LES
'S I N G V L A R
TEZ DE LA FRAN-
CE ANTA R CTIQJ^E, A V-trement nommée Amerique:amp;: de plufieurs Terres amp;nbsp;Iflcs deco Liuertes de noftre
temps.
K PARIS, Chez les heritiers de Maurice de la Porte,au Clos Bruneau, à lâcnfèigne S. Claude.
1558. avec PRIVILEGE DV ROY.
PRIVILEGE.
s N R T far la grace de âDiese Key de franee, aux Vresiofi de taris, 'BaiHifde Roxii», Senejchal de Lyon , Lhouloufe, Bordeaux, ou leurs lietetenans, fi)- a tosee
^^1 quot;â¢^lt;'â*quot;1 itÃituri i^ii
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;_ ^fititrt faint. Koflre ame ?. Andrer heuet dâAnlt;rlt;gt;tt-
lefme.neut lt;« fait retnenÃrer^ tjuâafres aueir lan^uerrent yeya^e' difceuri^jtar I Amerirfue, fir autres terres fi)â iÃes deiouuerles de neÃre teinÃs quâil a rédigé' far efcrift, auee grand feine gy labeur, les Singularité)^ de teules les contrées
J«*«»** .Jtxe=isree. tquot;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, auec granapetne çy laiseur, les iinguiattte)^ ae toutes les contre
^tjfufdilles, ayant le tout mis en bonne forme fjp deue, four le conlenteinent gy froft des gens Ãu-dieux de noÃre Keyaume,^ fourbitluÃralion nbsp;nbsp;augmentation des bonnes lettres; lefjuetles Singular
t'iteg^il auToit grand defir faire imfrfmer f^ mettre en lumière, s'il nous flaifoit de grace luy permettre les faire tmfrimer far tel ou tels Libraires çÿquot; Imfrimturs deuoz, 'villes de Paris f^ Lyon qu il voudra eÃire, M4« ildoubte que quelques autres des Imprimeurs de noÃre Koyaume le voulant fruflrer de fon labeur,facent imprimer ledit Hure, ou en vendent qui ayent eÃe imfrimeg^far autre que far teluy ou ceux aufquels si en donnera la charge. Hosts requérant fur ce luy imfartir nog lettres tÿ* grace ejf eciele. Peurce eà il que noste inclinans a fa requeÃe four les caufes fufdites fPy astres à ce noue mouuans, auons permis ottroyé, permettons (Jr «»(«jyons de grace eÃseciate farces frefentts audit fuffliant,que luy feulfui/Jepar tels Libraires (^ Imprimeurs que bon luy femblera,^ qui luy femblerent plt^ capables diligeos en tsofdites villes de Paris (Jr L^on,(j7â autres, faire imprimer ledit Isure. E» aÃn que le Libraire ou Imprimeur auquel ledit Theuet fuppliant aura donné la charge de ce fatrefe puijfe resnbourfer desfia'u qu''il aura faits pour I' impreÃiost, Aucs inhibé /j)â défendu, inhibons amp;nbsp;défendons 'a totes autres Libraires fig imprimeurs (Jr awrfs ferfonsses quelconques de nof-dites preutÃeg^, Pailliages,f^ '^ettechaucées, gy genertdement a tous nog^fubiets aimprimer ou faire imprimer,vendre,ou dÃribuer ledit Hure iufques à dix ans apres la premiere imfteÃion d'iceluy à ci-fter du sour qu il aura ejlé acheué dâimprimer ,fans la permiÃion fir con/entement dudit Libraire ou Imprtmeuneir ce fur petne de confifeation des Hures im^tmegjfy' d'amende arbitraire. Si vous mandons fir commandons far ces frefenles, fiy a chacun de votts ft cotnme à luy affartiendra, que de nog frefenlegraee, fermiÃion, (Jr ollroy,votts faciez,, fouffriez.,^ laijfeg^leditfupfliant.eu celt,y ou ceux aufquels si aura donné charge de faire ladite imfreÃiots, iouyr nbsp;nbsp;vfer flainement fi)- faifiblement dt
noÃredileprefettteferteiiÃlon dy ollroy. it à fin que ferfonne nâen frelede caufe d'ignorance,nous voulons quo la cofse en foit mife (Jr inferée dedans les Hures quiferÃI imf rimez., dy quefoy y foit adiouÃh original. Car ainfi nous flaià tl eÃrefait. Donné à Saint Cermatn en Layt, h dixhuiltefme iour du mo'u de Décembre, L'an de grace mil cinq cens cinquante Cix,^/ de noflre re^e h dixiefstte, Ainà Ãgne, Par le R.oy,vous f re fint, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pi'ges.
A MONSEIGNEVR MONSEI G. LE
KEVERENDIS s IME CARDINAL D£ Sens, Garde des féaux de France, F. André
Theuet defire paix amp;
félicité.
goufler quelque belle hiftoi-re, laquelle entre tant de fati-voÃre efpritjSê liiy doner vne deleéla-
Onfeigneur, eftant fuffifà m-mct auerty, combien,apres ce treflouable, amp;nbsp;no moins grâd ôc laborieux exercice,auquel âpleu au Roy employer vo-ftre prudence, amp;nbsp;preuoyant Içauoir,vous prenés plaifir,nô feulement à lire,ains à voir amp;: gues puifl'e recréer '
ble intermifsiodefes plus graues amp;nbsp;fèrieuxnegocesnâay bien ofé mâenhardir de vous prefenter ce mien difeours, du lointain voyage fait en lâInde Amérique (autrement, de nous nommée la France Antarólique,pour eftre partie peuplée, partie decouuerte par noz Pilottes,)tcrre, qui pour le iourdâhuy fe peut dire la quatrième partie du inonde, non tant pour lâelongnemét de noz orizons,quc pOLirladiuerfité du naturel des animaux, amp;nbsp;temperature du ciel de la contree-.auÃi pource que aucun nâen à fait
a 1)
EPI S TR E.
iniques icy la recherche, cuidans tous Cofmographes (voire fc perfuadans) quele monde fut limité en ce que les /inciens nous auoient deferit. Et iaçoit que la chofè me femble de foy trop petite,pour eftre offerte deuant les yeux de voll re Seigneurie, toutefois la gradeur de voffre nom fera agrandir la petiteffe de mon Åuure : veu mef-mement que ie mâafleure tant de voffre naïfue douceur, vertu amp;defir dâouïr chofes admirables, que facilement vous iugerez mon intention ne tendre ailleurs,quâa vous faire congnoiff:re,queienâay plaihr, quâà vous offrir chofe, de laquelle vous puiffiez tirer amp;nbsp;reccuoir quelque cotentemet, amp;ou quelquefois vous trouuiez relafche de ces grands amp;nbsp;ennuyeux foucis, qui foffrent en ce degré, que vous tenez.Car qui eff lâefprit ff coftant, qui quelque fois ne fè fafche, voire fe conffime en vacquant fins in-terualle,aux affaires graues du gouuernement dâvne république? Certes, tout ainff que quelquefois, pour le îoulagemcnt du corps,Ie dode médecin ordonne quelque mutation dâalimens: aufsi lâefpriteft alleché,amp; comme fèmonds à grands cho{es,par le récit diuerfifié de cho fèsplaifantes, amp;nbsp;qui par leur véritable douceur femblent chatouiller les oreilles. Cecy eff la raifon pourquoy les Philofophes anciens,amp; autres, Ce retiroient îouuent à lâef cart de la tourbe,amp; enucloppement dâaffaires publiques. Comme auÃi ce grad orateur Cicéron tefÃTioignc fâeftre plulîeursfois abfèntédu Senat de Ilt;ome(au grand regret ' toutefois des citoyens) pour, en fi maifon champeffre, chérir plus librement les douces Mules. Donequespuis quâentre les noftres,ainfi que luy entre les Romains,pour voffre fin guliere crudition,prudence, ôc eloquence,effes
com-
E P I s TRE.â
comme chef, amp;: principal adminiftrateur de Ja triom-phate Republique Frâçoifc,amp;tel à la vérité,que le defcrit Platon en fa République,cell:à fçauoir grand Seigneur, amp;nbsp;home amateur de fcience amp;nbsp;vertu:auÃi nâeft il hors de railbn de lâimiter amp;nbsp;enfuiuir en ceft endroit. Or Mon-feigneur,ainfi que retournant tout attedié amp;nbsp;rompu de ri long voyage,iâay erié par vous premièrement, de voftre grace,receu amp;nbsp;bien venu,qui me donnoit à congnoiflre, quelles le ringulier patron de toute vertu,amp; de tous ceux qui fy appliquent:auÃi mâa lèmblé ne pouuoir adrefler en meilleur endroit ce mien petit labeur quâau vollre.Le-quel fil vous plaill receuoir autant humainement, corne de bon amp;nbsp;alFeólionné vouloir le vous prelènte amp;nbsp;dedië: amp;nbsp;ri liiez le contenu dâiceluy, trouuerez à mon opinion en quoy vous recreer, amp;nbsp;mâobligerez à iamais (combien que deria,pour plurieurs railbns,ie me lente grandement vollre tenu amp;nbsp;obligera faire treshumble amp;nbsp;trelobeïlTant fcruice à vollre Seigneurie : à laquelle ie fupplie Je Créateur donner accompliflemcnt de toute proscrite.
ESTIENNE lODELLE SEIGNEVR
DV LIMODIN. A M. THEVE T,
O T) B.
I nous duions ^ot/r nous ies Dieux, Si noflre peuple duolt des yeux, si les grands aymoient les dodlrines, si noç!;^mdgiflrdts trdjfiqueurs ^ymoient mieux f enrichir de meurs, Qm fenrichir de no%^ruinelt;.
Si ceux Id qui fi yont md/qudnt Du nom de do£le en fi mocqudnt Nâdymoyent mieux mordre les fiiences Quen remordre leurs confidences, ^ydnt dâyn tel heur labouré Theuet tu firois djfieuré Des moilfins de ton labourage, Q^ndfduorifir tu yerrois ^ux Dieux, aux hommes ^aux Boys Et ton yoydge ton ouurage.
Car fi encor nous eftimons De ceux la les fiuperbes noms, Qm. dans leur grand ^rgon OTcerent ^firuir Neptune au fardeau, Et qui maugré l'ire de lâeau lufique dans le phafi yoguerentz si pour auoir yeu tant de lieux Vlyjfe eil prefique entre les Dieux, Combien plus ton yoyage t'orne, Q^nd paffiant fioubs le Capricorne ^s yeu ce qui euil fait pleurer Alexandre ?à honorer Lon doit Ptolomée en fis Åuures Ofieii ce qui ne tâhonoreroit Qm cela que lâautre ignoroit Tant heureufiment nous defioeuures?
Mats le ciel par nous irrité
Sembla
Semble Åil tdnt âefité Ilegdïder noÃre ingrate Frdnce. Les petits font tdnt abrutie Et lesplud grdnds ejui des petits Sont Id lumière Id putfitnee, SâempeÃhent touÃours tellement En yn trompeur dccroiljèment, Qw yen que rien ne leur peut pldire, Qm ce qui peut pluô^rdnds les fdire, Celujgt; Idfdit beducoup pour Ãy Qui fait en Frdnce comme moy, (^dchdnt fd yertu Id plus rdre, Et croy y eu ce temps yieieux^ Q^ncor ton Hure fèroit mieux En ton Amérique bdrbdre.
Cdr qui youdroit yn peu bldfmtr Le pays quâil nous f dut dymer^ il trouueroit Id Frdnce ^rdîique '^uoir plus de montres te croy plui de bdrbdrie en foy
Qfie nâdpdi td Frdnce ^ntdrdiique. ^es bdrbdres mdrehent tous nuds., nous nous mdrehons inconnus,
*^rde2i, ntdfquett:^ Ce peuple eÃrdn^ Id pieté ne à rdnge,
iioiii la noÃre nous meÃriÃons^ 1^âpons, yendons eby* deguiÃns.
bdrbdres pour à conduire ont pda tdnt que nous de rdiÃin^ qui ne y oit que Id foiÃn l^on Ãyt f2ous entrenuirel
Eoutesfois,toutesfois ce Dieu, nâd pus bdni de ce lieu ^^erdnee noÃre nourrice, bdn^ednt des deux lâinimitié, â¢^urd deÃd Frdnce pitié ^â^t pour le mdlheur que le yice.
Ie yoy Rols amp;nbsp;leurs enfans De leurs ennemis triomphdns, Et no^ma^iÃrats honorables RmbrajÃer les choÃs louables, Se^arans les boucs des agneaux, ofler en trance deux bandeaux, ^u peuple celuy dâtgnerance, eux celuy de leur ardeur. Lors ton Hure aura bien plus dâheur En fa y ie,qu'en fâ naifance.
A MONSIEVR THEVET ANGOV-moifin, Autheurdelaprcfcntc hiftoire,François de BelIcforeftComingcois.
ODE.
E laboureur, quand il moijjonne ^^Courbe par les champs yndoyans: quand fur la Ãn del'.^utonne Contraint fs bÅufs (ia panthelans Defoubs le iougfubs lâateüage') Recommencer le labourage, Qtû pouruoirpuijf aux ans fuyuans: NefesbahtÃ,quoy que la pene, Qm la rudeffe du labeur Caffenrfn corps, ains dâyne halene torte, attend le temps,qui donneur D'.Années riches,luy rempliff Sesgranges,^^ luy parfourniff L attente d'yn eferé heur.
.A inft ta plume qui nous chante Les meurs, les peuples du Leuant,
P^fépoint nefe contente, Qtwy quelle ait efpandu le yent Dâynegloire immortalifée, D yne mémoire eternife,
Qm court du Leuant au Ponent, Car encor que lâantique Thrace, Qm l'arabe riche ayes y eu, QMcC^fie laterreÿrajjiè, T)â,/4Eo'^pte les merueiUesfceu: Encor que ta plume diuine Nous ait deÃrit la PaleÃine, Et que de ce fin loçi^-iiteu:
Toutefois ce defir dâentendre Le plus exquis de lâyniuers, ,A fait ton yolplus loin^ efiendre: Luy a fait yoir de plus diuers, Tantpeuples,que leurspaïfiges, Hommes nuds allans,^Sauuage), ïufique icy de nul decouuers.
le y-oy ton yoyage,quipaffi Tous degre'^y^ dimenfions Hâyn Strabon,qui le ciel compalfi, Et les habite^iiori^iions, Eefquels Ptolome'e limitez Mau leur congnoilfancepetite tes conceptions.
Car ayant coftoyédâ,y4phrique Ees régnés riches,amp; diuers, Ecs loingtains païs cü^/dmerique E^oElement nous as decouuers: Encor en 1â,/dntardliqâauances, yne,mais deux telles Frances fiient miracle a fyniuers. Et ce que iamau lâefirit dhomnte auoit par deçà rapporté I exprimes,tu le pains, fimme
quot;Eel tu le quâen yerité ^bfiuYi^ mefine en firoit clere: que par ce moyen lefperç Ion yerra refufiité
Mondes cefl infni nombre.
Qîà feit Alexandre l'dourer. O que dâdrbres içy ie nombre, Q^ls fruits doux lyfewx^fduourer: Qt^ de monflres diuers en formes, Quelles meurs de yiure dijformes ^ux noÃres tu fçdis coulourer!
le 'yoy lurent qui idolâtre Tdntoft yn poijfon efcdillé, Ors yn bois,yn metdl,ynÃdftre Par ekx m s en oeuure,'amp; tdiÃe:
TdntofynPdn,qui mii en Åuure Noflre Dieu tout puiÃdnt defeeeuure, Qui de iyniuers emcullé
Pdr mdintes beduteez;^,feit le monde, Pt l'enrichit dâanimaux maints, Qui Id terre enferme de boule Entoura des ciels clersÃrdins.
De laÃrtent tes Antipodes, Ces peuples que tu accommodes ces Sauud^es inhumains.
Defquels quand la façon yiens lire .Auec tant drinhumanite^ D'horreur,de pitié,cP^ puis d^ire, lepourfuis ces grands cruaute?:;^ Q^lquefois de leur politique le loue la faindiepratique, .Auecques leurs fimplicite-x^
Las ! fl de ton offrit lâimage Dieu euÃpofe en autre corps. Lequel dâyn marinier orage Euà euité lesgrands effors. Qui euà craint de yoir par les yndes Les eJclatSjles coups furibondes Des arm es, cent mille morts.
Pas n^aurions de cefte hi foire Ledodle yeritable trait: Mais Dieu Ãmieux amp;nbsp;de ta çloire
J O nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;O
Et dehjuititblejouhdit De la France, qui ne deÃre Que choÃs rares fiuuem lire, Ce deÃtr a mis en eÃ^ait.
Câefl quand il eflrena ce pole De ton bon eÃrit,^ VeÃeut O Theuet,pour porter parolle De ces peuples,ainà youlut de yoir deÃreux tu fuÃÃs, Et pour le mieux, il feit que peu/Ãs Parfaire ce que autre one ne Ãeut.
^inà lâEurope tributaire kA ton labeur, tâexaltera: P Asne pourra Franceà taire, ^Ains tâadmirant feffaïera, Lifant ces merueiUes cachées Et par nul eÃriuant touchées: Les liÃnt,elle t honorera.
IN THEVETVM NOVI ORBIS PERAGRA-torcm Sc defcriptorem, lo. Auratus^literarum Græcarum Rcgius profefTor.
AVre tenus ,Ãd non pedibus, nec nauibus y dis, Plurimus nbsp;nbsp;nbsp;terras,menÃis nbsp;nbsp;efl maria.
^ulta tarnen non nota maris terrxque reliéla
Liis loca, nec certis teÃiÃcata notis.
maria nbsp;nbsp;terras pariter ya^ss ifle Theuetus
^ifu,!!^ menfùs nauibus,it^ pedibus.
^^ÿ^ora certa refert longarum hxc Ãripta yiarum, fanatique orbiscurÃr cÿ* author adefi.
^âxquie audita aliis,fùbieFla fidelibusedit
Eiic oculis, terraÃÃes ab.Antipodum.
Um aids hicCoÃno^raphis CoÃno^aphus anteit '^uditu quanto certior efi oculus.
PREFACE AVX LECTEVRS.
OnÃderat dpar rnoy/omhien L-t longue experience des chofes,e:jrâ fidele ob-Jeruat ion deplufieurspais nations enfiemble leurs meurs façons de tz-
â gt; apport e de perfe^ion d Hhomme: comme fil nyauoit autre plus louable ex er cice, par lequel on puijfiefuf'i-famment enrichir fon efirit de toute â vertu héroïque ^fct'è'ce trejfiolide'.ou-trema premiere nauigation au pais de
LcuantynlâGrcceprurquie,Egypte^lt;^ Arabie,laquelle autrefois ay mis en lumière, me fuis derecheffoubs la protection nbsp;nbsp;con
duite du grand G ouuerneur de hvûiuersfi tant luy a pieu me faire de grace,abandonné d la difcretion nbsp;nbsp;mercy de Æ vn des element
leplus inconflant,moinspitoyable, nbsp;nbsp;nbsp;affieuréqui foit entre les au-
tres,auec petis yaiffeaux de bois, fragiles nbsp;nbsp;caduques à dont bien
fuuent Ion peut plus efierer la mort que la Vic') pour nauiger vers le pole A ntaréliquejequel ri a iamais efié decouuert ne congneu pat les Anciens, comme il appert par les efrit s de Ptolomce nbsp;nbsp;autres, mefme le noflre de Septentrion, iujques d lâEquinoélal : tant fien faut qu'ils ayentpalfiéoutre,amp;pource a efiéefliméinhabitable, Et auonstant fait par noz.iournées,quefommes paruenus d linde A-merique,enuiron le Capricorne, terre ferme de bonne temperature, habitée : ainfi que particulièrement nbsp;nbsp;nbsp;plus au long nous déli
bérons efrire c'y apres. Ce que toy osé entreprendre d limitation de plufieurs gi'andsperfinnages, dont lesgefles plus quheroiques, Gr* hautes entreprifes célébrées par les hifloires,lesfont viure encores auiourd'huy en perpétuel honneur Gt'^ gloire immortelle. Quia^ donné
PRE FACE, donne ar^twent d ce ^dndpoete Homere^e tMt quot;veïtaeufement célébrer par fes efcrits ylylj'es^finon ce sie longue peregrination loingtain difcours^qu tla fait en diuers Iteux^auec bexperiece deplu fieurs chofes/dt par eau que par terre^ apres le facagemet de Tröie^. (fui a eÃe occaÃon d Kirgtle de tat louablemet eferire le Troien E-néelcombien que felon aucuns HiÃoriographes, il euà inalheureu-femet liuréfon propre pais es mains defes ennemis^findpour auoir ^ertueufement refÃedlafureur des undesimpetueufes nbsp;nbsp;nbsp;autres
incoueniensdelà marine^ily aifveu nbsp;nbsp;experimetépluÃeurs cho-
fs^el^fnablemet paruenu en Italie^Or tout ainà que lefouuerain (reateur a compofé l home de deux efences totalement differentes^ byine elementaire nbsp;nbsp;corruptible^ tautre ccleÃeÃiuine^els^ immor
telle lauÃiail remistoutes chofes contenuesfoubs le caue du ciel en la puiffancc de l'homme pour fin ffage ; deffus^ afin d'en congnoi-Ãre autant qu il luy efioit neceffaire, pour paruenir d ce fouuerain bien: lu^ laiffant toutefois quelque dfficulté^ nbsp;nbsp;nbsp;variété d'exercice:
autremétfefufiabafiardâpar vne oifiueténochallancc.L'hom-^e donc bié qu 'ilfoit creature merueilleufimét bien accoplie^fineà dnedtmoins ma organe des ailes vertueuxÃefquelzj)ieu eà ta pre-'^iere cau/cidefaçon qu'ilpeuteflire telinfirument qu'illuyplaifi, pour executer fon deffeinffoitpar mer ou par terre. Mais il fepeut faire.fiomme Ion voit le plusfouuet aduenir^que quelques vnsfoubs prétexté,facent couÃume d'en abufer. Le négociateur peur vne auarice amp;nbsp;appétit infatiable de quelque bieparticulier eyr* tempo-' ^dfehazairdant indifcretemet,eà autat vituperable^ainfi que tref-biele repred Hor ace enfes EpiÃresfome ccluy efi louable,qui pour l^mbelliffement illufiration de fon effrit,ey^ en faueur du bien P^blicfexpofe libremét d toute difficulté. CeÃemethodea bienfeeu Pratiquer le fage Socrates,iyrâ apres luy Platonfon difciplefefquels. ^nfeulemét ont eflé contens d'auoir voyagé en pais efirangcs,pour
PREFACE.
acquérir le comble dephilofophie^mais auÃipour la communiquer au publicÃans eÃoir d'aucun loyer ne recopenfe.Cicero na ilpaa en-uoyéfon fils Marc d Athenespour en partie ouyr Cratipptts en Pbi-lojôphe^enpartie pour apprendre les meurs nbsp;nbsp;fidcons de 'viure des
citoyens dlAthenes^. Lyfiander eleu pour fit mapnanimitéfiomcer-neur des LacedemonicuS:, afit -vaillamment executefin fie urs belles entrepiifies cotre Alcibiadesdjommepreux el^-vaillant:C^ Antiochus fion lieutenantfiir la mer, que quelque iabîureou detriment quil ait encouru fi eut iamaù le cueur abaiffié^ ains a tant pourfuy-uifon ennemy par mer nbsp;nbsp;tcrre^ quefinablement il a rendu Athe
nes fiubsfion obeifiance.Themiflocles non moins expert en l'art militair e^qu en philofiophie^, pour monftrer combien il auoit dejird'ex-pofier fia yie pour la liberté de fion pais, a perfiuadé aux Athéniens, que l'argent recueilly es mines, que Ion auoit accouftumé de difiri-buer au peuple fiuft conuerti nbsp;nbsp;employé d baflir nauiresfiufles,amp;
galeresfitre X erxesfiquelpour enpartie lâauoir deffait,amp; en partie mis en route,cogratulant d cejle heureufiè -viéioire (contre lepropre dvnennemyfiuy a fiait prefient de trois les plus apparétes citez defion empire. Qm a caufiéd Seleuc '^icanorfi l'Empereur Auÿt-fleCefiar, nbsp;nbsp;nbsp;d plufiieurs Princes elÿ* notablesperfionnages dépor
ter dans leursdeuifies enfieignes le Daulphtn, elÿ* l'anchredelà nauirefinon donnans inflruéiion d lapoflerité,que l'art de la marine efi le premier,de tous les autres le plus -vertueuxi. J/oila fiant plus long dtficours,exemple en la nauigation,corne toute chofiefian-tant quelle efi plus excellente, plusfont difficiles les moyens pour y paruenir-.ainfii qu'apres l'cxperiéce nous tejmoigne Ariftote,parlant de vertu. Et que la nauigation fioit toufiiours accompagnée de perd, corne vn corps defion vmbre, l'a biémonfiréquelquefois Anachar-fis Philofiophe,lequel apr es auoir interrogé de quelle effeffeur efloient les ais nbsp;nbsp;nbsp;tablettes, dont font compofies les nauires : nbsp;nbsp;nbsp;la reifonf
PREFACE.
f J quils efloicnt feulement de quatre doigts: Deplus^dit tl^neH (longnée Uyie de la mort de celuyqui auecquesnauires flotte fus tner. Or meÃieurs^pour auoir alléguétant dâex cellens perfonnages, n efl que ie m^eÃime leur deuoir eflre comparé^ encor moins les cga-ler:mais ie me fuis perfuadé que la grandeur dâAlexandre^n'a em-pefchéfes fucceffeurs de tenterçpoire iufques à Hextremité^ lafortune: auÃina le fcauoir eminent de Platon iufques la intimidéAri-flote^qu il n âaye à fà n plaifir traiéléde la Philofophie. Tmt ainfif Ãn de n eÃre yeu oyfeux inutile entre les autres^ non plus que Diogenes entre les Atheniensfaybien voulu réduire par efcrit plu-fieurs chofs notables^ que i'ay diligemment obferuées en ma naui-gation^ entre le quot;Midy nbsp;nbsp;le Ponent : Ceà d fcauoir la fituation
difofition des lieux^en quelque climat^zÿne^ou parallele que cefoit, tant de la marine^ ifles^ nbsp;nbsp;terreferme^ la temperature de P airles
meurs nbsp;nbsp;façons de viure des habitans, la forme £gt;â propriété des
animaux terreÃres, nbsp;nbsp;marins: cnfemble dâarbres^ arbrijfcaux^ a-
uec leurs fruits^mineraux nbsp;nbsp;pierreries: le tout reprefentéviuemet
au naturelpar portrait le plus exquis^quil mâa eflépofible. Quant au reÃe, ie mâeflimeray bien heureux fil vous plaiA: de receuoir ce mien petit labeur, dâauÃi bon cueur, que le vous pre fente: m'afeu-rat au fur plus que chacun Paura pour agréable fi bien ilpen/eau grandtrauaildeÃlongue nbsp;nbsp;penible peregrination, quay voulu
entreprendrepour d l'Åil voir,amp;* puis mettre en lumière les chofes plus mémorables que ie y ay peu not er nbsp;nbsp;nbsp;recueillir, comme Ion
yerra cy apres.
ADVERTISSEMENT AV LECTEVR
PAR. M. DE LA PORTI.â
E ne doutepoint^LeEeur^que U defcription de cefle prefentehifloire ne te mttte aucunentet en admiration, tant pour la -variétédes chofes qui te font d l'Åil demoflrées^ que pour plufieurs autres qui deprime face tefemblerot pluflofl monâ Ãrueufes que naturelleséMais apres auoir meu-remét cofiderélesÿfds e feels de noflre mere ^ature^ ie eroy fermeâ ment que telle opinion naura plus de lieu en ton efrit. Il te plaira femhlablemétne t esbahir de ce que tu trouueras la defeription de plufieurs arbres.,come des palmiers^ befies^el^ oy/èauXi eflre totalement contraire à celle de nozjnodernes obferuateurs Ãejquels tant pour n auoir y eu les Iteux^ que pour le peu d'experience amp;nbsp;doélrine quils ent^ny peuuent aà iouflerfoy.Tefuppliant auoir recours aua pens dupais qui demeurét par decd^ ou d ceux qui ont fait ce voya-gefiefquels te pourront afieurer de la -verité.D'auatage fily a quelques dtclions Francoifes qui te femblent rudes ou malaccomodéeSj tuen aceuferaa la fiebure^elsf* la mort: la fieburedaquelle a telleniet detenu lAutheur depuisfon retour^uil napaa eu loyfiir de reuoit fin hure auant que le bailler d l'imprimeur^efiantpreÃe de ce faite par le comandement de monfeigneur le Cardinal de Sens. La mott quiapreuenu ambroise de la r oviX's.,home fiudieuX bien entendu en la langue FrancoiÃ, lequel auoit pris Centiete charge du prefent hure. Toutefois tu te doibs alfieurer, que nofite deuoirnapoint eflé oublié,fouhaitant pour touterecompenfe qu'il te puiffie eflre agréable.
CHAP I TRE FREMI ER.
Toutes chojes ont eflé
o M B I E N que les elemens, toutes chofès qui en pro-uiennent fous la Lune, iuf-[ ques au cétre de la terre, fom-blent ( comme la vérité eft) auoir clic Luttes pourPhom-' me:fieft-ce que Nature mere de toutes chofes, â efté, eft toufiours telle,qu elle à remis amp;c caché au dedans les chofès les plus precieufès amp;nbsp;excellentes de fon Åuure, voire bien fy eft remifè elle mefme : au contraire de la chofè artificielle. Le plus fçauant ouurier,fuftebien.Apel- ce dâart les ou PhidiaSjtoutainfi quâil demeure par dehors fou- amp;de na leinent pour portraire, grauer, amp;nbsp;enrichir le vaiffoau, ouftatue,auÃinây à que le fuperficiel,quireçoiue orne-ment poliflure : quant au dedans il refte totalement rude amp;mal poli. Mais de nature nous en voyons tout ^contraire. Prenons exemple premièrement au corps humain. Tout lâartifice amp;nbsp;excellence de nature eft cachée au dedans, amp;,centre de noftre corps, mefme de
LE S S INGVLARI TE 2
tout autre corps natureldc fuperficiel amp;nbsp;exterieur nâeft rien en comparaifon, finonquedelïnterieuril prend Exemple lon accompliflement perfedion. La terre nous mo-enlater- extérieurement vne race trifte, amp;nbsp;melancholique, couLierte le plus (ouuét de pierres,elpines amp;nbsp;chardons, ou autres fèmblables. Mais fi le laboureur la veult ou-urir auecques foc charrue,il trouuera cefte vertu tant excellente, prefte de luy produire à merueilles,amp; le re-compenfor au centuple. Aufsi eft la vertu vegetatiue 3.11 dedans de la racine,amp; du tronc delà plante, remparée à lâentour de dure efoorce, aucunesfois fimple, quelquefois double: amp;nbsp;la partie du fruicf la plus precieufo ou eft cefte vertu de produire amp;nbsp;engedrerfon fembla-ble eft ferrée,côme en lieu plus four ,au cctre du mefine fruiól. Or tout ainfi que le laboureur ayât fondé la terre amp;nbsp;receu grand emolument:vn autre non content de voir les eaux fuperficiellement, les a voulu fonderai! fomblable,par le moyen de cefte tant noble nauigatio, Ttilite'de nauires autres vaifteaux. Et pour y auoir trou-Id naui- ué amp;nbsp;recueilli richefles incftimables fee qui n eft outre ^dtion. raifon,puifque toutes chofos font pour lâhomme} lana uigation eft deuenue peu à peu tant fréquentée entre 5/ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les hommes,que plufieurs ne farreftans perpétuelle
ment es ifles inconftantes amp;nbsp;mal afteurées,ont finable-ment abordé la terre ferme,bonne,amp; fertile : ce quea-Cdwye ü'e uantlexperience lâonneuft iamaiseftimé,mefines fe-Id ndui- nbsp;nbsp;nbsp;lâopinion des anciens. Doneques la principale cau-
Z^tionde nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢â¢ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
lâhuteur de noftre nauigation aux Indes Amériques, eit que Monfieur de Villegagnon Cheualier de Malte, merï - homme genereux, amp;; autant bien accompli, foit à la 5««. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;marine,
DE LA FRANCE ANTARCT I CQyE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;2
marine, ou autres honeftetez,quâil eftpoÃible,ayant Lou'én-auecques meure deliberation,receu lecommadement du Roy,pour auoir efté fuffîïà mment informé de mon voyage au païs de Leuant,amp; lâexercice que iepouuois ââon. auoir fait à la marine, mâa inftamment follicité, voire fous lâautoritc du Roy, monfeigneur Sgt;c Prince, (auquel ie dois tout honneur amp;nbsp;obeiflà nce) expreflement commandé luyafsiderpour lâexecution defonentre-prifè. Ce que librement iâay accordé, tant pour lâo-Deiflance,que ie veux rendre à mon Prince naturel, fè-Ion ma capacité,que pour lâhoncfteté de la chofè,com-bien quâelle full laborieufc. Pourceeft-ilquelefixief- Emhdr-me lourde May, Mil cinq cens cinquante cinq, apres que ledit Sieur de Villegagnon eut donné ordre pour lâafleurance commodité de fon voyage , à fcsvaif-feaux,munitions,amp; autres chofes de guerre: mais auec jndes^ plus grande difficulté, que en vne armée marchant fur meriqs. terre, au nobre Sgt;c à la qualité de fès gens de tous eftats, Gentils-hommes, Soldats,amp; variété dâartifans: bref,le toutdreÃe au meilleur equipage, quâil fuft poÃible: le temps venu de nous embarquer au Hable de grace, Hablede ^ille moderne,lequel en paffantjie dirayauoir efté ap-pelle ainfi Hable, felon mon iugemét, de ce mot aïalt;56 Sui fignifiemer, ou deftroiól : ou fi vous diôfes Haute, hdurtendis dquis fi tu ée en Norm andie à no ftr e grad
âtier amp;nbsp;Ocean Gallique,ou abâdonans la terre, feifines ^egt;ile,nous achemipans fus cefte grad mer à bon droit appellee Ocean, pour fbn impetuofité de ce mot nwV, eoinme veulent aucuns : amp;nbsp;totallement foubmis à la âtiercy amp;nbsp;du vent ôc des ondes. le fçay bien, quâen la fu-
LES SINGVLARITEZ
SuperÃi-tion des anciens dudt que nMt^er,
perftitieufè amp;abufiue religion des Gétils plufieurs fai-foient vÅux, prières, amp;nbsp;{à crifices à diners dieux, félon que la neceÃite fè prefentoit.Doncques entre ceux qui vouloyent faire exercice fur Veau, aucuns iettoicntau commencement quelque piece de monnoye dedans, par maniéré de prefent amp;nbsp;otlïande,pour auecques toute congratulation rendre les dieux de la mer propices amp;nbsp;fauorables. Les autres attribuans quelque diuinitc aux vents, ils les appaifoient par edranges cerimonies: comme Ion trouue les Calabriens auoir faidt à lapix, vent ainfi nômc:amp; lesThuriens etPampbiliens a quelques autres. Ainli liions nous en lâEneide de Virgile (lielleeft digne de quelque foy) combien, pour lâimportune priere de luno n vers Eolus Roy des vents, le milerable Troïen a enduré lus la mer,amp;la querelle des Dieux,qui en elf enfuy uie. Par cela peut on euidem-mentcognoiftre lâerreur amp;abus, donteftoitaueuglée lâantiquité en Ion gentililme damnable, attribuât à vne creature,voire des moindres, amp;nbsp;Ibubs la puillancede rhôme,ce qui appartient au feul Créateur: lequel icne Içaurois luft'ifammét louer en cell endroit, pour fedre comuniqué à nous, amp;nbsp;nous auoir exempté dâune lî te-nebreufeignorâce.Et de ma part,pour de là lèule grace auoir tant fauorile nodre voyage, que nous douant le vent fi bien à poupe, nous auos trâquillemét paise le dedroiél:,amp; de la aux Canaries, ides didâtes de lâEqtii' noétial de vingtfept degrez, amp;nbsp;de nodre Frace de ciinj cens lieues,ou enuiron. Or pourplufieurs railbns m a lèmblé mieux leant commêcer ce mien dilcours ano ⢠dre embarquement,comme par vne plus
certaine methode.
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 5; thode.Ce que faifà nt/iâefpere amy Leôleur)fi vous pre nez plaifir à le lire,de vous conduire de point en autre, amp;nbsp;de lieu en lieu, depuis le commencemêt iniques a la fin,droit, corne auec le fil deTlieiee,obièruant la longitude des païs,amp; latitude . Toutesfoisou ie nâauroys faidt tel deuoir,que la chofe,amp; voftre iugement exquis meriteroit,ie vous itipplie mâexcufer, conliderant ellre malaiie à vnhommeieulet,ià nsfaneur iùpportde quelque Prince ou grâd Seigneur, pouuoir voyager amp;nbsp;deicouurir les païsiointains, y obièruât les chofes fin-gnlieres, nây execute!' grandes entrepriiès, cobien que de foy en fuit afiez capable.Et me fouuient qua ce propos dit tres-bienAriitote, Quâil eflimpofsible fort malaiie, que celuy face choies de grande excellence,^: dignes de louënge,quand le moyen, câeif à dirc,richci-fes Iny défaillent: ioincl que la vie de lâhomme eil: bre-ue,iùbieôl;e à mille fortunes amp;nbsp;aduerfitez.
Du deflroi^ anciennement nommé Calpe^ au-iourd'huy Gibaltar.
C ïi A. V . Z.
Oiloyans donc lâEipaigne à feneftre auec vn vent ii calmeamp;propice,vim-mesiufques vis à vis de Gibaltar, ià ns toutefois de fi pres en aprocher pour plufieurs caufes: auquel lieu nous feimes quelque feiour. Ce deiîroit DeÃnit-
cftiurles limites dâEipîiigne,diuiià nt lâEurope dâauec ée Gî-1 Afrique: comme celuy de Conilantinople, lâEurope a iij
LES SINGVLARITEZ
5gt;
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55
55 iÃes autres fin^ula-ritct!^ de Gtbal-ttir.
de lâAfie. Plufieurs tiennent iceluy eftre lâorigine de no ftremcr Mediterranée, commeii la grand mer pour eflre trop pleine,le degorgeoit par cell: endroid lus la terre,duquel elcript Ariftote en fon liure Du monde en ccfle maniéré: LâOcean, qui de tous collez nous en-Liironne, vers lâOccident pres les colonnes dâHercules, lerelpandparla terre en nollre mer , comme en vn port,maisparvn embouchemcnt fort eftroid.Auprès de ce dellroit lètrouLient deux ides aflez prochaines lâvne de lâautre, habitées de barbares, courfiires, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
Ehufui. leuiçi:^. Frumen taria.
Maine, fl-
Sala,fl.
elclaues la plus grande part,auec la cadene à la iam-^ quot;* be, lelquels trauaillent a faire le fel, dont il fe fait là bien grand traffique. De ces illes lâvne effc Audrale, amp;nbsp;plus grade faite en forme de trià gle, h vous la voyez de loin, nomée par les anciens Ebultis, amp;nbsp;par les modernes leuiza: lâautre regarde Septentrion, appelléc Frumentaria.Et pour y aller eft lanauigation fort difficile, pour certains rochers, qui le voient à fleur dâeau, amp;nbsp;autres incommoditez. Dâauantage y entrent plu-fieurs riuieres nauigables,quiy apportent grand enri-chilfcment,comme vne appellee Malue,lèparant la Mauritanie de la Celà rienlè: vne autre encores nommée, Sala,prenant lource de la montagne de Dure : laquelle ayant trauerlc le Royaume de Fes, fe diuilè en forme de ccfle lettre Grecque â³, puis fe va rendre dans ce deftroit: amp;nbsp;pareillemét quelques autres, dontà pre-lentme déporté. le diray leulement en paflant, que ce deftroit paÃe, incontinent fus la colle dâAfrique iuf-ques au tropique de Cancer, on ne voit gueres croillre ne decroillre la mer, mais par delà , fi toil que lâon approche
DE LA FRANCE ANTARTICQJE. 4 proche de ce grand fleuiieNiger, vnze degrez de la ligne, on fen apperçoit aucunement felon le cours de ce neuue.En cc deftroiól de la mer Mediterranée y a deux motaçnes dâadmirable hauteur, lâvnedu cofté de lâA-frique,lelonMela, anciennement dite Calpe, maintenant Gibaltar: lâautre Abyle,lefquelles enfèmble lâon appelle Colonnes dâHercules:pource que félon aucuns Tgt;îuerfes il les diuifa quelquefois en deux,qLii jgt;arauât nâefloient opinions quâvne montagne continue,nommee Briarei. Et là re-tournant de la Grece par ce deftroit feit la confumma-tion defès labeurs,eflimantne deuoir,ou pouuoirpaf- _ fer oultre,pour la vaftité amp;nbsp;amplitude delà mer,quifâe-ftendoit iufques à fbn orizon,amp; fin de fi veuë. Les autres tiennent,que ce m efme Hercules, pour laiffer mémoire de fès heureufes conquefles, feit là eriger deux Colonnes de merueilleufehauteur,ducoftédelâEuro-pe. Car la couftume à efté anciennement, que les no- cwflu-nies amp;nbsp;grands Seigneurs faifoient quelques hautes medesan colonnes au lieu, ou ils finiffoient leurs voyages amp;nbsp;en - «« treprifes, ou bien leur fèpulchreamp;tôbeau: pour mon-ftrer par ce moyen leur grandeur amp;nbsp;eminence par ftis tous les autres. Ãinfi liions nous Alexandre auoir laifsé tjuelques lignes aux lieux de lâAfie maieure,ou il auoit efté. Pour mefme caufe à efté érigé le Coloife à Rhodes. Autant fe peult dire du Maufolée, nôbré entre les lèpt merueilles du mode, fait amp;nbsp;bafti par Artemifia en 1 hôneur,amp; pour lâamitié quâelle portoit à fon mary:au-tantdes pyramides de Méphis, fbuslefquelles eftoient mhumezles Roys dâEgypte.Dâauantage à lâentrée de la tnermaieureluleCefà r feit dreffer vne hau te colonne
a iiij
Qt^l Hercn' les d eflé^ duqlfint nomees ces Colü-nes. Tdrtef-fi, dn-cienne yilledâA. fiicjue. Gibdl-tdrfieu detrdfi fique de l'Europe amp;dâ^~ friqué.
LES S INGVLARI TE S de marbre blanc: de laquelle,amp;du colofïè de Rhodes trouuerez les figures en ma Defcription de Leuant. Et pourtant que plufieurs ont efté de ce nom, nous diros auec Arrian Hiftoriographe,ce Hercules auoir efté ce-luy,que les Tyriés ont célébré: pource q iceux ont edi-fiéTartefle à la frontièredâElpagne,oufbntles colonnes dont nous auons parlc:amp;la vn temple à luy confà -cré,amp; bafti à la mode des Phéniciens, auecques les /â-crifices amp;nbsp;cerimonies, qui fy failbient le temps paÃe: auÃiaefie nommé le lieu dâHercules. Ce deftroitau-iourdâhuy eft vnvrayafile,amp;receptacle de larrons,py-rates,amp; elcumeurs de mer,côme Turcs,Mores,amp; Bar-bares,ennemis de noftre religion Chrefl;ienne:lefquels voltigeans auecques nauires volent les marchants qui viennct traffiquer tant dâAfriquc,Elpagne, que de Fra-ce:mefmes quâeft encores plus à déplorer, fa cap tiuité de plufieurs Chreftiens, defquelsils vient au tant inhumainement que de belles brutes, en tous leurs affaires, outre la perdition des âmes,pour le violement amp;nbsp;tranP greÃion du Chrillianilme.
De l'Afrique en general. CHAP. 3.
Affans outre ce defiroi(ff,pource quâa uions colloyé le païs dâAfrique I e-Ipace de huit iournées, lèmblable-ment à lèneftre iniques au droit du Cap de Canti, dillant de lâequino-dial trete trois degrez,nous en efcri-rons
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 5 rons fommairement. Afrique felon Ptolcmée,eft vne des trois parties de la terre, ( ou bien des quatre, félon Qt^tre les modernes Géographes, qui ont efcrit depuis, que parties de par nauigations plufieurs païs anciennement incon-gneusontefté decouuers, comme lâInde Amérique, dont nous prétendons elcrirej appellee félon loféplie, Afrique,de Afer, lequel ,comme nous liions es hiîloi- graphes, res Grecques ôc Latines, pour lâauoir fubiuguée,y a re- Etymo-gné, amp;fai6l appellerde fon nom: car au parauant elle lo^ie di~ fappelloit Libye, comme veulent aucuns, de ce mot Grec a/.^g qui hgnifîe ce vent de midy, qui la eft tant frequent amp;nbsp;familier: ou de Libs, qui y régna. Ou bien Afrique a efté nommée de cefte particule a ,amp; -tç«-., qui fignif e froid, comme eflant fans aucune froidure: parauant appellee Hefperia.Quant à fa fituation elle commence véritablement de rOcean Atlantique,^ situatio finit au deftroit de lâArabie, ou à la Mer dâEgypte, félo Appian: comme pareillement en peu de parolles efcrit tteshien Ariflote. Les autres la fontcomencerau Nil, Severs Septentrion à la mer Mediterranée. Dauantage Afrique â eflé appellée (ainfi que deferit loféphe aux Antiquitez ludaïques) tout ce qui eft copris dâvn cofté fiepuis la mer de Septétrion,ou Mediterranée, iufques 3 lâOcean Meridional,feparée toutefois en deux,vieille nouuelle : la nouuelle commence aux monts delÃ
Lune, ayant fbn chef au cap de Bonne efperance, en la â^cr de Midi,trentccinqciegrezfus la ligne, de forte, Sü elle côticnt de latitude, vingteinq degrez. Quant â ä vieille elle fé diuifé en quatre prouinces, la premiere ^filaBarbarie,contenant Moritanie ou Tin gitane,Cy-b
Colones de pierre, OU Ãnt CAradie-res Phéniciens.
fE.S S I NG VLAR I.TE Z renc, Sc Cefarienfè. Là tout le peuple eft fort noinau-tresfois ce païsà efté peu habité, auiourdâuy beaucoup plus,fans parler de diuers peuples au milieu de cefte cô-trée, pour la diuerfité des meurs amp;nbsp;de leur religion,la congnoiftance defquels meriteroit bien voyage tout expres. Ptolemée n a faiól métion de la partie exterieure vers le midy, pournâauoir efté decouuerte de ion téps. Pluheurs lâont defcritte plus au Iong,côme Pline, Mêla,Strabo, Apian,amp; autres,qui mâépelchera de plus mây arrefter, Cefte region dit Herodian eftre fécondé amp;nbsp;populeu{è,amp; pourautâty auoir gens de diuerlès Ibr teSjamp;façosdeviure. Que les Phéniciens queîquesfois foiét venuz habiter lâAfrique,moftre ce quâeft elcrit en langue Phénicienne en aucunes coloncs de pierre, qui le voyent encores en la ville de Tinge,nomée à prefent Tamar, appartenant au Roy de Portugal. Quant aux meurs:tout ainli quâeft diuerlè la temperature de lâair, félon la diuerhtc des lieux: aulsi acquerét les perlonncs variété de temperamens, amp;nbsp;par confequéee de meurs,
reZz -
Mins.
pour la lympathie,quâil y â de lame auec le corps. co-me moftre Galien au liure quâil en à elcrit. Nous voyos ennoftre Europe, mefme en la France, varier aucunement les meurs lelo la variété des païs:côme en la Celtique autremét quâen lâAquitaine, amp;nbsp;là autremet quâen la Gaule Belgique: encores en chacune des trois on trouuera quelq variété. En general lo trouueles Africains, cauteleux: corne les Syriens,auares:les Siciliens, des ftjEtils:lcs Afians,voluptueux. Il y à aufsi variété de re-ligions:les vns gentililent,mais dâvne autre façon,quâau temps paÃe: les autres font Mahometiftes quelques
vns
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 6 vns tiênét le Chriftianifmcdâvne maniéré fort ertrage, amp;nbsp;autremêt que nous.Q^t aux beftes brutes,elles font fort variables.Arirtote dit les beftes en Afic eftrefort cruelles, roburtcs en rEurope,en Afrique môftrueufès.Pourla ra- caufeptir rité des eaux,plufieurs beftes de diuerlè efpece font con-traintesdefaflembleraulieu ou il fètrouue quelque eau: ôclabieniouuetleconiuniquctles vnes aux autres, pour la chaleur qui les rend aucunement propres amp;faciles.De bejîesmo là fengendrét plufieursanimaux môrtrueux,dâefpeces di-Uerfes reprefentéesen vn mefmeindiuidu.Qui adonéar-gument au prouerbe, Que lâAfrique produit toufiours Prouer-quelque chofè de nouueau.Ce mefme prouerbe ont plus auant pratiqué les Romains,cômc plulicurs fois ils ay ent faiél voyages,^ expeditions en Afriquejpourlâauoir par long temps dominée. Corne vous auez de Scipion fur-nommé Africain, ils emportoyent tourtours ie ne Içay quoy dâeftrange, qui fembloit mettre amp;nbsp;engendrer fean-dale en leur cité amp;nbsp;République.
De l'Afrique en particulier. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 4.
R quant à la partie dâAfrique, laquelle nousauos coftoyéevers lâOcéan Atlan-V tique, corne Mauritanie, amp;nbsp;la Barbarie, âtpp^^^eepour la diuerrttéamp; façon eftrange des habitans: elle ert habitée de Turcs,Mores, amp;nbsp;autres natifs du païs, cjuoyaf Vray ert quâen aucûs lieux elle eft peu habitée,amp; corne de- nomee. ferte,tât à caufe de lâexcertiue chaleur,qui les cotraint de-meuter tousnuds, hors-mis les parties honteufes, que pour la rterilité dâaucuns endroits pleins dâarenes,amp; pour
b ij
LES SÃNGVLARITEZ
la quantité des bcftes fà uuages, comme Lions, Tigres, Dragons, Leopards, Buffles, Hyeucs, Panthères, amp;nbsp;autres, qui contraignent les gens du pais aller en troupes a leurs affaires amp;nbsp;traffiqucs, garnis dâarcs, de ficclies, au
tres ballons pour foy defendre. Que fi quelquefois ils font fürpris en petitnombrc,conamc quand ils vontpef-cher, ou autrement, ils gaignent la mer, (5e Ce icttans dedans Ce Cannent à bien nagerzà quoy par contrainte le font ainfi duits amp;: accoullu mez. Les autres nâcllans Ci habiles, ou nâayans lâinduHrie de nager, montent aux arbres , amp;nbsp;parce mcfme moyen euitent le danger dâicelles belles. Faut aufii noter que les gens dupais meurent plus fouuent par rauillèmét des belles fiiuuagcs,que par mort naturelle: amp;nbsp;ce depuis Gibaltar iufques au cap Verd.
Ils
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 7
Ils tiennent la mallteureufèloy deMahometjencores Religion plus fuperftitieufèniét que les Turcs naturels. Auant que Faire leur oraifbn aux temples amp;nbsp;moufquées,ils Ce lauent entièrement tout le corps, eftimans purger lâciprit ainfî ' corne le corps par ce lauement exterieur amp;nbsp;cerimonieux, auec vn element corrupti'olc.Et eft lâoraifon faiôle quatre fois le iour, ainfi que iâay veu faire les Turcs à Conllanti-noble. Au temps paifé que les Payens eurent premièrement,amp; auant tous autres receu celle damnable religion, ils eftoyent contraints vne fois en leur vie faire le voyage de Mccha, ou eil inhumé leur gentil Prophete: autremêt Mecha ils nâefperoyent les delices,qui leur eftoyent promiiès.Ce nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
quâobfèruent encores auiourdâhuy les Turcqs-.amp;faflera-J, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;homer.
blent pour taire le voyage auec toutes munitions, com-nie fils vouloyent aller en guerre,pour les incurhons des desTwct Arabes, qui tiennent les montagnes en certains lieux, en Me' Quel!es auemblées ay-ic veu,cftant au Caire,amp; la magni ficence triomphe que Ion y fait? Cela obferuent encores plus curieufèment amp;nbsp;eftroittement les Mores dâAfrique, amp;nbsp;autres Mahometifles, tant font ils aueuglcz amp;nbsp;obflinez. Qui mâadonne occafion deparler cnccft endroit des Turcqs,amp; du voyage,auant quâentreprendre la guerre, ou autre chofe de grande importance. Et quand principalement le moyen leur eft ofte de faire ce voyage, ils ià crifient quelque befte fiuuage oudomeftique, sinfi quâil le rencontre: quâils appellent tantenleurlan-gue,qu en Arabefque, Corban^ didion prife des Hébreux
Chaldees, qui vaut autant à dire, corne prefent, ou of-frâde. Ce que ne font les Turcs de Leuât,mefÃTies dedans Coiiftatinoble. Ils ont certains preftres,les plus grads im-b iij
LES SINGVLARITE2
mters in-uenteurs des lettres et ca ra^îeres.
polleurs du mondeiils font croyre amp;nbsp;entendre au vulgaire, quâils Içauent les fecrcts de Dieu, amp;nbsp;de leur Prophete, pour parler Ibuuétauecques eux. Dâauatage,ils vient dâv-ne maniéré dâeferire fort ellrâge, amp;nbsp;fattribuét le premier Zfi vlà ge dâclcriture,lur toutes autres nations.Ce q^ue ne leur pttespre- accordét iamais les Egyptiens, aulquels la meilleure part de ceux qui ont traité des antiquitez, donnet la premiere inuention dâefcrire,amp;reprefcnter par quelques figures la coception delâclprit.Età ce propos a elcrit Tacite en celle maniéré. Les Egyptiens ont les premiers reprefenté amp;: exprimé la conception de lâelprit par figures dâanimaux, grauans lus pierres,pour la mémoire des homes,les choies anciennement faites amp;nbsp;aduenuës. Aufsi ils fe dient les
J) jî
Barbares â[Je^bel liqueux.
premiers inuêteurs des lettres amp;nbsp;caraóleres. Et celle inucn tionfcomme Ion trouue par elcrit)a cité portée en Grèce des Phéniciens,qui lors dominoyent fus la mer,reputans à leur grand gloire,corne inuenteurs premiers de ce quâils auoyent pris des Egyptiens. Les homes en celle partdu cofté de lâEurope font alTés belliqueux,couftumiers de le oindre dâhuile,dont ils ont abodance, auat quâentreprendre exercice violent:ainfi que faifoient au temps palTé les Athletes,amp; autres, à fin que les parties du corps, comme mufcles, tendons, nerfs, amp;nbsp;ligamens adoucis par lâhuile, fulTcnt plus faciles dilpos à tous mouuemens, félon la variété de lâexercice: car toute choie molle amp;pliableell moins fubieôle a rompre. Ils font guerre principalement contre les Elpagnols de frontière, en partie pour la religion, en partie pour autres caulès. Il efl certain que les Portugais, depuis certain temps en çà ,ont pris quelques places en celle Barbarie,ôc bally villes amp;nbsp;forts, ou ils ont
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 8 ont introduit noftre religion : fpecialement vne belle ville,quâils auoyét nome Saindc Croix,pour y eftre ar- S'. Croix^ riuez amp;nbsp;arreftez vn tel iour : ce au pied d vne belle môtagne.Et depuis deux ans cnça la canaille du pais af- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*
lèmblez en grâd nobre, ont précipité de delTus ladicfle môtagne,groires pierres,amp;cailloux,quâils auoyent tiré des rochers: de maniéré que finablemét les autres ont efté cotraints de quitter la place.Et.i toufiours telle inimitié entre eux,quâils traftiquét de fucre,huile,ris,cuirs, amp;nbsp;autres parboftages amp;nbsp;perfbnnes interpolées. Ils ont Fertilité quâtité dâalEez bons fruits, corne orages,citrôs,limons, grenades,amp;: lemblables,dôt ils vfent par faute de meil-leures viâdes:du ris au lieu de blé. Ils boiuct auÃi huil-Ies,ainli que nous beuuons du vin. Ils viuent allez bon aage,plus ( à mon aduis) pour la lobrieté,amp; indigence de viandes, que autrement.
Des ifles Fortunées^, mdintendnt dppeJlées Cdndries. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 5.
Barbarie laiÃee à main gauche, 'quot;1^} ayans toufiours vent en poupe, nous congneumes par lâinftrument déniait rine,de combien nous pouuions lors approcher desilles Fortunées, lituées aux frontières de Mauritanie deuers lâOccident,ainfi appellees par les Anciens, pour la bone temperature de lâair,amp; fertilité dâicelles. Or le premier iour de Septébre audit an,à fix heures du matin, corn- ^^ndés. mcçames à voir lâvnc de ces ill es par la hauteur dâvnc motagne, de laqlle nous parleros plus amplemét amp;nbsp;en particulier cy apres.Ces illes,felon aucûs,font eftimées . eft:redixennôbre:defÿlesyenà trois,dôtles Auteurs b iiij.
Situdtio des isles
Forttt -nées,(^
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LES SINGVLARITEZ
not fait mêtioiijpource quâelles font dcfertcs,amp; no ha-bitées:les autres lepqcâcft afçauoirTenerife lâifle de Fer la Gômierejamp; la grand iGelignamet appellee Canarie, font diftantes delâequinoctial de vingtlept degrez : les trois autres,Fortaucture,Palme amp;nbsp;Lencelote, de vingt-huit degrez.Et poLirtat Ion peut voir,que depuis la premiere iufqucs à la derniere, il y à vn degré, qui vault dixlèpt lieues amp;nbsp;demye,pris du Nort au Sud'elonlâopinion des pilots. Mais là ns en parler plus auant, qui voudra rechercher par degrez celeftes la quantité des lieues amp;n:ades,que contient la terre, amp;; quelle proportion il y à de lieüe amp;nbsp;degré ( ce que doit obferuer celuy qui veut eferire des païs, comme vray cofinographe) chdp J. il pourra veoir Ptoloméc qui en traitte bien amplcmct 44-ef nbsp;nbsp;en (à Cofnographie.Entre ces ifles nây aq la plus grade
qui fut appellée Canarie: amp;nbsp;ce pour la multitude des grâds chiens, quelle nourrih: ainlique recitePline,amp; plufieurs autres apres luy,quidifènt encores que luba en emmena deux: maintenant font toutes appelées Ca naries pour cefte mefme raifon, fans diftinôiion aucu-ne.Maislèlonmó opinion iâeftimeroye pluftoft auoir efté appellées Canaries pour lâabondance des cannesamp;: fdrquoy roicaux là uuages, qui (ontfurle riuage de la Mer : car wa/wfe- quant aux roleaux portans lucre, les Efpagnols en ont ap- planté quelque partie, depuis le temps quâils ont com-wrfr/«. iiaencé à habiter ces lieux là : mais des là uuages yen a-uoit au parauant, que ce païs aye porté chiens ne grads nepetis: ce queaulsinâeft vraylemblable: car principalement ay congneu par experience, que tous ces Sauua gesdecouuers depuis certain temps cnça,onques nâa-uoyent
DE LA FRANCE ANTARCTIQVf.
uoyenteu congnoiÃance de chat, ne de chien: comme nous monftrerons en Con lieu plus amplement. le f^'ay bien toutesfois que les Portugais y en ont mené amp;nbsp;nour-ry quelques vns,ce quâils font encores auiourdâhuy,pour chafler aux cheures amp;nbsp;autres beftes fà uuages. Pline donc en parle en celle maniéré, La premiere ellappellée Om- Ombrio. brion, ou nây à aucun figne de baftiment ou mailbn:es montagnes le voit vnellang,amp; arbres lèmblables à celuy .^rbre quâon appelle Ferula, mais blancs amp;nbsp;noirs, delquels on epraintamp;tireeauzdes noirs,lâeau eft fort amerc:amp;aucon traire des blancs, eau plailà nte à boire. Lâautre ell appellee lunonia, ou il nây à quâvne mailbnnette baftie leule- tunonid. nient de pierre. Il fen voit vne autre prochaine, mais moindre de mehne nom.Vne autre ell pleine de grâds lelà rds. Vis a vis dâicelles y en auoit vne appellee lâIlle de iÃe de neiges, pôurcequelleelltouliourscouuertede neiges. La prochaine dâicellc eft Canaria,ainfi dite pour la multitude des grands chiens quelle produit, corne défia nous auons dit:dont luba Roy de Mauritanie en amena deux: amp;nbsp;en icelle y à quelque apparence de baftimens vieux. Ce païs anciennement â efté habité de gens fiiuuages amp;nbsp;barbares, ignoras Dieu amp;nbsp;totalement idolâtres, adorans le Soleil, la Lune, amp;nbsp;quelques autres planètes, corne lou-ueraines deitez,delquelles ils receuoyenttous biens:mais depuis cinquate ans les Elpagnolsles ont défaits amp;nbsp;fubiu-guez, amp;nbsp;en partie tuez, amp;nbsp;les autres tenus captifs amp;nbsp;clcla-ucs: lelquels f habituans là , y ont introduit la foy Chre-llienne ,de maniéré quâil nây à plus des anciens amp;nbsp;premiers habitateurs, finon quelques vns qui le font retirez Ãc cachez aux montagnes: comme en celle du Pych, de v
Steiges.
Cdndrid.
Hdb'itas des CdM ries réduits à Id
ö nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;J â â tienne,
C nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
LES SINGVLARITEZ
Bote des iÃes Cd-ndries.
Sucre de Canarie,
Sucre de ^^y^te.
Sucre de â¢yirabie.
laquelle nous parleros cy apres. Vray eft que ce lieu eft vn refuge detouslesbanis dâEfpagne, lefquels par punition on enuoye là en exil: dont il y en à vn nobre infini: auÃi dâeftlaues, defquels ils fè fçauent bien fèruirà labourer la terre, amp;nbsp;à toutes autres chofeslaborieufès. le ne me puis aftezemerueiller comme les habitans de ces ifles amp;nbsp;dâAfrique pour eftre voifins prochains, ayent efté tant diffe-rens de langage, de coleur, de religion Sgt;c de meurs:at-tendu meftneque plufieurs foubs lâEmpire Romain ont conquefté amp;fubiugué la plus grad part de lâAfrique,fans toucher à ces ifles,comme ils firent en la mer Méditerranée, confideré quâelles font merueilleufèmét fertiles, fèr-uans à prefent de grenier amp;nbsp;caue aux Efpagnols,ainfi que la Sicile aux Romains amp;nbsp;Geneuois. Or ce païs tresbon de foy eftant ainfi bien cultiué raporte grands reuenuz cmolumcns, amp;nbsp;le plus en fiicres : car depuis quelque têps ils y ont planté force canes,qui produifènt fucres en grade quantité,amp; bon à merueilles: amp;nbsp;non en ces ifles feulement,mais en toutes autres places quâils tiennét par delà : toutesfois il nâeft fi bon partout quâen ces Canaries. Et la caufè quâil eft mieux recueilly amp;nbsp;dcfiré,eft que les ifles en la mer Mediterranée,du cofté de laGrece, comme Met-telin, Rhodes, amp;nbsp;autres efolades rapportans tresbons fiicres, auant quellesfuffent cntreles mainsdesTurcs,ont efté démolies par negligence, ou autrement. Et nâay veu en tout le païs de Leuant faire fucre,quâen Egypte-' amp;nbsp;les cannes,qui le produifènt, croifTent fur leriuagedu Nil,lequel aufsi eft fort bien eftimé du peuple amp;nbsp;des mar-chans,qui en traftiquent autant amp;nbsp;plus q de celuy de noz Canaries. Les Anciens eftimerent fort le fucre de lâAra-
â â bie,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. IO bie,pourcc quâil eftoit merueilleufêment cordial amp;nbsp;lou-uerain, fpccialcmcnt en medicines, amp;nbsp;ne lâappliquoyent gueres à autres choies : mais auiourdâhuy la volupté cft augmétée iniques là ,fpecialementennoftre Europe,que Ion ne Içauroit faire h petit banquet, mehnes en nollre maniéré de viure accoullumée, que toutes les lances ne loyent fucrées,amp;: aucunesfois les viandes.Ce quâa cité défendu aux Athéniens par leurs loix, corne chofe qui efte-minoit le peuple:ce que les Lacedemoniens ont fuiuy par exemple. Il ell vray,que les plus grands lèigneurs de Turquie boyuent eaux lucrées, pource que le vin leur eft défendu par leur loy. Quant au vin, quâa inuenté ce grad Hippocrates médecin,i! eftoit lèulemét permis aux perlonnes malades amp;: debilitces:mais ceiourdâhuy il noâ eft prelque autant commun, que le vin eft rare en autre païs. Nous auons dit cela enpalTant fur le propos de lucre, retournons à noftre principal fnbicél. De bleds,il y enâ quantité en ces illes,auGi de tresbon vin, meilleur que celuy de Candie,ou le trouuent les maluailies,com-ine nous déclarerons aux ifles deMadere. De chairs,fuf-filà mmét, comme cheureslà uuages amp;nbsp;domeftiques, oy-feaux de toute elpece, grande quantité dâorages, citrons, grenades, amp;nbsp;autres fruits, palmes, amp;nbsp;grande quantité de bon miel. Il y â auGi aux riues des fleuues,des arbrilTeaux, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
que Ion nome papier, amp;nbsp;aufdits fleuues despoiftonsno-Inez fllures, que Paulus louius en Ibnliure tics Poiftbns, penfe eftreefturgeons,dont le repaiftent les pauures eG claues,fuans detrauail à grande haleine, le plus Ibuuent a faulte de meilleure viânde:etdiray ce mot en palfant, quâils lont fort durement traitez des Elpa gnols,pi-incipa-
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LES SINGVLARITEZ
lement Portugais, 6: pis que fils cftoient entre les Turcs,' ou Arabes. Et fuis contrainôt dâen parler, pour les a-Orlfëüe, uoir ainfi veu mal traiôher. Entre autres chofès Ce trou-hs)-bi. ue vnc herbe contre les montagnes appellee vulgairement Orifelle, laquelle ils recueillent diligemment pour en faire teinture. En outre ils font vne gomme noire quâils appellent Bré, dont a grande abondance en la Te-nerifFe. ils abatent des pins, defquels y à grande quanti-(jh mA leg nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en grofles bufches iufqües â dix on dou-
lafaire chartées, amp;nbsp;les difpofènt par pieces lâvne fur lâautre en forme de croix ; amp;nbsp;aefToubs ceft amas y à vne foffe ronde de moyenne profondité, puis mettent le feu en ce bois prefques par le couppeau du tas : amp;nbsp;lors rend fi gomme qui cnet en cefte foffe. Les autres y procèdent auccques moindre labeur, la foffe faiôte mettans le feu en lâarbre. Cefte gomme leur rapporte grands deniers pour la traffiq^ue quâils en font au Peru, de laquelle ils vfènt â callefeutrer nauires, ôc autres vaiffeaux de marine gt;nbsp;fans lâappliquer â autre chofè. Quant au cueur de ceft arbre tirant fur couleur rouge, les pau-Bois fa- ures gens des montagnes le couppentpar battons afîèz hAnt.en longs, comme de demye braÃee, gros dâvn pouce: amp;nbsp;par vn bout,fen fèruent en lieu de chandel-
cliAdslU, ^uÃi en vfènt les Efpagnols en cefte maniéré.
DE LA FRANCE ANTAR Ct IQ VE. 11 Pf la haute montane du Fychgt;, C H A P. t?.-
N lâvne de ces illeSjnommeeTener.âffejy h avnemotjgne de fiadinirablc hauteur, que les monta e;nes dâArmenic,de laPer-{c,Tartarie,neJe mont Liban en Syrie, Ie mont Ida,Athos, ne Olympe tant célébré parles hiftoires,ne luy doiuct ellre comparez:contenant de circuit lept lieues pour le moins, Sc de pied en cap dixhuiéb lieues. Celle montagne Pych , en tout temps quali nebuletile, ob{cure,^amp;: pleine de grofles amp;nbsp;froides vapeurs,amp; de neige pareillement : combien quâelle ne ic voit nyCe-nient,à caulc, félon mon iugement, quelle approche de la moyenne region de lâair, qui efl tresfroide par antiperiflafe des deux autres, comme tiennent les Phb lofbphes : ôc que la neige ne peult fondre, pourtant Quâen cell endroit nefe peut faire reflexion des rayons du Soleil, ne plus ne moins que contre le deual: par-quoy la partie fuperieure demeure toufiours froide. Celle motagne efl: de telle hauteur, que fi lâair eft fetâini onia peut voir fus lâeau de cinquîîte lieues, amp;nbsp;plus. Le fell amp;nbsp;couppeau/oit quâo le voye de près ou de loin g, efl fait de celle figure n, qui efl o mega des Grecs. lay veu fern Wablement le mont Etna en Sicile, de trente lieues : amp;nbsp;idautem fus la mer pres de Cypre, quelque montagne dâArme-nie de cinquante lieues, encores queic nâaye laveuë fi-bonne que Lynceus, qui du promontoire Lilybéc en Si-eile Yoyoit amp;nbsp;difeernoit les iiauircs au port de Carthage., c iij
blä ]iäu~ tear circuit damp;â li mon-ta^ne dttlt; Pyclt.
tTL3 3 iriGX-LK'P.-i.'Ve.'Z
le mâafleure quâaucuns trouueront cela eftrange, efti-mans la portée de lâÅil nâauoir fi log orizon; ce quâefl: veritable en planeure,mais en haulteur,non. Les Elpagnols ontplufieurs fois elTayé a fonder la hauteur de celle mo-tagne. Et pour ce faire ils ont plufieurs fois enuoyé quelque nombre de gens auec mulets portans pain,vin,et autres munitions: mais oncqucs nâen font retournez, ainfi que mâot affermé ceux qui là ont demeuré dix ans. Pour-quoyont opinion quâen ladite montagne, tant au fom-met quâau circuit y à quelque relie de ces Canariens ftu-uages, qui fe font là retirez,et tiennent la montagne, vi-uans déracinés et chairslà uuages,qui là ccagentceux qui veulent recon gnoillre,ct fapprocher pour decouurir la vtokmee montagne. Et decePtoleméeà bien eu congnoilfance, difint, que outre les colonnes dâHercules en certaine ifle «y e mo ymontagne demerueilleufehauteur: et pourcele coupeau ellretoufiourscouuert de neiges. Il en tombe grande abondance dâeau arrolà nt toute lâifle:qui la rend plus fertile tant en cannes et lucres q autres cholès:et nây en à autre que celle qui vient de celle montagne, autrement le pais quiell enuiron le tropique de Cancer de-meureroit fterile pour lâexcelsiue chaleur. Elle produit abondamment certaines pierres fort poreulès, comme elponges,amp;fontfortlegeres,tellcmentquâvnegrofl'ecô-duit autres pierres comme excrement de fer.Et quatre ou cinq lieues en motant le trouuent autres pierres lèntans Je JbufFre, dont eftiment les habitans quâen cell endroit y a quelque mine de foudre.
Pierres poreu/ès, et autres de diuer-à Ãrte.
J)e
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. ü De lâtÃe de Fer.
CYL k V . 'J.
Ntre ces ifles iâay bien voulu particulièrement defcrirelifle de Fer, prochaine à la TenerifFe,ainfi appellee, parce que dedans fè trouuent mines de fer : comme
IÃe de lerpouY-quoy dTJi appellee.
celle de Palme pour lâabodance des palmes,amp; ainfi des autres.Et encores quelle foit la plus petite en toute dimenfionfear Ibn circuit nâefl: que de Cix lieuës)fi eft elle toutesfois fertile, en ce quelle côtientjtant en canes portas iùcres,quâen beftial, fruits, beaux iardins par fus tous les autres. Elle eft habitée des Elpagnols,ainli que les autres ifles. Quant au blé il nây en a pas lùîhlà nce pour nourrir les habitans;parquoy la plus grand part,cômeles efclaues,font contraints deft nourrir dclaicf,amp; fourmages de cheures, dont y en a quatité: parquoy ils fe moftrent frais,dilpos,amp; merueilleuftmenc bien nourris: par ce q tel nourriflemét par couftume eft familier à leur naturel, enftmble que la bonne temperature de lâair les fauorift. Quelque demy philolbphe ou demy médecin f honneur Mrdé à qui le merite ) pourra tlemandcr en ceft endroit,h vEins de telles chofts ne font
Tertilité de l'iÃe de 1er.
graueleux, attendu quelelaiél amp;nbsp;formage font matière Laldl et de grauelle, ainfi que lâon voitaduenirà plufieurs en no-lire Europe: ie refpondray quele fourmagede loy peut eftre bon amp;c mauuais, graueleux amp;nbsp;non graueleux, felon b quantité que lonen prend, amp;nbsp;la dilpofitiondela per-fonne. Vray eft quâa nous autres,qui à vne mefme heure noncontens dâvne eipece de viande, en prenos bien fou-
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LES S I NGV LAR I TE Z
uent de vingt cinq ou trente, ainfi quâil vient, amp;nbsp;boire de jnefine, amp;nbsp;tant quâil en peut tenir entre le baft amp;nbsp;les fan-gles y feulement pour honorer chacune dâicelles, amp;nbsp;en bonne quantité amp;nbsp;fouuent: fi le fourmage le trouue d a-quot; bondant, nature dehagreuce delà multitude, en pourra mal Elire fon proffit, ioint que de foy il effaffez difficile a cuire digerer: mais quad lâeftornach eh di(pos,non débilité dâexceÃiuc crapule,non feulement il pourra digérer le fourmage,hüt-il dcMilan,ou deBemune,mais encores choie plus dure à vn beloing. Retournons à no-flre propos : ce nâeh à vn Cofmographe de dilputer fia-Diuers nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de la medicine. Nous voy ós les Sauuages aux Indes
nourfif- viure fept ou huiét moys à la guerre de farine faiftc de fements certaines racines feiches ôc dures, aulquelles on iugeroic dtuers auojr nourriffemêt ou aucune lùbÃaee. Les habitans rquot;? jg Crete amp;nbsp;Cypre ne viuét prelque dâautre choie que de laiôlages,quilbnt meilleurs que de noz Canaries,pource quâils font de vaches, amp;nbsp;les autres decheures. le ne me veuxarreller aulaiól de vache, qui eft plus gros amp;nbsp;plus gras que dâautres animaux, amp;nbsp;de cheure eft mediocre.
Lebici Dauantage que le laidl eft tresbon nourriffement, qui tmbun promptement eft conuerti en lang, pource que ce nâeft noumf- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;blanchi en la mamelle. Pline au liure n. chap.
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â 42.recite que Zoroaftres à velcu vingt ans au delèrt feu
lement de foLirmages. Les Pamphiliens en guerre nâa-uoyent prelque autres viures,qu e fourmages dalheffes èc de chameaux. Ce que iâay veu faire lèmblablementaux Arabes:amp; non lèulement boyuent laidt au lieu dâeau paf-fins les delèrts dâEgypte, mais auÃi en donnent à leurs cheuaux. Et pour rien ne laifferquiplus appartienne à ce
DE LA TRANCE ANTARCT IQVÃ. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;IJ
prefènt difcours, les anciens Efpagnols la plus part de lâannée ne viuoyentque de glans, comme recite Strabon amp;PoÃidoine,defquels ils failoient leurpain,amp;leur bru-uage de certaines racines : amp;nbsp;non feulement les Efpagnols, mais plufieurs autres, comme dit Virgile en fes Georgiques: mais le temps nous a apporté quelque façon de viure plus douce amp;nbsp;plus humaine. Plus en toutes ces iflesles homes font beaucoup plusrobufles amp;; rompus au trauail,que les Efpagnols en Efpagne,hayans auf-Il lettres ne autres ert:udes,nnon toute ruflicite. le diray pour la fin q les fçauants,amp; bien apris au fà iél de marine, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de
tât Portugais que autres Efpagnols, difent que cefle ifle eftdroitementfoubs lediametre,ainfi quâils ont noté en n^ne dilt;t leurs cartes marines, limitans tout ce quâeft du Nortau metrAle. Su: comme la ligne equinoéliale de Aoefl amp;nbsp;Efl, câefl a-fçauoir en longitude du Leuant au Ponent : corne le diamètre elllatitudeduNort auSuzlefquelles lignes font e-gales en grâdeur,car chacune contient trois cens foixante degrez, amp;nbsp;chacun degré, comme parauant nous auons dit,dixfept lieuè'samp;demye. Et tout ainfi que la ligne e-quinoéhiale diuifê la Sphere en deux, amp;nbsp;les vingtquatre climats,douzc en Orient,amp;: autant en Occident:aufii celle diametrale pafîant par noflre ifle, corne lâequinoéliale par les ifles fainét Orner,couppeles paralleles, amp;nbsp;toute la Sphere,par moytié de Septctrion au Midy. Au fur plus ienâayveuen celle ifle chofè digne dâefcrire,finon quâil y à grande quantité de fcorpions,amp; plus dangereux que scor^%s ceux que iâay veuz en Turquie, comme iâay congneu desCand par experienCc:aulsi les Turcs les amafïent diligemment pour en faire huille propre à la medecine, ainfi comme
LES S I NGV LAR I TE Z
les médecins en fçauent fort bien vfer.
Des tÃes de Madere.
CHAP. 8.
Isles de M adere non coH' gneues des Anciens.
Mddere, ^MeÃgni fie en lan ^ue de Portu -S'dis.
G .
Situatîo des isles de Md-dere.
â Ous ne lifons point es Auteurs, que ces ifles ayent aucunement efté congneuès ne decouuertes, que depuis foixante ans 'ença,que les Elpagnols amp;nbsp;Portugais fc font bazardez amp;nbsp;entrepris pluGeurs na-uigations en lâOcéan. Et comme auons dit cy douant, Ptoleméeâ bien eu congnoiflance de noz ifles Fortunées,mefmes iufquesauCap verd. PlineauÃi fait mention que luba emmena deux chiens de la grande Canarie, outre pluGeurs autres qui en ont parlé. Les Portugais doncques ont efté les premiers qui ont decou-uert ces ifles dont nous parlons, amp;nbsp;nommées en leur lan-gue,Madere, qui vault autant à dire comme bois, pourtant quâelles eftoyent totalemêt de{èrtes,pleines de bois, amp;nbsp;non habitées. Or elles font Gtuées entre Gibaltar,amp;les Canaries,vers le Ponent : amp;nbsp;en noftrenauigationles auôs coftoyées a main dextre, diftantes de lâequinoélial enui-ron trente deux des:rez,amp; des Fortunées defoixate trois lieues. Pour decouurir cultiuer ce païs,ainG quâvn Portugais maiftre pilot mâa recité, furent contraints mettre le feu dedans les bois,tant de haute fuftaye,que autres,de la plus grande amp;nbsp;principale ifle, qui cft faite en formede triangle, comme â³ des Grecs,contenant de circuit quatorze lieues ou enuiron:ou le feu cotinua lelpace de cinq à Gxioursde telle veheméce amp;nbsp;ardeur, quâils furent contraints
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;I4
traints defèfà uuer amp;nbsp;garantira leurs nauires:amp;les autres qui nâauoyent ce moyen amp;nbsp;liberté, le ietterent en la mer, iniques à tant que la fureur du feu full paÃee. Incótinent apres le mirent à labourer,planter, Sclèmer graines di-uerlès,qui proffitentmerueilleulèment bien pour la bone dilpofition aménité de lâair : puis baftirent mailbns amp;fortereires,de maniéré quâil ne lètrouueauiourdâbuy lieu plus beau amp;nbsp;plusplailà nt. Entre autres choies ils ont planté abondance de cannes, qui portent fort bon lucre: dont il le fait grand tralfique,amp;auiourdâhuyeft célébré le fucre de Madere. Celle gent qui auiourdâhuy habite Madere,ell beaucoup plus ciuile amp;nbsp;humaine, que celle des CanarieSjamp;traffiqueauectous autres le plus humainement quâil eft poÃible. La plus grande traffique efl de fucre,de vin,(dont nous parlerons plusamplemet ) de miel, de cire,orenges, citrons, limons, grenades, amp;cor-douans. Ils font confitures en bone quâtité, les meilleures amp;nbsp;les plus exquiles quâon pourroit louhaitter :amp;les font en formes dâhomes, de femmes, de lyons, oylèaux, ScpoilTons, qui eft chofe belle à contempler, amp;nbsp;encores meilleure à goufter. Ils mettent dauatage plufieurs fruits en confitures,quife peuuét garder par ce moyen,amp;;tranf-porter és pais ellranges,aulbulagemêt amp;nbsp;recreation dâvn chacun. Ce pais eft donc tresbeau,amp; autat fertile:tant de fon naturel amp;nbsp;fituation (pour les belles montagnes acco-pagnées de bois, amp;nbsp;fruits cftranges,lefquelsnous nâauos par deçà ) que pour les fontaines amp;nbsp;viues fources, dont la campagne eft arrofée, amp;nbsp;garnie dâherbes amp;nbsp;paflurages fuffifamment,beftesfà uuages de toutes fortes:auÃi pour auoir diligemment enrichi le lieu de labourages. Entre
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Sucre de Madere célébré
entre autres.
ConÃtu-res de
Madere.
fertilité des isles de Madere.
LES SINGVLARITEZ
comms, les arbres quiy font,y a pkifieurs lt;^ui iettent gommes,lesquelles ils ont appris auecle teps a bien appliquer à cho-lEj^scsde fès neceflaires. Ils fo void là vne elpece de gaiac, mais Gtticic. pource quâil nâà efté trouué fi bon que celuy des Antilles, ils nâen tiennét pas grâd conte: peut efireaufii quâils nâentendent la maniéré de le bié preparer amp;nbsp;accomoder. Il y à aufii quelques arbres qui en certain téps de lâannée iet-slt;inlt;r de tent bonne gomme,quâils appellent Sang de dragon : amp;nbsp;dragon, pour la tirer hors percent lâarbre par le pied,dâvne ouuer-ture allez large amp;nbsp;profonde. Cell arbre produit vn fruiôl iaune de groITeur dâvne cerize de ce païs,qui ell fort propre à refrefohir amp;nbsp;de{à lterer,foit en heure ou autrement. Ce foc ou gomme nâefl diflemblable au Cynabre, dont cynabre eforiptDiofooride, Quà t au Cynabre,dit il,on lâapporte de Dio- de lâAfrique, amp;nbsp;fe vend cher, amp;nbsp;ne fen trouueallez pour fcoride. Ãtisf^ire aux peintres : il ell rou ge amp;: non blafard, poiir-quoy aucuns ont ellimé quecâefloit Sang de dragon: amp;nbsp;ainfi lâà eftimé Pline en fon liure trentetrofiefinede lâiii-
Iloire naturelle, chap.feptiefi-ne. Delquels tant Cynabre que Sang de dragon,ne fo trouue auiourdâhuy de certain, ne naturel par deçà , tel que lâont defoript les Anciens, mais lâvn Se lâautre ell artificiel. Doneques attendu ce quâen eftimoyent les Anciens, amp;nbsp;ce que iâay congnu de celle gomme,ielâellimeroye ellretotalemêtfomWable au Cynabre, amp;nbsp;Sang de dragon, ayant vne vertu allrin-gente amp;nbsp;refrigeratiue. le ne veux oublier entre ces fruits tant finguliers,comme gros limons, orenges, citrons, amp;nbsp;abondance de grenades doulces, yincufos,aigres, aigrel-doulces, moyennes,lefoorce delquelles ils appliquent a tanner amp;nbsp;enforcer lescuirs, pource quelles font fort a-flringentes.-
DE LA FRANCE ANTAR CT IQ VE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;IÃ
ftringentes. Et penfè quâils ont apris cela de Pline, car il en traite auliure treziefme chap.aixneufiefinedelonhi* ftoire. Brief, ces ifles tant fertiles amp;nbsp;amenés furmoteront en delices celles de la Grece,fuiré Cliios,que Empedocles ⢠â tant célébré,amp; Rhodes Apollonius,amp; plulîeurs autres.-
Du yin de 'Ma.dere.
CHAP. 9.quot;
Ãus auons dit combien le terrouër de Madere eft propre amp;nbsp;dilpos à porter plu lieurs elpeces de bons fruits,maintenant faut parler du vin , lequel entre tous fruits pour lâvfige amp;nbsp;neceÃite de la vie humaine , ie ne Içay fil merite le premier degré, pour le moins ie puis afl'eurer du fécond enâ excellence amp;nbsp;perfection. Le vin amp;nbsp;lucre pour vne affinité de temperature, quâils ont enlèmble,demâdent-aulsi melhie difpolitiongt;quâtà rair à laterre. Et tout ainfi que noz ifles de .Madere apportent grande quantité de tresbon lucre, aufsiapportent elles de bon vin, de quel-que part que loyent venuz les plants amp;nbsp;marquqtes.
Les Elpagnols mâont affermé nâauoir elfe apportez de Leuant, ne de Candie, combien que le vin en foit auf-fi bon, ou meilleur : ce que doneques ne doit eftre attribué à autre chofe, linon à la bonté du territoire le fçay bien que Cyrus Roy des Medes amp;nbsp;Alsyriens,a-uant que dâaüoir conquefté lâEgypte, feit- planter grand nombre de plantes, lelquelles il feit apporter de Syrie, â qui depuis ont rapporté de bons vins, mais qui nâont-d üj.
LES SINGVLARITEZ
Mdludï-ÃedeCa-die.
vin de biste de J? dime.
lurpafsc toutesfois ceux de Madère. Et quant au vin de Candie,combien que lesmaluaifies y-foyent fort excellentes,ainfi que anciennement elles ont efté grandement eftimées es baquets des Romains, vne fois feulement par repas,pour faire bone bouche:amp; eftoyent beaucoup plus célébrées que les vins de Chios,Metellin,amp; du promontoire dâAruoifè,que pour fon excellence amp;nbsp;füauitc,â efté appelle bruuage des dieux. Mais auiourdâhuy ont acquis amp;nbsp;gaigné reputation les vins de noflre Madere,amp; delâifle de Palme, lâvne des Canaries, ou croift vin blanc, rouge, amp;nbsp;clairet:dont il fè fait grand traffique par Efpagne amp;nbsp;autres lieux. Le plus excellent fè vend fus le lieu de neuf à dix ducats la pipe:duquel pais eftanttranfportc ailleurs, eft merueilleufement ardent,amp; plus tofl venin aux hommes que nourrifremét,fil nâeft pris auec grade diferetion.
Vtilité dtt yin frismo-deremiet.
Platon â eflimé le vineflre nourrifreméttresbô,amp; bien familier au corps humain,excitant lâefprità vertu cho-fèshoneltes,pourueu que Ion en vfe modérément. Pline auÃi dit le vin eflre fbuucrainc medecine.Ce que les Per-fès congnoiflans fort bien eftimerent les grandesentre-prifès, apres le vin modérément pris, eflre plus valables, que celles que Ion faifoit à ieun: câefla fçauoir eflant pris en fùffifà nte quatité, felon la complexion des perfonnes.
Nous auons dit,quâil nây â que la quatité es ahmens qui nuifè. Doneques ce vin elt meilleur à mon iugement la féconde ou troifiefmeannée, que la premiere,quâil retient cefteardeur du Soleil,laquelle fcconfume auecle temps,amp; ne demeure que la chaleur naturelle du vin; corne nous pourrions dire de noz vins decefle année 1556'. ou bien apres eflre tranfportez dâvn lieu en autre, car par ce moyen
DE LA FRANCE A NT A R C T I C QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lïT
ce moyen celle chaleur ardente Ce difsipe. le diray encore quâen ccsifl es de Madere luxurient h abondamment les herbes amp;nbsp;arbres, amp;nbsp;les fruits à lèmblable, quâils font contraints en coupper amp;nbsp;brufler vne partie, au lieu def-quels ils plantent des cannes à lucre, qui y prolfitent fort bien,apportans leur fucre en fix moys. Et celles quâils auront plantées en lanuier, taillent au mois de luin ; amp;nbsp;ainlî en proportion demoys enautre,fèlon quelles fontplan-tées:qui empelche q lâardeur du Soleil nelesincomode. Voylafommairement ce que nous auons peuoblèruer, quant aux fingularitez des ilïes de Madere.
Du promontoire l^erd nbsp;nbsp;nbsp;de fès ifles.
Cü h v. lO.
Es Anciens ont appelle promontoire vne eminéce de terre entrant loin g en la mer,de laqlle Ion void de loingxe quâau apjelloZ iourdâhuy les modernes appellent Cap, cap.. comme vnechofe eminente par lùs les autres, ainfique la telle pardelfus le re
lie du corps,aufii quelques vns ont voulu cCcnrcPromun-torium dprominendo^ ce qui me lèmble le meilleur. Ce cap ou promontoire,dont nous voulons parler,fitué fur la colle dâAfrique,entre la Barbarie amp;nbsp;la Guynée,au roy au-rue de Senega,diftant de lâequinoélial de i5degrez,an-ciennement appelle lalontpar les gens du pais, amp;nbsp;depuis capVerdpar ceux qui ontrà nauigé,amp; fait ladecouuer-te: amp;nbsp;ce pour la multitude dâarbres amp;nbsp;arbrilfeaux, qui y verdoyent la plus grad partie de lâânée: tout ainfi que Ion d iiij
Lilont^, maintenant cap
pour -^ffoy a'iCt, dit.
LES SINGVLARITEZ
appelle le promontoire ou cap Blanc, pourcc, quâil efl plein delâblons blancs comme neige,(ans apparence aucune dâberbes'ou arbres,diftant des ifles Canaries de qo. lieues, amp;nbsp;la fc trouue vn goufre de mer, appelle parles Dargin,du nom dâvne petite ille prochaine gnujre. de terre ferme,ou cap de Palme, pour lâabodace des pal-ï^rowo' -miers. Ptoleraéeânommé cecapVerd/lepromontoire totre £e dâEthiopie, dont il à eu cognoiflance fans pafler outre. îhiopie. .(^eqLiedemapartiâeftimeroyc eftrebiendit, carce païs contient vne grande eftendue:de maniéré que pluheurs diuiféeenlâAfie Scen lâA-'Ã^Ethio- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Entre lefquels Gemma Phrile dit que les monts
Ethiopiques occupants la plus grade partie de lâAfrique, vont iufques auxriucs de lâOcéan occidental, vers Midy, iufques au fleuue Nigritis. Ce cap eft fortbeau ôc grand, entrant bien auat dedans la rner,htué fus deux belles mo-tagnes. Tout ce païs eft habite de gens aftez fà uuages, non autant toutesfois que des baftes Indes, fort noirs corne ceux de la Barbarie. Et fault noter,que depuis Gibà l-;tar,iufques au païs du Prefte Ian,amp; Calicut,côtenant plus de trois mille lieues, le peuple eft tout noir. Et mefines iâay veu dans Hierufilem, trois Euefques de la part de ce Prefte lan, qui eftoyent venuz vifiter le faint fepulchre, beaucoup plus noirs,queccux de la Barbarie,amp; non fans occafion-.car ce nâeft à dire que ceux generalemét de toute lâAfrique, foyent egalement noirs, ou de fcmblables meurs amp;nbsp;conditions les vus comme les autres: attendu la variété des regios, qui font plus chaudes lesvnes que les autres. Ceux de lâArabie amp;nbsp;Egypte font moyens entre blanc amp;nbsp;noinles autres bruns ou grifà ftres, que Ion ap-
DE IA FRANCE ANTARCTIQUE. 17 pelle Mores blancs : les autres parfaictemcnt noirs corn- Mom me aduftes. Ils viuentlaplus grand part tous nuds,com- blancs, me les Indiens,recongnoiHans vn roy, quâils nomment en leur langue Mahouat : finon que quelques vns tant hommes que femmes cachent leurs parties hotcufès de quelques peaux de belles, Aucuns entre les autres portent cnemifès amp;nbsp;robes de ville cftolïc,quâils rcçoiuent en trafiquant aucc les Portugais. Le peuple efl aflez familier amp;nbsp;humain enuers les elîrangers. Auant que prendre leur repas,ils lè lauent le corps amp;nbsp;les membresemais ils errent grädement en vn autre cndroit,car ils préparer très-mal amp;impurement leurs viandes,aufsi mägent ils chairs amp;poiffbns pourris,amp; corrompus:car lepoilTon pour Ion humidité,la chair pour eftre tendre amp;nbsp;humide,eft incontinent corrompue par la vehemente chaleur, ainfi que nous voyons par deçà en efté: veu auÃi que humidité eft matière de putréfaction, amp;nbsp;la chaleur efl corne caufè efficiente. Leurs maifons amp;nbsp;hebergemens font de mefmcs, tous ronds en maniéré de colombier, couuerts de ionc marin,duqu el auÃi ils vfent en lieu deliéljpourfè repofèr dormir. Quant à la religion,ils tiennét diuerfite dâo- Religion pinions allez effranges amp;nbsp;contraires à la vraye religion. nbsp;nbsp;quot;
Les vns adorent les idoles,!es autres Mahomet,princi-paiement au royaume deGambre,eflimanslesvns,quâil y a vn Dieu auteur de toutes chofès, amp;nbsp;autres opinions non beaucoup diffemblables à celles des Turcs. Il y â au-lt;^uns entre eux, qui viuent plusauflerement que les autres, portans à leur col vn petit vaifleau fermé de tous collez,amp; collé de gome en forme de petit coffret ou cfluy, plein de certains caraCteres propres à faire inuocations,
e
LT. S SINGVLARITEZ
Barba-
Serrets peuples d'^fri -^ue.
^lmd-dies.
dont couftumierement ils vfent pat certains iours fans rofter,ayans opinion que cependant ne font en danger dâaucun inconuenient. Pour mariage ils fafTemblent les vnsauecles autres p quelques promefl'es, fans autre ceremonie. Celle nation fe maintient aflez ioyeufo, amou-reule des danlès,quâils exercent au foir à la LunCjà laquelle ils tornent toujours le vilà ge en danlà nt, par quelque maniéré de reuerêce amp;nbsp;adoration. Ce que mâa pour vray afleuré vnmienamy,quilc Içait pour yauoir demeuré quelque temps. Par delà font les Barbazinsôc Serrets, a-uec lelquels font guerre perpétuelle ceux dont nous auos parlé,combien quâils foyentlemblables,bors-mis que les BarbazinSfont plus fà uuages, cruels amp;nbsp;belliqueux. Les Serrets font vagabonds, amp;nbsp;comme defelperez, tout ainli que les Arabes par les deferts,pillans ce quâils peuuêt,fà ns loy, là ns roy, finon quâils portent quelque honneur à ce-luy dâentre eux quia fait quelque prouëlTe ou vaillance en guerre: amp;nbsp;allèguent pour raifon, que fils elloient foubmisà lâobciirancedâvn Roy, quâil pourroit prendre leurs enfans, amp;nbsp;en vfer corne dâefcîaues, ainfi que le roy de Senega. Ils combatent fos lâeau le plus fouuent auec petites barques, faittes dâefoorche de boys, de quatre bradées de long, quâils nomment en leur langue Alma-dies. Leurs armes font arcs amp;nbsp;flefohes fort aiguës, amp;nbsp;en-uenimées,tellement qu'il nâeft poÃible de fe fà uuer,qui en â eflé frappé. Dauantageils vfent de ballons de cannes , garnis par le bout de quelques dents de befte ou poiftbn, au lieu de fcr,defouels ils fe fçauent fort bien aider. Quand ils prennent leurs ennemys en guerre,ils les refèruent à vendre aux eftrangers, pour auoir autre mar-' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' ' chandifè
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 18 chandifè( car il nây à vGgc dâaucune monnoyc)ûns les tuer amp;nbsp;manger: comme font les Canibales, amp;nbsp;ceux du BreÃL le ne veux omettre que ioignant celle contrée,y â vntresbeau fleuuc, nome Nigritis,ôc depuis Senega,qui ell de mefme nature que le Nil,dontilprocede,ainÃque veulent plufieurs, lequel pafle par la haute Libye, amp;nbsp;le royaume dâOrguene, trauerlânt par le milieu de ce pais nbsp;nbsp;nbsp;'
lâarroulà nt, comme le Nil fait lâEgypte : amp;nbsp;pour celle railou à eflé appelle Senega. Les Elpagnols ont voulu plufieurs fois par fus ce fleuue entrer dedans le païs, amp;nbsp;le fubiuguer: ôc de fait quelquefois y ont entré bien quatre vingts lieues: mais ne pouuans aucunement adoucir les gens du païs,ellrâges amp;nbsp;barbares, pour euiter plus grands in cou einen s le Ibnt retirez. La traffique de ces là uuages ell enelclaues,enbÅufs, amp;nbsp;cheures, principalement des cuirs,amp; en ont en telle abondance, que pour cent liures de fer vous aurez vne paire de bÅufs, amp;nbsp;des meilleurs.
Les Portugais fe vantent auoir elle les premiers,quiont mené en ce cap Verd, cheures,vaches,amp; toreaux,qui depuis auroyét ainfi multiplié. Aufsi y auoir porté plates amp;: feméces diuerlès,comme de ris,citrons,orenges. Quant au mil,il ell natif du païs,amp;: en bonne quantité. Auprès iÃespret du promontoire Verd y â trois petites ifles prochaines de du cap terre ferme,autres que celles, que nous appelions Ifles de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Æ
cap Verd,dont nous parlerons cy apres,allez belles, pour les beaux arbres, qu elles produilènt : toutesfois elles ne l'ont habitées. Ceux qui font là prochains y vont fouuét pefcher,dont ils rapportent du poilfon enteile abondance, quâils en font de la farine, amp;nbsp;en vient au lieu de pain, ^pres ellre lêiché, amp;nbsp;mis en poudre. Enlâvnedecesilles
DE LA FRANCE A NT A R C T I CQ^V E . Ij?
fè trouue vn arbre, lequel porte fueilles fèmblables â cel- ^rlre les de noz figuiers, le fruit eft long de deux pieds ou en â eÃr^^e. uiron, amp;nbsp;gros en proportion, approchant des grofles amp;nbsp;longuescoucourdesdelifledeCypre. Aucunsmangêt de ces fruits, comme nous faifons de fucrins amp;nbsp;melons: amp;nbsp;au dedans de ce fruit cfi vne graine faite à la lèmblan-ce dâvnrognon de heure, delà grofieur dâvne febue.
Quelques vns en nourrifient les linges, les autres en font colliers pour mettre au col ; car cela eft fort beau quand il cil fee amp;nbsp;alTailonné. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;nbsp;â
Du rin de Pabniers.
eu k V. JJ,
â s, Yant elcript le plus Ibmmairement qifil r a elfe polsible ce que meritoit cftre el-I cript du promotoireVerd, cy delTus de-' claré, iâay bien voulù particulièrement , traiter,puis quâil venoit à propos,desPal-miers,amp; du vin ôc bruuage que les Saunages noirs ont appris dâen faire, lequel en leur langueils appellent,Mignol. Nous voyons combien Dieu pereamp; Adignoli créateur de toutes choies nous donne de moyens pour le foulagement de noflre vie,tellement queli lâvn defaut, 11 en remet vn autre, dont il ne lailTe indigence quelconque à la vie humaine, fi de nous melfnes nous ne nous nelaillons par nollre vice amp;nbsp;negligêce : mais il donne diners moyens, felon quâil lüy plaift, fins autre railbn.
I^oncques fi en ce païs la vigne nâell familière comme iuttepart, amp;nbsp;parauenture pour nây auoir elfe plantée ôc e iij
IES SINCVLARITEZ
diligemment cultiuce.'il nây a, vin en vfà ge, no plus quâeii plulieurs autres lieux de noftre Europe,ils ont auec pro-uidence diuine rccouuert par art amp;nbsp;quelque diligence cela, que autrement leur eftoit dénié. Or ce palme eft vn arbre mcrueillcufcmentbcau, amp;; bien accompli, (bit en grandeur, en perpétuelle verdure,ou autrement,dont vlufiwrs il y en à plufteurs efpeces, 8c qui prouiennent en diuers e/pecesde lieux. En rEurope,comme enItalie,Iespalmescroiflent f dîmes, abondamment,principalement en Sicile,mais fteriles.
En quelque frotiere dâEfpagne elles portent fruit afpre ÃC malplaifant à manger. En Atnque,il eft fort doux,en Semblablement, en CypreSc en Crete,en lâArabie pareillement. En Iudee,tout ainfi quâil y en a abon-dance,aufti eft-celaplus grande nobleife amp;nbsp;excellence, principalement en lericho. Le vin que Ion en fait, eft excellent, mais qui offenfe le cerueau. Il y à de ceft arbre lemafle amp;nbsp;la femelle: le mafte porte fà fleur à la branche, la femelle germe fans fleur. Et eft choie merueilleulèamp; digne de contemplation ce que Pline amp;nbsp;plufieurs autres enrecitét : Que auxforefts des palmiersprouenus du na turel de la terre, fi on couppe les malles, les femelles de-uiennent fteriles là ns plus porter de fruit: corne femmes vefues pour lâablènce de leurs marks. Ceft arbre demande le pars chaud,terre là blonneufe,vitreulc, amp;nbsp;corne fi-lée,autrement on luylà le la racine auantquelaplanter. Quant au fruit il porte chair par dehors, qui croift la pj-emiere, amp;nbsp;au dedans vn noyau de bois, câeft à dire la *ât-4- grjine ou femence de lâarbre: comme nous voyons es pommes de ce pais. Et quâainfiloit Ion entrouuede petites là ns noyau en vnemelme branche que les autres.
Dauantage
DE LA FRANCE ANTAR CTI OVE. 20
vx.
Dauantage,ceft arbre apres eflre mort,reprend naidà n-cc de foymefme : qui fomble auoir donné le nom à ceft oyfoau, que Ion appelle Phenix, qui en Grec hgnihe Pal-me,pourcequâil prendaufsinaiflance de foy fans autre moyen. Encores plus ceft arbre tant célébré a doné lieu argument au prouerbe,que lâon dit,Remporter la pal- appeUé. me, câeft à dire le triomphe amp;nbsp;victoire : ou pource que le Pfouer-temps paféonvfoitde palme pour couronne en toutes victoires, comme toufiours verdoyante : combien que chacun ieu, ou exercice auoit fon arbre ou herbe parti-culierement,comme le laurier, le myrthe,rhierre,amp; lâo-liuier: ou pource que ceft arbre,ainli que veulent aucuns, ayt premièrement eflé confà cré à Phebus,auant que le laurier, amp;ayt de toute antiquité reprefènté le ligne de victoire. Et la raifon de ce recite Aule Gelle, quand il proprU-dit, que ceft arbre a vne certaine propriété, qui conuient fé de la aux hommes vertueux amp;nbsp;magnanimes : ceft que iamais la palme ne cede, ou pliefoubs le fais, mais au contraire tant plus elle eft chargée, plus par vne maniéré de refi-Hence, foredrefle en La part oppofite. Ce que conferme Ariflote en fos problèmes, Plutarque en fèsSympofia- gâ tfues, Pline amp;nbsp;TÃaeophrafte. Et femble conuenir au pro- Li.i6. pos ce que dit Virgile, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^z,
Nâobeis iamais au mal qui tâimportune, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;$â¢
Ains vaillamment reffte à la Fortune. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;igt;lMtes.
Or eft 11 temps déformais de retourner à noflre pro-inontoire : auquel, tant pour la difpofition de lâair tref-chaud (eftant en la zone torride diflant 15. degrez de la. ligne equinoctiale) que pour la bonne nature de la terrcj croift abondance de palmes,defquels ils tirent cer-e iiij
LES SINGVLARITEZ
Mdntc - tain fuc pour leur defpence boiflbn ordinaire. Lâarbre redefdi- ouucrt auccquelqucinftrumentjcômc a mettrcle poin, re ce nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;p jg J OU deux de terre,il enfott vne liqueur,quâils re-
â çoiuent en vn vaifleau de terre de la hauteur de lâouuer-turc,amp; la reièruent en autres vaifTeaux pour leur vûge.
Et pour la garder de corruption, ils la ûlent quelque peu, come nous faifons le verius par deçà : tellement que le ièl côfumc cefle humidité crue eftant en celle liqueur, laquelle autrement ne fe pouuant cuire ou meurir, necel-fà irement fe corromproit. Quant à la couleur amp;nbsp;con-
lillence, elle ell femblable aux vins blancs de Champa-r? vâ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dâAniou: le goull fort bon, amp;nbsp;meilleur que les ci-
X nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Bretagne. Celle liqueur ell trelpropre pour re-
frefchir amp;nbsp;dcîèlcererj à quoy ils font fubiets pour la continuelle
DE LA TRANCE ANTARCT IQVEé 21 tinuelle exceÃiue chaleur. Le fruid de ces palmiers, font petites dattes,alpres amp;nbsp;aigres,tellement quâil nâeft facile dâen mangermeantmoins que le ius de lâarbre ne laif-Ce à eftre fort plailà nt à boire:aufsi en font eftime entre eux, comme nous failbns des bons vins. Les Egyptiens anciennement, auant que mettre les corps morts en baf-me,les ayans préparez ainfi quâeftoit lacouftume,pour mieux les garder de putréfaction, les lauoyent trois ou quatre fois de cede liqueur, puis les oignoyent de myrrhe, amp;nbsp;cinnamome. Ce brcuuage eft en vlà ge en plu-ficurs contrées de lâEthiopie, par faute de meilleur vin. Quelques Mores fcmblablemét font certaine autre boif Ibn du fruit de quelque autre arbre, mais elle eft fort af Ãrte ie pre,cóme venus,ou citre de cormes,auant quelles foyent meures. Pour euiter prolixité,ie laifTeray plufieurs fruits ôc racines, dont vfent les habitans de ce pais,en aliments ôc medicaments, quâils ont appris feulement par experience, de manière quâils les fçauent bien accommoder cn maladie. Car tout ainfi quâils cuitent les delices ôc plufieurs voluptez, lefquelles nous (ont par deçà fort familières, auÃi font ils plus robuftes amp;nbsp;dilpos pour enduur les iniures externes,tant foyent elles grades: amp;nbsp;au conduire nous autres,pour eftrc trop délicats, fommes offen fezdepeude chofe.
LES SI NGV LAR I TE 2 De U rtuiere de Sene^â.
CHAP. U.
Ombien que ie ne me foys propofê en cc mien difeours, ainfi que vray Géographe dâefcrirelcs païs, vil les,citez, fleuues, goufres, motagnes, diftances,fituations, amp;nbsp;autres chofes appartenâs à la Geogra-phie,nemâa femble toutesfois eflre hors
de ma profeÃion,dâefcrire amplemet quelques lieux les pP notables, felo quâil venoit à propos,amp; corne ie les puis auoîr veuz,tant pour le plailir amp;nbsp;contentement,quâen cc f3.iCa.nt le bo amp;nbsp;bien affedionné Ledeur pourra receuoir, que pareillement mes meilleurs amis: pour lefquels me femble ne pouuoir aflez faire,en coparaifon du bon vouloir amp;nbsp;amitié quâils me portent: ioint que ie ne me fuis pcrfùadé depuis le commencement de mon liure elcrirc entiercmét la vérité de ce que iâauray peu voir amp;nbsp;cognoi-Jîojrf«- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fleuue entre autres choies tant fameux fdu-
appelle du nom du Ãeu-
mede Se qucl le païs amp;nbsp;royaume quâil arroulè, â efté nommé Se-negua: comme noftre mer Mediterranée acquiert diuers noms lèlonla diuerfité des contrées ou elle paffe} efl en Libye,venantaucap Verd, duquel nousauons parlé cy deuant:amp; depuis lequel iufques à la riuiere,le païs eft fort plain,fà blonneux,amp; flerile:qui efl caufe que la ne fè trou-ue tant de beftes raiiiffantes, quâailleurs. Ce fleuue eftle premier, amp;nbsp;plus célébré de la terre du cofté de lâOcéan, fèparant la terre fèiche amp;nbsp;aride de la fertile. Son eftédue efl iufques à la haute Libye, ôc plufieurs autres païs amp;nbsp;royaumes,quâil arrofè. Il tient de largeur enuiron vne lieue.
DE LA FRANCE ANTARCT IQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;21
lieuè',qui toutesfois eft bien peu,au regard de quelques ri-uieres qui font en rAmerique:delqueIles nous toucheros plus amplement cy apres. Auaut quâil entre en lâOcéan (ainfi que nous voyons tous autres fleuues y tendre amp;: aborder)il fo deuifo,amp; y entre par deux bouches elognées lâvne de lâautre enuiron demye lieuë, lelquelles font alTes profondes,tellementque Ion y peut mener petites naui-rcs. Aucuns Anciens, corneSolin en fon liurenommé Ofnmon Polyhiftor, Iules Celà r, amp;nbsp;autres,ont eferit ce grad fleuue du Nil paflant par toute lâEgypte, auoirmefmefourceamp; ciensfur origine que Senegua,amp; de meirnes montagnes. Ce que lâoriaine nâeft vrayfomblable. Il eft certain que la naiflà nce du Nil d» Nil, eft bien plus outre rEquateur,car il vient des hautes mon tagnes de Bede, autrement nommées des anciens Geo- quot;Squot;quot;** graphes,montagnes de la Lunc,lefouelles font la fopara- Monta -tion de lâAfrique vieille à la nouuelîe, comme les monts Pyrenees de la Frace dâauec lâElpagne. Et font ces mota-gnes lîtuées en la Cyrenaique,qui eft outre la ligne quinze degrez. La fource de Senegua dont nous parlorquot; procédé de deux montagnes, I vne nommee Mandro,amp; de sene~ lâautre Thala, diftinôtesdes montagnes de Bed,de plus de mille lieuè's. Et par cecy Ion peut voir combien ont erré plufieurs pour nâen auoirfaiét la recherche,comme Ont fait les modernes. Quant aux montagnes de la Lune,elles font lîtuées en lâEthiopie inferieure,amp; celles dâou vientSeneguaen Libye,appellée Interieure: de laquelle Monta-les principales montagnes font Vforgate,dâou procédé la huiere de Bergade,la montagne de Cala, de laquelle de-lèendlefleuuede Darde:le mont Mandro eicué par fus les autres, comme ie puis conieéturer, à caufo que toutes
U Lune, duec leur
(ituatio. nous parlons, procédé de deux montagnes, lâvne nommée Mandro,amp; de sene~
LES SINGVLARITE2 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;
Nul (tuteur (tn-den a eu ffarfaitte cognoif-fdnee de toute f A Ãiiiue.
riuicresjqui courent depuis celle de Salatc, iufqucs à celle de Made, diftans lâvne de lâautre enuironlèptante lieues, prennent leurfourcedecefte montagne. Dauantagele montGirgile, duquel tombe vneriuiere nommée Cym-pho:amp; de Hagapole vict Subo fleuue peuple de bo poif-ion,amp;de crocodiles ennuyeux amp;nbsp;dommageables à leurs voyfins. Vray eftquePtoleméequiatraidédeplufieurs païs amp;nbsp;nations eftranges, â dit ce que bon luy â fèmbléy principalemét de lâAfrique amp;nbsp;Ethiopie, amp;nbsp;netrouue auteur entre les anciens,qui en ay e eu la cognoiflà nce fi bone ôc parfaitte,qui mâen puilic donner vray cotentemeu Quand il parle du promontoire de PrafTe (ayant quinze degrez delatitude,amp; quieft la plus loingtaine terre, laquelle il à eu congnoiflancercome aufsi deferit Glarean; â la fin de ladefeription dâAfi:ique)de fbn temps le monde inferieur â elle defcrit,neantmoins ne lâa touché entièrement, pour eftrc priué amp;nbsp;nâauoir congneu vne bonne partie de la terre meridionale, qui a elle decouucrte de noflre téps. Et quant amp;nbsp;quant plufieurs choies ont edé. adiouftees aux eferits de Ptolcmce:ce que Ion peut voir à la table generale,qui eft proprement de luy. Parquoy le Leéf eur firnple,nâayant pas Beaucoup verle en la Cofino-graphie amp;nbsp;congnoilîance des choleSj notera, que tout le monde inferieur eft diuifé parles Anciens entrois parties, inegales, à fçauoir Europe, Afie,amp; Afrique: defquelles ils' ont elcrit les vns à la vérité,, les autres ce que boleurà lèm-blé,fanstoutesfois rien toucher des Indes occidentales, qui fontauiourdâhuy la quatriefine partie du monde,de-couuertes par les modernes: comme aufsi à efté la plus grand part des Indes orientales,Cahcut,amp; autres. Quant, à celles.
DE LA TRANCE ANTARCTIQUE. ^3 à celles de l'Occident Ja France Antarôtiquc,Peru,Mcxi-lt;]ue,onles appelleauiourdâhuy vulgairement, Le nou-ueau monde, voire iufques au cinquante deuxiefme de-gré amp;nbsp;demy de la ligne, ou eft le dellroit de Magello yamp;c plufieurs autres prouinccs du cofté du North, amp;nbsp;du Su à coftc du Leuant: amp;nbsp;au bas du Tropique de Capricorne enlâOcean meridional, amp;nbsp;a laterre Septentrionale: dcf-quelles Arrian, Pline,amp; autres hiftoriographcs nâont fait aucune mention quâells ayent efte decouuerts de leur temps. Quelques vns ont bien fait mention dâaucunes iÃes ifles qui furent decouuertes par les Carthaginois,mais iâe-llimeroyseflre les iflesHefperides ou Fortunées. Platon auÃidit cn fôn Timée,que le temps pafé auoit en lamer jy^sfois Atlantique amp;nbsp;Océan vn grad pais de terre: amp;nbsp;que là eftoit par les femblablement vne iHe appellee Atlantique,plus grande Cartha-que rAfriqLie,ne que lâAfie enfèmble,Iaquelle fut englou lie par tremblement de terre. Ce que plus toft iâeflime-loye fable: car fi la chofe eut eflé vraye,ou pour le moins vray-fèmblable, autres queluy en enflent eferit: attendu dePlat»,. que la terre de laquelle les Anciens ont eu cognoiflance, fe diuife en cefte maniéré. Premièrement de la part de Leuant,elle efl prochaine à laterre incongneuê,quieft voyfine de la grande Afie: amp;nbsp;aux Indes orientales du co-fté du Su,ils ont eu congnoiffance de quelque peu, afça-uoir de lâEthiopie meridionale, dite Agifîmbra, du cofléâ du North des ifles dâAngleterre,Efcofre,Irlande,amp; mon- Ãte deâ tagnes Hyperborées, qui font les termes plus loîgtainsde païs,ç^ -laterre Septentrionale,comme veulent aucuns. Pour i^etourner à noflre Senegua, deçà amp;: delà cc fleuuc tout ^nfi que le territoire efl: fort diuers, aufsi font les homes.
^rbre fruElife-re, amp;nbsp;hui'de de ^rdnde â¢
proprte -té.
LES' SINGVLARI TE Z quâil nourrit. Delà les hommes font fort noirs,de grande ftature,le corps alaigre amp;nbsp;deliure,nonobftant le païs verdoye, plein de beaux arbres portans fruit. Deçà vous verrez tout le contraire, les hommes de couleur cendrée, amp;nbsp;de plus petite ftature. Quant au peuple de ce païs de Senegua,ie nâen puis dire autre chofè,que de ceux du cap Verd, finon quâils font encore pis. La caufè eft que les Chreftiens nâofèroyent fi ayfémêtdefcédre en terre pour trafiquer, ou auoirrefraifchement corne aux autres endroits,fils ne veulent eflre tuez ou pris efclaues. Toutes chofès font viles amp;nbsp;cotemptibles entre eux,finon la paix quâils ont en quelque recommendation les vns entre les autres. Le repos pareillement, auec toutesfois quelque exercice à labourer la terre, pour ferner du ris: car de blé, ne de vin, il nây en a point. Quant au blé, il nây peut venir,corne en autres pais de Barbarie,ou dâAfrique,poLirce quâils ontpeufouuentdelapluïe,quieflcaulè que les fè-mences ne peuuent faire germe,pour lâexcefiiue chaleur amp;: ficcité. Incontinent quâils voyent leur terre trempée ou autrement arroufée, fe mettent à labourer, amp;nbsp;apres a-uoir feme, en trois mois le fruit eft meur, prefl à eflre moiffonné. Leur boifTon eft de ius de palmiers amp;nbsp;dâeau. Entre les arbres de ce païs,il fen trouue vn de la groffeur denoz arbres à glan, lequel apporte vn fruiél gros comme dattes. Du noyau ils font huile, qui â de merueilleu-fès proprietez. La premiere eft,quâene tient lâeau en cou leur iaune comme fà ffranrpourtant ils en teignent les peris vaiffeaux à boire, aufii quelques chapeaux faits de paille deionc, ou de ris. Cell huille dauantage â odeur de violette de Mars, amp;nbsp;fà ueur dâoliue : parquoy plufîeurs en
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. ^4 en mettent auec leur poiiron,ris,amp; autres viandes quâils mangent. Voyla que iâay bien voulu dire du fleuuc amp;nbsp;pais de Senegua: lequel confine du collé de Leuant à la terre de Thuenlà r,amp;:dela part de Midy au royaume de Cambra, du Ponent à la mer Oceane. Tirans toufiours noftre route, commençafmes à entrer quelques iours a-presau païs dâÃthiopie, en celle part, que Ion nomme le royaume de Nubie, quâefldebien grande ellendue,auec plulieurs royaumes amp;nbsp;prouinces, dont nous parlerons cy apres.
Des iÃes HeF^eridesautrement dûtes de cap P'erd.
CHAP. 13.
Pres auoir lailsc noftre promontoire à lè-neftre, pour tenir chemin le plus droit quâil nous eftoit poÃible, failà ns le Sur-oueft vn ^uart du Su, feimes enuiron vne iournee entière : mais venans fur les dix ou vnze heures, fe trouua vent con-
de
traire,qui nous ietta lùs dextre,vers quelques ifles, que Ion appelle par noz cartes marines, iftes de cap Verd, lefquelles font diftantes des ifles Fortunées ou Cana-ries, de deux cens lieues ,amp; du cap de foixantc par mer, ôccent lieues de Budomel en Arrique,fuyuant la colle de la Guynée vers le pole Antarólique. Ces ifles font dix en nombre, dont il eny â deux fort peuplées de Portugais, qui premieremét les ont dccouuertcs,amp; mis en leur* nbsp;nbsp;S-
obeiflancedâvne des deux, laquelle ils ont nommée là int lacques, fur toutes eftla plus habitée; aulsi fefait grandes f iiij
LES SINGTLARITEZ
traftiques par les Mores,tant ceux qui demeurent en terre ferme, que les autres qui nauigent aux Indes, en la Guinée, amp;nbsp;à Mani-congre, au païs dâEthiopie. Celle ide eft diftate de la ligne equinodliale de quinze degrez:vne au-jÃt s. tre pareillement,nommée Saint Nicolas,habitée de mef-/^iicolxs. comme lâautre. Les autres ne (ont ïi pcuplccs,com-Jjles Fie- me Liera,Plintana, Pinturia,amp; Foyonraufquefles y h bien ra,pliit- quelque nombre degens amp;nbsp;dâefclaucs, enuoyez parles tttria nbsp;nbsp;Jâoi'ttigais pout cultiuçr la terre,en aucuns endroits qui fè
loyon, trouueroyent propres : amp;nbsp;principalement pour y faire a-anas de peaux de cheures,dont y à grande quantitc,amp; en font fort grand traifique. Et pour mieux faire, les Portugais deux ou trois fois lâannée paflent en ces iflesaucc nauires amp;nbsp;munitions, menas chiens amp;nbsp;filets, pour chaffer aux cheures fà uuages : defquelles apres eflre efcorchées referuent feu lernet les peaux, quâilz defèichentauecques de la terre amp;nbsp;du fefen quelques vaiffeaux à ce appropriez, - pour garder de putrefa6lion.'amp; les emportent ainfî en morroquins tant celebrez par zr\igt; ⢠lâvniuers. Aufsi font tenus les habitans des ifles pour tribut, rendre pour chacun au Roy de Portugal le nombre de fix mille cheures, tant ûuuagcs que domefliques fâ-lées amp;nbsp;feichées : lefquellesils deliurentà ceux,qui delà part dâkeluy Seigneur font le voyage auec fès grâds vaiffeaux, aux Indes orientales, comme à Calicut, amp;nbsp;autres, paflans parces ifles : amp;efl employé ce nobre decheures pour les nourrir pendant le voyage, qui eft de deux ans, ou plus,pour la diftancedes lieux,amp;la grade nauigation quâil fault faire. Au fur plus lâair en ces ifles eflpeflilen-tieux amp;nbsp;mal fain, tellement que les premiers Cnrefliens qui ont
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 2$ qui ont commencé à les habiter, ont eÃe par longtemps vexez de maladie, tant à mon iugementpourla temperature de lâair qui en tels endroits ne peut eÃ:re bone,que pour la mutation. AuÃi font là fort familières amp;nbsp;communes les fleures chaudes,aux Efclaues Ipecialement, amp;nbsp;quelque flux de fà ng;qui ne peuuent eflre ne lâvn ne lâautre que dâhumers exceÃiuement chaudes amp;nbsp;acres, pour leur continuel trauail amp;nbsp;mauuailè nourriture, ioint que la temperature chaude de lâair y cofent, amp;nbsp;lâeau quâils ont prochaine:parquoy reçoiuent i exces de ces deux elemés.
Des tortues^e^ dyne herbe qu'ils appellent Orfeille. CHAP. 14.
Vis quâen noflre nauigation auons délibéré elcrire quelques lingularitez obfèr-uées és lieux amp;nbsp;places ou auons eftédl ne fera hors de propos de parler des tortues, que noz ifles deffus nomées nour-riflenten grande quantité,auÃi bien que de cheurcs. Or il fen trouue quatre clpeces, terreftres, Q^tre tnarines,la troifiefme viuant en eau douce, la quatrieflne efffcces de aux marefts: Iclquelles ie nâay délibéré de déduire par le tortues, uicnujpour euiter prolixité,mais feulement celles qui fè Voyent aux riuages de la mer,qui enuironne noz ifles.
Celle efpece de tortues faillent de la mer flisleriuage Tortue p.K (â.,2 au temps de fon part, fait de fès ongles vne foffe dedans tttarine, les fablons,ou ayant fait fès Åufs C car elle eft du nombre des ouipcres,dont parle Ariflote) les couurefi bien,quâil cÃiinpoÃible deles voir netrouuer,iufques à cequele
LES SINGVLARITEZ
flot de la mer venant les decouure: puis par la chaleur du Soleil,quilà eftfortvchemcte,le part fengêdre amp;nbsp;eclofl, ainfl que la poule de Ion Åuf, lequel conlifte en grand nombre de tortues,de la grandeur de crabesfqui eil vne cfpece de poiflbn} que le flot retournant emmeine en la mer. Entre ces tortues, il lâen trouue quelques vnes défi merucilleufe srandeur, mefrnes eh ces endroits dont ie parle, que qtiatre hommes nâen peuuent arrcfler vne: corne certainement iâay veu,amp; entendu par gens dignes de j.i. 9. foy. Pline recite,quen la mer Indique font de fi grandes t/w/â. 10. tortues,que lâelcail e cfl capable amp;nbsp;fliifilà nte à couurir v-ne maifon mediocre: amp;nbsp;quâaux ifls de la mer Rouge, ils en peuuent faire vaiffeaux nauigables. Ledit auteur dit aufsi en auoir de femblables au deftroit deCarmanieen
lamerPerfique. Il y à pluheurs manières de les prendre. MAnie- Quelquesfois ce grad animal,pour appétit de nager plus rede pre- doulcemcnt, amp;nbsp;plùs librement relpirer,cherche la partie lt;/gt;â¢Â£â¢ les EiperÃciePe 4^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;peu deuant midy, quad lâair cfl
marines nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ayant le dos tout decouuert,amp; hors de lâeau, in
continent leur elcaille eft fi bien defeichée par le Soleil, quelles ne pouuans delcendre au fond de la mer, elles flottent par deflus bon gré mal gré : amp;nbsp;font ainfi prifès.
Ejpe^eur de ces ef-cailles de tortues marines, rlê!' come ils fen Jernent,
Londitautrement, que de nuyt elles Ibrtent de la mer, cherchans à repaiftre, amp;nbsp;apres cflre fiioules amp;nbsp;lafiées fen-dorment fiir lâeau pres du riuage, ou Ion les prend aifè-ment,pour les entendre ronfler en dormant: outre plu-fieurs autres maniérés qui fèroient longues à reciter.1. Quant à leur couuerturc amp;: elcaille ie vous laifleà pen-1èr de quelle elpeflcurelle peut eftre, proportionnée a fil grandeur. Aufsilùr la colle du deftroit de Magellan, amp;nbsp;delÃ
DE LA FRANCE ANT A R C T I QJV E. 2.6 de lariuierc de Plate,les Sauuages eq font rondelles, qui leurlêruent de boucliers Barceiohnois,pouren guerre receuoir les coups de flelches de leurs enneinys. Semblablement les A m azones liir 1 a co (le d e la m er Pacifiqu e,en font rampars,quand elles fe voyent aflaillies en leurs lo-gettes,amp;cabannes. Etdemapartiâoferaydireamp;foufte-nir auoir veu telle coquille de tortue ,que la barquebu-fe ne pourroit aucunement trauerfèr. 11 ne faut demander combien noz inlulaires du cap Verden prennent, amp;nbsp;en mangent communément la enair, comme icy nous ferions du beuf ou mouton. AuÃi eft» elle fèmblable Ã
la chair de veau,amp; prelque de melîiie gouft. Les Sauuages des Indes Amériques nâen veulent aucunemet manger, perlùadez de celle folle opinion, quelle les rendroit pelà ns, corne auÃi elle eft pefinte, quileur caulêroit em-pelchement en guerre: pource quâellans appelà ntis,ne poLirroyent legerement pourlùyure leursennemys,ou bien elchapper amp;nbsp;euaderleursmains.ijlereciteray pour la fin lâhiftoire dâun Gentilhomme।Portugais lepreux, lequel pour le grand ennuy quâil receuoit de fon mal, cherchant tous les moyens de fabfenter de fon païs, ' comme en extreme delèlpoir, apres auoir entédu la con-quelle de ces belles illes par ceux de Ibn païs, délibéra pour recreation fy en aler. Doneques il fe drclfaau meilleur eâquipage,quâil luy fut pöÃible, câelf afçauoir de na-uircs, gens, amp;nbsp;munitions,beftial en vie,principalement cheures,dontils ont quantité :amp; finablement abordaen lâvne de ces illcs:ou pour le degoufl que luy cauloit la ma ladie,ou pour ellrerelTalic de chair, de Laquelle couftu-biierement il vlbit en fon païs, luy vint appétit de mà ii-
Hijloire dyn 2en tilhome
Portft-
LES SINGVLARITE2
ger Åufs de tortues, dont il fift ordinaire lâclpace de deux ans, amp;nbsp;de maniéré quâil fut guéri de fà Icpre. Or ie dc-manderoys volontiers, fi fa guerifon doit cftrc donnée a la temperature de rair,lequel il auoit chage, ou à la viande. le croiroys à la vérité,que lâvn amp;nbsp;lâautre enfèmble en partie, en pourroient eftre caufe. Quant à la tortue, Pline en parlant tant pour aliment que pour medicament ne fait aucune mention quelle foit propre contre la le-preztoutesfois il dit quelle efl vray antidote contre plu-fieurs venins,fpecialement de la Salemandre,par vue an-thiedela fipathic,qui eft entre elles deux, ôc mortelle inimitié. tortue a- nbsp;Que fi cefl: animant auoit quelque propriété occulte amp;
uecla Sa particuliere contre ce mal, ie mâen rapporte aux philofo-UmAde. médecins. Et ainfi lâexperience à donné a con-gnoiftre la propriété de plufieurs medicaments, de laquelle Ion ne peut donner certaine raifon. Parquoy ic conlèilleroys volontiers dâen faire experiéce en celles de ce païs,amp; des terreftres,filonnen peut recouurer de marines: qui léroit à mon iugement beaucoup meilleur amp;nbsp;plus fèur,que les viperes tant recommandées en cede af-feélion,amp; dont efl: compofe le grand Thériaque : attendu quâil nâcfl: pas leur vier de vipères pour le venin quâel-les portent, quelque choie que Ion en diedaquelle cnolc efl: auÃi premièrement venue dâvne feule experience.
Lon dit que plufieurs y lont allez à lâexemple de céfluy cy,ôcleur à bienluccedé. Voila quant aux tortues. Et quant aux cheures que mena noftre Gentil homme, elles ont là fi bien multiplié, que pour le prelént ily enâ vn nombre infini:amp;tiennent aucuns,quc leur origine vient de là ,amp;que parauantnâyen auoit elle veu. Refte à parler
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 27 Jcrdâvne herbe, quâils nomment en leur langue Orfèille. Orfeiüc, Celle herbe efl corne vne efpece de moufle,qui croifl: â la fommitc des hauts amp;nbsp;inacceÃibles rochers, fans aucune terre, amp;nbsp;y en â grande abondance. Pour la cuillir ils attachent quelques cordes au fominet de ces montagnes amp;nbsp;rochers, puis montent à mont par le bout dâembas de la corde,amp; grattans le rocher auec certainsinflrumens la font tomber,comme voyez faire vn ramonneur dechc-/*y^*^'â minéedaquelle ils referuent amp;nbsp;delcendent en bas par vne corde auec corbeilles,ou autres vaifleaux. Lâemolument amp;nbsp;vlà ge de cefle herbe efl quâils lâappliquent à faire tein- cha. turcs, comme nous auons dit par cy déliant en quelque 5. paflage.
Pe lijle de Feu.
CHAP. 15.
Ntrc autres Angularités, ie nâay voulu omettre lâifle deFeu,ainfi appellee,pourtant que continuellement elle iette vne flambe de feu,telle, que h les Anciens eneuïTent eu aucune congnoifTance, ils lâeuflènt mife entre les autres chofes, quâils ont eferit par quelque miracle amp;nbsp;Angularité, auÃi bien que la montagne de Vefuue, amp;la montagne dâEtna, ^efquelles pour vray en recitent merueilles. Quant à Etnaen Siciie,elle à iettélefeu quelquesfoisauecvn bruit ââ uerueilleux,côme au temps de M. Ãmileamp; T. Flamin, conime eferit Orofe. Ce que conferment pluficurs au-Hifloriographes, corne Strabonjquiaftermelâauoir
jÃe de FeUyi^ pour -
nomee.
LES SINGVLARI TE Z
Monta.-^ne de PilÃük.
veuë, 6c diligemment confiderée. Qm me fait croire, quâil en foit quelque cliofe,mefme pour le regard des perfonnages, qui en ont parlé : auÃi elles ne font fi elon-gnées de nous,quâil ne foit bien pofsible de faire epreuuc auecques lâÅil, tefmoing le plus fidele, de ce quâen trou-uons auxliiftoires. lefçay bien que quelcun dâentre noz modernes eforiuains, à voulu dire,quclâvne des Canaries iette perpétuellement du fell,mais quil fo garde bien de prendre celle dont nous parlons, pour lâautre. Ariftote auliuredesmerueilles parledâvneifle decouuerteparles Carthaginois,non habitée, laquelle iettoit comme flambeaux de feu,venant de matières fulfureulés,oultreplu-fieurs autres choies admirables. Toutesfois ie ne Içau-roys iuger quâil ayt entendu de la noftre, encores moins du mont Etna, car ileftoitcongnu deuant le regne des Carthaginois. Quant à la montagne de PuITole, elle eft fituée en terre fermc:amp; fi aucun vouloir dire autrement, ie mâen rapporte : de ma part ie nâay trouué, que iamais ayt efté congnue,que depuis mil cinq cens trente,en celle part de Ponent,auec autres tant loingtaines, que prochaines, amp;nbsp;terre continente. Il y â bien vne autre montagne en Hirlande,nommée Hecla, laquelle par certains temps iette pierres lùlfureufcs, tellement que la terre demeure inutile cinq ou fix lieues à lâentour pour les cèdres de foulfre dont elle eft couucrte. Celle ifle dont nous parlons,côtientenuiron Icpt lieues decircuitmôméeà bo ne raifon Ifle de feu, car la motagne ayat de circuit fix ces feptâte neuf pas, amp;nbsp;de hauteur mil cinquate cinq braÃees ou enuiron,iette cotinuellemct parlelbmmet vneflâbe, que Ion voit de trente ou quarate lieues lur la mer, beaucoup
Coup plusclercment lanuyt que le iour, pource quâen lionne pliilofophie la plus grande lumière aneantifl la nioindre. Ce que donne quelque terreur auxnauigans, ^Lii ne lâont congneuëau parauanr. Celle flambe eflac-compagnée de ie nelçay quelle mauuailè odeur,refen-^âint aucunementle foulrre,quâcft argument quâau ventre de celle motagne y a quelque mine de Ibulfre. Parquoy ^onne doit trouuer telles maniérés de feu eflrages,attendu que ce font choies naturelles, ainfi quetefmoignent philolophesccell que ces lieux Ibnt pleins de Ibullre amp;: â'luttes minéraux fort chaux, defquels le relbult vne vapeur chaude feiche femhlable à feu. Ce qui ne fe peut faire fans'air. Pourquoy nous apparelTcnt hors la terre parle premier Ibufpirail trouué,amp;quâd ellesIbntagitées de! air. Aufsi de la Ibrtct les eaux naturellemêt chaudes,.
tîS SINGVLARITE2 feiches,quelquesfoisadftringentesj comme fonteines amp;nbsp;bcinsen Allemagne amp;nbsp;Italie. Dauantagecn Efclauonic pres Apollonia le trotiue vnc fonteine fortant dâvn roc, ou lâon voit fourdre vne flamme de feu, dont toutes les eaux prochaines font comme bouillantes. Ce lieu donc eft habité de Portugais, ainfi que plufieurs autres par delà . Et tout ainfi que lâardeur de celle montagne nâem-pefehe la fertilité de la terre, qui produit plufieurs efpe-ces de bons frLiits,ou eft vne grande temperature de lâair, viues fources amp;nbsp;belles fonteines : aulsi la mer qui lâenui-ronne, nâelleint celle vehemente chaleur, comme recite Zc î. Pline de la Chimere touliours ardente, qui lâelleint par c nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;iettez delTus, amp;nbsp;eft allumécpar eau.
De lEthiopie.
E Içay tresbien que plufieurs Colîno-graphes ont foflïfomment deforit le païs dâEthiopie, mefi-ne entre les modernes, ceux qui ont recentement fait plufieurs belles nauigations par celle colle dâAfri-que,cn plufieurs amp;nbsp;loingtaines contrées:
E/lendue de Ce-thiütiie.
toutesfois cela nâempelchera,que lelonla portée de mon petit elprit, ie nâeforiue aucunes fingularitezoblcruées en nauigeant parcefle mefrne coflc en la grade Amérique. Or lâEthiopie ell de telle ellendue, quâelle porte amp;nbsp;en Alie,amp; en Afrique,amp; pource Ion ladeuilè en deux. Celle qui ell en Afrique, auiourdâhuy eftappellee Inde, terminée au Leuantdela mer Rouge, amp;nbsp;au Septentrion
DE LA TRANCE ANT AR C T I CQ^ E. Z9 de lâEgypte amp;nbsp;Afrique, vers le Midy du fleuue Nigritis, que nous auons dit eftre appelle Sencgua:au Ponent elle fl. ânae-a lâAfrique intérieure,qui va iniques aux riuages de 1â0-cean. Et ainüâ cftc appellee du nom dâEthiops fils de Vulcain, laquelle à eu au parauat plufieurs autres noms: vers lâOccident montagneufe,peu habitée au Leuant,amp;: areneufè au milieu,mefme tirant à la mer Atlantique.
Les autres la defcriuent ainfi : Il y à deux Ethiopies,lâv- -ne cft foubs lâEgypte, region ample amp;nbsp;riche, amp;nbsp;en icelle Æ efl Meroë, ifle trefhrande entre celles du Nil : amp;dâicelle tirant vers l'Orient regne le Prefle-Ian. Lâautrenâeft en- jkteyoë, cores tant congneuë ne decouuerte, tant elle efl grande, fle. finon auprès des riuages. Les autres la diuifent autremct, câefl afçauoir lâvne part eflreen Afiejamp;l autre en Afrique, quelonappelleauiourdâhuy les Indes de Leuât,enuiron-née delà mer Rouge amp;nbsp;Barbarie, vers Septétrionau païs de Libye amp;nbsp;Egypte. Cefte contrée efl fort motagneufe, dont les principales montagnes font celles de Bed, Ione, Bardite,Mefcha, Lipha. Quelques vns ont eferit les premiers Ethiopiens amp;nbsp;Egyptiens auoir eflé entre tous les plus rudes amp;nbsp;ignorons, menans vne vie fort agrefte,tout ainfi que belles brutestlà ns logis arrefté, ains fè repofans ou la nuyt les prenoit, pis que ne font auiourdâhuy les Mafouites. Depuis lâEquinoélial vers rAntardique,y a Vne grand contrée dâEthiopes,qui nourrit de grands Ele-phans,Tigres,Rhinocerôs. Elle à vne autre region portant cinnamome, entre les bras du Nil. Le Royaume dâEttabech deçà amp;nbsp;delà le Nil, efl habité des Chreftiens.
Les autres font appeliez Ichthyopha ges,ne viciants feule- j ment que de poiflbn, rendus autresfois foubs lâobeifsace pj,^aes.
LES SINGVLARITE2
du grand Alexandre.. Les Anthropophages font auprès des monts de la Lune : amp;nbsp;lerefte tirant de là iufques au Capricorne,amp; retournant vers le cap Debonceiperance eft habité de plufieurs amp;nbsp;diuers peuples, ayans diuerfos formesamp;iTiôrtrueufos.On les eftimetoutesfoisauoireflé les premiers-nez au monde,auÃi les premiers qui ont in-Lienté la religion amp;nbsp;cerimonies : amp;nbsp;pource nâeftre ehran-gersen leurs païs, ne venans dâailleurs, nâauoir auÃi onc-ques enduré le ioug de feruitude, ains auoir toufiours vefou en liberté. Câefl chofemerueilleufo de lâhonneur '^mytîe amitié quâils portent à leur Roy. Que fil auient que des leRoy foit mutile en aucune partie de fon corps, les fob-thropo ~ iefs, fpecialement domefl;iques,fe mutilent en celle meà me partie, ellimans cftre choie impertinente de demeu-enuers A ⢠nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n rr p/ t i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
leur Roy. reriainsamp;entiers,amp;IeRoy elcrcoirenlc. La plus grand part de ce peuple eft tout nud pour lâardeur exceÃiue du foleil : aucuns couurent leurs parties honteulès de quelques peaux: les autres la moytié du corps, amp;nbsp;les Meroe autres le corps entier. Meroë eft capitale ville dâEthio-yiUe ca- pie, laquelleeftoit anciennement appellée Saba, amp;nbsp;de-^uâledE pyjg pg^j. Cambyfes, Meroe. Il y a diuerftté de religion«
Aucuns font idolâtres, comme nous dirons cy apres:les Anctene- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, i r i j i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â -i i ⢠â S-
wewrj-rf- â'iutres adorent le loleil leuant, mais ils dépitentlOcci-* ba. dent. Ce païs abonde en miracles, il nourrit vers lâInde de trefgrands animaux,comme grands chiens, elephansj rhinocerons dâadmirable grandeur, dragons, balilifts, amp;nbsp;autres : dâauantage des arbres li hauts, quâil nây à lieà ehe,ne arc,qui en puilfe attaindre lafommité,amp;plufteurs autres chofes admirables, comme auÃi Pline recite au li-ure dixfeptiefme chapitre fteond de fon hiftoire naturelle. .
DE LA FRANCE ANT A R C T I Qjy E. jô turelle. Ils vfent couftumieremcnt de mil amp;nbsp;orge, Hefcjucis auÃi ils font quelque bruuage; amp;nbsp;ontpeu dâautres fruits amp;nbsp;arbres, horsmis quelques grads palmes.
Ils ont quantité de pierres precieules en aucun lieu plus quâen lâautre. Il ne fera encores, cerne lèmble,hors de Pow-propos de dire ce peuple eftre noir felon que la chaleur y eft plus ou moins vehemente, amp;nbsp;que icelle couleur Ã)rouient de lâaduflion fùperficielle caufee de la cha-eur du fbleil, qui eft caufe auÃi quâils font fort timi- coulatr des. La chaleur de lâair ainfi violente tire dehors la cha-leur naturelle du cueur amp;nbsp;autres parties internes : pour-quoy ils demeurent froids au dedans, deftituez de la chaleurnaturelle,amp; bruflezpar dehors feulement : ainfî quenous voyons en autrescnofèsaduftes amp;nbsp;bruflées.
Lâaélion de chaleur en quelque obieél que ce fbit, nâeft autre chofe que refolution amp;nbsp;difsipation des elemens, quand elle perfeuere, amp;nbsp;eft violente : de manière, que leselemens plus fubtils confùmez,ne refte que la partie terreftre retenant couleur amp;nbsp;confiftence de terre. Comme nous voyons la cendre amp;nbsp;bois bruflé. Donques à la peau de ce peuple ainfi brufle ne refte que la partie terreftre de lâhumeur, les autres eftans diÃipees, qui leur cauferefte couleur. Ils font, comme iâay dit, timides, pour la frigidité interne:car hardiefle ne prouient que dâvne vehemente chaleur du cueur : qui fait que les Gaulois, amp;nbsp;autres peuples approchans de Septentrion, au contraire froids par dehors pourlâintemperaturc de 1 air, font chauds merueilleufcmentau dedans, amp;nbsp;pourtant eftre hardis, courageux , amp;nbsp;pleins dâaudace.
LES S1NGVLARITE2
Pourqiioy ccs Noirs ont le poil crefpe,dents blanches, grofles ieures, les iambes obliques, les femmes incontinentes , amp;nbsp;plufieurs autres vices, qui fèroit trop long à diïputer,parquoy ielailTeray celaaux,PhiIofbphes, craignant auÃi dâoutrepafler nozlimites. Venans donc à Indiens noftre propos. Ces Ethiopes amp;nbsp;Indiens vient de magie, amp;Ethio pource quâils ont plufieurs herbes amp;nbsp;autres choies pro-ÆÂ« yfent nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;exercice. Et eft certain quâil y â quelque lympa-
ile ma-S-ie.
thie es chofes amp;nbsp;antipathie occulte, qui ne fe peut con-gnoiftre que par longue experiéce. Et pource que nous CO 11 osâmes vne cotrée aflez auant dans ce païs nommé Guinée,iâenay bien voulu elcrire particulièrement.
De la Guinée.
h V. VJ.
Guinée, partie de lit bdjjè Ethiopie.
B Pres fefire refrefehis au cap Verd, fut queftion de palfer outre,ayans vent de Nordefl merueilleufement fauorable pour nous conduire droit Ibubs la ligne Equinodiale , laquelle dénions palfer: - mais eftans paruenuz à la hauteur de la Guinée, fituée en Ethiopie,le vent le trouua tout contraire , pource quâen celle region les vents lont fort incon-llans,accompagncz le plus Ibuuent de pluyes,orages,amp; tonnerresjtellementquelanauigationde ce collé cil dan gereulè. Or le_ quatqrzicfme de Septembre arriualînes en ce païs de Guinée, lus leriuage de lâOcéan, mais ailes auant en terre,habitée dâvn peuple fort ellrage, pour leur idolatrie amp;nbsp;fuperflition tenebreufe ôc ignorante. Auant
que
DE LA FRANCE ANT A R C T I CQ V E . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;31
Habttaf dilx Gui ncs iup-ques au cap JJe bone c/pc race topisâ liola -tres.
que celle contrée fufl decouuertCjamp;le peuple y habitant congnu, on cftimoit quâils auoyent inefine religion amp;nbsp;fa çon de viure,queles habitans delahauteEthiopie,ou de Senegua : mais il fell trouué tout lâoppohte. Car tous ceux qui habitent depuis iccluy Senegua, iufqucs au cap De bonne eiperance font tous idolâtres,(ans côgnoiiTan-ce de Dieu, ne de fa loy. Et tant eft aueuglé ce panure peuple, que la premiere chofe qui fe rencontre au matin, foit oyfeau,ferpent,ou autre animal domeflique ou fan-uage,ils le prennent pour tout le iour,le portans auec foy à leurs negoces,comme vn Dicuproteéleur de leur en-trepriiè: comme fils vont en pclcherie auec leurs petites barquettes dâecorce de quelque boys, le mettront a 1 vn des bouts bien enuelopé de quelques fueilles,ayans opi-h lij
LES SINGVLARITE2
CdÃor et Pollux nomeçt^ clercs e-ÃoiUes de la mer.
Ãieurs, façon de yiure de ceux delaCui ne'e.
nionqucpourtoutle iour leur amènera bonc encontre, foit en eau ou terre, amp;nbsp;les prelèruera de tout infortune.
Ils croyent pour le moins en Dieu, allegans eftre là fus immortel,mais incongneu, pource quâils ne fe donne à congnoiftre à eux fènliblement. Laquelle erreur nâeft en rien differente à celle des Gentils du temps pafle, qui adoroyent diuers Dieux, foubs images amp;nbsp;innulacbres. Cliofe digne dâeftrerecitcedeces pauures Barbares lef^ quels ay ment mieux adorer ebofes corruptiblcs,quâeflre reputez eftre (ans Dieu. Diodore Sicilien recite que les Ethiopes, ont eu les premiers congnoiflance des dieux immortels, aulquels commencèrent à vouer amp;nbsp;facri-fier hoftics. Ce que le poète Homere voulant figni-fier en fbn Iliade , introduit lupiter auec quelques autres Dieux, auoir paffe en Ethiopie, tant pour les ûcri-fices qui le faifoient à leur honneur, que pourlameni-té amp;nbsp;douceur du païs. Vous auez fèmblable choie de Caflor amp;nbsp;Pollux : lelqucls fus la raerallans auec lâexer-citc des Grecs contre Troyc, feuanouyrent en lâair, oneques plus ne furent veuz. Qui donna opinion aux autres de penlèr, quâils auoient efté rauis, amp;nbsp;mis entre les d citez marines. AuEi plulîeurs les appellent clercs efloilles de la mer. Ledit peuple nâà temples ne Egli-fes, ne autres lieux dediez à lacrihccs ou oraifons. Outre cela ils font encores plus mefohants là ns coin-paraifon queceuxde laBarbarie,amp;derArabie:tellenient que les étrangers nâoferoyent aborder, ne mettre pied à terre en leurs païs,finon par oliages; autrement les lacca-geroyent commecfclaues. Cefie canaillela plus part va toute nue,c6bien que quelques vns, depuis que leur païs à elié
DE LA FRANCE ANTAR CT IQVE. 51 â efté vn peu frÃquété,fe font accouftumez à porter quelque camifole de ionc ou cotton, qui leur font portées a ailleurs. Ils ne font fi grande traHique de beftiaîqu en la Barbarie. Il y à peu de fruits, pour les ficcitez amp;nbsp;cxceC-fiues chaleurs : car celle region ell en la zone torride. Ils viuent fort long aage,amp; ne le monllrent caduques, tellement quâvn home de cent ans, ne fera ellimé de quarate. Toutesfois ils viuent de chairs de belles là uuagcs, fins ellre cuittes ne bien préparées. Ils ont auÃi quelque poif-lbn,ouitres en grade abodance,larges de plus d vn grand b demy pied,mais plus dangercules a manger, q tout autre poilTon. Elles rendent vn ius lèmblable au laidîtoutef-fois les habitans du païs en mangent fans danger:amp; vient tant dâeau douce que là lée. Ils lont guerre coullumiere-ment cotre autres natios: leurs armes font arcs amp;nbsp;flefehesj Corne aux autres Ethiopes amp;nbsp;Africains. Les femmes de ce païs fexercentâ la guerre, ne plus ne moins que les hommes. Et fi portent la plus part vne large boucle de fin or,ou autre metal aux oreilles, leures, amp;nbsp;pareillement aux bras. Les eaux de ce païs font fort dangereufes, La Giti-eft aufsi lâair infilubre : pource à mon aduis,que ce née mdli Vent de Midy chaud humide y efl fort familicr,fobiet à toute putrefaélion : ce que nous expérimentons encore bien par deçà . Et pource ceux qui de ce païs ou autre mieux tempere, vont à la Guinée, nây peu u eut faire long lèiour, fins encourir maladie. Ce que aufi nous effc ad-^ Lienu , car plufieurs de nollre compagnée en mouru -rent, les autres demeurèrent long e^^ace de temps fort malades, amp;nbsp;â grande difficulté fo peurent fiuuer: qui. futcaufe que nây feiournames pas longuement..
h iiij.
Ll,S S I NG V L AR I TE 2
Mdni-vuette, fmitfort requis en trelesep-piceries.
Ie ne veux omettre quâen la Guinée, le fruit le plus frequent,amp; clontfe chargent lesnauiresdespaïseftranges, eh la Maniguette, tresbonne amp;nbsp;fort requilè fur toutes les autres elpiceries : auÃi les Portugais en font grande traf-fique. Ce fruit vient parmy les champs de la forme dâvn oignon, ce que volontiers nous cuisions reprefentc par ligure pour le contentement dâvn chacun, h la commodité lâeuft permis. Car nous nous fommcs arreftez au plus necellaires. Lâautre qui vient de Calicut amp;nbsp;des Molucques, nâeft tant elHmé de beaucoup. Ce peuple de Guinée traffique auec quelques autres Barbares voi-lins,dâor,amp; de lèf dâvne façon fort eftrange. Il y a certains lieux ordonnez entrâeux, ou chacun de là part porte là marchâdilè,ceux de la Guinée le fel,amp; les autres lâor fondu en malTe. Et là nsautrement communiquer enlem-ble, pour la defiance quâils ontles vns des autres, comme les Turcs amp;nbsp;Arabes,amp; quelques là uuages de lâAmerique auec leurs voifins, lailfent au lieu dénommé le fel amp;or, porté là de chacune part. Cela Elit fe tranlporteront an lieu ces Ethiopes de la Guinée, ou fils trouuét de lâor fuE filà mment pour leur fel, ils le prennent amp;nbsp;emportent, fi-non ils le lailfent. Ce que voyans les autres, câeft alçauoir leur or ne Eitiftà ire,y en adiouftcrôt,iufques à tant que ce foitalfez, puis chacu emporte ce qui luy appartiét. Enté-dezdauà tage q ces Noirs de deça,lont mieux appris amp;nbsp;plâ ciuils que les autres,pour la communication quâils ont a-uec plulieurs marchans qui vonttralfiquerpar dela.-aufsi allèchent les autres à tralfiqucr de leur or, par quelques menues hardes, corne petites camizoles amp;nbsp;habillemens de vil pris,petits coLifteaux amp;nbsp;autres menues hardes amp;: ferrailles.
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 33 ferrailles. Aufsi traffiqüent les Portugais auec les Mores de la Guinée, outre les autres chofes dâiuoires, que nous appellos dents dâElephas : Sgt;c mâa recité vn entre les autres, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
que pour vne fois ont chargé douze mil de ces déts,entre lelquellesfenefl trouuc vne de merueilleufè grandeur, du pois de cent liures. Car ainfi que nous auons dit, le Ã)aïs dâEthiopie nourrit Elephans, lefquelsils prennent à achafle, comme nous ferions icy là ngliers, auec quelque autre petite aftuce amp;nbsp;methode :aiiifi en mangent ils la chair,laquelle pluheurs ont aüermc eftre tresbonne:ce que iâay me mieux croire,quâen faire autrement reÃay,ou en difputer plus longuement. le ne mâarreheray en ceft Elefhat^ endroit à deferire les vertus amp;nbsp;proprietez de ceft animal, âAnimal le plus docile amp;nbsp;approchant cîe laraifon humaine, que nul autre veu queceft animal â efté tant célébré parles Anciens,amp; encores par ceux de noftrc temps, amp;nbsp;attendu humai-que Pline, Ariftote, amp;nbsp;plufieurs autres en ont fuffifà m- ne. ment traité, amp;nbsp;defà chair, laquelle on dit eftre medica-menteufè, propre contre la lepre prilè par la bouche ou appliquée par dehors en poudre: les dents que nous appelions iuoyrc conforter le cueur amp;nbsp;lâeftomach, aider aufside toute fà ftibftance le part au ventre delà mere, le ne veux donc reciter ce quâils en ont eftript, comme ce nâcft noftre principal £ùbie6t,au£si me (èmbleroit trop clongner du propos encommencé. Toutesfois ie ne laif-feray à dire ce que iâen ay veu. Que fi de cas fortuit ils en prennent quelques petis,ils les nourriftent, leurs appre-nans mil petites gentileffes:car ceft animal eft fort docile de bon entendement.
LES SINGVLARITEZ
i r De ii ligne EquinoSltAlcye^ ïfles de Saint Homer. â¢' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A P. i8.
Fleuue fortdnt minedâür
mine, â
Airtans donccerte partie de Guinée à lè-nertre,apres y auoir bien peu feiourné, pour lâinfedion de lâair, ainrt quâauos dit cy deuant,il lut quertion de pourrtiyure nortre chemin, cortoyans tou flours iuG - quesà labauteur du capdePalmes,amp;de celuyque lon appellcà Troispoints,ou paflevntresbeau fleuue portant grands vaifleaux, par le moyen duquel Ce menegrà dtrartique partoutlepaïs:amp;lequel porteabon-dance dâor 60 dâargent,en marte no monnoyé. Pourquoy les Portugais fè font acoftez amp;nbsp;appriuoifez auec les habi-tans, amp;nbsp;ont là barti vn fort charteau,quâils ont nome Ga-rtel demine:amp;:no fins caule, carleur or ert finscoparai-de ^ônplusfln q celuy de Calicut, ne des Indes Amériques.
Il le trouue là vne riuiere,qui prouient des montagnes du païs noméCania : amp;vneautrepPpetitenoméeRhegiu: îelquellesportenttrcsbôpoifl'onjaurefte crocodiles dangereux,ainli que le Nil amp;nbsp;Senega, que Ion dit en prendre Ion origine. Lon voit le fable de ces fleuues relembler à or pulucrifé. Les gens du pais chaflentaux crocodiles,^: en mangent comme de venaifon. le ne veux oblier, quâil me fut recité, auoir efte veu pres Cartel de mine,vn
Cänid et Tihegi», Ãemies.
wnÃre
mdrinde monftre marin ayant forme dâhomme, quele flot auoit formehu fm* iâarenc. Et fut ouye fèmblablement la femelle en retournant auecques le flot, crier hautement amp;nbsp;lè douloir pour lâabfence du marte : qui ert chofe digne de quelque admiration. Par cela peut on cognoirtre la mer
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 34
produireamp; nourrir diuerfité dâanimaux,ainfi comc la terre. Or eftans paruenus par noz iournées iniques foubs lâE-quinodial, nâauôs délibéré de pafTcr outre,fans en efcrire quelque choie. Cefte ligne Equinodiale,autrement cercle Equinodial, ou Equateur, eil vne trace imaginatiuc du ioleil par le milieu de lâvniuers, lequel lors il diuife en ÆÆÆâ Æ deux parties egales,deux fois rânée,câeilaiçauoir lequa-torziefme de Septembre,amp;rvnziefme de Mars,amp; lors le ^Uale. ,ioleil paiTe direà emcnt par le zénith de la terre,amp; nous laiiTe ce cercle imaginé,parallele aux tropiques amp;nbsp;autres, que Ion peut imaginerentre les deux poles,leioleil allant de Leuât en Occident. Il cil certain que le ioleil va obli-quemét toute lâance par lâEcliptique au Zodiaque, finon auxiours deifus nommez, amp;nbsp;eildireélementau nadir de
ceux qui habitent là . Dauantage ils ont droit orizon,ià ns que lâvn des poles leur ioit plus eleué que lâautre. Leiour amp;lanuit leur font égaux, dont il à elle appelle Equinoctial: amp;nbsp;felon que le foleil felongne de lâvn ou lâautre pole,il iètrouueinequalitc de ioursamp; nuits, amp;cleuation de pole. Donc le foleil déclinant peu à peu de ce point Equinoctial,va par fon zodiaque oblique,prefoue au tro pique du Capricorne: amp;nbsp;ne paiTant outre fait le folilice solnîce dâHyuer: puis retournât paife par ce mefme Equinodlial, d'tJyuer iufqucs à ce quâil foit paruenu au figne de Câcer,ou eil le folilice d Eile. Parquoy il fait fix fignes partant de lâEqui- soinice noôtial à chacun de ces tropiques. Les Anciens ont eili-mé celle contrée ou zone entre les tropiques,eilre inhabitable pour les excefsiues chaleurs,ainii que celles qui font prochaines aux deux poles,pour eilre trop froides.
Do» 4 eflé nome Equi noSital,
Toutesfois depuis quelque temps ença, celle zone Ã
LES SINGVLARITE2
eflc decouuertc par nauigations, amp;nbsp;habitée, pour eHrc fertile amp;nbsp;abondante en plufieurs bonnes choies, nonob-ftantles chaleurszcommc les ifles de SaintHomer amp;nbsp;au-
la lip-ne Equino -Gliale. JÃe des Hats,
tres,dont nous parleros cy apres. Aucuns voulans ibubs ceite ligne comparer la froideur de la nuy t, à la chaleur duiour, ont pris argument, quâil y pouuoit, pour ce regard, auoir bonne temperature, outre plufieurs autres railbns que ie lailferay pour le prefent. La chaleur,quâd nous y palTames, ne me fèmbla gueres plus vehemente, quelle eft icy à la Saint lean. Au relie il y a force tonnerres, pluyes,amp;tempefies. Etpourceesiflesde S. Homer,corne aufii en vne autre ifle,nommée lâifle des Rats, y à autant de verdure quâil eft poÃible, amp;nbsp;nây â choie qui monftre aduftion quelconque. Ces ifles foubs la ligne
(ie Equinoélialeiont marquées en noz cartes marines,S.Ho s. Ho- nier,ou S. Thomas, habitées auiourdâhuy par les Portu-
mer, ou S. Tho-
mat.
gais, combien quâelles ne ioient fi fertiles, que quelques autresivray eft quâilfyrecuille quelque iùcrc:maisirsfy tiennent pourtraffiquer auec les Barbares, amp;Ethiopies: câeft à içauoir, dâor fondu, perles, muic, rhubarbe, caiïe, beftes,oyièaux,amp; autres choies ièlon le pais. Aufsiionc en ces ifles les ià iions du temps fort inegalles amp;nbsp;different tes des autres pais: les peribnnes fubiettes beaucoup plus à maladies que ceux du Septentrion. Quelle difference amp;nbsp;in equalité vient du ioleil, lequel nouscomuniqueiês qualitez par lâair eftant entre luy amp;nbsp;nous. Il pafle(commc chacun entend} deux fois lâannée perpendiculairement par là ,amp; lors deicrit noftre Equinoélial, câeft aicauoirau moys de Mars amp;nbsp;de Septembre. Enuiron cefte ligne il iê trouue telle abodance de poiiTons, de plufieurs ôc diuer-ics
DK LA FRANCE ANTARCTICQVE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3T
lèsefpeces, que câeft choie merueilleufè de les voir fus
11* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* GfiiYlCC di
1 eau,amp; les ay veu taire li grand bruit autour de noz iiaui-reSjquâa bien grande difiiculté nous nous pouuionsouyr poijjon parler lâvn lâautre. Que li cela aduient pour la chaleur ÃubsU du foleilj ou pour autre raifon, ie mâcn rapporte aux phi-lotbphes. Relie à dire, quâenuiron nollrc Equinodial, iâay expérimenté lâeau yellre plus douce,amp; plailà nteâ ^Mma.-boire quâen autres endroits ou elle eft fort filée,combien que plulieurs maintiennent le cotraire, ellimants deuoir ertre plus filée, dâautant que plus pres elle approche de la noÃiaL ligne, ou eft la chaleur plus vehemente:attendu que de là vient lâaduftion amp;nbsp;fileure delamer:parquoyeftreplus douce, celle qui approche des poles. le croirois véritablement que depuis lâvn amp;nbsp;lâautre pole iniques à la ligne ainfi que lâair nâeft egalement temperé, nâeftre auÃi lâeau tempcréc:mais foubs la ligne la temperature de lâeau luy-urela bonne temperature de lâair. Parquoy y à quelque tailbn quelâeauenceft endroit ne foit tant filée comme autre part. Celle lignepalsée commençâmes à trouuer de plus en plus la mer calme amp;nbsp;paifible,tifants vers le cap de Bonne clperance.
Qmc non feulement tout ce qui efl foubs U ligne e^ ha-bit able ^mMS aufi tout le monde efl habité^contre Ho-pinion des A nciens. c'a h v.sf).
OnvoitcLiidemment combien eftgran-t de la cnriofité des hommes, fbit pour appétit de congnoiflre toutes chofcs,ou pour acquerirpofTeÃionSjamp;euiteroyfi-ueté,quâlis iè font bazardez ( comme dit le Sage, ôc apres luy le poète Horace en
Grande-cupidité' de fça-uoir in-'
LES S INGVLARI TE Z
resEpiflres)à tous dangers ôctrauaux, pour finablement pauuretceflongnée, mener vne vie plus tranquille, (ans ciinuyou fafclicrie. Toutesfoisilleurpouuoiteftreaflez de fçauoir amp;nbsp;entédre que lefouuerainouurier à bafti de (à propre main ceft vniuers de forme toute ronde,de ma niere que lâeau à efté feparée de la terre, à fin que plus co-modement chacun liabitaft en fon propre element, ou pour le moins en celuy duquel plusil participeroit; tou-tesfoisnon cotens de ceils ont voulu fçauoir,fil eftoitde toutes pars habite. Neantmoins pour telle recherche amp;: diligence,ieles eftime de ma partautantamp; plus louables, que les modernes efcriuains amp;nauigateurs, pour nous a-uoir fait libelleouuerture de telles chofes,lelquellesau-trement à grad peine en toute noftre vie eulsiôs peu fi bie opinios coprendre, tât fen faut q les eu fs 16 s peu executer. Thales, de plt(- Pythagoras, AriflOte, amp;nbsp;plufieurs autres tant Grecs que quâil nâefloit pofsible toutes les parties du CttLtU â^T^oude eftre habitées: lâvne pour la trop grande amp;nbsp;infup-woi/e eà portable chaleur, les autres pour la grande vehemen-habita- te froidure. Les autres Auteurs diuilans le mode en deux
ble.
Cinq xn nés pdr leCqucUes ejl meÃt. ré le mode.
partics,appellées Hemilperes, lâvne defquelles dilentne pouuoiraucuneméteftre habitce:mais lâautre enlaquclle nous loin mes,necellairemét ellre habitable. Et ainfi des cinq parties du mode ils en oflêt trois, de forte q felo leuf opinion nâen refteroit que deux,qui fulfenthabitables.Et pour le doner mieux à entedre à vn chacun ( cobicque ie iiâellime point q les Içauâts lïgnorent)iâexpliqueray cecy plus à plein amp;nbsp;plus apertement. Voulans donc prouuer quelaplus grade partie de la terre cil inhabitable, ils fop-poset auoir cinq zones en tout le mode, par lefouelles ils veulent
DE LA FRANCE ANTARCTIQjr.
Veulét mefurer amp;nbsp;copaifer toute la terre : amp;nbsp;defqlles deux font froides,deux têperées^ôc lâautre chaude. Et h voâvou lezfçauoir corne ils colloquent ces cinq zones,expofez Voftre main icneftre au fol eil 1 eu a t,lcs doigts eftédus ôcCc-parez lâvn de lâautre famp;p celle methodelâenfeignoit auÃi Probus Grâmaticus} puis quad aurez regardé le foleil par les interualles de vozdoigts,flefchiflez les amp;nbsp;courbez vn chacCi en forme dâvn cercle. Par le pouce vous entendrez la zone froide,qui eft auNort,laqlle pour lâexceÃiue froi- Zone dure(côme ils aftermct)eftinhabitable. Toutesfois lâexpe fioide. tience noâ à mollrc depuis quelque téps toutes ces parties iufques bié pres de noftre pole, mefmes outre le parallele Ardique,ioignant les Hyperborécs,cómeScauie,Dace, Suece,Gottie,Noruergie,Dänemarc,Thyle, Liuonie, Pi-lappe,Prufe,Ilt;ufie,ou Ruthenie, ou ilnây à q glace amp;nbsp;froi Hure ppctuclle,eflre neätmions habitées dâvn peuple fort rude,feló,amp; (à uuage. Ce q ie croy encores plus par le tef-îïioignage de Moiteur de Câbray natif de Bourges, Am-l^all'adeur pour le Roy en ces pais de Septétrio, Pologne, Hôgrie,amp; Trâfyluanie,quimâena fidelemêtcôiquéla ve htéjhomeaufurplâ pourlbncruditiô,amp; cognoilsâcedes
! lagues,digne de tel maillre,amp; detelle entreprile.Parquoy ' fontexculables les Anciés, amp;nbsp;no du tout croyables,ayans parlé P conieôlurc,amp; no par cxpericce. Retournos aux au très zones. Lâautre doigt denote la zone téperée,laquelle ^one-habitable, amp;nbsp;fe peut eilendre iniques au tropique du
Cancre:côbien quâen approchât elle foit plus chaude que ttâperée,côme celle qui ell iullement au milieu,cell afça-uoir entre ce tropique amp;nbsp;le pole.Le troifieliTie doigt nous i represêtela zone htuée entre les deux tropiques,appellée I ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i iiij
te-pcrés.
litre ^ne J rolde.
f£. 5 SI NGVLAR I TE Z torride, pour lâexcefsiue ardeur du (olcil,qui par manière de parler la roftit amp;nbsp;brufletoute, pourtant à efte eftimée inhabitable. Le quatriefme doigt cft lâautre zone têpe-réedes Antipodes, moyenne entre le tropique du Capricorne amp;nbsp;lâautre pole,laquelle eft habitable. Le cinqiefï'nc qui eft le petit doigt,fîgnifie lâautre zone froide,quâils ont parcillemét eftimée inhabitable, pour mefmc raiion que celle du poleoppolite:de laquelle on peut autant dire, comme auons dit du Scptentrion,car il y a fèmblable rai-fon des deux. Apres donc auoircongneucefte reglet exemple,facilement lonentédra quelles parties delà terre font habitables,amp; quelles non,{elon lâopinion des Anciens. Pline diminuant ce quâeft habité, elcrit que de ces cinq parties,qui font nommées zones,en faut öfter trois, pource quâelles ne font habitables: leiquelles ont eftéde-lignces par le pouce,petit doigt,amp; celuy du milieu.Il ofte pareillement ce que peut occuper la mer Oceane. Et en vn autre lieu il eferit, que la terre qui eft deftbubs le zodiaque eft feulement habitée. Les caufes quâils allèguent pour lefquelles ces trois zones font inhaoitablcs eft le froid vehement, qui pour la longue diftance amp;nbsp;abfènce dufoleileftenlaregion des deux poles :amp; la grande amp;nbsp;exceftiue chaleur qui eft foubs la zone torride,pourla vi-cinité amp;nbsp;côtinuelle prefènee du folciL Autant en aftermet prcfquc tous les Théologiens modernes. Le contraire toutesfois fc peut monftrcr parles eferits des Auteurs cy delfus alléguez, par lâauthoritc des Philofophes, fpecia-lementde noftre teraps,parle tefmoignage delâefcriture fà intc : puis par lâexperienccjqui forpafle tout, laquelle en à eftéfaite parmoy, Strabon,Mela,amp;: Pline,cobien quâils approu-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 3? approuuent les zones, efcriiient toutesfois quâil fètrou-ue des hommes en Ethiopie, en la peninfule nomée par les Anciens Aurea,amp; en lâifle Taprobane, Malaca, Za-motrafoubs la zone torride. AuÃiqLieScandinauie,les Hyper-monts Hyperborées,amp; pais alentour près le Septentrion tâore'ese-(dontnous auonscy deuant parlé) font peuplés Schabi-tés: iaçoit felon Hérodote, que ces montagnes foyent di-reélement fbubs le pole. Ptolemée ne les a colloquées fipres,mais bien à plus de ieptante degrezde lâEquino-éhal. Le premier qui à monflré la terre contenue foubs les deux zones temperées cftre habitable,à efté Parmeni-des,ainfi que recite Plutarque. Plufieurs ont elcrit la zone torride non feulemétpoiiuoireftrehabitée,maisaufii eflre fort peuplée. Ce que prouue Auerroes parle tef-moignage dâAriftote au quatriefme de fonliure intitulé Du ciel amp;nbsp;du monde. Auicenne pareillement en fa fécondé doélrine, amp;: Albert le Grand au chapitre lixiefiiie de la nature des regions, felforcét de prouuer par'railbns naturelles, q celle zone eflhabitable,voire plus comode pour la vie humaine,que celles des tropiques. Etparainh Monetär nous la cóclurós ellre meilleure,plus comode,amp; plus falu bre à la vie humaine q nulle des autres: car ainfiq lafroi- codeur eft ennemie, auÃi eft la chaleur amie au corps hu- modelet tnain,attendu quenoftrevienâeft que chaleur amp;nbsp;humi- Ãilubre dité,lamortau contraire,froideuramp;ficcité. Voyla donc comme toute la terre eft peuplée, nâeft iamais là ns ha- ^**'^^quot;* bitateurs,pour chaleur ne pour froidure,mais bien pour cftre infertile, corn me iâay veu en lâArabie delerteamp;au-contrées. AuÃi a efté lâhomme ainli crée de Dieu, il pourra viurc en quelque partie de la terre,lbit chau-
k
LES SINGVLARITE2
de,froide, ou temperée. Car luy mefine à dit à noz premiers parens : Croiflez, amp;nbsp;multipliez. Lâexperience dâa-uantagefeomme plufieurs fois nous auons dit)nous certifie,combien le monde eft ample, amp;nbsp;accommodable â toutes creatures,amp; ce tant par continuelle nauigation fus la mer,comme par loingtains voya ges fur la terre.
De la multitude nbsp;nbsp;diucrÃtc despoijjons efians foubs
la li^ne Euuinobliale. c h a p. 20.
Vant que Ibrtir de noftre ligne,iâay bien voulu faire métion particuliere du poif fon,qui fetrouue enuironfept ou liuicl ÿ degrez deçà amp;nbsp;delà ,de couleu rs fi diuer-fès, amp;nbsp;en telle multitude, quâil nâefl pof fible de les nôbrer,ou amafl'er enfemble, comme vn grand monceau de blc en vn grenier. Et faut entendre, quâentre ces poilTons plufieurs ont fuyuinoz nauires plus de trois cens lieux-.principalementlesdora-des,dontnous parleronsaflezamplement cyapres. Les \ â marfouinsapresauoir Veu de loing noz nauires, nagent impctueufementà lencontre de nous,qui donne certain ;⢠â prefà ge aux mariniers de la part que doit venir le vent: , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;car ces animaux,difent ils,na2entà roppofite,amp; en sran-
fiuïn et nbsp;nbsp;nbsp;troùppe, corne de quatre a cinq cens. Ce poiflon clt
ponrcjuoi appelle marfouin de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en Latin,qui vautautantÃ
âiinà ctp- dire,que porceau de mer,pource quâil retire aucunement aux porcs terreftres:car il à femblable gronniiremcnt,amp; à le groin comme le bec dâvne canne, amp;nbsp;fus la telle certain conduit, par lequel il relpire ainfi que la balene.
DK LA FRANCE ANTARCTICQVE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;38
Les mattelots en prennent grad nombre auec certains engins de feraguts par le bout, amp;nbsp;cramponnez, amp;: nâen mangent gueres la chair, ayans autre poiflon meilleur: maislefoyeenefl fort bon amp;nbsp;délicat, reflemblataufoye du porc terreftre. Quand il effc pris, ou approchant de la mort,il iette grads foufpirs, ainfi que voyons fairenoz porcs, quand on les feigne. La femelle nâen porte que deux à chacune fois. Câeftoit donc choie fort admirable du grand nombre de ces poilfons, amp;nbsp;du bruit tumultueux, quâils faifoient en la mer, (ans comparailbnplus grâd, que nul torrent tobant dâvne haute montagne. Ce que aucuns elhmerontparauêture fort ertrage amp;nbsp;incroya ble,maisierarteureainli pour lauoirveu. Ilfentrouue, corne, ie difois, de toutes couleurs,de rouge, corne ceux, quâils appellent Bonnites:les autresazurez amp;nbsp;dorez,plus Bonites. reluilà ns que fin azur, comme font dorades : autres ver-doyans,noirs, gris, amp;nbsp;autres. Toutesfoisiene veux dire, que hors de la mer ils retiennent toufiours ces couleurs ainfi naïues. Pline recite quâen Elpagne a vne fonteine, fontà ne dont le poirton porte couleur dâor,amp; dehors ilà fembla- cfuirepre blecouleur quelâautre. Cequepeutprouenirde lacou-leur de lâeau ertant entre nortre Åil amp;nbsp;le poiflbnrtout ain-r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;II nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Z- 1 nbsp;nbsp;1 couleur
11 quâvnc Vitre de couleur verte nous reprelente les cno-les de femblable couleur. Venons à la Dorade. Plufieurs Unt anciens que modernes,ont eferit de la nature des * poilfons, mais aflez Icgerement, pour ne les auoir veuz, ains en auoir ouy parler feulement,amp; fpecialement de la Dorade. Arirtote eferit quâelle à quatre nagcïores, deux ^riÃote delTus amp;nbsp;deux defloubs, amp;nbsp;quâelle fait les petits en Erté amp;nbsp;Pline quâelle demeure cachée logueelpace de temps: mais 11
LES SINGVLARITEZ
'Defcri-ption de Id 'Dora-
9â ne le termine point. Plineà mon aduis,â imité cepro-pos dâAriftotCjparlant de ce poiflbn, diûnt, quâelle le cache en la mer pour quelque temps, mais pallà nt outre a defini ce temps dire lür les excelsiues chaleurs, pource quelle ne pouuoit endurer chaleur li grande. Et volun-tiers lâeufle reprelènté par figure, fi iâeufies eu le temps lâopportunité remettant a autre fois. Il fen trouue de grandes, comme grands Saulmons,les autres plus petites. Depuis latefieiulquesà laqueuëelle porte vnccre-fte,amp; toute celle partie colorée corne de fin azur,tellemét q uâil eft impolsible dâexcogiter couleur plus helle,ne plus clere. La partie inferieure eft dâvne couleur femblable à fin orde ducat:amp; voyla pourquoy elle a cité nômée Do-rade,amp; par Arifiote appellee en fa langue que les interprétés ont tourné Aurata. Elle vit de proye,comme tresbien le delcrit Ariftote : amp;nbsp;eft merueilleulèmct friâde
de ce poilTon volant,quâelle pourluit dedans lâeau, come le chien pourluit le lieure à la campagne: feiettat haut en lâair pour le prendre:amp;fi rvnelefauglâautrelc recouure.
Dorade, poijjon en^ran-de recom tnanda-tion- du-tempsdes ^ncici.
Ce poilTon fuyuit noz nauires, (ans iamais les abadoner, lâelpace de plus de fix lèpmaines nuit amp;iour, voire iuf ques à tant quâelle trouua lamer à degouft. le fçay que ce poilTon a elle fort célébré recommendable le temps palsé entre les nobles, pour auoit la chair fort delicate amp;: plailà nte à mangencome nous lifons que Sergius trouua moyen dâen faire porter vne iniques à Ilt;ome,qui fut fer-uie en vn banquet de lâEmpereur, ou elle fut merueilleu-lèment eftimée. Et de ce temps commença la Dorade à eilre tant ellimée entre les Romains,quâil ne le faifoit baquet fumptueux ou il nâen full lcruy par vne fingularite.
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 39 Ec pource quâil nâeftoit aifê dâen recouurer en efté,Sergius Senateur faduiÃi dâen faire peupler des viuiers, à fin que ce poiflbn neleurdefailliften fà ifbnquelconquedequel pour celle curiofité auroit efténommé Aurata,ainfique A.LicinMurena,pourauoirtrop{ongneufement nourri ce poilTon ^ue nous appelions Murena. Entre les Dorades ont efté plus eftimees celles qui apportées de Tarente eftoient engrefsées au lac Lucrin, corne mcfme nous tefmoigne Martial, au troifiefme liure de fès Epigrammes. Ce poiflbn eft beaucoup plus ûuoureux en Hy-uer quâen Efté : car toutes chofès ont leur fà ifon. Corneille Celle ordonne ce poiflbn aux malades, Ipeciale-ment febricitas, pour eftre fort lâlubre,dâvne chair courte, friable, amp;nbsp;nonlimonneufe. Il fentrouue beaucoup plusenlamerOceanequâcncellede Leuant. Aulsitout endroit de mer ne porte tous poiflbns. Helops poiflbn trcslîngulier ne le trouue quâen Pamphilie, Ilus amp;nbsp;Scau-rus en la mer Atlantique feulement, amp;ainli de plufieurs autres. Alexandre le Grand eftant en Egypte acheta deux Dorades deux marcs dâor, pouréprouuer helles e-ftoient fi friandes,cômc les delcriuoient quelques vns de Ion téps. Lors luy en fut apporté deux en vie de 1 a mer O-ccane(car ailleurs peu le trouuent) à Memphis,là ou il e-floit : ainfi quâvn médecin luif me monftra par hiftoire, ^ftat à Damalce en Syrie. Voyla,Le6leur ce que iâay peu apprendre de la Dorade,remettant à ta volonté de veoir quâen ont eicht plufieurs gens doéles, amp;nbsp;entre autres ^ôficur Guillaume Pellicier Euclque de Montpellier, hquel à traifftéde laNaturedes poiflbnsautant fidele- ââ-â¢â-â'A-h ^ent amp;direélement quâhomme de noftre temps.
k iij
LES S INGVLARI TE Z D'vne iÃe nommée [ AÃcenÃon. K P. 21.
iÃe de lâ^Ãce-fio pour-=^uoy dià .nomée,
OyÃâiiux de diuer-fes eÃe-ces en grand nvbre.
^po~ narSyOy-feUHx.
Ans élongner de noftre propos, huiót degrez delà noftre ligne le vingtfixieft me du moys dâOctobre trouuafines vnc ifle non habitée, laquelle de prime face voulions nômer ifle des oyfeaux, pour la grande multitude dâoyfeaux, qui font en cefte diéfe ifle ; mais recherchans en noz cartes marines, la trouuafmes auoir efté quelque temps au parauant decouuerte parles Portugais,amp; nommée Ifle de lâAften-fion, pource que ce iour la y eftoy ent abordez. Voyans donc ces oyieaux de loing voltiger fus la mer,nous donna conieélure,que là pres auoit quelque ifle. Et appro-chans toufiours veimes fi grand nombre dâoyfeaux de diuerfes fortes amp;nbsp;plumages, fortis,comme il eft vray ftin blable, de leur ifle, pour chercher à repaiftre,amp; venir à noz nauiresjiufques à les prendre à la main, quâa grand peine nous en pouuions défaire. Si on leur tcndoitle poing, ils venoyent delTus priuément, amp;nbsp;fo laifloyent prendre en toutes fortes que ion vouloir ; amp;nbsp;ne fen trou-ua elpcce quelcoquc en cefle multitude fomblable à ceux de par deça,chofo, peut eftre, incroyable à quelques vns. Eftans lafohezde lamainne fen fuyoientpourtant,ains Ce laiffoyent toucher amp;nbsp;prendre comme deuant. Dauan tage en cefte ifle fentrouue vne efpece de grà ds, queiâay OLiy nommer Aponars. Ils ont petites ailes, pourquoy ne peuuent voler. Ils font grands amp;nbsp;gros cornenoz hérons, le ventre blanc, amp;nbsp;le dos noir, comme charbon, le bec
DE LA FRANCE ANTARCTI CQVE. nbsp;nbsp;nbsp;40
bec ïcmblable à celuy dâvn cormaran,ou autre corbeau.
nars,
Quand, on les tue ils crient ainfi que porceaux. lay voulu dâefcrire cell oyfeau entre les autres,pource q uâil fâen trou ue quantité en vne iÃe tirant droit au cap de Bonne ville, ca^ de du collé de la terre neufue,laquelle à efté appellée isle des Bonne Aponars. AuÃiy enatelleabondance,quequelquesfois trois grads nauires de France allans en Canada, charge-rent chacun deux fois leurs balleaux de ces oyfeaux, fur j le riuage de celle ille, nâelloit quellion que dâentrer en pourquoi terre, les toucher deuant foy aux balleaux, ainfi que a/«/» dh moutons à la boucheriejpourles faire entrer. Voylaqui mâa donné occahon dâen parler fiauant. Au relie,de nollre ifle de rAlcenlion,elle ell alTez belle, ayant de circuit hx lieues feulement, auccques montagnes tapilfées de beaux arbres amp;nbsp;arbrilTeaux verdoyas,herbes amp;nbsp;fleurs, fans oblier lâabondance des oyfeaux,ainli que délia nous auons dit. lâellime que h elle eftoit habitée amp;nbsp;cultiuée, df-' auecplulîeurs autres, qui font en lâOcéan, tant deçà que delà lâEquinoélial, elles ne leroy ent de moindre emolu-i'nent,queTenedos,Lemnos,Mctclin,Negrcpont,Rho- habite'e, 1 des,amp; Candie, ne toutes les autres, qui font en la mer comme Hellefpont,amp;: les Cyclades: carence grà d Ocean ce trou t^Hpours üent ifles ayans de circuit plus de oélante lieues,! es autres â^oins:entre lefquelles la plus grand partie font defertes ^non habitées. Or apresauoir paEé celleifle,com-^ençafmes à decouurir quatre efloilles de clarté amp;nbsp;graveur admirable, difpofées en forme dâvne croix,alTez loing toutesfois du pole Antarélique. Les mariniers qui nauigent par delà les appellent Chariot. Aucuns dâiceux. ^^iii^ent quâentre ces elloilles ell celle du Su, laquelle ell lt;.
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LES SINGVLARITEZ
fixe amp;nbsp;immobile J comme celle du Nort, que nous appelions Ourfc mineur, eftoit cachée auant quefufiions ibubs lâEquateur, amp;nbsp;plufieurs autres qui ne (è voient par deçà au Septentrion.
Du promontoire de Bonne e^erance^e^ de plufieurs fimgularités obfieruées en iceluy^enfiemble no^re ar~ riuée aux Indes Amériques, ou France
Antar clique, en k v. iz.
Inde me ridiona -le.
Clip de Bone eÃ-pemnee pourquoi nommé Lion de let mer. Jlhinoce rons, ou bÅufs de Ethiopie.
â Pres auoir paÃe la ligne Equinodtiale, amp;nbsp;les ifles Saint Homer, fuyuans cefte colle dâEthiopie, que Ion appelle Inde meridionale,!! fut quellion de pourlùy-ure nollre route, iniques au tropique dâHyuer : enuiron lequel le trouue ce grand amp;nbsp;fameux promontoire de Bonne elperance,que les piiots ont nommé Lion de la mer,pour ellre craint redouté, tant il ell grand amp;nbsp;diflicilc. Ce cap des deux collez ell enuironné de deux grandes montagnes,dont lâvne regarde lâOrient, amp;nbsp;lâautre lâOccident. En celle contrée lètrouue abondance de Rhinocerons,ainli appeliez, pource quâils ont vne corne fus le nez. Aucuns les appellent boeufs dâEthiopie. Cell animal ellfort mo-llrueux,amp; ell en perpétuelle guerre amp;nbsp;inimitié auecques lâElephant. Et pour celle caulè les Romains ont pris plailir à faire combatte ces deux animaux pour quelque Ipeélacle de grandeur, principalement âla création dâvn Empereur ou autre grand magillrat,ainl] que Ion fait encores auiourdâhuy dâOurs, de Toreaux, amp;. de Lions. Il nâeH; du
Dï LA FRANCE ANTARCTIQVE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;41
nâeft du tout fi haut que IâElephantjUe tel que nous le dépeignons par deçà . Et qui me donne occafion dâen parler, clique trauerfà nt dâEgypte en Arabie Je vis vn fort ancien obelilc, ou eftoicnt grauées quelques figures dâanimaux au lieu de lettres ainfi que Ion en vfoit le temps paÃe,entre lefquels eftoitle Rhinoceros,nâayantne frange ne cornc,neauÃi mailles telies,que nozpeintres les re-prcfèntent:pourquoy iâcn ay voulu mettre icy la figure.
Et pour fe preparer à la guerre Pline recite,quâil aguifê z;-. g. fa corne à vne certaine pierre, amp;nbsp;tire toufiours au ventre cha.zo. de lâElephant, pource que cell la partie du corps la plus molle. Il fytrouueauÃi grande quantité dâafiies là uua- ^fics ges,amp; vne autre efpece portant vne corne entre les deux y£ux,longuc de deux pieds, lâen vis vne ellantcn la ville/^â'
r-E.3 S L K'Hl'VL'Z.
ties des anim.
amp; li.z. chap. I. e/e Iâhifl. des animaux.
Eflendue de rinde Ortetale.
Mcrln-dic^ue.
Indus,fl, Tartar,
dâAlexandrie,qui eft en Egypte, quâvn feigneur Turc ap-portoit de Mecha, laquelle il difoit auoir meftne vertu Li.j.cha. contre le venin, comme celle dâvne Licorne. Ariftotc appelle cefte efpecedâalne a corne, Afne des Indes. En-uiron ce grand promontoire eft le departement de la voye du Ponent amp;nbsp;Leuant: car ceux qui veulent aller à lâInde orientale,commc à Calicut, Taprobane, Melinde, Canonor, amp;nbsp;autres, ils prennent à feneftre, coftoyans lâifle S.Laurent, mettans le cap delà nauire à lâEft,ou bien au Sueft, ayant vent de Ouëft,ou Nortouëft à poupe. Ce païs des Indes de là au Leuât,eft de telle eftédue,que plu-lieurs lâeftiment eftre la tierce partie du monde. Mêla amp;Diodorerecitent,quelamerenuironnantces Indes de Midy à rOrient,eft de telle grandeur,quâà grand peine la peut on pafler, encores que le vent foit propice,en lâefpa-ce de quarate iours:mais iâoferoye bien affermer de deuîC fois quarante. Ce païs eft donc de ce cofté enuironné de la mer,qui pource eft appellee Indique, ft confinant de^ uers Septentrion au montCaucaft. Et eft appelléelndc, du fleuue nome Indus, to ut ainfi que Tartane du fleuue Tartar,pafsât par le païs d u grà d Roy Cham. Elle eft habitée de diuerlité de peuples, tant en meurs que religion» Vne grande partie eft foubsIobeiffancedePrefte-Ian, laquelle tient le Chriftianifine : les autres font Mahumeti-ftes,comme défia nous auons dit, parlans de l'Ethiopie: les autres idolâtres. Lâautre voye au partement de nor ftre grand cap,tireà dextre, pour aller à lâAmérique, laquelle nous luyuimes, accompagnez du vent, qui nous fut fort bon amp;nbsp;propice. Nonobfiant nous demeurâmes encores aftèz long temps ftir lâeau, tant pour la diftance des
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 42. des lieux,que pour le vent, que nous eûmes depuis contraire : qui nous caufa quelque retardement, iufques au dixbuiéliefme degré de noflre ligne, lequel derechef nous fauorilà . Or ie ne veux paîTer outre,fans dire ce que nous aduint,cho{è digne de mémoire. Approchans de noflre Amérique bien cinquante lieues, commença-rnesà fèntirlâairdelaterrejtoutautrequeceluydelama- cbement rine, auecques vne odeur tantfûaue des arbres, herbes, des^me fleurs,amp; fruits du païs,que iamais bafme, fuffe celuy dâE-gypte,ne fèmbla plus plaifà nt, ne de meilleure odeur. Et lors levons laiffe à penfer, combien de ioyereceu-rent les pauures nauigans, encores que de long temps nâeuflent mangé de pain,amp;: fans cfpoir dauantage dâen re-couurer pour le retour. Leiouriuyuant, quijutle der-âf^^ ?â nier dâOélobre, enuirô les neuf heures du matin decou-ürifmes les hautes montagnes de Croiftmourou, corn-bien que ce ne full lâendroit, ou nous prétendions aller.
Parquoy coftoyans la terre de trois à quatre liuës loin g, fans faire contenance de vouloir defeendre, ellans bien informez,que les fà uuages de ce lieu font fort alliez auec les Portugais, amp;nbsp;que pour néant nous les aborderions, pourfoyuifmes chemin iufques au deuxiefinede Noué-^* ore, que nous cntrafmes en vn lieu nommé Maqueh, pour nous enquérir des chofes,foecialement de lâarmée du Roy de Portugal. Auquel fieu'noz efquifs dreffez, pour mettre pied en terre,fo prefènterent feulcmét quatre vieillards de ces fà uuages du pais, pourcc que lors les ieunes efloient en guerre, lefquels de prime face nous fuyoient, eftimans que ce fuffent Portugais,leurs enne-inys : mais on leur donna tel figne dâaffeurance, quâà la
fES S IFSCV E A.?, l rE 2
C.ip de Frie,
Gcchay.
CouÃu-mes des
Sduud-?es de
O mdngcr leurs en-
nemys.
fin Rapprochèrent de nous. Toutesfois ayans la feiour-né viilgtquatre heu res feulement,feimes voile pour tirer au cap de Fric, chilant de Maqueh vingteinq lieues. Ce pais eft merueilleufement beau, autrefois decouuertamp; habité parles Portugais,lefquelsyauoyentdônéce noruj quieftoitparauant Gechay, amp;nbsp;bafiiquelque fort,efpe-rans là faire refictence, pour lâamenité du lieu. Mais peu de temps apres, pour ie ne fçay quelles cauics, les Saunages du païsles firent mourir,amp; les mangèrent comme ils font couftumierement leurs ennemis. Et quâainfi foir, lors que nousy arriuames,ils tenoient deux panures Portugais, quâils à uoient pris dans vne petite carauelle,auf quels ils fè deliberoyent faire fèmblable party,quâaux au-tres,méfines à fèpt de leurs compagnons de recente mémoire ; dontâlcür vint bien à propos noftre arriuée, Icf quelslt;par grande pitié furent par nous rachetez, amp;nbsp;deli-urez dâentre les mains de ces Barbares. Pompone Mele appelle ce promontoiredont nous parlons,le front dâAfrique, par ceqü'e delà élu va en efirefiffant comraevn angle,amp; retourne peu à ^peu en Septentrion amp;nbsp;Orient, là ou eft la fin de terre ferme, amp;nbsp;de lâAfrique, de laquelle Ptolomée nââ onqâeu congnoifià nce. Ce cap eft auÃilc chef delà noüuelîe Afrique, laquelletermineversle Capricorne aiïx montagnes de Habacia amp;nbsp;Gaiacia. Le plat pais voihn eft pcuihabitéjà caüfè quâil eft fort brutal amp;nbsp;barbare, voire monftrueuxf non que les hommes foient fi difformes que pluficurs ont efeript, comme fi en dormant lââuqient fongé, oflns affermeriquâil y à des peuples, aux quels l'es oreilles pedent iufques aux talons .: les autres auec vn'Åil au front,quâils appellent Anfinafesdes
autres
DE LA FRANCE ANT A R C T I QV E. 43' autres fins tcftc: les aurtes nâayans quâvn picjinais de telle longueur quâils fenpeuuent ombrager contre lâardeur du {bleil:amp; les appellent monomeres, mpnolceles, ôc Iciapodes. Quelques autres autant impertinens en e£cri-Uent encore de plus eftrâges,mefmes des modernes eicrb uainsjfins iugement,fans raifon,amp; fins experience. le ne Veux du tout nier les monflres quife font outre le deflein de nature, approuuez par les philolbphes, confirmez par experiéce,mais bien impugner choies qui en font fi elon-gnccs,amp; en outre alléguées de mefme. Retournons en ceft endroit à noftre promontoire. Il fy trouué plufieurs belles fort dangereulès amp;nbsp;veneneulcs, entre autres le Ba-filifo, plus nuilant aux habitans amp;nbsp;aux ellragers, mefmes fus lesriuages de la mer à ceux qui veulent pefeher. Le Bafilifo (corne chacun peutentédre) elhvn animal vénéneux, quituel homedefon feul regard,le corps long en-uironde neuf pouces,la telle eleuée en pointe dcfeu,fur laquelle y à vne tache blanche en maniéré de couronne, la gueule rougeaftre,amp; le relie de laface tirant fiis le noir, ainfiqueiâaycogneu par la peau,queievei entre les mains dâvn Arabe au grand Caire. Il cnalfe tous les autres formens de fonfifnet(commedit Lucain)pour foui demeu-for maillre de la campagne. La Foine luy ell ennemye na.ortelle folon Pline. Bref, ic puis direauec Sallulle quâil Li. 8. naeurtplus.de peuple par les belles là uuages en Affrique, Sine par autres inconueniens. Nous nâauons voulu taire cela en palTant. i . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
dcK çôfi'j'yri. ,r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 iÿ. ;
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I- '?lt; ⢠.1 jt. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L .
LES S IN«V LAR I TE 5
De ItÃe de 'Madagäfcar ^autrement de S. Laurent.
23.
E grand defir que iâay de ne rien omettre quifoitvtile ou neceflaire aux lecteurs, ioint quâil me femble cfîre lâofticedâvn efcriuain,traiter toutes chofès,qui appar tiennét à fon argumét,Eins en luifl er vnc, mâincite à deferire en ceft endroit celle
ifle tant notable,ayant feptantehuitdegrez delogitude, minute nulle, amp;nbsp;de latitude vnzedegrez amp;nbsp;trente minutes,fort peuplée amp;nbsp;habitée de Barbares,noirs dcpuisquel-que temps (lefquels tiennét prefque mefme formede re-' ligion,que les Mahomctilles: aucuns eftas idolâtres,mais dâvne autre façon ) combien quâelle ait cité defcouuerte par les Portugais, amp;nbsp;nommée deS. Laurent, amp;nbsp;au para-Tertilité uant Madagafcar en leur langue : riche au lurplus ôc fer-de l'jÃe tile de tous biens, pour ellre merueilleulèment bienlî-de Sämt tuée. Et quâainlî {oit,la terre produit là arbres fruitiers de Lauret, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i-nefi'ne,{à ns planter ne cultiuer,qui apportent néant-
moins leurs fruits aufsi doux amp;nbsp;plailà nsà manger, que fi les arbres auoient efté entez. Car nous voyons par deçà les fruits agreftcSjCâeft à fçauoir que la terre produit là ns la diligence du laboureur, eltre rudes, amp;nbsp;dâvn gôull fort aîpre amp;nbsp;ellrange, les autres au contraire. Doneques en cefte ifle fc trouuent beaucoup de meilleurs fruits, chicorin quâentcrrc ferme, encores quelle foit enmefinezonc fruit,^ue OU temperature: entre lefquels en y à vn quâils nomment no«i di- en leur langue Chicorin,amp; lâarbre qui le porte eftfembla ble à vn palmier dâEsypte ou Arabie,tat en hauteur que feuX
DE LA ERANCE AKTARCTIQVE. 44 fucillages. Duquel fruit Ce voit par deçajquc Ion amené par nauires,appellc en vulgaire Noix dâInaerque les marchants tiennentaflezchcreSjpource que oultre les frais du voyage,elles font fort belles amp;nbsp;propres à foire vafos: car le vin eftant quelque temps en les vaifleaux acquiert quelque chofo de meilleur,pour lâodeur amp;nbsp;fragrance de ce fruit, approchant à lâodeur de nollre mufeade. le di-raydauantage que ceux qui boiuent couftumierement dedansCainli que mâa recité vn luif, premier médecin duBaffadu grandCaire,Iors queiây choyé) fontprefer-Uez du mal dé telle amp;nbsp;des flancs, amp;nbsp;û prouoque lâvrine : ôc à ccme perfuadeencores plus rexperience,maillrefle de toutes choies, que iâenay veuê. Ce que nâa oblié Pline amp;: autres, difans que toutes elpeces de palmes font cordiales,propres aulsi à plufieurs indilpolitions.Ce fruit effc entièrement bon,lçauoir la chair Ici pcrficicllc,amp;encores tneilleur le noyau, li on le mange frais cuilly.Les Ethio-gt;es amp;nbsp;Indiens affligez de maladie, pillent ce fruit en îoiuent Ieius,quiell blanc comme lait,amp;fentrouuent tresbiê- Ils font encores de ce ius quand ils en ont quatité, Quelque alimét compole aucc forine de certaines racines ou de poiiron,dontils magent, apres auoir bié boullu le tout enlemble. Celle liqueur nâefl: de longue garde,mais butant quâellefe peut garder, elle ell fans comparaifon ttieilleure pour laperfonne, que confiture qui fe trouuc. Ibur mieux le garder ils font bouillir de ce ius en quantité, lequel eftant refroid y referuent en des vaifleaux à ce J dediez. Les autres y mellent du miel, pour le rcndreplus I philà ntà boire. Lâarbre qui porte ce fruit ell lî tendre, fi on le touche tant Ibit peu,de quelque ferrement,le
1 iüj
LES SINCVLARITEZ
ills diftillc doux à boire amp;: propre à eftancher la ïoif. jyie du Toutes ccsifles fituccsà la cofte dâEthiopie, comme lâifle Prince, ayant trentecinq degrez de longitude, minute o,amp; deux de latitude,minute o : Mopata, Zonzibar, Môfia,S.Apolene,S. Thomas, fbubs la ligne font riches amp;nbsp;fertilcs,prelque toutes pleines de ces Palmiers, amp;au tres arbres portans fruits merucilleufoment bons. Il fy trouueplufieurs autres elpeces de palmiers portas fruits, combien que non pas tous, comme ceux dâEgypte. Et tesde'pâl nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les Indes de lâAmerique du Peru, tant en ter-
re ferm.e, quâaux iflcs. Ce trouue de fept fortes de palmiers aux In- tous differents de fruits les vns aux autres. Entre lef-
Melons
quels iâenay trouue aucuns qui portent dates bonnes à manger, comme celles dâEgypte, de lâArabie Felice, amp;: Syrie. Au furplus en cefte mefme ifle fo trouuent me-Ions gros à merucille,amp;: tant quâvn homme pourroit,cm feurmer- de coulcurrougcaftre,auÃienya quelques vns neilleufe. blancs,Ies autres iaunes,mais beaucoup plus fains que les noftres,lpecialement à Paris, nourriz en lâeau amp;nbsp;fiens,au gradpreiudicedelafinté humaine. Il yaauÃi plufieurs elpeces de bonnes herbes cordiales, entre lelquelles vne spä^nin quâils nomment Ipagnin,fèmblable à noftre cicorce lâu-uage,laquelleilsapplicquent for les playesôc bleffures, à celle des viperes,ou autre befte vcneneule,car elle en tire hors le venin, amp;nbsp;autres plufieurs notables firnples,q nous nâauons par deçà . Dauantage fo trouue abondance ^bon- de vray fodal parles bois amp;nbsp;boeages:duquel ie defireroye , dMce de quâil sâen fift bonne traffïque par deçà : au moins ce nous yrdyÃin feroit moyen dâen auoir du vray, qui foroit grand foula-gement, veu lâexcellence ôc propriété queluy attribuent les auteurs.
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 45 les autheurs. Quant aux animaux, comme belles fauua^-ges, poinbns,amp; oyféaux,noftreifleen nourrit des meilleurs,amp; en autant bonne qualité quâil eil poÃible. Dâay-feaux en premier lieu en reprefènterons vn par figure, fort eilrange, fait corne vnoyfeau deproye,lebecaqui- p,-i^ oy-lin, les aureilles enormes,pendantes fur la gorge, le fom- feau e-inct de la teile eleué en pointe de diamant, les pieds amp;nbsp;iambes comme le relie du corps, fort velu, le tout de plumage tirant fus couleur argentine, hors-mis la telle amp;nbsp;aureilles tirans fus le noir. Cell oyfcau. eil nom
LES SINGVLARITEZ
il y a dâelephans en grand nombre, deux fortes de belles vnicornes,de{quelles Ivneeft Iâafne Indique, nay ant Ie indique, pic fourché,comme ceuxquifetrouuétau païs de Perle, oà x. lâautre eft que lo appelleOrix,au pie fourchc.il ne fy trou ue point dâaines fiuuages, lînon en terre ferme . Quâil y aye des licornes,ie nâen ay eu aucune cognoilîance. Vray ell, quâellant aux Indes Amériques quelques Sauuages nous vindrent voir de bien foixante ou quatre-vingts lieuèâsjlelquels comme nous les interrogions de plulieurs cholès,nôus récitèrent quâen leurpaïs auoit grand nombre de certaines belles grandes comme vne e^ece de va ches là Linages quâils ont portans vne corne feule au front, longue dâvnc bralfe ou enuironimais de dire quecelbiêt licornes ou onagres ie nâen puis rien anéurcr,nâcn ayant eu autre cognoilEince. lâay voulu dire ce mot encore que lâAmérique Io.it beaucoup dillante de Pille dont nous parlons. Nous auons ia dit que celle contrée inlùlaire nourrit abondance de ferpens nbsp;nbsp;laifartsdâvnemerueil-
leulè grandeur, amp;nbsp;le prennent ailcement lans danger. Aufsiles Noirs du pais mangent ces laifirts amp;nbsp;crappaux, comme pareillement font les Sauuages de lâAmérique.
Il y en à de moindres de la grolTeur de laiambe, qui font fort délicats amp;nbsp;frians à manger, outre plulieurs bons poiflbns amp;: oyfeaux, defquels ils mangent quand bon leur lèmble. Entre autres fingularitcs pour la multitude des poiflbns, le trouuentforce halenes,defquelles les habitans du pais tirent ambre,quc plulieurs prennent ^mbre pour ellre ambre gris, chofo par deçà fort rare, pre-vrtsjort cieufecaufsi quâelle ell fort cordiale amp;propre a reconfor-. ter les partie s plus nobles du corps humain. Etdiceluy fefait
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 4lt;S' fait grande traffique auecques les marchans eftragers.
De noflre arrïuée à U France AntdrBique^ autrement Amerique^du heu nommé Cdp de Frie.
CHAP. 24.
S Pres que par la diuine clemêce auec tant de trauaux communs amp;nbsp;ordinaires à fi longue nauigation,fufmes paruenus en terre ferme, non fi toft que noftre vouloir amp;nbsp;e{perâceledefiroiî,qui fut le dix-iefme iour de Nouembre, au lieu de fè repofir ne tut quelÃÃon ,finonHë decouurir amp;nbsp;chercher lieux propres à taire fieges nouueaux, autant eftonez come les Troyens arriuans en Italie. Ayans donc bien peu feiournc au premier lieu, ouauions pris terre,comme au precedent chapitre nous lâauons dit, feimes voile de rechef iutques au Cap de Frie, ou nous receurenc trcsbien les Sau uages du païs,monftrans felon leur mode euidens fignes deioye: toutesfois nous nây tèiournames quetrois iours.Nous fà luëret doc les vns apres les autres corne ils Ont de couftume,de ce motCaraiubé,qui eft autat,côme, bone vie,ou tbyes le bien venu. Et pour mieux nous co-muniquer à nollre arriuée toutes les merueilles de leur païs,rvn de leurs grands Morbicha ouairoub,câeft à dire, Koy ,nous feftoyadâvne farine faite de racines amp;nbsp;de leur Cahouin, qui eft vn bruuage compofé de mil nommé Auaty, amp;nbsp;eft gros comme pois. Il y en a de noir de blanc, amp;nbsp;font pour laplufgrande partie de ce quâils en recueillent ce bruuage, fufà ns bouillir ce mil auec au-m ij
('S
Cilt;p de: Frie.
CoJjouîn bruud^e des .A-meri ques.
ej^ece de miL
LES STNGVtARITEZ
très racines, lequel apres auoir bouilly eft de lembJablc couleur que le vin clairec. Les Saunages le trouuent fi bo
SuperÃi-tiun des
Snuud-Zesà fai-rece Ar« »ao-c.
quâils fen enyurent comme Ion fait de vin par deçà : vray efi: quâil eft efpais comme mouft de vin. Mais efeoutes vue fiiperfiition à faire ce bruuage la plus eftrange quâil eft poisible. Apres quâil â bouilly en grands vafes faits ingenieufement de terre grafTe^capables dâvn muy,viendront quelques filles vierges mâcher ce mil ainfi boulin» * puis le remettront en vn autre vailTeau à ce propre: ou fi vnc femme y eft appellee, il faut quellefabftiennepar certains iours de (on mary,autremct ce bruuage ne pour-roit iamais acquérir perfeâion. Cela ainfi fait,le feront bouillir de rechef iufques à ce quâil foit purgé, comme
nous
DE LA FRANCE ANT A R C T I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;47
nous voyons le vin bouillant dans le tonneau , puis en vient quelques iours apres. Or nous ayant ainli traidez nous mena puis apres veoir vne pierre large amp;: longue de cinq pieds ou enuiron,en laquelle paroilïoient quelques coups de verge,ou menu ballon, amp;nbsp;deux formes de pie : quâils afferment dire de leur grand Caraïbe, lequel ils ont qualî en pareille reuercnce,que les T Lires Mahom-met:pourtant (difent il ) quâil leur a donné lacongnoif-fà nce amp;nbsp;vlâgedu fcu,enfemble de planter les racinesdef-quels parauant ne viuoient que de fueilles amp;nbsp;herbes ainh que belles. Ellants ainh menez par ce Roy,nous ne laif-nonsde diligemment recongnoillre viliter lelieu,au-quel le trouua entre plulieurs commodités qui font re-quilès,quâil nây auoit point dâeau douce que bien loing de là ,qui nous empefeha dây faire plus long feiour,amp;baltir, dont nous fuîmes fortfalchez,conlideré la bonté amp;a-menité du païs. En ce lieu le trouue vne riuiere dâeau fa-lée, palTant entre deux montagnes elognées lâvne de lâau-tre dâvn icél de pierre : amp;nbsp;entre au païs enuiron trente amp;nbsp;fix lieuè's. Celle nuiere porte grande quantité de bon poiffon de diuerfes elpeces,principalement gros mulets: tellemét quâellas là nous veimes vn Saunage qui print de Ce poifibn plus de raille en vn inllat amp;nbsp;dâvn traiôl de filet. Dauantage fy trouuent plulieurs oyfeaux de diuerlès oy/êdux fortes amp;nbsp;pîumages,aucuns aufsirouges,que fine efoarlat-te: les autres blancs, cendrez, amp;nbsp;moucherez, comme vn einerillon. Et de ces plumes les Saunages du païs font pennaches de plulieurs fortes,delquclleslè couurent,oLi pourornement,ou pour beauté, quand ils vont en guerre , ou quils font quelque malTacre de leurs ennemis : les
m iij
LES SINGVLARITEZ
autresenfontrobesamp; bonnets à leur mode. Etquâainfi Ibitjil pourra eftre veu parvne robe ainb faite, de la-/âorfw ds quellei ay fait prelent a Monlieur de Troilrieux gentilhomme de la mailon de monfeimeur le P^euerendiGi-Cz
ritjue.
me Cardinal de Sens, amp;nbsp;garde des féaux de France,homme, dific, amateur de toutes fingularitez,amp; de toutes
^rät, oyfèdu rouve.
perfonnes vcrtueufès. Entre ce nombre dâoy féaux tous différés ceux de noflre hemifphere,fentrouue vn,quâils nomentenleur langue Arat,quicft vn vray heron quant à la corpulence,horfmis que fonpîumage eftrouge mefà ng de dragon. Dauantage fé voyent arbresEns nobre, amp;nbsp;arbrifleaux verdoyans toute lâannée, dont la plus part rend gommes diuerfés tant en couleur que Petits yi autremét, AuGi fe trouuét, au riuage de la merde petits vignots ( qui eft vne efpece de coquille de groffeur dâvn f nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Saunages portent à leur col enfilez com-
â me pcrles,fpecialement quand ils font malades: car cela, diféntils prouoqueleventre, amp;nbsp;leurfert de purgation.
Les autres en font poudre, quâils prennét par la bouche. Difént outreplus, que cela eft propre à arrefter vn flux de ûng:ceque mefemble contraire à fbn autre vertu pur-gatiue:toutesfois il peut auoir les deux pour ladiuerfîté de fés fubftances. Et pource les femmes en porter au col amp;nbsp;au bras plus couftumierement queles hommes. Il fé trouuc femblablement en ce païs amp;nbsp;par tout le riuage de la mer fur le fable abondance dâvne efpece de fruit, que Ffwwwrf jçg Efpagnols nomment Feues marines, rondes comme vntefton, mais pluscfpeflés ôc plus grofTes, de couleur
rougeaftre:que Ion diroit a les voir quâelles font artificielles. Les gens du païs nâen tiennent conte. Toutesfois les
DE LA TRANCE Ã NT A R C T 1 QJV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;48
Efpagnols parfînguliere eftimeles empörtet en leur pais, amp;nbsp;les femmes amp;nbsp;filles de maifon en portent couftu-mierement à leur col enchafiees en or, ou argêt, ce quâils difent auoir vertu contre la colique, doleur de telle, amp;nbsp;autres. Bref, ce lieu eft fort plailà nt amp;nbsp;fertile. Et fi Ion entre plus auant,fè trouue vn plat pais couuert dâarbres autres que ceux de noftre Europe: enrichy da-uantage de beaux fieuues,aucceaux merueillculèment clercs,amp; riches de poiflbn. Entre lelquelsiâen deferiray vn en cell endroit, monftrueux, pourvu poiflon dâeau douce, autant quâil eft pofiible de voir. Ce poiftbn eft
«le grandeur amp;nbsp;grofteur vn peu moindre que noftre ha-ïec, armé de telle en queuë,comme vn petit animant ter-relire nome Tatou, la tefte fanscomparaifon plus groffe que le corps,ayant trois os dedans lâefthinejbon à mager, poijfon pour le moins en mangent les Saunages, amp;nbsp;le nomment admira -
\ en leur langue,Tamouhata.
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LES SINGVLARÃTE2
De la riuiete de Ganabara, autrement de lanalre^ comme le pais ou arriuames,fut nommé France Antar Bique. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en h v. 2 y.
'Ayans meilleure commodité de feiour-ner au cap de Frie, pour les raifons fuf-dites, il fut queftion de quitter la place, faifans voile autrepart, au grand regret des gens du païs,le{quclselpcroyentde nous plus long lêiour amp;nbsp;alliance,(ùyuant
Cdnd â hara^din à dt ^ie feur Id Ãtnilitu-de du IdC.
la promclTe que fur ce à noitre arriuce leur en auions faite : pourtant nauigames lâelpace de quatre iours, iiif ques au dixiefîne,quctrouuames cede grade riuiere nom mée Ganabara de ceux du pais,pour lafimilitude quâelle â au lac, ou lanaire, par ceux qui ont fait la premiere de-couuerte de ce pais, diflante tie là ou nous citions partis, de trente lieues ou enuiron. Et nous retarda par le chemin le vent,que nous eûmes ailes contraire. Ayans donc palTé plulieurs petites il!es,fur celle colle de mer,amp; lede-llroit de nohre riuiere, large comme dâvn trait dâarque-bufe,nous fumesdâauisdâentrer en cell endroit,amp; auec
noz barques prendre terre : ou incontinent les habitans nous receurent autant humainement quâil fut poÃible: amp;nbsp;comme ellans aduertiz de nollrc venue,auoient dreÃe vnbeau palais à la couhumedu pais, tapilTé tout autour de belles fueilles dâarbres, amp;nbsp;herbes odoriferes, par vne maniéré de congratulation,raollrants de leur part grand Ãgne deioye, amp;nbsp;nousinuitansà Elire le lèmblable. Les plus vieux principalement,qui lont comme roys amp;nbsp;gou-uerncurslucceÃiuemetlâvn apres 1 autre,nous venoyent vojr,amp;.
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 4lt;)
Voir,amp; auec vne admiratio nous (à luoyét à leur mode amp;nbsp;en leur langage: puis nous coduilbient au lieu quâils nous auoient preparé : auquel lieu ils nous apportèrent viures de tous collez,comme farine faite dâvne racine quâils appellent Manihot, amp;nbsp;autres racines grolTesöc menues,tref-bonnes toutesfois Ãc plailà ntes a manger, amp;nbsp;autres cho-fesfelonlepaïs:demaniéréquâellansarriuez,apresauoir loue amp;nbsp;remercié ( comme le vray Cbrellien doit faire) sauua ' celuy qui nous auoit pacifié la mer, les vents, bref, qui gesyfent nous auoit donné tout moyen dâaccoplir fi beau voyage, amp;nbsp;ne fut queflion finon le recréer amp;nbsp;repofer fur lâherbe ver-te,ainfi que les Troie ns apres tant de naufrages amp;tcm-peftes,quand ils eurent rencontré celle bonne dame Di-do : mais Virgile dit quâils auoyent du bon vin vieil, amp;nbsp;nous feulement de belle eau. Apres auoir là feiourné lâelpace de deux moys,amp;recherché tantenilles que terre ferme, fut nommé le païs loing à lâentour par nous de-couuert, Frace Antarélique, ou ne fe trouua lieu plus cÃ-niode pour ballir amp;nbsp;le fortifier quâvne bien petite iflc,cô-lenant feulement vne lieue de circuit,fituée prefque à lâo-figine de celle riuiere,dont nousauons parlé, laquelle pour melme raifon auec le fort qui fut bafti, à ellé aulsi iÃefort nommée Colligni. Celle ille ell fort plailà nte, pour eftre reueftue de grande quantité de palmiers, cedres, ar-tgt;res de b refil arbrilTeaux aromatiques verdoyans toute lâannée : vray ell quâil nây a eau douce, qui ne foit allez w/ere, Joing. Doneques le Seigneur de Villegagnon,pour faf merfor-lèurercontreleseffortsdecesSauuagesfacilesà ofi'enlcr, fâfié le S^aufsi contre les Portugais,!! quelquesfoislèvouloient ^donner là , fell fortifié en ce lieu, comme le plus com-
France ^ntar -£ii(jue.
de,en[a~
quelle
n
LES S INGVLARI TE S modejainfiquâillLiyà efté poÃible. Quant aux viures,les Saunages luy en portent de telqueportele païs,comme poifTonSjVenaifon amp;c autres belles ûuuages car ils nâen nourriflent de princes, comme nous faifons par deçà ,farines de ces racines,dont nous auons nâaguercs parlé,lâns pain ne vin : amp;nbsp;ce pour quelques choies de petite valeur, corne petits coufteaux, ferpettes,amp; haims à prendre poif Ion. le diray entre les louënges de noftre riuierc, que là jiocheJe nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;deftroit fe trouue vn marelc ou lac prouenant la
laquelle plus grand part dâune pierre ou rocher,haute merueilleu-frouient lèment eleuée en lâair en forme de piramide, amp;nbsp;large proportion , qui eft vne chofe qualî incroyable.
Celte roche eft expofée de tous collez aux flots amp;tor-mentes delà mer. Le lieu eft à lahauteurdu Capricorne vers le Su,outre lâEquinoôlial vingt amp;nbsp;trois degrez amp;nbsp;demy,Ibubs le tropique de Capricorne.
P« poijjon de ce grand fleuuefufnommé.
CHAP.
Ouîtres portans fgt;erles.
E ne veux pafler outre lans particulièrement traiter du poiflon,qui le trouue en ce beau fleuue de Ganabara ou de lanai-re,en grande abondance amp;nbsp;fort délicat. Il y a dinerfitc de vignots tant gros que petis: amp;nbsp;entre les autres elle porte oui-tre, dont refcailfe efl reluilà nte comme fines perles,que les Saunages mangent communément, auec autre peut poilfon que pefehent les enfans. Et Ibntces ouitres tout ainlî que celles qui portent les perles: auÃifen trouue en quelques
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;$0
quelques vues, non pas fi fines que celles de Calicut, amp;nbsp;autres parties duLeuant. Aurefte les plus grands pefi-chentaufii le grand poiflon, dont celle riuiere porte en abondance. La maniéré de le prendre eft telle, que efias tous nuds en lâeau,foit douce ou là lée leur tirent coups de flefcheSjà quoy font fort dextres, puis les tirent hors de lâeau auec quelque corde faite de cotton ou efoorce de dre du bois, ou bien le poilTon eftant mort vient de foymefmc poijjon. fiir lâeau. Or fans plus long propos, iâen rcciteray principalement quelques vns moltrueux, reprefentez par por-trait,ainfi que voyez,comme vn quâils nomment enleur langage Panapana, fombi able à vn chien de mer, quant à la peau,rude amp;nbsp;inegale,comme vne lime. Cepoiffon âdefoiÃ^
à fix taillades ou permis de chacun collé du gofier, ordonnez à la façon dâvne Lâamproye, la telle telle que pouuez voir par la figure icy mife: les yeux prelqueau hout de la telle, tellement que de lâvn â lâautre y à di-ftancedâvn pied amp;nbsp;demy. Ce poilTon au furplus ell af-fez rare,toutcsfois que la chair nâen ell fort excellente à n ij
LES S INGVLARI TE Z
Ineuo-nea.
Arbres
chäri
manger, approchant du gouft à celle du chien de mer. Il y a dâauantage en ce fleuue grande abôdance de Raïs, mais dâvne autre façon que les noftres: elles font deux fois plus larges amp;nbsp;plus longues, la telle platte amp;nbsp;longue, Seau boutyâdeux cornes longues chacune dâvnpié,au milieu delquelles font les yeux. Elles ont hx taillades foubs le ventre, pres lâvne de lâautre : la queue longue de deux pieds, amp;nbsp;grelle comme celle dâvn rat. Les Sauua-ges du paisnâcn mangcroientpourricn,non plus que de la tortue,ellimans que toutainli que ce poilTon ell tardif à chemineren lâeau, rédroit aulsi ceux qui en mageroient tardifs,quileurlèroitcaufe dâellre prisailèment de leurs ennemis,amp; de ne les pouuoirfuyure legeremétà lacour-fo. Ils lâappellent en leur langue Ineuonea. Le poilTon de celle riuiere vniuerlellement ellbon à mâger,aLilsi celuy de la mer colloy ant ce païs, mais non h délicat que foubs la ligne amp;nbsp;autres endroits de la mer. le ne veux oblier, fus le propos de poilTon à reciter vne chofe merueilleufe ôc digne de mémoire. En ce terrouer autour du fleuue fufiiommé,lètrouuentarbres amp;nbsp;arbrifleauxapprochants
dûuitres, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mer, toLis couuerts amp;nbsp;chargez dâouitres haut amp;nbsp;bas.
deuez entendre que quand la mer fenfle elle iette
vn flotaflTez loing en terre, deux fois en vingt amp;nbsp;quatre heureSjamp; que lâeau couure le plus fôuuét ces arbres amp;nbsp;ar-bufleSjprincipalementlcsmoins eleuez. Lorscesouitres ellans de Coy aucunement vilqucufes,lè prennent amp;nbsp;lient contre les branches, mais en abondance incroyable : tellement que les Saunages quand ils en Veulent manger, couppent les branches ainh chargées, comme v ne branche de poirier chargée de poires, amp;nbsp;les emportent; amp;nbsp;en
mang-ent O
DE LA FRANCE ANT A R C TI Q_y E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;51
mangent plus couftumierement que des plus groÃes, qui font en la mer: pourtant difcnt ils, quelles font de meilleur gouft, plus faines,amp; qui moins engendrent fie-lires, que les autres.
De l^Atnerique en general.
CHAP. 27.
Yant particulièrement traité des lieuxj ou auons fait plus long fèiour apres a-7^ uoir pris terre, amp;nbsp;de celuy principalement ou auiourdâhuy habite le S eigneur
auons appellé lanaire, les circonftances amp;nbsp;dependences de ces lieux,pource quâils font fituez en terre decouuerte, amp;nbsp;retrouuée de noftre temps, refte dâen eferire ce quâen auons congneu, pour le feiour que nous y auons fait. Il eft bien certain que ce païs nââ iamais efté congneu des anciens Cofmographes,qui ont diuifé la terre habitée en trois parties,Europe,Afie,amp; Afrique, desqlles parties ils fentcongneu
peu auoircognoiÃace.Maisie ne doute que fils euf- ciens. congneu celle dont nous parlons,confideré fa gran-
Ont
de eflenduc,qu ils ne leuffent nombrée la quatriefiîie,car die eft beaucoupplus grande que nulle des autres. Cefle terreà bo droit eft appellee Amérique, du nom de celuy lt;^â¡1 la premièrement defcouuerte, nommé Americ Vef- premier puce,hôme fingulierenartde nauigation gebautes en- cmiidef tteprifès. Vray eft que depuis luy plufieursenontdef- cowtert
meric
VeJ^uceâ
CQuucrt la plus grand partie tirant vers Temiftitan, iuf-
⢠⢠⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;«
n iij
LES S I NG Y L AR I T E Z
Situdtio de
ruerique.
Q^lsiot: les habi-tans de .[.Amérique.
TAme-rique, }}iiïs ttef-jertile.
ques au païs des Geans,amp; deftroit de Magellan. Quâelle doiue eure appellee Indexe nây vois pas grand railbnzcar cede côtrée du Leuant que Ion nome Inde,a pris ce nom du fleuue notable Indus, qui eft bien loingdc noftre A-merique. Il fuffira doncqâde lâappeller Amérique ou France Antarôlique. Elle edfituée véritablement entre les tropiques iufqucs delà le Capricorne,(e confinant du code dâoccident vers Temiditan amp;nbsp;les Moluques: vers Midy audedroit de Magellan, amp;nbsp;des deux collez de la mer Oceane,amp;Pacifique. Vrayeftque presDarieneamp; Fume, ce païs edfort edroit,car lamer des deux codez entre tort auat dans terre. Or maintenat nous faut eCcri-re delà part que nous auons plus congnue,amp;fréquentée, qui ed fituce enuiron le tropique brumal, amp;nbsp;encores delà . Elle à ede amp;nbsp;ed habitée pour le iourdâhuy,outre les Chrediens, qui depuis Americ Vclpuce lâhabitent,de gens merueilleufement edranges, amp;nbsp;là uuages, là ns foy, tans loy, tans religion, (ans ciuilité aucune, mais viuans comme bedes irraitonnablcs ,ainfi que nature les à produits, mangeans racines, demeurans toufiours nuds tant hommes que femmes, iutques à tant,peut edre, quâils feront hantez des Chrediens, dont ils pourront peu à peu defpouiller cede brutalité, pour vedir vne façon plus ci-uile amp;nbsp;humaine. En quoy nous deuons loueralfecdu-eulèment le Créateur, qui nous à etclarcy leschofes,ne nouslaiflant ainfi brutaux, comme ces panures Amériques. Quant au territoire de toute lâAmerique il ed tref fertile en arbres portans fruits excellens, mais fins labeur netèmence. Et ne doutez que fi la terre edoit cultiuee, quelle ne rapportad fort bien veu fa fituation, motagnes fort
DE LA FRANCE ANT AR C T I QJV E. 52 fort belles,plaineures,(pacieufcs, fleuues portans bon poinbn,ifles grafles,terre ferme femblablemêt. Auiotir- partie de dâbuy les Elpagnols Portugais en habitent vne grande l'^me-partie, les Antilles fus lâOccan, les Moluques,fus lamer Pacifique,de terre ferme iufques à Dariene,Parias,amp; Pal-marie; les autres plus vers le Midy, comme en la terre du Brefil. Voyla de ce païs en general. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quePor^-
tu^aii.
De U religion des Amériques.
CHAT. 28.
Ous auons dit, que ces pauurcs gens vi-uoient fans religion, amp;nbsp;fins loy : ce qui eft veritable. Vray eft quâil nây à creature capable derailbntantaueuglée,voyât le ciel la terre, le Soleil amp;nbsp;la Lune, ainfl ordonnez, lamer amp;nbsp;les choies qui le font de iour en iour, qui ne iuge cela eflre fiit de la main de quelque plus grand ouurier,que ne font les hommes. Et pource nây à nation tant barbare, que par lâinflinôl naturel nâaye quelque religio,amp; quelque cogitatio dâvn Dieu.
Ils confeflent donc tous eflre quelque puifsâce,amp; quel- Jleligion'-que fouueraineté:mais quelle elle efl,peu lelçauent,câeft ^fçauoir.ceuxaufquelsnoflreSeip-neur defa lèule grace s eft voulu communiquer. Et pource celle ignorance à taule la variété des religions. Les vns ont recognu le Ib-leil comme fouuerain,les autres la Lune,amp; quelques autres les eftoilles:les autres autrement,ainli que nous recirent les hiftoires. Or pour venir à noftre propos, noz Sauuages font mention dâvn grand Seigneur, amp;nbsp;le nom- -n iiij
LES SINGVLARITEZ
T.oujiM. menten leur langue Toupan, lequel, difent ils,eftant la haut fait plouuoir tonner ; mais ils n ont aucune maniéré de prier ne honorer,ne vne fois,ne autre,ne lieu à ce propre. Si on leur tient propos de Dieu, comme quelquefois iâay fait, ils efeouteront attentiuement, auec vne admiration;amp; demanderont fi ce nâeft point ce prophe-tc,qui leur a enfeigné à planter leurs groffes racines,quâils iMih nomment Hetich. Et tiennent de leurs peres qui auant rdctnes. congnoifiance de ces racincs,ils ne viuoient que dâherbes comme beftes,amp; de racines là uuages. Il le trouua, dur^ï- comme ils difent, en leur païs vn grand Charaïbe, c eft à dirc,Prophcte,lequel fadreflantà vne ieunefille,luy don na certaines grofles racines,nommées Hetich,eftantfeni blables auxnaueauxLymofins,luyenfèignant quâelle les mift enmorceauXjôcjuis les plantaft en terre : ce quelle fift:amp; depuis ont ainli de pere en fils toufiours continué. Ce que leur à bien luccedé, tellement quâà prefentilsen ont fi grande abondance,quâils ne mangent gueres autre chofe; amp;nbsp;leur eft cela commun ainfi que le pain à nous. Dâicelle racine fen trouue deux elpeces, de mefine grof-leur. La premiere en cuilà nt deuient iaulne comme vn coing: lâautreblà chatre. Etccs deuxelpecesontlafeiulle îèmblableà la rnauue:amp; neportent iamais graine. Pnr-quoy lesSauuages replanter la mefme racine couppéepar rouelles, commelon fait les raues pardeça, que Ion met en fà llades, amp;nbsp;ainfi replantées multiplientabondammêt.
Et pource quelle eft incongnuë à noz médecins amp;nbsp;ar-borifies de par deçà , il mâà ferablé bon vous la repre-ftnter ftlon fbn naturel.
Lors
LES SINGVLARITEZ
ritjue pre miere -met def~ couuerte fit tanée
^^97.
L'^ms- Lors que premièrement ce païs futdefcouucrt,ainfi que défia nous auons dit,qui futlan mil quatre cens nouante fept,parlc commandementduRoy de Caftille,ces Sau-uages eftonez de voir les Chreftiens de cefte façon,quâils nâauoyent iamais veuë, enfemble leur maniéré de faire, ils les eflimoycnt come prophetes,amp; les honoroyêt ainfî que dieux : iufques à tant que cefte canaille les voyât de-uenir malades, mourir,amp;eftre fubietsà fèmblables paf-fions corne eux,ont comencé à les mefprifer,amp; plus mal traiter c|uedecouftume:cômeceux qui depuis fontallez
irrite,ils ne font difficulté de tuer vn Chreftien,amp; le man-caniba- ger,côme ils font leurs ennemis. Mais cela fe fait en cer-les^peu- tains lieux, amp;nbsp;fpecialement aux Canibales, qui ne viuent '^^de chofè: corne noâ faisos icy de bÅuf amp;nbsp;de mouto. chairhu Aufsiont ilslaiÃe aiesappellerCharaïbes, qui eftà dire maine. prophetes,ou demidieux,Ies appellans corne par mefpris Mahire. amp;c opprobre, Mahire, qui eftoit le nom dâvn de leurs an
ciens prophetes,Iequelils detefterét amp;nbsp;curent en mefpris.
Quant à Toupan ils lâeftiment grand, ne farreftant en vn' lieu,ains allant ça amp;la5amp; quâil declare fes grands fècretsâ leurs prophètes. Voyla quant à la religion de noz Barbares ce que oculairement iâen ay congnu, amp;nbsp;entédu par le moyen dâvn truchement François,qui auoit là demeuré dix ans, amp;: entendoit parfaitement leur langue.
Des Amériques,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 54
Des Amériquesde leur maniéré de viure^tant hommes que femmes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;csi kv. lÿ.
OLisauonsditparcydeuant,parIansde lâAfrique, quâauons coftoyce ennollre nauigation, que les Barbares amp;nbsp;Ethio-m pes, amp;nbsp;quelques autres es Indes alloyent ordinairement tous nuds, horCmis les parties hoteufes, lefquelles ils couuroyét de quelques clicmifès de cotton,ou peaux,ce qui eft fans comparaifon plus tolerable, quâen noz Amériques, qui viuent touts nuds,ainlî quâils lortent du ventre de la mere,tant hommes que femmes, fans aucunehontc ou ver-gongne. Si vous demandez fils font cela par indigen-ce,ou pour les chaleurs, ie refpondray quâils pourroyent faire quelques chemifes de cotton,auÃi bien quâils fçauêt faire liôls pour coucher ; ou bien pourroient faire quelques robes de peaux de belles fà uuages amp;nbsp;fen veilirjainfi q ceux de Canadarcarils ont abondance de belles fà uua-ges, amp;nbsp;en prennent ailèment : quant aux domeftiques ils ftâennourriffent point. Mais ils ont celle opinion dâellre plus alegres, amp;nbsp;difpos à tous exercices, que fils elloyent Veftuz. Et qui pi used, fils font velluz de quelque che-ranife legere,laquelle ils auront gagnée à grand trauail, quand ils fo rencotrent auec leurs ennemis,ils la delpouil-^eront incontinent, auant que mettre la main aux armes, qui font lâarc amp;nbsp;la flelche, eftimans que cela leur ofleroit la dextérité, amp;nbsp;alegreté au cobat, mefmes quâils ne pour-ï^oycnt ailèment fuir, ou fo mouuoir deuant leurs enne-oiis,voire quâils feroient pris par tels vellemcts : parquoy o ij
Fâfonde yiuredes habitäns de r^-merique.
trs SINGVLARITEZ
femettront nuds,tant font rudes amp;mal aduifèz. Tou-tesfois ils font fort defireux de robes,chcmifeSjchapeaux ÃC autres accouftrements, amp;nbsp;les eftiment diers amp;nbsp;précieux iufques là ,quâils les laifferót plus toft gafter en leurs petites logettes, que les veftir, pour crainte quâils ont de les endommager. Vray eft quâils les veftiront aucunef-fois pour faire quelques cahouinages, câeft à dire, quand ils demeurent aucuns iours à boire amp;nbsp;faire grand diere, apres la mort de leurs peres, ou de leurs parens : ou bien en quelque folennité de maflacre de leurs ennemis.
äns, fcf-retiques tnainte-nans U ntiditc.
Encores fils ont quelque liobergeon ou chemife de Ãjetite valeur veftuès, ils les defpouillerot amp;nbsp;mettront fus eurs dp au les Ce voulà s afleoir en terre,pour crainte quâils ont de les gafter. Il fo trouue quelques vieux entre eux, qui cachent leurs parties honteufts de quelques fueilles, mais leplusfouuent par quelque indilpohtion qui y cft. Aucuns ont voulu dire quâen noftre Europe,au commen cernent quelle fut habitée, que les hommes amp;nbsp;fern mes eftoiét nuds, hors-mis les parties fecrettes:ainfi que nous lifons de noftre premier pereuieantmoins en ce temps la les hommes viuoient plus longaagc que ceux de maintenant, (ans eftre oftenftz de tant de maladies: de maniéré quils ont voulu fouftenir que touts hommes deuroyét aller nuds, ainh quâA dam amp;nbsp;Eue noz premiers parens eftoient en paradis terreftre. Quant à cefte nudité il ne fo trouue aucunement quelle foit du vouloir amp;: côman-dementdeDieu. le foay bien que quelques heretiques appeliez Adamians, maintenans foufoment cefte nudité, amp;nbsp;les fodateurs viuoyent touts nuds,ainfi que noz Amériques,dont nous parlons, amp;nbsp;aÃiftoicnt aux lynagogues
.... - - -......
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 55 pour prier à leurs temples touts nuds. Et par ce Ion peut congnoiftre leur opinion euidemment faulfe : car auant le péché dâAdam amp;nbsp;Eue, lâefcripture fà inte nous tefmoi-gne,quâils eftoient nuds,amp; apres fe couuroyent de peaux, corne pourries eftimcr de prelent en Canada. Laquelle oi^tmon erreur ont imité plufieurs,come les Turlupins,amp; les phi-lofophes appeliez Cyniques: lefquelsalleguoyentpour leurs raifons,amp; enfèignoyct publiquemét îâhome ne de- fhesCyni uoir cacher ce q natu re luy à doné. Ainfi font moftrez ces tjues ton hérétiques plus impertinens apres auoir eu la cognoiÃäce chant bt: des chofes,q noz Amcriqs.Les Romains quelque eftrage façon,quâils obforualTent en leur maniéré de viure,ne de-meuroiét toutesfois ainh nuds. Quant aux ftatues amp;ima geSjils les colloquoyent toutes nues en leurs téples,cômc recite Tite Liue. Toutesfois ils ne portoyent coife ne bonnet foslatefte: comme nous trouuons de Caius Ce- i*tlesce* Eir,lequel eftant chauue par deuant,auoit couEume de ramener fescheueux de derriere pour couurir le front: pourtant prift licence de porter quelque bonnet leger ou trelnco» coife, pour cacher cefte part de fa tefte,qui eftoit pelée, Ãtmedes Voylafos le propos de noz Sauuages. lâay veu encores ceux du Peru vfer de quelques petites chemifoles de cot-ton façonnées à leur mode. Sans eîongner de propos, Pline recite quâà lâextrcmité de lâInde orientale ( car ia-inais il nâeut congnoilTance dcrAmerique)du cofté de Ganges y auoir certains peuples vcftuz de grandes fucil-lcslarges,amp;eftredc petite ftature. le diray encore de ces pauures Sauuages, quâils ont vn regard fort efpouuanta-Dle,le parlerauÃere,réitérant leur parole pluheurs fois., I Leur langage eft bref amp;nbsp;obfcur, toutesfois plus aifé Ã
q iij
LES SINGVLARITEZ
comprendre queceluy des Turcs ne des autres nations de Leuant,corne ie puis dire par experience. Ils prennent grand plaifir à parler indiftindement,a vâter les victoires Sctriumphes quâils ont fait fus leurs ennemis. Les vieux tiennent leurs promefTes ôc font plus fideles q les ieunes, tous neantmoins fort fubiets à rarrecin,non quâils defro-bent 1 vn lâautre,mais fils trouuent vn Chreftien ou autre ellranger,ils le pilleront. Quant à lâor amp;nbsp;argent, ils ne luy en feront tort, car ils nâen ont aucune congnoilfance.
Ils vfènt de grandes menaces, fpecialementquand on les a irritez, non de frapper feulement, mais de tuer.
Quelque inciuilité quâils ayent, ils font fort prompts à faire feruice amp;nbsp;plaifir, voire à petit fa 1 airc: charitables iuf ques à conduire vn eftranger cinquateou fbixante lieues dans le païs,pour les difticultes amp;nbsp;dangers,auec toutes autres Åuures charitables amp;:hônefles,plus ie diray quâen-yfdfm fj-ç jgg Chrefliens. Or noz Amériques ainfi nuds ont la couleur exterieure rougeaftre, tirant fus couleur de lion: coXur'^ raifon ie la laifferay aux philofophes naturels, amp;nbsp;nature^ pourquoy elle nâeft tant adufte comme celle des Noirs dâEthiopie: au furplus bien formez amp;nbsp;proportionnez de leursmembres:lcs yeux toutesfois mal faits, câeft à f^a-uoir noirs,loufches,amp; leur regard prefque comme celuy dâvnebefle fà uuage. Ils font de haute flature,difpos amp;nbsp;alegres, peu fubiets à maladie, finon quâils reçoiuét quelque coups de flefches en guerre.
»
DE LA TRANCE ANTARCTI E. De U niAniere de leur manger nbsp;nbsp;boire.
CYIKV. 30.
i?) L eft facile à entendre, que ces bonnes Jagens nefontpasplus ciuils en leurma-,quâen autres choles. Ettoutainft quâils nâont certaines loix,pour eflire ce qui eft bon, amp;nbsp;fuir le côtrairc,aufti man-gentils detoutes viandes, à tous iours amp;
Les Sm -ucto-eslâi-
O uent saS' loix.
à toutes heures,fïns autre dilcretion. Vray eft que dâeux-inefmes ils lont afles luperftitieux de ne manger de quelque bcfte,foitterreftreouaquatique,quifoit pesateà ehe miner, ains de toutes autres quâils cognoiflent plus legeres à courir ou voler,comme font cerfs amp;nbsp;biches:pource quâils ont cefte opinion, que cefte chair les rendroit trop pclà ns,qui leur apporteroit inconueniét,quâd ils le trou-ueroient aflaillis de leurs ennemis.Ils ne veulent auÃi mä ger de choies là lécs,amp; les défendent à leurs enfans .Et quand ils voyent les Chreftiens mager chairs falces,ils les reprennent comme de chofe impertinente, dilà ns,que telles viandes leur abbregerontla vie. Ils vfent au refte de toutes elpeces de viandes, chair amp;nbsp;poilEon, le tout rofti a leur mode. Leurs viades font belles là uuages,rats de di-üerlès efpeces amp;nbsp;grandeurs, certaines elpeces de crapaux plus grads q les noftres, crocodiles amp;nbsp;autres,quâils mettet toutes entières lus le feu,auecques peau amp;nbsp;entrailles:amp; en ges. Vsêt ainli là ns autre difficulté:voireces crocodiles,lefirds gros comme vn cochon d vn moys,amp; longs en propor- Lefart tion,qui eft vne viande fort friande, tefinoings ceux qui enont mangé. Ces lefà rds font tant priuez,quâils fappro-
leS â ^meri--ques ont en horreur U chäir fd--le'e.
Viandes ordinaires des Sauud-
Z nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;O iiij
IES SINGVLARITEZ
chent de vous,prenät voftre repas, que fi vous leur iettez quelque choie,ils la prendront fans crainte ou difficulté. Ces Saunages les tuet à coups de fléchés. Leur chair refié-hleà celle d vn poulet. Toute la viande quâils font bouillir, font quelques petites ouiftres, amp;nbsp;autres efoailles de mer. Pour manger ils nâobfcrucnt certaine heure limitée,mais à toutes heures, quâils Ce fontét auoir appétit, foit la nuiól apres leur premier fommeil,fo leueronttresbien Silence pourmanger, puis feremettront à dormir. Pendantle des San- repas ils tiennent vne merueilleufo filence,qui eft loua-ble plus quâen nous autres,qui iafons ordinairement à ta .74 fjA/e. jjg cuifent fort bien leur viande,amp; fi la mangét fort pofement, fomocquans de nous,qui deuorons à la table au lieu de manger : amp;nbsp;iamais ne mangent, que la viande â ne foit fiiffifammét refroidie. Ils ont vne chofe fort ertrage : lors quâils mangent, ils ne buront iamais, quelque heure que ce foit: au contraire quad ils fo mettront à boi-re,ne mangeront point,amp; pafleront ainfi en buuant voire vn iour tout entier. Qu^nd ils font leurs grands banquets amp;folennitez, corne en quelque maflà cre, ou autre folennité,lors neferotque boire tout Ieiour,fà ns mâger. Ils font bruuages de gros mil blanc amp;nbsp;noir,quâils noinent ^uaty en leur langue Auaty:toutefois peu apres auoirainfibeui imna^e. amp;nbsp;fertre fcparez les vns des autres,mangerôt indifférem
ment tout ce quifetroLiuera. Lespauures viuent plus de poiflbn de mer,ouirtres,amp;autres chofes fomblables,que de chair.Ceux qui font loing de la mer pefohét aux riuie-Mante- res : aufii ont diuerfité de fruits, ainfi que nature les pro-rede duit,neantmoins viuent long temps fains amp;nbsp;difpos. Icy faut noter que les anciens ont plus communçmct vefeu anciens. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;a nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. r-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 57
de poifTon, que de chair: ainh que Hérodote afferme des Babiloniens,qui ne viuoicnt que de poiflon. Les loix de Triptolerne,(elon Xenophon,defendoient aux Athenics lâvfà ge de la chair. Ce n cft donc chofe fi effrange de pou uoir viure de poiffon fans vfage de chair. Et mefincs en noftre Europe du commencement, amp;nbsp;auant quelaterre fuft ainfi cultiuée amp;nbsp;habitée,les hommes viuoient enco-res plus aufterementfà ns chair ne poiffon,nâayans lâindu-ff rie dâen vfèr: amp;nbsp;toutefois eftoient robuffes, viuoicnt longuement,fins eftre tant efféminés,que ceux de noftre delicate-temps : lefquels dâautant plus quâils font traités delicate-ment, amp;nbsp;plus font fubiets à maladies, amp;nbsp;débilités. Or
nourris
LES S I NGVL AR I TE S
li£ts pour manger, au moins font afsis, fpecialementic plus vieil dâvne famille fora dedans fon liól, amp;nbsp;les autres auprès, luy faifans le feruice : comme fi nature les auoit enfoignez à porter honneur à vieillefle. Encores ont bien cefte fionnefl:eté,qucle premier quia pris quelque grofle proy e,foit en terre ou en eau,il en diftribuera à tous,principalement aux Chreftiens, fil y en â, amp;nbsp;les inuiteront libéralement à mager de telle viande, que Dieu leur donne,eftimans receuoiriniurcfivous lesrefufozencela. Et qui plus ert,de primeface que Ion entre dans leurs loget-tes, ils vous demanderont en leur langue,Marabiffore, comment as tu nom: car vous vous pouuez aireurer,que fils le fçauent vnefois, iamais ne lâobliront, tant ils ont bonne mémoire, amp;nbsp;y fuft Cyrus Roy des Pcrfos,Cyneas légat du Roy Pyrrhus,Mithridates,neCefa'-,lefqueIs Pline recite auoir efté de tresbonne mémoire: amp;nbsp;apres leur auoir refpondu quelque propos, vous demanderôt,Ma-rapipo,que veux tu dire,amp;plufieurs autres careffes.
Contre topinion de ceux qui eCliment les Satinages edrepeins. en k sgt;. j i.
Ourtant que plufieurs ont cefle folle opinion que ces gens que nous appellôs Saunages,ainfiquâils viuent parles bois amp;nbsp;champs à la maniéré prefque des belles brutes,eflre pareillement ainfi peîus par tout le corps, comme vn ours, vn
cerfivn lion,mefiiies les peignent ainfi en leurs riches tableaux : bref^ pour deforire vn homme Saunage, ils luy attribueront
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;58
attribueront abondance de poil, depuis le pied iufques en telle,corne vnaccident infeparable,ainli qua vn corbeau la noirceur: ce qui eft totalement faux: mefmesiâen 2.y veu quelques vns obftinez iniques là , quâils alfer-moyent obflinémentiufques a iurer dâvne chofe,qui leur eft incertaine,pour ne lâauoir veuè:combien que telle foit la commune opinion. Quant à moy,ie le fçay amp;nbsp;lâafferme alfeurément,pour lâauoir ainfi veu. Mais tout au con traire les Sauuages,tant de lâInde orientale, que de noftre Amérique, iffent du ventre de leur mere auÃi beaux amp;: polis, que les enfà ns de noftre Europe. Et fi le poil leur croift par fuccefsion de temps en aucune partie de leur corps, comme il auient à nous autres, en quelque partie que ce foit,ils lâarrachent auecques les ongles,reférué ce-luy de la tefte feulement,tant ils ont cela en grâd horreur, autât les homes que les femes. Et du poil des fourci ls,qui croift aux hommes par mefure,leurs femmes le tondent amp;nbsp;rafent auec vne certaine herbe trenchante comme vn rafbir. Cefte herbe reffemble au ionc qui vient pres des eaux. Et quant au poil amatoire amp;nbsp;barbe du vifiigc, ils fè lâarrachent comme au refte du corps. De puis quelque temps ença, ils ont trouué le moyen de faire ie ne fçay quelles pinfettes,dont ils arrachent le poil brufquement. Car depuis quâils ont efté fréquentez des Chreftiens,ils ont appris quelque vfage de maileer le fer. Et pourcene croirez dâorefnauant lâopnion commune amp;nbsp;façon de faire des peintres, aufquels eft permife vne licence grade de peindre plufieurs chofes à leur feule diferetion, aiufi quâaux Poètes de faire des comptes. Qiie fil adulent vne fois entre les autres ququot;vn enfant forte ainfi velu du ven-
Efpece dâherbe qui a force de couffer»
LES SINGVLARITEZ
trede la merejamp; que le poilfenourriffc amp;nbsp;augmente par tout fon corps, corne Ion en à veu aucuns en France, cela eft vn accident de nature,tout ne plus ne moins que fi au cunnaiflbit auec deux telles, ou autre choie ièmblahle. Ce ne font choies fi admirables, coniideré que les mede-MonÃre eins amp;philofophcs en peuuent donner la raifon. lâenay deforme nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Normandiecouuert dâefoailles,côme vne car-
c(?K«erf P^â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;imperfeôlions de nature, le confeiTe bien,
dâe/cail- tT^cfme ièlon la glofe for le treziefm e dâ£ià ie,quâil iè trou* les. Lie certains monilres ayants forme dâhommes, quâils ont
appeliez Satyres,viuants par les bois,amp; velus côme belles ià uuagcs. Et de cela font pleins les eforits des poëtes,de ces Satyres, Faunes,Nymphes,Dryades, Hamadryades, Orcades, amp;nbsp;autres manières de monilres y lesquels ne iè trouuent auiourdâhuy, ainfi corne le temps paifé, auquel leiprit malin feiforçoit partons moyens à deceuoir lâho-me,iè transformant en mille figures. Mais auiourdâhuy, quenoftre Seigneur par compafsion feil cômuniquéà nous,ces eiprits malings ont efté chaifezhors, nous donnant puiifance contre eux, ainfi que tefmoignela ià inte' eforipturc. Auisi en Afrique Ce peuuent encores trouuer certains monilres diiformes,pour les raifons que nous a-uons alléguées au comencement de ce liure,amp; autres que ie lairray pourleprefent. Au furplus quant à noz Amériques ils portent cheueux entefle,façônez preique ainfi que ceux des moynes,ne leur paiîans point les oreilles: vray cil qu ils les couppent par le deuant de la teile: amp;nbsp;di-ient pour leurs raifons, ainfi que ie mâen fuis informe, mefmes à vn roitelet du pais,que filsportoyent cheueux longs par deuant, amp;nbsp;barbe longue, cela leur ièroit occa-fionde.
DE LA FRANCE ANTAKCTIQVE.
fion de tomber entre les mains de leurs ennemis, qui les pourroyent prédre aux cheueux amp;nbsp;à la barbe: aulsi quâils ont appris de leurs anceftres, quâeftre ainfi ccourtez de poil leur cauleroit inerueilleufe hardielTe. l'eftimeroys ..abates que fi noz Saunages enflent frequente verslâAfle, quâils euflent appris cela des Abantes, qui trounerent celle in-uention de le rafer la tefl:e,pour eftre,difentils,plus hardis amp;nbsp;belliqueux entre leurs ennemis. AuÃi Plutarque raconte en la vie de Thelèus,que la couflumedes Atheniés CouHu-eftoit,qucles Ephores,câcfl à dire, conftituez corne Tri-buns en leur République,efloient tenuz dâoffrir la tonfu- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
rc de leurs cheueux amp;nbsp;perruques aux dieux en Delphezde manière que Thelèus ayant fait ralèr le deuant delà telle alamodedenoz Amériques, fut incité à ceîa par les A-bantes,penple dâAfic. Et de fait nous trouuons quâAle-xandre Roy de Macedoine, comanda à lès gens de prendre les Macédoniens parles cheueux amp;nbsp;barbe,quâils por-toyent longue: pourcelors il nây auoit encores de barbiers pour les tondre ou ralèr. Et les premiers que Ion ''It en Italie efloient venus de Sicile. Voyladonc quant
D'yn arbre nommé Genipat en langue des Amériques^ duquelils font teinture, chap. 32.
Enipatjcftvn arbre dont les Sauuages de JâAmeriquefont grande eftime, pour le
El' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;porte,nommé du nom de lâar- nbsp;nbsp;â
bre; no pas quâil foit bon à manger, mais vtile à quelque autre cbofè ou ils 1 appliquent. Il refTemble de gradeur amp;nbsp;de cou-
P iij
LES SINGVLARITEZ
leur a la pefche de ce païs; du ius duquel ils font certaine teinturCjdont ils teignent aucunefois tout leur corps. La Manie- maniéré de cede teinture efl: telle. Les pauures befliaux re ûfe/di- nâayans autre moyen de tirer le fuc de ce fruit,font con-»e fe/n- {g nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fils le vouloientauallenpuis le
turc de csfl arbre Ge-nipat.
remettent amp;nbsp;epreignent entre leurs mains,pour luy faire rendre fon ius, ainfi que dâvne efponge quelque liqueur, lequel fùc ou ius eflaufsi cler quâeau de roche. Puis quad ils ont vouloir de faire quelque maflacrc, ou quâils fèyeu lent vifiterles vns les autres, amp;nbsp;faire quelque autre folen-nitéjilsfê mouillent tout le corps de cede liqueur: amp;nbsp;tant plus quâelle fe defeiche fur eux, amp;nbsp;plus acquiert couleur viue. Cede couleur eft quad indiciDle,entre noire amp;nbsp;azurée, nâeftant iamais en fon vray naturel,iufques à ce quâelle aye demeuré lâefpace de deux ioursfos le corpSjS^quâclle foit aucunement feichée. Et fen vont ainfi ces pauures gens autant contens, comme nous faifons de nodre ve â¢
Uäniere
Toux amp;nbsp;fà tin,quand nous allons à la fede,ou autrement. Les femmes fe teignent de celle couleur plus coudumie-rement que les hommes. Et noterez en ccd endroit que des Sau- fi les hommes font inuitez de dix ou douze lieues pour «açeî rf nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quelque cahouinage auecques leurs amis, auat
/e ^corps^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;partir de leur village,ils pèleront quelque arbre,dont
le dedans fora rouge,iaune,ou de quelque autre couleur, amp;nbsp;le hacheront fort menu, puis tireront de la gomme de yfub, quelque autre arbre, laquelle ils nomment Vfub,amp; fen frotteront tout le corps, combien quelle foit propre aux playes, ainG que iâay veu par experience : puis par deffus cede gome gluante efpandront de ces couleurs fùfdites.
Les autres au lieu de ce bois mettront force petites plumes de
DE LA FRANCE ANTARCTIQVEr 6o mes de toutes couleurs, de maniéré que vous en verrez de roug-es,comme fineefcarlatte: les autres dâautres cou-leurs : ôc autour de leurs telles portent de grands penna-clies beaux a merueilles. Voylade leur Genipat. Cell arbre porte fueilleslèmblables à celles du noyer: amp;nbsp;le fruit vient prelque au bout des branches,lâvn fur lâautre dâvne façon eflrange. Il fen trouue vn autre aulsi nommé Genipat,mais fon fruit efl beaucoup plus gros,amp; bon cenlpty à manger. Autre lingularitc dâvne herbe, quâils noment en leur langue Petun, laquelle ils portent ordinairement auec eux,pource quâils lâellimentmerueilleulèmêt prof-fitable à plulieurs choies. EllereÃebleanollrebuglofre. cemme Or ils cueillent fongneufement celte herbe, amp;nbsp;la font Usenii-leicherà Tombre dans leurs petites cabannes. La manie-le dâen vier ell telle. Ilsrenueloppent,ellantfciche,quel-lt;]uequâtité de celle herbe en vnefueillede palmier, qui Ãft lort grande, amp;larollent corne de la longueur dâvne d)andelle,puis mettent le feu par vn bout,amp; en reçoiuent hfumée par le nez, ôc par la bouche. Elle efl fort là lu-fite, difent ils, pour faire dilliller amp;nbsp;cofumer les humeurs fijperfluesdu cerueau. Dauantage prife en celle façon
1 ^iit palfer la faim, amp;nbsp;la Ibif pour quelque temps. Par-, ^Uoy ils en vfent ordinairement, mefmes quand ils tiennent quelque propos entre eux, ils tirent celle fumée, amp;nbsp;pnis parlent: ce quâils font coullumierement amp;nbsp;fucceisi-neinentlâvnapres lâautre en guerre,ou elle fe trouue tref-âCommode. Les femmes nâen vfent aucunement. Vray ^fijCjueli Ion prend trop de celle fumée ou parfun, elle Anteile amp;nbsp;enyure, comme le fumet dâvn fort vin. Les fi^hreftiens ellâs auiourdâhuy par delà ,font deuenus mer-
Lynce -Jie,fon-teine,!^ Ãi pro-pricté.
LES SINGVLARITE2 ueilleufèment frians de cefte herbe amp;nbsp;parfun:combien quâau cómencement Iâvfage nâeft fans danger, auant que Ion y foit accouflumé:car cefte fumée cauft fueurs amp;nbsp;foi-bleftesjiulques à tomber en quelque fyncope:cequeiâay expérimenté en moymefine. Et nâeft tant cftrange quâil fembic, car il fe trouue aftes dâautres fruits qui oflcnfcnü le cerueau,combien quâils foicnt délicats amp;nbsp;bons à manger. Pline recite quâen Lyncefte à vne fonteine, dont Peau enyure les perfonnes : ftrnblablement vne autre en Paphlagonie. Quelques vns penferotnâeftre vray,mais entièrement faux,ce quâauonsditde cefte herbe,comme fi nature ne pouuoit doner telle puiftance à quelque choie fienne,bien encore plus grande,mefmes aux animaux, félon les contrées amp;nbsp;regions, pourquoy auroit elle plus toft fruftré ce païs dâvn tel benefice,tempéré fans compa-raifbn plus que plufieurs autres? Et fi quelquâvn ne Ce con tentoit denoftre tefmoignage, life Hérodote, lequel en fbn fécond liure fait mention dâvn peuple dâAfrique vi-uant dâherbes feulement. Appian recite que les Par-thes banniz amp;; chafles de leur païs par M. Anthoine ont vefeu de certaine herbe qui leur oftoit la mémoire, toutcsfoisauoient opinion quelle leur donnoitbon nourriflement, cobien que par quelque efpace de temps ils mouroient. Parquoy ne doit lâhiftoire de noftre Pe-tuneftretrouuée eftrange.
D'vn arbre
DE LA trance ANTARCTIQVE. JXyn Arbre nommé PAtjuoucre, CHAP. 35.
â Vis que nous fommes fur le propos des arbres, iâen defcriray encores quelquâvn, non pour amplification du prefènt dif-cours, mais pour la grande vertu amp;nbsp;incredible fingularité des choies : amp;nbsp;que de tels ne le trouue par deçà , non pas en lâEurope, Alie,ou Afrique. Cell arbre donc que les Sau- Defcri-11 age s nomment Paquouere, eft parauanture le plus ad-mirable, qui fe trouua oncqâ. Premièrement il nâefl pas plus haut de terre iufques aux branches,quâvne brafle ou quoutre^ cnuiron, de grofleur autant quâvn homme peut empoigner de lès deux mainsicela fentend quand il eft venu à iufte croiflanceiôc en eft la tige fi tendre, quâon la coup-peroit ailement dâvn coufteau. Quant aux fueilles,elles Ibnt d e deux pieds de largeur, amp;nbsp;de longueur vne bralTe, Vn pie amp;nbsp;quatre doigts: ce que ie puis afleurer de vérité.
Iâen ay veu quafi de celle mefme elpece en Egypte amp;nbsp;en Damas retournant de lerufalem : toutesfois la fueille nâapproche à la moitié pres en grandeur de celles de lâA-inerique. Il y a dauantage grande difference au fruit:car ccluy de cell arbre, d ont nous parlons,eft de la longueur dâvn bon pié:câeft à fçauoir le plus long,amp; eft ^ros, comme vn cocombre, y retirant alTes bien quant a la façon.
Ce fruit qui nomment en leur langue Pacona,eft tref- pacona, bon venu en maturité amp;nbsp;de bonc concoélion. Les Sau- fruit, uages lecuillent auantquâil foit iuftement meur,lequel ils portent puis apres en leurs logettes, comme Ion fait
q
DE LA TRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Gz
Ies fruits par deçà . Il croift en Iâarbrc par moceaux,trente OU quarante enfemble, amp;tout auprès Iâvn de 1âautre, cn petites branches qui font pres du tronc: comme pouuez voir par la figure queiâay fait reprefènter cy dclTus.
Et qui eft encore plus admirable, ceft arbre ne porte iamais fruit quâvne fois. La plus grand part de ces Sau-uageSjiufquesbien auantdans le païs,fe nourrifl de ce fruit vne bonne partie du temps : amp;nbsp;dâvn autre fruit, qui vient par les champs, quâils nomment Hoyriri, lequel à voir pour fa façon amp;nbsp;grandeur loneftimeroit eftrepro-duit en quelque arbre:toutesfois il croift: en certaineher-be, qui pórte fueille fèmblable à celle de palme tant en longueur que largeur. Ce fruit eft longdâvne paulme, en façon dâvncnoix de pin,finon quâil eft plus long. Il croift au milieu des fueilles,au bout dâvne verge toute ronde:amp;: dedans fètrouue corn me petites noifèttes,dont le noyau eft blanc amp;nbsp;bon à manger,linon que la quantité f comme eft de toutes chofes ) olfenfe le cerueau : laquelle force Ion dit eftre fèmblable en la coriandre,ft elle nâeft preparé : pareillement fi lâautre eftoit ainlî preparé, peut eftre quâil depouilleroit ce vice. Neantmoins les Amériques cnmangent,les petits enfans principalement . Les champs cn font tous pleins à deux lieues du cap de Frie, auprès de grâds marefeages,que nous pafla-mes apresauoirmispié à terre à noftre retour. le diray en paîfant, outre les fruits que nous vifmes pres ce marais,que nous trouuames vn crocodile mort, de la gran- CrocoJi-deur dâvn veau, qui eftoit venu des prochains marais, amp;nbsp;ftmort. là auoit efté tué : car ils en mangent la chair, comme des lelà rds, dont nous auons parlé. Ils le nomment en leur
LES SINGVLARI TE Z
Zrfwre- langue lacareabfou : font plus grands que ceux du Nil. 4^yô«. Les gens du païs difênt, quâil y a vn marais tenant cinq lieues de circuit,du coftc de Pernomeri, diftat de la ligne dix degrez, tirant aux Canibales, ou ily a certains crocodiles,comme grands bÅufs,qui rendent vne fumée mortelle par la gueulle, tellement que fi Ion fapproche dâeux, ils ne faudront à vous faire mourir:ainfi quâils ont entendu de leurs anceftres. Au mefmelieu, ou croift ce i^^^cede fpLiit dont nous parlons, Ce trouue abondance de lieurcs fèmblables aux noflres, herf-mis quâils ne font fi grands, ne de fomblablc couleur. Là fo trouue aufii vn autre pe-^0«- tit animant,nommé Agoutin, grand comme vn lieure tin,dni- meforeu,le poil comme vnfiinglier,droit amp;nbsp;eleué,la teile comme celle dâvn gros rat, les oreilles, amp;la bouche dâvn heure, ayant la queue longue dâvn pouce, glabre totalement for le dos, depuis la telle iufqs au bout de la queue, le pied fourchu comme vnporc. Ils viuentdefruitSjauf-fi en nourriflent les Saunages pour leur plaifir,ioin6l que La chair en eft tresbonne à manger.
La maniéré qu'ils tiennent â faire incifions fur leur cor^s. chat. 34.
L ne folfit à noz Saunages dâeflre tous nuds, amp;nbsp;fe peindre le corps de diuerlês couleurs,dâarracher leur poil,mais pour le rendre encore plus difformes, ils le perlent la bouche ellans encores ieuncs, auec certaine herbe fort aigue: tellemet
que le pertuis faugmente auecques le corps: car ils mettent de-
âde la FRANCE ANTARCTIQVE. 6^ tent dedans vne maniéré de vignots,qui eft vn petit poifi Vt^ot^ fon longuet, ayant lâefcorce dure en façon de patinotre, laquelle ils mettent dans le trou,quad le poiflbn eft hors, amp;nbsp;ce en forme dâvn doifil, ou broche en vn muy de vin: dont le bout plus grosell par dedans, amp;nbsp;le moindre dehors, fus la leure balTe. Quand ils font grands fus point de fe marier, ils portent de grolTes pierres, tirans fus couleur dâemeraude, amp;nbsp;en font telle eftime,
Pierre ti-
uilnâeftfacile
,, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1. r I r ⢠f nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;couleur
d en recouurer d eux,!! on ne leur rait quelque grau pre- dâ^me-fent J car elles (ont rares en leur païs. Leurs voifins amp;nbsp;a- raude. mis prochains apportent ces pierres dâvne haute montagne, qui eft au pais des Canibales,lefquelles ils poliflent auec vne autre pierre à ce dediée, fi naïuement, quâil nâefi: pofiible au meilleur ouurier de faire mieux. Et le pour-royent trouuer en celle mefine motagne aucunes eme-taudes, car iâay veu telle de ces pierres, que Ion eulliugée vraye emeraude. Ces Amériques donc le défigurent ainfi,amp;; difforment de ces grands permis amp;nbsp;grolTes pierres au vifaige: à quoy ils prennent autant de plaifir, quâvn Seigneur de ce païs à porter chaînes riches amp;precieulès: de manière que celuy dâentre eux qui en porte le plus,ell de tant plus ellimé amp;nbsp;tenu pour Roy,ou grand Seigneur: amp;nbsp;non feulement aux leures amp;nbsp;à la bouche,mais aufii des deux collez des iouës. Les pierres que portent les hommes, font quelquesfois larges comme vn double ducat plus,amp; elpelTes dâvn grand doigt:ce que leur empefehe h parolle, tellement quâà grande difficulté les peut on entendre quand ils parlent, non plus que fils auoient la bouche pleine de farine. La pierre auec là cauité leur J^end la leure de deflbubs grofle comme le poing: amp;nbsp;fo-
lt;1 iij
C-LS SI NGV L AR I TE Z
Colliers de yi~ ^nots. Sorte de
Patino -tres blan ches.
Brätlet s dâef^ cailles de poijjon. Defor-tnite' des *^rneri-f^ues.
Ion la grofleur fè peut eftimer la capacité du pertuis entre la bouche amp;nbsp;le menton. Quand la pierre eft oftée, fils veulent parler, on voit leur iaiiue fortir par ce conduit, chofèhidcLiicà voir:encores quand cefte canaille fe veut moquer, ils tirent la langue par la. Les femmes amp;nbsp;filles ne font ainii difformes : vray eft quâelles portent à leurs oreilles certaines chofes pendues,que les nomes font de gros vignots amp;nbsp;coquilles de mer : amp;nbsp;elf cela fait comme vnc chandelle dâvn liard de longueur amp;nbsp;grofleur. Les hommes en outre portent croiflans longs amp;nbsp;larges dâvn pie fus la poitrine,amp; font attachez au col. AuÃi en portent communément les enfans de deux à trois ans. ils portent aufsi quelques colliers blancs,qui font dâvne autre efpecc de plus petis vignots,quâils prennent en la mer, amp;nbsp;les tiennent chers 6c en grande eftime. Ces patino-tresquclon vend maintenant en France, blanches qtiafi comme iuoire, viennent delà , amp;nbsp;les font eux mefines. Les matelots les achètent pour quelque chofo de vil pris, ôc les apportent par deçà . Quand elles commencèrent à eftre en vfage en noftre France, Ion vouloir faire croire que câeftoit coral blanc : mais depuis aucuns ont maintenu la matière de laquelle elles font faites eftre de porcelaine. On les peut baptifèrainfi que Ion veut. Quoy quâil en foit, eftant au païs,iâen ay veu dâos de poilfon.Et les femmes portent braflelets de ces efcailles de poilTon, amp;: font faits tout ainfi quâvn gardebras de gédarme. Ils efti-ment fort ces petites patinotresde verre, que Ion porte de deçà . Pour le comble de deformite ces hommes 6c femmes le plus fouuent font tous noirs, pour eflre teins de certaines couleurs 6c teintures, quâils font de fruits dâarbres,
DE IA TRANCE ANTARCTIQVE. 6â4 dâarbres,ainfi quedelianous auonsdit,amp; pourrons encores dire. lis fc teignent Scaccouflrentles vnslesautres. Les femmes accoullrent les hommes,leur faiûns mille gentillefl'es, comme figures,ondes,amp; autres chofesfem-blablcs,déchiquetées fi menu quâil nâefi pofiible de plus. On ne lit point que les autres nations en ayentainfi vfé, OntrouLie bien que les Scythes allans voir leurs amis, quand quelcun clloit décédé, le peignoyent levilagede noir. Les femmes deTurquie le peignent bien les ongles de quelques couleurs rouge ou perle,péfant par cela eftre plus belles : non pas le relie du corps. le ne veux oblier queles femmes en celle Amérique neteignentle vilà ge amp;nbsp;corps de leurs petits enfansdenoir feulement, mais de plufieurs autres couleurs, amp;dâvne Ipecialement qui tire fur le Boli armeni, laquelle ils font dâvne terre grade corne argille,quelle couleur durelâelpacede quatreiours. Et de celle mefine couleur les femmes le teignét les iam-bes,de maniéré quâà les voir de loing, on les ellimeroit e-Itre reparées de belles chaulfes de fin ellamet noir.
Des yiÃons^Ãnges^ illuÃons de ces Ameriques^e^ de la perfecutwn quiîs recoinent des esprits malms. q n k v.
Püur-quoy les .Amm-
âEli choie admirable , que ces pauures gens,encores quâils ne Ibiét railonnables, pour ellrepriuezdelâvfagedevraye rai- f»biets lon,amp; de la congnoilTance de Dieu, font aux fgt;er-fobiets à plufieurs illufions phatalliques, amp;perlccutions de lâefpritmalin. Nous
quesÃnt
*â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i .... nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;efprit..
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LES SINGVLARITE2
avions dit,que par deçà aduenoit casfcmblable auatlâad-ucnenaentde noftre Seigneur: car lâefprit malin nefeftu-die quafeduireamp; de]^ucher la creature,quieft hors de la congnoifTancedeDieu. Ainfi ces panures Amériques voycnt fbuuent vn mauuais elprit tantoft en vne forme, tantoft en vne autre, lequel ils nomment en leur langue Agnan, amp;nbsp;les perfccute bien fôuuét iour amp;nbsp;nuit,non îèu-(jueyeuc lei-nenJâame.raaisaufsile corps,les baftât outrageant Gzre en nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
lanfue Gxcelsiuemet,de maniéré que aucunerois vous les orriez des^sau- ftû'e Vil cry epouuentable,di{à ns en leur langue, fil y â tinges, quelque Chredien là pres. Vois tu pas Agnan qui me bat, defends moy,fitu veuz que ie teferue,amp; coupe ton bois: corne quelque fois on les fait trauaillerpour peu de cho-fe au bois de bref 11. Pourtant ne fortent la nuit de leurs logettes,(à ns porter du feu auec eux,lequel ils difent eftre fbuueraine deffenfeôc remede contre leur ennemy. Et penlbys quand premièrement Ion mâen faifoit le récit, que fuft fable, mais iâay veu par experience cell; elprita-uoir cfté chalTé par vn Chreftien en inuocant prononçant le nom de I E s V s CHR I s T. Il aduientle fembla-ble en Canada amp;nbsp;en la Guinée , quâils font ainfi tor-mcntez,dans les bois principalement,ou ils ont plufieurs vifions : appellent en leur langage ceft efprit, Grigri. Dauantage noz Saunages ainfi depourueuz de raifon, amp;: de la congnoilTance de vérité, font fort faciles à tomber
»ages touchât
Opinion plufieurs follies amp;nbsp;erreurs. Ils notent amp;nbsp;oblèruent les des Sau- fongesdiligemment,eftiman3quetoutcequâilsontfon-gé doit incontinent ainfi aduenir. Sâils ont longé quâils doiuent auoir viôloire de leurs ennemis, ou deuoir eftre
vaincus, vous ne leur pourrez diftuadcrquâil nâaduienne
DE LA FRANCE ANTAR CT IOVE^ lt;5â$ ainfijie croyans auÃiafleurement, comme nous ferions lâEuangile. Vray eftquelesPhilofophestiennentaucuns Somna longes aducnir naturellement,félon les humeurs qui do-minent,ou autre difpofition du corps : comme longer le feu,reau,choies noires,amp; lèmblablcs:mais croireaux autres longes, corne ceux de ces Sauuagcs,eft impertinent, amp;nbsp;contraire à la vraye religion. Macrobe au Songe de Scipion dit aucûs longes aduenir pour la vanité des fon-geurs, les autres viennent des choies que Ion a trop appréhendées. Autres que noz Saunages ont efté en celle folle opinion dâadioufterfoy aux fonges:commeles Lacédémoniens,les Perliens,amp; quelques autres. Ces Sau-uages ont encores vne autre opinion ellrange amp;nbsp;abuliuc de quelques vns dâentre eux, quâilseftiment vrays Prophètes, amp;nbsp;les nomment en leur langue Pages, aufquels ils Pa^és déclarent leurs longes,amp; les autres les interpretent:amp; ont cefte opinion, quâils difent la vérité. Nous dirons bien en ceft endroit auec Philon, le premier qui a interprété les longes, amp;nbsp;felon Tro gus Pompeius, qui depuis a elle fort excellent en celle mefme Icience. Pline eft de cell aduis que Amphiclion enaeflé le premier interprète. Nous pourrions icy amener plulieurs choies des fon â diuinatios,amp; quels fonges lont veritables,ou non, enlêmble de leurs efpeces, des caufes, felon quâen auons (tes finden voir és anciens Auteurs : mais pource que cela repu-gne à nollre religion, aufsi quâil cil défendu y adiouller foy, nous arrellans feulement à lâefcriture faintc, amp;nbsp;a ce qui nous eft commandé,ie me deporteray dâen parler dauantage : mâalTeurant aufsi que quelque chofe, quâon en veuille dire,que pour vn ou lâon pourra cuillir aucune
^LES SINGVLARITES
chofèjonfè pourra tromper en infinité dâautres. Retournons aux Saunages de lâAmerique. Ils portent donc grande reuerence à ces Prophètes fiifhommez, lefquels ils appellent Pages ou Charà tbes^ qui vaut autant â dire,
ne moins que les anciens Gentils.
Des faux Prophètes 'Magiciensde ce pais^ qu'i communiquent auec les ej^rits malmgs : d'yn Arbre nommé Ahoudk
CHAP. 36â.
Qwissot les Prophètes des Sauua-
cfprit, amp;les erreurs de fos fonges, eft encores fi hors de raifon, quâil adore le Diable par le moyen dâaucuns fiens mi-niftres,appeliez Pages, defquels nous a-uons défia parlé. Ces Pages ou Charà ibes^ font gens de mauuaife vie,qui Ce font adonnez à foruir au Diable pour deceuoir leurs voifins. Tels impoffeurs pour colorer
gesnom- leür mefohanceté, amp;nbsp;fofairehonorcrentre les autres,ne demeurent ordinairemét en vn lieu, ains font va^abods,
^hà râ'^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;autres lieux, ne retournans
et de point auccques les autres, que bien rarement amp;nbsp;à certaÃ-leursim' ues heurcs,leur failà ns entendre,quâils ont communiqué poÃures. auecques les efprits,pour les affaires du public,amp; quâil faut faire ainfi amp;nbsp;ainfi, ou quâil aduiendracecy ou cela; Sx. lors ils font receus amp;nbsp;carelîez honorablement,eftants â nourris amp;nbsp;entretenuz fans faire autre chofe : encore fefbment
DE LA FRANCE ANTAR CT 1 Q^VE. 66 feftiment bien-heureux ceux la qui peuuent demeurer en leur bonne grace, amp;nbsp;leur faire quelque prefent.
Sâil aduient pareillement quâaucun dâentre eux aye indignation ou querelle contre fon prochain, ils ont de couftume de fè retirer vers fes affin quâils facent mourir par poiffin celuy ou ceux aulquels ils veulent mal. Entre autres choies ils fai dent dâvn arbre nommé en leur langue portant fruit veneneus amp;nbsp;mortel, Khotmi\ lequel eft de la grolTeur dâvne chaftaigne moyenne,amp; efl: vray poilbn, fpecialement le noian. Les hommespour legere caufeeftant courroucez contre leurs femmes leur en donnent, amp;nbsp;les femmes aux hommes. Mefmesces malheureulès femmes, quand elles font enceintes, lî le mary les a falchées, elles prendront au lieu de ce fruit, certaine herbe pour le faire auorter. Ce fruit blanc auec fon noïau eft fait comme vn â³ delta, lettre des Grecs.
Et de ce fruit les Sauuages,quand le noïau eft dehors,en font des lonnettes quâils mettent aux iambes, lelquelles font auÃi grand bruit comme les lonnettes de par deçà .
Les Sauuages pour rien ne donneroient de ce fruit aux eftragers eftant fraiz cuilly, melmes defêdent a leurs cn-fans y attoucher aucunemct,deuant que le noïau en Ibit ofte. Ceft arbre eft: qualî lèmblable en hauteur à noz poiriers. Il à la ftieille de trois ou quatre doigts de longueur, amp;nbsp;deux de largeur,verdoyate toute lâannée.Elle a lâefcor-ce blanchaftre. Quad on en couppe quelque bräche,elle rend vn certain fuc blanc, quan commelaiôt. Lâarbre couppe rend vne odeur merueillcufement puante. Par-quoyles Sauuages nâen vient en aucune Ibrte, melîncs nâen veulent faire feu. le me déporté de vous delcrire icy
r ij
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. Ãy la propricté de plufieurs autres arbres, portans fruits beaux à merueilies,neantmoins autant ou plus vénéneux queceftuicy, dont nous parlons, amp;nbsp;duquel vousauons icy prefente le pourtrait au naturel. Dauantage il faut noter que les Saunages ont en tel honneur amp;nbsp;reuerence ces quâils les adorct ou pluflollidolatrcntnnefmes quand ils retournent de quelque part,vous verriez le populaire aller au deuât,fe profternât,^ les prier:difint,Fais q ie ne fois malade, q iene meure poinr,ne moy,ne mes enfans : ou autre chofè. Et luy refpond. Tu ne mourras point,tu ne feras malade, amp;nbsp;femblables chofes. Que fil adulent quelquesfois que ces Pages ne dient la vérité, amp;nbsp;que les chofes arriuent autrement que le prefage, ils ne font difficulté de les faire mourir, comme indignes de ce tiltre amp;nbsp;dignité de Pages. Chacun village, felon quâil eft plus grand ou plus petit, nourrifl vn ou deux des ces vénérables. Et quad il eft queftio de fçauoir quelque grade chofe,ils vfent de certaines ceremonies amp;nbsp;inuocations diaboliques,qui fe font en telle maniéré. On fera pre-rnierementvnelogettetouteneufue, en laquelle iamais homme nâaura habité,amp; là dedans drefterôt vnliôf blanc netà leurmode:puis porteront enladiéfe loge grande quantité de viures, comme du cahouin, qui eft leur boif fon ordinaire, fait par vne fille vierge de dix ou douze ans, enfèmble de la farine faite de racines, dót ils vfent au lieu de pain. Et toutes chofes ainfi preparces,le peuple af feinblé coduitcc gentil prophete en la loge,ou ildeineu-ferafeul, apresquâvneieuncfille luy auradonné à lauer. Mais faut noter que auant ce myftere, il fe doit abfte-nir de fa femme lâefpace deneuf iours. Eftant là dedans r iij
Cerento -n ies de ces Prophètes , auxinuo cdtios de l'efprit metlin. Cähou-in.
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LES SINGVLARI TE Z
Odiles fint les interrogations faites à l'efirit malin, tiouioul ftra.
feul, amp;nbsp;le peuple retiré arriéré,il Ce couche plat fur celiél, commence à inuoquerlâelprit maling par lâelpace dâv-ne heure, amp;nbsp;dâauantage, faifant ie ne fçay quelles ceremonies accoufluméesztellement que fur la fin de les in-uocationslâefprit vient à luy fifflant,comme ils difènt,amp; fluftant. Les autres mâont recité, que ce mauuais elprit vient aucuncsfois en la prefènce de tout le peuple,combien quâil ne le voit aucunement, mais oy t quelque bruit amp;nbsp;hurlement. Adonc ils felcrient touts dâvne voix, en leur langue,di{à ns, Nous te prions de vouloir dire la vérité à noftre prophete, qui tâattend là dedans. Lâinterrogation eft de leurs ennemis, fçauoir leiqucls cmporterot laviôloire,aueclesrefponces demefme,quidifènt,ou que quelcun fera pris, amp;nbsp;mangé de (es ennemis, ou que lâautre fera offéie de quelque belle fauuage,amp; autres cho fes ièlon quâil eft interrogé. Quelcun dâeux me dill entre autres choies, que leur prophete leurauoitpreditnoilre venue. Ils appellet ceil eiprit Houioulfira. Cela amp;nbsp;plu-heurs autres choies mâont afferme quelques Chreiliens, qui de long temps ie tiennent là ; amp;nbsp;ce principalement, quâils ne font aucune entrepriiè ià ns auoir la reiponce de leur prophete. Quand le myilere eilaccôpli,le prophete fort, lequel eftant incontinent enuironné du peuple, fait vneharangue,ou il recite tout ce quâil a entendu. Et Dieu fçait les carcifes Sepreièns, que chacun luy fait. Les Amériques ne font les premiers, qui ont pratiqué la magie abufiue:mais auant eux elle a eilé familière à plu-iîeurs nations, iniques au temps de noilre Seigneur, qui a eifacé amp;nbsp;aboli la puiisace de Sathan, laquelle il exerçoit fus le genre humain. Ce nâeil donc ians caufejquâelle eil I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;defendue
Dï LA TRANCE ANTAKCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;68
defendue parlesefcriptures. Dâicelle magie nous en trou uons deux efpeces principales, lâvne par laquelle Ion co-muniqueauecles efpritsmalings,quidonne intelligence â deschofesles plusfccretes denature. Vrayeft quelâvne eft plus vitieuie que lâautre, mais toutes deux pleines decLiriofité. Etqviâeftilde befoing, quand nous auons les chofês qui nous font neceflaires, amp;nbsp;en entendons autant quâil preiflà Dieu,nous faire capables, trop curieufè-ment rechercher les fecrets de nature, amp;nbsp;autres chofês.
defquellesnoftreSeigneur fefirefèruéà luy fèullacon-gnoiffance? Telles curiofitcsdemonftrentvniugement centre imparfait, vneignorance amp;fautede foy bonne religion. Encores plus eftabuie le fimple peuple, qui croit telles impoftures. Et ne me puis alTez emerueiller,comme en païs de loy amp;nbsp;police, on laiffe pulluler telles ordures, auecvn tas de vieilles forcieres, qui mettent herbes aux bras, pendent eicriteaux au col,force myfteres, ceremonies, qui gueriffent de heures, amp;nbsp;autres chofes,qui ne font que vraie idolatrie,digne de grade punition. Encores fen trouuera il auiourdâhuy entre les plus grands, ou Ion deuroit chercher quelque raifon amp;nbsp;iugement, qui font aueuglez les premiers. Parquoy ne fe faut esbahir, filehmple peuple croit legeremét ce quâil voit cflre fait par ceux qui feftiment les plus fages. O brutalité aucu-glée 1 Q£e nous fèrt lâefcriture faintc,que nous feruent les ^oix,amp;autres bones iciences, dont noflre Seigneur nous â¢idonné congnoiflance, fi nous vivions en erreur amp;nbsp;igno-rance,comme ces panures Sauuagesjamp;plvisbrutalement lt;îüe belles brutes? Toutesfois nous voulons eflre efti-
ceux qui croyent aux /or:-certes^
^ez fçauoir beaucoup, amp;nbsp;faire profefsion de vertu. Et r iiij
LES SINGVLARITEZ
/es que
ZdmoL xis.
Zoroa-
poui'ce il ne le Eiut emerLieiller fi les Anciens ignorans la vérité font tobez en erreur, la clierchans partons moyés, ôc encores moins denoz Sauuages: mais la vanité du mode ceflera quand il plaira à Dieu. Or fans plus de propos, nous auons commencé à dire, quâil y a vne magie Theuy- damnable,que lo appelle TAf«r^w,oU G'ofZ/rf,pleine dâen-chantements, parolles, ceremonies, inuocations, ayant autres efpeces fous elle: de laquelle on dit auoir Zabù- ^1^^ inuenteur vn nome Zabulus. Quant à la vraye ma-Z«5. gie,qui nâeft autre chofo que chercher amp;nbsp;contempler les choies celeftes,celebrer amp;nbsp;honorer Dieu,elle a efté louée de plufieurs grands perfonnages. Tels eiloient ces trois nobles Roys qui vifiterentnoilre Seigneur. Et telle ma-gie a efté eftimée parfaite iâpience. Aufsi les Perles ne re-ceuoyent iamais homme à la coronne de leur Empire, Md^us, fll nâeftoit appris en celle magie, câeft a dire, quâil ne fuft enldÿte fige. Car Magus en leur langue lieft autre chofo que fi-ge enlanoflre,amp;lt;7îiioren Grec,lt;y^zpzf«jenLatin. Dâicelle Ion ditauoir efté inuenteurs Zamolxisôc Zoroaftre,nô celuy qui eft tant vulgairc,mais qui eftoit fils dâOromaiè. Aufii Platon en fon Alcibiade dit, n eftimer la magie de Zoroaftre eftre autre chofo, que congnoiftre amp;nbsp;celcbret Dieu. Pour laquelle entendreluy mefine aueePythago-ras,Empedocles,amp; Democrite,feftre bazardez par mer amp;nbsp;par terre,allans en païseftranges,pour congnoiftrecelle ma^ie. le Içay bien que Pline, amp;nbsp;plufieurs autres fo fontefforcez dâen parler, comme des lieux amp;nbsp;nations ou elle a efté celebréeamp; fréquentée,ceux qui lâontinuentée ôc pratiquée,mais alTcs obfourement difoerné quelle magie, attendu quâil y en aplufieus elpcces. Quant à moy, voylacc
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 69 voyla ce quâil mâa (emblc bon en dire pour le prefènt, puis quâil venoit à propos de noz Saunages. , les Saunages Amériques croient l'ame eflre immortelle.
cnKV. YJ.
E pauure peuple, quelque erreur ou contre ignorance, quâil ait, fi eft il beaucoup ks^-plus tolerable, amp;nbsp;fans comparaifon,que lesdamnablcs Atheifles denoftre téps: lefquels non contens dâauoir efté créez à lâimage amp;nbsp;icmblance du Dieu eternel, parfaits fiis toutes creatures, malgré toutes efcritures amp;: miracles,fe veulent comme défaire, amp;nbsp;rendre belles bru
tesjlà ns loy ne fins railbn. Et puis quâainfi eft, on les de-uroit traiter comme belles: car ilnây a belle irraifonna-ble, qui ne rende obeïlTance Scferuice alâbomme: comme ellant image de Dieu : ce que nous voyons iour-nellero.ent. Vray ell, quequelque iouron leur fera fen-tir, fil relie rien apres la lèparation du corps amp;nbsp;de Fame: mais ce pendant quâil plaife à Dieu les bien conlciller, ou de bonne heure en eft'acer la terre, tellement quâils nâapportent plus de nuyfance aux autres. Donquescespau- opinion Utes gens eftimentlâame ellre immortelle, quâils nomAa sa»-ment en leur langue Cherepicouare. Ce queiâay entendu les interrogât, que deuenoitleurefprit, quad ils mouroient, Lesames, difent ils,de ceux qui ont vertueufemét cobat-tuleurs ennemis, fen votauec plufieurs autres âmes aux cherepi-lieux de plaifance, bois jiardinsjôc vergiers : mais de ceux coudre.
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talité de
tame.
LES SINGVLARITEZ
P'indd-hotifou, Roy au P dis des Sduud-cS«-
qui au contraire nâauront bien défendu le païs, fen iront auec Agnan. le me ingéré quelquefois dâen interroger vn grand Roy du païs,lequel nous cftoit venu voir bié de trente lieues, qui me relpondit affcs furieufement en fi langue, paroles femblabes; Ne fçais tu pas quâapres la mort,noz âmes vont en païs loingtain,amp; fe trouuent tou tes enfemble,en de beaux lieux,ainfi que difènt noz Pro-phetes,qui les vifitentfouuentôc parlent à elles? Et tiennent celle opinion afl'curée,fans en vaciller de rien. Vne autre fois eftant allé voir vn autre Roy du païs, nommé PindahouJou^iecpA ie trou ué malade en Ibn lief dâvne Heure continue,qui commence à m.âinterroger:amp; entre au -tres chofès,que deuenoyent les âmes de noz amis,à nous autres , lAatres, quand ils mouroyent : amp;nbsp;luy faifant re-fponcequellesafloyent auec Tôz/^a»,il creutaifemeiit: en contemplation de quoy me dift, Viença, ie fay entendu faire fi grand récit de Toupan, qui peuttoutes choies, parle a luy pour moy, quâil me guerille, amp;nbsp;fi ie puis ellre gueri,ie te feray plufieurs beaux prefens : ie veux eflre ac-coullré come toy,porter grand barbe, amp;nbsp;honorer 71?«-comme toy. Et de lait ellant guéri, le Seigneur de Villégagnon délibéra delefaire baptilêr:amp; pource lere-SttperÃh tint auec luy. Ils ont vne autre folle opinion : câellquâe-tions des ^ants fur reau,loit mer où fluue,pour aller cotre leurs en-Sduud- nemisjfi lliruient quelquetempelle, ou orage ('comme ' il aduient bien fouuent} ils croyent queâcela vienne des âmes de leurs parens amp;nbsp;amis : mais pourquoy,ils ne Iça-uent:amp; pour appailèr la tormcte,ils iettent quelque choie en lâeau,par maniéré de prelènt; ellimas par ce moyen pacifier les tempelles. Dauantage,quand quelcun dâentre eux
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tre eux decede, foitRoy,ou autre, auant que le mettre en terre, fil y â aucun qui ayt chofè appartenante au trefpafséjil le gardera bien de le retenir, ains le portera publiquement le rendra deuant tout le mode, pour cftre mis en terre auecques luy: autrement il eftimeroit que lame apres lafeparation du corps le viendroitmole-fterpource bien retenu.'Pleuftà Dieu que plufieurs dâentre nous euflent fèmblable opinion (iâentens fans erreur) lonnereticndroit paslebien dâautruy, comme Ion fait auiourdâhuy fans crainte ne vergongne. Et ayant rendu à leur borne mort ce que luy apartenoit,il eft lié amp;nbsp;garrote de quelque cordes,tât de coton que dâefcorce de cer-quot; tain bois, tellemêt quâil nâeft poÃible,felon leur opinion, quâil reuicnne; ce quâils craignent fort,di{à ns,que cela eft aduenu autres fois à leurs maicurs amp;nbsp;anciens, qui leurâ efte caufe dây donner meilleur ordre : tant font Ipirituels amp;nbsp;bien enfeignez ces pauures gens. ,
' .f
Comme ces Saunages font guerre les yns contre les autres, principalement contre ceux^ qu'ils nomment 'Margageecs Thabaiares^ ti'igt;n arbre qu ils appellent Hayri^duquel ils font leurs baflons de guerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chat. 38.
E peuple de lâAmerique eft fort fùbiet a quereler contre (es voifins, fpecialement contre ceux quâils appellent en leurs langue, lylargagea^ ôé Thabaiares : amp;nbsp;nâayans autre moyen dâappaifer leur querele,fè battent fort amp;nbsp;ferme. Ils font aftemblées
deGx mil hommes, quelquefois de dix, amp;nbsp;autrefois de
LES S INGVLARI TE S
douze: câefl à fçauoir village contre village, ou autrement ainG quâils le rencontrent : autant en font ceux du Peru, amp;nbsp;les Canibales. Et deuant que executer quelque grande entrcprifc,foit à la guerre ou ailleurs, ils fontaf-îembléc,principalement des vieux,fans femmes ne en-fans, dâvne tel le graceamp;modeftie, quâils parleront lâvn apres rautre,amp;ceTuy qui parle, fera diligemmêt efcouté: puis ayant fait fà harangue, quitte fâ place à vn autre, amp;nbsp;ainG confècutiuement. Les auditeurs font tous aÃis fîir ia terre, Gnon quelques vns entre les autres, qui en contemplation de quelque preeminence, fbit par lignée ou dâailleurs,ferontlors aÃis en leurs lids. Ce que conGdaran t, me vint en mémoire ceftc louable couftutne des gouucrneurs de Thebes, ancienne ville de laGrece : lef quels pour délibérer enfèmble de la Republique eftoient touGours aÃis fus la terre. Laquelle façon de faire Ion eftime vn argument de prudence: car Ion tient pour certain félon les philofophes, que le corps aÃis amp;nbsp;à repos, les efprits font plus prudens amp;nbsp;plus libres, pour nâeflre tant occupez vers le corps quad il repofè,que autrement.
Dauantage vne chofe eflrange eft que ces Amériques nefontiamais entre eux aucune treue,ne padion, quelque inimitié quâil y ait, corne font toutes autres nations, mefmes entre les plus cruels amp;nbsp;barbares, comme Turcs, Moresamp;Arabes:amp;penfèqueG Thefée premier auteur des treues enuers les Grecs y efloit, il feroit plus em-' pefché quâil ne fut one. ils ont quelques rufès de guerre pour fLirprendreJâvn Iâautre,auÃi bien que lonpeutauoir en autres lieux. Donc ces Amériques ayans inimitié perpétuelle,amp; de tout téps contre leurs voiGns fùfnommez,.
Dà LA FRANCE ANT A R C T I E. yi ft cherchent fouuent les vns les autres, amp;nbsp;ft battent autant furieuftinent quâil eft poÃible. Ce que les contraint dâvne part amp;nbsp;dâautre de ft fortifier de gens amp;nbsp;armes chacun village. ils faflèmbleront de nuit en grand nombre pour faire le guet: car ils font couftumiers de ft furpren-dreplus de nuit quedeiour.Si aucunesfois ils fontaduer-tis, ou autrement ft Ibupfonnent de la venue de leurs en- chaujjè-nemis, ils vous planterôt en terre tout autour de leurs tu- trapesdet guresyloing dâvn trait dâarc, vneinfinite de chenilles de bois fort agues,de maniéré q le bout qui fort hors de ter-re eftant fort agu/ie ft voit que bien peu:ce que ie ne puis, mieux coparer quâaux chaufietrapes,dôt Ion vft p deçà : à fin que les ennemis ft percét les pieds,qui sot nuds,ainfi que lerefte ducorps:amp; p ce moyen les puifiènt ftccager, câefl aflauoir tuer les vns,les autres emmener prilbnniers. Câeft vn trefgrad honeur à euxjeiquels partäs de leur païs-pour aller aflaillir les autres fur leurs frôtieres,amp;quâd ils-
I amènent pluhcurs de leurs ennemis priftnniers en leur pai'siauÃi eft il célébré, amp;nbsp;honoré des autres, comme vn; Koy amp;nbsp;grâd Seigneur,qui en a le plus tué. Quand ils veulent ftrprendre quelque village lâvn de lâautre, ils ft cacheront, amp;nbsp;muflerontdcnuit parles boisainfi quere-nardsjfe tenans la quelque eipace de temps, iniques â tant quâils ayent gaigné lâopportunité de ftruerdeifus.. Arriuans à quelque village ils ont certaine induftrie de' letter le feu és logettes de leurs.ennemis,pour lesftire faillir hors auec tout leur bagage,femmes amp;enfans. hftans faillis ils chargent les vns les autres de coups de flefthes confuftment, de maffes amp;nbsp;efpées de bois,quâon-quene.futilbeau paffetemps de voir vne telle meflée.-, f iij
LES SINCVLARITEZ
Ils fe prennent amp;nbsp;mordent auec les dents en tous endroits,quâils fe peuiient rencontrer,amp;parlesleures quâils ont pertLiifées : monftrans quelquefois pour intimider leurs ennemis,les os de ceux quâils ont vaincus en guerre, amp;nbsp;magez:bref^ilsemployent tous moyens pour faicher leurs ennemis. Vous verriez les vns emmenez prifon-
nicrsjliez, amp;nbsp;garrotez comme larrons. £t au retour d^ ceux qui fen vonten leur pais auec quelque figne de vi' ôtoire, Dieu Içait lescarefl'es amp;nbsp;hurlemens qui fefonr.
Les femmes fuiuent leurs maris à la guerre, non pour combatte,comme les Amazones,mais pour leur porter 5c adminiftrer viures, amp;nbsp;autres munitions rcquifès â telle guerre : car quelquesfois ils font voyages de cinq amp;nbsp;fix mois fans retourner. Et quand ils veulent départir pour alleren c^uefc, ils mettent le feu en toutes leurs loges,Sc ce qu lis
DE LA FRANCE ANT A R CT IQVE. 72 ce quâils one de bon,ils le cachent fbubs terre iufqiiesà leur retour. Qlû ed plus giâd entre eux, plus à de femmes à fon feruice. Leurs viures font tels que porte le pais, farines de racines fort délicates, quad elles (ont recentes: mais fl elles font quelque peu enuieillies,elles font autant sauul-plaifintes à manger, que le fon dâorge ou dâauene: amp;nbsp;au ges, refie chairs fiuuagines, amp;nbsp;poiffon, le tout fèiche â la fumée. On leur porte aufi leurs lids de cotton, les hommes ne portans rien, que leurs arcs amp;nbsp;flefehes à la main.
Leurs armes font groffes efpées de bois fort mafsiues amp;: pefantesrau relie arcs,5c flefehes. Leur arcs font la moi- tu^es. lié plus longs que les arcs Turquois, amp;nbsp;les flefehes à lâe-quipollent,faites les vues de cannes marines,Ies autres du bois dâvn arbrc,quâils noment en leur langue Hdin^ por- HAiri, tant fueillage femblable au palmier, lequel eft de cou-i leur de marbre noir, dót plufieurs le difent cftre Hebenc: toutesfois il me fembleautrement,car vrayHebeneefl plusluyfà nt. Dauantage lâarbre dâHebenenâeflfembla- Hebene, oie à cclluy cy, car cefluicy eft fort efpineux de tous co-fteznoint que le bó Hebene fè préd au pais de Calicut,amp; en Ethiopie. Ce bois efl fi pefà nt,quâil va au fos de lâeau, tomme fer: pourtant les Saunages en font leurs efpées à tombatre. Il porte vn fruit gros comme vn cfleuf,amp; Quelque peu pointu à lâvn des bouts. Au dedas trouuerez ^nnoyau blanc comme neige: duquel fruit iâay apporté grande quantité par deçà . Ces Saunages en outre font 'lebeaux colliers de ce bois. Anfsi eft il h âur amp;nbsp;fi fort,(cô-j ^^e nous difions nâagueres )quc les flefehes qui en font faites, font tant fortes, quelles perceroyent le meilleur Ãorfelet. La troificfmc piece de leurs armes efl vn bou- 2mA)
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;73
clier,dont ils vient en guerre. Il eft fort long,fait de peaux dâvne befte de mefme couleur que les vaches de cepaïs, ainfi diucrhhccs,mais de diuerfe grandeur.Ces boucliers font de telle force amp;rehftcce, comme les boucliers Bar-celonnoisjde maniéré,quâils attendront vn arquebuze,amp;; par conlèquentchoie moindre.Et quâtaux arquebuzes, plufieurs en portent qui leur ont efté données depuis que les Chreftiens ont commencé à les hanter, mais ils nâen Içauentvfer,linon quâils en tirent aucunesfois à grande difriculté,pour feulement elpouuentcr leurs ennemis.
LamMieYe de leurs combattantÃir eau^cjue
fur terre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. 3
I vous demadez pourquoy ces Sauuages font guerre les vns contre les autres »veu quâils ne font gueres plus grands lèigneurs lâvn que lâautre: au Isi quâentre eux nây à ri-chelTcs fi grandes, amp;nbsp;quâils ont de la terre alfes amp;nbsp;pius,quâi 1 s ne leur en faut pour leur necefiité. Et pour cela vous fiiffira entendre, que la caulè CMfe de leur guerre eft alTez mal fondée, feulement pour ap-petit de quelque vengeance,lans autre raifon, tout ainfi que belles brutes,fans fepouuoir accorder par bonne-rteté que!côque,dilâns pour refolution, que ce font leurs ks ennemis de tout temps. Ils falfemblent donc, ('comme co«-^uons dit cy deuant) en grad nombre, pour aller trouuer t'hélés du leurs ennemis,fils ont receu principalement quelque in-iure recente: ou il s le rencontrent, ils le battent à coups de flefehes, iufques à fe ioindre au corps, amp;nbsp;fentrepren-
LES SINCVIARITEZ
dre par bras amp;nbsp;oreilles,amp;: donner coups de poing. Là ne faut point parler de cheuafdot pouuez péièr corne lâem-Sduui â porrent les plus forts, ils font obftinez amp;nbsp;courageux,tel-^esobÃi- lementqueauant que fe ioindre amp;nbsp;battre ( comme auez veu au precedent chapitre ) eftans à la campagne elon-vns des autres de la portée dâvne narquebuze, quelquesfois lâeipace dâvn iour entier ou plus fe regarderont amp;nbsp;menafTerontjmonftrans vifà geplus cruel amp;nbsp;epou uentable quâil eft pofsible, hurlans crians fi confufé-ment, que Ion ne pourroit ouïr tonner, monftrans aufii
En ce
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 74 En ce les Sauuages fcmblent obferuer lâancienne maniéré de guerroyer des Romains, lefquels auantque dâen treten bataillefaifoientcrisepouuentables amp;vlbientde grandes menalTes. Ce que depuis a efté pareillement pratiqué p les Gaulois en leurs guerres, ainfi q le delcrit Tite Liue. Lâvne amp;nbsp;lâautre façon de faire mâa fèmblé eftre fort differente à celle des Acheiens:dont parle Homere, f)arce quâiceux eftants pres de batailler amp;nbsp;doner lâaffaut à eurs ennemis,ne faifoient aucu bruit,ains fo cotenoient totalemêt de parler. Lapluf grade vengeace dont les Sau CouÃu-uages vfent, qui leur fcmblc la plus cruelle amp;nbsp;indigne, efl de manger leurs ennemis. Quand ils en ont pris au-cun en guerre, fils ne font les plus forts pour lâemmener, pourlemoinsfilspeuucn^auantlarecoulTeilsluycoup- kurTen. peront bras ou iambes : amp;nbsp;auant que le laiflcr le mange- nemis. rontjOU bien chacun en emportera fon morceau, grand ou petit. Sâils en peuuent emmener quelques vns iuf ques en leur pais, pareillement les mangeront ils. Les anciens Turcs, Mores, amp;nbsp;Arabes vfoient quafi de cefte façon f dont encores auiourdâhuy feditvn prou erbe, le Prouer-^ voudrois auoir mangé de fon cueur} aulsi vfoyent ils prefque de fomblables armes que noz Sauuages. Mais depuis les Chreftiens leur ont forgé, amp;nbsp;monftré à forger les armes, dont auiourdâhuy ils font battuz, en danger
quâil nâen aduienne autant de ces Sauuages, foient Amériques ou autres. Dauantage ce pauure peuple le hazar-de fur lâeau J foit douce ou falée, pour aller trouucr fon de ja~ ennemy:comme ceux de la grand riuiere de lanaire con- nuireen-treceux de Morpion. Auquel lieu habitent les Portu-gais ennemis des François ; ainfi que les Sauuages de ce
Morpto.
tT. S SINCVLARITEZ
mefme lieu font ennemis de ceux de lanaire. Les vaif^
Alma- féaux, dont ils vfènt (us leau, font petites Almadies, ou (iiesfó' barquettes compofées dâefoorces darbres, (ans clou ne Ãorcfr nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;longues de cinq ou fix braflees,amp; de trois pieds
SuperÃi-
darbre, largeur. Et deuez fçauoir, quâils ne les demandent plus mafsiucs,eftimans que autrement ne les pou rroyent faire voguer à leur plailir, pour fuyr, ou pour fuiure leur ennemy. Ils tiennent vne folle fuperfiitioii à depouil-
tion des
o-en'o- lent (ce qui fe fait depuis la racine iufquesau couppeau) ils ne buront, ne mangeront, craignans ( ainG quâils di-fontj que autrement il ne leur aduint quelque infortune for lâeau. Les vaiffeaux ainfi faits,ils en mettront cent ou
Jier les e-Ãorces des arbres.
.Amériques a-mis des Iraçois.
fix vingts, plus ou moins, amp;nbsp;en chacun quarante ou cinquante perfonnes,tant hommes que femmes. Les femmes fèruent dâepuifer amp;nbsp;ietter hors aucc quelque petit vaifieau dâaucun fruit caué lâeau qui entre en leurs petites nalTelles. Les hommes font a/Teurez dedans auec leurs armes, nageans pres de la riue:amp; fil Ce trouue quelque village, ils mettront pié à terre, amp;nbsp;le (à ccageront par feu amp;nbsp;fiing, fils font les plus forts. Quelque peu auant noftrearriuée, les Amériques qui fodifent noz amis,ar uoyent pris fosla mer vne petite nauire de Portugais,e-fiants encores en quelque endroit pres du riuage, quelque refiftence quâils peuffent faire, tant auec leur artillerie que autrementmeantmoins elle fut prife,les hommes mangez, horf-mis quelques vns que nous rachetâmes à noftre arriuée. Par cela pouuez entendre que les Saunages,qui tiennent pour les Portugais font ennemis des Sauuages oufe fontarreftezfos François, amp;nbsp;au con-
DE LA FRANCE ANTAR CTI QVE.
traire. Au relie ils combattent lùr lâeau, comme lur la terre. Sâil aduientaucunesfois quelamerlbitfurieulè,ils iettent dedans de la plume de perdris, ou autre chofe, eflimans par ce moyen appailèr les ondes de la mer. Ainh font quafi les Mores amp;nbsp;Turcs en tel peril, fe lauans le corps dâeau delà mer, amp;nbsp;à ce pareillement voulans con traindre ceux de leur copagnie, quels quils loyent,ainli que iâay veu eflant fur la mer. Noz Saunages donques rctournans en leursmaifonsviólorieux,monflrent tous
nion des SciU»ci~
Turcs,, Mo
res^
ligne cfeioye, Ibnnans fifres,tabourins,amp;: chantans à leur mode:cc quâil fait tresbon ouïr,auec les inftrumensde mefme,faits de quelques fruits cauez par dedans, ou bien dos de belles, ou de leurs ennemis. Leurs inllrumens de guerre fontrichcmêtelloftcs de quelques beauxpen-naches pour decoration. Ce que Ion fait encores au-iourdâbuy, amp;: non là ns railon, ainfi en a lâon vie le temps paflé. Les fifres,tabourins,amp;autres inllrumens lèmblent teueiller les clprits airopis,amp; les exciter ne plus ne moins Tçibouâ-que fait le Ibuflet vn feu à demy mort. Et nây à ce me 7â^â^ femble, meilleur moyen de fulciter lâelprit des hommes, j que par le fonde ces inllruments: car non lèulement les inflru-Hommes, maisaulsi les chenaux, fins toLitesfois en faire ments, côparailbnaucune, lèmblét treHà illircomedâvnegayeté
coeuncequâà efléobferuédctouttéps. Il eft vray,que les Amériques, amp;nbsp;ces autres Barbares vient coullumiere-Jïient en leurs alTaults amp;nbsp;combats de cris amp;nbsp;hurlements lort epouuentables, ainli que nous dirons cy apres des ^nazones..
i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ilj
I'S s s I NG V L AR I TE 2
Comme, ces quot;barbares font mourir leurs ennemis^ (juils ont pris en ^erre^e^ les mangent, CHAP. 40.
Triiite^ metfoit Mxpri-fonniers SdUHd-ges par leurs ennemis.
Pres auoir declarCjCoiTime les Saunages de toute 1*Amérique, menent leurs ennemis prifonniers en leurs logettes tu-gures, les ayans pris en guerre, ne relie que déduire, comme ils les traittent à la nn du ieunls en vient donc ainfi. Le pri-
M-iâ'
lonnicr rêdu en leur pais, vn ou deux, autant de plus que de moins,lèra fort bien traité, quatre ou cinqiours, apres on luy baillera vne femme, parauenture la hile de ccluy auquel lèra le prifonnier, pour entièrement luy admini-llrerlès necelsitez à la couchette ou autrement, ce pendant ell traité des meilleures viâdes que Ion pourra trou-uer, feftudians à rcngrelî'cr, comme vn chapon en mué, iniques au temps de le faire mourir. Et ce peut iceluy temps facilement cognoillre, par vn collier fait de fil de coton, auec lequel ils enfilent certains fruits tous ronds, on os de poiiron,ou de belle, faits en façon de pateno-flres, quâil s mettent au col de leur prifonnier. Et ou ils auront enuie de le garder quatre ou cinq lunes, pareil nombre deles patenollres ils luy attacherot : amp;nbsp;les luy ollent à -melure que les lunes expirent,cotinuant iniques à la dernière: amp;nbsp;quand il nâen reflc plus,ils le font mourir. Au-cuns,au lieu de lès patenollres, leur mettent autant de pe tis colliers au col, comme ils ont de lunes à viure. Da-uantage, tu pourras icy noter, que les Saunages ne content fi-non iniques au nombre de cinq ; ôc n oblèruent aucune-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 76â aucunement les heures du iour, ny les iours mefincs, ny les mois, ny les ans, mais content feulement par lunes. Telle maniéré de conter fut anciennement commandée par Solon aux Athéniens, à fçauoir, dâobforuer les iours par le cours de la lune. Si de ce prifonnier amp;nbsp;de la femme qui luy efl; donnée,prouiennent quelques enfans,Ie temps quâils fontenfemble,on les nourrira vneefpace de temps,puis ils les mangeront,fc recordans quâils font en-fans de leurs ennemis. Ce prifonnier ayant efté bien grand honneur. Et pour Ia folennite de tel maflacre, ils appellerot leurs amis plus Ioingtains,pour y afsiftcr,amp; en manger leur part. Le iour du maflacre il fera couché au lidjhien enferré de fers (dont les Chreftiés leur ont donné lâvfà ge ) chantant tout le iour amp;nbsp;la nuiél telles chan-fons, Les 'Margageas nos amis font gens de bien,forts ôc puflTans en guerre, ils ont pris ôe mangé grand nombre de noz ennemis, auÃi me mangeront ils quelque iour, quand il leur plaira : mais de moy, iâay tué amp;nbsp;mangé des parens amp;nbsp;amis de celuy qui me tient prifonnier: auec plu fleurs scblables paroles. Par cela pouuezcognoiflrc quâils Refont cotedelamort,encores moins quâilnâeftpofoble depenlèr. Iâay autrefois(pourplafl]r)deuifé auectelspri-fonniers, hommes beaux amp;nbsp;puiflans, leur remonftrant, mort. fils nefo foucioyent autrement, dâeftreainfl maflacrez, mmme du iour au lendemain : à quoy me refpondans en rifée amp;nbsp;moGquerie,Noz amis, difoyent ils, nous vengeront, amp;nbsp;pluheurs autres propos,monftrans vnehar-diefle amp;afleurance grande. Et fi on leurparloitdc les Vouloir racheter dâentre les mains de leurs ennemis, ils
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LL s Hngvlaritez
Traite- prenoyent tout en mocqucrie. Quant aux femmes amp;nbsp;ment des fiHes, que Ion prend en guerre, elles demeurent prifon-femmes nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quelque téps,ainli que les homes,puis fonttraitées
prifm- nbsp;nbsp;nbsp;mefme,horf mis queon ne Icurdone point de mary.
Elles ne font auÃitenues fi captiues,mais elles ont liberté Qwwo- dâaller çâ amp;nbsp;là : on les fait trauailler aux iardins, amp;nbsp;à pef «Z« rf»x cher quelques ouïtres. Or retournous à ce mafiacrc. Le maiftre du prifonnicr, comme nous auons dit,inuitera cres des nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*. v . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
tous ces amis a ce lour, pour manger leur part de ce bu-tin, auec force Cahoüin^ qui efi: vn bruuage fait de gros Cahon- mil, aucc certaines racines. Aceiourfolenneltousceux
DE LA, TRANCE ANTARCTIQUE. 77 richement eftofFée de diuers plumages. Et tant plus le prilonnier verra faire les prcparatiues pour mourir, ôc plus il monflrera fignes de ioye. Il fera donc mené,bien lie amp;nbsp;garrote de cordes de cotton en la place publique, accompagné de dix ou douze mil Saunages dupais, les ennemis,amp; la fera affomme corne vn porceau,apres plu-fieurs cerimonies. Le prifonnier mort,{à femme,qui luy auoit efté donnée,fera quelquepetit dueil Incontinent le corps eftant mis en pieces, ils en prcnnentle fang amp;nbsp;en lauent leurs petis enfans mafles,pour les rendre plus har-diSjCommeils difent,leurremonftrans,que quand ils feront venuz à leur aage,ilsfacentainfi à leurs ennemis.
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brc quâil y ait, à chacun fon morceau. Quant aux entrailles,les femmes communément les mangent, amp;nbsp;la telle, ils la refèruent à pendre au bout dâvne perche, fur leurs lo gettes, en figne de triomphe amp;nbsp;viôloire: amp;nbsp;fpecialement Caniba- prennent plaifir à y mettre celles des Portugais. LesCa-lesenne- nibales amp;nbsp;ceux du cofté de la riuiere de Marignan, font mis mor encores plus cruels aux Eipagnols, les faifà ns mourir feZj t/« piyg cruellement fans comparai{bn,amp; puis les mangent.
II ne fe trouue par les hifloires nation,tant foit elle bar-* â nbsp;nbsp;bare,qui ait vfé défi exceÃiuecruautedinon que lofèphe
efcrit, que quand les Romains allèrent en leruûlem,!^ famine,apres auoir tout mangé,contraignit les meres de enfans, en manger. Et les Anthropopha-lâopha- ges qui font peuples de Scythie,viuent de chair humaine corne ceux cy. Or celuy qui a fait ledit maflacre,incontinent apres fe retire en fia maifon, amp;nbsp;demeurera tout le iour fans manger ne boire, en Ion liét : amp;nbsp;fien abftiendra encores par certains iours, ne mettra pie à terre auÃi de trois iours. Sâil veut aller en quelque part, fie fait porter, ayant celle folle opinion que fil ne faifoit ainfi, il luy ar-riueroit quelque defiaflrc,ou mefme la mort. Puis apres il fera auec vne petite fie, faittededens dâvne belle, nommée Agoutin,plufieurs incifions amp;nbsp;permis au corps, à la poitrine,amp;autres parties,tellement quâil apparoiftratout déchiqueté. Et la raifon,ainfi que ie mâen fuis informé à quelques vns,ell quâil fait cela par plaifir,repurant à grad gloire ce meurtre par luy commis en laperfbnnedefon ennemy. Auquel voulant remonllrer la cruauté de la chofê,indigné de ce,rne râenuoya tresbien,disat q câeftoit grand honte à nous de pardonner à noz ennemis,quand
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 78 les auons pris en guerre:amp; quâil cft trop meilleur les faire mourir, à fin q lâoccafion leur foit oftée de faire vne autrefois la guerre. Voyla de quelle diferetion Ce gouuer-ne ce pauure peuple brutal. le diray dauantage à ce propos que les filles vfènt de telles incifions par le corps, lâe-fpacede trois iours continus apres auoir eu la premiere purgation des femmes :iufques à en eftre quelquesfois bien malades. Ces mefmes iours auÃi fabfticnnent de certaines viandes,ne fbrtansaucunement dehors,amp; fans mettre pie à terre,comme défia nous auons dit des hommes, afsifès feulement für quelque pierre accommodée à cell affaire.
Que ces Suuuages font mefueiUeufinient yindicaüfs. chap. 41.
L nâeft trop admirable, Ci ce peuple che-minant en tenebres,pour ignorer la ve-rité, appete non feulement vengeance, mais auÃile met en tout effort de lâexe-cuter: confideré, que le Chreftien, en- Lcijven-core quelle luy fbit deffendue par ex-
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;feaue au
pres commandement, ne 1 en peut garder, comme vou îant imiter lâerreur dâvnnomme Mellicius, lequel tenoit quâil ne failloit pardonner à fon ennemy.Laquelle erreur à longtemps pullulé au païs dâEgypte.Toutesfois elle fut abolie par vn Empereur Romain. Appeter donc végeace eft haïr fon prochain, ce que répugné totalemét à laloy.
Or cela nâeft eftrange en ce peuple, lequel auons dit par cy deuant viure fà ns foy, amp;nbsp;fans loy:tout ainfi que toute
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LES SINGVLARITES
leur guerre ncproccdeque dvne folle opinion de vengeance,fins caufèneraifon. Etnâeflimez que telle folie ne les tienne détour temps,amp; tiendra, fils ne le changent. Ce pauLire peuple eftfi mal appris,que pour le vol dâvne moufchc ils Ce mettront en elfort. Si vne elpine les picque, vne pierre les blefl'e, ils la mettront de colère en cét mille pieces,corne fi la choie eftoit lènfible; ce qui ne leur prouient,que par faute de bon iugement. Dauan-tage ce queie dois dire, pour la verite,mais ie ne puis/à ns vergogne, pour Ce venger des poulx amp;nbsp;puires,ils les prennent abelles dents, choie plus brutale que raifonnable. Et quand ils le lèntiront offenfez tant legerement que ce foit, ne penlèz iamais vous reconcilier. Telle opinion fapprent amp;nbsp;obleruc de pere en fils. Vous les verriez mon ftrer à leurs enfans de laage de trois à quatre ans à manier lâarc amp;nbsp;la flelche,amp; quant amp;nbsp;quant les enhorter à hardief lè,prcndre vengeance de leurs ennemis, ne pardonnera perfonne, plus toll mourir. AuÃi quand ils font prifon-niers les vns aux autres, nâellimez quâils demandent à e-chapper par quelque compofition que ce foit, car ils nâen elperent autre chofe que la mort, efo'mans cela à gloire amp;nbsp;honneur. Etpourceilslè Içauent fort bien mocquer, reprendre aigrement nous autres,qui deliuronsnoz ennemis ellans en no fire puiflance, pour argent ou autre choie, eflimans cela eftre indigne dâhomme de guerre. mfloire nbsp;nbsp;Quant à nous, difentils, nous nâen vlcrons iamais ainri.
dttn Por Aduint vne fois entre les autres quâvn Portugais prifon-nierdecesSauuages,penlà nt par belles parolleslà uucrlà deuoir de les prefeher par parolles les humbles amp;nbsp;douces qu il luy eftoit poÃible : neant-
â ' â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â moins
DE LAquot; FRANCE- ANTARCTIQVI. 7igt; moins ne peut tant faire pourluy ,quefus le champ cd-luy auquel il eftoit prifonnier, ne le feit mourir à coups deflefcnes, Va,difoitil,tu ne merite,que Ion te face mou I rir honorablement,comme les autres,amp; en bonne compagnie. Autre chofè digne de mémoire. Quelquesfois ⢠fut emmené vn ieune enfant malle de ces Saunages de lâAmerique, du païs amp;nbsp;ligue de ceux quâils appellent Ta-baiares, ennemis mortels des Saunages ou lont les Fran çois, par quelques marchans de Normandie, qui depuis baptile, nourri, amp;nbsp;marié a Rouen, viuanten homme de bien,fauifa de retourner en fon païs en noz nauires,aagé j de vingt deux ans ou enuiron. Aduint quâellantpardelà fut decouuert à lès anciens ennemis par quelques Chre-lliens: lelquels incontinent corne chiens enragez de furie coururent à noz nauires, défia en partie delaiflees de gés, ou de fortune le trouuans là ns merci ne pitié aucun; le I iettent delTus, amp;nbsp;le mettent en pieces là fans toucher aux ! autres,quieftoientlà pres. Lequel corne Dieu le permïfi, endurant ce piteux malTacre leurremonftroit la foy de I E s V c H R I s T, vn leul Dieu en trinité de perlonnes amp;: vnité dâellbnce: amp;nbsp;ainfi mourut le pauure homme entre leurs mains bon Chreftien. Lequel toutesfoisils nemau gerent, comme ils auoient accouftume faire de leurs ennemis. Quelle opinion de vengeance clL plus contraire à noftreloy.^ Nonobllantfetrouuétencoresauiourdâhuy â plufieurs entre nous autres autant opiniâtres à fe venger, comme les Saunages. Dauâtage cela ell entre eux:fi aucun frappe vn autre, quâil fe propofe en receuoir autà t ou plus, amp;nbsp;que cela ne demeurera impuni. Cell vn trefi oeau Ipeclacle que les voir quereler, ou fe battre. Au re~ -
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LES SI NGV L AR I TE Z
Fidelité des Sa»-udo-es , O nîdîs no à iedroit des ehre Ãicns.
Ae aflez fideles 1âvn à lâautre:mais au regard des Chreftiês, les plus affeôlez amp;nbsp;fubtils larrons, encores quâils foyent nuds,quâil eft pofsible: amp;c eftiment cela grand vertu, de nous pouuoir dérober quelque cliofè. Ce que ien parle, eft pour lâauoir experimêté en moymefme. CeA quâen-uiron Noel,eAantlà ,vint vn roy du païs veoir le Sieur de Villegagnon,ceuxdefà compagnée mâemporterct mes habillements,comine iâeAois malade. Voyla vn mot de leur fidelité amp;nbsp;façon de faire en paAant, apres auoir parlé de leur obAination amp;nbsp;appétit de vengeance.
Du mariage des Saunages Amériques.
CHAP. 42.
âEA choie digne de grande coin milcra-tion,la creature,encore quâelle loit capable de railon, viureneantmoins brutale-ment.Par cela pouvions congnoiAre que nous ayons apporté quelque naturel du ventre de noAre mere,que nous demeu
Cotne à mcirient c:ux de
-rique.
rerions brutaux, h Dieu par fa bonté nâillviminoit noz e-Iprits.Et poLircene faut peler, que noz Amériques Ibient plus diferets en leurs mariages,quâen autres choies. Asie marient les vnsauec les autres, lans aucunes cerimonies. Le coulin prendra la coulinc, amp;nbsp;lâoncle prendra la niece lans difference ou reprehenfion,mais non le frere la leur. Vn homme dâautant plus quâil eAeAimé grand pour fes prouëffes amp;nbsp;vaillantifes en guerre, amp;nbsp;plus luy efi permis auoir de femmes pour le lèruir: amp;nbsp;aux autres moins. Car à vray dire, les femmes trauaillent pluslà ns coparailon, câeA
DE LA FRANCE A NT A R C T IQV F.quot; 8o câeft à fçauoir à cueillir racines,faire farines, bruuages, maffer les fruits,faire iardins, autres chofc-s,qui appartiennent au mefnage. Lâhomme feulement va aucune-I fois pefcher, ou aux bois prendre venaifon pour viurc. Les autres foccupent feulement à faire arcs amp;nbsp;flefehes, laiffans le fur plus à leurs femmes. Ils vous donneront Deflora-vne fille pour vous feruir le temps que vous y ferez, ou autrementainfiquevoudrez:amp;.vousfêralibredelaren-dre,quand bon vousfemblcra,amp; en vfent ainfi couftu-' mierement. Incontinent que ferez là ,ils vous interroge- riées^ ront ainfi en leur langage, Viença, que me donneras tu, ôc ie te bailleray ma fille qui eft belle, elle te fèruira pour te faire delà farine,amp; autres neeeÃitez? Pour obuier â ce- nbsp;nbsp;r r
la, le Seigneur de Villegagnon à nofire arriuée défendit dusei-fus peinede la mort, dcneles acointer,commechofe il- gneur de licite au Chreflien. Vray eft,quâapres quâvne femme eft rnariée,ilnefautquâellefeiouë ailleurs:car fielleeft fur-prife en adultere, fon mary ne fera faute delà tuer : car ils ont cela en grand horreur. Et quant à lâhomme, il neluy fera rien, cftimant que fil le touchoit,il acquerroit fini' mitié de tousles amis delâautre, qui engêdreroit vue perpétuelle guerre amp;diuorfe. Pour le moins ne craindra
coinrei-aux fefft mes Sa»
ua^cs.
I de la répudier: ce qui leur eft loifible,pour adultere : auÃi pour.eftre fterilc, amp;nbsp;ne pouuoir engédrer enfans: amp;nbsp;pour quelques autres occafions. Dauantage ils nâont iamais compagnee de iour auec leurs femmes, mais la nuit feulement, ne en places publiques,ainfique plufieurs efti-iiient par deçà : comme les Cris, peuple de Thrace amp;c autres Barbares en quelques ifles de la mer Magellanique, â^hofè merueilleufement deteftable,amp; indigne de Chre -v iiij
-Coutume ancienne des LydienSf jArme -ni ms, et habitant
lES SINÃVLARITEZ ftieniauquelpeuuentfèruir dâexemple en cefl endroit ces panures brutaux. Les femmes pédant quelles font grof-lès ne porteront pclà ns fardeaux, amp;nbsp;ne feront chofe penible,ains (è garderont très bien dâeftre offen fees. La femme accouchée quelques autres femmes portent lâenfant tout nud lauer à la mer ou à quelque riuiere, puis le re-Ãiortentà la mere, qui ne demeure que vingt amp;nbsp;quatre îeurcs en couche. Le pere coupera le nombril à îen-fant auec les dents : comme iâay veu y eftant. Au reffe traittent la femme en trauail autant fbngneufèmét,comme lâon fait par deçà . La nourriture du petit enfant eff le laiéf de la merc:toutesfois que peu de iours apres fà na-tiuité luy bailleront quelques gros alimens, comme farine mafehée, ou quelques fruits. Le pere incontinent que lâenfant eff né luy baillera vn arc amp;nbsp;flefehe à la main, comme vn commencement amp;nbsp;proteffation de guerre amp;nbsp;vengeance de leurs ennemis. Mais il y âvne autre choie qui gaffe tout: que auant que marier leurs filles les pe-res amp;meres'les profternent au premier venu,pour quelque petite chofe, principalement aux Chrefliens,allans par delà , fils en veulent vfer, comme nous auonsiadir. A ce propos de noz Saunages nous trouuons par les hiffoires, aucuns peuples auoir approche de telle façon de faire en leurs mariages. Seneque en vne de lès epiftres,amp; Strabonen là Colinographie eferiuent que les Lydiens amp;nbsp;Armeniens auoyent de couffume dâen-uoyer leurs filles aux riuagcs de lamer, pour la lèpro-ffernans à tous venans,gaigner leurs mariages. Autant lèlo luftin, en failoyentles vierges de lâifle deCypre,pour gaigner leur douaire amp;nbsp;mariage: lelquelles effans quittes amp;bien
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 8r amp;nbsp;bien iuftifices, ofFroyent par apres quelque choie â la decfle Venus. Il fenpourroittrouuerauiourdâhuy par deçà , lefquelles faifà ns grande profeisionde vertu amp;nbsp;de religion, en feroient bien autant ou plus,là ns toutesfois offrir ne prcfcnt ne chandelle. Et de ce ie mâen râapporte à la vérité. Au furplus de la confânguinité en mariage. Saint Hierofme efcrit, que les Athéniens auoyent de cou ftume marier les freres auec les fÅurs,amp;nô les tantes aux epiUreà nepueuz; ce quiefl au contraire denoz Amériques.
Pareillement en Angleterre, vne femme iadisauoit li-berté de fè marier a cinq hommes, amp;nbsp;non au contraire. En outre nous voyons les Turcs, Perfès, amp;nbsp;Arabes, prcn-' dre plufieurs femmes : non pas quâil foit honnefte ne to-I lerable en noftre Chriftianifme. Cóclufió,noz Saunages en vient en la maniéré que nous auons dit, tellemêt que bien à peine vne fille eft mariée ayant ià virginité : mais eftans mariées elles nâoieroient faire faute: car les maris les regardent de prés,comme tachez de ialouiîe. Vray eft quâelle peut laifler ion mari, quad elle eft mal traitée: ce qui aduient iouuent. Corne nous liions des Egyptiés, ^üifaifoient Icicmlable auât quâils enflent aucunes loix.
' En cefte pluralité de femmes dont ils vient, comme LesSm' I nous auons dit, il y en à vne touiiours par iùs les autres plus fauoriiee , approchant plus pres delaâperfonne, qui nâefttantfubietteautrauaij,commelesautrcs. Tous lesenfans qui prouicnnent en mariage de ces femmes, font reputez legitimes, difiints que le principal auteur de generation eft le pere,amp;: la mere non. Qui eft cauie que bien iouuent ils font mourir lesenfans mailes de leurs ennemis eftants priibnniers, pource que tels enfants Ã
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LES SINGVLARITEZ
raduenir pourroyent eftre leurs ennemis.
-â¢/ â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' ri' â ,
.gt; Z DesceYimonies^fepulture^amp;gt; funérailles^.
â fiâ?' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(pu ils font à leurs décès.
c H A P. 43.
re des SauM -^es dâen-Jepultu ' rer les corps.
Pres auoir déduit les meurs, façon de vi-ure,amp; plulîeurs autres maniérés de faire de noz Amériques,refte à parler deleurs funérailles ócfepultLires. Quelque brutalité quâils ayét, encores ont il celle opinion amp;nbsp;couftume de mettre les corps en
Opinion de Dioo^e O nés de la Ãpulture
terre,apres que lame eftfeparée,au lieu ou le defund en /oii'viuantauoit pris plus de plaifir :eftimans,ain{i quâils ddènt,nc le pouuoir mettre en lieu plus noble, quâen la terre, qui produift les hommes, qui portetant de beaux fruits, amp;nbsp;autres richeifes vtiles amp;nbsp;neceifaircs à lâvfà ge de lâhomme. 11 y a eu plufieurs anciennement trop plus imper tin eus que ces peuples fiuuages , ne Ce ioucians, que deuiédroit leur corps,fuft il expofé ou aux chiens,ou aux oyfeaux : comme Diogenes, lequel apres ià mort commanda ion corps eftre bureaux oyfeaux,amp; autres beftes, pour le manger, diià nt,quâapres ià mort (on corps ne ièn ducorbs nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quâilaimoiftrop mieux q fon corps
fèruift de nourriture queâde pourriture. Semblablement Lycurgus Legiflateur des Lacedemoniens commanda expreifement, ainiî quâeferit Seneque, quâapres ià â mort ion corps fuft iette en la mer. Les autres, que leurs corps fuifent brûliez amp;nbsp;réduits en cendre. Ce pauure peuple quelque brutalité ou ignorance quâil ait,femon-ftre
DE LA FRANCE ANT A R C T I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Si
ftre apres la mort de Ion parent ou amy fans eomparai-lon plus railbnnable que ne faifoient anciennement les Parthes, lelquels auec leurs loix telles quelles au lieu de mettre vn corpsen honorable fepulturejâexpo-Ibient comme proie aux chiens amp;nbsp;oyfèaux. Les Taxiîles à (emblable iettoientles corps morts aux oyfeaux du ciel, comme les Calpiens aux autres beftes. Les Ethiopiens iettoient les corps morts dedâs les fleuues. Les Romains les bruloient amp;rcduifoient en cendre, comme ont fait
i que noz Saunages ne font point tant dénués de toute hon I nefteté quâil nây ait quelque chofe de bon, confideré encore que fans foy amp;nbsp;fins loy ils ont cell aduis,câefl;à afça-uoir autant que nature les enfeigne. Ils mettent donc leurs morts en vne foire,mais tous afsis,corne deha nous auons dit,en maniéré que faifoient anciennement les Na lomones. Or la fepulture des corps eft fort bien approu-uée de lâefcriture fainte vieille amp;nbsp;nouuelle, enfemble les cerimonies, fi elles font deuement obfèruées : tant pour pfüuuée auoirefté vaiflèaux amp;nbsp;organes de lâame diuine amp;immor par la teIle,qLie pour donner elperâce de la future refurredlion: /^nteef-quâils feroyent en terre comme en garde lèure, atten- gt;nbsp;dans ce iour terrible de la refirredion. On pourroit a-mener icy plufieursautres chofesà cepropos,amp; comme plufieurs en ont mal vfé,lesvns dâvnefaçon, les autres dâvne autre:quc la fepulture honorablement célébrée eft ^ueîldes chofe diuine:mais ie mâen deporteray pour le prefènt,ve- ^â^uua-nant à noftre principal ftibiet. Donques entre ces Sau-uagesjfi aucun pere de famille vient à deceder, fes fern- nbsp;nbsp;nbsp;ÆÆ
mes, fes proches parens amp;nbsp;amis menerot vn dueil mer- famille
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ueilleux,non par lâefpace de trois ou quatre iours,mais de quatre ou cinq moys. Et le plus grand dueil,eft aux quatre ou cinq premiers iours. Vous lés entendrez faire tel bruit amp;nbsp;harmonie comme de chiens amp;nbsp;chats : vous verrez tant homes que femmes couchez fur leurs couchettes penhles,les autres le cul contre terre fembrafTans lâvn lâautre, comme pourrez voir par la prelènte f gure;difins en leur langue, Noftre pere amp;nbsp;amy eftoit tant homme de
bien, fi vaillant à la guerre, qui au oit tant fait mourir de, fes ennemis.il eftoit fort amp;nbsp;puilTantal labouroit tant bien noziardinsjilprenoit belles amp;nbsp;poilTon pour nous nourrir,helas il eil trelpafle, nous ne le verrons plus,finona-pres la mort auec noz amis aux païs, que noz
«i/ènt auqir veux,amp; plufieurs autres fèmblables paroIJcs.,
Ce
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 83
Ce quâils repeterotplus de dix mille fois,continuaiis iour amp;nbsp;nuit lelpace de quatre ou cinq heures,ne ceflans de la-méter. Les enfans du treipafle au bout dâvn moys inuitc-ront leurs amis,pour faire quelque fefte amp;nbsp;folennité à fon honneur. Et là faflembleront painttirez de diuerfes couleurs,de plumages,amp; autre equipage à leurmodc,faifins mille paifetemps amp;nbsp;cerimonies. le feray en ceft endroit oy^MX' mention de certains oyfeaux à ce propos, ayans fembla- ayas/îw ble cry amp;nbsp;voix quâvn hibout de ce pais, tirât fùr le piteux: lefquels ces Saunages ont en fi grande reuerence, quâon ne les oferoit toucher, difans que par ce chant piteux ces ° oylèaux plorent la mort de leurs amys : qui leur en fait a-uoir Ibuuenance. Ils font donc eftans ainfi aifemblez Sc
LES SINGVLARITE2
bes de leurs ennemis, amp;nbsp;autres inftrumens à la mode du pais.Les autres, comme les plus anciens, tout ce iour ne cefl'ent de boire fans manger, amp;nbsp;font feruis par les femmes amp;nbsp;parentes du defunót. Ce quâils font, ainli queie me fuis informé, ed à fin dâeleuer le cÅur des ieunes en-fans, amp;nbsp;les emouuoir amp;nbsp;animer à la guerre, les enhardir CotfÃu- contre leurs ennemis. Les Romains auoyent quafi fom-we nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;blable maniéré de faire. Car apres le décès dâaucû citoyé,
quiauoittrauaillé beaucoup pour la République, ils fai-rrespeu- foientieux,pôpes, amp;nbsp;chants funèbres à la louënge amp;nbsp;ho-{gt;lâ¬s aux ncur du defunól,enfemble, pour donner exéple aux plus funeyail- ieunesde femployer pour la liberté amp;nbsp;conferuation du lesddit- p^Ã5_ Pline recite,quâvn nomme Lycaon fut inuenteur de telles danfos,ieux chants funebres,pompes amp;nbsp;obfè-ques,quelon faifoitlorses mortuailles. Pareillement les Argiues, peuple de Grece, pour la mémoire du furieux lion défait par Hercules,faifoiét des ieux funèbres. Et Ale xandre le Grand, apres auoir veu le fepulchre du vaillat He6lor,en mémoire de fes prouéflès commanda, amp;luy feitpluheurs careffes amp;folcnnités.Ie pourrois icyamener plufieurs hilfoires, comme les Anciens ont diuerfè-ment obforuéles fepultures, felon la diuerfité des lieux: mais pour euiter prolixité ,fuffira pour le prefont entendre la coufoume de noz Sauuages:pource que tat les Anciens , que ceux de noftre temps ont fait plufieurs excès en pompes funèbres,plus pour vne vaine amp;nbsp;mondaine gloire quâautrement. Maisau contraire doibuent entendre,que celles qui font faites à lâhoncurdu defunèt amp;pour le regard de fon ame,fontlouables:la déclaras par ce moycimmortelle, approLiuaslareforreétio future.
Per
DE LA FRANCE ANT AR CT I QV E. 84 Des Mortugdbes^ de la chafUc^ de laquelle
ils yfènt enuers les e^lrangers.
CHAP. 44.
Sauuages,nous dirons encores quelque cliofè de leur façon de viure. En leur pais il nây à villeSjiie forterelfes de grandeur J finon celles que les Portugais, amp;nbsp;autres Chrefliens y ont bafties,pour leur commodité. Les maiions ou ils habitent font petites lo ^^hes lavettes, quâils appellent en leur langue 'Mortugahes, aflem- gettesdes blees par hameaux ou villages, tels que nous les voyons sauua-en aucuns lieux par deçà . Ces logettes font de deux, ou trois cens pas de long, amp;nbsp;de largeur vingt pas, ou enui-ron,plus ou moins: bafties de bois,amp; couuertes de fueil-les de palme, le toutdifpofé fi haïfuement, quâil efl im-pofiiblede plus. Chacunelogette a plufieurs belles cou-uertures,mais baircs,tellcment quâil fc faut baifier pour y entrer, comme q^ui voudroit palTer par vn guichet. En chacune y â plulieurs menages : amp;nbsp;en chacun pour luy amp;nbsp;fà famille trois brà /Tées de long. le trouue encore cela plus tolerable, que des Arabes ócTartares, qui ne baf, tillenn ïamais mailon permanente , mais errent ça amp;nbsp;la comme vagabons:toutesfois ils fe gouuernent par quel- nont quesloix:amp;noz Saunages nâen ont point, finon celles point de que Nature leurià données. Ces Saunages donc en fes inaifonnettes ,font plulieurs menages enfemble, au mi-lieu defquclles chacun en fon quartier, font pendus les lifts â pilliers, forts amp;nbsp;puilfants attachez en qnarrure,lef-
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Arbres quels font faits de bon coton, car ils en ont abondance, ijuipoy- que porte vn petit arbre de la hauteur dâvn homme, à la ftfwr le fomblance de gros boutons comme glands : differans coffo». nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jjg Cypre, Malte nbsp;nbsp;Syrie. Lefditslids
ne font point plus eipes quâvn linceul de ce païs:Sc fo cou ohent la dedans tous nuds, ainh quâils ont acouftumc iny. dâeftre. Ce liôt en leur langue eft appelle Iny^ èc le coton Mani- dont 11 eft fait, Islam got. Des deux coftez du hól du mai-ftre de la famille les femmes luy font du feu le iour amp;nbsp;la nuit: caries nuits font aucunement froides. Chacun menage garde amp;nbsp;fo reforue vne forte de fruit gros comme vn Åuf dâauftruche,qui eft de couleur de nozcocour-des de par deçà : eftant en façon de bouteille perfeedes deux bouts,paftant parie milieu vn bafto dâhcbene,long dâvn pied amp;nbsp;demy. Lâvn des bouts eft planté en terre,rau-tre eu: garny de beaux plumages dâvn oyfeau nommé Arat.^ qui eft; totalement rouge. Laquelle choie ils ont en lt;iyfeau. tel honeur amp;nbsp;reputatio, corne fi elle le meritoitiamp;eftimét ^e/uerte ^ela eftre leur Toupan : car quand leurs prophètes vien-udves'*~ i^Câ^tverseux,ils font parler ce qui eft dedans, entendans ' nbsp;par ce moyen le fecret de leurs cnnemis,amp; comme ils di
rent, fçauentnouuelles des âmes de leurs amys decedez. Ces gens au tour de leurs maifons ne nourriflent aucuns Poules, animaux domeftiques, linon quelques poules, encores bien raremét amp;nbsp;en certains endroits leulemét, ou les Portugais premièrement les ont portées: car au parauat nâen auoyent eu aucune congnoiftà nce. ils en tiennent toutefois fi peu de compte, que pourvu petit coufteau vous au rez deux poules. Les femmes nâen mangeroyent pour rien: ayans toutefois à grand depiaifir, quand ils voyent aucun
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;8$
! aucun Chreftiê mager à vn repas quatre ou cinq Åufs de poule,lefquelles poulies ils nómenty^r/^wrfwfxftimas que pour chacun Åufils magent vne poule,qui fuffiroit pour repaiflre deux hommes. Ils nourriflent en outre des per-roquets,le(quels ils changet en trafique aux Chrehiens, ' pour quelques ferrailles. Quant à or,amp;argent monnoyé, ils nâen vient aucunement. Iceux vne fois entre les autres, at«/ ay ans pris vne nauire de Portugais, ou il y auoit grand x® nombre de pieces dâargent monnoyc, qui auoit eftéap-porté de Morpion,ils donnèrent tout à vn François,pour quatre haches,amp; quelques petis coufteaux. Ce quâils efti-moict beaucoup,amp; non là ns raifon, car cela leur eft pro- ves, pre pour coupper leur bois, lequel auparauant elloient cotraints de coupper auec pierres, ou mettre le feu es arbres,pour les abattre:amp;: «a faire leurs arcs amp;: fléchés ils nâv-foient dâautre choie.Ils font aulùrplus fort charitables, amp;nbsp;autant que leurloyde Nature le permet.Quant aux cho-fes quâils eftiment les plus precieulès, corne tout ce quâils nages l» teçoiuent des Chrefliens,ilsen font fort chiches: mais de tout ce quicroiften leur païs,non,commealimens de belles, fruits nbsp;nbsp;poiflbns, ils en font aflez liberaux ( car ils
charité
nâont guere autre chofe) non lèulement par entre eux, tnaisaulsià toute nation, pour-ueu quâils neleurfoient ennemis. Car incontinent quâils verront quelcun deloing arriuer en leur païs,ils luy prelènterot viures Jogis, amp;nbsp;vne fille pour fon lèruice, comme nous auons dit en quelque endroit. AuÃi viendront à lâentour du peregrin femmes filles aÃifes contre terre, pour crier amp;plorer en ligne deioye amp;nbsp;bien venue. Lelquelles 11 vous voulez endurer
â iettanslarmes,dirontenleurlangue,Tu fois letresbien
Prouer-bg,
que les femmes. Sâils cheminent trete ou quarante liccics tant fiir eau que fur terre, ils viucnt en communauté:/! Jâvn en a, il en comuniquera aux autres,fil en ont beCoing: ainCi en font: ils aux étrangers. Qciiplus eïl cepauure peuple efl curieux de cho/èsnouuelles,amp;lesadmirefauf li félon le prouerbe , Ignorance eil mere d admiration) mais encore dâauatage pour tirer quelque ebofe qui leur aggrée des e/lrangers,fçauent/! bien fatter, quâil eil maf aiié de les pouuoir cconduire. Les hommespremicre-ment,quandonles viiîte à leurs loges ôccabannes, apres les auoir filticz, fapprochentde teïle affeurance amp;nbsp;fami-
DE LA FRANCE' ANTARCTIQVE.
liarité,quâils prendrôt incontinent voftre bonet ou cEap-peau, amp;nbsp;lâayant mis für leur telle quelquefois plufieurs lâvn apres lâautrejfe regardent amp;nbsp;admirent, auec quelque opinion dâeftre plus beaux. Les autres prendront voftre dague, elpee, ou autre coufteau fi vous en auez, amp;nbsp;auec ce menallêrôtde parolles amp;nbsp;autres gelles leurs ennemis; bref,il vous recherchent entièrement, amp;neleur faut rien refufer,autrement vous nâen auriez lèruice,grace,ne amitié quelconque, vrayeft quâils vous rendent vozhardes. Autant en font les filles amp;nbsp;femmes,plus encore flatteref-les que les hommes, amp;nbsp;toufiours pour tirer à elles quelque chofe, bien vray quâelles le contentent de peu. Elles ren viendront à vous de mefme grace que les hommes, auec quelques fruits,ou autres petites chofes,dont ils ont accouftume faireprefcns,dilà nsen leur ïâ^ue^Agatouren, qui cft autant a dire comme tu es bón, par vne maniéré de flatterie: EonaJJepia^môQ:rc moy ce que tu as,ainfi de-fireulès de quelques chofesnouuelles, commepetis mi-rouers, patenoftres de voirre:aufsi vous fuyuent à grand trouppes les petis enfans, amp;: demandent en leur langage, Hamabe ^zWtt,donnenous des heims,dont ils vlèntà prê-dre le poilTon. Et font bien appris à vous vfer de ce terme deuât dit,^^lt;zroKrm,tu es bon, fi vous leur baillez ce quâils demander: lino, dâvn vifige rébarbatif vous diront, ÆÆ/Æ-fochiy va,tu ne vauxrien, Dangaiapaaiougai'il tefaulttuer, auec plufieurs autres menalTes amp;nbsp;iniures:de maniéré, que ils ne donnent quâen donnant, amp;nbsp;encore vous rernarquét amp;nbsp;recongnoifl'entà iamais, pour le refus que leur aurez fait.
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US S l-NCVLAkni S
Defcription ctvnewttUdie nommée PianSyd laquelle/ontfubicts cespeuples de lâAmerique^tant es ifles que terre ferme.
CHAP. 4â.
r'täns, metlctdie des Sctu-
udges^et Ãn ori~
SäHHil-
^eSjpen-tlefurt luxurieux,et charnels
H Cachât biê quâil n y a chofe depuis la terre iufquesau premier ciel,quelque compaf-lèment amp;nbsp;proportion quâil y ayt,qui ne foitlubiette à mutation amp;nbsp;continuelle alteration. Lâair donc qui nous enuironne, nâeftantair fimplemêt,ains compofé, nâe/l toufioursGmblablecn tout temps, ne en tout endroit, mais tantoft dâvne façon,tâtoft dâvneautredoint que toutes maladies (comme nous dient les médecins ) viennent ou de lâair, ou de la maniéré deviure:ic mefuisaduifcde efcrire vne maladie fort familière amp;nbsp;populaire en ces terres delâAmérique amp;nbsp;delâOccidétjdecouuertes denoftre temps.Or cede maladie appellee Pians^par les gés du pai's, ne prouient du vice de lâair, car il eft là fort bon amp;nbsp;tempe -ré:ce que monftrent par experience les fruits que produit la terre auec le benefice de lâair ( fans lequel rien ne fe fait, foit de nature ou artifice) auÃi que la maladie proucnant du vice de lâair olfenlè autà t le ieune que le vieux, le riche comme le pauure, moyennant toutesfois la dilpofition interne. Refte donc quelle prouienne de quelquemale-uerlà tion,commc de trop frequenter charnellemctlâho-meauec la femme, attendu que ce peuple eft fort luxurieux, charnel , amp;nbsp;plus que brutal, les femmes fpcciale-ment, car elles cherchent amp;nbsp;prattiquent tous moyens à emouuoir les hommes au déduit .Qm me faitpenlèramp; dire eftre plus que vraylèmblable telle maladie n eftre au tre
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 87 trechofèque cede belle verolle auiourdhuy tant commune en noftre Europe, laquelle faufèment on attribue auxFrançoiSjCommefi les autres nây eftoient aucuncmêt fubiets-.de maniéré que maintenant les cHrangers lâappellent mal Fraçois.Chacun Içait cobienveritablemêt elle lu xurie en la France, mais no moins autrepart: amp;nbsp;lâont prife premièrement à vn voyage à Naples,ou lâauoyent portée de^A yc-quelques Efpagnols de ces ià es occidentales: car parauat quellesfulTent decouuertes ôcfubicttesà lâElpagnolnâé fut one mention, non fèulemêt par deçà , mais auÃineen la Grece,ne autre partie de lâAfie, amp;nbsp;Afrique. Et me fou-nient auoirouy reciter ce propos quelquefois a defunct mófieur Sy luius, médecin des plus doétes de noftre téps. Pourtant feroit à mon iugement mieux feant amp;nbsp;plus rai-fbnnable lâappeler mal Efpagnol, ayant de là fon origine pour lâegard du païs de deçà , quâautrement: car en François eft appellee veröle,pource que le plus fouuent,ftlon le temps amp;nbsp;les coplexions elle-femanifefteaudehorsà la pour-peau par puftules,que Ion appelle veroles. Retournons quoy a'ià au mal de noz Saunages,amp; aux remedes dót ils vfent. Or ce mal prend les perfonnes tantSauuages,comme Cbre-ftiens par delà de contagion ou attouchement, ne plus ne moins quelaverolepardeçazauftiâilmeftTies fympto mes, ôciufques là fi dangereux, que fil eft enuieilli,il eft malaifédele guérir,mefmc quelquefois les afflige iufi ques à lamort.QiuntauxChrefticns habitans en lâAme-que, fils le frottent aux femmes, ils nâeuaderont iamais quâils ne tombent en cell inconuenient, beaucoup plus toftque ceux dupais. Pour la curation,enlèmblepour quelque alteration, qui bien Ibuuét accompagne ce mal, y iij
LES SINGVLARITEZ
ils font certaine decoólion delâefcorce dâvn arbre nom-Tiiuou' iné en leur languede laquelle ils boiuent auec aufsibooumeilleur{ùccés,quedenoftregaiac.-auÃifont plusaifez à guerir que les autres,à mon aduispourleur temperature amp;nbsp;complexion,quinâeft corrompue de crapules,comme les noftres par deçà . Voila ce qui mâa fem-blé dire à propos en cefi: endroit;amp; qui voudra faire quel que diftîculté de croire à mes parolles,quâil demande lâopinion des plus {çauâs médecins fur lâorigine amp;caufedc cefte maladie,amp; quelles parties internes font plus toll of-fenféeSjOuelle fe nourrit : cariâen vois auiourdhuy plu-fieurscontradiôlionsalTezfriuolcSjfnonentreles doctes)
amp; fen treuue bien peu, ce me fomble, qui touchent au point, principalement de ceux qui entreprennent de la guérir : entre lefquels fe trouuent quelques femmes, quelques homes autant ignorans,quiefl: caufedegrâds inconueniens aux panures patiens, car au lieu de les guérir,ils les précipitent au gouffre ôeabyfmede toute afflf j^ion. Il y a quelques autres maladies, comme ophthal-^ve'^de^ ^'â^æsfdefqu elles nous auons défia parlé ) qui viennét dâv-^phthal- abondance de fumée, comme ils font le feu en plu-mies, fieurs parts amp;nbsp;endroits de leurs cafés amp;nbsp;logettes, qui font dâouellÿ grandes,pource quâilsfaflémblentvn grâdnombrepour procedet. hebergement. lefçay bien que toute ophthalmiene vient pas de cefle fumée,mais quoy quâil en foit,elle vient toufioursdu vice du cerueau,par quelque moyenquâil 2Vo tout aitefléoffenfé.Aufsinâefltoute maladie dâïeux ophthaU mie, comme mefme Ion peut voir entre les habitans de lâAmerique, dont nous parlons: car plufieurs ont perdu la veucfà ns auoir inflammation quelconque auxïeux.
mal des
Ophthalmie.
DE LA FRANCE ANTA RCT IQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;88
quinepcLit cûrcà mon iugement,quc certaine humeur dedans le nerf optique, empefchat que lâefpritdela veuc ncparuicnneà roeil. Etceûe plenitude amp;nbsp;abondance de matière au cerucau,felon que iâen puis congnoiftre, pro-uient de lâair,amp; ventauftral,chaud amp;nbsp;humide, fort fami- venfau lier par delà ,lequel remplit ayfément le cerueau:comme Jiralmal dittresbien Hippocrates. AuÃi expérimentons en nous Aquot;-mefiiies par deçà les corps humains deuenir plus pefins, la telle principalement, quand le venteftau Midy. Pour guérir ce mal des ïeux, ils couppentvne branche de cer- curati» tain arbre fort mollet, corne vneefpece de palmier, quâils emportent à leur maifon nbsp;nbsp;en diftillcnt le fuc tout rou-
geatre dedans lâoeil du patiét. le diray encores que ce peu-pie nâefl: iamais fubiet à lepre, paralyhc, vlceres, amp;nbsp;autres vices exterieurs amp;nbsp;Ãiperficiels, comme nous autres par deçà : mais prelque toufiours là ins amp;nbsp;dilpos cheminent dâvne audace,la telle leuée comme vn cerf Voila en paà là ntde celle maladie la plus dangereulè de nollre France Antarôlique.
Des maUdiesplus frequentes en lAmerique^e^ la methode quds obferuent à figuerir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 46'.
â ) L nây a ccluy de tant rude efprit,qui nâen-tende bien ces Amériques ellre compo-i fez des quatre elemens, corne font tous gt;nbsp;corps naturelsjamp;parainhfubietsà meà mes alfeôlions, que nous autres, iniques ââ à ladifl'olution des elemés. Vray ell que Jes maladies peuucnt aucunement ellre diuerfos, félon la' temperature de lâair, de la region, amp;: delà manière de vi-y üij
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ure.Ceux qui habitent en ce païs pres de la mer,font fort lubiets à maladies putredineufès, heures, caterres, amp;nbsp;au-ToUe opl- En quoy font ces panures gens tant perfùadez, amp;nbsp;abufez de leurs prophètes, dont nous auons parlé, lesquels font appeliez pour les guérir, quand ils font malades :amp; ont celle folle opinion, quâils les peuuent guérir. On ne Içauroit mieux coparer tels galans, quâà plulîeurs battcleurs,empiriques,impofleurs,que nous auonspar
«/O» des Siituii-
'd lâen droit de leurs pro pJietcs et de leurs iftdlddict
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 85gt;
le corps.AuÃi quand vn malade ralle,ayant quelque humeur en lâeftomac amp;poulmons,laquelle par débilité, ou autrement il ne peut ietter, il eftime que câeft Ion ame qui le plaint. Or ces beaux prophetes,pour les guérir, les fù-ceront auec la bouche en la partie ou ils ftntiront mal, f)en(à ns que par ce moyen ils tirent amp;nbsp;emportent la ma-adie dehors .Ils le fticent pareillement lâvn lâautre, mais cenâeft auecques telle foy amp;nbsp;opinio.Les femmes en vient autrement, tiles mettront vnfil de coton long de deux pieds en la bouche du patient, lequel apres elles fucent, aes, eftimäsauÃi auec ce fil emporter la maladie. Si lâvn bleà felâautre par mal ou autrement, il eft tenu deluyfucerlà play c, iniques à ce quâil Ibit guéri: amp;nbsp;ce pendant ils fab-
Methode de^ue rir les maladies obfiruées entre les
Sauua-
( ftiennent de certaines viandes, 1 elquclIes ils eftimet eftre contraires. Ils ont certe methode de faire incifions entre
font auec vne efpece d nerbe fort trencliate, on biéaiiec dents de quelques beftes. Leur manière de viure eftans malades eft, quâils ne donnerontiamais à manger au patient,fi premièrement il nâen demâde,amp; le laiflerontplus toft languir vn moys. Les maladies,comme iâay veu, nây font tant frequentes que par deçà , encores quâils demeu-lent nuds iour amp;nbsp;nuit: auÃi ne fontils aucun excès à boi-
Manie' rede yi-ure des
te ou à manger. Premièrement ils ne goutteront de fruit corrompu,quâilne Ibit iuftement meut: la viande bien cuitte. Au lurplus fort curieux de cognoiftre les arbres amp;nbsp;fruits, amp;nbsp;leurs propriétés pour en vieren leurs maladies. Le fruit duquel plus comunemétils vient en leurs maladies, eft.nommé gros comme vnc moyenne ci-trouille, fait toutautour corne vne pomme de pin, ainfi
Z
DE IA FRANCE AN T A R C T I QJV F.
que pourrez voir par la prefente figure. Ce fruit deuient iaune en maturité,lequel eft merueilJeufement excellent, tant pour fa douceur que fà ueur, autant amoureufè que fin fucre,amp; plus. Il nâeft pofsible dâen aporterpar deçà , fi-non en confiture, car eftant meur il ne Ce peut longuemêt garder. Dâauantage il ne porte aucune graine :parquoy il le plante par certains petis reiets, comme vous diriez les greffes de ce païs à enter. AuÃi auaut quâeftre mcur il efl 11 rude à manger,quâil vous elcorchela bouclie.LafueiI-le de celtarbrilfeau, quand il croift, efl lemblable à celle dâvn large ionc. le ne veux oblier comme par lingularité entre les maladies vue indilpofition merueilleufc,q leur caillent certains petis vers,qui leur entrer es pieds, appeliez en leur langueTow, lefquels ne font gueres plus gros Tomjif-que cirons : amp;:croirois quâils f engendrent amp;nbsp;concréent pece de dedans ces mefmes parties, car il y en a aucunesfois telle multitude en vn endroit, quâil fe fait vnegrolTe tumeur comme vne febue, auec douleur amp;nbsp;demangeailbn en la partie. Ce que nous efl pareillement aduenu eflans par delà , tellement que noz pieds elloyent couuerts de petites boirettes,aulqucllcs quand font creuées Ion trouue feulement vn ver tout blanc auec quelque boûë - Et pour obuier à cela,les gens du païs font certaine builc dâvn fruit nome HiboucouhuS^n^\it vne date,lequel nâeft bon à manger: laquelle huil 1 e ils referuent en petits vailleaux couhu, de fruits,nommés en leur langue Cdrdmemo^amp;i. en frottent Ãttic amp;nbsp;les parties offenfées:chofe propre, ainli quâils afferment, V*-contre ces vers. AuÃi fen oignent quelquefois tout le corps,quand ils fe trouuent laflez. Celle huile en outre eft propre aux playes amp;nbsp;vlceres, ainfi quâils ont cogneu par
z ij
IE s S INGVEARI TE Z experience. Voylades maladies amp;nbsp;remedes dontvfent les Amériques. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
La mAniere de trafftejuer entre ce peuple. D'rn oypdu nomméToucany^ de HeJ^icerie du pais.
en h V. 47.
Ombié quâenlâAmeriquey ait diuerfité de peuples, Sauuages néanmoins, mais de diuerics ligues amp;nbsp;factions, couftu-miers de faire guerre les vus contre les autres : toutefois ils ne laiflènt detrafli-quer5tant entre eux quâauec les eftran-
Trdffi-quedes Sauud-ges.
gers, (fpecialement ceux qui font pres de la mer) de telles choies que porte le pars. La plus grande traffique eft de plumes dâauftruches, garnitures dâelpe'es faites de pennaches,amp; autres plumages fort exquis. Ce que Ion apporte de cent ou nx vingts lieues, plus ou moins, auat dedans le païs: grand quantité fomblabement de colliers blancs amp;nbsp;noirs: auÃide ces pierres vertes,lefquelles ils portent aux leures,comme nous auons dit cy delTus. Les autres qui habitent fus la cofte de la mer, ou tralfiquent les Chreftiens, reçpiuent quelques haches, couteaux,da-gues,elpées,amp; autres ferremés, patenoftres de verre, peignes, mirouërs,amp; autres menues befongnes de petite valeur: dont ils traftiquent auec leurs voilins, nâayans autre moyen, linon donner vne marchandifo pour lâautre: amp;nbsp;en vfent ainlî. Donne moy cela,ie te donneray cecy, fans tenir long propos. Sur la cofte de la marine, la plus fre-quéte marchandifo eft le plumage dâvn oyfoau, qu ils ap-
DE LA TRANCE ANT A R C T I QV, E.
pellent enleur langue Toucan^lequel deferirons fommai- DeÃcrr-rementjpuis quâil vient à propos. Ceft oyfeau eft de la ptiondu grandeur dâvn pigeon.Il y en â vne autre clpece de la for-medâvne pic,de mefîne plumage que lâautre: câeft à fça-uoir noirs tous deux,liors-mis autour de la queuë,ou il y â quelques plumes rouges, entrelacées parmy les noireSy foubs la poitrine plume iaune, enuiro quatre doigts, tant en longueur que largeur: amp;nbsp;nâeftpoÃibletrouuer iaune
1 plus excellét que celuy de ccfl oi{èau:au bout de la queue
' il à petites plumes rouges corne fang. Les Saunages en prénent la peau,à lâendroit quieft iaune,öclâaccommodet v* â'r««-. a faire garnimres dâefpées à leur mode,.amp;: quelques robes, chapeaux, amp;nbsp;autres choies, lay apporte vn chapeau fait eÃrange deceplumage,fort beau amp;nbsp;richejequel a eftéprefentc au cüpoféde
Sin^uld-rùt^^^dp-portées pdrl'^u teur de \^me-rique en Trcince, Permu-tâtio dei choses et-tidt lâyfi O'S demo-O noyé, Mos Py renées pontquot;
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uiere de Plate iniques à la riuiere des Amazones, llz fen trouue quelques vns au Peru, mais ne lont de fi grande corpulêce que les autres. A la nouuelle Elpaigne,Floridc, Melsique,Terre neuue, ilne fen trouue point,à caule que le païs ell trop froid,cc quâils craignent merueillculemét. Aurelie cell oyfeau ne vit dâautre choieparmy les bois ou il fait là refidcnccjfinon de certains fruiôlzprouenans du païs. Aucuns pourroient penlcr quâil full aquatique, ce qui nâell vray l'emblable, comme iâay veu par experience. Au relie cell oyfeau ell mcrueilleulèment diHor meamp; monftrueux, ayant le bec plus gros amp;nbsp;plus long quail que le relie du corps. lâcn ay aulsi apporte vn qui me fut donné par delà , auec les peaux de plufieurs de db uerfescouleurs,les vnes rouges comme line elcarlatte, les autres iaunes, azurées, amp;nbsp;les autres dâautres couleurs.
Ce plumage doc efl fort eftimé entre noz AmeriqueSjdii quel ilstraftiquent ainfi que nous auons dit. Il effc certain quâauantlâvlà gede monoye on traffiquoitainii vnecho-fc pour lâautre, amp;nbsp;conliftoit la richefle des hommes, voire des Roys, en belles, comme chameaux, moutons amp;nbsp;autres. Et quâil foitainfi, vous en auez exeplcs infinis,tant en Berofe quâen Diodoredelquels nous recitét la maniéré quelesanciês tenoietde trafriquer les vnsauec les autres, laquelle ie trouue peu differétc à celle de noz Amériques amp;nbsp;autres peuples barbares. Les choies donc anciennemêt fe bailloient les vnes pour les autres, comme vne brebis
oppelle:^. pQLij- blc, de la laine pour du fel. La traflique, h bien conlîdcrons,ell merueilleufemet vtilc outre quâel-le ell le moyen dâentretenir la focieté ciuile. AuCsi ellelle fort célébrée par toute nation. Pline en Ibn lèptieme en attribue
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE.
attribue rinuentionamp; premier vfà ge aux Phéniciens. La traffique des Chreftiens auecques les Amériques,font monnesjbois de brefîl,perroquets, coton,en change dâautres chofes,comme nous auons dit. Il fapporte aulsi deschre de là certaine efpice qui cft la graine dâvne herbe, ou ar-Ãiens a~ brifleaude la hauteur de trois ou quatre pieds. Le fruit reflemble à vnefrczedecepaïs,tant en couleur que au-trement.Quand il eft meur, ilfc trouue dedans vne petite femence comme fenoil. Noz marchans Chreftiens fe dâej^ice. chargent de cefte maniéré dâefpice, non toutefois h bonne que la imniguette quicroiftenla cofte de lâEthiopie, amp;nbsp;en la Guinée: auÃi nâefl elle à comparer à celle de Cali-cut,ou de Taprobane. Et noterez en paifant, que quand lo dit lâelpicerie deCalicut,il ne faut eftimer quelle croilfe Epicerie là totalement,mais bien à cinquante lieues loing,en ie ne decab-fçay quelles ifles,amp;:fpecialemct en vne appellee Corchel. Toutefois Calicut eft: le lieu principal ou fe mene toute la traftlque en lâInde de Leuant: amp;nbsp;pource eft: dite elpice-rie de Calicut. Elle eft donc meilleure que celle de noftre Amérique. Le Roy de Portugal, comme chacupeut entendre, reçoit grand emolument delatraffique quâil fait de ces elpiceries, mais non tant que le temps paffccqui eft: depuis que les Efpagnols ont decouuert Lifte de Zebut, iÃede. richeamp;de grande eftendue, laquellevoustrouuczapres auoir pafte le deftroit de Magellan. Cefte ifte porte mine dâor,gingembre, abodance de porceleineblanche. Apres ontdecouuert Aborney, cinqdegrezde lâequinoctial, amp;nbsp;MoluÃ,, plufieurs ifles des Noirs,iufques à ce quâils font paruenuz lt;amp;nbsp;de lâe aux Moluques, qui font Atidore,Tcrrenate,Mate,amp; Ma^'^'^ chian petites iÃes afles pres iâvne de lâautre : comme vous
Z iiij
LES SINGVLARITEZ
pourriez dire les Canaries, deiquelles auons parle. Ces ifles diflantes denoftre France de plus decent oólante degrez,amp;; (j tuées droit au Ponent,prod uifènt force bonnes efpiceries, meilleures que celles de lâAmerique fans corn paraifon. V oila en paflant des M ol uques,apres auoir traité de la trafhque de noz Guuages Amériques.
Des oyfeauxplus communs de [Amérique.
CHAP. 48.
gt; Ntre plufieurs gères dâoy (eaux que natu re diuerfement produit, defcouurantfcs dons par particulières proprietez,dignes certes dâadmiratiô,lcfquelles elle a baillé à chacun animal viuant, il ne fen treuue
vn qui excede en perfeéfion amp;nbsp;beauté, ceftuicy,qui Ce voit couftumierement en lâAmerique, Deferî- nommé des Saunages Carmde^ tat nature le plailoit à por-/)rzo» du traire ce bel oyfeau, le reueftant dâvu fiplailà nt amp;C. beau pen^tSejqnâileftimpoÃiblenâadmirertelfeoLiuriere. Cell exceüete nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n excede point Ja grandeur d vn corbeau : amp;nbsp;Ion
beauté. plumage;
sdepuislevétreiufouesau golier,eftiaune corne hn or: Tes ælies amp;nbsp;laqueuë, laquelle il â fort longue,font de couleur de fin azur. A ceft oyfeau le trouuevn autre femblablcen groireur,mais difierent en couleur: car au lieu quelâautrcale plumage iaune,ceftuicy lâa rouge,corne fine elcarlatte,amp; le relie azuré.Ces oyfeanx font elpe-ces de perroquets, amp;nbsp;de mefme forme,tant en telle, bec,
qu en pieds. Les Saunages du pais les tiennent tort cners, à caufè que trois ou quatre foislâannce ils leur tirent les plumes,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 9^ plumes, pou r en faire chapeaux, garnir boucliers, efpécs de bois,tapifleries,amp;autres choies exquiiès, quâils Font couftumiere.ment. Leidits oyièaux font fi priuez, que tout leiour fe tiennent dans les arbres,tout autourdeslo-gettes des Saunages. Et quand ce vient fiir le ioir, ces oy-feauxfe retirent les vns dansles loges, les autres dans les bois: toutefois ne failiétiamais à retourner le lendemain, ne plus ne moins que font noz pigeos priuez,qui nidifiêt aux maiibns par deçà . Ils ont pîuiieurs autres efpeces de perroquets tous difterés de plumage les vns des autres. Il y en â vn plus verd q nul autre, q ic trouue par delà ,quâils ^iou-noment Awwoub: autres ayansiùr la teile petites plumes nbsp;nbsp;nbsp;°y-
azurées, les autres vertes, que noment les Sauuages, lAar â gd.na6. Il liefen trouue point de gris, comme en la Gui-née,amp; en la haulte Afrique.Les Amériques tiennent toutes ces eipeces dâoyièauxen leurs loges,ià ns eftre aucunement enfermez, comme nous faiibns par deçà : iâentens apres les auoir appriuoiiez de ieuneife à la maniéré des Anciens,comme dit Pline au liure dixième de ion hiiloi- nbsp;nbsp;'
re naturelle, parlant des oyièaux: ou il afferme que Stra-bon a eile le premier qui à monilré à mettre les oyieaux . en cage-, lefquels parauant auoient toute liberté dâaller amp;
Venir. Les rem mes ipecialement en nourrilient quelques oyfeAux vns, femblablcs de ilature amp;nbsp;couleur aux lorions de par en edge, deçà ,lefquels elles tiennent fort chers,iufqucs à les appel-lcr en leur langue,leurs amis. Dauantage noz Amériques apprennent à ces oyièaux à parler en leur langue, comme à demader de la farine,quâils font de racines: ou bien leur apprennent le plus fouuent à dire amp;nbsp;proférer quâil faut aller en guerre contre leurs ennemis, pour les pren-
LE s s INGVLARI TE Z
rotjuets
dre,puisles manger,amp; plufieurs autres chofes. Pour rien ne leur donneroient des fruits à manger, tant aux grands quâaux petis:car telle chofe(difent ils)leur engendrent vn '^bodtin ver,qui leur perce le cÅur. Il y à multitude dâautres perce roquets fauuages,qui fe tiennent aux bois,defquelsils tuent grande quantité, à coups de fléchés, pour manger. Et font ces perroquets leur nids au fommet des arbres, de
Depuù quel teps Auons eu conmoif pince des ferro-f]uets.
wenjwe. toute ronde,pour crainte des belles picquantes. Il à efté vn temps que ces oyfeaux nâeftoient congneuz aux anciens Romains, amp;nbsp;autres pais de lâEurope, fmon de-puisfcome aucuns ont voulu dire) quâAlexandrele Grad enuoya fon lieutenant Oneficrite en lâifle Taprobane, lequel en apporta quelque nombre; amp;nbsp;depuis fè multiplièrent fi bien,tant au pais de Leuant quâen Italie,amp; prin cipalement à Rome, corne ditCoIumelle au liure troif-iefine des dits des Anciés, que Marcus Portius Cato (duquel la vieamp;doôlrine fut exemple à tout lepeuple Ro-main)ainfî commefefentantfcandalizé,difl: vn iourau
Exda.-
Senat: Opérés côfcripts,ô Rome malheureufe,iene fçay wrfno de plus en quel temps nous fommestombez,depuis que iâay veuen Rometelles monflrofitez.câeftà fçauoirleshom-Cdto con nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
rrc les de porter perroquets fus leurs mains, amp;nbsp;veoir les fem-lices de nies nourrir,amp; auoir en delices les chiens. Retournons Ã
fin teps. nozoyféaLix,qui fètrouuent par delà , dâautre efpeccamp; fort eftrangesfcomme eft celuy quâils appellent Toucan, duquel nous auons parlé cy deuant) tous différés à ceux de noftre hemifpheretcome pouuez plus clerement voir par ceux,qui nous font reprefèntez en ce liure, amp;: de plu-fleurs autres, dont iâay apporté quelques corps garniz de plumes, les vues iaunes,rouges, vertes,pourprées,azu-
rees,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 5?4
rées, amp;nbsp;de plufieurs autres couleurs: qui ont efte prefén-tez au Roy, comme chofés ftngulieres, amp;nbsp;qui nâauoient onequesefté veuës par deçà . Ilrefte à defcrire quelques autres oiféaux afléz rares amp;nbsp;eftrâges:entre lefquels fe trou ue vne efpece de mcfme grandeur amp;nbsp;couleur que petis corbeaux,finon quâils ont le deuant de la poitrine rouge, comme fang, amp;nbsp;fe nomme Pdnon^ fon bec eft cédré, amp;nbsp;ne
oyfèa» eÃrange. lerahtt'
vit dâautrechofè, fino dâvnfruitdâvneefpece depalmier, nommé lerdhuua. Il lâentrouue dâautres grans comme noz merles, tous rouges comme fang de dragon, quâils nomment en leur langue Ouiapidn. Il v à vne autre elpecc de la grofleur d'vn petit moineau,lequel eft tout noir, vi-uant a vne façon fort eftrage.Quand il eft foui de formis, amp;nbsp;autre petite vermine quâil mange, il ira en quelque ar-briireau,dans lequel il ne fera que voltiger de haut en bas, de branche en branche,là ns auoir repos quelconque. Les Saunages le nomment Annon. Entre tous les oy féaux qui .gt;4nnon, font par delà , il fen trouue encore vn autre, que lesSau-uages ne tueroient ou offenféroient pour chofé quelcon que.Ceftoyféauà lavoixfort efclatantcamp;piteufc,côme celle denoftre Chathuant: amp;nbsp;dient ces pauures gens que fon chant leur fait recorder leurs amis morts,eftimâs que
ua e/pece de fab mier.
Quidpta, oyfêau.
ce font eux qui leur enuoyent, leur portant bonne for-tune,amp; mauuaife à leurs ennemis. Il nâeft pas plus grand quâvn pigeon raniier,ayant couleur cendrée,amp; viuant du fruit dâvn arbre quifappelle HiuowdheXç. ne veux oublier Vnautre oyfeau nommé Goudmbuch qui nâeft pas plus gros quâvn petit cerf volant, ou vne grofte moufehe : le- buch,oy~ quel neantmoins quâil foit petit, eft fibeau aie voir, quâil feau fore eftimpoÃible de plus. Son bec eft longuet amp;nbsp;fort menu,
Hiuottra he,arbre. Coitam-
LES SINGVLARITEZ
amp; fà coLileur grifà tre.Et combienquece foitle plus petit oyfeau, qui foit (corne ie pcfe) foubs le ciel,neantmoins il chante merueilleufcment bien,amp; eftfortplaifantà ouyr. le laifTe les oyféaux dâeau douce amp;nbsp;fà lée, qui fonttous dif ferens à ceux de par deçà ,tant en corpulence quâen variété de plumages. le ne doute,Leôleur,que noz modernes autheursdesliuresdâoyfeaux, netrouuent fort effrange laprefentc defcription que iâen fais, amp;nbsp;les pourtraits que iefayreprefcntez. Mais fans honte leur pourras reputer celaà lavraye ignorance quâils ont des lieux, lefquels ils nâont iamais vifité, amp;nbsp;à la petite congnoiflance quâils ont pareillement deschofes eftrangeres. Voila donc le plus fbmmairement quâil mâa elfe poÃible,des oyfeaux deno ftre Frace Antarôlique, ce que pour le temps que nous y auonsfèiournc,auons peu obferuer.
Des ycndifons fauudgmcs^que prennent ces Sauudffes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 45*.
L mefèmblenâeffrehors de propos, fîie recite les belles qui le trouuent es bois amp;nbsp;montagnes de lâAlmerique, amp;nbsp;comme les habitans du païs les prenent pour leur nourriture. Il me fouuient auoir dit en quelque endroit, comme ils nenourril-
Aiode fent aucuns animaux domeffiques, mais fc nourrilf par des^me les bois grande quantité de fiuuages, comme cerfs, bi-fXZ be cl'âcs,là ngliers,amp; autres. Qtiand ces belles fe détraquent Ães Ãia- âT 1 efeart pour chercher leur vie, ils vous feront vne foffe profonde conuerte de fueillages, au lieu auquel labeffe
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;55
hantera le plus fouuent,, mais de telle rufe amp;nbsp;finefle, qu a grand peine pourra efchapper : la prendrôt toute viue, ou la feront mourir là dedans, quelque-fois à coups de flefches. Le Sanglier efttrop plus difficile. Iceluy neref-femble du tout le no lire, mais eil plus furieux amp;nbsp;dange-rcux:amp;à la dent plus longue amp;nbsp;apparente.il ert totalemêt noir amp;nbsp;fins queuêâ:dâauantage il porte fur le dos vn euent femblable de grandeur à ceîuy du marfouïn, auec lequel il reipire en lâeau-CeporcfaLiuageiette vn cry fort efpou-iientablejaufsi entêd Ion fes dents claqueter amp;nbsp;faire bruit, foit en mangeant ou autrement. LesSauuages nous en amenèrent vne fois vn lié, lequel toutesfois eichappa en noilreprefence. Lecerfamp; la biche nâontlepoil tantvni cerfde délié corne par deçà , mais fort bourreux amp;nbsp;treifonne, l'^meri
Sandier de î'^-ni crique.
aifez long toutesfois. Les cerfs portent cornes petites au regard des noflres. Les Saunages en font grande eftime, pource quâapresauoir percélaleureà leurs petisenfans, ils mettront fouuent dedans le pertuis quelque piece de cede corne de cerf,pour raugmentcr,eftimans quelle ne porte venin aucummais au contraire cllerepugneamp;em-pefehe quâà lâendroit ne fengendre quelque mal.Plincaf-ferme la corne de cerfcilrercmcdeamp; antidote cotre tous té de i,t Venins. AuÃiles médecins la mettét entre les medicamés nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dc^
cordiaux, comme roborantamp; confortant lâeflomacde certainc propriété,comme lâiuoire amp;nbsp;autres. La fumée de Celle corne bruflécà puiflà nce de chaflcrles ferpens.Au -Clins veulent dire que le cerf fait tous les ans corne nou-Uelle: amp;nbsp;lors quâil effc deflitué de fès cornes,fc cache, mef-lîics quad les cornes luyveulenttombcr. Les anciens ont dliméà mauuais prefige la rencontre dâvn cerf amp;dâvn: A iij
LES SINGVLARITEZ lieureimais nous fommes tout au contraire,auÃi eftcefte opinion folle, fuperftitieufè, amp;nbsp;répugnante à noftre religion. Les Turcs amp;nbsp;Arabes font encores auiourdâhuy en Refuerie ceft erreur. A ce propos noz Saunages fè font perfuadez des Sau- yneautrerefuerie, amp;nbsp;fera bien fubtilqui leur pourra dif-fuader : laquelle eft, quâayans pris vn cerf ou biche, ils ne les oferoient porter en leurs cabanes, quâils ne leur ayent couppé cuiffes amp;nbsp;iambesdederriere,eftirnans que fils les fiortoientauec leurs quatre membres,cela leurofteroit c moyen à eux ôc à leurs enfans de pouuoir prédre leurs ennemis à la courfe: outre pluheurs refueries, dont leur cerueau eft perfumé.Et nâont autre raifon,finon que leur grand Charaïbe leur a faitainli entendre : aufi que leurs Pages amp;nbsp;médecins le defendent.lls vous feront cuire leur venaifon par pieces,mais auecla peau: amp;nbsp;apres quâelle eft cuitte fera diftribuée à chacun menage, qui habitent en vnelogerons enfemblc, comme eftoliers aux colleges. Ils ne mangeront iamais chair de befte rauiftante, ou qui (enourriftede choftsimpures,tant priuée(oitelle:aufsi _ r . ne fefforcerontdâappriuoifertelle befte, corne vnequâils Tiefcri- V 1 Zâ w Æ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;î 1
ption du appelentt(?4ry,grade comme vn regnard de ce pais,ayant Coaty^a- le mufeau dâvn pied de long, noir comme vne taupe, amp;nbsp;ni-nal e- menu comme celuy dâvn rat: le refte enfumé, le poil ru-de,la queue grefte comme celle dâvn chat fiuuage, moucheté de blanc amp;nbsp;noir,ayant les oreilles corne vn regnard. Ceftebefteeftrauiftante,amp;vit de proye autour des mià Efpecede ftaux. En oultre fè trouue là vne efpece de phaifà ns, faifan. gros comme chappons,mais de plumage noir, hors-mis la tefte,qui eft grifatre,ayant vne petite crefte rouge, pendante comme celle dâvne petite poulie dâInde,amp; les pieds rouges.
O
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. ^6 rouges. Aufsi y a des perdris nommées en leur langue âMacouacdnna^ qui font plus groÃes que les noftres. Il Ce Macoua trouLie dâauantage en lâAmerique grande quantité de ces cdnnlt;i,e^ ^beftes,quâils nommer nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;defiréesamp;recommanda- l^ece de
bles pour leur deformité, AuÃi les Saunages les pourfuy uentala chaflemon feulement pour la chair qui en efl
, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r- y nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t ? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dnmal..
tresbonne, mais aulsi pour les peaux, dont ces Saunages font boucliers,defqnels ils vfent en guerre. Et eft la peau de celle belle fi forte, quâà grande difficulté vn trait dâar-balelle la pourra percer. Ils les prennent ainfi que le cerf amp;nbsp;le là nglier,dont nous auons parlé nâagueres. Ces belles font de la gradeur dâvn grand afiie, mais le col plus gros, Sgt;c la telle comme celle dâvn taureau dâvn andes d ents tren rapihire
1 chà tes amp;: agues:toutesfois elle nâell dà gereulè. Quand on la pourchaire,elle ne fait antre refilléce que la fuite, cherchant lieu propre à le cacher, courant plus légèrement que le cerf. Elle nââ point de queue, finon bien peu ,de la longueur de trois ou quatre doigts,laquelle ellfans poil, corne celle de lâAgoutin. Et de telles belles fins queue fe troune grande multitude par delà . Elle à le pié forchu, a-uec vne corne fort longue, autant prelque deuant comme derriere.Son poil ellrougeatre,comme celuy dâauen nés mules,ou vaches de par deçà : amp;nbsp;voila pourquoy les Chrelliensqui font par delà , nomment telles belles vaches,non dillerentes dâautre chofe à vne vache, hors-mis S|nâellene porte point decornes:amp;à la verité,ellemelèm hic participer autat de lâaine que de la vache: car il fetrou Uepeu debelles dâelpecesdinerfes,qui ferelTemblcnten-fierement fans quelque grande difference. Comme auf-fidespoilTons, que nous auons veu fur la mer à la colle
A iiij
LES SINGVLARITEZ
de rAmérique, fè prefènta vn entre les autres ayant la te-fte comme dâvn veau, amp;nbsp;le corps fort bizerre. Et en cela poLiuez voir lâin duflrie de Nature, quia diuerfific les animaux félon ladiuerfitédeleurs efpeces, tat en lâeau quâen la terre.
Dâvn âïbre nommé Hyuonrahe.
CHAP. 50.
E ne voudrois aucunement laifTer en ar-^riere,pourfon excellence amp;nbsp;fingularité, arbre,nome des fà uuagesZ/ywô^/r^A^ qui vaut autat à dire,comme chofè rare.
Cefl arbre eft de haute flature, ayant lâc-fcorceargétine,amp;: au dedans demyerou ge.11 a quafi le gouft de fèl, ou corne bois de rigliflé, ainfi que iâay plufieurs fois expérimenté. Lâefcorcede ceft arbre âvne merueilleufè propriété entre toutes les autres, auÃieften telle repu ration vers les Saunages, comme le bois de Gaiac par deçà : mefmes quâaucuns eftiment eftre vray Gaiac,ce que toutefois ic nâapprouue;car ce nâeft pas à dire, que tout ce qui a mefine propriété que le Gaiac, foit ncantmoins Gaiac. Nonobftant ils fen 1er uct au lieu
de l'ejcone de cejl ((r bre.
de Gaiac,iâcntendsdcs Chreftiés,car les Saunages ne font tant fubiets à celle maladie comune, de laquelle parlons plus amplement autre part. La maniéré dâen vfor eft telle: Lon prend quelque quantité de cefte efoorce, laquelle rend du laid, quand elle eE rêcentement feparéedâauec lebois:laqnellecouppée parpetismorceanx fontboullir en eau lâelpace de trois ou quatre heures, iniques a tant que
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. $7 que celle decoélion deuient colorée,comme vin clairet. Et de ce bruuageboiuét par lâelpacc de quinze ou vingt iours confccutiuementjfaiià ns quelque petite dicte:ce que fuccede fort bien ainfi que iâay peu entendre. Et ladite efcorce nâeft fculemct propre à ladite affection, mais à toutes maladies froides amp;nbsp;pituiteufes, pour atténuer amp;nbsp;delcicber les bu meurs: de laquelle pareillemét vfent noz Amériques en leurs maladies. Et encore telle décoction cft fort plaifintc à boire en pleine fanté. Autre choie bn- Exceller guliereà ceft arbre, portant vn fruit de la groffcurdâvnc prune moyenne de ce païs,iaune comme fin or de du-cat : au dedans le trouuc vn petit noyau, fort fuauc amp;nbsp;Hyuou-delicat,auec ce quâil efi: merueilleulèment propre aux ma rahé, lades amp;nbsp;degourtez. Mais autre chofè lèra parauenture eftrange, amp;nbsp;prelque incroyable, à ceux qui ne lâauront veuë : cell quâil ne porte Ion fruit que de quinze ans en quinze ans. Aucuns mâontvoulu donner à entendre de vingt en vingt: toutesfois depuis iâay feeu le contrarie, pour mâen cftre fil ffilà mment informé, mcfmcs des plus anciens du païs.Ie mâen fis monftrer vn, amp;nbsp;me dift celuy qui me le monftroit, que de fi vie nâen auoit peu manger fruit que trois ou quatre fois. Il me Ibuuient de ce bon fruit de lâarbre nommé Lothe, duquel le fruit cft fi friant, ainfi que recite Homere en fon Odyflee,lequel apres que Homtri les gens de Scipion eurent goufté, ils ne tenoient conte de retourner à leurs nauires, pour manger autres viandes amp;nbsp;fruits. Au fiirplusen ce païs le trouuent quelques arbres portas cafre,mais elle nâeft fi excellente que celle dâEgypte ou Arabie.
LES SINGVLARITEZ'-
D'vn Autre arbre nommé yhehehafoUyamp;* des ntouÃ-thés â miel (jui le fréquentent. ' '
ixjI',.. Ã'H A P. 51^'-:-;
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Liant quelque iour en vn village, diftant du lieu ou eftoit noftre reiidence enuL ron dix lieues,accompagné de cinq Saunages, amp;nbsp;dâvn truchement Chreftien, ie me mis âcontempler devons collez les arbres,dont il y auoit diuerhté: entrclef-arrellay à celuy duquel nous voulons parler, . lequel à voir Ion itigeroit ertreouurage artificiel, amp;nbsp;non Tiefm- de Nature, Ceft arbre eft itierueilleulèmct haut,Ies bran-ptioifyn ches pafTants les vues paf'dedas les autres,les fueilles fèm mï'vhe nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, chargée chacune branche de
behafou ffiut, qui eft dâvn pié de longueur. Interrogantdon-ques lâvn de la compagnie quel elloit ce fruit,il me mon-ftre lors, amp;nbsp;ipâadmonneflie de contempler vne infinité de n^ouchc^jà Jentôurdcc^fruiti qui lorseftoit tout verd,' duquel fe nourrifTent ces moufches â miel ; dont fefloit
miel.
retiré vn grand nombre dedans vn permis de cell arbre, Deuxep OU elles 'Ãifoien't miel amp;-cire'. Il y à -déux elpeces de ces peess dff nVoufèhcVïte'vnes'lö'nt'grofles'cömmeles nollres, qni ÿindÃf leùlemencqü^tiebdiiesfleurs odorantes,aufsi miel elfë^ vïi iniel tresbon,m4iiâde cire non en tout lî faune qü'elânollre. Il fen rrouue vne autre elpece la moytié plürs petites que lés autres: leur mieîell encore meilleur qdéiléj.^rén1i0;^amp;:-Ie nomment les Saunages Hira. Elles ne viuent de Id paÃure des autres, qui caulè à mon aduis, quâellesffont vne cire noire comme charbon :amp; fen Elit grande quantité,IpecEilement pres la riuiere des Vafès,amp;: de Plate.
LES SI NGVLARI TE Z
ideyrat^ de Plate. Il fetrouue là vn animant, nommé Heyrat.^qui vaut autant à dire comme befte à rnieljpourcequâelle recherche de toutes pars ces arbres, pour manger le miel que font ces moufches.Ceft animant eft tanne,grand corne vn chat,amp; à la methode de tirer le miel auec les grif-r/ge i/f fes,(à ns toucher aux moufches,ne elles à luy. Ce miel eft miel te-eftimé par delà , pourcc que les Sauuages en preftn-nuengra fe^t à leurs malades.miftionnéauec farine recente quâils flerecow nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;z r ⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' i ⢠i â¢
wu/rffzo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;accoLutume faire de racines. Quant a la cire ils n en
Aietilpü Ã.qy de Crete.
Pour' quoy ont faint les Pûèâtesles
mou-
de diuers vfènt autrement,finon quâils lâappliquent pourfairc tenir peuples, leurs plumettes amp;nbsp;pennages autour ae la tcfte.Ou bien de boucher quelques groftes cannes, dans Iclquellesils met tent leurs plumes,qui eft le meilleur threfor de ces Sauuages . Les anciens Arabes amp;nbsp;Egyptiens vicient amp;nbsp;appli-quoient aulsi du miel en leurs maladies,plus que dâautres médecines,ainli que recite Pline.Lcs Sauuages de la riuie-re de Marignan ne mangent ordinairement, finon miel auec quelques racines cuittes,lequel diftille amp;nbsp;dechet des arbres amp;nbsp;rochers corn me la manne du ciel,qui eft vn tref-bon aliment à ces barbares. A propos Laóface au premier liurc des Inftitutions diuines recite,Iî iâay bone mémoire, que Meliftùs Roy de Crete, lequel premier lacrifia aux dieux, auoit deux filles, Amalthea amp;nbsp;Melifta,lelquelles nourrirent lupiter de laiót de cheurc, quand il eftoit en-fant,amp; de micLDont voyâs ceux de Crete celle tant bon-ches cÃre ne nourriture de miel, comencerent en nourrir leurs en-Wfw 4 fans: ce qui à donné argument aux Poètes de dire,que les je mom-hesà miel eftoient volées à la bouche de lupitcr.Ce /f»-. nbsp;nbsp;nbsp;9^^ cognoiftà nt encore le là ge Solon permift qu on traf-
Solon, nbsp;nbsp;portail tous fruiélshors de la ville dâAthenes,amp;pluheurs
autres
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE.
autres viôtuailles,excepté le miel. Pareillement les Turcs ont le miel en telle eftime, quâil neÃpofsible deplus,efpe rans apres leur mort aller en quelques lieux de plaiiance remplis de tous alimcns, amp;nbsp;fpecialemêt de bon miel, qui font expeôhations fatales. Or pour Åtournerà noftrear-brcjil eîi fort frequente par les mouches à miel, combien que le fruit ne (bit bon à manger, comme font plufieurs autres du païs, à caufè quâil ne vict guercs à maturité^ ains eftmangé des moufehes, comme lâay peu apperceuoir. Au refte il porte gomme rouge, propre à plulieurs cho- Gomme fes,comme ils la fçauent bien accommoder.
D'vne beÃe ajÃez^ eflrange^ appellee Halit.
CHAP. 52.
Riftote amp;nbsp;quelques autres apres luy fè font efforcez auec toute diligéee de cher cher la nature des animaux, arbres, her-bes,amp; autres chofès naturelles: toutefois par ce quâils ont efeript nâeft vrayfèmbla-ble quâils foient paruenuz iufquesà no-ftre Frace Antarébique ou Amérique,pource quâelle nâe-ftoitdecouuerteauparauat,nydeleurtemps.Toutefois inc» CG quâils nous en ont laifle par eferit, nous apporte beau- ^nueaux Coup de confolation amp;nbsp;foulagement. Si donc nous en deferiuons quelques vues, rares quant a nous amp;nbsp;incon-gnuésjiâefpere quâil ne fera pris en mauuaifê part, mais au contraire pourra apporter quelque contentement au Le-âî^eur, amateur des chofes rares amp;nbsp;fîngulieres, lefquelles. Nature nâa voulu eflre communes a chacun païs. Cefte
B iij
LES SINÃVLARITEZ
Defcri-ftio £yn cinimdl nommé ïldutbi.
bcÃe pour abregc.r,eft autat difforme quâil eff poÃible,amp;: quafi incroyable à ceux qui nelâauroient veuë.Ils la nom ment â/4«^ou Haüthi^ de la grâdcur dâvn bien grâd guenon dâAfrique,fon ventre efl: fort aualé contre terre.Ellc â lateffe prefque fcmblable à celle dâvn enfant, la face femblabicment,comme pouuez voir par la prefènte figu re retirée du natureLEftât prife elle fait des foufpirs comme vn enfant afdigéde douleur. Sa peau eftcendrée Sc velue comme celle dâvn petit ours.Elle ne porte find trois ongles aux pieds longs de quatre doigts,faits en mode de greffes arclies de carpe, auec lefquelles elle grimpe aux arbres,ou elle demeure plus quâen terrc.Sa queue cfl:longue de trois doigts,ayant bien peu depoil.Vneautrecho fe digne de mémoire, câeff que celle belle nâa iamais elfe veiië
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. ICO Vcuë manger dâhomme viuant,encores que les Saunages enayent tenu longue efpace de temps, pour voir h elle mangeroit,ainfî queux mcfmes- mâont recité. Pareillement ie nelâeufle encore creu,iniques à ce quâvn Capitaine deNormandie nommé De refpiné,amp;le Capitaine Mogneuille natifde Picardie, fepormenâs quelqueiour i en des bois de haute fuftaye,tirerent vn coup dâarquebu-contre deux de ces beftes qui eftoient an fefte dâvn ar- ne Mo-bre.dont tombèrent toutes deux à terre,lâvne fort blelfée, zneuille. amp;nbsp;lâantre feulement eftourdic,de laquelle mefntfaitpre ' iènt.Et la gardât bien lâefpace de vingt fix iours, ou ie con gnu que iamais ne voulut manger ne boire : mais touf-iours à vn mefme eftat,laquelle à la fin fut eftrangléepar quelques chiens quâauions mené auec nous par delà . Aucuns ertiment cefte befte viure feulement des fueillesde certain arbre,nomé en leur langue Amahut. Ceft arbre eft haut eleué fur tous autres de ce pais, fes fueiîles fort petites amp;nbsp;déliées, Et pource que couftumierement elle eft en ceft arbre ils lâont appelleAnfurplus fortamoureu fe de lâhomme quand elle efi appriuoifée, ne cherchant quâà monter ftir fes efpaules, comme fi fon naturel eftoit dâappeter toufiourschofes hautes;, ce que malaifément peuuent endurer les Sauuages,pource quâils font nuds,amp;: que ceft animant à les ongUs' fort aguës, amp;nbsp;plus longues quele Lion,nebefte que iâaye vcu,tantfafôuche grdn-dc foit elle. A Ce propos iâay veu par experience certains Chameleons, que Ion tenoiten cage dans Conftantino- chaKc pie, qui furent appcrceuzviu refoulement de lâair. Et par ainfiie congneueftre vcrifablc,CG que mâauoiGnt'dit'lèS' / ' Sauuages de ceftsebefte. En outre encore quelle demeü- .
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;B iiij
LES S I NGVL AR I TE Z
Indu-Ãrie^ faits ad-â mirables d: N atu re.
raft attachée iour amp;: nuiét dehors au vent amp;a la pluye (car ce païs y eftaflez ftibi et) néant moins elle eftoit touf^ iours aufsifcche comme parauant.Voila les faits admira bles de Nature, corne elle fè plaift à faire chofès grandes,diuerfès,amp; le plus foLiuentincomprehenftbles amp;nbsp;admirables aux hommes . Parquoy cefèroitchofèimperti-nente dâen chercher la caufè amp;nbsp;raifon, comme plufieurs de iour en iour fefForcent : car cela eft vn vray fecret de Nature, dont la congnoiftà nce eft referuée au feul Créateur, comme de plulieurs autres que Ion pourroit icy alléguer, dont ie me deporteray pour fbmmairement parvenir au refte.
Comme les Amériques font feu^ de leur opinion du delugedes ferremens dont ils yjent.
eu k v. 53.
Pres auoir traité dâaucunes plates fingu lieres, animaux incôgneuz,non feulement par deçà , mais aufti comme ie penfè en tout le refte de noftre monde habitable, pour nâauoir efté ce pais co-gneu ou decouuert,que depuis certain
temps en ça; iâay bien voulu,pour mettre fin à noftre dif cours de rAmerique,defcrirela maniéré fort eftrange, dont vient ces Barbares à faire feu,comme par deçà auec la pierre amp;nbsp;le ferzlaquelle inuention à la vérité eft cele-^tetbo- fte,donnée diuinementà rhommc,pourfà neceftité. Or dedesfau Sauuages tiennent vne autre methode, prelquein-dafreÃu nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;feLi,bien differente à la noftre,qui eft de
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;frapper
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. IGI frapper le fer au caillou. Et faut entendre quâils vient couitumieremcnt de feu, pour leurs neceÃitez,coniiTie nous faifons:amp; encore plusjpour refiler à ceil efprit malin,qui les tormcnte : qui efl: la caufe quâils ne ie coucheront iamais quelquepart quâils foient,quâil nây aytdufeu allumé,a lâentour delcur liól.Et pource tant en leurs mai-fons que ailleurs, foit au bois ou à la campagne, ou ils font contraints quelquefois demeurer longtcmps,com-me quand ils vont en guerre, ou chaiTer à la venaifon, ils portent ordinairement auec eux leurs inilrumens à faire feu. Docquesils vous prendront deux ballons inégaux, I lâvn, qui eil le plus petit de deux pieds, ou enuiron, fait ; de certain bois fort icc, portant moelle : lâautre quelque
LES S INGVLAR 1 TE Z
Thdtd. Thdtd-, tin.
Pfemie-reinuen-tion dit
Vulcdin inueteur du feu.
Opinion des Sdu-
Utf^estou chdntyn delu?-e.
uec les pieds quâil mettra delTus,fichera le bout de lâautre ballon dedans le permis du premier jauec quelque peu de cotton, amp;nbsp;defueilles dâarbre feiches: puis à force de tourner ce ballon il fengendre telle chaleur, de lâagitation amp;nbsp;tourment,que les fueilles amp;nbsp;cotton fe prennent à brûler, amp;ainfî allument leur feudequel en leur langue ils appellent, Thata^ la fumée That Afin. Et celle maniéré - de fiüre feu,tant fubtile, difent tenir dâvn grand Charaïbe plus que Prophcte,quilâenlcigna â leurs peres anciens, amp;nbsp;autres cholès,dontparauant nâauoient eu cognoiflance. le Içay bien quâil fe trouueplufieurs fables de celle inuen tion de feu. Les vns tiennent que certains palleurs furent premiers inuenteurs de faire feu,à la maniéré de nozSau Liages: cell à Içauoirauec certain bois,dcfi:ituezde feramp;: caillou. Par cela Ion peutcongnoillre cuidemment,que le feu ne vient ne du fer ne de la pierre: comme dilpute tresbien Aphrodilce en lès Problèmes, amp;nbsp;en quelque annotation fur ce pallage,par celuy qui nâagueres lésa mis en François. Vous pourrez voirie lieu. Diodore elcrir, que Vulcain â cité inuenteur du feu,lequel pour ce re-fpeôlles Egyptiens eleurent Roy. Aulsilont prelqueen mefme opinion noz Sauuages,leiquels parauant lâinuen-tiondu feu, mangeoient leurs viandes feichées à la fumée. Et celle congnoilîâance leur apporta, comme nous auons dit, vn grand Charaïbe, qui la leur communiqua la nuidlen dormant, quelque temps apres vn deluge, lequel ils maintiennent auoir elle autrefois: encores quâils nâayeut aucune congnoilfancc par eferiptures,linon de pere en fils: tellement quâils perpétuent ainli la mémoire des choies, bien lâelpace de trois ou quatre cens ans: ce qui
DE IA FRANCE ANTARCTIQVE. lOi qui eft aucunement admirable. Etparainfi font fort curieux dâen(èi2:neramp; reciter à leurs enfans les choies adue-nuès, amp;nbsp;dignes de mémoire : amp;nbsp;ne font les vieux anciens la meilleure partie de la nuyt, apres le rcueil, autre choie que remonftrer aux plus ieunes:amp; de les ouyr vous diriés que ce font prelcheurs, ou leôleurs en chaire. Or lâeau fut fi excelsiuemêt grande en ce deluge, quelle Itir-palToit les plus haultes montagnes de ce pais: amp;nbsp;par ainli tout le peuple fut lùbmergé amp;nbsp;perdu. Ce quâils tiennent pour alfeuré, ainfi que nous tenons celuy que nous pro-polè la fainôle efcriture. Toutefois il leur ell trop ailé de faillir,attendu quâils nâontaucun moyen dâelcriture,pour mémoire des choies, linon corne ils ont ouy dire à leurs pères: aufsi quâils nombrent par pierres, ou autres chofes feulement,car autrement ils nelçaucntnombrerqueiuf-ques a cinq,amp; comptent les mois par luneslcomme délia enauonsfait quelque part mention) dilà ns,ily à tant de lunes que iefuis né,amp; tant de lunes que fut ce deluge, lequel temps fidèlement fupputc reuient bien à cinq cens ans. Or ils afterment amp;nbsp;maintiennent conllamment leur deluge, amp;nbsp;Il on leur contredit, ils fellorcent par certains argumens de Ibultenir le contraire.Apres que les eaux fu Qyio-iâe rent abailfées amp;nbsp;retirées, ils dilènt quâil vint vn grad Cha- des^Säa-raïbe, le plus grand qui fut iamais entre eux, qui mena là Mres. vn peuple de païs fort lointain, cfiant ce peuple tout nud, corn me ils font encore auiourdâhuy,lequel â li bien multiplié iufques à prelent,quâils fen difent par ce moyé eftrc ylfuz.Il me lèmble nâellre trop repugnant, quâil puilTea-üoir efté autre deluge que celuy du temps de Noë. Toutefois ieme deporteraydâen parler, puis que nous nâen
IES SINGVLARITE2
auons aucun tefmoignage par 1âcfcripture,retournansau feu de noz Sauuagcs,cóine ils en ont vfé â plufieurs cho-ïe^mode commeà cuire viandes, abatte bois, iufques à ce que t/ef SM- depuis ils onttrouué moyen de le coupper, encore auec »4ges à quelques pierres, amp;nbsp;depuis nâagueres ont receu lâvûge cQu^erd» des ferremens par les Chreftiens qui font allez par delà .
le ne doute que rEurope,amp;quelques autres païsnâayent Dedahu eftéautrefosfà ns vÃgc de ferremens. Ain fi recite Plineau fcptiéme de fon hiftoire naturelle,que Dedalus fut inuen de la pre teur de la premiere forge, en laquelle il forgea luymef-fnierefor nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;congnéc,vnc fie, limeôc doux. Ouide toutefois
^ 'edriiin au huitième de fi Metamorphofè dit quâvn nommé Pe-neteurde drisneueude Dedalus inuenta laÃe à la fèmblance delâef
fie. pine d'vn poiffon eleuée en haut.Et de telle efpece de poif fbn paffans foubs la ligne equinoctiale à noftre retour,en Efitece de prifmes vn, qui auoit lâefpine longue dâvn pie fus le dos: lequel voluntiersnous cuisions icy rcprcfcnté par figure, fila commodité Jâeufi: permis,ce quetoutesfoisnous ef-perons faire vne autre fois. Donques aucuns des Saunages depuis quelque temps defirans lâvfà ge de ces ferremens pour leurs necefiitez, fè font appris à forger, apres auoir efté inftruits par les Chreftiens.Or fans diuertir loin de propos, iâayefte contraint de chager fouuent amp;nbsp;varier de fèntences,pour la variété des pourtraits que iâay voulu ainfi dmerfifier dâvne matière à autre.
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de la FRANCE A NT A R C T F QV E. lOj Pf U riuiere des l^afes enfemble d'aucuns animaux qui Æ trouuent la enuiron nbsp;nbsp;nbsp;de la terre nomce
Morpion. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 54.
riuiere desVafes par delà celebrce, situatie autà t amp;plusjque Charante,Loire,ou Sei de U ri-P^ââ a^Ã^jbtuéeà vingt amp;nbsp;cinq heuës GeneurCjOU nous arreilames, amp;nbsp;font encor pour le iourdâhuyies François, effc , â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Portfrequcntée,tantpour lâabodance du
bon poiflbn,quepour la nauigation à autres chofes necef faires.Or ce fleuue arroufe vn beau amp;nbsp;grandpaÃ3,pnt en plainure,que de montagnes: elquelles Pe trouae quelque mine dâor, qui nâapporte grand emolumêt à fon maiftre^ pource que par le Peu il Pe rcfoult prePque tout en Pu mée. Là autour Pont plufieurs rochers,amp;pareillement en plu-lieurs endroits de lâAmérique, quiportent grande quà ti-té de marchafites luifà ntes comme fin or: Pemblablemét Maycha.
autres petites pierres luifà ntes,mais non pas fines comme fîtes, amp;nbsp;celles de Leuant : auPsine Py trouuent rubis ne diamans, . ne autres pierres riches. Il y à en outre abodance de mar-bre amp;ia(pe:amp; en ces mePmes endroits Ion efpere de trou üer quelques mines dâor ou dâargent : ce que Ion nâa oPé ^li^ne, encore entreprendre, pour les ennemis qui en font aflez proches. En ces montagnes fo voy ent belles rauifià ntes, comme leopards,loups-ceruiers,mais de lions nullemêt, ne de loups.Il Ce trouue là vne efpece de monnes, que les de Sauuases appelent fo«/)/cK,de mefine grandeur que les communes,lans autre dmerence,linon qu elle porte bar-be au menton comme vne cheure. Ceft animal efi: Port eu..
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enclin â luxure. Auecques ces monnes fe trouuent force Sd^ottin, petites belles iaunes', nommées Saguoins ,non feulement dnimdl. nbsp;nbsp;nbsp;ceft endroit,mais en plulieurs autres. Les Saunages les
chalfentpour les manger, amp;nbsp;fi elles fe voyent cotraintes, elles prendront leurs petis au col, amp;nbsp;gaigneront lafuyte. Ces monnes font noires amp;nbsp;grifes en la Barbarie,amp; au Peru de la couleur dâvn regnard. Là ne le trouuent aucuns finges,comme en lâAfrique amp;nbsp;Ethiopie : mais enrecom-Trfffo«, penfele trouue grand multitude de74Zf(7«j,quifont be-dntmdl. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dont les vns font de la grandeur amp;nbsp;hauteur
dâvn cochon,lcs autres font moindres : à fin que ie difè ce en palEmt, leur chair eft merueilleufement delicate a manger.Quant au peuple de'celle contrée, il eft plus bel-»^^7 liqueux, quâen autre endroit de lâAmerique, pour efire confin S)C pres de fes ennemis : ce que les contraint à fex-ercer au fait de la guerre. Leur Roy en leur langue fap-pelle QuoniambeeSe. plus craint amp;nbsp;redouté qui (oit en tout red^t^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;merueilleufemét belliqueux.
I Et penfe que iamais Menelaüs Roy amp;nbsp;côduéleur de lâar-...1,.».? tmée des Grecs ne fut tant craint ou redoutédes Troiens, I que ceftuyci eft de fes ennemis. Les Portugais le craignét I fus les autres, car il en à fait mourir plulieurs. Vous ver-Iriezfon palais, qui eft vne loge faite demefiTie,amp;ainfi (que les autres, ornée par dehors deteftes de Portugais: jCarcâeft la couftume dâemporter la telle de leurs ennemis,amp; les pendre fur leurs loges. Ce Roy aduerty de no-I ftre venue, nous vint voir incontinent au lieu ou nous eftions, amp;nbsp;y feiourna lâefpacede dixhuitioLirs, occupant I la meilleure partie du temps,principalement de trois heu res de matin à reciter fes victoires amp;nbsp;geftes belliqueux contre
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I04 , contre fes ennemis-.dâauantage menafler les Portugais, a-uec certains gelles, Icfquels enlà lagueil appellePew.Ce Pei'os. Roy ell le plus apparét amp;nbsp;renom me de tout le païs. Son village amp;nbsp;territoire cft grad, fortifié à lâentour de baftios â â amp;nbsp;plateformes de terrre,fauorifez de quelques pieces, comme faucôneaux, quâil â pris fus les Portugais. Quant à y auoir villes amp;mallons fortes de pierre,il nâen y a point, mais bien, comme nous auons dit,ils ont leurs logettes fort longues amp;nbsp;Ipatieufes.Ce que nâauoit encores au corn mencement le genre humain,Iequel efloitfi peu curieux amp;nbsp;fongneux dâellre en lèureté, quâil ne lèloucioit pour j lors dire enclos en villes murées, ou fortifiées de folTcz
amp; rempars,ains elloit errät amp;nbsp;vagabond ne plus ne moins , que les autres animaux, fins auoir lieu certain amp;nbsp;defigné pour prédre fonrepos,maisence lieu fi repolbit, auquel la nuytle furprenoit,fins aucune crainte de larrôs:ce que ne font noz Amériques, encore quâils loient fort fiuua-ges. Or pour coclufion ce Roy, dont nous parlons, fefti-mefort grand, amp;:nââ autre ebofi à reciter que fis gran-deurs,reputant à grand gloire amp;nbsp;honneur auoir fait mou rirplufieursperfonnesamp;les auoir magées quant amp;nbsp;quat, inefinesiufques au nombre de cinq mille, comme il di-^*â^ foit.ll nâell mémoire quâil fi foit iamais fait telle inhuma-nité,côme entre ce peuple. Pline recite bien, epe Iule Ce-far en fes batailles efl eftimé auoir fait mourir de fes en-nemis nonantc deux mille vnzecenshommes:amp; fi trou tient plufieurs autres guerres amp;nbsp;grands ficcagemés, mais fait âtou ils ne fi lont mangez lâvn lâautre.Et par ainfi retournans a rir de^es noflre propos, le Roy amp;nbsp;fis fubiets lont en perpétuelle fes ba guerre amp;nbsp;inimitié auec les Portugais de Morpion,amp; aufsi
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De/crî- les Saunages du païs.Morpion eft vne place tirant vers la prion du riuierc de Plate, ou au deftroit de Magellan, diftant de la ligne vingt cinq degrez, que tiennent les Portugais pour Roy.Et pour ce faire y â vn Lieutenant general auec nombre de gens de tous eftats amp;nbsp;efclaueszou ils fè maintiennent de forte quâil en renient grand emolument au Roy de Portugal. Du commencement ilzfo font adonnez à planter force cannes à faire fucres:à quoy depuis ils nâont fi diligemment vaqué,foccupans à cnofe meilleu-rfe Aïo? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;auoir trouué mine dâargent. Ce lieu porte grand
Æ0» quantité de bons fruits, delqiiels ils font confitures à leur NdnAs. mode,amp;principalement dâvnfruit nômé nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;duquel
iâay parlé autre part.Entre ces arbres amp;nbsp;fruits iâen reciteray vn,nommé en leur langue Choyne^ portant fruit grand comme vne moyenne citrouille, les fueilles fèmbïables à celles de laurier : au relie le fruit fait en forme dâvn Åuf dâautruche. Ilnâell bon à manger, toutesfois plailà ntà voir, quand lâarbre en eft ainfi chargé. Les Saunages en outre quâils en font vaifleaux à boire, ils en font certain myllere, le plus eftrange quâil eft poÃible. Ils emplilTent ce fruit apres eftre creule, de quelques graines, de mil ou autres, puis auec vn ballon fiché en terre dâvn bout, amp;nbsp;de lâautre dedans ce fruit, enrichy tout à lâentour de beaux plumages. Et le vous tiennent ainfi en leur maifon,chaf-cun menage,deux ou trois: mais auec vne grand teueren ce, eftimans ces panures idolâtres en fonnant amp;nbsp;maniant ce fruit, que leur Toucan parle a eux: amp;nbsp;que par ce moyen ils ont reuelation de tout,fignamment â leurs Prophètes: parquoy eftiment amp;nbsp;croyent y auoir quelque diuinité,amp; nâadorent autre choie fonfible que cell inftrument ainfi fonnant,
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fonnantquand on le manic. Et pour fingulariteiâay apporté vn de fes inftrumenspar deçà (que ie retire fècrete-ment de quelquâvnjauec plufieurs peaux dâoy féaux de di uerfès couleurs,dont iâay Fait prefènt à monfieur Nicolas de Nicolai Géographe du Roy, homme ingénieux amp;nbsp;a-mateur non feulement de lâantiquité, mais au (si déroutes choies vertueu(ès.Depuisil les a monftrées au Roy eftant à Paris en fa maifon,qui eftoit expres allé voir le liure quâil ' fait imprimer des habits du Leuant : amp;mâ.i, fait le récit que le Roy print fort grand plaifir à voir telles cho(es,en-tendu quâelles luyeftoient iufquâà ceioui incongneuès. Au relie y a force orenges, citrons, cannes defucre: brief le lieu eft fort plaifant. Il y a là auEi vne riuiere non fort grande, ou Ce trouucnt quelques petites perles, amp;nbsp;force pird-i- poiffon, vne efpece principalement quâils appellent Pzf4-fiouchi. jpouchty qui vaut autant à dire comme mefenant poiffon.
Il cft meruciHeufemcnt difforme,prenant (a naillance fur le dos dâvn chien de mer,amp; le fuit eftât ieune,com me (on principal tuteur.Dâauantage en ce lieu de Morpion,habi-té,comme nousauos dit, parles Portugais, fe nourriffent maintenant plufieurs elpeccs dâanimaux domeftiques, que lefditz Portugais y ont portez. Ce que enrichift fort ôc décoré le pais, outre fon excellence naturelle, amp;nbsp;agriculture, laquelle iournellement amp;de plus en plus y eft exercée.
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DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. lOtf Pe la huiere de Plate^e^ pais circonuoifins. â CHAP. 55.
Vis que nous fbmmes û auant en pro-pos,ie me fuis auifé de dire vn mot de ce
beau fleuue de rAmcrique,que Jes Efpa gnols ont nommé Plate, ou pour lalar- Riuiere geur, ou pour les mines dâargent qui fe
* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 pourquoi
trouuent auprès, lequel en leur langue lt;
B W W nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t 1* a a I aa M nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;a * a nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;aa aa a nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I
ils appellent,Plate : vray eft queles Saunages du païsle nomment Pardridgacu-, qui eft autant adiré comme mer, ou grande congrégation dâeau. Ce fleuue cotient de largeur vingtfix lieues, eftant outre la ligne trentecinq de-grez,amp; diftant du Cap de Ginc AuguÃin fix cens feptâte neuës.Ie penlè que le nom de Plate luy a efté donné par premier ceux qui du commencement le decouurirent,pour la rai quot;Vorige fon premièrement amenée. AuÃi lors quâils y paruin-drent,receurent vneioye merueilleu£è,eftimans cette ri-uieretant large eftrc le deftroit Magellanique, lequel ils ^gpiate cerchoyent pour pafler de lâautre cofté de lâAmérique: toutefois congnoiftans la vérité de la cnole, delibererent mettre pied à terre,ce quâils feirent. Les Saunages du païs le trouuerét fort eftonnez,pour nâauoir iamais veu Cnre-ftiensainfi aborderen leurs limites : mais par fneeeÃion de temps les appriuoiferent, Ipecialemêt les plus anciens, amp;nbsp;habitans pres le riuage, auec prefens amp;nbsp;autrement : de maniéré que vifitans les lieux afles librement,trouuerent plufieurs mines dâargent: amp;nbsp;apres auoir bien recongneu les lieux,fen retournèrent leurs nauires chargées de bre-fil. Quelque temps apres eqnipperent trois bien grandes
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nauires de gens amp;.munitions pour y retourner, pour la cupidité de ces mines dâargent. Et eftans'arriuez au meC-me lieu,OU premièrement auoyent efi:e,de{plierent leurs efquifs pour prendre terre:-eâeft à fçauoir le capitaineac-compagnedâenuiron quatre vingts foldats,pour refifter aux Sauuages du païs, fils faifbyent quelque effort : toutefois au lieu dâapprocher,de prime face ces Barbares fen fuyoient çà Ià :quieftoitvne ruze, pour prattiquer meilleure occafion de ftirprendre les autres, defquefs ils fe lên toient offenfèz dés le premier voyage. Donc peu apres quâils furent en terre, arriuerent fur eux Se trois à quatre Mdjfà . cens de ces Sauuages, furieux amp;nbsp;enragez comme lyons credesEf affamez, qui en vn moment vous fà ccagerent ces Efpa-
gnols, amp;nbsp;en feirent vne gorge chaude, ainfîquâils font couftumiers de faire : monftrans puis apres à ceux, qui e-lloient demeurez es nauireSjCuiffes amp;nbsp;autres membres de
leurs compagnons rofliZjdonnans entendre que fils les \ ' tenoient,leur feroientlefèmblable.Ceque ma efté recité par deux Efpagnols qui efloient lors es nauires. AuÃi les Sauuages du païs lefçauentbien raconter,comme chofe Troiftef- digne dememoire,quand il vient à propos. Depuis y re-tourna vne compagniede bien deux mil hommes auec autres nauires, mais pour eftre affligez de maladies, ne peurentrienexecuter, amp;nbsp;furent contrains fen retourner Q^trlef ainfi.Encore depuis le Capitaine Arual mil cinq ccs qua^ we'i'ojyd rante ôcvn,accompagné feulement de Jeux cen^omes, enuiron cinquante chenaux y retourna,ou il vfâ de tel-le rufe,quâil vous accouftra meÃieurs les Sauuages dâvne we ducd terrible maniere.En premier les efpouuenta auec ces ehe-uaux, qui leur efloient incongneuz, Ãc reputez comme befles
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. , IQ-^
beftes rauiflà ntes : puis vous feit armer fes gens, dâarmes j 5 æ j
â¢-* î 1 à 11 â » t /T» â¢-* â¦â Ãr« JJ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 e* ôï Z311 a^e' a m nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;l'A î i ⦠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
fort polies amp;luiGntes,amp; par defluseleuécs en boiïèplu- ' fieurs images efjîouentables, corne telles de loups, lions, nbsp;nbsp;f ?â îgt; â
leopardsjla gueule ouuerte,figures de diables cornuz,dót furent fi elpouuetez ces pauures Saunages quâils fenfuy-rent, amp;nbsp;par ce moyen furent chaflez de leur païs. Ainfi font demeurez maillres amp;nbsp;fèigneurs de celle contrée,ou-treplufieurs autres païs circonuoyfins queparlùccefiion de temps ils ont conquellé, mefines iniques aux Molu-ques en lâOcean,au Ponét de lâautre collé de lâAmerique: de maniéré quâauiourdâhuy ils tiennent grand païs à lâentour de celle belle riuiere, ou ils ont bally villes amp;nbsp;forts, amp;,ont ellé faits Chrelliens quelques Saunages dâalenui-ron reconciliez enlèmble.Vray ellquâenuiron centleués delà fetrouuentautresSauuages, qui leur font la guerre, lelquels lont fort belliqueux, de grande Rature, prcfquc comme geans : amp;nbsp;ne viucnt guere finon de chair numai-ne comme les Canibales. Lefdits peuples marchent Ci le- ceini. gerementdu pié,quâilspeuuentattaindreles belles là uua ges à la courfe.Ils viuent plus longuemét que tous autres Saunages,corne cent cinquante ans, les autres moins .Ils . Ibnt fort lubiets au pech^elûxtîre damnable amp;nbsp;enorme dcuantDicu:duquel ie me deporteray de parler,non leu-lement pour le regard de celle contrée de lâAmerique, mais auÃi de plulieurs autres. Ils font donc ordinairemêt la guerre, tant aux Elpagnols, quâaux Saunages du païs à rentour.Pourretournerà nollre propos.ccllerinierede , ni nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n . . ' C dupais
rlate, auecques le terroir circonuoilin elt mamtenà trort riche,tant en argent que pierreries.Elle croiR par certains [a riuiere iours de lâannée, comme fût fcmblablemcnt lâAurelanc dePLns.
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qui eft au Peru,amp; comme le Nil en Egypte. A la bouche de cefte riuiere fè trouuent plufieurs ifles, dont les vnes â .1 ⢠font habitées, les autres non. Le pais eft fort montueux, â¢j â¢â¢â¢'.⢠depuis le Cap de là inte Marie iufques au Cap blanc,fpe-cialementceluy deuers la pointe laint Helene,diftante de la riuiere Ibixante cinq lieues : amp;nbsp;de là aux Arenes gourdes trente lieuës:puis encores de là aux Baffes à lâautre terre, ainfi nommée Baffe, pour les grades valées qui y font. Et de Terre baffe à lâabaïe de Fonde,fèptante cinq lieues. Le refte du païs nâà point efté frequété des Chreftiens, tirant iufques au Cap de fâint Dominique, au Cap Blanc, amp;nbsp;de là au promontoire des vnze mille vierges,cinquante deux degrez amp;nbsp;demy outre lâequinoélial ; amp;là pres eft le détroit de Magellan, duquel nous parlerons cy apres. Quant au plat païs,il eft de prefent fort beau par vne infinité deiardinages, fontaines,amp;riuieres dâeau douce, auf-quelles fe trouue abondance de tresbon poiffon. Et font lefdites riuieres fréquentées dâvne efpece de befte,que les SArico- Sauuages nomment enleur langue Sdneomerne,qui vaut * nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;autant à dire comme befte frià de. De fait câeftvn animal
amphi- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;î demeurant plus dans Peau que dans terre, 6c
nâeft pas plus grand quâvn petit chat: fà peau qui eft maillée de gris,blanc,amp; noir,eft fine comme veloux: fes pieds cftansfaitsà lafêmblance deceuxdâvn oyfèau de riuiere. Au refte fà chair eft fort delicate, amp;nbsp;tresbonne à manger. En ce païs fè trouuent autres beftes fort effranges 6c mon ftrueufesen laparttirant au détroit,maisnon ficruelles ' quâen Afrique. Et pour coclufîon le pais à prefent fè peut , voir réduit en telle foïme, que Ion le prendroitdu tout pourvu autre : cat les Sauuages du païs ont depuis peu de temps
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. lOg de temps ençainuentc parle moyen des Chreftiens arts amp;nbsp;fciencestrefingenieules,tellement (|uâilsfont vergon-gnemaintenâtà plufieurspeuples dâAlie amp;nbsp;denoftre Europe, iâentends de ceux qui curieufement obleruét la loy â Mahometifte,epilentique amp;nbsp;damnable doólrine.
Du détroit de 'M(tgellanyamp;â de celuy de Däriene.
CHAP. 5(Sâ.
Vis que nous fommes approchez fî pres de ce lieu notable, il ne fera impertinent en eferire fbmmairement quelque cho-(e. Or ce détroit appelé en Grec ainfi que lâocéan entre deux terres, amp;nbsp;}amp;tM( vn détroit de terre entre deux eaux:
corn me celuy de Dariene confine lâAmérique vers le mi-j dy, amp;nbsp;la (èpare dâauec vne autre terre aucunemet decou-üerte, mais non habitée, ainfi que Gibaltar, lâEurope dâa-! üecques lâAfrique, amp;nbsp;celuy deConftantinoble lâEurope 1 de lâAfie : appelé détroit de Magellan du nom deceluy quipremieremet le decouurit,fitué cinquatedeux degrés demy delà lâeqüinoôlial : contenant de largeur deux ' lieues,par vne mefmehauteur,droit lâEft amp;nbsp;Oueft, deux ïïiille deux cens lieues de Venecule du Su au Non dauan U^e du cap dâEircadc,qui eft à lâentrée du détroit,iufqucs 51 autre mer, du Su, ou Pacifique fiptantequatrelieues, ^ufquesau premier cap ou promontoire qui eft quarante ^egrez. Ce détroit à cité long temps defiré amp;nbsp;cherché de plus de deux mil huit cens lieues,pour entrer par cefi; endroit en la mer Magellanique, dite autrement Pacifique,
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Enterte amp;paruenirauxiflesdeMoluque. AmericVefpuce lâvn VeJ^ttee. (Jgj meilleurs pillotsqui ayteftéjà coftoyéprefque depuis Irlande iniques au cap de là int Auguftinjpar le com mandement du Roy de Portugal Jan mil cinq cens amp;
1S quot;5 4- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Capitaine, lâan mil cinq cens trente
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quatre,vint iniques à la region nomée des Geans. Celte
region entre la riuiere de Plate amp;nbsp;ce deftroit, les habitans font fort puiflans, appelez en leurlague Patagones,Qc3.ns pour la haute Ilature amp;nbsp;forme de corps. Ceux qui premièrement decouurirent ce païs,en prindrent vn hne-ment, ayant de hauteur douze pal mes, amp;nbsp;robulle à lâaue-nant: pourtant fi mal aile à tenir que bien à grand peine y fuffilbientvingt amp;nbsp;cinqhornmes: amp;nbsp;pour le tenir,con-uint le lier pieds amp;nbsp;mains, es nauires: toutefois ne le peu-rent garder long temps en vie : car de dueil amp;nbsp;ennuy lè laifla (comme ils dilèntj mourir de faim. Celte region eft de mcime temperature que peut eltre Canada, amp;nbsp;autres païs approchans de noltre Pole : pource les habitans lè veftent de peaux de certaines belles, quâils nomment en leur langue,kV«,qui ell autant à dire,comme eauzpour-tant lèlon mon iugement,que cell animal la plus part du temps,refideauxriuages des fleuues. Celle belle ellfort rauiflante,faite dâvne façon fort eIlrange,pourqLioy ie la vous ay bien voulu reprefenter par figure. Autre choie : Si elle ell pourfuyuie,comme font les gens du païs, pour en auoir la peau, elle prend lès petis fiis le dos, amp;nbsp;les couurantde là queue grolîeamp; longue,Ièlauueà lafuite. Toutefois les Sauuages vient dâvne finelTe pour prendre celle belle : failà nt vne folTe profonde pres du lieu ou el-lleà de coullume faire là refidence,amp;: la couurêt de fueilles
tue fcs pctis : Sgt;i.fait fescris tant efpouucntables, quâelle rend iceux Saunages fort craintifs amp;nbsp;timides. En fin pour tant ils la tuent à coups de flefchcs, puis ils lâefcorcnent. Retournons à propos: Ce Capitaine, nommé Fernand de Magellan,homme courageux,eftant informé de la ri-chefte,qui fepouuoit retrouuer es iflesdes Moluques, comme abondance dâefpicerie, gingembre,canelle,mu-Icades, ambre gris, myrobalans, rubarbe, or, perles, amp;nbsp;autres richcftes, Ipecialement en lâifle de Matei,Mahian, Tidore, amp;nbsp;Terrenate,aflez prochaines lâvne de lâautre, e-ftimant par ce détroit, chemin plus court amp;nbsp;plus commode, fè délibéra, partant des ifles Fortunées,aux ides de
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cap Verd, tirant à droite route au promontoire de Saint Auguftin,huit dcgrez,outre la ligne, coftoya pres de terre trois moys entiers: amp;nbsp;feit tât par fes iournées, quâil vint Cdp des iufques au cap des Vierges, diftant de lâequinodial cin-yier^es. qualité deux degrez, pres du delf roit dont nous parlons.
Et apres auoir nauigé lâefpace de cinq iournees dedans ce détroit de lâEfl droit à Ouêït fur lâOcéan : lequel fenflant lesportoitfà nsvoilesdepliées droit au Su,qui leurdon-noit vn iTierueilleuxcontétenient,encore que lameilleu-re part de leurs gens fulTent morts,pour les incommodi-tez de lâair amp;nbsp;de la marine, amp;nbsp;principalement de faim amp;nbsp;foif. En ce détroitfetrouuent plufieurs bellesifles,mais non habitées. Le païs à lâentour elf fort fferile, plein de montagnes, amp;nbsp;nefy trouue fînon belles rauilTantcs, oy-fèaux de diuerlès efpeces, Ijiecialement autruches : bois de toutes fortes,cedres, amp;nbsp;autre elpccedâarbre portât fon fruit prelque relèmblantà noz guines,mais plus délicat à manger. Voila roccalion,amp; corne ce détroit a elfe trou-ue. Depuis ont trouuèquelqueautrecheminnauigasEir vne grade riuiere du collé du Peru,coulât lur la colle du nôbre de Dieu,au païs de Chagre,quatrelieuès de Pâna-na,amp; de là au goulfe là int Michel vingteinq lieues.Quelque téps apres vn Capitaine ayant nauigé certain téps fur ces fleuues le bazarda de vifiterle païs:amp; le Roy des Bar-Thena. bares de cepaïs là , nomé en leur langue Therca^ les receut humainemét auccques prelèns dâor amp;: de perlesfainlï que mâont recité quelques Elpagnols qui eEoienten la copa-gniejcombien que cheminas fur terre ne furent fans grâd dâger,tant pour les bcfles là uuages,que pour autres inco-moditez. Ils trouuerétpar apres quelquenôbre des habi-
tans
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. HO tansdupaïs fort fà unages amp;nbsp;plus redoutez que les premiers, aulquels pour quelque mauuailè alfeurance que Ion auoit dâeux,promirent tout feruiceSc amytiéau Roy principalement, quâils appellent Atorizfft duquel receurct aufsi plufieurs beaux prefèns,comme grandes pieces dâor pelantes enuirondix liures. Apres auÃiluy auoirdónc de ce quâils pouuoiét auoir, amp;: ce quâils eflimoiêt,qluy leroit le plus agréable,cell à Içauoir menues ferrailles, chemi-fès, Sgt;c robes de petite valeur: finablement auecques bonne guides attaignirent Dariéne.De là entrèrent amp;nbsp;decou- Detroit urirent la mer du Su de lâautre collé de lâAmérique,en la- de Varié quelle font les Moluques,ouayanstrouué les commodi-tez dclTus nommées, le Ibnt fortifiez pres de la mer. Et ainfi par ce détroit de terre ont là ns comparailbn abrégé leurchemin là ns monter au détroit Magellanique,tant pour leurs trafiques, que pour autres commoditez. Et depuis ce temps traftiquent aux ides des Moluques, qui ^Ã^^det font grandes, amp;nbsp;pour le p relent habitées amp;nbsp;réduites au Chrifiianifme,lefquelles auparauantclloient peuplées de gens cruels,plus là ns côparaifon, que ceux de l'Amc-rique, qui elloientaueuglez ôcpriuezde la cognoilïà nce des grandes richelTes que produifoient leldites illes: vray elt quâen ce mefme endroit de la mer de Ponent y à qua-ireifles delèrtes, habitées(commeilsafFerment)leulemct de Satires, parquoy les ont nommées Ifles de Satires. En celle mefme mer fe trou uent dix ifles,nommées Manio-les,habitées de gens là uuages,lequels ne tiennent aucune religion. Auprès dâicelles y à grands rochers qui attirent les nauires à eux,à caulè du fer dót elles font clouées.Tel-lement que ceux qui traffiquenten ce pais là font con-
IES ÃINGV1ARITE2
core de-couuer-te.
trains dâvler de petites nauires cheuillces de bois pour eui ter tel danger. Voila quant à noftre détroit de Magellan. Terre Touchant de lâautreterrenommée Aurtrale,laquel!eco-^uftrd- Ãoyat le détroit eà laiÃee à main fenedre, nâell point en-le no en- congnuë des Chreflienszcombien quâvn certain pilot Anglois, homme autant ellimé Si. experimentéà la marine que Ion pourroit trouuer,ayat palTé le detroit,me dit auoir mis pied en celle terre:alors iefus curieux deluy demander quel peuple habitoiten ce pais, lequelinere-Ipondit que câeÃoient gens puidans Si tous noirs, ce qui nâeà vrayièmblahle, comme ie luy dis, veu que celie terre eà quad à la hauteur dâAngleterre Si dâEfcoÃejCat la terre eà comme elclatâte Si g^ée de perpétuelles froidures,amp; hyuer continuel.
^ue ceux qui habitent depuis la riuiere de Plate iuf-ques au détroit de 'Magellan font notantipodes.
CHAT. 57..
Scattoir eÃfily a deux mo des, ou
Ombien que nous voyostanten Jamef qLiâauxfleuues,p]ufieurs ides diuifeesamp; fèparées delà continente,à eà ce que le-iement de la. terre eà eÃime vn /èul Si me/rne corps, qui nâeft autrechofe, que ceÃe rotondité amp;c ÃjperÃeie de la terre, laquelle nous apparoià touteplaine pour ïà grade Scad-non,^ mirableampiituac.Et telle eÃoit lâopinion de Thaïe Mi-fur ce les leÃflâvndes fept fâges de Grece,amp;: autres PhiloÃtphes, quot;daPhL nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Plutarque. Oecetes grand PhiloCopnePi-
Cophes. t^â^gorique coftitue deux parties de la terre, à fçauoic celle cy
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. Ill fte cy que nous habitons, que nous appelons Hemifphe-re:amp; celle des Antipodes, que nous appelons femblable-inent Hemifphere inferieur. Theopompe hiftorio^ra-phe dit apres Tertullian contreHermogene, que Silene iadis afferma au Roy Midas, quâil y au oit vn monde amp;nbsp;globe de terre,autre que celuy ou nous fbmmes. Macro-De dâauâtage(pour faire fin aux tefmoignages)traitte amplement de ces deux hemifpheres, amp;nbsp;parties de laterrcj auquel vous pourrez auoir recours, n vous defirez voir plus au longfur ce les opinions des Philoibphes.Mais ce-cy importe de fçauoir,îi ces deux parties de la terre doivent eftre totalement fèparées amp;nbsp;diuifées lâvne de lâautre, comme terres differêtes, amp;nbsp;effimées eftre deux mondes: ce que nâeft vrayftmblable, cofideré quâil nây a quâvn element de la terre, lequel il faut eftimcr eftre coupé par la mer en deux parties, comme efcrit Solin en fon Poly hi-fior, parlant des peuples Hyperborées. Maisiâaymeroys trop mieux dire Fvniuers eftre feparé en deux parties ega les par ce cercle imaginé,quc nous appelons equinodial. Dâauantage fi vous regardez lâimage amp;nbsp;figure du monde envn globe,ou quelque charte, vous congnoiftrez clairement,comme la mer diuife la terre en deux parties,non du tout egales,qui font les deux hemifpheres,ainfi nommez par les Grecs. Vnc partie de lâvniuers co ntient lâA fi e, Afrique,amp; Europe: lâautre contient lâAmérique, la Floride,Canada,amp; autres regions comprifesfoubs le nom des Indes Occidentales, aulquelles plufieursefliment habi- Dîuerfes ter noz Antipodes. le Qay bien quâil y a plufieurs opi- optons nions des Antipodes. Les vns eftiraét nây en auoir point, les autres que fil y en à , doy tient eftre ceux qui habitent
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LES SINGVLARITEZ
lâautre Hemilphere,lequel nous cil caché. Quanta moy ie leroye bien dâauis que ceux qui habitent Ibubs les deux poles(car nous lesauonsmonllrezhabitables)lbnt véritablement antipodes les vns aux autres. Pour exemple, ceux qui habitent au Septentrion,tant plus approchent du poie,amp;plus leur elleleué,lepoleoppoliteell abailTé, amp;nbsp;au contraire: de maniéré quâil faut necelTairement que tels loiét Antipodes:amp; les autres tat plus elongnét despo-les approchas de requinoólial,amp; moins font Antipodes. Parquoy ieprendroispour vrais Antipodes ceux qui fia-^les font nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jgg fieuxpoles, amp;nbsp;les deux autres prins direélemét,
des,lt;^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Içauoir Leuant Sgt;c Ponant : amp;nbsp;les autres au milieu
ÃMtchto Antichtones,là ns en faire plus long propos. Il nây à point »C5 les dedoubte que ceux du Peru font Antichtones plus toll â gt;»5 aux quâAntipocIes, à ceux qui habitent en Lima,Cuzco.Cari-autres, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L .»
quipa, au Peru, a ceux qui (ont autour de ce grand fleuuc Indus,au pais de Calicut,ille de Zeilan,amp; autres terres de
Dijkeren ce entre
des
antichto nés.
les efpiceries, à ceux de lâEthiopie, auiourdâhuy appellee Guinée. Et pour celle raifon Pline â tresbien dit, que câe-ftoit laTaprobane des Antipodes, confondant, comme plufieurs, Antipodes auec Antichtones. Carcertainemét ceux qui viuent en ces i H es font Antichtones auxpeuples qui habitent celle partie de lâEthiopie, comprenât depuis lâorigine du Nil, iniques à lâifle de Meroë : combien que ceux de Mexico ne Ibyentdireélent Antipodes aux peuples de lâArabie Felice, amp;nbsp;à ceux qui font aux fins du cap Bonne elperance. Or les Grecs ont appelle Antipodes ceux qui cheminét les pieds oppofites les vns aux autres, câcll à dire, plante conte plante, commeceux dont nous
auons
DE LA FRANCE A N T A R C T I Q_V E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HZ
auonsparlé: amp;nbsp;AntichtoneSjqui liabitentvne terre op-pofitemcntfituée: commemefme ceux cjuâils appellent Anteci, ainli cjue les Efpagnols, François, amp;nbsp;Alemans, à ^ntea. ceux qui habitent pres lariuiere de Plate, amp;nbsp;les Patago-nesjdefqucls nous auons parlé au chapitre precedent, qui font pres le détroit de Magellan,font Antipodes. Les autres nommez ParÅci,qui habitétvnemefmczone,coni-m e François amp;nbsp;Alemans, au contraire de ceux qui font
Pdraci.
Anteci. Et combien que proprement ces deux ne foyent Antipodes,toutefois on les appelé communément ainfi, amp;lescôfondentpluheurslesvnsauecles autres. Et pour celle raifon iâay ooferué que ceux du cap de Bonne elpe-rance,ne nous font du tout Antipodes : mais ce quâils appellent Anteci,qui habitent vne terre non oppolite,mais aiuerfe, corne ceux qui font par delà lâequinoélial, nous qui fommes par deçà ,iniques à paruenir aux Antipodes, le ne doubte point que plufieurs malaifément coprénent celle façon de cheminer dâAntipodcs,quià efté caulè que pJuGeurs des Anciens ne les ayent approuuez, mefme lainôt Auguflin au liurc quinzième de la Cité de Dieu, chap.s.Mais qui voudra diligemment conlidercr,!uy fora fort aifé de les comprcndre.Sâil eft ainli que la terre foit comme vn Globe tout rond,pédu au milieu delâvniucrs, il faut neceflairemét quâelle foit regardée du ciel de tous colles. Docques nous qui habitons ceft Hemilphere fu-perieur quant à nous, nous voyons vne partiedu delà Jhnh.de nous propre amp;nbsp;particuliere. Les autres hatîitans lâHemi-fphere inferieur quât à nous,à eux foiperieur, voyent lâautre partie du ciel, qui leur eft aflfeclée. Il y à melme raifon èc analogie de lâvn à lâautre: mais notez que ces deux Fdc'
Manierede ehe miner des Antipodes, no ^uere bien en-tedue approu-ttce des anciens.
S.Auz**
Vienne.
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LES S INGYLARITE Z mifpheresjont mcfme amp;: commun centreen la terre. Voila vn mot en paflant des Antipodes,(ans elongner de propos.
Comme les Suuuages exercent l'agriculture^ font iardtns d'vne racine nommée Manihot, d'vn arbre qu'ils appellent Peno-abfou.
C'a X V. 58.
Ldhottra des
SdUUcl-
Zes.
Oz Amériques en temps de paix n'ont gueres autre meftier ou occupation,qu a faire leurs iardins:ou bien quad le temps H le requiert ils font contraints aller à la guerre.Vray ed quâaucus fontbienquel-ques traffiques, comme nous auons dit, toutefois la necefsité les contraint tous de labourer la ter re pour viure,comme nous autres de par deça.Etfuyuent quafî la couflume des Anciens,Icfquels apres auoir endu réamp; mangé les fruits prouenans de la terre fans aucune induftrie derhomme,amp;nâeftans fouffifans pour nourrir tout ce qui viuoitdefTus terre,leur caufèrent rapines amp;nbsp;enuahiflemés, fapproprians vn chacun quelque portion de terre, laquelle ils fèparoient par certaines bornes ^limites: amp;nbsp;des lors commença entre les hommes lâeftat po pulaire amp;nbsp;des Republiques. Et ainfi ontappris noz Sauua ges à labourer la terre,non auecques beufs, ou autres be-fles domeftiques, fbit lanigères ou dâautres efpcces que nous auons de par deçà : car ils nâen ont point, mais auec la fueur amp;nbsp;labeur de leur corps, comme Ion fait en dâautres prouinces.Toutefois ce qu ils labourent eft bien peu, coin lue
DI LA FRANCE ANTARCTIQVE. IIJ comme quelques iardins loing de leurs maifons amp;nbsp;village enuiron de deux ou trois lieues, ou ils fèment du mil feulement pour tout grain : mais bien plantent quelques racines.Ce quâils recueillent deux fois lâan,à Noël, qui eft leur Elle, quand le Soleil eft auCapricorne:amp;à la Pente-cofte. Ce mil donc eft gros comme pois comuns, blanc ji^ublac Senoir: lâherbe qui le porte,eft grade en façon de rofeaux nbsp;nbsp;noir.
marins.Or la façon de leurs iardins eft telle. Apres auoir couppé fèpt ou huit arpens de bois,ne laiflans rien que le pic, à la hauteur parauenture dâvn homme, ils mettent le feu dedas pour brûler amp;nbsp;bois amp;nbsp;herbe à lâentour,amp; le tout ceft en plat païs. Ils grattent la terre auec certains inftru-tnens de bois,ou de fer,depuis quâils en ont eu congnoif-fance : puis les femmes plantent ce mil amp;nbsp;racines, quâils appellentHetich, faifans vn permis enterre auecquesle Hetich. doigt,ainfi que Ion plate les pois amp;nbsp;febues par dcça.Dâcn-grefleramp; amender la terre ils nâen ont aucune pratique, iointquedefby elle eftaftez fertile,nâeftant aufsilaflee de cülture,comme nous la voyons par deçà . Toutefois câeft chofe admirable, quâelle ne peut porter noftrc blé: amp;nbsp;tnoymefme en ay quclquefois femé(car nous en auions porté auec nous} pour elprouuer, mais il ne peut iamais profiter. Et nâcft à mon auis,le vice de la terre, mais de ie ne fçay quelle petite vermine qui le man ge en terre : toutefois ceux qui font demeurez par delà , pourrontauec le temps en faire plus feure experience.Quant à noz Sauua- Â£â Æ ges,il nefe faut trop efmerueiller,fils nâont eu congnoif- merique Unce de-blé,cacmefmes en noftreEurope amp;nbsp;autres païs au commencementles hommes vîuoyent des fruits que la terre produifoit d'elle mefinelà ns cftre labourée. Vray
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LES SINGVLARITEZ
.^nciene cft que lâagricLîlture eft fort ancienne ; comme il appert re delà - par Fefcripture : OU bien (iâdes le commencement ilsa-gricultu- uoient la congnoiflance du blé, ils ne le Içauoient acr Preww nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ïeur vfà ge. Diodore eferit que le premier
de futveu en Italie, amp;nbsp;lâapporta IfisRoyne dâEgypte, blé. monllrantà moudrele blé, amp;nbsp;cuire le pain: car au par-auant ils mangeoient les fruits tels que Nature les pro-duiloitjfoit que la terre full labourée ou non . Or que les hommes vniuerfellement entoure la terre ayent vefcii de melîne les belles brutes, câeft plus toll fable que vraye Hi Hoir c: car ie ne voy que les Poetes qui ayent elle de ce-lie opinion,ou bien quelques autres fesimitans,comme vous auez en Virgile au premier de fes Georgiques:mais ie croy trop mieux lâclcripture Sainte , qui fait mêtiondu
hor.
Minière de faire ce fie '
Farinede labourage dâAbel, amp;nbsp;des offrandes quâil faifoit à Dieu. ^Mdn'â auiourdâhuy noz Saunages font farine de ces racines que nous auons appellees ALi»/W,.qui lont grof lès commele]bras,Ionguesd vn piéamp; demy,ou deux piés : amp;nbsp;fonttortues amp;nbsp;obliques communément. Eteft celle racine dâvn petit arbrilfeau, haut de terre enuiron quatre piéz,- les fneilles là nt quali femblables à celles que nous nommons de par deça^âRira/www; ainlf que nous deniôllrcrons par figure,-qui font fix ou feptennôbre:au bout de chacune branche, cil chacune fueille longue de demypié,amp;trois doigts de large. Or la maniéré défaire celle farine ell:telle.Ils pilent ou râpent ces racines fiches r ⢠, ou verdcs.auecqnes lvne large elcorce dâarbre , garnie rdciner, toute de petites pierres fort dures,à la manière quâon fait de par deçà vne noix de mufiade': puis vous paflènt cela, amp;nbsp;la font chauffer en quelque vaiffeau fur lefeu,auec cer tainc
IES SINGVLARITE2
taine quätite dâeau; puis bradent le tout,en forte que celle farine dcuiét en pctis drageons, corne eft la Mane grence, laquelle cfl merueilleufcmet bonne quad elle eft recente, amp;nbsp;nourrift tresbien.Et deuezpêfer que depuis le Peru Canada,amp; la Floride, en toute cefte terre côtincte entre 1â0-cean amp;nbsp;leMagellanique,comme lâAmeriquejCanibales, voire iufques au deftroit de Magellâ ils vient de cefte fari ne,laquelle y eft fort commune, encore quâil y â de difta-ce dâvn bout à lâautre de plus de deux mille lieues de ter-re:amp; en vfentaucc chair amp;nbsp;poilTon,comme nous faiCons icy de pain. Ces Saunages tiénent vne eftrange metho-facon de de à la manger, câeft quâils nâapprocheront iamais la main
(Je nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;laiettentdeloin plus dâvn grand pié,â
S'di/wa- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fort dextres; aulsi le Içauent bien moquer
â nbsp;nbsp;nbsp;des Chreftiens, fils en vient autrement. Toutlenegoce
de ces racines eft remis aux femmes, eftimas nâcftre leant Ejpecede uux hommcs de fy occuper. Noz Amériques en outre febues plantet quelques febues, lelquelles Ibnt toutes blanches,. blaches. fort plates, plus larges amp;nbsp;longues que Ics noftres. Aufsi ont ils vne elpece de petites legu mes blanches en grande abondance, non differentes à celles que Ion voit enTur-c'^e Us quie amp;nbsp;Italie. Ils les font bouillir,amp; en mangent auec du font le fel, lequel ils font auec eau de mer bouline,amp; confumée ('1. iniques à la moitié:puis auec autre matière la font cóuer-Pä'mfait nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pareillement auecques ce Iel amp;nbsp;quelque elpicc
dâe/fice broyee ils font pains gros comme la tefte dâvn homme, amp;defel. dont plulîeurs magent auec chair poiffon, les femmes principalement. En outre ils mellent quelquefois delâef piceauecques leur farine,non puluerifée, maisainlî quâils t'ont cueillie, ils font encore farine de poiffon fort feche, tresbonne.
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 11$ trcsbonne à manger auecie ne (çay quelle mixtion quâils Fdrmede fçauct Elire. le ne veux icy oublier vne maniéré de choux /âoÿo». relTemblans prefque ces herbes larges fus les riuieres,que Nen»-IonappelleNenuphâr,auecvneautrcefpecedâherbepor tant meilles telles que noz ronces, SccroifTent tout de la forte de groflcs ronfcs piquantes. Refie lt;à pari er dâvn arbre,quâils nomment en leur langue Pi?wo-4^«.Ceflarbre Pf»«-porte fon fruit gros comme vne groffe pomme,rond à la femblance dâvn efleufdequel tant fen faut quâil fbit bon à manger, que pins toH efl dangereux comme venin. Ce fruit porte dedans fix noix de la forte de noz amandes, mais vn peu plus larges amp;nbsp;plus plates:en chacune defquel les y â vn noyau, lequel(cômeils afferment) efl merueil-leufèment propre pour guérir play es ; aufsi en vfent les Saunages,quand ils ont eflé bleffez en guerre d e coups de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
flefches,ou autrement. lâen ay apporté quelque quantité à mon retour par deçà , oue iâay departy à mes amis. La maniéré dâenvfèr efl telle. Ils tirent certaine huile toute roufle de ce noyau apres eflre pilé, quâils appliquent fus la partie offenfée. Lâefcorce de cefl arbre â vne odeur forteftrâge,lefueillagetoufiours verd,efpés comme vrr teflon, amp;nbsp;Elit comme fueilles de pourpié. En cell arbre Oyf^u frequente ordinairement vn oyfeau grand comme vn piuerd, ayant vne longue hupe fus la telle,iaunc co mme fin or, la queue noire, amp;nbsp;le refie de fon plumage iaune amp;nbsp;noir,auecques petitesondes dediuerfèscouleurs,rouge rMe^ a lâentour qes iouës,cntrc le bec amp;nbsp;les ïeux comme efoar-latte: amp;nbsp;frequente cefl arbre, corne avions dit, pour manger, amp;nbsp;fe nourrir de quelques vers qui font dans le bois. Et efl fà hupefortlogue,corne pouuez voir par la figure..
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- Au fùrpkis laifTant plufieurs efpeces dâarbres amp;nbsp;arbrik rà uer/t- féaux,ie diray feulement,pour abréger, quâil fe trouiiehi tedef/al' cinq OU fix fortes de palmes portans fruits, non comme W«. ceux de rEgyptc,qui portent dattes,car ceux cy nâen portent nulles, ains bien autres fruits, lesvns gros comme efleufs, les autres moindres. Entre lefquelles palmes eft Gerahu' quâils appellent Gerahuua-.yne autre /ry,qui porte vn ua. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;autre fruit different. Il y en à vnc qui porte fôn fruit tout
rond,gros comme vn petit pruneau, eflant mefme de la couleur quand il eff meur,lcquel parauantà gouff de ver-ius venant de la vigne. 11 porte noyau tout blanc, gros comme celuy dâvnenoifctte, duquel les Saunages mangent . Or voila de noflre Amérique, ce quâauons voulu
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. Ilff réduire aflez fbmmairement, apres aiioir obferué les ch'o (èsles plus fingulieres quâaqonscogneuës pardelâ,clont nous pourrons quelquefois efcrire plus amplement, en-lêmble de plufieurs arbres, arbrifleaux, herbes, amp;nbsp;autres fimples,auec leurs proprietez felon lâexperience des gens du païs,que nous auons laiflé à dire pour euiter prolixité. Et pour le furplus auos délibéré en paffant efcrire vn mot delaterreduBrehl. i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- -,
I
Côzz;we U terre de lâAmérique fut decouuerte^ft^ lebok du âBrefdtrouué^ auecplusieurs autres ar- gt;nbsp;bres non yeuzjulleurs qu'en cepais.
. CHAP. 55».
R nous tenons pour certain, que Ame-ricVefpuce eft le premier qui âdecou-r uert ce grand pais de terre cotinente entre deux mers, no toutefois tout lepaïs, mais la meilleure partie. Depuis les Por- Ten-ed» tugais, par plufieurs fois,non contens de BreÃd de
certain païs,fefbnt efforceztoufiours de decouurirpaïs, couuerte felon quâils trouuoyent la comodité: câeft à (çauoir quel-qucchofefinguliere,amp; que les gens du païsleur faifoient recueil.Vifitans doncques ainfi le pais,amp; cerchanscomeâ^ les Troyens, au territoire Carthaginois, veirent diuerfes façons de plumages,dont fefaifoittraffique,fpecialemét de rouges â¢. fe voulurent foudainement informer, amp;nbsp;(ça-uoir le moyen de faire cefte teinture.Et leur monffrerent Oraboa-les gens du païs lâarbre d e Bref il. Ceft arbre, nommé en leur langue, Oraboutan^ eft tresbeau â voir, lâefcorce par
F iiij nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
LES SINGVLARITEZ
g dehors cil toute grifè, le bois rouge par dedans, amp;nbsp;prin-cipalement le cueur lequel ell plus excellent, auÃi fen chargent ils le plus. Dont ces Portugais,des lors en apportèrent grande quantité: Ce que Ion continue encores maintenant : amp;nbsp;depuis que nous en auons eu congnoifi lance fen fait grand traffique. Vray ell que les Portugais nâendurent ayfément queles François nauigent par delà , ains en plulieurs lieux trafiiquét en ces païszpource quâih fcftiincnr,amp;lâattribuent la propriété des choies, comme premiers poIfelTeurs ,conlideré quâils en ont fait la dc-couucrte,qui ell chofe veritable. Retournons à noftre , Brefil : Cell arbre porte fueilles femblables à celles du bquïs, ainfi petites, mais épelTes frequentes. il ne rend nulle gomme,comme quelques autres, auÃi ne porte au cun fruit. Il à efté autrefois en meilleure eftime,quâil nâeft à prefent,fpecialcment au païs de Leuant:lon ellimoitau
Daima-
Vojiare dH Leuat dOneÃ-crite Cd-piraine d'^lc-xadre le Grand.
commencement que ceboiseftoitceluy que la Royne de Saba porta à Salomon, que nomme Phiftoire au premier liurc des Roys, dit Dalmagin. AuÃi ce grand Capitaine Oneficritcau voyage quâil fit en Pille Taprobane, fituée en Pocean Indique au Leuant,apporta grade qiian titc de ce bois, amp;nbsp;autres choies fort exquiles: ce que prifa fort Alcxadrefon maifire.De noftre brelil,celuy quiefi du collé delariuiere de Ianaïre,Morpion, cap de Frie cft meilleur que lâautre du collé des Canibales,amp; toute la colle de Marignan. Quand les Chreftiens, foyent Francois ou Efpagnols,vont par delà pour changer duBrefil, les Saunages du pais le couppent ôc dcpecent cuxmef-mes,amp; aucunefois le portent de trois ou quatre lieues,' iufqucs auxnauires:ie vouslailTeà penferà quelle peine, amp;:ce
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amp; ce pour appétit de gaigner quelque panure dccouilre-mentdernelchantedoublurejOu quefquechemife. life Botsiatt- j-j-Quue dauantage en ce pais vu autre bois iaune, duquel Bo« de ils fontaucLins leurs elpees: pareillement vn bois decou-couleur leur de pourpre, duquel à mon iugement Ion pourroit de pour- faire de tresbel ouurage. le doubte fort fi ce 11 point cc-luy duquel parle Plutarque,dilà nt que Caius Marius Ru-tilius, premier Dictateur de lâordre populaire, entre les Bataille Romains, feit tirer en bois de pourpre vne bataille, dont enbotide perlonnages nâeftoyent plus grands que trois doigts:
amp; auoit edé apporté ce bois de la baute Afrique,tant ont elîé les Romains curieux des chofes rares amp;nbsp;fingulieres. Dauantage Ce trouuent autres arbres, deCquels le bois eft blanc comme fn papier, amp;nbsp;fort tendre: pour ce les S:ia-uages nâen tiennent conte. Il ne mâa elle polsible dâen fçâ uoir autrement la propriété : finon quâil me vint en ine-zAïo. moiredâvn bois blanc,duquelparlePline,lequeIilnom-me betulajblnnc amp;nbsp;tendre,duquel eftoient faites les ver-que Ion portoit deunnt les Magillrats de Rome. Et toutainE quâil le trouue diuerfité dâarbres fruits differents de forme, couleurs, amp;nbsp;autres proprietez,aufsife diuerfité de terre, lâvneplus graffe, lâautre moins, aufsi de terre forte, dont ils font vafes à leur vfà ge, comme nous ferions par dcça,pour manger âeboire. Orvoi-la de nofîre Amérique, nonjpas tant que iâen puis auoir veu, mais ce que ma femblc plus digne dâefîre mis par e/cript, pour fitis faire au bon vouloir dâvn chacun hon-nefie Lcôieur,fil luy plaifl prendre la patience de lire, corne iâay dele luy réduire par cEcrit,apres tous les tra-uauxamp;t dangerSfdeû difficile amp;:lointain voyage, le mâaf
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 118 feurc que plufieurs trouuerot ce mien difcours trop brief, les autres parauanture trop long : parquoy ie cerche médiocrité,pour fatisfaire à vn chacun.
Denofire departement de U France AntarBique^ ou Amérique. ca kv. 6o.
R auons nous cy deflus recueilli amp;nbsp;par-lé amplement de ces nations,defquelles ââ Icsmeursamp;particularitez',nâonteftépar les Hiftoriographes anciens deferites ou célébrées,pour nâen auoir eu lacognoif-ünce. Apres donc auoir ïeiourné quelque efpace de temps en ce pais, autant que la choie, pour lors le requeroit,amp;: quâil eftoit neceifaire pour le conten-^ternent de reiprit,tant du lieu, que des choies y contenues: il ne fut queftion que de regarder lâopportunité, amp;nbsp;Retour moyen de noftre retour, puis quâautrement nâauions de-libéré y faire plus longue demeure. Donques ioubs la conduite de moniieur de^is-lcconte,Capitaine des na uires du Roy,en la France Antardique, homme magna- t nime,amp; autant bien appris aufaitdelamarine,outreplu fleurs autres vertus, comme fi toute fa vie en auoit fait exercice. Primes donc noftre chemin tout au contraire
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de celuy par lequel eftions venus, à caufe des vents qui /S font propres pour le retour: 6c ne faut aucunement dou-'^ô*- â¢â¢â 'h» ter, que le retour ne ibit plus long que lâallée de plus de '...... quatre ou cinq cens lieues, amp;nbsp;plus difficile. Ainiî le der-1 ç Æ nier iour de laiwier à quatre heures du matin, embarquez auec ceux qui ramenoyent les nauires par dGça,fei'
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LES S I NG V L Al I T E 2
mes Voile, iaillans de celle riuiere de Ianaïre,en la grande mer Ris lâautre cofté,tirant vers le Ponent,laiflee â dcx-tre la code dâEthiopie, laquelle nous auions tenue en allant. Auquel depart nous fut le vent allez propice, mais de petite durée; car incontinentfe vint enfler comme furieux, amp;nbsp;nous doner droit au nez leNortamp; Nortoüefl, lequel auecquesla m^eraflez inconflante amp;nbsp;mal alfeurée en ces endroits,qui nous dellournadenoftre droite rou-te,nous iettant puis çâ,puis la en diuerles pars:tant que fî-nablement auecques toute diff iculté le decouurit le cap de Frie, ou auions delcendu amp;nbsp;pris terre à noftre venue: Et de rechef arreflames lâelpace de huit iours, iniques au neufiéme,que le Su commença à nous donner à pouppe, amp;nbsp;nous coduit bien nonante lieuèâs en plaine mer, laillà ns le pais dâaual,amp; cofloyant de loin Mahouac,^our les dan gers. Car les Portugais tiennent ce quartier la, ôelesSau-uages,qui tous deux nous font ennemis, corne iâay mon-flré quelque part: ou depuis deux ans ença ont trouuc mi ne dâor amp;nbsp;dâargent, qui leur a efté caufo de baftir en cell end roit, amp;nbsp;y mettre lieges nouueaux pour habiter. Oc de cheminans touliours fur celle mer a grade difficulté, iuf ques à la hauteur du capde Saint Augullin, pour lequel doubler afronter demeurâmes flottans ça là lâelpace dedeux moys ou enuiron,tantil ell grand,amp;: fc iettant a-uantdans lamer. Et ne fen faut emerueiller, carie Içay quelques vnsdebone mémoire, qui y ont demouré trois ou quatre mois : amp;nbsp;fi le vent ne nous eull fauorile ^nous cllions en danger dâarreller dâauantage, encorequâil ne full aduenu autre inconuenient. Ce cap tient delogueur huit lieuè's ou enuirô,dillant de la riuiere donc nous ellios partis,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. Il5gt; trois cens deux lieues. Il entre en mer neuf ou dix lieuè's du moins : amp;nbsp;pource efl autant redouté des nauigans fiir cede code, comme celuy de Bonne efperance fur la co-fte d Ethiopie,quâils ont pour ce nommé Lion de la mer, comme iâay défia dit : ou bien autât comme celuy qui efl: oow-quoy no-me là on de Id
laMorée)nommc cap de Saint Ange,lequel efl: auÃi tref-dangereux. Et à ce cap ainli efté nômé par ceux qui pre-iTiierement lâont decouuert,que Ion tient auoir eftc Pin-lonElpagnohauÃieftilainfi marqué en noz chartes ma-rines. Ce Pinfon auec vn fienhls ont merueilleufement dange-dccouuertdepaïs incongneuz, amp;non au parauant de-couuers. Or lâan mil cinq cens vn,Emanuël Roy de Por-îugal enuoya auec trois grands vaifleaux en la bafle Ame rique pour recercher le dcftroit de Fume amp;nbsp;Dariéne,à fin pär le ca de pouuoir paffer plus aifement aux Moluques,fà ns aller pit^îne au détroit de Magellan : nauigeans de ce cofté, feirent decouuerte de ce beau promontoire:ou ayans mis pié en terre,trouuerent le lieu fi beau amp;nbsp;tempere, combien quâil ne foit quâà trois cens quarante degrez de longitude, minute O.amp; huytde latitude,minute o. quâils fy arrefterent: ou depuisfontallezautresPortugaisauec nôbre de vaif-feauxamp;degens. EtparfuceeÃionde temps, apres auoir pratiqué les Saunages du païs,feirentvn fort nommé Ca- Cdflel-ftelmarin: amp;nbsp;encore depuis vn autre affez pres de Idjiiom niéFernatnbou,traffiquans là les vns auecques les autres. Les Portugais fècharget de cotton,peaux de fà uuagines, efpiceries, amp;nbsp;entre autres ebofes, de prifonniers, que les Saunages ont pris en guerre fus leurs ennemis,lefquels ils mènent en Portugal pour vendre.
mdrin.
Fernem-hou.
LES SINGVLARITE2
D es Canibales^ tant de la terre ferme, que des iÃes, Oquot; d'vn arbre nommé Acaiou.
CHAT. 6l.
E grand promontoire ainfi double Sz a-fronte,combien que difficilement,quel-que vent qui fe preftntaft,il fidloit tenter la fortune,amp;auancer chemin autantquc poÃible eftoit,fà ns felongner beaucoup de terre ferme, principalement codoyai
iÃedes. affez pres de lâifle Saint Paul, amp;nbsp;autres petites no habitées, Paul, nbsp;nbsp;prochaines de terre ferme, ou font les Canibales, lequel
pais diuife les pais du Roy dâElpagne dâauec ceux de Portugal,comme nous diros autre part. Puis que nous fom-mesvenuzà ces Canibales, nous en dirons vn petit mot. ^nitdfes peuple depuis le cap de Saint Auguftin, amp;nbsp;au delà Câniba- Infques pres de Marignan, eft le plus cruel amp;nbsp;inhumain, quâen partie quelconque de lâAmerique. Cefte canaille mange ordinairementchairhumaine, comme nous fe-⢠rions du mouton, amp;nbsp;y prennent encore plus grand phi-fir. Et vous âûcurez quâil eH malaiCc de leur öfter vn honi me dâentre les mains quand ils le tiennent, pour lâappetit quâils ont dele manger comme lions rauiflà ns.Il nya be~ fte aux defêrts d'Afrique, ou de lâArabie tant cruelle, qui appete fi ardemment le/à ngHumain, que ce peuple fau-uageplus que brutal. AufsinâyanationquifepuiÃeaco-fter dâeux,(oyent Chreftiens ou autres. Et fi vous voulez traftiqueramp; entrer en leurpaïs, vous ne lèrez receu aucu-nementïâns bailler oflages,tant ils fedefengeuxmefnes plus dignes defquels lonfc doibue mefer. Voila pour-quoy
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. 120 quoy les Efpagnols quelquefois, amp;nbsp;Portugais leur ont ioué quelques brauades; en mémoire dequoy quand ils
difnét auec eux. Il y adoncinimytié guerre perpétuel- inimitié leentre eux,amp;le font quelquefois bien battuz,tellement quâil y cft demeuré des Chieftiens au poÃible. Ces Cani-baies portent pierres aux leures,verdes amp;nbsp;blanches,corn-rne les autres Saunages, mais plus longues fans compa- ^caniba-taifon, de forte quelles defoendent iniques à la poitrine, les. Le pais au fürplusefttrop meilleur quâil nâappartiét à tel-le canaille:car il porte fruits en abondance, herbes, amp;nbsp;ra-eines cordiales,auec grande quantité dâarbres quâils nom yaUsJ ' nient JcrfZöWjportans fruits gros comme le poin, en for â nie dâvn Åuf dâoye. Aucuns en font certain bruuage,com bien que le fruit de-foy nâefl bond manger, retirant au gouft dâvne corme demy meure. Au bout de ce fruit viét
d» païs
des Cani
vneefpece de noix groffe corne vn marrô,en forme dâvn rognon de lieure. Q^t an noyau qui cft dedâs,il efttref-bon à manger, pourueu quâil ait paffélegerementparle feu. Lâefoorce eft toute pleine dâhuile,fortafprc au gouft,, dequoy les Saunages pourroient faire quantité plus gran de que nous ne faifons de noz noix par deçà . Lafueille I de ceft arbre eft fèmblable à celle dâvn poirier, vn peu plus pointue, amp;nbsp;rougeâtre par le bout. '^Au refie ceft arbre a lâelcorce vn peu rougeâtre, aflezamere : amp;nbsp;les Sau-uages du pais ne fè feruent aucunement de ce bois,à cau-fequil eftvnpeu mollet. AuxiflesdesCanibales,dans Icfquelles fen trouue grande abondance,fe feruent du bois pour faire brufler,à caufè quâils h en ont gueres dâau-tre,ôc du gaiat.Voila que iâay voulu dire de noftre Acaïou,,
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DE LA TRANCE ANTARCTIQVE. J2I auec le pourtrait qui vous eft cy deuant reprefenté. 11 fc irouuela dâautres arbres ayans le fruit dangereux à man-ger:entre lelquels efl vn nommé Hrtouudp. Au lurplus ce païs cftfort montueux, auecques bonnes mines dâor. Il y â vne haute Sc riche motagne, ou ces Saunages prennent ces pierres verdes, lelquelles ils portent aux leures. Pourcenâeftpas impofsible quâil ne fy trouuaft emerau-des,amp; autres richeflès, h celle canaille tant obllinée per-mettoit que Ion y allall lèurement. Il fy trouue lèmbla-Hementmarbre blanc amp;noir,ialpe,amp;porphire. Eten tout ce païs.depuis quâon a palfé le cap de Saint Auguftin, iufqucs à la riuiere de Marignan,tiennent vne mcfme fa-^ondeviure que les autres du cap de Frie. Celle mefine riuiere leparc fa terre du Peru dâauec les CanihaIeSjamp; à de
res.
Haott' uay.
Jlichejje du pais des Cam bales.
Hiutere de Mari
bouche quinze lieues ou enuironjauec aucunes ifles peu- [g plées,Serielles en or: car les Saunages ont appris quelque Peru d^a moyen deJe fondre., amp;nbsp;en faireanneaux larges comme boucles,Se petis croilfans quâils pendent aux deux collez des narines,Se à lcurs iouësxe quâils portent par gentilelfc magnificence. Les Elpagnols difent que la grand ri-'^iere qui vient du Peru, nommée Aurelane, Se celle cy falTenablent. 11 y à fur celle riuiere vne autre ifle, quâils nomment de la Trinité, dillante dixdegrez delà ligne, ayant de longueur enuiron trete lieuës,6e huit de largeur, fert ri-
ueclesCa nibales.
.Aurela-nefleufte du Peru. IÃedela Trinité
(juelieu que ce foit, pourcc quelle porte toute forte de, metaux.Mais pourcc que les Efpagnols y delcendans plu fieurs fois pour la vouloir mettre en leur obeïlfancc, ont mal traité les gens du païs,en ont efté rudemêt repoulfez, là ccagez lanaeilleiire partCefte ifle produift abodan-
LES SINGVLARITEZ
Ef^ece ce dâvn certain fruit, dont lâarbre reflemble fort à vn pal-dâarbre niier, duquel ils font du bruuage. Dâauâtage fè trouue là encens fort bon, bois de gaiac, qui effc auiourdâbuy tant célébré:pareillement en plubeurs autres ifles prochaines quot;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â de la terre ferme. Il fè trouue entre le Peru amp;nbsp;les Caniba-
les, dont eft queftion, plufieurs ides appellees Canibalcs, affez prochaines de la terre de Zamana,dont la principale eft diftante de lâifte Elpagnole enuiron trete lieucs.ToU tes lefquelles ifles font fbubs lâobeifTance dâvn Roy,quâih appellent CaÃique defquels il eft fort bien obeï.
o;rande à de lonsrueur foixante lieuè's, amp;nbsp;de largeur qua- . rantehuit,rude amp;nbsp;montuèufe, comparable prefque a lil-le deCorfe: en laquelle fe tient leur Roy couftumicre-ment. Les Saunages de cefte ifte font ennemis mortels des Efpagnols, mais de telle façon quâils nây peuuent aucunement traftiq'uer. Aufti eft ce peuple épouuentable à voir,arrogant amp;nbsp;courageux,fort fubiet à commettre lar-recin. Il y â pkifteurs arbres de Gaiac, amp;nbsp;vne autre efpece dâarbre portant fruit de la grofleur dâvn efteuf,beauà voir, toütesfois veneneux : parquoy trempent leurs fle-. , cbes dont ils le veulent aider contre leurs ennemis,au ius igt; de céft arbre. Il yen à vn autre, duquel la liqueur qui en â¢y,â nbsp;nbsp;nbsp;fort, lâarbre eftant fearifté, eft venin, comme reagalpar
dpça.La racine toütesfois eft bone à manger,auGi en font ils farine, dont ils Ce nourriffent, comme en lâAmerique, combien que lâarbre foit diflferent détrône, branches,amp; fuéillage ?-La raifon pourquoy meliTie plante porte aliment amp;'venin, ie la laifte à contempler aux philofbphes. Leur âmaniéré dé guerroyer eft comme des Amériques, amp;nbsp;autres Canibales,dont nous auos parlé,hors-mis quâils vfent
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I2i vfcnt de fond es,faites de peaux de belles,ou de pelure de Bois: à quoy font tant expers,que ie ne puis ellimer les Ba leares inuêteurs de la fonde,folon Vegece,auoir efte plus excamp;llens fundibulateurs.
De la rm 'ieïe des Amazones, autrement dite Aure-lane,par laquelle on peut nautger aux pats des Amazones,en la France Antar^ique.
CH K V. éz.
Endant que nous auos la plume en main pour eforire des places dccouuertes, amp;nbsp;à habitées, par delà nollre Equinoôlial,
que.
Midy amp;: Ponent, pour illullrer les / choies, amp;nbsp;en donner plus euidentc con-gnoilTance, ieme luis auifë de réduire par elcrit vn voyage, autant lointain que difficile, hazar-deufement entrepris,par quelques Elpagnols, tant par eau que par terre,iufques aux terres de la mer Pacifique, Mer^a-autrement appelée Magcllanique, ou font les illes des Moluques,amp; autres. Et pour mieux entendre ce propos, il faut noter, que le Prince dâEfpagne tient foubs Ibn o- * beïlTancc grande ellenduë de païs, en ces Indes occiden-I taies, tant en illes que terre ferme, au Peru, amp;nbsp;à lâAmeri-; que, que par fuccefsion de temps il à pacifié, de maniéré quâauiourdâhuy,il en reçoit grand emolument amp;nbsp;proffit. Or entre Ies autres, vn Capitaine Elpagnol, eftant pour Ibn prince au Peru, délibéra vn iour de decouurir,tant par eau que par terre, iufques à la riuiere de Plate(Iaquel-le eft diftantc du Cap fainél Augullin fept cens lieues,de-
Situatio de la. ri' uiere de plate.
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LE S S INGV L ARI TE 2
là la ligne, amp;nbsp;dudit Cap iufques aux ifles du Peru, enui-ron trois cens lieues) quelque difficulté quâil y eulî,pour la longueur du chemin,amp; montagnes inaccefsibles, quc pour la fufpicion des gens,amp; belles là uuageszelperant lâexecution de fi haute entreprife,OLitre les admirables ri-chefles,acquérir vn loz immortel,SclailTer perpétuelle gloire de foy à la pollerité. Ayant donques drefle,amp; rnis le tout en bon ordre,amp; lulfilà nt equipagc,ainfi que la choie le meritoit, câell à Içauoir de quelque marchandi-fe,pour en tralFiquanr par les chemins recouurerviurcs,.., amp;nbsp;autres munitions : au relie accompagne de cinquante ' Efpagnols, quelque nôbre dâElclaues, pour le feruice la-borieiix,amp; quelques autres inlùlaires, qui auoiêt elléfaits » Chrellicns, pour la conduite amp;nbsp;interpretation dès langues. Il fut quellion de fembarquer auec quelques peti-XrfXt Carauelles,fur la riuiere dâAurelane,laquelleiepurs MgrA ^ficurer la plus longue amp;nbsp;la plus large, qui foit en tout le deur de monde.. Sa largeur ell de cinquante neuf lieues, amp;nbsp;fa llt;t riuiere longueur de plus de mille. Plulieurs la nomment mer d'Eure- douce,laquelle procédé du collé des hautes montagnes
de Moullubamba, auecques la riuiere de Marignan ,ne-antmoins leur embouchement amp;nbsp;entrée, font diftantes de cent quatre lieues lâvne de lâautre, amp;nbsp;enuiron fix cens lieues, dans plain pais fâaflocient, la Marée entrât dedans^ Origine bien quarante lieucs.Celle riuiere croill en certain temps du Nil. de l'année,commefaitaufii leNil,qui palTe par lâEgypte, procédant des montagnes de la Lune, felon lâopinion dâaucuns, ce que iâellime ellre vrayfomblable. Elle fut nom mée Aurelane, du nom de celuy qui premièrement fit-delTus celle longue nauigation,neantmoins que par-auanf
DE LA FRANCE ANT AR C T I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I2J
ayant au oit efté decouuerte par aucuns, qui lâont appellee par leurs cartes riuiere des Amazones : elle cft mer-ueineuièmentfacheufeanauip-cr.à cauiedes courantes, qui lonten toutes (allons de 1 année: amp;nbsp;que plus elt,I em-boucliement difficile, pour quelques gros rochers, que nés. Ion ne peut euiter, quâauec toute difficulté. Quand Ion eft entré affez auât. Ion trouue quelques belles ides, dont les vnes font peuplécs,les autres non. Au ffirplus cefte riuiere efl: dangereufe tout du long,pour effrepeuplée, tant en pleine eau, que fus la riue de plufieurs peuples, fort inhumains, amp;nbsp;barbares, amp;nbsp;qui de long temps tien*-nent inimitié aux eftragers, craignans quâils abordent en ' leur païs,amp; les pillent. Aufsi quand de fortune ils en rencontrent quelques vns, ils les tuent, (ans remiÃion; amp;nbsp;les tnangent rotizamp;boulin z, com me autre chair. Donques enabarquezen lâvne de ces ifles du Peru ,.nômée S. Croix, nbsp;nbsp;nbsp;de yiV-
en la grand mer, pour gaigner le détroit de ce fleuuc : le- croix.,' quel apres auoir paffe auec vn vét merueilleufèmét propre, facheminét,coftoyans la terre dâaffez pres,pour touf iours recongnoiffcre le pais,le peuple,amp; la façon de faire, pour plufieurs autres commoditez. Goftoyans donc en leurnauigation noz viateurs,maintenant deçà , maintenant delà , felon que lacomodité le permetoit, les Saunages du pais Ce monftroient en grand nombre fur la ri-ue,aueG quelques (ignés dâadmiration,voyâs cede edran lt;nbsp;ge nauigation,requipage des perfonnes, vaiffeaux,amp; mu nitions,propres à guerre amp;nbsp;à nauigation. Ce pendant les nauigans n edoient moins edonnezde leur part,pour la multitude de ce peuple inciuil, amp;totalcmct brutal,mon ftrant quelque femblât de les vouloir ficcagcr, pour dire
. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H iij ,
IES SinsvlaVitez
en peu de parolles. Qui leur donna occafion de nauiger longue elpace de temps fans ancrer,ni defcendre.Neant-moins la famine amp;nbsp;autres neeeÃitez, les contraignit fina-blement déplier voiles,amp; planter ancres.Ce qu ayansfait enuiron la portée dâvne arquebuze loin de terre,ie dema-de fil leur reftoit autre choie, finon par beaux fignes Je flatterie,amp;autres petis moyens,carefler meÃieurs les Sau liages, pourimpetrer quelques viures, amp;permifsion Je fe repofer. Donc quelque nombre de ces Saunages alléchez ainli de loing auec leurs petites barquettes dâcÃof-ce dâarbres, delquelles ils vient or Jinairemét lùr les riuie-res,fehazarderentdâapprocher,non lâns aucune Joubte, nâayans iamais veu les Chrelliensafronter de fi pres leurs limites. Toutesfois pour la crainte quâils monftroient Je ' plus en plus, les Efpagnols de rechef, leurs failà ns mon-Hre de quelques couteaux, amp;nbsp;autres petis ferremens relui lans les attirèrent. Et apres leur auoir fait quelques petis prelenSjCe peuple Ãuuage à toute diligéee leur vapour-challer des viures: amp;nbsp;de fait apportèrent quantité de bon poiiron,fruits demerueilleulè excellence, lèlon la portee du païs. Entre autres lâvn de ces Saunages, ayant mafla-créle iour precedent quatre de fes ennemis Canibaliens, leuren prclèntadeux membres cuits, ce que les autres re-stdtwe fuferent. Ces Saunages ( comme ilsdilent) eftoient Je de ces nbsp;nbsp;haute ftatnre, beau corps, tous nuds, ainfi que les autres
Sanuages,portans fur lâeftomac larges croiflans de fin or: les autres grandes pieces luiÃntesdefinor bien poly, en forme de mirois ronds. Il ne le faut en quérir fi les Ãlpa-gnols changèrent de leurs marchâdifesauec telles richefi les: ie croy fermement quelles ne leur echapperent pas ainfi,
DE IA FRANCE ANTARCTIQVE. I24 ainfi 5 pour le moins en firent ils leur deuoir. Or noz pèlerins ainfi rcfrcfchis, amp;nbsp;enuitaillez pour le prefent, auec larelerue pour raduenir,auant que prendre congé fei-rent encores quelques prefèns,comme parauant ; amp;nbsp;puis pour la continuation du voyage, fut queftion de faire voile,amp; abréger chcmin.De ce pas nauigerent plus de cét lieues fins prendre terre,obferuans tous lus les riues diuer fité de peuples fà uuages ainfi comme les autres, defquels. ienemâarrefterayà efcrire pour euiterprolixité:mais fuf-fira entendre le lieu ou pour la fècode fois font abordez.
Ahordement de quelques Ej^d^ols en vne contrée ou tls trouuerent des Amazones.
enk V. 6^.
i Efdits Efpagnols feirent tant par leurs t iournées, quâils arriuerent en vne côtrée, ou fe trouua des Amazones : ce que Ion nâeufl iamais efiimé, pource que les Hi-y ftoriographes nâen ont fait aucune mention, pour nâauoir eu la congnoifià nce de ces païsnâaguerestrouuez. Quelques vns pourroient dire que ce ne font Amazones, mais quant à moyie les eftime telles, attendu quelles viuent tout ainfi que nous trouuonsauoir vefeu les Amazones delâAfie. Et auant que pafler outre, vous noterez que ces Amazones, dont nous parlons,fo font retirées, amp;nbsp;habitent en certaines petites ifles, qui leur font corne fortereffes, ayans toufiours guerre perpétuelle â quelques peuples, fans autre exercice, ne plusne moins que celles defquelles ont parlé les H iiij
rique.
LES s I NG VLAR I TE 2 Hiftoriographes. Donques ces femmes bélliqucufès de noftrc Amérique, retirées amp;nbsp;fortifiées en leurs ifles, font couftumierementaflaillies de leurs ennemis,qui les vont cercher par fus lâeau auec barques amp;nbsp;autres vaifleaux, amp;: charger à coups de flefches. Ces femmes au contraire lè défendent de mefme, courageufement, auec menalTes, hurlcmens,amp;contenances les plus efooLientables quâileft poÃible. Elles font leurs rempars dâefcailles de tortues, grandes en toute dimenlion. Le tout comme vous pou-uez voir à lâÅil par la prefente figure. Et pource quâil
ly aeutrois ibrtes
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. U5 fortes dâAmazones, fèmblables, pour le moins ditFeren- Troufir tes de lieux amp;nbsp;dâhabitations. Les plus anciennes ont eflé en Afrique,entre lefquelles ont eflé les Gorgones, qui a-uoient Medufe pour Royne. Les autres Amazones ont âement, elle en Scythic pres le fleuue deTanaïs: lefquelles depuis ont régné en vne partie de rAfie,pres le fleuue Thermo-I doon. Et la quatrième forte des Amazones, font celles ! defquelles parlons prefentement. Il y â diuerfès opinios Dînerfi-pOLirquoy elles ont eflé appellées Amazones. La plus , commune efl, pource que ces femmes fe brufloient les mamelles en leur ieunefle,pour eflre plus dextresà la tionamp;' guerre. Ce que ie trouue fort eflrange, amp;nbsp;mâen rapporte- etymolo-rois aux médecins, fi telles parties fe peuuent ainfi cruel- des leincnt ofler fans mort, attendu quelles font fort fenfî-bles,ioint aufsi quâelles font prochaines du cueur,toutefois la meilleure part eR de celle opinion. Si ainfi cfl:oit,ie penfè que pour vne quieuaderoitlamort,quâil enmour-roitcét. Les autres prénétlâetymologie de celle particule â¢^,priuatiue, de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;qui lignifie pain,pource quâelles
neviuoiét de pain,ains de quelques autres choles.Ce que nâcft moins abfurdeque lâautre.-car Ion eufl peu appelfer, mefmes decetéps là , plulieurs peuples viuantsfans pain, Amazones: comme les Troglodites, amp;c plufieurs autres, amp;nbsp;auiourdâhuy tous noz Sauuages.Les autres de A priua-tif,amp; comme celles qui ont eflé nourries fins laiôt demammelle : ce quâellplusvrayfemblable, comme efl dâopinion PhiloRrate : ou bien dâvne Nymphe nommée Philo-Amazonide,ou dâvne autre nommée Amazone,religieu fe de Diane, amp;nbsp;Royne dâEphefe. Ce que iâeûimerois plus toR qtiebruRement de mammelles:amp; en difpute au
1
tlS SINGVLARITEZ
cótraire qui vouldra. Qupy quâil en foie ces femmes font renommées belliqueufes. Et pour en parler plus à plein, wwaTquot; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Scythes,que nous appelions
^ueu/ês' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chaiïez dâEgypte,fubiuguerentla meil
leure partie de rAfie,amp;: la rendirent totalement tributaire,amp; foubs leur obeïflance. Ce pendant que longtemps les Scythes demeurèrent en celle expeditionamp;conque-fle,pourlarelillencedes fuperbes Allans,leurs femmes ennuyées de ce fl long lèiourC comme la bonne Pcnelo-pédeIon mary VlylTes}lesadmonnellentpar plufieurs gracieulè lettres amp;nbsp;melîagcs de retourner: autremétque celle longue 6êintolerable ablènce les contraindroit faire nouuelles alliances auecques leurs prochains amp;nbsp;voi-fins:conlideré que lâancienne lignée des Scythes elloiten ^fietri- hazard de périr. Nonobllant ce peuple lans auoir egard butdire aux douces requefles de leurs femmes,ont tenu dâvncou
päcc de cinq ces ans.
auxScy- rage oblliné cinq cens ans celle Alle tant lùperbe : voire iniques à ce queNinus ladeliurade celle miferable lêr-uitude. Pendant lequel temps ces femmes ne firent onc-ques alliance demariageauecques leurs voilins,ellimans que le mariage nâelloit pas moyen de leur liberté, ains plus toll de quelque lien amp;nbsp;lèruitLide : mais toutes dâvn accord amp;nbsp;vertueulè entreprilè delibererent de prendre les armes, amp;nbsp;faire exercice a la guerre, le reputans élire delcendues de ce grand Mars dieu des guerres. Ce quâel-les executerent li vertueulèment Ibubs la conduite de
Mär the fl a
fremie- Lampedo amp;nbsp;Marthefia leurs Roynes, qui gouuernoient r« noy- Jâyrie apres lâautre, que non feulement elles défendirent leurpaïs de lâinuafion de leurs ennemis, maintenans leur ^ââ â'indeur amp;nbsp;liberté, mais aufsi firentplufieurs belles con-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. ïlS queftes en Europe amp;en Afie,iu{qLicsâ ce fleuue,dont nousauons nâagueres parlé. Aufquelslieux,principalement en Ephefè,elles firet baftir plufieurs cliafleaux, villes,amp; fortereffes. Ce fait elles renuoyerentvne partie de leurs bandes en leurs païs, auecques riche butin de def-pouilles de leurs ennemis, amp;nbsp;le refie demoura en Afie. Finablement ces bonnes dames pour la confèruation de leur fangjfe proftituerent voluntairement à leurs voifins, fins autre efpece de mariage: amp;nbsp;delà lignée qui en pro-cedoir, elles faifoient mourir lâenfant malle, refèruans la femelle aux armes, aufquellesla drefToient fort bien, amp;nbsp;auecques toute diligence. Elles ont doneques préféré lâexercice des armes,amp; de la chafTejà toutes autres choies. Leurs armes efloient arcs amp;nbsp;fléchés auec certains boucliers, dont Virgile parle en fon Eneide, quand elles alle-rent,durantle liege de Troie,aulecour3 desTroiens con tre les Grecs. Aucuns tiennent aufii,quâelles font les premieres qui ont commencé â cheuaucher,amp; à combatte à cheual. Or eft il temps déformais de retourner aux A- Manie-mazones de noflre Amérique, amp;nbsp;de nozElpagnols. En celle part elles font Icparées dâauec les hommes, amp;nbsp;ne les fréquentent que bien rarement, comme quelque fqis en fecret la nuit, ou à quelque autre heure déterminée. Ce peuplehabite en petites logettes,amp;cauernes Contre les rochers, viuant de poiflbn, ou de quelques là uuagines, de racines,amp; quelques bons fruits, que porte ce terrouër. Elles tuent leurs enfans malles, incotinent apres les auoir mis fus terre-.ou bien les remettêt entre les mains de celuy auquel elles les penfent appartenir. Si câefl vne femelle, elles la retiennent à fby, tout ainfl que faifoient les pre-
LES SI NGVLAR I TE Z
Come les
nes traitée ceux quits pre rient en guerre.
miercs Amazones. Elles font guerre ordinairemet contre quelques autres nations : amp;nbsp;traitent fort inhumainement ceux qu elles peuuent prendre en guerre. Pour les faire mourir elles les pendent parvne iambe à quelque haute branche dâvnarbre:pour Pauoirainflaiffé quelque elpace de temps, quand elles y retournent, h de cas fortuit nâeft trefpafle,elles tirerot dix mille coups deflefehes: amp;nbsp;ne le mangent comme les autres Sauuages,ains le paf fent par le feu,tant quâil efl réduit en cend res. Dâauanta-
Orioine des
ncs^me riques in ceruine^-
ge ces femmes approchans pour combatte, icttent horribles amp;nbsp;merueilleux cris,pour efpouuéter leurs ennemis. De lâorigine de ces Amazones en ce pais nâeft facile dâen eferire au certain. Aucuns tiennent, quâapres la guerre de Troie,ou elles allerentCcome défia nous auons dit) foubs Pente-
DE LA FRANCE ANTAR CT I QV E. 127 Pcntefilée,eIIcsfecartentainfi Jetons collez. Les autres, quelles eftoient venues de certains lieux de la Grece en Afrique, dâou vn Roy, aflez cruel les rechaflà . Nous en auons plufieurs hiftoires, enfemble de leurs prouëlTes au fait delà guerre,amp; de quelques autres femmes,que ie laif feray pour continuer nollre principal propos:comme af-fez nous demonftrent les hiftoires anciennes, tant Gre-ques,que Latines. Vray eft,que pluheurs auteurs nâen ont defcriptquafi que par vnc maniéré dâacquit. Nousauôs commence à dire,comme noz pèlerins n au oient lèiour- des E/pa. UC que bien peu,pour le repofer feulement,amp;pourchaf- m fer quelques viures:pource que ces femmes comme tou-i tes cftonnees de les voir en ceft equipage, qui leur eftoit fort eftranae,faflcmblent incontinêt de dix à douze mil-le en moins de trois heures, filles amp;nbsp;femmes toutes nues, ibfurent mais lâarc au poin amp;nbsp;la flefehe, començans à hurler corn- rcceuçi;. me fl elles euflent veu leurs ennemis : amp;nbsp;ne le termina ce déduit fans quelques flefehes tirées : a quoy les autres ne voulans faire refiftence, incontinent fe retirèrent bagues lauues. EtdelcuerancreSjamp;dedefpliervoileSi Vrayeft qLiâaleurpartement,difans adieu, ils les faluerét de quelques coups de canon: amp;nbsp;femmes en route:toutcfois quâil nâeft vrayfemblable quelles fe foient ailement fauuées^ fins en fentir quelque autre choie.
LES SINGVLARITE2
De la continuation du -voyage de yiorpioni de la riuiere de Plate. en k v. 6'4.
E là continuans leur chemin bien enui' ron fix vingts lieués, congneurent par leur Aftrolabe 5 felon la hauteur du lieu OU ils eftoient, laquelle eft tant neceflai-re pour labonne nauigation, que ceux qui nauiguent en lointains païs nepour-royent auoir fèureté de leur voyage,fi cefte prattiqucleur defFailloit: parquoy ceft art de la hauteur du Soleil, excédé toutes les autres reigles : amp;nbsp;cefte fubtilité: les Anciens Font grandement eftimée amp;nbsp;pratiquée,mefmemcntPto-lomée amp;nbsp;autres grà dsautheurs, Donques ils quitter leurs Carauelles, les enfonfà ns au fond de lâeau, puis chacun fe charge du refte de leurs viures, munitions, ôc marchan-difès,les Efclaues principalement, qui eftoyentlà pour cefte fin. Ils cheminèrent par Fefpace de neuf iours, par montagnes, enrichies de toutes fortes dâarbres, herbes, fleurs,fruits amp;nbsp;verdure,jtant que par leursiournées abordèrent vn grand fleuue, prouenât des hautes môtagnes, ou fctrouuerêt certains fà uuages,entre lefquels de grand crainte les vnsfuyoiét,les autres montoiét esarbres:amp; ne demeura en leurs logettes,que quelques vieillards, aux-quelsfpar maniéré de cógratulatiójfeirétprefens de quelques couteaux amp;nbsp;mirouèrs : ce que leur fut trefà greable. Parquoy ces bons vieillards fe mettent en effort dâappeler les autres,leur faifans entédre,que ces eftrangers nou-uellement arriuez,eftoient quelques grands Seigneurs, qui en rien neles vouloient incommoder, ains leur faire
DE LA FRANCE A NT A R C T I Q^V E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;U8
prefens de leurs richefles. Les Saunages efmcuz de celle libéralité, le mettent en deuoir de leur amener viures,cô -me poilfons, fiuuagin es, amp;nbsp;fruits felon le païs. Ce que voyans les Elpagnols le propoferent de paner là leur hy-ucr,attendans autre temps,amp; ce pendant decouurirle païs, aulsi fil le trouueroit point quelque mine dâor, ou dâargent,ou autre chofe, dont ils remportalfent quelque fruit. Par ainfi demeurèrent là lèpt moys entiersdelquels Voyans les chofes nefuccederà fouhait,reprennent che-min,amp; palTent outre,ayans pris pour conduite huit de ces Sauuages, qui les menerétenuiro quatre vingts lieuës,paf fans touliourspar le milieu dâautres Sauuages, beaucoup plus rudes,amp; moins traitables, que les precedes: en quoy leur fut autant necelTaire que prolfitable la conduite. Fi-nablement congnoilTans véritablement, ellre paruenus à la hauteur dâvn lieu nommé Morpion,lors habité de PortLigais,lcs vns comme lairezdelilongvoyage,furent dâauis de tirer vers ce lieu lus nommé : les autres au con-
traire de perfeuerer iufques à la riuiere de Plate, diftante encore enuiron trois cens lieues par terre. En quoy pour DiuiÃon' refolution,felon lâaduis du Capitaine en chef, vne partie ?ourfuit la route vers Plate,amp; lâautre vers Morpion. Pres equel lieu noz pèlerins fpeculoyent de tous coftez, fil iè trouueroit occafion aucune de butin,iufques à tant quâil fe trouua vne riuiere, paflant au pie dâvne montagne, en laquelle beuuans,confiderent certaines pierres,relLiy fuites comme argent,dontils en portèrent quelque quantité iufques a Morpion,diftant de là dixhuit lieuësdefquel-les furent trouuées à la preuue,porter bonne amp;: naturelle mine dâargent. Et en à depuis le Roy de Portugal tiré
copd^nie pony tirer à Id rittie redepld te.
Mine dâar^^ent tre'.bone.
I iiij
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fE S S I'NCy LAP.l'TE'Z
Alines dâor (i'ar;rc}it, Plats Ãcuus poity-
Ji nome.
Detroit clc7d(l. gellan. jlter P'S ciÃque.
de lâargent infini, apres auoir fait fonder la mine, amp;nbsp;réduire en cflence. Apres que ces Efpagnols furent repo-fezamp; recréez à Morpion,aucc les Portugais leurs voifins, fut queftion de fuiure les autres, amp;nbsp;tourner chemin vers Plate, loing de Morpion deux cens cinquante lieues, par mer, amp;nbsp;trois cens par terre : ou les Efpagnols onttrouué pluGeurs mines dâor amp;: dâargent, amp;nbsp;lont ainfi nommée Plate, qui fignifie en leur langue Argent: amp;nbsp;pour y habiter,ont bafti quelquesfortereffes. Depuisaucuns dâeux, aucc quelques autres Efpagnols, nouuellemét venuz en fjitojy atn cc lieu, nô contens encore de leur fortune,fc fonthazar-dezde nauiguer, iufques audeftroitde Magellan,ainfi appelle, du nom de celuy qui premiement le decouurit, qui confine lâAmerique, vers le Midy : amp;nbsp;de là entrèrent en la mer Pacifique,de lâautre cofté de lâAmerique, ou ils ont trouué plufieurs belles ifles : amp;: finablcment parue-7//« des iufques aux Molluques, quâils tiennent amp;nbsp;habitent auiourdhuy. Au moyen de quoy retourne vn des nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tribut dâor amp;nbsp;dâargent au prince dâEfpagne. Voi-
fommairement quant au voyage,duquel iâay bien vou gnofs. lu eferire en paflant, eeque mâen à efté recité fus manaui-gation par quelcun qui le fçauoit, ainfi-quâil mâaffeura, pour auoir fait I c voyage.
La fepsiration des terres du nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;d'Ej^âÿeie du
quot;Eoy de Portugal. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ca a. r, 6^.
amp;: Portugal apres auoir ^acquis en communes forces plufieurs viéloi res amp;nbsp;heureufes conquefies,tant enLeuant quâen Ponent,aux lieux de terre amp;nbsp;deiner no au par-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. Ã19
Terres d» Roy dâE^a-
au parauantcongneuz ne decou tiers, fc propofèrét pour vncafleurace plus grande de diuifer amp;nbsp;limiter tout le pais quâils auoient conquefté, pour auÃi obuier aux querelles qui en enflent peu enfliyuir, comme ils eurent de la mine dâor du Cap à trois pointes,qui efl; en la Guinée : comme aufsi des ifles du Cap verd, amp;nbsp;plufieurs autres places. Aufsi vn chacun doit fçauoir quâvn Royaume ne veut ia-mais foufiîir deux Roys,ne plus ne moins que le monde ne reçoit deux Soleils. Or cft il que depuis la riuiere de Marignan, entre lâA merique amp;nbsp;les ifles des Antilles, qui ioignent auPeru iufques à la Floride, presTerre neuue, eft demeuré au princedâEfpagne,lequel tient aufsi grand pais en lâAmerique,tirant du Peru au Midy fus la cofte de îâOcean iufques à Marignan, comme a efté dit. Au Roy Païsaue de Portugal auint tout ce qui efl: depuis la mefme riuie-re de Marignan vers le Midy,iulques à la riuiere de Plate, qui efl: trente fix degrez delà lâEquinodiat Et la premie- nbsp;nbsp;,
Cap à trois foin tes.
replace tirant au cofté de Magellan eft nommée Morpion,la fécondé Mahouhac, auquel lieu fe font trouuées
re pres du cap de Saint Auguftin. Quartementla pointe de Croueftmourou, Chafteaumarin, amp;Fernatnbou, qui font cofins desCanibales de lâAmerique.De declarer particulièrement tous les lieux d vne riuiere à lâautre, come
Curtane, Caribes,prochain de la riuiere douce, amp;nbsp;de Real, enfemble leurs fituations, amp;autres,ie mâen depor-teray pour le prefènt. Orfçachez feulement quâen ces places defliis nommées les Portugais fefont habituez, amp;nbsp;Qauentbien entretenir les Saunages du païs,de maniéré quâils viueiit là paifiblement, amp;: traffiquêt de plufieurs
K
IKS SINGVIARITE Z riches marchandifes.Etlaontbafti maifons amp;nbsp;forts pour fafleurer contre leurs ennemis. Pour retourner au Prince
encore
dicou-uers.
clâE(}^agne,il nâa pas moins fait de fa part,que nous auons dit eftre depuis Marignâ vers le Ponent, iniques aux Mo-luques, tant deçà que delà , en lâOcean amp;nbsp;en la Pacifique, les ifles dc ces deux mers, amp;nbsp;le Peru en terre ferme: tellement quele tout enfcmbleeftdâvne merueilleufc e-Prfij »0» (tendue, fans le pais confin qui fc pourra decouurir aucc le temps,comme Cartagere,Gate,Palmarie,Pariiè grande amp;nbsp;petite. Tous les deux, fpecialement Portugais, ont fèmblablcmentdccouuertplufieurs païsau Leuantpour traffîquer,dont ilsneiouyHenttoutefois,ainfi quâenplu-/îeurs lieux de lâAmérique amp;nbsp;du Peru.Car pour regner en ce pais il fautprattiquer lâamitié des Sauuagesrautrement ilsfereuoltent,amp; ûccagenttous ceux quâils petiuenttroii uerleplus fouucnt.Etfefautaccomodcr felon les ligues,
querelles,amitiez,ou inimitiez qui font entre eux. Orne fautpé/èr telles decouuerturesauoircfté faites fins grande ertufîon de fing humain, fpecialement des pauures Chrediens qui ont expofe leur vie, fans auoir egard à la cruauté amp;nbsp;inhumanité de ces peuples, brefne difficulté quelconque. Nous voyons en noJfre Europe combien les Romains au commencement voulans amplifier leur Empire, voire dâvn G peu de terre, au regard de ce qui à e/léfiit depuis fbixante ans ença,onteftandu de ûng,tà t dâeux quede leursennemis. QiiellcsEiries,amp;horribles difipations de Joix,dilciplines,amp; honneftes façons de vi-ure ontregné par lâvniuers,fans les guerres ciu il es deSyî-la amp;nbsp;Marius, Cinna,amp; de Po mpée, de Brutus, dâAntoine, amp;dâAugufle,plus dommageables que les autres? AuÃi
Gen
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. IjO fen eft enfuyuie la ruine de lâItalie par les Gots, Huns, amp;nbsp;V vandales,qui mefmes ont enuahi rAfie,amp; difsipé lâEmpire des Grecs. Auquel propos Ouide fèmble auoirain-fi parlé,
Or soyons nous toutes chofes tourner^
Et maintenant r» peuple dominer^
Qui neÃoit rienzamp;' celuy quipui^Ãance
Auoit en toutÃuy faire obeiÃance.
Conclufion que toutes choies humaines lont fubiedes à mutation, plus ou moins difficiles, felon quelles font plus grandes ou plus petites.
Qiuifon des Indes Occidentales^en trois parties.
CHAP.
Vant que palTer outre à delcrire ce païs,à bon d roitCcom me iâellimejauiourdâhuy appelle France Antarôtique,au parauant Amérique, pour les railons que nous a-uonsdiôtes,pourIbnamplitude entoure dimenlion, me fuis aduilé (pour plus aifcmêt doner à entédre aux Leéleurs ) le diuiler en trois. Car depuis les terres recétemét decouuertes, tout le païs de lâAmérique, Peru, la Floride, Canada, amp;nbsp;autres lieux circouoifinsjà aller iufques audeftroitde Magellan,ont ellé appeliez en comun,Indes Occidentales. Et ce pourtant que le peuple tient prcfque mefme manierede vi-ure, tout nud, barbare,amp; rude, comme celuy qui eft encores aux Indes de Leuant. Lequel païs merite véritablement ce nom du fleuue Indus, comme nous difbns en Kij
LES SINGVLARITE2
quelque lieu. Ce beau fleuue donc entrant en la mer de Leuât,appellee Indique, par fept bouchesfcomme le Nil en la Mediterranée} prend fonorigine des montagnes Arbiciennes amp;Beciennes. AuÃile fleuue Ganges,entrât fèmblablement en cefle mer par cinq bouches, diuife lâInde en deux,amp; fait la fèparation de lâvne à lâautre. Eflât donc celle region fi loingtaine dclâAmeriquc, car lâvne efl en Orient, lâautre coprend depuis le Midy iufques en Occidét,nous ne fçaurios dire eflre autres,qui ayét impo-fc le nom â cefle terre que ceux qui en ont fait la premiere decouuerte, voyâs la beflialité amp;nbsp;cruauté de ce peuple ainfi barbare,fans foy,ne fans loy,amp; no moins fèmblable à diuers peuples des Indes,de rAfie,amp;: pais dâEthiopie:def quels fait ample mention Pline en fonhifloire naturelle. Et voila corne ce païs â pris le no dâInde à la fimilitudede celuy qui efl en Afie,pour eflre conformes les meurs,férocité amp;nbsp;barbarie (comme nâagueres auos dit} de ces peu-les occidétaux,à aucûs de Leuant. Doncques la premiere partie de cefle terre, ainG ample codent vers le Midy, depuis le détroit de Magellâ, qui efl einquâte deux degrez, minutes trete delà laligne equinoéfiale. Tentés de latitude auftrale, ne coprenant aucunemét lâautre terre, qui efl delà le détroit,laquelle nâaefléiamais habitée,necôgnué de nous,finô depuis ce détroit, venat à la riuiere de Plate. De là tirant vers le Ponét,loing entre ces deux mers,font coprinfès les prouinces de Patalie, Paranaguacu, Marga-geas,Patagones,ou region des Geans, Morpion,Tabaia-res,Toupinambau, Amazones, le païs du Brefil, iufques au cap de fiinél Auguflin, qui eflhuit degrez delà la ligne, le païs des Canibales,Antropophages,lefqueIles regions
de la trance ANTARCt IQVE. IJt gions font compriles enlâAmcriqueenuironnce de no-ftre mer Oceane,amp; de lâautre cofté deuers le Su de la mer Pacifique^ que nous difons autrement Magellanique. .Nous finirós donc celle terre Indique à la riuieredes A-rnazonesj laquelle tout ainlî que Ganges fait lalepara-tion dâvne Inde à lâautre vers Leuant:aulsi ce fleuue notable ( lequel à de largeur cinquante lieuësj pourra Elire reparation de lâInde Amérique à celle du Peru. La féconde partie comencera depuis ladite riuiere, tirant amp;nbsp;comprenant pluheurs royaumes amp;prouinccs tout le Peru, le deftroit de terre contenant Darien,Fume, Popaian, An-zerma, Carapa, Quimbaya, Cali, Palle, Quito, Can arcs, CLi2co,Cliile,Patalia,Parias,Temillitan,Mexique,Catay, Panuco,les Pigmées, iulques à la Floride, qui ell fituée vingteinq degrez de latitude deçà la ligne.Ie failTe les illcs à part, fans les y comprendre, combien quelles ne font moins grandes que Sicile,Corlè,Cypre, ou Candie, ne moins à ellimer. Parquoy fera celle partie limitée vers Occident,à laFloride. Il ne relie plus, finon de deferire la troiEeme : laquelle commencera à laneuue Elpagne, cóprenanttoutes les prouincesde Anauac, Vcatan,Cul-huacan,Xalixe,Clialco,Mixtecapan,Tezeuco,Guzanes, Apalachen,Xancho, Aute, amp;nbsp;le royaume de Micuacan. De la Floride iufques à la terre des Baccales ( qui ell vne grande region,foubslaquelle ellcomprifeauÃilaterre de Canada, amp;nbsp;la prouince de Chicora, qui ell trentetrois degrez.deçà la ligne ) la terre de Labrador, Terre neu-uc,qui ell enuirôriée de la mer Glaciale,du cofté duNort. Celle contrée des Indes occidentales, ainfi Ibmmaire-inentdiuilee,fans fpecifier pluheurs chofes dâvnbout x
LES SINGVLARITEZ
lâautre,câe/l à Içauoir, du dellroit de Magellan, auquel a-uons commencé, iulques à la fin de la derniere terre Indique, y â plus de quatre mille huit cens lieues de lon-gueur:amp;par cela Ion peut confidercr la largeur, excepté le de/Iroitde Parias fijsnommé.Pourquoy on les appelle communément auiourdâhuy Indes maieures, là ns coin-parailon plus grandes que celles de Leuant. Au refieie îupplie le Leéleur prendre en gré celle peticediuiCion,attendant le temps quâil plailé à Dieu nous donner moyen d'en faire vneplus grande, enlèmblede parler plus amplement de tout ce pais : laquelle iâay voulu mettre en cell endroit, pour apporter quelque lumière au furplus denoHre diCcours.
Vittans incontinent ces Canibales pour le peu de confolation que Ion en peut re-ceuoirauec le vent de Su, vogames iuf ques à vne tresbclle ifie loingtaine de la ligne quatre degrez : amp;nbsp;non Cans grand dâger on lâapproche, car elle nâeH moins difficile â afronter que quelque grand promontoire,tant pource quâelle entre auant dedans la mer,quepour les ro-chers,qui font à rentour,amp; en front de riuage. Celle Ole a clic decouuerte fortuitement,amp;au grand delà uantage de ceux qui premièrement la delcouurirent. Quelque nauire de Portugal pafiant quelquefois fiir celle colle par imprudence amp;nbsp;faute de bon gouuernement,burrant contre vn rocherpres de celle ifle,futbriféeamp; toute lùb-mergée
DE LA TRANCE ANTARCTIQVE. Ijl mergée en fond, liors-mis vingt amp;nbsp;trois hommes qui fe fâuuerent en cefteifle. Auquel lieu ontdemourclâclpace de deux ans, les autres morts iniques à deux : qui ce pendant nâauoient vefeu que de ratSjoy féaux amp;nbsp;autres belles. Et comme quelquefois paflbitvne nauire de Normandie retournant delâAmerique,mirent lâefquifpour fere-polèr en celle ille,ou trouuerent ces deux panures Portu-gais/ellans feulement de ce naufrage, quâils emmenerct anec eux. Et auoient ces Portugais nômé Fïfle des Rats, jfle des pour la multitude des rats de diuerfe efpece,quiyfbnt,en telle forte quâils difoient leurs compagnons ellre morts . en partie, pourlâennuy que leur faifoitcefle vermine, font encores,quand Ion defeend là , quâà grande difficul-té fen peult on defendre. Ces animaux viuent dâÅufs de tortues,quelles font au riuagede la mer,amp; dâÅufs dâoyfèaux,dontil y à grande abondance. Aufsi quand nous y allâmes pour chercher eau douce, dont nous a-uions telle necefsité, que quelques vns dâentre nous fu- , rent contrains de boire leur vrine : ce qui duralefpace de trois mois, amp;nbsp;la famine quatre, nous y vimes tant dâoy-feaux, amp;nbsp;fl priuez, quâil nous elloitaifé dâen charger noz nauires. Toutefois il ne nous futpofsibledc recouurer eau douce, ioint que nâentramesauant dans le païs. Au cdmodi-furplus elle eft tresbelle, enrichie de beaux arbres ver- te^^de doyans la meilleure part de rannce,ne plus ne moins quâvnverd préau mois deMay, encorequâelle foitpres de la ligne à quatre degrez. Q.ic celle ifle foit habitable nâeflimpofsible, aufsi bien que plufieurs autres en la inefmezone ; comme les ifles Saint Homer, fous lâequi-noôlial amp;nbsp;autres. Et fi elle efloit habitce,ie puis veritable-
K iiij
LES SINGVLARITEZ
Zone e)^ tre lestro piques ha hitable.
ment aflcurcr, quâon en feroitvn des beaux lieux, quâil foit pofsible au monde,amp; riche à lâequipolent. On y fe-roit bien force bon fucre, cfpicerics ,amp; autres chofes de grand emolument. le (çay bien que pluheurs Cofmo-graphes ont eu cefte opinion, que la Zone entre les tropiques eftoit inhabitable, pour lâexcefsiue ardeur du Soleil: toutefois lâexperiencc monftre le contraire,fins plus longue contentionztout ainG que les Zones aux deux PO les pour le froid. Hérodote amp;nbsp;Solin afferment que les montsHyperborées font habitables, amp;nbsp;pareillement le Canada, approchant fort du Septentrion, amp;nbsp;autres pais encores plus pres, cnuironla mer Glaciale, dont nousa-uons deGa parlé. Parquoy fins plus en difputer,retour-^boddn nous à noftre ifle des Rats. Ce lieu effc a bon droit ainfi nommé,pour lâabondance des Rats,quiviuent là , dont y a pluGeurs efpeces. Vne entre les autres,que mangent les sohiâta. Saunages de lâAmerique, nommez en leur langue Sohid' efi^ece de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;grifè, la chair bonne delicate, coiUâ
Hierouâ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;leuraut. Il en y à vne autre nomméeHte-
fou ^ciu- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;plus grands que les autres,mais non G bons à man-
treefpece ger. Ils font de telle grandeur qucceuxdâEgyptc,quelon t/e rat, appelle rats des Pharaon.Dâautres grands comme foines, que lesSauuages nemà gent point, à caufe que quandils font morts ils puent corne charogne, corne iâay veu. Il fe trouue là pareillemét variété de ferpens, nomez
Gerjvrf, lefquels ne font bons à manger: ouy bien ceux quâils no-de j'ijèirab. Car de ces ferpens y en à pluGeurs efpeces r/nXi- ne font en rie veneneux, ne femblablesà ceux deno-Iire Europe:de maniéré que leur morfure n elf mortelle, ne aucunemét dangereufe. Il fen trouue de rouges,ecaiL lez
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. IJJ lez de dluerfès couleurs: pareillement en ay veu de verds autât ou plus que la verde fueilJe de laurier que Ion pour-roit trouucr. Ils ne font fi gros de corps que les autres, neantmoins ils font fort longs. Pourtat ne fe fault efmer-ueiller fi les Saunages là entour mangent de ces ratsamp; ferpens fans danger: ne plus ne moins que les Iefiirts,corn inecydeuantnousauosdit. Prescefteillefo trouuefom-blablement vne forte de poiiTon, amp;: for toute la cofte de r Amérique,qui eft fort dangereux, auÃi craint amp;nbsp;redou-té des Saunages : pource quâil eft rauiflant amp;nbsp;dangereux, comme vn Lion ou vn loup affamé. Ce poifton nommé Houperou en leur langue, mange lâautre poiffon en lâeau,hors-mis vn,qui efl grand comme vne petite carpe, qui le fuit toufiours, comme fil y auoit quelque ly mpa-tnie ôi. occulte amy tié entre les deux: ou bien le fuit pour cftre garanti amp;nbsp;défendu contre les autres,dont les Saunages quand ils pefehent tous nuds, ainfi quâils font ordinairement,le craignent,amp; non (ans raifon,car fil les peut attaindre,il les fubmerge amp;nbsp;eft:râglc,ou bien ou il les touchera de la dent,il emportera la piece. AuÃi ils fe gardent bien de mager de ce poiffon, ains fils le peuuent prendre vif, ce quâils font quelquefois pour fo venger, ils le font mourir à coups de fléchés. Eftans donc encores quelque efpace de temps, amp;nbsp;tou mans ça amp;nbsp;là , iâen contemplé plufieurs effranges que nâauons par deçà : entre lef- Efieade quelsiâen veis deux fort monftrueux,ayans foubs la gor -ge comme deux tetines de cheure,vn fanon ou menton, que Ion iugcroità le voir eftre vne barbe. La figure cy apres mife,corne pouez voir,reprefente le refte du corps.
continuation de noÃre chonin^auecques la declaration de tAÃrolabe marin.
CHAP. (gt;8.
IndiÃo-tion de Pair auprès de lâecjuino-atal.
Our netrouuer grand foulagementdc noz trauaux en cefte ifle, il fut queftion fans plusfciourner, défaire voile auec-^ques ventafTez propre iufquesfousno-flre equinoôlial, à lâentour duquel amp;nbsp;la mer amp;nbsp;les vents font aÃes inconllans.
Aufsi là voit on toufiours lâairindifporé:li dâvn colle eii ferein^de lâautre nous menaffe dâorage ; doncle plusTou-uent
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I54 uent là defToubs font pluies amp;nbsp;tonnerres, quine peutient eftre fans danger aux nauigants. Orauant quâapprocher de cefte ligne, les bons piïlots amp;nbsp;mariniers experts con-feillenttoufiours leurs aftrolabes,pourcongnoiftrela di-ftance amp;nbsp;fîtuation des lieux ou Ion eft. Et puis quâil vient à propos de ceft inflrumêt tant neceflà ire en nauigation, iâcnparleray légèrement en paflant pour lâinftrudlion de ceux qui veulent fuiure la inarine,fi grand que lâentendement de lâhomme ne le peut bonnement comprendre. Et ce que ie dis de lâaftrolabe,autant en faut entend re de la boflble,ou efguile de mer,par laquelle on peut auÃi conduire droitement le nauire. Cefl inftrument cft auÃi tant fubtil Sz prime, quâaucc vn peu de papier ou parchemin, comme la paume delà main,amp; auecques certaines lignes inarquées,qui fignifientles vents,amp; vn peu defer,duquel fe fabrique ceft inftrument, par fà feule naturelle vertu, quâvne pierreluy donne amp;nbsp;influe, parfon propre mou-uement,amp;fà ns quenullatouche,môftreoueft lâOrient, lâOccident, le Septentrion, amp;nbsp;le Midy : amp;nbsp;pareillement touts les trente deux vents de la nauigation, amp;nbsp;ne les en-feigne pas feulement en vn endroit, ains en tous lieux de ce monde: amp;nbsp;autres fecrets,que ie laifTe pour le prefent.
Parquoy appert clerement que lâaftrolabe, lâefgueille, auec la carte marine font bien faites,amp; que leuradrefle amp;c perfedlion eftchofè admirable, dâautant quâvne chofè tant grande, comme eft la mer, eft portraite en fi petite , efpace, ôc fe conforme,tant quâon adrefle par icelle à na-uiger le monde. Dontlebonamp;iufteAftrolabcnâeftau-trecholè,quela Sphere preÃeeamp;reprefentee en vn plain, labe ma accompli en fa rotondité de trois cens foixante degrez, rlt;».
IES singvlaritez
refpondans à la circonférence de Iâvniuers diuifee en pareil nombre dedegrez: Icfqtiels derechefil fiutdiuifer en noflre inllrumenr par quatreparties egalesxâeft uoir en chafcrune partie nonante, lefquels puis apres faut partir de cinq à cinq. Puistenant vollre inftrument par lâanneau, lâeleuer au Soleil, en forte que Ion puilTe faire entrer les rayons par le pertuis de la lidade,puis regardant a voftre dedinaifon, en quel an,moys,amp; iour vous elles, quad vous prenezlahautcur,amp; quele Sloeil foit deuersle Su,qui efl du collé derArnerique,amp; vous foyezdeuers le Nortjil vous faut oiler de vollre hauteur autât de devrez queleSoleilà declinéloingde laJignejdelaquelJenous parlons, par deuers Je Su. Et li en prenât Ja hauteur du So-leil vous elles vers MidydeJà JâequinodiaJ,amp; Je SoJeiJ foit au Septentrion,vous deuez fembJablement olleraiP tantdedegrez,que JeSoJeiJ decJinede JaJignevers no-llrepoJe. ExempJe: Si vous prenez vollrehauteurjeSoJeiJ ellant entre JâequinoéliaJ amp;nbsp;vous,quand aurez pris Ja-diéle hauteur, iJ faut pour Içauoir JeJieuouvous elles, foiten mer ou en terre, adiouller Jes degrezque JeSoJeiJ ell décliné Joing de Ja Jigne, auecques vollre hauteur, amp;nbsp;vous troLiucrez ce que demandez; qui fentend autant dupoJeArélique quâAntarctique. Voila feulement Le-ôleur,vn petit mot en palTant de nollre AllroJabc,remetr tantJefùrpJus de Ja congnoiflance amp;nbsp;vfagedecellinllru ment aux Mathématiciens, qui en fontprofeÃion ordinaire . IJ me folliten auoirdit fommairement cegueie congnois dire neceddice à la nauigation, rpccialeinent aux pJus rudes quiny font encores exercez.
DE LA FRANGE ANTARCTIQVE. UJ Departement de noflre equateur^ou equinoHtal.
CHAT. 6Sgt;.
E penfe quâil nây à nul homme dâefprit qui ne fçache que lâequinodial ne foit
^^tvnetraflè au cercle,imaginé parle mi-lieu du monde, de Leuant en Ponent,en egale diftance des deux : tellement que de cefl:equinoclial,iu{qucs à chacun des Poles y â nonante dcgrez,comme nous auons amplement traiclé en fbn lieu. Et de la temperature de rair,qui ert là enuiron, de la mer, amp;nbsp;des poilTons : refte quâen re- » $ y tournant en parlions encores vn mot, de ce que nous a-uons omis à dire. Paflans donc enuiron le premier dâA' uril, auec vn vent h propice, que tenions facilement no-ftre chemin au droit fil,à voiles dépliées,fans en decliner aucunement,droit au Nort: toutefois moîeftez dâvne au uoir:ce que neantmoins nous venoit aucunement a propos, pour boire, confideré la necefsité que lâefpace de deux moys amp;nbsp;demy,auions endurée de boire,nâayans peu recouLirer dâeau douce. Et Dieu fçait fi nous ne beumes pas noftre {à oul,amp; à gorge depliée, veu les chaleurs ex-cefsiues qui nous bruloyent. Vray eft,que lâeau de pluye, en ces endrois eft corrompue, pour lâinfeéf ion de Pair, dont elle vient, amp;nbsp;de matière pareillement corrompue en lâair amp;nbsp;ailleurs,dont celle pluye eft ens^ndrée: de ma-mere que lion en laue les mains, il lâeleuera deftus quel-ques vefeies amp;nbsp;puftules. A ce propos ie fçay bien que les Philofbphes tiennent quelque eau de pluye nâeftre faine, ùeufe. -
Depart delâ^u^ teur de ieejuino-^-trcincômodite,câeftque iouramp; nuit necefloit de|)lou-
LES SINGVLARITEZ
Dimen-fion de lâyni-uers.
amp; mettent difference entre ces eaux, auec les railbns que ie nâallegueray pour le preient,cuitantproIixitc.Or quelque vice quâil y euft, fi en falloir il boire, fuffe pour mourir. Cefte eau dauantage tombant fur du drap,laiffe vne tache,que a grande difficulté Ion peut effacer. Ayans doneques incontinent paffe la ligne, il fut queftion pour noftre conduite,commencer à compter noz degrez, depuis là iniques ennoftre Europe, autant en faut il faire, quand on va par delà , apres ellre paruenu foubs ladiéleli gne. Il efl: certain, que les Anciens mefiiroyent la terre (ce que Ion pourroit faire encores auiourdâhuy; par des,pas, amp;nbsp;pieds, amp;nbsp;non point par degrez, comme nous là ifons ,ainfi quâafferment Pline, Strabon, amp;nbsp;les autres. Mais Ptolemee inuenta depuis les degrez,pour mefu-rer la terre amp;nbsp;lâeau enfemble,qui autrement nâeftoyent enfemble mefurables, amp;nbsp;clE beaucoup plus ayfé. Ptolemee donc à compaffé lâvniuers par degrez, ou, tant en longueur que largeur, le trouuent trois cens Ibixantc, amp;nbsp;en chacun degré leptante mille,qui valient dixlèpt lieues amp;nbsp;demye, comme iâay peu entendre de noz Pilotes, fort expers en lâart de nauigucr. Ainfi cell vniuers ayant le ciel amp;nbsp;les elemensen fii circonférence, contient ces trois
cens lôixante degrez,égalez par douze lignes, dont vn chacun à trente degrez : car douze fois trente font trois cens lôixante iullement. Vn degré contient Ibixante J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;minutes, vne minute Ibixante tierces, vne tierce foixan-
du nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r* ⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠f* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
te quartes, vne quarte lôixante quintes, lulques a loixan-te dixiémes. Car les proportions du ciel fe peuuent partir en autant de parties,que nous auons icy dit. Donc par les degrez on trouue la longitude, latitude, amp;dillance des ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lieux.
de lA FRANCE ANTARCTIQVE. 13'
lieux. Lalatitudedepuislaligneendeçaiufques à noftre comeÃe pole, ou il y à nonanre degrez amp;nbsp;autant delà , la longitu- peutcon-deprile depuis les IflesFortunées au Leuant. Pourquoy ie dis pour coclufionquelePilotte qui voudra nauiguer, doitconfiderertroischofes : la premiere, en quelle hauteur de degrez il fe trouue, amp;nbsp;en quelle hauteur eft le lieu ouil veut aller. La féconde lelieu ou illétrouuc,amp;lelieLi
Idtitude, latitude, amp;nbsp;dtftt ce des lieux
OU il efpere aller, ôcfçauoir quelle diftance ou elongnc-mentily à dâvncoftéâlâautre. Latroiliéme,{çauoirquel ventjou vents le feruirot enfà nauigation.Etletout pourra voir amp;nbsp;congnoillre par fà carte amp;nbsp;inftrumens de marine. Pourfuiuans tounours noflre route fix degrez deçà noftreligne, tenansle capauNort iufques au quinziéme dâAuril, auquel temps congneumes le Soleil direélemét eftrefoubs noftre Zenith,qui nâeftoitfà ns endurer excefi fiue chaleur, comme pouuez bien imaginer,fi vous con-fiderez la chaleur qui eft par deçà le Soleil eftant en Can-cer,hien loing encores de noftre Zenith, à nous qui habitons cefte Europe. Or auant que palier outre ie par Je-ray de quelques poiftbns volans que iâauois omis, quand iâay parlé des poiftbns qui fetrouuctenuiron cefte ligne.
lieft donc à noter quâenuiron ladite ligne dix degrez ^jpecede-deçà amp;: delà ,il fetrouue abondance dâvn poifTonquelon voit voler haut en lâair, eftant pourfuyuidâvn autre poifi â ' fon pour le manger. Et ainfi de la quantité de celuy que Ion voit voler, on peut aifément comprendre la quantité de 1 autre viuant de proye. Entre lefquels la Dorade(de laquelleauons parlé cy dejrus)le pourfuit fur tous autres,, pource qu il à la chair fort delicate amp;nbsp;friande. Duquel y à deux elpeces: lâvne eft grade comme vn haren de deçà :.
L iiij
IES SINGVLARITEZ
Pirdue-fte.
^lhcico ,re,poiÃü.
câeft cekiy qui efl: tat pourfuyui des autres.Ce poiflbnâ quatre ailles,deux grades faites co me celles dâvne Chau-ueiourisjdeux autres plus petites auprès de la queuc.Lâau-tre reflèmble quafi à vue grofle lâproye. Et de telles eipe-ces ne fen trouue gueres,linô quinze degrez deçà amp;nbsp;delà la ligne,qui eft caufe felon mó iugemét,que ceux qui font liures des poiflbns Font omis,auec plufieurs autres. Les Amériques no ment ce poiflbn Ptïauene. Son vol eft pref que come celuy dâvne perdris: le petit vole trop mieux amp;nbsp;plus haut que le grà d. Et quelquefois pour eftre pour/ûy-uis amp;nbsp;chaflez en la mer, volent en telleabodance, princi-palemét de nuit,quâils venoiêt le plus fouuét heurter contre les voiles de noz nauircs, amp;nbsp;demeuroiét là . Vn autre poiffon eft qu ils appellêt nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;beaucoup plus grand p
le marfbuïn, faifà nt guerre perpétuelle au poiflbn volât, ainfîque nousauons dit delà dorade: amp;nbsp;eft fortbonà manger, excellent fur tous les autres poiflbns delà incr, tantdePonent quedeLeuant. Ilefl difficile à prendre-amp;pource Ion côtrefait vn poiflbn blanc auecques quel-quelinge, que Ion fait voltiger fur lâeau, comme fait le poiffon volant, amp;nbsp;par ainfî fe laiffe prendre comunénaér.
Du Peru^O^ desfr 'mcipAlesprouinces contenues en iceluy.
d'H K V. yo.
Our fuyurenoflre chemin auecAbonne fortune de vent, coftoyames la tecce , amp;nbsp;les ifles cflans Car cede code de mer C'ceane, appellees iûes du Peru,
paru-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 137 particulier. ' Ce païs,(èlon que nous auons diuifé,eft lâvne des trois parties des IndesjOccidentales/ayant de Ion-gueur fept cens lieues, prenant du Nort au .midy,amp; cent dclargeur, de Leuant en Occident, Commence en terre â continente, depuis Themiditan,â pafler par le deflroit de cidaales. Darienne, entre lâocean, amp;c la,mer quâils appellent Pacifi-que:amp; à efté ainli appelé dâvne riuierc nommée Peru, la-quelle a de largeur enuiron vne petite ucue: comme plu-neurs autres prouinces en Afrique, AÃie, amp;nbsp;Europe, ont pellée. pris leur nom des riuieresplus fameufps:,ainfique mef-me nons auons dit deSenequa. -jCefte region cft donc enclofe de lâocean, amp;nbsp;de la mer de Su: au refte, garnie de forefts efpefles, amp;. de montagnes, quijrendent le païs en plûfieurs lieux prefque inacceÃible,.tellement quâil eft mal aifé dây pouuoir conduyre chariots pu belles chargées, ainli que nous failbns^en nos plaines de deçà . En ce Prouîcts pais du Peru,ÿ a plufieuramp;belles prouinces,entrelefquel-les, les principales, amp;nbsp;plus renommées font Quito, tirant âuNortquiâdelongueur,prenantdeLeuantauPonent, enuiron foixante lieuès,amp;: trete de largeur. Apres Quito, région. fenfuitla prouincc des Canares, ayant au Leuant la riuie- Pgt;'ouin~ re des Anaazpnes , auec plufieurs montagnes, amp;nbsp;habitée dâvnpeupie^ffés inhumain, pournâeftrç,jénçores réduit. Celle prpùinçe paflee^ le trpuue celjé que le.s^bifpagr^ols â t-ont nommée Sainét laques du port vieux,comméçant à s.iiKjHis vn degréjdela ligne crjuinoélialç.^ La quatrième, quâils déport appellentçniIçuiJangUjÃ,Tâ4y^zz?/Zf4,.fè epp^ne^à legrand yjlle^fl^,T.PPgiJle, laquelle aptpsjâepnppijphnçment de kiU nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;AtabUy.by, Pizare vova^n^^afertilité du
P ais là hll. ballirfprtilier quelque viUs éc,çbà lleau .11 y
.....â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'M î
LES SI NGVLARI TE Z
en a vne autre nommée Cuzco, en laquelle ont long temps régné les Inges, ainG nommez, qui ont elle puiG Gins Seigneurs ; amp;ligniGe ce mot Inges, autant comme RoydH- Roys. Et elloit leur royaume édition G ample en ce tZ« temps la, quâelle contenoit plus de mille lieues dâvn bout â autre. AuGia efté nommé cepaïs de la principale ville, ainG nommée comme Rhodes, Metellin, Candie, amp;nbsp;autres païs prenans le nom des villes plus renommées, com me nous auons deuant dit. Et diray dâauantagcquâvnEG pagnol ayant demeuré quelque temps en ce païs,mâa affermé eftat quelquefois au cap de Fine terre en Efpagne, quâen celle contrée du Cuzco, le trouue vn peuple qui a les oreillespendantesiuGjuesGir les elpaules, ornées par Gngularitc de grandes pieces de Gn or, luifantes amp;nbsp;bien poiïes, riche toutefois lus tous les autres du Peru, aux pa-rolles duquel ie croirois plus toll que non pas à pluGeurs Hiftoriographes de ce temps,qui elenuent par ouyr dire, comme de noz gentils obfèruateurs, qui nous viennent rapporter les chofès, quâils ne virent Onques. 11 mcfoii-uient â ce propos de ceux qui nous ont voulu perluader, quâen la haute Afrique auoit vn peuple portant oreilles , pendantes iufqueS aux talons : ce qui eft manifelleinenc Cdndr,re ablurde. La cinqiéme prouince elf Canar,â'ayant du gionfort c'ôüc de Ponentla. met du Su,contrée mcrueilieufèment â froide, de maniéré que les neiges amp;nbsp;glaces y font toute lâannée. Et combien quâaux autres regions du Peru le froïd ne/oit G,Violent,amp; quâil)^ vienne abodanccdeplus beaux fruits j,atiGi riya il telle temperature en e^c : cares autrespartips en e/lé rairè/f exeefsiiiementcbâud,ôe nul tempere, quPcauie vné corruption, princip^ilement es fruits.
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I3S fruits. AuÃiqueles bellesveneneufès nefè trouuentes regions froides,comme es chaudes. Parquoy le tout con fideréjil eft mal aifé deiuger, laquelle de ces cotrées doit ellre preferée à lâautre : mais en cela fe faut refondre que toute commoditéeft accompagnée delèsincomoditez.
Encores vne autre nommée Colao, en laquelle le fait Prou'îce plus de traffîque,quâen autre cotrée du Peru:qui eft caulè que pareillcmét eft beaucoup plus peuplée.Elle ft cofine du codé de Leuat aux montagnes des Andes,amp; du Ponét aux motagnes deNauades.Le peuple de celle cótrée,nó-nié en leur lâguc Xult/^hilane^Acos^omdtdyCepitayC^ TrUn~ luMacho,cô\iicn quâil loitfruLiage amp;nbsp;barbare,eft toutefois fort docile,à cauft de la marchâdift amp;: trafiique qui ft me ne là : autremét ne ftroit moins rude que les autres de lâA-merique. En celle cotrée y à vn grand lac,nômé en leur langucTzhrrfr^jqui eft à dire Ide de plumes: pource quâen Titicatd cc lac y à quelques petites ifles, elquellesft trouueli grâd nombre dâoiftaux de toutes grà deurs amp;nbsp;efpeces, que cell choie prefque incroyable. Relie à parler de la 'derniere contrée de ce Peru,nommée Carcas,voilinede Chile,en laquelle eft lituée la belle amp;nbsp;riche cité de Plate :1e païs fort riche pour les belles riuieres,amp; mines dâor amp;nbsp;dâargét. ré riche Donques ce grand païs amp;nbsp;royaume contient, Scfappelle iamp;am' tout cc qui cil compris depuis la ville de Plate, iulques à Quito,commedélia nous auonsdit, amp;nbsp;duquel auos déclaré les huit principales cotrées amp;nbsp;prouinces. Celle ter- rerre dit re continente ainfi ample amp;fpacieufereprefente la ligure Peru re-dâvn triangle cquilatere, combien que plulieursdes mo- p^efente dernes lâappellent ifle, ne pouuans,ou ne voulans mettre diftercce entre ifle,amp; ce que nous appelions prefqueille,
M ij
LES
SINGVIARITEZ
Sôâcontinente. Parainfi ne-faut clouter que depuis le de-rrôitde Magellan,cinquante deux degrez de latitude, amp;: trente minutes,amp; trois cens trois degrez delongitudc delà la ligne iufques à plus de foixante huit degrez deçà , ell terre ferme. Vray eftqueli ce peu de terre entre la noti-uelle Efpagneamp; le Peru , nâayant de largeur que dixfèpt lieuës,de lamerOceane^celleduSujClfoitcoupéedâvne Darien, rner efi Pautrcyl-e Peru fe ppmrroit dire alors ifle, mais Da-detroitde rien,detiâoit de terre,- ainli nommé de la riuicre de Darie-ne,rernpefche. Oreftil quefhon de dire encores quelque choie du Peru »s-Quant à la religion des Saunages du païs qui nefbnt encores réduits à nollre foy ^ ils tiennent vne opinion fort eftrange, dâvne grande bouteille, quâils Superfit- gardent parfingularité, difans quela mer à autrefois paf tio ^rade îe par dedà s auec toutes les eauës amp;nbsp;poilTons : amp;(. que dâvn dâaucuns autre large valè efloient lâillis le Solçil amp;nbsp;la Lune, le pre-mier homme amp;: la premiere femme. Ce que faulèment Bohitü ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;perfuadé leurs meçhans prellres, nommez âBo-
prefires^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâo^t rcceu longue efpace de temps, iniques à ce
que lesElpagnols leur ont dilfuadé la meilleure part de telles relùeries amp;nbsp;impoflures. Au Itirplus ce peuple elf 'jï fort idolâtre fur tous autres. Lâvn bdore en Ibn particu-idolatrie lier ce quâ11 luy plaid: les pefeheurs adorent vn poilTon decespeu nommé Liburon : les autres adorent autres bedes amp;nbsp;oi-lèaux. Ceux qui labourent les iardins adorent laterre,-^ mais.en general ils tiennent le Soleil vn grand dieu,la Lu ne pareillement amp;nbsp;la terre: edimans que par le Soleil la Lune toutes choies Ibnt conduites amp;nbsp;regies. En Jurant ' ils touchent la terre de h main, regardans le SoieîL Ils tiennent dâauanrage auoir eilévn deluge, comme ceux !⢠nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. I39
tout le Peru.
. de FAmprique, difà ns quâil vint vn Prophete de lapart de Septentrion,qui faifoit merueillesdequel apres auoirerte mis à mort,auoit encores puifl'ance de viure, amp;nbsp;de fait a-uoitvefcu. Les Efpagnols occupent tout ce pais de terre LesEj^a. ferme, depuis lariuiere de Marignan iufqucs a Fume amp;nbsp;Dariéne, amp;nbsp;encores plus auât du cofté de lâOccident, qui eft le lieu plus ellroit de toute la terre ferme,par lequel on vaauxMoluques. Dâauantage ils feftendent iukjues à la riuiere de Palme : ou ils ont ii bien bafti amp;nbsp;peuple tout lepaïs, que câeflchoiemerueilleufe de laricheife quâau-iourdâhuy leur-rapporte tout ce païs, comme vn grand royau me. Premieremêt prefque en toutes les ifles du Pe-ruyà minesdâoroudâargent,quelques emeraudesamp; tur-quoifes, nâayans toutefois fi viue couleur que celles qui viennent de Malaca ou Calicut. Le peuple le plus riche de tout le Peru, eft celuy quâils noment belliqueux, aufsi fur toutes autres nations. Ils nourriftenr beufs,va-
les du Pe
peuple
ches,amp; tout autre beftial domeftique,en plus grand nom ehe bre que ne faifions par deçà : car le païs y cft fórt propre, beüi-de maniéré quâils font grand traffique de cuir de toutes ........ fortes ; amp;nbsp;tuent les beftes feulement pour en auoir le cuir. La plus grand part de ces beftes priuées amp;nbsp;domeftiques f)nt deuenuës fiuuages, pour la multitude quâil y en à , tellement que Ion eft contraint les laifter aller par les bois iourôc nuit, fans les pouuoir tirer neheberger auxmai-fons. Et pour les prendre font contrains de les courir, amp;nbsp;vfer de quelques rufes,com.me à prendre les cerfs amp;nbsp;autres beftes fauuages par deçà . Leblc, comme iâay entendu,ne peut proffiter tantes ifles que terre ferme du Peru, o nonplus qu'enrAmerique. Parquoy tant gentilshomes
queux..
Blé yin en nul yfa--'
^e aux
M iij
LES SINGVLARITE2
CdJJddc forte dâd-hmenc.
Le ' Peru ejlimé à prefnt ^uaft â gt;-ne autre Europe,
quâautres viuent dâvne maniéré dâalimêt, quâils appellent Cajjade, qui eft vne forte de tourteaux, faits dâvne racine, nommée Manihot. Au relie ils ont abondance de mil amp;nbsp;depoiflbn. Quant au vin il nây en croift aucunement, au lieu duquel ils font certains bruuages. Voila quant à la continente du Peru, lequel auec iès ifles, dont nous parlerons cyapres,eftremis enteile forme,quâà prefenty trouuerez villes,chafteaux,citez,bourgades,maifons, villes epifcopales,republiques,amp; toute autre maniéré de vi-ure,que vous iugericz eftre vne autre Europe.Nous con-gnoiftbns par cela cobien eft grande la puiflance amp;nbsp;bonté de noftre Dieu, amp;nbsp;fà prouidence enuers le genre humain: car autant que les Turcs,Mores, amp;nbsp;Barbares,enne-mis de verité,Pefforcent dâanéantir amp;nbsp;deftruire noftre religion , de tant plus elle ferenforce, augmente, amp;nbsp;multiplie dâautrecofté. VoiladuPeru,lequeIà noftreretour auons coftoyé à ftneftre,tout ainii quâen allant auons co-ftoyé lâAfrique.
Des ifles du Peru^e^ ffincifalenient de f£flagnole. en K P. 71.
JÃeEfpa o^nole, no mee au parauat Haiti
queïd.
Pres auoir eCcrit de lâ continente du Pc'-pourtant que dâvne meftiie routea-uons coftoyé à noftre retour quelques ifles fus 1 Ocean,appellees ifles du Peru, pour en edre fort prochaines,iâen ay pa-reillemctbiévouluercrirequelguecho-fe. Or pource queiîâns p^ruenuzà h hauteur de lâvne de ces iûes, nommée Efpagnoleyparceux qui depuis certain
D£ LA FRANCE A N T A R C T I QJV E. 140
tain temps lâont decouuctte,appellée parauantZf^/?/, qui vaut autant à dire comme terre afpre,amp; Quifqueiâa,grande. Aufsi véritablement efl elle de telle beauté amp;nbsp;gran-deur,que de Leuant au Ponent, elle â cinquante lieues de de long, amp;nbsp;de large du Nort au Midy,enuiron cjuarante, ôcplus de quatre cens de circuit. Au relie efl à dixbuit degrez de la ligne,ayant au Leuat lâifle dite de Saint lean. Trois amp;plulieurs petites illettes, fort redoutées amp;nbsp;dan gereules fromon-auxnauigans : amp;nbsp;au Ponetlâifle de Cuba amp;nbsp;lamaïque:du collé du Nort les ifles desCanibales,amp; vcrsleMidv,le cap de Vele, litué en terre ferm e. Celle iflerelfemble au-cunement à celle de Sicile,quc premièrement Ion appel-
rou.
Lobos.
IoitTrinacna,pour auoirtrois promontoires,fort emi- Hi^uey. nens: toutainii celle dont nous parlons, enà trois fort a-
OïAne, fleuue.
ron, le deuxieme taiguey, le troiiieme kooos, qui eit au collé de lâille,quâils ont nommée Beata,quafi touteplei- nbsp;nbsp;nbsp;-yil-
nc deboisdegaiac. EncefleElpagnolefetrouuentde leprinci-tresbeaux fleuues, entre lefquels le plus célébré, nommé Orane, pâlie alentour de la principale ville de ladite ifle, nommée par les Efpagnols Saint Domingue. Les autres ptguues fontNequée,Hatibonice,amp;Haqua, merueilleufement les plus riches de bon poilfon, amp;nbsp;délicat à manger : ôc ce pour la renome^s^ â temperature de lâair,amp;: bonté de la terre,amp; de lâeau.
fleuues fe rendent à la mer prefquetous du collé du Le-uant : lefquels ellans alfemblez font vne riuiere fort lar- Religion ge,nauigable de nauires entre deux terres. Auâtquece- ancienne lieiflefuft decouuerte desChreftiens, elle clloit habitée des Sauüages,quiidolatroient ordinairementle diable, lequel fe monllroit à eux cndiuerles formes : aufsi fai-
M iiij nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
LES SINGVLARITEZ
Ibient plufieurs amp;nbsp;diuerfès idoles,felon les vifions amp;illu-fions nocturnes quâils en auoient: comme ils font encores d prefent en plufieurs ifles,amp;: terre ferme de ce païs.Les autres adoroient plufieurs dieux, mefmementvn pardef fus les autres, lequel ilseflimoient comme vn modérateur de toutes chofes : amp;nbsp;le reprefèntoient par vne idole de bois,eleuée contre quelque arbre,garnie de fueilles amp;nbsp;plumages: enfèmbleils adoroient le Soleil amp;nbsp;autres creatures celefies. Ce que ne font les habitans dâauiourdhuy, pour auoir clic réduits au CbrilHanifme à toute ciuiJi-té. le fçay bien quâil fenefttrouué aucuns le temps paf ; fé,amp; encores maintenant, qui en tiennent peu de conte. c.Cdli^» Nous liions de Caius Caligula Empereur de Rome, 74 Emp. quelque mefpris qu il fift de la diuinité,fi a il horriblemêt tremblé, quad il fefl apparu aucun figne de lâire deDieu. Mais auant que cefte ifie de laquelle nous parlons ait efté réduite à lâobeiflance des Efpagnols Cainfi que quelques
gt; vnsquiefloientà laconqucfi:emâontrecité)lesBarbares ont fait mourir plus de dix ou douze mille Chreftiês,iuf ques apres auoir fortifié en plufieurslieux, ils en ont fait mourir grand nombre, les autres menez, elclaues de tou-tes parts. Et de cefie façon ont procédé en rifle de Cuba, de Saint Iean,Iamaïque, Sainte Croix, celles des Ganiba-r Jes, amp;nbsp;plufieurs autres ifles, amp;nbsp;pais de terre ferme:;,car au commencement les Efpagnols amp;nbsp;Portugais, pour plus aifement les dominer, faccommodoientfort âJeur maniéré de viure, amp;nbsp;les allecbanspar preiens amp;nbsp;par dou,ces parolles, fentretenoiét toufiours.cnileu ranticié : tant que par fiicceÃion de terrips fc voyi$ lés jTlüSffortSiCommeri-lt;ercncà /éreuolter,prcnansles vnseiclaues,iesont con-f â 1/1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;trains
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I4I trains à labourer la terre: autrement iamais nefulTentve-nuzà findeleurcntreprife. Les R.oys plus puiflansdecc pais font en Cafeo ôc Apina ifles riches amp;nbsp;fameufes, tant pour lâor amp;nbsp;lâargent qui fy trouue, que pour la fertilité de la terre. Les Saunages ne portent quâor fur eux, comme amp;ferti~ larges boucles de deux ou trois liures,pendues aux oreil- i«« les, tellement que pour fi grande pefanteurils pendent les oreilles demy pie de long : qui adonné argument aux Efpagnols de les appeller Grands oreilles. Cefte ille eft Fertilité merueilleufement riche en mines dâor,comme plufieurs amp;richef autres de ce pais là , car il fen trouue peu, qui nâaye mi- 'f nés dâor ou dâargent. Au refte elle elf riche peuplée de beftes à cornes,comme beufs,vaches,moutons,cheures, amp;nbsp;nombre infini de pourceaux, aufii de beaux chenaux; defqnelles belles la meilleure part pour la multitude eft deuenuë £à nuage:comme nous auons dit de la terre ferine. Quant au blé amp;nbsp;vin,ils nâen ont aucunement,fil nâell porté dâailleurs: parquoy en lieu de pain ils mangent force Caflade, faite de farine de certaines racines : amp;nbsp;au lieu fie vin,bruuages bos amp;nbsp;doux, faits anlsi de certains fruits, commelecitre deNormandie. Ils ont infinitéde bons poiflbnSjdont les vnsfont fort ellranges: entre lefquels fen trouue vn nommé Manati, lequel fè prend dans les riuieres,amp;: aulsi dans la m.er, non toutefois quâil aye tant efté veu en la mer quâaux riuieres. Ce poiflbn eft fait à la fcmblà ce dâvne peau de bouc,ou de cheure pleine dâhuile pean du ou de vin,ayant deux pieds aux deux collez des efpaules, manati, aucclelquelsil nage : amp;nbsp;depuis le nobril iufquesau bout poiffon. delaqueuë,vatoufiours en diminuant de grolfeur: là te-lie ell corne celle dâvn beuf, vray ell quâil aie vilà gc plus
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LESS INGVLAR I TE Z
maigrcjle menton plus charnu amp;nbsp;plus gros, fèsïeux font fort petis folon là corpulence,qui eft de dix pieds de grof-four,amp; vingt de longueur;fâ peau grilatre,brochée dépérit poil, autant epcfle comme celle dâvn beuf : tellement queles gens du pais en fontfouliers à leur mode. Aure-ftè fespieds font tous ronds, garnis chafounde quatre ongles aflez longuets,refTemblans ceux dâvn elephant. Câertle poiflbn le plus diflorme, que Ion ait gueres peu voir en ces païs là : neantmoins la chair eft meruedlcufe-ment bonneà manger, ayant plus le gouft de cluirdc veau,que de poiflbn. Les habitans de lâifle font grand 3.-mafts de la grefle dudit poiflbn,à caufo quâelle eftpropre à leurs cuirs de cheures, dequoy ils font grand nombre de bons marroquins. Les efolaues noirs en frottét communément leurs corps,pour le rendre plusdifpos amp;ma -niable,comme ceux dâAfrique font dâhuile dâoliue. Lon
certaines pierres dans latefte de ce poiflbn,def quelles ils font grâdeeftimc,pourcequâils les onteiprou-uées eUce bonnes contre le calcu Ie,foit es reins amp;nbsp;à la ve(-ftercar de certaine propriété occulte, cefte pierfe le com-minuë 8c met en poudre. Les femelles de ce poiflbn rendent leurspetis tous vifs,là ns Åuf,comme faitia balene, amp;le loup marin : auÃi elles ont deux retins comme les befles terreftres, auec lefquels font alaittez leurs petis.
VnElpagnol qui à demeuré longtépsen cefte iflemâa affermé quâvn Seigneur en au oit nourri vn lâelpace de trente ans en vn eiiâng, lequel par focceÃion de temps deuintfi Eimilier amp;priué, quâil {elaiÃdit preCque mettre la main Cus luy. Lés Saunages prennent ce poiiTon communément alTezpres de terre, ainû quâil paift de lâherbe.
le
DE LA FRANCE ANTARGTIQVE. I42 le laiHe à parler du nombre des beaux oyfeaux veftuz de diuers amp;nbsp;riches pénages j dont ils font tapifleries figurées dâhominesjde femmes,belles,oyfeauxjarbres,fruits,fins y appliquer autre choie que ces plumes naturellement embellies amp;nbsp;diuerfifiées de couleurs : bien eft vrav quâils les appliquent lus quelque linceul. Les autres en garni!- fiar les fent chapeaux, bonnets amp;nbsp;robes, chofes fort plailà ntcs à Sduua-la veuë. Des belles ellranges à quatre pieds ne fen trou-ucpointjfinon celles que nous auons dit : bien fetrou-uentdeux autres elpeces dâanimaux, petiscomme con-nins,quâils appelent Hulioiy^ autres Qm,bons à manger. HuIïm Ce que iâay dit de celle illc, autant puis ie dire de lille Saint laques,parauant nommée lamaïca : elle tientà la partde Leuant Pille de Saint Dominique. Ilyà vneautre bellcille,nommée 'Bourifjuan en langue du pais, appellée iÃe de s. cartes marines, ille de Saint lean : laquelle tient du co- itiques. Hé du Leuât Pille Sainte Croix,amp; autres petites illes,dont les vnes font habitées,les autres delèrtes.Celle ifie de Le-uant, en Ponent tient enuiron cinquante deux lieues, de longitude trois cens degrez, minutes nulles: amp;nbsp;de latitude âixhuit degrez, minutes nulles. Brcf,ilyà plulieurs autres illes en ces parties là ,defquclles, pour la multitude ie lailTeà parler, nâayant aufsi peu en auoir particuliere congnoillance. le ne veux oublier quâen toutes ces illes nefe trouuent belles rauilTantes, non plus quâen Angleterre,amp; en Pille de Crete.
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IES SINGYLARITEZ Des ià es de Cuba nbsp;nbsp;JLucà ia.
CHAP. 72.
ftion de l 'iÃe de Cuba.
Elle pour le fommaire des ifles du PerUj reciter quelques fingularitez de lâifle de Cuba,amp; de quelques autres prochaines, côbien qu a la verité,lon nâen peut quaû dire gueresautrechofe,qui défia nâait efté attribué à lâElpagnole. Celle ifle eft plus grands que les autres, amp;nbsp;quant amp;nbsp;quant plus large; car Ion conte du promotoirequi ell ducoftédeLeuant, à vn autre qui efl du coflé de Ponent, trois cens lieues, à c duNortà Midy ,feptantelieucs. Quant à la dilpofition de lâair,il y a vne fort grade temperature, tellement quâil nây a grand exces de chaud, ne de froid. Il fy trouue de
Montagne de
ó* el ter.
riches mines,tant dâorque dâargent,femblablement dâau tres métaux. Du codé de la marine fc voyent hautes môtagnes,dcfque]les procèdent fort belles riuieres, dont lescaucs font excellentes, auec grande quantité depoif fon. Au relie,parauant quelle fuft déco uuerte, elle ehoit beaucoup plus peuplée des Sauuages,quc nulle de toutes les autresunaisauiourdâhuyles tfpagnols en font Seigneurs ôc maiftres. Le milieu de cefleiile tient deux cens nouante degrez de longitude, minutes nulles, amp;nbsp;latitude vingtdegrez,minutes nulles. Il fytrouucvne montagne pres de la mer^qui eft toute de fel, plus haute que celle de Cyprc,grand nombre dâarbres de cotton,brehl,amp;ebene.
dirây ie duCel tcrïeilre, qui fe prend en vne autre montagne fort haute ôc maritimc?Et de cefte elpece fen trouue pareiUement en fille de Cypre nommé des
DE LA TRANCE ANTARCTIQVE. 14J Grecs »sukb« lequel fè prend auÃi en vne montagne pro*' chaine de la mer.Dâauantagc Ce trouue en cefte ifle abondance dâazur,vermillon,alun,nitre,fcl de nitre, galene, amp;nbsp;autres tels,qui (ê prennent es entrailles de la terre. Et quat aux oyfèauxjvousy trouuerezvne elpece de perdrisaflez Efiecede -petite, de couleur rougeâtre par dehors, au refte diuerfi- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
hces de variables couleurs,la chair fort delicate. Les ru-fhques des montagnes en nourrilfent vn nombre dans leurs maifonSjCommeonfaitles poulies par deçâ.Etplu-fieurs autres chofès dignes d'eftreeferitesamp; notées. En premier lieu y à vne vallée,laquelle dure enuiron trois lieues, entre deux montagnes, ou fè trouue vn nombre infini de boules de pierre, grofles, moyennes, amp;nbsp;petites, rondes comme efteufs, engendrées naturellement en ce lieu, combien que Ion les iugeroit eftre faites artificiellement. Vousyen verrez quelquefois défigroffes, que quatre hommes fèroiét bien empefchezà cn porter vne: les autres font moindres,les autres fi petites,quâelles nâex-cedent la quantité dâvn petit efteuf. La fécondé chofe di- Liqueur gnedâadmiration eft,quâen lamefmeiflefe trouue vneâ môtagne prochaine du riuage de la mer, de laquelle fort vne liqueur femblable à celle que Ion fait aux ifles Fortu-nées, appellée Bré, comme nous auons dit : laquelle ma- gne. tiere vient à dégoutter amp;nbsp;rendre dans la mer.Quinte Cur Bre'/orte fe en fes liures quâil à faits des gefies dâAlexandre le Grad, recite,quâiceluy efiantarriuéà vnecité nomméeMemi, voulut voir par curiofité vne grande folTe ou caucrne,en laquelle auoitvne fontaine rendant grande quantité de gomme merueilleufèment forte,quand elle eftoit appliquée auec autre matière pour baftir : tellement que lâA u- -
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Pour-(j»oy id-dis Usmn rdilles de Bd by lone ont e-JleeÃi-mees à Jattes. JÃss de Lucdid.
Montd-ÿ^ne dePo Q toÃi fort riche en mines.
teur eftimc pour cefle feule raifon, les murailles de Baby-lone auoir cfté fi fortes,pour ellre compofécs te telle ma ticre. Et non feulement fen trouue en lâifle de Cuba,mais aufsiau pais deTlicmiftitan, amp;du cofté de la Floride. Quat aux illes de Lucaïa fainfi nommées, pour eftre plu-Geu rs en nombre)elles font Gtuces au Nort de lâifle de Cu ba ôc de Saint Dominique. Elles font plus de quatre cens en nombre, toutes petites, amp;nbsp;non habitées, fino vne grade,qui porte le nom pour toutes les autres, nommee Lucaïa. Lcshabitans de cefle iflevont communément trafiquer en terre ferme,amp; aux autres ifles.Ceux qui font rehdence,tant hommes que femmes, font plus blancs,amp; plus beaux quâen aucune des autres. Puis quâil viét à propos de ces ifles, amp;nbsp;de leurs richefles, ie ne veux oublier a dire quelque chofedes richeflTes de PotoÃidequel prend fonnom dâvne haute montagne, qui a de hauteurvne grand lieuc,amp; vne demie de circuit, eleuée en hauten façon de pyramide. Cefle montagne eftmerueilleufement riche à caufè des mines dâargér, de cuiure,amp;eflain,quâon â trouué quafi auprès du coupeau de la montagne,amp; fell trouuéelà mine dâargent fi tresbonne, quâà vn quintal de mine, fo peut trouuer vn demy quintal de pur argent.Les cfolaues ne font autre chofè quâaller quérir cefle mine,amp; la portent à la ville principale du pais, qui efl au bas de la motagne, laquelle depuis la decouuerture à eflé la baflie par les Efpagnols. Tout le païs,iflcs,amp; terre ferme efl habitée de quelques Saunages tous nuds,ainfi quâaux autres lieux de lâAmérique. Voila du Peru,amp; de fès ifles.
Defm-
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I44
Dc/cription de l.i nounelle E^a.^ie.ye^ de U grande cité
de l'hemijlitanyfituée aux Indes Occidentales.
en h P.
Ource quâil nâeft poÃible à .tout hom-de veoir fenfîblemêt toutes chofès,. durant fbn aage,{bit ou pour Ja conti-nuelle mutation de tout ce qui eft en ce monde inferieur, ou pour la longue di-ftance des lieux amp;nbsp;païs : Dieu â donné moyen de les pouuoir reprefènter,non feulement par efcript,mais auÃi par vrayportrait, parrinduflrieamp;: labeur de ceux qui les ont veues. le regarde que Ion réduit bien par figures pluficursfables anciennes,pour donner plaifir feulement: comme font celles de lafon, dâAdonis, dâAéheoiijdâÃneas, dâHercules : amp;nbsp;pareillement dâautres chofes que nous pouuons tous les iours voir,en leur propre eflence, lans figure, corne font plufieurs elpeces dâanimaux. A celle caufe ie me fuis auile vous deforire fim-plement au plus pres quâïl mâa cllé poÃible la grande amp;ample cité deThemiftitan, ellant fulFifimment infor-nié que bien peu dâentre vous lâayez veuë, amp;nbsp;encores moins la pouuez aller voir, pour la longue, merueil-leufe, amp;nbsp;difficile nauigation, quâil vous conuiendroit faire. Themiftitan eft vneCité fituéeen la nouuelIeE-Ipagne, laquelle prend fon commencement au dellroit a Ariane,limitrophe du Peru, amp;nbsp;finiftdu collé duNort, alariuieredu Panuque:or futelle iadis nommée Ãna- Ncnueüe Ki/cZ;, depuis pour auoir elle decouuerte, amp;nbsp;habitée des Elpagnols, areccu le nom de nouuelle Ãlpagne. Entre
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Situatio de ld nou ueüc Ep-pigne.
Jeiquelles terres ôc prouinces la premiere habitée,fut celle dây ucatbâ,laquelle â vne pointe de terre,aboutiiîà nt à la mer,fèmblable à celle de la Floride: laçoit que noz fai-feurs de cartes ayent oublié de marquer le meilleur, qui embelliil leur deicription. Or cede nouuelle Eipagne de la part de Leuant, Ponent amp;nbsp;Midy, eil entourée du grand Ocean: amp;nbsp;du codé du Nort à le nouueau Monde, lequel edant habité, voit encor par delà en ce meime
NortjVne autre terre non cógneuë des Modernes, qui eil la caufequc ie iûrfeoy dâen tenir plus long propos. Or Themiilitan, laquelle eil Cité forte, grande amp;nbsp;treûicbe, au pais iùs nommé, eil fituée au milieu dâvn grand Uc: Je chemin par ou Ion y va, nâeil point plus îarge,que porte la longueur de deux lances. Laquelle fut ainiî ap-pellée du nom de celuy qui y mit les premiers fondements,-iùrnommé Tcnuth,fils puiihédu roy Iztacmir-coatz. Ceile cité â feulement deux portes, lâvne pour y entrer, amp;nbsp;lâautre pour en fortir: amp;nbsp;non Joing de la cité,ie trouue vn pont de bois, large de dix pieds,fait pour lâac-croiiTement amp;nbsp;decroiifement de lâeau: car ce lac croiilamp; decroiil à la fcmblance de la mer. Et pour la deftence de . la cité y en a encores pluiieurs autres, pour eilre comme
Vcnifè edifice en la mer. Ce païs eil tout enuironné de fort hautes montagnes: amp;nbsp;le plain païs à de circuit enui-ron cent cinquante lieues, auquel iè trouuentdeuxlacs, â Lâopinio qui occupent vne grande partie delà campagne, parce dedeux nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lacs ont de circuit cinquante lieues, dontlâvn eil
dâeau douce, auquel naiifent force petits poiifons amp;nbsp;délicats, amp;nbsp;lâautre dâeau ialce, laquelle outre fon amertume cfl venimeufe,amp; pour ce ne peut nourrir aucun poiiTon, qui
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I45 qui eft contre lâopinion de ceux qui pêfènc que ce ne (oit quâvn me fine lac. La plaine eft fèparce defdits lacs par aucunes montagnes, amp;nbsp;à leur extrémité,font conioinâ:s dâvne eftroictc terre,par ou les hommes fo font conduire aucc barques,iufques dedans la cité, laquelle eflfituée dans le laclalé: amp;nbsp;de là iniques à terre ferme, du cofté de la chauffée,font quatre lieuës:amp;: ne la fçaurois mieux co-parcr eu grandeur quâà Venife. Pour entrer en ladiéle ci- Coparai-té y à quatre chemins, faits de pierres artificiellement,ou il y à des conduiéà s de la grandeur de deux pas, amp;nbsp;de la hauteur dâvn homme: dont par lâvn defdits cflconduiéfe'^ lâeau douce en la cité, qui eft de la hauteur de cinq pieds: amp;nbsp;coule lâeau iufques au milieu de la ville, de laquelle ils boiuent,amp; en vient en toutes leurs neceÃitez.Ils tiennent lâautre canal vuide pour celle raifon, que quand ils veulent nettoyer celuy dans lequel ils conduilent lâeau douce,ils mènent toutes les immondicesde lacitéiauec lâautre en terre.Et pource que les canaulx palfent par les pots, amp;par les lieux ou lâeau là lée entre amp;nbsp;fort, il s conduilent ladiéle eau par canaulx doulx,de la hauteur dâvn pas. En ce lac qui enuironne la ville, les Efpagnols ont faitplu-fieurs petites maifons,amp; lieux de plailà nce,les vnes fur pe tites rochettes,amp; les autres fur pilotis de bois. Quant au relieThemirtitan eft fituéà vingt degrezde lâeleuation fus la ligne equinoclialegt;amp; à deux cens feptante deux degrez de longitude. Elle fut prife de force par Fernand de Fernand Cortes,Capitaine pour lâEmpereur en ces pais lâan de gra- Cortes. ce mil cinq cens vingt amp;nbsp;vn,contenant lors lèptantemille maifons,tant grandes que petites. Le palais du Roy, qui fenommoit Mutueez^ma, nucc ceux des Seigneurs
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de la cité^eftoient fort beaux,grandsjôc Ipacieux. Les In-Lami- diens qui alors fètenoient en ladite cité auoient couftu-niere de me de tenir de cinq iours en cinq iours le marché en pla-tt-af dediées. Leur traffique eftoit de plumes dâoy-féaux,defquellcs ils faifoient variété de belles chofés .âcorne robes façonées à leur mode,tapiflérics,iSc autres chofés . Et à ce eftoient occupez principalement les vieux, quand ils vouloient aller adorer leur grande idole, qui e-ftoit erigée au milieu de la ville en mode de theatre, Jef quels quand ils auoient pris aucun de leurs ennnemisen guerre,ilsle ficrihoient à leurs idoles, puis le mageoienf, tenans cela pour maniéré de religion. Leurtraifiquedâa-uantage eftoit de peaux de beftes, defqi idles ilsfaifbient robes, chauffes, amp;vne maniéré de coqueluches pour fc l garder tat du froid,quedes petites mouches fort piquantes. Les habitans du iourdâhuyiadis cruels amp;nbsp;inhumains,
, par fticceÃion de temps ont chagéfîbiende meursamp;de codition, quâau lieu d eftre barbares amp;nbsp;cruels, font à pre-fént humains amp;nbsp;gracieux, en forte quâils ont laifTé toutes anciennes inciLnlitez,inhumanitez, amp;nbsp;mauuaifes couftu-mes:comme de fentretuer 1 vnlâautre,manger chairs humaines, auoircôpagnie à la premiere femme quâils trou-uoient, fans auoir aucun egard au fing amp;nbsp;parétage,amp; autres fémblables vices ôc imperfcélios. Leurs maifons font magnifiquement baftics:entre les autres y a vn fort beau paJais, ou les armes delà ville font gardées: les rues amp;nbsp;places de cede ville Cont Ci droites que dâvne porte Jon peut voir en Jâautre,fà ns aucun empefehement. Bref cefte cité à prefent fortifiée amp;nbsp;enuironée de répars amp;nbsp;fortes mu-raiJles à Ja faço de celles de par deça,amp; eft Jâvne des grandes,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 14(7 des,beHes,amp; richeSjqui (oient en toutes les prouinces des Indes Occidentales, comprenant depuis le deftroit de Magellan,qui cft delà la ligne cinquantedeux degrez, iuf quesà la derniere terre de lâAbrador, laquelle tient cinquante amp;nbsp;vn degrez de latitude deçà la ligne du codé du Nort.
De la Floride Penin fuie.
CHAT. 74.
Vis quâen efcriuant ce difeoursauos fait quelque métion de celle terre appellee Floride, encores quâà nollre retour nâen foyons fi pres approchez,confideré que dre totalemétli bas, toutefois que nous y tirâmes pour prendre le vent dâEll: il lèmblenâellre impertinent dâen reciter quelque choie, enfemblc delà terre de Canada qui luy ell voifine,tirant au Septentrion,e-llans quelques monta2;nes feulement entredeux. Pour-ftiyuans doncnollre cliemin de la hauteur de la neuue Efpagne à dextre pour attaindre noftre Europe,no fi toll, nefidroitement quenousledefirions,trouuameslamer affez fauorable. Mais, comme de cas fortuit, ie mâauifay mcy wa de mettre la telle hors pour la contempler,ielavei, tant veFAgtn quâil fut pofsible ellcndre ma veuë,toute couuertedâher- fi-bes amp;nbsp;fleurs par certains endroits,les herbes prefque fem-blables à noz geneures:qui me donna incontinent à pen-fèr que nous fu fiions pres de terre ,confidcréaufii quâen autre endroit de lamer ic nâen auois autant veu,toutefois ie mecongnuz incontinent fruflrc de mon opinion, en-
chemin ne faddonnoit à defeen-
LES S INGVLARITE Z tendant quâelles proccdoient de la mer : amp;nbsp;ainfi la vîmes nous (èmée de ces herbes bien lâelpace de quinze à vingt iournées. La mer en cefl endroit ne porte gueres de poif-fbn 3 car ces lieux ièmblent plus eftre quelques marefca-
queue.
Situdtio de Id fIo vide.
ges quâautrement. Incontinent apres nous apparut autre EÃoile à figne amp;nbsp;prcfage, dâvne eftoille à queue, de Leuant en Septentrion : lefquels prefages ie remets aux Aftrologues, ôc à lâexperience que chacun en peut auoir congnue. A-pres (cc quiefl: encores pis} fumes agitez lâelpace de neuf iours dâvn vent fort contraire,iufques a la hauteur de no-flre Floride. Ce lieu eft vne pointe de terre entrant en pleine mer bien cent lieues, vingtcinq lieues en quarre, vingtcinq dcgrezamp; demy deçà la ligne,amp; cent lieues du
de la Floride efh fort dangereufe à ceux qui nauigent du collé deCatay,Canibalu,Panuco,amp; Themiftitan:ear à la voir de loingonellimeroitquece fuft vne ifle fituée en pleine mer.Dâauantagc eft ce lieu dangereux à cauft des eauès courantcs,grandes amp;nbsp;impetueufes,vents amp;nbsp;tempe-ftes, qui là font ordinaires. Ã^ant à la terre ferme de la Floride,elle tient de la part de Leuant,la prouince de Chi-com.a, amp;nbsp;lesifles nommées Bahanna amp;nbsp;Lucaïa, Du collé de Ponent elle tient la neuue Elpagne,laquelle fe diuf le en laterrequelon nomme Anauac,de laquelle par cy déliant auons traité. Les prouinces meilleures amp;nbsp;plus fertiles de la Floride,câeft Panuco, laquelle le confine à la neuue Elpagne. Les gens naturels de ce païs puifl'ans amp;nbsp;amp;nbsp;fort cruels,tous idolatres,lefquels quand ils ont necef-fité dâeau ou du Soleil pour leurs iardins amp;nbsp;racines, dont ils viuent tousles iours,fevont profterner deuant leurs idoles,.
DE LA FRANCE A NT A R C T I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;I47
icloIeSjforniées en figure dâhomes ou de belles. Au refie ce peuple eft plus cauteleux amp;nbsp;rufcau lait de guerre que que ceux du Peru. Quand ils vont en guerre, ils portent leur Roy dans vne grand peau de befte,amp; ceux quilepor tent, eftans quatre en nombre, font tous vcfluz garniz de riches plumages. Et fil eft queflion de combatte contre leurs ennemis, ils mettront leur Roy au milieu dâeux toutveftu defines peaux, amp;iamais ne partira de là , que toute.la bataille ne foit finie. Sâils fe (entent les plus foibles , amp;nbsp;que le Roy face (èmblant de f en fuyr, ils ne fau-dront de le tuer: ce quâobferuent encores auiourdâhuy les Perles amp;nbsp;autres nations barbares du Leuant. Les armes de ce peuple font arcs,garnis de fléchés faites de bois qui porte venin, piques, lelquelles en lieu de fer font garnies par le bout dâosdebeftes fiuuages,ou poifTons,toutefois Dienaguz. Les vns mà gent leurs ennemis, quand ils les ont pris,comme ceux de FAmerique, defquels auos parlé. Et combien que ce peuple (bit idolatrc,comme aefia nous auos dit, ils croient toutefois lame eftre immortelle; aufsi quâil y à vn lieu depute pour les mefehans, qui eft vne terre fort froide : amp;nbsp;que les dieux permettent les péchez des mauuais eftre punis.Ils croyent aufsi quâil y à vn nombre infini d hommes au ciel, amp;nbsp;autant foubs la terre, amp;nbsp;mille autres follies, qui fè pourroient mieux comparer aux transformations dâOuide,quâà quelque chofedâou Ion puifTe tirer rien mieux,que moyen de rire. Dâauanta-gefcperfiiadent ces chofes eftre véritables comme font les Turcs amp;nbsp;Arabes,ce qui eft eferit en leur Alcoran. Cc pais eft peu fertile la part qui approche à la mer: le peuple y eft fort agrefte, plus que ccluy du Peru, ne de îâAmeri-
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LES
S INGVLARI TE Z
Fl or là ; pottr-â¢]^^oy tiià nomée.
T ore du Ãuuivn.
lt;]ue,pourauoirpeu elle frequente dâautre peuple plus ci-uil. Cede terre âin fi en pointe fut nommée Floride hn mil cinq cens douze, par ceux qui ladecouurirent pre-mieremét,pource quâelle eiloit toute verdoyante, amp;gar nie de fleurs dâinflnies elpeces ôc couleurs. Entre celle Floride amp;nbsp;la riuiere de Palme fe trouuent diuerfès elpeces de belles monllrueulès : entre lelquelles Ion peut voir vne elpece de grands taureaux, portans cornes longues feulement dâvn pic, amp;nbsp;Rir le dos vne tumeur ou eminen-ce,comme vn cbameaude poil long par tout le corps,du-quel la couleur fapproche tort de celle dâvne muletauue, êc encores 1 ell plus celuy qui ell defloubs le méton. Lon en amena vne rois deux tous vifs en Elpagne, de lâvn def quels iay veu la peau, ôcnon autre chofe, amp;nbsp;nây peu-
rent
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 148 rent viurelong temps. Ceftanimal ainGqueJonditjeft perpétuel ennemy du cheual, amp;ne le peut endurer pres deluy. De la Floride tirant au promontoire de Baxe,fc trouue quelque petite riuiere,ou lesefclaues vontpef-cher huîtres,qui portent perles. Or depuis que fommes 'Huîtres venus iufque là ,que de toucher la colledion des huîtres, portans neveux oublier par quel moyen les perles en tónt tirées, tant aux Indes Orientales que Occidentales, il faut noter que chacun chef de famille ayant grand troupe dâefcla-ues,ne fçaehant en quoy mieux les employer, les en-uoient à la marine, pour pefeher f comme dit eft ) huîtres, defquelles en portans pleines bottées, ches leurs maillres, les polènt dans certains grands vaiffeaux, lef-quels eftans à demy pleins dâeau, font caufè que les huîtres, conferuées là quelques iours, fouurent : amp;nbsp;lâeau les nettoyant, laiiTcnt ces pierres ou perles dans leurs vaiffeaux. La forme de les en tirer eft telle, ils oftentpremie-rementles huîtres du vaiiTeau, puis font couler lâeau par vn trou,foubs lequel eft mis vn drap, ou linge, à fin quâa-uec lâeau les perles qui pourroienty eftre ne fefooulent. Quant à la figure de ces huîtres, elle eft moult differente des noftres,tanten couleur, que efoaille, ayans chafoune dâelles,certains petis trousque lonpourroitiugerauoir efté faits artificiellement, là ou font comme liées ccspcr tites perles par le dedans. Voila ce que iâay bien voulu vous declarer en paftant.Dâicellesaufsi fen trouue au Peru,amp; quelques autres pierres en bon nombre: mais les plus fines fe trouuent à la riuiere de Palme, amp;nbsp;à celle de Panuco,qui font diftâtes lâvne de lâautre trétedeux lieues: mais ils nont liberté dâen pefeher, à caufe des Sauuages
O iiij
LES SINGVLARITEZ
qui ne font encores tous réduits,adoras les creatures cele-ftes,amp; attribuas la diuinité à la reipiration, come faifoict ceux qui paflerêt enfemble plulieurs peuples des Scithes amp;nbsp;Medes. Cofloyansdoncà feneftre laFloride,pourle vent qui nous fut contraire, approchâmes fort pres de Païi de Canada, amp;nbsp;dâvne autre côtrée,quc Ion appelle Baccalos,à BMcct- noflre grahd regret toutefois, amp;nbsp;defà uantage, pour lâex-ceÃiue froidure, qui nous molefta lâefpace de dixhuit iours-.combien que cefte terre de Baccalos entre fort auat en pleine mer du collé de Septentrion ,en forme depoin te,bien deux cens lieues, en diftanceà la ligne de quaran-Pointe tehuitdegrez feulement. Cefle pointe a eflé appelée des dcBdccd Baccales,pour vne efnece de poiffon, qui Ce trouue en la Bxccdles nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dâalentour,lequel ils nommcntXaccalesyentre laqueh
foijjà n. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cajîdel Gado yadiuerfès iOes peuplées, difficiles
toutefois à aborder, à caufe de plufîeurs rochers dont el-JÃes de les font enuironnées : amp;nbsp;font nommées ifles de Cortes. Cortes. autres neles efliment ifles, mais terre ferme, depen-Voyd^e dante de cefle pointe de Baccalos. Elle fut decouuerte de s^bd- premièrement par Sebaftian Babate Anglois, lequelper-Jlidn Bd raadcT. au Roy dâAngleterre Henry fèptiéme,quâii iroitai-dcCatay,vers leNort,amp;que parce â moyen trouueroitefpiceries amp;nbsp;autres chofes, auÃi bien que le Roy de Portugal aux Indes :ioint quâil fepropo-foit aller au Peru amp;nbsp;Amérique,pour peupler le païs de nouueau habitans, drefferlà vne nouvelle Angleterre. Ce quâil nâexecuta:vray efl quâil mifl bien trois cens hommes en terre J du coilc dâIrlande au Nort, ou le froid fil m o U rir prefg uetoutefà co mpagnie, encores ejue ce fail au moys de luillet. Depuis laques Quartier (ain fi que luy
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. I49 luy mcfme niâà recité ) fift deuxfois le voyage en ce pais là jcâeftà (çauoir Pan mil cinq cens trentequatre, ôc mil cinq cens trentecinq. «
J)e latem de Canadaydi^eparcy deuantâÃaccalin, .decouuerte de noÃre temps,de la maniéré de yiure des habit ans.
A.
Our autant que celle contrée au Septen-trion a elle decouuerte de noftre temps, par vn nomme laques Quartier,Breto, maillre pillot amp;, Capitaine, homme ex- Q^rtier pert amp;nbsp;entendu à la marine, amp;nbsp;ce par le «ncana-cora mandement du feu Roy François premier de ce nom, que Dieu ahlôlue,iemc lùisauile dâen eferire lommairement en cell endroit, ce quâil me feinble mériter dâellre elcript,combien que felon lâordre de nollre voyage à retourner, il deuoit précéder le prochain chapitre. Quinïadâauantageinuité à cefaire,câeft queie nâay point veu homme,,qui en aye traiôlé autrement , combien que la choie ne foit fans merite en mon endroit, amp;nbsp;que ie Paye certainement appris dudit Quar-tier,qui en a fait ladecouuerte. Celle terre,ellant prefque S/fuatio foubs le pole Arélique zeniculaire,elliointe par lâocci-dentà la Floride,amp;au ides du Peru,amp; depuislà colloye rOcean,vers les Baccalcs,dont auos parlé. Lequel lieu ie croy que ce foit le mefme que ceux qui ont fait la dernière decouuerte,ont nommé Canada : comme il auient que fouuent à plaifir Ion nomme ce qui ell hors de 1 a co-
P
LES SI NGV LAR I TE Z
gnoiflance dâautruy, Ce confinant vers Orient, à vne mer proLienâtdeta glaciale ouHyperborée:amp; de lâautre cofté CapeÃre a vne terre ferme,diéle Campeftre de Berge,au Suefi: de Berge, ioignant à celle contrée. Il y a vn cap appelle de Lorrai-ne,autrementdeccux qui lâont decouuert,Terre des Bre Lorrttme nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
outerre tons,prochaine des Tcrrcs neuLies, ou leprcnentauiour-des Bre- dâhuyles Moruê's,vn cfpacc dedix OU douzelieuës,entre tons. les deuxjtenât ladiéle Terre neuue à celle haute terre,la-Pefehede quelle nous auons nommée Cap de Lorrainc:amp;ellaÃife
au Nordefl, vne aflez fpacieufe amp;nbsp;largeifle entre deux, laquelle à de circuit enuiro quatre lieues. Ladiélc terre commence tout auprès dudit Cap,par deuers le Su,ou Ce renge E(l,Nordeft,amp; Ouëft,SurouêIl,la plus part dâicelle allant à la terre de la Floride, fe renge en forme de dc-^/fwdfzo j-ny cercle, tirant à Themiftitan. Or pour retourner au
Lorraine, dont nous auons parlé, il gift à la terre par deuers le Nort, laquelle eft rengee par vne mer Me-diterranéefcom me délia nous auons ditjainfi qüe lâItalie entre la mer Adriatique amp;nbsp;Liguftique. Et depuis ledit cap allant à Louëft, Ouèft,amp;Surouéft,fe peutrégerenui-ron deux cens lieues, amp;nbsp;tous fablons arenes, lans aucun port ne haure. Celle region eft habitée de plufieurs genSjdâalfez grande corpulence, fort malins, amp;nbsp;portent ordinairement vifà ge mafqué,amp;:deguile par lineamens derouge,amp; pers: lelquelles couleurs ils tirent de certains fruits. Ladiéie terrefutdecouuerte par le dedans de celle mer,mil cinq cens trente cinq, par le Seigneur Qi^rtiër, comme nous auons dit,natif de SaiélMalo. Donques outrele nobre des nauires dont il vlà ,poLir lâexecution de fon voyage, auec quelques barques defoixanteà quatre vingts
DE LA FRANCE A NT A R C T I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;IJO
vingts homes,rengea de païs parauat incogneu, iufques à vnfleuiie grand amp;{pacieux,lequel ilsnomentTAbaye de chaleur,ou il fetrouue de tresbon poiflbn amp;nbsp;en abon-dance,principalement de Saulmons. Alors ils traffîque-rent en pluficurs lieux circonuoifins, câert à fçauoir les noftresde haches, coufteaux/haims à pefcher,amp; autres hardes,contre peaux de Cerfs,Loutres, amp;nbsp;autres (à uuagi-nes,dontils ont abondance. Les barbares de ce païs leur firent bien bon acueiljfè monftrant bien affccïionnez entiers eux,amp; ioyeux de telle venuë,congnoiflance,amp; amy-tié pratiquée amp;côceuëles vnsauecques les autres. Apres ce fait, paflans outre,trouuerent autres peuples, presque contraires aux premiers, tant en langue, que maniéré de viu-;e:amp; difoienteftre defeendus du grand fleuue de Chc chtlo-logua,pour aller faire la guerre aux premiers voifins. Ce que puis apres le Capitaine Quartier a (ceu,amp; veritable-ment entendu,par euxme(mes,dâvnede leurs barques, quâil prirt auec fept hommes : dont il en retint deux, quâil amena enFrance auRoy.lelquelsil remcnaà fà féconde nauigationiamp;les ayas de rechef amenez,ont pris le 'Chri-ftianifme, amp;nbsp;font ainfi decedez en France. Et nâa onc-ques efté entendue la maniéré de viure de ces premiers Barbares, ne de ce quâil y a en leur païs amp;nbsp;region, pourcc -quelle nâà efté hantee ne autrement traffiquée. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
Pij
LâES S I NG V L AR I TE 7,
Dây ne autre contrée de Canada, en K P. ']6.
. I
^htrs-region de CitnAdii decouuer teAr Ia. Quartier.
Meurs amiables de ces Ca nadient.
Maniéré deraquet tes.
V/â^e de ces raquettes.
B Vanta Fautre partie de cefte region de' Canada,ou (e tiennent amp;nbsp;fréquentent les derniers Saunages, elle a efté depuis de-couuerte outre ledit fleuue de CHelo-gua, plus de trois à quatre cens lieues par ledit Quartier, auecques lecomman dement du Roy : ou il a. trouué lepaïsfort peuplé, tant en fà fécondé que premiere nauigation. Le peuple ed autant obeiHant amp;nbsp;amiable quâil eft poÃible, amp;c. aufsiflâ milier^que G de tout temps euffent eûé nourris enfemble, (ans aucun fignede manuals vouloir,ne autre rigueur. Et ilec fift ledit Quartier quelque petit fort ôcbaftimét pont byuerner luy amp;nbsp;lesGens, enfemble pour (è defendreco-trelâiniüre de lâair tant froid amp;nbsp;rigoureux. Il fut alTezbien traité pour lé païs amp;nbsp;la (à ifbn : car les habitans luy ame^ noiét par chacun iour leurs barques chargées de poiiïbn, comme anguilles, lamproyes, ôc autres : pareillement de chairs (à uuages,dontils en prennent bone quantité. AuG à lbnt ils grands veneurs, (bit eftéou hyuer-, auecques engins,âou autrement. Ils vfentdâvne maniere de raquettes tilTues decorde'senfaçondecrible,dedeux piésamp;der my de long,amp; vn pie de large,tont ainfi que vous repre-(ènte la figure cy apres mifè.llsles portent (bubsles pieds au froid amp;nbsp;à la neige, (pccialement quand ils vont chaffer aux beftes fanuages, à fin de nâenfoncer point dans les -neiges,à lapourfùite delcurchafle. Ce peuple (ercueft de peaux de cerfs, côtoyées amp;: accomodees à leur mode.
Pour.
Pour prendre ces beftes ils faflemblcro nt dix oü douze armez ae longues lances ou piques j grandes de quinzeà feize pieds, garnies par le bout de quelque os de-cerf ou autre belle,dâvn pie de long ou plus, au fieu de fer, portas arcs 6c fléchés garnies de mefme : puis par les neiges qui leur font familières toute lâannée,fuyuans les cerà au trac parlefditesneiges;aflezprofondes, decouurent lavoye, laquelle eftantainfl decouuerte, vous y planteront branches de cedre, qui verdoyent en touttemps, 6c ce en forme de rets ,foubs lefquelles ils fe cachant armez en céfte manière. Et incontinent que le cerf attiré pour le plaiflr de celle verdure amp;nbsp;chemin fraye fy alt;rhemine,ils fe letîct delTus à coups de piques amp;c de fléchés, tellemTnr quâils Te contraindront.de quitter la voye, amp;nbsp;entrer es profondes'.
C D'ne ces CiiiSïidieS'' chdÃec [e -Cerf autres be quot;nbsp;Jles itdZcs^-
-»r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lES SIMGYLARITEZ
B/MHäfe /OHM-rxin dot ils y/ênc en leurs msilA-dies.
, neiges,voireiufquesau ventre, ou nepouuant aifément cheminer, eft attaint de coups iufquesà la mort, llfera écorché fur le champ,amp; mis en pieces,renueloperont en fà peau, amp;nbsp;traineront parles neiges iufques en leurs mai-fons. Et ainfi les apportoient iufques au fort des François, chair amp;nbsp;peau, mais pour autre chofe en recompêfe, câefl à fçauoir quelques petis ferremens amp;nbsp;autres chofès. Auf fl ne veux omettre cecy quieft fingulier, que quand lef-dits Saunages font malades de heure ou perfècutez dâautre maladie intérieure,ils prennent des fueilles dâvn arbre quiefl fort femblable aux cedres, qui fè trouuent autour de la montagne de Tarare,qui efl au Lyonnois:amp; en font du ius, lequel ils boiuent. Et ne faut doubter, que dans vingtquatre heures il nây â fi forte maladie, tant foit elle inueterée dedans le corps, que ce breuuage neguerifle: comme fouuentesfois les Chreftiens ont expérimenté, amp;nbsp;en ont apporté de la plante par deçà .
nadienS:,!^ comme tb reÃflent au froid.
E peuple en fa maniéré de viure amp;nbsp;gou-Liernementapproche afl'ez pres de la loy deNature.Leur mariage eft,quâvn home prendra deux ou trois femmes fans autre folennitc,comme les Amériques,def quels auons ia parlé. De leur religion,
ils ne tiennent aucune methode ne ceremonie de teuerer ou prier Dieu, finon quâils contéplent le nouueati croif-fant,
, DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Iji
fà ntjappelé en leurlangue OÃwnaha^Ai^äns c[\izAndo»agni ofmna-lâappelle ainfi, puis lâenuoye peu à peu'quâelle auance tk ^4. ,â retarde les eaues. Au relie ils croycnt tresbien, quâil à vn Créateur,plus grand queleSoleil,IaLune,neleselloiI]es, amp;nbsp;qui tient tout en là puiflà nce : ell celuy quâils appellent Andoudgm^ là ns auoir toutefois forme, ne aucune methode de le piencombien quâen aucune region de Ca ^Ãcana nada ils adorent des idoles,amp; en auront aucLinefois de tel dnns.
les en leurs loges,quarante ou cinquante,comme véritablement mâa recite vn pillot Portugais,lequel vifita deux ou trois villages, amp;nbsp;les loges ou habitoient ceux du païs. Ils croyent que lâame ell immortelle:amp; que li vn hom me verlè mal,apres la mort vn grand oyfeau prendfonamc, amp;nbsp;lâemportecfi au contraire,lâame fen va en vn lieu décoré depluÃeurs beaux arbres, amp;oylèaux chantans melo-dieufcment. Ce que nous à fait entendre le Seigneur du païs de Canada,nommé Donacoua Aguanna, qui ell mort en France bon Chrellien, parlant François, pour y auoir ellé nourry quatre ans. Et pour cuiter prolixité en lâhilloi re de noz Canadiens, vous noterez que les panures gens vniuerfellement Ibnt affligez dâvne froideur perpétuelle, pourPablènce du Soleil,comepouuez entendre, llsha-hitent par villages amp;nbsp;hameaux en certaines maifons faites à la façon dâvndemy cercle,en grâdcur devingtà tren te pas,amp; dix de largeur, couuertes dâecorces dâarbres, les autres de ioncs marins. Et Dieu fçait fi le froid les pénétré tant mal baflies,mal couucrtes,amp; mal appuyées,tellemêt quebienfouuentles piliers amp;nbsp;cheurons flechilTent amp;nbsp;to-bent pour lapefanteur que caulè la neigeellant delTus. NoHobllant celle froidure tat exceÃiue, ils lont puillà ns
P iiij
Opinion des Ciina diens de l'immortalité de lâame.
Dona-coua A-
Roy de Canada. Froideur extreme au païsde Canada. Lo^es des-
Canadiens,
LES S I NGYEAR ITE 2
amp; belliqueux,infà tiables de trauail. Semblablement font Peu{)Ies tous ces peuples Septentrionaux ainfi courageux, les vns de septë- plus,les auttcs moins, tout ainfi que les autres tirans vers l'autre pole, (pecialement versies tropiques amp;nbsp;equino-dhial font tout au contraire: pourcc quela chaleur fi vehe mente de lâair leur tire dehors la chaleur .naturelle, amp;nbsp;la
tfion ponr-^uoy
courageux ijue^^ les Meri-,dioaaux.
M er gid à dle.
diÃipe: par ainÃfont cliaulds feulement par dehors,amp; froids au dedans. Les autres ont la chaleur naturelle ferrée amp;.contrainte dedans par le froid exterieur,qui lesréd ainfi robuftes amp;nbsp;vaillans : car la force amp;c faculté de toutes
Famine jrelt;juete an Canada, pour-qitsy.
les parties du corps depend de celte naturelle chaleur. La mer alentour de ce pars elt donc glacée tirant au Nort,amp;: ce pour eltre trop elongnée du Soleil, lequel dâOrient en Occidctpalfe parle milieu de rvniuers,obliquemct toutefois. Et de tant plus que la chaleur naturelle eft grade, dâautant mieux ferait la cocoétion amp;nbsp;digcflion des viandes dans rcftomacJâappctit auÃi en eft plus grand. Ainfi ce peuple de Septentrion mage beaucoup plus que ceux delà part oppofitc: qui eft xaufo que bien fouuentence Canada y â famine,ioint que leurs racines amp;nbsp;autres fruits delquels fc doiuct ftiftenter amp;nbsp;nourrir toute lâannée, font gelez, leurs riuieresparcillcmentrefpacedetrois ou quatre moys. Nousauons dit quâils couurentleursmaifons dâecorcesde bois, aufsi en font ils barques,pour pefther en eau douceamp;là lée. Ceux du païs de Labrador, leurs Ldhord- voifins (qui furet decouucrs par les Elpagnols ,âpéGns de dor de^ ce cofté trouuervn deftroit pour aller aux iflcs desMolu couHcn g,jes,ou font les elpiceries)font pareillement fubiets à .ces couurét leurs logettes de peaux de poiftbns, onols, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;beftes là uuages, comme aufsi plufieurs autres Ca
nadiens,
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE.
nadiens. DâauantagelefHits Canadiens habitent en corn- comurà -munité,ainfi que les Amériques,amp; là trauaille chacun fe- té de yie Ion ce quâil fçait faire. Aucuns font pots de terre, les au-tres plats, efcuelles, amp;nbsp;cuillers de boys : les autres arcs amp;nbsp;fléchés, paniers,quelques autreshabillemensde peaux, dont ils le couurent contre le froid. Les femmes labou- A/dwwc rent la terre, amp;nbsp;la remuent auec certains inftrumens faits 0« de longues pierres, amp;nbsp;fement les grains, du mil fpeciale-ment,gros comme pois,amp; de diuerfès couleurs,ainh que Mil,le-Ion plante les legumes par deçà . La tige croift en façon gume. de cannes à fuccre, portant trois ou quatre efpis, dont y en a toufiours vn plus grad que les autres, de la façon de nozartichaux.Ils plantet auÃi des feues plates,amp; blâches Febaes comme neige,le(quelles (ont fort bonnes. Ilfentrouue de cefle efpece en rAmerique,amp; au Peru. Il y a dâauanta- citrouil-ge force citrouilles SccoucourdeSjIeLquellesils mangent /«.«ÿ* cuites à la braifè, comme nous faifons les poires de par coucour-deça.Il y a en outre vne petite graine fort menuc,reflem-blantà la graine de Mariolaine, qui produift vne herbe ^^yfent aflez grande. Celle herbe eft merueifleufementeftimée, Efpece aufsi la fontils lécher au Soleil, apres en auoirfait grand dherbe. amas; amp;nbsp;la portent à leur col ordinairement en de petits fachets de peaux, de quelque belle, auec vne maniéré de cornet perfé, ou ils mettent vn bout de celle herbe ainlî fechee : laquelle ayans frottée entre leurs mains, y met- de tent le feu. Seen reçoyuent la fumée parla bouche par quot;A lâautre bout du cornet. Eten prennent en telle quantité,
â¢IIP nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;A nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;aP Pquot;^ nbsp;nbsp;nbsp;⢠jfmSt
qu elle lort par les y eux amp;nbsp;par le nez:amp; le perrument ain-fl à toutes heures du iour. Noz Amériques ont vne autre maniéré de fe perfumer, come nous auons dit cy deuant.
LES S I NGV L AR I TE 2
Des habillemens des Canadiens^ comme ils portent cheueux^ du trAÃtementde leurs pet is enfans.
CHAV. 78.
Es Canadiens trop mieux apris que les Habitans derAmerique,{c fçauentfort bien couurir de peaux des déliés fauua-ges, auecques leur poil, acoullrez à leur mode, ainà que défia nous auons touché,parauanture contrains pour le froid,
amp; non autrement: laquelle occafion ne fell prelèntée aux autres,qui les â fait demeurer ainli nuds,fans aucune vergongne lâvn de lâautre. Combien que ceux cy, iâen-tensles hommes, ne font totalement vellus, linon enue-- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;loppez dâvne peau peluë, en façon dâvn dauanteau, pour
couurir le deuat amp;nbsp;parties honteufes: le Eiifiins palTeren-tremy les iambes, fermées à boutons fur les deux cuilTes: puis ils le ceingnent dâvne large ceinture, qui leur alîer-mill tout le corps, bras, amp;nbsp;iambes nu es : hormis que par . fus le tout ils portent vn grand manteau de peaux cou-fué's enlêmble, fi bien acoullrées, comme fi le plus habile pelcticr y auoit mis la main. Les manteaux font faits, les vns de loutre, ours, martres, panteres, renards, heures , rats, connins, amp;nbsp;autres peaux, conrayees auecques le poil: qui adonné argument, à mon aduisjà plufieurs ignoransdedire,que les Saunages elloient velus. Aucuns Gdulotf ont elcript que Hercules de Lybie venant en France,troLi fduu-iges ]g peuple viuant prefque à la maniéré des Saunages, inmu nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tenant, quâen rAmerique,à ns
nulle ciuilité:amp;alloyent les hommesamp;femmesprelque
tous
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. 1^4 tous nuds : les autres cftoyent veftus de peaux de diuerfès efpcces de beftes. Ainfi à eflé la premiere condition du frente humain,eftant au commencement rudc,amp; mal po y : iufques à ce que par fuceeÃion de temps, necefsité à contraint les hommes dâinuenter plufieurs chofes, pour la conferuation amp;nbsp;maintien de leur vie. Encores font en
inuenté.
cefte rude inciuilitc ces pauures Saunages, admirans no-ftre veftement, de quelle matière, amp;nbsp;comment il eft ainfi bafti, iufques a demander quels arbres portoyent celle matière, comme il mâa efté propofé en rAmerique:efl;i-mans la laine croillre es arbres,comme leur cotton. Lâv- Vfage de Cage de laquelle a efté par long temps ignoré, amp;nbsp;fut in-uenté,comme veulent plulieurs,par les Atheniés, amp;milè en ÅuLue. Les autres lâont attribué à Pallas, pource que les laines eftoient en vCage auant les Athéniens, amp;nbsp;que leur ville full baftie. Voila pourquoy les Athéniens lâont mcrueilleulèment honorée, amp;nbsp;cué'en grande reuerence, pour auoir receu dâelle ce grand benefice. Et par ainfi eft: vrayfemblable,que leldits Athéniens amp;nbsp;autres peuples de la Grece,fe veftoient de peaux,à la maniéré de noz Canadiens : amp;nbsp;à la fimilitude du premier homme, comme tefinoigne Sainél Hierofme,laiirant exemple à là pofte-rité dâen vfer ainfi, amp;nbsp;non aller tous nuds. En quoy ne pouuons aftez louer amp;nbsp;recôgnoiftre noftre Dieu, lequel par finguliere affeélion, fur toutes les autres parties du monde, auroitvniquemétfauorifé à noftreEurope. Re-fte à parler comme ils portent les cheueux, câeft à fçauoir autrement que les Amériques. Tant hommes que femmes portent les cheueux noirs,fort long3:amp; y â cefte dif-ference feulement, que les homes ont les cheueux trouf- ueux.
Maniéré des Ca. mdiensà ,
L£S SINGVLARITEZ
Martres ^ebeli-nes.
tialille^ mens des femmes de Canada.
Maria' ^edesCa nadiens.
fèz furlateftcjcome vne queue de cheual, auec cheuilles-deboisatrauers : ladeflus vne peau de tygre, dâours, ou autres beftes;tellernent quâà les voir accoutrez en tek le forte,Ion les iugeroit ainfideguifez, vouloir entrer en vn theatre, reflemblans mieux aux portraits dâHercules, que faifoient pour recreation les anciens Romains,amp; corne nous le peignons encores auiourdâhuy , quâà autre chofo. Les autres fo ceignent amp;nbsp;enueloppent la tefte de martres zebelines,ainfî appellees du nom de la region fi-tuée au Nort,ou cell animal eft frequent: lefquelles nous eftimosprecieulcs par deçà pour lararité:amp; pourceteJIes peaux font referuces pour lâornemét desPrincesamp;grà ds feigneurs, ay ans la beautc coniointc auec la rarité. Les hommes ne portent aucune barbe,non plus que ceux du Brehl, pource quâils lâarrachent felon quelle pullule^ Qtiant aux femmes elles fhabillent de peaux de cerfs pre parées à leur mode, qui cft tresbonne ôc meilleure que celle quâon tient en France,fans en perdre vn poil feul. Et ainfi enueloppées fe (errent tout le corps dâvne ceinture longue,à trois ou quatre tours par le corps,ayà s toufiours vn bras amp;nbsp;vne mammelle hors de cefte pcau,attachée fur lâvnedes e{paules,commevneefoharpe de pelerin. Pour continuèr noftre propos, les femmes de Canadaportent chauffes de cuir tanné, amp;nbsp;fort bien labouré à leurmode, enrichi de quelque teinture faite dâherbes amp;nbsp;fruits,ou bic de quelque terre de couleur,dont il y à plufieurs efpeces. Le foulier eft de mefme matière amp;nbsp;cadefeure. Ils obforuét le mariage auec toute foy,fuyans adultere for tout : vray efl que chafounà deux ou trois femmes, comme deha nous auons dit en vn autre lieu.Le feigneur du païs nom-
de la FRANCE ANTARCTIQVE. 155
en peut auoir autant que bon luy femble.
Les hiles nefont defèftimées pourauoir feruy à quel- hanna. quesieuneshommesauantquâellremariées,ainh quâen rAmerique.Et pource ont certaines loges en leur village, ouilsfo rencontrent, amp;nbsp;communiquent les hommes a-uec les femmes, fcparez dâauec les ieunes gens, fils amp;nbsp;filles. Les femmes vefues ne fc remarient iamais,en quel-que nombre quâelles foientapres la mort de leur mary: ains viuét en dueil le relie de leur vie, ayans le vilà ge tout noirci de charbon puluerile auec huyle de poiflbn : les fimmfs cheueux toufiours elpars furie vifiige,fans ellreliez ne decana. troulTez par derriere,corne portent les autres: amp;nbsp;fe main-tiennent ainfiiulques alamort. Quant au traitement de comc leurs petis enfans,ils les lient amp;nbsp;enucloppenten quatre lestraiut ou cinq peaux de martres coufues cnlèmble:puis les vous nrrnrhpnt Rr cr.irrotent fiir vne ntanrhe 011 nis debnicner fée à Iâcndroit du derrière, en forte quâil â toufiours ou-uerture libre,amp; entre les iambescomme vn petit entonnoir,ou gouttière faite dâecorce mollettcjou ils font leur eau,(ans toucher ne coïnquiner leur corps,foit deuant ou derriere, ne les peaux ou ilz font enueloppez. Si ce peuple eftoit plus prochain de la Turquie, iâeflimerois quâils auroientapprisceladesTurcs:ou aucotraire auoir enfèi-gné les autres.No pas que ievueille dire que ces Sauuages eftimêt eftre péché, que leurs enfans Ce mouillent de leur propre vrine,comme cede nation foperftitieufo deTur- rmj. quie: mais plus toft pour vne ciuilité quâils ont par deÃus les autres. Parce que Ion peut eftimer combien ces panures brutaux les furpaffent en honefteté. Ils vous plantent celle planche auecques lâenfant par lâextremitc inferieure
da.
el-
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pointue en terre, amp;nbsp;demeure ainfî lâenfant de bout pour dormir,la telle pendant en bas.
mitniere de leur guerre. chat. 75».
Cctnadies peuple bel lé^ineux.
Totttd-niens ennemis de ceux de Canada. Ochela-ÿiA Savuené Ãeuuesde Canada.
Prepara-tiue de
guerre de s Can a diens.
Omme ce peuple femble auoir prelquc meurs que les autres Barbares là u-apres eux ne fe trouue autre amp;couftumier défaire guerre Jâvn contre lâautre, amp;nbsp;qui approche plus de leur maniéré de guerre, aucunes chofes exceptées. Les Toutaniens, les Guadalpes, amp;nbsp;Chicorins font guerre ordinaire contre les Canadiens, amp;nbsp;autres peuples diuers, qui delcendent de ce grand flcuue dâOchelagua amp;nbsp;Sa-guené. Lelquelles riuieres font merueilleulèment belles amp;nbsp;grandes,portans tresbon poilTon amp;nbsp;en grade quantité: aufsi par icelles peut on entrer bien trois cens lieues en païs,amp; es terres de leurs ennemis auec petites barques, là nspouuoir vferdeplus grands vailfeaux, pour le danger des rochers. Et dilent les anciés du païs,que qui vou-droit fuyure ces deux riuieres,quâen peu de Lunes, qui ell leur maniéré dénombrer le temps,lon trouueroitdiuer-hté de peuples,^ abondance dâor amp;nbsp;dâargent. Outre que ces deux fleuues feparez rvnderautre,fe trouuent amp;ioi-gnét enlèmble en certain endroit,tout ainfi que leRhof-ncamp;laSaoneaLyon: amp;nbsp;ainlî alTemblez Ce rendent bien auant dans la nouuelle Elpagne: car ils font confins lâvn à lâautre,corn me la France amp;nbsp;lâItalie. Etpource quand il ell quellion de guerre en Canada, leur grand Agahanna^ qui vaut autant a diré que Roy ou Seigneur, commande aux
autres
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. â50â autres Seigneurs de fon obeïflà ncCjainG que chacun village à fon fuperieur, quâils fe délibèrent de venir amp;nbsp;trou-uer pardeuers luyen bonamp; (ùftifà nt equipage de gens, viures ôeautres munitions,ainfi que leur couftumeeft de faire.Lefquels incontinent chacun en fon endroit,fè met tent en cft'ortamp; deuoir dâobcïr au commandement de leur Seigneur, fans en rien y faillir, ou aller au contraire. Et ainfi fen viênent fur rcau,auccleurs petites barquettes, longues, amp;nbsp;larges bien peu, faites dâecorces de bois, ainfi quâen lâAmerique amp;nbsp;autres lieux circonuoifins. Puis lâaf-
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Stratd' feme de
ÿicrre yÃte des
CäM-dt;ns.
attendans Ce fordHent en leurs loges amp;nbsp;cabanes affem*« blezà dix,ou douze, amp;nbsp;quinze milhommes, auec quelques pieces de bois,fagots,ramages, engrelTez de certaine greffe de loup marin,on autre poiffon.-Sccc à fln quâils empoilbnnentleurs ennemis Pils approchent,mettanslc feu dedans, dontil en lórt vne fumée grofle amp;nbsp;noire, amp;
^utre
me.
dangereufe afcntirpoLir la puanteur tant exccfsiue,quelle fait mourir ceux qui la lentent:outre ce quelle aucugle les ennernisjquâilsnelèpeuuent voir lâvn lâautre. Et vous fçauent adrellèramp;dilpofèr celte fumée de telle methode, que le vent la clialîè de leur collé à celuy des ennemis . Ils vient pareillement de poilbns faits dâaucunes Ãrätage- fueillesdâarbtes,herbes, amp;nbsp;fruits, lelquelles matières léchées au Soleil, ils méfient parmy ces fagots amp;nbsp;ramages, puis y mettét le feu de loing, voyans approcher leurs ennemis. Ainlilè voulurent ils défendre contre les premiers, qui allèrent decouurir leur païs,failà ns effort, auec quelques greffes amp;nbsp;huiles, de mettre le feu lanuiélesna-uires des autres abordées au riuage de la mer. Dont les no lires informez de celle entreprifè,y donnèrent tel ordre, quâils ne furent aucunement incommodez. Toutefois iâay entendu que ces pauures Saunages nâauoient machiné celle entreprilè,que iullemcnt amp;nbsp;à bonne railbn, con-lîdere le tort quâils auoient reccu des autres. Câell q uâellâs les noflres delcenduz en terre,aucuns ieun es folallres par paffetemps, vicieux toutefois amp;nbsp;irrailbnnables, comme parvne manierede tyranniecouppoient bras amp;nbsp;iambes à quelques vns de ces pauures gens,lèulement dilbient ils pour eflayer,lî leurs elpées trenchoient bien, nonobllant que ces pauures Barbares les enflent receu humainemét,
auecques
de la erance antarctiqve.
auecques toute douceur amp;âmytié. Et par ainG depuis nâont permis aucuns Chreftiens aborder amp;nbsp;mettre pie Ã
que, comme depuis Ion â bien congneu par experience.
OrpoLir nâelongnerdâauantagede noftrc propos,ces Comelej Canadiens marchent en guerre quatre à quatre , faftans,
J-1 P nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠f»âiychet
quanailslevoyent,ou approchent les vns des autres,cris amp;hurlemensmerucilleuxamp;:c(pouuentables (ainG quâa-uons dit des Amazones ) pour donner terreur, amp;nbsp;efpou-uenter leurs ennemis. Ils portent force enfeignes, faites de branches de boulléaux,enrichis de penages amp;nbsp;plumages decygnes. Leurs tabourins font de certaines peaux Façonde tendues amp;nbsp;bendees en maniéré dâvne her(è,ou Ion fait le bourîns,
amp;come
parchemin, portée par deux hommes de chacun cofté, ôdvn autre eftant derriere frappant à deux baftons le plus impetueufement quâil luy eftpoÃible. Leurs fluftes {ont jiortcnt. faites dâos de iambes de cerf, ou autre fauuagine. AinG Af4«/ere le combatent ces Canadiens à coups de fléchés, rondes maflues, baftons de' bois à quatre quartes, lances amp;nbsp;piques de bois,aguifces par le bout dâos au lieu de fer.Leurs boucliers font de pénaches, quâils porter au col, les tour-nans dauant ou derriere,quand bon leur fomble. Les autres porter vne forte de morion fait de peaux dâours fort efpes,pour la defence de la tefte. AinG en vioient les an- Manière ciens à la.manicredes Sauuages-.ilscombatoientà coups que te-de poing,à coups, de pié,mordoient à belles dents, fe pre- »»«»f noient aux choueux,amp;kautres maniérés fomblables. De-puis.acombatrcilsvfèrent de pierres, quâilsiettoientlâvn contrei) autre; comme-il appert meGnement par lafainte Bible. Dà uantage Hérodote en fon quatrième liure,par-
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lantde certain peuple quife combattoit à coups de ba-Cohdt de Rons amp;nbsp;de mafliie :il dit en outre que les vierges de ce païs auoient couftume de batailler tous les ans auec pierres amp;nbsp;baftos les vnes cotre les autres,à rbôneurde la dcef-
yier^es MX fe-Ães de Miner-
ue.
Viodore.
CouÃu-
fc MinerueJe iour de fon anniuerfà ire. AuÃi Diod ore au * 1 premier liure recite,q les maflùcs amp;nbsp;peaux de lions eftoiét propres à Hercules pour combatte : car au parauant nâe-ftoiét encores les autres armes en vfà ge. Qui, voudra voir Plutarque amp;nbsp;Iuflin,amp; autres auteurs,trouuera que les anciens Romains combatoienttousnuds. LesThebains meancie amp;Lacedemoniens fevengerét de leurs ennemis à coups U deleuiersamp;grolTes malTues debois. Etnefaut ellimer Thebdts , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 r ZI - L J-
cî? Ldce ^ue lors ce pauure peuple ne ru Itautat hardi, comme ce-demonies luy dâauiourdâhuy,pourauoirdemeuré tous.nuds,(à ns e-à comba ftre aucunement veftus,comme à prefent font nozCana-diens de groflcs peaux,deftituezfemblablemét de moyés amp;nbsp;rules de guerre, dont ces Saunages le Içauent aydef maintenant. le vous pourroys amener plulieurs auteurs parlans de la maniéré que tenoient les anciens en guer-re,mais fuffîrapour le prefentce que iâenay allégué,pour retourner au peuple de Canada, qui eft nollre principal propos. Ce peuple nâvfe de lâennemy pris en guerre, corne Ion fait en toute rAmeriqueicâeftafçauoir quâils nez les mangent aucunement,ainfi quelcs autres. Cequâeft gt;nbsp;Co w les beaucoup plus tolerable. Vray ell, que fils prennent au-^îra'aeM nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ennemis, ou autrement demeurent viélo-
leurspri- neux,ils leurelcorchcntlateftc,amp; le vilà ge,amp;reftcndcnt ' finniers. à vn cercle pour la lécher ; puis lâemportent enleur paîs,^ la monftrans auec vne gloire,'à leur 'amis, femmes, ôc'j vieillards,qui pour lâaage imbecille ne peuuent plus porter
DE LA FRANCE ANT A R CT I QV £. IjS ter le fais, en Ãgne de viôtoire. Au refte ils ne font fi enclins â faire guerre,comme les Perufiens, amp;nbsp;ceux du Brefil,pour la difficulté parauenture, que caufont les neiges amp;nbsp;autres incommoditez,quâils ont par delà .
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Des mines, pierreries, O* dut res Ãngularitez. qui
i 3 J Ãtrouuent enCdndâd.
i ' - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A P. 8o.
E païs amp;nbsp;terroiïér de Canada, eft beau amp;nbsp;Bote d» bien fitué,amp; de foy tresbon, hormis lâin-temperature du ciel,qui le defauorifo: comme pouuez ayiement conieélurer. Il porte plufieurs arbres amp;nbsp;fruits, dont nous nâauons la congnoiflà nce par deçà .
'V/».
Entre lefquels y à vn arbre de la groflèur amp;nbsp;forme dâvn Couton, ⢠gros noyer de deçà , lequel â demeuré long temps inuti-le,amp; fans effie congnu, iufques à tant que quelcun le voulant coupper en faillit vn fuc, lequel fut trouué dâautant bon gouffiamp; delicat,que le bon vin dâOrIeans,ou de sue du-Beaune : mefmes fut ainfi iugé par noz gens, qui lors en firent lâexperience : câeft à fçauoir le Capitaine, amp;nbsp;autres gentilshommes de fà compagnie, amp;nbsp;recueillirent de^- * ce ius fur lâheure de quatre a cinq grand pots. le vous lairte à penfer, (i depuis âces Canadiens afriandez à ce fie liqueur, ne gardent pas ceft arbre chèrement, pour leur btuuagc, puis quâil eft ainfi excellent. Ceft arbre,en leur langue, eft appelé Couton. y ne autre chofo quafi incredible eft,qui ne lâauroit veuë. Il fé trouue en Canada plufieurs lieux amp;nbsp;contrécs,qui portent tresbeaux ceps de vi-
Ceps de yiff^end turels en Canada.
Piems de couleur de mine d'or.
Mines defer. Mines de cuiure.
Didmat de Cand dd^pro-uerbe. ^u li. dernier de I hijl. ndturel-le.
Opinions Jiirldco-credtion du cri-JU.
Sohn,
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grie, du feul naturel de la terre,fans culture, auec grande quantité de raifins gros, bien nourris, amp;nbsp;tresbons â naan-* ger; toutefois nâeft mention que Ie vin en foit bon n pä-reil.Ne doubtez combien trouucrent cela eftrange ,amp;admirable ceux,qui en firent la premiere decouuerte. Cc païs eftacompli de montagnes amp;nbsp;planures. En ces hautes montagnes le trouuent certaines pierres retirans en aefanteur amp;nbsp;couleur à mine dâor : mais quand on la vou-utelprouLier, h elle eftoit legitime, elle ne peut endurer le feu, quâelle ne full difsipée amp;nbsp;conuertie en cendre, il nâefl: impofsible,quâen cell endroit ne fetrouuaft quelque mine auÃi bonne, quâaux ifles du Peru, qui cauei oit plusauantenterre. Quantaminesdefer,amp;decuiure,il fentrouuealTez. Aufurplus de petites pierres, faites Sgt;c taillées enpointe de diamât, qui prouiennent les vues en plainure, les autres aux montagnes. Ceux qui premièrement les trouuerent, penfoyent eflre riches en vn moment, eftimans que fuflent vrays diamans,dont ils appor terétabondance:amp; de là eft tiré le prouerbeauiourdâhuy commun par tout: Câeft vn diamant de Canada. De fait il tire au diamant de Calicut,amp; des Indes Orientales. Aucuns veulent dire, que câeft vne efpece de fin criftal: de quoy ie nepuis donner autre refolution, finon enlùyuaç Pline ,,qui dit le criftal prouenir de neige, amp;, eau exçefsi-î uement gelée, amp;nbsp;ainfi concrée. Parquoy es lieux ftib'iéts à glace amp;nbsp;neige le peut faire que quelque partie dâicelles, parfucceftion de temps,fedefèche amp;nbsp;cocrée en vn corps luyfà nt3amp; traniparentcomme criftal. Solin eftimecefte opinion faulfe,que le criftal vienne totalement de neige: car fi ainfi eftoit,il fe trouueroit feulement es lieux froids,
comme
DE Là FS. ÃÃQC'Ã''Ã'î^f AR cf I CtVE. IJp commc eh Gänaday^-feitiWablcsâregions'froides : mais lâexperience nous'mônftre le contraire^î comme en lâifle deCypre, Rhodes, Egypte,'6lt;5-en pluheursiieu delà Grc-
ce, comme moymefmeayveu du temps que iây efloys, ou il letrouuoif, amp;nbsp;encores troutlôgt;audourdLfûy\lbôtt-dance derriftah. Quieâ vrayargura'ehtidci'ug^r.quC'le c rillal heft eau congelée y icon lid été nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jï^i^def^
quels parlohsjlachaletijiefhtropiplus fffeqùentc5^Vyh,e-fà ns coraparaifonâj quâcn CtanadrU pâïs-ÿ^i^'^e jelles froidures. Diodore dit que le crïflaï élt co-
â 1
-vV;.
mente lans coraparailonâj qu'cn GanadrU pâïs-afhi^^e \, perpétuelles froidures. Diodoreditquele crïllaïéftcó- ï^ilt;idoKe. çrcc dâeau pure,non congelée par frôideur,ni^is'p 11151011 nbsp;nbsp;. ?gt;
fcfhée par chaleur vehcméterNeantiiroins Ceiüy dé^Gà -^ CrtÃulde nada ell plus lLiylà nt , amp;nbsp;lent micuxt eïitoütes eHöïëS iÃi pierre finel qucccluy de Cypre ^ amp;nbsp;autres lieux. 'Les à h-i combien ciens Empereurs deRomë,eftimoyentt)eaLicoup;lefip k criflab criftal,amp; en faifoyent faire des valès, ou ils mangeoyent eÃoit eÃi Les autres en faifoyent hmulacres,quâils tenoient particil lierement enfermez en leurs cabinets amp;nbsp;trefors, Pareih lement tleS Rôys^d'Egy pte gt;nbsp;du temps que florilToit Th^-t besla grande, éhrichiflbient leurs fepiiltufes de fiip cri- gesapÃi-liai, que Ion apportoit de rArmcniemaieur,_amp; ducolhe qȎ. de Syrie. . Et de ce.criftal eftoyenf repre-fent^z leS;Roys par portraits au natnrel,pourdemeur8î,DedeüT'fefriblôîr, amp;nbsp;eftre en perpétuelle mémoire, âc Voila coïîiïhiamp;lës Anciens cllimerentçlecriftal,amp;ià quelsjizfages elïiöit appli^ qué; Auiourdâhuyûl'ell employé à faire; vafeSz coupéfe a boirft,lt;horeïRgt;rtcftiprtéesih;ellcnâellóitiiaricïïra^ilép Atr laÃes. furplü§,è;n;çep3j§;fçtrQu.iiegttuide ab0ndaftaédeâi31pksy caÃidoi-^ ca^sitjoinesnuJ â¡â¡ unhul' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'d.'3 sif awrahib
^'â4 uuquot; quot;nbsp;quot;i ( ' r:R)diilP'gt;rn'
LES S I NG V LAR.1 TE Z
ai G r;i : tremblemens de terre elÿ* gre/les, aufqueb efi 'îfli'î frj
ç'v, fl'î y'i,a:ipajrrjoj J .'jyR'.'ï;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- .i ' 'O
P tiii de lt;^âiniidci Ãtbiet a tremble-mcnt de
pour- -(l»oy.
' \Vjt ?.
gt; tait',.
GreÃe frequete m CctnA
s
B EÃe region de Canada eft merueilleulè-'i^ept fubictte aux tremblemens de ter-;îe^^ aux grefles Jdont ce pauur'e peuple ignorant leseholès naturelles,amp; encoures plus les celeftes tombent en vne peur extréme, encores que telles chofes leur foyentâi^^;quêcçs amp;nbsp;familières, ils elHment que cela pro-iÃentlde burs dieux, pour les auoir irritez amp;nbsp;falcnez. Toutefois Je tremblemét de terre naturel,âne vientfinon des vents enfermez par quelque^ cauitez de la terre, le; quel par grande agitation la fait mouuoir, comme il fait fur la terre trembler arbres amp;nbsp;autres chofes : comme di-Ipute tresbien Ariftore en fès Meteores. Quant à la grefle ce nâelî de merueille fi elley efl frequente, pourlâintem-perature amp;nbsp;inclémence de lââir,autant froid en là moyenne region quâen'laplus baffe,pour ladiftancedu Soleil, qui nâen approche plus pres, que quand il vient à noflre tropique ;.pQurquQy lâeau qui tombe du ciel, lâair cftant perpetuçjleméot.froid, eft toufîours congelée, qui nâeft autre^ch$^(èrqu,ç néige ourgrefte, f Of'ces Saunages incoh tinent quûîîsfcnçct' tellesincommbditez, pour lâafftiétion quâils enîeçoiuentj'fe retirent en leurslogcttcs,amp;;auec cu^ qUfiqûte bcftial, quâils hourriffcntdomeftiqûemenr, amp;nbsp;Jft jÃà rhG'eat léu rs id o l es, lafo r me defquej les nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Que
res differéte à la fabuleufè Melufine de Lufilt;gnân| ihôkié fcrpentjmdîtié fcmme:veu que la telle auec la cheueleu-
re
DE LA TRANCE A NT A R CT.I QV E. Kfo re reprefente lourdemeaitiCfèlonâIeur'boii ^[pqcfà iiLrago} vne fcm me. Oile fùtpius du corps!en furrne doïefperu, j, qui poLirroit bailler argument aux PoetesfdeBandfequp Melufine (oit leur deefle/Veu quâelle fenfuiren vdlâîit, félon quâaucuns fabulent, narrateurs'dudit Romat, qûâife nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-''v
tiennent en leurs maifons ordinairement, e Xje tajetnble- Treblè: ment de terre èft dangereux, combien que la caüfè eneft nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de
euidente. Puis quâil vientià propos dêiceicembleitnônT, nous en dirons vn mót, felon lâopinion des Philoîfop^hes naturels,amp; les inconueniens qui en enfuiuenL THale Mb opinions Icficnjlâvn des fept fages de Grece, difoit lâeau, efoê corn-inencement de toutes chofes ; ôcque la terre:^flottant au nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
milieu de cede eau, corne vne naue en plaine mer, eftoit en vn tremblement perpétuel, quelque fois plus grand, de amp;nbsp;quelquefois plus petit. Demefmeopinionaeà éDe- tem. mocrite: amp;: difoit dâauantage, que lâeau fbubsterre,crêuë par pluye, ne pouuant pour fon excefsiue quantité eftre cotenué es veines amp;nbsp;capacitez delà terre,caufôic ce tremblement: amp;:'de là venir les foUrces amp;nbsp;fontaines que nous auons. Anaxagoras difoit eftre le feu, lequel appelant (comme eft fon naturel} monter en bâUt,amp;re vnir au feu elementaire,caufoit non feulement ce tremblemët, mais . quelques ouuuertures,goulfes,amp; autres femblables en la; terre: comme nous voyons en quelques endroits. Etco-fermoit fon opinion de ce que la terre bruloit en plu-fieurs lieux. Anaximenes alTeuroit la terre mefhle eftre feule caufe de ce tremblernent, laquelle eftant ouuerte,, pour lâexcefsiue ardeut du Soleil,lâair entroit dedans eri grande quantité ôôauec violence: lequel paraptes la terre eftant reünie amp;nbsp;reiointe, ne pouuarit par ou fortir, fc
R iiij
gt;1 .IVJtliES S I NGV L AR I TE 2
là ati ventre He Ja terre: ôc que de là venoit ,cetixbleib©îït.Gè quetmefembleplus raiionnable,amp; ap^-ppocbaairHoïÅvent^ ^clon que nous aUons dit, fuyuans Quefl ce .Ariftote:auHstque lèvent nâeft autre choie, quâvnair im-le ti^jqfcjneht agité. Mais ces opinions laiïiëes des eau-ies-inaturcUfes .dtDtremblement de/terre jil ïèipeut faire *'â luwA poutatticrcsiiaiftîns jidu-vouloiramp;pefmiÃion du Supe-incmei^ rieuit,ä;hb«s)toutefoisincongnues±es inconueniens qui çnïùtuiènhéntjlbntTenuerlèraés dc villes amp;nbsp;citez:com-citez, du téps de^Tybere Cement de nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;métropolitaine ville de Bithiriie,durant lerc-
ten-e. nbsp;nbsp;gue deGcHiftantiÃ, -.Dlufieurs auÃi ont efté englouties de
laterredeîairtres^ubmergéesdes eauxzcome furent Elîcé amp;nbsp;Bura aüx ports de'Corinthe. Et pour dire en bref, ce tremblementfe fait quelquefois de telle vehemence,que outre lesânconucniehs prelt;hts,il fait ifles de terre ferme, comme il à fait de Sicile,amp; quelques lieux, en Syrie amp;au-tres.Il vnilitquclquçfois te ifles à ta continente,côrne Pli-
lt; ne-dit eflrc adueriu de.celles de Doromifee, Perne en Miletczayà t mefme flic quâen la vieille Afrique plufieurs plainest lieux champeftres^fevoyent auiourdâhuy rc-seneque. du.itsen lacs.' * Auôü recite seneque, quâvn troupeau de cinq Cens' ouailles,ôc autresr bcfles öc oyfèaux,furet quelquefois engloutis'ôc perdus,par vn tremblement de ter-re.PoLir cefte raifon ils fc logérfla plus grâd part) pres des riuages,;poureuitçrcçtréblement, bien informez par ex-periéce,amp; nb de raïfbmqitete lieux marefeageux ne font fubictsà tremblemens,çâmmela terre ferme; amp;dé ce la raifoneftbien facile acSelu.yqiu^^itedralacaufe du tremblement deumtalléguée. [Voilaparquoyiletrefrfche quot;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;amp;nbsp;renom-
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. iSl amp;nbsp;renommé temple de Diane, en Ephefe, qui dura plus Teple de de deux cens ans,ba{li fi fiimptueufement,quâil mérita e- Dianeen ftrenombré entre les (peôlaclesdu monde, fut afiis fur pillotis en lieu de marais, pour nâeftrc fubiet à tremble-
I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-r \ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-riin
ment de terre, iniques a tant qu vn certain rollaitre nom-méHeluidius, ou comme veulent aucuns, Eratoftlienes, lïeuic pour fe faire congnoiftre 8gt;c parler de 1 uy,y mill le feu,amp; fut conuerty en cendres. Pour celle raefin e eau le les Ro mains auoient édifié vn temple excellent à Hercules,pres le Tibre, amp;nbsp;là luy faifoient lacrifices amp;nbsp;oraifons. Or le Trebk-tremblement en Canada eft quelquefois fi violent,quâen cinq ou fix lieues de leurs mailons dedans le païs,il le trouuera plus de deux mil arbres, aucunefois plus, quel-que fois moins,tombez par terre,tant en montagnes que ieât. quot;nbsp;plat païsirochers renuerfez les vns fiirles autres,terres enfoncées amp;nbsp;abifmécs : amp;nbsp;tout cela ne prouient dâailleurs que de ce mouuement amp;nbsp;agitation de la terre. Autant en peutilauenir es autres contrées fubiettes auxtréblcmens de terre. Voila du tremblement de terre,fâns plus elon-gner de noftre route.
Du fMs appelle Terre neuue.
CHAP. 82.
Pres eflre départis de la hauteur du goul-fe de Canada, fut queftion de pafler ou-tre, tirant noftre droit chemin au Nort, delaiflans la terre de Labrador,amp; les ifles
jÃes des Pidbles. Cap de Marco.
LES S INGVLARI TE Z
Terre neuue re gion fort froide.
degrez, nous coftoyamcs à fèncftre celle contrée, quâils ontnommée Terre neuuejinerueilleulerncnt froide: qui â, efté caulè que ceux qui premièrement la decouurirent, nây firct long lèiour,ne ceux aufsi qui quelquefois y vont pour traffîquer. Celle Terre neuue cffc vne region failà nt ' vne des extremitez de Canada, amp;nbsp;en icelle fe trouue vne
riuicrc,laquelle à caulè de Ion amplitude amp;nbsp;largeur lèm-ble quafi ellre vne mer, amp;nbsp;ell appellee la riuiere Des trois freres, dillante des illes des Ellores quatre cens lieues, amp;nbsp;de nollre France neuf cens. Elle fepare la prouince de Canada, de celle que nous appelions Terre neuue. Aucus modernes lâont ellimce ellre vn dellroit de mer, comme celuyde Magellan, par lequel lonpourroit entrer de la mer Oceane a celle du Su au Pacifique, amp;nbsp;de faiól Gemma Frifius, encor quâil full expert en Mathématique,â grandement erré,nous voulant perluader que ccfle riuiere, de laquelle nous parlons, ell vn dellroit, lequel il nomme Septentrional, amp;mefmes la ainfi depaint en là Mappemonde. Si ce quâil en â efcrit eull elié veritable,en vain les Elpagnols amp;nbsp;Portugais eulfent eüé chercher vn autre dellroit,dillant de celluy cy de trois mil lieuéâs pour entrer en celle mer du Su,amp; aller aux illes des Moluqucs, ou font les elpiceries. Ce païs ell habité de Barbares vellus de peaux de là uuagines, ainlî que ceux de Canada, fort inhumains amp;nbsp;mal traitables : comme bienlâexperi-mentent ceux qui vont par delà pelcherles morues, que nous mangeons par deçà . Ce peuple maritime ne vit gueres dâautre chofequedepoillonds m e r,dont ils pren nent grande quantité,Ipecialement de loups marins,def-quels ils mangent la chair, qui ell tresbonnc. Ils font certaine
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. KTi certaine huile de la greffe de cepoiffon, laquelle deuient Huile de apres eftre fondue, de couleur rouffatre,amp;: la boiuét au re- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;à e
paSjComme nous ferions par deçà du vin ou de lâeau. De la peau de ce poiffon grande amp;nbsp;forte, comme de quel- ' que grand animal terreftre, ils font manteaux amp;nbsp;veflc-mcns à leur mode: chofe admirable,quâen vn element fi humide que ceftuy là ,qui eft lâhumidité mefm e,{è puif-fè nourrir vn animant,qui ay e la peau dure amp;c feche,comme les terreftres. Ils ont lèmblabiemcnt autres poiffons vertus de cuiraffez dur, comme marfouïns amp;nbsp;chiens de
merzles autres reueftus de coquilles fortes,corne tortues, huitres,amp; moulles. Au rerte ils ont abondace de tous autres poiffons, grand? amp;nbsp;petis, defquels ils viuent ordinairement. le mâesbahis que les Turcs,Grecs,Iuifs,amp;; diuer-fès autres nations du Leuant ne mangent point de dauphins , ny de plufieurs autres poiffons, qui font deftituez dâefcailles,tantdemer,qucdâeaudouce,quimc faitiuger que ceuxey font plus lages,amp;mieux auifez de trouuer le gouft des viandes plus délicates, que non pas ou les Turcs, ou Arabes amp;nbsp;autre tel fatras de peuple rtiperfti-tieux. En ceft endroit fo trouuêtdesbalenes(iâentens en la haute mer,car tel poiffon ne fapproche iamais du riua-gejqui ne viuent que de tels petis poiffons. Toutesfois le poiffon quâordinairement mange la balene,nâert plus gros quenoz carpes,chofo quart incredible pourle re- Une. fpeôl delà grandeur amp;groffeur. Laraifon eft,ainrtque veulent aucuns,que labalene ayant le gorter trop eftroit en proportion du corps,ne peut deuorer plus grâd morceau.Qui eft vn focret encor admirable, duquel les ancics nelèfontoncques auifez,voire nyles modernes,quoy
Superfli-tion de diuerfis nations du Le-uant.
LES SINGVLARITEZ
quâils ayent traité des poiflbns. La femelle ne fait iamais quâvn petit à la fois, lequel elle met hors comme vn animant terreftre fans Åuf, ainfi que les autres poi/Tons oui-peres. Et qui eft encores plus admirable, elfe allaitte ion , petir,apres eftredehors;amp;pource elle porte mammelles
au ventre foubs le nombril : ce que ne fait autre poiiTon quelconque,fbit de m.arine ou dâeau douce, hno le loup. Plïne. Ce que mefmemcnt tefmoigne Pline. Celle balene ell .fiewcofrf fort dangereulc lus la mer, pourla rencontre, ainlî que
bienIçaucntlesBayonnoispourlâauoirexpérimenté,car reufeâ^^L nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cepropos,lorsque
U mer. nous cllions en lâAmerique, le batteau de quelque marchant qui paflbit dâvne terre à autre pour û traftâique, ou autre negoce,fut renuerfé mis à là c,amp; tout ce qui elloic dedans,par la rencontre dâvne balene, qui le toucha delà queue. En cemefme endroit ou conuerlèla balene, le £â »»??«gt; trouue le plus fouuent vn poiflbn, qui luy eE perpétuel ^'â^^niereque fapprochantdâelle,ne ferafau-tedelapiquerloubsle vétre(quieE la partie la plus mollette^ auecques la langue trenchante amp;nbsp;ague, comme la lancette dâvn barhier : amp;nbsp;ainfi offenlee, à grand difticulté Ce peut: Cauuer,quelle ne meure, ainlî que difent les habi-tans de Terre neuue,amp; les pelcheurs ordinaires. En celle mer de Terre neuue Ce trouue vne autre elpece de poil-liebec, Cou j quc Ics Barbares du païs nomment Hehec^ ayant le bec comme vn perroquet,amp; autrespoilîbns dâefcaille. Il le trouue en cemefme endroit abondance de dauphins^ quilèmonErentle plus Ibuuentfus les ondes, amp;nbsp;a fleur destfm nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;nbsp;là utans voltigeans par deflus : ce quâaucunse-
Æ?Æ?«. lliment élireprelà gedetormétes ôctempeEes,auec vens
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;impétueux
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE.
impétueux de lu part dont ils viennent, comme Pline recite amp;nbsp;Kidore en les Etymologies, de ce que auÃi lâexpe-lienee ma rendu plus certain, que lâautorité ou de Pline, ou autre des anciens. Sans cflongner de propos, aucuns ontelcrit quâil y à cinq efpeces de prefageamp; prognoftic des tcmpeltes futures fus la mer, comme Polybius eftant auecques Scipion Ãmilian en Afrique. Au furplus y â, abondance de moulles fort groÃes. Quant aux animaux terrellres, vous y en trouuerez vn grand nombre, amp;nbsp;be* lies fort fà uuages amp;nbsp;dangereulès, comme gros ours, lef-quels prelque tous font blancs. Eteequeiedy des belles felled iufques aux oyleaux, delquels le plumage prelque tire fur le blanc:ce que ie pêlè auenir pour lâexcelsiue froideur du pais. Lefquels oursiour amp;nbsp;nuyt lontimportus es cabanes des Sauuages,pour mager leurs huiles amp;nbsp;poiÃos, quad il fen trouue de referue. Quat aux ours encore que nous en ayons amplemét traité en nollrcCofmographie de Leuant, nous dirons toutefois en paffant corne lesha-bitans du pais les prénent affligez de lâim portunité quâils leur font. Doneques ils font certaines fofles en terre fort profondespres les arbres ou rochers, puis les couurent G. finement de quelques branches ou fueillages dâarbres: amp;nbsp;ce là ou quelque elfain de moulches à miel fe retire,ce que ces ours cherchent amp;nbsp;lùyuét diligemment,^ en font fort friands, non comme ie croy tant pourfen raflà lier, que pour fen guérir les ieux quâils ont naturellement debiles, amp;nbsp;tout le cerueau, mefmes quâcftà s picquez de ces moulches rédent quelque fang, fpecialemét par la tefte,qui leur apporte grâd allegemér. 11 fe voit là vnc elpccc de belles grandes come buffles,portans cornes allez larges,la peau;
^ni' maux eÃräm.
S iij.
LES SINGVLARITEZ
grifà ftre, dont ils font veftemens : amp;nbsp;plufieurs autres belies,defquellcs les peaux font fort riches amp;nbsp;fingulieres.Le païs au refie eft montagneux amp;nbsp;peu fertile, tant pour lâin-temperature de lâair,que pour la condition de la terre peu habitée, amp;nbsp;mal cultiuée. Des oyfeaux, il ne fen trouue en fi grand nombre quâen lâAmerique, ou au Peru, ne de 'Deuxef'- Ãbeaux. 11 y à deux efpeces dâaigles, dont lesvneshan-pcesddi jgg eauës,amp; ne viuent gueres que de poiffonjSc enco * â res de ceux qui font vertus de groflcscfcailles ou coquil-les,quâils enleuent en lâair, puis les lairtent tomber en terre, amp;nbsp;les rompent ainfi pour manger ce qui eft dedans. Cefte aigle nidifie en gros arbres lus le riuagedc lamer. En ce pais à plufieurs beaux fleuues,amp; abondance de bon poiflbn. Ce peuple nâappete autre chofe, finon ce qui fuy eft neceffaire pour fiibftenter leur nature, en forte quâils ne font curieux en viâdes, amp;nbsp;nâen vont quérir es païs Ioingtains,amp; font leurs nourritures laines,dequoy auient quâils ne Içauent que câeft que maladies,ains viuét en continuelle (ante amp;nbsp;paix,amp; nâont aucune occafion de conce-uoir enuie les vns contre les autres, à caufe de leurs biens ou patrimoine: car ils font quafi tous egauxen biens, amp;nbsp;fonttousriches par vn mutuel contentement,amp; equalitc de pauureté. Ils nâont aulsiaucun lieu depute pouradmi-niftrer iuftice,parce quâentre eux ne font aucune chofe digne de reprehenfion. Ils nâont aucunes loix,neplus ne , moins quenoz Amériques amp;nbsp;autre peuple de celle terre continente, finon celle de nature. Le peuple maritime lènourrift communément depoiiron,côme nous auons défia dit: les autres ellongnez de la mer fe contentent des fruits de la terre, quelle produit la plus grand part fans ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;culture.
DE LA FRANCE ANTAR CT IQVî.
culture,amp; eftre labource. Et ainfi en ont vie autrefois les anciens,comme mefme recite Pline.Nous en voyons en- nbsp;nbsp;lî.
cores aflez auiourdâhuy, que la terre nous produit elle-mefme fans eftre cultiuée. Dont Virgile recite que la fo- y reftDodonée commençant à fc retraire, pour lâaagc qui â la furmontoitjou bien quelle ne pouuoit fatisfaire au Dodonée nombre du peuple qui fe multiplioit,vn ebafeun fut cou traint de trauailleramp;follicitcr la terre, pour en receuoir emolument neeeÃaire à la vie. Et voila quant à leur agriculture. Au refte ce peuple eft peu fubiet à guerroyer,fi leurs ennemis ne les viennet eberener. Alors ilsfe mettét tous en defenlè en la laçon amp;nbsp;maniéré des Canadiens,
t/c Terre nenne.
LES SINGVLARITE2
bourins, auec fleuftes dâoffemcns de cerfs, comme ceux des Canadiens. Qu^ fils apperçoyuent leurs ennemis de Joing,ils Cq prépareront de combatte de leurs armes jqui /ont arcs amp;nbsp;fleches:amp; auant quâentrer en guerre,leur prin cipale guide, quâils tiennent comme vn Roy, ira tout le premier,armé de belles peaux amp;nbsp;plumages,aÃis fur les ef paulcs de deux puiiïansSauuageSjà fin quâvn chacun le congoiffe, amp;nbsp;foyent prompts à luy obeïr en tout ce quâil commandera.Et quand il obtient victoire,Dieu Içait co-me ils le careflent.Ãt ainfi f en retournent ioy eux enleurs Bamerts nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;bannières déployées, qui font rameaux
dâarbres garnis de plumes de cygnes, voltigeans en lâair, amp;nbsp;portans la peau du vifage de leurs ennemis, tendue en petiscercles, enGgnc de vidoire,comme iâay voulu re-prefenter par la figure precedente.
TfPi iÃes des EÃores.
CHAP. 8j.
/ÆÂ« dei Ejjà m pour-
L ne refie plus de tout no (Ire voyage, quâà traiter dâaucunes ifles, quâils appellent des ElToreSjlefquelIes nous coiloya-mes à main dextre,amp; no fans grand danger de naufrage: car trois ou quatre de-grez deçà amp;nbsp;delà fouffle ordinairement vn vent le plus merueilleux,froid,amp; impétueux, quâil efl
qaoyÃîfi pofsible: craintes pour ce refoeél,amp;: redoutées des pilots nemees amp;nbsp;nauigans. Comme le plus dangereux pafEige, qui foit le voyage, foit pouralleraux Indes,ou à lâÃmeri-pouuez penfèr quâen cell endroit la mernâcft ia-mais
DE LA FRANCE ANTARCTIQVE. iCj mais tranquille, ains fè leuecontremont,comme nous voyons fouuentefois, que le vent efleue la pouldre, ou feftusdelaterre,amp; les naullèdroiôlement contremont, ce que nous appelions communément turbillon,quifè fait aufsi bien en la mer comme en la terre, car en lâvn amp;nbsp;en lâautre il fe fait comme vne pointe de feu ou pyramide , amp;nbsp;efleue lâeau contremont, comme iâay veu mainte fois, parquoy femble que le venta auÃi vn mouuement droit dâembas contremont,comme mouuement circulaire, duqueliâay ditenvn autre lieu. Voila parquoy elles ont efté ainfi nommées, pour le grand cflbr quecaufè ce ventes dites ifles ;car eflbrer vaut autant à dire comme fecher,ou efluyer. Cesifles fontdiftantes de noflreFrance enuiron dix degrez amp;nbsp;demy:amp; font neuf en nombre, dont les meilleures font habitées auiourdâhuy des Portugais, ou ils ont enuoyéplufieurs efclaues,pourtrauailler amp;nbsp;labourer la terredaquelle par leur diligence ils ont rendue fertile de tous bons fruits, ncccflaires à la vie humai- fertHifé ne, de blé principalement, quelle produit en telle abon-dace,que tout le pais de Portugal en eft fourny de là :amp; le tranfportétà bellesnauires,auecplufieursbonsfruits,tant du naturel du païs,que dâailleurs, mais vn entre les autres, nomé Htrà -, dont la plate â efté apportée des Indes,car au tiircî. parauant nefetrouuoit nullement,tout ainfi quâaux ifles Fortunées. Etmefineentoutenoftre Europe,auantque Ion commençaft à cultiuer la terre,à planter amp;nbsp;ferner di-uerfité de fruits, les homes fe contentoyent feulement de ceque latcrreproduifoit defon naturel: ayans pour bru-uagc,de belle eau clere: pour veftemens quelques efeor-ces de bois,fueillages, amp;nbsp;quelques peaux, comme défia
LES SI NG V LAR I TE Z
nous auons dit.En quoy pouuos voircleremet vne admi rable prouidence de noftre Dieu, lequel a mis en la mer, foit Oceane ou Mediterranée, grand quantité dâilies, Ies vnes plus grandes,les autres plus petites,foutenas les flots amp;nbsp;teinpcftes dâicelle,lans toutefois aucunement bouger, ou queles habitas en foient de rien incommodez(Ie Seigneur, corne dit le Prophete, luy ayant ordonné lès bornes, quâelle ne Içauroit paflerjdont les vnes lont habitées, qui autrefois eftoient defertes: plufieurs abandonéesqui iadis auoient eflé peuplées,ainh que nous voyons adue-nir de plufieurs villes amp;nbsp;citez de lâEmpire deGrece,Tra-pezonde, amp;. Egypte. Lâordonnance du Créateur eftant telle,que toutes cnolès ça bas ne lèroyent perdurables en leur cftre, ains fubiettes à mutation. Ce queconfiderans noz Cofmographes modernes,ont adioufléaux tables de Ptolomée les cartes nouuelles denoftre temps, car depuis la congnoiflance amp;nbsp;le temps quâil elcriuoit ,font aduenucs plufieurs choiesnouuelles. Noz Efloresdon-qucs cfloyent delèrtes, auant quâelles fuflcnt congnuès par les Portugais, pleines toutefois de bois de toutes Ibr-tes : entre Iclquels le trouue vne elpece de cedre, nommé ordcdn- en lague des Saunages Ordcuntiriy dont ils font tresbeaux tin^ejpe- ouurages, comme tables, coffres, amp;nbsp;plufieurs vailfeaux « ce- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Qg gÃ. i-nertieiJles odoriferant,amp; nâeftfub-
ieôl à putrcfaôlion,comme autre bois,lbit en terre ou en pZzwf. eau. Ce que Pline à bien noté,que de Ibn temps Ion trou
ue à Rome quelques liures de Philolophie en vn lèpul-cofft-ede chre,entre deux pierres, dans vn petit coflfc,fait de bois ce;/re. jg ceclre, qui auoit demeuré Ibubs terre bien lâelpace
de cinq cens ans. Dâauange il me fouuient auoir leu autrefois
DE LA FRANCE ANTARCTIQUE. iCÃS trcfoisjqu Alexandre le grand paflà nt en la Taprobane, trouua vne nauiredecedre fils lcriuage delà mer,ou elle Nduire auoit demeuré plus de deux cens ans,(ans corruption,ou putrefaéhionaucune. Et de là eftvenuleprouerbeLa-tin,quelon dit, Digna cedro^ des choies qui méritent eter- /â»â««fr-nellememoirc. Ilmcfèmblcquecescedres des Eflbres, nefontfihautcleuez en lâairny de telle odeur, que ceux qui (ont au deftroit de Magellan, encores quâil (oit quafi en mcfiîic hauteur, que leldites ides des ElTores. Ilfy trouue pareillementplufieursautres arbres,arbrifTeaux fjortant fruits tresbeauxà voir,fpecialementen lameil-eure amp;plus notable iile, laquelle ils ont nommée Ifledc SainélMichel,amp;. la plus peuplée. Encefteideà vne fort iÃedes. belle ville nagueresbaftie auec vn fort, là ou les nauires Michel. tat dâElpagne que de Portugal,au retour des Indes abordent,amp; ferepofèntauantquâarriuerenleurpaïs. Enlâvnc de ces ides à vne montagne, pre(que autant haute que celle de Tencriffe,dont nous auons parlé: ou il y à abondance de paftel,de (ùcre,amp; de vin quelque peu. Une fy trouue aucunebefte rauilTantejOy bien quelques cheures fauuages, amp;nbsp;pludeurs oyleaux par les boccages. De la hauteur de ces ides fut quedion de palTer outre, iu(ques Cap de Fè au cap de Fine terre;(us la code dâE(pagne,ou abordâmes, toutefois bien tard, pour rccouurer viures, dont nous a-uions grandeindigéee, pour filer amp;nbsp;déduire chemin,iuf-ques en Bretagne, contrée de lâobedTance de France.
Voila Mefsieurs,le dilcours de mon loingtain voyage Epilogue auPoncnt,lequel iâay deferit,pournâedreveu inutile, amp;nbsp;del^^u-pour néant auoir exécuté telle entrepri(è,le plus (bm mai rement quâil mâa edé poGible, non parauenture d elo-
T ij
LES SINGVLARITEZ
quemmcnt que méritent voz aureilles tant délicates, amp;: iugement fi exquis. Et fi Dieu ne mâa fait celle grace de confumer ma ieunefle es bonnes lettres, amp;y acquérir autant de perfedion que plufieurs autres, ains plus toll à la nauigation ,ie vous fiipplieray affeclueufèment mâex-CLifer. Ce pendant fi vous plait agréablement receuoir ce mien efcript tumultuairement comprins amp;nbsp;labouré parles tempe{tes,amp; autres incomoditez dâeau amp;nbsp;de terre, vous me donnerez courage, eftant fèiourné amp;nbsp;à repos par deçà ,apres auoir reconcilié mes efprits,qui font com-cartesde me efpandus ça amp;nbsp;là ,dâeforire plus amplement de la fitua Ihutettr dillance des lieux, que iâay obforuez oculairemér, Leuant,Midy,que Ponentdefquelles iâefpere vous f/o» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;monftrer à roeil,amp;: reprefènter par viues figures,outre les
diÃdnce Cartes modernes, que iâofèray dire,fans offenfèrlâhon-deslieux. neuf deperfonne,manquer enplufieurschores,foitla faute des portrayeurs,taifleurs,ou autres, ic mâen rapporte. Dâauantage, encores qiïil cfl malaife, voire impofsi-ble, de pouuoiriuflement reprefenter les lieux amp;nbsp;places notables,leurs fituations amp;nbsp;diîlances, fins les auoir veuës â lâoeil : qui cfl la plus certaine congnoifià nce de toutes, comme vn chacun peut iuger amp;nbsp;bien entendre. Vous voyez combien longtemps nous auons ignoré plufieurs pais, tant ifies que terre ferme, nous arreftans à ce quâen auoiét veu amp;nbsp;efcript les Anciés: iufques à tant, que depuis quelque temps en ça,Ion fcfl bazardé à lanauigation, de maniéré quâauiourdâhuy lonà decouuerttoutnoftre Hemifphere, amp;nbsp;trouué habitable: duquel Ptolomée,amp; les autres nâauoyent feulement recongnu la moytié.
F I N.
TABLE DES CHAPITRES du prefent liurc.
âEmharquemnt de l'./duteur, Chap.t. fueiliet t. Du deÃroit anciennement nomméCalpe, autour-
d'huy Gilbaltar.
De I'^frujue en gener al.
De lâ./Afrique en particulier
thâp.i.fueillet chap.^.fueil.^, chdp.^.fueil.é.
Des iÃes Fortunées,maintenant appellees Canaries, chap.-^.fueil. 8.
Delà haute montagne du Pyeh.
De lâiÃe defer.
Dès ijles de Madere, Du quot;yin de Madere. Du promontoire Verd nbsp;nbsp;defes iÃes,
Duyindes Palmiers.
De la riuiere de Senegua.
Des iÃes PleÃerides,autrement dites de cap Verd.
Des tortues,^ dâyne herbe quils appellent Orfeiüe.
DelâiÃe de feu.
De lâEthiopie.
De la Guinée.
chdp.ô.fuâllet II. chap.-j.fueil.n. Chdp.S.fueil.i^.
fueil.i^.
chapitre lo.fueiUet i6. chap.ii. fueil, chap.xi.fueil.zi. chap.ï^, fueil.z^. chap.t^.fueiLz^. chap.i^.fueil.iyr, chap.ï6 .fueil.zS. chap.ij.fueil.^^o.
Delà ligne Equinoéiiale, nbsp;nbsp;iÃesde S.Omer. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.iS.fueil,^^.
nonÃulement tout ce qui eÃÃubs la ligne efl habitable, mais auÃi tout le monde eà habité, contre l'opinion des anciens. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cha. i^fueil.^i^.
De la multitude diuerfité despoiÃbns eÃansÃubs la ligne Equinoéiia-^ap.zQ. fueil. jj.. iÃe nommc'e l'.y4Ãenfion. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap, z i .fueil.^
Du promontoire de Bonne efperance, de plufieurs ftnlt;yularite'\,ob/êruées en iceluy^enfemble noÃre arriue'e aux Indes ..Amériques ou Erance .Antar-chap.zz. fueil. ,^0. De l'iÃe de MadagaÃar,autrement de S.Laurent. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.z^.fueil..^^^
DenoÃre amuee à la France Mntaréiique, autrement .Amérique, au lieu nomme Cap de Frie. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ehatgt;.z..fueiL.lt;
De la rtuiere de Ganabara,autrement de Iandire, lt;lt;7lt; comme le païs ou arri~ uamesfutnomme France .Antaréiique. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.z^.fueil.^3..
TABLE
Du poiffon de ce grand fleuuefufhommé.
CJupitre 16. fueillet 49
De [â.Amérique engeneral
De la Religion des .Amériques nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.iS.fued.^z
Des Amériques, de leur maniéré de yiure, tant hommes, que femmes, chapitre 1^. fueillet ^4.
De la maniéré de leur manger boire. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^Q.fueil.^6
Contre [opinion de ceux quicÃimentles SauuageseÃre yelu^e^j cha.^i. f.^'j Dâyn arbre nommé Genipar en langue des Amériques, duquel ils font tain-chap.^i. fueil.^9
Dâyn arbre nomméPaquoüere nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^ j. fueil. 6i
La maniéré quils ticnnentà faireincifionsfur leurs corps, cha.^4. fueil.6i Des yiÃons,Ãnges,Cir illuftons de ces Amériques ,^dela perfeution quâils reçoiuent des e/frits. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^^. /ueil. 64
Des faux Prophètes çiy* Magiciens de ce pais,qui comuniquent auec les efprits malings:^ dâyn arbre nommé Ahonaï. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^C.fueil.é^
Ãw les Sduuages Ameriques croyent l'ame eÃre immortelle, cha.^
C omme ces Sauuages font guerre les y ns contre les autres, nbsp;nbsp;prirKipalement
contre ceux quâils noment Margdgeas eS? Th(dgt;aiares,amp;dâyn arbre qu'ils appellent Hayri,duquel ils font leurs baÃons deguerre, cha.^S.fueil.'go
La maniéré de leurs combats,tantfur eau,que ftr terre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chd.^9. fueil. 75
Comme ces Barbares font mourir leurs ennemis,quilsont pris en guerre, amp;nbsp;les mangent. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.40. fueil.7^
ces Sauud^es font merueilleufement 'yindicdtifs. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ehdfgt;.41. fueil.'j 8
D«mdrid^e desSduudgesAmériques. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chd^.^i.fueiLj^
Des ceremonies,f^ulture,(i7*funerdilles quâils font d leurs deces. chd.4^.f.Si Des Mortu^dbes, de Id chdrite, de laquelle ils yfent enuers leseÃran^ers,
Chdpitre ^^^.fueillet 84.
Defcription dây ne malddie nomméePid(i4, a laquelle font fubiets ces peuples delâ.^merique,tdntesiÃes que terre ferme. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.4^.fueil.^6
Desmdladies plus frequentes en lâ^merique,^ de Id methode quâils obfruet d fèguérir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^ô.fueil. 8 8
Ld mdniere de traf^iquer entre ce peuple.Dâyn oyfau nommé T oucdn, de l'ejpicerie dupais. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^j.fueil.^o
Des oyfeduxplus communs de r^merique. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^S.fueil.gi
Desyenaifons nbsp;nbsp;fduuagines,que prennent ces Sauud^es. chd.4q.fueil.^i^
Dâyn arbre nomméHyuourage. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^o.fueil.ÿ s
DES chapitres.
D yn autre arbr. nomme V^hebehdÃu, nbsp;nbsp;des moufches a miel qui lefrequerf^
n rf' n nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdpitrg lt;1. fueillet a-r
D yne beÃe d[fe:i^efrdn.e,apellée Haiit nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^z. fueil. d
Comme les Amériques font feu, de leur opinion du deluxe, amp;nbsp;des ferremens i«n,iUyr.n,. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dut-n-/-quot;lyoo
De lariuiere des yaÃs,enÃmble daucuns animaux quife trouuent alenuiron.
de la terre nommée Morpion.
chdp.^ 4. fueil. 10 j â chap.^^. fueil.106 chap.^6. fueil. w3
Delà riui ere de Plate,^ païs circonuoifins. Du détroit de Magellan,de celuy de Daryéne.
Que ceux qui habitent depuis la riuiere de Plate iuÃques au détroit de Magellan font no^t^antipodes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^q. fueiLiio
Comme les Sauuages exercer lâagriculture, infant iardins dyne racine nommée Manihot,dyn arbre quâils appellent Peno-abfou. nbsp;nbsp;cha.s^?,. f.ziz
Comme la terre de l'Ameriquefut decouuerte,amp; le bou de brefil trouué,auec plufieurs autres arbres non yeus ailleurs quâen ce pais. nbsp;nbsp;nbsp;chap.^p fueil. 116
De noÃre departement de la France Antarélique ou Amérique. ch.^^.f.iï3 Des Canibales, tant de la terre ferme, que des isles, nbsp;nbsp;nbsp;dyn arbre nommé
^cdiou. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.^j.fueil.n^
De ld riuiere des ^md^i^ÿnes, dutrement dite .Aureldne, pdr laquelle on peut ndui^ey dux pdïs des .Amazones en ld France ^ntdrFïique. chapitre 6i.fuâ¬iUet iiz.
.y4bordement de quelques Ejf danois en yne contrée ou ils trouuerent des .A-madones. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.6yfueil.ii,^.
DeId,cotinudtio du yoyd^ede Morpion,^ de Id riuiere de Pldte. c.6^f.izy Ldfèpdrdtion des terres du Roy dâEjfdgne nbsp;nbsp;du Roy de Portugdl. c. 65 Æ. 128
Diuifion des Indes Occident dies en trois parties. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.66.fueil,j^cs
De l isle des Rats. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chapitre ôy.fueillet 151
La continuation de noflre chemin, auecques la declaration de lAflrolabe marin. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.63. fueil.i^^
Departement de noÃre equdteur,ou equinoélial chap.6. fueil. 12j r» Peru,amp; des principales yilles contenues en iceluy. chdp.-jo.fueil.i^6 Des isles du Peru,z^principalement de lE/pagnole. chd.yi.ffeil.i^ 9 Des isles de Cuba Lucaïa. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.âpz.fueil.i^z,
DeÃription de la nouuelle Efpd^c,ipiR de la grande cité de Themifitanfstuée aux Indes Occidentales. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.^q.fueil.t^^
Delà Floride pen infùle. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chapitre 7 4 .fueillet 144..
De ld terre de Cdnddd,di£lepdr cy deuat Bdccdlosjdccouuerte de noÃre temps, ^deldmaniere dehiuredeshabitdris. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap.y^.fueil.i^^.
D\ne dutré contrée de Cdnddd. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chAp.-jöÃueil. 150.
irf religion (y* mdniere de yiure de ces pduures Cdnddiens, nbsp;nbsp;comme ils re-
pÃent du froid. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;didp.-g-y .fueil.i i.
Des hdbillemens des Cdnddiens,comme ibportent cheueux,^ dutrditement de leurs petits enfdns. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cbdp.y3fueil.ïlt;^^.
Ld mdniere de leur guerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chdp.jç.fueil.i^^.
Des mines,pierreries, nbsp;nbsp;nbsp;dutres finguldriteçti, quià trouuent en Cdnddd.
chapitre io.fueiUet izÿ.
Des tremblemins de terre (y^^efles, dufquels eÃfon fubieéi cepdïs de Cdnddd. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
chdp. 81 Æueil.iip.
Sz.fueil. i6i. chap.^^.fueil.i^^.
Du p4ïs Appelle Terre neuut, Des iÃesdesElJores.