Dit boek hoort bij de Collectie Van Buchell Huybert van Buchell (1513-1599)
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Au trefchretien Ro/ ^^
HENRI DEUXIEME
quefois diftrait mon elprit de lâadminiftra-cion des afaires publiques,pour difcou-nr fur les grades mer-ueilles du Monde, amp;nbsp;fur la variété de la nature Ãc effence de tou tes creatures mortel
les : chofe li profonde amp;nbsp;pleine de fapience, que ie me perds à la recherche amp;nbsp;contemplacion dâicelle: Il ma femblé que le fupreme Créateur amp;nbsp;Architecte de cette machine ronde, duquel la bonté ne le peut comprendre, la beauté connoitre, ny le nom exprimer, ha mis dedens la nature de chacune ef-pece viuante, quant a ce pelerinage mondein,le fondement amp;nbsp;origine de fa perfeccion. Car par lÃ
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puifTanCe infinie il ha en un moment fait apparoir amp;nbsp;efclorre innumerables corps amp;: fuftances vifi-bles amp;nbsp;inuifibles,amp; donné la forme que par là pro» uidence indicible il ha connu la plus propre amp;nbsp;coue liable à leur elTence : ôc par conlequêt (neftant rien imparfait de fa main, ny ayant befoin de layde amp;nbsp;fecours dâautrui ) leur ha imparti non feulement la fuftance acomplie de tout ce qui efloit necelTaire pour leur nourriture amp;nbsp;defenfe : mais aulfi les organes, volontez, amp;nbsp;inclinacions intérieures poulies conferuer en leur bien eure amp;nbsp;en quelque Idee amp;nbsp;image de beatitude. Or ie lairray pour ce coup^ à toucher fur lâinfinité des autres animaus, chofe eftrange amp;nbsp;eflongnee de ma vifee, mais mâarrefle-ray à parler de notre nature humeine, auIfi mal connue de nous mefines, quelle eft frequente amp;nbsp;trop occurrente deuant nos yeus : feulement pour frire rougir cens qui melprifent les dons de Nature, amp;, comme ingrats amp;nbsp;mefconnoilTans les biens amp;: graces de Dieu, sâoublient eus mefiiies,6c delaif-fent le chemin de leur félicité pour fe ruer au pre» cipice de perdicion. Et pour venir à mon propos, iâay toufiours ouy dire amp;nbsp;apris des plus fages, que la Nature humeine fur fa premiere naiflà iice,fi elle uft bien mefuré amp;nbsp;reconnu fa force, fans sâefleuer au defir des chofes aliénés de Ion deuoir, hadoit aucunement befoin de chercher ailleurs quâen foy-mefine les moyens dâateindre au plus grand heur quâelle puft auoir en ce Monde.Car cet animal tant läge,preuoyant,plein de bonnes parties, aigu, mena oratif,
Agt; V' R O Y.â
moratif^amiable,difcourantjliautein^beau, com-pagnablc, rempli de confeil amp;: dâinuencions, que nous appelons Homme, ha efté de Dieu formé dâune codicion fi noble amp;nbsp;excellente,quentre tous lesanimaus par fj-ieciale grace amp;nbsp;en lieu de toutes armures, il ha elle feul pouruù déntendement amp;nbsp;garni de raifon. Or y ha il,ie ne diray en lâhomme, mais au Ciel amp;nbsp;en la Terre,chofc plus diuine que la raifon?Laqlle eftant folide,entiere, amp;nbsp;parfaitefè peut à bon droit apeler Sapience.Donques fi la raifon efi en Dieu amp;nbsp;en l'Homme amp;nbsp;quâil nây ha rien meilleur que la raifon,il fenfuit qui! y ha premièrement une focieté amp;nbsp;communion de raifon entre Dieu amp;nbsp;les Hommes, câeftadire que lâhomme tout mortel amp;nbsp;petit quâil eft,fe peuten quelque maniere apeler compagnon amp;; participant auec Dieu en une des plus nobles parties de la Diuinité. le vous fupli. Sire, amp;nbsp;les grans efprits qui vous affiftent, ne trou-uer mauuais fi ie mâeffore un peu hors de terre en ce propos, amp;nbsp;fi pour bien peu ie delaiffe les communes opinions, pour voler plus haut que le vulgaire en ce difeours tenu par un grand Filozofe du tems paÃe, qui nauoit autre lumiere que celle qui lui fut donnee par Nature. Car ie mâafleure fins outrecuidance que iâay une ferme amp;nbsp;confiante volonté de ne perdre de vue ny mâeflongner de la largeur de lâongle du vray guidon de notre Kcligion, ;ny dire parole qui ne ierue ou sâacorde auec les Ãintes loix de notre beatitude. le dy, que fi la raii-fon efi commune entre Dieu amp;nbsp;les Hommes com-
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me a la vérité elle eft, la vraye amp;nbsp;droite raifon left aufti, ie dy celle qui difeerne le bien du mal, amp;nbsp;rei-gle toutes noz accions a vertu, que nous apelons La Loy.Et par confequent il y ha une certeine coni pagnie amp;: focieté de loix amp;nbsp;de raifon entre eus. Or cens qui font comuns en loix font ordinairement Citoyens dune mehne cité, amp;nbsp;sâils obeiflent à mef. mes loix, ftatuz amp;nbsp;magiftrats, à plus forte raifon obéiront ils a lâElprit diuin infallible Loy, volonté amp;nbsp;ordonnance de ce Dieu tre{puiirant.Qui (comme dit Hierocle ) fe peut apeler amp;nbsp;interpreter une volonté perennelle créant Ãt conferuat toutes cho fes en leurs perfeccions. Et parainfi tout luniuerfel Monde ce ne fera quâune concurrence de diueri eiprits en une mefme cité eftablie pour la béatitude de tous entre Dieu amp;nbsp;les Hommes, ainà que le corps humein eft une cobinacion de diuers membres pour la conferuacion Sc entretenement du to fal. O la belle amp;: diuine contemplacion quelcfprit humein peut auoir pour fa confolacion, eonfide-rant quâen fi grand interuale de lieus amp;nbsp;de natures comme il y ha du Ciel à la Terre, il y ait une fi notable conformité amp;nbsp;communion de raifon, de loix,amp; de cité entre Dieu amp;les Hommes.Et certes comme Ion voit,que es viles conduites amp;nbsp;gouuer-neespar quelque ordre ou regime, les eftats font diuifez félon les dinitez des familles, cela eft dâautant plus magnifique,illuftre,amp; plus dine, que les Hommes fe peuuent dire alliez amp;nbsp;aparentez de Dieu. Car entre les perferutateurs de la Nature il eft
AVRO Y. ⢠cfttoutrefolu enleurs difputacions que parle perpétuel cours, conuerÃon, amp;nbsp;ordre inuiolable des Cieus il sengedra une certeine matière ou Gmen-ce propre pour lèruir à la creacion des hommes: Et que cette femence eftant eipandue fur la terre fut enrichie amp;nbsp;ornee par le don de Dieu dâun eiprit vif amp;nbsp;celefte, dont fut formé lâhomme, plein de tant de merueilles, que non fans caufe il haefté : apelé le petit Monde:propos qui à la vérité hell ; du tout confoneà notre Religion, qui nous fait croire que Dieu ha créé de rien toutes chofès,mais il y peut eure acordé en quelque manicre, d'autant que les Filozofes mefnes confèrent que Dieu eft la feule caufe de fa perfeccion:Et combien que le corps foit fragile amp;nbsp;caduc, toutefois que lefprit amp;nbsp;entendement de lâhomme prouient de fà main, fait à fa femblance,ôc quad de fà race,amp; propre nature. Dont il auient quâentre tous les animaus il nây ha que lâhomme feul qui ait la connoiflà nce de lt;nbsp;Dieu : amp;nbsp;entre les hommes mefmes, nây ha nacion fi fiere,eflrange,rude,amp; brutale,qui nâentende bien quâil y ha un Dieu, ores quâelle ne fache quel il eft. Et par cela aucuns grans perfonnages ont iugé (né pouuans trouuer le fons de fi grand difeours) que ; celui cônoit mieus fon Dieu qui ha meilleure mémoire de lui, amp;nbsp;que la fcience que lâhomme ha de fon Créateur, heft autre chofe finon une recorda-cion, fouuenance, amp;nbsp;reconnoiffance que lefprit peut auoir du lieu dont il eft forti. Que pouuoit , donq efperer lâhomme dâauoir plus grand q déftre
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de la lignée de Dieu, femblable à lui, en communion de loix amp;nbsp;de cité, participant auec lui de ver-tu,délprit, de raifon, amp;nbsp;dâimmortalité? Or la vertu qui doit eftre femblable entre Dieu amp;nbsp;les Hommes , neft autre chofe finon la nature pure amp;nbsp;lyn-cere, amp;nbsp;réduite à la plus grande perfeccion. Voilà donq en quoy les hommes font femblables amp;nbsp;at-tiennent à la Diuinité, amp;nbsp;comme ils fe peuuent nommer du lang amp;nbsp;parentage de Dieu. Ils ont la nature ornee non feulement de toutes les commo direz requifes pour la vie, mais aufTi des féns amp;; organes âinterieurs amp;nbsp;exterieurs ( chofés incompre-Lenfibles aus plus grans Filozofes)qui leur leruent de minières, Icrgens, amp;nbsp;meflagers de leurs volon-tez : amp;nbsp;dune viuacité amp;nbsp;prontitude dêfprit,qui cC clarcit lâintelligence de toutes chofes obfeures amp;nbsp;cachées : dont eft prouenu le fondement de tant dà rts amp;nbsp;fciences trouuees pour la commodité amp;nbsp;regime des hommes. Le corps habile amp;: conforme à la futilité amp;nbsp;excellence de fon efprit, non abget amp;: fur fà bouche,comme les b eft es, mai s droit amp;nbsp;efle-ué au Ciel comme sâil eftoit fait expres pour regarder amp;nbsp;reconnoitre la maifon de fon origine amp;nbsp;pre miete habitacion. Les mains ouurieres de tant de merueilleus ouurages, la moderacion de la voix, vigueur, force amp;nbsp;grace de la parole:dont depend quafi la concorde, paix, amp;nbsp;amitié de cette focieté mondeine. Et qui plus eft Dieu leur ha donné les traits,maintien,amp; la care du v.ifage, pour par icelui connoitre les façons de faire des autres hommes,
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;les
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Ies volontez, penfees, entreprifes, amp;nbsp;Ies plus fecret-tes amp;nbsp;cachees affeccions dâlceus, Ie voy bien que tant plus fentreray en ce goufre,tant plus ie me perdray amp;nbsp;efgareray de mon fentier, dâautant qui! efttrop dificile,voire impoflible,de raconter par le menu les grandes commoditez que Dieu ha données à la nature des Hommes. Par lefquelles feules fins autre ayde il peut paruenir à vertu, ayant feulement la nature pour guide amp;nbsp;maitreffe de fès ac-cions. Cell ce que nous enfeigne le Filozofe,vou- -lant donner à entendre quelles euures font les plus parfaites amp;: acomplies, quand il dit, que ce que les Anciens figes apeloient vtile amp;nbsp;honnefte eft tellement conioint amp;nbsp;procédant de nature, que tous ceus qui seflongnent de vertu pour sâadonner à vice amp;nbsp;foruoyer du naturel chemin de bien viure, font vrais ennemis de Nature, pourautant quils corrompent les loix de focietc quelle nous ha ordonnées pour entretenir amp;nbsp;perpetuer notre elpe-ce.Ec par cela on peut iuger,que la Nature feule ha efté des le commencement du Monde la feule guide aus hommes, tant Princes que priuez,pour les conduire à toutes euures honneftes amp;nbsp;profitables: amp;nbsp;que de là , eft venue lâorigine de toutes loix, polices,Royaumes,Principautez,inftitucion de Vues et Républiques, amp;nbsp;de toutes religions amp;nbsp;cerimonies enuers Dieu, Car dâautant plus que lâhomme fo connoit amp;nbsp;fi nature propre, dâautant plus il honore Dieu,ôc fe remet à fa perfeccion. Et pour miens «fclarcir ce propos, il eft aisé à comprendre, que
B fuiuanc
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Zuiuant cet inftinót celefte imprimé en lêfprit des hommes. Nature voyant les hommes trefmal par-riz au pris des belles brutes, quant aus biens qui concernent le corps,nayans à leur part quâune cer-teine lumiere dâelprit dont iâay parle cy deirus,pour fe garentir des iniures du Ciel,du tems, des belles, amp;nbsp;autres calamitez infimes, ficha dedens leur entendement vn defir de fe donner la main amp;nbsp;rallier les vns aucc les autres, à fin que par la communi-cacion de leurs confeils ils fulTent mieus garniz de defenlè. Et comme ils elloient encores là ns reigle, fà nsloy,apres auoir connu leur imbecilité, amp;: quâils ne le pouuoient maintenir fans quelque forme de f)olice, ils le fouzmirent au gouuernement de ce-ui quils eftimerent de meilleur iugement amp;: auis, à fin qml les conduifill lâgement amp;nbsp;pouruull à leurs necelfitez.Donqucspar tout l'uniuerfel Monde chacune Communauté print vn Chefilefquels, pour lâautorité quâon leur donnoit, furent apelez Rois, amp;nbsp;commencèrent a esbaucher amp;nbsp;mettre en quelque ordre dâobéilfance cette rude amp;nbsp;grolfiere antiquité. Et lors on commença à bâtir maifons, edifier vilages amp;nbsp;bourgades,conllruire viles amp;nbsp;cha teaus, sâemployant vn chacun en ce quîl pouuoit Elire pour le bien publiq. Peu apres,ainfi que lâam-bicion des hommes sâaugmenta fi fort que les vns allà illoient les autres,pour remedierâ ces troubles, - il fut beloin dâellirc pour Chef amp;;gouuerneur non feulement le plus fage amp;nbsp;auisé, mais aulTi le plus fort amp;nbsp;courageus aus armes,à fin que par le moyen delÃ
AV ROY.
de fa prudence coniointe à la force, il full gouuer-ner fes lugetz en terns de paix, amp;nbsp;les défendre a la guerre. Encores ne fut ce pas aflez : Car telle multitude de Princes de difèrentes humeurs,telle contrariété de coutumes amp;nbsp;de loix, ne fe put bonnement acorder, iufques a ce que les principaus de ces Communautez côlèntirent quîl y euft vn Monarque. Et pour vray, tout ainfi que beaucoup de Maçons, Charpentiers, Couureurs amp;nbsp;Maneuures, confèrans enfcmblc grande quantité de diuerfes matières ne fauroient commodément alTembler leurs pieces pour drefler vne maifon, sâils ne font guidez parla certeine loy dâun Architecte amp;nbsp;deui-feur de batimens : aufli tant de Peuples,tant de Citez ôc petis Rois, vlà ns de diuerfes manières de vi-ure, ne pourroient conftruire lèdifice de leur con* fcruacion, sâils nauoientvn Architeôle,amp; (comme dit Homere) vn grand payeur amp;nbsp;gouuerneur du genre humein.Voilà les moyens amp;nbsp;raifons que Na ture inlpira dens la penfee des Hommes pour la premiere inftitucion des Princes, ne tendant à autre fin,finon à ce que les fugetz fuflent miens con-duiz pour ateindre à la félicité quâils peuuentauoir en ceMonde.Et certes on peut clerement connoi-tre par les Hiftoires, que les P^ois qui en lieu de fuiure cet ordre de Nature ont mieus aymé leur profit particulier que le bien publiq, fe font montrez euidemment ennemis de Nature,amp; ont aquis pluftot blâme de Tyrannie, que renom de vraye Principauté. Au contraire,ce us qui fe fontrengez
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à ce droit naturel, ont tresbien amp;nbsp;vertueufèment exécute leurs charges,tellement quâils font encores aymez amp;nbsp;honorez de tout le monde : comme il eft auenu,felon les fables, à Saturne amp;nbsp;lanus : félon les vrayes Hiftoires,à Cyrus Roy des Perfes,dont Xenophon ha efcrit la vie. Pour conclufion il eft aisé à voir que fi lâhomme ne paruient à félicité, il ne sâen doit prendre quâa lui mefine, amp;nbsp;ne fe douloir de fon imbécillité, fecourue par tant de moyens. Car pour y paruenir il ha en fà nature propre plu-fieurs nobles parties: auec ces parties il ha la rai-fon, auec la raifon la loy, aueclaloy la communion de tant de biens auec Dieu : Outre lefquels il ha encores la grace de cette nouuelle redempcion qui nous ha efié promife :1e plus beau amp;nbsp;plus excellent moyen que lâhomme euft pu defirer en ce Monde, pour fans grande peine sâacheminer au Ciel amp;nbsp;entrer en la trionfante compagnie celefte, amp;nbsp;immortelle beatitude. Lâeffet de laquelle grace neftoit point encores en vigueur du tems de Cyrus ny des Princes de fon aage,amp;ne fut manifeftec au monde de bien long tems apres,ains fe gouuer-noit lors chacun félon les ordonnances de Nature. Laquelle eut bien la force de rendre Cyrus lâun des plus notables Princes qui ayent régné après lui. Car il ayma iuftice, amp;nbsp;le bien des Peuples,amp; fe gouuerna fi vertueufernent en fon regne, que non feulement il ennoblit le païs de Perle, auparauant obfeur amp;: melprisé, mais auffi aporta merueilleus profit aus nacions par lui veincuesâamp; conquifes, leur
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leur donnant loix amp;nbsp;manières de viure trop meik leures quelles nauoient onques eu. De forte quelles euflent pu dire ce que Themiftocle mit depuis en auant:Amis nous eflionsperduz, fi nous nuf-fons perdu. Outre celà , qui pourroit affez priier lâhumanité amp;nbsp;la continence dont il via enuers le Roy dâArmenie amp;nbsp;la belle Panthee? Icxpcricnce du fait des armes ? fa libéralité amp;nbsp;grandeur ? qui le rendirent à efmerueillable, quââpres fà mort il fut
amp; titre à louable ne sâaquiert point par pilleries ne cruautez, mais par une naine bonté, amp;nbsp;par bien faire à vn chacun. Ce vertueus Monarque commença a regner la lêptantieme année de la defola-cion de lerufalem tant celebree par leremie, amp;nbsp;de-liura les luifs de leur captiuité, fuiuant la promelfe de Dieu par les Profetes, du tems que Tarquin le Superbe regnoit a Romme,enuiron cinq cens ans deuant la natinité de notre Signeur. Il régna deus ans auec Darius Roy des Medes, qui fe prend en Daniel pour Cyaxare fils dAftyage,comme dit lo- Dan. r. lt;.,. â feph : amp;nbsp;puis vintdeus ans feul en Babylone, félon ^â^' ^^ le calcul de Philon amp;nbsp;Metafthene, amp;nbsp;félon Cice-ÆÂ« ^« ron il y régna trente ans en tout. Et ne faut ici re- '^quot; ^/i^^j-ceuoir la fable dâHerodote,de la naiflà nce amp;nbsp;expo-fèment de Cyrus,ôc comme il chalfa fon grand pe-re du Royaume de Mede par le moyen de Harpage, mefmes il dit que Aftyage hut point déniant malle :chofès qui du tout fe prennent fini fiés par 1^5 là intes Bibles,par Iofeph,amp;: autres efenueins di-.
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nés de foy. Car il fe porta fi vertueulement que les Rois enfuiuans lâont tenu pour vn parangon amp;nbsp;exemple de toutes vertus.Cyrus le mineur sâayda de la grace amp;; courtoifie: Alexandre le grand de fon bon elprit amp;nbsp;grandeur de courage : Pyrrhe print de lui la façon dâordonner vn camp amp;nbsp;renger les batailles : Scipion fa continence:Iules Celà r fà clemence amp;nbsp;libéralité. Et me Ãèmble que sabufent grandement cens, qui veulent dire, que Xenophon fous la perfonne de Cyrus ha formé lâIdee dâun excellent Prince amp;nbsp;acompli en toutes perfeccions, a lenui de Platon qui aUoit fait vne République à plaifir, amp;nbsp;quil neftoit fi vertueus, quil ha efté défi. crit:car les fà intes lettres le font encores plus grand que ne dit Xenophon,amp;portent témoignage quil fut mù de Icfprit de Dieu à faire ce quil fit: par la bonté duquel il confefle lui mefime auoir reçu tous les Royaumes de la terre. Et leremie profetifè de lui,quil deuoit edifier le Temple du Signeur Eternel. Ifaïe plus clerement le nomme Pafteur de Dieu, amp;nbsp;que Dieu lâinfpira 6c conferua corne fon Oinây faifà ntde lui vne figuredeiEsvs christ. Dauantage,puis que Daniel trefgrand ennemi des Idoles lui donna la connoiffance du vray Dieu,que faut 11 plus douter de la calomnie de ceus qui sefi. forcent de lui amoindrir fon honneur,receuans pluftot les fables que la vérité ?Ie croy bien,quc les faits, viéloires, amp;nbsp;rufes de guerre,contenues en ce Iiure,fontveritablemét de Thiftoire de Cyrus:mais la nourriture,amp; adolcfccncc, oraifons, amp;nbsp;enhorte-
meus
AV ROY.
mens viennent du difcours amp;nbsp;efprit de lâAuteur. Lequel toutefois nen doit pour ce cftre eftimé men teur,non plus que Thucidide,Tite Liue,amp; Plutarque, qui font grandement louez pour les harangues amp;nbsp;autres fleurs dâeloquence qufls ont femees parmi leurs euures amp;nbsp;hiftoires.
Eftans donq, Sire, les faits de Cyrus tels amp;;ft grans quâils meritent eftre amp;nbsp;admirez amp;nbsp;enfuiuiz de tous Princes, iay traduit de Grec en François la Pedie dâicelui, câeftadirc là vie amp;nbsp;inflitucion, au moins mal qu'il ha efté poffible à vn eftranger forti des plus lointeines Ifles de Grece, amp;nbsp;qui aprend encores à parler votre langue Françoile, eftimant auoir fait chofe profitable à ceus qui la liront, amp;nbsp;à vous, Sire, aucunement delectable, fi quelquefois vous vient à gré de regarder ce tableau de viue {)einture,auquel vous remarquerez quelque fimi-itude des vertuz de Cyrus auec les vôtres, finon que la rudefle de mon langage fafle tort amp;nbsp;iniure fi grande a Iclegance de lâAuteur, quelle vous def-goûte de fi lecture. Quant à lâAuteur il fut non feulement excellent Filozofe, amp;nbsp;difciple de Socrate : mais auflî vertueus amp;nbsp;trefrenommé Capiteine, entendu aus afà ires d'Eftat, lâun des Chefs qui ramenèrent iufques en Grece par tant de perilleus chemins,le bataillon de dix mile Grecs, qui eftoiét allez guerroyer en Perfè fous la conduite de Cyrus le mineur ; qui eft la plus noble amp;nbsp;celebree retraite dont nous ayons mémoire, tant prifèe amp;nbsp;fouhai-tee par Antoine au retour du voyage des Parthes,
com
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comme dit Plutarque; Il ha efcrit les Hidoircs des Grecs apres Thucidide, qui sâapellent les Heleni-ques, amp;nbsp;lui pouuoit defrober Tes labeurs sâil euft voulu faire comme pluheurs qui le parent du pennage dâautrui : Mais plus valut en lui la foy amp;nbsp;preu-dhommie,que lapent de gloire, de forte quilles fit publier après fa mort,combien quâil y euft entre eus quelque efpece dâinimitié. II ha aufti rédigé par efcrit lâexpedicion de Cyrus le mineur contre Arta-xerxe fon frere : les Commentaires des faits amp;nbsp;figes propos de Socrate : de la chalTe amp;nbsp;venerie : du fait de cheualerie : amp;; autres euures en grand nom« brei dâune h douce amp;nbsp;non afeólee eloquence, que perfonne depuis ne la su imiter. II fut firnommé la Mufe dâAthenes,de la bouche duquel fortoit via parler plus dous que miel, homme de bonne ôc fà inte vie, imitateur de Socrate, bon veneur, fort expert aus armes, tresbon melhager, amateur de là religion. Brief, homme de fi grande vertu,que la Grece mefine, fourfc amp;nbsp;fonteine de tous grans ef-prits,nâen ha gueres produit de lemblables. Il mourut à Corinthe eftant fort auancé lut lâaage, enui-ron la centième Olympiade, du tems du Roy Philippe pere dâAlexandre, trois cens ans amp;nbsp;plus devant la natiuité de celui, qui chargea fon immortel honneur amp;nbsp;déité, dâune mortelle amp;nbsp;abieéfe humanité pour notre redempcion. Parquoy ie vous fupli treshumblement. Sire, receuoir auec cette douceur amp;nbsp;graçieufetc dont vous fà uorifèz toute vertu, ce mien petit ouvrage ( que ià y reuù ôc mis
an
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au net a heures defrobees du continue! trauaij amp;nbsp;ocupacion des afaires publiques) dont ie vous fay prefent en dédiant mes labeurs au feruice de votre grandeur. Efperant au 111, quencores quâil me foit impoflible de rien aiouter aus grandes vertuz qui vous rendent dîne dâun Empire plus grand que ce-lui de Cyrus, au moins ie pourray conférer quelque chofe du mien a lâinftitucion de Monfigneur votre Fils, a fin quen voyant deuant fes yens deus exemples de a'elgrande vertu il puifle en fon tems monter à la dinité, que là grande For-tuneâamp; noblefle lui ont fur vous affignee.
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Votre treshumble amp;nbsp;trcfobcïdant feruiteur, I. C. de Vintemille Rhodien.
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en faneur du Tranflateur.
2}e Xenophonfa tendrette^.^^, .^.^^ : Enfance vn leur Jus //y mette v.vuv ^ -^ Se repoÃit follement, , , ^_. ?vquot;V'f gt;.vgt;' L ors ^ue lair tranlt;juilet»ent - 0^ ^ . ' £fîienté dunpul ^ephre, Laifoit la Terre au del rire: ⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. Lepulbruite^oitoteyf J . Z)u£oÃignolreÃou^: A â Les ^Lbeilles Voletantes, Soûles deÃeurs odorantes, L^egoutoient leur TLeblar rous, ; Leur miel plus ^e TTeffar dous £n la bouchette enfantine:
£?t eloijuence ch^^^ea.
^uec co»Jei!s Socrafi^ues, S^ens les oreilles ^^m^jues. ^ne apres ont rewangé Ce ijùil auoie elejgorge': £e les douceurs remangees
Cn ceree forte Voit oit ^u tableau de Ãalaton J^a grand quot;Poétujue bande. ID'ifwnorMlieéÃ-iande,
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^waJJerJongneuJewent
Le fucré 'pomijjewent ' 2)e leur,^oy Jtray te oUpere! Ce famefa aueugle Lomere.
JiCais non, non, te ne Vett^i^af quot;nbsp;2)ire ^uun^tareil re^of â JKon showen v i n t E m 11 L e (Le^juel ie tien pour y int wilc^ Athéniens) print ain^, Tour le reuomir ici.
Je Jy bien ^ue iciopuence^
Ct iä ciuiie prudence 'N'eujjènt iamais eÃe lgt;ien Lors eiu dei ^thenien, Si 'pous euÃiez^, o .^Lebene^, TuÃouÃir Jeut T^ewo^henes: '' Car CÃhine Joucereue, TarÃon exil malheureus Ttenheura X.hoele ia i^eiie 2)e fa douceur immortelie, 0 t^ue depuis ce tems là Xhode dodentent parla ! 0 i^ue de langues diÃrtes JiiCe Ãont regretter les pertes !De tant de dtuines Voix! à neÃpas cy touteÃis Le heu choÃpour mapieinte: Car ma Thalie eà enceinte^ 2à une piusga_ye Ãreur.
^pres i^ue ce grand coureu)^-
Le
Le Tews, eut eie mi/e années 2)eÃ:ouuert les ele/hnees, v i N T H M i L r. R /m naivst, Que le Soleil ca^^effolt. Le Soleil, lt;jul en la Jà ce 2)e lâenfant connut Ja race. Lt lâIon ^^ue toujours ce 7)leu L^oye Jun Ion erll, ce lieu ConJacre' à Jâ hauteJJè: OnJ auec tant eLUe^reJJè Sa lumiere ne coula. Quelle fit ce leau leur là . JieCats t^uifiurent les commeres ? Qui furent les donnes meres ? Leceuans en aparell Le neueu élu ^anel Soleil? Les Ãraces furent commeres, Lt furent les hnnes meres, ^eceuans en ajareU Le neueu du grand Soleil. Toute lâodeur dejrolee Lut de la terre Sabec^,
Lors le tendre enfant, du tour Lagremlere clarté vue, Le fis premiers crû falue: , LemoIgnant la gar fis pleurs Le la vie les malheurs, t^don^ des trois Ãraces, celle Qui fi montrole la glus belle,
LwÃint à Ãy rgfird^ . ç, vIV gt;nbsp;\ £'rà t^ouceur mÃir4 ' -'Ate''.â â ''. ^ fa louchefte aeÃloÃ:- ' - T z i Tuis (leÃs larmes larroÃi V),:'?. ^\ ^ÿÃ^ £^f lui jsr : amp;fant, helos ! ; VvA'lt;ó A Teleufaut, tu ne Ãis'fos -,r,wgt;gt; J\^-^i 'A?. J^ong terns auotr iamp;uiÃa^ce , .,,^ quot;Avi VA T^e cette nche cheuanecy â - â, ^.rV â
Que ele tes parens tu ttens: ' J^ais tu ioutros fes biens v^- A Que ie te donne, ou Tertune . (Soit contraire ou^ortunc^)^ i}^ VVA-.Q ^ÃargitpointÃnpouvoir. vV â Tu ioutras dufauosr, --^^ ^S ? Tt de la pinte eloquence ,u , v, » Que tu porteras, en/naneef, j 'e. Interprété desÃcrets -i -^-v â ^â pchez, dens les papiers Ãre,et: -^ ^rriuant autant commode Tin Ti-ance, pTfhine en Thode: .^v - ⢠Tdipntpar ta doUe Voixp: -.w^^dh %quot;i ^\. Ta Ãreceparler Trançpit,i, r\sr '.\ A t A le te dy ^ue la manie^ V. A x- v-û^v/ 'w;/ k Tt laÃere tyrannie
â¢y^^ilba AvO
T)e ce matin eÃranper,^' â
Qui chérir toy à ygt;ient Zf^^i^,-.. t'A/ ^vtâ^ p ⢠Tie te portera domma^ei^^\ ^4 v^VAt'-i^v a ^utre terre (pren courage) ^ ^^\ wf A Tötenddpa orendroit, ) iwntAx ' 'de*-:. Teur mettre en tes mains Ãn droit. ^ /
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^ ce mecJe teuf la Ãrace, ^n tw^^rtmanefur laJace 2)e l'enjà nc, '^n Joue haijer: ^ws le laijjà re^^opr.
.^ais le y'eus t^ue J^ile, ^ J^ile, Sachent du ^ran Jvintemillb J^e de/hn : encor le Veut
Qua nos à venir neueus d^on pafgt;ier, lors vieil, reuele Je aue Chon ne me cele: Chon, ^ui Jeee e^uelle f^art 2)e Ja ^race il me depart: £t de lâamitié entiere quot;Notre, Jut caujè première^.
TRAVAIl- EN REPOS.
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7 bWi/x' gt;â â
Le premier Liure delà Cyrope-DIE DE XENOPHON, trairant Je U Z^ie ^ /nÃirudon Je c Y R v s iC^jy Jes ^erÃs, premier Je ce nom. â¢
P R O Ã M E.
ISC o VRANT enmoy-mefme fur la variété des afaires du mondedâay quelquefois eftinic J que ce full vne chofe fort dificile de dominer amp;nbsp;rener fur les hommes, tant pource que iâay vu maintes Républiques défaites par cens qui ont miens aymé tout autre gouuernement que le Po-pulaire^ comme pour auoir pareillement vu renuerfer plufienrs Monarchies amp;nbsp;Signeuries parla defobeiffance des Peuples. Et quant aus Princes amp;nbsp;autres qui ont occupe les tyrannies, les vns fe font ruinez foudeinement amp;nbsp;dâeufmefmes, les autres
pour auoir fceu quelque peu de tems fe maintenir en leurs cflats, comme »ens fages amp;nbsp;bienheureus ont elle en admiracion à tout le monde. Qui plus efl nous voyons vne mefme dificulte amp;nbsp;pareille diuerfitc entre plufienrs hommes en leurs priuez mefnages, qui ne fepeuiient faire bien feruir de leurs feruireursjes vns de beaucoup^ les autres de peu;lefquelz,encores quâils foient en petit nombre,ils ne peuiient rendre obeifTans à leurs commandemens. Dauere part pour venir iufques aus belles brutes, nous voyons que les bonuiers peunent eure à bon droit appeliez maitres amp;nbsp;figneurs des beufs:Ies maitres des haraZjdes cheuaus:amp; tous les bergers,des belles quâils conduifent.. Or tous ces troupeaus,comme il ell no-toire/ont trop plus obcilTans à leurs bergers,que ne font les homines à leurs Princes : Car ils vont ou les padeurs les adrelTent, fe a pailTenc
LA CYROPEDIE
paifTent aus chams pu lâon les meine, fa gardent des chofes dont on les retire J amp;laillent iouir leurs bergers ainH quâil leur plait des profits quâeus mefraes leur aportent. Outre ce^ Ion nâaiamaisvù troupeau, qui full rebelled fon maitre pour le foutraire defon obeiïlà nce, ou lâempcfcher de rcccuoirles fruits prouenans de lui: ains plullot voit on ces belles eftre plus farouches ans cflrangers, quâà leurs maitres, amp;nbsp;à ceus à qui elles mefmes aportent du profit. Mais les hommes tout au contraire,ne fe bandent iamais plus volontiers ny le mettent en armes de meilleur courage, que contre ceus qui les gouuerncnt,ou veulent gouuerner. Chofes,qui apres y auoir pensé, mâont fait par long tems eftimer lâhomme eftre de telle nature, quâil lui eft beaucoup plus aise de commander à toutes autres beftes quâaus hommes mefmes. Mais après auoir bien examiné amp;nbsp;difeouru fur ies faits de Cyrus roy des Perfes, comme if fubiugaplufieurs hommes amp;nacions amp;nbsp;rengea tant de villes à fou obciflance,ie fuis contreint de changer dâopinion,amp; confefTer, que ce nâeft chofe impofsible ny tant dificile degouuerner amp;nbsp;mai-trifer les hommes, pouriiu quâon le fache faire fagement, amp;nbsp;auec bonne adrefse. Car nous fanons queplufieurs nacions fe font'dc leur bon gré rendues à Cyrus, â amp; des peuples innumerables, dont les aucuns eftoient loin de lui de plùfieurs iournees amp;; mois:les autres ne lâauoient onques vu, ou nâefperoient le voir iamais: amp;nbsp;toutefois 1ni voulurent obéir. Caraufsià vray direilauoit quelque chofe de plus excellent que tous les autres Rois qui ontheritc de leurs Royaumes, ou qui les ont conquis : amp;nbsp;nâa voulu faire comme le Roy dés Scythes, lequel combien quâil ait moyen de mettre en campagne des hommes fans nombre, fi ne veut il toutefois rien entreprendre fur fes voifinSjeftimant ne faire peu de chofe de fepouuoir maintenirpour Roy amp;nbsp;figneur de fon pais.Ainfi fait le Roy de Thrace des Thraciens, le Roy dâillyrie des Illyriens, amp;nbsp;plufieurs autres Peuples dont nous oyons parlerjde forte quâenco-res auiourdâhuiâ(fi le commun bruit eft vray) maintes nacions dâEurope viiient chacune félon fes loix, amp;nbsp;font diftinétes amp;nbsp;fepa-rees les vues des autres. Mais Cyrus ayant tout en vn coup gagné les Peuples de lâAfie qui viuoient en liberté, recent cens de Mcde amp;nbsp;dâHyrcanie,qui de leur franche volontéfe rendirent à fon obeïf-fance, amp;nbsp;auec bien petite armee de Perfes douta les Syriens, Afiy-riens, Arabes,Cappadoces,Phrygiens,Lydiens, Cares, Phéniciens amp;nbsp;Babyloniens : conquit ceus de la Baélriane,Inde,amp; Cilicic.'fem-blablementles Saques, Paphlagons, Mariandyniens,amp; autres nacions infinies dont les noms ne fe peuuçnt prefques Ipecifier, iuf-
ques
DE XENOPHO N. LIVRE I.
ques à fe faire Signeur amp;nbsp;niaitre de tous les Grecs habitans en Afie: puis montant fur mer emporta Cypre, amp;nbsp;lâEgypte. Et combien que toutes ces pacions fulTent difcrentes de langage amp;nbsp;façon de viure, fi eut il toutefois le pounoir de fe faire tellement creindrc à tout le mondes que chacun demoura eftonné, amp;nbsp;ny eut homme qui ofaft rien entreprendre contre lui : encores eut il cette grace «S: adrefle, quâil gagna le cÅur de toutes nacios, de forte que chacune fut trefeontente dâeftre conduite amp;nbsp;»ouuerncc fous fa main. Par CCS moyens il conquefta fi grand Empire, quâil feroit mal aise de «ombrer les Royaumes, ny dâen raporter les limites vers le Leuant ou Ponant,le Septentrion ou Midi. Parquoy iugeant vn telPrin-.cc eure dine de grande admiraci^i, il mâa femblc bonderediger par eferit de quelles meurs,amp; difcipline de vertu il fut inftruit,pour efire fi excellent par deflus tous les autres, en ce qui concerne le gouuernement des hommes, dont iâeflayray de raconter cy apres tout ce que iâen ay pu entendre amp;nbsp;connoitre.
De Id coutume des Perfes au gouuernement de leurs Citoyens, gy^ comme Cyrus fut infitué en fa ieunejfe en la difcipline de â yertu auec les enfans de fon aage^dus efceles publiques.
CHAPITRE I.
Y R V S à ce que Ion raconte, fut fils de Cambyfe Roy des Perfes, lequel cfloitillu delamaifon amp;nbsp;race des Per-fidicns, qui fe nommoient ainfi pour eflre defeendus de Perfee. Sa mere sâa-pelloit Mandan c fille dâAftyageroy des Medes, comme tous les Hilforiens le confelîent. Au demourant les Perfes racontent encorâauiourdâhui amp;difent en leurs chanfons, que Cyrus quanta
fa perfonne, eftoitgrand amp;nbsp;dâvnc tresbelle reprefentacion, fort gracieus de fa nature,amp; couuoiteus dâhonneur au pofsiblc: de forte quâil ne refiifa onques peine, ne fit dihcultc de le mettre en danger, dont il penfall raporter louenge. Tel ell encores le bruit de lui quant à fesperfeccions tant du corps que de lâefprit. Il fut nourri en fa leunefle fui liant les loix de Perfe : Loix qui .à la vérité me femblent de leur premier commencement procéder à Pentreteue-ment du bien publiq, beaucoup miens que celles des autres Repu-bliques,,Car fçicm les autres il ell permis ans pères de nourrir leurs a 2 enfans
LA CYROPEDIE enfans à leur fantaficjamp; aus plus anciens deviure à leurplaifir,feu-Icmcntkur cd défendu de defrober, ou forcer perfonne ^ dâentrer par force en la maifon dâautrui^ne fraper ou bleccr aucun linon par iuftice, ne cômettre point dâadultères^ ne defobeïr aus Officiers amp;nbsp;Magiflrats publiques, amp;nbsp;autres telles loix,auecques menace deles punir sâils font le contraire. Mais lesPerfes en preuoyant déplus loin mettent peine à cc^que des le commencement cens de leur na-cionfoient tclJcmët nourriz_,quâils nâayent iamais le vouloir de faire ebofe mauuaife ou deshonnefte,amp; y procèdent comme sâenfuit:
Ils ont vue grande place nominee la place de Liberté , ou eft le palais du Roy anec toutes les autres maifons publiques. Quant ans inarchandifes Ãc trafiques j^ur marché eft feparé amp;nbsp;loin delà , ce quâils ont exprefiement ordonné à fin que cens que Ion veut façonner à toute honnefteté, ne fe meflent parini le bruit amp;nbsp;confu-fion de cette multitude vulgaire, qui ne fcet ny bien ny honneur. Cette place eftdiuifee en quatre courts ou quartiers. Le premier eft pour les enfans : le fécond pour les ieunes homnies;le tiers pour les hommes faits : le dernier pour les viens qui font exempts des charges de la guerre. Chacun defquelz eft contreint par les loix du pais de fe tenir en fon quartier, à fauoir les enfans amp;nbsp;les hommes faits des le point du iour, les viens à certeines heures amp;nbsp;iour-nees pour les alaircs de la République. Quant ans ieunes hommes, outre cette charge il faut quâils paffent la nuit à lâentour des maifons pub]iques,armez à la legerc, excepté ceus qui font mariez, lefquclz ne sây trenuent sâil ne leur eftautrement commandé, Ãc toutefois ils eftiment chofe deshonnefte de sâeftre abfentez trop founenr. Chacun de ces quartiers ha douzePreuots,ponreeque la nacion des Perfes eft dinifee en douze lignees. Les enfans font fous la charge de quelques anciens plus fages amp;nbsp;experimetez pour les rendre vertueus. Ans ieunes gens on donne des hommes, qui les fâchent continuellement enhorter à bien faire. Pour les hommes faits on commet cens quâon eftime lespouuoir miens aeon-turner à diligemment exeenter ce qui leur eft ordonné amp;nbsp;comman dé par le Prince. Les viens ont pareillement leurs chefz, qui les amonneftent de faire leurdenoir. Orà fin que chacun connoiffe la peine que mettent les Perfes à ce que leurs citoyens foient gens de bien, ie deelareray par le menu les chofes quâon ha accoutumé de comander en chacun de ces quarticrs,diftribnez félon les aagcs. En premier lien les enfans viennent en leur quartier comme en vue efcole:amp; tontainfi que les nôtres y vont pour aprendreles fcicnccs, anfsi ceus des Perfes difent quâils y vont pour aprendre laiuR
DE XENOPHON. LIVREE 5
la iufticc. Leurs Preuots employent la plus grandâ part duiourà juger amp;nbsp;faire droit des fautes de lâvn enuers lâautre ; Car les enfans aufsi ordinairement sâaeufent lâvn lâautre dâauoir defrobe, def-troufsejfrapCj trompe, mefdit, ou commis telz autres crimes, auf-quclz ils peuuent en cet aage aucunement ettrefuietz comme les hommes ,amp; font condannez les delinquans en certeines peines; femblablement font châtiez les aeufateurs, qui fe treuuent auoir calonnieufement acusc quelquâvn. Ils font aufsi iuftice delà haine, comme dâvn crime pour lequel les hommes fe veulent mal lâvn à lâautre. Mais fur tous vices ils punilTent aprement lâingratitu- in^ratituJe de, comme celle quiefteaufe de gratis diftors entre les hommes, p*gt;fgt;^â principalement fi celui qui ha dequoy reconnoitre vn bienfait, ne rend la pareille : amp;nbsp;difent que de là procédé le contennement des Dieus, delà Patrie, des parens amp;nbsp;amis, amp;nbsp;que ce vice eft toufiours acompagne dâvne impudence, vraye fource de toutes autres mef- Jm^Htlencct chancetez. Ils mettent aufsi grande peine à leur enfeigner la continence , amp;nbsp;à rendre leurs enfans paciens amp;nbsp;atrempez en toutes cho feSj obeïlTans aus fuperieurs, endurans faimamp; loif: à toutes lef-qu elles vertuz ils font grandement incitez par lâexemple des viens, lâatrempance defquelz, enfemble lâobeiflance, ils ont ordinairement deuant les yens, amp;nbsp;voyent la pacience fi grande,que nonob-ftaut leur aage,jamais ils ne vont prendre leur repas, que les fuperieurs ne leur ayent baillé congé. A cela pareillement leur fert de beaucoup quils ne mangent point deuant leurs meres : mais en la prefence du maitre, à telle heure quâil plait à leurs Preuots : amp;nbsp;a-porteut de leurs maifons pour toute viande du pain amp;nbsp;du Carda-me pour pitance, câetadire du Crelîon AlenoiSjaucc vn godet pour ai^t^é prendre uê lâeau à la riniere quand ils ont foif. Outre ce ils apren-nent à ietter le dard amp;nbsp;tirer delà flefehe : amp;nbsp;telle cil leur manière de viure iufques en lâaage de feize ou dixfct ans : amp;nbsp;lors ils montent au reng des icuncs hommes, ou ils demuerent autres dix années viuans comme sâenfuit ; Ainfi comme ie difois cy deflus, ils pallentlanuit à lentour des maifons publiques, tant pour la feu-reté delà ville,que pour les endurcir à la peine,amp;les retirer des vo-luptez, dont cet aage ha befoin dâedre fongneufement gardé. De jour ils fuiuent leurs goiiuerneurs tous prêts à sâemployer au bien publiq ainfi quâon leur ordonne, amp;nbsp;en cette façon quelquefois quand il eft befoin,font le guet tous enfemble. Mais fi le Roy veut aller à la chafle (ce quâil fait pluficurfois tous les mois) il meine la moitié de la garde,amp; iaifle lâautre moitié à la ville,chacun defquelz porte fa troulîe garnie de flefehes, vne efpee ou cymeterre au coté, a 3 vnbou
«r .1 - L A C Y R O P E D I E
vn bouclier amp;nbsp;deus dars^ Iâvn pour lancer au loiuj lâautre pour fra-per de pres. Acettecaufe ils vfent publiquement de la chaffe comme dâvu exercice honnefte amp;nbsp;coutumier j auquel mefmcs ils font conduiz par le Roy ainfi quâa la guerre, là ou non feulement il chafle lui mefme, mais prend garde à ce que fes gens faccnt le fem-Z4 chdjj^. nbsp;nbsp;blable, dâautant que la chafie (à mon aiiis) eft vue vraye exercita-
cion des chofes requifes âla difcipline de guerre. Car elle acoutu-me à fe letter matin, à porterie chaut amp;nbsp;le froit,à cheminer amp;nbsp;courir longuement, anec ce quâil eft force de tirer amp;nbsp;fraperla befte quand elle fe rencontre à propos:amp;: faut que le bon cÅur de lâhora me fe montre quand il ha afinre à vne befte de defenfe ; pource que lors il nâeft pas feulement queftion deblecer, mais de fe garder aufsi, de forte que tout bien confiderc, il nâeft pas aisé de trouiier quelle diference il y ha entre la chafîe amp;nbsp;la guerre. Quant à leur manger, chacui^ porte fonj dîner tout de mefme les enfans, fors quâil y ha vn peu plus à manger,comme la raifon le veut, amp;nbsp;toutefois iamais ne dînent que la chafîe nefoit parfaite : mais sâil eft be-foin pour la pourfuite dâvne befte, ou sâils veulent pour leur plaiCr continuer la chafle, ils foupent deleur dîner, amp;nbsp;rechaflent lelen-demain iufques à fouper, ne contans ces deus iours que pour vu: pourceque durant iceus ils ne font nonplus de repas quâeu vn fcul, amp;nbsp;font cclà pour sâacoutumer à en faire autant en vne necef-fite de guerre. Encores nâont ils, quelques gran-s quâils foicntjpour toute viande que ce quâils ontpris:amp; sâils ont chafsé fans prife,feu-lement leur Cardame,câetadireleCrefión acoutumé. Etfiquel-quâvn eftime quâils ne prennent grandâ plaifir à manger ainfi du 4^^*. Creffon auec du pain amp;nbsp;boire de lâeau pure, ielepriedcj^nfer en lui mefme de quel apetit on mange du pain ou dâvu rortcau quand on ha faim extreme, amp;nbsp;comme lâon boit volontiers de lâeau quand oneft altéré. Maispour reuenirà lâautre moitié de la compagnie des ieuncs gens qui eft demouree en la ville, cependant que les autres chafTent ils sâesbatent ans chofes quâils ont aprifes en leur enfance , falloir eft à tirer amp;nbsp;darder par bandes amp;nbsp;compagnies : meÃ-mes ils ont des ieus de pris pour celà . Et sâil fe trenne en vne compagnie plufieurs gens forts amp;nbsp;adroits, les citoyens prifent amp;nbsp;honorent grandement non feulement leur maitre amp;nbsp;capiteine, mais aufsi les gounernenrs qui les ont fi bien enfeignez en leur premiers iennefle. Sâil anient que les Magiftrats veuillent faire guet parais ville, furprendre quelques malfaiteurs, empongner brigans amp;nbsp;larrons , ou faire quelque affe de force amp;nbsp;dextérité, ils ne fe feruent que des jeunes gens qui font demourez à la ville, ée voila cerne fis i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;- viiient
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DE XENOPHON. LIVREE y viuent.Lefquels après auoir confommc dix ans en cette difcipline, viennent à la court amp;nbsp;aureng des hommes parfaits j ou pareillement ils demeurent vinteiinj ans fous le gouuèrnement de leurs PreuotSj prefts comme deüant aus commandemêns de leurs Capi-teines, à faire tous les feruices qui ne requièrent pas feulement la force^mais la prudence de lâhomme pour le bien de la République. Sâil eonuient aller quelque part à la guerre^ ils ne portent plus flef-che ny dart ; mais toutes armes pour combatte de pres^ le corcelet en doz^vnjpauqis en vue main^tel comme Ion voit encores auiour-y'/w»«»*»' dâhui aus peintures des Perfes_.vne efpee ou cymeterre en lâautre.Et faut entendre que tous Alagiftrats amp;nbsp;Capiteines^ tant en la paix quâà la guerre fe choififfent de ce reng, exceptez les précepteurs qui ont la charge du quartier des enfaus. Ayans ainfi vefeupar lâefpace de vinteinq anSjau cinquantième an ou plus de leur aage^ds feren-gent auec les vieus^Ãc ne vont plus à la guerre hors de leur maifon, mais demeurent à la ville pour iuger des affaires communs amp;nbsp;pri-ueZj eflifentles Magillrats amp;nbsp;Oficiers de iiiHicc, amp;nbsp;donnent quelquefois fentence de mort. Sifquelquâvn dâentre les ieunes ou des hommes faits ha forfaitjâvn des chefs de la lignee,ou le premier qui veut de la compagnie, lâacufe, les viens en ingent, amp;nbsp;sâil efl par les luges condanne, il demeure tout le relie de fa vie infâme amp;nbsp;déshonore. Mais à fin que toutes ces chofes foient plus elerement connues à vu chacun, ie veus eftendre vn peu plus amplement mon parler, amp;nbsp;brieuement toucher que câet de la République des Per-fes. Lon dit que leur République contient enuiron fix vints mille hommes,dont il nây bapas vn qui foit exclus deparuenir aus honneurs amp;nbsp;dinitez, ains à tout homme de Perfe eft loifible dâennoyer fes enfans aus efcoles de iufbcejSâil ba dequoy les nourrir fans dire de mellier. Mais sâil nâa dequoy, il leur fait gagner la vie ans boutiques des artifans , fans les y ennoyer. Les enfuis qui ont elle in-flruiz en ces difeiplines délions les précepteurs ordinaires,peuuent conuerfer auecles ieunes hommes,les autres non. Pareillement les ieunes gens qui ont honneftement pafsé leurtems felonies ordonnances de leur quartier, fepeuuent acointer des hommes parfaits, amp;nbsp;félon leur vertu participer aus dinitez amp;nbsp;honneurs, ce qui nâefl aucunement permis ans autres qui nâont lait le cours auec les enfuis amp;nbsp;les ieunes hommes. Ainfi conuerfent les hommes parmi les viens amp;paruiennent à leurs dinitez, quand ils ont vefeu leur tems iullementfans aucune reprehenfion, amp;nbsp;font mis au gonuer-nement de la République. Voila la forme de viure amp;nbsp;Iâinftitucion ciuile,parlaquelle ils sâeftimctparuenir à vertu.Mefmes encorâ au-iourdâhui
'8 LACYROPEDIE
iourdâhiii demeure vn eiiident temoi2:na»c des bonnes ordonnan-ces de cette République, du continuel trauail quâils prennent, amp;nbsp;du bon régime de leur viure. Car en ce paîs là câet vn grand det honneur de cracher ^ de fe moucher j dâeftre rempli de ventofitez, faire de lâeau publiquement, ou quelquechofe femblable : dont ils ne fe pourroient bien garder , sâils nâvfoient de grande abflinencc en leur viure^ amp;nbsp;sâils ne confumoient par exercice les manuaifes humeurs, ou lesfaifoienr diuertir en autrepartie. Câet aflez parle des coutumes des Perfes en general. amp;nbsp;nous conuient retourner à Cyrus, qui efl la principale ocafion de notre hiftoire : fi raconterons fes artes vertueus amp;nbsp;honneftes^lt;St comencerons à fon enfance.
Comme Cyru^ ymt en Mede auec la Jfeyne fa mere ou il don^ na plusieurs enfei^nes de fa bonté ^ naturelle prudence au Jloy .Aétyare,^ pareillement de fa continence ^fobrieté.
CHAPITRE n.
S T A N T donq Cyrus inftruit en telle difdplî-ne iufques à lâaage de douze ans ou peu plus,il furmontoit fans dificultc tous les cnfans de fa forte, tant à facilement comprendre ce quâon lui montroit, comme à vertueufement executer ce quâon lui commandoit. Or il auint, quâAftyage
Roy des Medes, enuoya quérir Mandanc fa fille Reyne de Perfe, parce quil defiroit grandement voir fon petit fils:pource quâil anoit oui dire de fa grande beauté lt;Sc Vertu. Auquel pais quand Mandanc fut arriuec, Cyrus oyant dire quâAftyage eftoitpere de la Reyne fa mere, tout incontinent (comme enfant de nature incité à aymer fes parens) fe ieta au col dicelui amp;nbsp;le baifa , aufsi pri-uement comme sâil euft de long terns efté nourri amp;nbsp;aymé de lui. En apres regardant comme tout esbahi, lâhabit amp;nbsp;acoutrement du Royales yeus fardez, le vifage peint de couleurs, la perruque empruntée lt;Sc longue (chofes,qui font permifes ans Medes felon leurs loix, amp;nbsp;dâvfcr aufsi de robes de pourpre qui leur couurent la telle, porter la cheyne au col, braffelets aus mains, tarcans, amp;nbsp;autres fomptucus habiz, an contraire des Perfes qui mefmes auiourdâhui viiient amp;nbsp;sâabiUent fort fimplement) il dit en riant à fa mere: O ma Dame,que mon grand perc eft beau ! Quand Mandané lui eut demandé , qui lui fembloit plus beau ou fon pere Cambyfe ou fon grandpere Aftyagejfur le champ ilfit refponfe,Qucfon pere eftoit le plus bel homme entre les Perfes,amp;fon grandpere entre tous les Mc des
DE Xi E N 0 P H 0 N. LIVRE I.
Medes que iufques alors il aiioit pu voiraus mes amp;nbsp;feneftres. Cette relponfe plut tant au Roy quâil lâembrafla derechef de fort bonne afreccion ; fi le Ht vêtir dâvne belle robe à la Medienne^ lâacoutra decheines amp;nbsp;braffelets, amp;nbsp;sâil vouloir aller en quelque lieu, il le menoit en fa compagnie monté fur vn beau theual ayant la bride amp;nbsp;harnois doré gt;nbsp;félon ce quâil aiioit acoutumé dâaller par pais. Cyrus eftant couuoiteus dâhonneur amp;nbsp;de beauté fut grandement ioycus de cet habit, amp;nbsp;treflailloit dâenuie dâaprendre à piquer vn chenal. Car au pais de Perfe pource quâil nây ha grand fourrage^ ôc lepais eft fimontueus amp;nbsp;malaisé quâon nây peut bonnement che-uaucher, à grandâ peine y voit on vn chenal. Quand ce venoit à fouperj Aftyage le vouloit faire fouper en compagnie trefmagnifi-quement aucc lui amp;nbsp;fa fille à fin quâil ne regrettali point les compagnies palTees, amp;nbsp;lui faifoit prefenter plufieurs plats de diuerfcs viandes amp;nbsp;faufles exquifes. Mais on dit que Cyrus fe tournant vers le Roy, lui dit : le mâesbahi Monfieur comme vous prenez tant de fâcherie â chacun repas, vu que pour ateindre à ces viandes diuerfes, il vous faut eftendre les mains dâvn coté amp;nbsp;dâautre. Comment ! dit le Roy, ce banquet vous femble il pas plus magnifique que celui des Perfes?Nenni vrayment,Monfieur, dit Cyrus : pource que vers nous la manière de viure amp;nbsp;manger pour contenter lâapetit eft beaucoup plus fimple amp;nbsp;aifee que la votre : Car la chair amp;nbsp;le pain fans autre friandife,nous rcmphlfent amp;nbsp;ralîaficnt incontinent : mais vous combien quâen mangeant vous tendiez à mefmc fin que nous, toutefois vous faites tant de tours amp;nbsp;circuits défi us amp;nbsp;defions pour tater de toutes viandes, amp;nbsp;vous trompez fi fou-uent, quâà peine poiiuez vous arriuer de long teins à ce que défia nous auons pafsé. Et comme Aftyage lui rcpliquoit, que encores il nâauoit point eu de trauail ny de fâcherie à tournoyer çà amp;nbsp;là , amp;nbsp;sâil en vouloit lui mefme goûter quâil les trouueroit bonnes amp;nbsp;fa-uoureufes, II refpondir, lâauoirvù foiiuent fâché lui mefmedâauoir taré de tous les mets, fors que du pain, à caufequâà tous les mor-ceaus il torchoit les mains amp;nbsp;la bouche dâvne ferniette, comme fi telles faufies lui venoient à contrecÅur. Or puis que vous eftcs ainfi deliberéjdit Aftyage,à tout le moins mangez de ha chair, à fin que vous retourniez en bon point amp;nbsp;fort à votre maifon, amp;nbsp;ce di-fantlui fit prefenter force venaifon amp;nbsp;autres chairs. Cyrus voyant tant de viandes quâil lui faifoit aporter, demanda sâil liudonnoit congédâen faire à fon plaifir,ce que Aftyage lui ottroya. Lors il les diftnbua toutes aus feruiteurs de fon grand pere qui eftoient a lâentour de la table, difant à lâvn : Vous mâauez apris à me tenir à b chenal.
IO nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L A C Y R o P E D l E
cheuatpource prenez celà de moy.A lâautre : Vous mâauez donne vn beau dart que iâay encores:ou,Vous feruez tresbien mon ayeul, vous honorez ma mere,prenez cecy pour lâamour de moy. Et auec tdz propos continua toufiours fes dons, iufques à ce quâil eut tout diftribuc.Comment ! dit Aftyage,pourquoy nâauez vous rien )â$*^*'* donné à Sacas mon Efehanfon, lequel iâhonore grandement ? (Or ce Sacas cftoit fort bel homme amp;nbsp;honnefte, amp;nbsp;en credit par delïus tous les autres, ayant puiffance de faire entrer en la chambre du Roy, amp;cn chaffer cens quâil vouloir.) Cyrus lui demanda hardiment, comme enfant qui ne fe doute de rien, pourquoy il auoir en fi grandâ eftime cctui là au pris des autres. Voyez vous pas,dit Altj^agc en riant, comme il me donne honnetf ement à boire, amp;nbsp;le ptefentC dé bonne grace? Caries Efchanfons des Rois font fort adroits à verfer le vin mignonnement dedens la coupe, à faire lâef-fay fort nettement, amp;nbsp;la porter à trois doits à celui qui demande à boire, de forte quâil la peut prendre fort aisement.Lors Cyrus demanda la coupe à Sacas pour donner à boire à fou grand pere, laquelle il refrefehit tresbien,contrefaifant la côtenance de lâÃfchan-fon,amp; la lui prefenta fi honorablement amp;nbsp;dâvu vifagejfi afieurc,que le R.oy amp;nbsp;Mandanc fe mirent bien fort à rire. Si courut incontinent embrafîer Aftyage, amp;: fe moqua de Sacas en difant : Tu es perdu poure homme, ie te voleray ton ofice, vu que fans fairelâef-fayiâay miens prefenté la coupe que rov. Interrogué pourquoy il nâauoit fait lâcllay comme Sacas, félon la coutume de cens qui ler-uent à tel meftier, qui tiennent la coupe dâune main, amp;nbsp;verfent vn peu de vin dedcs lâautre, amp;nbsp;le goûtent à fin dâefprouuer sâil y ha des poifons, ilrefpondit: le creins quâil nây ayt du poifon dedens la coupe: Carie mâaperçu vniour en la félle de votre natinite, quâil vous anoit tons empoifonnez : ce qui mâclloh allez aisé à connoi-tre,dâautanr que vous chanceliez de corps amp;nbsp;dâelprit, amp;nbsp;faifiez des chofes qui font mal feantes mefmes à petis enfans ,ioint que ie vous voyois crier tons enfemble, ne vous entrâefeonter point lâvn lâautre, louer en riant vn dâentre vous qui chantoit, amp;nbsp;toutefois ne lâefcoutcrpas, raconter chacun fes vaillances,vous lener tons pour danfer, amp;nbsp;non feulement ne baller par mefurc, mais ne vous pou-noir foutenir droits fur vos Ãambes : chofes, quiinefà ifoientmger que vous elliez empoifonnez, amp;aufsi que vous auiez oublié votre dinité Royale, dâautant que vos fuietz faifoient des compagnons auec vous, que vous parliez tous enfemble amp;nbsp;ne vous tai-fieziamais. Si lui demanda Aflyage fi fon pere nebunoic iamais tlâautant,amp; comment il faifoit.firefpondk quenon,amp;: quâil biuioit feulement
DEXENOPHON. LIVREE i
feulement pour oter la foif j amp;nbsp;ne foufroit autre mal,pourtant quâil uâauoit aucun Sacas qui lui donnaft à boire. Lors Alandanc voulut falloir de lui dont procedoit la haine quâil portoit à Sacas. Pource dit i^que ce mefehant ne me veut laiffer entrer en la chambre du Roy toutes les fois que ie voudrois bien. Mais ie.vousfu-phe, Monfieur,donncz moy puiflance fur lui pour trois iours feulement. Que lui feriez vous ? dit Aflyage. le deraourerois, dit il, à lâentree de la chambre, comme lui,amp; sâil venoit pour dmetjie lui fermerois la porte au vifage, amp;nbsp;dirois que vous elles empefehe : sâil venoit au foiiper,ie dirois que vous elles au baing: sâil auoit grand faim,ie dirois que vous elles chez les dames : Par ainfi nelelairrois cutrer,ôc me vengerois de lui par ce moyen. Par telles amp;nbsp;fembla-tles manières de parler, qui montroient vne certeine prontitude amp;nbsp;gayetc de cÅur, Cyrus donnoit vu grand plaifir à Aflyage durant le fouper. Mais de iour,sâil fentoit que le Roy,ou le frere de fa mere,cufl afaire de quelque chofe,il ne fe trouuoit homme fi pront que lui à le faire, tant il prenoit plaifir à fe rendre obeilianî à leur fcruice en tout ce qui elloit en fa puiflance.
Comme la Jieyne Jldandanéretourna en Per/ê,^ Cyrus demeura en Mede, ou il fe dreffa fort à chenal Cy' aus armes, ^ de fa main tua plusieurs befesfauua^es. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. in.
1V A N D Mandanc fut prelle à retourner vers 1 le Roy de Perfe fou mary, requife par Aflyage de laifler Cyrus en Mede, refpondit dire conten te de ce faire, pournu que lâenfant y voulull de-mourer, la volonté duquel elle ne vouloir aucu-nement forcer. Si print Aflyage lâenfant à part, Ãc lui dill,que sâil vouloir demourer aueclui,Sacasnâauroit aucune puiflance de lui empefther lâentree de fa chambre, amp;nbsp;dâautant plus fomient quâil y viendroit il lui en fauroit meilleur gré.. Outre ce, lui donneroit tous les cheuaus de fa court amp;nbsp;plufieurs autres à fon
plaifir : amp;nbsp;à fa départie quâil emmeneroir cens quâil trouueroit les meilleurs à fon gré. Audemourant luiferoit toufioursapreflerle mander à fa fantafie auec les ieunes eentishommes de fa forte, amp;nbsp;le lairroit chaffer en fon parc toutes les bedes qui y edoient, Si en feroit cnclorre dâautres de toutes fortes, lui donnant permifsion de les tuer toutes auec le dart ou la flefthe quand il le tiendroit bien à chenal. Brief, lui promit donner toutes les chofes dont il fe pourroit auifer. Lâenfant ne fongea guçrcs à refpondre quâ^voij-b z loit
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LA CYROPEDIE
lolt demoiirér en Mcdcj allegant pour fcs raifons^ quâen Ton pais il furmontoit tous ceus de fon aa^e à tirer le dart amp;nbsp;la flefehe : mais au païs de Mede pluficnrs le furmontoient a voltiger a chenal, dont grandement lui deplaifoit. Parquoy fi fa mere le laifioit là , quâil pourroit furmonter les plus vaillans gens de pie des Perfes en aprenant le fait dâhomme dâarmes, amp;nbsp;retournant apres en Mede pourroit faire quelque feruice au roy Aftyage. Mais mon fils, dift Mandanc,comment aprcndrez vous icy la iuftice amp;nbsp;autres vertuz, vu que vous auez laifsé vos précepteurs en Perfe ? A quoy refpon-dit Cyrus: Madame, il y ha long tems queielâay tresbien aprife: Car mon maitre par plufieurfois mâa conftitue luge fur mes compagnons, comme celui qui miens lâentendois : mefmes vn iour ie fn par lui batu pour auoir donné maunaife fentence, dont la caufeeftoit telle: Vn »rand çarfon vetu dâvne robe courte auoit par force defpouillcvn petit garfon vetu dâvne robe longue,amp;fai-fant le change à fa pofte, auoit pris la longue pour foy en laiflant la courte au petit. Cette caufe fut remife à mon ingement, amp;nbsp;ie iu-gcy eftre chofe conuenable, que le grand euftla longue, amp;nbsp;le petit la courte : dont mon maitre me chatia aigrement, difant que ma fentence euft efté bonne, fi iâeufie efté conftitue luge fur la conue-nance des habiz : mais eftant commis pour difeerner à qui la robe deuoit eftre, ou à celui qui par force lâauoit otee, ou à celui qui lâanoit faite ou achetée, celà fe deuoit examiner à La rigueur de iu-fticc : vu que toutes chofes violentes font ininftes, amp;nbsp;routes chofes légitimés faites félon laLoy, font iuftes. Par ainfi ma Dame, il me fcinble auoir fufifamment apris la iuftice : amp;nbsp;toutefois fi ie faus en quelque point ie fuis certein que le Roy predra plaifir à me lâenfci-gner. Surquoy la Reine lui dit quâil ne le pourroit faire, pource quâil yha diference entre la iuftice-des Perfes,amp; celle des Medes:car le Roy des Medes nâeftant à aucune loy oblige, fe fait Signeur de tout, eftablifTant pour ferme loy fa fimple volonté : mais la iuftice des Perfes git entièrement en equalité amp;nbsp;à lâobcifiance des loix, lefquelles leRoy mefme garde le premier ayant la loy pour reigle de fa vie,non fa volonté ou puilfance. Outre ce,quâil deuoit crein-dre grandement que sâil sâacoutumoit vne fois à viurc comme les Tyrans, qui regardent plus à leur profit particulier quâau bien pu-bliq, en retournant au païs il en pourroit retenir quelque tache, dont il meriteroit punicion. Il refpondit en riant, que quant à cela Aftyage luy montreroit alTez à eftre content de peu, comme il auoit enfeigne tous les Medes dâauoir moins que lui, amp;nbsp;la pria dâauôir toufioiirs bonne clperance de lui : pource que fon grand pere
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DEXENOPHON. LIVREI. , père nâenfeigneroit iamais ne lui ne autres, à tenir trop grandes amp;nbsp;fuperflues richefies.
Apres que Cyrus eut dit pluficurs propos femblables à cens cy, Mandanc sâen retourna en Perfe, lailîant ton fils anec Aftyage, lequel prenoit grandplaifir amp;nbsp;fe deledoit entièrement à le bien efle-uer amp;nbsp;inftituer. Et premièrement Cyrus fe montra fi gracieus aus compagnies, quâen peu de terns il gagna la familiarité de tous les enfans de fon aage, amp;nbsp;fit cmerueiller les parens dâiceus j pourau-rant quâil alloit en leurs maifons, amp;; leur montroit lâamour quâil portoit à leurs fils: tellement quâil filtrant aymé de tous les Medes J que quand ils vouloient impetrer quelque don du Roy, ils commandoient à leurs enfans de prier Cyrus, à fin quâil le deman-daft pour ensree que Cyrus faifoit trefuolontiers,tant eltoit grande lâhumanité amp;nbsp;cupidité dâhonneur quâil auoit, amp;nbsp;iamais nâeftoit refusé .⢠pourautant que Aftyage lâaymoit merueilleufement. Car quand Aftyage eftoit maladepamais il ne lâabandonnoit, pleurant toufiours ÃC montrant fines euidens quâil auoit peur de fa mort. De nuit au befoin il fautoit le premier du lit amp;nbsp;couroit çà amp;nbsp;là , pouruoyant ans chofes nccedairesponr la fanté de fon grandperc, «Sc par ces moyens auoit entièrement gagné lâamour dâAftyagc. Or eftoit Cyrus vn peu eftimé trop parlant, amp;nbsp;cela procedoit tant pourfon érudition, à caufe de ce quefon precepteurlâauoitacou-tumé à rendre raifon defes faits amp;nbsp;delà faire rendre à autrui, comme aufsi pour le grand defir quâil auoit de falloir amp;nbsp;entendre toutes chofes. Car il ne ceffoit iamais dâinterroguer fes compagnons de toutes les demandes dont il fe ponuoit aiiifer, amp;nbsp;tout foudein pour laviuacitéde fon efprit refpondoit aus queftions quâon lui auoit propofees : pourtant eftoit il de trop grand propos. Mais comme il aillent à cens qui croillcnt trop , amp;nbsp;toutefois donnent alTez à connoitre par leurs façons de faire quâils ne laiftênt pas de eftre ieuiics, encores quâils foient defia grans, tout ainfi lon con-noifioit bien que fon trop parler ne procedoit point d'arrogance, ains pluftot dâvue naturelle fimplicité amp;nbsp;bienueuillance, laquelle eftoit fi plaifante à vn chacun , quâil nây auoit celui qui uâaymaft miens lâouir trop parler quele voir taire. Laquelle façon de parler encroilfant auecîâaage ii corrigea facilement, en forte quâil parloir plus dous,plus brief,amp; auec plus grande maturité.Il rougifioit founent de honte quand il rencôtroit quelque vieiliart, amp;nbsp;ne couroit vers vn chacun auec fi peu de difcrecion quâil auoit acoutu-gt;uc : fe montroit gracieus amp;nbsp;paifibie en compagnie, entreprenant toufiours les choies ou il fe penfoit eftre inferieur,pluftot que cel-
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;b 3 les
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les onilfe fentoit fupericur, amp;neantmoins difoit quâil feroitvn ionr miens que Ics autres : montoit fouucnt à cheual pour tirer le dart ou la flefehej combien quâil nây fuft encorâ bien expérimente, amp;nbsp;fe rioit de foymefme quand il eftoit veincu : Mais toutefois ne lailToit pas degaloperamp; voltiger, ains perfeueroit auecplus grande folicitude pour miens faire, tellement quâeu peu de tems il de-nint égal,par la continnacion de rexercice,aus plus expers defon aage au fait de fe bien ayder dâvn chenal, amp;nbsp;tôt apres les furmonta: .amp; nâarrefta gueres à deUrnire les belles du parc, quâil pourfuiuit fi bien par continuelles chalîes, quâil les mit toutes à mort. Lors A-ftyage sâefforça dây en faire mettre plnficnrs autres : mais Cyrus voyant quâil eftoit en peine de faire cette prouifion,le pria fouucnt quâil ne prinfltantde fâcherie, ains quâillâcnnoyall à la chafleau bois aucefon oncle, amp;nbsp;par ce moyen eftimeroit tontes les belles des foretz dire nourries pour lui. Et combien quâil full fort cou-uoiteus de courir à la chafle, toutefois il difsimuloit beaucoup,ôc deuenoit plus tardif amp;nbsp;honteus à parlera fon grand pere quâil ne fouloit,ne fe pleingnat plus de la rndeffe de Sacas a lelailîcr entrer: car il eftoit deuenu comme contrerolenr de foymefme, amp;nbsp;mefmes leprioit de lâauertirdes heures oportnnes pour y entrer: en forte que Sacas mefme lui portoit grandâ amour comme les autres. Cônoiffant donques Aftyagelc defir quâil anoit dâaller ans chains, lui permit dây aller aucc fon oncle Cyaxare,amp;plufieurs defes viens gentishommes defa court,pour le contregarder dâencombre amp;nbsp;des fieres belles. Cyrus fut fortioyens de leur compagnie,amp; en de-uifancfiit anerti par eus quelles belles il faloit fuir, amp;nbsp;quelles il là loit fuinir, amp;nbsp;lui dirent que les Ours anoient occis plufieurs hommes à la challc, que les Lions, Leopars, Sangliers, amp;nbsp;autres belles noires eftoient dangerenfes: mais ejne les Cerfs, Dains, Cheureus,amp;; Afiies faunages eftoient fans dangei'. Dauantage que le pais rude amp;nbsp;bolfu anoit aporté malheur à plufieurs,de forte que aucuns sây rompoient le coi amp;nbsp;à leurs chenaus, amp;nbsp;faloit tresbien prendre garde à cela. Cyrus promit bien dâcllre fongneus de tout ce quâils lui anoient dit .⢠mais fi tôt quâil aperçut lancer vn grand Cerl, il oublia toutesflcurs remontrances, amp;nbsp;fe mit apres à bride abatue fans regarder .à pierres ny folTez, ny à chofe du monde fors quâau Cerf: tellement quâen vn maunais paliage fon cheual trébucha fur les,genons,amp; peu sâen falut quâil ne lui rompift le col : toutefois le cheual fercleua tout à coup, amp;nbsp;Cyrus fe tint droit mais non fans grandâ peine fur la felle : par ainfi il gagna le Cerf en vue grandâ plaine, amp;nbsp;dâvn feui dart le rua mort par terre. Or il fut de ce beau
DE XENOPHON. LIVRE I. f$ ce beau coup merueilleufement refioub amp;nbsp;penfoit bien en mériter loucnge:mais fes gouuerneurs furuindrent qui le reprindrent apre-ment du danger ou il sâeftoit mis par fa faute^promettans dele dire au Roy. De ces paroles il fut fort marri, amp;nbsp;mettant pic à terre fc tint quelque tems tout penfif amp;nbsp;bien ennuie : mais aufsi tôt quâva Sanglier fuiant les abois fortit delà Foret il fauta à chenal comme hors du fens, amp;nbsp;comme la belle venoit droit à luijil fe ruafiere-ment amp;nbsp;dâvne merucillcufe hardielîe à lâencontre ^ amp;nbsp;lui aliéna fi bien vn dart fur le front quâil le renuerfa par terre. Et comme fon oncle le reprenait grieuement de fa témérité, il le fuplia lui laifler faire prefentà fon grand pere de ce quâil auoit pris : Et fi vousauez peur dit il, que ie fois tenté amp;nbsp;vous aufsi, ie fuis content d'en dire fouette amp;nbsp;de foufrir telle punicion que vous voudrez, pouruu que ie face ce prefent à Allyagc. Faites à votre plaifir, dit Cyaxare : car il femble véritablement que vous foyez poiirle prefent notre Roy. Parqitoy eflant la chaRe finie, Cyrus prefenta la prife au Roy, di-fant que pour lâamour de lui il les auoit tuces,lt;Sc ne lui montra pas les darz fanglans , mais les rcngea en lieu quâils pullenteflrc aper-çuz. Aflyage lâen remercia fort, mais lui dift nâauoir befoin de belles prifes à fi grand danger, amp;nbsp;les lui redonna furie champ auec toutes autres chofes quâil voulut defirer. Cyrus les départit à fes compagnons, amp;nbsp;lors,Mes amis,nâell ce pas,difoit il,vnc grande folie des chaUcs du parc au pris de celles des bois? Car câdl autant comme fi Ion challoit des belles lices, pourcc quâelles font en petit lieu endofes, maigres, rongneufes, boiteufes, menues, amp;nbsp;petites: mais celles des Foretz font belles,grandes,rondes,amp; en leur venai-fon: les Cerfs fautent en lâair comme sâils auoientdes ailes, les Sangliers viennent droit à lâhomme, comme lon dit des hommes coinbatans,mefme quâon ne peut faillir à les toucherpour la grandeur de leurs corps. Brief, les belles mortes du bois me fcmblcnt plus belles que celles du parc en vie. Mais, dit il, vos parens vous lailleroient ils aller derechef à la chalî'e ? Ouy, dirent ils, pouruu que le Roy le côinande, duquel il nây ha perfonne qui puiHe miens auoir le congé que vous. Câet tout le contraire par mon ferment, dit il : car ie fuis tellement change depuis quelque tems en çà , que ie nâofe à peine parler au Roy ny le regarder en lace : Et fi ie continue longuement, ie creins de deuenir du tout fot amp;nbsp;nyaiz, là ou quand iâeUois enfant ie lui difois plus hardiment tout ce que ie voulois. Mais apres que fes compagnons lui eurent refpondu, nâe-ftre chofe raifonnablc quâil faluft vn auocat pour lui enuers le Roy, tout foudein fe partit, difeourant en foy mefine comment il pourroit
la C Y R' o P E D I E - â pourroit fans fâcherie au oir congé dâaller au bois auec fes amis. A la fin prenant de foy hardielTe, il dit à Aftyage : le vous fiiplie, monfieur, dites inoy fi lâvn de vos feruiteurs sâen eftoit fin, amp;nbsp;que vous le reprinfiez J que lui feriez vous ? Il refpond : le lâencheine-rois amp;nbsp;ferois trauailler fans cefie. Et sâil retoiirnoit de fon bon gré comment le traiteriez vous?Iele ferois fouetter commelonfait quand ils ont failli,à fin quâil nây retournaftplus. Orpenfez bien dit il, comme vous me punirez quand ie feray reuenu, car ie veus fuir au bois auec mes compagnons. Vous auez bien fait, dit A-ftyage^de mâauifer de votre vouloir:mais ievous defens defortirdc la maifon fans mon congé:car il feroit beau voir que pour vn Sanglier ie pcrdilTe lâenfant de ma fille. Cyrus à ces paroles demoura court J amp;nbsp;tout fâché amp;nbsp;malcontent obéît à fes commandemens: Mais Aftyage le voyant fi ennuié, pour lui faire plaifir le mena hors de la ville auec les compagnons j amp;nbsp;après auoir fait afiembler beaucoup de gens à pic amp;nbsp;à cheual en vne plaine, ou il y auoit bien à chaffer, fit faire vne grande enceinte pour auoir plus de paf-fetems : auquel lieu eftant royalement acoutré, commanda à fes gens de ne fraper aucune befte, iufques à ce que Cyrus fuft las dâen tuer : ce quâil ne voulut, ains le pria de permettre à tous de chaffer, pour faire efpreuuedeleurvertu.Fiuablement Aftyage en fut content, amp;nbsp;durant la chafte regardoit à grand plaifir ceus qui affail-loient les belles amp;nbsp;sây portoient vaillamment pour en raporter honneur, fc refiouiflant fort de Cyrus, lequel ne fepoiiuoit taire pour legrand plaifir quâil y prenoit, amp;nbsp;comme vn hardi leurierfe prefentant au Sanglier sâefcrioithautemenient,apellant fes compagnons par leur nom,louant les vns amp;nbsp;les autres fans aucune en-uie, ou moquerie. La chafle faite amp;nbsp;pluficurs belles prifes, A-ftj'age reuint à la ville, amp;nbsp;de fait il auoit pris fi grandplaifir à cette challe, que bien fouuent âpres lui print enuie dây retourner auec Cyrus, amp;nbsp;mener les ieunes gentishommes à lachalfepouramour de lui. Voilà les manières de faire que Cyrus tint par longue efpa-ce de fems auec fes amis, sâeftorçant toufiours de faire plaifir à vn chacun,amp; ne delplait;e à perfonne.
Comme .yîfly.i^e,f)âr le confeil de Cyriis,â¬Ut y ne yiéloire fur let KAJ^riens^qui efoient yenu^^counr fur fes terres.
chapitre iin.
Mais
DE XENOPHON. LIV RE I. 17
Ais quand il eut enuiron quinze ou feize ans j il anint que le fils du Roy des AfTyriens, qui bien tout à la chafle J amp;nbsp;apres quâil fut auerti ^ que furies frontières de fes terres amp;nbsp;des Medes il y anoit grande ___quantité de belles, qui nâeftoient point chances a caufe des guerres, il eut defir dây aller,amp; print vn bon nombre de gens à pié amp;nbsp;à cheual,pour chaffer auec plus grande furetc,amp; pour niieus tirer les belles des bois en la campagne. Ellant venu fur la frotiere ou il y aiioit des forts amp;nbsp;garnifons afsifes,ily foupa,en in-tencion dây chaffer le lendemain : mais fur le foir ayant aperçu les gens de pic amp;nbsp;de chenal, qui venoient de la ville pour changer le guet des places de la frontière (comme il fe faifoit ordinairement)
^2^ auintque lehlsdii Roy des Aflyriens, 5^3 *â°*â â^^â°ââ^ prendre femmes sâadonna dn
il lui feinbla anoir vue affez grolfe armee auec les gens de pic amp;nbsp;de chenal quâil anoit amenez,amp; fe délibéra de faire courfe fur les Medes pour rendre fa chaffe plus illuflre,amp; anoir dequoy faenfier plus honorablement. Par ainfi fur la pointe du iour enfuinant il ordonna fes gens en cette forme : il fit arrefter les gens de pié en bataille fur les frontières, amp;nbsp;auec toute la gendarmerie marcha droit ans forterefies des Medes, amp;nbsp;enuoya certein nombre de chacune bende pour piller amp;nbsp;emmener tout ce quâils trouneroient par les villages. Quant «à lui il demoura auec la meilleure bende des che-iiaus pour donner fur les garnifons des Medes, sâils bongeoient aucunement pour affaillir fes anancoureurs. Au refie commanda à fes gens de tuer ou prendre tons cens qui leur viendroient au de-uant, amp;nbsp;les amener prifonniers. Quand Aflyage fut auerti de cette furprife des ennemis, il fit armer foudeinement fes gens amp;nbsp;alla droit la part on ils eftoient,pour donner fecours à ,Ton peuple:fon fils anfsi y vint auec les gens de chenal qui fe trounerent prefls, lt;Sc ordonna que le demourant de la compagnie vinll apres auec tons cens quipourroient porter armes. Quand les Medes virent tant de gens en bataille, amp;nbsp;que les chenaus efloient arreflez fus vu tertre, ilz firent le femblable de leur coté. Cyrus sâarma anfsi, ce qiAl nâa-uoit iamais fait : amp;nbsp;cette fois fans y penfer, vint auec les antres au fecours, monté fus vn beau courfier, armé dâvu harnois/ort bel amp;nbsp;riche, amp;nbsp;autant bien fait quâil eRoit pofsible, dont fon ayenUni anoit fait prefent. Aflyage sâemerneilla fort de le voir, amp;nbsp;ne fanoit par le commandement de qui il y efloit venu, toutefois lui corn- * manda de ne bouger dâauprès de lui. Cyrus voyant fi grand nombre dâhommes dâarmes, dit an Roy : Ces gens «à chenal, Monficur, font ils nos ennemis ? Ony, refpond Aflyage. Et cens là , dit Cy-c ms.
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rus, qui facagent le pais font ils aufsi anerfaires ? Oui. Comment donq laiflons nous ^ dit Cyrus, fi lafchement emporter nos biens à coquins amp;nbsp;couars qui font fi mal montez ? amp;nbsp;pourquoy partie de nos gens ne les va aliaillir ? Aftyage lui fit refponfe, quâil ne fe vouloir mettre en euident danger, voyant dâvu cote vne groÃe troupe dâhommes Hâarmes qui le viendroient enclorre sâil alloit aflaillir fes fourrageurs, melmes que toute fon armee nâeftoit pas encorâ ar rinee. Lors Cyrus lui donna prontement confeil, amp;nbsp;lui dit : Mais fi vous ne bougez dâicy, Monfieur, auec vne partie des miens armez preft à fecourir les vôtres, les gens à chenal qui attendent là ne bougeront de peur dâeftre eus mefmes enuironnez : amp;nbsp;dâautre-part fi vous faites aller le demourant de vos gens contre les pilleurs, ils lairront toutfoudein le butin amp;nbsp;sâenfuiront. Allyage trouiia bon le confeil de Cyrus , sâefmerueillant de la prontitude amp;nbsp;vinacite de fon efprir. Si commanda incontinent à fon fils dâaller auec vne compagnie de cheuaus pour rompre cens qui emme-noient le pillage, lui promettant dâeftre preft à foutenir les autres qui faifoient fc-orte , sâils marchoienten anant, de forte quâils fe-roient contreins de penfer à eus mefmes. Cyaxare obéit prontement au vouloir de fonpere auec bon nombre des plus vaillans amp;nbsp;miens montez, amp;nbsp;tira droit contre les ennemis. Cyrus aufsi le voulut fuiure, amp;nbsp;nâarrefta guercs à fe mettre le premier de la troupe : Si fe ruèrent fi vinement fus eus, quâils laillerent incontinent la proye en abandon,amp; tournèrent le doz ans Medes. Lors Cyrus amp;nbsp;les fiens leur coupèrent chemin amp;nbsp;commencèrent à fraper, découper ,amp; abatte tous cens quâils tronuoient enroute, amp;prin-drent vncpartic de cens qui fuyoient. Mais Cyrus nepenfoitprincipalement à autre chofe quâà fraper cens quâilprenoit, hurterles vus (Scies autres, courantinconfiderement à bride abatuefus eus: comme faitvn gentil Leurier quand premièrement il voit le Sanglier. Les Aflyhens qui eftoient à cote voyans leurs gens en route, commencèrent à marcher pour faire retirer les Medes : mais Cyrus ne sâen eftonna aucunement ains de ioyc enhortoit fon oncle, amp;pourfuiuoit de telle ardeur les ennemis,quâils nepenfoient à autre chofequâà fefauuer. Cyaxare aufsile fuiuoitparauenturepour crcinte du pere, amp;nbsp;les fiens apres, incitez par la vertu de Cyrus à pourfuiure,tellcment quâils donnèrent la chafie aus enncmis,com-bien quâils ne fufient pareilz à eus de force. Lors Aftyage voyant les fiens aller trop chaudement en allant, lt;Sc les ennemis peu à peu fe rallier cnfemblc à lâencontre des Medes, creingnant quefon fils amp;nbsp;Cyrus ne tombafient en danger sâils fe ruoient fans ordre fur les hommes
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hommes dâarmes bien équipez, marcha droit contrc lcs ennemis. Les AlTyriens voyans celà commencèrent à coucher leur bois, tendre leurs arcs amp;nbsp;autres armes,, cômepour empefeher les Adedes de venir plus auantque le tret dâarc félon leur coutume. Carilsont cette façon de faire,amp; tirent darz amp;flefches bien fouuent iufques au foir, deuant que fe ioindre: Toutefois voyans leurs compagnons fuir vers eus, les gens de Cyrus fi fierement les pourfuiure, deque Aftyage auec fa cheualerie cftoit défiaaproché dâeusplus près que dâvniet dâarc, ils tournèrent incontinent bride. Les Medes fe mirent de toute leur puifiance à la pourfuite, fi bien quâils en prindrent grand nombre, amp;nbsp;les prenant frapoient eus amp;nbsp;leurs cheuaus fans les efpargner, amp;nbsp;ne cefierent iamais de pourfuiure, iufques à tant quâils arriuerent aus gens de pic de lâarrieregarde, ou ils sâarrefterent. Lors Aftyage fe doutant de quelque embûche ou trahifon fit fonner la retraite, de ramena fes gens bien ioyeus dâauoir ainfi veincu la gendarmerie Aflyrienne, amp;nbsp;sâefmerueilloit grandement de Cyrus, tant pource quâil auoit efté autheur de cette belle entreprife,comme de fa vertu,dextérité, de grande hardief-fe. Car lors mefmes quâvn chacun retournoit au logis, il eftoit dc-mouré fcul à chenal sâamufant à regarder tout à lâentour les morts cfquartez par la campagne, intentif à paitre fa vue de la vengeance quâil auoit faite des auerfaircs, de forte que Les goiiuerneurs le feeurent à peine retirer de là , de le ramener à Aftyage : mais en retournant il faifoit marcher les autres deuant pour fe cacher, dâaiv-tant quâil vid le vifage du Ray fort troublé contre lui de ce quâil sâeftoit arrefté à vn fipiteus fpeftacle. Par telles enures Cyrus re-femblantplus aus gratis hommes quâaus enfans, eftoit enadmira-cion aus Mcdes,qni ne parloient, ne chant oient, ne denifoient dâautre que de lui. Aftyage inefme qui an paranat lâanoit toufionrs ^yitic, pour lors le tenoit comme pour chofe miraculeufe, eftant tout eftotiué de fes vertuz de prouefles.
Comme Cyrm retourna en Perfê ehe^ fon pere,lt;^ de l lnnneur âjne les Medes lui firent au fgt;artir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. v.
E bruit de cette victoire nâarreftagnercs à courir iufques à Cambyfc pere de Cyrus, qui fut grâde-*^^^tt efioni dâentendre les beaus faits de fon fils, de voyant quâil ne faifoit plus chofe qui ne fut di-nedâvn homme,lâenuoya quérir,pour lui faire _____aprendre le demourant des loix Perfiqnes.Cyrus auerci de cela,déclara franchement quâil sâeu vonloit allcr,pour ne c a faire
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faire defplaifir à fon pere j amp;nbsp;de peur que fon pais nâeut ocafion de fe mal contenter de lui. Parquoy Aftyage voyant quâil efloit forcé de le renuoyer j pour la grande amour quâil lui portoit, amp;nbsp;lâefpe-rance quâil auoit de le voir au terns à venir homme trefexcellent à profiter à fes amiSjamp; nuire à fes ennemisjlui donna plufieurs dons^ acoutremens amp;nbsp;cheuaus telz quâil voulut choifir, amp;nbsp;auec treshon-nefte apareil le renuoya à fa maifon. A fon departement tous fes compagnons,tous les enfans,hommes,amp; vieus,,amp; Aftyage mefmes auec plufieurs larmes lui firent compagnie à chenal iufques hors la ville. Cyrus aiifsi print congé dâeus en pleurant, amp;nbsp;à tous fes amis donna plufieurs chofes quâAftyage lui auoit données, mefmes la belle robe faite à la façon de Mede amp;nbsp;trefriche, laquelle en fine de grandâamour il dôna à vn dâentre eus,nommc Arafpe.Mais incontinent après , félon lâvfage des Modes, les enfans raporterent ces prefens à Aftyage, lequel derechef les enuoya à Cyrus, amp;nbsp;foudein Cyrus les lui fit raporter,le priant les rendre à cens à qui il les auoit donnez, à fin quâils les gardalTent pour amour de lui, autrement quâil auroit honte de le retourner voir, ce que le Roy fut content de faire, amp;nbsp;rendit à Vn chacun fon prefent. Et pour raconter aufsi quelque chofe plus plaifante, amp;nbsp;dâamoureufe rccreacion , Ion dit quâau iour de fon partement pour sâen retourneren Perfe, que chacun prenoit congé de lui,il baifatous fes parens amp;nbsp;amis en la bouche,comme eftoit la coutume des PerfeSjamp; eft encores auiour-dâhui. Lors vn Gentilhomme Mede nommé Artabaze fortver-tueus amp;nbsp;honnefte, qui de long tems auoit pris Cyrus en amour pour fes grandes perfeccions, demeura iufque «à ce que tous les autres furent partiz, puis sâaprotha amp;Iui demanda, pour quelle rai-fou il auoit ainfi oublié à le baifer, vu quâil eftoit vn de fes parens. Comment! dit Cyrus, eftes vous aufsi deines confins? Oui,refpon dit il. Pourquoy donq, dit Cyrus, ne mâeftes vous venu voir plus founent? Poiirce, dit il, que la honte mâa toufiours gardé de mâa-prochcr de vous. Il ne le faloit pas,dit Cyrus,principalcment vous qui elles mon parcnt,amp; ce difant le baila comme les autres. Apres ce baifer le Mede demanda, fi câeftoit la coutume des Perfes de baifer les parens en la bouche. Oui, dit il, quand ils ne fe font de long tems enrrcuus,ou quâils partent pour faire long chemin.IlicH donq tems,dit le Mcde,que vous me baifiez encorâ vn coup,pour-cc que ic pars, comme vous voyez, pour aller loin. Par ainfi Cyrus pour lui complaire le baifa derechef, puis sâen alla. Mais apres quâil eut fait vn peu de chemin, le Mede retourna à courfe de lt;.he-ualtout en eau, amp;nbsp;Cyrus lui demanda sâil auoit oublié quelque chofe
DE XENOPH ON. LIVREI. : chofe à lui dire.-nenny^dit it mais ie viens pour eftre baisé devons: pource quâily halongtems que ne vous ay vu. Comment!refpond Cyrusplny hagueres que mâauez vu amp;nbsp;baisé: Gueres!dit leMede^ ne fanez Vous pas quâvn fenl cligner des yens femble mille ans à vn qui ayme parfaitement ? Lors Cyrus changea fes larmes en riz, amp;nbsp;enhorta le Mede de demourer en bonne cfperance,lui promettant de retourner bien tôt en Mede, on il auroit alTez de loifir pour le voir, amp;nbsp;contenter fa vue de lui. Parainfi Cyrus eftant parti de Me-de,arriua.cn peu de ionrs en Perfe, amp;nbsp;demoura encorâ vn an entier an reng des enfans. Or dâentree ils commencèrent à fe moquer de lui, eftimans que pour anoir efté nourri en Mede il feroit adonne ans delices :mais quand ils virent quâil mangeoit amp;nbsp;bnuoit volontiers de mefme les autres, quâans facrifices des Dieus il donnoit plus ans autres, quâil ne retenoit pour foy,que fa vie eftoit en tout plus feuere amp;nbsp;moderte que la leur, ils commencèrent à lui porter honneur amp;nbsp;reuerence.Dc ce reng il monta à celui des iennes gens, ou dâentree il fe montra trefexccllent fur les autres, tant à excenter diligemment ce qui ertoit de fa charge, comme à endurer les tranaus requis félon les loix amp;nbsp;ordonnez pour les gens de tel aage, à honnorer les anciens, amp;nbsp;obéir prontement ans commandemens defes fuperienrs.
Ze commenccmoit de la guerre des ^^riens ^ des Medes,
^ des gens que Cyrus leua en PerJe pour -venir au fecours du Jtoy de Mede fon oncle. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. v i.
R il anint quelque rems apres que Artyage roy des Medes trefparta, amp;nbsp;Cyaxare fon fils,frere de Alandané,lui fucceda au Royaume.Lors le Roy des Artyriens, qui aiioit défia fubingne le grand peuple de Syrie, rendu tributaire le Roy dâArabie,veincu les Hircanics, amp;nbsp;artie^e les Baertriens,
C et celui dot parle ou niel nommé £alta^r pe titÃls de N4
crtiina en foymefine, que sâil ponnoit afoiblir la puillance des Medes, il pourroit fans grande dificulté fubiugner tous les Royaumes dâalentour. Car il lui fembloit quâils ertoient les plus puilïans de tous fcs voifins. A raifon de quoy,il manda incontinent lettres par tous les pais de fon obeifiance,amp; ennoya des Embafiades à Crefus roy de Lydie, ans Cariens, Paphlagoniens, an Roy de Capadoce, ans dens Phrygies, ans Indes, amp;nbsp;Cihcicns : par lefquelles il aeufoit les Medes amp;nbsp;Perfes, difant que câertoient dens grandes amp;: fortes nacions, alliées enfcmble, amp;nbsp;fortifiées par mariages dâvu coté amp;: c 3 dâautre.
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LA CYROPEDIE
Cetmeà nome Darius au hure Ze â Daniel, ^ en lafeph.
//omo times c eÃe let cens ^ut tenoient ü Senat lies Per/es : ^ fins appeUe^ ainÃ, panree qu'lis eÃoie't emails en ho neitr a»ee leur ^^ ^ entrâeus.
dâautre, pour plus aisément douter vue «à vne toutes les nations voifines, tellement quâils feroienttous en danger dâeftre mis en feruitude,sâils nepreuenoient leur confeil.Parquoy les vus induiz par ces raifons, les autres atraits par promeffes amp;nbsp;argent (dont il anoit grande quantité) confentirent aucclui. Mais Cyaxare fils dâAftyage auerti des trahifons amp;nbsp;apareil de tant de nacions à lâen-contre de hiijtout foudein mit enfemhle fa puiflance pour fe mettre en capagne, depefeha desEmbaflades à la République, des Per-fcs, amp;nbsp;à leur roy Cainbyfe fon beau frere, amp;nbsp;fit prier Cyrus de fe faire nommer pour chef amp;nbsp;Capiteine général des gens quâon lui enuoyroit au fecours. Parquoy ayant les plus anciens Perfes con-fulté lâafaire,delibererent dây enuoyer Cyrus,qui anoit défia acôpli dix ans entre les ieun.es hommes, amp;nbsp;sâeRoit renge entre les hommes parfaits. Si le firent Capiteine en chef de leur armee ,amp; lui donnèrent puiflance dâeflire dens cens hommes dâentre les Homo-times , câetadire. des gentishommes du pais, amp;nbsp;à chacun des dens cens en eflire quatre antres de leur reng, qui font tonsenfcmble mille Horaotimes. Pareillement à chacun de ces mille permirent de lener fur tout le populaire des Perfes dix hommes portans efen ou panois, nommezrondeliers, dix combatans aueclafonde, amp;nbsp;dix archers : tellement que ce furent dix mille rondeliers,dix mille portans la fonde, dix mille archers, amp;nbsp;tous enfemhletrente mille hommes dâcflitc,faus les premiers mille.Voilà toutefarmee qui fut donnée en charge à Cyrus, laquelle 'eftant ntife. en.ordre amp;nbsp;bien equipee, il commença par lâhonneur des Diens, amp;nbsp;après auoir treshonorablement facrifié, apella les dens cens premiers,amp;les quatre que chacun dâeus auoit efluz, aufqnelz en vn certein licit ordonné,!! parla pour la premiere fois en telle manière:
Zdaren^ue de Cyrus à [es principalis foldats, ^ Capiteincs de fon camp ,poHr les inciter à entreprendre cette guerre de meilleur courage. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. vît.
Es trefehers amis, ie vous ay choifiz fur tous les autres, non pas que iâaye feulement de cette heu-refait experience de votre vertu, mais pour vous r ^^â¢Â°ââ quot;^^ mon jeune aage conniiz pronts a taire toutes les entires que notre cite repute vertueu-
fes, amp;nbsp;fiür celles quâelle eftime vicieufes. Et à fin que vous fâchiez entièrement ma volonté, ic vous veus deelairer la caufe pourquoy iâay volontiers reçu cette charge, amp;nbsp;vous ay
DE XENOPHON. LIVRE I. ij priez de me fui lire. le croy certeinement que nos anceftres nâont en aucune chofe ertc inferieurs à nous, ains eftime quâils sâexerci-toient comme nous en toutes enures de vertu : mais ie ne voy point quâils ayent en rien augmenté leurs biens particuliers j ny cens deJaRepublique.Toutefois les hommes ne sâadonnent communément à vne vertu, félon mon iugementjen intencion que les mefehans ayent autant de biens que lesbons, (entre lefquels y doitauoir grande diference) tout ainh que les hommes prudens ne sâablHennét des voluptez prefentes,pour ne prendre iamais aucun plaifir:mais pluftotlefont pour en auoir, à lâauenir la ioutf-fancc plus heureufe. Les bons Orateurs aufsi ne fe trauaillent à bien harenguer fous intencion de ne ceder iamais de parler : mais fous elperance dâaquerir rrefgrans biens,par le moyen de leurs belles amp;nbsp;elegantes perfualîons. Semblablement cens qui sâadonnent ans armes,ne trauaillent pas pour ne ceder de combatre,maispour aquerir,parle moyen de leurs victoires,richefres,honneurs,louen-ge,amp; félicité grande à eus amp;nbsp;à leur République. Mais fi aucuns de ceus qui longuement ont fuhii le fait de la guerre, felaidént par vieilledeafoiblirfans receuoir aucun fruit du long trauail delcur vie, ie les compare à vn laboureur, qui voulant edre eftime bon mefnager, au comencement ha bien labouré amp;nbsp;bien feme fa terre, puis furletems demoidons deueuuparefieus, demeure oififfans cueillir le fruit, amp;nbsp;le laide retomber en terre: ou à vn publique luiteur, qui après auoir longuement trauaillé enfon exercice ét mérité le pris, laide fon art furie tems qnâil doit prendre recom-penfe de tes trauaus. Mais nous,vertueus amis, gardons nous bien de tomber en fe danger, ains allons hardiment contre nos enne-mis (nous confians fur ce que nous fommes inftruiz entousver-tueiis exercices des notre enfance) lefquels ie fay certeinement par experience nâeftre pour nous, dâautant quâils ne fauent manier vn chenal, nycombatre ousâayder dâaucunes armes: Et nây ha homme dâentre eus qui nous puide refembler, foit de ceus qui fauent darder ou aller à chenal : car ils font tous lafehes à la peine, impa-cicns au trauail, luietz à dormir : foit pareillement de ceus qui font inftruiz à toutes ces vertuz : Car ils ont faute de la principale, par laquelle on aprend, à falloir corne Ion doit vfer des amis ou des ennemis : amp;nbsp;par ainfi font ignorans de toute fcience militaire ou ciuile.Ou au contraire vous faites de nuit ce que les autres font de iour : Vous eftimez letrauail eftre la vraye gnidepourparuenir ans plaifirs de la vie : la faim vne vraye faufie du manger : vous butiez lâeau plus aisément que les Lions, lt;5t vous refiouidez de lâhon
neur
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near plus que de chofe quelconque, comme du meilleur ôc plus ' precieus heritage ^ que Tarne puifle auoir. Or fi vous aymez lâhonneur il vous faut faire toutes les enures par lefquelles on Taquiert, foufrir toute peine amp;nbsp;entrer entons dangers pour aquerirlouen-ge. Et certeinement fi ie vous penfois antres en mon cÅur que ie ne dy de parole, ie mâabuferois grandement moymefme, fur lequel tout le dommase tombera fi autrement en auient.Mais ie me cou-fie tant ans experiences de vos vertnz , a la bicnucuillâccque vous me portez, amp;nbsp;fur la lafchctc amp;nbsp;ignorance de nos auerfaires, que tant de bonnes efperances ne me feront menteur. Parquoy allons hardiment à fi infie entreprife, puis quâil eft affez cler que ce nâeft fans bonne caufe que nous prenons les armes, ny en intencion dâocuper le bien dâautrui iniuftemeut. Car ce font eus qui nous font tort, amp;nbsp;nous aflaillent les premiers, amp;nbsp;auec celà nos amis demandent fecours : amp;nbsp;ie vous priâ y ha il chofe plus iufte que repouffer les iniures des ennemis, ou plus honnefte que de fecourir les amis? le penfe aufsi que la diligence dont iâayvsc vous ha grandement augmenté le courage,rant à honorer les Dieus, comme à en-treprendre toutes chofes iufques aus plus petites par fomptueus amp;nbsp;bons facrifices. Parquoy que vous faut il plus dire ? Faut il vfer dâautres paroles auec vous ? Prenez donques chacun les gens que vous auez choifiz auec leurs armes amp;nbsp;acoutremens necefiaires, amp;nbsp;vous en allez droit en Mede. Quant à moy fi tôt que iâauray efte anerti des menees des auerfaires, entendu la volonté de mon pere, amp;nbsp;apareillé toutes les chofes necefiaires pour la guerre, ie feray tout incontinent à vous pour conduire cet afaire, le mieus que faire fe pourra auec la faueur des Dieus.
Les bons enfei^nemens que Camby/ê donnott à fôn Ãls Cyms touchant lâentreprife des ^jÃyriens, ^ comme yn bon Capi-teine fe doit conduire auec fon armee en pais efiran^e, ^ fe faireaymer d ^n chacun, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. v iir.
Es paroles de Cyrus finies, fes gens firent incontinent amp;nbsp;de gayeté de coeur ce quâil auoit commandé : amp;nbsp;lui retourné à la maifon facrifia à Ve-fta amp;Iupiter, amp;nbsp;autres Dieus conferuateurs de fon pais : peu après fortit de la ville, amp;nbsp;fon pere mefme Tacompagnoir. Lon dit quâau fortirdu
palais il efclaira amp;nbsp;tonnaplufieurfois auec tresbon augure, tellement que fins attendre plus aparens fines du Ciel,ils fe mirent en voye
DE XENOPHON. LIVRE I.
voye apres les autres_,poiirautant quâil edoitafTez connu à chacun, que ces fines prouenoient de la volonté du trelgrand Dieu. Pendant quâils allaient enfemblejls deuiferent de plufieurs propos, amp;nbsp;Cambyfe commença à amonnefter fon fils en telle manière:
Mon trefcher fils , vous auez pu clerement connoitre, tant aus facrifices, quâaus fines amp;nbsp;augures prefens,que les Dieus vous feroC propices amp;nbsp;fauorables en cette entreprife: mefmes quâil ne vous faut aucun interprète de ces fcicnces, Ãefquelles ie vous ay expref-femcr enfcignees,à fin que de vous mefme, fans ayde de Deuineurs amp;nbsp;Augures, amp;nbsp;fans doute dâeftre abusé dâiceus, sâils difoient vne chofe pour autre, vous puifsiez entendre amp;nbsp;connoitre la finifian-ce de toutes les chofes que vous aurez vues amp;nbsp;ouyes, amp;nbsp;par icelle obéir à leurs commandemens, fi quelquefois vous ediez defpour-uu de telles gens. Certeinement, Monfigneur, relpondit Cyrus, ie mâefforceray toufiours de les honorer,comme vous mâamonne-dez,à fin quâils me foient bénins amp;nbsp;propices. Car cens la méritent dâedre agreables ans Dieus, tout ainfi quâaus hommes (comme vous mâauez autrefois enfeigné) qui ne les datent pas en tems dâa-uerfité, mais les honorent en profpcrité. A cette caufe, dit ifmon fils vous pourrez auec plus grande affurance demander quelque grace ans Dieus (efperant dâedre exaucé ) pour la confiance que vous aurez deles auoir feruiz comme il apartient. Nâed il pas rai-fonnable queceusqui mettent leur fiance ans Dieus viucnt plus furement, que cens qui nâen tiennent conte? que ceus qui trauail-lent, conduifent à bonne fin leurs afaires, pludot que ceus qui démentent amp;nbsp;fe tiennent oififs ? amp;nbsp;ceus la foient heureus qui apren-nent les fciences que Dieu donne, non ceus qui les ignorent ? Par-quoy il me femble félon ce quâautrefois vous ay dit, que telles gens doiuent raifonnablemcnt demander les biens aus Dieus, quand ils conforment leur vie «à vertu. Il me fouuient, dit Cyrus, de lâauoir ouy de vous, amp;nbsp;a la vérité il faut obéir «à votre commandement. Et ay fouuenance aufsi de ce que me fouliez dire, quâil nâed loifi-ble, ny iude à vn homme qui ne fcet aller à chenal, de demander aus Dieus viftoire contre les bons hommed'armes en vne ren-
A'« Prince date entendre Inimep me fi reli~
Cofitnee en Dieu.
cotre, ny quâvn ignorant de tirer defehe oudegouuerne mauires, furmonte les bons archers , ou faune miens les nanires quâvn bon pilote : on celui qui ne feme la terre, on ne fe defend en bataille, recueille grans blez,on foit fauné des mains de fes ennemis.Car en telles requedes, qui font fi frinoles amp;nbsp;defraifonnables, ils doiuent eftre refufez : tout ainfi que les hommes fe moquent de ceus qui leur demandent quelque grace ou don fans propos. Mais auez d vous
2ff nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
vous point oublié j dit Cambyfe, ce que ie difois vn lour que nous difcourions enfemble, que câeHoit lâeuure dâvn fagc amp;nbsp;vertueus homme, dé faire que non feulement il foit homme debiendefa perfonne, mais aufsi que lui amp;nbsp;fa famille ait en abondance les pro-uifions neceflaires pour la vie?lt;Sc que celui qui fcet dominer furies hommes, amp;nbsp;bien pouruoir à leurs viures, Ãc les rendre tels quâils doiuent eure, me fembloit eftredine de louenge amp;nbsp;merueillc?Cer-teinement, dift Cyrus, ie ne lâay pas mis en oubli, amp;nbsp;me fouuient queiâeftimois pour lors vne chofe fort dihcilc , que de bien rener, amp;nbsp;encores à prefcntplus iâypenfe, iela treuue ardue amp;nbsp;malaifee, quand ie confidere en moymefme que câet de dominer lur les autres. Mais quand ie me tourne à penfer fur la vie des autres hommes,amp; quels ordinairement font cens qui commandent,amp;: la qualité des ennemis qui nous atcndent,ii me fcmble vne grande honte non feulcmêt de les creindre,mais que nous nâallons les combatre en leurs maifons,vù quâils ont fi peu dâentedement (mefines à parler des Aledes qui font nos amis) quâils eftiment nây auoir au-, tre diference entre le Roy amp;nbsp;les fuietz, finon à viure plus fom-ptueufement, à dormir plus long tems, auoir plus grans trefors, moins de trauail, plus deplaifir amp;nbsp;dâoilîueté que le menu populai-£n ^miy yn re. Car au contraire iâay toufiours cRimé,quc le deuoir dâvn Prin-Pnnee Joff ce eft de furmonterfes fuietz non de pareRe, oifiucte amp;plaifirs: Jt^rmorcrÃs ]nais de prudence,trauail, amp;nbsp;prouidcncc. lieft vray, dit le pere: Jùiefz. mais ie vous aucrti quâil y ha pluficurs autres thofes, aufquclles il faut auoir egard, amp;nbsp;nepenfer pas feulement ans hommes,mais au maniment des afaires, amp;; des prouifions qui ne fcpeuiient aisément rccouurer. Car vous deuez fauoir, que la puifhmee dâvn Prince tombe incontinent en ruine, fi fon atmee R treuue en fau-PreHtJiDnJe te de viures amp;nbsp;municions. A celà relpondit Cyrus, que Cyaxare Ãtures. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lui auoir promis fournir de viures à tous les Perfes,qui iroient vers
lui. Ie le troy, dit Cambyfe, mais ie vous allure quâil ne fe faut du tout fier aus paroles dh n homme. Sauez vous bien la quantité des trefors,ou lapuilTance quâil ha? nenni,dit Cyrus. Pourquoy donq vous fiez vous aus thofes incçrteines?Ne fanez vous pas que vous aurez befoin de beaucoup dâargent, amp;nbsp;vous faudra faire vne grande defpenfe pour rentretenement de vos gens? Donques sâilaue-noit que les viures faiUiHent à Cyaxare, ou bien que à foti efeient il fanfiaft fa foy,commcnt iroit il de votre armee ? Fort mal,ce croy ie, dit Cyrus. Parquoy ie vous prie tandis que nous fommes encorâ enfemble, me declairerles moyens dont ie pourray vferpour nâauoir faute de municions. A qui apartient il nneus, dit le Pere, dire
DEXENOPHON. LIVREI, *7
eftrebien garni dâargent^ quâà vn Capiteine en chef^qui meine vue groflc armee?Donq fi vous tombez en quelque necefsitejie ne voy meilleur remede que de vous fier à vos forces : Car vous aucz vn camp de gens de pic dâeflite , lefquels vous ne voudriez changer à vne bien groHe armee,amp; la sendarmerie des Medes vous fera affo-cieejqui eft la meilleure qui foit auiourdâhui. Quelle nacion y aura il donq en tous les païs dâalentour, qui ne foit bien aife devons faire plaifir amp;nbsp;feruiccjdonner viures amp;nbsp;municions, tant pour defir de gagner votre faneur, comme de peur dâencourir votre male grace? Toutefois il faudra communiquer de ces afaires anec votre oncle Cyaxare,amp; pouruoir enfemble quâil ne vous faille aubefoin,amp; nâayez faute de ce qui fera necelïaire. Et quand ce ne feroit que pour entretenir celà par coutume, il vous faut bien penfer à trou-nerde lâargent. Sur tout gardez bien de vous laifler furprendre à faminejains quand vous aurez abondance de toutes chofes,penfcz diligemment ans necefsitcz qui penuent furuenir. Car par ce moven vous aurez plus aisément tout ce qui vous faudra, fi les hommes voyent que nâayez faute de rien. Dâanantage vous ferez hors de tonte calonnie entiers vos gens, qui nâauront caufe de fe pleindre de vous :'amp; ferez anfsi en plus grande reputacion, amp;nbsp;gagnerez miens les eftrangers par amour,vous ferez plus preft à vous defendre, plus feur à combatte, plus hardi à perfnader ce que bon vous femblera, plus pront à tout faire ; amp;nbsp;dâautant plus dâautorité auront vos paroles, que Ion pourra connoitre à lâÅil, le plaifir amp;nbsp;defplaifir que vous pourrez faire à autrui.Lors dit Cyrns:Ii me fera blc,Monficnr, que vous aucz tresbié difcouni de plufieurs chofes, mefmement quant ans foldats, lefquels pour le prefent ne me finiront aucun gré de tout ce quâils recenront: Car ils fanent bien que Cyaxare les ha apellez à fon fecours amp;nbsp;les payera, mais fi on leur done quelque chofe outre leur fonde, ils leprendront à gré amp;nbsp;honneur de celui qui le douera. Parquoy il faut bien conclure,que celui qui ha fon armee fur les chains, qui peut profiter aus amis amp;nbsp;nuire à fies ennemis,sâil eft no-lisct de faire ars;cnt,merite dâelfre au-tant deshonoré,quâvu laboureur ayat plufieurs manounriers pour befongner eu fes terres,qui toutefois les laifle oififs, amp;nbsp;fies terres en friche amp;nbsp;inutiles. Soyez donq affuré que ce fera mon principal foin de pouruoir ans viures, amp;nbsp;à toutes autres chofes apartenantes à lâcntretenement de mes gens, foit en terre dâamis ou en pais de conqnefle, amp;nbsp;ne mettray iamais en oubli les paroles que vous me dites vu iour, que ie vous demauday argent pour donner à vn maître qui mâenfeignoit le fait de La guerre : Car quand vous mâenfles d 2 interr
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LA CYROPEDIE
interrogué fi ce gentil maitre, auquel ie portois le falaire, mâauoit Les ^uaU- point encorâ enfeigné à bien drefler vn mefnage ( pourautant tez dynio qyâii ne faut pas en la guerre auoir moins dâegard aus viures des Prince. gendarmes, q des feruiteurs en vne maifon :) apres que iâeu refpon
Pouruotr a la finrédes fildats.
du quenon,vous me demandâtes derechef, sâil mâauoit point donné dâenfeignement pour entretenir mes gens en fanté, amp;nbsp;bonne difpoficion, (quielî fortneceflaire à vn Capiteine aufsi bien que de conduire fon camp) à bien traiter les amis, ou à enhardir mes gens à combatte,(vu quâil y auoit grand diferenceentoures chofes à les faire de gayetc de cÅur ou lafehement) ou s'il mâauoit point montré à rendre mes gens obéiflans à ce que ie voudrois, qui eftoit le principal point dâvu bon Capiteine:quand ie vous eu refpondu, que non : mais que feulement il mâauoit enfeigné à renger mes fol-dats en bataille : vous vous printes à rire de fa folie,amp; comparant vue chofe anec lâautre me vintes à enfeigner,que lâordonnance des batailles eftoit totalement inutile fans la fcience des autres quali-tez,comme dâentretenir lâarmee en fanté, les nourrir, bien inftrui-re, amp;fans les ruzes de guerre amp;robeïirance des foldats, tellement quâils vous fembloit eftre la moindre partie quâil faluft fauoir à vn Capiteine,que de renger fes gens en bataille. Pour aprendre donq les fufdites vertuz,ainfî commeie vous requerois me les enfeigner, vous me fites aller à cens qui par experience des afaires du monde, y eftoient les plus expérimentez. Parquoy des lors iecru à votre confeil,amp; nâay falli de hanter les plus excellens hommes en fait de guerre. Quant aus viures ie fuis allez inftruit, que la folicitude de Cyaxare doit eftre de nous pouruoir de vituailles amp;nbsp;payemens. Mais quant à la fanté des gendarmes, confiderant que les bonnes villes ont toufiours des Médecins pour guérir les citoyens de leurs maladies, amp;nbsp;que les bons Capiteines en meinent quant amp;nbsp;eus à la guerre, aufsi ây ie tafehé dâen auoir auprès de moy depuis que cette charge mâa efté dônce,amp; elpere dâen auoir des plus excellens, amp;nbsp;expérimentez en cette fcience. Celà nâeft pas mal pensé, mon fils, dit Cambyfe, toutefois il me femble que les Médecins font côme les couturiers, qui recoufent les habillemens defsirez: car ils ne font que guérir les malades. Mais vous ferez beaucoup plus fage-ment de donner le meilleur ordre quâil vous fera pofsible pour les conferuer en fanté,quc de les guérir quand ils feront malades:cho-fe, que vous pourrez le plus aisément du monde acomplir, fi vous mettez peine à ne camper iamais pour faire long feiour, finon en lieu fain amp;nbsp;de bon air, ce que Ion connoit non feulcmentparle bruit amp;nbsp;renommee des hommes, qui nous difent quels liens font faills
DE XENOPHON. LIVRE Ã. 2p fains, ou non : mais aiifsi plus certeinement par la difpoficion des corps amp;nbsp;le teint amp;nbsp;couleur des habitans. Toutefois ne faut pas tant regarder à celà , comme à mettre peine de les conferuer en fan-te par bon regime, amp;nbsp;vous aufsi fur tous autres : qui confifte à fc garder de la fuperfluitc des viandes,qui engendre vne facheufe pe-fanteur, amp;nbsp;à confumer par exercice amp;nbsp;trauailplus que par fom-meil les humeurs du corps: car lâexercitaciou entretient le corps en force amp;nbsp;fanté,le fommeil le nourrit,engrelîe,amp;: debilite. Outre celà ,il eft neceffaire de ne donner iamais trop grand loifir de repos ans gendarmes, ains de les faire toufiours trauaillerj car le vray deuoir dâvne armee eft denecelferiamais,ou deproufiteraus amis, ou de nuire aus ennemis, les enuoyer aus efcarmouches, au degaft des païs, aus fourrages, amp;nbsp;autres proifions pour leur viure. Et comme il eft malaise de nourrir vn homme oififamp; nonchalant, encorâplus facheus vne famille fans rien faire : par droite raifon ce doit eftre la plus malaifee chofe du monde, de nourrir tout vn camp oifif amp;nbsp;negligent. Car il y faut grande quantité de viures, amp;nbsp;dâautant que les delices y font plus grandes, il faut quâil y en ait plus grande abondance : Bref, il ne faut iamais permettre quâils demeurent en oifiueté : car le gendarme oifif eft plus inutile quâvu laboureur à qui il ne chaut de labourer fes terres. Il le faut donq acoutumer au trauail, tant pour auoir abondance de viures, comme pour le rendre plus fainamp;difpos. Dauantage pour auoir les gendarmes plus pronts à tout faire,fil conuient les exerciter en quelques ieus publiques, en y ordonnant les pris conuenables, amp;nbsp;faire en forte que vous voyez prefque toufiours vos gens en be-fongne,comme vn continuel fpeftateur de quelque danfe. Nâeftes vous pas dâauis, dit Cyrus, que pour donner bon courage aus fol-dats il les faille toufiours remplir de bonnes clperancesî 11 refpon-dit que non, à caufe que câet faire comme vn mefehant veneur,qui halle amp;nbsp;apeUe toufiours fon chien encores quâil ne voye ny heure ny befte : tellement que le leurier incité par le cry acoutumé,fe met à courir en vain ; dont fe voyant fruftré il fe lâche, amp;nbsp;vne autre fois que veritablemct quelque befte sâert leuee,il ny veut aller, efti-mant quâon le falle courir en vain comme auparauant. Pareillement le gendarme voyant auoir efte pluficurtois incité par vaines cfperances,fi fur la fin vn certein bien fe prefente,il fait du rétif, amp;nbsp;ne fe veut lailfer perfuader, ertimant tjuecc foit menfonge. Par-quoy vn Capiteine fe doit garder de dire thofes incerteines pour certcines. Et combien que les autres hommes vfent fouuent de telà , toutefois fenhortemet dâvu Prince amp;nbsp;principakmet le votre d 3 en
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en incitant vos gens à entrer ans dangers, doit toufiours cftrc vc^ ritable amp;nbsp;infalible.
Comme yn Prince fe doit faire obéir de Jésgens, Tgt;eincre les en--nemis,^ aquerir le bruit dâhomme prudent ^ iu;rtueus.
CHAPITRE IX.
Comander t^ eà tir.
Prudèce re-qiùfi ait Pri ce.
E tous ces difcous Cyrus fe montra merueiJIeu-fement contcntj amp;nbsp;en continuant ce propos, lui dit : que quand à rendre fes gens obeïlîans amp;nbsp;les perfuader de faire fa volonté, il lui fembloit y eftre allez inftruit, tant par rendocirinement de lui en fon enfance, amp;nbsp;des précepteurs quâil lui auoit baillez, comme par les Preuots en fon adolefcence, lefquels lui anoient tous apris à bien obéir. Et qui plus elt que les loix Perfiennes nâenfeignoient prefques autre chofe principalement, que bien commander, amp;nbsp;bien obéir. Parquoy lui fembloit que pour induire les gens à obeïlFance,il lui faloit procéder par exhortacion, par laquelle lâon loue amp;nbsp;honore cens qui obéillent , amp;nbsp;blâme amp;nbsp;châtie cens qui defobéilfent. Cambyfe lors lui dit, que pour les. faire obéir par force cette voye eftoit bonne: mais pour les faire obéir par amour, qui efi vue chofe plus louable, y auoit vu moyen plus expedient amp;nbsp;profitable, Pourautant que les hommes ob cif-lent volontiers à celui quâils connoilTent dire le plus fage, amp;nbsp;qui pourchalTe leur bien, comme font les malades qui croyent entièrement ans paroles des Médecins : cens qui vont par mer obéilTcnt, prontement ans comités amp;nbsp;pilotes des nefz : cens qui vont par pais nâabandonnent iamais leurs guides, ellimans quâils fâchent tref-bien les chemins. Au contraire fi les hommes cfliment le comman
dement du Signeur dire dommageable, on ne les peut fore obéir par force , ny par amour, ny,par prefens. Car il nây ha homme qui prenne volontiers aucun don, pour faire chofe qui lui iiuife : Et par celà finit conclure quâil nây ha qualité qui donne tant dâautorité à vu Prince, que de fiiire connoitre aus fuietz quâil les furmonte de prudence amp;nbsp;vertu. Si lui demanda Cyrus, par quel moyen il pour-roit prontement aquerir ce bruit dâeilreprudeiit.il nây ha,rdpond il, meilleur moyen que delâdlre. Car tout ainfi que cens qui veulent fcmbler bons Laboureurs, bons Médecins, vaUIans Cheua-liers, bons Muficiens amp;nbsp;nây entendent rien, sâdludicnt par milieu ruzes amp;nbsp;pratiques dâamis de difsimuler amp;nbsp;cacher leur ignorance pour quelque teras, defirans aquerir louenge des vertuz quâils nâoiiC
DE XENOPHON. LIVRE I. 31 nâont pas, amp;nbsp;quand lâon vient à lâexpérience on les tronue belles, amp;nbsp;les eftime lâon baiiars amp;nbsp;flagorneurs j ainfi auient il de cens qui veulent feiubler prudens amp;nbsp;ne le font point. Mais fi vous le voulez eftre, prenez peine de fauoir amp;nbsp;entendre Ic bien avenir, amp;nbsp;vous y conduire fagement, tout ainfi que vous auez apris à renger les batailles : amp;nbsp;quant aus autres chofes que lâefprit humain ne peut prc-uoir par difcipline ou prouidece, nây ha meilleur moyen pour eftre eftime plus prudent que les autrcs,que recourir à lâaide des Dieus, amp;nbsp;par augures amp;nbsp;diuinacions fauoir leur volonté : principalement quand lâon met diligence dâexecuter ce que lâon ha délibéré de faire , qui eft aufsi vn point dâvn homme prudent. Dâauantage vous pourrez aysémentvous faire aymer,vfantenuers les fuietzdela façon dont on vfe pour eftre aymé de fes amis,montrant elerement que vous les aymez amp;nbsp;penfez toufiours à leur vtilitc. Mais à caufe quâil nây ha homme'fipuiflant qui puifie toufiours faire du bien à ceus quâil ayme, à tout le moins il fe faut mettre en peine de fe ref- ffâf^nité iouir en leur profperite, fe doiiloir en leur auerfitc, les fecourir de ^.^^^ prince. bon coeur au befoin, pouruoir que par ignorance ils ne facent quelque faute,ou ne foient deceuz : amp;nbsp;en toutes ces chofes fe porter comme compagnon : lâyuer amp;nbsp;lâefté eftre le premier à fuporcec le froit amp;nbsp;le chaut, le plus apte à la befongne, le premier à trauail-ler. Car ces façons de faire aydent merueilleufement à fe faire ay-mer des fiens, amp;nbsp;ne font fi mal aifees à vn Signeur quâaus hommes priuez : à caufe que les grans trauaus font infuportables au vulgaire des hommes,aus Princes non : Car aus Princes lâhonneur allege grandeiqent la pefanteur amp;nbsp;le faix des labeurs, fachans bien que la renommee en fera grande dâauoir fait de leurs mains quelque cas dine de mémoire. Interrogué par Cyrus, fi apres auoirpouruu ans vinres des foldars,à leur fanté,à les faire exerciter, amp;nbsp;rendre pronts lt;Sc obéiffans ans commandemens des Capiteines, lui fembloïC pas Je plus expedient dâaller combatre les ennemis le plus tôt quâon pourroit : II refpondit, que ce feroit fagement fait,pouruu que lâon fuft feur de la victoire, nbsp;nbsp;dâauoir stand auautage fus eus. Mais fi la
viéloire eftoit douteufe, quâil feroit meilleur de temporifer , amp;nbsp;ne mettre fes sens en hazard. Car communément les hommes font fortfongneus de contregarder les chofes miens aymees. Derechef lui demanda comment il pourroit auoir auantage fur les ennemis. Il lui dift, que ce 11âeftoit peu de cas, ny chofe de peu d'importance: toutefois quâil eftoit necefiaire à celui qui veut furmonter les auer-faires dâeftre traytrc,larron amp;nbsp;difsimulateur, amp;nbsp;quâil vfaft de trom- ^ ® perle,fraudes,embûches, dccepuons,vollenes, amp;nbsp;partons moyens sâeftor
la CYROPEDIE
sâefForçaft de les endommager amp;nbsp;veincre. De ces paroles Cyrus sâeftonna fort amp;nbsp;en riant lui dit : Comment ! Monfieur, qnâefl ce lt;jue vous me voulez enfeigner ? Nâeft ce pas tout le contraire de ce quâen mon ieune aage vous amp;nbsp;mes précepteurs mâauez montre? A celà refpondit Cambyfe, que non : ains,dit i^tous ces enfeigne-mens font pour vous rendre plus homme de bien amp;nbsp;plus fage. Ne vous fouuient il pas ^ue pour nuire aus ennemis en votre enfance, lâon vous ha enfeigne plufieurs mefchanccrez:comme tirer de lare, ietter les darz,prendre les Sangliers aus toiles amp;nbsp;aus foirez,les Cerfs au piégés amp;nbsp;ans laqz ? Nâeft il pas vray que vous nâauez ia-mais combatu vn Lion, ou Leopart, ou Ours de près , ains feulement vous efforciez de les furprendre auec auantage dens les toiles ou autrement ? Et tous ces moyens ne font ce pas tromperies, frau des,maléfices,Ãc decepeions ? Cyrus lui refpond : Oui bien des be-ftes,niais des hommes non : amp;nbsp;fi quelquefois iâeufie tache de trom per,ou de faire quelque tel tour contre les hommes, iâeuffe efte puni. Pourquoy donq, dit Cambyfe, vous ha lâon acoutuméà tirer de lâarc à vn certein but finon pour nuire quelquefois aus hom-14 do^i- mes, sâils deuenoient vos ennemis ? Et neanmoins ne vous cnfei-ne des teu- galons point dâvfer de celà contre vos amis,ains feulement de vous nes^ens,. acoutumer à furprendre les beftes, les tuer, amp;nbsp;blecer auec auantage, à fin dâen pouuoir vfer en tems de guerre contre vos auerfaires. Donques,dit Cyrus, puis quâil eft fi neeelfaire de falloir profiter amp;nbsp;ninre,mal faire amp;nbsp;bien faire, pourquoy eft ce que Ion nâenfeigne aufsi bien celà pour sâen feruir contre les hommes comme contre les beftes ? ou que lâon ne donne reigle comment il sây faut gou-uerner ? Cambyfe refpondant à celà : A u tems pafsc,dit il, fe trou-ua vn précepteur dâenfans qui enfeignoit la iuftice par moyens con traites, comme à mentir amp;nbsp;non mentir, tromper amp;nbsp;non tromper, calonnier le compagnon amp;nbsp;auoir quelquefois la calonnie en horreur , defirer les richefles amp;nbsp;les defprifer : mais donnoir la reigle Ãc diftinccion quâil faloit vfer de lâvn auec les amis, amp;nbsp;de lâautre entiers les ennemis, difant quelquefois eftre bon de tromper amp;nbsp;def-rober les amis à quelque bonne fin «Stintencion. Donq celui qui enfeignoit telle façon de viure aus enfans, faloit aufsi quâil en montraft rexperience,amp; quâil fift cxerciter les enfans à celà , comme lâon dit des Grecs, qui nâenfeignent pas feulement ans enfans à tromper amp;nbsp;donner letourdecroq à laluite: maislesfontexerci-ter tous les iours à celà , à fin quâils le fâchent feurement faire. Mais à caufe que par ce moyen plufieurs plusfutils que les autres à dc-ceuoir, defrober, amp;nbsp;mentir, amp;nbsp;parauenture allez malicieus à gagner
DE XENOPHON. LIVRE I. 33
gner j nâauoient efpargne leurs amis mefmes efforçans fe faire riches fus eus : les plus fagcs ont depuis fait vne loy (qui dure encores auioiirdâhui)par laquelle lâon commande aus précepteurs dâen-feigner fimplement ans enfans de ne tromper, mentir, defrohcr,nc defirerles biens dâautrui, amp;nbsp;de punir cens quiferoient du contraire, afin que les citoyens deuiennent plus dons amp;nbsp;traitables. Et quand ils font paruenuz en aage fufifant, comme vous elles à prc-fent, quâon leur enfeigne les droits de guerre pour en vfer contre les ennemis, iugeans que pource les citoyens nâen deuiendront plus cruelz, ayans elle acoutumez de leur ieuneffe à vne amitié fra terneUe : tout ainfi que lâon ne parle pas de luxure aus ieunes gens à fin que parleur ardante counoitife ils ne foient cfmuz à faire quelque chofe deshonnefte. le vous fuplie donq, Monfieur, dit Cyrus,pource que ie fuis encores neuf,rudejamp; grofsier à aprendre, cnfeignez moy particulièrement ces mzes, par Icfquelles ie puiffe furmonter mes auerfaires amp;nbsp;de vertu amp;nbsp;de richellcs. Pource faire, ^^^ dit Cambyfc, il vous conuient toufiours eftre prell à furprendre ^^^^quot;^^ les ennemis en defordre : veillant, pour les prendre endormis ; ar- ^.^^ prince, me amp;nbsp;aus efeoutes, pour les affaillir defarmez amp;nbsp;defpouruuz : en embûche, pour les furprendre en vri manuals paffage:ruzes véritablement, aufquelles il faut eftre fort diligent, amp;nbsp;penfer que non feulement les ennemis, mais vous mefme ferez fouuent femblables fautes, vous trouiiant en des liens ou il y ha efpoir de certeine vi-ftoire, à caufe que lâvne part amp;nbsp;lâautre eft contreinte dâaller tous les iours au fourrage, fepouruoir de bon matin des chofes necef-faires,manger amp;nbsp;dormir, vfer de mefmes chemins,à quoy faut fon-gneufemeut regarder. Dâauantage fi vous elles inferieur en quelque chofe, faut y remedier incontinent, amp;nbsp;fi voyez en quelque point vos auerfaires mal rengez, les alTaillir parla. Outre lui dît, que la victoire neconfiftoitpas feulement ausreiglcsfufdites, car elles font vulgaires amp;nbsp;tout le monde y prend garde : mais quâil fa-loit mettre par fois lâennemi en aflurauce pour miens le deceuoir, feindre de prendre la fuitepour le mettre en defordre, ou en fuiant lâattirer en quelque dangercus ilcftroit, amp;nbsp;là le furprendre au def-pouruu.Lui dit encorâ,quâil ne fe tinft pas feulement aus cnlcigne-mens par lui donnez : mais inuentaft de foymefme des nouuelles ruzes amp;nbsp;decepcions, amp;nbsp;fift comme les bons Muficiens, qui ne sâa-mufent pas à dire toufiours les chanfons vfitees, mais en compo-fent de nouuelles : Et comme il nây ha que les nouuelles chaulons pour plaire aus efeoutans, aufsi nây ha il que les nouueaus tours amp;; aftuces de guerre pour eftre prifees, pourautant quâelles deçoment c miens
4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L A J C Y'R O P E DJ E ü , ;
mieus lâennemi. MaisJifoit il, ne vous femble il pas,que vous auriez arand auantase fur vos auerfaires, feulement à remettre en vfage lâart, dont vousvfiezen ieuneÃe, pour les petites beftes amp;nbsp;péris oifeaus ? Car fouuent au cÅur dâhyner vous aliez toute nuit pour deceuoir les oifeaus, tendre les retz, faillans auant quâils sâefueillaffent, amp;nbsp;couurir tellement la terre fofloyee, quâelle fem-bloit nâauoir elle touchée. Dauantage vous auiez des oifeaus fi bien apris , quâils vous aydoient à deceuoir amp;nbsp;attirer à la pipee les autres oifeaus de leur pennage,pendant que vous eftiez cache fous la fueillce pour les voir à votre plaifir, amp;nbsp;les prendre ausfiletz. Quant ans licures,qui de iour fe cachcnt,amp;lanuitpaiirent,nâauez vous pas autrefois nourri des péris- chiens courans pour les faire leucr,amp; desleuriers pour les defiourner, ou pour le moins les faire donner dedens les paneaustenduz deuant les liens ou ils ont acou turne dâeus fauner, ou ils sâenuelopoient eus mefines? Et la autour auiez acoutumé de mettre des gens auprès des paneans pour les preudrejamp; sâils efehapoient de là ,courir apres à grand bruit, tellement quelespoures heures eftoientpris, fi edonnez quâils ne fa-uoient de quel coté efchaper?outre ce par le deuant auiez des gens cachez,qui fans faire bruit edoient pretz de les prendre sâils ekha-poieut des chiens ? Parquoy fi vons voulcz vfer de femblables in-uciicions contre les hommes, peut efire pourrez vous auoir anan-tage fus eus,amp; edre edimé des meilleurs Capiteines du monde.Di-foit au furplus, que sâil edoit quelquefois contreint de donner ba- â taille en campagne à enfeignes delployees, il nây auroit chofe qui ^ lui donnad plus grand anantage pour la victoire, que d'edre long nbsp;nbsp;nbsp;s
teins au parauant préparé, auoir mis des embûches , amp;nbsp;apareilie quelques aduces,amp; principalement h fes gens edoient vaillans, in-druits, forts, adroits, obeillans, amp;proiits à combatte : Et que fur tout faloit mettre peine de pouruoir à la vie de cens qu.âil connoi-troit edre obéilîans à fa volonté, difeourir la nuit ce quâil faut exécuter le ioutjdeiour pouruoir aus afaires de la nuit, penler comme il faut ordonner les çens en bataille, côme il les faut conduire,foit de iour ou de nuit, par edroits ou larges chemins, par montagnes ou par plaines,comment il fe faut camper,alloir le guet du iour on de la nuit, ennoyer fes gens fur lâennemi, ou faire la retraite, venir à lâadaut dâvue ville, palier rinieres ou foretz, garder fa gendarmerie, amp;nbsp;fes gens de tret anec diligence. Et fi lâe nemi le rencontroit ayant fa bataille ordonnée en pointe, tomme foudeinement ilia faudroit changer: sâil lâauoit en forme quarrec de phalange, amp;nbsp;les ennemis venoient fut les flans, comme il faudroit aller à lâencon
tre:
DE XENOPHON. LIVRE L ^ç
tre:sâenquérir de leurs menées amp;nbsp;tenir les bennes cachées.Finable-nient, difoit Canibyfc ^ puis que vous auez autrefois entendu de moy tout ce que iâen fay, amp;nbsp;nâauez elle negligent de lâaprcndre de ceus que vous penfiez eftre excellens en quelques fcicnces,il ne re-fte plus quâà vous auertir dâvfer dë ces enfeignemens toutes les fois que lâocafion sây offrira. Toutefoisj mon hlspc ne veus oublier de vous donner le meilleur amp;nbsp;le plus grand enfeignement ejue vous fuiriez anoir^dont il faut vfer au commencementjau milicujamp; à la lin déroutes vos entreprifes. Câclfqucvous nefacicz iamaisau- j^ciurti cun aéle,ny feuf ny auec lâarmée, contre la religion amp;nbsp;fans recou- ^j^'^^, rir à lâaydc des Dieus, amp;nbsp;entendre leur volonté par augures amp;nbsp;im-molacions : tenant pour certein, queles hommes communément fout leurs entreprifes par vncllmplcconicéfure,amp;ne fauentiu-ger ce qui leur cil bon ou maunais, vtile ou dommageable à lâauc-nir,amp;nc connoiflent la qualité des chofes linon quand elles font auenuees.Car vous fanez que plulîeiirs hommes ayans reputacion dâeflre fages, ont perfuadé à leurs Républiques dâentreprendre des guerres contre ceuSjqm depuis les ont dcllruites amp;nbsp;facagees.Vous fanez aufsi que plnfienrS villes amp;nbsp;hommes particuliers ont vsé de grande ingratitude entiers cens qui anoient ellé caufe de leur bien, «Scieur ont machiné beaucoup de mans.Combien en y ha il en,qui pour counoitife de tenir en fernage les hommes , qui par amitié leur pouuoient dire profitables, nâayans aucun egard a la qualité des perfonnes,ont par cens là mefmes elle châtiez amp;nbsp;deflruiz?Lon en voit aufsi plufienrs antres, qui pour ne fe contenter de vinre en plaifir auec vue partie dâvue principauté, par counoitife dâvfnrper le deniourant, ex sâemparer de la Signcmie de tout le monde, ont perdu ce quâils defiroient amp;nbsp;ce quâils anoient.Et beaucoup de gens auec grande folicitnde ont cherché des richdîcs, qui ont ellé caufe de leur ruine. Au moyen dequoy vous pounez facilement entendre , que la prudence humeine nâell non plus fnlifante à defirer le vray bien, que celui qui iette les dez pour faire ce que le fort lui montrera. Païqnoy, mon trefther fils, il vous faut recourir ans Diens,qui fanent les chofes palîees,prelcnteSjlt;Sc futures, amp;nbsp;de leur grande beniniré amp;nbsp;clemencc montrent à cens quâils ayment par fines euidens ce quâil leur faut faire on non.Et nefefant cmerueiller sâils ne veulent fanorifer à vn chacunicar leur diuinepnihance nâell aucnneinent contreinte, ny afiernic à pournoir à perfonne,ny a faire aucune chofe sâil ne leur plaît.
Fin du premier Lutre,
Le fécond Liure de la Cyrope -DIE DE XENOPHON, de la Uie ^ /»Ãicudon de
c Y R v s yÃôy des Termes.
Comme Cyrus arriua en Mode auec fes gens, ^ lesÃt tous armer par Cyaxare fon oncle. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chapitre
r.
Ce Cyaxare Ãls d'^^fya ^e, J{oy des Medcs,eà no me Darius en Daniel,^ dit ^ue Darius C^ Cyrus rentrent deus ans en-femhle apres la prinjè de Balylon,corne lofeph le declare aus anti^uite^
£^eÃues exemplaires Grecs ent ymt mille.
; O I L A comment le roy Cambyfc, amp;nbsp;fon fils Cynis tenans les propozque nous allons cy defius racontez^ arriue-rent fur les frontières de Perfe, Revirent incontinet voler vne Aitrle à main droite qui fe montra leur guide : de-quoy refiouiz prieret les Dieus amp;nbsp;Dc-il midieus des Perfes leur edre dons amp;nbsp;^ifauorables à la fortie de leurs terres. ^ Cefaitpafierent outrefaifans derechef priere aus Dieus deMedc^les reccuoir beninement .à lâentrée de leur habitacion. Lors ils sâembrafierent trefamiablement félon
Demotimes
^es de pareil le dinité ce honneur a-
uec le p^ de Perfi, corne s ilyou-lott dire, la NohleÃi du pais.
leur deuoii-jamp; le pere Cambyfe retourna en Perfe^Cyrus print fon chemin vers Cyaxare fon oncle dedes la Mede. Auquel lieu quand il fut arriué,amp; quâils fe furent faluez amp;nbsp;embraflez Tvn rautrejCom me il apartenoit, Cyaxare lui demanda combien degens il auoit amène. Cyrus refpondit : quâil auoit amené vne armee de trente mille hommes qui auoient autrefois guerroyé en Mcdc à fa fouldej auec lefquels en auoit aufsi dâautres qui nâefloient iamais fortis hors du païs,defqucls combien que le nombre full fi petit que lâon nâen deuil efperer grand fecours ^ fi efloicnt ils de telle vertu quâils gouuernoient aisément tous les Perfes qui font en grand nombre , amp;nbsp;sâapeUoient Homotimes. Pareillement Cyrus demanda au roy Cyaxare fi les ennemis sâalîembloient, ou fi la nouuellc clloit faillie de leur venue, par ce quâil faloit fauoir le nombre des ennemis j autrement que Ion nepourroit bien confulter comme il sây fà udroit gouuerner : lequel lui raconta toutes les forces des ennemis : Et que par diners moyens il auoit elle auerti que Crefe roy de Lydie y clloit venu auec dix mille hommes à chenal amp;nbsp;plus de quarante mille hommes de pic que rondeliers quâarthers. Ãrtame roy
DE XENOPHON. LIVRE IL 57
mille.
roy de la grandâ Phrygiey eftoit auechuit mille cheiiaus, quarante mille hommes de pie armez de piques ou dâefcuz. Ariberoy de Capadoce auoit amené fix mille cheuaus, trente mille archers amp;nbsp;rondeliers. Marag.de roy dâArabie auoit dix mille cheuaus, cent chariots de guerre, amp;nbsp;vn grand nombre de combatans anec la fon-de. Les Phrygiens dâauprès lâHeUefpont sâeftoientioints auec Gäbe figneur du plat païs dâentour la riniere de Cayftre, qui auoit fix mille cheuaus, amp;nbsp;vint mille rondeliers. Quâil nâauoit encorâ feeu fi Aucuns lila Grecs habitans en Afie y venoient pour certein : mais que les uresenr^tx Caricns, Ciliciens, amp;nbsp;cens de Paphlagonie auoient refusé dây venir. Au demourant que leroy dâAlTyrie, figneur de Babylone amp;nbsp;du refte dâAlTyriej comme principal Chefde la guerre j venoit anec vint mille cheuaus^deus cens chariots de guerre,amp; vue infinie multitude de gens de pié, félon ce quâil ha acoutumé de faire quand il va en expedition. Parquoy lui fcmbloit quâils auroient de lâafairc, amp;nbsp;feroit mcrucilleufemcnt dificile de refifter à vne armee defoi-xante mille cheuaus,amp; plus de deus cens mille hommes de pie tant rondeliers quâarthers, vu que les Medes nâauoient quâenuiron dix mille cheuaus, foixante mille homes de pié portant lâarc ou lâefcu, ôc le fecours delà procheinc Arménie de quatre mille cheuaus, amp;nbsp;vint mille hommes de pié, qui nâefioit pas en tout le tiers des chc-iiaus ny la moitié des gens de pié des ennemis. Ne vous fcmblc il donqpaSjque le nombre des gens de pié que vous amenez foit bien petit? Nous y penferons puis apres,dit Cyrus,fauoir fi nous auons afiire de gens ou non. Mais pour leprcfcnt,donnez moy à entendre de quelles armes chacun ha acoutumé de combatte.Le Roy lui dit,que les armes ordinaires,tant des ficus que des ennemis, eftoict les arcs amp;nbsp;les darz. Sâil nây ha,dit Cyrus,autrc diferêce entre les armes lâon peut facilement inger de tjucl coté fera la vidoire: car en telz combats il elf plus aisé lt;à plufieurs dâen defaire peu, quâil nâcfl facile^a peu dâen vcincre plufieurs. Sâil eft ainfi, dit le Roy, que pourroit on miens trouuer que dâenuoyer derechef en Pcrfe,pour faire entendre amp;nbsp;donner à connoitre au Roy, que fi en la prclente guerre les Medes auoient du pire, la calamité fe tourneroit lut lui, à cette caufe lui dcmanderplus grand fecours que celui quâil ha en-iioyé ? Ce conleil neplut aucunement à Cyrus,fachanc bien que fi tous les Perfes y venoient encores nepourroient ils eftre pareils de nobre à la grande multitude des auerfaires, mais lui dit dire beaucoup meilleur,sâil eftoit pofsiblc,dc faire prouifion dâarmures pour tous les Perfes qui eftoient anec lui, femblables ans armures des gens dâaparence qui sâapeUoient Homotimes ; câetafauoir vn e 3 corps
la premie, re eure el'â^ Prince cl armer Jès ^es.
38 LA CYROPEDIE''
corps de culrafle,vn efeUj ou bouclier en la main feneflrCjVne elpee ou hache en la main dextre : car celà feroit caufe que les fimples foldats fe voyans armez demefmeles gentishommes côbatroient de meilleur cÅur amp;plus vigoureufement : dâautre part queles ennemis feroient tellement cllonnez les voyans équipez de telle forte J quâils penferoient plus à prendre la fuite quâà combatte, ou à fe defendre. Ge qui le mouuoit à faire armer pluHot les fiens queles autres eHoit, à fin que les Perfes combatifient contre cens qui tiendroient bon en bataille, amp;nbsp;les Mcdes annez plus legcrcment amp;nbsp;à chenal peuffentplus prontement pourfuiure cens qui sâenfui-roient, amp;nbsp;par ce moyen les auerfaires ne peufient eure veinqueurs en combatant, ny fe fauuer en fuiant. Cyaxare aprouiia le confeil de Cyrus amp;nbsp;ne parla plus de requérir plus grand fecours, ains fit apreilcr les fuldiz harnois qui furent quafi tous en point, quand les Homotimes arriucrent qui conduifoient le bataillon des Perfes. Ce fait Cyrus les fit apeUer, amp;nbsp;les voyant tous afiemblez leur vfa de iâoraifon fuiuante:
Comme Cyeu^parla ans Capitetnes de toute fa^egt;jdarmerie,pour inciter leurs foldats à prendre les harnois que Cyaxare auoit
prcpare:s:^dus Perfes.
CH AP. II.
Ertueus amis,combien queie vous voye bien armez, remplis de fi haut courage amp;nbsp;hardielîc que vous ne demandez quâa trouucr lâennemi,toutefois connoiffant vos compagnons nâélire armez finon pour combatte de loin à force de tretz, iâauois quelque peu de creinte que pour eflrepcu éc denuez du fecours de vos amis, vous eufsiez peur de la multitude des auerfâircs,amp; fufsiez veineuz. Mais à prefent voyant vos foldats venuz, qui font dâafiez bonne taille en aparence de gens de guerre, iâay donne ordre quâils auront tous des armes pareilles ans nôtres, à fin quâils foient plus fûts à combatte. Parquoy il ne relie plus quâà leur donner courage, à quoy vous deuez mettre peine, les inciter à elite hai diz amp;nbsp;pronts à faire faits dâarmes. Car il apar-tient à vn Capiteine non feulement dâefire bon de fa petfonne, maisdâvfer de diligence à faire quefesfuietz foient hardiz amp;nbsp;ver-tueus comme lui.
Ces paroles de Cyrus furent mcrucilleufemct agréables à vn tha cun, voyans quâils combatroient en plus grand nombre de foldats armez de pareilles armes contre les ennemis. Lors vn des plus fa
ites
D E X E N 0 P H 0 N. LIVRE II.â
ges sâauança en sâexciifant de fa hardiefre,amp; confcilla à Cyrus,quâil parJaft lui mefiiie à cens qui deuoient dire armez de leur forte, remontrant que les paroles du Capitcinegeneraljamp; de celui qui peut plus leurprofiter ou nuire^font toufiours déplus grande autorité enuers les foldats, que les paroles dâvu inferieur : Et les dons que fait le principal Chef, encorâiquâils foient péris ^ font communément plus ellimez amp;nbsp;rcçuz par les gendarmes de meilleur grc en les prenant de fa main, que sâils le receuoient de leurs pareilz amp;nbsp;compagnons. Dont il tenoit pour certein, quâils efeouteroient allée plus grand plaifir lâexortacion de Cyrus leur Prince, que celle de leurs Capiteines, fc voyans par la grace amp;nbsp;bienfait du fils de leur Roy amp;nbsp;condufteur égalez ans Homotimes. Toutefois que les Capiteines ne lairroient pourtant de faire leurs exortacions, ne lui aufsi de fon cote, à fin que par diuers moyens leur liardiefie fc puft augmenter : pourautant que câeftoit toufiours leur grand profit amp;nbsp;honneur que leurs foldats fufient meilleurs amp;plusver-tueus que deuaqt, en quelque forte quâils lepuftent deuenir. Cyrus fit lors mettre tous les harnois au milieu, amp;nbsp;apres auoir afiem-blé entièrement tous les Pcrfes,les enhorta en telle manière:
Exortacion de Cyms afonofl, pour les faire armer des nouaeaus harnois que le roy Cyaxare auoit prepare^pour la guerre.
CHAPITRE III.
Itoyens bien aymez,ie croy quâil nây ha aucun de vous qui nâentende que câet thofe conuenable, puis que vous ertes nez en mefmc pais, nourriz en mefnics loix,formez dâaufsi puillans corps que nous: que la vertu de votre courage ne foit point moindre que la notre.Car iaçoit quâen vos mailbus nâayez eu les mefmes honneurs amp;nbsp;dinitez que nous (ce qui nâauenoit pas par mclpris ou co itcnncmcnt de vous , mais pourcc que vous cftiez contreins par necclsité de labourer amp;nbsp;gagner votre vie) fi eft ce quâà prefent par mon moyen amp;nbsp;par le bénéfice de Dieu, vous pourrez eftre en lâcftat que merite votre vertu: car fi vous voulez prendre des harnois femblablcs ans nôtres,vous pourrez entrer aus mefmes dangers que nous,amp; en raporter loucn geamp; guerdon pareil au notre. Par cy deuant vous cftiez archers de iaculateurs feulcment,amp; nous aufsi : amp;nbsp;fi en tels exercices vous nâeftiez fi adroits que nous, Ion ne sâen doit emerueillcr : car vous o auiez pas loifir dây confumer le tems, comme nous. Mais mein-
tenant
40
LA CYROPEDIE
tenant quand vous ferez armez ayans vn hallecret en doz ^ lâcfcit en Ja feneftretel que nous auons acoutume de porter, lâefpee ou cymeterre en la dexrre,pour furement amp;nbsp;de près ateindrelâen-nemi J quelle diference y aura il entre vous amp;nbsp;nous? Quelle di-uerfite y pourra Ion rrouucr,finon en la vertu amp;nbsp;hardiefledaqueHc toutefois vous polluez amp;nbsp;deuez montrer aufsi grande que nous? Conuient il miens â nous quâavons dâapeter la vi6toire,qni aportc amp;nbsp;confeme tontes les richefTes : on dâaqnerirâla pnifTance, par laquelle on gagne tons les biens des veincuz? Parquoy prenez tous des armes conuenables chacun félon fa taillej amp;nbsp;vous faites encoller en vos compagnies de mefmc ordre comme nous fommes enrôliez: Et fi qnelqnâvn de vous fe contente dâeftre feulement au reng des ananturiers, quâil demeure entre les antres bendes des gens mercenaires anec fes armes acontumees.
Les ordonnances que Cyrus jit pour exerciter fes^ens ^ les tenir en toute obetjjance. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. 111 r.
Près que Cyrus eut ainfiparlés les foldats entrèrent en grande efperance, amp;nbsp;ingerent, que sâils refufoient de fnporter les mefmes tranans, par lefqnels ils aquerroient pareil guerdon que les nobles, que non fans canfe ils ponrroient paffer leur vie en grande ponrete. Parquoy tout fon-dein le firent tons entoiler,fi prindrent les armeSjamp; feprefenterent
f^n Prince doit faire e-xerciter Jes
fous leurs enfeignes. Sur ce point amp;nbsp;dâanentnre,lon eut nonuellc, que les ennemis sâaprochoient,tontefois ils ne vindrent pas: A cette canfe Cyrus defirant exerciter fes gens ans enures de la guerre, sâefforça de leur enfeigner le fait des armes, lâordonnance des ba-tailleSjamp; tontes les rnzes amp;nbsp;aftnees de guerre,amp; pourec faire print incontinent des CommifTaires desvinres de Cyaxare, aufquelsil commanda fournir prontement tout ce qui feroit neceflaire à leur entretenement, à fin quâils nâenffent autre chofe à penfer quâà mettre en enure les ordonnances requifes à la difeipline militaire. Et ponrantant quâil ingeoit eftre le bien des gendarmes de verfer feulement en vue chofe, amp;nbsp;ne difiraire leurfantafie en dinerfes pen-fees, il leur Ota le dart amp;nbsp;la fiefehe, amp;nbsp;ordonna quâils combatiïlent feulement anec le corcelet,lc bouclier,amp; lâefpec.Et fit fi bicn,qnâcn peu de tems ils eurent le coeur pront, on à combatte les ennemis, on à confefTer ( sâils ne faifoient leur denoir ) dâeftre inutiles amp;
anoir efte ennoyez pour néant,qui eft vn reproche fort defplaifant à cens
DEXENOPHON. LIVRE IL 41
à cens qui fe fentent nâedre nourriz à autre fin, finon pour défendre cens quiles nourrifient.Dâautre part connoifiant que les hommes sâcxercitent volontiers es enures ou il y ha quelque contention de gloire, ou lâvn fait à lâenui de lâautre, il fit des ordonnances pour les faire combatte en toutes les chofes que doit fauoirvn gendarme. A fauoir comme chacun fe deuoit porter en fon endroit , que le fimple foldat fuft obéilTant à fon fuperieur, pront à trauailler, hardi à entrer en toutes chofes perilleufes, fachant garder lâordonnance, braue amp;nbsp;fier ans armes, amp;nbsp;ambicieus en tout ce quâil entreprendra. Que le Cinquenier full de fa perfonne tresbon 2etts Je prif, gendarme amp;nbsp;sâefforçait de rendre fes quatre compagnons fembla- er ordonan bles à lui : le Dizenier fa dizeine :1e Caporal fa bende : le Cente- cw. nier facenteine:leCapitcine de mille hommes fans reprehenfion mill peine aiiec toute diligence de faire fon deuoir entiers cens qui ont charge fous lui, à fin quâvn chacun full obéilTant à fes fiipe-rieurs. Etpour mieusles attirerà bien par honneurs amp;nbsp;profit s, il propofa des dons à tous les degrez de gendarmerie, amp;nbsp;promit aus Centeniers de les faire Capiteines de mille hommes filesfoldats de leurs compagnies fe montroient vertueus : ans Caporaus de les faire Centeniers,sâils enfèignoient bien leurs bendes: aus bons Di-zeniers de les faire Caporaus : amp;: ans bons Cinqueniers de les mettre au nombre des Dizeniers. Pareillement ans fimples foldats les . . faire monter au degré des Cinqueniers, sâils eftoient gens de bien au fait de guerre. Et la premiere chofe quâil ordonna à cens à qui il donnoit quelque charge en fon camp, elToit de fe faire obéir amp;nbsp;ay-mer de leurs gens : amp;nbsp;auec plufieurs autres honneurs quâil leur dc-partit,leur propofa trefgrandes efperances amp;nbsp;grande loucnge, fi au teins à venir quelque haut bien fe venoit ofrir. Dâauantage con-flitua à chacune côpagnie, Efquadre, Dizeine, ou Cinqueine, cer-teines recompenfes de vicloire,sâils fe montroient obéûlans à leurs fuperieurs, amp;: executoient prontement leur charge , telles que lâon peut départir à vne multitude conuenablement. Voila ce quâil ordonna, amp;en quoy ilfaifoit exerciter fon armee. Dâautre part fit LeLe^if,O^ faire des tentes pour fes gens félon Je nombre de fes Centeniers, traJernent, allez grandes pour loger toute leur compagnie. Et pource que chaque compagnie de Centenier eftoit de cent compagnons, ils clloient félon leurs ordres logez tous enfemble, ce quâil eftimoit deuoir eftre grandement proHtable:pource quâils verroient le traitement lâvn de lâautre fans aucune diference qui les deuil faire plcindre, amp;nbsp;dont ils pnllent sâexeufer sâils fe portoient lafcheinent contre leurs ennemis, ou prétendre dâauoir efté plus maltraitez
f que
4X nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
queles autres,ioinc que par ce moyen ils sâentreconnoîtroient Tvn lâautre, amp;nbsp;de honte de leurs compagnons sâahftiendroieiit de faire aucun afte deshonnefte, à caufe que les hommes inconnuz amp;nbsp;cachez font communément plus enclins à oifiueté ^ comme cens qui font en tenebres. Dont auiendroit aufsi que par telle conuerfa-cion les foldats feroient plus dili^cns à £;arder les ordonnances amp;nbsp;plus aifcz a renger : puis que les Centurions auoicnt toutes leurs bendes logees près de leur perfonne, à fin que fi le camp marchoit par bendes quâon le pull aifement faire, pareillement les Capo-raus leurs gens, les Dizeniers leurs dizeines, amp;nbsp;les Cinqueniers leur nombre. Or il iugeoit que la diligence,dont lâon vferoit «à bien reigler les foldats fous chacun Chef feroit,quâils ne fe mettroient fi aisément en defroy, amp;nbsp;fi par malheur ils y elloient mis, facilement pourroient retourner en bon ordre : tout ainfi que les pierres de raille,charpentericSjamp; bois meniiifez,qui par fois font defioints amp;nbsp;défaits, penuent fans dificulté eftre râaflemblez à caufe des marques qui montrent en quel lieu chacune piece doit eftre mife. Il trouiioic aufsi vu merueilleus profit en telle comunicacion, pour-autant quâils sâentraymeroient lâvn lâautre, amp;nbsp;ne sâabandonne* roient fi tôt : comme lâon voit les beftes nourries cnfemblc regretter amp;nbsp;demader leurs compagnes dâvu grand defir, fi par force quelle erauML quâvu les ha otees, ou fcparees. Cyrus fit encorâ vnc autre tref-bonne amp;profîtable ordonnance, quâaucun ne vinft diner, fouper, ou prendre fou repas en quelque l'orte que ce fuft,quâil nâuft premièrement pris de lâexercice iufques à hier, amp;lcs menoit lui mef-mes à la challe,letter la barre,luiter, ou inuentoit des ieus pour les fiiire trauailler : ou bien sâil auoit quelque chofe à faire, il les met-toit fi chaudement en enure quâils ne retournoient pas fansfuer: ce cjuâil penfoit eftre bon à merueillesâ, fuft pour les faire manger anec plus grand plaifir, ou pour conferuer leur fauté, ou pour durer miens an tranaii, lequel lui fembloit rendre les hommes plus dons amp;nbsp;traitables, comme il anient des chenans qui en tranaillant founent cnfemble deniennent plus dons en compagnie. Dâananta-ge cens qui fe fententexercitez amp;nbsp;dilpos font plus fierS contre les' anerfaircs j amp;nbsp;combatent aueciplus grande afinrance. An demon-' rant Cyrus auoit fait faire pour foy vu panillon bien grand ,,quiJ cftoit large amp;nbsp;fnfifant'ponr receuoir tous cens quâil vouloir con-uier à fa table: Car fonuent il faifoit fouper les Centeniers anec lui, félon lâoportunité du tems quâils ponnoient anoir, les Capo-rans, Dizeniers, Cinqueniers, amp;nbsp;fimples foldats : amp;nbsp;quelquetois cinq,dix,vintcniq,ou cent à la foisjqni eftoit vne compagnie.Aiiéc : nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;celÃ
D E X E N o P H o N. LIVRE IT. 4 cela il honoroit foiiuent cens aufqucls il voyait faire quelque cho-fc qui lui fuà agréable. Les viandes dont il les faifoit feruir eftoient de mefme les fiennes, amp;nbsp;donnoit égalé portion aus Cominiflaires amp;nbsp;autres Oficiers qui auoient charge desmunicions amp;nbsp;vîntes au camp J lefquels il vouloit amp;nbsp;eftimoit deuoir eftre honorez tout ainfi que les Heraus amp;nbsp;Embafladeurs. Car il faloit quâils fiiflcnt fideles entendans les afaires de guerre^ fins, rufez,hardiz,pronts, amp;nbsp;non parefleus,prefts à executer toutes chofes, amp;nbsp;coferuer les biens des bons gendarmes, afin quâils nâayent ocafion de refufer, ou fc montrer tardifs à faire les commandemens du Prince.
Comme Cyrus deuifoit vracieufement duec fes Caffiteines, ^ des cotes quâils lui firent par ioyeufetépour lui donner plaiÃr.
CH AP. v.
Vtre les ordonnances fufdites, Cyrus, eftant en fon pauillon auec fes gens conuicz, mettoit toute diligence à les faire viure amiablement, que leurs deuiz fuirent gracieus, honnefles, amp;nbsp;incitaflent leurs compagnons à vertu. Car il fe inettoit fouuent à deuifer auec eus : inefmes citant vn iour tombe en propos leur demanda, comme fe por-toient les autres Perfes de leurs compagnies, amp;nbsp;sâils faifoient mal leur deuoir pour nâauoir elle infhtuez comme eus, amp;nbsp;s dire non-licitement adonnez au fait delà guerre, ou sâils eftoient pareils, tant en la façon de viure, quâà manier les armes. Lors vn des prin-cipaus Homotimes nomme Hyftafpc lui refpondit, que quant aus ennemis il ne fauoit comme ils fi deuoient porter.-mais en la façon de viure,il fauoit par experience, quâil y en auoit de fachens,lt;amp; mal apris. Et lui raconta dâvu compagnon Perfe, comme vn iour que Cyaxare auoit donné la chair des facrifices à chacune compagnie enfi grande quantité,que chacun foldat en deuoit auoir trois pieces ou plus, le Cuifinier commençant au Centenier alloit tout à lâentour de la compagnie diftribuant les viandes ; mais quand ce vint au fécond mets,que le Centenier eut commande de commencer au dernier, amp;diftribuer les viandes à rebours, ce compagnon fort fâché, sâeferia allez haut, difant quâil nây auoit point dâégalité en cel3,pourautant que Ion ne commençoit iamais à cens qui font au milieu commelui. Dont le Centenier cfmu iâauoit fait venir près de lui,afin quâil choifit quelque bon lopin de ch^inmais ayant dâauauture mis la maiu fur vue petite piece, il fe defpita en difant:
} nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fi En
LA CYROPEDIE
En maPheure fuis ie venu icy ! Derechef le Centenier lâauoit apaisé J difant quâau troifieme mets il feroit commencer la diftrihucion par lui j à fin quâil print le plus gros morceau à fon plaifir : ce quâil fit à la troifieme fois, amp;nbsp;lors pource que dâauantureil auoit mis la main fur vne petite piece, iilalaiffa,penfant en reprendre vne autre. Mais le Cuifinier eftimant quâil nâen vouluft plus, sâeftoit aiiancc aus autres deuant quâil en eu II choifî vne plus grande, tellement que le poure commença à fe defpiter fi fort, quâil ietta fit chair amp;nbsp;fon brouet par terre, fe courrouçant amerement de fa grande infortune auenuc : dont le Caporal prochein à lui frapant des mains auoit fait vne grande rifee, amp;nbsp;le Centenier mefme qui faifoit ce conte^feingnoit de toufsir,ne fe ponuant tenir de rire : amp;nbsp;promit de montrer le perfonnage à Cyrus. Apres que toute la compagnie eut allez ris de ce nouuean conte, vu autre Centenier fit le fieu dâvu lourdaut,difant,quâvn iour pendant quâil enfeignoit vne defes bendes à marcher en bataille, félon ce que leur Prince Cyrus les auoit inllruiz , amp;nbsp;de long tems acoutumez, il auoit mis vu Caporal en telle, amp;nbsp;vnicunehomme auprès de lui, amp;nbsp;les autres en leur ordre. Quand il eut fait fine ans copagnons demar-cher,ce icune homme lailfant fon Caporal amp;fes compagnons derrière sâeftoit anancé de marcher feul vers lui, amp;nbsp;difoit «à fes compagnons, que le Centenier les apeUoit,tellement quâil y allèrent tous apres Iui,laiirant leur Caporal à la queue. Mais apres que le Caporal (voyant le defordre) eut commandé quâils reuinflent en leurs places,les foldats furent marriz, difans quâils ne fauoient auquel il faloit obéir, puis que lâvn commandoit de marcher, lâautre de sâar-refter. Sur quoy le Centenier apres les auoir remis en arroy, leur auoit lait commandement,de ne bouger iamais de leur place quâils ne vifient marcher leur Caporal ,amp; le fuiure incontinent. Derechef raconta, quâvue fois voulant enuoyer des lettres quâil auoit efcrites à famaifon, par vu mclîager qui alloit en Perfe,il auoit commandé à vn de fes Caporaus, qui fauoit ou elles eftoient, les aller quérir en fon pauillon en diligence. Quand ceieune homme amp;nbsp;toute la bende virent courir leur Caporal vers les tentes ils fe mirent tous à courir apres auec leurs haubergeons amp;nbsp;efpees,amp; re-uindrent enfemble portans les lettres au Centenier, que le Caporal lui prefenta, difant, Capiteine voilà comme ma bende execute vos cômandemens.Tous les afsiftans feprindrent à rire amp;nbsp;moquer de tant de meftagers armez pour vne lettre, mais Cyrus fe mit à les louer,amp; fit vne cxclamacion en riant ; O mon Dieu,quels compagnons allons nous ! Eft il pofsible dâen trouuer de pareils, vu que pour
DE XENOPHON. .LIVRE IL 45 pour peu de viande quâon leur donne ils deuiennent fi bons amis amp;nbsp;obéiflans à leurs Capiteines, quâils fe mettent à obéir allant que fauolr ce quâon leur commande! Et certeinement ie ne fay fi on en pourroit defirer de meilleurs que ceus cy. Orilyauoit dedenslc pauillon de Cyrus vn Capiteine nommé Aglaïtadc.homme aiifte-re amp;malplaifant,qui demanda à Cyrus ^ sâil aioutoit foy à tout ce que ces plaifanteurs lui difoient. 11 refpondit quâoui, amp;nbsp;ne penfoit pas quâils vouluflent mentir à leur efcient. à qiioy il répliqua, quâils nédifoient vérité, mais comme baiiarz amp;nbsp;vanteurs auoient controuiiez ces nouiielles pour le faire rire.Cyrtis fe montra cfmu de ces paroles amp;nbsp;lui dift, quâil nâapeUaft point ceus là vanteurs ; car le non de vanteur eft propre à ceus qui fe font plus forts amp;nbsp;plus riches quâils ne font,amp; promettent de faire plus quâils ne peuuent, en intencion de gagnerlt;juelque chofe:mais ceus qui donnoient plaifir à table à leurs amis,ne racontoient tels propos fous efperan-^® ^^ o^g^c'^ gt;nbsp;ny pour endommager autrui, ains par ioyeufeté amp;nbsp;raillerie, tellement quâils deuoient plurtot eftre apeUez gens de bonefprit amp;nbsp;récréatifs, quâarrogans ny vanteurs. Quand Cyrus eut ainfi parlé en faneur de ceus qui le faifoient rire, le Cente-nier qui auoit faitle dernier conte dit à Aglaïtade:Si nous cuisions contre ta volonté taché de te faire pleurer, comme font quelques Muficiens, amp;nbsp;Orateurs, qui par douloreufes chanfons amp;nbsp;paroles engendrent au cÅur des »eus mélancolie,tu aurois raifon de nous reprcdre,vù que tu nous defprifes de ce que nous nous fommes efforcez de te refiouir fans te faire aucun defplaifir. Aglaïtade refpondit, quâil ne les dcfprifoit fans caufc,pource que ceus qui font pleurer autrui font plus à elhimer, que ceus qui les font rire : car il fa-uoit lui mefme, sâil eftoit home de raifon, que les peres enfeignent miens la temperance à leurs enfans par lamentacions,qne par cho-fes ridicules. Pareillement les précepteurs amp;nbsp;les loix par pleurs amp;nbsp;chatimens enfeignent les fciences amp;nbsp;indice à leurs difciples amp;nbsp;citoyens ,amp; non par raillerie. Dâanantage quelesplaifantenrsnâe-ftoient vtiles, ny à la fanté du corps ny à rendre les hommes plus prudens au gounernement dâvne maifon,ou République. Lors Hydafpe vn des principalis Capiteines refpondit: Si tu me vens croire, compagnon, tu enfeigneras ce pleurer tant precieus amp;nbsp;vtilc à nos ennemis ,amp; nous lerrascerire qui eft fi vil amp;nbsp;inutile entre nos amis. Et à canfe que tu en dois aiioir grande abondance en ton cÅur,ne lâayant confumé,ny auec tes amis,ny aiiec les eftran-Sers,tunous pens bien faire ce plaifir de rire vne fois pour lâamour de nous. Rire, moy ! dit Aglaïtade : penfez vous me faire refiouir?
f 3 Non
4lt;5' nbsp;nbsp;nbsp;.11 LA C Y. R 0 P E D, I E
Non dcajdit le Centenicr, par lupiter : Car il feroit plus aifc de ti* rer du feu de ton cÅur ^ que le ris. De cette refponfe les afsiftans fc prindrentà rire connoiflans fa nature,amp; Aglaïtadeincfmefourioit vu peu.Dont Cyrus le voyant quelque peu rougir, fe moquant tea ça le Capiteiile, difant quâil auoit eu grand tort ide forcer ainfi la nature dâvu homme graue amp;nbsp;condant, le voulant induire à rire^vu quâil eftoit ennemi de toute ioyeufetc. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i
}â Le Confer! de Cyrta auecfs^ens, sâilfaloit recompenfer les fot-dats egalement,ou felonie mefire d'i/n chacun, chap. vi.
Près que ces propos furent finiz par plufîeurs brocars amp;nbsp;rifees, Chryfante lâvn des plus fageJ Centeniers, voulut mettre en deliberacion quelque meilleur deuiz,»St parla en telle manière : ray des longtems coufideré. Sire, auecmes compagnons, que nous anons tiré hors du pais beau
Comme leu doit dtîlri-luer le lutin entre les foldats.
coup de gens de diuers cfpritz vaillans amp;nbsp;çouarzgt;dontles vus font dings de beaucoup de biens, les autres de,peu; Toutefois!sâil auc-, îioit que, nous eufsions quelque grandevicloipe fur nos ennemis,!! nây ha honnne qui ne vonluftauoir auGi bonnepart du butin, que leplus vaillant de lâarmce. A cette caufe iç vous demande, fi vous nâedimez pas comme moy, que ce foit la plus defraifonnablc amp;nbsp;nuque chofe du monde, de recompenfer egalement le couart amp;nbsp;le vaillant compagnon. Vraymcntjdit Cyrus,ce point mérite dâedre bien amp;nbsp;au long enten,dn. Nâefles vous pas dâams que nous lacions venir tous nos gens au confeil/pour leur demander ce quâils edi-mentle meilleur, (fi quelque grand bien fe vient ofrir apres nos labeurs ) ou de recompenfer les compagnons egalement, ou de guerdonner vn chacun félon fes merites. Quâed il befoin,dit Chry-fante, dâen demander lâauis des gendarmes ? Ne fufira il pas de leur finifier que vous le voulez ainfi,vu que vous auez aufsi ordonné les pris aus veincucurs en.tous les exercices de guerre ? Nenni, dit Cyrus : car les chpfesne font pas ferablables, amp;nbsp;y ha grande dife-rençe. Ãarûls edhnentee quâils gagneront à la guerre, leun edre commun , amp;nbsp;apartenant à eus de bon droit ; mais la puiflance de commander mâapartienticomme à fils de Roy, amp;nbsp;lâay aporteeen Portant du pais, de forte quâils ne penferont que ie leur faÃe tort, en leur baillant tels Chefs amp;nbsp;Gouuerneurs que bon mefemble. Ãommçnf 1 â^â'^ Chryfante,penfez vous que cette multitude afiem-bUe-doiiieiuger j que les dons de la vdton efe départent â ccusiqui .,4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;micus
D E X E N o P H o N. â L I V R E IL 47 miens auront combatn ? amp;nbsp;non pluftot que tont foit également départi entrâeus ? Certeinement iele penfe j dit Cyrus ^ amp;nbsp;ne croy pas quâil y ayt lionime de fi ponre ingement, qui ne connoiffe eftre raifonnablcj que cens qui trauaillent le plus amp;nbsp;font plus de bien en commun.foient miens guerdonnez que les antres.Danantage^cet-tèinegalité de dons fera profitable anS lafehes amp;nbsp;timides j pour les ' faire deuenir bons amp;nbsp;bardiz. Parqùoy Cyrus Vouloit faire publiquement cette dcHberacionjcftiniant que par ce moyen les Homo-times amp;nbsp;sens dâhonneur deuiedroient meilleurs, amp;nbsp;sâeftofeetoient dé montrer en eus quelque enfeigne de plus grande vertu, voyans quâils feroient guerdonnez félon leurs faits,amp; reccuroient dîne re-compenfe de leurs trauans. Et de fait penfoit que le terns full: opor-tun de propofer Cette deliberation'au commun ; mà is Itt Genfis* homeftes en elloient mafriz, creingnans eftté réduiz S'lâégalité populaire, amp;nbsp;enflent voulu cette deliberacion eftre faite par Cens qui eftoient dedens le pauillon ,amp; décrétée par Celui quiferoit le plus fagc : tellement quâil y eut vn des Centeniers qui dillen riant pour lediuertirde ce propos : le connois vn compagnon du campjà qui cette égalité defplait meruéilleufemcnt;qui eft de notre chambrée; amp;nbsp;veut tOufiours auoir phls qnc lés autres. Comment f i!ir vn antre, amp;nbsp;des peines aiifsiâ? Non vraymCnt, dit il , amp;nbsp;eh Cela ic fuis menteur : car le galand 'eft'tOufionrsâ cc/ntent quVn autre aitplus de labeur plus de malaife quelui,maisnon de bieris. A cela refpoil-dir Cyrus, ie fuis dâauls, puis que nous voulons auoir des foldats bons amp;nbsp;obeidans, que cens qui fc tronueront eftre de la forte qlie tu racontes foient challez de notre armee comme inutiles Ãtadon nez à oifincté.i Car tommuncnlent les gendarmes font enclins d faire tout ce quâon leur móritre. Dont Cens' qui font vaillans amp;nbsp;bons meinent les autréS à vertu , lés mefehan's à nialamp; an vice. Et delà il aillent que les mefehans treunent plus de compa^nOhs que les bons, à caufe des voluptcè amp;nbsp;allechemens que leur mefehance-tc leur montre, lefqnelles font fi foudeincs amp;nbsp;prégnantes qnela plus part des hommes fe laillcnt attirer apres elles.â Au contraire la vertu tendant à chofes'ardnes ne montre point de volüptc ptefen-te, ^nâéftpas fî'pinflânte quâellepuifle dû premier coup tirer à foy ,â principalement tpiand il y ÃnÃà dâautrésâ iqui induifciit à plai- â.,, ,, fir. Au moyen dequoy qilatid ils fob t dénenui; méfehanfpar oifi- ,,. ,.,i i-.i, uetéamp;fuite des ttauaûs, ils font pires que les guefpes ou taôns, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;-
qui veulent fans rien faire dpuórer le labeur des bonnes auettes. -,â ? G litre, cens qui font lafehes à trauailler amp;nbsp;hardiz à gagner,'fe font nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vj lt;nbsp;â¢-gt;
incontiiieiieâchéf? 'de toutes afefthaiïcctez j car ils tâchent de . 3-.
J nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;sâenrichir
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LA C Y ROPEDIE
elecâon d'hommes.
* Lthaclon cet hne façon dhono-r tries oteus çf/se les anciens auoiet acoutstméde faire en ref fandant du quot;yin en terre , (^ hu-uat le refe.
sâenrichir par mefehans moyens amp;nbsp;les enfeignent ans autres,amp; leur montrent par experience comme les mefehans fe font riches tous lesiours. Umcfemble donq que fans aucune mifcricordc tels fol-dats doiuent eftre caflez. Et continuant fon propos les aiiertit que sâil faloit remplir leur compagnie degens de guerre, ils ne regar-daflent tant à les prendre de leur propre cité, comme à choifir les meilleurs de quelque nacion quâils fuflent, pouruu quâils euflent force amp;nbsp;vertu pour faire honneur à la compagnie : tout ainfi que lâon ne sâarrefte pas à prendre des cheuaus de fon païs, mais de quelque part quâils foient,bons,pronts,amp; hardiz.Et tout ainfi que le chariot ne peut eftre vite fi les cheuaus atclez font retifs amp;nbsp;pc-fans, aufsi lâhomme ne peut eftre iufte en compagnie dâhommes iniuftes,ny vne maifon bien gouiiernee ou il y ha de mefehas ferui-tcurs,amp; vaudroit miens sâen palier que dâeftre mal ferui.Et conclud que en les challantde leur compagnie non feulement lonauroit ce profit de voir les mefehans dehors : mais cens qui demourroient effaceroient la male tache quâils auroient prifc,les bons ne feroient en danger dâeftre gâtez, amp;nbsp;sâefiouiflans de voir ainfi difamer les mefehans sâadonneroient plus viuement à vertu. Apres que Cyrus eut ainfi parlé, Ãc que la compagnie eut confenti à fon opinion, il fe mit à gaudir amp;nbsp;moquer de cens quâil entendoit auoir quelque vice, amp;nbsp;principalement dâvu Sambaule Centenier , qui menoit toufiours amp;faifoit feoirpres de foy vn hommevcluamp; diforme au pofsible, lui demandant fi à la manière des Grecs, il menoit ce bel amoureus en tous liens, amp;nbsp;le faifoit feoir près de lui. 11 refpondit quâoui, amp;cftoit ioyeus de lâauoir auprès de.foy. Par quel moyen, dit quelqnâvn, ce bel homme ha il gagné ton amour ? Ponree, dit il,quâà tontes les fois queielâapelle, foit deiour ou de nuit, il vient courant à moy, amp;nbsp;eft fi diligent à mâobeïr quâil ne fait rien fans fuer : Dâauantagcil ha montré à cesDizeniers icy, non pas depa. rôle mais de fait, comment ils fe doiuent gonnerner au fait de guer re. Lors vn de la compagnie dit : Pourquoy donq ne le baife tu comme tes confins, puis quâil eft fi vertuens? Et ce laid homme refpondit ; Pource quâil nâayme point à tranailler : car sâil aymoit le labeur, la peine quâil auroit à me baifer vne feule fois, fufiroit pout tons les exercices quâil fanroit prendre. A celà toute la compagnie fe print .à rire,amp; à blafonncr tous lesdens. Finablement ayans con fumé la iournee en diners propos tant dechofes graues, que de plaifantes amp;nbsp;ridicuies,firët *libacion par trois fois,prians les Diens leur donner ce qui feroit bon amp;nbsp;couuenable pour eus : amp;nbsp;lâafiem-blee départie, chacun sâen alla repofer en fon quartier. Le matin enfuinant
DE XENOPHON. LIVRE IL
45».
enfumant Cyrus âtaflembler tous fes gens, amp;nbsp;parla à eus enteile manière:
ilayen^ue de Cyrus à tout fon camp, ^ Fauu de Ctyfante ^ de Feraule fur ce que Cyrus auoit proposé, ^ ce qui en fut conclu. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A P. vit.
Refchers amis, la bataille sâaproclie, les ennemis sâen viennent, laiournee nous prelle, en laquelle faudra à chacun faire elpreuiie de fa vertu. Si la vidoire eft notre, les perfonnes amp;nbsp;les biens des auerfaircs feront à nous pour recompenfe de nos ____labeurs : Pareillement fi nous la perdons,auec la perce delà bataille, tous nos biens feront ans veincueurs, leveus tant feulement vous auertir d vue chofe, que fi en venant à la mef-lee, chacun de vous fe veut porter prudemment, amp;nbsp;fe fier fur foy mefme,vous ferez merueilles,amp; ferez vidorieus. Mais fi vous vous ainufez à regarder lâvn lâautre, amp;nbsp;atendez quâvn autre combate pour vous,fuians le trauail comme parefîeus,certeinement tous les malheurs du monde tomberont fur vous. Car la iuflice de Dieu ha ordonné, qne cens qui nefauent trauailler pour aquerir des biens,foient fuietz à cens qui le fanent faire.Parquoy quelquâvn de vous fe leuc, qui fache difeuter par quel moyen Ion peut miens exercer la vertu : ou en ordonnant, qne cens qui trauailleront le plus,amp; entreront en plus grans dangers, ayent plus de recompenfe amp;nbsp;dâhonneur que les autres : on qne le butin de la guerre fe departe egalement entre tous, amp;nbsp;nây ayt aucune diference entre les conarz amp;vertueus compagnons.
Ces paroles finies Chiyfante fe leua,qni cfloit lâvn des Homoti-mes,ne de grande corpnlencc,ne de grandâforce,mais rempli dâvne finguliere prudence, amp;nbsp;dift ainfi : Penfez vous qne iâeftime, Sire, que vous demandez leur opinion, fansyauoir denantpensc, pour falloir fi Ion doit traiter egalement les bons amp;nbsp;les mauuais? amp;nbsp;non pluftotqne veuillez efTayer dâentendre, sâil y ha aucun fi fot, amp;fi ignorant des afaires du monde,qui veuille participer en rien faifant à ce que les antres aqnerronc par vertnâMais de moy,combien que ienefois ny robufledebras,ny vitedeiambes, amp;des chofes queie feray de ma perfonne, ienevueillc eftreeftimcle premieren titre dâhomme fort amp;nbsp;vaillant,ny le fecond,ny le millième, parananture ny lâvn de dix mille : fi ây ie toutefois ferme cfperance, que fi les vaillans hommes font leur deuoir, ie feray participant de quelque
(éefment hommes jui en rejpet oie leurs races.
ou pour autre ocaÃo e-foient corne compagnes du rrmee.
LA CYROPEDIE
bien, félon quâil apartiendra par raifon. Mais fi les parefieus amp;nbsp;inutiles ne font rien , amp;nbsp;que les bons y aillent aufsi froidement, iâay grand peur dây gagner plus de mal à ma part, que ie nevoudrois. Ayant Cbryfante ainfi parle, Fcraule qui efloit homme populaire amp;nbsp;de bas lieu entre les Perfes, mais de ieunefle familier amp;nbsp;agréable à Cyrus,dâautre part beau,fort,gracieus,lt;Sc qui donnoit de foy cer-teines enfeignes dâvn coeur noble amp;nbsp;hardi,cômença à parler ainfi:
le croy cerceincmcc,Sire, amp;nbsp;vous compagnons Perfes,que nous fommes tous egalement apellezà vne efpreuue amp;nbsp;contencionde vertu, par ce que nous fommes tous dâvue mefme nourriture, honorez dâvne mefme conuerfacion , ayant deuant les yens vnc mefme reigle de viure,qui eft dâobéir aus Capiteines, en quoy celui qui le fait volontiers eft honoré de Cyrus. Dâauantage fc montrer fort amp;nbsp;hardi contre les auerfaires eft vne chofenon moins conuenablc à lâvn quâlt;à lâautre .'mais à tous egalement necefTaire amp;nbsp;duifante. Or meintenaut lon nous prefente vn combat, auquel de nature chacun eft allez inftruit, tout ainfi que lon voit les animaus auoir de nature vne forte de combatre quâils nâont point aprife dâautrui, comme le Beuf combat des corncs,le Chenal du pic, le Chien de la gueule, le Sanglier des defenfes : auec lefqueJles ils fanent aufsi naturellement fe garder des chofes à eus contraires fans lâinftruccion dâaucun précepteur : mefme les enfaus ont quelque manière de de-fenfe quand on les veut batre, amp;nbsp;ne furt que mettre les deus mains au deuant, par faute dâautre thofe pour empefeher cens qui les bâtent-: Ce quâils nâont point apris par aucune difeipline, (carfou-uentils font puniz feulement pourrempefehemet quâils donnent à cens qui les bâtent) mais fculemct par lâinftinft dcNaturc. Et me fouuient quâeu mon enfance ie prenois vn couteau, ou cfpee, en quelque part que iela trouuafle, fans autrement auoir apris comme il la faloit empongner finon par nature, amp;nbsp;tout ainfi que naturellement ie faifois pluficurs autres chofes qui mâeftoient défendues parles parens, aufsi frapois ie de ceglaiuc tout ce que lepou-nois ateindre au defçu dâeus : Car ces afeccions ne font pas feulement nees en nous auec la nature, comme eft le cheminer amp;nbsp;courir : mais aufsi aeompagnees des le commencement dâvne mcrueil-leufe volupté à les faire. A cette caufe puis que le combatre eftplus tôt vne action de naturelle alacrité , que dâaucun artifice, ou do-ftrine aquife, pourquoy ne prendrons nous plaifir à debatre auec les Homotimes de notre honneur, pour falloir fi les pris de vertu feront egaus ? Bien eft vray que fi nous voulons du tout nous com parer à eus,Iesrecompenfçs dçstrauausne fe trouueront iamais ' pareilles
DE XENOPHON. LIVRE II. ^t pareilles ans leurs ; Car la vie des Homotimes fera honorable amp;nbsp;pleine de contentement, la notre labourieufe amp;nbsp;fans honneur,qui à mon iugement eft trefgrieue amp;nbsp;pleine de fâcherie. Toutefois vne chofe feule mâincite grandement à entreprendre ce débat de vertu auec eus,câet que Cyrus en fera luge qui ne iuge point par enuie: Ãc tien pour certeln (iâen apelle les Diens à tefmoins)quâil ayme com me foymefme cens quâil conoit eftre vertneus, amp;nbsp;prend plus grand plaifir à leur donner ce quâil ha,quâà le retenir pour foy .le nâignore pas aufsi que les Homotimes font hauteins amp;nbsp;glorieus, à caufe quâils fe fentent endodrinez à fonfrir faim, foif, froit, amp;nbsp;chant: mais ils ne fanent pas que nous avions apris celà mefme par vn plus grand précepteur quâils nâont, câetadire par la Necefsité, qui nous ha diligemment enfeignez, laquelle eft beaucoup plus vigoreufe à inftruirequcpasvndâeus.lls fe font exercitez à trauailler en portant les armes, lefqnelles on ha inuentees dâvne façon quâon les peut fort aisément porter. Mais nous auons efte touGours con-treins de marcher amp;nbsp;courir auec grans fardeaus, tellement que les armes par acoutumance me femblent pluftot feruir dâailes que dâempefehement, amp;nbsp;me font beaucoup plus plaifantes que facheu-fcs. Parquoy foyez certein , Sire, queie feray pront a combatte amp;nbsp;faire fait dâarmes, comme celui qui eftinie vu chacun deuoir eftre gnerdonné félon fes merites. Et vous mes compagnons popular res, entreprenez hardiment cette contencion de vertu contre cens cy, qui fe vantent dâeftre fl bien inftruiz à combatte amp;endoftri-nez en toutes accions vertueufes. Car iâefpere vous voir pareils à eus, en toutes les chofes que vous ferez pour aqucrir loucngc, par la vertu de vos armes.
Les Ãrdtdgemcs yi^Hc les Cafiteines de Cyrus faifoient en exer-
citant leurs bendes aus armes.
C H A P. V t I I.
ï'VantFeraule eut aiufi parlé, pluGcurs autres fe §I leuerent,qui fauorifoient à tous les deus en leurs opinions. Finablement il fut conclu, que chacun feroit honoré amp;nbsp;su ordonne comme il meri* terolt, amp;nbsp;Cyrus en feroit le feul luge. Apres celà âjlcs Ãapiteines ne tachoiet linon à exerciter leurs gens à faire toutes enures apartenantes à la difeipline militaire, amp;nbsp;Cyrus falfoit par fois fouperauee lui toute vne compagnie auec fou Centenier. Vn de ces condn£tenrs diuifa vn iour fa compagnie «n deus, pour les faire combatte enfembU, faifant à tous porter g i leurs
⢠âLA CYROPEDIE
*A(JXlt;âf Ãfn-Ãe JquaJre, ou iencle de xx^. hommes, ^lu eà le ^aart ttu ne copa^nie lai^iseUe lors neÃoit t^ue de cent hom mes : \c)(x-yès le Caporal.
leurs corfclets amp;nbsp;efeuz^ amp;nbsp;à jâvue moitié de gros batons,aus autres commanda ietter des pierres contre lâautre moitié. Quand ils furent amfi rengez amp;nbsp;que le Centenier eut donné le fine de commencer lâefcarmouchej cens cy commencèrent à ietter leurs pier-reSj en forte quâils en touchèrent beaucoup de lâautre moitié fur la cuiralle ou fur lâefcu, amp;en bleccrent aucuns aus iaïubes «Sc ans cuilTes : Mais quand ils vindrent à la meflee, ceus qui auoient des batons amp;nbsp;qui premièrement auoient efté frapez traitèrent les autres fort rudement,les frapans à grans coups fur les bras^ greues,amp; cuifleSjfur le col «5c les reins aufsi, quand ils fe baifioient pour pren dre des pierres j amp;nbsp;les chafierent fort lourdement auec vue grande rifee «Sc plaifir. Depuis ayans rechangé leurs armes ^ ceus qui prin-drent les batons firent le femblable à ceus qui les auoient batuz auec les pierres. De cet esbatemênt Cyrus fut fort ioyeus, «Sclona non feulement lâinueucion du Centenier j mais lâobéillance des foldats J de ce que tout cnfemblc ils sâexercitoient «Sc fe courrou-çoicntjsâefiouilîant de voir viftoricus ceus qui imitoient la manière de combatte des Perfes : de forte quâil les fit tous fouper auec lui. Et voyant dedens le panillon aucuns qui auoient les bras ou ïambes lieeSjlcur demada ce quâils auoient.Ils dirent^que câertoient coups de pierre iettez de loin j amp;nbsp;que le combat de près (que lon failoit à coups de baton) nâeftoit quâvn pafletems au regard du iet des pierres. An contraire ceus qui auoient efté marquez à coups de baton montrans leurs bleçurcs ans mains, an col, amp;. an vifage, crioyent quâil nây anoit point dâcsbat à combatte de pres,amp;: que ce nâelloit quâvn ien dâenfà ns de ruer des pierres an pris des coups de baton dont ils eftoient blecez. La rifee de cette difpute fut grande: mais les iours enfüiuans fi quelque meilleur afairene les te-noit, tonte la campagne elloit amufee à tels esbatemens. Vn autre des Centeniers teuenant vn iour de la riuicre menoie fes gens rengez vn à vn à durer, amp;nbsp;quand il lui fembloit heure commandoit a les Caporaus ramener la fécond*efqnadre, la troifieme «Sc quatrième en telle, tellement que les quatre bendes de la compagnie eftoient incontinent rengees enfemblc amp;nbsp;les Caporaus ioints en telle. Lors fi bon lui fembloit, commandoit a chaque Caporal faire marcher fa bende à deus, ce qui elloit incontinent fait,car les Dizeniers de la premiere bende feioingnoient ayans leurs dizei-nes apres eus, ainfi faifoient ceus de la fécondé à leur queue, «Sc ceus de la troifieme «Sc quatrième pareillement. Derechet voyant lâheure oportune, commandoit aux Caporaus mener leurs bendes à quatre, amp;nbsp;incontinent les Cinqneniers feioingnoient de chaque bende
DE XENOPHON. LIVRE
bende amp;nbsp;leurs gens après eus, tellement quâils marchoient quatre à quatre. Par ainfi sâexercitoient à changer deforme, amp;nbsp;à faire le limaçon anec toute la compagnie à fin de combatte de tous cotez. Mais quand il fut à la porte dupauillon il leur commanda marcher deus .à deus , dont le premier Caporal entra dedens à deus ayant la fécondé bende à fa queue ^ amp;nbsp;le troifiemc amp;nbsp;quatrième y entrèrent en mefine ordonnance^ amp;nbsp;tout ainfi quâils y entroient ils fe rengoient à table pour fouper. Laquelle difeipline amp;nbsp;infiruc-cionjoint la prontitude amp;nbsp;obéiflance des foldats^ fut grandement prifee par Cyrus, qui les receut tous à banquet à fatable. Lors vnCentenier quielloit aufsi conuié à cemefme banquet, dift à Cyrus : Et ma compagnie. Sire, ne la conuierez vous point à fouper comme les autres ? Si eft ce quâen allant fouper elle obferue toutes ces façons de changer, amp;nbsp;apres fouper le condudeur de la derniere bende fort le premier, ayant tous les derriers cens qui en champ de bataille doiuent eure les premiers, apres fort le Caporal de lâautre bende en mefnie façon, amp;nbsp;celui de la tierce amp;nbsp;de la quarte, ce que iâay ordonné dâellre garde à fin que quand ie les voudray retirer des ennemis, ils fâchent comme il sây faudra porter. Mais quand nous fommes fur les chemins sâil faut aller vers Oricnt,moy éc lepreniier Caporal marchons les premiers , apres viennent le fécond, troifiemc, amp;nbsp;quatrième, les Dizeines amp;nbsp;Cinqueincs de chaque bende ainfi que ie les ay rengces. Sâil faut tourner vers Occident , fans fe mettre en defarroy ils ne font que tourner vifage, amp;nbsp;celui qui conduit la queue auec fa derniere bende va le premier, les autres le fuiuent,de forte que ic deinen le dernier,auqucl ils sâacou tument à obéir, tant en me fuiuant quand ie fuis premier, comme en me conduifant quand ie fuis dernier. Cyrus louant celle manière de faire , lui demanda, sâils »ardoient toufiours telle ordon-nance : Il dit, quâoui, quand ils alloient fouper, A donq Cyrus le conuia pour le lendemain auec toute fa compagnic,amp; le loua de ce quâen allant amp;reucnant tant de iour que de nuit il pourpenfoit nonuelles formes de bataille, amp;nbsp;par vn mefinemoyen exercitoit les corps de fes gens au trauail, amp;nbsp;lâcfprit à vertu, amp;nbsp;lui promit pourcc quâil faifoit toutes chofes doubles, donner «à fes gens doublebanquet. la à Dieu ne plaife, dit le Centenier : car il nâefl pas raifonnable que nous donniez double fouper envn iour, fi vous ne voulez aufsi trouucr moyen de nous faire auoir double ventre. Sur celà lâaflemblee fe départit, amp;nbsp;le Icndcmein il receut au banquet la compagnie de ce Centenier ainfi quâil lâauoit promis, qui futcaufe que toutes les autres compagnies de Farmee aprindrent 3 celle
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LA CYROPEDIE
celle façon, amp;nbsp;tach oient de les imiter amp;nbsp;faire quelque art ever; tueus amp;nbsp;magnanime.
Comme Cyaxare suit les EmbajJadeurs du Eoydes Indes en lu prejence de Cyrus splits les enuoya yers leHoy d^JJyrie.
CHAPITRE IX.
^f Je CyrM nefiott ^He de ~Vint md le hornes, les autres dix mtlâÃrnoiee aus ailes.
Aifant vn iour Cyrus la montre de tous fes gens en armes, amp;nbsp;les mettant en ordre de bataille, vn Heraut du Roy Cyaxare lui aporta nouuelle que il y anoit vne Embaflade du Roy des Indes vers lui, à cette caufe lui mandoit quâil vinft à toute ____diligence. Et lui prefenta vne robe tresbelle amp;nbsp;riche, que Cyaxare vouloir quâil portail, afin quâil comparuft en la prefence defdis Eniballadeurs le plus magnifiquement quâil pourrait dire acoutré. Ces nouuelles ouics,Cyrus commanda au Cen-tenier du premier ordre qui elloit défia prell, fe mettre à main droite,amp; rengerfes gens en telle vn à vn apres lui: fi fit faire le fem-blable au fécond tout ioingnant ,amp; à tous les autres pareillement,, lefquels obéirent prontement à fes paroles, amp;:en peu dâheure furent reugez de telle façon, que leur bataillon elloit dedeuscens hommes de front (car autant anoit il de Centeniers) amp;nbsp;de cent feulement dâefpdleur. Les ayant ainfi rengez leur commanda de le fuiure, amp;nbsp;fe diligentoit de les mener lui mefme : mais quand il fut auerti,que le grand chemin tendant au palais Royal elloit fi ellroit, que Ion nây eull fccu mener deus cens hommes de front, il fit fur le champ changer de figure, amp;nbsp;fit aller deuant les dix premiers Cen-teniers, qui faifoient vn millier dâhommes, le fécond millier à leur queue, pareillement tous les autres milliers lâvn apres lâautre à la fuite,amp; mit deus guides fur le chemin plus ellroit, pour auertir les, ignorans par ou il faudroit paffer. Quand il fut près de la porte du palais,!! changea derechef dâordonnance,amp; commanda au premier Centenicr renger fa compagnie à douze dâefpelleur , que les Douzeniers fulient tous en telle à lâentour du pauillon Royal , amp;nbsp;fit faire le femblable au fécond, amp;nbsp;pareillement à tous les autres, lefquels obéirent incontinent à fon commandement: amp;nbsp;il entra dedens acoutré dâvn habit du pais de Perfe,qui nâelloit ne trop vil, ne trop fomptucus. Ce voyant le Roy fut trefioyeus de fa diligence , mais vn peu troublé de ce quâil nâeftoitplus richement, amp;nbsp;magnifiquement vétu , amp;nbsp;lui dit. Comment Cyrus ! pourquoy vous montrez vous fi mal habillé aus lu dois ; vu que ie vous voij-lois
DE XENOPHON. LIVRE IL
lois faire voir acoutré le plus magnifiquement amp;nbsp;honorablement quâil mâeuft efte pofsible ? Mefmes que cela me full tourné à honneur de voir vn mien neuen braue amp;nbsp;luifant de richeffes? Par quel moyen, dit ifvous pouuois ie miens honorer^ on mâamnfant long terns a vetir vne robe de pourpre,prendre des braffelets, mettre vn carcan an col, amp;nbsp;tarder à faire votre commandement ^ on bien venant auec vne telle puiffance ^ fi diligemment ^ plein de poudre amp;nbsp;fuein-j hors dâaleine , vu que non feulement levons honore de ma diligencejmais aufsi de robeïHance de mes foldats? Cyaxare ingea, que fa raifoneftoit bonne, amp;nbsp;tout incontinent donna audience ans Embafiadeurs dâInde, qui dirent, auoir efte ennoyez vers lui, par le Roy des Indes, pour entendre les caufes de la guerre dâentre les Medes amp;nbsp;Aflj riens, amp;nbsp;apres auoir entendu fa refponfe iroient cxpofer le mefrae maderaent au Roy dâAlTyrie, duquel aufsi la refponfe ouie ils notifiroient à tous les deus, que le Roy des Indes,vu le droit des parties,donneroit fecours à celui auquel on feroit tort. Cyaxare leur dit : Efeoutez donq ma refponfe. Nous nâauons fait aucun tort à lâAlTyrien : parqnoy vous pourrez aller vers lni,amp;: falloir ce quâil vous dira. Sur ceCyrus demandant congé de parler, aiouta:Dites aufsi au Roy votre maitre,que fi lâAlTyrien fe fent en quelque chofe outragé de nous, desà prefent nous fommes con-tens de prendre amp;nbsp;conftituer le Roy des Indes pour luge de notre diferent. Laquelle refponfe entendue les EmbalTadcurs prindrent congé du Roy,amp; sâen allèrent versTAlTyrie.
Comme Cynts délibérant auecÃn oncle de fes araires pour trou-uer de lâar^ent^entreprint la guerre contre le Koy d'arme-me qui sâefloit rebellé. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. X.
Près que les Embafiadeurs furent partiz, Cyrus entrant en propos des afaires de la gucrre,deuifa longuement auec Cyaxare amp;nbsp;lui dit.^Mon oncle, vous fanez que ic fuis venu de ma maifon fans aporter grofie fomme dâargent, dont toutefois le relie eft bien petit, à caufe que ie lâay dclpendu «à lâentretenement de mon armee, amp;nbsp;ne vous faut emerueiller, que iePayedclpendu entrâeus, combien que mes gens fontnourrizà vos defpens: Car ie vous auertis ne lâauoir confumé en autre chofe, quâà honorer amp;nbsp;chérir les foldats, en reconnoifiant les ades »magnanimes de chacun dâeus. Car certeinement iâay cette fantafie, que comme celui qui ha »faire des hommes amp;nbsp;en veut dire fidclc-
Pr OUI Je 11 ce du Prince.
ment
^(T LA CYROPEDIE
ment ferul, les doit plus gagner par Bienfaits amp;nbsp;douceur ^ que par fâcherie amp;nbsp;rigueur : aufsi celui qui veut auoir des gendarmes pronts amp;nbsp;délibérez à la guerre, pour en eftrefecouru au befoin, les doit chérir amp;nbsp;atraire par libéralité amp;nbsp;bonnes paroles à fon obéif-fance. Pource quâà la vérité il faut que cens là foient bons amis amp;nbsp;bien alfeccionnez feruiteurs de quelquâvn qui fans exeufe quelcon que doinent combatre pour lui, amp;nbsp;ne foient ny enuieus en fa pro-fperité,ny traytres en fon aiierfité : confideracions qui me font iuger, que ie ne puis rien faire fans argent amp;nbsp;quâil mâen faut trou-uer. Dâautre part de recourir en toutes chofes à vous qui faites fî grande delpcnfejl me femble hors de propos amp;nbsp;de raifon.Parquoy ie fuis dâauis que nous confultions enfemble, par quel moyen lâargent ne vous faudra, tenant pour certein, que quand vous en aurez ne mâen refuferez point, principalement pour le defpendre es chofes qui redondent à votre profit. Or me fonuient il auoir entendu nâaguercs de vous, que le Roy dâArmenie auerti que les ennemis venoient contre nous, deuenu fier de nous voir en difeorde, ha refusé par mefpris, de vous enuoyet le tribut amp;nbsp;le fecours quâil vous doit, dont il me femble quâil ny ha meilleur remede, que lui faire garder la promefTe par force. Il eft vray, dit Cyaxare, quâil ha Elit ce refus : mais ie ne fay qui fera le meilleur, ou lâaflaillir amp;nbsp;con-treindre par force à faire fon dcuoir,ou bien laifTer couler cette in-iure pour le prefent iufques à vn autre tems, feingnant de nây vouloir entendre,à fin quâil ne fe ioingne à nos auerfaires. Lors Cyrus lui demanda, quel efioit le païs dâArmenie, fi leur ville capitale efioit en plaine, ou en montagne, en lieu fort, ou bien aise .à apro-cher : Cyaxare lui fit entendre, que leurs habitacions nâeftoient point en lieu fort: mais quâilyauoit quelques montagnes fortes à lâentour, ou le Roy anoit acoutumé de fe retirer pour refuge en fes auerfitez, efquellcs il fe peut tenir fans creinte dâefire pris, ny lui,ny fes trefors,fi Ion ne vouloir effre obffiné en long fiege, comme iadis anoit fait Aflyagc fon pere.Lcfquelles chofes ouies,Cyrus fe fit fort de contreindre en brieftems lâArménien, de lui enuoycr le tribut amp;nbsp;fecours,sâil lui vouloir bailler certein nombre de gens à cheual,efperant de le rendre plus loyal quâil nâeftoit. le croy certei-nement, dit Cyaxare, quâils viendront pluftot à vous, quâilsnefc-roient à moy:car il y ha quelques ieunes hommes qui auoient acoutumé dâaller à la chafle aucc vous qui parauanturc vousfui-uront volontairement, par le moyen defquels lâArménien pourra faire ce que nous voudrons. Si conclurent enfemble de tenir ce f onfeil caché, à fin de les pouuoir mieus furprendre au defpouruib
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amp;'^Cyrus fe délibéra (comme il auoit autrefois acouturae dâHaller à la ch a fie auec tous fes Perfes, amp;nbsp;quelques Medes à cheualjfur les frontières de Mede amp;nbsp;dâArmenie) faire femblant de drelTer vue grande chaffé, amp;nbsp;par ce moyen les lurprendre. Et fi pour la multitude des gens à chenal, quâil pourroit mener, les païfans entroient en quelque foupfon,Ion pourroit colorer celle entreprife par quelque exeufe vrayfemblable en enuoyant quelque Elpion en Arménie pour dire publiquement «à tous, que Cyrus vouloir faire vne grande chaffe en leurs montagnes, amp;nbsp;demandoit de cheuaus en grand nombre à Cyaxare,pour prendre plus de plaifiren icelle. Ayaus donq acordé cela cnfemble, le Roy ne voulut pas fur lâheure lui donner grandâ multitude de cheuaus, pourautant quâil vouloit aller fur fes places qui eftoient près de lâAflyric,'pour les fortifier amp;: enuitaiUer le miens quâil lui feroit pofsible,Mais quand il auroit confumedeus iours à la chafle, promit lui ennoyer de fes gens,à pic amp;nbsp;à chenal, fufifamment, amp;nbsp;ne sâeflongner auec le demourant de lâarmee, afin dây venir en perfonne, sâil eftoit requis. Parquoy Cyaxare ayant cnnoyé incontinent fes carriages amp;nbsp;municions de vinres, auec fes gens à pic amp;nbsp;à chenal, sâadrefla vers les frontières dâAlTyric. Cyrus ayant facrific pour la furté de fon voyage,enuoya demander au Roy les plus iennes hommes dâarmes de fa compagnie , lequel ne lui en bailla pas grand nombre, combien que pln-fieurs defirafienty aller. Cvaxare citant défia bien auant fur le chemin des places fortes de fa frontière , les facrifices de Cyrus fe trounerent bons pour aller à lâencontre de lâArménien , amp;nbsp;fur le champ fe mit en voyc équipé pour faire vne tresbelle aflemblee. Pendant quâil eftoit en chemin, incontinent vu Lieurc fe Icua au deuant de lâarmee, lequel fut aperçu dâvue Aigle volant à main drc)ite,qui foudeinement fe fondit fur lui,fi leprit foudein amp;nbsp;lâemporta fur vn prochein tertre,ou elle fepeut de fa proye. Cyrus prenant bon augure de celà fe montra grandement ioyeus,amp; adorant le roylupiter, dit ans afsirtans : Bon courage mes amis : sâil plait à Dieu nous ferons vne tresbelle chaffe. Aufsi tôt quâil fut ans frontières il commença «à chalïer à la huee félon fa coutume, dont les vns gallop oient bruians çà amp;nbsp;là pour faire leuer les beftes, les plus vaillans à pic amp;nbsp;à chenal sâefquartoient amp;nbsp;les atendoient, les autres chalîoient amp;nbsp;couroient apres à toute puiflance. Tellement-quâen peu dâheures ils prindrent grande quantité dè Sangliers, Cerfs,Bi-ches,Cheureus,Dains, amp;nbsp;Afnes fanuages, dont en ces liens en y ha grand nombre encores auiourdâhui. La chafle finie, il arrina fur les frontières dâArmenie,ou apres sâeftre reposé vnennit il commença h derechef
i-
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derechef à chafTer en sâaprochant de certcines montagnes quâil von loit gagnerjauquel lieu quand il fut ardue amp;nbsp;campé il foupa,amp; eut auertiflcment que le bataillon des Medes que Cyaxarc auoit en-uoyCjarriuoit.A raifon dequoy il depeftha incontinent vxi Tropec te pour leur dire, quâils ne sâaprothaircnt de lui à plus de deus para-fanges,qui valient cniiiron quatre lieues,amp; quâils y foupallcnt efti-mant que celà feruiroit à tenir fou entreprife cachee, amp;nbsp;apres four per que leur Capiteine vinftdeuers lui. En apres fit alleinbler les Chefs de fes copagnieSjlefquels venuz il parla à eus en telle manière:
Propos de Cyrus à fes Capiteines, ç^P à Chryfante pour dreffr yne embuche, ^ comme elle fut executee contre le Aoy dâ^menie. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. x r.
Refehers compagnons, fâchez quâau parauant le bruit de cette guerre le roy dâArmenie eftoit con fédéré amp;nbsp;tributaire de Cyaxare : mais aufsi toc quâil lia vùleuer des ennemis à Fencôtre de nous il nous lia mefprifez, refufanttout aplat dâen-uoyerlcfccours amp;nbsp;le tribut acoutumé. Orfoin-mes nous icy venuz fous couleur de faire vue belle chaHezinau câet en intencion de le chafier amp;nbsp;prendre lui mefmc sâil cil polsi-ble: amp;nbsp;pour bien conduire cette pourfuite ie luis dâauis que toy Chryfante,eftat arriné furies liens aueclamoitié de nos Perfes par le haut chemin ailles ocuper les montagnes amp;nbsp;liens forts, ou lon dit quâil ha coutume de fc retirer quand il cfl en creintc, amp;nbsp;pour ce filire tebailleray des guides, ôcpourras aisément dire caché de-dens ces montagnes, pourautant qu elles font conuertes de grans bois.Toutefois pour miens conurir lâembuche,tu pourras ennoyer quelques ananconreurs en petit nombre, habillez en voleurs amp;nbsp;qui fâchent vfer de leurs finelîes, .à fin de prendre tons les Armeniens quâils trouucront par chemin, amp;nbsp;garder que lâembûche ne foit defeonuerte : amp;nbsp;cens quâils ne pourront empongner quâils les chalTcnt amp;nbsp;pourfuinent au plus loin, à fin quâils ne voyent ton armee, amp;nbsp;penfent plullot que cene foienc quebrigans. DâautreparC aufsi tôt que le iour commencera à poindre ie prendray le chemin de la plaine anec lâautre moitié des Perfes amp;nbsp;la caualcrie, droit à la
ville capitale ou le Roy fait-fa refidence, auquel lien sâil fait refil leu ce il faudra combatte : mais sâil sâen fnit,ie le pourfuinray à courfe, à fin quâil aille ans montagnes fe mettre en tes mains. Lors fi tu veus faire ton deuoir nâen laifieras efehaper vn feul, amp;nbsp;faut penfet que icrefcrableray au Veneur qui chafie d lance les belles, ck toy à celui
DEXENOPHON. LIVRE U. ^9 celui qui atend aus retz, lequel comme tu fcez doit edre caché pour ne deftoumer la befte,amp; faut que les pafTages foient bouchez deuant que les beftes fe lenent. Et fi ne veus que tu faces, comme tuasacoutume défaire feulement pourleplaifir delà chafle,ny que tu veilles toute la nuit fans prendre aucun repos : car il faut permettre que tes gens fe couchent pour dormir quelque peu. Et comme tu as acoutume de courir à trailers les montagnes, non par faute de guides, mais pour fuiure le trein des beftes, ie ne veus pas quâen conduifant ton armee tu prennes les plus apres amp;malai(ez chemins, pour dire que fe foient les plus droits amp;nbsp;plus courts, ains te feras guider par les plus aifez amp;nbsp;batuz, Gnon quâils fulfent de beaucoup plus longs. Car à la vente pour conduire gens de guerre en bataille, le plus aisé chemin eft touGours le plus court. Au de-mourant garde toy de conduire tes gens comme quand tu vas à la chaGe courant par mous amp;nbsp;vallees,mais les feras marcher tout bellement, à fin que fans eftre las amp;nbsp;hors dâaleine ils te puiffent fuiure: mefmes ne fera inconuement de faire par fois arrefter les plus forts amp;nbsp;habiles pour atendre les autres amp;nbsp;leur donner courage : mais quand ils feront anancez les hater de marcher,à lin quâils fembleut courir au pris des autres qui nâiront que le pas. Ayant Chryfante reçu à grandâ ioye les enfcignemcns de Cyrus, comanda a cens qui le deuoient fuiure les chofes quâil vouloir eftre faites,amp; s en alla re-pofer. Et tôt apres ingeant auoir fuhfamment dormi, fit former la trompette amp;nbsp;print auec fes gens le chemin des motagnes. Au point du iour Cyrus eftimant eftre chofe dîne de fa grandeur amp;nbsp;courtoi-Gc, de fommer les ennemis de leur deuoir, manda Vn Heraut d armes deucrsle roy dâArmenië, pour lui ordonner de venir incontinent à lui auec le fecours amp;nbsp;le tribut quâil deuoic. Si 1 Armenien sâenqueroit eu quelle part pourrait eftre Cyrus,lui commanda dire quâil eftok dedens fes frontières : mais sâil demadoit sâil y venoit eu perfonne amp;nbsp;auec quel nombre de gens,lui euchargea dire quâil nâen faiioit rien pour certein , amp;nbsp;quâil enuoyaft des gens pour le lauolr. Apres fit equiper fes gens, amp;nbsp;les mit eu ordre tant pour marcher, que pour côbatre fi befoin cftoit,amp; eutresbeUe ordonnance print le d^min de la plaine. Au demourant comanda à fes gens ne faire tort à perfonne, ny endommager les paifans dâArménie en aucune forte;maispluftotles afteurer de ne creindrc ny sâeftouner denen, ains feulement quâils aportaftent de leur bon gré eu quel que part quâil full auec fou armee toutes fortes de viurcs pour argét,amp; don naffent à manger ou à boire à tous cens quienvoudroicut acheter.
F(» du Jecond Liare,
LetroifiemeLiure delaCyrope-
DIE DE XENOPHON,
. Je la Z^ie ^ InJlitucien Je cYRVS jÃtfjy Jes nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;'
âperps.
Comme Cyrus print Ie jRoy dâArménie ^ fes trefors fans fom-batre : (^ des difcours (juilft auec Ty^rane fon fis pour fa deliurance. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chapitre i*
END A NT que Cyrus efloit en ces i^ ^^^ââ¢'^^^'^^^^ gt;nbsp;le Roy dâArinenie oyant le mandement à lui fait par vu Heraut dâarmes, fut tout effrayé, connoiffant auoir grandement failli à ne payer le tribut J amp;nbsp;nâenuoyer le fecours acordé: amp;nbsp;nefçut que faire, ny que dire, tant creintif amp;nbsp;eftonne fe trouiia : principalement pour nâauoir encores para-cbeué dâcnclorre fa capitale ville dâvne grande amp;nbsp;bonne muraille quâil auoit commencée, en intencion de foutenirla guerre, amp;nbsp;connut bien quâil efloit furpris. Cenono-ffant ne laifia de faire fes prouifions félon queletems amp;nbsp;lâafaircle prefloit, amp;nbsp;apres auoir affemblc ce peu de gens, que fur lâheure il put amaffer, enuoya fon plus ieune fils Sabaris,pour le fauucr,aus forterefles des montagnes auec fes femmes amp;nbsp;filles, lui faifant em
porter tous les trefors, vtenfiles, amp;nbsp;autres meubles precieus : fi fe mit en ordre pour fe defendre, rengea hors la ville en ordonnance de bataille les Armeniens quâil auoit auec lui , amp;nbsp;enuoya des ef-pions amp;nbsp;autres gens aus efeoutes pour entendre ce que Cyrus fai-foit, lefquels foudein lui firent raport, quâil efloit défia bien près. A laquelle nouueUele cÅur lui faillit, amp;nbsp;de peur dâeflrepris, sâil venoit à la bataille,laiffant toutes chofes en abandon,print incontinent la fuite. Les Armeniens voyans cela, sâenfuirent de lâautre cote , chacun fur le fien , pour tranfporter leurs biens. Si tôt que Cyrus aperçut la campagne pleine de gens qui fuioient çà amp;nbsp;là , fit finifier fccretement aus Armeniens,quâaucunnebougcafl, amp;nbsp;quâil ne feroit de force à cens qui demoureroient:au contraire traiteroit comme ennemis cens, qui prendroient la fuite, au moyen de quoy la
D E XENOPHON; \ LlYâKïE HE d
h plus-part sâarrella. Ce i^onoftant plufieurs ne j^fVoulurent fier, amp;nbsp;gagnereiit au pie après le Roy.j Quand, tens qui condui-foient les femmes amp;nbsp;enfaus du Roy aus montagnes, y furent arri-uez J amp;nbsp;tombez entre les mains des Perfes qui edoient en embûche , ils leuerent incontinent vu pitoyable cry amp;nbsp;lamentacion, fe voyansainfi afiaiUiz de tous cotez j amp;ne fauoient de quelle part ilsfe deuoient fauuer.Si furent quafi tous empongnez,amp; tôt apres Sabans, les femmes^ Ãc filles du Roy aucc les trelors vindrent en la puilTance des Perfes. Ayant le Roy dâArménie entendu cette dou- , loreufe liouuelle, tout efperdu de fon entendement ^ amp;nbsp;ne fathant quafi de quel coté fe tourner, anec fes gens print vn tertre, qui nâeftolt fort eflongne de là . Cyrus tira celle part à grandâ diligence, amp;nbsp;par vn chenal leger fit dire à Chryfantc, quâil laiflaft déformais les montagnes quâil tcnoitjamp; defccndid incontinent vers lui. Par ainfi aiiec toute fon armee ^ enuironna ledit tertre. Tot apres en-uoya vn Heraut au Roy dâArmeme, lui demander ce quâil eftoit délibéré défaire, ou de fe huiler mourir de faim amp;nbsp;de foif en ce lieu fterile,oudevenirà laplaine amp;nbsp;combatre contre lui. A quoy lâArménien refpondit, quâil ne vonloit faire ny lâvn ny 1 autre. Ce quâayant entendu Cyrus,lui enuoya encores demander fous quelle clperance amp;nbsp;pourquoy il demouroit la, amp;nc vouloir deteendre. Pource,dit il, que ie ne fay que faire. Lors Cyrus lui manda : qu il ne fe doutaft de rien, amp;nbsp;quâil fe vinft de fon gre ofrir au ingement, auquel il feroit ingé félon droit amp;nbsp;iulfice. Qui lera, dit il, mon iu-geî Celui, dit Cyrus, auquel les Dieus ont donne puillance de Vc-llrc,amp; de faire de vous ce quâil lui plaira,fans milice amp;nbsp;aucc iullicc, A cette refponfe le Roy dâArménie fe voyant tiré par la necefsité, fe vint rendre à Cyrus, epû le reçut au milieu du camp aucc tous les gens. En ce mefme teins furuint le fils ayné du Roy dâArmenie apellé Tygtaiie,qui des fa icuneUe anoit acoutume dâaller à la chade anec Cyrus, amp;nbsp;pour lors venoit frefthement de dehors , amp;nbsp;fathant comme ces afaircs ellolent allez, fe retira franchement de-uers Cyrus. Eftant arriné en la prefence, amp;nbsp;voyant les pere, mere, frétés,Ãt femme prifonniers,ne fe peut contenir de pleurer. Cyrus fans autrement lui laire grand recueil, lui ddl ; Tu es venu à heure pour entendre le ingemet tpu fera fait de ton pere. Et lur le champ fit alTembler les Capucines amp;nbsp;Chefs des Perles, des Medes, amp;nbsp;les phishonnorables dâArménie , fans autrement faire cfiongnerles femmes, qui ellolent prelentcs en leurs chariots, afin quâelles puf-fent oiiiramp; entendre entièrement fon parler ; fe tournant Cyrus versie Roy dâArmcnic,lui did ainfi:
h 3 La
.1 - L A. C Y R O P E D I Equot;
La premiere amp;nbsp;principale chofc, que ie vous veus dire amp;nbsp;con-fciller, o Arinenien j'tâet que vous aycz en ce iugcmenr à dire vérité j à fin que vous ne aggrauez votre caufe : car vous fauez que les menterics donnent grand empefehement à tout homme qui veut inipetrer mifericorde. Mefine que vos femmeV^enfans Ãc fuietz icy prefens^fauent Ia menee de vos afaireSjamp; sâils conoiffent que foyez eflongné de la vérité j par votre parole mefme vous iugeront mériter la mort. Demandez hardiment ^ dit lâArménien, ce que vous voudrez, carie ne vous celeray point la vérité. Rcfpondezmoyi donques, dit Cyrus, auez vous iamais eu guerre contre mon aycul Al1y'age,amp; les Medes ? Oui, dit il. Apres auoireftévcincu,dit Cy-rus,au traité de la paix auez vous pas promis de payer vn tribrit,amp; aller à la guerre ou il lui plairoit,amp; nâauoir aucune forterefie en vo tre royaume ? Oui, dit le Roy. Pourquoy donq, dit Cyrus, auez vous fâufsé votre foy,amp; nâauez enuoyé ny tribut,ny fecours,^ quiquot; plus cR vous auez fortifié vos places ? Pource,dit il.que ie defirois liberté : cariâeftimois beaucoup dâefire libre, ôc laifier cette liberté à mes enfans.Ccrtcinement,dit Cyrus, câet vue chofe trcfprecieufc que la libércc,amp; vn chacun doit volontiers combatte pour ne torn ber en la fuieccion dâautrui. Mais fi quelquâvn par gucrre,ou autre moyen,eftoit deuenu efclaue, amp;nbsp;apres il sâeftorçoit de fe defrober à fou maitre, à votre auis meriteroitil eftre honore comme bonôc iufle,ou puni,sâil eftoit pris,comme iniufle lt;amp;: mefehant ? ERre pu-ni,tefpondit il,puis que vous me contraingnez à dire la vérité. Dires moy donq clcrementà ce propos, dit Cyrus, fi quelque Baron, ou Capiteine sâefloit reuolté contre vous, lui lairriez vous fon cRat, ou ledonneriez à vn autre? le lui otcrois, dit lâArménien, amp;nbsp;lâeRat, amp;nbsp;les biens, amp;nbsp;le fcrois deuenir poure. Et sâil fe rendoit, dit Cyrits, à vos ennemis, que lui feriez vous ? Puis quâil vaut autant que ie meure à vray dire,quâà mentir.côclut lâA rmenien, ie lui otcrois la vie. De cette refponfe fi pitoyable,qui fembloit eRre la fcn-tence de mort quâil meritoit amp;nbsp;tous les ficus, fon ienne fils fut fi delplaifant,quâildefsira fa robe,rompit fa coiffe Royale.lcs femmes commencèrent à hurler amp;nbsp;sâeferier, comme fi le pereeuR eRc défia eondanné à la mort amp;nbsp;elles aufsi. Cyrus faifant faire filence lui dit: Alainrenant que vous connoiflez ce quâauez merite, que me con-feillez vous de faire de vous ? Leroy dâArmenie à cette demande nefçut que refpondre, ne fachant sâil deuoit demander grace, laquelle il difoit ne vouloir faire à autrui,ou fe condanner à la mort. Lors fe leua Tigrans amp;nbsp;demanda congé de dire ce quâif iugeoit cRre le meilleur, puis que fon pere cRoit en doute. Cyrus fe foiiue-
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D E X ENOPHON. . LIVRE HI. ff3
nant des anciennes chalïes amp;nbsp;familiantez , ayant entendij que des cetemslà il auoit eu en fa compagnie vn Sophifte eftimé dofte amp;nbsp;Dtfio/irs tie qui eftoit en admiracion à tout le monde,defiroit grandement en- Ftlo7^oÃcfur tendre ce quâil vouloir dire. Lors Tigranc ; Sâil vous femble, dit il, delmran-que les confeils ou les laits de mon pere' foient bons amp;nbsp;raifonna- ^^ nbsp;nbsp;nbsp;^^â ^
blés, ie vous confeille de lâcnluiure : mais fi vous logez quâil ait r^J^^^â^* failli en tontes chofes, mon confeil eft que ne renfuimez aucunement. Donques, dit Cyrus, fi le fais milite, ie ne feray pas comme liu.Nenni,dit Tigrane.Et par confcquent,dit Cyrus,par votre rai-fou il me conuiendra punir votre pere : car câct choie iufte de punir cens qui font iniulfes. Mais, dit Tigrane , que vous femblele miens fait. Sire, ou de punir vn homme anec votre profit, ou à votre dommage? A mon profit, dit Cyrus : car autrement ce feroit conuertir la punicion. fur moymefme. 11 ne faut donqpas, dit Tigrane , que faciez punir mon pere : car vous perdrez beaucoup de faire mourir cens dont la vie à lâaucnir vous fera profitable. Et quclprofit,dit Cyrus,peut auoir vn homme de cens qui font trou-uez en telle laute ? Bien grand, refpond Tigrane, sâils deuiennent fages amp;nbsp;prudens : car fans prudence tonte autre vertu eft inutile, amp;nbsp;auct elle vn homme lort eft à louer, vn Cheualivr à prifer, vn riche à honorer, vn puiffant à aymer, amp;nbsp;tous amis anec prudence font bons,tous fernitcuramp;profitables. Comment ! dit Cyrus, peu-fez vous que votre pere en cette leulc iournec puifie eftre deuenu prudent ? Oui ft bien fort,dit Tigrane. Vous voudriez donqinfe-rer,dit Cyrus, que la prudence foit vne pafsion de Vaine, tout ainfi que la douleur onia niilcricorde, amp;nbsp;t|uâellc vienne par accident non par.difeipline.Toutefois lo,ii dit cpictout homme qui veut deuenir prudent doit tenir ce premier point pourcertein j quâvn fol ne peut foiideinement denenir fagc. Nâauez vous iamais vù homme, dit Tigrane , qui par fa folie ait combatu contre vn autre plus puilTant que lui,amp; apres eftre veintu foit deuenu incontinent fage amp;nbsp;prudent ? Pareillement tpclque ville fubiugucc en bataille par vn autre ville deuenir foudeinement fagc, amp;nbsp;prefter obéiftance après la viftoire ? Mais quelle bataille, dit Cyrus, ou quel accident cft auenuà votre pere, dont on fe puifie afinrer quâil foit deuenu plus fage que déliant ? Celulduiourdâhui,refpond Tigrane, eft cer teinement plus que lufilant â¢. car pour vn fol defir de liberté il sâeft ietté en plus grande leruitude que iamais, efprouuant le mal dont il ne sâeftoit point douté ;amp; connoit elerement ce quâil peu!oit dire fecret amp;nbsp;inconnu , câetafaiiolr le confeil de vous preuenir ou L défendre, eftre publiquement defeonuert ftaneaim. Dâautre part
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part il lia connt^qiic quand vous lâaucz voulu-tromper vous lâauez fait aufsi facilement, comme fi lon vouloit abufer vn fourd, aueii-gle ou infensé. Et les chofes que vous auez voulu cacherjOnt elle fi fecrettement menees amp;nbsp;fi prudement exploitces^que les for ter elles quâil gardoit pour fou dernier refuge, lui font, deuenues prifons pourrenclorregt;amp; parvotre célérité amp;nbsp;diligente conduite dâvue armee lâauez furpris amp;nbsp;veincUjdeuant quâil ait fçualTembler fes gens. Penfez vous donq, dit Cyrus, que ce conflit fiifife «à faire fagevii hommej qui connoilfe vn autre eflrc plus prudent amp;nbsp;vertueus que lui ? Ouivrayment, dit Tigrane, lt;Sc beaucoup plus que sâil eftoit veincu au combat : car celui qui efl veincu par force en bataille attribuant celà à fortune fait comme Icluitcur qui apres auoirefte abatUi exercice fon corps pourmieus faire amp;nbsp;auoir fa reuenche, pa rcillement les villes veincues font aliance auec dâautres pour dere-chefeflayer lebazart de fortune : mais quand vn homme fecon-felTc inferieur de prudence amp;nbsp;vertu à vn autre, le plus fouuent de fa franche volonté sâalTuiettit à lui fans autrement ertre forcé. Il vous femble donq, dit Cyrus, que les larrons, détracteurs juiufles, amp;nbsp;menteurs,nâont aucune connoiflance de cens qui ne defrobent ou ne detraftent, ny des infles amp;nbsp;véritables : car sâils les connoifloient ils fc lairroient gouuerner par eus, amp;nbsp;par mefme raifon votre pere nâeuff point faufsé fa foy ny cité menteur , fachant bien que nous nâauions violé ny rompu en quelque forte que ce foit les articles auec lui acordez par Allyagc. Icne veus pas dire,relpond Tigrane, que la feule connoiflance des gens plus fages fans foufrir autre peine foit fufifante à faire vn homme prudent', mais quâil y faut aiou-ter quelque punicion, comme foufre à prefent mon pere. Votre pere,dit Cyrus,nâa encorâ foufert aucun mal de moy ; vray efl: quâil ha peur dâen foufrir trefgrieue punicion. Ne fauez vous pas, dit Tigrane, quâil nây ha punicion au monde fi grande que la peur ? Et que cens qui en vne cfcarmouche ont eflé bien frotez amp;nbsp;blecez encorâ que la douleur des playes leur foit grande amp;nbsp;extreme, fi efl ce quâils y retournent pour combatte derechef? Mais sâils ont con çu quelque grande creintc dâvn autre . ne lâofent feulement regarderen face, tant sâen faut quâils le vueillent atendre. Vous voulez donq dire, refpond Cyrus, que la peur des tourmens punit plus amp;nbsp;donneplus grande douleur que les tourmens mefmes ? Vous con-noiffez que ie dy la vérité, dit Tigrane : car lon voit que cens qui ont peur dâeflre banniz ou dâeftre veineuz, viuent en continuelle angoifle.Pareillcment ceus qui en la met ont creinte dâeftrenoyez, ou en terre dâeflre fubiuguez,dâeftre ferfs, ou paier quelque tribut, ne
DE XENOPHON. LIVRE III.
ne peuuent boire ny manger ny dormir ^ pour la creinte quâils ont de tomber en telle fortune. Au contraire cens qui ont défia encouru ce maficomme les baiiniz,efclaues,prlfonnierSjamp; fuietz,viuent alegrement ôcfe repofent forment auec plus grand plaifir que les bienheureus. Et que la peur foit vn grief tourment il en apert encorâ plus clerement par ce que plufieurs creirtgnans de mourir sâils cfioient pris, de peur fe donnent la mort à eufracfmes, dont les vns fe iettent du haut en bas, ou fe pendent, les autres fe noyent, ou autrement anticipent la mort : qui eft vn fine trefeuident que la peur eflonne plus lâefprit de lâhöme que les plus horribles chofes du monde. Dequoy vous pourriez auoir plus certeine prenne , fi ion pouuoit connoitre à lÅil rangoine de mon pere pour la creinte quâil ha conçue non feulement de foymefme, mais de la ferui-tude de moy, de fa femmCj amp;nbsp;de tous fes enfans. 11 eft aise à croire, dit Cyrus, que votre pere eft en grande peine : car le plus forment cens qui font orguiUens amp;nbsp;infolens en leur profperité, faillent incontinent de cÅur en leur anerfiré, amp;nbsp;sâils peuuent fortir des afai-res sâenorguillifient derechef amp;nbsp;deuiennent plus fiers que deuant. Certeinement, dit Tigrane, ie voy bien que nos fautes font caufe quâon ne croira pas à nos promefles-.toutefois pour vousalTurer de nous, vous pourrez prendre amp;nbsp;fortifier telles places que bon vous femblcra, tenir celles qui le font défia, y mettre garnifons, amp;nbsp;prendre toutes les affurauces qvous voudrez,dorrt nous ne ferons fort defplaifans, fachas bren que nous fommes la principale forrree de notre mefauäture. Mais'sâil arrenoit que vous mifsiez le Royaume entre les mains dâvn homme qui nârtft arrermement fiiiUi,amp; que par defiance ne lui donnifsiez les fortereffes, il connoitroit bien que ne lâcftimeriez pas fidele : dâautre part fi vous remettiez les for tereffes err fafoy par trop de fiance,!! y auroit danger qrrâil ne mon-taften fi grande arrogance quâil voirs faluft reprimer fa folle plus aprement que vous nâarrez fait la notre. Combren, dit Cyrus, que votre dire ait quelque aparence,fr eft ce que iâaymerois mieus auoir desfrtietz aquispar antour que par force : car les vns feruentvo-lontiers, les autres ob cillent à regret â¢.amp; fuporterois plus legcre-ment les fautes de mes bicniicuiUans feruiteurs, que les grans prc-fens de mes fuietz malueuillans.Dâou penfez vous donq,demanda lorsTigrane, aquerir plus grande amour que vous pouuez faire de nous ? Penfez vous qpe cens qui nâont iamais eu guerre contre vous, fi leur voulez faire du bien foient plus obligez amp;nbsp;afeccion-nez que nous ? Et à qui pouuez vous faire plus grand bien quâà inonpere,auquel vous pouuez donner la vie ayant mérité la mort?
i lâmueftir
eg LACYROPED IE
lâinüeftirdâvn Royaume dont il mente eftre priuc ?Iui rendre U femme amp;nbsp;les enfans que vous luipouuez orer?Si vous laiHez viurc vn homme j qui ne vous ha aucunement ofensc, quel grc vous en faura il ? Si vous ne lui otez la femme amp;nbsp;les enfans, dequoy vous en aymera il mieus ? Et qui fera plus marri de perdre le royaume dâArménie^ que nous ? Parquoy tenez pour cercciibque tout ainfî quâil aura plus grand regret que nul autre fi vous lui otez fon bien, aufsi vous en faura il plus de grc fi vous lui rendez. Si vous aueZ peur de la rebellion du Royaume à votre départie amp;nbsp;voulez vous afTurer contre tous nonueaus chanç-emens, confiderez diligein-ment que les troubles amp;nbsp;reuoltes fe drefTentplus aisément fous vn nouneau Signeur^que fous vn ancien amp;acoutumc Prince. Et fi vous anez befoin de fecours, dâoii penfez vous eftre mieus fecouru que de celui qui connoit la qualité de fon pais, amp;nbsp;fcet dâoù il faut lener les gens, ayant autrefois drefsc de grolîes amp;puiflantes armées ? Pareillement fi vous anez afaire dâargent j dâon penfez vous plus tôt en eftre ferui que de celui qui connoit la portée de fon Royaume j amp;nbsp;les particulières richeftes dâvu chacun ? Parquoy, o Cyrus plein de bonté j levons prie regardez fongneufement à votre profit ^ Regardez vous bien quâen nous deftruifant vous ne fa-ciczplus grandâ nuifance à vousmefine^que mon pere auec toutes fes rebellions ne fauroit anoir fait enuers vous.
Corne Cyt'tti deliura le Ãoy d'Arménie ^ fes enfans par grau- / de hamanité, ^ après anoir pris rençon leua bçn nombre de gens à pié ^ à : chenal dâArménie pour la guerre, chat, i r.
Vand Tigranceut ainfi parleyCyrusfqui de long tems lâauoit connu prudent amp;nbsp;de bon elprit) en fut grandement refioni,amp; penfa le tems eftre venu,, amp;nbsp;lâocafion à lui prefentee^de rendre par grace amp;nbsp;humanité les Armeniens plus obeïnansamp; amis de Cyaxare (félon quâil lui auoit promis)
â f^nmanité d'nn ioPrin ce.
que iamais au paranant ils nâauoient efté : amp;nbsp;fe tournant vers le Roy dâArmenie lui demanda : sâil lui pardonnoit toutes les fautes pafieeSj amp;nbsp;lui rendoit entièrement fon Royaume^ quellepuiflance de foldats,amp; quelle fomme dâargent il pourroit contribuer à la
guerre. A quoy il refpondit, ne vouloir aucunement preferire 1s nombre,ny le fecours quâil lui donneroi tjinais quâen lui deelairant fa force amp;nbsp;trcfors,il feroit en lui dâen prendre amp;lailler ce quâil lui plairoit ; amp;nbsp;lui dit que de gens de guerre il pouuoit leuer de fou pais
D E X E N 0 P H 0 N. LIV-REIH. ff 7 pais huit mille cheuaus, amp;nbsp;quarante raille hommes de pie : amp;nbsp;dâar-gcnt,il penfoit auoir^aiiec les trefors que fon pere lui aiioit laiff^z, plus de trois mille talens ^ qui valent enuiron dixhnit cens mille efciiz. Lors Cyrus fanstrop atendre lui dit^ pourcequâil fauoit quâil auroit aufsi befoin de gens amp;nbsp;argët pour défendre fon Royaume contre les Caldeesfes voihnSj ne vouloir de lui finon quatre mille cheuaus amp;nbsp;vint mille hommes de pic. Et quant au tribut, pource quâil nâauoitpas obferuc fcs promeÃes, en lieu de cinquante talens quâil deuoit à Cyaxare le condenna en cent, qui valent foixante mille efeuz. Au demourant le pria lui en prefter autres foixante mille pour fumenir à fes necefsitez,prometant,fi Dieu lui eftoit propice, de le recompenfer au double, ou pour le moins lui rendre fon argent .â¢mais sâil ne le pounoit rendre, quâil blamall pluflot fa fortune, que fa volonté. Lors lâArménien sâeferia: O Cyrus! eft ce à moy que vous deuez ainG parler ? Tenez pour affu-rc, fi voulez que iâaye fiance en vous, que lâargent amp;nbsp;richeffes que me lairrez feront vôtres corne celles que vous emporterez. A bonne heure, dit Cyrus :mais pour râauoir sotre femme amp;nbsp;enfins, quelle rançon voulez vous payer? Tout ce queiepourray, dit il. Si lui mit Cyrus pour fes femme amp;enfans le double de ce que deirus,qui font deus cens talents: A demanda à Tigrane(qui nouuellement auoit pris femme amp;nbsp;lâaymoit au pofsible ) pour combien il la racheteroit. 11 relpondit, vouloir mettre fa vie pour la deliurer de feruitude. Mais Cyrus la lui donna fans rançon, difant quâil ne la tenoit pas pourprifonniere, vu quâil nâauoit ia-mais abandonne fon amitié. Quand Cyrus eut reftituc les richeffes, femme, amp;nbsp;enfans en liberté au roy dâArménie, amp;nbsp;en fine dâamitié les eut faits demourer à fouper auec lui, il demanda apres fouper à Tigrane, oueftoit vn certein Gentilhomme, quiauoit en leur ieuneffe chafsé auec eus, lequel il tenoit en grande adrai-racion. Il refpondit, que fon pere lâauoit fait mourir, lui mettant fus quâil eftoit corrupteur de faieunefte. Mais à la vérité, dit il,câc-ftoit vn homme de bien amp;nbsp;vertueus : Car à lâarticle de la mort il me pria beaucoup, que pour fa mort ienefufie courroucé contre mon pere, difant quâil ne mouroit pas pour hayne,ou inimitié que mon pere lui portail, mais feulement par imprudence : Sc que les fautes quâon fait par imprudence ne doiuent dire contees comme celles quâo . fait feiemment. Cyrus dit lors : O quel dommage ! Le perefe tournant vers Cyrus refpondit: Qiie comme cens qui trou-uent des adulteres auec leurs femmes, ne les font pas mourir fous couleur quâils rendent leurs femmes moins pudiques, mais pource i a quâil
e 3 LA CYROPEDIE
quâils tirent à eus lâamour des femmes due aus mariz : aufsi au oit il fait mourir ce Gentilhome parialouzie^par ce quâil auoit fi bien gagné le cÅur de Tigrane j quâil lui port oit plus de reuerence quâà fou pere. Et Cirus dit^que véritablement ce péché eftoit naturehamp; pria Tigrane de pardonner à fon pere la mort du Gentilhomme. Ayant mis fin aus amiables propos, amp;nbsp;ioyeus de lâheurcufe recon-ciliacion, ils montèrent fur leurs chariots auec leurs femmes ^ amp;nbsp;sâen retournèrent à la ville auec grand contentement ne parlans dâautre chofe que des grandes vertuz de Cyrus ^ amp;nbsp;eftoient ardans de le louer à qui mieus miens Jes vus fa fagelkjies autres fa coftance, les autres fa douceur, hiimanitéjamp; beauté merueilleufe. En cet endroit Tigrane demanda à fa femme,sâelle lâauoitpoint trouné beau comme les autres. Elle refpondit ne lâauoir iamais regardé, ains a-uoir tenu fes yeus fichez fur celui, qui auoit ofert fa vie pour la de-liurer de feruitude. Le iour enfuiuant,le Roy dâArmenie ayant fait commandement à cens qui deuoient aller à la guerre auec Cyrus, de faire la montre dedens trois iours, enuoya trefmagnifiques pre-fens dâhofpitalité à Cyrus,amp; à toute lâarmee : quant à la rançon,lui aporta le double de ce quâil auoit demandé : mais Cyrus ayant pris la moitié rennoya le demourant, amp;nbsp;lui demanda qui feroir Capi-teine en chef du fecours dâArmenie. Le Roy remit cela à fa volonté : mais le fils fit refponfene vouloir départir de lui, encorâquâil ne deuil: efire que manouurier fous lui. Cyrus en fouriant lui dit: Combien voudrois tu payer, amp;: que ta femme fçuH que tu veus dire dâeftat fi abiet ? Tigrane refpondit ; Il ne fera ia befoin quâon lui die : car ie me délibéré de la mener auec moy, tellement quâelle pourra ouir amp;nbsp;voiries choies, que ic feray à la guerre pour votre feruicc.
Comme Cyna mena Tigi'ane auec foy, ^ alla ajjaillir les Cal-
dees fur les montagnes
CH AP. UI.
Près donq que les gens du Roy furent prefis, fe-
ion quâil leur auoit elle commandé, de eurent : ce qui cltoïC neceflaire à la guer re, ils fe repoferent pour celle nuit. Le iour en-
fà itprouifion de
fuiuant Cyrus prenant Tigrane en là compagnie auec les plus vaillans hommes dâarmes de Mede, amp;nbsp;aucuns de fes amis, sâen alla pourmener alentour du pais dâArmenie, pourtrouuervn lieu commode à faire vue forterefTe pour la garde du pais. Arriuant à vu haut tcrtrCjdemanda à Tigrane,ou clloieiit
DE XENOPHON. LIVRE IIL 6^
cfioient les montagnes^dâou les Caldecs fortoient pour faire cour-fe fur lâArménie. Tigrane les lui montra amp;nbsp;dit^ quâenâces liens ainfi deferts amp;nbsp;inhabitez^ y auoit toufiours quelques gens aus efcoutes j qui faifoient falloir ans autres ce quâils auoient vu j ou aperçu. Et apres anoir entendu leur fine couroient tous au fom-met delà môtagne,donner fecours les vus ans autres. Cyrus oyant cela amp;nbsp;confiderant à vue dâÅil la qualité du pais ^ il connut bien que à lâentour il y auoit beaucoup de terres en friche^ amp;nbsp;non culti-uees pour la guerre ^ fi sâen retourna pour ce iour fouper auec fes gens amp;nbsp;repofer au camp : Mais le iour dâapres, ayant Tigrane fait fa montre de quatre mille cheuaus, dix mille archers amp;nbsp;autant de rondelicrS;,ainfi quâils femettoient en ordre^Cyrus facrifiajamp; con-noifiant par fines euidens bon augure au facrifice, fitapelerles principaus Capiteines des Perfes amp;nbsp;Medes, amp;; les harengua en telle maniere:
Nouuelie prew^/en^e.
Compagnons bien aymez JI vous faut entendre, que ces pro-cheincs montagnes font ans Caldees, lefquelles fi nous prenons amp;nbsp;y édifions vnc forterefiepl ny aura doutc,que eus amp;nbsp;les Armeniens feront contreins dâefire plus fages enuers nous, amp;nbsp;nous porter obéiffance. Les facnfices ont efte bien faits , amp;nbsp;croy que les Dieus nous feront fauorables.Mais quant ans euiires mondeines,il ny ha hardieire,ny chofe qui puiffe tant ayder à notre entreprife, comme feraà prefentla célérité. Car fi par notre diligence nous venons les premiers à gagner le haut de la montagne, il auiendra de deus chofes lâvne, ou que nous ferons viftoricus, fans combatte , ou nous combattons auec peu dâennemis amp;nbsp;foibles. Et fâchez que de tous les trauaus, que nous fautions prendre, leplus aise amp;nbsp;moins perillcus eft, de nous hater de notre puilîance. Allez donq incontinent ans armes : Vous Medes, foyez nous à main feneftre : Vous Armeniens,foyez la moitié «à main dextre,lâautre moitié nous ferne dâefeorte.Gens à thcualjdemourez detriere, pour hater les gens * de pie amp;nbsp;les poulîer contremont, amp;nbsp;aufsi pour les contreindre dâaller fi aucun dâeus fe montroit lafthe, ou recru. Ces paroles dites Cyrusfe mille premieren chemin menantfes gens rengez en longue pointe, amp;nbsp;en telle ordonnance il gagnoit la montagne. Les Caldees, qui eftoient à la garde, aperçurent incontinent cette venue, amp;nbsp;en niclme teins faifoient fine ans autres de venir, amp;nbsp;à grand cry sâamafioient par troupes au coupet. Cyrus prefToit fort fes gens de marcher, dilaiit : Mes amis hâtons nous, ils nous apel-lent,notre viftoire gît .à celà : car fi nous gagnons le haut les enne-niis ne pourront combatte, prenez bon courage.
i 3 Or
70 LA CYROPEDIE
Or les Caldees quieftoient Ià ,vfoient dédoublés armespor-tans deus darz amp;nbsp;deus efpeeSjamp; eftoient eftimez les meilleurs corn batans du païs, allans à la foulde de qui les apeloit, à caufe quâils cftoient foidreteus, en païs montueus amp;nbsp;flerilc. Quand ils furent au plus haut du mont, Tigrane marchant auec Cyrus lui dit, quâil ne le faloit trop arrefter ans Armeniens,quâils nâcftoicnt gens pour foutenir les Caldecs. Cyrus lui ht entendre quâil en elîoitalTez auerti : à cette caufe amonnefta les Perfes de fuiure les Armeniens de près, pour fucceder au combat quand ils auroient tire les Caldees fus eus. Puis voyant les Caldees félon leur coutume à grand cry courir fus aus Armeniens, qui sâefloient auancez les premiers, amp;nbsp;les Armeniens fuïr comme efloit leur coutume, il les kifla venir iufques au milieu delâarmee, auquel lieu quand ils virent venir des gens contremont qui portoient cfpees , ils furent grandement cftonnez. Lors Cyrus sâeferiant à fes gens en ht mettre en pieces grand nombre,^ prendre beaucoup de prifonniers, le demourant lut nws en route. Quand les autres Caldees virent le fort des mon-tao-nes gagne, ils abandonnèrent les places amp;nbsp;généralement toutes. les habitacions dâalentour. Cyrus ayant fait dîner amp;nbsp;rehrefehir fes gens, fe mit à conhderer le lieu dâoù les Caldees auoient efté chaf-fez, amp;nbsp;ou ils faifoient leurs gardes, lequel il trouna fertile, fort, amp;nbsp;plein dâeaus,amp; fe délibéra dây faire vn chateau pour alloirgarnifon. Adonq commanda à Tigrane enuoyer deuers fon pere pour le faire venir amp;nbsp;amener des maitres Maçons, Charpentiers, amp;nbsp;ouuriers necefiaircs à bâtir : Ce pendant auec fes gens caiia les fondemens amp;nbsp;commença à leuer la muraille. Pendant quâil efloit en befongne on lui amena quelques prifonniers Caldees, entre lefqucls y en auoit aucuns blecez. Il les ht incontinent deflicr, h commanda à fes Médecins penfer leurs playes, amp;nbsp;dit aus autres quâil nâefloit point venu en leur païs pour les dehruire, ny pour enuie quâil eufl de guerroyer,contre eus, ains feulement pour les pacifier auec les Armeniens, fat haut quâauant que le fort leur fufl oté,ils nâauoient garde de condefeendre à aucun traité de paix, ayans leurs biens en fiircté, amp;nbsp;facageans cens dâArmenie : toutefois leur donnoit congé de retourner à leurs maifons, amp;nbsp;confulter auec leurs compagnons sâils aymoient miens la paix que la guerre auec lui, les con-féillant de ne reuenir pas à lui fans armes sâils efiifoient laguerrer Mais sâils vouloient auoir fon amitié, quâils vinflent en habit paci-hque,amp; quâil donneroit h bon ordre à les bien traiter,quâils en auroient contentement. Les Caldees furent ioyeus du bien que Cyrus leur vouloit faire, h le remercièrent amp;nbsp;louèrent à merueiUcs,
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lui baifant la main par plufieursfois j puis sâen retournèrent à leurs niaifons. Dâautre partie roy dâArménie oyant lemandement de Cyrus amp;nbsp;fa vidoire j acourut deuers lui en diligence ^ acompagne dâvnc troupe de Maçons,Charpentiers amp;nbsp;autres artifans conuena-bles à lâarchitcdure, amp;nbsp;fi tôt quâil le vid, O Cyrus, dit il, combien lâhumaine prudence entreprentde chofes en vein, pour paruenir a vue fin defiree ! amp;nbsp;toutefois ne peut preuoir lâauenement dicel-les. Carainli queiemâefforçois deleucrlciou de feruitude amp;nbsp;me afranchir, par votre force fuis deuenu plus ferf que deuant : derechef penfant perdre lâefiat amp;nbsp;la vie eftant prifonnier,ieme voy fau-ucamp;enma premiere liberté plus heureus que iamais : car ievoy les Caldees veineuz, qui ne celîoient iamais de nous father amp;nbsp;nui-rCjcHreen lâedat que ie leur fouhaitois. Et vous auertis, que pour les chaffer de ces montagnes iâeufiepaye beaucoup plus dâargent que vous nâauez eu pour ma rançon. Et quant à ce que mâauez promis deine recompenfer amp;nbsp;fatislà ire entièrement de lâargent par moy prefte, vous lâauez par votre libéralité amp;nbsp;vertu plus que tref-bien payé, dont nous nous fentons beaucoup plus obligez à vous amp;nbsp;tenuz devons remercier au double, ce que iamais nâaurons bon te de faire fi nous ne voulons dire dliinez ingrats : combien que vos biensfaits foient fi grans, quâil nâdl pofsible vous rendre grace condine félon vos merites. Apres celà furuindrent les Heraus Cal-dces requerans auoir paix auec Cyrus. Lequel les interrogua, sâils la demandoient pour y vinre mieus amp;nbsp;plus furcment quâà la guerre. Ils dirent quâoui, amp;nbsp;quâils preferoient à routes chofes le bien de la paix. Lors il promit la leur bailler, cnfcmblc plufieurs autres co-moditez qui fuiuent la paix: amp;nbsp;à caufe quâils effoient poures pour la fterilité du pà is,leur mit en auant de les faire palier en Arménie, ou ils pourroient eultiuer amp;nbsp;poffeder les terres qui par leurs diffen fions dloient de fi long teins en friche. Les Caldees fe montrèrent joyeus de cet ofre amp;nbsp;lâacceptèrent, pouruu quâon les afluraftdây vinre furement. Cyrus demanda au roy tf Arménie, sâil nâayinoit pas mieus que fou pais f ull cultiuepar gens qui lui en bailleroicnt pareille cenfiue que les autres fuictz,que sâil demouroit deshabité. Il confentit volontiers à celà , pource que fon reuenu augmentoit dâautant. Dcrethcfdemanda aus Caldees sâils nâdloient pas con-tens dclaiffer en paflureleurs montagnes aus Armeniens, pouruu quâon leur payai! ce quâil feroir raifonnablc: amp;nbsp;.à lâArménien aufsi, sâil ne vouloit pas y enuoyer fon bétail pour y faire profit en payant feulement vnc piece dâargent. Ils refpondirent tous en dire contens,pouruu quâils iepuflent faire fans cremte dâdire moldlez.
r» Prince i/oïc donner de i^aoy 'yi-/â ere aw uem enz , pour euieer les ^f^erres.
Par
a nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
Par ce moyen il conclut la paix entrâeus. Et pour culter le danger ou feroient les Armeniens files Caldees tenoient les montagnes en armes j amp;nbsp;pareillement la creinte des Caldees sâil les lailToit aus Armeniens, rcferuaà foy la charge de fortifier la montagne amp;nbsp;dây afioir garnifon pour tenir les deus en fuieccion , prometant defc ruer aprement fur celui qui premier donneroit ocafion de tumulte. Ainfi furent les deus parties trefiovenfes de ce que Cyrus au oit cfiabli. Si donnèrent des otages amp;nbsp;ratifièrent dâvn coté amp;nbsp;dâautre leurs promeffes amp;nbsp;acorderent au traité de la paix quâils feroient libres amp;nbsp;francs les vus des autres, prometans amp;nbsp;donnans gages amp;nbsp;alTuranccs des deus cotez dâobferuerles conuencions, depouuoir faire trafiques,mariages, labourages, pâturages, amp;nbsp;communautez de biens amp;nbsp;de guerre enfemble ou le cas le requerroit. Lefquels acors durent encores auiourdâhui entrâeus, ainfi quâils furent lors flits entre les Caldees amp;nbsp;roy dâArménie. Ce fait fe ruerent par enfemble à bâtir le fort, eftimant chacun dâeus le chateau eflre fait pour fa fureté, tant contre leurs voifins que contre les eftrangers, amp;: de tous cotez firent aportcr les chofes necelfaires pour incontinent le mettre en bonne defenfe. Deuers le foir Cyrus les fit fou-per auec lui en fine de lâamitié nouuellement acordee, amp;nbsp;durant le fouper vu des Caldees dità Cyrus, que la paix frefehement traitee eftoit agrcable amp;nbsp;duifante à tout le monde, amp;nbsp;penfoit que chacun en prendroit grande confolacion, hors mis feulemct certein nombre de Caldees qui ne viuoient que de larrecins, qui ne vouloicnt amp;nepouuoient trauailler,eflans deieunefieacoutumezaus armes amp;nbsp;au pillage, amp;nbsp;alloicnt vne fois à la foulde du roy des Indes qui eftoit eftimé trefpuifiaut amp;nbsp;riche, lâautre fois du roy Aftyagemou-uelle,qui fut agreable à Cyrus, lequel leur fit entendre, quâil les prendroit volontiers à fa foulde, amp;nbsp;leur donneroit autant ou plus quâautre qui les euff iamais foudoyez: Ce qui fut incontinent acor dé, amp;nbsp;difoit on queplufieurs des Caldees viendroient de leur bon gré pour guerroyer fous lui.
Comme Cyrta enuoya yne EmbajJade aus Indes, ^ retournant en Mode,délibéra dâa^atUir les ^JJÿriens. nbsp;nbsp;c h a p. 1111.
T fur ce que les Caldees difoient que plufieurs de leurs gens auoient guerroyé fous le roy des Indes, il fouuint à Cyrus des Emballadeurs quâil auoit quelque tems au parauant enuoyez pour elpier les afaires des Alcdes,amp; fembiablemcnt cens des Aflyriens, amp;
dcfiroit grandement lui faire entendre les grans faits dâarmes quâil auoit
de XENOPHON. LIVRE III. 7, auolt exploitez en fi peu de teins : A cette caufe pria leroy dâArme nie amp;nbsp;les Caldees lui donner degens pour guider certeins Embafi fadeurs quâil vouloit enuoyer au Roy des Indes j pour traiter auec lui de quelques afà ires,La caufe principale eftoit pour emprûter de lui de lâargent, dont il vouloit auoir quantité pour mieus payer fes gés,amp;: les guerdonner felo leurs merites.Et fi tafchoitpar ce moyen dâépargner les Armeniens quâil ten oit defia aunobre de fes amis, qui eftoit la caufe pourquoy plus volontiers il en euft pris du Roy des Indes.Lâmftruccion quâil donoit à fon chef dâEmbairade,eftoit; que Cyrus attedoit vnc noiiuelle armee de Perfe, pour laquelle lui faudroit auoir grolTefommedâargent, à cette caufemadoit au Roy des Indes,quâil lui feroit vn grand plaifir de le fecourir de telle fomme que bon lui fembleroit,promettant,fi Dieu lui donnoit bonne iffue de fes entreprifes,luimôtrer quâil nâauroit employé fa libéralité à lâendroit dâvn home ingrat. Au demourant dit à lâArménien,amp; aus Caldees,quâils fifTent dire à leurs EmbafTadeurs ce que bon leur fembleroit:en intencion defeferuir de fon ar2:ent,sâil en donnoit, ou de nâeftre obligé à lui dâaucune chofe, sâil faifoit le contraire. Voila ce que Cyrus délibéra pour ce foir, elpcrant que les Caldees amp;nbsp;Armeniens feroient bon récit de lui,comme il deliroit eure efti-mé amp;nbsp;connu par tout le monde. Le iour enfuiuant Cyrus fît partir fon Embafladeur, auec les inftruccions amp;nbsp;mémoires fufdites. LâArménien amp;: les Caldees cnuoycrent aufsi des plus expers de leur païs,tant pour traiter lâafaire de Cyrus, comme pour raconter fes prouelTes. Tôt apres Cyrus ayant paracheué fa forterefle, afsis vne fufifante garnifon,icelle munie de viures,lt;Sc mis dedens vn Ca-piteine Mededcquel il iugeoit eure des meilleurs amp;nbsp;plus fideles fer-uiteurs de Cyaxare, leua le camp acompagné de cens quâil auoit amenez, amp;nbsp;du fecours dâArmenie, amp;nbsp;quatre mille Caldees, qui ertoient eftimez les meilleurs combatans dupais. Si tôt quâil fiit z'honneur entre auplatpaïs dâArménie, généralement tous les hommes petis ^u un fait à amp;nbsp;grans, femmes amp;nbsp;enfans, lui vindrent au deuant, lui prefentans «« ion Pria ce quâils auoient de plus precieus, fautans de ioyepour la paix à ^^⢠eus donnée, dont le Roy mefmc nâeftoit point malcontent, efti-mant que Cyrus prendroit plaifir à lâhonneur que le Peuple lui faifoit. La Reine y vint aufsi, acompagnee de fes filles amp;nbsp;de fon plus ieune fils,amp; auec plufieurs autres dons,lui prefenta lâor amp;nbsp;lâargent que au parauant il auoit refusé. Mais Cyrus, Penfez vous, dit il, que ie fois venu pour vous faire du bien à gages, comme vn mercenaire ? Emportez votre argent, gardez le pour vous, amp;nbsp;ne le baillez plus à votre mari pour le cacher en terre, pluftot pour k: nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mieus
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LA. CYROPEDIE
ie finit de yiâotre.
Prudenee d'un Prince à conneifre
micusfaîrCjeqnipez votre fils dâvne partiejpour lâenuoycr à la gu er re, amp;nbsp;gardez le demourant pour vous, votre mari, amp;. vos enfans, pour les acoutrer amp;nbsp;maintenir plus ioyeufcment. Quant à la terre, on la doit referuer pour la fepultnrc de nos corps, non des richef-fes. Apres ce propos Cyrus pafla outre ,toufiours fuiuiduRoy dâArménie amp;nbsp;de les fuietz, lâapelans bon, iufte, amp;nbsp;bienlà iteur par plufieursfois, iiifqucs à ce quâil fut hors d'Armenie, ou le Roy lui enuoya encorâplus grand fecours, pource quâeu fon royaume il auoit paix. Par ce moyen Cyrus anec fcs gens fe partit ^ non feulement enrichi de lâargent quâil auoit reçu, mais ayant par fcsver-tueus aftes tronué le moyen, dâen reconurer danantage au befoin, amp;nbsp;fe campa pour lors fur les frontières. Le iour dâapres enuoya iâarmee amp;; lâargent à Cyaxare, qui nâeftoit pas loin, comme il auoit promis,puis auec Tigrane amp;nbsp;les principaus Perfes fe mit à prendre fon plaifir à la ch allé, ou il trounoit des belles, tellement quâen ce pafletems il arrina en Mede, ou il fut reçu «à grandâ felle : puis di-ilnbua de lâargent à fes Centeniers commebon lui fcmbla,pour recompenfer leurs gens félon leurs mérites, clhmant que les bienfaits de fes Capiteines tourneroient à fon honneur,^ de lâexceUcn ce de fes foldats, fa louensc feroit augmentée. Melines de là main fit plufieurs beaus prefens de toutes lortes dâarhics'aus plus vcr-tueus de fit copagnie. Et apres quâil eut en diuerfes manières recom pense fcs gens, il alfcmbla fcs Centeniers, Chefz dâefquadres auec fes plus prinez amis, 0c leur dit: le me refiouis grandement, mes amis,de voir vous amp;nbsp;vos gens eure côtens,auoir abondance de tou tes chofes,amp; que nous ayons de quoy bien faire à vn chaeû félon fa vertu.Toutefois il nous laut confiderer,qui ont elle les principales caufes de ces biens: amp;nbsp;fi vous y regardez de près, vous trou lierez, que le veiller,trauailler,endurer au befoin,amp; vfer de diligence vous ont donné ces richclîes.Parquoy il laut aulsi que par cy apres vous foyez vertucus, tenans pour certein, que les grans biens amp;nbsp;grans contentemens vous auiendront par obéillance, confiance, vertu, foufrance de rrauaus,amp; hardiefle es vertueufes amp;nbsp;perilleufcs entre-prifes. Ayant donq Cyrus connu par experience, quefes gendarmes auoient les corps endurciz amp;nbsp;forts au trauail,amp; le courage hardi, pour mcljsrifcrlâennemi, mefines que chacun lauoit defia le mamment de fes armes, amp;nbsp;efioir pront à obéir à fes fuperieurs, des lors il defiroit grandement exploiter quelque grand fait dâarmes contre les aucrlà ires,fachant bien, que par trop leiourner les grans Capiteines perdent fouuentles ocafions de victoire, parla variété de Ãortune. Dâauantage, voyant la coutencion de les foldats en leurs
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leurs exercices militaires, amp;nbsp;lâenuie dâaucuns mue parvneambi-cion, fe délibéra les mener fur les terres des Affyriens, pource quâil connoidoit bien, que la communicaclon des dangers tait entrâay-mer les compagnons, amp;nbsp;oter lâenuie quâon porte aus plus riches amp;nbsp;vertueus. Et nây ha aucun qui haye , ou mefprife cens, qui font toufiours en armes amp;nbsp;sâen veulent aorner, ains chacun les chérit prife, amp;nbsp;honore, comme amis èk compagnons de mefmes dangers, amp;nbsp;defenfeurs du bien cômun. Si fit armer tous fes gens,amp; les acou traie plus brauement quâil fçut, pour taire la montre. Et apelales ^yrMrekes. Myriarches amp;nbsp;Coronals de dix mille hommes, les Chiliarches, les coranals de Centeniers, Caporaus, Sc autres Capiteines, qui nâeftoient point dix nulle ha compris a lâenrôlement des nombres ordinaires de la phalange : ce mes.chdiar neanmoins sâil faifoit obéir au Prince, ou comander quelque cho- ches, edfitei fe, il nây auoit rien qui fut fans fuperieur, ains y auolt des Douze- nés de nulle niers amp;nbsp;3i2cnicrs,parlcfqucls les plus legeres chofes elloicnt com- hommes, mandees. Quand lesfederez amp;nbsp;alliez turent venus il parla ans Capiteines,amp; les amonefta défaire leur deuoir,lcs inUruitant comme amp;nbsp;parque! moyen ils pourroient amp;nbsp;deuroient ayder les vus ans autres : Et quand par fes paroles les eut allez incitez a faire cfpreuuc de leur vertu,leur commanda fe retirer en leurs quartiers, Sc enteigner leurs gens ce quâils pouuoient auoir apris de lui, amp;nbsp;les faire aymer le fait de la guerre , les rendre pronts amp;nbsp;adroits a fe defendre, inuenter nouuellcs modes dâallailhr, a tin quâils enflent meilleur courage dâaller au lieu ou il les vouloir conduire. Fmable-ment leur enchargea que le iour dâaprès ne failhflent à eus trouuer en ordre deuant le palais du roy Cyaxare. Sitôt que le iour enfumant commença à poindre, les bendes fe prelenterent en ordre anec Cyrus ou il au ou commande , lequel entré deuers Cyaxare auec les principaus de fon camp,commença à parler en telle former
Des propos que Cyrses eut anec Cyttxdre pour aller a^aïUir les ,A^yriens. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ghap. v.^
nâignorepoint,Monfieur mon oncle,que vous ^g^i auezdes long teins pensé amp;nbsp;délibéré les chofes ie veus dire : mais creingnant nous '^'^ peur que ne penflfsions eltre châtiez dâauprès de vous qui nourriflez toute lâarmee, _ ivousnâauez osé declarer votre auis. Puisdoncy que vous ne voulez defeonurir votre volonté , ientreprendray de declarer la mienne,.touchant votre profit Ck le notre.. Lâauis de k a
nous
7lt;r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
nous tous eft ^ puis que nous fonunes en ordre amp;nbsp;bien équipez, de ne demeurer plus oififs en vos terres,nây atendre que lâennemi nous vienne trouuer en quelque terre dâamy, mais pluftot, de nous ruer incontinent fur les fiennes, pendant quâil eft encorâ negligent amp;nbsp;oifif;car en feiournant icynous fommes contreins de vous en-donimager en plufieurs fortes à notre grand defplaifir. Mais fi nous allons droit à lui nous gâterons fon pais à plaifir, amp;nbsp;viurons aisément de plufieurs fourrages que vous cftes contreint dâacheter à groÃe defpenfe. Outreplus,!! le danger eftoit plus grand par delà quâil nâeft icy, parauatnre feroit le meilleur de prendre le plus feur: Mais en premier lieu, ce font les mefines ennemis qne nous combattons, ou là , ou icy, amp;nbsp;nous aufsi ne ferons point autres à aller quâà demourcr. Dauantage nos gens iront plus hardiment amp;nbsp;dâvn courage plus alTurc, amp;nbsp;auec plus grande marque amp;nbsp;enfeigne de vertu, fi nous allons allanlir nos ennemis : car ils nous creindront dâauantage, quand ils verront que pourcreinte dâeus le coeur ne nous eft failli, amp;nbsp;ne nous fommes point apareficz en nos maifons: Ains au contraire connoitront à lâoeil, que leur apareil de guerre nous ha fait auoir la hardiclTe dâaller au deuant dâeus, le phiftot quâil nous ha efté pofsible, amp;nbsp;fans atendre quâon donnaft le degat à nos terres,auons hardiment anticipé de fourrager celles dâautrui. Si donques par mefmc moyen nous eftonnons nos ennemis,amp; ren dons nos gendarmes plus hardiz, ne vous femble il pas que ce fera vn grand auantage pour nous,amp; plus dommageable pour les auer-faires? Car, comme iâay fonuent oui dire à mon pere, lt;!k à vous, amp;nbsp;tous les fages y confentent, lâifluedes batailles feiiige plus par le bon cÅur amp;nbsp;hardiefle, que par la force ou grandeur des corps, ny par la multitude des combatans.
Comme Cynts yint ^tUnter fon camp près des .syriens,^ sâa^ preflapour hnrer la bataille. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. y i.
Près que Cyrus eut ainfi declairé fon aiiis, Cya-xare commença à sâexeufer, le priant que lui amp;nbsp;les Perfes ne penfallent iamais, quâil fe fachaft de les entretenir amp;nbsp;fournir de vîntes. Au demon-rant iugea fon auis eftre bon amp;nbsp;auantageus pouf eus. Parquoy Cyrus conclut de faire incotineflf aprefter toute lâarmee, amp;nbsp;ordonna à tous fes Capiteines de tenit leurs gens prefts pour defloger,fi les facrifices montroient bon augure. Puis fe mit à facrifier premièrement au Roy des Dieus lupi'
ten
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ter , après à tous les autres, les priant de conduire 1âarmee, amp;nbsp;lui dire dous amp;nbsp;fauorables, les detendre, acompagner, amp;foutcnir en leurs afaires, leur eftre compagnons amp;nbsp;confulteurs de toutes cho-fes bonnes. Pareillement pria les Dieus particuliers de Mede habi-tateurs amp;nbsp;protefteurs dâicelle. Qiiand les facrilices eurent montre bon fine, amp;nbsp;que lâarmee fut en ordre fur les frontières, fuiuant les bons augureSjil afiaillit la terre ennemie, amp;nbsp;entra auant en pais,ou pareillement parbbaclons amp;nbsp;prières apaifa les Dieus amp;nbsp;Déclics particulières dâAlfyrie : derechef facrifia au Dieu lupiter conferua-teur de fon pais, amp;nbsp;ne laiffa en arriéré aucun Dieu dont il le puft a-uifer. Par ainfi apres auoir fatisfait à lâhonneur des Dieus, il con-duifoit fon camp auec vn merueillcus ordre,amp; faifolt faire aus gens de pié petites iournees, amp;nbsp;fe campoit de bonne heure : mais faifoit faire courfe à trauers pais aus gens de cheual, qui gatoient tout amp;nbsp;emmenoient tous les iours fi gros butin, quâil y auoit abondance dedens le camp de toutes chofes : cela fait amp;nbsp;apres auoir gaté amp;nbsp;fourragé le pais ils fe campèrent en vn bon heu,pour atendre la venue des auerfaires : Mais quand par les auancoureurs on eut auer-tiffement quâils nâeftoient quâà dix iournees loin dâeus, Cyrus fut dâauis de ne sâarrefter plus à les atendre ains dâaller au deuant, pour ne mettre fes gens en creinte , amp;nbsp;montrer la grande enuie tpi ils auoient de les rencontrer. Ce que Cyaxare aufsi trouua bon : par ainfi falfans raifonnables iournees ils sâaprocherent dâeus , tenans leurs gens continuellement en bataille. Or auoit il donne tel or- j^^^es etdi-dre à fes foldats quâils foupoient toufiours deuant la nuit, nâallu- hge^g^ J,',in moient iamais feu dedens le camp ains au deuant dâicelui, à fin 1,1,1^ prince. quâon puft plus aisément aperceuoir cens qui viendroient efpier fans eftrevuz, amp;nbsp;fonuent le faifoit allumer au derriere pour dece-uoir les ennemis, tellement que les efpions abufez du feu tant edongné fe venoient quelquefois letter au guet ou à lâauangarde comme dens les retz, eftimans eftre loin de lâarmee. Quand les â Afiyriens furent auertiz de la venue de Cyrus, ils fortifièrent incontinent leur camp dâvn large fofsé, comme font encores auiour-dâhui tous Rois eUrangers , qui par celà sâeftiment eftre en plus grande fureté, fachans lâincommodité de leurs cheuaus, qui font merueiUeufement farouches de nuit amp;nbsp;à toutes heures font grand bruit. A cette caufe ils les entrauent,amp; aubefoin ont beaucoup de peine de les deflicr amp;nbsp;brider , plus grande à les feller amp;nbsp;barder, encorâ plus à monter dellus. Stell du tout impofsiblc de les mener par le camp quâil nây ait vn merueillcus defordre. Au moyen de-quoy ils fe remparent dâvn fofsé, tant pour auoir loifir de sâapre-k 3 lier.
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LA CYROPEDIE
Prudence pour hurer yne lgt;lt;ttiu/~ k.
fter j coinmc pour liurer le combat quand bon leur femblc. Par ainG donq ellans aprochez les vus des autres enuiron de quatre mille pas J les Ally riens sâcGoient campez en la manière fufdi* te en vue plaine defeouuerte ^ mais Cyrus planta fon camp en liens obfeurs amp;nbsp;montueus, lequel ilfortiGa depalifees counertes amp;nbsp;de gratis remparts de terre, eftimant que dâautant quâil aflau-droit Ion ennemi à la defpourunegt; dâautant il iâeftonneroit dâanan-tage. Les deus camps Grcnt pour celle nuit bon guet, ayans afsis des efeontes ans donnes de leurs fortz. Leiour enfumant le Roy Aflyrien amp;nbsp;Crefede Lydie ne bougèrent de dedens le fort: mais Cyrus amp;nbsp;Cyaxarc fe prefenterent à la campagne leurs gens ordonnez en bataille atendans la faillie des ennemis, lefquels quand ils virent ainG lé tenir cois ^ amp;nbsp;que pour ce iour ils nâelfoient délibérez de combatrcj Cyaxare dit à Cyrus, quâil les faloit aller afiaillil dedens le fort amp;nbsp;montrer leur hardiefle, au moyen dequoy leurs gens prendroient courage amp;nbsp;les ennemis sâeftonneroieut. Ce que Cyrus ne voulut ac ordcr_,comme opinion dangereufe amp;nbsp;maunaife, dilà nt que les Alîyriens ne fandroient pas de les atendre en leur fort fans cremte dây elite veinenz, amp;nbsp;ne sâeHrayeroient aucunement dâvu G temeraire allant,amp; les tenans pour infames de les voir retourner fans rien gagner,melpriferoient le petit nombre de leurs gcns,de forte que le lendemain ils fortiroient de meilleur courage. . Mais, difoit Cyrus, G nous ne nous defeouurons de G près, pource quâils ne fanent encorâ quel nombre nous fommes,ils nous ellime-ront dâauantage amp;nbsp;feront esbabiz quand nous les aprochcrons, croyans que ne lâayons fait fans beaucoup depuiirance, amp;nbsp;fuis cer-tein quâil, ne celîent tout le iour de parler de nous eu dmerfes manières. Quand donques ils fortiront de là , il nous fera loiGblc moyennant notre vertu de les combatte au heu ou nous deGrons auec notre auantage. Le confeil de Cyrus aprouné par Cyaxare amp;nbsp;les autres ils prmdrét leur refeccion pour ce iour, amp;nbsp;apres auoir afsis le guet de bonne heure, amp;nbsp;fait faire pluGeurs feuz au deuant du camp amp;nbsp;du guet ils fe mirent à repofer. A la pointe du iour dâapres Cyrus ht fon facriÃce eGant couronne, amp;nbsp;commanda à fes principaus foldats de la nobleÃe y afsiGer couronnez de Geurs,lequel fini il les Gt alîcrabler amp;nbsp;les enhorta comme sâenfuitt
Enhorfement de Cyrm à fes Câpiteines^ pour les faire entrer de meilleur courage à la bataille^ quot;nbsp;chap. vi^
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DB XENOPHON. LIVRE HL 7?
Ompagnons bien ay me z, les Diens imtnortelz par Iâauis des augurateurs amp;nbsp;de moy, nous de-dairent que nous aurons bataille amp;nbsp;viftoire, amp;nbsp;par les facrifices nous promettent bonne iflue. Or à la vérité iâaurois honte de vous amonnefter dâeftre pronts amp;vaillans j confiderant que chacun devons entent aufsi bien le deuoir du bon gedarme que moy, amp;par longue continuacion delâeflat non feulement elles coutumiers de bien faire, mais fufifans pour lâenfcigner aus autres. Tou-tefois ie vous anertiray dâvue chofe : Câet que vous apreniez ans nouneaus foldats lefquds nous anons lenez puis nagueres amp;nbsp;dcfi-rons rendre pareilz à nous, à faire leur deuoir, amp;nbsp;leur déclariez pourquoy amp;nbsp;à quelle fin Cyaxare nous nourrifioit amp;nbsp;exercitoit,amp; aufsi la caufe pourquoy les anons apelez à notre à yde, amp;nbsp;eus aufsi mâont promis nây faillir, leur mettant fonuent en memoire que ce iour feul démontrera la vertu dâvn chacun amp;nbsp;ce quâil méritera. Et ne faut vous emerueiller fi des choies que lon aprentpar vfage, aucuns dâentre eus ont befoin dâeftre amonneftez , encorâ ferions noushenreus fiparlâexortacion dâautrui les hommes faifoient leur deuoir. Au démontant en gagnant ce point fus eus, vous ferez efpreune de vous mefmes : Car celui tpi par parole amp;nbsp;auertifle-ment peut faire deuenir vn autre plus partait qu il n cftoit, a plus grande railon fepeut faire plus hardi, eftant alTurc de faparîaite vertu : mais celui qui reçoit lâamoneftement d autrui,amp; fe contente de cela, nâeft que demi parlait au pris des autres. Au moyen de-quoy ienâay voulu parler à eus mais me fuis contenté de le vous dire, afin quâils aprenuent à vous obeïr pourautant que vous cftes toufiours auprès dâeus. Etfoyez apurez , pendant quâils vous verront fiers amp;nbsp;conftans, que vous enfeignerez que câet de hardiclTe à eus amp;nbsp;à plufieurs autres non feulement par parole , mais de fait amp;nbsp;dâexemple. Auprès celà leur commanda Cyrus dâaller dîner, ainfi couronnez quâils eftoient, puis retourner vers lui chacun en fou ordre : cens cypartiz il fit apelerlâarricregarde amp;les conduéfeurs des dcrniers,aufquels il parla ainfuPerfes trefaymez,puis que vous * elles du nombre des Homotimes amp;nbsp;choifiz entre les autres, comme non feulement pareilz de force aus plus vaillans de lâarmee mais plus prudens pour votre aage, amp;nbsp;tenez vn lieu aufsi honorable que cens de rauangarde,il eft conucnable à votre deuoir quâcix incitant les vaillans hommes qui font deuant vous à bien taire vous les rendiez encorâ plus gens de bien, amp;nbsp;quant ans lafehes amp;nbsp;couarzleur apreniez à taire leur deuoir. Et faut cpievous eftinfiez que
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que laviéloire vous eft aufsi dulfante quâaus premiers, tant pouf lâhonneur amp;nbsp;reuerence de votre aage, quepour ladinitc de lâhabit que vous portez. Parquoy fi les premiers vous apellent amp;nbsp;enhor-tent de les fuiure nâayez honte de les efcouter : amp;nbsp;à fin aufsi que ne fembliez inferieurs à enSj incitez les de sâauancer viuement con tre les ennemis. Allez vous en donq diner comme les autres,amp; incontinent apres mettez en ordre vos Efquadrons, ayant des chapelets de fleurs amp;nbsp;couronnes fus vos teftes en fine de refiouiflance comme les premiers.
Cornent le Roy d'^Ãyrie fortit du camp en bataille ^ haren-^ua fes vens jpuis entrèrent en bataille ou les ^Ãyriens fu
rent defconfts.
C H A Ã. V I lï*
Endant que Cyrus enhortoit fesgens, les Afly-riens aufsi ayans défia dinc eftoient fortizdâvnc grandehardiefle, amp;nbsp;fe rengeoient en leurs ordres auecvne merueilleufe puiflance. Le Roy monté fur vn braue chariot en ordonnant fes gens les amonneftoitde telle façon : Aflyriens, voici rheure,ou il fe faut montrer gens de bien : Voici lâheure quâil faut penfer que vous combatrez , non pas pour vn rien,mais pour la vie, pour la terre ou vous eftes nez, pour les maifons ou vous fu-ftes nourriz, pour vos femmes amp;nbsp;enfuis : bref pour tous les biens que vous auez.Si vous gagnez la bataille,les chofes fufdites feront vôtres comme deiiant, ôc en votre iouilfance : mais fi vous la perdez , vous perdrez tout enfemble, amp;nbsp;ferez vous amp;nbsp;vos biens en la mifericorde de vos ennemis. Parquoy donques, fi vous aymez la vidoire, il vous faut tenir lepic ferme au combat amp;nbsp;montrer la face aus ennemis. Car certeinement câetvne grande folie de vouloir veincre en montrant le doz aus auerfaires, amp;nbsp;les parties du corps qui font fans yens, fans mains, fans armes, ou defenfe aucune. Encorâeft plus hors du fens celui qui defire la vie, amp;nbsp;la cherche en fiiiant, amp;nbsp;doit penfer quâil nây ha moyen de fe fauuer, finon parla viftoire, de y ha beaucoup plus de tuez à la fuite, quâau combat. Mais la folie de celui qui ayme les biens amp;nbsp;fe laifle veincre, eft encorâplus grande. Car qui eft celui quinefache, que les veincueurs parmefme moyen fauuent leurs biens, amp;nbsp;rauiflent ceus des vein-euz ? amp;nbsp;au contraire les veincuz perdent eus amp;nbsp;leurs biens cn-femble?
Si fembla fur lâheure à Cyaxarc, voyant fortir les Aflÿriens peu à peu
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à peu du fort, quâil feroit bon de fe ruer fus eus ^ pendant quâils edoient encores peu Ãc fans ordre, iiigeant quâil feroit beaucoup plus aise de les veincre en petite troupe, quâen groffe multitude,amp; Ãâenuoya dire à Cyrus. Mais ce parti ne lui plut aucunement, iu-geant que fi plus de la moitié des Aflyriens nâcHolt veincue, ils ne fe tiendroient pour veincuz,amp; diroient que Cyaxare,pour creinte de la multitude auroit alTailli ce peu de gens qui feroient défia for-tiz, dont il conuiendroit combatte encorâ vn coup, auquel ils fe refrefchiroientpour mieus penfer à leurs afalres, amp;nbsp;lui oteroient cette oportunité de combatte cotre tant de gens quâil lui plairoit. Sur lâheure mefme Chryfante Perfe auec quelques autres Homoti-mes lui amenèrent des foldats efehapez du camp des Affy riens,qui sâeftoient venuz rendre à lui, lefquels il enquit diligemment de tout, amp;lui dirent comme les AlTyriens eftoient fortiz en campagne, amp;nbsp;que le Roy les mettant en bataille les auoit incitez dâvne longue amp;nbsp;préméditée oraifon. Lors Chryfante le pria de faire le femblable à fes gens, amp;nbsp;efiayer par paroles de les rendre plus vall-lans,cc que Cyrus refufa de faire, difant, qu il ne s cftonnaft point pour les harangues du Roy dâAlTyrle. Car il nyha exhortacion fi bonne , qu elle puiffe en vn feul iour faire le mefehant vertueus, ne fi elegant parler, qui puiffe foudeinement rendre vn couart hardi.-Et tout ainfi quâon nepeut faire en vn feul iour vn bon arbaleftier, bon archer, bon homme dâarmes, nybien endurant le trauail, sâils nây font de longue main acoutumez , aufsi ne faloit il penfer, que vue oraifon, pour bien compofee quâelle fuff effre, fuff fufifantc a mettre au coeur dâvnhomme vue creinte de deshonneur, ny le retirer dâaucun vice. Penfes tu, difoit Cyrus, que ce foit enure dâvne heure, de perfuader ans hommes, que pour aquerir louenge ils fe mettent à fuporter tous trauaus amp;nbsp;fe fourrer en tous dangers ? amp;nbsp;tiennent conftamment cette opinion, quâil foit plus defirable de mourir en combatant,que fe fanuer en fuiant ? Ne te femble il pas pluftot que pour faire naitre amp;nbsp;durer telles penfees aus coeurs des hommes, il faudroit auoir deslolx en vite cité, qui fiffent viure les bons en liberté amp;nbsp;honneur , les mefehans languir en poureté amp;nbsp;deshonneur? Apres cela encorâ faudroit il auoir des précepteurs amp;nbsp;Magiftrats, qui de fait amp;nbsp;parole les acoutumaffent à bien faire amp;nbsp;fe gounerner fagement,iniques à tant que cette opinion full enracinée, quâil nây ha que les bonshonorez amp;'heurcus , les mefehans infames amp;nbsp;malheureus. V oilà comment doutent effre inffituez ceus qui veulent préférer ce quâils ont apris à la creinte des ennemis. Penfes tu donq, quâau iour dâvnebataille, ou plufieurs oublient ce l quâils
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quâils ont de longtems aprisAn homme puiffeauoir fi bien troufse vne harangue, quâil rende les hommes beUiqueus en vn inftantî Certeineraent il feroit beaucoup plus aise dâaprendre ou enfeigner la plus grande fcience du monde ^ que de faire en fi peu de tems vn vaillant homme de guerre : Mefmes penfes tu que iâuflc grand cfpoir en ces derniers venuz, fi vous autres nây eftiez prefens ^ qui par exemple leur montrez,amp; par parole aufsi les enfeignez? Et à la vérité ieferois autant esbahi, de voir Vn homme couart deuenu \ vaillant par le moyen dâvne harangue bien compofec, que de faire vn bon Muficien par vne chanfon bien chantee. S ur celà Cyaxare enuoya derechef dire à Cyrus j que câeftoit trop atendu à marcher contre les ennemis. Mais Cyrus lui râenuoya dire^que pour certein ils nâeftoient encorâ tous fortiz , amp;nbsp;fit faire cette refponfe déliant tous les afsiftans : toutefois puis quâil lui plaifoit ainfij quâil ne tar-deroit plus. Lors apres auoir fait fa prière aus Dieus, fit fortir in-£onneeliÃl^ continent fes gens amp;nbsp;sâauança de marcher le premier. Ses gens le fgt;line âie^ff^ fuiuoient en tresbclle ordonnance j comme gens bien infiruiz amp;nbsp;tiarmes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Je Ion2;ue main exercitez à ce faire ^ amp;nbsp;marchoient dâvne merueil-
leufe hardieflcjà caufe ddâenuie quâils auoient de pafler lâvn lâautre à bien faire, amp;nbsp;dâvn courage alTurc amp;nbsp;ioyeus, comme gens acoutu-raez à porter toute peine : ioint quâils voyoient leurs Capiteines eftre les premiers en leurs rengs,aians apris par longue experience, que câet toufiours le plus feur amp;nbsp;plus aisé dâafaillir lâauerfaire, principalement auecques les gens de tret amp;nbsp;cheuaus legers. Ertans encores à plus dâvn tret dâarc des ennemis, Cyrus donna le mot pour fine de liurer la bataille, lupiter guide amp;nbsp;compagnon, lequel il fit courir par tout fon camp , derechefil commença vn hymne «à lalouenge de Caftor amp;nbsp;Pollux félon que les loix du pais le commandent, auquel les fiens refpondirent à haute voix amp;nbsp;en grandâ deuocion : Car par ce moyen les gens fuperfticieus ont moins de creintc des hommes. Lâhymne fini, les Elomotimes marthansen-Icmblc dâvn vifage alluré amp;nbsp;hardi sâentreregardoient amp;apeloient les vns les autres par leur nomjamp; incitoiet les derniers à les fuiurc, en difant : Allons sens de bien, courage mes amis, amp;nbsp;nâoyoit on autre propos parle cai^p. Les derniers aufsi oyans la voix des pre-miers leur refpondoient de mefmes, amp;nbsp;leur donnoient cÅur dâaf-faillir amp;nbsp;marcher hardiment .à la guerre. Orertoit le bataillon de Cyrus garni de gens tous rempliz de prouelîe, counoitife dâIion-iieur, force oc hardielTc, amp;au demouraut quife baiUoient courage lâvn à rautre,non temeraires,ains gens fort obeifians,qui eft la cho fc(à mon auis) qui endommage le plus les ennemis. Cyrus pour lots
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^ors fe montra diligent amp;nbsp;hardi quand ce fut à letter les darz^Ãc di-^oit : Qui f«ra le premier à courir amp;nbsp;montrer exemple de vertu con treles ennemis J Cette parole fut incontinent de main à main redite à toute rarmeejamp; lors quelques vns plus hardiz defirans le combat, de gayeté de coeur fe mirent à .courir, amp;nbsp;apres eus tout le bataillon fe ma à courfe fur les ennemis.Les Affyriens qui edoient ordonnez pour combatte de deffus les chariots amp;nbsp;autres machines de guerre voyans aprocher les Perfes, montèrent deffus pour retourner au gros batalllon,amp;lesarchers,iaculateurs,amp; autres qui moient de la fonde, employèrent tous leurs trets, darz, amp;nbsp;pierres auant quâils les puffent ateindre. Dâautre part Cyrus avançant fon pas couroit impetueufement, tantôt fe tournant dâvu coté,tantôt de lâautre, amp;nbsp;crioit ; Qui ed celui qui me fuiura ? qui fe montrera vaillant ? Qui ruera premier fon ennemi par terre ? Les Perfes oyans celà ,redifoiét à leurs compagnons les mefmes exhortacions, amp;nbsp;quifuiura? qui ruera? couroit par tout le camp débouché en bouche dâvne telle ardeur, amp;nbsp;fe ruerent fi furieufement fur les Affyriens, quâils ne furent foutenir le choq,amp; tournans le doz tâchèrent de gagner le fort. Lors firent les Perfes vnc mcrucilleufc boucherie, amp;nbsp;les pourfuinirent iufques aus portes du camp, ruans par terre amp;nbsp;decoupans tout ce quâils rencontroient. Vous eufsicz vu cheuaus amp;nbsp;hommes tombez, chariots renuerfez, aucuns qui eftoient ruez dedens les foffez , autres qui peflemefle a la preffe eftoient tuez,partie sâentrehurtoient enfemble, partie eftoient ateints des Perfes ,amp; incontinent mis en pieces. Lagendarmerie des Medes voyant ce defordre donna dedens laCaualeric des ennemis , qui de la première rencontre ne les furent foutenir amp;nbsp;fe mirent en fuite, defquels aufsi fut fait grand meurtre en la preffe, mefmes aucuns paffoicnt par deffus le ventre de leurs amis. Dâautre part cens quitenoient le fort fur les foffez öeremparz ne furent ny tirer flefebe ny letter aucun dart contre les meurdriers de leurs compagnons,full pour la creintc naturelle,ou pour lâeffrayc-ment qui les defeourageoit, voyans tuer leurs gens Inr le bort du fofse, amp;nbsp;fe retirèrent dedens les autres forts amp;nbsp;remparz. Par amfi tous corne eftourdiz,abandonnèrent le camp amp;nbsp;fe mirent à fuir,amp; foudein ils furent pourfuiuiz fi rudement que les Perfes eftoient défia fur lâentree du fort, qite les ennemis ne fanoient de quel cote fefanuer amp;nbsp;sâenfnyoient de toutes pars la telle baiffee. Sifepre-fenterent à eus les femmes des Aflyriens tontes defthcuelees, dont les vues portoient leurs enfans ,les autres plus iennes, les robes amp;nbsp;1 e vifagedefehiré, toutes pleines de larmes leur eferians amp;nbsp;fnplians 1 a de
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LA CYROPEDIE
de tenir bon, amp;nbsp;nâabandonner elles amp;nbsp;leurs enfans amp;nbsp;eus niefnics. Les Rois aiifsi voyans la route amp;nbsp;le defarroy, auec les meilleurs de leurs compagnies mÃterentfurlesrcmparsdes portes qui auoient efte abandonnées J amp;en combatant enhortoient leurs gens de retourner à la bataille. Cyrus voyant cela, amp;nbsp;creingnant que files fiens qui eftoient en petit nombre, entroient iufques dedens le fort, ne fuflent enferrez par la multitude des ennemis eftans au defefpoir, fit retirer fes gens hors le tret dâarc, amp;nbsp;lors ion euft pu voir à lâÅil la bonne difeipline des Horaotimes. Car aufsi rot quâils entendirent le commandement de Cyrus, ils obéirent, amp;nbsp;incontinent le firent falloir à leurs compagnons : tellement quâen vn in-ftant ils fe retirèrent en ordre fi loin que le tret ne leur euft fù mai faire, chacun en fon reng, fachans miens la place quâil leur faloit tenir, que ne fait raiTemblce des danfeurs amp;nbsp;Muficiens, dont Ion vfe
coutumièrement ans Tragedies, quand il eft queftion de commencer \ n
ien.
Fin Ju froiÃeme iiure.
Le quatrième Liure de laCyro-PEDIE DE XENOPHON, J^ la Z^ie (i^ fnÃirucion de
CYRVS ^oy des ^erÃs.
Comme le Hoy d^Ãyeie mourut en bataille, le Jioy Creftn ^ les ^Ãyriens sâenfuirent, ^ Cyrus délibéra deles future.
CHAPITRE I.
[PRES que Cyriis eut demourc quel-' que peu de terns auec fon camp au lieu ou premièrement il sâeftoit retiré j amp;nbsp;donné certeins fines aus AlTyriens dâa-uoir fes gens encorâ prefis à rentrer à la meflee ^ fi quclquâvn vouloir fortir à la campagne,voyat quâils fe tenoient cois en leur tentes^retira fon oft autant loin â¢^â¢s des ennemis comme il lui femblaeftrc ^? conuenable,auquel lieu il planta amp;nbsp;fortifia fon camp, amp;nbsp;apres auoir afsis le guet, eniioyé dehors les efpies amp;nbsp;efeoutes, fe mit au milieu de fes gens, lefquels il auoit fait afiem-bler,puis les arraifonna en telle manière:
Perfes bien aymez, en premier lieu ie loue amp;nbsp;remercie les Dieus autant quâil mâert pofsiblcjamp; croy quâaufsi faites vous,de la grande viftoire quâils nous ont ce iourdâhui donnée, amp;nbsp;à bon droit en demons à toufiours mercier leur grace immortelle leur ofrat de tous les biens que nous aurons. Quant au combat, ie loue amp;nbsp;prife en r» Vrinee general beaucoup la vertu dâvu chacun de vous,pour autant quele' doit louer et fait dâarmes,auquel auez trauaillé, eft certeinement tresbeau amp;nbsp;honorer les louable, amp;nbsp;vous en eft rhonneur du à tous enfemble. Mais en par- âyertueui. ticiilier eftant informe, par le raport de cens quâil apartient, des: beaus faits dâvu chacun de vous,ic mâelforccray de mon pouuoir de vous en fauoirgrc amp;nbsp;de fait amp;nbsp;de parole. Quant à Chrylà nte qui eft icy près de moy, lâvn des Centeniers, ie nâay que faire de mâciT enquérira dâautres , lâayant moynichne vu : car outre ce quâil sâeft porté vaillamment à faire toutes les prouelîes que vous auez vues, quand lâeu fait fonner la retraite amp;nbsp;lâeu apclé par fon nom , il fut fi. pront à inâpbeïr, combien quâil euft haulsé lâcfpee pour ffaper vu
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?ff nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
Inpi^ne-ment après yne quot;yiifei-re.
Aflynen^quâil retint le coup pour exploiter mon commanderaent, amp;nbsp;en mefrae in fiant fe retira amp;nbsp;commanda ans autres de faire le femblablc, tellement quâil fut plnflot hors du tret dâarc,que les ennemis sâen pufient aperceuoir, ou fuHent enfoncer les arcs pour tirer. Au moyen dequoy il ha fanué foy amp;nbsp;fes gens fans aucun dommage, par fa diligente obeïïlance. le voy là quelques compagnons blecez, defquels eflant informe du tems óede la façon de leurs bleffiires, iâen deelaireray mon opinion. Mais Chryfante, le connoiflanthome prudent, entendu ans afaires de guerre, fachant commanderamp;; obéir,pour leprefent ieveus quâil fait Capiteine de mille hommes,amp; fi Dieu nous donne quelque chafe de miens,ic ne lâoublieray point,ny vous aufsi.Si eft ce que ie vous veus amon-nefter, que vous rameniez fouuent en votre mémoire le fait de cette iournee,amp; que par lâexemple dâicclui vous mettiez à iuger,fi câet la vertu, ou la fuite, qui faune Jes perfonnes , amp;nbsp;Icfquels font plus tôt deliureZjOu cens qui combatent vaillamment,ou cens qui y vont aueclafchetc de cÅur, amp;nbsp;combien de plaifirs aportclavi-éloire:Ce que vous pourrez aisément iuger tant pour en auoir fait experience, comme par ce que lâexemple eft encorâ recent, lequel vous feruira de beaucoup, fi vous y voulez penfer pour vous rendre plus fages amp;nbsp;vertueus. Parquoy comme gens de bien, qui ont creinte de Dieu, amp;nbsp;fe montrent contens en Ãâvne amp;nbsp;lâautre fortune, allez vous en fouper,faites faintes libations ans Dieus immortels, amp;nbsp;commencez vn hymne à leur louenge,pouruoyans diligemment aus chofes qui vous font commandées.
Ces paroles dires il monta à chenal, amp;nbsp;vint deners Cyaxarc fe refiouir auec lui de cette viftoire , auec lequel quand il eut deuisc des afaires, amp;nbsp;demande sâil auoit befoin de fon fcriiice, il retourna vers fes gens :lefquels apres auoir foupé amp;nbsp;afsis le guet,félon ce quâil leur eftoit commande, sâen allèrent repofer. Durant que lâoft de Cyrus eftoit en ces entrefaites pour celle nuit, les Alfyriens dcf-plaifans de la perte de la bataille, en laquelle le Roy mefmes auoit efté occis,auec la fleur de fes »eus, furent grandement eftonnez,^ tôt apres plufieurs tombèrent eu defefpoir, amp;nbsp;abandonnèrent le camp. Quoy voyant leroy Crefus deles autres confederez furent furpris dâvne merueilleufc confufion- amp;nbsp;perte de cÅur : Car leurs afaires alloient trcfmal,amp; ne fathans quel parti leur futle meilleur: pour autant quâil nây auoit aydc,ny confeilaus Allyriens gens cfperduz de leur entendement, amp;nbsp;qui eftoient le plus grand nombre de lâarmee amp;nbsp;perdirent toute efperance de falut, tellemct quâils abandonnèrent leurs tentes de de belle nuit fe mirent à la fuite.
' A la
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A la pointe du iour que Ion aperçut le camp vuide j Cyrus y mena les Perfes les premiers^pourautant que les ennemis y auoient laifsc grans troupeaus deMoutons^Brebiz^gros bétail, amp;plufieurs chariots rempliz de toutes richelles.Tot apres y commencèrent à ve-nir lesMedes deCyaxare,amp; tous enfeinble dinerent dedensles tentes des auerfâircs. Cyrus lâaprefdinee apela fes Capitcines, amp;nbsp;fit vn difcours deuant eus des grans biens que les Aflyriens laiffoienc amp;nbsp;que les Dieus immortels leur auoient donnezjeur remontrant, puis que les Aflyriens auoient abandonné le fort,auquel ils fc pou-uoient beaucoup mieus defendre quâen la campagne, il nâeftoit pas à croire quâils les duflent atendre en vnc plaine : car, difoit il, puis quâils fuient fans auoir eflaye quelles gens nous fommes, comment nous atendroient ils déformais veincuz par nous,amp; endommagez en plufieurs fortes? Dâauantage, puis que la fleur de leur armee gic morte en la campagne, comment fera il pofsible que la canaille amp;: les plus inutiles sâofent prefenter an combat contre nous? Lors vn des afsiftans lui dit : Sire, fi vous tenez les chofes fi certeines à notre auantage,pourquoy ne courons nous aprespour les râateindre? Pource, dit Cyrus, que nous auons faute de cheuans, amp;nbsp;que les principaus des ennemis, Icfquels il nous faudroit ou prendre ou occire, ont lâauantagc, pour dire montez fur tresbons contfiers: lefquels aueclâayde de Dieu nouspounons bien veincre en bataille, non pas prendre à la fuite. Si lui refpondirent tous quâil le faloit dire à Cyaxare, amp;nbsp;par le confeil de Cyrus sâen allèrent tous dâvn acorddeuers luijamp; le prièrent de les ayder en ceft afaire. Mais Cyaxare, fl tôt quâils commencèrent à parler, comme sâil eut elle cfmu de quelque enuie fus eus, ou bien pource quâil ne vouloit plus efiayer le hazart de la bataille, comme perfonnage aymant la paix amp;nbsp;qui defiroit apres vne fi grande victoire prendre fes plaifirs, ce quâil fauoit aufsi ertre agréable à plufieurs des Medes, leur ref-ponditainfi:
1,âopinion de Cyaxare lgt;our diaertir Cyrta de future la yiûoire.
CHAPITRE II«
L y ha long tems, mon neueu, que iâay entendu amp;nbsp;connu par experience, que vous Perfes de votre ieune aage auez efludic fur tous les hommes du monde à ne vous côtenter de quelque grand plaifir qui vous foitofert, amp;nbsp;me^rifez routes chofes prefentes pourle defir que vous auez dâen aquerir dâautres.Mais de ma part iâeftime vn grand heur à vu hom-
Conpil idâun me.
me
88 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
me de fe falloir contenter de fa bonne fortune. Et qui peut aporter à lâhomme plus grande volupté ^ que la viftoire que Dieu nous ha ce iourdâhui donnée? De laquelle fi nous nous fanons contenter, amp;nbsp;en iouir modeftement, parauanture pourrons nous viure en félicité le demourant de notre vie. Mais fi pour lâinfaciable defir de croître cette volupté, nous nous enflons dâorgueil amp;nbsp;cherchons noiiueaus dangers, pour en auoir plufieurs femblables, gardons nous bien quâil ne nous auienne comme Ion dit de plufieurs mar-chans de mer,qui pour auoir fait vne fois à la faneur dâvn bon vent, quelque gain excefsif, fans vouloir mettre bride à leur counoitife, ne ceflent iamais de naniger, infqnes à tant quâils y demeurent pour gage. Pareillement plufieurs, apres vne viftoire, defirans en aquerir vneantre, fe remettent en hazart, Reperdent ce quâils ont gagné à la premiere,par vne cupidité trop folle amp;nbsp;malhenreufe.Car fi les ennemis,qui sâenfuient,efloient moins que nous,paranantu-reles pourrions nous fenrement pourfuiure : mais ie vous anertis, amp;nbsp;vens bien que vous y penfez, que nous nâanons combatn tous enfemblc qnâvne petite troupe dâiceus furlefquels nous anons eu la viftoire, amp;nbsp;quâils ont encorâ vne grande multitude dâhommes, qui^iâont efprouné nos armes, amp;nbsp;qui sâen iront volontiers à leurs maifons, eflonnez feulement delà renommee de cette victoire, amp;nbsp;comme lafehes amp;nbsp;efféminez mettront bas les armes: mais sâils retournent vne fois à penfer quâils ne feront en feurté non plus à fuit quâà tenir bon, amp;nbsp;quâil nây ha efpoir de falut finon fur la pointe de lâefpee, gardons nous quepar necefsité ne les facions deuenir vail-lans. Penfez vous,Cyrus,que le defir foit plus grand en vous de ra-uir leurs femmes amp;nbsp;enfans, quâen eus de les fauuer ? amp;nbsp;quâils ne fa-centpour le moins comme les Layes, lefquelles ayans grande compagnie de cochons sâenfuient deuant le Veneur qui les chaffe:mais quand elles en voyent quelquâvn pris amp;nbsp;lié, demeurent court, amp;nbsp;quelquefois fe ruent toutes feules impetueufement contre cens qui les prennent ? Dâauantage nous anons eu grande commodité à les veincre, quand ils effoient cncloz dedens ce fort : car il nous fut loifible de ne combatte finon cens que nous anons voulu: mais fi nous les voulons aflaillir en plaine, ou ils puiflent aprêdre à nous rencontrer de front,de cotéjpar derricre,lt;Sc nous enceindre de tou tes parts, gardez vous bien que vn chacun de nous nâait befoin Je beaucoup dâyens amp;nbsp;de mains pour fedefendre. Au fort il me gre-ueroit grandement de fruftrer les Medes du grand plaifir amp;nbsp;repos ou ils fe trouuent, amp;nbsp;les contreindre de sâenueloper derechef en quelque danger ou hazart de bataille.
Comme
DE XENOPHON. LIVRE IIII. 8gt;
Come Cyrus im^etm partie des medes de Ciaxare, ^ auec eus ^ les Hyrcdniensrendu:i;^Ã lHi,pourfuiuit les yljjyriens.
CH AP. III
^^Ccs paroles Cyrus refpondlc en brief, quâil ne le P^^ â^^ contreindre perfonne à venir à la ââ^^ feulement de lui bailler cens qui le voudraient fuiurc, fe faifant fort de faire vue cu-ure agreable à lui amp;nbsp;aus Gens , amp;nbsp;quâil nâenten-doit depourfuiurelc corps dclâarmeedes Aftyriens , chofe impofsible à prendre : mais feulement donner fur la queue,amp; empongner cens qui feroient efgarcz. Au demourant lui remit en mémoire, comme à fon befoin il eftoit venu auec fcs gens dâvn lointein pais pour le fecourir amp;nbsp;lui faire plaiGr, à cette caufe le prloit lui rendre la pareille en cet afaire, à Gn quâil puft ramener fes gens en leurs maifons auec quelque butin, amp;nbsp;quâils nâeuftent otaGon de sâatendretouGours ans trefors amp;nbsp;a la fouldc d icclui.
Vraymentj dit CyaxarCj G. quel quâvu y veut aller volontairenient, lâeu feray trefcontent amp;vous en fauray bon gre :enuoycz auec moy quelquâvn de vos principaus amis,pour declairer votre volonté ans Medes. Lors Cyrus voyant dâauanture prefentvn Gentilhomme Mede , qui autrefois sâeftolt acoufinc de lui j amp;nbsp;l auoit baisé fl founent lors quâil partit dâAftyage :1e ne veus, dit il, autre que cetui cy, pour aller auec vous, amp;nbsp;dire ans Medes que cens qui voudront venir auec moy y viennent. Eftant la chofe acordee,Cyrus ayant tiré ce Mede à lâcfquart lui dit tout bellement, que le tems eftoit venu ou il pourroit montrer par effet sâil cftoit vray, ce quâautrefois il lui auoit oui dire, quâil prenoitvn merueilleus plai-fir à le regarder. Le Mede commença à iurer que fon courage nâe-ftoitpoint changé, amp;nbsp;que sâil acceptoit fon amitié, il ne lâabandon neroit iamais,amp;lui promit de mener les Medes à la guerre amp;nbsp;de sây portet fi bien,que Cyrus mefme prendroit plaifir à le regarder.Par ainG eftant enuoyé par Cyaxare expofa ans Medes le mandement, amp;ditdâauantagequedefa part i! eftoit délibéré de nâabandonner iamais Cyrus, qui eftoit le meilleur amp;nbsp;plus bel homme du monde, amp;nbsp;qui plus eft engendré des Dicus immortelz. Pendant que Cyrus eftoit en ces pratiques,comme par la volonté des Dieus,lesLmbaf- caÃie ou le fadeurs desHyrcaniens * vindrent deuers lui, qui eftoient vn petit raberld fin peuple voifin de lâAftyric , amp;nbsp;à cette caufe fuiet ans Aftyriens, amp;nbsp;da fa^and pourlorseftoit (comme elleeftencores auiourd'hui)lcnrgcndar- ntéde Mer-mené fort eftitnee. h. raifon dequoy les Aftyriens en vfoient com- cante.
* Hyrcanie efiyne na-cion prochet ne de la mer
m me
LA CYROPEDIE'
Ceui ty fer-
inter ratio auf ajjaus ou batatl tcf, cc qui me fait croire que entre les pilo
tes (corne il ha plu eTaiouter ^^y ^ qlquun) (^ les Scirites ejloit quelque Jifircnce,
me font les Lacédémoniens des Scirites, ne les efpargnans en aucun trauail on danger, mefmc pour lors les anoient mis à la queue de lâarriercgarde, afin quâils fulîent les premiers batuz amp;nbsp;Icurler-uifîent de bouclicGfi quelquâvn les prefioit par derriere. Ils efioient mille hommes à cheual, amp;nbsp;anoient mis leurs chariots, meubles, amp;nbsp;feruiteurs derrière comme pour fuiure les antres,félon la coutume des peuples dâAfie qui vont auec tonte leur famille à la guerre ; fit lors difeourant en eus mefmes fur lemauuais traitement que les AfTyriens leur faifoient, la grande route quâils anoient eue, leur Prince mort en bataille,la creinte de toute lâarmee,amp; plulieurs des alicz departiz, confiderans aufsi lanccefsité du terns, deliberereut fe venger dâeus par vn reuoltement, fi Cyrus vouloir allarllir les. Aflyriens. A cette eau fe en noyèrent leurs Embafladeurs à Cyrus, duquel la renommee eftoit défia refpandue par tout au moyen de fa viêtoirejefqncls lui dirent les infics caufes de leur haine amp;nbsp;renol te contre les Aflyriens, amp;nbsp;lui promirent franchement guerroyer contre eus sâil les acceptoit en fon alliance, amp;nbsp;outre lâayde quâils lui porteroient dâeftre condufteurs amp;nbsp;guides de lâarmee, amp;ponr miens lâinciter à celle entreprife lui racontèrent lâeflat amp;nbsp;le lieu ou les Aflyriens fe trouuoicnt.Lcs pourrions nous bien râateindrc,dit Cyrus, auant quâils entrent aus forterefTes ? Car à la vérité, ce fut vue grandâ infortune pour nous, de ce quâils clchaperent ainfi de nuit. Or 11 difoit ces paroles pour augméter lâopinion quâils aiioiêc defia conçue de lui. lls rcfpondirent quâoui ; ck sâil vouloir diligcn ter le matin enfuiuant il les pourroit atraper, pourautant quâils efloient chargez de quot;rolïc multitude de gens, tk gratis chariots, de anoient veillé la nuit precedente, tellement quââpres auoir fait petite iournee ils sâclloicnt campez pour prendre leur repoz. friand Cyrus eut demandé, par qm 1 moyen il fe pourroit her en eus de leur parole,ils refpondirent quâà diligence ck de nuit ils lui amene-roient des otages, feulement quâil leur donnafl la foy de le tefmo-gnagc des Diens, à fin quâils raportaflent la meline promefle à cens qui les auoient ennoyez. Lors Cyrus leur donna la main, promettant les tenir pour amis amp;nbsp;confederez, tellement que sâils confer-moient par effet leur promefle, il ne tiendroit point meilleur conte des Medes on Perfes que dâeus en aucune thofe. Et aniourdâhui mefmes Ion voit tenir magiftrats de ofices ans Hyrcaniens (quand ils en font dines) comme les Medes ou Perfes. Parquoy apres fon-per quâil faifoit encores aflez eler, il fit fortir fes gens à la campagne, dt commanda ans Hyrcaniens de lâatcndrc pour lâacompa-gner. Sifortirent en ordonnance premièrement tous les Perfes, amp;nbsp;toc
DE XENOPHON. LIVRE IIII. tgt;i
tôt aptes Tigranc aiiecques fon bataillon. Quant ans Medes la l'aficcioa plufpart le fuinirent pour plnlîenrs caufes, les vns pour auoirefté des homes a les amis de ieunelTe, les autres pour auoir pris plaifir de le voir fanion Prm bon amp;nbsp;vertueus à la chade, aucuns pour lui rendre graces deles ^^â auoir deliurez dâvn tel danger,plufieurs fous efperance de fa grande puifiance, le voyans en tout amp;nbsp;par tout homme de bien amp;nbsp;beu-reus, vue grandâpartie aufsi pour lui rendre la pareille desplaifirs reçuz de lui en ieuncffe, ou dâAftyage pour lâamour de lui. 11 y en vint beaucoup dâautres feulement fousefpoir défaire leur main, oyans dire par commune renommee que les Hyrcaniens vouloient cftre guides à prendre beaucoup de richeffes. A u moyen dcquoy il ne demoura auec Cyaxare (mon cens de la maifon amp;nbsp;leurs fuietz, tous les autres forcirent en-bel équipage auec Cyrus, non par con-treinte, mais de gayetc de cÅur amp;nbsp;franche volonté. Quand ils lurent en ordre à la campagne Cyrus reuit les Medes, les louant amp;nbsp;remerciant de la bonne volonté quâils lui portoient, amp;nbsp;pria les Dieus cftre fauorablcs à cette eutrepnfe, amp;nbsp;lui donner puilïance de les en recompenfer. Puis fit marcher deuant les gens de pic, en aptes la gendarmerie de Mcde, amp;nbsp;leur commanda en quelque lieu quâils fe voudroient repofer ou tarder , lâeu auertir de tout, pour y pouruoir à fafantafie, amp;nbsp;donna la charge de les guider amp;nbsp;conduire au; Hyrcaniens,Icftjuels sâelmcruciUcrent de fa fiance,amp;lui deman derent pourquoy ilnâatcndoit leurs otages. Cyrus leur dit : Que la foy confdlolc au cÅur amp;nbsp;aus mains dâvn chacun, non a la con-cience dâvn otage ; au demourant quâil eftoit fi bien en point que sâils le montroient véritables, il les rcmercieroit félon leurs merites : mais sâils Vabutoient, il fe pourroit palier dâeus, amp;. ne tombe-roit la en leurs mains : ains Dieu aydant, quâil les combatroit amp;nbsp;defctoit eus raefmes ; les amonneftant quand on viendroit à sâa-prochet des ennemis, poutautant que leur compagnie eftoit la der niere,quâils lâauertilfent ou feroient leurs gens, à fin que les Perfes ne leur fillent aucun mal. Les Hyrcaniens quiguidoient, comme dit eft, lâarmee, sâemerueillcrent encorâ plus de lavertu de Cyrus: Car outre ce quâil ne tenoit plus conte des Afiyriens, Lydiens, ny de leurs confederez, il montroit fe foncier peu de leur prefence ou abfence. Amfi donq que le camp matchoit de nuit, Ion dit quâvnc grande lumière du Ciel aparut à Cyrus amp;nbsp;à fon atmee, qui rendoit vue metueiUeufelueur. Au moyen dequoy les foldats lurent cfpris de creinte amp;nbsp;vcncracion enuets les Ãieus,'^ enflambez dehardief-fccontre leurs auerfaites. Parquoy abonne diligence, amp;nbsp;pourec quâils neftoient chargez de bagage firent allez grand traite, Ãc à U m i points
,i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
pointe du ioiir sâaprocherent de la compagnie des Hyrcaniens. Les Embafladenrs connoiffans leurs 2:cns à lâendroit ou ils cftoient campez amp;nbsp;aus grans feuz quâils faifoient ^ auertirent Cyrus que leur compagnie eftoit celle part : A cette caufe il enuoya lâvn dâeus anec vnhomme Perfe aus Hyrcaniens leur direj que sâils vouloicnt eftre fes amis j ils vinflent à diligence au deuant de lui haufTansla main en fine defoy;au demourant quâils alTailliflent les AlTyricns comme les Perfes feroient. Pendant que lâvn des Embafladeurs al-loit courant vers la troupe de fes gens j Cyrus sâarrefta court pour voir ce que les Hyrcaniens feroient, amp;nbsp;incontinent vindrent à lui les principaus des Medes amp;nbsp;Tigranc, demander ce quâil vouloir eftre fait. 11 dit comme il atendoit la refponfe des Hyrcaniens, auf-quels il auoit enuoyé lâvn dâeus auec aucuns de fes gens, pour falloir sâils vouloicnt venir au deuant les mains leuees en fine dâamitié, amp;nbsp;q sâils y venoient à ces fins quâils les reçurent amiablement, amp;nbsp;leur donnaffent courage : Mais sâils prenoient les armes ou vou loient fuir, commanda les mettre en pieces, fans en excepter vn feul. Apres celà eftant auerti comme les Hyrcaniens auoient voloii tiers reçu fon mandement, amp;nbsp;venoient les mains leuees au deuant de lui, il les reçut amiablement : les Medes amp;nbsp;Perfes firent le fem-blable: puis leur dit que des lors il fc finit en cus,amp; quâils fe fiafTent en lui,le tenant pour ami amp;nbsp;compagnon de tous dangers. Au refie apres auoir entendu que les principaus de lâarmee amp;nbsp;le plus gros amas des aucrfaires, nâclloit que à quatre raille loin de là , il afiem-bla fes çens amp;nbsp;les enhorta de telle forte:
îxhortacioH de Cyrta à tous fes gens pour les inciter à la pour-fuite des ennemis auec la caualerie des Medes.
C H A P. I I 11.
Refehers compagnons Perfes, Medes, amp;nbsp;Hyrca-nicns(aufqucls ic parle comme âmes amis amp;nbsp;participans de cette guerre) vous deuez déformais connoitre le danger ou nous foraines, câet que fi nous allons lafehement à la guerre, nous fou-frirons tous les maus du monde ; car les enne
mis lauent bien à quelleintencion nous venons,amp; nous traiteront par defefpoir le plus cruellement quâil leur fera pofsible. Mais fi dâvnc grande confiance nous allons fus eus amp;nbsp;de pront amp;nbsp;ardant courage, vous les verrez incontinent, comme cfclaues fugitifs, ou fuir,ou fe rendre, ou crier mercy, les autres pour la plufpart feront defpoiir
de XENOPHON. LIVRE 1111. igt;j
4efpouniuz de fens amp;nbsp;entendement ; car outre ce quâils ont edé veincuz, ils nous verront fus eus à la defpouruue, amp;nbsp;fans eftre prefts ny en ordre^ils feront tous nos prifonniers. Parquoy^fi vous defirez cy apres repos amp;nbsp;ioyejamp; tranquillité au manger amp;nbsp;dormir, brief vne vieheureufe amp;nbsp;contente, ne donnez point de loidr ans auerfaires de confulter enfemble , ny mefmes de penfer que ce foyent hommes qui fe ruent fus eus, alns quâils ediment tout eftre efpees, darz,haches,efeuzjances, amp;nbsp;playes qui leur foudroient fur les teftes.Vous Hyrcaniens marchez les premiers vers eus,à fin que fous lâombre de vos enfeignes , quâils penferont eftre de leur cote, nous foyons plus longuement cachez amp;nbsp;counerts. Quand ie feray près dâeus, chacun Capiteine me laide vne bende dâhommes dâarmes, pour lâemployer ou bon me femblera. Vous, viens foldats, foyez en troupe pour les afi'aiUir,à fin que nefoyez enuironnez ou rompuz : Vous ienues, pourfuiuez les ennemis, amp;nbsp;ne faites autre chofeque découper amp;nbsp;mettre eu pieces : car pour leprefent câet notre plus leur, dâen laider le moins que nous pourrons en vie, amp;nbsp;de peur que Fortune, qui eft fouuent auerfaire ans veincueurs, vous vueille eftre contraire, gardez vous bien de vous amufer au pillage, amp;nbsp;vous founicnne que celui qui ayme le butin, ne doit point eftre apelé homme de bien, mais comme vn portefaix il peut eftre pris amp;nbsp;fait efclaue par cens qui le prendront fur le fait. Dâa-uantage il vous faut entendre, quâil nây ha thofe de fi grand profit, ny marchandife au monde qui rende tant que la viéloire : car le veincueur emporte tout enfemble , les hommes, les femmes, les biens,!âauoir,amp; les podefsions. Outre ce il faut diligemment penfer de vous entretenir en la viftoire : car fi celui, qui ha gagné vient à eftre veincu, il pert fonbutin amp;nbsp;foymefme. Mais en pourfuinant les ennemis ne vous fourrez point fi anant, que vous ne reneniez au camp a moy deuat la nuit â¢, car fi tôt quâil fera obfenr, ie ne rcce-uray aucun détiens le camp , de cens qui feront demourez dehors.
Comme C^m -v^inc^ttit derechey les ^A^'^iens, amp;nbsp;print des jRois ^ autres Si^neurs i^ foUAts en grand nombre , ç^ lâordre qu il donna pour tronuer incontinent des yiures fans confusion. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. v.
S Y rus ayant amfi parle,fit retirer fes Capiteines à leurs reugs, Ãccomanda quâils fident entendre fa volonté à leurs Caporaus amp;nbsp;Dizeniers. LesDizeniers eftoient itous en tefte,amp;aupris quâonlenr comandoitvne cho lfe,ils la difoieut foudein à leur Dizcine,de forte que le m 3 camp
;J4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
camp crtoit incontinet anerti de fon voiiloir.Le fine dn partement donnéjes Hyreaniens alloient dcuant,Cynis anedesPerfes tenoit le milieu j la gendarmerie bien equipee faifoit les ailes des deus cotez. Quand il fut grand iour,amp; que les ennemis eurent aperçu cette venue, les vns sâeftonnerent g-randement de voir tant degens, les autres entendirent incontinent lâafaire, de furent fi efrayez de cette fiirprife, quâils nefanoient de quel cote fe tourner. Les vns crioyent «à lâarme, les autres defiioient leurs cheuaus, les autres sâa-preRoient, aucuns defehargeoient les barnois de deffus les mm lets, aucuns les prenoicnt pour sâarmer, lâvn montoit à chenal, lâautre le bridoit, les antres mettoient leur femmes dedens les chariots,les antresprenoient leurs bagnes pour les fanner, amp;nbsp;plufieurs en les cachant efloienr pris, plufieurs sâenfuioient incontinent. Bref il eft merucilleus à penfer la dinerfite des chofes confufes amp;nbsp;contraires que pour lors on faifoit : mais en celà fe refembloient ils, que pas vn ne combatoit, mais chacun gagnoit au pic de furent tous défaits fans coup ferir. Crefus Roy de Lydie, pourla grande chaleur quâil faifoit lors, félon la faifon, auoit ennoyc fes femmes de nuit, à fin quâelles fifient plus de chemin à la frefeheur du tems, amp;nbsp;auec fa compagnie de cheuaus les fuinoit de près. Le Roy de la Phrygieprocheineà rHcllefponr, auoit fait lefcmblable: mais quand ils entendirent par cens qui fuioient la vérité de lâafai-re , ils fe mirent à fuir de toute leur puillance amp;nbsp;à val de route. Les Rois de Capadoce, amp;nbsp;dâArabie eftaiis demeurez derriere, de fans armes,pour foutenir les^nnemis,furcnt furpris de occis par les Hyr caniens. Il elf incroyable combien degens furent lors defaits,faca-gez, de mis à mort, dont La plus grandâ partie cRoit dâAflyriens de Arabes : pour autant quâeRant fur leurs terres ils sâeRoient mis en defarroy plus lafchemcnt,de ne sâeRoient voulu hâter. Par ainfi les Medes de Hyrcaniens, comme défia viètoricus faifoient vne horrible boucherie de chamage en les pourfuiuant de leur ponuoir. Dâautre part Cyrus commanda aus compagnies dâhommes dâarmes , qui cRoient demourees près de lui, de faire vne encemte entour le camp, de mettre â mort cens quâils trouueroient armez, de rebelles. A us autres fit commander par vn Heraut dâarmes, que tous foldats,auanturiers,rondeliers,de archers,portalîent entiere-rement leurs armes lices,de laillaflent leurs cheuaus dedens les tentes, de ceus qui ne voudroient obéir fuflent incontinent occis.Parainfi cens quiauoienc des armes les portoient en vn certciulien qu'on leur montra, de furie champ cRoient brulces par aucuns des gens de Cyrus,qiu en auoientlacharge.Duraut ces entrefaites Cyrus
DE XENOPHON. LIVRE IHL
rus ayant pensé en foymefme comme il eftoit là venu fans vinres amp;nbsp;miinicjons, fans lesquelles il nâefl pofsiblc de bien faire la guerre ny autre chofe quelconquejamp; cherche en fön elprit le moyen comme Ion y pourroit pouruoir aucc ordre amp;nbsp;célérité, il lui foiiuint, quâen vue grande armee il eftoit neceflaire auoir des pouruoyeurs, amp;delpenfiers de\'iures à chacune bende oiipauillon, qui euÃenc toutes les viandes preftes pour les gedarmes. à cette caufe, Sc pour faire lâapareil des vinres quâil lui faloit, il fe délibéra dâempongner cens des Allyriens, qui aiioient acoutumé de faire cet ohee en leur camp ;amp; fit incontinent à fonde trompe apclcrles gouuerneurs amp;: Chefs de bendes, ou par faute dâeits les plus anciens de chaque pauillon , fous peine de foufrir la mort ^ à cens qui ne voudroient obéir, Lcfqucls vcntiZj il fit premiercmet feparer amp;nbsp;fcoir apart cens qui aiioient fait prouifion de vinres pour dens mois en leur tabernacle ; apres fit mettre en antre lieu cens qui difoient auoir des vi-ures pour vn inoiSjamp; en ce rang la plufpart eftoient afsis. Qiiand il eut parce moyen connu les vinres qui ponuoienteftre an camp des Aflyricns, iI leur fit entendre, combien que de nature ils ne lui portaÃent amitié, toutefois sâils efperoient quelque grace de lui, quâils apreftaflent en chacune tente le double des viandes, amp;nbsp;du vin, quâils aiioient acoutumé dâanoir pour leurs maitres amp;nbsp;ferui-teurs, amp;nbsp;filient vn beau banquet aucc les mets exquis quâils pour-roient trouucr, pourautant que tôt apres deuoient arriner les veincueurs d'vue part ou dâautre, qui sâeftimeroient auoir mérite eftre traitez magnifiquement, amp;nbsp;que par ce moyen ils aquerroient leur grace,dont ils fepourroient bien trouucr à lâaucnir. Les Aliy-Vicus fé mirent incontinent à faire ce qui leur aiioit efté commandé par Cyrus : cependant il afiembla fes Centurions amp;nbsp;Chefs des bendes,lefquel il enhorta en cette manière:
PrsHiJence p»»r /es yi~ s^fes.
DeuM de Cynts auec fes Centeniers, pour les rendyefobres^^ faire dtendre leurs compagnons qui efloi eut à lapourfuite, ^ comme ils firent Tnigrand butin d'hommes, femmes ^ richeffes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c ii a p. v i.
Hers amiSjil eft aisé à voir à chacun de vous,quâil nous eft loihble, auant que nos compagnons re-mennent de la pourfuite, de dîner amp;nbsp;banqueter a notre apetitjamp; choifir les plus délicates viandes amp;nbsp;meilleurs vins pour nous:mais il mefembie qiie ^c banquet ne nous fauroit faire fi grand bien,que de tenir conte 0c atendre nos amis abfens:amp; ne nous au-
Comme y» Prince e/oïc motrer aè-fimence (^ i temperace à fis gens.
gm entera
,tlt;5- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
gmentera point tant les forces,comme fi nous nous efforcions par abftinence de rendre la prontitude de nos confederez plus grande à nous ayder en toutes chofes. Car fi nous tenons fi peu de conte de cens qui comlgt;atentpournouSjpourfuiuantamp; abatant les auer-faires J que nous nous amufions à nos plaifirs deuant que fauoir sâils auront bien ou mal exploité, nous pourrions à mon auis, encourir vn blâme dâinfiimie,amp;nous afoiblir aiifsi, en perdant lâamitié de nos compagnons. Et au contraire fi nous donnons ordre que cens qui trauaillent amp;nbsp;entrent ans dangers pour nous ^ à leur retour treuuent les viandes predes ^ iâeflimc que ce banquet nous donra plus deplaifir amp;nbsp;contentement, que fi nous voulions incon tinent nous remplir amp;nbsp;complaire à lâapctit du ventre. Et quand il ne faudroit penfer «à la honte que celà nous aporteroit, fi nâet il pas honnefte de nous engorger amp;nbsp;enyurer comme belles brutes fans aucune confideracion, atendu que nous fommes encorâ en doute delà viftoire, incerteins de notre auanture, amp;nbsp;en tels termes , quâil eftbefoin de fongneufement penfer à nos afaires : Car nous auons en ce camp beaucoup plus dâennemis que nous ne font mes, amp;nbsp;qui ne font point liez, lefquels il nous faut garder diligcm-mentjà fin quâils nous apreftenc à manger : amp;nbsp;qui plus cil, nos gens de chenal nây font pas, amp;nbsp;ne fanons on ils font, ne sâils viendront on demourront. Parquoy ie fuis dâanis que chacun de nous prenne autant de viande quâil connoit lui élire fufifant, pour fe fullenter fans tomber anfommeil ny sâenyurer. Dâaiiantagc iefaybien quc dedens ce camp y ha grande quantité dâor amp;nbsp;dâargent, qui nous ert commun anec les autres compagnons,lequel nous pourrions aisément mettre en nos bourfesamp; le départir entrenous à leurdcfçu: Toutefois celà ne nous fauroit faire fi grand bien, comme de leur montrer notre preudâhommie amp;: fidelité , Sc nous efforcer de les rendre plus nôtres quâils ne font. A cette caufe me fembleaufsi le meilleur, de remettre le departement des deniers aus Medes, Hyr-caniens, amp;nbsp;à Tigrane quand ils feront venuz, amp;nbsp;sâils nous en don-noient la moindre partie le reputer à grand butin.Car pour le gain que leur lailTerons faire,ils fc tiendront plus volontiers anec nous: dâauantage ce butin chaudement pris ne nous fauroit donner ri-chelTes durables,lcquel fi nous leur laiflons butiner, fera caufe que nous saunerons les places dont ces rithelTes font venues, chofes plus durables (à mou iugement) amp;nbsp;plus precieufes pour nous o£ les notres.Outre cc,connoiirant que vous elles nourriz amp;nbsp;apris de ieunelTe à vous abllenir du manger, de volupté, de gain delloyal» pour vier de telle abllincuce au befoin pour votre veiliré, quelle ocafio^
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ocafionplus belle vous fauroit dire prefentee par Fortune pour montrer votre vertu, que la prefente ? en laquelle vous pourrez donner à connoitre, combien la nourriture de votre ieunelîe vous aura ferui poiirle demourant de la vie.
Quand Cyrus eut ainfi parlé j HyUafpe Perfe amp;nbsp;lâvn des Homo-times conferma fon auis, difant: quâil lui fembleroit chofe mal feanteiSc contre raifon, quâen la pourfuite dâvu fi grand trefor fonde fur lâelperance dâvn bien infini, ils ne puffent vn peu foutenir la faim j vu quâautrefois à la pourfuite dâvue belle de nulle valeur, ils auoient enduré faim amp;nbsp;foif par long tems aucc mille difettes amp;nbsp;trauaus : amp;nbsp;que le boire amp;nbsp;manger (qui font deus chofes, à quoy les vicieus fe laificnt alTuiettir, amp;nbsp;les gens de bien refiftent aisémet) ne deuoient empefcher le cours de leurs vidoires, amp;nbsp;les atirer tellement que fous lâombre dâvn apetit ils fe foumilTent à la feruitude de leur ventre. Apres que Hyllafpe eut ainfi confcrmé lâauis de Cyrus, tousles autres furent de fon opinion. Lors Cyrus fit eflire cinq hommes des plus vaillans de chacune bende, à fin quâils vifi-tafient les tentes, ou les pouruoyeurs acoutroient à manger, leur enchargeant de louer amp;nbsp;faire bonvifage à cens quiferoient leur deuoir, amp;nbsp;châtier cens qui feroient negligens beaucoup plus aprenient que sâils en elloient maitres. Sur ces entrefaites plufieurs' Medes arriucrent de la pourfuite : dont les vus auoient deftourné des chariots,amp;les ramenoient au camp pleins demunicions amp;nbsp;autres chofes necelîaires, les autres conduifoient des coches amp;nbsp;litie-respleinesde femmes de grande beautc, les vues mariées,les autres concubines, qui pour leur grace excellente elloient meneespar leurs Princes à la guerre. Caries Afiatiques meinent encorâ au-iourdâhui en leur compagnie les plusprecieufes chofes quâils ayent quand ils vont à la guerre, difans quâils en deuiennent plus vaillans pour le defir deles defendre,en quoy,pcut ellre,difent ils vray,peut ellreaufsi quâils le font pour fatisfaire à leurs plaifirs.Cyrus voyant lâexploit des Medes, amp;nbsp;Hyrcaniens,fe cuida courroucer contre foy amp;nbsp;fes gens, de voir les autres croître en honneur, amp;nbsp;eus oififs de-mourer en leurs tentes. Caraufsi rot que les fourrageurs auoient montré le butin à Cyrus, ils sâen retournoient derechef .à la pour-fuite, difans que leurs Capiteines leur auoient ainfi commandé, dequoy Cyrus fut encorâ plus enflambé : Toutefois il fit mettre à part le butin,amp; affembla fes Centenicrs, lefquelsil harengua comme sâenfuit, eftant en vn heu dâoù il pouuoit eftre par tous clere-menc entendu. â
n Confulç
i
S8
LA CY ROPED IE
Confultacwn de Cyrus auec fes Centemers pour mettre fes ^ens de pie acheual,^ drefer yneg^endarmerie PerÃque des chcuaus pris à la guerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. vl^'
Prudeee du Jârutce fir les noui/el-les dehleraâ mns.
Ous connoiffez, trefthers amis, que la fortune ha prefentc de grans biens à tons les Perfes, amp;nbsp;en prefentera de plus gratis à lâauenir, fi nous pou-uons garderies richefles qui font auiourdhui déliant nos yeus : Toutefois ie ne voy point que
nous puifsions nous faire Signeurs ny conque-fier autres biens fi nous nâauonsdes gens de chenal quifoyentde notre nacion. Car il faut confidererjque nous fomnies tresbien armez , pour defaire Re mettre en fuite les aUerfaires, qui nous viendront à lâencontre : mais quand ils feront mis en route j quels ia-culatents, quels archers, gens à chenal, ou rondeliers pourrons nous atraper ou tuer, fi nous avions faute de chenaus? Dâauantage quels gendarmes armez dedarz onde trets, creindront de nous alTaillir connoifTans en nous ce defaut, amp;nbsp;voyans que ne pounons non plus les pourfuiure que fi nous eflions des arbres plantez? Or sâil eflainfi, ne voyez vous pas que nos aliez qui font la guerre à chenal,elliment tout ce butin leur apartenir autant amp;paranantu-re miens quâà nous ? Mais fi nous nous ponmoyons de chenaus anfsi bons que les leurs, il efl certein que nous pourrons faire de nos ennemis tout ce quâavions fait anec leur aydc, amp;nbsp;nos confede-rez fc comporteront plus fagement anec nous. Car foit quâils veuillent demeurer on nous abandonner, ce nous fera tout vn, eflant en notre puiflance de faire la guerre fans eus : Et croy quâil nây aura homme qui ne confelfe nous eflte beaucoup plus expedient dâanoir vne propre gendarmerie. Mais fi quclqnâvn failoit doute comme nous le pourrions faire, il faut diligemment peferec que nous avions ovi nâavions pas, pour ordonner vne canaleric, amp;nbsp;en difpofer félon quâil apartiendra. Car premièrement il y ha beaucoup de chenaus en ce camp des Aflyriens, auecques leurs brides Ãc harnois, prelis à monter defins, dâautrepart nous avions les armes neceflaires ans gens de chenal, la cuiralle pour le corps, les ia-uelots pour nous defendre amp;nbsp;darder. Au relie, que hint il, finoU des hommcs?«Sc tovitefois de celà nous avions allez : car il nâcfl rien
tant notre que nous mefmes. Si Ion nous alegoit que nous nây entendons rien , anfsi ne fait on pas de tons mcflicrs ôc fciences déliant quâon les ait aprifes. Si Ion difoit encores, quâon aprent cela de icunelTejie relpon, que les hommes parfais aprennent beaucoup
DE XBNâOPHON. LIYRâE UIL 9?
coup mieus amp;nbsp;fluent exerclter amp;nbsp;mettre en execution ce quâils ont apris, que les ieunes gens. Dâauantage nous auons duloifir beaucoup plus que les enfans amp;nbsp;autres hommes : nous nefommes empefehez à apredre à tirer le dart ny la flefehe, comme les enfans, ayans apris cela de ieuneffe, ny pareillement à labourer les terres, befongner ans meftiers^penfer au mefnage comme les autres hommes , vaquans au fait de guerre. Car cette ocupacion nous eft propre non feulement par election, mais par necefsité. Outre,ce nâeft pas comme en pluheurs autres actes de guerre, qui nâaportent prolit ny plaifir, finon apres vn grand trauaihcar il y ha plus grâd plai-fir dâaller à chenal quâà pié , amp;nbsp;(i Ion ha befoln de diligence , nâeft il pas plus aisé de fecourir vn ami quand on eft a chenal, ou de pour-fuiure vn homme,ou vne befte,amp; la prendre?Nâeft ce pas vne grande commodité déporter à chenal toutes les armes quâil fautavn gendarme, amp;nbsp;les auoir preftes fans fâcherie? An refte fi Ion creint que à la premiere rencontre nous dufsions eftre trop nonueaus amp;nbsp;en dano'er dâauoir du pire, pour ne lauoir combatte a chenal amp;nbsp;a pié, il faudrapenfer quâen cela mefraes n y ha grande dihcultc : car il nous fera loifible (quand nous voudrons) de nous mettre a pie, nâayans en rien oublié le fait des gens de pie, pour auoir apris a combatte à chenal.
Comme par la deUberacion des pim Ãa^es, Cyrus ordonna yne gendarmerie en fan camp des cheuaus des ^ffyriens, C!^ de-libcra de mettre en liberté tous les prifonniers. chaï« viH»
Hryfante lors fe leua, amp;nbsp;conferma lâopinion de ^^^i^l^l\ ^7^5,611 difant : A la venté, Sire, ie defire tant de combatte déformais à chenal,que lemâeftime-^^ ray voler Ãc auoir des ailes, fi ie deuiens homme-darmes.Car an paranant ie mâeftimois faire merueilles fi ie ponuois paffer de la tefte vn autre homme à la tourfe, ou delà flefthe tuer vne belle anant quelle sâeftongnaft trop loin de moy ;mais fi le monte vne fois à chenal, iâauray fiance de tuer vn homme du long de ma vue, an cas pareil ne laiffer efehapet vne belle, amp;nbsp;la darder de près amp;nbsp;de loin, comme fl elle eftoit arreftee ; car encorâ que le chafieur amp;nbsp;labefte courent, file chaffeur atrape la belle, câet autant tpic fi lâvn amp;nbsp;Vautre nâeuft bougé, poutee que lavitefle du chenal aconfnluant la befte, fait femblev les choies arreftees. An moyen dequoy iâayme mieus les Hippocentanves,fi iamais il en fut,que tous les animans du monde:
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L A j G Y R '0 P E D LiE: : Ã
res,eH Centaures , e-fiotent firmes d'un ho Me C^dâun eheual, tient en ^ue les premiers
nifpoeërati car ils vfoient de la prudence humaine à confulter, amp;nbsp;de lâartifice des mams à hefon^ncr : dâauantaçe auoient la force amp;nbsp;vélocité des cheuaus, tellement quâils prenoient ce qui fuioit, amp;nbsp;chafloient ce qui refirtoit: toutes lefquelles commoditez iepenferay anoir en deuenant hommedâarmes. Car ie donneray confeil félon ma naturelle prudence^ ie mâarmeray de mes mains, me feray porter à mon chenal, par la force dâicclui delf onmeray lâennemi, amp;nbsp;fi auray cet anantage par deffus les Hippocentaures,que ie ne feray point vein-cu de cremte naturelle corne eus, ioint que les Centaures auoient fil(e,par ce fittUe de beaucoup de biens qui ont elle inuentezpar les hommes, ^uiheomen amp;nbsp;de beaucoup de plaifirs naturels des cheuaus, ne fachans vfet cerentadon entièrement dunaturel derhomme,ou du cheuaLMaismoy eftant ter les ehe- homme dâarmes, ie feray au combat comme les Hippocentaures,
uausaueclej' amp;nbsp;defeendant du chenal ie fouperayjmangeray,me vetiray amp;nbsp;repo-juels ils ef- feray comme les hommes, tellement que ie fembleray vn Centaure frajoient les dmisCjôc derechef afiemblé. Et fi auray encores dâautres anantages flemmes. ^ commoditez par deflus eus. Car félon leur propre naturel ils ne voyent que de dens yens, amp;nbsp;nâoyent que de dens oreilles , mais ic poiirray coniediirer les chofes de quatre yens, amp;nbsp;fentir founent de quatre oreilles. Car les cheuaus comme Ion dit, par la futilité de leur ouye amp;nbsp;bonté de vue, manifeftent plufieurs chofes, que les hommes nepennent apercenoir nyonir. Telle fut laconclnfion de Chryfante, priant Cyrus de lâcfcrire an nombre de cens qui de-firoient fur tontes chofes guerroyer .à chenal. Les autres dirent incontinent apres le fcmblable, «St vonloicnt eure gens de chenal-Puis donques, dit Cyrus,que vous elles de cet auis,ne voulez vous pas quâil fe falle vue loy, par laquelle tout homme à qui ie donne-ray chenal ne puille allerà pié quelque chemin que Ion falle, fous peine dâinfamie, à fin que les hommes abnfez nous penfent dire Hyppocctaures,câetadire demi hommes amp;nbsp;demi cheuaus ? Celà fut incontinent aprouné par tons les antres, amp;nbsp;de fait lon voit encores anionrdâhui les Perfes vfer de cette ordonnance,amp; nây ha homme de bien,dâhonnenr,on reputacion, qui ne sâellimall deshonore dâaller à pié en quelque lien que celoit. Durant ces confultaciom ayant le Soleil pafsc le midy, les Medes amp;nbsp;Hyrcaniens alloient amp;nbsp;venoient, menans tonfionrs des cheuaus amp;nbsp;des hommesprifon-niers ; car ils donnoient la vie à cens qui rendoient les armes. Cyrus leur demanda premièrement fi tons les compagnons fepor-toienc bien, en apres ce quâils faifoient, amp;nbsp;lors ils lui hrent entendre le difeonrs de leur victoire, amp;nbsp;fe mirent à raconter leurs proU-elles amp;nbsp;dlimer leurs laits de paroles. Cyrus efcoutoit volontiers ce
DE XENOPHON. LIVRE IIIL
lOl
â ^âi^ej/è Oquot; ^tnfé dâun Prince yi-^erieus.
ce quâils difoîent amp;nbsp;commença aufsi aies louer, difant quâils lui fembloient plus graus ^ plus beaus, amp;nbsp;plus terribles que deuant, dont il connoifloit euidcmmcnt quâils auoicnt tresbien amp;nbsp;vaillam ment combatu. En apres voulut lauoir le chemin quâils auoient faitjamp;; G le pais eftoit habite ^ ils lui refpondirent auoir couru bien allant en païSj lequel ils auoient trouue habité par tout, amp;nbsp;la cam-pagnepleine deBrebiSjBeufSjPourceaus,Cheuaus,Blez amp;nbsp;de toutes richefles. Lors Cyrus : PuiSj dit il^ quelesDieus nous ont faits Signeurs de G grans biens, il nous conuient penfer à deus chofes, lâvne, dâeftre plus gens He bien que cens quiles poGedoientHâautrCj de faire tant que les habitans nâabandonnent leur pais : car la terre habitee produit ordinairement beaucoup de chofes precieufes, celle qui eft deferte des hommes, eft aufsi deferte de biens j amp;nbsp;du tout infruélucufe.Iefay bien quâauez occiz tous cens qui vous fai-foient reGGence, amp;nbsp;auez bien fait : car câet le droit de viftoire, amp;nbsp;auezmenéprifonniers ceus qui vous ont rendu les armes : mais G nous les Jailions aller (à mon aiiis) nous ferons fagement. Car pre mierement il ne nous faudra point les nourrir riy garder, puis que ne les voulons faire mourir de faim j en apres par le moyen de ceus cy nous gagnerons vne inGnité dâautres prifonniers : Car les habitans de leur pais voyans ceus cy afranchiz amp;nbsp;retournez eu libertCj ne sâarmeront G volontiers,amp; aimeront trop mieus obéir que coin barre, amp;nbsp;fe rendront tous à notre obeilîance. Voilà mou opinion, G vous fanez mieus ne le celez point. Lors tous les Capiteines aprouuereut fou auis, difans quâil faloit aiiiG faire. Au moyen de-quoy ilallemblatousles captifs, amp;nbsp;vfa entiers eus de telles paroles:
Comme Cyruf parla ans ^^yriens prifonniers cl7quot; i^^ f^^lt ^gt;* liberté. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A F. l x.
Es amis,ce qui vous ha faune la vie ha cfté lappan titude dont vous auez vsé à obéir à mon commandement , qui eft aufsi la caufe de lâalleurance que ie vous ay donnée, quâà lâaneuir nâaurez aucun mal. Gnon tant feulement que changerez de Signenr. Vous habiterez envosmaifous acon-
P/umanifé du Prince aus yein-euz^
tuinees,labonrercz vos terres,ionïrez de vos femmes, amp;nbsp;commanderez comme touGours à vos eufaus,feulement on vous defend de iamais faire guerre contre nous, uy contre antre quelconque : car G ion vous allant nous combatrons pour votre defenfe.Et à Gu que aucun ne vous concreingue dâaller à la guerre, aportez deuers moy n 3 toutes
104
LA C Y R O P E D I E- â
toutes vos armes j cens qui les aporteront auront paix aueenons cnfenible tout cc que iâay dit fans aucune fraude ou tromperie! mais contre cens qui ne les voudront aporter, ie drefleray incontinent mon armee. Dâautrepart fi quelquâvn devons de franche volonté nous veut donner ayde ou confeil^nous le traiterons non point en prifonnier J mais en bon amp;: loyal ami. Parainfi raporteZ cette deliberacion à vos gens, amp;nbsp;fi aucuns dâcus nây veulent con-fentirj conduifez nous à lâencontre dâeus, afin que vous dominiez fus eus J non pas eus fus vous. Ces paroles dites les prifonniers k mirent à lâadorer, amp;nbsp;promirent de faire fou commandement.
,.^nee de
Cjirud.
Quand ils furent tous partizjl feinbla à Cyrus quâil eftoit teins defouper J dédit ausMedes amp;nbsp;Armeniens, quâils ferepudent des viandes quâil leur aiioic apreftees lemieus quâil auoit pu ; amp;nbsp;leur enebargea dâenuoyer aus Perfes la moitié du pain qui aiioit edé fait parles AffynensJfans vin, chair, ny autre pitance, difant quâils en anoient allez auec eus : dit aufsi aus Hyrcaniens qui connoiirent les loges Adyriennes, quâils menadent les Medes amp;nbsp;Armeniens aus tentes, les Capiteines ans plus grandes, les foldats aus moindres chacun félon fa dinité, amp;nbsp;fe retiradent dedens leurs pauillonsgt; qui anoient edé failliez parles Perfes, prendre les viandes qu'on leur aiioit apareillees. Auderaourant leur promit faire bon guet route la nuit, amp;nbsp;garder ce qui edoit hors du camp, poiiruu quâils prinfientgardeà eus mefmes amp;nbsp;ans Adyriens qui edoient encorâ dedens les tentes, dont il ne fe tenoit encorâ afiiiré, amp;nbsp;tinfent les armes predes pour les inconueniens. Parainfi les Medes amp;nbsp;Tigra-ne fe lauerent «à la mode du païs (car ils y trouuerent des bains preds) amp;nbsp;foiiperent après aiioir changé d'habits, les cheuaus aufsi nâeurent faute de rien. Ils enuoyerent la moitié des pains aus Perfes edimant quâils ciident allez de viandes, par ce que Cyrus aiioit dit quâils en anoient à fufifance : mais il entendoit, que les Perfes anoient la faim pour pitance, ék lâeau du fieuiie pourbrunage; Quand les Perfes eurent foiipé edant défia nuit, Cyrus ennoya pin fieurs desfiens par dizeines amp;cinqucincs fe cacher en embûche alentour dn camp, tant pour faire bon guet contre cens qui vieii-droient par dehors, comme pour prendre cens qui fortiroient amp;nbsp;emporteroient de lâargent hors du camp. Il en anint ainfi quâil anoit pourpensé : car pluficurs furent pris en fuiant qui empor-toient de lâargent,lefquels il fit incontinent mourir, amp;nbsp;donna lâargent à cens qui les anoient arredez, en forte que depuis on nâcuH fù trouucr homme qui ofall partir, ou marcher de nuit hors du camp. Dâautrepart les Medes sâedoient mis à fçdoycr,boire amp;nbsp;ban-
DE XENOPHON. LIVRE UIL â toj quêter, chanter, danfer amp;nbsp;rire airfon des fifres, aiiec grande ioyeu-fetc, car ils anoient troiiué au camp abondance de toutes chofes, tellement que cens qui veilloient nâeftoient pas fans befongne.
Comme Cyaxarefut enuietu de la gloire de Cyrtu ^ courroucé contre les Medes : de la refponle que luiÃt Cyrm^ç^ rEm-bajjade quâil enuoya en Perfe. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h A p. x.
Our retourner à CyaxareRoy des Medes, qui la nuit rnefme du partement de Cyrus auoit bu dâautant aucc fes gens pour la victoire, amp;nbsp;efti-nioit que tous fes gens fuflent en fon camp, excepte bien peu, pource quâil oyoit faire vn grand bruit,qui toutefois procedoit de ce que les valets des Medes qui croient auec Cyrus, en abfence de leurs maitres, sâeftoient mis à yurongner, gourmander, amp;febatrepour lâabondance des viandes amp;nbsp;du vin quâils anoient pris au camp des Afly-
riens. A la pointe du iour voyant que perfonne ne venoit faire la coiirt,hormis fes domeftiques, amp;nbsp;que le fuiplus des Medes eftoient abfens, trouuant le camp vuide de fes hommedâarmes, fe defpira amp;nbsp;courrouça aigrement contre Cyrus amp;nbsp;les Medes, qui lâauoient ainfi abandonné tout feul. Et foudein, comme Ion dit quâil cftoit naturellement cruel amp;infensc, commanda à vn des afsiftans prendre fa compagnie de cheuaus, amp;nbsp;aller en diligence dire à Cyrus de par lui, quâil nâeuft iamais eftimé quâil eu fl fi temerairemet fait telle mence contre lui, ny que les Medes (quoy que Cyrus eufi voulu faire) duffent ainfi le delaiflerfeul. Au furplus fi Cyrus vouloit re-uenirquâil rcuindimais sâilvouloit demeurer, que les Alcdes ne fullilTent de retourner vers lui à diligence.Le Capiteine qui deuoit faire ce voyage,Iui reljiondit,quâil ne fauoit en quelle parc il pour-roit trouuer lâannée, pourautant que les Hyrcaniens sâeftoient renduz (comme il auoit entendu) à Cyr.us, amp;nbsp;le conduifoient par tout le pais dâAffyrie. Ces nouuclles ouyes, Cyaxare fe courrouça encorâdâauautage,dc ce que Cyrus ne lâauoit anerti de cet afairc,amp; pour lâafoiblir enuoya lâhomme à plus grandâhâte deuerslcs Me-des,auec menalîes pleines de courrons pour les faire retourner. Le Gentilhomme fe partit ayant enuiron cent cheuaus, amp;nbsp;en foymef-me eftoir fort dclplaifant de nâeftre allé quant amp;nbsp;Cyrus à la guerre comme les autres, mais il fe foruoya en vn quarrefour, ayant fes gens efqiiartez, amp;nbsp;nâeuft efté quâil rencontra quelques AfTyriens qui le conduifirent, à peine euft il troiiué lâarmee. Par ainfi ayant aperçu
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aperçu grande quantité de Feuz, il arriua au camp enuiron la minuit. MaiSjà caufe que Cyrus lâauoit ainfi commande^ ne fut mène vers lui deuantle iour. à la pointe du iour enfuiuant Cyrus ft affembler les Mages «SePredres defaloy, G leur commanda choift les chofes ordonnées par fes loix pour facriGer amp;nbsp;remercier les Dieus de cette profperité, amp;nbsp;durât quâils edoient empefehez après celà ,il aflembla fes Homotimes amp;nbsp;leur dit ainG : Mes amiSj vous voyez les grans biens que Dieu nous ha donnez, amp;nbsp;les terres que par fa bonténous auons fubiiiguccs j mais nous fommes trop peU degens pour garder amp;nbsp;rete lirG grand païgt;en notre obeifiance. Car quel proGt aurions nous de conqueder des biens j G pour ne les fauoir garder les laiffons venir es mains dâautrui ? Dâautre part G nous laidons partie de nos gens pour garder nos conquedes , amp;nbsp;nous diuiforis en diners liens,ion connoitra à lâoeil notre foiblefle. Parquoy iefuis dâauis que Tvn de vous aille en diligence en Perft remontrer ce queie dy, à notre République, amp;nbsp;leur dire, que sâils veulent deuenir Ggneurs dâAGejamp; en tirer quelque fruit,ne faillent à nous enuoyer du feconrs. Toy donques,qui es le plus ancien des Homotimes,retourne à eus amp;nbsp;leur racote mon vouloir, amp;nbsp;les affu-rc que iepouruoiray aus viures de lâarmee quâils mâenuoyeront de renfort. Tu vois ce que nous auons ,amp; connois ce que nous fai-fons, amp;nbsp;ne leur en faudra celer ny cacher aucune chofe. Et pource que ce fera bien fait dâenuoyer partie du butin en Perfe, quant ans chofes concernans lâhonneur des Dieus, tu en confulteras aiiec mon Pere : quant ans autres qui concernent la République, aucc les Magidrats. Et leur diras, quâils enuoyentdes gens pour cou-noitre comment nous nous gouiicrnons, amp;nbsp;conGdercrGcc que nous demandons edraifonnable.Apredctoydonq pour marcher, amp;nbsp;meine ta bende auec toy.
Tôt apres Gr adembler les Medes, amp;nbsp;incontinent lui fut amène le medager de Cyaxare, qui en la prefence de tous raconta le courrons dâicelui contre Cyrus, amp;nbsp;les menades contre les Medes, auf-quels il commanda de par le Roy de retourner incontinent vers lui, encorâ que Cyrus voulud demourer.Lcs Medes oyans ce mandement furent G edonnez,quâils ne furent dire vue feule parole, amp;nbsp;nefauoient quel parti choiGr, ou de mefprifer fou cômandement, ou dâobéir prontemet à fes menadcs,fachans dâailleurs quelle edoit fa naturelle cruauté. Parquoy Cyrus dit au medliger,amp; aus Medes: le ne mâesbahis point, mes amis, G Cyaxare auerti de la multitude des auerfaires, amp;nbsp;ignorant les chofes que nous auons faites, sâed aucunement troublé, creingnant pour foy amp;nbsp;pour nous:mais quand
DE XENOPHON. LIVRE IIII. loç
quand iVaura entendu fi grand nombre dâennemis auoir efté oc-ciz ,amp; généralement tous les Affyriens rompuz amp;nbsp;défaits, ie fuis affuré quâil ôtera la creinte de fon cÅur,amp;par mefme moyen con-noitra nâauoir efté abandonne feul, puis que fes gens ont chafse fes auerfaires : car à quel droit nous peut il aeufer, puis que nous lui faifons du bien ? ny vous aufsi, puis que par fon coufentement ie fuis forti,amp; vous ay quaft malgré vous amp;nbsp;par fon vouloir menez debors?amp; nâeftes venuz. Gnon quand il vous commanda dây venir? Or ie tien pour certein, que fon indignaclon fe refroidira, amp;nbsp;la creinte fe partira de lui, quand il entendra vos grans faits dâarmes. Parquoy vous Perfes,mettez vous en ordre le miens quâil vous fera pofsible,puis que nous fommes encorâen doute G les ennemis veulent obéir ou combatte : car G Ion nous voit en tel point, nous ferons tout ce qui nous fera de befoin : amp;nbsp;toy Capiteine qui as tra-uaillé à venir, repofetoy. Vous Prince dâHyrcanie, commandez a vos Capiteines quâils facent mettre les foldats en armes. Lequel eftant incontinent retourne tout preft a lui, Cyrus dit : le nie refiouis grandement de vous voir, non feulement pour 1 amitié que vous me portez , comme pour la prudence amp;nbsp;ruze que montrez auoir , chofes qui nous font auiourdâhui fort neceftaires. Car les Affyriens nous bayent, amp;nbsp;vous encorâ plus que nous. Parquoy moment yn pour votre affurance amp;la notre, il nous conuient pouruoir a deus prince dote chofes ; lâvne, que nos compagnons ne nous abandonnent:! autre, pouruoirans que nous en prenions dâautres sâil eft pofsible. Et à caufe que ie tneouemens. fuis délibéré de fuiure mon entreprife (combien que le roy Cyaxa-re faffe râapeler fes gens , fans lefquels nous ferons feuls gens de pie amp;nbsp;aurons faute de gendarmerie^ il nous faut tafeher par tous moyens de retenir ce Mede auec fes ebeuaus, qui eft icy le dernier venu,amp;faire tant quâil vueille demourer auec nous.Parquoy cherchez vn tresbeau pauillon le mieus équipé que vous pourrez trou-uer félon fa dinité , amp;nbsp;le lui donnez incontinent. Dautrepart ie lui commanderay faire quelque thofe , ou il prendra plus de plaifir, quâà sâen retourner.Vous lui remontrerez aufsi les grans biens qui pourront auenir à lui Scans Gens, G nous venons about de nos en-treprifes. Ce fait,retourncz vous en vers moy.Le Prince des Hyr-caniens ftt incontinentie commandement de Cyrus , Sc mena le Mede en vn beau pauillon , félon quâil lui aparCenoit, lui faifant toutes les promènes qui lui anoient efté enchargees. Dautrepart Cyrus voyant lâhomme preft,qui deuoit aller enPerfe,lui comman da dire aus Perfes ce quâil lui auoit declare, Sc porter fes lettres à Cyaxare, lefqueUes il lui voulut lire , à Gn que de bouche il puft o confer
IO ff
LA CYROPEDIE
confermer les chofes qui y eftoient eferites. Le contenu des lettres eftoit tel:
Cyrta à Cyaxare, Salut.
L nâeft pas raifonnable, Monfieur mon oncle, que vous faciezvne fi grande doleancede nous, comme fi nous vous eufsions laifsé feul amp;nbsp;cri danger; car celui nâert point abandonne de fes amis amp;nbsp;feruiteurs, qui par leur ayde furmonte amp;nbsp;défait fcs ennemis : Et en partant dâauprès de
vous J nâauons eu ny vouloir ny intencion de vous mettre en peril, ains dâautant que nous allons plus loin, vous penfons mettre en plus grande feurtc : car cens qui font afsis auprès de leurs amis, ne les mettent pas en afliiraiice ^ mais cens qui chaffent les ennemis le plus loin quâil leur ert pofsible. Or voudrois ie bien que vous con-fiderafsicz ce que iâay fait pour vouSjamp; le guerdon que me rendez, deuant que de vous pleindre demoy. Carpremierement levons ay donné fecours dâautant de gens quâil mâa elle pofsible^ non pas dâautant que vous cufsicz pu perfuader de vous fuiure : au contraire vous ne mâauez laifsé emmener de vos gens, que cens auf-quclsiâenay pu faire venir enuie. Et maintenant fans aucune ex-cepeion vous rapelez tous les Aledes j non pas cens qui sâen voudront retourner. Au moyen de quoy, moy ^ qui mâeftimois efire rcdeuable à vous amp;nbsp;«à eus j maintenant fuis contreint de vous ou-blietjiSc mâefforcer de rendre graces à cens qui de leur franc vouloir mâont fuiiii à cette guerre. Au demeurant ie ne veus point deuenir femblable à vous en vn pareil afà ire : Car iâenuoyeprefentement en Perfe requérir nouneau fecours de gendarmes _, aufquels ie commande auant quâils viennent à moy de vous ofrir leur fermee, amp;nbsp;que vous en puifsicz vfer, non pas à leur volonté^ mais félon votre bon plaifir. Si ert ce que ie vous confcille^ combien que ie fois encorâle plus icimej que ne vueillez gâter ce que vous nous auez donnéjà fin quâen lieu dâauoir le gré,vous ne gagnez lâinimitié des hommes. Aufurplus quand vous voudrez faire venir quelquâvn vers vous, ne lui commandez de sâaproeber par menaffes,Ãc en montrant efire feul ne vueillez faire peur à toute vue armée en ge-gerafià fin que ne leur donniez ocafion de vous defertimer. Au relie nous irons deuers vousje pluftot quâil nous fera pofsible, après que nous aurons mis fin «à toutes les entreprifes concernantes votre profit amp;nbsp;le notre. A Dieu. Il commanda aufsi au porteur
DE XENOPHON. LIVRE UIL 107 de dire à Cyaxare ce quâil aurait vu, de toutes les chofes quâil lui fauroit demander;comme il sâen alloit en Perfe^ pour amener nou-ueau fecours, amp;nbsp;quâil fift diligence de retourner, comme il voyoit à lâÅil eftre necellaire. En apres, Cyrus voyant les Medes, Hyrca-niens, Tigrane dâArmenie , amp;nbsp;les Perfes armez, amp;nbsp;que défia quelques voifins auoient aportc leurs armes amp;nbsp;amene leurs cheuaus, fit letter leurs darz amp;nbsp;batons dedèns le feu, au lieu mefinc ou les autres au parauant auoient elle brûlez, amp;nbsp;garder leurs cheuaus par cens qui les auoient amenez, lefquels il fit demeurer iniques à tant quâil end dedairé fa fantafie. Et derechef a de mb la les Capiteincs des hommcdarmes,5c Hyrcaniens,vfant de telles paroles:
Condon de Cyrtu pour enfeigner fes gens comme ils deuoient faire le departement du butin, ^ comme il mit les Perfes à cheual. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. xn.
h'Iedcs amp;nbsp;Hyrcaniens , ne vous P®'*^^ ^® ce que ie vous fais fitou-l nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;alfcmbler ; car nos ataires edans nonucaus
amp; allez mal eu point, nous donneront du iour a la iournee nouuellc fâcherie, lufques a tant qu ils __1 foient mis en ordre:mefmes à prefent nous auons beaucoup dâargent amp;nbsp;dâhommes prilonniers, qui demeurent en confufion,car nous ne fanons ce que chacun de nous ha gagne , amp;nbsp;eus mefmes font en doute qui fera le vray Sigucnr de chacun d eus. De gens qui fâchent mettre à fin vu alaire, lon en voit peu, de cens qui ny entendent rien, beaucoup:amp; quad tons font en doute de ce quâils doinent faire. A cette caufe amp;nbsp;pour oter ces doutes, il faut didribuer le butin, 5lt; le départir entre les foldats, comme sâenfuit: Celui qui fera entré en vu panillon garni de viurcs, vins, muni-cions , ferfs, lits amp;, habillcmens, amp;nbsp;antres chofes necefiaircs pour bien loger vn foldat,ne demande plus rien ; mais feulement le garde comme ficn. Si dâananture vn autre ha pris vn panillon mal garni , auquel il défaille quelque chofe de fes apartenanecs, vous mettrez peine de le meubler amp;nbsp;garnir de ce qu'il lui faudra, amp;nbsp;fuis feur quevous en aurez encorâ de reflc;car les ennemis en auoient bean-toup plus quâil nâen faut au nombre que nous fommes. Il y ha vn autre point à penfer, câet que lesTretorlers amp;nbsp;Receuenrs du Roy dâAlïyrie amp;nbsp;des autres Princes amp;nbsp;Signeurs,font venuz deners may amp;ânâont aucrti,quâils auoient en leurs mains beaucoup dâormon-î^oy^jprocedant de quelques tributs. Parquoy faites leur falloir
0
par
io8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA C Y R G P E D I E
par cry publiq, quâils ayent à le vous porter en quelque part que vous foyez afsis, amp;nbsp;le conGner entre vos mains j amp;nbsp;Gutes peur a cens qui ne voudront obéir. De cet argent^ donnez en deus paysâ à rhoirunede cheuab amp;nbsp;vue à l'homme de picj à Gn quâils ayent de-quoy acheter les acoutremens qui leur font neceflaires. Et à Gn qu^ le marché foit abondant^ faites vn cry , que tous marchans amp;nbsp;gens de boutiques puiGent feurement vendre ce quâils voudront, fans creinte dâeftre iniuriez de perfonne., amp;nbsp;aporter toutes autres mar-chandifeseftrangeres,à Gn que notre campfoit bien peuple,amp; rempli de toutes richeGes.
Les criz furent incontinent faits, mais les Medes amp;nbsp;HyrcanienS lui dirent : Comment pourrions nous. Sire, faire ce departement fans vous amp;nbsp;les vôtres ? Penfez vous, dit Cyrus, quâil ne fe puiGe rien faire fans moy amp;nbsp;mes gens ? Sâil faloit à toutes chofes regarder de G près, ie ne fuGrois pas à faire tant de chofes auec vous ny vous auecmoy , amp;y aurions beaucoup detrauail fans proGr. Parquoy deliurez moy de cette peine : amp;nbsp;puis que nous allons elle gardiens de ces richeffes, que vous eGimez aiioir elle bien gardées, diGri-buez les à votre apetit amp;nbsp;nous les tiendrons pour bien diGribuees. Premièrement vous voyez les cheuaus que nous auons, que ceiis cy nous ont amenez qui feront oifeus, de nul proGt, amp;nbsp;de grande facheriejG vous nây ordonnez des chcuaiichcurs, chofe que G vous faites,par mefme moyen vous nous deliiirerez de fouci amp;nbsp;augmcii terez nos forces. Dautrepart G vous aiiez des gens mal montez, dcfqucls vous efperiez miens valoir que de nous Perfes,baillez leur en: mais G vous nous voulez aiioir pour aiiiteurs au befoiii,di-Gribuez les entre les Perfes. Car à la vérité, nous allions dernièrement peur que ne tombifsiez en danger eGans feuls à la pourfuite des AÃIyriens, amp;nbsp;allions honte de nâeGrepres de vous : maintenant G par le departement tjiie vous ferez nous auons des cheuaus pour dreGer vue gendarmerie,nous vous fuiurons par tout,amp;: nâobinet-trons aucun acte de vertu G nous valons miens à combatre à chenal , que à pié : mais sâil fe trcuiie que nous foyons meilleurs à pit que à chenal, nous defeendrons incontinent amp;nbsp;ferons notre de-noir acoutumé,donant les cheuaus à ceus qui en auront befoin. A celà les Hyrcaniens refpondirent, nâaiioir point dâhommes à quiih puGent donner les cheuaus, amp;nbsp;quand ils en auroient, ne les vou-droient donner à autre quâà lui de ans Gens; à cette caufe le prièrent de les prendre amp;nbsp;en Giire à Gi volonté. Parquoy Cyrus priant les Dieus quâà lui lâentreprife de faire fes gens de pié hommedâar-mes, lt;amp;nbsp;aus Hyrcaniens la diuiGon du butin «Jk ddâargent fuG hen-renie
de XENOPHON. LIVRE IUI. 109
reufe amp;nbsp;fortunée, mit tous fes gens à chenal, amp;nbsp;au demourant fit mettre à partpour lesDieus Immortelz ce que les Mages ordon-neroient : amp;nbsp;aufsi pour Cyaxarc les prefens quâils eftimeroientlui deuoir eftre agréables. Ils dirent lors en riant, quâil lui faloit en-uoyer des femmes : ce quâil leur permit faire à leur fantafie.Puis ordonna ausHyrcaniens quâils sâelforçafient de contenter les Medes qui lâauoient fniui de leur bon gré, à fin quâils nâeuflent ocafion de fe plaindre. Dautrepart il auertit aufsi les Medes, quâils honoraf-fent les Hyrcaniens qui eftoient les premiers venuz à fon aliancc, afin quâils fe contentafient dâauoir choifi fon amitié : pareillement quâils nâoubllaffent de douer part au Capiteine ennoyé par Cyaxa-reamp;à fes gens,lâenhortant de demoureraueclui,à fin quâilfuftpar-ticulierement raporter à Cyaxare toutes leschofes par lui faites. Le demourant de tout le butin permit eftre donné ans Perfes , tenant pour affûté, quâils fe prendroient a rire fi on leur donnort quelquctrop beau amp;nbsp;riche habillement, comme gens acoutuniez à viure ruftiquement amp;nbsp;fans delices, amp;nbsp;aufsi quâils aprefteroient a rire ans autres, quand ils monteroient à chenal, pourautant qu ils ne sây faurolent tenir amp;tomberoient founent à terre. Parainfi ils allèrent faire la diftribucion du butin, amp;nbsp;lors fut faite vue grande rifee de ces nonueaus Cheualiers : amp;nbsp;Cyrus apelant fes Cente-nlers leur enchargea à tous de prendre des chenaus,harnois, amp;nbsp;fer-uiteurs neceffaires, amp;nbsp;les départir également félon le nombre de leurs bendes par fort. Au furplus fit taire vn cry par tout,que fi de-dens le camp des Affyriens, Arabe5,ou Syriens y anoit aucun cfcla-ue natif dePerfe, Mede, Baftriane, Carie, Grece, Cilicie, ou d'ailleurs mis par force,quâil fe prefentaft à lui pour eftre mis en liberté, amp;nbsp;foudein plufieurs fe prefenterent volontairement, defquels il choifit les plus beaus amp;nbsp;de belle taille amp;nbsp;leur dit, que puis quâils eftoient afranchiz , il les vouloit faire porteries armes de cens qui feroient montez à chenal : au demourant ne leur laifteroit anolr faute de rien, amp;nbsp;les recommandant ans Centeniers leur fit donner à chacun vn bouclier amp;nbsp;lâefpee fimple pour fuiure la gendarmerie, ordonna aufsi quâils euffent viures amp;nbsp;acoutremens neceffaires com me les Perfes : mais que les Centeniers allaffent toufionrs à chenal auec leurs lances 6c cuiraftes. Et en cette façon il commença lui mefmes à marcher-.ce fait il voulut que les Homotimes qui sâe* ftoient faits hommedâarmes ordonnaffent dâautres Capiteincs en leur lieu fur les gens de pié quâils anoient acoutumé dâauoir: niais quâils fulïent du nombre des Homotimes, Ãc gens dâhonneur dePerfe.
0 3 Comme
no nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L A C Y R O P E O I E
Comwe Gobrie fe Tgt;}»t rendre à Cyrm, ^ bui raconta Ia cala^ mité de fönÃls, ç^ requit vengeance de la mort de fou fis contre le roy d'yffyrie, ce que Cyrtu lui promit.
CHAPITRE XIII.
Vrant quâils clîoicnt ainfi empefehez au departement de leur butin, furuint vn Prince dâAllÿ* rie nommé Gobricj homme défia fort anancé fur lâaage, monté fus vn beau courfier acompagne de plufieurs hommedarmes bien équipez j lequel fe vint rendre au camp de Cyrus, amp;nbsp;aufs«
rot quâil fut arriué entre les Perfes, il dit à cens qui lui demadoient fes lances amp;nbsp;armes pour les brûler comme les autres ^ que premièrement il vouloir parlera Cyrus, Ce quâils acorderent volontiers amp;nbsp;le menèrent incontinent à lui, laiflans les autres en arriéré. Go-brie aufsi toc quâil vid CyruSjlui dit telles paroles: Sire ic fuis Alîy-rien, Signeur dâvne ville forte, amp;nbsp;dâvu grand païs à lâentour :iâay danantage mille trois cens hommedarmes, queieconduifois à b guerre fous leroy dâAfiyrie, auquel lâcftois trefgrand ami amp;; loyal feruiteur. Mais depuis quâicelui eftantpar vous occis, qui crtoit homme de vertu, fon fils mon trefgrand ennemi ha fuccede au Royaume, ie fuis venu deuers vous me rendre ferf amp;nbsp;compagnon a la guerre, amp;nbsp;vous fuplic à gênons quâil vous plaife venger mon in-iure,amp; en tant que f aire fe peut,ie vous fais mon fils adoptif, à cau-fe que ic nâay point dâenfant mafie. Car celui qui deuoit eff re mon heritier. Sire, ieune homme vertueus amp;nbsp;honnefte, qui mâaimoit amp;nbsp;honoroit comme vn enfant doit honorer fon pere conflitué en félicité, eftant vn iour inuité parle feu Roy pere de cetui cy, pour lui donner fa fille en mariage, ie fu content amp;nbsp;ioyeus de lui enuoyer, par ce quâil deuoit effre efpous de la fille dâvu fi grand Roy. Mais le Roy qui eff à prefent, lâayant lors prié amp;nbsp;mené à la chalie, voulut quâil chafTaft en fa compagnie, clHmant quâil ne feroit fi adroit que lui à la courfe amp;nbsp;à chcual,tellcment quâil le mit à chafler comme sâil euftefté fon compagnon amp;nbsp;ami deieunefTe. Et quand ils eurent dâauenture tronué vue Ourfe, ils la pourfuiuirent de compagnie, amp;nbsp;quand le fils du Roy lâeut faillie dâateinte, mon fils ne la faillit pas, amp;nbsp;lâabatit par terre du premier coup. Helas Ipour combien voudrois ie quâil lâeufl aufsi faillie ! Car de ce coup le fils du Roy conçut en foymcfmcvnccnûic, laquelle pour lors il cacha: mais quand au leuer dâvu Lion le fils du Roy eut encores failli à lâatein-dre, mon fils le tua dâvn feui coup, ék fc glorifia ioyeufement d a-uoir
de XENOPHON. LIVRE IIIL m
VlOir deus coups de fuite tiré amp;nbsp;occis vue befte.Lors ce mefchant là ne fut plus retenir fon mauuais courage, ains print dâvn autre boni me vne lance, amp;nbsp;lui perça le c orps tout outre, amp;nbsp;ota la vie à mon fils vnique lequel iâaymois grandernent, de forte que moy délia vieil amp;nbsp;caduq, fu contrein en lieu de noces faire les funérailles de mon fils bienayme, auquel la barbe commençoit à poindre. Mais le parricide amp;nbsp;mefehant comme sâil cnil défait vn ennemi, ne montra iainais aucun fine de repentance,ny pour le forfait commis daigna porter honneur à la fepulture cVicelui. Et toutefois fon pere eut pitié de moy , amp;nbsp;fe montra trefmarri de ma calamité. Parquoy tenez pour certein , que sâil euft vefeu, ie ne fülle iamais venu vers vous pour lui nuire , pourautant que fes bienfaits ont elle gratis enuers moy amp;nbsp;lâay ferui fidèlement : mais puis que le Rene eft par-uenu es mains de lâhomicide de mon fils, ie ne faurois lui porter amitié, amp;nbsp;lui pareillement ne me tiendra iamais pour ami, con-noilTant le mauuais vouloir que ie lui porte, amp;nbsp;le changement de maioyeufe vie en vne miferable viduité amp;nbsp;orbite de mon fils qui nie fera paffer ma vielUefTe en pleurs amp;nbsp;lament aciohs. A cette cau-fe fi vous me receuez en votre amitié,amp;me donnez quelque efpoir de vengeance pour la mort de monfils, ie me fembleray retourner en icunefie, amp;nbsp;par mefme moyen nâauray honte de viure ny creinte de mourir,ayant apaisé les grandes douleurs de mon infortune.
Cyrus ayant ouv le parler de Gobrie , lui rclpondit ; qu il le re-ceuoit volontiers en fon amitié, amp;nbsp;lui promettoit la vengeance de fon fils auec lâayde des Dieus , pouruu quâil lui tint! promefle : amp;nbsp;lui demanda quelle recompeufe ou ayde il pourroit auoir de lui, en lui laiffant tenir fa Principauté , fes terres, amp;nbsp;armes comme deviant. Gobne refpondit, qu'il le tiendroit en tout pour fou fou-nerein Signeur,le reccuroit en fa maifon, lui payeroit le tribut ordinaire comme à lâautre, amp;nbsp;le fuiuroit à la guerre auec les forces de fonpais. Dauantage quâil anoit vne fillepucellc,bcllc,amiable, amp;nbsp;prefte à marier, laquelle au pavanant il auoit nourrie pour la donner à femme à celui qui renoit : mais quâelle l'auoit fuplié en pleurant , ne la marier iamais à lâhomicide de ton frere, ebofe quâil lui auoit acordee : de laquelle il lui permettoit ordonner amp;nbsp;la pour-noir à fon plaifir,comme de ebofe à lui propre.Lors Cyrus lui donna la foy ,1aprenant pareillement de lui, Sc apcla les Dieus pour tefmoins des conuencions entrâeus acordees. Ce fait illaiffa aller Gobrie auec fes armes amp;nbsp;ebeuaus, lui demandant combien de ebe-nnn il y auoit iufques chez lui, pourautant quâil vouloir y aller. Gobrie refpondit, que s'il partoit le lendemain pour y allcr,lciour dâapres
112
LAâCYROPEDIE
dâapres ilpourroit arriuer chez lui. Et cedifant Gobrie fe partit, lailîant lâEmpereur Cyrus auec fes gens. Dautrepart les Modes fe prefenterent à lui, ayans mis entre les mains des Mages amp;nbsp;Sacrificateurs, ce quâils auoient demandé pour lâhonneur desDieus. A Cyrus, ils auoient choifi vn tresbeau amp;nbsp;riche pauillon , auec vne Dame Sufienne nommee Panthce, eftimee la plus belle de toute lâAfie, enfemble deus autres filles chantereffes amp;nbsp;Muficiennes des meilleures que Ion fufltrouuer. En après vn autre beau pauillon amp;nbsp;des femmes pour Cyaxare, amp;nbsp;à tous les autres départirent félon leur dinité ce qui leur eftoit neceflaire pour nâauoir faute dâaucune chofe pour la guerre. Les Hyrcaniens aufsi, amp;nbsp;le Capi-tcine ennoyé par Cyaxare eurent ce quâil leur faloit:car
il y auoit abondance de toutes chofes. Les pauil-lons qui efioient de refie furent douez à Cyrus pour les difiribuer aus Perfes j amp;
' promirent de difiribuer lâargent quand il auroit efic aporté: ce quâils firent bien
tôt apres.
*
Fin Ju qmtt-rieme tinre.
Le cinquième Liure de la Cyro-PEDIE DE XENOPHON, ele la Uie ^ /nÃitucion cle
C Y R v s Ãöj eles 'Perfes.
Comme ,AfaÃgt;e eut en garde la belle Panthee ^^ en deuint amoureM, ^ ht dijpute d'entre Cyrm ç^ lui, fi lâamour efi â volontaire ou contreint. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a P. l.
S T A N T Ic departement du butin fait, auec les propos dont cy deflus auons fait mencion, Cyrus dôna en garde les prefens de Cyaxare à cens quâil cônoifloit eltre les plus familiers amp;nbsp;fideles feruiteurs dâicelui, amp;nbsp;quat à ceus quâon auoit mis à part pour lui, leur dift aiiifi : le reçoy trefuolontiers, mes amis , les prefens que vous mâauez donnez : Si eft ce que ic les donne de tref-
bon cÅur à celui qui en auraplus grandâ enuie. Adonq vn Gentilhomme de Mede amateur de MuGque, prenant hardi elle fur fa parole, lui dit : Sire, en oyant hier les deus chantcreires,qui vous ont elle baillées, iâen fit grandement refioui, amp;nbsp;y reçuz fi grand plaifir, que fi vous mâen donniez lâvne, iâen deuiendray plus pront à vous faireferuicc,amp;prendrayplus deplaifir à vous fuiure,quâà demeurer enmamaifon, Cyrus la lui ottroya incontinent, en difant : Cer-teinement tu mâas fait plus grand plaifir à me la demander, que ic ne faurois faire à te la donner, tant eft grand le defir que iâay de vous faire plaifir à tous enfemble. Dautrcpart apelant Arafpc, gentilhomme de Mede, qui eftoit fon compagnon de ieunefle, auquel au partir dâAftyage pour retourner en Perfe il auoit donné fa belle robe Medique, lui commanda prendre fur fa garde le beau pauillo i,amp;la belle Dame prifonniere,qui lui auoit efté donnée au departement du butin. Or eftoit elle femme dâAbradate roy de Suficnne, lequel nâeftoit pas auec elle à la route du camp des Afly-â^iens, ains eftoit en Embaflade de par le Roy dâAfTyrie, au grand Roy de la Bailrienne,pour traiter compagnie de guerre amp;nbsp;alliance aueclui, duquel il eftoit de long tems auparauat hofte amp;nbsp;familier.
Libéralité d'un Prince,
p Quand
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Qiiand donq Cyrus eut commande à Arafpe de lui garder cette femmejArafpe lui demanda : Auez vous point encorâ vu la femme que vous me donnez en garde? Nenni vrayementj dit Cyrus. Si ay inoy^dit Arafpe, vue fois quad ie la choifi pour vouSj lâautre quand nous entrâmes en fon pauiUon, amp;nbsp;dâentree nous ne la conoifsions point : car elle eftoit afsife en terre au milieu de fes feruantes amp;nbsp;da-moifelles, vetue dâvue robe commune amp;nbsp;feruile : mais quand nous les eûmes regardées en face ,nous connûmes à fon beau amp;nbsp;luifant vifagejde combien elle furmontoit les autres, nonoftant quelle full afsifejcouuertc dâvn voilejamp; tinftles yeus en terre, qui fut eau-fe que lui commandâmes de fcleuer: Et lors fes femmes, en fine dâhonneur, fe dreflerent toutes alentour dâelle. Adonq vîmes nous à eler, comme elle les paffoit, non feulement de la taille amp;nbsp;grandeur , mais aufsi de bonne grace,noble maintien,amp; diuine beauté, nonoftant quâelle euft vn habit vil amp;nbsp;poure, amp;nbsp;les larmes lui arro-falfent fes acoutremens iufques aus piez. Comme donq lepliis ancien de notre compagnie lui eut dit : Dame, prenez bon courage, amp;: ne vous fâchez de cette fortune : car encores que vous ayez vn bon mary amp;nbsp;gracieus, comme nous auons entendu, fieft ce que nous vous donnerons à vn Prince, quinâeft en rien inferieur au votre, foit en beaute ou puiflance, en modeftie ou bonté : câet notre roy Cyrus,à qui vous ferez des cette heure donnce,!cqiiel (à no tre auis) merite dâeftre eftime amp;nbsp;aymé, autant quâhomme du monde. Elle oyant ces paroles comme defefperee defehira fa robe du haut en bas, amp;nbsp;fe print à regretter amp;nbsp;pleurer, amp;nbsp;auec elle incontinent toutes fes feruantes ietterent vn piteus cry : amp;nbsp;en cet inftant fut à nos yeus dcfcouuertelaplus grandâpart de fon beau vifagc,lï belle gorge, les belles amp;nbsp;délicates mains. Et veus bien que vous fâchiez, Sire, félon quâil mâa femblé amp;nbsp;à mes compagnons, queia-maisnâaefté vueny engendree entre les hommes vue femme de h grande beauté en Afie : parquoy il faut aufsi que vous la voyez. Canfinence ^°â^ feray,par ma foy,dit Cyrus, fi elle eft fi belle que tu dis. Pour-aie CjriM. nbsp;nbsp;quoy non ? dit Arafpe. Pource, dit Cyrus, que fi jcla voy comme
tu me confeillcs par le récit de fa grande beaute, ie creins grandement (mefines à cette heure que ie nâay grand loifir) quâelle ne mâinduife amp;nbsp;atire par fa grace à la reuoir encorâ vn coup : tellement que nos plus importans afaircs oubliez, ie confume mon teins cl la contempler afsis auprès dâelle. Leieune homme riant a pleine gorge lui refpondit : Penfez vous quâil fe puifle faire, que la beauté dâvue femme eontreingne vue perforine à aymer ou faillir de fon deuoir outre fon gré ? Si vous voulez dire que câet le natn-
DE XENOPHON. LIVRE V. 115
ici de lâhomme J ie vous montreray clevement le contraire. Car niÃ^fte, [à -tout ainh que la nature du feu eft de brûler vue chofe comme lâan- uolr à ta -tre, aufsi la beauté des femmes contreiudroit tous les hommes maureÃ^fa également à faire mal, fi câettoit fon naturel. Et toutefois des per- lontaire, e« fonnes belles nous aymons les vnes, amp;nbsp;haiffons les autres. Vn cer- confremft^ tein hôme nâaymera que cette cy, lâautre que cette là :car amour eft vncpafsionamp; accident volontaire,amp; chacun ayme ce qui lui plait. Nâauient il pas fouuent que le frere hait fa feur, qui toutefois eft bien aymee dâvn eftranger ? que le pcre nâayme point fa fille,qui neanmoins plait amp;nbsp;agree à autrui ? Outre ce, lâamour nâa pas grande force ; car la creinte amp;nbsp;les loix ont aftez depuillance dempef-ther ramour, quand on le voudroit detendre, ce qui n aillent pas aus chofes naturelles. Car fi Ion faifoit vne loy pour defendre d a-uoir faim à cens qui ne mangent, amp;nbsp;dâauoir foif à cens qui ne boi-uent, que durant lâhyuer ion nâeuft point de froit, durant lâefte point de chaut, il nây ha peine ny radon quelconque qui peuft faire obéir les hommes à cette loy, dâautant que la nature les poulie formellement au contraire ,amp;les tient alleruiz afespafsions. Niais-lâamour procédé dâvne franche volonté,qui eft la caufe cpic chacuri aymeles chofes quâil eftime ficnnes, commefesvetemens ,amp;habits. Poiirquoy donc|, dit Cyrus, fi lâamour eft volontaire, ne le peut on ladler quand on veut ? Car 1 ay queltpicfois vu pleurer des hommes, pour quelque douleur procédant des pafsions d amour, amp;feruir à leurs amies, combien que auparanant ils eftimaffent la feruitude malheureufe : donner aufsi la plus grandâ part de leurs biens qui leur eftoient neceftaires;. dont icnay vu qui defiroient eftre deliurez de cet amour comnie dâvne grieue maladie, amp;nbsp;ne sâenpounoient Oter , ains fetrounoient liez amp;nbsp;contredis déplus forte necefsité, que sâils euffent efté atachez à cheines de fer. Tellement quâils font alleruiz à longuement amp;nbsp;folemcnt obéir à leurs amies, amp;nbsp;ores quâils foient oprellez de tant de mans, ne sâefforcent point dâen ciuder,ains au contraire gardent fongneufement tpiâelles ne sâenfuient. Arafpe refpondit -.11 eft certein , Sire , que telz amans qui viiicnt en la façon que vous dites,font mefehans amp;nbsp;mal-heureus : amp;nbsp;de là vient quâils défirent de mourir comme cftans en continuelle calamite , amp;nbsp;combien quâil y ait dix mille moyens de fortir de cette vie,toutefois ils ne pcuuent mourir, ains sâadiettent an pue, amp;tombans dâvn vice en autre s'adonnent à larcin, amp;nbsp;ne sâabftiennent des biens dâautrui. Otdâicy mefines il apert que lâamour eft volontaire ; Car quand pour feruir à leur amoureus dcfir ib ontvolé ou defrobé quelque chofe,vous elles lepremier à aeuter
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uff nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
le voleur ou larron, amp;nbsp;non feulement ne lui pardonnez, ainslc faites punir félon les loixjfînifiant parcelà que ce larcin eftvnc chofe volontaire j amp;nbsp;quâon nâeft point contreint de le faire. Pareillement les belles perfonnes ne contreingnent aucun à les aymer, nâyà defirer chofe qui ne foit honnefte : mais les mefehans amp;nbsp;vicieus garçons alTeruiz à leurs defordonnees couuoitifes, fe laiflent emporter à toutes folles pafsionsj puis aeufent amp;nbsp;blâment amour: mais les bons amp;nbsp;honneltes ne lailîcnt pas de defirer lâor j les bons cheuaus, amp;nbsp;aymer les belles femmes : toutefois sâabftiennent de les prendre,amp; fans dificultc quand il leur plait,amp; ne fe rendent fuietz à elles plus quâil nâeft coniienable. A cette caufe ayant vu lagrace de cette Dame, combien quâelle mâait femblc belle à merneilles: toutefois ic ne laide pas de me tenir auprès de vous, aller à chenal, amp;nbsp;faire les autres feruices apartenans à mon deuoir. Parauanture, dit Cyrus, câet pourantant que tu es pluftot parti dâelle, quâil ne faut de tems à lâamour pour alluiettir à foy vne perfônne:Car le feu mefme ne brûle pas incontinent cens qui le touchent, amp;nbsp;les bûches aufsi ne leuentpas du premier coup la flamme : Mais de ma part, câet mon plus leur ne toucher de mon grc le feu, ny regarder à mon efeient les belles femmes : amp;nbsp;te confeille aufsi, Arafpe, ne laifler ainfi pourmener tes yeus comme vagabons au regard des bel les perfonnes : car comme le feu brûle à la longue cens qui le touchent,aufsi les belles femmes allument peu à peu vne flamme amou reufe dedens les coeurs de cens qui les regardent. Ne creingnez point celà de moy, dit Arafpe ; Car fi ie ne ceflois iamais de la regarder, toutefois ie mâaflure tant de moymefme, que ie ne feray ia-mais forcé de faire chofe qui ne foit honnefte. Tu parles tresbien, dit Cyrus : à cette caufe garde moy cette Dame fongneufement, amp;nbsp;la traite ainfi que ie tâay commande : car iâefpere quâelle nous viendra quelque iour bien à propos. Ces paroles dites ils partirent: man ce ieuiic homme contemplant fouuentefois lâexcellente grace amp;nbsp;beauté de cette femme (nominee Panthee) la traitoit humainement, amp;nbsp;sâeftorçoit de lui gratifier en plufieurs chofes : mef-mes pource quâil connoifloit quâelle nâeftoit ingrate, ains donnoit ordre par fes feruiteurs, quâArafpc à fon retour trouuaft tout ce qui eftoit neceliaire, amp;nbsp;quâen feS-maladies aucune chofe ne lui fail-lift , finablement fut lurpris de lâamour dâelle, dont il ne fe faut pas grandement cmeruciller.
Corne Cyrta sâefiant d^uré des Medes,et autres alie^jaüd iuftjues
« la yiUe de CohrtOf^^ de la ma^niÃcece d icelui, c H a F- i ^'
Dautre
DE XENOPHON. LIVRE Y. 117
Autrepart Cyrus deGrant que les Medes demon raflent auec lui, afin que les autres confederez nâeulTent ocafion de lâabandonner, affembla fes principaus amis, amp;nbsp;leur dit : Compagnons Medes amp;nbsp;confederez,ie fuis certein que vous nâeftes venuz auec moy, ny par faute dâargent, ny pour faire feulement ce feruicc à Cyaxare : mais fpecialement pour me faire plaifiramp; honneur, auez voulu cheminer iour amp;nbsp;nuit, amp;nbsp;vous fourrer auec moy entons dangers, chofes, dont ie vous mercie autant quâil mâeft pofsible,pour ne fembler iniufte ou ingrat : mais de vous rendre en effet telles graces quâil apartient,ie ne le puis encores faire amp;nbsp;nâay point de honte de le confeffer.Dauantage fi ie pro-mettois devons recompenfer apres que vous mâaurez longuement fuiui,cette parole me feroit honte, pourautat que Ion mâeftimeroit lâauoir dite pour vous induire à demourer auec moy ;fi eft ce qu e ie veus bien vous anertir, que ie nâoublieray iamais les feruicesque mâauez faits, combien que vous départiez de moy en obéiflant an mandement de Cyaxare, amp;nbsp;ne laifleray de me montrer tel enuers vous que vous vous contenterez de moy, fi Dieu m eft fauorable. Quant à mon vouloir touchant la fuite de cette guerre, ie me délibéré de ne partir encores, ains garderay ma promefle ausHytea-niens, aufquels iâay donné la main amp;nbsp;la foy de continuer auec eus la guerre contre les Aflyriens, amp;nbsp;ne verra Ion iamais que ie les tra-hifle ou abandonne. Semblablement à Gobrie , qui puis nâagueres nous ha donné fes terres, forces, richeffes, amp;nbsp;citez, ie mâeflorceray de faire tel plaifir pour la vengeance de fon fils félon ma promefle, quâil ne fe repentira iamais de sâeftre rendu à ma foy. Mais qui plus eft, voyant les »rans biens que les Dieus immortels nous ont donnez , ie creindrois amp;nbsp;redouterois grandement quâils ne me fiffent tomber en quelque grandâ infortune, fi pour retourner à mon pars ie laiffois en arriéré fi temerairement mes entreprifes,qui eft la cho-fe qui plus mâincite à lespourfuiurc. Voila ma fantafie touchant cette guerre, de votre part faites comme vous lâentendrez , amp;nbsp;me deelairez ce que vous en voudrez faire.
C«mment il les hemmes.
Quand Cyrus eut acheué fon propos, fe leua premier le Gentilhomme Mede, nommé Artabaze, qui sâeftoit iadis fait parent amp;nbsp;toufin de Cyrus,amp; lui refpondit : De ma part,notre Roy ,ÃCar ve-fitahlement leftimc que le foyez amp;nbsp;deuiez eftre apelé Roy') dâautant que ie connois apertement lâaffeccion des hommes eftre telle enuers vous, quâeft Vobeiffance des Mouches à miel enuers celui qui eft tenu pour Roy amp;nbsp;gonuerneur en leur ruche (car elles hû p 3 obeiftent
LA CYROPEDIE
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bbéï/Tent pvontementjâacompagnent enfemblcmcnt,ne le laUTen^ jamais feul, amp;nbsp;femblent enuers lui fi afèceionnees j quâelles ne lu* refufent aucune forte dâobéiflance) telle ha elle amp;nbsp;eft encores lâaâ feccion amp;nbsp;volonté de tous vos gens enuers vous : amp;nbsp;pour reprendre mon propos des votre enfance j quand vous retournâtes en Perfe qui fut le icunc ou vieil homme en Mede qui ne vous fiiiuift trefuolontierSjiufques à tant quâAftyage nous fit retirer? Pareillement à votre retour auec le fecours des Perfes, ne vimes nous pas tous vos amis enflambez à vous fuiure de leur bon gré? Aufs* quand vous entreprintes cette pourfuite des AlTyriens, tous les Medes vous acompagnerent ils pas? Parquoy ieles eftime tant vôtres, quâefiansfur les terres ennemies ils auront auec vous fiance de sây arrcfler,amp; fans vous creinte de retourner.De leur part ils de-claireront ce quâils auront délibéré de fairejraals de la mienne, Sire, ie vous promets amp;nbsp;alTure , que moy amp;nbsp;les miens démontrons aucc vous, amp;nbsp;prendrons plaifir à entendre les fines de votre volonté, fous lâefperance de vos bienfaits. Incontinent apres, Tigrane le Iena,lt;Sc dit : Ne vous cmerneillez point, S ire, fi ie me tais : car mon cÅur eft intentif, non point à confulter des refponfes, mais à exécuter prontement amp;nbsp;tonfiours ce que vous me voudrez commander. Le Prince des Hyrcaniens dit ainfi : Certeinement, b Medes, fi vous nous abandonnez, ie diray que le maunais efprit vous pourchafle quelque malhenrcnfe trahifon, ne voulant permettre qnevonsparneniczan comble dâvue grande félicité. Au demon-rant, qui cd rhomine de fi peu dâentendement, qui vueillc fuir quandfes anerfaircs fuient, ou ne les prendre quand ils fedefar-meiit, ou ne les receuoir quand ils fe rendent? principalcmét ayant vu tel Empereur,(iâen apelle tousles Dieus à témoins)qui sâefiouit plus,comme Ion voit à lâÅil,à vous bien fairc,quâà sâenrichir? Apres lui, tous les Medes deelairerent ainfi leur volonté ; Sire, puis que vous feul premieremct nous auez tirez de nos maifons, vous nous ramènerez quand bon vous fcmblera, amp;nbsp;nous conduifez par tout auec vous. Cyrus voyant par leur relponfe la grandâ ateccion amp;nbsp;bicnueuillance quâils lui portoient : O trclpuiUant Dieu ! dit il, donne moy ie te prie la grace que par bonnes recompenfes ie puiHc furmonter amp;nbsp;veincrc lâhonneur que cens cy me portent.
Apres cette deliberacion, Cyrus ordonna que les allez auroient la charge du guet amp;nbsp;des gardes à lâentour dâeus : mais les Perfes fe-roient les logis ans gens de chenal, amp;nbsp;de pié, de les dmiferoient félon quâil apartiendroit à vn chacun : ÃÃic cens qui auroient des tentes, après quâils auroient lait le deuoir de leur charge, aporte-' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;roieut
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rolent aus bendes des Perfes, des viures, amp;nbsp;auroient la charge de penfer amp;nbsp;acoutrer leurs cheuaus,afin que les Perfes nâeuflent autre foiici que de trauaiUer pour le fait de la guerre. Voila comme ils palferent celle iournee. Mais le iour enfuiuant du matin Cyrus montaà cheual,acompagnc desPerfeSjqui sâedoientfaitshomme-darmes, iufques au nombre de deus mille, amp;nbsp;print fon chemin pour aller à la ville de Gobrie. Apres eus venoient cens qui portaient les boucliers, lances ,amp; glaiues deshommedarmes en pareil nombre, le demourant de lâarmee fuiuoit aufsi en tresbelle ordonnance. Adonq commanda à fes gens faire entendre à leurs nou-ueaus feruitcurs,que tout homme qui feroit trouuc apres lâarrière-garde , deuant ou à cote des autres hors de fon reng, feroit grieue-ment puni : Paralnfi ils arriuerent le iour enfuiuant enuiron le foir à la ville de Gobrie, ou ils virent vne fortereffe bien munie, amp;nbsp;apareillee pour receuoir vu afiaut, grande quantité de gros amp;nbsp;menu bétail au pic des murailles. Adonq Gobrie enuoya lâvn de fes gens à Cyrus , tant pour le prier de reconnoitre les murs, amp;nbsp;faire preune sâil y auoit aucune entree pour prendre la ville, comme pour le prier dây enuoy er de fes gens, qui lui fident raporc des mu-nicions quâil auoit là dedens. Cyrus voulant fauoir au vray , sâil y auoit point de brclchc aus murailles, ou fi Gobrie mentoit à fon elcient, fit enuironner la ville de toutes parts, laquelle il connut efire imprenable ; puis enuoya dedens des gens feurs, qui lui firent raport y auoit vu tant de biens , quâils pourrolent führe pour les nourrir tout le teras de leur vie. Au moyen de quoy Cyrus entra en fouci de cet afaire, amp;nbsp;sâesbahifioit pourquoy Gobrie fortoit, amp;nbsp;faifoitfortir fes gens portans vin amp;nbsp;farine,amp; de cens qui menoi.cnt Beufs, Moutons, Brebiz, Pôrceaus, amp;nbsp;autres viandes pour faire le banquet atout le camp de Cyrus. Mais quand cens qui allaient charge de te faire, curent départi les viandes, amp;nbsp;que Ion cômença Ã
l nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fouper, Gobrie apres epe fes gens furent fortlz, fit entrer Cyrus
i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;en la ville, afin quâil pvinft afinrance de lui. Cyrus aufsi apres y
auoir premièrement enuoye fa garde amp;nbsp;fes forces , entra dedens à portes ouuertes, amp;pria fes amis amp;nbsp;Capiteines de îaeompagner. Lors Gobriefit tirer favaifieUe dâor Se dâargcnt,fcs vafes,coupes,amp; bafsins dâor, fon trcfor rempli de diuers ornemens, vne innumerable quantité deDariqucs,toute$ chofes richement amp;;magnifique- c'efynemn tnent acoutrees. A la fin,ilfit venir faillie dâvue cmcrueiUablc noyederpor beauté amp;nbsp;fort belle taille, ayant habit amp;nbsp;vifage de dueil, pour la tant la mer nioït de fon frcre,amp; lui dit ; En premier lieu,Sire,le vous donne en 5«« de Dagt;-pur doit toutes les richefies, trefors, amp;nbsp;precieus meubles que vous ^tin.
auez
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allez vnZj en apres vous permets ordonner de ma fille comme bon vous femblera. Au demourant nous vous fuplions de commun acordj moy de venger la mort de mon fils, comme ie vous ay autre fois priéjellende la venger aufsi de la mort de fon frere.
J/fimanité (^gratuité Je Cj rw.
putacion : toutefois ils ne lament pas demâaymer, amp;nbsp;prient
A ces paroles Cyrus rclpondit: Véritablement iâay promis de venger à monpouuoir votre infortune amp;nbsp;calamité, fi vous citiez veritablejamp; maintenat vous voyant tefiemeconnois ertre redeua-ble enuers vous de ma promefTe : amp;nbsp;à votre fille^moyennant lâayde des Dieus, ie promets le femblable, cependant ie reçoy toutes ces richefles en don j lefquelles des à prefent ie donne à votre fille amp;nbsp;a celui qui la prendra pour femme. Mais iâemporteray vn feul don de vous , lequel ie ne changerois pour tous les biens de Babylon, qui font trelgrans,amp; nepourrois eftreplus content fi iâauois Icsri-chelTes detoutlemonde^que de cette feule chofe^que mâauez donnée. Gobric cmerucillc de ce quâil vouloit dire, amp;nbsp;fe doutant quâil cntendift de fa fille, lui demanda que câettoit. Adonq il refpondit: le fins affuré, Gobrie,qu'il y ha grand nombre dâhommes, quâil nc fe voudroient adonner .à impiété ou iniuflice, à mentir ou faultet leur foy, pour chofe du monde : toutefois ils meurent fouuent déliant que de montrer leur vertu,pource quâils ne trouuent homme qui leur prefente gratis trefors , principautez, villes fortes, ou en-fins trefaymez,ou qui leur puide en quelque autre manière porter témoignage de leur vertu : Mais vous par votre bonté me donnant vos forterefles,vos merueilleus trefors,vos forces,amp; votre fille tref-dine, mâauez oté de cette dificulté, amp;nbsp;mâauez elerement fait con-noitre ans hommes mortels tel que ie fuis, amp;nbsp;comme ie defirois eftre connu,amp;: auez porté témoignage de moy par votre libéralité, que ie ne voudrois vfer dâimpieté ny dâiniuftice pour argent entiers mes amis,ny eftre menteur en mes promefles. Soyez donquet tout affuré, q ie ne perdray iamais la mémoire de ce bienfait, tant que ie feray homme de vertu,amp; tel eftimé des hommes:ains au coD traire mâefforceray à mon pofsible de vous honorer en toutes let fortes que le pourray faire ou commander. Et ne faut douter, ou auoir peur,de ne trouucr vn dine mary pour votre treshonnefte à trefpudique fille : car iâay grand nombre de bons amis auprès de moy,à lâvn defquels elle pourra eftre bicn,amp; félon fon eftat mariee, aufsi tôt quâil aura autant de biens que vous lui en donnez, on parauanture beaucoup dauantage. Defquels vous en connoilfez aucuns, qui defprifent toutes richefles, amp;nbsp;nâen eftiment point les hommes dauantage, ny pour vos trefors vous ont en meilleure re-Dien de
DE X E N 0 P.H ON, LIVRE V. m He lour en lour leur donner grace de pouuoir montrer quâils ne font non plus que moy defloyaus à leurs amis, ny creintifs ou laf-cHes contre les ennemis, 8c fur toutes chofes ayment tant la vertu amp;nbsp;lâhonneur, quâils ne la changeroient contre tous les biens des Siriens amp;nbsp;Aflyriens affemblez auec les vôtres. Sachez donq, Go-brie , que mes amis font tels que ie vous raconte. Lors Gobrie en riant : le vous prie, dit il ,de par Dieu, Sire, montrez moy ceus que vous dites,à fin que ie vous en demande lâvn pour le faire mon gendre. 11 nâeft iabefoin, dit Cyrus, que ie vous les montre : car il vous fera lolfible, fi vous venez auec nous y de les connoitrejamp; montrer aus autresâ.Et tout incontinent prenant Gobrie par la main dextre fe leua, amp;nbsp;fortit dehors auec fes gens, combien quâil fuftprié amp;nbsp;reprié dây fouper,amp; sâen alla auec Gobrie fouper en fon camp. Comme donq ils eftölent afsis fur des ramees dâofier,Cyrus v'/*« ,e lui deraâda:Penfez vous, Gobrie,auoir plus de tapifleries amp;nbsp;de lits, que nous? Non certes, dit Gobrie, amp;nbsp;connois bien que vous auez plus de lits amp;nbsp;couuertures que ie nâay, amp;nbsp;des maifons plus grandes que les miennes : car le Ciel amp;nbsp;la T erre font vos loges, toutes les chambres du monde font vos lits, toutes les leines desbrebis font,
, vos couuertures, amp;nbsp;tout ce qui croit ans plaines amp;nbsp;montagnes, L vous fert de tapifleries. Depuis Gobrie voyant durant le fouper t nbsp;nbsp;nbsp;leurs viandes fi viles amp;nbsp;de petit pris, eftima du premier coup que
l nbsp;nbsp;nbsp;lui amp;nbsp;fes gens eftoient plus magnifiques au manger que les Perfes:
1 mais quand 11 eut confideré leur honnefte façon deviure (car il nây I hahommePerfe aumoins des bieninftruiz qui ait les yens fichez 1 nbsp;nbsp;nbsp;fur le manger ou boire pour defirer vne viandê, ny lâentendement
1 troublé pour prendre quelque chofe non plus que sâil eftoit hors i de table, ains tout ainfi que les hommedarmes ne fe troublent 1 pour aller à cheual, amp;nbsp;peuuent voir, ouir, amp;nbsp;dire ce que bon leur l nbsp;nbsp;nbsp;femble fans empefehement comme sâils eftoient à pic, aufsi efti-
1 nbsp;nbsp;ment ils vn chacun deuoir eftre fage amp;honnefté en foupant : amp;nbsp;au
1 nbsp;nbsp;nbsp;contraire que cet chofe brutale amp;nbsp;miens feante à vn pourceau quâÃ
l vn homme, de fe ruer fur la viande) mefmes il regardoit comme ils l nbsp;nbsp;nbsp;faifoient les vus aus autres des demandes ioyeufes, difolent des for
l nettes amp;nbsp;brocarz fans iniuricr perfonne, qui nâeftoient ne facheu-fçs ne dcshonneftes,mals telles quâil y auoit plus de plaifir à les dire quâà les taire â¢. il lui fembla merucllle de les voir tellement égalez, que ion ne donnoit rien dauantage aus Capiteines quâaus fimples foWats, amp;nbsp;penfoient leur banquet eftre dâautant plus plaifant, que leurs compagnons endeuenoient plus honneftes. Le fouper fini, Gobrie^ voulant retourner à fa maifon, dit à Cyrus : le ne ni emer-
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;q ueiUç
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iieille point Sire, fi nous polTedons plus de vailTelle,dâhabillement, dâoramp; dâargent que vous ne faites, amp;nbsp;toutefois ne fommes tant « prifer que vous ; car notre foin eft dâaquerir beaucoup de richeflet, le votre elide vous rendre plus Pages amp;nbsp;vertueus. Au partir Cyn'^ lui dit : le vous prie, que demain nous voyons vos gens en atmet, afin que vous nous meniez par vos terres pour connoitre eeqm tient pour nous,ou qui eft contre nous.Ce fait ils fe départirent amp;nbsp;chacun fe retira pour ce iour à fes afaires.
Comme Cyrui délibéra dâaffaiüir la grandquot; cité de Babylone,^ des difeours quâil eu Ãt auec le prince dâ/Hyrcanie ^/y^ Go-brie. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;C H A P. 11 f'
E iour enfuiuant Gobrie fe mit ans chams en ordre auec fa gendarmerie bien équipée, dont il ft la montre iufques au camp de Cyrus. Lequel h mit anfsi en ordre, amp;nbsp;en cheminant parla campagne, comme il eft conuenable à vu trefexcei-lent Prince non feulement prcnoit garde à lâordonnance de fes gens,mais penfoit anfsi aus chofes futures : amp;nbsp;dii couroit en foymefme,par quels moyens il pourroit afoiblirfó aucrfaires, ou pour le moins augmenter fes forces. Adonq apch Gobrie, amp;nbsp;le Prince dâHyrcanie, par lefquels il penfoit eftre mief^ informe de ce quâil vouloir fauoir, aufquels il parla ainfi: le nc penfe point faillir mes amis,fiie me confcillc auec vous (qui mâefies trefloyans confederez amp;nbsp;compagnons) fur les afaires de la préfet' te guerre, connoifiant quâil vous touche de plus près quâà moy, à « garder que le Roy dâAflyric ne demeure veincueur.Car fi danantu-reiefaillois à mon entreprife, iâay mon refuge ailleurs : mais sâil gagnoit la bataille,vous perdriez tout, amp;nbsp;notre fecours feroit trop eftongne de vous.Or il eft auerfaire de moy,fans toutefois me por-
ter grande hainCj nâayant antre ocafion contre nous finon que notre grandeur lui femble dommageable, amp;nbsp;à cette caufe nous faith guerre .-mais avons il porte haine mortelle, pourautant quâil h fent ininric par votre rebellion. Ils rdpondirent de commun acord quâil ordonnai! de la guerre à fon plaifir, amp;nbsp;quâils fnyuroientfon Corne//faut confeil en toutes choies, connoiflans que lâatà ire les touchoir de fa/re reuo/- près. Dites moy dit Cyrus, ie vous prie,elles vous fenls que rAllÿ' rien elümc fes ennemis, ou fi vous en connoilîez dâautres qui lui
fer /es peu-
/e/iftemt.
p/es contre foieiit aucrfaires ? Oui, dit PHyrcanicn. Les Cadufiens lui veulent grand mal, qui elt vue nation grande ^puilTante. Dauantagel« Saques
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Saques nos voifins fepleingnent de lui, aufquels il ha fait beaucoup de torts,lcs voulant douter amp;nbsp;affuiettir comme nous.Peiife-ricz vous donq, dit Cyrus, quâils vouluüent entrer en ligue auec nous contre les AnyncnsâTrefuolontiers, dirent ils:pouruu quâils le puffent faire feurement amp;nbsp;fans danger. Quelle chofe, dit il, les peut empefeher de fejoindre à nous ? Les Ally viens,dirent ils,amp; les habitans du pais ou vous elles. Ayant Cyrus entendu ces nouuel-les, fe tourna vers Gobric, amp;nbsp;lui dit : Ne mâauez vous pas affaré que ce ieune Prince qui de nâagucres cd venu à la couronne dâAf-fyrie, eft merueiUeufement fafeheus amp;nbsp;infolcnt? Oui, dit il,car il le mâa bien montré. Eft il feulement tel contre vous ? dift Cyrus, ou sâilbafait le fcinblable à d'autres 5 A pluficurs, refpond Gobrie : amp;nbsp;quel befoin eft il de raconter les torts amp;nbsp;tynannics, dont il vfe fur fes fuietz, amp;nbsp;foibles voifins ? Mefrnement, quâà il fait au fils dâvn Princepins puiftant que moy?Prince,qui eftoit aufsi fon ami amp;nbsp;fa- Gi^^^itt, milicr comnielennen.il lefitvniour lier quâil banquetoit en fa compagnie,amp; le fit châtrer publiquement,pourautant comme Ion. dit, que fa concubine auoit louelabeauté de ce Prince, amp;nbsp;apelc henreufe la femme, qui lâauroit pour mary : mais le Roy iny met à fus pour conurir fa cruauté , quâil auoit prie cette concubine de déshonneur. Et maintenant le poure homme qui eft cunuche, par la mort de fon pere ha fuccedé à la Principauté de fon pais. Penfez vous, dit Cyrus, que cetui cy nous reçut! volontiers, sâil penfoit eftre fecouru de nous en ton auerfite ? le le croy, dit Gobrie : mais il eft dificile d'aller à lui. Comment celà ? dit Cyrus :Pource, dit Gobrie,que fi nous voulions ioindre nos forces ans ficnnes, il faudrait palier outre la grandâ cité de Babylonc.Troutiez vous celà fi dificile ; demanda Cyrus, Oui, dit il, pourautant que de Babylone. fortira vnc merucillcufc puiftance de gens, beaucoup plus grande que nâeft la votre. Et faut bien que vous tenez pour certein, que non pour autre raifon les Affyriens ont refusé de vous rendre leurs armes amp;nbsp;cheuaus, que pour anoir vu votre armee fi petite, amp;nbsp;de ce,la renommee eft défia eftendue par tout le pais. A cette caufe me femble le plus feur que vous marchez par pais anecques la meilleure garde que vous pourrez. Cyrus oyaut ces paroles de Gobrie,, lui déclara fa volonté comme sâenfuit:.
Propos de Cyrw a Gobrie, fur Tentrej^rife de Babylone., ^^^.Erteinement, Gobrie, vous parlez fagement, quand vous dâaller par pais le plus feurement quâil me Ã^^^fera pofsible;mals ayant difeouru en mon cfprit tous les q z moyens
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moyens dâauoir la viftoire, ie ne treuiie aucun meilleur ny plus feur chemin que celui de Babylone, fi la plus grandâ force des ennemis y eft, (car ils font comme vous dites, en grand nombre) amp;nbsp;aymeray beaucoup miens les combatte en tel nombre, sâils ont courage amp;nbsp;hardieUe de fe prefenter en campagne, que sâils eftoient moins;Mais sâils connoiflentque nous foyonspaflez loin deus fans nous montrer^ôc croyent que nous foyons retirez amp;nbsp;rompuz pour creinte deleurpuiflance j fans doute ils feront deliurez delà peur quâils ont défia conçue, amp;nbsp;prendront dâautant plus grande hardielfcj que de long tems ne nous auront point vuz. Au contraire, fi nous allons fus eus à la chaude fans plus atendre, nous en trouiierons beaucoup qui pleurent encorâ la mort de leurs amis que nous auons occiz : beaucoup qui ont encorâ les playes ban-decs, quâils ont reçues de nous : amp;nbsp;généralement tous leshabitans cftonnez de notre venue, fefouuenans encorâ de notre vi£loireamp; de leur route amp;nbsp;calamité. Et ne faut ignorer, que naturellement ainfi que les hommes quand ils font en grand nombre,ont le coeur plus eflené amp;nbsp;hardi en leur vidoire, aufsi lont ils plus lafthedt creintif en leur infortune : car vue multitude eftonnee conçoit en foy plus grande frayeur,dâautant que leur crcinte efl augmentée de tant de raports fachens, de la maunaife couleur amp;nbsp;trifte contenance de plufieurs, engendree delà couardife, pouretc amp;nbsp;langueur de beaucoup dâhommes demi morts : Tellement quâil nây ha homme qui leur puifle defraciner la creinte du cÅur , eftans fi grand nombre: ne qui les induifeparparolcs à tenir bon contre les auerfai-res, car ils font confuz : ny leur donner courage à la retraite : ains dâautant quâon les enhorte dauätage, sâeftiment eftre en plus grand danger. Mais confiderons ie vous prie vn peu plus anant commeil en va.Sijquand il eft queftion dâvne gu erre,les victoires cofiftoient à conter côbien de gens lâvn amaflera plus que lâautre, votre creinte ne feroit fans propos, amp;nbsp;certeinement ne voudrois nier que nc fiifsions en quelque danger : mais fi lâeffort des batailles fe doit in-ger, comme il eft raifonnable félon la multitude des bons comba-tans, Otez hardiment toute creinte de votre cÅur : car aucc lâayde des Dieus on trouiiera plus de vaillans hommes incitez à faire leur deuoir en notre camp, que au leur. Et à fin que vous preniez plus grande affurance en vous, tonfiderez ie vous prie, comme nos ennemis font beaucoup moins quâils nâeftoient quand nous les vein-quimes, encorâ moins que quand ils prindrent la fuite, lt;St au contraire nous fommes plus granSjpour caufe de la viftoire : plus puif-fans, par notre profperité: amp;;plus grand nombre, par votre alinn-, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ce.
DE XENOPHON. LIVRE V. tij ce. Et ne faut mefprifer les vôtres derniers venuz amp;nbsp;mal Inftruiz, puisquâils font auec nous: car tous cens qui fontauec les vein-cueurs, encorâ quâils foient couars deuiennent hardiz. Dauantage il vous faut entendre, quâil eftloifiblepar ce terns icy aus ennemis de nous venir aflalllir, qui eftonneroit quelque peu notre armee: mais nous ne faurions leur faire tant de peur en atendant, comme nous ferons en les aflaillanr. Parquoy puis que ces chofes font vrayes amp;nbsp;certeines, fuiuez hardiment mon confeif amp;nbsp;nous menez droit en Babylone.
Comme Cyrus fomma le Jîoy de Babylone de Tgt;enir à la bataille, C^ de là ,faifant aliance auecques Gadate, print les forte-reÃes de la fronttere c^ augmenta fon camp dâenuiron (jua-rante mille hommes, gy^ comme le Boy d'^ffyrie 'voulut
prendre les places de Gadate.
CH AP. IIÃI.
S) Es chofes ainfi deliberees femirent en chemin, amp;nbsp;en quatre iours arriuerent aus frontières de Ba-bylone,amp; des terres de Gobrie. Si tôt que Cyrus i fut entre dedens les terres des ennemis, mit en ^f^^l ordre fes gens de pic , print des hommedarmes à s^^^ lâentour de foy, tant que bon lui fembla pour la feurtc de ion camp,amp;parle demourant des gens de chenal fit mettre le plat pais à feu amp;nbsp;à fang,tuer amp;nbsp;abatre cens qui feroient en armes, prendre amp;nbsp;emmener les defarmez,le bétail amp;nbsp;les meubles quâils pourroient trouuer : fit aufsi courir les Perfes à trailers pais ^fourrager tout, tellement que beaucoup dâentrâeus amenèrent plufieurs prifonniers, beaucoup aufsi, pour lâinexpérience dâaller à chenal, deuenoient cheuallers par terre, amp;nbsp;tous enfemble amenèrent vn trefgros butin. Cyrus voyant cette proye, amp;nbsp;tant de biens gagnez au pillage, affembla les principaus Medes, Hyrcaniens, amp;nbsp;Honiotinies de Perfe, aufquels il dit ainfi : Trefehers amis, vous voyez comme Gobrie en fa maifon nous ha fait plufieurs dons dâhofpitalitc, fc montrant notre ami en toutes chofes : parquoy ie fuis dâaiiis que nous lui donnons tout le butin, que nous auons pris, hormis les prefens acoutumez de prendre pour les Dieus, amp;nbsp;''nepartie pour les gendarmes. Parce moyen nous lui donnerons âronnoitre, comme nous nous efforçons de paffer par bienfaits ''quot;squi lâont enuersnous deferui. Ils confentirent tousauvou-^mtdc Cyrus, le louans grandement, amp;nbsp;lâvn d'eus aiouta : Ce fera tr«bienfà it. Sire, car Gobrie nous eftime quelques coquins amp;nbsp;q 3 mend
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meridians, pourautant que ne fommes chargez de Dariques, amp;nC billions en coupes dâor comme lui:Parquoy en lui donnant ce butin , il connoitra comment nous pouiions vfer de grandâ magnificence amp;nbsp;libéralité, fans auoir trcfors dâor amp;nbsp;dâargent. Donques, dit Cyrus, donnez aus Magiens les dons pour les Dieus, amp;nbsp;après anoir diftribué vue partie du butin ausfoldats, donnez le deniou-rant à Gobrie. Parainfi apres auoir fait ce que le Roy aiioit coin-mandc,ils donnèrent tout le butin à Gobrie amp;nbsp;à fesgens,amp; lâorne* rent deplufieurs dons fort beaiis amp;nbsp;magnifiques.
Ce fait, Cyrus sâaprocha de Babylone ayant fes gens rengez en bataille quarrec,côme sâil euft voulu faire fait dâarmes :mais quand il vit que les AlTyricns ne fortoient de la ville , il commanda à Go-bric aller près des murailles,^: fommer à haute voix le Roy dâAlTy-rie de fortir à la bataille contre lui, ou pour le moins de venir défendre le païs,quâil voyait deuant lui brûler amp;nbsp;facager,pourautant quâil faloit obeïr ans vcincucurs. Gobrie fe vint planter en vn lieu, dâoii ilpouuoit dire hautement ces paroles fans danger : mais le Roy lui eniioya faire telle refponfe : Gobrie, ton Signeur amp;nbsp;Roy fe repent, amp;nbsp;grandement lui defplait, non pas dâauoir tué ton fils, mais aufsi de ne tâauoir fait mourir malhcnrcufcment aiiccques lui. Au demourant, fi vous auez telle amp;nbsp;fi grande enuie de coin-batre,retournez dâicy à trente iours:car nous nâauons maintenant loifir de ce faire,dâautant que nous faifons encore nos aprcfls. Gobrie lui rcfpondit : Pleut à Dieu que cette repentance ne te laine iamais : car par icelle il eft aise à connoitre que ie te donne fâcherie. Parainfi Gobrie raporta la refponfe de lâAfly rien à Cyrus, amp;nbsp;lui deelaira comme il ne vouloit fortir «à la campagne. Au moyen dequoy Cyrus leua le camp, amp;nbsp;apclant Gobrie, lui dit : Ne mâaueZ vous pas alluré, que celui qui lut châtré parle Roy' dâAf!yrie,fe ioindroit volontiers auccques nous ? Il me lâcfl auis,dit Gobrie;car nous aiions autrefois communiqué nos fecretz enfcmble. Il faut donques, dit Cyrus, que vous aillez dcuers lni,apres auoir trouiic bonne oportunité,amp; fi vous poiiuez cônoitre eliant auccques lui, quâil vueille entrer en notre amitié, vous mettrez peine de le faire le plus fecrettement quâil vous fera pofsiblc, amp;nbsp;quâil ne foit connu dire denotre ligue.Car vn homme ne peut miens profiter en teins de guerre à fcs amis.qnc feingnant dâeftre ennemi,ny miens nuire a fes ennemis, que quand on le tient pour ami. le fuis certein, dit Gobrie, que reunuche Gadate, achetcroit volontiers de grofle fomme dâargent vue belle ocafion dâendommager vn bon coup le Roy dâAlIyhe ; mais il faut penferles moyens de le pouiioir faire.
Dites
D E X Ã N o P H o N. - L I V K E V. nbsp;nbsp;nbsp;117
Dites tnoy dong j dit Cyrus ^ le Capiteine AlljTien de la place CaunSe qui eft fur les frontières pour defenfe contre les Hyrcaniens amp;nbsp;Sa- four preelrt ques j permettra il, à votre auis, que Gadate y entre auccques fes lej f/aat. gens ? Oui, dit Gobrie, pouruu quâil ne fc doute de rien j amp;nbsp;ne le tienne pour fufpeft. Et pour refaire, dit Cyrus, amp;nbsp;pourmieus amp;nbsp;plus futilement le deceuoir , faudra que iâafîaille quelques chateaus de Gadate feingnant de les vouloir prendre,amp; quâil fe defen-de de toute fa puiflance. le prendray quelque chofe du fien, amp;nbsp;lui pareillement prendra du mien , comme quclquâvn de mes gens, ou desmeflagers, que iâenuoiray aus Cadufiens. Or il faudra atitrer les meffagers, qui feront pris amp;nbsp;enquis par Gadate, quâils ayent à confeirer,commc ils sâen vont à leurs païs leuer des gens de renfort amp;nbsp;aportcr des efchelles, pour donner lâaffaut au chateau des frontières , à fin que Gadate ayt ocafion dâaller deuers le Capiteine dâi-celui pour lui donner ancrtilîcment de cette mienne entreprife, amp;nbsp;raporter ce quâil aura entendu des meftagers. Si vous faites ainfi, dit Gobrie, ie fuis certein quâil receura Gadate amiablement, amp;nbsp;le priera de demourer auec lui pour lui donner fecours iufques à tant que vous foyez pafsc. Et sâil entre dedens, dit Cyrus, nous pourra il donner le Chateau? Oui,dit il,sâil meine bien lâafaire par dedens, amp;vous aflaillcz rudement par dehors. Allez donq, dit Cyrus, amp;nbsp;faites diligence de reuenir auec bonnes nouuelles. Au refte ne lui montrez ou donnez plus grande foy ny adurance que celle que vous auezeuëdenoiis. Parainfi Gobrie eftant parti arriuabicn tôt chez Gadate,qui le reçut amiablement : fi fut fort ioyeus dâentrer en cette ligne, confentit amp;nbsp;acorda de faire ce quâil anoit ordonné, Quand Cyrus fut auerti du bon vouloir de Gadatc,lc iour enfuiiiant il commença à lâaflailir, amp;nbsp;Gadate à fc défendre : Et entre autres chofes laiftant cfchaperpluficurs des meftagers de Cyrus inftruits ou ils deuoient trouuer gens amp;nbsp;cfchelles, pour prendre le chateau des Aftyriens, il en print feulement bien peu, lefquels il tourmenta cruellement à la vue du monde, amp;nbsp;apres auoir entendu en quelle part amp;nbsp;pourquoy ils eftoient enuoyez,feingnant vouloir auertir de cet afaire le Gouuerneur du Chateau, fe mit en ordre la nuit dâapres pour aller vers lui,amp; conduifit fi bien cette entreprife, que Ion prefta foy à fa parole, tellement quâil entra dedens le Chateau comme pour fecours, amp;nbsp;pour lors fe mit en ordre auec le Capiteine pour foutcnirlâaftauc. Mais quand Cyrus fut venu afsicger telle place,Gadate ne faillit pas à femparer de la forterefle, sâafturcr duCapiteine amp;nbsp;defes gens,auec lâaydc d'aucuns captifs,que Cyrus suoit envoyez amp;nbsp;laifsc prendre par Gadatç : amp;nbsp;après auoir eftabli
toutes
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Ces chofes faites tous les peuples circonuoifins furent efinuz, les Cadufiens commencèrent à venir à groffes troupes amp;nbsp;de meilleur courage, fi femirent incontinenten armes, amp;nbsp;entrèrentvo-lontairement en la ligue amp;aliancede Cyrus. Tôt après vindrent les Saques amp;nbsp;Hyrcaniens, tellement que Ion affembla vn oft de ces païs là allez grand, ou il y auoit enuiron vint mille rondeliers, amp;nbsp;quatre mille cheuaus des Cadufiens,dix mille Saques archers à pic) amp;nbsp;deus mille à chenal, des Hyrcaniens à pié tant quâils en purent enuoyer, des gens de Cheual ils remplirent leurs compagnies iuf-qiies à deus mille .⢠car auparauant ils auoient laifsé plus de cheuaus en leurs païs quâils nâauoient enuoyé à la guerre, pourautant que les Cadufiens amp;nbsp;Saques eftoient ennemis des Aflyriens. Durant que Cyrus feiournoit pour fortifier amp;nbsp;remparer cette place, les AfTyr
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Aflyriens dâalentour aportoient les armes amp;nbsp;amenoicnt des che-uauspour fe mettre en garde, dâautant quâils commençoient à regt; douter tous leurs voifins. Incontinent apres Gadate vint anertir Cyrus, comme par le raport de quelques fiens efpions il auoit entendu , que le roy dâAflyrie sâelloit grandement fache de la prife de fon Chateau, amp;nbsp;sâapreftoit de fe ruer fur fes terres, pour sâen venger. Parquoyj fi vous me huilez aller, dit il, ie mâefibreeray de garder mes villes : car du plat pais ie ne tien pas grand conte. Adonq lui demanda Cyrus : En combien de lours arriucrez vous en votre maifon ? En trois, dit il, ie pourray loger fur mes terres. Penfez vous,dit Cyrus, y trouucr défia 1âAlly rien? Oui,dit il,car il fe hate-ra dâaller, pendant quâil vous verra loin de lui. Et moy, dit Cyrus, en combien de iours yarriuerâyie auec toute lâarmee? Vous ny pourriez venir, dit il, en moins de fix, ou fcpt iours : à caufe que votre armee eft défia grofle. Allez donq, dit Cyrus,en diligence,amp;: ie vous fuiuray le miens quâil me fera pofsible. Parinfi eftant Gadate parti, Cyrus alTembla les Capiteines de tous fes allez qui eftoict défia beaucoup, gens de grandâ force amp;nbsp;renom, amp;nbsp;les enhorta en teilemaniere:
Comme Cyru^ enhorta festem pour donner tout le butin à Gadate ^ comme il ordonnoit fes batailles , tant pour combo-tre que pour marcher de nuit. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chat. V.
Ertueus compagnons, vous voyez comment en peu dâheure Gadate ha fait beaucoup de cho-fes dines de grande louenge amp;; à nous profitables ââ|ldeuant que receuoir aucun bien de nous, ny cas qui mentaft fi grande recompenfe: maintenant ____[ le Roy dâAflyrie fe rue fur fes terres pour prendre vengeance de lui, eftimant dire grandement endommagé par fon moyen,ou bien il le fait creingnant de perdre tous fes fuietz,sâil ne punilToit ceus qui fe ferolent rebellez contre lui. Parquoy nous ferons chofehonnefte amp;nbsp;dinc de nous (à mon ingement) fi nous allons de franc courage donner fecours à Gadate, Prince tantver-tueus,amp; ferons notre deuoir de le recompenfer des biens que nous auons reçuz de lui, ioint que celà nous profitera à merueilles. Car filcmonde commence à cônoitre que non feulement nousauons Viftoire fur nos ennemis en puniflant leurs torts,mais aufsifur nos amis les furmontant par bienfaits, ils iugeront, comme il eft vrayfemblable, que nous voulons aquerir lâamitié de plufieurs, amp;nbsp;t ne
ïjo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
ne nuire à perfonnc. A u contraire, fi nous ne tenons conte de G^ date, par quels moyens ie vous prie, pourrons nous perfuader ans autres quâils nous facent quelque plaifir ? Comment nous oferon* nous eftimer vertueus ? comment aufsi pourra aucun de nous f^* garder Gadate en face, fi nous qui fommes en fi grand nombre) nous laifions furmonter par bienfaits à vu homme fcul qui efi réduit en fi srande calamité?
Qiiaud Cyrus fe fiit vn peu arrefte, tous les afsifians aprouerent fon confeil. Adonq il recommença à parler en difant: Piiisq»^ vous efles tous de cet auis, trefchers compagnons, nous laiflerooâ auecles chariots amp;nbsp;bagages cens qui feront les plus propres à le$ defendre, amp;nbsp;Gobriefera le Chefpour les mener, amp;nbsp;nous feruiraée guide, dâautant quâil feet tresbien les chemins amp;nbsp;au demourant eü homme de conduite. Quant à nous, prenans des viures pour trois iours, nous irons après Gadate, auec la fleur des cheuaus amp;nbsp;deâ hommes de notre camp, amp;nbsp;fuis dâauis de porter le moins de viandes que nous pourrons, à fin de dîner, fouper, amp;nbsp;dormir par après f^n Pt-mee auec plus grand plaifir. Et pour bien marcher par païs, première-lt;ioit Immep nient vous Chryfante, menez tous les foldats armez de corfelct^^ we meftre pourautant que la voye efl plaine amp;nbsp;large, rengez moy les Cente-trt^^^^^ niers en tefte,^ que chacune bende marche vn à vn à part foy^ifiâ que nous gagnons païs auec plus grandâ diligence amp;nbsp;feurté. La can fè pourquoy ie fais aller les armez deuant, efl, pource quâils font plus pefans à marcher, amp;nbsp;quand les plus chargez font deuant, les plus legers fuiuent plus aisément : au contraire sâil faut marcherde nuit,amp; que les plus legers foient dcuant,ce nâeft pas merueille fi les camps fe rompent : car cens qui vont deuant fehatent à plaifir, amp;nbsp;mettent les autres en defordre. Apres ces bendes fuiura Artabaze, conduifant les rondeliers amp;nbsp;archers de Perfe. Andramyc Mede,bâ auanturiers de fon païs. Apres viendra Embas auec lâinfanterie Flo. ^rr4~ dâArmenie. Arthuchas le fuiura auec cens dâHyrcanie : à la queue de cens cy Tambrade mènera les Saques à pié. Damate les Cadu-fiens : amp;nbsp;que tous cens cy ayent leurs Centeniers en telle, les rondeliers à dextrc,les archers à fencflre,quâils ont acoutume dâauoira leurs cotez ; car en tel ordre ils font beaucoup plus de feruice que autrement. Incontinent apres fuiura le bagage des gens de pie! mais il faut que tous les foirs auant dormir leurs Capiteines leur commandent auoir leurs belles chargées des le foir, amp;nbsp;fe tiennent prefts deuant le iour, pour fuiure les autres en leur ordre. Apres les Vam4re. gens de pié de leur bagage, Aladate Perfe, ayant comme les autres les Centeniers en tefte,conduira la gendarmerie Perfique ; chacun Centeniet
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Centenier ne menera fa compagnie qua vn hommedarme pour file comme les gens de pic. Rambace Mede fuiura auec fa gendar-merie Medique : vous Tigranc auec la votre : les confederez aufsi iatM. félon lâordre quâils font venuz j mèneront leurs compagnies après vous : premièrement les Saques, amp;nbsp;puis les Cadufiens ^ comme ils font les derniers venuz j aufsi clorront ils lâarmee. Mais vous Al-ceunas^qui elles leur Capiteine^ne vous fonciez dâautre chofe,fors de tenir lâarrieregarde amp;nbsp;garder que perfonne ne vienne à la queue de vos gens à chenal, Audemourant mettez tous peine de garder filente en marchant, aufsi bien les Capiteines que les foldats : Car de nuit il fe faut plus ayder des oreilles que des yeus^à fentir amp;nbsp;pré-noir toutes chofes : mefmes dâautant quâvu camp cil plus aisément mis en defroy la nuit que le loin, amp;nbsp;plus malaise à renger : à cette caufefaut auoir grand foin. non feulement à marcher fans bruit: maisà garder lâordonnance. Sâil aillent quâil fe faille leuer de nuit, faudra faire les gardes du guet courtes, amp;nbsp;les alToir en plufieurs lieus, à fin que le trop veiller nâofeufe amp;nbsp;débilite les foldats par ehe min. A lâheure dupartement lonfonnera du cornet amp;nbsp;non delà trompette, pour faire moins de bruit. Apres donq que vous aurez aprefté tous vos afaires, mettez vous fur legrand chemin de Baby-lone, amp;nbsp;celui qui iradeuant amonneÃe toufiours les derniers de le fuiure.
Ayant Cyrus mis en ordre fes gens,ils fe retirèrent en leurs tentes amp;difoient lâvn à lâautre : Combien dl grande la mémoire de Cyrus ! comment ha il ordonne fes gens, amp;nbsp;commande nommément à vn chacun fon vouloir ! Et,à la verité,Cyrus vfoit de grandâ diligence à ce faire, comme celui qui confidcroit bien, pius que les gens de quelque basmeftier fauoient les noms des inllrumens amp;, outils de leurs arts, les Médecins cRoient pronts à nommer tous les brunages amp;nbsp;médecines dont ils vfent : que ce feroit chofe indi-ne de voir vn Empereur li ignare,quâil ne Reull les noms de fes Capiteines , qui lui feruent dâinllrumens au fait de guerre ; il iugeoit aufsi chofe honnefte, vertueufe, amp;nbsp;dine de fa grandeur,dâapeler vn thacunparfounom : full pour pouruoir à vii befom plusprontc-nient,fà ire vue courfe,vfer de furprife,ou euiter vue embûche,taire hire filence,cftonncr,ou honorer vn chacun félon fes mentes. Ãa-lunge Cyrus cüimoit que cens qui fe verro.ent connuz du Prince aboient leur hôneur en plus grande recommandacion,à ùn quâon hsvift enfuiurcles chofes honneUes amp;nbsp;magnanimes, amp;nbsp;tuir les ac-c^ons pufilanimes amp;nbsp;deshonneftes : amp;nbsp;lui fcmbloic chofe lotc. grofsicre, amp;nbsp;hors de propos, quand ilvondroit quelque cas bien r a tôt
LA CYROPEDIE
doit premire âVn Prince four hen co Jutrefon oÃ.
tot exploite, le commander comme font aucuns maîtres en leurs priuez mefnages : quâon aille à l'eau, quâon fende du bois, quâon dreffe la table, quâon face telle chofe amp;nbsp;telle : car par vn fi general commandement les feruiteurs fe regardent lâvn lâautre amp;nbsp;ne font ce qui leur eft commandé, tellement quâils font tous en faute, amp;nbsp;nul nâa peur ou honte de fon fait, par ce quâil ha plufieurs compagnons de fon péché. Parquoy Cyrusdefirant euiter cesinconuc-niens commandoit nommément à vn chacun ce quâil vouloir eftre fut. Dâautre part les foldats ayans afsis leur guet amp;nbsp;efeoutes, amp;nbsp;apareillé toutes les chofes neceflaires pour partir, allèrent prendre leur repos. Quand fur la minuit on eut fonné le cornet (fine de defloger) amp;nbsp;que Cyrus eut commandé à Chrj'fante, fe mettre le premier au deuant du camp auec fes gens, fortirent incontinent tous les gens amp;nbsp;foldats de fa garde auec lui. Tot apres fc prcfenta Chryfante auec cens qui cftoient armez de corfelets, auquel il commanda de marcher tout bellement iufques à tant quâil lui en-iioyafl vnhomme, à caufe quâils nâeftoient pas encores en ordre. Cependant demourant fur le chemin il conduifoit cens quive-noient à leurs rengs amp;nbsp;reprenoit humainement cens qui mettoient trop avenir. Qiiandils furent tous en ordre, Cyrus emioya dciis hommes à Chryfante lui dire, quâil fehataft de marcher, pource que tout le camp efloit en voye,amp; comme lâoft commençoit à mat cher, il nuança fon chenal iufques à lâauangarde pour contempler lâordonnance : sâil voyoit quelque bende marcher paifiblemeiitamp; en bon ordre, vouloir fiiuoir quâils edoient ,amp; leslouoit déliant tour le monde : sâil oyoit quelque bruit, il sâefforçoit dâentendrda caufe amp;nbsp;de lâapaifcr. Il nây aiioit quâvnc faute en fa façon de marcher de nuit, câet que deuant toute lâarmee, il faifoir marcher trop peu dâauenturiers armez à la legere, furlcfquds Chryfante auoitle regard, amp;nbsp;qui toufiours le regardoient pour lui obeïr, amp;nbsp;lâaucrtir de ce quâils auoient ouxdebien loin. Et tous ces auancoureurs efloicnt pouruuz dâvn Cnef qui les falloir prifer quand ils faifoient leur deuoir, fans flaterie, amp;nbsp;les reprendre fans violence quandik fà illoient. Apres donq quâils eurent cheminé toute la nuit en telle ordonnance, leiour venu pour pouruoir à cet inconuenient, Cyrusfit demourer arrière tous les gens de chenal Cadufiens, à lin que leurs auanturiers qui eftoient aufsi les derniers, nefufîent def-nuez de cheualerie, amp;nbsp;enuoya les autres compagnies decheuaus deuant lâarmee, à fin de refifter aus auerfaircs qui auoient aufsi lent gendarmerie en tefte, amp;nbsp;ne mettre là bataille en defordre, ainsi» tenir toufiours prelle pour combatte, lt;Sc auec fes cheuaus légers pouiioit
DEXENOPHON. LIVRE V. i pouiioir faire plus prontement vnc pourfuite, fi les ennemis pre-noient la fuite, ^ureflcilaiioittoufiours auprès de foy quelques compagnies preftes ,fufl ou pour les enuoyer par pais sâil faloit chafler^ ou les retenir près de foy sâil faloit refiftetj amp;nbsp;par ce moyen nedemembroit iamais legros bataillon delâarmee. Voilà comme Cyrus menoit fon ort par pais j amp;nbsp;ne sâarreftoit iamais en vn lieu, ams couroit çà amp;nbsp;là regardant auec diligence que fcs gens nâeufîcnt faute dâaucune chofe.
ConÃiifädcn faite contre Gadate,^^ l'embûche du Jîoy dâ^JJy-rie,ou il y eut grande défaite,^ comme Cyrtufauua Gada-
te aueefesgem.
CHAP. V I.
Endant que les gens de Cyrus mareboient com-1 me dît efl,il y eut vn hommedarme des plus apa-rens delà compagnie deGadate,qui drelîavne trahifon contre fon maitre en la manière qui sâenfuit : Difeourant en foy fur la reuolte de Ga-i date, comme il auoit laifsé le parti de lâAflyrien,
à Cyrus, il lui fut auis, que sâil le pouuoit tuer, le Roy lui donneroit tous les biens amp;nbsp;places dâicclui: parquoy il en-uoyaen diligence deuers lâAfiyrienvn de fes plus feaus feruiteurs lui dire, que sâil efloit arriuc fur les terres de Gadate aisément il le prendroit prifonnier auec tous fes gens, sâil vouloir mettre des gens en embûche en certeins vilages, amp;nbsp;lui fit fauoir de point en point le nombre des gens que Gadate menoit,comme Cyrus ne le fmuoitfinon de loin , amp;nbsp;lui enfeigna le chemin quâildeuoit tenir, fi commanda à fes feruiteurs /pour miens aprouuer fa foy, rendre auRoydâAflÿrie vn fien chateau, quâil tenoit fur les terres de Gadate,amp; promit de le ruer aufsi tôt quâil en trouueroit lâoportunité.
ou pour le moins dâefire toufiours des fiç|is,sâil failloit à fon entre-prife. Quand celui, à qui cette charge auoit ede donnee, fut allé à grandediligence,amp; eut declairé au Roy les caufes de fa venue,rAf-fyrien ne faillit pas à prendre incontinent ce chateau, amp;nbsp;fe mettre auec beaucoup de cheuaus amp;nbsp;chariots en embûche dedens des vi-hges furie grand chemin. Gadate arrinant à ces vilages , enuoya ^^s auancourcurs defeouurir les embûches : mais lâAflyrien les Voyant venir,feingnit dâedre en grande creinte amp;nbsp;en petit nombre, ^ fit incontinent deflier deus ou trois de fcs chariots pour fuïr, amp;nbsp;autant de gens de chenal. Les anancoureurs femirent à les chafler, amp;nbsp;firent fine à Gadate auecques leurs lances de les fuiurc, icelui r 3 edant
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L' A C Y R O P E D I E
eftant grandement abusé fc mit à la pourfuitc de toute fa force j amp;nbsp;comme il fembla ans Aflyriens quâil eftoit de belle prife, ils forti* rent de lâembûche fur les gens de Gadatc , amp;nbsp;leur donnèrent la chafTe. Sur lâheure le traytre lui rua vn grand coup de toute fa puiflance, qui ne fut pas mortel : mais le bleffa grieuement fur vnf ofpaule. Ce fait print la fuite vers les Affyriens ^ amp;nbsp;apres sâeftre fait cônoitre j fe mit à la pourfuite auecques le Roy le mieus quâil put-Parainfi des gens de Gadate plufieurs furent pris^qui nâeftoient pas fi bien montez que les Affyriens j les autres fuioient à toute force, amp;nbsp;effoieutprefque défaits pour auoirleurs cheuaus las amp;nbsp;rompiiz« Adonq sâaperçurent de Cyrus qui venoit auec toutelâanneCj dont ils furent grandement refiouiz, comme cens qui apres vue fortune de mer, fc trcuuent près dâvn beau port fpacicus. Cyrus au commencement sâemeruciUa fort de cette cfcarmouche : mais ayant entendu que câefioit, fit courir fes gens de chenal à lâencontre, amp;nbsp;lui mefine fuiuoit auec le gros de lâarmee en bataille. A la vue de cens cy les auerfaires tournèrent incontinent le dos , amp;nbsp;Cyrus commanda aus cheuaus legers,qui pour telles alarmes eftoient ordonnez, les pourfuiure à bride abatue, lui auecques le demourant de lâarmee fuiuoit pour leur donner fccours. Au moyen deqiioy furent pris plufieurs chariots, dont les chartons mefmes verfoient à terre, ou tomboient par quelque heurte, amp;nbsp;furent plufieurs faits prifonmers. Il y eut quelques gens de Cyrus qui prindrent cens de douant de vitefic, amp;nbsp;occirent plufieurs Affyriens, amp;nbsp;entre autres celui qui auoit trahi amp;nbsp;frapé Gadate ; à cette caufe les gens de pie Aflyriens, qui afsiegeoient la fortereffe de Gadate,abandonnerent , toute leur entreprife amp;nbsp;sâenfuirent, partie au chateau, qui sâeftoit rendu au Roy, partie en vue bonne ville,ou le Roy mefine sâeftoit retire auecques le refte de fes chariots, amp;nbsp;hommedarmes. Ces cho-fesainfi faites Cyrus entra dedens les terres de Gadate ,amp; après auoir ordonné ce quâil vouloir eftre fait des prifonniers , sâen alfi vifiter Gadate,amp; fauoir comment il fe portoit de fon coup. Gadate lui vint aufsi au deuant, ayant faplaye bandée, dont Cyrus fut fort ioycus, amp;nbsp;lui dit : le venois icy pour voir comme tu te portes. Et moy vers vous,dit Gadate, par les Dieus immortels,pour regarder quel vifage vous pouuez auoir me portant telle ôc fi bonne afoccion, amp;nbsp;quel pouuez aparoitre par dehors, viî que de fi bon coeur amp;nbsp;franche volonté, vous mâauez fccouru fans auoir afaire de moy, fans le mâauoir promis, amp;nbsp;fans auoir reçu de moy chofe dine de fi haute recompenfe : mais feulement pource que ie vous fcmble pront Ãc diligent à ayder âmes amis. Or punie dire maintenant , nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;auoir
DE XENOPHON. J L I V R E V. i auoir efte défait par mon indifcrecion gt;nbsp;amp;nbsp;faiiuc par votre fccourS: Etala veritCjSirejà iâeftois tel que ie fuis nc,amp; que nature me vou-hift donner des en fan sj ieneme voudrois aHurer dâauoirvn fils qui euftfi bon zele^ne tant afeccionné entiers moy que vous elles: car fay connu plufieurs enfans amp;nbsp;entre autres cetui cy, qui eft Roy dâAUyriej qui ha beaucoup plus fait defacherie à feu fon pere, quâil ne vous fauroit iamais fairc.Comment ! dit CyrLis,tâcmerueil-les tu de moyj vu que tu as laifsc beaucoup plus grand merueillede toymefme ?Et que peut câeflre?refpondit Gadate. Câet que tant de PerfeSj MedeSj amp;nbsp;HyrcanienSj tous les Armeniens, Saques amp;nbsp;Ãa-dufienste portent vue grande afeccion. Adonq Gadate : le te fu-phâ. Mon Dieu,dît il,plaifc toy leur doner félicité auec grandes ri-cheffes en recompenfe de leur bon vouloir, amp;nbsp;beaucoup plus à ce-Jui qui efi caufe de les rendre tels enuers moy : amp;nbsp;tout incontinent fit venir plufieurs prefens, tant pour facrifier, que pour dillribucr en largefle à toute lâarmee, difant à Cyrus : Prenez ie vous priâ, ces dons de moy, à fin que vos foldats rcçoiiient quelque fruit de ma poureté, puis que les chofes nous font fi bien auenues contre toute efperance.
Zes bonnes remontrances de Cyrus fur les fautes du Prince Ca-duften, (^^ le traité pour le bien du peuple auec le Poy d'^f-
fyrie, que la guerre ne fe ferait point contre les laboureurs, mais feulement entre foldats. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap. vH«
Autrepart le Princedes Cadufiés Chefdelâarrie-regardc, qui nâauoit point elle à la pourfuitedes auerfaires, voulant montrer quelque enfeigne de fa vertu, fans communiquer ny dire parole quel-coque :i Cyrus, sâen alla courir le plat pais vers la ____cité dé Babylone:mais quad fes gens furent efcar tez par la câpagne, le Roy dâAfTyrie lortant de la ville ou il sâelloit retire, lui vint à lâencontre auec fes gens, équipez en bon arroy, amp;nbsp;voyant quâils elloientfeuls fans fecours ny detenfe, fe ruafieremet fus eus:fi mit à mort leur Prince auec plufieurs autres,^ print quel ques gens de chenal auec tout le butin quils auoient amafsé. Quad 11 les eut chaflez iufques ou bon amp;nbsp;feur lui fembla, il retourna dc-éens fa ville, amp;nbsp;les Cadufiens rompuz amp;nbsp;défaits fe fauuerent au ^'eus quâils purent vers le foir entre Chien amp;nbsp;Loup, au camp de ^ytuSjlequel auerti de lâafaire, vint reccuoir trefamiablemcnt cens qui eftoient blcfiez, comme il auoit fait Gadate, les vus enuoya
p enfer.
i3lt;y nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
penfer,amp;fit aller les autres en fes tentes^ donnant ordre quâaucune chofe ne leur défaillid, amp;nbsp;ordonna certeins Homotimes Perfes,qui eufTentfoin deles faire bien traiter: car en tels artes de pitié les bornes vertueus nâont point de honte de fe montrer, pour fecourir amp;nbsp;faire plaifir à vu chacun, amp;nbsp;leur donnoit elerement à connoitre, quâil eftoit trefmarri de leur mefauanture: car iaçoit quâil full heu-ffamafnte fe defouper, toutefois il alloit çà amp;nbsp;là aucc fes feruiteurs amp;nbsp;Mede' tie Cjrw. cins,faifoit penfer les malades fans en excepter vn feul,amp; y prenoit garde lui mefme, ou bien, sâil ne le poiiuoit faire, enuoyoit de fes gens pour y regarder : apres celà ,sâen allèrent tous repofer. Le iour enfumant, Cyrus fit aflcmblertous les Capiteines des confederez» amp;nbsp;par efpecial toute la compagnie des Cadufiens, amp;nbsp;leur dit ainÃ!
Compagnons amp;nbsp;allez, câec chofe humaine amp;nbsp;ordinaire de tomber en telles auerfitez, amp;nbsp;ne fe doit on craerueiller de voir les hommes , comme hommes, faire beaucoup de fautes : toutefois lieft cou enable à nous tous,de receuoir quelque fruit de cette calamité» câet que dâorenauant vous preniez garde âne feparerdu corps de lâarmée aucune compagnie moins forte que celle des auerfaires: Or iencdy pas pourtant quâil ne faille quelque fois aller au chams l plus petite bende, que nâa elle le Cadufien , mais pour vous apren-dre à communiquer les entrepnfes : car fiquelquâvn ha en nie dây aller, en communiquant lâafaire à celui qui le peut fecourir, combien quâil puifle eftre deçii, toutefois il pourra aisément deceuoir les auerfaires en donnant affurance à fes compagnons, ou tourner ailleurs fon entreprife pour endommager fes ennemis, «Sc parce moyen nefera point eflimé abfent de rarmee,ains fe trouuera renforcé de fecours : mais fi quelquâvn veut guerroyer, fans declarer fon confeil à perfonne, on nâen doit tenir non plus de conte , que sâil faifoit tout fcul la guerre. Au demourant,sâil plait à Dieu,nous ferons bien tôt vengez de cette perte fur nos ennemis ; caraufti tôt que vous aurez diné,ievous mencrà yen diligence au lieu de refcarmouche,pour enterrer les morts,amp; leur montrerons,fi DieU plait, que nous fommes les maitres,au lieu mefme ou ils sâeftiment auoireu lavirtoire:de forte quâils ne regarderont plus anecques plaifir le lieu renommé pour la défaite denos compagnons. Et sâils ne font point de faillie,nous brûlerons leurs vilages, amp;nbsp;garerons le plat païs, à fin quâils ne sâefiouiflent de notre auerfité, ains fe con-trident de leur calamité. Parqiioylcs autres sâen aillent dîner, amp;nbsp;vous Cadufiens eflifez en votre quartier vn Chef, qui auccques - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâayde des Dicus amp;nbsp;la notre, puifle pouruoir aus chofes neceffaires,
^ apres que lâaurez eflu, amp;nbsp;dîné comme les autres, enuoyez le par deuers
DE XENOPHON. LIVRE V. 157
deuers moy. Ce commandement acompli Cyrus mit fes gens en campagne, commanda premièrement à celui que les Cadufiens aiioient eflu pour Chef de mener fa compagnie auprès de lui, à fin de les enhardir, sâil eftoit pofsible : puis ayant renge fes gens en bataille , en peu de tems arrma au lieu de la défaite, ou ils fc mirent partie à enterrer les morts, partie à gâter amp;nbsp;fourrager le plat pais des Affyriens.Bien tôt apres,ayans charge toutes leurs municions, sâen retournèrent furies terres de Gadate,dâou ils edoient partiz.
Quelque tems apres, Cyrus ayant pensé aus afaires de cette guerre, amp;nbsp;connoifiant que sâil nây eftoit toufiours prefent,ceus qui edoient renduz à lui, pour eftrevoifins de Babylone, feroient mal traitez par le Roy dâAiryrie, comanda à tous les prifonniers Afty-riens, quâil Lu doit aller, de dire au Roy, amp;nbsp;à ces fins y enuoya vn fien heraut pour lui faire entendre, quâil eftoit preft de lui lailler en paixfes laboureurs , pour culthier leurs terres, amp;nbsp;ne leur faire aucun tort, sâil vouloir donner pareille feurtéà ceus qui sâeftoient renduz à lui : fi lui fit remontrer, que le profit en feroit beaucoup plus grand pour le Roy, que pour lui, à caufe que les terres qui sâe-Ibient reuoltees cftoient de petite eftendue, amp;nbsp;le dommage en feroit petit: au contraire Cyrus lui laillerolt en paixvn treflarge, tresbon, amp;nbsp;fruclucus pais, dont le dommage feroitgrand pour le Roy sâil eftoit gate, amp;nbsp;que au tems de moilTons le plus fort em-porteroit les fruits, fi la guerre duroit encores : mais sâil y auoit paix entrâeus,il eftoit tout cler que le Roy en receuroit tousles profits. Au refte lui promit faire châtier les foldats quivoleroicnt quelque chofe, ou feroient tort ans laboureurs, pouriiu que de fa part 11 fift le femblable. Ayant donques Cyrus enuoyé fon homme auecques fes mandemeiis,les AlTyriens voyans lâofrc deCyrus, con feillerent au Roy de sây acorder, pourautant que durant la guerre ilnâaurolt que bien peu de terres qui ne fuflent gâtées. Et le Roy mefme sây acorda, fuft ou pour la perfuafion de fes gens, ou quâil y trouuaft aufsi quelque profit. A donques fut traite Ãc acordé entre les Princes, quâil y auroit toufiours paix pour les laboureurs, amp;nbsp;guerre feulement entre les gendarmes. Voila cornent Cyrus pour-nut au profit des laboureurs, amp;nbsp;permit à fes confederez de drefler leçaturase du bétail, sâils en. vouloient tenir chacun en fa Signeu-ïie:au demourant leur permit d'emmener le butin de quelque part quâils le puftent prendre, à fin que les allez euftent plus de plaifir à ^guerre : car les dangers desloîdats eftoient parellz, encore quâils ntprifient les viuresfur Icslaboureus, mais la nourriture prile fur rennemi rendoit la guerre beaucoup plus plailante amp;; alfee à por-s ter
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LA CYROPEDIE
ter au compagnons de guerre.
Eftant Cyrus en ordre pour partir de là , amp;nbsp;ayant mis toutes k* places en feurtc, furuint Gadate qui amenoitplufieurs donseX' quiSjCommc dâvncgrofle amp;nbsp;puifTante maifon, amp;nbsp;entré autres cIiO' fes lui prefenta grand nombre de cheuaus otez à fes gcnSj aufqufb ilnefefioit pour latrahifon quâon luiauoit dreflee, amp;comffieH sâaprochadelui: SirCjditil, levons donne tout cect pour en vfcrâ votre plaifir J iufques à tant quepuifsiez tirer plus grand feruiced® moy.Ãu demourant eftimez tous mes bienseftre votres^car ienny amp;nâefpere iamais auolr autre que vous à qui ielailîc ma maifon pource quâen mourant mon nom amp;nbsp;ma lignée fera totalement efteinte. Si vousiurelesDieus immortelz^ Sire, qui voycnt amp;nbsp;entendent toutes chofes ^ quâà bien grand tort, fans auoir dit ny fn^ aucune tbofciniulle ou deshonneftej iâayfoufert cette grande calamité fur mon,corps. Et cedifant fc print à pleurer amp;nbsp;regretta 6 mauuaife auanture J tellement que la douleur extreme lui rompit la parole : Cyrus aufsi fe montra fort efmu depitiépourfon infortuné j puis lui dit : le prendray volontiers les cheuaus que vous m^ donnez, efperant les donner à des gens qui vous aymeront mieuS) «5lt; porteront beaucoup plus de probtjque cens qui les auoient : car jâen fourniray ma gendarmerie Perfique ^ iiifques à dix mille hoW-medarmes, comme iâay des long teins defire amp;nbsp;délibéré de faire: Mais lâargent amp;nbsp;les trefors, gardez les deuers vous ^ pendant que vous mâen verrez auoir, à fin que ie ne fois veincu enafte de libéralité : car fi vous me donnez plus que vous ne receliez de moy, par les Dieus immortelz iemelèntirois grandement honteus amp;nbsp;rempli de vergongne. le le croy,dit Gadate,amp; connois bien votre cou-, rage : mais regardez premièrement fi iefuis propre à garder ces tre fors : pource que du teins que nous cftions amis du Roy dâAfly rie,notre patrimoine ertoit tresbeau amp;plaifant à merueilles:amp; comme voifins de la grande cité de Babylonc, nous allions toutes les commoditez que Ion peut reccuoir dâvne telle ville, citions exempts des dangers de guerre, amp;nbsp;de tout ce qui nous pouiioit troubler : mais aujourdâhui cftans ennemis dâicelui, il cltcerrau quâà votre départie on confpirera contre moy, amp;nbsp;contre toute ma maifon. Et (commeiepuis comprendre) nous mènerons vnetri-fle amp;piteufe vieayansles ennemis à nos portes, qui feront beaucoup plus puiflans que nous. Pourquoy donq, dira quelquâvn, ne penfois tu à celà deuaut que te reuolter ? Pourautant, Sire, que mon courage aueugle de courrons pour lâiniure de lui reçue, ne pouuoit confiderer ce qui eRoit le plus feumnais conceuoit en
DE XENOPHON. LIVRE V. 15p foy telles fantafies :Ne me vengeray ieiamais de celui,qui eft ennemi des Dieus amp;nbsp;des hommes ? De celui qui hait non feulement cens qui lâont ofensé, mais tous ceus quâil cftime eftre bons amp;nbsp;ver-tueus ? Parquoy ie penfe, puis quâil eft fi mclcliant, quâil nâaura point de compagnons qui ne foient encores plus mefehans quelui: Etfilon trouuevn homme de bien, il ne feraia befoin. Sire, que vous combatiez contre lui : car ce Roy feul fera fufifant à le detai-re^pourtant quâil ne cefte iamais de machiner quelque mefchancc-tc, pour ruiner ceus quâil eftime meilleurs quâil nâeft. Voilà qui me rend fi malcontent amp;nbsp;fache, amp;nbsp;qui me fait douter quâauec les mef-chaus il nâait du meilleur.
Cyrus oyant fon dire, ne le voulut mefpiifer, ains luircfpondit incontinent: Pourquoy donq ne mettons nous garnifon dedens vos places, à fin que vous les teniez en vos mains, pour y poiiuoir venir quand vous voudrez, amp;nbsp;neanmoins faire toufiours la guerre en ma compagnie,amp; que ce mefehant vous creingne plus,que vous lui ? Parquoy puis que ce vous fera vn plaifir amp;nbsp;confolacion de voir toufiours vos amis, amp;nbsp;ceus en la compagnie defquels vous defirez dâeftre, venez auec moy, amp;nbsp;par mefine moyen vous me ferez profitable enquelque chofe, amp;moy à vouscn tout ce qui meferapofsi-ble.Gadateà rofrcdc Cyrus reprint cou rage amp;nbsp;lui dit, Sire iâen fuis trefeontent, mais ie ne fay fi ie pourray fortifier mes places amp;nbsp;mettre mes gens en équipage deuant que vous partiez dâicy, car ie vcus mener ma mere auec moy. Oui, dit il, à grandloifir, car ie vous atendray autant que vous voudrez. Parquoy Gadate mit garnifon dens toutes fes fortereffes, les renforça Ãc garnit de toutes chofes apattenantes à vn grand Sign eur, amp;nbsp;print en fa copagnieplufieurs hommes aufquels il fe fioit,amp; plufieurs defquels il fe defioit il con-treingnit mener leurs femmes, ou leurs feins à laguerre, pour les tenir liez par ce moyen à fon feruice amp;nbsp;fidelité.
CtumneCyruô repaya par deuant Babylonepour retourner eai Mede,^ furprint quelques places fur la fronttere.
CH AP. VIII.
Vandles places furent fortifiées amp;nbsp;les hommes en ordre pour fuiurc leur Prince, Cyprus femit auec fon oft à la campagne pour retourner en Mede, menant Gadate en fa compagnie, qui lui montrbit les chemins, les eaus, les pâturages, les blez dâAlly rie, afin qu'il fuft planter fon camp
s 2,
en
o nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
en lieu fertile amp;nbsp;abondant de tous biens. Ayant fait quelque chemin en cette façonjl auifala grand* ville deBabylone,amp;: luifembU que le grand theiriin le menoit droit au pic des murailles. Parquoy apelant Gobrie amp;nbsp;Gadatc leur demanda j sâil y auoit point dâautre chemin pour ne p afler point fi près des murailles. Gobrie lui ref-pondit : Sire, il y ha par tout beaucoup de chemins j mais ie peu-fois pluftot, que vous dufsiez pafler près de la ville, pour montrer au Roy votre armee, qui eft grolle, bien équipée amp;nbsp;fuperbe, mef-mes que lâautrcfois vous vintes iufques au mur, amp;nbsp;le Roy en per-fonne rcgardoit le petit nombre de vos gens: mais maintenant! combien quâil full prell amp;nbsp;en ordre pour combattre, félon fa pro-melîc,ie croy certeinement, sâil voit votre puilTance en tel ordre, quâil ingéra nâauoir encor rien de prell pour fortirà la campagne contre vous. A quoy Cyrus relpondit : Il me fembic, Gobrie, que vous vous cmerueillez, pourquoy à mon arriueeic voulu auccfi peu de gens palier au pic des murailles, amp;nbsp;maintenant aucc vn H grand oll ie ny veus rcpaHer : mais il ne vous en faut ia esbahir, est ce nâell pas tout vn de sâaprother, ou reculer : pource que cens qui font prells amp;nbsp;delinres pour batailler, sâaprochent des murailles pour atirer les ennemis au combat, mais les fages sâen eflongnent amp;nbsp;paflent par les chemins efquarcez pour eus retirer le plus feurc-ment,^ non le plus diligemment quâils pourront.Outre ce,il nous connient palier anec tons nos chariots amp;nbsp;bagages cllendnzenh plaine, fans empefehercens qui portent les armes : chofes, connue vous fanez, qui doinent dire défendues par les gens de guerre, amp;nbsp;(à la vérité) le bagage ne fe doit iamais montrer ans ennemis fans defenfe : Parquoy denant les foibles amp;nbsp;defarmez nous faut mettre les plus forts amp;nbsp;adroits. Car fi cens de la ville veulent faire faillie amp;nbsp;quâon vienne .à la meflee, nos gens en combatront fans doute plus vaillamment que sâils paffoient près des murailles,amp; à nos ennemis qui fortiront trop loin delà ville, le fetonrs fera plus long amp;nbsp;tardif à venir : au contraire fi Ion pafle près de la ville, il dl aisé ans citoyens faire vue fondeine faillie amp;nbsp;râentrer incontinent : mais fi nous pafions anfsi loin dâens comme nous fommes, la multitude du peuple nous redoutera : car toute compagnie de loin aperçue pour la lueur des armes dlplns dpouucntable, amp;nbsp;anons cet aiian-rage, que sâils fe veulent mettre ans chams, les voyans venir de loin ne ferons furpris au ddpoiiruu.Si fuis ie fcnr,qnâils ne feront point de faillie, ponrautant quâil leur faudroit sâefqnarter trop loin delà ville (fi dâauenture ils ne sâeftimoient plus forts que nous ne fommes) car vne retraite dl toufiours dangereufe ôc à creindrc.Qiiand tous
DE XENOPHON. LIVRE Y. 141 tous les Capiteines eurent aprouuc fon auis j Gobric conduifoit lâarmée comme Cyrus lâauoit commande, amp;nbsp;comme le camp tra-uerfoitla campagne dâentour la ville, Cyrus pafloit outre fans crein tejaiÃant toufiours le plus fort ce quirelloit en arriéré. Ayant (long cheminé plufieurs iournees en cette façon, il arriua furies frontières des Medes amp;nbsp;AllyrienSjdâou il eftoit premièrement parti, auquel lieu yauoit trois places fortes, aiiec garnifon du Roy lt;lâAflyrie,dont celle qui eftoit la plus foible amp;nbsp;moins gardce il Fern porta dâafîaut.Les deus autres lui furent rendues,partie par les mc-flalles amp;nbsp;bateries de Cyrus,partie par laperfuafion de Gadate.
Comme Cyrui retourna fur les frontières de Mede, (^ s^^orça d'apaifer le courrons de Cyaxare,^ la reffonfe lt;j^uilluift,
CHAPITRE IX.
E fait,Cyrus enuoya prier le Roy Cyaxare de venir au camp,pour confultcr auec lui des fortcref-fes qui auoient efte prifes, amp;nbsp;ordonncr(ayant vu lâeftat de Farmee) de tous autres afaires pour Fa-uenir. Et sâil lui plait,dit il, iâiray planter Ic camp ________près de lui dedens la Mede.Le mcïlagcr parti,Cy-tiis commanda, que le pauillon du Roy dâAflyrie, que Ion gardoit pour Cyaxare,fuft tresbien acoutré, auec fon aparcil necelïaire,lcs ^cus femmes fuflent menées dedens le cabinet du pauillon,auec les 'leusMuficiennes,quâon luiauoit gardées. Dautrepart Cyaxare ''yant le meflager de Cyrus, ingea eftre meilleur pour lui, que le t^at^p demouraft fur les frontieres,fans entrer plus auant en Mede: caries Perfes, que Cyrus auoit enuoye leuer, eftoient défia arriuez lufqiies au nombre de quarante mille archers amp;nbsp;rondeliers :par-Suoy voyant fon pais endommage par fcs gens, eftima beaucoup meilleur dâeftre defeharge dâeus, que de receuoir fi groÃe armee en fes terres. Adonq celui qui eftoit Capiteine en chef de ces nou-ueaiis Perfes,demanda à Cyaxare,fclon le commandement de Cy-tus, sâil auoit point afaire de gens, quâil lui fcroit feruice en toutes 'hofes.Et comme Cyaxare lui eut refpondu, nâauoir aucun befoin ^efon camp, le mefme iour sâen allaioindre au Camp de Cyrus, 'l'i'eÃoit afiez près de là . Le iour enfuiuaut Cyaxare y vint auec 1'^ Medes, qui eftoient demourez auec lui. Cyrus auerti de fa vc-quot;quot;'fit mettre en ordre la gendarmerie Perficnne, qui eftoit defia o'^^ffe, les Medes, Armeniens, Hyrcaniens, amp;nbsp;tous les confederez ÃW eftoient le miens à cheual, amp;nbsp;en bel arroy vint au deuanc de s 3 Cyaxare,
42 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L A C Y R o P E D I E '
Cyaxare, lui faire montre de fon armee. Cyaxare voyant la compagnie de Cyriis remplie de beaucoup de bons amp;nbsp;braues homme-darmes,qui lui faifoieut honneur Ja fienne tant petitejUâayant que bien peu de fcruiteurs mal enpoint_, iugea que ce lui cftoit grandâ honte j amp;nbsp;en fut grandement fache. Adonq defeendit Cyrus du chenal, vint à lui pour le baifer amp;nbsp;falucr félon la coutume : Mais Cyaxare cflan t aufsi defeendu tourna le vifage en arriéré, amp;nbsp;ne le voulut baifer jains fe print bien fort â pleurer en la prefence de tout le monde. Ce voyant Cyrus ^ fit retirer fes gens eu arrière amp;nbsp;commanda faire filence ^ puis prenant le Roy par la main, le mena hors du chemin à lâombre de certeins Palmiers ou il sâafsit près de lui fus vn tapiz de Mede, amp;nbsp;comença à lâaraifonner côme sâenfuit:
le. vous pry, Monfieur mon oncle par les Dieus immortels, mâa-uertir, pourquoy vous elles ainfi courroucé contre moy, amp;; quelle chofe vous auez vue en moy,qui vous rende fi fache amp;nbsp;malcôtent: Pource, dit il, que combien quâentre tous les hommes ie fois forti dâancienne amp;nbsp;Royale maifon, Roy amp;nbsp;fils de Rwâ : toutefois ie me voy ainfi mal amp;nbsp;pourement acompagne au pris de vous, qui elles honoré de mes gens, amp;nbsp;renforcé dâvue nouuclle armee: chofe, qui nâellpas fi facheufe à endurer des ennemis, comme elle eft infupor- j table à fentir de cens qui ne deuroient en eure caufe: car ie veus 1 bien que vous fâchez, que iâaymerois miens dire dix fois fondu amp;nbsp;â abime en terre, que dâdire fi peu ellimc, fi melprisé, amp;nbsp;moqué de mes gens. Or non feulement ie vous voy plus fort que moy : mais, j aufsi mes feruiteurs fe prefentent à mes yens plus braues amp;nbsp;plus : forts que moy, amp;nbsp;tellement équipez, quâils me pourroient phiUot endommager que moy eus. Et difant fes paroles, il feprint encorâ plus fort à pleurer, veincu de dueil amp;nbsp;dclpit : tellement que Cyrus fiit contreint de larmoyer aufsi.Toutefois sâdlant quelque peu rc- l tenu,lui refpondit ainfi: nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;f
Ce nâellpas à vous, Mon oncle,ny véritablement parlé,ny droi- | t-ement pensé, dâeftimer que pour ma prefence les Medes foient * équipez pour vous nuire en quelque chofe: mais de vous voir en-peur Ãc courrous,ie ne mâen emerucille point,amp; pour le prefent ne veus difputer, fi vous elles à bon droit ou fans caufe courrouce, lâchant bien que vous le prendriez mal, fi ielcs voulois défendra amp;nbsp;relpondrepour eus. Toutefois levons veus auertir, que câet vue grandâ faute à vn Prince,comme vous,de fe courroucer contre tous fes fuietz:car celui qui fe fait creindre de tous, neceflairement aquiert beaucoup dâennemis, amp;nbsp;qui «à tous fes fuietz cil defdai-gneüLS,leur donne ocafion dç sâacorder amp;nbsp;cofpirer, enfembk\VoilÃ
D E XE N OP H ON. ' LIVRE V. 145 Ãa caufc pourqiioy ie nâay voulu renn oyer vos gcns,que ic nây fiiffc, creingnant qpour votre courrons ncleurauinfl quelque mefeheC qui nous aportaft dclplaifir amp;nbsp;fâcherie. Quant à celà j moy viuant, vos afaircs nâiront que bien : mais ic ne me puis contenter, ny porter paciemment que vous eftimez auoir reçu iniure de moy,amp; lors que ie mâefforce bien faire à mes amis, vous me blâmez amp;nbsp;chargez du contraire. le vous prie ne nous aeufons point fi folcment amp;nbsp;in-diferetemet lâvn lâautre.-mais regardons,sâil eftpofsiblc, clercmcnt, en qnoy ie peu auoir failli, à fin que ie mette moy amp;nbsp;mes amis hors 1 decoulpe. Et prcmierement,fi iâay fait aucun mal,ic veus confefler devons auoir ofensc:mais fi ic montre euidemment ne vous auoir fait ny voulu faire aucun ennuy,ne confeflerez vous pasnâauoir â^'çu aucun fort de moy? Force me fera,refpondit Cyaxare. Or,dit ^ynis, fi ie montre plus cler qucleiour, queie vous ay fait plaifir ^ââpliifieurs fortes, amp;nbsp;que ie me fuis efforce de vous ayder de toute ®apuiflance,ne ferâyie pas plus dine de louenge,que de reprehen-^on? Câeft raifon, dit il. Voyons donq, dit Cyrus, ievoiiS prie, ce queiâay fait, .à fin quâon connoifle le bien amp;nbsp;le mal qui y peut eflre, â¢^reprenons en particulier le commencement de cette guerre, fi ^on vous femblc. Quand vous fûtes auerti de lâafTemblec de tant d'ennemis contre vous,mcfmes que les Rois dâAflyrie amp;nbsp;Lydie 'âoiisvouloient courir fus, nâenuoyates vous pas demander fccours publiquement à notre République, amp;nbsp;fpecialement à moy,me pfiantme faire nommer Capiteine en chef de lâarmce Perficnne? fdlemént que ie fu perfuade par vous de venir, amp;nbsp;vous amenay le plus grand nombre que ie pu de bons amp;nbsp;vaillans hommes ? lieft ''fïy,dit il. Dites donq,demanda CyruSjpremieremet fur ce point, founoiffez vous en celà quelque meffait ou bienfait, amp;nbsp;que par ®âoyvous ayez efté fecouru, amp;nbsp;vos ennemis dechaflez de vos ter-ffsJll efi certein,dit Cyaxare, quâen celà vous me fites plaifir.Quoy donq ? dit Cyrus, apres que les ennemis furent affemblez, amp;nbsp;quâil blut donner iournec,vous elles vous iamais aperçu que iâaye efpar-gne mes peines, ou fin des dangers ? Non vrayment, di t il. Qnoy donq?dit Cyrus,quand nous eufmes rompu les ennemis parla volonté des Dicus, amp;nbsp;mis en fuite, ic vous priay de les pourfuiurc de 'onimun acord amp;nbsp;de iouïren compagnie des biens qui en poliraient aiienir : me poiiuez vous reprendre en celà de quelque ani-Jâ^éon counoitifetrop grande? A ces paroles Cyaxare fe teut. Or Ãâtepoinr, dit Cyrus, vous aymez mieus vous taire, que refpoh-f'uleclairez moy ma faute, quand ie ne vous voulu faire paftici-P^^fdç ce danger,amp; vous priay me donner partie de votre gendar-meric.
144 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE meric, fachant quâil ne vous fembloit pas feur de fui lire les auerfaj' rcs,amp; me montrez fi ma demande fut inique,vù que ie mâeftois mis en tant de dangers pour vous? Et comme Cyaxare fe teut encores! Si vous ne voulez non plus rdpondre à ce point,ie voudrois fauoit quel tort ie vous fis, quand vous mâenfles refpondu ne vouloit contreindre les Medes de fe remettre en danger, amp;nbsp;que iâoublUy tout mon courrons, fachant encorâvotre puifTance à mâayderamp; votre facilité à commander ans Medes, amp;nbsp;vous demanday feule' meut cens qui mevondroient fninre «à la guerre, en quoy ienâculf^ entièrement rien eu de vous, fi ie nâenffe eu moyen de leur perfiU' der : parqnoy venant à eus ie les attiray comme ie pu, amp;nbsp;par votre confentement menay à la guerre cens qui crurent à ma parole-Mais fi ie fuis dine de reprebenfion deles auoir menez, vous ne* fies point hors de faute me les ayant donnez. Apres que nous fu' mes partiz,y eut il rien obfcur,ou counert de ce que ie fis?Ne prin' mes nous point le camp des ennemis ? Ne démolira il pas grand nombre de morts de vos anerfaires? amp;nbsp;des viuans,à combien les armes furent otces?à combien les cheuaus emmenez? Qiiant aus tre-fors, que les anerfaires emportoient auparauant,vous les voyez es mains de vos fuietz,partie qui vous les aportent,partie qui les gardent pour eus fous votre obeïnance:amp;(qui eftlc plus à prifer)voiis voyez votre voyaume acru amp;nbsp;augmente, celui des ennemis diffli-nué,leurs forterefles en vos mains,lcs chateaus quâils vous anoîciir vfurpez,rcnduz derechef à votre obeisance. Or fi en ces chofesily ha quelque mal, ou moins bienfaitje ne le faurois bonnemet dire) amp;nbsp;vous prie me declairer,fi vousy trouuez de la faute : car il nây ha point de danger de lâentendre. Adonq Cyaxare lui rcfpondit ainü-
le ne fay pas comment, Mon neuen, on pourroit dire les enures par vous faites eftre mauiiaifes, fi eft ce que ie les connois efire tels amp;nbsp;fi grans biens, que tant plus fonnent ils font faits, dâautant nie poifent ils dâauantage. Car iâaymerois beaucoup micus auoir augmenté votre païs par ma force , que de voir le mien par la votre augmente,fachant bien ces chofes eftrehonorables à vonSjqu' les faites, amp;nbsp;hontcufes à moy, qui les reçois. Et prendrois plus de plaifir avons donner de lâargent, quâà le prendre en la façon que vous le donnez : car eftant par ce moyen enrichi, ie fens dâautant plus defeonurir ma pourctc., an pris de cens qui me donnent-Je ne ferois pas à beaucoup près fi marri de voir mes fuietz par vous deshonorez amp;nbsp;outragez, qnedeles voirainfi enrichiz amp;nbsp;ho-norez.-amp; fi vous mâeftimez auoir conçu ces fâcheries contre raifon humaine, imaginez vnpeudâeftre en ma place, tournez furvous ma
DE XENOPHON. LIVRE V. 14 ; ma parolcjamp; côfiderez comme vous le porteriez : car fi quelquâvn traitoit fi doucement les chiens que vous nourriflez pour votre garde, amp;nbsp;les allechoit fi gracieufement, quâils le fuiuiflent plus volontiers que vous, quel plaifir receuriez vous de tel feruice? Si câet peu de chofe que celà , regardez fi quelquâvn inftruifoit tellement les foldats de votre garde, quâils aymafient miens le fuhire q vous, lui fauriez vous bon grc dâvu tel bienfait? Quoy donq?fi quelquâvn faifoit fi bien la court à votre femme (qui ell la chofe que les hommes tiennent la plus chere, lâembrallcnt amp;nbsp;gardent comme propre) quâelle lâaymafl: miens que vous, vous feroit il ioyeus par tel merite? Et pour dire quelque chofe plus femblable à ma douleur, fi quelquâvn sâefludioit à gratifier fi bien à vos Pcrfes, quâils aymaf-fent mieus eflre fes fuietz que les vôtres,feroit il votre ami? le croy quenon,ains beaucoup plus grand ennemi, que sâil en auoit occis vne grande partie. Dauantage,fi vn votre ami,auquel vous eufsiez amiablement ofcrt votre bien, difant : Pren tout ce quâil te plaira: prenoit entiercmet tous vos biens,fans difcrecion, amp;nbsp;sâenrichifioit dâicciis,fans vous en lailTer aucun vfage,le pourriez vous iuger bon amp;nbsp;loyal ami ? Voilà lâeftat auquel ie fuis, Cyrus, amp;nbsp;me voy foufrir; fi non telle,à tout le moins femblable iniurc. Il eft bien vray,que ie vous permis emmener cens qui vous voudroient fui are : mais en partant vous printes entièrement mon armee, amp;nbsp;me bâillâtes féal en mon pauillon, maintenant vous me prefentez les chofes gagnées par ma puiffance, amp;nbsp;auez enrichi mon païs par le trauail de mes gens. Mais moy,lcqiiel on nâeftime eflre caufe dâaucun bien,ie demeure afsis comme vne femme oifiue, atendant que Ion me faire du bien amp;nbsp;à mes fuietz: car ce faifant lon vous iuge vn homme ver-tigt;tus,5ci-noy, couart amp;nbsp;indigne de rencr. Tclsacles,ó Cyrus, vous femblent ils bienfaits ? Ne faniez vous pas, fi vous eufsiez tant foit peu cure de moy, que vous deuiez mettre peine à ne me priuer aufsi de lâhonneur amp;nbsp;autorité dâvn Prince ? car quel profit puisieauoir en mon païs augmenté, fi ie me feus deshonoré ? vu queienedominois pas fur les Medes, comme le plus fortamp;puif-fant:mais comme celui que les Medes tenoient amp;nbsp;eftimoicnt beaucoup meilleur amp;plus fage quâeus en toutes chofes. Adonques Cyrus lui rompant la parole dit : Trefther oncle ie vous fuplicpar bsDieus immortelz , fi vous reçûtes onques plaifir de moy, acor-dczinoy cette requefte : Premierement,ic vous priâ,ne vous plcin-o^capkisdemoy : mais quand vous aurez efprouué amp;nbsp;experimeu te ma loyauté, fi vous voyez les chofes par moy faites tendre à vo-tteprofit, embraficz moy amiablemenc comme levons embrafle-t ray,,
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i4lt;î ' LA C Y R 0 P E D I E
ray, Seine tenez pour ami amp;nbsp;bienfaiteur, fi vous connoifîezcâ' mon fait le contraire,pleingnez vous hardiment de moy.Parauan- . ture,dit Cyaxare,que votre raifon eft bonne,amp; ie feray ainfi.Quoy donq ? dit Cyrus, vous baiferay ie point ? Oui, fi vous voulez, Ãt il. Mais,relpondit Cyrus,ne tournez pas la face en arriéré,coining nâagueres. Non feray ie, dit il. Parainfi Cyrus le baifa. Se lors les . Medes, Perfes, Se autres, voyans la paix faite (car ils atendoient de pié coy lâilTuc de ces afaires) furent merueilleufement refiouiz, amp;nbsp;montrèrent en leur vifage vn ioyeus contentement. Alors Cyrus amp;nbsp;Cyaxare montans à Chenal, fe mirent les premiers à marchet vers le camp : les Medes fuiuoient leur Roy,côme Cyrus leur aiioU fait fine: les Perfes, Hyrcaniens, Cadufiens, amp;nbsp;autres confedereZ fuiuoient leur Roy Cyrus en tresbelle amp;nbsp;trionfante ordonnance.
Comme Cyrus rendit les Adedes à fon oncle, ^feingnit mettre en deUberacion de rompre le camp pour celle annee. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â
CHAPITRE X.
Vandils furent tous arriuez aucamp amp;nbsp;eurent mené Cyaxare en fon pauillon richement acou-tré,ceus à qui il efioit cnioint de ce f nrCjaprclk' rent fon fouper. Durant Ictems quâil démolira oifeus, atendant quâil full prell, le Medes lui Vf noient faire la court partie de leur volonté,partie enuoyez par Cyrus, amp;nbsp;lui prefentoient leurs dons,rvn lui don-noit vn bel Ãfehançon, lâautre vn bon Cuifinier, lâvn quelque tof Boulenger, lâautre vn Chantre, lâvn des coupes,lâautre des habille-mens exquis :brcà chacun lui donnoit quelque meuble fingulier quâil tiuoit pris à la guerre. Parquoy Cyaxare fe repentoit dâaiioif 1 eu paroles auecques Cyrus, de ce quâil nâauoit renuoyé les Medes, I voyant que leur afeccion ne sâcdoit en rien diminuée entiers lui. I Lâheure de fouper venue, Cyaxare pria Cyrus dedemourer auef l ques lui, afin quâil euft plus de plaifir à deuifer enfcmble. Ne me 1 commadez point cela, dit Cyrus,ne voyez vous pas cens cy efrauz â amp;nbsp;fulpens en leur courage pour nous ? Parquoy ce ne feroirbien ny fagement fait à moy de prendre mes plaifirs , laidant en arriére le foin quâil me faut auoir liis eus. Car quand les foldats fe voyait négligez ilsfe gâtent incontinent, les bons en dcuicnnentlafchcs, les mefehans en font beaucoup plus hardiz à mal faire. Mais vous, qui elles las amp;nbsp;trauaillé du long chemin,commencez à fouper,cin- . braflez amp;nbsp;faites recueil à cens qui vous viennent honorer, amp;nbsp;les 1 faites '
DE XENOPHON. LIVRE V. i. faîtes banqueter en votre compagnie à fin quâils sâaflurentj amp;nbsp;vous aymentmieus. Dâautrepart ic mâen iray pouruoir amp;nbsp;donner ordre ans afaires. Demain au matin les principaus du camp viendront à votre courtj pour confultcr éc auifer enfemble ce qui fera de faire pour lâauenir J Lors vous propoferez Remettrez en dcliberacion sâil faudra continuer la guerre lâyuer, ou sâil eft tems de rompre le camp amp;nbsp;donner congé aus compagnons. Apres celà , Cyaxare fe niità table.Cyrus,ayant alfembléfes CapircineSjqui fauoient tref-bien ordonner amp;nbsp;conduire les afaireSj parla à eus en cette manière:
Mes amis, ce que tant nous auions defiré amp;nbsp;fouirai te eft acom -plij par la volonté des Dieus : car par tout ou nous allons nous gagnons pais,diminuons la force des ennemis, augmentons Ta notre, multiplions dénombré, amp;nbsp;renforçons la puiflance de notre camp. Or fi ces compagnons nouuellement venuzont volonté degiier-toyeijdâautant mieus pourrons nous paruenir au but de nos entre-prifes, foit à prendre quelque chofe par force, ou à tirer amp;nbsp;induire nos gens par amour.De les atraire à demourer par paroles,rcinon-traaceSjôc promclTes, câet à vous à y penfer, amp;nbsp;y auoir egard aufsi bien quâà moy. Car tout ainfi quâatt fait de combatte amp;nbsp;batailler, ion iuge celui plus vaillant,amp; de courage plus inuincible,qui prent amp;nbsp;abat beaucoup dâennemis : aufsi quand il faut perfuader, celui qui en tirera plus à fon opinion,à bon droit fera eftimé le plus elo-qttent, meilleur orateur, amp;nbsp;plus excellent au maniment des afaires. Mais il ne faut pas y eftudier, comme sâil vous faloit faire vnc barengue ou oraifon préméditée à vn chacun dâeus,ains les inftriii-rez dâvn commun parler, tellement quâils puilfent montrer par et ftt comment ils feront perfuadez de demourer par vos prières
amp; exortacions. Allez donques prendre garde à celà :dâau-trepart ie mettray peine tant quâil me fera pofsi-ble,queles foldats nâayent faute de viures ny dâautres chofes necelTaires, à fin quâils puilfent demander en confeil,amp; requérir pluftot la guerre, quâaucunes treues, a-cors ou lon
gue paix.
*
rin Jm cinqtticm: liurt.
i4^
Le fixieme Liure de la Cyrope-
DIE DE XENOPHON,
de la Zyie ç^ Faki de c Y R v s ^oy des
TerÃs. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;j
Le confeil que tînt Cyrw , pour rompre le camp de celle annee, ^ des aprets quâil Ãt pour lâannee dâaprès, Les machines quâil inuenta pour rompre murailles, les chariots arme:};;^ de fauls 1^ de tours, ç^ les Chameaus quâil prépara pour la o'uerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chapitre
E iour pafsc aiiec les propos amp;nbsp;auan-tures que nous allons ey deflus racontées , apres quâils euret foupc amp;nbsp;repose pour celle nuit j le iour en fui liant tie , bon matin tous les côfederez vindrent ans portes de Cyaxare^ amp;nbsp;durant quâil prenoit encores fes ornemens Royaus façhant le grand monde quieftoitdc' | hors à lâatendrc ^ les principaus de b t, court conduifoient leurs compagnons ;
vers Cyrus: les vns menoient les Cadufiens qui le pnoient de ne , rompre le camp : les autres les Hyrcaniens pour femblable caufe; Tvn les Saquesdâaiitrc Gobrie. Hyftalpeconduifoit Gadate lâeunu-che qui fuplioit Cyrus de demourer. Cyrus fachant que Gadate mouroit de creinte que le camp fe rompift, lui dit en fouriant:b 1 voy bienj Gadate, que cetui cy vous ha perfuadé de me prier de ne S rompre le camp. Lorsicelui louant les mains au Ciel iura nâauoit l elle aucunement fuborne par Hyflafpe : mais ie lâay dit^pource qu^ le voy bien que fi vous partez,tous mes alaires iront rrcfmaljamp;de-uifois nâagueres aiiec lui sâil fauoit point votre fantafie touchant la routure du camp, le charge donq Hyftalpe fans caufe, dit Cyrus-Oui par Dicii,refpondit Hyftafpc. Car ie lui difois feulement quâil ne vous eftoit pofsiblc de plus guerroyer pour cette année, à caub que votre pere vous aiioit mandé.Que dites vous? dit Cyrus. AueZ vous osé inuenter ce propos fans éftre feurement auerti demon vouloir î Oui par ma foy, refpondit il : Car ie vous connois grandement couiioiteus dâeftre honoré amp;manifié du peuple de Perfc
DE XENOPHON. LIVRE VI. n
amp; raconter à votre pere ledifcours de vos grandes prouefles. Et vous J dit Cyrus j nâauez vous pas enuie de retourner à votre niai-fon ? Non par Dieu^ dit i^ amp;nbsp;ne partiray point^ains continueray la guerre pludot coimne Chef de lâentreprife, iufques à ce que iâaye rendu Gadate niaitre amp;nbsp;veincueurdu Roy dâAflyrie. Voila comment ils deuifoient enfenible par ioyeufetc, parlas toutefois à bon efcient des afaires de laguerre.Tot apres Cyaxare acoutre dâvn habit venerable amp;nbsp;luifant^ sâafsit au trône Royal félon la coutume de Mede, amp;nbsp;foudein que tous cens furent affcmblez à qui les afaires touchoient amp;nbsp;que filence fut faite, il commença à parler en cette manière: Amis amp;nbsp;confederez, puis que ie fuis-icy prefent amp;nbsp;plus auancé fur lâaage, câct raifon que ie commence à parler le premier en cette alTemblee. Il eft teins à mon auis de confiiltcr enfemble sâil nous fera profitable de continuer la guerre en yucr, ou donner congé aus foldats pour cette annee. Parquoy chacun devons en die fon auis ,amp; commence celui qui voudra. Adonq le Prince dâHyrcanie : Mefsieurs, dit il, il me femble, quâil ne faut point de Iiarengues ny de confultacions pour auifer à nos afaires, quand les diofes mefmes nous confcillent amp;nbsp;démontrent cequieft le meilleur. Car il nây ha celui devons qui ne fache que fi nous démolirons enfenible , nous endommagerons plus nos auerfaires que nous ne fautions receuoir de dommao-e : au contraire en nous cfcartant lâvn de lâautre nous ferons rnïnez:car quand nous et lions feuls chacun en fa maifon, ils sâesbatoient de nous à leur plaifir, amp;nbsp;nous donnoient toutes les fâcheries du monde. Et nous, que dirons nous? dit le Cadufien. Si nous retournons à nos maifons nous ferons comme deuant toufiours en creinte ; danantage de nousellongner du gros de lâarmée nous nefaurions auoir profit nyenpaix ny en guerre, «5c ne faut prendre autre exemple que le notre; car pour nous ertre quelque peu eflongnez delà compagnie,nous auons eftepuniz comme vous fanez. A près lui Artaba-ze,qui sâedoit iadis acoufinc de Cyrus : le fuis dit il,Sire,bcaucoup diferent de lâopinion de cens qui ont parlé deuant moy. Car ils font dâaiiis quâil nous faut encorâguerroyer, amp;nbsp;ie dy que demon-rant .à ma maifon ie ne faifois quâeftre à la guerre, donnant fecours «luand il edoit befoin à nos gens, trauaillant pour nos fortcrelTes fiirprifes, amp;nbsp;creingnant la perte de nos garnifons faifois tout à mes tirfpens ; maintenant ie tien icy leurs places fortes, ie leur donne '^«alarmes, ie boy leurs vins, amp;me fedoye de leurs viandes. Par-â üiioy voyant que iâay chez moy continuellement la guerre, amp;nbsp;icy toufiours vue vie ioyeufe, ie fuis dâauis que Ion ne rompe point t 5 cettê
LA. CYROPEDIE
cettefede amp;nbsp;manière deviure fi belle amp;nbsp;tnonfante, pour retourner à nos maifons,ou nous anons tant de peine.
Pr/t Jecc Je ÃyrmaH co Ãtlpiar m-Juire les a-hez d tenir ^arnifin Ju TM flauer.
Adonq Gobrie parla comme sâenfuit; Ãlcfsieurs, iâay toufiours îufques icy loué la foy amp;nbsp;loyauté de Cyrus, le connoifTant Prince vertueus ^ qui ne faut à fa promené : toutefois sâil parc de ce pais» FAlTyrien ne fe repofera point, ains fe voudra venger desmans quâil ha enduré, amp;nbsp;voudra continuer devons anailliramp; de mâoutrager, tellement que ie feray grieuement puni dâanoir pris votre aliance. Ces fentences ouies, Cyrus commença à parler en lama-niere fuinante: Mes amis,ie cônois bien que nos forces sâabaifle-ront amp;nbsp;celles des ennemis sâaugmeteront fi nous rompons le camp poor retourner à nos maifons, dautant que tous cens à qui les armes font otees en forgeront dâautres incontinent,à qui les cheuaus ont efté pris en recoiiureront dâautres en peu detems, amp;nbsp;au lieu des morts plufieurs fe feront hommes, pinfieurs naîtront au monde :Et ne fera grandâ menieille sâils nous donnent bien tôt de la fâcherie. Pourquoy donq ây ie perfuadé au Roy de mettre ce propos . en auat? Poureequeie creingnois ce qui doit auenir,preuoyantla venue des ennemis en grand nombre, contre lefqucls nous ne fau-rions faire bon fait dâarmes, fi nous plantons icy le camp furlâyuer qui aproche : car combien que partie de nous puiffe déni outer a couuert, toutefois nos cheuaus, feruiteurs, amp;nbsp;menuz foldats nây fauroient demourer, fans lefqucls nâefi: pofsiblc de continuervnf â guerre. Et quant ans viures, nous en anons confumé vne partie» f lâautre ha efié emportée par les habitans ans fortes places, telle-ment quâils ont abondance des biens que nous ne faurionsny prendre, ny gagner. Qin efl donq lâhomme fi fort ou fi puiflant ait inonde, qui puilîe en côtinuant la guerre côbatre la faim amp;nbsp;le froit cnfemble? Parquoy puis quâil nous faudroit guerroyer en telle ne- 1 cefsité amp;nbsp;difette de toutes chofes, ie cÃfeiilerois de rompre le camp | de notre bon gré, pluftot quâatendre que nous foyons de ce faire I eontreins par la necefsité. Toutefois, fi nous voulons continuer la guerre, ie ferois dâaiiis que nous trouuifsions moyendenoiis emparer foudein de beaucoup de places des ennemis, pareillement fortifier les nôtres à notre anantage : quoy faifanteeus là auront plus de viures amp;nbsp;autres chofcs nccetlaires qui en pourront plus gagner amp;nbsp;amalTerfur les auerfaires, amp;nbsp;afsiegeront cens qui feroient ks plus foibles en campagne. Mais maintenant nous reflcmblons à cens qui nagent amp;nbsp;courent fur la mer: car iaçoit quâils foient toufiours en vogue fur lâeau fans celicr dâaller, fi ne demourentils pourçat Signeurs delayer quâils ont pallée, non plus que de cells quâils
de XENOPHON. LIVRE VI.
quâils nâont encorâvoguee. Mais fi nous prenons des chateaus, il eft certein que ceLà fera caufe que les habitaus fe retireront de la fu-ieccion des Aflj'riens,amp; toutes nos befongncs en feront plus paifi-bles. Or fi quelquâvn ha peur dâaller loin pour tenir garnifon, il ne faudra rien tarder pour celà : car entre nous Perfes j qui fommes acoutumez à guerroyer en païs efirange, nous prendrons la charge des places procheines aus ennemis^ cependant vous tiendrez amp;nbsp;ferez labourer les terres des chateaus dâAflyric plus procheins ans votres,tellement que nâaurez chofe qui vous trouble ou empefehe. Car fi nous tenons garnifon aus places plus aprochantes des enne-misjamp;les pouuons labourer, vous ferez fans doute en vne grande amp;nbsp;profonde tranquillité, dâautant que vous ferez cflongncz dâeus, amp;nbsp;tiendrez leurs chateaus en votre fuieccion. Et ne croy pas que lesaiicrfaircs, en lailTant derrière eus les places plus procheines, cueillent alTaillir, ou sâefforcer de reprendre les lointeines.
Ayant Cyrus deelaire fou auis tous les autres le confemierent, amp;nbsp;Cyaxare aufsi. Adonq Gadate amp;nbsp;Gobrie promirent de fortifier leurs places de bonne amp;nbsp;forte muraille,fi tel eftoit lâauis des confe-âlerez,à fin quâils feruiflent à la feurtc de tous enfcmble. Cyrus voyant les compagnons prefls à faire tout ce quâil diroit : Si nous voulons,dit il,venir à bout de nos entreprifes, il nous faut bâtir au plus tôt quelques grades machines amp;nbsp;inftrumens propres à abatte amp;renuerfer les murailles, amp;nbsp;anoir grand nombre de Alaçons pour faire des tours amp;rempars à nos forterefles. Parainfi Cyaxare promit fournir vne machine de guerre à fes defpens: Gadate amp;nbsp;Gobrie vne;Tigranc aufsi vne autre:Cyrus promit dâen rendre deus acom-phw. Ces chofes ainfi délibérées chacun fit prouifion de maitres â^oiiuricrs pour faire ces grandes machines, amp;nbsp;chacun sâeftudioit 'â â1« inuenter de belle façon, y employans gens qui y eftoient les plus experz amp;nbsp;entenduz. Cyrus connoiflant que pour mettre fin ateUe befongne, il fiiloit feiourner quelque teins, planta fon camp aus liens quâil eftima plus falubres amp;nbsp;charriables de tous cotez, amp;nbsp;y fit faire les fortificacions neceflaires tant poury feiourner, que pour sây retirer,fi dâananture ils faifoient quelque lointeine faillie. Puis sâeftant diligemment informé des plus expérimentez «à la con uoilfance du païs, de quelle part il pourroit efire fourni de viurcs, âHesmenoit toufiours en tresbon païs, planturcus amp;nbsp;abondans de feutrages, tant pour nâauoir faute de viures en fou camp, comme fourrendre fes gens plus fains, plus forts, amp;nbsp;cndurciz au trauail lt;/«chemins, amp;nbsp;leur faire garder quelque ordre en leurs voitures, tout ainfi que sâils eftoieut à la guerre.
Md^-hMa pour /ûlner tir les mu~ rallies : autres machines ayant des l'ours^ hautes pour porter des ar chers à com hatte en une plaine.
Durant
152 nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
Durant que Cyrus edoit en ces entrefaites, les fuitifs amp;nbsp;prifon' niers ifTiiz de Babylone raportoient , comme le Roy dâAlTyr*® edoit allé en Lydie auec vne grandâ quantité de talens dâor amp;nbsp;d af-gcnt,plufieurs ornemens de diuerfes fortes, amp;nbsp;autres richeffes fanâ nombre : parquoy les menuz foldats edimoient publiquement quâil amauoit de lâargent pour creinte de Cyrus. Mais Cyrus en-tendoit bien que le Roy dâAdj'rie nâedoit allé en ces lieus, finon pour faire quelque entreprife à lâencontre de lui , amp;nbsp;fe mit de tout fonpounoir en effort de sâapreder à lâencontre, comme sâileuf^ J^ouueHes falu combatre bien tôt apres. A raifon dequoy il paracheuadt freparacios fournir amp;nbsp;equiper toute fa caualerie de Pcrfes,tant decheuauS fgt;igt;ngt;- laquer pris à la guerre que de cens que fcs amis lui donnoicnt : car il ne rC' ^ââ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fnfoit point fcmblables prefens, ains prenoit volontiers quelques
beaus cheuaus on harnois, quâon lui donnoir. Il prépara anfsi des chariots de guerre,dont vne partie anoit edé prife fur les cnncmiS) lâautre edoit venue de fes amis amp;nbsp;confederez, amp;nbsp;de quelque par' quâil en pud anoir : amp;nbsp;rompit entièrement la façon des chariots de Troye, dont ils vfoient anparauant aus batailles, nâayant que dciis roues, amp;nbsp;deus hommes, lâvn pour guider les cheuaus, lâautre pont combatre,qni edoit afsis : Et abolit pareillement la courfe des chariots Cyrenaïques, qui ed encorâ aniourdâhui en vfage : car au paraiiant tous les Medes, Syriens, Arabes,amp; Afiatiques vfoient de tels chariots comme font encores les Cyreniens. Si changea du tout lâordre quâils tenoient, amp;nbsp;edima quâil ne faloit pas mettrerf fpoirde la victoire fur ces chariots (comme anciennement ils fai-foient, que les plus vaillans combatoient en cette façon) mais que feulemct il les faloit tenir au reng des enfans perduz, ou cens qm font armez à la legere ont acoutumé de combatre, comme sâils nâedoient degrancte importance à gagner vne bataille. Car trois cens chariots dâarmes nâont que trois cens combatans amp;nbsp;ont mille dens cens cheuaus, leurs charretiers (qui font, corne il ed vrayfe®-blable, les plus feaus ferniteurs de cens qui combatent) font aufs' ⢠trois cens, qui ne peunent en façon quelconque nuire à lâenneniu Parquoy non fans caufe Cyrus otaces chariots cfqnels oncomba-toit afsis, amp;nbsp;au lieu dâiccus en fit dâautres bons pour la guerre,a chariots à fortes amp;nbsp;puiffantes roues, pour fi tôt ne brifer: à longs aifleuK fanh el6tu- pour fi tôt ne verfer : (car routes chofes larges font plus malaifcesa fin ^/trio- renuerfer) amp;nbsp;lâafsiete des conducteurs des cheuaus de bons halb ^uelegraJ, ucaus en forme dâvnc tour pour les conurir iufques à la poitrine, a cotre ks J(o Ãj^ qâe J^ Ãeu mefmc les cheuaus puffent edre guidez amp;nbsp;conduits par leurs conduéleurs ; 1 cfqnels il voulut tous armer de maille fors que
DE XENOPHON. LIVRE VL
que les yeus, il mit aufsi à chacun bout de FailTeul vne fauls de la longueur de deus coudées des deus cotez des roues, efleuees en haiit,amp; dâautres fous raiffeuh titans en terre.comme sâils deuoient iouter auec leurs chariots contre les cnnemis.Voilà comment Cyrus inucntala façon des chariots armez dont vfent encorâ auiour-dâhui cens qui font es terres du Roy. Dauantagc il amafTa grand nombre de chameaus,dont il eut vne partie de fes amis amp;nbsp;confedc-rez,Ie refte auoit efte pris fur les aucrfaircs,lcfquels il prépara pour mener à la guerre j amp;nbsp;fit beaucoup dâautres prouifions de toutes chofes neceflaires pour combatte.
Comme Cyrta enutya ^raÃ)e pour espion en Lydie,feintant de i enfuir pour routrage quâil auoit -voulu faire à Pantnee.
CHAPITRE n.
A utrepart voulant Cynis enuoycr quelque fien efpion en Lydie,pour eftre feurement aucrti des entreprifes amp;nbsp;menées fccrettes du Roy des ARy-riens , il lui fembla quâArafpe feroit le plus propre pour cet afaire. le dy Arafpe qui auoit eu la belle Panthee en garde : car il eftoit auenu à ce
ieune homme dâeftre bien fort efpris de fon amour, tellement quâil futcontreint lui defeouurirfon courage amp;nbsp;la requérir de fondcf-honneur.Ce quâelle lui rcfufa,comme femme prudente,amp; gardant loyauté à fon mari abfent, lequel elle aymoit fur tous les hommes du modc.Et toutefois ne voulut acufer Arafpe à Cyrus,creingnant ferner quelque difeorde entre deus amis. A la fin quand Arafpe en-flambe de defir, sâeftima tomber en grande feruitude, sâil ne iouif-loit de fon amour, amp;nbsp;lâeut menaflee de la prendre à force, fi elle ne vouloir condefeendre à fon intencionyla femme creingnant eftre forcée,ne voulut plus tenir le fait cachc,ains enuoyapar fon eunu-ehe raconter lâafaire à Cyrus. Lequel oyant ces nouuelles premièrement fe moqua beaucoup de lui, pourautant quâil sâeftoit vanté de dominer fur fes pafsions, amp;nbsp;ne fe laifter affuiettir ans forcés dâamour : puis enuoy a Artabaze auec lâcunuche lui dire, qu'Il fe gar^ daftbien de forcer en façon quelconque vne telle Dame : mais sâil lapouuoit induire par paroles à fa volonté â quâil nây donneroit point dâempefehement. Artabaze venu âcommença à lui dire vile-' me.vù que la femme eftoit en fes mains comme vn depoft,amp; lui reprocha aigrement fa mefchanceté ,fonimuftice, amp;nbsp;incontinence: tellement quâArafpe veincudââpre douleur ietta des larmes abon-ââ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;u nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;dam ment.
i$4 â L A âC Y R O P E D I E
dattiméntjamp;: confus de honte mouroit quafi de creinte que Cyrus lui fift quelque grand déshonneur. Cyrus auertidecelà le fit apclerjamp; lui dit en fecret telles paroles :1e voy bien ArafpeJî creinte que tu as de moy, amp;nbsp;la honte qui te rend confus. Mais ote hardiment cet emoy de ton cÅur: car Ion dit que les Dieus meines ont efte veineuz par force dâamour , amp;nbsp;les hommes eHimeZ treflages ont foufert beaucoup de tourmens pour mefme caufc Quant à moyie me fuis fouuent repris amp;nbsp;malcontente de ma nature, de nâauoir curant dcpuilTance furmoymefme queiepuflf conuerfer parmi les belles perfonnes amp;nbsp;mâen paffer quand honnît fembloit.Dauantagc tu merites exeufe de cette fautCjdâautant que iâay elle caufe de ta raefauanture, ôc tâay contrein de combatre vnc chofe inexpugnable. Adonq Arafpe lui refpondit : le connois bien. Sire, que vous voulez eftre femblable à vous mefme eiltet afaire comme aus autres : car vous eftes dous amp;nbsp;bénin, amp;nbsp;aue2 acoutume de pardonner aus fautes des hommes. Mais les autres hommes mâeftonnent amp;nbsp;rempliflent de f®uci amp;nbsp;douleur tear aufs* tot que le bruit de mon malheur ha elle partout efpandu mes ennemis ont commence à sâen refiouir, de forte quâaucuns deines amis pour confort me confeillent de mâoter de la vue des homines, pour ne receuoir de vous plus apre punicion, comme celui qui 3/ grandement amp;nbsp;iniuftement ofensc. Il te faut donq fauoir, dit C)quot; rus,que fous lâombre de telle opinion tu me peus maintenant faire vn trefgrâd plaifir amp;nbsp;à mes amis vnmerueilleus profit. A la mienne volonté, dit Arafpe, que ie vous pulîe faire quelque ferai ce agréable. Or donq, dit Cyrus, fi en femgnant de tâen fuir tu te voulait rendre à nos ennemis, ie penfe que tu pourrois aisément entrer en credit entiers eus. le le croy par Dieu, dit Arafpe, à caufe que nos amis mefmes le croiront, amp;nbsp;femeront tel bruit de ma fuite. Aptes çelà , dit Cyrus, tu pourras retourner à nous ayant connu tous leurs afaires : car ils ne faudront point à te communiquer leurs en-treprifes, tellement que tu feras au vray informe detout ce que nous voulons fauoir. Vous plait il, dit Arafpe, que ie parte incontinent , à fin que ma fujtç foudeine leur donne plus dâafluranceamp; cftimçquc iç lâaye fait pourcuiter votre fureur?Mais comment dit Cyrus, pourras (tu lailfer la belle-Paulhcc ? le connois bien dit 11, Sire, que iâay deus clpritz amp;nbsp;def ames i de enâ cçt endroit a/ filolofc aucc vn-flofille fans de imulla., qui eft Amour* Car il uâeUpas pofsible sâil nây auoit quâvnc ame, quâelle puft ien vnmef-mc rems elite bonne amp;nbsp;maunaife, aymer pareillement les bonne-lies dé vfiemes accions, .Youlon dé ne ,vouloir vnc mefme chell-
DE XENOPHON. LIVRE VI. iî5
mais II efl certein quâil y ha deus ames, entre Icfquellcs quad la bon- Ce ^uAra^ ne domine nous faifons les chofes honneftes .-quand lamauuaifc gounerne, les deshonneftes. Maintenant donques vous ayant pris pour confeillcr Ãc condufteur, la bonne ame domine amp;nbsp;figneurie en raoy. Sâil te femble bon, dit Cyrus, de partir incontinent pour miens entrer en leur »race.il te faudra raconter nos menees amp;nbsp;leur rcueler nos entreprifeSjinais il les faut reueler de telle façon^que les leurs en foient empefchees:Et nây ha meilleur moyen de les deftour ber que fi tu leur fais entendre quenousnous apreftons pour gâter leurs terres: car oyant telles nouuclles ils nâallcmbleront fiai-fément toutes leurs forces,pource que chacun creindra que fes terres ne foient gatees, amp;nbsp;sây tiendra pour la defenfe de fes biens particuliers. Demoure aufsi le plus que tu pourras auec eus:carnous nâauôs befoin dâeftre auertiz finon des dernicres entreprifes quâils feront,lors que nous ferons près les vns des autres.Nâoublie pareillement à leur confeiller de fe mettre en ordre le mieus quâil leur fera pofsiblc,amp; au lieu quâils eftimeront le meilleur : car au tems que tu partiras dâaucc eus fachant tresbien lâordre quâils voudront tenir au combat ils feront contreins ou de tenir vnemefmc forme creingnant la changer, ou bien sâils la changent leur nouuel ordre les mettra foudein en defordre. Apres ces paroles eftant Arafpe par ti auec fes inftruccions,print en fa compagnie fes plus loyaus ferui-tcurs,(Sc ayant ordonne aus autres ce quâil vouloit eftre fait pour la conduite de fes afiiircs, «âen alla hors du camp fecrettement amp;nbsp;à grandâ diligence, ainfi quâil anoit acordc. Eten bref tems arriua vers le Roy dâAflÿrie ou il fut reçu qrcshonorablcmcnt, amp;nbsp;après auoir rende les entreprifes de Cyrus, il fut tenu pour compagnon amp;ami,amp;eut communicacion de tout ce que les Rois ôc Princes auoient délibéré de faire pour la guerre.
deus amet, eÃÃultmet
Comme Pantheejit'vensr fort mari à Cyrtu, ^ Fapreà quilÃt pour la guerre , ^ des façons inuenfees pour charrier gy* conduire les groffes machines, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chat. 111.
^Donq Panthee voyant Arafpe parti à fi grand* diligence, enuoya dire à Cyrus quâil ne fe ià chaft point pour la fuite dâArafpe ; Car sâil lui bailloit contré dâenuover vn home à fon mari, elle sâalTu-^!roit lui donner vn plus loyal feruiteur amp;nbsp;ami __________que nâeftoit Arafpe,lequel viendroit acompagné ^e toute fa puiliance:Pource que le feu Roy dâAflÿrie lâauoit ayme u a grand
ijff nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
grandement^mais celui qui pour lors rcnoit sâeflolt efforce de illettré diuorce entre lui amp;nbsp;elle ; parquoy eftimant ce prefent Roy lui auoir fait vn grand tort, elle tenoit pour certein quâil fc rendroit volontiers à vn tel amp;nbsp;fi vertueus Prince comme Cyrus. Apres que Cyrus lui eut permis amp;nbsp;commande de ce faire, Abradate fon man Roy de la Sufienne connoiflant les enfeignes de fa femme,amp; anem comment toutes chofes cfloient allées, vint de fon bon S're à Cy-rus acompagné de deus mille Cheuans ou enuiron. Quand il fui: venu iufques au guet des Perfes il enuoya dire à Cyrus qui il edoit, amp;nbsp;pourquoy il venoit. Adonq Cyrus commanda quâil full conduit vers fa femme. Quand Abradate amp;nbsp;fa femme fe furent vuz, hors de toute efperance, il ert merueilleus à penfer la ioye, la pitié, amp;nbsp;les embraflemens quâils sâentredonnerent, comme il eft raifonnabb ; quâil auienne entre grans amis : incontinent apres Panthee luira' conta la loyauté, la continence amp;nbsp;vertu de Cyrus, amp;nbsp;la pitié dont il auoit vsé enuers elle, tellement que Abradate lui dit ; Q^e pour-rois iedonques faire Pathee, pour recompenfer Cyrus pourvous amp;nbsp;pour moy ? Qiielle chofe dit elle, linon vous efforcer dâedretd enuers lui quâil ha effé enuers vous ? Abradate de mefme pas vint faire la reuerence à Cyrus, amp;nbsp;lc prenant par la main dextre, lui dit: pour tous les bienfaits. Sire,,quâil vous ha plu nous faire,ie ne vous faurois ofrirny donner chofe plus grande quemoymefme,amp;iigt;t t prefente à vous pour eure votre treshumble feruiteur,ami,amp; compagnon de cette guerre.Et ou ie conoirray que vous aurez le coeut à quelque entrcprife,iemâefforceray vous y ayder lemieus amp;nbsp;le plus loyalement quâil me fera pofsiblc. Adonques le reçut Cyrus tref amiablemcnt amp;pour lors le fit aller fouper auec fa femme, lotis condicion quâil viendroit apres loger en fon pauillon auec tous fcs amis. Voyant donq Abradate comme Cyrus preparoit fes dit- I riots armez de fauls, inftruifoit les hommedarmes amp;nbsp;les cheuaus I bardez de toutes pieces quâon apeloit cataphraftes, sâefforça de l fournir cent chariots armez des cheuaus de fa compagnie fembla-bles à cens de Cyrus, amp;nbsp;fe mit luimefme en ordre pour les condui-rc,amp; pour fa perfonne fit faire vn beau chariotjlequel il fit compo-fer amp;nbsp;bâtir de quatre limons à huit cheuaus atelez, amp;nbsp;Panthet fa femme de fon argent propre lui fit faire vn harnois,vn heaume amp;nbsp;les auantbras dâor,les harnois des cheuaus les bardes amp;nbsp;autres acou tremens du chariot, dâerain.- Voilà comment Abradate fe preparoit, amp;nbsp;Cyrus voyant fon chariot à quatre limons, imagina dâen faire vn autre à huit limons,à fin de trainer auecques huit paires de beufs lapins groffe machine des engins de bois quâil auoit fait faire
DE XENOPHON. LIVRE VI. x pour rompre les murailles^tellement quâil fit faire vu chariot efieuc de trois pas fur terre auec fes roues, amp;nbsp;eftimoit que les tours afsi-fes fur les chariots faits de telle façon, fuiuant le bataillon en bon ordre, donneroient vn grand fecours à fes gens, amp;nbsp;grand dommage aus fquadrons des ennemis. Si fit à tels edifices des Galeries» courir alentour auecqucs des creneaus, amp;nbsp;fur chacune tour mit vint hommes armez. Après quâil eut efTayé toutes les chofes necef-fairespour ces tours, il en voulut effayer le charroy, amp;nbsp;trouua que huit couples de beufs menoient plus aisément vne tour amp;nbsp;les hom mes qui eftoient defTiis, que chacune paire de beufs fon poix ordinaire des meubles amp;nbsp;bagages dâvne troupe de gendarmes. Car le poix desvtenfiles quâils portoient ordinairement parpaïs, eftoit pour chacune couple de beufs, enuiron vint Ãc cinq talens qui re-nenoicnt enuiron à trois milliers cent vint amp;cinq liures pefanr. Maislepoix de la tour bâtie en façon dâvn tabernacle tragique, auecl'cfpefreur des baliueaus les vint hommes «Scieurs armes,ne re-uenoient à chacune paire de beufs quâà quinze talens , câetadire à dixhuit cens foixante quinze liures pefant. Car tout lebatiment ncpefoit que quinze milliers ou enuiron. Parquoy Cyrus voyant hvoiture defdites tours eftre aifee les prépara pour les mener auec fon camp, eflimant que tous les auantages tant foient ilspetiz, quâon peut auoir à la guerre font de grandâ importance, amp;nbsp;font caufe foiiuent de fauuer la bonne «querelle du vcincueur,lt;Sc lui apot Ht vne félicité grande.
Comme le Jloy des Indes ennoya faire atiance auecqucs Cyrus, wi renuoya les Embajjadeurs dâicelui, pour e/fier les afai~ te; des ^ffynens, ^ les nouueUes quâils en raporterent.
C H A P. I 111.
N ce mefme tems arriuerent les Embafladeurs du Roy des Indes qui aportoient grande quantité dâargent, amp;nbsp;auoient en mandement de dire à Cyrus : Que leur Roy sâeftoit merueilleufemcnt ref-ioui, de ce quâil lui auoir deelairé fa necefsité, lt;Sc des lors vouloir eftre fon ami amp;nbsp;cofederé, à cette 'â â'quot;t lui enuoyoit de lâargent, amp;nbsp;sâil en auoit afaire dâauantage, âlâquot;hnenuoyaft querir.Outre leur auoit ordonné de faire tout ce voudroit commander, amp;nbsp;lui obéir en toutes chofes pour ^ââquot;fenice.
Ãyfus ayant ces nouuellcs, leur enchargea, que partie dâiceus u 3 demon
158 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
demouraft cnfes tentes pour garder lâargent amp;nbsp;faire la meilleure cherc dont ils fc pourroient auifer,amp; trois dâentrâeus allalîenf, comme Embafladeurs deuers le Roy dâAlTyrie, faire femblant de traiter au nom de leur Roy, focieté amp;aliance de guerre aueclub amp;nbsp;apres aiioir entendu ce quâil auroit délibéré de faire j quâils re-Uinfent incontinent pour anertir lui amp;nbsp;le Roy des Indes de tout lâafairc : En quoy, sâils vouloient faire le denoir, promit leur en falloir meilleur gré que de lâargent quâils lui auoient donné. Caries efpions habillez comme ferfs ne peuiient donner auertilîenient, finon des chofes vulgaires qui font connues mefmc du menu peuple , mais les gens dâhonneur, tels que les Embafladeurs j peuiicnt fonuent entendre ies confeils amp;nbsp;fecrettes entreprifes des Rois. Les Indois oyans celà , de tresbon cÅur promirent dây aller j amp;nbsp;après auoirreçu grans donSjamp;inflruccions neceffairespour leur voyage» partirent le iour enfuiuant ^ promettans de retourner le plus tôt quâil leur feroitpofsible, quand ils feroient informez amplement de toutes les entreprifes du Roy dâAflyrie. Dautrepart Cyrus ayant trefmagnifiquement préparé les chofes ncceflaires pour h guerre, comme celui qui ne mettoit fes penfecs en chofes viles, ou bafles,non feulement fe montra curieus de faire hôneur à fes allez» mais fema parmi fes amis vnecontencion amp;emulacion de vertu, à fin que chacun en fon endroit amp;nbsp;tous en general fc montraflent forts, braucs,bien armez, bien équipez, bien garniz de chcuaus5t armures fourbies, bien inflruits au dart amp;à la flefehe, amp;trefin-duRricus en toutes chofes. Et pour ce faire les menoit fouirent à h chafle, louant «Seprifant toufiours cens qui femontroientfortsd: adroits à chenal. Sâil tronuoit parfois aucuns de fes Capiteines» qui fuflent diligens à inftruire leurs compagnons amp;nbsp;les faire valoir» par dons amp;nbsp;louenges publiques les incitoit à vertu. Quand ceve-noit à quelque facrifice,ou fefle folennelle,il faifoit des iens depn^ de tous esbatemens amp;nbsp;façons de combatte quâon peut imaginé pour la gu erre, amp;nbsp;donnoit de trefriches prefens ans veincueurSjtel-lement que toute lâarmée eftoit en vue merueilleufe liefle amp;nbsp;contentement. Or auoit Cyrus quafi mis en ordre toutes les chofes quâil auoit délibérées pour la guerre, fors les grandes machinesî rompre murailles : caria caualerie Perfique eftoit défia fournie iniques à dix mille hommedarmes, amp;nbsp;les chariots armez de faills,quâil auoit inuentez eftoient paracheuez iufqiies au nombre de cent-Abradate Sufien en auoit aufsi fait iufques à cent, fembJablesa ceus de Cyrus, amp;nbsp;cent autres chariots Modiques, que Cyrus auoit perfuadé à Cyaxare de changer en cette noimeUe façon, aboliflant â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;~ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâancienne
DE XENOPHON. LIVRE VL ^9
Fancienne figure des chariots Troycns amp;nbsp;LybiqueSjfur lefquels on fouloit aller afsiz à la guerre. Sur chacun Dromadaire y auoit deus archers j amp;nbsp;toutes autres chofes eftoient fi bien apreftecs ^ quela pkifpart des foldats tenoiët défia la viftoire en leur main _, amp;nbsp;nâefti-moient rien leurs auerfaires. Mais quad les Embaffadeurs indiens^ que Cyrus auoit cuuoyez pour efpicr les faits des ennemis, fùrent retournez, amp;nbsp;eurent raportc comme Crefus efloit eflu Empereur amp;nbsp;Capiteine général de tous les ennemis, comme les Rois conférerez auoient délibéré dây venir auec toutes leurs forces, amp;nbsp;conférer grande quantité dâor amp;nbsp;dâargent : quâils eftoient intentifs à trouner amp;nbsp;fouldoyer tous les compagnons quâils pouuoicnt aiioir, amp;nbsp;donner argent à cens qui le meritoicnt,.mefme quâils auoient defiafouldoyé grand nombre de Thraciens auantuners. Qiieles EgJ'pdens eftoient fur mer pour fe ioindre ans Aftyriensen nobre rc fix vints mille hommes garniz de pauois pendans iufques en terre , de longues piques (dont ils vfent encorâ auiourdâhui) amp;nbsp;de longues efpees. Les Cypriens venoient aufsiparmer, lesCiliciens eftoient défia en armes,les gens des deus Phrygies, les Lycaoniens, Paphlagoniens, Capadoces, Arabes amp;nbsp;Phéniciens, amp;nbsp;auec le Roy dcÃabylone tous les Afiyriens : Pareillement que les Ioniens, Eoliens , amp;nbsp;prefquc tous les Grecs habitans en Afie eftoient cotreins par Crefus de le fuiurc, lequel auoit aufsi enuoyé aus Lacédémoniens pour faire aliance de guerre auec eus. Au demourant quele camp sâaflembloic entour la riuiere de Parole, de là quâils fe voit- câet en fA~ loient camper fur la Tymbrâydc, ou fe fait encore auiourdâhui lâaf- Ãe nunexr. fcmhlee des Barbares habitans la bafle Syrie, qui font fous le Roy ^auoient fait commandement à tous leurs fiiietz de faire proui-fion de municions amp;nbsp;deviures au camp. Les raports des captifs eftoient prefque femblables:car Cyms sâeftorçoit toufiours de pren dre cens, dont il efperoit tirer quelque auertillement, amp;nbsp;enuoyoit en diuers lieus des efpions en habit dâefclaues fugitifs pour auoit plus de raports. Comme donq le camp de Cyrus eut entendu ces nouuelles, ils commencèrent tous à fe facher amp;nbsp;contrifter, comme la raifon le vouloir, on les voyoit plus mornes amp;nbsp;penfifs quâils nâa-uoient acoutumé dâeftre, amp;nbsp;ne le montroient fi ioyeus amp;nbsp;difpots tmiime deuant,au contraire plus triftes amp;nbsp;mélancoliques,amp; nâeuft oavùle camp rempli fi non de gens aflemblez par troupes, qui de-ââ'îndoient lâvn à lâautre des nouuelles, amp;nbsp;dilcouroient des afaires deiaguerre. Cyrus feu tant le camp cfmu amp;nbsp;troublé de creinte, fit »iftcnibler les principaus Capitemes , amp;nbsp;tous cens dont il pouuoit auoir dommage^ sâils eftoient fadfiz de cÅur,^ profit sâils fe mou-
troient
KTO nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
troicnt hardiz. Si commanda aus Archers de fa garde de nâempef-chcr les autres foldats, sâils fe vouloiêt aprocher pour Fouir parler, amp;nbsp;comme ils furent tous affemblczpl parlementa comme sâenfuit:
Harangue de Cyrtts pour oter la creinte à fessons (^ Fe^on-nemeut qu ib auoienteu des nouueUes de la^uerre.
CHAPITRE V.
Ertucus amp;nbsp;bien aymez compagnons, la caufe pourquoy ie vous ay affemblez eft, pourtant que iâay vu aucuns porter vifage de gens creintifs amp;nbsp;eftonnez pour les nouuelles qui font venues des auerfaires : car il me femble fort ertranse. amp;nbsp;m e-___merueille grandement^ quâaucun de vous sâefpou liante dâouir que les ennemis sâaffemblct amp;nbsp;apreftent pour la guerre, vu que nous fommes beaucoup plus que quand nouseuftnes vne fi belle vidoire fus eus, amp;nbsp;parmefine raifon, aucc Faydedes Dieus, notre armee fe troutie meilleure, plus belle amp;nbsp;puiflante ! quâelle ne futiamais. Eft il donq pofsiblc,fachans amp;nbsp;connoilTans | nos forces, que ne foycz hardiz ? O dieus immortels ! que feriez vous (vous qui creingnez en ce tems) filon vous raportoit vos ennemis efire en Feftat que nous fommes maintenant,amp; venir à lâen-contre de vous ? Car premièrement Ion vous diroit: Voilà les ennemis qui vous ont autrefois batuz, les voilà retournez ayans au coeur la mefmc vidoire quâils ont défia gagnee. Lon vous diroit: Voilà les Archers, voilà les foldats qui ont abatu amp;nbsp;rasé vosgraos forterefTes, qui font au double plus quâils nâeftoient auparauant. On vous diroit : Voilà les gens de pic,qui ont défait votre fanterie eftans armez, maintenant ils fe font mis à chenal armez de mefniet armes,lt;Sc viennent contre votre gendarmeric,lt;Sc fans auoirpeutde | dart ny de flefehe galopent aucc vne lance, ou iaueline, pour coin-batre à la main. Dauantage,voilà venir les chariots armez,qui font â¬quipez,non point pour fuir comme auparauant, mais pour combatte , ayans les cheuaus bardez de maille, les condudeurs fur le* tours de bois defenduz amp;nbsp;armez de cuiraffe amp;nbsp;falade, des faills trenchantes aus ailTculs des roues, pour fe ruer impetueufemet fut vos rengs. Ils ont aufsi(vous diroit on) des Chameaus, furlefqucls y ha des combatans, dont le regart dâvu feul cft fufifant à efrayô cent chcuaus : outre cclà , ils ont batf des tours, defqucllcs ils donnent fecours à leurs gens, amp;nbsp;à nous empefehement de combatte a la plaine. Si donq on vous raportoit les ennemis efire équipez de
DE XENOPHON. LIVRE VL i6T ces armes (^ie dy à vous, qui pour fi peu de chofe eftes tombez en creinte) que feriez vous? que diriez vous? qui eftes fi eftonnez dâa-uoir entendu Crefus efire Capiteine general de leur armee? Lequel cd plus Jafehe amp;nbsp;couart que les autres SyrienSj dâautant que les Syriens en la bataille que nous gagnâmes, ne fe mirent en fuite finon après quâils furent veineuz au combat : mais Crefus les voyant en danger, en lieu de les fecourir, fc tourna le premier en fuite. Da-nantage. Ion vous ha auertiz que les auerfaires ne fe fentans affez forts poumons, cherchent des eftrangers à la foulde, dont ils fe penfentmieus valoir à la guerre, que dâeufmefmes. Vous fembleil Jonques tels raports eure à creindre amp;nbsp;eftimer, amp;nbsp;nos forces à reprendre amp;nbsp;blâmer? le fuis dâauis, vertueus compagnons, que nous enuoyons^no5 ennemis cens qui ont telle creinte, pour auguîen-ter encores leur compagnie de gens inutiles:amp; tenez.pour coftein, qu ils nous profiteront beaucoup plus eftans auec eus,que demou-rans tellement afeclez amp;nbsp;eftonnez auecques nous.
Ayant Cyrus dit ces paroles,Chryfante Perfe fe leua amp;nbsp;dit : Ne vous cmeriieillez point. Sire, dâauoir vu aucuns des foldats marriz amp;facliezpourlcsnouuelles des ennemis. Car leur triflelTenepro-«de point de creinte, ains de defpic amp;nbsp;marnlîon, comme pouiiez edimer quâil auiendroit à cens qui fe penferoient eftre défia à table pour dîner, ce neanmoins fi on leur commandoit quelque befon-gne, quâil falull faire deuant que manger, il nây auroit homme (à mon auis) qui nâen full dolent amp;nbsp;fâché : aufsi nous eftimans eftre defta en voyc pour nous enrichir,quad ion nous ha dit,quâil y auoit encorâ quelque befongne à faire, nous anons eu le vifage trouble, non point de creinte, mais de defir quâelle fiift défia faite. Caren confiderant quâil nous faut combatrenon fculemet pour la Syrie, qui edfertile amp;nbsp;abondante de beaus blez, grand bétail, amp;nbsp;Palmes frudiferesimais aufsi pour la Lydie,ou il y ha grand vinoble,abon-dance de figues amp;nbsp;dâhuile : amp;nbsp;au bort de la mer, dont tant de biens procèdent, que aucun viuant nâen peut voir autant ailleurs : Nous reprenons courage,amp; ne fommes plus ny marriz ny rroublez,ains rempliz dâvue grandâ hardielTe amp;nbsp;confiance, pour bien tôt aller prendre poffefsion amp;nbsp;iouiflance de tous les biens de Lydie. Il me femble donq,dit Cyrus, vaillans compagnons, quâil nous faut aller contre eus lepluftot quâil nous fera pofsible, pour les furprendre auant quâils ayent recueilli les fruits de la terrCjioint que tant pluf-tot nous irons,tant moins les trouuerons garniz de ce quâil leur f^'vvgt; Toutefois fiquelquâvn de vous fcet ou entend quelque plus fom^j ouplus aisé moyen, quâil lâenfeigne. Quand la plus part eut
X- aprouné
LA, CYROPEDIE
aprouné cette opinion ^ quâil faloit incontinent aller fur les auer-faireSjamp; que perfonne nâalla au contraire,Cyrus recommença à les amonnefter amp;nbsp;inftruire comme sâenfuit:
Enfeionement de Cyruf a fes Cafitetnes, tant pour la façon de yiure des foldats,que four la conduite dâvne armee par fais, ordre des fionijiers,marchans^ouuriers^^ municionnaires.
CHAPITRE vi.
Ompagnons trefaymez, puis que parla grace de Dieu,amp; par longue experience vos courages ont elle bien inllruits à combatte, vos corps difpots à marcher, amp;nbsp;les armes, dont il vous faut vfet, de long tems apreftees : maintenant ne relie pluâ quâà faire prouifion de viurcs tant pour nous, quepour nos belles atout le moins pourvint iours. Car endif
Comme il faut mener quot;yne armee far fais.
couranten moymefme ietrouueque nous auonsplus de quinze journées de chemin à faire, par lequel ne trouuerons ny herbesnj' viureSjpource q partie dâiceusha ertc pillee par nous mefraes,p3roe par les auerfaires qui nous creingnoient, toutefois il nous enfant tromicr: car fans celà nous ne pourrons ny viure ny combatru mais quant au vin, chacun en ayt feulement autant quâil luifel necefiairc. Toutefois ie fuis dâauis, que nous nous acoutumionsa boire de lâeau : car nous auons à pafler vn grand païs, qui ne porte point de vins, de forte quâencores que nous en hfsions grolleprO' uifion,nous nâen fauriosalfezporter. Parquoy, afin qucparvnefi fubitc indigence devins nous ne tombions en quelque maladie ,11 nous faudra commencer à boire de lâeau à nos repas, afin quelâ foudeine mutacion ne nous foit trop grieue à porter. Car celui mefmc qui vit de gateau, mange dâvue pâlie en eau deflrempee,lâ pain aufsi ellpétri en lâeau, amp;nbsp;toutes chofes boulies participent de lâeau, ou elles font cuites. Mais pour le commencement nefiæ dra boire du vin, finon apres le repas, dont perfonne ne fe portera pis, amp;nbsp;ne lairra point de repofer : puis faudra peu à peu diminuer Ãâvfage du vin,iufqucs à tant que nâen bunions point du tout. Car le changement qui fe fait par le menu,fait endurer plus doucement Jes mutacions : ainfi que Dieu mefmes nous auertiflparfes euurcs, lequel nous meine petit à petit des grandes chaleurs ans fortes gelees , amp;nbsp;des gelees amp;nbsp;froidures dâyucr, aus chaleurs dâelle. Ce quâil nous coulent cnfiiinrc,amp;nous acoutumer de notre bon gré à faire vue chofe,poiir y paruenir auec moins dç fâcherie. Au deraourant vous
DE XENOPHON. LIVRE,VI. x/îj vous ferez tresbien de vendre les couuerturcs de vos lits ^ pour auoir des viures : car fi dâauanture vous en aiiez de relie, ils ne le-* ront inutiles : mais fans conuertures vous ne lairrez pas à dormir: fl autrement il en anient, prenez vous en à moy : toutefois lâabon» dance des robes amp;nbsp;babillemens donne grand fecours à lâhomme foit en fantc ou en tems de maladie.Quant aus viandespl faut faire prouifion de celles qui font plus aigues amp;nbsp;mordantes, principalement debonnes chairs falees : car elles refiafient pluftot, amp;nbsp;durent plus à digerer.Si tôt que nous ferons entrez au bon païs 0c falubre, auquel vrayfemblablcment nous trouuerons des bicz, il faudra faire des moulins à braz, qui cille plus leger infirument de cens dont on fait le pain , il ne faut aufsi oublier de toutes drogues amp;nbsp;autres meubles, dont les malades peuuent auoir befoin,dcfquels la charge eft fort petite, amp;rvfagebicn grand, fifortunc nous cRoit contraire. Faites aufsi prouifion de cordes amp;: liens, dâautant que f'fageen eft commun pour les hommes amp;nbsp;les cheuaus en plufieurs diofes ; car vnc chofe rompue ou gatee, donne grande dilacion à signerpaïs, fi Ion nâa des liens, cordes, amp;nbsp;autres meubles neceflai-r«ponrprontement y remédier. Le fourbifleur des piques, nâou-hliepoint fa doloirc, amp;nbsp;lui fera bon dâauoir vne lime : car celui qui aguife vue lance (par manière de parler) aguife aufsi fon courage: dâautant quâil femble que ce foit honte amp;nbsp;deshonneur dâeftre lafehe amp;nbsp;couart à celui qui afile les armes dâautrui. Il faut aufsi auoir forcebarres (Sc baliueaus fur les chariots dâarmes amp;nbsp;charrettes : car il eft quelque fois force dâen auoir amp;uâcn peut ou recouurcr. Pareilr lementfefaut garnir de tous outils neceflaires à chacun meftier: cat Ion ue trouiic pas des ouuriers par tout, amp;nbsp;à ce quâil faut du â°âtà laiournccpcu de gens ne peuuent fufire. Chacune charretc ^Jf fonià uchet,amp; fa fourche: chacune belle de charge fa faills amp;nbsp;fa houe: car chacun sâen ayde en priuc, amp;nbsp;portent grand profit en piibliq.Quant aus viures,vous conducteurs de cens qui portent les armes, aurez lachargedâen faire porter pour leurs maitres, amp;nbsp;nâen laifiezauoir faute à vn feuhear nous mefines en foufririons.-Quant a ceus des belles, vous qui auez charge du bagage, donnez ordre quâily enayt,(Sc contreingnez dâen acheter tous ceus qui en auront faute. Vous Capiteines des pionniers, faites enroller tous cens qui par moy ont elle caficz des bendes des archers, iaculateurs, amp;nbsp;por-teursdefondes.Car ie veus que ceus qui fout fortiz du reng des ia-etthteurs foient contreins dâaller à la guerre auec vne coignee, les â'chets auec vn rateau, les porteurs de fonde auecle fardoir :amp; tous «tfçæble marcheront deuaut les charretes fur les ailes, à fin
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,0-4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA C Y R O P E D I E
que sâil faut aplanir le chemin, ils foient prefts pour le faire, amp;1* i'ay afaire dâeus, ie fache ou les tronucr. le fcray venir au camp d'^ ouuriers de chacun meftier auec leurs outils, qui feront en aagc pour fuiure la guerre,comme Cordonniers,Tailleurs, MarechauS Maçons, amp;nbsp;Feures dâerain, à fin que durant lâexpedicion lon nâa)' faute dâaucune chofe.Ceus cy fe tiendront au reng de cens qui po' tent les harnois des gendarmes, mais ce fera en vn certein qnaf' tier,pour feruir tout le monde pour argent. Si quelque marchan' veut fuiure le camp pour vendre fes denrees,quâil ayt aufsi des pW' uifions pour vint iours,dens lefquels sâil vend aucune marchandé') tous fes biens feront confifquez : mais apres ce tems, lui feraloid' ble de vendre tout ce quâil voudra à fon plaifir, amp;nbsp;lors quiconques aportera beaucoup devîntes au camp, fera recompense demoyde des confederez. leleur feray encorâ cette grace,que fi quelqueifâ''' chand fe fent auoir befoin dâargent,pour entretenir fa marchadifc me donnant connoifiance amp;nbsp;refpondans de fa foy, ie lui en baiU'' ray. Voilà les points, dont pour le prefentie vous ay voulu aïK'' tir, fiquelquâvn fcet autre chofe pour notre profit, quâil me le fall' cntendre,ie lui en fauray bon grc. Au demourant, allez vous af 1 prefter, ce pendant ieferay facrifice pour auoir la grace de Dieibâ^ faire profperer notre voyage, amp;nbsp;files augures font bons, levons eiâ auertiray. Entre vous foldats, trouuez vous en ordre fous vos en* feignes,au lieu qui vous fera montré:vous Capiteines,apres quâau' rez rengé vos gcns,retournez à moy, à fin que chacun de vous en' tende la place, quâil deura tenir.
Comme CyrM 'vînt trouner les duerfairef en Lydie, ^ U^A^o^ dont il 'vfoit à camper,^ marcher auec toute h armee.
CHAPITRE, vn.
Es paroles ouies les foldats fe mirent inconti' lient en ordre, amp;nbsp;Cyrus fit fes facrifices, lefquelgt;
quand il vid bien amp;nbsp;deument acompliz, iHc^^ le camp rSepour la premiere iournee le plantai' plus près quâil put du lieu dâoù ileftoit parti? fin que fi les compagnons auoient oublié quel' que chofe ou vouloient acheter quelque habillement dauantagC; ce mefme iourils pufient retourner à la ville pour lâacheter. Cyâ' xarcnâayant retenu des Medes que la tierce partie auecfoy,afe quefonpaïs ne fiift entièrement ddgarni degens de guerre Jailli aller le demeurant de fon armee aiiec Cyrws,amp; demoura en Me^''
DE XENOPHON. LIVRE VL 1(75
Cependant Cyrus sâen allait le plus diligemment quâil lui efloit pofsible, auec vne tresbellc ordonnance faifant marcher la cauale-rie déliant toute Farmee j amp;auoit pour faire fcorte grand nombre dâaiiancoureurs, lefquels ilenuoyoit toufiours fur les hauts lieus pour defeouurir le pais dâalentour. En apres fuiuoit le bagage, amp;nbsp;quand il trouiioit le chemin à plaifir, diuifoit les charrettes du bagage, amp;nbsp;les chariots par troupes amp;nbsp;les faifoit fuiure en bon ordre. Apres marchoit le gros bataillon des gens de pic rengez en forme quarree. Si quelque chariot efloit tardif à venir, les Capiteines qui sây trouiioient procheins, donnoieiit ordre quâils ne fuffent cm-pefehez de marcher. Quand ce venoit à vn chemin eftroitamp; rompu, les valets des gendarmes ayans le bagage au milieu alloient dâvncpartiSc dâautre : fi quelque chofe les deftourboit, les foldats ordonnez pour cet afaire y prenoient garde. Mais le plus fouiient hs compagnies marchoient ayans leur bagage à leur cote : car ainfî 13iioit Cyrus commandé à tous les oficiers du camp, à fin que chacune compagnie euft fes meubles amp;nbsp;vtenfiles en la main, fi quelque empefehement ne furuenoit : amp;nbsp;chacun dâeus auoit la marque de fon Centenier amp;nbsp;faloit quâil la portail par païs pour ellre connu de toute la compagnie. Parainfi quand ils marchoient par troupes,iis donnoient ordre à leurs afaires, à fin quâils ne demouraffent en arriéré, amp;nbsp;par ce moyen nâeftoient iamais en peine de sâentrecher-cher, toutes leurs befongncs elloient preftes amp;nbsp;fauues,amp; les auoict aufsi tôt quâils voulaient. Quand donq ils eurent pafsé vn grand païsvfans toufiours de cette manière de camper amp;nbsp;marcher,les auancoureurs aperçurent quelques fourrageurs en vne grandâ cam PJ^Sr'ejqui emportoient du fourrage, du boiSjamp; plufieurs fortes de ^âtes : pareillement virent leurs belles dont les vues efloient char ge«,lcs autres paifToient en la plaine. Et paflans encorâ plus outre, aperçurent leuer quelque poudre oufumee, dont ils fe doutèrent quelâoll des ennemis nâefloit pas loin de là . Parquoy le Capiteine des auancoureurs enuoya incontinent vn homme pour auertir Cy tus de lâafaire, lequel commanda quâils sâarreftaflent fur leurs fen-tinelles.-au demourant lui fiffent falloir tout ce quâils aperceuroient dcnoiiueau. Dautrepart enuoya vne compagnie de cheuaus plus outre, pour sâelforcer de prendre aucuns de cens qui efloient efga*-rez par la campagne, à fin dâellre miens affurc de cette entreprife. Pendant quâils eftoient en cette poiirfuite, Cyrus changea lâordre de fes cfquadrons, à fin que chacun sâaprellall de tenir fon reng ^^int quâils fulTent plus près des auerfaires.Comme donq il les eut â¢t dinçr leur commanda de fe tenir fous leurs enfeignes pour fai-
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rlt;rlt;r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEOIE
rc prontcment cc gni feroir commande: amp;nbsp;incontinent fit aflem-bler des Capiteines tant de gens de cheuafigne des gens depic/ha-riots dâarmeSjmachineSj chameans amp;nbsp;bagages ; amp;nbsp;tôt après fiiriiii? drent les chenans légers qui amenoient ccrtein nombre deprifon-niers. Iceus interroguez par Cyrus deJâeftat des ennemis lui raton-terentj comme ils eftoient fortiz du camp pour fourrager amp;nbsp;amaf-fer du bois, auoient paÃe les gardes amp;nbsp;elcoutes ^ qui efioient aflêz mal fougneufement eutretenueSjpour la grandâ multitude de leurs gens^que le gros de lâarmee uâcftoit quâà quatre lieues de là . Adonç Icm- demanda Cyrus j sâils auoient point oui nouuclles de lui .'ils dirent que par le camp il courolt vn bruits corneilles venoittrou-uerà grandâ puilîance. Dcrecbefpour donner courage à fesgenJ leur demanda^ sâils efioient ioycus de fa venue.Ils rclpondircnttjuc non ; ains edoient en grande rriftelfe amp;nbsp;fâcherie .-toutefoisferner-toient en ordrepour atedre la bataille^ amp;nbsp;auoient fait le fcmblabb les trois ioursprecedens. Interroguez danantagepar Cyrus qui les mettoit en ordre: relj^ondirent que câedoit le Roy Crefus, vn Ãquot; i pitcineGrcCjamp;pareillement vn cettein homme de Alcdc,qui aiioit t abandonne le camp desPerfes, amp;nbsp;sâeftoit rendu ans AÃynens.O I mon Dieu , dit Cyrus j comme ie voudrois bien prendre cctui Jà a mon plaifir Æ Comme donq Cyrus eu t fait retirer les prifonniers,à fe retourna comme sâil eull voulu traiter quelque afaire amp;nbsp;parlementer auetfes trens.
Comme ^rajpe re»i»t à Cyem (27^ /«;* raconta toute lorJonnan' ce des ennemisj^^ les apreÃs dicelnipour mettreÃs^e/u^^ bataille, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. v i s ^'
a Neontinent apres ce que delTits ^furuint vnd^^ pli efpions djfint auoir aperçu vn grand nombres!': Jlgcns à chenal deuant les autres ^ amp;nbsp;auoir conie-Ãiare quâils cüoient cnnoyez pour dcfcoiiurir leur amice: Car deuant cette grode troupeyen _____auoit enuiron trente qui galopaient droit à h fentinclle on ils thifoient leguet, parauanturepourla furprendret lt;rar il nây auoit en ce lieu que dix hommes aus elcoutes. Adong Cyrus commanda à vue troupe de cheuaus quâil auoit toufiours près de foy, de le mettre en embûche à conuert dâvn cote du terW ou edoitia fentineUe fans faire aucun bruit, amp;nbsp;alfaillir lesauerfah
les incontinent quâils feraient entrez là dedens, pour prendreks cfcoutesjaufquels il commanda faire femblaat de sâen fumDaurrCâ
DE XENOPHON. LIVRE VL 1^7 part pour garder que la grofle bende ne leur puft nuire, commanda à Hyftafpe prendre vue compagnie de mille cheuaus amp;fc prefenter à lâencontre dâeus:mais quâil ne les fuiuiftpoint en lieu du inonde qui fiift obfcur ou couuertjde peur des embûches: mais feu-lemïtfetinftpreSj pour défendre amp;nbsp;garder la place de fes efeoutes. Toutefois fi aucuns venoient à lui ayans les mains leuecs, quâil les teçuft amiablemcnt amp;nbsp;les fit venir deuers lui. Hyftafpe sâen alla incontinent armer amp;nbsp;mettre en ordre fes gens pour exécuter le commandement de CyruSj ce pendant voici venir Arafpc au deuant de cens C|ui eftoient au guet auec fes feruiteurs, lequel aiioit eftc cn-uoycpour efpion aus ennemis amp;auoit eu en garde la belle Panthee. Cyrus oyant ces nouuelles fauta hors de fa chaire^pour lui aller au deuant. Adonq le reçut trefamiablemcnt, amp;nbsp;tous les autres furent Rienieilleufenient esbahiz de fi grandes carefles , iufques â r^nt que Cyrus leur dit : Voici mes amis . vn treshomme de bien Kuenuvers nous j duquel il faut maintenant que les faits foient connuzpar toutle raonde.Cc nâeft point pour eftre ateint de quel-^ficfaiite quâil partit fi foudeinement de moy,ny pour mefchance-feoucreinte quâil euft:inais feulement pour obéir à mon commandement il sâeft rendu aus aucrfaires ^ pour me raporter au vray toutes leurs entreprifes.Et nâoublicray point ce que le tâay promis, Arafpe,. mais te recompenferay au mieus quâil me fera pofsible. Parquoy il eft raifonnablc que vous tous lâhonoriez comme vn homme de bien amp;nbsp;de vertu: car pour notre profit il sâeft iette en culdentd.iger, «Sc ha foufert dâeftre charge dâvn crime dont il eftoit déshonoré. Apres cela tous les autres le reçurent amp;nbsp;embraflerent tôme leur ancien ami. Les embrafiemens amp;nbsp;falutacions finies, Cy'-ââ âs lui comanda raconter ce quâil auoit apris/ans diminuer en rien la vente, ny amoindrir en chofe quclcoquc la puiflance des auerfai-tes. Car il fera, difoit il, beaucoup meillcurpournous, detrouuer leurs forces moindres que nous ne penfcrons,q de les trouucr plus grandesq nous nâaurons entendu.Adonq Arafpe raconta depoint en point cômeil sâeftoit eftudie de fauoir au vray le nombre des ennemis,pourtant quâil sâeftoit mefle de les renger en bataille auec les autres Chefs de guerre,amp; pareillement lâordonnace de leur bataille amp;nbsp;cômeilspropofoient de faire leur iournec. Comme donq Cyrus lui eut demadé le nombre des ennemis en général, il refpondit que leurs bataillons tant des gens de pic,q de chciial,eftoicnt rengez en '''venierueilleufe eftcdue,mais nâauoient que trente homes de long 'uptofond,fors qle camp des Egy ptiens,qui eftoict loin des autres environ qiiaranteftades, câetadire dâenuiron deus lieues : carie me fuis
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fuis, dit iljfort eftudié de fauoir lâefpace de païs, amp;nbsp;la di fiance qu ils vouloient tenir. Adonqliii demanda Cyrus,fi les Egyptienstc-noient vne autre façon de renger leur bataille. Il relpondit qleurs Myriarches, câetadire Coronals de dix mille homes, anoientrengt chacun bataillon à cent hommes de long amp;nbsp;de large en quatre, h' quelle façon dâordonner les batailles ils auoient aportee de leur païs. Mais Crefus leur auoit à grand regret permis de ce faire, c^r il les euft volontiers contreins defuiure fon ordonnance, corniiK . celui qui vouloir de beaucoup pafTer le front du bataillon des Per' feSjpour les enuironner amp;nbsp;cnclorre en fon bataillon. Parauanture, dit Cyrus, que voulant enclorre autrui, ils feront eus niefmes enclos. Puis donq que nous aiions, Arafpe,entendu ce quâil nous 6' loit fauoir, il nous y faut pouruoir en cette façon : Premièrement quand vous ferez retirez chacun en votre quartier, regardez s il faut rien à vos cheuausamp; à vos armes, pourautant que fonuent par faute de petite chofe, le gendarme ou le chenal amp;nbsp;le chariot demeure inutile. Demain matin pendant que ie facrifieray vous dînerez amp;nbsp;vos cheuaus aufsi, afin que sâil nous faut faire que^n^ fait dâarmes, celà ne nous retarde en rien. En après, vous, Arafptj j faites tefteà main dextre félon votre coutume. Tous les autres Cheft de dix mille hommes dem oureront au reng quâils tiennent maintenant:car le changement leur pourroit nuire,tout ainfî quâl ne faut pasatendre .à dellelcr les cheuaus dâvn chariot pour y en mettre dâautres,quand ilfaut combatre.Enchargez à tous vos Cen tenicrs amp;nbsp;Caporaus de tenir en leur bataillon leurs bendes rengees à dens hommes pour file: or eftoit chacune bende dâvn Capuwl
⢠feulement de vint amp;nbsp;quatre hommes. Adonques lui demandai''âJ des Coronals : Vous lemble il, Sire,qne nous ferons bien renge^J fi peu de gens pour file, contre vu bataillon fi grand amp;efpaâ' i Mais te femble il,dit Cyrus, que les phalanges fi efpelfes amp;nbsp;protonquot; I des quelon ne puiffe venir aus mains auec les auerfaires,puilïenâ nuire ans ennemis, ou profiter aus amis ? Car de moy iâaymeroU beaucoup miens, que nos ennemis rengez à cent pour file eulfenâ leur bataillon rengé à dix mille, quâen autre façon plus large : etâ par ce moyen nous ne combatrons que tant moins dâauerfaires.Eâ de la façon que ie feray mon bataillon efpais, ie fcray quâil sâentretiendra tellement de tous coteZjquâil ny aura homme qui ne pailla combatte : car ie rengeray les iaculatcurs apres les hômes armez de corfeletz, amp;nbsp;au dos des iaculatcurs ie logeray les archers. Nâcftclt; . pas grandâ folie de mettre les archers en telle, puis quâils confelfent eus mefmes ne pouuoir foutenir vne feule rencontre de gens coffl-bataugt;
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batans à refpee?Mais ayant les hommes armez en tefte,qui feruent déboucher aus autres j les dardeurs fe voyans defenduz tiendront bon, amp;nbsp;les archers aufsi, comme dâvn lieu feur, blcccront les auer-faires de leurs flefches,combatans de loin pour cens qui les rempa-rent;car dâautant que chacun foldat fait de mal à lâennemi,dâautant de peine defeharge il fon compagnon. A lâarrieregarde ie rengeray tous ceus qui font les derniers apelez:car tout ainh q aus batimens il nây ha feurté sâil nây ha forte maçonerie, bons Architedes, Charpentiers amp;nbsp;Couureurs : aufsi au renger dâvue bataille nây ha chofe qui profite ny pour les premiers, ny pour les derniers, sâils ne font gens debon coeur, hardiz, amp;nbsp;adroits aus armes. Parquoy rengez lafanterle ainfi que ie vous commande. Vous,Capiteines des ron-dd'vers,mettez VOS bendes après eus de mefme façon. Vous', Capi-tdnes des archers,faites le femblable apres les rondeliers.Vous,qui conduirez lâarrieregarde, ayez des plus vaillans compagnons près devons, amp;nbsp;commandez à vos Centeniers , quâils prennent garde à leurs gens, tant à enhardir ceus qui feront leur deuoir, comme à châtier ceus qui ne le feront, amp;nbsp;de tuer incontinent celui quife tournera en arriéré pour prendre la fuite. Car les premiers rengs doiuent eftre fi vaillans quâils donnent hardiefle à ceus qui les fui-uent amp;; de fait amp;nbsp;de parole, mais vous qui elles les derniers de tous devrez eftre rudes amp;nbsp;cruels cotre les couarts,a fin quâils Vous crein-gnentplus que les ennemis. Vous Abradatc, condufleur des machines , donnez ordre que les chariots des tours amp;nbsp;leurs comba-tans fuiuent de près la bataille : amp;nbsp;vous Daucc,gouuerneur du bagage, fumez de près les machines armées, amp;nbsp;fait es punir aigrement cens qui sâefearteront, ou ne feront en la troupe. Vous C arduce, guideurdes chariots de femmes ,foyez le dernier après le bagage. Carcefaifant nous donnerons opinion aus ennemis dâeftre beaucoup , amp;nbsp;aurons moyen de faire embûche : amp;nbsp;fi les auerfaires nous
' veulent enuironner , ils feront contreins de faire plus grande enceinte , amp;nbsp;par necefsité sâ afoibliront dâautant quâils tiendront plus de pais. Vous, Artabaze amp;nbsp;Artagerfe , ayez chacun votre compagnie de mille hommes de pié apres les chariots des femmes. P ar eil-IcmentvousPhamuchc amp;nbsp;Afiadate , ne rengez point vos troupes de mille cheuaus dens labataillc,ains vous tenez à lâ efcart en armes apres les chariots, Streuenez a moy auecles autres Capitémes : car 'Avons faut tenir prefts ,,comme fi vous deuiez combatrcles pre-wiiws.V ous Caplteinc des Chameaus, prenez place après Iss char-
» rettes des Dames , 8c. faites ce que- Artagerfe vous commandera.
⢠tntrevons Capltelnes des chariots armez, votre Prince auecques
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fcs cent chariots fera tefte deuant Ic bataillon^ des deus autres trou pesjes cent iront au cote droit du bataillon vers la pointe, les autres cent au feneftre.
Corntne Panthee arma fan marl, ^ Cyrus s'apre^a pour liurer
CH A P. lï-
Yant Cyrus ainfi dilposé lâordre defes batailles, Abradate Roy de la Sufienne sâoffrit dâalTaillif aucc fa côpagnie de chariots la bataille des auer-faires fi fon auis efloit tcLDont Cyrus futioycus amp;nbsp;Icn remercia ; puis demanda aus Perfes Chefs ______des autres chariots ^ sâils cRoient contensdelui donner lapremicrepointe;lefquels firent refponfe,quâil ncHoX raifonnablc de leur oter leurs prerogatiucs. Adoug Cyrus iettafc fort, lequel tomba fus Abradate comme il sâeRoit ofert de fifreiâ fut mis contre les Egyptiens. Parainfi après sâcRre retirez amp;nbsp;auoif pouriiu aus chofes par lui commandées allèrent tousfouper,lt;^' ( après leguetafsis fc repoferent. Leiour enfuiuant Cyrus le mit i facrifierjamp; fou dein toute farmee ayà nt dme amp;nbsp;fait les libacions 0' données femit en armes ; amp;les fà ifoit beau voirà merueilleSjpoiir-cc qiuâils eRoient vetuz de belles cottes darmes, garniz dcbellô cuira/rcs, animes, amp;nbsp;hallecrets luifms, grand nombre dc_cela(ftó morrions amp;nbsp;armets, toutes pieces belles amp;nbsp;bien polies : lapl«^ anoient arme leurs cheuaus de chanfreins amp;nbsp;deuant de bardes .te cheuaus deshommedarmes,dc toutes bardes.-ccus deschariotste'' lement de fiancarts ; tellement que toutelâarmeerelplendifloit dâe-rain poli, amp;nbsp;reluifoit de couleur de pourpre. Mais fur touslecha-riot dâAbradated quatre limons amp;huit thcuaus,cRoit tresbeau^ j luilà nt amcrueiHcs. Comme donq il voulut vêtir Jepourpobf^ armer de toile de lin, quâil auojt acoutume déporter en fou paft Pantheclui aporta vn armet dore, amp;nbsp;les anantbras amp;nbsp;degransbraf-fclcts d'or ans mains, vnc cotre darmes de pourpre longue mfqü^^ auspicz J dont les borz edoient crefpes lt;^ frangez à la façon iti robes longues de leur pais^vne belle crete fur farmet de couleur de byacintedcfquels acoutremens elleauoit fait faireà fon dcçufütl^ mefurc de fcs armes.Dequoy cflant Abradatecmerucillc:MadainCi dit il, vous anez defpedu tous vosfoyauspourme donner fes aitalt;^ rcs.Ils ne font pas fort à cflimer,dit Pantbee:Mais fi les autreshon mes vousptifent amp;nbsp;efiiment tant q ic fais, vous me ferez en heu de trefriches ioyaiis.Et ce difant lâarm oit elle rneûne defes piétésjamp;li co aurait
DE XENOPHON. LIVRE VL 17 couuroitdeliiipoiir nâeftrc aperçue^pourautant que les larmes lui arrofoient le vifage. Adonq Abradate encores quâil full auparananc tresbeau amp;nbsp;dine dâeftre regardé toutefois eflant pour lors armé fc montra plus beau amp;nbsp;gracieus fur tousles autres ; car il clloit tel de nature. Mais quand il print les refnes des cheuaus pour monter au chariotjPantbee faifant reculer cens dâalentour lui dit : Alonfieur, sâily eut onques femme qui cftimaftfon mari plus que fa vie j vous me connoillez comme ie penfe dire de ce nombre. Et pour eu faire foy faut il que ie racontepar le menu les ocafions ^ puis que ma vie amp;nbsp;mes faits vous font connuz amp;nbsp;de plus grandâ dicace que ne font mes paroles? Puis donq que ie fuis tellement afeccionnee en-uers vous comme vous mâauez connuej ie vous inre mon amour amp;nbsp;lavotre,(j^çPay^^çfois miens dlreauec vous, qui elles tantver-tueuSj fondue amp;nbsp;abimee en terre, que viure anec vn mefehant def-bonorce : car ie vous ay toufiours dlimé des plus honnefles, amp;nbsp;dâi-«us me fuis aufsi dlimee dine.Mais à la vérité nous fouîmes beaucoup tenuz à Cyrus, lequel mâayant pour prifonniere choifie pour foy, ne mâa voulu tenir en feruitude mal traitée, ny en liberté infâme amp;nbsp;déshonorée : ains mâa gardee pour vous comme la femme de fonfrere. Et quand mon gardien Arafpe lâeut abandonné , ie lui promis que sâil me donnoit congé de vous eferire, ie vous ferois venirà lui auectoute votre puiffance, plus fidele amp;nbsp;plus entier ami que nâclloit Arafpe. Adonq Abradate ioyeus de ce propos amp;nbsp;touchant la telle de Panthee leua les yens au Ciel,amp;: dit:O trefpuillant Dieu je tepric donne moy la grace dâeftre dinemari de Panthee, amp;nbsp;Ãnc feruiteur amp;nbsp;ami de Cyrus, qui tant nous ha fait de bien amp;nbsp;dâhonneur ! Et ce difant fur les portes du chariot monta dellus, ôlt; le charretier ferma les portes dâicclui des deus cotez. Adonq Pan-theenâayant plus moyen delâembralîer baifapar dehors la chaire dâAbradate, amp;nbsp;comme le chariot fut csbranlé pour aller, Panthee lefumoit ocultement, iufques à tant quâAbradatefetourna amp;nbsp;lâaperçut, puis lui dit : Madame ayez bon efpoir de mon retour, ref-iouiflezvous amp;: retournez audoms. Parainfi les eunuches amp;nbsp;Da-nioifclles laprindrent amp;nbsp;ramenèrent enfon chariot hors du chemin amp;nbsp;renfermèrent dedens lestapiz amp;nbsp;couuertures defa litiere. Mais combien quâil fill tresbeau voir Abradate amp;nbsp;fou chariot dâarmes .toutefois les hommes ne furent ietter la vuéfur lui, iufques à emt que Panthee fut partie. Dautrepart Cyrus ayant bien amp;nbsp;heu-ïeufement acompli fou facrifice , amp;nbsp;connu quefon camp elloit en ^â¢^Ãs ainfi quâil auoit cômandé, fes efpies amp;nbsp;anancoureus efeartez P''irfi campagne,aflcmbla fçs Cap item es Scieur tînt vn tel propos:
y a Mes
LA CYROPEDIE
Mes amis amp;nbsp;compagnonSj puis que les Dieus nous ont montré en nos facrifices les mefines fineSj que quand ils nous donnèrent la premiere viftoire^ie ne veus faire plus long propos: mais feulement vous remettre en mémoire les chofes qui vous doiuent à mon suis inciter J amp;nbsp;faire entrer de meilleur courage à cette elpreiiuede vertu, amp;nbsp;auccplus grande confiance que vous nâauez iamais fait : Car vous eftes plus exercitez au fait de guerre que nos ennemis ne font : amp;plus longuement nourriz amp;nbsp;endurciz au traitai!, amp;plus expérimentez à la guerre que vos auerfaires.Pareillement euspour la plulpart ont efié veincuz dâeus mefines ; Des gens neufz amp;nbsp;non expérimentez au combattis en ont beaucoup,amp; nous aufsi: dont cens des auerfaires connoifient bien leurs compagnons eHretray-tres ôc couarz : les nôtres voyent les viens qui ont bonne enuiede donner fccours à leurs compagnons combatans. Or eftil railônna-bloque cens qui fe fient Icsvnsaus autres tiennent bon de commun acord à la bataille : mais cens qui fe defient de leurs compagnons ne font communément autre delibcracion,finon de sâenfuir «Sc retirer de pic coyamp;anplus tôt hors delà foule. Allons don^ hardiment gens de bien contre nos ennemis, amp;confideronsqn^ nous auons des chariots armez pour donner contre les leurs defar-mez, amp;nbsp;nos cheuaus bardez contre les leurs tous nuz amp;nbsp;inutiles pour comhatre depres. Vous aufsi gens depic ruez vous fur leur fanterie, comme vous fites à lâautre vidoire, amp;nbsp;fur les Egypeic^s qui font armez amp;nbsp;rengez de mefine les autres. Ils ont feulement danantage certeinsgranspauois fi longs amp;nbsp;fi empefchans,quâilsne fepeuuent entreuoir nyayder: amp;eflans rengez à cent poiiräe, ils sâempefeheront amp;lnirreront lâvn lâautre, amp;nbsp;ne pourront com-barre finon bien peu dâentre eus, lefquels toutefois nepourront/î bien faire quâils ne foient aifez à foutenirpar la caualcrie,amp; à rom-prepar nos foldats combatans à lâe/pee fous lâayde de nos homme-darmes. Et quand orcs il sâen trouneroit qui tinfient bon, comme pourront ils en mefine tems combatte contre notre bataillon, nos hommedarmes,amp; nos tours ? Car nos quot;ens montez furies muebi- , ncs Atours desgrans chariots, nous donneront fccours Redonneront teUcmctles ennemis quâils ne fuiront deque! cote fe tourner. Au démontant fi vous auez quelque chofeà dite pour le bien publiq dites le moy,pareillemct fi vous fentez auoir faute de quelque chofe^ ne le celez point, amp;nbsp;ie mâefforceray aucc lâayde deDieu de faire que nâayez faute de rien :fidonq quelquâvn veut parler, qu'il parle : Cinon allez au temple prier lesDieus aufqucls iâayfair facniice : ce fait, retirez vous 4 vos ren^s, R auertiffez vos bendes des
DE XENOPHON. LIVRE VII. i7î deschofes par moy ordonnées. Bref chacun de vous fe montre dine de la charge quâil ha j faifant tout auec hardi elle, amp;nbsp;vous montrez vaillans amp;nbsp;non eftonnez tant de contenance amp;nbsp;allure, comme de vifagcamp; parole.
Fut duÃxieme ziure.
Le fettieme Liure de la Cyrope-
DIE DE XENOPHON,
Je la ZÃle (^ Faits Je CYRVS ^oy Jes ^erÃs.
Comme Cyras fe prefenta en camp auec fon armeefçiy^ sâaprocha ^n roy Crefus, pour liurer bataille',^ la façon dont les dem cttmps yferent pour combattre à leur auanta^e. chat.
l.
VA ND les Capiteines curent faito-raifon aus Dieus, félon q Cyrus auoit cômandé, ils sâen retournèrent à leurs compagnies : ce pendant les feruitcurs de Cyrus lui aporterent à dîner amp;nbsp;à fes principaus gentishommes ainfi quâils eftoient encorâ apres les facrifices. A-donq Cyrus en lâeftat mefme quâil sâe-ftoit mis pour facrifier, commença le premier à diner , mais ce ne fut fans fîire part toufiours de ce quâil auoit à cens qui lui fembloient en aiioirplus debefoin:piiis but en faifant toufiours libacion amp;nbsp;prière aus DieuSjamp; tous fes familiers firent le femblable.Celà fait amp;nbsp;ayant pride grand Dieu conferuateur de fon pais j de lui eure guide amp;nbsp;aiutciir en cette entreprife, monta à cheual amp;nbsp;commanda à fes gens défaire comme lui : lefquels fe prefenterent tous brauement cquipeZjamp; armez de mefmes armes comme lui,lcurs cotes dâarmes
incarnates, les corps de cuiraffe amp;nbsp;habillemens de tefte, dâerain, de hems pennaches blans, chacun vne efpec, vn pauois amp;nbsp;vn iauelot de coudre à la main,pour lacer aus aproches. Leurcheuaus eftoient srraezgf garniz de toutes pieces dâerain, comme chanfrains, déliant debardes, de flancarts, Içs hommes auoient aufsi des taflettes
LA CâYROPEDIE
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lâAille enÃi ^ne Jes £nt fereurs.
amp; ciiiïTots de mefme.Et nây anoit autre difcrencc entre leurs amiu-res amp;nbsp;celles de Cyrus^ linon quelcurs harnois cfloient vernilTezdc couleur dâor,ccus de Cj rus rchiifoicnt comme vn miroir. Comme donq Cyrus fiitmontc «à chenal amp;nbsp;eut regardé le chemin quâil lui faloit tenir, incontinent,commença à bruire vn tonnerre âmam dextre qui lui porta tresbon augure. Adonqilfalua fonDieude ioye quâil eut, difant : Nous te fuirions a trclgrand Jupiter. Et fut le champ fe mit en chemin ayant à main dextre Chrylà htc Con-neftablc de la gendarmerie anec tous fcs hômedarmeSjà la fenertre Arifambe, Coronel des gens de pic .-ôt leur commanda a noir touf iours lâÅil fur fon enfeigne amp;nbsp;lafuiurc par ordre amp;mcfure. Son enfeigne eftoit vne Aigle dâor eftendue fur vne longue piquera' quelle depuis eh demouree ans bois des Perfes. Deuant quevcnit à la vue des auerfaires il ht repo-fer fon camp par trois fois, lefquds il aperçut venir à lâencontre de lui apres auoirpafsé enuironvint hades de chemin câetadirepeu plus dâvue lieue. Comme donqu«â ils eurent tant marché en anant que les deus camps fe purent voir à plaifir, les ennemis voyaus leur phalange chre de beaucoup pliâ grande ehendue des deus cotez, que celle des Perfes, hrent arrefttr le miheu (car autrement uâeulTent fù faire enceinte) amp;nbsp;le demons rant fléchir des deus cotez pour reduire La forme du bataillon ö forme dâvn demi quatre,comme vn P Grec,pour miens amp;nbsp;plus m-fément combatte de tous cotez. Alais Cyrus ne laifla pourtant df marcher, couduifant fou ofl eu la forme pat lui ordônee, amp;nbsp;quand ileutaflez contemplé comment ils auoient fait vn recoin enfi«' chiflant amp;nbsp;cflcndoient fort loin les pointes de leur armee. Nct^' perçois tupas,ditil,Chryfante, commenos ennemis font vnlibr*
gc courbement en leur phalange ? Oui Sire,dit Chrj là nre,^ mâf'â emeruedle fort ; car il me femble quâils eflougnen t trop les peintre | du milieu de la bataille. Par trop, dit Cyrus, amp;nbsp;de la notre aufs'' mais ils le font creingnans que fl leurs pointes sâaprochoient de nous, nom les aflailhlsions trop à lâefcart de leur phalange. Abâ comment, dit Chryfante, pourront ils fe fecourir lâvn lâautre sâils sâeflongnent tant de la groÃe troupe ? Il efl certein, dit Cyrus, que quand ils feront tant montez des deuspointes, qu-ils foientvisa vis denos flancs, ils le tourneront tout court en forme dephabn* gepoumous combatre de tous cotez. Vous fembleil, dit Chr}quot; faute, que ce foit bien anise à eus ? Oui, dit il, courre cens quâils penuent voir deuât eus,mais pour combatre à Jâiinpouruuccontre cens qui ne fout eu vue, ils fontbeaucoup plus mal rengez que sâils ne combatoient que des pointes. Alais vous Ariflimbe menez vos gens
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gens de pic tout bellement comme ie feray. Vous Chryfante,faites lefemblablc anec lacaualerie: ce pendant iâiray voir le lieu ou il me femblc bon de commencer la bataille, amp;nbsp;au retour prendray garde fi nos afaires vont bien, puis quand ie feray reuenu au lieu queiay choifi pour onurir lâefcarmouche ie comenceray vn hymne à la louenge des Dieus auquel vous refpondrez. Et vous prie regar der à vousmefmes,amp; ne vous oublier point quand nous ferons à la meflee : car il y aura vn mcneillens bruit amp;nbsp;tumulte : amp;nbsp;donnez dc-dens les ennemis quand vous verrez Abradate courir auec fcs chariots (car ie lui ordoneray de ce faire) lefqucls il vous faudra fuiure de près: Et par ce moyen nous chargerons miens fus eus,amp; les ePonnerons amp;nbsp;mettrons en defarroy, moymefme y viendray pour les chaffer de toute mapuilîà nce sâil plait à Dieu. Ces paroles dires Pleur donna le mot,Iiipiter fauiieur amp;nbsp;guide,amp; incontinent femit âreconnoitre les bendes pour regarder comme tout fe portoit en fon camp. Comme donques il paffoit entre les chariots amp;les gens de pic armez de corfelets, voyant les foldats en leurs ordres, 0 que iefuis aifc,dit il,de vous voir porter bon vifage : puis paPant
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^'^^^« Je Cjrw paff,, änirnef Ã^ ^^m contre ^t ennemit.
outre dit à dâautres : Gens de bien vous fanez que nous ne comba-trons pas feulement pour la victoire du iourdâhui, mais aufsi pour celle que vous auez défia gagnée ^ amp;nbsp;pour toute votre félicité. Paffansplus outre sâarrêta pour dire : Compagnons après cette iour-neene faudra plus fe plcindre delà fortune ny des Dieus j car ils nousliurcront entre les mains lapoffefsion de grans biens ^par-quoy fuyons vaillans. A dâautres il vfa de ces paroles : Y ha il fruit ourecompenfc plus grande pour inciter lâvn lâautre, que celle du iourdâhuiâpuis quâil nous edîoifible.fi nous voulons eHre vaillans, ^lt;: faire notre main, amp;nous cnrichirpour iamais ? Pareillement à dautres: Vous fanez mes amis, les recompenfes propofees ans vcincucurs,qui font, chafier,tucr,prendre des biens, auoir louenge amp;nbsp;liberté, amp;nbsp;dominer fur autrui: les tourmens des veineuztout au contraire. Parquoy qui sâayme,fi me fuiue : car ie ne montreray Jamais maunais ny deshonnePe exemple de viurc à autrui. Voyant apres quelques bendes qui anoient elle à la premiere bataille : Et à vous, dit il, que vous faut il dire ? puis que vous fanez quelle eP la félicite des gens de bien au combat, amp;nbsp;la mifere de cens qui fe mon trentlafches amp;nbsp;couarz? Mais comme il arrina on AbradateePoit, Abradate donnant lesrefnes auchartier defcendit pour le falner, ^anecques lui sâaPemblerent tous les combatans qui ePoient alen ^°®f« Adonq Cyrus vfa de ces paroles : Abradate,le Dieu immortel vous ha voulu préférer félon votre defir en cet aPaut, à fin q«e ' vous
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voiisamp; vos gens eufsicz lâhonneur de la pointe. Souiiienne vous donq quâil vous faut bien tôt entrer en bataille, amp;nbsp;que les Perfes amp;nbsp;ceus qui vous fuiuent^ne vous lairront combatre fcul. Abradatc refpondit:11 me femblej Sire, que de cette part nos afairesvont bien :mais iemâeftonne de voir les pointes des aiierfaires fi obliquement eftendues, non feulement alâencontre des chariots,mais de toute lâarmee : amp;nbsp;que de notre part Ion nâa rien ordonne à lâeu-contre,fors les chariots. Parquoy fi le fort ne mâauoit donné cette place, iâaurois honte dây demourer, tant ie me femble edrehorsde danger. Mais Cyrus lui répliqua: Si les afaires vont bien près de vous^efiouifTez vous de votre profperitc, du demourant nâen ayez fouci. Carauec lâayde desDieus ie vous rendray ces cornes obliques tellement defnuees amp;nbsp;rompues, que vous verrez fuir les auer-faires, deuant que vous ayez loifir dâafiaillir les Egyptiens. Voib les paroles que Cyrus difoit, promettant beaucoup de foy furie point de combatre,combien que dâailleurs il nefuftpas grandvan-teur. Dauantagc il amonnefta Abradate quand il verroit fuiriez ennemis, quâil sâeftimaft feurement eure près de lui, amp;nbsp;chargeait de toute fapuiflance, dâautant que lors tous les aiierfaires feroieni plus lafches, amp;: fes gens plus hardiz : Et le pria, puis quâil auoitencorâ aflez de loifir, dâaflembler fes gens amp;nbsp;les enhardir à ce fait dâarmes, amp;: leur montraft grande confiance en fon parler, de forte que par fon vifage ils fulTent affurez amp;nbsp;par bonnes efperaces foalagez: quâil femaftaufsi parmi fes gens quelque contencionde plusapa-rente vertu,à fin que par emulacion ils montralfent en eus quelque hardiefle Ãc force plus grande:amp; leur fill entendre, que sâils pro/pe-roient en cette iournee, ils verroient à lâÅil, quâil nây ha au monde chofc fi profitable que la vertu. Parainfi durant que Abradate en-hortoit fes gens,Cyrus paffa iufques à la pointefeneftrc,ouHylh^' pe eftoit Chef de la moitié de la gendarmerie Perfique, amp;nbsp;lâapebo^ par fon nom lui dit ; Hyllalpe,tu vois maintenant que nous auons afaire de ta grande diligence amp;nbsp;célérité : car fi nous nous hawni de tuer amp;nbsp;abatre les auerfaircs, il ne mourra vn fcul de nous..Ms*â Hyflafpe lui refpondic en riant : Sire , quant à ceus qui font telle contre moy, iâyprendray bonne garde .-mais quant à ceusquisâe-ftendent ainfi pour donner dedens les flans, commadez aus autres dây regarder,^ fin quâils ne foient oifeus. lâiray moymefme, dit Cy-rus,contre ceus là :mais fouuienne toy de ne tâamuferpoint à prendre defuitifs (fi Dieu nous donne viétoire) mais te rue fièrement contre les combatans qui fe viendront ofrir à la bataille.Et en paf-fant plus outre vint aus. ailes de lamainfeneure, oui! commanda au
DE XENOPHON. LIVRE VIL
an Capireinc des chariots armez qui edoient là , quâil sâefforça!! de donner dedens les reiigs des ennemis j quand il verroit faire le fem-blable à cens de la main dextre, amp;sâeftimaft offre beaucoup plus feurement en la campagne, que sâil cffoit furpris en la preffe dedens le bataillon, de fa part quâil lui viendroit donner fecours. En apres effaiitvcnu derriere les carriages, commanda à Arragcrfeamp; Phar-nuchedemonrer en leurs places anecques mille cheuaus amp;nbsp;mille borames de pié, amp;nbsp;quand ils le verroient donner dedens la pointe dextre des anerfaires, quâils fiflent le femblablc à la feneff re. Si les aiiertitquâils combatroient contre vne des pointes, qui eff la plus foibleparcie dâvne armee, mais quâils fe tindent ferrez en forme de phalange poureffre plus forts. Et comme ils voyoient clerernent queh canalerie des ennemis effoit toute derniere, quâils ne faillif-fentpas de conduire les chameaus alencontre,amp; tinllent pour cer-â^^'nquilstroiiueroient dequoy rire amp;nbsp;fe moquer des ennemis dc-^'^Wque de combatte. Ce fait il sâen retourna à la pointe dextre, ou elîoic Chryfaiite anec fes gens pour commencer la bataille.
^dvrandâ hdtatUe ^ oedfton des Lydiens^ou le Jîoy Crefm ^ fes dhc^^l'ureut defeonfirs, ç^ les E^y^ciens Je rendirent Ã
Cyrus. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;CHAP, il-
Refus voyant défia le camp de Cyrus fortapro-ché de lui, amp;nbsp;du bataillon ou il vouloit comba-tre,fit fine aus deus pointes de fon off,qui effoiet défia fort effendues, quâelles ne sâeffongnaffent plus fi haut, amp;nbsp;retournaffent tout court contre les flans du bataillon de Cyrus. Tôt apres les
voyant aprochez amp;nbsp;regardant lâordre du bataillon de Cyrus, leur âfonna le fine de la bataille. Adonquesles fit courir fur les Perfes degrandefureur, tellement quâen vn mefme inflant trois groffes *îrAirS^U^ phalanges amp;: bataillons enuironnerent le camp de Cyrus, lâvne en â'^ tr^^aja-io^ front, lâautre à dextre, lâautre à feneffre, dont foudeinement ils fu- f^'^Js^tâ^ne rent troublez, amp;nbsp;de premiere rencotre efpris dâvne grande frayeur: ~^'{^ â'* ~)'fi ^f5â^^ ear tout ainfi quâvne petite * tuile enchaflee ou pofee fur vne autre grande ne femble rien, aufsi lâoff de Cyrus ne montoit rien, effant
ordre milt-
faire de ^es
firme ^narree, feadron
enuironne de toutes parts de gens depic amp;nbsp;decheual,de rondeliers ^amp;ens de tret, dâhommes amp;nbsp;chariots armez, fors que par derriere. 9yâ^usnâarreffa guercs à donner fine à fes gens,lefquels tournèrent incontinent de toutes parts vifage aus ennemis : Si commencèrent peut edre afeprefentet amp;nbsp;faire telle de tous cotez, amp;nbsp;gardoient vn merueil- dit.
^narré ce
z leus
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leus filenc e : car chacun eftoit atentif à voir lâilTue de cette bataille Mais comme Cyrus commença fon hymne folennel ^ tout le camp refioui fit vn merucilleus refonnement de chanfonSjamp; apelerent 1« Dieu Mars dâvne voix haute amp;nbsp;ioyeufe.Lors Cyrus fe leua de grande hardiefie, amp;nbsp;à cachettes aucc fa caualerie (pour nâeftre aperçu des ennemis) tourna tout court, amp;nbsp;alla doner dedcns la pointefe-neftre, qui combatoit ans flancs, dont fe fit vne bien âpre meflee,amp; merueilleufetuerie: car le bataillon des gens depié lefuiuit incoti-nent dâvne fi grande brauadeamp;hardiefle, esbranlans leurs piques dâvn cote amp;nbsp;dâantrejde telle audace amp;nbsp;furie, quâils fe montreret incontinent anoir du meilleur:Et donnèrent fi rudement dedeslâvnc des pointes du bataillon de Crefus, quâils les mirent en vne vileine amp;nbsp;honteufe fuite. Comme donq Artagerfe eut aperçu Cyrus,qui eftoit entré en la meflee, il fit le femblablc de fon coté, amp;nbsp;mettant les Chameans en front, aftaillit la caualerie des ennemis, tellement que les cheuaus ne purent mefmes deloin,atendre ny foutenirnon pas le regard de ces beftes, ainslcs vns eftounez fe tournoient en fuite, les autres fe mettoient «à ruer, les autres renuerfoient pedt' mefle en la foule par terre : car par vne ocultc force de Natureies Dromadaires donnent telle frayeur ans chcuaus. Artag fes gens bien rengez, amp;les ennemis en defarroy, femit puillancc à les rompre, amp;nbsp;en mefine inftant les chariots armez Jt la pointe dextrc amp;nbsp;feneftre, fe ruerent fur les rengs des ennemi'» tellciucut que plufieurs fuians ces chariots eftoient occiz par cens qui combatoient aus pointes, plufieurs fuians cens des pointes eftoient furpris par les chariots. Adonq ne put Abradate plus atendre,ains eferiant à fes gens : Compagnons,fuinezmoy,poulM fon chariot en auant fans efpargner les cheuaus lefquels il faifmt faigner de tous cotez, pareillement les autres conduéleurs si' uanccrent de le fuiure, tellement que les chariots de Crefus,â'® ponuans foutenir, prindrent la fuite ; dont les vns renuerfoientamp;â lt;Sc abatoient leurs cobatans, les autres Icslaifloicnt derriere. Abtâ' date voyant ce defarroy par le milieu dâiccus donna dedensleb^ taillon des Egypeiens feulement anec ceus qui eftoient les pluspt®* de lui : amp;lors aparut derement (comme fonuent il auient cnplâ' fleurs autres liens) quâil nây ha meilleur bataillon que de gens ftlt-Jes,amp; qui sâentraymentde bonne afcccion.Car tous ceus de fa mai' fon , amp;nbsp;les familiers delà table, fe ruerent auecques lui en lamd-Jec, mais les autres conducteurs amp;nbsp;gouuerneurs de chariots,voyant que les Egypeiens foutenoient lâalTaut par troupes amp;: fi vaillam-jneut, deftournerent à coté, amp;nbsp;fe mirent à chafler les chariots qu fuioient
erfe voyant de toute b
DE XENOPHON. LIVRE VIL 179 fuioientj par ainfi abandonnèrent leur Signeur amp;nbsp;leurs compagnons. Mais les gens dâAbradate en la part ou ils fc ruerent, combien quâil femblaft les Eg) pciens ne pouuoir eure rompuz amp;nbsp;déparez,dâautant que leurs gens de pic tenoient bon des deus cotez, femirent de fi grandâ force à piquer, quâils les firent partie deftour-neVjpartie renuerfer par tcrrcjamp; par la fureur des cheuaus brifoient amp;fracaffoient tous les hommes, armes, cheuaus ,amp; roues quâils poiiuoient rencontrer.Et tout ce que les faills pouuoient ateindre, cftoit brisé amp;nbsp;découpé, fut de perfonnes ou armes par grandevio-hnee. Mais en ce mcrueilleus tourbillon amafse dâeftranges mon-ceaus de diiierfes roues entrans lâvne dens lâautre,!« gentil Abrada- ji/gyf /^^ te verfapar terre, amp;nbsp;beaucoup de fes compagnons anec lui, qui fu- iratiate. rent incontinent occiz amp;nbsp;mis en pieces .-mais non fans auoir mon-tte beaucoup dâenfeignes de leur grande force amp;nbsp;vertu. Adonq les Petfocoururent au lieu ou Abradatc auoit fait ouuerure aucc fes oMsÃferuausfierementfuries ennemis eftonnez,ils en faifoient W beau carnage. Si faut il entendre que là ou les Egj'pciens uâe-fioientpoint affailliz , ils couroient à lâencontre des Perfes (car ils «Soient en grand nombre) de grande fureur , tellement quâil fe fit va terrible amp;nbsp;merueilleus combat de lances,de darts,amp; dâclpees,amp; iauelines, ou les Egyptiens, pour raifon de leurs armes amp;nbsp;multitude auoient du meilleur: car les longues amp;nbsp;puiflantes piques, dont ils vient encorâauiourdâhui, amp;nbsp;les grans pauois quâils portent fur hs efpaules les conurent beaucoup niieus,que les corfelets ou bou-flicrs,amp;les aydet miens à poulîer. Parainfi ioingnans leurs pauois «nfembleen forme dâvne muraille ils firent telle, fi coururent amp;nbsp;pouffèrent fi rudemet amp;nbsp;de fi grandâ force les Perfes, qui nâauoienc ^ue les boucliers au poing pour defèufe, quâils ne les purent foute-nii^ains fe retiroient tout bellement,parans amp;nbsp;receuans des coups) iniques à tant quâils arriuerent à lâendroit des grandes machines de guerre. Adonq les Egypeiens recommencèrent à auoir du pire : car les foldats qui edoient fur les tours les blcçoient de tous cotez, amp;nbsp;cens de lâarrieregarde nelailToient efehaper va feu! de cens quife retiroient, fut archer, ou iaculatcur : ains hauffant leurs cfpees les contreingnoient de tenir bon, rentrer à la meflee, letter darts Ãe flefebes contre les Egypeiens,teUemet que de toutes parts fe faifoit vne merueiHeufe boucherie dâhommes, vne terrible temperte dâar-®«,(Sc de toutes fortes de trets, vn efpouuetable cry de beaucoup d'^ÿns, qui fe rapcloient lâvn lâautre, sâincitoient à combatte, ou ^â1 «ioicnt:Dieu immortel!ayde nous. Si furuint Cyrus celle p art en pourfmuant fçs ennemis qui fuioicnt, ôç voyans les Perfes
auQiï
ïSo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
auoir perdu leur place,fut marri au pofsible:mais conn oiÃant quâil nây auoit meilleur moyen pour arrefter les Egypeiens, que deles charger par derrière, commanda à fes gens delefuiure, amp;nbsp;tout incontinent fe rua trefimpetueufement fur la queue, de forte que les j Perfes en frapoient beaucoup , amp;nbsp;tuoient cens qui tournoient vifage. Adonq les Egypeiens crioyentles vns ans autres : Voilà les ( ennemis à notre queue,amp; en fi grande côfufion de crizamp; de coups ils fe tournoient de toutes parts. Lors eufsiez vu combatte pelle mefie les hommes dâarmes aucc les gens de pie, entre kfqueisvn homme tombe amp;nbsp;foule par le chenal de Cyrus, lui donna vn coup dâefpec au ventre, dont le chenal efehaufe de douleur fe fecouafi fort, quâil ma Cyrus par terre. Et lors ou put connoitre à lâait combien il cü à eftimer pour vn Prince dâefire bien ayme defesfu-ietz : car incontinent fis Jeucrent tous vn grand cry, amp;nbsp;fe mirent à combatte de tonte leur pnilîânce, Ils frapoient amp;nbsp;cHoicut frapez, ponfioient amp;nbsp;efioientponfiez. Ce pendant lâvn des gentishomnies de Cyrus defeendit de fon chenal, de lây fit monter. Aumoyendt- , quoy Cyrus fe mit à regarder le bataillon des Egypeiens,qui efioift 1 enuironnez amp;nbsp;bleficz de tons cotez, ponrautant que Hydafpe/ I elloit furnenu aucc la gendarmerie Perfique, amp;nbsp;Chrylà ntcauâK lefquels toutefois il nelaifia entrer dedens la phalange des Eg' pciens,ains leur commanda les frapcr de darts amp;nbsp;de fiefehes par dehors feulement. Si fe partir incontinent de là pionr venir iufqotf ans machines,auquel lieu quand il fut arrinéil monta fur vue tour, pour regarder cens qui tenoient encorâ bon an cobat. Et vid toute la campagne remplie dâhommes, chcuaus,chariots,fnians amp;po'â'-finnans, veinenz amp;nbsp;veincueurs ; mais des ennemis il ne put choilîr anennebende qui tinftpic ferme, fors lebataillon desÃgypeieus. Or ils fe tronuerent à la fin à fi maunais parti, quâils furent cou-treins faire vn cercle des miens armez, deforce que leurs armes fanent vues par dehors ^ amp;: ieur feruoieot de bonleuart comme vu toit pour ferepofer à lâombre de leurs panois. Tant fe tronuerent i filiez quâils ne pounoient plus combatre, ains enduroient beaucoup de mausde tous cotez. Lors Cyrus emerucUlé, amp;nbsp;efmude compafsion de leur vertus que tant de gens de bien denfient aind périr, ht retirer tous fes gens , amp;. ne permit à aucun deplus les outrager, ains leur ennoya demander par vn Héraut d'armes, sâils ay-moicnt miens mourir pour cens qui les auoient trahiz, que dâedre , fauuez en retenant la re^utacion de gens de bien, QuandlesEg)'- j pciens euretiC demande comme ils pourroient edre failliez fao^ ⢠perdre la reputacion de leur vertu,il leur fit refpddre : Pource gu il nâauoit
DE XENOPHON. LIVRE VU. rSi nauoit vu autres quâeus ^ qui tinffent pic pour combatre : amp;nbsp;leur propofa, que fans trahir-leurs amis ils fe pourroient fauuer, sâils lui âCndoientles armes j amp;nbsp;vouloient prendre lâamitié de cens qui les pouiioient ruiner. Derechef comme ils demandèrent quel profit ®u grace il leur feroit,sâils fe rendoient à lui : il leur fit dire,quâil les prendrait pour leur faire du bienten receuat dâeus quelque feruice. Et premièrement leur dôneroit plus grandâ foulde quâils nâauoient Oflciiies eu durant la guerre, amp;nbsp;en rems de paix à cens qui vou-tltoienr demeurer auec lui, donneroit des terres, villes amp;nbsp;habitations oil ils pourroient viure heureufement auec leurs femmes amp;nbsp;bruiteurs. Laquelle ofre ils acceptèrent trefuolontiers, Ãc prièrent Sfonleurfill grace de ne combatre contre Crefus, duquel fciile-®^âûsauojenc pitié. Au demourant ils donnèrent la toy,amp; prin-''quot;^ äffeiirance de Cyrus, felon les conuencions fufdites, telle-des lors ils ont edé amp;nbsp;font encorâ de notre tems fideles
^®y'Ec Cyrus leur donna des villes au haut pais, quifenom-®Wtencores auiourdâhui les villes des Egyptiens,plus leur donna ^^tiHe amp;; Ciléne, fituees outre la ville de Cymé près la mer, def-IttUcs leurs defeendans iouifient encorâ auiourdâhui, amp;nbsp;y viiient x tngrande tranquilité.
Cjine ou Cu me, cet en riehe/efree la rmiere ele Caicui, (^ Pifane, au-tourel' but à nomme Po-Ita noua.
Comme Cyrtuptiuantla 'vtÃâoire print la Trille de Sardes, e^ le ''oy Creftts,les difeours quâil eut auec lui fur lâoracle dâ,ylpol-^,(2* comme il le remit en liberté,^ fauua la ytlle dâejlre
CH A P. iH-
^^^â^iPres la viftoiregagnee amp;nbsp;les Egypciens reçuz en b la liçue, Cyrus retournant de nuit auec fou oft â ^ planta foii camp en vn lieu apelc les Tymbrares, ou il fit reuuëde fes çens.En cette iournee du co-^!tc des auerfaires les Egypciens eurent la gloire t=s£!?^.^jdâauoir tresbien combatu. Du coté de Cyrus la canaleriePcrfique fut la miens eftimee, tellement que la façon dâar nier que Cyrus leur donna,demoure en vfage en leur païs.Les cha-nots armez de faills furent aufsi beaucoup eftimçz, parquoy cette façon de guerroyer eft aufsi reçue amp;nbsp;entretenue par cens qui relient fur les Perfes. Mais les Dromadaires ne firent peur quâaus chc Hans: car ils ne tuerent perfonne des ennemis ny lurent aufsi tuez Polens,pourtant quâil nây eut chenal qui sâaprochaft dâeus, ny qui ahardiefle feulement de les regarder : amp;nbsp;pour cette caufe feu-® 5ântmt profitables. Toutefois vnhonnefte amp;nbsp;vertneus hom-
z 3 me
i8i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE'
me ne voudra iamais nourrir vn Chameau pour cheuaucher nylc drefler pour combatre de deflus vue telle belte.Parquoy reprenans leur anciene forme de feruir,font retournez à leur premier meftier déporter le bagage. Dautrepart les gens de Cyrus ayansfoupc^ afsis le guet à lâacoutumec sâen allèrent repofer. Mais le Roy Cre-fus qui sâeftoit bien tôt retire j sâenfuit incontinent auec fes gens a Sardes : les autres nacions sâefearterent de nuit le miens quelles purent ^ amp;nbsp;au plus loin tenant le chemin vers leurs maifons. A la pointe du iour enfuiuant Cyrus mena fon armee à Sardes, amp;nbsp;dâar* riuee drefTa fes machines amp;nbsp;inftrumens pour abatre les murs ^ amp;fit aprefter des efchelles pour liurcr incontinent lâaflaut à laville. fe pendant quâil ertoit en cette befongne, la nuit dâaprès par les plus . ⢠forts amp;nbsp;moins prenables licus de la forterefle de Sardes fit monter les Perfes amp;nbsp;Caldecs fur les murailles, parla conduite dâvn homing / nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Perfe qui cftoit efclaue dâvn foldat de la garde du ch at eau, amp;nbsp;fauoit
tresbien la defcente à la riuicre,amp; par ou il faloit remonter au chateau. Parquoy incontinent futprife la forterefle, amp;à cette nou-, 1. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uelle le cÅur faillit aus Lydiens, qui abandonnèrent les murailles
bu. amp;nbsp;fc mirent en fuite pour fe fauuer au miens quâils purent : de Cyrus entrant auec le iour en la ville commanda à fes gens ne bouger de leurs places ny courir par les rues. Crefus enfermé dcdenslon
⢠â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;palais crioit merci à Cyrus. Cyrus arriuant au chateau quiaiioit eflé gagné laifla des gens pour garder Crefus : amp;nbsp;trouua les Perfes qui gardoient fongneufement la place comme il cftoit raifonnJ-ble:mais les Caldees sâeftoient ruez fur lapillerie pour voleriez maifons,amp; auoient laifsé leurs armes contre les murailles.Sifr^â' continent apelerleurs Capiteines amp;lcs caflahonteufcment,amp;é« grand courrons leur commanda partir prontement de fon camp, i pourautant quâil ne fanroit endurer de voir enrichir gens fi mal'i' l nans, amp;nbsp;faifant mal leur denoir : amp;nbsp;leur remit en mémoire quâiln^ 1 lesauoitpris à fa fonlde, finon pour les rendre par fa difciplineles i plus heureus amp;nbsp;louables de leur pais .⢠à cette caufe ne sâeracrueil-laflent point sâil mettoit de plus gens de bien quâeus en leur place. Les Caldees commencèrent dâanoir peur de lui amp;nbsp;le fupliereirt humblement de sâapaifer, promettans de lui rendre tontes les cho-fes quâils auoient prifes.Cyrus refpondit ilâen anoir que faire : mais sâils le voulaient apaifer, quâils diftribnaflent prontement tout le butin à cens qui auoient bien gardé le chateau, à fin que les autres foldats voyans enrichir cens qui gardent leurs ordres fiflent mieus t leur denoir, amp;nbsp;quâil flirt dâautant mieus obeï. Parainfi les Caldees firent ce que Cyrus leur anoit commandé,amp; cens qui auoient obeï
DE XENOPHON. LIVRE VIL 185
eurent vn tresbeau butin de beaucoup de belles amp;nbsp;precieufes ri-chelTes. Ce fait Cyrus mit fon camp en la ville au lieu qui lui fem-bloitphis apte à tenir gens en armes j amp;nbsp;apres les auoir fait diner, commanda que le Roy Crefus full amené. Comme donq il arriua deuantlui : levons falue, dit il, mon Signeur : puis que la fortune vous donne la puiflance de lâeflre, amp;nbsp;à moy cette necefsité devons apcler ainfi. Dieu vous gard aufsi, dit Cyrus, puis que nous fom-mes tous mortels. mais me failliez vous, Crefus, confciller en vne chofe? Plut à Dieu quâil fut en moy de le faire, dit il, amp;nbsp;cflre caufe de quelque bien:car il me fcroitaufsi profitable. Efeontez moy donq, dit Cyrus :Pourautant que ie voy mes gens auoir beaucoup trauaillé, pafsc beaucoup de dangers, amp;nbsp;pris dâaflant vnc ville,qui eft apresBabylone la plus riche dâAfie,iâay délibéré leur dôner quelque fruit de leurs trauaus : car ie connois bien que sâils nâont qiiel-queprefente recôpenfc,ie ne les pourray longuemct tenir en obeïf-^^'itc. Dautrepart ie ne veus permettre quâils facagent la ville, par ce quâelle feroit deftruite, amp;nbsp;quâen femblables pillcries communément les plus mefehans sâenrichilTent le plus. Crefus oyantcc,lui refpondit : Silvous plait que ieface entendre ans principansLy-diensjtels que ie choifiray,comme iâay impetré cette grace de vous, que la ville ne foit facagee, ny les enfans ou femmes perdues, amp;nbsp;que pour la rançon de la ville levons ay promis faire aporter tous les meubles precieus qui font dedens Sardes foit pour home , ou pour femme : ie fuis affuré quâils aporteront de leur bon gré tous leurs ioyaus, bagues, or, argent, amp;nbsp;autres meubles precieus : amp;nbsp;lâannée dâapres vous trouuerez la ville autant pleine de toutes richeffes voinmc elle eft maintenant. Au contraire fi vous la mettez à fac tousles arts amp;nbsp;meftiers, que lâon dit eftre fonteines de tons biens, feront gâtez amp;nbsp;corrompuz. Danantage ayant reçu ces biens, vous pourrez à votre retour délibérer de piller amp;nbsp;facager la ville à votre plailîr.Mais enuoyez premièrement prendre mes trefors lefquels vous feront incontinent deliurez par mes treforiers. Parquoy Cyrus condefeendit à la requefte de Crefus, amp;nbsp;fit ainfi quâil auoic con fcille. En apres lui demanda comme il eftoit anenu de lâoracle des Delphes:carlon difoit communément quâApoUon lui anoit acor-deamp;fauorisé en toutes fes demandes,tellement quâil ne faifoit cho fe du monde fans le confeil dâicelui. Hclas ! dit il, ievondrois quâil fiift ainfi mais iâay des le commencement fait tout au contraire de ^volonté. Comme donq auez vous fait ? dit Cyrus, car vous me ditesmerucilles, amp;nbsp;defire fort dâen falloir la vérité. Au cominencc-mentjdit Crefus, ie ne tenois conte de me confeiller à Apollon sâil me
Jt^a^ani-mireae Cyrus enuers ^ A^ CreÃfi et fi y il le.
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LA CYROPEDIE
l'oracle ^'^poäon: JVoJce te~ ipfim.
me faloit chofe quelconque, mais il me print enuie de le tenter sâil me diroit vérité. Laquelle chofe defplait non feulement à Dieu, mais ans hommes vercueus, qui nâayment point les incrédules ny cens qui nâont fiance en leur parole. Comme donq iâaperçu que je fiiifois beaucoup de chofes ineptes amp;nbsp;hors de raifon, amp;nbsp;queiâe-ftois loin des Delphes : ie voulu fauoir ma fortune, amp;nbsp;enuoiay demander fiiâaurois desenfans amp;pour la première fois il ne ment aucune refponfe. Mais apres que par plufieurs dons amp;nbsp;ofrandes dâoramp; dâargent amp;nbsp;plufieurs facrifices ie lâeu apaisé (comme il me fembloit) il refpondit à ma demande queiâaurois des enfans,amp;a la vérité iâen ay eu deus, amp;nbsp;eu celà il ne fut point menteur : toutefois ils ne mâont de rien profité, carlâvn ert demouré muet, lâautre qui eftoit le plus amiable mourut en la fleur de fon ieune aage. Parquoy me fentant oprimé amp;nbsp;confus pour la calamité de mes en-fanSjiâenuoiay derechef demander à Dieu,par quel moyen ie pour-rois tresheureufement pafler le demourant de ma vie : Et il me fit refponfe:
Crefuf,Ã tu te peut connoitre,
I-on^ tems heure us tu pourras eÃre.
De laquelle ie fu tellement efioiii (pourautant quâil me proraet-toitj.à mon auis, la félicité que ie fouhaltois par vu leger commandement :cariaçoit que des autres hommes lon connoille les vus, les autres non .âtoutefois iâeflimois quâil full: aisé à chacun defe connoitrefoymefme) quedeslors en anant ieviuois engrandre-pos de ma vie, Cependant que iefii fans guerre neme côpleingnoU point de fortune pour la mort de mon fils. Mais quand iefuper-fiiadé par le Roy dâAflyrie de guerroyer contre vous, ie fuis tombe en beaucoup de dangers de ma vie,defquels toutefois ie fuis efeha-péfans anoir aucun mal, amp;nbsp;en celà mefmeie ne me pleins de Dieu-Car ayant connu que ie nâeftois fufifant à vous combatre, ie mere-tîray pour la premiere fois auec lâayde de Dieu allez feurcment de la guerre amp;nbsp;moy amp;les miens. Mais après que iefu deuenu info-lent pourmes grandes richefles, par les prieres de cens qui me voii-loient faire Chefde cette guerre, par les dons quâils mâaportoient, par les adulateurs qui medifoient que fiie voulois rener, toutle monde mâobéiroit volontiers, amp;nbsp;deuiédrois le plus grand des hom mes : ie changeay incontinent de propos, amp;nbsp;par telles amp;fembla-blcs adulacions ie fu enflé en mon courage, amp;nbsp;comme, tousles Rois mâeurent eflu Chef de la guerre lâentrepris cette charge, comme celui qui mâeflimois dine dâertre le plus grand homme dumon-dé.En quoy iene connoifTois pas bien ma force dcmâeftimerfiifr fant
DE XENOPHON. LIVRE VU. iSj fant à vous mouiioir la guerre, pourautant que vous elles engendre des Dieus immortels, ilTu de la race des Rois, amp;nbsp;des votre enfance aucz exerce la vertu : de mes anceftres celui qui premier renafut en vn mefme iour amp;nbsp;Roy Ãc afranchi de feruitude. Ayant donqignoré amp;: mal connu ma qualité en ces chofes,à tresbonne Ãc luftecaufe ie me fens puni,amp;;finablcment, Sirc,ie me commence à cette heure à connoitre. Mais penfez vous point que lâoracle dâApollon puilTe encorâ eftre veritable, amp;nbsp;q ie puifle deuenir heureus, puis que ie me connois moymefmc?Et ne vous esbahiffez point de nia demande: car vous auez bien touché les moyens pour ce faire, amp;nbsp;me pourrez encorârendre heurerts sâil vous plait. Donnez moy confer! fur cet afaire, dit Cyrus, amp;nbsp;ie le feray trefuolontiers : car en dikourant fur votre premiere félicité iâay pitié amp;nbsp;commiferacion GranJe de-dc vous,laquelle me meut à vous rendre des maintenant votre fem we»« de Cj/ «'eScvosfilles,amp;vous remettre en votre liberté. Car iâay entendu »â ***⢠quevousentretenez vne bonne maifon, grand nombre de gentif-hoinmes à votre feruice, amp;nbsp;vne table honnefte pourviure ioyeufe-ment amp;nbsp;heureufement auec votre femme : T ant feulement ie vous 'oteray les combaz amp;nbsp;les guerres. Par Dierr donq, dift Crefus, vous netnâocez rien de ma félicité : Car levons veus bien aflnrccjl vous me gardez cette promeffe, que ie meneray encorâ la vie que le vulgaire eftlme amp;nbsp;moy aufsi eftre la plus heureufe du monde.Qui penfez vous , dit Cyrus, qui ayt cettefeUcité î Ma femme, dit Crefus: car de tous mes biens, de toutes les douceurs amp;nbsp;plaifautes chofes que iâauois, elle en auolt la iouiftance auecques moy par moitié, mais des fouciz des batailles amp;nbsp;guerres elle ne sâen vouloir mefter. Ãaramfivous me voulez faire viure,comme ie faifois celle que iâay-raoisfut tons les hommes dn monde : tellement que coimoiftant à cette heure par votre grace la puiffance amp;nbsp;vérité de lâoracle de Dieu,le me fénseftre redeuablc de beaucoup dâautres prefens à Apollon pour le remercier. Cyrus oyant ces paroles fut cmeruciUé amp;nbsp;ioyeus de la confiance amp;nbsp;tranquilité de fon coeur, tellement que des lots en auant il le menoit touftours en fa compagnie, en quelque part quâil voufift aller : fuft ou pour le profit quâil fentoit delâauoit auprès de foy ,oubien pour plus grandefeurté. Ce fait ils sâen allèrent: repofer pour celle iournec.
Lamort ddAbrrtdatc ,de U belle PuntheCjOâ* des EunKches,^ comme Cyn« leur jit dreieryn tresbe^M mouvement en per-. Ã^Melle mémoire.. nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;luâï.. im..
Le
i8lt;r nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;L A C Y R 0 P E D I E
E ioiir enfuiuant Cyrus affcmbla fes amis amp;nbsp;Ca* pitcines de toute lâarmee, dont aus vns donna la charge de prendre les trefors de Crefiis, aus autres de receuoir tout lâargent quâil feroit aporter, amp;nbsp;après auoir mis à part pour les Dieiis telle pot-cion que les Magiens declaireroient, leur coffl-manda dâenfermer le demeurant en des cofres amp;nbsp;le faire charrier
partout ou il iroit j afin que quand il feroit tems, le butin fiift di' Itribuc à chacun félon fes merites. Pendant quâils faifoieuteequi leureftoit commande, Cyrusapelant aucuns defes feniiteursdemanda , fi Ion auoit vu Abradate ; amp;nbsp;sâemerueilloit quâil ne venoit plus à lui,félon fa coutume : Dont lâvn lui refpondit : Quâil nâeÃoit plus en vie : car en poufTant fon chariot contre les Egjpcoril auoit efte tué en la bataille auccques les gentishommes de fa mai' fon, dâautant que le demourant de fes gens lâauoicnt abandonné par creintedes Ãgyptiens. Que fa femme lâauoit pris amp;nbsp;couche Ãr le chariot, ou elle fefaifoit porter, amp;delà lâauoit conduit en i'll eertein lieu fur leflenuePaéfole, ou fes feruiteurs amp;Eunnchesca-uoient vnc foffe fur vn petit tertre pour lâenfeuelir : mais que^ femme efploree eftoit afsife en terre, acoutrec des omemensquâdir lui auoit donnez,amp; tenoit fur fon giron la telle de fon mari.Cyniâ oyant ces nouuclles frapa fa cuifle de douleur quâil eut amp;nbsp;monô incontinent à chenal anecques mille cheuaus, pour aller faire ft® pleintes fur lui, fi ordonna en pafiant à Gadatc amp;nbsp;Gobrieprendfi les plus beausornemens quâils fauroienttronuer, «Scies porter à loi* tresbon amp;nbsp;vertueus amitrelpafsc, pareillcmct à cens qui menoceni amp;nbsp;conduifoient les troupeaus des beufs amp;nbsp;cheuaus, commanda en amener grande quantité, cnfemble grand nombre de brebis (la m' il iroit) pour les immoler à Abradate. Comme donq il aperçutl^ femme contriftee, afsife en terre ,amp; lui mort eftendu il ietta des larmes abondamment en difant : Helas
auprès ouih tresboniie amp;
fidele ame tâen vas tu ainfi fans nous ! Et comme il voulut touche® la main en fine dâamitié il lâemporta auec foy:car elle auoit eÃe coupce par les Egypeiens. Adonq Cyrus fut encorâ plus efinude douleur ,amp; la belle Pantheefe defeonforta amp;nbsp;lamenta beaucoup dâauantage. Si reprint la dextre de fon mari des mains de Cyrus,amp; lâayant plufieursfois baifee la remit en fa place le miens quâelle fut) en difant : Helas, Sire, tout le demourant en eft ainfi ! Mais que faut il plus regarderâIe fay bien que pour lâamour de moy il ha fou-fert ces mans,amp; parananturc anfsi pour lâamour de vous. Car moy inifcrable amp;nbsp;folle, lâay longuement prié de faire de forte, quâil full
DE XENOPHON. LIVRE VIL 187 eftime dine de votre amitié, Ãc fift chofe dine de louage à votre fer-U!ce:amp; tenez ceci pour certcin^quâil nepefoit point tant à mâobéir comme à faire chofe qui vous fuit agréable. Il eft donques mort en homme vertueuse fans reprehenfion, amp;nbsp;raoy miferable qui lâay en-hortc de ce faire fuis encorâ en vie. Cyrus efmu de pitié, plora longuement fans mot dire,à la finlui dit ainfi;Ne vous contriflez plus noble Dame, pour fa mort : car il eft décédé treshonorablcment, veincueur de fes ennemis, qui eft la plus grande gloire quâvu hom-niefache defirer: Mais prenez cesprefens pour amour demoy (car Gobrie amp;nbsp;Gadate cftoient défia venuz auec beaucoup de riches icoutremens) amp;nbsp;faites lui des obfeques les plus magnifiques que Vous pourrez. Au demourant ie vous promets quâil ne fera,mis en oubli nydesJionoré ; car plufieurs de mes gens lui drefleronc vu tombeau trefmagnifique, amp;nbsp;lui feront des immolacions conuena-'âi^avnfi bon perfonnage.Et quant à votre perfonne vous ne de-Woiirerezpoint vcfue,ny delaiflee: Car ie vous honoreray en toutes les fortes quâil me fera pofsible, tant pous votre grade pudicité, ^ne pour vos autres vertuz : Si vous donneray au(si des gens qui vous ramèneront amp;nbsp;acompagneront feuremet en tel lieu que vous fuirez choifir : deelairez moy feulement en quel lieu vous voulez dire menee.Ne vous trauaillez point pour celà ,dit Panthee : car ic ne vous celeray point le lieu ou ie veus aller. Apres donq que Cy-rus eut fait vne grande pleinte fur cette Dame qui auoit perdu vn tel mari,amp; fur le mari, qui auoit laifiee vne telle femme fans efpoir éc la voir iamaisjl fepartit de là pour retourner à laville.Tot après Paithecfit eflongner dâauprès de foy fes Eunuches, iufques à tant 4ââdie eut allez ploré fur lui : amp;nbsp;commanda à fa nourrice de dc-îtiourer,lt;Sclui enchargea de lâenueloper en vn raefme manteau auec fon mari,aufsi tôt quâelle feroit trefpafiee.La nourrice la fuplia Ion guement de ne fe défaire,mais quand elle eut allez amp;nbsp;affez luplic amp;nbsp;que fes larmes amp;nbsp;prières ne feruoient de rien, mefme que fa mai-trelTe sâen courrouçoitjcHe fe mit à plorer auprès dâelle.Adoq Panthee , dâvueefpce quâelle auoit des long tems préparée, fe coupa la gorge dâelle mefme, amp;nbsp;couchant fa telle fur la poitrine de fon mari mourut incôtinent. Adonq la nourrice cfploree faifant vne piteufe lamentacion, les couurit dâvn mefme manteau comme Panthee Vauoit commandé. Cyrus,qui nâeftoit encorâgueres loin,auerti du bit de cette femme tout eftôné courut à elle, pour Voir sâil y pour-toit donner remede;amp; en mefme inftant les trois Eunuches voyans leur maitrefle morte fe tuèrent de leurs glaiues, en la place mefme ou elle!« auoit fait demourcr. En mémoire dequoy demoure cigt;
Ai core
188 LA CYROPEDIE
core aviioürdâhui vn trefmagnifiqüc monument, en la pliis haute colonne duquel font efcrits en langue Syrienne les noms du mat) amp;nbsp;de la femme : au delTous Ion dit quâil y ha trois colonnes auec lâinfcripcion des trois Eunuches feeptriferes. Mais quand Cyrus vid cette calainitc,il fut grandement emcrucillc de la vertu de Pau-thee,amp; apres aiioir fait fes compleintes alla donner ordre que leurs obfeques fuirent faites félon fa dinité ^ amp;nbsp;vn trefgrand monument crise en mémoire de leur grande vertu , auec tous les ornemeusamp; honneurs que Ion ponuoit faire à fi dines perfonnes.
Comme Cyrtts fidiu^a les Cariens, par la prudence de Cahfe, print le Ãoy de Phry^ie, ^ donta les Capadociens ^ jltâ1' bes ^ toutes les nacions dâalentour en peu de tems,puis dre^^ festens dâordonnance,iufquesà quarante millehommedarma C^ sâaprocha de Babylone. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A Pgt; '^â
x/frictes
Velque tems apres il auint que les villes de Cars« efinurent quelques débats amp;nbsp;fedicions entred-les de forte quâil y eut des efearmouthes amp;dc' l faites : A la fin elles firent fiapre guerre Fvneâ tâautrejfc confians à leurs forterefics que les nsu' parts implorèrent enfemble lâayde de Cyrus. Lc' quel demourant pour lors en Sardes, faifoit faire des machines^ autres inflrumens de guerre quâon apeloit Béliers, pour abatte hâ murailles de cens qui ne lui voudroient obeïr. Parquoy leur ennuya vn Capiteine Perfe nomme Cadufe (expert amp;nbsp;vaillant, â^ ayant prudence meflee de grace amp;nbsp;court oific) auec vnegroffe armee: auquel feioingnirent incontinent les Ciliciens amp;nbsp;Cypriots amp;nbsp;fe mirent de leur bon grc en lâaliance de Cyrus. Au moyend«' l quoy Cyrus nâenuoya iamais aucun Satrape en Cypre, ou Cilio^gt; 1 comme ans autres nacions:mais fe contenta dâylaifler renerlô J Princes naturelz dupais, feulement en tiroit des tributs ,amp; lent commandoit des expedicions de guerre quand bon lui fembloit, Efiant donques Cadufe arriné fur le pais de Carie ouït les EWâ ballades des deus parts, qui venoient à lui pour fe mettre en lain gne amp;nbsp;fe difoient prêts de le receuoir en leurs places fortes au doin mage de la partie auerfe. Mais Cadufe vfant dâvue grande prüden ce, fit vn mefme vifage à tous les deus, amp;nbsp;faifoit femblant de trou-ucr la querelle plus lude de cens qui parloient à lui : difoit aufsi quâil faloit tenir cette aliance fecrette à fin que les ennemis ne sâen aperçiifrent,pour miens furprendre les auerfà ires par ce moyen,amp; à cet
DE XENOPHON. LIVRE VII. i?p à ces fins donna la foy à tous-Iesxleus au denu Tvn de lâautre. Par^ ainfi les Cariens iurerent quâils le rcceuroicut aucc fes gens en leurs forterefles fans dol ny fraude, au profit de Cyrus ôc des Perles: Dautrepart Cadufe iura quâil cutreroit en leurs chateaus fans dolamp;trôpenc amp;nbsp;tout au profit de cens qui le receuroient. Qiiâùd il eut à tous les deus fait vnemelme proinelle il gagna feerettement «point fur chacun dâeus dâentrer en leurs chateaus vne mefinc nuit,tellement quâayant acordé diiiouramp; de lâheure oportune, il feruadedens les chateaus amp;nbsp;ocupalcs forterefics de tous deus. Le iour enfuiuant sâarrella au milieu auecques la forceâde fou camp ^fitaflcmbler les principaus de deus factions, lequcls venuz à lui furent gradement lâchez amp;nbsp;marriz de lâafaire.ôt sâeftimerent auoir eftcttahiz: ce que connoilîant Cadufe leur dit ainfi:
^â'''Ms, il cil vray que iâay promis 0c iuré dâentrer en vos cha-^^ânsfans dol amp;nbsp;fraude au prolit de cens qui me receuroient, mais ^'C voulais ruiner lâvne des parties ie mâelhmerois y eHrevenu 'â®npjs au profit, mais au grand dommage desCarieus. Aucon-Irwc fl ie vous donne paix amp;nbsp;feurtc, tellement que vous puifsiez fibourer vos terres en traquilitc, ie mâeltimeray élire venu iSc auoir onipé vos places pour votre grand bien amp;nbsp;vtilitc. Parquoy ie veus que de ceiourdâhui vous faciez paix enfcmble de forte que fans aucune creinte labouriez vos terres, amp;nbsp;puifsiez donner amp;nbsp;pren« drelesenfaas lâvn de lâautre par aliancc : vous certifiant que fi aucun devons sâefforce de faire tort à fon compagnon,Cyrus amp;nbsp;moy lui ferons ennemis.
Incontinent apres les portes de toutes les villes lui furent ouuer l^S)l«grans chemins rempliz dâallans amp;nbsp;veuans, les chains cou-uettsde laboureurs, tout le monde remis en felle, Ãc nây auoir rien quincfiiftrempli de paix amp;nbsp;liellc amp;firent plufieurs ieus amp;nbsp;folen-mtez de commun acord.Tot apres arriuerent les mefiagers de Cy-a'usen Carie pour demander à Cadufe, sâil auoit afaire de fecours ou de machines pour rompre les murailles des villes. Mais Cadufe lui fit refponfc quâil nâauoit befoin dâaucune thofe , ains au con traire que Cyrus fe pouuoit feruir de fou campen quelque autre efttreprife. Et ce dilant leualecamp de Cane, laifiant feulement quelques garnifons aus forterefics. Les Cariens prièrent longuement Cadufe dedemourer auecques eus, amp;nbsp;apres quâil eut retuse ^ï ce faire, ils enuoyerent prier Cyrus de leur donner Cadufe pour Satrape, Duc «St gouuerneur de leur prouince. En ccmcfine fOââ'^Stdurant cette cxpedicion Cyrus auoit enuoye pour Chef de oOetteHyfiafpe auecques vue grolle armee contre la Phrygie, qui
A 3 cil
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LA CYROPEDIE
eftprocheinc de lâHclefpontc : amp;nbsp;fi tôt que Cadufe fut ardue lui commanda mener fon camp après HyftafpCjà fin que les peuples fe rendiffcnt pluftot à lui, quand ils verroient venir vne noiiuelle armée de renfort. Au moyen dequoy premièrement tous les Grecs habitans près de la mer ayans aportc grans dons à Cyrus j firent tant auec lui quâils obtindrent cette grace que les Perfes nâentre-roient en leurs villes , mais quâils lui payeroient certein tribut amp;nbsp;iroient à la guerre ou il lui plairoit. Dautrepart le Roy de Phrygifi voyant cette venue, sâaprefia pour tenir fes forterefles ne lui voulant obéît, amp;: commanda de faire lefcmblable à fes gens. Maisies Capiteines de fa gendarmerie fe reuoltcrent contre lui, de forte quâil fetrouua feiil amp;: entièrement defnué de toute defcnfeamp;ala fin il vint entre les mains dâHyftafpe fous la puifiance amp;nbsp;iugerneut deCyrus. Parainfi HyPafpe laillant bonne garnifon Perfiqueen fes placeSjfe partit auec fon cap,amp; enleua des pais fubiuguez grand nombre degens de guerre, amp;nbsp;pluficurs rondeliers, amp;nbsp;cheuausde Pbrygie. Cyrus aufsi commanda .à Cadufe qui sâcfloitioinrà H)' ftafpe de mener les Phrygiens qui auoient tenu fon parti,auec leurs armes acouturaecs à la guerre, ans autres qui auoient foutenuk fiege amp;nbsp;la guerre, fit faire commandement dele fuiure feulement auec des fondes amp;leiirota les autres armes amp;nbsp;cheuaus. Durant quâils eftoient en ces entrefaites, Cyrus fortit delà ville de Sardes, ou il laifla vne forte garnifon de gens de pic, menant Crefus en ft compagnie, amp;nbsp;grand nombre de chariots rempliz dâinfinies amp;nbsp;di-uerfes richefles. Crefus aufsi aiioit frit mettre par eferit amp;nbsp;diligemment en certeins bordereaus la quantité dâargent qui cftoit furd'^ cun chariot, amp;nbsp;en baillant à Cyrus ces eferiteaus lâaucrtit de donner ordre que cens qui en auroient la charge lui rendiflent bon conte félon les papiers quâil lui bailloit.Cyrus rclponditjquâil auost i tresbien fait de rédiger la foraine par eferit, toutefois quâil ne bail* | lcroit ces trefors en garde finon .à cens qui feroient dines deles auoir, tellement que sâils defroboient quelque chofeils la defrobe-roient à eus mefmes : amp;nbsp;ce difant donna ces bordereaus à fes amis amp;nbsp;principaus Capiteines, les chargeant de prendre garde furies Condufteurs, pour fauoir sâils rendroient bon conte ou non, des deniers quâils auroient reçuz. Il mena dauantage en fa compagnie grand nombre de Lydiens, amp;nbsp;principalement de cens quâil vit elite les miens équipez de cheuaus,armes, amp;nbsp;chariots, quâil connoiflort mettre peine à faire chofequi lui full agréable, amp;nbsp;les menoit armez : mais à cens quâil connoifloit dire de mauuais courage amp;nbsp;qui Je fuiuoient à regret il ota les cheuaus amp;nbsp;les donna aus Perfes, qui
..premier
DE XENOPHON. LIVRE VH. 191 premièrement auoient guerroyé fous lui. Il brûla aufsi toutes leurs armes , amp;nbsp;les fit venir à la guerre feulement auecques des fondes comme les autres, amp;contreingnit tous les hommes defarmezdâa-prendre lâexercice de la fonde, eftimant cette façon de combatte dire la plus feruile amp;nbsp;abiefte.Car auecques dâautres gendarmes les fondibulaires peiment quelquefois faire grand feruice: mais fi tous lesietteurs de fonde efloient enfemble fans autre fccours,ne pour-roient relîfler à bien peu de gendarmes équipez pour combatte à bmain. Comme donq il retournoit vers la ville de Babylone fans trop sâeflogner du chemin il fubiuga cens delà gradâ Phrygie,vein-(]uit les Capadociens, rendit les Arabes ferfs amp;nbsp;captifs : amp;nbsp;obtint beaucoup de grandes victoires amp;nbsp;ri chefles, deforce que des armes amp;che»aiis de cens quâil auoit défaits il en équipa la gendarmerie pudiqueiiifques au norhbre de quarante mille hommedarmes: outre ce donna aus allez beaucoup de cheuaus des prifonniers,de tou tts les nations quâil auoit veincues amp;nbsp;fubiuguees.
Comme Cyrus aÃie^ea la ville de Babylone,^ latrine par vue merueiüeufeÃneÃe. Comme le Boy d'^Ãyrie fut tuéauec fês ^^gt;gt;^ 3 ^ la ville prife (^ faca^ee, les fortereÃes rendues Ã
Cyrus. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A P. v r.
Inablemcnt Cyrus arnuapres de Babylone auec vne trefgrofTe armee de sens de chenal, srrand nombre de iaculatcurs amp;nbsp;archers, amp;: infiniz iet-teurs de fonde ,amp; auec tout fon oft planta fon camp alentour delà ville, fi voulut reconnoitre les murs dâicelle amp;nbsp;à cette fin cheuaucha auec fes
awis amp;nbsp;Capiteines des confederez alentour, pour voir sâil trouiie-toitaucun lien foiblepour liurervn airaut:mais quand il eut aftez tontemplc la grandeur amp;nbsp;force des murailles, il délibéra de retirer fon camp, penfant ne venir iamais à chef de la prendre. Toutefois fortit vn homme fuitif de la ville qui auertit Cyrus, comme les Babyloniens elloient deliberez de faire faillie fur lui, aufsi tôt quâil fe retireroit en arriéré : car en regardant fon cap de defins la muraille legros bataillon leur auoit femblé foible Ãc eftroit. Et de celà ne fe faut emeriieiller : car eftant toutela ville enuironnec qui eftoit lar-6« amerueilles, faloit neceftaircment que la phalange fe montraft étroite. Cyrusoyant ces nouucllcs femit au milieu de tout fon tampauec fa compagnie, amp;nbsp;commanda ans foldats armez amp;nbsp;rendez en bataille vers les deus pointes fe départir de leurs bendes par moitié.
LA C Y R O P E D I E moitié, amp;nbsp;faifant arrcfter lâautre moitié fe ioindre des deus parts cnfemblc, à fin que le bataillon full doublé de toute fon efpeÃeiir: amp;nbsp;les fit ainfi retourner des devis parts iufques à tant que les deus extremitez fe vinlTent ioindre à lui au milieu de lâarmce. Quoy faifant il auenoit que cens qui sâeftoient arreftez deuenoient plus liât diz,voyans le bataillon'renforcé de fon efpcfleur : pareillement cens qui sâeftoient fcparez de leurs bendes en eftoientà bondroit plus alTurez : à caufe que les premiers qui sâeftoient arreftez, de-noient toufiours faire tefte aus auerfaires amp;nbsp;marcher les premiers contre la ville. Comme donq les deus extremitez eurent tant marché quâelles vindrent à fe ioindre au milieu, toute la phalangesâar-refta en bataille, amp;nbsp;fe trouuoient merucillcufemeut fortifiez amp;nbsp;remparez céus de derriere pour ceus de deuant, amp;nbsp;cens de deuant pour ceus de derriere. Eten doublant le bataillon de cette forte il eftoit necefTaire, que les premiers amp;nbsp;les derniers fufTent les plus vaillans compagnons, amp;nbsp;les plus lafehes demeuraffent au milieib laquelle ordonnance fembloit eftre tresbien inuentee tant pou' । bien combatre que pour ne fuir point. Dautrepart les gens de chenal, amp;nbsp;enfans perduz des deus pointes sâaprochoient dautantphu de leur Prince, que la bataille redoublee en eftoit plus courte^ cfpefte. Quand Cyrus eut ainfi prudemment rengé lès gens en bataille amp;nbsp;fe fut prefenté contre la ville, il fe retira tout bellement en arriéré iufques hors des trets que lon pouuoit letter des murailles' lt;Sc tomme ils fe virent hors de danger ils tournèrent le vifage amp;1^ armes contre la ville ,amp; sâarrefterent pour atendre fi quelquvn fortoit : amp;nbsp;tant plus ils sâeflongnoient de la ville, tant moins tournoient contre les murs auec les armes, tellement queqtinnd ils furent en feurté, ils fe retirèrent en troupe iufques au lieu ou ils » fe deuoient camper. Voyant Cyrus tous fes gens campez,il allé®' il bla fes amis amp;nbsp;principaus de rannecjamp; leur dit: nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;S
Compagnons, nous aiions reconnu amp;nbsp;couru tout à lâentourât ? la ville,amp; nâauons ny ocafion ny moyen pour la prendre paraflaut) ^Xo^S*^^*^ les murs qui font fi hauts ôc fi forts : Toutefois,puis quâils nâofent fortir à la campagne, iâeftime que les pourray plus aisément prendre par famine, à caufe quâils font là dedens grand nombre de gens. Parquoy fi vous nâauez quelque autre rilze, ou inuencion pour les prendre, ie fuis délibéré de les afsieger. le fuis , aufsi de cet aiiis, dit Chry fante : Car ce grand; fleuue court par le milieu de la ville ayant plus, de deus ftades de largeur. Oui vray-ment, dit Gobrie, Ãc cil 11 grand amp;nbsp;profont, que deus hommes lâvn fur lâautre ne fe pourvoient montrer fur lâeau, tellement quâelle dl â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;plus
DE XENOPHON. 'LIVRE VIL
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plus fortepar la riinerc,quepar Jes nuirail/es. Lai/TonSj dirCyrus, en arriéré Iâauantagc que les ennemis ont fur. nous: Mais efludions fculemet à ce qui nous doit profiter; amp;nbsp;fins dâaiiis que nous départons à chacune bende fa part du Jabeurj amp;nbsp;par quartiers faifons vn treflarge fofsc amp;nbsp;profond ^ qui nous ferne de rempart cotre la ville, 3 fin quâil ne nous faille tenir fi grand nombre de gens pour faire le guet. Parquoy ayant Cyrus pris les mefures entour la muraille des ficus cotez (faifant toucher les deus extremitez du haut amp;nbsp;du bas fielariuiere) y laifla feulement autant dâefpace comme il faut de terrepour bâtir deus grandes tours, amp;nbsp;fit fouir vn trefgrand fofsc en forme dâvn demi cercle, amp;nbsp;fit ieter la terre de fon cote. Et premièrement fit bâtir des grandes tours fur la riniere, à beaus fonde-mens de Palmes qui nâauoient pas moins de cent piez de long ; car fiturellcnient en ce pars là elles furmontent encorâ celle grandeur, ^ fi autant quelles font pluspreflees ou chargées,ne fe plient point fommeles autres arbres,ains pour refifter fe courbent contrcmont ^ftfiifià nten dos dâafne. Et fit les fondemens de telle matière,pour ficmbler ans anerfaires quâil sâefloit aprertc pour durer plus lon-; guement au fiege, amp;nbsp;que fi le fleurie desbordoit amp;nbsp;remplifloit fon ^ofsejes tours ne fuflent en danger de tomber. Dautrepartfit ' ficaiicoup dâautres tours fur la terre remuée, pour y mettre plus de gens au guet. Pendant quâils fafoient am fi les tours amp;nbsp;foflez, les ennemis cftans fur les murailles fe moquoient de telle manière fiâafsieger, comme gens qui fe fentoient auoir des viures pour plus devint ans. Cyru,s auerti de celà , diinfa fon ort en douze parties, à fin que chacune dicellcs fill le guet chaque mois de lâannée. Mais leshibylonieus fe rioienc encorâplus de celà ,penfans que les Phrygiens, Lyciens, Arabes, amp;nbsp;C.ipadocicns,neferoient point leur de-noir, à caufe quâils les eflimoient plus afèceionnez à cus,quâaus Perfes. Comme donq les tours amp;nbsp;foflez furent parfaits, Cyrus fut nuerti, quâvn certein iour de lâannee dedens la ville de Babylone fe ficuoit faire vue fefte folennelle, en laquelle les Babyloniens ont acoutumede boire, mager amp;nbsp;vnrongncrtoute nuit, amp;nbsp;fe foulent à belles danfes amp;nbsp;thafons de plaifir de tous les palTetems quâil leur efl | pofsible. Parquoy fi tôt que lanuit dudit iour fut vcnue,pargrand nombre de gens Cyrus fitouurirles entredeus du fofsc iufques à 1 Uriniere des deus cotez â tellement que le fleiiue entra dedens, amp;nbsp;tendit Ic fons ordinaire de la riuiere paflable à pte fee. Et connoiC-Unt que celà proccdoit bien à fa fantafie, cômanda aus Capiteines fieUfanterie amp;nbsp;caualeriedcs Perfes, faire marcher chacun millier dhonnnesdeus à deus en bon ordre ,amp; commanda aus allez , de
Z« P4l~ miers Je £4 tjlene.
B fuiurc
,P4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
fuiure les Perfes en mefme ordonnance. Ce fait Cyrus ayant ®* les feruiteurs des gendarmes tant à pic quâà chenal fur le ken' fleuiie J les fit regarder fi le fous eftoit bon amp;nbsp;ferme «à marcher, t comme il fut auerti quâil eftoit aiscà pafler, apelafes Capiteines«* leur dit ainfi : Trefehers amis, puis que le fleuue nous donne i beau paflage dedens la viilejentrons y hardiment, fans creindreai' cime chofe,feulement remettons en mémoire q nous allons count cens que nousaiions autrefois veincuz, combien quâils enflentlt renfort de leurs auxiliaires, amp;nbsp;les auons abatuz lors quâils elloicn^ vcillans, fobres, armez, bien rengez, amp;nbsp;équipez de toutes arines Mais maintenant laplufpart dâiceus dorment, ou font yures,^ tous enfemble font defpouruuz dâarmes, fans ordre ny moytquot; pour fc défendre. Et quant nous y ferons entrez, ils ferontencot moins aparcillcz quâ.à cette heure, ayans perdu toute force amp;nbsp;coU' rage pour vne fi foudeine amp;nbsp;non atendue furprife. Si quelqiïvm* vous sâeftonne de ce qui eft le plus .1 creindre quand on prend vit ville, à falloir quâils montent fur les maifons , amp;nbsp;nous ruentdts pierres de tous cotez, celà vous doit donner meilleur courage d) entrer : car sâils y montent pour cet efet, nous auons le DieuVd' cain à notre ayde ; leurs boutiques font aifecs à brûler, leurspattes faites de Palmes, ointes dâvn bitume à demy brûle qui sâaUu®^ quafi de lui mefme, amp;nbsp;qui plus eft nous auons force torches, quäl' titc de poix amp;nbsp;dâeftoupes, pour faire leuer incontinent vnegran flamme, dont leur fera force ou dâabandonner les maifons,ou ûâ' tre brûlez en peu dâheure. Courage donq, mes amis, prenezvos armes amp;nbsp;me fumez, amp;nbsp;ic feray votre guide aiicc lâayde des P^cus immortels. Vous, Gadatc, amp;nbsp;Gobrie, quifauezbien ledit®quot;' montrez le nous, amp;nbsp;nous menez le plus tôt que pourrez au pal^l du Roy.Nous le ferons aiscment,dirent les gens de Gobrie : carte I portes du palais ne font point fermées, à caufe de la fefte ptei^ â dâyurongnerie amp;nbsp;diflolucion, ou toute la ville eft fondue poi^ cette nuitnuais nous trouucrons tant feulement des gardes déliant les portes, dont le Roy eft ordinairement lérui. A cette caufe, dit Cyrus,ne sây faut endormir,mais marchez tout bcllementpourte furprendre,' amp;nbsp;ce difant fit marcher fes gens, lefquels entrèrent incontinent dedens la ville, amp;nbsp;dâentree fe mirent à prendre amp;nbsp;découper tous cens quâils pouuoient rencontrer, dont les vus deraou-r-oient morts par terre, les autres tournoient en arriéré, les autres crioicnt : Alarme, alarme. Mais les 2cns de Gobrie crioientalat- , me auec eus, comme sâils eunent elle leurs compagnons amp;nbsp;yurts comme eus.Si coururet en cette façon par toute la ville,amp; à grand diligen 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;0
DE XENOPHON. LIVRE VU. 15j diligence arriuerent ans portes du palais, lefquelles ils tronuerent fermées : mais ils rencontrèrent les gens du guet qui buiioient auprès du feu J amp;nbsp;les traitèrent incontinent en amis. Soudeinement feleuaparle cry de ces gens vn merucilleus bruit amp;nbsp;tumulte, lequel fut oui par cens de dedens, tellement quâayant le Roy commande de regarder que câeftoit , aucuns dâentre eus coururent ouiirir les portes. Et lors les gens de Gadate, voyans lâhuis ouuert, fe ruèrent à toute force dedens peflemcfle auec ceus qui sây vou-loient fauuer,fi chaflerent amp;nbsp;découpèrent tous ceus quâils trou-iioicntjufques à tant quâils arriuerent à la chambre du Roy,lcqucl ils trouiiercnt Icué amp;nbsp;armé de fou elpee. Les gens de Gadate amp;nbsp;Gobrie le mirent incotinent à mort, amp;nbsp;auec lui tous fes feruiteurs, dontVvniettoit au deuant quelque chofe, lâautre sâenfuioitjlâautrc combatoit ou fevengeoic comme il pouuoit. Dautrepart Cyrus «nuoyaparj-oute la ville fes gens à cbeual, amp;nbsp;leur commanda tuer fjf le champ tous ceus qui feroient troiiuez par les rues, au demon Mntfînifier par cry publiq à ceus qui fauroient parler Syrien de demonrer ans maifons, amp;nbsp;sâil sâen trouuoit aucun dehors,quâil fufl occis. Pendant quâils faifoient ce que dit elf, Gadate amp;nbsp;Gobrie rc-uindrent, amp;nbsp;en premier lieu adoreret amp;nbsp;remercièrent les Diens de Iciiraiioir donné vengeance du mcfchantamp; execrable Tirant, en après baiferent les mains amp;nbsp;les picz de Cyrus,faurans amp;plorans de la grandâ ioye quâils auoicnt. Si tôt quâil iiit lour les gardes des for-terefles voyans le Roy mort amp;nbsp;la ville prife, rendirent aufsileurs places,dedens lefquelles Cy rus enuoya incontinent des Capiteines auec bonne garni(on,amp; permit à tous les habi tans dâenfeuclir leurs patens morts amp;nbsp;défaits en cette rancontre. Si fit aufsi piibliqne-Hiont crier 0c ordonner par fes trompettes à tous les Babyloniens dâaporter leurs armes en certein lieu , amp;nbsp;en quelconque maifon ou Ion troiiueroit des armes, que tous ceus de dedens leroient nus en pieces. Ce quâils firent en peu dâheure : Au moyen dequoy Cyrus les fit toutes ferrer dedens les chateaus amp;fortcrelles de Baby loue, polities aiioirprefies quand il en auroit afaire. Ces chofes faites il apela premièrement tps Magiens, aufquels il commanda mettre à part pour les Dieus les prémices des delpoinHes, comme dâvne ville prifepar alTaut, amp;nbsp;des enfeignes de viéfoirc pour les confacrer aus teples des Dieus à perpétuité. En apres dif lribiia les maifons amp;nbsp;palus de la ville à ceus quâil eftimoit auoir edé participans des dagers delà guerre, amp;nbsp;les fit donner de forte que les plus vertucus cullent ^^snieillem-es:amp; fi quelquâvn fepleingnoit dâauoir trop peu pour fa P''i'^ den vouloit auoiï la çonnoiifance. Ans Babyloniens com-B a manda.
llejfejènl' en Daniel cS me ce J^oj tl'AjJÿne no me 3alta'^r centépeeur de Dieu fin' ecc/'f par les PerÃs..
lÿtf nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
manda de labourer la terre^ payer les tailles amp;nbsp;tributs, amp;nbsp;feruir en toutes chofes leurs maitres aufquels ils auroient efte afsignez, amp;nbsp;leur enchargea auGi de faluër toufiours amp;nbsp;reconnoitre coniine Si-gneurs j les Perfes, aliez amp;nbsp;compagnons de fon armee qui choifi-roient amp;nbsp;voudroient demourer aiiec lui,les honorer amp;nbsp;porter obcûîance comme vn feruiteur doit faire à fon maitre.
Comme Cyrm eflablit Jon rene en Babylone, ^ infUtua lâhonneur des Bots, ^ print des Eunuches pour le feruice de fi maifon,^ des Per/es pour la garde déjà perfonne,
CHAPITRE vu.
H Ptes que toutes ces ordonnances eurent efteexe-cutees en la forme que nous auons racontée,Cyrus defirant déformais fe préparer pour prendra le nom amp;nbsp;titre de Roy, lt;St le montrer grand^^ venerable, corne il apartient à vue maiefié Royæ __lejfe délibéra de le faire par le confeil de fes affliSj à fin qnâaiiec moins dâenuie amp;nbsp;foupfon il le montrait peu fouue«^ en publiq amp;nbsp;full tenu en plus grande veneracion de tout le inonder amp;nbsp;pour ce faire il vfa dâvu tel moyen. Si tôt quâil fut iour il s'afsit en lieu,qui lui fembloit le plus apte à fon intencion, amp;nbsp;coinmenf^ à donner audience à tous cens quivouloicnt parler âliii,amp; auct bonne relponfe leur donnoit congé. Laquelle humanité de Cyni$ quand les hommes eurent connue, ils venoient à grofles troupes^ requérir chacun de quelque chofe, tellement que pour la precede cens qui fe vouloient auancer, il y eut du bruit amp;nbsp;delà bateric,amp; les miniftres en admettoient aucuns félon leur difcrccion. Sip^f
fortune aucun de fes amis feprefentoit amp;nbsp;poulîoit latourbepour fe faire place, en eftendant la main leur diloit : Mes amis, atendez vn peu que la tourbe sâen foit allée, puis nous deuiférons enfenibk à plaifir. Les amis efloient contens dâatendre, cependant le populaire sâamafioit déplus en plus, iniques à tant q le loir les furpriuG premier quâil eulHoifir de parler à aucun desprincipaus de fa court-Adonq Cyrus leurdonna congé en difant : il elf tcms,mesainis,lt;i( nous retirer pourlciourdâhunmais demain au matin ne taillez it venir à moy: carie vous tenir le confêil pour quelque afaire. fît' ainfi les geutishonimes de fa court fans mot dire sâen allèrent cou-ransà lcnrs inaifons, ayansieuné tout le iour fans boirenymafl-ger^de pour celle nuit fe repoferent.Le iour enfui liant Cyrui armic aumefincHcu fut eaiütoanc de plus ^randâmultitude d'hoiumes que
DE XENOPHON. LIVRE VU. 157
^ue déliant ^ qui voiiloient faire quelque requcfteamp; sâeftoient k-Uezpliis matin que tous fes amis. Mais Cyrus ordona grand nombre de Perfes auec leurs piques pour faire vn cercle, amp;nbsp;commanda de ne laifler entrer vers Iui,finon fes ami$,Capitcines amp;nbsp;principaus Petfes amp;nbsp;aliez:lt;Sc comme il les vid alTcmblez leur dit ainfi:
Conte Cjrm inslicua ht quot;yeneractoft Jes J^eir,
Amis amp;nbsp;compagnons,combien que iiifques à maintenant nous iisyonscaufe de nous pleindre des Dieus immortels, que toutes chofesnenous foient auenues félons noz defirs : toutefois, fi les grandes entreprifes ne nous aportent autre plaifir que cctuici, amp;nbsp;quâen goiniernant les grans afaires lâhomme ne puifTe quelquefois tftrefenl, amp;nbsp;fe refiouir auec fes amis, vrayment des maintenant ic quite cette félicité. Regardez comment hyer mefmes ayant commence a donner audience à quelques gens nous ne fufmes auoir fuitdeuant la nuit, amp;nbsp;ce iourdâhui vous en voyez encorâ plus que bytr,qni font défia venuz pour nous donner de lâennui : tellement q^if fi ion fe rend fuiet à eus, ie confidere que vous ne pourrez au-fiWenicnt iouir de moy, ny moy de vous, amp;nbsp;moins encorâ moy de ®oyincfme. Dauantage ievoy vne autre chofe fort ridicule :Car tombien que ie fois afeccionné entiers vous comme la raifon le ''tut, amp;nbsp;de cens cy nul ou bien peu ic connoilTc, toutefois ils font tellement préparez amp;nbsp;importuns quâils veulent par force amp;nbsp;violence dire pkillot depefehez, amp;nbsp;obtenir leurs requeftes que vous. Et neanmoins iâeflinie fi peu ces gens là ,que ie les veus contreindre de vous honorer amp;nbsp;vous prier de leur dire avdans entiers moy, sâils auoient afairede quelque chofe. Si quelqnâvn mâobiettoit, pour-quoyie nây ay pouriiu de meilleure heure, amp;nbsp;ne me fuis acoutume phiftot à me montrer peu deuât que me rendre fi commun à tous, levonsrefpons : Qiic te connoillois les afaires delà guerre dire de telle qualité, quâvu Prince doit entendre luimefme ce quâil doit hire, amp;nbsp;exécuter en perfonne ce quâil ha délibéré : amp;nbsp;que les Capi-teints qui nâont l'Åil fur toutes chofes amp;nbsp;fe communiquent fi peu, laiflent efthaper beaucoup dâocafions de bien faire. Mais maintenant que nous fomnies venuz au deRus dâvue trefpenible amp;nbsp;peril-leufe guerre, il me femble raifonnable que mon ame reçoiiie en foy quelque traquilicé. Parquoy pource que ic fuis en doute de ce quâil mefaut faire, à fin ejneuos ataires amp;nbsp;cens de no allezalleut tref-hien,chacun de vous me confeillc ce quâil eftime dire le meilleur.
QuandCyriis eut ainfi parlé, Artabà ze, qui sâdloit autrefois ^'oulinc de lui,commeuça à dire quâil dloit trefioyeus dâentrer en CSS termes, cfperant auoir plus grand moyen de iouir de lui quâil n anoit eu auparauant. Car des fon enfance il auoit grandement B 3 defiré
15)8 nbsp;nbsp;.. / L^Ã rCYROPE DIE
defiré dâelîre fon ami: toutefois le voyant nâauoirbefoin de lui,ne lui en aiioit ose tenir propos. Derechef quand il lâeut prie dâeftw fon orateur enuers les Medes, pour declairer la volonté de Cyaxa* re, il auoit pense en foymefine (sâil lui faifoit en cela quelque bon feruicc) dâauoir bien mérité fa familiarité amp;nbsp;poiiuoir deuifer long ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^ teins auec lui,en quoy il auoit pour le moins tant lait quâil enaiioii
».vgt;a a efte Jio27orc (Sf prisé de luijtoutcfois les Hyrcaniens eftoient furuC' miz pour le mettre en la ligue des Perfes, lors quâils auoient granJ befoin de fecoiirs, tellement que pour traiter cette aliance il u au* roiteu loifir de lui donner audience, à caufe quâils efloicnttouî empefehez à carelTcr lt;amp;nbsp;honorer ces nouiieaus compagnons Jd quels ils euHenr prefqueiportez entre leurs bras. Pareillemenf ia premiere viftoiregagnée amp;nbsp;le camp des aucrfaires pris,il auoit ton nu comme Cyrus nâauoit eu loifir de vaquer à fes amis,ny à lui :!âÆ aufsi quand Gadate amp;nbsp;Gobrie fe furent iointsà la liguc,.auqué tems lesafaires eftoient fi grans quâil nâeuft fù vaquer à autre doff quâà la guerre. Et quand les Saques amp;nbsp;Cadtifiens furent: reçuzf*^ loçieté, il auoit aufsi efté empefehé à les honorer, à caufe quâils lu* laifoieut feruice. Pareillement quand ils furent retournez enMf' de dâoù premièrement ils eftoient fortiz ,.pour lâempefchementét cetye..iiouuelle caualeric, dés machines,amp; chariots de guerre,à amoit e.xeufe de ne s'amufer à deuifer auecques lui, cfperant qu3U fortir, de ces afaires il en pourroit iouir à f on plaifirrmais quelô nouuelles efpoucntables delà ronfpiracion défont le monde coquot;' tre eus auoient prolongé fon atente, de laquelle à tout lemoinsil cfperoit iouir à la fin de toute la guerre. Et maintenant, difod^l' quenous anons gagné vue fi grandâ bataille, pris la ville de Sardes, emmené Crefusprifonhier, la grande liabyJone aufsi fubiuguee, amp;nbsp;renuersé tout lcmonde;ie mâatendois pounoir deuifer anecquo' j vous à toute heure ; toutefois hiermefme ic ne me pu aprochöde \'ous, finon en chaflant la prelle à grans coups de poing: de quau*! vous mâeuftes pris par la main amp;nbsp;prié de demourer auprès devons il fin allez eler comment icpaflay toute la iournee fanshoiren)' manger. Parquoy puis que tant de thofes ont à moy amp;nbsp;à vos aims rompu lâoportuniré de iouir de votre compagnie, ie fuis dâauis qm fivouspounez donner lapins grande part de vous à vos amis que vous le faciez, finon que ie finifie à tout ce populaire quâils feretirent fans plus vous importuner, amp;nbsp;ne démolirentâ auecques vous finon les premiers Ãc principaus amis. Apres que Cyrus amp;nbsp;plulieurs «uret ris du parler dâA rtabaze, Chryfante Perfe fe leua de dit aiiilii
,fi eft bien certein,Sire, que à bonne amp;nbsp;mfte caufe par cy deusuc â i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vous
DE XENOPH'ON. âLIVRE VlI. ipp vous vous elles rendu facile amp;nbsp;commun à tout le mondes tarit pour les raifons par vous alléguées j commepour ne pouuoir autrement tirer grand feruicc de nous : car chacun de nous y eftoit pourfoy-Kiefnie:aufsi quâil vous faloit gagner la faneur de beaucoup dâhom mes par humanité,à fin quâils priflent meilleur courage à trauailler en votre compagnie amp;nbsp;fe fourrer en tous les dangers de la guerre. Mais maintenant que vous nâeftes plus en tel eftat, ainspouuez commander à tant dâhommes, amp;nbsp;prendre à votre feruice cens quâil vousplait, il eft raifonnable devons laifler iouir de votre propre bien,amp;vfer paifiblemcnt de votre Empire, .afin que vous fenl ne foyezprinc du plaihr que chacun reçoit au faint feu de fa propre maifon,qui eft le plus faint,le plus douSjamp; familier lieujquâvnhom O'cpmffcHabiter.Dauantage ne penfez vous pas que nous aurions ^onte de nous tenir en nos maifons, vous voyans demourerde-^^âCbdonnans ocafion aus hommes de penfer, que nous voufif-â¢Jisnous montrer plus grans Signeurs que vous incfmc?
dire les qualité rui que comme
^yant Chryfante ainTi deelaire fon opinion, plufieurs autres confeillerent le femblable : tellement que Cyrus râentra dedens Ic pal,lis Royal, ou les trefors de Sardes lui furent rendnz par cens ^uienauoient la charge : mais fi tôt quâil fut râentré il famfia à la deelTcVefia, après au Roy lupiter, amp;nbsp;aux Dieus quelesMagiens éeclairerent. Ce fait il fe mit à penfer au gouuernemet de fon rene, amp;nbsp;connoiflant dire needîaire à celui qui veut dominer fur beaucoup dâhommes, de fe tenir en la plus grande amp;nbsp;illullre ville de fon Empire, toutefois pource queÃabylone cfloic mal afedee entiers lui à ennemie aupofsible, fe délibéra de prendre des gardes pour foncorps. Et à caulé quâil connoifioit que les hoiries nepotmoient ^ci^^r^e^» cîlfcplus facilement furpris, quâau boire, manger, amp;nbsp;au lit, au ba-gnerà dormir,il confideroit en foymefme qui poufroient phisfeaus fernitcurs pour telz afaires. Et difeourant fur la des hommes, il trouua que cens qui aymoient mieus aut leur Prince, ne poiiuoicnt dire loyaus en toutes chofes, font cens qui ont femmes ou enfans, ou des garçons quâils a a caufe quâils font naturellement incitez à obéir la chofe ay toutes autres. Dautrepart que les Eunuches priuez de tous lets dâamour dloicnt de telle qualité, quâils aymoient be ceus.dont il efperec d'eflrc enrichiz, defénduz ans torts qnâ feroitjôcaugmentez dâhonneurs amp;nbsp;dinitez. Au furplus ne P^^qu aucun les pull mieus gagner par bénéfices que lui, t ^duieioejjf quj.jgj Eunuches eftans mdpriléz de tous le ®ies, ont plus grand befoin dâélite fanonfez amp;fecouruz
mee fur ; les ob-aucoup on leur pcnfoit
Cyrm fi 'you/wfir-uir â'£wtu-ches ^ourfil £^areïe^
;s bomde leur maitre;
zoo nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CY R OP EDIE
inairrcrcar combien quâil y ait peu dâhommes qui ne sâeftiment plus valoir qiiâvn Eunuche (sâil nây ha quelque plus grand empef chement) toutefois sâils fontloyaus à leur Prince ilspeuiientpar-ueniraus premiers eftats Ãedinitez comme vn autre bomÅe. Et iaçoit que communément Ion eflimcles Eunuches couars amp;nbsp;d« peu deforce, Cyrus nâeftoit point de cette opinion .-prenant ton-iefture fiir les belles,entre lefquellcs Ion voit que les cheuans firou ches sâils font châtrez, perdent la fierté amp;infolence démordre^ ruer, toutefois ne perdent pas la hardieflê de courir à la guerre :P3' reillement lestoreaus châtrez oublient la fierté amp;nbsp;defobéiïTancc naturelle, mais ne font pourtant priuez de leur force amp;vfiged£ tirer à la charrue. Les chiens font tout dcmelme.-car quand ils font chatreZjils ne vont plus flairer amp;nbsp;nâabandonnent iamais leurs maitres, maisponrautant ne font inutiles à chaffer ou garder la mai-fon.Par mefme raifon les hommes priuez de celle couuoitife naturelle, dcuienncntplusdous amp;nbsp;traitables,maispourtantnelai/fent dâeflre diligens à faire le commandement de leur Prince, dâélite bonshommedarmes, bons archers, bien adroits à toutes armes,amp; aymans lâhonneur autant que deuant. Ce qui fe voit par experien- ( ce, amp;connoit on tant ans chafles quâaus batailles la confiance amp;nbsp;fermeté de leur courage. Et, qui plus efl, ils ont fonuent montre leur loyauté ans calamitez de leurs maitres,amp; nây eut iamaisEoffl-me, qui montraftplus gratis ades de loyauté aus infortunes de fou Signent que les Eunuches ; Qiioy quâil en foit fi la force du corfi en efl aucunement diminuée, lâefpee rend toufiours les plus foiblei egaus aus plus vaillans à la guerre.Confiderant donques e^' difeon-rant en fon elprit toutes cesraifons il commença a us portiers de fa maifon,(St fit Eunuches tous les feruiteurs amp;nbsp;oficiers quifetenoift ordinairement alentour de faperfonne. Dautrepart cotuioiUânt f que cepetit nombre degens nepourroit refifler contre tous ceu5 qui feroient mal afedez cotre lui,il difeouroit quelles gcnsilpout roit prendre pour eflrc fideles à garder fon Palais. Parquoy conf-derant les Perfes eflrc dâvnepoure amp;nbsp;abiefte vie en leurs maifow pour lâindigence du païs, amp;nbsp;viure en conrinucllepeinepourraprc-té de la terre, amp;nbsp;aulsi quâils neponuoientgagner leur viefitiona trauailler en quelque meflier, il penfâ quâils feroient trefeontew' Zef^arJes de viure en cette fiçon auecqueslui. Parquoy il print amp;nbsp;créa dix J/t ra/a/f. millepîquiers de fit garde tous Perfes,, qui iour «St nuit feroient k guet entour fon Palais pendant quâil demoureroit enrcposlà dc-dens, «Stà fon fortirmarcheroient deuantlui deçà amp;nbsp;delà enbellc ordonnance. Outre confiderant quâil lui faloit mettre vne forte çamifon
DE XENOPHON. LIVRE VIL ^ 201
Gamt^èa tiens £aij-lene.
Cyrus y fis-lutfiire coti nuer le fait de la guerre
garuifon en la ville deBabylone tant en fa prefence quâen fon ab-fence,il ordonna grand nombre de foldats pour la garder,aufqucls Ãfitpayer la foulde par les Babyloniens, lefquels il vouloir cntie-tenicnr defarmer amp;nbsp;afoiblir pour les tenir bas amp;fuietz. Voilà la o^tde qui fut pour lors ordonnée tant pour lui que pour la ville de Ãabylone, laquelle dure encorâ auiourdâhui en la forme quâelle fut fws eftablic, Aufurplus difeourant en foymefme par quels moyens dpoiirroit fe maintenir ej^ fon Empire amp;nbsp;lâacroitre amp;nbsp;agrandir, il dlima lâoft quâil auoit fôudoyé dire trop petit au refpeft de la grandâmultitude des fuietz. A cette caufe il connut lui eftre necef-bire de continuer le fait darmes par les gens de guerre qui anec lâayde des Dieus auoient eu la vidoire, amp;nbsp;donner ordre quâils fui-mffent toujours lâexcrcitacion de vertu. Au moyen dequoy amp;nbsp;pour ne fcmbler trop niolefte à leur commander mai5 à fin que â' â¢^'rsinefmes connoilfans ces chofes dire les meilleures sâadonnaf-f'^nt à continuer les armes j amp;pcrfeucrer entous vertueus exerci-â^fLuI alTembla les Homotimes amp;nbsp;principaus de Farmee ,amp; tous «lis quâil connoilToit dines departiciper aus trauaus amp;nbsp;honneurs, amp;les enhorta comme sâenfuit:
Concion de Cyrm à fes principaus amis Homotimes, ^ Capi-teines de fes alie:^ (^ confedere^pour les induire à Dertu, (^ à entretenir le fait des armes en fon Jîoyaume, auecplu-ficurs beaus enfeignemenspour les rendre dous ^ vertueus.
CHAPITRE VIH.
Ertueus amis amp;nbsp;compagnons, en premier lieu pliions deuons grandement remercier les Dieus immortelz de nous auoir donne lesbiens dont fil nous nous dlimions eftre dines : car nous auons â âides terres bonnes amp;nbsp;fertiles,des laboureurs pour Si nous nourrir ,des maifons pour Habiter, des meu
bles à aeoutremens pour en vfer.Et ne faut pas que vous vous efti-mlez faire tort à perfonne,ny tenir par force les biens dâautrui : car cet vue loy pardiirable entre les hommes quâen vne ville prifepar droit de guerre, tous les trefors, biens, maifons, ôcperfonnes font propres à cens qui les prennent:tellement que fi vous vouliez eftre waitres de tout,vous ne le poftederiez iniuftement^car il vous apar ti«it ; mais fi vous leur laifsiez qudque chofe, cela vient de votre bumanité.Au démontant ie fuis de cette opinion que fi nous nous ladronscouleraoifiuetc amp;nonchaillance, fuiuant le brutal apetit
Oî a LA CYROPEDIE
desmefchans hommes qui cftiment ktrauail'eftrc vncgrandeca-lamitc,amp; la vie oifiue vne félicité, affurez vous que nous ferons incontinent mefprifez, amp;nbsp;peu apres ferons priuez de tous nos biens amp;nbsp;richefics. Car il ne fuÃt pas dâeftre paruenu à la perfeccion de vertu,fi Ion ne sâefforce de perfeuerer amp;nbsp;durer longuement en icelle. Mais tout ainfi que les autres arts,quand ils font négligez,vieil nent à mefpris amp;nbsp;contennement : amp;les corps bien organifez sâils fc remettent à parefle, deuicnnent lafehes amp;nbsp;maladifs: aufsi les vcr-tuz dâatrempance, fobrietc, amp;nbsp;force, quand lâexercitacion dâicelles eft relafchec, fc tournent incontinent en quelque vice. Gardons nous donq, mes amis, dâeftre negligens à notre deuoir, amp;nbsp;dcnoiis ruer fi foudein fur les plaifirs ; car combien que iâcftmie gr.ind enure de donner commencement .à vn nouiieau renc,toutcfois c et encorâ plus grande vertu delefauoir maintenir. Car fouuentlo» prend amp;nbsp;gagne feulement par témérité, mais Ion ne conferuepas fans atrempance, fans diligence, fans fobrieté : vertuz, lefqiiellcs nous dçuons beaucoup plus exerciter maintenant, connoilîà nsle profit qui en fortjque quandnous conqueftions ces Royaumes,Ã' chans bien que tant plus on ha de bics tant plus ha Ion dâenuiciis, de traitrcs,dâennemis,amp; malueillans : amp;nbsp;principalement quand on les ha gagnez par force maugré les Signeurs comme nous allons lait. linons conuient aufsi penfer quelesDieus feront toulïoiiri auec nous,dautant que nous nâauons point iniuftement ociipcces terres, maisi feulement nous fommes vengez de trahifons quâils nous anoient braflees. A cette caufe nous finit préparer à ce qui nous doit eftre le plus profitable: Câer dâeftimer les plus vernieuw hommes eftre dines de dominer fur les autres,amp; félon cette inclure nous conuient reisler nos fuietz : car du froit amp;nbsp;chaut, du boireamp; manger, du trauaiilcr amp;nbsp;dormir, il eft raifonnable de faire parm nos l'eruiteurs : toutefois en celà nous montrer de plus grandevet' tu amp;nbsp;plus excellens quâeus : Mais la diftiplinc militaire amp;nbsp;nos ver-tueufes cxercitacions, ne leur finit en aucune manière comnimU' quer, à caufe que nous les voulons rendre fuietz à notre volonté comme manenures amp;nbsp;tributaires : mais deuons aiioir ces opera-cions pardelfus eus ,amp;: remettre en mémoire que les Dieus nous ont montré ces moyens comme vrays inftrnmens amp;nbsp;outils pour aquerir cette liberté amp;nbsp;félicité mondeine. Parquoy comme nous les auons defarmez,aufsi ne faut il iamais quâils nous voyciit linon armez,finhans bien que cens qui ont toufiours leurs armes preftes fontplns aisément ce quâils veulent. Si quelquâvn de vousfeplein-gnoit difant en fon cfprit: dequoy nous fert eftre paruenuz au but
DE XENOPHON. LIVRE VIL 103
He nos entreprifes sâil nous faut encorâ endurer fiim amp;nbsp;foiÃtraiiail' 1er amp;nbsp;courirjamp; auoir tant de foiiciz ? le vous refpons que les biens aportent dautant plus de plai/îr, quâils ont efté gagnez par plus grand labeur .-pource que le trauail efî la vraye pitance des gens vertueus. Car fi lâIiomme nâaiioit ocafion de defirer quelque chofe alui necelTairej que lui lauroit on aprefter fi foniptueufemct aconite , qui lui fiifi agréable ? Puis donq que Dieu nous ha volontai-tement donné le moyen dâauoir ce que les homes' défirent le plus, amp;nbsp;qnâvn chacun puifie à foymefme apareiller lé plaifir de toutes viandes, nâeftimez vous point que celui qui le fait foitplus heureus que les autres? dautant que sâil ha faim,!! magera viande plus agréable que les autres, ayant foif boira des meilleurs vins, amp;nbsp;voulant dormir .repofera anecques plus grand plaifir ? A cette caufeiedy qu ils nous conuient maintenant tendre à vertu, amp;nous efforcer ^ ertrebons plus que iamaisjpour auoir vne tresbonne amp;nbsp;plaifante ^ouilfance de nos biens, amp;nbsp;nous allurer de nâelîre point priuez de tettefélicité,qui efî la chofe la plus grieue amp;nbsp;dcfplaifante à vn chacun. Car il nâell pas fi molefîe à vn homme de nâauoir point eu de biens, comme il lui efî ennuieus dâefîrepriué de cens quâil ha. Au leftc difeourez en vous mefmes, fi vous auez aucune iufle ocafion d'crtreplus ncgligcns amp;nbsp;oififs quâauparauant. Seroit ce point pour lâEmprcquenous tenons ? Nenni vrayiHent,car il uâelîpasconue-nable que les Signeurs foient plus lafehes que les fuietz.Efî ce pour lâheur quenous penfons auoirplus que deuant?Encorâmoins.Car la félicité ne fe doit gouuerner par mefchanceté. Efî cepour la peine quâon ha à garder les chofes gagnées, ou à punir nos feruiteurs quand ils ont failli ? Ny pour celà aufsi : Car dequoy fert il à vn homme de punir fön feruiteurpour vue mefchancetc, sâil veut aufsi efîrc mefehant ? Confiderez aufsi en vous mefmes que nous voulons nourrir beaucoup dè gens tant pour la g-ardé de nos mai-fons, comme de nos perfonnes. Comme donq ne feroit ce grandâ honte de tenir vn archer pour notre garde, fi nous uâenfommes gardés nous mefmes ? Et certeinement il vous faut falloir, quâil nây ha meilleure garde pour vn homme que dâeftre vertueus amp;nbsp;honne-fte, amp;nbsp;faut que les enures en tefmoignent. Alais à celui qui efî fans Vertu toutes autres chofes ne peuvent de rien profiter. Que vous veus ie donq commander de faire ? amp;nbsp;en. quel lieu exerciter la vertu île ne vous diray rien de nouveau , mes amis, mais tout ainfi quâau pais des Perfes Içs Homotimes fréquentent les palais des pr^quent-a-Phnees, aufsi faut il vous acoutumer ans mefmes accions que ciim ^« fa-vous faifiez lors. Parqijoy prenez garde fongneufement fur moy, ^^^
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;C 2 fiie -
,4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
fi ic ferny mon deuoir en cette charge : parejUcmcnt je prendray garde fur vous amp;nbsp;honoreray cens qui sâadonneront ans bonnes amp;nbsp;honneftes operacions. Et fi nous engendrons icy des enfans,iefuis dâauis quâils foient efleuez amp;nbsp;inftruits en cette court:à fin que pour douer bon exemple à nos enfans^nous nous efforcions dâdfie bons nous mefines;amp; quâeus aufsi ne puiffent deuenir lafdiesamp; vicieus^ne voyans en nous aucun mauuais exemple ny de fait ny lt;k parole^ mais nous voyent continuellement trauailler en toutes at-cions amp;nbsp;vacacions honneftes amp;nbsp;vertuelifes.
Fm J»Ãftkme /./ure.
Le huitième amp;nbsp;dernier Umreit
LA CYROPEDIE DE
Xenopl)on,de ia L^te ci?^ X/tirs Je
CYRV5 ^oà Jes ^erÃs.
Comme Cyrus ordo/ma I'e^atdeÃt mai/ôn,^ quelle inÃituciüU de T/iureil donna aus ^ens de fa court, ^ la façon dont il Tfôitpour leur enfei^ner à -»iure filon Dieu, ^ à sâexerd-ter en toute -»ertu ^ modefiie. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chat. t
hE fagc amp;nbsp;vertueus ChryOuite Gr3i)^ J}niaitre delà gendarmerie, voy3nt([üe Cyrus anoitmis lin à Ion parle^parlequel il auoit enhorté les gens à vcM feleua au milieu del'arsittanceamp;io^'' I jmença à dire : Quâen dilcourant ap3r^ \ Coy plnfieurs autrefois, amp;nbsp;lors melaiüi il auoit deremet connu, quâil nây Mof point de difereuce entre va bon pete, ile vu bon Prince. Car tout ainfi qn^
les bons peres pournoyent au protic de leurs enfans, à tin quelo biens ne leur faillent : Cyrus aufsi par fon parler sictioitmontti fongneus de leur grand bien, ayant cherche amp;nbsp;confeillé le moye^^ deles faire continuer en vue profonde Sc perpétuelle feheité. Mil^ à caufe que Cyrus lui fembloit auoir trop modetiementparlé pour fa grandeur-, il auoit délibéré de deelairer plus particulièrement h deuoit
DE XiE NiOP'H ON. , L I V R E VlH. ^ 205 ckiioir d'vn chacun : amp;nbsp;leur dit j Qyâjls deuoient difcourir en eus mefmes j que nulle cité dâennemis peutiamais eftreprife 5 ny nulle cite dâamis conferueepar gcnSjqui ne veulent ohéir à la volonté du Prince. Pareillement que nulle victoire peut eftre gagnee par fol-datsqui ne veulent obéira leurs Capiteines. Par quel moyen font plus tôt les hommes veincuz en bataille, que quand chacun com-wenccparticulieremcnt à délibérer defon falut ? Quel aéte ou eu-ure dine dememoire peut iamais eftre acomplipar des hommes, qui ne veulent obéir au confeil des plus fages amp;nbsp;miens enceuduz? Quelle République fans magiftrats, quelle maifon fans fuperieurs, quelles nauires fans gouuerneurs,pourront iamais. eftre bien habitées , conferuees, ou conduites à bon port ? Et par quel moyen auoientils eus mefmes conquefté tant de biens, linon par lâobeif-fance quâils guoient portee à leur Prince ? Parquoy, puis que iour amp;nuitils aiioient fait leur deuoir dâarriuer aus lieus ordonnez, de hùufelcPræce à grolle troupe, de fe priuer de tout repos, briefde toufours obéir au commandement dâicelui , fans ladler aucune fhofe imparfaite : ilnetrouuoit meilleur moyen pour conferuer Rshicnsaquisparobéillance, quâen obéiftant pareillement à Cy-â tus : tehans pour certein que tout amfi que lâobéir au Prince eft va trtfgrandmoyen pour conquefterdes rjeheftes, aufsi eft il pour Içs conferuer. Et cc^mme auparauant ils nâauoient eu commadement furperfonne, amp;nbsp;pinfieurs leur commandoient, amp;nbsp;que maintenant parvne fi bonne fortune ils auoient aquis les vas peu, les autres beaucoup de feruiteurs : ils fe deuoient ainfi difpofer à obéir aus commandemens du founcrain Signeur^ comme ils sâeftimoient di-â«dâertre obéis dç leurs feruiteurs. Entre lefquels amp;nbsp;eus y deuoit suoir grande diference,pourautant que les ferls. obéâfcnamp;par/orcc ^contre leur volonté: mais eus qui fe vouloient montrer dines de. Viure en liberté, deuoient faire volontairement amp;nbsp;de bon gré tout; lt;^c quileur feroit commandé. Car on voit, quâentre les citez méfies qui font conduites fans le gouuernement de Monarque,celles font les plus mal aifees à fubiuguer, qui fe foumcttent-?à croire lâopinion de confeil d^s bons CapiteinesiParquoy les prioit non feu-Icmcnt de frequenter lanouuelle co urt, ainfi que Cyrus'lâauoit ordonnée: mais aufsi dâeus exerciter aus arts qui les auoient faits fi beureus, que dâaquerir tant de biens, amp;nbsp;de feprefenter tous les '®«rs pour obéir à Cyrus en tout ce quâil voudroit commandera ^'^ms pour certein,quâil ne feroit iamais chofe, qui fuftà lui feul profitable, amp;à eus non : pourautant que les intencions du bon âUleeamp;des fuietzreuiennent à vn but: les mefmes chofes qui quot;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;C 3 profitent,
2clt;f fî t A C Y R Oâp E D HBquot;
profitentjou nui/ôic au Prince^nuifent ou profitent aus fuietz ; amp;nbsp;auoient les mefmesamis amp;nbsp;ennemis quâil pourrait auoir. Après que Chry/ante eut ainfi declairc fon auis,plufieurs Perfes amp;nbsp;autres allez confenfirent à fon dire ; tellement quâils furent tous de cette opinion j que les principaus Capiteines amp;nbsp;gentishommes dâhonneur feroient toufiours pronts amp;nbsp;en ordre deuant le palais de Q' rus,pour lui obéir en toutes ebofeSj iufques à tant quâil leur dôiiad congé de le retirer. Laquelle coutume eft encorâ aujourdâhui ob-femee en Afie par les ünetz duRoy^ainfi que Cyrus en fon confeil lâauoir ordonner amp;nbsp;en cetems là mefme lui profita grandement pour cdablir fon Royaume, amp;nbsp;les fucceficurs Rois roWcnientfe' Ion fon ordonnance pour mefine can/è. De cette façon de viureil auint, comme Ion voir aucnir enplufieurs autres chofes, quequail le Prince ed bon , les fuietz sâadonnent à viureplus vertueufemeÃt félon les loix i quand il ed maunais, ils fe ruent fur les mefehance-t^z. Parainfi les principaus alloiet tous les iours à cbeual à la court allée leurs iauelotSjainfi quâil aiioitefle ordonne an confeil de tout les Capiteines amp;nbsp;gens derenom, qui auoient fubiuguc lâEmpiré' les e^^itfs Je En apres Cyrus Créa des oficiers nouueaus fur beaucoup dâautre» itmaifin J» chofeSjfelon que la grandeur de fes a/à ires le requeroitj, comme de» /(ejâ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Receucurs des tailles,des TreCoriers,3c Argetterspourh defpenk
Maîtres des batimens. Gardes de fon domaine, amp;nbsp;des Alaitre» I^âhodelpour le vinre de fa maifon ; aufquels il aiouta desEfeuiet» pour les cheuaus,des Maitres delà veneriepOur les cJiienS,amp;yJWt cens quâil connoidoit les plus expersà ce faire. Mais quant à cens quâil deuoit prendre pour la garde de fou Empire amp;nbsp;de fa felidtéj il nâen voulut conamettre le foin de les choidr à autrui, ainsreferu» cette eleccion a' fa connoiffance, fachant bien que fe deuoient elite le fons lt;Sc la vraye fouclie, dont en tems deguerreillui couictwirwt â prendre desPreuotSjprincipaus copagnons amp;nbsp;edeiets ddagueiWj â aneclefquels les pcrilleufes entreprifes fe conduifentidont aulsiiû j'eileecie» Je faudrait choilir des Centeniers des gens depic amp;nbsp;de chenal, amp;df» li^arJe du Capiteines en chef, quand il voudroit faire la guerre en loin tun ctrpsJuPri p^ïg /^f,5 y jjjgp çp perfonne : des Lieutenans, Satrapes, Goiiaet-neurs de villes amp;nbsp;nacions : Sc aufsi des Emhaffadeurs pour enuoj'tt dehors, lefquels il edimoit edre vn trefgrand moyen pour aiioif fans guerre tout ce quâil voudrait:Sc en difeourant à parc foy, connut bien, que Ci cens par qui tant de chafes dâimportance deuoient cdre manieos nâedoient vertueus, à la longue fon Empire iroit en ruine ma contraire, sâils-cdoient tels quâils deuoient, fes afaites mOuCcroieut toufiours en plus grande profperité. A cette caule
DE XENOPHON. LIVRE VIH. ' 207 mît grande diligence à faire tresbien lâefiitc des fes gens, ebofe qui luifernoit aufsi pour vnc exerciracion de vertu, voyant quâil fe dç-uoit montrer à fes fuieti cômevn parangon pour enfüiure la vertu,à laquelle il ne pourroit iafflaw inciter autrui, sâil nâeftoit ver-tucus lui nicfme. Et pour ce faire cfbrna''qtiâil lui faudroit du tems amp;duloifir pour penferausâgrandesquot; amp;nbsp;hautes accions : mais il ne ttoinia pas quâil full expedient de remettre du tout en arriéré le foin de fon reuenu, fachant quâil lui faloit faire vue rrefgrandâ def-pcnce,pour entretenir fon Empire. Dautrepart ne trouua pas bon dây dire trop ententif, pourautant que sâil vouloit prendre garde à touefon domaine,qui eftoit trefgrad, il nepourroit vaquer à autre diofe,amp;penfer au falut dâvn fi grand peuple. Parquoy,à fin dâauoir amp;Wifir 8cmoyen de penfer à tous fes afaires, fe délibéra dâvfer de lanicfnic£^çgjj flopt Ion vfe à la difciplinc militaire. Et comme au fâ'fdegiijj.[.gjjy j^3f|ç5 eflats ordonnezlâvn fur lâautre', tellement ^â¢'â^leÃizcniergouuerne aisément les foldats de fa charge,le Chef defquadre commande ans Dizcnicrs,les Capifeines de mille hom-â¢cs ans Chefs dâefquadres, les Coronals de dix mille à fes Chiliar-flâ« j amp;nbsp;par tel ordre'toute'l'armee peut eftre bien gouuernee, en-torâ quelle fun dix fois plus grolTe.Et tout ainfi quâau Capitciitc en chef, voulant employer feS foldatsâ, fufit apeler fes Licutenaris amp;nbsp;Coronals, qui facent entendre fa Volonté aus autres : Cyrus aufsi dinifa par tel ordre le gouuemement de fes afaires domefliques, quâil créa des oficierSjqui enflent autorité les vns furies autres,que quand il vouloit quclquè chofé eftre bien tôt faite, il ne parloit fi non a peu de gens qui donnoient fi bon ordre que fes afaires nâc-floient point négligées, tellement quâil auoit plusâde loifir, que cens qui feulement'ont charge dâvn c maifon ougallerc. Laquelle pontic faire il enfeignà aufsi à fes amis amp;nbsp;gounerneurs au regle-ment de leurs maifons princes,tellement quepar cet ordre il donna reposà foy amp;nbsp;fes gens. Dauantage il ordonna la façon comme il vouloit que tous les gens de fa court vefquiflent, amp;nbsp;premièrement ayant regardé Bombien de gens pouuoient eftre nourriz à fa court, hiflant le fait dâattriculture aus autres .leur commanda fe tenir toufiours déliant les portes de fon palais, amp;nbsp;quand ils eftóient ab-fens,les faifoit apelcr : Ce quâil faifoit en confideracion que les pré-fins ayans le Prince pour témoin de leurs faits amp;nbsp;vertuz, amp;nbsp;les fa-S^âponrfpeftatcurs de leur vie, ils nepuflent iamais faire aucune cofemefthante, vileine ou deshonnefte : amp;nbsp;cens qui ny cftoient,
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^Q^.g jljfgjjj pour quelque vice, folie, mcfchanceté, ou
^f^hgcQcç, pjf çg moyen Cyrus induifoit amp;nbsp;contreingnoit les hommes
208 r 1 A C Y R O P E DIS
hommes à frequenter 6 courtrcar il commandoit au plus proches ami quâil trouuoit, prendre les biens dé celui qui eftoit abfentj amp;nbsp;Jes ocuper comme propres ; amp;nbsp;quand ceusj qui eftoientpriiiez à leurs biens, lui venoient demander iuftice du tort à eus fait, Cyms . atendoit long tems à leur donner,;audiencc, amp;nbsp;quand il les auoit ouïs, ilprolongeoit encorâlâadindicacion, amp;nbsp;furceoit lafin diiiu-gement par grans délais.. Au moyen: dequoy il les acoutumoita faire leur deuoir ; amp;nbsp;la qualité de cette punicion eftoit telle, quâils ne lui en fà uoietpas fî maunaisgrc, quefiparplusgrieuepunicion il Jes euft côtreins à sây tronuer. Voilà Jâvn des moyens dontilvfoit pour Jes y faire venir .⢠lâautre eftoit, de commander fonuent à cens qui eftoient prefens ebofes faciles, amp;nbsp;portans quelque profit .'le tiers eftoit, de nejdonner jamais,rien aus ablcns.Alais la plus grande contreinte cftoit,de ne donner audience à cens aufqueJs il auoit Ote les biens pour les donner à queJquâvn, dont il.efperoit tirer du feruice, tellement quâeu licit dâvn homme inutile il en aqueroit toufiours vn.ami profitable. Laquelle coutume Jes Rois delW Æ retiennent encorâ aujourdâhui, demandans fi aucun de leurs gens ^ cft abfent .⢠amp;nbsp;par' ce moyen Cyrus puniftoit les defà ilJans. Mais quant à cens qui eftoient prefens il les incifoit ans eutreprifesliantes amp;nbsp;vertueufes, quelquefois de parole, mais i^eaucoupmicuspar exemple, eftimant quâils feroientdâautantpius euftambezà verW quand ils verroient leur Prince dilposc,à fe montrer mieus omé^ route honeftete, plus vertueus amp;plus excellent que les autres. E^ pourautant que les hommes deuieunent meilleurs par le moyen des loix efentes, ilreputoit vn bon Prince eüreynclowing) ^ voyante,qui ponuoit ^ commader lt;S:punir (comme Jes loix) cens qui ne font leur deuoir. Parquoy des lors il commença à femon- . trer plus deuot à lâhonneur des Dieus pour leur rendre graas^^ I fa fclicite,amp; lors furent fondez les ordres des Alagiens,qi;i ne6il- | loient Jamais à chater au point du iour certeins hymnes aus Diens immortels.-^ fà ifoit tous les Jours facrifee ans Dieus,felon qiieJe* .Alages luJ deelairoient : dont ce qui fut ordonnépar Cyrus, toa-chautlefà Jt de la religion, dure encorâauJourdâhuJ, amp;eftoijferne par celui qui eüKoy. Et en cela le demourant des^Perfes fenfuini-rent JucontJnent\ sâeftimans deuoir elireplusheureus, sâilshono-roientlesDieus, ainh q Cyruslcshonoroit,.qui ettoitleurPrince, amp;nbsp;le plus heureus homme du monde : amp;ce faifant aufsi penfoienc finre trefgrandplaifir à .Cyrus, lequel (à la vérité) iugeoit quelan deuocion lui deuflettre proftabic .-tout ainfi que les march,ms amp;nbsp;nauig.'iteurs de mer çntrepnnment plus volontiers vu voyageaucc
sens
DE XENOPHON. LIVRE VUL lo^
gens creingnans Dieu amp;nbsp;de bonne viej quâauec des mefehanSjdâvne ^lenialheureufe amp;nbsp;dannable. Et fi tenoit pour certein, que fi tous «s familiers amp;nbsp;courtifans auoient dcdens le cÅur vne pieté amp;nbsp;rc-»erence des Dieus, ils nâentreroient iamais en volonté de faire en-^ws,ny contre lui (qui cfloit leur Prince amp;nbsp;grand bienfafteur) aucune mefthanceté. Il sâeftorçoit aufsi grandement de donnera connoitre à tout lemonde, quâil ne farfoit tort à perfonne, full ami 011 alic de fa compagnie, ains regardant fongneufement au fait de faiuftice,nepermetoit point quâaucun sâenrichift par mefehant quot;'Qy^n, ains les retiroit de couuoiter le gain defloyal ou deshon-â'^ftejódes enfeignoit à fe côtenter de la raifon. Or il fema encores patmifes gens la honte amp;nbsp;vergongne des chofes malfaites, amp;nbsp;dau-fantç\nss\q'j^Qi,-jj rendre les autres honteus amp;nbsp;creinti6 de mal ^â^ Pourramour de lui, sâil fe montroit auoir tout le monde en reuerece^ iSj creindre de dire ou foire en leur prefence aucune chofe â¢^ 011 abiefte : car les hommes communément portent plus de 'â^oerence, non feulement aus Princes, mais à cens aufsi quâils ne ^'â^ingnent point,sâils les voyent honteus,que sâils font deshontez, ^ ans femmes pudiques beaucoup plus quâaus impudiqucs.Il iugea â*iifsi,qiie robéiirance demoureroitplus parfaitement ans cÅurs de fegens, sâilfe montroit pront à bien honorer ceusqui lui obeïf-foientfans exeufe, amp;nbsp;à les aymer miens que sâils eftoient exceUens aus plus grans amp;nbsp;penibles oiiurages du monde. Quant à fa vie, il vfoit dâvne telle atrempance, quâil donnoit exemple ans autres de faite le femblable, ingeant que le menu populaire sâeftorceroit é autant plus dâeftre tempérant eu fa vie, sâil regardoit lâabftinence de celui qui aucit plus depuiflance amp;nbsp;liberté de mal faire. Ilmet-toit aufurplus cette difcrencc entre la vergongne amp;nbsp;la temperace, qles Vergongneus sâablhennct des chofes deshonneftes en publiq, fetemperans en priué. Et pour leur enfeigner aufsi lavertu de con tinence il iugeoit que fesfuietz Icroicnt plus continens en leur vie, sâils prenoient garde comment par les foudeines inftigacions des voluptez il ne fe laifioit abatte ny retirer des accions honneftes ét vertueufes : ains cherchoit pluftot le trauail auec honnefteté, quâaucun plaifir auec la volupté. Cyrus donq viliant en cette façon ordonna fi bien fon Empire, que deuant les portes de fon Palais y aiioic fi grande modeftie, fi grande reuerence, amp;nbsp;ciuilité des vnsaus autres, q les manuals obéilioient aus mcilleurs:amp; nâeufsicz fo voit aucun fe courroucer en criant, ny sâefiouir ou rire en fe moquant ; ains fans bruit amp;nbsp;tumulte vinre en vne grande douceur à ttanquilité. Voilà la façon de viure quâils tenoient con-
quot; nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;D tinucL
LA C Y ROPEDIE
tinuencment deuant la porte du palais de leur Prince.
Comme Cyrm ordonna le fait dâarmes en fin Royaume, les Ofi ciers de fia court, C^ de fia magnificence cl^ humanité.
CHAPITRE II.
â V demourant pour faire continuer fes gem^ ^1 lâexercice de la guerre ^ il raenoit fouucntà li cha/Te cens à qui tel pafletems eftoit comienabk lequel il elfimoit edre tresbon pour Je foUit^ bien propre amp;nbsp;duifant à lâhomme de chenal. Cx y on les voyait fuiure les belles St courir en fouS liens jamp; par ce moyen ettre plus difpoz à chenal amp;nbsp;adroits à tout faire, amp;nbsp;aufsi que lâhonneur amp;nbsp;leplaifîrdela chaJîêincitoit volofl- * tiers les perfonnes à y allere le défit deprendre^ amp;nbsp;la contenciondf vertu aiiec la confiance les rendoit prêts à fuporter tout traiiailamp; malaifêjfi'oitjchaut, faim,amp; foif, Scles fiiifoit eürefobres amp;co/ifi- I nens en toutes chofes. Cette coutume eft encores bien gardeepaf -le Roy amp;nbsp;fes familiers.Mais il apert bien que Cyrus iugeoitvnhow me ne meriter point lâEmpire fur les autres sâil nâelloit mejUcur | que les fiiietz ^ tant par les chofes cy deffus racontées ^ connue par ce quâil sâeffbrçoit démettre enefet les enures de vertu quâil cow-mandoit à fes fuietz, comme la cotinencejes ruzes amp;meditacioflS
Comme y»
Jârmee dott fnrmonter font ÃsÃ(~
du fait de guerre, amp;nbsp;alloit plus founent à la chafle que les autres. .
Car quand il nâauoit tems nyoportunité de faire les alfemblcesi ] la campagne, il fe mettoit après le belles quâil ià ilbit, à cette fn / nourrir en fes parcs.IJ ne vouloir Jamais fouper quâil nâeufltrauail- i leiufques à la fueur, pareillement ne donnoit à manger aus ehe- 1 naus sâils ne lâauoient gagné.ll faifoit venir à la chaHelesEunuthes )
feruans à fa court, lefquels il furmontoit de beaucoup en toutes â accions vertueufes, combien quiceus furmonrafTent les autres aiu f mefmes vertuz dautant quâils ne faifoient autre medier,Semoieo^ ( deuant Icsyeus vn parangon de vertu qui leur donnoit exeinfi pourlâenfuiurc. Mais pour mettre au coeur de fes gens quelque^' . mule d'ambicion St d'honneur il donnoit aus amateurs de vertu i pludeurs dons, otices, dinitez, honneurs, Stprerogatiucs, dontü 1 auenoit que chacun sâetforçoit de lui montrer fa vertu Stfereiidre J plus excellent que les autres entiers lui. Dautrepart à caufe quâil l connoiffoit les Princes ne deuoirpas feulement furmonterlesfu- \ P^aéif^^ j^j.^ ^^ yertu Sc bote, mais quâils deuoietles atraire St abuferparli umiedé deracoutrement du corps, il fc voulut vêtir dâvue robe ion
DE XENOPHON. LIVRE VIH. 211
Jue à lâvfage des Medes amp;nbsp;en fit aufsi porter à fes domeftiques. Car telle façon d'habit cache les fautes qui peunent eftre au corps dâvu homme, dauantage les fait femblerplus grans amp;nbsp;plus beaus quâil ne font, amp;nbsp;peunent fous vn tel habit auoir des fouliers redoublez de quelque chofe, pour fe montrer plus grans. Si leur permit aufsi de farder les yens, fe frotcr les ioucs pour sâembellir, amp;nbsp;montrer miens colorez amp;nbsp;de plus beau teint quâils nâeftoient de nature. Et les acoiituma à ne cracher ny fc moucher en publiq, ny fe retourner en arriéré pour regarder ou anifer quelquâvn, à fin quâils ne sâemerueillalTcnt dâaucune nouueauté : ce quâil eftimoit eftre profitable pour nâeftre fi facilement contennez amp;nbsp;mefprifez de leurs fuietz. Parquoy cens quâil connut eftre dines de dominer fur les autres il les inftruifit de façon, quâils eftoient plus modeftes amp;nbsp;en pfi'5o''3ndâ veneration enuers le peuple. Pareillement cens quâil yonJoittenir ferfz amp;nbsp;fuietz il ne les incitoit en façon quelconque ^ penfer aus accions nobles amp;nbsp;vertueufes, ny leur permetoit de potter les armes : ains tant feulement donnoit ordre quâils nâeuf-fintfiute de boire ny de mäger (amp; ce pour ne les laifter vaquer aus actions liberales) amp;nbsp;fi par fois faloit faire aficmblee pour chaffer à bcampagne, ilpermetoit à cens cy déporter leur dîner, ausno-hies non : par chemin lesfaifoit aller à la riuicre corne troupeaus, amp;nbsp;à lâheure du diner les atendoit, afin quâils enflent à manger amp;nbsp;nâenduraflent la faim. Au moyen dequoy cens Là mefmes lâapcloict leurperecomme les Homotimes, pourautant quâil auoitcurede leur bien, à fin quâils puffent endurer plus doucement le ion defer-üitude. Ayant donq Cyrus par fes ordonnances aquis à tout lâEmpire des Perfes vue grande feurté,à fin que fa perfonne nâencouruft aucun danger par fes fuietz, il y mettoit grand foin amp;nbsp;diligence, carilauoit rendu les fuietz foibles, efféminez, fans armes, amp;nbsp;mal en point pour reuolter, outre ce que par nul moyen aucun de cens cynesâaprochoit de lui, ny de iour ny de nuit, amp;nbsp;que cens quâil
* Lesmayct dont 'yfott Cyrits four
aiioit nigezles meilleurs par lâcxcrcitacion du fait degucrrcjcftoiêt toiifiours en troupe amp;nbsp;en armes auprès de fa perfonne : dont les vns edoieut Capiteines de gens de chcual,les autres de gens de pic, ou bien de fi haut courage quâils enflent efte bons pour rener fur les autres. Et à caufe que lâvfage de cens cy lui cHoit neceflaire,ils fe iticfloient fouuent auec fa garde, amp;nbsp;auec lui aufsi parce quâil lui 'ftoit force de sâen feruir. Et cobien que par cens cy il puft tomber ^â'danger de fa perfonne par pluficurs fortes,toutefois il ne trouna meilleur moyen pour sâen alTurcr, que de faire tant entiers eus niere{esfti~-5'iib hymafleut mieus que leurs compagnons :*amp; les moyens KfZ
D a dont
Aü nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
dont ilvfoit pour fc faire tant aymer, méritent dâeflre racontez. Car premièrement ilnetrouua pas bon de les defarmer Prendre inutiles pour la guerre^ pource quâil lui fembloit iniufte de ce faire, amp;nbsp;eftimoit que ce dull cflre la ruine amp;nbsp;perdition de fon rene, amp;nbsp;nevoulut lesellongner dâauprès de faperfonne,nymontrerdâa-uoir defiance dâeus de peur de leur donner ocafion defereuoltcr contre lui ; Al ai s il sâelludioit dâvfer enuers eus dâvne grande hu-manire, efiimant que comme il eftoit malaise à vn homme dene haïr vue perfonne qui le haye, amp;nbsp;ne mal vouloir à celui qui luipor-temauuais courage: aufsipenfoit il dire impofsible aus hommes denâaymer cens qui leur montrent fi grade amour amp;nbsp;hienueiiiHan-amp;quâ
ce. Parquoy durant quâil fe trouua foible dâargent.
noir dire large ny liberal enuers eus j il tachoit par autres moyens dâaquerirleur afeccion comme en pouruoyanr ausnecefsitezde fes familiers amp;nbsp;compagnons jfe mettant le premier à trauaiUei, sâefiouifiant de leurs biens Oc le côtrillant de leurs calamitez. Afiis quand il fe tromia riche amp;puinant pour dire magnifiqueamp;dofl' ' ner à tous de lâargent^premièrement il dlima quâil ne pourron faire don qui fullplus agréable, que leur départir des viandes qui' mangeoit amp;nbsp;des vins quâil bunoir, A cette caufe ordonna quêtons cens ded table (à laqudle il conuioitgrand nombre de gens} lui* fent feruiz demdîne lui, amp;nbsp;dillribuoit encores des fiennes à ftgt;â amis, montrant dâauoir fonuenance des plaifirs quâils lui aiioient faits. Outre celà il enuoyoit fes amis lâvn pour garder quelqiieph-ce, lâautre à quelque feruice ou il elloit beCoin, amp;nbsp;donnait fine d^ vouloir recompenfer lt;Sc faire connoitre publiquement lavolo^tte quâils anoient de lui faire feruice. llhonoroitpar foisleslêrniteiirs de fa table quand il les voulait louer j amp;nbsp;faifoit aporterleutsWti-des quand Ãk les fiennes ^ efiimant leur engendrer quelque aiTtoW 1 defoy comme Ion fait aus chiens, amp;quandil vouloir quelque^'^*â ami eflrebonoré de pluheurs, il lui enuoyoit parfois quelqueph^ de fa table. Mefmes aniourdâlmi les hommes ont en honneur i( eflimacion de grande vertu ceus à qui quelque viande edapontt delà table du Prince,amp;:aufsipource quâelles font ordinairemei^^ plus friandes amp;: plaifantes que les autres : dont Une fc fautgno-dement emerneifier.Car tout ainh que les arts ans gratis villes foa^ plus cxccllcntcment mis en enure quâauspetites, aufsi les viandes chez les Princes font miens acontrees quâaus maifons princes. Aus petites villes fonuent vn mefme onurier lait vn lit, vue table, des portes, vnc charrue, de par fois bâtit vnemaifon ,iScfe contente fi tant de meüiers lui pcuiicnt tous enfemblc faire gagner fa viadont
DE XENOPHON. LIVRE VUL
ii3
»buient que qui femefledetant demeftiers ne peut parfaitement Ufongner en chacuu:Mais aus grandes villes pour ce que la multitude des homes qui y eftha toufiours afaire de beaucoup de chofes. Vufeulmeftier cfl fufifant à nourrir vn homme amp;nbsp;fouuent câet plus tjuâil ne lui en faut : Car Ion voit ordinairement quelâvn fait des fouliers dâhomme, lâautre des patins de femme : par fois lâvn vit feu bmentdeles coudre, lâautre de les tailler : lâvn détailler des robes, 1 autre de les ioindre ou refarcir. Parquoy quand le meftier dâvn itonimeeft compris en plus eftroitlieu, dautant lepeutilmieus Ãc plus parfaitement acomplir.il en aillent tout ainfi ans chofes apar-tenantespour la vie; Car fi vn feul homme cftcontreint défaire bs lits, mettre la nape, cuire le pain, patifler, amp;nbsp;faire la cuifine, il n eftpaspoÃiÃig quâil face bien chacun meftier. Mais fi lâvn fert au toti 1 auffg j^j boulli, lâvn au poifton lâautre aus fritures, ou à faire â'tâpain^Pçyjçjjjgj^j. dâvneforte,il eftplus que raifonnable que cha ^*'^c viande foitmieus apreftee, amp;nbsp;que telle façon de viure foit la plusdelicate amp;nbsp;la miens ordonnée fur toutes autres. Ayant don-^ucs Cyrus ainfi reiglc amp;nbsp;ordonné le viure de fa maifon, il furpaf-loùla magnificence de tous les Princes en celà . Etmefemblebon lt;leraconter aufsi comment il furmontoit tous les homes du moufle en libéralité. Car comme il fuft ainfi quâil fuft deuenu trefriche amp;reçiift plus de rentes amp;nbsp;tributs que tous les Princes du monde, il fe montra fi liberal entiers tous amp;nbsp;tellement defploya la magnifî-licence de fa grandeur gt;nbsp;que les hommes en furent eftonnez : amp;nbsp;donna exemple aus Rois enfuiuans de faire comme lui, tellement fin ils obferuet Regardent encorâcette façon de beaucoup donner. ^elPrince haplus riches amis que le Roy des Perfes ? Qui donne lesprefens amp;nbsp;acoutremens à ceus de fa maifon telz que lui ? Et qni porte enfeigne de Roy comme les cheines, braflelets, amp;nbsp;che-naus garniz de harnois dorez, que perfonne ne peut auoir fi le Roy ne les donne? Qui peut par fa magnificence amp;nbsp;libéralité fc là irepkis aymer, que lon nâaymeles propres freres, pareus, amp;nbsp;en-fans, comme lui ? Qifi eft le Prince qui puifte châtier amp;nbsp;punir fes ennemis diftans de fi long chemin comme lui ? Et quel autre Prince apres aiioir couqueftélâEmpire,fut iamais apelé Pere des fuietz afamort comme Cyrus ? Et à la vérité tel nom sâaquiert par beneficence amp;nbsp;courtoifie, non par tyrannie amp;nbsp;rapine. Dautrepart Cy-gagna iamais le bruit dâauoir lesvrays yeus amp;nbsp;oreilles dâvn ^°ygt;qiie par fa grande libéralité : Car en guerdonnaut amp;nbsp;recora-pat diners moyens ceus qui lui auoient annoncé quelque f qui lui 4yfi- gQcg profitable ^ il fit fi bien en peu de tem s que D 3 chacun
iama^iÃ-cence de Cj rue.
Lessens Cr oretllei du»
214 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
chacun sâefForçoit de voir amp;efcoiiler beaucoup de chofes j pââ*^ aporter par fes nouuelles quelque profit au Prince. De celà eft au®* nu que Ion atribue aus Rois beaucoup dâycus amp;nbsp;dâoreilles,qui fo^ les deus parties les plus ncceflaires pour eus garder, amp;nbsp;celui sw«** grandement, qui ne requiert en vn Roy que vn Åil amp;nbsp;vne oreille CâetaJfre feulement. Car vn feul ne peut voir ny ouir finon peu de chofes, amp;nbsp;âimfirt/^a/^ à Je Koy commettoit à vn feul le regard fur tous fes afaires, les au-Me^neur^ ^^^^ ^^^ deuiendroient plus negligcns (Sclafches,amp;tout le mondeis â garderoit feulement de celui quâil efïimeroit efire lâÅil du Priart' Alais il conment à vn Roy entendre les raports de tous cens quid* fent anoir vu, ou entendu quelque nouuelle dine dây prendregat' de. A cette caufe Ion efiime que les Rois ont beaucoup dâycujd: dâoreilles,pourautant quâen tous liens chacun creint de faire oudf dire aucune chofe contre le Roy, comme sâil ertoit efcoutantà voyant par tout. Au moyen dequoy il ne fe trouna iamais hoinffl^ qui proférai mauuaife parole de Cyrus, ains chacun eftoit tdlf ment afeefé à bien parler de luijComme fi fes yens amp;nbsp;oreilles eufl^t i efté prefentes en tous liens. Et de ce ie ne fanrois rendre meiHeuf^ raifon, finon que pour petis feruices il rendoit incontinent grans biens.Or quâil lùrpaiîaft tous les hommes en libéralité celà neftpaâ fort à cmerueiller, car il eftoit trefriche ; mais quâil fuft fi excellent en humanité de à honorer amp;nbsp;louer fes amis, celà eft beaucoiippl»â' à prifer .⢠Car il nefe vergongnoit tant de chofe du monde, connut de fe voir veinen par quelquâvn à faire plaifir à fes amis. Lon )iar£' digé par eferit vn fien propos touchant le goinicmemcnt dvn , Royaume, que le bon Roy reftembloit à vn bon pafteur :amp;co®-me le bon pafteur doit tirer profit de fes tronpeaus,les entretenant en fclicité(fi félicité de belles fe peut dire)aufsi Je Prince doit met- j tre ces villes amp;nbsp;fuietz en profperité, amp;nbsp;en vfer à fon plaifir amp;nbsp;t^tet 1 feruice fans leur porter dommage, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I
LâeJpreuue que Ãt Cyyus de lâamouf de fes amis, ^ comme il dinribuon fes ricbeffes,f)0Hr efre miens aymé dâeus,quâils ne sâentraymoient lâun lâautre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a r. Ui.
i3Bïi^^| E nâefl donq pas mcrueille li Cyrus ayant le cou-rage efteué à fi hautes entrcprifes furpafloit tous les autres à gagner le cÅur amp;nbsp;la bieniteuillance
na vn trefgrand enfeignement de fa vertu à Cre-fus,
DE XENOPHON. LIVRE VUL ±i$ fus, qui le reprenoit de fa grandâlargefTe, amp;nbsp;difoit que par fa continuelle libéralité il deuiendroit quelque iour poure, vu quâil pou-uoit amafler vn grand trefor en les cofres. Car Cyrus lui demanda: Combien dâargent penfez vous que iâaurois, fi iâeulîe toufiours îniafsc depuis que ie fuis Empereur ? Il refpondit : Vn nombre in-fini.Adonq dit Cyrus: le vous prie cnuoycz auec Hyftafpe quelque votre loyal feruiteur auquel vous ayez plus de fidelité,amp;: vous Hyf-f^fpe allez vous en vers tous mes amiSjamp;les priez de ma part quâils piefecourent de telle fomme dâargent quâils me pourrot preftencar *Maybefoin pour vue grande entreprife, amp;nbsp;mâenuoyezparlefcr-wteur de Crefus le bordereau clos amp;nbsp;feellé des fommes quâils me peauent prefter. Parquoy il donna des lettres feellecs à Hyftafpe adreffantes à fes amis, dcns lefqueltes leurmandoit aufti derecc-'âââ hyftafpecomme fien ami. Icclui eftant parti trouiiatous les â^sde Cyrus, amp;nbsp;en peu de tems reçut dâeus vnc grofic fomme quot;^'^entpour fon Signeur,amp; vne autre fomme à lui donnée, feule-®fntpar les recommandacions de Cyrus. Qiiand le feruiteur de Crcfiis eut aporté le rollc des deniers quâils lui dônoient, Hyftafpe ^â1 dit : 0 Sire! me voicy deuenu riche en peu dâheurercar vos amis outre ce quâils vous enuoyent mâont donné vne grofTe fomme dâargent feulement en faneur de vos lettres : Et voicy ie la vous donne tomme les autres. Cyrus apela Crefus amp;nbsp;lui dit : A^oicy, 6 Crefus! Vn autre grand trefor, que Hyftafpe : mais regardez ie vous prie amp;nbsp;contez combien iâay dâargent, fi ieveus faire quelque entreprife. Quand Crefus eut fommé le bordereau de lâargent, que chacun de fis amis lui donnoit,il trouua beaucoup plus grande quantité,que oâeuftellefon trefor, sâil euft toufiours amafsé dcdens fes cofrcs. Adonqlui dift Cyrus :Nc voyez vous pas Crefus,quc iâay de grans trefots ? amp;nbsp;vous me confcillez de les amafler amp;nbsp;garder auprès de moy , afin que iâacroifle la haync amp;nbsp;enuie des hommes fur moy? amp;nbsp;fflette ma fiance fur des hommes mercenaires pour les garder ? Ne mâenrichis ie pas beaucoup miens quand ie fais mes amis riches? Telsfont,Crefns,les trcfors que iâamaffe, amp;nbsp;les treforiers Regardes de moy amp;nbsp;de mes richelTes beaucoup plus fideles, que fi iâen tcnois ^gagespouf les garder. Etvousdiray encorâvn autre chofe,que quant au defir que les Diens ont donné ans hommes de défirer des biens, ie ne fuis en rien plus fage que les autres, ains me fens cou-Weus de richefles autant qnâhomme du monde : Mais quant à Ivfagc dâicelles,ie me connois plus excellent que la multitude, pourautant que les richefles fnperfines mettent lâefprit de lâhomme en trouble ; tellement que pinficnrs les enterrent,plnficurs les laif-fent
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LA CYROPEDIE
fent moJ/ir J les autres à les «ombrer, mefurer, pefer, refrefehir amp;nbsp;garder prennentpius de Ibucy, quâil nâeft conuenable. Et iaçoit quâils en ayent les maifons pleines, fi ne mangent ils toutefoisphis que les autres, car ils creueroient ; amp;nbsp;ne fe vêtent dauantage,carils efiouferoient incôtinent.-mais qui efidâabondant,les tourmentent /ans cefic. Parquoy ie mâadonne plus volontiers à feruir aus Dieus immortels, amp;nbsp;ne lai/Te pas de defirer les riclielîes ; mais quand ides ^y gagnées les voyant fiiperfînes, ieles departs aus neeeÃjtezd mes amis, amp;nbsp;par bienfaits mâefforce dâaquerir leur grace amp;nbsp;amitiC' Le fruit que ie reçoy de leur amour,eft la feurtc,bonneur amp;nbsp;bonnt ^ renommee, qui ne fe moififfent, ny corrompent iamais,encorâ quâelles sâaugmentaffent fans fin,amp; de lâhonneur aufsi la charged} dâautantplus legerere aifee, quâelle eftplus ample amp;nbsp;plus grande, «St founent foulage cens qui la portent. Et à fin que vous faches encorâceci, Crcfus, ie nâeftime point les hommes heureuspource quâils gardent amp;nbsp;poiTedent beaucoup de richeftes : car, à ce coatCi les gardes des murailles feroient les plus heureus du mondejà au(i quâils ont en garde tous les biens dâvue ville : Mais cens tantfeuk mentj qui peuuent aquerir les richefTes iuftement amp;nbsp;en vferauet modedic amp;nbsp;honnedetc. Au rede Cyrus auoit fa vie tellement con-forme à la parole, qifil ne difoit cbofe quâil n emift en efet déliant Cf/re ^feit tout le monde. Connoiffant outre ce la plufpart des hommes eUtf Ãneetfesfi-. tellement fongneus deleur faute, qu'ils font quad tousprouifion (fc'^ des chofes apartenantes au viurc des fains, amp;nbsp;ne tiennent contede celles qui apartiennent à guérir les malades:à dn que aucuneebok ne leur defaillid, il devenir à foy les plus excellens Medednsilâ mondes par le cofeil defquels ildt prouidon de toutes les drogues, indrumens, amp;nbsp;médecines à boire ou à manger qui edoient need-faires ,amp; lui mefme prenoit garde au tems de donner lamedecd^ aus malades, les fournidant de routes chofes qui leur faillaient- H redoit aufsi graces aus Médecins, quand ils auoient guéri quelcüO de fes amis, Separ tels ailes sâefuertuoit en toutes vertuz qui loi poiiuoient feruir pour edre tenu excellent entiers cens donti vouloir edre aymé. Ilpropofoit founent diners ieus conuenablet .à lâexercice de guerre, les pris amp;nbsp;guerdons diuers ^ pour induire fes gens à vne contencion des accions honnedes Severtueufes : dont Cyrus edoit grandement louc:,comme celui qui sâefforçait de créer Cyrttr en fon Royaume vn ordre de zens vertueus , fes gens entraient *'^»lt;ireÃ^f. nufsi en piques amp;nbsp;emulacions pour furmonter lâvn lâautre en bon-
^^ fâer au- nedeté,vertu,amp;pronfeobeiffance. Cyrus fit aufsi comme vne loy en fa court,quâcn toutes caufes ciuilcs ou criminelles, oufurlepris de
DE XENOPHON. LIVRE VUL a,7 de quelque ieu il nâen fcroit point iiige:ains ordonna quêtons cens qui voudroient anoir ingement prinHent des iiiges pour conoitrc .de leurs diferens. De cette ordonnance il auenoit que les deus parties sâefforçaient de faire eflire leurs plus grans amis pour luges, amp;nbsp;«us qui leur portoient plus de faneur. Celui qui perdoit portait Mille au veincueur, amp;nbsp;quantetquant vouloit mal ans luges qui lâa-uoient condamné. Le veincueur aufsieftimant nâauoir »a^nc fa caufe,fînon par droit de iuftice,pour nefembler oblige à perfonne, nefauoit point de gré ans luges,tellement que Cyrus nâelloit chargé de leur hayne en façon quelconque. Quant ans autres, qui defi-roieut entrer en grace entiers lui, il en auenoit comme dedens les vilksicar ils portoient fi grandâ ennie lâvn à rautre,quâils aymoient micus lamine de leur compagnon que de chercher en compagnie lebiendetous dens. Voilà les moyens dont Cyrus vfoitenuers *® P^uspuiffans de fa court, pour fe faire miens aymer dâeus, quâils ®^^ aymoient lâvn lâautre.
Ittf/ompe du Jloy Cyrus au fortir de fonpalalf, C^i^t courfe des cheuaus ou il fut -veincueur. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. 1111.
L me femble anfsi vtlle amp;nbsp;conuenable,de raconter la façon comme Cyrus fortoit hors de fon palais : car la veneracion dâvne fortie trefmagni-fique eft vn des principaus moyens pour faire ho noter vne Principauté. Cyrus vn iour auant que fortir dehors,apelant les Chefs amp;nbsp;Capiteines des iez, leur diftribua des robes longues à la façon de
^^de,amp;lors premièrement les Perfes commencèrent à porter la tobe Medique. En les diftribuant leur dit quâil vouloit fortir de fon palais, amp;nbsp;aller auec eus iufques ans temples des Di eus immor-teb pourfacrifier, amp;nbsp;quâils ne faillilTent à fe reprefenter le lendemain au point du iour auec leurs belles robes neunes, fe mettre en telle orclonnance,que Feraule Perfe leur diroit, amp;nbsp;le fuiure,tenant chacun fa place ainfi quâil auroit commandé. Au retour fi aucun lui poiiuoit montrer quelque ordonnance plus belle amp;nbsp;magnifique quâillâenfeignaft : car il vouloit fuiure leur confeil en ce quâils iu-geroient eftre le meilleur. Ayant donq donné les plus belles robes ^quot;sprincipaus^ ilen fit tirer beaucoup dâautres de mefmc façon: Stilen auoit fait faire grand nombre de toutes fortes, fans y efpar §quot;^tlapourpre ny lâefcarlate, les vnes verdes les autres rouges ou les autres myparties dediuerfes couleurs; amp;nbsp;dirtribuant ) â * â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â E fa
ai8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA C Y R 0 P E D I E
fa patt à chacun des Capiteincs leur commanda de vêtir leurs îWis de femblables acoutrcmens.Lors vn des afsiftans lui demanda :Si* rc J quand vous verrons nous acoutre de beaus habillcmcns?Nc vous femblcilpas, rcfpondit il, que iefois aflez aornc, quandi( vous honore de tant de beaus habiz ? Et à la vérité toutes foisamp; qualités que ie pourray vfer vers vous de telle beneficencejem'effi' meray tresbeau amp;nbsp;richemet acoutre^ ores que ie ne portaffequâvue robe de petit pris. S ur celà fe partirent amp;nbsp;vêtirent leurs amis de rti liurccs.Ãautrepart Cyrus ellimant que Feraule (qui toutefoisnlt;' doit que du populaire) eftoit homme prudent, induftrieus, braut) modelte, ay mant lâhonneur,amp; afeccionne à lui faire feruice, lequel autrefois auoit porte la parole dâhonorer chacun félon fes merit«) comme nous auons raconté aus liures précédons : confulta auec lui comment amp;nbsp;en quel ordre fafortiepourroit eltre la mieusot' donnee,pour eltre agréable à fes fuietz bien afeccionnez,amp; cfpou-ueutabic à cens qui lui voudroient mal. Etcommeilrrouiiaraïuî dâicelui femblable au lien, lui commanda prendre la pompe, pour Ã^ jour enfuiuant la faire le miens quâi
charge de eettr । Hui feroitpob [
üble, amp;nbsp;lui dit comme il auoit commandé aus autres deluiobeu en cet afaire. Et à fin quâils lui obeïllent plus volontiers lui bailla certeins hoquetons de liuree, pour porter aus Capiteincs des gaf' dcs,amp; dautres pour les Capiteincs des hommedarmes, amp;nbsp;goâ'' «erneurs de Chariots. Ce que Feraule fit incontinent : amp;nbsp;connut Tvn des Capiteincs lui dit: Tu es deuenu en peu dâheure graU» Signeur,pHis que tu commandes aus autres : Il fut fi modelleà ref-pondre, quâil lui dit: Tant sâen faut queiedeuienne plus grand, que ton me veut faire feruir de portefais. Car ton ma donne ebargt déporter ces deus cafaquins lâvn pour vous, lâautre pourvntd) mais levons eu laifferay le chois,pour prendre celui quâil vousplai' ra. Parainfi le Capiteine veincu par fa modeftie,perdit renuieqquot;il auoit défia conçue contre Feraule amp;nbsp;lui demanda confeil, lequd des deus il prendroit. Feraule lui montra le meilleur en difanqqat sâil lâacnfoit de lui anoir laifsé le chois, vnc autre fois il lui rendrait le change. Apres quâil eut difiribué les cafaquins ans Capiteincs oâ cette façon, il femit à pouruoir à toutes les chofes apartenantes« la fortie du Signent, à fin quâelle fuit magnifiquement ordonner' Parainfi à la pointe du iour enfui nant les rues furent belles amp;nbsp;nettes , dâvnepart amp;nbsp;dâautre des lices de bois fichées en terre (comme Ion voit encores aniourdâhui là ou le Roy doit palier) entre lefqiicl les perfonne ne peut aller finon les gens dâhonneur: amp;ymiraufsi des Sergens, pour fraper cens qui troublerQient la pompe. Erpre-mierem
DE XENOPHON. LIVRE VUL zi»
â¢tiierement fe prefenterec deuant la porte du Palais quatre mille pi lt;)uiers de la Ãardc du Princc,rengcz à quatre pour file^deus mille de chacun cote du portail.Apres eftoienttous les hômedarmes defeen diizà pié, les mains tirées hors des manches de leurs rohes^comme ilsobferuent encores de notre tems quand ils font deuant le Roy. lesPerfes edoict à main dextre, les aliez à feneftrejamp; des chariots lâordonnance cftoit toute femblable qui eftoict rengez deçà amp;nbsp;delà par moitié. Si tôt que les portes du Palais furet ouuertes, en premier lien fortircnt quatre torcaus des plus beaus pour facrifier au. l^ieuliipitcr amp;nbsp;aus autres Dieus félon q les grans Preftres lâauoient ^éclairé: Car les Perfes edintent quâil faut beaucoup plus vier dâart ^ de ceremonie enuers les Dieus,quâenuers les hommes. Après les beuisNenoient les cheuaus, pour le facrifice du Soleil:puis edoict dsosbeaus chariots blancs tous deus couronnez,donc lâvn cftoit à ââdoré confacré à lupiter, lâautre au Soleil. Il y en auoit aufsi vn ^foiÃeme,conduit par des chcuaus couuerts de pourpre,amp; des Sommes le fuinolcnt pas à pas quiportoient le feu facré densvn grand vaiffeau propre à Cclà .Incontinent après fortit Cyrus monté lut vn beau char trionfant, ayant la tiare droite fur la telle,qui eft lâenfeigne des Rois de Perfe, amp;nbsp;cftoit acoutre dâvn faye parti de blanc amp;nbsp;de pourpre,ce qui nâeft permis de porter fmon au Roy,fut les ïambes des chaudes teintes en lierre, fur tout celà la cotte dar-meslonguc, toute de velours cramoifi, les mains tirées hors des. manches. Il auoit aufsi vn diadème fur fa tiare , laquelle enfeigne fesparensportoient comme lui,amp;la portent encorâ de notre tems.. Le condufteur des cheuaus de fon chariot cftoit grand homme, tentefois il fembloit plus petit que Cyrus : ou qu il le full de vray, o«lt;p.iil lefcmblaft ainfipar quelquemoyen,car Cyrus fe montroit i beaucoup plus grand. Comme donq Cyrus padoit par les rue* 1 tout le monde fe mit à lâadorer, fuft ou que Ion euft commande de ce faite ans premiers, ou que le monde fuft eftonné de le voir en ft venerable apaveil ftgrand amp;ftbeau , amp;nbsp;plein demaiefte : ce que les Perfes nâauolent iamais auparauant acoutume. Comme donqle chariot de Cyrus marchoit, les quatre nulle hommes de fa garde marchoient deuant lui deus mille de chacun cote ; mais au plus près de fa perfonne ,y auoit enuiroat trois cens tunuches de fa garde bien en ordre montez fur tresbeaus cheuaus bardez ayant cha-'^'suvn dart en lamain. Lon menoit apres lui deus cens des plus bW cheuaus de fon efeuirie à btides Chamois dorez, couuerts ®ttâ^ubtochez.Deus mille piquiers les fuiuoicnt,ôc après eus ve-?®â®M'tens .qui premieremcat sâeftoient faits hontmedarmes, au £ a rrombre
â o uv LA CYKOPED'IE' nombre de dix mille , rengez à tent hommes en quarre, defqueb Chryfante eftoit Chef. A leur queue marchoient autres dix mille Perles à cheual rengez comme les premiers, fous la charge amp;nbsp;conduite dâHyftafpe : pareillement autres dix mille, dont le Capiteine eftoit Artamas,amp; pareil nombre fous la charge de Gadatc. Derrière ceus cy vcnoit la caualerie des Medes : puis celle des Armeniens: les Hyrcanicns, Cadufiens, amp;nbsp;Saques les fuiuoient chacun en leur ordre. Apres toute la caualerie ainfi ordonnée venoient entièrement tous les chariots rengez à quatre,fous la conduite dâArtaba-te Capiteine Perfien. Comme Cyrus marchoitauec telle pompei libelle ordonnance, plulieurs hommes hors des lices le Venoient fuplier amp;nbsp;requérir lâvn dâvne chofejâautre dâautre. Aufquels Cyrus délirant fatisfaire commanda à certeins Eunuches, donttroisfpe* cialement lâacompagnoient de chacun coté, leur dire, quâils firent leur requeftes à quelquâvn des Capiteines pour lui en faireleraport. Iccus fe partirent incontinent, amp;nbsp;allèrent parmi les bendes conful* tans auec leurs amis pour fauoir à qui ils fe deuoient adreffer.Mæ' Cyrus auertit fes Capiteines, en parlant fpecialemcnt à ceusqnJ vouloit grandement honorer, quâils ouilient les requeftes de cens qui le fuiuoient amp;nbsp;sâils en trounoient aucunes ridicules, quâilsbs renuoyaflent fans refponfe : mais des autres lui en fiflent le raporG pour les depefcherpar lauis du confcil le mieus que faire fepour* roit. Q^and Cyrus apeloic aucun de fes Capiteines il nây auoitetquot; lui qui ne sâefforçaft, hurtanslâvn lâautre de venir prontemeut vers lui, tant pour lui donner plus grande reputacion à fon Rêne, com' me pour fe montrer obeïHans, amp;nbsp;prêts à lui faire feniiccef*â'â'^ feul Dayfcrnc,homme ruftique mal apris «Sc orguilleus quivou^®'â eftre vu dâvn coeur plus noble amp;nbsp;libre que les autres. Car quandle Roy lâeut fait apeler pour parler à lui, il fit du rétif, amp;nbsp;fe montré long amp;nbsp;tardif à aller vers lui. Cyrus qui sâen apcrçur,le contre^®' da incontinent par vn de fes Eunuches amp;nbsp;lui fit dire, quâil nâauoit plus que faire de lui. De laquelle refponfe il fut fort defplaifant:^ comme vn fien compagnon quiauoit eftcapelc apres lui, fe tu'' mis en deuoir de feprefenter le premier, Cyrus lâalla recueillir fort amiablemcnt, amp;nbsp;lui donna vn cheual de fon efeuirie, ordonnant à vn Eunuebe de le mener ou il voudroit.Laquelle libéralité feinbb fort honorable à tout le monde : tellement que chacun sâefforçort de plus en plus de rhonorer,amp; lui porter entiere obeïirance.Ertans arriuez aus Temples auec la pompe amp;nbsp;magnificence que dit cd, premièrement ils facrifierent au grand Dieu lupiter, amp;nbsp;firent des holocaiiftcs, en immolant amp;nbsp;brûlant les Toreaus tous entiers fit ' lautet
DE XENOPHON. LIVRE VIII. zit laute! : puis facrifiercnt au Soleil felon la manière du païs,amp; brûlèrent pareillement les Chcuaus fans rien en referuer, qui eftoit la bçon de facrifier la plus fainte, en apres à Tellus deefle de la terre ûs facrifierent en la manière acoutumee certeincs belles dâautre *fpeceainfi que les Magiens amp;nbsp;Preflres de leur Loy le voulurent wdonner:finablemet ils firent le femblablc à tous les autres Dicus Demidieus qui conferuoient amp;nbsp;habitoient en la terre dâAlTyric.
*-fs facrifices deüment acompliz, Cyrus voyant la campagne belle ^plaine, montra vn but pour courir à cinq ftades loin delà , amp;nbsp;^^roinanda aus gens de chenal de courir à bride abatue bende pour â'nde:ôcliiiiiiefmefefourra parmi la bende des Pcrfes. Parqnoy Streits Gens il fut veincucur : car il cntendoit le fait de cbeualerie luttons jyjj.gj^ j^gjj bende des Medes Artabatc fut lepremier, ââl'^d Cyrus auoit donné vn cheual. De tous les Syriens Gadate *âââP®ffaiepris, Des Armeniens, Tigrane. DesHyrcaniens, le fils Æ uapiteine.DcsCadufiens,Radimes.Mais des Saques vn fimple â®Watfetromia fi bien monté, quâil deuança tous les cheuaus de fa â¢âanon près de la moitié du chemin. Sur ce Ion dit que Cyrus de-'â'anda à ccieune homrfle, sâil prendroit volontiers vn Royaume pour fon cheual. Icclui refpondit que non : mais quâil eftoit preft â¢Iele donner à quelque homme de bien, pour aquerir fa bonne gra «dcamitié. le te montreray vnlieu dit Cyrus, ou tu nepourras faillir de toucher vn homme de bien, encorâ que tu iettes vne pier-teà clozyeus. Montrez lemoy, ditlcSaque,à finqueiâenfrapc quelquâvn de cette mote de terre. Cyrus lui montra vne grandâ compagnie de fes amis : amp;nbsp;le Saque fermant les yeus ietta la mote de terre, amp;nbsp;frapa Feraule qui dauenture pà lToit par là tout à cheual, amp;nbsp;ordonnoit quelque chofe par le commandement de Cyrus, à combien quâil fiift frapé, ne fc tourna point pour regarder dont venoit le coup, ains pafta outre à faire ce qui lui eftoit commande. Lticune homme ouurant les yeus demanda qui eftoit celui quâil anoitateint : Perfonne de cens qui font prefens, lui dit on. Encores moins des abfens, refpondit il : mais dites moy qui câet, ie vous prie. Certcs,dit Cyrus, tu as frapé celui qui pique fon cheual entre les chariots.Pourquoy donq,dit il,nc sâeft il rctournéâParaueture, dit Cyrus, quâil eft infcnsé. Adonques le ieune hôme courut apres pour regarder qui câeftoit : amp;nbsp;trouua Feraule ayant la barbe gatee déterre,amp;: de fang qui lui tomboit du nez, amp;nbsp;lui demanda : Mon-f*'ouuezvous efté frapéâVous le voyez,dit il. Lors le Saque emer â^le de fa vertu lui dit : Prenez ce beau courfier, ie vous pri, pour 1 amour de moy: car ie le vous donne de bon cÅur. A quel propos?
Jts cheUM/f
E 3 dit
ill
la CYROPEDIE
ditFcraulc. Adonq leieiine homme lui dit la caufe pourqnoV ,^ lui raconta comme il auoit promis à Cyrus de faire ainfi,amp;qiievC-ritablement il penfoit auoir rencontré vn homme de bien.Fcrauk relponditr Certeinement vous ledeuriez donner à vnplus richt que moy, toutefois ic reccuray le don de ce beau cheualj priant Ict Dieus (parla volonté defquels vous mâauez frapé) me donner le moyen de vous recompenfer fi bien, que vous nâayez repentante de le mâauoir donné. Parquoy montez fur mon chenal, amp;nbsp;ie reuien dray bien tôt à vous. Apres que cens cy fe furent departiz, amp;nbsp;qud^ courfe des cheuaus fut entièrement reconnue, Cyrus fit courir les chariots, amp;nbsp;donn«i à tous les veincueurs des beufs pour faire grand chere après le facrifice,amp; des coupes pour boire,amp; pour fon pris de viftoirc print vn beuf, mais des coupes il donna là part à Feraule» qui auoit fi bien ordonné la pompe de fa montre. Laquelle dure encorâ de notre terns ainfi quâelle fut lors inftituee,fors quâil nâyhî point de belles pourimmoler,fi le Roy ne fait fon facrificc.CesdiO fes faites retournèrent à la ville, amp;nbsp;fe logèrent les vns aus maifonâ qui leur anoient efté départies,les autres par quartiers ou Ion auoit ordonné leurs logis.
JLd libéralité dont Tgt;fa Feraule à celui (jui lui auoit donné le bedH chenal, ^ le beau dijeours fur ce qui peut rendre 'vn bonttnt heureus (^ content. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap, 1'
ll Neonrinent après Feraule ayant conuie à lovp^^ ^^ ^^ââ^ homme Saque, qui lui auoit donoâ ilt;' bon chenal, le traita trefinagnifiquemeut, amp;'^' fit plufieurs beaus dons. Lâaprefioupee rempli!' fiant devin les coupes de Cyrus, but à luiamp;ltJ ___lui donna. Mais icclui confiderant comme li maifon deFeraule ertoir belle, richement tapifiec, garniedebeaus meubles, amp;nbsp;grand nombre de feruiteurs, lui demanda fi tous eft biens lui venoient dâhéritage, amp;nbsp;fi en fon pais il eftoit du nombre des riches. De quels riches?dift Fcraulc:iefuis ilTu des riches quigS' gnent leur vie au trauail de leurs mains. Mon pere des le commen
cement mâinfiitua félon la diftiplinc légitimé des en fans, me noiio rifiant de fon labeur afièz fimplcmct .-Mais quand ie fn paruenu eu aage dâadolefcence,mon pere ne me pouuant plus nourrir oifif, mï contreingnit de labourer la terrc,tellcmêt que depuis ie lâay nourri deines mains tant quâilhavefeu, labourant amp;fcmantvncmienne terre bien petite, amis loyale : cat elle me rendoit fidelemcntkJ femences
DE XENOPHON. LIVRE VIII.
femences que ie lui donnois, auccques vn gain honnefte ^ de quelquefois par fa bonte grande me rendait au double plus quâelle n'aiioit reçu. Voilà la façon dontie vinoisen mon païs: mais les richefleSjque tu vois icy mâont elle données par Cyrus.O lâheureu» liomme que vous elles ! dit le Saque^ dâélire en fi peu de tems deuc-nu fi grand amp;nbsp;fi riche! amp;nbsp;fi croy que votre félicité vous eft dâautant plus agréable,que vous auez abondance dâargent,dout auparauant vous alliez finite. Comment? dit Feraulc, penfez vous que ie vine en plus grand plaifir, pourtant que ie fuis fi riche ? Ne fanez vous pas que le boire, manger, amp;nbsp;dormir, ne mâell en rien plus plaifant, ny agreable,que quand iâellois pourc ? Le profit amp;nbsp;grand bien que iâay tiré dâauoir tant de richelTes, eft vn comble de fouci : car il me faut aiioir plus de gardes, donner beaucoup à autrui, amp;nbsp;en garder encore dauantage pour moy, amp;nbsp;tant plus que iâay de biens à ma-^quot;=f.dâautant ie fens en moy plus grande fâcherie. Beaucoup de fcfuitcurj me demandent à manger, beaucoup me demandent à âOne,les vnsont afaire dâhabillemens, les autres de Médecins, lâvn âne vient raporter des Brebis defehirees desLoups,rautredes beufs fombez du haut en bas , lâautre des troupeaus galeus, ou quelque âlitre maladie ou afaire, dont ie me fens plus troublé, amp;nbsp;rempli de plus grand fouci pour ma richefie,que ie ne faifois quand iâellois pouredemapoureté. Si croy ie, dit le Saque, que voyant tant de richelfes bien tontregardees, vous y prenez plaifir, amp;nbsp;vous en ref-louiffez plus que moy' qui fuis poure. Non faiz, par ma foy,dit Fc-raule. Car il nây ha jamais fi grand plaifir à auoir beaucoup de ri-diclfes, comme il y ha de douleur à les perdre. Laquelle chofe vous âUserez veritablc,fi vous confiderez, comme le plaifir feul de quel-^tic chofe nâa point tant de force, pour tourmenter vn homme ri-v'iCj^le faire demener toute la nuit fins dormir outre fon gré, comme la douleur des biens perduz, laquelle eft fi violente, quâelle tielaifle jamais repofer celui qui en eft frapé. Ne voit on pas aufsi, dit Je Saquc,quelques hommes riches fi tranfportez de plaifir pour vn bien quâils doinent reccuoir, quâils en perdent le repos amp;nbsp;dormir ? Mais Feraulc répliqua que ce nâeftoit chofe femblable, de re-ceuoir amp;nbsp;de poffeder : car fi le plaifir de pofleder eftoit fi grand comme de rcceuoir les richefles, il sâenfuiuroit que les hommes riches pafleroient de beaucoup les poures en toute félicite. Mais Ion 'oit que celui qui ha tant de biens eft côtreint faire trefgrandâ def-l^Occ, nô feulcmct enuers les Dicus:mais enuers fies amis amp;nbsp;hoftes; * vilement que (à fon iugement) tout homme qui fe delctf e en ar-5^â^ reçoit grande fâcherie aie defpendrç. Le Saque rcfpondit, que
ai4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACYROPEDIE
que ce nâedoit fon auis,amp; quâil nâeftoit de tel çourage,aînj eHimoit grande'felicitc dâauoir beaucoup de biens, amp;nbsp;faire quantetquant vne grande amp;nbsp;magnifique defpence. Adonqueslui dit Feraule: Q^ielle chofe donq vous empefchera. Saque, que vous ne foyez bien heureus en peu de teins, amp;nbsp;moy aufsi? Prenez tous mes biens que levons donne pourenvfer amp;ioiiir à votre plaifir fans mâeu laifler aucune chofe, fors me nourrir comme vn horte, amp;nbsp;plus fini-plement que votrehorte,amp; iemecontenteray dâertre en bien petite porcion participant de votre felicité.Le Saque penfoit quâil femo-quart, amp;nbsp;ne Je voulut croire :mais Feraule commença à iurer amp;nbsp;afermer quâil parloir à bon efeient : danantage quâil impetreroit beaucoup dâautres dons de Cyrus, lefquels il lui doneroit : mefmes quâil ne le vouloir côtreindre de faire le guet à la porte du Signent, nây dâaller à la guerre, lefquelles charges il fe referuoit à faire pouf tous deus, feulemct quâildemouraftà la maifon à faire grand cherci amp;fi par fon fcruice il meritoit encorâquelque bien de Cyruson quâil en gagnaft à la guerre,quâil lâaporteroit amp;nbsp;lâen feroit Signeuf, pourun que de fa parc il mift peine à conferuer les biens, à fin quâil furt exempt de cette fâcherie, de laquelle sâil fe fentoit vne fois clef-chargé , il pourroit plus librement faire feruice à Cyrus amp;nbsp;lui eUtf vtiie amp;nbsp;aporter quelque bien tous lesiours.
Apres quâils eurent aflez longuement deuisc de ce changement, ils compoferent enfemblc, amp;nbsp;commencèrent à viureen lafaço® quâils auoient acordee : de forte que le ieune homme Saque sâefli-moit heureus dâauoir beaucoup de richefles, amp;nbsp;Feraule treskeureus dâauoir trouué vn maitre dâhôtel, qui par fa diligence, amp;nbsp;flt;âââ^ ^^ mefnagc,lui donnoitamp; tcrtis amp;loifirde viure enrepoSjamp;fo'f® tout ce qui lui venoit à plaifir. Or eftoit Feraule de nature pront a aymef, amp;nbsp;nâeftimoit chofe au monde fi vtile amp;nbsp;honnefte comme | de faire plaifir aus hommes : car il confideroit que rhommeeftie meilleur amp;nbsp;le plus charitable de tous les animaus, voyant fouuent plufieurs hommes ertre pronts à remercier, amp;nbsp;louer ceus qui Ifâ louent : sâefforcer de rendre le plaifir à ceus qui leur en font : qui portent bon vifage à ceus qui les fà uorifent,pareillement quils effl' braffent de bonne amour amp;nbsp;ne pciment haïr ceus qui lesayment: amp;nbsp;fur tout honorent leurs parens amp;nbsp;les ayment tant vifs que mors beaucoup miens que les beftesncfont. Au contraire que tousles animaus font plus ingrats, amp;nbsp;moins fouuenans des biens quâon leur ha faits. A cette caufe Feraule reccuoit en fon cÅur vn grand contentement de fe voir defeharge du foin de mefnage, amp;nbsp;de pou-yoir librement conuerfer auec fes amis, «St que le Saque ayant tant
DE XENOPHON. LIVRE VUL zz^ fie tiens fe troinioit empefchc à les defpeadre. Or le Saque aymoit ^fändement Feraule, de ce quâil aportoit toufiours quelque chofe^ fdraille aiifsi aymoit le Saque^de ce quâil receuoit tout volontiers, '^Rechargeant de plus en plus defoin,nelui otoitpointleloifirdc quot;ânuerfer aiiecques fes amis, amp;nbsp;de viure en vue grande amp;nbsp;heureufe 'ââ â»quilitc.
f» quel moyen le Jloy Cyrm honorait fes amii, ^ du mariage de la ÃUe de Gobrie auec HyÃ'aJpe lâ-pn de, fes grans Capi-
teines. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H a P. VI.
Vand Cyrus cutfacrific le don de fa viftoireaus Dieus immortels, il conuia à fouper en compagnie tous les amis , qui defiroient le faire grand ÃC lâhonorer amiablcment de route félicite, amp;nbsp;entre autres Artabaze Ic Mede, Tigrane lâAr-
j ^-â^-^ ^1 menien,le Prince dâHyrcanie,Gobrie amp;nbsp;Gadate, edoit Grand maitre amp;nbsp;Capiteine de la garde des EHnuebes, âfdonnoit tout le viure de fa maifon. Quand il y auoit grand ?â®P3o''ie il ne sâaffeoit iamais à table, ains pouruoyoit à toutes Jofenccciraircs : mais autrement il mangeoit toufiours à la table Cyrus, qui prenoit grand plaifir de lâauoir auec lui. Au moyen 'ieqiioy Cyrus lui donoit beaucoup de biens, amp;nbsp;le tenoit en grand ^Hinie, amp;:pour amour de Cyrus, tous les autres aufsi lâhonoroient âHerueiHes.Efians les conuiez venuz à fa maifon pour fouper, il ''siesfaifoit pas afioir à table à la voleejamp; fans difcrecion,ains me-f^'Gfamainfeneftrc celui quâil vouloir honorer fur tous les au-^f^^jacaufe que cette partie eft plus fuiette aus trahifons, que la oextre. Le fécond à la dcxtre,le tiers derechef à la fenefire, le qua-â^'^'^nieà ladextre,(Sc ainfi des autres.. Car illmfcmbloit tresbon de âfcchirer quel degré dâhonneur il vouloir départir à vn chacun, roiinoiffant que les hommes ne fc foucient de bien faire, quand ils 'oyent que Ion ne donne honneur ny recompenfeà la vertu, amp;nbsp;fl ont entrâens aucune contcncîon:mais quand elle eft prifee amp;nbsp;ho-floree fur toutes chofes,les hommes font incontinent incitez à lâc-â nnlacion dâicelle.Voilà comment il declairoit fon iugement amp;nbsp;lâo-Ã'flionquâilauoit de la vertu dâvn chacun. Or cet honneur deles â'''^treatable.nâefloitpointperpetuei en fa maifon :. mais il fit vnc ' quot;nnance, par laquelle il vouloir, que par bonnes ôe vertueufes 'quot;^quot;5 ion paruin fi au plus haut amp;nbsp;plushonorablelieudefainai-
1311 contraire fi quelquâvn sâadomioit à gourmandifcxyuran-F gneric.
Uff nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
gnerie,amp; autres artes deshonnedeSj quâil fuft chafsc ans plusbafo places de fa table. A cens qui par vertu edoient montez au premief degré de foir près de lui, il faifoit des biens infiniz, amp;nbsp;fevergon-gnoit de ne les recopenfer adez félon leur vertu : laquelle coutunif indituce par Cyrus ed encorâde notre terns en vfage. DurantIt fouper Gobrie voyant la druerfîte des mets, difeourut en foymef me,qiiâil ne fe faloit emerueiller de voir tant de viandes deuantm 'tel Prince, qui dorainoit fur tant denacions : mais de fa boute sâe-merueilloit Grandement, amp;nbsp;defon humanité amp;nbsp;douceur: Carilnf mangeoit iainais aucune viande delicieufe fans la départir à iô amis sâils edoient prefens, amp;nbsp;fouuent encorâ quâils fuflent abfens, leur enuoyoit les plus frians plats de là table. Apres donqquâidâ' foupé amp;nbsp;enuoyé toutes les viandes dâvn coté amp;nbsp;dâautre,Gobriclui dit : Sire ic vous edimois auparauât le plus excellent dcshominô) feulement pour la grande fcicnce du fait de guerre qui ed en voust mais maintenant vous me femblez(par les Dieus immortels)beait' coup plus louable pour votre humanité, que pour la vertu desat mes. Par Dieu, dit Cyrus, aufsipren ieplus deplaifiraus adesd* honte amp;nbsp;humanité, quâà cens delà guerre, amp;nbsp;les hommes les af ment beaucoup plus, à caufe que de la guerre procèdent beaucoup de maus,de lâhumanité beaucoup de biens.Quand ils eurent vnpj titbu,Hydafpedit à Cyrus : Sire,vous courroucerez vous pointai ie vous demâdc quelque'chofc queie veus fauoir? Ncnni,ditil,aiu^ me courrouceray pludot fi vous la voulez celer. Adonq luiit HydafpcEd il iamais auenii, que ie ne me fois mis en deuoirdefflä prefenter à vous faireferuice,quandvous mâauez apclé?ou qââf^â^ venu lafehement amp;nbsp;froidement ? Pareillement quand vousnùue2 commandé quelque chofe, à y ie iamais edriué de la faire, ou mon- . tré dâen edre fâché ou ne prendre plaifir à faire chofe qui vousftü ! agréable ? Neimi vrayment, dit Cyrus, amp;nbsp;en cela ie nâay Qcafionlt;^' mepleindrc devons. Pourquoy donques, dit il, parles Dieus iW' mortels, honorez vous plus Chryfante quemoy ? amp;rauczraisf® lieu plus honorable que moy? Le dirây ic? dit Cyrus. le vous en f®' plie,dit il. Mais vous courroucerez vous point aufsi, fiie dylave-rité?Non,Sirc,ditHydalpc, amp;nbsp;feray trefioyeus dâentedre,que vous ne me faites point de tort. La caufe, dit Cyrus, edpourtant que Chry'fintcnâa iamais atendu quâil fud apclé demoy, gins deuant que dâedre mandé, sâed toufiours prefenté à mon feruice. Daiian-tage il nâa pas feulement edé pront à faire ce quâon lui comnian-doit,mais à executer ce quâil connoilToit profitable pour moy. Sâil me couueiioit faire entendre aus allez quelque deliberacion, il me confeiU
DE XENOPHON. LIVRE VUL 227 confeilloit comme il la faloit dire.-fi ic voulois dire quelque propos, qui ne full condecent à ma grandeur, il me donnoit confeil de ne le dire pas : fi ma volonté cftoit de faire entendre amp;nbsp;donner à con-noitre quelque chofeaus confederez, dont iâculTe honte de parler demoymefme, il sâauançoit de ladite comme procédant de fon opinion. Et quanta fa perfonne, il sâeft toufiours contenté des thofes qui sâofroient à la iournee, mais pour la mienne, fay dere-ment connu quâil pouriioyoit à Pauenir, amp;nbsp;confideroit en quoy il tHepourroit élire profitable, sâefiouifiant beaucoup plus de ma félicité, que moy ; tellement que iâoferois dire, quâil ha eflé meilleur pour moy,que moymefrae. Par DieUjrefpond Hyftafpejiefuis tref-lifcdâauoirfait cette demande. Pourquoy?dit Cyrus:Pourtant,dic llquc ie mâelforceray de faire le femblable. Mais ie voudrois fauoir ''tte chofe, par quel moyen pourrây ie montrer dâeftre lâoycus de 'âö^kVuh ? me faudra il fraper les mains, ou rire, ou quoy faire? ^''âäklZe lui dit en riant : Il te faudra danfer à la mode des Perfes. ^^«tterefponfe fut faite vnc grandâ rifee, dont le banquet com-®^oçaà croître,amp; comme tous ferefiouifioient de ces paroles,Cÿ-^â »5 demanda à Gobrie, sâil eftoit aufsi prell de marier fa fille que quand il fe rendit à lui. Vous dirây ie la vérité, dit Gobrie. Hardi- lemaritt^ âHrot,refpond Cyrus : car pour mentir ne faut ia demander tel delaÃlktU congé. Sachez Sire, dit il, que ma volonté efi maintenant plus Golgt;rif^ grande que deuant : pourautant que ic les connois tous plus ver-tueusque ie nâculîe pensé. Car au commencement ie les voyois foiifrir de bon cÅur route peine, amp;nbsp;entrer la telle baiffee en tous dangersunainrenat ie les voy atrempez amp;nbsp;modefles en leur félicité. Età laveritéilmcfemble plus dificile de troiiuer vn homme tempérant à porter le bien defaprofperité, quevn homme pacientà endurer le srief de fon auerfité ; car des quot;rans biens naifient ordi-nairementen phifieurs hommes orgueil amp;nbsp;arrogance, des grans mans procèdent en tous modellie amp;nbsp;atrempance. Adonqdit Cyrus :Hyflafpc,auez vous oui les paroles de Gobrie? Oui vrayment,. dit il, amp;nbsp;sâil continue à parler ainfi il me trouuera beaucoup plus defireus dâauoir fa fille, que sâil me montroit les plus belles coupes amp;ricliclîes du monde.lâay bcaucoup,dit Gobrie, dcfemblables fen tencesparefcrit,lefquclleslevons donneray, fivous voulez cfpou-fa ma fille.Mais des coupes dâor, dont vous tenez fi peu de conte, '«nefayfivous les donnerez à Chryfante, qui vous haoté votre Ãb«. Et fur ce point ils fe prindrent à gaudir amp;nbsp;deuifer gracicufe-®®cà quelles femmes il lé faloit marier,amp; Cyrus dit à Hyftafpe amp;nbsp;3 foujles afsiltans,sâils fe vouloicnt marier, quâils Vinffent prendre
F 2 confeil-.
ii8 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LACY ROPEDIE
confeil de Iui:car il sây connoif oit tresbien : pareillement fi GoU« vouloir donner fa fille à quelquâvn,quâil vinft à fon confeib a eau « quâil fauoit bien connoitre quel mariage eft propre amp;conuenaW« à vn chacun. Adonq Chryfante lui demanda : Dites moy, SUc, Æ vous fuplic, quelle femme me fcroit conuenable? Cyrus lui ^'f' Premièrement il vous la faut petite, car vous elles petit, amp;nbsp;fi vous la preniez gr.7de,amp; que la voulufsicz baifer, il vous faudroit fautô à Ion col, comme font les petis chiens. Câet tresbien pouruu/i^ Chryfante:car aufsi ne fuis ie pas bien adroit pour fauter.En aprA dit il, vne femme camuze vous fera propre, car vous auez le ne^ grand amp;nbsp;fauconnier j amp;nbsp;à tels nez comme le votre les camuzfou' conuenables. A ce conte j dit ChtyTante, aucc vn homme qui ^quot;^ bienfoupc commemoy, vous feriez acommoder vne daraoifdi' afamee.Tresbienjdit Cyrus : car vn ventre plein deuient pointu,^ vn vuide eft toufiours camus. Donq,dit Chryfante,à vn Roy froi^ i amp;nbsp;maigre,quelle Dame lui feroit conuenante ? A cette parole Cp rus fc print fort à rire amp;nbsp;tous les autres pareillement. Et commeils rioient encores Hyllalpe lui dit : Voici vne caufe^Sirejpourquoyi^ vous ayme amp;nbsp;eflimeplus que ie ne faifois j amp;nbsp;porte enuie à vot^ Empire : car iaçoit que vous foyez froid amp;nbsp;mélancolique,toutefois vous donnez à autrui matière de rire. Pour combien, dit CymS/ voudriez vous que cette parole fufl redite à celle, entiers laquelle vous defirez aquerir renom dâcllrc plein de grace amp;nbsp;dâhumanit«^ Apres quâils eurent affez longuement deuisc par fornettes,ilfe aporter vn mode dâomemens de femme fort beaus, lequel il bailh à Tigrane pour donner à fa femme, dâautant quâelle sâeftoit ver-tueufement portée à la guerre aucc fon mari. A ArtabazeiUos^â^ vne coupe dâor, au Prince d'Hyrcanie vn chenal, amp;nbsp;à plu fleurs aU' ; très donna des chofes exquifes ôeprecieufes. Mais à vous, Gouris'' iedonneray vn mari pour votre fille. Donnez moy donqà lui,^'^ Hyflafpe, afin que iâaye les beaus eferits quâil mâa promis. CytUS lui demanda, sâil anoit allez de biens pour vne fi riche fille. Dref pondit:Oui vrayment, iâay vne trelgrandâ richefic,amp; vn treforint' Ãlimable : amp;nbsp;fur le champ montrant Cyrus de la main : Voici, dit il, mon bien amp;nbsp;ma cheuance,puis que vous elles mon Signeuramp;anU' Câet affez, dit Gobrie, amp;iâenfuis trefeontent. Adonq Cyruspre-nant leurs mainspuana la fille de Gobrie à Hyllafpe,auqnel il donna plufieurs riches dons pour enuoyer à foa efpoufe. Ce fait il tira Chry fante à part, amp;nbsp;le baifa fort amiablemct,fans dire antre choie: Qiioy voyant Artabazc, Par Dieu, Sire, dit il, la coupe que vous mâanez donnée nâell pas de fi fin or, que ce que vous auez donné
DE XENOPHON. LIVRE VIH. ; ne a Chryfante. Ne vous foudez, dit Cyrusccar ie vous en donne-ray autant. Quand fera ce.âdit il. Dâicy à trente ans,dit Cyriis.Par-qiioy apreftez vous pour atendre,amp; non pour mourir. Sur ces paroles le banquet fut fini, amp;nbsp;comme rousfe leuerent pour partir, Cyrus aufsi fe leua,ôc les acompagna influes à la porte, ou chacun print congé' pour sâen aller repofer.
Ctmme Cyras renaoyd lesalie^i, diÃribud le butin, ^ retourna
tn Perfe : ^ comme il ordonnait fon camp : ^ arriua en Mede ou le Roy Cyaxare lui promit fa fille en mariage ^ lui donna le Royaume de Mode pour le dot. nbsp;nbsp;c h a p. v 11.
^] E iour enfuiuant il renuoya à leurs maifons les aliez qui sâefloient mis en la ligue de leur propre '^^® volonté, hormis cens qui aymerent mieus de-moureraueclui, aufquels il donna terres amp;nbsp;mai-S fons,dont leurs defeendans iouiflent de notre ______^1 tems, amp;nbsp;la plufpart font Medes amp;nbsp;Hyrcaniens. A cens qui partirent ht trefgrans prefens, amp;nbsp;en donnant congé à tout le monde ht de forte par fon humanité amp;nbsp;largelîe, quâils nâeurent ocafion de fe malcontcnter de lui. En apres il dillribuaaus gendarmes defanacion les trefors, quâil auoit reçuz de la ville de Sardes;amp;premièrement aus Coronals dedi.x mille hommes, Ãcà fesniiniftres donna certeines recompenfes apart félon leurs men-tes:cn apres à chacun Coronal conhgna le payement pour tous les foldats de fa charge, amp;nbsp;commanda de diftribuer lâargent ainh quâil auoit fait entiers eus. Parainh chacun Chefde dix mille hommes
diftribua certeine fomme dâargent aus Capiteines de fa charge, le Capiteine à fes Ceuteniers, le Centenier ans Chefs dâEfquadre, iu-geantamp;eftimant la vertu de chacun félon fes euiires. Ladernicre paye fut des Sizeniers, qui dônerent à chacun compagnon la foul-dcfélon fon merite, tellement quâils reçurent tons la iude portion du butin. Comme Cyrus entendit que les gendarmes sâemerueil-loient de fa grande magnihcence amp;nbsp;richefTe, amp;nbsp;difoient entre au-très paroles à fa louenge quâil ne dehroit point sâenrichir, ams pre-noitplnsdeplaihr adonner quâà prendre dâautrui, il allembla fes allais amp;nbsp;Capiteines principaus Ãc leur dit ainh : Mes amis iâay connu plufieurs hommes cjui veulent auoirle nom dâertre plus riches 'iuâiUne font, lt;Scfe montrer plus überaus quâils nepenuent ehre, ^'nsrysâabufentgrandement (à mon ams) de neparmennent la-®U*^ace quâils dehrent. Car celui qui ha renom dâetlre ruhe, sâil ne F 3 fe^ourt
ï}ó nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA CYROPEDIE
fcconrt largement fes amis amp;nbsp;felon leur dinité j il tombe inconti« nent en blame dâaiiaricc amp;cbichetc. Il y en ha dâautres qui font tout au contraire j amp;nbsp;veulent cacher ce quâils ont, amp;ceus cj'inC femblcnt encorâ plus abufez, plus mefehans, amp;nbsp;iniuftes enuerste amis: car cens qui ignorent quâils ayent tant dericheires,nol^* ofent requérir, amp;nbsp;nâen pcuuent eftre lecouruz au befoin. Parqnoy fachant que câet lâofice dâvu homme Ample amp;nbsp;entier, de maiiifcfcf fes biens aus amis j amp;nbsp;en départir félon droit amp;nbsp;raifon : iefuis ddi-berede vous montrer tous mes biens, amp;nbsp;premièrement vous fait' voirtout ce qui ce peut aportcr, amp;nbsp;du demourant quinefepeut aisément aporter, vous faire le raport au vray. Et ce difant W montra fes trefors, amp;nbsp;ce quâil auoit de beau, qui eftoit vne heW^^ nicrueilleufe, amp;nbsp;leur deelaira parinuentaire ce qui ne fe pouuoit montrer fur le champ. Finablemet, ie ne veus pas,dit ifniesaiw^ quevous cftimiez ces richefles ertre plus miennes que votresicaf j ie les ay amaflees non pas pour les dclpendre, ny pour les mangft' (car ie ne faurois) mais pour auoir dequoy montrer ma libéralité; amp;nbsp;donner à cens qui feront quelque afte vertueus, amp;nbsp;pourayderâ cens qui auront afaire de quelque chofe, quand ils me voudrot' deelairer leur necefsitc, amp;nbsp;me requérir de leur donner fecours.
Quand ce propos fut fini, amp;nbsp;quâil fembla à Cyrits, que Jesafc' res de Babylone clloiét bien cllablics amp;nbsp;afTurces, de forte quâils é® pourroit aller, il fit fes aprefts pour retourner en Perfe, amp;nbsp;f'â'''' manda à fes gens de faire le femblable,amp; ayant pouruu à toutesIt® chofes dont il auoit afaire, il fortit de la ville amp;nbsp;femit anecfes fur le chemin de Perfe. Or me fcmble bon de raconter coin^équot;^â marchoit par païs,amp;(combicn que fon oft fuftgrand à merueiiiéS/ La firnte Je en quel ordre il plantoit, leuoit, ou remettoit fon camp. Carp^t i camper Jit font qq je Koy fe campoit, tout fon oft fc plantoit incontine®'' I j^j Cj/rue. alentour aucc fes pauillons, fuft yuer ou efté , amp;nbsp;ordonna quel®® pauillonfuft tourne vers Soleil leuant, amp;nbsp;quâvn peu plus lointf gens de fa garde fufient logez. En apres à main dextrc faifoit lo^ les Boulcngers, à feneftre les Cuifiniers. Pareillement les clieuaquot;® à main dextre, le bétail à feneftre, tout le demourant de fcmblaWé forte, tellement que chacun fauoit fon quartier , quellecfpaccamp; quel lieu il deuoit tenir loin du Prince. Au leuer du camp Icsvns aflembloicnt leurs meublcs,les autres les char^coient fur leurs bef tes. Parainfi tous les conduétcurs du bagage sâaflembloicnt pouf acoutrer leurs charges,de forte quâen vn mefmetems les pauillons eftoient trouflez, les hardes chargées, amp;nbsp;les beftes preftes à porter-Le femblable fe faifoit aus viiires amp;nbsp;municions, amp;nbsp;chacun fauoit fon
de XENOPHON. quot;LIVÃRE VIII. = : fon ofice j tellement quâen vne mefme heure tout le camp cHoit aiifsi tot preft quâvn feul homme. Et tout ainfi que les feruiteurs ôcmunicionnairesauoientvn lieu propre pour eus^ aufsi auoient «us qui portoient les armes des gens de guerre amp;nbsp;prenoient le lieu qui leur eftoit le plus commodej Tachant à qui amp;nbsp;pour combien de gens chacune place eftoit afsinec ^ amp;nbsp;fe logeoient chacun en fon quartier fans iamais varier. Et tout ainfi quâil auient ausmaifons prniees que quad elles font bien reigleesjon fcet ou Ion doit pren-elrecedont Ion ha afiiire ^ aufsi Cyrus cftimoit eftre belle chofcamp; ''die dâauoirvn camp bien ordonné par quartiers amp;nbsp;qui ne fuft aucunement confus.Car dautant que aus enures de la guerre les oca-fions font plus courtes amp;nbsp;legeres j dautant les fautes en font plus grandes de cens qui tardent à faire leur deuoir.Au contraire quand lonexefiifepf.op(-cmentamp; .à lâheure oportune ce qui eft comman-â^jlesprofits qui en viennent font fi gratis amp;nbsp;fi beaus quâon ne les fWallez efiimer. A cette caufe Cyrus mit grandâ peine dâordon-ââWlon camp de telle façon ^ afin que toutes chofes fulTentprontc-ââicnt amp;nbsp;plantées amp;nbsp;Icuces. Il faifoit tendre fon pauillon au milieu du camp comme au lieu plusfeur, amp;nbsp;alentour de lui faifoit loger Won fa coutume fes plus feaus amis. Entour cens cy efioient les hommedarmes amp;nbsp;cens qui combatoient de defTus les chariots logez en forme dâvu cercle, amp;nbsp;les plaçoit ordinairement en lieu feur, pourantant que les conducteurs des chariots nâont rien de preft,amp; leurfaut beaucoup de terns .à fe mettre en ordre sâils veulent faire leurdeuoir. Ans deus cotez à dextre amp;nbsp;à fencflre des hommedar-ines eftoit la place des rondeliers, deuant amp;nbsp;derriere eftoient les gros de tret. Mais après tous cens cy alentour de fes gens pour fer-thr de rempart amp;nbsp;muraille aus autres, il faifoit loger les foldats qui auoientles plus pefans harnois amp;nbsp;grans pauois pour couurir tout lecorps : à fin que sâil furuenoit quelque afaire ils tinffent bon, amp;nbsp;donnalTent feurté amp;nbsp;loifir ans autres de fe mettre en ordre. Outre cens cs'.il auoit dâautres sens de tret amp;nbsp;rondeliers lo^ez en cette mefiiie place : amp;en ordrepour fraper deloin, fi dauenture dâautres gens detret venoienr de nuit aflaiUirles bien armez amp;nbsp;pour les fe-courirau befoin.Cyrus aufsi fit mettre les enfeignes de tous fes Ca piteines furies tentes, à fin que fes feruiteurs fulîcnt incontinent trouiier les logis des principaus fans les demander lâvn à lâautre, tout ainfi que Ion fait ans bonnes villes, ou les prudens amp;nbsp;bons fer quot;itrotsfanent au doigt les maifons des plus aparens de leur cite. Et dautant que les quartiers des nations nâeftoient point mefiez, ils «Soient plusaifez à connoitre, fuft pour fauoir qui auroitbien ' * nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fait.
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LA CYROPEDIE
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fait ou pour montrer celui qui auroit failli. Et par tel ordre il f® bloit à Cyrus^que fi quelques ennemis le venoient alfaillir ou donner quelque efearmouche ou alarme de iour ou de nuitj ils tombe-roient dedens fon camp comme dens vue embûche amp;nbsp;feroientto' pris. Iliugeoit aufsi que de telle difeipline de guerre Ion tireroK double profit, non feulement de faiioir eflargir, ou refireindrevn bataillon retourner dâvue pointe en autre ou au milieu, tourne^ dextre ouafenefire, ou fi les ennemis venoient au dos faire tefe contre eus, mais aufsi de pouuoir faire vue bonne amp;nbsp;feure retraits au fortir dâvne bataille: remettre fon camp en lieu feur^pourfuiutf les aiierfaires , faire courfes , amp;nbsp;autres enures femblables qiiiapnt-tiennet à lâofice dâvu bon Capiteine.A cette caufe il prenoitgranil cure à faire toutes ces diligences dâvne égalé vertu j amp;nbsp;marthoit toufiours par patsâen celle ordonnance pour obuier aus cas fortuit qui peunent luruenir du iour à laiournee. Voila la façon conin'â il marchoit par pars, amp;nbsp;comme il fe campoit la plus part du tequot;quot; fans fe mettre en confufion. Quand ils lurent arrinez au paisiiâ Mede Cyrus alla vifiter Cyaxare, Ãc apres toutes les feUes^erabwl' femens ÃC falutacions acoutumees lui raconta toutes fes viftoitô' amp;nbsp;lui dit comment il lui auoit aprefte vn Palais amp;nbsp;vne Royalem^' fon dedens Babylonen ou il pourroit habiter comme chezfoy'^ ce difant lui fit plufieurs dons exquis amp;nbsp;precieus. Adonq CyaXâ'^ lui enuoya par la fille vne courone dâor, des bralîelets amp;nbsp;carcans^â mefme, 0c vne robe Medique la plus belle quâil fut pofsible de voit* Comme la pucellc cour^noit Cyrus,Cyaxare lui dit : Monneneth ie vous donne pareillement cette mienne fille pour femme/ouâ' ainfi que votre percha pris en mariage la fille demon pete dont vous elles forti;Ec vous anife que câet celle, qui fe iouoit Ãifouueni amp;nbsp;chantoit auec vous en votre enfance, amp;nbsp;quand on lui dem^' doit qui feroit fon mari,elle refpondoit : Cyrus. Au demouranâ'â caufe queienâay aucuns hoirs mafles amp;nbsp;légitimés de moy, ievoquot;' donne le Royaume de Mede pour fon mariage. Cyrus refpon(Ã'gt; quâil eflimoit beaucoup les prefens, la fille, ôc la parente doiitdiâ efioit iflue , toutefois quâil nâacordcroit ce mariage fans la volonte de fes perc amp;nbsp;mere , lt;amp;nbsp;ce difant donna à la pucellc plufieurs chofo quâil penfoit eftre agréables à fon oncle. Cefait il le partit de Ait' dcjpour fuiure fon themia droit au pais de Perfe.
. Les ^omejps de Cynts auec fa Jîepublitjue, euwe il print à fem me la fille de Cyaxare, ^ retournant en Babylone enuiyi des Satrapes aus nadans. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;chap, vu''
Quand
DE XENOPHON. ' L I VâR £ Vil I. - xjj
Vand il furatnue furies frontières de Perfe^ il lailîà en arriéré le gros de lâarmée, amp;nbsp;auec fes amis sâauança dâaller à la cite, faifant mener des belles pour facrifier,amp; receuoir à banquet folen* nellement tousles Perfes. Ilfitaufsi aporter de très beaus dons à fon pere,famere,amp; autres amis, eur dinîte, ans Magillrats, amp;nbsp;plus aneics perfofi-quot;â iges de renom, amp;nbsp;fpecialement à tous les Homotimes delà ville. Plusà toiisles Perfes hommes femmes donna certeins prefens, Sâ''font par coutume encore auiourdâhui donnez par le Roy quad â¢IvaenPerfe.Toutes fes feiles amp;nbsp;celebritcz acomplies,Cambyfefit äffeinbler les anciens amp;nbsp;les Magiftrats, qui ont charge des plus gnns afaitçj delà ville, amp;nbsp;en la prefence de Cyrus, leur dit ainfi:
J-îaran^ue de Camby/ê.
i'^^^Omme il foit ainfi,mes amis Perfes, amp;nbsp;vous Cyrus mom ; fils, que levons porte telle amour, quâil conuient au ®-®y porter à fes fuietz, amp;nbsp;au pere à fon fils,il ell raifon-nable que ie vous confeille les chofes que ie conois élire profitables à tous deus. Eten premier lieu il ell certein que vous auez au commencement augmente la puilTance de Cyrus:car vous lui donnâtes vue armee, «Scie fites Capiteinc en chef de votre puif-fance,amp; de celà il eft tenu â vous. Depuis,ó Perfes,par la bonté des Dieiis,mon fils vous ha ennehiz, reduz louables fur tous les hommes du monde, aquis vne louenge amp;nbsp;honneur fur tous les peuples dâ A.fie, amp;nbsp;particulièrement augmenté de biens,. non feulement les Homotimes,qui ont guerroyé fous lui, mais aufsi le menu populaire,auquel il donne gages amp;nbsp;moyen deviure. Aufurplus en créant vnegendarmerie Perfique il vous ha inuelliz amp;nbsp;mis en poUefsion de beaucoup de biens, amp;nbsp;de ce vous cllestenuz à ldi. Parquoyil vous faut recônoitreôc confefler q vous elles obligez lâvn à lâautre, amp;nbsp;elles caufe réciproquement de votre félicité ramp; vous aujfe,que fi vous Perfes à lâauenir voulez porter à mon filz vne mefme obeïf-fance, amp;nbsp;pareille afeccion , vous viurez en vne langue amp;nbsp;heureufe profperité. Mais fivous, Cyrus, deuenu fier amp;nbsp;arrogant pour le comble de vos bonnes fortunes, amp;nbsp;llimule de quelque coimoitife defraifonnable, cômencez à vfer de mefme contreintc amp;nbsp;Tyrannie fus eus,cQme fur cens que vous auez fubiuguezrou bien que vous, Moyens,efmuz dâenuiefur fa puiHance vous efforcez dâabatrefon Emput, foyez ali lirez, que vous tomberez incontinenten ruïne, amp;nbsp;donnerez empefehemét lâvn à lâautre deparucnirà laiomilance.
G de.
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lt;gt;'âââ^/gt;,-é^ femme.
Qrw entfilze les Satrapes ans »actens.
de toute félicité. A fin Hong dâeuiter ces inconuenicns, amp;nbsp;quclcî tiens sâaugmentent de iour en jour, ie fois dâauis que par facrifict publiq, amp;nbsp;en la prefence des Dieus qui feront témoins j vous fanc2 vn acord enfemble en la façon qui sâenfuit ; premiercmerjVousCyrus, fi quelque edrager moimoit la guerre ansPerfes, ou sâefforçoit de rompre les loix de ce pars, promettez de donner fecours à votrf patrie de toute votre puiflancc : Pareillement vous, Perfes, fiq«''' quâvu pourchafloit par trahifon,ou autrcment,priuer Cyrus defoâ Empiregt;faire nouueauté, ou rebellion contre lui, iurerez lui aydô amp;nbsp;obéir en tout ce quâil vous commandera : An demourant tant q ie vin ray, ie demoureray Roy en Perfe,apres ma mort, le Royaume viendra à Cyrus.Lequel venant au païs,(sâil vous maintientfry amp;nbsp;promefle) fera les mefmes facrifices queiefais maintenant pour votre profpcritc. Mais quand il aura fini lâordinaire cours de nature,il me femble que ce fera votre grand bien , de prendre par cleo cion le meilleur amp;nbsp;plus Vertueus Prince de la lignee, pour fairelô facrifices ans DicuSjainfi que ie les ay ordonez : Ayant Cambâlr fini fon parler, Cyrus amp;nbsp;les Perfes aprouuerent fou confeil,fi fatquot;' fièrent amp;nbsp;apelerent leurs Dieus à témoins deleurs promefles,^ comme pour lors ils inreret amp;nbsp;acorderent, le Roy amp;nbsp;les Perfes ont coutume dâen vfer auiourdâhui. Ces chofes faites,Cyrus retournaâ fon Royaumeen Babylone,amp;payant par laMcde,cfpoufa du coC' fentement de fes parens la fille de Cyaxare, laquelle on ditenfur de notre tems auoir efté merucilleufement belle amp;nbsp;gracieufe-'Co®' bien quâaucuns auteurs vcullent afermer, quâil efponfa lafeurâ^t fa mere, laquelle véritablement ne ponuoit eure ienne en ce ^^â^^â ains fort vieille.Si tôt quâil lâeut efpoufee,il lâemmena hors deMe-de, amp;nbsp;comme il arrma en Babylone, il fut reçu à trefgrandâ fefttamp; magnificence. Apres celà il délibéra dâennoyer des Satrapes ausna-cions, quâil auoit fubinguees. Et premièrement ne voulut pastil's Capiteincs dp mille hommes,. ou autres gouuerneurs quâil auoit mis en garnifon ans forterefies, ou pour garder quelque pais, puquot; tafient obéifiance à autre quâà lui.-Ce quâil fit à bône raifon,difcoü-rant furies incôueniens qui en ponuoient aiienir,amp;à fin que fi aucun des Satrapes deuenu mfolent par fa richefie amp;nbsp;puillance,sâeftor çoit dercuolter.il trouuall en Jamelme region des aucrfaircsamp;hai-neus pour lui refifter,il vfa de telle afluce: Il aflembla fes principalis amis, amp;nbsp;les infirnifit de ce quâils deuroict faire en leur prouinces,a fin q sâils eftoient enuoyez fans élire inflruirsjUâcltimalicnt fes g.ir-nifons auoir elle retenues pour foupfon de leur infidélité : A cette caufe leur dit amfi; Mes amis^nous auons laifsé dedens nos villes gagn«â
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gagnées ,amp; places forces des garnifons amp;nbsp;des Capiteines pour les tenir en monnom.-aufcjuels en partant iefis commandement de ne penferà autre chofe, quâà bien garder les places. Et combien que ic fois délibéré dâenuoyer dâautres Satrapes furies prouinecSjpourti-ter le tribut amp;nbsp;en payer les foldats, amp;nbsp;fournir aus autres chofes nc-edTaires/outefois à fin qne perfonne ne sâabufeje ne veus pas oter les Capiteincs qui y font ^ pource quâils ont fait leur deuoir enuers tHoy.Ãt me femble bon que tous cens que iâenuoycray pourtraiter quelque afaire ausânacioSj ayent des terres amp;nbsp;des maifons propres à Wspourylogeramp;demourer, afin qJesfuietznouspuiflentapor-terletribut, amp;nbsp;eus allans là ,ne demourent en des maifons emprun tees ouprifes à louage. Ces paroles dites il dôna à plufieurs de fes amis desmaifons, amp;nbsp;des fuietz es villes par lui fubiuguees, lefquel-1^5font encor'à leurs defeendans en diners liens, combien quâils f®wit toiifiours à la court du Roy. Il ordonna aufsi que les Satrapes ^goiiucmeurs quâil mettroit en chacune prouince feroient te-*â*S2cleluienuoYcrcertein tribut, amp;nbsp;partie des plus belles amp;pre-deufes richeffes de chacune terre,à fin quâil fuà participant de leurs tiens, pourautaut qu'il foutenoir la charge des plus graues amp;nbsp;im-portans afaires. Tôt après,ayant diligemment regardé à la.vertu de cens qui aiioict enuie dâaller dehors, il enuoya des Satrapes aus na cions les plus vertu eus amp;nbsp;plus fages perfonnages de fa court.Mc* gabyfe fucennoyé pour Gouuerneur amp;nbsp;Satrape fur toute la pro-uinccdâArabier Artabate en CapadocetArtacame en la graef Phry gie : Chryfante en Lydie amp;nbsp;Ionie :Cadufe en Carie :ainfi quâils auoient demandé. En la Phrygie procheine à rHeHefpontjÃt lâEo-lià c.Phamuche. Maïs en Cihcie,Cyprc,amp; Paphlagonie,nâenuoya point de Satrapes Perfes, à caufe que de leurfranche volonté ils a-uoient guerroyé fous lui à lâentrcprife de Babylonc.Toutefois leur commanda dâaporter le tribut comme les autres, amp;nbsp;entretenir les garnirons en leurs forterelTes telles quâilplutau Roy yenuoyer, lefquelles ont toufiours depuis elle gardees amp;nbsp;entretenues, tout ainfî quâelles furet par Cyrus indituees, amp;nbsp;les Capiteines de toutes les gamifons y font mis par le Roy amp;nbsp;enrôliez en Peftat de fa court. Aufurplus enchargea à tous fes Satrapes de viure en la fà çon,quâils lâauoientvùviure. Premièrement quâils euftent vue compagnie de gendarmes à cheual tant des Perfes qui iroient là ,.corne des allez, amp;certeiii nombre de chariots armez pour la guerre. Pareillement H'iâds ordonnadent aus foldats amp;nbsp;gentishommes de leur charge,, âââdnienaet cens qui tiendroient terres amp;nbsp;maifons par don du Royâ, .^f ft tenir toufiours à la porte du palais du Satrape,comme en vue
G a efeoiç
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l^eutte Jes Mctos pour faire yne ar mee fous let tins.
efcolc dâhonncftctc amp;modeftie y traitans toutes enures He vertu) amp;nbsp;fe motrans prefts à lui obeïr en toutes chofeSjamp; que leurs enfans folTcnt nourriz à la court comme ils eftoient près de lui.Si leuren' chargea aufsi de mener leurs foldats à la chaflcj amp;nbsp;quâeus amp;nbsp;leurs gens sâexercitaflent au fait de la guerre, promettat dâhonorer coffle bons amis amp;nbsp;gardiens de fon Empire ceus,qui lui.enuoyeroientfr' Ion leur puiffance,grand nombre de bons bornes dâarmes, amp;bons chariots. Et leur dit, quâà la court dâvn Satrape faloit que les gens dâaparence fuflent au premier degré dâhonneur,ajnfi quâils eftoient en la fienne. Q^iâils tiufient table femblable à la fienne, qui fuÃ(â' fifante pour nourrir les feruiteurs, amp;nbsp;honorable pour feftoyerki amis : amp;nbsp;donaftent toufiours quelque recôpenfeà cens qui Croient quelque ade de vertu.Si leur eômanda aufsi de faire des partspom nourrir force belles, ne manger iamais fanS auoir trau aille, amp;nbsp;nef dôner aus cheuaus.fans lâaiioireagnc. Carienefaurois,difoitil,tl* toute puiflance humaine,ellantfeul,côfcruer les biens de tous met fuietz : mais il faut que moy eftant bon aûcc lâayde de bons follets fois prell pour vous fecourir : amp;nbsp;vous pareillement ellans gens d* bien aneevos fuietz bienapris foutcniez votre Prince de toutevO' tre puilTance. Et vous prie de penfer que ie ne vous comande point chofes balles amp;nbsp;fcruiles:mais ie mâeflorceray de les mettre moymt^' me en effet, amp;nbsp;tout ainfi que ie vous prie de prendre exemple^â* moy, aufsi faut il enfeigner à vos fuietz de vous enfuiure en colite accions.Parainli non feulement les gardes des Satrapes durent en' core de notre tems en la façon quâelles furent inllituees, nVPîVf^ courts amp;nbsp;maifons publiques amp;nbsp;priuees, grades amp;nbsp;petites,fontsinii frequentees : les gens fages y font preferez , amp;nbsp;principalement aus fieges amp;nbsp;honneurs , amp;nbsp;marchent par païsdemefme ordonnanett brief chacun ha beaucoup de choies à faire,' combien quelesgou-uerneurs foient en petit nombre. Ces enfeignemens dônez,Cyms dcclairant particulièrement quelle pmllanceil leur depart oit, Ift eniioya à leurs nations ; leur commandant fe mettre en ordre po^f lâannee dâaprès, en laquelle il fe dchberoit dâaller en expedition,^ faire vne tenue de tousles hommes, cheuaus, armes, amp;nbsp;chariots de guerre de fon Empire.Nous auons aufurplus confiderc vnelouabk coutume inftituec par Cyrus,qui dure encorâ de notre tems : câetq tous les ans vn,grâd Capiteine fort du pais de Perfe auec vnefranche armee, pour reconnoitre amp;nbsp;vifiter le gonuernemet de chacune prouincc. Si aucun des Satrapes fe trouuc prefsé, il eft preftahn donner fecours : sâil fe reuolce,ou aprefte à faire quelque infolence, il eft en point pour le reprimer : fi quelque cité refufe la taille, 1^ garni
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garnirons, le labeur des terres, ou autre chofe raifonnable, il y va pour les contreindre amp;nbsp;reformer:ou sâil nâeft aflez puiflânf pour ce fairCjfait lcraport au Roy : qui, après aiioir confultc delâafaire, il y donne ordre ainfi que bon lui femble.De là vient le commun bruit ^ni court fouuent en ce pais,par lequel on dit:Voicilefils du Roy, le frere du Roy, lâÅil du Roy, qui marché par païs,amp; le plus fonuct onnelevoitpoint.Cefont les Cômiftaires amp;Preuots du Roy,qui peuuct eftre mis amp;nbsp;otez quand il lui plait. Outre,nous auons apris vnemenieilleufe inuencion de Cyrus,pour la grandeur de fon Empire, afin dâeftre auerti enpeudetems des afà ires de chacune nation, encorâ quâelle fuft fort eflongnee.Car ayant regardé combien de chemin vn cheualde courfepouuoit faire par iourfans lâoutrer, ilfitfairedej eOahles diftans autant dâefpacelâvne de lâautre,auf-quellesiljfjjj-Jçj cheuaus de pofte, amp;nbsp;des cheuaucheurs pour en âioirJa charge : aufurplus y mit des Courriers feurs amp;nbsp;feables, amp;nbsp;f^tpour receuoir fes paquets, comme pour les porter amp;nbsp;bailler à r^3iitres, amp;nbsp;derechef en prendre au retour,amp; pour ce faire receuoir Jtscheuaus amp;: hommes laflez,amp; enuoyer dâautres tous frais. Et dit 011 que bien fouuent les nuits ne font point exemptes de cette peine, ains quâau cheuaucheur qui court la pofte deiour, fuccede vn autre courrier qui va toute nuititellemct quâaucuns tiennent pour certein cette façon de courir eftre plus legere amp;nbsp;plus vifte, que le vol des Grues.Et fi celà nâeft vray,à tout le moins il eft certein, que c^et la plus grandâ diligence que les hommes fâchent faire par terre. Leprofitquien prouient eft grand : car, comme chacun afaire eft plus tôt entendu,aufsi y ha Ion plus tôt pouruii.
L'auldftl^^
Inuenaon ties po/ies,
les exfedicions queÃt Cyrm durant fon rêne, (2^ comme il re
niât mourir en Perfe.
CHAP. IX.
?^^' Annce dâaprès Cyrus afTembla tout fon oft en J BF^^^à Babylonejamp;(conirnclondit)enfaifantlainon-tre il fe trouua aiioir plus de fix vints4nille hommes de chenal,enuiron deus mille chariots armez de faills, amp;plus de fix cens mille hommes de pic. __Lequel oft fi grand amp;nbsp;terrible, (quand il fut tout af[emhlcamp; en ordre^ il mit incontinent à la capagne, lt;Sc auec cette, belle armee Cyrus fubiuga toutes les nacrons habitables, depuis ïentree de Syrie iufques au boutdelamerErithree. Apres ces vi-^bues, il drelTa fon armee contre lâEgypte amp;nbsp;la conquit en peu de fcJBs.Parainfi les limites de fon Empile furent dâvue fi grade eften-
G 3 due.
CYROPEDIE
t^S
naît la mer Je Perfi le s irafJA^ ra^ie, ptal.
ileÃejcrit tn lopph et
lamer ran due,quc du cote dâOrient la mer Rouge terminoit fa puiftance: ® ^e ^utsafe coté de Septentrion,la mer Euxine;deuers Occident,Cypreamp;Eg/ laitauÃfErf pte:deuers Midi,rEthiopie.Et de ces frótieres,les vncs font difieikâ three,tante- à habiter pour le froit : les autres pour le chaut : amp;nbsp;des deus autre* les deus bouts, ou pour les eaus ou pour la feieberefle font malaifeZ pour la vie des hommes. Mais Cyrus viuant au milieu de toutes ce* nations, demouroit les fept mois qui font alétour derynerenB®* bylone,à caufe que le ciel eft fort dous amp;nbsp;atrempé:les trois mois du printems en la ville de Sufe : amp;nbsp;les deus mois des grandes chaldit* il paffoit en la cité dâEcbatane. Tellement que par ce clxingenient de païs (quelque faifon de lâannée quâil fift) il fe trouuoit toufiouf* en vn tems femblable à la Prime vere. Au demourant tous les b®®â meseftoient fibien afeétez enuers lui ^ que chacune naejo-mâeffi' moit malhenrenfe,sâelle ne lui enuoyoit ou donoit la plus preofi^ fe chofe qui full trouueejnourriejOu forgee en tout fon pais.Partit lenient toutes les villeSjCitez,amp; hommes priuez, sâ'elhmoient Je»^ nir riches amp;nbsp;heureus de lui dóner quelque prefent.Car en receiiJiât dâeus les chofes dont ils auoient abodance, il leur rendoit des bie®® dont ils auoient indigence.Quand Cyrus eut longuement vefcue® cette mani«re,eftant défia fort auancé fur raaze,il sâen retournât® Perfe, la fetticme annee de fon paifible Rene, que fes pere óemW® eftoient grand piece auparauant trefpalTez. A cette caufe il fit ftsf® crifices folcnnels ordonnez par les loix de fon pere, amp;nbsp;menante®® autres, i]H fl danfefacree comme vue procefsion Perfienne à la mode dupa^ rena ymt donna tresbeaus dons à tous les Perfes ainfi quâil auoit acoutume. i^Jeus ans Quand il fe fut retiré en fon palais Royal pour dormir, ileut^ne fini, ajat re ^-gijg yjÃon :I11ui fut auis devoir quelquâvn plus grand que ne font »e deus ans nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lUdirmî
auec Cyaxa fre en £4^)1-lone.
u vn plus grand que ne font les homes par nature,qui lui difoit: Aprefte toy,o CyruSjil eft tenu quç tu ailles aus Dieus.Auquel fonge Cyrus sâefueilla incontinent amp;nbsp;connut à peu pres que fa fin edoit procheine. Parquoy prenant incontinent des viftimes j femit à facrifier auDieu lupitcrdefo# pais, au Soleil, amp;nbsp;autres Dieus au plus haut des montagnes ^ai®^
que les Perfcs ont coutume dâadorer,amp; pria en cette façon:
O Jupiter Dieu de cette terre 10 Soleil! amp;nbsp;tous les Dieus immet telz! receliez demoy ces derniers facrifices,corne le comble Jetant de belles amp;grandes accions parmoy faites, amp;nbsp;corne les dousdegra ce que levons rens,pour mâauoir toufiours donne certeins auertif femens de ce qu'il me fà loit faire ou non faire,amp; mâauez montre ce qui mâeftoit vtile,ou dommageable, nonfeulemct parlesfacrifices amp;nbsp;fines celefles : mais aufsi par les augures amp;nbsp;renommées coranm* nés. Parquoy ie vous reas graces autant quâil mâed pohible, de ce qui
DE XENOPHON. LIVRE VlH. ija queparvotre bonté ôc douceur, iâay connu les fecrets de votre pro-uidence,amp; quâen mes grandes profperitcz, ne mâauez laifsé efleuer plus que ne doit vn homme mortel.Ie vous fupliâ donq de donner à mes eufans, à ma femme, à mes amis, amp;nbsp;patrie, longue félicité : amp;nbsp;à moy vne mort condecente à ma vie. Ces chofes faites il retourna à fon Palais, ou il fe repofa doucemct amp;nbsp;à grand plaifir. Depuis il démolira toufiours couché, amp;nbsp;quand lâheure du louper sâaprocha, fes Chambellans levindrent prier de felauer,mais il refpondit,quâil ne vouloir troubler fondons repos. Derecheflesgentishommesfer-uans lui aporterent à fouper à lâheure acoutumee, mais il nâauoic point dâapetit de manger : il eut bien foif, amp;nbsp;but à grand plaifir. Quand il eut fait le femblable les deus iours enfuiuans, amp;nbsp;quâil fe trouuafoible par la défaillance de fa force naturelle, il apela fes cn-fâusgiiiefl.Qjgj^(. venuz en Perfe auec lui, enfemble fit venir tous f^samis amp;nbsp;magiftrats des Perfes, amp;nbsp;en la prefence de tous corn-®f^{a à parler en la manière cy apres contenue.
Orai^n ^ teÃäment de Cyrus à /es enfans deuant fa mort.
CHAPITICE X.
Es trefchers fils, amp;nbsp;vous mes amis qui elles pre-fens,la fin de ma vie eft venue,come'âie lâay connu par plufieurs fines euidens : parquoy vous con-uiét apres que feray trefpafsé, faire amp;nbsp;dire toutes chofes de moy comme dâvn homme tresheureus, | qui ha pafsé fa vie en perpétuelle félicité. Caren mon enfance iâay reçu le fruit de toutes les chofes belles amp;honeftes qui font defirables en tel aage, en ma ieunefle iâay fait le femblable, au terns de ma virilité amp;nbsp;force dâhomme iâay acôpli les enures efti-mees vertuenfes amp;nbsp;honeftes entre les hommes, en procédant outre furiâaage, iâay toufiours tronué mes forces augmentées, tellement que ie nâay iamais fentu ma vieillelîe plus que ma ieunefle afoiblic. le nâay iamais defiré ny entrepris chofe, qui ne me foit auenne : ie voy mes amis enrichiz amp;nbsp;renduz heurens, mes ennemis abatnz amp;nbsp;renduz fiiietz par ma force:Et qui plus efl,mon païs (qui aupar-auant nâanoit ny bruit ny renom en Ãfie) ie le laifle ennobli amp;nbsp;honore fur tous les autres du monde, amp;nbsp;nâay iamais perdu place que i euffe conquife,ny pris terre que ie nâaye gardce:brief iâay pafsé ma comme iâauois defiré: fors que Iapeur,qui toufiours mâa acom-P^o^dene voir à Panenir, nyouir, ou endurer chofe qui me full ^ââwe, ha refréné maconcupifcence : amp;nbsp;mâa tellement reprimé, que
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que ie nâay fu deuenir orguiJleus ny infuportable, amp;nbsp;nc mâalaifsc parfaitement refentir ny librement efiouir de ma profperitc. Mais maintenant que la fin de ma vie ert procheine, ieme trouuetref-content de ma fortune .â¢puis quâauecques les autres conimoditeZ ie vous laifTe en vie mes enfans ^ qui mâont elle douez par les Dicns immortelz,amp; vous mes amis amp;nbsp;citoyes en grandâ profperité.Poiir-quoydonques neferay ie eftimé heureus à toufiourfmais ? Pool-quoy ne prifera Ion ma vie louable amp;nbsp;profpere, puis q tant dâheurs me font auenuz ? lâeftime donq que non fans caufe Ion aura longuement mémoire demoy apres ma mort. Dautrepart afiuq»' pour la fuccefsion de mon Empire ne fe lieue aucune diflencioa entre vous, il eft raifonnable que ie deelaire lequel dâentre vous K veus lailTer mon fuccefieur. Et à la vérité,mes enfans, ie vous aynn tous deus egalement : toutefois la preeminence de tenir le coufel dâeftre Chefamp; Signeur, amp;nbsp;autres prerogatiues, iâordonne quâelle feront du premier ne, qui pour raifon de lâaage doit eure plus prudent amp;anoir expérimente plus dâafaires. Câet la loy natureller'^ toutes les nacions, mefmes fay elle inflitué par les loixde note' commune cité, non feulement de ne mâauancer de parler, ny coO' feiller,ny afioir pluftot que mes plus anciens freres amp;nbsp;parens :nwiâ aufsi de faire place ans citoyens, qui nâefioient reuerez finonpoUf leur vieillefle : amp;nbsp;vous ay enfeignez des la première enfance qn* vous lionorifsiez les plus viens, amp;nbsp;fufsiez honorez des plusie«»*^ que vous. A cette caufe vous deuez receuoir mon ordônancetouchant cette difpoficion, comme chofe légitimé, ancienne, amp;-icon' tumee en notre République. Parquoy, Cambyfe, vous aur ez la preeminence amp;nbsp;le tiitre dâEmpereur, que vous tiendrez pat 1^'^°â des Dieus amp;nbsp;de moy, en tant que faire iâay pu. A vous Tanaoxare, ie donne les. Satrapies des Medes,Hyrcaniens,amp; Cadufiens.Ceamp;-faut ie mâeRime auoir tresbien départi mes biens, amp;nbsp;combienqW iâaye donné plus de Signeuries à Rayné, toutefois, ie vousay bihââ vnephis affuree amp;nbsp;moins facheufe félicitée Carienevoy pointsâ quoy vous puifsiez ertre priué dâaucune ioye humaine , ainsvo« aurez en abondance toutes les richefles, qui penuent ans homme donner plaifir amp;nbsp;contentement. Au demourant le defir des choies trefdifîciles, le grand maniment des afaires fans receuoir aucun repos, lâemulacion des vidoires amp;nbsp;conqueftes par moy faites, drenst iiouuclles entrcprifes,brader des rrahifons,amp; dire fuiet à icelles,amp; toutes les autres peines amp;; rrauaus,apartiennentplusà rEmper£iir, quâà vous: chofes (corne vous fauez)qui donnent grand empefehe-meut à celui, qui veut receuoir le comble de fes plaifirs. Quan» vous,
DE XENOPHON. LIVRE VIIL 141
, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vous,mon fils Gambyfc, vous deuez fauoir aufsi,quc ce nâeft pas ce
fceptre dâor qui confer ne lâEmpire, mais beaucoup amp;nbsp;de bons amis
J font le vray amp;nbsp;trefleur fceptre amp;nbsp;moyen pour défendre le Royau-' me dâvn Prince. Nâeftimez pas, mon fils, que les bornes foient fidc-^ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1« de nature : car sâil eftoit ainfi, ils fe montreroient également fi-
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;deles vers vn chacun,comme il aillent ans autres chofes naturelles,
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;quifont leur opération toufiours dâvnemefme façon: mais il vous
faut à la longue aquerir leur amour amp;nbsp;fidelité. Or elle ne sâaquiert 1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;iamais par force, mais par beneficence. Si vous voulez vous pour-
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;uoitdâhommes fideles pour vous aydcr à garder votre Empire, en
C nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;premier lieu conuient commencer à ceus qui font de votre fang amp;
» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lignée. Car ordinairement les citoyens font plus familiers amp;nbsp;plu s
« nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;fidèles que les edrangers : ceus qui font nourriz en vue mefme tar
I nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;bb.queles inconnuz. Et à plus forte raifon vous deuez préférer amp;
) nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tftimer plus fideles ceus qui font fortiz de mefme fang, alaitez de
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;mefme niere,efleuez en vne mefme chambrc,aymez de mefmes pa-
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tens,amp; qui nâont quâvn pere amp;nbsp;vne mere,que toutes autres perfon-
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nés eftrangeres.Ne vucillez donqucs,mes cnrans,râ¬ndreinutiles les
i nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;biens que Dieu amp;nbsp;Nature vous ont donnez,pour entretenir votre
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;amitié: mais pliiftot aioutez y les autres euiires de parfais amis,
â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;afin que votre amiable fraternité deuienne infuperable. Car qui
! nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pouruoit à fon frere, pouvuoit amp;nbsp;ayde foymefme. A qui doit faire
t nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;plus debien vn grâd Signcur ,quâà fon frere? Qui pourra aufsi miens
' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;honorer vn homme trefpuilïant, que fon frereâQui creindralon de
⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;pluftot ofenfer, que le frere dâvn grand Signcur? Parquoy vous ne
⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;deuez permettre qperfonne obeilic plus prontement à votre frere,
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;que vous, ou qui fe prefente à fon befoin de meilleur courage : car
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lesbiens amp;nbsp;les mans dâiceluivous touebet de plus près, qperfonne
1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;du mode. Veniez derechef en vous mefme, Ã qui pouuez vous faire
fetuice ou plaifir dont puifslez efperer vne grande tecompenfe, quâà votre frere? A qui pourriez vous dôner fecours, ou vous puif-! fiez auoir vn compagnon de guerre, qui vous foit plus fidele Ãc vail laut qlui? Y ha il thofe plus deshonnefte que de nâ aymer fon frercï S ouplushonnefte que de le préférer? Sachez , Cambyfe, que le fcul 4 frere cil fans enuie de tout le monde honoré de fon frere. V arquoy 4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;levons prie par nozDieus,mestrefchers enfans .honorez vous Vvn
y nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;lâautre, fi vous auez enuie de me faire plaifir apres ma mort. Car ic
4 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;«0^, que vous nâeftimez pas , que le ne fois rien du tout amp;nbsp;qmon
amefort anéantie, quand ï auray pafse cette vie mortelle : car aufsi (1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ptûvo'jçz vous maintenat mou ame , q vous ferez après ma mort,
y nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Biais Uulemcnt par les enures extérieures la connoiftez. Et pour
» nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;H vous
i4a nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;LA C Y R .0 P E D I Ã
Vous montrer que les e/prits viiient apres le corps j ConfiJevezto ames de cens qui ont cité iniuftemént occiz ^ quels troubles amp;nbsp;elpouuentcmens elles aportent aus voleurs amp;nbsp;parricides ? quelles afliecions amp;nbsp;tourmens elles donnent par vengeance à cens gulles ont iniuriez ? Penfez vous que les bôneurs des grans hommeseizf-fent tant duré après leur mort^ à leurs ames nâculTenr eu auenne puifiance ou vertu?Iamais ie nâeu telleperfuafionj mes enfans^amp;ae put onq entrer en mon entendementj que les ames vefquifient faut feulement dedens les corpSjamp; mourufienthors dâiceus. Carievoâ que Fame vinifie amp;nbsp;dônemouuement au corps (quot;qui defoy eUnio!' tel) tant quâelle y demeure. Ny pareillement ay jamais ediiné, ^â lâelpritfoit Ãupide amp;nbsp;ignorât^ partant dâvn corps lourd amp;nbsp;infea^^ aijis fà mon iugement) quand il fort pur amp;nbsp;net de quelqueHfJ mortel , il doit lors edre plus vifamp;:prudent. A la diüoluciott'^â l'homme. Ion voit elerement comme chacune partie fe réduità ^oââ ' femblable, fors l'efprit feulement, qui nepeut edre vu ^ ny quio^^ part,ny quandil demeure. Danantageconfiderez, commeilnt^^ chofeplus femblable à la mort que le fommeil : toutefois enicci^^ lâefprit de lâhomme aparoit plus diuin quâen autre terns : carilp^â' noit founent les chofes futures, à caufe que pour le dormirid^^ rendu plus libre amp;nbsp;exempt des enures amp;nbsp;accions de nature. P^' quoy,sâil edaind cornelemeperfuade,amp;: quelâefprit fait vif(jii3tgt;^ il laide le corps, dautantplus,mes enfans, ayans quelque creime^ reuerence à mon ame, vous deuez faire ce queie vous requieti^ ordonnc.Mais,sâil nâed aind,^ queTefprit meure eafembleaaecb chair, à tout le moins ervingnez les Dieus qui ne meurentiaaiais, qui voyent tout, qui penuent tout, qui tiennent lâordre detoufes chofes en leurs mains, amp;nbsp;le rendent certein, immortel, Stinbalible, dont la beauté 6c grandeur ne peut edre exprimee:amp;pourbreue-pence dâiceus, gardez vous de faire ou depenfer aucune chofetad-chante,iniude,ou malheureufe. Apres les Dieus,creingnez eng^ neral tous les hommes, qui par la generacion naturelle ticnnenttn ordre perpétuel de leur edence. Car les Dieus ne vous ontpoittt logez en tenebres, mais vous ont colloquez en lieu plus haut^ manifede, a lin que vos euures fudent eleres amp;:aparentesà toiitlt monde. Lefquelles,edans pures amp;nbsp;fans faire tort au procheia,vous rendront trefpuidans amp;nbsp;louables entre les hommes : mais ft elles fontinindes lt;Sc mefehantes, vous rendront infames deiadinesde foy. Qui fe voudra jamais fier en vous, en corâque vous voiihifsiez garder la foy, fi vous faites tort à celui qui edle plus dme dâedre ayméè' Parquoy, fi mes enfeignemeas foatfuÃfans à vous rendre ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tds
DE XENOPHON. LIVRà VIH. i4j tels que deuez crtrc, iâen feray trefaife:mais fi ic ne vous ay fiififim-ment enfeignez,à tout le moins aprenez a ce faire de cens qui ont efté déliant nous(quiefivnetresbonne façon de dourine) dont la plufpart ontperfeueré en amitié, les peres auec les enfans,les frerès 3uecqiies les freres : amp;nbsp;pource quâil y en ha en qui ont fait le contraire, difeourez en vous mefmes lefquels penuet auoir miens pro-foc,amp;lesenfiiiuez.Câet allez parlé touchât cet afaire. Au demou-f3nt,tries enfans, quant à mon corps, nerenchaflez point en or ny âtgoit, ny lâenfermez en aucune chofe precieufe:mais le rendez incontinent à la terre,ten ans pour ceitcin,quâil nây ha rien plus faint âpres la mort, que dâcflre bien tôt meflé auec ce qui produit amp;nbsp;»ourrit toutes les plus belles amp;nbsp;precieufes chofes du monde. Carie Wî fois toujours efiitné mortel, amp;nbsp;comme iâay parcideuanterté ^â¢ain(S^ non ingrat enuers cens qui mâont fait plaifir,aufsi main-^^'â^ntiereceuray grand contentement de retourner à celle, qui ^^tantde biens aus hommes. Mais le coeur me commece à faillir, c^JiUncveut fortir des parties dont elle ha acoutumé delailîcrles fâÃines: Parquoy,fi aucun dç vous ha enuie de me toucher la main, 011 contempler mes yeus deuant le trefpas, quâil sâaproche de moy: *11315 après que lâame fera partie du corps, ie vous priâ, mes enfans, ^neperfonneue puideplus voirny toucher mon corps, ne vous aufsi. MaisncfaiHez d'econuierà mes obfeques tous les Perfes amp;z nosconfederez,a fin quâils sâefiouiflent auec moy,de ce queie feray incontinent en lieu trefleur, foit que ie ne foufre plus aucun mal, foit quc iâaille aus Diens,ou que ie fois réduit à néant. A fous ceus qui viendront vfez de telle beneficence, quâil couient à la mémoire dâvu home tresheureus : Et retenez cecy de moy pour vne derniere doftwie, q fi vous elles überaus amp;nbsp;humains à vos amis,vous pour* rezaisement abatre amp;nbsp;châtier vos ennemis. A dieu donq,mes trefehers enfans,amp; dites à votre mere à Dieu de par moy:Et à Dieu tous mes amis prefcns,amp; abfens.
Comme après la moit de Cyrm toutes fes ordonnances furent corrompues ^ réduites à mefclianceté, ç^ le difeours de hutheur fur le ^ouuernem^nt des llois de Perfe qui ont efé depuis Cyrus. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p-. x i.
Près que Cyrus eut achené fon parler, il tendit la main à tous fes amis, «Schien tôt apres fermant les ycus trefpalla. Au demourant il cflcler à connoltrc, que fon Empire fut le plus grand amp;nbsp;le plus beau, que deRoy qui fut onq enAfie : car il eftoit limité corn*
me
, 244 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^^ C YROPEDifi
mcnousauons ditj deucrs Orient, delà merErithrec:deuersSeptentrion j de PEuxine r du cote dâOccident j de Cypre amp;nbsp;Egypte; du Midi, de lâEthiopie. Et cet Empire E grand amp;nbsp;de telle eftendue, /ëgouuernoit à la volonté dâvn feid homme^ qui honoroit fesfu-ietz amp;nbsp;les aymoit comme fes enFans : les Fuietz aufsi IiiiportoicDt reuerence corne à leur pere. Mais apres que Cyrus eut fini lâordinaire cours de natitrej Fes enFans commencèrent à difeorder en- i Femhle, conFequennnent les villes Menacions à Fereuoltet,amp;toü- f tes choFes à Fe tourner de mal pis. Et pour montrer ce queiedj j eüre veritable/ie Feray vn petit diFeours Fur la comparadon du tems de Fon rene Ãc de Fes FuccefFeurs, amp;nbsp;commenceray anschoFes diurnes. Car premièrement iâay conFideré en moymeFme,qu'au- / parauantnon Feulemet le Roy,mais tous les homespriuez audicnt l coutume de garder Edelement amp;nbsp;condamment leurFoy, Fidi endi- 1 rant, ou en touchant la main, meFmes à cens qui auoient coma}! Æ quelque cas dine de mort.Et à la vérité, sâils nâeurent donc par du J telle opinion deleurFoyjiamaisperFonneneFcFu[lEéeneus,Bigt;o / plus quelon Fait auiourdâhui, depuis que leur mefchancetcamp;iad j dice ha ede par tout manifedee. Et plut à Dieu, que les Capitéats I qui Fuiuirent Cyrus (le mineur) ne lui eudent non plus précède dance, que lon Fait maintenant ans autres. Car tous ceusqmsf edoient fiez, fuinant lâancienne fidelité du rems de Cyrus, ont en par le cômandement duRoyArtaxerxe, la tede trenchee:mefinff pludeurs Barbares ôc foldats edrangers qui auoientguerroyékiK lui, atirezpar diuerfes promedes à Ferendre au Roy, enpluÃctià fortes ont edé ruinez. Et en celà cens de notre tems font encorâ plusmefchans que les autres : Car auparauant d quelqiivn sâedoir nus en dager pour le Roy, fubiugué quelque nacion, pris vne ville, I y o^^fnit quelque grand ade de vertu,le Roy lâextoloitamp;mettoit en l
Afit rj fe honneur: mais maintenant feulement les traytres(commeMthr)' * letim/ré/re. date qui trahit Ariobarzane fon pere, ou Leomithre quilaidifes femme, en fans, amp;nbsp;amis pour otages au Roy dâEgypte, amp;nbsp;fous couleur défaire quelque profit fauda legrand ferment quâil auoit fid) amp;nbsp;ceus qui pour fe mettre enlagrace du Roy ne tiennent nyfof nypromede aucune, font les plus edimez amp;:qui viiient denote tems en grand honneur auprès du Roy des Perfes.A l'exemple dd-quels tous les habitans dâAfie, fefontlaiffez efcouler en toutein-indice amp;nbsp;impieté. Car tout aind corne viuen t les Princes, am fi foui i le plus fouuct les fuietz. En apres ils font pour le iourd'huiplusu-bandonez à toute licêce de mal faire,plus anares amp;nbsp;conuoiteusdut gent amp;nbsp;par confequent plus iniudes,que iamais ne furent. Car non feuleiu
DE XENOPHON. LIVRE VIII. 14 feulement ils rançonnent amp;nbsp;cotreingnent à payer de lâargent, cens ^iii font coupables de crimes ou grans meffaits:mais aiifsi cens qui uâont fait aucun afte iniufte ou deshonnefte. Dont il anient que non feulement les malfaiteurs j mais les plus riches font en continuelle creintCj amp;nbsp;ne fe veulent redre aus plus puinans,amp; ne sâofent âprocher ny fier du Roy, ny entrer en fes ordonnances ou aller à la guette fous lui. Au moyen dequoy il eftplus qucloifiblc à cens qui hutfontlaguerre de fourrager lt;Sc butiner leur pais fans combat,amp; lus peuples de fe reuolter fans creintc de punicion, tant pour leur ânpieteenuers les Dicus, que pour leurinluftice entiers les hom-'ââ's lctreuiie aufsi,quâils font plus lafehes de coeur amp;nbsp;de plus mau-Uîifevolonté, quâils ne furent onques : Car ils nâentretiennent au-twiifcyijj^e Je corps ny dâefprit,amp; ont laifsé perdre la façon de qyj JeurcRoit comandee, amp;nbsp;toute reiglc de bien viurc, ^°âââ®tiecleduiray cy apres. Car auparanant il y auoit vne loy en-'^®ö)de ne cracher ny fe moucher iamais, laquelle nâeftoit faite P^iJf leur faire efpargner amp;nbsp;retenir les humeurs dedens le corps: ®Wafin que par exercitacion toutes les humeurs fiiflcnt confu-^^«jà euirentle corps plus frais amp;nbsp;robufte. Or la coutume de ne ^facher nyfe moucher dure toufiours : mais de prendre trauail ou txercitacion quelconque, il nâen eft point de nouuelle. Dauantage ilsauoicnt vne loy de ne manger quâvue fois par iour,à fin dâaupir ledemourant du tems franc pour lâeraploier aus afaircs amp;nbsp;labeurs acoutumez: maintcnant,aufsi ils ne mangent quâvue fois, mais ils commencent de bon matin, amp;nbsp;font durer le repas à boire amp;nbsp;gour-mander iufques au foir que lonfe va coucher.Ils auoient vne parti-fuhetecoutume entrâeus de ne porter des coupes aus banquets,iu-g'^ansque sâils fegardoient de boire leurs corps amp;nbsp;leurs efprits ne fc troubicroient fi aisément : mais maintenant combien quâils gardent encorâla loy de nây porter des coupes : toutefois ils y boiuent fant, quâen lieu dây aporter quelque chofe, il les faut eus mefmes emporter, pource quâils ne fepenuent tenir droits pour sâen aller. Ils vfoient auparanant dâvue coutume de ne boire,manger, ny faire ce que Ion efteontreint par nature en prefence de leurs copagnons qnandils alloicnt par les chams : mais maintenant combien quâils gardent encorâ celà , neanmoins ils font les iournees fi petites, que cenâeftpasmcrueille, sâils sâen abftiennentpour fi peu. Ils alloient auparanant fi fouuent à la chafle, que celà fufifoit pour les mettre a^aieine amp;nbsp;leurs cheuaus aufsi:mais depuis que le Roy Artaxerxe £ les familiers fe font adonez au vin,ils ont laifsc dâaller à la chafTe, feulement font dçuenuz negligens de ce fairc:mais portent
H 3 enuie
240' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;l'A CYROPEDIE
emn'e ans amateurs de vertu amp;nbsp;de fraiiail, qui cha/Tentprnicmcnt aiiecleurs gcntishommeSjamp;nmis^Sdes hayent morteJIcmenf coin jue les mefehans hayent les bons. Danantage lâinliitacion des en-tans,de freqnenterla court du Roy^diirc tonCioursnnaïs la difà pli' ne de piquer les cheuaus, Sc voltiger.eH: entièrement edeintexarils lie von t point aus heus ou ils puiiTent aquerir louenge. Et comme i parle parse les enfans aprenoient la indice, voyans iugerles cailles f félon droit ôc raifon^maintenant celà ed totalement aboli: car ion ne voit plus gagner procès,dnon à cens qui donnent plus dâatgeim j Auparauant ils aprenoient les vertuz des herbes, amp;nbsp;à conoitreies chofes quiprouiennent de terre, pour vier des bonnes amp;nbsp;eviterks mauaaifesemais de notre tems,ils ne les aprennent,rinon poiirèire beaucoup de maussteUemet qu âil n ây ha pais au monde, ou il meute ou fegate tant de gens par poifon, quâeu Per{c.lls fontaufsi beaucoup plus gourmans amp;nbsp;adonnez à leurs dclices, que du valant^ ; Cyrus.Carpourlorsilsvfoicntenleurviuredela difeipUneamp;coH ! tinence Perrique,feulement portoient l'habit amp;nbsp;magniheence igt;lf f dique : mais maintenant ils laident edeindre amp;nbsp;mourir la conHaa- i ce des Perles, amp;nbsp;gardent curieufement ladelicatelTe desMedes-k * veus aufsi deelairer en partie leurs delices.Enpremier licu,ilneleut fulit pas de faire trefmolement faire leurs lits : mais au fsi ils paient lespiez des lits fur des tapiz,à fin quelepauéneleur refideouhee bruit, mais que les tapiz obedient âc sâacommodent à leur repm-Les feruices delà table,Scies chofes ejni auoieutedé tromieespont la maguihcence duRoy, tant sâen faut quâelles ayent edéabolies, , quâau contraire Ion en aSoute danantage, amp;nbsp;trouiiclonnouucaus mets, Sc nounelles friandifes Sc dclices tous les iours:carlon achète bien cher les apredeurs de toutes viades nounelles. Enyuerneleut ,'J fuÃt pas dâauoir la tede, le corps, amp;nbsp;les piez comierts :iuaispoi'- .lt; tent des gans doubles amp;: forts, de des grans anneaus eu leursdoigs. En edé,non feulement ne fe contentent des ombres desarbrâ'-^ des pierres : mais ont des hommes auprès dâeus qui leur iiiuent^^â des ombres eaedranges façons pour les refrefehir. Ils fc glotiè^tit aufsi grandement dâauoir force belles coupes amp;. vaificauspourboire, de ne tiennent point a déshonneur de les auoiraquisparmd-chaucetc,pouraiitaut que lâanarice amp;nbsp;dedr de gain deshönedcrciio parmi eus Leur ancienne coutume edoir dâaller toujours à cheud amp;nbsp;ne marcher iamais à pié, à En quâils deuindentboushommecht-mes : mais maintenant ils ont plus de tapiz plus de bardes furieux cheuaus que fur les lits, amp;nefe foucientpas tant du fait de cheun-lene, comme dâedre afsis à leur aife. Comment don q feroitilpofsi-
DE XENOPHON. LIVRE VUL 247
tie, quâils ne fuflent plus lafchcs amp;nbsp;efféminez au fait de la guerre, quâils nâeftoient auparanant ? Car lors câeftoit la coutume du païs, aceus qui tenoient des terres de fournir les hommes à chenal, amp;nbsp;hseniioyer en expedicion : pareillement de donner bonne fouldc ausgarnifons, quand il eftoit queftion de defendre leurs terres: Maisaiiiourdâhui les Portiers, CuiGniers,Roulcngcrs, Echanfons, Sommeliers,Valets de bains,Seruiteurs de table,Efculers,ccus qui âportent amp;raportent les viandes, les Valets de chambre pour cou-fSerScpourleuer, Fardeurs,Frotcurs,Barbiers,Pcintres, amp;nbsp;autres quot;^^fois meftiers, font cens que les riches enuoyct aniourdâhui pour Ijonimedarmes à la guerre,à fin quâils leur raportet la paye. Or câet âbvtntévne multitude grande,mais elle efl inutile au combat : ce quolonpeui- elerement iuger par ce quâen leur pats mefme,les amis P^'^Wgâtent beaucoup plus que leurs ennemis. Cyrusanoit ââ^â'ote la façon de côbatre au dart amp;nbsp;au trit, amp;nbsp;les ayant armez ''Urs dieuaus de forte maille, auec vn iauelot en la main, les âuoit acoutumez à combà tre de près amp;nbsp;venir ans prinfes : mais au-'âurdâhui ils ne combatent ny de loin ny de près. Pareillement les ô^usdepicportent lesbouclierSjpongnars,amp; cymetcrres,cjue Cy-fusauoit infiituez: mais ils nâofent venir ans aproches nonplus que les autres : amp;nbsp;nâvfenrplus des chariots armez que Cyrus auoit â nuentez : car ilhonoroit amp;nbsp;par bienfaits redoit les Chartons vail-hns,amp;par ce moyen trouuoit des hommes qui vouloient mettre hurvie en danser. Mais les Perfes de maintenant ne connoiflent point leurs Charretiers, amp;nbsp;leur eft tout vn dâauoir des bons ou des ^dduns, des hommes exercitez ou qui ne le font point. Et nâont pusperdu la coutume de courir amp;nbsp;aller à la guerre; mais deuant quf venir au combat sâefcoulent du chariot en terre, ou ils en for-â^^ontpoiirleurplaifirjtelleracnt queles chariots defgarniz de com-^utans,leplus fouuent nuifent plus à leurs amis,quâils nâefionnent bsennemis.Et pour vray dire,ils fe montrent ainfi lafehes amp;nbsp;failliz de cÅur, connoillans les mauuaifes recompenfes quâon leur don-nc.Aumoyen dequoy fentans en eus mefmes leur lafchetc,ne font plus expedicion fans les Grecs, foit quâils vcullent faire guerre en leurs pais,ou queles Grecs les afiaillent, eflimans nepouuoir vein-ere fans leur fecours : amp;nbsp;qui plus efl, sâaydent des, Grecs mefmes ïmoiuioir guerre contre les Grecs. Or eft il déformais heure de ®vtttefinà mon euure, puis que iâay (cerne fcmble) acompli ce 'l'â^'â.uois des le commencement promis. Au demourant ie fuis de ^^^l^f opinion, que les Perfes amp;nbsp;leurs fuietz amp;nbsp;allez font auiour-dâhul
*4* nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;: nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;\
dâhui moins religieus amp;nbsp;deuots cnucrs les Diens,plus mefchas con j tre leurs parens, plus iniuftes aus autres homes, amp;nbsp;plus lafehes au fait de la guerre, quâils ne furent iamais. Auquel mien nuis fl quelquâvn eftaucunement contraire,ie lepriecon* ⢠fiderer diligemment leur vie amp;: difeourir fur nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Æ
leurs faits, amp;nbsp;fuis alluré quâil trou-
liera par fon témoignage mon
opinion amplement confirmée amp;
vérifiée.
*
Fin Jn huitième ^ Jernier llnre.
table DES CHA
PITRES.
DV PREMIER LIVRE.
^(licoutumedes Pet-fa ait^uuemementde leurs Citoyens,^com-we CyriK fut infitue en fa ieuneÃe en la difctpline de Dertu auec ^Citnfns de fon aage, ans efcoles publiques^ c H ap. i. Pfi^- 3
^lt;âniKCyrtKTgt;int en Mede auec laJieynefa mere,ouil ddnapluÃeurs
«fflgiej de fa bonté t^ naturelle prudence au Jloy Mftyage , t^y^ ^wÃtinenf de [a continence ^ fobrieté. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;11.
CommebReyne Mandanéretourna en Perfe , ç^ Cyrus demeura en ^(it,0HilfedreÃa fort à cheual i^^y'aus armes,^ de fa main ^'liflu^Kursbefesfauuages.
(tontine JÃyage, par le confeil de Cyrus,eut -»ne -»iédoire fur les ^Ãy WRj,lt;j«iefoient yenw^courir furfesterres. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1111.
Comwe Cjm retourna en Perfe cbe^ fon pere, ^ de l'honneur que lesMedes lui f rent au partir. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;V.
l.tnmmencement de la guerre dei .ji^yriensy^ des Modes, ^py des ^ensque Cyrus leua en Perfe pour yenir au fecoursdu Roy de Mede fn oncle.. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;_ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;''^^â Hircgue de Cyrus a fes principaus fldats.i^ Capitaines de fon camp^ \w les inciter 4 entreprendre cette guerre de weiUenr courage..
y les bons enfivnemens que Cahife donoit a fon fis Cyrus touchant Ãen \ nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;twprife des^jÃ(]jrie5,ef corne Tm bon Cdptteine fe doit codwire auec
' fonmee en plt;tïs efrage,t:iT f /^â»quot;e âtytner dâyn chacun, v 111.24 Comme un Prince fe doit f^ire obéir de fes gens, -feinere les ennemis, amp;nbsp;Ã(|«erir le bruit dâhomme prudent ^'vertuens.. ix. 30 D V 11- L 1 V K E . Comme CyiwdrriiM en Mede auec fes gens, Oquot; le s ft tous armer par C^dxdre fononcle. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t- 3^ Comme CyuspArk nus Cdpiteines de toute pi gendarmerie ,poMr in-otterteurs folddts a prendre les barnow epue C^uxare duoit preparex^ 'W.ïerfes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;^t. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;3'^
^otUcion de C^riwnfon of , pour les faire armer des nouueausVidr
I nok
»0(1 ^ue le/toy Cyaxareauoitprepare^ , pour la^ucrre.' m, jÿ J.es ordonnances que Cyr(ii Ãtpour exerciter Jes^em amp;nbsp;les tenir eu toute obeijjà nce. ' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Hij. ^o
Corne Cyrui deui/oitgracieuÃment auec fes Capiteines, ç^des comtes quâils lut firent par ioyeu/ete'pour lui donner plaifitr. nbsp;nbsp;nbsp;v. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;4 ;
Ze ConJèil de Cyrus auec fis ^ens, sâil fialoit recompenfier les fillets e^alementjou filon le merite dâ-un chacun. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vi. fi
7Jaren^ue de Cyrus à toutfon cap,^ rauh de Cryfiante^de fenatle, fir ce que Cyrus auoit proposé,^ ce qui enjut coclu. vu. .ji Les firata^emes que les Capiteines de Cyrusfiaifiient en exerdtis^ ⢠leurs bendes aus armes. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vm. P
Comme Cyaxare ouit les £mhaJJ~adeurs du £oy des /ndes en laprefi ce de Cyrus,pu(s les enuoya T^ers le £oy dâ.Xfiyrie. ix. fi ' Comme Cyrus délibérant auec fim oncle de Jés afaires pour Misd j de lâargent, entreprint la guerre contre le £oy dâAmseaif s efioit rebelle. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;x h â
£roqgt;os de Cyrus a fis Capiteines, et à chryfintepour drejfir tnte dS^ che,^ corne elle fut executec cotre le J{ey dâ.^rmenie. X s- f^
D V 1 1 I. LIVRE,''
Corne Cyrus print le £oy dâfi^rmenie ^fis trefirsfiins cdbatre:amp;'â^^â ^fiosirs quâil fit auec 7y^ane fin fils pour fi deliurance. j. ^'^ Corne Cyria deliura le £oy dâ^Xrmenle C^ Jes enfinspar lt;rrantit^gt;^' manite, t^ apres auoirpris rencon leua bon nombre d^'^tasafi , amp;quot;nbsp;it chenal d .y^rmeniepour la lt;ruerre. a; ji. 6i ' Comme Cyrus mena Jï^ane auecJ^, 0^ alla afiiHir les CaUees fi / les montagnes. . i- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i j^i, C6i \
Comme Cyrus enuoya Q'nej£mbajjâde aus /ndes ,,^ retours^i^â _ ^^ede,deliberadâajjaillirles\fiffÿriens. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;iiu. fi
//espropos que Cyrus eut auec Cyaxare pour aller faillir les 0^â
Comme Sây rus umt planter fin camp près des c^firlens, (^ sâfitfi i pourliurerla'bataille. - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.â vf, f^
£nhortemèi' de Cyrus à fis Capiteines, pour les fifie entrer de meiHti^ courage a la bataille. 'â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, ,vii. 1^
Comment le £oy d fijjyrie firtit du camp en bataille ^ baren^/uff^ ^^ens, puis entreront en bataille ou les ,fijfiriensfi/rent deJcûiifi-â
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D V I I I I. LIVRE.â'
Come le Jioy d ^AJJÿrie mourut en bataille, le Jioy Crefi^ ^ les ^^ries s enfuirent, (^ Cyrus délibéra de lesJuiure. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;i. S/
i ofnion de Cyaxare ^lour diuertir Cyrus de fuiure la Tfiéloire 11.87 (honnie Cyrus tmpetra fntrtte des Medes de Cyaxare,ç;ylt; aucc eus ^ les Hyrcaniens rendue à lut,pourfuiuit les ^fjyriens. 111. * 8 9 ^^m'tdcion de Cyrusà tous fes gens pour les inciter à la pourfuste i^^ ennemis auec la caualerie des Aiedes. â gt;{ nbsp;nbsp;nbsp;' 111 i. 92
lt;i'ââune Cyrus T/einsjuit derecwfles ^f/ÿriens,^ print des Aoysâ^ â¢^x^res Signeurs j^ foldats en grand nombre,igy^ l'ordre quâil donna i'^^^tnui^cr incontinent des l'iures fans confusion. ây. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;93
^tww de Cyi^j ^fnçf. p^f Centeniers, pour les rendre fobres ^ faire ^^leurs compaignons qui efioieist à la pourfuite, et comme ils ^yngrand butUn dâhommes, femmes ^ richeffes v 1. 9/ J'^cim de Cyrus auec fes Centeniers pour mettre fesgens de ^'[ââfheual,!^ dreffer -ynegendarmerie PerÃque des cheuaus h nia guerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vu. 98
linnniepur [^ deliberacion des plus fages} Cyrus ordonna -une o-endarrime enfon cap des cheuaus des .yiffyrïens, f^debbera de mettre (n liberté tous lespri/onniers. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;V 111. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;99
Cnnime Cyrus parla aus ^Affyriens prifonniers eéy'â les mit en liberté
ix. loi Cyaxare fut enuieus de la gloire de Cyrus courroucé eon. ^^^ les Medes ; de la reÃonje que lui fit Cyrus, eéy lâEmbalfade l'^denuoyaen Perfe. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;x. 103
Ãjw a Cyaxare, Salut. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;x 1. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;106
Conaonde Cyrus pour en feigner fes gens corne ils deuoient faire le de-t^f^ement du butin,1^ çorne il mit les Perfes à cheual. xi 1.107 ^^yttOobriefe-nint rendre à Cyrus, Cy- lui raconta ta calamité ^finfls,^yequit l'engeance de la mort de fon fils contre le ^â^y d AJfyrie, ce que Cyrus lui promit. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;x 111. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;110
D V V. L I V R E.
Arafie eut en garde la beüe Panthee , en deuint amou-''iin,amp;âla députe d entre Cyrus lt;^ lui,lâamour ef Toluntaire ou ^ontreint.
Com ⢠nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;» n nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c H A p. i. 113
«e C)^ sejtantaffuré des Medes ^ autres alie:^, alla iufques ^â^l7^9°^^â^s^delamagnificécedâicelui. n. 11.6
I 2 Comme
Comme Cyrui délibéra dâa^ciUir la grâ»d'cttédeBabylone,fJâh difeours lt;j»il en fit auec le prince a Hyrcanie et Gobrie. 111. ni Propos de Cyrus à Gobrie,fur lâentreprife deBabylone. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;113
Corne Cyrus fimma le Boy de Babylane de T/enir à bataille,et de lafià -fant aUacesauectjues Gadate,print les forterejfes de la frontière,amp;â au^m enta fon camp d enuiron lt;juarante miüle hommes,^ corne b Boydâ^ffirie voulut prendre les places de Gadate. 1111. l'^i Comme Cyrus enhorta fesgens pour donner tout le butin à Gadiite,amp; comme il ordonnaitfes batailles,tant pour combatre que pour mû' cher de nuit. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;y, ni
Conffiiracion faite contre Gadate , ^ bembuche du Boy d.^'
fyrie, ou il y eut^ande défaite, ^ comme Cyrus fauua Gâlgt;^',
VI.
U»
Les bonnes remontrances de Cyrus fur les fautes du Prince Cddup' CT' le traité pour le bien du peuple auec le Boy dâ^fyne, qm ^ 1 guerre ne fe ferait point contre les Laboureurs, mau feules^ i entre Soldats. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vu. iji '
Comme Cyrus repaffa par deuant Babylane pour retourner en Mâ^^â CP^ furprint quelques places fur la frontière. vm. 'â^ Comme Cyrus retourna fur les frontières de Mede,et s'efforça ilâdflt;^^^ le courrons de Cyaxare,^ la rejfionfe quâil lui fit. i x. '^' C^mme Cyrus rendit les Medes à fon oncle, e^feingnit mettre tlt;^^^â liberacion de rompre le camp pour celle annee. x. â4^
D V V I. L I V R E. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;I
Le confeil que tint Cyrus, pour rompre le camp de celle annth^^ i aprets quâilfit pour l'annee dâapres. Les machines quâil imit^^f^ 1 rompre murailles, les chariots arme^s^de fauls G^ detonrSiffâ^ Chameaus quâil prépara pour la guerre. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;c h a p. !⢠^\ Comme Cyrus enuaya^Araffe pour efiion en Lydie,feingnat de stuf pour l'outrage quâil auoit T/oulu faire à Panthee. H. * V Comme Panthee fit -yenirfan mari à Cyrus, ^ lââpre fi quâil fit pgt;^^ guerre, C^ des façons inuenteespour charrier ClB tondnif^ profes machines. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;111- nbsp;nbsp;nbsp;^^[
Comme le Boy des Indes enuoya faire alliance auecques CynUir renuaya les Embaffadeurs dâicelui,pour effiler les afairesdeiJf' rtens,^ les nouueUes quâils en raporterent. im- ' 1^ Harengue de Cyrus pour oter la crainte à fes gens ^ l efâonnemf
T* '^iMoient eudes»ouueUes de Idguerre. y. i^Q 'âj^l»eme»t de Cyrus'afesCd{)ttdines, tant pour lu façon de Viure deifoldats, que pour la conduite dâ^ne armee par pa^ ordre des tâtonnterS)marchands,ouurters,^ municionnaires, v i. 162 'âDime Cyrui yint tronuer les auerfaires en Lydie,^ la façon dont il y^foita camper,^ marcher auec toute r armee. nbsp;nbsp;nbsp;vu. 164
â'«We .AraJfc reuint à Cyrus ^ lui raconta toute lâordonnance des ^»»emu , ^ les aprets d icelui pour mettre fes gens en ba^ Jâ^' nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;Vitu nbsp;nbsp;166
âgt;'»K Panthee arma fon mari, ^ Cyrus s'aprefia pour Uurer la ^^^^amp;- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;tx. nbsp;nbsp;nbsp;^7 0
D V VIL LIVRE.
^âââ^OwK fe prefenta en camp auec fon armee, ^ s'aprocha du ^^Crefus, pour Uurer bataille, ^ la façon dont les deus camps '^hoitpour combatre à leur auantage. c h a P. i. 173
^'^^iie bataille etoccifon des Lydies,ou le Jîoy Crefus ^ fesalie:^;^ furent defeonfts,^ les Egypciens fe rendirent a Cyrus 11. 177
^'gt;rnine Cyrus fuiuant la Diitoire print la igt;iüe de Sardes cpy^ le Jîoy ^refusdes d fours quâil eut auec lui fur lâoracle dâ.yîpollon,et corne d le remit en liberté,^ fauua la -ville dâefire facagee. 11 1. 181
^»fort dyAbradate,de la belle Panthee, zl^ des Eunuches,^ tomme Cyrus leur ft drejfer quot;vn tresbeau monument en perpétuelle â»^»foire. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ï 111, nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;18 Æ
honnie Cyrus fubiuga les Carient, par la prudence de Cadufe : print là ^oy de Phrygie : ^ donta les Cappadociens clTâ ^rabes,^_^ toutes ^tinacions d'alentour en peu de tems,puis dre fa fes gens dâordon-âââ»te,iufques à quarante mille hommedarmes,^ sâaprocha de Ba ^- nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;V. 18 8
Comme Cyrus afiegea la -ville de Babylone, cl^ la print par -vne m er-»oiHeufefnefe.Comme le Boy dâyljfyric ft tué auec fes gens,t;^ la fiHtprife ^Jacagee, les forterefes rendues à Cyrus, v i. 191 Comme Cyrus efablit fon rené en Babylone, ^ infitua lâhonneur des
Pou, ^ py{âf Jf J Eunuches pour le feruice de fa maifon , i;^ des Portes pour la garde de fa perjonne. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;vu. 196
^â»cio» Je Cy,.n^ ^Ãg^ principaus amis Homotimes, ^ Capiteines de
I«ilt;l(e:^^ confederc'x;^, pour les induire à -vertu ,^à entrete-âquot;'â^t fit des armes en fon Royaume, auec plufteurs beaus enfei-
I 3 gnemens
^neme»spo'ir les refjJré daus'i^ yerfi/eas â ⢠- ^ vni^ ' â ïol
. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;, D V V I I I. LIVRE. â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;?
Comme Cyms ordonna l e/lat de p^ maifon, ^ truelle inÃitticio» de -gt; ^wre tl donnä aus ^ens de fa court, ^ la fapndont il -ufoit jmur I , leur enfeihier à i'iure felon Dieu , ^.} sexereker en teute vei- j tuamp;^'âttfodèfiiey^ * - nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â j c«.4P..^.L... 204 '
C omme Cynts ordona lefait d ürmes enfaa 2ioyau»ie,l£s gfeiersdefo court,c^ de fa magnificence ^^ humanité'. i j. . 210 Veffireuue que fie Cyrw de fiamow' de fies amis, C!^ 'comme il difir ihuoit fies richefies pour efire miens ayme'dâens,quâils ne sentfS} moient lâun l'autre^ 'tâ 1 JL .117 va m. 214 la pompe du Jioy Cyrus au fiortir de fion palais, ^ la courfe da ' cheuausouilfufveincueur.-, -â¢.v-«i. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1111.3, 217 I i^a libéralité dont y fa Feraule à celui qui lui auoit donné le bes» f - cheual ,^ le beau difeours fur ce qui peut rendre yn homUf I heureus çjyt content. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;.1 nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;y.«. 222 ' ^arquel moyen le Jtoy,Cyrus honorait fies amis, ç^ du mariage de b fille de Gobrie auecHyf a/pefi fin de fes^ans Capiteines. y j. ni Comme Cyrus renuoya les aliesii dtfiribua le butin, ^ retoutnäes Perfi : ^ comme il ordonnait fim camp:^arriua en Medeofif Poy Cyaxare luipromit fit fille en mariage ^ lui dona le Flt;yi^â ; me de,Medepour le dot. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;' yjj. 22^
Les promefiès de Cyrus auec fia République, comme ïlprtntà fi^gt;^^ la fille de,Cyaxare, ^ retournant en.^abylone enuoya des Siitrtt-- pesans nadans.' . Æ j vni. â Liarengue de Camby/ê. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;gt;-t . ..vu ââ^^ Les expedicions que fit Cyrus durant fôn réne,'^ coinmeil reiiini mourir en Perfie. nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;â nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;ix. âil Oraifian et tefiament de Cyrus afiesenfiansdeuantfit mort. x. äJ9 Cemme après la mort de Cyrus toutes fis ordonnaces furent compta â Ã^ réduites à mefichacpté,et le difiours de lâautheur fiur legoHKa-nement des Rois de Perfie qui ont efiédepuis Cyrus, xl- i4Ã
Fin de h Tablé. J -
à ORV nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;t . nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;nbsp;1
privilege DV ROY.
P ⢠par la grace de Dieu R oy de France,à noz amez I^IH l amp;nbsp;feaus le Preuot de Pans, Senefclial de Lion, amp;nbsp;tous noz autres Ballifs,Senefcliaus ou leurs licucciians amp;nbsp;à chacun deus, Salut. Reçue auons lâhumble fupli-cacion de Ian de Tournes Imprimeur amp;nbsp;Libraire de notre ville de Lion, contenant que pour eure remboursé des grans fraiz amp;nbsp;defpens qui lui conuiendra frayer amp;nbsp;tipoucr a limprehion dâun hure intitulé la cyropeoie de xn-
â ° â » 0 N, translatée de Grec en François par laques des Comtes de Vinte-â¢\®) Confeillier en la court de Parlement de Dijon, reunë amp;nbsp;corrigée lt;'tanient;i[ defireroit eftre par nous permis à lui léul,imprimer ou (aire im-vendre ledit hure tant de fois que Vpn luifenÃlera : auec inhibi-®Wamp;defenfesà tous autres Imprimeurs amp;nbsp;Libraires dene lâimprimer, Attendre fans fon congé amp;nbsp;licence, durant certein terni qu'il pourra eftre ranboursé defd.ts fraiz,fi câeftoit notre bon plaifir ce, lui ottroycr. Pour-t6eftil,qQe nous ce confideré, auons permis amp;nbsp;pérmetons audit de Tournes (âpliant, imprimer ou faire imprimer,amp;veridre ledit hurç de la cy/.o-â E D i e ù g X B M'o P H o N, amp;nbsp;icelui expofer en vetetapt dé fois que bon luifembleraifaifant par nous inhibicions amp;nbsp;defenfesatousautres Imprimeurs amp;nbsp;Libraires, de nâimprimer ne faire imprirncr , vendre rty diftribuer tnnoz pais,Terres,amp;Signeuriés,le Volumtdudithurede l'a c y r o-ftoiE DE XENOPHON,, autres que ceus quâaura fait imprimer le ;it de Tournes fupliant : durant le terns amp;nbsp;terme de dix ans, à commencer du iour amp;nbsp;date que fera paracheué ledit hure, fur peine de confifcacion defdits liures, amp;nbsp;dâamende arbitraire à nous aplicable. Si vous man-d^ns,commandons amp;nbsp;enioingnons par ces prelâentés, que de noz prefens ®Bmy,permifsion,concefsion amp;nbsp;Priuilege , vous faites, foufrez amp;nbsp;lailïcz louiramp;vfer ledit de Tournes,pleinement amp;nbsp;paifiblement fans aucun deftour bicr,ou empefehement. Lequel, fi fait, mis, ou donné lui eftoit au contraire, vous le faisiez incontinent amp;nbsp;fans delay, réparer amp;nbsp;remettre en fon premier eftatamp;deu, félon la forme amp;nbsp;teneur de notredit Priuilege. Cartel eft notre plaifir. Nonobftant quelconques ordonnances, reftrinccions,mandemens, deftnfes amp;nbsp;lettres à ce contraires. Donné à Ennet le 1111. iour de Decébre Lan de grace mil cmq cens cinquantecinq,amp; de notre regne le neuuieme.
Tar le Roy, 'pouiprepna.
De Lomenie.
â¢eichene ^imf rimer le z i^, leur de Décembre 1551.