LA LEGENDE
DE CHARLES. cardinal denbsp;Lorraine,amp; de fes fre-resjde la maifonnbsp;de Guife.
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TJeJerite en troii liures^pttr fran-coU de lifle.
ItJI.
(^¦1191.
A REIMS,
De limprimerie de laques Martin.
M. D. LXX VL
-ocr page 2- -ocr page 3-FRANCOIS DE L'ISLE aux leEleurs S.
T E reuerendiflime Cardinal de Lorraine ( a-*^mis leâeurs)nous auoit repeus fouuencesfois en fon viuant, de certaine cfperancc de nous faire yoir la Legende de fon ffere le Duc de Guilenbsp;tue deuant Orleans. Ce que nous attendions ennbsp;grande deuotion, pour autant que chafeun te-noit pour afleurc que de tant dhommes defpritnbsp;que le Cardinal auoit à commandement,il choinbsp;firoit le plus habile de la main amp; de lentende^nbsp;nient, pour baftir vn ceuurc (i digne des yeux denbsp;noftrc France. qui dés long temps ne void guc-rcs de chofes qui luy puilTent plaire. Nous fanions aufhque le Cardinal auoit prouilion denbsp;*nemoires pour renrichilTement de iouiirage.nbsp;Mais apres auoir beaucoup attcndu,nous auonsnbsp;elle entièrement deceuspar ledecet de ce re-nerendiflime, qui a laifl'é fa legende à faire,auf-fi bien que celle de fes freres. Ce qui a donnenbsp;occafion à pluficurs de Juger finiftrement de celle promefle du Cardinal: entant quon a efti-, quil auoit voulu ainG tenir en fufpens lesnbsp;'^ns amp; les autres, de peur que fon pot aux rofesnbsp;luy full defcoiiucrt en fon viuant,amp; que lordu-rc cachée dclfous,rcndift luy amp; fa race puants amp;nbsp;dctcftablcsà noftre nation. Toutesfois , fansnbsp;nous arrefter trop à difputer ici quilaefmeuànbsp;nous letter ainlî de la poudre aux yeux, en nousnbsp;Voulant arrefter à fes menfonges, il me faut ren»
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drcrailbndc mon Eiit,amp; direpourquoy iay re-Icucles heritiers du CjrdiiwJ((i dauantureil en a,car ic nc Ic fuis, ni ne le veux cftre) de cellenbsp;peinedeferire celle legende,en laquelle nonnbsp;feulement les vies du Duc de Guife amp; du Car-dinal,mais aufli celles de leurs autres frères fontnbsp;deferites, non pas tout au long, mais en partienbsp;feulement. Il y-a quelques années que penfantnbsp;aux miferes de nollre France, amp; les voyant croinbsp;lire à veuc dil,encores que ie nefullêpastantnbsp;aucugle dcnc voir Icbras de Dieu irrite contre Icspcchez des François, li eft ce que regardant les pierres amp; ballons, donc il nous vouloirnbsp;humilier, iappcrceu que ceux de Guifc entre aunbsp;tres clloycnt comme les premiers en ce rang:nbsp;amp;que leurs rnfes amp; cruautez exercées contrenbsp;grands amp; petits,amp; ia publiées en beaucoup def-crits»ne deuoyent pas demeurer toulîourscf-parfcs.en danger de pourrir au tombeau defi-lencc,amp; ncllreiamais dcfcouiiertcs delà polle-rite. Cela fit que peu à peu ic commcriçayànbsp;cerchcr parmy mes papiers quelques liuresamp;nbsp;mémoires conformes à ceux que le Cardinal te-noit fi chers en fa vic,Ics ayant fouucnt fur fa table, amp; difant (comme il fit nommément fousnbsp;François fécond en ralfcmblec des principauxnbsp;du Royaume à FontainebcHcau) que cclloyccnbsp;les couronnes de fa vie, pour le rendre immortel. 1 Jiceux ic commençay à recueillir quelquesnbsp;pafiages amp; traits notables, dcfqucls icfpcroisnbsp;accommoder vn mien amyqui commençoitànbsp;manier
-ocr page 5-PREFACE, manier cefte befongne hcurcufcracnt. Depuis,nbsp;luy ayant quitte du tout cefte befongne,pour vanbsp;quet à chofe aufli importante, qui fc verra quelque lour en lumière, amp;lesmaflacrcs defainânbsp;Barthélémy eftans entreuenus, ou ceux deGui-fe auoycnt efte des premiers executeurs, ie penfay quil ne feroit pasmauuais de conter à ceuxnbsp;qui ne le fauent, vne partie de leur vie. puis quenbsp;eux prenoyent plaifir à y contlnucr.-amp;que le mefnbsp;chant doit ouir amp; voir ce quil ne voudroit pas,nbsp;puis quil fait ce quil ne deuroit.
Or tant sen faut qüe par ces memoires cueillis de cofte amp; dautrc(comme ceux qui ont leu les dlfcours publiez depuis quinze ans en ça, lenbsp;cognoiftront prcfques de prime face ) i'aye voulu retenir lefprit amp; la main de ceux qui pourront auoir de telles ou plus exades Legendes denbsp;ceux de Guife, quau contraire ieles priein-ftammentde ne plus frauder la France noftrcnbsp;mere commune , de memoires amp; aduettifle-mens qui luy deuroyent eftre aufti fouucnt misnbsp;deuant les yeux, comme ceux de Guife ont taf-ché iufques àprcfent,amp;tafchcnt encor de lesnbsp;liiy arracher du tout,pour la conduire amp; maniernbsp;puis apres à leur plaifir, amp; félon leurs ambitieuxnbsp;defleins. Souuent ie me fuis cfmcrueillc de lanbsp;ftupiditc de plufteurs François qui font profef-fion dauoir de lefprit à reuendre, amp; cependantnbsp;font femblant de croire que nous nauons biennbsp;quelconque , finon de ceux dcfqucls la plufpart
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de nos maux découlent. Si les affedions par«* culicrcs nauoyent corrompu la veue de leursnbsp;entendemens, ic maficure quils feroyent dautre aduis: amp; quand il plaira à Dieu leur öfter ce- inbsp;fte vertiere dambition.de vengeance,amp; de Tem-blablc couleur qui les esblouit, iis fuiront l'ordure quils cherilfcnt amp; adorent.
Et quant à ceux qui voyent ces maux auec moy, quils confiderent comment amp; iufqucs oùnbsp;ils y peuucnt remédier,afin dy mettre la main anbsp;bon efeient, comme la loy de nature mcfmcs lesnbsp;y oblige.
Quant aux matières par moy déduites, du commencement ie faifois mon compte de reduinbsp;rc en douze fueillcs de papier ce que i auois à punbsp;bliet en ceft endroit.* mais cftant embarqué, iaynbsp;cftc'emporté en fi haute mer daffaires, qua-uant que gaigner le port à trauerstanrdc rochers amp; gouffres périlleux, ie feray contraint denbsp;faire vne longue nauigation. Et comme ceuxnbsp;qui ont perdu terre de long temps ne la regai-gnent pas aifement, encor quà voiles amp;à rames ils sy efforcent de tout leur pouuoir : Auf-fi cftant venu fi auant en la mer Guyficnne, icnbsp;tafeherayde venir au bout au pluftoft quil fera poffibicjcn telle forte neantmoins queicfpe-re eftre exeufé de vous, fi vous ne me voyez finbsp;toft defembarque que lcuftîcz defirc. Les cour-fèsamp; trauerfes font fi longues amp; diuerfes, tantnbsp;de vagues lvnc fut lautre, tant de vents contrai
res
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rcsfoufflans amp; agita ns !c cours demon vaUTcau endiuerfes parts, que fouuenccsfois ccft à recommencer, amp; y acoufîours inßnies nóuuel-les routes. Toutesfois à laide de Dieu , ienbsp;gaigneray le bord au pluftoft quil fera pofîi-blc, en vous faifant voirie refte de cefteLegende,
Le ßile eft tel que le voyez , afauoir ftmple amp; nud, en façon de memoires amp; recueils. Catnbsp;ie me fuis contenté le plus fouuent de reciternbsp;les propres mots des efcriuains qui mont precede en cecu Et encores que quelquesfois ienbsp;les couche tout au long, ft nay-ie point fait cela pour remplir le papier, ains dautant quil menbsp;fembloit neceflairc au point qui lots fe ptefen-toit à traiter.
Qiwlquc iour nous pourrons voir vnehiftoî te ou ces rudes amp; petis commencemens ou def-ctiptions des geftes de ceux de Guife feront pronbsp;pofezentcls termes quil appartiendra à telfu-ict. Ce meft aflez, fi mon rude amp; fimple discours peut fetuir à quelques vns de nos François, pour voir amp; fentir le feu qui les acôfumez,nbsp;amp; femble fumer encores par trop, pour acheuernbsp;de tout perdre,fi vn plus grand que les hommesnbsp;ny pouruoit.
¦ On pourra demander, pourquoy iay difFc-té de mettre ceci fi tard en lumière. A quoy ie rc Ipondray quil neft encores que temps, amp; il fe-roit bien à defircr auftr que cefte Legende fuftnbsp;^.iiii.
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vn difcours des maux du tout paflez » amp; quon neuft plus aucune occafió de craindre pour la-nenir. Mais l'ef^rit du Cardinal de Lorrainenbsp;vit encor en le France, amp; ne fait pas moins dcf-torts ^uaucresfois pour amener lEftat au butnbsp;par'luy tant prétendu en fa vie. Si plufieurs nenbsp;voyent ny nentendent cela, ic feray trefioy-cuxfi3e temps ne le leur fait fentirà leurcon-fufton. De ma part, il ma elle impoffiblc de-ft're traiftre à celle de qui ie tien la vie. le commence donc à lauertir des fraudes amp; embu-febes quon luy a dreflees pour la deuorcr fousnbsp;prétexte de la maintenir. Qiw mes ftercs amp;nbsp;compatriottes façcnt ( fi bon leur fcmblc) leurnbsp;proufitde la bonne affedion que ie leur por-telaquelle ie leur feray toucher encor cy apres,nbsp;fi Dieu me prefte la vie,amp; ne permettray quautre me deuance en volonté de refifter pat moyens legitimes aux menees amp; pratiques des tyrans eftrangers. Si ie ne le puis faire en tant denbsp;fortes que beaucoup dautres, ce fera pour lenbsp;moins de fi bonne main , que les marques ennbsp;demeureront. le voudroy bien auoir autre fu-ict à traiter, amp; ic ne doute point quaucuns nc-ftiment que ic pouuois fiire autre chofe. ce quJnbsp;cft vray; mats ils ne nieront pas que ceft vnnbsp;temps amp; trauail bien employé, de dcfcouurirnbsp;àlapofierité amp;à ceux mefmcs qui viucnt encor, ce qui leur cft tref-nccclTairc pour leur in-ftrudion.
Au
PREFACE.
Aurefte, icnay point monftrc cfila dedu-ôiondes chofcsje but où il les faloit rapporter , ny comme chafcun en doit foire fon prou-fit, attendu quil fera aifé à chafcun de le comprendre, ioint que les chofes palfees ce qui cft contenu en celiure,amp; fera declairccs autres fuyuans, eft fi cler amp; tant bien cognu denbsp;tous que ce feroit foire tort à leur mémoire amp;nbsp;jugement de foire des longs difcourslà deffus.nbsp;Seulement ie defirc, que les François fe fou-üiennent de leur ancienne generofitéamp; liberté, amp; oppofcnt au contraire lefclauc fcruitude,nbsp;en laquelle ils ont efté tirez par les fadionsdenbsp;ccoxdcGuifè, qui abufans de la fimplicitc denbsp;nos Roys, ont rais lEftat du Royaume au danger ou chafcun le void.
le ne doute point que certains courtifans amp; utres feruiteursde ceux de Guife, relifanscnnbsp;cefte Legende ce qui eft eferit en leurs conferences, ne hochent la tefte amp; fronçent le nez connbsp;tre nioy,pour contredire à cccy, où à cela. Maisnbsp;Je les pricdauoir patience iufquàtantqu'ils a-yentveu les autres liuresqni luyuront ccfiuy-tybicn toft, fi Dieu le permet; amp;pcut eftrenbsp;nicttront-ils de leau en leur vin, ou sil leurnbsp;prend enuie de dreffer autres Legendes à leursnbsp;niaiftres, pouriieu que ce foit en meilleure con-fciencc quils ne les ont feruis, ienferay content. Mais sils font tort à vérité,quils fâchent que leurs flatcrics amp;: fouffetez feront def-couucrtcs à tout le monde, afin quon sen don-
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ne garde, amp; quà laucmr nul ne foit pippé qu a fol) efcicnc.
Le Cardinal auoic vn axiome ordinairement en la bouche pour lauancement de fes entre*nbsp;prifes, Quvn menfonge entretenu tr0is heuresnbsp;ou trois iours durant valoir beaucoup : pratiquant aufli ce quvn ancien difoit, quvn men*nbsp;leur doit eftte erfrôntc iufques au bout. Ses fer-uitcurs 8c partifans retiennent bien cefte regie.nbsp;amp; eftiment quen niant hardiment ce qui citnbsp;der comme le iour,le temps fe paflera: amp; comme vne grâd partie deux fe foucie peu ou pointnbsp;du tout de Religion, ce neft de metueilles silsnbsp;foulent aux pieds lcquité amp; lhonnefteté, co-Jomnes amp; appuis de la vie humaine. Mais denbsp;difputcr beaucoup auec eux, ceft prefques peine pcrduc:ilfufHt de les remettre au liege iudi-cial de Dieu, deuant lequel ils comparoiftrontnbsp;tort amp; tard, encors quils tafehent de perfuadernbsp;le contraire à eux mcfmcs amp; aux autres.
Si Ion demande maintenant, pourquoy ie ne 1, prelcntc quvn liure de celle Legende, amp; »en aynbsp;promis dauantage tiltre.-iç confefle auoir ennbsp;main les memoires de luure entier, maisa-yât cfté furpris amp; comme lié par les mains dvnnbsp;empefehement incuitable,amp; limprimeur délirât publier quelque chofe de ce que iauois comnbsp;mencé,il a tiré de mes mains celle premiere parnbsp;tie, en laquelle li vous rencontrez des fautesnbsp;dimprclfions,iefpere que les exeuferez,nayantnbsp;eu la commodité de me trouuer auec limprimeur.
-ocr page 11-PREFACE meur, ny le loifir de faire tranferire ce que ia-uoisalTez rudement tracé de ma main. lefpcrenbsp;que les liurcs feront plus correéts, amp;.quefiennbsp;quelque endroits dcce premier liure, il y a eunbsp;quelques particularitczomifcs, elle fe retrouucnbsp;rôt en autre endroit propre cy apres.Si dauâtu-re ceux qui reftent de la inaifonde Guiferece-üoyent celle faueur de Dieu que de laiflèr lenbsp;Royaume en repos, amp; le contentoyent du paffe,lefFaçans par gracieux Si fideles deportemesnbsp;âPauenir, iene voudrois tenir ma promelîe.nbsp;ains enfeuelirois le premier les memoires desnbsp;maux paflezimais sils continuent, comme ilsnbsp;ont fait iufqucs à prefent,ils trouueront des cernbsp;Ocauxamp;des mainsqui leur refiftetont .Et cornnbsp;^ien que par finclTes amp; trahifôns eux amp; leursnbsp;fcniblables fc foyent auancez iufquà prefenr,nbsp;plus que par force darmes : fi cft-cc que la vérité aura finalement fon cours,amp; ne gaignerontnbsp;rien à fuyure le nùuuais train de leurs deuan-^¦ersjfinon de fc rendre tant plus odieux à Dieunbsp;aux hommes.
llshaulTcront tellerhent leur pyramide que pointe leur tombera finalement fur la telle,nbsp;les accablera du tout.Sils preuienent ce dan-Bçr,en fe mettant en leur deuoir, ien feray tref-*ifc:amp;ne veux pas nier que fi ceux de Guife fcnbsp;fuflent tenus en leur rang, ils pouuoycnt fairenbsp;fçruiccà la Couronne de France: maisdefer-Uitcurs voulans deuenir maiftres, ils ont gallenbsp;ruiné eux amp; les autres.Or craignant de-
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Rendre cc propos trop auantJevous prie, loueurs, reccuoir de bon il cc£remier liure, en . attendant les autres, ^ui vous feront bien toftnbsp;prcfcnlc'z ; ce quêTe m aflëûre que ferez, fi vousnbsp;eftes vrais François, ceft à dire, affedionnez aunbsp;feruicc de Dieu,au bien de voftre patrie, amp; à lanbsp;conferuation de voftre ancienne amp; genereufenbsp;liberté.
Corrigez ainfi les fautes.
Auf $.p.b.Marquis de Rotclin commandoit làmcfme.l.zy.halletant. f8.b.l.8.valurcnt. f.nbsp;7.b. Officiers, f.9.b.I.zo. contre, f ii.b.1, 27.nbsp;tout doux.f.ij b.l.ij.simmifce.f.22.b.l.9.quils,nbsp;f.zj.b.l.zj.voulant. f ipb.l.j tablec. £26.0.1.4.nbsp;le feroit de nom. f.jo.b.l.iç.frercs. f.ji. a.l.jo.nbsp;linuita. fjj.b.l.ai.commcncerentils. £32.3.nbsp;zS.l.Qmnt.
-ocr page 13- -ocr page 14- -ocr page 15- -ocr page 16- -ocr page 17-LA LEGENDE DE CHARLES CARDINALnbsp;de Lorraine, amp; de fes frères, denbsp;lamaifoQ de Guife.
T An mil trois cens foixâte amp; deux,lean Duc Qgf^ ¦*~'de Lorraine eftant mort,eut pour fucceifeurnbsp;Charles premier du nom, fon fils aifnc, lequelnbsp;eut trois fils de Marguerite fille de Robert denbsp;Bauieres, Gonte Palatin, afauoir Charles, Ro-hert amp; Federic, qui moururct tous trois ieunes:nbsp;amp; trois filles, dont l'aifnee Marie fiat donnée ànbsp;Enguerand Conte de Coucy, qui mourut fansnbsp;^oirs.da féconde, Caterine, fut mariée à laquesnbsp;Marquis de Baden, en faueur duquel mariage lenbsp;Duc de Lorraine donna audit Marquis les troisnbsp;Preuoftezde Sainft Dier, Arches amp; Bruectesnbsp;aucc quelque fôme de deniers:au moyc dequoynbsp;ce Marquis renonça à la fucceflion de la Duchénbsp;de Lorraine. La troifiemc fille noramee Ifa beaunbsp;futinariee àRencdAniou, filsde LoisdAu-ou, fécond fils de lean Roy dcFrâce.Ce Renénbsp;premier du nô,fucccda à fon beau pere Charlesnbsp;de Lorraine, amp; eut la Duchede Bar de par Yo-^and dArragon fa mere.Mais Antoine Côte denbsp;^audemont, fils de Ferry frere du Duc Charts donna empefehement à Rcnc,amp; maintint lanbsp;öuehe de Bar luy appartenir. A ce luy aida le
Philippe de Bourgongne qui neftoit pas
a.i.
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contét du mariage de René auec Ifabeau. Si fut dônee bataille pres Bulainuille,où le Duc Renénbsp;demeura prifonnier amp; fut amené à Düon fousnbsp;lagarde du Duc de Bourgongne, où il le tintnbsp;quinze ans prifonuicr,à lappetit des Anglois amp;nbsp;Bourguignons,au fcruice dcfquels eftoit Ferrynbsp;de Vaudemont fils de ce Conte Antoine. Fina-, lement fut appointé que René prifonnier don-neroit fa fille aifncc Yoland à ce Ferry de Vaudemont auec la fomme de deux ces mil efeus denbsp;rançon.Surccs cntrcfaitcs,LoysdAnioufrerenbsp;aifné de René, mourut fans enfâns, cftant à lanbsp;pourfuice du Royaume de Naples, duquel le Panbsp;pe Clement lauoitcouronné Roy. Cesnouuelnbsp;les entendues René délibéra dentrer en pofl'ef-fiô de ces Royaumesnnais nonobftât lefecoursnbsp;' des Gcneuoisjdu Duc de Milan amp; autres potennbsp;tats dItalie, il fut finalement cliaflede Naplesnbsp;par les Efpagnols amp; contraint fc retirer en Frannbsp;ce vers Charles feptienie fon beaufrerc. Et a*nbsp;pres quelque guerre contre ceux de Metz,entennbsp;dant la mort de fa femme Ifabeau, laifTa legou-uernementde Lorraine à lean fon fils aifné, amp;nbsp;délibéra finir le refte de fes iours en fes partiesnbsp;de Prouence dA n iou.
lean furnômé de Calabre ayant tenu la Lorraine enuiron dixhuit ans laifiavn fils nomme lean dAniou,viuant encor fon grâd pere René,nbsp;lequel fiança Anne fille du Roy Loys vnziefme:nbsp;mais eftant defpité contre fon beauperc, amp; pratiqué par le Duc de Bourgogne,comme il eftoitnbsp;furie
-ocr page 19-CAR DINAL DE LOR. z fur le poinól de traiter mariage aucc Marie fillenbsp;de ce Duc de Bourgogne amp; laiflcr celle de Frannbsp;ce,il mourut. Par ce moyen Renc' deuxiefme dunbsp;nom, fils de Ferry de y audemont amp; dYolandnbsp;ftereduDuc René dAniou, amp; fur du Ducnbsp;lean fucceda aux Duchez de Lorraine amp; de Barnbsp;lan 14 7 j.à faute dautres heritiers, vluât encornbsp;fongrand pere maternel René dAniou, amp;fanbsp;tnere Yoland que les Lorrains ne vouloy ent a-uoir pour gouuernante. Ce Duc cy eut de grandes guerres contre le dernier Duc de Bourgon-gne, lequel finalement fut deffait douant Nan-cy.ür viuoit encor le grand René dAniou (quinbsp;sappelloit Roy de Sicilc)pere grand de ce Renénbsp;deuxiefme,amp; fe tenoit en fon repos fur fon vieilnbsp;*agccn fes Duchez dAniou amp; de Proucnce,nbsp;fort chery amp; careflé du Roy Loys vnzicfme,quinbsp;^ntretenoit paifiblement, craignant quil pre-ftaft loreille aux Bourguignons amp; Anglois,nbsp;defqucls il eftoit fort folhcité.Si enuoya ce Roynbsp;René vers fon petit fils laiicrtir que sil vouloitnbsp;eftre fon hent er il euft à prendre les armes plainbsp;Oes de la maifon dAniou. Ce quil rcfufa faire,nbsp;bien accordoit il de les porter mi parties dAnjou, Prouencc,Sicilc amp; Lorraine.Pour ce refus,nbsp;Je Roy René infiitua fon heritier Charles Connbsp;te du Maine fô ncucu,à caufe de Charles fon frenbsp;tcaufii Côte du Maine. Le Duc René aduertynbsp;de celle inllitution fe hafta de venir voir fonnbsp;grâd perezmais les chofes eftoict ia faites amp; paf-fecs : au moyen dequoy tout indigné il sen re-a.ii.
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tourna foudaincment. Le Roy René mourut lan 148 Z. Vn peu apres mourutauffi Charlesnbsp;du Maine fô nciieu.amp;partât Je RoyLoys vnziefnbsp;me, demeura feigncur des pays de Prouencc,nbsp;Aniou amp; le Maine, par donation tcüamenraircnbsp;que ledit Charles luy en linlequcl encor luy laïfnbsp;fa la Duché de Bar.
Apres la mort du Roy Loys vnzicfmc, René de Lorrainefcjiii sclloit retire en Italie à la per-fualiondu Pape Sixte,pour cflaycr de conquérir les Royaumes de Naples amp; Sicile:amp; auoit c-lié quelque temps à la foldçdcs Vénitiens) vintnbsp;en France demander fon droit aux Contez denbsp;Prouence amp; dAniou,amp; à la Duché de Bir.nbsp;Quant â celle Duché, elle luy fut rendue à condition que luy Si Ca fucccircurs en fcroyôt homnbsp;mage au Roy, qui en dcincurcroit fouucrain:nbsp;mais touchant la Prouencc amp; Aniou, fut futnbsp;refponfequelles cftoyentjdcla Couronne,amp;nbsp;quelles ne tornhoyct en quenouille- Finalcir.étnbsp;par accord du Roy Charles 8. amp; de ce Duc,lcnbsp;different fut remis au iugement de trois deleguez. Ce pend ant, le Roy donna au Duc vnenbsp;comp.ignic de cent hommes darmc.s aucc trente fix mil francs d-ippointcment. L'an 1489.nbsp;ceux de Naples ennuyez de la tyrannie du ieunenbsp;AIphonfe,appel)crcnt le Duc René à leur aide:nbsp;maisainfi quil sapprclloit, fut prononce lar-rell des trois iuges dclcguez,qui fut tel que nonnbsp;feulement Aniou amp; Prouence, mais encor Naples amp; Sicile appartenoyent au Roy de F rance.
Parquoy
-ocr page 21-CARDINAL DE LOR. j Parquoy Charles huitiefmc entreprint cevoya-ge pour luy mefme. Mais nonobliât ceft arreft,nbsp;Yoland mere de Rene né la ifla de porter(a presnbsp;la more de fon pere Rene le grand ) le riltre denbsp;Ryone de Sicile. Rene deuxiefme auG'i fc nomma Roy de Sicile amp; de jcrufalem, à caufe desnbsp;vieilles conqueftes de fes predcccfleurs:amp; fit apnbsp;peller fon fils aifne Antoine, Due de Cabbre,nbsp;amp; porta toufiouts les armes dAniou mi partiesnbsp;auec les fiennes. Pour cefte audace amp; autres en-treprifes,il fut mal voulu du Roy Loys douziefnbsp;me chalfc de France amp; pnuc de fes penfions:nbsp;mais il trouua moyen de faire fa paix,puis mou-mt à la chafl'c,ayant efte Due Icfpace de trentenbsp;cinqans llcur deft femme Philippe fürditnbsp;Duc de Gucidfcs douze enfantdefqucls les feptnbsp;moururent en ieunelfc, A1 nlla feulement cinqnbsp;fils, afauoir Antoine, Claude, Iean,Loy$amp;nbsp;François.
Antoine fuccedaà fon pere René aux Du-chez de Lorraine A de Ba r, pareiUemct au Con *cdc Vaudemont Si Marquifatde Pont.'A (parnbsp;la mort de Charles Duc dcGueldrrs fiere de fanbsp;merc)la Duché de (jueldres amp; Conte de Zut-phan.Il lailla trois cnfms,François qui fut Ducnbsp;apres luy. A nne mariée au Prince d Orange, amp;nbsp;Nicolas qui fut Euefque de Verdun, amp; depuisnbsp;Euefque de Metz, amp; finalemcntfcôme il eft encores auiourd'huy) Conte de Vaudemont Scnbsp;beauperede Henry troificfme Roy de France.nbsp;Fiâçols fuccclfcur dAntoine eut vn fils amp; deuxnbsp;a.iii.
-ocr page 22--zLA LEGENDE DV fillesde Chreftienne fille du Royde Damne-march. Le fils nommé Charles deuxiefme fuc-ceda à fô perc lan i 4 y .amp; vit encor de prefcnt,nbsp;ayant en mariage Claude fille du Roy Henry i-de laquelle il a plufieurs enfans viuans.
Claude fécond fils de René,Duc de Guhe amp; Baro de Ginuille.vint en h Cour de Frâce.où ilnbsp;obtint le gouuetncmét de Champagne amp; Boutnbsp;gongne ayant efpoufé Antoinette de Bourbonnbsp;tante des feus Roys de Nauarre amp; du Prince denbsp;Côdc.'de laquelle il eut F râçois,Charles,Claude, LoySjRcnc amp; le grand Prieur:dcfquels,fpe-cialemcnt de Frâçois qui depuis fut Duc de Guinbsp;fc,amp; tue par Poltrot deuât Orleans,amp; de Charles Cardinal de Lorraine nous ferons en apresnbsp;arnple mention,y adioufiât ce qui viendra à pronbsp;pos touchât les autres freres, lvn defqucls à fa-ooir Claude fut Duc dAumale. tue au fiege denbsp;la Rochelle, René Marquis dAllebcuf, Loysnbsp;Cardinal de Guife,amp; le grand Prieur.
' leâ troifiemc fils de René, Eucfque de Mets, fut fait Cardinal par recommandation fpccialenbsp;faite au Pape Leon dixifme. lan 1518. amp; depuisnbsp;cftant ordinairement à la Court de France, fûtnbsp;fort aimé du Roy Frâçois premier, pourcc quilnbsp;ne femefloit point dautres affairós que de plai-fir.Les deux autres afauoir Loys A Frâçois mounbsp;rurent en bataille,lvn au Royaume de Naples,nbsp;amp;rautreàlaiourncedc Pauic. Le Duc Antoi-nefutafiez bon hommc,amp; vint volontairementnbsp;trouucr le Roy François à Düon, où il luy fitnbsp;homma-
-ocr page 23-CARDINAL DE LOR. 4 hommage de Ia Duché de Bar,amp; fut bien marrynbsp;dvnc grand faute quil auoitfaitexar ayât le feunbsp;Roy François acquis la Duché de Gucldres,luynbsp;qui pretcdoit que par fucccfliô celle Duché luynbsp;dcuoitefcheoit, pratiqua parvn lacob Canisnbsp;Boutgmaillre de Ncmcgue de faire foullcuer lenbsp;peuple amp; cmpcfchcrquc le Roy nen entrait ennbsp;pofleffioii. Puis, voyant que le peuple ne vouloir point de luy amp; fe donnoit au Duc de Cle-ucs/il tafcha de radoubcr celle faute, mais H nenbsp;peut. Toutefois en faneur de lean Cardinal denbsp;Lorraine fon frere,le Roy François luy pardonna le tout. Qu^t à ce Cardinal,ce fut vn des prenbsp;niicrs attrappcurs de benefices,amp; chafcunàveunbsp;iniques à. quel poincâ il poulla lEglifc Gallicane. Toutefois pourcc quil ne fut pas home fortnbsp;violent, amp; dailleurs elloit defpcnficramp; liberal,nbsp;un le comporta alîez doucement. Qinnt au père du Duc de Guife amp;du Cardinal de Lorraine, en lôn temps il neutpas de giâdes charges,nbsp;ne fe fia Ion pas de luy de grandes affaires. A-yantmené fans congé les forces duRoyfccou-rir le Duc Antoine fon frcrc,quieftoit(ccdifoitnbsp;nn)trauaillc dAnabaptillcs.ccIa fut trouuc fortnbsp;naauuais, amp; fans le Conncflable, qui elloit lorsnbsp;grâd maillrc,amp; Marefchal de Francc.il cull efiénbsp;emprifonne amp; mal traité du Roy François quinbsp;nevouloit fouffrir que ceux tjui nelloyent riennbsp;que par fa bicnuueillâce, eniambalfcnt ainfi furnbsp;fon authorité.Et de fait, eflaht auenu vne autrenbsp;fois que ce mefme Sieur de Guife gouucrncurnbsp;a.iiii.
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de Bourgogne voulut entrer auchaficau dAuf-fonne,qui pour lots cftoit vnc charge à part,où le sieur deRouueray gentil-homme Françoisnbsp;amp; Lieutenant dçla compagnie du Marquis denbsp;Rotc)in:lcntrec luy en fut refufce.ce que Rou-uetay neu H fait sil euH; tenu ledit Sieur denbsp;Ç,uife pour Prince.Il sen plaignit au Roy Fr^nbsp;jÇois., lequel loua en-cela grandement legenül-hpmc,amp; fe moqua de celuy qui auoit voulu faire le Prince de fon fang. Au refte il pinfoit viucnbsp;ipct,amp; perfecuta iufques au bout pluûeurs matnbsp;chan« dés meilleures villes du Royaume : mais'nbsp;seftant attache aux m^rchans de Paris, qui ne-ftoyét encor accouftutnez au rafoir.la ville printnbsp;le fait en main,fit reuoquer les commiflaires,amp;nbsp;furent les amputeurs du Sieurde Guifç partienbsp;prins prifonnicrsjlcs autres fondirent corne neinbsp;gc au Soleil. Depuis, il en porta toufiours vnenbsp;telle dêt de laiét aux Purifiés quen téps de chernbsp;té ny en autre faifon, quelque abôdâcc de blcz,nbsp;vins ou autres viurcs quil y euft és pays de Chanbsp;pagne amp; Boiirgongnc,tant côme il en a efté fvnnbsp;apres lautre Gouiicrneur, iamais ceux de Parisnbsp;nen ont peu tirer pour leur vi Ile, quaucc forcenbsp;lettres de traites bien cheremet achetces.Si eft-ce quil ne sattacha pas depuis à vnc généraliténbsp;de/tat de ville. Bien alloit-il allaitant toufioursnbsp;apres quelque côfifcation par cy par là, amp; quel-quvne sacrochoit. Maisfongradeffort futfurnbsp;ceux de Ion gouuernemcnt,quil pluma à toutesnbsp;refics.Pourtant le Roy Henry,par laduertilTe-
ment
-ocr page 25-CARDINAL DE LOR. 5 ment du Roy fon pcre nc Ie voulut iamais appelnbsp;1er auxaiFjires dciUt,combien que fes deux prenbsp;miers £ls, aüauoir Ie Duc de Guife amp; Ie Cardinal de Lorraine fes tnfans en fuflcnt.amp; les con-duifoit Ie bon Sitgneuc lufquesà la porte dunbsp;Roy, puis sen retournoit ; enquoy, ie nc fcay,ànbsp;Vray parler,de qui Ion auoit plus de hôte,du père ou des enfans.Or mourut il empoifonné, amp;nbsp;côme bon ChrcRien pardonna fa mort à celuynbsp;ou à celle qui par me^arde luy auança le termenbsp;de fes iours en le prenant pour vn autre.
Ses enfans furet auâ.ez par fô frère lean Car ComMa dinal, lequel fc voyât charge de beaucoup de be ceux denbsp;nehcesjcnoifît Charles pour eftre fô fucceffeur, Cwfenbsp;lctrctint fpecialemét au college de Nauarre,nbsp;par quelques années, doù ils fut retire pour vc- auÜ^ez,nbsp;nir gouuerner le Roy Dauphintcar côbicn quilnbsp;y euft dautres perfonnages en Erace, pour fairenbsp;telle charge, toutefois le crédit de lôclc gaignanbsp;cela fur le grâd Roy Frâçois, ioint quelque prô-ptitude dcfprit quon voyoit en ceftuy cy. Tounbsp;tefois du téps du grand Roy Frâçois ils neftoictnbsp;pas en grand crédit. Charles cftoit fimplcmcntnbsp;^ôficur de Rcims,fon fiere Frâçois Côte d Aunbsp;tnalc(car leur pere viuoit encor) amp; les autres frenbsp;Tes fe pouffoyent comme ils pouuoycnt. Or fa-uoitle Roy François que ces cfprits pourroyentnbsp;remuer quelque choie, amp; fous le prétexte desnbsp;Duchez dAniou amp; Conte de Proucnce brouilnbsp;1er le Royaume, pour celle caulc nc les fauori-foit-il que bic à poinft.Il auoit fait ccH hôneur ànbsp;leur foeur aifncc pour lamour de fa bcaute',quâ
-ocr page 26-LA LEGENDE D V lcntree de la Royne Leonor.cllc fut habillce ennbsp;princefle : mais voyant que ces eftrangers sennbsp;prcualoyétjcomme sils euflentefté défia princes de Frâce, il dénia à la femme du Marquis dunbsp;Maine le manteau Royal. Chafcunfcaitqucccnbsp;mcfme Roy fur la fin de fes iours porta peu dafnbsp;feôlion au Côncftable,lequel fe retira en fa mainbsp;(bn. La principale occafion de celle colete fut,nbsp;quil entendit que par la recommandation duditnbsp;Sieur Conneftable, le feu Roy Henry lors Daunbsp;phin de France, les auoit approchez de foy; ennbsp;confcqucnce dequoy amp;de leur alliance auec lanbsp;grand Sencfchale de N ormâdie qui gouuernoitnbsp;le Dauphin, le Roy François qui lauoit aimeenbsp;aulfi fe defpita contre.
Celle grande Sencfchale fille du feu Sieur de S. Vallier auoit rachetc la vie de Ib perc de fonnbsp;pucelage. Et depuis, au grand malheuramp;def-honneur de nollre France, cllant à demy vfee a-uoitellé baillée à Henry, duquel elle gaigna finbsp;bien le cur quelle deuinc Duchefle de Valen-rlnois,amp; Royne de Frâce,quant à lefieél. Ceuxnbsp;de Guife voyàns que celloit là vne planche pronbsp;pre pour palTcr bien auant en la France, cllimctnbsp;quil fa ut sen feruir, encor que ce full vn tref-vinbsp;lainexpedicnt.ïls procurent le mariage du troi-fiefmc frerc,depuis Duc dAumale auec la dernière fille de ladite Sencfchale. Par ce moyennbsp;sapprochèrent de Henry, duquel ils pratique-rant ce pendât deux chofes, cfqucllcs on defeounbsp;urirà aifcmét tous leurs deportemes fubfcqucnsnbsp;contre
-ocr page 27-cardinal de lor. Ö contre la France. Le premier fut qu'ils oferentnbsp;par le moyen de cefte Scnefchale tirer de la bonnbsp;le'amp; fimplicitè de Henry lors Dauphin, en mariant leur frcre,vnc promeflé de leur rcndre,luynbsp;Venu àlaCourôneUa Conté de Prouence.Maisnbsp;comme Dieu rembarre fouuent par les plus pe-tis,lorgueil amp; la fierté des plus gras, vn fcul Gcnbsp;ncral de la Chefnaye eut bic de la vertu afiez denbsp;leur faire rendre honteufement amp; maugrc euxnbsp;celle promelTc.cllâs heureux en vn poind, ceftnbsp;quen la icttât au feu, lon y iettoit aulfi la preu-ÜCamp; leiugementtout aflcurc de leur dcfloyalenbsp;felônie:iolnd que fi lcRoy Frâçois en cull fentynbsp;le vent, ceftoit fait deux amp; de la Scnefchale a-üec. Venôs à lautre poind, le Roy Frâçois peunbsp;auât fa mort,auoit auprès de foy deux perfonnanbsp;ges quil aimoil fingulieremët,afauoir le Cardinal de Tournon Châcelier de lordre amp;maiftrenbsp;de rOratoirc,amp; le Sieur dAnnebaut Marcfchalnbsp;amp; Amiral de Frâcc.Le Connellablc clloit pournbsp;lors en fa maifon,amp; eftoit grâd maiftre de Frannbsp;ce aulli.- le Dauphin au côtrairc eftoit cnuclop-pcdela grand Scnefchale, laquelle auoit à fesnbsp;collez ces deux frétés de Gui le, François Contenbsp;dAumale ,amp; monfieur de Reims, par le moyennbsp;de ce mariagefufmentionne.Sur tous autres,lenbsp;Dauphin aimoit le Sieur de Saind André, le pcnbsp;re duquel auoit elle fon gouucrncur. Or comme la maladie de laquelle le feu Roy Françoisnbsp;mourut à Rambouillet fiift lôgucamp; incurable,nbsp;au mgement de tous les médecins: melficurs de
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Guife propofét au Dauphin defaire(fi tort quil fera Roy ) vne ordonnance, que nullcpetfonncnbsp;ne tiendroit dorefnauant deux ofHces: là dcEnbsp;fus saOcuréc de piller CCS Seigneurs fufnômez,nbsp;amp;auoirpar ce moyen telle entree aux affairesnbsp;quaüec letépsils viendroyct audeffus de leursnbsp;dclTcins Quant aux Princes du.fang,pour ce quenbsp;pcrfoniicd eux neinonrtroit femblâtdefc vounbsp;loir trop auançcr, ceux de Guife safleuroyentnbsp;den venir aifcincnt à bout'.
Emw- Mais auant que palier plus outre,faut confide çoiji. rer deux autres traits notables en la mort denbsp;hatjfoit François premier. Ce Royeftant au liótdclanbsp;ceux de mortifit appeller le Dauphin fon fils,po.ur par-Cutfe. 1er familicrcmét à luy:amp; comnw lajme prochaine de fon ilTuc elf côiiiupeiTjent pius alaigrcamp;nbsp;deliurcc de tout faix terrien, foin amp; cures mondaines amp; moins attachée au corps; auffi auiét-ilnbsp;fouuent que les homes en ces teps,lieux amp; accidents là, traitent fouuent de chofes plus hautes,nbsp;que de couftumc,amp; par vne certaine prouoyan-ce, qui furpaffe* lordinaire de nature humaine,nbsp;predifent les chofes auenir. Ainfi donc entrenbsp;beaucoup de notables auertificiiics que ce Roynbsp;donnaàfonfilsjil le pria tJ cfi-inftacn;ncnt,quilnbsp;ne sacoftaft des enfans de Guife,amp; ne lesappronbsp;chart de liiy ny de fes affaires; car difoit il, Monnbsp;fils,iay bien apperccu amp; cognois pour vray quenbsp;la race nen vaut ricn,amp; que fi vou.s faites le connbsp;traire, ils vous mettront en pourpoint amp; voftrcnbsp;peuple en chemife. Cert aduertiflement ertoitnbsp;bien
-ocr page 29-C A RDIN AL de LOR. 7 bien digne d eftre noté amp; execute : toutesfois lanbsp;fimplelle du Dauphin enforcclé par la Sene-fchale ÔC Tire de Dieu fut la France, ne permitnbsp;que le fils obcifl au confeil de fonpere, qui ennbsp;ceft endroit ne parla que trop véritablement. Etnbsp;ce qu ilauoit dit que celle race ne valoir rien,nbsp;apparut bien loft apres. Car le ioiir que ce gi âdnbsp;Roy François mourut à Rambouillet, le Dauphin trauaiHc de regret amp; defplaifir de lcftatnbsp;oùilvoyoït fon pere languillant, selloitiettènbsp;fur le hólde la Dauphine, laquelle efloit à ter-fe amp; faifoit de lefplorec amp; dolente ; au contraire la grande Scncfchale amp; le Duc de Guife,nbsp;qui neftoit lors que Conte dAumaley efioyét,nbsp;celle là toute gaye amp; ioyeufe, voyant le tempsnbsp;de fes triomphes approcher : celb'y ry fc prou-uienantparla chambre de la Dauphine, amp; denbsp;lois à autre alloitàlaporte fauoirdcs nouuel-ticlles, amp; quand il reuenoit, il sen va (difoit-bleg.iland. Mais fans ce galand là, puis quilnbsp;1 appelloit ainfi ,tous ceux de la maifon de Guile neulfent laraais elle que petis cadets de Lorraine.
Voyons maintenant lexecution de celle or- Ceux donnaneeque nulle perfonne ne tiendroit à la- deGui~nbsp;lauenir deux offices. Celle ordonnance ain fepilletnbsp;lîarrcllcc amp; le Roy François mort, sexécuta le Car-premierque dellre veuene publiée: carfurlenbsp;champ , Monficur de Reims dcfpouilla le Tour~nbsp;Cardinal de Tournon de loffice de Chan- non.nbsp;cclier de lOrdrc , lequel leur iecta aufii amp;
-ocr page 30-L'A LEGENDE DV dcfpit leur quitta celuy de maiftrc delOratoi-rcj lAmiral dAnnebaut laiifa leilat de Marc-fchal. le laiflc les autres,pour venir à celle grannbsp;de maillrifc, pour laquelle auoir ceux de Guifenbsp;prelïcrcnc inllamnict le nouueau Roy deferirenbsp;au Conneüablcjque premier que venir en Cournbsp;il cnuoyalè procuratiô pour refigner lvn ou launbsp;tre de les officiers de Côncftable amp; grand mai-ftrcjcfperâs bien quil retiçndroit celuy de Gonnbsp;ncftable,comme le plus haut amp; le plus apparér.nbsp;Mais foit que deflors le Roy euft arrefte dexernnbsp;pterfon compere de leur ambition, ou que lenbsp;delîr quil auoitqucle Sieur de S. André, auquel il sen eftoit defcouuci t,fuft préféré en ceftnbsp;eftat par vnc rclignation qui sen feroit en fa faneur, (afin de frulltcr partons moyens la fierenbsp;attente du Conte dAumaleJlen engardaftnle-fcriuitbicnau Cônellablc quen toute diligêcenbsp;il le vinft trouucr,mais point de refigner, remetnbsp;tant le Roy à en parler de bouche luy venu ennbsp;Cour.Mais tant sen fault,que le Roy(qui eftoitnbsp;affamé amp; brufloit dvn ardant amp; furieux défit denbsp;voir ce Conneftablcqiii fl long temps auoite-fté eflôgné de luy)cuft le courage dofter à fô cônbsp;pcrc pas vn de fes cftatsiqifau contraire à leursnbsp;premiers embraftemens il fe trouua fi honteuxnbsp;de nauoir eftat en main pour luy en donner, amp;nbsp;honorer fa bien venue,que de fa propre perfonnbsp;ne il fit vn prclcntàfon compere. Monfieurdenbsp;Reims,scftoicfaifydu Cachet: le Conte dAumale auoit prins les clefs du chafteau, commenbsp;faifinc
-ocr page 31-cardinal de lor. 8 Lifine de fucceffion cfchcuè. Mais quad ils ouy-rent le Roy criât tout haut à lvn,rcdez les clefs,nbsp;a lautre, portez le cachet au grand Maiftre, amp;nbsp;quil falloir dormit fous la clef du grâd Maiftre,nbsp;marcher au commandement du Côneftable, amp;nbsp;nauoircognoiflance des affaires que par diftri-butiondu comperexhafeun peut pen fer quellenbsp;route print fame de lvn amp; lautre de fès deux frenbsp;res,voyans mcfme quà lheure fut érigé vn nou ,nbsp;Uel office de Marefchal de France pour laquesnbsp;dAlbô Sieur de S. André, qui eftoit tout ce quinbsp;reftoit au Roy , amp; fur quoy le Conte dAumalenbsp;fichoit fa dcrnicre efperance.
Ce fut lavn des foiidcmens de leur qucrele Contre le Conneftablc amp; fa maifon.Mais outre ingrati-le tort quils fc faifoyent à eux mcfincs en ceft tndeen-endroit,ils fc monftroyentmcrueilleufemét in- tttrj lenbsp;grats enuers le Conncftablcxar ceux qui ont e- Conne-fté en F rance du regne de François le gf âd, ont fiable.nbsp;Veu amp; conu que le perc amp; loncle defditsdeGuinbsp;fc neurent onques en tout le Royaume, ne parnbsp;tout le cours de leur vie, vn tel ne fi bô amy quenbsp;le Conneftablc, lequel dés leur arriuccen Frannbsp;ce eftoit ia en grand credit enuers le feu Roynbsp;François fon maiftre,ayant depuis fuccedéà v-ne incroyable fiucur de deux grans maiftres denbsp;France, lvti Seigneur de Boify fon coufin germain. lautre de Sauoyc fon beau pcrc,amp; finale-mentvenuiufqauplus haut degré quhommenbsp;de quelque grâdcur, hors les Primats de la Counbsp;rône, ne de quelque pays quil foit,pcuft attain-
-ocr page 32-LE LEGENDE DV dreenFrâcc.A luy feul plus quà nul autre fontnbsp;tenus tous ceux de Guife de ce quils font iflusnbsp;dvne Princelle de France fille de Vcndofme,a-yant le Connefiable moycncje mariage de leurnbsp;mere auec leur feu pere, lequel nefperant pasnbsp;que iamais tel bien luy deuft aiienir, auoit défianbsp;iette les yeux fur vne damoifellc de moyêne mainbsp;fon. Les prières du Conneftablc (cul valoyencnbsp;tant enuers le Roy François à fon retour d E-(pagne queleurditpcre cuira la prifon , obtintnbsp;pardon de ce que fans aucu ny congé il auoitnbsp;mené les forces du Roy en Lorraine,de entra ennbsp;grace. Eftant auenu le decez de la Roy ne dEf-cofl'c fille du Roy,amp; délirât le fèii Roy dEfcol-fc reprendre femme en France, le Conncftablenbsp;fut caufe que madamoifelle de Guife leur (ur,nbsp;penulticfmc Royne dEfcoHé,amp;mcre de Marienbsp;Stuard , fut préférée à beaucoup dautres plusnbsp;mariables, amp; vrayement plus fortables quellenbsp;neftoit. Mais il efloit bon de lenuoyer hors denbsp;cognoilTancc, car du temps quelle eftoit nourrie à Nancy, elle auoit voulut laifier la Cour denbsp;Lorraine pour eftre courtifanne de lAbé denbsp;Beaulieu grand oncle du feu Duc deBouHIon:nbsp;amp; fans laduertiflcmentque la Gontelfe de Li-gnanges en dôna à madame Renee de Bourbon,nbsp;cefte- cy sen alloit auec lAbbé en fon ferrail denbsp;Beaulieu. Mais lA bbé en reccut vn traitementnbsp;qui môftre le naturel de cefte maifon: car apresnbsp;lauoir reccu fur leur foy,amp; fait fcmblât dauoirnbsp;oublié la legereté de la damoifelle, ils le firentnbsp;tuer
-ocr page 33-CARDINAL DE LOR. 9 tuer de fang froid,adiouftttns à la cruauté vn pernbsp;turc accompagne de grande ingratitude : car lanbsp;tnailon de Lorraine a tiré infinis plaUirs de ccl-le de Sedan, laquelle neantmoins a eflé depuisnbsp;pcrfccutec en duierfcs fortes par ceux de Gnife.nbsp;Pour rcuenir à leur ingratitude enuers le Cô-neftable, le Roy Henry à fon aucnement à lanbsp;Couronne, alfauoir au mois dAuril i y q. 6. a-yant mis entre les mains dudit Sieur ConncHa-tgt;ie fon bon compere Tvnlucrfcl manicmét,cliarnbsp;geamp; conduite des affaires du Royaume, quelques iours apres print le Côte dAnmalc,Mon-fieur de Reims fon frere, les Sieurs de Sedan amp;nbsp;de S. André Marefehaux de France,les prefentanbsp;au Connellable, amp;: luy dit en fes termes, Monnbsp;Compere, voicy les di fciples que ie vous prefen-ic pour apprendre de vous,amp; vous obeyr, cômenbsp;ainoy mefine. levons priedclesinltruirecnnbsp;'lies affaires pour my faire feruice fous vous tâcnbsp;que vous viurez: amp; en fc tournât vers cux,il leurnbsp;dit, le le vous baille pour voftre pere amp; maiftrenbsp;dcfcholc,aimez-lc amp; lhônorcz,amp;Rites ce quilnbsp;Vous dira ; car ie le tien moy- mcfmes pour monnbsp;pere amp; mon meilleur amy, amp; pour le plus loyalnbsp;fidele feruitcur que le feu Roy mû pere ait eunbsp;*gt;cque ie faurois auoir. Apres ccla,le pere def-dits de Guife à la premiere entreueuc de luy amp;nbsp;du Connellable leur dit en ces mefmcs termes,nbsp;Mes enfans, voila voftre pere, car ie fuis moy-niefmes fa creature: faites luy toute voftre vienbsp;fionneur amp; fcruice, car nous le luy deuons. Le
b.t.
1
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tcftnoignngc que le feu Cardinal leur oncle fit en prdence diijfcu Cârdinsl dc Lenoiicourt eflnbsp;encoresplus grand: carce futen iabfcntc dunbsp;Conneltablcjamp;furquclqucchofc qu'ils vou-Joyent rcinucrcôtreJiiy, Gardez vous bicn(dic-.nbsp;iljdotfcnfercc peri'onn^gc h: car fans luy vo-ftre peteSi tovte volirc niâifopcuft beaucoupnbsp;foutief t: vous nctutica: pas ce que vous eftes, nynbsp;voürefcsjr auf/r, ic luy doy moy inefmesmonnbsp;aiianccmct, amp;C tout ce que j eus-onques de bien»nbsp;dcfjucur amp; credit enuers le feu Royj Mais toutnbsp;cela ne les peut deftournerde nuire couutrtc-nientamp; ouucrteinenr au Conneftable, enquoynbsp;ifs profitèrent peu durât le regne d Henry: maisnbsp;fous François fécond ils luy payèrent le falairenbsp;de leur cfcholage, comme nous le verrons cynbsp;apres.
de ceux auec le teps p ir nouueilesocc fions,qu.ils l'onc de Gilt- fiir mouiir finalement ,cnftmblc fes frères, Scnbsp;/e cotre tafehent tous les iours de voir le bout de fa race,nbsp;/ rimi- fi fa leur ne périt la premiere. Pour entendrenbsp; r.ilde donc lefondcmét de tant de maux qui ont toutnbsp;Chn/hl ruiné la France, faut fe fouucnir que le Conne-lait, fiable defireux dauancerfes neueuxde Cbaftilnbsp;Ion, fit efleuerà dixhuir ans Iaifnc de leur mal-/bn en la dignité de Cardinal, ardamment défi-
CARDINAL DE LOR. lo deux autres alfauoir Gafpar amp; Frâçois de dcgi énbsp;en degré par routes Jes cliarges amp; exercices millnbsp;taires tât par mer que par tei rc:où ayans acquisnbsp;teputatiôs entre tous autres Seigneurs du Royaume, il fut aifé à iAmiral, qui lors sappelloitnbsp;le Sieur de Chalhllon, tât par la faucurdu Connbsp;neHable, que pour les débats qui seftoyentef-leucz entre les Sieurs de Dampierre amp; de S.Annbsp;dréjde tenir lvn des premiers lieux pres le Roynbsp;Henry lors Dauphin. Ceque voyant le Contenbsp;dAumale defauorife plus que nul autre enuersnbsp;le Roy François i.fe ioignit trcf-eJlroitement amp;nbsp;de fainiliariic amp; damitié auec ledit Sieur denbsp;Chaftillon,pour sinfinucr tant plus aifémêt ennbsp;la bonne grace du Dauphin. Celle amitié reciproque continua tellement par lcl'pacc de quatre ou cinq ans entre ces deux Seigneurs quilsnbsp;*gt;c pouuoycnt viure lvn fms lautre amp; eftoyentnbsp;ordimirement habillezdvne mef neparure.Ornbsp;le pcredcfdirs de Guifc,voulant mettre fa mai-fou en crédit par quelque bout que ce full, delî-*¦011 que le Marquis du Mainefon troiliefme filsnbsp;Hpoufaftla fille de la Sencfchale, courtifannenbsp;du Dauphin. Le Côte dAumale ne pouuoit apnbsp;ptouuer ce mariage, toutesfois craignant dirriter le Dauphin, il sadrcllc au Sieurde Chaftil-lon lors fon grand aniy pour le prier de luy donnbsp;nerauis, commet fonamyliugulier,furlarc-fponfequil deuoit faire lorsquon lu,y en par-leroit.adioullantjnon fans larmes, quà quelquenbsp;pris que ce full, il ny confentiroit iamais. Lenbsp;b.ii.
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Steurde Challillon deGrant leconfokrenfon cnnuy, sefforça de fappaifer: amp; apres quelquesnbsp;propos tenus de part Üi dautre. la conclulionnbsp;fut quil valoir mieux auoir vn pouce dautho-rité aiiee honneur, quvne bralié fins honneur.nbsp;Mais apres celle refolution,tant sen faut que lenbsp;Conte dA umalc fuyuift le confeil, fur lequel ilnbsp;seftoit le premier opiniaftrement arrellé, quenbsp;pour ierter le Sieur de Challillon en la haine dunbsp;Dauphin, il dit au Marefchal de Vieille ville,nbsp;qui clloit leur amy commun, quil neull iamaisnbsp;eftiméquelc Sieur de Challillon ouftefteen-uieux de fa grâdcur amp; dc fon aiiancemét en voulant deftourner ce mariagc.Qiût aux autres eaunbsp;fes de celle inimitié, nous en parlerons es endroits propres cy apres.
Prati^ Voila vn des frères bien poutucu. Relie de d» ''oir comme i'aifnc amp; le fécond sauanccrenr. Lenbsp;2)«c de René leur pere grand auoit cfpoufé Mar-Gutfe gueritelîllc Si heritiere vniquedu DucGuillaunbsp;me de Tancaruilic de la maifon de Harcourt ennbsp;froHuer Normandie ; de celle maifon leur font venus lanbsp;femme. Côté dAumale, le Marquifat dAlbcuf,amp; toutnbsp;ce quils ont de propre en France, excepte Gin-uillc. Or poiirccquc celle dame clloit bolfue amp;nbsp;llerile.il la laifla pour cfpoufcr (comme ditac-fté)li feeur du Duc de Gucldres,de laquelle fûtnbsp;ilTus le Duc Antoine,lc Duc de Guife leur pere.nbsp;amp; le Cardinal lean lcuronclc.Ornafquit(cômcnbsp;ilsprctcndét)le Duc Antoine,laprcmicrcfémcnbsp;viuat cncoresiamp;laill'a vn fils nôme François,du-
-ocr page 37-CARDINAL DE LOR. ii duquel cftifTu Charles à prcfcnt Duc de Lorr.nbsp;qui cHoit fort ieunc amp; aagc de deux ans ou enuinbsp;ton quad fon pere tnourut. Lors (cömc vcufucsnbsp;amp; pupilcs fót toufiours abayez des mefchans)lcnbsp;Conté dAumalc !cuc lorcille, cóme fi k portenbsp;luy cftoit ouuertc à vfurpcr k Duché,en faifantnbsp;declarer Ic Duc Antoineillcgitinie.Ce quil nenbsp;pouuoit faire,finônbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vn pied dedâs k Duché.
Pourtât il fait tout ce quil peut pour paruenir à cfpoufcr Chrefticnne, vefue du Duc François.nbsp;Elle comme fagcôc aduifec,amp; vraycinent comme vue mere naturelle, voulantconferuer fonnbsp;fils amp; fon bien, afpiroit à en a uoir la garde: par-quoy elle tenoit ce mofieur lamoureux en quelque halainc, comme auffi de fa part il cftiraoitnbsp;uien que celle garde noble luy feroit vnc lionnenbsp;fteamp; fauoiable entree à semparer de la Duché.nbsp;Pourtant, incontinent apres les noces du Mar-quis du Maine,tous ces nicflieurs les frères parlent de Ginuillc en grande diligence amp; braue c-quipp.tge, pour faire telle velue garde de fô en-fât.Mais fl roll quelle tint cequ elle dcmâdoir,nbsp;clic leur donc du rofmarin, amp; sen reuindret bipnbsp;confus,ôc fur trainchoyjUjCÔmc Ion d t. Ayansnbsp;faillyi leur entreprife i ôtre leur coufin germainnbsp;(car le feu Duc de Lorr. A: eux clloyét enfâs desnbsp;deuxfreres) ils ieterent leurs filez fur les autresnbsp;confins du collé de la mere. Car le feu Roy denbsp;Nîuarrcamp; eux clloyét entans dcfrcreamp; focur.nbsp;Ils tentèrent donc par tous moyens de desbau-ther le mariage entre lanncdAlbrct PrincclFc
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de Nauarre amp; Antoine de Bourbon Duc de Vendofmc depuis Roy de Nauarre. Mais comme vnc vefue J qui auoic eu aucuncincnt affairenbsp;deux, coiiuertcrnent les mcfprifa , vne bile denbsp;Roy qui nen auoit que faire , ouucrtcment lesnbsp;de(d iigna;car(dit-cllcau Roy Henry qui luy ennbsp;pai loit) Voudriez vous,Monficur,quc celle quinbsp;me doit porter la queue fuit ma belle fur*, amp;nbsp;que la Hile de madame de Valétinois vinft à menbsp;coftoycf ? Parquoy le Roy fe fentant luy- mefmcnbsp;plt;iyéne luycn parla onques depuis. Mais euxnbsp;tbùrnans leur rage contre le Roy mefmc,luy ennbsp;-Hrtiur payer lamende, comme senfuit. Hercu-IdÿdErt Duc de Eerrare auoit vnc fille quil ai-ittott mieux que fa femme.-car chafeû à vcuquclnbsp;traitement il a fait de fonviuantà ceflc grandnbsp;dame Renee fille du Roy Loys douxiefinc,percnbsp;du peuple .-ceux anffi qui entendent les affairesnbsp;delfat , amp; qui cffoyentdccc temps là , fauentnbsp;pourquoyon larcfufa àtant de Princes amp; gransnbsp;Seigneurs qui la dcmandoycnt,pour la mettre finbsp;bas quen lerrarc. Or auoit ce Duc ic ne fcaynbsp;quelles parties de pouklrcs,de boulets amp; muni-tionsiamp;autres femblables fitrasqu'ilauoitcmnbsp;ployêes pour luy, de prctêdoit les faire payer aunbsp;Koy^ ceVjXiil nauoit peu faire du têps de François fe g râd,qui fauolt la pi pcric qui en cela luynbsp;audit elfe faire. Pour le faire court le Duc baille des parties en mariage à fa fille, amp; Henry lesnbsp;payc.Sa debônaircté les fit panchcr de ce cofte,nbsp;amp; entreprendre bicnhardimêtpluficurs autresnbsp;chofos.
-ocr page 39-CARDINAL DE LOR. u choies. A cela ils adiouftcrent vn autre poinift,nbsp;ceR quen saccommodant à tout ce quelaagenbsp;de Henry pouuoit requérir de volupté amp; de pJainbsp;fir,ils ft feruoyent de luy comme de chcual fondu ou dcfchaL,gucttc,arin de voir plus loin.Urnbsp;neftdt befoin de mettre icy en auant leurs in-fametez: les parois, lesliéts amp; chandeliers denbsp;rhuilcl de Reims amp; autres leurs maifons acqut-fes comme on verra tantort, en pourroyent lennbsp;dre ttCnoignage ; car elles ont rougy ( par manière de dire) des paill jrdifes, adultcresèk ma-querelages dont ceux de Gjife ont tfté les mininbsp;lires amp; otïkiers.
De là ils poulfcrcnc plus outre. Car ils ofe- Ceux rent bicnconfeiller au Roy Henry de rcnuoyer de Guten Italie fa femme Catherine de Mcdicis,amp;' fans fe vewnbsp;le Conneftable amp; le Cardin il de Ch3ftillon,el- Ut ch^fnbsp;lepalfoit les Monts.'.uxpcnfinsquelledemeuy?rCa-rcroit nerile,amp; dthrans ccl.i dctoiit leur cur, thertnenbsp;pour reprendre leurs premieres querelles furnbsp;lAniou, la Prouence amp; la Couronne mcfines,nbsp;sallièrent par le moyen de lvn d euxauetcellenbsp;Vilaine Scnelchale mniklle piita n,de laquelle J^turnbsp;ils fe vouloyenr aufù feruir comme dvrc cfpongrande pour fuc cr la fubllance de tc pourc Royau- Jfurjô-me. Premièrement ils attirèrent chez celle gt;c deefurnbsp;nefeh ilc,pour tn lu rirer puis apres,ce quon apnbsp;pelle le I il let age, ecll à dire vnc foiunic inelli-mable qui rcuient du rcnouiicllemcnt des offices du Roy iiimcilaqiiclle (omc payee à vne foisnbsp;cxccdc toute la prodigalité des Pences c|ui furent onques,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;b.iiii.
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Char^ nbsp;nbsp;nbsp;Sur ccs entrefaites,Monficur de Rcims,defi-
eyZe«reuxdamaner des benefices pour mieux achc-Cardt- miner fes dc(rcins,obtinr par le moyen de la Se-W4/. ncfchale Ictres de fiucur dt icnry, duquel le Pa pe Paul troifiefmc ne tafehoit pour lors quenbsp;des'acointer contre lEmpcreur Charles,pournbsp;venger la mort de ceft abominable Pierre Loysnbsp;fonfils.- comme aufli ce Monficur de Reims,nbsp;que la Senefchalc appelloit maiftre Charles,nbsp;ne cerchoit quà r'emplir fes bouges en vendant lafaueur de fonmaiflrc. Jlfiit doncefnbsp;leu Cardinal fur la fin du mois de Juillet lannbsp;1 5 4 7. Cela fut caufe que fous ombre du Concile de Boulogne amp; de tels affaires quil voulut imaginer, il dreffa vn voyage en Italie, pournbsp;deux principales rrifons. La premiere,pournbsp;braffer ce mariage aucc la fille du Duc de Fer-rare. La féconde, afin de fe faire cognoiftrenbsp;à Rome, pour mieux baftir fes entreprifes ànbsp;laducnir. Ellantlà, il print le filtre de Cardinal dAniou, mais on feait en quel danger ilnbsp;cuida tomber pour celle folie, amp; fans la Senc-fchalc ou Ducheffe du Valcntinois, il neuftnbsp;ofc reuenir : tant y a, qu'il fut contraint denbsp;laiffcr fon filtre dAniou delà les monts, amp;nbsp;changer de nom en retournant en France,ôcnbsp;reprendre tous deux le nom de fon père. Nousnbsp;lappellerons donc déformais (comme auffi fpenbsp;cialcmcnt depuis la mort de fon oncle il seftnbsp;ainfi nommcjlc Cardinal de Lorraine.
A fon
CARDINAL DE LOR. 15
A fon retour, ils procurèrent tant enuers le Traite Roy Henry que la Cô:c dAumale fut érigée en mentnbsp;Duché', aHn de pouirer plus auant François qui fait parnbsp;iors pretedoit à ce Mariage de Ferrare, célébré feux denbsp;quelques mois apres. Lors ils cômencerct àpra Gwfenbsp;tiquer pour fc faire valoir amp; pofer les f mdemes an Car^nbsp;de leur tyrannie contre les grans amp; petis de la dtnalnbsp;France.ll faut cômcncer par leur oncle le Car- lea leurnbsp;dînai lean , par la faueur duquel maiftre Char- oncle,nbsp;les eftoit venu du college de Nauarreàla Cour.nbsp;Nayans patience quil les enrichift de fes benefices par fondccez , ils ne ceflerent ( fpecialc-icnt maillrc Charles ) de luy tirer de deflbusnbsp;laile tout ce quil fut poflîble, par vne importunité non gucres eflongnee de violence. Cenbsp;hon neueu trouua incontinent façon de fairenbsp;enuie à fon oncle de sefloigner de la Cour, luynbsp;pofta des feruitcurs tels quil luy pleut, le de-fiitua de ceux qui luy eftoyent les plus loyaux,nbsp;Ibus telle couuerture que bon luy fembla, amp; fitnbsp;en forte quil ne tint pas à luy quil ne le miftnbsp;enchemife: tellement qucnfinvne mort biennbsp;foüdaine ( car il viuoit vn peu trop au grc de fonnbsp;feueu ) lemporta au retour de ielcéfion dunbsp;Pape Iules troificfmc.en lan 1530. Ce fut lorsnbsp;^Ue fon neueu fc fit bien cognoiftre à Rome,nbsp;ou il gaigna vn ch. pcau pour Ton frcrc, qui cftnbsp;le dernier viuant des fix, nommé le Cardinal de*nbsp;Guilc. A' en ces temps auflî fut achcué amp; acom-plylc mariage de laifnc aucc lafille de Ferrate. Ayant auffi dcfpouille leur onde auant
-ocr page 42-LA LEGENDE DV quil saliall coucher, conhderons comment ilsnbsp;le traitèrent apt es G mort. Or mouiut il forenbsp;cndebté enaers pluiieuis marchaus, de Parisnbsp;fpcculcincnc. Les tichelles tic les meublese-Itoic grandes A'plus que fullifantcspour lac-quiter. Luy deceuc, les créanciers le retirentnbsp;par deuers le Cardinal de Lorraine fonneticu,nbsp;qui auûit aiiec le Cardinal de Guile.rcciietllynbsp;tous fes benefices,mais luy fcul selloit faiiy desnbsp;mcubles.il fait relpolc quil neft point heritier.nbsp;Car telles gens nappcllét pas heritier ccluy quinbsp;prend les biens, amp; ( comme difent les pratuiés)nbsp;simmifccrcnrhcritage.-maislciilemcLceluy qninbsp;dit ic le luis.Or nul ne difoit le mot. Car le Carnbsp;dinaldc Lorraine vouloir auoir les biens fansnbsp;payer.Scs frères ne vouloycntpas payer fans lesnbsp;auoir. Quant aux bcncfic'cs,lon fait quc(par vuenbsp;rigueur de droit)ils ne fôt obligez aux debtcs.Sinbsp;le Cardinal de Lorraine cull dit à plufictirs qunbsp;ilsncsattcndilTcntdatioirricn de leur deujcnnbsp;perdant leur debré il.s culîcnt beaucoupgaigne:nbsp;carils cullcnt faiiuc le tempsamp; les frais qu iis ynbsp;firent à attédre p.irlcfpaccdcniriron deux ans,nbsp;quelle ilfue prendioit vn icu quil faifoit iouctnbsp;par lvn de fes gens,lequel il fit commettre pournbsp;voT les debtes du dcfuritftjcs verifier, ce difoit-on, les mettre en leur oidre, amp; autres mots denbsp;pratique que ce cômi.lfairc aiioit en la bouche.nbsp;Cependant on fit taire vn inuentaire difoit lvn.nbsp;lautre difoit vue défi ription ,amp;lautre vnmémoire; mais quey que cen full,il ne fe truuiw ennbsp;tous
-ocr page 43-CARDINAL DE LOR. 14 tous les biens du defanét, au raport amp; felon lanbsp;confcicncc de fon neucu ijue des bancs,par manière de dire,amp; quelques vieilles fcabelles amp; la-pilTcricsàfaire fcftc.Celloit en bricflinucntoinbsp;rc de ce que le Cardinal de Lorraine ne vouloitnbsp;poinr. Maisleplaifireftoit de fouir parler, Itnbsp;toftqueccs marchans de Paiis fc prefentoyentnbsp;deuant luy, 11 me femble ( difoit-il)que les pouxnbsp;IDC mordent. Vne autrefois celloyent des An-glois,des falueurs amp; donneurs de bon iour.Puisnbsp;quad ce venott à chafque particulier, lvn cftoitnbsp;vnvfurierde Paris, lautrenauoit paslmré fanbsp;niarchandilc, ccftuy cy lauoit vendue fix foisnbsp;plus quelle ne valoir,ccftuy là auoit reccu quelnbsp;que chofe deffus, à lautre il neftoit riendeu.nbsp;Ceft à dire vous naurez rien. Plufieurs furentnbsp;de cefte rubrique. Aux plus fiuoris, on difoitnbsp;quilsaidaftcnt à fc payer. Ceneftoit pas adirénbsp;tenez la main,mais donez Acquittez.Quand Ionnbsp;3uoit quitté la moitié pour le moins, les deuxnbsp;tiers, les trois quarts amp; pli s, encores trouuoic-on,quil ny auoit rien plus contant rccc u que cenbsp;que Ion auoit donné. Et quant à ccquircftoit,nbsp;f^cmandez ( difoit-on ) quelque t rairc, quelquenbsp;droic ou priuilcge,ou quelque chofe au Roy onnbsp;le vous fera donner. Mais c'eftoit autant,cômenbsp;fi on euft dit à ces marchans. A liez,tuez chafeunnbsp;vnhomcou dcux,amp; Ion vous fera Ixiillcr rcmif-fion. Car la vente dcschaircs.fcabclles amp; tapif-leticscftoit remifeaux Calendes (îrecqucs.Surnbsp;'da,deux notables marchas, entre autres,voyas
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vne telle indignité, apres pluficurs ouiicrturcsgt; finalement ûrirent acquitter Je défunt pour vnnbsp;quartier ou pour vn tiers du reuenu de les btncnbsp;lices ; mais il ny eut iamais ordre. Les vns ennbsp;ont tiré quelque quart, vn cinquiefmc, Vii di-xiefnie, plus ou moins, amp; la plut part tien dunbsp;tout.Or de ce que Ion quittoit,il falloir tous,ounbsp;peu sen faut, bailler quittance comme dere-ccutonpcu pcnlèr à quelle fin, ilTauoir pouro-llcr aux créanciers IJionneur.amp;au Cardinal lanbsp;mémoire amp; la fouuenancc de leur libéralité.nbsp;Ainfi peu a peu il le desfn de ces marchans denbsp;Paris amp; autres fcniblables, pour combatre plusnbsp;à fon aife les plusgiâs amp; tous les cftats du Royaume,lefqucls il fàloitque liiy amp; les frères domnbsp;ptallent auant que pouuoir toucher le blanc au-
Leur Ils auoyent tiré vne prorncirc d'Henry cflant tjuerelle Dauphin, que quand il (croit Roy, la Gontédenbsp;peur lit Proucncc amp; Duché dAniou rctoiirncroyct ennbsp;Jlitchè leurs maios.Or ayans ellé viuementgrattczparnbsp;d'An~ Je general delà Chelnayc,fcla demeura commenbsp;ton. ailopy iufqucs à lentree du Roy à Angers, carnbsp;lors ils querellèrent de noiiueau celle Duché,nbsp;ne demandans pour lors que le tiJtrc pournbsp;Sevett- lvn deux. Mais vn feulrcgird dctraueis dunbsp;/e»t fat Connclljblc les rcnuctfa b rudement par terre re.quonques depuis ils uen oferent ouurit lanbsp;bouche.
des Cependant, ils ccrcherent vn autreexpe-Pàiices dient, ceJf de fe faire compagnons des Princes
tout
CARDINAL DE LOR. 15 tout ouuertcmct,amp; les fuppritner obliquementnbsp;amp; manifeftement. En cell endroit, leurs pratiques ont efte fort longues amp; cftranges au pof-lible, comme Ihiftoire feule deieu Prince denbsp;Conde le mondrera clairemcnt,amp; nous en toucheras çàamp; là des parcicularcez dignes de mémoire.
I En premier lieu, dautant que la dignité de leur fing, ny leur niaifon ne leur pouuoit donner auintage fur beaucoup de gentils- hommes Fr.inç )is, ains feulement la prerogatiue denbsp;leur terres : pour couurir ce qui leur deLilloitnbsp;de race , ils firent enger leurs (impies B iro-iiicsen Duchez, Principautez, Marquifirsamp;nbsp;Contez, qui eft ce qui nifques icy a esblouynbsp;les yeux du populaire ignorant des atfiircsnbsp;deftat.
I En fécond lieu, ils tafeherent degaler la dignité des Pairs ( dautant que le Cardinal lc-ftoit)à celle des Princes, voire de préférer lesnbsp;Pairs aux Princes. Surquoy aduint lan 1 f 5 1.nbsp;notable accident. La Cour de Parlementnbsp;de Paris auoitcniioyc fix des plus notables denbsp;fon corps vers le Roy Henry pour entendre fonnbsp;^on vouloir amp; plaifir fur quelques articles, lvnnbsp;defqucls eltoit tel.
Le fccôd poinéleftjdenréJrcdu Roy,sil luy plait que Mefleigneurs les Princes du fing ou aunbsp;tres gras Seigneurs cntr.ins en ladite Cour por-tét leurs efpces.Car de toute antiquité'cela à c-ftéreferué au Roy feul, en ligne de fpccialc pre-
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rogatiue de fa dignité Royale, qui a la main de lulticc, comme eftant luy- mcfmc la iufticc, tenant en feurctc les miniltrcs diccllc. Et fi quelque fois y font en ttz quelques Princes ou Seigneurs auec leurs cfpccs, çà elle quils ont pre-uenu, trouuant la porte ouuerte, où font entreznbsp;par melgardc, ou bien y font ainfi venus par expies co.i.mandcmcnt du Roy, citant lors irriténbsp;ik marry dautre thofe contre ladite Cour.-dontnbsp;to.iteslüis na cité faite rcc;!c ne coultumetmais
. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;O
au contraire le feu Roy Pi ai çois citât lors Dau pliin, amp; feu Mcflii e Charlcs de Bourbon,y fontnbsp;venus, laillans leurs cfpccs à la porte, amp; ainfilenbsp;f ufoit garder le feu Roy Loys douxicfinc.Ce iunbsp;gemene de la Cour qui pi cferCj^clon droit amp; rainbsp;fon, les Princes à tous Seigneurs, conforme à lanbsp;leancc cjui sobferue cncoi es en icelle,amp; aux ar-relts donnez contre leur propre pcrc, fifthalinbsp;tort ceux de Guife, que pour engendrer vn débat üi contrariété entre le iugcmcntdu Roy amp;nbsp;ccluy de fa Cour de Parlement,augmenter leurnbsp;credit amp; selleucrpcu à peu par delfiis les Pnn-ccs.ils pratiquèrent fous main au lieu que le Secretaire saccómodant à la dcniâde de la Cour,nbsp;amp; à l'ordre quelle auoit tenu, auoit en fon recueil (ainfi que depuis il tefmoigna ) nommé lesnbsp;Princes les premiers, ils furet nommez en la re-fponfe apres les Pairs, comme il senfuyt.' Lenbsp;vouloir du Roy clt,que quad en fon abfcncc lesnbsp;Pairs de France, Princes du fang,les Connclta-blcs amp; Marefehaux de F race, iront amp; entrerontnbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en fa
-ocr page 47-CARDINAL DE LOR. i8 cn G Cour de Parlement, amp; en la Chambre denbsp;laudience, foit à huis ouucrts ou clos, quils ynbsp;puillcnt porter leur cfpees:cc que ledit Seigneurnbsp;nentend pour autre de quelque qualitc.cllat ounbsp;Condition quil foit.Fait à Fontainebleau le dernier iourd'Aoull mil cinq cens cinquante vninbsp;figne Henry,amp; contrefigr.c du Thier.
J Pour le troiliefmc poinôt ils pratiquèrent vncmerucillcure rufe pour donner auec Ictcpsnbsp;prefeription à la principauté quil vouloycncnbsp;'^furper. Ce lut de sallier de toutes pars le plusnbsp;hautik richement quils peurent, ikoutrcplusnbsp;fcghlfcr entre les Princes, amp; tenir mcfmc rangnbsp;qneuK. A lentree du Roy Henry en la ville denbsp;Sufi-jFrâçois Duc de Guile s i-igéra de marchernbsp;à Codé du leu Roy Je iMaiiarrc premier Princenbsp;de la Couronne. A la premiere faillie que Frannbsp;Çûisx lîtendueil de fa chimbre, ledit Sieur denbsp;Cufc fe ietta entre deux Princes du fang , pournbsp;auec eux luy porter la queue'. Pendât les règnesnbsp;d Henry i Frjpçois i. Charles lt;).amp; encores au-gt;0 ird h ly on i veu Si voit on de quelle audacenbsp;Ceux de G'iife eifambent par dclKis les Princesnbsp;d.i f ng, lefquels ilso it opprimez Si foulez auxnbsp;P eds . coname non dirons rantoft, apres auoitnbsp;touché encor quelques poinéts feruâs à defeou-urir leur ambition enragée cn ccd endroit.
4 Ceux de Guife seltans ainlî auancez, dc-uindrcnt mcrucillculcment ialoux de leur grandeur, sattachans audacieufemet à tous cens qui faifoyent telle à leur attentats. Les François re-
-ocr page 48-LA LEGENDE DV ucrent tant leurs Princes,que (comme Ion ne lesnbsp;tien: iniuriez ny touchez en leur honneur, pournbsp;chofcquc les Princes leurfaccnt ou difent,suffi ils ne mettent iamais la main à lcfpeecontrenbsp;eux) à nul autre quel quil foit,eftrâgcr ou François, nauienc doutrager la pcifonne dvn gentil-home François, siïneveucfur le champ autant ou plus rcccuoir du gentil*homme,commenbsp;illuyenaura fait ou dit. Or tant plus ceux denbsp;Guifc ont voulu faire des Princes de Frâcc,plusnbsp;ont- ils trouuc degens qui leur ont fait telle,fp^nbsp;cialcmcnt fous Françoisnbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Charles p Se encor
auiourdhuy Ion voit celle rcfillâcc durer. Mais cela fc verra en fou lieu. Confiderons quelquesnbsp;exemples du temps d'Hcry. Le Sieur de Roche-fort puilné de la maifon de la Roche- guyon furnbsp;appelé lèul à fcul vn iour au Jardin du Roy ànbsp;Fontainebleau par François Duc de Guifc, amp;nbsp;comme en fes propos il eu 11 bien monftrt' à cenbsp;Duc quil ne le tenoit pas pour Prince de France,il luy en fit plus ouucrtc dcmollration quadnbsp;à la feule contenance que le Duc de Guifc fit denbsp;mettre la main fur la dague,cc Sieur de Roche-fort , qui neftoit pas encore Chcualier de lor-drc,comme il cil,cull aufli toll la main à lcfpeenbsp;amp; le fit tenir coy. Ce que le Roy amp; les Princesnbsp;de France approuucrcnt. Celle refiftance futnbsp;caufe que Icmcfme Duc de Guifcpenfant biennbsp;que le Sieur de Montmorency ( contre qui il a-uoit querelle) lequel neftoit pas encores Mare-fchal.ncluy enferoit pas moins,attiltra vn iournbsp;le Duc
-ocr page 49-cardinal de lor. 17 le Duc de Nemours fon grand compagnon amp;lcnbsp;Prince de Ferrare, en vn lieu pres du chafteaunbsp;de S.Germain(quclqucsiours apres que le Connbsp;neltable retourna de fa prifon ) Si puis alla tirernbsp;ledit sieur de Montmorency parla cappcen lanbsp;chambre de la Royne; ( les gentils hommes fanent que cela veut dire) lequel aufli tort fe leuanbsp;fans mot dire ny en parler à perfône,fortit horsnbsp;du chafteau, amp; le luyuit iniques au lieu attiltr^,nbsp;là où 11 luy rendit rtfponfe cigale à fa demande:nbsp;amp; en cela ne le tint pour Prince plus quil faifoitnbsp;auparauât : comme aufli il luy monftra depuis ànbsp;Paris,lots que le Roy Charles 9. y cftoir,amp; quenbsp;laifemblcc y lut laite pour lediôt de luillct, furnbsp;le débit quils eurët pourvue aire defprcuiersnbsp;delà lorcftdc Compiegne, que ledit Sieur denbsp;Guife vouloir auoirde prcrogatiuc.- mais fairenbsp;demeura au Sieur de Môtmorency.On fait cornnbsp;ment le Piclîdct Lifet leur a rcfifté fur ce poinâ.nbsp;par pluficursfoistcar vne fois en plaine audian-cc du Parlement de Paris, fit corriger la qualiténbsp;de Prince, que le Duc de Guife auoit prifeennbsp;Certainecaufe. Vneautre fois,il maiirintaunbsp;Cardinal de Lorraine deuant le Roy Henry,nbsp;quil neftoit P. incc,ny tenât rang de Prince ennbsp;Prance. Eten vn autre voyage deuant le mefmenbsp;Roy, fur vne conteftation inepte que failbit lenbsp;Cardinal,luy via de ces termes.Mon fils mon a-niy,vous eftes encor trop icune, pour entendrenbsp;ces matières là, qui ne font pas les phrafes denbsp;parler aux Princes de Frâcc,adiouftât ces mots,nbsp;'nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c. 5.
-ocr page 50-LA LEGENDE DV vous nellcs Prince ny c/gal aux Princes, amp; finbsp;vous voulez prédiece ultrç,dites nous les lieuxnbsp;de vollrc priuçipauié.Ce ieune fils auoit vingt-ciui]an$ pallez, amp; cliyit défia Pairamp; Cardinal.nbsp;La mefine Cour de parlement, par arrcll, débouta le Duc de G.iifc le P-eie, de la prefcancenbsp;quil prccendoit,à calife de fa pairryc, contre vnnbsp;' Prince du (aiig.Mais leur audace en cell endroitnbsp;apparoit tout ouuertemcnt en infinies fortes ennbsp;feze ou dixfcpc mois q e régna François i. doncnbsp;il fauticy rvmartjiier quelques particularitcz.nbsp;Si toft que le Roy fîenry eut la bouche clufe,lenbsp;Duc de Guifedc le Cardin il de Loi raine enimenbsp;ncrent dans le Louuie le Roy François z.fes fienbsp;resales deux Roynes.lailfans les Princes du fangnbsp;amp;touslesgrâs .'»eigneurs du Royaume qui ne-ftoyent de leur retenue pour garder le mortitannbsp;dis queux ne lailfoycnt approcher de Françoisnbsp;2. aucun pour parler finon en prefcnce de l'vnnbsp;deux,amp; auec fi bônegarde,quils ne le perdoyétnbsp;iamais devcuc. llscnallent alors le Connefta-ble, failàns parler le Roy coinine bon leur (tm-bloir, defapointêt ceux qui ne leur efioyent ag-grcables. Déboutent hôneflcnient les Pi imesnbsp;du fang de leur degrc.cnuoyans I vn en Flandre,nbsp;l'autre en Efpagnc, ayans desferuiteurs fccretsnbsp;prèseux.Ilschangent les eftats amp; officiers delànbsp;naaifon du Roy, amp; Icgouucrncntlors auec tellenbsp;violence quon appcrccut comme en plain iour nbsp;tonte leur intention. Maison verra par ordrenbsp;quelles gens sy ôppoferent,amp; par quels moyes.
Car
-ocr page 51-cardinal de lor. io Car CCS refiftanccs particulières eftoyet dlt;?peunbsp;dimportance, fi on les compare aucc ce qui furnbsp;vint depuis.
Il faut voir maintenant iufqiiesoù ils ont a-cheminé les affaires de Frâce par leur ambition, accôpagnec dauaricc, cruauté, impiétéamp;. vilenie manifcrtc.Ie dy donc que depu s quils furetnbsp;efleuez par le nioyê de la Sepefchalc,commc ilsnbsp;eftoyent, amp; leurs enfans font encor dvn cfpritnbsp;remuant amp; peruers iufquau l^out,ils ont perfe-ciitc toutcsfortcsdcgiâsamp; pct's du Royaume,nbsp;pour fatisfiire aux pallions fus mcntionnccs.Etnbsp;niefmcs, quand ils nont eu le moyen ou auis denbsp;pcrfccuter ceux quils hayllbyct, ils fc font per-fccutez eiix-mcfmcs, amp; nefeauroit on bonne-mécdire à qui ils ont fait plus de mal, ou à leursnbsp;amis,ou à leurs ennemis. Nouscomnieneetonsnbsp;premièrement par les outrages quils ont fait ànbsp;nos Roysintfnies, puis aux Prineesdufang, ennbsp;apres aux grans Seigneurs du Royaume, delànbsp;nous viendrons aux cftats,airauoir à la Noblcf-fe,à la iufticc, au peuplc,au clergé, à leurs fauo-risamp; amis,puis àeiix mcfmcs cntrcuxicn pro-pofant le plus fommaircment que faire fc pourra les chofes, nous prierons Icsicétcurs dere-niarqucr en leurs liuresccqui fera obmis pournbsp;le faire entendre à la pofterité qui aura horreurnbsp;de la miferc de F râcc,qui a tant fouffcrt,amp; porté aucc trop de rcfpcét maintesfois des mon-ftres fi dangereux. Par mcfmc moyen auffi , amp;nbsp;comme la dedudion des propos le requerra,
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nous toucherons quelque chofc de leurs vertus, afin quo cognoillc à quelles enfeignes il fe fautnbsp;fouucnir deux.
Cornent Ainli donc encor que du commencement ils ceux de ne filfent pas grand bruit, fi cfi-ccquc seltansnbsp;Cutfefe fait à croire, quils aiioyent quelque droit à lanbsp;/ontpor Couronne, ils sefforcèrent de sy faire voyc parnbsp;tex.ùle tous moyens,lvn defquels fut dabailTcr tout lenbsp;drott monde fous leurs pieds, amp; sils nelfoycnt Roysnbsp;dw de nom,en attendant le tcmps,ils le furent fou-^o^/df.üentesfoisdefait. Quanta François premier,nbsp;Fr4«ce.'dautant quil les cognoilToit ,ils ne s'auancerct
¦ pas trop. Mais fous Henry i.leurs cornes com-menccrct à fortir.Cc Roy eftoit de doux tfprit, huis de peu de iugement, amp; du tout propre à fenbsp;hifler mener par le nez. A uflî en rcccut-il le fa-lairc:car lambition de lauarice de ceux de Gui-fercmplircntdefangrAIcmaigiie, lItalie, lanbsp;'France,la Flandres, mirent en vente comme aunbsp;plus offrant Icsloixde tonte iu.Qi, e,cfpiiifcrcntnbsp;les bourfesdes poures des riches p.u infiniesnbsp;exaélions. Parlcdr infolcnccamp;mal.btureufcnbsp;confpiratiô, ils fouillèrent aiiffi la niaif m Roy-aie, dedas laquelle ils dreflerér lcfibafaurpournbsp;y faire venir les horribles trugoe esde la ruinenbsp;de France, amp; y amoncelèrent le bûcher quils alnbsp;lumerent depuis fi fort que les dammes amp; charbons en durent encores. Mais il f uit voircecynbsp;par le menu, en quoy nous recitetôs mot à motnbsp;les plaintes qui en ont elle fiitcs A publiées denbsp;long tcmps.Le grand Roy François auoit laiffcnbsp;la Ftaa-
-ocr page 53-CARDINAL DE LOR. ijgt; la France en afl'ez bon eftat. Mais ceux de Guifenbsp;Voyans que mille commoditez leur reuenoyentnbsp;de la guerre,ne pouuoycnt ny ne vouloyct fouf-fiir que la France demeuraft en repos. Ce leurnbsp;clto) t vne ouucrture pour sauaccr, veu lardeurnbsp;amp; violence de laifiié Si du troilifmc, lefqucls lenbsp;Cardinal na iamais craint dhazarder, fachantnbsp;quê tout euenemet la chofe le valoir,amp; que silsnbsp;elloycnt plus heureux que fages,ce luy feroit vnnbsp;vray moych de sefleuer iufqiics au bout: amp; silsnbsp;niüuroyent, leur mort feruiroit de pont pournbsp;faire palfer les autres plus outre. Dauantagc,a-yant le principal mauiemet des finaccs du Royaume , 11 leur eftoit bien plus aife de pefeher ennbsp;eau trouble quen eau clairc.Outre ceia,le Cardinal voyoit que par vnmcfme moyen il acque-l'oitla faneur de ceux de la querelle defquelsilnbsp;deliberoit faire le profit de fa maifon auxdcf-pens du pourc pcuplcul diminuoit les forces dunbsp;Roy, duquel il defiroit voir la Couronne fur lanbsp;telle de fon frère, comme les trois Couronnesnbsp;Papales,fur la ficnne. Finaiemcnt, ce luy cftoitnbsp;Vn vray moyen pour bazarder le Roy, les Princes du fang, amp; tous ceux de la deftrutâion def-qucls dependoit laccroiifcment de fa grandeur.nbsp;Voila les braues occafions de la guerre tant Ionnbsp;giic amp;mal-heureufepar tout le Royaume, ànbsp;laquelle il leur fut aife de tourner le cur dunbsp;Roy,peu expert amp; defireux de nouucl honneurnbsp;au commencement de fon regne, fur lennemynbsp;turc de la maifon de France, lequel pour lo:$nbsp;c.Ui.
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ayant (côme loncftimoit) dompte lAlemaignc, fembloit trop redoutable à ce Royaume, lilonnbsp;ne rompoit de bouc heure tous les dclfeins quilnbsp;pouuoicauoir.. ür trois occalions fe prefente-rcot pour le bien cmpefchcr.La premiere fut ennbsp;roir.paut le cours du Concile de Trente,de Taunbsp;thoi fté duquel lEtripcrcurfe feruoit, pour dunbsp;tout viur les Allcmâs à fa deuotion, afin de faire puis apres en Italie amp; ailleurs ce que bon luynbsp;cilil fenible. La feconde,en prenant la querellenbsp;delà maifon des tarnefes dcchaflcz de Plaifan-ce parrErapcrcur. La troificfme en pratiquantnbsp;laniicede lElecteur Maurice amp; du Marquisnbsp;de Brandebourg eftâs au fiege de Magdebourg,nbsp;amp; gâmdcment irritez contre lEmpercur àcau-fedela detention du LandgrafFde Helfe, auecnbsp;lefqueU il y auoit apparence que le fils duditnbsp;LandgrafF, amp; autres Èrfnccs Allemansfe ioin-droyent aiftW-nt. Et combien quil ny euftpasnbsp;vne de ces trois occaliôs qui fuft corrcfpondannbsp;te à ce que le Cardin il a ccrchéde tout temps,nbsp;cefi: affauoir à ce quil fiift tenu vn vray pilier denbsp;la foy Catholique : veu que la premiere mettoitnbsp;le Roy amp; le Royaume en danger dvn interditnbsp;amp; excômunication Papale, 8c contreuenoit notoirement à la grandeur du fiege Apoftolique,nbsp;dont il contref lifoit le zélateur: la féconde trounbsp;bloic le repos de lEurope : la troificfinc conioi-gnoitrn'inifcflcmcnt le Roy auec les Lutheries,nbsp;amp;leurdonnoit moyen de ferclcueramp; fortifiernbsp;plus que iamais; toutesfois ce fatal cnnemy de
Dieu
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Dieu amp; de tous hommes,ncn voulut laiflet pas vue, sins mit en tefte au Roy Henry, par deflusnbsp;lequel il rcgnoitdefe feruirde toutes les troisnbsp;lvne apres lautre. De là vint laproteftatiôconnbsp;tre le Concile, amp; puis la guerre de Parme dref-fee contre le Pape,à lappetit de ce fuppoftde lanbsp;Papautc,aux dcfpens cxccflifs de ce poure Royaume , amp; au profit du fils dvu baftard, qui en anbsp;depuis rendu le falaiic, que toutes gens de bonnbsp;efprit en ont attedu. De là vint la prcmicrcfoucnbsp;ce des plus piteufes amp; lamentables calamitctnbsp;quait jamais endurées la poure France.-carennbsp;fin il falut que lapoftume creuaft, amp; que ces furies drclEtHéc vue guerre ciuile en Alleraaignejnbsp;par laquelle noiiobflât que Dieu ait chafiie lesnbsp;iniquitez de plulleurs,filt;ft-cc que tant de mauxnbsp;amp; de meurtres sen font cnfiiyuis, que ceft mernbsp;Veilles comme le Turcnc s'eft encor feruydenbsp;cefte planche que ceux de Girifc luy ont drefleç .nbsp;pour venir iufquesànous. Delà senfuyuitlcnbsp;Voyage dA Icniaignc , où ils faillirent à leur cn-treprife, dautant que Dieu ne permit que cenbsp;pays toTibaü en leurs pattc.s ; mais leur cruauténbsp;fut telle, que leur propre pays de Lorraine ennbsp;fit pourlor.s la premiere experience, rcccuât ennbsp;ceftendroit le filaire dauoirproduit dcielscnnbsp;fans au monde.Car en premier lieu,ils vouloyéfnbsp;fe véger tellemét de la Duchcfic vefue de François amp; mere du Duc à prcfcnt,laqucllelcs auoicnbsp;mcfprifez.quauffi defiroyent ils attrapper ccflcnbsp;Duché. Pour ceft tffcft, ils femerenr trtille ci-c.iiii.
-ocr page 56-LA LEGENDE DV lomnics contre ccftevefue,larendans odieufcnbsp;infiniment enuers le Roy Henry, amp; ne ceilcrétnbsp;jamais que fous ombre dvnc proteéfiü(i.ar auxnbsp;infigncs malices, celî où ils ont touliourseunbsp;plus beaux prétextés ) neuft prins le Uuc en fanbsp;main, efpcrans bien quayâs vn Roy fauorable,nbsp;la Duché amp; le Duc comme en leurs mains, lenbsp;teps les feroit toucher au but auquel ils vifoyentnbsp;de cecofté là.Maiscomme Dieu eft admirablenbsp;en tous fes faits, il eft auenu quelcDuenylanbsp;Duché de Lorraine nont pointeude plusier-raesny plus alfeurcz fondemens, que ceux quenbsp;les couiins deGuifeauoyentpofez pour lerui*nbsp;ncr. Car le Roy Henry print lenfant en fa garfde,amp; depuis le fit fon gendre.Si bailla la Duchénbsp;en celle de loncle Conte de Vaudemonr. Si onnbsp;adioufie à cela la ville de Metz,faudra il puis a-pres vn plus ample tefmoign?gc ? Car queft cenbsp;que celle pauure ville na foulîci t en peu dan-nees amp; par dedâs amp; par dehors,cfiant defpouil-lecdefa liberté, fous lombre de la protectionnbsp;dicelle, dcfmembrce de lEmpirc, ruinée pournbsp;la plufpart,amp; pour le comble de fes mifercs réduite en la feruitudedu Cardinal, qui fous vnnbsp;nom emprunté, en a tiré tous les ans pour lenbsp;moins cent mil francs , nen lailfantau Roy quenbsp;le deshonneur de lauoir furprife fous ombre denbsp;la défendre, la charge de la garder aucc defpensnbsp;inellimabics,la perte de grand nombre de Frannbsp;çois, amp; linimitié de lEmpire, qui tous les ansnbsp;renouuelle le decret du rccoHurcmcnt des villesnbsp;de Metz,
-ocr page 57-cardinal de lor. n de Metz, l'houl amp; Verdun, monftrant par là lenbsp;dcGr qulia de les remettre en leur premier e-ftat,à la premiere occafion.Peu apres senfuyuitnbsp;le liege de Metz,où le Cardinttl craignât la peaunbsp;de fou f(erc,amp; voulant lagi âdir par delFus tous,nbsp;luy fit cnui,ycr tous les Princes amp; grans Seigneurs de France,pour raflrcurcr,amp; auxdcfpensnbsp;de leur fing,eflcuer iceluy comme fur les efpaunbsp;les de vidoire. Mais quel befoin eftoit il de racheter ce trophée en oflFcnfant Dieu amp; les homnbsp;tties? le tout aux defpens de lhonneur amp; des finances du Roy. Combien nous a elle cher vendu cefte tant vaillante defenfe drnc ville eftrannbsp;gere,qui iamais ne nous auoit fait outrage qucl-conqur,fi on nappcic outrage dauoircreu tropnbsp;Jegerement aux paroles dvn Cardinal fon nournbsp;riiron,amp; quelle tenoit pour fon Euefque amp; Pa-fteur? Et de fait,les François payèrent bien chèrement le contrechange.quâd la Picardie en futnbsp;hriiflec amp; faccagee iufques à Noyon : amp; fous lanbsp;Conduite du troifiefme frere, gendre de la Du-chefle du Valcntinois,la nobleffe Françoife rc-Ceut la plus grande playe qu'elle euft rcccu depuis la iournee de Pauic, cftant fans caufe ny rainbsp;fon amenée à la boucherie pluftoft quà la bataille : car en celle rencontre, où cell ellourdynbsp;I Duc dAumale troifiefme frere fut prins par fanbsp;laute, fuiçnt tuez deux cens gentils-hommesnbsp;Frâçois ou enuiron,entre lefquels elloycnt plu»nbsp;j fieurs grâs Seigneurs, alTauoir Sieurs de Rohan,nbsp;de S. Forgeu,dc Nancay,IaMotte, Duncau,cs
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Baron de Couches, amp; de Caftres amp; autres Sei- gneurs de marque.Quand le Royaume nauroic.nbsp;rectu autre dommage par la cûduite de ces gés^nbsp;que ccftuy-là, il fufhioic pour les auoir en dtte-natiô. Tort apres ccftedestàitecn lan 15 51. aunbsp;mois dOôtobrcjScfuyuit le liege de Metz,dounbsp;lEmpcreur ayant cRé chalFc, le Duc de Guifcnbsp;sattribuant toute la gloire,laquelle auoit elle a-chetee parles PrincesSeigneurs Fiâçoigt;,quenbsp;le Cardinal y auoit fait enuoyer parle Roy,ceftnbsp;mcrueilles côme ils.seflcuerent lors.lVJais quapnbsp;porta lanncc luyuante,linon deux pertes itdou.nbsp;blees amp; non iamais recouurables ? ceR alfauoirnbsp;la ruine totale de Therouennedt de Hefdin-quinbsp;eftoyent les deux clefs de Picardié.Le Catdinalnbsp;là deflus chantoit les triomphes de fon frère sif»nbsp;nc,fe moquant des Seigneurs Frâçois lt; qui pournbsp;ncftre alTiHez eftoyent forcez par lennemy, amp;nbsp;faifoit croire au Roy quil ny auoit que leurnbsp;maifon propre àgouuerner les affaires de paixnbsp;amp; de guerre.Mais lcmprifonncmcni du ttoificf-mees mains du M.arquis de Brandt hlt;^urg rom-poitle fîl de telles vanteries; pourtâr fchafteictnbsp;ilsdeleiiçtirer pour fe pouffer les vns les autres;nbsp;Toutcsfpis ils ne voulurent desboufer pour flnbsp;rançon vnifeul,denier de leurs larcins , ny auoirnbsp;compaflion quclcôque du peuple Erançots,quinbsp;eftoit rongé lufqnes aux os.Ils troiiuerent vu aunbsp;tre fort honnefte moyen ; ce.fu» demprunter 1lt;nbsp;nom dç Roy,pour tourméteiitouS'CeuxqHcbonnbsp;leur fcmbla, fous ombre d hetefic^afin den at,nbsp;trapper
-ocr page 59-C ARDINAL DE LOR. n trapper les confifcadons. Car ccneftoitpasaf-fez que celtuy-là par fa temcricé, cult efte caufenbsp;de la mort de tant de grans Seigneurs amp; brauesnbsp;gentis-homincs François à lheure de fa prilernbsp;mais 11 falloir encores que fa deliurâcccouüaftnbsp;la vie de ceux qui cftoyêc demeurez de relie; voinbsp;reiufqucsà nefpargncr les fcmmcsdcsbonsamp;nbsp;Vertueux Capitaines, durant rnefmes le tempsnbsp;Î|uclles expofoyct leurs vicsamp; leurs biëspour lenbsp;eruice du Roy.De cecy feroit fuffifammet creunbsp;le feu sieur de Tcligny, fi quelques temps apresnbsp;il neftoit mort au fcruice du Roy Hcnry:car dunbsp;tant cell emprifonnenjent du Sieur dAumale,nbsp;la Dame de Tcligny fut fauflemét aceufee dhcnbsp;tcfie.par la fubornatiô dvn Sorbonifte.cftafïîcrnbsp;du Cardinal, cÔme eftoyent auffi meflîcurs nosnbsp;maiftres fes côpagnons.gcs ignoras de tout biennbsp;honncur.fiers,cruels amp; fcditicux,$il y en a aunbsp;monde, fous ombre de la Religion qui leur fertnbsp;dccouucrture : du tout fcmblablcs en ctft endroit au Cardinal de Lorraine, qui les metcoicnbsp;^rsen befongne aux defpensdc lhonneur dunbsp;Roy, lequel en cftoit mal voulu de pluficurs.nbsp;Enquoy fe dcfcouuroit vne autre rufe de cesnbsp;gens, carayansaux collez du Roy Henry leurnbsp;cfponge, alTauoir la Duchcfle de Valentinoix,nbsp;belle mere de ce prilonier, laquelle pilloit à tounbsp;les relies, enfcmbleeuxquiauoycnt labourfenbsp;publique à gouucrncrnlsdcfpouilloyent le Roynbsp;de lamour amp; des biens de fon peuple dont ils fcnbsp;rcuclloycntjfaifans croire que rien neftoit bien
-ocr page 60-LA LEGENDE DV fait que par leur conduite. Car mefmes ils furetnbsp;Ij impudens de maintenir que leur frcre dAumale auoit fait tref-bien fon deuoir,amp; que ceuxnbsp;quil auoit menez à la boucherie lauoyent pref-qucs trahyncllemcnt que la faute fut reiettee furnbsp;les morts, amp; le furuiuât qui nauoit obey au cornnbsp;mandement du Roy,qui luy manda exprcflemétnbsp;de ne rien bazarder, apres fa deliurancc , reuintnbsp;CH Cour où 11 fut carcffé par le moyen de fa belle mere autant amp; dauantagc que lvn des plusnbsp;braues licutcnans de Roy.Àinfi fc moquoyent-ils dvn cofté du Roy Henry, auquel cependantnbsp;ils auoyent tellement ofte le fens par leurs artifices quil neftimoit auoir meilleurs ny plus fideles lëruiteursque Icfdids dcGuife, apreslenbsp;Conneftablc, auquel pour ccftccaufe ilsvou-loycnt mal de mort,commc ils le monllrcrct ennbsp;diucrfcs fortes.
Ges guerres de Metz neftoyent rien au pris de celles de Picardie, dot ceux de Guife cftoyétnbsp;les allumettes. Et tant que le Duc de Guife amp; lenbsp;Cardinal furent pres du Roy Hcnry,cc feu semnbsp;brafa de plus en plus.Encores ne fe côtenterentnbsp;ils de hazarder de ce cofte là leftat du Roy, quinbsp;y perdit à Thcroucnncamp; Hedein encores vnnbsp;bon nombre de grans Seigneurs amp; gentils-homnbsp;mes,fans les prifonniers de marque: mais luy firent rcceuoir vne autre grande baftonnadeennbsp;Italie. Orncft il pas bcfoinqne nous mefmesnbsp;récitions icy tous nos dômaget,perte de bataille où demeurèrent quatre ou cinq mil hommesnbsp;François
-ocr page 61-C A R DI N A L D E L o R. Zj François pour la plufpart,fans les Capitaines amp;nbsp;gentils-lioinmes de marque : la perte de la vdlcnbsp;de Sicile, qui a tant coullé dargent à ce Royaume,qui a tant cnfeucly de François,qui a embclnbsp;ly Florence de nollre ignomim e, qui à apporténbsp;perpétuelle fcruicudeamp;quali totale delïruâiônbsp;aux pauurcs Sienois,à qui peut clic cftrc à meilleur droit imputée quà la ialoufic de ceux denbsp;Guife qui gouuernoyent tout alors{ccftoit lannbsp;15 5 q.ôc 15 5 5 Jaiinans trop mieux différer le fe-Cüurs promis,amp; mettre par ce moyen toute larnbsp;mec en defefpoir, que de fouffrir quil fuft dit,nbsp;que fans eux la Thofcanc fuft acquifeaii Roy,nbsp;ou pour le moins cotraintc à rcccuoir telle cornnbsp;poîition quon luy euft accordée.
Cependant ils auoyent drcflcdes pratiques en Italie pour sagrandir par quelque moyc quenbsp;ce fuft; Sii toufiours aux dcfpës du Royaumc,amp;nbsp;à la côfulton du Roy. Lon feait quils qucrcicntnbsp;1» Courône de Naples amp; de Sicile,amp; que le Carnbsp;dinal en toute fa vie abayoit apres la Papauté,fcnbsp;perfuadant de faire de nicrucilleuxamp;cftrangcsnbsp;cHangemens, silcftoitvne fois Dienen terre.nbsp;Eftant donc auenu le dcccz du Pape, le Cardinal poufte de fon ambition accouftumee n'allanbsp;point, mais courut au plus toft quil luy fut pof-fiblc,pour attrapper les trois courônes quil dc-üoroit par vne fotre cfpcrance. Or lexpcricncenbsp;tHonftra lors aux François,queceft homme lanbsp;trainoit tout mal encontre auec foy. Car luy e-ftant party, incontinent lEmpcreur Charles le
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Qmnt amp; le Roy Henry Rirent aufiî toft enclins à donner lieu aux meilleurs confcils de ceux quinbsp;parloyent du repos de tant depoures peuples.nbsp;Tellement que combien que la paix nepeuft e-ftre lors faite, fi elt-ce que moyennant lauis amp;nbsp;prudence du Côneftable amp; dcrAmiral.trefuesnbsp;pour cinq ans furent accordées le cinquiefmenbsp;lour de FcurierJan 15 j 6.Lc Cardinal(fclon fanbsp;couftume) ne vouloir faire fon voyage de Rome à fes defpês,auoit alfuré le Roy Henry,qu ilnbsp;drcHcroitcn Italie de telles ligues cotre 1 mpenbsp;reur Charles pqu on en auroïc aifcincc le bouc.nbsp;Cela ayant efte crouuc' bon p ar le Rgt;gt;y,fei uit denbsp;couucrturc à lambition amp; auariccdii Cardinal,nbsp;lequel aucc grandes capitulatiôs ( touliours auxnbsp;defpcns de ceRoyaumc)fit lieutcnàt general dunbsp;Roy en italic Hercules deuxiefine Duc de Fcr-rarennaisfes pratiques principales efloycntdcnbsp;faire des amis amp; créer des fcruiteurs,à laide defnbsp;quels(amp; des forces amp; finances Frâçoifes)il peuftnbsp;conquefter le Papat pour foy, amp; les Royaumesnbsp;de Naples amp; Sicile pour fonfrere. Or fi toftnbsp;quil fut aduerty des trefues, cela lcfmcut grandement car ceftoit la mort de tous fes defleinsnbsp;de ce cofte là. Auffi ne fc peut- il contenir de dinbsp;rc haut amp; clair deuant plufieurs, en paflànt parnbsp;Ncuers, que ce neftoit pas ce que le Roy luynbsp;auoit promis:amp; quil auoit bien moyen de rompre les trefues, saftcuràt de ce fairc,fi toft quilnbsp;feroit venu à la Cour.^ui lors cftoit à Bloysiau-qucllicu eftant arriuc ,amp; ayant parlé au Roy,nbsp;finale-
-ocr page 63-CARDINAL DE LOR. 24 finalement par les menees de fes agents,fpccia.nbsp;Icinent du Cardinal Carasfe enuoyedu Pape,nbsp;rjui fit preTenter an Roy vne riche elpee,le Roynbsp;s accorda a la rupture defdits trefues, quelquesnbsp;raifons qutlc Connefiable,rAtniralamp;autresnbsp;grans Seigneurs amcnallent au contraire. Lin-itcu.neiK principal de ceux de Guifejciloit ceftenbsp;DuchcH'c du Valentinois, laquelle leur leruoicnbsp;de punt órde corps amp; defpnt pour Icsefleuernbsp;au throfne Royal, car elle commandoit au Roynbsp;Henry,A euxcómandoyent àccftecourtilannc.nbsp;Ainli dóe ceux de Guile cnuclopperét Hëry ennbsp;vn per,ure niamtclle, amp; le Royau ne en nou-Ueauxtroublcs,amp; en la perte quil rect ut depuisnbsp;en laiouinceS.Laurés,prinfede S.Quentin,rutnbsp;ne de Picardie, amp; en la paix fort defauantageufenbsp;pour les François.ll n'yauoit que ceux de Guile qui efperallcnt gaigner en celle nouuclle : carnbsp;lailnc alpiranc à la Couronne de Naples amp; denbsp;Sicile, fe fit donner la charge daller rompre lesnbsp;trefues en Italie aucc fix mil Suifles , quatrenbsp;mil François, cinq cens hommes darmes,3cnbsp;cinq cens cheuaux legers. Chacun feait, quilnbsp;emmena tousles meilleurs foldatsquil peuftnbsp;auoir. laillant le Roy en pourpoint, amp; fon peuple en chemife ; car outre tant dhommes quilnbsp;emmena, les finances furent tellement cfpui-feespar le Cardinal qui en clloit le furinten-dant, que finalement il en vint là,'de prcRernbsp;au Roy largent de fes finances, par perfon-Ues iuterpofees à tel intereft , que fon aua-
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rice a porté.Outre cclajes rolles de ce temps là amp; de lanncc fuyuante, monflreront quelles ex-cclÜucsdonations le Cardinal Ion h ere ob-tindrent de la facilité du Roy,pcndât que Je peunbsp;pic cftoit foulé lufqucs au bout, les finances cf-puifees, comme dit a efté, le domaine, lesre-ccptes,les villes engagées, la guerre allumée, lanbsp;frontière de Picardie es mains du Roydi fpa-gne. Carrant senfaut que les entreprifcs denbsp;Henry confeillé lors par le Cardinal fuccedaf-1 fent, quau côtraire peu de temps apres il perditnbsp;cefte lamentable iournec de S. Laurent, où futnbsp;tué lean de Bourbon Duc dAnghien,lc V icon-te de Turainc, amp; plufieurs autres Seigneurs amp;nbsp;gentilshommes François.Linfanterie t aillée ennbsp;pieces pour la plufpart.lc Côncftablefortblef-ie prins prifonnierauec bon nombre de vaillâsnbsp;Seigneurs amp; gentil-hommes. Douze ou quinzenbsp;' jours apres la ville de S. Quentin fut prifedaf-; fl ut, où le Roy rcceut vne autre bien rude ba-ftonnade. Icyncfautpalfcr vn tcfmoignage denbsp;la bonne volonté du Cardinal de Lorraine entiers le Roy Henry amp; fon cftat. Apres la iourneenbsp;de S.Laurct,lc Roy fc trouuât fans deniers,fansnbsp;gens amp; fane confeil (car le mal-heur voulut quenbsp;le Cardinal demeura feul au pres de luy ) ce re-ucrend au lieu de fccourir le Roy de fes biens,nbsp;amp; pour luy aider de quekjuc partie des deniersnbsp;3ui I auoit pefehez és finance$,dcs le lendemainnbsp;e ceft accident, fe fit rembourfer par le thre-fori cr de lcfpargne, dync partie de quinze mil
Iturcs
-ocr page 65-CARDINAL'DE LOR. 25 liurcs (juil pretêdoit luy eftre deuc. II n y auoitnbsp;cn tout Ic Royaume fi petit artifao, G pourc citoyen, qui ne miß la main à la bourfe pourfe-courir Ion Roy gt; Si qui pour ceft efFeét nen fuftnbsp;durement executéxepcndant le Cardinal eftoienbsp;deuenu fergent, executant Henry au plus durnbsp;temps de fa fortune, en la plus grande nccefhtcnbsp;defes affaires, iouant au Roy defpouilléauecnbsp;telle impaticce, quil ne voulut one attêdre quenbsp;le threforier de lEfpargne euft recouuré argét,nbsp;ainsle contraignit demprunter la Comme quilnbsp;dcmâdoir pour luy fatisfaire. Alors aufG le Roynbsp;Henry obtin t en don de la ville de Paris la fom-me de trois cens mil francs,lefquels le Cardinalnbsp;mania, Dieu feait comment amp; à quoy elles furetnbsp;lors employees.Mais cela foit dit pour efprcuucnbsp;fimplcmct d'infinis femblables traits, ou Ion nenbsp;fait lequel des deux a efte plus grand au Cardinal, ou dattirer ßs fin ny mcfurc, ou de bruflernbsp;dimpatiéce à cfpuifer la Frâce,quil auoit chol-fie pour proye conucnable à fon ambition.
Mais que faifoit le Duc de Guife en I talie,tan dis que la Noblefle Françoife eftoit aux prifesnbsp;3uec rEfp.ignoI,pour pofer(fans le voir) le fondement de la grandeur de ces meflieufs cy ? Lenbsp;t)uc auoit amené auec foy vne bonne troupe denbsp;Noblefle,amp; tary les finances du Roy, fans fairenbsp;chofe qui valuft en Italie, Gnon que pour mettre fon frere en credit, amp; drefler des pratiquesnbsp;en faifant le fimple, il sen alla auec fon illuflrenbsp;principauté ptoftitucr la dignité dvn lieutenât
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general du Roy de Frâce dans Rome, à badiner aucc des pteflres, Si faire le baf bout amp; le dernier d'vue table de Cardinaux , la plus partnbsp;deux Marmitons amp; gardes-finges du Pape.Sur-lt;juoy on a maintesfois loué la tiâchife de courage dvn maillrcde Rcqucftcsquiraccôpagnoitnbsp;en ce voyage.lequel indigné de ce que souffroitnbsp;le Duc de Guife : fans congé de la Cardinauté,nbsp;saûill brauement auprès du Duc, afin quon nenbsp;rcprochaft aux François, que le Lieutenant general de leur Roy cuftferuyde portc-cbappcànbsp;tclspapelarsjamp;frippclippes de marmite, quinbsp;fur leur fumier font fi peu de cas des Roysamp;nbsp;Princes Chrcfticns.Maisquoy?ilfjloit quauccnbsp;le court amp; la perte des hommes, la Frâce rcceutnbsp;encores ces deux iniuresen Italie : lvnc duditnbsp;Sieur de Guifc qui laiffoit fô camp oifeux, amp; lesnbsp;derteins de fon maiftre, pour nacqueter amp; fairenbsp;la cour au Pape,afin de créer (ainfi que le Cardinbsp;nal sattendoit bien quil deuft fairc)dcs Cardinaux nonueaux à la deuotion dudit Cardinal,nbsp;tâtamp;cn fl bon nôbrc,que venant le Papat à vacnbsp;quer, ilfc peurt art'eurer de l'crtrc,autant quvncnbsp;foy Cardinale fe peut eftendre. Lautre iniurcnbsp;par lindifcretion dudit Sieur de Guife qui en fanbsp;pcrfonncjlailfoirfi hontcfcmcnr auiler la dignité amp; réputation de fon R.»y, crtant fon lieu-tenan general Les ennemis de b Couronne fcnbsp;rioyent à gorge defployce de cefte fotte ambition,A les plusauifez Françoiseftimoycnr quenbsp;le Roy, amp; le Côncftable,scftoyct laiflcz aller ànbsp;telles
-ocr page 67-CARDIN AL DE LO R. i6 telle entreprife, pourfe defchargcrdvn faixin-fupportablc qui Icurpefoit fur les bras par lesnbsp;continuelles alarmes que linconftance Uauari-ce amp; Ja vaine gloire de ceux de Guife dônoit auxnbsp;affaires du Roy, plus que les frais de deux tellesnbsp;conqueftes. Or comme le bu t du Cardinal fuff,nbsp;fi toll quil feroit Pape, attirer la guerre à Na-plcsamp; en Sicile,ils fe fuflent ruinez en celle connbsp;quelle, ou venans à bout de leur entreprife (cn-quoy la France euft moins perdu quà les tenirnbsp;en fes brasjils sattachoyent pour toute leur vienbsp;vn cordeau au col à garder ce pays nouuellemftnbsp;conquis. Et comme toutes nouuclles Seigneuries font delles mefmcs foibles, odieufes amp; debiles , ils rendoyent aux François lvn amp; lautrenbsp;Royaume plus rccouurable de leurs foiblesnbsp;inains,que du puiflant bras qui les tient de prelent. Neantmoins fous ce prcccxtc,lc Cardinalnbsp;grippoit à toutes relies, rellcmct quà celle occanbsp;fiô amp; autres fcmblablesjceliiy là le louoit à bonnbsp;efcient,qui renuerfa fi bien les Ictres du nom denbsp;Charles de Lorrainc,quil trouuî(cc quon pounbsp;tioit reprocher à ce reucrend ellre tref-uray)nbsp;Racle' AS i;or de henry.nbsp;Mais nous verrons cela tantollvn peu plus parnbsp;le menu.
En pourfuyuant nolltc propos, apres la perte de tant dhommes en la iournee de S. Lauret, laprilcdu Conncllableamp; autres finillresacci-dcns,lc Cardinal voyât (ce luy fembloit) la plusnbsp;belle ouucrturc du monde pour auancer fa mai-
-ocr page 68-LA LEGENDE DV fon, defploya lors tout ce quil auoit en lenten-dcment pour exécuter fes deffeins. Le premiernbsp;fut de faire fon freie Roy de fait,tâdis que Henry le feroit. Lautre de lier fi bien fon lierre à lanbsp;pyramide, que lvn fift finalement tomber lau-treice fut de moycnner vne double alliance; I v-nedefaniepccMarie StuardRoyne d Elcolfc,nbsp;auec François filsaifné de Henry, amp; lauttcjdunbsp;Duc de Lorraine fô coulin aiiec madame Claude de France. Labfencc du Conncftablc,quilnbsp;redoutoitamp;haylloit mcrucilleufement,luyennbsp;acreut du tout la volonté- Q^ant au premiernbsp;poimâjles affaires eftans ainfi brouillées en Picardie,amp; le Royaume defnué de forces, il faloitnbsp;rappellcr celles quieftoyét en Italie.Cepedantnbsp;le Cardinal prenoit garde que nul nentrepriftnbsp;la fiirintendance du maniement des affaitcs,satnbsp;tendant (puis que le Connefiablc eftoit arrefté)nbsp;delà mettre entre les mains du Duc de Guilènbsp;fon frcre,fi tofl quil feroit de retour ; lequel a-uoit efté en mcfmcfcmpsrcpoufc de deuât Ci-uitelle,de forte que ce mandement luy vint biennbsp;à propos: amp; luyfutenuoyélefcuycr Scipiôafinnbsp;de le faire haftet amp;¦ amener fes forces auec luy.nbsp;Eftant arriuc, le Cardinal le fit incontinent en-uoyer à Compiegne, pour drefler le c.împ,où lenbsp;Roy eftant allé apres, dcclairaen prefence denbsp;touslesChcualiersde lordre amp; Capitaines denbsp;fon armee, que le Duc de Guife eftoit venu ànbsp;poinéfpourla conferuation de fon Royaume,nbsp;amp; fut rais en auant de le faire Viceroy en Fran-ce:raais
-ocr page 69-CARDINAL DE LOR. zy cc : mais dautant que ce tiltrc fut trouué nou-Ucaujil fut commande de luy expedier Ictrcs denbsp;Lieutenant general du Roy en tous les pays denbsp;fon obciirancc; lefquellcs furent drcflecs par dunbsp;Thiet fccrctaire des cômandemens,cn telle forme que le Cardinal voulut, amp; depuis reccues amp;nbsp;Verihees par la Cour de Parlement de Paris , amp;nbsp;autres Parlemens du Royaume, les Princes dunbsp;fag lailfez en arriéré aucc vn manifefte mefpris:nbsp;comme aufil apres la prinfc de Calais, ils firentnbsp;préférer le Duc de Nemours au Prince de Gonnbsp;dé, en la charge de la Caualcric legere, amp; quelque an apres le Marefchalde Brillacau mefmenbsp;Prince au gouuerncmcnt de Picardie. Le Ducnbsp;de Cùifc ayant celle charge, amp; gens à qui commander, enfloit à veuê doeil , amp;le Cardinalnbsp;iouoit cependant de la harpe, endormât le Roynbsp;Hêry(parmy telles tempencs) au giron de cellenbsp;vilaine Scnefchalc. Neantmoins Henry qui ai-moit ardemment fon compere le Conneftable,quot;nbsp;amp; dautre part, nauoit pas les yeux tellement apnbsp;pefa'ntis de fommcil,quc par fois il ne les defer-en les ouurant napperceuft ceux de Guinbsp;fe sauan'cer par ttop,cômcnça de soffenfer connbsp;tre eux, amp; ne fe peut tenir de defeharger deflorsnbsp;Vue partie de ce quil en penfa plus amplementnbsp;depuis, car il sexeufa enuers fon compere (ainfinbsp;ppelloit-illc Conncftablc)kiy mandant par le-ites fecrettes, quil auoit clic contraint défairenbsp;le Duc de Guife fon licutcnanr,amp; le mariage dunbsp;Dauphin,auec pluficurs autres chofes contre fanbsp;d-iii.
-ocr page 70-LA LEGENDE DV volonté:maisque letcps luy en feroit la raifon.nbsp;Mitr 'tAnbsp;nbsp;nbsp;Quât à cc mariage du Dauphin,il en va ainfi.
Le Cardinal ne voyantperfonne en Courqui Dan- luy peuft contredire, eftant fon frere fur fon re-phtn a- tour dItalie pour eftre lieutenant du Roy, amp; lenbsp;uec Conneftablc prifonnicr, il commença à mettrenbsp;Marte en termes le mariage de fa niepee la Roy ne dE-Sittard feofl'e. Pourparueniràcela,ilmettoitcnau3ncnbsp;jÇojwf quele Roy verroit aufiibien de fon viuant fonnbsp;d'Efcef Ills couróné que lEmpereur Charles auoit veunbsp;fe,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de fon viuant veu courôner le Roy Philippe Ibn
fils Roy dAngleterre: failat ledit Cardinal pref fer laffaire par les Efiats dEfcolfe follicitcz parnbsp;le Sieur dOifel,qui manioit en ce pays-là les affaires de4a Roync douairière. Et pour faire connbsp;defeendre la Royne à ce mariage,laquelle auoitnbsp;toufiours dit, quil ny auoitrien prefle, puisnbsp;que les deux perfonnes cftoyent en la main dunbsp;Roy, amp; que le Dauphin fon fils eftoit encoresnbsp;bien ieunc amp; mal fain.-lc Cardinal commença ànbsp;fedeclarer contrôla Ducheffe de Valentinois,nbsp;amp;lablafmcrentoutce quil pouuoit, commenbsp;ayant à defdain la mémoire de fon alliance, Sine fe fouueuant plu$(ou faignant lauoir oublié)nbsp;que ceftoit lcfchcllc par laquelle luy amp; fes frères cftoyent montez fi haut. Cela fiifoit-il,cfti-mant que ceftoit le moyen degaigner Iccccurnbsp;delà Royne, laquellehayflbit extrêmementce-fte Ducheffeamp; non fans caufe,comme chafeunnbsp;fcet : de fait, ceft expedient luy feruir tellementnbsp;pourauancer la bcfongnc,tjucfcpt mois apresnbsp;la prin/è
-ocr page 71-CARDINAL DE LOR. 28 la prinfe du Conneftablc,ce mariage fut accomnbsp;ply, amp; deflors François appelle Roy Dauphin,nbsp;amp; meflieurs de Guife par confequent oncles dunbsp;Roy.
La prinfe de Calais, dont lentreprinfeauoit Prinfe cftc proiettce par le Conneftable, lA mirai amp; de Ca-Ic Sieur de Senarpont,augmenta le dcfpit que le lais eg-Roy Henry auoit conccu en fon cur contre le ment.nbsp;Duc de Guife. Ayant entendu plufieurs fois lanbsp;facilité d éxecuter lentrcprife, il y voulut allernbsp;en petfonnc:mais le Cardinal voulant defrobernbsp;pour fa maifon le cur des François en fit de-ftournerlc Roy, amp; donner la charge au Duc denbsp;Guife, qui neantmoins en fit celle difficulté, tenant lexecution pour impofliblc,quil vinftiuf-ques à proteftcr(tant il cftoit hardyjquc ce quilnbsp;enfaifoit, neftoit que pour obeyr au tref expres cómandement du Roy, qui ne celfoit din-fiftcrau contraire, amp; dire quen cela ny auoitnbsp;difficulié quelconque. Aulfi voyant quon ennbsp;chantoit les louanges du Duc de Guife par toutnbsp;le Royaume,il nefe peut contenir de dire quonnbsp;luy auoit rauy vn honneur qui à luy fculappar-tenoit.
Au rcfic, fous Icschofcs qui aiioycnc la plus La pat.n belle apparence au dehors , le Cardinal cachoit fatte 4.nbsp;toufioursdes defleins cftrangcs pour agrandir uec lenbsp;fa maifijn par la ruine de France. Il nourrit les Ro^nbsp;guerres de Picardie amp; Italie, rompt les trcfucs. dEfpanbsp;gouuerne toutauec fonhere, pourfatishiircàgne.nbsp;fon ambition, amp; fe faire le chemin pour palTcinbsp;d.iiii.
-ocr page 72-LA legende DV plus outre: mais cela ne fufHfoit. Il faut doncnbsp;tenter quelques autres moyens. Là delTus, la Dunbsp;chefle de Lorraine mit en auant le propos de lanbsp;paixauec le Roy Philippes : ce que le Cardinalnbsp;prenant à fon auantage, comme nous verronsnbsp;tantoft, fe fait donner la charge daller t rouucrnbsp;cefte damc,afîn de defcouurir quelque nouucaunbsp;moyen,qui futtel.T Eucfquc dArras,maintenâtnbsp;appelé le Cardinal Granuellc, s'eftant trouucnbsp;comme depute du Roy dEfpagneen celle en-treueuë, dit entre autres chofes, que le Royaume de Frîcc cfloit infeâé de Luthériens, amp; mefnbsp;mes de grans Seigneurs,entre lefquels fut nom nbsp;me le Sieur dAndelot, iladiouftaquily auoicnbsp;des Princes auffi,qui parce moyen elpioyentlanbsp;Couronne, à laquelle ils p'ourroyent aile mentnbsp;attaindre à laide amp; fàueur des Protellans, cornnbsp;me il auoit nagueres defcouucrt. Ce propos nenbsp;tomba en terre : mais le Cardinal délirant dref-fer lors quelque pratiquc,defcouurit à Granuelnbsp;Je ce quil fauoit de quelques offres faites aunbsp;Roy Henry par les P rinces protellans,amp; des allées amp; venues fur ce faites entre le Roy de Na-uarre amp; eux. Or mettoit-il cela en auant pournbsp;ouir lautre, St fachan t que li on ne trouuoit oc-calionde remuer raefmage en France mcfmes,nbsp;fesdeffeins fe romproyct,amp; fa mai fon irait parnbsp;terre. Grâuelle dautre partjConfîderant de quelnbsp;le importance, pour les affaires de fon maiftre,nbsp;eftoit la rupture de cefte intelligence auec lesnbsp;Proteftans, pofe ce fondement de la paix auecnbsp;le Car.
-ocr page 73-CARDINAL DE LOR. 29 le Cardinal de Lorraine, que leurs maiflrese-lloyent fi forts cous deux,que fi lvn ruinoit lannbsp;trequelque tiers auroit bon marche du victorieux,que partant il faloit necefl'airement les acnbsp;Corder, de forte quauec toutes leurs forces, ilsnbsp;cournflent fur ces Euâgelîques,pourfcrccomrnbsp;penfer de leurs pertes,ftifans prcmicrcmêt mounbsp;rir ceux qui feroyent fous lobeyflance de cesnbsp;deux Roys, fans efpargner perfonne. Le Cardinal péloit là delTus, que les Princes amp; Seigneursnbsp;de France, chargez deflre Luthériens, eftansnbsp;morts, le Roy amp; le Royaume feroit dautant a-flt;)ibly,pour lauoir en fa maifon, à meilleur conte. Cependât, les côfifcations lèruiroyent pournbsp;gaignef les feruitcurs amp; amis.Mais ce qui luy fitnbsp;embrafler ceft affaire de plus grand courage,fûtnbsp;que G ranuelle luy dit,quil ne cognoiflbit Chevalier ny Capitaine au monde tât honoré amp; re-fpeClé,ny plus digne de cefte charge que le Ducnbsp;deGuife. Caralorsil commençai aualerdesnbsp;pays amp; Royaumes tous Entiers par vncfottce-fperance, fc perfuadât de faire fon coup aucc lenbsp;plus beau prétexte du monde, afauoir le zele denbsp;1» religion. Mais tout ccla,eftoit la ruine de Hcnnbsp;*¦,amp;deleftatde luyamp;dcfcs fucccffcurs. Carnbsp;depuis que le Cardinal eut plante ceft axiomenbsp;Su cur de nos Roys quil faloit forcer les con-fcicnces,nc tenir la foy aux Hérétiques,a ce pasnbsp;cfté le moyen de faire deux terribles coup.s. Lvnnbsp;dattirer à foy les grans Seigneurs Catholiques,nbsp;fpccialemcnc le Conneffablc, amp; autres bien a£-
-ocr page 74-LA LEGENDE DV feiâionncz à la F rance, afin de luy eftre commenbsp;' bourreaux pour fe coiippcr bras amp; iâbcs en per-fecutant leurs côciroyens.Lautre de faire mounbsp;rir les Princes,plufieurs gras Seigneurs,vn nombre inliny de noblelic amp; de bons François, quinbsp;rendoyent la Couronne imprenable amp; redoutable à tous fes ennemis.Mais fous ces deux coupsnbsp;font cachées tant dcrufcsamp; pratiques quil cilnbsp;impolfibledc les reciter toutes, nous en mettrons en auant quelques vnes,pour faire que lesnbsp;lecteurs fe remettent les autres deuant les yeux,nbsp;amp; fe fouuienent que depuis que le Cardinal eutnbsp;trouuc celle ouucrture,iamais Henry ny fes fucnbsp;cclleurs nont eu repos,pour auoir creu vn fi pernbsp;nicieux confeil, qui a elle la ruine auffi du Cardinal amp; de la plufpart des fiens,amp; qui infallible-ment accablera fa maifon:Dieu iulleiuge voulant quen la fofle que cauent les mefehans, euxnbsp;mefmcs tombent les premiers, amp; quils foyentnbsp;atrrappez au piege par eux tendu, amp; ellrangleznbsp;du cordeau quils auoycnt file* pour les autres.
Pour conclufion, la paix fut faite, au grand defauantage de la Francetmais le Cardinal ne fenbsp;foucioit à quel pris ce full,pourucu que cela fernbsp;uillùfon proieiâ. Le premier article portoit,nbsp;que les Roys procureroyent de faire tenir vnnbsp;Concilegcncral pour all'oppir les hcrcfies,ceftnbsp;adiré, apres que le Pape amp; les liensauroyentnbsp;fait la conclufion,on courroit fus de tous colleznbsp;aux Luthériens: en quoy le Duc deGuifeferoitnbsp;des premiers employez. Qu^a^t^ux autres articles,
-ocr page 75-CARDINAL DE LOR. 5® des,plusieurs one aflemé que le Cardinal eftoitnbsp;fi bô fcruitcur du Roy dEïpagnc,quc pluheursnbsp;pafierent en fa faueur,fans peu ou point de refi-ftance.Etcombienquclc Conncfiableä: le Manbsp;refclial de S. André luy fulTent donnez pour ad-ioinâs, fieft ce que luy amp; Granuclle procurèrent bien fort le profit de lElpagnol. Quant aunbsp;Conncftablc, encores quil appcrccuftletortnbsp;quon faifoit à fon maiftre, amp; defcouurift aucunement le but du Cardinal, toutesfois pour lenbsp;defir quil auoit de rcuenir en France,pour reprinbsp;nicr,par le crédit quil auoit enuers Henry,fananbsp;Ution defdits de Guife quil voyoit prendre vnnbsp;trop haut vol,amp; dont les cffeéls seltoycnt dc-nronftrez en la pratique du mariage de leurnbsp;tiepec, amp; craignant que ce feu ne sembrafaft,nbsp;tcllemét quen fin Ion ny peu fi remédier,fc kiff aller en cefte negotiation. Le Marcfchal denbsp;S. André neftoit pas homme qui sofaft oppo-ftr au Cardinahcar cftât paruenu en hôneur parnbsp;les moyens que chaf unfcait, il ne faut trouuernbsp;^ftrange sil auoit lefprit feruile amp; le cur bas.nbsp;^r combien que le Cardinal nignoraft point lanbsp;grande affeétion queJe Roy portoit àlbn compere le Conncftablc, amp; que ce feroit le plus fc-tretconfeiller, fi toll quil feroit en France, nc-ntmoinseftimant cefte paix le plus brief chc-jnin de la courlc de fes penfees, il en pourfuyuitnbsp;1publication.
En ce temps,ceux de la Religion fiiuorifez de plufieurs grans Seigneurs amp; iuges de ce Roy au- ledu
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Car^- me, commençoyentàleucrlateftc. Le Carding/ ce»* nal empoigne incontinent c^fte occaiion, pour rrrrrax acheminer fes dcHeins. Sa deliberatiô fut dintinbsp;/ie tanbsp;nbsp;nbsp;inider les luges équitables,defcouuiir les mieux
Rebgto. affedionncz, ou pour en triompher en les def-tournant de leur confiance, ou en les extermi' naht,mettre de ces creatures en leur place pournbsp;gouuerncr puis apresà fon plailîr, amp; defcouuiirnbsp;tout par leur moyen. PalTant plus outre, il voitnbsp;que ceux de la Religion la quitterôt ou là niain-ucndront.Sils la quittent,ce fera pour les afler-uiramp; efcorcher plus àloifir. Sils la mainticnét,'nbsp;ce fera fous lataucur des grans,lefquels par connbsp;fequent feroyenc reculez de la Cour amp; de toutes aftaircs. Luy donc amp; fes forces en auroyentnbsp;tel maniemcnt,qucn fin nul ne leur oferoit connbsp;tredire. Outreplus,ilsaflcuroitdirriicr tellement le Roy Henry à lencontre des plus gransnbsp;mefmcs.que la placedemeurtroit vuidcà luy amp;nbsp;à fes freres de Guife. Et penfoit que ceftoit lànbsp;vn fort honnefte moyen pouf donner croc ennbsp;iambeau Conneftablc,dautant que fes neueuxnbsp;deChaAillon eftans arrachez de luyàcaufedcnbsp;la Religio, amp; le Ro/dé Nauarre amp; lePrincc denbsp;Le Car- Condé auffi,il ne feroit pas fi fort.
dinal Là delTus, il rue vn de fes plus grans coup» i'attA- contrôla Gourde Parlement de Paris, sadref-che au fant en premier lieu au Prefident Seguier,qui c-Parle- lloit allé en Cour pour impetrer le payemet denbsp;ment de quelques gaiges deus à luy amp; à fes compagnons.nbsp;Paris. Car ayant fait fa harangue au Roy, le Cardinalnbsp;sauanec
-ocr page 77-CARDINAL DE LOR. 3t sauancc amp; dit,Ie croy quon ne veut empefehernbsp;Vos gages, pouriieu que vous vous portiez fidèlement: amp; apres aiioir fiercroét reproche à toutnbsp;le corps du Parlement,leur côniuence en la connbsp;feôtiondcsprocezdeccux de la Religion,les fitnbsp;tancer par le Roy,amp; commander dalfembler lanbsp;Mercuriale , qui cftoit le file pour attrapper lesnbsp;plus hardis. Et de fait, ayant défia beaucoup denbsp;feruitcurs en ce Parlement, à leur rapport il enflamma tellement le Roy, qu'il voulut sy trou-Ueren perfonne, amp; apres auoirouy difeourirnbsp;chafeun à fon tour, fit emprifonner du Bourg amp;nbsp;utresGonCctllicrs.Ainfi sattacha le Cardinalnbsp;Ma plus belle perle de la Couronne de Henry,nbsp;en faifant(fous ce beau prétexte de Rcligiôjquenbsp;lï plus notable compagnie quon fauroit voir,nbsp;le foit peu à pcu(pour la plus part)conuertis ennbsp;Vne troupe defclaues, qui nont rien dhonno-table que la robbe amp; lapparence exterieure. Etnbsp;entre tous les maux que le Cardinal a faitàlanbsp;f rance,ccfiuy-cy en cft lvn des principaux.
Auffi, Dieu iuftement irrite contre les con-lufions qui commençoyent lors à prendre pied, Ipecialemct rAtheifme,la Magic, Iiniufticcjcsnbsp;Pflllardifes amp; infametez abominables,commennbsp;Çî à exécuter des iugemcs.dcfqucls ceux de Guinbsp;lefc feruirent pour brouiller dauantageles af-lâires. Ce fut la mort foudainc de Henry, lequelnbsp;eftoit des renans à courir la lance auec le Ducnbsp;fle Guifc,qui limita à ce coup,duquel il fut biefnbsp;1« à mort.
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Depor- nbsp;nbsp;Nous auons vcu comment par les guerres de
temens Picardie amp; Italie,ceux de Guife affoiblirent lc-tie ceux flat du Roy Henry. Voyons maintenant quelle Gui- ques vns de leurs deportemens enuers la perfon fe en- ne de ce Prince, tât en fa vie comme en là mort.nbsp;uerslet Ce Prince eftoit dvn naturel pailible amp; bénin,nbsp;perfaa- comme chafcunfcair,mals en peu ils chagerentnbsp;ne du merueilleufcmét fon naturel, tellement que silnbsp;Roy euft vefeu plus longuement,la paix aucc le Roynbsp;Htmy, dEfpagne engendroit de terribles tragdiesnbsp;dans le Royaume. A uant quil fuftRoy,lc Cardinal luy auoit efié donné pour GouuCrncur,nbsp;maisilnefcruit quaie corrompre amp; garter, lu/nbsp;feruant de Marquereau amp; feruitcur damour.nbsp;Les pierres,cabinets amp; tapifleries de lhoftel denbsp;Reims (oùinfinies paillardifcs fefont commi-fes)cn parlent encor. Et ne fc contentans de tenir près de luy la Duchefle de Valcntinois au«nbsp;grand dcfpit de la Roync,dcsbauclioyét par autres petis fcruitcurs les dames amp; damoifclles denbsp;tous coftcz,afin que par fi mal- heureux moyensnbsp;il gaignaflent lafaucurdcce Prince en ruinantnbsp;fon ame.Nous ne parlerons point de lord amp; Talc adultere quils luy firent commettre àfon retour de Piedmont, luy eftât encores Dauphin,nbsp;ny de ce quils luy ont comme amené celles quinbsp;leur touenoyet de plus pres pour en faire à fonnbsp;plaifir.-ccft à dire, fc polluer de façons eftrîges.nbsp;Quantle Cardinal fedefpitant contre le Ducnbsp;de Guifefon frere a dit maintesfois, que iamaisnbsp;Cocu ne chanta belle chanlbn, que Ion eftimenbsp;à qui
-ocr page 79-CARDINAL DE LOR. jz a qui il regardoit. Peut cftre que Hêry auoit desnbsp;Compagnons gt; mais cclloit le premier perdu ennbsp;ces ordures par fentremife de ccux-cy. De lànbsp;vint que pour le ruiner du tout amp; de corps amp; danbsp;me, toit apres Ion auenement à la Couronne,nbsp;furent par eux introduits mille moyens dentrenbsp;tenir ce Prince en lafciuetez, amp; en le deltournâtnbsp;de Dieu, mettre tout en troubles par fucccllionnbsp;de temps pour pefeher mieux à leur aifc.Mais ilnbsp;cri faut conliderer quelques particiilaritez. Lanbsp;Roync Catherine de Medicis demeura Iterilcnbsp;quelques anneçs, dont le Roy Henry citant encores Dauphiâclloitfortdclplaifant. Cesmef-fieurs cy là dcülus, apres leur auoir mis en mainnbsp;leur Scncfchale, tafehoyent à faire que Henrynbsp;fcnuoyaft lalctnme en Italie. Lt vne fois ànbsp;RüÜillon fur le Rofne, ils en lindrent vii grandnbsp;parlement, délibérez de faire renuoycr celtenbsp;Roync, qui fut bien aydcc parle Cardinal denbsp;Challillon depuis en ce mcfmc fait. Alors fai-foit-elicdcla Chrclticnnc, ayant la Bible fou-üêtcsfois fur fa table,y lifantÔe faifantlire.Daunbsp;^fepart citant auenu que par le commandementnbsp;lugrand Roy François,trente Pfeaumes de Danbsp;furent traduits par Marot,amp;mis en mufiq lenbsp;Pardiuers mulîcicns:carlcRoyamp; lEmpercurnbsp;Charles le Quit priferent celte tranllationparnbsp;pHolcs amp; prefents. Mais fi perfonne les aima amp;nbsp;! ^mbralTa eltroitement amp; ordinairement pournbsp;les chanter amp; faire châter, celtoit ce iciinc Prinnbsp;ce Henry lors Dauphin, de manière que les bôs
-ocr page 80-LA LEGENDE DV en beniflbyent Dieu, amp; fes mignons amp; la Scne-fcliale mefmcs faignoycnt les aimer, A luy di-foycnt, Monfieur,ccftiiy-cy ne fera il pas mien?nbsp;vous me dôncrcz ccftuy là,sil vous pbit. Lorsnbsp;il eftoic bien cmpefêhé à leur en donner à fa fannbsp;tafic amp; à la leur. Toutcsfois il retint pour luy lenbsp;128. Bien heureux cft quiconqucs (crt à Dieu vonbsp;lontiers. fit luy-mefme vn chant à ce Pfeaumc,nbsp;lequel chant elloit fort bon amp; plaifant amp; biennbsp;propre aux paroles. Le chantoit amp; faifoit chanter fi fouuent quil môftroic auoir vn grand défit defire bénit en lignée,ainlî que la delcriptiônbsp;cftfaite encc Pfeaume. Quelque temps apres,nbsp;la Dauphinecommeça à auoir des enfans : maisnbsp;Henry au heu de rccognoiftrc vn tel bien,fc laifnbsp;fa aller apres fes ordures aucc celle vilaine Sr-nefchilc,amp; fit pis que deuantitellcmcc aufli quenbsp;celle bencdidion lut ( à peu que ie ne die) con-uertie en vnc horrible malcdiétio.n. A quoy lenbsp;Cardinal de Lorraine fut vn inllrumécfort pronbsp;pre. Car voyant que Henry prenoit plaifir à cesnbsp;faincls Câtiqucs, Icfqucls fortifient la challetc,nbsp;amp; font ennemis capitaux de toute ordure: quenbsp;par fucceffiô de temps il aimeroit mieux fa femme,amp; renuoyeroit fa putain,amp; par confequent,nbsp;le crédit de mclïîeursde Guife, fonde furvnfinbsp;falc appuy, sen iroit bas. commença premièrement à blafonner la tranflation, amp; finalemét lesnbsp;Pfeaumes mefmcs ,fubrogeant au lieu les versnbsp;lafeifs dHorace , amp; les folles chanfons amp; aquot;nbsp;mours exécrables des Poètes François quil mitnbsp;en cre-
-ocr page 81-CARDINAL DE LOR. 3; en credit. Alors Ronfard, IodelIe,Baif amp; autresnbsp;villains poètes commencèrent à entrer en crédit.- amp; Dieu aufli ne voulât pas que fon nom de-incurall plus long temps amli prophane, retiranbsp;les louanges pour les mettre en la bouche desnbsp;petits.Les Plcaumes amp; Marot furet banis.Tounbsp;tesfotes de vilaines clianfons amp; lafciuc mufi-lt;juc vint en auant,par rentremife principale dunbsp;Cardinal,Mecenas de ces vilains brouillons. Etnbsp;pour acheuer la befongne,apres auoit fait öfternbsp;par la Senefchalc au Roy toute fainte mufique,nbsp;ofté à la Royncfon confefleur ßotciller, quinbsp;pour lors prefehoit puremet, il bailla à Hery vnnbsp;lien dodeur Sorbonifte,homme ignorât S* me-fehant iufques au bouc,amp; par ce moyen luy arranbsp;chaducceurce peu de femcnccde pieté qui ynbsp;pouuoit eftrc. Depuis ils le firent compaignonsnbsp;de Henry,amp; fpecialcmcnt eftant Roy, voire ennbsp;plus de fortes que rhôncftetc melines ne le permet. Et de remuer icy telles ordures, ce feroitnbsp;trop ennuyer les Icéfcurs. Que ceux qui fc fou-uicnent du temps efeheu depuis lan i f o. iufques à la mort, fc propofent aucc moy deuât lesnbsp;yeux les niefchans tours que ceux de Guifeontnbsp;fait à ce pourc Prince, ruinans fon ame,cntrctc-nans ladultcrc en fon fcin,fc portans fi indignement en fa mailon que ie voudroy nen auoir ia-maisoiiy parler : amp; les tableaux quicnonteftenbsp;faits, amp; prefentezau Cardinal mcfines, fes contenances amp; façons défaire lont monftrcfuffi-fammét. Q^l bien ont-ils fait à la Roync?maisnbsp;c.i.
-ocr page 82-LA LEÇENDE DV quel mal ne luy ont ils fait ? Henry hifla quatrenbsp;fiisviuans. Comment iraircrenr-ils François?nbsp;Nous le verrons maintcnant.Dc quelles confunbsp;fions auons nous elle agitez par leur moyc fousnbsp;le regne de Charles. Si le Cardinal viuoit,comment euft-il manie Henry troifiefme par le monbsp;yen de la Roync Louyfe de Lorrainc?A il aimenbsp;le Duc dAlençon?au cotrairc, il lu y ofta au depart du Roy de Pologne,la lieutenance, pour lanbsp;faite aflîgner à fon neueu le Duc de Lorraine»nbsp;amp; gouuerncr fous ce prétexté encor plus auda-cieufement que iamais. Mais ces torts demandent vn plus exaâc difcours que nous verrons,nbsp;Ainfi doncjscftans mocquez dHéi y amp; de tousnbsp;les fiens, ils ont emply fa maifon dordure, fonnbsp;Royaume de troubles, ruine les grans, accablénbsp;les petis,amp; mis les chofes en telle confufion,qiiCnbsp;fclô les homes il ny aefpcrâce que le Royaumenbsp;puifl'c cftcc reftauré amp;Jramcné à quelque petitenbsp;partie de fon ancienne fplcndeur. Des le viuantnbsp;de ce Prince aufii commencèrent auffià marquer fes feruiteurs qui leur defplaifoyct, faifansnbsp;efearter les vn5,mettans les autres en mauuaifenbsp;gracejoftansdalentour du Roy fes bons côfcil-1ers, y inrroduifans leurs mignons amp; efclaues,nbsp;par le moyen dcfquelscc Prince eftoit perfua-dc.que mefiieurs de Cuife eftoyent fes plus fidenbsp;les feruiteurs,femans les diuifions entre les Priunbsp;ces amp; grans Seigneurs,pour en attirer les vns denbsp;leur code amp; ruiner les autres tant plus aifémentnbsp;puis apres. Toutes les particularitez fc verrontnbsp;en leur
-ocr page 83-CARDINAL.DE LOR. J4 cn leur ordre cy apres, où ces torts fc cognoj-ftronc clairement. Pour celle heure, nous dirósnbsp;ce mot,qui fera approuué de tous vrais Frâçois,nbsp;quen fl peu de temps que Henry à vefeu, il leurnbsp;a fait plus de biens que nul autre Roy precedetnbsp;ne fit onques, par tout vn fiecle à tous fes Icrui-tcurs cnfembleûl a plus foufterr, côportc amp; endure dennuy, de fafchcrics, de mauuais deuoir,nbsp;de pertes St dommages deux, que maifire, amynbsp;ne pere nendura one de feruiteurs,comp3gnôsnbsp;ny enfans. Car outre ce que de fon viuant, ilsnbsp;luy ont tourne le dos vne infinite de fois, amp; faitnbsp;périr fon corps amp; fon ame,entant quen cuxac-ftcjils ont fouillé fa maifon,gaftc les enfans,ruiné fon peuple, en fa mort ils ont bien monftrénbsp;comment ils lauoyent refpeâé en toute fa vie.nbsp;Nous auons veu cy deuant que leur aifnc Tentâtnbsp;la mort du grand Roy François sapprocher, fenbsp;tnoquoit de luy, amp; lappelloit galant. Eux tousnbsp;nen ont moins dit, amp; tnonflrcrcnt beaucoupnbsp;plus de fignes defiouifiance amp; de leur mefehantnbsp;cesur en la mort dHenry, leur plus grand amy,nbsp;leur Seigneur amp; bienfaiteur.Qncl fpeâaclc fut-ce aux François plcurans la mort tant inopinéenbsp;de leur Prince,de voir le Duc de Guifcamp; le Carnbsp;dinal de Lorraine à lheure mcfme de celle mortnbsp;enleuer à face riante leur ieunc Roy amp; ncueu,amp;nbsp;letranfportcrdcs Tournclles au Louurc.Quel*nbsp;quvn aulfi alors ne dit pas trop hors de proposnbsp;que ce iour-làfc deuoit appeller la veille de lanbsp;felle des trois Roys. Car il ny auoit perfonnenbsp;c.ii.
-ocr page 84-LA LEGENDE DV quîvoyât CCS meflîcursauflî àchcual,neiugcaftnbsp;que la hrance auroitvnKoy heritier, Kuydenbsp;nom IculeniéïK, Si deux Roys de Lorraine parnbsp;effect,ou plufîôli deux fins »Se cruels tyrâs.com-hie ils fc firent bien cognoiffre tels depuis. Aunbsp;reffe, cefffeff at des gräs Chambellans dauoirnbsp;foucy du corps mort dvu Roy luff^ues àeequilnbsp;foit en terre. Le Duc de Uuife lcffoit, amp; auccnbsp;violence auoit arraché ceff eftatàla m,.inondenbsp;Longucutlle. Qui empelchoit ce Duc amp; fou frenbsp;te le Cardinal,qtii auoyeiit vn Roy à leur deuo-lion, amp;, sil faut ainff parler, à leur commande-hientjde faire Ictii dcunirjA: non pas fur lheurenbsp;mcfniC labandonner comme vne charonguc?nbsp;que peut-on dire deux dauoir ainff hotjtcufc-met deffourné leur vifage du corps de leur Roynbsp;amp; SeigncurPJayaiïs laihé fans loin amp; fority de fanbsp;garde amp; fcpulturc, pour Inquellc le Côneffablcnbsp;amp; le reffe des bons £2 fideles feriiiteui s demeu-rerent.Encores J si Is i u dent a tted u que le corpsnbsp;euftefférefroidy amp; alïeuremcnt mott,ou pournbsp;le moins sils Cuflcnt fait quelque contenance denbsp;regret.Mais peut effte ceffe inhumanité procéda dccc quils entendirent que le Roy Henrynbsp;auoit arreffe de les chader apres les feffes amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;!
tournois: oupluffoft leur ambition ne permit pas quils attendiffentpius long temps à defeounbsp;urir ce quils maebinoyent en leurs curs, alfa- ,nbsp;Uoir de régner fous le nom de leur ncueu Fran- |nbsp;çois fécond, en attendant loccafion de paffernbsp;P lus outre.
Mais
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Mais à lauciiturc fc font-ils mieux portez à Cotnent Vendroit de François t amp; poutroycnc lors auoir^//yênbsp;ü bien fait, que les fautes precedences mérite fontpornbsp;royent deftre couuertcs. Voyons li amli tlKCe tezaCenbsp;iciinc Prince aagé de lô. ans pour le plus, n. re droit denbsp;gna pas dixfcpc mois entiers. Mais on pe-iic dire rr^ço«nbsp;lans mét jr, que iamais Roy urne en lcipjce de i,nbsp;ly.ans ne fut esbranic de la (orte que nollrepo-urcFrance, le tout par lambition de ceuxey*nbsp;Et puys affermer.que 11 pour le mfte challimétnbsp;dcnospcchez, Dieu euft encor allongé de 17.nbsp;autres mots le regne de Fraiçois fécond, la mainbsp;fonde Valois per.ioit la Couronne tout quitte^nbsp;8c la NoblelTeFrançoifefepouuoit prépareranbsp;la mort ou à des indig itez ellrâgcs. Le. peuplenbsp;la iufticc amp; le Cierge mefmcs ne poiiuoycnt at«nbsp;tendre quvnc horrible tyrannie. Et afin que cela fevoycpluscuidemmentjconfiderons corn-menr ils manièrent le Royaume en ceft efpacenbsp;de 17. mois. Premièrement ils rauirent le Roynbsp;des mams des cftats du Royaume ôc des Officiers de la Couronne,rcmmen jns(en la mcfmcnbsp;heure que fon Perc deceda)dans le Louu^ e auecnbsp;fes frères,fa mere îk fafemme.Là ils Icgarderétnbsp;fibien, queperfonne nepoiiuoit approcher denbsp;luy que quelquun de ceux de Guife ny full pre-feiit. Et lors .lufii furent ils .ippekzGai dcsdunbsp;Roy. Chalîcnt le Conncflableamp;plufieurs au-ties, enuoyent les Princes du fang,lvn porternbsp;lordre en Efpagnc.Ôc lautre pour conduire tninbsp;dame Elizabeth, lautre en Flâtfres pour la coigt;
-ocr page 86-LA LEGENDE DV firm3tiondelapaix;amp; finalement les traitcréf,nbsp;ftôme nous verrons, quand il fera parle de leursnbsp;deportemensenuers pluficurs Princes du fang.nbsp;Prennent ou pluftoft rauilTent à eux le maniement de toutes les affaires; car les Parlcmens a-yans enuoyc vers le Roy leurs députez,il leur fitnbsp;entcdre.que fes deux oncles le Cardinal de Lornbsp;raine amp; le Duc de Guifeauoycnt la charge entière de tout: amp; commanda que Ion sadreffaftnbsp;des lors en auât à eux en tout ce qui concernoitnbsp;Jeferuice dcluy amp;defon Royaume: amp; quonnbsp;leurobeyft comme à luy mefmcs. Les voila dc-dairez Rois par leur organe: carceieunc Prince, nullement expérimente amp; miferable fpccia-lement pour auoir fi mefehante compagnie, nenbsp;difoit ny ne faifoit que ce quils vouloyent : carnbsp;le Cardinal lauoit tellement accouftuméà fesnbsp;fignes, quà la moindre de fes contenances lenbsp;Roy parloir, marchoit ou fe taifoit : tellementnbsp;quaufîi lappelloit-on lamc du Roy, car à la venbsp;rite il le faifoit mouuoir amp; tenir telle mine quenbsp;bon luy fembloit.
Ayâs efearté les Princes Si Seigneurs qui leur eftoyent fufpeds, conlîderons comme ils rengenbsp;rent le refte. Quant au Confeil priuc,apres se-nreaffeurez du Chancelier Oliuierquils rap-pclcrent,amp; qui lors oublia tant Dieu amp; foy-mcfnbsp;mes, quil leur donna fa côfciencc,ils y firct entrer ceux de qui ils fè fioyen t. Dés le teps dHennbsp;ry, les Parlemcs seftoyent remplis degens quinbsp;auoyent apporte le plus dargent de folliciteurs,
-ocr page 87-CARDINAL DE LOR. 37 ôt de fauoris des grans. Ceux de Guife,voyansnbsp;bien quil fdoit auoir à leur deuotion ces gens -là,y auoyent fait encrer peu a peu les enfans desnbsp;plus grans vfuriers amp; exaâeurs,amp; autres manienbsp;res de gens qui auoyent corrumpu tout droit dinbsp;uindt humain, vendu parle menu ce quils a*nbsp;Ooyét acheté en gros ou eu pour recôpenlè, de-claire les fcctets de la Cour,contre leur fermée,nbsp;amp;villcnéla indicé en toutes fortes. Pourtantnbsp;fuc-ila.fcàceuxde Guifederenger ces cours ànbsp;leur dcuotion,tenant les vns en bride,amp;rcmplifnbsp;fans les autres de trCf-jgrandes cfperanccs. Cenbsp;qui auoit efté pratique en cell endroit duviuâcnbsp;de Henry , fut encor par eux plus chaudementnbsp;pourfuiuy fous Frâçois fécond,tellemêc quauf-fi depuis ils curent vngrandappuydece coflé-là.Ils fc mirent aulhadrcfTerlcsedacsdela mainbsp;fon du Roy, vfurpâs ce qui appartenoit au Co«nbsp;ncftablc.cncórcs grand Maiftre pour lors. Pournbsp;y faire entrer leurs feriiitcurs amp;gcns de coûtanbsp;leur pofte, ils oftent partie des officiers du feunbsp;Roy, qui de tout temps cftoyent continuez denbsp;pcrecn-fils,lcs 13ifl'ent,fous ombre de bon mef-nage, comme auffi ils renuoyent partie des autres en leurs maifons auec demy gages pour pennbsp;fion, combien que lcftat nouueaudcs officiersnbsp;domeftiques quils eftabliflbyent, cxcedaft denbsp;beaucoup lautre nôbre.LcsProuioccs du Royaume amp; les villes de frontière furent auffi gar-nies des leurs, amp; ceux qui neftoyent à leur grc,nbsp;tenuoyez en leurs maifont : fut mandé à tousnbsp;c.ifiï.
-ocr page 88-LA LEGENDE DV Gouuerncurs, Chefs de guerre amp; des villes drt-beyr au Duc de Guife , comme au Roy mcf-nics. Les finances pareillement furent manieesnbsp;par les plus fauoris du Cardinal, amp; furent auct-tis tous les Parltmcns quil auoit la fuperinten-dcncedesaft'aircs deftar. Pour demeurer fculsnbsp;armez, font défendre tout port darmes, fpccia-Icmetit les piftolcs amp; bartons à fcu:amp; les longsnbsp;manteaux amp; grofl'cs cholfcs. Le Cardinal fortnbsp;couard de nature, auoit feeu dvn Necromâticnnbsp;à Rome, quil feroit tue dvn barton à feu parnbsp;lenuic quon luy porteroit, amp; pour les ennemisnbsp;quil acquerroit en France, ertant trteué au plusnbsp;haut degré dhonneur.
Le premier trait de leur tyrannie fut de perfe cuter ceux de la Religion en la perfonne de certains Confcilliers du Parlement de Paris,fpccianbsp;lement dAnne de Bourg.au procez duquel amplement deferit en diuers traitez amp; difcoursjfpcnbsp;cialcmcnt en fhirtoirc de F rançois fécond, depuis Quelques inoiïrctnifc en lumicrcf^Tppârüifnbsp;fent des uuurtices amp; mefchancetez fi vilainnesnbsp;que rien plus, commifi's par les iiiges apporteznbsp;.par le Cardinal. Vn autre trait fut de bander lenbsp;peuple cotre les grâs,par le moyen qui senfuit.nbsp;Pour abatte ceux qui leur pouuoyêt faire terte,nbsp;amp; sacquérir labicnuueillancc du commun, amp;nbsp;rendre leur gouucrncmcnt agréable , ils firentnbsp;drclTcr lettres de rcuocation de toutes alienations faites tant à vies qu a temps, furt pour re-compenfc de feruiccs ou autrement excepte lesnbsp;vendi-
-ocr page 89-C A R DI N AL DE LO R. j8 venditions : dont les deniers auoycnt cflccm«nbsp;ployez aux grans amp; vi gens affaires du Roy, fansnbsp;aucun delguifeincnt, enfcmbic lappanage desnbsp;filles de France, 8c le dot de la feu Roync Eleo-nor,duquel iouilfoit linfante de Portugaise rc-fte rcuny au domaine amp; rcccptes ordinaires dunbsp;Roy. Cela efioit pour faire les paffer plus gransnbsp;par leurs maïs,8c fe fiire des fcruitcurs plus quenbsp;iamais, en leur faifât auoir lettres de declaratiônbsp;telles quil leur plaifoit. 3. Letroificfrac, futdcnbsp;faire chaffer le Roy de Nauarre premier Princenbsp;du fang, parles plus indignes moyens que Ionnbsp;feauroit, amp; dont il fera parle au difeours du trainbsp;temét par eux fait aux Princes du fang. 4.IIS arnbsp;rächet au Connellablc leftat de grand Maiftre,nbsp;pour le Duc de Guife, amp; achetant le Marefclialnbsp;de Briffac par le gouucrhcmct de Picardie,quilsnbsp;iîfcrènFdcs mams de l'Amiral de Chaftillon.nbsp;J. Pour fe renforçer contrcTcs apparcil?quc Ionnbsp;dreffoit contre leur tyrannie, font dixhuiâ Chcnbsp;ttalîcrs de lordre tout dvnc voice, amp; dvne matnbsp;que de chcualerîe bien cfp rouucc amp; fans reproche font vn colier à toutes beftet. lt;S. Voyâs quenbsp;Cela ne fuffifoit,8c quauec le têps ily auoit danger que les eftats ne demandaffent leur anciennenbsp;liberté, au moyen dequoy leur tyrannie donne-roit du nez à terre, premièrement ils firent trounbsp;(teile plusmauuais du monde au Roy le bruitnbsp;qui couroit,quc Ion effoit délibéré en ce bas aagt;nbsp;gn du Roy de demander les cftats, 8t ce par di-uerfes rufes, la principale dcfqHcIIcs fut dinti-
-ocr page 90-LA legende DV mider les plus gras par quelque notable moyen,nbsp;amp; gaigner tellement la Roync mere quelle fuftnbsp;riullrumcnt pour ruer ce coup. Ils propofcrentnbsp;dôc à celle femme qui dailleurs cftoit tenaillcCnbsp;des fers ardans de fon ambition,que lî les eftatSnbsp;auoyent licu.coinmelcs ennemis dcfagrâdeurnbsp;le deliroyent, on Icnuoycroit faire des iardins,nbsp;fl elle ne palfoit les monts. Partant liiy confeil-Icnt(commc fes bons feruitcurs) dy aüifcr. Ornbsp;ne regardoyent ils pas à elle,car fi le Roy François euft fiirucfcu au Roy de Nauane amp;au Prirtnbsp;ce de Condé, quils clloycnt refolusde fairenbsp;mourir peu auant les cftats tenus à Orleans, ilsnbsp;lcuflentfait dcllogcrplus vificque lcpas,carnbsp;fô efprit amp; naturel leur eftoit fufpcâ à mcrucll-Ics. Cclloitdonc à leur commodité qu'ils vi-foyent. Mais celle femme feignant ne voir riennbsp;en leur finelVesjmonftra quelle croyoit tout cela, ÿc pour saffermir auffi de plus en plus,amp; leurnbsp;louer à eux mefmes quelque bon tour, eferjuîtnbsp;au Roy dEfpagnc fon gendre, fc plaignant dunbsp;Roy de Nauarre amp; des Princes, corne sils euf-fent voulu (par le moyen des cftats) la réduire anbsp;la condition dvne chambrière. Peu de temps a-pres arriué le paquet dEfpagne, contenant quenbsp;le Roy Philippcsauoitcntédu.quecertainsmu-tins amp; rebelles sefForçoyent defmouuoir desnbsp;troubles .pourchâger legouuerncmctdu Royaume, qui auoit efié fi fagcmentcftably de bortnbsp;nombre de Confeilicrs, par le feu Roy Henrynbsp;fon bon frère amp; beaupere , amp; comme fi le Roynbsp;fon
-ocr page 91-CARDINAL DE LOR. jÿ fonbeaufrcrc neftoit capable de luy-mcfmedenbsp;ladminiftrcr', amp; en bailler la charge à ceux quinbsp;bon luy fembleroit,fans y interpofer autre con-fentement ny receuoir loy de fes fuie(Ss,ce quilnbsp;ne deuoit aucunement fouffrir. Que de fa partnbsp;il cmployeroit volontiers toutes fes forces ànbsp;maintenir lauthorité de luy amp; de fes miniftrcs,nbsp;voire luy couftcroit fa vie amp; à quarâte mil hommes quil tenoit prefts, fi aucun cftoit fi hardynbsp;dattenter au contraire. Car il luy portoit tellenbsp;aflêétion(difoit-il) quil fe declairoit tuteur amp;nbsp;protedeurde luy amp; de fon Royaume, commenbsp;auffi de fes affaires, Icfquelles il nauoit en moinnbsp;dre recommandation que les ficnncs propres.nbsp;Voila comme lennemy hereditaire de la Couronne de France cftoit appelé à la defenfe de lanbsp;tyrânie. Plufieurs ont trouuc telles lettres plainnbsp;nes daudace merucilleufe, quvn Prince eftran-ger ofaft ainfi ouiicrtcinent en prefence de toutnbsp;le Confcil priué (où ces lettres furent leues,amp; ànbsp;la barbe du Roy de Nauarre mefmes ) abolir lanbsp;liberté Françoifc,amp; renuerfer lauthoritédesnbsp;eftats. Maisilauoitefté auerty par ceux de Guinbsp;fe de tout lcftat des affaires, amp; fi les chofes euf-fent fuccedé comme elles commeçoyent, il euftnbsp;cufapartàlapicccauecles autres. Pour lhcu-¦ejGcs lettres de TEfp-ignoI curent autant deffinbsp;cace que ceux de Guife vouloycnt.-car le Roy denbsp;Nauarre corameçaà les bonneter amp; ccrchcr denbsp;foy mefmes les occafionsde sen retourner garder fon pays.Mais pour le mieux pourmcncr,la
-ocr page 92-LA LEGENDE DV commiflion luy fut donnée de mener Elizabethnbsp;fceur du Koy,inaricc à lEfpagnoI:amp;Je Cardinalnbsp;de Bourbon amp; le Prince de Ja RocJie Suryonnbsp;pour adioiivs, afin de la rendre fur la frontièrenbsp;de France amp; dEfpagnc.
Or voyans que tant plus ils cuidoyent sauan cer en ruinant leftatjplus onuroyenc-iJs la bouche aux vrais François,leur dtfltin fut de fc fortifier en gaignanr de nouucau les ParleiTiens,lcsnbsp;EccJcfialliqucs amp; les gens deguerre. Lauanec-ment de la Reüg ô laccroilkmcc de ceux qui'nbsp;en faifoyent profeffton cfloit vnc belle couuer-ture au Cardinal, pour p-ppirlcs Ecclefiafti-qucs.Quanr aux ParJcmcns,pourautât que plu-fieiirs qui y font pourutus font entres par la fe*nbsp;neftre, eftansfan» aucune confcience, il ne lesnbsp;falutgucres prelfcrpour fc rendre cfclaucs denbsp;ceux de Guife. Les bôs qui y reftoyét,intimidesnbsp;par les rudes traittemes fais à du Bourg amp; à fesnbsp;compagnons, fc mertoyent la main fiir la bou-che.Quant aux gens deg,'erre,voyans les Princes ne dire mot,amp; le Duc de Guife arme tandisnbsp;que les grans amp; pctis eftoyent en chemife, nat-tendans autre chofe que lcfcorchcur, ils fe ran-geoyent du collé des plus forts.Et combien quenbsp;les vnsamp; les autres cognuflent par fullifaiitesnbsp;coniedurcs, que le but auquel tendoit celle mainbsp;fonde Guifeeftoit tout autre que ccluy quonnbsp;leur figuroit,fiell ccquabrcuuczdcvaineefpcnbsp;rance, amp; pour sentretenir en vne imaginée pro«nbsp;fperite, comme gens enyurcz chafe un fepteci-
-ocr page 93-CARDINAL DE LOR. 40
pit oit CU cc goußrc.
Eitans ainii ceux de Guife eu bonne grace,8c apres auoir ctiongué ceux qui neltoyent de leurnbsp;retenue, ils le iciolurenc de pcnfei de plus prèsnbsp;à leurs atfa:rcs,pour telle occalîô Le Roy,Prannbsp;çois venant à cioillrc, commença à donner plusnbsp;de jugement de fon indifpolîcion. Ils l'auoycntnbsp;marié à leur niece Roync dEIcollc, en luy fai-f int de lî bône beuregoufter les délices du monnbsp;de, amp; dire coifte de lu femme, quils le peulfcntnbsp;manier plus ibupkment. Mais ce Prince mal-fain I amp; qui des Ion cnfaiKc auoit monlb é vnenbsp;tref-dangereufe indifpofition, pour niuoir craché ny mouché,lit que quelques liens médecinsnbsp;faits de la main de ceux de Guife les adntitir. ntnbsp;fecrctcteTicnc de pouruoir leurs aftaircs, dau-tanr que le Roy nertoit pas pour la faire lôguc.nbsp;Surcerapport, le Cardinal tenant iaattachcànbsp;fa main la plufpart dlt; s Frâço!s,pour defcoimrirnbsp;Cornent ils eftoyent nffedionncz enuers le Roy,nbsp;dcploroit quelque fois la miltredu tcpsfc lin-difpofitiô du Roy,qui nauroir pas peut cftrc(dlnbsp;fuit il ) loifîr de punir le hérétiques, amp; que lesnbsp;chofes pourroyent fe tourner rout autrementnbsp;apres b mortdiceluy. Ayant rué ce coup,amp; fennbsp;tant plufieurs dcfircr à demy que luy donc pen-fait à quelque flt; rme expediét, pafloir outre, in-fiftant fur la maladie du Roy, laquelle il taxoïtnbsp;malicicufcmcnt de contagion de ladreric;amp; ce ànbsp;double fin, lvne pour defgoultet les Frâçois denbsp;lamour naturelle quils portent à leurs Roys,
-ocr page 94-LA LEGENDE DV pour çftre le Roy, cômc ils vouloycnt faire croinbsp;re entaché de telle contagion, amp; par ce moyennbsp;les preparer à nouucau changement ; amp; laucrcnbsp;pour rendre tellcmét odieux de la Religion(lef-qucls il pretendoit faire auteurs de ce bruit) en-uers le Roy,que par fon commandement ils fufnbsp;fent du tout cxterminc2gt;afin que cela raclé,ceuxnbsp;de Guife ne trouualTent aucune refiftance.Suy-uât cefte penfec,ils font courir le bruit par ceuxnbsp;de leur faâion que le Roy al loi c à Blois pour (enbsp;faire medecincr à caufe des teintures defonvi-fage, amp; comme quelques vns demandaient quenbsp;fignifioit ce langage , ces efpions difoyent tnnbsp;grâd fccrer à loreille,que pour vray le Roy Hcnnbsp;ty eftoit entaché de lèpre, pour laquelle guérirnbsp;illefaloit baigner au fang de bonnombredepenbsp;tisenfans, Üc que défia il yauoit gens commisnbsp;pour aller prendre les plus beaux amp;plus fain*nbsp;quelonpourroit trouuer depuis quatre iufque*nbsp;à fix ans. De fait quelques ruftres fuyuans 1»nbsp;Cour,apofi;c2 par le Cardinal,fe tranfportoyétnbsp;parles bourgadesamp; villages à lentour delafi'nbsp;uiere deLoyrc senquerans du nombre des en-fins, amp; dautres venoyent apres demandans sdnbsp;eftoit venu gens pour enregiftrer leur enfiins, amp;nbsp;cjuil fç falloir bien garder deles bailler, dautâtnbsp;queceftoit pour baigner le Roy en leur fang*nbsp;Ces bruits mirct tout ce pays alentour de LdJ'nbsp;re en mcrueilleufe frayeur:amp; le Roy eftant arri-ué à Bloys en feeut les nouuelles qui Je troublèrent grandement amp; fa mere auffi. Mais le Ca^
-ocr page 95-cardinal de lor. 41 dînai en reietta la coulpe fur ceux de la Rcligiô,nbsp;8lt; le perfuada au Roy qui sen enflamma contrenbsp;eux, dvne haine qui luy demeura emprainte aunbsp;eceuriufques à la fin de fa vie. Et toutesfois vnnbsp;de ces garnemeqs, quiportoit telles nouucl-les, amp; lous prétexté dauertir les peres amp; me- «nbsp;ïesdes enfans auoit exige grans fommes de de-'iers,ayant cfté prins pi es de Loches,conuain-
amp; condamné à eftre décapité,confefl'a.main-'int ôc aflérma iufquau dernier foufpir, que le Cardinal luy auoit fait bailler cefte commiflionnbsp;I dtà plufleurs autres aufli. Neantmoinsonsennbsp;' *ftacha â ceux de la Religion, amp; quoy que cinqnbsp;^'^Riaines ou vn mois auparauant on euft fait vnnbsp;' 'ditaflez rigoureux,le Cardinal fitvnerechar-6®de trois autres ediiâs en Nouembre 1555,.
lvn dcfquels ces mots eftoyent contenus: gués affemblees de iour amp; de nuiô de ceux denbsp;Religion non feulemét Evfage de lEghfe Ro-, *^aine eftoit vilainement profané : mais que Ionnbsp;I y^enioit plufieurs propos vilains,infamesamp; in-^ieiix contre fa Maicfte', amp; pour efmouuoir lenbsp;^®^plc à fcdition.Mais cela ne fit quaigrir beaucoup de perfonnes qui mefmcs nefloyent pasnbsp;J,® la Religio,amp; eftimer quil y auoir autres chonbsp;® flue la Religion,laquelle en ceft endroificomnbsp;en beaucoup dautres depuis) ne feruoit quenbsp; pretexte. Cependant ceux deGuife mirentnbsp;f telle tache fur leur neucu, quencor quil nenbsp;Iadre,toutesfois depuis ces bruits là,il per-'tprefque toute fa réputation.
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Sur cela entreuindrent deux accidens qui remuent le Cardinal en nouuelles altérés.Lyn fut que le Prelîdcnc Minard lvndefcs efclaucsaunbsp;Parlement de Paris fut tué d vn coup de piftole,nbsp;par gens incognns.Lautre fut quvn ficn bS fer-» uiter nomme lulian Fermé fut tue alTcz pres denbsp;Chambourg où eftoit le Roy. Ce Ferme alloicnbsp;porter force mémoire à Paris,pour faire proceznbsp;aux plus grâs Princes amp; Seigneurs du Royaume ,nbsp;amp; au très gens notables qui fâuorifoyent à la Renbsp;ligion. Le Cardinal empoignant ces occafions,nbsp;donnevnc recharge de cefte calomnie fufmen-tionncc à ceux de la Religion, amp; par lettres patentes fait encor dcfendi'eplus cftroitcmctquenbsp;!amais,lcpoitdes armestmettât parteis bruitsnbsp;le Roy en l'indignation du peuplcqui nauoit acnbsp;coullumé de fê voir ainlî fourpcçonné.Ce pen-' dant alfauoir le 23. de Décembre, le Confcillernbsp;du Bourg fut execute «à mort amp; pluficurs autresnbsp;de la Religion en diuers lieux, au grand mefeonnbsp;lentement non fculcmenrdepluhciirs Frâçois,nbsp;mais aufli des Princes effrangers.
Mais cela neft comme rien au pris des confu fions amp; mal heurs en qtioy ceux de Giiifccnuc-loppcrét le Roy amp; le Royaume puis apres. Carnbsp;leurs façons de faire ouucrtement tyranniques,nbsp;les menaces dcfquelles on vfoit eiiucrs le.s plusnbsp;grans du Royaume, lereculcmcnt des Princesnbsp;amp; grâs Seigneurs, le mefpris des cftats du Royaume, la corruption des principaux de la iufticcnbsp;rangée à la dcuotiondeccs nouucaux gouuer-neurs,
-ocr page 97-CA RDINAL DE LOR. 41 neurs, les finances du Royaume départies parnbsp;leur commandement , amp;à lt;jui bon leur fern-bloit, comme auffi tous les offices amp; benefices, brief leur gouuernement violent amp; de foy-mcfme illegitime, ayant cfmcu de merueillcufcsnbsp;haines contre eux, taut des grans que des pctis, ,nbsp;amena en avant lentreprife dont la Renaudiercnbsp;cftoit Chef fous le nom amp; adueu du fecôd Prinnbsp;ce de fang,laquelle fut depuis maniee amp; rompuenbsp;en la forte que nous le dirons au traitement parnbsp;eux fait à la nobleffe.
Pour le prefcnt, voyons corne ils fe mocque- Dt rent alors du Roy amp; de fon eftat. Ayans enten- treprtfenbsp;du par vn certain auocat de Paris nômé des A- dAm-üenelles quon machinoit contteux, fe feruirctnbsp;de la Royne mere pour faire venir meffieurs denbsp;Chaftillonà 1» Cour, ou par leur auis fut drcf-fé vn edit du Roy pour adoucir les rigueurs quenbsp;Ion renoit aup irauât cotre ceux de la Religion.nbsp;Orfe fèruoycnt-ilsdcce pour rompre lentreprife , eftans bien délibérez de reuoquer le toutnbsp;3pres, comme ils le firent entendre par lettresnbsp;particulières à leursefclaues au Parlcmét de Panbsp;ris, où ceff edit fut incontincntpubliéauec lesnbsp;modification enregiftrees au regiftre fecret,tellement toutetfois que quelques Confcilliers fenbsp;laiflcrent aller iufqucs à dire queceftoit vnat-trappcminault.Par ainfi ils fe iouoyent de la foynbsp;Royale, mettans cefte tache infime à nos Roysnbsp;deftre perfides amp; defloyaux.Ce pendant, ayansnbsp;nouveaux aduertifTcmens, au lieu de penfer à
f.i.
-ocr page 98-LA LEGENDE DV leur gouuernement, amp; ihôftrer p ar elfeét quilsnbsp;ne voaloyent eitrc tels quils selloyenc môftrenbsp;iufques à lors.eii foulant au pied toute lautho-nté du Roy, am iflent des forces de toutes pars,nbsp;baillent avgct à des Auenelles de autres efpions,nbsp;prins CS coffres du Roy, cnuoyëcgenfdarmes denbsp;de tous collez, amp; tienét le Roy au milieu deux,nbsp;amp; ayans en cès rcmpclles obtenu lettres pour lenbsp;Duc de Gui/ê dellrc licutcnât General du Roynbsp;auec puillance abfo!uc,il ne fut queftion que denbsp;nietti c tout à feu amp; à fang, taifans mourir infimes perfumes nobles,amp; fouillans le nom,Thonnbsp;nrur, les yeux amp; le regne de ce ienne Roy desnbsp;plus horribles cruautez que Ion fauroit penfer.nbsp;Car lair, la terre amp; leau, feront tefmoins à ii~nbsp;mais de laBatb.aricdc ces môftrcs qui ont rcm-ply la V-ance de fang, le ccl de tefmoins amp; denbsp;iuges,amp;. la ici re de complaintes. Leur impofti*nbsp;reapparut auffi ouucrtcmct en ce queiamaisilsnbsp;ne voulurentipermcttre que le Roy entendiftnbsp;comme il appartcnoic,lcs iuftes complaintes denbsp;fes fuicts que Ion traitoit fi vilainement deuantnbsp;fes yeux.Il demandoit quelquesfois auec les larmes aux yeux ce quil auoit fait à (b peuple pournbsp;luyen vouloir ainfi( car ces mcfficurs luycor-noyentfans celfcaux oreilles quon le vouloirnbsp;tuer, amp; fous ce prétexté lauoyent enuironne' denbsp;troupes armées amp; ramafl'ees des plus mefehansnbsp;gamemens du Royaume ) amp; depuixontcótinuénbsp;à fe faire garder près de nos Roys,Ia dignité def-quelsils ontconucrtycncc fiifant enicnefay
-ocr page 99-CARDINAL DE LOR. 4z quelle pompe Pcrfiqucamp; frayeur Turquefque)nbsp;amp; difoit qu il vouloit entendre leurs plaintes amp;nbsp;raifons.Ec par fois difoit à les bons oncles, le nenbsp;fay que veulent dire ces remuemes. Jenten quenbsp;ceft à vous à qui Ion en veut : ie voudroy bien,nbsp;que pour vn temps vous fufiiez hors d'icy, afinnbsp;que Ion cognuft mieux fi ces gens cy sattachétnbsp;à moy ou à vous.Mais le meurtrier qui tenoit lenbsp;Pere de fon ennemy entre fes bras, fauuoit fa vienbsp;parce moyen,aufli ceux de Guife férenâs iointsnbsp;(comme le lierre à la Pyramide) ferrez amp; con-iointsàceicunePrince, paroyent dextremencnbsp;aux coups, defquclsinfalliblcment ils eulTent e-fté tranfperccz. Ils reiettoyent dôc tous ces pronbsp;pos du Roy.laflcurantqueluyny melfieurs fesnbsp;freres ne viuroycncvne heure apres leur parte-nient, amp; que la maifon de Bourbon ne ccrchoitnbsp;quà les exterminer à laide des hérétiques. Voila comme ils enucnimoycntle Roy contre fonnbsp;fang amp; fon peuple, prenans Valois pour Guife,nbsp;louant manifeftement au Roy defpouillc. Comnbsp;Ole auffi leurs cruautez nempefeherent pointnbsp;quon ne Icurreprochaft ces chofes cnfaceamp;nbsp;par efcrit,eftan$ aceufez dauoir afFoibly,mangenbsp;amp; ruine les Roys amp; le Royaume. Mais cela feranbsp;déduit encor plus particulictemêt.Lc Cardinalnbsp;fut bien fi audacieux alors que de iurerparlenbsp;fang Dieu en prefcnce du Roy, que le Baron denbsp;Caftelnaul mourroit, amp; quil ny auoit hommenbsp;qui Pen delinraft. Cependant les edits du Roynbsp;touroycntde tous collez, Se le Duc de Guifenbsp;fit.
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pour fc moquer du Roy dauantagc,amp; craignant qucfigrâd nombre dexecutez ne les rendifto-dieux à tous,amp; que ce mot dcrtats dont on leurnbsp;frottoir défia les oreilles, ne chatoullaft le ccEurnbsp;du peuple,fut dauis de fauucr la vie (comme vnnbsp;brigand feroit à quelquvn quil tiendroit à finbsp;mercy au coin dvn bois)à la plufpart des pouresnbsp;foldats venus à picdxc qui fut Lit amp; fous mainnbsp;donne à chafeun vn tellun.
lenediray point quils confcillerent au Roy de tuer le Prince de Condé,amp; les moyens quiùnbsp;tindrent pour fc lauer amp; blanchir dâs le fang innocent , ny les calomnies quils impoferent auxnbsp;morts, amp;les belles promelfes quijsfaifoyentnbsp;pour lauenir, le tout fous le nom du Roy, fansnbsp;en tenir rienicar il fera téps den parler encor aunbsp;long ailleurs. Maisic raincteueray aux leâcursnbsp;vn autre tort mcrueilleux que leur ambition fitnbsp;Guerre au Roy amp;à fon cftat.Leur niece maneç àFraii-en E- çois 2. eftoit Royne dEfcolfc. Or pretendoyetnbsp;[cojfe ils quelle euft quelque droid fur lAngleterre,nbsp;far pour eftrc fille du fils dvne fur de Henry hui-eeux àe tiefme Roy dAngleterre, amp; pretendâs quElyrnbsp;Cutfe zabeth à prefent régnante feroit facilement de-aux boutée, veu mcfmcsquc Marie Royne dAnglenbsp;fens de terre,mariée au Roy Philippc,rauoitf.iitdcclainbsp;France rerbaftarde. Pourtantfirent-ilsprendrcàlcurnbsp;nicpcele titre amp; les armes dAngleterre amp; dE-feoffe, refolus de sapproprier en fin le Royaume dAngleterre, aux dcfpens de la France,fousnbsp;Je nom de leur nicpcc,fuft par fincfl'c ou par force. La
-ocr page 101-cardinal DE LOR. 2^ ce. La Religion dont E lizabcth fjifoit profef-fionleur fut vnecouucrture bien propre pournbsp;gaigner gens en Angleterre, ou Ion fait quil nynbsp;a que trop de gens afîeâiônez au Pape. La grannbsp;deur du Roy de France amp; lalliance inuinciblenbsp;des deux Royaumes leur eftoit vn autre manteau , fous lequel samaflercnt beaucoup de fer-uiteurs fccrets amp; penlîonnaircs qui vcndoyenCnbsp;leur mcfchante confcicnceau pois de ror,amp; erinbsp;fc moquant de ceux de Guifc Icür pcrfuaderentnbsp;que pour attirer l'Angleterre, ilfaloit doter lesnbsp;Éfcoffois qui pour la plufpart cftoyent de la Rcnbsp;ligion. Car en ce bel exploit les A nglois Cathonbsp;liqucs auroycnt vn fuffifant gage de leur reposnbsp;pour laucnir ; amp; quil faloit que lvn des fix frères demeura ft enEfcofle.Snrces menées entrenbsp;oint vn trouble en Efeofle pour la Religion, lenbsp;Roy Henry mourut, amp;cux fc voyans à chcual,nbsp;délibèrent de pourfiiyureceftcproycàcoramp; ànbsp;cry.Ils enuoyentlEuefquc dAmiens fort habile homme en Cour dEglifè, amp; qui en vn moisnbsp;deuoit réduire (cedifoit-il) tous les Efeoffoisnbsp;defuoyez, amp; vn certain la Brode efceruellc amp; fanbsp;rieux, qui deuoit tuer tout en ce Royaume là.nbsp;Ces deux bôs commifTaircs arriuez en EfcolTe,nbsp;Commencer à faire des partages par fantafie desnbsp;terres des Gentils hommes,amp;(vendans la peaunbsp;de rOurs quil nauoycnt prins) efcriuent à ceuxnbsp;de Guifc quil y auoit moyen de tirer deux censnbsp;mil eftus par an de ce Royaume,en faifant mounbsp;ïir la nobleffc amp; aftiiietiflant le peuple,amp; quonnbsp;f.üi.
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logcroit là conmmodement mille gentils hommes François pour Elire fcruice-àmeffieursdc Guife.Dicu fait li ce confeil les grattoit où il lesnbsp;dcmaiigeoit, A sils cl'toycnt dtfpitcz contre lanbsp;Roy ne Douairière leur lôeur amp; le Sieur dOifelnbsp;(on mignon,qui neftoycnc dauis quon couruftnbsp;fus aux Efeoliois qui auoycnt du fang aux on-glcs,commc ils le monflrerent bien, taifansfcnnbsp;tir à lEucfquc quils nauoyent que faire de fonnbsp;inftiuiâion,amp; côtiaignans la Brolfe de rebrouf-fer chemin amp; aller faire du braue ailleurs, chaf-fans les prcfîrcs, la Cardinautede Papauté quinbsp;y fulTent demeurez fans la fotte ambitiô de ceuxnbsp;de Guife.Mais outre ce coup, ils curent vnc autre recharge du coftédAngleterre,caria Roy-nc Elizabeth fit vnc ample protelfatiô alencon-tre deux expreflimentj faifant voir à tous quilsnbsp;cftoyent caufe de tous ces rcmucmcnsàlacon*nbsp;fufiondu Roy amp; a la ruine de fon Royaume.Etnbsp;quelques mines amp; menées quils fifientpuis a-pres,attachâs(felon leur couftume)la peau du renbsp;nard à celle du Lyon,ils ne gaignerent rien de cenbsp;coftc'-!à, finon honte pour eux amp; dommage aunbsp;Roy amp; au Royaume.
Pendant quils efiendoyent leurs ailes fi loin, ceitx de la Religion croilloycnt en France dvnnbsp;codé, amp; les malcontens du gouucrncmcnt denbsp;ceux de Guife, reprenoyét leurs cfprits, encorenbsp;que IcnrrcprinfedArnboifccn euft mcrucillcunbsp;Jeulemcnt cftônc la plufpatt au commenccmct.nbsp;LàdelTuslc Duc de Guife lieutenant general,nbsp;dcfpite'
-ocr page 103-CARDINAL DE LOR. 44 defpité extrêmement quen fongouerncmct dunbsp;Dauphincjceuxdela Religion auoyent leuélanbsp;teftc les premiers, y fait delccdre feze enfeignesnbsp;des vieilies bandes du Piedmont,amp; plufieurs aunbsp;tres compagnies de gendarmes François fousnbsp;la conduite de Tauannes, Maiigironamp; autresnbsp;qui feitent de merueilieux rauages en ce pays là.nbsp;Toft apres ils meinent le Roy à fouis,ou ;1 nenbsp;tint pas à eux que la ville oc ljtiuince,car ilsnbsp;eftimoyciit que les babitans auoyent buoriicnbsp;lentreprife dAmboyfe, amp; leuren ont longuement garde vne dent de laiéh
Enpouimcnanc ainlilc Roy,amp;luy faifànt Cornent goufter les apalls de toutes voluprcz,iisabu reßfietnbsp;foyent de fa ieuiicllc Ôt fimplicitc, plantans de à toutnbsp;jour à autres les piliers de leur grâdcur pour la- ordranbsp;uenir.Et tant plus ils fe voyoient côti edits,plusnbsp;cftoyét-ils enucnimczamp;alHnezà nouiielies pratiques, rendans le Roy odieux à fes fuiets amp; auxnbsp;cftraiigers mefmcs,ru!nans plus le Roy ume ennbsp;vn mois alors, quil nauoit efté en vn an ts guernbsp;rcs coir rc le Roy dEfpagiie: car ceft vne chofenbsp;incroyable des exadions amp; des debres quils firent, amp; des biens quils amafl'erent fous Fiâçoisnbsp;leur neucu. Ces deportemens conioints aucc v-nc violence extreme, mirent la plufpart des fillets comme en dcfcfpoir de voir iamais la France en rcpos,veu les coups que ceux-cy luy don-noyent. Toutcsfois pour y remédier premièrement fous le nom de Thcophilc,futcnuoyc'vnenbsp;rcmonftrance à la Royne mere, ou la tyrannienbsp;f.iiii.
-ocr page 104-LA LEGENDE DV de ceux de Guife eftoit depainte au vif,amp; la counbsp;clufioneftoit, quil faloit pouruoirau gouuer-ncméc du RoyaumC}amp; bailler vn côfeil au Roy,nbsp;félon les anciennes conftitutionsamp; obfcruatiôsnbsp;de France, non pas à lappetit de ceux de Gui-fc.Piiis appaifer les troubles de la Religion parnbsp;vn Concile fainét amp; libre. La Royne mere quinbsp;eftoit lors fous leurs pattes, amp; tafcboitde leurnbsp;complaireen toutes chofes, leur fcruantdef-pionne en tout ce quelle pouuoit,fit retenir ce-luy qui porta cefte rcn)onftrance,amp; apres auoirnbsp;fait ccrclier de tous coftez ce Théophile,amp; donnbsp;ne des peurs au porteur iufquà le vouloir batte,nbsp;confiderantque telscfcrits pourroyent aueclenbsp;téps efteindre leurs feux amp; reboucher la pointenbsp;de leurs gJaiucs, côcluent de metre linquifitionnbsp;dEfpagne en France, ayafts premièrement parnbsp;leurs feruiteurs fecrets en Alcmaigne amp; ailleursnbsp;entretenus aux dcfpens du Roy,diftamé par tounbsp;tes fortes de calomnies ceux de la religion. Tounbsp;tesfois la fagefle du ChâcelierdelHofpitaljquinbsp;manioit politiquemét ces efpines,répit le coupnbsp;en quelque forte.car au lieu de linquifition, futnbsp;drefle rdiét de Romorantin, defendant toutesnbsp;aflemblces illicites, comprenant fous icelles lesnbsp;prefchesamp; exercices delà Religion. Mais aunbsp;lieu dappaifer les troubles , ceft edit les redoubla de toutes parts.Ce qui commença à rcfucil-1er lesefprits fut vn liure intitule la Maioritédunbsp;Roy eferit en la faueur de ceux de Guife pa leannbsp;du Tillct greffier de la Cour de Parlement à Pa
-ocr page 105-CARDINAL DE LOR. 4y ris encor que le traitement quil auoit receu dunbsp;Cardinal ne luy en deuil auoir donc la volonté,nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;
mais lors chafeun adoroit ces meffieurs,auffi e-Iloyent-ils Roys.
A ce liurc fut fait vne viue refponfe, fuyuie puis apres de diuers autres liurets en grâd nombre, pour lefqucls fut fait fort grande recerche,nbsp;iufques à faire pendre Martin lHommet qui a-Uoit imprimé le Tygre de la France ou le Cardinbsp;nal entre fes autres freres elloit depaint de toutes couleurs. Dvn collé le Cardinal faignoitnbsp;dcllre bien ioyeux quon fimmortalizoit ainfi,nbsp;amp;de lautre 11 pratiquoit gens afin de refpon-dre à tels libelles qui dcfcouuroyent fes rufes,nbsp;amp; faifoyent défia fa legende, immortalizans voinbsp;fement les ordures de luy amp; de toute fa maifon.nbsp;Mais du Tillet entre autres qui auoit eu vn bonnbsp;Coup dellrillcjscxcufa pour lauenir amp; exhortanbsp;le Cardinal de prouuoir à fes affaires par autrenbsp;ttioyen, cell affauoir dvfer contre les perfon-fes amp; biens de ceux de la Religion de toutes lesnbsp;fugueurs dont on fe pourroit auifer, afin de nenbsp;^cur donner pied ferme, ny aucun efprit deli-'re.amp;que le Cardinal pourroit eferire particu-^ierement aux Princes, ce qui fut fuiuy commenbsp;deplus expedient.
Or pour entretenir leur crédit, vers les Prin- Nlt;w/«f/ ^cs ellrâgers, defcouurir ce qui difoyent amp; failb let rui-yetjoutre les ambaffadeurs ordinaires qui eflo- nei d»nbsp;yêt à la deuotion de ceux de Guife,ils gaignerct Royan-^force dargent plufieursfcruitcurs de ces Prin- rne.
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CCS mefmes,ay3s en Efpagnc, Angleterre amp; AI-lemaignc penGonnsires aux dcfptns du Royaume de France. Mais outre tout cela ils auoyent des feruitcurs fcciets es cours de ces Princes c-ftrangers amp; des Ptinces amp; Seigneurs de France,nbsp;auftjuels ils dônoyent de telles pcnfions,que ft Unbsp;lernet la deipenfe des leruitcuis fecrets en Frannbsp;ce montoic par mois plus de vingt mille francs.nbsp;Ils auoyent encordes coureurs quialloytnte-fpianspar les hoftellenes fur les champs pournbsp;marquer Icsvns amp; les autres,dót plulicuts (fansnbsp;y peiifcr) quelque temps aptes elioyentempri-fônez amp; mis en tel poinâ,quc Ion en oyoit plusnbsp;aucunes nouuelles.
Cela ainfi drclféils rcnouucllent leur ligue auec la Royne mere, elenuent à tous leurs par-tifans,amp; semparent de toutes fortes de gens,telnbsp;lemcnt que le Duc de Cuilcsola vanter quil a*nbsp;uoit promeflede douze cens gentils hommesnbsp;Ggnalcz.amp; le fermet de leurs chefs auec Icfquelsnbsp;amp; les vieilles bandes venues du Piedmont amp; autres quil auoit àcommâdemcnt, il pafferoit fusnbsp;le ventre à tous fes ennemis. Puis le Cardinalnbsp;mit en auant au côfeil du Roy,quil fe faloit fai-fir de la perfonne du Prince de Condé, chargenbsp;deftrechefde lentrcprifcdAmboifc: amp;ayansnbsp;entendu quil eftoit alleen Bearn,perftiadentaUnbsp;Roy queceftoit pourluyfaireguerre nounclle»nbsp;afindefchappcrla punition de fa faute. Ceftenbsp;impreflion donncc,ils expcdicntnouuellcscomnbsp;miflions pour Icuer gens, afin daller aflaillir 1«nbsp;Roy
-ocr page 107-CARDINAL DE LOR. ^6 Roy de Nauarrc qui auoit retire le Princefonnbsp;frcre-Enuoycnt le Marcfchal de S. Andre efpicrnbsp;ce que failoic le Prince. Font venir par 1cntre-milc de la Royne mere vn nomme la Planche,nbsp;afin dentendre encor plus particulièrement lesnbsp;plaintes des Huguenots deftar amp; de religion,nbsp;pour fc munir de nouuclles finefles alcncontre.nbsp;Si deflors furent fi impudens, amp; elle fi ic ne faynbsp;quelle de dire, que le remede à tant de mefeon-icntemens feroit quapres le premier Prince dunbsp;fang marchaft vn de ceux de Guifc,8f ainfi con-fequemment. En quoy ils dcfcouurirent afteznbsp;quel efprit les menoit.Puis changent les gouuernbsp;ncurs comme bon leur fcmblc,cnuoyët la Motte Gondrin en Dauphine, amp; autres à leur poftenbsp;deçà Si delà : preparans ainfi leurs filez pour ac-trapper à leur aife tous leur ennemis.
Et comme les iugemensde Dieu font admirables en vn poinói,ccft que les plus hardis con rempteurs de fa maiefte ont pour vn temps toutes choies plus quà fouirait , afin que leur ruinenbsp;foit tant plusgrandepuis aprcs:ainfi enprint-ilnbsp;iceux de Guile. Car comme ils eftoyent aux ef-coutes, nefachans parque! bout commencer,nbsp;la Sague gentil homme Bafque defpefchc parnbsp;le Prince de Condc pour aller folliciter fes a-nois,fut prins à Fôtainebleau aucc plufieurs dc-Ipeches.par le moyen defquelles Si de fes cofef-fions en la torture, ils apperccurét encor mieuxnbsp;que le filet de leur tyrânie sen alloit coupe, silsnbsp;ny P renoyent garde. Premièrement font einpri.
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fonncr le Vidamc de Chartres,la belle mere (Jö Prince de Condé; enuoyent le Conte Ringraucnbsp;aux frontières de Lorraine pour tenir prcftvnnbsp;regimen de Lanfquenets amp; deux mille pifto-liers.Font defcédre le long de la riuiere de Loy-re les vieilles bandes venues du Piedmont ennbsp;Dauphiné, faignans les vouloir enuoycr en E-fcoflc: mais ils feiourncrcnt à Gycnamp;à lentour de Montargis, pour safleurer au befoinnbsp;des maifons de lAmiral. Là ils commirent desnbsp;maux incroyables auec impunité pour en tiretnbsp;meilleur feruice pillans ou rançonnans lesnbsp;meilleures maifons, violans les plus bellesnbsp;filles amp; femmes, amp; pour ne faire iuftice , fuffi-foit de charger les complaignani deftre Huguenots.
Vn autre expedient fe prefenra là dciliis pour blet de acheminer encor mieux leurs dclTcins. La Roy-fontai- ne mere voyant tant dapprefts, amp; que parmynbsp;ntblea.» telles tempeftes elle nepourroit fubfifter aifé-ment, dautant que lvn des deux partis lhu-milieroit. Car elle redowtoit plus cent foisnbsp;ceux de Guifè que tous autres, tenant pour certain (comme aufli il eftoit vray) que sils ve-noyent à bout des Princes du fang, ilsnefpar-gneroyent les enfans ny elle auec. Dautrepartnbsp;fi ceux de Guife eftoyent mattex,dautant quelle seftoit iointeà eux, il y auoit danger auffinbsp;quelle ne tombait quand amp; eux. Pourtant elle demande auisà lAmiral amp;au Chancelier,nbsp;qui luy dcclaircrcnt eftrc neceifaire de propo-ferau
-ocr page 109-CARDINAL DE LOR. 47 fer au Cófeil du Roy que les Princes,Seigneursnbsp;du Royaume,Cheua licrs de lordre amp; gés dau-tJioritc fuflenc aflcmblcz pour regarder tous lesnbsp;moyens de pacifier les troubles.
Ceux de Guife entendans cell auis, encor quil naimallcnt en forte quelconque celle liberté delAmiral amp; du Chancelier, Stfiiflentnbsp;bien délibérez de les abattre comme les autres,nbsp;neantmois y condefeendirent, efliman? que ce-ftoit Vne plus belle ouuerture que te utes les autres pour venir à leur poinél. Ils difoyent donc,nbsp;que quad le Roy de Nauarre,le Prince de Con-dé,le Conneftable amp; autres receuroyent les lettres du Roy à celle fin, ils ne feroyent aucunenbsp;faute de venir, amp; qualors ils feroyent tout portez, pour cllrc retenus, fans donner la peine denbsp;les aller cerchcr fi loin. Que sils ne pouuo-yent gaigner encor cela , pour le moins au-royent-ils tant de voix en celle airemblce, quenbsp;toutes leurs aélions pafiecs y feroyent autho-nfees ,amp; leur degré eftably pour lauenir, tellement que puis apres ce îcroit vn crime 'ma-nifclle à quiconque y voudroit contreuenir.nbsp;les cftats{ fi aucuns le tenoyent) feroyentnbsp;bridez par la decifion de fi notable alTemblee,nbsp;amp; par confeqlient, demeureroyent Roys denbsp;France pareUcél, en attendant que leurs autres pratiques leur en feroyent aulfi auoir lenbsp;nom.
Et fi leurs ennemis ne fe trouuoyent en cefte aflcblccjils auroyent nouucllc ptinfe fur cux,tât
-ocr page 110-LA LEGENDE DV pour les mettre de plus en plus en la ma le gracenbsp;amp; deffiance du Roy,que pour fc venger deux a-uec plus de pretexte puis apres. Ainli donc il nenbsp;fur queftiô que de faire courir paquets de toutes parts au nom du Roy, amp; leurs lettrcsà leursnbsp;amis. Lors leur vindrcnt bien à propos tant denbsp;Cheualicrs de lordre quils auoycnt forgez peunbsp;au parauant, car ce furent autât de voix gaigneesnbsp;à la confufion du Roy amp; du Royaume.
Mais ils vfcrcc dvnc mcrueillcufc rufe à lendroit du Roy de Nauarre. Ils Juy firent eferire par la Royne mere quil euft à vcniv:amp; par def-fous luy firent dire p.ir fes confcillicis, afiauoirnbsp;Defeats fon chambcrian, Bouchart fon Chancelier amp; autres qui eftoyent leurs efpions amp; fernbsp;uiteurs fecrcts vers ce Princc qujl nallaft pointnbsp;à cefte aflcmblcc,amp; par ce moyen donnèrent vnnbsp;tel coup de pied à leftat du Royaume quil sennbsp;fent encor: car ce Prince eftanr intimide fut eaunbsp;fe que le gouucrnemct demeura à ces meflieursnbsp;qui fe fortifièrent de nouueau puis apres.
En cefte aflemblcc trois perfonnes feulemct Icspicquercntjamp;lpecialcmentdcHx les irritèrent iufques au bout. lEuefque de Valence di-fant fon opinion les cfchaufa: maislArcheuef*nbsp;que de Vienne nôme Marillac les fit bien changer de contenance en la dotte amp; hardie harangue touchant lauthorité des eftars amp; lvrgentcnbsp;ncceffitc de les aftcmbler : concluant auffi à vnnbsp;concile nationnal.
De f/»/ Traitant des eftats,il monftra premièrement
-ocr page 111-CARDINAL DE LOR. 48 queccftoitle vray moyen de retenir le çeupïçfembleenbsp;en deuoir, puis monftra que ccrtoit des eftats, des Enbsp;a quelle fin ils Joyuent eftre aircinblcz. Que fiats.nbsp;plaintes du peuple doyuent cltre ouyesamp; examinees en prefence des eftats.Là defius il fit vnnbsp;difeours bien à propos des maux qui trauail-loycnt le Royaume, amp; dont ceux de Guife(fansnbsp;les nom!ner)eftoyent caufe.Ccs maux cftoyentnbsp;les furebarges extraordinaires crcuès amp; multipliées de telle forte que le peuple en cftoit accablé; refpuifcmct des finances du Roy, fes grandes debtes, les defpcnfcs excclliues du Royaume , lignorance du fond des finances, les aftui-resdcliat embrouillez, les premiers miniftresnbsp;du Roy chargez de tourner toutes chofes à leurnbsp;auantagc,amp; Lire leur profit particulier de la canbsp;lamité de tous, le Roy neftoit obey ny le peuple efeautédegouucrnement mal conduic.En a-pres il moiiftroit les grandes commoditezquenbsp;celte allem b lec deftats apporteroit. Le Roynbsp;Pntendroit par le menu les affaires defon Roy-®ii.ne,cx.imincroit les murs de fon pcuple.co-R'.oiftroitfa portee amp; pouruoiroit à fon eftat:nbsp;deuienJroit bonpaûeur tondant fon troupeaunbsp;doucemét fans autrement lofFcnferifecompor-teroit royalement, ceft à dire , benignement amp;nbsp;fainéie Tiettferoit heureux amp; acquerroie ce beaunbsp;*omde Prredu peuple duquel la mémoire aunbsp;Roy Loys x 11.eft plus célébrée amp; reluit pournbsp;exemple à la pofterité, plus que toutes les con-queftes amp; vidoircs de ceux qui ont efte aai pa-
-ocr page 112-LA LEGENDE DV tauant. En apres, le peuple feroit tant plus encourage de fubucnir à fon Roy. Ce qui eft or-dônc en telles alVemblecs à vne merueilleufc efficace de rendre le peuple alaigreA prompt ànbsp;tout bon dcuoir.Ou quand peu degens font appelez à baftir les loix,on viêc à interpreter quelles ont efté forgees felon la paffion daucuns, amp;nbsp;fans examiner les raifôs qiicuU'ent peu alléguernbsp;les abfens, sils euffent elté ouys. Il adiouüoitnbsp;que la maifon de France auoit floryvnzecensnbsp;ans durant en conlèruanc lauthoritc des cftats.nbsp;Q^Ie mefmecftoit auenuen lEnpire,és Royaumes dLfpagne, dAngleterre , dEfeoffe, denbsp;Danncmarclî. Suède, Boheme, Hongrie amp; parnbsp;tout ailleurs, llrefpondoit amplement puisa-près à toutes les obieéliós de ceux qui vouloyétnbsp;faire à croire que lauthorkcduRoy cfioitdiminbsp;nuce en alfemblanc les ellats, amp; taxoit lors afleznbsp;ouucrtemcnt la tyrannie de ceux de Guife, lef-qucls aufi luy en feeurent fi mauuais grc quarnbsp;près falloir fait menacer, il fut contraint fe retire r,amp; voyant en quel eftat cftoyent les affaires,nbsp;il en mourut de regrct.Sa harâgue eft impriméenbsp;amp; inferce en la notable hî/Foirc de François fe-conîdciiôuueau mifFênîürtîicre. Partant na-uônTvoulu allonger ce propos pour le prefent.
Mais ce qui les mit en fureur extreme fut la harangue de f Amiral qui perça lapoftumedenbsp;leur tytannicxar parlant expreflemet delà nou-uellegardc duRoy,monftra queceftoittref-inal fait à ceux qui auoyent ainfi arme le Princenbsp;contre
-ocr page 113-CARDINAL DE LOR. 49 Contre fes fuiets,amp; dit nommément que fi ¦quelques officiers du Roy craignoÿent deitreofiennbsp;fez,ils en dt uoyent olter les occafions, 8c que lenbsp;mal contentement neftoit pas contre le Roy(âcnbsp;à quel propos aullî, vcuqueccfioit vn entantnbsp;qui ne boLgeoit ny ne faifoic rien que par k connbsp;teil amp;: abouchement de les oncles) maiS'Con-tre ceux qui mar.ioyct les affaires du Royaume,nbsp;àquoyilcftoit ailedepourooir, pouruca quenbsp;tout t'uftcôpafle par bon ordre amp; felon Ictloixnbsp;dü Roy aiJtne. Le relie de la harangue tendôit ànbsp;mcfinc fin que Marillac. 11 y aùoit auffi quelquenbsp;chofcdcla Religion. Les deux frères de Guifenbsp;monltrcrcc lors quils eftoyent Roys: car outrenbsp;ce tous les Cheualicrsde lordre là prefens nnbsp;fccent harangucr,ainsdifoyenc feulement quilsnbsp;eftoyent de lauis de M. le CArdiual, ils sattàanbsp;querent fpecialemcn à lAmiral,infillànj fur oe-*nbsp;ftc riouuellc garde, amp; monflrrns en fomme quenbsp;François leur neuen feruoît dcmafque amp; cou-Ucrtiirc i leur felonnie. Comme aiifii les lettresnbsp;fnuoyees incontinent apres ce fie affembice auxnbsp;Bailfifs 8c Senefch iuxfe monftroyct. Car ellesnbsp;ïuoyentcftédrclfves pour le Cardinal, qui profnbsp;hicrcoit vne grade ri formation de lEglifefmaisnbsp;deuinezfi les putai.ns reformèrent les Bordeaux)nbsp;?iifemblc les cflar,s , Icfquels on affignoit au 10.nbsp;üur de Deccinbre en la ville de Meaux. Etcfucnbsp;cojicodrnt les gouKcrneûrs 8c licutenâs:des Pronbsp;ïiincesfpqur la pldfpirtferuiteurs amp; cfcLmcsdenbsp;Il maifon de G4iG;)vifitcroycnt refpediucment
g-*«
-ocr page 114-LA legende DV leurs villes, pour cntédre par le menu amp; luy rapnbsp;porter les doléances du peuple, ccft à dire pratiquer de tous coftczàreftabliflemcnt de la tyrannie. Ainfife moquent-ils delauthoiite Roy-alcicn rcndaht vainc amp; fruftratoire vue li notable aflemblce, comme les effets en apparurentnbsp;incontinent.
' Ils adioufterent à cela yn autre trait de inec-uetlleufe audace alcncontre du Roy, ccft de fii remettre en armes toutes les compagnies desnbsp;ordônances, fous prétexte que le feu dAmboy-feueftoit pas eftaint, mais véritablement poufnbsp;ruiner les Princes du fang,Qftcr toute libertéauxnbsp;eftats, amp;acheucf de brouiller tout. Et pour ftnbsp;fortifier dauantage,ayans entendu le retour desnbsp;troupes Frâçoifts reucnucs dEfcofle par le irainbsp;téde paix(queleRoyy auoit efte contraint ac-jnbsp;corderà fon gralid déshonneur Si defauantage»nbsp;par la folle ambition de lès oncles ) les ioignirétnbsp;aux vieilles bandes de Piémont, Mets,amp;: Picar-dieipour leur garde,outre douze cens hommes,nbsp;referuez outre le departement des compagniesnbsp;mifesA: enuoyecs par tous les gouucrnemés. A-yansainli'le glaiucau poing amp; montez à lauan-tage, font vnc dcfpefthe du Roy leur ncueu aunbsp;Roy de Nauarre,par laquelle le Prince de Condé eftoit charge de crime de Icfe maiefté : Snbsp;pour en auoir le cur net, ledit Seigneur prtoicnbsp;lcRoyde Nauarre deluyenuoycr fonfrerceonbsp;bonne amp; feurc garde.-finon il feroit luy mcfmesnbsp;contraint de laller quérir aucc lî bonne compa-
-ocr page 115-C ARDINAL DE LOR. 50 gnic que la force luy en demeurcroit. Lc Roynbsp;de Nauarre amp; fonfiere refpondircntfagcmencnbsp;amp; de telle conllance, que ceux de Guile virentnbsp;biêquauec toute leur puilfance à peine en pournbsp;toyent ilsauoir le bout.Etpourtant sauiferêt-Us de feferuic de la foy amp; promefle du Roynbsp;pour tromper ces Princes , amp; les attirer au piégé. Parquoy ils font incontinent vnc autre def-pefclie, par laquelle le Roymandoitau Roy denbsp;Nauarreamp;au Piince Je Codé quils pourroyctnbsp;Venir vers luy en toute feurctc,amp; sen retournernbsp;quand bon leur fembleroit, les afleurant en parole de Roy, quil ne feroir attenté à leurs per- ,nbsp;fonnes en aucune maniéré, quil entendroit pai-fiblement leurs rcmonftranccsamp; iuftificanons.nbsp;fans quils entralTent en prifon, ou quô leur fiftnbsp;proccz.feulcment il vouloir auoir rcfponfc de lanbsp;bouche du Prince fur les points dót on le chargeait , amp; quil ne pouuoit aucunement croire;nbsp;hricfquils leroycnt recueillis félon leur cftat amp;nbsp;dignité, voire quon leur bailleroitlerangquinbsp;leur appartenoit au maniement des aftaircs,annnbsp;dauoirleur confcil amp;auispour rendre toutesnbsp;chofes bien policées. Et quant à la Religion denbsp;laquelle ledit Sieur Prince auoit fait declarationnbsp;amp; proteftation publique, il ne vouloir ny nen-tendoit que pour raifon de ce, il en Puft aucunement troublé ny inquiété. Cespourcs Princes,nbsp;comme vrais François sappuyansfurvncfifo-lennelle promefle, encor quils ne fuflent pas dunbsp;tout ft aucuglcs quils ne viflent les griftés de
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CCS lyons de Guife qui les attendoyent pour les deuorer, ny tant defnuez de moyens quils nenbsp;peuflent par le moyé des armes renger ces vfur-pateurs amp; en venir à bouf.toutcsfbi's sappuyansnbsp;fur leur innocence,amp; conduits cependant,comme nous le dirons plus particulièrement en autre endroit, fe mettent en chemin amp; peu à peunbsp;donnent conge à ceux qui les accompagnoyent,nbsp;pourauec petite trouppe venir donner dedansnbsp;le filé de leurs ennemis.
Voyos donc comme ils firent tenir à leur nc-
ueu la foy tant folcnncllcment pro.nife. Le mef
rhe iour que les Priilccs ârriucrent ayâs elle fort indignement rcceus peu refpcftcz ou pointnbsp;du tout, le Roy s'efianr fait fuyurc par eux en lanbsp;Çotrz. çhambredeh Roync mcrcjsadrcllant au Prin-f enurenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i^y dit,quon Juy auoit rapporté de
^fr®plufieursendroits qu il auciif fait amp; üiloit plu-cotre luy amp;Teflat de lo Roy-tre[on gume, àratfondcquoy il rauoic mandé pour en propre Jg ycrité par la bouche. Le Prince ayantnbsp;rcfpondu pertinemment monfiré fon innocence amp; dcfconucrtla malice de ceux de Guife,nbsp;(qui neftoyent prefens craignans la touche)nbsp;ncantmoins tout à lheure mcfincs fut mis entrenbsp;les mains de Chauigny Capitaine des gardes,nbsp;efclaucdcccux de Guife, amp; par eux enuoyé lànbsp;cxprcflcmcnt pour emmener ce Prince prifon-nier.Car on ne le voulut pas ballieren garde aunbsp;Roy de Nauarre fon frere qui en refpondoit furnbsp;fa vietmais il auoit aflez affaire à garder la fiene.
Or
CARDIN AL DE LOR. 51
Or comme vne mcfchante confcicnce ne ccf- Leurt fe de cercher des moyens de iriefines pour sap. praei-puycFjCeux de Guiferoyans quilsauoyentcora t^uesen-mence vne befongne, de laquelle ils viendroyct uers letnbsp;mal aifément à bout ,s il ncftoyent i'âUonCcz e/lrun-que des François, encor que plulicurs euffent^frj,nbsp;défia renoncé à leur liberté, » Is dclibcrct de pr,î pour rutnbsp;tiquer amp; attirer à eux les Princes eftrâgers pour nerlt»nbsp;sen preualoir au befoin. Lon peut penfer fi le F race,nbsp;Roy ne payoit pas les loueurs de ces tragoedics,nbsp;amp; comme fon authorjte cftoit manifellementnbsp;vfurpee en ceft endroit. La paix auoit efte faitenbsp;auec le Roy dEfpagne j à cefte condition entrenbsp;autres que les deux Roys perfccuteroyêt les Lu-llieriens à toute outrâce.Ccfte entreprinfç ayâcnbsp;cûc rompue par la mort dFlcnry ,fut renaife fusnbsp;au commencement du regne de François , puisnbsp;entremife à caufe du fait dAmboife. Mais ceuxnbsp;de Guile ayans leurs deux plus fort ennemis ennbsp;main, refolurent ( en fe moquant auffi du Roynbsp;dEfpagne amp; luy faifansàcroircquilseftoycntnbsp;grans zélateurs de lEglifc Catholique) exterminbsp;Ocr tellement ceux de la Religion, que parmef-inc ilsaplanificnt dauâragc le chemin pour par-ücnir au t hrofne.Ils rnâdcnt donc à lËfpagnol,nbsp;quj de fon cofté cftoir au guer, (dclibei c de leurnbsp;dôner vne trouflc,fi loccafion sen fuft oftcrtc anbsp;propos) que le Roy de Nauarre amp; le Prince denbsp;Codé fous ombre de qucrelcr Icgouucrncmét,nbsp;vouloyent faire mourir le Roy amp; fes freres, amp; ànbsp;Vaide de la Roync dAnglctcrrc,dcs Princes pro
-ocr page 118-LA LEGENDE DV tcRans amp; Suiflcs Euangcliqucs introduire leurnbsp;Religionen F race,Sd regier aufli puii apres tounbsp;té la ChrcHicnté. 11 y auoit prou dautres pareilnbsp;les calomnies, en fin defquelles ils adioufloyét,nbsp;' Que sil plaifoit auRoy d Efprgnc les maintenirnbsp;amp;fauorifercn leur gouuerncract,ils empefehe-rôycntlemal quonluy vouloitfaite, amp;titn-droyent la main à ce que les promefles dHenrynbsp;fuflent accomplies. Ils rcceurent refponcc tellenbsp;quils demandoyent, par le moyen du Cardinalnbsp;d^Arasqui penfôitlors auoit trouuc vnc bellenbsp;breche pour faire entrer fon maiftreen France,nbsp;mais qiiâd ceux de Guife fuflent deuenus Roys,nbsp;il y ijuroit encor moins dentrec quil na:amp; peutnbsp;eftrc euft-il efte' en plus grand peine quil na e*nbsp;ûé: car lambi ion ne veut ny ne peut porter denbsp;compagnon. Demefmcpasilsenuoyentau Pa-pc,au Duc dcSauQycjamp;gaignct les Suilfcs Catholiques par les menées du Colonel Frcnlich,nbsp;qui eftoit à leur deuotion : fe rcfoluent de ruiner tous leurs ennemis en France ceft hyuer-Ia,nbsp;amp; fur le printemps aller aflaillir Cencue,puisnbsp;les Ancmansamp; SuifTcs de la Religion. Étafinnbsp;que lEfpagnol ncuft aucun empclchcmentdunbsp;cofle duTurc.quifc pourroit ictter fui fes pays»nbsp;tandis que fes plus grandes troupes entreroyentnbsp;es pays du Roy de Nauarre, on enuoya expresnbsp;à Conftantinoble vers lny,pouraccufcrles Prinnbsp;ces du fangdetrahifon amp; defloyautc . amp; daiioltnbsp;confpiréauec certaines gens dvncnoiiucllc Rcnbsp;ligion qui ne rccogtïoilToit nuis magiflrats ny fu
-ocr page 119-CARDINAL DE LOR.
pcriorjtez,pour mettre à mort Ie Roy amp; fes fre-res:le fuppliant pendant quon feroit cmpefchc à reprimer leur audace de rien innoucr ny entre 'nbsp;prendre du cofte dItalie amp; dEfpagne, amp;ce ennbsp;cÔGdcration de lancienne amitié, alliacé amp; connbsp;federatiô qui eftoit entre luy amp; les Roys de Frânbsp;ce. Ils curent fi bonne rcfponce que le Duc denbsp;Guifcfe desborda iufques à dire par plufieurSnbsp;fois, quen tout eucriemét il aimeroit mieux quenbsp;le Royaume tôbaftenla puiflancedu Turc, amp;nbsp;demeuraft fous fa domination que de voir la donbsp;éirine des Luthériens amp; hérétiques, qu'il appc-loit,yeftrereccuc.
Voila de mcrueilicuxapprcfts pour lcftablif fement de leur grandeur.Car ils eftoyent armeznbsp;déroutes pieces dedans le Royaume, ayans lénbsp;Roy en leur main,amp; leurs ennemis côme à leursnbsp;pieds. Ils auoyct les villes.les Gouucrneurs,Iesnbsp;finances,le peuple à commâdement.Lcs fufditsnbsp;Princes cftrangcrsles fauorifoyent:amp; peuteftrenbsp;culfent ils eu quelque lopin du gaftcau,commenbsp;fpecialcment lEfpagnol sy attendoitbien. a-yantaihfi obtenu aiicment vne trefuc du Turcnbsp;fon grand ennemy.pour fc ruer fur la Francc,amp;nbsp;par ainfi Ion voit ou la cruelle ambition de cesnbsp;gens reduifoit toutes chofes, fi Dieu ne fiiftnbsp;apparu tout à linftant, leur donnant plufieursnbsp;coups fur leurs oreilles aiiant quils plialfcntlcnbsp;gantelet.
Ils auoycnt accordé rafiemblee des cftats Lesdef pour defeoHurir tant plus ajfcment Icurscnne-
g.iiii.
-ocr page 120-jLA DEG^NPE DV-ceux de naiSvEx appclluyent ks Içtrps patentes duRoy Cuife h fatoirc pour attrapper lesiolsimais cela netnnbsp;rompus- pcfcha^poiux quauxe/bts particuliers des Pro-uuiccs beaucoup de chofts nc fufl'cnt mifesciinbsp;autant pour le rçliablifl'enient du Royau;r,e,tancnbsp;àrefgaiddcla Rehgiôtjuc de la polite, commenbsp;à Blois,à Angei$,amp; notaiumêt à Parisicar tou-*nbsp;te Jj grandeur dont ceux de Guife fe faifoyentnbsp;' redouter detous(pf}ez,h en fut dit tout haut ennbsp;plain hpftel dev'llç {les nouuclles entenduesnbsp;de Vemprifonnement du Prince de Conde'),quenbsp;Ion ne füuffi iuoir pas le fang de f race efii c fou-lépâr des cftraii^crs. Ces bruits firent hafter lenbsp;procez au Prince de Çondc lequel on votloitnbsp;faire mourir enijiron lcdjxiefinc de Décembre.nbsp;Qaant au Roy de Nauat re, ils tafeherent de lenbsp;faire mourir. Â: mcfracs.voulurcnt faire ce tort-au Roy leur neoeu que, de Iciirfcruir de bourreau àefpandtefon propre fang. Et comme ilnbsp;ne reftüit plus qucxecuter ce coup pour puis a-pres.en faire infinis dautres, Dieu frappa François Z. dvn apoftume en lorçiile dont il fut e*nbsp;ftoidFlt;,'finalcmêt,dc momut lecinquicfmc iou?nbsp;de Décembre 156 o. Ceftemort rompit leursnbsp;çntreprinfcSjS: Ics.cftfaya.detelle forte au commencement, que quand ils cognurent quil nynbsp;auoit plus dc^rerance, ils sallcrent enfermernbsp;dans leurs logis, plains dç crainte amp; de frayeucnbsp;incroyable,doù ils ne partirent dvn iour ou denbsp;deux, iufqucs 3 ce quils eulfent aflcurance de lanbsp;Roync mere amp; du Roy de Nauarre que rien nenbsp;leur
-ocr page 121-CARDINAL DE LOR. 4z leur feroit fait. Toutesfois ils ne furent iimala-ui fez tjuils ne fiflent des leur fortîc porter ennbsp;leurs logis foixante ou quatre vmgts mil francsnbsp;quil y auoit de refte à lefpargnc : en forte quenbsp;les finances du Roy eftoyent toutes cfpuilces:nbsp;tuais nul ne sy oppofa, ce qui fut trouue encores plus cftrange , amp; fitcognoiftre clairement,nbsp;que cela ne fe ïaifoic fans le confentement de lanbsp;Roync mere, qui vouloit maintenir fon autho-fttépar la leur.Et à dire le vray,fi elle ne les euftnbsp;portez,ils dônoyent alors du nez en terre: maisnbsp;les rufes amp; pratiques de ce coflt-là mentent vnnbsp;autres difeours.
loubliois vn autre trait de mcfchancetcdc ceux de Guife à l'endroit de leur neueu. Voulâsnbsp;fe lauer les mains de toutes chofes paflees,amp;lcsnbsp;reietttrfur la pui(ranccamp; volonté abfoluc, encores que ce fuftvn enfant qui neuftje fensnynbsp;la difcrction de pouuoir examiner ny entreprennbsp;dre telles chofcsamp; de fi grande importance, ilsnbsp;obtindrent aifement de luy,quil parleroit doucement amp; amiabement au Roy de Nauarre.Cenbsp;3uil fit trois iours auant que tomber malade,nbsp;éclairant que ceux de Guife nauoycnt iamaisnbsp;tien entrepris contre luy ny côt re les fiens:maisnbsp;que de fon propre mouucment amp; contre leur a-uisi! auoit fait emprifonner le Prince de Condcnbsp;fon frère. Le prio t dainfi le croire,amp; defiiccrnbsp;pour lamour de luy amp; de la Royne fa mere toUnbsp;fêla mauuaifc opinion quil pourroit auoir connbsp;ceuc deux. Ce qui leur feruit grandcir.ent puis
-ocr page 122-LA LEGENDE DV apres : car ayant tiré celle confefiîon de la bouche du Roy,lequel ils fiiifoycnt mentir vilainement en cell endroit, ils nièrent puis apres fortnbsp;amp; ferme tout ce quon leurpouuoit obieâcr,nbsp;chargeansdetoutle dos du tref pafle, amp;voulâsnbsp;combatre tous ceux qui diroyent quils euflentnbsp;rien entrepris de leur telle.
Outre les pratiques fufnommees auec les c-Rrâgers.fous le nom du Roy,à lifluc des ellats, les forces de France deuoyent ellre parties ennbsp;quatre armées conduites par les Marefehaux denbsp;S. André, de Brilfac amp; de Thermes, amp; du Sieurnbsp;dAumale pour faire le rauage quon peut pen-lèr. Car outre la lubuerlîô entière de tous les e-ftats, amp; la ruine des plus grandes amp; anciennesnbsp;maifons quon deuoit attaquer, full pour caufenbsp;de la Religion, ou pour auoir tenu le party desnbsp;Princes, ou pour auoir mal parlé du Roy,amp; autres infinis moyens, la Frâce deuoit ellre redui-tcàlafaçondeviurc du Turc, afin quil ne fullnbsp;en la puilTance daucun de sefleucr puis apresnbsp;contre la tyrannie de ceux de Guife. Que fi parnbsp;Importuiiitc Ion pardônoit à quclqiivn,cclloitnbsp;à condition de perpétuelle ignominie. Outre-plus,le Cardinal auoit vlé de telle diligcce,quilnbsp;ny auoit coin au Royaume, des habitas duquelnbsp;il neull les noms amp; furnoms,sils elloycnt de 1*nbsp;Religion, ou gens defadion amp; cntrcprife,pournbsp;leur poiiuoir nuire amp; ne s'efire rengez à leur de-uotion.Cc quil auoir rccouurc par le moyédeSnbsp;apoflatïamp; leruitcurs fccretsqui alloyent ordi-naircmeuf
-ocr page 123-CARDIN AL DE LOR. naîrement rodans çà amp; là pour fonder les cursnbsp;amp; volontcz des hoiniTics: en forte que tels truâsnbsp;cftoyent les iuges amp; drefToyent les fentenccs denbsp;mort de tout le monde.Or auoyent-ils délibérénbsp;danimer tellement le peuple, contre ceux de lanbsp;Religiô fpecialemér.quil ne leur faudroit pointnbsp;dautre bourreau : amp; neftoit pas queftion en cenbsp;faifant de dire,le nen fuis pas,car les fentenccsnbsp;en deuoyent eftre prononcées par les moines amp;nbsp;autresprefeheurs attiltrczpour aller partout.nbsp;Celle licence au peuple sappcloit lafeher lanbsp;grande leuriere, pour mot du guet, amp; ny auoitnbsp;endroit en Frâce qui fe full peu exempter de celle calamite'.Le Roy dEfpagne sefloit tellemftnbsp;àuancc de Ibn coflc,félon le tcmpsamp; la promef.nbsp;fe quil auoit faite à ceux de Guilë, que délianbsp;cinq ou fix mil Efpagnols auoycnt prins la route de Beam, pour furpredre la Royne de Nauarnbsp;reà limprouiftc, la mettre à mort aucc fes en-fans, amp; faire pareil maffacre tât de fes fuicts quenbsp;de ceux de la France ; amp; en ce faifant arreflcr 5enbsp;tópre les forces qui cftoyent en Guyenne- Maisnbsp;les nouuelles venues à lEfpagnol de la mort dunbsp;Roy, Se que la Royne de Nauarre les auoit def-couuerts, 8f sefloit tellement fortifiée dans fe»nbsp;places fortes, que mal aifement la pouuoit-onnbsp;auoir fans long liege : ne fac bant quel ^ly pren-droyét les affaires, 5e craignât dauoiradosparnbsp;ceux mefmcsqui auoyent fait venir fes troupes nbsp;dâs le pays,entre Iclqucls Môluc cftoit des premiers, fous la promclTc du Conte dArmignsc,
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ils fe retirèrent fans rien exploiter, joint que les lettres quils auoyent du Roy pour le pallagcànbsp;trauers Bayônc(qui ett lvne des principales fôr-tercHcs Hi clefs du Royaume) fuit en gi âd ou ennbsp;petit noinbrtjamp; le mâdcméc de leur aider de vi-ures, artillerie amp;i muniiions tant quils envou-, droyêt ncufleiK eu aucune force ne vertu apresnbsp;la mort dudit Seigneur quelques cxprefi'esamp; acnbsp;compagiiccs de menaces quelles fuflent.
Cornent Siceuxdctju'.fc selloycnt outrageufement portez durât la vie de ce leunc Roy leur neiicu,nbsp;porte- ils ne rccouiireient pas leur hôneur enfa mort.nbsp;rr«r a JJcfoii viuant ils en firent li bonne garde quenbsp;la mort nul nen approchoit que par leur mercy, le laif-de Fra- fe à parler comment ifsie manièrent en particunbsp;2. lier. Gar outre; ce quils le firent fouler de plai-firs de la chair auant quil e uft aage, ils rempli-'nbsp;rentfamaifonde corruptions amp;infametez. Etnbsp;pour legrand delir quils a uoyen.c que leur niece euft des cnfans,amp; cependant fâchât bien quenbsp;Frâçois cftoit mal difpofc à celagt;ayât les partiesnbsp;generatiucs du jour côlfipces amp; empefchces, ilsnbsp;laifierent approcher delle pluficurs courtifans»nbsp;à qui il ne tint pas quelle ne deuinft bien fertile.nbsp;Encores fujs-ie honteux de fauoir quen vnta^nbsp;bleau qu vn certain Italien Luquoys trouua monbsp;yen de faire porter en la chambre du Cardinalnbsp;de Lor.aucc letres du Pape,au lieu d'vncnoftrenbsp;dame de grace,ledit Cardinal,laRoyne fa niece.nbsp;la Royncmcreîk la DuchelfedeGuife eftoyentnbsp;peints au vif, les corps nuds, ayans les bras aunbsp;col,amp;
-ocr page 125-CARDINAL DE LOR. 55 col,amp;lcsiambes enrrelacees cnfembfc. Ie vou-drois'auoir oublié les ordures exécrables quenbsp;iay ouy raconter de luy amp; de fes fieres par ceuxnbsp;quieftoyentàla Courduviuant de François 2.nbsp;amp;qui eitoyent tefmoins deschofcsquifcmani-feftoyent prefque aux yeux de tous. François a-uoit mefprifé tout le monde pour les honorer,nbsp;mal contenté tout le Royaume pour les fatisfai-rcamp; mettre au dellus, Icpreparoit à mettre Jenbsp;coufteau en fon propre fang ( on peut bien direnbsp;enfon propre corps) pour les fauuer ; brief se-ftoit hay luy-mefmcs pour les aimer, amp; rabaillcnbsp;pour les haufter : fut il onques peftiferé plus a-ban donné que ce corps fut deux mefmes? Il ennbsp;alla ainfi. La couftume obfcrucc de tout tempsnbsp;cnFratice apres la mort des Roys cfl telle, quenbsp;leurs plus fauorisamp; ceux qui ont conduit amp; manbsp;nié leurs afFjircs,doyucnt les accompagner iuf-quau tombeau, amp; durant quarante iours quilsnbsp;fontgardez amp; fcru's folenncllcment, attendantnbsp;leurs funérailles. Ayans donc ceux de Guife faitnbsp;garder efteoitement celle ceremonie apres lenbsp;tref pas de Henry, amp; le Duc de Guifey eftantnbsp;doublement artenu amp; obligé , pour auoir eunbsp;(auecle fouuctaih commandement ) leflat denbsp;grand Maiftrc de France, qui y aftrint notamment ceux qui ont telle dignité : tant y a tou tef-fois que nuis de tous ceux de la maifon de Gui/cnbsp;Oc firent ceft honneur à leur Roy Sc maiftrc amp;nbsp;mary de leur niece,lequel viuant leur cftoit tantnbsp;cher: ainsparleurcôfcilamp;auis futenuoyciour
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voyât delaifle,amp; mefinc defticuc dvn tel chambellan queftoit Tannegiiy:amp; puis difant (comme sil le reprenoit ) quil ne fe faloit csbaliir de la bonté amp; deuoir de Taiincguy.pourautât quilnbsp;cftoic François,amp; non eftranger: voulût lauteurnbsp;deceft eferit attacher parce moyen le Duc de
uille lcliat de grand Chambcll in.
Depor- Nous avons veu la mauuaife entree de ceux temens' de Guife Ibus le regne de François premier.Üunbsp;de ceux temps dHêry fécond leur ambition remplit denbsp;de Gui- fatig lAlemaigne Iltalic leur auaricc mit ennbsp;(efous vcnteamp;commcuuplusofFrjntles loixamp;toute
regne bifticc, efpuifa les bourfes des riches amp; despo-
deChar res par infinies exaftions donc senfuyuirét les calamitez fans nombre. Sous François fécondnbsp;Ion ne (auroit dire laquelle des deux a cftélanbsp;plus grade en eux, la rapine ou la cruauté. Vraynbsp;eft que la cruauté fe monftra beaucoup plus,nbsp;comme nous lauons ia monftré amp; le monftre-rons encor. Mais fous Charles 9. les vices fuf-ditsamp;plufieurs autres amp; toutes les ombres denbsp;leurs vertus fc monftrerent auiour. Ftcnccftnbsp;endroit, feprefentent tant dedifeours par tropnbsp;véritables,que ic me trouue perplcx,nc fachantnbsp;lequel prendre tant le nombre cil cfpais de ceuxnbsp;qui fe prefentet dcfia.Or ic mafleure dvnc chonbsp;fc, ceftquil ny a auiourdhuy François (sil clFnbsp;vnpeu cognoilfantdes affaires du monde)quinbsp;ne puiffe faire vne autre legende daâes particunbsp;liers de ceux de Guife, sil veut prendre le loifir
den
CARDINAL de LOR. yz dcnraflffmbler cequil cnfaic. Partantiefpercnbsp;eftre cxcufc fi icsbauche feulement cefte befonnbsp;gnc qui demande plus demains amp; dccerueaiix.
Le Roy François citât mort cóme dit eft,amp; le Cardjn.11 luy ayant fait prononcer ces paroles,lors quil rendoit lefprit, Seigneur pardonne moy mes fautes, amp; ne mimpute point cellesnbsp;que mes miniftres ont faites fous mon nom amp;nbsp;authoritc : ceux de Guife phndrent vn nouucaunbsp;Confeil,qui fut de dcfpouiller la peau deLyon,nbsp;quils ne pouuoycnt plus retenir, fans manifeftenbsp;danger deftre trainez à lcfcorcherie amp; prendrenbsp;celle du renard.lls fe refoluent donc depourfuinbsp;Ure leur chafle par Je moyen de la Roync mere.nbsp;Ils luy promettent donc,fi elle les veut fauonfernbsp;de luy tenir la main a ce quelle ticnc le premiernbsp;rang.Et pour lui donner martel en telle ,luy allèguent que les Princes ainfi mal traitez pat fanbsp;Conniuencc ne pourroyent de moins que luy ennbsp;Vouloir mal amp; tafeheroyent de Eabaiircrjafin d*nbsp;efleuerle Conneftable,amp;ccuxde Chaftillon,nbsp;pour puis apres faire dautres changemes. Q^enbsp;les Ellats la dcgr3dcroyent,fiellc nalloit aunbsp;deuant par derriere : amp; que combien queux denbsp;Guife fulTcnt reculez, ils auoyent encor tant denbsp;feruiteurs amp; damis, que pour long temps ilsnbsp;pourroyent faire tcfle aux Princes. Ce pendantnbsp;elle rctiendroit fon authoritc,amp; fes fils deuenâsnbsp;Diaicursjle gouucrnemét desPrinccs amp; de leursnbsp;partifans fefuanouroit. LaRoyne aulfifinenbsp;eux fe fccut bien feruir de celle offre, amp; ba-li.l.
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amp; nuid letter dans le tombeau de fon perc,fans autre pompe ne folennitéfunebre. Dont auintnbsp;vn brocard que le Roy enncmy mortel des Huguenots nauoitpeu empefeber dcllre enterrenbsp;luy-mefines à la Huguenotte. Ce qui amenanbsp;ceux de Guife leurs partifans à ce poinéè, fut lafnbsp;fcmbice des eftats où ils vouloytt afiifter, pournbsp;crainteque londccretaft quelquechofe contrenbsp;eux,amp; aufli que leur abfeiice fift cognoiftreànbsp;tout le monde la difference entre leur gouuernenbsp;ment furieux amp; illegitime, amp; celuy des princesnbsp;du fang,du Conneftablc, de Montmorency fonnbsp;aifnéamp;dcs trois frères de Chaflillon:amp;qucparnbsp;ce moyen lacaufe amp; racine de la contagion quinbsp;înfedoitla Republique full retranchée, chofenbsp;quils craignoyent plus que la pefle, voyâs biennbsp;que sils ny donnoyent ordre, on cognoiftroitnbsp;quils cftoyent la vrayecaufe amp; fonrcc du defor-dre. Mais fut tout ils aiioycnt à gouuerner vncnbsp;femme, la fermetéde laquelle leur cftoit grandement fufpedc,ayant lA mirai au près du Roynbsp;fon fils,auquel alors clic deferoit beaucoup,autant quelle sen pouuoit feruir pour adoucir Icinbsp;Princes amp; les eftats.Ils fe doutoyent aufli qurisnbsp;nauroyct les talôs pluftoft tournez de la Coufnbsp;ou du maniement des affaires, que Ion ne fift Vrnbsp;ne infinité de plaintes,la verification dcfquelicinbsp;ne pourroit çftre defniee par la Royne mere nynbsp;autres de leurs amis,attcndii que le crime de Ic-fe maiefté trottoir en campagne. Ces occafionsnbsp;meurent ceux de Guife à quitter amp; renuerfernbsp;toutes
-ocr page 129-CARDINAL DE LOR. 58 » toutes bonnes loix amp; obfcruatiös accouftumccsnbsp;cs funérailles. Le Cardinal sen voulut excufernbsp;lurlc Roy de Nauarreamp; Jes Cliallillonsjdifancnbsp;quils 1auoycnc ainlrauifc au confçil,par ce quilnbsp;ny auoit argent pour employer en celt oeuurcnbsp;pitoyablci combien que les quatre vingts mil li-urcs tirées par luy amp; fon frère des deniers venusnbsp;dePóióiouycuHêcelló plus quefuft'ilÙtcs.Auf-li en furent ils taxez publiquement deflyrs. Carnbsp;le corps ayant cite amené à S. Denis par Satilacnbsp;amp; la Brolie, où il fut eiiterrc fans aucune folen-nite ny ceremonie Royale,deux iours apres lcnnbsp;tcricnient, Ion trouua attache auec deux cfpin-gles fur le drap de velours qui eftoi t fur le corpsnbsp;dudit Roy Frâçois vn petis billet de papier counbsp;tenant CCS mots,0« eß tneßire TAtme^uy du ChAnbsp;fleUmAtj tlefloù Frara^uts. Dót chacun au commencement ne faifoit que rire : mais en fin y a-yant penfe de plus pres, fut iugé que ceftoit autre que lonncltimoit. Tanneguy auoit elté prenbsp;mier Ghjmbellan du Roy Charles fcpticfme,amp;nbsp;dcfpendit huiét vingt mille liutespoùr faire enterrer folennellcmcnt fon maillre.qoi ne luy funbsp;rent rédus que trois ans apres.ll fit celle defpennbsp;fc de fes deniers,voyant le corps cllre a bandon-r»é dvn chacun , tous les Seigneurs scllanisrett-rez auprès de Loys omieCme l'on Ris, nouuelle-Bicnt entr^ en regne, amp; lors eftantaupays basnbsp;seftoit retire eftant en la male grace dunbsp;Koyfonpere. . Ccllefcrit donc fut interpréténbsp;pour vn regret fait au nom du Roy François, fis
-ocr page 130-LA LEGENDE DV ficlesoppofer aux Catholiques,afin que tandisnbsp;qu ils feroyêt aux piinfçs les vns contre les autres elle maniaft tout, amp; quon ncuft loilir denbsp;confidererôt efplufchcr les actions. 11 y auoitnbsp;aufli tant de feruitcurs fecrets qui pour piller amp;nbsp;fouragcrceuxdcla Rcl'giô deuiendroyent trefnbsp;caiholiques: amp; les Cours de Parlement cftoyétnbsp;tellement compolces que fila iufiiee ncfloitnbsp;réformée depuis la^tcfic iufquàla plante desnbsp;pieds, iamais ceux de la Religion ncprolpere-royct. Quayâslc Roy, amp;:fcsfrères en leur mainnbsp;par le moyen de la Roync, il leur feroit aile denbsp;combatte fous ce bouclier tous leurs ennemis,nbsp;amp; en auoir raifon aucc le temps, voire fc fairenbsp;plus grands queianrfais par leur ruine. Vnechonbsp;le les fa fehoitj-afauoir la longueur du temps . amp;nbsp;lmconftance de la Roync merc,laqucllc leDuCnbsp;dcGuife craignoit plus que toute autre chofe,nbsp;cnfemblc la viuacite du Prince de Condc.Poutnbsp;pouruoir à tout ccla.ils procurée (comme nousnbsp;auons veucy dclTus) leur reconciliationaucc lenbsp;Roy de Nau3rrc,qui fut faite tellement que parnbsp;mefme moyen il quit ta à la Roync mere en lanbsp;prcfencc du Duc de Guife amp; du Cardinal,toutnbsp;tel droit qu'il pouuoit prétendre à la régence dunbsp;Roy amp; du Royau:nc,fans iamais en rien le que-rcller,requcrir amp; accepter;^: figna celle quitta-ce de fa main. AyaiTs ce pointjls concluent quenbsp;le Prince en sattachant a eux auroit de fi fortes. jnbsp;parties que bic tort oncnauroitlebout,amp;que (nbsp;ce feroit Je moyen pour bander itnftcrc contrenbsp;nbsp;nbsp;nbsp;|
luy nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
-ocr page 131-CARDINAL DE LOR. 5? luy,amp; tirer lun au party Catholique. Quant à Ianbsp;Royne,ils fe rcfolurent de Ia killer vn peu balc-ccr de cofté amp; dautre .en attendant curieufe-ment qucllc feroit TilTue de fes deportemens.nbsp;Or fauoyent puis qucllc auoit cell auantage furnbsp;Ie Roy de Nauarre, qucllc pratiqueroit li biennbsp;aux Eilats que fon authorité feroit approuuce.nbsp;Ils auoycnt aufli telle part en elle,que fon incô-ftance leur feroit proufit3ble:amp; que lan nefenbsp;palTcroit point quils ne viflent quelque remue-*nbsp;ment pour fc remettre au dclTus.
¦Vnc partie de ce dont ils royoyét dcfiaquelques apparences auint; mais ils furet bien trom-« pezen dautres endroits, Gar apres auoir biennbsp;tourmente ceux de la Religion par quatre guerres ciuilics amp; vn horrible malfacrc fousCharlesnbsp;IX. Cinq deux demeurèrent à la pourfuite, lenbsp;plus inepte demeurât derriere : amp; quant au plusnbsp;apparent forty deux afauoirle Duc de Guifeànbsp;prefent il eft en tel cftat que ( comme quelquunnbsp;difoit de ceux qui vont fur mcr)on np lauroit dire sil efl vifou mort, ayant reccu vn tclfoufiletnbsp;de Dieu fur le vi lage,quil en demeurera fletry ànbsp;iamais.Or faut il confidercr les maux quils firctnbsp;au Royamp;a tout le Royaume, amp; àeuxmefmesnbsp;aufli en toutes ces guerres ciuilles.Et tout ainlinbsp;que les tonnerres nefclatcnt point que premièrement par lignes prccurfcurs ils nkyent donnenbsp;quelques tcfmoignages de leur proche arriuee,nbsp;aufii ccuxdcGuifeauant que de foudroyer furnbsp;la France fitent leurs bruits fourdcmcnt,amp; pra-h.iii.
-ocr page 132-.'LA LEGENDE DV tiquèrent çaamp;la pour fe rendre plus furieux a-pres seftre fortifiez. Eftans deliurez de ce quilsnbsp;craignoyent le plus gt; afauoir de la rccerche de inbsp;emprifonncnicnt du Prince,par lafieutancequenbsp;la Royiic leur en mit au cur, amp; leur reconciliation auec le Nauarrois, auquel ils auoyent faitnbsp;declarer par le Roy defurid.que ceftoit luy feulnbsp;qui defon autliorité auoit fait cniprilonner lenbsp;Prince: ils deliberent fe trouucr a/ix Eftats pournbsp;voit ce quon y diroitgt;amp; feruir à leur caulê ennbsp;tout ce qui leur feroic poffible.Et auant que paffer oultre.fe liguent auec les Cardinaux de Tournbsp;non amp; dArm)gnac,lc Duc de Nemours,les Manbsp;refebaux S. André amp; de Biifiac,les Sieurs deRé-dan,Martigues, Sipierrc,Monluc,la Motte Gonnbsp;,dnn,laSuze,Sâflac, Sauigny ScautresSeigucursnbsp;amp; Capitaines en grâd nombre, qui sattcixloyétnbsp;bien.de fe faire grands amp; ricbçsamp; opulens parnbsp;les guerres ciuiles,que les Princcs(dilôyent ceuxnbsp;dcGuife) vouloycnt introduire auec le changement de Principauté, ils firent venir le bruit denbsp;celaauxoreillesdu Roy de Nauarrequiau lieunbsp;dy pouruoir comme il deuoit,commcnça à perdre cur, amp; quitter fon authorité , comme il lenbsp;monftra plufamplcment toft apres.De la senfuinbsp;uit le reiglement arrefté au Confeil du Roy lenbsp;21. de Décembre içôo touchât le Gouucrncmctnbsp;de lEftat du Royaumc/)u la Roync mere fut rùi-fe au haut bout.
Ce pendant, y eut vn incident qui futforta-grcable au Cardinal gt; mais il en eut courteioye.
------ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- ¦ .nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' ¦nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Les
-ocr page 133-CARDINAL DE LOR. ffó Les dcputez denuiró quarante Bailliages amp; Scnbsp;nelchauHees du Royaume, maintenoyent Icur-rnbsp;pouuoir cftre expirc,daut2t quils auoycc cfté m2nbsp;dcz par Ic Roy Frâçuis :amp; puis quil elicit mort ilnbsp;faloic auoir nouueaux memoires. Le Cardinal amp;nbsp;les ficns penloyéi bien que fi cela ne roinpoit dunbsp;tout les Eilats,il les reculcroit vn peu, amp; ce pendant ils pratiqueroyent: mais parla fagefiédunbsp;Chancelier amp; autrcsgt;fut conclud quon pafieroiçnbsp;oultreiattcndu que la dignité Royale ne mouroicnbsp;point,mais cftoit rcprcfcntee par ion fuccefi'cur.nbsp;Auffi quand il fiit auenu que telles déclarationsnbsp;euflent reculé les Eflats,ceuft efté au grand dcf-auantaigc de ceux de Guife, car es noüueaux memoires ils cufTent auffi des nouuellcs recharges.*nbsp;amp; la Roync mere qui craignoit bien que les Frâ-çois, ne dccouuriflcnt lçfcrit quelle auoit tirénbsp;par menaces du Roy de Nauarre, ne len fifientnbsp;recercher amp; chafiiercömcilappartcnoit,pournbsp;auoirfait vnefi dcfloyale traficque de la liberténbsp;du peuple, hafta Ja befongne^enquoyceux denbsp;Guife gaignerent le plus.
Ils penient. làdeflusf ce quicftoit vray auffi) quen celle aflcmblcelon traiteroit des afairesnbsp;de la Religion amp; de lEftat.Orfauoycnt ilstref-bienque la Religion feroit comme le principalnbsp;pour ce coup, dont ils furent ioyeux aupqffiblc,'nbsp;amp; delibererêt demployer toutes leurs forces anbsp;poufter la roue 4c cccoftcJà, afin que lautre dc-meuraft indécis, ou que s'ils eftoyent amenez ànbsp;celle necclfiié que de rendre compte de leut; ad;
h.iüi.
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miniftration, ils prefcntaffent leurs comptes en en champ de bata.llc,pourcftic examinez amp; closnbsp;à la pdinte de lefpec.enquoy ils saffeuruyent denbsp;faire vn fi beau brouillis que leurs torss cfgare-royent auec les droits de partie aduerfe. 11 fautnbsp;donc parler de la Religiô à bon cfciêe,amp; en faounbsp;1er les Huguenots, qui tous ardans dafieélion nnbsp;àuoycnt autres defleins quà penfer à la liberté denbsp;leurs confeienees : cftiinans que la féru tudedunbsp;corps feroit fupportable aucunement, pourucunbsp;que le principa I leur dcmciiraft en fon entier.nbsp;Mais ils fe mefeontoyent fort : car lvn ne pou-uoitfubfiftcr fans lautre ,amp; pieté fans iufticeanbsp;vn foible fondement au monde. Comme auflînbsp;quelques vns feeurent bien dire deflors, que fi lenbsp;rcftablifTcmct de lEftat du Royaume en fon ancienne lplcndcur,amp; la reformation de la ReligiÔnbsp;ne marchoyent dvn mefme picd,on en verrOit a-uenirçncorcs de plus grands maux que iamais. 1nbsp;experience là monftré à ceux qui nen vouloyentnbsp;rien croire lors:amp; Dieu vucillequcles Françoisnbsp;en apprennent finalement quelque chofe.
Apres celle rcfolution,lc Cardinal de Lorraine fàilbit pratiquer dauoirla charge de faire la harangue au Roy pour les trois Ellats.ee qui luynbsp;fut accorde par le Clergé:amp; fur enuoyé vn nomme Griueau chanoine de la S. Chappelle par dc-uers le tiers cllat, pour luy faire confentirtauquelnbsp;incontînet à haute voix fut rcfpodu quils ne vounbsp;loyent prendre pour porter la parole pour euxnbsp;ccluy duquel ils auoyent intention de fc plaindre:nbsp;qui
-ocr page 135-CARDINAL DE LOR. 6i lt;jui fut caufe qu il fe déporta dcn parler à la Nonbsp;bltfle. Et cc pendant empoigna celle rcfponccnbsp;pour en faire fon profit : car il donne à entendrenbsp;aux Catholiques, fpecialement au Clergé,quenbsp;les Huguenots leur marcheroyent fur le ventre,nbsp;fi de bonne heure on ne soppofoit à leurs def-fains. quepar confequentil faloitinfifterftirccnbsp;point en la harangue pour le Clergé,amp; que puisnbsp;que le tiers eftat seftoit ainfidcfcouucrtamp;auoitnbsp;protefiéà luy qui cftoitvn des principaux men-bres du fiege Apoftoliquc,Ics autres moindres nenbsp;le Clergé fut choifivn nomméQuintin deferteurnbsp;delà Religion,SiT pour lors Dodeur en Droit xnbsp;Canon à Paris.Pour la NoblelTe le Sieur de Rochefort,amp; Lange Auocat à Bordeaux pour le tiers Eftat.
Oncommcçaàtenirles Eftatslexri i.Dccc- Eßatt tre en la falledcftineeà ceftefiniLes Cardinaux d'Orient Lorraine amp; de Guifcamp; le Duc de Guifcsy lt;trwnbsp;trouucren t pour ouyr amp; faire leur proufit des harangues . Le premier iour fe pafte a ouir la harâ-guedu Chancelier,laquelle les toucha peu ounbsp;Point du tout, car il ne parla quen general. Lenbsp;député du tiers Eftat sarrefta a taxer lignoracc,nbsp;^gt;üaricc amp; les diftbiutions des Ecclcfiaftioucsnbsp;fticeamp; apres auoir prié le Roy de maintenir lanbsp;Noblcflc en fes priuilcgcs,prcfc nta vnc requefte
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pat laquelle elloyent requis des temples pour les gentils-hommes de la Religion . Quin-tin pour le Clergé fit vfie longue harenguenbsp;ou inueâiue contre ceuk de la Religion , satnbsp; tachant aux plufgrands , amp; nommément ennbsp;termes couuerts à lÂmiral , qui auoit préfente la requefte de ceux de Normandie quinbsp;demandoyent des temples.
Ces harengues mirent le Cardinal de Lot raine amp; fes freres en bonne efpcrance : carnbsp;ils safTeuroyent que fi lafaire de la Religionnbsp;sauançoit, comme il y en auoit manifefte apparence ce Icroit le vray moyen de ïcparet lenbsp;Conneftable dauec ceux de Chaftillon , amp;nbsp;Coptes faire ioiiftef les Catholiques auec ceux de lanbsp;dernMi- Rcligjoh ; pendant quoy ils le rèndroyent lesnbsp;dezà- plus forts.
ceux de Sut celle penfee furuint igt;n autre fait qui leur Cutfe. feruit,encor que lapourfuitc leur en fuftdcf-auantageufe. Les dcpù'téz pour vifiter le Cayernbsp;des Ellats ayans fait leur rapport au Cönfe*^nbsp;priuc : le Roy de Nauarre à: le Chanceliernbsp;furent aux Cordeliers pour parler aux Ellatsnbsp;làaffcmblez , où fut commence a parler de 1»nbsp;rellitution -des dons îmmenfes , de lacquit desnbsp;debtes du Roy, amp;autrcs chofes fcmblables: cénbsp;qui ne fe pouuoit faire que premièrement ceuXnbsp;qui auoycnt manié les finâces amp; afaircs dEllat»nbsp;fous les Roys Henry amp; François fécond riefuf'nbsp;fent amenez à glande extrémité. La Royo®nbsp;mere sefiouiffoil fort detèlleoÜBcrturc , safnbsp;feurant
-ocr page 137-CARDINAL DE LOR. z fcuranc quà caufe de fa rcgcnce on nc Ia rccer-cheroyt aucunement, amp; Ie delibcroit de pouffer celte roue pour humilier ceux quelle voyoitinbsp;trop haut pres delle. Le Roy de Nauarre nnbsp;auoit rien eu ni manie. Ceux de Guife , le Con-neftable,amp; le Marefcal de S. André cftoycnt lesnbsp;plus auant en celte bcfongnedl ny auoyt quvrtnbsp;feul rcmede pour rompre ce coup, ceftoit denbsp;troubler le Royaume. Pour y paruenir, amp; dref-ferplus commodément tout ce quiycftoit requis , au lieu de pourfuiure ce point. Dieu iulle-tnent courroucé amp; voulant commencer à battre les François , permit quon rcmift les E-ftats au mois de May enfuyuant. Ceftoit cenbsp;que ceux de Guife cerchoyent. Le Conne-ftable nen fur pas marry, encor quil euftpro-tefté quelquefois deftre preft à rendre compte.
Le Roy de Nauarre ayant encor alors quelque affeétion à la Religion , le Prince ticnbsp;Condé fon frere amp; ceux de Chaftillon defi-foyent auancer la Religion , ce qui fc pour-toit plus commodément faire, enlailTantccftnbsp;autre point pour vn temps j lequel ils pen-foyent ailcmcnt reprendre puis apres.
Mais ils furent trompez par fambîtion tic la Roync mere , la fetardife du Roy denbsp;Nauarre, les pratiques de ceux de Guife horsnbsp;du Royaume , amp; dedans aucc le Conhcftablenbsp;quils feparcrent de fes neucus fous prétextenbsp;de la Religion.
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Jiufes nbsp;nbsp;nbsp;Ce pendâc le icunc Roy aucc fes fteres eftoit
CS maDsdcla mere qui ne fiifoit queicgarder de Gui qui feroitic plus forr,pourfe letter entre fes brasnbsp;po«rauecfcs ciitans. Et d'autant quelle auoit beau-arnener coup foufftrt foubs ceux de Guife,pendât le Rc-le Roy- gne de François fécond ,clle euft bien délire quenbsp;atme ceux de la Rcligiô fulfent demeurez les inaiRresgt;nbsp;aux saireurant de les manier plus aifement : car ellenbsp;troublet auoit délia en main les Chaftillôs.le Roy de Nanbsp;uarre fc laifloit menenquant au Prince de Con-. dé,pourucu quelle ne soppofaft a la reparationnbsp;du tort quil prctendoitluy auoirefté faitenfonnbsp;emprifonncmcnr,cllclc reputoit comme lien jamp;nbsp;mefmes cllimoit auoir en luy vn nouucau baftônbsp;pour atterrer ceux de Guife. Le Cardinal de Lotnbsp;raine Tentant que ce Prince cftoit fur le point denbsp;venir en Cour, dellogca fous couleur daller faire relidcnccen fon Arclieuefché de Reims,biffant ncantmoins fon fccrc le Duc de Guile, pournbsp;efpion,amp; aucc autres,pour pratiquer félon quenbsp;les affaires fepotteroyent. Le Prince de Condenbsp;ayant effe bien rcccu du Roy, amp; iullific en plainnbsp;Confcil luy fut permis den pourfuiure plus ample declaration .nbsp;nbsp;nbsp;Pour cell effed il sen va à
Paris. Toll apres, firuintvn autre different qui
- mit le Duc de Guife amp; fes partifans en grâd peine , amp; fans la rufe de la Roync mere qui Icurfer-uit bica ce coup.St sen vouloir aider à f auenitj ils cftoyêc defirçonnczàcccoup.Lc Roy de N»nbsp;uarre folicite par quelques vns qui voyoyct alTcznbsp;der, fc plaignit à la Roynede la trop grande au-,nbsp;thorite
-ocr page 139-CA'RDINAL DE LOR. thorite quvfurpoit Je Duc de Guife quitouf-iours luy auoit efté aduerfaire, amp; que ledit Ducnbsp;de Guife demeurât auprès du Roy,luy ny pour-roit demeurer, amp; quil faloitque lvn ou lautrenbsp;deflogeaft de la Cour. La Royne ayât fait quelques exeufes pour rompre ce coup, le differentnbsp;yintiufqueslà que le Roy de Nauarre fe bottanbsp;le lendemain eftanttoutpreftà partir ,fuiui desnbsp;Princes du Sang,du Contnablc,amp;: de fes ntueusnbsp;de Chaffillon amp; de plulteurs autres Seigneurs.nbsp;Or la Royne voyoïtbien que fi elle demourorcnbsp;auec ceux de Guife fculcmeut, ceftoit fait dellenbsp;amp; deux auffi. Pour fc conferucr feint de procurer leur biê,afin quils ne luy nuifiirct,sils demeunbsp;royce maiftres encorevne fois.Elle enuoye quérir le Coneftable, amp; luy fait commander par lenbsp;Roy de ne bouger.Cc queftant obtcnu,tout futnbsp;tompu,amp; le Roy de Nauarre enuoya querirfesnbsp;mulets qui eftoyent défia à Melun.
Ce different diuulguc ntcourir vn bruit que laRoyne fupportoit ceux dcGtiife cotre les Princes du Sangrtellcment que les Eftats p-rticuliersnbsp;de Paris sauancerent amp;vindrcnt à toucher auxnbsp;principaux points de leftat: larticle de la reddition des comptes neftoit oublie. Ceux de Guifenbsp;cftoyent expreffement nommez, amp; fut arrefte denbsp;procurer par toutes voyes que defences leur fc-royent faites dentrer au Confeil priué, quepre-mieremét ils neuffenr rendu compte. Dvn coffenbsp;la Royne mere sefiouiffbit fort, voyant ceux denbsp;Guife fes plus grands ennemis en danger par tel
-ocr page 140-LA LEGENDE DV moyen. De lautre elle cftoiten quelque peine à caufe de fo regcnce. Pour y pouruoir , ellenbsp;fait vn nouuel accord aucc le Roy de Nauar-re par le moyen du Conncflable. en telle fortenbsp;que ledit Roy fe coiKcnta;amp; follicita le Duc denbsp;Guifç de faire lhun.ble : ce quil fit, plus quilnbsp;nauoit accouftunic auparauant. Elle enuoycnbsp;quérir le Prince de Coude pour venir lignernbsp;cell accord , amp; fc fert du JVlarefchal de Montmorency, pour faire amender amp; corriger ce quianbsp;uoit cAe* arrcAe aux EAacs particuliers de Parisnbsp;touchant le gouucrnemcnt du Royaume.
Le Cardinal manioit toutes ces afaircsauec laRoync mere,à laquelle il cfcriuoitfouucnt,amp;nbsp;combien quils fe deffiafl'ent lvn de lautrçitou-teffoisils auoycnt tant mefnage cnfcmblc,tju ilnbsp;Icurcftoitnccefl'airc pour leur conlêruation denbsp;predre ce chemiri.Ils fc haylToycnt donc extre-mcmët,amp; ce pendant taifoyent de merucillcuxnbsp;efforts a fc maintenir lvn par lautre .Et de fait,nbsp;on peut dire que toutes les rufes de ceux de Guinbsp;fc ne leur ont jamais tant ferui que le Itul cfpritnbsp;de la Royne mere,qui les haifloit extrêmementnbsp;neâtmoinsicôme au contraire iamais gens nontnbsp;jfàit tac de mal amp; de bic a la Royne mere,quontnbsp;fait ceux de Guife. Mais cela fe verra en autrenbsp;endroit plus cômode.Icy Ion void le poure Roynbsp;amp; le Royaume flottans amp; attendâs le naufrage»nbsp;Pouf à quoy parucnir,ccux de Guife ne fe fentâsnbsp;alTez forts,fous prétexte de Religion fc ioignétnbsp;au Conncflable, lenaigrilTcnt contre lAmiralnbsp;fon
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fon ne lieu qui fa i foie ouuertc profcfiîô de la Re ligion.saidans de tous artifices propres .Le Manbsp;refehaJ de S. Andre leur ferait bien auffi en cellnbsp;endroit; car il fouffln en loreille du Côncftablçnbsp;que ce qui auoit tfte propofe par les Lftats denbsp;repeter les dons immçîcs,auoit efté procuré parnbsp;IAmirabpour tenir fon oncle en bride,amp; laioenbsp;ner à la nccefiitc de confentir au changement denbsp;la Religio. Le Côte de Villars irrite contre lAnbsp;mirai qui auoit aigrement taxe fes mauiiais de-portemens enLaiigucdoc,poufia auüi à la roué,nbsp;Icllcntct que nonobfiât les remonftrâccs du Manbsp;rcfchil de Montmorency, le Conncftablc sadjoignit a ceux de Gutlc,qui faifoyct leurs ligues,nbsp;amp; dt'ft^ioycntau Roy amp; au Royaumç fesfer-uitcurs pour mettre tout en defordre.
AnffiJes Catholiques fefentans fortifiez par Efinoti telles ligues commccerét à fe mutiner.Et la def- on itsnbsp;fus,par lartifice de ceux de Guife on fait courir Catho~nbsp;le bruit que lAmiral scftvîit fait fort de charter Indues,
' la méfie amp; plater la Raligiô en Frâce fans aucun bruit. Les Catholiques de Beaituais Eucfchc'dunbsp;Cardinal de Chaftillô commccerét amp; furet fuinbsp;uis de ceux dAmies, Pôthoife amp;autrcs lieux. Anbsp;Paris y auoit des raoyncs amp; autres telles tropeenbsp;tes de feditiô qui auancerent bic les defleins denbsp;ceux de Guife* De fair, fur ces premiers rcmeu-més furet cnuoyccs lettres patères à tous les juges Royaux du Royaume pour faire deftfes denbsp;ne sentriniuricr aucunemet par ces mots desnbsp;Papilles Si Huguenots A* pouruoir à la feurctcnbsp;amp; liberté des vns amp; des autres.
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La Cour de Parlement de Paris, ou il y a beaucoup de fcruitcurs de la maifon de Guilé, enuo-ya de grandes remonftrâces au Confeil priucfur cefteditimais ce n'eftoit quvne nouuelle mencenbsp;pour brouiller toufiourslcs cartes, comme onnbsp;dit, amp; adiouftcr vn defordre, a vn autre fous lenbsp;plus beau femblât du môdc,afauoir la Religion.
Ce pcndât,le Cardinal de Lorraine attendoit a Reims le ieune Roy .qui y fut mené à fon Caere,nbsp;ouïe Duc de Guife fut encor fi audacieux que denbsp;fe ietter entre le Roy de Nauarrcamp;le Duc denbsp;Montpcnficr,pout marcher apres le Roy.scfga-lant par telle rule aux Princes du fang. Le Cai digt;nbsp;nal fefentant deflors aflez fort, ayant gaigné cenbsp;point de mettre la Religion en auant pour manteau de fon ambitiomfit lors de grandes plaintesnbsp;contre ceux de la Religion, remonftrât que pendant }c colloque arreUë pour rcigler tels ditfe-rcnsjle Roy ne deuoit permettre quon innouaftnbsp;chofe quelconque. Et que pour y pouruoir feurenbsp;mcnt,eftoit requis de faire vne loy inuiolable ,amp; ,nbsp;a cefte fin afleblcr au Parlcmêt deParis les Priilnbsp;ces Seigneurs amp; autres du Cofeil priué du Roy,nbsp;pour y drelTcr vn arreft qui feroit garde' folennelnbsp;lement puis apres. Mais cela efioit vne nouuellenbsp;rufe pour acheminer les defleins de la maifon denbsp;Guife.Lc Cardinal fauoit bien qùcn laircmblccnbsp;aflfignee aux Prélats pourauiferaux afairesdelanbsp;Religion,ou les minifircs aufli feroyce appeler,nbsp;ne fe vuideroit rien:amp; que les choies cftans ainfinbsp;en fulpés, le Roy feroit pïcliëde permettre lcx-. crcicc
-ocr page 143-CARDINAL DE LOR. (îy crckc public de la Religion; ccquauenant lenbsp;Pcinccdc Condcamp; ceux de Chaüillonsauan-ccroyent pour luy faire telle puis apres. Pournbsp;©buier à cela, il penfoit quen preuenant ce colloque pat vne autre afl'éblce à Paris, où il auoicnbsp;gens à commandement,!! pourroit gaigner quelnbsp;que chofe,ou pour le moins bander tclleniêc lesnbsp;vus contre les autres, quil ny perdroit rien.nbsp;Voila pourqiioy celle allcmblee fut affigncc, lanbsp;Royne mere sy accordant prcfque, pourmef-mc conûderation, amp; les partifans contraires, e-lliraâs que cela lèroitpour lebiédu Royaumesnbsp;Les ledeurs peuuent icy pefer, quelles alléesnbsp;amp; venues fnfoyent ceux de Guife, tant dedansnbsp;que dehors le Royaume,amp; comme ils remuoyétnbsp;ciel amp; terre pour lé maintenir. LEfpagnol amp; plunbsp;fleurs Princes dItalie eftoyent auertis de iour ànbsp;autre de lcllat des afaircs,amp; la Royne mere fernbsp;uoit alors de fecretaireàla maifon de Guife,nbsp;pour faire de belles defpeches fous le nom dunbsp;Roy, à lencontre des Princes du fang, lefquelsnbsp;ccpcndâtonfiiloit bicnfcmblant de fauorifer,nbsp;car en ce temps afauoir le 15. iour de Juin 156 i.nbsp;larrcllde linnoccncc du Prince de Condefutnbsp;prononce au Parlement de Paris, leschambresnbsp;afl'emblecs.cn tobbes rougcs,en la grand cham-*nbsp;bre du plaidoy.c, en prcfcnce du Duc de Guife,nbsp;des Cardinaux de Lorraine amp; de Guife entrenbsp;autres. Et fur la fin du mois dAouft enfuyuantnbsp;fut faite la reconciliationentre le Prince amp; lenbsp;Duc de Guife.
i.i.
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' Edit de En ces entrefaites fut adrcflc ledit de luillet IwUet. en cefte afl'êblee de Princes amp; Seigneurs au Par-leinent-de Paris : où ceux de la Religion obtin-drcnt plus de rclafclieamp; liberté quils nauoyctnbsp;onqucs eue au parauant. Et fut arrcHc auffi derechef,que les Prélats feroyentappele2,amp; fauf-conduit donné aux miniftrcs de la Religion,afinnbsp;de cercher quelque moyé daccord.Lors le Carnbsp;dinal cômcnça à bien efperer de fes afàires. Carnbsp;il safl'euroitauoir vn moyen tout prelf de bander les Eglifcs de la confellîô dA usbourg contre les reformées de Frâce,à caufe de la Ceiie.-cenbsp;quauenant, outre ce quil expoferoit les mini-nresenrifee, il cmpefcheroicle Prince de Connbsp;déamp; ceux de Chaftillonqui leur fauorifoyentnbsp;ouucrtcmcnt, defepréparerarchlfer auxuef-feins amp; appareils que le Duc de Guife amp; fes parnbsp;tifans commencoyêt à drcfl'cr pour rendre leursnbsp;comptes à la pome de la lance.-dautant quils nenbsp;pOurroycnc eftrc fecourus des A Icmâs aufquclsnbsp;on feroit aifémctà croire.qüe tout le remuemetnbsp;du Royaumêneproctdoitqbcdcla Religion.
Ceux de Guife euffent bien voulu trouucr Erati- quelque moyen dendormir le Prince de Codé,nbsp;pourlediftrairedauccceuxdc Chaftillô. Maisnbsp;ponrrui leur confcicnce les redarguoit, tant pour luy a-nerle uoir fait mille maux quils le lailTcrcntlà pournbsp;Jioyde vn temps, fecontentans de luy mettre en telle lenbsp;Nauar Conneftable amp; autrcs.Mais auant que venir auxnbsp;re. mains, vn autre coup leur fcmbla ncceflaire.Ilsnbsp;voyoyent le R oy de Nauarre aflez bic daccordnbsp;auec
-ocr page 145-CARDINAL DE LOR, 9« auec le Prince de Condé fon frere,amp; penfoycntnbsp;(cequieftoitvfay)quefi cesdeux Princes dcmcunbsp;roycnt vnis, la N obleflc Françoife 8i le peuple,nbsp;nonobftant la Religion,rc râgcroit de leur party, pour chaflcr ceux de Guile, ou les amener 1nbsp;conte,amp; remettre le Royaume par confequcntnbsp;en fon ancienne fplcndeur.Ils font entendre aufnbsp;fi à la Roy ne mere le danger quil y auoit pournbsp;elle,fi CCS deux Princes demeurent vnis.Ellc lesnbsp;prie dy pouruoir de leur cofte, amp; promet de synbsp;employer du fien, comme elle fit par des moyes 'nbsp;fort deshonneftes declairez au difcours de fonnbsp;gouuernemcnt.QiLant à ceux de Guife,dcs le vi-uant de Français fécond,ils auoyét attire i leurnbsp;feruice le Sieur dEfears Chambellan du Roynbsp;de Nauarre,amp;auoyent defcouucrcparcefte-fpiontous lesfecrets de fon maiftre,lequel ayâtnbsp;dcfcouuertladefloyautédccc dEfears par lettres eferites de fa main.lauoitchafi'é darrièrenbsp;foy.Il seftoit rengéà demy ancc ceux de Guife,nbsp;qui luy font dire, quil tafehe par tous moyensnbsp;de fc remettre en grace auec fon ancic maiftre,nbsp;pour leur y faire feruice comme au parauant, a-fauoir lentretenir en fes plaifirs.faifint les mef-fages vers les dames de la Cour,amp; le deftournernbsp;par confequentde la Rcligion,qui requeroit vnnbsp;renoncement à toutes lafciuetez amp; puantifès.nbsp;Lors tant degens furent mis en befongne ,qucnbsp;Defeats fut rappelé par le Roy de Nau.irre,nbsp;dont plufieurs commcncerct à preuoir de gransnbsp;maux. Au côtriarc Ion aficurc quau rapport quinbsp;i.i».
-ocr page 146-LA LEGENDE DV fut fait au Cardinal de Lorraine touchât ce rapnbsp;pci,il commença à rire, amp; frappant (à fa couftu-me) dvne main dans lautre, dit à quelques rns,nbsp;que de long temps il nauoitouy nouucllcsplusnbsp;agréables-
Tfiats ij J J jcy Jcfliis, que les Eftats côrnen-(i Pon~ eczà Orleans, a uoyent cHé remis au muisde May. Depuis pour diuers emperebemens amp; parnbsp;les menées de ceux qui ne vouloyêt rendre cornnbsp;pte quà clicual amp; à main armée, ils furent reculez iufqucs àla fin du mois dAouft à Pontoilê»nbsp;où ils auoytt cite affignez. Entre autres chofes,nbsp;ce qui toucha le plus ceux de Guife,fpcciaicmccnbsp;le Duc de Guife qui y affiftoit, fut cç que pro-polale Sieur Brctagiieeii fa h-irangue pour lenbsp;tiers Eftat, touchât le mauuais mefnage dcfditsnbsp;deGuife. Nous auon? icy infère fes propresnbsp;mon, dautant quils font notables. Vos fuiersnbsp;(dit il parlant au Roy) ont efié trauaillez dinfinis fubfidcs,tant ordinaires quextraordinaires,nbsp;creucs fur iceux, augmentation deg3bcllcs,fol-dc de cinquante mil hommes de pied,le taillon,nbsp;les vingt liures fur chaeû clocher du Royaume,nbsp;huidl efeus Icucz fur les officiers Royaux,fix furnbsp;les Auocats de Parlement, quatre fur les bourgeois, vefucs amp; artifans, deux fur les autres A-uocats,Praticiens,Notaircs amp; Scrgés,cmprûts,nbsp;non cmprunt.s, francsfiefs, nouueaux acquefts,nbsp;deniers Icuczapres la iourncc S. Laurent, alienation du domainc,aidrs,gabcllcs, ercéÜon desnbsp;bureaux de la Foraine,finâces rcccucs doffices,nbsp;tant
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tant anciennement que ooaucllcmct érigées. Ja fupprclfion d'aucuns diceux,denjers de conrir-mation, autres deniers prins (ur les maifons âcnbsp;hoftels de vilie$,dcnters Icuez des conJignatiôs,nbsp;vaiifelles d'or dargent billonnecs,munitionsnbsp;de guerre, viures pour les camps amp; armees mi.nbsp;fes fus depuis trete ans,cheuatix amp;harnoisd artillerie,afliette d'eftappes,fourniture, vcllurc amp;nbsp;nourriture dcfoldats,foldc Sc payement de fol-dats en plufieurs villes particulières, falpetrcamp;nbsp;poudre fournis par le peuple,giiges dofficiers,nbsp;gendarmerie, gens de pied non payez, fuppref-lion de la traite Foraine, deniers de conuoy ennbsp;Bretagne, amp; plufieursautres femmes infinies,nbsp;fousdiuers noms amp; filtres,tendis à mcfmcs finsnbsp;dauoir deniers de vos fuiets. Aumoycn defdi-tes charges infupportables,fetrouucrtvos po-urcs fubicts tant languides, atténuez amp; afoiblis^nbsp;quà prefent. Site, ne leur refte à vous offrir amp;nbsp;prefenter autre chofe cjuvne bonne amp; loyale vonbsp;lontc. Se font examinez à diuerfcs fois, amp; ontnbsp;fonde tous leurs pouuoirs auxaLiresdevottrenbsp;Klaieftetmais à leur grand regret fc ttouuct def-Buez du moyen de vous aider amp; fecourir : vousnbsp;fupplians tref-humblemcnt que voftre bon plainbsp;firfoit différer amp; remettre Icfecours quen attendez iufquàautre temps quils auront repris nbsp;leurs premiers pouuoirs par tous deuoirs quilsnbsp;feront tant en labcur,induftric,cfpargnc,fobricnbsp;té, que bon traitement quils reccuront de vo-ftre Maielfé. Ne fc pcuuentpctfuadcr, veu lesnbsp;/nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i.iii.
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grans fubfides fur eux Icucz durât les règnes del Roys Henry amp; Frâçois vos pere amp;:frere(de bonnbsp;ne mémoire) que foyez demeure redcuablc de lînbsp;grande fomme.Et reduifans en mémoire ce quenbsp;leshiftoires anciennes tant fainâes que profanes nous ont peu laiffer de lantiquité pourtef-moignage de leurs hauts faits gt; trouuêt quil ny
que le feu Roy Henry voftre tref honore pere» quelques longues amp; lôtinuelles guerres que letnbsp;dits Monarques ayent fouflenuës, ou biê entre-prifes pur laugmentation des bornes amp; limitesnbsp;de leurs Royaumes amp; empires.Et à vray dire»]snbsp;debte eû frgrande 8i exccfliue,que qui voudroienbsp;efpuifer tous les threfors de voftre Royaumc.amp;nbsp;rcccrchcr vos fuiets particulièrement, à grandenbsp;peine fc trouueroit or amp; argent en leur puiâan-cc concurrent à ladite fomme. Et quoy que celanbsp;fèmbledur amp; difHciie à croire, cfi encores plusnbsp;ennuyeux à vos fiiiets de rentcdiie,qui nont pounbsp;uoir c/gal à leur volonté.Cela les induit à croirenbsp;que li grande fomme de deniers Icuee fur voûrenbsp;peuple, neft entree entièrement en vos coffres,nbsp;ny conuertic au proufitdc vos predeceffeurs,nbsp;ainspar donations immenfes amp; autres moyensnbsp;font demeurez pour partie entre les mains daucuns particuliers,les maifonsdcfquelsonvoitnbsp;reluire au detriment de vos fubicts. Pour reparer telle adminiAratiô, amp; faire quà lauenir Ionnbsp;ne tombe en tel abiftne de debtes, ils vous fup-
plicnt
CARDINAL DE LOR. lt;î8 plient rref humblement ordonner aux finâciersnbsp;amp; fuperintendans de vos finâces, qui les ont m»nbsp;niées amp; difpenfces durant les règnes fufdids,dcnbsp;rendre amp; tenir compte deleurditc adminillra-tioiidcuanttels deleguez quil vous plaira choinbsp;lîr,les députez de vos Rtats y afliftans.que chacune Prouince amp;gouucrnemcnt nommera.Parnbsp;ce moyen feront refroidis amp; reuoquez ceux quinbsp;pourroyent à 1 aucnir commettt e mcfme fa utc.
En lvn des premierz articles contenu au Ca yer prefenté par le tiers Eftat,ces mots cftoyentnbsp;contenus, Quon fit rendre compte aux Comptables,amp; à ceux qui auoyent manie les finâces,nbsp;ne pouuantpenfer ledit tiers Eftat quil nyeuftnbsp;de grans abus qui fe pourroyent verifier. Ét cependant,que tant aufdits comptables quautresnbsp;qui auoyent eu le maniement dicellles finâces,nbsp;mefmes cftant du Côfcil priué, fuft interdit lacnbsp;ces audit Confcil, amp; lexcrcicc de leurs offices,nbsp;iufqiies à ce que lefdits comptes fuflent rendusnbsp;ailleurs quen la chambre des comptes,amp; en lanbsp;prefence des deleguez des Eftats ,amp; lerefteamp;nbsp;debet qui sen trouueroit fuft payc.Que principalement Ion euft elgard à la reuifion de coptesnbsp;de ceux qui auoyent receu les emprunts particunbsp;liers des fommes de huiôl,fix,quatre,amp; deux ef-cus, vingt liures pour clocher, munitionamp;dc vi-ures, fournitures deftappes Sr autres pour lanbsp;guerre,deniers Icuez fur les villes clofes apres lanbsp;tournee S.Laurent,amp; de tous autres deniers extraordinaires leuez fur le peuple. Que les dc-i.iiii-
-ocr page 150-LA LEGENDE DV niers des pcnfions exccffiues amp; donations im-menfes fulfent rcpctccsfansexcepter perfonnenbsp;(fors la Royne mere, cjwiauoitfollicitc les députez du tiers Eftat à faire celte poui fuite pournbsp;les caufes dcclairecs au difcours de fon gouucr-iiemcnt)daucant quil apparuilloiteuideininct,nbsp;que ces deniers uauoyent cité employé à lv fa-gcauquclils cftoycnc deftmcz pourla fubueii-tion des afaires du Roy.
Onpcutpenfcr, lices inftanccs grattoyent ceux de Guilc. Le Cardinal vn peu plus retenunbsp;que fon frère le Duc, fiifoitfemblant de rien,nbsp;comme le préparant àfaire drefl'er fcscomptes.nbsp;Mais on hfoitau vifagede lautre mille menaces contre lLftat du Royaume, dont les clfeéisnbsp;fc môftrcrent cinq ou fix mois aprcs.Pour pournbsp;uoir donc à leurs afaires ils refoluent, quant à lanbsp;reddition des comptes,demployer tous les moyens quils auoyent pkiftoltq ie füufïrirdcllrcnbsp;amenez à celle neccifité, amp; que fi les afaires denbsp;de la Religion ne leur y faifoyent ouuertute, ilsnbsp;laferoyent cuxmcfmes, en fe ruant aiiec leursnbsp;partifansfur ceux delà Religion , lefquelsfc*:nbsp;royent fauorifez du Prince de Gondé, de lAminbsp;ral.Sc dautres Scigrcurs. par ce moyen lescora-ptcï fc brouUcroycnt fi bien, quauec le Ic'coursnbsp;des cllrangcrs ils pourroyét fc haufler plus quenbsp;jamais, ayant ce beau prétexte de Religion, amp;nbsp;salTeurans par confequent delà faucur de tousnbsp;les Catholiques. Oiitrcpltis le Cardinal voy«nbsp;ant tant de gens de iour à autre fed éclairer denbsp;la Reli-
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la Religion fe fourioit à fa couftumc,difant,quc ccftoit curee aux gens de guerre qui n uoyentnbsp;plus de befongnc,amp; vn beau moyen pour tótennbsp;ter beaucoup de grans amp;pcti$, qui ne deinan-doyenequà mordre.11 sriloic accordé fort libenbsp;ralemct à Ia cóuocation des miniftres pour tratnbsp;ter de la Religion à Poilfyauec les Prélats dunbsp;Royaumc,quisy deuoytnt trouuerpourauifec -aufli de leur parc à aider au Roy pour acquitternbsp;fes dcbtes.Ccftoit en efpcrâcc de mettre les Minbsp;niftres en debat auec les Alemâs de la côfefhonnbsp;dAusbourgjOU (peut cftrc pource quil les efli-inoit ignorans, amp; en auoit fouuctcsfois femé amp;nbsp;fait ferner les bruits de tous coftezjpour les cHônbsp;ner par me f» notable aflemblee, ou les rendrenbsp;muets par fon babil, Si par les ergots de quelques Sorboniftes qui y eftoyent appelcz.pour dinbsp;fputer. Mais ayat penfe depuis de plus près à cenbsp;fait, il sauifa d'yn autre ezpedrét, afauoir de te*nbsp;mr preft le Lcga t du Pape »afin que fi ce colloque aidoit plus à ceux de la Religion quil nefii-*^oit, on rompiâ laficinblec de bône heure» ennbsp;faifant rcuoyer les Minières au Côcilegeneral,nbsp;*Ûigné à Trente. Ceftoit auffipour toufioursnbsp;Contenir en bride la Royne mere, linconftan-ce de laquelle ceux de Guife redoutoycnt,à tortnbsp;foijtcs£jis»veu qu'elle Cauoit mieux qt/eux comnbsp;elle auoit à iouer fon rolle : mais elle ne lenbsp;leur communiquoit pas tour,ains feulement cenbsp;quelle cognoilfoit plus conuenable à fon auâcenbsp;ûct. Iis auoycnt ia ctbtanlc le Roy de Nauat i e
-ocr page 152-LA LEGENDE DV par le moyen du Sieur Defeats, il faloit acheucrnbsp;de mettre bas cefle paroy, pour en recueillir lesnbsp;pierres amp; en lapider ceux de la Religiô. comme nbsp;ils le firct puis apres. Belles promelles cüoycntnbsp;ncceflaircs en ceft endroit! àquoycc Legat dunbsp;Pape amp; lAmbalTadeur dEfpagne follititcz parnbsp;ceux dcGuife,tindrent bien la main.
Collo- Quant au colloque de Poifly, dautanrque ^uede les difcoursA harangues en ont eflé publiez, amp;nbsp;le feront encor plus amplement quelque iour,ilnbsp;neft befoin den faire icy long récit, ioint quenbsp;nous en toucherons quelque mot en parlant cynbsp;apres delà Theologie amp; Religion du Cardinal,nbsp;amp; de la belle harague quil ht en certeaffemblecnbsp;le i6.de Septembre 15 61. Pour ceft endroit, cenbsp;fera allez de marquer quelques feues rufes connbsp;tre le repos du Royaume.. Premièreme nt pournbsp;faire penfer aux idiots, que les Prélats ne ftoyctnbsp;pas là aflemblcz pour néant, il fit drefler fofcenbsp;articles de l'inftitution des Eucfques,dc la digninbsp;té deis Eglifes Cathedralcsamp; autres femblablesnbsp;chofes, /ans toucher 1 vn feul poniâ de dodri^nbsp;ne, sleüans tous refolus de ne rien accorder auxnbsp;miniftresjde peut deftre cftitnez feduôeurs, amp;nbsp;fairevncbreche irreparable alädignitedufie-gcRomain. Par ce moyen le Cardinal/c mo-nbsp;quoit du Roy amp; de tout fôn Confeil qui pretennbsp;doyent à quelque reformation.
LesMiniftresde lEglifc reformeedu Royaume ,auoycntcftd exhortez dy enuoyer quelques vns de leurs compagnons, ce quils firent, obeyf-!
-ocr page 153-CARDINAL DE LOR. 73 obey (Tans aux mandemens du Roy amp; de la Roy-ncmcrc. Pierre Martyr amp; Theodore de Beze ynbsp;furent auflî appelez de Zurich amp; Gencue où ilsnbsp;eftoycni ptofeUcurs en Théologie,afin dauifernbsp;plus ineuremcnt à cous difFcrcns. Le Cardinalnbsp;fc voyât vn peu trop auant embarque en afaitesnbsp;ou il cftoit encores bien neuf, sauifa de preue-nir. Si toft que The.de Beze fut arriuc, il fallanbsp;trouu cr en la cha mbre de la Roync mere, où a-pres plufieurs propos,il fut contraint dire auditnbsp;de Beze, quil cftoit fort ioyeux'dc lauoir ouynbsp;parler, amp; quil cfperok quils fe trouueroyentnbsp;daccord enfemble.Mais ceftoit vne feinte,cô-tne auffi la dame de Curfbl fur le depart luynbsp;freut dire quil eftoit homme de bien pour cenbsp;foir là,amp; que le lendemain on verroit le côtrai-rctce qui apparut en ce que ces fuppofts publienbsp;rent que le Cardinal auoit fermé la bouche à denbsp;Beze,amp; fait condcfcendrc àfon opinion.Le tonnbsp;traire eftant apparu en la harangue faite pat ledit de Beze,le Cardinal fe trouua tellement coanbsp;fus,qu*eflât afiemblc auec les Dodeurs Sc Pre^nbsp;lats, il ne fc peut contenir de dire, à la miennnenbsp;volonté que ceßuy-là ( parlant de Th. de Beze)nbsp;euft cfté muet, ou que nous cuflions elle fours.nbsp;Là dclTus ayant efte aduifé qu'il falloitrcfpon-dre,vn dodeur de Sorbonne nommé Dcfpenfe,nbsp;intime fecuiteur de la maifondc Guifcamp; quelques autres baftirent la harangue que le Cardinal prononça depuis,ou fans refpondre à ce quenbsp;les Miniftret auoyent ails en anant, sarrefia à
-ocr page 154-LA LEGENDE DV deuxpoihcts, afauoii dc parler de lEglîfe, denbsp;quelques queltions quen dependent : puis de lanbsp;Cenc du Seigneur. En quoy Une fit autre cliofenbsp;que rcplaüter les paralogifmes des Sophiiles.nbsp;Partant iay cftimé fupciflu dinferericy celtenbsp;harangue,laquellefe verra plus proprement ennbsp;rhiltoiredc noftre temps. Cefte longue harangue fut luyuie, des amples difeours de Defpcfe,nbsp;ùaintes, amp; de quelques Icfuites Moines, auf-qiiels IcsMiniltrcs refpondircntfiiffifamment.nbsp;Or le Cardinal clloit bien aife deles efehau-fer les vus contre les autres, afin que cela venant à ennuyer aux auditeurs, on remift le toutnbsp;à vue contcrcncc priuecou pat efcrit,St que cependant le Pape enuoyaft vn nouueau mandement pour acheutr de fefmcr la bouche auxnbsp;Prélats qui riattcndoyét autre chofe. Apres quenbsp;par quelques mois on cuit ainfi debatu, finalement la Royne voyant quefur vn feul articlenbsp;des images, les Prélats amp; Miniftres neftoyentnbsp;peu tomber daclt;ord j Ôi que mefmes lefditsnbsp;Prélats auoyent leurs Docteurs mal vnis en cenbsp;poindh j fit rompre le Colloque, dont lesSor-bonnififs furent fi aifes, quils ne fc peurentnbsp;contenir de faire mil demonftrations dami-tit à Theodore de Beze leur principal ennemy»nbsp;des mains duquel ils efehappoyent à tout autre marché quils nauoycnt cfperé. Mais lenbsp;Cardinal auoit fait eferire par le Pape aux PrC''nbsp;bts.que fur peine dexcommunication ils remifnbsp;fent la decifion de tels differens au Concile de
Trente;
-ocr page 155-CARDINAL DE LOR. 71 Trete: ce qui vint bien à propos à ces incfiîcursnbsp;fort cmpefchcz. Quant à la confcfiiondAuf-bomg.qui eftoit le piegc où le Cardinal penfoitnbsp;pouüer les Minijlb es, ils fe portcrêt fi prudemment , quil y tomba luy mcfme, tellement quenbsp;toute la honte en retourna fur luy.
Durant ces difputesfut drellc ceftedit tant Edit de celebrp, nomme lcdit de lanuier, par lauis amp;/«rzamernbsp;conféptpment des plus grans amp; notables dunbsp;Royaume. Çeftoit lexpçdicnt pour appai-fcrips troubles,amp; ramener l'cllat en fou ancienne Iplendcur. Mais la maifon de Guife nenbsp;potgioit porter cela, pource quauenaneque lesnbsp;chofes fuU'ent paifibles en ['rancc,on demande-roit leurs comptes, defqucls ny auoit rien denbsp;prcft,finoncnenrollcmensdcfold3ts ,amp; forcesnbsp;tant eftrâgcres que du Royaume:à quoy Us semnbsp;ploycrent,comiTic senfuit.
Cy deuantnousauonsveu, comme fous pre DnTri texte de Religjon,ils auoyent mis barre entre le umui-Conncfiablcamp; fesneueus de Chaftillon . afin rat,(^nbsp;de fe fortifier de plus en plus,amp; ruiner bien ai fe d.e fa. ca.nbsp;mcntlcfditsdc Cliaftillon quils haylToycntnbsp;redoutoyent extrêmement. Le Connefiible [ton,nbsp;côméça peu à peu à fe defpiter cotre fes neueux,nbsp;fur tour apres qu'on luy euft rapporte, quils e-ftoyét tome les motifs auec la Roync mere, denbsp;ce que les Eftats demâdoyent copte,en quoy ilnbsp;feroit reccrchc',côbiê quil ny ftift à la vingtief-mc partie près tant embrouille que ceux dcGuînbsp;fe. Ayans gaigne ce principal officier de la
-ocr page 156-LA LEGENDE DV Couronne, ils adioignirent à eux le Marcfchalnbsp;de S. Andrc,qui eftoit des plus côptables,comme chafcun fcait. Lors ils drell'ent vn cüfeil en-crcux, le Cardinal ayant touEouts ccHe aRueenbsp;de mettre la Religion en auant pour mieux connbsp;duirc fes dcûeins, amp; font vne rcfolution telle.nbsp;Premièrement, que la fupchntendance de toutnbsp;lafairc feroit baillce au Roy Catholique, quinbsp;pour commencement fc plaindroitduRoy denbsp;Nauarre fauteur dvne nouuellc Religion.le folnbsp;liciteroit par belles promefles de tout quitter Sinbsp;(crenger au party Catholique. Si le Nauarroisnbsp;demeure oblliné.lEfpagnol cotinuant lès pro-melfes accompagnées quelquefois de menaces,nbsp;fera leuee en Êfpagne tout fhiuerrpuis luy cournbsp;ra fus à limprouuc. Et sil y a rcfiftance, le Ducnbsp;de Guife fe declairera chef de la confeflion Catholique, amp; ira aifaillir le Nauarrois dautre conbsp;fie,qui fera toll accablé. L'Empereur amp; les Prinnbsp;ces Catholiques Alemans,priez dempefeher lenbsp;fecours au Nauarrois. Les Suifles Euâgeliqueinbsp;retenus pat les Catholiques. CcuxdcGcneucnbsp;aflaillis amp; entiercmet exterminez par le Duc denbsp;Sauoye,pour donner frayeur aux autres.
Voila quant au premier poindl de leur ligue. Et pour le regard de la France,ils arrcftcrcnt'dPnbsp;oe pardonner en façon quelconque à la vie daunbsp;cun qui autrefois eufl cite de la Religion. Lsnbsp;cômiflion des Malfacrcs baillee au Duc de Gu»nbsp;fe, quiauflieutla charge dexterminer toute Unbsp;race des Bourböns, de peur quà lauenirquel-quvo
-ocr page 157-CARDINAL DE LOR. 71 quvnnefortift d'eux pour faire vengeance desnbsp;inanacres,amp; reinetcre fus la Religion.
Ilsdeiioycnt puis apres faire la guerre aux Princes proteftans, amp; preOerà rEmpereurßenbsp;aux PrinccsCatholKjues les deniers amallez desnbsp;côfîfcations de tant de gés de la Religion quonnbsp;deuoit faire mourir en France. Les Cardinaux,nbsp;Euefqiics amp; autres S. Peres deuoyent fecotti-fer pour fournir aufli aux frais de cefte guerrenbsp;fierce.
Ces beaux articles furent dreflez par le Cardinal, amp; le Conneftable ne sarreftât quà fa religion, eftoit lors tant esblouy, quil ne pouuoic voir que combien que fa mailon ne'full nômec,nbsp;toutesfois elle ne pourroit demeurer debout,nbsp;celles de Cbaftillon amp; de Bourbon cftans mi lesnbsp;bas. Quant au Marcfchal de S. Andrc.il eftoitnbsp;bien aife de voir ainfi drefler le»comptes, pournbsp;ce quau lieu de rendre le plus rcceu, il cfpcroitnbsp;encor faire nouuellc recepte, fans rie mettre nynbsp;îamais rédre comptc.Outrc ce que ceux de Gui-fe tendoyentàmcfme but,ils fe perfuadoyentnbsp;de fe baigner à ce coup au fang de tous leurs ennemis.
Pour effeduer ces çholcs,ceux de Guife partent de la Cour fur la fin de Nouembre, faifans cognoiftreleurmefcótcnrcment, lequel peu denbsp;Jours apres augmenta encores à caufe des procedures tenticscôtre le Duc de Nemours.quilsnbsp;auoycnt fufeité pour rauir amp; emmener en f.or-taine Monficur dOrIcan«, amp; layant à leur de-
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uotion le faire chefdeleurentreprife. Car ils vouloyent en tout euenement auoir pluficursnbsp;cordes en leur arc,pource quils nefcauoyét pasnbsp;encores bien quelle route prendroit la Royncnbsp;mere. Toutesfbis eftlmans que fi le Roy de Nanbsp;uarreeftoit delcurrctcnue,ellenofcroit ferennbsp;ger aucc le Prince de Condc,de peur deftre dégradée, ils tafeherent dacheuer ce quils auoyétnbsp;délia commence par Defeats amp; autres,par lin-duiâion dvnc vainc cfpcranccdeliiy faire rendre fes pays,à quoy le Papc(difoit fon Icgat, quinbsp;cftoit lors vn des premiers follicitcurs) tiedroitnbsp;la main,pourucu que le NauarroisVouluft mainnbsp;tenirlEglifc Romainc.Ccquil dcclaira toRa-prcs,chanantfcs Miniftres,amp; fcrcuoltantdc lanbsp;Religion :au moyen dequoy il eut beaucoup denbsp;diflàcultcz à la verification de lcdit de lanuier.
Voyage Quelque temps au parauant ceux dcGuifi^ z/fSrf- auoyentcfcrit au Duc de Virtembeig, Princenbsp;tume, proteftant, le prians de vouloir entrer aucc euxnbsp;en conference de la confeffion dA ufbourg, ennbsp;laquelle ils donnoyent cfpcrancede vouloir c*nbsp;lire inftruirs. Pour ceft etfcôt ils fe trouuent anbsp;Sauerne près de Strasbourg, amp; là eurent tellenbsp;communication aucc ce Prince enuiron le quinnbsp;zicfmede Feurier 1561.quapres auoirpromisnbsp;tous de fuyurc la doârinc de la côfeflion dAuf-bourg, amp; le Cardinal ayant confetp pour ceftnbsp;clfcâ: aucc Brcnccprincipal miniftre du Duc denbsp;Virtemberg, en finie Duc dcGuifc requit cenbsp;prince en faucur le la Religion,de faire tant cn-uers
-ocr page 159-CARDINAL,D£ LOR. 75 , uers Jes Princes proteftâs,veu que de toute an-ciêneic' la inailô de Lorraine aüoit efte de lum,nbsp;pue, par 11, cime moyen luy amp;. (çs freies fuirentnbsp;auüugt;,2 pour Princes de iLmpjrc,ayans voix amp;nbsp;luiffVges aux lou nees Imptriulesrir parce moyen le peuilcnf fou(lrairéamp; cxciiipcer de la fou-ueraincicdu Roy de France, empefeher le fe-cours que les Princes proteftâs pourroyent dot^nbsp;neràccuxdc la Religion, fe foitilieidecelé-;nbsp;couts,jamp; ponr.reeôpenfe ruiner les Princes pro-teftans puis apres. Commece Prince efloit,aTnbsp;près à les faire reccuoir,comme ils le dêfitoyét,nbsp;nouucllcs vindrenten Alcmaigne du maffacrenbsp;de Vaily,execute par le Duc de Guife au departnbsp;de Sauerne pour venir en France. Les Pritiçcsnbsp;proteftans seftonnoyent fort de cela, amp; nô fansnbsp;caufcjveu quil ny auoit que trois ioursjfpar manbsp;nicrc de dire)que le Cardinal de Lorraine auoitnbsp;donné dvne main des coupes dargent dorcànbsp;Brcnce Si à quelques autres Miniftres dAleraainbsp;gne, amp; dvne autre il faccageoit ceux de la Religion.
Mais leur deliberation auoit elle faite au pa- Atajft rauantde venir forts iSlarmez en la ville de Pa-. cre denbsp;ris Si dclààlaCour, poursafleurer de la ville. Vaj]ygt;nbsp;puis des perfonnes du Roy Si. Royne,pour.exc;nbsp;cuter plusaifémcnt Icurcçnlpiration. Et pournbsp;donner quelque bonnefte couleur au retour dunbsp;Duc de G.uife, il fe fait rappeler.par le Roy dpnbsp;Nauarre. Toutesfois il neut la patience de pornbsp;ter fa cliolcrc iufques à la jCour.il la defehargea
-ocr page 160-fur ceux de ValTyjcftat accompagne de troupes en armes, fuyuant ce qui auoit cité arrefteplusnbsp;de trois mois au parauant,que chacun prat que-roit autant de Gentils-hommes amp; gens de guernbsp;ré quil feroit poffible.pour fe trouuer en armesnbsp;CS enuirons de Paris au cômencemtnt de xMars,nbsp;dót la Royne metcamp; le Roy de Nauatre auoyétnbsp;efté fufhfamment aucrtis.Mais au lieu d y pour-uoir,ils remettoyent les atfàircs de iour à autre,nbsp;rouans en vne niel'me ttagdie chafeun fon pernbsp;fonnage, dvnc cftraj-'gc forte. Ainfi le Duc denbsp;Guïfc fc trouua au temps afligné à Nancueil,oùnbsp;il furincontincnt rencontré par les autres par-tifans : delqucls on pent conicéiuref le delîcin,nbsp;fur ce que la plufpart sacheminaris là.firct leursnbsp;Pafij iesjéStfe mirent en eftar que telles gens ontnbsp;accoullumc,quand ils font leur compte oefehanbsp;zarder à quelque pcrillcufc entrcpriïe- Cependant, la Royne mere ayant eu auiS que pour euinbsp;ter les troubles,il feroit bon que le Duc d Guinbsp;fe ( ainfi armé contre les ordonnances du Roy)nbsp;ne paflaft par la ville de Paris,où le Preuoft desnbsp;Marchas amp; autres des principaux lattcndoyêt.nbsp;Sur ce, laRoyneluy manda par pluheurs foisnbsp;quil euft à la venir trouuer en fa maifô de IMon-ccaux, où il feroit le bien venu , Iny defendantnbsp;trefexpreflemet de nentrer en ladite ville de Panbsp;ris aucc telle compagnie, afin deuiter les inconnbsp;ueniés quelle preuoyoit en deuoir aucnir,attcnnbsp;du mcfmcs lcxccution amp; boucherie faire toutnbsp;frcfchcmcnt à Vallÿ, de laquelle on demandoitnbsp;treP
-ocr page 161-CARDINAL DE LOR. 74 trcfinllâmentiulliccau Roy amp; à clic.amp;noyoït-on pour ce regard, que plaintes amp; dolcâccs parnbsp;tout le Royaume.Le Duc de Guifemâda pournbsp;tefponce quil nepouuoit aller vêts clic,dautâtnbsp;quil clloit empcïche' à lefloycr fcs amis qui le-Itoycnt venu voir. Depuis,la Roync luy ayantnbsp;cfcrit pour la fécondé fois à mcfme fin, il ne fitnbsp;aucune rcfpôfe, ains aptes auoir rcccu fes amis,nbsp;fuyuant la conclufion de lentreprifc, print fonnbsp;chemin dvn autre collé, amp; accompagné de lesnbsp;adhetansvint à Paris par la porte S.Denis. Sonnbsp;entree lut en armes dcfcouuertes,qui eftoit lc-ftat auquel on lauoit toufiours vcu marcher depuis la iourncc de Vafly. A celle entree affi-lloycnt le Preuoft des marchans amp; trois des E-fchcuins contre toute coullume, en grade compagnie,aucc grandes acclamations degens attil-ttez,com.nc fi le Roy mefme y full entré en pernbsp;fonne, iufques à crier à haute voix, Viue mon-fieur de Gcifcifans toutcsfois que luy ny autresnbsp;de fa compagnie monflralTcnt que cela leur dc-pluft aucunement.
Ceux de Guife ayâs rué ce premier coup con Cemert^ tre lauthorité du Roy amp; leftat du Royaume, ctmtnsnbsp;palTent outre,amp; commencent à tenir dans Paris despre-vn confeil à parr.La Roync citant encor à Mon- mtersnbsp;ccaux, amp; receuant tous les iours nouueaux ad- treu-ucrtiiremês,que ceux de Guife vouloyent fe fai- hlti»nbsp;fir de la perfonne du Roy amp; delle, délibéra denbsp;halter fon partement,amp; Ce retirer en lieu de feunbsp;tetc. Elle vient à Melun,en deliberation de gai-kü.
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gncr Orleans,pour attendre plus grand iour aux afaires qui alloyent tomber en mcrucilleufe connbsp;fution. Mais ceux de Guife enuoyent le Preuoftnbsp;desMarchans crier apres clle'que Paris amp; toutnbsp;(cftoit perdu, fi elle ny vpnoit, dautant que Jenbsp;Prince de Condé y cftoit armé, amp; les Parviensnbsp;defarinez. Fait tantquc les armes font renduesnbsp;aux mutins,,pour fortifier le Duc dçGuifeamp; lesnbsp;fiens à lencontre de leurs ennemis,amp; auoir moinbsp;yen de lt;é faifir tant plus aifement de la perfyn jnbsp;ne du Roy.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
Et pour auancer enepr mieux la bcfopgoe.fi? rent venir à Paris le Roy de Nauarrcxar ce Prenbsp;uolldcs marchans criôitfans cçficàla Cour,nbsp;que la prefence du Roy de Nauarre cftoit nccefnbsp;faireèParis. pourcmpcfchcr les troubles: ruaisnbsp;Ccftoittputau rebours, parla mencedccçuxnbsp;de Guife, car des quil y fut arriuc, le confe j] fenbsp;tint entreux plus efiroitemept quau parauant,nbsp;amp; fut arrefté entre antres efiofes de fç bien af-feurer de la ville de Paris, êc en chalicr le Pf iiirnbsp;cede Condc,cómcceluy fculquinuifoit àlen-treprife de saller faifir du Royamp;dela Royncnbsp;mere,les amener à Paris, amp; les ayant à cominannbsp;démet exécuter fous leur no 8i aiitboritécc rjuinbsp;eftoitdelibei é. Us firent tant en fin que la placenbsp;leur demeura, amp; quils cnlcucrcnt le Roy lanbsp;Roync amp; les amenèrent au Louurp. Cela fait,nbsp;quelques rcmonftranccsquc Je Cb4cclieramp; autres miffent en auant, fut arrefté de faire g.iiertçnbsp;ouucrte au Prince de Condcamp; aux fions.
Sur
-ocr page 163-CARDINAL DE LOR.' 75 Sur ces entrefaites fut enuoyee au Roy Ia pronbsp;tcftation amp; declaration faite de la part du Prince, contenant les Caufcs qui lauoyent contraintnbsp;de prendre les atmes, afauoir pour remettre erinbsp;plaine liberté la perfonne du Roy amp; de la Roy-ne,maintenir les edits, amp; nomméinêt le derniernbsp;fur le fait de la Religion : offrant de fc retirer ennbsp;fa maifon,lé Duc de Guifcfaifant le femblable.nbsp;Le Cardinal de Lorraineamp; fes freres.aucc leursnbsp;aiiherans voyans quil y auoit deux poinds quilnbsp;faloit fubtilcnient couürir, fauoir cil la captiui-té du Roy, amp; la contrauention de ledit de lan-uicr: procurèrent à toute diligence lexpcditlorinbsp;dvne declaration en datte du huitiefme dA-uril, par laquelle ils font confefTer au Roy , quenbsp;le bruit de fa captiuitc cft vne fauffe amp; menfon-gete calônic côtrouuee par le Prince de Condcnbsp;amp; les fiés,pour scxcnfcr de ce qu il faifoit,amp;quenbsp;luy amp; la Royne cftoyent en aufii grande liberténbsp;que iamais,amp; que de leur bon grc ils eftoyct venus à Paris,pour remédier aux troubles Ccs letnbsp;tres furent incontinent publiées en Parlement^nbsp;où ceux de Guife auoyent force creatures.
Pour fe moquer encores mieux du Roy amp; de tout le Royaume, ils sa uiferent dvne autre fi-neffe ce leur fcbloit,c'cll que huid ou dix ioursnbsp;apres autres lettres furet dreffces,par lefquellesnbsp;cft-declairé que le Prince de Condc fous vnenbsp;fauffe 8c (imulce couleur de Religion cftoit faifynbsp;en faperfonne, par aucuns feditieux qui letC'nbsp;noyent en leur puiffance.
k.iiî.
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Et pour donner vn coup à ledit de lanuîer, font expedier autres lettres du mefmc mois,parnbsp;lefquclles »Isdônent à entendre fous le nom dunbsp;Roy,quil cft auerty que plufieurscngrâd nombre fe font retirez à Orleans amp; ailleurs,fous prenbsp;texte dvne crainte quils difent auoir quon lesnbsp;vucille recercher en leurs confcicnces,amp; empe-feher quils ne iovyflent de ledit de lanuier.De-clairequil na entendu reuoquerccft ediâquenbsp;pour la ville de Paris, fauxbours amp; banlieue dicelle , où il ne veut quil y ait autre exercice quenbsp;la ReligionRomaine. Ces lettres contraires ànbsp;ledit de Ianuicr,font incontinent reccues amp; vérifiées en Parlement.
Cela fait, ceux de Guife apres seftre feruis wierr Côncftable pour rauaçcr à Paris, amp; du Roynbsp;troubles jg Nauarrepourenchafier ceux de la Rcligiô,nbsp;cnuoyentlc MareRhal de S. André dvncofté,nbsp;qui fait de cruels exploits,amafl'ét forces de tounbsp;tes parts,amp; fe mettent en campagne auec de ternbsp;ribles aéfes dhoftilité contre ceux de la Religion. Nous toucherons icy les chofes fommai-rcmcnt,pourcc que ceft affezden faire metionnbsp;en pafiant, amp; en laificr lample deduéfion à lhi-ftoiredenoftre tcmps.Prcmicrcment ilsfefer-uent de la Roync iTicrc,du Roy de Nauarre, dunbsp;Parlemét de Paris,amp; dç leurs feruîteurs fccrets,nbsp;pour rompre la confiance du Prince de Condé,nbsp;le feparer de ceux de Chaflillon,quils vouloyétnbsp;ruiner les premiers. Mais n'ayans rien giignc denbsp;ce cofté là (dautant que voyât Ictus embufehes.
-ocr page 165-CARDINAL DE LOR. 7^ il s'eftoic forùfié à lencontre dicelles, tant dedans que dehors le Royaume) iis vindrtnt à lanbsp;violcce fâifans commettre maßacres de ceux denbsp;la Religionen pluGcurs villes du Royaume, af-faillans de violence incroyahle,qutlques placesnbsp;où lefdits de la Religion sedeyent retirez pournbsp;Jeurfeureté. Encores que le Roy de Nauarrenbsp;fuft Lieutenant general de nom, que le Con-neüable demeutaft en fô cftat.fi cR i e que toutnbsp;paßoit par les mains de ceux de Gu fe , qui ennbsp;moins de rien mitée tout le Royaume en armes.nbsp;Puis auec le ConneRsbieamp; le Martfchal de S. nbsp;Andre',le Duc de Guit preféte vne requefte au-^nbsp;Roy amp; à la Royne mere, par laquelle ils reque-royentlentier ancantiflement delà Religion,''^*nbsp;dont lexercice public auoit efic accordé quatrenbsp;mois au parauanc. Que tous officiers de Francenbsp;domeRiques du Roy, de fes frères amp; fur. tousnbsp;officiers deiuRicc, de guerre,comptes amp; finances du Royaume,amp; a utres ay ans charge,admininbsp;Rrations ou cômiffions du Roy.tinflcnt la mef-me religion amp; en filïent declaration cxprefle.lesnbsp;refufans, delayansou contreuenans priiiez denbsp;leurs cRatsamp;office$,gagcs,charges,adminiRranbsp;t ons ou cômiffions. Que toutes perfonres Ec-clefiaRiqucs euflenr à faire le fèmbl.ble,. à peine dcRrc priuez de leurs benefices.Qi c les remnbsp;pics dcfmolis fulfcnr rebaRis auec fitisf dió denbsp;tous intcrefls,amp; les demolifleurs punis.Qne lesnbsp;armes prinlcs fans commandement expres lt;dunbsp;Roy de Nauarre fuReaclaiirees: amp; que ceux quinbsp;k'iiii.
-ocr page 166-LA- DEGEN DE DV ' perfcucroyent a les porter contre la volonté lt;iiFnbsp;dit Roy de Naiïarre » Llcutéiiant general amp; re-prcfentant kl pàrfonne du Roy és paysdc fbnnbsp;ôfeeidânccjfuirénrdeclairez rebelles,amp; çnntmisnbsp;2düiRtgt;yamp;; du Royjutpc.Quau Rlt; y de Nauar-ircftalappartienne dauoiramp; allcnibltr foitesnbsp;en iiraricc,amp; qu-il les retienne durant qiiekjucsnbsp;-mois,pour appui fer ks troubles. Celafâitjlsnbsp;yrorneftoycnt sen retourneren leur maifons,nbsp;ivoire au bout du inonde(fi befoin ell, diloyent-.»IsJcn cxiJ perpétuel. Cela fut le 4.de kLy 1562.
¦ Lv ¦mefineiour ils fe font commander par le ; 'Roy de ne bouger de-là Gour: parquoy il adref-fent vne autre reqiicEc à la Roync mere,par laquelle ils offroyent fc retirer en leurs màifons,nbsp;pour obcirfdifoycnz ils)au Roy de Nauarre.Anbsp;CCStequeftesfucHuHifjmment refpondu parlenbsp;Priuce de Condé,qui dtfcouurit biêamplemétnbsp;ks aitifices de ceux de Gui(è,fe fortifiât de iournbsp;à autre, tât par lauthorit é qu'il auoit en ceft endroit, que par les lettresque la Royne mere luynbsp;efieltriuitjOÙcHc luy recommandoit la-mcreÂnbsp;Jcstnfans,condjmnancafllt;.2ouuertemcntlaty-rannicdcccuxdcCuife. .
Lon ncfiuroit bonnement dire,(îles finefleS deceux de Giiife firent point autant de mal quenbsp;leur violcce.Quant aux cruautez que IcurfatelKnbsp;tcs cxerceret en diuers endroits de la Fiâcc,fpcgt;nbsp;ciiilcmcnr les gens de guerre,amp;¦ quelques malfa-creux en certaines villes,la po/lerité fera plus e-ftonncc Jiûnt cefte hiftoire de lan 61. quenbsp;nous
-ocr page 167-CARDINAL DE LOR. 77 nous qui auós eftéfpccftatcurs des horribles tranbsp;gdics que le Cardinal amp; les frères iouoyent ànbsp;la ruine uu Roy C harles amp; du Royaume. Maisnbsp;il y a eu quelques fintffes en leurs deportemensnbsp;quil cft bv foin de remarquer. Le Prince de Cô-auoit des troupes bien armées amp; tefoluës aunbsp;côb itjCÔpofees des plus vaillans Seigneurs,Canbsp;piCaincsÂ: foldats François. Ceux de Guifccrainbsp;gnâs la touche,tafclioyent de diflîpper cefte armee par allées amp; venues, à quoy la Royne merenbsp;amp; le Roy de Nauarreeftoyct employez.Cepennbsp;dant ils lurprenoyét toufiou-s quelques placesnbsp;tenues par ceux de la Re'igiô.amaflbyêt argent,nbsp;amp; appelloyét les eftrâgers de toutes parts au bunbsp;tin.Ie voyâs en dâger deftre batus enuirô la finnbsp;de luin,parrentremifedu Roy de Nauarre,ob-tiêncttrcfues,amp; deux iours apres le Duc de Guinbsp;fe part du câp de Baugécy auec quelques autres;nbsp;amp; routincôtinent lon made au Princede Codenbsp;que fuyuât ce quil auoitrequis,lcDuc de Guifenbsp;amp; les fiens seuoyct retirez en leurs maifons.Lanbsp;Royne eftoit embouchée des propos qucjlc denbsp;uoit tenir au Prince au pourparler quelle eut a-uec luy amp; aufdits Seigneurs de la Religiô- cômenbsp;le Duc de Gui/c le dôna alTez à entedre par vnenbsp;lettre quil en eferiuoit au Cardinal de Lor. laquelle fut furprinfe , en datte du Z5.deluin, la-quclleiay icy inferee, pour u öftrer tant mieuxnbsp;lefprit de ces bôncsgcs. le vous cnuoye(cfcrit-il)ce porteur en diligence,pour vous auertir quenbsp;que tout fut hiet accordé, amp; vous puis dire quil
-ocr page 168-LA LEGENDE DV y en a qui fôt bic loin de leur côpte.Noftrc mc-re(la Royne}amp; l'on freie(lc Roy de Nauatre)nenbsp;iurct que pai la foy quils nous doyucr, amp; quilsnbsp;ne vculêt plus de confcil que de ceux que fauez.nbsp;Côclufion,la Rcligiô reformée,en nous côdui*nbsp;fant 0/ tenant bon (comme nous ferons iufquesnbsp;au bout)sen va à vau leau, amp; les A miraux aucatnbsp;mal quil eft poffible. Toutes nos forces demeunbsp;rent entièrement, les leurs rompues, les villesnbsp;rendues, fans parler dedits ny de prefehes, nynbsp;dadminiftraiion de Sacremens à leur mode.
Leiourenfuyuant le partement du Duc de Guife amp; de fes partifans, le Prince de Code patnbsp;tit pour saller mettre entre les mains du Roynbsp;de Nauarreamp; de la Royne mere à Baugency,oùnbsp;ilpalTaà trauers larmcedc ceux de Guife, aunbsp;grand danger de fa perfonne.La Royne mere e-Rant venue à Tally village prcsdelà,fitbicnconbsp;gnoiftre audit Sieur Prince,à 1Amira Iamp;.' à quelques autres Seigneurs de la Religion venus là ànbsp;fon mandement, fit incontinent cognoiftre parnbsp;fa rcfpôfe,qucllc elloit lorgane de ceux de Gu*nbsp;fc pour entretenir les troubles amp; partialitez.nbsp;Car elle leur dit tout à plat,quil ne failloit poîtnbsp;quils sattêdiflen^ que l edit de lanuierfuftob*nbsp;férue, nyquilyeiiftenFrance autre Religionnbsp;que la Romaine,amp; que les Catholiques eftoyétnbsp;fi forrs amp; tant irritez, mefmement à Paris, quenbsp;fans plus grand tumulte ledit ne pourroit cftrcnbsp;entretenu. Partant quils fedeuoyent contenternbsp;quonleur permettoit de viure en leurs maifonsnbsp;douce-
-ocr page 169-CARDINAL Dt LOR. 78 doucemêt.fans fcandale,amp; fans cftre recerchcz,nbsp;pourueu quils ny filfent aucuns prefchcsi adminbsp;nirtratioii de Sacrcmens, ny autres exercices denbsp;leur Religion. Or ceux de Guife fachans biennbsp;que le Prince de Condc AfesalTociezcftoyentnbsp;auparauanc parpluficurs fois entrez en proposnbsp;(comme aufli ils tindrent lors le mefme langagenbsp;à la Royne) que pluftoft quaccorder de leurnbsp;part quon forçaft les côfciences. amp; confentir ànbsp;chofe qui fuft contre lhonneur de Dieu amp; fa donbsp;ârine, ils aimcroyét mieux fortirdu Royaume,nbsp;Voire aller en exil perpetuehaduertirent bien exnbsp;preflement la Royne de les attirer encor en cesnbsp;termes par le moyen de cell abouchemet, amp; lesnbsp;prendre au mot. Elle leur promit ce faire, cenbsp;quelle exécuta diligemmet, car apres auoir dc-clairé au Princes amp; aux fiens que leurs protefta-tions touchant la manutention des edits amp; de lanbsp;Religion neftoyent receuable, accepta lautrenbsp;poinâ: fort libéralement, afauoir quil valoirnbsp;mieux quils feretiraflent de France, leur promettant de leur en faire expedier tant généralement que particulièrement toutes telles lettresnbsp;de feureté quils demanderoyent.Puis apres,tenant leur retraite comme afl'curcc,commença ànbsp;leur difeourir du temps que le Roy feroit horsnbsp;de minoritc,amp; comme il y en auoit qui la mena-Çoyent de la faire durer iufques à laagc de vingtnbsp;gt;ns:mais quelle auoit bien délibéré de le fairenbsp;maieur à laage de quatorze ans, amp; quelle saf-Icütoitjfi on luy vouloir en cela contredire,que
-ocr page 170-LA LEGENDE DV ledit Sieur Prince amp; les liens ne faudroÿentdènbsp;luf venir aider amp; affilier,. Elle ne fc contentanbsp;pas de feruir fi matheureufemet à lambition denbsp;ceux de Guife, amp; à la fieuiic auffi ; mais'dés lenbsp;foir nielmc citant de retour à Talfy, dcfpefchanbsp;Ramboillct J pourellre le lendemain du grandnbsp;matin au Icucrdu Prince amp; des liens, pour lesnbsp;halter de partir,amp; luy rapporter le teps amp; Thennbsp;re quils sachemincroyent prturfe retirer horsnbsp;du Royaume.Elle efcriuic auifi vnc lettre auditnbsp;Sieur Prince par laquelle elle promettoic luynbsp;faire tenir dix mil efcus.Ià part quil feroit; monnbsp;llrant par là, quelle feruoit d inftrumcnt àceiixnbsp;de Guife pour les chalfer.Un quoy chafeun peutnbsp;voir quelle route cômeça dcYlors à prédre Id pônbsp;urc Frâce.oflant fi malhcurculèmctgouuernec«nbsp;Làdelfusle Prince fc retire en Ion campa*nbsp;uec les Seigneurs qui laccompagnoyent, ayantnbsp;premièrement defcouucrt àla Roync merecenbsp;quil auoit defcouucrt des menées de ceux denbsp;Guife,pour fc faifir de luy au retour de ce pour-parler.Mais tant sen faut quils rôpifl'ent fa cotinbsp;Ilâcc, quau£Ôtrairc,3pres seftre refolu de mainnbsp;tenir les loix amp; liberté de la patrie,amp; rendre fonnbsp;deuoir à Dieu amp; à lEglifc contre la violencenbsp;des cnnt mis ; il leur prcfcntadcuxloisbataille.nbsp;Mais le Duc de Guife amp; les fiens qui au parauatnbsp;fe fioyent tant en leurs fôrccs,fcns amp; cxpcriéce,nbsp;que dolcr dire, mcfmc dctiant le Roy, quaucCnbsp;trois cens hommes darmes, ils ne faudroyentnbsp;de mener tellement battâs tous les l lugucnots»nbsp;quils
-ocr page 171-CARDINAL DE LOR. 79 quils auroyent bien àfairc à guigner viflpmcncnbsp;les coings duRoyaume pour fc fauucrJoi s aptenbsp;toutes les forces quils auoycnt pratiquées durant fept ouhuiâiours,amp; depuis aflêbletsfopsnbsp;le nom amp;: authority du Roy, ne peuret faire autre chofe ny trouucr meilleur expedient que denbsp;^fcdcfroberamp; defeamper denuiét pour gaignetnbsp;Blois,ville de nulle force,où ils trouucrëc de ponbsp;urcs habitans tous defarmez, dcfqucls ils inalfanbsp;crerent les vns,noycient les autres,violetét fernnbsp;mes amp; filles,amp; firét de merueilleux pillagesipuisnbsp;ayâs ce palLge ouuerr,flllcrét faccager piuficursnbsp;autres villes amp; fourrager vue bonne partie dunbsp;Royaume. Le Cardinal fuiuoit larmce auec lenbsp;Legat du Pape,pour couper chemins à tous monbsp;ycs amp; ouuerturc daccord,amp; pour entretenir Icÿnbsp;troubles, dont il ne faut pas plus certaine preu-Ue quvn mémoire qui fut furprins alors, lequelnbsp;il cnuoyoit au Duc de G uife iô frère amp; à fes cô-pagnons en leur câp à Blois, par Scure Contrç-rolleur de la maifô de fondit frere. Ce mémoirenbsp;contenoit ces propres mots,cntre autresiQnantnbsp;à rompre amp; einpefcher ce qui fc met denou-ucau en auât pour accord,ceft ce qui cfl le plusnbsp;faal life, amp; où Ion a le plus de pclnc:amp; ne croyeznbsp;iamais quon fe garde dy cntcndrc,amp; prefternbsp;loreille, amp; quil foit accordé sils nefe foumet-tent aux offres que la Roync dit leur auoirnbsp;faites. Peu apres il adioufte, Q^ant à fe tenir près de la Roync, tout cela fc fait, amp; y fait-on tout fon pouuoir felon rinftruélion,fansy
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perdre heure ny occafion,amp; côtinucra-on.QuSt au Pape, ce font longueurs lî grandes que Ionnbsp;nen peut venir à bout,amp; ne tiet à en ci ier, vo.rcnbsp;à sen courrouccr.Qranc au Iccours de F'âJres,nbsp;nous ny voyons rien de prtft que de grande Ionnbsp;gueiir,amp; fl en parla-on encores hier àlAinbaf-iadeur, qui dit auoirfait fon deuoir den eferirenbsp;à madame de Parme. Quant à Meaux,nous na-uôs nulles forces pour y rien faire,on void fi onnbsp;les pourra attirer à fe rêdre. Noublicz le Mansnbsp;amp; Bourges fur tout: amp; faites que partis doù vo*nbsp;cftcs,cc ne foie à recommencer. Le meilleur eftnbsp;de vous hafter de dcfnicher vn peu rudcmcc nosnbsp;rebelles.Q^ant à la declaration de rebellion elle fut hier Icuc au cor.fcil,amp; fembla bien à tous.nbsp;Elle aeftcdreflccparles gens du Roy amp; deuoirnbsp;eftre auiourdluiy publiée. On dit quon à promis de ne rien faire fans vous: amp; vous lcnuoyc-on pour y adioufter ou diminucr.Ccft autât denbsp;temps,maisrcnuoyc2 la incontinent.
Le Car- Celle declaration de rebellion fut pratiquée dinal par le Cardinal,afin de rôpre les forces du Ptinnbsp;fait de- ce de Condc, 8e par ce moyen venir aifément ànbsp;flairer bout de fes dclfeins.Lc 27.de luillct i0 i. lar-rebellet reft eh fut prononce en Parlement à Paris.Maisnbsp;ceux le Prince 8e les liens ayans prcmicremct reeufenbsp;9«» joplasefclauesdeccux de Guile qui fe preparoyctnbsp;fefent à faire cefte declaration, 8e monftrc puis aprèsnbsp;afetnbsp;nbsp;nbsp;liniquité dicelle:le Cardinal nauaça pas beaU'
deffeint coup de ce cofte, linon de faire cognoiflre fes pratiques 8e rebellions, comme cela fut publicnbsp;deftofS
-ocr page 173-CARDINAL DE LOR. 8o dcflors cn la rcmonftrance que ledit Sieur Prince amp; fes aifociez en tiientàla Royne, où lesnbsp;mots font notables entre autres: Si on vient regarder dvn dro t il, les parties de celte cau-Ic, on trouueta gue ledit Sieur Prince amp; lesnbsp;aflbciez ontefte taiifl'emcnt déchirez rebelles,nbsp;par ceux qui Icfot veritablemct. Ils ontefte dc-clairez feditieux par ceux qui depuis la mort dunbsp;feu Roy Heniy,ont caufé tous les troubles aue-nus cn te Royaume. Ont efté dccl irez criminels de lefe Maieftepar ceux qui oppriment lanbsp;Àlaieltédu Roy, aboliirentfesordoonances, amp;nbsp;abultv de fon nô Su' authorné,poureftablir leurnbsp;grâdeur au pris de fa ruine.Ceux là,ceux là fontnbsp;criminels de lefe Ma'cftc diuine, dcfquelslcsnbsp;ce jures ont toufiours monftré quils ont lambinbsp;tion pour leur ieu, lauaricc pour leur Religion, 8i les voluptcz de ce monde pour leur paradis amp; derniere félicite: qui ont iurc de faire lanbsp;guerre au Fils de Dieu, à fa parole Si à ceux quinbsp;la maintiênnct; quifontadedAnabaptiftesennbsp;réitérant le B iptcfme des ertfans ia biptifcz Cc-lon lordônancedc lefus Chnftiquiont les mainbsp;fons plaines de rapines, amp; les mains fanglantcsnbsp;decru.iiitez. Ceux-là aufti font criminels de lefe Miicfté humaine, qui ont violé les edits dunbsp;Roy, prins les armes cotre fon cô nandemet amp;nbsp;fâify fa perfonne.qui font amis intimes, amp; fe fernbsp;tient en ce fait de ceux qui ont voulu cn rauilTantnbsp;la fecôJe perfonne de Frâce, oporimer le Roy,nbsp;amp; mettre fon eftat cn confufion Si ruine. £t,s41
-ocr page 174-LA LEGENDE DV faut pafl'çr plus outre, ic dy que ceux là font cri»nbsp;mincis ^e lcfeIÿl4E.üc,qui oin fa.tdcniitteniêcnbsp;vne maudite fqnfpiration cn.Prouencc par le?nbsp;mainsdeLaunsPrcfidentcn U Gour de Parie.nbsp;nicntdAiXjConiointapcc pabiiec Ccrbeionncnbsp;Gouuernein dAu.gnon pour.lePjpcsrendant,nbsp;afin dalic nfiicrquinaeniil h,ymn'..eamp;flUi njav-choycnt(cummcils critaifpycnt Ic/crD'Cnt) par.nbsp;le commandement du Duc de Guife.'Dout 1-a-bricefournifioit milhomipes de piçd.dc deuxnbsp;cens cheuaux. Ccfic confpiration venue cn.co-,nbsp;gnoilfancc, Si vérifiée parla Cour de P.irlcniçtnbsp;de Prouence, Entrages amp; Laydct, deux principaux Capitaines de celle fadiou , curent les telles trenchecs,pararre(l donne en ladite Cour.nbsp;L t fi ce lieft allez, iadiouftçr.y dauantagc,qi!enbsp;lefditsdeGiiifeontfàitvn fembl.gt;b,!c completnbsp;en Dauphiné,par le Capitaine Mantihcfperansnbsp;parce moyen armer ces deux Piouinces, pournbsp;faire le tout enfcmble marcher à leur dévotion.nbsp;Tant y a,qiic cesconfpirarions faites poi r abolir la prédication de lEuagiUsccs leuees de gés,nbsp;ce ferment lait de marcher au commandcncntnbsp;du Duc de Guife,crient tout haut que luy amp; fisnbsp;confpiratcurs font rebelles, fedirieu);amp;ctimi-ntlsdclefeMaicfté diuinçamp;;,humaine. Et^unbsp;contraire, quç ceux là font vrais amp; fideles ferui-teurs du Roy.qui fc font oppofez amp; oppo-lentnbsp;Vertucufcmçc à leurs rebellions, foditfonsA attentats contre la Maieftédu Roy amp; lb ftatdenbsp;tout ce Royaume. Et de cela, outre ce qui a c ftenbsp;dit, lolt
-ocr page 175-CARDINAL DE LOR. ditjfoit cncorcs tcfmoinlc rcnucrfcmcntdc Janbsp;police amp; iiiftice de cc Royaume, Ôi mtfmcs denbsp;Ia Cour de Parlement à Paris. De laquelle ils lenbsp;font fcruis en ce faux amp; pernicieux jugement denbsp;rebellion.- nepouuans auffi trouucrvne autrenbsp;compagnie qui fuft tâc corruinpue amp; dcpra uec»nbsp;amp;tantefclaucde leurs volontczamp; appetis quenbsp;ceûe là. Comme de fait,tous ceux qui y rcftentnbsp;auiourd luiy,ou nennet leurs cflats de la faueurnbsp;dcfdits de Guife amp; de leurs adhéras, ou efperétnbsp;en auoir dauti es par leur moyen.Et mefmcs lesnbsp;principaux dentreux font notoirement corn-prinsen laconfpirjtionamp; 1 guefaitcpar lefditsnbsp;de Gu. fc «Su adhéra ns.
Voila ce qui dcllorscftoit public' à lcncon- Finef-trcdcccux de Guifc.Maisàccfte fubiilitédcfai fesdti re dcclairer rebelles ceux qui portoyent les ar- C»ird^nbsp;mes auec le Prince dcGondé,lc Cardinal en ad- nalÿournbsp;ioufta encor quelques autres. La premiere fut mamtenbsp;défaire amener au camp de fon frere.le Roy amp; «ir/rrynbsp;la Roync,quil enuoya quérir par le Roy de Na rurmie.nbsp;uarre : puis fit marcher ccfl enfant amp; celle femme,comme en triumphe, pour mieux coüurir lenbsp;but de celle guerre. La fécondé fût de gaignernbsp;du tout à eux les cllrangers,amp; mcfmcsles Prorenbsp;Hans Alemans quils firententrerdans le Royaume. Cependant ils sen moquoyent amp; faifoyctnbsp;leurs rifees de la Religion des Protellans : dautant (difoycnt-ils) quaucc de largent ils Irsfai-foyent venir exterminer lEuangilc en France,nbsp;qucux-mcfmes auoycnt plante en Alcmaigne,
I.i.
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Se dont ils faifoyent encor profeüion. Pourfe moquer encord avantage des Alemans,ceux denbsp;Guiielcur firent entendre que dés long tempsnbsp;ils vouloyécintroduirc lacôltffion dAusbourgnbsp;en France, ( laquelle le Cardinal auoit dcfcllcenbsp;en plaine aü'cmblee à Poiflÿ, amp; depuis à \aucr-neprotefteau Duc de Virteinbeig quil laprounbsp;uoit)amp; quils leulfent ia fait, neult elle quils a-uoyent elle tonliours cmpefcliczparlc Princenbsp;amp; fts adherans, lefquels ils cliargçoyent dcllrcnbsp;rebcllesjdc vouloir vfurper la Couronne, qu ilsnbsp;eftoy.cnt Anabaptiftes, A t hciQcs,gês fans foy amp;nbsp;Religion.
Z; Car Pendant ces cliofcs,on noyoit que tcmpeflcs dinal toute la Francc,amp; horribles confufions,3mnbsp;¦Z/44«nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;déduites es difeours quien onttflépu
Conci- blic2,amp; qui le ferôt encor.Mais le Cardinal vou lant afi'eurer fes afaires comme il pourroit, délibéra laifler fes frétés befongnans en France,taunbsp;dis quil yt.oit faire fes pratiques auec le Pape,nbsp;lEfpagnol amp; autres au Concile de Trente, lenbsp;tout fous prétexté de Rcligiô,amp; de laquelle il fenbsp;moquoit tout ouuerttmctrcar à Gyen amp; à Bloisnbsp;entre autres articles quil fit fignerau Royamp;ànbsp;tous ceux de fon con(eil,pour les faire pafler aunbsp;Concile difoit-il,mais en cfFeét,pour amener lenbsp;Pape amp; les fiens à ce quil pretcndoit.il y en eutnbsp;cinq entre autrcs,ou Ion peut remarquer lcfpritnbsp;du Cardinal. Le premier eftoit, que le Canonnbsp;feroit retrâchéde la Méfie,amp; le refteferoit corgt;nbsp;rige à la forme des anciénes liturgies,8f profèrenbsp;en Ftan-
-ocr page 177-cardinal de lor. 8z cn François. 2. Qnc les Pfeaumes fcroyentnbsp;chantez dans les tcpics felon k traduction Fran-çoife, qui en a eftê faite, corrigée toutesfois parnbsp;les docteurs de Sorbonne, autant rudes poètesnbsp;(encores quiis boyuêr bien)quemauuais Theonbsp;logicus. j.Quon participcroitindiflêrcmmencnbsp;à la Cene fous les deux cfpcces. 4. les pcinnbsp;turcs plates fcroyent permifes dans les temples»nbsp;pourlhiftoirc feulement, amp; que les images ennbsp;leroy ét oftccs : ou à tout le moins que le peuplenbsp;feroit admoneßede ncicshonnorer ny fimple--ment ny rclatiucmcnt. 5.Et finalement que lcsnbsp;Prieurs amp; Curez intcrprctcroycnt ou fcroyentnbsp;interpreter à leurs dcfpens lEpifirc ou lEuanginbsp;lcdu jour au peuple. Ainfi manioit la Francenbsp;cert cfprit turbulent: quicontredifoit à tous, amp;nbsp;cftoitde tou5contrcdit,mcfmesà Rome le Carnbsp;dînai Vitclly le reprint aigrcmétidifant que ce-ftoit vn brouillô amp; vn remucur de mefnage,quinbsp;feulparfcs pratiques tailloir plus de befongnenbsp;en vn iour que le côfiftoirc des Cardinaux nennbsp;pouuoit coudre en vn an.Pour mieux faire fa pi-pee,il traina aucc luy neuf Euefqucs,quartes Abnbsp;bc2,amp; quelques Sorbonniftes, amp; arnua 3 Trente au mois de NoucmbrciÇ'ôi.où il fit vnc ha-ranguc le 23.iour du mefmcinois, en laquelle ynbsp;a quelques chofes à remarquer. Premièrementnbsp;il confelfc que ce qui a attiré le iugcinêt de Dieunbsp;fur la Fi âcc,cft la corruption de murs en tousnbsp;Eftats, amp; lentier rcniierfemcnt de la difciplincnbsp;de lEglifc. Puis fur le milieu,parlant de ce quenbsp;l.ii.
-ocr page 178-LA LEGENDE DV requiert le Roy de France: Il demande de nousnbsp;(dit ce bon harangueur) que nous euitions tousnbsp;nouueaux débats,autant que fane fe pourra,quenbsp;nous laiflions toutes queliions nouuellcs amp; in-fruétueufes, que nous procurions félon noftrcnbsp;pouuoir que tous Princes amp; pays sabüienncntnbsp;de faire gucrre.ils nous faut titre eniicrcmêt ef-longnczdcce delir dcfinouuoirla guerre, denbsp;peur que ceux qui fe font retirez daucc nous n enbsp;ftimctquece Côcilcfoit tenu pluftoft pour inciter les Princes à prendre les armes, amp;. pour fainbsp;re des alfociations amp; alliacés pour quelque gucrnbsp;rc, encores quelle fuit fainâc, que pour pour-noir àla reconciliation vmuerfclle des efprits.nbsp;11 fait mention puis apres de la reformation denbsp;r£glifc,amp; pour la çonclufion le fournée au fugenbsp;Romain.Le Icótcur peurpcnftr que vouJoitdire tout ce langage. Auflidclàncccfla il de machiner contre lellat du Royaume , dont ilrccc-uoit lettres de iour à autre, amp; fans Iiiy rien ne fenbsp;faifoit en France. Comme nous le verrons encor cy apres. Mais pus que nous fommes fur fônbsp;feiourau Concile, nous y adioullcions encornbsp;quelques ligues. Si toll quil cntêdit la mort dunbsp;Duc de Guife fon frere , fur lauthorité duquelnbsp;il auoit aflis fon clpcrance,il fe propofa Ibudainnbsp;de ne rotourner iainais en France, amp; de mefmenbsp;inconftance que de couftumc,tourna fon efpricnbsp;vers les afiires dItalie, gratifiât en tout ce quilnbsp;peut,non fculemét le Papc,mais les autres Prin-ccseftrangcrsjamp;furtourlc Roy Catholique.
Au
-ocr page 179-C A RDINAL DE LOR.
Au parauant Ia nouuclle de cefte mort, il auoit tenu ferme auec les Eucfques dEfpagne pour Ianbsp;relidcnce des benefices, contre les difpcnfes dunbsp;Pape, amp; maintenu quelles eftoycnt de droit di-uin;mais toll apres il changea dauis, amp; auec lesnbsp;fiens maintint quelles eftoyent de droit pofitif,nbsp;amp; à la pluralité des voix lemporta. Au moyê denbsp;quoy lArcheuefque de Grenate seferia toutnbsp;haut que le Cardinal de Lor.les auoit trahis.Etnbsp;dautrepart,comme le Conte de Luna AmbalTanbsp;dciirduRoy dEfpagne euft différé de fetrou-uer au Concile.pource quil defdaignoit deftrenbsp;audefl'ousde lAmbaffadcur de France,le Cardinal fut auteur de ly faire vcnir;8fpour gaignernbsp;la bienuueillance de l'Efpagnol. fit bailler à cefl:nbsp;ambaffadeur d Efpagne le heu plus honorable,nbsp;fit perdre au Roy de Frâce la prefcance qui na-uoit iamais efté en difpute.
Mais voyons fi fes frètes demeurez en Frâce Siege eftoyent meilleurs feruireursdcla Couronne, de Eoi 'nbsp;Le Duc de Guife, tenoit le Roy amp; la Royne en^esnbsp;fesmains, lesfiifanttrotter çà A làjamp;affifterà denbsp;la prinfedes villes,amp; fe cachant fous leur authqnbsp;rité pour ruer fes coups. Car quant au Roy denbsp;Nauarre,il sen moquoit dvne fiçon efttâge. Ilnbsp;affiege Bourges au mois dAouft. Ceux de dedans fe rendirent en Septebre. Le Duc de Guife y fit entrer le Roy amp; la Royne, vfantlorsdenbsp;nicrueilleufcs menaftes amp; outMgcufes parolesnbsp;Contre ceux qui seftoyent rendus.Tous ceux denbsp;la Religion en ces quartiers traitez pirement,nbsp;l.iii.
-ocr page 180-LA LEGENDE DV -que sils cuflent cftc Turcs ou Juifs, Le Duc dAumale amp; le Marquis dEllcbcuf eftoyent ennbsp;Normâdiejlvn deuâc Rouen,amp; lautre à Gaen.nbsp;Mais quelques gros amp; gras quils fuflcnr,ils na-uaiKcrcnc pas fort de ce colle là. Le Sieur denbsp;Moruillicrs eftoit à Rouen,amp;dans le fort Saintenbsp;Catherine y auoit li bonne garnifon que le Ducnbsp;d'Aumale ne fit que perdre gens amp; munitionsnbsp;tout le lôgde leflc.Mefmes les affiegez, pour fcnbsp;moquer de luy.luy drefl'oyent des gargouilles çànbsp;amp; làioù ilfaifoit defpcndre inutilement fes pounbsp;dresamp; boulets,corrmc sil euft voulu dcfnichcrnbsp;despafiereaux. Au reftechafeuncftoit maifttenbsp;en fon tamp, tellement quvn iour vn enfant denbsp;Rouen cflant forty pour aller voir les deporte-mesdu Duc dAumale,fonder fescntrcprifcsamp;nbsp;deffeins, ayant veu quil ny auoit fi petit ruftrenbsp;qui ne fc mcflall de le cofeiller fSc de cômâder ennbsp;fa prcfencc,rapport3 quil auoit veu force Capinbsp;taincsîk peu de foldats.Parquoy(dit-il)vous nenbsp;fies en danger,(lnon quand MonlieurdAumalcnbsp;dort. Le Duc de Guifeappcloit cependant lesnbsp;eftrangers,comme Jcalicns,Efp3gnolsamp; autresnbsp;pour brouiller tout de plus en plus. Et entciidatnbsp;que la Royne dAngleterre fe preparoit pournbsp;donner fecours au Prince de Conde,fachâtquenbsp;la Normandie elfoit la dcfccnte,y mena incontinent fon armee traînât -le Roy, la Royne merenbsp;amp; le Roy de Nauarrc,qui y fut bit fie au ficgc dénbsp;Roucn,dontil mourut toftapres, rcccuantlenbsp;falaire de seffre adioint aux ennemis de la Couronne
-ocr page 181-CARDINAL DE LOR. 84 Tonne amp; aux Gens. Rouen fut prins, Si toute vionbsp;lence y fut cxcrcec.Ccla fait,le Duc de Guife rcnbsp;uicnc à Paris eflant en perplexité, à caufe que lenbsp;Prince de Condc ayant rcceu fccours dAlcmainbsp;gne vcnoit le trouuer.Maix fur ces cntrcfaitcs,ilnbsp;cRfortiGc de nouuellcs compagnies de Gafcôsnbsp;amp; dEfpagnoIs, tellement quil délibéré empe*nbsp;feher que les Anglois ne fc ioignilfent au Prince.nbsp;Làdelius furuintla bataille donnée à Dreux au Batail-moisde Décembre, ou les chofes fc palVcrentdenbsp;comme Ion fait. Mais corne le refus que le Duc Dreux,nbsp;de Guifc Gc lors de charger lors que le Conne-ftable le luy enuoya dire ( qui taufa la prife dunbsp;Conncftable) GtquepluGcurs cGimerent quilnbsp;ccrchoitceftaccidciic , amp; les autres Iccognoif-fjns iugerent quccefloic faute de courageiaufGnbsp;print on de là argument pour saGcurer de toutnbsp;ce que ce grâd guerrier Gt depuis cefte iournee.nbsp;Car to cófcGcnt quapres la iournee de Dreuxnbsp;toute la force de ceux de la Religion confiftoitnbsp;en la troupe que lAmiral tenoit aux champs,nônbsp;pas en la ville dOrlcâsquvn chafeun tenoit imnbsp;prenable,lAmiral demeura faiiue. AinG donc lanbsp;raifon vouloir que le Duc dcGuife sattaquait ànbsp;celuy , lequel vaincu, la ville dOrléans tciidoitnbsp;les mainsmon pas à confommer les hô.ncs,largent,les munitions amp; les forces à la prinfc dvncnbsp;ville, laquelleprinfc Atabbatue ne faifoitqucnbsp;rendre lAmiral plus fort,plus acort amp; cfut illé ànbsp;nouuclles amp; hazardeufes entreprifes. On cou-cluoit de là, que le Duc de Guifc auoit eu faute
l.iiii.
-ocr page 182-LA LEGENDE DV tk fens amp; décourage, de nauoirfccu ou oCc future lAmiral fe retirant en Normandie,amp; de la.nbsp;uoir laide tellement fe renforcer de viilcs,depUnbsp;ces,de forteredes, de gens, dargent amp; de toutesnbsp;autres munitions. Mais aufii les plus grans amp; lesnbsp;plus experts delà France tienent pour certainnbsp;que fi la guerre euft plus longuement dure, lA-niiraleull fait rcceuoirvnc bote immortelle aunbsp;Duc de Guife, lequel à Dreux ne lofa regardernbsp;au vifage, ne fortant dOrleâs pour aller en Nornbsp;mandie le fuyure au dos : encores que lAmiralnbsp;fuft forty à petite troupe de ladite ville affiegee,nbsp;padant vne partie de la Frâce, amp; en la barbe dunbsp;Duc de Guifeforcc villes corne Touque,Caen,nbsp;Falaize, Argenten, Vire amp; autres de Normandie, prins forteredes amp; Chafteaux, contraint lenbsp;Marquis dElIebeufde faire ioug, amp;fc rendre ànbsp;fa grace amp; mercy,encores quil eut le moyen denbsp;tenir bon,ayant vne place imprenable ( afauoirnbsp;le Cbafteau de Cacn)àfon commandement.nbsp;Mais ce nclloit pas là fon meftier. Il cftoit plusnbsp;propre à manier vne bouteille amp;vn iambon. Denbsp;fait, quelquesioursauant quelAmiralappro-chaft de Caen, il voiiloit senfuir, amp; fans le Capitaine Renouard il fe rctiroit auant quedrenbsp;fomme. De Iiiy donc ne rencontra pas mal à pronbsp;pos vn Gctil bomnic du pays de Caux, lequelnbsp;apres les premiers troubles voyant que larmccnbsp;du Roy doutoit quil y euft longueur au rccou-ürement du Haute dcgracc, leur con/cilladynbsp;faire entrer le Marquis df llebenf; car il ny anbsp;(dit-iO
-ocr page 183-CARDINAL DE LOR, Sç (dit-il)place ft forte,fi munie,fi imprenable,quènbsp;incontinent il ne rende. ,
Cependant,le Cardinal ayant rcceu les non-uellcsdc laiourncede Dreux-.Tout va bicn(dit-il)puis que mon fi ere eft faune. Parlc onplusà Paris de nous faire rendre côptc?amp; puis fe tournant deuers deux Euefques fes fauoris, leur ditnbsp;en fouriant,à ce que ie voy, monfieur mon frerenbsp;orra fes comptes tout fcul.voila où ie les demannbsp;dois.Le R oy de Nauarre eftoit mort. Le Marenbsp;fchal de S. André auoit efte tue. Le Prince denbsp;Condc eftoit prifonnier dvn coftc,amp; le Connenbsp;ftable de lautre.voila où il les demandoit. Luynbsp;amp;fon frere ne redoutoyent plus qucla Roynenbsp;mere, rinconftanccamp; finefle de laquelle ils a-uoyent à combatte. Pour en venir à bour,ils cftinbsp;ment quil ftloit auoir Orleans pour attraper lenbsp;Sieur dAndelot quils bay(Toyêt amp; craignoyct,nbsp;refeourer le Conneftablc pour lauoir du tout ànbsp;leur mercy, fi dauanture ils ne lcuffent fait def-pefeher en la fureur de la prinfe. Ils auoycnt lenbsp;Prince de Condc qui ne fuft pas efcliappcdenbsp;leurs mains à bon marche Et encores quilsnbsp;vifTcnt lAmiral en pieds,fi efperoyct ils le matter auec le tcmps.Pour ceft effed ils firent toutnbsp;dvnc voice quarârc Chciialîcrs de rordrc,amp; dinbsp;ftribuerent les compagnies dhommes darmesnbsp;agens delcur retenue. Auffi le Duc de Guifcfenbsp;defcouuritaflcz quelques ionrs auât fa blcfieu-te.- car fur ce qùvnficn familier luy parloitdenbsp;fiiyure lAmiral,il fîtrcfponfe , Ce ne ferott
-ocr page 184-LA LEGENDE DV peut cftre pas le proufit de beaucoup quils fuPnbsp;lent fl tüH vaincus,le ieu neft pas aflez brouille*nbsp;lay à cübatrc vne plus mauuaifc befte que tousnbsp;les Huguenots enfcmblc, parlant de la Roynejnbsp;de laquelle il Ce pla'gnoiraiTcz fouüctcnfon prinbsp;lie, quelle çfto c meruciUcnfemcnc ingrate entiers luy,amp;.' quelle ourdift'oit fous main quelquenbsp;chofeaucclc Prince de Condé. Mais (difoit il)nbsp;au plailîr de Dieu, qui fait le tort que Ion fait ànbsp;nofti c imifonfparlir de la Prouéee amp; dAnioU)nbsp;amp; de la Couronne auffi ) f auroy le bout des vnsnbsp;amp; des autres: amp; quoy quil coufte, puis que nianbsp;part y cftjien auray la raifon.auant que leieu fenbsp;departw Encores fedcfcouurc mieux l'iniquitcnbsp;de fo vouloir par vn outre propos quil tint, lorsnbsp;quil fit faire ces derniers Cheualiers de lordre,nbsp;(au rang defquels fon fils Henry plus propre encor à iouer aux noix quà tenir cfpcc,eftoit desnbsp;prcmicrs)fur la hôte qutnbsp;à tant de gens de bien amp;¦nbsp;eftoycnt.dy mettre quelques vns quil vouloir:nbsp;vous nentedez pas,dit-il,lcfccrct.ily en n(par-lanr de la Royne) qui veulent viurc en côfufion,nbsp;Â: 11 y en faut tant nicttre,quc le defordre y amenbsp;ne vn bon ordre. Voila le loin quil auoit de lc-ftatdu Royaume. Mais on peut voir commentnbsp;il fe degradoit fiiy-mcfme. En la iournee denbsp;Dreux,le Conneltable auoit efté prins,combatant vaillamment,le Marcfclial de S. André tuenbsp;fur la pl.ice: le Duc de Guife ne s eftoit pçuretinbsp;jcrquauec honte amp; vitupère, ayant rtfufédenbsp;charger
in luydifoittjuilferoit grans Seigneurs qui en
CARDINAL DE LOR. 8(j charger les Huguenots, lors que fon Capitainenbsp;le luy cômanda,amp; dauoir abandonné fon Chefnbsp;au plus fort du combat.il ne fît aucun honnora-blc exploit en celle iourncc là, amp; perdit lhonneur de la prinfc du Prince de Conde oui tomba es mains du Sieur de Danuillc. Mais pour fanbsp;plus grande çonfufion, il eut en refîc le fcul A-miral,duquel il auoittant mcfdit,St eut celle reproche deuant tout le monde , de n'auoir a-ucc toutes fes forces ofé attaquer ccluyquil a-uoit tant mcfprifc, Si quil difoit nauoir vertu,nbsp;proucfle,ny grace de commander. Ce quidefpi-toit extrêmement le Duc de Guife, cfloit de fenbsp;voir bridé par la rçdditiô du Haute de grace auxnbsp;Anglois,qui leur auoit cflé baillé auec quelquesnbsp;conditions qui nelloyent point iniques pour lenbsp;temps : amp; cela feruit à faire ronger les ongles aunbsp;Cardinal amp; à tous fes autres frétés, qui fe virentnbsp;nouuelle befongnctaillee en cell endroit. Ornbsp;tenoyct ils prefquc pour certain que cela ne senbsp;lloit point fait fans lintelligence de la Royncnbsp;mere auec le prince de Condé amp; lAmiral. Partant donncrêt-ils côfeil au Roy dEfpagnc,lcn-tremife de leurs feruiteurs Iccrcts de demandernbsp;au Roy de France quelques villes à luy garder;nbsp;donnans cfperancc à lEfpagnolde les luy fairenbsp;bailler, sil cull cfté tant iniqucamp; mal-auifé denbsp;les demander. Lonfaitle regret quen auoit lenbsp;Ouc de Guife quelques iours auant fa bleff- urenbsp;9 mort deuant Orleans, ainfî quil sen defeou-urit à vn ficn familier ; difànt quil fe repentoit
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bien de nauoir fait bailler deux villes au Roy dEfpagne, au lieu dvne que tenoyent les An-gloisxar ceftoit (difoit- il) le moyen de tenir ennbsp;bride linconÜance de laquelle il chargeoit Unbsp;Roync, amp; lenuie amp; ioloufie quil difoit quellenbsp;potion dcfia à fa grandeur, auecle moyen quenbsp;cela aporroii de taire quelque grand chofe pournbsp;Icurmaifon , dont il ne fe voulut ouuertementnbsp;dcfcouurir : mais auffi il ne peut tant cachernbsp;fonieu, quen difant que parce moyen il euftnbsp;eu fa part delà piece, comme les autres. Ionnbsp;ait bien peu iuger (auec dautres propos quenbsp;depuis il tint encores ) quil neuft intention denbsp;mettre le Royaume en proye, amp; en auoir fsnbsp;part.
Mort Ces mefeontentemensfurentcaufequelA-Duc mirai palfa fcurcmcnt en Normandie amp; sy for^ de Gui- tifiadcnouucau,tandjsquelc Duede Guifcaf-fe. fiegeon Orleans, amp; fe preparoit à plus hautesnbsp;cnttcprifcs,ccftc laexccutec: ne tenant lors quenbsp;propos pleins de menaces contre lEftat ti lenbsp;repos du Royaume. Au milieu defes defleins,nbsp;Pültrot luy lira le coup de piftole, duquel ilnbsp;languit quelques iours en terribles tourmens amp;nbsp;mcrucillcux regrets de fevoir tranche au milieu de fa courfè. Il mettoit quelqucsfois lesnbsp;doigts rn fa playc.A comme il seftoit extrêmement defpijt contre les chirurgies amp; médecinsnbsp;qui nauoycnt peu alongerlavieà François fécond , aufli lors ne les pouuoit 11 voir de bonnbsp;oeil, pourautât quil fe voyoitpris. En fin,aprcsnbsp;auoir
-ocr page 187-cardinal de lor. 87 auoir pardonné à fa femme, amp; lailfé Ja chargenbsp;de fes enfans au Cardinal, non fans charge denbsp;venger fa more amp; pourfuyurc les entrepnfes,nbsp;tant de fois rompues , il lut comme attaché parnbsp;la mort aux fauxbourgs amp; à la porte dOrléans.nbsp;Ainfi périt le plus lier de tous ceux de Guife,nbsp;indigne ( ce difoyent plullcurs ) de mourir en lanbsp;ville où vn Roy clloit mort, amp; ijuil entrallnbsp;Vif dedans les murailles de celle t|'Jc luy C'e lesnbsp;ficnsauoyent deüincepour lamortdvn Prince du fangamp; de plulieurs bons Ohiciersdclanbsp;Couronne.Les Catholiqucs,fpccialcment ceuxnbsp;de Paris ( qui toutesfois nen auoyent occafion)nbsp;comme il fera dit cy apres, firent vn grand dueilnbsp;pour fa mort. Le Roy de Nauarre auoit eftenbsp;tué douant Rouen. Le Marelchal de S. André,nbsp;le Duc de Neuers amp; autres à Dreux.On nen fitnbsp;aucunlemblant. Mais pour monficur dcGui-fe qui auoit abandonne fon Capitaine,qui coinnbsp;batoitpournc rendre copte aux f flats de Frannbsp;ce,qui auoit violé les edits, amp; vouloir auoir rai-fondeceux de Valois, on fit des pompes fune-brcsjcomme à vn Roy. Or,comme apres le dc-ces de Frâçois fécond, toute cefle cour qui enuinbsp;tonnoit ceux de Guife, sefuanouit, amp; toute leurnbsp;multitude fe conuertit à linflant en folitudc, amp;nbsp;mefmes plulieurs qui les auoyent fuyuis eflo-yent prefls non fcuUment à tenir le baflin à quinbsp;leurcouperoitla gorge ,ains mefmes de les ef-gorger: femblablement apres la mort de leur aifnbsp;né,ils dcmcurercc côme vn corps perclus de fes
-ocr page 188-LA LEGENDE DV membres, eftans abandonnez de la plufpart, amp;nbsp;poiiriadcfmcfurce puillance quils auoyent v~nbsp;iurpcc, deuenus odieux à ceux qui leur cltoycntnbsp;plus équitables- Lt pourtant le Cardinal,qui e-Itoit lors à Trente,commença à regarder à nou-ueaux moyés pour comencer par vn autre bout:nbsp;amp; commença par l'Efpagnol, dont mefnies il Icnbsp;defcouurit depuis à vn principal confeiller dvnnbsp;grand Seigneur Frâçoisicar apres auoirfort def-crie amp; blafme lelbt des at'aircs de France,il luynbsp;difoit, quclcgouucrncmcnt dLfpagnc eftoitnbsp;excellent amp; beau, là où les grans du pays ticnnétnbsp;le Roy en bride, fâs quil fuit loifible au Roy denbsp;sen louer, côme de icttôs,hiifant que celuy quinbsp;nen valoitquvncn vaut tanroftdix.tantoli têt,nbsp;tantoftdix mil, amp; quand il luy plaie le remet ànbsp;vn: amp; ne feroit pas (difoit-il) mal aife derarigctnbsp;la France à fonpoinâ. Cependant il fiifoitdunbsp;plurcur, cfcriuant des lettres confôlatoires àf»nbsp;mcrc,Iclqucls à grand peine fauroit on lire fansnbsp;rircjfpecialcmcnt où il eferit ces mefmes mots.nbsp;Madame, ic vous dy que iamais Dieu nbonoranbsp;tant mere, ne fit plus pour autre ficnc creaturenbsp;(iexcepte toufiours fa gloricufc mere) qu ilanbsp;fait.Mais ce bon fils de la plus Iicurcufe du monnbsp;de apres la vierge Marie Eiifoit dautres nouuel-ucs pratiques contre lcftat de fon Roy Sc dunbsp;Royaume, comme nous le verrons maintenant.
Premie Le Duc de Guife ayant la bouche clofc.incô-repact- tinct la paix sauança,mais de telle forte ce pen-licatto, dât quon cognut que les memoires que le Cardinal
-ocr page 189-CARDINAL DE LOR. 88 dînai auoit laiifcz auant qualler au Concile,feenbsp;uoyéc de beaucoup.Car i edit de Jûjier fuc comnbsp;me aneantjjle Prince de Code recule de la charnbsp;ge qui luy appartenoit comme au premier Prince du fang; lAmiral amp; aucrc.s grâs Seigneurs denbsp;la Religionefloignez delà Cour, fpetiakmencnbsp;r Amiral, auquel on mit la refolution du coupnbsp;donné au feu Duc de Guife, qui elloit vn artili-cc du Cardinal amp; les liens pour tenir toufioursnbsp;leau trouble amp; ne venir iamais à compte : amp;: denbsp;la Roync mere aufii qui en ceft endroit fauor:-loit ceux de Guife, citant bien aife dellongnernbsp;defes (üs toutes gens dbonncur,afindelescllc-uer amp; t.içonnerà fon humeur, dont les effectsnbsp;fe monlti erent bien depuis.
Depuis les premiers troubles iufqucs aux fc- Dlt;^gt;or-cons, furuindrent beiucoup dcchofesen Fran- teniens cc,où les artifices de ceux de Guife apparurentnbsp;en beaucoup de fortes, à la ruine du Royaumcj Gm-commenous en toucheronsicyquelques parti-cuLiritez plus not3blcs,fans trop nous arrefter ànbsp;la circôltancc des iours: ioint quen traitant desnbsp;tors quils ont fait aux Princes du fang, à La No- »»erxnbsp;blcHc, aux Eftats amp; aux particuliers du Royaunbsp;rne,on verra les particularitcz que nous palfonsnbsp;maintenant.
Prcmicrement donc,le Cardinal fait inftancc rr»xfe-vers la Roync mere de faire bailler lFftat dc^o/ts. grandiMailtrcafonneucu Héryfilsdufeu l^ucnbsp;de Guife. Et côbicn que celt enfant fuit du toutnbsp;incapable dcccltc, toutesfois au grand deshon-
-ocr page 190-LA LEGENDE DV neurdu Roy, de toute la Frâce, amp; pardefpit dunbsp;ConncJlable, amp; de ceux de la Religion, que lanbsp;Roync cômençoie à haytjil fut efleu grand Mai-ftre,ayant befoin encor alors de verges amp; de prenbsp;cepteur.
Depuis la mort du Roy de Nauarre, la Roync mere elloitdcuenue Catholique. Carelle craignoit que le Prince de Condé lors premiernbsp;Prince du fang ne voulull tenir fon rang,amp; cornnbsp;me 11 la cognoiflbit,la ranger à laide de ceux denbsp;Chaftillon,amp; du Côncftablcmcfmcs(lcs bouilnbsp;Ions duquelcommençoyent aucunement à fe tenbsp;froidir)pour luy öfter legouuernement.Le Carnbsp;dinal preuoyant que fi cela aucnoit, luy amp; lesnbsp;freies eftoycnc desferrez, fc rclolut dy donnernbsp;ordre. En raftémblce dÜrlcans, les Eftats dvnnbsp;commun accott auoycnt fut grande complainte des dons immenfes des Roys Henry amp; François fécond faiisà pluficurs pcrlonncs,les vnsnbsp;indigncs.les autres outre mcfiirc.amp; défaire rendre compte à ceux qui auoyct eu charge amp; coninbsp;niandcmct es finances.La premiere de ces plainnbsp;tes, quant à lindignité des perlonncs côcernoitnbsp;principalement amp; iufquau fond du cceur la Dunbsp;chefte de Valctinois amp; toute fon ordurc:amp; quâtnbsp;à lcxccs touchoit au vif ceux de Guifc,le Marc-fchalde S, André amp; quelques autrcs.La fécondénbsp;plainte regardoit du tout ceux de Guifc,fur toutnbsp;au regard de François fécond quik auoycnt manbsp;nie à leur plaihr, amp; fous le regne infini« deniersnbsp;s'eftoyentcfcoulcz. Dautre cofté la reformation
-ocr page 191-CARDINAL DE LOR. 8^ liondeleftac Ecdefiaftiquc dont la NobleÜcnbsp;amp; Ie tiers Ellat Eifoyent inrtancc, Eifoit mourir le Cardinal tout debuut.Pourfaire efuanou-ic celte pourfuite, ils ne troimcrct plus promptnbsp;expedient que dallumer celle guerre ciuile. Ë-ftant appailce,il met en auant à la Royne mere,nbsp;que pour empefeher que le Prince de Condc ennbsp;sauançant felon fon degré ne luy oliait fon gounbsp;uctneincnt j il filoit faire dcclairer le Roy Majeur , fuyuant ce quelle en auoit aufti délibérénbsp;auant la mort du Roy de Nauarre. Or salfcu-roic le Cardinal que tandis que la Royne merenbsp;demeureroit maillrcffc, les comptes ne fe ren-droyent jamais. Pource que permettans aux E*nbsp;ftatsdc fonder de fi près ledeporttmêt desgounbsp;uerneurs, il y auoit danger quaucc le temps onnbsp;ne la reccrchaft elle mefme. Et quant à la reformation du Clergé, illuy monllrcle dangernbsp;quil y auoit dauâcer ceux de la Religion(ce quinbsp;auiendroit en ce fiifant ) pource quelle auroicnbsp;lEfpagnol, le Pape, amp; tousles Catholiques ennbsp;telle, perdroit fon credit, amp; (peut ellre) (on aOrnbsp;thorité aufli. Suyuant tels confcils, le Roy tollnbsp;apres la paix fut dcclairé Maieur ; amp; la Roynenbsp;mere amp; le Cardinal luy firent iouervn terriblenbsp;rollet, le faifant parler auffi gros que sil cull eunbsp;quarante ans:auin clloyent-ce eux qui parloyétnbsp;parla bouche.
A ccConfeilJe Cardinal en adiouRavnau. tre touchant lindruélion du Roy amp; de fes frères. Car il rcmonftra à la Royne que fi elle per-ITI.Î.
-ocr page 192-LA LEGENDE DV
nettoie que les Princes amp; Seigneurs de la Religion approchaflcntde fesenfans, ou quelle les introduift de fi bonne heure aux afaires, ils fc-royent gaignc2,amp; pourroyent aucc le temps luynbsp;donner de la peine à ellemefmes , ou pour lenbsp;moins luy öfter le maniement des afaires,amp; approcher de leurs perfonnes dautres côfciJlcrs,nbsp;comme les Bourbons. MontmorencisA Cha-ftillons.Pour pouruoir à ce poind.il fait amufernbsp;le Roy à la toupie, à faire ioufter les coqs lvnnbsp;contre lautre, à faire battre les chiens, ou à lesnbsp;harer fur ccftuy-cy ou ceftuy-là: puis à ouyrnbsp;des farces, dan fer, babiller aucc des Courtifan-nestftnalemct à iurcr Si paillardcr,lc tout au veunbsp;amp; feeude la Royne, amp; par lentremife deplu-jfieurs feruiceurs de la maifon de Guife. Et dautant que le Roy cftoit aflez impctucux,pour luynbsp;faire pafter ces bouillons , on le mit à la challè,nbsp;tandis quvnefemme amp; vn preftregouuernoyctnbsp;le Royaume. -
Et pour tenir toufiours en halainc ceux de la Religion, amp; empefeher que le Roy aucc le repsnbsp;ne fauorifaft tcllcmét les deux partis cnfcmble,nbsp;quen fin les artifices delà maifonde Guifenenbsp;fedefcouurilTenr, le Cardinal feeut bien empoinbsp;gner loccafion pratiquée par la Royne mere vnnbsp;peu auant ledit de pacification. On auoit attri-Duc ic ne fiy quelle depofition à Poltrot, par laquelle il confèftbitque l Amiral luy auoit donné charge de tuerie Duc de Guife.Et combiennbsp;qiUC lAmiralentendant cobruit que la Palettenbsp;fcruitcur
-ocr page 193-CARDINAL DE LOR. 90 feruiteur de ceux de Guife faifoit ferner parmynbsp;les Reiftres proteftans qui eftoyent venus au fe-cours de ceux de la Religion, amp; voyant quellenbsp;confcquence cela tiroit, eiift par lettres expref-fes fupplié la Royne mere de faire garder Pol-Ctot,auquel il dcliroit efttc cófrontcmcatmoinsnbsp;elle lauoitfait rirer à quatre cheuaux par arreftnbsp;du Parlement de Paris. En quoy fc vçgt;id Ien-clouéure, amp; Ie merucilleux artifice de la Roynenbsp;amp; du Cardinal.Quant aux menées de la Royne,nbsp;cela requiert vne autre legende. Pour le regardnbsp;du Cardinal,11 fut le plus aife du monde,dauotrnbsp;celle acroche,pour mettre le Royaumeen tron-bles, quand bon luy fembleroit, fe defiaire denbsp;tous lès ennemis de Bourbon,deMontmorencynbsp;amp; de Chaftillon.Et de fait cefte iuftice quil faifoit demâder par la vefucs amp; les enfans du Ducnbsp;de Guife, luy cftoit vn moyen merueilleufemcCnbsp;propre pour fe faire valoir.
Car en peu de temps il pafla bien plus outre, donnant à entendre à la Roync, que iamais fonnbsp;gouucrncment ny lElat du Roy ne feroyent afnbsp;Icurez,tandis que les Bourbons,Montmorencisnbsp;amp; Chaftillons feroyent à chenal: quil les faloitnbsp;humilier, amp;lcur mettre tant de gens en tefte,nbsp;que le Roy amp; ceux qui eftoyct à lentour de luynbsp;demeuraflènt les maiftres.Qiw fi elle vouloir fenbsp;fcruirdefesfrcres amp; noueux, amp;de ceux qui c-ftoyent affedionnez à leur maifon,elle les trou-ueroit prefts auec leurs moyens.Q^e tâdis quelnbsp;le desfauoriferoit ceux de la Relgion, la pluf-in.ii.
-ocr page 194-LA LEGENDE DV part des villes du Royaume employeroyét tousnbsp;moyens pour maintenir elle amp; Ion authorite. ¦
Et daufant que ceuft efté brouiller trop les afaircs toutdvn çoup, amp; i'c hazarder.-vn peu a-aât que de sattacher aux trois maifons fufmcn-tiônecs enfcmble, apres auoir délibéré auec fesnbsp;freres. le Cardinal propofa à la Roync mere»nbsp;qu'ilfaloit Ce desfaire premièrement de ceux denbsp;Chaftillon ; à quoy la iuftice que demandoyentnbsp;ceux de Guife feruiroit de prétexté, amp; dautantnbsp;qu'on ne les pourrnit auoir par force, il leur fa»nbsp;loit mófttet bon vifage pour les attrapper en v nnbsp;coup.Or encores que la Royne vift bic liniqui*nbsp;te de ceconfcil,amp; les ruines qui sen pouuoyentnbsp;enfuyure, toutesfois préférant fonambition aunbsp;repos de fes enfans amp; du Royaume, elle fuyuicnbsp;ce chemin. Car encores quelle n'aimaü gueresnbsp;la maifon de Guife, toutesfois Cachât quelle ennbsp;cheuiroit mieux,amp; quils cftoyent embarquez hnbsp;suant es afaircs,quils employcroyent tous moyen* pour fc ponferuer auecelle, ilncfutquc-ïlionqucdc regarder aux moyens de fedeftairenbsp;de ceux de Chaftillon.Mais comme ils ellnycntnbsp;fur le poinâ de le mett reen bcfongnc,lc Princenbsp;de Condé en plein Confcil du Roy pr nt le faitnbsp;de lA mirai en main, amp; declaira rout haut, quenbsp;quicôquesattacheroitàlAmiralpar autre nionbsp;yen que legitime amp; felon le droit, Juy Prince nenbsp;lenduretoit pas. Cela amp; autres confidcrationsnbsp;furent caufe de cefte belle reconciliation entrenbsp;îAmiral amp;CCUX de Guife faite à Moulins, lorsnbsp;que le
-ocr page 195-CARDINAL DE LOR. jgt;i «jue Ic Roy cft«it fur fon voyage de Bayonne.
Or cc voyage fut entrepris pat lauis du Car dinal amp; de la Roync mere,fous pref exte de fairenbsp;voir au Roy fon Royaume : mais en effect,pournbsp;conférer auec lEfpagnol, faire vne nouvelle ligue pour remettre le Royaume en nnuucamtnbsp;troubles,côire il auint aullî apres que les cour-fçs curent eftéfaites.Pendarit lefqueilcs le Cardinal amp; fes frétés firét autres pratiques qui seti-fuy lient.
Le Cardinal eftant à Trente, auoit pratiqué vne dernière feftion pour faire dcclairer le Roynbsp;de France Hérétique, ScklTniatique, amp; excom-munié.sil perfeueroit à vendre le domaine denbsp;FEglifcxombien que celle venditionfuft défianbsp;uention que luy mefmes auant fon partemét denbsp;France,amp; fon frèreauant fa mort.auoyentdon«nbsp;nce.Car pour paruenir à leur grandeur amp; acomnbsp;plilTcmcnt de leurs deffeins, alors ils ne trou-uoyent rien qui fuft fainâ ÀTinalienable. En cenbsp;tncfnie delfcin, vouloir faire declaircr le Royaijnbsp;me de N atlarrc, pour la Religion que la Royncnbsp;amp; le Prince fon fils tenoyent, eftre ouucrt amp; ennbsp;proye au premier conquerant.Dont le Roy ad-uerty, manda à fes Ambafladeurs amp; aux Éuef-ques du Royaume de fc retirer promptcmétdanbsp;Concile,faifantau refte de grandes protefta-tions cont' £ les auteurs de ce confcil. Mais ennbsp;cela y auott de f artifice du Cardinal,-lequel ennbsp;fecret dtfoit auoir inventé ce moyen pourgra-ifier au Pape amp; aa Roy Catholique à qui il ptenbsp;m.fiU
-ocr page 196-LA LEGENDE DV fentoit vnc nouuellc proye,amp; dautrepart cfcti-uoit à la Royne mere, quil faloit que le Roynbsp;feift lêmblant dcpcfcher cela,afin de gaigncr lanbsp;Royne de Nauarre, amp; la fcparer daucc le Prince amp; ceux de Chaftillon, pour les rompre tantnbsp;plus aifcment les vns apres les autres. Sur ce ilnbsp;tcuient en France amp; ayant pourueuauxafaircsnbsp;comme nous verrons maintenant, fait vn nou-ueau voyage à Rome, pour follicitcr en perfon-ne cede intcrdiâion contre la Royne de Nauacnbsp;re. Et pour fe purger de telle mefchancctc, il ennbsp;partit deux iours avant la conclufiondu in gement; puis,cftant arriuéà Venife, aceufa aigrement le Pape amp; le Côfiftoire de Rome, dauoirnbsp;pafle outre contre la volonté du Roy, pour faire entendre quil neftoit point de la partie.
jîrti- nbsp;nbsp;Eftât de retour,amp; pour sacquitter de lapro-
cles dit mefle faite au Concile , il fut fi impudent den Concile prefenter les articles au Confeil du Roy, nonnbsp;propo- pastât pour les faire receuoir du premier coupnbsp;/ix. pM-au Royaume, que pour auoirvn moyen proprenbsp;U Cat- pour rompre peu à peu ledit de pacification.Etnbsp;dinalf afin que cela euft plus de luflrc à fa follici tation.nbsp;poter les Ambafladeurs dEfpagne, de Sauoye, amp; dunbsp;trou- Pape vindrent en Cour, amp; prefenterêt certainsnbsp;f»- articles dreflez à linftance du Cardinal amp; de fesnbsp;cor le adhéras, lefquels nous avons icy inférez, dautâtnbsp;Royau- quils defcouurent le fondemet des autres trounbsp;me. blés que depuis ce temps lanousauons veuennbsp;France.
Le premier poinéi cft,quils ont interpelle Je Roy
-ocr page 197-CARDINAL DE LOR. «ji Roy de garder amp; faire obferucren Ton Royau-tQCjpays, terres amp; Seigneuries de fó obeilTance,nbsp;les articles du S. Con eile, nagueres fait à Teen*nbsp;te,quils ont apporte à celle fin.Et pour diceuxnbsp;luy faire leâure amp; faire ferment par deuant lesnbsp;deleguez du Concile, cft baillee allîgnation aunbsp;Roy de fe trouUec à Nancy en Lorraine, le iournbsp;de nollre dame en Mars, où fe trouueront lef-dits Sieurs,eux amp; tous les Roys amp; Princes Chrenbsp;ftiens,où ils ont délibéré faire vnc loy generale,nbsp;fuyuant ce qui a cfté fait audit S. Concile, pournbsp;lextirpation des hcrefies Sc nouuelles dodri-ncs qui feront troUuees répugnantes audit S.nbsp;Concile.
Le deuxîefme poiniS cft, que ledit Sieur face ceffer lalienation du temporel de lEglilè, luynbsp;déchirant par ledit Roy dEfpagneôc Duc denbsp;Sauoyc. quils nont entendu ny entendent e-ftre payez des deniers à eux promis en mariagenbsp;par le defiiiuâ Roy Henry,fur,amp; aux defpens denbsp;i£glife:amp; quil fe doit côtenrer de quelque donnbsp;gratuit que luy feront les Eccleftaftiqucs, ayantnbsp;efgardaux faccagemens qui puis nagueres ontnbsp;cfté faits en fon Royaume,amp; ce fous fon nom amp;nbsp;parfonedit: donttoutesfoisil lexcufent pournbsp;fa tedre icunefTejCommc eftans auftî priez de cenbsp;faire.
Le troißefme, quil bannifte, ft mieux il naime faire punir les principaux feditieux amp; fehif-tnatiques de fon Royaume, par le moyen def-quels ont cfté faits les fufdits faccagemens de ni.iiii.
-ocr page 198-LA LEGENDE DV lF glifc, amp; qui ont mis les ennemis de fa Counbsp;ronne en fon Royaume, amp; pour ce faire baillenbsp;entree aufdits eftrangers.
Le quatiicfme, quil reuoque la remiflîon amp; abfoluûun quil a faite par fon edit de paix « fi-gnammenc contre ceux qui ont commis crimenbsp;.de lefe Maiefte Diuine .-luy remonftrant q'jc cenbsp;neftoit à luy,ny à Roy,ny à Prince de Chrelliê-fte,remettre ou pardonner ladite offenfc qui eftnbsp;faite contre la Diuine M«iefté, amp; que telic rc-iniffion appartient à vnfcul Dieu.
Le cinquicfme,quc de fa part comme Roy,il tiet la main à iufticc,amp; icelle autborife, commenbsp;fes prcdeccfl'eurs ont fair.dautât que d icelle denbsp;pend lauthoritedes Roys amp; Princes Chrcftics:nbsp;amp; que fiifant cela il fera la punition du meurtrenbsp;fi proditoirement fuk à la perfonne du feu Sieurnbsp;de Guife,par ceuxqui luy font notoirement co-gnus,amp; quen icelles chofes ne faut vfvr de diffî-inulaiion, côfideré la perfonne meurtrie fi mal-heureufement.- amp; de fe faire obéir comme Roy,nbsp;afin de faire florir iufticc en fon Royaume.Lcf-ditsScigneurs,pourlefquelscux Ambafladeursnbsp;ont charge, luy offrent donner confort amp; aide,nbsp;fi tort quil plaira au Roy les en requérir.
Depuis que ceux de Guife vfurperent la Cou ronne, faifans de nos Roys leurs efclaues, il y anbsp;eu deux fortes de confeil$,delettresamp; de paroles de Roy,afauoir patères amp; fcci cttes.Le Connbsp;fèil priue traite ce quon veut que tout le mondenbsp;fache. Les lettres patentes amp; paroles dites deuâtnbsp;tOM^
-ocr page 199-CARDINAL DE LOR. pj tous fèrucnt deconfirmation.Mais ceux de Guinbsp;fe y one introduit vn confeij fetret qui depuis anbsp;efte party comme en trois. Car la Koy ne mere vnbsp;a le lié,ceux de Guife Je leur, amp; le Roy quclqucf 'nbsp;fois suffi le ficn compole de certains qui le gounbsp;uernent. Là ont efté rcfolües de noftre tempsnbsp;les afaircîjdont les fanglâtes executions fe fontnbsp;enfuyuies depuis. Les lettres de Cachet font ornbsp;dinairement contraïres aux patcntcs,amp; les paronbsp;les ouucrtes à celles que Ion dit en loreille. A innbsp;fl en print-il à la venue de ces AmbaffadeursjCarnbsp;en public amp; au feeude tout le monde, le Roynbsp;leur declaira que ledit de pacificatiô auoitefiénbsp;fait pour dechafler les ennemis de fon Royaume,amp; autres chofes en general: mais en particunbsp;lier on mania cell afairc au Confeil fecreten lanbsp;forte que nous lauons veu par effcél depuis. Lenbsp;vingtfixiefme iour de Feburier i j 6 j. le Roy fitnbsp;vn^artie de cefte declaration aux fufdits Am-baÛadeurs, amp; pour mieux coulourer la befon-gne, le Cardinal amp; la Royne mere luy firent a-prendre celle rcfponfc par cocuramp; la prononcer de fa bouche, luy qui entendoit lors autantnbsp;ce quil difoit, que ce quil ne difoit pas.cllât en-fant,mefmes en telles afaircs.
Or faut noter quvn iour au parauant le Car dinal auoit obtenu de la Royne vn congé en fornbsp;me de breuct,figné du fecrctaire Bourdin, pournbsp;porter armes défendues par edits Ä lettres pa-tcntes.Si on dcmâde pourquoy il obtint ce bre-uct de la Royne plullofl que du Roy, veu que
»
-ocr page 200-LA LEGENDE DV celuy feul peut difpcnfer delà loy qui la faite:amp;nbsp;pourquoy il ne demanda des lettres parères,ainsnbsp;sarrefta à vn (impie breuetâen laiflèray le iugcnbsp;ment à toutes pcrfonnes libres de paflion. Cenbsp;qui ruruint toll apres, defcouure les defl'cins dünbsp;Cardinal amp; des ficns.
Maisdepouuoir fpecifier icy ces delTeinslà, tant en CCS cheuauchees quon fit faire au Royjnbsp;Ibus prétexté du voyage de Bayonne,où la fain-te ligue fut côfermcc,amp; refolu auec le Duc dAlnbsp;bc de courir fus à ceux de la Religion : ques ligues bradées en diuers endroits du Royaumenbsp;par les menées de ceux de Guifc.dôt scfuyuirctnbsp;des malTacrcs bombies, fpecialemêt au Maine,nbsp;amp; en Tourainc amp; au Vcndofmois.En Guyennenbsp;le Marefchal de Bourdillon,amp; ailleurs plufieursnbsp;autres,trop au commandement defdits de Gui-feamp; delà Royne. Nous ne parlerons donc icynbsp;parle menu de ces mafl'acrcs, liiyuis dextorfiôsnbsp;amp; iniuftices eftrâges en diuerfes villes du Royaume, les artifices pour abolir peu à peuleditnbsp;de pacification, les pratiques du Cardinal pournbsp;gaigner le Prince de Condé, fous prétexté dvnnbsp;Royaume imaginaire amp;dvn mariage j afin denbsp;rendrer Amiral plus foible,les Citadelles dref-feesen diuers licux,lcs dcfmantcllemcnsdesvi'lnbsp;les tenues au premiers troubles par ceux delànbsp;Religion, les fiuffes accüfations qui leur furentnbsp;mifes fus, la declaration ou edit de Rouffillounbsp;abolifiant manifcllcmêt celuy de pacification.nbsp;La moquerie des rcmonftranccs faites parlenbsp;Prince
-ocr page 201-CARDIN AL DE LOR. 94 Prince de Codé fur ccft edit, amp; de tous ceux denbsp;la Religion qui demandoyent foulagemcntamp; lunbsp;fticc. Le maflacre de Tours amp; du Chafteau dunbsp;Loir. Laudace dc Çhaui^ny cfclaue de la Roy-ne amp; de ceux de Cuife, le banniHcmcnt de certains perfonnages de 14 Rcligiô en la ville de lanbsp;Rochelle. le ne feray aufû plus ample mentionnbsp;de la defenfe de tenir efcholes à ceux de la Religion, à la pourfui te du Cardinal, fuyuant pas ànbsp;pas en cela ledit delulian lApoftat contre le«nbsp;Chrcfticnstla pourfuyte du mefme Cardinal tanbsp;fehant de ruiner les anses comme les corps, à cenbsp;quil ne fuftloilible aux Miniftfes de vifiter lesnbsp;malades, ny demeurer ailleurs ques lieux mef-mes où feroit lexercice de la Religion pour lesnbsp;Bailliages.
Dvn cofté le Cardinal de Guife machinoit aücc lEucfque du Mans dont senfuyuirent infinis maux. Le Duc dAumale eftoiten Châpa-sneoùiine faifoit gucrcs mieux. Il ofte a ceuxnbsp;de Troyes lexercice de la Religiô,qui par la denbsp;claration du Roy leur eftoit permis dans leursnbsp;fâuxbourgSyleur aftîgnant vn village fort incornnbsp;mode. Change de fon authoritc le lieu du Bailliage de Chaumont en Baffigny,contre lordonnbsp;nance exprefle du Roy. Et iurla remonftranccnbsp;qui luy en fut faite par le Lieutenant du Baillia-ge(ennemy declairé de la Religion) du commit!nbsp;démet qui luy auoit eftcfalt a accûmoderceuxnbsp;de la Religiô au refus du Gouuetneur.il rcfponnbsp;dit, quil auoit des contraires edits du Roy de-
-ocr page 202-LA LEGENDE DV
dans fa manche, amp; défendit à ce Lieutenant Je palTcr outre.Fit emptifonner vn Auocat à Troyes, pour auoirprefenté vnc rcquefteau Roy,nbsp;au nom dvne poure femme delà Religion,à la-quflleon auoit depuis la paix,coupé les bras amp;nbsp;les iambes.Fit piller amp; faccager lamaifon du renbsp;ccucurde Mafcô.Fauorifa en toutes fortes pof-libles les feditieux amp; publiques alfaüins de Crenbsp;uant. Le Cardinal de Lorraine cftoit en armesnbsp;accompagne de quckjucs Gheualiers de lordre!nbsp;amp;les mutins de Paris, amp; autres lieux voyat^snbsp;quon couroit fus ainfi à ceux de la Relig;on,nenbsp;deroandoyent finon quelque grand qui les millnbsp;en train pour faire de mefmcs, ioint que le Roynbsp;clioit loin, du en fon abfencc auoycnt grade cn-uie de remuer les mains amp;; faire vn terrible incf-nagc.Ce que preuoyant le Marefchal de Montmorency, amp;: ayant entendu que non feulement ànbsp;Paris, mais suffi par toutes les villes du Royaume les fedirieux eftoyentau guct,attendanslanbsp;venue du Cardinal, aduettit le Roy de ce qu'ilnbsp;fauoictfur qiioy il reccut mandement de nt laif-fer entrer le Cardinalny aucun de ceux deCui-fe en equippage de guerre dedans Patis, Derechef, amp; apres que le Marefchal fut auerty de cenbsp;breuet quelc Cardinal auoit obtenu de la Roy-nc mere, ilaucrtit par pluficurs autres fois lenbsp;Royjfpccialcmcntà Chaalons, à Bar,àMafcoanbsp;dcà Lyon, que fi le Cardinal entroit en armeinbsp;aiicc fl garde,dans legoiiucrnemcnt de Flfle denbsp;Fiance, il fc tpettrnit en deuoir de le defaiftacf.
Cinq
-ocr page 203-CARDINAL DE LOR. 95 Cinq OU fix mois auant que Ic bruit viiill 4 Pa -ris de la venue du Cardinal auec gardes darquenbsp;bu2ierj,lc Maiefchalfit la mefmedeclaratiô punbsp;bliquemcnt amp; part iculieremenc à des plus fpc-ciaux fcruitcurs du Cardinal. Et afin que pcr-fonne ne pretenJilt caufc dignorance, Ic x n i.nbsp;de Décembre 15 6 4. fit faire defenfc (publiée ànbsp;fon détrompé, amp; deflors imprimée) fur peinenbsp;de la liartà tous fuldats ordonnez pour gardesnbsp;de Gouuetneurs ou police de gouueruément,nbsp;. dentrer en fon gouiierncmcnt : declairant parnbsp;mots exprès,afin que le Cardinal entendifi parnbsp;là J que etftc defenfe le touchoit, quil neftoitnbsp;permis à Seigneurs,quels quils fuflcnt,sils ne-iloycnt Princes de lamaifundc France,dentrernbsp;au gouucrncment de rifle de France, fans aucune garde. Ncantinoins le Cardinal print Ibnnbsp;chemin à Paris:amp; partant de Reims, reit courirnbsp;le bruit qui! allok à Cîinuillc. Et quoy quil fuftnbsp;délicat, ie mit aux champs en la plus grande rigueur de lhyucr,Ieit des traites exceffiucs amp; nonbsp;accouftumecs a luy en aucune Liifon.ny pour aunbsp;cuns afakes. Ellant arriud à S. Denis,il y eut fornbsp;ce allées amp; venues. Ce pendant le Marefchsl alla en perfonneauparlemêt, ouilfaitque le Carnbsp;dinalatoufiours eftudi^leplus quil a peu da-uoirdes beneficiers amp;ami!f,fe plaindre que lenbsp;Cardinal fe venoit luy mcfmcptecipiter,amp; come on dit, brufler à la chandelle. Outreplus,ilnbsp;enuoya vn preuoft fur le chemin, qui fe mit ennbsp;deuoir de prendre des premiers qn'il rencontra
-ocr page 204-Entres et» Cardinal ànbsp;Paru.
LA LEGENDE DV des gardes amp; hacquebouziers du Cardinal, lê'nbsp;quel nonobftanc tous Tes aduertilTemens, ayantnbsp;entendu que fon frère dAumale,qui |u parauâtnbsp;auec des troupes auoit tenu les chaps, deuoic ennbsp;tret par vne autre porte dans Paris, sacheminanbsp;auffi auec les ficnnes,amp; acriua à Paris fur le foir,nbsp;les rues eftans femees degens ateendans fa venue. Mais le Marefchalde Montmorency auecnbsp;quelques Seigneurs amp; Gentils hommes de marnbsp;que qui lacompagnoyent, vint au douant, amp; finbsp;tort quil appcrccut armes à ceux qui accompa-gnoyent le Cardinal, commença à crier de loinnbsp;quon euft à les mettre bas. Les vus senfuirent,nbsp;amp; quelques coups furet tirez,dont lvn des Gcn-tils-hommesdw Marefchalde Môtniorency futnbsp;lue. Le Cardinal amp; fon ncueu le Duc de Guifcnbsp;eurent plus de peur que de mal, mettans villenbsp;ment pied à terre fe fauucrcnten vne maifqpnbsp;prochaine,où Ion dit que le Cardinal clloit firenbsp;iöluquefcschaulfesluy feiuirciit dcbaffin,amp;nbsp;fon pourpoint de felle pcrfcc.
Le Cardinal,plus couard quvn Heure, amp; les Cens ddlogerent fans trompette toll apres, fçnbsp;voyans ainfi reculez de leur cntrepnfe. Le bruitnbsp;eftoit(amp; lAmiral mcfme, ayant efté mandé parnbsp;le Sieur de Motmorency pour luy venir affifternbsp;de confeil amp; daide, le dit aux principaux de Pa*nbsp;ris)quc Ion auoit clcrit vne lettre en Normâdie»nbsp;(elle proccdoit de ceux de Ginfc)contcnant cesnbsp;mots, Que le meilleur moyen que Ion ait poucnbsp;remettre en France ceux à qui la Couronne ap-partiét
-ocr page 205-CARDINAL DE LOR. 0 appartient de droit, pour en cxpulfcr ceftc racenbsp;de Valois, ceftdc (accager les Huguenots quinbsp;les foufticnent:amp; que pour ceft effet il faut vendre de leur bois, pour ainaifer argent amp; armes,nbsp;amp; pour la fin eftoit adiourte',quc les Huguenotsnbsp;qui plaideront ne feront en peine de faire taxernbsp;leurs dcfpcs.Outre cela Ion fauoit de diuers endroits quil fe faifoitcucillettcs de deniers entrenbsp;les Catholiques. Chafeun peutpenfer à quellenbsp;fin. Pendant que IAmiralclloit à Paris,le Ducnbsp;dAumale allez aftamc, amp; voulant amalfer quelnbsp;que efcu,seftoit retire à Anec aucc fa belle mc-rc,où il auoic amené la garde qui luycft ordon»nbsp;nee pour le gouucrncmentdc Bourgongnc,amp;nbsp;trembloitde peur que le Marefchaldc Mont-morencylpource queceft en foa gouuerncmcr,nbsp;amp; que les gens de ladite garde faifoyct plufieursnbsp;extorfions aux voifins)ne lenuoyaft prendre.nbsp;Parquoy il efcriuit par tout à fes amisjles priantnbsp;dele venir fccourir,amp;luy aider à fortirdelà,nbsp;pour fe retirer en fongouucrnemcnt. A ce mannbsp;dement, quelques vns vindrent, les autres nennbsp;tindrent compte. Et de ceux qui y vindrent nenbsp;sen trouua pas vingt qui demeurèrent, pourcenbsp;qucla feule remonliranccdvn Gentil hommenbsp;de Normandie les ramena tous à leur bon fens.nbsp;Car cornent voulez vous(dit-il au Duc dAumanbsp;*lc) que nous prenions les armes cotre vn Marc-fchal de France, qui de fa feule parole les nousnbsp;pcutarrachcramp; faire tomber des mains? Et silnbsp;nous commandoit les tourner contre vous, que
-ocr page 206-LA LEGENDE DV ferions- nous, fi nous ne voulons eftrc rebellesnbsp;amp; clefübcifians au Roy?Mais la rcfponle que luynbsp;efcriuoit vn Gentil homme du Maine, qui na-uoit peu venir à fon mandement j amp; qui tombanbsp;en autres mains, eft memorable pour la liberténbsp;Françoife de parler contre ceux qui fc mefeo-noifienttoù lon void.comment il faut iuger desnbsp;Lettre! princes. Les mots de cefte lettre fur cenbsp;Duc poinét eftoyent tels:le nay point dit auffi» Monnbsp;feigneur, que vous nellcs Prince, amp; que ie nenbsp;ntule, yous fuis feruiteur. Mais lay bien peu dire, quenbsp;ic ne fache homme en Frâce qui vous recognoifnbsp;fc pour Prince du fang ou de la Couronnc:amp; ennbsp;celaicnepenlèauoirtailly, maismetiendroisnbsp;coulpablede lauouer , de tant mefmcs qticienbsp;nay iamais ony ny entendu que vous ny pas vnnbsp;des voftres layez prétendu. Q^ant à feruiteur,nbsp;pource que vollre courier ma dit que vous menbsp;teniez pouringrat: ieliiydy voircnient queicnbsp;nefiois fuiet que du Roy,amp; ne deuois obciflan-ce quà luy amp; à fes officiers chafeun en leur endroit. ladioufieray bien, queieneftois ferui-teurquedes Princes du fang, amp; ne deuois fer-iiice à nul autre homme viuant, finon de gayetenbsp;de cur amp; autât quil inc plairoit:amp; croy,Mon-£cigncur,quc vous ne le prétendez pas autremetnbsp;de moy. Car vous fauez que iay defpendu douze mil liurcs amp; plus de mon bien àfuyure feifnbsp;Moiificiir voftrc pere, Monfieur voflrc frere amp;nbsp;vous, fans que iayc onques efte au gages de pasnbsp;vn de vous,ou que ien aye rcccu bief ait ou aiiannbsp;tage
-ocr page 207-CARDINAL DEL OR. 97 tage. le fuis(graccs à Dieu) Gentil-homme, amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
en ay toute ma vie fait les aétes fans fouruoyer;
amp; puis franchement dire, fans faire tort à per-fonne, qiicie ne fuis à autre quau Roy,àfcs Princes, à mes amis, amp; à moy. Carpourlenbsp;iourdhuy,ienay point dautre maiftrequimenbsp;nourriflcamp; paye mes gages que moy-raefines.nbsp;Ccneftpas que ie ne vous face fccuice,8cquenbsp;dhonncftetc ie ne vous fois feruiteut, pourueunbsp;que vous le preniez comme dvne franche vo-lonté,amp; fans obligation que ie vous doyue. Catnbsp;vous nignorez point quily enaaflez dautresnbsp;qui en voudroyent à mcfinc droit que vous,autant prétendre fur moy,ce que pour la vie,homnbsp;me viuant ne me fera auout-r par fbrcc:car ie fc-rois tort à ceux aufqucls fcruice cfl: deu, amp; à tounbsp;ce la NoblelTedc France , laquelle men pour-roic iuftement faire reproche. Voila le langage dvnvray Gentil homme François, qui nanbsp;pas elle remarque de tous ceux qui portent cenbsp;titrcjcomme il appartenoit.
Au demeurant,le Duc d'Aumale s cikuntrC' Lettres tirédelàcommcilpeut, scnallacn Champai- decofpnbsp;gncjOÙ il cômcnçi à faire d'autres menées,pour rationnbsp;entretenir tofiourslcau troublc.Etlc i5.iourde du Ducnbsp;Feurier 15^5. qui cftoit fix fcmaiiies apres lcn- d'Au-tree du Cardinal à Paris, il efetiuit vnc lettre au mAe.nbsp;Marquis dEllebcuffon frcrc,ou lcfprit de ceuxnbsp;de Guife fe monftre, amp; le defir quils ont touf-iours eu de ne lailîcr iamais la France en repos.nbsp;Orencefte lettre, apres auoir fait mention de
n.r.
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cc qui eûoic aueiiu à Paris, amp;. scftre moque du Roy amp; de la Royiic, difat quils dôncnc des plusnbsp;belles parolesamp; promellcs du n)ôdc,amp; que cclènbsp;kur couftumc,ii.ad;ouftc:Ccpenddnt monfre-KiSi durant ce temps que vous ferez là où vousnbsp;crtes(afauoir en Toraine)iè fuis bien dauis quenbsp;vous voyez Moniteur de Montpcnlier.à qui ic-fcry la lettre de creance für vous, felon que menbsp;mandez. Etnefauritz mieux faire, que de regarder auexiuy les Seigneurs nos bons amisnbsp;de deU,de pratiquer vne bonne alfocution, quinbsp;deuil cftf c faite ri y a Idnç tcibps, li cliafciin denbsp;fon colley eut mispeineden fcay,qui lont mi-fc en auant, Sc depuis quand ça eile'au fait amp; aunbsp;prendre, ils ont feigne du nez , tomme auffi ennbsp;beaucoup dautres thefes. Et (i cliâfcüp,dc fonnbsp;collé y vouloir trauailler, noïis en aurions biennbsp;toll vue bonne fin,aucc les bancs amp; belles occanbsp;bons que nous en aiions.mais à ceux à qui il tonnbsp;ehe côme à moy, nen font pas le compte que ienbsp;delireroy bien. Il mefafeheroit bic fort quil ne'nbsp;tinllq jà raoy . Pour le moins feray icconoillrenbsp;le côtraire,fi Oicu me prelle la vie,Et ferois bicnbsp;marry que la réputation que iay mis peine dac-querir, en full pour cel r perdue, auffi iefpcrcnbsp;que non.Icnnbsp;nbsp;nbsp;cy deuât par pluficurs fois efçrit
^Meilleurs deMütpcficr.dEflâpcs, Martigues amp; Chauigny.-par où ils auront bien peu iuger lanbsp;Volôtc que iay toufiours eue de nous venger, amp;nbsp;côbicnicdefircroisrairocfationquc vous dites:nbsp;preuoyât alfczjcôbicn elle clloit ncccfiàirc,nonnbsp;IcuJc-
-ocr page 209-CARDINAL DE LOR. 98 feulemêc pour nous,mais aufti plt;Mjr tous les gésnbsp;de bic,à qui Ion en veut plus que iamais.Et pournbsp;celte cauic mó frere,ie trouuerois merucilleufcnbsp;ment bó,qiic lefdits Seigneurs y vouluffet entennbsp;dre,laillant ia les villes, dautant quil ny a aucunbsp;nc alleuracc au peuple(il entéd parler de ceux denbsp;Paris,qui ne fâuoritcrct lcttepfilçdu Cardinal,nbsp;quad ils le firent allailly commedefarme parnbsp;le Marcfchal de Mótmórent y)cômc ic lay cnconbsp;res cognu dernicrcmct. Mais auec la Nobleflc,nbsp;ie luis tout rcfolu Si preft de mi part amp; ny veuxnbsp;efpargncr aucune ebofe, amp;le plulloft fera lenbsp;meilleur.Qm méfait vous prier dy regarder,amp;nbsp;en bié auiler tous par cnlcmblc auée ledit Sieurnbsp;de Montpéfier,alt; de men rnâder ce quen aureznbsp;délibéré ; ;ifin que par là ie rcToiue auec les Seigneurs amp; la Noblciiè qui font de deçà amp; en mesnbsp;gouuerncmcs,qui fci ont tout ce que ie voudray.nbsp;le ne veux oublier à vous direquen faifantee-fte lettre, iay veu la copcdvne lettre que Monnbsp;lieur de Montpenlier éferit au Marcfchal(denbsp;Môtmorêcy) pour rcfpôfc à celle quil luy auoitnbsp;efcriic de fün beau fait. îc vous prie de lcn biennbsp;remcrcicrdc noûi c pajr,amp;mcfmcs de la micnc;nbsp;encor que ic le face parla lettre que ie luy cfci y.nbsp;Nous en fômes biê tenus à luy Au rcftc,fi voronbsp;yez M lEjcRjue du Mas,vous ne fnitiez que biénbsp;faire de luy parler au fl t de ladite afl'ociatiô,car ilnbsp;feroitaife auccfcsamisdycntcdre,no'en auôsnbsp;parlé enfemblc. Ce fera aiiffi bien fait que vousnbsp;eneferiuiez à.M.de Martigtres, amp;:fi vous vousnbsp;n.i'i.
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pouucz voir,amp; en communiquer enfemble,il fe-roit encores meilleur. le mafleurc quil côtinuc en la mefme bonne volonté quil nous a touf-iours portee: auffi fe peut-il bié tenir afleurc denbsp;la noftre, comme vous luy pourrez mieux fairenbsp;cntcdrc,amp; que ic figneray toufiours aucc Icfditsnbsp;Seigneurs,ce que vous aurez refolu tous par en-femble. le vous enuoye ce cheuaucheur expres,nbsp;afin que par luy ientende bien amplemét fiir cenbsp;de vos nouuelles. 11 demeurera près de vous, tacnbsp;que vous aduilèrez, amp; me rcuienda trouuer ennbsp;Champagne. Du vingtquatricfmc iour de Fc-urier mil cinq cens foixantc cinq.
Sept mois au paraiiât Icfdits de Guife auoyct pratique vnc autre ligue en Guyenne, par le monbsp;yen du Sieur de Candalcs.du Marquis de Transnbsp;amp; autres, laquelle ayât cfié dcfcouucrtc par ad-uertifTement donncàla Roync mere, elle leurnbsp;mand.a quils neuffent à palier outre. Néant-moins vn peu aprcsils la voulu rét remettre def-fus,fcfentans fortifiez de laucu des principauxnbsp;du Royaume.
Dvn autre coftcle Marquis dEllcbcuf à la pourfuite du Sieur dAumalc, pratiqua fa liguenbsp;danslcgouucrncmcntde Touraine, recueillantnbsp;de toutes pars tous les vollcurs Sc affaffins publinbsp;ques du pays,qui fous fa conduite commettoyetnbsp;de iour en iour vn nombre infinyde brig3d.igesnbsp;Si de maffacrcs, Icllcmêt quil ny auoit hommenbsp;de bien que ces brigans ne trauaillaflcnt, ny repos quils ne troublalTcilt.
Le
-ocr page 211-CARDIN AL de LOR. 5.9
Le Cardinal de Lorraine pratiquoit de fon Prati-cofté aufli en mefme temps,amp; seftorça de met- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;du
tre les Baronies de lEuefché de Metz en la fan- Cardi-uegardede lEmpercur, fi le Sieur de Salcede nal. Gouuerneur pour le Roy à Marfaulc neuft em-pelc hé par force la publication decefte fauue-garde. Le Cardinal scfcarmoucha là deffuSjScnbsp;fit vne guerre Cardinale, où il fut suffi heureuxnbsp;quà fon entree à Paris. Mais encores quen celanbsp;il fe fuft rendu ridicule amp; execrable tout enfemnbsp;ble, fienporta-il toufiours vnedent delaiâ: ànbsp;Salcede,amp; la luy arracha le iour de S. Barthelc-my,Ie faifant mafl'acrer à Paris, amp; piller fa mai-fon entièrement.
Mais ce qui rendoit cefte pratique plus fufpe â;e,ceft quelle fut executee par le côfeil du Baron de Poluiller,Gouuerneur de Haguenau,quinbsp;^ur ceft effect vinttrouuer lé Cardinal à Remnbsp;bcuilleren Lorraine: amp;quia follicitcla pluf-part des entreprinfes faite fur lEftac de France,nbsp;durant amp; depuis les dernières guerres de Picardie. Ceft luy qui sefforça de furprendre la ville de Lyon,amp; de faire reuolter les pays de Brcf-fe amp; de Sauoyc, par le confeil du Cardinal dArnbsp;ras,fur la fin defdites guerres. Ceft ce Poluillernbsp;qui depuis pratiqua le Roy dc^ràuarre,poüFlenbsp;^re reuolter de la Religion, fous efperance de ,nbsp;luy faire donner recôpenfe du Royaume de Na-uarre. Ceft ce Poluier qui depuis le premier e-dit de pacification ofa pratiquer (feruant de manbsp;quignon au Cardinal de Lorraine ) le Prince denbsp;n.iii.
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Conde fous quelques cfperances quils luy doii noyent de luy faire tomber dedans les mains lesnbsp;terresde lEucfchedeMetz^ sil.voiiloit fe de-clairer de la religion Catholique Romaine. Lesnbsp;Icótcurs.pcuuenr penfer ce que Ion pouüoit attendre du confeil dvn tel hoinme ioint aucc lenbsp;Cardinal,lequel pendât fon feiour à Rcmbcuil-1er amp; en Lorraine, fit dautres beaux ades,car ilnbsp;pilla fes fuicts ele lEuefehe de Nleiz,fous pretexnbsp;te de retirer les terres engagées au Conte leannbsp;de Nalfauipcrfuadaau Duc de Lorraine de mafnbsp;facrer tons les fuicts de la Religion, sil neuft è-nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lie retenu par le côfeil des Sieurs de Caftelct Si
BalTompicrrc.fit bannir vn bon nombre des habitas du Pont-amolfon.cn haine de la Religion. Outre cela,il desbaucha (aucuns difènt quil viônbsp;laamp; print par force) la fille de Chambre de lânbsp;Baillifuc de Rcnrhcuillcr.
Nok- Loriginal des lettres du Duc dAumale à uelles fun fi erc Je Marquis, dót nous auons veu vn ex-rufti trait en partie cy dclTus.fut prefente au Roy,quînbsp;pourae- ayant fur ce ouy la depofirion dvu des Chçua-ttrer les hers de fon ordre, qui confefia auoir fignc laf-trouislts fociatiüUjdont cil parlé cfdites lettres, fit expedier en fon confeil priucl aôc fuyuant, lequelnbsp;nous auonsicyinfère,pourfiiriceluy confide-rcr puis apres quelques notables traits de rufenbsp;Italocardinalique.
A uinurdhuy, dixhuiticfmc de May r j Çp le Roy cftâtau mont dcMarfan.affiHédc la Roy-nc fa mcre,amp;dc Àlonfeigncur le Duc dOrléansnbsp;fon
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CARDINAL DE LOR. roo fonfrcrea appcHéamp; conuoqué les Princestj^nbsp;fon fang,gens de fon confcil priue',amp; autres Sei-gneiirsamp; Cheiialicrs de fonordre, eftanspresnbsp;de fa perfonne: anfquclsil a fait entendre eftrenbsp;aduerty quen plulîeurs endroits de fpn koyau-me, fe font alfociations, cncillcttes de deniers,nbsp;entollemens dhomes, amas amp; préparatifs dar;nbsp;mes amp; chenaux : quaucuns soublient tapt quenbsp;déuoyer gés hors de fon Royaume, amp; auoir in-telligencedt communicatioP aucc les Drinçes é-ttrangers.fans fon fccu,contre lès edits de pacification,de Maiorité,amp; autres Qrdonnances,dc-clarations amp; prohibitions fur telles chofes. Cenbsp;quil ne peutny ne veut croire, pour leftitiKinbsp;quil a de l'affection amp; fyncere volôté de tous fesnbsp;fuiets aVobciffance de fes cômandemens, biennbsp;de fon feruice amp; repos de fon Royaume. Néantnbsp;moins pour eftre fur ce plus auât efclaircÿde lanbsp;veritCjies admonefteamp; leur cômafide luy dcclainbsp;rcr ce quils en ont entédu. Ce quils ont fait.Rçnbsp;dauâtage, fupplient tref-humblemct fa Maiefténbsp;croire quils font fi eftoignez de ces faôions t âtnbsp;(icrnicicufes,quils font prefts amp; difpofcz demployer leurs vies amp; leurs biens, cornme ils ontnbsp;toufiours flit, pour le faire obeyr gt; amp; popr lcn-tretenemét de fcfdits edits 5lt; ordonnances, repos amp; tranquilité de fondit Royaume. Declai-rans fur leurs vies amp; honneurs, quils nont aucune intelligence amp; cornmunication auecceuxnbsp;qui font amp; auroyént volonté de faire telles entrap rifes. Ét quant à eux, ils ne feauent quenbsp;n.iiü.
-ocr page 214-LA legende D V cclld'aflociations, ligues, fermens, promcfTcs»nbsp;efentsny fignatures baillces à celle intentionjnbsp;{Si à toutes renoncent, ôç ny veulent auo;r aucune participation, comme contraires à lobc-iflàncc quils doyiient à faditcMaicfté, amp; au repos de ce Royaume, quils veulent de leur pou-uoir maintenir amp; garder : amp; en cela ne cognoi-Jlre ny fuyure autre intention que celle de laditenbsp;Maicllé, lans que pour querelle particuliere nynbsp;autre occafion,ils prennent.ny lacent predre lesnbsp;armes,p3rquiqucccfoit,fansfon expres commandement. Et combien que leur loyauté amp; fidelité foit alTcz conuê de ladite JVlaiclle', amp; tantnbsp;copirne i^s eftiment quil nen ptiilfe délirer plusnbsp;certaine prcuue que de leurs cffeâstfiont-ilsnbsp;bien voulu, latislaifans àfon commandement,nbsp;ligner ce ptefent aûedc leurs feings. Et à cenbsp;que fous taux prétexte nul ne puiiie de leur nomnbsp;couurir fa mauuaife intention, amp; aünquelcsnbsp;Princes de fon fang 8i autres Rrinces amp; Gou-uerneurs, jClieualicrs delordrc. Seigneurs amp;nbsp;Capitaines abfens,fâchent amp; entendent le con-tenucydclfus, A voulu ladite Maiefté qiieccnbsp;prçfcnt aûe leur full enuoyé, pour parleursnbsp;Icings rendre le nicfme tcfmoignage de lintention bonne quils ont en ceft endroit, nô moindre,comme il salfcurc,que les deflufdits cftansnbsp;près faperfonne, voulant croire quils nen liront aucune difficulté. Car il ne pourroit tenirnbsp;ceux qui refuferont fai«*e femblablc declarationnbsp;par leurs feings, autres que coulpablcs de tellesnbsp;entre-
-ocr page 215-CARDINAL DE LOR. loi entteprifes, fadions amp; intelligences, dignes denbsp;fa male grace, comme contempteurs deîon au-thorite amp;de fes edits,perturbateurs du repos punbsp;blic,amp; en ce faifant criminels de lefe Maiefté.Ecnbsp;en ce cas tels les tient amp; dcclaire defaprefent cônbsp;me pour lors. Et femblablemêt tous ceux amp; celles qui fauroyent aucune chofe defdites aflbeia-tionsjfaâionsamp;cntrepnfcsfufdites, amp; qui nennbsp;viendront auertirfaditeMaiefté ; comme il appartient à bons amp; loyaux fuiets i lefqucls auffiilnbsp;entend amp; veut conferuer amp; defendre de toutesnbsp;fes forces, les prenant en fa proteâioncontrenbsp;tous ceux qui entreprendront de les offenfer.nbsp;Pour tefmoignage de quoy il a auffi voulu fignernbsp;de fa propre main ce prefent aâe, les an amp; lournbsp;quedefliis.nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*
Ceftaâeeftoitvne poudre quon iettoit aux yeux de ceux de la Religion, pour lesierapcfchernbsp;de voir ce quon machinoit côtr'eux. Et Ja Roy-ne mere, fuyuant linduiäion amp; les memoires dunbsp;Cardinal, faignoit elite ainfi mal contente denbsp;ceux de Guife,pour donner occafion aux grandsnbsp;delà Rcligiô de sapprocher du piège peu à peu.nbsp;Le Cardinal auffi amp; fes frétés monllrerent femnbsp;blant que cell aóte les touchoit, maisfecrette-inent ils pourfuiuirent leur pointe,fachans biennbsp;à qui ils auoyent afairc. Et lors les lettres du cachet voloyent de toutes parts, tellement que denbsp;la vint que tout ce qui sèftoit execute enl ourainbsp;ne amp; au Maine,amp;en dautres prouince6,au prciunbsp;dice des edits contre ceux de la Religion fut a u-
-ocr page 216-LA LEGENDE DV thorifé par fous main, quelques remonftranccsnbsp;que le Prince de Codé amp; autres en fiflent.nbsp;donc les Catholiques efmouuoyent ciel amp; ter»nbsp;rc,mcttans tout en confulîon, vn aéte en papiernbsp;auec belles piates appaifoit amp; reigloit tout ce*nbsp;la. Si ceux de la Rcligiqq fe remuoyent tanrfoilnbsp;peu, pouf rcfpircr tous vne tyrannie fi violente»nbsp;lors J1 iiéftoît queftion que de feu amp; de fang,nbsp;téfraoins Icscruautez plus que Bai bares amp;Tur-quefqiiescomtr. fcs contre les habitans de Pa-miers , fauflcmeiit aceufez de fedition, pour nenbsp;seftre voulu lailfer couper la gorge, qui toutef-fois scftoyen'ij remis entre les mains du Sieùtnbsp;de Kanibouilfetà fa prem ere patolc. dautantnbsp;quil iicnoit de la part du Roy , amp; promettoitnbsp;Îue r;cn ne leur ferojt fait que par lordre de iu-lice.
Cependant le Roy arriue à Bayonne, ou fut rçnôucc la fainéieligue,contenant la refolutionnbsp;dcxterminertousceuxdcla Religion,(ansaucunbsp;ne estxption de degré. fexc,aage ni lieu. On de-uoit commencer en France, mais les apprefts funbsp;rent vn peu logs, car ic Cardinal nauoitpaS encor aelicuc fes pratiques eh diuersendroits ànccnbsp;les cftrangcrs. Les t fl'ociatlons-dans le Royaume neftoyent pas encor trop afTcurecs. Le Prianbsp;reje Condé, lAmir^d amp; autresgrâds delà Religion aucrtis de ce qui seftoit palfé à Bayonne,nbsp;t ât par le feu Princc.de l.i Roche fur-yan que parnbsp;autres tnoyens fe tenoyét fur leurs gardes. Pourtant d'ftera on quelque temps. Cependant fur-uiiidiciiC
-ocr page 217-CARDINAL DE LOR. loi ûindrcnt les troubles dcFlandres,à loccafiô defnbsp;quels on relolut par lauis duCardinaJ qui eftotenbsp;tous les jours lomme de fes protnellcs parlenbsp;Cardinal detîtanutllc amp; par le Pape. amp; deiournbsp;»autre auerti par le Card.nal Grâiielle,quefansnbsp;plus attendre on fe fcruiroitdu paliage du Ducnbsp;dAlbe,pour efteduer la conjuration. Druerfésnbsp;defpefches furent enuoyces au Duc dAlbe. Eönbsp;ce mefinc temps aufli, afauoir en lan i j 6nbsp;mois de luillct, Aouft Si Septembre Ion tint plunbsp;licurs Gonfeils tant àMarchais quà rMonceaux^nbsp;pour delibefer luyuaut les memoires du Cardinal , des plus certains amp; derniers moyens quonnbsp;tiendroir pour exécuter lentreprife. £n la dernière aflerablée tenue à Marchais, par lanis dènbsp;ceàx de Guile, fut anefié que lé Roy fc retire-roit au bois de Vincénes,doù il mâderoit, fousnbsp;quelque honnefte couleur,les Prince de Condcnbsp;üi lAiïiiral.auquel mandement sils obeyfl'oyct,nbsp;ou lvn deux,on sen failiroit. Sinon quon auoitnbsp;les fix mil Suifles qui auoyct efté leuezj fous prenbsp;texte de sên vouloir feruir, tant contre la Roy-nc dAngleterre pour la dcfenfe de Calais , quenbsp;pour les tenir fur les frontières,atrendans que lenbsp;Duc dAlbe euft paffé, de peur quil entreprinftnbsp;quelque chofe contre les pays du Roy. Quonnbsp;auoit auffi ving tdeux compag nies ie gendarmerie , qui auoyent elle choifies amp; nommées poutnbsp;faire monftfe en armes, amp; aufquelles. Ion auoitnbsp;baille vn rendez-vous: parle moyen dcfquclles,nbsp;amp; auecleldits Süiflcs,' on pourroît facilement
-ocr page 218-LA LEGENDE DV furprêdre amp; saUeurer du Prince amp; de lAmiral,nbsp;sils ne venoyent au mandement du Roy. Et ce-pêdât quil faloit recerclier aucc toutes rigueursnbsp;.ceux de la Religion fur les contrauentionsà le-diiâ de Rounillon,mefmemct les Gentils hommes, qui auoyent reccu aux prefehes eftablis ennbsp;leurs maifons autres que leurs fuiets. Ce qui futnbsp;canfe quon ordonna à lin fiance amp; follicitaiionnbsp;du Cardinal de Lorraine, quieftoitpeu de tépsnbsp;anparauant arnucàlaCour,quon tiendroit desnbsp;grands iours à Poi6iicrs,pour principalemct vaquer aux procès: de ceux qui feroyent trouueznbsp;coulpablcsdcfditespretcnduesconcrauentions,nbsp;amp; iufques à les.declairer criminels de lefe Maie-ftc.Et pource que les Prefidens amp;Confeillers denbsp;-la Cour de Parlement de Paris,qui auoyent cfténbsp;nommezpour y aller, ne fcmbloyent afl'cz partiaux amp; faéiieux au Cardinaljil en fit retrenchernbsp;fept delalifté.quienauoitclicfiilt;âc,aulicu defnbsp;quels il en fubrogea dautres de fes creatures amp;nbsp;defon humeur. Pour le pays de Normandie,onnbsp;enuoya le maiftre des requeftes S. Martin, auquel fut expedice commiftiô à cefte fin, auec letnbsp;tres adrefsâtes àlaCour de Parlemét de Rouen,nbsp;pour vaquer auec ledit de S.Martin au fait de fa-dite commilîion, amp;denedelêinparcrla Cour,nbsp;encores qucce full au temps prochain des vacations.
Dvnautrecoftele Cardinalrafehoit, parle moyen du Conncfiablc,dendormir lAmiral amp;nbsp;fes frères qui auoyêt efci it des lcttrcs,ou ils def-couuro-
-ocr page 219-CARDINAL DE LOR. loj couuroyenc les cmbufches quon leur drclToit.nbsp;Les(ixinüSuiil'es leuezpour Icxccutiongt; viennent fur ees entrefaites trouuer le Roy à Meauxnbsp;enuiióiic' de ceux de Guife: au moyen dequoy lenbsp;Prince,amp; JAiniral voyans quon leur en vouloir,nbsp;amp; à tous ceux de la Religion , refolurent (auancnbsp;que les chofes le brouillallent dauantage ) venirnbsp;trouuer le Roy. Etpource quil eftoit es mainsnbsp;de fes ciincmisamp; des leurs.ils aduiferent de saccompagner de quelquesGentils hommes figna-Icz de leurs parens amp; amis, iufques au nôbrc denbsp;cent ou fix vingts,amp; de porter quelques armesnbsp;pour leur feurete. Ce que le Cardinal amp; fes mi-niftres, ne faillirent de faire trouuer au Roy lenbsp;plus inauuais du monde: amp; pour letiuenimer dunbsp;tout contre ceux de la Religion,luy firent croirenbsp;quileftoit mort,sil nefe retiroitviftemêt à Paris , attendu que le Prince de Condé amp; lAmiralnbsp;eftoyent accompagnez de quinze cens ou deuxnbsp;mil chenaux, amp; vouloyent attenter à fa Maicftc,nbsp;amp; de la Roy ne amp; de Melïîeurs fes frères, amp; entreprendre contre lEftat. Ainfi doc le i8.de Septembre fur les 4. heures apres minuit ils fontnbsp;defloger le Roy,amp; le mettent au milieu des Suifnbsp;fcsjcftimans que fi le Prince eftoit fi bien accô-pagné. comme ils difoyent (ce qui toutesfois c-ftoit faux, car lors quil fc prefenta pour parlernbsp;au Roy fur le chemin dentre Meaux amp; Paris, ilnbsp;eftoit fuiuy dé trois ces cheuaux au plus) les chonbsp;fes fe pourroyent tellement efchauffer,que toufnbsp;tours quelques vns de leurs ennemis de part ou
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lt;l4utrcydcraeurcroyent. Leduc dAumalcSt quelques autres fuyuirent le Roy, qui ai riua fur.nbsp;les quatre heures apres mi Ji à Paris, ou ceux denbsp;Guilc luy mirent celle refolutiô en telle, de n ainbsp;mer iamaisles Huguenots, comme il c.) fit vncnbsp;grande proteftation.
Le Card.naljfuyuantfj couflume, ne voulut fuyure le Roy, ains faignit prendre fon cheminnbsp;vers Reimsunais ayant elle rencontre par quelques fiés ennemis,(c fauua de vifleflc lur vn ehenbsp;Seconde yal dEfpagnedans Chafleauthierry Lorsia !e-gfeerre coude guerre ciuilç fut allumée en France , amp;nbsp;cttole. nonobllant les requeftes prefcntccs parle prinnbsp;ce de Coude amp; les fiens, pour remettre les cho-rnbsp;fesen paix, ceux de Guife amp; la Royne mere vounbsp;Us le desfatre des vns amp; des auti es, firent dorernbsp;vnebataille entre Parish S.Denis, où le Çon-neßablefut blcflcàmort.
Cefte iourneeapporta vn mçrucüleux côten, tementaii Cardinalamp;aux liens , Ce voyansdef-pefehez du Conneflable .amp; le chemin ouuert,nbsp;pour paracheuer leurs dcllcins. Dvn cofié ilsnbsp;vouloyent rendre le Roy ennemi iuré de ceux de,nbsp;JaReligiô,lcfqucls auoyent t ant retardé le coûtsnbsp;delà grandeur Guifiennc,amp; par luy ruiner leursnbsp;aduerfaires, Jlfaloit outrçplusauoir quelquenbsp;grand encor plus à commandement que le Roy,nbsp;de lauthoritc duquel ils fepeufient feruir, pournbsp;exécuter leurs paflions. Si tort que le Connefta-ble euft rendu lefprit,ccux de Guife confcillentnbsp;la Royne mere de faire le Duc dAniou lieutenant
-ocr page 221-Cardinal de lor. 104 nât general du Roy fon frère. Elle voyât le biennbsp;qui luy en reucnoit,fuyuit ce confeil.Er la dcilusnbsp;marchèrent les troupes, clhnt le Due dAnionnbsp;entièrement gouucrnc par ceux de Guile , quinbsp;lors fous fon ombre,amp; depuis aut il taifoyeiit di-ueiTes defpclehes pour ruiner prcinieicmentnbsp;ceux de la Religion. R-ci apres nous verrons lesnbsp;torts quils ontîaits audit Sieur Duc, amp; commenbsp;ils fe font feruis de luy pour ruinci la France denbsp;plus en plus.
Or dautant que ceux de la Religion eurent Second incontinent fecours dAlem3gnc,le Cardinal ap edicldtnbsp;pcrceut quil faloitencor reculer pour niieux faup^cjÇf^
ter. Partaiit lors que le camp du Pnrtcc de Con «0«. 'nbsp;de cftoitdcuant Chartres en lan 15Ó8 il fut cn-uoyer par le Roy vers le Prince, gens pour faire
la paikjceftà dircpour defavmer ceux de la Religion, afin de les tuer plus aifémcnc'puis apres. Ç.ar il ne fe peut nier que Icfdits de la Religionnbsp;ne fuflent lors les plus torts. Neaiitmoins fans ynbsp;cft.re contrains par faute de forces ou dfieurcuifnbsp;fuccc2,ils fç fep.irérent amp; dcfarmercnt,oiiur.insnbsp;les villes à ceux que le Cardinal à la Royrte ine-rey cniinyoyentde par le Roy,àla fimplefoynbsp;parole duquel ils fc remirent de toute lafçurctcnbsp;deleursvies A biens,cxpofans lcurs poiifi/incs 'nbsp;nues aux glaiues amp; coufteaux de leurs aduerfji-
tes. Lcs Seigneurs amp;Gen; ils hommes de la Religio fe retirèrent tirez eux? la où aucuns ne trounbsp;Uans accez, lesautresertanstrefmalreccus, iuf-ques àcftre tuez Sc raitfacrez cruellement,quel-
-ocr page 222-LA LEGENDE DV ques vns furent contrains de salTembler (ce quenbsp;le Cardinal amp; les fiens demandoyent, tant pournbsp;auoir moyen de les calomnierjCÔme infraôteursnbsp;des edióls, que pour leur courir fus amp; les desfaire plus aifcment)amp; ne faclians que faire, ni ou fenbsp;retirer, de prendre le chemin de Flandres, alTcznbsp;inconfidercment, puis que le Roy lauoit defen-du:mais y eftans forcez par vneextreme ncceflî-té quon dit nauoir point de loy. Neantmoinsnbsp;la peine en fut fi prompte amp; fi rigoureufc,quc lenbsp;Cardinal amp; les fiens sen deuoyent bien contenter. Ils fe feruirent pour lexecution, du Maref-chal de Colle, afin de charger toufiours la ragenbsp;fur les vus amp; les autres. Puis firent cnuoyervnnbsp;Gentil-homme vers le Prince de Condc, pournbsp;fauoir silauouoitvne telleIcuee,enquoyIonnbsp;peut remarquer vn autre artifice du Cardinal,nbsp;pour entretenir le Roy en fa cholerc.cflôgnct lenbsp;Prince de la Gotfr, luy faire courir fus, ou à cesnbsp;troupes fi elles neftoyent auouccs de luy,amp; patnbsp;ce moyen ruiner peu à peu fes ennemis. Quantnbsp;aux cftrâgers venus au fecours de ceux de la Re-ligion,ils furent incontinent renuoycz,amp; grolfesnbsp;fommes de deniers empruntées par Icfdits de lanbsp;Religion pour fournir au payement. Mais parnbsp;les mandemens de ceux de Guife, vne partie desnbsp;deniers fut volee par la garnifon dAuxerre, aucuns des conduéicurs tuez, les autres rançônez,nbsp;fans aucune iuftice, car le Sieur de Prie gouuer-neur dAuxerre (où fut fait grâd malTacrelauoitnbsp;le mot du Cardinal.
Nous
CARDINAL DE LOR. loj
Nous remettrons ici /bmmairement en auât Mentes ce que ceux de Guife pratiquèrent depuis celte du Car-paix féconde pour la rôpre bien toft amp; remettre dinalnbsp;le Royaume en nouucaux troubles, pour exter- pour lesnbsp;miner ceux de la Religion premièrement, amp; par trotfief-tel moyen auâcer leurs afaires.En quoy nous re* meserottnbsp;citerons vne partie des plaintes qui dellors en funbsp;rent publiées, referuasaux leCicucs à fe fouuenirnbsp;des parcicularitez qui aurôtefté ici obmifes,carnbsp;le nôbre en eft fi grâd,quil eft impoflible quvnnbsp;homme feul sen puiife fouuenir. Le nerf doc 3enbsp;la vraycfeuretcdeceftepaixgifoit en ce que lenbsp;Roy,fes freres Scieur mere defpouillaffent entienbsp;tement toute la desfiâce quils pouuoyent auoirnbsp;de ceux de la Religion : à quoy eux penfoyent a-uoir bic pourueu par vne telle amp; fi própte obeifnbsp;fance que de quitter incontinent les armes, ren-uoyer les forces par le moyen defquelles ils pounbsp;uoyent ranger ceux de Guife amp; autres ennemisinbsp;amp; rendre toutes les places quils tenoyent pournbsp;leur feureté.Le Cardinal pour empefeher vn telnbsp;bié, qui làns doute euft rompu tous fes delTeins,nbsp;ne fit autre chofe quentretenir le Roy,amp; le Ducnbsp;d*Anioufquant à la Royne mere,elle menoit fesnbsp;enfans.comme ceux de Guife vouloyent) en cesnbsp;desfiances amp; inimitiez mortelles contre ceux denbsp;la Religio, leur en faifant furuenir tous les ioursnbsp;de nouuelles occafions.Enquoy il saida de deuxnbsp;vertus qui luy ont toufiours efté bic familières,nbsp;afauoir daudace à controuucr toutes fortes denbsp;menfonges,ayant gens à point pour luy aider de
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, cp çofté là: puis daffcurancc efFrôtee pour ne se Aôner point,apres que fcs fauflctez eitoycc dcf-pouuertes. Les pratiques par luy menees pournbsp;entretenir amp; ruiner la Noblcflç tout enfemblc,nbsp;fes pilleries Seexaftips fur le Cierge,^ Içs beauxnbsp;prétextes donc il seft couuert à celle lin, ferontnbsp;declairez en leur endroi t propre. Voyôs les tortsnbsp;que luy amp; les liens continuèrent de faire au Roynbsp;amp;au Royaume en general, en quoy derechefnbsp;nous reciterôs les plaintes véritables qui en ontnbsp;«lié publiées.
Toll apres la paix , de laquelle le Cardinal manda à fa mere quil empefeheroit lexecutionnbsp;ildonnaordrc par certains prefeheurs à fa pofte , que le peuple full refolu que celloit con-Tciencede tenir vne telle paix, non feulement,nbsp;pourçe quelle eftoit faite auec les hcrctiquesamp;nbsp;Atbeiftes, mais aufli pource que la neccflite'dunbsp;temps fauoit extorquée comme par force, Denbsp;tela auint queplufieurs Catholiques ne firentnbsp;confeiençe de defpouiller toute naturelle afl'c-éiion, amp;les plus mefehans fe voyans la portenbsp;ouuerte à toutes piUerics äc extortions,fç lafchenbsp;rent la bride à toutes fortes de violences amp; mefnbsp;çbancetez les plus exécrables du mode. A quoynbsp;la conniuençp dçs luges amp; Parlemcns, fuictsnbsp;pour la plufpart à ceux de Guife. Içruit beaucoup. Tellement quen trois ou quatre mois furet malTacrcz quelques petfonnes de tous cftats,nbsp;faifans profeffion de la Religion , dont nousnbsp;kifi'ons les particularitczà lhiftoirc denoftre
-ocr page 225-CARDINAL DE LOR. loS temps. Mais il y a deux parcicularitez notablesnbsp;en cell endroit ci. Incontinent apres la paix, lesnbsp;Catholiques dAmiens (entre autres) maffacrc-rent fix ou fept vingts perfonnes de (a Religion,nbsp;de tous fexes, aages amp; qualitez. Or pout faitenbsp;croire quon vouloir chaftier vn fi mefehant amp;nbsp;malheureux ade, on enuoya fur les lieux le Ma-refchal de Colfc, lequel fit emprifonnet les aa-teurs de ce maffacre, qui furent toft apres rclaf-chez amp; cflargis à linftance amp; follicitation dilnbsp;Cardinal, lequel en plain confeil dit quil faloitnbsp;auoir pitié de ces poures prifonniers,qui auoyctnbsp;eflé induits à ce faire par vn zele de Religion, amp;nbsp;quil feroitle premier à demander leur grace;nbsp;tellement que pourvue couleur amp; forme de iu-ftice on fit fouetter trois ou quatre coquins,auC-quels on perfuada de confeffer quils en eftoyët,nbsp;amp; fit on exécuter en effigie ceux qui le deuoyentnbsp;e lire en perfonne, amp; qui cftoyent prefens à Vexenbsp;eution de leurs effigies.
Surlafindumoisdeluinau mcfineani558» ( ß René de Sauoyc Sieur de Sipierre, ayant eftenbsp;maflacréenProuence auectrcntecinqGentilshommes amp; foldats de fa fuite, fuyuant le mande et qui enauoitefte enuoyé par ceux de Guinbsp;fc au Baron des Arts.-quinze louts auant ce maffacre, le Cardinal de Giiife dit en grande compagnie , quil faloit défia conter le Sieur de Si-pierre pour vn chef tué, amp; quon àuroit ainfilesnbsp;autres.
Par tels amp; infinis autres pareils ades ceux de
o.ii.
-ocr page 226-LA LEGENDE DV la Religion au lieu deffre receus en leurs mai-fonsauec liberté de leurs confcicnces , fuyuantnbsp;lediâ,furent inclines contrains de les fuir, ne-ftans plus les villes,villes, mais tafnieres de Ti-gre$^amp; de Lions.En apres,les gouucrneurs,Par-lemcns 8c autres ofHçiers, delijuels le Cardinalnbsp;di^pofoit à fon appétit,amp;qui auoyent délia pournbsp;U plufpartjpeu de volonté' défaire publier lanbsp;paixgt;amp; moins encores de lentretenir,de peur denbsp;perdre le raoyc de butiner à leur maniéré accoitnbsp;Kumçc,eurent leur exeufe toute prelle : afauoirnbsp;que les peuples cllâs ainli irritez,il neftoit que-ff ion de paffer outreJe peur de tout gaffer. Cependant le Roy mefmcnon feulement fut entretenu par mille fauffes amp; impudentes calomnies , en.la desliaiice délia conceue de fes fuiets,nbsp;quieff leplusgrand malheur qui fauroitauenirnbsp;à vo Princc:maisauffi cotre la generolitc Royale intimidé amp; réduit iufqucs à ce point,quc-ffant perfuadé quil neluyeffoit poflible defenbsp;faire obeyr quen ruinant vne partie de fes fuietsnbsp;pat lautre,!! ne fut difficile au Cardinal de tournbsp;ner ledid de paix en occalion de mille millionsnbsp;de troubles.
Outre cela.le Cardinal voyant quel! ceux de la Religion effoyent du tout iettez aux champs,nbsp;ils le pourroyentamafferamp; fortifier en plulieursnbsp;ljeux,il y pourueut, comme senfuit, voire iufqucs d ofer eferire aux Prouinces, quon nadiounbsp;tart point de foy aux lettres du Roy, fi Ion nynbsp;voyoit certaines ficnnes enfeignes. Ptemiere-ment.
-ocr page 227-CARDINAL DE LOR. 107 ment, il fit publier lediâ peu à peu, tantoft ici,nbsp;tantofi là, pour attirer les plus neccflîteux amp; lesnbsp;plus fimples dansles villes:mais auec le mot dunbsp;guet,de garder les portes en armes.plus foigncunbsp;fement mefmes que durant la guerre, de defar-mer entièrement ceux de la Religion, en y entrant de nen laiffer fortir pas vn de ceux qui fe-royent entrez,encores quils fe reuoltafient de lanbsp;Religion. En tout cela,le Cardinal fut fi bien o-bey,quil y eut peu de villes ou Ion ne mafiacraftnbsp;publiquement, outre toutes autres fortes de vionbsp;lences cxercees, pour faire reuoker les plus fer-mes:ce qui ne pouuoit faillir dauenir,ayant oftenbsp;le glaiue au Roy amp; à iuftice,pour le mettre entrenbsp;les mains de la populace, auec toute impunité.nbsp;Et pour mieux safleurer que pas vn de la Religion nefehapperoit, le Cardinal donne à entendre au Roy quil ne feroit iamais en afieurannbsp;ce contre les entreprifes des Huguenots, fi lesnbsp;villes qui auoyent efté tenues par eux, ou qui e-ftoyent voifines de leurs chefs, neftoyent munies de bonnes amp; fortes garnifons. Ce qui futnbsp;auffi toft commandé que confeillé. Et pournbsp;mieux faire encores,sil y auoit quelque Capitainbsp;ne renommé deftre pillard ou cruel, aucun quinbsp;euft quelque mauuaife affcôion particuliere, v-necôpagnicdesbordee à tous vices : voila ceuxnbsp;qui furent préférez, tant quon en peut trouuer,nbsp;pour remplir les villes auffi toft quelles furentnbsp;rendues,amp; tenir enuirônees lös maifons du Priunbsp;ce de Coftdé, de lAmiral, amp; autres Seigneursnbsp;o.iii.
-ocr page 228-,.LA LEGENDE DV que le Cardinal haylfoic Sccraignoitle plus. Etnbsp;comme fur vn tel auis quelquvn dupriuccon-fcildu Cardinal luycuR rctlionftic qu'il elfoicnbsp;à craindre qu'on ne defcouurill; par trop qu'onnbsp;ne vouloir garder ledid, Se mefmes que les Catholiques le plaigniiTcnt dy eAte foulez, eftansnbsp;il grands frais du tout infupportabies au Roy.*nbsp;jVous ne fauez que vous dites, refpondit le Cardinal: Car quant au premier de ces deux points»nbsp;la refponfe fera preÜe,que cell pour entretenirnbsp;les deux parties en paix,felon rediâ:amp; quant aunbsp;fécond, eftans les foldats logez chez les Huguenots,amp; iceux furchargez au centuple, quant auxnbsp;cotti Cations, tout tombera fur leurs coffres ;amp;nbsp;quoy quil en foit, leurs contîfcations renabour-feront tout,voirc mefmes payerôt les debtes dunbsp;Roy,apres toutes recompenies.
Le Cardinal non cotent de cela, pour enyicf cher que les Seigneurs de la Religiô ne vinftentnbsp;à la Cour,amp; pour pouuoir exécuter fes delTeinsnbsp;plus fcurcmcnt, pcrfuadaau Roy quil ne fêroitnbsp;en allcurâcc de fa perfonne, finô en fe tenant cônbsp;me enclos dedâs Paris.pourvn temps,fans aucunbsp;nement sen efearter que peu à peu. Ce quayantnbsp;obtenu,pour mieux garder fô prifonnier, il drefnbsp;fa pontslcuis amp; gardes fur toutes les aucnucs êcnbsp;corps degardes par toute la ville de Paris,com-mcau temps de la plus grande hoftilité.
Ayant ainfi dreffe (es filez, il baftit vn edid de par le Roy, pour attirer tous ceux de la Religion dans les villes, afin de les y faire mourir,ounbsp;demeurer
-ocr page 229-CARDINAL DE LOR. log demeurer prifonniers en leurs niaifons,à h mernbsp;ci de toutes fortes de brigands,iuftjues à lheurenbsp;aflignec des vefpres Siciliennes. Et afin quon lunbsp;ge mieux de cela, nous auons couché ici ce belnbsp;edid, contenant ce que senfuit. Comme pournbsp;faire garder,entretenir,amp; inuiolablementobfer ^07nbsp;ucr entre nosfuiets le contenu en noftre ediâdre/enbsp;fait fur la pacification des derniers troubles aue parlenbsp;sus encelluy nolfte Royaume^ nous euffions ci CarÂi-deuât eferit amp; mâdc aux gouuerneus de nos Pro nalcrinbsp;uinccs nos vouloir amp; intentiô eftre.Que les por quellenbsp;tes de nos villes fuflent ouucrtes j à ceux de nof- fin*nbsp;dits fuicts qui fôt de la Religiô reformée, amp; euxnbsp;cftablis amp; receus en leurs maifôs, auec iouiilacenbsp;de leurs biés, cômeils efioyct auparauât lefditsnbsp;troubles t laiflans leurs armes à lentrcc delditesnbsp;villes, felô le reiglemcnt que nous auôs enuoyénbsp;à celle fin, par tous les lieux amp; endroits de no-flredit Royaume.T outesfois nous auôs efté depuis auertis que plufieurs de nos fuiets de laditenbsp;Religion, prenang argument que ion ne les veutnbsp;rcceuoir èfdites villes, ou quad ils y font entrex«nbsp;ny peuucnt demeurer fans cftre opprimez amp; tranbsp;uaillez par ceux de dedans, ticnent les champs ànbsp;gtolfcs troupes en armes, faifans vne infiniténbsp;de maux amp; opprcfliôs à noftre poure pcuple,tclnbsp;lernet quil feroit à craindre que cela ne fuft caUnbsp;fè de letter noftredit Royaume en nouveauxnbsp;troubles. A quoy defirans pouruoir felô quil eftnbsp;bien ncceflaire,nous auons de rtouucau dît amp; dc-claitc, difons amp; declairens qut noftre intentioBnbsp;m.iiib
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a toujours clic Si cil,Que lefdits de la Religion prétendue reformée,tant ceux qui auront portenbsp;les armes, que tous autres de la qualité porteenbsp;par nollredit edid^oyent receus amp; rentrer chafnbsp;cun au lieu de fa demeure, ou nous voulons amp;nbsp;entendus quils foyêt admis par les gouucrneursnbsp;de nos Prouincesamp; villes,Baillifs,Senefchaux,amp;nbsp;autres nos iufticiers amp; officiers dicelles, par lefnbsp;quels ils feront fummezde ce faire,auec toute lanbsp;douceur quil fera poffibic, maintenus en plainenbsp;poifcliion amp; iouiliancc de Icuifdits biens.amp; garnbsp;dez de toute iniui c amp;i oppreffion: afin quen tounbsp;tefeureté Si repos ils viucnt aucc nos autres fugt;nbsp;iets de la Religion Catholique,fous le benefice,nbsp;amp; en enfuyuant nollre edid de pacification ; le»nbsp;prenant en nollre protedion amp; fauuegardc, amp;nbsp;donnant en garde les vns aux autres. Et en casnbsp;de contrauentton,voulons amp; nous plait les con-treuenans dire punis felon la rigueur de nos c-didsamp;ordonnances,de quelque Religion quil»nbsp;foyent, amp; fans acception de perfonnes. Et où a-pres auoir elle ainfi fumez amp;appclez,il fc trouuenbsp;roit quelques ennemis du repos public qui vou-luflcnt continuer à tenir les châps,fouler nollre-dit pcuplc,amp; fc remettre cnfêble en armes,pournbsp;rccômenccr nouueaux troubles; nous voulôs amp;nbsp;entendons que par nofdits gouucrneurs de Pro»nbsp;uinccsamp;villcs.B3illifs.Sencfchaux,amp;autres nosnbsp;iufliciers Si officiers,chafcû endroit foy,amp; comnbsp;me à luy appartiendra,foir faite aflèmblee de telnbsp;nombre de ges de guerre,foit de nollre gendarmerie.
-ocr page 231-CARDINAL DE LOR. lo? meric,gens de pied eftans à noftrc foidc, ou ha-bitans des villes amp; villages, quils verront eltrenbsp;expedient amp; ncceflaifc, felon les auisqujls auront du nombre que ferôt lefdics perturbateursnbsp;du repos public,pour leur courir fus,amp; par toutes les voyes quils iugerontles plus expcdicn-tesjles rompre amp; tailler en pieces, de façon quenbsp;la force amp; obeiflance nous en demeurent. Carnbsp;tel eft noftre plaifir. Donne à Paris le i^.iour denbsp;May 15 6 S.CharlcsRobertet.
Il y a infinies captions amp; fraudes du Cardinal en ceft edit,pour exterminer ceux de la Religio«nbsp;tât CS villes ques champs, comme les meurtresnbsp;qui sen enfuyuircnt, amp; vne autre pratique quenbsp;nous verrons maintenât le verifierent par trop,nbsp;au grand intereft de tout le Royaume ,amp;ignominie perpétuelle du nom Royal.
Chafeun fait que laifance de tous pays gift ^utret principalement és commerces amp; trafiques , ce r»fes dttnbsp;qui recommande la France pat defius tous les Cardi-Royaumes du monde.Or fut il dit expreffemét nalpournbsp;en la pacification, que les villes feroyent incon- allumetnbsp;tinent remifes en tel cftat quau parauât les trou la trai-bles,amp; les trafiques amp; commerces reftablis. Le ßefmenbsp;Cardinal ne pouuant fupporter cela,amp; voulant guerrenbsp;quil y euft bien toft en France autant de brigan cttùle,nbsp;dages dreflez, voire aux dcfpens du Roy amp; denbsp;fon poure peuple, quil y a de ponts amp; de pafta-ges de riuicre : brief afin quil n'y euft trafique,nbsp;lettresamp; bourfes,que treize garnemés ne viûtaf-fent de lieue en lieue, pour en faire rapport au
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Cardinal, il faut confiderer lordre quil y micj fous ombre dempefeher ( difoit-il) que ceux denbsp;la nouudle Religiô ne saflemblallent pour manbsp;chiner cotre le Roy. Côme de fait fô but tcdoitnbsp;bic là auâi en partie, amp; à quelques deilcins plusnbsp;hauts, li les entreprifes dteflees à lencontre dunbsp;Prince de CödejdelArniralSc autres Seigneursnbsp;de la Religiô cuH'ent bien fuccede lors. Mais lanbsp;commiffton quil fit defpefcher lors, monftrcnbsp;mieux côbiê de tort il faifoit au Roy amp; au Roy-aumc,amp; le grand defir quil auoit de rcbrouillcrnbsp;tout pour agrandir fa inaifondela ruine de fesnbsp;ennemis. T elle cft la teneur de celle commiffiônbsp;faite en mefmc temps par ledit fus inféré, afa-uoiraumoisdeMay i f 6 8.Le Capitaine N.eftnbsp;cômis par le Roy en la ville de N.popr demeurer Capitaine amp; garde du pont amp; paffage: auquel fera baille douze homes pour eftre pres denbsp;là perfonne, pour leur commander ce quil ver-ra eftre à propos, amp; à faire pour le feruice dunbsp;Roy.l.cfquels douze homes fa Maiefté payera,nbsp;outre amp; par delfus rentretenement quelle luynbsp;donera. Il donnera ordre en premier lieu de faire vn pont letiis au palfage, lequel fera gardé denbsp;iour amp; de nuid bien foigneulement amp; diligemment par luy amp; fes douze hommes ; amp; ne lailTe-ra pallèr aucun.quil ne fache doù il vient, quelle part il va,pour quel afaire, amp; qui il eft. Et silnbsp;void quil fe prefente nombre de gens au palfa-gc dudit pôt.lefera flt;judainleuer,amp; ne leur pernbsp;mettra le pallagc quil nait pourucu à la feu-rcté
-ocr page 233-CARDINAL DE LOR. «o retc diccluy,3e quil nc fache bien quils nayencnbsp;aucun moyen de nuire. 11 afin que luy amp; lesnbsp;douze hommes efians aucc luy puillcnt demeurer continuellement à la garde du pont, auecnbsp;la commodité requife, donnera ordre de faire faire incontinent vne logecouuerte près 8cnbsp;ioignant ledit pont: en laquelle luy 8c fes fol-dats fe pourront retirer, loger 8c accommoder,nbsp;fans sefloigner dudit pont,ny abandonner lanbsp;garde diceluy ; 8c pourceft cftcéf, fa Maiefténbsp;a eferit aux habitans de ladite ville de faire faite, à leurs defpens, ladite loge 8c pontlcuis.nbsp;Et dautant quil peut grandement feruir audit Capitaine pour plus feurement garder cenbsp;pont amp; prouuoir à ce quil ne sy puifle fairenbsp;aucune furprife, de fauoir ce qui fe fera tantnbsp;audit lieu ques enuirons, il mettra peine denbsp;defcouurir le plus auant quil pourra des a-élions 8c deffeins de ceux de la nouucllc Religion . Et sil apprend quelque chofe qui foitnbsp;prciudiciable au fcruiccdu Roy, fe tiendra furnbsp;fies gardes,8c enaduertira le Capitaine commis à la garde du pont 8c palTage de la plus prochaine ville .* 8c fera fait le fcmblable par tousnbsp;les autres Capitaines, commis à la garde desnbsp;ponts 8c paffages, iufques à ce que le Roy ennbsp;(bit aduerrypoury pouruoir. Et encores quenbsp;la principale oc c a fi on, pour laquelle le Roynbsp;veut que ce Capitaine demeure au lieu deffuf-dit, foit pourlagardcdu pont 8c paflage: 11 nenbsp;laiflera de fa part à prendre diligemment garde
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que par ceux de la Religion nouuelle ne fe face aucun prefche ou exercice de ladite Religion ennbsp;autre lieu quen ceux qui font ordonnez amp; efta-blis par fa Maiefté,tanc par le contenu diceux e-dits de pacification,que par le reglement qui ennbsp;a eftc fait,depuis la publication du dernier edit.nbsp;Aura lil ouuert,amp; prendra garde le plus presnbsp;quil fera poffible, à ce que ceux de ladite Religion ne facent aucuns enrollemens de gens denbsp;guerre,leuees ou colleétes de deniers, alfébleesnbsp;illicites,ou remuemês de guerre,tant audit lieu,nbsp;quen tous les lieux dalentourioù il donnera ordre dauoirgês fidcles,pour len auertir:amp; fi bc-foin eft,y enuoyera aucûs de ceux quil aura prèsnbsp;de foy les plus auifez, entendus amp; propres pournbsp;pénétrer es afaires defdits de la nouuelle Religion, pour luy en rapporter ce quils pourrontnbsp;en auoir apprins. Mettra peine dentendre sil ynbsp;a aucuns Gentils-hommes mal contens, tenansnbsp;le party du Roy,Iefqucls monftrafTent auoir in-clinatiô à fauorifer amp; fuyure ceux de ladite nouuelle Religion,ou qui fuflent pratiquez par eux,nbsp;QU rccerchezde faire quelques menees ou entrenbsp;prifes pour furpredre quelques villes,auant quenbsp;fe defcouurir de leur party, pour tenir lefditesnbsp;entreprifes plus couuertes amp; moins fufpeéles.nbsp;Et au Ifi mettra peine, quad Icfdits de la Religionbsp;nouuelle feront leurs fynodes amp; aflemblees, denbsp;bien defcouurir amp; entendre la caufe defdites af-fcmblces,amp;cc qui y auraefté coricIud.Trouue-ra moyen dy faire entrer, fous tel prétexté quilnbsp;auilera,
-ocr page 235-CARDINAL DE LOR. m auifera, quelque homme dentendemét, qui luynbsp;foie bien lidele,lequel puifle cognoiftre CSe lugernbsp;la fia de leur intention, amp; luy rendre bon compte de qui aura elle propofé amp; refolu en icellesnbsp;aflcmblees. Prendra garde quil ne fe face aucunes fecrettes alfemblees es villes amp; autres lieuxnbsp;prohibez amp; défendus, où aucun feeree exercicenbsp;de ladit e Religion. Et afin que le feruice de fa-dite Maicfté fort fait ainfi quil appartient, amp; a-uec bonne intelligence entre fes bons amp; loyauxnbsp;fuiets, ledit Capitaine communiquera fouuentnbsp;auec le Gouuerneur ayât charge de ladite ville,nbsp;des chofes qui pourront futuenir pour le feruice de fidite Maiefté, fans entreprendre lvn furnbsp;lautre, afin quil nauienne aucune diuifionounbsp;mefeontentement entre le Gouuerneûr amp; luy.nbsp;Sera curieux dentendre qui font ceux aüdit paysnbsp;qui ont la charge principale de conduire lesa-faires de la Religion nouuellc, quelles penfionsnbsp;ils ont, amp; sils defpefchêt quelques Ambafladesnbsp;vers les nations eftrangeres, amp; à quelle fin. Etnbsp;pour faire entcdie au Roy ce quil pourra auoirnbsp;apris amp; defcouuert des chofes deffufdites amp; autres touchant fon feruice, il ne fera faute denuonbsp;ycr toutes les fepmaincs vnou plufieurs mefl'a-gers felon limportance des afiires vers fa Ma-ieftézquiladrefleraà Môfieur fonfrcre amp; Lieutenant general qui luy fera refponfe. Et pourranbsp;auffi ledit Capitaine faire entendre au Roy amp; ànbsp;mondit Sieur tout ce quil pourra apprendre,nbsp;enuoyant fesiett|es àceluyqui fera commis à
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la garde du prochain paffagc, lequel les fera tenir de main en maim par les autres Capitaines qui auront femblables charges, à fa Maieftc, ounbsp;à mondit Seigneur.
Tout homme qui aura tant foit peu de luge-tnent peut remarquer en celle cômiflion de mer ueilleuxartifices du Cardinal, amp; nouueauxap-prefts pour la guerre, par le moyen de laquelle ilnbsp;sauançoir. Auffi par tels moyens la troifiefmenbsp;guerre ciuile fut toll allumée, car en moins denbsp;deux mois apres la paix, plus de dix mil pcrfo.n-nes furent tuees çà amp; là.Ccpendaoc le Cardinalnbsp;fe vantoit quil en feroit plus mourir entre deuxnbsp;tréteaux que le Roy auec toutes fes armées : amp;nbsp;mandoit ordinairement à Rome amp; en diuers aunbsp;très endroits,quon auoit plus defpelché de Huguenots envniour depuis celle paix, quen vnnbsp;mois durant la guerre.
ligne Outre tout ce que dclTus, le Cardinal crai* dtî Ca- gnant que lesCatholiques ne fe mutinafl'ent pasnbsp;tholi- alfez, fit faire des confrairies, ligues amp; alTocia-^nes. tions, àquoy plufieursdes Parlcmens amp;dcUnbsp;Nobleflc tindreut la main , faifans fond de de-nicrs,prellans ferment,cnroollans foldaLs,amp; fainbsp;fans autres cas lèmblables pour rcntrctencmctnbsp;des confrairies, quilsappelloyentduS.Efprit.nbsp;Notamment en la ville de Diion par Içs menéesnbsp;du Sieur de Tau3nncs,amp; dvn nommé Begad CÓnbsp;feil 1er au Parlement fut faite vne telle Ligue. Etnbsp;comme aucuns des alîillans dcmandafl'entfilenbsp;Roy les authoriferoit, fut relpondupar Begad,
-ocr page 237-CARDINAL DELOR. lu quil auoit lettres de fa Maieftc à celle fin, Icf-quelles Tauanes auoit mifes es mains dvn liennbsp;fecretaire qui ne fe peut lors trouuer.Et que fi lenbsp;Roy nauoit agréable, il ne faloit pour cela riennbsp;craindre, pource quil fauoit bien où sadi eflernbsp;ailleurs.Qu^au furplus il ne fe faloit arrefter auxnbsp;lettres que le Roy tfcriuoit ordinairemêc à Ta-uanacs amp; à la Cour de Parlement pour lobfcr-uacion de ledit, dautant quil y auoit vn iargonnbsp;entrçux que tout le monde nentendoit pat. Ennbsp;plufieurs autres de Bouigongne amp; des autresnbsp;Prouinces furent faits femblables.
Cependant lexercice de Religion cftdefen- Cofetls ducshautsamp;baspaysdAuucrgiiCjamp;cs pays ap pourrninbsp;partenans aux frétés du Roy,amp; a quelques Prin nerlanbsp;ces du fang. Les autres Prouinccs rccoyucntde fronet-gras empefebemes, lesapprcfts fe fôt de toutesnbsp;parts pour attrapper les prïcipaux,amp; neâtmoinsnbsp;par lettres enuoyees çà amp; là aux Gouuerncursnbsp;(qui auoyét le mot)on leur dônoit charge de fainbsp;rc entédre aux Gêtils-hômes de la Religiô, quenbsp;le Roy les vouloir biê traiter amp; entretenir en lenbsp;xercice de leur Religion, amp; leur faire paroiftrenbsp;quil les tenoit pour fes boas amp; loyaux fuiets amp;nbsp;fcruiteurstamp;quelesremuemêsquc lô entédoitnbsp;neftoyent que pour affcurcr fonEftat cotre plunbsp;fieurs habitas des villes,infolcsamp; fcditicux.poucnbsp;parapres remettre toutes chofes en vn eftat paifinbsp;ble,amp; fauorifer fa NoblefTc tant de lvnc que denbsp;lautre religiô,qui eft fa principale force,la laifâtnbsp;viurc en vniôgt;{bus lauthorité de fes edits. V oila
-ocr page 238-LA LEGENDE DV de belles paroles.Mais pource que quelques Canbsp;tholiques neftans bien auertisdes intentionsnbsp;du Cardinal amp; des liens, entendans telles lettres , euffent peu fe refroidir, Ion dcfpefchoicnbsp;autres lettres lècrettes , aucc raandemens denbsp;les communiquer à ceux que Ion verroit eftrenbsp;propres à tels comptes. Le Cardinal déchira lentreprifeàvnagent du Cardinal de Cre-qiiy au chafteau de Madtit au mois dAouftnbsp;1 ç 6 8.lequel agent en efcriuit bien au long à fonnbsp;maiftre. Et pource que fon langage eft notablenbsp;pour defcouurir la coniuration du Cardinal amp;nbsp;des liens contre le repos du Royaume, nous a-uons icy inféré les propres mots de ladite lettre,nbsp;qui fut furprife amp; apportée au Prince de Godé.nbsp;Lon donne bon ordre par tout ( dit le Cardinalnbsp;à cell agent pour le faire entedre à fon maiftre)nbsp;que la force demeure entièrement au Roy,pournbsp;attrapper tousles principaux, amp; leur öfter lenbsp;moyen de salTembler, afin que les ayant rangeznbsp;a ce poinét là, comme par le reiglemêt qui eft ianbsp;donné fera aife, lon puilfe exterminer entièrement vne telle vennine(ainfi appelloit le Cardinal ceux de la Religiô)enncmis de Dieu,du Roynbsp;amp; de lEftat, amp; nen lailTet vn feul en ce Royaume qui en foit entaché, pourceque ce feroitnbsp;toufiours vne Icmence pour renouucler le mal,nbsp;filon ne fuyuoit cefte voye, dont nos voilinsnbsp;nous monftrent de fi beaux cxemples.E n attendant ce temps qui ne peut eftre plus lôg que denbsp;tout ce mois, on auife par toutes les Prouincesnbsp;de fai-
-ocr page 239-cardinal de lor. nj défaire parler aux principaux amp; moins paffion-nez de la Noblefl'e de lad re Religiô,pour feulenbsp;ment les côtcnir, amufer amp; endormir aatât quenbsp;faire le pourra, corne dcfia^il sen trcuuc qui ontnbsp;prefté loreille,amp; cômencentàsaflcurer.amp;mcfnbsp;mes aucuns fe vicncnt la biufler à lachâdelle: amp;nbsp;encores on a en outre bônc cfperance,quil y ennbsp;a dautres qui feront le mcfme, lefquels on faitnbsp;défia eftrc esbrâlez.Ce qui fera indubitablemctnbsp;emporter bié toft gain de caufe, amp; nous dôneranbsp;pleine viâoire, fans grade peine amp; refiftâce connbsp;ire les ennemis de noftre foy. Voila les delTeinsnbsp;du Cardinaljlefquels auec plufieurs autres pratinbsp;ques que nous toucherôs en autres endroits pronbsp;pres,attiferét le feu des troifiefines guerres ciuînbsp;les plus longues amp; furieufes que les autres.
Le Prince de Condé fur la fin de ce mefme Troi-mois fe fauua en grand hafte de Noyers en Bout fiefme gongne, où il deuoit eftrc enclos deux iours a- gutrrenbsp;pres,amp;arriua à la Rochelle, contre laquelle le cmlc.nbsp;Cardinal auoit drefte beaucoup de pratiques,nbsp;mais il fe rôpit la tefte en vain.Lors la guerre futnbsp;ouueree. Et comme les préparatifs fe drelToy êtnbsp;pour faire marcher larmce Catholique, fous lanbsp;conduite du Duc dAniou,le Cardinal fitdref-,fcr deux edits, publiez en vn mefme iour au Parnbsp;lement de Paris,le 28.de Septébre, afauoir troisnbsp;iours apres quils eurent efté baftis au Confeil.nbsp;Au premier,le Roy ayant fait vn long narré desnbsp;chofes auenues en fon Royaume pour le fait denbsp;U Religion, declairoit entre autres chofes, que
-ocr page 240-LA LEGENDE DV leditde lanuier par lequel il donnoit pcrmif-fion à ceux de la Religion den faire lexercice,nbsp;neftoit quepronifionnclen attendant fa Maio-ritc, 8c quil neftoit plusdelibetc de faire obfccnbsp;uer les edits touchant le fait de la Religion. Anbsp;ces caufes paruenu audit aage de Maionté , de-fcndoit tout exercice dicelle e's pays de fon obenbsp;iffance, voulant irrcuocablcment quil hy eiiftnbsp;autre exercice de Religion que de la Romaine,nbsp;fur peine de côhfcation de corps amp; de biens. Etnbsp;fur les mefmes peines, cômandoit à tous Minières de ladite Religion de vuidcr Je Royaumenbsp;dans quinze ioursidefcndât neâtmoins que ceuxnbsp;delàRligionnefuflcnt aucunement recerchtznbsp;en leurs côfciéccs,pourucu qu'ils voululfenr vi-ure paifjblemét en leur maifqs.Par lautre,il de-lt;ilairoit que de là en auât il nentendoit fe feruirnbsp;daucûs officiers faifans telle profêffiort, les fuf-pendant deflors de leurs cftats 8i charges ; leurnbsp;çômandât de sen aller delTaiûr entf e les mains,nbsp;dans quinze ioiirs,autrement que par luy il y fe-roit pourueu.il y auoîc long temps qiicces editsnbsp;eftoyent fur le bureau, le Çardinal lcs mön-ftroit de loin aux Catholiques,pour.les faire venir à loffrande, amp; foncer deniers pour la foldenbsp;de larmce,en quoy luy,la Royne mere amp; fc mignons iouêrct leurs ieux accouftumez. Mais cesnbsp;edits nùifirent plus aux Catholiques quils nenbsp;croyoyent: car la plufpart de ceux de la Rligionnbsp;qui neuflent bouge de leurs maifons,Yoyans denbsp;pcriurc tout manifefte, duquel le Cardinal dlf-famoit
-ocr page 241-CARDINAL DE LOR. 114 fàmoit Ja race des Valois, Je ictterent incontinent en campagnc.Les Seigneurs de la Religionnbsp;cnuoyercnt ces edits en Angleterre amp; Alemai-gne,pour certaine preuue,quon ne Jes pourfuy-uoitjcommefeditieuxny atteäans Ja Couröne,nbsp;{comme ils vouJoyent faire croire) ains commenbsp;zélateurs à la Religion que les Catholiques vounbsp;loyent extirper de France. Ccft ce que le Cardinbsp;naJ Scies ficus gaignerent. En ce temps furet punbsp;bliczdiuers efcrits cotre laudace amp; ambitieufenbsp;cruauté de ceux de Guifc,fpeciaJcmentdu Cardinal, le naturel duquel fut defcrit par vn doâcnbsp;Poète François, auec vnc imprecation à la fin.nbsp;Et pource que le fonnet quil en fit.eftgentil, amp;nbsp;nom imprimcjque ie fache)ie lay vouluicy prc-fenter au leâeur.
SONNET.
De fer,âeftUide fang,Aiars, tilcarty T i/yphonef BafitforgeairempUtf ame,le cceuryla mainnbsp;Du meurtrteri embrafeur^du tyran inhumainnbsp;,Qui tMetbruße,perdla Frant^oife Couronne.
D'vn Scythe,dvn Cyclope,(^ d'vnfierLeßrygone, La cruautéf ardeuriôr la fanglante faim^nbsp;^i ranime fefchauffe,amp; conduit fon dejfeiutnbsp;Jlten ijuefer,rie lt;]uefeuirie tjue fang ne refonne.
Puijfe-tl par le fer cruellement mourir, Oupar le feu du ciel horriblement perir^nbsp;Et voir du fang des fient la terre eßre arroufite'.nbsp;Et foit rouillCießainty^ fechè,par lapaiXfnbsp;Le fer,lefeu,le fangycruefardantycfpaisynbsp;^ut tue yard rougit la France dtjfipee,nbsp;p.ii.
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Ceftctroifiefme guerre ciuilccômençant au mois dOdobre mil cinq cens foixâte huiâ,dura iufques au cômencement dAouft 15 o.Lhinbsp;ftoire en a efté efcrite bié au long amp; publiée, oùnbsp;il appert que les Catholiques amp; ceux de la Relinbsp;gion ont efté ruinez les vns par les autres, foitnbsp;quon conftdere les batailles données,places af-liegees ou prinfes,chefs amp; foldats tuezuellemétnbsp;que les François ont fait contre cux-inefmcs,cenbsp;quefpetit eftre)tous les autres peuples de lEuronbsp;pe a maffe 2 enfemble neuflent feeu exécuter.nbsp;Cependât le Cardinal regardoit iouer celle fannbsp;glante tragdie,dcfployât tous fes moyês pournbsp;ruinerlcs vns par les autres. Et dautant que cenbsp;feroit vn labeur infiny de defcrlre le tout, cenbsp;nous fera affczde remarquer icy quelques vnsnbsp;de fes artifices pendant celle troifiefme guerre.
Premièrement, il safièura de la perfonne du Roy,quil menoitçà amp; là,felon les occurrencesnbsp;des afaires, amp; pouruoirque tié ne fe fill que parnbsp;fbn auis. 11 feruoit auffi de boutefeu pour enfiâ-mer le Roy de plus en plus à lencontre de ceuxnbsp;de la Rcligiô,fpecialeinent des principaux,contre lefquels on defploya toutes violences amp; tra-hifons pour en venir à bout. Les vns apres auoirnbsp;cllé prins prifonniers furent tuez, nonobllantnbsp;quon leur cnil promis la foy, les autres furentnbsp;empoifonnez, contre les autres furent apofteznbsp;des meurtriers,aufquels mefmes.lc Cardinal fitnbsp;donner de grandes recompenfes.
En apres il donna ordre dauoir force ferui-tcurs
-ocr page 243-CARDINAL DE LOR. n$ tcursaupres du DucdAniou Lieutenant genenbsp;ral du Roy ,afin de lenuenimcr contre lefdits denbsp;la Religion. Ce qui fut de fi pernicieufe confe-quéce au Prince de Code quil fut tué par Mon-tefquiöu Capitaine des gardes dudit Duc d Annbsp;iou,eftant entre les mains des Sieurs dArgencenbsp;amp; de S.Iean qui lauoyent prins prifonnier. Lanbsp;mefme rufe fit que ce Duc ne voulut donnernbsp;fauf-conduit au Sieur de lEftrange député de lanbsp;part des Princes amp; Seigneurs de la Religion aunbsp;mois de luin 15 6 9.pour aller prefenter leur rc-quefte auRoy,fur les moyêsamp; remedes quils conbsp;noiffoyct eftre plus propres amp; côuenablcs pournbsp;faite eeffer la guerre amp; eftablir vne bonne paix.
De mefme rufe fe feruit le Cardinal pour em pefeher que la paix ne sauâçaft.- car eftant auer-ty que lAmiral auoit enuoyc au Marefchaldcnbsp;Môtmorency fon coufin cefte requefte, pour lanbsp;prefenter au Roy,il preuint, difant au Roy, quenbsp;ce neftoit nullement raifon que les fuiets ainfinbsp;rebelles parlaffcntdcloin, amp;-sils ne venoyentnbsp;fe prefenter àfa mercy, il ne les faloit efeourer,nbsp;mais en auoir le bout par les armes. Suyuantnbsp;cela,le Roy dit au Marefclial de Montmorency,nbsp;quil ne vouloir rien voir nyouir deceux delànbsp;Religion,fpecialerocnt de lAmiral, que premienbsp;rement il ne fe fùft remisen bonnegrace,à quoynbsp;il feroit reccu fe mettant en fon deuoir. Comme fl lAmiral amp; les fiens neuflènt au para-uant fupplic inftamment le Roy, comme ils fai,,nbsp;foyent encores par cefte remonftrancc, où cesnbsp;gt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;p.üi.
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mots eftoyent contenusJls fupplient tref-huirt-kgt;lctnent voftrc Maieftt de vouloir ottroycr ߣ accorder gcneraleraét à tous vos fuicts,de quelque qualité amp; condition quils foycnt,librc excrnbsp;ciCe de la Religion, en toutes les villes, villagesnbsp;amp; bourgtdes,amp; en tous autres lieux amp; endroitsnbsp;de voftre Royautneamp; pays de voftre obeillanccnbsp;amp; proteâion, fans aucune exception,modifica-Vpn ou reftriétion de perfonnes.dc temps ou denbsp;lieux,auec les fcurctezneccflaites Sc requi(ès.amp;nbsp;outrc,ordonner Si cnioindre de faire profcflîonnbsp;raanifefte de lvne ou lautre Relion/afin de counbsp;per chemin à plufieurs, lefquels a bufâs de ce bcnbsp;yefice amp; grace, font tôbcz en Atheifme Sc en liberté charnelle, seftâs liccciezde tout exercicenbsp;amp;profeflîondeReIigion,amp;ne defirâs rienplusnbsp;que de voir vue cófiihon en ce RoYanme,amp; toutnbsp;ordre,police amp; difciplinc Ecclefiaftique renucrnbsp;fee amp; abolie: chbfe trop dâgereufe amp; pcrnicicu-fe,amp; qui ne fc doitaucunemc tolcrer.Et dautâtnbsp;Sirc,que lcfdits Sieurs Princcs,amp; les Seigneurs»nbsp;CheualiersjGêtils-hÔ!nesamp; autresqui les aeô-p3gnent,ne doutent point queceux qui ont toufnbsp;jours iHfques à maintenât affis le fondement denbsp;leurs dclfcins fur les calônies quils publient in»nbsp;pudêmcnt pour les rendre odieUx,mefmes versnbsp;ceux quifparJa grace de Dieu)fbt affrâchis de lanbsp;feruitude amp; tytânic de lAntechrift, ne faudrpntnbsp;demettreenauât quils veulent pluftoftopinianbsp;ftremét défendre, ß$ raifô, ce quils ont vncfoisnbsp;rcfoJu croire touchât les articles de la Religion
-ocr page 245-CARDINAL DE LOR. iiä Chreftienne,que de feconiger amp;retrader,Ief-dits Sieurs Princes,amp; les Scigncurs,Cheualiers,nbsp;Gétils-hómes amp; autres qui les acópaignent,de-clairct amp; proteûêt, come ils ont touliours fait,nbsp;que fl en quelque poinét de la CôfelTiô de (oy cynbsp;deuât prcfentce à voftrc Maicftc par les Eglifcsnbsp;reformées de voftre Royaume,on les peut enfeinbsp;gner par la parole de Dieu , côprinfc es Liuresnbsp;Canoniques de lEferiture fainde,quils fe foyétnbsp;eflongnez de la doârine des Prophètes amp; Apo-ftres,que proprement ils döneront les mains,amp;nbsp;cederôt tref-volontiets à ceux qui les inftruirôcnbsp;mieux par la parole de Dieu,quils nauroyct e-fté dés le cômencement, sils errent en quelquenbsp;article. Et pour ceft efFeâ,nc défirent rien tantnbsp;que la conuoçation dvn Concile libre,genetal,nbsp;amp; légitimement conuoque, duquel yn chafeunnbsp;pourfd eftre ouy, pour déduire fes raifons', lef-quelles feront confermees ou conuaincues parnbsp;la feule parole de Dieu, qui cft le moyc vfitc denbsp;toute ancienneté en pareille occafion.
Cependantle Cardinal efleuoit le Duc dAn iou aux defpen? du Clergé amp; des Catholiques,nbsp;pour ruiner ceux de la Religion ,èc auoir nou-uelle corde à fon arc pour tirer dautres coups,nbsp;fl la guerre auoit tels fucccs quil pretendoit.nbsp;Car quant à la paix, la trouuoit amp; faifoit im-poffiole amp; hors defpcrance d'eftte contra-ftee que par la ruine amp; total aneantiffementnbsp;de fes parties aduerfes. Or a-il touHoursnbsp;finement diffimulc fon inteteft particulier, Sinbsp;p.iiii.
-ocr page 246-LA LEGENDE DV pour faire que le Roy trouuaft auflîde fa part lanbsp;paix impofliblc, amp; qucparconfcqucnt ilhazat-dart'tout auant que ûen venirlà, il propofoicnbsp;deux cmpcfchcmens. Le premier emprunté denbsp;la dtueifitc de la'Religion,qui ne pcut(difoit-il)nbsp;rii'nedoit eftre-töTerce en cc Royaume.Lautré,nbsp;eff compofe Ju ripm delà MaieRé du Roy quilnbsp;difoit auoir efte blcficc par ccyx de la Religion,nbsp;amp;qujl nelloit poffible de gucrii* vné telle playe,nbsp;Rnon qû'duk'pôfans les armes feVinflent rendrenbsp;la torde aU col, à la mifericordé du Roy, feantnbsp;au'lrâ de la iuftite dü Cardinal. Mais il saîdoitnbsp;dé CCS raifons (äufquelles ceux de la RelîgiÔ ontnbsp;infinies fôi'sVç'fpondu 'fuffifammcnt)non tantnbsp;pour zele à fa rcligion,de laquelle fera parlé auxnbsp;lîurrjs fuyuan^, ill pburaffeétion quil porta R aunbsp;l^oÿ, cotre qû'i il'confpiroit, que pourcc quauâtnbsp;que dé côdefeendré à a ucune ouuerture de paix,nbsp;iî vouîoit eftre affeuréquen tout eucncmët luynbsp;Stlès fieùs dcrtieurdroyfcnt au premier lieu dunbsp;Coufcil du Roy amp; du,Royaume, quil pourroitnbsp;dcft!tucr,amp;tnfiiïucr les officiers de la Couronne àjfa difcretiôn, qqil ôrdonncroitamp; difpolè-rbitdela ïunicc amp; dès finances, félon faconuoinbsp;tife : brief quçleRnyaumcprendroitdcluylesnbsp;loix du faire amp; noii Fairc,dii taire amp; du parler,amp;nbsp;quen vri rÂot il remueroit félon fon bon plaifirgt;nbsp;les amp's, les corps amp; les biens,du chcfamp;des ménbsp;bréidiccluy Royaume.
Auffi craignbic-il que fi le Roy laiflbit appro cher de fes oreilles les remonftrancesjou les dc-putex
-ocr page 247-CARDINAL DE LOR. h? putez de ceux delà Religion, auec le téps il napnbsp;perccuft aifémcnt que les Côfeillers qugt; luy ontnbsp;fait entendre que la guerre cftoit le feulmoyennbsp;doftef du Royaume la diucrGté de Religion,e-ftoyent Atheiftes ou gens efceraeUezamp; ignorasnbsp;iufques au bout. Que le Roy fe pourroit fouue-nir que depuis le retour du Cardinal du Côcilenbsp;de Trente, le corps du Confcil priué auoitefténbsp;diuifc amp; bande'en deux diuerfes opiniôs, les vnsnbsp;ne confeillans que la paix,amp; les autres la guerre:nbsp;amp; que par confequent le Cardinal amp; ceux de Ctnbsp;maifon pourroycnt eftre mal traitez. Partant ilnbsp;ferefout auecles Gens défaire durer la guerrenbsp;tant que poflîble fera,pour corrompre amp; feçon-ner le Roy à Ton humeur amp; ruiner ceux de la Rcnbsp;ligiojaGh'd*auoir vn chemin plus aifd aux entre-prifes fecrcttes.11 fe petfuadoit dauoir à la longue lefdits de la Religion. Premièrement,pour-cequeftàns chaïftzae laplufpart des villes dunbsp;Royaume^ réduits aux extremitez diccluyennbsp;vn petitanglet de Saintonge, feroyent aife mentnbsp;cnrerrticz dedans ce rccoing de pàys.par le moyénbsp;des riùiércs amp;villes qui fót fur les marches dAnnbsp;goulmois amp; lieux dalentour: amp; queftâs vne foisnbsp;rangez en telles barrières, la famine amp; la contagion de Jair, fufeitee par linfedio de leurs trounbsp;pes, les contraindroit dedans peu de mois de fenbsp;rendre la corde au col, à fa difcrction amp; mifeti-corde.En apres,que la principale force du campnbsp;des Princes confiftant en eftrangers, pour lef-quels payer des arrerages feulement qui leur
-ocr page 248-Vît IA LEGENDE py eftoyçnc deus iufqucs alors, ceux de la Religîoônbsp;sefto^ent prefques cfpuifez, ôc auoyçnt peu dçnbsp;moyés de les payer à lauenir: dlainis on If^.pournbsp;roit rendre ennemis feroic aife de, Jes.prati-quer, (tnon àcombatre lefditsdela Kcl/gion«'nbsp;pour le moins à fe retireren leur pays, moyennant le rembourlèiTientde leur dcu. É inalemcr.nbsp;Je .Cardinal fondoit le prolpngctncnt de la gucrnbsp;reJiir lincertjtude de reuenement des bataillesinbsp;àeaulè dlt;?sinfiônucnics de fon particulier. Tousnbsp;oeux qui enfpndqyencqqe toute la Nobleßcamp;:nbsp;plus bclliqucufe pa'rtiç du; peuple Fpâç pis eftoitnbsp;Iprs-cn câp^ignjîfort ii point, pour s cntrepcur-trir,ü vne JjataiHçfedpnnoit, fretDi/Tp.ypij.d^ornbsp;reur, 6£,dcplôrpy(çnt U miferablç .çpaditjpn dpnbsp;Roy amp; du Royaume ,,panctuns ^kiir ruine pafnbsp;leueiKirticnt d\nc telle récpntrc.âqucl_qvé party «juedenieuraftjlAvidoire. Lç Gatdmal Si Je«nbsp;liens cependant wayqnt .fî peu, dc^rd . celânbsp;quilscuflent bien vpûja que rwpe.d^ panics ginbsp;fantpar terre euft. hiflïlautre tellement naurcenbsp;que iamais elJpnç pçu relcuçr ; non pasnbsp;poViSefpcrancedeereer vue nouqcHc NoblelTenbsp;Prâçoifejàüetl vnçfucil)c depapicr^^ou vnepeaunbsp;de parchemin amp; qi^atrc onces de cjre(fuyuât la-poph' egtTie'dn Cardinal que le Roy pouuoit fainbsp;rc plus dcGêtils homes ch vne heute,quil n crinbsp;fauroit mourir au côbat en dixans)maispluftoftnbsp;dautant que la NobIclfeFrançuifeeftât.eftain-tc il feroit plus aifë de paracheuer les proiedsnbsp;Giiyficn.s^amp; (auec la faueur des Maires, Efche-oins.
-ocr page 249-CARDINAL DE LOR. 118 uins , amp; Confcillcrsdc la plufpart des villes dunbsp;Royaume atteâiônez de longue main au Cardinal, aufli bien que les Cours de Parlement,fousnbsp;couleur de mamtcnit lcgiifc Catholique) ven-diquer le droit de la Couronne,quris fe font vânbsp;tcz de fl long temps appartenir à lamxifon denbsp;Lorraine, en vertu dvne fucceffion imaginairenbsp;de lcftoc de Charles le Grand. Mais le Cardi-nal craignant que la bataille ne vinft à fe deftixcf-llt;r,pluftoft par vneffroy amp; route de lyne des arnbsp;mees, que par grande effuûon de fang , il aimanbsp;mieux saffeurec en la longueur du temps que banbsp;ftir fon cfperance,fur ce fondement mouuant amp;nbsp;hazardeux. Car fi la viâoire euft fauorifé ceuxnbsp;delà Religion, ceux de Guife cftoyent perdus,nbsp;ce leur fembloit. Si elle demeuroit à latmee dunbsp;Cardinal, encores preuoyoit-il que la cholerenbsp;eftât refroidie, quelques Catholiques luy pour-royent attacher vnc quercllp aüffi difficile quenbsp;cefte là, amp; redemander la vie des Seigneurs amp;nbsp;Gentils- hommes immolez fur lautel de fon amnbsp;bition. Car tous ceux qui portoyent lesarinesnbsp;fous le DuedAniou, neftoyent pas fi deuot#nbsp;au feruice de ceux de Guife, queux euflent biennbsp;voulu.
Ainfi, le Cardinal fila cefte corde de guerres cîuiles le plus long quil peut, encores quen fesnbsp;confiderations, y euft de grandes inconfideta-dons, lefquelles iene veuxdcfcouurir nirefu-ter, cela appartenant à quclquvn qui auroit lenbsp;lolftr de drefler des difeours politiques, amp; mon»
-ocr page 250-LA LEGENDE DV ftrer laueuglement des Gentils- hommes François Catholiques, qui pour faire profcffion de-ftre gens dentrcprife amp; dexecution,fe font biffez beffler à toutes reftes par vn preftre, plus'nbsp;couard quvne femme, amp; qui fous fon chapeaunbsp;amp; parmi fcs familiers fc moquoit deux à bouche ouuerte, comme nous le verrons en fon endroit ci apres.
Le Duc dAumale eftoit fur les frontières de* Bourgongne amp; de Lorraine auec grofles troupes, aufquelles il commandoit, pour empefeher-lentrec des Reiftres qui venoyent au fecours denbsp;ceux de la Religion.En quoy il fut auffi heureuxnbsp;quen lès autres exploits de guerre, fes foldatsdfnbsp;ûns tout haut amp; bien fouuent que leur General 'nbsp;auoit plus de chair que dcfprit. Et de fait, en-'nbsp;Cor quil fuft en pays propre pour linfaterie quinbsp;laccompagnoit en grand nombre, amp; de gt nsa- 'nbsp;guerris.fi ne fit-il chofe qui V31uft,amp; fut en danger deftre battu plufieurs fois, ayant mefmes rcnbsp;fufe de choquer fcsennemis à fon auâtage.Maisnbsp;leCardinalfutaufiicaufeen partie decellepronbsp;cedure, car il nevouloit pasquon vinftfi tortnbsp;aux mains, efperant ou gaigner les cftrâgcrs,ounbsp;les auoir mieux à lauancagc, amp; en fomme vou-lât brouiller les cartes de plus en plus, pour rennbsp;contrer meilleur ieu.
Quant au icune Duc de Guife,pour eftre fort fauortfe du Duc dAniou, auec qui il auoit fort ¦nbsp;eftroitte accointance, il fut auancc en cesguer*nbsp;rcsjioiot qiï il eftoit grand maiftre. Lors fon onde
-ocr page 251-CARDINAL DE LOR. 119 dele Cardinal lenuironna deplufieurs Capitaines qui luyferuirent bien à Poiétiers fpccia-lemenr. Le Marquis du Maine fon frereeftoitnbsp;peu de choie alors, pour fa ieuneüe. Le grandnbsp;Prieur amp; le Marquis dEllebeuf freres, eftoyencnbsp;morts quelques années auparauant, fans quonnbsp;fc foie beaucoup foucic deux,comme auffi ils a-uoyent eu autant defprit feulement que le Cardinal de Lorraine leur frere leur en auoit diftri-buc, amp; neftoyent faûicux que par fesinftfu-étions amp; commandemens.
Mais à lauanture auons nous aflezeftendu le propos en celle premiere partie de la Legendenbsp;de meflieurs de Guife. Partant nous laifleronsnbsp;reprendre halaine aux leélcurs, amp; quelque loilirnbsp;a noftre plume pour pourfuyure le rclle,afauoirnbsp;des deportemens du Cardinal amp; des fiens , aunbsp;troiliefme edieSt de pacification, amp; des moyensnbsp;tenus par eux pour venir à la iournee de S. Barthélémy : amp; des chofes qui font depuis auenuesnbsp;de leur part,à la confufion du Roy Charles amp; denbsp;fon eftat. Item des mefehans tours quils ontnbsp;iouëz au Roy Henry troiliefme à prefent re-gnant,à tous les Princes du fang,aux grands Sci-gneurs,à la Noblefle, à la luftice, au Clergé, aunbsp;peuple tant de lvnc que de lautre Religion , ànbsp;leurs fauorisamp; amis, voire à cux-mefmes entrenbsp;eux. Cydeuant nous auons vcuvne partie denbsp;leurs façons de faire fous François prcmier,Hé-ry fécond, François troiliefme amp; Charles neuf-uiefme:mais les panicularitez diuerfes qui ferôt
-ocr page 252-LA LEG. DV CAR.DE LOR. marquees és autres liures fuyuans defcouurironcnbsp;quen ce premier liurc nous nauons rien fait qunbsp;csbaucher les matieres,amp; monftré comme len-tree du palais fanglant, vilain amp; malheureux denbsp;ceux de Guifc. Ceci donc foit le commcncemctnbsp;de plus grand uvre» amp; à la mienne volonté quenbsp;de ce que deflus, les François puiflent cognoi-ftre à leurs defpens, fur le tard, vnc partie desnbsp;inftrumens dont le Seigneur, courroucé contrenbsp;leurs péchez, seft ferui pour les fouetter, afinnbsp;que fe retournans à luy comme il appartient, ilsnbsp;puiflent receuoir, pluftoft que ie nofe clperer,nbsp;quelque repos amp; foulagement.
Fin du premier Liure.
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