscription de louvrage denbsp;Misson , lom. I, pag. 3o4.
Imp. Cass, divi Nervee.
F. Nervw. Trajano optimet (jrennanico Daciconbsp;Pont. Max. Tr. pol. xriis,
Imp. XI. Cos. VII.
Pp. propïdentissimo Pi incipi S. P. Q. R.
Quód adcessum Italiw Hoe etiam addilonbsp;Ex pecunia sud porlu jnbsp;Tutiorem napi^antibus reddiderii.
A gauche : c Mareinbsp;Sorori Aug.
A droite ;
Diva: Marcianco Aus.
O
PlotincE Aug.
Conjugi Aug.
On voit h. Ancóne des Turcs, des Grecs , des Jiiifs etc. Sur la place de St.-Dominique , la statuenbsp;de Clément XII , dont le piëdestal porte s
dementi XII Pont. Max.
Oh extnuctas ad pestem Avertendam
In medio inari amplinsimas cedes j Productum tutioremqne factumnbsp;I'rajani portuin etc.
S. P. Q. A.
Slatuam p. p.
Vers le soir je vais examiner mon vaisseau , qul nest quune tartane : il partira demain au soir, etnbsp;je perds ici mon terns.
Le 20. Je renvoie k Lorelte, avec un grand creve-coeur, mon brave Hansel, que ma pauvreténbsp;mavoit obligé de vendre en cette ville, k condition qu'il me porteroit encore a Ancóne : jai re-gretté cette perte plus que je ne saurois dire , etnbsp;des ce moment mon voyage a été mallieureüx etnbsp;retardé par-tout par mille inconvéniens.
Hansel étoit un cheval vraiment rare , qui mérite des louanges égales k celles de Bucéphale ; que ne pnis-je le faire sculpter par un Phidias ounbsp;par un Praxitele , et le placer entre les deux Bu^nbsp;céphales de Monte-Cavallo l Je nai pas honte denbsp;parler de ce quadrupede : Ia philosophic ne dé-daigne aucun être ; la fran^oise même n'aime lesnbsp;hommes quen qualité detre (1). Le voyage de
Ah ! je vous aime , mals cest en qualité dêtre , dit une mere a sa Idle. Conv. des Nouv. Philos. Lanbsp;philosophic chrétieune uourrit la seasibilité pour 1«»nbsp;Tom. J.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ff
-ocr page 468-Rome et de Lorelle avoil jelté les plus grands désirs dans riion coeur; Hansel é'oit Ie clieval des-liné k me faire faire ce voyage si chéri et tantnbsp;souliaité : il métoit devenu si fidele, si attachénbsp;par les bons traitemens que je lui faisois, et par lanbsp;continuité de ma société qu'il avoit souvent nuitnbsp;et jour , quil ne soutfroit que moi, quk ma voixnbsp;et k ma vue il hennissoit et donnoit les plusgrandesnbsp;marques de joiej il me siiivoit dans les chambresnbsp;sans que je pusse fempêcher. A Rignano, très-fatigué et pressé du besoin de manger, il quittanbsp;1avoine et lange, oü javois oublié de lattacher,nbsp;vint me trouver dans la chambre ou je soupois,nbsp;et jelta lépouvanfe dans toute la niaison ; il couroitnbsp;aprës moi, comme un cbien , par les plus grandes'nbsp;villes j malheur a qui auroit voulu Ie toucher ; ilnbsp;faillit demporler Ie visage a un Pandoure a Peter-JVaradin ; quatre k cinq personnes ne purent Ienbsp;ferrer k Bologtte ^ il rompit bride et cordes ; eanbsp;ma presence et a ma voix, cétoit un agneau quinbsp;laissoiltout faire. Ccst avec raison que Richelet,nbsp;dans son D/dlunnaire ^ donne cette courte et honorable définilion du cheval : Animal qui a de la.
],yèteamp;.Novil justus jumentoriini suorum animas; viscera autern impiorum cnulelia. Prov. 12. Lliomme chrétiennbsp;conserve même pour les animaiix un genre de sensibiliténbsp;approuvée dans les saintcs Lettres, et fondée sur 1ide'enbsp;dun Mailre souverain, qui communique 1existence et Ienbsp;sentiment a tont cc qui respire. Limpie, qui nappcrjoitnbsp;autre cliose dans f homme et dans la brute, quuii capricenbsp;de lainatiere , cn fait, par unc consequence très-juste, Ienbsp;jouct de scs pas.sious ft de sa malfaisante humeur.
-ocr page 469-docüité, da la ménio'ire , da cccur^ de Vamour, de la reconnoissance.
HanselSiYoW la marche si belle, si noble, si clif-. férente de celle des chevaux italiens , quil atüroitnbsp;tousles regards. Jentendois par-tout : IIhello ca-Vallo ! forte cavallo , polcherrimo cavallo, Quandnbsp;jetois enfré dans une ville , on ne parloit que denbsp;Hansel, on accouroit pour le voir, pour Iachelei^nbsp;sil étolt possible. Le Recteur de Trieste me ditnbsp;plusieurs fois que jen aurois 5o ducats , si jenbsp;voulois le laisser dans cette ville. Mais Lorette est*nbsp;Iendroit de la terre le plus ennemi des chevau.x ,nbsp;sur-tout cette année, que le foin sy vend au poidsnbsp;delor. Que ne fait pas la pauvrete, Iindigence!nbsp;Duris urgens in rebus egestas. Magnum pavperiesnbsp;opprobrium juhet quidlibet et facere et pad. Cinqnbsp;ducats furent le prix de Iincomparable Hansel;nbsp;animus meminisse horret, luctuque refugif. Jainbsp;grandement manqué centre ce sage avis de 1Ec-clésiastique : Pecora tibi sunt, attehde Hits; et sinbsp;sint utilia , persererent apud to.
II avoit été mon fidele compagnon dans cette longue route ; il avoit partagé également mesnbsp;bonnes et mes mauvaises aventures, loujours content , toujours prêt a marcher , a galoper , h dis-puter le prix a tous les chevaux de la terre; ilnbsp;inavoit épargné deux cents ducats ; enfin, jcnbsp;1abandonne après lavoir expatrié h 600 lieucs denbsp;la Moldavië , dans un pays oü il sera condamné anbsp;la paille , aux mauvais traitemens , a la miserenbsp;pour le reste de ses jours 5 et de plus, le poidsnbsp;enorme du Pénitencier qui je lai vendu , doit
accabler Ie pauvre animal. Je l'avois acheté apvès la mort de son premier maitre, tué a Rodnau; ilnbsp;quitte sa patrie , pour périr dans une terre étran-gere après Ie départ de son second maitre. Cestnbsp;justement hoe pereunie Jïigis, hoe fugiente pens,nbsp;Jai écrit une longue lettre en sa faveur a son troi-sieme maitre : il jna répondu que Hansel seroitnbsp;tout autrement traité que les chevaux de ce pays-Ik, quil auroit fous les jours de lavoine etc.
Hansel me porta encore jusqua Aneóne, jam non mens ; de Ik je Ie renvoyai, sans vouloir lenbsp;voir partir.
.....Htc omnis curwque vieeque levamen
Ilanselium einitto. Sic me peen» optima fessum
Deseris , ó mecum tantis erepta periclis !
Non Ybarra mens, ciiin multa hoirenda moneret
Nos mihi preedixit luctus.
jEneid. 3.
Je devois cette digression k mon Hansel : la gratitude exige et Tequité même, quil soit parlénbsp;de lui dans la relation dun voyage dont il a éténbsp;rinstrument, et quel instrument!
His saltern, accuinulem doms et fungar inani
Munere.
ViRO. VI JEneid. in fine.
Laimable Providence dispose tout k 1avantage de ses élus : si eet animal mavoit ramené en Tran-sylvanie et ensuite dans ma patrie , jaurois eunbsp;pour lui un attachement incompatible a vee manbsp;philosophie et mon état. Diligcnübus Deum omnianbsp;cooperantur in bonum. Déjk jai eu bien de la peinenbsp;k me défaire de Hansel IF, qui navcit pas pour
-ocr page 471-nioi les seatimeiis de Hansel1: 11 malraoit, mals il almoit tout Ie monde. Je me suis consolé dunbsp;malheur de devoir men défaire par ces mots dHo-race : Post equilem sedet atra cura. La conservation de ce bon animal nauroit pas laissé de menbsp;causer des embarras et des inquiétudes.
Après avoir vu Ie magnifique Lazarcto de Clément XII, qui est un pentagóne au milieu de la mer, pour loger les hommes et les marchandisesnbsp;condamnés a faire la quarantaine , nous quiüonsnbsp;enfin Ancóne a 9 heures dusoir (jabandonne lanbsp;maniere de compter les heures qui est dusage ennbsp;Italië : elle change sans cesse avec Ie coucher dunbsp;soleil, comme je 1'ai dit plus haut). Prowhirnurnbsp;portu , terrceque iirbesque recedunt,
A peine eümes-nous quitté Ie rivage , quuii scorpion se fit voir dans Ie navire , et se cachanbsp;aussi-tót: nous ne pumes Ie trouver, et les Italiensnbsp;en furent aussi inquiets que moi; ce qui me per-suada que eest une fausseté de dire que les scorpions ne sont pas renimeux en Italië (*), conténbsp;que jai souvent enlendu.
(*) Cest 1opitiion de Lalaiide. Ceux qui sont dans cetle persuasion, confondeut sans doiite les scorpions dItalienbsp;avec ceux des Antilles, qui ne sont pas dangcreux. Le pag. /jgö.nbsp;P. Labat en rapporte 1exemple suivant, dont il a été lenbsp;témoin oculaire : « Le mercredi, 2 Juin 16945 les char-)) pentiers démolirent la vieille église, pour eu employernbsp;)gt; los matériaux a ragrandissement dune m dsou , quenbsp;» louavoit projetté. ün deux fut piqué par un scorpion;
» ccia me fit peur , paree que je croyois quils étoieu t aussi n dangereux aux Isles, quils le sout en Europe; niais on
Le port il'y^ncó«e est joliment illumine tout Ie long du molo, il brille long-tems n nos j^eux : jenbsp;dors sur le tillac; le cable me sert de matelas ,nbsp;une voile est ma couverture ; ma provision pournbsp;tout le voyage est du pain et quelques figues. Jenbsp;.suis plus charmé de vivre en quclque sorte coramenbsp;mon cher Xavier, ou bien comme le grand Paul,nbsp;que si j etois traité et couché a la royale. Le froidnbsp;me gele, le vent nous arrête, ma compagnie estnbsp;des plus odieuses. Nimporte; il faut prendre courage. Mails ingentlbus obstare, dit Séneque, neenbsp;sa ver'lere ac retro dare. Et Virgile : Tu ne cedenbsp;malls, sed contra, audentior Ito.
Le 21, nous prenons terre a Slnlgaglia, petite ville , avec un bon canal, qui lui tient lieu denbsp;port; cette ville est célebre par ses foires. En 1774
a massura le contraire, et jen vis 1expérience; car le bras rt du charpentier , qui avoit été piqué, neufla pas autautnbsp;1) que sil avoit été piqué dime guêpe. On se contenta dynbsp;» mettre uiie coinpresse avec de 1eau-de-vie: cela 11e 1em-» pccha pas du tout de travailler; il itiassura que Ianbsp;» doulcur quul sentoit, étoit fort médiocre , ctlesoir, ilnbsp;5) me lit voir son bias tout désenflé et sans douleur a.nbsp;V'oyage aux Isles frangoisea de lAniérique , tom. I,nbsp;pag. 4l3,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Erreur semblable sur les araignées, Journ. hist, et litt., I Déc. 1777, pag. 49®' II cerlaiu que celles de 1Araé-ri(|ue donnent une mort prompte et cruelle. Voyagenbsp;d Italië et dEspagne , du P. Labat, tom. V, pag. 333,nbsp;oil il fait une description piltoresque de eet aiïreux animal.nbsp; Jcn ai vu une en 177®, longue de trois pouces, et largenbsp;dun pouce et demi.
-ocr page 473-on y envoya les bijoux des Eglises des Jësuites de Rome (*) pour y être vendus.
Après midi nous nous rembarqiions : nous lon-geons Fano, nous passons la nuit dans le canal de Pésaro.
Le 32, nous enlrons dans la ville, ou le maitre du navire vonloit achever sa cargaison. Pésaronbsp;est 1ancien Pisaurus. Cette ville est un peu for-tifiee et assez belle : on voit sur la grande placenbsp;la statue dUrbaln VIII; la Cathedrale na rien denbsp;remarquable, Cest le seul endroit ou jaie mangénbsp;des langousles, espece decrevisse de mer sansnbsp;pinces, assez commune dans la Méditerranée.
Je trouve au café l'Abbé Pio, directeur de rim-primerie Amatineappartcnante au Marquis il/osca. II parie francois et me fait grande amitié : il menbsp;conduit a la galerie du Marquis, qui est fort esti-mée ; j'y vois des tableaux de Raphael, de Pierrenbsp;de Cortone, du Poussin , de Simon Conlarini etc.nbsp;Dans limprimerie on me fait voir la belle refutation de Febronius, par le P. Zacharie, deux tomesnbsp;en italien, et un ouvrage curieux de d Alembert:nbsp;cest XHistairo des Moines mendians , avec unenbsp;estampe préliminaire fort puerile et peu conformenbsp;a la gravité philosophique. La justice y tient unenbsp;balance, qui porie duncóté des Dominlcains, desnbsp;Récollets etc. ; de lauti-e ces mots : Justitia ctnbsp;verkas. Le poids de ces mots prévaut, les Religieu.xnbsp;sont élevés. Les rois et les grands de la terre ennbsp;sont dans lelonnement. Astree dit: Positus es in
{*) Quarante ans aprcs, Pie VII les rcinct eu possession de leurs maisons a Rome (Note de lÈditeur).
Ff 4
-ocr page 474-Jnnrn. hni. ft slaterd, et üweiitus es minus habens. II semble que
, I.) Avril rrénie créateur, cel esprit immortel, cel homme J7;o, pag. 5.|g,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;«nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i ¦ j
unique, cette lumiere de la Franco, cette gloire de
notre siecle, aurcit pu mieux employer ses grands
talens,
Voici un mot de Linguet sur celte diatribe; T) En décriant S. Francois el S. Ignace, vous aveznbsp;n voulu, comme eux , jouir de la gloire dëtrenbsp;» fbndateur dun ordre noiucaii , dun ordre ex-)) clusil', diin ordre impérieux et implacable,nbsp;n Joignantrinconséqnence au despotisme, cëstnbsp;» au nom de la libcrté que vous vous êtes faitnbsp;» tyran ; cëst en revendiqimnt les privileges denbsp;)) la raison, que vous avez prefer u en interdirenbsp;» lusage a quiconqiie ne vous auioit pas prêlé Ienbsp;» serment de fidélité ». Cëst aux sages , auxnbsp;hommes vraiment insiruits de 1étal actuel desnbsp;moeurs , de la probité , de la religion , è. décidernbsp;si cëst aux moines quon doit Ie zelede dAlembert.
Je vais cliez Ie commandant de la citadelle, Ie Marquis Paulucci : il a dans sa bibliotheque unenbsp;bonne collection , el la meilleure que )aie vue,nbsp;de tons les auteurs qui ont écrit sur Tart militaire,nbsp;et beaucoup douvrages dangereux et impies.nbsp;Nous finissons par faire Ie tour de la ville.
Le sJ. Le pilote ne veut pas me recevoir au navire, paree qu'il savoit que j'avois cherché unnbsp;autre vaisseau qui partit plutöt. Le brave Mr. Bambini , Consul de Venise, me fit lamilié daller avecnbsp;moi jusquau canal, qui est assez éloigné, pour répri-manderce grossier pilote,et 1'obliger a me prendre.
La ville est remplie de Jésuiles Espagnols, que
-ocr page 475-les Francois viennent de chasser de l'isle de Corse:
Beau passage
ils soiit fort mal liabillés , et font pitié. Ceux qui pjXsoiI'lSf^ur
ont passé par Ie Duché de Parme, ont touché Ie ces pauvres exl-coeur du Prince, qui leur a fait donner a chacun
quatre ducats.
I;83, pag. 495.
Je vois au café de Venise, une belle machine , c'est une horloge qui occupe tout Ie fond de lanbsp;chambre. Un lion ailé frappe 1heure , ses yeuxnbsp;servent de balancier; deux Turcs combattent etnbsp;frappent leurs boucliers; Moïse au milieu fra[)penbsp;Ie rocher , une fontaine jaillit. De 1autre cóté lesnbsp;trois Mages passent devant la Sainte Vierge etnbsp;lenfanl Jesus, quils adorent; létoile les précede.
Une petite pluie épouvanle noire sot pilote : nous restons cette nuit-lk a Pósaro; a peine puisje regagner la ville pour y loger. Ah! que nai-jenbsp;encore mon Hansel! Quanti valeat, melh'ts ca-7'endo, quamfruendo üitelligimus, dit Cicéron.
Le24. Nouspartons enfina dix heuresdumatin. Je lave mon linge sur Ie bord du vaisseau , commenbsp;mon cher Xavier. Le vent devient terrible et menace de renverser le vaisseau : les flols me cou-vrent le visage j on rehausse le bord; la mernbsp;blanchit, et 1écume forme un iris presque conli-nuel. Le froid et la miit mobligent de descendrc,nbsp;ce que javois difiéré de faire , paree que lairnbsp;me rendoit moins sensible au mal de mer. Kousnbsp;sommes couches les uns sur les aiilres , tout lenbsp;monde rend le tribut a la mer, même ceux quinbsp;déja l'avoient plusieurs fois payé : on se croit prés
den
mourir: mais il ny a rien a craindre. La
quantilé de fruits que javois mangés durant ce
voyage mauroit probablement causé une grande maladie , si la mer ne mavoit neltoyé Iestoraac ,nbsp;comme elle senettoie elle-meme. Vers onze heuresnbsp;de nuit, le vent change; nous Iavons en poupe,nbsp;nous avan^ons comme 1éclair , et nous espéronsnbsp;dêtre a Venise a neuf heures du matin,
A deux heures de nuit, le vent nous devient absolument contraire j il devient nord-est. Cestnbsp;le vent Tiphonius, quon appelle Euro-Aquilo ,nbsp;qui troubla la navigation de S. Paul (Act. xxvij.nbsp;i4-). Celui qui le fit entrer dans IAdriatiquenbsp;(jf. 27), doit avoir été un vent oppose; maisnbsp;peut-être le mot Adrlatlque avoit-il alors plusnbsp;dextension quaujourdhui (1).
Nous taclions en vain de gagner le port de Goro. Nous jetons une ancre : vers huit heuresnbsp;du matin, le 26 , on éteint le feu , et nous sommesnbsp;avertis de Iapproche dune tcmpête ; les mariniersnbsp;nous enferment tous, et commencent h manoeu-vrer. Latempête la plus horrible arrive, exciléenbsp;par la Tramontana, ou vent septentrional : le matnbsp;ne peut résister et devient le jouet du vent, qui lenbsp;fait pirouetter comme une baguette ; les matelotsnbsp;se troublent, et ne savent plus ou donner de lanbsp;tête : le danger est des plus pressans; le ventnbsp;redouble , les flots croissent jusquaux nues.
Tollimur in ccelinn curvato gargite, et iidem Subductd ad manes imos descendimus undo,.
Voyez fart. Méléda dans le Diet, gèogr., edition dc Liege, 1788 ou 1798 a 1794.
-ocr page 477-Ter scopuli clamorem inter cava saxa dedêre ;
Ter spumam elisam et rorantia vidimus astra.
3. ^iicid.
Mes Italiens, hommes, femmes, pleurent, hur-lent et font mille histoires, qui m'auroient fait rire en toute autre circonstance. Enfin , on est avertinbsp;du dernier moment, et nous voyons la mort facenbsp;a face. Le plus ancien prêtre recite a haute voixnbsp;les Actes de Foi, de Charité, dEspérance, denbsp;Contrition; des voix confuses et gémissantes 1ac-compagnent; il donne labsolution générale , etnbsp;dans ce moment nous croyons le vaisseau abimé;nbsp;on invoque pour la derniere fois le nom de Jesus.nbsp;Dans eet instant nous revenons sur leau ; nos matelots découvrent le Pó , et reprennent espérance,nbsp;(^u'Horace avoit raison, lorsquil disoit :
Illi robur et ces triplex Circa pectus erat qui fragilem trucinbsp;Commisit pelago ratem.
Primus................
Quem mortis timuit gradum Qui siccis oculis monstra natanlia ;
Qui vidit mare turgidum , et Infames scopulos .^croceraunia.
Od. 3, L. r.
On dit qiie c'est dans ces terribles momeiis quon apprend a prier. Si nescis orare, vade adnbsp;mare. Mais je trouve tout le contraire ; le troublenbsp;de fame et la vue d'une mort horrible coraprimentnbsp;toufes nos facultés. Ceux qui ont la consciencenbsp;bonne, et qui ont toujours prié avécgoüt, ont denbsp;la peine a le bien faire. Qne dire de ceux qui nontnbsp;lien de cela ? Si la pénitence faite a la vue d'une
-ocr page 478-mort lente et paisible, dolt être suspecte , que penser de celle-ci? Au reste , un fel moment estnbsp;très-propre k faire senlir la vanité de tout ce quinbsp;nous attache ici-bas, et la grandeur du Maitrenbsp;auquel nos ames doivent être remises. O quam innbsp;hoe angustice puncto omnia mundi gaiidia desipie-bant! Quam uno iciu oculi omnis honor, dignitas,nbsp;imperium , sapientia, nil aliud nisi fiimus, bulla,nbsp;stipula a vento rapta, esse videbanturl Dum innbsp;porta cetemitatis stans animam corporeis solutamnbsp;vinculis ad incorruptibilis uitce usuram transmittersnbsp;pararem. Kircher, Mund, subterr., Praef.
Nous eiilrons dans Ie Pó ,
. JWagno lelluris ctinore
jEueid, 1. 3.
Ovid., Eleg. a,
Idem, Eleg. 11
I. I.
Egressi optatd poliuntur Troes arend ,
Et sale tahentes arlus in lilture poriunt.
Arrivé k terre, je me mets a genoux, pour remer-cier Dieu de mavoir arraché a ce genre de mort. Ergo insperatd tandem tellure potiti ,
Lustramurque juni j votisque incendimus aras.
Je me suis souvent trouvé en danger, sans que lidée de la mort me frappat beaucoup; mais mou-rir dans les ondes me sembla la plus cruelle et lanbsp;plus horrible des morts, telle quelle est en effet.nbsp;Non mortem timeo. Genus est miserabile lethi.
Demitte naufragium , mors mihi munws erit.... Est aliquid fatone suo , ferrove cadentdmnbsp;In solitd mariens ponere corpus humo ^
Et mandare suis aliqua, et sperare sepulchrum ,
Et non cequoreis piseihus esse cihuni.
Jai Ie bonheur de dire la Messe : Ie pilote attend que la mer sappaise ; mais jétois bien résolii de ne plus lui confier mon e.sistence.
Qui semel ArgoUca de classe Caphariafugit,
Semper ah Euboïcis vela l etorqiiet aqids.
Et mea cymha semel vastd percussa procelld , lllum, quo liesa est, horvet adire locum.
Je me charge done de mon paquet, et vais a pied.
Scepèpedes duris errando in cotihus ullrö
Aurivêre , gravique animam sub fasce dedêre ,
Tantus amor Romen et lustrandi gloria mundi!
Avec moi marclioient trois mauvais gamemens, c]iii me fromperent, me volerent, me pillerent denbsp;leur mieux. Onvoit dans ces cantons les plus beauxnbsp;canaux formés des eaux de la mer et du Pó. Lenbsp;pays et les edifices y sont charmans. Enfin aprèsnbsp;une 1'aim de deux jours et mille raiseres , jarrivenbsp;très-joyeux et en très-bonne santé , vers dixnbsp;heures du soir , k Chiozza, charmé davoir vu lanbsp;mer , dy avoir soutenu une lempète, et dy avoirnbsp;vu comme dans un tableau la puissance et Ia grandeur du Créateur, mais aussi très-charmé de nynbsp;plus êlre.
Cetle joie et ce graiïd confenfement au milieu de mes embarras et de mes infortunes, éloient ennbsp;grande partie Teflet du mal de mer , qui mavoitnbsp;déchargé de toute bile et avoit épuré mon sang parnbsp;une évacuation salufaire. Cest corpus quadcor-.Tumpitur, qui repousse les plaisirs de lame, etnbsp;lempêche de se complaire dans le sein même desnbsp;adversités, comme le sobre et laborieux Paul :nbsp;Placeo mihi in injirmitatihus,
Chiozza est ün des ports de Venise , quoiquil en soit éloigné denviron 30 a 25 milles : la ville
Idem.
Georg., 1. 4.
( 4^2 )
n'a quune rue considerable , inais belle et large. On y passe sur un pont assez grand et beau , d'unenbsp;seule arcade 5 de cet endioit, on voit le soni-met (1) de la tour de S. Marc , plusieurs isles ,nbsp;forts , vaisseaux etc.
Me promenant le long du rivage , je lis une or-donnance fort édifiante , peinte en grands carac-teres sur la inuraille , centre quiconque oseroit nager a la vue du people, mênie avec des calegonsnbsp;ou hors de la vue du people sans caleqons. Cestnbsp;le Podesla , ou Gouverneur Sébastien Venier, quinbsp;donne cet ordre. II dit que cest perdre Iinnocencenbsp;de la jeunesse, que de ne pas empecher ces abus.nbsp;Son ordonnance feroit bien a Trieste , a Fiume ,nbsp;a Tirnaw , a Liege etc., ou jai vu des choses fortnbsp;scandaleuses.
Le 26 Septembre , jentre dans la Piotte, qui étoit remplie de monde. On y tenoit les discoursnbsp;les plus fades et les plus sots, Jusquici on sétoitnbsp;contenté de me prendre pour un Polonois , ici je
3 Maeid.
Eff'et de la roiideur de la terre. Par la même raison on voit le continent dcs quil paroit, comme sil e'toit plusnbsp;bas que la mer. Turn prociil ohscuros colies humilem-que vi:!emtts llaliam. Ce que jai dit autrefois sur unenbsp;pretendue rcfiaclioii arrivee dans Iatmospherc marine,nbsp;ina été contesté par des pljysiciens. II me paroissoit quenbsp;ratmosplicrc marine, plus chargee et plus epaisse , devoitnbsp;lefracter le rayon, et 1abaisscr vers 1oeil du spcctatcur;nbsp;de sorte que Iobjet paroit avant quil soit récllcmentnbsp;sur Ihorizon, comme le soled avant le lever et après lenbsp;couclier; et je crois encore que la chose est aiiisi; maisnbsp;cela ne déroge en rien aux effets optiques de la convexitenbsp;du globe. Journ. hist, et litt., i5 Mai i^Bdjpag.
-ocr page 481-suis enfin declare Moscovite en belle et due forme. Je me tais li mon ordinaire , et laisse tont dire.nbsp;Nous longeons Palestrine, isle a demi habitée,nbsp;qui a 6 roilles de long : cest une inisérable de-meure qui, presque tout 1Iiiver, est sous les eaux.
II y a plusieurs ports ci Venise : ChiozzcLf Porto-Secco , Porto-Malamoco , Lido , Rondola , L{do~ Maggiore etc. Nons passons Porto-Secco , Mala-moco, plusieurs forts batis despace en espace j Ienbsp;port de la quarantaine, des vaisseaux Anglois,nbsp;Hollandois etc. , les Récollets diSan Spirito, dontnbsp;Ie Couvent remplit une isle ; les Camaldules , quinbsp;en occupentune autre; une autre isle encore, oü estnbsp;la magnifique Eglise des Capucins Ie Redemptore,
II est bon de remarquer que dans plusieurs en-droits , ces PP. ont des églises qui ne sont pas ac-ceplées par leur Général, et dont ils ne passent que pour les cbapelains ou desservans. Tous lesnbsp;ans , Ie Doge a la tête du Sénat se rend ^ celle-ci:nbsp;Ie Gardieu paroit , et profeste solemn_ellementnbsp;contre la magnificence dune église contraire hnbsp;leur institut. Le Doge répond que la Républiquenbsp;nest pas encore en état den batir une autre ; quenbsp;les PP. doivent garder celle-ci, jusquk ce quunenbsp;autre soit batiej ensuite il donne un sequin aunbsp;Gardien pour la construction dune autre église.
Les Gapucins sont les seuls Religieux qui aient iiuité 1exemple des Jésuites ^ lors du différend denbsp;la République avec Paul V. Ce que nous venonsnbsp;de dire du Doge et du Sénat, monfre assez que lesnbsp;Vénitiens ne sont pas si rancuniers quon le dit.
Je débarque sur la place St.-Marc, chargé de
-ocr page 482-nion paquet, et apiès avoir long-tems erré avec inon conducteur, je suis enfin logé chez de bravesnbsp;gens , Allemands , proclie de S. Chrysostome, a lanbsp;Locanda Tedesca. Les Jésuiles avoienlre^u défensenbsp;du Sénat de recevoir aucun Jésuite Francois , Es-pagnol eic., ne füt-ce même quen passant.
Venise est au milieu d'un grand bassin appellé Laguna; située entre plusieurs isles de différentenbsp;grandeur , elle est elle-même placée sur des islesnbsp;a fleur d'eau , reliaussécs par des pilotis. Misson ,nbsp;non sans quelque sujet, dispute Ie nom disle anbsp;quelques quarliers de la ville : ce ne sont en effetnbsp;souvent que des pilotis enfoncés au fond de la Lagune. Venise a , dit-on , -joo ponts , aoo de pierrenbsp;et 5oo de bois; jai vu peu de ponts de bois , cenbsp;qui me fait douter de ce calcul. II est difficile da-voir une idéé de la situation de cette ville; javouenbsp;que je m'en étois i'ormé une toute différente de Ianbsp;réalité (*).
(*) Beau tableau de Veuise par 1Abbé Raynal, Journ. lüsl. et litt., lo Sept. 1774;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3?-ï- On ne peut pas
inieux reiidre Ia singularité de sa situation : mais elle ces-seroit detre inexpugnable, si 1aveutnve de 1an 860 se renouvclloit souvent.^ayez Isolario dell atlanie Venetonbsp;del P. Coronelli.
Viderat Hadriacls Venetam Keptunus in undis Stare urbem , et toto ponere jura mari,
Uunc mihi 2'arpeias quantum vis , Juppiter, arce»
Ohjice, et illa tui mosnia Marlis, ait.
Si pelago Tibrim prmfers, urbem aspice utramque )
Illam homines dices, hancposuisse Veos.
Sannazah. '
Voyez sur Ie commencement de cette ville , Partiele Kstisope, dans Ie Diet, historique.
On
-ocr page 483-Ou pourroit croire que ces isles sur lesquelte.s Venise est assise, sont les montagnes et les en-clroits élevés d'un pays submergé; mais ce seroitnbsp;une erreur de croire la raême chose de ioutes lesnbsp;isles.
Car, i». il y a des isles dont les montagnes cgalent ou surpassent les plus haufes montagnesnbsp;du continent, comme Ie Plc. Que seroit-ce si lislenbsp;même de TénérifFe avoit été une grande monta-gne? Nous ne voyons point de si horribles mou-tagnes sur les Alpes, sur Ie Krapach etc. 2°. Dail-leurs la grande profondeur de la mer , h cóté denbsp;la plupart des isles, soppose a ce systême. 3°. Lenbsp;terroir et la nature des isles sont souvent trés-dilFérens de la nature et du terroir du continentnbsp;voisin. Presque toutes celles de lArchipel dAsienbsp;et dEurope sont dilFérentes les unes des autresinbsp;4°. On a vu iiaitre de nouvelles isles au milieunbsp;de la mer. Les isles sont une des beautés dilnbsp;monde ; elles sont lame du commerce.
Saint Mare est une ancienne église , dont 1in-térieur est travaillé en mosaique : elle nest pas très-grande , quoiquelle ait quatre coupoles; ellénbsp;est couverle de plomb : 1architecture ny est riennbsp;moins que belle ¦, le pavé Fort inégal. On dit quenbsp;la mer qui est par-dessous, a cause cette inéga-lité ; mais jai peine h concevoir cela, la mernbsp;auroit-elle pu déranger ainsi les grosses voüles quinbsp;soutiennent ce pavé? II est vrai que la voute nanbsp;de force que eontre les impulsions qui viennentnbsp;den-haut, et par sa constitution elle ne peut ré-sister h celles qui viennent d'en-bas. Lorsque les
Tom. J. nbsp;nbsp;nbsp;G g
II
-ocr page 484-caiiA reinpHsseiil les caves , il faut anêter les Ion-neaux, pour que par leur agiiation ils ne brisent pas la voute.
Au-dessus du portail sont quaire cbevaux de cuivre apportés de Constantinople, lorsque cetlenbsp;ville étoit soumise aux Vénitiens : ils sont sansnbsp;frein et sans conducteur ; symboles de la li-berté. Au fond du chceur on me montra deuxnbsp;piliers d'agate et deux de raarbre dEgypte, quenbsp;lon dit avoir été dans Ie temple de Salomon, Lanbsp;chaire de prédication est, dit-on , la chaire pré-toriale de Pilate. II est permis de Ie croire a qui-conque en aura la volonté : cette relique peutnbsp;figurer vis-a-vis de Tarche de Noé , des cornes denbsp;Moïse, des rayons de 1étoile des Mages , du sonnbsp;des cloches de Jerusalem, de la pierre rejetée parnbsp;ceux qui- batissoient la Ste. Maison etc, 5 nous ennbsp;avons dit un mot ci devant. On pourroit la mettrenbsp;encore avec les os de 1ane qui porta Ie Sauveur knbsp;Jérusalem : on les conserve a Vérone dans léglisenbsp;de Notre-Dame des Orgues, et on les porte en procession dans un ane artificiel. A Beauvais onnbsp;rendoit Iiien dautres honneurs a un ane vivant.nbsp;Voyez Du Cange, Glos.festumasinorum. Voltaire exagere ces folies , et ne les rapporto, a sonnbsp;ordinaire , que pour insulter k 1Eglise. Un jeunenbsp;officier plein de religion , d'un jugement et dunenbsp;érudition bien rares, me dit k loecasion de lanbsp;procession de Beauvais ; Ah ! raon Pere , on peutnbsp;aller bien loin dans la bonne foi, sans toucher aunbsp;fanatisme et k la superstition.
-ocr page 485-On conserve ^ S. Marc, dans un autel k drcile; line grande partie de la Croix du Sauveur. Lenbsp;dorps de S. Marc nest point k Venise, quoiquenbsp;quelques Vénitiens sen glorifient, et quon maitnbsp;monlré la place ou il doit être. Le Bréviaire ditnbsp;simplement quil est enterré k Alexandrie : on pré-tend quil a été apporté dAlexandrie k Venise annbsp;9®. siecle. On prétend encore avoir k S, Marcnbsp;le roc que Moise frappa dans le desert ; sur ce rocnbsp;que Ton montre , on lit ces mots : Aqua quae priusnbsp;fluxit ex pelrd, oratiane Prophetce Mosi's productctnbsp;est. Nunc autem hcsc Michaelis studio labitur.nbsp;Quern serua , Christe, et conjugem Ireiiem. Cettenbsp;piece de roc a été, dit-on, apportée de Constantinople ; et Iinscriplion, quoique latine, le prouvenbsp;assez bien. Misson trouve un grand mystere dansnbsp;Nunc autem hcBc labitur. Mais il semble naturel denbsp;dire que Michel avoit conduit une fontaine parnbsp;ces mèmes ouvertures, Quoi quil en soit, je croisnbsp;avoir lu dans les Mémoires des missions du Levant,nbsp;par le P. Sicard , quun de nos Peres a vu ce ro-cher et les trous, dans la Judée. Il est yrai quenbsp;ce prodige a été répété, et quil y a eu deux rochers,nbsp;savoir , Exod. xvij, f. 6, et Num. xx, ir. ti.nbsp;Dailleurs cede ouverture pénétroit sans doute tortnbsp;avant dans lintérieur duroc, qui apu être partagé.
Devant cette eglise antique sont trois grands mats , auxquels on attache en certains jours lesnbsp;bannieres de Chypre , de Candie, du Pélopon-nese, autrefois soumis k la répüblique de Venise.
La tour de S. Marc est contre le palais des Pro-curaleurs : la montée en est si aisée, que Maxi-
Gg 3
-ocr page 486-liiilicn-Einiiiunuel, Elecieur de Baviere, y monia a cheval. Cesl une rampe, qui va tout autour denbsp;la lour , laquelle est double, alnsl que la coupolenbsp;de S. Pierre a Rome. Cest du somrtiet de cettenbsp;lour que je vis cette grande ville et les isles lesnbsp;plus voisines, rassemblées et rapelissées commenbsp;dans une miniature.
Entre Ie palais du Prince et celui des Procura-teurs, Ie long du rivage , on voit deux colonnes; Tune porie S. Theodore , lautre Ie lion ailé denbsp;S. Mare. Saint Theodore est encore aujourdhuinbsp;Patron de la République. Misson dit bijen des sot-tises a loccasion de la prétendue substitution denbsp;S. Mare a S. Théodore. Cetle parlie de la placenbsp;St.-Marc est appellee Ie Broglio. La place St.-Marcnbsp;est sans conlredit la plus belle quon puisse voir;nbsp;elle est renversée dans la figure quon en voit dansnbsp;Misson, paree quon la gravée telle quelle doitnbsp;paroitre sur Ie papier.
Prenant une gondole dans Ie grand canal, je vais voir la superbe église des Somasques, batienbsp;par Ie Sénat , en action de graces de ce quenbsp;Venise avoit été garantie de la peste ; cette églisenbsp;ma plu infiniment ¦, on y remarque lautel et lanbsp;statue de S. Jéróme Eniiliani, fondateur des So-masques , caiionisé Ie r6 Juillet 176'j, avec S. Joseph Caiasanlz , S. Jean Cantius, Ste. Fran^oisenbsp;de Chantal, S. Joseph de Cuperlin etc.
Toutes les gondoles sont noires il est défendu den avoir dautres. Misson fait Ie portrait des gondoliers , pour avoir au bout Ie plaisir de dire quunnbsp;gondolier est un omnis homo ^ comme un Jésuitc.
-ocr page 487- Oü lauteur des Anecdotes Vénilienncs el Tur-ques , a-t-il vu ioutes les gondoles dorées?
Je me présente deux ou trois fois a larsenal, sanspouvoiryentrer, cause quete Commandant,nbsp;qui étoit alors Ie Chevalier Julien Cornaro, ne synbsp;trouvoit pas. Lentrée en est belle : trois beauxnbsp;lions de marbre blanc sont a droite, un a gauche jnbsp;un lion ailé est sur la porte, dont l'inscription est:
Navalis victorice inonumentum. M. U. LXXI. C'est la bataille de Lépante, Je vois la circonfé-rence de eet arsenal , elle est de trois milles : lanbsp;balustrade qui en horde lentrée^ est ornée de huitnbsp;statues symboliques.
La mercerie, ou 1asserablage des boutiques, est une très-jolie chose, sur-tout lorsque, vers Ienbsp;soir, elle est illuminée.
La Calhédrale est neuve et fort belle ; Ie corps de S. Laurent Justinien est sur Ie grand autel. Lenbsp;palais de 1Archevêque est assez beau.
Léglise de S. Francois de la Vigne est du dessin de Palladio, au moins le frontispice , ounbsp;sont les statues de Moïse et de S. Paul. Les inscriptions , quoique bien courtes, me piment beau-coup. La statue de Moïse porte : ïJmhrarum mi-nislro; et celle de S. Paul : Dispensatori lucis.nbsp;Tout cela est beau , ainsi que léglise , qui nanbsp;cependant rien d eclatant,
Léglise des SS. Jean et Paul vaut mieux ; Ia chapelle de S. Dominique et celle de Nolre-Damenbsp;du Rosaire, ainsi que le mausolée du Doge Valier,nbsp;sont remarquables; on lit sur ce mausolée, au-dessous de la stalue de lépouse du frere du Doge:
Romand virtuta ,
Pietate Peiietd.
Par OU lon volt que la piété autrefois étoit re-gardée comme Ie caractere distinctif des Véni-tiens. Damnosa quid non imminuit dies ? Sur la place qui est devant féglise des deux SS, Martyrs ,nbsp;on volt la statue équestre de Baiihélenii Coleoni,nbsp;grand Général Vénitien.
LégUse des Jésuites est très-belle : ie grand autel porie la Sainte Trinité , ouvrage dalbatre ,nbsp;fort estimé. La voute est dorée et joliment tra-vaillée : Ie frontispice répond a,u reste , mais unenbsp;misérable maison en óte la vue et en bouche pres-que lentrée. Les Jésuites enseignent les classes;nbsp;on mavoit trompé sur ce point, quand on mavoitnbsp;dit que depuis leur rappel ils nenseignoient pas.
1781, paj, loa,
Le Ponie-Jiial/o est Ie plus beau des ponts de Autrepontplus Venise il est bati sur le grand canal, et n'a quunenbsp;irjo«nu/HV.1et ®pole arcade de 89 pieds, sur laquelle il y a troisnbsp;litiér,, i5 Sep. rues et deux rangées de maisons, qui sont autaptnbsp;de boutiques.
Le a-j Seplembre, je vois léglise du Saint Sauveer , dessin de Sansovino ; Voyez le Dicl. des ar-r tistes, par labbé Fontenay ,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, et le Journ.
hist, et lilt., du i5 Mars , pag. 4oi (1)¦
Je reviens k larsenal ; jy entre après bien des difficultés; car les Jésuites, les Capucins , les Ré-collets, les Trinitaires , les Juifs , les Grecs , les
Voyez aussi le Dictionn. historique de lAuteur, edition de Licge, article J- F. Sansovino. (Note denbsp;lÈditeur).
-ocr page 489-Turcs ny entrent pas pauvre et ridicule mesqni-nerie, aussi absurde par les contrastes, quindigne dun gouvernement sage. On y occupe toujoursnbsp;3,000 ouvriers; il contient des armes pour 8o,ooonbsp;hommesj 4.000 canons , aSo de bromie, i,5oo denbsp;fer; 20 vaisseaux de guerre : jai monte sur un denbsp;88 pieces; ces vaisseaux ne sont pas acheves ; lesnbsp;armes remplissent quatre salles , dont deux sontnbsp;fort belles; mais farsenal de Vienne est tout autrenbsp;chose en ce genre.
Misson dit quentre autres antiquites, on voit dans cet arsenal, ou dans celui du palais, le sabrenbsp;de Scanderberg; comme je 1ai vu aussi a Vienne,nbsp;il faut que Scanderberg en ail eu plusieurs, quoi-quil nen ait eu quun celebre ; ou il en est de cenbsp;sabre comme de certaines reliques multipUees.nbsp;Dans la cour de I'arsenal, on rem.arque un monument dressé au Comte Schullenberg, qui a sinbsp;bien défendu Corfou.
Le Bucentauro, vaisseau que le Doge monte le i5 dAout, quand il va epouser la mer, est unenbsp;galere magnifique : ce vaisseau est haut, sans lest,nbsp;et se reuverse aisément; on ne le monte que quandnbsp;la mer est calme : on voit sur la proue, la Paix,nbsp;Mars etlesdieuxdelanier etc., et ces mots .Aloysionbsp;Mocanigo meliarum Principe. M. DCC. XJ^II,nbsp;Antonins Coradini sculptor et inventor. Celui quenbsp;Misson a vu , étoit bien inférieur k celui qui futnbsp;construit en 1717 ou 172^, car je doute si je nainbsp;point omis un X dans cede inscription.
Tout le monde sait Iorigine de la cérémonie dépouser la mer ; cest un usage fort ancien.
Gaorg., I, X. Virgile proposoit ce mariage a Auguste : Teque Sibigenevum Thetis emat omnibus undis. Les an-neaux , les couroiines etc. , laisoient autrefois desnbsp;titles reels. Si Ie même gout et lamême jurisprudence subsistoient aujourdhui, les Anglois épou-seroient tout Tocean , sans ejue pevsonne entrepritnbsp;de les en empêcher.
Nons longeons lisle de Morano; elle est grande j elle a un Evêque et un Magistral particulier. Cestnbsp;dans Cette isle quest la célebre manufacture denbsp;glacés de Venise: on les jette les iundis, mercredisnbsp;et vendredis.La manufacture de Vienne fait grandnbsp;tort k celle-ci.
Léglise de S. Jérémie est var edifice nouveau, mais assez mal ordonné. Jentre clans une bellenbsp;synagogue, oü les Jujfs sont assembles, et oü ilsnbsp;chantent sans goiit: javois déja vu une synagoguenbsp;a Cracovie. 11 y a, dit-on, 20,000 Juifs a. Venise :nbsp;lis sont disfingués par un morceau de drap rougenbsp;atlaché au cliapeau. En 1776) ü est mort anbsp;Venise 5,69$ habitans ; et comme , an par an ,nbsp;cest a-peu-près Ie même nombre, vu Ie local et lesnbsp;suites de cette situation, des moeurs etc., on peutnbsp;croire quil nj' a k Venise cjue 120 mille ames.
Léglise des Carmes déchaussés est un vrai bijou: elle est petite , mais on ne peut rien y ajouter , ninbsp;pour la mallere ni pour Ie prix ; Ie frontispicenbsp;correspond a 1intérieur.
Après midi je revois S. Mare , Ste. Marie , pliisieurs vaisseaux, la galere qui est toujours vis-ii-'vis la place St.-Marc, au soir la mercerie et lanbsp;place St.-Marc illuminées Tune et fautre. Du cccté
-ocr page 491-de la tour on ne voit que des cafés, propre-inent meublés , et lous dun goüt différent ; cela, a la lumiere des bougies , fait un très-belnbsp;effet.
Le a8 Seplembre. Je vais me promener Ie long du grand canal; je vois différentes places , etnbsp;léglise des Cordeliers , oü il y a piusieurs mau-solées , celui du Doge Jean Pesaro , celui dunnbsp;Prince dEst etc. Dans une chapelle, a gauche, onnbsp;conserve , dit-on, quelques gouttes du sang denbsp;Jesus-Christ , découlé de son Corps sacre durantnbsp;sa passion : il y a une pareille relique a Mantoue.nbsp;Jai un petit peloton de coton, dont ce sang a éténbsp;enveloppé, il porte : De sacj-o gossipio, in quonbsp;recondilur sanguis pretiosissimus lateris Christi.nbsp;Mantuce adoratur. Ces paquets sont scellés et ca-chelés aux armes de Marie-Therese. 11 paroit qu'anbsp;Venise, comme kMantoue, on adore cette relique.
Quand elle seroit bien aulhentique, il y auroit encore bien des choses a dire sur cede adoration.nbsp;Les moines agiterent autrefois cettc question avecnbsp;un acharnement, qui obligea le Pape a leur or-donner de se laire. Ce fut sur-tout vers fan j44onbsp;et après , que cette dispute secbauffa davantage.nbsp;La question etoit de savoir ; Si la Divinité restoitnbsp;unie au sang qui avoit coulc du Corps de Jesus-Christ , et n^avoit point été i'éassumé et réuni aunbsp;reste dans la Resurrection, Je tiens décidémentnbsp;pour la negative ; mais on peut voir la-dessus lesnbsp;auteurs qui ont traité cetle matiere. A Bruxelles,nbsp;dans léglise de Ste. Gudule, au Bols Seigneur-Jsanc, prés de INivelles , on joint toujours une
-ocr page 492-hostie récemmeat consacrée aux hosties et au sanj; miraculenx quon y conserve, pour assurer unnbsp;objel a l'ailoration des Fideles : peut-être prend-onnbsp;la même precaution a Venise et a Mantoue. Dail-leurs a Bruxelles , ce sont des hosties sur la consecration desquelles on na point de doute : laseulenbsp;vétusté de ces hosties fait prendre cette précaution.
lilti.
Je passe froideraent et misérablement la nuit dans la Piolte de la Fossetta, mais bien charmé denbsp;quitter Venise, oii un plus long séjour me seroitnbsp;insupportable. En effet, cest malgré sa magnificence une triste ville , oü durant toute lannéenbsp;on ne voit que ciel et eau j ni cheval, ni carrosse ,nbsp;Joum. hist, et ni aucun animal vivant ny paroit. Comme il nynbsp;ysr pa» 161!° ^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;caves , les vins y sont chauds et iu-
lilt., I Mai 1783,
Jiag. 55.
sipides : il sy voit néanmoins quelques caves , ainsi que des cilernes , si bien cimentées, quenbsp;leau de la mer n'y trouve point entree. Qiiand lanbsp;merse retire, la puanteur rend Ie rivage inaccessible j quand elle est en fureur , elle inonde lanbsp;place de St.-Marc et une bonne partie de la ville,nbsp;tant par la violence des marées, que par lelévationnbsp;des eaux 5 car quoiquen general la mer ne haussenbsp;pas, des mers très-resserrées entre les terres , etnbsp;Autre ra'ison. M' reqoivent un grand nombre de fleuves extraor-Journ. histor. et dinairemcnt grossis paries pluies, doivent, durant
un certain tems nécessaire a 1'écoulement des nouvelles eaux, surpasser leur niveau ordinaire.nbsp;Lan J770, Ie Novembre , grossie par unenbsp;pluie de trente jours, la mer séleva ici de septnbsp;pieds au-dessus des marées ordinaires : ajoutez iinbsp;tont ccla quk Venise on n'a dautre eau que cellc
-ocr page 493-que fournit la pluie , ou que Ton apporte du continent.
n Venise, dit Tauteur des Anecdotes Ven. ct n Tur,, torn. I, pag. 21, est sans doute Ie plusnbsp;» délicieux séjour de lEurope, la ville la plusnbsp;!) policée et la plus agréable de toute Tltalie, Tousnbsp;» les édifices sont isolés par de larges et beaux ca-11 naux, qui ne souffrent aucune immondice etc. »
On ne peut rectifier ces mensonges quen disant tout-a-fait Ie contraire ; il semble que lauteur aitnbsp;voulu écrire des ironies ou des conhe-vérités.
Le génie de ses habitans est une chose a part,
Journ» hisl, H littér, , i5 Scpt,nbsp;17747 pag- 3ai.
Labbé Raynal fait un horrible tableau de leur affreuse politique ; mais cette politique est sage ,nbsp;elle est nécessaire pour prévenir les seditions etnbsp;les révolutions , et conserver la tranquillilé pu- -- i Nor. 198nbsp;blique dans un pays , qui, pour Ie bonheur denbsp;Vhumaniié est sans: force militaire. La chute denbsp;leurs forces et de leurs richesses est étonnanle ;nbsp;avec tout cela ils subsistent (1) dans toute linté- 1784, p.g. 517.nbsp;grilé de leur Constitution; moins variable quenbsp;les plus puissans ro3'aumes, cette République est
IIs subsisterent encore jusquaulems oü les Francois porterent la gucrre cn Italië, et se rendirent mailrcs denbsp;Venise et des Etats Yéniliens. Cette aiicienne Re'puLiiqucnbsp;devint, par uncfaussepaix, province soumisea IAutrichc, .nbsp;la Providence 1ayaiit ainsi ordonné pour 1election litrenbsp;et calme du saint Pape Pie VII. Les Franfois la rcpri-rent quelqne tcms après. Les allies cn i8l4 scn enipa-rerent, et ellc est resle'e a 1Autricbe fiVbte de lÉdi-feurj.
-ocr page 494-inoins ctéchue clepuis dix siecles, que TEspagne, ]a France, la Snede, la Tuiquie , la Polognenbsp;depuis cent ans.
En i'j8i et années suivanles , ils tinrenl plus quaucun Elat centre la subversion des principesnbsp;et conlre les progrès de la pliilosoplrie anli-chré-iienne. En 1784, au-lieu de détruire les Religieus,nbsp;ils remirent l'époque de la Profession a lanciennenbsp;date. Ce sont les pédans liétérodoxes cliassés denbsp;Veliise, qui ont élé places de préférence coinmenbsp;professeurs et directeurs dans 1'école de séductionnbsp;établie a Pavie , sous Joseph ïl j et cette Répu-blique s'estmontrée excellemment Cathollque dansnbsp;ces derniers teras dune subversion générale et dunbsp;plus contagieux délire.
Je crois même Ibrlement que c'est Iextreme at-tachement des Vénitiens a la religion Catholique , avec leur éloignement de tous les empirismes do-minans en fait de prétendues réformes ecclésias-tiques , qui leur a attiré les sarcasmes qu'on nenbsp;cesse de lancer centre leur gouvernement. Lanbsp;grande tranquillité dont il joult (en 1787 et 88) aunbsp;milieu des troubles qui agitent tant dEtats, prouvenbsp;beaucoup en sa faveur. Les mesures séveres qu'ilnbsp;prend centre les discoureurs politiques , sont peut-être plus sages quon ne pense. Si on en eut faitnbsp;autant en Hollande, ii Liege , en France, ces paysnbsp;neussent point essuyé les horribles convulsionsnbsp;¦qui les ont perdus.
II faut convenir néanmoins que les fanfaronnades des Vénitiens sont insoutenables : ilsexagerent etnbsp;clé%urent teut. On doit savoir quelque gré h.
-ocr page 495-Misson ,pour avoir unpeu délrompé Ie monde Itop préoccupé en faveur de Venise. Tom. 1, pag.
Tous les Minisfres , Sénateurs , Avocals efc., a Venise , sont en perruque et en habit noir, cjuandnbsp;ils pai'oissent a la Cour, Ailleurs les premiers Mi-nislres sont en bleu , ou en rouge , ou en noir etnbsp;rouge , selon leur caractere : les bourgeois vontnbsp;prescjue tons en capote. Les femmes portent unnbsp;voile noir replié sous Ie bras, qui leur fait bien etnbsp;leur donne un air modeste.
Le 39 Septembre au matin , je suis a la Fos~ sella; k midi a Lamota , au soir a Colroïpo.
Le 3o au matin a Palmada , et a midi a Goritz, oü lon me reqoit extrêmement bien : le bravenbsp;P. Carina, Recteur , me fit mille amities. Mais sanbsp;premiere question fut : Oü est le cheval 7 II ne putnbsp;me pardonner de 1avoir vendu ; j'écrivis pour lenbsp;ravoir et fis les offres les plus avantageuses j toutnbsp;fut inutile.
Durum , sed levius fit patientici ,
Quidquid corrigere est nefas.
II faut done écouter la raison, et accepter éga-lement le bien et le mal que la Providence men-voie. Aussi bien un cheval nest point un instrument nécessaire k la prospérité de mon voyage , si tant est que Dieu veuille le bénir et me le fairenbsp;achever heureusement (1).
Fallax equus ad salutem : in ahundantid autem. virtutis suce non salvabitur. Ps. 'i2. ,'f. 17. Non innbsp;fortitudine equi uoluntalem hahehit.... Beneplacitumnbsp;est Domino super timentes eum , et in eis qui sperantnbsp;super misericordid ejus. Ut eruat a morie animasnbsp;eorum, et alat eos in fame. Ps. 1^6 el 33.
-ocr page 496-Jeivtre im moment chez nn Frangols, tjui ira-Vaille la plus belle piece de soie en fleurs et en toufes sortes de figures. Je trouve au Collegenbsp;un Maure de Tunis gt; qui demande Ie Baptêmenbsp;et se fait instruire : cest un fort brave gar^on quinbsp;est dans la joie de son coeur dêtre au college, oünbsp;il apprend avec succès. Un autre Musuiman de-venu Chrétien, lui avoit dit quil ne pourroit senbsp;sauver par la vertu de lAIcoran : la-dessus il pritnbsp;la fuile , et se sauva a Gorilz : il est rare quonnbsp;puisse se fier a ces Maures.
Deux officiers viennent me voir 5 ce sont deux Matthieu de Luxembourg. Lun deux avoit élé monnbsp;écolier ; il me reconnut k la promenade et futnbsp;extrêmemeiit surpris de me voir a Goritz.
Le 3 Octobre , je vais a Ungersbach chez Ie Comte Edling. La Comtesse, qui est je pense,nbsp;la soeur du Comte de Cobenzl , Ministre plé-nipotentiaire aux Pa3^s-Bas , me fit voir plusieursnbsp;présens rojaux , quelle avoit re9us de Marie-Thérese. Le Comte me montra des ouvrages ennbsp;mosaïque , dune espece toute particuliere , quilnbsp;faisoit lui-mêrne le plus proprement du monde.nbsp;On emplóie h celte mosaïque de la cire de diffé-rentes couleiirs , quon applique avec un pinceaunbsp;dur et poinlu : ce travail est joli, et les peinturesnbsp;ainsi lailes sont fort durables. II paroit que cettenbsp;maniere de peindre est différente de celle dontnbsp;.1ourn.hist.et gt;1 parlé dans le Mémoii-e sur la peinfure dnbsp;lUUr., I Térr. lcHcauslique el sur la peinlure a la cire, par Mr. lenbsp;d/c'.A^sf. j art! Conüe de Cayius de lAcadémie des belles-letlres ,nbsp;tAïi.us.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Majault, Docteur de lafaculté de médecine
-ocr page 497-tn lJJimiersité de Paris, et ancien rnédccin des armées du Roi etc.
Le jeune Comte qui est Ecdésiastique et Doyen du Chapitre, adepuis mon depart, regu la digniténbsp;de Suffiagant et de Coadjufeur de lArchevêque,nbsp;qui est très-avancé en age , saint personnage etnbsp;grand ami des Jésuites, Ce jeune Prélat, devenunbsp;Arclievêque , a essuyé en i-jSi, de bien grandsnbsp;désagrémens pour navoir pas voulu publier l'Editnbsp;de Tolerance, Edit qui effectivement ne devoit pasnbsp;être public par les Evêques , la tolerance civilenbsp;nétant pas de leur ressort, et la tolérance théolo-gique étant un blasphême. Cette bonne familie menbsp;fit notifier eette promotion en Transylvanie , etnbsp;continue iv se souvenir de moi le plus amicalementnbsp;du monde.
Le 7, je pars avec un Candidat de la Compagnie, el son oncle Curé deCemitza:a midi nous sommesnbsp;i Cemitza, ou le Curé nous traite magnifiquement.nbsp;Nous allons ensuile en poste le Candida! et moi :nbsp;nous voyons un beau chdteau et un joli jardin ap-partenant au Comte Lanthieri ¦. ce pays est mon-tagneux el pierreux; on laisse a gauche des forêtsnbsp;immenses. Nous voyageons toute la nuit, et Ienbsp;lendemain k 5 heures du matin nous sommes anbsp;Laubach.
Laubach, capitale de la Carniolef^'j, a un chateau semblable a celui de Goritz, unEvêque (depuis de-venu Arclievêque) , un College de Jésuites : elle estnbsp;située sur la Laubach, Je ne sais si de ma vie jainbsp;ólé plus affligé de tout genre daffliction qu'ici. Jenbsp;(*) Ou Carniol, alors il est masculin.
-ocr page 498-suis on ne peut pas plus embarrassé , Ie Recleuc ayant perdu une lettre du Comte d'Ybarra et unenbsp;du Provincial dAutriche, que Ie Recteur de Triest»nbsp;lui avoit adressées, au-lieu de les envoyeraGoza^^,nbsp;comme je l'en avois prié. Ne sachant oii donnernbsp;de la tête , je pars après-midi par la diligence.
Le 9, je dis la Messe chez les Cordeliers a Cillei; je dine a Canovitz gt; je passe par Tindich-Veilntz ;nbsp;toute Cette contrée est miserable. Elle esl habitéenbsp;par les Vandales (Vindisch) ; leur langage vanda -liqiie est un idiome du slavon.
La diligencesarrêtant par-tout, moblige daller a pied : un Frere de la Misericorde me prend dansnbsp;son cbarriot pendant deux on trois lieures. Je voisnbsp;un assez beau chateau h Dicdrichstein. A g lieuresnbsp;du soir je suis a Marbourg, et le lendemain lonbsp;Octobre , vers midi, jarrive a Gratz.
Gratz, capitale de la Styrie , est une fort belle ville : elle a beaucoup de families nobles , une ci-tadelle passable , une Université. Jy trouve deuxnbsp;amis, les PP. Fleury etVignon, de notre Provincenbsp;Gallo-Belgique: le pont sur la Mure est couvert etnbsp;assez beau. II y a sur la place une belle pyramide ,nbsp;portant la Ste. Trinité. Le College et TEglise desnbsp;Jesuites sont bien batis : léglise est fort riche , lanbsp;piété des Archiducs de Gratz Iayant chargée denbsp;dons. A cóté de 1Eglise se voii une Chapelle, avecnbsp;un dome plus beau au-dehors quau-dedans : cestnbsp;ce quon appelle le monument. LEmpereur Ferdinand II y est enterrd.
Lobservatoire est un des plus beaux de I'Eu-rope. Une salie magnifique et du gout le plus ravissant i
-ocr page 499-( 481 )
Vissant; différenles collections et machines ; uhlt;j méthode admirable pour mesurer ia chute iné-gale des corps. Une ville assiégée, les travauxnbsp;du siege sexécutent très-bien, dès que la machinenbsp;est montée : des optiques. Une belle illusion op-tique , qui fait résulter lobservatoire de Gratsnbsp;de différens autres , par Ie moyen dun verrenbsp;polygóne.
Nous voyons fa'ville du haut de lobservaloire ; ceci me rappella que voyant un jour une grandenbsp;ville du haut d'une montagne , je dis h mon compagnon , qua la vue de toutes les grandes villes ,nbsp;Ie philosophe Chretien éprouve Ie inême sentiment que Ie Sauveur des hommes a la vue denbsp;Jérusalem : T^idens-clvitatem, Jlevil super illam,nbsp;Ues grandes villes sont un composé de tous lesnbsp;vices et de toutes les miseres.
Nous allons au Séminaire des nobles , et au Ferdinandeum; autre Séminaire qui est bien ad-ministré et dont Ie Principal est un brave homme ,nbsp;très-zélé, et attenlil' auxdémarches de sa jeunesse,nbsp;ce qui est rare en ces pays-ci, Marie-Théresenbsp;voyant ce Séminaire en 1772 (je crois que cestnbsp;Ie Ferdinandeunï), en fut extrêmement contente,nbsp;et fit a cetle jeunesse des promesses gvacieuses.
Le 12, nous allons aü jardiu du Comte Tourm-brand : on y voit des chevreuils , des daims etc.
Presque tons les Styriens ont des goitres ; on atlribue ce mal au.x eaux minérales et aux metsnbsp;trop gras fort en usage chez ces peuples 5 le malnbsp;est commun aux montagnards. On le voit aussinbsp;Tom. J.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hh
-ocr page 500-en Hongrle et en Transylvanie, mais moins considerable et moins general quen Styrie. Quand Journ. hist, el On boit de Teau sur du beurre ou sur de la
^7^5 pa^'s nbsp;nbsp;nbsp;guere d'éprouver un mal
de gorge. La graisse et Ie beurre se figent et ,se durcissent dans une eau extrêroement froidenbsp;et crue. Cependant les goitres étant tres - fré-quens dans les pays oii lon nuse pas dalimensnbsp;extraordinairement gras , il paroit que 1eau seulenbsp;peutproduire ces excroissances. A TVellensleitif-^W-Journ. last. et jggg Luxembourg prés de la petite ville de Ré-
L'lttGT» y 1 OGpt* i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp; I* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp; f
1780, pag. 22. mich , il y a une tontaine qm multiplie singnbe-reraent ce genre de difformilé : les eaux de neige et de glace sont pernicieuses , mème aux planles.nbsp;Les habitans de Neusol, de Schcmnitz, de Mo-tiska , de Herrengrund etc. , qiii boivent plutótnbsp;des eaux minérales, vifrioliques ou arsenicalesnbsp;que les Styriens , nont pas de goitres. Les habitans du Krapach, qui boivent aussi des eauxnbsp;de neige , ne sont pas aussi sujets aux goitres , quenbsp;les Savoyards, les Vallésiens et les Styriens. Se-ïoit-oe paree que Ie Krapach est graniteux, et quenbsp;les Alpes sont calcaires , au moins dans quelquesnbsp;contrées , a une certaiiie hauteur ? Toutes chosesnbsp;é, examiner.
On sait, par les experiences de Margraf, que la neige contient beaucoup de chaux, et, sansnbsp; doute, davantage dans des contrées calcaires. Cestnbsp;peut-ètre la chaux qui donne cette qualité a lanbsp;fontaine de Wellenstein : elle est dans un terreinnbsp;très-calcaire. Mr. de Lalande aftribue les goitresnbsp;des Savoyards a des eaux crues, dures et ni-
-ocr page 501-treuses , qui nont pas encore élé imbibées de Fair qui les divise et les atténua. Le remede est unenbsp;éponge calcinée , dont on prend plein un dé anbsp;coudre au matin et au soir : si le mal résiste, onnbsp;y mêle de lecarlate calcinée et en poudre j maisnbsp;cela est violent,
Le r4 Octobre, je pars de Gratz, après avoir vainement cberché un compagnon jusqua Bude.nbsp;Je prends sur Warasdia en Croatie, Sigefh etc.nbsp;Trompé par le domestit[ue du college, je me voisnbsp;obligé de prendre la poste , après avoir couru Iénbsp;risque dacbeter un mauvais cheval. A minuit jenbsp;suis a Marbourg, oïl je dors queiques heures dansnbsp;récurie de la poste. A six heures du matin je menbsp;rends è. la maison des Jésuites : le P. Auer et lesnbsp;autres Peres me font mille amities , mais sur-toutnbsp;le P. Halloix, leur supérieur, né au Comté denbsp;Namur, le plus aimable et le plus bienfaisant desnbsp;hommes, Sans les quatre ducats qu'il mavauca,nbsp;jenaurois pu regagner la Transylvanie : lepriantnbsp;de me les prêler sur ma parole dlronneur et surnbsp;mon air ouvert, je lui demandai sil étoitphysio-nomiste; il me dit ingénieusement en me les don-nant ; II parott que vous ne lêtes pas.
Lei], je vais è. la campagne du Comte Brandeis , et de la cime dune montagne voisine, je découvre la belle situation de la petite ville denbsp;Marbourg, Je re9ois des lettres qui m'alarment :nbsp;mon voyage de Rome fait du bruit et cause dunbsp;mécontentement. Mes compagnons qui ont achevénbsp;leurs études dans différentes provinces, viennent
Hh 3
-ocr page 502-tous de relourner auxPays-Bas : je suis abandonné seul dans les pays étrangers.
V^ivite felices quibus est fortuna peracta
Jam SIM. IVos alia ex aliis in fata vocamur.
Vohis parta quies , nulliun maris cequor arandum ,
uirva neque uiusoniw semper cedentia retro
Qucerenda.
Le 19. De Marbourg je vais par eau a Pettaw. Le froid mengourdit, et moblige k jeter l'eaunbsp;hors du navire; nous arrivons k Pettaw par lanbsp;neige.
Petau OU Pettaw est une ancienne colonie Ro-jnaine. Tacite place cette rille dans la Carniole. jw^Pnovio*^^*' Pctovio, dif-il, oppidum in Carnio est. Le piliernbsp;du carcan quon y voit, est un ancien monumentnbsp;que les antiquaires frémissenl de voir ainsi prosti-tué: pour moi, comme je crois les choses anciennesnbsp;et nou velles k-peu-près de la même valeur, jen suisnbsp;moinsaffligé; dailleurs, est-il moins bien employénbsp;en servant k punir la transgression des loix, quanbsp;repaitre les yeux des savans et des curieux dansnbsp;un cabinet?
Le 20, je souffre un froid extréme vers quatre heures du soir , jarrive a Warasdin, ville denbsp;Croatie , résidence du Ban ou Vice-Roi, qui estnbsp;le célebre Maréchal Nadasty. Cette ville nest riennbsp;moins que belle : jy achete pour 36 florins unnbsp;très-mauvais cheval, avec lequel étant parvenunbsp;jusqu'k Bistritz , jen fis présent au cocher dunbsp;Comte A'Ybaira, qui le vendit 4 florins.
-ocr page 503-Le 23 Octobre, je pars après midi, el je vais loger k Lubrec, chez le Curé , qui ce jour-laavoitnbsp;donné un repas.
Le 24, je suis au chateau du Comte Adam Bathiany ; il est beau, avec une chapelle, oii lonnbsp;conserve une petite ampoule de sang figé, quonnbsp;assure être le vin consacré par un prêtre , quinbsp;doutoit 'de la présence réelle , et qui déclara cenbsp;miracle a sa mort, en i4ii. On adore ce sangnbsp;que lon conserve dans un ostensoir , avec lequelnbsp;on donne la bénédiclion. Ce miracle a été centnbsp;ans k Rome , au tribunal de la Rote avant d'etrenbsp;approuvé. On a trois Rulles a ce sujet, Tune des-quelles est de Léon X (1). Le chapelain du chateau , Georges Kussich , me pria avec instance ,nbsp;de lui transmettre les documens que je pourrainbsp;trouver touchant cette histoire.
Je dine a Copreinitz, bourg oü il y a un convent de Récollets : en latin on.dit Capronsa, en Croate Coprivnitza : je passe la nuit chez le Curénbsp;de Bermié. Un bon Capitaine Croate me témoignenbsp;infiniment damitié 5 raais il est ivre avant la finnbsp;du souper.
Le 25 , je passe la Drape, et vais diner chez le Curé de Bresniiza : je vois dans eet endioit Ie
Je ne sais oü Misson a vu que tout le monde apoiie que Léon X. étoit un impie. On 1a toujours regardénbsp;coinme un Pape savant, religieux , sage et modéré. Jainbsp;remarque' ailleurs que tous les impics cherclient des compagnons,
Hh 3
-ocr page 504-cjiateau du Comle Nics/d, et une très-belle église dans Ie gout italien.
Le lit que la Drave a quitté depuis quelques années , na plus rien de sa profondeur , et senbsp;(rouve déja presque de niveau avec le reste dunbsp;terrein environnant ¦ cela ne s'explique pas très-aisément; j'aimois a croire , avec Kircher, quenbsp;les plaines s^élevent j mais , en ce cas-lk , lesnbsp;campagnes se seroient aussi élevées k proportion.nbsp;On dira que les anciennes rives de la Drave senbsp;sont peu-k-peu éboulées , mais tout est gazon, etnbsp;toute la campagne est ii-peu-près de niveau avecnbsp;lancien lit.
Je passe la nuit chez le Curé de Babocha : le lendemain je mange du pain , et mon clieval denbsp;Tavoine chez des Calvinistes, a Istnandi. A quatrenbsp;heures je suis a Si'geth, chez le Curé, qui est unnbsp;très-brave homme. Son église est une anciennenbsp;niosquée, bien batie ; il eut la complaisance denbsp;maccompagner a la citadelle, quon répare; ellenbsp;est déja en bon état, et Tonen peut faire une petitenbsp;forteresse importante. On y voit un minaret, ounbsp;la tour dune mosquée, des casernes bien voulées ,nbsp;et la grosse piece de canon, que le célebre Comtenbsp;Nicolas de ó'ec/m'lacha si souvent conlre les Turcsnbsp;assembiés a la porie du chateau. A quelque distance de la forteresse, nons voyons la place oünbsp;eet homme incomparable fut tué, le 7 Septembrenbsp;i566, en se faisant jour a travers Tarmée Olto-mane. La Hongrie regarde ce Général commenbsp;son plus grand héros, ses guerriers le prennentnbsp;pour modele, et envient son sort. Toutes les his-
-ocr page 505-toires tiirques , hongroises , alleniandes , fran-^oises etc. , parleiit avec élonnement de ce brave Seri/ii (*). Schott met uii de ses descendans entrenbsp;les mirahilia hominum; mais rien dft plus fade,nbsp;ni de plus gauche , que eet article de Schott,nbsp;Nicolas .Sewif y seroit bien placé. Je soupai cenbsp;jour-la chez les PP. Récollets , qui me firentnbsp;Tamilié de minviter.
Le 2^ , je vois Ie lieu de Ia mort du grand Soli-man ; eet Empereur des Tures mourut devant Sigeth, trois jours avant la reddition de cette place,nbsp;qui fut emporlée malgré la belle défense du Comtenbsp;Nicolas Serini, en 1566. Je mendie un morceaunbsp;de pain chez les Chapelains du Curé de S. Laui'ent,nbsp;qui me Ie donnent avec un zele et un empresse-ment extréme : je suis peut-être Ie premier Jésuitenbsp;quils aient vu mendier son pain.
II est midi, et jarrive a Cinq-Eglises , que les Hongrois appellent Pees (on prononce Betsch ounbsp;Petsch) : cette ville est dans la situation la plusnbsp;riante; Soliman lappelloit son paradis. Cest unnbsp;proverbe : Neinetnek Bécs, Magyarnak Pécs.nbsp;Aux Allemands Vienne , aux Hongrois Cinq~nbsp;EgUses. II y a peu de bévues plus plaisantesnbsp;que celle du Dictionn. encyclopédique(ie''e. édit.)nbsp;au sujet de la ville de Cinq-Eglises. A larticle
(*) On écrit aussi Zrini. Jai vu des Hongrois qni pré-teiidoient mettre unc difïéiencc entre Serini et Zrini; mais il est constant que Ie nom du héros dont je parle,nbsp;sécrit de Ihne et dc fautre manierc.
( 488 )
lU'cclïé, après avoir disserté sur la pluralité des bénéfices, et dit que Ie Cardinal Mazarin, Evêquenbsp;de Melz , possédoit en même tems 13 Abbayes ,nbsp;imrn. hist, et les rédacteurs ajoutent : Et quant a la pluraliténbsp;filter. , iS Mai Evèchés, Jaiius Pannonius étoit- d son décès
77 ^ nbsp;nbsp;nbsp;J 'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-77
itiVeque de cinq villes.
Léglise que les Jésuites ont en cette ville , est !a plus belle mosquée que les Tures aient eu de-puis Bude jusqu a Andrinople : ils la viennent voirnbsp;souvent, et la regardent avec regret, ainsi que lanbsp;ville et ses riantes campagnes , et campos ubinbsp;Trojafuit. Le Recteur du College est Ie P. Wai-kovics , homme tres-savant, qul déploya unenbsp;grande bienfaisance envers moi dans le piteuxnbsp;élat oü il me voyoit réduit. Je dois aussi beaucoupnbsp;de reconnoissance au P. Todt, et au P, Spiri-luel (*).
Léglise desDominicains est aussi une mosquée. Le 28 , nous voyons encore une mosquée servantnbsp;dégljse a Thopital qui est hors de la ville, et l'é-glise Calhédrale , quon dit être la plus grandenbsp;de toute la Hongrie, batie par le Roi Pierre : onnbsp;y voit son tombeau, LEvêque porte le Pallium.nbsp;Cest aujourdhui Mr. Climo , borome savant etnbsp;cultivé. Tous les Chanoines portent la croix : ci-devant ils portoient aussi la mitre j mais Mr. Climpnbsp;la leur a fait óter.
Le 3o Octobre , après avoir perdu mon cheval durant la nuit et lavoir enfin retrouvé , je passe
-ocr page 507-Je reste de cette nuit chez rexcellent Curé de Bol, village AUemand , nouvellement formé : tout estnbsp;cliez lui de bon goüt et bien ordonné. II étoit sinbsp;enfhousiasmé de posséder un Jésuite Fran9ois ,nbsp;quil ne parloit quavec peine. Son Chapelain menbsp;Gonnoissoit , m'ayant vu a Tirnaw.
Le3i, je dine a Niarad, autre village AUemand,
L'église paroissiale a un bon orgue ; je lai touché avec beaucoup de plaisir. Allant de cette église ,nbsp;je découvre au Midi Mohacz, et cette plaine fa-meuse que Soliman couvrit de 20,000 morts de
larmée Hongroise. On voit de lautre cóté, vers Voyezlecrime «j tl 1t'i*nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T * Tl *nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 d® CC PnncG deins
I nbsp;nbsp;nbsp;Occident, lendroit ou Ie jeune Louis, Koi de leijici. hhtor.,nbsp;Hongrie , périt dans sa fuite , en voulant traverser artil, fiisnbsp;Ie Carass. Istuanfi dit que Louis dans sa fuite laissa
Mohacz a droite; cela ne peut pas être , puisquil cherchoit a gagner Cinq-Eglises ; il avoit par conséquent Mohacz a gauche. Istuanfi se sera placénbsp;en face duiie carte , et pour lui , relativeraent anbsp;la situation de Louis , Mohacz étoit a droite.
On a remarqué que tout avoit élé prématuré dans ce jeune Prince :
Partus,regninn, harha ^ torus, mors denique tristis,
Immatura tibi sunt, Ludovice , nimis.
II nbsp;nbsp;nbsp;n'est pas possible de lire cette terrible et déci-sive défaite dans 1'élégant, véridique et intéressant Istuanfi , sans se sentir vivement affecté ;nbsp;toute la noblesse et Ie haut Clergé y périrent. Lesnbsp;Evêques qui commandoient plus que Ie Roi et lesnbsp;généraux, sur-tout lArchevêque de Gran, croyoientnbsp;vaincre par miracle ; mais Dieu nen fait pas aunbsp;préjudice de la prudence , qui est une vertu Car-
-ocr page 508-Mach. I, C. 5. dinale. In iüd die, ceciderunt sacerdotes in hallo , dum voluntfortitcrfacere, duin sine consilio exeuntnbsp;in pree Hum.
Louis de Baden vengea Ie Roi Louis, et défit les Tures dans cettemême plaine Ie la Aoüt iGS'j;nbsp;sa victoire fut complelte, On Ut dans Ie Dictionn.nbsp;histor., que cette victoire fut remportée par Ienbsp;Due de Lorraine (art. Mahomet IK) , ainsi quenbsp;dans les Mémoires du Due de Berwick, tom, I,nbsp;pag. l5. Mr. de Berwick ne parle mème que dunbsp;Due de Lorraine ; et lon ne peut douter en lisantnbsp;ces Mémoires , que ce Duo nait eu Ie commande-ment général; Istuanfi , pag. 606 , dit la mêmenbsp;cliose. Mr. Pfetfel , dans sou Ahrégè chronologuiuenbsp;de lhistoire el du droit public dd Allemagne, dit quenbsp;les Dues de Baviere et de Lorraine remporterentnbsp;cette victoire; il se trompe.
Cependant il y a une médaille frappée a cette occasion en 1honneur du Due de Baviere. Lenbsp;champ représente la bataille de Mohacz ; 1exerguenbsp;porte : Mohazianiim Bavaricce slrenuitatis monu-menlinn lS8j et le tour : Consociamini et vinci-mini, quia hic est Buimanuel. Isai. Le reversnbsp;représente ie buste du Due sur une colonne quunnbsp;laureau setforce de renverser. Lexergue : Liina-luin repnmit virtus, sic Boja furorem. Le tour ;nbsp;Firmitatein illustrat impetus. Je nai vu cette médaille quen bois ; le coin en est magnifique, etnbsp;ne peut avoir été fait pour un daraier.
Pour concilier tout cela , il faut regarder le Due de Baviere comme auxiliaire et ne commandantnbsp;que ses propres troupes, et le Prince de Baden
-ocr page 509-comme généralissime des troupes des CercLes , ögalement auxiliaires. Cest sans doute pour avoir Journ. hist, etnbsp;un Louis vengeur de Louis , que quelques liislo- 'nbsp;riens Hongrois noiument Louis de Baden plulótnbsp;que Charles de Lorraine. Après cette courte digression , je reprends ma route.
Vers Ie soir je me trouve dans un danger imminent de périr, mélanl engagé au milieu dun troupeau de boeuts sauvages, amenés de laTheiss.
Létat divresse oü je voyois Ie conducteur, aug-mente raon effroi. Je parviens enfin k men lirer , et vais coucher a Batina, chez Ie Receveur desnbsp;droits qui se paient au passage du Danube.
Le i^*'. Novembre, fete de tons les Saints, après avoir dit Ja Messe je passe le Danube , etnbsp;viens diner chez le Cure de Besda. Jarrive très-tard a Milletics, chez un Curé assez ridicule etnbsp;fort ombrageux. Je métois égaré deux fois menbsp;portant vers Szombor, petite ville oü il y avoitnbsp;alors une foire très-fréquentée : sans les clochesnbsp;quon sonna presque loute la nuit (cétoit la veillenbsp;du jour des ames) , je neusse jamais trouvé 3IU-letics; et sans un paysan qui entendoit et parloitnbsp;le latin, les chiens mauroient dévoré avec monnbsp;cheval j et saus mon imporlunité , le Curé nenbsp;m'auroit pas logé.
Le 2 , je dis la Messe , et poursuis mon chemin dans les plaines immenses et désertes de la Theiss.
Ma petite géographie , le soleil ou les étoiles me servent de boussole ; les chiens , les bceufs , lesnbsp;taureaux sur-tout, tout est formidable dans cesnbsp;déserls. Le souvenir de tant de personnes tuées par
-ocr page 510-des boeufs , des ïaureaux, des buffles , doit rendre Ie voyageur attentif. Le jeune Prince Corsini futnbsp;tué par un bceuf ^Florence peu de tems après monnbsp;passage par cette ville. Le grand Clwius le fut parnbsp;un buffle, lorsquil alloit visiter les sept EgUses denbsp;Rome.Mon cheval est rétif; cest une vraie vache)nbsp;je nepuiséviler le danger ;il fuitceque jecherche, .
Filii heroum clierclie CC que je fuis. Le successeur de Hansel devoit naturellement être un mauvais cheval, unenbsp;haridelle. Jarrive cependanl a Szent-Maria, aprèsnbsp;m'être reposé dans une maison , oü jeus de 1eaunbsp;puante pour tout diner , du fuinier pour faire dunbsp;feu , et une tête de cheval , mais une vraie tête denbsp;cheval décharnée pour masseoir.
A Szent-Maria, les PP. Récollets me re9oivent parfaitement bien. Le Gardien commen9a le col-loque par un petit sermon , qui avoit pour texte :nbsp;Circuierunt in melolis , in pellibus caprinis , egen-tes, angustiati, qfflicti etc., et fit léloge le plusnbsp;magnifique de la Compagnie de Jesus. Rien denbsp;tout cela ne me concernoit personnellement; jynbsp;repondis néanmoins de mon mieux.
gt;:79gt; P^'d- 532.
Le bourg de Szent-Maria fut, qüelques années hisu^ei^ déclaré ville libre sous le nora de There-sienstadt. Les habitans, quoique pauvres en appa-rence , ont de grandes ressources dans leurs grainsnbsp;et leur bétail.
Le 3 Novembre, je suis prés de mourir de faim et mon cheval avec moi : il ne mest pas possiblenbsp;davoir un morceau de pain. Nous gagnons enfinnbsp;Segedin, très-grande ville, mais mal batie ; elle anbsp;un assez bon chateau, dont on va augmenter les
-ocr page 511-fortifications, car il ny a que des tours et des demi-lunes devant les courtines. Les Piaristes ounbsp;Prêtres des Ecoles^Pies, ont un college k Si'gedin ^nbsp;its me recoivent bien , mais ils maffligent par unenbsp;terrible nouvelle, en massurant que le Coratenbsp;d'Fbarra a quitté Bistritz, et demeure maintenantnbsp;a Vienne ; heureusement la nouvelle sest trouvéenbsp;fausse.
Ces Peres viennent de célébrer la canonisation de S. Joseph de Calasance, leur fondateur, quinbsp;est vraiment un grand Saint. Sa vie, écrile ennbsp;.italien par le P. Tosetti, et traduite en allemandnbsp;par le P. Koch, est un chef-dceuvre dans les deuxnbsp;langues ; nous la lumes, le Comte d'Fbarra etnbsp;moi, avec une grande édification. Cest la veritable philosophie chrétienne : Magnijlcè sapien-tiam tractabat (L. a Mach. a. 9.^. Le nom du Saintnbsp;exprime heureusement cette année -. sakCxVsnbsp;JosephVs CaLasanCxIVs a Maxre DeI. Cest un.nbsp;des plus soutenables chronographes que jaie vus.
A deux rallies plus has que Segedin, en descendant la Theiss, on voit Zenta, bourgade remar- Joum. Mst. ci quable par la victoire que remporta le Prince Eu-gene, en 1697 gt; larmée Turque, commandee ^nbsp;par Mustapha 11, ou plus de 20,000 Turcs res-terent sur le champ de bataille,
Le 4 j je viens au confluent du Maros et de la Theiss ; je passe la Theiss , et je mégare deux ounbsp;trois fois a Ientree de la nuit. Le feu allumé parnbsp;des patres, me dirigea vers eux : a la vue de dixnbsp;creutzers , un deux, qui salt IaHemand , menbsp;conduit a Toldiac, oh je loge dans la inaison dunbsp;Cure, qui nest pas chez lui.
-ocr page 512-Le 5 , féte tie S. Eméi'ic , Priace-Ro^ al de Hongrie , après avoir chanté la Messe, je viens knbsp;Maco, oil je dine avec le Comle Engel, Evêquenbsp;de Csanad et de Temcswar, ancien Evêque denbsp;Belgrade. II veut a toute force me faire accepternbsp;dans son diocese une Gure allemande et francoise 5nbsp;je la refuse opiniatrément. Ce Czanad étoit autrefois une ville épiscopale; aujourdhui ce nestnbsp;plus quun village aflreux. Quand on considerenbsp;rétal OU sont maintenant réduites dans cette oon-trée des villes autrefois célebres et florissantes ,nbsp;on se nourrit de la triste , mais pliilosophique reflexion de Sulpitius , dans son Epitre a Cicéron ,nbsp;sur les ruines des plus fameuses villes de la Grece.
A Apatbjalva, on refuse de me recevoir chez le Curé, a cause quil est absent: je pousse jusquanbsp;Schika, oü je loge chez un brave cuirassier de-venu aubergiste. Le ftoid me tourmente toute lanbsp;nuit, et des cabus (choux pommés), qui tombentnbsp;et roulent dans ma chambre, me donnent falarmenbsp;el fépouvanle.
A Preesha, le 6 Novembre , je dine chez le Directeur des biens domaniaux , qui me fait asseznbsp;li oide mine; mals le Curé , très-honnête homme ,nbsp;qui a du monde et de la polilesse, me retient pournbsp;la nuit : il me traite magnifiquement, et menbsp;conduit le lendemain a Arad.
Le 7, je vais voir la nouvelle ville et la forte-Erreurs des Ga- rpsse quon batit a Jtrad : les ouvrages sont fort cette place sera formidable , el pour lenbsp; j pag. moins égale a Temcswar ¦¦ on y travaille avec loutenbsp;i'activité possible. Cest la premiere ville que je
-ocr page 513-vois balir; ceHe vue mafl'ecte beaiicoup , ei rappelle a ma mémoire Tétonnement dEnée h lanbsp;vue de Cavthage , que Didon fait batir. L. 2 denbsp;lEnéide.
Miratuf inolein tineas , ma^alia quondam ;
Mimtur portas , strepitumque et strata viarum.
Instant ardentes Tyiii ; pars ducere muros ,
MoUrique arcem , et manïbus suhvolvere saxa,
Pai s aptare locum tecto , et conclitdere sulco.
Qualis apes etc..................
Je loge cliez les Cordeliers , que lon nomme Minorites dans ce pays-ci, et Frcres-Mineurs aunbsp;pays de Liege,
Le 8 Novembre, je suis a Simanda ; laumonier du régiment Voghéra, cuirassiers, me retient. IInbsp;deraeure dans une maison bamp;tie k la valaque; maisnbsp;tout y est très-propre et de bon goüt. Cet au-mónier est un Jésuite , nommé Schmit. Qu'il futnbsp;charmé de me voir dans sen extréme et profondenbsp;solitude ! il m'a écrit depuis pour avoir qualrenbsp;Hansels de Moldavië, mais je nai osé me chargernbsp;dune commission de cette nature , toujours pé-rilleuse enfin, tout le monde veut avoir desnbsp;Hansels. Le Comte de Lasci, président du Conseilnbsp;de guerre, vient den demander douze et des plusnbsp;petits , qui sont en effet les meilleurs, au Baronnbsp;Entzenierg, Commandant des Valaques. Jenbsp;vois aujourdhui , pour la premiere fois , unenbsp;plantation de safran.
Le y, je jeune k Nagy-Sérind : je raégare dans une grande forèt, après avoir été spectateur dunnbsp;joli combat entre une oie et des dindons. Loie
-ocr page 514-étoil seule contre plusieurs ; mais elle savoit prO'^ fiter si a propos de lavantage que lui procuroitnbsp;sou élément, sur lequel les ennerais nosoient senbsp;hasarder, que toute la gloire du combat lui resfa,nbsp;comme a ces généraux qui doivent leur vietoire knbsp;la disposition du local, et k 1habileté avec laquellenbsp;ils Ie metlent a pi'ofit* Ma philosophie se reputnbsp;assez long-tems de ce spectacle ; les plus petltesnbsp;choses , dans la nature, ne sont indignes ni denbsp;notre attention, ni de notre admiralion 5 nous lesnbsp;donnons souvent k des objets qui les méritentnbsp;moins. Admiranda tibi leinum ^pectacula rerum.nbsp;4 Georg.
Moil cheval boite et nen peul plus : un Hon-grois scbismalique , après bien des difficultés, me re9oit dans sa voilure. Arrivé a un gite , je dorsnbsp;dans une grange, transi de froid , après avoirnbsp;niangé une bonne bouillie , que javois cuite moi-inême cliez des Valaques. Ce que cest que lanbsp;sobriélé , ou plulót Ie jeune , la saine et salubrenbsp;abstinence de tout aliment quin'est pas absolumentnbsp;nécessaire! Le 10 k midi, il y avoit deux jours quenbsp;je navois mangé que cette bouillie et un morceaunbsp;de pain noir; el je ne 1'us jamais plus vigoureuxnbsp;ni plus gai. La maniere dont je chantois, ravissoitnbsp;dadmiration mon Hongrois, qui , lorsque nousnbsp;étions au Grand-Waradin, dit a lEvèque, quilnbsp;ne comprenoit rien k eet homme-lk, et que celanbsp;passoit le ion des choses naturelles,
Ce fut le I o, que nous arrivames pour diner au Grand-Waradin, ville que j'airae sipguliéremenfnbsp;depuis mon premier passage. Dès l'instant même
on
-ocr page 515-on courul informei 1Evêqne qn'un Jesiiite suspect venoit darriver : mon pauvre équipage maltiroitnbsp;ces soup^ons. Ce Prélat qui me connoissoit, en ritnbsp;beaucoup, et men fit lui-même Ihistoire. Lenbsp;Supérieur et tous les Peres du College me re^nbsp;coivent comme tombé du ciel : je plante cliez euxnbsp;le piquet pour quelque terns , en attendant desnbsp;nouvelles du Comte dYbarra ; jen recois le 15 ,nbsp;et veux partir aussi-lot; mais on ne veut point ennbsp;entendre parler.
II y a dexcellens bains prësdu Grand-Waradin', )en ai fait usage , ainsi que deux de nos Peres ,nbsp;FribertQi Dobra. Le 19, jai renouvellé niesnbsp;vcEux, ce que mon voyage mavoit eropêché denbsp;faire plutót.
Le 21 , je revois la citadelle , dont j'ai deji parlé. On lit au-dessus de la porte :
Par oil 1'on voit que ce fut le jour de la fete du Saint Sacrement, en 169a , que les Turcs ennbsp;furent chassés.
Le 22, je pars comblé de bienfaits et charge de présens de toute espece : le P. Fribert maccom-pagne dans la voiture du Supérieur. A Teleth,nbsp;nous devions jeuner, le Vicomte étant absent : imnbsp;brave Hongrois, Mr. Budai,Xi.o\xs appella chez lui,nbsp;et nous traita supérieurement bien. Rien de plusnbsp;charmant que ces Hongrois honnêtes , généreuxnbsp;et magnifiquement hospitallers envers des gensnbsp;complétement inconnus. Le despotisme militaire
et la rongeuse manie des réformes, ayant efface ce caractere national, ces qualités du peuple Hon-grois ont aujourdhui disparu avec bien d'aulres.
Mr. Tokodi nous recoit encore mieux k Elées , que navoit fait Badai a Teleth ; ii me donne un.nbsp;conducteur jusqua Fokete-To, oü jarrive Ie len-demain, a3 , pour la nuit. Un vent horrible déra-cinoit et rompoit les plus grands arbres; je fus ennbsp;danger de périr au milieu d'une affreuse forêt ; ilnbsp;faisoit un tems ëpouvantable , et la pluie tomboitnbsp;comrae au déluge.
Un songe mavoit prédit ce danger, jen avois parlé avant de partir F Elées, sans prévoir cenbsp;vent : je m'en ressouvins aussi-tót quil commen^anbsp;a soufHer violeinment, et ma peur augmenta. Jenbsp;sais bien quil y a du ridicule a rêver commenbsp;Joum.hist. et Malliicu Laensberg j niais il nen est pas moinsnbsp;pag^a53^nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;raconté mon rêve,
que mon rêve sest vérifié , quoiqu'il ny eüt nulle apparence de vent lorsque je rêvai et lorsquenbsp;je raconfai mon rêve, et quoiquau contraire Ienbsp;tems fut très-calme.
A Fokele-To, je dors sur un banc, au milieu des Grecs et des Valaques , que jaime bien , etnbsp;qui me servent avec ardeur : autrefois je lesnbsp;craignois 5 maintenant, et au milieu deux, manbsp;sécurité est extréme. Deduxit illos in spe, ct nonnbsp;timuerunt. Ps. 77.
Montaigne, dans son Voyage dItalië, disoit qut7 rdétoit bien que Ie cul sur la setle. En effet ^ force denbsp;fatigue, jen ai perdu Ie sentiment et lidée : je nenbsp;suis bien quk cheval} la je repose comme dansnbsp;un lit.
-ocr page 517-Le 24, je pars avec cette caravane de GrecS qui vont a la foire de Huniad je passe souventnbsp;le Crisius, qui est rnaintenant assez petit; je voisnbsp;les premieres neiges , oii six niois auparavantnbsp;javois vu la premiere verdure. Je dine k Banf-Huniad, chez le Dreipichfter, qui ne me laissenbsp;pas partir : je rends visite k mon Predicant Cal-viniste , qui m'avoit logé autrefois. Sachant quenbsp;je venois de Rome, il paria beaucoup du Papanbsp;sanctissimo : il ignoroit la signification latine denbsp;Ce mot sanctissinius ; il pouvoit lapprendre dansnbsp;Quinte-Curce : Darius, ut erat sanctus et mifis ;nbsp;dans une inscription romaine, k Carlsbourg : Pronbsp;salute Domini nostri sanctissimi Antonini PU, et hnbsp;Salathna : Conjugi sanctissimce. Le nom diAugustus {auctor et amplificator Imperii) , donné auxnbsp;Empereurs les plus indolens et les plus malheu-rcux , déplait-il k des Protesfans , tandis que Iénbsp;Sanctissimus, donné aux plus grands, aux plusnbsp;pieux Pontifes, les irrite ?
Le 25,5 deuxheuresdu malin, ill'allut me lever : la pltiie inondoit mon lit et toute la chambrCinbsp;Ces frêles habitations , faites de bois et de terre ,nbsp;ne résistent a aucun élément. La pluie continue;nbsp;je pars néanmoins, quoique les chemins soientnbsp;horribles. Que je suis mal a Vasarhélil je menbsp;seche comme je peux. Une Dame Calviniste dine,nbsp;sans avoir 1'honnêteté de me rien présenter. Jenbsp;cours de nouveau le risque de périr avec monnbsp;cheval, et ne puis gagner Clausenbourg. Je loge anbsp;Sasfenès, chez la Comtesse Mikés, alors absente ;nbsp;mais son administrateur est un très-brave homme ?
sa femme est Allemande} elle a voyagé en Italië. Ils me préparerent un excellent petit souper et unnbsp;bon appartement : un Valaque veilla toute la nuitnbsp;pour y entrelenir Ie feu.
Le 26, jai Ie plus beau tems du monde, et k dix heures du matin je suis h Clausenbourg, cheznbsp;mon brave Recteur Szegedc. Je me souviendrainbsp;toute ma vie dun bon Frere, qui avoit la directionnbsp;de la pbarmacie, et qiri me donnant du café selonnbsp;lusage (on alloit ordinairement pour cela a lanbsp;pbarmacie) , me dit que lorsque je reviendroisnbsp;encore, il seroit in crjptd (danslecaveau). Commenbsp;il n'étoit ni malade , ni excessivement agé , jenbsp;contredis cefte idéé de mon mieux 5 cependant ellenbsp;se réalisa peu de jours après. Cétoit un hommenbsp;fonciérement pieux, qui avoit beaucoup voyagénbsp;et beaucoup vu , et dont 1ame étoit au-dessus denbsp;son emploi et de son état de Frere laïc.
Le 29, je dine au Séminaire, avec 280 pauvres écoliers, auxquels je consacrerois plus volontiersnbsp;mes petits talens et mes soins , quaux Princes etnbsp;aux Comtes.
Après tous mes voyages, je me porie parfai-tement bien; mais outre une calvitie totale, jyai pris un air si froid et si pbilosophique, quon nenbsp;roe reconnoitra pas a mon retour aux Pays-Bas, sinbsp;jamais il a lieu. On me dira ce quEnée disoit anbsp;Hector:
..........Quibus , Hector , ah oris
Expectate venis 7 quce causa indigna serenos
Fcedavit vultus 7................
Jbieid. L. 2.
-ocr page 519-( 5oi )'
Ma santé est si inalterable depuis mon exil, que je nai point fait usage du moindre remede : jainbsp;trouvé beaucoup de vérilé dans ces asiómes, tirésnbsp;de la Méthode aisée de conseroer sa santé, ouvragenbsp;anglois , traduit par Mr. de Bréville, avec 1épi-graplie : Sine his, omnia remedia nihil prosunt.
Paris, 1^52.
a 89. Pour vivre long-tems, se niaintenir en a santé , conserver la force de son génie , etnbsp;» pouvoir admirer les merveilles de la Provi-n dence, il faut avoir grand soin de subordonnernbsp;n ses appétits a la raison ».
» 47quot; La tempérance prévient quantité dacci-» dens , et nous rend raoins sensibles au froid,
)) au cliaud et a la fatigue a.
a 49- Une diete bien réglée nous dispose k a attendee la mort avec assurance a.
a 5o. Enfin, la sobriété conserve la mé- Journal de a moire, le iugement et toutes les facultés infel-rnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, jum
, nbsp;nbsp;nbsp;.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pag- 399.
a lectuelles etc a. nbsp;nbsp;nbsp; i 1786,
Le 3 Decembre, je chante la Messe pour la P®s-gt;7*-fête de S. Francois-Xavier , avec une grande consolation. Pendant mon sejour au college de Clausenbourg, je vois polir des pierres précieusesnbsp;chez le P. Fridrelsky : ce genre d'ouvrage exigenbsp;une patience, une persévérance incroyables,
Gutta cavat lapidem , non vi, sed scepè cadendo ;
Sic fit gemma nitens , non vi , sed scepè terendo.
Le 5 Décembre, je pars : le terns et les chemins sont tres-mauvais; je suis foi'cé de marrêter et denbsp;passer la nuit a trois lieues de Clausenbourg.
Le 6, je suis dans la citadelle, ebez le Capi-
li 3
-ocr page 520-( 5o2 )
faine Pelrich, a Samos-Uimr; ie soir ^ Dées, chez Ie Comte Téléki, et Mr. De Breux, monnbsp;ancien confrere j Taimable Comte me retient jus-qu'au 14. Ce jour-lk, j'aiTÏve h Bethlem, chez Ienbsp;Comte de ce nom, et Ie i5 je suis pour diner anbsp;Bistritz.
Bistritz étoit autrefois une ville puissante Ie célebre Jean Huniade étoit Comte de Bistritz;nbsp;on y voit encore sa maison, Jai lu dans un diplome ; Nos Joannes de Huniade, Comes perpetuusnbsp;B istriciensis.
Sed nos immensum spatiis confecimus cxquor,
Et jam tempus equüm spumantia solvere colla.
L. 2. Georg.
Aujourdhui i5 Janvier 1769, on emmene Ie canon de Bistritz centre les Turcs , qui ont passénbsp;la frontiere ; les Sicules en ont pris 17 , quils ontnbsp;menés aHermanstadt. Nous sommes menaces dunenbsp;invasion, quoiquil soit constant quil ne sagit quenbsp;de faire la guerre a Ia Moscovie ; aussi cette nouvelle sest-elle trouvée fausse. Dans ces sortes doc-casions , ici comme par-tout, aujourdhui commenbsp;au tems de Tite-Live , multa nuntiaia, malta te-merè credita.
Le 17, j 'ai acheté un Hansel, le 3®., bien supérieur a Hansel II, et semblable a Hansel I®®., de gracieuse memoire ; il ne me coute que 16 florinsnbsp;de Hongrie. Tons les animaux domestiques et sau-vages sont a fort bon prix dans ce pays-ci ; nousnbsp;avons une gélinotte pour 8,7,9 creutzers ; pournbsp;4o, OU même 89 creutzers un chevreuil a Rodnau;nbsp;pa lievre pour 7 creutzers, Ce sera ce 3®. Hansel
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qui me reconduira dans ma pafrie , si k Providence my rappelle, et si lon me renouvelle Tordre d'y repai'oitre ; ordre qui déja lant de fois m'a élónbsp;envoyé inulilement; non point par ma tante, maisnbsp;par les intrigues de m,es am.is ou de mes cnnemis.nbsp;On interceptoit les lettres , on répondoil en manbsp;place que cela ne se pouvoit pas encore etc. Menbsp;plus tertia jactat omnibus errantem terris et jlucti-hus cestas. .(Eneid. i.
Une des choses que je me réjouis Ie plus davoir vues durant mon voyage, eest la mer. La beaulé ,nbsp;Tutilité , la nécessilé de lamer, sont autant denbsp;sujets qui demanderoient des discours entiers. Onnbsp;i'egarde cette partie de noire globe comme inutile,nbsp;et sans elle néanmoins lautre ne sauroit subsister.nbsp;La navigation est entree dans les desseins du Créa-teur , pour Ie bien, et non pour la destruction desnbsp;hommes. Si la navigation répand les vices et lesnbsp;matieres nuisibles , cest h la perversité des hommes et a 1abus quils font de toutes les bonnesnbsp;choses , quil faut attribuer ce mal. Je ne suis pasnbsp;étonné de voir soutenir la négalive avec beaucoupnbsp;de force et déloquence dans un Discours sur Ianbsp;question proposée par 1Académie des Jeuxfloraux:nbsp;Si lart de la navigation a étéplus nuisible quutile?nbsp;par Mr. Carrie de la Salle , Geneve, 1783. L'es-prit de commerce porte h un certain point, denature 1'homme , et deroge a ses bonnes qualites.
Leau de la mer est tres-claire , le fond en est net, et le mouvement continuel ou elle est , jettenbsp;ioute immondice sur le rivage ; cette eau nestnbsp;propre ni h laver , nj a éteindre le feu. Aqua ma-,
Ii4
-ocr page 522-Mund. siihi., rina, dit Kircher , incendiis exlinguendis inepta torn. I, pag. 323.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ qi((,dpinguedine , qua dulcis caret , imbiita sit.
Hinc lucernce, injeclo sale, meliiis ardent. Ilinc etiain vestes aqud marind larari non possunt, qidanbsp;pinguedo sails illis inexistens potiiis injicit , quantnbsp;lavat. Cela n'einpêche pas que, contre un feu nais-sant et foible , 1eau de la mer ne puisse êlre employee utilenient 5 car si elle ne leteint pas, ab-solument, elle l'étoulfe ; mais quand Ie feu estnbsp;violent, la parlie humide est d'abord absorbée,nbsp;et 11 ne reste bientót plus que Ia partie saline etnbsp;grasse.
Les isles , les poissons volans , les monstres nia-Ps. io3. nbsp;nbsp;nbsp;rins , les baleines etc. , Draco isle quern formasti
Speat, de la nat.
Ps. io3.
ad illudendum ei etc. ; tout cela augment© et varie les beautés de ce vaste élément. La plus belle desnbsp;isles du monde , eest Ceylan : 1odeur agréable denbsp;ses cliamps se répand et se fait sentir a trente lieuesnbsp;dans la mer. Toutes les isles , 1irrégularité desnbsp;coles , les golfes, etc., tendent directement k 1u-Tovez Pluche, tupé dc fliomme. Le centre de 1Asie et de 1Afriquenbsp;est une pure Barbaric. LEurope et sur-toutfllalie,nbsp;1Angieterre , la France sont florissantes. « Nenbsp;« nous pressons pas , dit Butfon, de prononcernbsp;» sur firrégularité de ce que nous voyons sur lanbsp;» face de la terre; car nous en connoitrons bien-)) tót 1ulililé , et niême la nécessité ». (/«/. nat.,nbsp;lom. I , pag. öp). Que dire de mille especesnbsp;des plus beaux coquillages 7 Voyez la Physiquenbsp;sacree de Scheuchzer. UUc reptilia quorum non estnbsp;numerus.
' Les Propbeles ont regardé la mer, comme le
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symbole de la grandeur et de la puissance de Dieu. Jn mari via tua, et semilcB tuce in aquis mullis.nbsp; mievaverunt flumina vocem suam. Jülevaveruntnbsp;Jlumina Jlucius suos a vocibus aquarum multaj-um.nbsp;Mirahiles elationes marts, Prceparans monies innbsp;virtnte tua, qui conturbas prqfundum rnaris, sonumnbsp;Jluc.tuum ejus, Venite, exultemiis Domino....nbsp;Quoniam ipsius est mare et ipse fecit illud etc., etc.
» La mer néleve ses eaux que pour exalter par ce » spectacle la gloire et la puissance de son Au-n teur; aulant de flots , autant de voix : autantnbsp;» de murmuresde ce vaste et majestueux élément,nbsp;n autant de prédicateurs de la majesté de monnbsp;)) Dieu n, SI. de R. 99. Cest la grandeur denbsp;Dieu , peinte pour ainsi dire dans la mer , qui anbsp;fait naltre Ie prorerbe : Si nescis o rare, vade adnbsp;mare. Le sens quon y donne ordinairement, n'estnbsp;pas vrai.
Le soleil se levant de la mer et sy couchant, fait de tout l'Océan un vaste diamant (1), Lesavan-tages que nous retirons de la mer sont immenses.nbsp;Sans la mer, le commerce avec les nations éloignées
Ps. ^C.
Ps. 93. Ps. 6/,.
Ps. 94.
Furcur de la mer , Speet, de la nat, ,XQm. III, pag. 184. Caline, ibid. , pag. iB5. Ulilité du flux et dunbsp;reflux, ibid., pag. 190. De la salure, ibid., pag. 193..nbsp; Dieu en est Pauteur, et a sale la mer des la creation,nbsp;ibid.,pA^. i^'j. Les vents dont leinpire est si grandnbsp;sur la mer, sont également utiles et nécessaires. Ce vastenbsp;réservoir de la sub.stance animée, absorbant la graisse desnbsp;poissons, les huiles végétales, et tous les débris des corpsnbsp;(car les fleuves y transportent tout cela) seroit le pointnbsp;de depart dune contagion génerale sans la grande agi1
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seroit ou impossible , ou ties - difficile et peu lu-cralif; toutes les mers communiquent les unes avec les autres. Que dexcellens poissons grands etnbsp;bs. io3. petits nous viennent de la mer! Hoe mare magnumnbsp;et spatiosum manibus : illic reptilia quorum non estnbsp;numerus , animaUa pusilla cum magnis , illic naveinbsp;pertransibunt. Les perles, Ie corail etc., que denbsp;ricliesses dans la mer 1
Enfin la nécessité de Ia mer est sans léplique : les pluies nous viennent de la , les fleuves égale-ment, médiatement ou immédiatement 5 les ventsnbsp;en grande parlie , sans lesquels la peste , les cha-leurs excessives , de longues sécheresses ravage-roient et désoleroient la terre etc.
Le 25 Janvier 17Ö9 , je fus a Nassod, chez Ie Baron Enlzenbcrg, Commandant des Valaques.nbsp;Nassod commence a avoir lair dune petite ville ,nbsp;et les Valaques commencent a se trouver assez biennbsp;de la revolution qui les a rendus soldats. Mr. Ent-zenberg est le piemier Commandant des Valaquesnbsp;de ce district depuis lérection de cette milice. Onnbsp;lit sur le tour de son écusson : Omne principiumnbsp;grace. Jai vu cliez lui une belle collection denbsp;cartes géographiques , de Saxe , de Silésie et desnbsp;montagnes de son district : ces cartes sont diinenbsp;grande ressource a un Capitaine en tems de guerre;
tation, et si les tempetes qui portent refTroi dans Tame du navigateur , ue pourvoyoient au salut de ce globe.nbsp;- Les perles, Speet, de la nat., tom. Ill, pag. 286.nbsp; Les vaisseaux , ïbid., pag. i tyf. Les ee'tacés etnbsp;autres, ibid., pag. 213.
-ocr page 525-on ne peut ségarer avec de tels guides. Tout y est marqué dans Ie plus petit détail, avec lesnbsp;camps, les batailles, les endroils ou ont eu lieunbsp;les événemens remarquables en tout genre.
...........Dorica castra
Desertosque videre locos y littusque relictum :
Hic Dolopum Tnanus y hic scevus tendehat Jicliilles :
Classïbits hic locus ; hic acies certare solehant. nbsp;nbsp;nbsp;^neid.
Fijj DU Tome PREifii;R.
Kk
A.
ltertissement , nbsp;nbsp;nbsp;pag.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;)
Jtinéraire, ou J^oyages en Hqngrie, en Transyl-vanie, en Esclavonie , en Pologne, en Italië etc, , nbsp;nbsp;nbsp;t
Premiere suite du voyage en Hongtie etc,, gz Deuxieme suite du voyage en Hongrie etc.,
Voyage en Transyluanie, nbsp;nbsp;nbsp;i-Sj
yoyage de Semlin d Rome, nbsp;nbsp;nbsp;3o6
Observations sur Rome, son étendue , sa population : suite du voyage d!Italië , nbsp;nbsp;nbsp;4^3
Fin de la Table dü Tome premier.
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