ri i s T o ! T^ e DâVN VOYAGE
FAIT EN LA FERRE
DV BRESIL, AVTRE-mcnt dite Amérique.
('onfenantla nautgation, amp;nbsp;chops n^nar-^uables.veuès fur merparl aulleur; Le conipor tement c{eVtllcp^a^iien,cn ceptnis là . Lés sueurs amp;fafo/is de vture efiran^es des Sanus^es A-mem^uains : auccvncollo^J}^e de leur langage. Enfimble la di^ription depluÃâurs yi nimauxt Arbres, Herbes, amp;nbsp;mnres chofespn^ulteres, amp;nbsp;du tout inconues p.-tedepa, dont omserra les fommaires des chapitres au cowmencement du Hure.
Non encores mis en lumière,pour les caillés contenues en la preface.
Le tout recueilli fur les lieux par i F. a n dm L E R Y natif de la Marcelle, terre defaintl Scneau Duché'de Bourgongne.
Seigneur, ie te edebreray entre les peu-plcs,amp; te diray Pfeamnes entre les nations. P s E A V. C V l I I.
â^Ponroy^rJt^tne Chuppin.
xM. U. LXXVlli.
A ILLVSTRE ET PVIS-
SANT SElGNEVRjfâ^-*^^â çois, Co'.Titc de CoUigny»
Seigneur de Cha-ftillonjamp;c.
^0 N S I En^^ pane (jm a rheureu/e Mémoire dece/tty par Ie moyen dm^ttel Dten m aÃtie si ft voir les choÃs dont tay baÃt la preÃnte H iÃeirejme conute d'en I frire recognoiÃance, ce nefi pas fins cauà puis ^m Iny anequot;^ Recede' t^ae iepren la hardteÃ; de quot;uous lapreÃntcr.Comme donci^aes men intention efiperpétuer ici la (ottuenance d vn voyage frtt expreÃement en r^y^merie^ue poureÃa-bUr le pur Ãmice de Dieu, tant entre les F ran pois ^ui s'y eÃoyent retire's, c^ue partntles Sait-â nbsp;nbsp;wages habitans en ce pays läiauÃi ay-ie efltmé
eÃre de mon deuoir,frire entendre à la poÃeri-â te, combien la louange deceluyiijM enfrtla J cau/è amp;nbsp;le motif doit efire à iamaisquot; recom-1 mandable. EtdefritoÃntaÃKreriyuilnià A trottuerapar toute l'atfruité ijM tly ait iamais W eu Capitaine F rancois amp;nbsp;Ã^eÃten , lyni tout 1 a vne fisait efiendule regne de lefus Chrià j Eoy des Ã^is , amp;nbsp;Seigneur des Seigneurs, ^ les limites de fin ^Prince Soiiuerain en pays fi lointain, le tout confidere' comme il appartient yui pourra aÃei^ exalter vne fi fim-â 2
HÃ' w/tyemenf hero'^Mf efi/rfprinff'? C^r qi(oj i^u iHicy.ns dijend, -i/eu Itpen de temps t^uf tes chofesont dure-) Cf einen'y efiant 4 pre/ént nonpjfft de nenneUe de vritye S^Z/istari ^uc dn nom de d rancoispourj habiter,^u onn'en doit faire efiimetnotiubfidt telles allegations, ce ^ue i ay dit ne latfe pas de demeurer touÃeurs tellement way, t^ue tout atnà ijue l £uanofle du j.lsde J)ieua eÃe'de nos tours annonce' egt;t eeÃe juarte partie du monde dite z^^meri^ue, ^^JJ^ tfi-iltrès certainÃTafdtre euà eÃe auÃt inen pourfuiiii pa il auoit eÃe' heureuÃment commence, ^ue l'vn amp;nbsp;rautre Jiegne Ãiri-tttel, 0quot; temporel, y auoyent à bien prins pted de noÃre temps, çueplM de dix mille perfon-nes delà nation t ranpoiÃy Ãroyent mainte-^ nant en auÃpleine Cffeurepo^ejpon pour no^ Ãft^ K^y 1 y^f itf EÃa^nols Cf £ertu^aisy Ãnt au nom des leurs.
'Parlant Ãnon pten voulut imputet aux lt;tx/poÃresladcÃrutlion des £ÃiÃs tjuils anoyent premièrement dre^ees: amp;nbsp;la rityne de 1'Empire Ãjmain aux braues guerriers lt;^ut y auop^ft'ioints tant de belles ProuinceSf anfi par le femblable ceux eÃans louables lyui anoyent pofe Its premiers fondemes des chofis eue tay dites en '' ad menyue , il faut attribuer la faute amp;nbsp;la diÃontim^tion , tant à 'UiUegagnen yua ceux yui atiec luy au lien ( amà y tills en anoyent le commandement
dquot; auoytni fait pt'owfjfe ) ^auMeer ratture ent gmtte laforterejfe ijue rions anions bafiit, amp;nbsp;le pays lyu ou auoit nommé France yl ntar-Fliç/ueaux Portugais ^ni s'y font tresbten accommodez . TeUement lynepour cela il ne lair-rapasd'apparoir à iamais eyite feu d'henreufi mémoire (ja/fard de Codigny is^dmiral de France -vofire tresvertueitx pere, ayant exc-CHte'fin entreprinfe par ceux ç/u'H entsoya en l'sydwerique, outre qu'il en auoit ajfuietti vne partie à la Couronne de F rance â gt; ft encore ample prenne du'^le qu'il'auoit que l'Euan-gile fut non Ãulement annonce' par tout ce âFjyaume, mais aujf par tout le monde vni-uerfil.
Z^oUa Afonfieiir, commeett premier lieu, vous confiderant reprefenter la pilonne de cefl exceUét Seigneur,auquel pour tant d aéles ^ene yeux la patrie fera perpétuellement redeuablc, Fay publié ce mie petit labeurfous vofire autori te. Ioint que par ce moyen ce fera avons auquel Tbeuet aura nonjeulement à resfondre, de ce qu en general ft autant qu'il a peu,il a condamnent calomnie'la caufe pour laquelle nous ffitiescevoy.tgeen l'Amérique, mais au fi de ce qu en particulier parlant de l't^ddmtraute' de France en fa fajmographie il a ofe abbay er contre la renommee, fouèfiie ft de bonne odeur a tous gens de bien, de celuy qui en fut' l^o saufe.
Z)ai(a»ta^e AfonÃeur^ -voÃre conÃance amp;nbsp;rnit^nanimite en la deffence des EghÃs reform mees de ce l^oyaumc, fitiÃnt ioarnellementre marquer combien heureujernent z/ous foyael^ les traces de eeluy qui vous ayant ÃbÃitue en Ãn heu fiuÃenat ceÃe meÃne caaÃ, y a eÃandu iujques à Ãn propre fing : cela di-te enÃcontl heu m'ayant occaÃone'; enfimltlepour reco^noi Ãre aucunement le bon amp;nbsp;honneÃe accueil que vous mefiÃes en la ville de E erne, en laquelle après ma dehurance du ÃegeÃmelique de San cerrc levonsÃis trouuer,tay eÃe du tout induit de m adreÃ:r droit a vous. Jefiay bien cepen-datqu encores que lejaiet de ceÃe hiÃoireÃit tel} que s'il vous venait quelquesÃts enuie d'en cuir la lecîure} il y a choÃs ou vous pourries prendreplaiÃr, neanemoms pour reÃard du langage, rude amp;nbsp;malpoli} ce neÃoit pas aux oreillesdlvnSei^neurà hien in^lruit désfin ^as a âge aux bonnes lettres que iele deuoisÃtire finner. Mats m'aÃeurant que par voÃre naturelle delionnairete.receuant ma bonne aÃelhon vous Ãupportere's ce deÃ'aut, ie n'ay point fait difficulté d'off'rir amp;nbsp;dedter ce que i'ay peu tant a la fimile mémoire dupereyque pour tefi~ moignage du treshumble feruieequeie deÃre continuer aux eufans Surquay
mjifonfieur le prieray P Eternel, quauec AJeffiieurs vosfaeres amp;nbsp;zJ^adame de Teh-^m voÃreÃeur,plantcsportans faults dignes dû-tronc d'où elles fiant ijfiues,vous tenant en fa fainélf
fitnEit frcte^ion, il henijfe amp;face fgt;ro^erer de pita en plm vot vertueufis amp;nbsp;genereufes actions. Ãe vingteimj^uieme de Dteembret mil fint} censfoixante amp;nbsp;dixfept.
Voftre treshumble amp;nbsp;aft'eftionnu fernitcur» DE LERY»
^ !/ait Ve leiy fur /in Jijioun Ji tHiflom Je r^meri^M.
\ t honire cfhu-la ^m au del me beurmeiite
Et a ici mefait-iKiir'ces taMbeaux móuuemeiti Te^rtf auÃi ciluj^i(cait Jes Element. Etlarera ,^ rtjft^i^mâenfei^ne leur feint. Je remerci celuy qui beureiifemen feine Pour Je terre tirer Jiuers meJieamense
Mau qui me met en yn ces trois enf b^tiemeilS Emporte a mon aJuis yne louange pleine.
Telefce tien lobeur^çpâ encores flus beau £gt;e Lery^qui noue peins yn monje tout nouuealt Et fin (tel,(prfin eau,i^fl terre,^ fis, ruits Qui fins mouiller le fie J nous trauerfs Pytfrique Qm fins naufrage (ir peur nous renjs en P_^mcrique
J^efous legounernail Je ta flume conJuitt
!.. Daneau 1^77.
P, Meletà M. De I.egt;y fn fnguU/r amp/.
ici (mon Je lery) ta plume as Couronner _14 Je frire lesmauri, les polices cp^ loixt les Sauiuigesfafons Jespeuples epe JesEiys Du pays,inconeu à (egraiiJPiolomee. JPous faifint yeair Jequoy telle terre ef ernee. Les animaux Jiuers errants partly les bois Les combats très cruels,/y Icsbraues barhois De cefle nation brufjuementfafonnee,
JPous peignait ton retour Ju ciel ^meriquain. Oututeyispre/je Jâyiie rrreifefaim M as telle faim bêlas neft fi dure guerre JP i la faim JeluJa,ni celle J ffael Ou lamire commit lâallé enorme (y cruel Ope celle qu'as ailleUTS eferite Je Saneirre.
pistai Pe lery, fur fin hifioM de F Amérique.
l Malheur efl bon Ãdir~ony a queltjue chofiï l El (J« ~0Tftits naiffent les bonnes loix.
ce LiSï, Ion yoid à ceftefiis
1 Grenue certaine en ton bifloire endofe.
j Fureur,menfin^e, ^ la guerre difiofi 1 [Villegagnony'rbeuctjC^le François..
Uf retarderde ta plume layoix,
(Et/tj difcours tant beaux quelle fropofi.
1 Mai. ton bibeurjd'yn caurap e indomtCi
^cius cesefforts en fin a firmonté'.
[Et mieux parédeuant tous il Je range,
( Comme cieuxyterre,hommes (y fc^*^^ diuert 1 ^unou^ faisyoir,aiitfiparCyniuers
l^?1*flââ^bf^t ^yiuetal^ftjt^_____
PREFACE-
O V R C E quâon fe pour-roit csbahir , qu'y ayant dis huit ans paiiez que iâay fait le voyage en l'Amcriquc, iâaye tant attendu de mettre celte iultoirccn lumière, iâay tftimécn premier lieu tftre expedient de declarer les caufes qui mâen ontempefehe.Du cô-mcnceincnt que ie fus de retour en France , monftrant les mémoires que i auois, la plufpart eferits dâancre de Brefil amp;nbsp;en lâAmérique mefrne, contenans les chofes notables par nioy obfcruccs en mô voya gc : ioint les récits plus au long que ie fai fois de bouche à ceux qui sâen enque-royent, ie nâauois pas délibéré de paffer plus outre ni dâen Faire autre mention. Toutesfois quelques vus de ceux auec lef quels iâen conferois fouuent, mâalcgans, quâafinque tât de chofes quâils iugeoyét dignes de mémoire ne demeuraflent cn-feuclics,ie les dcuois rédiger plus au lôg amp;nbsp;par ordre, à leurs prieres amp;folicita-lions,dés lâan I5lt;Ã5. en ayant fait vn affcz ample difcour«,quc(mâen allât du lieu oU iâeftoisffe laifîay A'preftay à vn bô perfon nagciil aduint quâainfi que ceux aufquels il lâauoit baillcpour le mâaportcrpalloyct à Lion leur eftant ofté à la porte de la vil'
P R F r A r r.
le,il fut tellement efgaré que, quelque di ligéee que le peufle faire , impofsiblc me fut de le recouurer. Partant faifant eftat de la perte de ce liurc , ayât quelque téps après retiré les brouillais que iâen auois laiffc à celuy qui le mâauoit tranferit, ic fis tant,quâexcepté le Colloque dulanga , ge des Saunages, quâon verra au vingtième Chapitre , duquel moy nây autre n'a-uoit coppic , ic mis derechef le tout au net.Mais quand ic lâeus achcué , les con-fufions furuenans en France fur ceux de la Religion , moy eftant pour lors en la Charité fur Loire,afin dâeuiter cefte furie quittant à grand hafte tous mesliurcs amp;nbsp;papiers pour me fauucr à Sancerre ; le tout pillé incontinent après mon depart ce fecod recueil Ameriquain sâeftat ainfi efuanoui, ic fus pour la fcconde fois pri-ué de mon labeur. Cependant comme ie faifois vn lour récit à vn notable Sci-geur de la premiere perte que iâen auois faite à Lyori,lny nommant celuy auquel on mâauoit eferit quâil auoit cfté baillé, il en eut vn tel foin,que lâayant finalement retiré,ainfi que lâan paffè. 1576. ie paftois en fa maifon il le me rendit.Vollacomme iufques à prefent ce que i'auois eferit de lâAmérique, mâcftanttoufiours efehappé des mains nâauoit peu venir en lumière.
Mais pour en dire le vray, il y auoit
preface.
quâoutre tout cela ne fentant point en moy les parties requifespour mettre à bon cfcicnt la main à la plume,ayant veu dés la mefme annee queie rcuinsdccc pays là , qui fut 1558.1e liure intitulé Des Ãë Singulantcz de lâAmérique, lequel mô-beur de la Porte fuynant les contes amp;.mc moires de frère AndrcTlicuct,auoit dref fc amp;nbsp;difpofé, quoy que ic u'ignoraHc point ce que monficur Fumée en fa pi c.« face fur lâhiftoirc gene rale des Indes , a fort bien remarqué: aflauoir que ce liure des Singularitcz eft finguliercment farci de méfongcs,fi lâauteur fans palier plus auant fe fut contenté pofsible eufe-ic encores maintenant le tour fupprimé.
Mais quad en celle preféte année 1577. lifant la Cofmographic de 1 heuct iâay veu que luy ( penfant pofsible que nous fuflions tous morts ou que fiquclquâvn reftoit en vie il ne luyoferoit côtredire) nâa pas feulement rcnouucllc Se augmen té fes premiers erreurs, maigt;qui plus eft fans autre occalîon que renuie qu'il a eue de mcfdire amp;dctraclcr des Miniftres S.quot;parconfcquct de ceux qui en lâan 1556'. les accompagne'ent pour aller trouucr Millcgagnon en la terre du Brefil, dont iâeftois du nombre, aucc des digrefsions faufles, piquantes, amp;nbsp;iniurieufes, nous a inipofé des crimes , afin de repoulfcr ces impo-
PREFACE.
jmpoftures, iâay cftc comme cotraint de mettre en lumière tout le difcours de no ftre voyage.Etafin,auant que pafler plus outre, qu'on ne penfe pas que fans tref-iuftescaufes ic me plcignc de ce nouucau Coimographe, ic leciteray ici les calom mes qu 11 a mifes en auant contre nous, contenues au l ome fécond liure vingt amp;vnchap. a. feuil. c,oi5.
yl a refie dit Theitet,iauois oublie à vaut nbsp;nbsp;^''*°â^,
7. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dire oublie
aire 3 c^uepeu de ternps auparauant y auott eii ^^ mennr, ^ud^uefeditio entre let Fruncoisaduenuepar la dmi/ion à ' partialite^de lt;juatre Ahnijiret delà Reltoion nouuede lt;^ue Caluin y auott en-Uoye^our planter fifinalante Euâfiledeprin cipalüefiuclt efiottvn mtniflrefidttteux notne' âdijehier, ^ui auoit efie' fiartne amp;nbsp;doUeurde ^arts tfu^l^uet années auparauatfin voyage. Ces gentils predicant ne tajehans ^uc s'eriebir amp;nbsp;artrap -r ce ijui Is pouuoyent firent des ligues (tf Kenees/eererres lyui furent caufi tyue yuel-^Mes vus des nofires furet par eux tuez. Mais partie de cesfeditieux efians prins firent exécute famp; leurs corps donne'pour -pafiure aux poifions . Les autres fie fauuerent ,du nombre défijuels cfioit ledit Tfichier lequel bien tofi a~ presfe vint rendre mtnifire a la R^eheUe laok tefime yuHfiit encores depreféi : les Saunages irritez de telle tragedie peu s'ëfallut yu ils ne fie rua/fientfir nousamp; rnifset a mort ce ^ut refioit.
Voila Jespropres paroles deTbeuctlcf
PREFACE.
quelles ie prie les lecteurs de bien noter: car comme ainlî foit quâil ne nous ait ia-mais veu en rAmcrique»ni nous fcmbla-blcmcnt luy , moins , comme il dit, y a-il efté en danger de fa vie à noftre occafion, ie veux môïlrer qu'il a efté enceft endroit aufsi afteuré menteur quâimpudent ca-' lomniatcur. Partant afin de pieucnir ce que pofsiblc pour efehaper il voudroit dire,quâil ne rapporte pas fon propos au temps qu'il cftoit en ce pais là , mais quâil entend réciter vn fait aduenu depuis fon retourne luy demande en premier lieu,fi cefte façon de parler tantexprefle dont il vfc : aflauoir , Les Sanua^es irrifel^eie teUe quot;Tra^edie, peu s'eu falluf e/uib ne fa ruafaent far nous,d^'mifaenf à mort lerefae^fe peut autrement entendre finon que par ce, nous, fc mettat du nombre, il vucille dire quâil lut enuclopé en fon pretédudanger?Tou tesfois sâil vouloir tergiuerfer dauantage pour nier que fon intention ait efté de faire acroire quâil vit les Minlftres dont il parle en lâAmérique.Efeoutôs encores Iclangagcquâil tient en vn autre cndioit.
jiureficliit ce Coiddicrfateufae demeu 1 om.2 ^^pf^^ fg^^ ternps en ce pays là i'eufae tafihe'â ~lâg^g»er les a7nes ejgareââs de ce panure peuple^ â pluflofa/juem'eÃudier à fouiller en terre pour P a ⢠9 - 5 _y chercher les rie hejf es ijne nature y a cachets, A'/ais d'autant ijue ie nefaots encores bien ver fa'^^
fc en leur langue, amp;nbsp;i^ue les Aï intéres ^ue ^al utn y audit enuoye't pour platerfa nouueUeEua gtle entreprenoy et ce/te charge enuieux de ma deliberation le delaijf ay cefie mtene entrepri/è-
Croyez le porteur,dit quclquâvn,qui à bon droit fe inocque de telle manière de gens: parquoy fi ce bon Catholique Romain félon la rciglc de faintï'rançois dót lieft, nâa fait autre preuuede quitcrle monde que ce quâil dit aucir m^iprifi' les riche^'es cachets dans les entrailles delà terre duBrefil: ni aa lte miracle que la conuer-fion des Saunages Ameriquains habitans en icelle Aiii'cj^ueis il voulait (dit il) (ragner les antesà les Aï tni/lres ne l'en euÃtnt empeà che'iA eft en grand danger,apres que i'au-ray monftte quâil nâen eft rien, de nâeftre pas mis auCalendricr du Pape pour cftre canonifé Jtreelamé apres fa mort comme môfieur faint Theuet. Afin doneques de faire la prenne que tout ce quâil dit ne ;,ç^ font quâautant de balliucrnes, fans mct-V*y'* nbsp;nbsp;nbsp;â¢'
treen confideration sâilcft vray fcmbla-ble que Theuet, qui en fes efcrits fait de tout bois ftefehes, comme on dit, câeft i dire ramaffe à tors amp;nbsp;à trauers tout ce quâil peut pour allonger amp;nbsp;colorer feS côtes, fc fut teu en fon liurc des Singula-ritez de 1âAmeriq.de parler des Miniftres sâil les euft veux en ce pays là ,amp; par plus forte raifon sâils euffent commis ce dont
PREFACE
voyez Ics.i.
24.25.
amp;.ÃO. chap.
îl les-accufc à prefét en fa Cofmographic Imprimée feze ou dixfeptans apres.-puis que par fon propre tclinoigaagc il fe ver ra cnce liurcdes Singularitez,quâen lâan. 1555. le dixième de Nouembre il arriua au cap de ftic,amp; quatre iours apres en la iiuieicde Ganabara en rAmenque dâoù il partit le dernier jour de lanuier fuy-uant pourreuenir en France: amp;nbsp;nous cependant,comme ie monftreray en celle Iiiftoirc,narriu3fmcs en cepays la au Fort de Colligny fitué en la mefme riuicre, quâau commencement de Mars. 1557. attendu di-ic quâon voit clairement parla quâil y auoit plus de trezc moys-que The uct nây choit plus, cornent a-il efee fi har di de dire qu'il nous y a vcus?
Lcfoirede près de 2000. lieues de mer cntrcluy,dts lôg tepsderetour à Paris,amp; nous qui cftiôs fous le Tropiq de Capricorne,ne lcpouuoit-ilgarcntir?fi laifoit, mais il auoit enuiede pouffer amp;nbsp;mentir ainfi Cofmographerrtet. Parquoy ce premier poinrprouuc cotre luy tout ce qu'il dît, au relie ne merireroit aucune refpû-ce. Foutcslois pour foudre toutes les répliques qu'il pourroitauoir touchât la fe ditio dót il cui le parlcr:icdi en premier lieu quâil ne fc trouncra pas qu'il y en ait eu aucune au Fort de Colligny pédâtque noâ y cftiésimoins ycutil vu fcul Frâçois tue
f R E Ã A C E.
tué de noftre temps;Et partant fi Theuec Veut encores dire, que quoy quâil en foit il y eut vue coniuration des gens de Vil-legagnon contre luy en ce pay s là , en cas qu'il nous la vucille imputer, ie neveux derechef pour nous feruir dâApologie 8c pour monftrer quâelle eftoit aduenuc a«-uantque nous y fufsions arriuezquele propre tefmoignage de Villcgagnô.Partant combien que la lettre en latin quâil eferiuîtà M. lean Caluin refpondanti celle que nous luy portafm.es de fa partquot; ait ia des long temps efte imprimée en autre lieu, amp;nbsp;que mefme fi quelquâvn en doute lâoriginal eferit dâancre deBrcfil qui eft encores en bonne main,face rouf-jours foy de ce qui en eft , parce quâelle feruira doublement à cefte matière, alfa-uoir,amp;pour réfuter,Theuct amp;pour mon ftrer quant amp;nbsp;quant quâelle religion Vil-^'^S^gf^®^ ^^'^'â^*â^ femblantde tenir lors ielâay encores iciinferee de mot à mot.
Teneur delà lettre de Ville-gagnon à Caluin.
le penfe quâon ne feauroit declarer par paroles combien mâont refiouy vos lettres amp;nbsp;les frères qui font venus aucc icelles.Ils mâôt trouucreduit en tel point quâil me falloir faire office de magirtratSc
C
» R F 1^ A C E.
quant amp;nbsp;quantln charge de Mîniftred^? PEglifc . Ce qui mâauoit mis en grande angoifle,cai lâexemple du Roy Ozias me deftournoit d'vnc telle manière de viurc Mais iâeftois fôtraint delc faire gt;nbsp;dcpeuf que nos ouuricrs Icfqucls iâauois pris à loage amp;nbsp;amenez par deçà , par la frequen ration de ceux delà nation ne vinfenti fc fouiller de leurs vices : ou par faute de côtinuer en lâexercice de la Religion tô-baflent en apoftafic : laquelle crainte mâa efte oftee par la venue des frètes . Il y a aufsi ceftaduantage, quefi dorefenauant il faut trauailler pour quelque affaire amp;nbsp;encourir danger , ie nâauray faute de per fonncs qui me confolct amp;nbsp;aident de leur confcil: laquelle commodité' mâauoit effé oftee par la crainte du dâger auquel nous fommes . Car les frères qui eftoyent venus de France par deçà aucc moy , cftans cfmeus pour les diffîcultcz denosaffai-, res sâen eftoyent retirez en Egypte, chacun alléguant quelque exeufe . Ceux qui font demeurez eftoyentpauures gés fout freteux , amp;nbsp;mercenaires , félon que pour lors ie les auois peu rccouurcr, dcfquels la conditio cftoit telle que pluftoftilme falloir craind e dâeux que dâen auoir aucun foulagcmcnt. Or la caufc de ceci eft quâà noftre arriucc toutes fortes de faf-cherics amp;nbsp;difficultcz fc font dreflees,tellement
* K S P A C £,
Itment que ie ne fcauois bonnement quel aduis prendre, ni par quel bout commen cer.Le pays eftoit du tout defert amp;cn friche j il nây auoit point de maifons ni de toidsj ni aucune commodité de bled. Au contraire il y auoit des gens farouches amp;nbsp;fauuages, efloignez déroute courtoifieSc humanité,du tout ditferens de nous en fa çon de faire ?£ infl:ruâ:ion:fans Religion ni aucune cognoilfancc d honneur ni de vertu,de ce qui eft droit ou iniufte:cn for te quâil me venoit cnpenfee, aflauoirfi nous cftions tobez entre des belles por-tans la figure humaine . 11 nous falloic .pouruoir à toutes ces incommoditez à bon efeient amp;en toute diligence,amp;y trou uer remede pendant que les Nauircs sâap preftoyent au retour, de peur que ceux du pays pour l'enuie qu'ils auoycnt de ce que nous auions apporté ne nous fur-prinfcnt au depourucuamp; milTent à mort. Il y auoit dauantage le voifinage des Por tugalois, Icfqucls ne nous voulans point de bicn,amp; n'ayans peu garder le pays que nous tenons maintenant, prennent fort JT^al a gré quâon nous y ait reccus,amp;nous portent vnc haine mortelle.P^rquoy tou tes CCS chofes fe prefentoyent à nous en-fcmble: aflauoir quâil nous falloitchoi~ fit vn lieu pour noflrc retraite , le defri-ther amp;nbsp;applanir, y mener de toutes parts ê a
P R E f A C g
de la prouifion amp;nbsp;munition» drefferdeS forts, baftn des toiéts amp;nbsp;logis pour la garde dcnoftrc bagage, aûemblcr dâa-Jétour la matière amp;tftotFe,amp;par faute de beftes la porter furies efpaulcs au haut dâvn coftau par des lieux forts de bois Si tresempefehans . Enoutic d autant que ceux du pays viuentauioui laiournec, ne fc foucians de labourerla terre , nous ne trouuions point de viurcs alTcmblez en vn certain lieu,mais il nous les falloit aller recueillir amp;querir bien loin ça amp;là gt; dont il aduenoit que noftrt compagnie, petite comme elleeftoit, necclfairemcnt s'efeartoit amp;nbsp;diminuait. Acaufedeces difficultcz mes amis qui mâauoyent fuyui tenans nos affaires pour defefperecs corne iâay défia demóftré,ont rebroufle che min:amp; de ma part aufsi iâen ay efte' aucu-nemêt cfmeu. Mais dâautre cofté penfant à part moy, que iâauois alTurc mes amis, que ic me defpartois de France afin dâem ployerà lâaduancemcnt du règne de Icfus Chrift le foin amp;nbsp;peine que iâauois mis par ci dcuant aux chofes de ce monde, ayant cogneu la vanité dâvnc telle tftude amp;nbsp;vacation, iâay eftimé que ie donncrois aux hommes à parler de moy amp;dc me re-prcndrc,amp;que ie ferois tort à ma reputation , fi lâen eftois deftourné par crainte de trauail ou de danger. Davantage puis quâil
PREPACK
quâil eftoitqueftion de lâaffaire de Chrift ie me fuis affuré quâil m'afsifteroit, amp;nbsp;a-mencroit le tout à bonne amp;nbsp;heureufe iP fue.Parquoy iâay prins courage. Si entie-remët appliqué mon cfprit pour amener à chcfla chofe laquelle iâauois entreprife dâvne fl grande affeétiô pour y employer ma vie . Et mâa fcmblc que i'en pourrou venir à bout parce moyé fi ie faifois foy de mon intention Sideffein par vue bône vie amp;nbsp;entière, amp;nbsp;fi ie retirois la troupe des ouuriCrs que iâauois amenez de la cô pagnic amp;nbsp;acointance des infidèles , Eftat mon cfprit adonné à cela , il mâa femblc qüece nâeft point fans lapröuidencc de Dieu que nous fommes enuclopcz de ces affaires, mais que cela eft aduenu depeur quâeftans gaftez par trop grande oifiucté nous ne vinfsions à lafeher la bride à nos appétits defordonnez amp;nbsp;frctillans.En a-prcs il me vient en mémoire quâil nây a rien fl haut amp;nbsp;mal aife quâon nepuiffe fur monter en fc parforçantipartat quâil faut mettre fon cfpolr amp;nbsp;fccours^en patience amp;nbsp;fermeté de courage amp;nbsp;exercer ma famille par trauail continuel amp;nbsp;que la bôté de Dieu afsiftcraà vnc telle atfeéfion amp;nbsp;entreprife. Parquoy nous-nous fommes tranfportez en vnc Iflecfloignee de terre ferme dâenuiron deux lieues, amp;nbsp;là iâay ê 5
PREFACE*
choifi Heu pour noftre demeure, afin que tout moyen de sâenfuir eftât ofté,iepeuf-fc retenir noftre troupe en fon dcuoir, Si pource que les femmes ne viendroyent point vers nous fans leurs maris, lâocca*-fion de forfaire en ceft endroit fut retrâ-chee. Ce neâtmoins eft aduenu que vingt t fix de nos mercenaires eftâs amorfez par I leurs cupiditez charnelles ont confpiré de me faire mourir. Mais au iour afsigné pour lâéxecution,lâentrcprife mâa efté rc-uclce parvn des complices au mefme in-ftant quâils .venoyent en diligence pour t mâaccabler.Nous auons cuite vn tel dan- i gcrpar ce moycn:ccftquâayantfaitarmer â cinq de m.cs domeftiques, iâay commence i dâaller droit contre eux:alors ces confpi-ratcurs ont efté faifis de telle frayeur Sc eftonnement, que fans difficulté ni refiquot; ftance noiis'auons empoigne Sf enprifon nequatre dos principaux auâçiirs du cô plot qui mâauoyent efte déclarez.Les autres cfpouuâtez de cela laiflans les armes fc font tenus cachez. Le lendemain nous en auons deflié vn des chaînes, afin quâeu plus grandediberté il pcuftplaidcr fa eau ; fe , mais prenant la courfe il feprccipita dédis la mcr amp;nbsp;s'eftouffa. Les autres qui reftoyent eftans amenez pour eftreexaminez, ainfijiez comme ils eftoyent ont Je leur bón grc fans queftion declare ce j
Sâ®
P KE E A CE.
que nous avions entendu par ccluygui les auoit accufez.Vn dâiccux ayât vn peu auparauât efté chaftié de moypour auoir eu affaire aucc vnc putain sâeft demôftre de plus mauuais vouloir,amp;a dit que Iccô mencement de la coniuration eftoit venu de Iuy,amp; quâil auoit gagné par prefens Ic pere de la paillarde, afin quâil le tiraft hors de ma puiffance fi ie le preffoy de fc abftenir de la compagnie dâicelle. Ceftuy là a efté pendu amp;nbsp;cftranglc pour tel forfait : aux deux autres nous auons fait grace en forte ncantmolns quâeftans en-chaifnez ils labourent la terre : quant aux autres ie nâay point voulu mâinformer de leur fautcann que lâayant cogneue amp;nbsp;auerce ie ne la laiflaffe impunie , ou fi iâcnvoulois faire iufticc, côme ainfi foit que la troupe enfut coulpablc,il nâen de-mouraft point pour paracbeuer Foruure par nous entreprins. Parquqy en difsi-mulant le mefeontentemet que iâcn auois nous leur auons pardonne la faute, amp;nbsp;à tous donné bon courage ; ce neantmoins nous ne nous fommes point tcllemen-t affeurcz dâeux que nous nâayons entoure diligece cnquis amp;fondépar les avions amp;nbsp;deportemens d'vn chacun ce quâil a-uoit au cÅur. Et par ainfi ne.les cfpar-gnant point, mais moy-mefmes pre-fent Içs faifant trauailler, non feulement
P R E F A CM
nous auos bouché Je chemin à Jours mau vais defleins, mais aufsi en peu de temps auons bien muni amp;nbsp;fortihé noftre 111e tout à lâentour.Cependant félon la capacité de moncfprit ieneceffois point de les admonnefter amp;nbsp;deftourner des vices, amp;nbsp;les inftruirc en la Religion Chrcfticn-ne , ayant pour ceft effet eftabli tous les iours prières publiques foir amp;nbsp;matin, amp;nbsp;moyennant tcldcuoir amp;pouruoyâcc nous auons paflc le leftc de lâannée en plus grand repos . Au refte nous auons cftédcfliurez dâvn tel foin par la venue de nos Nauircs. Car là iâay trouué perfo nages dont non feulement ic nâay que fai FC de me craindre, mais aufsi aufqucls ie mepuis fier de ma vie. Ayant telle commodité en main , lâen choifi dix de toute la troupe,aufqucls iâayremis la puiffance amp;nbsp;auélorité de commander,de façon que d'orefenauant rien ne fcface que parad-uis deconfeil, tellement que fi iâordon-» nois quelque chofe au prciudicc de qucl-quâvn il fut fans effet ni valeur sâil nâc-ftoit auétorlzc amp;nbsp;ratifie par le confeil. Toutesfois ic me fuis referué vn point, c'eff que la fentence eftant donnée , il me foit 1 oifible de faire grace au malfaiôfcur en forte que icpuiflc profiter à tous fans nuire à perfonne . Voila les moyens par lefqucls iâay délibéré de maintenir amp;def-fendre
, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;PR E F AC E
1 fendre noftre eftat amp;nbsp;dignité. N oft re Seigneur lefus Chrift vous vueillc deffen-dre de tout mal, aucc vos compagnons, vous fortifier par fon efprit, amp;nbsp;prolonger voftre vie vn bien long temps pour lâouuragc de fon Eghfc. le vous prie fa-luer affeftueufement de ma part mes tref chers freres amp;nbsp;fideles, Cephas amp;nbsp;de la Flechc.Dc Colligny en la France Antar-ftiquele dernier de mars 1557-
Si vous eferiuez à Madame Renée de France noftre maiftrefe, ie vous fupplie la faluer treshurablement en mon nom.
Il y a encores vne autre claufc à la fin eferite de la propre main de Villcgagnô, laquelle,par ce que ie l alcgueiay contre luy mefme au fixicme chapitre de celle hiftoire afin dâobuicr aux redites iâay rc- P^-79* traché en ce lieu. Mais quoy quâil en foit puis quâil appert fi manifeftemêt que rié plus par cefte lettre que cotre vérité The 1 / .
^â^ ^'^ Cofmographie queâ* ^ ' nous autos efté auteurs dâvne feditiô au Fort deColigny(veu qlors quâelle aduint nous nây eftions pas encores ) câeft mer-ueille neantmoins de ce quâil ne fepeut faoulcr dâen parler.Car outre ce que def-fus ; cefte digrefsion luy plaifttant que quad il traite de la loyauté des Efeoffois
PREFACE.
accommodant ccftc bourde à fon propos il en parle encores de cefte façon.
Torn. 2 Iiu.i6. cha. 8. fo-óó^j
â La fiielité iifj^uels tay atiJJî commue efi certain nombre de ^enitlt- hommes CZ foidati nous accofnpa^ansfir nos nautres encespay^ lointains de ia France yintarbüi^ue^pour cer^ tatnes conmrations faites contre nofire campa-gnie de Francots normands,lefynels pour ente/t sire la langue de ce peuple SauKageamp;Barbaret ^ui n'ont pre/^ucs point de raifén pour la bru-talite'(jut e/i en eux auoyent intelligence, pour nous filtre mourir tous aiiec deux B^itelets dit pays aufipiels ils auoyent promis ce peu de biens guenons autons.Maïs lefidits E/cojfbisen efiaS aduertis defiouurirent lâentref/rifi aufeigneur de Zltllegagnon Cf à moy auffi j duquel fait fi- . rent tresbten chafiie'll^ces impofieurs,auffi bien que lesiijllinifires que Caluiny auoit enuoyei qui beurent z'n peuplui que leur fioul efiatis comprins de la confitration.
Derechef Theuet entaflat matières fur maticrcsjsâcmbarairât de plus en plus,ne fcait quâil veut dire en ceft endroit : car méfiât trois diucrs faits cnfcblc,dôt lâvn toutesfois faux Sc fuppofcparluy lequel iâay ia refute, amp;nbsp;deux autres aduenus en diucrs tcps,tant sâen faut encores que les Efeoffois luy tuflent reticle la côiuration dont 11 parle à prefent, quâaucontraire, comme vous auez entendu, luy eftant du nombre de ceux aufqucls Villegagnon repro- j
PREFACE.
reprochoit quâils sâen eftoyent retournez en Egypte,c'eft à dire (eftant vray fcnibla blequc tous luy auoyent fait protnefTe auant que fortir de France de fe renger à la religion reformée , laquelle il difoit a vn chacun vouloir cftablir ou il allait) à la Papauté , il ne fut non plus en ce fécond amp;nbsp;vray danger, qu'au premier imaginaire amp;nbsp;forgé en fon cerucau.
Touchant le troifiemc,contenant qu'il y eut des fediticux compagnons de Ri-chier qui furent exécutez amp;nbsp;leurs corps dónezpourpaftureaux poiflonsiie diauf fl que tant sâen faut que cela foit vray, de la façon que Theuet le dit,quâau contrai-rç,ainfi quâil fera vcu au difeours de celle hiftoirc , combien que Villcgagnon depuis fa rcuoltc de la Religion nous fit vn très mauuais ttaitement, tant y a que ne fe fentant pas le plus fort, non feulement il ne fit mourir aucuns de noftre compagnie auant le partement d.u ficur du Pont ) noftre couduéteur amp;nbsp;de Richier,aucc lef quels ic rapaftay la mer, mais aufsi ne nous ofant ni pouuant retenir par force, nous partifmes de ce pays là auec fon cô-gé : frauduleux toutesfois, comme ic di-ray ailleurs.Vray cft,ainfi quâil fera aufsi veu en fô lieu, que de cinq de noftre trou pc qui après le premier naufrage que nous cuidafmes faire cnuiron huit iours
P R t F A C E.
nerent dans vncBarquè en la terre des Saunages ) il en fit voircment crucllcmct amp;nbsp;inhumainement précipiter trois en mer:nô toutesfois pour aucune fedition quâils eulfent entreprifc ) mais , comme lâhiftoire qui en eft au liuredcs martirs de noftre temps le tcfmoignc,pour la cô-fefsion de lâÃuangilc que Villcgagnon auoit reiccté.Dauanrage commeTheuet, ou en sâabufant,ou malicieufement dit quâils cftoyent Miniftrcs , aufsi encores en attribuant à Caluin lâcnuoy de quatre en ce pays là ,commct-il vn autre double faute. Car en premier lieu les efieftions amp;nbsp;enuoy des Pafteurs en nos Eglifes fc faifans par lâordre qui y eft eftabli:afla-üoir par lavoye des Confiftoires', amp;nbsp;de plufieurs choifis amp;nbsp;audorifez detoutle peuple , il nây a homme entre nous quij. comme le Pape,de puiffâce abfolucpuif-â fc faire telle chofe. Secondement quant au nombre,il ne Ãcâtrouuera pas quâil paf faft en ce temps là , amp;nbsp;croy qu i! nây en a pointcu depuis »plus de deux Miniftrcs en lâAmérique,aftauoir Richicr amp;nbsp;Chartier. Touttsfois fi fur ce dernier article, amp;nbsp;fur ccluy de la vocation de ceux qui fu rent noyez , Theuet répliqué que nây regardant pas de fi près il appelé tous ceux qui cftoyent en noftre compagnie miniftrcs
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roiniftres : ieluy rcfpond , que tout ainfi quâil feait bien quâen lâEglifc catholique Romaine tous ne font pas cordeliers conic luy, quâaufsi fans faire comparaifon, nous qui faifons profefsion de la Religion Chrefticnne amp;nbsp;Euangelique, n'eftâs pas rats en paille, comme on dit,ne fom-mes pas tous Miniftres.Et au furplus par ce que 1 heuet ayant aufsi honorableméc qualifé R ichier du titre de Miniftrc,que fauflement du nom de Séditieux (luy cou cedant cependant qu'il a vrayement; quitte fon doftoral Sorboniquc ) fcpourroit fafcher,quâen recompenfe en luy refpon-dit ie ne luy baille autre titre que de Cor dclienie fuis content pour le gratifier en cela,de le nommer encor, non feulement fimplcmcnt Cofmographc,mais qui plus efi li général amp;nbsp;vniuerfcl,que comme sâil nây auoit pas affez de choies remarquables en toute cefte machine ronde , ni en ce monde ( duquel cependant ilcfcritce qui y eft amp;nbsp;ce qui nây eft pas) il va encore outre cela rechercher des fariboles au Royaume de la lune pour remplir fcs livres amp;nbsp;augmenter les ceuutes de contes de la Cigongne.Dequoy neantmoins come François naturel ialoux de lâhonneur demon Prince, iefuis tant plus marri, que non feulement ccluy dont ie parle e-fiant enflé de ce titre deCofmographe de
Roy en tire argent amp;nbsp;gages fi mal emplo ycz,niais qui pis eft qu il falle par cemo-ff^nH^ yen que des niay ferles indignes dâeftre couchées en vne fimple mifsiue foyent couuertes de l'autorité amp;nbsp;nomRoyal. Au refte afin de faire fôner toutes les cordes quâil a touchées, cobic que iâeftirneindigne de refpócc ce que pour môftrer quâil inefurc tous les autres à lâaune amp;nbsp;à la rei glc de S. François duquel les freres mineurs mettentamp;fourrcnt tout dans leurs befaces il a ietté à la trauerfe que les pre dicans , comme il parle,eftans arriuez en lâAmérique ne tafehans quâa sâenrichir en attrapoycnt ou ils en pouuoyct auoir: puis toutefois que cela,ainfi quâon diteft fciémêt amp;nbsp;de gayeté de cÅur attaquer lâe fcarmouche contre ceux quâil nâa iamais veucn lâAmeriq.ni reeen dâeux defplaifir ailleurs , eftant du nombre des deffendâs il faut quâen luy reiettant les pierres que il nous à voulu ruer en fon iardin, iedef couurc quelque peu de fes autres frip-£erics.
Premièrement, pour lecôbattrc touf-iours de fon propre ballon , que rcfpon-cha.i- dra-il furce quâayant dit du commence-menten mors exprès en fon liure des Sin ^iu.ai. gularitcz,ç'«âlt;7nede/neHr/i ^ue^.inurtauÃ^j) ^^s.- 2^. de Frie, il a neantmoins eferit depuis en fo- 913 fa Cofmographic,5'«â»7 Yfeiourria^Meltjuet mois^
P R * F A o Ei
won? au moins flau fingulicr il euftdic vn mois , amp;nbsp;puis ladeflus faire accroire que les iours de ce pays là durent vn peu plus dâvne fepmainc, il luy euft adioufté toy qui euft voulu : mais dâeftendre lefc-iour de trois iours à quelques mois fous correftion, nous nâauons point encores apprins que les iours, plus efgaux fous la Zone Torride amp;nbsp;près des T topiques quâen noftre climat, pour cela fe tranf-muentenmois.
Outre plus,pcfant toujours esblouyr les yeux de ceux qui lifcnt fes ccures,no-nobftant que ci deflus par fon propre tef moignage iâaye môftte quâil ne demeura en tout quâenuiron dix fepmaines en lâA merique: affauoir depuis le dixième No-uembre 1555- iufques au dernier de lan-uier fuyuant, durant lefquellcs encores (comme iâay entendu de ceux qui lâont veu par delà ) en attendant que les Naui-rcs ou il reuint fuffêt chargées,il ne bougea gueres de Ville inhabitable ou fe
1 fortifia Villegagnon , fi eft ce quâà lâouyr i difeourir au long amp;nbsp;au large vous diriez l quâil a, non feulement veu, ouy amp;nbsp;remar â que en propre perfonne, toutes les cou-ftumes amp;nbsp;manières de faire de cefte multitude dediuers peuples fanuages qui ha bitet cefte quarte partie du monde, mais quâaufsi il a arpenté toutes les contrées
P It E P A C B
de lâInde Occidétalc:! quoy neintmoinï pour beaucoup de raHoni la vie de dix hommes ne futhroit pas. Et de fait combien qviC)tant à caufe des lieux deferts à inaccclsiblcs, q poui la crainte des Tldar ^aiM ennemis iurez de noftrc nation, 1« terre defquels nâeft pas fort efloignee du lieu ou nous cftions,il nây ait Iruchc-ment François , quoy quâaucuns y ayeht demeure neuf ou dix ans i qui fc voulut vante r dâauoir efte quarante lieues auant fur les terres (ie ne parle point des naui-gations lointaines furies riuages) tant/ a que I hcuct dit, auoir efie /à txanteiteu'éi ;
Liu.ti cr dâauanta^e auec des/auua^ex cheminanl ch a. 17 tours i^ nuits das des bots e/fats amp;nbsp;teffusfant p-i-95^ tamais auoir trouve' defies ^ui tafihafi à let offencer. Cequeiccroy aufsi fermement quant ace dernier point,affauoir quâil ne fut pas lors en danger des beftes fauua-ges , comme ie rnâaifeurc que les cfpineJ ni les rochers ne luy cfgratinerent guc-rcs levifage ni gafterent les pieds en ce voyage.
Mais fur tout qui ne sâesbahira de ce liu a âl'^ ayant dit quelque part, qu il fut plus cet ^j^^' tain de ce qu'lia e/ent de la manière de viure â ^ des Saunages adirés /pu ileufi apprtnt à parlei P^â ^^^ leur lan^a^e, en fait ncantmoins ailleurs à mauuaife preuue,que P.*,qui en cefte Jart guc Brcfiliennc veut dire ouy, eft par luy
P R s r A C E.
expofe amp;nbsp;vous aufsi? De façon que corne p ie monfticra/ ailleurs le bon amp;nbsp;folide iu ^® gementque Theucta euen eferruât que â?^ *â* auant lâinuention du feu en ce pays là ,il y^ l auoit delà fümee- pour feicher les vian-P^'^^ des, aufsiallegua.it ceci en ceft endroit pour cfchantiHôn de fa fuffifance en lâin ' ^^^^^ tclligence du langage des Saunages , it n^^-^n laiffe à iugn fl nâentendant pas câeft Ad- ^' * Uerbe afiî'rtnarif,qui nâeft que d'vue feule f-lââ fyllabe il nâa pas aufsi bonne grace de fe vanter de l'auoir apprins queccluy qui l«y a reprotlici quâapCt s auoir fréquenté quelques liiôis p. â'mi deux ou ti ois peuples , il a reiuatlié ce quâil y a apprins de mots ohfcürs K etfroyabies au a matière dente quad il veira ce que if di ici. Partant,fans voùi cil enquérir plus .luâr,f ex vous en 1 heuct de tout ce que ccinfufc-â ment amp;nbsp;fans Ordre il vous gergonnera au vingtvnicme liurcdcfa Cofmographie de lalangue dtfs Ameriquains,amp; vous affûtez quâen parlent de M^tir morne» Se Aferfocht 11 vous en baillera des plus S'crtes amp;nbsp;plus cornues.
Que dirons nous aufsi de ce que sâef-carmouchant fi fort en fa Cofmographie contre ceux qui appelent celle terre dâAmérique, Inde Occidentale, à 1 aquelle il veut que le nom de France Antarélique quâil dit luy auoir premièrement impofé î
PRÃFACE.
Sirg- demeure,combien quâaiUcurs il attribue chap.i ccfte nomination à tous, les François qui pag- 2' arriueieut en ce pays là auccVilJcgagnô, lig'5°quot; i a toutcsfoisluy mcfmc enpluficurs endroits nómecIndeAmerique.Sómc quo/ quâil ne loit pas dâacord aucefoy-mefme, tantyaqn'à voiries ccnfurcs,corrcdiôî ! amp;nbsp;refutations quâil fait des ocuurcs d au-truy on diroit, que tous ont efté nourris dûs de bouteilles,amp; quâil nây a que Je fcul Theuet qui ait tout veu par le trou de fâ chaperon de cordelier. Mâaffurantbien nicfnic que lien lifant ccfte micne biftoi- . re il y voit quelques traits des chofes quâil auratellcmentqucllcniét touchées» J quâincontinent,félon lâopinion quâil atlf luy,amp; fuyuant fon ftilc accouftumé il di-ra:ha tu mâas defrobccela en mes eferits« Et de fait fi Belle Foreft, non feulement Cofmogtaphe c5me luy , mais qui oufK cela à fa louange auoit courôné fon liuff des Singularitcz dâvnc belle Ode, nâ* peu neâtmoins efehaper que par mefpris il ne lâait appelé vne infinité de fois en fs Cofraographic,panure PhiJofophc,pau-ure Tragique, panure Comingcois,puis di-ie quâil ne peut fouffrir quâvn perfon-â3gquot; 4â* mefme au rcfteaufsi à propos que luy sâeftômaque fi founent contrées huguenots luy foit parangonne, que doj ic attedre moy qui aucc ma foible plusâ?
ay oK,
PREFACE
J'
ayofc touchér vn tel CollolTc? Tellemét que m eftant aduis,quc cóme vn Goliath me maudurat par fe* djcux,ic le voyc def iamórcr fiirfcsErgots,ie nc doute point, quad 11 verra que le luy ay vn peu ici def-couuert fa merceries qùâtn haailUt pour mâengloutir il Ae fulmine à lâencontre de moy amp;nbsp;du petit labeur que ie mets en a-uanc. Mais quad bien pour me venir cô-battre il deuroit faire i effufeiter ^jwmit iiiif be^ucMCC fcs deux pieces d'artillciiesTîîrâ ' fcs deux efpaules toutes nues (corne dâvue fa'çon ridicule , penfant faire accroiic que ce Saunage fans crainte de sâefeor-cher , ou pluftoft d'auoir les efpaules toit tes entières emportées du reculemêt des pieces,tiroit en cefte forte,il lâa aitifi fait peindre en faCofmographie)tant y a que y°y^^ outre la charge quâen le repouffant ie luy â^â¢^^* ay ia faite , encores deli'oeray ie, non feu P^'95^ lement de lâattaquer ci apres en paffant, mais qui plus eft lâaffaillir fi viuement queie luy racleray , amp;nbsp;reduiray à néant cefte fuperbe v i l l e-h e n R y laquelle fantaftiqucmcnt il nous auoit baftic en Pair en 1âA.mcrique . Mais en attendant
⢠e * nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en ce-quc le race mes approches , amp;nbsp;que puis ^^^ j^^ quâil eft aduerti, il fe prepare pour foufte Æ nir vaillamment lâaffaut ou fe rendre , ie P prieray les Icftcurs quâen fe reffouuenâi , de ce que iâay dit ci deffus que les impo-
P R F F A C E.
fiures JeTheuct contre nous ont cÃc caU fc en partie de nie fane mettre ccRc hi-ftoirc de noftre voyage en lumière ils me exeufent frencefte pjeÃec 1 ayant con-uainçu par fes propres eici its , lâay efte vn peu long à le rcniDanei.
â¢, Semblablement amp;nbsp;tout d vn ftl,ieprie que nul ne fe fcandalizc de ce que,comme li ic voulois rcfueiilcr les moi esi ay nar rc en celle hiftoire quels furent les depof temens de Villegagnon en fAmeriquo pendanfque nous y cllions:car ou fie que cela eft du fuict que ie me fuis principa-Icmcnbpropofe de traiter, aflauoii mon-ftrer à quelle intention nous fifmes ce voyage,ie nâen ay pas dit à peu près de ce que iâculle fait sâil cftoitdc ce teps en vie.
Au furplus pour parler maintenant de mon fait,parce premièrement que la Religion eft l vn des principaux points qui fe puiffe amp;nbsp;doyuc remarquer entre les hû nies, nonobftât que bien au long ci après au i8. chap. ic declare quelle eft celle des Tououj'tfj^aotilis Sauuagçs Ameriquairs félon que ie lâay peu comprendre, toutef fois dâautant que,comme 11 fera la vcibie commence et propos par vne difticultc dont ic ne me puis moy-mcfmc allez ef- ! inerucillcr, tant sâen faut que ie la puilTe ( fl entièrement refoudre quâon pourroit bien délirer,des maintenà t ic ne laifteray d'en
PREFACE.
d'en toucher quelque chofc.Ãediray döc quâccores que ceux qui ont le mieux parlé félon le fens commun ayent non feulement dit: maisaufsi cogneu, quâeftrc hô-luc,8c auoir ce fentiment, quâil faut donc dcfpendt c dâvn plus grand que foy, voire que toutes creatures font chofes tellement coniointes l'vnc aucc lâautre, que quelques différents qui fc foyettrouuez cnla manière de fcruirà Dieu, cela nâa pfeu renuet fer ce fondemet que lâhomme naturcllemêr doit auoir quelque Religio vrayc ou fauflé.ficlf ce ncantmoins quââpres que dvn bon fens rafsis ils en ont ainfi iuge, quâils n'out pas aufsi difsimu-lé , quand il eft queftion de comprendre à bon efcient à quoy fc renge plus volon tiers le naturel,de lâhôrac en ce deuoirde Rcligiô quâon appcrçoit volôticrs eftre vray ce que le Poète latin a dit affauoir: l'appétit bnuiUant en l homme
Hjt fin principal ^Dicn enfiomme.
Ainfi pour appliquer, amp;nbsp;faire cognoi-ftre par cxcpfc,ces deux tefmoignages en nos Saunages Ameriquains, il eft certain en premier licù , que nonobftant ce qui leur eft de particulier il ne fc peut nier quâeux cftans hommes naturels nâayent aufsi cefte difpofitlon ^inclination coin mune à touszaffauoif dâappreheder qucl-1 que chofe plus grade que lâhomme, dont
PREFACE.
depend Ie bic amp;nbsp;Jc mal, tel pourlemoinf qu ils fc l imaginct. Et à cela fc rapporte l'honneur quâils font à ceux qu'ils nomment Caraïbes , dont nous parlerons co fon licujlcfqucls ils cuident en certaines faifons leur apporter le bon heur oui« malheur. Mais quant au but quâils fe pro pofent pour leur contentement lit fouuc rain point dâhonneur, qui eft, comme ic monArcray parlant de leurs guerres amp;nbsp;ailleurs , la pourfuite amp;nbsp;vengeance de leurs cnncmisireputans cela à grand glol rc tant en celle vie quââpres icelle l tout ainfi quâen partie ont faitlcs anciens Ro mains) ils tiennent telle vengeance amp;nbsp;vi-étoires pour leur principal bien: bref félon quâil fera vcu en celle hilloirc, au regard de ce quâon nomme Religion parlt; mi les autres peuples, il fc peut dire tout ouuertement que non feulement ces pau urcs Sanuages nâen ont point, mais aufsi sâil y a nation qui foit amp;nbsp;viuc fans Dieu au monde que fc font vrayemet eux.Tou tesfois en ce point font ils peut dire moins condamnables : câcll quâen ad^ nouant amp;nbsp;confclfant aucunement leur malheur amp;nbsp;antuglilicment ( quoy quâils ne Tappt ehendent pour sây dcfplairc ni y chercher le remede quand mefme il leur cllprefcntc) ils ne font fcmblant dâeftre autre que ce qu'ils font.
Tou-
PREFACE.
Touchant les autres matières, les font maires de tous les chapitres mis au commencement du Jiure monftreront affez lt;juclles elles font: cômeaufsi le premier chapitre declare la caufc qui nous meut défaire ce voyage en lâAmérique. Ainü îâaduertiray quâayant feulcinét mis cinq « diuerf^figu£es_dâhommcs Saunages en*»^* cefte première edition: à la féconde, fi le liure eft bien receu, nous en adioufterôs plufieurs non feulement de forme humai neamp;dechofes concernâtes les meurs amp;nbsp;façons de viuredes Ameriquains , mais aufsi d'animaux à quatre pieds,dâoifcaux poiffons,arbres,herbes, fruits, racines, amp;nbsp;autres chofes de ce pays là ,qui non feule ment font rares mais aufsi du tout inco-gneues par deçà .
Au refte, nâignorant pas le dire commun : aiïauoir parce que les vieux amp;nbsp;ceux qui ont efté loin, ne pcuuent e-ftre rcprins, quâils fe licentient amp;nbsp;donnent fouuent congé démentir: ie diray la deffus envn mot, que tout ainfi que iâhay la menterie 8è les menteurs , que aufsi sâil sâen trouue quclcû qui ne vueil-le adioufter foy à plufieurs chofes voirc-ment effranges qui fe liront en cefte hi-ftoire, quâil fache quel quâil foit que ie' ne fuispas pour cela délibéré de le mener fur les lieux pour les luy faire voir. T cl- » î 4
lement que ie ne mâen donneray nonplus de peine que ic fais de ce quâô m a dit que aucuns doutent de ce que iâay efctiiamp; fait impi imtr pai ci déliant du fiegc Jede Ja famine de Saneer; e: laquelle cependât (corne il fera veu ' ic puis allurer n auoir encores tfté fi afpic» bien plus longue JOutesfois , que celle que nous endu-rafmes Tm mer au voyage dont eft quc-ftiô à noftre retour en f iance.Car ficcux dont ie parle nâadiouftcnt foy ace quia efté fait amp;nbsp;pratiqué au milieu amp;au centre de ce Royaume de France, au veu amp;nbsp;fccu de plus de 5oo.pcrfóncs encores viuâtes, cornent croyront ils ce que non feulemét ne fe peut voir quââpres de deux mille lieues loin du pays ou ils habitent, mais aufsi chofes fi efmcrucillablcs,amp; non ia-mais cogneues ni eferites des Anciens» quâà pcine lâexperience les peut elle en-graueren lâentendement de ceux qui les ont veucs?Et de fait ic n'auray point honte de dir', que depuis que iâay efté en ce pays d Amérique auquel prefques tout ce qui fe voit, (oit en la façon de viurc des habitans,ou en la forme des animaux ,amp; en general en ce que la terre produit, c-Rant diffcmblablc de ce que nous auons en Europe, Afie,amp; Affrique, peut bien c-ftre appelé vn mode nouucau à noftre c£-gard, fans approuuer les fables qui fe li-fent
preface-
fentcs Hures de plufieurs refqueh fefias aux rapports qu'on leur a fait ou autrc-mét,ont eferit des chofes du tout fauflcs, ie me fuis retraéle de lâopinion que iâay autres fois eue de Pline amp;dc quelques au tres,dcfcriuans les pays efttanges, parce que iâay veu des chofes aufsi bigcircs amp;nbsp;prodigieufcs quâaucunes quâon à tenues incroyables dont ils font mention.
Pour lâefgard du ftile amp;nbsp;du langage,cô me i ay ia touché ci deuant, confclfant mon incapacité, en cell endroit, ie fcay hic,pou r nâauoii vfc de phrafes ni de ter mes allez propres amp;nbsp;fignihans pour bien reprefenter amp;nbsp;expliquer tant lâart de na-uigation,quâautres diuerfcs chofes dont ie faits mention que pluficurs ne sâen cô tenteront pas: amp;nômément nos François qui ayans les oreilles tant délicates,^ ay mans tat les belles fleurs de Rhétorique nâadmettent ninereçoyuét nuis cfcrits, finon aucc mots nouucaux amp;bien pinda-rifez.Moins encores fatisferay-ie à ceux quieftiment tous Hures , non feulement pueriles, mais aufsi flcrilcs ,finon quâils loyent enrichis dâhiftoircs ^dâexemples prins dâailleurs. Car combien quâà propos iâen euffe peu appliquer pluficurs es matières que ie traite,tât y a, quâexcepté l'hiftorien des Indes Occidentales lequel lyant eferit beaucoup de chofes des In-
PREFACE.
diens du Peru amp;nbsp;dâautres nations de ce J pays là , conforme à ce que ic di de nos ' Sauuages Ameriquains,iâalleguc fouucr, ic ne me fuis que bien rarement ferui des autres . Et de fait à mon petit iugernent, vnc hiftoiic, fans eftre tat parredes plumes d'autmy, eftant aifez riche quad elle eft replie de fon propre furet, outre que cela fait que pour le moins les Icétcurs nâextrauagans point du but prétendu par lâauôlcur quâils ont en main, compte net mieux fon intentrô, ic me rapporte à ceux qui lifent les liurcs,qui sâimprimée io,urnel]cmcnt,tant des guerres que dâau très chofcs,fi la multitude des alJcgatiôs | des autres auteurs , quoy quâils foyent adaptez aux matières dont il eft queftion ne les cnnuyent pas. Surquoy cependant afin quâon ne mâobiefte quâayant reprins ci deflus Thcuct,amp;condamnant ici quelques autres ie commet neantmoins moy-mcfmc telles fautes : fiquclquâvn trouue mauuais quad ci apres ic parlcray des façons de faire des Sauuages , commefiic i me voulois faire valoir ,iâvfc fi fouuent de cefte façon de parJci :ic vis5ic me trou uay, cela mâaduint amp;nbsp;chofes fcmblables: ic di quâoutre ainfi que iâay touché ; que ce font matières de mô propre fuictquc cncorcs,commeon dit,eft ce parler de fci encc: voire diray, de chofes que nul nâa , pofsible
PREPACK.
pofsiblc iamais remarquées fi auant qu® moy,moins sâen trouuc il rien par efcrit. Tentens toutesfois non pas de toute lâAmérique en general» mais feulement de lâendroit ou i'ay demeure cnuiron vn an: affauoir fous le Tropique de Capricorne entre les Saunages nommez Tououpinam-bMults . Finalement iâaffure ceux qui ay-ment mieux la vérité dite fimplcmct,que le menfonse orne amp;nbsp;fardé de beau langa-ge5quâils trouucront en ceftebiftoire les chofes que iây propofe,non fculcmct véritables, mais aufsi aucunes, pour auoir efté cacbecs à ceux qui ont précédé noftre fiecle,digncs dâadmiration. Priant rEter nel auteur amp;nbsp;conferuatcur de tout ceft vniuers.Sc de tant de belles creatures qui y font contenues que ce mien petit labeur rcufsifTe à la gloire de fon fainft Ã^çm, Amen.
SOMMAIRE DES C H A P Ã-très de ceft hiftoirc de lâAmérique.
C H A P. I.
Du »jofifamp; occaj^on lt;^((1 nous fit entrepftfi' dre ce zgt;9yu^e,en Zu terre du B refil. pair, i.
CH A P. IL
De nofire emharquewëe au part d F/oufi'ur pays de IVormatrdte ⢠efjfimhle des tartnentes, reucontresypriufis de T^ autres, fgt; premteret terres (ÿ'I^es guenons defieuurifiees- pa^.ç.
C H A P. 111.
Des âBouiresy tt^d/haceres, Dorades, Adar-' fiouTus, DotJfijnsvolans, amp;nbsp;autres deplufieurt firtes, ^ue nous -vifines (^ prinfines fim la /t ne Dorridepa^.z^f,.
CHAP. ITII. ,
Def Equator,ou Itane Eijuinoldiale: enfim Irle des tempefies, inconfiances des vent f, pluye tnÃ'Se, chaleurs, fetfi, amp;nbsp;autres ineotnraoditeT!^ ^ue nous eufines, amp;nbsp;endurafitnes aux enuirom amp;fiius icelle.part.^y,
CHAP. V.
Deficuurement dr premiere veue ^ue nous ruâmes,tant de lâlnde Occidentale ou terre du Brefil^ue des Saunages hahitans en teeUe: a-uec tout ce ^ui nous aduint fitr mer , iuj^ues fious le Eropiiju^ de fi'apricorng-pa^.4^.
C H A P. VL
De nofift deficente au Eort de CoUigni » en la terre
la terre du BreÃl:du recueü tjue nom y fie T^i^ ^^1ât^tiâii 0â défis comporte/ttetts tantaufiiit de la B^Ufiou lt;^a autres parties defion^oauer »ementeHcepaysla-pa^ 6i.
C H A P. Y IL
l^efiriptien de.la rtuiere de Ãatiabara au~ trement dite uenevre:de l Ifle c/ pirt de CoUi^ ^tj ^uifutbafii en iceUe'. enfimttle des autres Ifies lyatjim e'î enutrans-pa'r. ç/.
C H A P. V i 11
Du naturel fircefiature-inudite'filfiofitiea amp;nbsp;parement du corps gt;nbsp;tant e'.es hcgt;nn,et, ^ue des femmes Saunages Brefi.âtens » habitans en l A miriqHe,eMre lefi^uels s'ayfi-etpueme' enut-ronvnan.pag.iQS.
CHAP. IX,
Des groÃes racines,GTgr os mil dont let Sau fraget fins farine, quilt maget au Iteu de paim (^ de leur bruuage qu'ils nomment Ãauuin. pagA^t,
CHAP. X.
Des t^nimauXi'Venaifi/ns.gros Lefardst Serpensi amp;nbsp;autres befies monfirueufes de P^Ab merique. pag.ïso.
CHAP. XI.
De lavariete des oyjeaux de l'nyimerique, tous différents des nofires:enfemble des groÃes CJsauueÃiurisi^f bei lies-, Moufi hest Aioufichil lonsydf autres vermines efiranges de ce pays là fag.â67gt;
CHAP. XII.
D'aucuns poijfons plus communs entre fl Saunages de l'xlmen^ue .⢠cf de leur maniert depejcher.pa-i^f.
CHAP. XIII.
Des Arhres, Herhes iSr Fruits exquis ^Ut produit la terre du Brefl.pag.iÿ.^.
CHAP. XI II 1.
De la guerre, coigt;ats,hardi-Jfes » amp;nbsp;arrntt des Saunages de P -A meri^ue pa^.zif
CHAP. X V.''
Comment les n^rlmtri^uains traitent leuri prisonniers print en guerre, çf les ceremontet qu'ils ohferuent tant à les tuer ^uâà les manger
CHAP. XVI.
Cf ^u'on peut appeler â^fltgien entre lei Saieua^es ixltneri^uaim t deserreun ou certain! abufeun tjuilt ont entre eux nommez Caraïbe! les détiennent: â^ de la grande ignorance de Dteu ou de font plongez .pa^.z^ÿ.
â CH A P. XV II.
quot;Du mariage, T^oli^amie,^ de^refdecon-fanguinite', olfèruez par lei Saunage! : amp;nbsp;du traitement de leunpetite enfans- pan. 2^5.
C H A P. X V 11 1.
Cf ^uonpeut appeler loix (y police duile entre la Saunages-comment ils traitent dfre-cotuent humainement leurs amis oui les vont vif ter: Cf des grands pleurs ^ue les fimmesfini a leur arriuee gt;y bien venue.pa^. jo j.
CHAP.
CHAP. XIX.
Comment les SaHua^es fi traitent en leurt malaJies'.enfible Je leur Jepulture amp;frneraii lef.amp; des grande pieurs^u ils fint apres leurt morts.pao.j^i.
CH A P. XX.
Codo^j/ue de l entree Ãquot; arriuee en la terra du 'Brefikentre lessens du pays nommel^Tett ouptnambaoults amp;nbsp;Touptnentjuin: en laneage Sauvage amp;nbsp;Francois.pag y^ï, CHAP. XXI.
De nofire defiartement de la terre du 3re-fil dite ai meriyue : enficmble des naufrages (fi autres premiersperib^ue nous efihapafinesfir tnerà nofireretour.pag.iyy.
CHAP. XXII.
De r extreme famine,tormentes, (fi autres dangers d'où Dieu nous délivra en rapafiane en ïrance.pag. j ÿ j â¢
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D/VN VOYAGE, F^A IT
EN LA. TER RE pv B R E-' siT, à vtremeJnt pi-T E à M E ä I C^y E. â -
' ContenMt J/i nauitattott amp;nbsp;chifis remar-^Utib/cs/veues /ur wei^par l'auteur. Le eSpot^ tement Je K tü'tf^^agtitn' en ce. pait' là . Les ^(itrs (^^fabius Je' zntire efi range s ⢠ties Sau^ fftiges AmerttfUittnsz. auec VK caUei^ue Je leur ^^^^[''Lnfimhiefsi tkjcrtpritin de pluÃeurs .Anttne^tXy ytrlires, fJerbes, Cf autres chofis fiitgtdtefes lif' du tourtneo^neues par de fa.
' fi?^ AjÃi- .^â¢r,-. lip a.bâ « â¢
^un^fifamp;'eitädÃegt;iifui-}t^Ãietfl?eprM-dfè ce voyageen /atetrUdn m^ÃL ⢠^'- â''â'- C ** ''â lt;â ' i' . 'HOi .Hi uo 'gt;rjoiS n .
'A- V T A Nï;T qué lt;pjeL quci CwfnrtQgrapbes , amp;nbsp;au,-] L tve^ . iùfttjnçDs de noftre i tfpsi ort« ia eftnt.pac c,i4Ã-, uant^dülalttgueuijlftr^eur, bcautcy]^ fcrtjliiéde.ceft« quatrième pat tié du mondeiappciée AtnQrjqüc*Qütert-re du-Rrefd r eifernblc der Ãlcs pree!we amp;nbsp;terras coatinentffsà keUcxdu toutunp
HISTOIRE
cogixcaës aux anciens ; jnefraes de pl^' fleurs nauigatious quÃJt'fofnt Eûtes A' puis enuiron-oétante ans quâcllelu^pK' miercment defeouuerte : fans mâarredef âi traiterxeft argument au longfii en gC' neral , mon intention amp;nbsp;monfuictfeX* Imeatiou nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
ati'^.x- de Iculemcnt aedarer en celte Hiitonfâ ce que fay pratique, ycu,ôuy amp;nbsp;obferutâ, tant fur mer,en allant amp;nbsp;retournant,qu^ parmi les Sauuagea.Araeriquains , entre kâfquch lâay frequente amp;⢠demeuré enui' ton vn an. Et afin que le tout fok mieu* cogneu amp;nbsp;entendu d'yn chacun,Commer çant par le motif qui nous fit enttepren' dre yn fi fafeheux amp;nbsp;lointain voyage, it diray bricuemêt quelle en fût Voccafion-
L'an M.. D, L V.'.yn, noimnic Villcg»' gnon Chcualierde Malte, autrementdt fe'i^vd lâordre quâon'à ppcic dé faint lean de le* irix^nnit. .ru(ajcm, fe fafchanf.gi^Ffaneç, ^ mefnic ayant recçft, q^c^que Jnc.fçontçntcnieJtt en Bretagne, ou il fe tenoit pour !ors,fit Entendre en dîuers ändioits du RoyaU' me de France à pluftcu*rg notables perfon wages de toutes qualité*-, que -des lon^ tcfaïpsiil auoitnonfenjenn'ent Vp^ exfrf mc'tnuiei'de de renirorten quelle payâ l-ointain, ou il pouftlibrcinct Ce.^rcmet Ecru-ità Dieu felonlirtformatiotn dclâï iiahgile,maii auTsi quétr.défit oit dây pre parerJieu à ebux qutsây. voudroyent re
UR L A M E R I Q_V E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;J
tirer pour cuitcr Jcs perfccutions qui cftoycnt de ce temps Ja en France pour le fait de la religion.
Déclarant en outré , tant de bouche à ceux qui eftoyent auprès de luy,q par les lettres quâil enuoyoit à quelques partie« liers, quâayant ouy parler amp;nbsp;faire tant de bons récits à quelques vns , de la beauté, amp;nbsp;fertilité de la partie en lâAmérique, ap pclcc terre du Brcfil, que pour sây habituer amp;nbsp;efteduerfon dclTcin» il prendroit volontiers cefte route, amp;nbsp;cefte brifce: amp;nbsp;de fait ayant fous ce beau prétexté amp;nbsp;bel le counerture gagné les cÅurs de quelques grands Seigneurs delà religion reformée,lefqucls pour la mcfmc atfeftion quâil difoit auoir,defiroycnt trouucr telle retraite,cntrc iceux feu dâheureufe me moire Gafpard de Goligny Admirai de g./p^^d France,bien veu,amp;bien venu quâil eftoit lt;itcei,gâj auprès du Roy Henry 11. lors régnant, 'j,p'^â,t luy ayant pvopofé que Villegagnon fai- c^fi Je fant ce voyage pourroit defeouurir beau â coup de richefles, amp;nbsp;autres commoditez pour le profit du Royaume, luy fit donner deux beaux Nauircs équipez amp;nbsp;four mis dâartillerie amp;nbsp;dix mille francs pour faire fon voyage.
Ainfi Villegagnon ayant aucc cela af-feurance dâeftre accompagné dcquelques perfonnages dâhonneur (fous la pro-
A a
4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
nielle toutcsfois quâil leur fit auant 4*^^ partir de France quâil eftabliroit Icp^f feruicede Dieu où il rcfidcroit ) .aprc^ qu'il fe lut pourueu de Matclotz amp;nbsp;mt*' mes d'artilans quâil mena aucc luy j ^^ ^^^S mois de May audit an i^âÃ^-U sâembarqô* fur mer ouil eut pfiTficurs tourmentes^ deftourbiers: mais en fin nonôbftant to** tes dificultez en Nouembre fuyuantâ paruint audit pays. ,
Arriucâ quâil y lut il defeedit amp;nbsp;fe pe*â' fia premièrement loger fur vn rocher^ Tcmbouclicurcjdâvn bras de mcrgt; our'' uicrc dâcau.falec»nommee par les SauuSquot; ges lt;janabara (. laquelle comme ie la def criray en fon lieu demeure par les vin? trois degrcz au delà lâEquator , afiauoit droit fions le Tropique de Capricorne) mais les ondes de la mer lâen chafferent' Ainfieftant contraint de fie retirer de bâ il sâaduança enuiron vnc lieue tirant fâ^ , les terres,amp; sâaccommoda en vnc 111e s'* paranant inhabitable , en laquelle ayant defehargé fionartillcric amp;nbsp;fies autres men bles,afin dâeftre en plus grande feurtc tat contre les Saunages que contre les Por-tngalois, qui voyagent amp;nbsp;ont iatantd^ forterefles en ce pays lazily fit commtcft de baftir vn Fort.
Or de là feignant toufiours de bruHtt de zclc dâanâcer le régne de Icfus Chrift
DE lâ A M F R I QJ' E- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;5
amp; Icpcrfuadant tant quâil poulicit à fcs ^,,;;,^^. gens, quand fes nauiics furent chargées rquot;ââ*/'quot;quot; amp;nbsp;preftes de reuenir en France il eferiuif* Sââfâ^ amp;nbsp;cniioya dans lâvnc dâicelle exprefle-ment vn homme à Gencue, requerât lâE-glifc amp;nbsp;les Miniftres dudit lieu de liiy aider amp;dclc fecourir autât quâil leur feroit pofsiblc en cefte ficnnc tant fainte entré prinfe.Mais fur tout, afin dt pourfuyürèl amp;nbsp;aduancer en diligeTTce lâÅuure quâil â^ uoit entreprins amp;nbsp;quâil dcfifoit,difóit il,' de côtinuerde toutes fes forces, il prioitf inft,ammcnt non feulement quâon luy enuoyaft des Miniftres delà parole dé Dieu: mais aufsi pour tant mieux reformer luy amp;nbsp;fes gens, amp;: nicfines pour attirer les Saunages à lacognoiflâce de leur falut, que quelques nombres d'autres perfonnages bien inftruits en la Religiô chreftieune accompagnaflent Icfdits Miniftres pour le venir trOuncr.
LâEglilc de Gencue do'neques ayant reccu les lettres amp;nbsp;ouy fes nouucHes redit premièrement graces à Dieu de lâamplification du regne dt Icfus Ghrifted vn fl lointain pays, mefmes. en tcire'ft eftrange amp;nbsp;parmi vue nation laquelle t -» ftoit du tout ignorante le vray Dieu.
Et pouf fatisfairc à la requefte de Vil-
( legagnon , après que feu monficur VAd.: J, mirai auquel pour le mcfmc efted il a-'1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
6 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
uoit aufsi cfcrit, cut fohcité par lettres â¢7âWt'r?' Philippe de Coi guilcrcv ficur du Pont quot;quot;tryir^ (qui sâenoit retire près Gencue amp;nbsp;qugt; trfte il ^- auoit efte fon voifin en France près Chî' yiUe^a- lullon {iirLoing)d entreprendre le voya-^ââââ nbsp;nbsp;8^ P®â*â conduire ceux qui fe voudroyét
acheminer ,eu ,ceftc terre du Brefil vers Vjllcgagnon: ledit heurdu Pont en c-ftat aüfsi requis parlâEglifc amp;nbsp;Miniftres dcGcneue,quoyquâil fut la vieil SecaduC) tant y a que pour la bonne affedion que ilauoit de s'employer à vn fi bon Åuuro poftpofant,amp; mettât en arriéré tous ces autres affaires,mefmes laiffantfes enfans amp;nbsp;fa famille de fi loin, il sâaccorda de fah re ce quâon requeroit de luy.
, Cela fait il fut queftion en fecôd lieâ de trouucr des Miniftres de la parole dt Pieu. Partant apres que du Pont amp;nbsp;autres fiçns amis en-eurent tenu proposa y quelques Efeobers qui pour lors edu-dioyent en Theologie à Geneue : entre les autres Maiftre Pierre Richier,ia aage pour lors de plus de cinquante ans, amp;nbsp;( juilJauine Chartier luy firent promené quâen cas que parla voye ordinaire de l'Eglife on cogneuft quâils fuffét propres à cefte chargea ils eftoyentprefis de sây employer. Ainfi après que ces deux eurêt efte prefentç? aux Minifires dudit Gene up, qui les ouyrent fur lâexpofition de
DE Lâ A M F R 1 QJZ F . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;7
cemins paflages deTEfcriturc fainusSt \i(h'ieramp; les exhortèrent aurefteddeur deuoir,Æ ils acceptèrent volontairement aucc le coriduétcur «Du Pont, de palier la mer äifEum. pour aller trouucr Villcgagnô,afin dâan-â^'/âZ«* nOncer lâEuangilcen lâAmérique. »= ' ilt;^quot;'^â-Or reftoit il erxiorcs de trouuer dâau- ^â'' très perfonnages inftrUitses principaux points de la Foy :'mcfmes comme Villc-gagnon auoit made,des Artifans experts en leur art;mais parce que pour ne trom perperfonne, outre que du Pont deda-roit le long amp;nbsp;fafcheux .chemin quâil cô^ uenoit fairefäffauoirâ, enttiron cent cin-guante lieues par terre , amp;nbsp;plus de'deux j ? mille lieues par mer^, il adioulTorf quc'lî eftâtparuenu en cefte terre dâAmérique, r^tn lt;it 11 fofaudroit contenter dé manger dâvne^quot;â ^â certaine farine faite de racine au lieh de ?»«. pain,amp; quant au vin nulles nouucflesî car il nây en croift point: brcf,ainfi ^Uâen' vn nouucaü monde{ comme la lettre de Villegagnon chanroitn il faudroit la vierde façons de viuTO amp;nbsp;de viandes dtt'tout' différentes de celles de noffre Eutöpe: tous ceux di-ic qui aimas micui là theo-â rique que la pratique deKeS ckofos, nâayans pas volonté de changerdâairs lt;l«î endurer les flots de la mer, lachalcur dc la Zone Torridc,''ni de voir le Pole An-târ6tiqMc,nc voulnrérpoirtt entrer en lid
A 4
8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTCIRK
ce pj-sâciiroller amp;nbsp;crtibà rqucr en tel voy^ S®' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
5 rontcsfoisiaprcs pluficurs femonces
amp; jçccerchcs de, tous coftei , ceux ci, er fe/nWepJus courageux que les autres, à ' ?lt;ÆÂ»Â»Æ * fçauoir , Pierre Borttoib, Mathieu ver-'-fir^nf'i'r nepijlean du Bordel, AndreJa Fon,Ni' voyait Jt colas, Denis, lean Gardien, Martin Da-^ufquot;ââ' uid,NicolasRauiquftjNicolasCarmca» laques Rouflçau , amp;nbsp;moy lean de Lery qui (tant pour la bonne volôte que Dieu intudit donee des lors deferuir à fa gloi rc, que-eu ri eux devoir Ce nouucau mon-de)Jus dejapantic: fc prefenterent pour accobipagner du Pont» Richter ^ Charrier: tellenientrqne nous farines quator--2e en noinbrt ,'qui pour faire cc;voyage partiOnes delà Cité de Gençuc,Je dixic-mb de Sc-ptemibrc en lâannée 1556.
â¢S^C -'Nous tirafmes amp;nbsp;aUafnies. pafTer-à . ChaftiHon fur Loin^ s auquel liou ayans. trOnué MonfieurPAdlniral, non feule-mental nous encouragea de plus en plus de pourfayure noûre emtreprinfe , mais, aufsiaucc prômefle deâAous afsiftpr pour-lé fait dt la marine » nous mettant beaun coup de raifont emanunt, il nous donna grande tfpcrancif que Dieu nous ferait laî grade devoir ks^friuirs: de noftre labeur. Nous nous achcmmclhies de la a Paris , la ou durant^'n mois que no-ns y
DE lâa M F R I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;9
fcioiirnafraes,quclqucs.GcntiJshoni,mcs amp;nbsp;autres cftans aducrtis pourquoy nous faisions ce voyage,, sâadioignirent auec nous . De là nous paHafmcs à Rouen amp;nbsp;tuans à Honfleur port de mer qui nous eftoit afsignéau pay^idc Normandie, y taifans noz préparatifs amp;nbsp;en aceendant quenoz Natures tufleut prefts à partir, nou5 y demeurafmes enuiron mm ois.
C H A P. 11.
'De noÃre embart^Hime^t apport eiâH ot^-fleurpayt de Nor/Mandfei enfemble des fmaen tes,rencontres,pnnÃj deâ^(autres,amp;pre^nte-res terres amp;nbsp;Ifles que nous defeonter(fines.
après quele fleurde Bois âConte neutu de ViUega-6^r^V-?ptioigt;yqvi eftofti auparauant
^if*-nftâ^â**'»y eut fa^t c-â¢^^^ïn^quipetJen^ucrre. aux defpes du Roy, trofl;i)ejUXj3'XiReaux : .fournit; qu'ils furent de viurps fed 'autrès.choices neceflaircs pour Je voyage,le dix amp;ncUf,-iemede Nouemflj'c nous nous y cmflar-quafmes. Ledit fleur de Bois le Cente a-uce en uirog efta mç. perf» n nes. ta ut gt;.fo k dats-que riiateîocz tftant cri Tvn des na- r^epfurd^ mrc s apprîJt la péri to Roberge, fut efleu ^,°'â^'fÃ, üoftre 'V'icc Admirai-le mâembarquay en « .yiiha . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;rai
IO nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
vn autre vaiffeau nomme la grand Roberge, ou nous eftiós fix vingts en tout» amp;nbsp;auions pour Capitaine Je licur de lain te Marie dit lâEfpine,amp; pour Maiftrc vn gt;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nommé lean Humbert de Harflcur bon Pilote amp;nbsp;homme bien expérimenté en la nauigation . Dans l'autre qui sâappcloü R ofcc,du nom de ccluy qui le e'ôduifoit» en comprenât fix ieuncs garçons que no* menafmes pour appredre le langage des Saunages, amp;nbsp;cinq icuncs filles , auec vne femme pourlcs gouuerner f qui furet les premières femmes Ftançoifes menées en la terre du BrefiR dót les Saunages dudit lieu,ainfi que nous verrons eiaprcs,nâen ayans iamais auparavant veu de veftuest furent bien esbahis à lcur arriucc ) il y a-uoit enuiron nonanteperfonnes.
Vaij^f^tux Jeparians il» 7trt.
Ainfi ce mefme iourquâenuiron mid* nous mifmes les voiles au vent, à h fortie du port dudit Honfleur, les canó-lt;iade«i trompettes, labours, fifres,amp;autres triomphes accouftumez de faire aux Natures de guerre qui vont voyager, ne m-âquéret point en noftre endroit. Nous allafmes premièrement ancrer à la Ra-dede Cà ulx qui eft vne lieue èn mer par delà le Haute de graceî amp;nbsp;la félon la coU ftume des Mariniers qui veulent voyager en pays-lointains, après que les Mai lires amp;nbsp;Capitaines eurent fait reucucS^ eurent
de LâaMERIQJE. II curent fecu le nombre certain, tant des foldats que des Matelots,ayans comandc de leuer les ancres nous nous peniions dés le foir ietter en mer . l outcslois le cable du Nauire ou iâcftois sâefta nt rompu amp;nbsp;l'ancre tiré à grande diflicultc, cela futcaufe que nous nepenfmes appareiller que iufques au lendemain.
Cedit iour doneques vingtième de Nouembrc,quâayans abandonné la terre nous commençafmes à nauiger furcefte grade amp;nbsp;impetueufe mer Occeanc, nous defeouurifmes amp;nbsp;coftoyafmes lâAngleterre laquelle nous laifsions à dextre, amp;nbsp;fufmes deflors prias dâvn flot de mer qui dura douze iours;durant lefqacJs^outrc que nous fufmes tous fort malades de la maladie accouftumee à ceux quivont fur racr,il nây auoit ccluy qui ne fut bien cf-pouuanté de tel branflement. Et de fait ceux principalement qui nâauoyent ia-mais fenti Pair marin, nidancé telle dan ce,voyans lamcrainfi haute amp;nbsp;cfmeue penfoyent à tous coups amp;nbsp;à toutes minutes que les vagues nous dculTcnt faire couler en fond: côme certainement câeft ebofe admirable de voirquâvn vaifleau de bois quelque fort amp;nbsp;grand quâil fait, puilTe ainfi refifter a la fureur amp;force de ce tant terrible elcmct: cat combien que les Nauires^oyent baftis de gros bois
ti . « ,1 s r o i R i
bien lie 5 chenille', amp;nbsp;bien godronne, lt;?C *jucccluy incfnics auquel iâeftois, peurt aiioir euuirondixbuit toife^s de long, amp;nbsp;trois amp;nbsp;demie dclarge,qu\ftce en çom-paraifô de ec^ouffre amp;nbsp;de telle largeur, profondeur-^ abiimcs dâeau comme eft çefte mer du Ponent ? Partant fans am-r«« Je P^ifict ce propos dauantage ic diray icy le naKi/:e- cn vn mot qu'on ne feauroit allez priler t^en excel- (.^|^j. pcxceUcucc dc lâart de la nauigatio en general qu'en particulier lâinucntion dç l Eguillc marine , dc laquelle néant-moins comme aucuns tiennent, lâvfage nâert que depuis enuiron cent cinquante ans.Nous fuîmes doneques ainfi agitez amp;nbsp;nauigeafmes aucc grandes dithcultez iufques au troificme iour apres nortre embarquemet queDieu appaifalcs flotz amp;nbsp;orages de la mer.
Le dimanche fuyuant ayans rencon-^ tic-deux nauircs marchans dâAngleterre qui venoycht dâEfpagne., après que nos Matelots Pc s curent abordez amp;nbsp;veu quâil y auoi t a prendre dedans , peu sâen fallut qiCils ne les pillalîcnt . Et de fait fuyuat ce quefay dit que nos trois vaif-feaux ertoyent bi nfournis dâArtillerie amp;nbsp;dâautres munitions dc guerre nos ma riniers, sâen tenans fiers amp;nbsp;forts, quand les vaiffeaux plus foibles (ainfi que nous verrons tantoft-) fc trouuoyent deuant eux
o E L/A M F R I Q^V R. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;13
eux amp;nbsp;a leur merci ils nâeftoyent pas i Heurte.
Et puis que cela vict à propos ai faut que it dife ici.en patfät à cefte nremitre ^â'*J^âââââ
* ⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. aet mart .
cJNûuirc cjuc ray vcu prati- nien fur quer fur mer ce qui fc fait .aufsi le plus âquot;â' fouuent en terre: aflauoir , que celuy a-yit les armes au poing qui eft le pE fort lâemporte , amp;nbsp;donne laloy à fon compagnon. Vray eftque mefsieurs les Mariniers faifans caller le voile amp;nbsp;joindre les panures Nauircs marclians leur alleguét ordinairement quây ayant long temps qu'ils font fur mer fans quâà caufe des tépeftes amp;nbsp;calmes ils ayent peu aborder terre niport,ils font en nccefsité de yiures dont ils prient dâeftre afsiftez en payant. Mais n fous ce prétexté ils peu uct mettre le pied dans le bord de leurs voifins ,il ne faut pas demander fipour empefeher le vaideau dâaller en fond, ils ledefehargent de tout ce qui leur fem-ble bon amp;nbsp;beau. Q^e E la deflus on leur remonftre ( comme de fait nous faison s fouuent) quâil nây a nul ordre de piller mdiferemment autant les amis que les ennemis, la chanfon commune de nos foldats terreftres , qui en cas fomblablo pour toutes raifons difent que c*cftla guerre amp;nbsp;la couftume, amp;nbsp;quâil fe faut ac commoder, ne manque point en leur endroit.
H'I S T O I R E
Mais outre cela ic diray ici, par ma^ nicrc de preface,fur plulicurs exemples de ce que nous verrons ci après,que les Efpagnols amp;nbsp;encores plus les Portugais fe.vantans dâauoirlcs premiers defeou-ucrt la terre du Brcfil,voire tout le contenu depuis Ic -'dcftroit de Magclan, qui demeure par les cinquante degrez du cofté du Pôle Antarlt;Siquc,iufqucs au Peru , amp;nbsp;encores par dcçalâEquator : amp;nbsp;par consequent maintenans quâils font Seigneurs de tous ces pais la , alcguans que les François qui y voyagent font vfurpatcurs Sur eux, sâils les trouuent Sut mer à leur auantage, ils leur Sont vnc telle guerre quâils en Sont venus luSqucs là d'eri auoir eScorchez tous vifs, amp;nbsp;fait mo;urir dâautrcJTiort cruelle . Les François fopftenans le contraire amp;nbsp;quâils ont leur part en ces paysânouuellcmcnt co-gnpUz , non Seulement ne fe laiflerit pas volontiers battre aux ESpagnols , moins auîfl Portugais (leSqucls pour en parler fans atfeófion ne les oSeroyent aborder sâijs ne fe voyent en beaucoup plus grâd noimbre de vaifSeaux ) mais en fe defen-dans vaillamment rendent quelquefois la pareille à leurs ennemis.
, Or pour retourner à noftre route la mer sâeftant derechef enflée , elle fut fl rude iâefpacede fix ou Sept iours, quenô feu-
D E Lâa M E R I QJT E. 15 fcultmcnt ie vis par pJuficurs foisentrcr amp;nbsp;fauter les vagues par Jeflus leTiJac de/** ** noftreNauirc,mais aufsi à taufe de la roi deur des ondes le vaifleau cftoit esbranJé de telle fa^on quâil nây auoit Matclot,tât habile fuft-il, qui fe peuft tenir debout. Et certes cela cftoit voir lâexpérience de ce que le Pfalmifte dit parlant de ceux 'fjt.,vu. qui vont fur mer. Carmontans ainfi par manierede dirciufques au ciel, puis a-yans les fens défaillis cliancclans comme yurôgnes,defcédrc iufqucs aux gouffres amp;nbsp;iufqucs aux abifmes , nâeft ce pas voir i-tigrm~ les mcrucillcs de Dieu? il eft bic certain. ^âz^X Partant fubfiftant ainfiau milieu du fc- Di,up pulchre, le peril sâapprochant quelques Xâ,â â¢^'â fois plus près que refpefftur des ais dc-quoy les vaifTeaux nauigaWes font faits: il fcmblc que le Pocte qui a dit que. ceux qui vont fur mer ne font quâà quatre doigts de la mort,!« en efloigne cocorcs trop. E nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T
Or ccluy comme il eft dit au Pfeaume fus aîegué qui fait le temps calme amp;nbsp;tran quille quant il luy.plaift,après cefte tem-pefte nous ayant enuoyeventà gregt; nous paruinfmes dâiccluy iufqucsà la mer dâE-fpagne: amp;.nous trouuafmes à la hauteur du Cap de faint Vincent le cinquième iour de Decembref En ceftendroit nous rencontrafmes vnNluirc dâIrlande dans
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lequel nos Mariniers fous Je prétexte fufditquelcs viurcs nous failloyétprin- j tirent lix ou fcpt pipes de vin dâEfpagne, des figues, des oranges, amp;nbsp;autres chofes dont elle cftoit chargee.
Sept iours après nous abordafmes auprès de trois lllcsnômocs.parlts Pilotes e« V« de Normandie, la Gracicufc,L3ncdote» ariiMti. ^ auanture,qui font des illes Fortunées. Il y en a fcpt en nôbre à prefent eÃme i'cftiine toutes habitées par les E^ fpagnols: mais quoy qu'aucuns marquet en leurs cartes Sienfeignent par leurs li-. urns'que ces Ides fortunées font fituecs fahldment par les onze degrèz au deçà quot;â de lâÃquator,amp;par confequent félon eux feio^eut fous la zoncTorndc,ie di pour pà ildir veu prendre hauteur aucc lâÃftra labo- que cdiraincracnt elles demeurent par. Ip« -vingt huit degrez tirant au Po* Je Artflrquç. Etpartairt il faut confelfer quâil y a erreur de dix fe fcpt degrez del-quels tels auteurs en trompans eux Ãdes autres les rcculcnttrop de nous.
En Ces endroits que nous mifmcs nos Jerques hors nos Nanircs, vingt denos Stiddatz amp;nbsp;Matelotz sâeftans mis dedans âUe'c des lîerchcs., MaufijuetZ amp;nbsp;autres armes, penfans butiner un ceslUcs sây eu fl lia Pcn t, tn ai s c ó me i 1 s vou 1 u rén r m e 11 re pi ad. en terre les Efpagnols qui les a-iioycnt
D E L* a'M E R I t^V E ^7 üoyéiit defcouucrts aüparauant les rèhigt;-barrerent fi bien ququot;lk nâeurent que hafte de fc retirer. Neantmoins ils tournèrent amp;nbsp;virèrent tant à J'entoür, quâen fin ayans rencontfé vnc Carauelle de pcf-cheurs ( lefquels fi toft quâils les- virent Venir à eux fe fauuans en terre leur quiln terent leur vaifteau)sâen eftans faills,noh feulement ils y 'prindrent grande quan-^ titc de chiens de met fets, dès coanpas à naujguer ^ tout te qui fè'trouua dedans iufquâaux voiles quâils'raportercn'tjmaiÿ aufsi nepouuâs pis faire aux Efpagnols, dcfquels ils fe vouloyent venger,à grids coups de haches , ils nrirent en fondviîe Barque amp;nbsp;vn Bateau qüi eftoità üpres.
Durant trois iours questions deineu-rafmes auprès de ees lftes Fortunées , à caiifcqucla mer eftoitfo^^me,nous yi^iJuftti prinfmes fngrande quantité dcpoifloni ftât ancCdcs hâims quââgée des rcts)que après que nous en eufrhes mangé à noftre fouhait ( ctà ignans parce qtie nous nâa^ uions pas lâeau douce à hofti-t' commandement que cela hë hobs altcrafi trop) nous fufmes contraintsdâen reiçtter plus de là moitié en mer.Les efpeccs'âcftayént Dora'des;Chicns de rHersamp; plüficufs au-' très dont irons ne fauiôlls. tés noms;töü-tesfois il y ert auoitdé Ceux qUe les Mari niers appeUet Sardes,quî-éft vhè^efpece
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de poiflon ayant fi peu de corps quâil fcm blcquc la telle amp;nbsp;la queue foyent ioints ,^I^ cnftmblc:ladite telle eftant faite de la fa-^^âAâââ '^ ÃO*^ dâvn morrion à ereile.
Le raeccrcclî matin fixiemc de Deceni brc,quc la mer sâefpaeut derechef, les vagues remplirent h foudainement la Bar que qui eltoit amarccà nollrcNauircdés le retour des Iflcs Fortunées , que non feulement elle fut fubmergee amp;nbsp;perdue, mais aufsideux Matelots qui eftoyent dedans furent en fi grand danger quâa pci neenleuriettans halliuement des corda ges les peufmes nous fauuer amp;nbsp;tirer dâ§ le vailfeau:Etau furplus diray pour cho-fe remarquable, que nollre cuifinier durant celle tempelle(laquelle continua qua tre iours) ayant mis vn matin deflaler du lard dans vn grand vaifleau de bois (qui eftoit la moitié dâvn poinfon fcicparle ffoT^tj âââ*^^â^â)â^ Y eut vn coup de mer qui defon 'â âvn «»^ impetuolité fautant par deHus le TillaC â¢^âquot;tr. emporta amp;la c^que amp;nbsp;ce qui clloit dedans,fans la rcnucrfer,plusdela lôgueur dâvne pique hors le Nauire,mais tout foudain vnc autre vague vint à lâopofite laquelle de grande roideur reietta le tout fur le mefme Tillac : tellement que cela fut nous renuoyer nollre difné qui,comme on dit,sâen clloit allé aual lâeau.
Or dés le vendredi dixhuiticme dudit
mois
b fe f A M à R I QV E. I^ irois, nous dcfcouurifmcs Ja grand Ca-nancide laquelle nous approchafmes af-fez pres le dimanche fuyuant;mais quoy que nous eufsions délibéré dây prendre* des refraifehiflémens tant y aq'i à caufe^^^^^ du vent contraire il ne nous fut pas pof- C«quot;lt;irit. fble dây mettre pied à terre. C'eft vue bef lé Idc habitée aufsi à prefent des Efi pagnols, en laquelle il eroift force Canes de fuccres amp;nbsp;de bons vins : amp;nbsp;au refte eft fl haute quâelle fc peut voir de viftgt amp;nbsp;cinq ou trente lieués. On lâappelle aufsi le Pic deTanarifle, SC penfent aucûs que* ce foit ce que les Anciens nommoyent lô mont dâAthlas dont on dit la mer A th!â^ tique, dequoy ie me rapporte à ce qui ett cft.
iCe mefmc iour de dimanche nous def couurifmes vncCarauelle dePortugaJ,Jâ quelle, parce quâelle eftoit au delfous du vent de nous , voyafis bien ceux qui e~ (âartuth ftoyent dedans quâUsine pourroyent re-'''''â'''^' fifter ni fuir calan^le_yoile fc vindrent*^? rendre à noftreVîce Admir-al. Ainfi nos Capitaines qui dés long temps anpara-liant auoyent arrefté entr'eux de sâaecôw niodcr (côme ort parle auioutdâhuy)dâvr» Vaiffeau de ceux quâils'sâeftoyent touf-iours promis de prendre ou fur lès Efpi gnois ou fur ies Portugais , afin de sâen faifir amp;nbsp;alieurer dauatage mirent incolj'^â
B 2
so nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;; » jH I lt;S T pa H E j
unant 4c no$ gem dedans. Toutesfois i caufede quelques eonfidcratiQnj. q^ iM eurent; enuers Je luaiftrcd iccllcjluy ayas dit quâamp;n cas quâil peuû foudainement ,t-rpu4Qr vue. GaiaycIJc en ces endroits là » quâop luy i ciiroit la fiénc: Juy qui aunoit Hiiiux la perte toinber fur fon vpifin que furluyxS en nut-cq deuoir. Ainfi félon 11 requeue quâiîfit,que pour effeduer eeque il ptonrottoit, on luy baillaft vnt de nos Barques armee dc-Wp-ufquets avec vingt de nos Soldats, Ãj vue partie de fes gens dedans, coinçne vray Pirate que iâay o-piqion quâil cftoit pour mieux louer foi) rolle amp;nbsp;afin de nâeftre fi toft defçouuçrtj il sipn alla bien loin deuant no-sNaui-rcs. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
HÃ^*'^Ptts coftoyoqs lors la Barbarie, rie- babitee des Morçs, dâoù nous nâeftions guère eflongnez deplus de deux lieues, . -^13queUclt;lt;ominc il fût foigneufement ob* ferne ctoplufieursycft vnc terre fi plaine, voire fi fort bufiè qûe tât que noftre veué fcipOuuoit eftédrejfans voir aucunes mé tagn^^rui autres obiers,il noâeftoit aduis queupuseftis piushauts,la mer deuftin-eptinât tout fiib.mc.fger ce pays là , amp;nbsp;que noqj §c, nos vaiflçaux deufsions pafler par dolftis . Età la verité combien quâau jugement de lâÅil il femblc quâil foit ain-fi,prefque fur tous les riuages de la mer, - î nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fi cft-cc
D E VX W E 'R âl lt;Xÿ E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i I
ft'ift-ce quc tcia quot;fc i'crrtarqitantpliii'paf^ ticUfhOfctncinb^èh c^ft èml row la Æ quand ietegatdois dâvn coile-âec giâà nd*amp;?p'Uât â â..,, ,gt; pà ysq^i piroilToit-'eôWirwï'Vfic'Ã^à lée'? amp;nbsp;quot;nbsp;'â d'aUbri; 'pà rtla'merà lgt;âopp6âfitfcâfà HS' o'-ftrê fol« à utrembdt èAheüC) AeantrqôUrtS tn cofrypatftifö^l iyrfahi: T^ç grande amp;nbsp;ef*-poUliäntörble^fiVoIrtta^^j ert fné fduBéttlt dâeiCeq^e âdit rEjfeïnurVà - CA? própten it Iâ^®ââ^®4-èonWftipldyéâtsftt xtftiïitî'dcf Uît'if à uet ^â gt^Bdc'ddtfiifââtâtett-} 9« oup ',i ;:jp! . ip ^^T'aUbJrdtôütiWâ à T rthS- iefçumeuiyj de mer , Icfquel's 'iwiW äüöyent dhuUflCtQ ddftSlJurs'Bai'qüc's^^fc Vin g» amp;nbsp;cih'qà ic-Ine dâeS.Detemtjrè'^ îdlPr'âde Noiel^édij ;U y ans t réif^on t ré' J ' fe' ttÂ¥t'qU dqUes HdWi f-qdeddis fà f'VMêGfl'râuéM'e'dlEfpagftôls) lâprpnà i^S pat fbteé ildlâ-athtbcrcnt Ve*rs C^y^xfUf «duJT-lt;!)Â¥parée'qüeâriôhâfettlGmeftt câe-^quot;quot;^â' ^Id^bâVà bbaü VaWTedwâs nnaib aufsl quâil CftUffétidi^é de'âfél'âblà nt' i' cclà â pleut â fort à do9'Cà pitbiin*e^jamp; partant félon la éôhclïiffon' qu'ils a^-èyenl fadte dés long 'temps de sâen accorhrndder d'vn,ânous Té njéhafmes âen la tcri'è'duâBrefil Vers Vil-legà gdon. V^ay eft qtâentenant promeut au Portugais qui aüûit fait êefteâp/tnfe', mettà ns les Efpagnols depâ-ofledez de leur Vaiflean pelle nielle parmi fesâ^goft dan^ fa- Carauclle s an la luy imdit. Toutcsfois ee filft en tel eftat quâil euft ' ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;P 3
iz nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;q H I s T.,O I R E
mieux valu par minière de dire les met* â tre toys enj^drçar nos Marinicrs(cruels rrutui,' .Sâ ^^â fm^^en ceftendwit) n'ayans laiifé A-^/a«-non feulement [morceau de bifçuit ni âquot;quot;' dâautres vfandesà fçs pauuresgenssmais qui pis cftleur ^y^ns defehiréjeurs voi les ^ mefme oftéleur petit bafteau^fans lequel üf nçfpquuoyent approche? ni it^ â ! â¢-' border en terre)il eft vïay femblaWe que â¢' dpnio.uransjaiqfirjè U rUetci de lâeau , fi quelque barque ne furuintipour lçs-,{e* Cpurir,ou quâils furijnt enfin fubtuergez OP quâils moururentde far mij . l , 131, . jtÃe beau chefdâ^UUrffgt; ?n grand fegtet 11e plpficurîs fait eftan«,poulfç? du rent 1/Us«t^tgt; ^ iM-^«eftjqmiP^us.c^ort propice,nous
n4lt;us FeictaOneP bien.ii.Pant dè'ns Ij haute nHf.Btpouî-le ftirç co.qrtamp;qâeftre point eupuyeux on repitant particuliorcmeutâi âà p^rt tant dp pr;afcâde .CarpupHçsiqde nous firmes pu allanti dés'lc lendpmqirfiamp; encores lc vingt,amp; neufiemodudif mois p^,â^-^ de Pecembre fans nullp refiftariepj nous à yr-x Tcn prinOneS deux autres. En la prämiere û.''.â=âf^« jj,gqu^.j|(..s,q^j eftoitdc Portugal(à câufe de quelque refpeä que nos Maiftres de Nauirc§ fk Capitaines eurent à 'ccux qui eftoyent dedans ) au grand regret neantmoins de quelques vus derlös Mariniers amp;nbsp;principalement de ceux qui c-ftoyétdansla Carauéllé Efpagnolequc nous
D E lâa M E R I Ciy F. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;2J
nous emmenions ( lefquels acharnez au pillage tirèrent quelques coups de Fauconneaux à lâencontre) après auoir parle à eux onles laifla aller las leur rien öfter. En lâautre qui eftott à vn Efpagnol il luy fut prins du vin , du bifeuit, amp;nbsp;dâautres viduaillcs . Mais fur tout il regrettoit fort vne poulie quâon luy ofta,cargt; difoit il)quelque tourmfte quâil fit elle pond,oit uaâ{f. amp;nbsp;Hifoit tous les tours vn Åuf dans fon' Vaifleau.
~.Le dimanche fuyuant nos Matclotz flefqucls pofsiblcnc ferôtpas aifcs que ic raconte ici leurs courtoifics) ne demi-dâs que dâen auoir de toutes parts, apres queccluy (juieftoit au guet en la grâdHu nccuftcric fclô la couftumeVotlc,voile, amp;nbsp;que nous eufines defeouuerts cinq Vailfeaux (ic ne fcay fi câeftoyent Cara-uellcsou grands Nauircs)cux chantans defialc cantique douant le triomphe lés penfoyent bien tcnir:mais parecquâeftâs au delfus de nous,nous auions vent contraire , nonobftant la violence quâon fit à nos Vailfeaux (lefquels pour lâaftcftion du butin en danger de nous fubmcrgcramp; virer ce delfus deflous furent armez de toutes voiles) il ne nous fut pas pofsible de les ioindre ni aborder. Et afin quâon ne trouuc pas eftrange ce que iay touché que brauâs ainfi fur la mer chacun fuyait
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OU caloit Je voile dcuant nous , ic dira/ que les Normans eftans aufsi belliqueux vaillans fur mer que nation qui fc pud £c auiourdâhuy trouuer voyageât fur 1â0 ccan ; encores que nous nâeufsions que ti ois Yaifleaux, ilscftoycnt neantmoin* fi bien fournis dâArtillcricï y- ayant dix-huit pieces de fontciamp;plus de treme^er elles amp;nbsp;Mouf^uetsde fer civccluy ou iâe-ftois) amp;nbsp;dâautres munitiôs de guerrèique nos Capitaines amp;nbsp;Soldats en tel équipage auoyent refolu dâattaquer amp;nbsp;combat trc Jâarmee naualc du Roy de Portugal finoui; reufsions rencontrée. i
' i- CH A P. III.
T^es 'Bonites,rf^/hacerres, Dorades, Adar' fiiiins j paijfons âvolans , O' autres de fi/uÃeuri Jortest^ae nom â viÃ/ies^ pri/mes fi us iaii^nt Tornde- L â
E S lors nous eufmes la mer adore amp;nbsp;Je vent fi à grc,que dâiceluy noâ fufmes pouffez amp;nbsp;menez iufques à trois oü quatre degrez au deçà delÃ
Jigne EquinoftiaJc.En ces endroits nous prifmes force Marfoüins , Dorades, Albacores , Bonites., amp;nbsp;grande quantité de pJuficurs autres fortes de poiflons : SC quoy
DE lâa M E R I QV E. 25
quoy quâauparâuant iâeuamp; toufiours pë fé que les Marinier« nous conta fient des fariboles quand ils nous difoyent quâil y auoit certaines icfpeces de poiflbns volas fi eft-ce que lâexperience me môftra lors quâil eftoit ainfi . Nous commençafmes donques la, non feulement de voir fortir delà mer amp;nbsp;sâeneuer en Pair, de groÃes ^â/^f^â troupes de poiflons ( tout ainfi que fur-terre on voit les Alouettes ou Eftour-/l-*irM?«I? neaux)volans piefquc aufsi haut hors de lâeau quâvne pique , amp;nbsp;quelque fois près de cent pas loin,mais aufsi il eft fouuent aduenu que quelques vus sâahurtans con trclesMas dénosNauires tombans dedans, nous les prenions à la main. Ainfi félon que ie l'ay confideré en vnc infinité que iâay veux amp;nbsp;tenus tant en allant quâen retournant : ce poilToneftdc for-, nie prefquc commielc Haren .: toutosfois-'*^â'»Ãâ vn peu plus long amp;nbsp;plus rond : a des pc» tits barbillons fous la gorge, les a:i(ïesf-'nLe/A(r/,.(i^.â' comme cefies d'vnc Chauuefouris amp;i.,
prtfques aufsi longues que tout' le corps : amp;nbsp;eft de fort bon gouft amp;nbsp;fauou-reux à manger? Au refte parce que ie nâen ay point veu au deçà 'du' Tropique de Cancer iâay-opinion(fans voûtes-fois que ie levucillt autrement affermer ) '^ -quâaimans la chaleur, amp;nbsp;fc tenans fous la Zone Torride , ils nâoutrepaffent
HISTOIRE
point dâvnepart ni dâautre du cofté des Poles.Il y a encores vne autre chofeque iâay obferuee, câeft que ni dans lâeau ni hors lâeau ces pauurcs poiflons volans ne font iamais à repos? car eftans dans la mer les Albacores amp;autres grands poif-fons les pourfuyuans pour les manger leur font vne continuelle guerre :amp; fi pour euiter cela ils fevcullent fauuercii Pair amp;nbsp;au vol il y a certains oifcaux marins qui les prennent amp;nbsp;sâen rcpailfcnt.
Oj/êMx 9Kttm»j.
Parlât pour parler auffi de ces oyfeaux Viuans deproyede cefte façon fur la mergt; ils fôt femblablemet Ci priuez que foiiuc tesfois il sâen eft pofc fur les bords,cordages amp;nbsp;matz de nos Nauircs , Icfqucls fclaifloyent prendre à lamain . Et pour les deferire auffi tels que pour en auoir mangé ic les ay veu dans amp;nbsp;dehors: Pre-mieremctils font de plumages amp;nbsp;de couleurs gris comme e^eruiers , mais combien quant à lâextérieur quâils paroif-fent aufsi gros que Corneilles fi eft ce que quand ils font plumez quâil ne sây rrouue guere plus dechair quâen vn paf-fereau : au refte ils nont quâvu boyau amp;nbsp;ont les pieds pl.ats comme ceux de Canes
faijon.
Pour continuer à parler des autres poilfons dont iâay fait mention ci dclfus, la Bonite qui eftdes meilleurs à manger qui fe puiflent trouucr eftprefques delà façon
D E lJlt;A M E R I QJV E. 27 façon des car.pe#:fQmmunes,mais fans cf cailles. Ten ay veuçnfort grande quantité lefqueUe^ lâcfpace dâenuiron fix fep-maines nont bougé dâalentour de nos Nauires » amp;iCft ,vray femblable quâelles fuguent ainfi les Vaifleaux à caufc du , â , %ets dont ils font frottez, j ' nbsp;nbsp;! '
-i Quant aux Albaçores eombieiiquâel- â¢^'^«wa l^?.foyent,aflez femblables aux Bonites ficft ce neantmQinsfen ayant veu amp;nbsp;man-- gé ma part de telles qui auoyéc bien cinq piedz de lôg.amp;aufsi groflés que le corps dâvn homme)quâil nây à point de compa-raifon de Iâvnc ^lâautre quant à la grandeur. Au furplus tant parce que ce poif-fon Albacore nâeft nullement vifqueux, \/i(ngt;jgt;-ains au contraire sâefmie amp;nbsp;a la chair auf fi,friable quedaTruite , nâayant au refte quâvnc ara^e en tout le corps ,§cbié peu de tripailles.il le faut mettreâau rang des meilleurs poiffons de la mer . Et de fait combien que nous (ainfi que tous les paf fagers qui font ceS longs voyages } pour nâauoir les chofes propres à commandement nây fifsions autre appareil quâaucc du fcl feulement en mettre roftir de gran des pieces amp;nbsp;larges quelles fur les chirlAh^tiâhtf bons,fi le trouuionà nous merueiUeufe-mentbon amp;; fauoureux au gouft.Partant fi mefsicurs les frians,lefqucls ne fc vou lis point bazarder fur mer,amp; toûtesfois
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⢠^lïl s T Of'i/RâE *'
(comrtic'ôn dit des chat« fans ^moUiUcîâ leurs pa'ttcs)vcu]lent biefi magep du poi^ fon en pounoyent- aupirâ für télte aufsi aifément quâils ont dâautre marée, le lü^ fant apprefter à la faucetd^Aletnagnéi o^ en quelque autre forte,üôuWk'VPifls que ils nâen JefehaïTent bien Ituhs doigt« ? le di nommément h on 1 attoifa Connnan-demétTur terre, earairtti qUe iââay totld^ du poilfon volantr ie'»lt;âfjgt;«)fegt;pasi^iâé ccsÃlbâcores,ayant prindpltltmet Ieuf4 repaires entrcles dcukTrbpiques amp;^cii la haute merysâapprochenpft-pres deS ri^ liages que les pefeheurs enâ puificnlt;# apporter fans eftre gafteit amp;nbsp;eWtompuy-J^ Dtri^t. La Dorade, laquelle à môSi iugemertt j
eft ainh appellee parce qW la'voyanfdâs j lâeau ellcfé monftre iauhe 8ï fêlait cofrime fin or, quant à la figure approche a'ri^ â Æ ^ Æ cunemeritdü ^atunon : ridà itfmoins hile â quot;^ * diffère dn ecla quâelle eft comme enfori* cec fur ledos. Au refte polir'cn auoiV tai-ftd ic tien que ce poiffon éft non feulement cncofes meilleur quel tous ' les'au-tres fus mentionnez, mais anfsi' quâen eau falleeni en eau douce il hès^cntron ucra point déplus délicat. - Jt quot;â v^r/SKr/. 1 ouchât IcsMarfouins, il Sâen trouue '/«,5o'»«'d^ deux fortes , car les vns Pntle grôTft ff^» prefques aufsi pointu que le bec dâvh Oye, amp;nbsp;les autres au contraire lâont fi rond
OF if A M E R I QJ E. 29 , rond'amp;inlt;yiflu lt;j|iâil fembleivne bouk: amp;c..4t-â^/,, p.artantaftaufcae laieonformitc «juctces derniers «otaufiodes cncaplu£hqnne2,*/-/lt; rgt;*r^ff^f^^ nousks apchósluftcs de moine:Quat au teile de la forme de-toutes les deux efpe-ces, ikn ayiVeù tkeinq amp;nbsp;de fix pieds de, nbsp;nbsp;.
â I^ng'jayat la queue-fort large amp;fou^huc^ amp;toiis vn perfuis fur da tclle,par,ou non feulcment'rls.refpirent,.mais aufsii ictrêt lâea u par l a. Qu,e H l a mer comm en cede sâefmouuoirjToîisleA verrez parèrftre amp;nbsp;fe njonftrer fur lâcaU , foufflans de telle façon que vous diriez que ce font? porcs terreftres.Mais fur tout Ja nuit^qp/au mi lieu des ondes amp;nbsp;des, vagues) qui les agitent ils rehdcot^jiner comme verte y amp;nbsp;fcmblentcux mefmes. eftre tous verts,!
c'eft vn pUififque de les oüyr wnflerifX tX-*^ 7| Y Auffblcs Mariniers les voyans nager amp;nbsp;fe tourméter de ceûeifaçon prelà gçot ÃC sâaffeurent de la tempefte prochaine : ce que iâay veU'foiu'u,enLaduenir.Et comblé ?uâcn temps affez modéré.amp;lla mer eftât eulemcntflorifl'anteiÃeft à dire,ayant le vént æ.fouhait), nous en vifsiôs quelques ^6.«rf«. fbistn fi ecandcâabondance que â¢tout à //* ^quot; i entour dcmoiis es tant que noltrc veue fe pouuoit eftendre, il fembloit que la; mer fut toute de Marfouins » ne fe laif-fans pas toutesfois ûiaifément prendre qi|filt;.beaucoup dâautres fortes de porflos
Jo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R ft
nous nâen auions pas pour cela toutes les fois que nous cufsións bien voulu. Sur lequel propos afin de tant mieux con tenter le Icâeur ie veux bien encore de-M^irre Crater le moyen dont iâay veu vfer aux Jt frijn Matelots pour les auoir. Lâvn dâentrâeux fiü^quot;' ^^ P^â* ^â^^ ^ façonné à telle pefebe fe tenant au guet auprès du Mats du bcau-pfésSc furie deuant du Navire, ayantert la main Tn arpon de fer emmanché en v-ne perche de la groffeur amp;nbsp;longueur dâv-ne demie picque amp;nbsp;Iie2 à quatre ou cinq braffes de cordeaux, quant il en voitap-prochcr quelques troupes en choififlant vn entre iceux il luy iette amp;nbsp;darde ceft engin de telle roideur que s'ilTattainta propos il ne faut jgt;oint de lâenferrer. Lâayantainfi frappe , il fille amp;nbsp;lafchcl# corde, de laquelle cependant il retient le bout ferme, puis apres que le Marfotiïrt (qui perdant fon fang dans lâeau, amp;nbsp;en fe débattant sâenferre de plus en plus) ceft vn peu affaibli les autresMariniers pour aider à 'Icur compagnon vierment aucc vn crochet de fer quâils appellent g.alt;fe (.aufsi cmmâché en vne longue perche de boisyamp;à force de bras le rirent dans le bord. En allât nous en prinfmes enuiron vingt amp;nbsp;cinq de cefte forte.
'l ouchant le dedans amp;nbsp;les parties inte rieurcs dieMarfouïn apres que connue à vn
D E Lâa M E R I QJV E.
⢠vii purtcAUjiiu neu lies (quatre lamDons T^niin onluy alcué les quatre fwoux , fendu'â'quot;â ââ¢-quâil eft, les trippes (lâcfchine ft on veut) Xflt;r%.ï. amp;nbsp;les coftes oftecs, quand il eft ainfi ou*4,.,.v}*^/Z ^rr uert amp;nbsp;pendu jvous diriez proprement tyi-lMgt;^'y^*M*lt;^ que câen vn naturel pore terreftre : aufsi '' a il le foyc de mefme gouft : vray eft queâ.y.«r la chair rrefche fentant trop 1e doucca-ftre nâen eft guère bonne. Q^ant au lard, tous ceux que iâayveu auoyent communément vn pouce de gras: amp;nbsp;croy quâil ne sâen trouve point qui pafte deux doigts. Parlât quâon ne sâabufcplus à ce que les marchans amp;nbsp;poiflbnnieres , tant à Paris quâailleurs, appellent leur lard à pois de 4--gt;)'lt;t-4 Æ Carefmc,qui a plus de quatre doigts dcf- quot;*'â nbsp;nbsp;nbsp;quot;*
pais,Marfouïn,car pour certain ce quâils vendent eft de la Balenc. Au refte parce quâil sâen eft trouuc de petits dans le ventre de quelques vns de ceux que nous prinfmes ( Icfqucls nous fifmes ro-ftir comme couchons de laiû) fans mâar-.^-«^p'4f'*lt;^ refter à ce que quelques vns pourroyenc ^- â¢Â»â¢U,'hr/ auoir efent au contraire, ic penfe plu-ftoft que les Marfouins portent leur ven nbsp;nbsp;nbsp;,
tree ainfi que les tjuycs,quc non pas que A*P*£ ils multiplient par Åufs comme font prcfques toutes les autres cfpeces de poiftons. Dcquoy cependit fi quclquâvn me vouloir arguer me rapportât pluftoft de ce fait à ceux qui en ont veu lâcxpc-
HISTOIRE
S-
rience , quâà ceux qui ont feulement leu ' les liurcs, tout ainfi que ie nâen veux faire ici autre dccrfion, aufsi nul ne mâempefehera d'en croire ce que i en ly veu.
Nous prinfmcs femblaWement beaucoup de Requiens y lefquels eftanS dans la mer,quelque tranquiîc amp;nbsp;coye quâelle foit, femblét eftre tous verts.Il sâen voit déplus de quatre pieds de long amp;nbsp;gros à raduenà t:mais pour nâen eftre la chair guère bonne, les Mariniers nâeh mangét qu'à la necefsité , amp;nbsp;par faute de meilleurs poiflons . Au demeurant ces Rc-quiens ayans la peau rude amp;nbsp;afpre côme vne lime, la tefte plate amp;nbsp;large amp;nbsp;lagucu ; le aufsi fendue quâvn loup, ou dogue i , nbsp;nbsp;dâAnglctcTré»nc font pas feulemft mon-
XiJquot;'â* ftrueux,mais aufsi outre cela.pourauoif les dens tranchantes amp;nbsp;fort argués fi dâ-gereux, que sâils empoignent vn homme par la iambe ou autre par-tie du corps,ils emporterôt la piece , ou ils le traifnerót en fond. Aufsi quad les Matelots en teps de Calme fc bagnent dans la mer, ils les craignent fort:mcfmes quand nous en a-uiôsprins(ainfi quenousauôs fouuctfait , aucc des hameçons de fer aufsi gros que jt.i'le doigt )amp; quâils cftoyent fut IcTMlac \.^â/f-â â âquot;*^*/du Naùire , il ne sâen falloir pas moins donner de garde , quâon ferait fur terre | d e qu ci- '
G E lâa M E R I C^V E. 5?
de quelques mauuais chiens . Nâeftans donques ces Requicns propres quâà mal faire, quand nous lesauions bien tour-* mentez, ou nous lesaflommions à grads coups de mafles, ou pour en auoir le pafr/i»«Æ'«*â¢''â fetemps, auprès leur auoir coupe les nn-^t-teJ^â' geoircs, leur li«'\nt vn cercle à la queue nous les reiettions en mer.
Au furplus, combien quâil sâen faille beaucoup que les I^mjcs de mer qui font fous cefte Zone T orride foyent fi prodigieufes, que dâvnc feule de leur co-«juillcon puille coaurir vnc maifon logeable, ou faire vn vaifleau nauigablcfcô me Pline a efeript quâil sâen trouuc de tel là ,9. les tant es coftes des Indes, quâaux lilcs du 10. de la mer rougejfi cft-ce ncantinoins que pour y eu auoir mefuré de ^longues, lar ges amp;nbsp;monftrueufes, quâil ne ft pas facile dcle faire croircà ceux qui n'c ont point veu , iene veux pas obmettre dâenfaire mentió.Entre les autres ic diray quâvnc, qui fut ptinfe au Nauire de noftre Vicc-Admiiali eftoitdc telle grofleur que qua tre vingts perfonnes quâils cftoyent dus ce Vaifleau (à la façô quâon à accouftume de viure fur mer en tel voyage) en difnc-rent honneftement. La chair approche fort de celle de veau ; amp;nbsp;de fait lardée amp;nbsp;roftie elle aprcfqucsle melme gouil.
Tortur^
Touchant la coquille ovale, qui ettoit ^''^â*
S^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
dclFus ccllc dont ie p.irlc , ayant plus de deux pieds amp;nbsp;demy de large , forte amp;nbsp;cf-peflç. a lâcquipolent, elle fut baiilee au lieurde fainte Marie noftreCapitaine,lequel la garda pour taire vnc l argue.Voi ci fcinblablemét la manière comme ic les ay veu prendre . hn beau temps amp;nbsp;calme
Faeigt;»ilt (caria merefraeue on les voit peu fou-u^rértuei uent ) qu'elles montent amp;nbsp;fc tiennent au )wmtr. dcllâus dc lâcau, le folcil leur ayant tellement efehauffe le dos amp;nbsp;la coquille , que elles ne le peuuêt plus endurer,abn dc fc refraifehir,elles fe virentamp; tourner ordi naircmét le ventre en haut. Ce quâapper-ceuans les Mariniers,sâapprochans dans leur Barque le plus coyemét amp;nbsp;plus près quâils pcuucnt,les accroclianscntre deux Coquilles aucefes gaftes de fer ( dont iâay ia parlé ) à grand force , amp;nbsp;quelques fois tant que quatre ou cinq hommes pcuuct . // tirer ils les mettét dans IcurBatcau.Voi* '1^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;la cc que 1 ay voulu dire lommaircment, tant des Tortues que des poifTons que nous prinfmes pouiTors:ic parJeray encores ci apres des Dauphins, amp;nbsp;mefrnes des Baleines amp;autres Monftres marins.
C H A P. 1111.
De r Etjuator-ieuligne E^MinocHale'. enjern^ i/etiet DepeÃesJnconÃances des K ens, P biÃ
D E I.âa MER 1 QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;35
infe^cyChaleurSifoifidr autres incomvtodite'i(^ lt;juenous eufmes^ amp;nbsp;endurafmes aux cnuirons amp;nbsp;fous icelle.
our retourner à noftre naui-'i|/gation,noftré bon vent nous
_ eftât failli à trois ou quatre ^^ deçà de lâEquator, XKÃ^oon feulement nous eufmes
vn temps fort fafeheux , entrémeflé de pluye amp;nbsp;calme , mais aufsi félon que la nauigition-cft difficile,voire tresdange-reufe auprès de cefte ligneEquinoâialc, iây à y veu, à caufe de lâinconftancc de diners yens qui fouffloyent tous enfcmblc, nos trois Nauiresjquoy qu'ils fulfent af-fez près lâvn de lâautre, amp;nbsp;fans que ceux qui tenoyent les Timons amp;nbsp;Gouuernails Exigt;fr,?â euflent peu faire autrement,chacun Vaif^^'quot;^^ feau eftre pouffe defon vent à part : dc'^,»^/«« façon que comme en triangle, lâvn alloit $â Æâ' à rEft)rautre au Nord,amp;rautrc à lâOcft: vray eftque cela ne duroit pas beaucoup, car foudain sâcfleuoyent des tourbillôs, que les Mariniers de Normandie appellent grains, Icfqùcls après nous auoir quelques fois arreftez tout court,au contraire tout à lâinftant tempeftoyet fi fort 1 clans les voiles de nos Nauires , que câeft y ' * nicrucille quâils ne nous ont virez cent â»â**»** fois les Hunes en bas , amp;nbsp;la Guille cnâ*'** '^
5^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
haut câeft à dire, ce deflus delTous.
Au furplus la pluyo qui tombe fous amp;nbsp;es enuirons de celle ligne ^ non fculcmét put amp;nbsp;fent fort mal,mais aufsi eft fi con-tagicufe que fi elle tombe fur la chair il sây leucra des pullules amp;nbsp;grofles vefsies: ft^XJ^ â¢^^â¢^ tache amp;nbsp;galle les habillcmcns. ^leufi. ^Dauâtage le folcil y eft fi ardent, quâoutre les chaleurs extremes amp;nbsp;vehementes que nous y^endurios , encores parce que nous nây auions pas l'eau douce, nây au-F-xtrimn tre bi'uuage à commanderrjent, ni hors ch,ieuri. j^^ deux petits repas , y eftions nous mer uciUeufemét prclfcz de foif. De mapart amp;nbsp;pour lâauoir clTayc'lâaleine amp;nbsp;le fou-fle mâen cftans prefque faillis, iâen ay per du le parler lâefpacc de plus dâvue heure. Que Ii quâclcunditladellus mourans ain-fidc foif au milieu des eaux ( fans imiter rantalus)il ne fcroit pas pofsiblc en telle extremiu; de boire ou pour le moins fc refrefehir la bouchede l'eau de la mer: ^ic refpond que quelque recette quâon me peut allcgucrdc la faire palier par dedans de la cire , ou autrement lâallambi-qucr ( ioint que les branflemens amp;nbsp;tour-E4iJf mentes des quot;Vaifleaux flottans fur la met /Jea^^â^^^ ^°â^ P^^ ^'°*^^ propre, ni pour faire les ilire. fourneaux ni pour garderies bouteilles de callcr)quc ic croy (finon quâon voulut ietter les trippes amp;nbsp;les boyaux incontinent
DE lâa M E R I QJ^ r. 57 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(
lient apres quâelle feroit dans le corps) qu'il nâeft queftion dâen gouHcr j moins dâen aualcr.NcantnioinsjCommc on voit quant elle eft dans vn verre, elle eft aufsi claire,pure, amp;nbsp;nette extetieurcraent que eau de fontaine ni de roche qui fc puifïe-voir.Etau furplus ( chofe dcquoy ietne fuis cfmerueiÃé amp;quc ie laifte à difputerâ ^ aux Philofophcs ) fl vous mettez trem-^*''/- â'***' per dans lâeau de mer du lard , du haren ou autres chairs amp;nbsp;poiflons tant falcz puiffent ils eftre, ils fc delfalcront mieux amp;nbsp;pluftoft quâils ne ferôt en lâeau douce.
Or pour reprendre mon propos,le coble de noftre affliftion fous cefte Zone ⢠bru{lâtefuttellc,qucnoftre bifcuit(à eau fe des grades amp;côtinucllcs pluyes qui a-uoyêt pénétre iufques dûs la Soute) eftât'^*'quot;lt;* dehors gaftéamp;moih,nâcn ayâs neâtmoins r^oâl^-./a pas à demi noftrcTaoul de tel,non feulement il nous le falloir ainfi mâger pour-^. ri, mais aufsi fur peine de mourir dc^,'^âquot;,; faim,amp; fans en rien ietter,nous auallios autant de vers ( dont il cftoit à demi) que nous faifions de iniettes. Dauantage nos â«âA*' eaux douces eftoyent fi corrompues , amp;nbsp;E«« rf,«« femblablemét fl pleines devers, que feu-^ ââ â''?â'⢠lernet en les tirant des vaiffeaux en quoy on les tient fur mer , il nây auoit fi hon coeur qui nâen crachaft-.mais encores, qui cftoit bien le pis , quant on la buuoit il
jS nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
falloit tenir la talie dâvne main amp;nbsp;,à cau-fc de la puanteur » boucher le nez de lâautre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
rentre la Quc dîtes VOUS la dcflus incfsicurs Ics ^eücMii. délicats ? qui cftans vu peu prclTcz de chaut,apres vous eftre bic faits teftôner, amp;nbsp;change de chemife iamez tant dâeftre à requoy dans vne chaire , ou fur vn luS verd en la belle falc fraifehe ? amp;nbsp;qui ne ; faill iez prendre vos repas filavaiflcllc ^ -'vv«/' nâeft bien luyfantc,le verre bien fringue, les feruiettes bien blanches,TFpain bien chapple, la viande, quelque delicate que elle loit, bien proprement apreftec amp;nbsp;feruie, amp;nbsp;le vin ou autre bruuage clair ' côme vnc Emeraude? voulez vous , vous ! allcrcmbarqucr pour viurc de telle façô? comme ie ne le vous confcillc pas, amp;nbsp;qu'il vous en prendra encores moins de enuie quand vous aurez entendu ce qui nous auint à nottre retour, aufsi vous voudrois ie bien prier , quand on parle de la mcr,amp; fur tout dctclsvoyagcs,nâcn fachâs autre chofe que par les hures, ou feulement en ayant ouy parler à ceux qui nâen reuindret iamais,vous nevouluflîez pas,en ayât h dclfus,vcdrc(cómc on dit) vos coquillcs à ceux qui ont efte à S.Michel . Ceft à dire , que vous dcffcrifsicz vn peu amp;nbsp;laifsifsicz difcourir ceux qui en endurans tels trauaux ont efté à la pratique
DE Lâ A M E R I Q_V E 59 pratique des chofcs_, Icfquellcs, pour en parler à la vérité , ne fe peuuent bien glijder au cerucau ni en rentendementlt;ny*'''' des hommes finon ( ainfi que dit le pro-uerbe) quâon ait mangé delà vache en-
Surquoy iâadioufteray, tat fur ceci que fur le premier propos que iâay touché concernant la variété des Vents , Tcm-peftes , Pluyes inférés, Chaleurs , amp;nbsp;en fomme ce qui fc voit tant fur mer en général que principalcmct fous lâEquator, que iâay veu vn de nos Pilotes nômé lean â¢j«« Tide Meun , de Harfcur lequel » bien quâil '«f'/lt;'â' ne lecut ni A, ni b,auoit ncantmoins par la longue experience auec fcs cartes , A-ftralabes, amp;nbsp;Bafton de lacob fi bien profité en lâart de la nauigation , quâà tout coup ilfaifoit taire vn fcauant pcrfon-nagc (que ie ne nommeray point) lequel cftant dâs noftre Nauire triomphoit tou tesfois de parler de la Théorique . Non pas que pour cela ie côdamne ou vueille blafmcr en façon que ce foit les fcienccs qui sâacquicrent amp;nbsp;apprennent és efeho-Ies,amp; par lâeftudc des liiircs;ricn moins, tant sâen faut que ce foit mon intention: mais bien requenoy -ie fans tant sâarrc-fter à lâopinion de qui que ce fuÃâ, quâon ne mâalleguaft iamais raifon contre lâex-' perience dâvne chofe. le piie donc le le-
- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;C 4
40 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R P.
élcur de me fuporterfi en me refounenat de noftre pain pourri amp;nbsp;de nos eaux puantes, Si le comparantauec la bonne ehe rc de ces grans cenfeurs, faifant cefte di ⢠grefsion ie me fuis vn peu mis en colère contre eux. Au furplus pluficurs Mariniers , à caufedes incômoditez fufditcs, apres auoir mange tous leurs viurcs en ces endroits là , câeft à dire fous la Zone 1 ornde , fans pouuoir paffer outre ont elle contraints de rclafclier amp;nbsp;retourner en arriére dâoù ils eftoyeut venus.
Q^ant à nous, apres que nous eufmes demeure , vire', amp;nbsp;tourné , cnuiron cinq Icpinaincs en telle mifere que vous aucz ouy,tftans ainfi peu à peu à grandes dif-licultez approchez de cefte ligne Hqui-no(ftialc,Dicu ayâtpitic denous amp;nbsp;nous cnuoyantlc vent de Nord-Nordâeft , le quatrième iour de Feurier nous fufmes pouvez iufques droit deflbus icelle. Elle eft appelée Equinodiale, pource quâeu toutes laifons les iours amp;nbsp;les nuits y fô't touliours cfgaux. Etau furplus quantle Soleil eft droit en ccftclignc,cc qui auiet deux fois lâannée , alîauoir rvnneme de
(t'Unod lit -
à i/tfurtfuaji Jars à le tref eine de Scptébre,Ics iours fââJââlâ amp;nbsp;les nuits font efnaux par tout le mode vnmerfcl : tellement que ceux qui nabi-tenc fous les deux Poles, Aréliquc amp;nbsp;An tarefique, participans fculemct ces deux iours
D E Lâa M E R I Oy E nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4I
iours dc Iâannce du iour amp;nbsp;dt la nuit, des le lendemain les vns amp;nbsp;les autrcsCchaciin à fon tour) pcrdct le Soleil de veut'pour demi an.
Ccdit iour doncqucs quatrième de Feurier,que nous paflafmes leCentre du monde, les Matelots firet les ceremonies pareuxaccouftumecs en ce tant fafeheux lt;nbsp;amp;nbsp;dangereux paffage. Aflauoir,dc lier de cordes amp;nbsp;plonger en mer , ou bien noircir amp;nbsp;barbouiller le vifage auec vn vieux drappcau frotté au cul delà chaudière, ceuxquinâôt iamais palférEquator pour lesen faire fouuenir ; toutesfois on fe peut racheter amp;nbsp;exempter de cela, côme ie fis,en leur payant le vin,
Ainfi fans interuale, nous finglafmcs de noftre bon vent de Nord-Nordeft iufques à quatre degrez au delà dc la ligne Equinoftialc. Des la nous commen-çafmes dc voit IcPoleAntaréfiqUe lequel les Mariniers de Normandie appclcnt JJ,,/^*. lâEftoile du Su:à lâentour dc laquelle,cô- ?«'⢠quot;me ie remarquay des lors, il y a certaines autres Eftoilcs en croix qu'ils appclent aufsi la croifee du Su.Comme au fcmbla ble quelque autre a eferit, que les premiers qui de noftre temps firêt ce voyage rapporterent.quâil fc voitjtoufiours près dâiceluy Pole Ãntartique , ou midi, vne petite nuce blanche amp;nbsp;quatrcs cftoiUcs
^Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;)
en croix,aucc trois autres qui rcflcmblét i à noftre Septentrion . Or il y auoit dclu long temps que nous auions perdu de veuële Pole Ardique: amp;nbsp;diray ici en paf fant non feulement,ainfi quâaucuns pen-fent, amp;nbsp;quâil fc.mble aufsi par la^Sphere quâil fepuifle faire quâon ne feanroit voir les deux Poles quant on eft droit fous lâEquator, mais mefmes nâen pouuans voir ni lâvn ni l'autre , il faut eftre efloî' gné dâenuiron deux degrez du cofté du Nord ou du Su pour voir lâArctique ou lâAntarâiquc,
Le trezieme dudit mois dcFcurier que le temps cftoit fort beau amp;nbsp;clair, ; nos Pilotes amp;nbsp;Ma.iftres de Nauires ayans prinshautcur à lâAftralabc.nous alfcurc-SileiifDur fâ^â't que nous allions IcSoleil droit pour gtn., Zeni, amp;nbsp;en la Zone fi droite amp;nbsp;direâe fur la telle, quâil cftoit impofsible de plus. Et de fait,ainfi que moy amp;nbsp;dâautres experimentafmes ( quoy que nous plan-tifsions des dagues,coufteaux, poinfons amp;nbsp;autres chofes fur le Tillac ) les rayons nous donnoycnt tellement à plomb, que nous nevifmes nul ombrage ce iour la en noftre Vailfeau . Quant nous fufmes par les douze degrez, nous eufmes tor-mentequi dura trois ou quatre iours. Et après cela 1 tombans en lâautre extrémité J la mer fuft fl tranquilc amp;nbsp;calme, s que nos
D E Lâa M E R I QJ E. 4J que KOS Vaificaux demcurans fix fur Peau nous ne fufsions iamais bougez d*e là , file temps ne fc fuft change, amp;nbsp;le vent eflcué pour nous faire palier outre.
Or nous nâauions point encores ap-perçcus de Baleines en tout noftre voya-ge, mais en ces endroits nous en *ifmcs dâalTez près pour les bien remarquer.Entre autre il y en eut vue, laquelle fe louant près de noftre Naiiire, me fit fi grand peur que véritablement iufques à eeque ielavis mouuoir icpenfois que ce fuft vn rocher contre lequel noftre Vaifleau sâallaft hurter amp;nbsp;brilcr.robfer-«ay quant cllc fe voulut plonger, quâelle leuaia tefte hors de la mer, amp;nbsp;ictta en Pair par la bouche plus de deux pipes dâeau : amp;nbsp;puis en fc cachant, fit vn tel amp;nbsp;fi horrible bouillon,que ie craignois encores que nous attirans après foy , nous ne fufsions engloutis dans ce gouffre. Et à la vérité corne dit le Pfalmifte , câeft pfe.104. horreur de voir ces Monftres marins 16. sâesbarre amp;nbsp;fc iouer ainfi à leur aife parmi la mer. '
Nous vifmes aufsi des Dauphins lef- q,^^^i^.^^ quels fuyuis dcpluficurscfpcccs de poif-fuynts tie fons,toâdifpofcz amp;nbsp;arregez ainfi troupe amp;nbsp;eópagnie de Soldats marchans
^^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;histoire après Jour Capitaine, paroiflbyent dans lâeau de couleur rougcaftrcJl y en eut vn entre les autres lequel, comme sâil nous euft voulu chérir amp;nbsp;careffer, tournoya amp;nbsp;enuironna fix ou fept fois noftre Naui-re. En rccoihpenfc dequoy nousfifmes tout noftre effort pour le vouloir prendre , maisluy faifat toufiours dextremet la retraite aucc fa compagnie, il ne nous fut pas pofsiblc de lâadioindrc à nous.
C H A P. V.
Du deÃeuurement amp;nbsp;premiere veue ijue now euÃnesytant de finde Ocddenraley ou ter re du B refil, t^ue det Saunages haititans en icel le:auec tout ce qui now aduint fur mer lufques fow le T repique de Capricorne. /
PRES cela nous eiïfmes le
^^â*^ dâOiiçft qui nous cftoit
^ propice , amp;nbsp;tant nous dura
que le vingtfixicme iourdu J mois de Feurier, 1557.prins à la natiuitc, enuiron huit heures du ma-
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t/e/î»tmrif inesTxA^
iffr^ tin nous eufmes la veue de lâInde Occidentale terre du Brcfil, quarte partie du Uwwif monde, amp;nbsp;incogneue des anciens, autre-aief^rf- geteilte Amérique du nom de ccluy qui
Kueriiffi,^ premièrement la defeouuritenuiron lâan âeJu'Sre' ^497quot; ^^ ^â^ f^^t pas demander fi nous fuf /i- mes
D E lâa M M R I QJ E. 45 mesioyeux, amp;nbsp;fi nous voyans fi proche du lieu ou nous prétendions, nous en rc-difmes graces à Dieu de bon courage. Et de fait y ayant près de quatre_mois c^uc^iMH^fut-nous bradions amp;nbsp;dotions fur mer,il nous nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^fak'
eftoit adu'is que nous y edans exilez 8c confinez, nous, ne deufsions iainais mettre pied à terre. Ainfi après que nous euf mes appeteeu tout à clair que câeftoit ter referme que nous auions dcfcouiiertc, ayans lèvent propice amp;nbsp;mis le cap droit dedus , des le mefme iournous vinfmes furgir amp;nbsp;rnouillcr lâAncre à vnc demie licué près dâvn lieu montueux amp;nbsp;terre fort haute appelée Huua/pm par les Sau- / uages.La,aprcs auoir mis la Blt;irquc horsd®* du Nauire, amp;nbsp;félon la coufi:ume quad ou Mlt;f«x en arriue en ces pays la, tiré quelques coups âââ^quot;^gt;'â¢-de Canons pour aduertir les habitans, ^ '' nous vifmts incontinant grand nombre dâhommes amp;nbsp;de femmes Saunage« fur le nuage de la mer.Cependant (comme aucuns de nos Mariniws, qui auoyent au-tresfois voyagé par delà recogneurent bicn)câeftoycnt de la nation nômeeA/^r- -^ar-Ælt;??.«, alliée des Portugais, amp;nbsp;par confie- ^^â^ quent tellement ennemie des François, ^^^^â que sâils nous cudent tenus à leur aduan- Ju FrM~
tage, nous nâciifsions paye autre rançon finon quâaptes nous auoir aflommez , amp;nbsp;mis en pieces nous leur eufsions ferui de
COM.
4lt;î nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
viandes.Nous comniençafmcs aufsi lorî de voir premièrement, voire en ce mois de Feurier ( auquel à caufe du froid amp;nbsp;de la gelee toutes chafes font li referrees amp;nbsp;cachées par deçà amp;nbsp;prefque par toute l'Europe au ventre delà terre)lcs forefts, bois ,amp; herbes de cefte contrée la aufsi â¢Ã¯iiB ô- verdoyantes que font celles de noftre Frâ ^^ ^^ mois de May ou de luin : ce qui fe â vtrdôjaxi voit tout le long de lâannée , amp;nbsp;en toutes f, r^mc faifons en cefte terre du Brefil.
Or nonobftant cefte inimitié de nos tJ^ar^aïas à lâencontre des François, laquelle eux amp;nbsp;nous difsimulions tant que nous pouuions,noftrc Cótremaiftre,qui fauoit vn peu gergonner leur langage, sâeftant mis dans noftre Barque aucc quel qucs autres Matelots sâtn alla contre le riuage,ou en groftes troupe's nous voyôs ces Saunages ademblez, Foutesfois nos gens ne fe hans en eux que bien à point, afin dâobuier au danger ou ils fe fuirent peu'mettre dâeftre 'Boucane'^, c'eft à dire» toftiz , ils nâapprochèrent pas plus près de terre que la portée de leurs flefehes. Ainfi leur monftrans de loin des cou-fteaux , des mirouers amp;nbsp;autres baguc-nauderics , amp;lesappclans pour leur demander des vinres , fi toft que quelques vns qui sâaprochcrent le plus près quâils peurent,lâeurent entédu, fans fe faircaO' trement
De lâa M E R i (\y E. 47 trement prier plufîcurs dâentrâeux en grande diligence nous en allèrent quérir Noftre Contremaiftre doneques à fon retour non feulement nous rapporta de la farine faite dâvue racine laquelle les FarintJt Saunages mangent au lieu de pain , des ^7ûr«*^ô Vi3!bons,amp; de la chair dâvue certaine ef- i««««^«. pece de Sangliers,auec dâautres viéfuailj^quot;â' les amp;nbsp;fruits à fuffifance tels que le pays les porte, maisaufsi pour noui les prefenter fix hommes amp;nbsp;vhe femme ne firct point de difhcultc de sâébarquet amp;nbsp;nous venir voir en noftre Nauire . Or parce que ce furent les premiers Saunages que^.,«â.,jç,, ic vis de près , ie Vous lailfe à ppnfer fi ie '^'ââ f i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- dtfenttftv
les regarda/ amp;nbsp;Conteplay attcntiuemet.r^âr Partant encores que ie referue à les def-ciire amp;nbsp;defpcindre au long en autre lieu plus propre, fieu veux ie dire des maintenant quelque chofc en paffant.Premièrement tant les hommes que la femme cftoyent aufsi cuticremet nuds que quât ils fortirent du ventre de leur mere : nc-
antmoins pour eftre plus bragards ils c-ftoyent peinturez amp;nbsp;noircis par tout le corps.Les hommes au refte, à la façon amp;nbsp;comme la couronne dâvn moyne, eftoyet tondus fort près fur le douant de la tefte, mais furie derrière portoyent les che-ueux longs: amp;nbsp;toutesfois, ainfi que ceux qui portent leur perruque par deçà , vn peu
48 HISTOIRE
T^u/eJfs Ãauua^es pournout quot;*' ''ttPer.
peu roigncz à retour du col. Au furplui ayans tous les Icurcs de dclTous trouées amp;nbsp;percees, chacun y auoit vnc pierre ver te bien proprement appliquée amp;nbsp;comme enchaflec,laquelle eftant de la largeur amp;nbsp;rondeur dâvu tefton » ils oftoyent amp;nbsp;re-mettoyent quant bon leur fctg-bloit. Et combien quâils portent telles chofes en penfans eftre mieux parez, tant y a neât-moins quand cefte pierre eft oftce,amp;quc celle grande fente en la Icurc de dclTous Icur fait comme vnc fecôde bouche, cela les dtsfigure bien fort. La fcmmc^ainfi que celles de par deçà , portoit les ehe-ueux longs: auoit la leure non fendue mais bien les oreilles percees amp;nbsp;des pendans dâos blanc dans les trous. le re-futeray ci après lâerreur de ceux qui nous ont voulu faire acroire que les Saunages clloyent velus.Or auât quedc partir dâa-ucc nous,les hommes amp;nbsp;principalement deux ou trois vieillards qui fembloyent dire des plus apparens de leur parroide (comme on parle par deçajallcguans que il y auoit en leur contrée du plus beau bois de Brcfil qui fc peuft trouucr en tout Erpays, promettans de nous aidera le couper amp;nbsp;porter , amp;nbsp;au relie nous affiler de viurcs firent tout ce quâils pen-rent pour nous perfuader décharger là hollrcNauirc.Mais parce que cela^lloit , nous
DE 1â A M E R 1 C^y E. 49 nous appcllcr amp;nbsp;faire finement mettre pied en terre, pour puis après ( ainfi que lâay ia dit ) comme nos ennemis quâils e-ftoyent, nous mettre en pieces amp;nbsp;nous manger,outre que nous tedious ailleurs, nous nâauions garde de nous y arrefter.
Ainfi,après quâaucc grande admiratiô nos il/^r^^/^Jlkâfqucls pour quelque cou fideration amp;nbsp;dangereufe confequenec, nous ncvoulufmes faleliemi retenir^euî rent bien regardé noftre Artillerie, amp;nbsp;tout ce quâils voulurent dans noftre Vaif fcau,cftans prefts,amp; demandas de retour neren terre vers leurs gensqui les atten-doyéttoufiours fur le nuage, il fuft que-ftion deles contenter des viurcs quâils nous auoyentapportez. Et dâautant que f,^^j. ils n'ont nul vfage de monnoyc , le paye-' dtme^. ment que nous leur fifincs fut, des chemi âî^sT^Z fcs, descoufteaux, des haims à pefeher,««. des mirouers , amp;nbsp;autre marchandife amp;c ^Sreene propre à trafiquer aucc ciix./v,-lt;..^«..-Mais pour la fin amp;nbsp;bon du icu: tout ainfi que ces bonnes gens, tous nuds à lcurar-riuee n'auoyent pas efté chiches de nous móftrer le cul amp;nbsp;tout ce quâils portoyét, aufsi au départir quâils auoyct veftus les chemifes que nous leur allions baillées (nâayans pas accouftumé dâauoir lingcsni autres habillcmës fur eux) quad fe vint à sâafloir en la Barque,craignans de les ga-«
D
50
HISTOIRE
Cniiité ftcr en les trouflans iufques au nombril, â vrayment ^ defeouurans cc que pluftoft il falloir jauMa^e. cacher,ils voulure nt en prenant conge de nous que nous vifsions encores leur der rierc amp;nbsp;leurs feiles. Ne voila pas dâbon-neftes officiers, amp;nbsp;vue belle ciuilité pour des . Ambafladeurs ? Car nonobftant le prouerbe fi commun, en la bouche de t,ous nos autres , que la chair nous eft plus proche amp;plus cherc que la chemife, eux tout au contraire tant pour nous monftrer quâils nâen eftoyent pas la logez , que pour vue grande magnificence en noffire âendroit, en nous monftrans le cul prefcrcrent leurs chemifes à leur peau.
1 Or après que nous-nous fufimes vu - peu refraifehis en cc lieu, amp;nbsp;que quoy - . » jque les viandes qu'ils nous auoyent apportées, nous femblalfcnt effranges à ce coinmcncemcnt, nous ne laifsions pas toutesfois , à caufe de la necefsite, dâen bien manger, des le lendemain,qui eftoit vn iour de dimanche,nous Icuafmcs l'An cre amp;nbsp;fifmes voiles. Ainfi coftoyans la ter rc amp;nbsp;titans ou nous prétendions dâaller, nous nâculmcs pas nauigue neufou dix licués que nous nous trouuafmes à lâcn-FuriJes droit dâvn Fort des Portugais nomme X74âF=»r eux SPIRIT VS SANCTVS rakjan-{èc parles Saunages ^JJ'foab) lefquels ^*'' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;reco-
D E Lâa M E R I ay E nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;51
recognoiffans, tant noftrc equipage que celuy de la Carauclle que nous emmenions (laquelle aulsi ils iugerent bien que nous allions piinfe fur ceux de leur nation) nous tirèrent trois coups de Canons i amp;nbsp;nous femblablcment pour leur refpondie trois à eux. l outesfois,parce que nous cftions trop loin pour la portee du Canon, ce fut fans olfcncer ni les vns ni les autres.
Pourfuyuans doneques noftrC route, amp;nbsp;coftoyans toufiours la terre,nous paf-fafrnesaupres d vn lieu nommé! apemtry^ Tapf^ ou à lâentrée de la terre ferme, amp;nbsp;à lâcm- rniri-boucheure de la mer,ily adespetitesifles amp;nbsp;croy que les Saunages , demeurans en celieu là , font amis amp;nbsp;alliez des François. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
Vn peu plus auant,amp;par les vingt de- cp^^^-;^ grez , habitent dâautres Saunages nom-^^^ mez Paraibesycn laterre defqucls,comme ie remarquay en palfânt, il fc voit de petites montagnettes faites en pointe amp;nbsp;en forme de cheminees. Le premier iour de Mars nous eftion^ à la hauteur de ce que les Mariniers appclent les petites Baffes, Ltipni.: c'eft adiré , elçucjls ou pointe de terre «» '^â¢JT^t entreraeflee de petits rochers qui sâauan-cent en mcr,lcfqucls,craignans que leurs vaiffeaux n'y touchent,ils euitent autant quâil leur eft pofsible.
5J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
A lâendroit de ces Baftcs,nous defcou-! , urifmes amp;nbsp;vifmes tout à clair, vne terre lgt; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jil^nc laquelle,lâcnuirô de quinze lieues
Oue-tacas
Sauua^fj fitrouchet (^ leur façon à t quot;virtre du tout bar' bare ^
de longueur , cft pofledee amp;nbsp;habitee des 0M-efacaf,Sa.iina^cs ft farouches amp;nbsp;eft rages, que come iJs nc pcuuct demeurer en paix Tvn aucc lâautre,aufsi ont ils guerre ouucrteamp; continuelle tant contre tous leurs voifins , que généralement contre tous les eftrangers.Que sâils font prenez amp;nbsp;pourfuynis de leurs ennemis (lefqucls cependant nc les ont iamais fccu vein-cre nc domptcr'ils courent fi vifte amp;nbsp;vôt fi bien du pied , que non feulement ils e-uitenten cefte façon le danger de mort, mais mefmes quant ils vont à la chaffe, ils prennent à la courfe certaines beftes Saunages , cfpeccs de Cerfs amp;nbsp;Biches. Au furplus, combien quâaiiifi quêtons les autrcsBrcfilicns ils aillcnttout nuds.
fieftee neantmoins que contre la cou-ftume plus ordinaire des hommes de ces pays là , lefqucls (comme iâay ia dit amp;nbsp;di-ray encores plus amplcmcnt)fe tondétlc dcuant de la tefte amp;nbsp;rongnent leur perru yâ''-7â qiic fur le derrière,eux portent leurs ehe I â lieux longs ic pendis iufques aux feflès.
Brief ces diablotins d'Ott-éfacas demeu
ras inuinciblcs en ce petit pais,amp;au fur-plus comme chiens amp;nbsp;loups mangeans la chair crue, mefmes leur langage nâeftant point
DE L' A M E R I QJ E. 53 point entendu de leurs voilins , doyuent eftre tenus amp;nbsp;mis, au rang des nations plus cruelles, barbares, amp;nbsp;redoutées qui fe puiffent trouuer en toute lâInde Occidentale ou terre du Brcfil. Au refte tout ainfi quâils nâont, nine veullcnt auoir aucune acointance ni traffiqueauee les François,Efpagnols,Portugalois, ni autres de ces pays dâoutre mer, aufsi ne fca uent ils que câeft des marchandifes de par deçà . Toutesfois,félon que iâay entendu depuis de quelqucTruchement de Normandie, quant leurs voyfms en ont, amp;qu'ils les en vcullent accommoder,voi
⢠i r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i Faetn de Cl la façon oC la manière comme iJs en permuter vfeiit.Lc Adargatat, (^ara-ia, ou Toiioupi-Klt;t»2^»tfl«/r(qui font trois nations qui leur font voifincs ) ou autres Saunages de ce ^^^ pays là ,fans fe fier ni aproeber de rOHe-/«Ciîcnluy môftrât de loin vue ferpe , vn ' coufteau, vn pigne, vn miroir , ou autre tnarebandife amp;mcrccrie quâon porte paideia,luy fera entendre par figne sâil veut châger à quelque autre ebofe. Que fi lâau trc de fa part sây accorde, il luy môftrera au rcciproquc,dc la pluma{feric,dcs pier res vertes quâils mettent en leurs Icurcs, ou autres chofes de ce quâils ont en leur pays. Lâaccord fait,ils conuiendrot dâvu lieu à trois ou quatre cens pas delà ,ou le premier ayant porté amp;nbsp;mis fur vue picr-
» 5
54 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
re ou buche de bois la chofe quâil voudra efchangcr,fc reculera à collé ou en arriéré. Lâ0«ë-rlt;*c4 lavcnant prendre,apres a-uoir laide au mcfmc lieu ce quâil auoit monftré ^ sâcflongnant fera aufsi place amp;nbsp;permettra que le Margaiat, ou autre tel quâil fera,la vienne querir:tcllemcnt que lufques à là ils fc tiennent promefle lâvn à lâautre. Mais chacun ayant fon change, h toll quâil eft retourné amp;nbsp;quâil a paflé outre les limites ou il eftoit du commencement, les treues tftans rompues, c'eft lors à qui pourra auoir amp;nbsp;attraper fon compagnon afin dcluy öfter ce quâil a:amp; ic vous laiflc à penfer fi le Courficr,de Naples , ou le Leuricr ^l Oué-taca a lâad-uantage, amp;nbsp;s'il pourfuit de près amp;nbsp;halle bien dâaller fon homme . Partant finon que les boiteux , gouteux, ou autrement mal eniambez de par deçà voululfê't perdre leurs marchandifcs,ic ne fuis pas dâa-uis quâils aillent négocier ni permuter a-ucc eux. Vray eft que les Bafques, quâon dit fcmbiablcmcnt auoir vn langage à part,amp; qui au refte font fi difpolls quâils font tenus pour les meilleurs laquais du monde, outre quâon les pourfoit paran-gonner en ces deux points aucc nos 0»^ e/MM, encores pourroycnt-ils iouér es barres aucc eux.Comme anlsi quclqu vn a efent ^ quâil y a vue certaine région en
* la Flo-
de LâaMERI QâV E 55
la Floride, près la riuicre des Palmes,ou jj|^. les hommes font fi forts , fi difpos amp;nbsp;le- des ln.' giers du pied, quâils acconfuyuent vnfi-i-C'46 Cerf, amp;nbsp;courent tout vu iour fans fe rc-pofer.
Nouspaflafmes aufsi à la veue deMa^^- ji^ai^^ hif^zys prochain du precedent » habité ^/. dâvn autre peuple, lequel, ainfi quâil eft vray fcmblable , n'a pas fefte,âcomme on dit, ni nâa garde de sâendormir auprès de ces rcfueiiles matin d Ou-èt^cas leurs voi fins.En leur terre amp;nbsp;fur le bord de la mer on voit vnegrofle rochefaitc en formedâv netour,laquelle quad le Soleil frappe def Aquot;'â''^â fus, trefluit amp;nbsp;cftincclle fi très fort, que X«X. aucuns penfétque ce foitvne forte dâEf-nicraude:amp; de fait les François amp;nbsp;Portu-galoisqui voyagent la, lâappelcnt lâEf-meraude de Ma^-he. Toutesfois ainfi comme ils difent que le lieu ou elle eft, pour eftre cnulronné dâvhe infinité de pointes de rochers à fleur dâeau qui fc ict tcnt cnuiron deux lieues en mer, ne peut eftre abordé aucc les vailfeaux de cefte part là , aufsi cft-il du tout inaccefsiblc du cofté de la terre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ji u
T
Il y a aufsi trois petites Iflcs nomees les Ifles de Maty-he, auprès defquellcs nous ayà s mouillé lâAncre amp;nbsp;couché vnc nuit,
O 4
^6 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
JcJcndcinain faifant voiles penfions de ce iour arriuer auCap de Fricnoutesfois nâayans que bien peu auancc nous euf-mes vent tellement contraire,quâil fallut rclafchcr amp;nbsp;retourner dâoù nous cftions partis le matin , ou nous demeurafmes à lâAncre iufques au Jeudi au foir: mais co me vous entendrez , peu sâen fallut que nous nây demeurifsions du tout. Car le maixli deuxième de Mars qui cftoit le jour qu'on dit Karcfint prenant , après que nos Matelots,felonleurcouftume,fc furent refiouïs, il aduint quâenuiron les vnze heures du foir ,amp; fur le point que nous commencions, à repofer, la tempe-fte sâefleua fi foudainc , que le cable qui tenoit lâAncre de noftre Nauirc ne polluât fouftenir lâimpctuofite des furleufcs vagues,fut tout incontinent rompu.Par tant noftre Vaifleau tourméce amp;nbsp;ainfia-
gite des ondes,poufté du cofte du rinage qu'il cftoit,eftant venu iufques à nâauoir Prerhtiâ quc ddix brallcs amp;dcmic' d'eaufqui eftoit jfrpKMwlc moins quâil en pouuoit auoir pour Ho â ''^'âquot;' ter tout vuyde) peu sâen fallut quâil ne fiift cf£houé,amp; quâil ne töuehaft terre.Et , 1 défait le M. iftrcamp; le Pilote, Icfqucls f^ipoyent fonder a mefure que le Nauirc ^^'â^ ,'^' deriuoit, au lieu d'eftre les plus afteurez ââ¢l'yl/« / amp;nbsp;donner courage aux autres , quand ils virent que nous en cftions venus iufques là ,crie-
DE lâaMERIQVE. 57 là jCrierent deux ou trois fois,nous fom-mes perdus,nous fonimes perdus. Tou-tesfois nos Matelots ayans en grande diligence ietté vn autre Ancre , que Dieu voulut qui tint ferme,cela empefeha que nous ne fufmes pas portez fur certains rochers dâvnc de ces Ides de Adaq-he\lc£ quels fans nulle doute amp;nbsp;fans aucune cf-perance de nous pouuoir fauucr ( tant la nier eftoit haute) culfcnt brife' entièrement noftre vailfcau.Ceftcffroy amp;nbsp;efton-nement dura enuiron trois heures , durant lefquellcs ne feruoit guercs de Æ Æ crier,bas bort,ticbort,h_aut la barre, dulo , haie là bolinc, lafehe lâefcoutc,/,^, -car cela fe fait en plaine mer ouïes Ma-ër7r riniers ne craignêt pas tât la tourmente, quâils font près de terre, comme nous e-niops lors.Le matin venu amp;nbsp;la tourméte ceflee dautât,comme iâay dit douant, que nos eaux douces eftoyent corrompues, nous en cftans allé querir de frefehe en lâvne de ces lÃcs inhabitables , trouuaf-mes non feulement la terre dâicelle cou-uerte dâÅufs amp;nbsp;dâoifeauxde toutes for-abonda ce tes, amp;nbsp;cependant tous diflcmblablcs des noltres , mais aufsi pour nâauoir pas ac- ^^a^ -couftume de voir des hommes ils eftoyét ^^'^ fl priuc2,quc fe laidans prédre à la main, ou tuer à coups de baftons,nous en rem-plifmcs noftre Barque, amp;nbsp;en rempor-
58 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;histoire
tafmcs tant que nous voulufmcs dans le Nauirc . Tellement, quoy que ce fuftlc iour quâon appelle les cendres , tant y a que nos Matelots , voire les plus Cato-liqucs Romains ayans prins bon appétit au trauail qu'ils auoyent eu la nuit precedente,ne firent point de difficulté d'en mâger. Et certes aufsi, dâautat que ccluy qui contre la dourine de lâEuâgilc a defe du certains iours lâvfagc delà chair aux C'hrefticns,nâa point encores empiété ce pais là ,ou par confequétil nâeft nouuclle depratiquer les loix de telles abftinéces, il fcmblc que le lieu les difpcnfoit allez-
Le Icudi que nous partifmes dâauprès de ces trçis Ifles nous eufmes le vent tant à fouirait,que des le lendemain enuiron les quatre heures du foir, nous
arriuafmes au port amp;nbsp;Havre des plus renommez pour la nauigation des fran-çois en ce pays là , alfauoir au Cygt; de Ltc^fdt Eric. Là ,3prcs auoir mouiHclâAncre,le ^quot;*- , Capitainc,lcMaiftrcduNauirc,amp;:quel-' qucs vns de nous autres mifmcs pied a terre , ou furie riuage nous trouuafmes grand nombre de Saunages nommez 7oUoupinainhaoults alliez amp;confcdcrcz de noftre nation : Icfqucls outre la carefle amp;nbsp;bon accueil quâils nous firent, nous
quot;ToHoit fi nah, tSamta^ei ^Utt^äft irrani-dis.
dirent des nouucllcs de Villcgagnon, dont nous fuîmes tort joyeux. En ce mef 111 e
D E Lâa M E R I QV E.
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me lien , tant auec vne rets que nous a-uions quâautrement auec des hameçons, nous pefchafmes grande quantité de plu fieurs efpeces de poifTons tous diflem-blables à ceux de par deçà .Mais entre les autres, il y en auoit vn , pofsible le plus bigerre, difforme amp;nbsp;monftrucux quâil ^^j^ cft pofsible dâen voir , lequel pour cefte miy/r««'**' caufe iâay bien voulu ici deferire . Ile- i fioit prefques aufsi gros quâvn bquucau''**quot; â¢* gt;nbsp;dâvn an , amp;nbsp;auoit vn nez long dâenuiron cinq pieds, amp;nbsp;large de pied amp;nbsp;dcmy,gar-nyde dents de collé amp;nbsp;dâautre aufsi piquantes amp;nbsp;trenchantes quâvnc fcie:dc tn-pue çon que quand nous le vifiucFfur terre remuer fi foudain ce maiftre nez , ce fut a nous de nous en donner garde, voire fur peine dâen eftre marqué, de crier lâvn a lâautre garde les iambes . Au relie la chair en clloit fi dure, quâencorcs que nous eufsious bon appétit , amp;nbsp;quâon le fit bouillir plus de vingt amp;nbsp;quatre heu res, fi nâen feeufmes nous iam.iis mâger.
Au furplus ce fut là que noâ vifmes auf 11 premicremét des Perroquets,lefqucls, ainfi que iâobferuay deflors, cobif quâils Voietiie voller fort haut amp;cn troupesfeôme vous diriez les corneilles ou pigeons en nollre France ) fi ell ce neantmoins quâils font toufiours par couples amp;nbsp;ioints lâvn à lâau ire prefques a la façô de nosTortcrcllcs.
6o
HISTOIRE
Æ.. lyjfhr J if
Cana-^ara Tttitrt.
Or à caufc de lâenuie que nous auion» dâeftre au lieu,ou nous prétendions,d ou । nous nâeftions plus quâà vingteinq ou tre te lieues, fans faire Ãi longfeiour au Cap de Frie que nous eufsions dcfirc , ayans appareille amp;nbsp;mis voilfi au vent,nous fin glafmcs fi bien que le Dimanche fcptie-meiour de Mars , laifians la haute merà gauche du cofte de lâEft , nous entrafmes â au bias de mer, ou riuicrc dâeau falcclaquelle eft nommée Ãanabara par les San-uagcs,amp; par les Portugais Gencure,par ce comme on dit quâils la defeouurirent le premier iour de lanuicr quâils nôinent ainfi. Et dâautant,ainfi quâil a ia efte tou- i cheau premier chapitre de cefte hiftoi-rc,amp; que ie deferiray encores ci apres â plus au long J que Villcgagnon des lâan precedent sâeftoit habitué en vue petite Iflcfitucc en ce bras de mer: après que dâenuiron vn quart de lieue loin nous lâeufmes faluc à coups de Canons , nous vinfmes furgir amp;nbsp;ancrer tout auprès.Voi , la en fomme quelle fut noftre nauiga- ' tion , amp;nbsp;ce qui nous aduint, amp;nbsp;que nous vifmes en allant en la terre du Brcfil.
V I.
De noÃre defcente au Fort de Co/igny en l/i ferre du BreÃl: Du recueil gue nom y fit Ville' ^agnon
B F. lâa M E R t (Xy E. 61 «a^nofJi V de /es comportemens,tane au frit de la '^/igion, /qu'autresparties deJoneoHHer~ nement en ce pays là â¢
^ 5 Nauircs doncqiics, eftans S au Havre en cefte riuicrc de j Gana^ara allez près de terre J ferme gt;nbsp;chacun .de nous ayant
troufle amp;nbsp;mis fon petit bagage dans les Barques , nous nous en allafmcs def-cendre en lâIlle amp;nbsp;Fort appelé Coligny. 'Defitntt Et parce que nous voyans lors non 'fcu-^âJ^quot;jâ^ lement deliurcz des perils amp;nbsp;dangers dont nous auions tant de fois efté enui-ronnez fur mer , mais aufsi auoir efté fi heureufement conduits au port tant de-firé, ]a premiere chofe que nous fifmes aptes auoir mis pied à terre, fut de tous cnfembleen rendre graces à Dieu. Cela fait nous allafmes trouver Villcgagnon, lequel nous attendant en vne place,après que tous lâvn apres lâautre lâcufmes fa-Iué:luy de fa part auec vn vifage ouuert, nous accolant amp;nbsp;embraflanfnous fit vn . fort bon accueil. Après cela le Sieur du^4^«a» Pontnoftre conducteur, auec'Richicr amp;nbsp;Chartier Miniftres de lâEuagi!c,luy ayls rtute» deelaréen brief la caufe principale qui nous auoit meuz de faire ce voyage,amp; de pafler la mer auec grandes dimcultcz pour lâaller trouucr: afl'auoir,fuyuant les
(Ja nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
lettres quâil auoit efentes à Gencue) que câeftoit pour dreffer vue Eglife icfor mee félon la parole de Dieu en ce pays là ,luyltur refpondant vfade ces propres paroles.
'Premen Quant a moy ( dit il ) ayant voircment âou! rquot;â ®â^s long temps de tout mon cÅur dcfirc jriUes,â- telles chofes, ic vous reçoy tres-voion-i»âquot;' tiers à ces conditions: mefmes parce que ieveux que noftre Eglife ait le renom dâeftre la mieux reformée par dclfus toutes les autres , des maintenant iâenten que les vices foycnt reprimez , la fomp-tuofité des acouftremens reformée, amp;nbsp;en fomme, tout ce qui nous pourroit cmpcfclicr de feriiir à Dieu ofté du milieu de nous . Puis leuant les yeux au ciel amp;nbsp;ioignant les mains dit. Seigneur Dieu ie te rends graces de ce que tu mâas cnnoye ce que dés fi long temps tâay fl ardemment demande :amp; dci echcf sâadrefià nt à noftre compagniedit, mes enfans (car ic veUx eftre vofti c père) coin me Icfus Chrift en ce monde nâa i len fait pour luy , ains tout ce quâil a fait à tfte' pour nous : aufsi ( ayant cefte efperance que Dieu : ic prefeuerera en vie lufqucs à ce que noâ foyons fortifiez en ce paisamp; que voâ vouspuifsicz paffer de moyitout ce que ic pretend faire ici efttant pour vous que pour tous ceux qui y viendront pour
DE LâaMERIQVE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;6^
pour la mefme fin que vous y elles venus. Car ie délibéré dây faire vnc retraite aux J)auurcs fideles qui feront perfecutez en France,cn Efpagne , ou ailleurs outre mer, afin que fans crainte du Roy ni de lâEmpereur , ni dâautres Potentats , ils puiffent purement feruir a Dieu félon fa volonté. Voila les premiers propos que Villcgagnon nous tintà nollre ar-riuee qui lut vn meccredi dixième de *ÆÆ/ 4â *«. Mars 1557.
Apres cela ayant commande que tous fes gens sâalfcmblaflent auec nous en vnc petite falc, qui eft au milieu de lâIfle , le Miniftre,Maiftre Pierre Ricliicr,aprcs lâinuocation du nom de Dieu amp;nbsp;le Pfeau me cinquième gt;nbsp;Aux paroles que ie veux dire amp;c.chantc,prcnant aufsi pour texte tes verfets du Pfeaume vingt amp;nbsp;feptic-
l nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;frr/cht lit
â¢c ⢠lay demande vue choie au Seigneur r^mtri-laquclle ie requerray encores . Câeft que â^'*ââ lâhabite en la maifon du Seigneur tous les iours de ma vicamp;c. fit le premier prefehe en ce fort de Coligny en lâAmérique . Mais durant iccluy Villcgagnon ^^^^^^^^_ entendant expofer celle matière , ne cef- enJe m-fant deioindre les mains , de leuer les''^'â^quot;quot;T
. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r ⢠durant
yeux au ciel) de faire de grands foulpirs, fnfehe, amp;nbsp;autres fcmblablcs contenances faifoit cfmcrueillcr vn chacun de nous . Sur la fin après que les prières folennellcs
lt;^4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
( felon Je formulaire accouftumé es Eglp fes réformées de France vn iour ordonné en chacune femainc) furent faites, M compagnie fc départit. Toutesfois nous lj«întû'sâ^ autres nouueaux venus demeurafmes amp;nbsp;receufmt, dîlnafmcs ce iour la en la mefme falle,ou gâJn,iéfû pour toutes viandes nous eufmes , de h commence ta 1 î IIc fû i tc d c rac ine, d u p o i JTo n boucanef c'eftà dire rofti à la manière des Saunages , d autres racines cuites aux cendres, amp;nbsp;pour bruuagc(nây ayant en cell lüc fô-tame ni puits, ni riuicre dâeau douce) de lâeau-dâvnc cifterne, ou pluftoft dâvncf-goutdc toute la pluie qui tóboit en lâIflc, laquelle cftoit aufsi verte , orde amp;nbsp;fale qu eft vn vieil fofîé toutcouuert de Grenouilles. Vray eft quâen comparaifon de celle fi puante amp;nbsp;corrompue que i'ay dit ci douant que nous auions beuê au Na-uirc, encore la trouuions nous bonne. Mais pour noftre dernier mets ( amp;nbsp;pour nous refraifchir)au partir de la, on nous mena tous porter des pierres,amp; delà terre au Fort de Coligny qui fe continuoit: câeftlcbon traitement que Villcgagnon nous fit le beau premier iour à noftre ar-riuce . Danantage furie foir quâil tuft queftio de trouucrlogis.lefieur du Pont amp;nbsp;les deux Miniftres eftas accommodez en vnc chambre telle quelle au milieu de iâIfte , pour gratifier à nous autres de la
Religion
D E tâA MERI QV E. ^5 Religion,on nous bailla vne petite mai-fonnette, quâvn Sauuagc efeiaue de Vil-legagnon acheuoitde couüiir dâherbe,amp; baftir à fa mode fur le bord de la nier, en laquelle,à la façô des Ameriquains,nous pendifmes des linceux amp;nbsp;lifts de Coton cnlâair pour nous coucher, Olt; des le ien demain amp;nbsp;les iours fuyiians,Vilicgagnô, fans que la necefsité l'en contraignit, amp;nbsp;fans auoir cfgardà cc que nous cillons tousfoi t affoiblis du paflage de la mer,ni à la chaleur quâil fait en ce pays là : ioint le peu de nourriture (nâayans chacun par jour pour toutes viandes , que deux gobelets de farine dure, faite des racines, dont iâay parle e dâvue partie de laquelle, auec de cefte eau trouble de la eifterne .fufdite, nous faifions de la boulie,amp; mâgions le relie tout fec) nous fit porter la terre amp;nbsp;les pierres,pour baftir fôFort: voiredâvne telle dihgcce, quâcllans contraints,auec ces incommoditez amp;nbsp;debi-' lirez,de tenir coup à la befôgne, defpuis le point du iour iufqucs à la nuit,il fem-bloitbien nous traiter vn peu plus rudement que le deuoir dlvn bon pere cn-uers fcs enfans(tel quâil auoitdità nollre arriuce nous vouloir élire ) ne portoit. Toutesfois tant pour lâcnuic que nous auions que ce baftiment amp;nbsp;retraite des fideles, quâil difoit vouloir faire en ce
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H I s T o I R S
pays là fc parachcuaft, que parce que Maiftre Pierre Richier noftre plus Ancien Miniftrc, pour nous accourager da-uantage difoit que nous allions trouiie vn fécond faint Paul en Villegagnon (comme de fait, ic nâouy iamais nomme mieux parler de la Religion amp;nbsp;reformation Chrefticnne quâil faifoit pour lors) il nây eut ccluy, par manicre de dire ,qui outre fes forces ne sâeployaft alegrcmcnt l efpacc d'enuiron vn mois,pour faircce meftier, lequel neantmoins nous nâauiôs pas accouftume.Surquoy ie puis,tlirc Vil Icgagnô ne sâeftre peu plaindre luftcmér, que tant quâil fit piofcfsion de lâEuan-gile en ce pays là ,il ne tiraftdc nous tout le feruice quâil voulut. le referue à parler ailleurs tant des racines, dont i'ay frit mention , que de la propriété delà farine que les Saunages font d'icelles.
L*orJrt Efclf/ia Ãitfue eÃa hit par y lUe^a-^»on.
Ainfi pour retourner au principal, dés la première femaine que nous frf-mes là arriuez, non feulement il con-fcntit, mais aufsi luy mcfmc cftablit cell: ordre : affauoir, quâoutre les pricres publiques qui feferoyent tous les foirsa-pres quâon auroit laide la befongne, les Miniftres prefeheroyent deux fois le Dimanche, amp;nbsp;tous les i^ours ouuriers vnc heure durant : confentant aufsi au refteque les Sacremens fuirent admini-ftrez
D E Lâ A M E R I QV E. 6^ ftrei felon la pure parole de Dieu, amp;nbsp;que '' ^ la difciplinc Ecdeliaftiquc fut pratiquée contre les dcfaillans.
Suyuant doneques celle police Eeele- â^°â'ii^'^~-^ fiaftiquc,lc Dimanche vingt Se vmême tremrfut de Mars que la fainte Cene de noftre gt;ci-gneur Icfus Chrift fut célébrée j les Mi- hreeme^ Jiiftrcs ayans auparauant prépaie Se ca-âquot;^'^quot;*' ihechife tous ceux qui y deuoyent communiquer , parce quâils nâauoyent pas bonne opinion dâvu certain l£an Cpin-ta qui fefaifoit appeler monficur Hc-f,{â^^j, «Sot autreslois dodeur de Sorboiinesâquot;quot;/« lequel auoit paÃe la mer auec nous, i] ^ââ^'â ^'âquot;⢠fut prié par eux de faire confefsion de fa foy : ce quâil fit amp;nbsp;abiura publiquement Jcpapifmc.
Semblablement Villcgagnon faifant toufiours du zélateur,apres le fermon a- j,.â cheue sâeftât leue debout amp;nbsp;alléguât que^u^'f^n-les Capitaines,Maiftres de Nauirc-s,Ma-^^quot;'''V-telots, amp;nbsp;autres qui y ayant afsiftez nâat y â^' uoyent encores fait profefsiondelà Rc- *'*â'^ ligion, nâeftoyent pas capables dâvn tel miftcrc,lcs faifant fortir dehors ne Voulut pas quâils viffent adminiftrer le pain amp;nbsp;le vin. Dauantage luymcfmcs tant, comme il difoir, pour dédier fon l'ortà Dieu,que pour faire cóhfefsion de fa foy en la face de riiglifc,fenii/ttant à genoux prononça à haute voix deux Oraifons»
E a
68 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
defqucllcs ayant eu copie, afin que chacun cognoiÃe combien il eftoit malaifé । de cognoiftre le cÅur amp;nbsp;lâintérieur de cefi homme,ie les ay ici inférées de moti mot,fans y changer vne feule lettre-farai/en Mon Dieu ouure les yeux amp;la bouche g -gHcnfii de mon entendemét, adrefle les à te faire ^^âpriyen' confefsion , pi ieres amp;nbsp;actions de graces i ^^«/« des biens cxccljcns que tu nous as faits. 'â DlEV TOVT P VISSANT Viuât amp;
' Immortel Perc Eternel de ton fils Icfus * Chiift noftre Scigneur,quipar ta proui-dcncc auec ton fils gouuernes toutes cho fies au ciel amp;en terre,ainfi que par ta bon i te infinie tu as fait entendre à têsedeus i dcfpuisla création du monde, fpecialc- â ment par ton fils, que tu asenuoyéen terre,par lequel tu te manifeftes , ayant dit à haute voix,Efcouté2 lc:amp;aprcsfon afccnfion par ton S. Efprit cfpandu fur les Apoftres. le rccognoy à ta fainte Ma-iefle ( en prefence de ton Eglife , plantée i par ta grace en ce pays ) de cÅur , que ie i nâay iamais trouve parlaprcuue queiâay 1 faite , amp;nbsp;par lâcflay de mes forces amp;nbsp;pru- I dcnce,finon que tout le mien qui en peut fortir font pures Åuurcs de tenebrcs,fa-piencede chair polue en zelc de vanité', tendit au fcul but amp;vtilite' de mon corps. Au moyen dequoy,ie pi otefte amp;nbsp;confefle franchement, que fans la lumière de ton faint
D E lâa M E R I QV F. tf^ faint Efprit, icânc fuis idoine finon à pccher:par ainfi me dc/pouiHant de toute gloire , ie veux que ion fache de moy que sâil y a lumière , ou fcintillc de vertu enlâÅuureprinfe que tu as fait par moy, ida confefleà toyfcul, fouicc de tout bien. En cefte foy dunequesi mon Dieu ie te tends graces de tout mon coeur,que il tâa pieu mâauoquerdes affaires du mon de, entre lefquels ie viuoye par appétit dâambition , tâayant pieu par lâinfpnatiô de ton faint Efpritmc mettre au liait, ou en toute liberté icpuilfe te feru ir de tou tes mes forces amp;: augmentation de ton faint Regne. Et ce fai fan t apprcflcr lieu amp;nbsp;demeuranee paifible à ceux qui font priuez de pouuoir inUoquer publiquement ton Nom,pour te famSifier amp;nbsp;adoreren efprit amp;nbsp;vérité , rccognoiftrc ton fils noftre Seigneur Icfus , cftrelâvnique Mediateur,noftre vie amp;adrcflc,amp; le feul merite de noftre falut. Dauantage ie te remercie ô Dicüdc toute bonté, que me ayant conduit en ce pays entre ignorans de ton Nom ?c dera grandeur:mais poiTc dez de Satan,comme fon heritage, tu me ayes preferué de leur malice , combien que il. fufle deftitué deforces humaines: mais leur as donné terreur de nous , tellement quâà la feule mc.ntion de nous ils tremblent de peur , amp;nbsp;Jes as difpofcz Ã
HISTOIRE
7°
iidifoit nous nourrir dclcurs labeurs. Et pour ceci parce refréner leur brutale impctuofitc les as afi'inez de très cruelles maladies, nous irà crchnai en pi cfeiuant : tu as oûe de la terre ceux r'Z^cedt qni nous eftoyent les plus dangereux, amp;nbsp;»«P/ran-reJuif les autres en telles toibleflcs que vV^T-« ds nâofent rien entreprend!cafur nous. feurere/i, /^u moyen dequQy 3yons le loilirdepren en'ââcmperâ- drc racine en ce lieu , amp;nbsp;pour la cumpa-tabea;- gnic quâil tâa pieu y amener fans deftour-p'« waquot; hier,tu y as eHabl/ le regime d yne Egli-ueugar/n fc,pour nous entretenir'en vnite- amp;nbsp;crain
te de ton faihâ: Nom,afin de nous adrcf-fer à la vie éternelle.
Or Seigneur * puis qu'il t'a pieu efta-blir en nous ton Royaume , ie te fupplie par ton fils Jefus Chnftlequel tu as voulu quâil fuft hoftic pour-nous confirmer en ta dileelion , augmente tes graces (i nofrre foy,nous fanfhfiant amp;nbsp;illuminant par ton faind Efpjit, amp;nbsp;nous dedie tellement à tom fermée, que tout noftre eftude,foit employé à ta gloire. Plaife toy aufsi noftre Sci-gneur amp;nbsp;Pçre eften-dre ta benediâion fur ce lieu de Coli-gni,jSf pays delà France Antardique» poureftre inexpugnable retraite à ceux qui-a bon efeient, amp;nbsp;fans ypoenfe y aU' rónt recours , pour fc dediCr auec nous à lâexaltation de ta gloire, amp;nbsp;que fans trouait des .hérétiques * te puifsions in-uoquer
D E lâa M E R I QV F' 7* uoqucr en vérité : fay auÃi que ton E-uangilc regne en ce lieu y fortifiant tes feruitcurs de peur qu'ils ne trebufchcnt en lâerreur des Epicuriens, amp;nbsp;autres a-, poftats : mais foyent conftans à perferî uerer en la vraye adoration de ta Diui-nité félon ta fainâe Parole. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3
Quâil te plaifeaufsiô Dieu de toute bonté eftrc Protefteur du Roy noftre Souuerain Seigneur félon la chair, de fa ' femme, de fa lignee,amp; fon Conlcil:Mef-fneGafpard de Coligny, fa femme amp;nbsp;fa lignee,Ics conferuant en volonté de m.ain , tenir amp;nbsp;fauorifer cefte tienne Eglifc, amp;nbsp;vucille à moy ton trcshumblc cfcla-ue donner prudence de me conduire de forte que ie ne fouruoye point du droit chemin amp;nbsp;que ie puifle rcfiftcr à tousles empefehemens que Satan me pourroit faire fans ton aide, que te cognoiflions perpétuellement pour noftre Dieu Mifcncordicux, luftc luge, amp;nbsp;Conferuateur de toute chofes auec ton fils lefus Chrift régnant auec toy amp;nbsp;ton fainéi Efprit, efpandu fur les A-poftres. Cree donc vn cÅur droit en nous, mortifie nous à péché: nous régénérant en homme intérieur pour viure à iufticc,cn affuiettiflant noftre chair pour la rendre idoine aux actions
E 4
ji nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
de Fame infpirce par toygt; amp;nbsp;que faifions ta volonté en terre-, comme les Anges au ciel. Mais de peur que l'indigence decerchcr nos necefsitez , ne nous face tresbucher en péché par deshancede ta bonté, plaifc toy pourucoir à noftre vie, amp;nbsp;nous entretenir en faute . Et ainfi que la viande terreftre parla chaleur delâc-ftômach fc conucrtit en fang amp;nbsp;nourriture du corps, vueillcs nourrir amp;nbsp;fuftan-ter nos âmes delà chair amp;du fang de ton fis , iufques aie former en nous, amp;nbsp;nous en luy: chafiant toute malice ( pafture de Satan ) y fubrogant au lieu dâicelle , charité amp;nbsp;foy^ahn quefoyons cogneus de toy pour tes enfans , amp;nbsp;quant nous tâaurons olFcnfé, plaife toy Seigneur de Mi-fericordc, lauer nos péchez au fang de ton bis,ayant fouuenancc que nous foin rrids conceus en iniquité, amp;nbsp;que naturel-lemet parla defobtidanced'Adam-^peché eft en nous. Au furplus cognois que no-Itrc ainc ne peut exécuter le faint defir de tâobéir par lâorgane du corps imparfait amp;nbsp;rebelle.Par ainfi plaife toy par le mérite de ton fils lefus ne nous imputer point no.' fautes,mais nous imputant le facrihcc de fa mort amp;nbsp;pafsion que par foy allons fouffert auec luy,ayans efté antez en luy par la perception de fou corps au miftere de lâEuchariftie. Sem-
. â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;bla-
DE L A M E R I Q_V E.
blablement fay nous Ia grace quâà Iâc-xéple de to« fils qui a prit pöuf ceux qui lâontperfecutéjnous pardonnions à ceux qui nous ont ofienfez, amp;nbsp;au lieu de vengeance procurions leur bien comme sâils eftoyent nos amis . Et quand nous ferons folicitcz de la mémoire des biens,fplcndcurs, pópes, amp;nbsp;honncurs.de ce monde, eftans au contraire abatus de pauurcté amp;dc pefanteur de la croix de tô fils efqucls il te plaifc nous exercer pour nous redre ôbciflans,de peuf que cngraïf fez en félicité mondaine , ne nous rebellions contre toy , fouftiens nous amp;nbsp;nous adoucis lâaigreur des aftliélions, afin que elles ne fuffoquent la fcmcnce que tuas mife en nos cÅurs. Nous te prions aufsi Pereeelefte, nous garder des entreprifes de Satan, par Icfquellcs il cercheà nous defuoyenpreferue nous de cesminiftres amp;nbsp;dés Sanuagesinfenfez, au milieu def- a^sX»» quels il te piaift nous côtenir 8é entrete- ^a'«â¢Â«Â» nir,amp;Jcs apoftats âdelà Religion chre- Ãl/^^n ftienneefpars parmi eux: mais'plaifc toy /â/»'âz^quot; les rappeler à ton obcinance,afin qu'üs'fc iXXquot; conuertifient, amp;nbsp;que ton Euaiaeile foit â'ââl'i,â^»â
L1 ⢠' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t y â oH^fi rn ce publie par toute la terre , amp;nbsp;qù en toute fa,,une nation ton falut foit annoncé. Qui vis amp;nbsp;feytuiurët règnes aucc ton fils amp;nbsp;le faint Ãfprités ufifmâ^ ficelés des ficelés Amen. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n : ⢠errUee.
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HISTOIRF.
lt;^VrT^E. 0 li^yl ! S 0 7^ Ã nofire Seigneur lefiu Ãhrifi, ^ue iedtt 'UtUegagnon profira tout d vne jutte.
lESVS CHRIST fils de Dieu viuantccctcrncl,amp; confubftanticl,fplcn-deur de la gloire de Dieu, fa viue image» par lequel toutes chofes ont efté faites» qui ayant veu le genre humain eondam-Mc parlâinfalliblc iugement de Dieu ton perc par la tranfgrefsion dâAdam,lequel nomme pour iouyr de la vie amp;nbsp;Royaume ctcrncl, ayant efte fait de Dieu d'vue terre non poluê de femence virile, dont il peut tirer necefsite de péché, doué de toute vertu , en liberté de franc arbitre de fe conferuer en fa perfcélioh : ce neantmoins allcfché par la fenfualitéde fa chair , folicité amp;nbsp;cfmeu parles dards enflammez de Satan, fe laifla veincrc» au moyen dequoy , encourut lâire de Dieu, donc enfuyuoit lâinfaUrblc perdition des humains , fans toy noftre Seigneur qui meu de ton immenfe amp;nbsp;indicible charité tâes prefenté à Dieu ton pere. tâeflant tant humilié de daigner tefubftituer au lieu de Adam pour endurer tous les flots de la mer de lâindignation de Dieu ton Perc, pour noflre pur-
B E tâA ME RI QV à 75 purgation . Etainfiquc Adam auoit cftc fait déterre non corrompue ^ fans fc-mcnce virile, as efte conceu du Saint Eiprit en vne Vierge, pour eftre fait amp;formcen vrayc chair comme celle de Adam fubiette à tentation amp;nbsp;continuellement exercé pardellus tous humains* fans peche J amp;nbsp;finalement ayant voulu anter en ton corps par toy, ccluy A'dam amp;nbsp;toute fa poltcritc , nourriflant leurs ames de ta chair amp;nbsp;de ton fang, tu as voulu fouffrir mort, afin que comme membres de ton corps, ils fc nourrirent en toy,amp; quâils plaifcnt à Dieu ton pere, offrant ta mort en fatisfaflion de Icürs offences comme fi câeftoit leur propre corps. Et ainfiquclc péchéd Adam c-ftoit deriué en fa pofterite , amp;nbsp;par le péché la mort, tu as voulu, amp;nbsp;as impetre de Dieu ton Pere, que ta iufticc fuft imputée aux croyans , Icfqucls par là ,manducation de tachait amp;nbsp;de ton fang, tu as fait vus auec toy, amp;nbsp;transformez en toy comme nourris de ta chair èi fubftan ce, leur vray pain pour viurc éternellement comme enfans de Iufticc amp;nbsp;non plus dâire. Or puis quâil tâa pieu nous faire tant de bien , amp;nbsp;quâeftant afsis à la dextre de Dieu ton pere , là ctcrncl-iement es ordonné noftre interceffeur, amp;nbsp;.Souuerain Preftre , félon l'ordre
j6 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R «
de Melchifedec , aye pitié de nous , con-fcruc nous , fortifie amp;nbsp;augmente noftre foy , offre à Dieu ton Pere la confefsion que ic fay de cÅur amp;nbsp;de bouche, en pre-fence de ton Eglife me fanciitiant par tô Efpi it comme tu as promis difant: le ne vous lairray point orphelins. Auance tô Eglifc en ce lieu , de forte quâen toute paix tu y fois adoré purement.Qiii vis amp;nbsp;régnés auec luy amp;nbsp;le faincf: Efprit és ficelés des ficelés éternellement. Amen.
yiHtfa- C E S deux prières finies Villcgagnon gâoiifMt £q prefenta le premier à la table du Sci-gneur5amp; reccut a genoux le pain a Je vin de la main du Miniftrc.Cepcndât,amp;pour Je faire court,fclon quâon apperceuoit ai-fément que luy amp;nbsp;Cointa t nonobftant comme il a effé veu quâils euflent renoncé à la Papauté ) anoyent plus dâenuie de ^ifpKtti debatre amp;nbsp;conrefter , que dâapprendre amp;nbsp;dtC tima de profiter, aufsi ne demeurèrent-ils pas ^f^^^J^-!â~ ^®â^fî temps fans cfmouuoir des difputcs t»ucfyant touchant ladoftrinc. Mais principale-ment furie point delà Cenc ⢠car qiioy (rirntM. quâils reiettaflent la 1 ranfubftantiation de lâEglife Romaine comme vnc opinion fort lourde amp;: abfurde, amp;nbsp;quâils ne approuuafient non plus laConfubft-itia-tion , fi ne confcntoycnt-ils pas à ce que les Minifircs enfeignans que te fus Chriû par la vertu de fon faincl Efpiit fe com-muni-
DE LâaMERIQVE. 77 muniquc du ciel en nourriture fpirituel-Je à ceux qui reçoyuentlcs fignesen/oy, maintenoyent parla parole de Dieu,que le coips du Seigneur nâeftoit ni enclos ne thauge- en içeiix . Car difoyent Ville-gagnon amp;nbsp;Cointa , ces paroles: Ceci eft mon corps-Ceci eft mon fang, ne fc peu-uent autren et prendre finon que lecorps amp;nbsp;le fang de i Jus Chrift y foycnt conte-nus.Si vous demandez commet donqucs veu que tu as dit quâils reiettoyent les deux fufditcs opinions de la Tranfub-ftantiation amp;nbsp;Confubllitiation l'entcn-doycnt-ils? Certes comme ic nâen fcay rien aufsi croy-ic fermement que ne fai-, foyent-ils pas eux meftnes : car quand on leur monftroitpar dâautres paflage» que ces paroles amp;locutiüs font figureesï câeft à dire que l Efcriturc a accouftumé d'appeler amp;nbsp;nommer les Agnes des Sa-Clemens du nom de la chofe lignifiee,cô-bien qu ils ne peuflent répliquer chofe qui eut apparéce du contraire, ils ne laif foycnt pas pour cela de demeurer opi-niaftres : tellement que fans fcauoir le moyen comme cela fc faifoit, non feulement ils vouloyent manger grofsicre-ment pluftoft que fpirituellcmét la chair de lcfus Chrift, mais qui pis eft à la manière des Saunages nommez 0»-rZ4M/, defqucls iâay parlé par ci douant, ils la
78 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
vouloyent mafcher amp;nbsp;aualcr toute crue* Toutesfois , Villegagnon qui feignoit ne dcfircr rien plus, que dâeftre droP j:«'«i(.HH/« te/nent enfeigne , afin de faire bonne Æ mine renuoya en France Chartier Mi-Z-f Mini- niftrc dans Tvn des Nauircs ( lequel a-^rj flt;,«r-pj-çj qyâij fut chargé dcBrcfil} amp;nbsp;autres tur fmr- -T 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 - r 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠I
g.:oy r,H- marchandifcs du pays , partit le qua-'^â}â f tricnic de luin pour sâen reuenir) aë r,ÿf^4- difoit il de feauoir amp;nbsp;rapporter les o-Sââquot;- , pinions de nos doreurs fur ce diffcrcut de la Cene : amp;nbsp;nommément celle de Maiftrc lean Caluin à l aduis duquel di' foit il , 11 fc vouloir du tout fubmettre. Et de fait icluy ay ouy fouuentefois rei' terer ce propos.Monlicur Caluin cft rvn des feauants perfonnages qui ait efté depuis les Apoftres: amp;nbsp;n ay point leu de docteur qui ait mieux expofé ni traité Pef-criturc fainte plus purement imo». i -, quâil à fait. Aufsi pour monftrer quâil le
L,ttrfS dt i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, y
11,Ues- rcueroit,non iculemcnt en larclponcc i»â â aux lettres que nous luyportafmcs de fa part luy mada-il bien au long de tout fon eftat en général, mais particulièrement (ainfi quâil fc verra encores à la fin dePo riginal de fa lettre en datte du dernier de Mars mil cinq cens cinquante fept laquelle eft en bonne gardc)il cfcriuit dâan crede Brcfil amp;nbsp;de fa propre main ce qui s'enfuit.
lâadiou-
DE LâAMERI Q_V E 7^
Iâadiouftcray 1e confciJ que vous mâa- »^ uez donne par vos lettres, mâeforçant gt;» de tout mon pouuoir de ne m'en def- â* uoyer tant peu que ce foit. Car de fait ié »» fuis tout perfuadé quâil nây en peut a- gt;» voir de plus faint, dioit, ni plus entier, j» Pourtant aufsinous auons fait lire vosâ» lettres en lâaflcmblce de noftre confeil: â» amp;nbsp;puis apres enrègiftrer afin que sâil âgt; adulent que nous nous deftournions duâgt; droit chemin, par la Icdure dâicelles ,» nous fuyons rappelez , amp;nbsp;redreflez dâvn â tel fouruoyement. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â»
Mefmes vu nommé Nicolas Carmeau qui fiitlc porteur de fes lettres, amp;nbsp;qui e-ftoit parti des le premier iour dâAuril dans le Nauirc de Rofee, me dit en prenant congé de nous,que Villcgagnon luy auoit commandé de dire de bouche à Monfieur Caluin, quâafin deperpetuer la mémoire du conlcil quâil luy auoit baillé, il le fcroit engrauer en cuyure ; comme aufsi ïl auoit baillé charge audit Carmeau de luy ramener de France quel que nôbre de pcrfonnes,tanthómcs,fem incs,quâcnfans, promettât quâil defraye-roit amp;nbsp;payeroit tous les defpês que ceux . de la religion feroyent à lâaller trouucr.
Mais auât que pafler outre ic ne veux pas obmettre de faire ici mention de dix garçôs Saunages aagezde neufà dixans
So nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
quot;J^ixgar- Si au dcffous xprius en guerre par les Sau «.«s« ex- wages amis des traçais,qui les auoyctvc »»?»L « dus pour efclaucs à Villcgagnô) Jefqucls après que le Mimlrrc Richicr a la hn d vnprefehe leur eut impofe- les mains, amp;nbsp;que nous tous enfemblc eufmes prie Dieu quâil leur fift là grace d eftre les pre miecs de ce pauiirc peuple,pour eftre at-tiié à la cognoilfancc de fon falut, furent embarquez dans les Nauircs (qui comme iâay dit, partiient dés le quatrième de Juin) pour eftre amenez en France, ou eftans arriuez amp;nbsp;prefentez au Roy Henry fécond lors régnant, ilenfitprefentà quelques grands Seigneurs: amp;nbsp;entre autres 11 en donna vn à Ru Monficurde Pa^ fy, lequel ie recogneu chez luy à mon retour.
Prmieri Au furplus le troifcmc iour dâAvril, fJemffei^ deux ieiincs hommes , domeftiques de ^â*f^âââ Villegagnô cfpouferét au prefehe à la ft fiiemen çô dcs tglifcs réformées, dcux de fes ieu l^merij. nes fillcs que nous aiiiôs menées deFrâce en ce pays là . Et en fais ici mention tant parce que non feulement ce furent les premières nopecs amp;mariages faits amp;nbsp;fo-Icnnifcz a la façon des Cnreftiens en la terre de lâAmérique,mais aufsi parce que beaucoup de Saunages , qui nous eftoyét venus voir furent plus eftonnez devoir des femmes veftues , dont ils nâauoyent iainais
iamaisvcu auparauant) quâils ne furent csbahis,dcs cérémonies qui leur eftoyét aufsi du tout incogneues. Scmblablcmét le dixfeptieme de may Cointa efpoufa vnc autre ieunc fille parente d'vn nommé la Roquette de Rouen lequel ayant paflé la mer quant amp;nous,amp;cftant mort quelque temps aprçs que nous fufmes là ar-riiicz, laifla hcritiere fadite parente de la marchandife quâil auoit portée j laquelle confiftoit en grande quantité de cou-fteaux,pdgne^mirouers, fri fies, ,haims à pe(7hcr, amp;nbsp;autres petites â befôgnes prod près à trafiquer entre les Saunages. Cela vint bic à point à Cointa, lequel fe fccut bien accommoder du tout. Les deux autres fiJlcstcar comme il a efié veu en no-ftre embarquement,, elles eftoyent emqi) furent a.ufsi incontinent après mariées a deux Truchemens de Normandie : tellement quâil ne deméura plus entre nous femmes ni filles chrefticnnes à marier.
Surquoy afin de ne taire non plus ce qui cftoit louable que vitupcrable en Vil legagnon,ic diray cnpaflant, dâautà tque certains Normans Icfqncls dés longtëps au paranant quâil fut en ce pays là , sâeftas fauuez dâvn Nauirc qui auoit fait naufrage,eftà s demeurez parmi les Sauuages où viiians fans crainte de Dieu, ils pail-lardoycnt auec les femmes amp;nbsp;filles (cômr
gl nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRP.
me iâen ay veu qui en auoyent des enfans ia aagezde quatre à cinq ans ) tant di-ic pour reprimer ccla,quc pour obuier que nul de ceux qui ftifoyent leur relidencc eni llien cn abuGlt de cefte façon: Vil-Icga^non , par l'aduis du confeil, lit dc-«»»»e «r-fence à peine dclavic que nul ayant ti-d,quot;^.e,- tre de Chrcfiitn , n habitaff auec les quot;nbsp;femmes des Saunages . 11 eft vray que lâordonnance portoit » que li quelques v-nes eftoyent appelées à la cognoiflanec de Dieu,'quââpres quâelles feroyent bap-tifees , 11 fcroit permis de les efpoufer. Mais toutainfi, quelques lemonltrances que nous ayons par pluficurs fois faites à ce peuple barbare , quâil nây en eut pas vne qui lailfant fa vieille peau voulut ad UOiier Icfus Chrift pour fon fauiieur:auf fl tout le temps que ic demeuray là , nây eut il point, de François qui en printà femme. Ncantm.oins comme cefte loya-uoit doublement fon fondement fur la parole de Dieu , aufsi fut elle fi bienob-_ fornée , quemon feulement pas vn feub yrtyrââ» tant des ges de ViHega^nôjque de noftre *«'*Â«â¢Æ compagnie ne la tranfgrclfa gt;nbsp;mais aufsi, quoyque i'aye entedu dire dt luy au con traire depuis mô retour,alTauoir quâeftât tn l'Amcriq. il fcpoltioit auec les femes Saunages, ic luy rendray ce tefmoignage qubl nâen eftoit point foupçonne de noftre
DE lâ A M E R I 0^ E. 8^ ftre temps. Qui plus eft il auoit tcJlemêt en recommendation Ja pratique de fou ordonnance, que nâeuft efte Jâinftantc rc-quefte que quelques vns de ceux quâil ai-moit le plus luy firent pour vn i ruclic-ment, qui eftant allé en terre ferme auoit elle conuaincudâauoir paillarde auec vnc de laquelle il auoit ia autres fois abufé,au lieu quâil ne fut puni que de la cadenc anfa^/ro»' pied , amp;nbsp;mis au nombre des cinaiics , il vouloir quâil fut pendu.Villcgagnon dô-ques,felon que iâen ay cogncu,tant pour fon regard que pour les autres, eftoità louer en ce point : amp;nbsp;plcuft à Dieu pour lâaduancemcntde lâEglifc amp;pourlc h uit que beaucoup de gens de bien en rece-nroyent maintenant,quâil fc fuft aufsi bié porte' en tous les autres.
Mais mène' quâil cftoit.au refte dâvn c-fprit dccontradi(ftion,nc Je pouiiant con tenter de la fimplicité , que lâEfcriture fainte monftreaux vrais Chreftiens touchant lâadminiftration des Sacremens: il aduint le lour de. Penthecofte fuy- J^Zy* uant , que nous fifmes la Cène, pour la féconde fois , luy alléguant que faint /Z/Ja4^ Cyprian , amp;nbsp;faint Clement auoyent cf- tientje ent quâen !a celebration d iccllc il falloir li'^'^M, mettre de lâeau au vin , non feulement il vouloir opiniaftrcmcnt,amp; par necefsi-te que cela fefift, mais aufsi affermoit
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HISTOIRE
^ vouloît qu'on crcut que le pain confa-crc profitoit autant au corps quâà Fame. Dauantagc quâil falloir meflerdu fel amp;nbsp;de lâhuile aucc lâeau du baptefme. Qu^vn Miniftre ne fepouuoit remarier en fécondes noçcs : amenât le palfagc de faint Paul à Timoth. Qjte l'Euefque foie mari dâvue feule femme. Brief ne voulant plus defpendre dâautre confeil que du lien propre, amp;nbsp;fans fondement de ce quâil di-foit en la parole de Dieu il voulut lors abfolument tout remuera fou appétit. Mais afin que chacun foit aducrti comment il argumentoit inuinciblcmêt, d'en tre pluficurs fentences delâEfcriture que il ncttoit en auant, prétendant prou-ucr ce/juâil vouloir maintenir , iâtn pro-poferay ici vue . Voici doneques ce que ic luy ouï vn iour dire à lâvn de fqs gens. mâJ!*^igt;ii- Nâas tu iamais leu cnlâEuangile du Le-^utfar preuxquidità Icfus Chrift, Seigneur fi * 'âif£â'î- j^j y^.yx tu me peux guérir: amp;nbsp;quâincontinent que Icfus luy eut dit, ie le veux fois net, 11 futnet.Ainffidifoiteebon expofi-tcur)quâd lefusChriftà dit du pain,Ceci eft mô corps,il faut croire fans autre in-terpretationquâil y eft enclos;amp; laiflosdi rc ces ges de Gcneue:nc voila pas bic interpreter vn paffage par lâautre- Câeft cer tes aufsi bien rencontrer , que celuy qui allégua en vn Concile, que puis quâil eft eferit
D E Lâa M E R I QJ E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;85
cfcrit qucDicu à crce l'homme à fon ima gejqu'il faut doneques aiioir des images. Partant quâon iuge maintenant par ceft efehantilJon fi Ja 1 heologie de ViJlcga-gnon qui a tant fait parler de Juy^nâeftoit pas feriale ? amp;nbsp;fi entendit fi bien JâEferi-turc, comme il sâeft vante, il nâeftoit pas pour faire tefte en difputc , amp;nbsp;clone la bouche à Caluin, amp;nbsp;à tous ceUx qui le voudroyent maintenir ? Icpourrois ad-ioufter beaucoup dâautres propos aufsi ridicules que le precedent, que ic luy ay ouïtenir touchant cefte matière des Sa-cremens . Mais parce que quand il fut de retour en France, non feulement Petrus Richcrius Iç defpcignit de toutes fes couleurs , mais aufsi que dâautres après rEftriUcrentâ, amp;nbsp;Efpoulfeterent ft bien ^f^/^Z« quâil nây fallut plus retourner, craignant^nep'if dâennuyer les ledeurs , ie nâen diray ici dauantage . En ce mcfmc temps Cointa, tre yiUe-voulant aufsi monftrer fon feauoir, fc mità fairc leçons publiques : mais ayant Letanide commence lâEuangile félon faint leantâquot;'quot;â-(matière telle amp;nbsp;aufsi haute que feauent ceux qui font profefsion de rhéologie) il rencontroit le plus fonuêt aufsi a propos quâon dit communément que magni beat eft à matines : amp;nbsp;toutesfois câeftoit le fcul fuppoft dc'Villcgagnon en ce pays là ,pour impugner la vraye dodrinede
8lt;Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
lâEuagile. Cornent doc? dira iciquclcim, Toai.i.li .'c Coidelier fiere Andre I hcuct quife ti.c;..8. plaint fl forten fa Cofmographic quclcs Miniftrcs que Caluin auoit enuoyez en lâAmcriq. enuieux de fon bié amp;nbsp;entrepre nans fur fa charge,lâcmpcfthcrcnt de gagner les âmes e/garces du panure peuple Sanuage , fc taifoit-il lors ? cftoit-il plus affedtionne entiers les Earbares, quâà la d . fence dcTEglifc R omaine, dont il fe fait fi bon pilicr?La rcfponcc à cefte bour j/r^'a. de de Theuet en ceff endroit fera, que tout ainfi que i'ay ia dit ailleurs, quâil c-ftoit de retour en France auant que nous arrinifsions en ce pays la , aiifsi pricie derechef Ifs lecteurs de noter ici en paf-fant, que comme ien'ay fait ni ne feray aucune mentio de luy en tout le difeours prefent touchant les difputes que Ville-gagnon amp;nbsp;Cointa eurent contie noirs au fort de Colligni en la terre du Brefh ou'aufsi nây a il iamais veu les Minières dont il parle, ni eux femblablcmentluy. Partit que ce bon Catholique Theuctile quel auoit lors vn fode, de deux mille lieues de mer entre luy amp;nbsp;nouspourcm-'^ pcfclicr qi ~ les Saunages à npftre occa-
hon ne fc ruaffent fur luy SclcmifTcnta Cofn. mort , ainli que contre vérité, dâautant lu 1.11. -omme iâay dit ouâil ùâyeftoit pas de no-.eh,i. j^j.p temps il à ofSeferire J fans rcpaiftic Je mon-
D F lâa:M F R I G^V F.quot;
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le monde de telles ballrucrncs , allégué«^*' d autre exemple de f^n zclc, que cci-uy quâil dit aiiOir eu en la conucrûô des Sau wages li les Miniftres ne l euflcnt empcl\ the, car eda eft faux. Or pour retourner a mon propos , incontinent après cefté Cene dc Pcnthccofle Viliegagnon declarant auoir change lâopinion quâil difoit autresfois auoir cue de Caluin , fans at-tcndie fa refponce j quâil auoit euuoyc quérir en France , par ieâ Miniftre Char- viRtg^g. tier,dit quccâcftoit vn mefchant amp;vn hd ^^'^â/^^J^ retique defuqyéde la foy : amp;nbsp;dc fait dcf^ peu ^»pa-lors nous moquot;,ftrant vn tort maunais vi-^*^quot;^'^ fage, mefmes adiouftât quâil vouloir quc(ââe. le prefehe neduraft plus que demie heure, depuis la fin dc May il nây afsifta que bien peu . Conclufion, la difsimulation de Viliegagnon nous fut lors fi bien def- La Tt^u»!-couucrtc (quâainli qu ou dit) nous co-^^^,,^,,_^_. gneufmes adonc de quel bois ïl fc chau-(« ^eZipZ fait.Que fi on demande maintenant quel ^-îà ^aufe le fut lâoccafio de cefte rcuoltc: quelques pOMr^juoy. vns des noffres tenoyent que le Cardinal dc Lorraine amp;nbsp;d autres luy ayans cf-crit dc France par le maiftre d vnNauirc qui vint en cc temps là au Cap dc Frie trente lieues au deçà de Pille ou nous c-ftions,l'ayant reprins fort afprement par leurs lettres , dece quâil auoit quitte la Religion CatholiqucRomainc, auoyent
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HISTOIRE
caufé ce changemet en luy.Et de fait ayâf comme vn bourreau en fa conlciencc, il deuint 11 chagrin, que iurantw tout coup Jaconfdw Jc corps faint laques ( qui eltoit Ion lcr-â^/'ââ ââ ment ordinaire) quâil romproit la tefte,
binaire.
'^'^t^ak
Cru.iutt7 de rilt,.
les bras , amp;nbsp;les ïambes au premier qui le fafchcroit,nul ne sâofoit plus trouuer de uantluy.Surquoy,puis quâil vient à propos, ic reciteray la cruauté que icluy vis exercer en ce temps la fur vn François , nommé la^oebe, lequel il tenoit à la â chainc. Ayant fait coucher ce panure home tout a plat contre terre, amp;nbsp;par vn de fes Satalitcs à grand coups de baftôs tant fait battre le ventre , qu'il perdoit pref-ques le vent amp;nbsp;I halcinc , apres quâil fut ainfi meurtri dâvn cafté,ceft inhumain luy difoit:corps S.laques paillard tourne lâautre, tellement que le laillant ainfi à demi mort, encore ne fallut il pas pour cela, que le pauurc homme laiflaft de tra-uailler de fon meftier, qui iâftoit__Mc-nuiller. Semblablement les autres François quâil tenoit à la chainc pour la mef-me caufe que le fufdit la Roche, adauoir, parce que à caufe du mauuais traitement quâil leurfai finit anat que nous fufsiós en ce pays là , ils auoyent confpiré entrâeux de le letter en mer: cftans plus trauaillcz que sâils euflent elle aux galères , aucuns d entrâeux charnetiers de leur cftatlâabâ-donnans
D E l'a M E R I CUV E. 89 donnans , aimèrent mieux sâaller rendre en terre fermeauee les Sauuagcsdefquels les traitoyent plus humainement) que de demeurer auec luy.Dauarttasc trente ou quarante tant hommes que remmes Sauâ â c/îlaud de nages Margaioi lefquels les Touaufinam- '^â'âl'^f^^'^ haoultinos alliez auoyent prins prifon-^,;â^. niers en guerre, amp;nbsp;les luy ayans vendus, les tenoit efclaues, cftoyent encores traitez plus cruellement. Et de fait ieluy vis vnc fois faire embrafler vne piece dâartillerie à Tvn dâentrâeu.x nommé Minganf ^^ nbsp;nbsp;^^^
auquel pourvue chofe qui ne meritortpas prefques quâil fut tance,il fit neantmoins dégoûter fie fondre du lard fortchaud fur les feffcsitdlcment que ces panures gens difoyent fouuent en leur langage,fi nous eufsions pcnféqucT^z-fo/Ãï/Cainfi appc-loycnt ils Villcgagnon) nous euft trairez de celle façon , nous nous fufsions plu-ftoft faits manger à nos ennemis quç de venir vers luy . Voila en palfant vn petit mot de fon humanité, fie ferois content nâeftoit, comme il à efté touché ci dclTus , que quand nous cufincs mis pied à terre en fon Iile,ilnous dit nommément quâil vouloir que-la fuperHuité des habillcmcns fut reformée de Unir ici de parler de luy.
Il faut doneques que ic difc encores le p '- - ââ bon exemple amp;nbsp;la piatiquc quâil monftra
s?
po nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
en ccft endroit. Ayant grande quantité tant de draps delaine quâil ainioit mieux | laiflcr pourrir dans les coffres que d'en reueftir fes gens , vnc partie defqueis neantmoins tftoyc^nt preique tous nuds) que de foyc t comme aufsi des camelots de toutes couleurs, il sâen fit faire fix ha-billcmcns à rechanger tous lesiourscle e^^pti^ägt ^^ femainc: affauoir, la cazaque amp;nbsp;les â¢if ra,. chaufTes toufiours de mcf!nCs,de rouges» x-x»». Je latines,de tannez, de blancs,de bituz,
amp; de vcrts:tellcrncnt que cela eftantauf-fi bien feant à fon aage amp;nbsp;au dcgic 8^ profefsion qu'il vouloir tenir quâvn chacun peut iuger, aufsi cognoifsions nous j à peu près à la couleur de 1 habit quâil ' auoit veffu,dc quel humeur il feroit mené cefte iourneela ; de façon que quand nous voyons le vert amp;nbsp;le iaiinc en pays, nouspouuions bien dire quâil nây faifoit pas beau. Mais fur tout quand il eftoit parc dâvnc longue robe de Camelot iau-nebadee de velours noir le faifant mont beau voir en tel équipage , les plus io; yeux de fes gens difoyent que câeftoit lors vu vray enfant fans fouci . Partantfi [ celuy o i côux qui comme vn Saunage le , firent peindre tout nud au deflus du ren-* uerfement de la sjtand mariniteâeuflent f efté aduertis de cefte belle robe,il ne faut point douter que pour loyaux amp;nbsp;orna-meat
DE LâA M F. R I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ÿl
ment ils ne luy enflent aufsi bien laiflcc, ^ quâils firent fa cioix amp;nbsp;fon flageolet pen-/â i^'-« dus à fon col. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
Qiicfi quclquâvn dit maintenant que il nây a point d'ordre que l'ayc recerchc ces chofes de fi près, IcfqucIIcs à la vérité ic confefle, principaicment quant à cc dernier point, ne valoir pas lâcfcri-TC,ie refpond puis que Villegagnon a tant fait le Roland le Furieux contreââ¦â'â'''^â¢^y*»»*^ -ceux de la Rclicion reformée , nomme- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ ment depuis fon retour en France , leur ayant, di-ie , tourne le dos de cefte façon,il me femblc quâil meritoit que chacun fccut comment il sâeft porté en toutes les religions qu'il a fuyuics.
Or finalement après que par le ficur rwaÃm du Pont nous luy eufmes fait dire que puis qu i! auoit reietté lâEuangile , nous J paruf-nâeftans point autrement fes fuiets, nâentendions plus dâefire à fon ferui-cc, moins voulions nous continuer de porter de la terre amp;nbsp;des pierres en fon Fort; luy nous penfant bien fort eflonner amp;nbsp;nous faire mourir de faim,
défendit la defies quâon ne nous bail-laft plus les deux gobelets de farine de A racine que chacun de nous (ainfi que^^' iâay dit ci deflus) auoit accouftume dâauoir par rour. Dcquoy tant s'en
^i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;histoire
fallut que nous fufsions fafclicz , quâau contraire ( outre ce que nous en allions plus pour vnc ferpe, ou pour deux ou trois coufteaux que nous baillions aux Saunages qui nous venoyent fouuct voir dans leurs petites Barques , ou bien lâallions quérir vers eux , quâil ne nous en euft fccu bailler en demi an) nous fufmes bien aifcs parte! refus dâeftre entieremét hors de fa fuiettion . Cependant sâil euft efté le plus fort, amp;nbsp;qu'vno partie de fes gens amp;nbsp;des principaux nâcullent tenu no lire parti, il ne faut douter quâil ne nous cuftlors mal fait nos bcfôgncs.Et de fait pour tenter sâil en pourroit venir à bout» ainfiquâvn nommé lean gardien amp;nbsp;moy fufmes vn lourde retour de terre ferme (ou nous auions efté enuiró quinze iours , parmi les Saunages) luy feignant ne rien falloir du congé que nous auions demandé à monficur Barré fon Lieutenant auât que partir, amp;nbsp;prétendant parla que nous eufsions tranfgreffé les ordonnâces quâil auoit faites,que nul nâeufl à fortir de rifle fans licence,non feulement nous voulut faire aprebender, mai^pufsi comman doit que omme a fes cfclaucs on nous ViKf^^tt Piif chacun vnc chaîne à la iambe.Eten tente . . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;«
b myen fuîmes en tant plus grand danger que Je t»»r^ rtH, fn-urdu Pont noflrc conduéleur (lequel
â attendu fa qualité sâabaifloit trop lous
117)
DE lâa ftl E R I QJ' E. pj
luy) au lieu de nous fupporter amp;nbsp;de Peint», â¢.-»â¢â¢..â pcfcher,nous prioit que pour vn iour ou deux nous foulfrifsions cela,amp; que quad la colère de Villcgagnon feroit paffee, il nous feroit deliurer. Mais tanta caufe que nous n auions point enfreint lâordô-uance,quc parce principalemct,ainfi que iâay dit,que nous luy auions declare',puis quâil nous auoit rompu la promeffe quâil nous auoit faite,nous nâentendions plus rien tenir de luy: iointle? exemples de tant dâautres que nous voyons iourncllc-ment douant nos yeux eftre fi cruellemêt traitez de luy , nous declarafmcs tout à _ plat que nous ne lâendurerions pas. Par-U^T»quot;*' â¢^'â''âZ tant luy oyant cefte refponce , amp;nbsp;fachant bien que nous cftions quinze ou feize de noftre compagnie fi bien vnis amp;nbsp;liez dâamitié , que qui pouffoit lâvn frapoit lâautre, comme on dit, 11 ne nous auroit pas de force,il fila doux amp;nbsp;fc déporta.Et certes outre cela , ainfi que iâay dit,les principaux de fes gens cftans de noftre religion , amp;nbsp;par confequent mal contens de luy à caufe de fa reuoltc,fi nous nâeufsioS. craint que monficur lâAmiral qui lâauoit enuoyé amp;nbsp;qui ne le cognoiHoit pas encores tel qu'il eftoit deuenu , en euff efte marry, aucc quelques autres refpeÃs que nous cufmcs,i] y en auoit qui empoignas cefte ocafion pour fe ruer fur luy,auoyct
54 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
grande cnuie en le icttant en mer, de faire manger de fa chair amp;nbsp;de fcs grofles cfpaulcs aux poiflons. Frouuâs dôcques plus expedient de nous comporter doucement j encores que nous fifsions touf-iours publiquement le prefehe quâil n'o-foirou ne pouuoit empefeher, fi cft-ce?â fin quâil ne nous troublaft amp;nbsp;brouillaft plus quand nous ferions la Cene, du depuis nous la fifmes de nuit à fon defeeu.
^e/H9\ la C^^f J four rott eelebrer fins vin.
Et parce quâaptes la derniere Cene que nous fifmes en ce pays là , il ne nous refta quâenuiron vn verre de tout lè vin que nous unions pórteâ de France, nâayans moyen dâen recouurcr d ailleurs, sla queftion fut efmeuë entre nous , afla-' uoir, fi à faute de vin on la pourroitee-lebtet aiiec dâautres bruuages. Quelques vns allcguans entre autres paflages , que lefus Cnrift en finfiitution de la Cene, après lâadion ayant exprclfe'mét dit à fes Apoftres , le ne boiray plus du fruidde la vigne amp;c.cftoyent dâopinion quclcvin defaillant il vaudroit mieux sâabftenirdu figne,que de le changer. Les autres au cô traire difans que Icfus Chrift quad il in-ftitua fa lt;â'enc efiant au pays de Tudec, a-uoit parle du bruuage qui y efioit ordinaire , sâil euftefté en la terre des Saunages,euft non fculcmcc aufsi fait mention du bruuage dont ils vfent au lieu de vin, mais
Dn t' A M E R I Q_V E JJ niais j qui plui eftoit, de leur fai ine dc racine quâlis uiangcnt au lieu de pam, concluoyent qu'ainà tant que les (ignés de pain k de vin fc pouiroyent trou-uer, ils ne les vouai oyent changer, quâaufsi à defaut d iccus ne feroyent ils point dc difficulté dc célébrer la Cc-ne aucc les choies plus communes qui feroyent au lieu de pain amp;nbsp;de vm pour la nourriture des hommes dupais ou ils fcioycnt: tellcnicnt que comme nous n en vinfmes pas iufques i cefte cxticinité t quoy que la plufpart inclinaft à ceff dcinicrc opinion) aufsî cefte matière demeura indecife . Tou-testois tant sâen faut que cela engen» draft aucune diuifion cntic nous que pluftoft par la giacc dc Dieu, demeu-raftnes nous en telle vnion amp;nbsp;concorde, que ic dcfi; crois que tous ceux qui ,. ^â font auiourd huy profe fsion de la Rc-âquot; hgion lefoimct niaichaÃcnt du mefme^*quot;'y**â pied.
Or pour acht lier ce qucî'auoisa dire ^'»A?»quot; touchant Villegagnon,11 advint fur la fin Jâ_^^,^'^ du mois dâ05tqoi t, que luy deteftant dc 'â'â â ^'ââ plus en plus amp;nbsp;nous amp;nbsp;la doctrine que^^/n'^iî nous fuyuions,difant quâil ne nous vou- ^â¢'â t. loit plus foutfrir ni endurer en fon Fort, ni en fop Ille,nous commâdi dâen fortir. lieft vray ainfi que l'ay touché ci deflus
Ãfô nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
que nous auions bien moyen de lâen chaf-ier luy mcfinc fi nous eufsions voulu: mais tant pour luy öfter toute ocafion de fie plaindre de nous, que parce ( outre les raifons fufditcs)quc la France cftant lors abruuceque nous cftions allez en ce pais là , pour y viurc félon la reformation de lâEuangile, craignans de mettre quelque tache fur iceluy en obtemperans à Ville* gagnon,nous aimafmes mieux luy quircf zi gt;ââ¢lâ¢ll^â¢^gt;ljâ,^43. place . Et ainfi après que nous cufiucs demeuré enuiron huit mois en ccfteHlc amp;nbsp;Fort de Colligni, lequel nous auions aidé à baftir,nous nous retirafincs amp;paf fafmes en terre ferme, ou en attcndans quâvu Nauirc du Haute de grace quic-ftoit la venu pour charger duBrcfilfau nnaiftre duquel, nous marchandafmes de nous repafler en France) fuft preft à partir, nous demeurafmes deu^ mois. Nous nous accommodafmes fur le riuage deb .. mer à cofté eauche en entrant dans ce-
Kc riuicrc de Ãanabarazn lieu dit parles niaurn f ïâ^â^ð*^ ^^ briquetierc, lequel u'eft quâa fnmede demie licuc du Fort. Et corne de là nous r^menj. allions,vcnions,fréquentions. mangios,
amp; buuif ns parmi les Saunages (Icfqucls fans comparaifon nous furent plus humains que cçluy qui fans luy auoir mef-fait ne nous peut fouffriraucc luy)auf i eux de leur part nous apportans des vi-ures amp;
DE LâAME RICtVE. 97 lires amp;nbsp;autres chofes dont nous au ions à efHngue faire nous y vcnoycnt fouuct vifiter. Or * â^^quot;g, iâay fomniairemêt defcritcn ce chapitre, lâinconftâce amp;nbsp;variation que iâay cognue en Villcgagnon en matière de Religion: le traitement quâil nous fit fous prétexte dâicelle: fes difputcs amp;nbsp;lâoccafion quâif prit pour fe dcftoumcrderEuangilc: fes geftes amp;nbsp;propos ordinaires en ce pays là : l inhumanitc dontii vfoit enuers fes gës, amp;nbsp;comme il cftoit magiftralcmcnt équipé. Partant referuant à dire quand ic fc-rayennoftre cmbaï qucmcnt pour le retour, tant le congé quâil nous bailla, que la trahifon dont il vfa enuers nous à no-ftre département de la terre des Saunages , afin de traiter dâautres points , ic le laifferay battre amp;nbsp;tourmenter fes gens dans fon Fort, lequel auec le bras de mer ou il eft fitne, ic vay deferire en premier lieu.
C H A P. VII.
Defiriptionde/artuierede G ÃN ab ar a, autremet dite c r. n e v R Et dsTlfle amp;nbsp;Fort de Colligny (jui fia bafli en iceUez cnfembledet autres I(let qutfont es enuirons.
G
98 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRK
O M M E ainfi foir que cc bras .^^ demer amp;nbsp;riuicrede Ganabara ^^ appelée Genevic parles P01-â tugalois ( parce comme on dit quils la deicouurirent Jcpremicr iour de lanuicr ) laquelle demeure par les vingt amp;nbsp;trois degrez au delà de l'Equinoxial, amp;nbsp;droit fous le I ropiquc de Capricorne,ait cfté Tvn des ports de mer en la terre du Brefil, plus frequête de noftre temps par les François, iâay penfé nâeftre hors de propos,d e faire vnc particulière amp;nbsp;fommaire defer iption. Sans doneques m'arrefter à ce que dâautres en ont voulu cfcrirc,ic di en premier lieu fayat demeU te amp;nbsp;nauigue fur icelle enuirô vn an; que ensâauançant fur les terres elle aenuiro douze Heues de long , amp;nbsp;en quelques endroits fept ou huit de large : amp;nbsp;quantau relie cobien que les môtagnes qui lâcnui' ronnent de toutes parts, ne foycnt pas fi compara, fautes quc celles qui bornent le grand amp;nbsp;/attrib 1^, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
Je gtaeut Ipacicux lac d eau douce de Geneue, «1« Un- neantmoins, ayant ainfi la terre fermede ÿ4«6lt;r4 tous collez, elle cil allez fcmblableà ice-,mâorne- jyy quant à fa lituation.
Au relie quand on lailfc la grand met pour y entrer , parce quâil lautcolloyft tr ois pctitcslflcs inhabitables, côtrclcf-qucllcs les Nauircs , fi elles ne font bien côduites font en dager d'heurter amp;,febrr fen
De LâAMERIQUE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;99
fcr,rcmbouchcurc en eftaffez fafeheufe. Apres cela, il faut paflerparvn deftroit quin'ayâtpas demi quart de lieue de large eft limite du cofte gauche, en y entrât* d vnc montagneamp; Roche en forme piramidale, laquelle nâeft pas feulement dâef-merucillahle amp;nbsp;excefsiue hauteur , mais aufsi à la voir de loin on diroit quâelle eft artificielle: amp;nbsp;de fait parce qu'elle eft ronde amp;nbsp;fcmble vue grofle tour , entre nous François lâauions nommee le pot de beurr»'«/quot;» re. Vn peu plus auant dans la riuierc il y^^Jj*^â' a vn rocher, qui peut auoir cent ou fix ^ vingts pas de tour , que nous appelions ^â^*â*ââ aufsi le Ratier, fur lequel Villegagnon à fon arriiicc sây penfant fortifier auoit premicrement pofé fon Artillerie , mais le fins amp;nbsp;reflus de la mer lâen chafla, Vnc â^â^quot;^^fi lieue plus outre, eft lâIflc ou nous de-fleir Furt meurions , laquelle ainfi que iâay ia tou- quot;y^^^quot;quot;* thé ailleurs , cftoit inhabitable aupara-uant que Villegagnon fuft arriuc en ce pays là ;mais aU refte nâayant quâenuiron demie licu£Françoife de circuit, amp;e-ftant fix fois plus longue que large , en-uironnee quâelle eft de petits rochers à fleur dâeau, qui empefehent que les Vaif-feaux nâenpeuuent approcher plus près que la portée du Canon, elle eft mcrucil-leufement amp;nbsp;naturellement forte ⢠Et de fait nây pouuât aborder,mefmes aucc les
loo
HISTOIRE
petites Barques finon du co fie du port, lequel eft encore à lâoppolite de Tauenue de la grand mer, fi elle euft efté bien gardée,il nâeuft pas efté pofsible de la forcer ni de la furprendre. Au furplus y ayant deux montagnes aux deux bouts, Ville-gagnon fur chacune d'icelle fit faire Ync maifonnette : comme aufsi fur vn rocher de cinquante ou foixantc pieds de haut, qui eft au milieu derme, il auoit fait ba-ftir fa maifon. De cofté amp;nbsp;dâautre de ce rocher, nous allions cfplané amp;nbsp;fait quelques petites places cfquellcs eftoyentba-ftics, tât la falle ou Ion sâaflcmbloit pour faire le prefehe amp;nbsp;pour mâger, quâautres logis cfqucls ( comprenant tous les gens Z. 'âle Villcgagnon ) enuiron quatre vingts ''' perfonnes que nous cftions, refidents en ce lieu là ,logions amp;nbsp;nous accommodiós. Mais notez,quâexcepte-la maifon qui eft fur la roche,ou il y a vn peu de charpenterie,amp; quelques Boulcuards furlefqucls lâArtillerie cftoit placée , Icfqucls font reneftus de telle quelle maflonnerie, que ce font tous logis,ou pluftoft loges,def-quels comme les Saunages en ont efte les Aichit dies , aufsi les ont ils baftis à leur mode, aflauoir de bois rond^ amp;nbsp;cou-uerts dâherbes. Voila en peu de mots quel cftoit lâartifice du Fort,lequel Villcgagnon pc^tfant faire chofe agréable Ã
Gafpard
DE lâaMERIQVE. 101 Gafpard de CoHigny Admirai de Frâce, fans la faneur amp;nbsp;ahiftance, aufsi duquel, comme iâay dit du commcncctnét,il nâeut ïamais eu ni le moyen de faire le voyage, ni de baftir aucune forterefle en la terre duBrefil , nomma Colligny en la France Antardique.Mais en faifant femblant de perpétuer lenô de ceft cxccllét Seigneur, duquel voirement la mémoire fera à ia-mais honorable entre tous gens de bien, le laiffc à pefer outre ce que ViHegagnô, contre la promelfe quâil luy auoit faite suant que partir de France , dâeftablir le pur feruice de Dieu en ce pays là , fe rc-Uoltade la Religion,combien encore,en ^.itant cefte place aux Portugais, qui en à iontnuintcnantpQircfTeurs , il leur dôna occafion de faircleurs trophées amp;nbsp;du nô de Colligni,amp; du nom de France Antar-âique quâon auoit impofe à ce pays là .
Sur lequel propos ie diray , que ic ne me puis aufsi allez cfmcrucillcr, de ce que Theuetà fon retour de lâAmérique, cnlâannce 1557. voulant femblablcmcnt complaire au Roy Henry fécond lors régnant , non fculcuent, en vnc carte quâil fit faire de cefte riuiere de Canabara amp;nbsp;Fort de Colligni, fit pourtrairc à cofte' gauche dâicelle en terre fertne, vnc ville quâilnÃma ville h e n R rimais aufsi, quoy quâil ait eu affez de temps depuis
102 HISTOI RE
y Ule imaginai te éj cartes ^ enures de Theuet.
pour péfcr que câeftoit vue moquerie» l'a neâtmoins fait mettre derechefen fa Cof mographic. Car quad nous partifmesde cefte terre du BrefiI, qui fut plus dâvn an apres Theuet, ie maintien quâil nây auoit aucune forme de baftimens, moins village ni ville à lâêdroit ou il nous en à marque amp;nbsp;forgé vnc, vrayement fantaftique. Ãufsi luy mcfine eftant en incertitude de ce qui deuoit précéder au nom de celle ville imaginaire/à la manière de ceux qui difputet sâil faut dire bônet rougeou rou gcbônctjlâayâtnômcc v i l l e-h e n R ï en fa prcmiercCartc,amp;H e N R Y-vi l l e en la féconde, donne aflez à conicéluiei que ce nâeft quâimagination amp;nbsp;chofe fup-pofeede tout ce quâil en dit: tellement que fus crainte de Ãâequiuoque, le Icftcur choiliflat lequel quâil voudra de ces deux nôs,trouucra que câeft toufiours tout vn» aflauoir rien que de la peinture. Dcquoy ie-conclus neantmoins , que Theuet des lors,non feulement fc ioua plus du nom du Roy Henry que ne fit Villcgagnon de ccluy dcColigni,quâil impofa à fon Fort, mais aufsi que par celle reiteration , entant quâen luy tft,il prophancla memoi--re de fon Prince.Et afin de preuenir tout ce quâil pourroit répliquer la deflus ( luy nyant que le lieu quâil pretend foit ccluy que nous nommafmes la Briqueterie
D E lâa M E R I QV E. lOJ auquel nos manouuriers baftirent quelques maifónettcsjic luy cöfclfebien quâil y a vne montagne en ce pays là , laquelle les François,en ibuuenâce de leur fouuc-rain Seigneur,nômerent le MontHenry, comme aufsi nous en appelions vn autre Corguilcrey , du furnom de^hiHpjie de »â¢'Aquot;â*'« Ãg^rguilcrejHieur du Pôt,qui nous auoit conduits par delà : mais sâil y à autant de diterence d'vne montagne à vne ville,cô-rre on peut dire quâvn clochier n'cftpas Vne vache,il sâcnfuit,ou que 1 heuct a cu^^uÃn^ la berlue quant il a marqué celleVlLLK/-»*4^* H E N R Y OU H F N R Y V I L L E en fcs cartes , ou quâil en a voulu faire accroire plus quâil n en cil. Dequoy derechef, afin que nul ne penfe que lâcn parle autremét qu i] ne faut, ie me rapporte à tous ceux qui ont fait ce voyagc:amp; mefmes aux gés de Viüegagnon dont pluficurs font enco tes en vie': affauoir sâil y auoit apparence de ville ou on a voulu fitucr celle que ie i cnuoyqaucc les hélions des Poë-tes. Partant ainfi que iâay dit en la preface , puis que I heuct, fans occahon , a voulu attaquer lâefcarmouche , contre mes compagnôs amp;moy,fi nommément il troimc celle refutation en fes Åuurcs de lâAmérique de dure digeftion , dâautant quâen me derfendât contre fes calomnies ie luy ay ici rafé vne ville, quâil fache que
G 4
104 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
ce ne font pas tous les erreurs que i'y ay remarquez,Icfquels, comme iâen fuis bic records, sâil ne fc contente de ce peu que iâen touche en ceftehiftoire, ie luy mon-ftreray par le menu , le fuis marri tou-tesfois,quâen interrompant mon propos iâaye efté contraint de faire cefte longue digrefsion en ceft endroit: mais pour les railons fufdites,ccft adiré pour mon-ftrer à la vérité comme toutes chofes ont pafleiefais iugeles Icdcurs fi iâay eu tort ou non.
Pour donequespourfuyure ce qui relie à defcrirc,tant de noftre riuierc de Ga tjal)ara,c[uc de ce qui y eft fitut:quatrc ou /«fraarf«cinq lieues plus auant que Je Fort fus mentionc, il y à vnc autre belle amp;nbsp;fertile Ilk, laquelle contenât enuiron fix licuê's détour, nous appelions la grande Ifle. ht parce quâen icelle il y a pluficurs villages habitez des Saunages nômez Tou-eupi^ambMu/ts a.lVic2. des François,nous y allions ordinairemêt dans nos Barques, quérir des farines , amp;nbsp;autres chofcs nc-cefiaires.
Dauantage il y a beaucoup dâautres pc tites Illcttcs inhabitées en ce bras de mer, cfquclics entre autres chofcs, il fetroiiuc dcgrolfes amp;nbsp;fort bonnes huitres : comme aufsi les Saunages fc plongcans és ri-nages delà mer, rapportent-de grofles pierres -
D E Lâa M E R I ay E IO5 pierres à lâentour defqucllcs , il y a vue infinite dâautres petites huitres , quâils nomment Lertpe/yü bien attachées,voire comme collées, quâil les en faut arracher hgt;,ittji!. par force . Nous faifions ordinairement bouillir de grandes portées de ces Leri^-p/jTjdans aucuns defquels en les ouurans amp;mangeans nous trouuions de petites perles.
Au refte cefte riuierc eft remplie de di uerfes cfpeces depoiflons, cômeen premier lieu ( ainfi que ie diray plus au long ⢠ci après ) de force bons Mulets, de Rc-quiens, Rayes, Marfouins , amp;nbsp;autres moyens amp;petits, aucuns defquels ie del-criray aufsi plus amplement au chapitre despoiffons« Mais principalement ie ne veuxpas oublier de faire ici mention des horribles amp;nbsp;cfpouuâtables Balcncs , lef- seltnes. quelles monftrâs hors de lâeau leurs grades nageoires,en sâcfgayans dâs cefte lar ge amp;nbsp;profôde riuicrc,sâapprochoyét fou lient ii près de noftrc Iflc,quâà coups dâar quebufes nous les pouuions atteindre, routesfois parce quâelles ont la peau af-fez dure, amp;nbsp;mefmes le lard tant efpais que ie ne croy pas que la balle peut pene trer fi allant quâelles en fuirent guercs of-fencecs , elles nclaifloycnt pas depalfcr outre .⢠moins mouroyent elles pour cela Il y en eut vnc pendant que nous eftions
loS nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
par delà , laquelle à dix ou doure lieu?« de noftre Fort tirant au Cap de Frie sâe-ftant approchée trop près du bord,amp;n a-rhltoe yant pas aflez d eau pour retourner en ^j^_ nbsp;nbsp;pleine mer,demeura efehoùee amp;à fcc fur
â¢'-»vrr^r-le riuage . Mais neantmoins nul nâeno-' ^^^^ approcher, allant qu'elle fut morte * * dâelle mefmc, non feulement en fc deba-tant,ellc faifoit trembler la terre bien loin autour dâelle, mais aufsi on oyoit le bruit 8f eftonnemêt le long du riuagede plus de deux lieues. Dauantage combien que tant les Sauuages que ceux des noftre s qui y voulurent allcr,cn rapportaf-fent tant quâil leur en pleut, fi eft ce qu'il en demoura plus des deux tiers qui fui perdue amp;nbsp;empuantie fur le lieu. Mefmes la chair frefehe nâen eftant pas fort bone amp;nbsp;nous nâen mangcans que bien peu de celle qui fut apportée en noftre Ifleihors mis quelques pieces du gras , que nous faifions fondre pour nous feruir amp;nbsp;cfclai rcr la nuit de lâhuile qui en fortoit) la laif faut dehors nous nâen teniôs non plus de conte que de fumiers. Toutes fois la langue, qui eft le meilleur,fut fallce das des barils, amp;. cnuoycc ert France à Monficur lâAdmirai.
En fin ( ainfi que iâay touché ) la terre ferme enuironnât de toutes parts ce bras de mer , il y a encores à lâextrémité amp;nbsp;au cul du
DE LâaMERIQVE. 107 cul du fac j deux autres beaux fleuucs p,^^^ d'eau douce qui y entrent,dans lefqucls, deMâtut auced autres François ayant aufsi naui-gué dans desBarques près de vingt lieues auant fur les terres,iâay efte en beaucoup de villages ^armilcs Sauuages qui habitent de cofte amp;nbsp;dâautre. Voila en brief ce que iâay remarque en cefte riuicrc de Gc-uevre ou Ã^nahara:de la perte de laquelle ie fuis tant plus marri, que fi elle euft efté'bien gardeenon feulement câeufi c-fic vnc bonne amp;nbsp;belle retraite,mais aufsi vue grande commodité de nauiger en ce payslà pour les François. Avingthuit ou trente lieues plus outre tirant à la ri-uierede Plate amp;au Jeftroitdc Magellan, il ya vn autre grand port amp;nbsp;bras de mer appelle parles François, la riuiere des Rafi'S, en laquelle , femblablcmcnt en La rinim voyageas en ce pays là ils prennent port: '^'^**' ce quâils font aufsi au Haute du Cap de Frie,auquel côme iâay dit ci douant nous mifincs premièrement pied à terre en la terre du Brcfil-
C H A P. VIII.
'DHgt;}aturel,force,fiature,fJudite,tit^^o/ttiiH
amp; paremens du c»rpt,taNt des hommes t]ue des
108 HISTOIRE
fimmes Sauttages 'Breftlieniâgt; hal^itans enl'^-menque : entre lejijuels t ay fèeijitente' enuiron Tn an.
Y A N T iufques ici récite» tant cc que nous vifecs fur mer en allant en la terre du BrcfiI, que côme toutes cho-fes pafferent en rifle amp;nbsp;Fort de Colligny ou fc tenoit Villegagnon» pendât que nonsy cftionsicnfcinblc quelle eftla riuicre nommée Ganabara cnlâA-merique ; puis que ic fuis entre fi allant en matière , auant que ic me rembarque pour retourner en France, ieveuxaufji difeourir tant de ce que iâay obfcruc touchant la façon de viurc des Saunages,que des autres chofes fmgulicrcs amp;nbsp;inconucs par deçà que iâay veucs en leur pays.
Stature
C^ ffiffsâ fition des ^ditun^ts.
Eu premier lieu doneques (afin que commençant par le principal iepourfuy-uc par ordrc)les Sauuages de lâAmérique habitans en la terre du Brcfil nommez Toiiou^matnlfaoftlts, aucc Icfqucls iâay demeure amp;nbsp;fréquenté enuiron vn an,nâcftâs point plus grands, plus gros,ou plus petits de nature que nous fommes en lâEu-ropc,nâont Iccorps ni móftrueux,ni prodigieux à noftre cfgard:bicn font-ils plus forts , plus robuftes ?c replets , plus di-fpofts,moins fuiets à maladie: amp;:mcfmc il nây 3
DE hâ A M E R I lt;Xy E. lOÿ nâya prefque point de boiteux , de manchots, dâaueugles,de borgnes, côtrefaits, nimaleficicz entre eux.Dauantace corn-bien que plulieurs paruiennent lufques à lâaage de cent ou lix vingts ans i. car ils fçauêt bien ainfi retenir amp;nbsp;côter leurs aa ^^tJ» ges par Lunes)peu y en a qui en leur vicil^quot;â^^â Icffe ayentlcs cbeucui ni blancs ni gris. / Chofes qui pour certain môfti et non feu Iftncnt le bon air amp;nbsp;bonne temperature de leur pays,auquclcómc lâay ditaillcurs ^105 gelees ni grandes froidures les bois-amp; les champs font toufiours verdoyans, niais aufsi ( eux tous buuxns vrayement a la fontaine de loucnce) le peu de foin!« Sn^ amp;nbsp;defouci quâils ont des chofes de ce mô ââ'iquot;fâquot; de.Et de fait,comme le le monftreray en- Jexhtfit eoreplus amplement ci apres , tout ainfi'''ââ''^'ââ qu'ils ne puifent en façon que ce foit en ces fourccs fangeufes, ou pluftoft pefti-lentiales, dont dcfcoulent tant de ruif-feaux qui nous rongent les os, fuccent la mouëllc, atténuent le corps,amp; confumet 1âefprit:bricf nous empoifonnent amp;nbsp;font mourir deuant nos lours : aflauoir, en la dcsfiance,cn lâauaricc qui en proccdc,aux procès amp;nbsp;brouïllerics,cn lâenuie amp;nbsp;ambition, aufsi rien de tout cela ne les tourmente, moins les domine amp;nbsp;pafsionnc.
Quant à leur couleur naturelle,attendu la region chaude ou ils habitent, nâc-
«o nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIKM
% flans pas autrement noirs, ils font feule-Y'â*^''- ment bafancz,comme vous diriez les E-/pagnols ou Prouençaux.
Au rcfte,chofc non moins ertrage que difficillc a croire à ceux qui ne lâont veu, VjtUtS tant hommes,femmes, quâenfans, no feu ^i ^quot;T' ^^'â^^â^ f^n^ cacher aucunes parties de i»rti.^* leurs corps, mais aufsi fans en anoir nul le honte ni vergongne, demeurent amp;nbsp;vôt courtumiercment aufsi nuds quâils fortét du ventre de leur mere . Cependant tant sâen faut,comme aucuns penfent amp;nbsp;d'autres le veulent faire accroirc,quâils foyet Cmtrt velus ni couuers de leurs poils , quâau quot;^^â«K'^tt coââ:*'ââ'â^âquot;â^ft^ns point naturellement âm^t^etâ P^'^^ pclus que nous fommes en ces pays i â'ââ''quot;- par deçà , encores fi tort que le poil qui | croirt fur eux , commence à poindre amp;nbsp;s j fortir de quelque partie que ce foit, voire la barbe amp;nbsp;iufques aux paupières amp;nbsp;four cils des yeux (ce qui leur rend la veuë lou Innere:.- chc,biclc,efgarce amp;farouchc)ou il eftar-t-.v â/«r^rt racheaucc les ongles,ou depuis que les Hid.ge. chrcrticns y frequenter aucc des pincet-deilnJi. tes quâils leur donnent:ce quâon a aufsi a. ch.79 eferit que font les habitas de lâIflc de Cu mana auPeru.lâexcepte feulement qu.âtà nos Tououpinahaoult/ lcs chcucux,lcfquels cncorcsà tous les mafics des leur icuncs aages,depuis le fommet,amp;toutlc douant j de la terte font tôdus fort près,tout ainfi que la
© I 1.â A M E K I QJ B. Hl i^ue la couronne d vn moine, amp;nbsp;fur le der ncrc,à la façô de nos maicurs amp;nbsp;de ceux qui Jailléc ci oiftre leur perruque,on leur longne fur k col.
Outre plus,ils ont cefte couftumeque dés l'enfance de tousles gaiçons laleure dedelious, au deflus du mentô,lcurcftâtr«à -i« percee,chacun y porte das le trou vn cer^^.Ãâ''* tain os bien pou aufsi blanc quâyuoirc. Ceftos prefques fait de la façon dâvnc de cespeutes quilles dont on loue par deçà fur la table aucc la p£rou^te,lc boutpoinluÃ**'^*quot;â tu Portât vn pouce ou deux doigts en dc-/â**quot;**â^* Hors, eft retenu au refte par vn arreft''^*â*^^/**^ entrejes genciues amp;nbsp;la leure, tellement**'^ **** quâils l'oftent amp;nbsp;le remettent quand bon leur femble. Mais ne porians ce poinfon d os blanc quâen leur adolcfccnce, quad ils font grands amp;nbsp;qu'on les appelle Ãono^ nt oûa^9u . qui vaut autât à dire que gro# ou grad garçon) au lieu dâiceluy ils appli quent amp;nbsp;enchaflet au pertuis de leurs Ãe-ures vne pierre verte, efpece de fauce ef- XXquot;»-' ineraude, laquelle aufsi retenue dâvn ar- ^'â»JT'»» reft par le dedâs paroift par le dehors, de la rondeur amp;largcur amp;deux fois aufsi ef-peffe quâvn refton : voire il y en à qui en portét dâaufsi rôde amp;longue quele doigt de laquelle façon i'en auois rapporte vne en France. Que fi au refte quelques fois, quât ces pierres font oftccs,nos Tououpi-na/nliMuli pour leur plaifir fôt paffer leur
HISTOIRE
loues per^ tees afin ^*y ^PP^^' ^er des pierres verW»
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langue par la fente de la Jevre gt;nbsp;criant ad-uis par ce moyen à ceux qui les regardée quâils ayent deux bouches , ie vous laifle à penfer, sâil les fait bon voir , amp;nbsp;fi cela les difforme ou non. loint quâoutre cela iâay veu des homes Icfquels ne fe contcn-tanspasde porter deccs pierres vertes à leurs levres en auoyent aufsi aux deux iouës lefquclles fcmblablcmcnt ilssâc-ftoyent fait percer pour ceft efteft.
Quant au nez j au lieu que les fages femmes de par deçà dés la naiffance des cnfans,afin de leur faire plus beaux amp;nbsp;plus grands , leur tirent aucc les doigts» nos Ameriquains tout au rebours, faiÃs confifter Icurbçauté dâeftrefort camus,
fi toft que les cnfans dâentrâeux font for-tis du ventre de la mere ( tout ainfi que « vous voyez qu'on fait en France es bar-
bcts_amp; petits chiens) ils ont le nez efera-Hift. ge. ^ ^ enfoncé aucc le pouce. Au 'cô traire des Ind. quelque autre dit, quâil y a vnc certaine liu.4 ch. co ntree au Peru ou les Indies ont le nez fl outrageufement grand quâils y mettent des Emeraudes, lurquoifcs,amp; autres pierres blâchesamp;rougcs aucc filets dâor.
Au furplus nos Brefiliens fe bigarrent fouuent le corps de diucrfcs peintures amp;nbsp;couleurs : mais fur tout ils fe noirciflent ordinairement, fi bien les cuifles amp;nbsp;les iambes du ius dâvn certain fruit quâils
nom-
D E lâa M E R I Q^ F. 115 nomment Cenipat. que vous jugeriez à les voir vn peu de loin de celle façon que»«wZcr ils ont chauliez des chaudes de prelire: f^quot;^quot;'âh amp;nbsp;sâimprime fi bien fur leur chair celle tainturc noire faite de ce fruit Gentpar, que quoy quâils fe mettent dans lâeau vol rc qu'ils fe lauent tant qu'ils voudront, ils ne la pcuuent effacer de dix ou douze jours. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. . nbsp;nbsp;nbsp;/
Ilsontaufsi des crolffans d'os bié vnis, crûjp^iu aufsi blancs qu'albâtlrc,lefquels ils notp aâ«i'«lt;gt;lt;^. nient Tacy du nom de la Lune quâils appellent ainfi, amp;nbsp;les portent pendus à leur col quant il leur plaill.
Semblablcn\ct après quâaucc vne grade longueur de temps ils ont polis fur vne pierre de grez, vne infinité de pieces dâvue groffe coquille de mer appclccVignoI lefquellcs ils arrondiflent amp;nbsp;font aufsie.â^*»« â primes amp;dclliecs quâvn denier tournois: percees qu'elles font parle milieu,amp; enfilées aucc du fil de coton, ils en font des colliers quâils nomment âSo«-re, Icfqucls j^gi^^re quand bon leur femble,ils tortillent iL[,iii,r. lentour de leur col-,comme on fait en ces pays les chaincs dâor . Câeft à mon aduis ce quâaucuns appelée porcelaine,dequoy on voit beaucoup de femmes porter des ceintures par deçà : amp;nbsp;en auois plus de trois braffes des plus belles qui fe puifi-fent voir quand iâarriuay en France.
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Dauantagc nos Ameriquains ayans quantité de poules communes , dont les Portugais leur ont baillé l'engeance) plu inans louucnt les blanches) amp;nbsp;aucc quelques ferremens, depuis quâils en ont ) amp;nbsp;âauparauant aucc des pierres trenchantes dccoupans plus menu que chair de pafte jyy^jj g. petites plumcS)aprcs quâils les ont fait bouillir amp;nbsp;taintes en rouge aucc du Brefil) sâeftans frottez d'vnc certaine gomme quâils ont propre à cela ) ils t nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;sâen couurent, cmplumalfent) amp;nbsp;chamar-
i^ f^n^^, rent le corps, les bras,amp; les iambes : tel-' y â quot;nbsp;lement quâen câeft eftatils fcmblentauoir du poil foict comme les pigcôS)amp; autres Saucé^a oyfeaux nullement cfclos . Et eft vray emiitumaf fcmbiablc quc quelques vns de ces pays p^rpèlfer par dcça Ics ayans veux du commence-lt;jigt;',be- nient accouftrez de ccfte façon ) fans a-^LdKi^ uoir plus grande cognoiffance dâeux, di-uulgucrét amp;nbsp;fret courir le bruit) que les Saunages cftoyét velus: mais comme iâay dit ci deflus , n eftans pasâ tels de leur naturel,c'a efte vnc ignorance amp;nbsp;chofe trop Hift.gen âcgicrement rccciic. Qjiclquâvn au fem-des InJ. olable à eferit, que les Cumanois s'oi-liu.i.ch. gj^Pfjj, j'ynlt; certaine gomme,ou onguent ^^' gluant, puis le couurent de plumes de di uerfes couleurs , nâayans point mauuaife grace en tel équipage.
Quant à Pornement detefte de nos
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DE Lâ A M E R I Q_V E 11J Tûtioupinam^uin , outre la couronne fur ledeuant, amp;nbsp;cheueux pendans furie derrière dont iâay fait mention,ils lient amp;nbsp;tLr«ti,utliftH^ rengent des plumes dâaides dâoyfeaux,7h ' carnates,rouges,amp; d autics couleurs,dcf tj^uelles ils font des fronteaux a de 2 ref-Fritemx lemblans,quant à la façon,aux faux ehe- âââ fâquot;ââ'â-ueux amp;nbsp;Rajes pelades, que les dames damoifcllcs de France ,amp; dâautres delâEuropc portent depuis quelque téps en ça;amp; diroit on quelles ont eu cefte m Uention de nos Saunages, Icfquels appe-lent ceft engin Tempenaml^i. Ils ont aufsi T-ari^xs des pendes à leurs oreilles , faits prefqut '^quot;'quot;^quot;' de la mefme forte que lâos pointu , que fay dit ci dedTus les icuncs garçons auoir amp;nbsp;porter en leurs levres trouées . Et au furplus ils attacher fur chacune de leurs loues aucc de la cire qu ils nommet ynic, vn poitral d oifeau couuert de peti- 'ââ¢quot;â lt;⢠nbsp;nbsp;nbsp;/
tes amp;nbsp;fubtilcs plumes iauncs. Ce poitral Jâ¢.â¢-ââ¢Â»Â»-â¢A⢠eftant long amp;nbsp;large d'enuirô trois doigts eft appelé par eux 'Toucan, du nom de lâoyfeau qui le porte, lequel comme ic le delcriray en Ion lieu, a non feulement tout le refte du corps aufsi noir quâvn corbeau , mais aufsi a le bec excefsiuc-ment gros amp;nbsp;monftrueux.
Que fi outre tout ce que defius nos Brefiliens allas à la guerre, ou (à la façon que ic vous diray ailleurs ) tuent folénel-
IKÃ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
T^.t« bin lement vnprifonnier pour le manger , fe net! brx^ voulans mieux parer amp;nbsp;faire plus braucs îr«/i,t«Z ^ls fe veftentlors de robes, bonnets,bra-* piKmn. celcts,amp; autres paremens deplumes, ver tes, rouges, bleues, amp;nbsp;autres de diuerfes couleurs, naturelles, naïucs amp;nbsp;dâcxccllê-tes beautez.Et de fait apres quâelles font par eux diucrfifices, entremeflees ?lt; fort proprement lices lâvnc à lâautre , aucc de très petites pieces de bois de Cannes, SC du fil de Couton,n'y ayant plumaflicr en Frace qui les fccut guercs mieux manier fa, fit.ii,n/: ni plus dextrement accouftrer, vous iu-'I«,:..-r..,j\, gériez que les habits qui en font faits, 'â'â¢quot;â¢J* font de velours à long poil. Ils font de r«7,âquot;«. meines artifices , les garnitures de leurs meifiur cfpccs amp;nbsp;maflucs dc bois,Icfqucllcs ainfi 'dtlÃT/ «Ifcorces amp;nbsp;enrichies de ces plumes fi bien appropriées amp;nbsp;appliquées à ceft vfa gc, il fait aufsi mcrueillcufcmcnt bon voir.
Pour la fin de leurs équipages , recou-urans de quelques endroits dc leurs pays de grandes plumes dâAuftruches dc cou-/quot;quot;i^ f* 'â*' ledits grifes , les accommodans tous les Mi^C^ tuyaux ferrez dâvn cofte , amp;le refte , qui V. v^'iMK« sâéparpille en rond en façon dâvn petit pauillon, ou dâvue rofe, ils en font vu grand pcnnachc quâils appclcnt ^raroye, lequel eftant lie fur leurs reins aucc vue corde de Coton,lâcftroit deuers la chair, amp;nbsp;le
DE lâa M E R I QV L. 117
amp; le large en dehors, quad ils en tont ain p^^^^^^ fi enharnachez ( comme il ne leur ferta ArZo autre chofe)vcus diriez quâils portent v- âquot;quot;â nemucà tenir les poulets deflous atta-â checfur leurs fcflts.Ic dirayplus amplc-mentjen autre endroit,que les plus grids guerriers dâentrâeux ahn de monftrer leur vaillance, amp;nbsp;fur tout comble ils ont tuez de leurs ennemis,amp;mcfmcs malfacrez de prifonniers pour manger , sâeftans inci- j^^quot;â^'â fez la poitrine,les bras,amp; les cui(rcs,frot tf,^'^quot;quot;' tans puis apres ces defehiqueteures dâv-necertaine poudre noire, qui les faitpa-roiftre toute leur vie, il fcmblc à les voir decefte façon , que cefoyent chaufles amp;nbsp;pourpoins découpez a la Suiflc,amp; à gfid^,/,.^ ,.,^ balaffrcs quâil? ayent vertus. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/ia...,-«
Q^c sâil crt qucrtion de danfcr,fautcr, boite amp;^4ff«yÃ^r,qui crt prefque leur me-ftier ordinaire, ahn quâoutre le chat ^ la Voix ils ayent encores quelques chofes quilcur rcucillc lâcfprit, apres quâils ont cueilli vn certain fruitde lagroflâeuramp; approchant aucunement de forme dâync chartagne d'eau, lequel a la peau affez fer nic;bien fcc quâil crt, le nojau orté , amp;nbsp;au*quot;»v»Z lieu dâiccluy ayans mis de petites pierres dedans,encnhlanspluhcurs cnfcmblc ils en font des iambiercs , lefquclles lices à s«»»,»,, leurs iamb es, font autant de bruit que fc-royent des coquilles dâefeargots ainhfie,'.quot;'quot;
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difpofc«: voire prcfqiic que les fonnet-tes de par deçà , dcfquellcs aufsi ils font fort conuoiteux quant on leur en porte.
Ourrcplus,y ayant en ce pays Jà vne forte dâarbre qui porte fon fruit aufsi gros quâvn Åuf d Auftruche amp;nbsp;de mef-me figure, les Saunages lâayans percé par le milieu ( tout ainfi que vous voyez en France, les enfans percer de groÃes ^rgt;t- »â¢,?/,.,- noix pour faire des mouîintts'puis creu-fé,^ mis dedans de petites pierres rôdes, ou bien des grains de leur gros mil, duquel il fera parle'ailleurs , paflant puisa-pres vn ballon dâenuironvn pied amp;nbsp;demi de long à traucrs,ils en font vn inftrumet quâils nomment Maracat lequel bruyant /An 4-plu J £^j.j quâvnc vefsie de pourceau plei-^^ ne depoix, nos Brefilîens ont ordinaire-i,\.imt menten la main . Quand ic traiterayde j.;t.!-z» Jtur Religion , ic diray lâopinion quâils â ' ont tant de celle fonnerie qucdccc//4-r-^icit, après que paie amp;nbsp;enrichi ouâil a elle de belles plumes, ils font dédie à lâvfage que nous verrons là . Voila en fomnie quant au naturehaccoullrcmcns,amp; pare-mens dont nos T^oHoupinaMbaeultsont ac^ couftumé de sâéquiper en leur pays. Vray eft que nous autres ayans porté dans nos Nauircs grand quantitéde frifes rouges, vertes,iaunes,amp; dâautres couleurs, nous leur en faifions faire des robes , amp;nbsp;des chauffes
DE lâa ME RIOJAS. up
chaufles bigarrées»IcfqucUes nous leurs changions à des viurcs, Guenos, Perro-^''rrlt;yâ/^n»/ qucts,Brefil,Cpu.txjn,PoiurcJong,amp; au-quot;''*'ââ* très chofes de leur pays, dont les MariJ/'ï ' niers chargent ordinairemeut leurs Vaif féaux.Mais les vus,fans rien auoir fur Ic5lt;««i«fx« corps,ayans aucunesfois chaufle de ces chau des larges a la Mattclotc : les autres ^tjf^,, au contraire fans chaudes ayans venu des fayes , qui ne leur venoycnt que iuf-qucs aux fedes , quant ils sâeftoyent vn peu regardez amp;pouriïiencz de celle façô, fedefpouillans ils laidoycnt leurs habits en leurs maifons iufques à ce que lâcnuie leur vint de les reprendre. Autant en fai-foycnt ils des chapeaux amp;nbsp;chemifes que nous leur baillions.
Ainfi ayant déduit bienâ amplemêt tout ce qui fe peut dire concernât lâextérieur du corps tât des hommes, que des enfans mades Ameriquains , fi maintenant en premier lieu , fuyuant cefte defeription, vous-vous voulez reprefenter vn Saunage , imaginant en vollrc entendement vn epâiis'^r homme n id, bien formé, amp;nbsp;proportiôné^â7/;â^/,;i de fes membres , ayant tout le poil quiââ '?ââ¢lt;'â 'â-croift fur luy arraché , les cheueux ton-â'/,^quot;'^''â dus,delà façon que iâay dit, les Iciires amp;nbsp;ioucs fendues amp;nbsp;des os pointus,ou pierres vertes comme enchadées dedans , les oreilles percees aucc des pendus en iccl-
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no nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE les,le corps peinturé , les cuiffes amp;nbsp;ïambes noiicies de la teinture quâils font de ce fruit C'empat fus mentionne ., des colliers compofez d'vnc infinité de petites pieces de cefte grolle coquille de mer que ils appclcnt VignoI, tels que ie \ous les ay dcfcliilfrezjpendus au col: vous le ver rcz comme il eft ordinairement en fon pays,amp; tel quant au naturel, que vous le voyez pourtrait en la page fuyuâte, ayât feulement fon croiflant d'os bien poli fur fa poitrine, fa pierre au trou de la Icvre: amp;nbsp;pour contenance fon arc desbandé, amp;nbsp;fcs flefehes aux mains. 'Vray eft que pour remplir cefte prcm.icrc planche, nous a-uons mis auprès de ce Tououpinambaoult l'vne de fcs femmes,laquelle fuyuant leur couftumcjtcnant fon enfant dans vnc ef-charpe de coutô, lâenfant au reciproque, felon la façon aufsi quâelles les portent, tient le coftéde la mere embraflé aucc les
deux iambes : amp;nbsp;auprès des trois vn lift de couton fait comme vne rets à pefeher pendu en lâair, ainfi quâils couchent en leur pays. Semblablement la figure du friiift quâils nomment tyinamtf , lequel, ainfi que le 1 defci iray ci apres , eft des meilleurs que produife cefte terre du Brefil.
122 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I S T O I R F.
Car touchant rartifice,outre quâil hu droitplufieurs figures pour reprefenter tous les parcmens de leur corps» félon quâils font côtenus en celle dcfcriptioib encores ncles fçauroit-on bienfairepa-roir fans y adioufter la peinture » ce qui requerroit vn liurc à part.
SecDMd nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fécond lieu luy ayant ofte toutes
£fiiigt;iKe fes fanfares de dcflus,après lâauoir frotte de gôme glutineufe , couurez luy tout le corps, bras amp;nbsp;iambes , de petites plumes hachées menu comme de la bourre teinte en rouge,amp; lors il fera beau fils.
Pour le troificmc, foit quâil foitenfa defiri^tn couleur naturellc,ou pcinturc,ou emplu maflé,reucfte2 le de fes habillcmés, bonnets , amp;nbsp;bracelets faits fi induftrieufemet de fes belles, naturelles amp;nbsp;names plumes de diuerfes couleurs dont ic vous ay fait mention, amp;nbsp;ainfi accouflré vous pourrez dire quâil eft en fon grand Pontificat.
ffi pour le quatrième , à la façon que ie vous ay tantoft dit quâils font , le laiffat moitié nud amp;nbsp;moitié vertu,vous le chauffez amp;nbsp;habillez de nos frifes de couleurs, ayant vnc mâche verte amp;nbsp;vncautre iaune, confiderez la deffus quâil neluy ^â¢, i, â ' faut plus quâvue marotc.
Finalement adiourtant aux cliofcs fuf-ditcs fon Maraca en fa main,lcpcnnache de plume nomme- ^rraroye fur les reins, amp;nbsp;fes
DE lâa M E R I Q_V E.â I2J amp;fes fônnettcs compofees de fruits à len j^quot;'^^^*^ tourdefcs ianibes , vous Je verrez lors, gn quant ainfi que idc reprefenteray encores en ^'â^'ââ^ vn autre lieu , équipé en la façon quâil cQ: iambtuUt. quand il dance faute boit amp;nbsp;gambade.
Quand ic parleray de leurs guerres amp;nbsp;de leurs armes,leur déchiquetât le corps leur mettant lâefpee ou maflue de bois amp;nbsp;lâarc amp;nbsp;les flefehes au poing ie les deferi-rayplus furieux. Partant JaiiTant pour maintenant à part nos Tououpinamltaoulfs cnlcur magnificence ^ gaudir amp;nbsp;iouir du bon temps quâils fe feauent bien donner, il faut voir n leurs femmes amp;nbsp;filles (Icf-quclles ils nomment.Qjioniamyamp;c defpuis queles Portugais ont fréquente par delà en quelques endroits Adaria) font mieux parees.
Premièrement, outre ce que iâay dit au commencement de ce chapitre quâelles ^^'^^ââe-vôtordinaircmet toutes nues aufsi bien riquaims. queles homes,encarts ont elles cela de commun aucc cuxdesâarrachcrtanttout Ic poilqui croift fur elles que les paupie res amp;nbsp;foureils deleurs yeux.Vray eft que pour lâefgard des cheueux,elles ne les en fuyuent pas : car non feulement elles les laiflent croiftre amp;nbsp;deuenir lôgs,mais auf fi(commc les femmes de par deçà ) les pi-gnent amp;nbsp;les lauent fort foigneufement, voire les trouffent quelques fois auec vn
l24 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I S T o I R R
cordô de Couton teint en rouge: tontes-fois les laiflant le plus communément pendre fur leurs cfpaulcs elles vôtpref-tjucs toufiours dcfchcuelccs.
Au furpluscombien quâelles different aufsien cela des hommes quâelles nefe fendent point ni les lèvres ni les ioiiês, amp;nbsp;par confequent ne portent aucunes pierreries en leur vifage j tant y a néant' moins quâelles fc percent fi outrageufe-ment les deux oreilles,pour y appliquer âPriJf des pendans,que quand ils en font oftez, £w«rquot; â'^ pafleroit aifehnent le doigt à traucrs â¢rMn du des trous. Et au furplus ces pendans,qui I'Xmxâ. ^âââ^ ^^âââ¢^ â^^ â-^^^ groffe coquille de mer nômee Vignol dot iâay parle,eftäs blaes, ronds, amp;nbsp;aufsilôgs quâvnc moyenne chi délie de fuif,quant elles en font coiffées, ?eque cela leur bat fur les cfpaulcs,voire iufques fur la poitrine , vous ingériez à les voir vn peu de loin, que ce font oicil Jes de Lirniers.
Q^ant à leur vifagc,voici la façon com me elles fc lâaccouftrcnt. Lavoifineou
'Big^trf^ factfi ^(f
0 A-
compagne, aucc vn petit pinceau en la main,ayant cômcncé vn petit rond droit aumiliei dclaiouc de celle qui feveut faire peinturer , tournoyant tout à len-tour en rouleau 6e forme de limaçon.
iju-tinu ^ fjntirlcur TââÃSâ-
non feulement continuel a iufques ace quâelle luy aitainfi bigarré amp;nbsp;chamarre toute
D E Lâa M E R Ã QV E / nbsp;125
toute la face, de couleurs bleue, iaunc,amp; rouge,mais aufsi(ainfi quâon dit que font femblablcment en France quelques impudiques) au lieu des paupières amp;nbsp;foury»#»/4' cils arrachez, elle nâoubfiera^s de bailler le coup de pinceau.
Au refte elles font vne forte de grands ^ ^ bracelets , compofez de pluficurs pieces Braaim dâos blancs, coupez amp;nbsp;taillez en manièreâ^pâfi^ de groffes cfcailles de poiflos, lefquclleSpff^^X/*. elles feauét fi bien raportcr,amp; fi propre-métioindre lâvne à lâautre aucc de la cire amp;autre gomme meflee parmi en fa0n de colle, quâil nâeftpas pofsible de mieux. Cela ainfi fabriqué, long quâil eft dâenui-. ton vn pied amp;nbsp;demi, ne fe peut mieux c5 j parer quâaux braffars dequoy on iouc au ballon pardeça.
Semblablement elles portent de ces colliers blancs ( nommez ISoîire' en leur ^^quot;S^gc ) lefquels iâay deferit ci deflus: nonpas toutesfois quâelles les pendent a leur col,comme vous auez entendu que font les hommes , car feulement elles , les tortillent a Icntour de leurs bras. EtwóWe voila pourquoy, amp;nbsp;pour appliquer à mef^quot;^quot;*'** me vfage, elles trouuoyent fi iolis les pe tits boutqn^dc verre , iaunes , bleus , 8c^âquot;*Yr' verds,enfilez en façon de patenoftres, quâelles appclent Atauroubi , dcfquels » nous auions porté en grand nombre»
HISTOIRE
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pour trafiquer parmi ce peupIe.Etde fait foit que nous allifsions en leurs village! ou quâelles nous vinfent voir en nolhe . « Fort,afin de les auoir de nous, nous pre-fentas des fruits ou quelque autre ebofe de leur pays,félon la façon amp;nbsp;manierede parler de flatcrie,d5t elles vfent ordinal' rement, nous râpant la tefte elles efioyet rizerie îneeffamment apres nous diCa.ntyMaïr^i Jn agaforem,iimttbe maHroubitcea^ dire Fran' nouante,, ^^j^ ^^ ^^ j^^^ , donne moy de tes brace'
lets déboutons de verre.Elles faifoyétic femblable pour tirer de nous des pig^f^ quâelles nomment Guapoa JCuap, desmi rouers,quâelles appelenteXrro«4, amp;tou tes autres chofes que nous auions dont elles auoyent enuie.
Mais entre toutes les chofes doublemet eftranges,amp; plus qu'cfmerucillables,quc iâay obferuces en ces femmes Brcfilien-nes, câeft, combien quâelles ne fc peinturent pas fi fouuent le corps,les bras amp;Ic! ïambes,que font les hommes, amp;nbsp;mefme! quâelles ne fc couurent ni de plumage ni dâautre chofe qui croifie en leu r terre,tât y a ncantmoins,quoy que nous leur ayôs fouuent voulu bailler des robes de frife! T^rfôluüo), ou des chemifes ( côme iâay dit que nous ^ÃM^«â'âf faifions à leurs maris ) quâil nâa iamaise-Klt;gt;poMf fié en noftre puiflance deles faire veftir '^â^â'- de chofe quelle quâelle fut.Il eft vray que pour
DE L'AMERICtyE. 127 pourauoir plus beau prétexte de sâen e-xempter, nous alléguant leur couftume, qui eft,quâà toutes les fontaines amp;nbsp;riuic-tes claires quâelles rencontrent, sâaccrou piflans fur le bord ou fc mettans dedans, ^quot;â^^^â avec les deux mains fe iettent de lâeau Ãx»«#^« fur la tefte , fc lauans amp;nbsp;plongcans ainfi^'^^'^quot;quot;' toutlecorps comme Canes,tel iour fera plus de douze fois , elles difoycnt que ce leur fcroit trop de peine de fc dcfpouil-lertant fouuent. Ne voila pas vnc bel-Je raifon? Or telle qu'elle eft , dâen con-tefterdauantage contre elles ce fcroit en vain,car vous nâen aurez autre ebofe. Et defaitjCtft Animal fc delcftc fi fort en tefte nudité, que non feulement les females ie nosT^ouDMpinambaeu/ts demcarïtes en liberté en terre ferme en eftoyent là re folucs amp;obftinccs,mais aufsi encore que nous tifsions couurir par force les prifô nicresprinfes en guerre que nous allions achetées, amp;nbsp;que noâ teniôs efclaucs pour trauailler en noftre Fort, tant y a toutes* Fumui fois que fi toft que la nuit cftoit venue, ^f''â»quot; dclpomilans leurs chemnes ou autres tnitur haillons quâon leur bailloit,auat quâelles quot;â«^ââ*-fccouchaflet elles fcplaifoyét à fepour-mener toute nues parmi noftre Iflc.Brief fl cela euft efté à leur chois, amp;nbsp;quâà grand coups de fouets, on nâeuft contraint ces panures mifcrablcs de sâhabiller ^ elles
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cufTct mieux aimé endurer le halle amp;nbsp;cEi leur du Soleil, voire sâefeoreher les bras ödes efpaules à porter la terre amp;nbsp;les pier res, que de rien endurer fur elles.
⢠Voila aufsi en fomme quels fontlcJ ornemens, bagues, amp;nbsp;loyaux ordinaires des femmes amp;nbsp;filles de l'Amérique. P3r' ! tant fans en faire autre Epilogue, que le lecteur parla narration que iâenayfaiw les contemplecommeil luy plaira.
Traitant du mariage des Saunages, le diray corne leurs enfans font accouftrez des leur naiffancennais pour Pefgarddes grâdets, au deffus de trois ou quatre ans, ieprenois fur tout grand plaifir devoir les petits garçons quâils nôment Conomi-Conomi mirhe'cü. a dire petits garçôs, graffets,amp; mtri refaits quâils foc beaucoup plus queceux ««/z£T^^ P^â^ *^^Ã^ â ^^^âl'^^^® auedeur poinfon e^âiif^it. d'os blanc en leurs lèvres fendues, leurs éci'^Zquot;â ^heueux tondus à leur mode,amp;quelques , fois le corps peinturé , ne failloyent ia- | mais de venir en troupes danfans au de-uant de nous quand ils nous voyoyentar riucr en leurs villages. Aufsi, pour ene-ftre rccompcnfez,cn nous amadoüansamp; fuyuans de près , nâoublioycnt ils pas de nous dire, amp;nbsp;répéter fouuêt en leurpetit ^er^onâ.CotouaJfaf am ahe pinnate'cü 2 à '-^^^ mon ami, ou mon allié , donne moy des hîiims à pefeher Q^c fi la deflus, en leur octroyant
DE râ A M 6 R I 0^ E. 129 oftroyant leur requefte,comme iâay fou- _ uétfait, on leur en melioit dix ou douze ,X'X. des plus petits parmi le fable amp;nbsp;la pouf-fiere,eux fcbaillà ns foudaincmct,c eftoit^âquot;*quot;'*quot;â vn pafletemps de voir celle petite marmaille toute nue , laquelle pour tiouuer amp;ainalferces hameçôs, tujpilloit amp;nbsp;gia-^«â«o-âmA, toitla terre ainfi que font les conniis de garenne.
Finalcmét combien que durât enuiron vn an que iâay elle en ce pays là ,iâaye elle fl curieux de contempler amp;nbsp;les grands amp;nbsp;les petits , que mâeftant aduis que icJcs voye toufiours deuant mes yeux iâen au-ray toute ma vie lâidée amp;nbsp;lâimage en mon â^ entendcment:tant y a neantmoins, parce que leurs geftes amp;. contenances font du j tout dilfcmblablcs des noflres ,queicc6 'Kf'^ââ ^ felle dire malaife de les bien reprefenter C»quot;«^«» ni par eferit, nimefmespar peintures, 'âquot;fâquot; ^ Ain fl pour en auoir le plaifir, il les faut ^L'^ûna. Voir amp;nbsp;vifiter en leur pais. Mais,me direz «quot;⢠vous, la planche cil bien longue. lieft vray amp;nbsp;partant fi vous nâauez bon pied, * bon Åil, craignans que vous ne tresbu-chicz, ne vous louez pas de vous mettre en chemin. Nous verrons encore plus am plemcnt ci après , félon que les matières que ie traiteray fc prefenreront, quâelles font leurs maifons, vtecilcs de mefnage, façô de fe coucher amp;nbsp;autres manières de faire. ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I
HISTOIRE
Toutesfoisjauant que dorre ce chapitre gt;nbsp;cc lieu ici rcqu iert que ic refponde, tant à ceux qui ont efent, quâà ceux qui penfent, que la fréquentation entre ces Saunages tous nuds , amp;nbsp;principalenient parmi les femes incite à lubricité amp;nbsp;paillai dife. Surquoy ic diray en vn mot, que encores voircment félon l'apparence que il nây ait que trop dâoccafion , dâeftimer quâoutre la desliônefteté de voir ces fem mes nues, cela ne fcmble aufsi feruir corne dâvn appaft ordinaire de conuoitife, toutesfois, pour en parler félon ce qui sâen eft comunement apperceu pour lors celle nudité ainfi grofsicrc en telles fem mes eft beaucoup moins attrayante quâc ne cuideroit. Et partant ie maintien que A nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j^5 altifez,fards, laulfcs perruques , che-
ueux tortillez,grands collets frefez , ver rurales,robes fur robes amp;autrcs infimes d^^^^me hagatcllcs dont les femmes depardeçà fe nguaint, contrefont amp;nâont iamais aircz,funt fans «r«»rf« comparaifon caufe de plus de maux que guel'arti- la nudité ordinairedcs fcmmesSauuagcs: ^w»H il Ic^qu^ilcsjccpcndantquant au naturel,ne f-trieca. doyiKnt rien aux autres en bcautc.Tellc mér que fi lâhôncftcté me permettoit dâen dire dairantagc,me vantât bien de foudre toutes les obieftions quâon mepourroit amener au contraire, iâen donncrois des raifons ficuidcntcs,quenul nclcspour-roitnicr.
De lâameri Qjf E ï^r roit nier. Sans doneques pourfuyure ce propos plus outre, ie me raportc de ce peu quel en ay dira ceux qui ont fait le voyage en la terre du Brefil, amp;nbsp;qui corne moy ont veu les vues amp;nbsp;les autres.
Ce n'eft pas cependant que contre ce quâenfeigne la fainde EfcriturcdâAdâamp; ^quot;'quot;^''â*^ Ãue,lefquels apresle péché recognoiflans/ir/f Jif-quâils eltoyent nuds furent honteux , ilt;^ââquot;zVM vucille en façô que ce foit approuucr ce- Saunaitt. fie nudité: pluftoftdeteftay ie les hérétiques qui contre la loy denature (laquel le toutesfois quan^t a ce point nâeft nullement obferuee entre nos panures Ame-riquains) lâont voulu autresfois introduire .
Mais ce que iâay dit de ces Saunages, eft pour monftrer , quâen les condam-nans fiauftcremét de ce quefansnullc ver gongne ils vontainfi le corps entiercmet dcfcouuert,nous excédas en lâautre extre mnéicâeft a dire en nos baubanccs,fupcr-fluitez amp;nbsp;excès en habits ne fommes pas plus louables.Et pleuft a Dieu, pour met trefinacefte maticre quâvn chaeû denous plus pour lâhonncftetc amp;nbsp;necefsité que pour la gloire amp;nbsp;mondanité, sâhabiHaft modeftement.
I X
Ijl , HISTOIRE
. 3 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;C H A P. I x.
â 'Des ^ro/fes r.açInes', C^gros mil dont les .Snf{fta;res font farine ^.tiils man^^ent au heu de pain : C!^ de leur brutiage qu'ils nomment Caouin.
^V I s que nous auons enten u y au chapitre precedent
duifant les chofes par ordre , il ne con-uiendra pas mal de traiter tout dâvn fil des viurcs qui leur font communs amp;nbsp;ordinaires. Surquoy faut noter en premier
Iicu,quâcncores qu'ils nâaycnt,amp; parcon Saw^a^ti fequent ne femét ni ne plantent, bleds ni vtuans nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
(etm pain ni-vin.
Vignes en leur pays, que neatmoins amu que icl'ay ven amp;nbsp;prapique^on ne laiffcpas pour cela de sây b,ien traiter amp;nbsp;dây üirc bonne cherc fans pain ni vin.
Ayans doncqiips nOs Ameriquains en
leur pays de deux efpcecs de racines, qüc
A ^- icui pays oc ueux eipcccs ue racines, que ; Ã^Ma â^^ nomment,^jT/ix amp;nbsp;çJ^/rfww/'jlefquellei | ^.^^ en trois ou quatre mois croiflent dans raaaet. terre aufsi groffcs que la cuifTe dâvn hom
me , amp;nbsp;longues de pied amp;nbsp;demi, plus ou moins: quad elles font arrachées,les fern mes (car les homes ne sây occupetpoint) les accouftrent de celle façon. Prcmicrc-nicnt
D F. lâA M E' R I QV E. 155 met apres les auoir fait fcicher au feu fur Meiere IcBaz/e^jtel «jue ie.le deferiray ailleurs,ou 'iâfââquot; gt;» bien quelques fois les prenâs foutes ver-Ãae^' tes, à force deles taper fur certaines petites pierres pointues, fichées amp;nbsp;arren-gces fur vue piece de bois plate ( tout ain fl que nous raclons Ãê ratifions les fro-/i*lt;'«lt;-f-' mages amp;nbsp;noix mufeades ) elles les redui-fent en farine, laquelle eft aufsi blanche que neige.
Cela fait elles ayans de grandes amp;nbsp;fort larges pocflcs de terre, contenant chacune plus d'vn boiffeau , quâelles font elles mefmes affez proprememt pour ceft vfa-gc,Ics mettans fur le feu , amp;nbsp;quantité de cefte farine dedans, pendant quâelle cuit elles ne cefient delà remuer auec des cor-ges mipartics, defqucllcs elles fe feruent ainfi que nous fai fions dcfcucllcs : tellement que ce fie farine cuifant de celle façon, fc forme comme petite grclacc , ouierty/»» ^^agccdâApoticaire. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;»â¢â¢-â¢f^f
Or elles en tôt de deux fortcsialfauoir^
de fort cuite amp;nbsp;dure,que IcsSauuagesap-pelct 0'uy-efitan,de laquelle,parce quâelle Ouy-ea fc garde mieux, ils portent quand ils votf^^ à la gucrre:amp; dâautre moins cuite amp;-' plusylt;r,;.erf«« tendre quâils nomment Owy-pu«, laquelle Ouy-eft dâautant meilleure que la première,/â«« que quad elle eft frefehe , vous diriez mä-frquot;*'quot;quot;* ger du inolct de pain blanc tout chaut, ^anfi.
HISTOIRE
Au furplus, quoy que ces farines, tant dures que tendres , foyent de fort bon gouft, de bonne nourriture , amp;nbsp;de facile digeftion , tant y a toutesfois , commeie 1 ^y expérimente, quâelles ne font nullc-F^rÃMc^^c^t propres à faire du pain. Vrayeft radnenefi quâon cn fait bien de la parte laquelle eft f^rejquot; ^' belle amp;nbsp;blanche,quâil Icmblc aduis que fain. elle foit de fleur de fromenr:mais en cui-fant tout le deffus amp;nbsp;la crourte fefechanC amp;nbsp;bruflant, quant fe vient à couperou rô prclc pain , vous trouuez le dedans tout Ififl.gen fcc amp;nbsp;retourne en farine. Partant ie croy LuVeh^â*^ ââ¢â^^ây*4ââ rapporta premièrement ' â â que les Indiens qui habitent à w. ou 2^-degrez par delà lâEquinoftial, qui font pour certain nos Toueupinambaoulfs, vi* Iiy^â.' K^^jÃ. uoyent de pain fait dc_bqis_gra.ttc,entendant aufsi parler des racines dótertque-rtion , faute dâauoir bien obferuceeque fay dit s'ertoit cquiuoqué.
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Neantmoins lâvne amp;nbsp;lâautre farine eft bonne a faire de la boulic, que les Sauiia-V/»-â ^FP^^dlent Jlifigant , amp;nbsp;principalement quand on la dertrampe , auec quelque 'Mittlt bouii!on_gras, car deuenant lors grumu-(arittt lt;I( TeuTFeom-nc du Ris , ainfi apprertee elle ^à j^ £gj.j. bonne faneur.
quot;i'^â'./â*** Mais quoy que sâen foit nos Touaupi^ namhaoulu , tant hommes, femmes quâen-fans,ertâs accouflumez delà manger toute fcche
DE LâaMERIQ_VE. 135 te feche au lieu de pain , ils font tellcmét filiez amp;nbsp;duits à cela dés leur icuncire,que la prenant aucc les quatre doigts dedans Samuagn^ la vaiffclle de terre , ou autres vaifleaux â^'^ââ'^â * î nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;utter la
ou ils la tiennent 5 dâaflez loin ilslaictâfarine flat tent fi droit dans leurs bouches , quâils'quot;quot;'^quot;â^â quot; n'en cfpanchent pas vn feul brin. Que/1^**'*'''â fi entre nous François , les voulans imiter la penfions manger en cefte forte, nâeftans pas façonnez à cela comme eux, p^^^^^^ au lieu de la letter dûs nos bouches nous maifaem-lefpanchions fur nos loués, amp;nbsp;nous
C f â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r Sâ' 'â/quot;â¢
tannions tout le vilage : partant, linon ne fache. principalement que ceux qui portoyent barbe eurent voulu eftre accouftrez en loueurs de farces,nous eftions contraints de la prendre auec des cuilliers.
Dauantage il aduiendra quelqucsfois quâaptes que ces racines lt;?y4ypt èc de Ata mot feront ( à la façon que le vous ay dit) z ^^pãs toutes vertes, les femmes faifant ^â^'f*' degrqflcsjielotcs delà farine ainfifref-p'/.- 'â-y cheamp; humide, les preifurant amp;nbsp;preflant bien fort entre leurs mains elles en fc- j^^j.^^^.^ ront fortir du ius prefques aufsi blanc jeufarine Si clair que du laid. Ainfi cela eftant*gt;quot;âquot;/'*â i 1 î 0 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;a man fer-
retenu amp;nbsp;mis dans des plats amp;nbsp;vail-felle de terre, apres qu'elles lâont mis au Soleil, la chaleur duquel le faid
I 4
I3lt;gt; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRB
â prendre comme de la caillce de fromage» H (i^H^^ ÿj quand on le veut manger, elles le vcrlenc Clt;ylt;i dis d autres pocflcs de terres, amp;nbsp;le taifit curie en icelle fur le feu comme nous fai Ions les aumclcttes dâÅufs,il eft fort bon ainfi apprefte.
Au fuiplus non feulement la racine T^aanti lt;i'-^yp^ eft bonne en farine , mais aufsl «uiifjfAj/r» quand toute entière elle eft cuite aux cen lu ctniirej J^çj^ou deuant le feu, sâatendrilfant lors fc fendant amp;nbsp;rendant farineufe comme vnc ebaftagne roftic à la braifcl de laquelle aufsi elle a picfquc le gouft)onla peut manger de elfte façon. Cependant il nâen prêt pas dcmcfmcdela racine de Afatiiot, car nâeftant bonne quâenfariné bien cuite, ce feroitpoifon de la manger autrement.
Fomif '^fi ti^u amp;nbsp;futUtfj Jf lt;tf r4CtHCS
Façon ff », erufiua
Itif de m.il Itphfr Ht
Au refte les plantes ou les tiges de toU tes les deux,différentes bien peu lâvnc de lâautre quant à la forme, croiffent delà bautcur de petits geneuriers, amp;nbsp;ourles fucillcs affez fcmbiablc à lâberbc de Peo-nia,ou Pinoine en français. jMais ce qui eft le plus admirable amp;nbsp;digne de grande confideration en ces racines d'^ypi S^ de A^antot de noftre terre d'Amérique , gift en la multiplicatiô dâicelles. Car comme ainfi foit que les branches foyentpref-ques aufsi aifecs a rôpre que cheneuotes tant yancantmoins que fans autrement les cul-
D E Lâa M E R I QV E. IJ7 les cultiuerjautant quâon en peut rompre amp;nbsp;quâon en peut ficher en teric , autant a on de grofles racines au bout de deux ou trois mois.
Sur lequel propos , afin de tant mieux contenter le leéteur , ic rccitcray ce que lâauâeur de Iâhiftoirc générale des Indes ditdu Maiz, lequel fert aufsi de bled aux Indiens . La Ca nne de Maiz dit il, croift ^âââh^ lt;nbsp;delà hauteur dâvn homme amp;nbsp;plus: eft af-**^â fez grolfciSticttc fes fucillcs comme celles des Cannes de Marctz,lâcfpic eft com nievnc pommede pin fauuage, le grain gros,amp; nâeft ni rond ni quatre ni fi long que noftre grain : il fc meurit en trois ou quatre mois, voire aux pays arroufez de ruifleaux en vn mois êedemi . Pour vn grain il en red ioo.ioo.3oo.4oc.5oo.amp;sâè efttrouué qui a multiplie' iufqucsà 6oo. Qm monftre auffi la fertilité de cefte ter-repoffedee maintenât par les Efpagnols.
Or outre les racines de nos Sauuaucs, leurs femmes plantent encores aucc vn ballon pointu, quâelles fichct en terre,de ces deux fortes de gros mil: aHauoir blâc amp;noir que nous appelions en trace bled Sarrazin (eux le nomment ylnati} duquel elles fôt auffi de la farine,laquelle fc cuit ^Hj^i amp;mâgc à la manière que lâay dicci dcifusxr«».,!. celle des racines.Câeft en fómecedequoy on vfe ordinairement pour toutes fortes
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de pain au pays des Saunages en la terre du Brcfil dite Amérique.
4M bled ti^ un Vf»,
Cependant comme les Efpâgnols amp;nbsp;Termirde Portugais, qui font habituez en pluficurs f^mtr, endroits de ces Indes Occidentales, ayâs 9 maintenant force bleds amp;nbsp;force vins que produit celle terre du Brcfil, ont faitla prcuue que ce n'eft pas pour le défaut du terroir que iesSauuages n é ontpoint, aufsicft-il bien certain que rvnamp; lâautre y viendroit bien . Et de fait nous autres François à noftre voyage y ayans pof té des bleds en grains amp;nbsp;des ftps de vignes,iâay veu moy-mefme par lâcxpcrien ce, fl les champs eftoyent cultiuez amp;nbsp;labourez comme par deçà ,que câeft vn pays tresbon amp;nbsp;tresfertile . Vray tft quâenco-quot;Dffauttn nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 F
U vi^nr rcs que la vigne que nous plantalmes rc-^'nrâ/^n P*^*â*- ^'â ^^â- lâitâfi»amp; quc le bois amp;nbsp;les fucil-au bled les cn fuirent belles , tant y a toutesfois que durant enuiron vn an que nous fuîmes la, nous nây vifmes que quelques aigrcts, Icfquels au lieu de meurir , sâendurcirent amp;nbsp;deuindrent comme fees
que now femafmet prcrmere-
menf en r^meri^
Semblablement, quoy que le froment amp;nbsp;le fcigle que nous y femafmes fuf-fent beaux en herbe, amp;nbsp;quâils paruin-, lent iufques à rcfpy,tant y a ncantmoins que le grain ne fe formoit point. Mais parce que lâorge y vint,grcna, amp;nbsp;multiplia
DE Lâ A M F. R I QJ E IJ9 tiplia fort bien , iâay opinion que cefte terre eftant trop graOe, preffoit amp;nbsp;auan-çoit tellement le froment, le feigle amp;nbsp;la vigne l lefqucls comme nous voyons par deçà ,auant que produire leurs fruits, veullent demeurer plus de temps en terre que lâorge) quâeftans trop tort montez (comme ils furent incontinent) ils nâeurent pas temps pour fleurir amp;nbsp;former leurs fruits.
Partant, au lieu quâen noftre France^quot;quot; â/â ' on engraiflc amp;nbsp;fume les champs pour »«âa,«« Jes faire meilleurs,tout au contraire iâay 'â'â/â fâquot;â-opinion quâen labourant fouuent cefteâterUtdamp; terre Ncuuc, il la faudroit lafter amp;nbsp;def-'^'â'
graiffer par quelques années afin de la faire mieux rapporter amp;nbsp;bled amp;vin en leuriufte maturité.
Et certes comme ainfi foit que le pays denos Tououpinambaott/ts hit capable de nourrir dix fois plus de peuple quâil nây en a,amp; que moy y eftant me pouuois van terdâauoir à mon commandement plus de mille arpcns de terre meilleures que ''â^^'i^x-il nây en ait en toute la Bcaufle , qui eft;^â^^^/,;^ eequidoute que files François y fuflent'quot;Æââgt;lt;f'« demeurez , ce quâils enflent fait, amp;nbsp;y en ['â^^quot;â' eut maintenant plus de dix mille fi Vil-Icgagnon ne fc fuft rcuolté de la Rc-
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ligion rcformccj quâils nâen eufset rcçcu amp;nbsp;tiré le mcfme profit que font les Portugais qui y font maintenât bien accémo dez? CeJa foit dit pour fatisfaire à ceux qui voudroyent demander fi le bled amp;nbsp;le vin eftâs femez gt;nbsp;cultiuez amp;nbsp;plantez en la terre duBrefiljuây viendroyent pas bien.
Oren reprenant mon propos,afin que icdiftingue mieux les matières que i ay entreprins de traiter , allant encores que ie parle des chairs,poiflons,fruits,amp; autres viandes du tout düTcmblables de cd les de noftre Europe,dequoy nos Saunages fc nourriflent, il faut que ie dife quel cftlcur bruuage amp;nbsp;la façon comment il fefait.
Surquoy fautaufsi noteren premier lieu que tout ainfi,comme vous auez cn-tquot;/^nle- t'^ndu , que les hommes d entrâeux ne fc ri^Mainei mcflans nullement de faire lafarineen tcmmi'â luiffent toute la chargea leurs femmes, fcmie bru quâaufsi font ils demefme,voire font cn-'âquot;^ââ cores beaucoup plus fcrupulcux,pourne sâentremettre de faireJeur bruuaiîc. Par-tant outre que ces racines d'^ytypt Si de t^lfaniot, accommodées de la façon que iâay tantoftdit,lcur 1'crucntdc principale nourriture: aufsi en les appreftans dâvnc autre forte les font elles fcruir pour faire leur bruuage ordinaire.
Voici donc comment elles en vfent:
Apres
D Si Xâ A MÃ R I Qjr E. 141
Apres quâelles les' oiit découpées à ufsi menues quâoft fait les mues à mettre au Faemdr pot par deçà , les ayansainli fait.bouônr^^;^^ par morceaux aucc de lâeau dans dê grids r«»»«, vaifleauxdetcrrcjiquand elles lès voient attendries amp;nbsp;amolies lesâoftani dé deflus le feu elles deidailTcnt vn peu refroidir. Cela fair,plu.âtieurs'dâcntrâclles^cftans à c-croupics aTchtouf de ce graud vaiflea'u, prenans dedans iceluy ee^rOuèltes de Tzlrro-'H einesainfi molifiees après qùe fans les a- / ualcr elles les aurötbien mafehees amp;nbsp;tor tillces dans leurs bouches,reprehans cha cun morceau lâvn après lâautre aucc la main,les remettïnS dedans dâautres vaif-feaux de terre, qui font tous pre ft s fur le feu, elles lies feront bouillir derechef.
Ainfi remuant toufiours ce tripotâge fur le feu aucc vn balfon iufques à ce quâelles cognoiflet quâil eft aftez cuit; fans le cou 1er ni paffer,ains le tout enfcmblé le ver-fant dans d'aufreS plus ,grahdeS cannes ^â ^ de terre contenânrtes chacunes enuiron iaigitKx vne Fillette devin de Bourgongne, dans ^' âquot;â'^â¢â lefquclles , après quâil a vn peu efeurné,y^m/Jw. couurans les vaifleaux , elles le laiffent
cuucr quelque cfpacc de temps. Ces der niers grands vafes dont ievien maintenant de faire mention fontprefques faits de la façon des grands cuuiers de terre, cfqucli, comme iâay veu, on fait la lefei-
1^2 nbsp;nbsp;, HISTOIRE
UC en quelques endroits de Bourbonnois amp;nbsp;dâAuuergne : excepté toutesfois que ils font plus cftroits par la bouche amp;nbsp;par le haut.
; Or nos Ameriquaines, faifans fembla blement bouillir amp;nbsp;mafehans aufsi puis apres dans leur bouche de ce gros Mil âSi-«B4^(' nommé it^uatt en leur langage , elles en ÆÂ«Â»lt;!lt;/»(/font du bruuage delà mefmc forte que vous auez entendu quâelles font ccluy des racines fus mentionnées . le répété nommément que ce font les femmes qui font ce meftier, car combien que ie nâaye point veu faire de diftindion des filles dâauec celles qui font mariées ( comme quelcun à eferit ) tarit y a neantmoins quâoutre que les hommes ont celle ferme opinion, que sâils mafehoyent tant les racines que le mil pour faire ce bruuage quâil ne feroit pas bon, encores rc-puteroyent ils aufsi indecent à lcurfexe de sâen melier que nous ferions par deçà dâen voir vn prendre vne quenoillepour Caouin ^^^^^^-Lcs Sauuages appellent ce bruuage iruuagt Caou-in, le quel a prefqwe legouft delaift â¢gt;£'lt;â aigre: amp;nbsp;en ont du rouge amp;nbsp;dû blanc corn nous auons du vin.
Au furplus , il fe fait en tout temps amp;nbsp;faifon : mais quant à la quantité i'ay veu J[uelques fois iufques au nobrede 30. de csgrâds vailfeauXjque ie vousay dit tenir chacun
D E Lâa M E R I Q_V E. I^J chacun plus de foixante pinte de Paris, tous plains, arrengez amp;nbsp;couuerts au milieu de leurs maifons , ou ils les laiffent iufques a ce quâils veullent (^aou-iner.
Mais allant que dâen venir là (fans tesfois que iâapprouue le vice ) il faut ?««««-que ie difc par forme de preface ; arriéré quot;^f'^ââ Alemans , Lanfquencts , Suiflcs , Fia- Jtffiu ttut mans, amp;nbsp;tous qui faites caroux amp;nbsp;pro-ââquot;'quot;â fefsion de boire par deçà : car comme Vous, mefmes apres auoir entendu comment nos Ameriquains sâen acquittent confefferez que vous nây entendez rien au pris dâeux , aufsi faut il que vous leur cédiez en ceft endroit.
Q^and doncques ils fe mettent a-ptes, amp;nbsp;principalement quand auec les Ceremonies que nous verrons ailleurs, ds tuent vn prifonnier de guerre pour le manger, leur couftume ( du tout contraire à la noftreen matière de vin que nous aimons frais amp;nbsp;clair) eftant de boire ce Ãaou-in vn peu chaut amp;nbsp;trouble, Caouin les femmes pour le tiedir font premiere- ^^ââ^^«, ment vn petit feu à lâentour des cannes eÃrihK de terre ou il eft. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^^;:^^ii^
Cela fait,commençant à lâvn des bouts a defeouurir le premier vaiffeau , amp;nbsp;a remuer amp;nbsp;troubler cebruuage, puifans
144 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Futmie puis après dedans aucc de grandes cour-iiiin Jet gcs parties en deux , dont les vncs ticn-^«nf ncnteauiron trois chopincs de Paris,ain fi que les hommes en daniant paflent les vns après les autres auprès d elles , leur prefentâs amp;nbsp;baillans à chacun en la main vnede ces grades gobclles toutes pleines, amp;nbsp;elles mefmes enferuantde fommeliers nâoubliant pas de chopiner dâautant:tant les vns que les autres ne faillent point de boire amp;nbsp;troufier cela tout dâvue traite. Mais feauez vous côbicn de fois? ce fera iufques a tât que les vaifleaux,amp; y en eut il vnc ceteine , feront tous vuydes,amp;c;ue il nâen y aura plus vnc feule goutc. Et de fait ic les ay vcu non fculcmêt trois iours amp;nbsp;trois nuits fans cefier de boire, mais aufsi quâd ils eftoyent fi fouis amp;nbsp;fi yures quâils uâen pouuoyent plus (dâautant que quitctlc icu eut eftepour eftre réputé vn erfeminé amp;nbsp;plus que chelmc entre les A-Icmans'qüand ils auoyét rendus leurgor ge,câeftoit à rccommcncer plus belle que deuant..
^flra'âges coufiumfs âetSauua
Et ce qui eft encores plus efirange ?ià remarquer entre nos Totioupinamhaoultt, cft,quc commeils ne mangent nullement durant leurs buucrics , aufsi quand ils gt;.9tuenf O mangent usneboyuct point parmi leur
mM^enttn repas: tellement que nous voyans entre-rtjiM. melier lâvn parmi lâautre ils trouuoyent nofire
DE LâAMERIQUE. 145 noftre façon fort eftrang« . Q^c fi vous dites la deiïusi ils font doneques comme les cheuaux, la refponcé à ' cela dâvn quidam ioyeux de noftre compagnie eftoit, que pour le moins,outrc quâil nedes faut nbsp;nbsp;.y
point brider ni mener alu-riuicrepour)'*â^^***' boire, encores font ils hors des dangers de rompre leùrs croupières. - , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâ*7T^
Cependant il faut noter combien que ils nâobferuent pas les heures pour dlf- ^ ntr, fouper. Ou coHationner, comme on^^âp^^^â* faitences pays par deçà 5 mennes quâilsâ'^/''â â«' ne facet point de difnculte, sâils ont faim 4^«^'«â démanger aufsi toftà minuit qu'à mi^ e^and ,ii ^yj ^ue neantmoms ne mangeans la*-mais qùâils nâaient appétit, on peut dire quâils font aufh fobres en leur'manger, ^y^y-quâexceffifs en-leur boire. Dauâtage par- ^â«««^fquot; eequequand ils mangentils'font vnmer f^^'fif ueilleux filcncc, tellement que sâils ont quelque chofe à dire ils le referuent mP snemr dtâ ques à cd quâils ayent achcué, quand fuy.x jurent liant la couftume des François , ils nous repas. oyôyent tafer amp;nbsp;caqueter en prenant hoS repas,ils sâen fauoyent bien moquer. -
Ainfi pour continuer mon proposerai; s que ce Cà outnage dure,nos friponhiers 5^/''^*^*^ galcbdiitcmps ft Ameriqüuins pour sâeP chaufer tant plus la ccruclle : chantans, fifilans,sâaccouragcans, amp;nbsp;exhortais lâvn lâautre de fc porter vaillanimcnt, amp;nbsp;de
K
146 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
prendre force prifonniers quant ils iront e ala uucric,cftâs arrengez commeGrues, ne ccflcnt de danfer amp;nbsp;d'aller amp;nbsp;de venir .vme^nui parmi la maifon ou ils fontaHcmbIc2,iuf ques ace que ce loit fait amp;nbsp;qu il nây ait
;plus rien es vaifleaux . Et certainement pour mieux verifier ce que lâay dit quâils fondes premiers amp;nbsp;fuperlatifs en ma-â 7r,»«r Jf tierc dâyurogneric , ie croy quâil yena r^ur^e j.j.j entrâeux qui anale plus de vingt pots Kit^is. de Caou-tn a la part en vnc feule allem-blec:mais fur tout(comnic iâay dkl quand ils tuent amp;nbsp;mangent vn prifonnierj amp;nbsp;quâils font cmplumalfcz amp;nbsp;équipez Ȉ la manière que ie les ay dcfci its au chapitre precedent, faifans les Bacchanales à la façon des Anciens Payent, amp;nbsp;faouls que ils font comme Preftres , câeftlors quâil les fait bon voir rouiller les yeuxenla tefte . Il adulent bien ncantmoins, que quelquesfols voifins auec voifins eftans afsis dans leurs lids de coton pendus en Pair boiront dâvue façon plus mo* defte/mais leur couftume eftant tcHcjquc tous les hommes dâvn village ou deplu-fieurs sâalfemblcnt ordinairement pour boire (ce qu'ils ne font pas pour manger) ces buuettes particulières fe font peu fouuent entrâeux.
Semblablement aufsi, encores quâils ne boynent pas de cefte façon, ayans ac-couftu-
DE lâa M E R I QJ E. 147 iouftumé de dâfcr tous les iours en leurs g^^^^^^, villages,fur toutles icuiics hommes ^mzgrmiiii-tier, aucc chacun vu de ces gros penna-f'^ââ''-ches quâils nomment j^raroye lie furies reins,allans de maifon en maifon , ne font prefques autres chofes toutes les nuits. Mais il faut noter en ceftendroit, quâen toutes ces danfes des Saunages, foit quâils fe fuynent lâvn lâautre ou,corn me ie diray parlant de leur Religion, quâils foyent difpofez en rond , les fern- Femrftet mes ni les filles nâeftans iamais meflees ^^^,7^' parmiles hommes , fi elles veulent dan-^i^p. lt;/« fet cela fe fera elles cftans à part. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sauna^n.
Aurefte auantque finir le propos de la façon de boire des Ameriquains, fur lequel ie fuis à prefent, afin que chacun fache comment sâils auoyent du vin à commandement ils haufleroyent le gobelet,ie racôteray ici ce cpiâvnA^oUjfacaf-f câeftadire bonpere de famille qui donne à manger aux paffans , me recita vn
, iour en foh village- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'rMram
Nous furprifmes vne fois,me dit-il en â^^\f^^^ fonlahgagc, vne Carauellc de Peros^c'eQ:saunage à dire Portugais f Icfqucls comme j^â'â' touche ailleurs font ennemis mortels amp;nbsp;irrecôciliablcs de nos T^oHoupinarnhaotilt/) de laquelle après que noâeufrnes aflomez amp;nbsp;mâgez tous ceux qui eftoyent dedans,
* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;K a
148 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I- s T o 1 R R
ainfi que nous prenions leur marchadife trouuans parmi icelle de grids vaifleaux de bois pleins de bruuagei les dreflans amp;nbsp;defonçans par le bout, nous voulufm« taller quel il eftoit.Toutesfoisune difoit ce vieillard de Sauuagc)ic ne fcay de quel le forte de (^aouix ils efloycnt remplis, amp;nbsp;fl vous en auc2 de tel en ton pays : mais bic te diray ic quâaptes q nous en eufmes beu s tout noHre faoui nous fufmes deux ou troio iours tellement aHommezamp;cn dormis , quâil nâefioitpas en noHrepuif-fance de nous pouuoir rcfueillcr. Ainfi ' eftant vray femblable qucc'clloycnt tonneaux pleins de quelques bons vins dâE-fpagne, le leftcur peut entendre fiaprès que nos gens fans y penfer curent fait la fefte de Backus ils fc trouucrent prins,amp; li cela leur dôna à bon efcictfurlacornc.
Pournoftre efgard du commencemet que nous fufmes en ce pays là ,penfans c-uirer la morfilleurc que vous aucz enten du que ces femmes Saunages font en fai-fat ce (^aoKin , nous pillafmcs des racines ââ:Ãypi amp;nbsp;Maniofaucc du mil, Icfqucllcs (cuidat faire de ce bruuagcdâvric façôplâ honnefte quâelles ne font) nous fifmeS bouillirenfcmblc : mais pour en dire la vente , rexperience nous monftra quâil nâeftoit pas fi bon quclâautrc:partant petit à petit nous nous accouftumafmes dâc boire
DE lâa M'E-R I QV E. 1451 boire tel quâil eftoit . Vray clique nous ayans les cannes de fuccrc à commande- ^ââââ ^â^' ment, les faifans amp;nbsp;JaMans infufer dans de lâeau, nous labituidns ainfi fuccrec: amp;nbsp;mefme dâautant que les fon'taincs,voire les riuicrcs belles amp;nbsp;clai'rfs dâeau dou cede ce pays là ià caufcdtla temperâtüré font fi bonnes (amp; fâns comparoifoh plus c^^^jt faines que celles de par deçà ) que quay r^mnif. quâon en boyuc a fouhait, elles ne iotu^^quot;'^ '^ point de mal,nous en buuions ordinaire ment.Et a ce propos les Saunages appellent lâeau douceP^A-ere amp;nbsp;la C.ilccKh-e-efi qui eft vnc diction,laquelle eux pronon-çans du gober comme font les Hebrieux leurs lettres quâils nomment^gutturafes, , nous eftoit la plus fifchcufc a proférer entre tous les mots de leur langage.
Finalcmët parce que ic ne doute point que quelques vns, ayans entendu ce que l ay dit ci^deffus , de la mafchcurc amp;nbsp;tor-tilleure tant des racines que du mil parmi la bouche des femmes Sanuages en la compofition de leur bruuage nommc^lt;ï-euin nâayent eu mal au cÅur^^rquâils nâen ayentcrache: afin queideur ofteauenne ment ce degouft ie les prie de fc rcfouiic nir de la façon quâon tient,amp; commet on fegouucrne,quâd on fait levin par deçà . Et de fait sâils confidcrcnt que es lieux ou on a accouftuméde fouler les Raifins
K ?
159 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
CimfarM auxTiimcs amp;nbsp;dansjes cuues, comme on foudtii fait C5 pays des bons vins » il y pafl'camp; 'f-tireitvii peut aduenir beaucoup de choies, qui 4wr«^' nâont guercs meilleure grace que celle rai â niere^de machotcr açcouftumec aux femmes Ameriquames ⢠Que fi on dit 1* deflus : voire mais , le vin en bouillant ictte toute celle ordure: ierefpondque nofiieÃaou-tn fe purge aufsi,amp; que quant a ce point il y a mefme raifon de lâvn à l'autre,
C H A P. X.
TJes Animaux, UenaiÃfiSi^ros Le'^rt^h Serpens,amp;autresbejies monÃruettfis de IÃ' merttjfte.
^Aduertiray envn mot au cé- j â mencemét de ce chapitre des ;
Animaux à quatre pieds,que nbsp;i
non feulement en general, amp;nbsp;i t^rtiiOaux nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fans exceptio, il ne sâen trou 1
^e r^me ^^^ p2j ^^^ f^^j ^^^ ^^Ã.^ terre du Brcfil en ; lt;/i/;ÃZ«6/« lâAmérique , qui en tout amp;nbsp;par tout fou fcmblabk aux nollres , mais quâaufsi nos 'Tououpixambaouits nâen nourriflent que bien rarement de domeftiques ,Dcf-triuant doncqucslcs belles Saunages de leur pays,IcfqucUes quant au genre font nom-
DE Lâ A M E R I QXquot; E. 151
nominees pareuxSoó,ie cominenceray par cdlesqui font bonnes à mager.La premie rcamp;pJus commune eftvne quâils appclcnt 'T'âipf~ TapfrouJPo(iyl2c^\ic\lc ayat lepoil rougea- rou/foit ftre amp;nbsp;aflez lone, eft prefques de la gran-deur, groncur amp;rorme d vnc vache: tou- (ÿ. jtm tcsfois ne portant point de comes, ayant 'â^ââ*'â-le col plus court, les aurcillcs jgt;lus longues ^pendantes,lesiambes plus feiebes , nbsp;nbsp;,
^ prinregj 1c pied non fendu , ains delà çr'if'â'o^*^ propre forme de ccluy dâvn Afnc , on peut dire quâelle eft demie vache amp;nbsp;dc-wicAfne. Neantmoins elle diffère entièrement de tous les deux,tant de la queue quâelle a fort courte ( amp;nbsp;notez en ceft endroit quâil fcirouiie beaucoup de beftes en lâAmérique , qui nâen ont prefques , point du tout) que des dents Icfqucllcs elle a beaucoup plus trenchantes amp;nbsp;aigues : cependant pour cela,nâayant autre refiftancc que la fuite, elle nâcft nullement dangereufe . Les Saunages la tuent comme pluficurs autres, à coups de Hcf-ches, ou la prennent à des chauftes trapes amp;nbsp;autres engins quâils font affez in-duftrieufement. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-^4'i'
Au rcftc ils eftiment merucilleufe-
ment câeft Animal à caufc de fa peau: car quant ils lâefcorcbcnt , coupans en rond tout le cuir dn dos , après
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I5Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
â j{ândeUa quâil fà bid] fcc, îls CO füllt Jcs ródcllcs fy'âââ aufsi grandes que le fond dâvn moyen tó-râpirtuf. neau , Jc.fqucJles leur feruant à fouftenir /ââ⢠les coups de flefebes de leurs ennemis quand ils vont en guerre. Et de fait cefte peauainfi fc!chccamp; accoiiftrcccft fi dure,. que ie necroy pas quâil y ait flefehe tant roidement dclcoclicc fuft-ellc, qui la feeut percer. le raportois en France par fingularirc deux de fes Targues,mais quad anoftre retour la fiminc nous print fur mer, apres que tous nos viuresfu-rcntfailJis , amp;nbsp;que les Guenons, Perroquets amp;nbsp;autres animaux.que nous appon tionS de ce pays là , nous eurent fcruis do nourriturc,encore nous fallut-il manger nos rôdaches grillées, fur Iceliarbô: voire comme iediray en fon lieu,tous les au très cuirs amp;nbsp;toutes les peaux que nous a-uions dans noflirc vaifl^au.
Touchât la chair de ce Tapirouff^ox^eUei Cf«/ldeU prefque le mefme eau fl que celle deÃeuf: chatrdu nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' t r * l 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;0 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n
T^fir^-r- amp;nbsp;quantaJaraço dclacuircamp; apprefter A« 0-lt;4 pQj Sauuascs'à leur mode la font ordi-candela . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
fKire , naircment HoHeancr. Mais parce que ray ia touche ci dcnant,amp; faudra encores que ie réitéré founent ci après celle façon de paVlcr £oucd!jer , afin de ne tenir plus le Icâeur en fufpens,ioint aufsi qucTocca-fion fe prefente ici maintenant bien à pro pos , ie veux declarer quelle en eft la ma-nieic. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Nos
DE IâaMFRIQ^E. 155
Nos Amcliquains donquesfichans af- fm^â j^ fez allant dans terre quatre fourches deâ®'ââ'âquot;â«^ bois, aufsi groÃes quede bras , diftantes jeiSamtar enquarré dâenuiron trois pieds , amp;nbsp;efga- Salement hautes efleuces de deux amp;nbsp;demi, mettans fur icelles des baftons à trauers a vn pouce ou deux doigts près Tvn de lâautre , font de Celle façon vne grande grille de bois laquelle en leur langage ils frlt;t^â* appelent 'Boucan, 'rdlemcnt quâen ayans pluficurs plantées en leurs maifons,ceux âl'entrâeux qui ont delà chair, la mettans delFus par pieces, 8c aueedu bois bien fcc lt;)ui ne rend pas beaucoup de fuince, fai-fant vn petit feu lent deflous, en la tour-îiant amp;nbsp;retournant de demi quart en dc-miquart dâheure,lalailfcnt ainfi cuire autant de temps qu'ils vcullcnt. Et mefmes j^^â^'^^quot;. parce que ne faills pas leurs viades pour ^'j à â»-^c» garder,comme nous faifons par deçà , ^-â'J^^â ils nâont autre moyen deles cófcriicr qui^p,, ;7,Xâ^ de les faire cuire, sâils auoyent prinsen vn iour trete belles faunes ou autres,telles que nous les deferirons en ce chapi-trc,afin dâeuitef quâelles ne sâempuantif-fent, elles feront Incontinent toutes mi-fes par pieces fur le Boucan : de manière quâainfi queiâay dit, les reuirans foiiucnt ils les y laifl'eront quclqueslois plus de vingt quatre heures , amp;nbsp;iufques à ce que le milieu amp;nbsp;tout auprès des os foitaufsi
HISTOIRE
»54
cuit que le dehors . Ainfi en font-ils des poiflons , dcfquels Ãnefnics ayans grande ^quot;^â' ^ quantité, quand ils font bien fees ils en font de la farine. Brief te Boucan leur fer ^(-Va»- nbsp;nbsp;®^ât dc_fdJoir, de crochet, amp;nbsp;de garde-
l-utiina mangé , vous nâiriez gueres en leurs villages que vous ne le vifsiez garni non feulement de venaifon ou de poiflons, mais aufsi le plus fouuent ( comme nous verrons ailicurs)vous le trouueriez cou-uertdegroflés pieces de chair humaine, fe'^âmba, amp;nbsp;des cuiffes, bras amp;nbsp;iambes des prifon-6- gt;tittrjlt; niers de guerre quâils tuent amp;nbsp;mangent. chair hu. Voila quant au Boucan amp;Boucannerte,c'eamp; ma^e fur à dire rotifleriç de nos Ameriquains: Icf-* 'quot;^'quot;'' quels au refte (lauf la reuerence de ccluy qui a autrement eferit) ne laiflent pas quand il leur plaift de faire bouillirlcurs viandes.
Or pour pourfuyure la defeription de leurs animaux, les plus gros quâils ayent après lâAfnc vache, dont nous venons de J.â/e'e' parler,font certaines efpcces, voirernent deCerfs amp;Bichcs,quâils appelcnt Seoiiap ^^lt;»^^f-fo,i^ : mais outre quâil sâen faut beaucoup fiâ*^ ^ quâils foyent fl grands que les noftres, amp;nbsp;r^^X©â* que leurs cornes foyent aufsi fanscom-â^gt;iiâgt;- paraifon plus petites , encores different ils en cela , quâils ont le poil aufsi grand que celuy des Chèvres de par deçà .
Quant 4u Sanglier de ce pays la, lequel
DE Lâa M F, R I Q_V E. 155 quel les Saunages nomment Taiafou, combien quâil fait de forme femblabJcà ceux de nos forefts , amp;nbsp;quâil ait ainfilc £orps,la tefte,lcs oreilles,iâbcs amp;nbsp;pieds: niefmes les dents aufsi fort longues,cro -cHues j pointues , amp;nbsp;par confequent très â^mgereufes : tant y a qu'outre quâil cft tgt;eaucoup plus maigre,amp; quâil a fon groi gniHement amp;nbsp;cri effroyable, encores a-il
Sa/i^ligr.
VBcautre difformité effrange : aflauoir, 'â Naturellement vn pertui fur le dos par oufainfique 1 ay dit que le Marlouina jurudt, fur la telle) il foufHe,refpirc, amp;nbsp;prêt vent*ââ''quot;quot;^â' quand 11 veut.Comme aulsi, afin que cela ne foit trouué fl eftrange, depuis que lâay fait mes mémoires , iâay leu en lâni-ftoire générale des Indes quâil y a au pais liu.ç cb, i^^T'ljcara^tt^ au Peru des Porcs qui ont 104. le nombril fur lâefchine , qui font pourr'*^'fquot;'«-certain les mefmes que ie vie de deferire/â 'âV'* Les trois fufdits animaux,affauoirle 7^4-/âireujf'oti, le Seounffbu, amp;nbsp;le Taiaffou font 71/^ ^â,. les plus gros de celle terre duBrclil »iii^x
Paffant donques outre aux autres Sau- â'^ââ^â'-uagincs de nos Ameriquains,ils ont vne belle touffe quâils nomment Agouti de la Agouti grandeur dâvu couchon dâvn mois,laqucl erptie df le a le pied fourchu,la queue fort courte, fâ«*quot;â⢠lemufeau amp;nbsp;les oreilles prefques comme celles dâvn Lieure, amp;nbsp;eff fort bonne à manger.
H I s T o l R F.
. . Dautrcs de deux ou trois cfpeces que ifp^aJe ^â^ appellent Tahitis, tous allez fcmbla-iiturt. bles à nos Lieures amp;nbsp;quaii de mefme goiift: mais quant au poil ils lâont plus rougeaftre.
Ils prennent aufsi femblablerncntpar Crosi(^tt les bois certains Rats aufsi gros quâ^feu ,â'âquot;â*â ^ lieux, amp;prcfqucs de mefme poil roux, i^t.^/x^delqucls ont la chair aufsi delicate que celle de connils de garenne,
T*ag âPagou Pagne (car on ne peut pas bien Animal Jifeemer lequel des deux ils profèrent) eftvn animai delà grandeur dâvn petit , chien braque, a la tefte bieerre amp;nbsp;fort mal faite, la chair prclquc de mclnic gouft que celle de vcau:amp;quant a fapeau â«r^»' eftit fort belle,amp; tachetée de blanc, giisgt; amp;nbsp;noir, fl on en auoit par deçà elle ferait bien riche en fourreurc.
Il sâen voit vn autre delà forme dâvn putoy, amp;nbsp;de poil ainfi grifaftre,lequel les Saunages nomment Sartgoy: mais parce Sarri- quâil put aufsi,eux nâen mangent pas vo-goy lonticrs . l outcsfbis nous autres en a-i'^rfuitt yans efcorchcz quelques vns, amp;nbsp;cogneus * que câeftoit feulement la grailTc quâils quot;** ont fur les rongnon^qui leur rend cefte mauuaife odeur , apres leur auoir.oftcc, nous ne laifsions pas dâen manger : amp;nbsp;de fair lachairen efftendre amp;nbsp;bonne.
Quant au Pafeu de cefte terre du Brc-fil ceft
DE LâAMERIQVE. 157 filjceft Animal^.commc les hcriflons par j'^^gj^ deçà ) fans poiiuoir courir lî vifte que^,iâ^ plufieurs autres , fc traifne ordinaire-â''ââ^-nient parles bullions: mais en rccom-(!««M'gt;i»Xtw^j penfc il eft tellement arme'amp; tout cou-uert dâcfcaillcs , ft fortes amp;nbsp;li dures,que ie croy quâvn coup dâcfpec ne luy fc-roit rien:amp; mefmes quand il eft efcorché lescfcaillcs iouans amp;nbsp;fc manians aucc la peau (Je laquelle les Saunages font de petits cofins quâils appclcnt Ãaramemoyf^f^^ ; vous diriez que câeft vn gâtclct dâarmes: la chair en eft blanche amp;nbsp;dâalfcz bonne faneur.Mais quant à fa forme, quâil foit h haut monte fur fes quatre iambes que ccluy que Bclona reprefente par portrait à la fin du troificmc liurc de fes ob-feruations (lequel toutcsfois il nomme ^lt;1/9« du Brcfiî ) ie nâen ay point veu de fcrablablcs en ce pays là .
Or outre tous les fufdits animaux qui font les plus commuais pour le viure de nos Ameriquains : encores mangent ils des CrocodiUcs quâils nomment lacarélacâre gros comme la cuilfe amp;nbsp;longs a lâadue-cr««*;«. nant ; mais tant sâen faut quâils foyent dangereux , quâau contraire iâay veu plufieurs fois les Saunages en raporter tous envie en leurs maifons à lâentour def-quels leurs petits enfans fe iouoyét fans quâils leur filfent nul mal. Neantmoins
158 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
iâay ouy dire aux vieillards quâallans par pays ils font quelques fois aHaillis amp;nbsp;ont fort à faire à fc deffendre à grands coups de flefehes , contre vne forte de lacaret grands amp;nbsp;móftrueux, Icfquels les apper-ceuans , amp;nbsp;fentans venir de loin fortent dâentre les royaux des lieux aquatiques ou ils font leurs repaires.
£t à ce propos , outre ce quâon rc-li.S.ch. cite de ceux du Nil en Egypte , celuy ^56 qui a eferit lâhiftoire générale des Indes dit quâon a tue des Crocodillcs en rifle CfocaJiii,, de Manama , qui auoyent plus de cent litiriänr pieds dclonç, qui eft vncchofe prefques itcroitilt. I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' il
incroyable.! ay remarque en ces moyens que iâay veu , quâils ont la guculle fort fendue , les cuilfes hautes , la queue non ronde ni pointue, ains plate amp;nbsp;deflice par le bout. Mais il faut que ic confefle que ic nâay point bien prins garde fi ainfi quâon tient communément, ils lemuent la mafehoire de deifus.
Nos Ameriquains au furplus pren-nein des Lézards quâils appellent je^^inh. non pas verds comme les norrres , ams gris amp;nbsp;la peau lie ce ainfique nos petites Lézardes ; mais quoy quâils foyent longs de quatre a cinq pieds, gros de mefnic, amp;;dc forme hideufe à voir, tant y a néant-moins, que fc tenans ordinairement fur les ri-
DE lâaMERIQVE* 159 les nuages des fleuues amp;nbsp;lieux maref-cageux ainfi que les Grenouilles ilsgt;''quot;*' ne font nonplus dangereux. Et diray plus , quâeftans cfcorchez , cftripez, ne-Ãoyez , amp;nbsp;bien cuits ( la chair en eftant '' aufsi blanche, delicate, tendre, amp;nbsp;^^-g^,^^-uoureufe que le blanc dâvn chappon) ^«,lt;/, j, que câeft lâvne des bonnes viande que'/*â/â'â?â-1 ay mangee en I Amérique. Vray elt que «M«^o-. du commencement iâauois cela en horreur, mais apres que iâen eus tafté en matière de viandes ie ne chantois que de Lézards.
Semblablement nos ToKoupinam-^^ r^^^^jf baaults ont certains gros Crapaux, lef-ÿ,.,^^^; quels 'Boucane'^ auec la peau , les tripes p^uxfir-les boyaux leur feruent de nourri-âXâ'ââ ture . Partant attendu que nos mede-ââ*'^⻫* tins enfeignent, amp;nbsp;que chacun tient par de^a, que la chair, fang,amp; généralement le tout du Crapauteft mortel, fans que ie touche autre chofe de ceux de celle terre du Brefil, que cç que iâenviende dire, le ledeur pourra aifémentrccucil-lir,quâà caufe de la temperature du pays (ou peut dire pour autre raifon qUe iây-gnorc ) ils ne font vilains , venimeux, ni dangereux comme les nollres.
Ils mangent au fcmblable des Serpens gros comme Ic bras flongs dâvue
KÃO nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Serpenf grils ^ lon^s -Vian à r tiles'^.
^ers^.
aune de Paris, amp;nbsp;incfincs iâay vcu les Sau nages en traîner amp;nbsp;apportenCcommeiâay dit quâils font des Crocodillcsid vnc for te de riollce de noir amp;nbsp;rouge Icfqucls encores tous en vie ils icttoyent au milieu de leurs maifons parmi leurs femmes amp;nbsp;enfans,quiau lieu dâen auoir peur,les ma nioyent à pleines mains.Ils appreftent Ci font cuyre par tronfons ces groÃes anguilles de haycs:mais pouren dire ce que iâen fçay,câcîl vnc viande fort fa_dc amp;nbsp;fort douccallre.
Ce nâeftpas quâils nâayent dâautres for /^A..lt;f tes de Serpens , amp;nbsp;principalement dans Sjrftns les tiuieres od il sâen trouuc de longs amp;nbsp;^'â içÿ«{'^®^â^^ ^^*^** verds^que porces, Ujpiqucu dinnf^fux re dcfquels eft fort veniraeufe : comme aufsi par le récit fuyuant vous pourrez entendre :qiLoutre ces Teuom dont iâay tantoft parle il fe trouuc par les bois vne rAnHhgt; cfpccc d autres gros Lézards qui fönt très dangereux. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Comme donc deux autres François amp;nbsp;nioy hfincs vnc fois ceftc faute de nous mettre en chemin pour vifiter le pays,fis auoir des Sauiiagcs-pour guides félon la couftume,nous eftas efgartz par les bois ainfiquc nous allions le long dâVnc pro-quot; fonde vallée,entendans le bruit amp;nbsp;le trac dâvue befté qui vehoit à noUS, penfans que ce fut quelque Sauuaginc , fans nous
en c-
DE lâAMERIQVE. tôt ^ en cflôncr ni laifler dâaller, nous nâen fif- ^^^^^ ^^ mes pas autre cas. Mais tout incontinent ^âlt;i«lt;p«gt;-à dextre, amp;nbsp;à enuiron trente pas de nous 2nLf^^,.d noâ vilmes fur le coftau vn Lézard beau-«/«»^^reiv« coup plus gros queîe corps dâvn homme^âquot;* amp;,long de lix à fept'pieds,lequel paroif-fantcouuert dâcfcailles blanchaftrcs , af- , près amp;nbsp;raboteufes côme coquilles dâEni-t^-yr.-y très, lâvn des pieds deuant leué , la tefte hauflee, amp;nbsp;les yeux eftineelans, sâarrefta tout court pour nous regarder. Quoy voyans amp;nbsp;nâayas lors pas vn feui de nous harquebuzes ni piftoles , ains feulement nos efpecs, amp;nbsp;a la manière des Saunages, chacun lâarc amp;nbsp;les flefebes en la main Car-ntes qui ne nous pouuoyct pas beaucoup feruir contre ce furieux animal ft bien ar méjcraignâs neantmoins que fi nousnous enfuyons il ne couruft plusfort que nous amp;nbsp;que nous ayant attrapez il ne nous en-gloutift amp;nbsp;deuoraft : fort eftonnez que nous fufmes, en nous regardans lâvn lâau tre,nous demeurafmes aufsi tous cois en vnc place. Ainfi apres que ce monftrueux amp;cfpouuentablc Lézard enouurant la gueulle, amp;nbsp;à caufe de la grande chaleur quâil faifoit(car le folcil luifo.it lors amp;nbsp;e-ftoit enuiron midi) foufliant fi fort que nous l'entendions bien aife'ment, nous eut contemplé près d'vn quart d'heure, fe retournant tout à coup , amp;nbsp;faifant vn
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I(gt;2 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
lt»,ât~ plus grand bri Sc fracaflement tie fucib les amp;nbsp;de branches par ou il palloit que ne feroit vn Cerf courant dans vnc foreft, il s'enfuit contre mont. Partant nous qui allions eu.lâvnc de nos peurs , amp;nbsp;qui nâa-liions garde de courir après , en louans Dieu de ce quâil nous auoit deliurez de ce danger,nous palfafmcs outre. Pay pen fc depuis que fuyuant lâopinion de plu-ficurs,qui difent que le Lézard fe dclcâe a contcplcr la face de lâhômc, que ceftuy la auoit prins aiifsi grâd plaifir a nous re garder, quenoiiraùions eu de peur à le confidercr. .
yi-ââfln(amp; Outre plus il y a en ces pays là vne be-^ / fterauiffantc que les Saunages appelent litfjou- Jaau-areyïâciucïïc eft prefques aufsi haute are de iâbcs amp;lcgere a courir qiiâvn Levrier: 'fMieâtu^Si â^^^*^ ayant de grands poils à lâentour du amp;nbsp;mandât menton la peau fort belle amp;nbsp;bicarrée cô-nheimues. j^ç j-^jjp dâvncOncc, elle luy rcfcmble aufsi bien fort en tout le refte.Les Sauna gcs non fans caufc craignét mcrucillcufe nient cefte befte, car viuant de proyc cô-me lcLion,fi elle les peut attraper elle ne faut point de les tuer, defehirer par pieces,amp; les manger. Et de leur cofté aufsi, corne ils font cruels amp;vindicatift contre toute chofe qui leur fait mal, quad ils en , , peuuét prendre quclqucs-vncs auxduuf fes trapes , nelcurpouuanspis faire, ils â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les
DE lâaMERIQJE. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I6^5
les meurtriffent a coups de Hefehes amp;nbsp;les font languir long temps dansles folles ou elles font tôbccs,auât que deles tuer: amp;nbsp;afin quâon entéde mieux cornent cefte befte les accouftre. Vn iour que 5.ou 6. Fraçois amp;nbsp;moy pafsions par la grade Ifie les Saunages du lieu nous aduertiflas que nous nous dônifsions garde duInaou-are noâ dirêt quâil auoit mange cefte femaine là trois perfônes en lâvn de Icursvillages.
Au furplus il y a grande abondance à e^,^^â^f^^ tes petites Guenós noires que les Sauna ges nomment^fen cefte terre du Brcfil, ^'y niais parce quâil sâen voit aftez par deça^^*quot;â^ lenâëferay icy autre dcfcriptiô.Ãiêdiray leur nat»-iequâeftans en ce pays là , leur naturel cA'fi^^^^* ^el,que nebougeans gueres de deilus cer farieitth tains arbres qui porter vn fruit ayât gquf fes prefques corne nos grofles febuesoe-^noyeHes fe nôurriircntj quesâaUêblas or tlinairemét par troupes amp;principalcmct en temps de pluye (ainfi que les enats fur les toits p dcçâ)câcft vn plaifir de les ouïr erier amp;mener leurs fabats fur ces arbres*
Au refte ccft animal nâen porte qu'vu Hâvnc vetree, mais le petit ayât cefte indu iâjâi;,ie ftrie de nature que fi toft qu'il eft hors du dagnenit ventre il embralfc amp;nbsp;tient ferme le col du Cer'irurt pereoudcla mere,sâils fcvoyerponrehaf/quot;»'^-fez des chalTcurs,fautas amp;nbsp;lâcportâs ainfi debrâche en brache le fauuêtdc cefte façô
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Partant les Saunages nâen pounas gueres prendre ni icunes ni vieilles, nâontautre FaetnJe moyen de Ics auoir, finon quâà coups de prendre lee gçfçj^çj ou je matctats Ics abatte de def-(juenons. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ni*
d ((f^^ ^^^ arbres , dont tombans cltourdies quelques fois bien blccccs après quâils les ont guarics amp;nbsp;vn peu apriuoifces en leurs maifons, ils les changent à quelque marchandife auec les eftrâgers qui voyagent par delà . le di nommément appri-uoifees , car du commencement quâelles guentns font prifes elles fôt fi farouches que mor fareitchei. j^^s Ics doigts , voire trauctfans depart en part auec leurs déts les mains de ceux qui les tiennent de la douleur qu'on fent on eft côtraint a tous edups de les aflbrri-mer pour leur faire lafcher prinfc.
^1 ^'^ trouue aufsi cncefte terre du Bre ^ fil vn Marmot que les Saunages appelent Sa^out Sa^outn,non plus grand quâvu Efeurieux âi, animal g^ jç meftne poil roux.-niais quant à fa figure ayant le muffle comme ccluy dâvn Lion , amp;nbsp;fier de mefme , câeft le plus ioli petit animal que iâaye veu par delà . Et de fait sâil cftoit aufsi aife à repafler que la Guenon,il feroit beaucoup plus eftimé: mais outre quâil eft fi delicatqu'ilne peut endurer Icbranflcmét duNauirc fur mer, encores eft il fi glorieux que pour peu de fà feherie quâon luy face il fclaiflc mourir de defpit. Cependant il sâen voit quel ques
DE Lâ A M E R I CL.V E 165 ques vns en Fiance, amp;nbsp;croy que eâeftdc cefte befte dequoy Marot ( introduifant fon feruiteur Fripclipcs parlât à vnnom-ilt;â(4 méSagon qui lâauoit blafmë) fait men-tion quand il dit.
Combien que Sagon foit vn mot Etle nom dâvnpetit Marmot.
Or combien que ic confefleCnonobftât macuriofitéjnâauoir point fi bien remarque tousles animaux de cefte terre que ie defircrois , fi eft ce que pour y mettre fin iâcn veux encore dcfcrirc deux bigcr-rcs fur tous les autres.
Le plus gros que les Saunages appellent Hay eft de la grandeur dâvn gros efiien barbet,a la face^comme laGucnon) ^â^â^ approchante de celle de l-hôme, le ventre iUfforme, ainfi pendant quâvneTruye pleine de cou ^â^â^,« thons, le poil gris enfumé ainfi que laine mm^er.-de mouton noir,la queue fort courtesies ^°^*f7* ïambes velues comme vn0urs,amp; les grif t'fit-fes fort lôgucs. Et quoy que par les bois il foit fort farouche, tant y arneantmoins quâeftant prins ilnâcft pasmalaifé a ap-priuoifer. Vray eft quâà caufe de fes griffes fl aigues nos TouoHpinamh/iauhj lynds ne prennentpas grand plaifirà fc iouer auec luy-. Mais au dcmcurant(chofe qui fcmblcra pofsiblc fabuleufcjiâay entendu non feulement des Saunages, mais aufsi des Truchemens qui anoyent demeure r- 1!
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long temps en ce pays IÃ ,qiiciamaishom me ni par les champs ni-Ã la maifon , ne vit manger ceft animal ; tellement quâaucuns cftimcnt quâil vit du vent.
Lâautre duquel le veux parler qübles Sauuages nomment C»«ïrt, eftdela hau-
HISTOIRE
^erntht ion^ (if h^erre
Coati animal ayant le _ tcur dâvn grand Lieurc ,.a le poil court, gremeÃra pg^^gj tacheté,Ics oiciUcs,petites,droites, amp;nbsp;pointues: mais quant a la tefte,ou-; tre quâelle nâeft gueres grolle , ayant depuis les yeux vn groin long de plus dâvn â¢â^ pied rond comme vn bafton,amp; sâeftreçif-*fa_nt tout à coup fans quâils foit plus gros par le haut quâaupres de la bouchc(laqucl le aufsi il a fi petite quâà peine y mettroit on le bout du petit doigt)cela di ic refem '^ nbsp;blant le bourdon,ou le chalumeau dâvne
âquot;l'T cojrnemufe , il nâeftpas pofsible de voir vn mufeau plus bigcrreiDanaotage cefte befte eftant prinfe, parce quâelle tient fes quatre pieds ferrez cnfemble,amp; parce â Æâ¢ â moyen penchant touficrurs dâvn cofté ou dâautre,ou fe laiHant tomber tout à plat, on ne la feauroit faire tenir debout ni manger fi ce nâeft quelques Fourmis, dc-qiioy aiifsi elle vit ordinairement par les bois. Enui' on huit ioiJrs après que nous fufmes arriuez en rifle ou fe tenoit ViL legagnon les Sauuages nous apporteret vn de ces Ãoaei, lequel à caufe de la noiu-uellcte fut autant admire dâvn chacun de nous
DE lâa M E R I QV F. 167 nous que vous poiiuez pcnfer. Et de fait eftant eftrangement defeâueux eu cfgard à ceux de noftre Europe, iâay fouuct prié vn nomme lean gardien de noftre compa gnie expert en l art de pourtraiture de contrefaire tant ceftuyla que plüfieurs autres non feulement rares,mais aufsi du tout incogneues par deçà : a quoy neant-moins à mon grand regret,il ne fe voulut Uniais adonner. »
CHAP. XI.
De la variété des o^feauxde lâ^meri^ue, âous différents desnofires : en/emble desgroff'es ^batmejourts, f^hetUes, Ad ouches, Aîonchil-lensje' autres vermines effranges de ce pats la
E commeneeray aufsi ce cha pitre desoyfeaux ( Icfqucls en général nos T^ouaupinam-haoults appclcnt Oura) par Oura ceux qui font bons à manger °sl''â^'â Et premièrement diray quâils ont grand . . -^ quantité de fesPouIcs que nous appelons a indes JclqucUcs eux nommet nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;n^iiet
ouffou: Comme aufsi depuis que les Poi-il-jnJe. tugalois ont fréquente ce pays là ( car . auparauant ils nâen auoyent point) ils leur ont donc lâeno-cance des petites Pou â^â'^! I - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,., nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'rallies les corn unes qu ils iiomcntaingnan^miri: came«uâes.
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168
histoire
toutesfoh outre, ainfi que iâay dit quelque part,quâils font cas des bUches pour auoir les plumes afin de les teindre en rouge amp;nbsp;de sâe parer le corps,encores ne mangent ils guère ni des mes ni des autres : amp;nbsp;mefmes cftimans que les Åufs ^rt- quâils nomment ^y^rignan-ropia, foyent ^nan^ poifons, non feulement ils eftoyent bien ropta esbabis de nous en voir burner, mais auf-aof. fl, difoyent ils, ne pouuans auoir la pâ-'' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ticcc de les lailfer couuer, câeft trop grâd
gourmandife à vous, quâen mangeantvn Åuf vous mangiez vne Poule.Partant ne tenans guercs plus de côte de leurs Poules que d oifeaux Sauuages , les laiflans l'euer.h ,tâ^ p^jj-çOii boj^ ]çyf fcmble elles amcnétle plus fouuent leurs.poufsins des bois amp;nbsp;builfons ou elles ont coiiuc : tellement
dry«-»-c'.i^Kt
GrMiz que les femmes Sauuages nâont pas tant quanti,! de peine a efleuer les petits dâindets aucc d'htjn'er â^^^ moyeufs dâÅufs quâon a par deçà . Et ttKtrcî en de fait les Poules multiplient tellement V^neng. ^j^ ^.^ ^^jy^ là ,quâil y a tels endroits Ãttcls villages,des moins fréquentez des eftran gers, ou pourvu coufteau de la valeur dâvn carolus, on en aura vne dâInde, amp;nbsp;pour vn de deux liards , ou pour cinq ou fix baims apefeber, trois ou quatre des petites communes.
Or anccccs deux fortes de poulaillcs, nos Sauuages nourriflent domeftique-ment
D E LâA M E R I QJT E. lóâ^ ment des Canes dâIndes , qtiâils appelent'^***^ Z/pff,mais parce que nos pauures'Towo»- Kpee pinambaoultf ont cefte opinion enracinée, c^oet que sâils mangeoyent de ceft Animal qui ^^^â¢^ marche ainfi pefamment, cela les empef- ptrî^iie cheroitde courir quad ils feroyét chaflez ^quot;fiâ Jn amp;pourfuyuis de leurs ennemis, il fera ^u^t», hien habile qui leur en fera tafter. S'ab-ftenans aufsipour mefme caufe déroutes belles qui vont lentement, amp;nbsp;mefmes des poiffons comme les R^cs amp;nbsp;autres qui ne nagent pas ville.
Q^ant aux oyfeaux Saunage , il sâen prent par les bois de gros corne Chapôs, amp;de trois fortes,que les Brefiliens nomment. Jacoutin, lacoupen, amp;nbsp;lacott-ouajfoit. j.^^;^ ^^^^ Jefqucls ont tous le plumage noiramp;gris» indt mais quant a Icurgoull, comme ie croy ^^â^of^f que ce font cfpcces de Faifans,aufsi puis ^^^'âfâ ie alTeurcr quâil nâeftpas pofsiblc de man ger de meilleures viandes , que font ces /âtCOUf.
Ils en ont encores deux excelles quâils ,^yj2^'f* appelcnt4/o«row,lcfqucls fontaufsi gros^,^, que Paons amp;nbsp;de mefme plumage que les Moca-fufdits ; toutes fois celle forte cil rare amp;nbsp;coHa amp;nbsp;sâen trouuc peu. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Ynam-
Mocacoua amp;i.Ynamlgt;'oii-oua/fou font deux hou-oh^ cfpeccs de Perdrix aufsi grolfcs quâOyes n/Pou amp;nbsp;de mefme goull que les precedens. drux^rin Comme aufsi les trois fuyuans Con^if'^,âl°^â
170 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;histoire
aiïauoir \tiamigt;oumiri, dc tnefinc grldcur que nos Perdrix : 7egaJfott de la grofleuf dâvn Ramier; Sc^atcaett comme vncTour tercllc.Ainlipour abréger,amp; laiflât à par lcr du gibier qui fe trouuc en grade abo-dancc,tât par les bois que fur les nuages de la mer, marcs amp;nbsp;fl cimes dâeau douce, ie viendra/ à parler des oifeaux lefqucls ne fontpas fi côninns à mâgef en celle ter rc du Brefil.Entre les autrcs.il.y en a 2.de mcfmc grâdcur,(Xi peu sâen faut, affauoir plus gros quâvn Corbeau , lefquels ainfi prefque que tous les oifeaux de lâAmérique, ontJes pieds amp;nbsp;becs crochus comme les Perroquets, au nôbre dcfqucls on les pourroit mettre.Mais quant au plumage corne vous mefmes ingérez après l'auoir cntcdu,nc croyas pas quâen tout le mode il fctrouuc oifeaux deplus cfmcrueilla-blc beauté, en les confidcrât il y a bic dc-quoy no pas magnifier nature,corne font les prophancs , mais admirer lâexcellent. Créateur dâiceux.
lt;s^rit ojûau itâ^x etUMt ^luna^.
Pour dóe en faire la prcuuc,le premier que les Saunages appeler Arat, ayant les plumes des ailles amp;nbsp;celles de la queué,la-qucllc il a longue de pied amp;nbsp;demi,moitié aufsi rouges que fine efcarlatc , amp;nbsp;lâautre moitié, la tige au milieu de chacune plume fcparatlcscoulcurs opofitcs des deux coftez , de couleur cclcfte aufsi cflincclât que le plus fin cfcarlatin quifepuinevoir:
Dt Lâa M F. R I QV âS. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;17x
amp; au furplus tout le refte du corps azuré quad ceft oifeau eft au Soleil ou il fc tiet ordinairement, il nây a Åil qui fe puifle laffer de le regarder.
Lâautre nóme Clt;«w«z//,ayant tout le plu C'^w^ mage fous le vétre amp;nbsp;à Ictour du col aufli ^^â^* iaunequefin or,lc deffus du dos,les aiftes «î»«. amp;nbsp;la queue,dâvu bleu fi naifquâit nâeft pas pofsiblc de plus,vous diriez aie voir que il eft veftu dâvne toile dâor par deftous, amp;nbsp;emmâtclc de damas violet figure par dcf-l'us.Les Saunages en leurs chtinfons font fouiict métion de ce dernier difat amp;nbsp;repe tât en cefte façon: Canine iouuecanidejouue I}enraigt;uech:câcu. à dire vn oifeau iaunc,vn oifeau iaiinc amp;c.amp; au refteplumans fon-gneufemét 5.ou q.fois lââncc ces deuxfor tes dâoifeaux, IcfqueJs bie quâils nefoyet domcftiqucs font neatmoins plus foiiuét fur des arbres au milieu de leurs villages que parmi les bois,ils fôt fort prop remet rpi^^^^, (côinc iâay dit ailleurs) des robes,bônets, firuama bracelets, garnitures dâcfpces de bois: fâ'quot;â''â^quot;* Kautres chofesdeces belles plumcsdontAr.Wfnô-ils fc parent le corps . lâauois l'apporte ^f^âjf^* en France beaucoup de tels pennaehes Sa^uns^n amp;nbsp;fur tout de ces grandes queues fi'bien ainfi que iâay dit, naturellement dmer-fifices de rouge amp;de coulcurcclcfte.Mais paffant a Paris à mon retour, vn quidam de chez le Roy 5 a qui ie les monftray
iyi nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRB ne cefla iamaig par importunité gt;nbsp;quâil ne Icscuftdemoy.
Q^antaux Perroquets , il sâen trouue de 3.ou 4. fortes en ceftc terre du Brcfil» /liArti^z^^*® 9^^â^ ^ââ¢'^ P^â® gros amp;nbsp;plus beaux ' * t/fiou- 4^^^^® Saunages appelent jétimrous, lef-rout 4^cls ont la tefte riolee de iaune j rouge» fiiugrti amp;^ violet, Je bout des ailles'incarnat,la tfaùxTgt;,r 4â^^^ longue amp;nbsp;iaune, amp;nbsp;tout le relie cb rt^mu. corps verd , il ne sâen repafle pas beaucoup par deçà : amp;nbsp;cependât outre la beauté du plumage, eftans aprins ce font ceux qui parlent le mieux , amp;nbsp;par confequent aufqucls il y auroitplus de plaifir . Et de fait vn rruebement mâen fit prefcnt dâvn quâil auoit garde trois ans , lequel profe-roitfibien tant le Sauuage que le François,quâen ne le voyat pas,vous nâeufsiez fccu difeerner fa voix de celle dâvn homme.
T^^cit du /»quot;S-igâ (y façon gÃ-merutiUa-blecfvn 'J^erro^Mct
Mais câeftoit bien encore plus grand mcrueillc dâvn Perroquet de ceftc efpecc, quâvnc femme Sauuage auoit apprinsen vn village à deux lieues de noftre Iflc:car comme fi ceft oifeau euft eu entendemét pour compredre amp;nbsp;diftinguer ce que celle qui lâauoit nourri luy vouloit dire, quand nous pafsions par là , cllenous di-foit en fon langagc:mc voulez vous donner vn peigne ouvn mirouer amp;nbsp;ie feray tout maintenant en voftre prefence chan ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ter amp;
DE lâ A M E R I C\y E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;X/J
ter amp;danfer mon Perroquet? tellement que pour cnauoirlcpafletcmps,nous luy oaillans fouuent ce quâelle demandoit, incontinent quâelle auoit parlé à ceft oi-feau,il fe prenoit non feulement à faute-. 1er fur la perche ou il eftoit, mais aufsi a. caufer, fifflcr amp;nbsp;à contrefaire les Sauua-ges quand ils vont en guerre dâvnc façon incroyable: brief, quand bonfcmbloità fa maiftrefle , de luy dire chante, il chan-toit:amp; danfc il danfoit.Q^e fi au contrai te il ne luy plaifoit pas, amp;nbsp;quâon ne luy euftrié voulu bailler, 11 toft quâelle auoit dit vn peu rudement à ceft oifcau «z^w^e, câeft à dire ceirc,fe tenât tout coy fans dire R^ot,quelque chofe que nous luy eufsiôs peu dire, il nâeftoit pas lors en noftre pùiffance de luy faire remuer pieds ni lâ-gue.Partant penfez que fi les anciens Ro mains, Icfquels comme dit Pline lurent fi jj^^^ fages que de faire non feulement des fu- ^jj,^j. neraillcs fomptucufes au Corbeau qui les faluoit nom par nom dis leur Palais, mais aufsi firent perdre la vie à celuy qui lâanoit tué,euirent eu vn Perroquet fi bié appris, comment ils en enflent fait cas. Aufsi cefte femme Sauuage , lâappelant fon Cherimbauejcâeù à dire chofe que iâai-me bien, le tenoit- elle fi chcr,que quand nous luy demandions à vendre, amp;nbsp;que câeft quâelle en vouloit, elle refpondoit
1,74 HISTOIRE
par moquerie tJ^f ocaoua/fott, câcft à dire vnc artillerie : tcJIcment que nous ne IC fceufmes iamais auoir d'elle.
La fécondé efpecede Perroquets appe ^^^' Icz zJ^^rf anas par les saunages,qui lont ^anas j^ ceux qu'on apporte amp;nbsp;quâon voit com Perroautfs , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;» A nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
^H â¢voit muncincnt en hrance^n elt pas en grande piuscum çP-imc entrâeux : amp;nbsp;de fait les ayans par ftrJtca. delà en aulsi grande abondance que nous allons ici les Pigeons , quoy que la chairfoitvnpeu durC)ayât ncantmoinsle gouft de la Perdrix,nous en mâgions fou uent amp;nbsp;tant quâil nous plaifoit.
La troificme forte de Perroquets nom T cuis ââ®^ Touis p^r les Saunages , amp;nbsp;par nous /.«ifé/Tie autres Moiflons , ne font pas plus gros 4t âTâfxr^-quâeftourneaux: mais quant au plumage, exceptéla queue quâils ont fort longue^ entrcmellee de iaune,ils ont le corps entièrement aufsi vcrd què porree.
Auant que finir ce propos des Perroquets,me refouuenant dâauoir leu en vne erreur Cofmographic quâafin que les ferpens ^â¢â vn CoP ne mangent leurs Åufs , ils font leurs âtttuhmtu nids pendus à vne branche dâarbre icdi-Facm des jay ici en panant, quâayant vcu le côtrai nids dfs '
Ptrrn^ntu r^ en ceux de 1 A mcriquc qui les rot tous dans des creux dâarbres, en rond amp;nbsp;allez durs, ie penfe que ça efté vnc faribole amp;nbsp;conteâ fait a plaifir à lâauteur de ce liurc* Les autres oyfeaux du pays de nos A-meriâ
De lâameriqve. 175 merîquainsfôtjcn prcmicrlieu celuy que ilsappelctTâoaCiîwdôt a autre propos iâay âJ'ouca fait mention ci dcilus.II cft de lagrofleur ojfeaux. dâvn ramier,amp;a tout le plumage,excepté jtn/ifiitj i^i^-' le poitral, aufsi noir quâvnc Corneille. ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*^
mais ce poitral lâenuirô de quatre doigts '^titrai en longueur amp;nbsp;trois en largeur eftant quot;âquot;â ''^__ plusiaune que faffran, efcorché quâil eft '^ââ^^4 par les Saunages,outre qu'il leur fert tât ^X^x pour sâen couurir amp;nbsp;parer les loues, que Sauua^ett autres parties de leurs corps encores par ce quâils en portent ordinairement quant dsdanfent le nommant Toucan-tahouraci^ câeUadire plume pour danfer,ils en font plus dâeftime: toutesfois en ayas en grâd nôtre ils ne font point de difficultez dâé bailler amp;nbsp;changer a la marchandife que les François amp;nbsp;Portugais qui trafiquent nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
par delà leur portent.
Mais au furplus ceft oyfeau Toucan a-ÃrÃnxde yantle bccplus long que toutlc corpSjamp; â'quot;yf'âquot; grosen proportion,fans luy parâgonner ^ ^^^^ ni luy oppofer celuy de gruc,qui nâeft rie encomparaifon ,ille faut tenir non feule ment pour le bec des becs, mais aufsi pour le plus prodigieux amp;nbsp;monftrucux quife puiffe trouucr entre tous les Oy-feaux de lâvniucrs.
I Ils en ontvn dâautre efpece de la groffeur Panou dâvn Merle amp;nbsp;ainfi noir , fors la poitrine ,jftau
, quâil a rouge corne fang de beuf laquelle âyââ/â les Saunages efcorchct corne le précédât «»if.
176 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R E
^«â¢â¢gt;* nbsp;nbsp;amp;nbsp;appclcnt ceft oifcau âPanou.
Vn autre de Ja grofleur dâvne Ãriue .Qîî»âlt;- qu'ils nomment .^lampian, lequel fans ftan rien excepter a le plumage aufsi entiere-£«quot;â rouge quâefcarlate.
â¢'â¢Â«x^. Mais pour vue fingulicremerucilleamp;
^ chef dâÅuure de petitede, il n'en faut pas obmettre vnque les Sauuages nomment Conam ^o»â*»ilgt;ach,dc plumage blanchaftrc amp;nbsp;lui f^^/j fant:lequclcôbicn quâil nâait pas le corps vfeiet plus gros quâvn Frelon,ou quâvn Cerfvo(Vt ^'^'quot;*- lant, triomphe neantmoins de chanter: th^t rf- tellement que ce trefpctit oifclet ne bou-géant gueres de deflus ce gros Mil que nos Ameriquains appclcnt AnattiOU fur autres grandes herbes , ayant le bec èi ie goficr toufiours ouuert, fi on nelâoyoit amp;c voyoit par experience,on ne diroitia-mais que dâvn fi petit corps il peuft for-tir vn chat fi franc amp;nbsp;fi haut, voire fi clair amp;nbsp;fi net, quâil ne doit rien au Rofslgnol.
Au furplus parce que ie nepourrois pas fpecificr par Je menu tous les oifeaux quâon voit en cefte terre du Brefil, non ,. U*»»'«*- ^uï^uâcnr differens en efpcces à ceux de noftre Europe,mais aufsi dâautrei varie-. ,, tcz de couleurs: comme rouge, incarnat, ! ctueuntit violet, blanc, ccndi é, diapré, depourpre fti/inrt g^ autrcs;pour la fin iâen deferiray vnque oy/eatixt/g nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;p nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;»
les Sauuages (pour la caulc que ic diray) ont en telle recommendation, que non
- feule-
DE L*AMERIQVE. 177 feulement ils feroyent bien marrisdeluy mal faire »mais aufsi sâils fcauoyent que quclcun en eut tué de celle cfpcccjic croy qu ils lâen feroyent repentir.
Cell Oyfeau n eft pas plus gros quâvT) Pigeon, ^ de plumage gris cendré : mais au ielle,qni cil le miltere que ic veux tou cher,ayant la voix pénétrante,amp; encores plus pitcufc que celle du Chahuant, nos fiüuici'ToHOuptnamixiOMks qui lâernendct aufsi crier plus fouuent de nuit que de Jy^^'J*^ iour, ont celle refucrie imprimée en leur gu,-am. cerucau,que leurs païens éc amis i^^^^p^^^'^^^quot;^^ ^ci en figue de bonne adiicnturc amp;nbsp;pour âjfâ»». les accouragera fe porter vaillafnmcnt contre leurs ennemis , leur enuoyent ces oyleaux : de façon quâils croyent ferme-i^cnt,sâils obfei uent ce qui leur eft figni-fiépar ces Augures , que non feulement ils veineront Ituis ennemis en ce monde înais qui plus eft quand ils feront morts, que leurs aines ne faudront point d'aller tiouuer leurs prcdccelfeurs derriere les ï'iontagncs pour danfer auec eux..
Ic couebay vnc fois en vn village âp-pelé Kpeepiv les François , ou fur le foir oyant chanter ainlî piteufement ces Oy-feaux, amp;nbsp;voyant ces panures fauuages fl attentifs à les efeouter, fcachant aufsi la raifon pourquoy ie leur voulu remon Hier leur folieimais ainlî quâen parlant Ã
178 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H f S T O I R B
prei drrei,m â^ titnnctamp;
eux le me prins vri peu anre cô-nffe vrt Fl'pncois quitftoit âiiec moy :-if yeurvn vieillard qui allez rudement me dit tais toy,amp; ne nous empefehe point d ôuîrlei ^sonnes! noirneUcs qticnos giaiïds'perps hóus annoncent à piefenncarquand nous byons ces oilqaux'nous lommcy tous rcf iouys amp;nbsp;icceUbliS-rtOiiucllc force* Pariât fans rien fepfitjner-j car c'euft dld peine e relfoi uenant lors dé Ceint qui enflignêtâque les aiftcS des tref palTez retournai de purgatoireJesvién-
.^mtr}- Uct aufsi aduertirdc lent deuojr,'ie'pen-^â'J'â^â^â ^â^7 ^'^ ^^ *1*^*^ ^'^^â^ ^^® pourés aueagléî ^»C C UX Ameriquains en cell endroit,eft encofeS It'a'i!â P^^^^uppoi tablet car céme ie ditaypl«* leurajâpt- amplement pai Jant de leur Religirin,cÃ-râr ^nr,, jjjpn quâils conlelfetit l'immortalité des à ïncsitât y a neantmoins qu'ils nâen font pas la logez de erbire qu'âpres'qu'elles font feparees dos'coips elles réuienuent ains feulcmçddifc'nt que cesoiféaUüfbiit leurs mertilgerV. Voila ce que iâduOiÿâ di .i,-i:r.âi.' nbsp;nbsp;^^â touchanrle«oifcaux de lâAmérique.
Im mort ^Ci corp.
ÿranifn â If 7^ wyittcsfoî«' cncorcs des chaiHicf-cha^.u jiu founs en co pays lai prefques aufsi gran-?/fiâ,â^Ji'j *^^5 que-nosKamp;ho'ncasJefqucllcs-crTtrâS la .riensârie nuit dasdeis tfliifôs li elles tpouuet qUef âââ^^âo carrr qui dormi les pieds defeortud/ts-^âà -dreHans toufioufs principalemdt'atfgros o r t e i 1 ' ri/ r-s- ne fa u de o lit p o i n t d 61 nty'Ai c -ccr le fanj,amp; dâé tirer quelques fois plus
DE lâ A M E R I QV E. I79 d'vn pot fans qu'il en fente rien: tcllcmct que quarid on fc refucillc le matin on eft toutcsbahi dcvôirleliftdccotô Stlapla ce toute langlantc: dequoy cependant les Saunages sâaperceuas, foit que cela adiiié lie a vndc leur natiô ou a vn eftrâger, ils tîcsâen fôt que rire.Et défait,moymefme ayât elÂ¥ quelques fois ainfi furprinsjou-trda moquerie que ?cn rcccuois, encore yauoit il ( quay qfic la douleur ne fut pas aâitremét grade) que cefte extrémité tcn^ dît au bout du gros orteil eftât ôffcnccegt; ienemcpouuois cba'ulfcrdc 2.0115.jours / finôa grand peint. Ceux de ride de Qirnin w^iqui eft endiro 15.degrez au deÃa de lâE quinoftial, fôht parcil'lemét molcftcz de Hift.gen tes grandes amp;nbsp;mefebâtes Chaudeflouris. des Ind. Auquel propos ce kl Æ qui a eferit Pkiftoi g^''*.'^' te generale dc^' Inde^ recite vnc plaifantc biftoire.Il y au'oit dit il à S. Foy de Ciri-bici vn feruitedr 'de moyne qui .auâoit la pleurcfte,duquclnâayât peu trouder la vei pe pour le feigner,amp;eftâtlaificpôlif mort 11 aduint de nuit quâvue Chauucffoui iamp;lc mordit près dd talé quelle tronua deftou Tâ!lt;ii/igt;,tt ùert, dont elle tira tant de fang que don jâ^°quot;^i'^^ fcdlcmcnt elle sâen faouIa,m3Ãs aufsi laif wjj;«râ. fantla veine ôuucrfc,il en jaillit alitât de fang quâil cftoit befoin pour remettre le patient en fanté:qur fut vn plaifant amp;gra
' deux Chirurgien pour le malade.
M 2
V
i8o
HISTOIRE
ithnieidt Quant aux Abeilles de lâAmérique, o'» n'eftans pas fcmblablcs à celles de par
la terre '£rc/il.
y ra tmelir yeâc iirt noen.
Kill vfa^e dr fort bet
deçà , ains rcflemblans mieux Jes petites mouches noires que nous allons en EÃCt principalement au temps des raifins , eJ-Jes font leur miel amp;nbsp;Jcui cire par Jes bois dans des creux d'arbres. Et ainfi Jes Saunages qui fcauct bien amaffer J vn amp;Jâau-tre, amp;nbsp;qui envoi es mêliez enfembJeappe Jent ceJaTra-yetic^iurjra eft Je mieJ SiytM
Ja cire, après qu'iJs Jes ont feparez , ils mangent JcmieJ ainfi que nous faifons: amp;nbsp;quant à Ja cJre,JaqueJJc eftprefqueauf fl noire que poix iJs Ja ferret en rouleaux gros commclc bras.Non pas toutesfois, quâilscn facent ni torche ni chandelle,car
yd. ./,.,«- n'vfans point la nuit dâautre lumière que /«sX«-bois qui rend la flamme fort iquot;- claire, ils fc feruent principalement de cefle cire à eftouper les grofles cannes de bois ou ils tiennent leurs plumaflcrics, 1 afin de les conferuer contre vne certaine cfpccc de papillons Icfqucls autrement ^â^^ gafleroyent.
''/ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Et afin de deferire aufsi ces bcftioles,
.-trrfwerr Icfqucllcs font appellees parles Sauua-renx'^D, ^^^ ^^â¢ââ^^â^^^ n eftans pas plus groÃes tfiramp;ia que nos Grillets , amp;nbsp;fortans ainfi la nuit cu'u^â â^^ troupes auprès du feu , fi elles y trou- i ucnt quelque chofe , elles ne faudront point de le ronger. ^Mais principalement
outre
DE LâAMERIQUE. 181-outre quâelles feiettoyent de telle façon fur les collets amp;nbsp;fouliers de marroquins que mangeans tout le deflus, ceux qui en auoycnt, à leur leuc les trouuoyent tous blancs amp;nbsp;effleurez,encores y auoit il cela quefi nous laifsiôs le foir quelques Pou les ou autres volailles cuites mal ferrées , ces Iraners les ïon^cans lufqucs aux os , nous nous pouuions bien attendre de trouuer le lendemain des Anatomies.
Les Sauuages font aufsi perfecutez en leurs perfonnes d'vne autre petite ver-minette quâils nomment Ton: laquelle fc trouuant parmi la terré,amp; n'eftât pas du x, cômencemét'fi grofic quâvue petite puce, 'â â¢'5'â*/* r c 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f P ferrant
lenchant ncantmqins,nommément lous/^«. u, les ongles des piedzamp;dcs mains,ou tout °'i^- , ^ foudain ainfi quâvn ciron elle y cngendrc*9rj â¢'». N^f vnedeiuâiaifon,fi on nâeftbien foigncuxââ-'rr-⢠«'fv . de la tirer, dans peu de temps fe fourrant toufiours plus auâtcllc deuiendra aufsi groffe quâvn petit pois amp;nbsp;ne la pourra on arracher quâaucc grarad douleur.Et ne fe fentent pas feulement les Sauuages qui vont tout nuds amp;nbsp;tout defehaux attaints â¢â¢lt;â¢â r^â^âgt;^ amp;nbsp;raolcftez de cela , mais aufsi nous autres François, quelques bien vertus amp;nbsp;chauffez que nous fufsions auions tant dâaffaire à nous en garder, que pour ma part quelque foigneux que ie fnffe dây te
M 5
iSz
HISTOIRE
garder fouuét,on mâe a tire' plus de .vingt pour vn iour. Brief lâay vtu pci/onnagçs parefTeux dclestircr ,eftrc tellementcç-lt;Iôm.agc2 de ces tignes-puecs, que nô feu lemcntils en auoycntles mains, pieds,amp; orteils gaftez,mais mefmes fous les aifel lés,amp; autres parties tendres, ils eftoyent tous couuerts de petites boflettes corne verrùres prouenantes de cela. .Aufsi ic croy, pour certain , quç tâeft ccÃ;c petite; beftîolc que lâhiftoricn des Indes occidé li i di â^â ^^^^ appelé TV/ÆÂ«lt;«,laqucHc.auf^i Cornell jgâ ' dit fc trouiic cnriflc Efpagnoljc,carvol ci ce qu'il en a cfcrit.La^«i;r/;ï cH connue Yijcpetitc puce qui fautencile aime forth pbudrt:ellc ne mort point Gnon es pieds ou elle fe fourre entre la peau fie la enair, .â'^ auGi tort elle ie tte des Jç^iHe^ en plus grande quantité quâon nâcl}imci^it,3tttn du fa. petitefle ; IcfqucUcs 'en engendrent dâautres, amp;nbsp;^ bn les y lailTç fans y mettre ordrcjcllcs multiplient tanfquâon ne les en peuf chaGer ni remédier quâaucc lefeU ou le fer:mais fi on.Jçs pfte de boniK beU re , elles fontpeu de rnak Aucuns EfpS' gnol.s en ont perdu,les doigts des pieds, autres les pieds entiers, .
, Or pour y remédier nos Ameriqua.!!â* fe frotter tangles bouts des orteils,quâau très endroits ou tness fe veulent njeb^ fur eux, dâ.vnc'huilc rougeâtre amp;
' â ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â faite
DE LâA MT RI OJE. l8|
faire dâvn fruit quâinnomment ^o^n^Je- n^^y^^ quel eft prefque cô.ne vue chaftaigne en fruapra^. lâefcorce: ce qu aufsi nous faisons cftans '^h^''-Ã'ââ''â par-.dcla.'Oütrc plus ceft onguetrft fi fou m«âj7~ ucrain pour cuci tr les playes, caflurcs amp;nbsp;r meile autres douleurs, qui lui mennerau corps «^^f,. humain-, que nos Saunages cognoiflas fa vertu,leitrennét aufsi precieuxquâon fuit^'^/ZX* quelque part la laintt huile* -Et défait le tiMK^i'â-
'barbier du Nauire ,,ounous repaflafmes en Erâce, Payât experimeree en pluficurs. fortes en rapporta lo.ou 12. grands pots ' ' plains:amp; autant de graifle humaine quâil 2uoit recueillit quand les Saunages cui-foyent amp;roftilfoyét leurs pnfonniers de guerre à la façon que ie diray en fon lieu.»
Dauantage l'air de celle terye du Bre--fl produit encores vne forte de petits. ^ uiouchillons, quelcs hahitans nommentâââ¢Ã¦f YftWjJefquels piquent fi viucnicnt,voifc y^^y^j , a trauers des légers habillement , quâoirâârA,tf»a diroit que ce for pointes d'cfguilles. par/âââr'*â tant vous pouiicz genfer quel pafletemps âquot;quot;''quot;''quot;^â c ell, devoir nos Saunages tous nuds eit dire pourfuyois : carclaqi^ns lors des.|â^'ââ*lt;^»r;/lt;ùâ4â. mains fut leurs feiles,çuifl'es,efpaulrs-,amp; 'â¢â¢ v .â¢.â.⢠fur tout leurs corps , vous diriez que ce font chartiers auec leurs foucts.radiou-*-. fteray encores quâen remuant la terre amp;nbsp;dclfous les pierres en noflre terre du Bre fil on tronue des Scorpions,Icfi^uels cô-s
⢠â¢woi nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;M 4
184 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Scer^«.« bien quâils foyent beaucoup plus petits * f^m,. que ceux quâon voit en Prouence, ncantw â^«âJtnx moins pour cela ne laiflent pas , comme it Pay expérimente , dâauoir leurs poin-* turcs venimeufes amp;nbsp;mortelles.
Comme ainfi foit doneques que cell a-nimal cerche les thofes nettes , aduint qu'vn iour après que iâeu fait blanchir mon lid de coton, lâayant repedu en lâair 1quot;«Xâ7« à la façon des Saunages, il y eut vn Scor-(hofft net* pion lequel sâeftant cache dans le re^li, ainfi que ic me voulus coucher ( faTîs que ie le ville ) mepiqua au grand doigt delà main gauche, laquelle fut fi foudamemet enflée,que fi en diligence ie nâeufle eu re-. cours à lâvn de nos Apothicaires , lequel en ayant de morts dus vnc phiolc auec de l huile mâen appliqua vn fur le doigt, il nây a point de doute que le venin ne fe full foudain efpanché par tout le corps. w,ir,ix Et de fait nonobftantcc remede, la conta tlxâï'quot;â 5â®â ^®*â ^ grande que ie fus l'efpace de fif vingtquatrc heures en telle dtftrt'flc,quc de la vehemence de la douleur que ic fen tois ie ne me pounois contenir. Les Saunages aufsi enans piquez de ces Scorpios sâils les peunent prendre, vfent de la mef me recepte , aflauoir , de les tuer amp;nbsp;efea-fmutfet cher fur la partie offencee. Au refte corne ^^7iff^â *ââ7 ditquclqucpart,tout ainfi quâils font fort vindicatifs, voire forcenez contre toutes
DE LâAMERIQUE. 185 toutes chofes qui leur nuifent, mefmes sâils sâahurtent du pied contre vne pierre ainfi que Chiens enragez ils la mordront a belles dents, aufsi recerchäs autant que 11 leur eft pofsible les beftes qui les endô inagent,ils en defpcuplent leur pays tant quâils pcuuent.
CHAP. XII.
I)'aficn»J poi/fons pim comum entre les Sa» ft^t^et de r à meri^ue : amp;nbsp;de leur mantere de fâcher.
F I N d'obuier aux redites, iâeuite tant que ie puis , renuoyant les lenteurs tant es troilicmc,cinquième 1 amp;nbsp;fepticme chapitres de ce-ftebiftoirc, quâes autres endroits ou iâay iafait métion des Baleines, Monftres ma fins,poisons volans, amp;nbsp;autres, ie choifi-ray principalemêt en ce chapitre les plus frequês entre nos Ameriquains defquels neantmoins il nâa point encore cfté parle. Premiercmcnt,afin de commencer par le genre,les Saunages appclcnt tous poif Ions TtM:mais quant aux elpcces ns ont de deux fortes de Mulets quâils nommêt JCurema Si Parati lefquels (Si encore plus MkIh, ,x le dernier que le premier ) foit que vous
^85 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE , n
les faciez roftir ou bouillir, fontçxwUé-mens bons imager. Et parce, ainfi q^iâon a veu par exj^erience depuis quelqueian-nees tat en Loire quâautres riuiercs dtFiâ
ce ou les Mulets font remotez de la mer, ^oi|/'«âlt; que ces poiffons Vont coufturnieremcnt, ,*â/#«lt;''â Æ psr troupes, ies Saunages les voyas ainii par groÃes nuées bouillôner/das la mer, ôXquot;,«' quot;''^s foudain à . trauers tencôtrent fi bien â^f firf her que pi cfque à toutes les fuis ils en embro tfi Aluni, (}jpâ^ pluficurs de leurs grandes flefehes, kfqueis aiiifi dai dezjie ponuans alleren fond, ils vont quérir à nage. Dauantage d aunt que la cbai: dece poifTon furtous auti es eft foi t fl labk quid ils en prennet grande quantité, api es qu ils les ont fait feieber fur le ^.ttcan,ils les efmient amp;nbsp;en font de la fii ine qu eft fort bonne.
foH grau poij^on.
Camsurou JCaf»ouroiipoùy oua^nu eft vn bien grand fouy cuaf^ poifton car aufsi oaaff'M en langue Brefi-
cent quâun luy donnc'diiquel no.s T'e^ff«-pifiamba'eû/ij (ont oï dinairerrlet mention quand ils chantent di(à nt3in(i:,Ptrii-ouafi Ã'u à oueh -Kawoitraupouy oua/foH a oueh amp;C. Sç eft.fort bon à manger.
Ijcnnc veut dire grand ou gros félon l'ac-
0 tiara
amp;' ^ca f^eux autres quâils nomment'0«4rà amp;nbsp;ra-otia^^^'^^^'â^quot;*-^''â^^^^^^*^^^'^^ â¢^fâ¢Â® gradeur Ãj^ quot;^ que le precedent mais mcilleurs.âvoire di poljji,,, Jt ^^7 que rOuara nâcft pas moins délicat it^un,. que noftie Truite. ⢠i
n^ca-
DE tâ A M E R I Qjr E. 187 tAcarapep poifion, plat qui iette vne ^ graine jaune en enifant laquelle luy fert de faufle: amp;nbsp;en eft la .chair merucrlleufc-,^^^^,,^/;^ iDen.t bonne. â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;s-
^elt;ïrlt;ï-^oaZiâ«poiiron,vifqueux de cou- Micara leur tanee,ou rougeaftre, qui eft demoin^o«^^» dre forte que les fufdits, amp;nbsp;n'a pas Iç gouR fort agréable au palais. r
Vn autre quâils appelent Ptra-ypo.chi,Pira qui eft longcornmc Vne Anguille,amp; n'zÃtypochi. pas bon : aufsijj^^^-^i^enlcur langage ycutP°â^'ââââi, dire cela, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠i
Touchant les Rayes qui fe pefehent T.^^'t^f-tant en la riuierc de Genevre qu es mets ^, âa,, d'enuiron,elles qcfontpas fculcmct pllispo'ifM. larges que celles quâon voit en Norrpan-die, Bretagne amp;nbsp;autres endroits de pap'^ deçà ,mais outre cela, elles ont deux eor-, pes allez longues ,^ cinq ou fix fend allés p^»,'».(., fous le vêtrc,quâ,o,R diroit eftre artiTcielr Ãâ'«*, les,.la queue Iongtieiamp; defliee , voire qui '^^^^quot;â* pfs,cft fl dangcrctife!amp;,vcqimeufe».quc comme ic vis vnc fois p^r experience., H , tqifquâvnc que nous auions prife, amp;nbsp;ti-i rqe dans vnc BaçqujÃf.çut piçque la iambe dyn de noftre compagnie, lâendroit .dcr uint tout foudain rouge amp;nbsp;enfle.! Voila ihmmairemet amp;nbsp;der^cheftonchat aucuns poisons de mer de fAmeriq. dcfquels au furplus la multitudceft innombrable. lt;nbsp;. Au refte les jiuieres dâeau- douce de ce
l88 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE pays là cftans aufsi remplies dâvne infini le de moyens amp;nbsp;petits poiflons » lefquels *Pira- en general les Saunages nomment quot;Pira-: tniri amp;nbsp;miri amp;nbsp;t^cara-miri ( car min en leur pa-^ca- tois veut dire petit} iâen deferiray fcule-miri ment encores deux merucillcufement dû
ftniipif. formes.
-Le premier que les Sauuages appe-T^wioxlcnt Tamou-ata , eft communément long ata de demi pied, a la telle fortgrone , voiré füff,» Jif monftrueufe au pris du refte, deux ^ar-^lrgt;H{.â^ à iü°® ^ous la gorge, les dets plus aigues que celles d vn brochet,les areftes piqua-ff^iü tes,8i tout le corps armé d'efcaillcs fi bic à refpreuue, que comme iâay dit ailleurs du Tatou belle terreftre , ie ne croy pas quâvn coup 'dâefpce luy fit rien : la chair en cil fort teftdre bonne amp;nbsp;fauoureufe.
*Pana~ pana
ftijfo» a~ jfitnr la N
/â¢.
Lâautre poilfon que les Sauuages nom met âPanapanaied de moyenne grandeur: mais quant a fa. forme, ayant le corps queue amp;nbsp;peau fcmblablc amp;nbsp;ainfi afpre ^ufi*quot;^'quot; 9^0celle d'vn I^quicn de mcr,il a au rc--â¢t.uffiüc vne telle plate fiTiiarre,amp; fi eftrange-* ment faite,que quand il cil hors de lâeau, fe diuifant amp;nbsp;fcparant en deux il femblc
3uâon luy ait fendue,amp; nâell pas pofsiblç e voir telle de poilfon plus hideufç.
Q^ant à la façon de pefeher des Saunages , faut noter en premier lieu fur ce que iâay défia dit,quâils prennent les mulets Ã
DE lâa M E R I Cty E. 189 lets à coups de flefehes (ce qui fe doit auf fi entendre de toutes autres cfpeccs de polffons quâils peuuét choifir dans lâeau) que non feulemét les hommes amp;Ics femmes de lâAmérique , comme chiens bar- ,. bets afin dâaller quérir leur gibier amp;nbsp;leur pefehe dans lâeau , fcauent tous nager, HDmwt mais quâaufsilcs petits enfans des quâils/'»»««o* commencent à cheminer fe mettans dans^^â^. les riuiercs,amp; fur le bord de la mer, gre-î««« gt;gt;â¢â¢ nouïllét défia dédis corne petits Canars*â'''^âquot;' Pour exemple dequoy ie reciteray bric-ücmét quâainfi quâvn dimanche matin en nous pourmenant fur vne plate forme de J't9quot;i^'â***ââ noftre fort nousvifmes renuerîe^ en mer nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
vne barque dâe^rcc, dans laquelle il y*'«in/^mf^n^ auoit plus de trente perforincs Saunages grands amp;nbsp;petits qui nous venoyent voir: comme en grande diligence aucevnde nos bateaux pour les penlcr fecourir, nous fufmes aufsi toft vers eux,les ayans tous trouuez nageans amp;nbsp;rians fur l'eau, ' il y en eut vnqui nous dit; amp;nbsp;ou allez vous ainfi a fi grand hafte vous autres C^fair ? ( ainfi appclcnt ils les François) Nous venons pour vous fauucr amp;rctircr de lâeau, difmes nous . Vrayement dit il nous vous en fcauons bon grc : mais au refte aucz vous opinion que nous nous puifsions noyer? Pluftoft fans aborder terre demeurerions nous huit ioursfur
I^Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T O I R K
lâcau de cefte façon .-Tellement que nouj cr-argnons beaucoup plus que quelque grand poiflon ne nous traïlneen fond» que dâenfoncer de nous mefmes. Partant les autres qui tous «ageoyent aufsi aife-ment que poiflons,eftäs aduertis parleur comp.agnon de la caufe de noftre venue fi foudarne vers eux , en sâen moq^iant sâen prindrcnt fi fort à rire j que cômme vue â¢'troupe de Marfouins nous les voyons amp;nbsp;cntcndioris foufler amp;-ronfler fur l'eau.Et dvîlajt^combicn que nôus fufsions enco* res à plus d'vn quart de lieue de noftre Sport, ft hây en eut-il q quatre ou cinq qui fe vouluflent mettre dans noftre batteau, ^ encores plus pour caufer aucc noââ que de cramte quâils euftent. lâobfcruayque Bon feulement les autres , quelques fois ch nousdeuançans hageoyent tant roide amp;.fi bcHemcnt quâils vôuloyét,mais aufsi fe repo/oyent fur lâeau quand bon leur fembloit.Et quant à leur Barque d'efeor-fe, quelques.liâs de conton amp;nbsp;viurcs qui cftoyent dedans Icfqucls ils nmisappor-toyent qui furent perdue, ils ncs'enfou-cioyent certes non plus que vous feriez d'attoirperdu v-hc.pomme: car difoyent ils nâen y a-il pas d'autres au pays?
. âlt;,Au furplus ienc veux pas aufsi ob-^ m.lt;l.ttrc fur cefte matière de la pefeherie des Sauuages,auoir ouï dire à vn dâiccu.x: que
DE' lâa M FK I lt;Xy E. 191 tJuèVommcauccdâautïss il cftoit vnc fots T^edt/vn en temps de calme dans vnedtleurs Bar-* ^'ââ¢âog' queuâd Vjeonetäne? auanc^n lt;ncrgt;ji y eutf^^hafn vn gros póiÃbn 'kqwf Ja picnant par le â ^quot;/â'^'â i .1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\ r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, * nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;aymmalni
Doirt auec'Ja'pattè,a Ion adqis,óUâIa_voit.-» ^ tqddt Jnirtertiief fpr'ótr fe lectei 'de dans..Ce .que ^ââ'âââ *quot;quot; Voyant jdifcit-il » ieluy coupay'fóudai-â nenvent Ia rtiam aucc'vncSerpcjxIaiqiicde hahi efta'nt tómbcc'amp; demeurée dedans noftréBarque i'non feulement nous vilenies quâelle auoit cinq doigts , commue celle d vn homme , mais aufsi'dc la douleur que'ce poilTon fentit, monftrà t hors delâcau yne teftequi auoit' femblable-nicnt forme humaincgt;il ietta vn petit cri. quot;nbsp;Sur lequel récit alfez eftrange de cell A- â ^ âneriquain^ie'Jailferay à philofopher au ledeur fi fuyuant la commune opinion â i^uâil y a dans la mer de toutesdes cfpcces quot;^^ dâanimaux qui fc voyent en terre,amp; nom â mément quâaucuns ont éferie dei Tri--tons amp;nbsp;des Setcincs;aflauoir ü sâen eftoit point vn ou vne, ou bien va Marmob ou Singe marin auquel ce Saunagelaf-fermoit auoir coupe la main, l .oùtesfois fanscondamnerce qui pourroit dire de telles chofes ic dii ay que tût durât lâcfpa ce de 9. mois que iâaydlécn pleine m«r fis mettrepied en terre quâynefois.quâen toutes les nauigatiosq iâay fouuct faites furies nuages icnay riéaperecli de cela,
Iji . HISTOIRE
ni veu poifTon qui approchai fi fort delà quot;nbsp;fcniblance humaine.
Pour doncques continuer à parler de la pcfchcrie de nos ToHoupinarnhaoults» outre cefte premiere façon de flelçhcr Icspoiflons dont iâay fait mention,enço rcs à leur ancienne mode vont ils cquftu ,^ mieremét fur lâeauxloucc ou falce,deffus lquot;^â nbsp;nbsp;nbsp;' â certains radeaux , 'conipofcz feulement
de cinq ou Ãïxquot;j^cces de bois rond plus grofles que le bras lices enfemblc, quâils . appelcnt âPx^erv, fur Icfquels ils font af-*^^ffux^ ^'^ ^^^ cuiffes amp;nbsp;les iambes efledues amp;nbsp;pef â^ri^'^ chctainfi (aufsi biéque du boid de lâeau) lu Sxuux aucc certaines efpincs quâils aecommo-^quot; ' dent en façon d hameçontSc mefmc quad ils nous voyojee pefeber aucc des haims
_ .^ ou rcts(quâcux appclcnt âPutJ/aoHaffou oü ~ ils nous feauoyet bien aider, ou pefeher fort bien tous fculs auec icelles fi on leur tktr. en bailloit.. Mais fur tout Hos5auuages depuis que les François trafiquent par Hmeri»â dcla,trouuans fort propres les hameçons irtuuet^ quâils leur portent pour faire ce meftier fvu7sxH de pefcheric,faifas leurs lignes dâvne ccr uagescr tainc herbe quâils appcletTcKfonlaqucllc oî^tz/* fe tille corne châurc,amp; eft beaucoup plus fantiturt forte , loucnt grandement ceux qui leur 3yuâ»r. en ont baille premièrement lâinuention.
Aufsi comme iâaydit aillcurs^ont bié apprins les petits garçons de ce pays là , à dire
D E Lâa M E R I QV E 193 à dire aux éftiangcrs qui voAtpar delà . F^cand, De a^arorem amahepinda,c'cü à dire, tu es Pâ'ri'-rgt;frt boç donne moy des haims: car agà torem^/âni's^^ en leur langage veut dire bonr^wz^Z'/don âquot;'Sâ-île moy : amp;nbsp;pinda eft vn bain. Q^e fi on ne leuren baille, la canaille tournant fubi-tehient la tefie de dcfpit, ne faudra pas de dire de--en^dipa-aïouca,c'eQ: à dire:tu ne Vaux rien,11 te faut tuer. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
Sur lequel propos ie diray que fi où Veuf eftre coufin , comme nous parlons tomrounement, tant des grands que des péris,quâil ne leur faut rien refufer.Vray eft quâils ne font point ingrats: car pria-* t'palementles vieillards fe refouuenans du don quâils auront receu de vous , voire Uicfrric lors que vous nây penferez pas,, enlc recognoifiant vous.dôneront quel- ^^^ ^^ ques choies en recompenfe. Mais quoy rry«.»,.,» quâl! en foit iâay obfcruc entrâeux quecô
* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mesioyfuxt
me ils aimct les hommes gaysuoyeux, amp;nbsp;bbe~ libéraux,par le contraire ils haiflent fort
les taciturnes,chiches,« melancoltques,.««x4âA«-Pà rtâtqucles linies fourdes,forgccrcjux, â^ââ/ââ taqubis,amp; Ceux qui comme on dit, man- ^,^t,iCfvr^! gent leurpain en leur fac,nc facent pas c- à r*â''»4* fiat dâeftre les bicn-venus parmi nos Tou ^â^p*'â^râlt;p'gt;^ Dupinamhaoults'. car de leur naturel ils dc-téfient telle manière degens.
194 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HI. s T OIK R
-C H AP. , Xlii.
Dez ^rirexi H triées , ^ fruifs ^tteproduit la terre du quot;l^ reÃ/_
ex^ub
^^^^^^^''^ ^ ^ ^ ^i^couru ci dcïîuî ^'^^'^^^^ ^ quatre piedsgt; c n fc m hl é d es Oy fea u x, Poif-* J^eptilcs , amp;nbsp;chofes igt;éL5üi^Ji3Ãayans vic,mouucment amp;fen-timeiit, qui fv voyent en lâAmérique : a-uant encores que parler de la Religion, (îuerre. Police, amp;nbsp;autres manières de faire qui refte à dire denos Saunages, ie pourfuyuray à dcfcrirelcs Arbres , Herbes,Plantes,Fruits amp;nbsp;en fomme eequâon dit communément auoir ame vegetatiue qui fe trouuent aufsi en ce pays là .
Premicrcmcntcntrcfes arbres les plus célébrez amp;' cogneus maintenant entre nous,le bois de Brefil (duquel cefte terre ' a prins fon nom a noftre efgard ) à caufe delà teinture quâon en fait, cftdes plus ertimez. Ceft arbre dócqucs,qtic les Sau-jxfra^ liages appeient tyfrahoutan â , croiücom-^9Ktart munement aufsi haut amp;nbsp;branchu quelcs i»ii'tlt; Clicfncs qui fontes foriffsde ce pays: amp;nbsp;^re/îl ^fa , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r f^r.gt;,j, s en trouiic qui ont Je tronc ii gros , que i^rire. tiois boinmcs ne feauroyent embrafTerî vn feu! pied. Qq^ant à la fuciHe, elle cft âÆ,â¢,.- cqinme le buys: toutesfois de couleur ti
rant
, » E L*A M E R I QJ M. 195 rant plus fur Ic'vcrtgny j amp;nbsp;ne porte aucun fruit.
Mais touchant la manière dâen charger les Nauircs , dequoy icveux faire mention en ce lieu, notez que tant à caufc de la dureté, amp;nbsp;par confequent de la diffi' culte quâil y a de couper ce bois,que parce que nây ayant cheuaux ,afncs,ni autres belles pour porter, charrier, ou traifncr-'»ââ¢quot; â âquot; les fardeaux en ce pay's la,il faut ncCclTai-XZX»â»» renient que ccfoyentlcs hommes qui fa- lâ¢^»â^rgt;1â lt;entcemcfticr:nâcftoit quclcs eftrangers qui voyagent par delà ,font!aidez des Sau nages,ils ne fcau royent charger vn nioyc Nauirc en vn an.Les Saunages doneques inoycnnant quelques robes de frizes^che miles de toiles , chapeaux, coufteaux, amp;nbsp;autres marchandifes quâon leur baille, non fculcmcntfaucc les coignecs, coings/; ,â,J, rX./â( defer , amp;nbsp;autres ferremens quclcs Fran--' çois amp;nbsp;autres de par deçà leur donnent) coupcnt,fcicnt,fendent,mettent parquar ^«««-?« tiers,amp;arrôdiflent ce bois de Brcfil,mais quot;â^quot;;,^ aufsi le portent fur leurs efpaulcs toutes t»nJrâSrt nues,voire le plus fouuent, dâvue ou dc(''4âlTâ dcuxlicuës loin,par des montagnes amp;/-»«rtW-lieux allez fafeheux iufques fur le bord de fquot;'quot; ^'â la mer près dcsvailfeaux qui font a lââcre, ou les Mariniers le reçoyuét.Ic di cxprcl fément q lc$Sauuages,dcfpuis que IcsFra çois amp;Portûgais frequenter en leur paj s
1^6 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
coupent leur bon de Biefibcarauparauât Fait-, tn ainil que iâay entendu des vieilJaids, il» JXrn'^^^ n auoyentprefquts autre mduftric pour qxaimd'a- abbatre vn arbrcjlinon que de mettre Je 'âarirt^jhit ^*^â OU picd.Et pai ce aufu qu i! y a des per Mftm le fonnages paideçà ,quipenJent que les bu A-lt;---?quot;ichcs rondes, quâon voit oïdinaircment
cETz les marchansjfoit la gi ofleur des ar brcs:pour mort) cr que tels s abufent,outre que iâay la ditqu'il sâen trouiic de fort gros,iâay encores adjourté que les Saunages,tat afin quâil leur foit plus aifé à por ter qu'aifc à manier dans le Nauirc, lâar-rondiflcnt amp;nbsp;accourtrent de certc façon. Aufurplus,pai/c que durât le temps que nous allons erte en ce pays là ,nous auons fait de beaux feux de ce bois deBicfil: iâay obferué que nâertant point humide comme les autres arbres, ams commena dé^r,/uâ turcllemcnt fcc,quâil ne fait que biepeu, pre/qHt flt; prefques point du tout de fumee en /M, fumet Ãruflant. le diray dâauantagc , quâainfi Cemirt rh quâvn ioûr vn de nortre côpagnic fcvou â^'fà 'quot; lant méfier de blâchir nos chcmifes,fans ^e trampe â fc douter de rien,mit des cendres de Bre fn^f /r, ^l^âf^^l^ lefflue, quâau lieu de les faire i^uuihiniH blanches, il les fît fi rouges , que quoy â'quot;i'- qu'on les âceurt lauer puis après il nây eut ordre de leur faire perdre certc couleur: de façon qu'il nous les fallutain/î vertir amp;nbsp;vfer.
Au rertc
de lâameriqj^e. 197
Au rcftc gt;nbsp;parce que nos 'Tououpitiam' baoults^ font fort esbahis de voir prendre tant de peine aux I rançois , amp;nbsp;autres de lointains pays , dâallçr quérir leur i^^ra-boutan^c'eà à dire Bi tfil ; il y eut vne fois vn vieillard d'entrâeux qui fur cçla me fit telle demande . Q^e veut dire que vous rt/Zs^xf* autres zÃ'f^ir è: âTeros 1 câcftà dire çois Clt; Portugais e veniez quérir de fi loin ge rejon-dubois pour vous cbaultcr ? nâen y a il^''^'?quot;â^^ point en voftic pays? A quoy luy ayant ntafe^rteni tefpondu quâouy amp;nbsp;en grande quantité tuais nota pas de telle forte que les leurs, uimefmes du bois de Brefil, lequel les noftres n cinrocnoycnt pas pour brufler comme il penfoit, ains .comme eux mef-tuesen vfoyent pour rougir leurs cordons de Cotons,plumes amp;autrt s chofes) pour faire de la teinture , il me,répliqua loudain. Voire mais vous en faut il tant? Guy luy di-ic car ( en luy faifant trouucr lâon ) y ayant tel marchant en nofire pays tpii a plus de frifes amp;nbsp;de draps rouges: Voire mefmes mâaccommodant à luy par Itt de chofes qui luyfuHcnt cogneucs) decoufteaux eifeaux, miroucrs,amp; autres tuarchandifes que vous nâen aucz iamais veu par deçà , il achètera luy fcul tout le bois de Brefil, dont plnfieurs Nauircs sâen retournent chargezde ton pays . Ha hal dit mon Sauuage, tu me contes mer-
N 3
198
HISTOIRR
ueillcs . Puis ayant bien retenu ce que ie Jtiy venois de dire , mâintciroguant plus auantdit. Mais ceft homme tant riche dont tu me paries,ne meurt tJ point ? Si fait,h fait luy di ic,aufsi bien queics autres.Surquoy (comme iis font grands dif coureurs,amp; pourfuyuct fort bien vn pro pos iufques au bout) ii me demanda derechef ; amp;nbsp;quand doneques il eft mort, à qui eft tout Je bien quâil laifle ? A fes en-fans sâil en a , amp;nbsp;au defaut dâiccux à fes freies, feurs , ou plus prochains parens. Vrayement, me ditlors mon vieillard (nullement lourdaiit) à cefte heure co-gnoisicque vous autres i^^air, câeftà dire François , elles dcgiands fois : car vous faut 11 tant tiauaillcr à paiferiamer fur laquelle ( comme vous nous dites c-ftans arriuez par deçà ) vous endurez tant de maux , pour amaifer des riçhefles ou à vos enfans , ou à ceux qui furuinenta-pres vous ? La terre qui vous a nourris, . , nâtll elle pas aufsi fufli/atc pour les nour «aijiut tir rir? Nous auonsfadioufla ibdes parcs,amp;' des enfans,lefoucis,comme tu vois,nous
Pht.o/opha nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;0 nbsp;nbsp;1
aimons^chenfions:mais parce que nous, »â¢Â»Â«Â«-iâ»'nous affei »-ons qu'âpres noftre mort,la.
terre qui nous a nourris les nourrira, fins nous en foncier autrement , nous ' nous repofons fur cela.Voila fommaire-ment amp;auvraylc difeours que iâay entendu
D E Lâa M E R 1 QJ E. 199 téndu de Ja boucJie d vn pauufe Sauuagé Amerilt;juain.Partant outre que ceftefia- ~^â^gt;quot;-tion, que nous eftimons tant-barbare, ((.â â ^^quot;^Zfi moque de bonne grace de ceux qui au dâ'''âquot;â*îquot;â ger de leur vie paÃent Ja mer pour aller/â^quot;fw« quérir du bois deÃrcldabn de sâcnricliir, e^ori'inri encorcs qlquc aueugle qu eile ioit attri-buant plus à nature amp;nbsp;a la fertilité de inhala frmU terre que nous ne faifonS à la puiflanceSc ',âfre^ut prouidcncc de Dieu, fc leuera elle en iu- «âf^-/'âquot;â gement contre les rapmeurs, portans ic .^^ j'^.^ titre de chrcftics, dót ta terre de par deçà ^p«- . eftaufsi replie,que kur pays en eftvuidc â'quot;^^â t«/â*quot;'*''^ quant a fes naturels habitans. Et plcuft à Dicujfuyuât eeque iâay dit que nos Tott-oitptn.tmbaou/ts JiaiÃcnt ^ortcUement les auarieieux,quâann quâils'fcruiÃetdeÃa de demons amp;dc furies pour tourmeper nos gouffres infatiablcs (qui nâayà s iamais af fftde bics , ne font ici que fuccer le lang des autres) ils fuffent tous cofinez parmi fux . Il fiUoit quâa noftre grande honte, 8cpour iuftificr nos Saunages du peu de ⢠loin quâils ontdes choies de ce inodeic hf feceftedigrefsió en leur faneur. Aquoyce me fébic, encor bie a propos, ie pourray j_^.^ ^^ adioufter ce que I hiftoriê des Indes a cf- j^^ j®j critdâvne certaine natiô de Saunages du /j. 4. ch. Peru.CarcômeiJ dit voyâs ducônicccmêt 108 . , les Efpagnols roder en ce pays là : ne les ^m^ji.' Voulus rcccuoir(tantparcc quâils eftoyét
N 4
JOO nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
barbus,que les voyâs ainfi fi Bragards Cî mignons ils craignoyent quâils ne les cor rompiflent amp;nbsp;thangeaflent leurs ancien-^T«i*i nés coufiumes) les appeloyent efcume de ^ôlt;ii,xîM la nier,rens: fans pères , hommes fans re-* posquinelc pcuiient arrener en aucun lieu pour cuhi«cr la terre afin d'auoii à manger.
g, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pourfuyuant doneques à parlcrdes
.7ïy/i^u arbres de cefie terre dâAmérique, il s'y â¢i^ fxi troque de quatre ou emo fortes de Pal-* i^rntr,^ miers,dont entre les plus communs (ont vn nommé par les Saunages ferait, amp;nbsp;vn . autre Yn: mais comme ni aux vus ni aux Tri Mrbre nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r â
Tto^'riiiil 4 i/t tim' du ict/ies P^Z »tu t
çii7fnâi autres ic n ay lamais veu de Dattes,aulst croy le quâils nâen produifent point. Bié eft vray que iâTrt porte vn fruit rôd com me petites prunes Cerrees èi arrengees cnfcmblt, ainfi que vous diriez vn bien gros raifin;tellcmcnt que câeft tant quâvît home peut leuei dâvne main:mais il n'y a que le noyau, qui nâefi pas plus gros que ccluy d vnc cerize , qui en foit bon. Da-ùantage il y a aufsi vn tendron Blanc entre les fueillcs de la cime des icunes Palmiers , lequel nous coupions pourman-t»»sfjgt;-r,lt;^ei.;5e difoitle ficur du Pont, qui eftoit rîwtt?*â^ fuict aux hémorroïdes que edayeftoie, . bon ; dequoy ie me rapporte aux Médecins.
Vn autre arbre queles Saunages appelen t
DE lâaMERIQ_VE. 201
lent ^irh lequel, bien quâil ait les fueil- ^â,ry les corne le Palmier, quâil foit garni tout espar dy-à lentour d efpincs , aufsi defliees amp;nbsp;pic- â'quot;â' âquot;'^quot; qualités qu eigutllcs, qu il porte aulsi vn jenfruii. fruit de moyenne grofleur dans lequel fe trouuc vn noyau blanc comme neige^qui /âur^f, toutesfois nâeir^as bon à mâger,cft neat-moins à mon aduis vne cfpccc dâhebene: car outre ce qu il cft noir, amp;nbsp;que les Sauvages à caufe de fa durté en font leurs cf-pces de malfucs de bois : votre vne partie de leurs flefehes , Icfquellcs ie deferiray quand ic parleray de leurs guerres,cftant fort poll amp;nbsp;luyfant quad il eft mis en bc-fongnc , encores eft il G pefant que G on.
le met en lâeau, il ira au fond.
Au refte , amp;nbsp;allant que paflcrplus outre, il fe trouue de beaucoup de fortes de bois de couleur en ccftc terre d'Amérique,dont ie ne fcay pas tous les noms des arbres.Entre les autres,i'en ay veu d'auf- 'S»« r«-Giaunes que Buis, de naturellement vio- l'^^^,^â lets, dont iâauois apporte quelques rei- mu^n. gics en France, de blancs comme papien^Vâ^ dâautres fortes de rougesâ que le BrcGl, dcquoy les Saunages font aufsi des cf-pces de bois amp;nbsp;des arcs . Vn autre quâils nomment Copa-üi lequel outre que furie ^gp^^ pied il rcfemblc aucunement au NoyCT, arbre ref-fins porter noix toutesfois, encores les fi^i^^ ais comme fay veu, en cftant mis en bc-
102 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HâI S T O l R E
fongne en meuble de bois » ont la meliùc veine, Semblablement il sâen trouueâu cuns qui ont les fueilles plus efpclTcsque z vn tenon: dâautres les ayans larges de pied amp;nbsp;demi: amp;nbsp;deplufieurs autres efpc-ces qui feroyent longues a reciter parle menu.
^^.^ j Mais fut tout ie dâiray quâil y a vnar-fmiiKr J, bre en ce pays là ,lequel aucc la beauté fet '^fiâ- fi mcrueillcufement bon , que quand les .lt;(i^â»vr,, mentufiers Icchfpotoyent ou rabotoyét y~^5gt; fi nous en prenions des coupeaux ou des â^â'â¢âkâ buchillcs en la main, riousâuiôs la vraye fenteur dâvue franche rofe . Dâautre au contraire que les Sauuà ges appelcnt cX-^ouai ou-ai qui put amp;nbsp;fent fi forfles aulx , que »rbreftit fi on le coupe , ou quâon en mette au feu, ttȕmt»2°^^^ P^â^ durer auprès ⢠Ge dernier a prefques les fueilles comme celles dâvu pommier; mais aureftefon fruit (lequel eft aucunement de la forme dâvne cha-fiaigne dâeau) amp;nbsp;encores plus le noyau qui eft dedans,font fi veninreux , quequi en mangeroit il fentiroit foudain lâeffet dâvn vray poifon . Toutcsfois parce que ceft ccluy, dont iâay dit ailleurs que nos Ameriquains font des fonnettes pour mettre a lentour de leurs iafnbes ils lâont en grande efrime a caufe de cela. Et faut noter en ceft endroit , quâencorcs (comme
DE LâaMERIQVE- 2OJ (corne nous verrons en ce chapitre ) que cefte terre du Brefil produife beaucoup de bons amp;nbsp;excellcns fruits , ncantmoinS il sây trouue plufieurs arbres qui por-^^n/z«« tent fruits beaux a merueilJes, lefquels arkrae« toutesfois , ne font pas bons à manger/'^âquot;â^' ht nommément furie nuage de la mcr/r«if/ fia^ il y a force arbrifleaux qui portent les^â'quot;^quot;^ââ leurs reffeinblans prefques a no s poires ,t»f,.^J^. yârees,rnais tresdâgereux à n^ânger.AuC ^^^Zy, fl les Saunages voyans les François , ou nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;yquot;* autres eftrangers approcher de ces arbres pour cueillir le fruit, leur difant en leur langageypochi ; câeft à dire il nâeft pas bon, les aduertiflant desâen donner garde.
Hiwurae (comme ic l'ay ouy affermer f/ing/f adeuxieunes appoticaircs qui auoyent^^^y paffe' lamer auec nous) ayant lâcfcorcc.sfeerdt iledemi doigt dâefpais , amp;nbsp;affez plaifan- ^âââquot; â'ââ te a manger, principalement venant fraïf^» z,pâp ehement de deffus lâarbre , eft vnc efpc-r â»»»â¢'y»« cede Gaiat. Et de fait les Sauuages en âtw7 vfent contre vne maladie quâils nom- âPians 'lient quot;Pianr,laquelle,comme ie diray ailleurs, eft aufsi dangereufe quâeft la grofle L../Vvâ'r/A veröle par deçà .
Lâarbre que les Saunages appeler ^Ão-yn; eft de moyenne gradeur, a les fucillcs
204
HISTOIRE
^roi urn.m^ lit f âe ti*i/ât trfâ t âu^ufl es éuuuul^K fmt il un
CAôw^PPâ®^^ââ*^^® ^^ forme de celle dâvn Lau «rtrf'^.r r»eijamp; ainfi veitcs:amp; porte vn fuit gio» tanr fruit comme la tefte dâvn enfant, fait de là façon d vn Åuf dâAuftiuche, lequel n eft pas bon a manger.Neantmoins nos Tox-6xpiniimigt;aoitUi en leferuans de tous entiers en font leur infti ument non.me M/i lutin ^ raca^onï iâay ia taitamp; feray ci cotes men va-ffeaux. tidn'conimc aulsi tant pout faire les taffes ou ils boiuent, qu'autres vaifleaux ils en creufent amp;nbsp;fendent par le milieu.
Continuant a parler des atbres, il s'en trouiie vn que lesSauuages nommentS^-Salau-^^i^^ii^f pot tant fon fruit plus gros que raie les deux poingts , fait en façô dâvn gobe-â¢rhr, amp;nbsp;let, dans lequel il y a certains petits no-flfllfu y^iox comme amendes , amp;nbsp;prefques de cüni!tg,gt;. mefmes gouft. Le refte affauoii l'cfcorce frei/âquot;r, 0^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de ce fruit, tft fort propre Ã
t'afei. faire vafcs , amp;nbsp;penfe que ce foit ce que nous appelons noix d indes , lefquelles apres quâelles font tournees amp;nbsp;appropriées de telle façon quâon veut » on fait couftumicrement enchafler en argentpar deçà . Aufsi nous cHans en ce pay.s par 'Tirrrr dclavn nomme'Pierre Bourdon , excel-'EiurJun Jen^q ounicur,ayant fait pluficurs beaux txteUent r 0 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I
fumeur va(es Ci autres vaifleaux, tant de ces rnuinnm. fruits de Smboucate que dâautres bois de ymeiag. couleur , il en fit prefent à 'Villegagnon lequel les prifoit grandement: toutef-fois
CE LâaMÃRTQV E. 205 foisle pauure homme en fut fi mal rc-Compenfé parluy que (comme iediray enfon heu) ce fut I vndeceux quâil fift noyer amp;nbsp;futfoquer en mer à caufe de lâE-Hangilc.
Il y a au furplus vn arbre en ce pays là lequel croifthaut efleue comme les cormiers gt;nbsp;amp;nbsp;porte fon fruit nommé ^caiou -^^^^i* dclagroUcur amp;nbsp;figure dâvnÅufde pou- i'^â^f^i le. Ge fruit cftà nt venu à maturité eft «ââ¢f'i-« lt;gt;nbsp;plus raune quâvn coing, amp;nbsp;au refte il tft^quot;^,7/* non feulement bon à manger, mais aufsif ,i^..^, ayant vn lus vn peu aigret, amp;nbsp;néant-'*â lâ--' moins agréable à la bouche , quahd on a chaut, cefte liqueur refrefehif fort pki-famment: toutesfois eftant affez maki fié dâabatre de deflus ces grads arbres:nous nâen pouuious guercs auoir autrement linon que les Guenons montans deffus pour en manger nous en faifoyent tomber en grande quantité.
7aco-atre cüvn arbrifleau qui croiff ^^^^ communémeut de dix ou douze pieds de haut, amp;nbsp;quat a la tige,combien quâil sâen ^.tnftM trouuc qui lâont prefques aufsi gfolTe *quot;ââ^quot;-que la cuilTe dâvn homme,tant y a quâelle cftfi tendre quâauec vne cfpcc bien tran- fp^^^f chante dâvn fcul coup vous en abattrez frâ,t,ii^t vn. Quanta fon fruit que les Saunages noinmcnt7âlt;i£-«»,iJ cü deplus de demi pied ^«c«.
20(5 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
14,^4/
^AC0 fruitéiy/int
de long, de forme aflez rcflcmblant à vft Coucombic,amp; ain(i i^unc quand il tft mcur:toutesfois croisant vingt ou vingt cinq ferrez tous cnfcmble en vncâfcuJe branche, nos Ameriquams les cueillons par gros floq^ncts tant quâils pcuucntle-uer dâvne main ^ les emportent ainfi en leurs maifons. i
Touchant la bonté de ce fruit, quand fw. il eft venu à fa iufte maturité , amp;nbsp;que la peau, laquelle felcuctout anifi que dâvne figue frefebe, en eft oftcc , vn peu fcmblablcment grumeleux qu il eft,vous diriez en le mangeant quecâeft aufsiv» ne figue: amp;nbsp;de fait à caufedeeda nous autres François nommions ces PaMFi-gucs . Vray eft quâayant encores Jegouft plus doux amp;nbsp;fauoureux que les meilleures Figues de Marfcille qui fepuif-fent trouucr , il doit eftre tenu pour lâvn des beaux amp;nbsp;bons fruits de cefte terre duBrefil. Leshiftoircs racontent bien que Caton retournant de Carthage, ra-porra à Rome des Figues de merucil-Ãciife gtodeur, mais parce que les anciens nâont fait aucune mention decd-Ics dont i. parle, il eft vray femblablc que ce nâen eftoyent pas.
Au furnlus les fucilles du Paco-mn font i
DE LâA-M E R I QV E. 207 font de figures aflez fcmblables à celles de Lapathuni aquaticum, mais au refte cftans de fi cxcefsiue grandeur, lt;juc chacune a communément cnuiron pââiiâjt lgt;x pieds de long, amp;nbsp;plus de deux deT^tot/r* large, ic ne xroy pas quâen lâEurope,^'*^7* Afie, ni Affrique : il fe trouue de fi û-âzxrx««r grandes amp;nbsp;fi .larges fuciljcs . Ãar quoy quciâayc ouy affeurer à Apoticaire auoir veu vncfueillç de Pctafitcs d'vne aulne 2i vn quart dç.ljrgc,qui eft à dire,ce fim-plecftant tout rond, trois aulnes amp;nbsp;trois
1 Quarts de circonférence, encores nâefi-I ce pas appr-ochcr de celles de nofire â^âieonatre ⢠11 cil vray que nâeftans pas efpefles à la proportion de leur grandeur, ains au contraire fort minces, amp;' ' ' 'â'â/ toutesfois fe tenans toufiours toutes droites, quand le vent eft vn peu impétueux ( comme ce pays dâAmérique y
i eft fort fuict) nây ayant que la tige du f-*^/-'). '' milieu de læ fuclllc qui puifle refifter, tout lcrefte à lentour fe découpe de teilt façon , que les voyans vn peu de loin furlâarbrc vous ingériez que ce fefoyent
j plumes dâAufiruenes, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^rh-ep
, Quant aux arbres portans le cou-^^'''f'quot;âquot; ton Icfquels croificnt en moyenne bau-mx^'quot;'â
- teur , il y en a en abondance en ce fte terre du Brefil : la fleur vient en
to^ â H I S 'T o T R E petite clbchctte iaune comme cène des corges óü citrouilles de par dc^a j mais quand le fruit eft forme non feulement il 'quot;/^â¢â¢â¢X-â a là hgüie approchante de la ferne des fofteaux denos foicfts, mais aufsi quand ^^âââ¢-kJt.' il eftmeur , fe fendant ainfi en quatre, le â liment coron,que les Ameriquains appelcty^w^* ion f^t-ioH ) en fort par touffe^ux ou floquets, i iuitn, gros corne cfteuf: lequel les femmes Saunages' fauent bien amalfer amp;nbsp;filler pour faire des lifts à la faç5. que re les defpein-* dray ailleurs.
Dauantage çombien (ajnfi que iâay entendu) quâancicnnement il nây euftniO-ran^iers , ni Citronniers , en cefte terre yAtnJm d'Amérique,tant y a neantmoins que fur rtügr,f le riuage de la rtrer ou les Portugois ont xquot; amp;*tâi fréquenté, y en ayans plante amp;nbsp;édifié', ils tros tnlt^ nây font pas fculemcrit grandement mul-ntn^ut. tipliez , mais anfsi ils portent Oranges (qiieles Sauuages nomment itgt;J/rr^ai«4) douces amp;nbsp;groÃes corne les deux poings, A des Citrons encores plus gros amp;nbsp;en plus grand nombre.
grande Touchant les Cannes de fuccrc, il en X**e«X/^*^®â^ grande quantité en ce pays la ; tou-if ptarf tesfois nous autres François nâayans pas 7u^SrM* oncoircs,quâd i'y eftois, les gens propres â nilcschofcs neceffaircs pour en tirer le fuccrc (commeont les Portugaises lieux quâils poftédent par delà ) ainfi que iâay dit ci
DE L* A M E R I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;20^
ditcidcfius au chapitre ncuficme fur le propos du bruuage des Saunages j nous les biHons â¢'feulement inhifer pour faire de lâeau fucree : ou bien qui vouloir en ûicçoit amp;nbsp;n^angcoit la moelle.Sur lequel propos ie diray vnechofc qui en fera pof liblc cfineriicillcrplufreurs Câeftquecô- viMigrt tre la qualité du Sucre, laquelle comme''' (â'quot;âfâ thacun fcait, cft fi douce que rien plus, ^â nous auons neantmoins fouutnt cxprcf-fémcnt laifle cnuicillir amp;nbsp;mollir des Cannes de Sucre, lefqucllcs laiflans ai nd quelque temps tremper dans lâeau elle sâaigrilfoit puis après de telle façon quâel lenous feruoit de vinaigre.
Semblablement il y a des endroits par les bois ou il croift forceRofeaux amp;nbsp;d-f/auJd*,,, nesaufsi grofles que la iambe dâvn hom-'quot; ^^uua. nre: mais bien ( comme iâay dit du âPaco-lZtZ^, â* «W quâelles foyent fi tendres fur le pied: 'ââ^ fl^f-quedâvn coup dâefpeeon en coupera ai-fémentvne, fi eft-ce neantmoins quâeftâs feiches elles font fi dures, que les Saunages les fendans par quartiers amp;nbsp;les accô-modans en manière de lancette ou de là -gué de ferpent, en font le bout de leurs fiefehes dequoy ils arrefteront vnc belle Sauuage du premier coup.
Le Maftic y vient aufsi par petis buif-fons;Ieqüel aucc vne infinité dâautres het bes amp;nbsp;fleurs odoriférantes rend la terre
O
210
HISTOIRE
de trcsbonnc amp;nbsp;fouefuc fcntcur.
Finalcmet parce quâà lâendroit ou nous eftions alfauoir fous le Capricorne, bien quâil y ait de grâds tonnerres, que les Sau liages nôment-Tonpan, pluycs vehemétes Tem lt;iu ^ Je grands vents,tant y a que ni gelant, Kinpté de ncigcant,ni grcllant ianiais,amp; par confe-
^ irtÃt.
qUent les arbres nây cftans point alfaillis ni gaftez du froid amp;nbsp;des orages ( comme
^rlrfs ti^n/iourt Vtnâ^agt; i fn /*,.4nte~ n^ug.
font les noftres par deçà ) vous les verrez toufiours,nü fculcmétfà s eftre dcfpouil lez amp;nbsp;defgarnis de leurs fucilles, mais aufsi tout le lôg dclââncc les forefts font aufsi verdoyantes quâcHlc Laurier en no ftre France. Aufsi puis que ie fuis fur ce propos, quant au mois de Decebre nous auos ici nô fculemet les plus petits Jours mais aufsi que tranciflans de froid nous foufflós en nos doigts, amp;nbsp;auôs les glaçôs pendus au nez, câelt lors que nos Ameri-
'Tii.j'in / quains,ayâs les leursplus logs,ont ft grid hurl amp;nbsp;chaud en leur pays que corne mes compa ^hjitunquot; 8quot;°® ^â voyage lie moy auôs experimete aumth Jt nous iious y baignios à NocI.Toutcsfois Dertmbrf cóme ccuX Oui Ciltendent la Sphere peu-n^ue. uct compredre, Jes lours n citas jamais n
longs ne fi courts fous lesTropiques que f^l^7/,(^i ^^^^^ ^â^^ auons, en noÃrc climat,ceux iri impi-, qui y habitet les ont non feulement plus cfgaux , mais aufsi ( quoyque les anciens ayent autrement eftime (les faifons y font
D E LâA M Ã R I ay E nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ilt
y font beaucoup amp;nbsp;fans comparâifon plus tempercts.. Ceft ce que iâauois à dire fur le propos des arbres dé la terre du Brcfil.
Quant aux plantes amp;nbsp;herbes dont le veux aufsi faire mention , ic commence-raypar celles Icfqucllcs à caufedc leurs fruits amp;nbsp;effets me fcmblent les plus excellentes . Premièrement la plante 'lt;\uiUâââ ItL^n rf*v^ produit le fruit nomme par les Sauuages q,i^âfâ nbsp;nbsp;'
z^n/tfjas cd de figure femblablc aux glai- cffutiUn^'^' euls,amp; encores gt;nbsp;ayant les fueillcs vnpeu ^â'Jâ'^**~ courbées amp;nbsp;canelccs tout alentour , plus approchâtesde celles dâAlocs.Ellecroift aufsinon feulement emmoneelee Comme vn grand Chardon , mais aufsi fon fruit, qui eft de la grofleur dâvn moyen Mel5,amp; de façon comme les Pommesde Pins,fans pendre ny panchcr dâvn dofte ni dâautre, viêt de la propre forte de nos Artichaux. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
Ces Ananas au furplus, çftans vc- ^^quot;â nus à leur maturité , font de couleur de â^^ , laune azuré , oc ontvne telle odeur de/tnt fruit framboife que non feulement allan t par les bois on les fent de loin , mais 'â^'â aufsi quanta leur gouft fondans en la bouche, amp;nbsp;cftans naturellement fi doux quâil ny a confitures de ce pays qui les fur paffe, ie ties que ceft le plus exccllct fruit de lâAmérique. Et de fait moy-mcfmc en-
Ã,I2. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3 H5 îS T o I R E
a-y^mtautrosfois prefle tel, dontiâay fait foçtir près d vii^verrc de fuc, celle liqueur ne me fembloit pas moindre que la maluaific.Cependant les femmes Sau-, uâg,cs nousâen apportoyent de grands pa nijcrs quâelles nomment Trfw^ieo«/, aucc de ces âPaços dont iâay ia fait mention) amp;nbsp;autres fruits lefqucls nous auions dâelles pour vu peigne ou pour vn mirouer. * PovR lâefgaid des Simples que celle ter r.0 du Brcfil produit, jl y en a vn entre les 'TâefUM ^PÃf*®-9â^ â«^^ Tiu-of(fgt;ipanthaouks nom-/«.fkJt mvntPetftn,lc(]uelçïpi{l vn peu plus haut. fin-ubere que nofttc grade ozcillc,a les fuciJlcsaf-.
loz fern Mables, mais, encores plus appro qliäntcs de celles de Côfolidamaior. Ce-i^eherhe, a caufedç-lajfingulicrc vertu que vous entendrez quâplie a, cil en gran de eftime entre les Saunages: amp;nbsp;voici cô-Q^ÃC ils en vfent. Après quâils Tont çicil-lie amp;nbsp;fait feicher par petites poignées eu leurs maiforis, ils eil prennent quatre ou ciUq fucillcs , lefquclles ils cniiclopent f,rt,^if^ ^^*â^ vue autre grand fucillc dâarbre en façon de cornet dâpfpicc.Cela fait mettis 2{4âlt;ij'gt;'iâ Içfcu par le petit bout, puis le mettans lt;r^zZquot;-^^'â^* '^'â P^^^i allume dans leur bouche, ils mriafH- entittntla fumeeUaqueUe, combien que ^'riun. ^-i*^ ^^ââ¢â^ reporte par les narines amp;par lpâ.u,rs leures percées , ne JailTc pas nçant-niÿiyjs de tellcmçnt les fubllanter, que princi-
D E Lâ a M'E R l 0^ E. Ãl^ principalement sâils vont en guerre P amp;nbsp;que la necefsitéles prefle, ils feront trors ou quatre iours fans fc nourrir dâautre chofe . Il cft vray quâils en vfent encores pour vn autre efgard ; car parce que cela f/Mtie leur fait diftillef les humeurs fuperflues du cerneau , vous ne verriez guercs nos B.rclîliés fans auoif chacun Vn cornet de â ^quot;t«* cefte herbe pendu aü col : mefmes a ton-'' {'â¢ffâ^fi'Jÿ tes les minutes amp;nbsp;cn parlantâa vous â , cclà leur feruant aufsi de contenance , ilien hument la fumer,laquelle, comme iâay ia dit (eux refferrâs foudain la'bouchc) leur relTort par les nez amp;'par les levres fendues, conime dâvn endenfoiK Neâtmoins ienâen ay point veu tfer aux femmes , amp;nbsp;ne fcay la raifon pôtirquoy : mais bien diray-ic, quâayantâ moy medmes expert tnenté cefte fumee de7âc/?/»,iâay'fcnti qué elle raflafic Ãk garde bien üâauoir faim. Au refte qiioy quâon appelé maintenant par deçà la Necocicnne ou herbe à la Errmr Je Royne ^ffun, tant sâen faut toutesfois fâ'â'quot; 'â
i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, Tiectaene
qucccloltdc celuy dont reparle , qu au pe^rPetun çontraire,outrequc ces dçn^ plantes n'ot rien de commun ni en fomre ni en propriété , encores quelque recherche que iâaye faite en plufieurs iardins ou ,Ion fe vantoitdâauoir duP^/rw iufques à prefent ie nâenay point veu en noftre France . Et afin que celuytjuî nous à fait fefte de fon
O 3
214 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Angoumoifc,quâil diteftrevray T^etum» ne petifc pas que lâygnorc ce quâil en a c-fent : fl le naturel du fimple dont il fait mention reflcmble au pourtrait quâil ena fait faire,iâçn di autat que de la Necocié; ne:tellementquâcn ce cas le neluy concede pas ce quâil prétend : aflauoir quâil ait apporté le premier de la graine de Peiu^f en frâce, ou a caufe du froit lâcftimc que malaifément ce fimple pourroit croiftre. lâayaufsi veu par delà vnc manière de Qatoua Choux que les Saunages nomment. ^lt;lt;' â¢jfft à lt; fou-atdot ils font quelquefois du potage» rt»»» lefqucls ont les fucillcsaufsi largesamp;pref qucs de mefme forte q celles du Nenufar qui croift fur les marais en ce pays deçà .
Q^ant aux racines outre celles de e^fantot à : dâ^ypi, defquelles comme iâay dit au neufieme chapitre les Saunages font de la farine gt;nbsp;ils en ont encores Hetich dâautres quâils appellent Hetich, Icfqucl-Sonâ«^*^* ^^5 â°â feulement croiffent en aufsi gran »» franje dc abondance en leur terre que font les abenJance raues en Limofingt;oucn Sauoyc, mais rt^^ ainsi il s en treune communément dâaui-napj fi grofics que les deux poingts amp;nbsp;longues dâvn pied amp;nbsp;demy plus ou moins. Et combien que les voyant arrachées horsde terre on iugcaft dc prime face à la fcmblance, quâelles fuifent toute dâvne forte ; tant y a neantmoins dâau-
DE lâa M E R I QV E. 215 dâautant quâen cuifant les vncs deue-nans viollettcs comme certaines Pafte-VA/^H^A' ^dcs de ce pays, les autres iaunci comme Coi^s , amp;nbsp;les troifiemes blan-lt;*^*^lt;*a(» cheaftres , iâay opinion quâil y en a de trois efpeccs. Mais quoy quâil en foit ie vous puis alfeurcr que quand elles font cuites aux cendres , principalement celles qui iaunilfent , quâelles- ne font pas moins bonnes à manger que les meilleures Poires que nous puif-fions auoir. Q^ant à leurs fueillcs, lef-quclles traifnent fur terre comme He-dera rerreftris , elles font fort fembla-bles à celles de Cocombres, ou des plus larges Ef^inars qui fc puiffent trouuerfpói^^^^ par deçà ^ non pas toutesfois quâelle^ ' foyent fi vertes , car quant à la couleur elles tirent plus à celles de Vitis Alba-Au refte parce quâelles ne portent point ^^^^^ ^^ de graines, les femmes Saunages , quiucülett/f dt font foigneufes au pofsiblc deles tiplicr , pour ce faire ne font autre «;â --lt;»«/gt; chofe fÅuure mcrueilleufc en lâAgriculture) finon dâen couper par petites pieces , comme on fait icy les Carottes pourpAfdiutrif l faire falades;amp; femâs cela par les champs* elles ont au bout de quelques temps au-tât de grolfcs racines d'Hetichquel les ont feme de petits morceaux . Toutesfois parce que câeft la plus grande manne de****^ 0 4~
îKÃ
HISTOIRE
ccftc terreau Bfcfil,amp; quâallans par pays on ne voit prefques autre chofe, ic croy qu'elles Viennent aufsi pour la plufpart fans main mettre.
Mano-lgt;i ,!fr,rJe noifitte cr(gt;tj[.fnf 4(ibs Nnt.
Les Sauuages ont fcmblablcmcnt vne forte de fruits , quâils nomment Manobh Icfqucls croiflans dans tcrrcjamp; sâentrçte-nanslâvn l'autre par petits filamens , ne font pas plus gros que noifettes franches
amp; ont le noyau de mefme gouft. Neant-ui moins ils font de couleur gnfafi'e Sc nâen eft pas la creufe plus dure que la ⢠gonfle d vnpoix: mais de dire mainte-liant s'ils ont fucillcs amp;gtaines,combien que i'aye mangé beaucoup de fois de ce fruit, le confelle ne l auoirpas bien ob-ferué amp;nbsp;ne m'en fouuitnt pas.
Il y a aufsi quantité de .Poyurelong
T.wrfZrs duquel les marchans de par deçà fc fer-niif'^ . ((«.Mtutnt feulement à la teinture: mais quant à nos Sauuages,le pillant amp;nbsp;broyant auec ,- du fcl,amp;appclans ce mcflange/(?«^«fr,ils piitri s^u ^n vfent côine nous faifons de fel fur ta-Kxgtsamp;/a blc ; nô pas toutesfois,qu ainfique nous, '^haiv^Jt ^â^'f â^ââ chair, poiffon, ou autres viandes ils fuient leurs morceaux auant qucles mettre en la bouche; car eux prenans le I,^â ,(iâ,' niorccau le premier amp;nbsp;à part,pincêt puis ^' quot;^ apres auec les deuxdoigts à chacune fois de ce /o«iyrlt;ez,tlt;raualcntpour donner faveur à leur viande. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
Fina-
DE LâaMERIQ_VE. 217'
Finalement il croift en ce pays là vne ç-forte dâaufsi grofles amp;nbsp;largesFebves que . z. le pouce , Iclquellcs les Saunages,appc-, lent Commanda-ouaff'eu: comme aqÃt dc^^^^^j ⢠petits Pois blancs amp;nbsp;gris quâils npmmêt A^-f^ommanäa-mtri. â Semblablement eertai- C°^'^^ nés Citrouilics.rondcs nommées par eux ditmiri Maurongans fort douces à manger. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^X'quot;
Voila, non pas tout ce qui fc.pourroit Mau dire des arbres , herbes, amp;nbsp;fruits de celle rongan terre duBrclil,mais ce que iâen ay remar- CnrtuiUtt qué durant enuironvn an que iây ay dc-weuré.Surquoy ie diray pour coçchUioô que tout ainlî que iâay dit ci deuant,quâil nyabeftes à quatre pieds, Oyfcaux,poif fons, ni Animaux en lâAmérique, qui en tout amp;par tout foyent femblablcs à ceux que nous auons en Europe, quâaufsi, félon que iâay foigneufement obfçtuc al-ypr^-^o« hnt amp;nbsp;venant par les bois. amp;nbsp;par, les â¢gt; champs de ce pays là , excepte ces trois r*'â'''^''''â' herbesiafl'auoir du Pourpier, du j^filic, '^^'1'//^ amp;C delà Formiere, qui viennent en qucl-lfr«lt;n Je ques endroits , ie nây ay veu arbres, lier- [^^â'^'^' tes,ni fruits qui ne furent differents des trait fous noftres . Partant toutes les fois que lâi-*;f^â^,yï^^j mage de ce nouueau mamp;de,que Dieu mâa fait voir, fe prefente deuant mes ycuxi amp;nbsp;que ie conndere la ferehité de Pair, la diucrfité des Animaux , la variété des oyfeaux, la beauté des arbres amp;nbsp;plantes.»
218 histoire
lâexcellence des fruits :amp; brief en general les richelTcs dont ceftc terre du Brefil cft decorec,incontinét celle exclamation du Prophete au Pfcau. 104. me vient en mémoire.
O Seigneur Dieu que tes ceuures diuerî Sont nierueillcuxpar le monde vniuçrs, O que tu as tout fait par grand fagefle Bref,la terre cil pleine de ta largclfe.
Ainfi donques heureux les peuples qui y habitent sâils cognoilïoyét lâAuôeur amp;nbsp;Créateur de toutes ces chofes : mais au lieu de cela ic vay entrer en des matières qui monftreront combien ils en font efloignez.
CH A P. XI111.
T^elaguerrSi combats ) hard/ej/e amp;nbsp;armes des Saunages.
OMBIEN c^vie no s T o«oa-pi nambaeu/ts Toupinefte/ui» fuyuat la coullume de tous les autres Saunages habitas celle quatrie me partie du mode,laquelle en
latitude » depuis ledcllroitdc Magellan qui demeure par les cinquante degrez tirant au Pole Antarftique iufques aux terres Ncuues , qui font cnuiron les foi-xante au deçà du collé de nollre Arfti-quc
DE LâAMERICtVE. 219
que, contient plus de deux mille lieues, ^,quot;«7^ ayent guerre mortelle contre pluficurs quot;lt;nbsp;dumn nations de ce pays la : tant y a que leurs â^pquot;i^''âjquot;â'* plus prochains amp;nbsp;capitaux ennemis font deux milit tant ceux quâils nommentt^.^X'îi^ que*''*quot;â les Portugais quâils appelentTiyor leurs alliez.'commc au réciproque lefdits Mar £lt;«i» nâen veulent pas feulement aux Tou oufmaml^aou/ts , mais aufsi aux François leurs confederez. Non pas quant à ces Barbares quâils fe facent la guerre pour s,,/,/,-,« conquérir les pays amp;nbsp;terres lesvns des ^ââ7â°^ autres , car chacun en a plus qu il ne luy ,?.
en faut: moins que les vainqueurs preten, dent sâenrichir des defpouilles, rançons, amp;nbsp;armes des veincus , ce nâeft pas di-ie tout cela qui les meine. Car comme eux uicfmes confeflent nâeftans pouffez dâau-quot;Y/^Jâ^y tre affection que de véger, chacun de fo» ' coftéjfes parés amp;amis qui parle palféont efté prins amp;nbsp;mâgez, à la faç5 que ie diray
au chap.fiiyuant, ils font tcllemét æçhar-''»/'**» 'â*â */ nez les vns à Icncôtrc des autres,que qui conque tombe en la main de fon ennemi, fans autre compofition, il faut quâil sâaté de dâeftre traitte de mcfme:câcft à dire af-fommé amp;nbsp;mangé. Q^i plus cft,fi toft que la guerre cft vne fois declaree entre quelques vues de ces natios ,tous allcgâs quâa
tédu quclâennemi qui a receu 1 iniurc sâen^ , nbsp;nbsp;^^__
felfentira à jamais , câeft trop l^l^ehemen-t
220
HISTOIRE
fait de le laiffcr cfchapcr quand on Je tiét à fa mcrci:leurs Iiaincs font tellement in-f-i«»Mx« ucterces quâils demeurent perpetuelle-UMiâquot; nient irréconciliables. Surquoy on peut dire que Machiaucl amp;nbsp;les difciplcs,qui Mtchiaur contre la doftrinc chreftienne piatiquct Utet imita nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r t nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r
teurs delà amp;nbsp;enlcignent aulsi queues nouucauxkr-7*â*5^4 ^'^^^ ne doyuent iamais faire oublier les m. â' vieilles iniurcs: ayâs di ie femblablemét
CCS Atheiftes vn courage de TigredIs fôt en ccpoint vrais imitateurs des barbares.-Or félon que iâay veu, la manière que nos Tâoupinen^utn tiennent pour sâadem-blcrafn dâaller en guerre eft telle ; câeft» combien quâils n'ayent entre eux Rois ni «quot;Jans'â Princes ,amp; par confequent quâils foyent ^»« « prefques aufsi grands Seigneurs lesvns abr'sffint quclcs autres , ncantmoins nature leur aaxT/x«/-ayant appris que les vieillards (qui font 'quot;^ 'â appelez Peorereupteheh) à caufe de lâexpérience du pafle, doyuent eftre refpeftez cftans en chacun village allez bien obéis, quand lâoccafion fc prefente, eux fepoiir menans , ou cftans afsis en leurs Jiéls de couton pendus en rair,cxhortcnt les autres de telle ou femblable façon.
, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;£t comment,diront-ils parlans lâvn a-
tfarangui nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠r
des vieil- près 1 autre lans s interrompre, nospre-lards. decedeurs, Jcfqucls non feulement ont fi vaillamment combatu, mais aufsi fubiu-gué tue amp;nbsp;mâge tant dâennemis,nous ont ils
D S Lâa MERI Q_y E* sit ils laiffé lâexemple que comme efféminez amp;lafches de cÅur nous demeurions touf iours à la maifon? Faudra il q;Uâà . nolt^^ grand hô'tc,au lieu que noffre nation par lt;nbsp;lepaflé a effe tenement crainte amp;nbsp;redou-tec (Je toute? les autrcs,quâcllcs nâontpeu fublîftcr deuant elle , nos ennemis ayent maintenant lâhonneur de nous venir ccr-ther iufques au foyer.'â Noffre couardifc lt;'rlt;. ^ûncr^-cHc ocean on aux Margaias amp;nbsp;aux Per5r-f«^4i/?Xc'cff à dirc,à ces deuxnatios alliez qui ne valet rié ) de fe ruer les premiers fur nous?Puis celuy qui parle ainfî 'i^^^uant des mains fur fcs efpaulcs amp;nbsp;fucrâ*l'l' les feiles:aucçcxclamatiô adiouffera. Erp^''**^* ^Ot Srima Eeuoup^^l^aoultJ Ãoriorni oudjfou. ^lt;ï»T4«:.amp;c.câclt à dirc,non non gens de ma nation, puifsâ? amp;nbsp;tresforts ieuncs ho âiî'cs,cc; nâeff pas ainfi quâifpous faut faire: pluftoff nous difpofansde le? aller troubler faut-il que lions-nous facions tous buer amp;nbsp;manger , ou que nous ayons vengeance des noftics.
Apres que ces haragucs des vieillards (Icfqllcs durcrôt quelquefois plus de fix heurcsifont finies,chacun des auditeurs, qui en efeoutant attentiuement nâen aura pas perdu vn mot, fe fentant accoura-gc amp;nbsp;auoir, commeon dit,le cÅur au ven tre, en sâaduertiffans de village en villages , ne faudront point en diligence de
X2Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
5âaflembleren grand nombre» amp;nbsp;fetrou-uer au lieu qui leur aura cfté afsigné. Mais auantque faire marcher lâarmceil faut falloir quelles font les armes de nos T OH oupinambaoultf^
Ils ont premicremctleur Tacapet câeft Tttopi.if-à , dire leurs efpees amp;nbsp;maffues, les vues fZjt^'f.^^^'^^ â^^ ^o*® rouge,amp; les autres de bois (Li./^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â°**' ordinairement longues de cinq à fix
pieds: amp;nbsp;quant à leur façon, elles ont vn ffâ^ .f fi t-âJiuf rond , ou oval au bout, d'enuiron deux paulmes demaindelargeur,lequel efpais quâil eft de plus dâvn pouce par le milieu, ^. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cft fi bien apprimé par les bords,que cela
boi^hijité,^ (cftâtdeboisduramp;pefant comme Buis) Sautia^t tranchant prefque comme vne coignee, f^iirieux ?ay opinion que deux des plus accorts e/Ah».lb»tâ4 Spadafsins de par deçà fe trouueroyent biê empefehez dâauoir affaire à vn de nos T'eucupinamlfaou/ft eftant en furie sâil en auoit vne au poing.
Secondement ils ont leurs Arcs (quâils Oâ'*f^f, nomment Orapatz) faits des fufdits bois â' noir amp;nbsp;rougc,lcfquels font tellcmct plus longs amp;nbsp;plus forts que ceux que nous aT ' uôns pardcça,que tât sâen faut quâvn ho-f nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;me dâentre nous les peuft enfocer, moins
An ^,1'4 en tirer, ou au contraire ce feroit toutee /' qu 11 pourroit faire d vn de ceux des garçons de 9.ou lo.ans de ce pais la. Les cordes de ces Arcs font faites dâvue herbe
Y Sâ«
DE l^A M E R I QV E. IX^
que les Saunages appelent Tocongt; lefquel c»in ks combien qu elies foyét fortdefliees) ^quot;J^ff/^, font neantmoins fi fortes quâvu chenal y i» Ttoa. tueroit. Quant à leurs fl efehes,elles ont . près dâvne brafle de longueur,amp; font fai-zâj^*. y^..^ quot;â tes de trois pieces , alTagoir le milieu de .â¢TVAAM.'M»^ RofcaUjamp;les deux autres parties de bois uoir,lefque]les pieces font fi bien rapor-teesjiointes amp;nbsp;liées auec des petites pçlu (ot-hnl^ â¢^f^dâArbres , quâil nâeft pas pofsibfc de mieux. Au refte elles nâont que dcux_em- yit^,u,M^ pennons chacun dâvn pied de long, leC-quelTfparce quâils nâvfent point de coHe) font aufsi fort proprement liez auec duâ ^ fil de couton. Au bout dâicelles ils mettent aux vncs, des os pointus, aux autres la longueur de demi pied de quelque bois de Cannes fait en façon de lancette amp;nbsp;piquant de mefme : amp;nbsp;quclqucsfois le bout dâvne queue de Raye laquelle (comme iâay dit quelque part ) eft fortvenimeu-fc:mefmes depuis que les François amp;nbsp;Portugais ont frequente ce pays la, les Sauuages à leur imitation commencent dây mettre, finon vn fer de flefehes, pour le moins vne pointe de clou.
Iâay défia dit comment ils manient leurs Ãfpecs : mais quant à lâArc, ceux qui les ont veus en befongne diront . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
auec moy, que, fans braflards , ûnsPf^rl/'^*ââ'
,224 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOrftE
tous nuds quâils font gt;nbsp;ils les enfoncent tellement j tirent fi droit amp;nbsp;fi foudame-^â ««oj«-ment,que n en dcfplaifc aux AngloiSKcfti
^,,, mez neantmoms h bonsArchers^nos Sau ZoZ uages tenans leurs trouficaux de fiefehes en la main dequoy ils tiennent lâArc , en auront pluftoft enuoye vnc douzaine que eux fix.
Finalement ils ont leurs rondelles, fai
tes du dos du cuir fcc amp;nbsp;cfpais de ceft a-. ^utit' nimal quâils nôment Tapirou/fau (duquel tugt;r/tc. l ay parlé ci defius;amp; de façon larges,ron des amp;nbsp;plates comme le fond dâvn tabou-nn d zVlemand. Vray eft que quand ils viennent aux mains, ils ne sâen couurent pas comme font les foldats de par deçà des leurs:mais elles leur feruet pour fou ftenir les coups de flefehes dcleurs ennemis. Câeft en fomme ce que nos Ameri-quains ont poiirlt;?outcs armes: car au demeurant tantsâén faut quâils fc couurent le corps de chofe quelle quelle foit, que au coMtrairc^Rbrsmisleurs bonnets,bra-
Ln Sâu-
celcts amp;nbsp;courte habillcmens de plumes dont ils fe parent) sâils auoyent fculemct vertu vncchcmife quand ils vontau com ^afitnuiit. bat, ertimans que cela les empefeheroit de febien manier,ils la dcfpouillcroyét.
Et afin que ie paracbeue ce que i ayà dire fur ce propos, fi nous leur baillions des cfpees trcnchantes(côt«me ic fis pi efen t
DE lâ A M E R I Cty E. 225 fent dâvnc des miennes à vn bó vieillard) ^^^^^ ,^. iettans incontinent quâils les auoyent'lt;â lt;?lt;« fr* les fourreaux , comme ils font aufsi les gaines Tes coufteaux quâon leur baille,/«poxrZ« ils prenoyent plus dcplaifir à les voir trelluire du commencement, ou d'encou-^â ' '' ^J^^^r per des braches de bois,quâils ne les cfti-moyent propres pour combatte . Et à la vente aufsi,félon ce que iâay dit quâils fa uent tant bien manier les leurs,elles font plus dangereufes.
Au furplus nous autres , ayans aufsi purtc par delà quelque nombre d barque butes de leger pris pour trafriquer auec euxdâen ay veu qui sâen fcauoyentfi bien jf,âuâ, aider, quâeftans trois à en tirer vne, lâvn ^â«'â¢Â«^iquot; la tenoit, 1 autre prenoit vilec, amp;nbsp;1 autre h^^^chuu. raettoit le feu: amp;nbsp;au refîe parce qu'ilsrJ/lt;'...«i/,i-chargeoyent le canon iüfquesau bout, nâeuft efté quâaulieu de poudre fine,nous leur baillions moitié dccharbon broyé/**â^/â'*'*^^^â ilcftcertain quâen danger de fe tuer, tout fuft creué entre leurs mains. A quoy il faut que iâadioufte quâencores que du cû-mencement quâils oyoyent les fons dc^â*2*â'«Sâ noitre Artillerie , amp;nbsp;les harquebuzades duf^n que nous tirions ils sâen eftonnaflent au-quot;''Æquot; 'â'⢠cunement ; mefmes que voyans louucntÃnaiintnt. en leur prefence aucuns d'entre nous ab-
i batre vn oifcau de dclfus vn arbre, ou 1 vne befte fauuage , fans quâils viftentla
22lt;gt; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
balle ils sâen csbahillcnt bien fort, tant y a neantmoins, quâayans cogneu lâartifice amp;nbsp;difan.s^comnie 11 cft vray;qu'aucc leurs arcs Hs auront pluftoft dela|ché cÿiq ou fix fie fell es qu'on nâaura charge amp;nbsp;tiré vu coup d harquebuze J ils commençoyent de sâafleurer à lâencontre. Q^c fi on dit la defius: voire mais lâharqucbuzc fait bien gt;i'h^ f),â,gt;^(^nt plus grande fauccc:ic refpond contre ce-fie obieâ:ion,qucquclques colcts de buffles , voire cotte de maille , ou autres ar-
Snwtagfs defifchanj
rÃdtment ienn arcs
mes (finon quâelles foyent à refpreuue) quâon puifle auoir, que nos Saunages forts amp;. robuftes quâils font,tircnt fi roi-dément quâils tranfperccront aufsi bien
le corps dâvn homme dâvn coupdeflef-che, quâvn autre fera dâvne harquebuza-dc. Mais parce quâileuftefteplus apropos de toucher ce point, quant cy apres ic parlcray dclcurs cóbats,afin de ne con fondre les matières plus auât ic vay mettre nos T'oKOMpinam^aou/rs en campagne pour marcher contre leurs ennemis.
Eftans doques, par Ic moyen que vous aucz cntendu,aflcmblczcn nombre quelques fois de huit ou dix mille hommes: ^4- 4^« ^ hiefmcs que beaucoup de femmes,non
J'-fquCs à ÿitel nombre s'ajfem blent les
amp; ^'Sur-
lt;!xly/furt pas pour combatre ains feulement pour fmmè, porteries lifts de couton , farines amp;au-f» «ââfrf. très viurcs , ic trouuet aucclcs hommes,
rmmif
après que les vieillards qui par Ic pâlie
ont
DE lâa M E R I Cty E. 2^7 ont le plus.tué amp;nbsp;mangé des ennemis} ont efté créez conducteurs par les autres) viftilanb tous remettent en chemin fous leur con- ^â3^^^quot;â' duide. Et quay quâils ne tiennent ni râg, ni ordre en marchant) fi eft-cc toutesfois que sâils vôt par terre) outre que les plus _____^
vaillans font toufiours la^ointC)amp;quâilsX*âââ' â¢*quot;* marchent tous ferrez ) encore eft-ce vnc ^*âf*Jquot; chofe incroyable devoirvne telle mul-ÆÂ«Â»gt; yrrfre titude laquelle ) fans Marcfchal de camp ^^^^quot;quot;^~ ni autre qui ordonne des logis pDur le e»»/«/«»». general) le fcait fi bien accomrnoder)que fans confufion vous les verrez toufiours prefts à marcher.
Au furplus tant au dcfloger de leurs pays quâau départir de chacun lieu ou ils feioument: ahn dâaduertir amp;nbsp;tenir les autres en ccruclle)il y en a toufiours quel ques vns qui auec des Cornets quâils nô-^ ment Inubia , de la grolîcur amp;nbsp;longueur iâ^l^i^ dâvue demie pique,mais par le bout dâem grg,.d, bas large d'enuiron demi pied comme vn «gt;-«ezj. Haubois)fonncnt au milieu des troupes: mefmes aucuns ont des Fifres amp;nbsp;fleutes Fifm ci» faites des os ) des bras amp;nbsp;des cuilTes dc-?'âquot;quot;^** ceux qui ont efte par eux mâgez, dcfqucl les pour sâinciter dâauâtage dâen faire autant à ceux contre lefquels ils marchent) ils ne cclfcnt de flageoler par les ehe mins. Q^e s ils fc mettront par eaufcom-1 me ils font fouuent) coftoyans toufiours
P a
| nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;zzS
wa s T O i R r.
Ja terre amp;nbsp;ne fe iettans gueres en mèrgt; iJ:S ^lt;^â^Æ^ ferengerótdans Jcurs Barques,quâils ap-jtfJret. pcJIcnt Y^4/, lefqucJJes faites chafcune C^rhjnf ^âviie feuJeefeorJe d'Arbre , quâilspeJJét du haut en bas,font ncantinoins fi grandes que quarante ou cinquante perfon-nes pcuuent tenir dans vue dâicelJes. Ain fi vogans tout debout à leur mode, avec
T«'M.3 v vn aliiron platpar les deux bouts, lequel iÃFlîcnncnt par Je miJieu , ces Barques (plates quâelles font) n'enfonfas pas dans '*/Ãâ * 6 U nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;eau plus auant que feroit vn__ais , fontL'tifi^
' fort aifccs a manier amp;nbsp;à conduire. Vray cftquâcllcs ne feauroyét endurer la mer vn peu haute amp;nbsp;efmeue, moins la tourmente,mais en temps calme vous en verrez des fois,quand nosSauuages vont en guerre pi® de 60.tout dâvne flote lefquel- ! les fe fiiyuas près à près vôt fi ville quâon les a incontinent perdues de veuc. Voila donc les armees terreftres amp;nbsp;NauaJesde nos ToMpinenquins iwx champs Si en mer.
Or allans ainfi oïdinaircmcntcercher leurs ennemis vingt amp;nbsp;cinq où trente lieues loin,quand ils approchent de leur pays,voici les premières rufes amp;nbsp;firata-Trmtr gemes de guerre dont ils vfcnt. Les plus Ær^ia^ifte^ habiles amp;nbsp;plus vaillâs , laiffanslcs autres fntfè'îr7' iiucc les femmes vne iournec ou deuxder ^mrri. ricre eux , approchas le plus fecrettemét quâils peuuét pour sâembm^uer dans les ~ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;bois
D E Lâa M E R I tJ^V E. 229 boisjd afFeóljon quâils ont Je furprendre leurs ennemis,ilsy demeurerôt ta^s tel»/â'/«.'^-Ic fois fera, plus de vingt quatre heures.'quot;''^â''/^ Tellement que fi les autres font prins au defpourueu,tout ce qui fera attrapé fort hommes , femmes ou enfans , non feulement fera emmené,mais aufsi quant ils fcr,ont:Je retour en leur pays, tuez , mis parpieees roftis, amp;nbsp;'Boucane'^- Et leur font telles furprifes tant plus aifees à fai ,j^ij^^ji_ te,qu'outre que les villages (car de villes i,\teft m ils nâen ont point) ne ferment pas, enco- 'ââ ÆÆquot;quot;â ââ les nâôt ils autre porte aux huys de leurs maifonsdongues cependant pour la pluf partje quatre vingt a cent pas amp;nbsp;percées ^ââ^^^^ en pluficurs cndroits)finô quelques brâ- dn^Ai. thés de Palmier où Jâvne grande herbedââ^quot; â¢quâils appellent PzjJo;. Bien clt vray ^uâalétqur Je quciques'villagcs frotiers ^'ii*s.egt; des ennemis,lesmieux aguerris y plantet ââ,.âquot;7 des paux de Palmier Je cinq ou fix pieds fââquot;fiâ^ dehaut:amp;encores,fur les aduenues des ehemins cn.tournoyât,dt?s cheuillcspoin^bv'r*r.' lues à fleur de terre ; tellement que fi les affaiHans penfent entrerde nuit t comme ceftleur couftume) ceux de dedans qui fa uent les deftroits où ils pciiuêt aller fans sâoft'cnfer,fortans, deflus cux,foit quâils Vcullent combatre ou fuir(parcc quâils fe piquent bien fort les pieds) il en JemeUK re ordinairement fur la place.
P S
250 histoire
Q^e sâil aduicntqucles ennemis foyét aducrcis les vns des auttes , les deux armées fe rencôtrans,on ne pourroit croire cobien le combat eft cruel ; dequoy a-yantefte' fepedateur ie puis parler à la vc litc.Car corne vn autre François amp;nbsp;moy au danger fi nous eufsions efte prins ii'^^rmau. q^ j^^j, fur Ic champ deftre mangez des {he f^uritx nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r /
jeeuiâ^K tJ^argatM,iulmcs vue rois par cunoute, ttu^oit accopagner nos Saunages, lors en nôbre » ^yjAM/dâcnuiron quatre mille bornes,en vne ef-carmouche qui fe fit fur le nuage de la mer, nous vifines ces Barbares c6battre de telle furie que ges forcenez amp;nbsp;hors du fens ne feauroyent pis faire.
Premicremet quad nosToMoupinab-iâ^^ uirô demi quart de lieue aperccurêt leurs fquot;' â^ ennemis ils fe prindrent à hurler de telle hurltmenj nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\ 1
apptree- raçon5quc no Iculcmct ceux qui vont a la «MbiZâ««« chafie aux loups par deçà fans côparaifon nemenet point tel bruit,maisaufsipour Ge/fee dr certain,lâait fedât de leurs cris amp;de leurs voix,quad il eufitonenous ne Iâciifsions ehagt;,tiâ,gt;,- pas entédu.Et au refteà mefure quâils ap-prochoyêt,rcdoublâsleurs cris, fônâsde leurs Cornets,eftendâs les bras,fe menaf , fans amp;nbsp;mofirans les vns aux autres,les os u^eieiô- des prifonnicrs qui auoyet elte mangez, Jtnti des voireles déts enfilées, dontaucûs aiioyét quot;quot;quot;i'C* plus de deux braffespedues à leur col,câe Aoit vn horreur de voir leurs côtenâces»
232
HISTOIRE
Mais au ioindrc,cc fut bié encore le pis; car fl toft quâils furent à deux cens pas près,en fc faluans à grands coups de flef-, chcs,vous en eufsicz veu vnc infinité durât cefte cfcaTmouche voler en lair auffi SdHu^d â^'^âcs qâc mouches. Que fi quelques vns tch^rint^ en eftoyent attaints gt;nbsp;comme furent plu-«gt; cemme fieufs, après quâauec vn mcrucillcux coU »»fwiW.â'3gc ils les auoyent arrachées de leurs corps, voire les rompans amp;nbsp;comme chiés enragez mordans les pieces à belles déts, ils ne laifloyétpas pour cela tous navreis de retourner au combat.Surquoy faut no ter que ces Ameriquains font fi acharnez en leurs guerres,que .tant quâils pour ront remuer brasamp; iambes fans reculer ni tourner le dos,ils combatront incef-famment.Finalemêt quand ils furet méfiez , ce fut auec leurs efpccs de bois à grands coups 8é a deux mains à fe charger de telle façon, que qui rcncôtroit fur la tefte de fon compagnô il ne lâcnuoyoit pas feulcméntpar terre,maislâaffommoit comme vn bÅuf.
le ne touche point icy sâils eftoyet blé où mal montez,car preffuppofant, parce que iâay dit cy defrus,que chaeû fe relfou-uiendra quâils n'ont chenaux ni autres montures â n leur pays, tous cfioycntamp; Vont toufiours à beaux pieds fans lance. Partit côbicn quâeftat par delà iâaye fou-uent
DE Lâ A M E R I QV E. 2^?
uctaclirc lt;}ue nos Saunages viflet des ehe nnttt^ni «aux,fi eft-ce que lors plus quâauparauà t'fquot;'^^?^ ie fouhaitois dâen auoir vn bô entre mes «xrejitdet iâbes.Et de fait ie croy que sâils voyoyét vn de nos (jêdai mes bien monté amp;nbsp;armé auec la piftolc au poing faifant bondir èCt'iâfjn-^fe paffader fon chenal, quâen voyantTortir le feu d'vn cofté amp;nbsp;la furie de lâhomme amp;nbsp;du chcual de lâautre,de prime faCe ils pé-(eroyenc que ce fut ^y^nan,cc{[ à dire le diable en leur langage. Toutefois qucl.-quâvn a eferit vncchofc notable à ce pro-postcar combien quâA ttabalipa ce grand j^jn gç^ Roy du Peru,qui de noftre aage fut fub- des Ind. iugué parPi2arrc,n'eut iamais veu de che 1111.4 ch. uaux,tanty a quoy quâvn Capitaine El-â*3* pagnol allant contrcluy, par gcntilcfic amp;nbsp;pour donner esbahiflement aux indiens, fittoufiours voltiger le fien iufques à ccgt;'quot;âX.M.'*, quâil.fut près la perfonne dâAttabalipa,'âquot;yr*'*!^' il fut fi aficuré quâencorcs qu'il fautaft vn peu dâefeume du cheual fur fon vifage il ne fit figne aucun de changemet : mais fit commandement de tuer ceux qui sâen c-ftoyent fuis dedeuant le cheual: chofe (dit Thiftorien qui fit eftonner les ficnsamp; cfmerueiller les noftres. Ainfi pour ic-tourner à mon pi opos, fi vous demandez maintenant,amp; toy amp;nbsp;toncompagnon que faificz vous duranteefte cfcarmouche,ne combaticz vous pas auec les Saunages?
254 histoire
ie rcfpond , pour nâen rien defguifer, quâen nous contentans dâauoir fait cede premiere folie de nous eftre ainfi ha-2arde2 auec fcs Barbares , que nous tc-nans à lâarriére garde nous allions feulement Jepafletemps de inger des coups. Surquoy cependant ic diray quâencorcs que iayc fouuentesfois vcu des armées amp;nbsp;de la gendarmerie tant de pied que de chcual en ces pays par deçà , que neantmoins ic nâay iamais eu tant de contentement en mon cfprit devoirlcs compagnies de gens de pied auec leurs morrions dorez amp;nbsp;armes luifantcs , que iâeu lors dcplaifirdc voir combatte ces Saunages . Car outre le pafle-temps quâil y auoit de les voir fauter fifflcramp; le manier fi dcxtrcinêtamp; diligement,encores faifoit il mcrueillcufemct bô voir, non feulement tant de flefebes auec leurs
grands empennons de plumes rouges flêpâe^ei nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ autres, voler
Sauua^ei cnrairparmi les rayons du Soleil quilcs ^^urn^â^' fiifoit cflinccllerimais aufsi tant de tobbes , bonnets , bracelets amp;nbsp;autres bagages faits aufsi de ces plumes de couleurs naifues dont les Saunages eftoyent venus.
Or en fin apres que cefte efearmou-cheent duré enuiron trois heures , amp;nbsp;que dâvue part amp;nbsp;dâautre il y en eut beau-
D F. lâa MERI QV E. 255 beaucoup de blcffcz» voire aucuns demeurez lur la place, nos Tououptnam'' hould, ayans prins plus de trente Mar-^amshommes amp;nbsp;femmes prifonniers eurent la vidoire . Partant encores que nous deux François nâeufsions fait autre chofe finon tenans nos cfpccs nues en la main amp;nbsp;tirans quelques coups de piftolles en l'air, donner courage à nos ^ens,fi cft-cc toutesfois,nelcur pouuans hire plus grand plaifir que dâaller à la guerre auec eux , quâils ne laifloyent detellcmcnt nous cftimcr pour cela que du depuis les vieillards des villages ou nous fréquentions nous en ont touftours aimez dauantagc.
Les prifonniers doneques mis au milieu amp;nbsp;près de ceux qui les auoycnt prins,, voire aucuns hommes des plus forts pour sâen mieux aifeurer liez amp;nbsp;gar rotez , nous nous en retournafmes con-trc noftre riuiere de Genevre 5 aux cnui- ma, tons de laquelle habitoyent nos Saunages. Mais encores , parce que nous en pouuiôs eftre à douze ou quinze lieues, ne demandez pas fi en palfant par les villages de nos alliez , venans au dcuantde^p^/.lt;uAy nous,dâfans amp;nbsp;fautas,auec elaquemés dp/â¢quot; â'** mains,amp;autres aplaudiuemens ils nous careflbyét.Pour côclufion deques quand nous fufmes arriuez à rédroit de noftre
25lt;? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HI STOIRE
Ifle mon compagnon amp;nbsp;moy nous fifmei paffer dans vne Barq.ue en noffre Fort, amp;nbsp;les Saunages sâen allèrent en terre ferme, chacun en fon viUaee.
Cependant quelques jours apres que aucuns de nos 'ToMupiKami^aott/ts,qui a-uoycnt de ces prifonniers en leurs mai-fons nous vindrent voir en noftre Iflc, , . priez quâils furent par Villeéaenon,amp; fo ^4,â^ licitcz par Jes 1 ruchemens que nous a-ftritieri nions, de nous en vendre, il y en eut vne partie recouffe par nous dâentre leurs mains . l outesfois ainfi que ie cognu en achetant vne femme 8f vn lien petit garçon qui nâauoitpas deux ans, Icfqucls me coufterent pourenuiron trois francs de marchandife, c'eftoit affez maugré eux: car difoit ccluy qui les me vendait. le ne fcay d'orefenauant que sâen fera,car def-puis que T^at-colof (entendant Vilkga-gnon ) eft venu par deçà , nous ne mangeons pas la moitie'dc nos ennemis. le pcnfois bien garder le petit garçon pour moy , mais outre que Villcgagnon en me faifant rendre ma marchandife , voulut tout auoir pour luy,encores y auoit-il ce laquequâdiedifois à lamerc quclors que ie repafferois la mer, ie le ramenerois par deçà : c'Ic rcfpondoit (. tant cefte nation a la vengeance enracinée en fon cÅur) qu'à caufc de refpennee quâelle auoit
DE lâa M E R I QJZ f. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;237 auoit quâeftant deuenu grand il pourvoit efckapcr Sc fe retirer auec les Aiar^atM pour les vender , qu'elle euft mieux aimé quâil euft efte mangé par les 'Tououpinam-hmiultî, c]nc de lâelloigner filoin dâelle. Neantmoms ( comme iâay dit ci deuant) enuiron quatre mois après que nous fuÃnies arriuez en ce pays là , dâentre quarante ou cinquante eiclaucs quitrauaiU loyent en noftre Fort ( que nous auións aufsi achetez, des Saunages nos alliez ) nous choififmes dix ieunes garçons, lef-quels dans les Nauircs qui reuindrent, nous enuoyafmes en Frâce au Roy Henri fécond lors régnant.
CHAP. XV.
CoTnrnent les ^meri^uains traitent leurs ftifenniers prins en guerre, amp;nbsp;les ceremonies qu'lis ob/êruent tant a les tuer ^u'à les ma^er.
L refte maintenant de fça-noir commet les prifonniers prins en guerre font traitez au pais de leurs ennemis.Incontinent doncques quâils font arriuez,non feulcmét ils font nour- Tnitmit
ris des meilleures viandes quâon peut *'?â/â¢.»-trouuer, mais aufsi on baille des femmes â^^^ffquot; aux hommes ( amp;nbsp;non des maris aux fern-
138 . HISTOIRE
mes , mefmes celuy qui aura vn prifon* mer ne faifant point dedifiiculté deluy bailler fa fille ou fa feur en mariage, cel-« le quâil retiendra le traitera amp;luyadmi-mftrera tout ce qui luy fera neceflaire. Bref, combien que fans aucun terme pre
ou bons chafleurs, ou bons pefeheursj amp;nbsp;les femmes propres à faire les lardinsou à aller quérir des Huitres, ils les gardent plus ou moins de temps , tant y a quefi-nalcmént après les auoir engraiflez corn me pourceaux en lâauge, auec les ceremo nies fuyuâtes ils font alTômcz amp;mange2» Premièrement apres que tous les villa ^fimUe, gesdâalentour deceluy OU fcraleprifon furitm^ nier auront efté aduertis du iour delâexc frifinoür. cution,hómes,fémcs amp;i: cnfans y eftis ar-riuez de toutes par$,câcftà dâfer,boireamp; Cavuiner toute la matinée . Mefmes ccluy
Priflt;,n»i,r Hâ* nâignore pas ô telle afsêblce fe faifât ^Ffrechant à fon occafion,il doit eftre dis peu d'heu mi^r^fiM ^^ aflommé,emplumafle quâil fera,tâts'cn itjitux. faut quâil en foit contrifté,quâau côtraire fautât amp;buuât il fera des plus ioyeux.Or cependant après quâaucc les autres il au-J-fiA-^af 1'^ ainfij^blc Si chanté 6.ou 7.heures du-'' rant:deux ou trois des plus eftimez delà troupe lâempoignans amp;nbsp;le lians par lemi ' lieu du corps auec des cordes de cotô,ou autres faites de lâefcorcc dâvn arbre que
ils
DE lâa M E R I QJ E. 12
ils appellent Yuire laquelle eft Corne Celle (lui 11 de par deçà ) fans quâil face aucune refiftâcc, comblé quâon luy laide les deux p^n^^.^^ bras à deliurc) il fera ainfi quelque peu z,Ȏr ;.our dç temps pourmenc en trophée parmi le quot;*quot;â quot;* village-Mais péfez vousquâencorcs pour â ttla( ainfi que feroyent les criminels par deçà ) il en baiffe la tefte ? rien moins: car aucotraire auec vnc audace amp;nbsp;adeurance mcroyablcjfe vantant de fes prouedesdu Paflé, il dira à ceux qui le tiennét lie: iâay , â Woy melme, vaillant que le luis, premie- t^jaUed» renient lié amp;nbsp;garroté vos parens: puis en sâexaltant touftours de plus en plus,auec ''^*'« vnecontenâce de mefmc, fe tournant de eofté amp;nbsp;dâautre il dira à rvn:iâay mâgé de rópere: à lâautre iâay alTommé amp;nbsp;'Boucané res freres:bref,dira-il, iâay en general tât r^angé dâhommes amp;nbsp;de femmes,voire des enfans,de vous autres 'Touaupinambaoulft SUe iâay prins en guerre que ie nâen fay le nombre: amp;nbsp;au refte ne doutez pas que les ^ar^aiat de la nation dont ie fuis pour Venger ma mort nâen mangét encores cy après autant quâils en pourront attra-Pâ: nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
Finalcmct apres quâil aura eftéainfi ex pofé à la veue dâvn chaeû, les deux Sauna ges qui le tiénet lié sâefloignâtdc luy lâvn adextre amp;nbsp;lâautrcà feneftre dâeuirô trois brades,tenâs neâtmoinsvn chaeû le bouc
240 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
de fa corde qui eftdemefmc longueur, tirent lors fi fermemét que le prifonnicr faifi côme i'ay dit,par le milieu du corps, eftant arrefte tout court, nepeut aller ni â^'t^'t ^t nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â^^ cofte ni d autre.La deilus on lu/
Ttort.ft apporte des pierres amp;nbsp;des teftz de vieux t/igf duSt pots caflez , ou de tous les deux enfem-jweMourir nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;deux tenans les cordes,de
peur d eftre bleflez, sâeftans couuerts cha cund vnc de ces rondelles de lapcaudu Tapirou^ou dont l'ay parle ailleurs, luy di fent : venge toy allant que mourir: tellement que lettant amp;nbsp;ruant fort amp;nbsp;ferme contre ceux qui font aflemblez alentour de luy , quelqucsfois en nombre de trois ou quatre mille perfonnes, ne demandez pas sâil y en a de marquez : amp;nbsp;de fait ic vi vn iour en vn village nomme Sartgoy^ vn prifonnier qui de celle façon donna fi grand coup de pierre contre la iambe dâv ne femme que ic pcnfois quâil luy euft rà pue. Or les pierres, amp;nbsp;tout ce quâen fe bailfantila peu ramalfcr auprès de foy, iufques aux mottes de terre efians faillies , ccluy qui doit faire le coup ne sâe-ftant point monftré tout ce iour là , ferrant dâvnc maifon aucc vne de ces grandes cfpces de bois au poing, richement decorcc,dt beaux amp;nbsp;exccllens plumages, comme aufsi luy en a vn bonnet, amp;nbsp;autres parcmeus fur fon corps,s'approchât lors
DE lâaMERIQJE- 241
lors du prifonnier il luy vfc ordinaire-^,^^^^^ ment de telles paroles . Nes tu pas de la duumjf^-mtion nommee ijlfar^aias qui nous fft ^quot;'â,^quot;â'J ennemie ? amp;. n as tu pas toy mefnie tue amp;nbsp;^ââ¢ud^it mâgé de nos paï ens amp;nbsp;arriis?Luy plus aÃ-'ââ ^quot;â^quot;âquot; feuré que iamais refpond en fon langage {celles iJ4^(trgaias amp;c les Tonpinem^utus sâentendent) Pa, ehe fan te!n,Megt;(ca atottpa~ ue : c ell; à dire ouy ie fuis tresfort amp;nbsp;en ay voirement tué plufieurs.Puis auec ex-â¬iamatióamp; pour faire plus de defpit à fes ennemis mettâtfes mains furfa tefte ilsâef crie: ô que ie ne m'y fuis pas fcint:o corn bien iâay cfté hardy à affaillir amp;nbsp;à prendre de vos gens, dequoy iâay tant amp;nbsp;tant de fois mangé,amp; autres propos femblables quâil adioufte. Pour cefte caufe aufsi,luy dira lâautre,nous te tenans maintenanten noftre puiffance tu feras prefentemens tué par moy,puis mangé de tous nous au très.Et bien refpond il encorc(aufsi refo Kâfâfquot;'»* lu dâeftre affommé pour fa nation que Re^quot;âquot;^'â gulus fut confiât à endurer la mort pourgt;â '* fa république Romaine) mes parens me''M'iemtnt.' vengeront aufsi.Surquoy pour monftrer '* â'â¢'ââ^'â quâcncorcs queces nationsbarbares crai gnent fort la mort naturelle , néant-moins tels prifonniers sâeftimans heureux de mourir ainfi publiquement au ' milieu dcleurs ennemis ne s'en foucient nullcmêt, iâalcgucray ceft exemple. Mâc-
I^l nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
ftantvn iour trouuc inopinément en va village de Ja grande Ide nommé Tiraui-tou où il y auoit vne femme prifonnicrc toute pieftcd eftre tuee,en mâapprochât Evm!'it d'elle ôlt;.pour mâaccômoder à fon langage â'onepii luy difant quâelle fe recommâdaft à T ou-fimaert p^â r^^^ ^^gypan cnti c CHU HC Vcut pas di-weJprtjMnt f nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, ti i ⢠il
M mort. rcDieibains le tonerre) amp;qu elle le priait
ainfi que ie luy cnfeignerois.- pour toute rcfponcdwcJiajnt la tefte amp;nbsp;le moquant de moy me dit: queme bailleras-tu amp;nbsp;le fcray ainfi quetu dis? Aquoy luy répliquant: pourc mifcrable il ne te faudra tantoft plus rien en ce monde, amp;nbsp;partant puis que tu crois Fame immortelle (ce quâeux tous comme icdiray au chapitre fuyuant confclfentipenfe que câeft quâelle dcuicndra apres ta mort: mais vile sâen riant derechef mourut amp;nbsp;fut af-fommec de ceftc façon.
Ainfi , pour continuer ce propos, après ces tonteftations, amp;lc plus fou-uent parlans encores Fvn à lâautre, ce-luy qui cft la tout preft pour faire ce maf nmwiir.- facrc,lcuant fa malluc de bois à deux ' mains, donne du rondeau qui cft an bout de fl grande force fur la tefte du pourc â .. prifonnier, que toutainfi que les bou-lut par chers allomm mt les bÅufs par deçà i en ay veu du premier coup tomber tout ^ÃlntnjedH «f nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t _
fremier roidc mort, lans remuer puis après ne bras
DE lâ A M E R I QJ E. 243 bras ne ïambe . Vray eft quâeftant eften-du par terre à caufe des nerfs amp;nbsp;du fang qui fc retire on les voit vn peu £ormil~lytn Ier amp;nbsp;trembler: maisneantmoins ceur qui font lâexécution happent ordinairement fi droit fur le teef de la tefte ,^*'»*i ^'*-* votre fauent fl bien choifir derrière rcille, que ( fans quâil en forte guercs de fang^ pour leur öfter la vie ils n'y retournent pas deux fois. Aiifsi eft-ce. la façon de parler de ce pays là , laquelle ^^''^quot;'^Ã^ nos François auoyent dcfia en la bouche, 'Barbartr quâau lieu que les foldats amp;nbsp;autres en â*quot; i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;trxnctii
querellant pardeça dnent maintenant lâvn à lâautre ic tccreuerray, de dire à /'«y/' celuy auquel on en veut ic te cafteray la tefte.
Or fi toft que le prifonnier aura cfté ainfi tue, s'il anoit vnc femme, (comme iâaydit quâon en donne à quelques vns ) elle fc mettra auprès du corps mort amp;fcra quelque petit dueil: ic di nommément petit dueil,carfuyuanc vrayement ce quâon dit que fait le Cro-â¢Â®â''^/â'quot; codille : aftauotr quâayant tué vn hom-y,ââ¢, du me il pleure auprès auant que de let''fâââquot;ââ'-manger, aufsi après que cefte femme aura fait quelques tels quels regrets, amp;nbsp;ictté quelques fcniteslarmcs fur fonmari mort, fl elle peut ce fera la premiere qui en mangera.
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:44 histoire
Cela faitJes autres femmes,amp;principale-Ctrpimirt ment les vieillcs(lcf(juelJes plus conuoi-ntr'rphw â^cufes demâger delà chair humaine que Jé cammelcs icunes, feruent de folicitcurs enuers â ^-''â^quot;ââquot;=quot; jm,, ceux qui ont des prifonniers pour les faireviftemet dcfpefcher)fe prefentas aucc de lâeau chaude,quâelles ont toute prefte,frottent amp;nbsp;efehaudent de telle façon le corps mort, quâen ayât leuéla pre , miere peau elles le font aufsi blanc que ^ les cuifinicrs par deçà font vn couchon de laift preft à roftir.
Apres cela celuy duquel il cftoit pri-fonnier auec dâautrcs,tels,amp; autant quâil ctrpt du jyy plaira, prcnans ce poure corps le fen fnftnirr nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
roudaint. dront amp;nbsp;mettront 11 loudainemet en pie-mmpar ces,quâil nây a boucher en ce pays icy qui ^â^â puiHc pluftoft defmtmbrer vn Mouton.
Mais outre cclatcruautc plus queprodigi ciife ) tout ainfi que les Veneurs par deçà apres quâils ont pris vn Cerf en baillet la â'gt;(gt;gt;-f^ curée aux chiés courâs,aufsicesBarbares afin dâinciter amp;nbsp;acharner dauantage leurs r»p»lt;/4«cnfans,lcs prcnans lâvn apres lâautre leur 'r^^âd»'° frotent le corps , bras , cuilfcs flambes /a«! df, Ju fang de leurs ennemis.Aurefte depuis qQC les Chreftiens ont fréquente ce pays là ,lcs Saunages découpent tant les corps de leurs prifonniers que les Animaux amp;nbsp;autres viandes aucc les coufteaux amp;nbsp;fer-remens quâon leur baille : Mais aupara-
uant
DE LâAMERICtVE. 245 liant,comme iâay entendu des vieillards, 'pù^rtif» ils nâauoyent autre moyen de ce faire,fi- lt;^«â1â«^ nonaueedes pierres tranchantes qu ils accommodoyent à ceft vfage. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quaint.
Or toutes les pieces du corps,mefmes les trippes apres eftre bien nettoyées, chair du font incontinent mifes fur le Boucan-auprès duquel , pendant que le toutc4gt;z. cuit ainfi à leur mode, les vieilles fem-incstlefqucllcs comme iâay dit appetans mcrucilleufcmcnt de manger de la chair humaine) eftans toutes aflcmblcrs pour recueillir la graifle qui defgoute le long des baftons de cefte haute grille de bois, exhortans les hommes quâils facent en forte quâelles aycnt toufiours de telle viande, en lefehans leurs doigts difcnt Yguatou. câeft à dire ileft bon.Voila don- vitiänlef' ques,ainfi que iâay veu, comment les Sau ^*^,^/^â. uages Ameriquains font cuire la chair maint. de leurs prifonniers prins en guerre:alfa uoir Boucaner.
Parquoy,dâautât que bien au log ci def fus au chap, des Animaux,parlant du Ta pag, i^j. piroujfou iâay mefinc déclaré la façon du Boucan , pour obuicr aux redites, priant les lefteurs afin de fe le mieux repreféter dây auoir recours,ie refuteray icilâcrrcur de ceux qui ^ côme on peut voir en leurs Cartes vniuerfelles,nousont nôfeulemét marqué amp;nbsp;pcintles Saunages delaterredu
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24lt;gt; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
fmur« BrefiI,qui font ceux dont ie parle à pre-('aiittmi fent, roftiflans la chair des hommes em-s^HuJ^N hrochee comme nous faifons les mem-rlt;,ff,r U hrcs de moutons amp;nbsp;autres viandes, mais »mm/^m aufsi ont feint quâaucc de grands Cou-gt;«»«lt;«/gt;. perets de fer ils les coupoyent fur des vmbXj. ^ncs , amp;nbsp;en pendoyent amp;nbsp;mettoycntles pieces en inonftre , comme font par deçà les Bouchers la chair de beuf. Tellement queceschofes nâeftans nonplus vrayes que le conte de Rabelais touchant fon Panurge qui efehapa delà broche tout lardé amp;nbsp;à demi cuit, il eft aifé à voir par lâignorance de ceux-quifont telles Cartes, quâils nâont iamais eu cognoillance des chofes quâils mettent en auant. Pour confirmation dequoy iâadioufteray, que outre la façon que iâayditque les Brefi-licns ont de cuire la chair de leurs prifon niers,encores quand iâeftois en leurpays ignoroyent-ils tellement noftre façon de roftir,que comme vn iour quelques mies compagnons amp;nbsp;moy en vn village fai-fions tourner dans vne broche de bois v-
ne Poule dâInde, auec dâautres volailles: â¢â-4^« eux fc rians amp;nbsp;moquans de nous ne vou-^^»o/'rre nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;13111 II S c FOI fc 5 ItâS voy ans remuer
ainfi inceflamment,quâelles puilTcntcui-re,iufqucs à ce que lâexpérience leurmo lira du contraire.
Reprenant donc mon propos , quand la chair
DE lâaMERIQVE. 247.
la chair dâvn prifonnier , ou depluficurs (car ils en tuent quelques fois deux ou trois en vn iourjeft ainli cuite , tous ceux qui ont afsifté à voir faire le maflaci e,sâc-ftans derechefrefiouys à lâentour dcs^oM w»j,quelque grand qu cn foitlc nombre, s'il eft pofsible chacun en aura fon mor- Ciâ'i-^»fâgt;' ceau. Et de fait, horsmis ce que iâay dit ^âf ^.r-particulicremcnt des vieilles femmes, cô c«â ''â bien que tous confefTcnr que cefte chair humaine foitmerucillcufement bonne amp;nbsp;delicate,tant y a ncantmoins, quâexcepté la ceruellc, amp;nbsp;plus par vengeance que pour le gouft amp;la nourriture , ils mangent enticremct tout ce qui fc peut trou-Uer depuis les extremitez des orteils,iuf-ques aux nez,oreilles amp;nbsp;fommet de la telle. Et au furplus nos 'T oit-oup!nambaou!ti '^â]^â^°â referuans les tc^^ par môccaux en leurs iifs fhfm villages, comme on voit par deçà les te- ^ââ^ lies de morts es cimetières , la première «t^ chofequâils font quand IcsFiançôis IcsA'X^^rt-y vont voir, câeft en récitant leurs vaiHan-^d..*«.^, ces, amp;nbsp;en leur monftrant par trophée ces tcftz ainfi dcfcharncz,dirc quâils feront de mefme à tous leurs ennemis. Semblablement ils ferrent fort foigneufement tant les plus gros os des cuiflâcs amp;nbsp;des bras, pour (comme iâay dit au chapitre precedent^faire des fleutes, quR les dents lefquelles ils arrachent amp;nbsp;enfilent en fa-
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248 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
çon dcpatcnoftic les portans rourtillces à lâentour de leur col. De mefme I hi-ftorien des IndeS) parlât de ceux de Fille H '^gen â^f'^â»^'ï»dit quâeux attachans auxpoitcs des Ind. de leurs maifons les teftes de ceux quâils lin.*, tuent amp;nbsp;facrifient , en portent aufsi les 7'â dents pendues au col brauades.
pour plus grandes
Quant à celuy ou ceux qui ont commis ces meurtres,reputans cela à grand gloi-. re,de's le mefme iour quâils auront fait le majTorrtur coup,fe rctirans a part ils le reront non tiofé 0- feulement incifer iufques au fang,la poi-^tine,les bras,les cuifles,legras dc.s iam flt;^ bes,amp;autres parties du corps; mais auf-f afin que cela paroiHc toute leur vie ils frottât ces taillades de certaines mixtios amp;nbsp;poudre noire qui ne fepeut lamais effacer: tellement que tant plus quâils font ainfi déchiquetez,tant plus cognoift on quâils ont beaucoup tué de prifon-niersrSe par confequêt' font eftimez plus vaillans par les autres. Ce que pour sâous mieux faire entendre,cncores que ci def-fus au chapitre delà guerre iâayeiamis cefte figure du Saunage déchiqueté, it vous le reprefente icy derechef.
250 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
Pour la fin de cefte tant eftrangc Trage, die,sâil aduient que les femmes quâon a-' uoit baillées aux prifonniers demeu-â rent grofles dâeux,les Sauuages qui ont; tue les peres alleguans que tels enfans' â font prouenus de la femence de leurs en-' ^ n^mpa- nemis (choie horrible a ouyr , amp;nbsp;encores rtii t tr» plus à voir) mangeront les vns inconti-net après quâils feront naiz, ou félon que bô leur fcmblera auant que d en venir là Icslailfcront deuenir vn peu grandets.Et non feulement ces Barbares fcdclcdent, plus qu en toute autre chofe, d exterminer ainfi autant quâil leur cft pofsible la race de ceux contre lefqucls ils ont gucr-rc^ca.r les zÃ'far^atas (ont le mefme traitement aux Touaupin^imboultjquandils les tiennent) mais aufsi ils prennent vn fin-gulicr plaifir de voir les eftrangers qui leur font alliez faire le fcmblable. Tellement que quand ils nous prefentoyent de cefte chair humaine de leurs prifon-niers pour manger, amp;nbsp;que nous en fai-fions refus ( ainfi que moy amp;nbsp;beaucoup dâautres des noftres ne nou| cftans point Dieu merci tant oubliez auons touftours ^â^^'ib fuit) il leur fembloit par cMa que nousne ^âma » leurs fufsions point allez loyaux. Sur-ââââjâ'^- âî'^oy à mon grand regret iefuis côtraint ,j,âjlt, de reciter,que quelques Truchemens de Normandie, qui auoyent demeure long
temp»
DE LAMERIQJ/E. 251 temps en ce pays là , pour sâaccommoder a eux menans vne vie dâAtheiftes , nefe polluoyentpas feulement en toutes fortes depaillardifcs amp;nbsp;vilenies parmylcs femmes amp;nbsp;les Elles,dont vn entre autres de mon temps auoit vn garçon aage dâen uiron trois ans,m ais aufsi furpaflant les Saunages en inhumanité, iâen ay ouy qui fevantoyent dâauoir tue amp;nbsp;mangé des prifonniers.
Ainfi continuant à deferire la cruauté denos Toueuptnamboulfs cnuersleurs cn-nemis:aduint pendant que nouseftions par delà ,quâeux sâeftans aduifez quâil y a uoitvn villagecn la grande Ifle , dót i ay parlé cy dcuat,lequel eftoit habité de eer tains tj^far^aiaj leurs ennemis qui neat-moms sâeftoyent rédus à eux dés que leur guerre côméça: aflauoirily auoit enuirô vingt ans: combien di-ie que depuis ce temps-là ils les euffent toufiours Jaiflez viureenpaix parmi eux, tant y a quâvn iouren beuuant amp;nbsp;Caouinanty sâaccoura-geans lâvn lâautre amp;nbsp;allcguans,côme iâay tantoftdtt, que câeftoyent gens ilTus de leurs ennemis mortels ils delibererét de ceftiatic» tout faccager. Et de fait sâeftans mis vne lt;lt;quot;v» 'v,iit nuit à la pratique de leurs refolutions, ^','^*/''^' prenans fes pourcs gens au defpourueu, Teuti i,, ils en firet vn tel carnage amp;nbsp;vne telle bou chérie que câeftoit vnepitié nôparcille de
25Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
ouir crier. Pluficurs de nos François en cftans aduertis , enuiron minuit partiret bien armez amp;nbsp;sâen allcrct dà s vue Barque en grande diligence contre ce village qui nâeftoitquâà quatre ou cinq lieues deno-ftre Fort. Mais auant quâils y fuflent arri-uez , nos Saunages enragez amp;nbsp;acharnez quâils eftoyét apres la proye,ayans mis le feu aux maifons pour faire fortir les per fonncs,ils en auoyctia tant tuez qiiecâe-ftoit prefqucsfait.Mcfmes iâouy affermer à quclqucs vns des noftres eftâs de retour» que non feulemct ils auoycnt veus en pie ces amp;nbsp;en carbônades pluiieurs homes amp;nbsp;ixtrtme ^â^'^^^^^ ^â^ icsBoftcans,m2is aufsi que les cruxuti. petits enftns à la mâmclley furent roftis tous entiers.Il y en eut ncantmoins quel que petit nôbre des grands qui sâeftas ict tezen mer,amp;âcn faneur des tcncbresdcla nuit fautiez à nage, fc vindrét redre à no* cnnoftre Ifleidôt cependât nos Saunages quelques iours après eftâs aduertis,gro-^ r« » Æ i â¢Â»lt;. ^jJ entre leurs dens de ce que nous les re tenions nâen eftoyét gucres contés.Tou-' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tesfois apres quâils furent appaifezpar
quelques marchâdifes quâon leur donna, moitié de force amp;nbsp;moitié de gré, ils les i laifTcrcnt nour efclaues à Villcgagnon.
'Vneaurresfois que quatreou cinq Fra çois amp;nbsp;moy eftiSs en vn village delà mef me gr.ande Iflc nommé T^iratti-hu ou il y auoit
DE lâa M E R I Q_V E. 255 auoit vn prifonnicr beau amp;nbsp;puiHanticu-ne homme , enferré de quelques fers que nos Saunages auoyét recouurez des Chre ftieiis, sâaccoftant de nous, il nous dit en langage Portugalois ( car deux de noftre Morg^ compagnie parlans bon Efpagnol Tenté- t^^J'^^^ dirent bien ) quâil auoit efté en Portugal: pnfiMiir quâil cftoit chreftiane : auoit efté baptize Kie nommait Antoni.Partant quoy quâil /Mutr. ^^iMargaia de nation , ayant toutesfois par cefte fréquentation en autre pays aucunement defpouillé fa barbarie , il nous fit entendre quâil euft bié voulu eftre dc-liuré dâentre les mains de fes ennemis.
Parquoy, outre noftre deuoir dâen retirer autant que nous pouuions, ayans par ces mots de Creftianeamp;dâAntoni efté plus efmeus de compafsion en fon endroit , Tvn de ceux de noftre compagnie qui entédoit TEfpagnol, ferrurier de fon^.t^-r eftat, luy dit quâil luy apportcroit dés le lêdemain vnc linic pour limer fes fcrs:amp;:/â~â )â¢' partant quâincontinent quâil feroità deli ure(nâcftât point autremét tenu de court) pendât que nous amuferions les autres de paroles il sâallaft cacher fur le riuage de la mer dans certains bofeages que nous luymóftrafmes:efquels en nousen retour nâs nous ne faudriôs point de lâaller quérir dâs noftre Barquc:mcfmes luy difrnes que fi nous le pouuions tenir en noftre
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j54 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HIST OIR K
Fort, nous acorderions bien auecceux dcfqucls il cftoit prifonnier. Lepauure homme bien aife du moyen que nous Juy prefentions, en nous remerciant, promit quâil feroit tout ainfi que nous luy auiôs confcillé. Mais quoy que la canaille Je Sauuages nâeuft point entendu ce colloque,le doutas bien ncarttmoins que nous leur voulions cnlcuer dâentre les mains, dés le mefme iour que nous fufmes for-tis de leur village , eux ayans feulement en diligence appelé leurs plus prochains voifins pour eftre fpedateurs de la mort de leur prifonnier , il fut incontinent af-fommé. Tellement que dés le lendemain quâaucc la limc,fcignâs dâaller quérir des farines amp;nbsp;autres viures , nous fufmes retournez en ce village : comme nous demandions aux Sauuages du lieu ou cftoit le prifonnier que nous allions vcu le iour precedent, quelques vns nous menèrent en vnc maifon ou nous vifmes le panure Antoni par pieces fur le 'Boucan: mefmes parce quâils cogneurent bien quâils nous auoyent trompez, en nous monftrantla tefte ils en firent vnc grande rifec.
Semblablement nos Sauuages ayans ^^ *o^*â fuvpris deux Portugalois dans flt;gt;-in,amp;- vnc petite maifonnette de terre, ou ils Z^sL^r^ftoyent dans les bois près leur Fortap-amp;quot;⢠pelé Morpion , quoy quâils fc defendif-fent
DE lâa M F. R I QJZ E. 253 fent vaillammét depuis le matin iufques «u ioir, mefmts qu aptes que leur munition d harquebuzes amp;nbsp;traits dâarbalcftcs fuient taillis , ils fortiffent aucc chacun Vne efpce à deux mains, dequoy ils firent vn tel efchcc fur les afiailians que beaucoup furent tuez amp;nbsp;autres blcflcz, tant y ancantmoins, s opiniaftians de plus en plusauec rcfolution de fie faire pluftoft tous hacher en pieces que de fie retirer fans vaincre,quâen fin ils prindrét amp;nbsp;cm-menerét prifonmers les deux Portugais: delà defpouillc dcfqucls vn Saunage me vendit quelques habits de buffies : comme aufsi vnde nos Truchemens eutvn plat dâargent, quâils auoyent pillé auec dautres chofes dans la maifon qui fut forcée, lequel, eux ignoransla valeur,ne luycoufta que deux couftcaux.Ainfi eftâs de retour en leurs villages apres que par ignominie ils eurent arrache la barbe à ces deux Portugais ils les firent non feulement mourir cruellement, mais aufsi parce que les panures gens ainfi affligez, fentans la douleur sâen plaignoyent, les Saunages fie moquas dâeux leur difoycnt. Et cornent? fera-il ainfi que vous-vous foyez fi brauement défendus amp;nbsp;que main tenant quâil falloît mourir auec honneur vous monftriez que vous nâauez pas tant de courage que desfemmes ? amp;nbsp;de celle
25^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HIS TOIRE
façon furent tuez amp;nbsp;magez à leur mode.
le pourrois encores amener quelques autres fcmblablcs exemples touchant la cruauté des Saunages enuers leurs ennemis , n eftoit quâil me femble que ce que i cn ay dit eft affez pour faire auoir horreur amp;nbsp;dreffer les cheueux en la tefteà vn chaeû. Neâtmoins afin que ceux qui lirôt . ces chofes tant horribles exercecs iour-neUement entre les nations Barbares de la terre du Brcfil,pcnfe,nt aufsi vn peu de â¢près à ce qui fc fait par deçà parmi nous: icdiray en premier lieu,fur cefiematiere, PAnen 9â^ *' O» confidcrc à bon efeient ce que ^'^equot;^ââ ^°â^ â°® ^'^°^ vfuriers , ( fucçans Je fang tropêpha- ' amp;nbsp;Ja moelle,amp; par confequent mangeans «quot;⢠tous en vie tant de vefucs , orphelins amp;nbsp;autres panures perfonnes aufquels il vau droit mieux couper Ja gorge tout dâvn coup que de Jes faire ainfi Janguir) quâon dira quâiJs font encores pJus ciueJs que les Sauuages dontic parJe. VoiJa aufsi ! pourquoyJeProphetedit, queteJJesge's ) -wich â^^'^°^â^^^quot;t: Ja peau,mangent Ja chair, ró-j ' â ^quot; pent amp;nbsp;brifent Jes os du peupJe de Die« comme sâiJs Jes faifoyent bouiJJirdans Ja chaudière. Dauantagc fi on veut venir à Jâaétion brutaJc de mâcher amp;nbsp;mâgerreeJ-lement comme on parle} la chair humaine ne^sâe eü-il point trouuéen ces rceios de par deçà ,voirc mefmes entre ceuxquot;qui por-
DE LâaMERIQJVE. 257 portât le titre de Chreftiens, tât en Italie «juâaillcurs , Icfijuels ne sâeftans pai contentez d'auoir fait cruellement mourir leurs ennemis,n ôt.peu ralTafier leur cou . â¢^age félon Imô en mangeant de leur foje /»â¢Â«Â«â ': amp;,dc leur cÅur? le.m'cn rapporte auxTii-ftoircs.Et fans aller plus loin en la Fran- Æâquot;^5** ce quoy.? ( le luu ralche dcJcdirç car ic cru^uti fuis François^ durant la Cinglante trage- ŸaUtâdét die qui commença à Paris le 24. d.Aouft â 2«,^««,. ï572.dont ic nâaceufepoint ceux qui^ nâçn font pas caufé , entre autres ades horfi-Llcs à raconter qui fe porpeticrcnt lors par tout le Royaumc,dans Lion Ja graif-. fe des corps hunuins qui furent,mafla-çrezdâvne façp plu^ barbare amp;nbsp;plus djuel Içque celle des.Saunages, après eflre rc-tirça:dç;la riüi^rp de Saône,rje fut cUç pas publiquement vendue au plus oÃ^rant amp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
derniereneherifleur? Le« fo;yes,cÅurs Sc^â ''''/ autres parties des corps de quelques vns nefurcnt-ils pas mangez parties furieux meurtriers dontlçs enfers on^ horreur? Semblablement apres quâvu nyme Ãçeur de_RoyJaifant prufçfsion de la Re.Jtgiçn reforrnee dans la ville dâAuxerre futmi-fcrablement rtialfacré , ceux qui commi- Ma^rx rent ce meurtre ne decoupt rent ils pas fon cÅur en pieces, lâexpofcrent en venT 'ââ¢'â¢â¢Â«â¢quot; teà fes haineux, amp;nbsp;finalement le firent grifler fur les charbons , puis en mange-
Ijg nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
rent pour aflbuuir leur rage? Il y a encores des milliers de pei fonnes en vie qui tefmoi^neront de ces chofes non iamais ouyes auparauant entre peuples quels r^f^/Vn lt;ju'ils foyent: amp;nbsp;les hures qui en font ia ftiirtJ^e frnjprimez dés long temps en ferontfoy à h» w/'^*la pôftci jtc.Parquoyquâô nâhabarre plus fi-âtxt. tant là Barbarie des Saunages Anthropophages,eeft à dire mangeurs dâhom-meS'fear puis quâil y en a de tels, voire dâà ütâtplus dcteftablcsamp;pires au milieu ~'âc nous quâeux,comme il a eflé veu^nefe â' rifent que fur les autres nations qui leur font ennemies , amp;nbsp;ceux- ci fc font plôgez ah fdng de leurs parens , voifins,amp; compatriotes, il ne faut pas aller fl loin quâeu PApacrique ni quâen leur pays pour voir chofes fl monftrueufes amp;nbsp;prodigièufes.
C H A P.
, Ct tjuon peut appeler â^figiou entre les Sà tiùaees v/^tneri^uains'.des erreurs, eu certains abufeurs tju'ils ont entre eux nomme'^ Caraïbes les détiennent: dsquot; de la grande ignorance de T)teu ou ilsjontplongequot;^. ,
^^ ceron, affanoir quâil nây a peu-J pic fi brutal, ni nation fi Bar-, bare amp;nbsp;Sauuage,qui n'ait fen-timent
DE LâAMERIQUE. 259
-tuttent quâil ya quelque druinité, foitre-ceu amp;nbsp;tenu dâvu thaicun pour vue maxime indubitable: tant y a neatmoins quad ieconfidcic de près nos X.o^gt;^/âÃi^fiiJ^gt;^gt;âl^^ ^y^/tuu, de lâAmérique,que icmc trouuc aucune- ,^f,^,^'l,y^ mentempefebe touchât lâapplication de â'^^f.^/^.c celle fentéce en leur endroit. Gar en pre mierlicu outre quâils nâont nulle conoif- rt:if«(:m.. fancc du feul amp;nbsp;vray Dieu , encores en font ils là lnonobftât la coullume de tous iâ ^mx les Anciês payes Icfquels ont eu la plura lire' de dieux,ik ce que fût encores les ido lattes d auiourdâhui,voire cô tre la façon des Indiens du T^eru terre continente à la leur cnirtron cinq ces lieues au deçà , lef-Quels facrifict au Soleil amp;nbsp;à la Lune) que ils ne côfclfcnt,ni nâadoret aucuns d ieux cclclles ni rerreftres : amp;nbsp;par confequent n'ayans aucun formulaire ni lieu député pour sâaâflembler,afin défaire quelque fer uice ordinaire, il s ne prient par forme de Religion ni en public ni en particulier chofe quâelle quelle foit.Semblablement ignoras la creatiô du mode,fans qu'ilsnô mét ni diftinguée les iours par noms, Us nâont point dâacceptiô de Tvn plus que de 1âautre:cómc aufsi ils ne cotét femaines, mois,ni années,ains feulemct nombrent. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
«retiennent les temps par les Lunes⢠frtntiandn Q^and à lâefcriture foit fainéle ou pro-âquot;*quot;â'' phanc,nü fculemét,aufsi ils ne fauct que
R 2
ZÃâo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRK
a^urUt tfâ t lt;^ftgt;ma*s qui pius cft nâayans nul carade rif mt rc pour ligniher quelque chofc quand du ^'ureâ^quot;*' commencement que ic fus en Jeurpays, pour apprendre leur langage i'cfcnuoii quelques lcntcnccs,lcur lifantpuis apres deuant eux, en cftimans que cela fut vne forederie ils difoyent lâvn à lâautrerNâeft ce pas merueillc que ceftui ci qui nâeuft fçeu dire hier vn mot en noftre laguc, en vertu de ce papier quâil tient qui le fait parler,foir maintenant entendu de nous? Qui eft la mefme opinion que les Saunages habitans enlâHlc Efpagnole auoyent des Efpagnols qui y furent les premiers, car ccluy qui en aefcritl hiftoiredit ainfi, H.i.c.Jv â-^^ Indies cognoiflas que les Efpagnols fans fc voir ni fans parler lâvn à lâautre, neantmoins en enuoyant des lettres de lieu en lieu, sâentendoyent ainfi, croy-oyent oùquâils auoyent lâefprit de pro-plietie,ou que les miffues parloyent : de façon que les âsaunages craignans dâeftre defeouuerts amp;nbsp;furprins en faute, par ce moyen furent fi bien rctchus en leur dc-uoir,quâils nâofoyent plus mentir ni def-rober les Efpagnols. Partant ie di que qui voudroit ici amplifier cede matière il fc prefente vn beau champ pour mon-ftrer quâelle grace Dieu a faite aux natiós qui habitcntlcs trois parties du monde, alîauoir Europe, Afie,amp; Afrique,par def
D E lâa M E R I Cty E. 2(ÃI
fus Ics Sauuagcs de câeftc quatrième par- sfiriiurt tic dite Amerique:car au lieu quâeux nc*quot;quot;â^'
1C peuuent nen communiquer que verba ^^iig-âf * leincnt, nous aucontrairc auons ceftad-liantagc que fans nous bouger dâvn Heu par le moyen de lâcfcriturc amp;nbsp;des lettres que nous cnuoyons,nous pouuons deda rer nos fecrets à ceux quâil nous pJaift,amp; fullcnt ils efloignez iufques au bout du monde.Ainfi outre les fcienccs que nous apprenons parles liurcs dont ces Saunages font du toutdeftituez , encores cefte inuention dâeferire que nous auôs, dont ils font aufsi priucz , doit eftremife au rang des dons finguliers que les hommes de par deçà ont reccu de )^ieu.
Pour donques retourner à nos T'eu-BupinaTnhiioulrs : quand en dcuifantaucc eux,nous leur difions que nous croyons envnfculDicu fouuerain créateur du monde,lequel comme il a fait le ciel amp;nbsp;la terre aucc toutes les creatures qui yfqnt contenues; gouuerne aufsi amp;nbsp;difpofe du â,^* ' ÆÆ, tout comme il luy plaift : eux di-ic nous ^«»»^1â oyans reciter ceft article,en fc regardans â^quot;d/quot;' lâvnlâautre , vfans de cefte interiedion vrajCii» dâesbahiflement T'eÃ/qui leur eft accou-ftumee, demeuroyent tous eftonnez. Et parce,comme ic diray plus au long , que quand ils entendent le Tonnerre quâils Toupa. nomment Toupan, ils font grandement
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Kfa DE Lâ A M E R I Q^ E.
effrayez, li nous accommodans à leur m-deffe prenions particulièrement occafion de la de leur dire que câeftoit le Dieu dot nous leur parlions qui,pour monftrer fa grandepuiffance,faifoit ainfi trêblcr ciel amp;nbsp;terreJeurs refolutions amp;nbsp;rcfponcesà cclacftoyétq puisquâil les cfpouuâtoit de cefte façô,il ne valoir dont rien. Voila chofes dcplorables,ou en font ces poures gens. Comment donques , dira maintenant quelquâvn,fe peut il faire que comme belles brutes cesAmeriquains viuent fans aucune Religion? Certes comme iâay ia dit peu s'en faut, amp;nbsp;ne penfepas quâil y ait nation fur la terre qui en foit plus efioignee. Toutefois pour commçn eer à declarer ce qui leur relie de lumière, ic diray en premier lieu: quâau milieu o^lftrrt- de ces cfpelles tcnebres dâignorûcc ou iis ^u^,gt;,gt; font détenus,que non fculcmct ilscroyét rnytiiihm nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i - /j nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r â t ~
m^ri,ii,ié 1 immortalitedcs amcs,mais aulsi ils tie-di, MKn. nent fermement quââpres la mort des corps celles de ceux qui ont vertueufe-ment vefeu , cell à dire félon eux qui fc font bien vengez amp;nbsp;ont beaucoup mangez de leurs ennemis,sâen vont derrière les hautes montasses ou elles danfent dis de beaux jardins auce celles de leurs grands peres (ce font leschamps EUfiens des Poetes) amp;nbsp;au contraire que celltsdcs e^feminc^ St gens de néant qui nâont te
nu
HI t ,T O IRE nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;: ^5
nu conté de défendre Ia patrie vont auccâ^ vlt;/jjg«d«,ainfi nomment ils le diable en leur langage,ou elles font incenamment tormentees . Surquoy ie diray que ces pourcs gens durant leurs vies font j^y^fja 3ufst tellement .ajBigez de ce malin cf- ttM m eft prit (lequel autrement ils nomment ^^~^â/,tâmu, â^^ââ^rf') que comme iâay veu par plufieurs SoHua^ei. fois,mefmes ainfi quâils parloyêc à nous,, fe fentans tormentez amp;nbsp;crians tout fou-^ dain comme enragez , nous difoyent: belas défendez nous dâ^ygnan (^m nous bat: voire difoyent que vihblcmcnt ils ie voyoyenc tantoft en guifc de belle, dâoyfcaux,ou dâautres formes ellranges. Et parce quâils sâcfmcrucilloycnt bien fort de voir que nous nâen eftions point îflaiHis, quand nous leur difions que telle exeption venoitdu Dieu duquel nous leur parliôs fi fouuent lequel eftât fus cô paraifo pP fort lt;ju'^gt;gna gardoit quâil ne nous pouuoit ni molcftcr ni mal faire , il eftaduenu quelque fois quâeux fevoyans prclfcz promettoyent dây croire comme nous ; mais fuyuant le prouerbe qui dit, que le danger pafie on fe moque du fiint, fr toft quâils eftoyent deliurez , ils ne fe foucioyent plus de leurs promefles. Toutesfois , pour monflrcr quecenâeft pas ieu , ie leur ay vc.u fouuent tellement appréhender celle, furie infernale,
Ã^4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T 01 R E
que quand ils fe refiônuenoyent de ce quâils aùoycnt enduré par le pafTé frap-pans des mains fur leurs cuiffes, voire de dcftielfe ayans la futur au front, en fe cô-pUignans à moy ou à autre de noftre cô-, pagnic,ils difojét.Aïa^ir tAteu-znJfap. A-celt;^uetey ^y^nnn atoufi4ue,câc{d à dire Fran çois mô ami,ou mo parfait allié, ie crain le diable,ou lâefprit malin,plusquc toute autre chofe-Qur fi au contraire ccluy auquel ils s'adrefloyent leur difoit. T^aciâ ^ùeiey j^y^nan, câeft à dire ie ne le ciain point moy: en dcfplorant leur condition ils refpondoyenf bêlas que nous ferions heureux fi nous cftions comme vousau-trcs . Il faudroit croire amp;nbsp;vous aflurcr comme nous faifons en ccliïy qui cftplus puilfant que luy,répliquions nous ; mais comme iâay dit quajques proteftationS quâil,fiflent dâainfi le faire, tout cela.sâef-uanouifloit incontinent de leur cerucau.
Or auantque pafTcrplus outre iâad-ioufteray fur leptopós que iâay touché denos Ãmcrlquains qui croyent Fame immortelle (nonkibllant la maxime qui aufsi a toufiours cfté communément tenue oar lcsThcô!ogics:afiauoir quêtons les Pbilofophes,Payci,amp; autresGetilsamp; barbares aùoycnt ignoré amp;nbsp;nié la refurre dion de la ebair^que rhiftorien deslnd'cs Occidentales dit qut non feulement les Sau-
DB LAMER! Q^ E. i(?5 Saunages habitus delaville dtCuzCO ptin 41« 'Veri* cipale au Peru amp;nbsp;ceux des enuirons con- âpquot;ââJâ^ feflentaufsilcs ames eftic immortelles, du mft mais qui plus eft croycnt la refurreólion des corps: amp;nbsp;voici lâexemple quâil en ale- j^jji g^^,-gue.Les Indiens dit'il voyans que les j^j ud. tfpagnols en ouurâs les fcpulchics pour Im. 4-anoir lâor amp;nbsp;les richefles qui eftoyent de- ^b. igt;4â dans icttoyent les offemens des morts deçà amp;nbsp;delà , les pt ioyent quâafin que cela ne les empefehaft dcrclîufciter ils ne les ffeartaflent pas de cefte façon:car adiou-ftc-il,parlant des Saunages de ce pays là , ils croycnt la refurreâion des corps amp;nbsp;lâimmortalité de lâame. 11 y a femblablc- rtjet^ nient quelque autre auteur prophanc le- 'fj^'^*quot;âf qiicl afferme quâau temps iadis vnecertai citi^Ht. ne nation Pay cnne en cftoit aufsi paffee iiffques là de croire ceft article . Ce que lâaybien voulu narrer expreflément en ceft endroit afin que ebafeunentende que fi les plus quâmdiablcz Atheiftes dont la ^J^i'^ii/in. terre eft maintenant toute couucrtc par deçà ont cela de commun auec les Tquot;ohou~ pinambaoults de fc vouloir faire acroire, foire encores dâvne façon plus eftrâge amp;nbsp;plus bcftiale quâeux , quâil nây a point de â¢l^icUjque pour le moins en premier lieu, ils leur aprennent quâil y a des diables pour tormenter , mefme en ce monde Ceux qui nient Dieu amp;nbsp;fa puiffance.Q^c
i^«? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HÃSTOIRH
sâils répliquent la deflus que c'eft vne fof le opinion que ces Saunages ont de choies qui ncfont point, amp;nbsp;quâainfi quâaucuns d eux ont voulu maintenir , il nây a autres diables que les maunaifes afte-Ãions des hommes. le refpond que tant
\ pareeque iâay dit amp;nbsp;qui eft très vrayîa/ïa-uoir que les Ameriquains font extrêmement voire vifiblcmcntamp;-aélucllemcnt tormentez des malins cfprits, que paies que chacun peut iuger que les affections quelques violentes quâelles puiffenttHre ne pourroyent affliger les hommes de tel le façon qu'il fera aifc de les rembarrer parce moyen.
Secondement parce que ces Athées nians les principes font indignes quâon leur allégué ce que les Efciiturcs fain-élcs difent de l'immoitalite' de fame, ic leur propoferay encores nos panures aucuglcs Brcfilicns , Icfqucls leur enfei-gneront quâil y a vn cfprit en lâhomme qui ne mourant point auec le corps eff fuiet à félicité ou infclicité perpétuelle,
Etpourle troifeme touchant la refur-rcéliondcla chaii :dâautant que comme chiens ils fc font aufsi accroire que quad le corps eff mort il nâen releucra iamais, icltur oppofc les Indiens du Peru, Icfqucls au milieu deleurfaufle Religion, amp;nbsp;nâa-
EF. lâa M E R I QJV E. 26'7 amp;nbsp;nââyans prefques autre cognoiflance ^ue le fcnttnicnt de naturegt; en fc Jeuans en iugement dcfmentiront ces cxccia-bJes. Mats d'autant conmie i'ay dit, que eftans pires que les diables inefmes,lef-quels comme dit faint lacqucs croycnt ^^^ ^ quâil y a vn Dieu amp;nbsp;en tremblent, ic leur fais encores trop dâhôneur de leur bailler ces Barbares pour Docteurs : fans plus parler pour le prefer de leurs dctcftablcs cireurs ic les i êuoye tout droit en enter.
Ainfi p our retourner à mon principal fiiict, qui eft de pourfuyurc à declarer ce quâon peut appeler Religion entre les Saunages de lâAmeriqueue di en premier lieu, fl on examine de près ce que iâay îa touche' d'eux, alfauoir , quâau lieu quâils dcfireroycnt bien de demeurer en repos,ils font neantmoins contraints quad ils entendent le 'ronnerre de trembler fousvnc Puiflance à laquelle ils nepeu-uent rcfifter , quâon pourra recueillir de la, que non feulement la fentence de Cicéron , que iâay alléguée du comincncc-nient, contenant qu'il n'y a peuple qui nâait fentiment quâil y a quelqucDicUjcH: vérifiée en eux , mais aufsi cefte crainte quâils ont de ccluy quâils ne vculét point cognoiftre , les rendra du tout inexeufa-blcs. Et de fait quand il eft dit par lâA- Aa.i^i poftre que nonobftant que Dieu es temps 17.
2^8 HISTOIXE
paffez aitlaifsc tous les Gentils cheminer en leurs voyes, que cependât en bien faifant à tous,amp; en enuoyant la pluye du ciel amp;nbsp;les faifons fertiles , il nes eft jamais laiflë fans tefmoignage : cela montre alfez quand les hommes ne cognoif-fent pas leur Créateur, que cela procède de leur malice. Comme aufsi pour les cô Ro.1.10. uaincre dauantage il eft dit ailleurs , que ce qui eft inuifiblc en Dieu, fe voit par la création du monde.
Prefuppofant doncques que nos Ame riquains , quoy quâils ne le confeffent, cftans conueincus en eux mefmes quâil y a quelque Diuinité ne pourront prétendre caufe dâignorance : outre ccquciâay Ãa dit touchant lâimmortalité delâame,laquelle ils croyent : le Tonnerre dont ils
font cfpouuantez , amp;nbsp;les diables qui les tourmentent, ic monftreray encores en quatrième lieu , nonobftant les grandes amp;nbsp;obfeures tenebres ou ils font plongez» comme cefte fcmence de Rcligionffi tou-tesfois ce qu'ils font merite ce titre^bour ionne amp;nbsp;ne peut eftre efteint en eux.
Pour doncques entrer en cefte matière, faut feauoir quâils ont entre eux cer-certains faux Prophètes amp;nbsp;abufeurs que ils nomment ^araibexilcfquds allans amp;nbsp;venans de village en village , commcles porteurs de Rogaton en la Papauté, leur âfont
DE LâAME RICVE. 2^J| font accroire j que communiquans auec les efprits,non feulement ils peuuent do ner force à qui il leur plaift pour veincre amp;nbsp;furmonter les ennemis , mais qu'aufsi ce font eux qui fontcroiftie les grofles racines amp;nbsp;les fruifts,tels que iâay dit ailleurs que cefte terrcduBrehl les produit. Dauantage ainfi que iâay feeu dcsTru-chemens de Normandie qui auoycnt lôg temps demeuré en ce pais la,nos Tonou~ finambaonltz ont cefte couftume que de trois en trois,ou de quatre en quatreans, ils font vne grande folennité de laquelle comme vous entendrez pour mây eftre trouué fans y penfer, ie peux parler à la vérité. Comme doncques vn autre François nommé lacques Rouffeau amp;nbsp;moy a-uec vn Truchemec allions parpays , ayas couché vne nuift en vn .village nomme Cofgt;na, le lendemain de grand matin que nous penfions palfcr outre nous vifmes enpremier lieu les Saunages qüi venans j,,y,^^, des lieux plus proches, amp;nbsp;mefmes fortâs xttMtfur des maifons de ce village sâaffcmblcrcnt ^'Ãquot;^jJ en vne place en nombre de cinq ou fix ÆÂ»/«'gt;»«» cents. Parquoy nous arrcftans pour fa-*' Æ***⢠uoir ^quelle fin cefte aflemblce fe faifoit, ainfi que nous-nous en enquêtions nous les vifmes foudain feparer en trois bandes: aflauoir, tous les hommes qui fe retirèrent en vne maifon à part,les femmes
170 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRB
en vn autre gt;nbsp;amp;nbsp;les enfans de mefine. Of parce que ie vis dix ou douze de ces mef-iicurs les Caraïbes , qui s'eftoyent rangez auccles hommes, medoutant bien quâils vouloyent faire quelque chofe dâextraor dinairc ie priay inftamment mes compagnons que nous dcmeuriffions là pour voir ce miftere , ce qui me fut accorde. Ainfi apres que les (Caraïbes auant que fc départir d'aucc les femmcsamp; enfans leur eurent eftroitement défendu de ne for-tir des maifons ou ils eftoyent, ains que de la, ils efeoutaifent attentiuement quand ils les orroyent chanter: aduinc que nous ayans aufsi commandé de nous tenir endos dans le logis ou cftoyentlcS femmes, ainfi que nous dcficunions,fan$ feauoir encores ce quâils vouloyét faire, nous commençafmes dâouir en la maifon ou eftoyent les hommcsjaquclle n'eftoit pas à trente pas de celle ou nous eftions) vn bruit fort bas , comme vous diriez le murmure de ceux qui barbotent leurs heures:ee quâentendans les femmes Icfqucllcs eftoyent aufsi en nombre dâcii uirondeux cens, toutes fc Icucrentdc-bout,amp; en preftant lâaurcillc fc ferrerent cnfcmble. Mais apres que les hommes peu à peu eu ent cflcuc leurs voix,amp; que nous les entendifmes fort diftinéfement chanter tous cnfcmble, amp;nbsp;repeter fou-uent
DE LâAMERI QJZ E. 271
Went ccfte intcricélion d accouragement Chmi,^^ ^^ybfyhj.ht.noas fufmes tous es bahis que^»sainte elles de leur cofte leur refpondant amp;nbsp;rei-'®â' terant, aaec vne voix tre;nolamc , cefte nicfme interie^lion, he,he,hcthe, feprin-drenr à crier de telle façon lâefpace de plus d vn quart dâheurc, quâen les regardant nous ne fcauions quelle contenan--cetenir. Et de-fait parce que non feule- â , , wienr elles hurloyent amli, mais qu auisi ^ t omtui auec cela en faurans «nlâair de la grande*j '^^'^ violence faifoyent brander leurs mam-s«Zgt;«4*à iticlles, efeumoyent par la bouche, Sâoirc aucunes (cônic'ccux qui ont le haut mal pardeça) tomboyent toutes efuanouïes, ie ne croy pas autrement, que le diable ne leur entraddans le corps , amp;nbsp;quâelles «e deuinfét foudain enragées; Bref nous oyans fcmblablcmcnt les enfans deleur part brader amp;nbsp;fc tourmenter de mefme/*Ylt; «'/ i' au logis ouilseftoyent fcparez , qui e-ftoit tout auprès de nous : combien di iequ'il y eut ia lors plus de demi an que ie frequentois les Saunages, amp;nbsp;que ie fulfc défia autrement accouftume' parmi eux , tant y a , pour nâen rien defgui-fer , quâayant eu quelque frayeur amp;nbsp;ne fcachant quâelle-fcroit lâilTue du icu,jâcuf fc bien voulu eftre en noftre Fort Toutesfois , quand ces bruits amp;nbsp;hur-lemens confus furent finis , amp;nbsp;après
l^i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOl RR
vnc petite pofe Jcs femmes amp;nbsp;les enfans fc taifans tout court) nous entcndifmes derechef les hommes Icfqucls chantans amp;nbsp;failans refoner leurs voix lt;1 vn accoid mcrucillcuxj mâeftant vn peu râafleuiéed oyat ces doux amp;nbsp;plus gracieux fons,il ne faut pas demader 11 ie defu oisde les voir de près: mais parce que quand ic vouloir fortir pour mâen approcher, no fculemct les femmes me rctiroycnt,mais aufsino-ftreTruchemet difoit que depuis 6.OU7. ans,quâil yauoit quâil eftoit en ce pays là , il ne sâeftoit iamais ofé troimcr parmi les hommes ch tellclêlfc: de fiçon , adiour ftoit-il,que fi iây allois ieneferois par fa-gément : craignant de me mettre en danger ie demeuray vn peu ch fufpens. Neit moins parce que Payant.fondé plus auât, il me Ãcmbloit quâil ne nie donnoitpas grande raifon de fon dire , ioint que ie â mâafleurois de ramitic.de certains hons vieillards qui demeuroyent en ce village auquel 1'auois.eftc quaerc ou cinq foi-s au pareuât,moitié de force,amp; moitié' de gré, ie m hazarday de fortir.. itPapprochaBt doneques du lieu ou iâoyoyc celle chan-trerie , comme ainfi foit que les maifons Jis Sauux des Saunages (longues quâelles font amp;nbsp;de ^iJtfut! £jç.Qin rond( s corne vous diriez vnc treil-l?â^^'^°® lardinsdr pardeça^ loyent bal-' ks ^ couuertes d herbes iufques contre terre.
D E Lâa M E K I QJ' E. jyj terre,afin que ie peufle mieux voirlmó plaiür, le ns auec les mams vn petit permis en la couueiture. Après cela faifant figne du doigt aux deux François qui me regardoyent, eux à mon exemple sâeftan? aufsi enhardis amp;approchc2,fans nui em-pefehement ni difriculté, nous entrafmes tous trois dans cefte maifon. Ainfi les Saunages connnuans toufiours leurs châ fons amp;nbsp;tenans leur rang amp;nbsp;leur ordre dâv ne façon admirable, nous tout coyemenfi amp;nbsp;pour les contempler tout noftre faoul nous rctirafmes en vn coin. Mais fuyuât ce que iâay promis ci delTus , quand iâay parlé de leurs danfes en leur ['aoutna^ft que ie dirois aufsi lâautre façon quâils ont de danfer: afin de les mieux reprefen ter,voici les morgues,geftes, amp;nbsp;contenâ-ces quâils tcnoyent.Tous près à près Tvn de lâautre, fans fc tenir par la main, ni fans fe bouger dâvnc place, ains cftans ar rengez en rond , courbez furie deuantj guindans vn peu le corps , remuans feulement la iambe amp;nbsp;le pied droit, chacun Ctntnäft ayât aufsi la main dextre fur fcs feiles,amp; â^ââ^jîf'^ le bras amp;nbsp;la main gauche pendant, dan- ^quot;^4. foyent amp;nbsp;chantoyent de cefte façon . Au furplus parce qu'à caufe de la multitude 11 y auoit trois rondeaux, y ayant tout au milieu dâvn chaeû trois ou quatre de ces Câfraibei richemét parez de robes , bon-
274 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
ncts.amp;bracclets de belles plumes naifues e^ra- naturelles amp;nbsp;de diucrfes couleuis-.tcnans ;^^j au refte en chacune de leurs mains vn de drJ,agt;,sles CCS Maracas y c'eft à dire fonnettes faites jd^racM. j-yj^ fruit plus gros quâvn ÅufdâAuftru-chcjdont iâay parlc aillcursjafin difoycnt ils, que lâefprit parlait puis après dans i-cellcs pour les dedier à ceflvfagc ils les faifoyét fôner à toute rcfte;amp; ne vous les fcaurois mieux comparer en lâcftat quâils cftoyent lors , quâaux fonneurs de cam-panes de ces Caphars , qui en abufant le pauure monde par deçà portent de lieu 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cnlmulcs ch^es demaint Anthoinc,de
n'â¢fl^.'^j,' Bernard amp;nbsp;autres tels inftrumens d'idolâtrie. Ce quâoutre la fufdite defeription ievous ay bien voulu encores reprefen-ter par la rigure fuyuantej du Danfeur amp;nbsp;du Sonneur de z^/araca.
2^6 H I S T o I k R
gt;igt;es f9gt;*ffigt;t»tJ
Outre plus ces ^arat/^esen sâauançâsamp; fautans en deuant, puis reculans en arrière ne fe tenoyentpas toufiours en v-ne place comme faifoyent les autres: mefines fobferuay quâeux prenans fou-uent vne cannc_dc bois,longue de quatre à cinq pie^Tau bout de laquelle il y auoit de lâherbe de Perun (dont iâay fait mentiô autrcpart)feichc amp;nbsp;allumccjcn fe tournas amp;nbsp;foufHans de toutes parts la fumee dâicelle fur les autrcsSauuagesleur difoyét: fir lemu ^^^ 4^â^ vous furmonticz vos ennemis» treiSaHH^ receuez tous lâcfprît de force : amp;nbsp;ainfi firent par plufieurs fois ces maiftres^rfM il^es . Or ces ceremonies ayant ainfi duré près de deux heures, ces cinq ou fix cens hommes Saunages ne ceffans toufiours Mtrutiÿl^ lt;i^ chanter il y eut vnc telle melodie quâa
UfJuStu tendu quâils ne feauent que câtftdc mufi-que,ceux qui ne les ont ouïs ne croiroyet jamais quâils sâaccordaflent fi bien. Et de fait au lieu quâau commencement de ce fabbatfeftant commeiâay dit en la maifon ou cftoyentlcs femmes ) iâauois eu quelque crainte » iâeu lors en recompenfe vnc telle ioycque non feulement oyant les accords dâvne telle multitude fi bienme-. r furc2,amp; fur tout pour la cadance amp;nbsp;rc-â nbsp;nbsp;f^'ï]'^ de la balade à chacun couplet tous
traifnans leurs voix difant ⢠keKihfuaHre, ietirit) ^curaHref Retira,henra, ouch- iâen dc-meuray
DE LâA M E R I QV E. îyy nicuray toutraui: maisaufsi toutes les fois quâil mâen fouuicnt, le cÅur mâen treflaillant il me fcmble que ic les aye encores à mes oreilles. Q^and ils voulurct finir, frappas du pied droit contre terre, plus fort quâau parauant, apres que chacun eut craché douant foy,tousvnanime-ment dâvnc voix rauque, prononcèrent/«..« deux ou trois fois he,hua,hu/t,hua, amp;c ainfi ceflérent.Et parce que nâentendât pasen-cores lors parfaitement tout leur langage ils auoyent dit plufieurs chofes que ie nâa Vois peu comprendre, ayantprié le Truchement quâil les me deelaraft : il me dit en premier lieu quâils auoyét fort incifté «t regretter leurs grands peres decedez qui eftoyent fi vaillans : toutesfois quâen fin ils sâeftoyent confolcz en ce quââpres leur mort ils les iroy et trouiicr derrière les hautes môtagnesou ils diferoyet amp;fc refiouyroyct auec cux.Séblablcment quâà toute outrance ils auoyent menafiez le» Ouetacas ( nation de Sauvages, laquelle comme iâay dit ailleurs leur eft tellemct ennemie quâils ne lâont iamais peu dôp-ter) d'eftre bien toft prins amp;nbsp;mangez par eux,ainfi queleur auoyent promis leurs ofinit» Caraibes. Au furplus quâils auoyent en-trcmellc amp;nbsp;fait mentio en leurs chantons u,rfeien,rr que les eaux sâeftâsvne fois tellement dcf^quot; '^ââquot;^ bordées quâelles auoyct couuert toute la^
2^8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;histoire
tcrre tous les homes du monde,exceptez leurs grands pères qui fe fauuerét fur les plus hauts Aibres de leur pays, furent noyez: lequel dernier point qui eft, ce quâils tiennent entreeux plus approchât de lâEferiture fain te,ie leur ay dâautrefois depuis ouy réitérer . Et défait cftant vray fcmblable que de pere en fils ils ayet ente du quelque chofe du deluge vniuerfel, qui aduint du temps de Noc ; fuyuant la eouftumedes hommes qui ont toufioürs corrompu amp;nbsp;tourne la vérité en menfon-gcs:ioint comme il a efté veu ci deffus quâefians piiuez de toutes fOrtes d'eferi-turcs il leur eft malaifé de retenir les cho fes en leur pureté , ils ont adioufté cefte fable,comme les Poètes,que leurs grands peres fe fauucrent fur les A ihres.
Pour retourner à nos Caraïbes, ils furent nô feulcmct blé receus ce iour là de tous les autres bauuages qui les traitas magni fiquement des meilleures viandes quâils peurent trouuer, nâoublièrent pas aulsi félon leur couftume ordinaire, de ^4-oMiner amp;nbsp;boire dâautant, mais aufsi mes deux compagnons François amp;nbsp;moy qui comme iâav dit nous eftions trou-uez i nopiné' ient à cefte confrairic des Bacchanales , à caufe de ccla,fifrncs bonne cherc auec nos nJ^oufacats,ccü 2 dire bons peres de famille qui donnent à man ger
DE LâaMERIQVE. 279 ger aux paflans.Et au furplus de tout ce que iâay dit,après que ces jours folcnncls (aufqucls ainii de trois en trois ou de quatre en quatre ans,toutes les lingeries que vous auez entendues fe font entre nos 'Touonpinambaoults') font priiez , Sc'fi'^j,*' quelques fois auparauant,les Caraïbes ai- M«rt!»r, lans encore particulièrement de village en village,font accouftrer des plus belles
à plumaflcrics qui fe pcuuent trouucr en chacune famille trois ou quatre, plus où moins,de fcs Iwchcts ou grofl'es fonnet- -v *U/y,^y tesquâils nomment Maracas : Icfquclles,/»*'«*^ ainfi parées fichant le plus grand bout du ^'â^'''gt;lt;«/r,-' 1 bafton qui eft à trauers dans terre,les ar-rengeans tout le lôg amp;nbsp;au milieu des mai fons, ils commandent puis après quâon ^^^^^^^ leur baille à boire ^ à manger.T cllcmcc ffrfiit/,»' queecs affronteurs faifans accroire aux ,..._^,, 1 autres pourcs idiots,que ces fruits amp;nbsp;cf- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;
5 pcccs de courges ainfi crefez parez amp;nbsp;de *gt;»â¢â..
dicz mangent amp;nbsp;boyuent la nuit, chacun^ chefd'hoftcl adiouftant foy à cela,ne faut point de mettre auprès des fiens,non feu lement de la farine aucc de la chair amp;nbsp;du poi{rô,mais aufsi de leur bruuagedit Ca~
' oui«.Voire les laiffâs ainfi ordinairement placez en terrequinzeiours ou trois femai : ncs,toufioursfcruis,dc mcfmcils ôtapres cela vue opinio fi eftrâge de ces Maracas, lefqucls ils ont prefque toufiours en la b 4
iSo HistoiUfi
erreur main quâen y attribua t quelque faintetc, ^rt/mrt. ils difentque fouuctcsfois en les fonnà s vn cfprit parle à eux. Que fi au refte nous autres paires parmi Icuis maifósamp;lógucs loges voyons quelques bonnes viandes prefentee à ces A^araCl{s amp;nbsp;que nous les prinfsions amp;nbsp;mangifsions i comme nous allons fouuent fait ) nos Amci iquains,e-ftimans que cela nous caufcroit quelque malheurgt;nâen eftoyet pas moins oftencez quefôtles fupcrfticieuxSefucccireurs des preftres de Baal devoir prendre les offrandes quâon porte à leurs Marmofets, dequoy cependant eux amp;lcurs putains fe nourriflent.Qui plus eft fi delà nouspre-nions occafionde leur remonfirer leurs erreurs ,amp; mefmes que nous leurs dif-fions que les CarÃÃlxs non feulement leur faifant accroire que leurs Maracaeman-geoyent amp;nbsp;buuoyét,lcs tropoyet en cela» mais quâaufsi ce nâeftoit pas cux,c5mcils fevantoyent, ainslc Dieu en qui nous croyons amp;nbsp;que nous leur annoncions qui faifoit croiftre leurs fruits amp;nbsp;leurs grof-fes racines : cela eftoit autant en leur endroit, que de parler pardeça contre le Pape , ou de dire à Paris que la chaire de fainte Genemeue ne fait pas plcuuoir. à ; Aufsi ces pipeurs de Ceirâihes ne nous ,i,â/friegt; haîlfis pas moins que les faux prophètes te,trine. J^ lezabcl, craignis de perdre leu rs gras morceaux
D F lâa M F R I QV F. 281
â morceaux, faifoycntle vray feruitcur de Dieu the, qui femblabfement defeou-uroit leurs abus,commenlt;jans afe cacher de nous craignoyent mefmes de venir on de coucher es villages ou ils feauoyent que nous cftions.
Orquoyquenos TououpinambaoH/fXt fuyuant ce que iâay dit au conimcnccmct de ce chapitrc5amp; nonobflant les ceremonies quâils font nâadorent par flcfchiflc-^«'*âMlt;J.' ment de genoux ou autres faços externes leurs Ãaraibex,ni leurs Maracajy ni créatures quelles quâelles foyent, moins les prientamp;inuoquent: pour continuer tou-tesfois à dire ce que iâay appèreeu en eux en matière de Religion , i alltgucray encores ceft exemple . Mâeftant trouuévnc autre fois aucc quelques-vns de noftre nation en vn village nomme 0Karenitm diftant deux lieues de Cofiua dont iâay tantoft fait mention: comme nous fou-pions au milieu dâvnc placeJcsSauuages de ce lieu (non pas pour manger, car s'ils vcullcnt faire honneur à vnperfonnage ils ne prendront pas leur repas aucc luy) sâeftans aflemblcz pour nous côtempler: vùm^rJ} S^ mefmes les vieillards bic fiers de nous ^'»âââ¢'rââ-voir en leur village nous monitrans tous infratvi les figncs dâamitié quâil leur cfioit pofsi-ble, ainfi quâArchers de nos corps , aucc chacun en la main vn os du nea d vn poif
181 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HI s T o t R K
foil long de deux ou trois pieds fait en i.lt;f^,' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f^ÃOâ de f^c^eftans alétour de nous pour
* ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chafler les enfans, aufquels ils difoyet en
b 4-7^ leur Jâgagc:petitcs canailles retirez VOUS '/^ car vous n eftes pas dignes de vous apro cher de ces gens ici : apres di-ic que tout ce peuple fans nous interrompre vn fcul mot de nos deuisnous eut laide fouper en paix, il y cutvn vieillard lequel ayant obfcruc , que nous auions prie Dieu à la En amp;nbsp;au commencement du repas nous demanda.Que veut dire celle manière de fairedont vousauez tantoft vfe, ayans tous par deux fois oftez vos chapeaux amp;nbsp;fâs dire mot,excepte vn qui parloit,vous elles tenus cois? A qui sâadrclfoit ce quâil à dit? ell ce à vous qui elles prefens, ou à lt;krlt;if!tii qxiclqucs autres abfens?Surquoy empoi-it vraj gnas celle occalion qu il nous prelcntoit Ditu aux apropos pour leurparlcrdc la vrayc â¢tuujiti. j^^.jj^j^j^ . joint quâoutre que ce village tiâ0^arentin ell des plus grands amp;nbsp;plus peuplez de ce pays là , ic voyois encores ce me fcmbloit les Saunages mieux difpo fez amp;nbsp;atrétifs à nous efeonter que de cou flume,ie pi iay nollrc 'I ruchcmét de mâai der à leurdonner à entédre eeque icicur dirois,Apres donc que pour refpondre à laquellion du vieillard ic luy eu dit que câclloit à Dieu auquel nous auions adref-Ic nos prières: amp;nbsp;quequoy quâil ne le vit pas il
DE l'AMERIQVE. 285 pas il nous auoit non feulement bien en-tcdus,mais quâaufsi il fauoit ce que nous pcnfions amp;nbsp;auions au cÅur, ie commen-çay à leur parler de la création du mode: amp;nbsp;fur tout iâinfiftay fur ce point de leur bien faire entédre que ce que Dieu auoit hit lâhóme excellent par deflu« les autres creatures eftoit afin quâil glorifiaft tant plus fô créateur: adiouftât par ce q nous leferuiós,quâil nouspreferuoit en trauer fat la nier pour les aller voir,fur laquelle nous demeurions ordinairement 4. ou 5. mois fis mettre pied à tcrrc.Sêblablemét quâà cefte occafiô nous ne craignôs point corne eux dâeftre tormetez ââ^ignayiti en cefte vie ni en rautrc:dc façô leur difoi ie que sâils fc vouloyct côucrtir des erreurs ou leurs Caraibes meteurs les detcnoyci.â cnfemblc delailTcr leur barbarie pour ne plus mâger la chair de leurs ennemis que ils auroyent les mclmcs graces quâils co-noiffoyet par effectque nous auions.Bref afin que leur ayât fait entédre la perditiô de lâhomme nous les preparifsion« à rece uoir lefus Chrift,leur baillant toufiours descôparaifôs de chofes qui leur eftoyét cognuesnous fufmesplus de 2.heures fur SaHi^igei ceftematicrc de lacrcation,dôt pour brie *^^^â^J Hete' lene feray ici plus lôg difeours. Or j-,u-,gt;-f,,oâ tous preftans lâoreille,aucc grade admira tion efeoutoyét attétiuemet de manière
i84 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
quâeftans entrez en esbahiflement de ce Qu'ils auoyent ouy , iJ y eut vn vieillard qui prenant la parole dit. Certainement vous nous aucz dit merueillcs , amp;nbsp;chofes Wes bonnes que nous nâauiôs ianiais entendues: toutesfois, dit-ilj voftre haren-
T^trit nrta Ut tf-vit S^aïu^t.
gue mâa fait remémorer ce que nous auôs ouy réciter beaucoup de fois à nos grids peres: alfauoir que dés long temps amp;nbsp;des le nombre de tât de Lunes que nous nâen auons peu retenir le conte, vn Mairsâ^^^ à dire François ou eftranger veftu èi barbu comme aucuns de vous autres , vint en ce pays ici, lequel pour les penfer ren ger à lâobciflance de voftre Dieu, leur tint le mefme ligage que vous nous aucz maintenant tenu : mais comme nous tenons aufsi de peres en fils , ils ne le voulurent pas croire: amp;nbsp;partant il en vint vn autre qui en ligne de malcdiöion leur bailla refpce , dequoy depuis nous-nous fouîmes toufiours tuez Tvn lâautreitclle-
ment quâen eftans entrez fi auant en pof-fefsion,ifi maintenant laiftans noftre cou-ftume nous defiftions , toutes les nations qui nous font voifincs fe moqueroyent de nous. Nous rcpliquafmes la dclfus a-ucc grande vehemence, que tant sâen falloir quâils fe deuflent foncier de la gau-difteriedes autres , quâau contraire sâils vouloyent adorer amp;nbsp;feruir comme nous le feul
D Ã lâA M E R I QJf E. iSj
Ic feul amp;nbsp;grad Dieu du ciel amp;nbsp;de la terre que nous leur annóciósgt;fi leurs ennemis pour ceft occafion les venoyet puts apres attaquer,ils les furmonteroyent amp;nbsp;vain-croyenttous. Somme par l'efficace que Dieu donna lors à nos paroles,nos Tou-oupinamhaculfî furent tellement efmeus, que non feulement plufieurs promirent ^ dâorefenauant de viure comme nous leur firtmettif auions enfeigne, amp;nbsp;quâils ne mangcroyét^Æquot;S^ plus la chair humaine de leurs ennemis: titiiu» mais aufsi après ce colloque (lequel com ^Ãffifi^ i me i ay dit dura fort Long temps ) eux fc * mettans à genoux auec nous, lâvn de no-ftre compagnie,en rendît graces à Dieu, fitlapricreà haute voix au milieu de ce peuple , laquelle en apres leur fut expofeepar le Truchement. Cela fait ils nous firent coucher à leur mode dans des lifts de couton pendus en Pair : mais auât que nous fu quot;nbsp;ions endormis nous les ouiÃ-mes char te. tous enfemble , que pour fc venger de leurs ennemis il en falloir plusgt; prédreamp;plâ mager quâils nâauoyct iamais fait.Voilalâincôftâce de ce pourc peuple, bel cxcple de la nature corrôpue de lânô-me.Toutesfois iâay opinion que fi Ville-gagnon ne fc fuft reuoltédela Religion reformée,amp; que nous fufsions demeurez plus long temps en ce pays là , quâon en euft attire amp;nbsp;gagné quelques vnsà lcfus Chrift.
iS^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;MISTO IRR
Oriâaypcnfc depuis à ce qu'ils nous ^'â^ auoyent dit tenir de leur d_cuancicrs»que ily auoit beaucoup de centeines dâannées quâvu 3/4ir,ceftà dire(fans m arre-fter s il cfloit hiançois ou Alemandjhom me de noftic nation ayant tfté en leur terre leur auoit annoncé le viay Dieu,
Ã.
alfauoir (i ç auroir point efté Tvn des A-poftres.Et de fait,fans approuuerlcs li-ures fabuleux quâoutre ce que qucla pa-rôle de Dieu nous en dit,on aefent de , 41 leurs voyagcsamp;percgiinations,Niccpho
rc récitant I hiftoire de faint Matthieu,
dit cxprcHémcnt quâil a prefehé lâEuan-gilc au pays des Cannibales qui magent les hommes , peuple non trop eflongné denos Ameriquams. Mais me fondant beaucoup plus fur le paflagede faint Paul tiré du Pfcaumc:aflauoir,Lcur fon eftallé par toute la terre amp;nbsp;leurs paroles iuf-qucs au bout du monde, quâaucuns bons cxpofitcurs rapportent aux Apoftres:at-tendu di-ic que pour certain ils ont efté en beaucoup de pays lointains à nous in cogneus , quel inconucnicnt y auroit-11 de croire que lâvn ou plufieurs ayent efté en la terre de ces Barbares ? Cela rnefme feruii oit de 1 ample expofition que quelques vns recuicrêt à la fcntencc de lefus Chriftlcquel a prononcé que lâEuangile j^. Icroit prclcne par tout le monde vniucr fd
DB tâ A M E R I Qjr E. 287 fel. Cc que cependant ne voulant point autrement affermer pour lâefgard duteps des Apoffics,i'affcurcrayneatmoins, que ainfi que iâay môftré ci deffus en cefte hi-ftoire,iâay vcuamp; oui de nosiours annocer CE^angi rEulgileiufqucs aux Antipodes: tcllcm et'ÆJ^'''Æ,',Æ quâoutre que lâobieftiô qu'on faifoit fur ^ht aux ce paffage fera folucpar ce moyé,encores '^'ââ^*' y a 11 cela que les Saunages en feiôtrcdus plus incxcufablcs au dernier iour.Q^ant à lâautre propos de nos Ameriquains tou chant ce quâils croycnt que leurs prcde-cefleurs nâayâs pas voulucroire ccluy qui les voulut enfeigner en la droite voyc , il en vint vn autre qui,à caufede ce rcftislcs maudit,amp; Icurdóna lâefpce dequoy ils fc tuet encores tous les iours.Nouslifôscn lâApocaplife,lt;7ff à ccluy qui cftoit afsis fur le chenal Roux lequel, félon lâexpo- Ap.^.-j. fuion daucuns , fignific perfecution par feu amp;nbsp;par guerre , fut donné pouuoir dâofter la paix de la terre amp;nbsp;quâon fc tuafi: lâvn l'autre, amp;nbsp;luy fut donné vne grande cfpec. Voila le texte lequel quanta la lettre approche fort du dire amp;nbsp;de ce que pratiquent nos ToitoKpinam^oulfsz toutesfois craignant dâen deftourner le vray fens, amp;nbsp;quâon nâeftime que ie rccerche les chofes de trop loin , iâcn laifferay faire lâapplication à dâautres.
188 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HisTOiRe
Or me refTouuenÃt encores d'vncxéple» ^ui feruira aucunement pour montrer «jue li on prenoit Ja peine d cnfcignerces ratios dcsSauuages habitas en la terredu Brelil, elles font affez dociles poureftre attirées à la cognoilfancc de Dieu , ic le mettray ici en auant. Comme doneques pour aller quérir des viures Vautres cho ics ncceflaircs,ic paflay vn iour de noftre fort amp;nbsp;de noftre Iflc en terre ferme,fuyui que iâeftois de deux de nosSauuagesîâ«»-ptnem^mnsiamp;c dâvn autre de la nation nom mee Oitèantn (qui leur cft allice^lcquel a-aucc fa femme eftât venu vifiter fes amis s en retoumoit en fon pays;ainfi quâauec eux ie paflois à trauers dâvue gradeforeft» côtêplant tant de diuers arbres,hcrbcsamp; fleurs verdoyantes amp;nbsp;odoriférantes : en-fembic oyant le chant de tant dâoyfeaux rofstSnoJ^ants parmi ce bois ou le foleil dônoit,mc voyat di-ic cômccôuiéà loué'r Dieu par toutes fes chofes , ayant dâailleurs lecÅur gayie meprins à chantera haute voix le Pieaume 104 .'Sus fus mon ame il te faut dire bien amp;c. lequel ayant poiirfuyui tout au long: mes trois Sauua gcs amp;nbsp;la femme qui marchoyent derrière moy y prindrent ft grand plaifir (câeftà dire au fon , car au demeurant ils nây en-tendoyent rien) quequand iâeu acheue, JL'ouèanen tout cfmeu de ioye auec vnc fa ce riante
DE lâa m' F. R t ay F. jg^ Cerlantc sâaduançant me dit. Vrayement tu as mcrucillcu/cment bien chantumef- ^;f't ât mes ton chant efêtant m'ayant fait ref- â^^quot;deman. foiiucnir de ccluy d'vue nation qui nous ââ'ââ' eft voifinc amp;nbsp;alliée » iâay efte bien ioycnx /^quot;^^^'l de tâouir.Mais mç dit-il,nous entendons' bien fon langage amp;nbsp;non pas le tien , par-quoy ic te prie de nous dire ce dequoy il à efté queftion en ta châfon. Ainfi luydccla tant le mieux que ie peusicar iâeftoislors fcul François amp;nbsp;en dcuois trouucr deux côme ic fis au lieu ou iâà llay couchcr)que iâauois nô fculemct en general loué mon Dieu en la beauté amp;nbsp;gouuernemét de ces creatures: mais quâauffi en particulier ie luyauois attribué cela, quec'eftoit luy fcul qui nourrilfoit tous les hommes amp;nbsp;tous les Animaux : voire faifoit croiftre les arbres, fruits amp;nbsp;plantes quieftoyent par toiitlemondc vniuerfcl:amp; au furplus qoecefte chanfon que ie vcnois de dire ayant efte diftee par lâcfprir de ce Dieu magnifique duquel iâauois celcbrélc nom auoit cfté premièrement châtec il y auoit plus de dix mille Lunes par vn de nos grands Prophètes,lequel lâauoit laiflcc à la pofterité pour en vfer à mefme fin. Bref comme ie réitéré encores, que fans couper le propos, ils font meriieillcufe-ment attentifs à ce quâon leur dit, après quâen cheminant l'cfpacc de plus de de-
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inic heure Juy amp;nbsp;les autres curent ouyeç difcours vfansde leur intciicdion desba-hidcincnt l ehJ ils dirent.O que vous autres yW^zr/elles heureux de icauoir tant de fecrets qui font cachez à nous chétifs leur auf»â amp;nbsp;poures inifcrabJcs.'l clJcmëc que pour fiijtm«!. jj^^. congratuler en me Jifantjvoila pour-cc que tu as bien chante, il me fit prefent d vn y/^fló quâil portoit; cell à dire d'vn petit Animal lequel iâay deferit cy dclfus. Afin doneques de tât mieux prouucr que ces nations de lâAmérique quelques Bar baies 2c cruelles quâelles foyent enuers leurs ennemis,ne font pas fi farouches, quâelles ne confidei et bien tout ce quâon leur dit auec bonne railon , i ay bien encores voulu faire celle digrcfsion. Et de fait quant au naturel de l'homme,iemain tien quâils difcourct micu.x que ne fontla plufpart des payfas,voire que d'autresde par dclt;,à qui penfent dire bien habiles.
Relie maintenant pour la fin que ie touche la quellion quâon pourroit faire fur celle matière que ie traite : alfauoir, _ , d'où peuuent dire defeendus ces Sauna-jJ^fru. gts. Il dt bien certain en premier lieu yâr rftre qu'ils font fortis de Tvn des trois fils de its »ma Noc,mais d affermer duquel, d'autât que 5quot;- cela ne fc pourroit prouucr par! Eferitu-rc faintc,ni mefmes le croy par les hilloi les prophancs,il dl bien malaife. quot;Vray
DE LâAMERIQUE. Ã^I , clique Moyfcfaifant métiondes enfans de Iaphet,dit que dâiceux lurent habitées les nies:mais parcel comme tous cxpo-fent)quâil eft là parle-des'pays de Grece Gaulcjltal]c,amp; aunes regions de par deçà , lefquclles d autantquela mer les fepa rede ludecou cftoit Moyfc, font appellees IflesJl nâyaiiroit pas grade raifon de lâentcndrcjni de rAincriquc,nidcs terres continentes à icelle. De due aufsi quâils foyent venus de Senbdont eft ifluc la fc* inencc benitciic croy pourpluficurs cau-fes que nul ne lâaduoucra.Dâautät donc-ques qnequant a ce qui concerne la vie future câeft vu peuple maudit amp;nbsp;ddaifle de Dicibsâil y en a vn autre fous le ciel,il fembicquâil y a plus dâapparêcc'de côclu requâils foyent defeendus de Cham ; amp;nbsp;voicià mon aduis la coniediure plusvray femblablc quâon pourroit amener. C ell lors que lofuc, félon les promciTes que Dieu auoit laites aux Patriarches, corné ^ ça dâentrer amp;nbsp;predre poUefsiô de la terre 9, de ChanaâjlâEfcriturc tefmoignatquclcs peuples qui y hahitoyet furet tcllcmct ef pouuantez que le cÅur défaillit à tous;il pourroiteftrc(ccqueiedi fous correftio) que les Maicurs amp;nbsp;Anceftres denos A-meriquains cftans chaffez par les enfans dâIfracl de certaines côtreesde cefteterre de Chana'ijsâeft.îsmisdâsquclqsvailfcaux
2$)Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
à la merci de la mer auroyent efté iettez amp;nbsp;feroyent abordez en cefte terre du Bre Q.'cintH'i^J^ fil.Et de fait lâEfpagnol autheur de Thi-ftoire generale des InHcs (Tiomme bien verféaux bonnes fciences quel quâil foit) eft dâopinion que les Indiens du Peru» terre continente de lâAmérique font dcf-cendus de Cham, amp;nbsp;ont fuccede à la ma-li.$.clia. Icdidion que Diculuy donna.Chofe auf ^^7â nbsp;nbsp;nbsp;f,comme ie vien de dire, que iâauojspen
fee amp;efcritccs mémoires que ic^hs de la prefente biftoire plus de feize ans au-parauantqueiâeufle vcu fonliurc. Toutefois par ce quâon pourroit faire beaucoup dâobicéfions là defrus,nâcn voulant affermer autre chofe,iâen laifleray croire , à vn chaeû ce quâil luy plaira. Mais quoy que sâen foit tenant pour tout refoluque ce font pouresgens venus de la race cor rompue dâAdam , tant sâen faut que les ayant confiderez ainfi dc/pourucus de tous bons fentimens de Dicu^ma fbyÃa-quclle Dieu merci eft apuyee dâailleurs) ait efte pour cela csbranlce: moins quâallée les Atheiftcs amp;nbsp;Epicuriens iâaye con-clud,ou quâil nây a point de Dicu\ ou bic quâil ne fc mefle point dcshommcs,quâau contraire ayant fort clairement cogneu en leurs perfonnes la difference quâil y a entre ceux qui font illuminez par le S. Efprit amp;nbsp;par JâEferiture faintc,amp;ccux qui
DE lâa M E R I QV E. ipj qui font abandonne z à Icurfcns amp;nbsp;laiffcz en leur aucuglemcnt ,iâay efté beaucoup plus confermé en lâaflcurancc de la vente de Dieu.
CHAP. XVII.
Du t^ariage^Poly^amieâ. amp;nbsp;de^re'^de can fangmnite ob/erue'^par les Sattua^es'. amp;nbsp;el» tratet ement eie leurspetis enfans.
O v C H A N T le mariage do nos Aineriquains, ils obfer-uent feulement ces degrez de confanguinitóque nul nc ^^'^quot;^â prend fa mere » ni fa fÅur,ni ni»'-fa fille à femme : mais quant a lâoncle il prend fa niccc5amp; autrement en tous les autres degrez ils nây regarder rien. Pour lâcfgard des ceremonies , ils nâen font point dâautres , finon que ccluy qui voudra auoir femme ou Elle,après auoir fccii fa volonté, sâadrclfant aupcre,amp;au defaut dâiccluy aux plus proches parens dâi celle , demandera fl on luy veut bailler v-nc telle en mariage. Que fi on refpond quâouy,dés lors , fans paffer autre contrafl:,car les notaires nây gagnent rien, il lâa tiendra auec foy comme fa femme. Si onluy refufe fans sâen formalizer autre-
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ment il fc déportera . Mais notez que Ptbgmit. la Poligamic ceft à dire la pluralité de femmes ayant lieu en leur endroit, il eft permis aux hommes dâen auoir autant quâil leur plain; mefmes ceux qui en ont plus grand nombre font eftimez les plus hardis amp;nbsp;plus vaiHâs,amp; en ay veu tel qui ekafi-vra ^â auoit huit.Et ce qui eftefmerueillable yemtnttf entre celle multitude de femmes,encores tfXquot;«** H^â*^ y ^â^ ***: toufiours vnc mieux aiincc bs ftKiMti du mari,tant y a que pour cela les autres iamta^fi. feront point ialoufcs, ni nâen murmureront, au moins n'en monftreront aucun fcmblant.- tellcmét quâelles sâoccu pans toutes à faire leur mcfnagçjlids de couton, aller aux iardins , Sc planter les racines,elles yiuct cnfcmble en vnc paix la nomparcillc, Surquoy ic lailfe à con-Edercrà vn chacun,quand mcfincs il ne feroit point défendu par la parole de Dieu de prendre plus dâvne femme, sâil feroit pofsible que celles de par deçà sâaccoidalTent de cefte façon. Pluftoft certes vaudroit il mieuxenuoyer vu boni me aux Galères que de le mettre en vn ,.- tclg^hugc de noifes amp;nbsp;de riottes quâil feroit : refmoin ce qui aduint à lacob pour auoir prins Lea amp;nbsp;Rachel. Mais comment fc pourroyent elles endurer pluficurs enfemble, veu que bien fou-uent au lien que celle feule que Dieu a ordonné
DE LAMERlCtVE. 29 j ordonné à lâhomme pour luy eftre en aide amp;nbsp;pour le refiouir luy eft comme vn diable familier en la maifon?Pour donc ques retourner au mariage de nos Ame-riquains lâadultère,du coïté des femmes Lâ^Mte leur cil en tel horreur, que fans quâilsââquot;â 'ââ¢â'-ayet autre loy que celle de nature, li qncl7cj^wny, qu'vue marice sâabandonne à vn autre quâà fon mary, ila puiffance de la tuer: ou pour le moins de la répudier amp;nbsp;rcn-uoyer aucc honte. Il eft vray que les pères Séparons auantque marier leurs filles ne font pas grande difhculté-de les proftituer au premier vcnu;dc manière quâainfi que iâay la touché antre-part , cncoreS' que les Truchemens de Normandie anant que nous lufsions en ce pays là en cüîlcnt abufez en plu-ficurs villages, pour cela elles ne recc-uoyent point note dâiniamie: toutesfois eftans mariées, à peine comme iâay dit, d'eftre allommccs on honteufement ren-uoyecs,quâelles fc gardent biendetref-buchcr.
Icdiray dauantage queveu la region chaude ou ils habitent, amp;nbsp;nonobftant ce quâon dit des Orientaux, que les. iennes gens à marier tant fils qucfillcs de cefte terre ne font pas tant adónez à pail-lardifc quâon pourroitbié péfcr:amp; pleuft à Dieu quâelle ne regaaftnô pluspardeçà .
Z^lS nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
f,âmâ Au reftc fi vue femme cft groflc dâenfant, grijj'rs d fe gardant feulement déporter quelques TtrfrnVe« fardeaux pefans, elle ne lailfera pas aU r^mirt^. demeurant de faire fa befongne ordinaire; comme défait les femmes de nos Tou-cupinambaou/ti tnuaillds fans eóparaifon plus que les homes lefqucls,excepte quel qucs matinées ( amp;nbsp;non au chaut du lour)-/Z»^/)à quâils coupent amp;nbsp;efl^tçut. du bois pour faire les iardins , ne font guercs autre chofe quâaller à la guerre,à la chafrc,pcf-cher,faircleurs cfpecs de bois, arcs, flef-ches, habillemés de plumes amp;nbsp;autres cho fes que iâay fpeçifiees ailleurs, dont ils fc parent le corps.Touchant lâenfantement voici ce que lâcn puis dire pour lâauoir veu.Eftant vne fois couché en vn village aucc vn autre François : comme enuiron minuit nous ouifmes crier vne femme, penfans que ce tuft cefte befte Jano\iareili-quelle iâay dit ci deffus qui lesmange) qui âTereiftr lââvouluftdcuorcr, y eftans foudainemét KansiitSa accourusnous trouuafmes que ce nâeftoit ^r fimme. ^^^ (-jj. mais que le trauail dâenfant ou elle tftoit la faifoit crier de cefte façon. Tellement que ic vis moy-mcfmc le pere lequel après auojr recculâenfant entrefes bras,luy ayant premieremét noué le petit boyau du nôbi il, il le coupa puis apres à . belles dents. En feeöd lieu feruâtdc Sage femme,aulicu que celles depar deçà pour plus
DE lâa M E R I QV E. 297 plus grande beauté tirent le nez aux en-fans nouuellement nais,Iuy au contraire 'Xf«- ^âgt; (parce quâils les trouuentplus idis quad,j-quot;ar ils font camusi cnfonfa amp;nbsp;eferafa auede/fî pouceccluy de fou fils:ce qui fc pratique y'-â*-'' â¢â¢lt;*â¢Æâ¢-enuers tous les autres. Comme aufsi li toft que le petit enfant eft forti du ventre de la mcrc,eftant lauc bien net, il eft tout , incontinent après peinturé de couleurs noires amp;nbsp;rouges par le perc lcquel au fur - nbsp;nbsp;nbsp;,
plus, fans lâemm^illptci ,1e cou chant dan srquot;7quot;l^ Vn lid de coton pedu en lâair,luy feravne rftiet^«i petite efpec de bois,vu petit arc amp;nbsp;de p^pf,quot;^'^*' tites flefehes empenees de plumes de Per roquets: ce que mettât auprès de fon enfant, en le baifanr auec vnc faccioyeufe luy dira.Eftant venu en aage , afin que tu te venges de tescnncmis,fois adcxtre au^ armes,fort vaillant,amp; bien aguerri.Toui-chantlcs noms, lepere de celuy que ie vis naiftre le nomma Orapacent câeft à dire lâarc amp;nbsp;la cordc:car ce mot eft compo-fé d'Orapat qui eft lâarc , amp;nbsp;de Cen fiquot;â ^â' Sud, ni, gnific la corde d'iceluy. Et voila comme i^iz/e«, ^ ils en fôt enuers tous les autres aufqucls, ^quot;*â'* '«â toutainfi que nous faifons aux chiens autres beftes de par deçà , ils baillent in-diferemment tels noms des chofes qui leur font cognucs: comme Sarip^oy qui eft Vn Animal à quatre pieds ; ^rip^nan vue foule : Arahouten lâarbre de Brefil: Ttndo
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qui cft vnc grande herbe , amp;nbsp;autres fem-blables.
Pour lâcfgardde la nourriture ce fera quelques faunes mafehees amp;nbsp;autres Ktarr'iH viandes tort tcndi es autc Je laid delà me
tt de Cen faut.
re , laquelle au furplus ne dcmcuiant 01-dmaiicmcnt quâvu jour ou deux en la couche prenant fou petit enfant pendu à fon col dans vneejeharp^ de coutonfai te exprès pour cela,s en ira au iardin ou à quelques autres alla ires. Ce que it di fans defroger à la couftiime des dairies de pat dcçaJcfquelJcs outre quâelles demeurent Je plus fouuent quinze iours ou trois fc-maincs dans le Hd , encores pour la plus part font elles fi délicates que fans auoir aucun mal qui les peut cmpcfchcr,au lieu de nourrir leurs enfans comme font les
femmesSauuages.ou pour leur faire plus de honte ainfi que les petits oifclets amp;nbsp;Æ.â¢-.â rw/iJT/heftes brutes font leurs engeances) elles leur font fi inhumaines, cjuclTtort quâelles en font dcliurces,ou elles les enuoyet fi loin que sâils ne meurent icunes fans quâelles en fâchent rien, pour le moins faut-il qu'ils foyent grands pour leurdo-ncr du paJfetcmps.au5t quâelles les vucil-Jent foulfrir auprès dâelles.
Or retournant à mon propos, quay quâon tienne communément par deçà que - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fi les
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DE lâ A M E R I QJ E.
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filescnfans cn leur tcndreuramp; premie reieuneflc nâeftoyent bien ferrez amp;nbsp;cm-âSAiHotez ils feroyent contrefaits amp;nbsp;au-royent ies iambes corbies, ic di quâenco- ^^iquot;, rescue cela ne foit nullement pratique ç^f^^^j^^ à l'endroit de ceux des Ameriquainsdef- Saut^squot; quels ainfi que iâay ia touche dés leur naif quot;quot;^'^ââ^ lance font tenus amp;nbsp;couchez fans dire cn Uclopcz)quc neantmoins il nâdVpas pof-fiblc de voir enfas cheminer ni aller plus droit quâils font.Surquoy concédât bien que lâair doux amp;nbsp;bonne téperature de ce pays la en eft caufe en partie, lâaccorde quâil eft bon cn yuer de tenir par deçà les enfans cnueloppez, couucrts amp;nbsp;bien ferrez dâs les berceaux,parce quâau-tremet ils ne pourroyent rcfifter au froit: mais cn Efte, voire es faifons tempérées, principalement quand il ne gele point, il me fcmble(fous correftion toutesfois) par lâexpérience que iâen ay veuë quâil vaudroit mieux lailfer au large ganibader/.v les petits enfans tout à leur aife^armi quelque façon de lid quâon pourroit faire dont ils ne fauroyent tomber , que de les tenir ainfi tantdc court.Et de fait iâay opinion que cela nuit beaucoup à ces po urcs petites amp;nbsp;tendres creatures , dâeftre ainfi prefques à demie cuites durant les , nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;,
grandes chaleurs dans ces maillots ou on »« ''â¢â¢ *'â* â les tient comme cn la géhenne- Toutes
HISTOIRE
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fois afin quâon ne difc que ie me méfie de trop de chofes,laiflant les peres , meresj amp;nbsp;nourrifles de par deçà gouuerner leurs enfâsjie rctourneray à parler de ceux des femmes Ameriquaines . Ainfi outre ce que iâen ay ditjiâadioufte que combien quâelles nâayent aucuns linges pour tor-cherdc derrière de leurs cnfans , mef-mes quâelles ne fc feruent non plus à cela des fucillcs d arbres amp;nbsp;dâherbes,dont elles ont cependant grande abondance, neCItmoins elles en font fifoigncufes,que , fcuJcnict auec de pctis bois quâelles rom ââ 'ââ¢' pent comme petites cheuilles , elles les nettoyent h bien que vous ne les verriez iamais breneux. Ce quâaufsi font les grands , Icfqucls combien quâils piflent Enf^nitt- p-jj mi leurs maifons(fans toutefois à cau fan, fc des fcus qu'ils font en plulicurs cn-^quot;^'' droits, amp;nbsp;quâelles font comme fablecs .'. lt;lt;vlt;»iâP^ *-^^'^ fente mal ) vont cependant fort loin faire leurs exercmens . Dauan-tagc encores quclcs Sauuages aycnt foin de tous leurs cnfans, dcfqucls il ont coin fi^t, ~ me des formiJicrcs,li cft-cc neantmoins quâà cau7F de la guerre en laquelle entre eux il nây a que les hommes qui combattent, amp;nbsp;quâils ont fur tout la vengeance contre leurs cmemis en recommadation les mafles font plus aimez que les fcmcl-â Ics. Que fi on demande maintenant plus outre
DE lâa M E R I QV E. JOt outre : afTauoir quelle erudition ils leur baillent, amp;nbsp;que câeft quâils leur apprennent quand il font grands: ic rclpon à cela que cônie on a peu recueillir ci deifus, tant es huitième, quatorzième amp;nbsp;quinzie nie chapitres,quâailleurs en cefte hiftoire ou partant de leur naturel, guerre amp;nbsp;façons de manger leurs ennemis,iâay mon-ftre à quoy ils sâappliquent quâil fera aifé à iuger (nâayans entrâeux colleges ni autre moyen pour apprendre les fcicnccs honneftes , moins en particulier les arts libcraux)quc comme vrais fuccefleurs de Lamech,de Nimrod,amp; dâEfau quâils font S^'^-iJ» leur meftier ordinaire eft (tant grand que petit ) dâeftre non feulement chafTeurs amp;nbsp;oeeuftti: guerriers, mais aufsi tueurs amp;nbsp;mangeurs â¢nUnairt dâhommes.
Au furplus pourfuyuant à parler du mariage des Tououpinam^aoults autant que la vergongnclc pourra portcr,iâaft'er mCjContre ce quâaucuns ont imaginé,que les hommes dâentrâeux gardans îâhonne-fteté de nature , amp;nbsp;nâayans iamais publiquement la compagnie de leurs femmes, font non feulement en cela à préférer à ce vilain Philofophc Cinique, qui trou- f-'*»»«-ue lur le tait au heud auoir hôte dit qu il dieéma. plantoir vn homme, mais quâaufsi ccsâ'*ââSââââ^ 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
quon a veus par deçà noftre temps, ne fe point cacher pouir
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comettre leurs vilenies font plus infames quâeux. Il y a dâauantage qu'en tout lâespace dâenuiron vn an que nous demeuraf rnes en ce pays la,frequcntans parmi eux, nous nâauons iamais yeu les femmes a-uoir leurs ordes fleurs. Vray efl que iâay Furgaiitn opijjÃQjj quâen les diuertiflant elles ont ri^uaitits. vne autre façon de le purger que n ont celles de par deçà : car iâay vcu des ieunes filles en îâaage de douze à quatorze ans Icfquclles les meres ou parêtes faifantte nir toute deboutpieds ioints furvne pid rc de gray leur incifoyet iufques au fang aucc vne dent dâanimal trenckante com' me vn coufteau,depuis le delTous delâaif-fcllc tout le long de Jâvn des coflez amp;nbsp;de la cuifle iufques au genouil : tellement â que ces filles auec grandes douleurs en erincant les dents faignoyent ainfi vne clpacc de temps:amp; penlejcommc i ay dit que des le commencement elles vfent de ce remede pour obuier quâon ne voye leurs pouretez.Que fi on replique^la dcf-fus^ainfi que les Médecins amp;nbsp;autres plus feauans que moy en telles matières pour-royent bien faire:commcnt fc pourra accorder , quâelles eflans mariées foycnt fi fertiles c i cnfans,vcu que cela cédant aux femmes elles ne peuuent conceuoir, ni engendrer : fi on allègue di-ic que ces ebofes ne peuuent conuenir lâvnc aucc lâautre,
RE lâaMERIQJE. 30J lâautre gt;nbsp;ie refpond que mon intention nâcftpasni de foudre celle queftion j ni d'en dire dauantage.
Au refte iâay réfute ci deflusjà la fin du liuitieme chapitre, ce que quelques vns ont eferit amp;nbsp;d autres pcnfc,quc Ja nudité des femmes amp;nbsp;filles Saunages,incite plus les hommes à paillardife que fi elles e-ftoyent habillées : comme aufsi ayant la declare quelques autres poinds concer-nans la nourriture , meurs amp;nbsp;façons de vlurc des cnfans Ameriquains, afin de fuppleer à vne plus ample dedudion que le Ledeur pourroit requérir en ce heu touchant cefte matière, il faudra sâil luy plaift quâil y ait recours.
CHAP. XVIII.
Ce ^u'on peut appeler Loix amp;nbsp;Police civile entre let Saunagesâ. Ãon/tnenrils traitent (i^ recoyaent humainement leurs amis ^ui les l'Ont 'vifiter: amp;nbsp;des grands pleurs i^ue les fernstes font a leur arriuee amp;nbsp;bien venue.
Van T à la Police de nos Saunages,câeft vne chofe in croyable , Si qui ne fe peut dire fans faire honte à ceux qui ont les loix diuines amp;
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humaines comme cftans feulement con-Saunugn duits par leur naturel j quelque corrom-vn»»r 'âPâ quâil fort, s'entictiennent amp;nbsp;vivent fi bien en paix les vns aucc les autres.lâen-ten chacune nation entre elle mefmc, ou celles qui font alliées par enfcmblc: car quant aux ennemis, il a cfté veu comment ils font traitez. Que b toutesfois il adulent qucquclqucs vns querellent ( ce qui fc fait fi peu fouuent que durant près dâvu an que iâay efte auec eux ic ne les ay veu iamais debatre que deux fois; tant sâen faut que les autres tachent de les fe-parer ni dây mettre la paix,qu'aucontrai-re quant les contefians fe deuroyenterf uer les yeux Tvn lâautre, fans leur rien di rc,ils les lailfcront faire. Toutefois,fiau
lt; cun eft blclfe par fon prochain,amp; quece-luy qui à fait le coup Ãbit aprehendtâ il en reccura autant au mefmc endroit de fon corps par les prochains parens dcPolfen ce' : amp;nbsp;mefmes fi la mort sâen enfuit ou quâil foi t tue fur le champ , les parons du ^fZ/f ÆÂ« tl^^^uutä feront fcmblabJcment perdre la »ifio» da vie au meurtrier . Brefpour le dire en vu en^tquot;/quot; mot,vic pour vie,Åil pourÅil,dent pour ^amia^e, dcnt,amp;c- mais comme iâay diteelafe voit fort rarement entre eux.
Touchant les immeubles de cepcuple I confiftans en maifons (amp; commciâay dit ailleurs) en bcaucoupplus de tresbonnes ter-
D E f.A M E R I Cty E. 505 Re terre quâil nâen faudrait pour les nour rir: quant au premier le tvouuant tel »il läge entrâeux ou il y a de cinq,à üx cents perfonnes,encores que plulicurs habiter^quot;^^ en vne mefniji ipaiion 5 tant y a que cha- Sn^ua^e, que famille (. fans fcparation toutesfois ^°«'â'^ de chofequi puHTe empefeher quâon ne voye dâvn bout à lâantre de ces baftimens ordinairement longs de plus de foixante pas ) ayant fon rang à part ; le mari a fes fcmi|ies amp;nbsp;enfans fèparez . Surquoy faut noter ( ce qui eftaulsi eftrange entre ce peuple) que les Ameriquains ne demeu-rans ordinairement que Cinq ou fix mois en vn Iieu,cmportans puis apres les grof fçs pieces de-bois .amp; grades herbes dvTin T^mnimët da dont leurs maifons font faites amp;nbsp;cou- â^'ââ gt;'ââ'^-uertes » changent lainfi fouuentde place mergt;î. leurs villages,lefquels cependant retiennent toufiouj.s leurs nfcms anciens : de manière quenous en auons quelque fois trouvez dâefloignez ides lieux ou nous a-uros efté au parauant dâvn quart ou demi li.euê.Ce qui peut faire iuger à vn chacun puis que leurs tabernacles fontfiaifezà tranfporter, que non feulement ils nâont jq^ oen. point de grands Palais efleuez ( comme des Ind. quelquâvnà efcritxjpâil y a deslndiens au h-i-cha, Peru qui ont leurs maifons de bois fi bit ^ââ bâfties quâily a des Sales longues de 150. pasjSt larges de 80.) mais qui plus eft que
JOÃâ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
que nul de cefte nation dt T*ououjfhiim^ haoultj dont ie parle,ne commence logis, ni baftiment qu'il nepuiffe voir acheuer, voire faire amp;nbsp;refaire , plus de vingt fois en fa vie.Que fi vous leur demadez pourquoi ils remuent fi fouuent raefnage: ils nâont autre rcfponce, finon dire quâen ckangeât ainfidâair,ils sâen portetmieux, amp;nbsp;que sâils faifoyent autremét que leurs grands pcres,ils mourroyent foudaine-ment.Pour lâcfgard des champsamp; des ter ttr^â\quot; rcs:chacun pere de famille en aura bien fo^iiiit en a.u£si quelques arpensà part quâil choi-farncHher Ãj ^^ jj ^^^^ ' £^ commodité pour faire fon iardin amp;nbsp;planter ces racines,mais au refte,de fe tant foncier de partager leurs heritages moins plaider pour planter des bornes , afin de faire les feparations, ils . * laiffét faire cela aux enterrez, auaricieux âamp; chiquancurs de par deçà .
Z Q^ant à leurs meubles , iâay ia dit en plufieurs endroits de cefte hiftoire quels ils font : affauoir (pour en fairevn fom-maire)des lits de coto,quâils appclct/ȉ', faits les vns en manière de Rets ou filets à pefchcr,amp; les autres tiflus comme gros ^«â¢^ çancuats .⢠mais cftans pour la plulpart longs de quatre,cinq ou fixpieds,amp; dâv-nc braffe de large,plus oumoins,tous ont *'â¢'4.â deux boucles aux deux bouts faites aufsi de couton, aufqucllcs les Sauuages lient *â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;des
DB LâAMERlCtVï. ^07 ies cordes pour les attacher amp;pcndrc en f«o« Jt Pair à quelques pieces de bois mifes en Irauers cxprcircment pour ceft effet en leurs maifons . Q^e fi aufsi ils vont à la guerre , ou quâils couchent par les bois à la chaffej ou fur le bord de la mer, ou des huicres à la pcfchericjils les pendêt lors entre deux arbres.
Au demeurant les femmes qui ont tou te la charge du raefnage, font force Cannes amp;nbsp;grands vailfeaux de terre pour fai- f^*^^ te amp;nbsp;tenir le bruuage ditf#«»/»: fcmbla- ô-x/-«/«/-blemcnt des pots à mettre cuire , tant de f^'^ûa* façon ronde quâoualc: des pefles moyen, p^neifim nés amp;nbsp;petites , plats amp;nbsp;autre vaiifcllcdeâ*â' terre,laquelle cobien quâelle ne foit guère vnic par le dehors , eft neantmoins fi bien polie amp;nbsp;comme plombée par le dedans de certaine liqueur blanche qui jâen durcit,quâil nâeft pofsible aux potiers de par deçà de mieux accouftrer leurs poteries de terre. Mefmes ces femmes,faifant quelques couleurs grijafires propres à celtâ»r^f^â la,auec des pinceaux fouit mille petites gentileffcs, comme guilochis, lacs dâamours, amp;nbsp;autres drôleries au dedans de ces vailfellcs de terre, principalement en celles ou Ion tient la farine amp;nbsp;les autres viâdes:dc faço quâon eft ferui alfez hône ftemct:voire diray plus que ne font ceux qui ftfcruct de vaiffellc de bois par deçà .
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HISTOIRE
Vray eft quâil y a cela de defaut en ces pcmtrcircs : câeftquâayans fait auecleurs pinceaux ce qui leur fera venu en lafanta lie, fl vous les priez puis apres dâen faire delà mefme forte , parce quâelles nâont ^^ point dâautre proiet,pourtrait,ni crayon que la quinte clTence de leur ceruclle qui trotc,elles ne fauroyet côtrefaire le premier ouurage : tellement que vous nâen verrez iamais deux de meftne façon.
â Au furplus, corne iâay touché aiUcurJj nos Saunages ont des â Courges amp;nbsp;autres '^âlt;fflt;â ^ gros fruits mipartis Sgt;c creuféz , dequoy lie^'frui'ü. *^® ^°â'^^^â^leurs taflés à boire quâils ap pèlent iâoMÃ, quâautres petits vafes dot ils le feruent à autre vfage.. SemblabJcment certaines fortes de grids,amp; petits coffins f^'^cn.^ amp;nbsp;paniers faits amp;nbsp;tiflus fort propremét, Æ â¢./.'Æ' les vns de Iücs5amp; les autres dâherbes iau-nes comme gli ou paille de froment j lef queJs ils nomment âFanacon, amp;i tiennétli far,ineamp; ce quilcur plaift dedans. Touchant leurs aimcs,hïbits déplumes,lâengin nômépar cax- dïitracaramp;: autresleurs vtèncilcs, parce que iâen ay ia faid la de-feription en autre licü,à caufe de brieue-té te nâcn'feray'iicj autre mention , Voila donc les maifons. dc'nos Saunages faites amp;nbsp;mcublccs:amp; partant il eft temps de les aller voir au logis.
⢠Pour donc prédre cefte matière vn peu de haut
DE lâa M E R I QJV E. JOp dchautjcôbien que nos Tououp.xci^Q'jM^t fort humaincmci les cftrangcrs anus qui ^mfrij. les vont vifitcr)fi eftce ncâtmoins qiicJcs Tââ''quot; rrançois Si autres de par deçà qui n ente menrtn tient pas leur langage fe trouuent du cô- â¢J'''*'â»*'* mencement meriieilleufemen t eftonnez parmi eux.Et de fait la première fois que. ieles frequentay, qui fut trois femaines après que nous fufmes arriuez en lâIdc de Villegagnô quâvn Truchemet me mena aucc luy en terre ferme en 4. ou 5, vil-lagcs;quand nous fufmes arriuez au premier nomme Yabouracien lâgagc du païs, amp;par les Fraçois Pcpin(â caufe dâvn Na-uire qui y chargea vne fois dont le mai-ftrc sâappeloit ainfi ) lequel uâeftoit qu'à 'puirax» deux lieues de noftre Fortune voyât tour 'â' incontinent cnuironnedes Saunages,qui « me demandoyet ^farape-derere,igt;^fara- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'*
fe-dererCiC elt a dire comment as tu nom, f.^^^-.t/ut comment as tu nom(à quoy pour loi s ic n entendais que le haut Alcmand ) et au refte Tvn prenât mô chapeau quâilmit fur fa tefte, lâautre mon cfpce amp;nbsp;ma ceinture quâil ceignit fur fon corps tout nud lâautre ma cazaque quâil veftit: eux', di-ic, mâeflourdilfans de leurs cricrics, courans
de cefte façon parmi leur village auecmes hardes,nô fculemét ic penfois auoir tout perdu,maisaufsiicne faiiois ou iâceftois. Mais comme rcxperience me môftra plu-V S
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pluficurs fois depuis,cenâcftoitquc faute de fauoir leur manière de faire: car faifât â de mefmeà toâ ceux qui les vifitct,amp; prin ctpalemctà ceux quâils nâont point encor veusjapres qu'ils fe lot vn peu ainfi louez des befongnes qu'ils ontprinfes,ils rapporter amp;nbsp;render le tout à ceux à qui elles appartiennent. La deflus le Truchement mâayant adnerti quâils defiroyet fur tout de fauoir mon nom,mais que de leur dire Pierre,Guillaume ou lean,eux ne le pou uans pronôcer ni retcnir(cómc de fait au lieu de dire Icâ il difoyet A^w«)il me fal-loit accommoder de leur nommer quelque chofe qui leur fut cogncuë:ccla (corne il me dit'eftant fi bien venu à propos quemonfurnom Lery lignifie vneHui-Nim j,^â'^ en leur langage,ic leur di que ie mâap r^uthnr pelois Lery-ot^ouz câeft à dire, vue grolle quot;nbsp;â»âi^s* Huytre. Dcquoy eux fe tenans bien fatis faifts, auec leur admiration Teh! fcpic-nans à rire, dirent .⢠vrayement voila vn beau nom, Si nâauions point encores vcu de Jldair,c'eù à dire,dc François qui sâap pclaft ainfi.Et de fait ie puis dire que ia-mais Circé ne metamorphofa homme en vnefi belle huytre,ne qui difeourut fi bie auccVIyircs que iâay depuis ce reps la fait auccnos Saunages . Surquoyfaut noter quâils ont la mémoire fi bône, que fi toll que quelcû leur a vnc fois dit fô np quad par
DE LâAME RIQVM. 295 par manière de dire ils feroyent cent ans apres fans le reuoir5ilsnc lâoublieront jamais : ie diray tantoft les autres ceremo nies quâils obferuët à là receptio de leurs amis qui les vont voir. Mais pour le pre-fent pourfuyuà t à reciter vne partie des chofes notables qui mâaduinrent en mon premier voyage parmi les Tpuoup.le Tru chemét amp;moy,qui des ce mefme iour paf fans plus outre fufmes coucher en vn autre village nommé Euramiri (. les Fraçois lâappelent Gofct à caufe dâvnTruchemet aink nommé qui sây eftoit tcnu)trouuans furie folcil couchâtq nous yarriuafmes, les Saunages dâfâs amp;nbsp;acheuâs de boire le C4o«/«dâvn prifonnier quâils auoyct tué nâyauoit pas fix heures,duquel nous vif-nics les pieces qui cuifoyét furie BoucaNi ne demâdez pas fi à ce cômcnccmct ie fus eftonéde voir telle tragedic:toutcfois cô me vous entendrez cela ne fut rie au prix delà peur que iâeu bien toft apres,Corne dóe nous fufmes entrez en vne maifô de ce village,amp; felô la mode du païs,nous c-ftâs afsis chacun das vn lift de cotô pédu en lâair: apres que las femes (à la manière que ie diray ci apres)e.urent ploré,amp;: que le vieillard Mainre delà maifô eut fait fa haraguc à noftre bien venue , le Truche-mct,à quinô feulcmct ces façons de faire des Saunages nâeftoyét point nouucllcs,
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mais qui au refte aimoit aufsi bien a boire amp;nbsp;C^oKtwrquâeux, fa ns me direvn feul mot, ni mâaduertir de ficn sâen allât vers la giofle troupe de ces danfeurs, me laif-fa là auec quelques-vus : tellement que luirt cag- moy qui eftant las ne demandois quâà rc-'^Miriât'ur pof'^fâ^P/'^sauoir mange vnpeu de farine de racine amp;nbsp;d'autres viandes qu'on nous auoit pi efentees, me reuerfay amp;â couebay dâslc lidt de cotô fur lequel lâeftois afsis, Toutesfois outre quâà caufc du bruit que les Sauuages,danfans amp;nbsp;fifflans toute la nuit en mangeant le prifonnier, firent à mes oreilles ie fus bien rcucillcieu cores lâvn dâentre eux auec vn pied dâice-luyicuit amp;nbsp;boucané quâil tenoit en fa main, sâapprochant de moy me demandant (corne ie fccu depuis car ie ne lâentedois pas iors^ fiiâcn voulois manger,par cefte con tenance me donna vnc telle frayeur, que il ne faut pas demander fi iâen perdi toute enuie de dormir.Et de fait penfantque véritablement par ce fignal amp;nbsp;monftre de cefte chair humaine quâil mangeoit, me menaflant il me dift amp;nbsp;vouluft faii c ente-dreque ie ferois ainS accommodé; ioint comme vn doute en engendre vn autre, que ie foupçonnay tout aufsi toftque le Truchement mâayât trahi de propos dc-libcrc mâauoit abandonne amp;nbsp;liuré entre les mains de ces Barbares , fi iâeufte veu quelque
DE LâAMERIQVE. 313 quelque ouuêrturc pour pouuoir fortir de là amp;nbsp;mâcufiiirjic ne mây fulie pas feint. Mais me voyant enuijôné de toutes pars dcccuxdefqucls ignorantlâintétion (car ils ne penfoyent rien moins quâà me mal faire)ie croyoysfermemêt amp;nbsp;mâattendois deuoir eftre mange: en invoquant Dieu en mô cÅurjtoute cefte nuit là , ie laiffe à pefer à ceux qui eóprendrót bien ce que ie di, amp;qui fc mettrôt en ma place,fi elle nie fcbla 16gue.Or le matin venu que mô Truchemét,lequcl en dâautres maifôs du village auoit rjb^toute la nuit aucc Ics â/f*' ^''âP2Pâ^*^*^? â*^â Saunages,mevint retrou-y/'y lier,me voyant,comme il me dit, non feu lement blcfoie amp;nbsp;fort deffait de vifage, ^ .h niais aulsTprefque en laficurcjmedemâ-dant fl ie me trouuois mal,amp; fi ie nâauois pas bien repofé : apres quâencorcs tout cfperdn que ieftais ic luy eu refpôdu en eolcre quâon mâauoit voircment bien gar dé de dormir ,amp; quâil eftoitvn manuals homme de mâauoir lailfé de cefte façon parmi ces gens que ie nâentendois point: ne me pouiiât râaffeurcr,ie le priay quâen diligence nous nous oftifsions de là . Luy ladclfus mâayant dit que ic nâeufle point de crainte, amp;nbsp;que ce nâeftoit pas à nous quâon en vouloir, apres quâil eut le tout recité aux Saunages,lefquels sâcfiouiiTans de ma venue mepenfans careflernâauoyét
^i^I4 HISTOIRE bouge dâauprès de moy toute la nuit,eux ayans dit aufsi quâils sâcftoyent aucune-mét appcrccus que iâauois eu peur dâeux amp;nbsp;quâils en eftoyent bien marris,ma con-folation fut ( félon quâils font grâds gauf feurs) vne rifee quâils fret de ce que fans y penfer ils me lâauoycnt baillée fi belle. Le Truchement amp;nbsp;moy fufmes encores delà en quelques autres villages , mais me contentant dâauoir récité ce que def-fus pour efchantillon de ce qui mâaduint en mon premier voyage parmi les Sauua ges,iepourfuyuray à la généralité.
Pour dôcques declarer les ceremonies que les Touaupinamlfoults ) obfcruentà lâ reception de leurs amis qui les vont vifi-ter.II faut en premier lieu , fi toll que le voyager cftarriué en la maifon du Mouf /acAtsc^ à dire bô pere de famillequot;qui do ne à manger aux paflans quâil aura choifi pourfon hofiefee quâil faut faire en chacun village ou lâon frequen te,amp; fur peine de le facher quand on y arriue nâaller pas premiercmét ailleurs) que sâafleât dûs vn lift de coton pendu en lâair il y demeure quelque peu de teps fans dire mot. Apres cela les femmes venus à lâétour du lift, fa ^mtri-^ croupiras, les felTcs cotre terre, amp;nbsp;tenas ?XLXm les deux mains fur leurs yeux,en plorans de celle façon la bien venue de celuy dót fera quâeftion, elles diront milles çhofes à fa louange.
HISTOIRE
Comme pourexcmplc:tuas pristant de peine à nous venir voir:tu es bon : tu es vai!lât:amp; fi c'eft vn François,ou autre cftranger de par deçà ,elles adioufteront: tu nous as apporté tant de belles befon-gncs,dont nous n'auons pointen ce pays: bref,comme f»y dit,elles en icttant de groÃes darmes tiendront piuficuis tels p ropos d'apIaudiflcmcsSi flatte ries. Que fl au réciproque le nouucau venu afsis dans Icliétlcur veut agiter: en faifant bonne mine de fon cofté sâil ne veut plo-rer tout a fait, comme iâen ay veu de no-ftre nation qui oyant la brayene defes femmes auprès dâeux efloyent fi veaux dâen venir iufques là ) pour le quot;moins leur refpondant iettât quelques foufpirs faut il quâil en face fcmblant. Cefte première falutation faite ainfl de bonne gra ce par ces fernes Ameriquaines, Ic/Wô«/^ facat,cefii à dire vieillard raaiftre de la maifon,lequel anfsi de fa part aura eflé vn quart dâheure fans faire fcmblant de vous voir(careflc fort contraire à nos cm braflcrncns,accollades,baifcmens amp;tou-
A^ou/- chemés à la main à lâarriuec de nos amis) venant lors à vous: vous dira, prcmierc-
facat. reefi^ant funhtÃe-
ment Ere-iohbiiCcÃ: à dire es tu venu?puis comment te portes tu? que demandes tu? amp;c.à quoy il faut refpondre félon que verrez ci après an colloque de leur langage
DE lâa M E R I QV E. 517 langage. Cela fait il vous demandera fl vous voulez manger,que fl vous refpon-dez qu*ouy,il vous fera foudain appre-fter amp;nbsp;apporter dans de belle vaiflcilt de terre tat de là farine quâils mâgêt au lieu de pain,que des venaifons,volailles,poif fons,amp; autres viandes quâil au a : mais parce quâils nâont tables,bancs,ni fcabcl-lcs,Ic feruice fe fera à belle terre dcuant vos picdsiquant au bruuage fl vous voulez du^.î9aj» amp;nbsp;qu'il en ait de fait il vous en baillera aufsi. Semblablement apres que les femmes ont pleure auprès du paflât,afin dâauoir de luy des peignes, iniroucrs,ou petites patenoftres de verte quâon leur porte pour mettre à lâentour de leur bras , elles luy apporteront des fruits,ou autre petit prefent des cho fes de Icur pays.
Que fi au Surplus on veut coucher au village ou!on eft arriué,le vieillard non feulement fera tendre vn beau liâ blanc, mais encore outre cela (combien quâil ne face pas froid en Icur pays,) à caufe de lâhumidité de la nuit amp;nbsp;à leur
mode,il fera faire trois ou quatre petis feus à l'entour du hél, Icfqucls feront fouuent ralumei la nuit aucc certà ins pc _ ^ tis ventauxjquâils appellent 'ratap!couttiy'â^*â/»^lt;i'^/^ faits delà façon des contenances que les/* ^^'*â¢â¢'â⢠Dames de par deçà tiennent deuà t elles
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auprès du feu de peur quâil ne leur gafte la face.Mais puis quâen traitant delà police des Saunages iefuis tombé à parler du feu,lequel ils appellent Ttlt;/lt;?j amp;nbsp;la fu-J«M»4^« quot;â^® 7'atattgt;i,ie veux aufsi declarer rinué ftlt;.r^âij tion gentille amp;nbsp;incognue par deçà quâils êif^imît ontd enfaiie quad il leur plaid.Dâautant icfru: amp;nbsp;dôcquesquâaymâs fort le feu ilsnedcmcu i'Z»âXâ rétguercs en vn lieu fans en auoir,princi cognent palemét la nuit quâils craignét merucil-d^èt/nire. Icufemct dâcftrc furprins dâ^y^nan, câeft à dire du malin efprit lequel comme iâay dit ailleurs les bat amp;nbsp;les tourmente fou-ueniifoit quâils foyent par les bois à U chalfe ou fur le bord des eaux à la pefehe rie)OU ailleurs par les cbâps:au lieu que nous nous fcruons à cela de la pierre 3C duJulU dont ils ignorent lâvfagejayanscn rçcompenceen leurs pays de deux certai nes cfpçccs de bois,dót lâvn prefque auf-fl tendre que sâil cftoit à demi pourri gt;nbsp;amp;nbsp;lâautre au contraire aufsi dur que celuy dequoy nos cuifiniers font des lardoircs: quant ils veulct allumer du fcujils les accommodent de celle forte. Premiercmet
f , ,. après quâlis ont aprimé amp;rcduaufsipoin »1^1 IV^* tu quâvn fjxfeau par lâvn des bouts vn ballon de ce dernier,de la longueur dâenui-ron vn picd,plantantcclle pointeaumi-licu dâvne piece de lâautre,que iâay dite-ftre fort tendre,laquelle ils couchet tout
DE LâaMERIQJ^mJ JOJ a plat contre terre, ou la tiennent fur vu z ^ . tronc,ou groffe bu^he,cn façon dc^otc-A*â^ ce renucrfec:tournât puis apres fort fou*'*quot;quot;*'â Vainement ce ballon entre les deux pau- » nies de leurs mains,comme sâils vouloyct forer amp;nbsp;percer la piece de delTous de part en part, il adulent que de celle, roidc a-gitation de ces deux bois qui font ain-fi comme entrefichez lâvn dans lâautre, il ⢠â : -fort non feulement de la fumee, mais auf fi vne telle chaleur quâayans du coton,ou des fucilles dâarbres bien fcches toutes
pteftesCainfi quâil faut auoir par deçà le drapeau^ruflé ou autre cfmorce auprèslt;^ Irs fin furil)lc feu fi emprend fi bien que iâaf-feure ceux qui mâen voudront croire, en auoir moy mefme fait de celle façon: Nô pas cependant que pour cela ie vucillc di te moins croire ou faire acroirc ce que quclquâvn a mis en fcs efcrits : alfauoir que les Saunages de iâAmeriquc(qui font Theuet, ceux dont ie parle à prcfent)auant celle in j^^^*^ uention de faire feu feichaflent leurs viS-ç^jj. ,; des à la fumee: car tout ainfi que ie tien celle maxime de Philofophie tournée en prouerbc élire très vray, alîauoir quâil nây a point de feu fans fumee: auf-fi par le contraire eftime-ie celuy nâe-llrepas bon naturalille qui nous veut faire accroire quâil y a de la fumee fans feu. lâentend de la fumee laquelle
HIS T.O IRE
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' *1 â ^lt; net- comme ccluy dont ic parle veut donnera entendre, pu lire cuir,ties viandes : tellement que ii pour folution il vouloit ale-guer quâil a entendu parler des vapeurs amp;nbsp;exhalations , la refppnec fera,attendu que tant sâen faut quâelles les puiffentfeir cher, qu'au contraire,,fuit chair ou poif-fon,.elles les rendroyét pluftoft moites amp;nbsp;K^l-.yj, huimdes,que câen fe moquer du monde.
Partit puis qceftauûeur tantenfaÃof-mog. quâaillcurs , fe pJaind'fi fouuentde çeux lefquels ne parlas pas à fon grc des matières quâil a touchées , il dit nâauoir pas biélcu fes eferits, ic prie les lecteurs dây biê noter Ic paffage ferial que iâayco-té ,dc fanouuellc amp;nbsp;enaude fumec,laquelle iç luy renuoye en fon cerucau de vent.
J Retourpât doc à pailer du traitcmét que les-Saujuges içntà cepxqui les yont vir fiter 5 après quâen 1^ minière queiâay dit ; ilcyijs hoftes ont hçujamp; roan gé,fc font rc-* : -pofeXj^ó ont couche en le urs rpaifôs,s'ils tintenter foût honneftes,üs haUlent ordm^inîmét ftnhtfieeà '^^;g çouftcaux , dcs çizcaux, OU pincettes ,^ââquot;'ââ ù anaçher fa bathe aux hommes: aux fern ^/ *-^ rnesdi^s peignes amp;nbsp;des thifoirsnamp; ence-rCs aux petits garçon des haims à pcf. cheii.Quc fi au refie.ona afaire de viures ou autres chofes de ce quâils ont, ayant demandé quecâeft quâils vculct pour cela, quad 011 leur a baillé ce dequoy on-fera con-
DE LâaMERIQJ^E?
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racouenujonlc peutcmportcramp;sâê aller. Au furplus parte i.côme iâay dit ailleurs) que nâayans cheuauxj Afnesjni autres be-ftes qui portent ou qui charrient en leur pays la f açon ordinaire eftquâily faut aller à beaux pieds fans lace,toutefois fi .les palTans eftrâgers fe trouuét las,en prefen tans vn coufteau ou autres chofes.aux Sauuages,prompts quâils font à faire plai fira leurs amis , ils sâoffriront pour les ^â«â¢â«ttt porter.Et de fait il y en a eu tels qui noUs ayans mis la tefte entre les cuiflés , nos /*⢠p'ntnt iambes pendantes fur leurs ventres,nous ont ainfi portez fur leurs efpaulcs plus'ââr «l, dâvnc grade lieue fans fe repofer : de faç5 que fi pour les foülager nous les vouliôs quelques fois faire arrefter^ euxferaoe-quans de nous difoyent en leur langage: amp;nbsp;comment penfez vous que nous foyô j femmes , ou fi lafçhcs de cÅur, que nous puifsions défaillir fous le faix ?Plu. ftoftmeditvne fois vn qui mâauoit fur foncol,iete porterois toutvn iourfans ceffcrdâaller.-tellemétquc. nous autres de
^ noftre coftérians à gorge defployce?, fur.ç,^^â.,â...^,.//,, 'â'tes Traquenards à deux pieds , les voyas fri^uf^ fi bien délibérez,en leur applaudiffans amp;i âââgt;â â1^ ââ mettans encores,corhme on dit,dauanta-
1 nbsp;nbsp;gc le cÅur au ventre,leurs difions: allons / *
doncques toufiours.
Quant à leur charité' naturelle,fediftri
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;X
^ÃÃ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R E
5««u»5« buan» amp;nbsp;faifans iournellement prefens KMureUt. jp5 yns jux autres des vcnaifonSîpoiflôsj 'tMu. quot;'^' fruits,amp; autres biens quâils ont en leur pays,ils lâexercent de telle façon, que nô feulement vn Saunage,par manière de di re,mourroit de honte sâil voyoit auprès de loy fon prochain, ou fon voifin auoir faute de ce quâil a en fapuilfance, mais aufsi,comme ie lâay expérimente, ils v-fent delamcfmc libéralité enuers lesc-ftrangers leurs alliez . Pour exemple de-quoy ic diray que cefte fois(ainfi que iâay ia touché au dixième chapitre) que deux Fraçois amp;: moy nous eftà s cfgarez parles bois,cuidafmcs eftre deuorez dâvn gros amp;nbsp;cfpouuâtablc Lézard, ayans outre cela refpacede deux iours amp;nbsp;dâvne nuit que nous demeurafmes perdus enduré grand faim,nous eftans finalement rctrouuez en vn village nommé â7â^aa,ou nousauiôs cftédâautres fois,il nâcft pas pofsible dâe-ftre mieux reccu que nousfufmes des Sau uages de ce lieu là . Car en premier lieu, nous ayans ouy raconter les maux que nousauions endurcz;mcfme ledanger ou nous allions cfté deftre nonfeulemcnt de uorcz des beftes cruelles, mais aufsi dâc-ftre prins amp;nbsp;mâgez des Mar^aiafi nos en nemis amp;nbsp;les leurs , de la terre defqucls (fans y penfer) nous nous cftions approché bien près: parce di ic quâoutre cela palfans
toE lâamertqve. 5J^ paffans par les deferts , les efpincs nous auoyent bien fort cfgratincz , eux nous voyans en ici eftat en prindrent fi grand pitié, quâil faut qu il m elchape de dire ^ueles recepnós hipocritiqucs de ceux de par deçà qui nâvlent que du plat de la langue pour la confolation des ahugez, eft bien efloignee de I fiumanite de ces genS,lcfqucls neantmoins nous appellôs barbares Pourdôcques venir à rcîfet,a-pres qu'aucc de belle eau claire quâils fu-lent quérir exprès , ils curent commen- l'h«»â«»^^ «épar là (qui me fit relouuenir de la fa-'quot;^*â^ fondes Anciens) de lauer les pieds amp;nbsp;les ïambes de nous trois François qui e-ftions afsis chacun en vn lief à part, les vieillards qui des noftrc arriuce'auoyent donne' ordre quâon nous appreftaft à man ger,mcfmes ayans commandé aux fem-
â¢Ã¯ies quâen diligence elles nous hlfcnt de la farine tendre (de laquelle comme iâay dit ailleurs , iâairoerois autant manger ^ucdu mojet de pain blanc tout chaut) nous voyâs vn peu rehaifehis nous firent îufsi toft feruir à leur mode de force bonnes viandes , comme de venaifons, Volailles, poiflons » amp;nbsp;fruits exquis dont ils ne manquent iamais.
Dauâtage lcfoii venu,afinque nous re pofifsions plus à noftrc aife, le vieillard loftrc hofte,ayant fait öfter tous les cn-
3^4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
fans dâauprès de nous. Je matin a nofire ' refueil nous dit;amp; bië yhour-aj/'afx : teeft à direparfaits alliez;auc2 vous bien dormi cefte nuit? Aquoy luy eftant fait rcf-ponce que fort bicn,il nous dit : repofez vous encores mes enfans , car ie vis bien hier au foir que vous cftiez fort las. Bief il mâeft malaife dâexprimer la bonne chcrc qui nous fut faite lors par ces Saunages, Jcfquels à la vérité,pour ledire en vu mot,firent en noftre endroit ce que aa.18. i. faint Luc ditaux Aftes des Apoftrcs,que ^' les Barbares de flflc de Malte pratiquèrent enuers faint Paul, amp;nbsp;ceux qui c-ftoyent auec luy apres quâils eurent cf-chappc le naufrage dont il eft la feit mé-tion.Or parce que nous n'allions point parpays qucnous nâeufsions chacun vn fac de cuir plein de mercerie,qui nous fer uoit au lieu dâargent pour conuerfer par mi ce pcuplc,au départir de là ,jnous bail lafmes cequâil nous pleut: aflauoir com-â me iâay tantoft dit que câeft la couftume, â¢uif'n'i' des coufteaux , cizeaux , amp;nbsp;pincettes aux Pâ'*Sâ^® mirouersamp; htaedets dej^utons de verre aux femmes: amp;nbsp;tâes hameçons à pefeher aux petis garçons.
Sutquoy aufsi afin que ie face mieux entendre combien ils font cas de ces chofcs:ie reciteray que moy eftant vn
DE lâaMERIQVE. 325 vn jour en vn village,mo MouJfacatiçâcü adiré celuy qui mâauoit rcceu chez foy, mâayant prie de luy monfti er tout ce que iâauois dans mon j^aramento , câcftà dirc , dans mon fac de cuir, apres qui! meut''* f fait apporter vue belle grande vaiflelle de T^teitmi. terre dans laquelle i'a^eng^ay tout mon ^quot;7,ây7i cas:luy sâcfmerucillant devoir cela , ap- mem 11 pelant foudain tous les autres Saunages ^â^X* leur dit: ie vous prie mes amis de coii-w«ri/).îrfi-fiderer quel per fonnage iâay en ma mai-^'* foil: car puis quâil a tant de richcfles ne faut il pas bien dire quâil foit quelque grand seigneur ? Et cependant comme ic ' dis en rjât cotre vn micncôpagnon qui c-ftoit auec moy,tout ce que ce Saunage e-ftimoit tant,qui cftoit en fomme cinq ou f'x tourteaux emmanchez de diucrfcs fa-ÃÃs,autât de peignes,deux ou trois grads tfirouers, amp;nbsp;autres petites befongnes, tâeurt pas vallu deux tertons dans Paris, lâartant fuyuant ce que iâay dit ailleurs, ^tiâils aiment ceux qui font libéraux, me 'voulant encores moy mefme plus exalter Huâil nâauoit fait, ie luy baillay gratuite-âquot;êt amp;publiquement deuant tous le plus gtâdamp;plusbeau de mescourtcaux,duquel df fait il fit autant de coteque feroit quel 5â*âvn en nortre France, auquel on aurait 'sitprefent dâvne chainedâor de la valeur decent efeus.
Jtfî
HI S TOl RE
. Æ Que fi vous demandez maintenat plus outre, fur Ja fréquentation des Saunages de lâAmérique dont ie traite maintenant: Stu-Kifft aflauoir fi nous nous tenions bien affeu-hyauxa j.ç2 parmi eux,ie refpond que tout ainfi Itnrixmn nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
qu iIs liaificntfi mortellement leurs ennemis,que comme vous auez entendu ci deuant,quand ils les tiennent, fansautrc compofition ils les affommét amp;nbsp;mangét: par le contraire ils aiment tant eftroite-incnt leurs arms amp;nbsp;confederez , tehque nous cftions de cefte nation nômee Tou-euptnamlgt;aoultii(]ue pluftoft pour les garé tir,amp; auant quâils receuffent aucun def-filaifirils fe feroyent mettre en cent mil-
e pieces, ainfi quâon parlc:tclJcment que ' les ayant expérimentez, ie me ficrois, amp;nbsp;me tenois lors plus à fcurté entre ce peu pie que nous appelions Saunages,que ie ne ferois maintenant en quelques endroits de noftre France auec les François defloyaux amp;nbsp;degenerez : ie parle de ceux qui font tels;car quant aux gens de bien, dont par la grace de Dieu le Royaume | nâeftpas vuide, ie ferois bien marry de i toucher à leur honneur. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j
Toutesfois, afin que ie dife le pro amp;nbsp;le contra de ce que iâay congneu eftant parmi nos Ameriquains,ie reciteray encores vn fait contenant la plus grande apparence
DE LAMERIQ^E. 527 apparence de danger ou ieme fois jamais Di/oun veu entre eux. Nous cftans doneques vn iour inopinément rencontré fix François en ce beau grand village âD'ocaranfin duquel iâay ia plufieurs fois fait mention ci defl'us,diftant de dix ou douze lieues de noftre Fort, ayans refolusquot; dây coucher, nous fifmes partie à lâarc, trois contre trois pour auoir tant des poulies dâIndes quâautre chofe pour noftre fouper. Tellement quâeftant aduenu que ie fus des pcrdans,comme ie cctchois des volailles à acheter parmi le village,il y e ut vn de fes petis garçons François ,que iâay ditdu commencement que nous auions menezdäs le Nauire dcRofec pourappré dre lalanguc)lcquel fe tenoit en ce village qui me dit: voila vne belle amp;nbsp;grafle cane dâIndc,tuez la vous en ferez quitte en la nayantree que ( parce que nous auions fouuent ainfi tué des poulies en dâautres villages dont les Saunages cnlcscôtentâs ne sâeftoycnt point fachez)nâayant point fait difficulté de faire,après que iâeu cefte Cane morte en ma main ie mâen allay en vne maifon,ou prefques tous les Sauua-gcs dcce lieu eftoyent alfemblcz pour Caouiner. gt;
Ainfi ayant la demandé à qui cftoit la Cane afin que ie luy payaf-fe , il y eut vn vieillard , lequel
X 4
528 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
fe prefentant aucc vnc aflez mauuaife .Æ .⢠trongne,mc dit,câcft à moy. Que veux tu que ie tâeu donne luy di-ie? vn coufteau, refpondit-il:auquel fur le champ en ayât voulu bailler vn,quand il lâeut veu il dit, iâen veux vn plus beau;ce que fans répliquer luy ayât prcfenté,il dit quâil ne vouloir point encores de ceftuy là .Que veux tu donc,luy di-icquc ic te donnc?vnc fer pc dit-il. Mais parce quâoutre que cela eftoit vn pris du tout excefsif en ce pays â¢â¢â¢â¢.*4- là , de donner vnc ferpepour vne c^nc, ic nâen auois point pour lors,ieluy^is quâil fe contentaft sâil vouloir du fécond cou-ffeau que ie luy prcfcntois , amp;nbsp;quâil nâen auroit autre chofe. Mais la dclTus le Truchement qui cognoilToit mieux leur façô de faire f combien quâen ce fait là il flift aufsi bien trompe que moy ) me dit,il eft bie fache, amp;nbsp;quoy que sâen foit il luy faut trouucr vne ferpe.Parquoy en ayant emprunte vnc du garfon dót iâayparlc,quâd ic la voulu bailler à ce Saunage, il en fit derechef plus de refus quâil nâauoitfait auparauant des coufteaux ; de façon que mefachant de Cela,pour la troificme fois, ic luy dis : que veux tu doitc de moy ? A quoy fui ieufement il répliqua , quâil me vouloir tuer comme iâauois tué fa Cane: car, dit-il, parce quâelle a efté à vn mien ffercqui eft mort,ie lâaimois plus que chofe
5
DE tâA M E R I Q_V E. 529 cKofe que iâeufTe. Et de fait de ce pas mo homme sâen alla quérir vnc efpcc5ou plu ftoft grofle malfuc de bois, de cinq à fix pieds de long, amp;nbsp;sâen reuenant tout fou-dain vers moy , ilcontinuoit toufiours de dire quâil me vouloir tuer.Q^i fut dóe bienesbahi ce fut moy: amp;nbsp;toutesfois,come il ne faut pas faire le chien couchant, (comme on parlc;.ni le craintif entre cefte nation, il ne falloir pas que iâenfifi'e fem-blant.La deffus IcTruchcmentqui eftant afsis dans vn lift de coutonpendu entre le quîTrclleur amp;nbsp;moy , mâaduertiflant de ce que ic nâentëdois pas,me dit: dites luy tenant voftre efpcc au poing,amp; luy mon-flrant voftre arc amp;nbsp;vos flefehes , à qui il penfe auoir affaire? cai: quat à vous,vous eftes fort amp;nbsp;vaillant, amp;nbsp;ne vous lairrez pas tuer fi aifément quâil penfe . Somme faifant bonne mine amp;nbsp;mauuais icu , ainfi quâon dit, après pluficurs autres propós que nous eufmes ce Saunage amp;nbsp;moy(fans fuyuant ce que iâay dit au commenceme t de ce chapitre que les autres fiflent aucun femblant de nous accorder'» yurc que il cftoit du Cao'iiin qu'il auoit beu tout le long du iour , sâen alla dormir amp;nbsp;cuner fan vin: amp;nbsp;moy amp;le Truchement fouper amp;nbsp;manger fa Cane auec nos compagnôs qui nous attcndans au haut du village,ne fauoyent rien de noftre querelle. Or ce-
H I s T o I R'E
350
pendant,comme Piffiie môftra,les ToHou-fifiambaoultt fachis bien que sâils auoyct tué vn François , la guerre irréconciliable feroit tellement déclarée entre eux (cftans ia ennemis des Portugais } quâils fcroy et priucz à iamais dâauoir de la mar chandife, tout ce que mô lourdaut auoit fait nâcftoit quâen fc iouât. Et de fait s'e-ftant refueillé cnuiiô trois heures apres, il mâenuoya dire par vn autre Sauuage» que iâeftois fon fils , amp;nbsp;que ce quâil en a-uoit fait,nâcftoit que pour mâefprouuer, amp;nbsp;voir à ma contenance fi ic ferois bien la guerre aux Portugais amp;nbsp;aux Margat/tf leurs ennemis. Mais cependant demon cofte afin dcluy öfter lâoccafion dâen faire autant vne autre fois, ou à moy ou autre des noftres ; ioint que telles rifecs ne font pas fort plaifantcs , non feulement ie luy manday que ie nâauois que faire de luy, amp;nbsp;que ic ne voulois point depere qui mâefprouuaftauee vne cfpce au poing mais aufsi le lendemain entrant en la mai fon ou il cftoit, afin de luy faire trouuer meilleur , ic donnay de petits coufteaux amp;nbsp;des haims à pefeher aux autres tout auprès de luy, qui n'eut rien . On peut donc reçu' illir tant de ceft exemple , que de lâautre que iâay récité ci deflus de mô premier voyage parmi les Saunages , ou pour lâignorâcc de leur couftume enuers noftre
DP. 1. A M E R I QV E. 5JI noftre nation ic cuidois eftre en danger, que ce que i ay dit de leur loyauté enuers leurs amis demcuic toufiourk vray 8é fer me:aflauoir, quâils fct oycnt bien mari is de leur faire dcfplaifir. Surquoy pour cô clufion de ce point,fadioufteray que fur tour les vieillards, qui par le paÃe ont eu faute de cojgnecs , ferpcs amp;nbsp;couftcaux/*'/ââ*-'!'^ (quâils trouuent maintenat tant proprc^/''^'â^ pour couper leur bois amp;nbsp;faire leurs arcs^V^'' 5**^ amp;nbsp;leurs flefches ) non feulement traitent fort bien les François, mais aufsi exhortent les ieunes gens dâentre eux de faire le fcmblable à lâaduenir.
CHAP. XIX.
Comment les Saunages fe traitent en leurs fnalatHes'.enJèmble lie leurs Jèpulrures amp;nbsp;fùne-raillst amp;nbsp;lies ^rantis pleurs iju^ls fins apres leurs morts.
OvR donques mettre fin à parler de nos Saunages de lâAmérique, il faut fauoir comment ils fe gouuernc nt tant en leurs maladies quâÃ
la fin de leurs iours: câeft à dire quand ils font prochains de la mort naturelle . Sâil adulent donc quâaucuns dâeux tombe ma-
^jx histoire
Jade après quâil aura monftré amp;: fait enté dre ou il fent Je mal,foit aux bras ïambes ou autres paities du corps , ceft endroit là fera fuccé auccla bouche parlâvnde fcs amis: amp;nbsp;quelques fois par vnc manière dâabufeurs quâils ont entre eux nom-â¢p^fn mt fj^ç2 Tâaies, qui eft à dire Barbier ou Me-âtintM^â. decin ( autres que les Laraihet dont i ay parle traitant de leur religion ) lefquels non feulement leur font accroire quâils leur arrachent la maladie mais aufsi que ils leur prolongent la vie. Cependat outre les fièvres amp;nbsp;maladies communes de nos Ameriquains, à quoy corne i ay touché ci deuant à caufe de leur pays bien tempere, ils ne font fi fuiets que nous fommes par deçà , ils ont vnc maladie 'm~ â¢?«gt;««lt;-curable quâils nomment T»««/, laquelle ^teuft, lt;^o^ûJcn qu ordinairement elleprouien-ne Si fc prenne de paillardifc, iâay néant-moins veu auoir à de icuncs encans Icf-qucls en eftoyent aufsi couuerts quâon en voit par deçà eftre de la petite vérole. Mais au refte cefte contagion fc conucr-tiffant en puftulcs plus larges que le pou cejefqucllcs sâefpâdét par tout le corps, voire iufquâau vifagc , ceux qui en font entachez en portent aufsi bien les marques toute leur vie, que font lc^_ycro-Jçz amp;nbsp;chancreux de par deçà de leur tur pitude amp;nbsp;vilenie. Et de fait iâay veu en ce pays
DE lâaMERK^VE. 33J
ce pays-là vn Truchement,natif de Rouen , lequel s cftant veautré en toutes fortes de paillardifes parmi les femmes amp;nbsp;filles Saunages,en auoit fi bien reccu fon falait e,que fon corps amp;nbsp;fon vifage eftans aufsi couuerts amp;nbsp;desfigurez de cesT»/?«/, que s'ileuftefte vray ladre , les places y eftoyent tellement imprimées quâimpof. fible luy fut de les iamais effacer : aufsi eft cefte maladie la plus dangcicufcen cefte terre du Brefil. Ainfi pour reprendre mopremierpropos,les Ameriquains ont cefte couftume, que quant au traitement de la bouche de leurs malades: fi celuy qui eft detenu au lier dcuoit demeu mtnt trM~ ver vn mois fans manger on ne luy en dó ^^'jj**^* nera iamais qu'il nâen demande : mefmes ' quelque grieue que foit la maladie,lcs au très qui (ont en fanté, fuyuant leur couftume,ne laifferont pas pour cela,buuans fautas amp;nbsp;chantas,de faire bruit autour du poure paticttlcquel aufsi de fon cofte fâchant bien quâil negagneroit rien de sâen fafcher,aimc mieux auoir les oreilles rô pues que dâen dire mot. Toutesfois sâil aduient quâil meure, amp;nbsp;fur tout fi câeft quelque bon pcre de famille , la chantre-rie eftant foudain tournee en pleurs , il* lamétcnt de telle façon que fi nous-nous trouuions en quelque village ou il y eut vn mort,ou il ne falloir pas faire eftat dây
334 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H r s T o T R E
coucher, ou ne fe pas attendre de dormir la nuit.Mais principalemêt câeftmerucil-* le dâouyr les knimcs iefqucJles braillans fl fort amp;nbsp;fi haut que vous diriez que ce font hurleniés de chiens amp;nbsp;de loups font conimunémcnt tels regrets amp;nbsp;tels dialogues. Il eft mort, dirontles vnes en trainant leur voix, celuy qui eftoit fi vaillat, amp;nbsp;qui nous a t.ant fait manger de prifon-nicrs. Puis les autres en cfclatant de mef me refpondront. Oque câeftoit vn bon chaficur amp;nbsp;vn excellent pefeheur : Ha le braue aflommeur de Portugais amp;nbsp;de Jl^ar^jiias, defquels il nous a fi bien vengez, dira quclqu'vne parmi les autres.tel Jcment que parmi ces grands pleurs sâem braflans les bias amp;nbsp;les efpaulcs I vnç de lâautre sâincitans à qui feraJe plus grand dueil : iufques à ce que le corps foit ofté de deuant elles, elles ne cefleront en de-chifi ant amp;nbsp;recitantainfi par le menu tout ce quâil aura fait amp;nbsp;dit en fa vie, de faire de longues xiricllcs de fes louanges.
33^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;K X s T o I R fi
Bref, à la manière que les {£mes de Bearn ainfi quâon dit, faifans de vice vertu en vue partie des pleurs quâelles font fur leurs maris dcctdc2,chantct Lamiamou, J^a mt amou:(^ara ritienfioeildefplendou'. (^a ma leuge lgt;ef dan/adou'. La meiaien) Lo mâe-fiurhaf : mati depes : fort fard au lheit Câeft à dire mon amo ur: Mon amour vi-fage riant, Åil de fplendeur,iambe lege re,beau danfeur,le mien vaillant,le mien cfueillé,matin debout forttard au liét:voi rc corne aucûs difentquc les femmes en quelques endroits de Gafeongne adiou-ftent, Yere, yere, 0 le ief rene^adou 0 le bet iougadou ^u'here : câeft à dire, bêlas bêlas,ô le beau renicur,ô le beau loueur quâil cftoit:ainfi en font nos poures Ame riquaines;lcfquellcs au furpP au refrein de chacune pofe adiouftant toufiours , il eftmort, il eft mort celuy duquel nous faifions maintenant le dueil, les hommes leur rcfpondant difent : Hclas il eft vray nous ne le verrons plus iufques à ce que FtjTet amp;nbsp;nous foyons derrière les montagnes,ou, rXL^wâ^^^^'^'â^ â^°^'^ enfeignent nos ^araihes, nortstn nous danferons aucc luy amp;nbsp;autres pro-^mtri^ut pfjg femblables quâils adiouftent. Or ces querimonics durant ordinairement demy iour(carils ne gardent guercs leurs corps morts dauantage)apres que la fof-fe aura efté faite,non pas longue à noftre
DE LâAMERIQVE. 537 lîiode,ains ronde amp;nbsp;profonde comme vn grand tonneau à tenir le vin,le corps qui aufsi incontinent apres aiioir cftc expiré aura èftéplié, les bras amp;nbsp;les iambes liez alentour,fera ainfi enterreprefques tôutAââââ^âââ debout: mefme (comme fay dit) b câcftâ'vo« quelque bon vieillard qui foit decedé , il l'^miri^. fera cnfepulturédansfa maifon cnuelop-pé de fon liéi de couton,voire on enterrera auec luy quelques coliers, plumafle-rics,8t autres befongnes quâil fouloitpor inyiux eu ter^quand il eftoiten vie.Sur lequel pro- ^r«r/.1quot;quot; pos on pourroit alléguer beaucoup dâexemples des Anciens qui en vfoyent de celle facon:comme eeque dit lofephe qui fut mis au fepulchrc de Dauid ; amp;nbsp;ce que les hiftoriens ptophancs tefmoignentde tant de grads perfonnages qui après leur mort ayans efté ainfi parez de loyaux fort précieux le tout eft pourri auec leurs corps:amp; pour nâaller plus loin de nos A-meriquains , comme nous auonsia allégué ailleurs , les Indiens du Peru terre continente à la leur enterrans auec leurs Rois amp;nbsp;Caciques grande quantité dâor Sê de pierres precieufes , plufieurs Efpa-gnols de ceux'qui furentlcs premiers en celle contrée reccrebans les defpouilles de fcs corps morts iufquesaux tombeaux amp;nbsp;croies ou ils feauoyet les trouuer,enfuf**y^ rentgrandemét enrichis.Toutefois pour
3S«
HISTOIRK
Ãrr^Uf
Vraytment di^bob^Hf
retourner à no3'rououpinamlgt;4oultiydepvis que les François ont hanté parmi eux ils n'enterrent pas fi couftumicremcnt les chofes de valeur aucc leurs morts, quâils faifoycnt auparauât:mais ce qui eft beaucoup pire oyez la plus grande fuperfti-tion qui fc pourroit imaginer en laquelle ces poures gens font detenus. Désla premierenuit dâapres quâvn corps, à la façon que vous auez entendu,a eftéenter ré,eux croyans fermemet que fi ^yfna»i câeft à dire le diable en leur ligue ne trou uoit dâautres viandes toutes preftes auprès,quâil le de|crreroit amp;nbsp;mangcroit,nó feulement ils rnTttenTde grands plats de terre pleins de farines,volailles,poisons amp;nbsp;autres viandes bien cuites aucc de leur bruuage dit CaeHm fus la folledu deffûâ, mais aufsi iufquâà ce quâils penfent que lecorps foit entièrement pourri,ils continuent à faire tels feruiecs , vrayement diaboliques.Duquel erreur ilrtous eftoit tant plus malaifé de les diucrtir, que les Truchemens de Normandie qui nous a-uoyët précédez en ce pays là , à lâimitatió des preftres de Bel prenans de nuit ces bonnes viandes pour les manger, les y a-* uoyent tellement entretenus, voire confirmez,que quoyque parlcxperiéce nous leur móftrifsiós que ce quâils y mettoyét le foir sây rctrouuoit le lendemain,à pei
ne peu-
bE Va M E R i CLV û ^9 hepcufmcs nous pcrfuadcr Je contraire aquelgues vns.TcJlemét quâonpcut dire cefte rcfucrie des Sauuagcs nâtftre pas fort différente de celle des Rabins I)o-Ãcurs ludaiqucs: ni de celle de Paufa-nias.Carlcs Rabiits tiennêt que Je corps f'^r^U dort eft Jaifteen la puiftance dâvn diable J^p^^de quâil nommer Zazel ou aiazcl, lequel ils 'gt;^gt;'â» difent eftre appelé prince du defert 2ufr',f^mè Leuitique: amp;nbsp;mcfmc pour confirmer ?«X-quot;â¢*⢠leur erreur ils deftournent ces pacages del'EfcriturcouiJ eft dit au ferpent tu Geâ, 5. mangeras la terre tout le temps de ta vie: 14 car puis difent ils que noftrc cosps eft créé du limon amp;nbsp;delà poudre de la ter- If^î**4* rc,qui eft la viande du Serpent il ^âyf^ijuij^j fiiiet iufques a ce quâil foit tranfmué en nature fpirituclle. Paufanias femblable-ment raconte dâvn autre diable nomme Eurinomus,duquel les interpréteurs des Delphicns ont dit,quâil dcuoroitlachair des morts, amp;nbsp;nây laiffoit rien que les os, qui eft en fommc,ainfi que iâay dit,le mef Ric erreur de nos Ameriquains.
Finalement quand les Sauuagcs, à la manière que nous auons monftré au chapitre precedent, renouucllent amp;nbsp;tranf- Ferme de portent leur village en autre licu,mcttâsf^â^â deflus les foffes des trefpafTez de petites SaHuei» couuerturesdeleur grande herbe nom-
5^0 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
mec PzWöUion feulement lespaffans y re cognoiflent forme de Cimiticrej mais aufsi quand les femmes sây rencontrent, ou autremét quad elles font par les bois fl elles fe relfouuiennct de leurs feus ma ris,ce fera à faire les regrets accouftu-mc2,amp;à hurler de telle forte quâelles fe font ouyr de demie lieue. Parquoy les laiffant pleurer tout leur faoul, puis que iâay pourfuyui les Saunages iufques à la folfe , iemettray ici fin à difcou-rirdcleur manière de faire; toutcsfois les lefteurs en pouriôt encore voirqucl-quc chofe au Colloque fuyuant lequel fut fait au temps que iâeftois en lâAmérique à lâaide dâvn Truchement, qui non feulement,pour y auoir demeure fept ou huit ans entendoit parfaitement le langage des gens dupays , mais aufsiparce quâil auoit bien enudié mefme en la langue Grecque , donî(ainfi que ceux qui lâentendent ont ià peu voir ci deflus) ce«' fte nation des Touonpinamboulfs, a quelques mots, il le pouuoit mieux expliquer.
CH A P. XX.
^oHot^ue de rentree ou arriuee en /^ terre éK B refil entre les gens du pays nommez Tou-oupinam-
D Ã lâa M E R Ã QV E. ^41 oupinambaoults , Ã 1 oupinenquin en langage Sauua^e amp;nbsp;Francoii.
7â ououptn^m^aouit
ETJE-ioube? Es m venu?
François
Pa-aiouh Ouy ie fui» venu? T
'Teh !au^e-ny-po, Voila bien dit.
Afara-pe-derere? Comment te nom-gt; mes tu?
P nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fâJflo
nom dg
Lery-ouffo», Vne groffe Huitrc nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i-4gt;âiâHr»
Ere-iacafo pieno'i A s-tu Jaiffe ton pays pour venir demeurer ici?
F
Pa. Ouy
Eori-deretuni ouani repîae, Vien donc-ques voir le lieu ou tu demeureras.
fy^u^e-be'i Voilabien dit. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
lende replie ? août lenderepiac aoul e ehe-raire T eh! oouerete' Kenon Eery-ouJ/ou yrne'en!
Voila doneques il eft venu par deçà mon
, fils nous ayant en fa mémoire hehs/
Y J
34^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Erefoudeearamemo^ As tu apporté te* coffres ? Ils entendent aufsi tous autres vaiffeaux à tenir hardes que rhôme peut suoir»
F
Tdarout. Ouy ides ay apportez. T
Afobouyi Combien?
Autant que lâon en aura on leur pourr* nobrer par paroles iufques au nobrede cinq, en les nommant ainfi, e^fu^é-petâ mocoMein,Zimoffaput)^ioioicoudtc,4,ecotnbo,') Si tu en as deux,tu nâas que faire d ên nô-mer quatre ou cinq. Iltefufhia de dire mtcoitein de trois amp;quatrc.SembIabIemét sâil yen a quatre tu diras owreoWre. Et ain-fi des autres. Mais sâils ont paffé le nom-^ brede cinq il faut que tu monftres par tes doigts amp;nbsp;par les doigts de ceux qui font auprès de toy, pour accomplir le nombre que tu leur voudras donner à entendre. Et de toute autre chofe fcrriir blablcment. Car ils nâont autre manière de conter.
T
«Æ!Æae pérerout , de caramemo po^pe? lt;^çlle chofe cft-ce que tu as apportée dedans tes coffres.
F
e^-aub. des veftemens.
DB lâ A M E R 1 oy E.quot; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;545
T
J/rfra vaégt; De quelle forte ou couleur?
Sobouy-eteâ. De bleu;
firenc. Rouge.
loap. laune.
Sen^ Noir.
SohnuyimaJfou. Verd.
*Pirienc- De plufieurs couleurs?
*Pf^lt;^jr''^~'^^^i Couleur de ramier» Ttn. Blanc. Et eft entédu de chemifcs?
T
Afaepamo? Q^oy encores?
F
^can^aubé-roMpé, TJes chapeaux,â
T
Sefa-pégt; Beau-coup?
F
JcatoMpaué. Tant quâon ne les peut â¢ombrer.
T cAipo^nif. Eft-cc tout? F Erimen. Non, ou Nenny, T ^feneu bat. Nommeront. F nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢- *
Coromo. Attend vn peu. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*
7^!nr Ot fus doneques.
Y 4
344 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE.
^rtU- AfocaPyOU, jnororscap. Artillerie à feU leriehar comme harquebuze grade ou petite: car t^Melfu-^' -^^ocap fignific toute manière dâArtilIe-2e (^^ rie a feu,tant de gvoffes pieces de Naui-Vi^oles res,quâautres.II lembleaucunefois quâils prononcent âSocap. par B. amp;nbsp;feroit bon en efcriuant ce mot d'entremefler. m. b. enferfible qui pourroit.
Touiire nbsp;nbsp;M^cap-coui, De la poudre à Canon,ou
rf ^ano poudi e à feu
. Afocap-couioureui Pourmettre la pou dre à feu,comme flafques , cornes, amp;nbsp;autres.
zJ^aravae? Quels font ils?
F
'fapiroujfou-alc. De corne de boeuf.
F
«y^f^^^z^'^^^^'^^ê^^'' ^oila tresbien dit: Maepe fipoftyt rem? Q^âeft-cc quâon baillera pource?
F
^rotiri. le ne les ay quâapportées coin me difant,ie nâay point de hafte de mâen detfaire en leur faifant (jmblcr bon.
T
He'! Câeft vne interieftion quâils ont Jnterte gecouftumé défaire quand ils pefentà ce ^^'â^ quâon leur dit,.voulans répliquer volontiers.Ncantmoins fc taifent afin quâilsne
foyentveus importuns.
F.
DE L AMERIQUE. j.^^
F
iyfrrou-ita ygapen, lâay apporte des ef, pees de fer.
'^^acepiac-icho p/n/? Ne les verray-ie point? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;F ^egoeirem.Quelque jour à loifir.
^ereroupeguya-pat? Nâas tu point ap- Serpes-portéde ferpes à heufes? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i ^.,^^,'
â ^rrmt,Pen ay apporté. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/
T
Igatott-pi? Sont-elles belles?
F
Cuiapar-eté Ce font ferpes exceUétesr
T
jéuaponfo^aem^- Qui les a faites.
F
Pa^e-ottaJfottre^nymogneft.C'a, cRé ccluy que cognoiHcz , qui fé nomme ainfi, qui les a faiéics.
lt;igt;^u^e-terah.'Voih ejui va bien.
T
^cepiah mo-me». Hélas ie les verrois volontiers.
F
Karamou/fee, Quelque autre fois. T
Tâcepiah tau^e, Que ie les voyeprefen-Renient.
54lt;^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISToiRB
Eemberein^wii Atten encort^ i T
Ereroupe itaxe amO} As tu point apporté de coufteaux?
^rrourefaiTen zy apporte en abódice T
lt;.Av..G/' /- Secoaaragt;}tinvaé?Sont-ce des coufteaux â¢â¢'^4^4-Tk *3'â* °â^ ^^ manch^burchu.
En-en nonivefin A. manche blanc Iwpef à demi raffe Taxe tniri des petits coU'
. fléaux.
linâ 'â^^â l Pinda Des haims Adeufemoton des alaines J yââ-'/'/.«. *. ^rrouades miroirs Kuap des peignes MouroboHy e'fe des colliers ou bracelets « bleus , ^eptah yponyeHm que Ion nâa point accouftumé d*en voir . Ce font les plus beaux que Ion pourroit voir depuis que on a commence à venir depar deçà .
T
Eafi ia-voh de caramemo t'acepiah de mae Ouure ton cofre afin que ie voye tes blés F
a4itnoff'ae'nen le fuis empefebé a4ce'piah-ouca tren defue le la mofireray quelque iour que ie viendray à toy.
T
I^âronr ichop'Ir'emma'e de/ue ! Ne tâap-portcray-ie point des biens quelques - iours?
DE iâaMERI 0^ E. 34^ MaelpereroMpotat^Q^ veux-tu apporter.
T
Seek dele ne fcay mais toy Mae'pereiptr^ fat?Q^ veux-tu.
Soo,Des bcftes,0«r/ï,dcs oifeaux,Pzr/« ' du poifron,O«y,de la farine YftiC', des na-i-veaux Commenda oaajfou des grandes feb-ücs , Commenda miri des petites febves, nor^ouia «ua/fou des oranges,amp; des citiôs tade fironè^i de toutes ou plufieurs chofes
T
Mara-vae'foo eretufieh? de quelle forte de befte as-tu appétit de manger?
F
Nacepiah ijaevon-gouaaire le ne veux de Celles de ce pays.
T
^ajfenondefue Q^e ie te les nomme.
F
/^ein Or la
T
TaptrouÃouVnebeüc quâils nomment 8infi,demi afne amp;nbsp;demi vache.
Se-oua/fou efpece de Cerf amp;nbsp;Biche»
Taiafou Sanglier du pays. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'*t
a4^outi vne befte roufle grande comme Vu petit cqu£hon de trois femaines. quot;
Pa^ae câeft vne befte grande comme vn petit couchon dâvn mois rayee de blanc 2cnoir.
54^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H I s T o I R E
quot;Tapifi EfpcÃ?dc Heure.
Ejfe nonooca ycheÃie. Nomme moy des oyfeaiix.
T
oifiatiX '[aeou, câeft vn oif«au grand comme vn chapon , fait comme vne petite poule de guince,dont il y en a de trois fortes, câeft aflauoir, /acoutingt; 1 acoupcm amp;nbsp;lacou-ouaà fiu ; Si. font de fort bonne faucur, autant quâon pourroit eftimer autres oifeaux.
cJ^fouion Paon Saunage dont en y a de deux fortes,de noirs amp;nbsp;giis ayâs le corps delà grandeur dâvn Paon de noftre pays (oifeau rare)
c^écaeouà câeft vne grande forte de per' drix ayât le corps plus gros quâvn chapô.
Ygt;jar»lgt;ou-ottaffeu,c'c(t vneperdrix delà grande forte prefque aufsi grande comme lâautre ci deffus nommee.
YKa?fiboucâeùync perdrix prefguecó' me celles de ce pays de France.
7egaJ/'oti 'Fortcrclle du pays.
'Paicaex autre efpece de tourterelle plus petite.
F
Seta pe-pira fiaae Eft-il beaucoup de bons poinons.
T
T^an II y en a autant.
Kurerna Le mulet.
^ottadYn franc mulet nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,.
.Acar/t'
DE LâAME RIQVE. J^ÿ yîcara-pep Poiffon plat encores plus délicat qui le nomme amfi.
^cara oitifjfou Vn autre grand poiflon qui fe nomme ainfi.
^cara-^outen Vn autre de couleur taft Hcc qui eft de moindre forte.
«y^cara-mirt de très petit qui eft en eau doucede bonne faueur.
OuaratVn grand poiflon de bon gouft. XamouroftpoHy-oiïe/fou-,yn grâd poiflon. Mamo-pi-deretam.ââ Ou eft ta demeure.
Maintenant il nomme le lieu de fa demeure
^aritnuh, Ora-ouaJfou-otiee ^aum-ur ajÃc^ ^tra-can i o-pen.EtraUiltanen, Taraconir-«pan,Sarapo-u,
Ce font les villages du long du riuage entrant cnlariuiere dc^wei^redu cofte de la main fencftre nommez en leurs pro près noms ; amp;nbsp;ne fache quâils puiflent a-Uoir interpretation félon la fignification dâiceux.
Ke-ri-u,^cara-u Kourournoure,Ita-auc, loirârouen, qui font les villages en ladite riuicre du eofté de la main dextre.
Les plus grands villages de delTus les terres tant dâvn cofte que dâautre, font. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;*
Sacouarr-ottJfott--tttue,Ocarentin,Sapopet»
7^ouroucuue , i^yfrafa-tuue, VÃt-pottiue Sc plufieurs autres dont auec les gens de la
350 histoire' terre, ayant communication on pourra auoir plus ample cognoiffance amp;nbsp;des pères de families lt;]uc fruftrement on appelé Rois qui demeurent aufdits villages: amp;nbsp;en les cognoiflant on en pourra iugcrlt;gt;
F '
^ébouy-pe foupichagatoubeuau Combien y a-il de grands par deçà .
T
Seta^ue II y en a beaucoup.
F
El^enon auge pe^uoube yebeÃte ,quot;^01X11^4 mâen quclquâvn.
Nan Câeft vn mot pour rendre attcn-tifceluy à qui on veut dire qlque propos
Eaptrau i ioup câeft le nom d vn homme qui eft interprété, tefte à demi pelee, OB il nây a guère de poil.
F
^lamo-pèfi tam?Ou eft fa demeure.
T
Kariaub-be En ce village ainfi dit ou nommé qui eft le nom dâvne petite riuie-redont le village prend le nom à raifon quâil eft afsis pres.Eteftinterpretéla mai fon desKarios compofé de ce motKarios amp;c datt^ qui fignifie maifon amp;nbsp;en oftât os amp;nbsp;y adiouftât auq fera Kariauhtüi becâeü-lâarticle de lâablatif qui fignifie Iclieu que on demande ou là ou on veut aller-
MoJ/en
I
, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;DE LâaMERIQVE. 551
T
My)JJ'rn y gerre Q^i eft interprété garde de médecines ou à qui médecine appartient, amp;nbsp;en vfent proprement quand ils Veulent appeler vne femme forciere , ou 4ui eft poHedee d vn mauuais efprit : car MoJfen câeft médecine,amp;^rre câeft appar tcnance. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T
Ouratth-eufoft au arentin, La grande plume de ce village nommé des efforts.
âTau^coHar'Oujfbu-tuue-^ouaretEt en ce vil-Uge nommé le lieu ou on prend des can-«cs tomme de grands rofeaux.
T
Oxite^wleprincîpal de celieula qui cft adiré leur telle.
T
Sô«M4r-ôKj71»lt; Câeftla fueillc qui cft torn ' bec dâvn arbre.
T
l/iar^ouiasua/fûK Vn gros citron ou 0-unge, il fc nomme ainfi.
}Aaedu Q^i cft flâbe de feu de quelque cliofe. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T
Maraca-onaffbaVne groffe fonnctte ou vne cloche.
Mae-uocep y ne chofe à demi fortie foie delà terre ou dâvn autre lieu.
^i^Z nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tUSTOlRK
T
Jeariau ptarrei Le chemin pouf aller aux Karies.
Ce font les noms des principaux de la riuiere de Genevrejamp; Ã Ãâenurron.
Che-rorttp-gafou,eieroMr-art. le fuis fort îoyeux de ce que tu es venu.
^inà »«
Viili£*-fftm.
J Nein te're'ico,ffai Nicolas iron,Or tien toy doncaucc le feigneur Nicolas.
T^reroupe'dere'miceco? Nâas tu point-amené ta femme.
F y^rroutiran-chèreco au^^emie. le lâamène* ray quand mes affaires feront faites.
T fjNarape d'erecoran. Qu^eft-cc que tu as affaire?
F
(^her auc-ouam.Ma. maifon pour demeu rer.
T ls\ara-vae-auclQuelle forte de maifon F
Seth,dai; ehèrèco-rem eouap rengnè . le ne fcay encore comme ie dois faire.
T
7^ein tèreieonap dèrècorem. Or la donc penfc ce que tu auras affaire.
Pere^
DE lâa M E R I Qjr E. 55J F
*Peretan repiac-iree Apres que iâauray Veu voftre pays Si demeure.
- T
T^^ereico-icho-pe-deaufm a irom? Ne te tiendras tu point aucc les gcns?eâeft à di* le auec ceux de ton pays.
F
Jt/^ir^.îwojSâefPourquoy tâen enquiers-tu T
^ipo-fue. le le di pour caufe.
^'he-poutoupa-gueiierhl'en fuisainfien ftalaifeicommedifant le le voudiois bié fauoir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f*
F
N en pe' à motareum pe orereHigt;ià heh?Tgt;ie Tr;nnp4 hai/Tez vous point noftre principal, c'eft â* à dire noftre vieillard?
T'
jErymen. Nenny.
Sere edgaeou pouy-'enm-ete'mo? Si ce nâe-ftoit'vne chofe qu'on doit bieo garder, on deuroit dire.
Secouai apoau-i engati)ureÃne,ypore're'coga fou, Câeft la coqftume dâvn ban perequi garde bien ce quâil aime.
^(erejeo icho pirem-ouariui^- Nâiras-tu point à la guerre au temps aduentr?
-eiffoire'pue'jl'iny quelque iour.
554 H i s TO i R s
â\cmi de» zJ^ar/t^pé peroua^crrè-rère^ Comment ennemis, cf^.ç^ (^y^ ygj ennemis Ont nom?
'TouaiatoM Margaiaf, Câeft vnc nation qui quot;parle comme eux , aucc Icfgucls les Portugais fe tiennent.
Ouefaca ^ Ce font vrais Saunages qui font entre la riuicrc de M^zc-Zie amp;déparai OuèattemiCe font Saunages qui font en cores plus Saunages , fe tenans parmi les bois amp;nbsp;montagnes.
Caraia, Ce font gens dâvne plus noble façon, amp;nbsp;plus abondans en biens tant vi-ures quâautrement, que non pas ceux ci deuant nommez.
Marios, Ce font vnc autre manière de gens demeurans par delà les Toaaiairft vers la riuiere de plate qui ont vn mefnie langage que les T'oûoitp. Tâoapmen^uin-
La difference des langues, ou langage r delà terre , eft entre les nations deflus té ér dif-nommées.
{»n'^ts'^ââ ^â' premièrement les ToneupinaraStaoulf) Tonpifieat^utaj Touatare-, 'Tenreminofj amp;nbsp;Jfa rioi parlent vn mefme langage,ou pour le moins y a peu de diftci ece entrâeux, tant de façon de faire quâautrement.
; Les Karaiaont vnc autre manière de faire Side parler. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
Ces Oaetaca différent tant en langage quâen fait de lâvnc amp;nbsp;de lâautre partie.
DE lâaMeRI QyE. nbsp;nbsp;nbsp;555
Ã^cs Oueaffen aufsi au fcmblable ont tou te autre manière de faire ge de parler.
T eh^Owaepaeireca âpaan ue,tende ue. Le monde ccrche lâvn lâautre amp;nbsp;pournoftre bien . Car ce mot iendeae ciï vn dual dont les Grecs vfent quand ils parlêt de-deux. Et toiitcsfois icy clt prins pour cefte manierede parler à nous.
Ty ierobahapoait ari^Tcnons nous glorieux du monde qui nous cerche.
^péau ae mae gerre, iendefae . CâcH le mode qui nous eft pournoftre bien.Câeft qui nous donne de les biens.
1 yreco-aatou iendefue, Gardons le bien Câeft que nous le traitions en forte quâil foit content de nous.
Jporenc ete'-am reco iendefie^ Voila vne belle chofe sâoffrant à nous.
Ty maran-gatou apoan-ape' j Soyons à ce peuple icy.
Ty momaurronyme mae^erre iendejue, Ne faifons point outrage a ceux qui nous donnent de leurs biens.
Ty poich apoauetendeÃte, Donnons leur des biens pour viurc.
Typoeraca apeane'. TramAlons pour pré dre de laproyc pour eux.Ce motyporraca eft fpccialemêt pour aller enpefeherieau poiffon.Mais-iis en vfent en toute autre induftrie de prendre bcfte amp;nbsp;oyfeaux.
35^ HIST OIRE
quot;T^rrout mae tyronam ani apa'. Apportons leur de toutes choies que nous leur pour rons recouurer.
'Tyre comremotch~meiendé-mae recouJ/aKe Ne traitons point mal ceux qui nous apportent de leurs biens.
* Pa-poroinc auu-jnecharaire-eueht^c [oyez point manuals mes enfans.
Taperecoihmae,A(in que vous ayez des biens.
Tocrecoihperatreamo,TLt que vos enfans en ayent.
7^yrecoih lenderamouyn mae'pouatre,'t^oâ' nâauons point de biens denos grans pères.
0 pap cheramouynmaepouaireaifih. lâay tout iette ce que mô perc grand mâauoit laiffé.
ji4poaumae-ry aiieroitah.Me tenant glo rieux des biens que le monde nous apporte.
Jenderamouyfj-remiepyac pota/egueaeU' aire. Ce que nos grands pères voudroyet auoir veu , amp;nbsp;toutesfois nefont point veu.
T eh ! aip otarhete ienderamouyn ricohiare eteteneieÃte, Or voila qui va bien que lâcf-change plus excellent que nos grands pères nouseft venu.
lande porrau-ouÃou-vocare, Câeft ce qui nous met hors de triftefle.
lande
DE L A M E R I Qv p. ^^7 lende-co ouajfou-gerre Qui nous fait a-Uoir de grands lardins.
^f^/'^/fipiram.lenzere fnemynonage. Il ne fait plus de mal à noz enfanchoncts quad on les tond j i'enten ce diminutif enfan-chonets pourles enfans de nos enfans.
'Tyrecoihapouau^iendercuagerre-ariy menons ceux ci allée nous contre nos enne^ mis. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
Toerecoih mocap o mae-ae, Quâils ayerit des harquebuzes qui eft leur propre bien Venu dâeux. *quot;
Mara-mofestengatou^-euin-amo'? Pour-quoy ne feront-ils point forts? ^ Aieme-tae morerohiarem Câeft vne natiô ne craignant rien.
T yfinenc apoitau, maram iende iron,^Ã-prouuons leur force eftans auec nous autres. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
Menre^tae moreroar roupiare-, Sont ceux qui dclfont ceux qui emportent les autres, affauoir les Portugais.
iAgne he oiieh , Comme difant, Il eft vray tout ce que iâay dit.
T
^^ein-tya mouefa iendere caj/'ariri, Deui-fons enfemble de ceux qui nous ccrchét: ils entendent parler de nous en la bonne partie, comme la phrafe le requiert.
Z 5
Ã
J58 nbsp;nbsp;' nbsp;, H I S,T O I K p.
J^ein-che atimii-ajfaire) Or, donc mon al ^r- 'x lié. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;_ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
Niais fur cc point ij efta noter que ce mot oTitour-aJfap dr Cotaua^ap diiferent. Car le premier fignifievne parfaite alliance entrâeux , amp;nbsp;entr'enx amp;nbsp;nous , tant que les biens de lâvn font commun à lâautre. Etaufsi quâils ne peunent à uoir la fille ne la feur dudit premier nommé . Mais il nâen cft pas ainfi du dernier. Car ce neft quâvne legere manière de nommer lâvn lâautre parvn autre nom que le fien propre comme ma iamhe.,mona:ilgt;mono-rcillc amp;nbsp;autres femblablcs. â p
Mae reffe tende mouefa? .Deefu oy parle-rons nous? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;g- , ,
â Seelt mae tirouen-reffe,Uc plufieurs amp;nbsp;dgt; uerfeschofes nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
T
eJ^fara-piengvah-rere7Comment sâappelé le ciel? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.^.
F
Le ciel.
T
Cyh-rengne- taffmouh maeitrouen deffi- '
gt;4«^e-^è,Câcfl: bien dit.
Mai
de I.â A M'E R I QJZ E.' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;559
T â
M^CjLc ciel. Couara/p, le Soleil» lafiet la Lu ne. tafà tata oua^ou, La 'grande eftoi-le du matin amp;du vefpre quâon appelcicô--munémët Luc'ii'er.la/Ji tat,»mirty Ce font toutes les autres petites cftoilles . Ybany câen la terru/Paranan la mer, 'Vh-etycâeft eau douce » 'Ãh-eeneau Ldïec.f^h-een lgt;ûhc eaux que les matelots appelent le plus fouuent Sonimaquc.
fta, eft proprement pris pour pierre. Aufsi eft prins pour toute cfpcccdc me-tairamp; fondement dâeditree , comme aoh-ita,le pillier de la maifon.
Yapurr-yraAc fefte delà maifon.
luraita^Lcs gros trauerfains de la mai fon.
IgourahoK y lfouirah,toute cfpece amp;nbsp;for te de bois. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'.
Ourapat,\'n arc . Et neantmoins que ce foit vn nom côpofe de yhonyrah qui figni fie bois, amp;: apat crochu,ou partie toutes^ fois ils prononcdit Orapatp3.r fyncopc.
^rre,[âair, Amtfp,ma.uua.is air.
iiy/»2ew,pluyc.
t^^men poyi-yn. Le temps difpofé amp;nbsp;preft à pleuuoir.
Toupen, tonnerre, âToupen verap , câeft l'cfdair qui le preùient.
Z 4
HISTOIRE
Cafa^nn
Y^ua-vtin, les nuccs ou le brouillard.
quot;YhuetureyLes montagnes.
guum Campagnes ou pays plat ou il nây a nufles montagnes.
^thuf/â^ '^^^^^^^^^?gt;'^^^ -^^(^^^^^ontVh-ecoaaf riuiere ou eau courant.
Vh paâit,-vne Ifleenclofe dâeau.
Xaa Câeft toute forte de bois amp;nbsp;forces
Xaapaon, Câeft vn bois au milieu dâv-ne champagne. f gt;
Xaa-o»(i»y Qui cft nourri par les bois, Xaa-^erre, C\ft vn efprit malin qui ne leui fait que nuire en leurs affaires.
Y^,rr Vnc nacelle defeorce qui contiet trente ou quarâte home allans en guerre Aufsitft pris pour nauirc quâils appelen t yguerou/fou.
TutJfa-otta/ftu Câeft vnc faine pour pre drcpoiflon.
Jn^uta, Câeft vne grande naffclle pour prendre poiffon.
fn^uet, diminutif Naffclle qui fert quand les eaux font desbordees de leur cours.
j^omognof mae tajfenom iiefue,(^e ie ne nomme plus de chofes.
Emouri^eou deretaniiehe/ite, Parle moy de ton pays amp;nbsp;de ta demeure.
à E lâa M E R I QJ E. 36^1
F
t/^ugelre tierengueepourendoup, Câeft bien ditcnquiers toy premièrement.
T
la-eh-marape deretani-rere. Ie tâaccorde cela Comment à nom ton pays amp;nbsp;ta demeure.
F
RovEN,Câeft vne ville ai nfi nommée. Deuis
^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;touchât
Tau-oufiou-pe-ouif». ElLce vn grand /^ ffd village. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' Ils ne mettent point de difference entre ville amp;nbsp;village à raifon de leur vfage, car ils nâont point d à ville.
Ta. Ony.
Moboii-pe-rcroupichah-gatou? C0m bien auet vous de Seigneurs
F
.^if^^'p^â Vn feulement.
e^farapt-fere'^ Comment a-il nom.' F
Henry,Câeftoit du temps du RoyHcn ty, 2. que ce voyage fut fait. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Jeeend-
T
Tere-porrenc. Voila vn beau nom.
s^^ H I s x o I R'e ^ '
^J^ar4-pe-peroupichM-eta-eni»? Pour quay nâauez vous pJufieurs feieneurs?
Aforoere-chth-gue, NoUs nâcn auons no plus.
. Ore ramoMim-aitégt; Dés Ie temps denos grands peres. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;;
T
Mara-pieuc-pee'i Etjâous autres quâelles vous?
Oroicé^ue- Nous fommes contesainfi.
Oree-mae-gerre. Nous ^fommes ceux qui auons du bien.
}^pe-mere'--coih'^peroupichah-mae'gt; Et vo-ftre Prince à il poinudebien.
Ocrecoih.ïl en a tant amp;nbsp;plus.
Oree-^maërgerre-a hege- Tout ce que nous auons efta fou commandement. ⢠âquot; T
Oraïui-pe-ogepé^ Va-il en la guerre? F , quot;nbsp;/
Pâ. Ouy, '
T^iffffun fitr kf-fa-^en^ des
â¢z/iUa^es
Af obouy-faue-pe- iouca ny maequot;} C o m b i c aucz vous de villes ou villages.
F
Seta-gatou. Plus que le ne pourrois dire., â¢.--t wà , T '^ .
â^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;]Vire/ce-
DE V A M E R I 03'E. 503
T^ire/ce-nouih-icho-pene? Ne me les nommeras tu point? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.
F
ypoieopouy. Il feroit trop long ou prolixe. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;T
yporrenc-ps-peretani? Le lieu dont vous eftes eft 11 beau? F
yporren-gatoK. Il eft fort beau.
EMgaya-pe-per-awe.'yQS maifons font elles ainfi? aflauoir comme les noftres ?
Oicoe-^atou, Il y a grande difference. T . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. â . .
J^ara-vas'^ Comment font elles?
F
Ita-p^epe- Elles font toutes de pierre.
Tottroujfou-pe. Sont elles grandes?! .
F
TourouJfott-^gateii.'E.lics font fortgrades T
'üate-gatou-pé. Sontclles fort grandes, aflauoir hautes?
F
tJlEahTfïb. Beaucoup. Ce mot emporte plus quebcaucoup car ils leprénentpour chofe efmcrucillablc.
T
Engaya-pe-pet-anc ynim'^ Le dedas eft il ainfbaflauoir comme celles de par deçà ?
J^4
HISTOIRE
F
Erymen- Nenny.
T
Descho Efie-non-de-refe renernd^u efa-tchefue. /es ap~ Nomme moy les chofes appartenantes parte- au corps. natesait nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ fgf-pf Efiendou. Efeoute:
Jeh. Me voila prèft. quot;^'v^
Chi-acan. ^a.te{}:c. De acan. Ta telle. yean, Sa tefte, ereacan. Noftre telle. Peacan, Voftre tefte. anatcan, leur tefte.'
â¢Mais pour mieux entendre ces pronSs en payant ie deelaireray feulement les perforincs tant du fingulier que du plu-rier.
Premièrement *
Che, Câcft Ia premiere perfonne du fingulicr qui fert en toute manière de parler, tant primitiucqucdcriuatiue,pof feffiue,ou autrement. Et les autres per-fonnes aufsi.
Chè-aue. Mon cEefou mon cheueux.
Che'-voua. Mon vifage.
Ckè-nemhi. Mes oreilles.
Chè/fhua. Mon front.
DE LâAMERXQ^E. ' jë^
Che-reJfa. Mes yeux.
Chè-ttn. Mon nez.
Chè-iottron, Ma bouche. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;/
Chc-refoupanè. Mes joues. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;)* â* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;***
Ch'e-redmn/a. Mon menton.
Chi-rsiimiaa-aue. Ma barbe.
Che-ape-eoK. Ma langue.
Chè-ram. Mes dents.
Che-atouré. Mon col ou ma gorge, y Che-affeoc. Mongofiçr. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.yquot;''
Ché-poca. Ma poitrine. Chi-rocapè. Mon deuant generalemér, Cbe-afoucoupè. Mon derrière. Che poity-aféo- Mon efehine. Ché-rottsbony. Mes reins.
Che rentre. Mes fefles. Che'-iniMftpony. Mes efpaules.
Cbe'-inna. Mes bras.
Chè papouy. Mon poing.
Che pa. Ma main.
Che-poneu. Mes doigts.
Ché-pnyac., Mon eftomac ou foye Ché-re^uie Mon ventre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, , Che-ponron-a/fen. Mon nombril. nbsp;nbsp;nbsp;^â¢â¢â¢â¢M,^
Cbe-ca/fi. Mes mamelles.
Cbe'-oup. Mes cuides. Ãbe'-roêlnponavt. Mes genoux. ebè-porace-. Mes coudes. Ãbè-retejnéu. Mes iambes. (^be'-pony. Mes pieds.
Cbepn^empe'. Les onglcsde mes pieds.
[^Ã- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, HISTOIRE
Che-ponampe. Les ongles de mes mains Che-^uy-sncg. Mon cÅur amp;nbsp;poulmon. Che-em^. Mon anie,ou ma penfee.
^he-enc-goners. Mon ame après quelle eft for tic de mon corps.
Noms des parties du corps qui ne font honneftes à nommer.
Qhe~-re»coue?rt.
Che-rementien.
Che-rapotipit-
Et pour caufe de briefueté ie nâen fe-ray autre diftinition. IJ eft a noter quâon ne pourroit nommer la plufpart des cho fcs tant de celles ci deuant eferjtes quâau tremcnt,fans y adioufter le pronom,tant première fécondé que tierce pcrfonne tant en fingulicr quâen plurier. Et pour mieux les entendre feparemét amp;nbsp;à part.
Premièrement.
(^hc-moy, Di. toy z^hé. luy.
Plurier
Ozef,Nous P« Vous, a4a-ae. Eux.
Quant à la tierce perfonnd du fingulicr ^Ae cftmafculin amp;nbsp;pour lefemininamp; neutre»i?fans afpiration. Etau plurier ^u-ae eft pour les deux genres tant maf culins que féminins: amp;nbsp;par confequent peut eftre commun.
DE lâa M à R I QJZ E. j^ÿ
â â Des chofes appartenantes au mefnage amp;nbsp;cuifinc.
S^iiredu-tata. AHume le feu. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vtieh-r»
Emo-^^oep tà tagt; Eftein le feu. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^â quot;â^quot;^
Erottf-che-ratà ~rc?n- Apporte dequoy allumer mon feu.
Emogip-pira, Fay cuire le poiffon.
^Jf^JÃ^- Rofti-le.
£moiii. Fay le bouillir.
Fa~vecn-ouy-amo. F ay de la farine.
Emogip-caoutn-amo-Ps-y du vin oubru-üage ainli dit.
Coein'vpe. Va à la fontaine.
Eront-v-ichefue. Apporte moy de lâeau.
' C/}f-rengt;}i-ange-pe. Donne moy à boire jQgpfre-me-che-remyou-receap- Vlé moy donner à mangeri
Taif-poefj- Q^eie laue mes mains.
. quot;Vae-toHreu-eh. Qu^e ic laue ma bouche.
Ché-emboua/ji. lâay faim de manger
Nar/i-che-iouron-eh. Ic nâay point dâap petit de manger.
Ehe-v/feh. lâay foif.
C-he-reaic- lâay chaut,ie fuc.
Chè-roü. lâay froid.
Che-racoitp. lâay la heure.
Che-carouc-aff'i. le fuis trifte.
Ncantmoins que carofic lignifie Ic vefpre ouïe foir.
j68 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
ey^icoteue. le fuis en malaife de quelque aftaire que ce foit.
Che poura-ouffoup. le fuis traite mal aifcment,ou ie fuis fort pourcmêt traite* Cheroemp. le fuis ioyeuX-
^teo mernouah.Ie fuis cheu en moque-riejou on femoque de moy.
^ico-gatou. le fuis en mon plaifir.
Che-re/niac-ou/fou. Mon efclauc C6ere-mtboye. Mon feruiteur. Che-rotac. Ceux qui font moindre que moy amp;nbsp;qui font pour me fcruir.
Cbe-porracaJjZtre, Mes pefcheurs tant en poilfon,quâautrcment-
Che-fnae, Mon bien amp;nbsp;ma marchandi-fc^ou meuble amp;nbsp;tout ce qui mâappartient.
Che-refnigmo^nem. Câeft de ma façon.
Che-rere-couarre- Ma gai de.
Che-rouhichac. Celuy qui eft plus grâd que moy,ce que nous appelions noftre Roy Duc ou Prince.
z^oujfacat. Câeft vn pere de famille qui eft bon,amp; donne à repaiftie aux paf-fans , tant eftrangers quâautres.
.^j^erre-rnubau. Vn puisant en Jaguer re amp;nbsp;qui eft vaillât à faire quelque chofe.
Tenten. Q^i eft fort par femblance foit en guerre ou autrement.
Du lignage Che-roup. Mon pere.
Chè-receyt.
DE lâaMERIQJ^E. 3lt;?9
Chè-re^ueyt. Mon frcrc aifné.
Che-rebure- Monpuifne.
Ch'e-renadire-^^^ foeur.
Che-nre. Le fils de mâ fÅur.
Chè-ftpei-, La fille de ma fÅur*
Che-aiche^ Ma tante.
At. Ma mere. On dit aufsi Che-Ãma mere amp;nbsp;leplus fouucnt en parlant d elle.
Che-Ãit. La compagne de ma mere qui eft femme de mon pcrc comme ma mere.
Che-ratit, Ma fille.
ChefefneTnyttou. Les enfans de mes fils amp;nbsp;de mes filles.
Il eft à noter quâon appelé communément lâoncle comme le pere. Et par fem-blable le pere appelé fes neueux amp;nbsp;nieces mon fils amp;nbsp;ma fille.
Ce que les grammariens nomment amp;nbsp;appelent VeciSc peut eftre dit en noftre langue parole: amp;nbsp;en la langue Brefilicn-ncguen^itite qui vaut autant à dire que par lement ou manière de dire. Et pour en a-uoir quelque intelligence nous en mettrons en auant quelque exemple.
Premièrement.
Singulier indicatif ou demonftratif.
â Atco. le fuis , Ereico, Tu es. Otco» Il eft.
Aa
57° histoire
Plurier.
Oroico, Nous fommes, Peico, Vous cftcs gt;i/it(rae oicot Ils font.
La tierce perfonne du fin^ülicr amp;nbsp;plurier fót femblables 5exccptc quâilfaut ad-ioufter au plurier an-ae ptono j qui figni fie eux ainfi quâil appert.
Au temps pafle imparfait amp;nbsp;non du tout accompli.Car on peut eftre encores ce quâon cftoit alors.
singulier refont par lâAducrbe a/^uoemè câeft à dire en ce temps là .
a4ico-ai^ueemeâ lâeftoye alors, Ereico' '^^uoeme. Tu cftois alors Oico a^uoeme. Il cftoit alors.
Plurier imparfait.
Oroico a^uoemè. Nous eftions alors Peico ai^Koeyne Vous eftiez alors Auras' oico-aquoeme. Ils eftoyent alors.
Pour le temps parfaitement pafle amp;nbsp;du tout accompli.
Singulier.
⢠On reprendra le Verbe Oico comme deuantjamp;y adiouftej;a on ceft Aduerbe e/^^fta-
DE LâaMERIQVE. 571 ^^uoe-mene. qui vaut à dire au temps ia-dis amp;nbsp;parfaitement paÃt-,fans nulle cfpe-rance dâeftre plus en la manière que Top cftoit en ce temps là .
Exemple.
^JfauouJfou-gMen-ai^Koefnene le lâay ay^ mé parfaitement en ce temps là ^j^ov-enén-gatoutegné. Mais maintenant nullen ment,comme difant, il fe deuoit tenir à mon amitié duïant le temps que ie luy portois amitié. Car on nây peut reuenir»
Pour le temps à venir que lâon appelle Futur.
j4ico-irefj, le feray pour lâauenir.Eten enfuyuant des autres perfonnnes comme deuantjtantaufingulier quâau plurier.
Pour le commandeur que lâon dit impératif.
Oico. Sois. Twco.Quâil foit.
Plurier.
âToreico, Que nous foyons 'Tapeico. Que vous foyez. ^urae-toico . Quails foyent. Et pour le Futur il ne faut quâad ioufter Iren ainfi que deuant. Et fi en commandant pour le prefent. Il faut dire 7*4;/^/, quieftà dire tout maintenant.
Pour Ic defir amp;nbsp;affeÃion quâon a en quelque chofe, que nous appelons Optatif.
Aa 2.
^yZ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRB
a4ice-mo-men. 0 que ie ferois volon-* tiers pourfuyuant fcmblablemcnt comme deuant.
Pour la chofe quâon veut Joindre cn-femblcmcnt que nous appelons Conion-Ãifon le refout par vn Aduerbe iron qui lignifie auec ce quâon le veut Joindre.
Taico-de-iron. Que ie Coyc auec toy» amp;nbsp;ainfi des femblablcs.
Le Participe tire de ce Verbe
' Chi-recorure'. Moy cftant.
Lequel Participe ne peut bonnement eftre entédu feul fans y adioufter le Pronom de-ahe-et-ae'Et le pluricr femblable ment Oree'yp'ee^ani-ae.
Le terme indéfini de ce Verbe peutc-ftre prins pour vn infinitif mais ils nâen vfent guere fouucnt.
La declination du Verbe ^iout
Exemple delâindicatif ou demonfira-tifen temps prefent. Neantmoins quâil fonne en noftre langue Françoifc double Câeft quâil fonne comme pafle.
Singulier
©P L A M K R I QJ E. Jyj Singulier nombre nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â¢
^iout. le viens,ou ic fuis venu.
£reioi{t. 1 u viens, ou es venu.
O-oKfj 11 vient,ou cft venu.
Pluricr nombre.
Ore-iout. Vous venez, ou eftes venus. -^n-ae-o-out. Viennent,ou font venus.
Pour les autres temps,on doit prendre feulement les Aduerbes ci après déclarez. Car nul Verbe nâeft autrement de clinc quâil ne foit refout par vn Aduerbe tant au preterit,prefent imparfait: pluf-tjuc parfait indéfini que au futur,ou téps avenir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lt;
Exemple du preterit impar fait amp;nbsp;nâeft ace du tout accompli.
j^iout-aguoème- le vcnoye alors.
Exemple du preterit parfait amp;nbsp;du tout accompli.
n^^tout-agaoemène. le vins ou eftoye ou fus venu en ce temps là .
^ioiff-dmaè-ttè. Il y a fort lang temps que ic vins.
Lefqucls temps pcuuent eftre pluftoft indéfinis qu'autrement tant en ccft endroit quâen parlant.
Exemple du futur ou temps a venir.
^iout-Iran-nè, leviendrayvn certain
Aa 5
374 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE.
jour aüfsi on peut dire franSans y adiou fter, ne'j ainfi comme la phraze ou manière de parler le requiert.
II efta noter qdâen.adiouftantlcs aduer bes,conuicnt répéter les perfonnes tout ainfi que au prefent de Vindicatif ou dc-monftratif. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t?
Exemple de lâImpératif ou commandeur.
J n 1' Singulier nombre.
'Sort. Vien,nâayant que la fécondé per-fonne.
'-.£yot. Car en celle langue on ne peut commander à la tierce perfonne quâon ne voit point,mais on peut dire.
Emo-out. Fay le venir.
Ee-ori. Venez.
Pe-iot. Venez. - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r
Les fons eferits, eiot. Si.pe-iot. ont fem blablc fens, Mais le premier, etot. eH plus honnèllc à dire entre les hommes. Dâautant que le dernier Pe-iot eft communément pour appeler les belles amp;nbsp;oyfeaux quâils nourrirent. gt;
, Exemple de l'Optatif,Neâtmoins fem blc commander en defir de priant ou en commandant. ⢠? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;nbsp;' â
Singulier, ^iout-ma. le voudrois ou ferois venu volontiers. En ponrfuyuât les perfonnes Comme en la declinaifon de lâIndicatif II . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;à vn
DE LâaMERIQVE. 3^5 a vn temps avenirjen adiouftantlâAduer be,comme deflus.
Exemple du Coniondif.
T'a iout. 0^2 le vienne.
Mais pour mieux emplir la fignifica-tio onadioi ftc ce motTy wz.qui en vn Ad uerbepour exhorter,cômander, inciter, ou deprier.
le ne cognois point dâindicatif en ce Verbe ici,mais ilsâcnformc vn Participe»
Towme. Venant.
Exemple.
Che-rourme-j4/fQua-nitin.
CÃc-remiereeo-pouere.
Comme en venant iâay rencontré ce que iâay garde autrefois.
Senoyt-pe-,{âa.ng fue.
Jnui^y-a. Des cornets de bois dont les Saunages cornent-
Fin du CoUayue.
Au furplus afin que non feulement ceux aucc Icfquels iâay pallé amp;nbsp;rapafTéla mer/nais aufsi ceux qui mâôt vcu en lâA-meriqueidot pluficurs peuuét encores c-ftre cnvic)mcfmcs les mariniers amp;nbsp;autres qui ont voyagé amp;nbsp;quelque peu feioumé en |a riuicre de Genevre ou Ganabarafim
A a 4
^y^ HISTOIRE
le Tropique de Capricorne inge mieux; amp;plus promptement, des difcours que iâay fait ci deflus touchant les chofes que iâay remarquées en ce pays Jà ,iay bien voulu encores par ticubcrement en leur faneur après ce Colloque adioufter apart le Catalogue devingt amp;nbsp;deux villages ou iâayefté amp;nbsp;fréquenté familièrement parmi les Saunages Ameriquains.
Premièrement ceux qui fontducofté gauche quant on entre en ladite riuierc.
Kanattf- i. yai^oract- 2 ⢠Les François appclent ce fécond Pépin à caufe d vn Nanire quiy chargea vne fois duquel le maiftre s'appcloit ainfi.
Eurarayry. j. Les François lâappelent Godet à caufe dâvn Truchement ainfiap-pcJIé qui sây eftoit tenu.
Pira-oua/fou, 4. Sapopem.^.OKaranfint beau village. 6. Oura-ouaffou-ouee. 7. Een ttmen. 8. Cotiua . 9. âPauo. 10. Sarigoy. 11.
Vn appelé la pierre parles François à caufe dâvn petit Rocher prefques delà façon dâvne meule de Moulin, lequel rc-marquoitle clicmin en entrant au bois poury aller. 12.
Vn autre appelé ZJpec par les François, parce quâJ yauoit force Canes dâIndes que les Saunages nomment ainfi. 15.
lté vn fur le chemin duquel dis les bois la premiere fois que nous y fufmespour
©E LAMERIQVE. 377 le mieux retrouuer puis après» ayans tiré force flefehes au haut dâvn fort grand amp;nbsp;gros arbre pouiii,icfquclles y demeurèrent toujours fichées » nous nommaf-mes le village aux flefehes. 14.
Ceux du cofte dextre.
Xeri u. 1^. sy^cara-u. 16. ,i^or^oui^ ouaJJoit. 17.
Ceux de la grande Ifle.
^indo-ou/fûu.ii. Coromjtte.i^. T^irauttOK îo.Et vn autre duquel le nom mâeft efeha pé entre T^inAo-ouJfou Si T^irauUou, auquel quot;^ lâaiday vne fois à acheter quelques pri-fonniers. 21.
Puis vn autre entre Corew^xe amp;nbsp;Pindo-ou^ou duquel iâay aufsi oublié le nom 22. Pay dit ailleurs quels font ces villages amp;nbsp;la façon des maifons.
CH A P. XXI.
De noÃre departement de la terre du 'Sre^ fil, dite .^mern^ue.-enremble det naufragée amp;â autres premiers perds lt;jue nous ejehapaj/nes far mer à mfire retour.
0 v R bien comprendre Toc J cafion de noftre departemêt » de la terre du Brefil » il faut '^^^^^^â'^^ *^â â¢^^°^â^^ ce que W.\^-.l'M 1'nVrîîtcî rlpnorii-o lo fin Jn
373
HISTOIRE
fixicme chapitre ; aflà uoir quâaptes que nous cufincs demeuré huit mois en l lfle ou fe tcnoit ViIIcgagnon , luy à caufe de fa reuoltc de la Religion , fc fafchant de nous, ne nous pouuant dompter par forr ce, nous contraignit dâen fortiritcllemét que nous-nous rctirafmes en terre ferme à colle gauche en entrant en la riuic-rede Genevre , feulement à demie licué du Fort deColigny fitué en icelle,au lieu Litu âpix que nous appelions la Briqueterie : au-^âtur,^^ qiâcl das certaines telles quelles maifons f^mtriq. que les manouuriers François pour fe mettre à couuert quand ils alloyent la nuit à la pefchcric ou autres affaires de ce coftc-Ià y auoyent hafiics,nous demeu Zm/rw rafmes, cnuiron deux mois. Durant ce ^âu^^^âj' ^â-'â¢Pâ ^^^ fleurs dclaChapcile amp;nbsp;dcBoif-^^ft«âr â hfqucls nous allions lailfez auec Vil-î-vî-f-legagnon , Fabandonnans pour la mef-* me caulc que nous allions fait : alTanoir, parce quâil auoit tourné le dos à lâEuan-güe , sâeftans-venus rengef ^ ioindre en noRfe compagnie furent compris au mar ché dt fix cents liurcs tournois amp;nbsp;viures du pays, que nous allions promis payer amp;nbsp;fournir au maiftre du Nauire dans lequel nous rapaflafmes la mer.
Mais luyuât ce que iâay promis ailleurs allant que paffer plus outre,!! faut icy declarer comment Villcgagnon fc porta enuers
DE lâa MERI QJV E. J79
enuers nous à noftre departement de lâA meriguc-
Dâautant donc que faifant le Vice-Roy en ce pays-là » tous les mariniers François qui y voyageoyent nâeuHent rié olé entreprendre contre fa volonté: pendant que ce vaifleau ou nous rapalTafmcs cftoit à lâacre amp;nbsp;à la rade en la riuicre de «' ltH^tâ'1'n /i,t, Genevre ou il chargeoit pour sâen rcuc-«**** «gt;â'»«*k nir,non feulement il nous enuoya vn cô-gé figné de fa main, mais aufsi il efermit %t vue lettre au maiftre dudit Nauirc, par laquelle il luy mandoit quâil nç fift point de difirculré de nous rapalfcr pour fon çfgard : car difoit-il tout ainfr que ie fus joyeux de leur venue penfant auoir rencontré ce que ie ccrcliois, aufsi, puis que ils ne sâaccordent pas aueemoy , fuis ie content quâils sâen retournent. Toutef-fois, fous ce beau pretexte, il nous auoit ^^^tC », i^Jf bralîé cefte trahifon: quâayant donné à ce râl^fttu maiftre dudit Nauirc vn petit coffret en-uelopé de toile ciree ( à la mode de la mer ) plein de lettres quâil enuoyoit par deçà à pluficurs perfonncs, il y auoit â ^»/»w»r-aufsi mis vn procès , quâil auoit fait amp;nbsp;''â â''â'â formé contre nous'à noftre defeeu , a-eogt;oX-ucc mandement expres au premier iuge a qui on le baillcroit en France, quâen vertu dâiceluy il nous retinft amp;nbsp;fift bruf_
1er comme hérétiques quâil difoit quç .*-.*â*-
jSo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
A.
nous cfl:ions:tcllement quâen recompen-cc des feruices que nous luy auions faits il auoit comme fcellé amp;nbsp;cacheté noftie congé dcceftc dtfloyauté,laque]Ic néant-moins (comme il fera veu en fon lieu) Dieu par fa prouidence admirable fit redender à noftre foulagcment amp;nbsp;à fa con-fufion.
.1»
Or apics que ce Nauire,quâo appelolt le Jacques, fut chai gé de bois de Brefil, Poiurc long,Colons,Guenós,Sagouins, Perroquets amp;nbsp;autres chofes rares par de ça, dont la plufpatt dâentre nous s'eftoit fourni auparauant, le quatrième de lan-uicr i5$8. prins à la nariuitc nous nous embarquafmes pour noftre retour. Mais auant que nous mettre en mer ie ne veux ⢠oublier à dire que nous auions pour Capitaine en ce vailfcau,vn nommé Faribau de Rouen, lequel à la requefte de plu-ficurs notables perfonnages faifans pro-fcfsiondcla Religion reformée au Royaume de France,ayant expreflement fait ce voyage pour explorer la terre, voire choifir promptement lieu pour habiter, Tffuaittrie nous dif,qucnâcuft cftéla rcuoltc de Vil-squot;^TââSâ'â'legagnon désla mefrne année , on auoit lquot;^^'!â^. délibéré de paffer fept ou huit cens pcr-ngt;ji h»bi- fonnes dans de grandes Hourques de Fia *âl\,' dres pour commécer dépeupler rédroit ou nous eftions en cefte terre dâAmeri-
que
DE lâa M E R I QV E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;58 t
guc. Comme de fait ie croy fermement ft cela ne fuft interuenu quâil y auroit à pre fent plus de dix mille François , lefquels outre la bône garde quâils euffent fait de noftre file amp;nbsp;de noftre Fort ( contre les Portugais qui ne feuflent iamais fceii prendre comme ils ont fait) pollcdcroyêt maintenant fous lâobeilfance du Roy vu grand pays en la terre du Brcfil, lequel à bon droit oneuftpeu côtinuer d appeler la France Antardique.
Ainfi pour reprendre mon propos par ce que ce nâeftoit quâvn moyen Nauire de marchant ou nous rapaflafmes,ce maiftre dont iâay parlé nommé Martin Baudouin du Havre de grace nâayant quâenuiron vingtcinq Matelots , amp;nbsp;quinze que nousipoj«' v,âJi,r cftions de noftre compagnic,pouuans e- «â¢â¢Æ *⢠-*â¢Â« ftre en tout quarante cinq perfonnes:dcs le mcfmc iour quatrième de lanuierjayât j^â^ j^ leué lâancre nous-nous mettans en la pro »'gt;fiâ'â *-tedionde Dieu nous mifmes derechef à f.^^^'^ nauiger fur cefte grande amp;nbsp;impetueufe mer Occeane Si dü Ponent.Non pas tou-tesfois fans grandes craintes amp;nbsp;apprehé-fions: car à caufe des trauaux que nous a-uions endurez en allât,nâeuft efté le mau-uais tour que nous ioua Villegagnon, pluficurs dâentre nous ayant là non feulement moyen de feruir à Dieu , comme nous defirions, mais aufsi gouftéla bon-
j8i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
te amp;nbsp;fertilité du paysjnâauoyent pas dcliâ beré de retourner en France,ou les diffiquot; Cultcz font fans comparaifon voirement beaucoup plus grandes, tant pour le fait de la Religion, que pour les chofes concernantes celle vie : tellement qüepour dire ici Adieu à lâAmérique, ic confelfe en particulier , combien que iâaye touf-iours aymé amp;nbsp;ayme encores ma patrie, que ncantmoins voyant non feulement le peu amp;prcfqucs point du tout de charité qui y refte, mais aufsi les defloyau-tez dont onyvfclcsvns enuersles autres J amp;nbsp;briefque tout noftre cas ne con-fifte maintenant quâen difsimulations amp;nbsp;paroles fans effets, ieregrette founent *'Vâ» ⢠que ie ne fuis parmi les Saunages auf-quels( ainfi que iâay amplement monftré en celle hilloirc)iâay cogneu plus de rondeur quâen plufieurs de par deçà quia leur condânation portent titre de Chre-fliens . Or du commencement de noftre nauigation qu'il nous falloitdoublerles Les gran- giande^baUcs , câeft à dire vnc pointe de 1 des baffes, fables amp;nbsp;JF rochers entremêliez fe iettas :gt;i « itie\ nbsp;nbsp;enuiron trente lieues en mer que les ma-
' â rinicrs craignent fort, ayans vent aftez mal propre pour abandonner la terre fans la coftoyer afin dâeuiterce danger, nous fufmes prefques contraints de re-lafeher.
T outef
DE r A M E R I QV E 3?^ Toutesfois apres que par Iâefpacc de fept OU huit iours nous eufmes Hotte amp;nbsp;fuihres agitez de coftez amp;nbsp;dâautres de ce tnauuais vent qui ne nous auoit gucres auaijcez : aduint enuiron minuit (incon-Uenient beaucoup pire que les precedes) que les matelots qui félon lacouftume^^ faifoycnt leur quart, en tirans lâeau à la v pompe y demeurèrent fi long temps, que quoy quâils en contaflent plus de quatre mille baftonnees (ceux qui ont frequente lamer entendent bien ce termeûmpofsi-blc leur fut de la pouuoir franchir'ni c'puifer: après ainfi quâils furent bien las de tirer ,1e Contremaiftre,pour voir dâoù cela proccdoit,eftant defeendu dans levaifleau , non feulement le trouua en-trâouuert en quelques endroits maisauf-fi défia fl plein dâeau (laquelle y entroit toufiours à force' que de la pefantcur, au lieu de felaiffer gouuerner, on le fentoit peu à peu c^ifoncer. De façon quâil nel'â-t lr^â'(f but pas dcmâdcr,quand tous furent rcf-ueiHez , cognoiffans le danger ou nous cftions , fi cela engendra vri merueilleux tftonnemententre nous : amp;nbsp;de vray lâap-parence cftoit fi grande , que tout à lâin- j^'^rrJu ftant nous dcufsions eftre fubmergez, '^â*fgt;ââ'i* que pluficurs perdans foudain toutes cfpcrances dâen refehaper , faifoyent ia cftat de là mort amp;nbsp;couler en fond. '
384 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
Toutesfois comme Dieu voulut quelques vus dót lâcftois du nombtej sâeftans rcfolus de prolonger la vie autant qu'ils pourroyent, prindrent tel courage quâa-uec deux pompes ils fouftindreni le Na. uire iufques à midy : câeft à dire près de douze heures, durant lefquelles 1 eau en-,tra en aufsi grande abondance dans no ftre Vaifrcau,que fans cefTer vnc feule mi nute , nous lâen peufmes tirer aucc Icfdi-tes deux pompes:mcfme ayant furniontc le Brefii dont il cftoit charge,elle en for-toit par les canaux aufsi rouge que fang de beuf.Pendant donc qu'en telle diligé-ce qucla necefsite requeroit, nous-nous y employons de toutes nos forces aynat vent propice pour retourner contre la terre des Saunages , laquelle nâayant pas fort cfloignee , nous vifmes des enuiron les vnze heures du mefme iour , en deliberation de nous y fauucr fi nous pou-uions,nous mifmes Ie_caj3_dcfiu$.Cependant les mariniers amp;nbsp;le charpentier qui cftoyent fous Je l illac, recerchans les trous amp;nbsp;fentes par ou cefte eau entroit amp;nbsp;nous afiailloit fi fort, firent tant qu'a-ucc du lard, du plomb, des draps , amp;nbsp;autres chofes quâon nâeftoit pas chiche de leur bailler, ils eftoupeicnt les plus dan-gercux.-tcllemét quâau bcfoin, voire lors que nous nâen pouuions plus, nous cuf-mes
DE tâ A M E R I QJ E. 585 ftes vn peu rclafchc de noftrc trauail, Toutesfois après que Je charpentier eut bien vifitc ce vaifleau , ayant dit, parce quâil eftoit trop vieux amp;nbsp;tout rongé de Vers quâil ne valoir riépour faire ievoya-geq nous cntrcprcniôs,fonaduis fut que nous rctournifsions dâoù nous venions, amp;nbsp;la attendre quâil vint vn autre Nauirc de France , ou bien que nous en fifsions vn neuf, amp;nbsp;fut cela fort debatu . Néant-moins le maiftre ayant mis en auant que il voyoit bien sâil retournoiten terre que fes matelots lâabandonncroycnt, amp;nbsp;quâil aimoit mieux bazarder fa vie que de perdre ainfi fon Nauire amp;nbsp;fa marchâdife, c5 clud à tout peril de pourfuyure fa route. Bien dit-il que li monfieur Pont amp;nbsp;les paflagers qui eftoyent fous fa conduite vouloyent rebrofler vers la terre du Bre-fil qu'il leur bailJcroit vne Barque : mais/cây^n* du Pont refpondant foudain que comme! il cftoit refolu detirer ducofté de Fran-ce,quâaufsiconfcilloit-il à tous les liens / de faire le femblable. le Contremaiftrc/-'â« *gt;. /-. rcmôftrantlà dclfus , quâoutre la nauiga-tion dangcrcufc,preuoyant bié que nous ferions long temps fur mer, il nây auoit pas alfez deviure auNauirc pour rappaf-fcr tousceux qui y eftoyent, nous fuîmes fix qui fur cela confidcrans le naufrage dâvncofté amp;la famine qui fc preparoic
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jS^Ã nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
de lâautre j dcliberafmes de retourne^ en la terre des Saunages, de laquelle nous nâeftions quâà neuf ou dix lieues.
Et de fait pour effeftuer noftre def-feinayans mis nos hardes dans la Barque qui nous fut donnée, auec quelque peu de farine amp;nbsp;de bruuage, ainfi que nous prenions congé de nos compagnons lâvn dâiceuxdu regret quâil auoit de mon depart , pouflé de fingulicre affeâion quâil me portoit,me tendant la main dans la Barque ou iâeftois délia me dit:ie vous prie de demeurer auec nous , car quoy que sâen foit fi nous ne pouuons aborder en France, encores y a-il plus dâefperance de nous fauuer, ou du cofte du Peru,ou en quelque Me que nous pourrons rencontrer , que de retourner vers Villegagon , lequel comme vous pouuez iuger , ne vous lairra iamais en repos par deçà .
Sur iefquellcs remonftrances, parce que le temps ne permettoit pas de faire plus long difeours, quittant vne partie de mes befongnes , que ie laiflà y dans la Barque , rentrant en grand hafte dans Je Nauire, ie fus par ce moyen pre-^ ferué du danger que vous orrez ci a-prcs, lequel ce mien ami auoit bien prc-iieu.
Foutesfois les cinq autres , dcfqucls
pour'
à E lâa M E R I lt;^ E. ^87 pour caufc ie fpecifie ici les noms : afla-Uoir 5 Pierre Bordon , lean du Bordel» Matthieu Vernueil » André la Fon amp;nbsp;laques le Balleur: auec pleurs prcnans cou gé de nous , sâen retournèrent en la terre du Brcfil ; en laquelle (comme ic djray à la fin de celle hiftoire ) eftans abordez à grandes difficultez » retournez quâils furent auec Yillegagnon,il fit mourir les trois premiers pour la conlefsion de lâE-wangile.
Ainfi nous autres ayans appareillé amp;nbsp;mis voiles au vent, nous reiettafmes derechef en mer dans ce vieil amp;nbsp;mefehant Vaiffeau » auquel comme en vn fcpul-chre, nous-nous attendions plufloft de mourir que de viure. Et de fait outre que nous paflafmes les fufdites Balfes à ⢠grandes difficultez » non feulement tout le mois de lanuier nous eufmes continuelles tourmentes, mais aufsi noftre Nauirc ne celant de faire grand quantité dâeau , fi nous nâeufsions efté incef-famment après à la tirer aux pompes, nous fufsions (par manierede dire)péris cent fois le iour: amp;nbsp;nauigafmeslong têps en telle peine.
Eftans doneques elloignez de terre fer-^c de plus de deux cents lieues,nous
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eufmes laveuc dâvne Iflc inh.ibitabIejr5-3 IÃt tnliA- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
htAbitrm de comme vnc tour , Jacjuclle peutauoir irquot;/â^â^' ^â^â^^â^ lieuë de circuit. Mais au refte co-ift^ftAux. nie nous la coftoyons amp;nbsp;laifsions à main gauebejie vis quâelle cftoit non feulcmét xcmplie dâarbres tous verdpyans en ce mois de lanvicr : mais aufsi il en fortoit tant dâoifeaux qui fc venoyent repofer fur les mats de noftre Nauire, mefmes fc laiflbyét predre à la main, que vous cuf-fiez dit la voyant ainfi vn peu deloin que câeftoit vn Colombier. Il y en auoit de noirs,de gris,de blanchaftres,amp; dâautres couleurs, qui tous en volans paroiffoyét fort gros:toutesfois quad ceux que nous* prifmes furent plumez, il nây auoit gué-res plus de chair en chacun quâen vn paf-fercau. Semblablement enuiron deux lieues à main dextre nous vifmes des rochers fortans de la mer aufsi pointus que clochers:cc qui nous donna grande crain te quâil nây en eut à fleur dâeau contre lef-qucls noftre vaifleau fe fuft peu froiffer, amp;nbsp;nous quittes dâen tirer lâeau. En tout noftre voyage, à noftre retour, durant py^ de cinq mois que nous fufmes fur
â * mer , nous né vifmes autre terre que ces Mettes-IcAquellcs nos maiftrcs amp;Pilotes ne trouuexent pas encores marquées en leurs Cartes marines , Ãe pofsible aufsi nâauoyent elles iamais efté defeouuertes.
Sur
» E lâa MERI QV E. . 389
Sur la fin du mois de Février cftans paruenus à trois degrez de la ligne Equi noôtialcjparce que près de fept femaines sâeftoyent paflees fans auoir fait la tierce partie de noftre route, nos viures cependant diminuans fort,nous fufmes en de-j^,^^^ ,y. liberation de rclafcher au Cap faint Roc T^tc, habité de certains Sauuages dcfqucls, comme aucuns des noftres difoycnt,il yauoitmoycn dâauoir des rafraifehiffe-mens. Toutesfois la plufpart furent dâa-uis que pluftoft pour cfpargner les vi-urcs, on tuaft vnc partie des Guenons amp;nbsp;des Perroquets que nous apportions , amp;nbsp;que nous pafsifsions outre: ce qui fut fait. Ainfi ( comme iâay declare ailleurs) à caufede lâinconftance des vents en ces endroits là , approchans peu à peu amp;nbsp;à grandes difficultcz de lâÃquator: corn-? me noftre Pilote quelques iours après eut prins hauteur anec fon Aftrolabe, il obferua amp;nous affeura que nous eftios droit fous ccftc Zone amp;nbsp;Centre du nion-â*3ââ,J7^^quot; de le mefme iour Equinodial que le So- ^â¢â'â»â¢â¢âs leil y cftoit : aftauoir rvnzicme de Mars: feyZ«*** ce quâil nous dit par fingularité, amp;nbsp;pour chofe aduenue à bien peu dâautres Na-uircs, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^
Parquoy fans faire plus long dif-cours là deffus, ayans ainfi en ceft endroit là le Soleil pour Zenith, amp;nbsp;en la li-
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j90 HISTOIRE
gne dircélc fur Ja tefte, ic iaifle à juger a vn chacun de lâextrcme amp;nbsp;vehemente cha leur que nous endurions loi s. Mais outre cela, quoy quâen autres faifons le foleiJ, tirant dâvn cofte amp;nbsp;d autre versies Tro piques, sâefgaye amp;nbsp;sâelloigne de celle ligne, puis quâimpofsiblc cil d aucunemét le trouiicr en part du mode, foit fur mer ou fur terre, ou il face plus chaut que fousTEquator, ie fuis par manière de di» raplus quâefmcrueiHt'de ce que quelcun jj.^^ que iâellime digne de foy, a eferit de cordes ind* trains Efpagnols: léfqucls, dit-il, paffans Liii.4. en vne region du Peru,ne furent pas feu-çh.ix^. lement eftonnez de voir neiger fous lâE-quinoâ:ial,mais aufsi aucc grade peine amp;nbsp;trauail trauerferent fous iccluy des mon tagnes toutes couuertes de neige; voire y expérimentèrent vn froid fi violent que plulicurs dâentrâeôx en furent gelez. Car dâalléguer la commune opinion des Phi-lofopnes , affauoir que la neige fe fait en la moyenne region de Pair: attendu di-ie que le foleil donnant perpétuellement comme «à plomb en cell ligne EquinoCtia le , amp;nbsp;que par confequent lâair toufiours chaud ne peut naturellement foutfrir, moins congeler delà neige,quelques Iiau teurs de montagnes, ni frigidité delà lune quâon me puiffe mettre en avant, pour lâcfgard de ce climat là 1 fous corredion des fca-
DE lâaMERI QJ/ E 39r des fcauâs)ic nây voy point de fondcmét.
Partant concluant de ma part que cela cft vn extraordinaire amp;nbsp;exception en la fcigle de Philofophic , ie croy quâil nây à point de folution plus certaine à celle queftion ûnon celle que Dieu luy mefme alegue à Iob:quât entre autrechofe pour luy monftrer que les hommes quelques fubtils quâils foyent ne feauroyent attein dre à coprédre toutes fes Åuurcs magnifiques,moins la perfedion dâicelles illuy dit.Es tu entré es threfors de de la neige? lohjS.« amp;nbsp;as tu veu aufsi les threfors de la grelle? Comme fi lâEternel ce grand amp;nbsp;trescxcel let ouuricr difoit à fon fcruitcur lob: en quel grenier ticn-ie ces chofes à tô aduis? en donneras tu bien la raifon? nenni il ne tâert pas pofsiblc, tu nâes pas affez feauât.
Anfi retournant à mon propos,après que le vent de ^roueft nous eut poulTez I'y*^quot;^'fi amp;nbsp;tirez de ces grades chaleurs, au milieu dcfquclles nous fufsions pluftoft roftis quâen purgatoire, auançans au deçà nous commençafmes à rcuoir noftre Pole Aréique , duquel nous allions perdu lâclc-uation il y auoitplus dâvnan. Mais au relie pour cuiter prolixité,rêuoyant les Ic-éicurs es difeours que i'ay fait ci deuant traitât des chofes remarquables que no* vifmes en allât, ie ne reitereray point ici ce que iâay la distant des poiflons volans
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^ÃÃ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;III s T o I R P
quâautres monftrucux amp;nbsp;bigerres de di-uerfes cfpeces qui fe voyent fous cefte Zone Torride.
Pour donqucs pourfuyure la narration des extremes dangers dâoù Dieu nous deliura fur mer à noftre retour» come ainiï fuft quâil y euft querelle entre noftre Gontremaiftre amp;nbsp;noftre Pilote (a caufe dequoy amp;nbsp;par defpit lâvn de lâautre ils ne faifoyent pas leur deuoir en leur charge) ainfi que le vingtfixieme de Mars ledit Pillotc faifant fon quart^câeft à dire conduifant trois heures,faifoit tenir tou tes voiles hautes amp;nbsp;defployees , ne sâe-ftant point pris garde dâvn gi-ain i câeft à dire, tourbillon de vent qui le peparoit, il lelaifta venir donner amp;nbsp;frapper de telle impetuofitc dans les voiles ( lefqucllcs auparauant félon fon deuoir il deuoit faire abbaifler) que renuerfant le Nauire plus que fur le cofté iufques à faire plonger les Hunes amp;nbsp;bouts des mats dâebauf, voire renuerfer en mer les Cables,Cages dâoifeaux amp;nbsp;toutes autres hardes qui nâeftoyent bien amarçes lefqucllcs furent perdues, peu sâcnTallut que nous ne fuf-nons yjrez ce deffus deftous.
Toutesfois apres quâen grande diligence 0.1 eut coupeTes cordages amp;nbsp;fts efeoutes de la grand voile, le Vaifteau fc redrefla peu à peu: mais quoy q»âP en foit
D E Lâa M E R I QV g. 59^ en foit) nous Ia peufmes bien coter pour vnej amp;nbsp;dire que nous lâauions efehapce belle. Cependant tant sâen fallut quclcs deux qui auoyent eftccaufedu mal, com me ils furent priez à l'inftât, fuflent pour cela preftsà fc réconcilier, quâau contraire fi toft que le peril fut pafte,leur action J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;r* 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 Naturelde
OC graces rut de s empoigner amp;nbsp;batre de telle façon,que nous pendons quâils dcuf'^quot;quot;â''ââ^'' lent tuer 1 vn 1 autre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;hff,âg»t.
Dauantage, rentrans en noliueau dan- gt;nbsp;ger, comme quelques iours après nous eufmes la mer calme,le charpentier amp;nbsp;au/?»â â¢Â«'*â¢Â«'â très mariniers , durant cefte tranquilitc/â^^ââ^â'^â* nous penfans foulager amp;nbsp;releucr de la peine ou nous eftions iour amp;nbsp;nui ft à tirer aux pompesreerchans au fond du Na-uire les trous par ou lâeau entrqit, il ad-uintquâainfi quâen charpentans à lentour ^ Æ_ dâvn quâils penfoyent racouftrer tout au''â *'^'J'Æ' fond du Vaifleau près la quille, il fc le-â/'V uavne piece de bois dcnuiron vn pied(i taquet en quatre, par ou lâeau entra fi roide amp;nbsp;fi
Viftc, que raiiant quitter la place aux ma- fabmtr^ei, riniers, qui abandônerêtic charpentier, quand ils furent remontez vers nous fur , le Tjlac, fans nous pouuoir autrementâquot;â â â Vf'^f declarer le fait, crioyent nous fommes perdus, nous fommes perdus.
Surquoy les Capitaine, Maiftrc,amp; Pilote voyans le peril eminent, afin de de-
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firapcr amp;nbsp;mettre hors la Bargue en toute diligence faifans ietter en merles pyiquot; neaux du Nauirc qui la couuroyent aucc grande quantité de bois de Brefil amp;nbsp;autres marchandifes iniques à la valeur de plus de mille francs, ddiberans de quitcr le vaillcau fc vouloyent fauucr dans iccl lc:mefme le Pilote craignant que pour le ^rand nombre des perfonnes quifcfuf-fcnt voulu ietter,elle ne fut trop chargée y eftant entre aucc vn grand couftelas au poing dit,quâil couperoit les bras au pre mier qui feroit fcmblant dây entrer. Tellement que nous voyans dcfia , ce nous fernbloit, dclailfcz à la merci de la mer, nous rclîouucnans du premier naufrage dâoù Dieu nous auoit deliurez , autant refolus à la mort quâà la vie , amp;nbsp;néant-moins pour fouftenir amp;nbsp;empefeher le Na uire dâaller en fôd,nous employas de tou tes nos forces d'en tirer lâeau nous fifmes tant quâelle ne nous furmonta pas . Non toutesfois que tous fuflent fi courageux , car la plufpart des mariniers sâat-tendans boire plus que leur faoul, tous cfperdus apprehendoyent tellement la mort quâils ne tenoyent conte de rien.Et de fait côinc ic mâaffure que fi les Rabe-liftcs mocqueurs amp;nbsp;contépteurs de Di«u qui iafans ?lt; fe moquans fur terre les pieds
DE LâAMERIQVE. 595 pieds fous latabicjdcs naufragesamp;perils ou fc trouuent ordinairement ceux qui vont fur mer y cuifent eftéjleur gaudiife-ric fut changée en horribles cfpouuante-mens , aufsi ne doutay-ie point que plu-fieurs de ceux qui liront ceci ( amp;nbsp;les autres dangers dont iâay ia fait amp;nbsp;feray encores mention que nous experimentaC-mes en ce voyage) félon le prouerbe ne difent. Ha / quâil fait bon planter des choux» amp;nbsp;beaucoup meilleur ouyr deui- ( fer de la mer amp;nbsp;des Saunages, que dây aller voir.
Cependant ce nâeft pas encores fait, car lors que cela nous auint eftans à plus de mille lieues du port ou nous prétendions,il nous en fallut bien endurer dâau très : mefmes comme vous entendrez ci apres , il nous fallut pafler par la griefue famine qui en cmportaftpluficurs : mais en attendit voici corne nous fufmes deli urez du danger prefent. Noftre charpentier , qui cftoit vu petit iennehomme de bon cÅur,nâayant pas abandonné le fond''*^ââ du nauire comme les autres , ains au contraire ayant mis fon caban à la ma-^Z^z^ tclotc fur le grand pertuis qui sây cftoit)'â*'2^Ã^»«« â¢Â«-« fait , fc tenant à deux pieds delTus pour refiftcr à lâeau (laquelle comme il nous dit depuis de fon impetuofrtjélâen-
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leua plufieurs fois)criant en tel eftattant quâil pouuoit à ceux qui cftoyent cn cf-froy fur le Tilac,quâon luy portaftdes ha billemcns, lifts de cotons amp;nbsp;autres cho-fes propres pour,pendant quâil racouftre roit l a piece qui sâeftoit enlcuec, empef-cher tant quâils pourroyct 1'cau:eftant di ie ainli fccouru, nous fufmes preferuez par fon moyen.
Après cela nous eufmes les vents tant inconftans,que noftre vaifleau poulie Si deriuant tantoft à l^Efl, amp;nbsp;tantoft à POu-⢠â¢â¢Â«gt;.iviyV pÃ. ( qui nâeftoitpas noftre chemin car nous auions affaire au Su) noftre Pillote qui au reftc nâentendant pas fortbicn fon meftier,ne fceut plus obferuer fa route, nous nauigafinesainfi cn incertitude iuf-ques fous le Tropique de Cancer.
Dauâtage nous fufmes cn ces endroits là lâcfpacc dâenuiron 15. iours entre des j^{â ferr-^^ââ^^® quiflotoyent furmer fi efpeftes amp;nbsp;tut. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cn t elle quantité,que fi afin de faire voye
au Nauirc qui auoit peine à les rompre, nous ne les eufsions coupees auec des Iâl,' c^^necs j ie croy que nous fufsionsde-iJrft-^ meurez tout court.Et parce que ces herbages rendoyent la mer aucunemêt tróu-'111. . ble,nous eftant aduis que nous fufsions dans des marefeages fangeux , nous con-îefturafmes que nous deuions eftre près de quelques Ifles:mais encores quâon iet-taft
DE Lâ A M E R I QV E.' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;597
tailla foiidc aucc plus de cinquante braf/p/jj fes de cordes,fi ne trouua on fond niri-ue , moins dcfcouurifmcs nous aucune terre: furquoy ie reciteray aufsi ce que riiiftoviêlndois à efcrit à ce propos.Chri Hift.p.â ftofle Colomb, dit-il au premier voyage des ind.' qu'il fit au defeouurement des Indes,qui Liu. i. fut «lâan. 149a. ayant prins rcfraichific-^^'^^ mens en vnc des Ifies des Canaries,apres auoir finglc pluficurs iournecs rencontra unt dâherbes quâil fembloit que ce fuftvn pré: ce qui luy donna vne peur, encores quâil nây euft aucun danger-Sem-blablcment pour faire defeription de ces herbes marines dont iâay fait mention: sâentretenant lâvne lâautre par longs fila-mens,ainfi que Hedera tcrrcftris,flottans fur mer fans aucunes racines, ayant les fueillcs affez femblables à celles de Rue 1:1^1^ de lardins ,1a graine ronde amp;nbsp;non plus p^^, ^, grofle que celle de Gencvrc,elles font dc«»*â«-^« couleur blafarde op blanchaftre comme ^T'k foin fcné:maî?aurcftc, comme nous ap-perceufmes aucunement dangereufes i manier.Comme aufsi iâay veu pluficurs fois nager fur mer certaincsimmôdicitcz rouges faites de mefmc façon que la cre-Ite dâvn coq, fi venimeufes amp;nbsp;contagieu-^quot;Jââ^Jquot;'^^ fcs,quc fi toll que nous les touchions la^emfur^ main deuenoit rouge amp;nbsp;enflee. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quot;^â
Eftans doneques fortis de celle mer
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herbue j parce que nous craignions dâe-ftre la rencontrez de quelques Piratesj non feulement nous braquafmcs quatre ou cinq pieces de telle quelle artillerie defer qui eftoyentdans noftre Nauircj mais aufsi pour nous défendre à la nccef-fitéjnous preparafmes les lances à feu amp;nbsp;autres munitions de guerre. *
Toutesfois acaufe de celaj derechef voici venir vn autre inconuenient qui nous aduint : car comme noftre canôniel faifant feichcr fa poudre dans vnpotde fer , le laifta fi long temps fur le feu quâil rougit, la poudre sâcftant emprife la fiam bc donna de telle façon dâvn bout en autre du Vaifteau: mefmes gafta quelques voiles amp;nbsp;cordages, que peu sâen fallut, quâà eaufc de la graille amp;nbsp;du Braitz dont le Nature eftoit frotte amp;nbsp;godronné, que Je feu ne s'ymift,cn danger dâeftrc tous brûliez au milieu des eaux. Et de fait rvn des pages amp;nbsp;deux autres mariniers furet tellement gaftcz de brullures que lâvn en mourut quelques iours après : comme aufsi pour ma part, fi foudainement ic nâeufle mis mon bonnet à la^mattelote deuât mon vifagc,tâcufl'e eu la face gaftec Ou pis: mais mâeftant ainfi couuertiâen fus quitte pour auoir le bout des oreilles amp;nbsp;les cheueux grillcz:ccla nous auint enuiron le quinzième dâApuril. Ainfi pour
DE lâa M E R I Q_V E. ^9^ pour reprendre vn peu haleine en ceften droit nous voici iufques à prefcnt par la grace de Dieu non feulement efenapez des naufrages amp;nbsp;de lâeau dont, comme vous auez entendu,nous auonsplufieurs fois cuidez eflre engloutis» mais aufsi du feu qui nâaguercs nous a penfé côfumer.
CHAP. XXII.
DeTextremefiunine » tourmentes t (^ autre (dangers d'où Dieu nous preferua en ra-pajfant en 1-'rance.
R apres que toutes les choies fufdites nous furent ad uenues , rentrâ^de fiebvres égt;f /Ã^lft^ t^ e^ en chaud mal (comme on* lt;.o^d^f .r^e^e,-dit) dâautant que nous eftiôs encores à plus de cinq cens lieues loin de France » noftre ordinaire tant de bifeuit que dâautres viures amp;nbsp;bruua-ges , qui nâeftoit ia que trop petit » fut nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
tout à coup retranché de la moitié . Et ne nous aduint pas feulement ceretar-dement du manuals temps amp;nbsp;vents contraires que nous eufmes : car outre cela, corne iâay dit ailleurs, le Pilote pour nâa-uoir bien obferué fa route, fe trouua tellement deceu , que quand il nous dit que nous approchions du cap de fine, ter
400 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
rc)qui eft fur la cofte d Efpagne) nous e-ftions cncoics à Ja hauteur des Ifles des Eflores qui en font à plus de trois cens lieues.C eft erreur doneques en matiere dcnauigation fut caufeque des la fin du mois dâAuril cftans entièrement def-pourucus de tous viures, ce fut » pour le dernier mets,à nettoyer amp;nbsp;ballierla Soute,ceft à dire la chambrette blanchie amp;nbsp;plaftree ou lâon tient le bifeuit dans les Nauires,cnlaquelJeayant trouuéplus de vers amp;nbsp;de crottes de Rats que de miettes vtri^ depain,parti(ïans neantmoins cela auec erttâ,le Jej cuillicrs,nous cn faifions delà bouil-laquelle eftant aufsi noire amp;nbsp;amere f»ââgt;ti- que fiix^â'â°â® P®*^^^^ penfer fi câeftoit »«lt;.«- Æ Â«â¢â »'jiâynpjai^iit manger. Sur cela ceux qui a-iioyent encores des Guenons amp;nbsp;des Perroquets (car dés long temps pluficurs a-uoyët ia mangez les leurs ) pour leur ap^ prendre vn langage quâils ne feauoyent pas,les mettas au cabinet de leur mémoire les firent feruir de nourriture: bref dés le commencement du mays de May, que tous viures ordinaires dcfFaillircnt -f«'â^«'â-entre nous,deux mariniers cftans morts mart! de dc maHc faim, furent à la façon de la ^quot;quot;â- mer iertez amp;nbsp;cnfcpulturcz hors le bord.
Outre plus durant cefte faminela tor-mente continuant iour amp;nbsp;nuiéf Icfpacc dc trois femaincs , nous ne fufincs pas feule-
DE i-âAMERIQVE. 4OI feulement contraints à caiife de la nier merucilJcufcmcnt haute amp;nbsp;cfmeuc, de plier toutes voiles amp;nbsp;lier Jt gouuernaiJ,y .x/.irt r pour ne pouuans plus.conduire autrcr-/^â'â ment,laiffer allci Je Vaiffeau au grc des ondes , mais aufsi cela empefeha que durant tout ce temps amp;nbsp;à noftre grande nc-ccfsitcnous nepeufmes pefeher vn fcul poifToinfonune nous voila derechef tout à coup en la famine iufques aux dents,af-faillis de lâeau au dedans , amp;nbsp;tourmentez des vagues au dehors. Parquoypuis que ceux qui nâont point efté fur mer en telle cfpreuue nâont veu que la moitié du monde, il faut que ie répété ici quâà bon droit le Pfalmifte dit, que flottans montans amp;nbsp;defeendans ainfi fur ce tant ^^* *°^* terrible Elcmct fubfiftans au milieu delà *^ââ'^' mort,câcft vrayement voir les inciueilles de lâEternel. Cepédant ne demadez pas ü nos matelots papiftes fe voyans réduits à telle extrémité , promettans sâils pou-voyent paruenir en terre, dâoffrir à faint Nicolas vnc image de cire de la grofleur dâvn homme , faifoyent au refte de mer-ucilleux vÅuz ; mais cela cftoit crier a-'-près Baal qui nây entendoit rien. Partant__^ nous autres nous tronuans bien mieux dâauoir recours à ccluy , duquel nous a-uions ia tant de fois expérimenté lâafsi-flancc,amp;qui feul aufsi,cn nous fouftenat
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HISTOIRE
extraordinaircmét en noftrc famincjpoo uoit commander à la mer amp;nbsp;appaifer lâo-ragcjcâeftoit à luy amp;nó à autres que nous nous adrefsions.
Or eftans ia fi maigres amp;nbsp;afFoiblis,que à peine nous pouuiôs nous tenir debout pour faire les manÅuures du Nauire, la nccefsitc toutesfois,au milieu de ceftc a-pre famine,fuggerât à vn chacun de pcn-îcr amp;nbsp;rcpcnfcr à bon cfcicnt dcqiioy il pourroit remplir fon ventre: quelques vns sâaduifans de couper des pieces de certaines rondelles faites de la peau de lâanimal nômcTapirouJfÿUidiiqueï iâayfait mctiô en celle hilloire,les firent bouillir dansde lâeau pour les cuider ainfi mâger, mais celle recept e n'eftant pas trouuec bonne J dâautres qui de leur colle ccr-choycnt aufsi toutes les inuencions dont ils fepouuoyent aduiferpour remédier j^ ^ ^ à leur faim, ayâs mis de ces pieces de ron dnuirri. déliés de cuir fur les charbons,après que Ã'fâ o- elles furet vn peu rollics , le brullc raclé jy^j. yn coullcau,ccla fucceda fi bienquâe les mangeâsde cefte façô nous eftat aduis fgt;gt;lt;JûCrÃA'' *3^^^^ fulfêt car^ônades de coings de por ^Co^ki ns rlt;gt;zÃc^^^ââ^^ fut,ccll effay fait, à quiauoit des rondelles de les tenir fi de court, que par ce quâelles dloycnt aufsi dures que cuir debeuffee, apres quâaucc des ferpes amp;nbsp;autres ferremens elles furent toutes dé
coupées
DE LâaMERIQVE. 405 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;(
coupées,ceux qui en auoycnt portans les morceaux dans leurs manches en de pe-titsfacs de toillc,nâcn faifoyét pas moins de conte , que font par deçà fur terre les gros vfuricis de leurs bources pleines I dâefeus.Mefmes comme lofephus dirque^j.^gj, ^ les afsicgez dans la ville de lent falen fc repeurent de leurs courroyes , foulicrs, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j
amp;cuir de leur Paupis^aufsi en y eut il trenous qui en vindrcnt iufques là , de^^^ j^ fe nourrir de leurs collctsdc marroquins Xgt;-r4uJi amp;nbsp;cuirs de leurs fouliers: voire les pages amp;nbsp;garçons de Nauire preffez de»malle mL^rlt;,. rage de faim , mangèrent toutes les cornes de lanternes (dont il y a toufioursuZZnit* grand nombre dans lesVaifleaux de mer) ó-ihmM. amp;nbsp;autant de chandelles de furf quâils pcurent attraper.Dauantagc nonobdant ââ¢quot;quot;rntart la débilité ou nous eftions , fur peine de couler en fond Sc boireplus que nous nâa uions à manger, il nous falloir auec grà d trauail eftre inceflamment à tirer lâeau à la pompe.
Le cinquième iour de May furlefo-leil couchant nous vifmes en lâair vo- FUmUm 1er amp;nbsp;flamboyer vn urand cfclair r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i ⢠latênluir.
feu , lequel ht telle rcuerberation dans les voiles de noftre Nauife, que nous penfions , que le feu s'y fuft mis : toutesfois fans nous endommager , il pafla en vn inftant. Q^efiou
Ce 2
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demande dâoù cela pouuoit procéder, îtf di que la raifon en fera tant plus malaiféc à .rcndrc,que nous eftas lors à la hauteur des terres ncuucs , ou on pefehe les Ã^-igt;^f-'figt;rfâ^^/,lt; lucs,^c Cajiada,regions ou il fait ordi naircment V n froid extreme,on ne pourra pas dire que cela vint des exhalations chaudes qui fuflent en rair:amp; de fait afin dâen efTayer de toutes les façons,nous fuf mes en ces endroits la battus du vent de Nord Nordeft, qui eft prefque droite Bi zc, lequel nous caufa vue telle froidure que durant plus de quinzeiours nous nâc chaufafmes aucunement.
Enuiron le douzième dudit mois de May,noftrecanonnier,auquel au parauât apres quâil euft bien langui iâauois veu Canti«;,r niangerles tripes dâvn Perroquet toutes crues, eftant en fin mort dcfaim,futjCoin *â â me les precedens decedez de mefinc maladie,ietté amp;nbsp;enfcpulturé en mer;amp; nous en fouciafmes tant moins pour lâcfgard de fa charge,quâau lieu de nousdeffendre fi on nous euft afiaillis, nous cuffions pluftoft defirc lors ( tant cftions nous atténuez) dâeftre prins amp;nbsp;emmenez de quel que Pirate , pourueu quâil bous euft don ne à manger.Mais commcil pleut à Dieu nous affliger, tout le long de noftrc voya gc à noftrc retour, nous ne vifmes quâvu fcul vaiffeau, duquel encores, à caufe de noftrc
De LâA M E R I QJâE. 405 noftrc foibJeffe ne pouuäs appareiller ni leuer les voiles quad nous le dcfcouurif-mesnous nâen peufmes approcher.Or les rôdclles dontiâay fait mention,amp; tout le cuir, iufques aux counerclts des coffres à bahu, aucc tout ce qui fepeut trouuer pour fuftanter dans noftre Nauire eftant entièrement failli,nous penfions eftre au bourde noftrc voyage. Mais cefte necef-ftté, inuentrice des arts , ayant dereche-f mis en rentendement de quelques vns de chalferles Rats amp;nbsp;les Souris,qui en grà d nombre fparce que nous leur auions ofte les miettes amp;nbsp;toutes autres chofes quâils euflent peu ronger) couroyent mou-lans de faim parmi le Vaiffeaujils furent pourfuyuis en telle diligence, voire ^^^Æ aucc tant de fortes de ratoires quâvn cha r^ntiafa-cun inuentoit,quccôme chats lescfpiansp^'^.*/' à yeux ouuerts, mefmc la nuit quand ils manier. fortoyent à la lune, ic croy quelques biéi'»H^{^-l(i-cachez quâils fuffent quâil y en demeura peu. Et de fait quand quelquâvn auoit prins vn Rat, lâeftimant plus quâil nâeuft fait vn beuffur terre, non feulement iâen ay veu tels qui ont efte vendusdeux trois amp;nbsp;iufques à quatre efeus la piece: mais qui plus eft noftre Barbier, en ayant vnc fois prins deux tout dâvn coup, lâvn dâen trc nous luy fit cefte offre que sâil luy en wuloit bailler lâvn, quand nous ferions
Ce s
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au port il lâhabilleroit de pied en capt ce que toutesfois v préférant fa vie à fes habits ) il ne voulut accepter. Bref vous cufsicz veu bouillir des Souris dans de lâeau de mcr,aucc les tripesamp;lcs boyaux, dont ceux qui les pouuoyent auoir fai-foyent plus de cas , que nous ne faifons ordinairement fur terre de membres de moutons.
Mais entre autres chofes remarquables , pour monftrer que rien ne fc pcr-doit parmi nous: comme noftre Contre-maiftre vn iour apprcftant vn gros Rat pour faire cuire , luy eut couppc les quatre pattes blanches lefquclles il ietta fur le Tillac : ie fcay vn quidam qui les Tâ«»« lt;/« ayant aufsi foudain amaflecs quâen dili-/gt;^ T»â»- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f^*^ griller fur les charbons en
iK/in^cr. les mangeant y trouua vn tel gouft, quâil afferma nâauoir iamais tafte d'ai-fle de Perdrix plus faiiourcufe . Et pour le dire en vn mot quâeft ce aufsi que nous nâeufsions mangé ou plu-ftoft deuoré en telle extrémité? car de vray fouhaitans les vieux os amp;nbsp;les ordures que les chiens traifnent pardcf-fus les fumiers pour nous ralfa fier , ne doutez pquot;int fi nous cufsions eu des herbes vertes , voire du foin, ou fueil-Ics dâarbres f comme on peut auoir fur terre ) que tout ainfi que beftes brutes nous
D E Lâa M E R I «Xy ®â nous ne les eufsious broutées.
4°7
Ce nâeft pas tout, car lâcfpace de trois fepmaines quecefte afpre famine dura , nâeftant nouucllc entre nous ni de vin ni dâeau douce,qui des long temps cftoit faiJlie,nous eftant feulement refit pour tout bruuage vn petit tonneau de Ciftre , les maiftre amp;nbsp;Capitaine le mefnageoyent fi bien amp;nbsp;tenoyent fi de court, que quand vn Monarque en celle necefsité eull elle aucc nous dans ce i Vailfeau il nâen eufteu non plus que les autres : alfauoir vn petit verre par iour. Tcllemcntquâeflans autant amp;nbsp;plus pref-fez de foif que de faim , non feulement ^°âf Fgt;«â quant il tomboit de la pluye , eftendans ^ueiafam des linccux auec vnc balle de fer au milieu pour la faire dillillcr nous larcce-uions dans des vailfcaux de celle façon, mais aufsi rccucillans celle qui par petits ruifleaux degoutoit deflus le l'illac, quay quâà caule du Bray amp;nbsp;des fouil-leurcs des pieds elle fut plus trouble que celle qui court parmi les rues , nous ne laifsions pour cela dâen boire.
Conclufion combien que la famine quâen lâan . 1^75 . nous endurafmes du-gt;!'â«««rgt;-»-rant le fiege de Sancerre , ainfi quâon peut voir par lâhilloirc que iâen ay aufsi
Ce 4
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inifc en lumière doyue eftre au rang des f)lus gricues dont on ait iamais ouy par-er:tant ya toutesfoisj commel ay la note que nây ayant eu faute ni dâeau ni de vin,quoy quâelle fuftplus longue! je puis dire quâelle ne fut fi extreme que celle dót il eft ici quel1:ion:car pour le moins auiôs nous à Sancerre quelques racine^,herbes fauuages,bourgeons de vignes, amp;nbsp;autres chofes qui fc pcuiicnt tneores tronuer ⢠fur terre. Comme de fait tant quâil plai-roità Dieu de laifler fa benediftion aux creatures , ie di mcfincs à celles qui ne font point en vfage commun pour la nourriture des hommes : corne es peaux, parchemins , amp;nbsp;autres telles merceries, dont iâay fait cathalogue dequoy noirs vefeumes en ce fiege-: ayant di-ie expérimenté que cela vaut au bcfoin , tant que iâaurois des collets de buffles , habits de y^fi^f ^ââ '^I'' chamois , amp;c telles chofes ou il y a fuc SC humidité, fi iâeftois enfermé dans vne place pour vne bonne querelle , ic ne me voudrois pas rendre pour crainte delà famine . Mais fur mer au voyage dont ic parle, ayans efté réduits à celle extrémité de nâauoir plus que du Breffl, â¢s»« Je bois fans humidité amp;nbsp;fee fur tous les au-çprey,Zi-igt;x«jj.ç5 p]y^pm.j preflez iufques au bout, famine, faute d autres chofes en gngnotoyent entre leurs dents ; tellement que le ficur du Pont
DE lâa M E R r QV E.
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du Pont noftre condudcurcn tenant vn iour vne piece en fa bouche,aucc vn grid foufpirmedit.HelasïdeLcry mon ami il mâcftdeu vne partie de 4000.fracs en Frâ g^^i^^jtJ» ce de laquelle pleuft à Dieu auoir fait boÃeurdv ne quitancc amp;nbsp;que 1 en tmle maintenant vn pain dâvn fol Si vn verre de vin. Q^ât à mailiic PierreRJchicr , à prefent Mi-niftre de la parole deDieu_à laJ^ochcllc, le bon homme dira que de iîctilité durât T),i,^ii,^jf noftre mifere eftant eftendutout de fon j^c/jitr. long dans fa petite cavité,il nâcuft fceUr.-/Z«'4 leucr la teftepour prier Dieu: lequel ne-antmoins ainfi Couché quâil cftoit tout à plat,il inuoqudit ardemment.
Or allant que finir ce propos, ic diray en paftant, non feulement auoir obfcruc aux autres,mais moymcfmc fenti durant ces deux aufsi eftioitcs famines ou iâay paflequâhômeen ait iamais cfchapec,quc pour certain quad les corps font ainfi attentiez , nature défaillant,les fens cftans aliénez , amp;nbsp;les cfprits difsipeZ, cela rend les perfonnes non feulement farouches, Faminer» mais aufsi engendre vnc colcrc , laqucl-*quot;'quot;ââ*^' le on peut nommer efpccc de rage;amp;par-tant le propos commun , quand on veut fignifier que quclquâvn à faute de manger, a efté fort bien inuenté: aflauoir dire quâvn tel enrage de faim. Q^iplus eft, tomme lâexpérience fait mieux entendre
jj.ro nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
vnc chofe gt;nbsp;ce nâeft point fans caufe que Dieu en fa loy menaçant fon peuple sâil ne luy obéit,dcluy enuoyer la famine dit cxprcirtmcnt, quâil fera que l'homme té-di e amp;nbsp;délicat,câeft à dire dâvn naturel autrement doux amp;nbsp;benin amp;nbsp;qui auparauant auoit chofes cruelles en horreur,en lâextrémitéâ de la famine,deuiêdra neâtmoins fi defnaturé que regardant fon prochain, voire fa feme amp;nbsp;fes enfans d vn manuals chtftsfrt oeil, appetera dâen manger. Car outre les fr^H^éd exemples que iâa^ narrez en lâhiftoirc de i^toorpè Sancerre , tant du perc amp;nbsp;de la mere qui ^quot;em/f^ mangèrent de leur propre enfant, que de nâittde quelques foldats lefquels ayans eHayc de f^firtrefi 2j j;]iajj. des corps quiauoyent efté tuez ^ â^ en guerre,ont cófclltâ depuis, fi l'affliétio euft encores continue, quâils eftoyent en deliberation de fe ruer fur les viuans,outre di-icces chofes tant prodigieufes, ic puis afleurer véritablement que durant noftre famine fur mer nous efiions fi cha grins,qiiâcncorcs que nous fufsions retenus par la crainte de Dieu , à peine pou-uions nous parler Tvn à lâautre fans nous fafchcrivoirc qui pis eftoitfamp; Dieu nous le vncille pardonner'fans nous letter des ccilladcs amp;nbsp;regards de trauers, accompagnez de quelques mauuaifes volotcz tou chant eeftaéfe barbare.
Or afin de pourfuyurc ce qui refiede
noftre
DE lâaMERI QVK 411
noftre voyage, comme nous allions touf-iours en declinaties 15.amp; lö.de May que il y eut encor deux de nos mariniers qui Marinirrt moururent de malle rage de faini:aucunsp°quot;' dâentre nous imaginans là defius par manière de dire,quâattcdu le long temps que fans voir terre, il y auoit que nous branlions fur mer , nous dénions eftre en vn nouucau déluge,quad pour la nourriture des poifldns nous Ics .vifmcs letter en lâeau, nous nâattendions autre chofe que dâaller toft amp;nbsp;tous après. Cependà t non-obftant cefte fouifertc inexprimable durât laquelle,corne iâay dit,toutes les Guc nôs amp;nbsp;Perroquets que nous rapportions furet mâgcï, en ayat ncantinoins iufquâà ce reps là toufiours gardé vn que iâauois « aufsi^ros quâvnc_Oye, proférant Frâcbe- iax»,/â¢Â«'/-lt; y mét corne vn home, amp;nbsp;de plumage excel-IctJequel mefrae,pour le grâd defir de le fauucr,afin dâen faire prefent à M. lâAdmirai, ie tins 5.ou 6. jours caché fans luy nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;,
pouvoir rien bailler à mâgentât y a,la ne cefsité prcffant, iointla crainte que iâcii qu'on ne le me defrobaft la nuit, quâil paf fa corne les autrcs:dc taçô que nâen iettat rien que les plumes,nô feulcmêt le corps mais aufsi les tripes,pieds,ongleSjamp; bec crochu feruiret à quelques miens amis amp;nbsp;amoy deviuoter trois ou quatre iours: toutesfois iâen eus tant plus de regret
ijI2 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nis T o I R F,
que cinq Jours apres que ic lâeu tue nous vifmes terre : tellement que cefte efpece dâoifeau fc paflant bien de boirç il né mâeuft pas fallu trois noix pour le nourT rir tout ce temps la.
Mais quoypdira qnclquâvn , fans noais particularifcr tS Perroquet duquel nous n'auions que faire , nous tiendras tu touf Jours en fufpens touchât vos langueurs? fera ce tantoft affez enduié en toutes for tes ? nây aura il iamais hn ou par mort ou par vie? Helas! fi aura,car Dieu qui fou-llenoit nos corps dâautres chofes que de ^f^^ pain amp;nbsp;de viandes communes, nous ten-^.f-dant la main au port, nous fit la grace inrtK- que le viugtquatricme iour dudit mois ^»ti n,H, de May 1358- ( lors que tous cftendus fur XÃ^iy/M^*^ ^i)^^ââââ® pouuoir prefques remuer nm^ ni bras ni ïambes , nous nâen pouuions plusinous eufmes la veuë de bafle Bretagne. Toutesfois parce que no* auios cfié tant de fois abufez par le Pilote , lequel au lieu de terre nous auoit fouuent mon ftre des nuées qui sâen eftoyent allées en I^ lâair, quoy que Je Matelot qui eftoit à la aC ' ' grande Hune cria pardcux ou trois fois terre terre,encores penfions nous que ce flirt moquerie: mais ayât vent propice amp;nbsp;mis le cap droit deifus, nous fuîmes toll alfeurez que câertoit vrayefnent.terre ferme. Parlât pour conclufio de tout ce que iâay dit
De LâAMERIClJE. 415 îâay dit ci deffus touchant nos affligions, ahn de mieux faire entendre fextremc ex tremite ou nous elbons tombezjamp; quâau befoin,nâayant plus nul refpic. Dieu nous afsifta : apres iuyauoir rendu graces de noftre dcliurance prochaine , le maiftre du Nauire dit tout haut, que pour cer- T^'M^tfl tain h nous fufsions encor demeurez jour en ceft eftat, il auoit délibéré amp;nbsp;rcfo lu,non pas de letter au fort,comme quelques vns ont fait en telle dcftrelTe , mais fans dire mot, dâen tuer vn dâentre nous pour feruir de nourriture aux autres : ce que iâapprehenday tant moins pour mon cfgard que, quoy quâil nây euft pas grand graille en aucun de nous,finon quâon eut feulemct voulu manger de la peau amp;nbsp;des os ie croy que ce nâeuft pas efté moy. Or parce que nos mariniers auoyent délibéré dâaller defeharger amp;nbsp;vendre leur Bois de Brcfil à la Rochelle , quand nous fuf-mes à deux ou trois licuës de cefte terre deBrctagne,lemaiftredu Nauire,le fieur du Pont IJc quelques autres, nous laiffand à rancrc,sâcn allèrent dans vneBarque en vn lieu proche appelé Hodierne pour a-; cheter des viures : mais deux de noftre compagnie aufquels particulièrement ie baillay argét pour mâapporter quelques rafraichiircments,sâcftans aufsi mis dans cefte Barque^fi toft quâils fc virent en ter-
4114 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRS
rc penfans que la famine fut enfermée dans le Nauire, quittans les coffres amp;nbsp;hardes quâils y auoyent, ils protefterent quâils n'y mettroyent iamais le pied:coin me de fait s'en eftans allez de ce pas ie ne les ay point veus depuis . Outrcplus durât que nous fufmes là à lâancre quelques pefeheurs sâeftans approchez, aufquels nous demandafmes des viures , euxefti* mans que nous nous mocquifsiôs ou que fous ce pretexte nous leur voulufsions faire defplaifir fe voulurent foudain reculer: mais nous les tenansà bord,preflcz de necefsité eftans encores plus habilles qu'eux nous iettafmes de telle impetuofi té dans leur Barque,(juâils penfoyet eftre faccagcz:tourcsfois fans leur rien prédre que de grc à grc nâayans trouué de ce que nous cerchions finon quelques quartiers dcpain noir,il yeut vn vilain nonobftât ladifette que nous leur fifmes entendre ou nous cftions qui au lieu dâen auoir pi tic ne fit pas difficulté de prendre de moy deux Rcalçs pour vn petit quai tier qui ncvaloit pas lors vnliard en ce païs là .Or nos gens eftans rcucnus aucc pain, vin amp;nbsp;^ autres viâdes,que nous ne laifîafmcs moi â fir ni aigrir,corne en pcfâstoufiours aller
à la Rochelle nous eufmes naingué deux ou trois lieues , eftans aducrtis par ceux d'vu
DE tâA M E R I Q_V E. 415 dâvn nauire qui nous aborda quecertains Pirates rauageoyët tout du iongdecefte cofte : confiderans ladcffus quââpres tant de grâds dà gersd ouDieu nous auoit fait la grace d efebaper , ce fcroit bien ccr-cher noftre malheur , de nous mettre en nouucau hazard, dés le mefme iour ztî. de May,fans plus tarderdc prendre terre nous entrafmes dans le beau amp;nbsp;Ipacieux havre de Blanet pays de Brctagnc:auqucI aufsi lors an iuoyct grand nôbre de vaif-feaux de guerre retournas de voyager de diuers pays,qui tirans coupsdâartillcrics amp;nbsp;faifans les brauades accouftumees en entras dans vn port de mer sâcfiouilîoyct de leurs vidoircs.Mais entre autres yen ayâtvndc S. Malo duquclles mariniers peu au parauant auoyét prins amp;emmenc vnNauirc dâEfpagnol qui rcuenoitdu Pe ru chargé de bonnes marchandifes quâon cftimoit plus de foixante mille ducats:cc quâeftât diuulguc par toute laFrâce,bcau coup de marchans Parificns,Lionnois amp;nbsp;dâailleurs eftans ia en ce lieu pour en a-cheter , cela nous vint fi bien à point, qu'aucuns dâeux fe troiiuans près noftre Vaifleau quand nous mettions pied en terre, non feulement ( parce que nous ne nouspouuions fouftcnir)nous emmene-r fent par deffous les bras, mais aufsi bien a propos , ayans entendu noftre famine.
416 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTO 1RS
. nous exhortèrent que nous gardens de V'f^ 1^^f^^^ trop manger nous vfifsions du commen-Z,y cernent, peu à peu,de bouillons de vieil-V les poulailîcs bien confumccs:dc kià de H chèvres amp;nbsp;autres chofes propres pour nous cflargir les boyaux que nous auiôs retraits. Et de fait ceux qui creurent leur confeil sâen trouucrentbien : car quant à nos mattelots qui du beau premier iour fe voulurent faouler, ie croy de vingt re-ftez de la famine queplus delà moitiéerc uerent amp;nbsp;moururent foudainement de trop manger. Mais quant à nous autres quinze paüagiers qui, comme iâay dit au l4 tfi' ^^^ conimencement du precedent chapitre, r.'b5Ãlt;^.'Hâ.,Klt;*.'nous cftions embarquez dans ce Vailfeau en la terre du Brefil pour reuenir en Frâ-cc , il_nâen mourm vn fcul, ni fur mer ni fur terre pour celle fois la . Bien eft vray que nâayans fauué que la peau amp;nbsp;les os, non feulement vous eufsiez dit à nous voir que câeftoyent corps morts defter^ rez , mais aufsi, fi toft que nous eu fines prins Pair de terre, nous fufines fi dcf-'^ffsout gouftéz, amp;nbsp;abhorrions tellement les viâ-muè â*^ââ nbsp;nbsp;nbsp;, que pourparler de moy en particu
lier, quand ie fus au logis foudainque lâeus fenti du vin , tombant à la renuerfe fur vn coffre à bahu,on pcnfoit,ioint ma foiblefrc,quc ie deuffe redre lâefprit.l ou tesfois ne mâeftant pas fait grand mal, mis
DE LâAME RIQVE. 417 mis que ie fus dans vn liéljcombien quâil y euft plus de dixneuf mois que ie n a-uois couché à la Françoife (comme on parle auiourdâhuy) tant y a que contre ce quâaucuns difcnt quand on a accouftume' de coucher fur la dure, on ne peut de lôg temps repofer fur la plume , que ie dormis h bien cefte premiere fois , que te ne me refueillay quâil ne futle lendemain fo leil leuant. Ainfi apres que nous eufmes feiourné trois ou quatre iours à Blanet, noâ allafmcs à Hanebô petite ville à deux lieuësdelà , en laquelle durant quinze iours nous-nous fifmes traiter félon le confeil des Médecins: mais quelque bon regime que nous peufsions tenir,la pluf part deuindrcnt enflez depuis la plante des pieds iufqucs au fommctdelate fte,amp; nây eut que moy amp;nbsp;deux ou trois au très qui le fufmes feulcmct depuisla cein tureen bas. Dauantage ayâs vn cours delt; ventre amp;nbsp;tel defuoyemet dâcfl:ornâch,que nous ne pouuioni rien retenir dans le corps,nâeuft eftevne certaine recepte que on nous enfeigna : aflauoir du ius dâHc-dcra terreftris , du Ris bien cuit cftoulfc dansvn pot auec force drapeaux,quand il , J eft ofté de deflus le feu , amp;nbsp;des moyeu amp;nbsp;f'« '*^» * dâÅufs le tout méfié cnfembledâs vn plat ( fur vn r£chaut,quâayans mangé auec des cgt;'.«yMr à »^ j cuilliers nous râafermit fort foudainc- I
;»
Dd l
418
HISTO IRE
mét iecroydi icque fans cela dans peu de tours ce mal nous.eut tous emportez,.
Nous voila doneques ce fembJe pour ce coup à peu près quittes de tous nos maux : mais tanty a que li celuy qui nous auoit tant de fois garantis des naufrages, tornicntes,afprc faminc,amp; autres incon-ueniens dont nous auions efté affaillis fur mer, nâeuft conduit nos affaires à no-ftre arriuce fur terre, nous nâeftions pas encores efehappez : car corne fay touché en noftre embarquement pour le retour, Villegagnon, fans que nous en feeufsiôs rien,ayant baillé au maiftre du nauire ou nous rapaflafmcs(qui lâignoroitaufsi)vn . procès lequel il auoit fait amp;nbsp;forme cotre nous, aucc mandemet expres au premier iuge auquel il feroit prefenté en France, non feulement de nous retenir,mais auf-fi faire mourir amp;nbsp;brufler comme hcreti-- qucs quâil difoitque nous eftions:aduint que le fleur du Pont noftre conduéleur ayant eu cognoiffance ^quelques gens de juftice de cepays là (qui aupyet fentimét tic laRcligion dont nous faifions profcf-fió)aufquels le coffret couuert de toile ci reedas lequel cftoit ce procès amp;nbsp;forcclct très adreffantes à pluficurs perfonnages fut baille , après quâils eurent veu ce qui leur cftoit mandé, tant sâen faut quâils nous traitalfcnt delà façon que Villcga-gnon de-
DELA M E R I Qjr E. 419 gnondefiroit,'quâau contraircjoutrc que ils nous firent la meilleure chere qui leur J.â^'f^* fut pofsible,offrans leurs moyens à ceux aiimirabit. de noftre compagnie qui en auroycnt affaire,ils prefterent argent audit ficurdu Pont,amp; à quclqnes autres.Voila commet Dieu,qui furpréd les imfez en leurs cau- '//â¢'ruiâ telles,non feulement par le moyen de cesâ bons perfonnages nous deliura du danger ou le reuoltcVillegagnon nous auoit mis , mais qui plus eft la trahifon quâil nous auoit braffee eftant ainfi defeouner te à fa confufiô,Ie tout retourna à noftre foülagcment. Apres doneques qucfious eufmes receu ce nouucau bénéfice de la main de celuy qui, comme iâay dit, tant fur mer que fur terre fe monftra noftre proteôleur, nos mariniers dcpartans de cefte ville de Hanebon pour sâen aller en leur pays de Normadie, nous aufsi pour nous ofterdâentre fe s Br^ to ns breto nnas, I en,,-dcfqucls nous entendions moinHe langage que des Saunages Ameriquains, dâa ucclefqucls nous veniôs.T^ous haftafmes de venir à Nites dâoù nous nâeftiôs quâà ja. lieues , non pas toutesfois que nous y courufsilt;^nsla pofte,car a caufe de noftre^ quot;'â^ debiliténâayâs pas la force decôduirc nos cbeuaux,dcfqucls mefmes nousnâeufsiôs Iccu endurer le trot,chacun auoit vn hô-
nac qui menoit le fien tout bellement par Dd a
420 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;HISTOIRE
^a bridc.Dauantageparce quâà cc comme cement, il nous fallut comme renouuel-ler nos corps, nous nâeftiSs pas feulcmct aufsi enuieux de toutcc qui noâ venoit à la fantafic,quâon dit que fôt les femes qui charget dâcrant,dcquoy,fi ie ne craignois d'ennuyer les Jefteurs , i'aJIeguerois des exemples efl:ianges,mais aufsi aucuns eu rent le vin tellement à defgout quâils fu-A'/f«« « ^^^^ plus dâvu mois fans cnpouuoir fen-«teaftft tir,moins goufter. Et pour la fin de nos
âââilercs,quad nous fufmesarriuez à Nan tes,comme fi tous nos fens eufiêt efte cn-Saanhtt ticremét renucrfez,nous^ufmcs cnuiron *t.^«M« ^â^^'°'J'^^ °y^ââ^ fi dur amp;nbsp;ayans la veue f,â Jefa.G offufquee que nous penfions deuenir fourds amp;nbsp;aueugles: toutesfois quelques cxccllcns doseurs, médecins , amp;nbsp;autres notables perfonnages qui nous vifitoyet founent en nos logis , nous fccoururent ^ fi bien, que tâtsâen faut pour mon particulier quâil mâen foit demeuré quelque refte quâau contraire dés cnuirô vn mois après ie nâentendis iamais plus clair , ni nâeu meilleure veue : vray eft que pour y lâefgard de lâcftomach , iclâay roufiours
eu depuis fort foible amp;nbsp;debile: tellement quâainfi que iâay tantoft touché, la rechar gc queiâeu il y a cnuirô quatre ans,durât lefiege amp;nbsp;la famine de Sancerre eftant in-terucnuc,ie puis dire que ie mâe fentiray toute
DE lâaMERIQjrg. 421 toute ma vie:ainfi après auoir vn peu re-prins nos forces à Nâte»,ou corne iâay dit nous fufmes fort bié traitez,chacû print parryamp; sâen alla ou il voulut-
Ne refte plus pour mettre fin à la pré-fente hiftoirefinon, feauoir quedeuin-drent les cinq de noftre compagnie , lef-quels,ainfi quâil à efté dit ci deflus,après le premier naufrage que nous cuidafmes faire sâen retournèrent en la terre dâAme rique : amp;nbsp;voici parque! moyen il a efté fccu.Certains perfonnages dignes de foy que nous auiôs laiflez en ce pa^s là , dâoù ils reuindret enuiron quatre mois après nous: ayans rencontré le ficur du Pont à Paris, ne ralfurcrcnt pas feulement quâà leur grand regret auoyét efté fpcâateurs quand Villegagnon à caufe de lâEuangile en fit noyer trois au Fort deColligniraf-fauoir Pierre Surdon, lean^duBordd, amp;nbsp;Malien Vcrnucil,mais outre cela ayas rapporté par eferit tant leur confefsion de foy que toute la procedure que Ville* gagnon tint contre eux , ils la baillèrent audit ficur du Pont, duquel ie la recou-uray aufsi bien toftapres.Tellement que ayant veu par là , corne pendant que nous fouftenions les flots amp;nbsp;orages de la mer, ces fideles feruitcurs de lefus Chrift en-duroycnt les tourmcns voirela mort que leur fit fouffrir Villegagnon , me reffou-
'421 nbsp;nbsp;â HISTOIRE.
quot;enantfainfi guâil à elle ten ci deiTus) que moy fcul de noftre compagnie eftois ref-forti- de la barque,dâslaquclle ic fus tout preft de mâen recourner aucc cux:comn'.c iâeu matière de rendre grace à Dieu de ceffe mienne particulière dcliurancc, auf fi me fentant fur tous autres oblige, d'a-uoir foin efue la confefsion de foy de ces trois bons perfonnages fut cnrcgiftrec au Catalogue de ceux qui de noftre teps ont couftamment enduré la mort pour le tefmoignage de lâEuagilc, des cefte mef-me annee 1558. ic la baillay à lean Cref-pin Imprimeur, lequel,aucc la narration de la difficulté quâils curent dâaborder la terre des Saunages après quâils nous, curent laiflez lâinféra aulinre des mar-tirs auquel ic renuoyc les leftcurs: car nâ voyez euftefté la raifon fufditc, ie nâc culTe fait le.5.11. ici aucune mention.Neantmoins ic diray au tit. encores ce mot quâatendu que Villcgagnô ^^^ a efte le premier quia refpandu le fang Mar- d^.j enfans de Dieu en ce pays nouiiclle-â^â^ ment cogneu , quâà bon droit, à caufe de ^c' r^- ce cruel aéle, quclquâvn la nômcle Cain meviq. de lâAmérique.
Pour cônclufion puis comme iâay mô-ftre en la prefente biftoirc, que non feule inenten général mais aufsicn particulier iâay efte defüre de tant de fortes de dan ,i.( fri/^'t-y^- gers, voire de tant de gouffres de morts Hoyi^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;''' ne puis
DE lâaMERîQVeJ 415 depuis iepas bié dire auec celle fainte fé me mere de Samuel que iâay expérimenté l'Eternel eftre celuyqui fait mouriramp;fait ' viure? qui fait defeendre en la foife amp;nbsp;en fait remonter ? ouy certainement cerne fcmhlc aufsi à bônes enfeignes quâIiôme qui viuc pour le iourdâhuy ;amp; toutesfois fl cela appartenoit à celle matière, ie pourrois encores adioufter que par fa bô té infinie, il mâa retiré de beaucoup dâautres deftroits par ou iâay pafié . Voila en fomme ce que iâay obferué, tant fur mer en allant amp;nbsp;retournant en la terre duBre fil dite Amérique, que parmi les Saunages habitas en ce pays là , lequel pour les raifons que iâay amplemët déduites peut bien eftre appelé mode nouucau à noftre cfgard, lefcay bien toutesfois quâayant fi beau fuiet ie n'ay pas traité lesdiuerfes matières que iâay touchées, dâvu tel ftile ne dâvnc façô fi graue quâil falloit:mefmc entre autre chofe,ie confeflé auoir quelques fois trop amplifié vn propos qui de uoit eftre coupé court: amp;nbsp;au contraire to bant en lâautre extrémité, iâen ay touché trop brefuement ,qui deuoyenteftre de-duitsplusau lôg.Surquoy pour fiipplecr ces deffauts du langage , ie prie derechef les ledcurs, quâen confiderât combien la pratique du contenu encefte hiftoiremâa eftédureamp;:griefue,ils reçoiuentma bon-
.Sam. .d.
414 HISTOIRE
ne afFcÃion en payement. Or au Roy h^i(ttAn''^ÿ,' des Siècles immortel amp;nbsp;inuifiblc,à Dieu «w» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fcul fage foit honneur amp;nbsp;gloire éternel-
lenient Amen.
Table des matières et choses NOTABLES CONTENVES EN CESTE Hiftoire de lâAmérique.
A age des Saunages. 109.
Abeilles de la terre du Brefil. iSo.
Acaiou froid bon amp;plaifant J manger. 105.
Acarapeppoiflbn plat.187.
Acaraboutenpoiflon rougea-flre.187.
Adultéré en horreur entre les Ameriquains. 195.
Agouti elpece de couchô. 15$.
Aioarous plus beaux amp;nbsp;plus gros perroquets .171.
rent la bien venue des eftrî gers.514.leur couftume delè lauer lôuuenr. 117.choie et
merueillable entrâelles.194 aimaux de lâAmérique tous dilTemblables des noftres. 150. quels fontlesplus gros. 15s. amp;nbsp;nuis pour porter ou charier en ce pays ià .i9$.
Ananas fruit excellent.xii. Aouai arbre p:âant amp;nbsp;fon fruit venimeux. lOi.
Applaudiflement aux vain-qoeurs entre les Ameri-
Airi arbre efpmeux amp;fon fruit 101. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quains.i^î.
Albacores poiflbns.xz. Arbres toufiours verdoyans Americ Velpuce qui premier en lâAmérique. 110. amp;nbsp;tous defcouurit la terre du Bre- differens des noftres. 117.
fil. 44. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Arbres portans coton,amp; lafa-
Ameniiou coton. xo8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;jon commeïl croift. 107.
Amérique quarte partie du Arabouten bois de brefil,amp;; la monde amp;nbsp;fa longueur. 119. façon de lâarbre.194.
Ameriquains croyét lâimmor Voyez bois.
talité des ames. 161. plus Arat oifeau dâexcellent plu-auifez que ceux qui croyét mage. 170.
quâelles apparoiflet apres la Arcs des Sauuagcs.ixx.
mort des corps.178. fe moc- Arignan ouftou poules d'Inde quent de ceux qui bazar- 167. dent leurs vies pour sâenri- Arignan-miri poules commit chir :font exceÃifi buueurs. nbsp;nbsp;nés.167.
14J. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Arignan-ropia Åuf. 168.
Voyez Saunages nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Arc de nauigadon excellent.
Ameriquaines comment fe far 1*.
détlevifage.ji4.c6mâ¬tpleu Atheiftes plus abominables Ee
T A B L E.
«lue les Saunages. 16$. autres grands compofèr d« Auati gros mil.137. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;plufieurs pieces d'os, idem
Arauerspapillonsrongcans le Bruuage déracinés par qui amp;
cuir amp;nbsp;viande. iSo. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;de quelle façon fait.140.141
Aueugliflement des Saunages Bruuage fait de mil. 141.
confeffé par eux.290. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Buucurs exeelsifs. 143.
Aygnan malin efprit tourmen tant les Sauuages.zôj.
Aypi racine, iji.
B Baleines 43.amp; 10$. . Balcne demeurce à fèc.ioS. Barbarie pays plat.ro. grandes Bafles que fignific. jSz.
C
Caiouî e/pece de choux. 114^ La grand Canarie.iJ. Canidé oifeaude plumage a^ zuré.171.
Caraïbes faux prophètes.268-dedians Iâinftrument Mara-cas. i74.1ôufHansfurles autres Sauuages. i/ô.
petites Baires.51. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Carauellespriffs.iÿ.zo.zi.ix.
Bec monftrueux de lâoifcau Cannes de fucre abondantes
Toucan. r7$. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en la terre du Brefil. 108.
Bifcuitpourri,37. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Caouin bruuage amp;nbsp;fongouft-le fieur de Bois le conte elle U nbsp;nbsp;141. chauffe amp;nbsp;trouble auât vice Admiral.ÿ. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quâeftie beu.143
Bois de brefil coupé amp;nbsp;porté CapdeS.Vincent. 1$. par les Saunages pour char- Cap de frie. 58. gerles Nauircs.iÿj. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Cap S.Roc.389.
Bois de brefilgrignoté durant Cay Guenons noires amp;nbsp;Icut Jafamine.408 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;naturel parles bois.163.
Boisiaunes , violets, blancs amp;nbsp;Cene premièrement célébrée en lâAmérique. 67. féconde
rouges.xoi.
Bois de lenteur de Rofcs. loi
Bois amp;nbsp;herbes toufiours ver-
fois. 83. faite de nuit en ce pays-lajamp; pourquoy: amp;. fi eî Jefe pourroit célébrer fan* vin.94.
doyansen lâAmcrique.4d.
Bonite poifion.zd.
Boucan rotifierie des Sauna- Cendre de brefil teignans en gts de quelle façon. 153.bras rouge amp;nbsp;ce qui en aduint. tuifi'es,iarabes amp;nbsp;autres pie 196.
ces de chair humaine ordi- Chartier Minifire pourquoy naircinent deffus.154. renuoyé en France.78.
Boute collier. 113. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Charité naturelle des Sauuaâ
Bracelets de porcelaine amp;nbsp;de ges.322.
boutons de v erre. izj. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Chair humaine fur le boucan»
443. . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;poiiron.185.
Chaleurs extreme.ijé. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Conomi-miri petits garjons
Chantrerie des Sauuages. 171. Araeriquains, leur équipa-Chauueflouris fueçans le fang ge amp;fajons de faire.118.
desortei]s.t78.plaifantehi- Conformité amp;nbsp;diiference des f oire à ce propos. 179. langues des Sauuages. 354.
Choyne arbre amp;nbsp;fon fruit.104 Cordes dâarts faites delâher-Cimetieres entre lés Sauua beTocon.113.
ges.339. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Couroq fruiél propre à faire
â Ciuilite vrayement eftrange huileferuâtde remedeaux
amp; Saunage. 50. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sauuages.183.
Coati animal ayant le groin Crapaux feruans de nourritu-eli:rangetnentlong.i6S. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;reaux Ameriquains. 159.
Contenâce du voyager en lâA Crocodilles de grandeur in-merique.3i6. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;croyable. 158.
Cointaabiurelepapifme. 67. CroilTans dâos blanc.113. Colloque du maifacreur auec Crûtes de Rats mangez durât le prifonnier quâil doit alTô- la famine.400.
fnez.141. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Cruauté des mariniers.ii.
Courtume des mariniers fur Cruautez des Sauuages horri-
iTier.13.
Coffins amp;nbsp;paniers des Sauua-ges.308.
'â¢Copau arbre refiemblant au noyer, loi.
Corps du maifacreur incifé amp;nbsp;poarquoy.148.
Collets de marroquin mâgez ' en la famine.4üi.
bles amp;nbsp;nompareillcj. 150,151 D
Dangers prochesdc naufrages 56.583.
Danfes des Sauuages arrengcz comme grues.140.
autre forte de Danfes en rond. 175. femmes amp;nbsp;filles Ameri qu aines dâlà ns lèparees des liommes.147.
Colioque montrant que les
Sauuages ne font nuîlemët Dauphins fuyuis de plufieurs
loiirdaux.ij;- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;poiirons.43.
Comparaifon de la façon de Débilité deRichier409. faire vin auec celle du caou Defcenteau fort deColligny.
in. 150. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;61.
Commanda-oualfou groffes Degrezde cofâguinitezobfer febues.117. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;liez entre les Sauuages 193.
Gommanda-miripetites feb- Delicatsrcprins.38.
ues.idem. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Deferiptionspour febien re-
Camouroupouy ouafTou grâd preletsrvnSauuage.119.1ii Ee i
TABLE.
Defcription à e PTfle amp;nbsp;Lort foiiducanon.nV' deCollignyen lâAmeriq 09. Efcriture en quelle opinion Deui'. des Sauuages touchant entre les Sauuages.x6o.don la France. 361. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;excellent de Dieu.x6i.
Deluge vniuer(èl confulemétïsbahiflcment des Saunages cogneu des Amenquains. oyansparler du vrayDieu. X77. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;x6l Xô3..
Dilputes de Cointa amp;nbsp;Ville ' lâenà gilc de noftre temps pref gagnon.76. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ché aux antipodes. 187.
Difcours fur lâafemblee' amp;nbsp;Eleuation du voie Antardi«
grandefolennité des Sauua nbsp;nbsp;que. 41. ges. 169. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;equipag. des Sauuages quand
Dilcours notables. X89.309. ilsboiuentdanièntamp;. gam-3x7. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;badent. 123.
Dorade poiflbn.x8. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Equipage de Villcgagnon.90.
Dueil hipocrite delà femme Erre..r vrayemtt diabolique« du priionnier mort. X43. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;33®'
E nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cricurdVnCofmographe.174
Eaux de l'Amérique bonnes Erreiirés cartes monltransIcJ amp;nbsp;faines.149. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Sauuages roUir la chair hu« Eaufuccree. 149. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;maine comme nous faifons
eau douce corrompue.37. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nos viandes.240.
Eau de mer impcÃible à boi- Erreur de prendre la Necoci-re. 36. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;enne pour Petum.xi3.
Enfans des Saunages par qui Erreur eroÃier .x8o. receus à leurs na^Hances. Exemple notable de l'huma« Xÿb.ontlenez efcrafe:leur nité des Sauuages.3x3,
equipage: noms quâon leur nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. baille. 197. leur nourriture. Fajô deviure en 1 Amérique./' X98.non emmaillotez. 299. Façon ancienne des Sauuages tenus nets (ans linge. 300. Ameriquainsdâabatre vnar leur façô de parler. 193. (ont bre.196. frottez du fing desprifon- Façon de parler des barbares nicrs.x44. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;imiteedesFrançois.x43.
Efcarmouche furicufe entre Famine extreme. 400. eugenics Sauuages.x3o. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;drei3ge.TO9.afait penleramp;
Eipces trenchantes peu efti- nbsp;nbsp;pratiquercholèsprodigieuy
mees des Sauuages combat.xi5. )
pourle nbsp;nbsp;fes de nolire temps. 410. del-
Edonnemenc des Sauuages au
gout apres la famine. 416. Famine de Sancerre.^o/«
TABLE.
Farine de racine viure ordmai nbsp;nbsp;efpeesdeboiî.inî.
re desSauuages. 47.maniere Gafj'ard de ColÃgni Admirai delà faire.ijj.Ion gouit. 136. de France caufe du voyage nâeft propre à faire pain.134. fait en lâAmérique..-.
Farine depoifibn.ij4. Geraù efpe.e depalmier. zoo Femmes groflès comment fe Gar^ô. Saunages enuoyez. en gouuernent en rAmerique nbsp;France.âo.
195. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Gonambuch oyfelet tre(petic Feu amp;nbsp;lâinuention i nous inco amp;nbsp;fon chant efmerueillable gneuë que lesSauuages ont 176.
dâen faire.518. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Guenons farouch es amp;nbsp;crament
Feu de boisdeBrefîl prefque fe prennent. 164. leur indu-fans fumee.ipiî. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Bric à fauuer leurs petits. 165
Fiffres amp;nbsp;deutes faites dâos hu- Guerre pourquoy fe fait entre mains.217. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lesSauuages. 219. iefq'iesÃ
Figures des Saunages. 121.231. quel nombre sâaiTemblenr.
175.334.414. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â'^â^- â®iquot;'â gelées ^ conten,i' Flateries des femmes Ameri- cesapprochâslâenncmy.130 quaines.126. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Guyapat ferpes.245.
Fleuue d'eau douce.107. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H
Flefcheslongues.223. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hameçons à pefeher trouuex
Fort desPortugais nommé Spi propres par les Saunages 19.
ritus Sancfus.50. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Haquebute tiree de trois Sau
Fofles des morts de quelle fi- uages dâvue nouueUe fa^on.
jon faite enlâAmcrique.33tf 225.
Fronteaux de plumes.125. Harangue des vieillard-. S.auua Fruits de lâAmérique tousdif gespourefmouuoir guerre, ferons des nollres. 217. plu- 210.
Beurs dangereux à manger. Hay animal difforme félon au 203. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cuns viuaiitdu vent.165.
Fueilles dâarbres dâelpeffeur Hazard dâvn coup de mer. lï. dâvn tefton.2O2.autresdâex- Heinteriedion des San. 3 4. ceifiue longueur amp;nbsp;largeur. Herbes marines amp;nbsp;leur forme. 207. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;397-
Fumee de Petun comment hu Hciich racines fort bonnes amp;nbsp;mee par lesSauuages. 212. en grande abondance en purge le cerueau. 113. rAmeriq.224.f3j0 merueil G nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;leufe de les multiplier. 225.
Ganabarariuiere.60. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hiftoireplaifantc dâvne chau
Garnitures de plu.me.spour les ueflouris 179
TABLE.'
Hiuouraê efpece degaiaedót eftionsfeusTEquator 389. les Saunages vient contre lour auquel nous vifnies terre vne maladie nómec Pians J noilre retour 41%.
103. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;loyaux enterrez auec les corps Homicides entre les Saunages 337-
commentpunis 3°4- Iflesfortunées 16.
Honnefteté gardee es maria- Lagrande Ween la riuiere de gesdes Ameriquains 301 Genevre 104.
Holies comment contentez 111e inhabitable remplie dâAr-en l'Amérique. 310. bres amp;nbsp;doyfeaux 388.
Huile fainte des Saunages 183. lus fortant delà farine de raci-Hurlemens eftranges des fera- ne humide bon d manger.
mes Saunages 171-
Huualîbu lieu motueux enlâA
merique 45. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Kuremaamp;ParatiMulets excel-
I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lens 185.
Tacarc Crocodiles. IJ7.
laçons clpeces,deEai(âns de Lac de Genene comparé à la trois forces 16^. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;riuiere deGanabara en lâA-
Tanonare belle rauiflante man nbsp;nbsp;ni crique.98.
géant les hommes j6i. Leçons de Cointa.85.
Ignorance du vray amp;nbsp;des faux Leripés huitres 105.
dieux entre IcsTououpinâ- Lery-oulfoujnom de lâaufteur baoults içp. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en langage Sauuage.3to.34I
Ignorent auÃî la creation du Lettres de VillegagnOnà Cal monde 159. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uin.Voyez la preface.
Immodicité rouges nageans Lézards de lâAmérique bons! former 397. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. manger.139.
Inubia grands Cornets 117. Lézard dangereux amp;monlltu-lonquet fol des Sanuages amp;nbsp;eux.tôi.
comme ils en vfont iifo Lcurcspercees amp;nbsp;la fin pour-loués percces pouryappliquer quoy.iir.
des pierres vertes m. Ligne Equinoxiale pourquoy leurs que nous defoonurifines nbsp;nbsp;ainfî appelée.40.
lâAmérique amp;nbsp;que nous en Liberaux amp;nbsp;ioyeux aimez des departifmes 44.381. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Aincriquains.ig;,
lours pluslong sau mois de Loyauté des Saunages enuers Décembre enrAmeHque leurs aniis.3xlt;f.
«0. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;M
lourEquinodial auquel nous Machiauehftes imitateurs
TABLE,
desBarbares.ito. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Moucacoua eipece de perdrix
Mailbns des Sauuagesdeque! 169. le fajon. 171. leur longueur. Morgouia oranges.20S. ii9' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Morts de quelle fa jô enterrez.
Maia bled du Peru.137. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en rAmerique.537.
Maniotracine.iji. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Mouton oyfeaurare.169.
Marganasibrte de Perroquets Mouffacat vieillard receuant 174. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lespaffans.^itf. Manobi efpece de noifette.116 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;N
Margaias Sauuages ennemis Nature enuieufe enfe renou-desEranjois.45. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ue!lant.4to. Maq-bé region.55. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Nez des petits enfansefcrafez.
Maraca inltrument fait dâvn 197. fruit. 118. comment dedied Nós de ceux qui firent le voya rvl3gedesSauuages.z79. ge en lâAmerique.S. Mariages première meut fblcn Nom de lâautteur en langage nifez dlafaçô deschrediés Sauuage.310.34i. en lâAmérique.80. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Noms des ennemis des Touou
Mariage des Sauuages .Ã95. pinambaoults.354.
Marfbuïns.iS.commentfepré Noms de toutes Icsparticsdu nent fur mer.30. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;corp« en langage Saunage. Maurongan Citrouilles.117. . â¢304.
Mariniers morts de faim.400 Noms quâon baille aux enfans 404.411. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;des Sauuages.197.
Maucacouï poudre a canon. Noms des chofès du mefhage 344. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en langage Saunage,.5^'7. Malades enlâAmeriqne corn- Nourriture des enfans des Sau menttraitez.333. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uages.iÿS. MenlôngedeTheu et.86. nbsp;nbsp;nbsp;Nudité'des hommes Sauuages MerueiUes de Dieufevoyent 110.113. furmer.15.44i. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Nudité des fernes Ameriquai
Melodie efmerueillabîe des nés refolues de ne fe point Sauuages.176. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;veftir.114.115. opinion amp;nbsp;in
Merherbue.396, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tention de lâautteur fui e«
Mingant bouille de farine de propos.13o.131. racines.134. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;O
Mocap artillerie amp;harquebu- Occafion dâannoncer le vray fes.344. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Dieu aux Sauuages.î8i.
Monnoye non envfage entre Occupatio ordinaire des Saules Sauuages. 4 9. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uages.301.
Ee 4
T A B L B.
Oranges amp;nbsp;Citrons en abon- nbsp;pliquc par Vinegagnon.84^
dance en lâAmérique, loÿ. Pafletemps quâon a des garjo» Orapatarc.îxx. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nets Sauuages.119.
Os amp;nbsp;dents des prifonniers ma Partie intérieure du marlbuïn
gezj monftrezaux ennemis, ajo.
Oura oyfeaii,i^7.
OuarapoifTon délicat.î8^.
3»-
Pattes de Rats amafleespour manger durât la famine 406
Perroquets de trois ou quatre Ouétacas Saunages farouches fortes amp;nbsp;le récit efmerueil-amp; du tout barbares légers du labié dâv 0.171. pied.îi.amp; leurfa^on de per Pennaches fur les reins desSau muter.$5. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uages.117.
Ouy-entan farine dure. Peres feruans de fige femmes Ouy-pou farine tendre amp;fon 196. gouft.ij^. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;PendansdâoreillesdesSauua-
Oy féaux en abondance aux If ges.115 les de Macf-hé.S7. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Petun fimple de fingulicrever
Oyieaux marins.lâ. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tu.m.
Oyfeaux de lâAmérique de va Poiflbn monftrueux.$9, *
rietezdecouleurs.175. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Poiflons volans.i$.
P nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Poiflbn ayant mains amp;tefte de
Pacoairearbrifeau tendre. 115 forme humainejÿi.
Pacos fruits longscroiflans par Polligamie.194.
floquets.io5.ayansgouftde Poules dâIndes en grand quan figues.io6. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tité en rAmerique.168. -
Pagés-medecins des Saunages. Poiiire lo.ig.ii^.
jji. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâoitral iaune duToucâ à quoy
Pag animal tachete'.i5ö. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fert aux Saunages.17$.
Pai Nicolas nóde Villegagnô Portugais prins amp;nbsp;mangez par entre les Saunages.351. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les Saunages.154.
Panoiioyfeauayantlapoitrine Porcs ayans vn pertuis fut le rouge.17$. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dos par ou ils refpirent. 15$.
Paîiniersde quatreoucinqfor Pilotefoauantfinslettre.39. te.s en IWmerique.ïoo. Pians maladie contagieiife.jîi Panapana poiflbn ayant refte Pierres vertes enchaifccs aux nionflrueufe.i3b'. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;leures desSauuages.iii.
Paraïbes.çi. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Pierres fçruans de coutteaux
Paramens for les loues des Sau aux Sauuages.145. uages.ii$. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Piperisradeauxfurlefquelsles
Fällige de lâefcriture malap- Saunagespefchent.ipi.
Pira
TABLE.' '
P)rapoiflbns.i8$ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;B. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
Piramiri petits poiflbns.188. Raifon pourquoy on ne peut Pira ypochi poiflbn long. 187. du tout reprefenter les Sau-Plantes amp;amp;eilles de lâAnanas. nages.119. HI. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;RaiföferialedêsAnieriq.1^9. Pluyepuâte Sccontagieufc.^iS. Rats roux.156.
Plumes Icruans à faire robes, Rats amp;nbsp;fouris chalTez amp;nbsp;man-bonnets, bracelets amp;nbsp;autres nbsp;nbsp;gez durant la famine.405
paremensdes Sauuages.iyi. Ratier.99.
234. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Rayes diflèmblables de celles
Prodigieux pendans aux oreil de par deçà . 187
les des fernes Saunages. 1x4. Récit dâvn vieillard Saauage Principal ou vieillard. 355. lut le propos du vin. 147. au Prouidéce de Dieu admirable tre récit notable dâvn Sauua 18. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ge.184.
Prilônnîer de guerre lié amp;nbsp;Remede cotre lapiqueured« garrotté. 13$. comment trai nbsp;nbsp;Scorpion.184.
te.i37 aflemblé pour le maf Refülutionprodigieufe.413.
fa .â rer.138. approchant de fa Reproche desSauuages aux ta fin fe môftre ioyeux. i38.1ié galions .zoo.
amp; pourmené en trophee. R-equiens dangcrcux.31.
a39.arrePté tout court fe van Refuerie des Saunages sâarre-ge auanc que mourir. 140.fa Hans au chant dâvn oyfeau.
â iaa;anceincroyable.x39.me 177.
Iprilc la mort, rué parterre Reuolte de Villegagnon deJa amp;aflominé. 141. fon corps Religion retormee.87.cau-efehaudé côme vu couchon fe que les François ne font amp;misfoudainemétparpie- habituez enfA iiicrique.139 ces.144. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;380
Prilônniers achetez par les Riuieredes valès en lâAmeri-François.136. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;que.I07.
Puiffaouaflou retz à pefeher. Robes bonnets bracelets amp;nbsp;au 191. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;très loyaux de plumes.iid. Purgation des femmes Ameri Roche appelee pot de beurre. quaine$.3oi. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;99.
Q^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Roche eftimee dâelmeraude. Qmampia oyfeau entiemnét ^^ rouge.176. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Rondelles faites du cuir de Ta
Queftion dâoù peuuent eÃre pirouffou.ija.
defcenduslesSauuages.i9o Rondellesdecuirmâgeesdu-
Queuëde rayevenimcufe.iSz nbsp;nbsp;rant la famine. 401-.
TABLE?
BrefilicrwnâaySs Roys ne Prin ces obeiflènt aux vieillards, «o.
Rofeaux dót les Sauuases font le bout de Ieursflefcnes.109
Relùrreâion des corps confef lèe par quelques Saunages. 165.
Rotiflérie à noftre mode inco gneue des Saunages.2.46.
Rule des Sauuages pour nous attraper.48.
Rule mortelle deVillegagnon contre nous.3^7.
Racines de deux fortes lèruâs au lieu de pain en lâAmérique. 131. manière dâen faire farine.133.forme de leurs Ti â ' gesamp;fueilles,amp;fajô efmer ueillablc de les multiplier.
136.
vnmeffflefepas.144. magét atoutesheures.i45.lontfort vindicatifs. 184. irrecôcilia blcs.xio.furieux.iii. combattent nuds,font ex cellens archers. iî4.defeochéc roi-dement leurs arcs.iî6. coin ment ftefchentles poilTons. 136. marchent fans ordre en guerre amp;nbsp;toutesfois fans cô lufion.îi/. cris amp;nbsp;hurlemés apperceuans l enRemy. 130. acharnez amp;nbsp;côme enragez au combat.z3i.combattent à pied amp;nbsp;quelle opinion au-royent desch euaux.533. leur façon de boire. 144. lilence durant le repasjamp; fobrieté à mangei'.tiS. contenance dâ Ià nsenrond.i73.maniere de coucher.367. excellens nageurs. 189. viuent en vnion. 3O4.font prompts a faire plai lîr.3ii. rejoiuent humainement les ertrangers3O9.
Sabaucaië arbre amp;nbsp;lo fruit fait en façon de gobelet.104.
Sagouin ioli ammal.164.
Saifons tépereesfouslesTro-piques.iio.
Sarrigoy belle puante. 156.
Sauuages promettans ferager au lèrui ce de Dieu affilient Sauuages premièrement veus d la prière.18$.
amp; delcrits par lâaucleur. 47. Scorpions de lâAmérique fort Sauuages peu foucieux des nbsp;nbsp;venimeux.184.
choies de ce möde.109.199. Sentence notable amp;plus que non veluscomme aucuns e- philofophale dâvn Saunage ftimcnt.iio.noircis peintu- Ameriquain.198.
rez amp;nbsp;emplumalTez par le Seouafôus efpeces de cerfs amp;nbsp;corps.113.114. defehiquetez biches.154.
par lapoitrineamp;par les cuif Serpens grpsamp; longs viande l'es.117. deminuds amp;. demi d»s Ameriquams. 160.
vellus.119. viuâs là ir pain ni Serpens verds longs amp;nbsp;déliiez vin.131. leur coullume élira nbsp;nbsp;dangereux.160.
ge denemâger amp;. boire en Soif plus preliante quclafaiai
TABLE.
407. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;_ ^ Tocon herbe dequoy les Sau« Soleil pour Zenï.4î? nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uages font leurs lignes à per Sonnettes compofecs de fruits cher amp;nbsp;cordes de leurs arcs fecs.117. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;191.113.
Sourditécaufèede famine 410. Ton vermine dangereufe Ce Souhait du freur du Pontque^ fourrantfonslesongles.i8i.
409. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Toupan tonnerre.144.161.
Stature amp;nbsp;difpolîtion des Sau- Tououpinâbaoults Saunages uages.108. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;alliez des Fran jois.58.
Lourde fuperftition.179 Tortues de mer amp;fajon de les Stratagème de guerre entre prendre.33.34.
les Ameriquains.iî8. ' Toucan oyfeau.175.
T nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Tours petite forte de Perro..
Tacapé efpee ou maflue de quets.174. â¢
bois.iii. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Tououlezard.iyS.
TaiafibuSanglier .15$. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Traquenards à deux pieds.311.
Tamouata poiflon difforme amp;nbsp;Truchemens de Normandie armé.188. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;menans vie JâAtheiftes.159
Tapemiri.51. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;V
Tapirouffou Animal demi af- Vaifleaux amp;nbsp;vaiffclle deterre. ne amp;nbsp;demi vache.151. gouft 507.de quelle façon faits.141 defa chair amp;nbsp;fajôde la cuire Vengeance horrible.147.
151. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Versmâgezdurâtlafamine40o Tapitiselpece de heure.156. Vens inconftansfous l'Equa-Taffes amp;nbsp;vafes faits de fruits, tor.35.
308. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Vigne que nous plâtafmes pre Teh! interieâion dâefbahiffe- mierement en lâAmérique ment.109.310.341. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;comment vint.138.
Tatou animal armé.i$7. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Viandes des Saunages cornent
T eôls,oS)amp; déts des prifoniers conferuees.153. pourquoy referuez.147. Ville imaginaire es Cartes de Tendronsà la cime des ieunes Theuet.ioi. palmiers bons contreleshe Vieillard,s Ameriquains créez moroides.ioo. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;conducteurs en guerre.loi. Terroir de lâAmérique propre Vieillards Tououpinâbaoults au bled amp;nbsp;au vin.138. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;cheriffans les François. 181. Terre du Brefil exépte de nei Vieilles femmes Ameriquai-ge gelee amp;nbsp;grelle.no. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nes lefchâs la graiffe humai Quelles terres poffedét les Sau ne.145.
uages eu particulier..3o6. Nulle ville dole en lâAmeriq. 119.
T A B te.
Villages frontiers dès ennemis efclaues. 91. ne nous veut comment fortifiez.iij. plus endurer eu fôn forc.ÿj.
Villages it families des Sauna Epilogue de là vie.97. ges comment difpofez amp;lùu' Vinaigre de tannes defuccre.
uentremuex.^oj. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;109-
Village (âceagé parlesSauua- Â¥olees de Perroquets.59. ges.x5i. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Vpec canes dâinde .166.
Villegagnon pourquoy fait le, V furiers plus cruels que lesAn voyage en lâAmerique.x.ef^ thropophages. 156. crità Geneue de ce pays là .
î-fts contenances dînant le nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Y
prefehe. 61. eftablit lâordre Yetin mouchillon picquantvi Ecclefîaltiquc.66.faitduxe Uement.iu5.
lateur.6/. fon oraifon. 68.re Ygat barque dâefeorce.üS çoitla Cene.76.(ônordon- Yramielamp;jetic cirenoue.iSo nice côtre lapaülardile. 81. Yri arbre amp;nbsp;for fr uitzoo-blafme Caluin quâil auoit Ynambou-ouaflbu elpece de loué. 87. elt gehenné en fa grolfe lâerdris.169.
confcience,fonfermentor- Yempenabi fronteaux deplu-dinaireamp; fes cruautez.88.té nbsp;nbsp;mes.115.
te le moyen de nous rendre Yurógnerie des Saunages 146.
FIN.
Corrigez ainfi les fautes qui font efehappeecea quelques exemplaires de celle premiere Edition.
Le premier uomoreÃgniHe la page amp;nbsp;le fécond U ligne.
Page.ii.ligne.iz-lifezrreziemc.
I4.6.1ize7. de couuerts. #
*0.1.amp; i/.hfez incontinent.
a4.xi. liiez afloree
i7.i9.1ifez arelle.
I9.4.1ifezappelions.
en la mefme page.ligne.i7.1ifex lèmblent.
45.io.!ifez incontinent.
ÿ6.x4.Iilez Briqueterie.
i01.14.lifez.1558.
ioi.4.1ifez qui fut près de deux ans.
Ii4.9.1ife7. teindre.
en la mefme page.ligne.iô.lifeznouuellemcnt. 131.11.liiez bombances.
163.8.life? lanouare.
208.17.liLz Portugais, aïo.ù.lifez tranfillans.
t38.ii.lifez dâheures.
X45.io.lifez appetent.
I55'adioutlez.« la fin les.
3i^.i6.1ifez tresvraye.
314.4.liiez ayant.
3i5.l.lifez mon.
Quand aux autres fautes qui le pourront encores trouuer en lâortographe outre celles ci deflus cottees le lecteur les fuppleera sâil luy plaiû en celte prenue7 reimpreffion.