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LA RELIGION DANS LA BIBLE

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i ÉTUDE CRITIQUE

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de la manière donï la religion est

PRÊC11ËE ET DÉFENDUE DANS LES DIVERS ÉCRITS BIBLIÖUES

C. G. C HA VAN NES.

VOL. II.

LE NOUVEAU TESTAMENT.

LEIDE. - E. J. BRILL.

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LA RELIGION DANS LA BIBLE.

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t/i\'é. z.fl.

LA RELIGION DANS LA BIBLE

ETUDE CRITIQUE

DE LA, MANIÈRE DONT LA RELIGION EST PRÊCHÉE ET DÉEENDUE DANS LES DIVERS ÉCRIT8 BIBLIQUE8.

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C. G. CHAVANCES.

VOL. II.

LE NOUVEAU TESTAMENT.

LEIDE. - E. J. BRILL,

JIDCCCLXXXIX.

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Imprimerie de E. J. BKILL, a. Leide.

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TABLE DES MATIÈRES.

Dü SECOND VOLUME.

Page.

CHAPITRE I. Jésui..................................3.

CHAPITRE II. Epitres pauliniennes.

§ 1. Cadre historique...............48.

§ 2. Paul...................58.

§ 3. Les neuf autres epitres pauliniennes.........105.

a. Epitre aux Ephésiens.............106.

h. Epitre aux Philippiens............114.

c. Epitre aux Colossiens............119.

d. Epitres aux Thessaloniciens...........124.

e. Epitres pastorales..............128.

ƒ. Epitre li Philemon.............132.

§ 4. Résumé..................132.

CHAPITRE III. Apocalypse, Epitre aux Hébreux, Epitres catlioliques.

§ 1. L\'Apocalypse................137.

§ 2. Epitre aux Hébreux..............143.

§ 3. Epitre de Jacques...............161.

§ 4. le Epitre de Pierre..................168.

§ 5. 2e Epitre de Pierre (Ep. de Jude).........172.

§ 6. Epitres johanniques..............175.

CHAPITRE IV. Livres historiques.

§ 1. Les évangiles synoptiques............187.

§ 2. Les Actes des Apótres.............211.

§ 3. L\'évangile pneuraatique..........................237.

CHAPITRE V. Le Nouveau Testament......................256.

Liste des passages cités. 273.

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ERRATA.

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note 4 théologien . . .

Aux pages 99 et 103, le germanisme sarrogats doit être remplacé par le mot francais de succédanés.

Sans y faire attention, j\'ai fabrique a la page 114, ligne 3 en remontant, nn mot, qui est laid et que 1\'on ne comprendra pas. Par ce «talent d\'imper-sonnificationquot; j\'ai voulu designer le talent d\'entrer pour ainsi dire dans la personne que Ton fait parler, de seatir et de penser avec elle, comme si c\'était elle-même.

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SECONDE PARTIE.

LE NOUVEAU TESTAMENT.

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CHAPITRE PREMIER. JÉSUS.

Parler de la defense de la religion dans le Nouveau Testament sans parler premièrement de Jésus et de son oeuvre, c\'est impossible. Y a-t-il un seul des auteurs parmi ceux dont nous allons passer les ouvrages en revue qui ait pris la plume autrement qu\'en qualité de disciple de Jésus et qui ait voulu défendre autre chose que l\'oeuvre fondée par Jésus? G\'est done avant tout dans ses rapports avec ce que Jésus avait fait et voulu faire qu\'il faut tacher de saisir leur défense de la religion, si l\'on veut, premièrement la comprendre, ensuite Tapprécier sainement; et, quoique Jésus n\'ait rien écrit, cette partie de mon travail s\'ouvre nécessairement par une étude de son oeuvre.

Depuis bien des générations les Juifs étaient en possession de ce qu\'ils croyaient être Ia vraie religion et apportaient è la pratiquer un zèle exemplaire; l\'autel ne chómait pas et les architectes d\'Hérode avaient dü lui donner des dimensions colossales; il n\'y avait pas de trop è une armée de prétres pour vaquer au service du

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CH. I. JESUS.

vaste et magnifique temple de Jérusalem; auprès et au loin, jusque dans les contrées les plus distantes ou des enfants d\'Abraham s\'étaient établis, les lois de la pureté s\'observaient religieusement, les dimes se payaient, les synagogues s\'ouvraient k des foules empressées; s\'il se trouvait quelques indifférents ou quelques négligents qui ne s\'acquittaient pas de leurs devoirs religieux et qui enfreignaient la Loi, leurs concitoyens rompaient tout commerce intime avec eux et les maintenaient è 1\'écart, avec ceux qui avaient encouru l\'excommunication synagogale; c\'élaient des «pécheurs», et le peuple juif ne voulait pas tolérer de pécheurs dans son sein.

II ne s\'était plus élevé de prophètes depuis des siècles parmi le peuple juif. A quoi bon des convertisseurs au sein d\'une nation convertie? On voulait servir Dieu; la Loi disait comment on devait s\'y prendre; les rabbins expliquaient la Loi et l\'on obéissait aux rabbins.

Voilé que pourtant surgit un prophéte, un convertis-seur parmi le peuple converti, Jean Baptiste, et bientót après un second, Jésus de Nazareth. Cela veut dire que soit l\'un, soit l\'autre ne jugent pas suffisamment religieux leurs concitoyens si religieux.

Tous deux tombent martyrs de leur zèle, l\'un pour avoir offensé un tyranneau, l\'autre accusé d\'impiété de-vant le tribunal suprème des Juifs, puis livré par les chefs de sa propre nation aux oppresseurs remains, qui le font périr du supplice des malfaiteurs.

L\'influence du crucifié ne meurt pas avec lui, bien loin de lè; quelques années se sont k peine écoulées qu\'elle a franchi les limites du monde juif, qu\'elle pénètre peu é peu jusqu\'au coeur de la société antique, se prend corps è corps avec sa civilisation, s\'en empare, se la

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CH. I. JESUS.

soumet; enfin, sous son empire, une religion nouvelle et triomphante s\'asseoit sur les ruines du paganisme vaincu; le christianisme est fondé , puissance humanitaire et historique de premier ordre. G\'est dire que ce qui avait fait Jésus prophéte était quelque chose de positif, qu\'il avait a prêcher \'), et ce qui en est sorti est de si haute importance que ce quelque chose doit avoir eu une trés grande portee, bien loin d\'avoir été vulgaire ou banal. Quel a été ce quelque chose?

Jésus s\'est fait baptiser par Jean; avant de devenir prophéte lui-même, il a eu le sentiment de ce qui ren-dait un prophéte nécessaire et il a salué ce prophéte dans la personne de Jean. Son point de depart a done été le même que celui de son prédécesseur, et ce point de depart est que la piété des Juifs est insuffisante, que les Juifs ont besoin de conversion.

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Jean disparu de la scène, Jésus s\'est senti appelé a continuer son oeuvre; mais il s\'y prend tout autrement, par conséquent dans un autre esprit. Jean s\'est séparé du monde pécheur que les jugements de Dieu doivent bientót atteindre, et il attend ceux qui, individuellement, viendront k lui pour apprendre a fuir la colére èvenir; Jésus n\'a rien d\'un marabout; il vit de la vie commune , se mêle librement aux hommes, et leur porte lui-même son message, au lieu d\'attendre qu\'ils s\'en enquiérent. Ces differences d\'allures répondent è des differences trés profondes dans la maniére dont chacun des deux a congu l\'ceuvre qu\'il y avait è accomplir. Jean se trouve encore complétement sur le terrain de l\'antique prophétisme

1) Comp. vol. I, pages 82 et 97.

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CH. 1. JESUS.

d\'Israel représenté par les livres canoniques de 1\'Ancien Testament; mais Jésus est monté plus haut. II en avait conscience; il rendait justice è son prédécesseur, mais s\'était affranchi de lui; il disait:

Je vous le dis en verite, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n\'en a point paru de plus grand que Jean Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaurae des cieux est plus grand que lui (Matth. XI, 11).

II faut chercher a saisir en quoi consistait la difference; c\'est le moyen de se rendre compte de ce que Jésus voulait. Or, il est fort possible de le faire, malgré l\'extrême brièveté des renseignements que nous possédons sur Jean Baptiste.

Jean croit fort rapproché l\'avènement du règne de Dieu; mais bien loin d\'annoncer la chose comma une nouvelle de soi réjouissante, il en parle comme d\'un objet de terreur. C\'est que l\'avènement du règne de Dieu signifie, outre le bonheur des justes, la condamnation des méchants, el que Jean ne voit pas des justes, mais des méchants chez ces Juifs si pieux, dont la plupart attendaient avec impatience le grand jour du Seigneur, qui devait confondre leurs oppresseurs païens et les mettre eux-mêmes en possession de tous les glorieux privilèges réservés au peuple élu. Jean estime qu\'ils se trompent trés lourdement, qu\'ils n\'ont aucun droit ë ces privilèges, et que c\'est la confusion qui les attend, sauf ceüx d\'entre eux qui se hateront d\'abandonner leurs mau-vaises voies et de se convertir1).

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II faut insister sur le fait que Jean prêche au désert et qu\'il faut aller a lui pour recevoir ses exhortations.

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Voy. Matth. III, 1—10.

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CH. I. JESUS.

Cela démontre qu\'il ne songe aucunement a un renou-vellement général du peuple juif, qu\'a la manière des anciens prophètes il considère la sentence comme pro-noncée et qu\'il n\'admet que la possibililé d\'exceptions individuelles; il va s\'opérer un triage; pour lui, il aver-tit de l\'urgence qu\'il y a a se ranger du bon cóté; a chacun de savoir s\'il veut écouter ou non.

Quant a la nature de la repentance qu\'il prêchait, nos sources sent fort peu explicites. La notice selon toute vraisemblance la plus ancienne, Mare. 1,4, n\'en dit ■rien, et il est fort possible qu\'en effet la tradition primitive ait simplement affirmé que Jean appelait è la repentance, sans dire ce qu\'il entendait par la. Les dé-veloppements que l\'on trouve dans Matthieu et dans Luc \') ne sont sans doute que ce que l\'on s\'est représenté que Jean avait dü dire, du moment qu\'il prêchait la repentance, et ne peuvent pas être considérés comme de vrais renseignements historiques; le seul digne de toute con-fiance est Marc 1, 4.

Toutefois ces commentaires de Matthieu et de Luc sont-ils faux? Le premier fait demander d\'une manière générale par le Baptiste que l\'on produise des fruits digiles de la repentance 1), et le second énumère en outre quelques exemples de ces fruits 3). D\'après cela, se re-pentir aurait consisté h reconnaïtre ce que jusqu\'alors on avait fait de répréhensible et a y renoncer. Je ne vois trop quelle autre idee on pourrait attribuer au Baptiste. Certainement la condamnation qu\'il portait contre le

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1

Matth. Ill, 7-10. 3) Luc. Ill, 7—14.

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CH. I. JESUS.

peuple juif n\'était pas fondée sur ce que celui-ci n\'aurail pas eu un respect sufflsant pour la Loi; rien absolument n\'indique chez Jean une tendance le moins du monde rabbinique ou pharisaïque; il ne peut avoir eu en vue ni le culte, ni la pureté; se repentir ne peut pas avoir signifié pour lui reconnaitre son iiisuffisance dans ces choses et en général dans les pratiques de Ia dévotion. D\'autre part il me semble impossible de lui attribuer cette conception profonde de la conversion que Ton trouve chez Paul, par exemple dans cette profession cbrétienne qui n\'a pas été surpassée par les fabricateurs de confessions de foi:

J\'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n\'est plus moi qui vis, c\'est Christ qui vit en moi (Gal. II, 20).

Ici la repentance a consisté, non point seulement k condamner les actes mauvais dont on se rend coupable, mais, bien plus, h se condamner soi-meme comtne mauvais; et la conversion n\'est pas un simple changement de conduite, mais un renouvellement intérieur, par lequel on cesse d\'être celui que Ton était et Ton devient quel-qu\'un d\'autre. Nous n\'avons pas le droit d\'attribuer k Jean des vues aussi spiritualistes, car alors il n\'y aurait point de sens au mot de Jésus: «Le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui».

II ne reste done que l\'interprétation de Matthieu et de Luc. Jean continue — après quel énorme intervalle! — l\'ancien prophétisme moralisant. L\'insuffisance de la piété des Juifs, malgré leur ardent attachement è la Loi, est apparente a ses yeux, paree qu\'elle n\'empêche pas I\'in-justice et la dureté; il se commet des actes de mauvaise foi, de violence, d\'oppression chez ces Juifs si pieux; en outre on y est égoïste et Ton n\'assiste pas ceux qui

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CH. I. JESUS.

sont dans le besoin. II faut reconnaitre ces choses et les changer, sans cela

La cognée est mise a la racine des arbres: tout arbre done qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jete au feu (Matth. Ill, 10).

Voila Jean 1) ; voilk le point de départ de Jésus. II se rend auprès du prophéte du désert et se présente au baptème, acceptant le jugement prononcé sur l\'insufR-sance de la piété juive; et quand Jean est en prison, il entre è son tour dans la carrière de prédicateur.

Dès le début cependant s\'accusent les differences. J\'ai déj^ fait remarquer que, si Jésus épouse la conviction de son prédécesseur que le royaume de Dieu est proche, cela ne le pousse pas è fuir un monde pécheur, mais ci travailler èi la réforme de ce monde pécheur, et que ce fait doit répondre a une difference de conception. En effet ce règne de Dieu qui va venir n\'est pas chez lui une menace, mais une promesse. II est d\'accord avec Jean qu\'il y a énormément a reprendre dans la conduite des hommes; mais il n\'en conclut pas que le monde est une Sodome destinée è périr, sauf quelque Lot et ceux qui se laisseront avertir a temps; il en conclut que cette société malade doit être guérie; Ik oü Jean voit un monde condamné, Jésus voit un monde èi sauver.

Un monde k sauver, par l\'annonce du règne de Dieu, ce qui, pour Jésus, est par des promesses, non par des menaces, par l\'attrait de ce qui est désirable, non par

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1

Je n\'ai rien dit de son attente de celui qui doit«baptiser du St. Esprit» (Marc I, 8 et parall.), paree que cette tradition m\'est plus que suspecte; elle est trop dans l\'esprit des premiers chrétiens. De plus, si Jean avait eu conscience d\'une mission consistant a preparer la venue de celui qui devait baptiser du St. Esprit, il aurait cherché amp; se faire entendre du peuple juif aussi complètement que possible, au lieu de prêcher dans le désert.

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10 CH. I. JESUS.

la terreur de choses épouvantables. S\'il y a une chose claire dans la predication du règne de Dieu par Jésus, c\'est celle-la. Je ne veux pour le démontrer que cette helle parabola du souper, qui lui a été inspirée par la déception, et oü il exprime ce qu\'il était chargé de faire 1). Dieu , le Père celeste, en qui resident les vraies richesses, auprès de qui se trouve la joie , s\'est montré particulièrement bienveillant pour Israël, qu\'il a conduit par une longue route pour l\'amener au bonheur. Qu\'est-ce que cette élection d\'Israël, cette merveilleuse histoire des patriarches, cette mission de Moïse, ces exhortations chaleureuses et incessantes mises dans la bouche de tant de prophètes, ces promesses d\'un avenir bienheureux réservé a son peuple par un Dieu d\'amour, si ce n\'est I\'invitation a venir k lui, è répondre k son amour par la confiance, a écouter sa voix et ainsi a se laisser bénir? Maintenant tout est prêt; les temps sont accoinplis; il faut seulement qu\'on le sache, et Jésus a joyeusement accepté de porter è ses frères le message honorable et réjouissant pour tous dont il a été chargé. Hélas 1 les Juifs étaient hien plus insensés qu\'il ne l\'aurait cru; tant de gens religieux (les conviés) n\'avaient pas ce que suppose ia piété, c\'est-a-dire le goüt des vrais biens; ils ont méprisé les joies qu\'on leur offrait, chacun trop

1

Lac. XIV, 16—24. Dans Matthieu (XXII, 2—14) cette parabole est devenue celle des noces. Quoique j\'estime le 3e évangile plus jeune que le premier, je n\'hésite pas a lui donner la preference pour cette parabole. Dans Matthieu on volt rinfluenee des conceptions des premiers chrétiens: I\'oenvre personnelle de Jésus disparait pour faire place ik celle des apótres; Ini-même devient l\'époux (que les chrétiens attendaient sur les nnées du ciel) et pour cela le festin est transformé en noces. Les serviteurs sont envoyés sur les grands chemins, tandis que le serviteur, Jésus, s\'est adressé aux «pécheurs», qui ont devancé les justes. Enfin la robe de noces a été ajontée par quelqu\'un qui commen9ait amp; avoir le sens ecclésiastique, étranger a Jésus.

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CH. I. JÉSUS

occupé de ses petits intéréts passagers pour considérer la valeur de ce qu\'il dédaignait. Ces riches se montrant trop satisfaits de leurs faux biens pour pouvoir apprécier les trésors véritables, ceux-ci iront a d\'autres. Le fidéle serviteur regoit l\'ordre de rassembler dans la salie du festin les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boi-teux; Jésus s\'adresse aux «pécheurs»; ils l\'écoulent et devancent les gens de bien dans le royaume des cieux \').

Le royaume de Dieu, c\'est le bonheur offert par le Père céleste a ses enfants, voila l\'idée fondamentale de cette parabole; et j\'ai le droit de dire que c\'est la pensee de Jésus lui-méme, car elle se retrouve dans tout ce que nous savons de sa prédication. De lè ce nom de Père qu\'il donne a Dieu, comme a l\'Etre bon, qui aime les hommes, qui «fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants»1), dont «ce n\'est pas la volontéqu\'il se perde aucun de ces petits»2), qui remet aux hommes leurs offenses, paree qu\'il a pitié d\'eux3), qui sait de quoi les hommes ont besoin, de sorte qu\'il n\'est pas nécessaire de l\'émouvoir par de longues oraisons4), etc.

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1

Matth. V, 45; comp. le v. 44.

2

Matth. XVIII, 14. Comment est-il possible de voir Je\'sus dans le pro-

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priétaire des cent brebis? Les auditeurs de la parabole n\'ont pu comprendre

4

que Dieu, et la redaction qui nous en est parvenue l\'a compris ainsi, témoin le v. 14. 4) Ibid. 27. 5) Matth. VI, 7, 8. 32.

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CH. 1. JÉSUS.

Dieu est plusieurs fois nomraé Père dans l\'Ancien Teslament, mais ce n\'est jamais avec cette signification qu\'avait pour Jésus l\'expression de Père céleste \'). Ici Jésus prêche quelque chose de nouveau. Or ce Dieu bon par essence, dont on ne peut pas dire qu\'il Yannonce, car il ne dogmatise pas, mais qui est celui qu\'il con-nait, avec iequel il vit et dont il parle, ce Dieu bon se manifeste a ses yeux dans sa bonté par l\'invitation k prendre part a son règne qu\'il fait adresser èi tous, grands et petits, justes et pécheurs. Jésus parle du Père céleste, paree que le royaume de Dieu, c\'est le bonheur.

G\'est cette même pensee qui domine dans les maca-rismes B); c\'est elle qui se retrouve dans la parabole du trésor et celle de la perle précieuse1) , et c\'est elle encore qui motive ces exigences si absolues a l\'égard de ses disciples, lorsqu\'il veut que l\'un «laisse les morts ensevelir les morts»2), que l\'autre «vende tout ce qu\'il possède»3), que chacun «renonce èi lui-même et se charge de sa croix»4), s\'il a l\'ambition de le suivre5).

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1

progrès sur l\'ancienne religion populaire des Israelites, mais c\'est encore 4 cent lieues du Père céleste de Jésus. Aussi Malacbie fait-il de père un synonyme de maitre (Mal. I, 6).

2

2) Mattb. V, 3—10. 3) Mattb. XIII. 44—4«. 4) Mattb. VIII, 22.

3

Mattb. XIX, 21. 6) Mattb. XVI, 24.

4

7) II ne sera pas bors de propos de faire remarquer ici que je n\'ai aucu

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nement 1\'intention de faire un exposé complet de ce qui nous est resté de la pre\'dication de Jésus. J\'ai a montrer quelle religion il a prêcbe\'e et comment

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CH. I. JESUS.

En effet, ce n\'est que si le règne de Dieu est le sou-verain bien que tous les autres biens doivent être comp-tés pour rien en comparaison. A un certain point de vue, le point de vue charnel qu\'aucun d\'entre nous n\'a encore entièrement surmonté, on peut trouver terribles ces exigences de Jésus; mais cela n\'en fait que mieux ressortir le parfait et profond sérieux de sa conviction a lui, que c\'était la folie des folies de ne pas aspirer de toutes ses forces au règne de Dieu. En prêchant ce dernier, il se place ainsi sur un tout autre terrain que Jean; il s\'agit de la promesse qui attire, et non plus de la menace qui subjugue.

Jésus , dira-t-on , a aussi menacé. Eh bien ! non ; c\'est Ik parler inexactement. L\'idée du jugement n\'est point absenle de ses discours; mais il est extrêmement remar-quable qu\'elle n\'intervient pas comme moyen de conversion ; le moyen de la conversion, c\'est I\'annonce de l\'évangile, de la bonne nouvelle, comme le résumé si bien le récit de la visite a Nazareth tel qu\'il se trouve dans Luc1). Mettons, ce qui me semble probable, que la tradition authentique ne racontat sur cette visite rien de plus que le fait que Jésus avait préché dans sa ville natale s) et que ce que Luc dit de plus soit une amplification postérieure, qui dira néanmoins que le discours qui est mis dans la bouche de Jésus n\'est pas le résumé exact de la mission de bienfaisance et d\'amour dont les synoptiques nous présentent le tableau ? Le rnédecin qui

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1

IV, 14 et suiv.

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CH. I. JÉSUS.

s\'apitoie sur le sort des malades ^ et qui se sait lui-même en possession de l\'élixir de vie, s\'approche d\'eux avec des promesses de guérison et de bonheur; il sait bien que leur maladie est sans cela mortelle et, s\'ils refusent son secours, sa douleur et son indignation ne resteront pas muettes; c\'est alors qu\'il dira a ces insen-sés qu\'ils se condamnent eux-memes a mort. Voila ce que fait Jésus:

Malheur k toi, Chorazin! malheur a toi, Bethsaïda! car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu\'elles se seraient repenties (Matth. XI, 21).

Le malheur est prononcé après l\'insuccès de l\'oeuvre. II en est de même du célèbre et touchant passage

Jerusalem, Jerusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu raasembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l\'avez pas voulu! Voici votre maison vous sera laissée déserte (Matth. XXIII, 37, 38).

A supposer que le discours d\'imprécations qui fait le fond de ce chapitre fut authentique (ce que je n\'admets point), il n\'en resterait pas moins que ce serait la dé-nonciation de la colère divine après expérience faite de la dureté de coeur des scribes et des pharisiens.

Je citerai encore:

Les fils da royaume seront jetes dans les tenebres du dehors, oü il y aura des pleurs et des grincements de dents (Matth. VIII, 12).

u

G\'est la même idéé que celle des conviés qui n\'ont pas de part au festin, et, de même que le mot empreint de tristesse «il y a beaucoup d\'appelés et peu d\'élus», elle est née de l\'expérience, comme encore la parabole du figuier stérile, et mainte autre parole que je pourrais relever.

1) Matth. IX. 13.

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CH. I. JESUS.

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II faut remarquer que la proximité du royaume de Dieu ne joue dans la prédication de Jésus qu\'un róle secondaire; n\'était Ia notice de Mare et de Matthieu, oü est résumé ce qu\'il prêchait *), il faudrait dire qu\'elle ne joue aucun róle du tout. En tout cas, la conviction que les derniers temps étaient arrivés avait pour Jean une importance beaucoup plus grande que pour Jésus. Pour le premier, c\'était un élément essentiel de prédication , une menace lointaine ne faisant pas d\'impression. II me semble extrêmement probable que la tradition con-servée par les deux premiers synoptiques n\'est point fausse, mais que Jésus a pris tout autrement que Jean le procbain avènement du royaume, pour bientót s\'aper-cevoir qu\'il en fallait rabattre, sans que pour cela l\'ur-gence de son oeuvre disparüt, bien au contraire. Voici comment je me représente la chose. Ge qui manque a ce royaume de Dieu qui fera de la terre un paradis, c\'est que les hommes connaissent Dieu comma leur père , se sentent eux-mêmes ses enfants, s\'attacbent a lui et les uns aux autres; or c\'est si bon, cela doit si évi-demment détruire le mal et produire le bien , qu\'il doit suffire de prêcher eet évangile pour que les écailles tom-bent des yeux des auditeurs, qu\'ils voient clairement qu\'ils ont préféré la boue aux vrais trésors et qu\'ils soient gagnés. Le péché, I\'égoïsme, l\'esclavage dés passions sensuelles et orgueilleuses, est une maladie, quelque chose contre nature; ce n\'est que par aveuglement que l\'on peut y persévérer ; faire cesser eet aveuglement c\'est tout ce qui est nécessaire. Avec quelle joie, quelle bien-beureuse espérance, Jésus a dü voir cette tache se pré-

1) Marc I. 14. 15; Matth. III, 17.

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CH. I. JÉSUS.

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senter a lui, et quel sens admirable a dü alors prendre pour lui la parole du Baptiste, «le règne de Dieu est proche»! «Oui, s\'est-il dit, c\'esl la bonne nouvelle qu\'il faut a mes frères; je vais la leur porter, puisque mon Père me l\'a fait connaitre; et la joie qu\'elle m\'a causée èi tnoi1) va être le partage de tous; les temps sont vrai-ment accomplis». Mais les faits, de plus en plus douloureux, sont venus lui démontrer que c\'était la une généreuse illusion, et qu\'en particulier la propre justice du pharisaïsme était un obstacle formidable è la conversion. II a compris que ce n\'était que lentement, a force de persévérence et d\'abnégation, par une lutte pénible contre des préjugés invétérés , en se résignant aux échecs répétés, au mauvais vouioir, k Thostilité, a la haine mortelle, que Ton pourrait faire pénétrer le levain dans la pate. II apprit a dire: «Q,ue ton règne vienne»! au lieu de dire; «II est proche»; il avertit ses disciples que s\'ils étaient fidèles ils auraient k souffrir, « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice». Son oeuvre, ai-je dit, n\'en devint que plus urgente è ses yeux; cela est évident; mesurant mieux la profondeur du mal, il éprouva plus que jamais le besoin coüte que coüte d\'y apporter remède. II est méme probable que cette phase élait déjè commencée quand il se décida a s\'entourer de disciples permanents, rempli lui-même de ce sentiment qu\'il voulut plus tard leur communiquer, lorsqu\'il leur disait:

La moisson est grande, mais il y a peu d\'ouvriers; priez done lemaltrede la moisson d\'envoyer des ouvriers dans sa moisson (Matth. IX, 37, 38).

1

Voy. la parabole du trésor cache dans le champs (Matth. XIII, 44). J\'estime que les paraboles sont remplies de revelations sur l\'histoire intérieure de Jesus, sur laquelle, hélas! la tradition n\'a pu donner aucun renseignement direct. II y a li un trés riche sujet d\'étude.

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CH. 1. JESUS.

Ce qui précède nous atnène a un second point de difference entre le Baptiste et Jésus. II s\'agit de la manière dont le règne de Dieu vient. Ici, il ne peut y avoir aucun doule sur la pensée de Jean ; l\'avènement du règne de Dieu est un acte exclusivement de Dieu, une intervention venant du dehors mettre fin a l\'état de choses existant et en oreer un nouveau; sans cela, ce ne peut pas être une menace suspendue sur la tête des Juifs impénitents.

Maintenant je n\'oserais pas dire que Jésus ne se soit attendu a rien de ce genre; je montrerai plus loin com-bien la critique des conceptions de son temps lui était éirangère, et de plus l\'on ne voit guère comment il aurait pu pendant quelque temps être disciple du Baptiste si l\'idée, courante alors, d\'un avènement miracu-leux du règne de Dieu lui avait répugné. A cela il con-vient d\'ajouter que la pensée du jugement dernier n\'est point absente de son enseignement, ainsi que je l\'ai reconnu plus haut. Je crois probable que Jésus n\'a point écarté l\'idée d\'un acte divin futur par lequel la face du monde devait être changée. Pourtant j\'affirme que l\'avè-nement du règne de Dieu était dans le fond pour lui autre chose, et je m\'empresse de l\'ajouter, quelque chose de bien mieux.

La parabole du levain , la parole sur les ouvriers dans la moisson, la parabole du semeur, et bien d\'autres choses encore qui se présenteront d\'elles-mêmes a l\'esprit de mes lecteurs, perdent leur sens, si Jésus n\'a pas considéré le règne de Dieu comme établi partout oü nait l\'amour de Dieu. Je sais bien qu\'il parle du règne de Dieu au futur;

Si voire justice ne surpaase pas celle des scribes et des pharisiens, vous n\'eutrerez point dans le royaume des cieux (Matth. V, 20).

17

2

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CH. I. JESUS.

Heureax ceux qui sout purs de coeur, car ils verront Dieu (ibid, v. 8) \');

mais sa pensee a evidemment dépassé continuellement les formes de son langage. G\'est lè un phénomène des plus importants a constater pour bien apprécier I\'ceuvre de Jésus, et je demande la permission de m\'y arrêter. Je l\'ai deja signalé dans un discours publié en 1884 dans VAlliance liberale de Genève 1), sous le titre de «Jésus, sa vie, son oeuvre, ce qu\'il est pour nous». G\'est un résumé de mes vues et je me permettrai de reproduire le commencement de ce que je disais de l\'ceuvre de Jésus.

«Je vois dans I\'ceuvre de Jésus deux éléments trés distincts, mais chez lui indissolublement mêlés et con-fondus. L\'un est l\'élément national, local, passager de sa nature, paree qu\'il est sans portée universelle; c\'est l\'élément juif. Le second est l\'élément individuel; ce qui appartenait en propre k Jésus, et constituait selon moi son originalité et sa grandeur.

« Ges deux éléments, ai-je dit, étaient indissolublement unis en Jésus. Ils se pénétraient mutuellement au point qu\'on ne les voit jamais apparaitre l\'un sans l\'autre. L\'un est comme le corps, l\'autre comme l\'ame de sa doctrine. Je rattache a l\'élément juif tout ce que Jésus devait è son éducation, a son entourage, aux idéés régnantes et è Jean Baptiste. J\'appelle individuel ce qu\'il a fait personnellement de cette masse d\'influences tra-ditionnelles.

«Un exemple. Si l\'anecdote touchant la question de

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Numéros du 30 aoüt et du 6 septembre.

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la resurrection1) est authentique — et je nevoispasde motifs d\'en douter — Jésus fait lè un usage subtil, tranchons le mot, rabbinique, du passage d\'Exode III, 6, qu\'il applique comme si le sens était: «Je suis le Dieu qu\'Abraham, Isaac et Jacob adorent», tandis que le sens est: «Je suis le Dieu qu\'Abraham, Isaac et Jacob ont adoré ». II se meut ainsi a l\'aise dans un emploi de rEcrifure avec lequel il faut avoir été familiarise dès son enfance pour s\'en accomoder; il n\'en saisit pas le caractère artificiel. II est juif en cela. Mais voyez quelle doctrine il enseigne è l\'aide de ces vieux procédés! Gon-sidérez quel parti il sait tirer de ce vieux mot juif de resurrection, auquel il donne un sens tellement nouveau que ce n\'est plus en réalité de la résurrection qu\'il parle ; c\'est une conception tout-è-fait inouïe pour rabbins et sadducéens, celle de l\'indestructibilité de la vie, de l\'immortalité de ceux que les poètes appellent les mortels. Quelque opinion que nous ayons dans la question vul-gairement appelée celle de la vie future, tout le monde doit reconnaitre que l\'idée de l\'immortalité est incompa-rablement supérieure a celle de la résurrection. Or.elle appartient è Jésus en propre. Elle fait partie de ce que j\'ai appelé l\'élément personnel, l\'ame qu\'il introduit dans le vieux corps. Toutefois le corps subsiste en grande partie. Jésus n\'éprouvera pas le désir de l\'éliminer, ni ici, ni en cent autres endroits, ne s\'élevant aucunement contre les sacrifices, contre les dimes, contre les purifications , mais sachant dire en méme temps avec une precision de spiritualité étonnante : «Ce n\'est pas ce qui entre dans I\'homme qui souille l\'homme».

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Matth. XXII, 23—32.

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«Permettez-moi de vous présenter un autre exemple. Jésus parle courarament de pardon. Ce mot ne le gêne en aucune manière. Cependant, regardons-y de prés. Est-ce réellement du pardon qu\'il parle, ou bien a-t-il mis aussi dans ce vieux mot un sens supérieur a son sens propre? Jésus condamne ia eolère; bien plus, il veut que Ton rende le bien pour le mal, et cela indé-pendamment de tout retour de ceux qui nous haïssent1); il dit; «Aimez vos ennemis». 11 est clair que si je mets ce précepte en pratique, je ne peux plus pardonner au sens vrai du mot; je ne peux pas renoncer è une vengeance que je n\'ai jamais projetée; je ne puis pas être réconcilié avec un frère que mon coeur n\'a jamais re-poussé. Pardonnez è vos ennemis ne veut pas dire: «Pardonnez», mais restez les frères de vos ennemis malgré tout et quoi qu\'il puisse arriver. L\'expression reste, Jésus n\'a pas éprouvé le besoin d\'en avoir une autre; évidemment il ne l\'a pas analysée et raisonnée. Mais le sens du mot est complètement dépassé par la pensée. II s\'y trouve une idéé nouvelle, différente de celle que le mot exprime. Et cela reste vrai dans l\'ap-plication qu\'on en fait aux rapports entre 1\'homme et Dieu. II ne signifie plus, d\'après son vrai sens, un changement dans les dispositions de Dieu a l\'égard des pécheurs, mais, chez le pécbeur converti, l\'assurance de Tamour de Dieu, assurance que le pécheur incon-verti ne peut pas posséder. L\'homme change et non pas Dieu. Le mot de pardon est un terme traditionnel, motivé, d\'un cöté, par le fait que les hommes se sentent pécheurs devant Dieu et, d\'un autre cóté, par la eolère

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Je ne tiens pas pour authentique le passage Matth. XVIII, 15—17.

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qui s\'amasse en eux-mêmes contre ceux qui leur man-quent, colère que le sentiment du péché leur fait attri-buer aussi a Dieu. Enfin, ce moMraditionnel ne choque pas Jésus, parce qu\'il approuve sans réserve le sentiment d\'humilité devant le Dieu saint qui a poussé les hommes a s\'en servir. Mais il a change de signification dans la bouche de Jésus quand il adresse a un pécheur la parole d\'encouragement: «Tes péchés te sont pardonnés ». L\'ex-pression est juive, mais elle renferme un sens nouveau. L\'expression n\'est pas de Jésus; elle est étrangère a ce qui fait sa grandeur. Ce qu\'il y a mis, voila ce qui vient de lui, ce qui doit servir a le caractériser ».

Plus loin, je disais encore :

«Voici done comment j\'envisage l\'ceuvre de Jésus. Juif, né de Juifs, nourri d\'idées juives, s\'adressant k des Juifs, il ne s\'est jamais senti gêné ni par les conceptions juives, ni par le langage ué de ces conceptions. Pour-tant sa religion n\'était pas juive, mais humaine, et il sentait la difference; e\'est par la qu\'il est devenu pré-dicateur et médecin des ames. II a done pénétré de l\'esprit qui était en lui les formes qui lui étaient fournies, et prêché la religion de l\'humanité en langage juif».

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Ces vues me semblent justes et applicables a ce que Jésus dit du règne de Dieu. II pouvait d\'autant plus aisément se servir de cette belle expression que les Juifs étaient religieusement un peuple privilégié, et je ne vois rien d\'étonnant ^ ce qu\'il les appelle une fois «les fils du royaume»\'). Ensuite c\'était bien par un effet de la bonté de Dieu que d\'après lui, comme d\'après l\'opi-nion vulgaire, le bonheur a venir était préparé; mais

1) Mattk VIII, 12.

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déja ici il y a un sens nouveau et plus élevé chez lui que chez les Juifs et même Jean; l\'acte, on peut dire mécanique, attendu par Jean, devient dans la bouche de Jésus Tinfluence sanctifiante de Dieu dans le coeur des hommes, comme on le voit par la prière dominicale, oü la demande «ton règne vienne», est immédiatement suivie de celle « ta volonté soit faile sur la lerre comme au ciel». Enfin, de toutes les expressions employees dans le langage religieux des Juifs, celle-ci était peut-être celle qui se prêtait le plus a être spiritualisée, puisque Dieu ne peut pas régner plus réellement et plus com-plètement dans le monde des hommes que si les hommes se reconnaissent ses enfants et lui donnent leur coeur. Les paroles les plus belles et en même temps les plus authentiques de Jésus perdent leur sens, si ce n\'est pas essenliellement ce règne de Dieu-la qu\'il a attendu et voulu fonder. Mais alors aussi le vrai règne de Dieu ne peut venir que d\'une seule manière, par la conversion des hommes, et celle-ci ne peut pas être un fruit de la peur et doit l\'être de l\'attrait, sans quoi elle n\'est pas la vraie conversion.

Ainsi Jésus, tout en pouvant avoir continué de penser a un grand bouleversement final, n\'en dépasse pas moins Jean dans ce qu\'il entend fondamentalement par le règne de Dieu et par la conversion qui y donne accès.

Cette conversion est un renouvellement intérieur, puisque Jésus en compare les résultats a la santé recouvrée par un malade. Chez Jean, la conversion est un amendement de la conduite, qui a pour but de faire remettre le chatiment; chez Jésus elle est un changement du coeur, qui s\'éprend de la perfection; et l\'on ne peut pas dire qu\'elle ait un but; elle est un effet de l\'amour

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de Dieu, qui a touché ses enfants. D\'après Jésus l\'homme converti, c\'est celui qui aitne la volonté de Dieu. «Heu-reux, dit-il, ceux qui ont faim et soif de la justice», et «soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait»,

D\'après ce qui a été dit, l\'oeuvre de Jésus, dans sa propre conscience k lui, n\'a pu consister qu\'a gagner les cceurs a Dieu, que cela se soit appelé dans son langage annoncer ie règne de Dieu, ou bien fonder le règne de Dieu, ou bien tous les deux en même temps. Tout ce qui nous a été conservé de sa prédication porte le cachet de cette tache ainsi envisagée. Par une erreur séculaire, la tradition chrétienne a jusqu\'a notre époque complètement méconnu ce fait capital et a prétendu que l\'oeuvre de Jé$us avait consisté a se faire reconnattre lui-même en qualité de Messie.

Rien de plus faux, et, quoique je doive absolument ménager 1\'espace, il faut de toute nécessité que je dise quelque chose sur ce point. Je reconnais que les synop-tiques renferment mainte trace du fait que ceux qui ont rédigé ces évangiles vivaient a une époque oü la foi en Jésus en qualité de Messie était le signe de ral-liement des chrétiens; je concède done a la tradition qu\'elle peut invoquer l\'autorité de ces auteurs, qui ont manifestement rédigé les anciens souvenirs chrétiens sous i\'empire de l\'idée précongue que c\'est en qualité de Messie que Jésus s\'était présenté, a ses concitoyens, et que ce qu\'il demandait d\'eux c\'était qu\'on le reconnüt dans celte dignité. Mais je dois aussitót ajouter que ces mêtnes écrits renferment la preuve surabondante que sur ce point les rédacteurs ont fait fausse route, et

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il est bien clair qu\'ils n\'ont pas inventé ce qui les refute.

Pour m\'en tenir au strict nécessaire, je ferai seule-ment appel a ce que Ton a appelé la confession de Pierre \'). Bien d\'autres avant moi ont fait remarquer avec justesse, premièrement, qu\'il serait inexplicable que le fond de cette histoire fut inventé, fut autre chose qu\'un souvenir authentique, et, ajoutons-le, que le souvenir d\'une conversation qui, réelle, avait été inoubliable pour ceux qui y avaient pris part; seconde-ment, que cette conversation aurait été tout simple-ment impossible si, entre Jésus et ses amis, il avait jamais été question auparavant qu\'il put étre le Messie; troisièmement, que cette conversation a eu lieu vers la fin du ministère de Jésus en Galilée, que done jamais, au grand jamais, jusqu\'alors, e\'est-a-dire pendant la période la plus active de sa mission, il n\'avait manifesté de prétentions a la messianité, quoi que ce soit qu\'il pensat par devers lui, et que la foi qu\'il réclamait pendant qu\'il allait de ville en ville et de bourgade ea bourgade pour annoncer l\'Evangile, riétait pas la foi a sa qualité de Messie. On spéculera tant qu\'on voudra sur l\'expression «le fils de l\'homme», rien ne peut détruire le témoignage péremptoire de la conversation sur le chemin de Gésarée de Philippe.

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Mais aussi, que Ton y réflécbisse; même k supposer que Jésus dès le début de sa carrière pubiique se fut dit è lui-méme: «Je suis le Messie promis», comment aurait-il pu faire de cela le thème de sa prédication sans aller è contre-fin de sa mission de médecin des ames , de convertisseur ? Je vois, par exemple, dans le sermon

n Marc VIII, 27—33; Matth. XVI, 13—23; Luc IX, 18—22.

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sur la montagne qu\'il force a chaque instant ses auditeurs a faire un examen de conscience, qui doit néces-sairement aboutir a réveiller en eux le sentiment de leur insuffisance. Ainsi, il declare heureux ceux qui sont purs de cceur, et aucun Juif n\'a besoin d\'explication pour s\'apercevoir qu\'il s\'agit d\'une autre pureté que de celle qu\'il possède deja, et pour se demander: «Gette pureté dont il parle, celle du coeur, qu\'est-elle? I\'ai-je? la faut-il réellement?» Ainsi encore, a ces observateurs de la Loi qui peuvent dire sans mentir: «Je l\'ai soi-gneusement gardée dès ma jeunesse», Jésus affirme que la vraie piété défend bien d\'autres choses encore que ce dont ils ont coutume de s\'abstenir; certes on doit avoir horreur du meurtre, mais de plus celui qui se met en colère contre son frère n\'est pas ce que le Père céleste veut qu\'il soit; l\'adultère est une souillure effroyable, mais de plus celui qui regarde une femme pour la con-voiter a le coeur adultère et souillé. Comment entendre ces choses et ne pas se demander: «Suis-je celui que Dieu veut que je sois»? Comment même ne pas étendre les questions, découvrir soi-même d\'autres pierres de touche que celles que le prédicateur a fournies? Voila, qui n\'en conviendrait, la vraie méthode convertissante, et j\'avoue qu\'il me faut exercer un grand empire sur moi-même pour me priver de la jouissance de pour-suivre cette méthode sous les mille formes dont elle s\'est revêtue dans cette parole unique de Jésus. Je vou-drais parler de la porte étroite, du serviteur impitoya-ble, de tout ce que nous avons de lui. Je me borne a dire: «Ami lecteur, poursuis toi-même cette veine, tu feras bien ».

Pour ce que j\'ai a dire, les exemples allégués suffi-

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sent; car on voit tout de suite que 1\'efFet religieux, la puissance convertissante de ces paroles aurait été gatée, anéantie, si Jesus y avait mêlé sa messianité. II aurait détourné sur sa personne une attention qui devait tout enlière se porter sur les caractères de la vraie piété. Aussi est-ce un fait aussi remarquable que peu remarqué que la predication de Jésus est essentiellement imper-sonnelle; elle est ce que Ton doit attendre du fidéle serviteur chargé d\'aller avertir les conviés, non pas pour leur faire dire: «Tu es le messager aulhentique », mais pour leur faire dire • «Le message est bon». Qu\'avec cela le serviteur soit honoré par son message, que ceux qui s\'y rendent l\'aiment et le respectent lui-même pour le leur avoir apporté, faut-il dire a quel point c\'est lé-gitime? Mais sa fidélité a lui, c\'est de s\'occuper du message, non de lui-même; c\'est ce qu\'a fait Jésus, et en méconnaissant ce fait, la tradition chrétienne a ob-scurci un de ses plus beaux titres de gloire.

On m\'objectera, je le sals, la purification du temple, que Ton prétendra être un acte messianique. Je ferai remarquer que cette objection ne change rien en ce qui concerne le ministère en Galilée. Mais je vais plus loin; je dis que les marchands expulsés du temple n\'ont pu voir qu\'un prophéte en celui qui s\'indignait de leur pré-sence, que les prétres n\'ont pas pu avoir l\'idée que eet acte fut messianique, et que Jésus n\'a rien fait pour les mettre sur cette voie. lis l\'interpelèrent ^ et Jésus refusa de leur répondre a cause de leur incompetence k juger des choses religieuses. Que Ton fasse attention k la nature du raisonnement. II revient a ceci: «Vous

1) Marc XI, 27—33.

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n\'avez pas su apprécier la valeur religieuse de la predication de la repentance symbolisee par le baptême de Jean; vous êtes done incompétents. Si vous étiez compétents, vous auriez reconnu que Jean venait au nom de Dieu, et vous ne m\'interpelleriez pas, car vous sau-riez aussi que je viens au nom de Dieu». Comment tirer de cela: «Vous sauriez que je suis le Messie»? Le Messie est unique et doit se reconnaitre a des ca-ractères uniques; et Jésus invoque ce qu\'il a en commun avec Jean et avec quiconque fait oeuvre vraiment reli-gieuse. Vraiment, il n\'est pas nécessaire d\'être le Messie pour s\'indigner de ce qu\'un lieu de culte est transform^ en champ de foire.

Au reste, je crois que réellement Jésus a pensé qu\'il n\'y aurait pas d\'autre Messie que lui, paree que son oeuvre suffisait k la fondation du vrai règne de Dieu. Je puis transcrire purement et simplement ce que je disais il ce sujet dans le discours que j\'ai déja cité:

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«Je l\'ai déjè dit, je crois que Jésus a accepté le titre ou la qualification de Messie de la bouche de ses amis les plus intimes. Mais ce titre est resté entre eux sans jamais entrer dans son action publique, dans son oeuvre, et il est facile de voir qu\'ici encore, comme partout ail-leurs, la pensee dépasse si complètement le sens propre du mot, que l\'on peut dire que ce sens disparait. En effet, pour Jésus, le Messie est la victime personnelle de son oeuvre1), se sacrifie lui-même, n\'aspire pas a régner, mais veut amener ses frères aux pieds du vrai roi, de Dieu. Jésus, d\'après cette rnanière de voir, s\'est appliqué a lui-même la désignation de Messie, a peu prés

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Alors il commenga a leur apprendre quil fallait que le fils de Vkomme sou ff At beaucoup, etc. Marc VIII, 31.

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de même qu\'il disait de Jean Baptiste: «Si vous voulez le comprendre, c\'est lui qui est eet Elie qui devait venir»\'). On attend un personnage dont la venue est considérée comme inséparable de l\'avènement du règne de Dieu; mais le règne de Dieu n\'a pas besoin d\'autre fondement que la conversion prêchée par lui, Jésus, au prix des souffrances qu\'il prévoit; par conséquent on ne peut attendre personne d\'autre. Gelui qui fonde le règne de Dieu, n\'importe comment, est le Messie. De fait, la notion juive du Messie est dépassée et disparait».

Nous voici parvenus a la grande question, qui est celle-ci: « Quelle religion Jésus a-t-il prêchée ? » , après quoi se présentera cette autre: «Comment s\'y est-il pris pour la recommander ? ».

La réponse a la première est des plus aisées, mais donne lieu a quelques remarques. La religion que Jésus a prêchée, la religion sublime qu\'il voulait voir naitre et grandir dans Tame de ses frères pour que Dieu ré-gnat, c\'est l\'amour de Dieu, dont la manifestation est l\'atnour les uns des autres1). — Passons aux remarques.

Première remarque. Jésus n\'a point du tout dogmatise et philosophé. II n\'a point enseigné de système, mais il s\'est efforcé par sa parole de cultiver l\'amour de Dieu dans les ames. II ne parlait pas sur la religion, il parlait sur les hommes, sur leur conduite, sur les sentiments d\'oü elle découle, sur ceux qu\'ils doivent avoir et sur les fruits que ces sentiments doivent produire.

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Matth. XXII, 35—40. En realite, il n\'j\' a plus de commandement; on ne peut pas aimer par devoir. Ici encore la pensee dépasse ee que comportent les mots.

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Le Père céleste est partout présent dans ces discours. Pourquoi? II ne songe pas a le dire; il n\'a pas la pensée de justifier la foi en Dieu, ni d\'expliquer pourquoi I\'a-mour de Dieu se confond avec la soif de la perfection, et tous deux avec 1\'amour fraternel. La déduction intel-lectuelle ne le préoccupe en aucune fagon, de sorte qu\'il ne songe jamais a formuler des definitions théori-ques; c\'est a ce point que cette definition de la vraie religion, l\'amour de Dieu et l\'amour du prochain, il ne l\'a pas donnée ex professo, mais accidentellement, pour répondre a une interpellation. De même, pour savoir comment il envisageait sa propre mission, j\'ai dü m\'a-dresser a une parabole , qui le dit sans doute, mais qui n\'a pas été composée pour le dire. Ainsi encore, il n\'a pas prêché que Dieu est bon, mais il a fait appel a la bonté de Dieu pour prêcher aux hommes l\'amour de leurs ennemis1); quand il dit que Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, il affirme une chose complètement nouvelle pour les Juifs, dont l\'Ecri-ture sainte disait que Dieu aime les bons et hait les méchants, et pourtant cette grande nouveauté ne fait nulle part l\'objet de son discours; nous l\'apprenons è propos d\'autre chose! II y revient souvent, mais toujours aussi peu directement, aussi peu théoriquement.

G\'est au sujet de la prière, pour recommander la con-fiance aux enfants de Dieu:

Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez (Matth. VI, S);

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G\'est au sujet des soucis, dans l\'intérêt de cette même confiance:

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Matth. V, 43—45.

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Si Dieu revêt ainsi l\'herbe des champs, qui existe aujourd\'hui et qui de-main sera jetee an four, ne vous vêtira-t-il pas a plus forte raison, gens de pen de foi? (Matth. VI, 30);

G\'est au sujet du sérieux qui doit s\'attacher au mot bon et de l\'humilité qui convient a 1\'homme;

Pourquoi m\'appelles-tu bon? II n\'y a de bon que Diea seul (Marc X, 18).

Cette remarque est applicable a tout ce que Ton peut appeler les points de doctrine. II a une doctrine; mais celle-ci resulte de son enseignement, sans en être le but; car le but n\'est pas d\'apprendre aux hommes ce qu\'ils doivent penser, mais de les amener ci com-prendre ce qu\'ils doivent être et a vouloir i\'être, les adorateurs de celui qui est parfait et auquel ils aspirent k ressembler.

Seconde remarque. La predication de Jésus, conformé-raent au caractère que je viens de relever, est essenti-ellement la description de la perfection a laquelle aspirer les enfants du Dieu parfait. Elle est d\'un bout a 1\'autre dominee par l\'antilhèse entre ce que les hommes estiment dans leur aveuglement et ce qui mérite réelle-ment qu\'ils s\'y attachent. G\'est la l\'unité fondamentale des beatitudes, que du reste il faut considérer comme des sentences séparées, toutes d\'une même inspiration, mais prononcées dans des occasions di verses, et reünies par I\'analogie de la forme dans la mémoire de ceux qui les avaient entendues. Du reste, je n\'analyserai pas en détail tout ce que nous avons le bonheur de posséder de l\'enseignement de Jésus; je crois que 1\'on m\'accor-dera sans conteste que pour la majeure partie on y trouve ce que suggérait a Jésus l\'idée de la perfection a propos des observations qu\'il faisait parmi les hommes; chaque point traité devient ainsi un exemple de ce qu\'est

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et de ce que fait ou de ce qu\'évite celui qui aime le Dieu parfait. Je me borne done amp; noter quelques-uns des points capitaux de ce que Jésus veut ainsi que les hommes éprouvent et fassent et je suis pour cela presque uniquement le sermon sur la montagne. Cela suffit corn-plètement pour caractériser la religion prêchée par Jésus. J\'ai déja mentionné la confiance absolue en Dieu, qui aura soin de ses enfants, de sorte que ceux-ci n\'ont èi se préoccuper que de l\'aimer et de lui obéir \'); ils ne doivent done pas se faire les adorateurs de Mammon, les vrais trésors se trouvant dans les choses celestes 1) ; ne pas se plaindre d\'afflictions temporaires de leur nature, ni même des persecutions, s\'ils sont du cóte de Dieu et des vrais biens et ont done de solides espe-rances 2); faire en sorte que leur conduite proclame 1\'a-mour de Dieu, se faire les ouvriers de son règne4) ; ne pas se contenter de la justice légale, mais chercher celle qui est vraie, paree qu\'elle fait ressembler Thomme

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Matth. VI, 19—21, 24. « Amassez-vous des trésors dans le ciel» ne vent pas dire: «Assurez-vous une place dans le ciel après votre mort». Premièrement, du temps de Jésus on ne parlait pas encore « d\'aller au ciel» comme le but vers lequel tendent les gens pieux, et si e\'etait cela que Jésus avait eu dans la pensee, il aurait parlé pour n\'être pas compris. Ensuite Jésus était trop religieux pour voir dans la pie\'té une precaution en vue de Tavenir, au lieu d\'une chose bonne en soi. II n\'y a pas trace dans les synoptiques d\'une piété pour aller au ciel, sauf dans cette peu belle parabole de l\'économe in-fidèle (Luc XVI, 1—9), qui n\'est certainement pas de Jésus. C\'est que Jésus s\'occupe du règne de Dieu, du règne de Dieu sur la terre; il veut que les hommes s\'empressent d\'entrer dans ce règne de Dieu-la, et disent: «Ta vo-lonté soit faite sur la terre comme au ciel». Les trésors dans le ciel sont les trésors permanents et vrais en opposition avee les biens périssables et faux, les biens célestes en opposition aux biens terrestres.

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Matth. V, 3—12. 4) Matth. V, 13—16; XX, i—16; etc.

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è Dieu; ne nourrir dans son coeur ni colère, ni haine; reconnailre et réparer los torts que Ton peut avoir; craindre les tentations; ne pas faire du manage un moyen de satisfaction égoïste, mais une union sainte dans I\'af-fection mutuelle; être vrai en tout et partout; ne pas exiger son droit juridique, mais savoir en céder ce qu\'il faut dans l\'intérêt de la fraternité; aimer ses ennemis1). Les enfants de Dieu ne se livrent pas par ostentation aux pratiques pieuses!); ils pratiquent eux-mêmes le pardon qu\'iis désirent de la part de Dieu s); iis jugent leurs frères comme doivent le faire des gens sujets eux-mêmes è faillir2); bref, ils font a leurs frères ce qu\'iis voudraient que ceux-ci fassent pour eux5).

Ainsi Jésus n\'explique nulle part en quoi consiste la-mour pour Dieu; au lieu de cela il fait le tableau dela vie de celui qui aime Dieu.

Troisième remarque. Les pratiques rituelles n\'ont au-cune part a ce tableau. II en est question parfois, jamais pour les recommander ni pour préconiser telle forme religieuse comme supérieure a telle autre. Ajoutoris que ce n\'est pas non plus pour les condamner; au contraire, el les sont sous-entendues, je me garderai bien de dire comme ayant une importance majeure, mais cependant comme étant des choses que font les gens pieux.

II y en a deux exemples dans le sermon sur la mon-tagne; premièrement la célèbre parole sur celui qui ap-

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Matth. V, 17—48. II est curieux que Ton prenne si souvent les versets 23—26 comme s\'il etait la question de pardon. II est pourtant dit clairemant: «Si tu te souviens que ton frere a quelque chose contre toi». Celui qui persiste dans ses torts n\'a aucun droit a présenter son hommage a Dieu.

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Matth. VII, 1—B. 5) Matth. VII, 12.

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porte son ofFrande è l\'autel \'), qui se termine par les mots: «puis viens et présente ton ofFrande», qui ne veulent aucunement dire que les sacrifices sont nécessaires , mais ne trahit pas non plus le moindre désir de les voir disparaïtre. En second lieu, I\'avertissement contre rostentation J) suppose l\'aumóne, la prière et le jeune en qualité de pratiques pieuses, d\'habitudes de dévotion; la prière aussi, qui, dans cet entourage, est la prière è heure fixe, on peut dire la prière devoir. Maintenant, dans ce que Jésus en dit, il est incontestable qu\'il transforme complètement et magistralement au moins les deux premières pratiques, dont l\'une devient la bien-faisance, et la seconde l\'élévation de l\'ame a Dieu; mais le jeune reste1); dans tous les cas Jésus n\'aurait pas pu s\'exprimer comme il l\'a fait s\'i! avait blamé que l\'on considérat l\'aumóne, l\'oraison et le jeune comme des marques de piété. Au fond, j\'aurais dü citer aussi «heu-reux ceux qui sont purs de coeur», puisque l\'intention, parfaitement intelligible pour les auditeurs, est d\'affirmer Finsuffisance de la pureté lévitique; mais ce n\'est ni la blamer, ni recommander de l\'abolir, J\'en diraisautant de la grande parole: «Ge n\'est pas ce qui entre dans l\'bomme qui souille rbomme»2), quoique ici la négation soit plus forte que partout ailleurs; mais il n\'en résulte pas que Jésus ait jugé que les Juifs auraierit dü cesser de faire attention a ce qui est pur et impur.

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Dans Matth. IX, IB et parall., le jeüne a son tour est transforme en marque de triatesse.

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Marc VII, 15; Matth. XV, 11.

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II est clair que Jésus n\'a pas accordé la moindre valeur aux rites pratiqués pour eux-rnêmes; tout est pour lui dans ramour de Dieu et du prochain. Mais en même temps, il ne s\'est montré hostile en rien è ce qu\'on peut appeler l\'organisalion extérieure de la religion chez les Juifs. II s\'y est même monlré parfois sympa-Ihique dans une mesure, comme nous le savons par la grande indignation qui lui a fait chasser les marchands du temple, et par le fait qu\'il a tetiu a manger la Paque a vee ses disciples

Quatrième remarque. Quoique Jésus ne se sépare pas du peuple juif, qu\'il ne cherche pas a détruire sa religion et que personnellement il y prenne part, quoique il appelle les Juifs les enfants du royaume1) et qu\'il représente la partie pieuse du peuple juif sous la figure des conviés de la parabole, la religion qu\'il prêche n\'a absolument rien de juif\'; elle est praticable parlout et par tous, au point qu\'on ne puisse pas essayer d\'en faire la description sans toujours parler de ce qu\'il vou-lait que «les hommes» fassent. II n\'y a, dans le contenu de ce qu\'il prêche comme «la seule chose nécessaire», plus la moindre trace de ce particularisme dont aucun auteur de l\'Ancien Testament n\'est exempt G\'est ce qui fait que ce qu\'il avait dit des pharisiens et des «pécheurs» a pu si facilement se comprendre plus tard comme dit du peuple juif et des païens, ainsi qu\'on le voit dans la parabole du festin devenue celle desnoces, et dans un grand nombre d\'autres exemples. La question de l\'admission des païens au règne de Dieu ne s\'est pas présenlée è Jésus; c\'est pérernptoirement démontré

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Matth. VIII, 12.

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par le fait que ses amis ne se sont point sentis appelés è porter i\'Evangile en dehors du monde juif, pas même après que Paul l\'eüt fait avec un grand succès Je tiens done pour inauthentique tout ce qui est prêté a Jésus dans les évangiles sur la vocation des païens, ü commencer par Matth. XXVIII, 19. Si Jésus avait dit cela, on ne le saurait que paree que ses disciples s\'en souvenaient et l\'avaient rapporté; s\'ils ont rapporté cette parole, ils Tont considérée comme un ordre péremptoire; et ils ont laissé Paul entreprendre cette oeuvre! J\'affirme que les Onze n\'ont jamais dit h qui que ce soit que Jésus leur avait. ordonné d\'évangéliser les païens, Mais, si la question de l\'admission des païens n\'a pas été traitée par Jésus, l\'évangile qu\'il a prêché était bon pour les païens comme pour les Juifs. Le «monde a sauver» 1) s\'est présenté a Jésus sous la forme du monde juif, mais s\'est trouvé étre en réalité le monde des hommes. Le règne de Dieu prêché par Jésus renferme l\'humanité.

Ginquième remarque. Quoique Jésus admette qu\'il se fait un triage parmi les hommes, et que beaucoup res-tent aveugles et sourds et n\'apprennent pas a aimer Dieu, il n\'a rien fait pour organiser ceux qui acceptent I\'Evangile et les grouper en un corps distinct du reste des hommes. Les preoccupations ecclésiastiques sont complètement absentes de sa prédication et sous ce rapport il est la contre-partie parfaite d\'Ezéchiel. Même la parabole de l\'ivraie3) est directement contraire a tout triage immédiat des enfants de Dieu d\'avec les autres hommes et par conséquent ^ toute organisation

1) Gal. II, 9.

1

Voy. la page 9. 3) Matth. XIII, 24—30.

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ecclésiastique dans le sens catholique du mot. En tout cas, Jésus n\'a pas ébauché le moindre groupement de ce genre. II jette la semence et passe son chemin sans chercher è retenir auprès de lui ceux qui accueillent sa parole. L\'histoire de la veuve \') est bien remarquable sous ce rapport. Jésus regarde cette femme pendant qu\'elle depose son offrande dans le tronc, remarque avec satisfaction que cetle offrande vient du cceur et s\'ernpresse d\'attirer la-dessus l\'attention de ses disciples; mais la femme elle-même, il la laisse aller sans lui dire un mot.

On me fera des objections. On me pariera des Douze. Mais n\'est-il pas clairement indiqué que Jésus s\'est en-touré d\'eux pour en faire des élèves évangéiistes? Nous savons trop peu de chose, hélas! sur la vie privée de la familie qu\'il se conslitua ainsi; mais dans ce que nous savons de l\'amitié et du respect qui retiennent ensemble ces hommes, y a-t-il la moindre trace de quel-que chose qui ressemble a un germe d\'Eglise? On me dira que Jésus a invité d\'autres personnes encore a le suivre, celui a qui il dit de laisser les morts ensevelir leurs morts, l\'homme riche qu\'il invite a faire abandon de ses biens. Mais cela se place pendant le voyage pour se rendre k Jérusalem, quand Jésus allait entreprendre une tache difficile et dangereuse, oü des aides complè-tement gagnés èi sa cause, décidés a tout risquer pour elle, étaient trés désirables.

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Peut-être m\'objectera-t-on encore le baptême et la sainte cène. Mais, quant au baptême, il n\'y en a pas trace dans l\'activité de Jésus; rien ne prouve que ses disciples

1) Luc XXI, 1—4.

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CU. I. JÉSUS.

fussent baptises, ni qu\'aucun néophite quelconque l\'ait été. En revanche , Jésus parle du « baplême de Jean » \') comme de quelque chose de spécial a ce prophéte, et quant è ses disciples, il ne parle que du baptême des épreuves 1), dont lui même aussi doit être baptisé2). II n\'y a rien la qui ressemble, même de loin, au baptême qui est devenu d\'usage chez les chrétiens. II est vrai que Matthieu et Marc le font instituer par le Christ ressuscité3); mais j\'ai déja montré que ces paroles ne sont pas authentiquess). — Reste la sainte cène; mais Jésus ne l\'a pas inslituée; elle est née du souvenir de la louchante action que la prévision de sa mort avait inspirée a Jésus lorsqu\'il mangea la Paque avec ses disciples. Le témoignage de Paul fait voir que de fort bonne heure on comprit cette action comme une institution e); mais c\'était la une erreur (du reste explicable), car Marc et Matthieu, antérieurs è Luc, n\'en savent rien 7). II y a done eu une tradition, indépendante de celle a laquellc Paul obéit, qui ne savait rien d\'une institution de la sainte cène par Jésus, et cela ne peut se concevoir que si le « faites ceci en mémoire de moi» de Paul et de Luc est inauthentique. Du reste, quand même j\'aurais tort sur ce point, ce que je n\'admets en aucune fagon , encore faudrait-il entendre les mots « faites ceci en mémoire de moi» comme prononcés en prévision du maintien du lien qui existait déja entre ses amis intimes, non pas en prévision de la reunion d\'un corps ecclésiastique renfermant tous ceux qui embrassent

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1

3) Voy. aussi Luc XII, 50. 4) Matth. XVIII, 19; Mare XVI, 15.

2

Matth. XXI, 25 et parall. 2) Marc X. 38.

3

7) Mare XIV, 22—25; Matth. XXVI, 26—29.

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1\'Evangile; car ces mots auraient élé dits par quelqu\'un qui mangeait Ia Paque juive et adressés è ceux qui la mangeaient avec lui; ce n\'est pas en faisant acte de communion avec une Eglise qu\'on en fonde una autre.

II résulte de tout cela qu\'il ne faut point envisager Jésus comme ayant voulu fonder une nouvelle religion, mais comme ayant voulu appeler ses frères a une piété plus profonde et plus efficace, par quoi devait s\'etablir le règne de Dieu. Ce que nous appelons une religion, ou même la religion, est une abstraction étrangère a sa tournure d\'esprit; il s\'agit pour lui de l\'état normal de I\'liomme, de sa santé; les hommes qui s\'attachent aux faux biens sont moraleraent malades, et c\'est de cette maladie que viennent les péchés et le malheur. Voila ce qu\'il veut guérir; or, comme s\'attacher aux vrais bien, c\'est s\'attacher a Dieu, il prêche l\'amour de Dieu. Pour lui, l\'homme vrai ou sain est religieux , ce qui est tout autre chose et bien plus comprébensif que «d\'avoir une religion», comme nous nous exprimons, nous, mauvais disciples de Jésus. Jésus ne pouvait done aucunement songer a fonder une Eglise au sens catbo-lique du mot, une humanilé dans l\'humanité, constituée pour professer et perpétuer la vraie religion , et on vient de voir qu\'en effet il n\'a rien fait absolument de ce qui était indispensable pour préparer une fondation sem-blable. Un paysan m\'a une fois demandé pourquoi Jésus n\'avait rien laissé par écrit; c\'était une question de bon sens; le Jésus de la tradition , le Jésus fondateur d\'Eglise dont on avait toujours parlé è mon paysan, aurait dü laisser au monde la charte de la vraie religion; et le catholicisme l\'a bien cornpris, lorsque, pour avoir a toute force ce Jésus-la, il a eu recours a la fiction de

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la succession apostolique et de l\'autorité episcopale. Cette fiction est absolumenl superflue pour le vrai dis-ciple du Jésus qui a vécu, et qui a mieux fait que de fonder one Eglise; il a mis dans la pate du monde le levain du règne de Dieu, et son disciple se laisse trans-forraer par ce levain, sans pour cela se séparer de ses frères.

Simème remarque. II reste un point important. Si l\'homnie en santé d\'après Jésus est celui qui discerne les vrais liens et s\'y attache, dans quelle position est-il placé a l\'égard de tout ce que vulgairement les hommes appellent des biens, abondance matérielle, honneurs extérieurs, pouvoir, jouissances de tous genres? En d\'autres termes, quelle est la portée de la partie négative du précepte:

Ne vous ama?sez pas des trésors sur la terre.....mais amassez-vous des

trésors dans le eiel.....(Matth. VI, 19, 20).

S4. Frangois d\'Assise a-t-il bien compris, et puisque l\'on ne peut pas servir Dieu et Mammon, Jésus a-t-il réellement voulu que l\'homme renongat a tout ce que donne Mammon, ce qui équivaut a l\'anéantissement de la civilisation et des moyens de servir Dieu? Je ne dis pas trop; supprimez les intéréts terrestres, vous sup-primez toute possibilité de pratiquer la vertu. Le boud-dhisme a compris cela et a assigné a l\'ascétisme le seul but raisonnable auquel il puisse aboutir, le Nirvana; mais aussi il renferme sa propre refutation. Jésus a-t-il prêché l\'ascétisme? Voila la question.

S\'il l\'avait fait, il faudrait le reconnaitre, malgré les objections que soulève cette manière d\'envisager le bien. Mais il ne l\'a pas fait. II ne l\'a pas même fait sous la forme de eet ascétisme qui s\'est accrédité dans 1\'Eglise

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chrétienne, d\'après lequel il faut renoncer aux biens de es monde, afin d\'obtenir ceux du ciel après la mort. J\'ai déjè monlré1) que les «trésors dans le ciel gt;gt; signifient dans la bouche de Jésus les biens qui viennent du ciel, les biens celestes, les vrais biens. Reste toujours cepsn-dant le mot «ne vous amassez pas des trésors sur la terre», et je reconnais que, si nous ne possédionspoint d\'autre expression de la pensee de Jésus sur ce sujet, il n\'existerait pas de preuve de la fausseté de /\'interpretation qui a donné naissance aux ordres meadiants. Mais Jésus a encore dit: «Chercbez premièrement le royaume de Dieu et sa justice et le reste tous sera donné par surcroit»; «ne vous inquiétez poin! (au sujet du manger et du boire), car votre Père céleste salt que vous en avez besoin»; il a dit dans la prière iominicale: «Donne-nous aujourd\'bui notre pain quotidien » 2), et ces paroles excluent l\'interprétation ascétique de celle qui nous occupe., La chose est au fond bien simple. Ne vous amassez pas des trésors sur la terre ne veut pas dire qu\'il est mauvais de posséder, de semer et de recuéillir, pas plus que l\'exemple des oiseaux du ciel qui ne ras-semblent rien dans des greniers, ne veut dire qu\'on a tort en étó de faire des provisions pour l\'biver; mais cela veut dire que ces choses, auxquelles d\'ordinaire les hommes sacrifient tout le reste, ces choses qui sont d\'ordinaire le trésor des hommes et pour cela possédent leur cxur3], n\'ont pas droit au coeur des hommes. Tout l\'accent est sur le mot «trésor», comme le montre le

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1

Page 31, note 2.

2

3) On peut tradaire aatrement; mais le sens reste le même,

3

Matth. VI, 21.

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verset 21. Jésus veut enseigner cette grande et sainte vérité, que la seule chose nécessaire n\'est pas dans les biens materials; l\'intérêt veritable de la vie humaine git ailleurs, dans l\'amour de üieu.

Septième remarque. D\'après Jésus, 1\'homme qui est moralement en santé, a la foi, c\'est-^-dire une confiance pleine d\'abandon en son Père céleste. II dit k ceux que rongent les soucis:

Si Dieu revêt ainsi l\'herbe des champs, qui existe aujourd\'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas a plus forte raison, gens de petite foi? (Matth. VI, 30).

Et cette l\'oi, la oii elle existe, confère è rhomme une puissance d\'aclion que rien d\'autre ne saurait lui donner; elle transporte les montagnes\'j el supprime toute terreur1).

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On remarquera que les trois paroles auxquelles je viens de faire allusion se rapportent a des récits sym-boliques, Tune a l\'histoire du démoniaque que les disciples n\'ont pas pu guérir, les deux autres a celle de la tempéte apaisée et a celle de Jésus marcliant sur les eaux. Gela ne prouve aucunement qu\'elles ne soient pas de Jésus, mais bien que nous ne savons pas è quelle occasion elles ont pu être prononcées. Gela engage k ne pas essayer d\'en creuser la signification jusqu\'a la sub-tilité2), sans compter que Jésus employait le langage religieux de son temps sans l\'analyser3), et que s\'il avait rafiné sur le sens des mots, a supposer que cela eüt été conforme è la tendance de son esprit, il aurait perdu sa peine, ses auditeurs n\'ayant pas les habitudes intel-

1

1) Matth. XVir, 20; (coinp. XXI, 21.) 2) Matth. VIII, 26; XIV, 31.

2

Voy. par ex. le trés savant ouvrage de M. A. Schlatter, der Glauhe im

3

Neuen Testament * 1885, pages 111—164. 4) Voy. les pages 18 et sui\\r.

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CH. I. JESUS.

lectuelles nécessaires pour le suivre; pour les acquérir, il faut passer sa vie penché sur les livres.

Outre les passages que j\'ai cités, la foi ne figure guère dans la bouclie de Jésus que dans des récits oü il s\'agit de guérisons, et oü elle désigne la condition pour les oblenir. II sufflra de donner la liste des passages qui se trouvent dans Matthieu, Ge sont

VIII, 10, 18 le centurion dont le serviteur est malade.

IX, 2, les hommes qui découvrent le toit de la maison.

IX, 22, la femme hémorroïsse.

IX, 29, deux aveugles.

XV, 28, la femme cananéenne.

A cela, il faut ajouter XVI, 8, oü il s\'agit de confiance en Dieu dans le même esprit que VI, 30;

— XVIII, 6, oü se trouve l\'expression «un de ces petits qui croient en moi», qui, si Jésus l\'a em-ployée, n\'a pu signifier que «un de ces petits qui se font mes disciples»; mais il est fort pen probable que Jésus se soit exprimé ainsi\'); — XXI, 22, après la parole sur la montagne transportée, «tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez»;

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— XXI, 25, 32, oü il s\'agit de ceux qui ont ou n\'ont pas cru en Jean Baptiste; ici croire est accepter la pré-dication; — enfin XXIII, 23, dirigé contre les pbari-siens, trés scrupuleux pour les devoirs extérieurs, mais fort peu pour la morale, qui «laissent ce qu\'il y a de plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fislis ■gt;•gt; ] beaucoup de traducteurs, au lieu de rendre ici pistis par foi, le rendent par fidélilé ou bonne foi,

1) Dans le passage parallèle de Marc (IX, 42), il y a «un de ces petits qui ont la foi».

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CH. 1. JESUS.

tellement le mot grec, avec ses derives, est élastique.

Mais que penser de celte foi spéciale grace è laquelle on obtient des guérisons? Gela depend de ce que l\'on pense des guérisons elles-mêmes, et il faut bien m\'y arréler. 11 y a pour nous éclairer un récit typique; c\'est celui du paralytique descendu a travers le toit devant les pieds de Jésus \').

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Dans son sens littéral ce récit est des plus étranges, plus que cela, incompatible avec tout ce que du reste nous savons de Jésus. «Voyant leur foi, est-il dit, Jésus dit au paralitique: «Mon enl\'ant, tes péchés te sont pardonnés»». Or, sans doute, par leur persévérance k surmonter les obstacles afin de déposer le malade devant Jésus, les porteurs ont montré une grande foi; seulement cette foi n\'a aucun caractère religieux; elle porte- tout entière et exclusivernent sur ia puissance miraculeuse de Jésus, a laquelle on peut parfaitement croire sans éprouver l\'ombre d\'un besoin de reconciliation avec Dieu. Et c\'est a la vue de cette foi-la , démontrée par la persévérance, que Jésus dit au paralylique, dont la foi n\'est point apparue, et cbez qui en tout cas aucun sentiment du péclié n\'est ni de prés, ni de loin indiqué: «Tes péchés te sont pardonnés»! Jésus pardonnant les pécbés sans qu\'on se sente pécbeur, et pour la foi d\'au-trui, et pour une foi étrangère è la piété! 1 Combien faut-il de points d\'exclamation ? Mais ce n\'est pas tout. Les scribes murmurent; Jésus va done leur prouver qu\'il a le droit de pardonner les péchés; il guérit le paralytique, et fait ce beau raisonnement a fortiori: «Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique: «Tes péchés

1) Marc II, 3—12; Matth. IX 2—8; Luc V, 17—26.

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CH. 1. JËSUS.

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sont pardonnés», ou de dire: «Lève-toi, prends ton lit et marche»»? Qui peut ie plus, peut ie moins; mais d\'après Jésus le plus aurait été de guérir le corps et le moins de guérir l\'ame!!

Ne mettons pas sur Ie compte de Jésus les bévues, fort excusables, mais bévues néanmoins, des imaginations enfantines et éprises du merveilleux qui ont transformé en anecdotes au fond trés vulgaires les tableaux qui représentaient Tactivité bienfaisante de Jésus. Essayons de rélablir le tableau d\'oü est sorti notre récit, mais que l\'on ne comprenait déja plus quand l\'évangéliste tenait la plume; tout s\'éclaircira. Parmi les «pécheurs», moralement paralytiques, il y en a eu que la parolede Jésus a puissamment attirés; cependant l\'entourage de Jésus ne les encourageait aucunement a approcher\'); s\'ils persévéraient, ce n\'était pas par simple curiosité; c\'élait la preuve qu\'ils sentaient la misère de leur vie vouée a la matière et qu\'il y avait en eux un sérieux besoin spiriluel. N\'est-ce pas la ceux que Dieu accueille, lui auprès de qui il y a plus de joie pour un pécheur qui se converlit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n\'ont pas besoin de repentance? Et Jésus, discer-nant quelque cbercbeur de salut de ce genre, voyant les mauvais regards qu\'on jette sur lui et la honte qui l\'accable sous le sentiment qu\'il n\'est qu\'un «pécheur.», ne donnera-t-il pas ^ cette ame, plus rapprochée du royaume de Dieu que tant d\'autres endormies dans leur propre justice, 1\'assurance dont elle a besoin, celle du pardon qui attend tous les pécheurs contrits qui cher-

1) Comp. Zachee (Luc I, 3), peint d\'après nature. II est riche, mais mé-prise, et les gens des premiers rangs ont bien soin de ne pas le laisser se faufiler parmi eux.

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chent leur Père céleste? Jésus faisait cela, nous le sa-vons 1); et nous savons qu\'on lui en voulait et de cela et de sa familiarité avec les «pecheurs»1); mais quelle réponse plus concluante aurait-il pu dormer que celle des faits, ramendement de ces mêmes «pécheurs»? Certes, il est beaucoup plus facile de dire a quelqu\'un : «Tes péchés te sont pardonnés», que d\'exercer sur lui une influence qui le gagne a l\'attrait des vrais biens et fasse entrer dans son ccsur un amour de Dieu auquel sa conduite rendra témoignage. Que l\'histoire de Zachée soit vraie ou non, elle exprime un fait vrai, l\'amen-dement de maint pécheur sous l\'influence de Jésus, et c\'est de eet attrait bienfaisant, qu\'il exergait sur ceux qui sentaient leur etat de péché, que le récit de Mare a offert primitivement la peinture 2). Naturellement qu\'a-lors il faut considérer les porleurs du paralytique comme faisant simplement partie du cadre anecdotique, de sorte que la /bi, ici la sympathie receptive, est celle du paralytique lui-même.

Autant que les maigres renseignements que nous possédons permettent d\'en juger, la for qui sauve est la disposition de l\'ème qui fait sentir le péché et accueillir les paroles de vie spirituelle que Ton est a portée d\'en-tendre; aussi Jésus a-t-il aussi bien pu parler de croire en Jean Baptiste que de croire en lui-méme. La foi, dans cette acception, est un commencement de foi en Dieu et y mène. Quant èi la foi en Dieu, c\'est un des cótés

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1

1) Luc VII, 48. 2) Luc Vil, 34,

2

Ex ungue leonem. Tous les récits de guerisons miraculeuses sont, dans ma conviction, sortis de même de tableaux symboliques relatifs a l\'activitëde Jésus en qualité de médecin des ames.

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sous lesquels se présente l\'amour pour Dieu, le cóté ca-raclérisé surtout par la confiance.

On me pardonnera, je 1\'espère, la longueur que ce chapitre a pris sous ma plume, en tenant compte de Timrnense richesse du sujet. Heureusement, je puis être bref pour le point qui me reste a trailer, la méthode de Jésus pour — comment dirons-nous\' recom-mander, défendre la religion? Mais, non, c\'est bien mieux que cela; c\'est une méthode pour rendre les hommes religieux Aussi, nulle théologie, nulle discussion de principes abstrails. R^véler les hommes a eux-mémes et les l\'orcer ainsi a se tourner vers leur Père céleste, toute sa méthode est la, et je n\'ai rien d\'essentiel a ajouter a ce que j\'en ai déjci dit. II ne connait pas la preuve externe, si chère è la théologie ecclésiastique, d\'après laquelle il faut premièrement éta-blir l\'autonté de celui qui parle, pour faire ensuite accepter ce qu\'il dit, paree que c\'est lui qui le dit. Les Juifs, il est vrai, lui demaiidèrent un miracle pour accréditer sa parole1); mais il refusa nettement, les renvoyant au «miracle» de Jonas, k sa prédication qui avait converti les Ninivites2); et quand les prêtres lui demandèrent en vertu de quelle autorité il avait chassé les marchands du temple 3), il déclina leur compétence en se basant sur ce qu\'ils n\'avaient pas su reconnattre une oeuvre divine dans l\'appel è la repentance contenu dans le baptême de Jean. Du reste, Jésus n\'essaye pas

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1

1) Voy. la page 23. 2) Matth. XII, 38—42 et parall.

2

Comme on sait, le rédacteur du premier evangile n\'a rien compris i

3

cette parole. 4) Matth. XXI, 23—26 et parall.

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CH. I. JESUS.

du tout de prouver1). II affirme, se reposant sur ce que la vérité est par elle-même sensible aux coeurs droits. C\'est ce qui explique son exclamation:

Je te loue, Pere. de ce que tu as cache ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as revélées aux enfants (Matth. XI, 25).

En résumé, Jésus ne defend pas la religion, mais il ne cesse de prêcher aux hommes qu\'ils ont a donner leur cceur amp; Dieu; puis il saisit toules les occasions pour leur faire voir quelle sera leur vie quand ils aime-ront leur Père céleste.

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Celte méthode est-elle la bonne? Oui, quand c\'est Jésus qui la pratique. Nous, hélas! nous ne sommes pas assez purs pour affirmer simplement avec son autorité candide, et il nous faut disculer les principes, pré-voir et écouter les objections, et les rél\'uter de notre mieux. Nous devons faire de l\'apologie. Si au moins c\'élait toujours l\'évangile du règne de Dieu que nous défendons ainsi!

1

Je ne vois pas la nécessité de discuter ici la «question des miracles», qui, je Tavoue du reste, n\'en est, après examen, plus une pour moi. Je ne crois pas que Jésus ait accompli aucun acte vraiment miraculeux. Mais cela est étranger k mon sujet; car ceci est certain, qu\'jl considérer comme authen-tiques les miracles attribué\'s a Je\'sus, ils ne sont point donnés comme employés par lui pour e\'tablir sou autorité; chacun de ces actes aurait eu son but en lui-même, presque toujours un but de bienfaisance.

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CÏÏAPITRE SECOND. ÉPITRES PAULINIENNES.

§ 1.

Cadre historique.

La période de première éclosion du christianisme est peut-être ia plus obscure de toute son histoire. Le cow,-ment de presque tout nous écliappe; or, ie comment, c\'est i\'histoire; ie reste n\'est que ia chronique; et même la chronique est ici des plus maigres. Le seul récit qui existe est celui du livre des Actes; il donne fort peu, et ce qu\'il donne, quoique puisé probablement pour une grande part è de trés bonnes sources , est sujet k caution, k cause du but ecclésiastique bien plus qu\'bistorique poursuivi par l\'auteur. Au lieu d\'éciairer les épitres, le livre des Actes a partout besoin d\'être contrólé par ePes, et ne peut l\'être qu\'imparfaitement, les épitres soulevant de nombreux problèmes qui ne sont point du tout com-plètement résolus, et en tout cas ne donnant en fait d\'bistoire que le point de départ pour des inductions, ce qui par la force des cboses conduit rarement plus loin qu\'a une vraisemblance plus ou moins grande.

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CADRE HISTORIQUE.

II ne peut done être question de peindre le milieu historique dans lequel la littérature chrétienne a pris naissance; les lacunes sont trop nombreuses et portent sur des points trop importants pour que cela soit possible. Cependant il y a un certain nombre de faits acquis; ils ont leur valeur et je dois essayer de relever brièvement ceux qui sont de nature a faciliter i\'intelli-gence des écrits du Nouveau Testament au point de vue de la defense de la religion.

Paul écrit aux Romains:

Avant tout, je rends grace a mon Dieu par Jésus-Christ, au sujet de vous tous, de ce que voire foi est renommee dans le monde entier (Rom. I, 8).

L\'expression est byperbolique; mais cette phrase u\'en prouve \') pas moins plusieurs choses Quand elle a ete

1) On voit que je tiens l\'épitre aux Romains pour authentique dans sa teneur géne\'rale; il en est de icême de celles aux Galates et aux Corinthiens. J\'estime navoir certainement pas ete écrites par Paul les trois epitres pastorales et les deux aux Thessaloniciens. Quant aux quatre autres, il y a de forts arguments pour et contre leur authenthicité totale ou partielle.

Jusqu\'è. ces dernières années, l\'authenticité des quatre grandes épitres n\'avait été robjet d\'aucnne attaque se\'rieuse. II n\'en est plus ainsi. üeux professeurs de Tuniversité communale d\'Amsterdam ont public en latin en 1886 un cu-rieux ouvrage qui semblerait tout devoir remettre en question. II est intitule Verisimilia Lactram conditionem Novi Test amend exemplis illustrarunt et ab origine repetierunt A. Pierson et S. A. Naber. D\'après MM. Pierson etNaber, la plupart des livres du Nouveau Testament, et en particulier les quatre épitres principales de Paul, pre\'senteraient une incoherence parfaite [lacera conditio) et cela devrait s\'expliquer par le fait que ce sont de vraies mosaïques; tous ces écrits seraient composes de nombreux fragments d\'origines tres diverses, dont un grand nombre proviendraient d\'une littérature juive libérale, actuel-lement perdue Les plus beaux passages de ce que nous appelons les épitres de Paul auraient été tirés par le compilateur {Faulus episcopus) d\'ouvrages dus aux membres d\'une secte que les auteurs appellent celle des Juifs pneu-matiques, secte étrange, qui aurait rompu avec la Loi, mais qui aurait per-siste k s\'appeler juive.

II va sans dire que, si cette théorie était fondée, il ne pourrait plus être II. 4

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

écrite, il existait èi Rome et dans différentes parties de l\'empire romain des comtnunautés religieuses, distincles, d\'un cóté, du monde païen, de l\'aulre cóté, de l\'église juive; ce qui groupait a part ces coinmunautés était ce qu\'elles appelaient leur foi; l\'existence de la commu-nauté de Rome était connue des aulres et l\'on vanlait sa foi. Un peu plus loin l\'apótre dit que cetle foi des Romains leur est commune, a eux et è lui1), et l\'on voit done que e\'est bien cette foi qui forme ieur signe distinclif, le lien entre eux.

11 importe d\'établir dans la mesure du possible ia nature de cetle foi. Or il est clair, quoique Paul dise

question d\'étudier la manière dont la religion a été prêchée et défeadue par Paul dans ces écrits. J\'avoue eependant n\'avoir pas la moindre idee d\'y renoncer. L\'immense somme d\'érudition et d\'ingéniosilé de\'pensée dans les Ve-risimilia m\'a clairement demontre que la seule hypothese qui expliquo ^existence des qnatre grandes épitres, eest que Paul, l\'apótre des gentils, les a écrites, pnisqiie, malgré tout leur talent, les professeurs amstenlamois ne peuvent échapper amp; cette hypothese qu\'en inventant une secte non chrëtienne. plus chrétienne que les chrétiens, dont il n\'y a pas trace dans l\'histoire et pour laquelle il n\'y a pas de place dans la psychologie. (Voir \'a ce sujet les articles de MM. Kuenen et Berlage dans le Theologisch Tijdschrift, XX, p. 491 et suiv.; XXI, p. 143 et suiv.; ceux de MM. Rovers et Tan Manen dans la Bibliotheek van modtrne Theologie en Letterkunde, VII, p. 441 et suiv.; p. 605 et suiv., et celni de M. Thijm dans les Theologische studiën, 1887, p. 95-141; 526—566).

Déja avant la publication des Verisimilia, M. le prof. Loman, d\'Amsterdam, avait commence a donner, premièrement dans le Theologisch \'Tijdschrift, puis dans le Gids, des articles se rapportant a une conception trés particuliere de l\'origine du christianisme épousée par lui. Son exposé est loin d\'etre complet encore; mais on voit que pour lui le Paul des épitres est un Paul imaginaire, sorti, littérairement, de la lutte des partis; le vrai Paul aurait fort ressemblé a celui que les Actes dépeignent. II va sans dire que dans cette théorie les quatre grandes épitres ne peuvent pas être plus authentiques que les autres. M. Loman ne m\'a aucunement convaincu, justement sur ce point particulier, le seul en cause dans la présente note.

1) I, 12.

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CADRE HISTORIQUE.

qu\'elle est aussi la sienne, qu\'elle n\'est pas identique avec ce qu\'il prêche dans sa letlre avec renfort de preuves a I\'appui. Quand on se donne beaucoup de peine pour démontrer une chose a quelqu\'un, c\'est qu\'on n\'est pas bien convaincu qu\'il l\'admette, si même on n\'est pas certain qu\'il ne I\'admet pas. Gependant entre Paul et ses lecteurs existe de toute nécessité un terrain commun, et ce ne peut être que ce qu\'il pose comme admis, sans qu\'il soit besoin de le démontrer.

Geci établi, il n\'est pas difficile de voir que ce que Paul appelle la foi commune aux Romains, k luietaux communaulés dans le sein desquelles on vante la foi des Romains, implique en tout cas que ceux que Ton nomme les croyants reconnaissent Jésus de Nazareth pour leur souverain ; car l\'expression «le Seigneur», qui n\'existe pas dans le langage religieux des polythéistes, et qui chez les Juifs designe exclusivement Dieu, est employee couramment par Paul pour designer Jésus , de telle fagon que cela ne puisse pas être une expression créée par lui avec ce sens, mais au contraire qu\'elle appartienne nécessairement au langage religieux commun des «croyants». 1)

51

Jésus est «le Seigneur», mais n\'est pas Dieu. Les «croyants» adorent le Dieu unique, dont Us appellent Jésus le Fils. Ce Dieu est pour eux identique avec celui des Juifs et avec le Yawèh de 1\'Ancien Testament, qui est admis par eux comme contenant sa révélation et comme constituant l\'Ecriture sainte ou «les Ecritures», Une preuve tirée des Ecritures est h leurs yeux concluante.

1) Je m\'abstiens, de même que pour plusieurs des assertions évidemment vraies qui suivront, de grossir inutileraent ces pages au moyen de citations amp; I\'appui de choses que personne n\'aura Tidee de controverser.

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CH. II. ÉPlTRES PAUL1NIENNES.

Ce point est important. Quoique separée de l\'église juive, quoique grossissant par l\'adhésion de recrues de plus en plus nombreuses venues du paganisme, ia secte a conscience d\'un lien étroit de filiation entre le judaïsme et elle, tandis qu\'elle ne voit dans le paganisme rien que de diabolique. Les païens convertis abandonnent les favx dienx pour se tourner vers le vrai Dieti, qui est celui des Juifs, qui a parlé aux Juifs quand tout le reste du monde i\'ignorait, et dont les oracles, con-servés par les Juifs, continuent pour les autres hommes a être sa revelation \'). Si Ton joint k cela que le culte des idoles, réprouvé par les-croyants, était en horreur aux Juifs, il s\'ensuit que Torigine païenne d\'un grand nombre de membres de la secle ne les empêchait aucu-nement de sentir un lien d\'affinité entre eux et le judaïsme.

Aussi n\'es,l-il nullement surprenant de voir Paul, même lorsqu\'il s\'adresse évidemnient a des «croyants» d\'origine païenne, faire un trés ahondant usage de TEcriture sainte, el un usage qui en suppose la connaissance passablement détaillée cliez les lecteurs. GVst qu\'il est impossible que la nouvelle foi ait élé prêchée oü que ce soit sans qu\'en même temps on fit connailre I\'Ancien Testament aux auditeurs, s\'ils ne le connaissaient pas encore; et na-turellement on continuait de le lire et de interpreter dans les assemblées de la communauté, celle-ci une fois constituée.

52

II y a plus. Les «croyants» avaient un motif è eux, trés puissant, pour atlaclier le plus grand prix a I\'Ancien Testament et pour l\'étudier. lis appelaient Jésus «le

1) Comp. II Tim. Ill, 14—17; etc.

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CADRE HISTORIQUE.

Seigneur» en qualité de Christ , de Messie promis par les prophètes d\'Israëi. lis fondaient toutes leurs espérances sur le Christ, et l\'Ancien Testament tout entier était è leurs yeux ia promesse, et de la venue de ce Christ, et de la gloire dont il dovait rendre ses fidèles participants; ils y trouvaient done la garantie inflniment pré-cieuse de la réalisalion de leurs espérances et y puisaient une édification d un genre tout particulier, inconnu aux Juifs.

Quant a la porsonne du Christ, «la foi » impliquait done qu\'on reconnaissait en Jésus Ie Messie d\'après les Ecritures; è quoi il laui ajouler qu\'on admetlait qu\'après avoir été cruciRé, il avait éle ressuscité par la puissance de Dieu, qu\'il hahilait Ie ciel et qu\'il devait venir de 1^ dans la gloire pour y t\'aire participer ceux qui croyaient en lui.

Les «croyants» appelaient certainement ces convictions leur foi. Tout aussi certainement, ils se considéraient comma tenus, en attendant l\'avèneinent du Seigneur, non seulement a s\'ahstenir de toules les pratiques païen-nes, mais encore a vivre honnêtement, chastement, charitablement, en un mot, verlueusement.

53

Notons encore que Paul désigne ses correspondants de Rome et de Corinthe en les appelant les «saints» qui se trouvent dans ces villes1), sans donner aucune explication de ce terme. L\'expression qu\'il emploie était done intelligible, en vertu du laugage courant, pour désigner les «croyanls», et nous avons le droit de la prendre comme représentant leur propre manière d\'en-visager ce qu\'ils étaient devenus en croyant au Christ.

1

Rom. I, 7; I Cor. 1, 2; II Cor. I. 1.

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CH. II. ÉPlTRES PAULINIENNES.

Est-ce bien possible? Ges gens ont-ils poussé la présotnp-tion jusqu\'è se figurer être saints? — J\'estime qu\'on n\'en peut pas douter, mais que ia chose était bien moins présomptueuse qu\'il ne nous semble au premier abord. C\'est que les mots de saint et de sainlete réveillent dans notre esprit une autre notion que dans celui des premiers cbrétiens, celle de la pureté morale, de l\'absence du péché. Or, ce n\'est pas ce qu\'ils signifiaient au premier siècle de notre ère. Si cela avait óte le cas, Paul, qui accuse les Corinthiens d\'être encore charnels \'), n\'aurait pas pu les appeler des saints, sans restriction. Dans le langage du Nouveau Testament le mot de sainteté se rapprocbe beaucoup plus que dans le nótre du sens pri-mitif, qui désigne la qualité de ce qui appartient a la divinité1); c\'est l\'opposé du profane et non pas, comme pour nous, de l\'impur. Les premiers cbrétiens se con-sidéraient eux-mêmes comme formant le vrai peuple de Dieu, élus par lui pour lui appartenir et avoir part a ses graces2). lis pouvaient done sentir, comme Paul, qu\'ils n\'avaient pas encore atteint la perfection , et cepen-dant s\'appeler «les saints», en opposition avec «le monde».

54

1

Voy. a ce sujet E. Issel, der Beg riff der Heilig keit im Neuen Testament, Leiden, E. J. Brill, 1887.

2

Segond, dont je pretere en general la traduction a celle d\'Oltramare, s\'est cependant tout-amp;-fait trompé en traduisant Khyroïc; ikylois (Rom. I, 7; I Cor. I, 2) par appelés a être saints, tandis qu\'il s\'agit (pour la gloire, pour le salut) qui sont saints paree qu\'il sont élus. Aussi Paul a-t-il pu, dans la 2e aux Corinthiens, ne pas mettre xAjfro7$, laissant de eóte This-toire de la sainteté des croyants, et Segond a bien dü traduire a tous les saints, absolument, en contradiction avec son interpretation des deux autres passages. — Pourquoi Paul ne s\'adresse-t-il pas aux saints qui sont en Galatie? Est-ce un effet de son mécontentement, qui le fait hésiter amp; les reconnaitre comme ayant encore part avec Christ? (Gal. V, 2).

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CADRE HISTORIQüE.

qui n\'appartenait pas è Dieu. Du reste , comme je I\'ai dit plus haul, en leur qualité de croyants, de saints, ils se sentaient tenus a la pureté morale.

Voilé, avec ses conséquences pratiques, ce que Ton peut dire avec certitude de la foi de ceux h qui Paul a adressé ses épitres , foi qu\'il avait en commun avec eux et avec toutes les communautés de la secte.

Tout ce qui concerne le premier établissement, puis l\'organisation des communautés de «croyants» ou de «saints», est plus ou moins conjectural, plutót plus que moins, et ma tache ne va pas jusqu\'a discuter ces questions, quoique, si elles étaient résolues, cela dut jeter beaucoup de jour sur mon sujet spécial. Je passe done entièrement la-dessus, comme aussi sur la question, des plus intéressantes en même temps que des plus obscures, des rapports qui existaient entre les croyants et leur entourage, tant juif que païen. Toutefois ce dernier point touche de prés a un autre sur lequel heureusement on peut étre plus affirmatif, quoique tout ne soit pas connu. Je veux parler de l\'observation de la loi juive par les membres de la secte.

55

II est certain que souvent — probablement c\'était d\'ordinaire — les Juifs devenus «croyants» continuaient é vivre è la juive *), et cela se comprend. Premièrement, ils y étaient habitués, et la pensée, par exemple, qu\'un membre male de leur familie fut incirooncis leur élait pénible a peu prés de la même manière dont on voit parmi nous bien des personnes se faire une affaire d\'état, non pas de ce qu\'un enfant ne regoive pas une éduca-

1) Comp. Gal. 11, 14.

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CH. II. ÉPITRES PAULINIENNES.

lion chrélienne, mais de ce qu\'il se trouve qu\'il n\'a pas été baptisé ; et pourtant ces personnes, si elles n\'ont plus la conception catholique des sacraments, ne savent au-cunement expliquer ce qui manque a renfant non baptisé, a supposer qu\'il soit clirétiennement élevé. EIIps vous disent: «G\'est mal de priver eet enfant». —«De quoi»? leur demancle-t-on, et Ton n\'ohtient pas de réponse directe, mais seulement l\'assertion renouveléequec\'est mal. Tout ceia se comprend psychologiquenient fort bien.etil ne saurait y avoir de doute que la nature de Taltacbe-ment de beaucoup de Juils pour le rile de la circoncision ne soit tout-a-fait analogue a ce que je viens d\'osquisser.

En second lieu, «la Loi» faisait partie de cetle Ecri-ture sainte pour laquelle les nouveaux croyanls avaient au moins aulant de veneration quelesJuifs. Sansdoule, depuis leur conversion , ils avaient appris amp; clierclier dans les livres saints quelque chose de plus qu\'auparavant, l\'annonce du Messie Jésus ; mais il n\'y avait rien la qui, de soi, put ébranler, bien moins détruire le prestige des prescriptions légales, que Ton continuait a croire émanées de Dieu même, que personne ne disait n\'être pas vénérables, et auxquelles on était si accoulumé qu\'il devait Aire plus gênant de s\'en affrancbir que de continuer a les observer.

Un autre détail certain, e\'est que beaucoup d\'ancif-ns païens n\'avaient pas même l\'idée de se soumeltre è la loi juive. L\'épitre aux Galales prouve la chose sans ré-plique. Nous ignorons totalernent comment Paul s\'y pre-nait pour commencer le dél\'richement d\'un champ nouveau, et par conséquent comment les communautés des Galales se sont fondées; mais ceci est indubitable, que le mis-sionnaire qui leur a prêcbé le Messie Jésus leur a, d\'un cóté, fait connaitre .l\'Ancien Testament, et, de l\'autre

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CADRE HISTORIQllE.

cólé, ne leur a pas parle de la loi des Juifs comme deslinée a devenir la loi de tons les adorateurs du vrai Dieu. 11 faul done de loute necessile qu\'explicitement ou implicilement (e\'est la seconde alternative qui me semble de beaucoup la plus probable), les païens convertis de cette manière-la aient considéré la partie legislative de TAncien Testament comme destinée aux Juifs seuls,

S\'est il trouvé des païens convertis qui se soient aussi mis a judaïser? Sans aucim doute, quand on fut venu leur prêchpr que sans cela ils n\'auraient point de part au salul, comma cela s\'est fail en Galatie. Mais il est impossible de dire s\'il y en a eu auparavant, et aussi, lorsque la propagande judaïsante eut commence, jusqu\'a quel point elle réussit et comment peut-être, en maint endroit, elle aboutit a des compromis de fait.

Ce qui est fort obscur aussi, e\'est ce qui regarde les communHutes mixles, comme celle d\'Antiocbe, renfermant des membres d\'origine païenne et des membres d\'origine juive. Ce que Paul dit d\'Antiocbe \'i montre clairement que les anciens païens ne judaïsaient pas au commencement, et que cependant l\'harmonie n\'était pas troublee; maïs qui répondra aux questions que cela soulève? Les Juifs convertis ne judaïsaient-ils done plus, et, s\'ils judaïsaient, comment s\'arrangeaient-ils dans leurs relations avee les autres l\'rères, en particulier pour les agapes? Ils parlicipaient aux agapes, Paul le dit2). Mais Paul ne dil-il rien de plus, quand il dit «qu\'ils mangeaieut avee les païens»? Encore une fois, qui le dira? Tout cela est malheureusement fort obseur.

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II y a encore un petit nombre de points qu\'il est

1) Gal. II. 11—14. 2) V. 13.

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58 CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

possible de fixer dans ces premiers commencements, si voilés, du christianisme. Par exemple, il est certain que l\'initiative de l\'évangélisation des païens n\'a été prise en aucune manière par les amis personnels de Jésus1); mais il est inutile d\'essayer de glaner plus longtemps dans ce champ en vue de ce que j\'ai a faire, apprécier la valeur religieuse des épitres pauliniennes. Je passé done a cette étude, qu\'il convient de scinder en deux parts, puisque l\'authenticité de quatre de ces épitres est incontestable2). L\'une aura pour litre «Paul», et devra mettre en lumière l\'oeuvre personnelle écrite du grand apótre des gentils, telle qu\'elle ressort de Tensemble des quatre opuscules qui sont certainement de lui. Cela fait, je passerai en revue chacune des neuf autres épitres qui ont été publiées sous le nom de Paul, m\'attachant uniquement è leur portée religieuse, indépendamment de la question d\'authenticité.

§ 2.

Paul.

(GALATBS, I ET II CORINTHIBNS, ROMAINS).

Cinq fois j\'ai 10911 de la part des Juifs mes trente-neuf coups, trois fois j\'ai été frappé de verges, une fois j\'ai été lapidé, trois fois j\'ai faitnaufrage; j\'ai passé toute une nuit et un jour sur l\'abime; et mes nombreux voyages, les périls sur les fleuves, les périls par les brigands, les périls de la part des nationaux, les périls de la part des païens, les périls dans les villes, les périls dans la solitude, les périls sur la mer, les périls chez les faux frères., les peines et les fatigues, les nombreuses veilles, la faira et la soif, lesjeünes fréquents, le froid et la nudité! (II Cor. XI, 24—37).

Quelle énorme activité se cache la-derrière! En faveur de quoi ? De la religion; mais de la religion sous une

1

Comp. Gal. II, 9. 2) Je ne nie point qu\'il y ait des interpolations.

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PAUL.

forme trés spéciale. II s\'agit de faire connaitre si possible au monde entier celui qui est le Seigneur de tous les hommes, Jésus le Christ. Et pourquoi cela est-il nécessaire? C\'est que tous les hommes sent exposés a une perdition certaine, a laquelle ils ne peuvent échapper que par Christ, mais aussi a laquelle ils échappent in-failliblement par lui.

La colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et ini-qoité des hommes, qui etouffent la vérité par Tiniquite (Rom. I, 18);

or tous les hommes, Juifs et païens, sent pécheurs, soumis ü cette colère \'), mais l\'Evangile

est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif pre-mièrement, puis du Grec (Rom. I, 16).

Dieu veut sauver les hommes par Jésus-Christ; quiconque a le honheur de le savoir est tenu de le précher; Paul le sait; Paul vouera sa vie k le prêcher; le monde entier est ouvert devant lui, car le monde entier est plongé dans les ténèbres, et la lumière de l\'Evangile est faite pour tous. Paul est apólre des nations1).

Les seuls documents dignes de foi qui restent sur la vaste oeuvre de Paul sont ses ópitres \'). Ces documents sont extrêmement précieux, mais ce ne sont pas des récits et ils ne peuvent pas nous apprendre toutes sortes

59

1

sion a lui, par la volonté de Dieu, était destinée aux païens (Gal. I, 16).

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CH. II. EPlTRES PAUL1NIENNES.

60

de choses que nous aurions intérêt a connaitre, mais dont l\'apótre n\'avait pas a entretenir ses lecleurs. lis sont done loin de nous mettre ^ tnême de reconstruire le tableau pragmatique de Taclivité de notre missionnaire. En outre, ils sont pour nous hérissés de dilficultés. Maint détail, parfaitement intelligible pour les destina-taires de ces lettres, ne Test plus pour nous, qui ne connaissons pas exactement la nature des relations de l\'apótre avec eux, ni l\'état des choses chez eux; è quoi vient se joindre le style de l\'auteur. L\'art de la composition a eté inconnu a Paul. Gertes, il a souvent la chaleur, rabondance, l\'éloquence; mais l\'exposé laisse constamment fort a désirer. Ses idees s\'enchainent sans aucun doute dans son esprit èi lui; mais il oublie de s\'assurer qu\'il les a fait s\'enchaïner de la mêrne manière dans l\'esprit de ses lecteurs, de sorte qu\'il peut parfaitement arriver que ceux-ci, quelque attentifs qu\'ils soient, pensent a une chose, tandis que lui pense k une autre; il va de l\'avant, répondant è sa propre pensee , et le lecteur se trouve bientót tout désorienté. Le style, au sens étroit du mot, la structure et l\'en-cbainement des phrases , n\'est pas pour diminuer cette difficulté. Les incoherences grammaticales abondent, les antécédents sens conséquents, ou bien les conséquents dont la forme est tout autre que celle demandée par les antécédents, etc. Mon impression trés nette, quand je lis ces épitres avec toute l\'attention dont je suis capable, e\'est que le contenu est le produit d\'un travail de méditation intense, mais que la rédaction semble être une improvisation a haute voix recueillie parun secrétaire \'j.

1) Voy. par ex. Rom. IX, 22—29 dans l\'original, phrase trés longue, non achevée. La mention de la vocation des gentils et celle du petit nombre

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PAUL.

Tout cela fait que les épitres de Paul fourmillent de problèmes insolubles en tout ou en partie. Cependant il y a beaucoup è y apprendre, soit sur Ia théologie de l\'apótre, soit sur la nature de la religion (au sens intérieur et subjectif du mot) dont cette théologie élait la théorie et qu\'elle lui servait è défendre et a recom-mander. C\'est cela que je vais essayer de mettre en lumière.

On voit d\'ordinaire en Paul avant tout le théologien. Je crois qu\'on a tort. S\'il tient trés fort a sa théologie, ce que je ne nie en aucune fagon, c\'est qu\'elle est, dans son esprit, inséparable de ia vie; et ia grande affaire pour lui c\'est la vie. Sur ce point-la, il n\'y a point d\'obscurité dans les épitres pour qui sait lire.

Que dit-il dans l\'épitre aux Galates, destinée a com-baltre ceux qui veulent assujettir les païens convertis au joug de Ia loi juive?

Ce n\'est rien d\'etre circoncis ou de ne Têtre pas; ce qui importe, c\'est qu\'on soit une nouvelle creature (Gal. VI, 15).

Aussi Ia foi qui d\'après lui donne Ie salut n\'est-eile point du tout une simple conviction inteliectuelle, comme eet autre chrétien , l\'auteur de l\'épitre de Jacques, a cru a tort qu\'il l\'avait prêché2). Au contraire, cette foi est un état de l\'ame par lequel justement on devient une nouvelle creature. Ainsi Paul demande aux Galates si ce n\'est pas par Ia prédication de Ia foi qu\'iis ont reQU Ie saint esprit 3), ce qui est synonyme de devenir

de Juifs parvenus a la foi ont amené des citations de l\'Ecriture, qui ont fait oublier k 1 auteur que sa phrase n\'était pas finie. Ces défauts dans la construction logique des phrases et des périodes sont continuels et font le deses-poir des traducteurs.

1) Rom. I, 17; V, 1 etc. 2) Jac. II, 14—26. 3) Gal. Ill, 2.

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CH. II. ÉP1TRES PAUL1NIENNES.

une nouvelle créature. Ainsi encore, après avoir exposé aux Remains que le salut est un don de la pure grêce de Dieu, auquel on a part par la foi, il prévoit bien que quelque lecteur pourrait méconnaitre le renouvelle-ment intérieur qu\'implique cette foi, et il se hate de mettre en garde centre une erreur extrémement dange-reuse. II dit:

Qu\'en conclurons-nous? Devons-noos persister dans le pêche afin que la grace puisse se montrer plus abondante? A Dieu ne plaise! Nous qui sommes morts au peche, comment y vivrions-nous encore? (Rom. VI, 1, 2).

Done, d\'après lui, quand on a la foi, on est mort au péché, on est une nouvelle créature et nous verrons que e\'est a cela qu\'il veut que Ton reconnaisse que les frères auxquels il s\'adresse sont des élus de Dieu , des saints La est l\'idée dominante de lout ce que nous connaissons de la prédication de Paul, et il ne saurail. y avoir de doute que ce ne l\'ait été de sa prédication en général. Voyez par exemple ce qu\'il écrit aux Co-rinthiens au sujet des divisions qui menapaient de ruiner leur communauté:

Ne aavez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu et que l\'esprit de Dieu demeure en vous? Si quelqu\'un ruine le temple de Dieu, Dieu le ruinera, lui aussi. Car le temple de Dieu est sacré, et vous l\'êtes aussi. (I Cor. III, 16,17).

G\'est done rendre profane ce qui est sacré comme appartenant a Dieu, le corps des croyants, que d\'y laisser subsister les passions cbarnelles.

Plus loin il leur dit encore :

Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple de l\'esprit saint qui est en vous et que vous tenez de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas i\\ vous-mêmes? (I Cor. VI, 19 \')).

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On le voit, il pose en principe, non comme une

1) Voy. la page 54.

2) Comp. II Cor. VI, 16.

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PAUL.

chose qu\'il faut enseigner et prouver, mais comme un axiorne, évident pour ses lecteurs aussi bien que pour lui, que les croyants (ce que plus tard on appela les chrétiens), s\'ils sont de vrais croyants, si la place qu\'ils occupant partni les frèras n\'est pas usurpéa, sont indi-viduellernent et collectivement, par le fait de leur qua-lité de croyants, des temples du saint esprit, et que, comme tels, ils ne peuvent plus prendre de plaisir au mal. La baptêma, la cérémonie de l\'enlrée dans la secte, est pour lui le symbole du renouvellement intérieur qui a eu lieu chez le néophite. II écrit:

Ignorez-vous que nous tous, qui avons ëté baptises en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort? Par ce baptême en la raort, nous avons done été ensevelis avec lui, afin que, de meme que Christ a été ressuscitédes morts par la majeste du Père, de même nous aussi nous vivions d\'une vie nouvelle ^ (Rom. VT, 3, 4).

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Paul, qui connatt fort bien les croyants de Gorinthe, et qui n\'a qua trop de cboses a leur raprocher, n\'a point la pensée, en leur disant: «Vous êtes des temples de Dieu» de leur donnar un brevet de perfection. Au contraire, il trouve qu\'ils sont, da fait et en réalité, beau-coup trop peu des temples de Dieu; «vous êtes encore charnels», leur a-t-il dit quelques lia:nes plus haut2), en en donnanl pour prauva la fait qu\'il y avait des divisions parmi eux. II est clair, et sas lecteurs n\'ont pas pu s\'y tromper, que son « vous êtes das temples de Dieu» veut dire: «La ou est la foi, lèi est vaincue la puissance de la chair (du péché) ; tant done que vous vous laissez conduire par des impulsions cbarnelles , vous êtes en contradiction avec votre propre foi, cetta foi n\'est pas vivante, vous n\'êtes pas les croyants que vous

2) I Cor. Ill, 3.

1) Litt.. nous marchions en nouveauté de vie.

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CH. II. ÉPlTRES PAÜLINIENNES.

vous figurez être». C\'est une exhortation trés énergique è apprendre a se mieux connailre, l\'ondée sur ce que la foi est inseparable de la vie nouvelle.

L\'apötre veut-il done dire que les Corinthiens n\'ont pas la foi du tout? Cela non plus. il admet des degrés dans la foi et considère comme des croyants ceux qui sincèrement acceptent Jésus-Christ comme leur Seigneur, lors même que l\'oeuvre de leur transformalion est loin d\'être entièrement accomplie encore; c\'est pour-quoi il dit aux Corinthiens que, puisqu\'ils sont encore (partiellement) charnels, ils ne sent que «des enfants en Christ»1). Mais, que Ton puisse ne pas du tout être en Christ, pas du lout né a la vie nouvelle, que 1\'on puisse être encore entièrement asservi a la chair et au péché, quand on a la foi, voilé ce qu\'il ne peut pas admettre un seul instant; et il veut qu\'on excommunie celui dont le péché scandaleux prouve que, jusqu\'a ce qu\'il s\'amende, sa place n\'est pas parmi les croyants 2); tandis qu\'il combattra avee beaucoup d\'énergie ceux qui disent qu\'il n\'y a pas de résurrection 4), mais n\'insinuera en aucune fagon qu\'il faille les exclure de la commu-nauté ; au contraire, son raisonnemenl , «si Christ n\'est pas ressuscilé, votre foi est vaine», ayant pour but de leur montrer qu\'ils se mettent en contradiction avec eux-mêrnes, tire toute sa force de ce que Paul admet que leur foi nest pas vaine.

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Paul ne définit nulle part la foi; il lui semble done que ce terme est clair pour ses lecteurs. En y regardant bien, on s\'apercevra en effet qu\'il désigne dans

1

1) Comp, Rom. XII, 3; XIV. I. 2) I Cor. Ill, 1.

2

I Cor. V. 4) I Cor XV.

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PAUL.

son langage ce que, dans le nótre, nous entendons par la piélé, la religion envisagée, non pas dans le culle, ni dans les pratiques de devotion, ni en général dans aucune de ses manifestations visibles, mais comme disposition de Tame a l\'égard de Dieu et de ce qui est divin. Dans notre langage le mot de piété est élastique; nous admettons des degrés et même des espèces dans la piété. li en est de même de la foi sous la plume de Paul. Ge peut être cette confiance inébranlable qui ne s\'arrête devant aucun obstacle et qui fait des miracles, la foi qui transporte les montagnes\'j. Ce peut encore être la foi d\'Abraham; aussi de la confiance, mais ici de la confiance dans les promesses de Dieu1). On pourrait pousser cetle analyse trés loin et découvrir un notnbre considérable de nuances , jusqu\'a des passages oü ia foi semble prise dans un sens purement intellec-tuel 2). Mais je crois inutile de tout énumérer, car il est clair que, dans son contenu complet, la foi est pour Paul la disposition filiale de l\'ame amp; l\'égard de Dieu, qui sanctifle la vie et è laquelle on parvient par Jésus-Christ, de sorte que la foi, qui essentiellement est la foi en Dieu 3), peut cependant être appelée la foi en Christ, puisque la foi en Christ fait de nous des enfants de Dieu.

65

1

3) Rom. X, 9. «Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et que

2

tu croies dans ton coeur que Dieu Ta ressuscite des morts, tu seras sauvé».

3

Gal. IV, 6. — « Dieu a envoye dans vos cojurs l\'esprit de son fils, lequel crie: «Abba, Père!»» (Rom. VIII, 15, 16). Par son union avec Christ, le croyant devient, comme Christ, fils de Dieu, «ce n\'est plus lui qui vit, mais Christ qui vit en lui» ^Gal. II, 20). C\'est pour cela qu\'Abraham peut être le père des croyants, quoique il n\'ait connu le Christ que par la promesse; il a eu la foi en Dieu

II. 5

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CH. II. ÉPlTRES PAULINIENNES.

Seulement Paul, fort peu précis dans 1\'emploi des termes, dit couramment la foi la ou il n\'y a en réalité que des élements de foi, et oü done il devrait dire de la foi. G\'est ce qui rend son enseignement confus et ce qui a permis de graves méprises, témoin l\'épitre de Jacques et bien d\'autres choses que je pourrais mentionner.

La foi, au sens complet, la piété, la vie religieuse, est, a-t-on vu, dans une étroite dépendance de la foi spéciale en Jésus-Clirist, et il faut examiner pourquoi, ce qui n\'est point facile du tout; car ici surtout la théologie se méle avec la psychologie d\'une fagon qui n\'est pas favorable a la clarté.

Pourtant, avant d\'aborder ce point, je puis constater d\'après ce qui précède que ce que Paul veut, c\'est, indépendarnment de la manière dont il l\'expliqne, préci-sément ce que Jésus voulait, que les hommes aiment üieu comme leur Père, ne voient plus dans la vertu un joug odieux, ne soient done plus «ennemis» du Dieu de saintelé \'j, mais au contraire prennent en haine le péché, aspirent de tous leurs désirs a s\'en affranchir, pour appartenir tout entiers è üieu, dont ils sentent l\'esprit au dedans d\'eux, ce qui les remplit de lorce, de joie et d\'espérance.

66

Aussi ne puis-je en aucune fagon considérer ce que Ton appelle la partie pratique des épilres de Paul comme des espèces d\'adjonctions, fort importantes et édifiantes sans doule , mais cependant secondaires en regard de la partie doctrinale, laquelle serait l\'essentiel. J\'estime que dans la pensée de Paul c\'est le contraire qui est vrai;

1) Comp. Rom. V, 10,

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PA-ÜL.

la partie doctrinale est Ie moyen, le reste est Ie but. Paul a vu des erreurs qui meltaient en danger la piété qui sanctifie ^, et pour sauvegarder et nourrir cette piété-la, qui est indispensable au salut du monde, il a combattu les erreurs qu\'il constatait. Mais son but suprème était toujours de prêcher la foi qui sanctifie, ce qu\'il ne pouvait faire qu\'en insistant, après toules ses explications, sur ce caractère sanctifiant, qui est tout, et par conséquent sur ceux de ses effets pratiques que les circonstances lui signalaient dans un moment donné comme réclamant particulièrement l\'attention.

La seconde moitié du chapitre cinq de l\'épitre aux Galates est essentielle dans eet écrit avec la première moitié du cbapitre six. L\'auteur a revendiqué la liberté du croyant a 1\'égard de la Loi, point du tout par pure théorie, point du tout par fanatisme — il n\'a pas d\'ob-jection en soi a ce que Ton fasse ce qui est prescrit par la Loi1) —, mais il ne veut pas que les Galates s\'imaginent qu\'il n\'y a point de salut pour eux sans l\'observation de la Loi, paree que cela les éloigne du salut, de la vie en Dieu; il a parfaitement raison de leur dire:

Voyez, moi Paul, je vous dis que, si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien (Gal. V, 2);

car s\'ils se font circoncire, ils méconnaissent ce que Dieu demandé d\'eux, la foi, et ce que Dieu leur a déja donné avec leur foi naissante, son saint esprit3); ils remplacent l\'esprit par la chair4), ils se refont es-

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1

Gal. V. 6. 3) Gal. III, 5. 4) v. 3.

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CH. II. ÉPlTRES PAÜLINIENNES.

claves et ne peuvent done plus être enfants1); or le salut, c\'est d\'être enfant de Dieu. On peut être circoncis et avoir la foi; mais on ne peut pas, incirconcis, avoir la foi et en même temps se fi^urer que Ton a en oulre besoin de Ia circoncision ; car alors on n\'aurait pas regu l\'adoption. on n\'aurait pas dans son cceur l\'esprit du fils de Dieu, qui crie: « Abba, Père!»s). Toute la po-lémiqne de l\'apólre a pour but de faire sentir que ce dont tous les hommes, ce dont les Galates ent le besoin absolu, c\'est la possession de eet esprit. Pourquoi ? Paree que seule la possession de eet esprit rend I\'liomme saint et que ia sainteté est son besoin suprème. Ainsi cette polémique perd toute espèce de valeur religieuse, si elle ne se fait pas au norn et dans l\'intérêt de notre vocation a la sainteté; c\'est ce que Paul sait parfaitement bien, et il termine par la;

Vous avez été appelés amp; la liberté, mes frères; seulement que cette liberie

ne devienne pas un motif pour la chair.....Je dis done: Marchez selon

l\'esprit et n\'accomplissez pas les désirs de la chair.....Or les oeuvres de

la chair sent aisément reconnues; c\'est le libertinage, l\'impureté, etc.... au sujet desquelles cboses je vous declare d\'avance, comme je l\'ai déjè, dit, que eeux qui les font n\'héritei-ont pas le royaurae de Dieu. Mais le fruit de l\'esprit c\'est l\'amour, la joie, etc......Si nous vivons par l\'esprit, marchons

aussi dans l\'esprit (V, 13—25).

L\'épitre aux Galates a été écrite, je n\'ai aucune peine h en convenir, pour défendre la liberté cbrétienne contre les déclamations de certains intrus qui voulaient assu-jettir les enfants spirituels de Paul au joug de la Loi; mais ce que je soutiens, c\'est qu\'il ne prend pas la defense de la liberté pour la liberté, mais pour la sainteté. Et l\'épitre aux Galates a elle toute seule, indépen-damment des autres, prouve par sa simple existence

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1

IV, 21—V, 2. 2) IV, 5, 6.

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PAUL.

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que j\'ai raison. En efFet, elle traite un sujet jusqu\'alors inconnu aux Galates; les preuves scriptuaires et les rai-sonnements de l\'apótre ne sont point des choses qu\'il leur rappelle, mais qu\'il leur enseigne. Et pourlant 11 avait fondé leurs communautés, il leur avait annoncé ^son Evangile», il les avait quittés comme descroyants. II faut done bien que toute eelte théologie qui roule sur les rapports enlre la Loi el, l\'Evangile se soil Irouvée a un moment donné nécessaire pour la défense de l\'Evangile, mais sans être le moins du monde partie intégrante de eet Evangile, qui avait élé prêché sans elle. iMainte-nant, il est extrémement regrettable que nous ne pos-sédions point de renseignements directs sur ce que Paul disait a ceux qu\'il essayait de convertir; nous n\'avons que ce qu\'il a écrit a des convertis; «son Evangile» pur et simple, nous ne l\'avons pas. Toutefois l\'épitre aux Galates nous apprend sans doule possible, non pas les détails de sa prédicalion, mais au moins ce fait important, que le thème en était la foi au fils de Dieu renouvelant les coeurs pour les sanctifier. On 1\'a vu, quand Paul appelle les croyants des saints, il veut que ce caractère de saints, d\'élus de Dieu, soit, dans la conscience des croyants, inséparable de ce que nous, nous appelons la vocation èi la sainteté \').

Ainsi le levain mis dans la pate par Jésus a produit son travail de fermentation. L\'oeuvre de Paul en est un effet et sert a en contmuer Taction. Les moyens qu\'il a employés sont en partie autres et beaucoup plus com-pliqués que ceux dont Jésus avait fait usage, et cela tient a beaucoup de causes, que je n\'ai pas a recbercber

1) Comp. 11 Cor. I, 12, ou la sainteté va de pair avec ia pureté.

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

ici; mais ce que Paul prêche n\'en est pas moins ca que Jésus prêchait, rattachement a Dieu et ci sa sainte volonté comme le bien suprème de rhomme, le seul vrai bien.

Parcourons, nécessairement d\'une manière plus rapide que le sujet ne le mérite, les epilres aux Gorinthiens, nous verrons clairement que l\'Evangile que Paul avait prêche dans la capilaie de 1\'Achaïe était l\'Evangile qui mène les hommes a la saintelé, et que s\'il a écrit, c\'est pour défendre eet Evangile-la et dans aucun autre but.

Dès le début de la première épitre, dans la salutation et les actions de graces, on voit que c\'est la sanctifi-cation qui est le caractère distinctrf des croyants; dans les actions de graces, que Ton n\'a pas le droit de prendre pour un compliment frivole, il est dit que les dons de Dieu ont pour but de faire que les croyants «soient irréprochables» pour 1\'avènement du Seigneur Si c\'est la le but, tout le reste doit y tendre.

Aussi l\'apótre signalera-t-il en quoi les croyants de Corinlbe ne sont pas irréprochables. II y a premièrement leurs divisions, qui prouvent qu\'ils sont encore charnels1). A travers tous les ambages de ces chapitres — qu\'on ne peut analyser sérieusement que dans les ouvrages spé-ciaux — ceci se dégage parfaitement, que Paul admet fort bien qu\'il existe des divergences de vues entre les croyants, qu\'il ne croit pas que ces divergences de vues soient indifférentes 3), mais qu\'en tout cas cependant elles ne doivent pas d\'après lui donner lieu è des divisions et a la formation de partis rivaux, puisque alors c\'est a des hommes que l\'on s\'attacherait et non pas a l\'Evangile.

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1

Ch, I. 10—IV.

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PAUL.

Chacun travaille a sa manière k la construction du temple de Uieu (le corps des fidèles) sur le fondement, qui est immuable \'). Leur ouvrage peut se trouver trés impar-fail, mals ce n\'en sont pas moins des frères. 11 nefaut done pas se déclarer pour l\'un contre 1\'autre, ni pré-tendre, contre les adherents de tel ou tel, que l\'on est de Christ, eux pas; mais tous être de Christ; mieux, en Christ. On sait qu\'on Test, quand on n\'est plus charnel, mais spirituel. C\'est la l\'unique intérèt, d\'être une nouvelle créature; c\'est la ce que donne Christ, et voila pourquoi «Christ ne peut pas être partagé»1).

J\'accorde que cela est dit d\'une fagon embarrassée. Mais je n\'en prétends pas moins que Paul le dit, et que ses lecteurs ont dü le comprendre plus aisément que nous, paree qu\'ils connaissaient sa predication orale. Quand il leur rappelle que c\'est le Christ crucifié qu\'il leur a prêché 3), ils savent bien qu\'il le leur a prêche pour qu\'üi l\'avenir ils lussent en lid*)] et ils savent ce qu\'il entend par être en Christ, la mort au péché et la naissance a la sainteté, ce qui ne constitue pas une philosophie savante comme la réclament les Grecs, tandis que les Juifs n\'y comprennent rien, un Messie crucifié étant a leurs yeux une simple impossibilité 5); mais ce

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1

I, 13. Comp. II Cor. V, 17. 3) I, 23; II, 2. 4)1,30. 5)1,23.

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CH. II. EPlTRES PAUL1NIENNES.

Christ crucifié est une puissance de Dieu Y)r Une puissance. En quoi se manifeste-t-elle ? Comment les Corinthians s\'apergoivent-ils qu\'elle existe et qu\'elle est effl-cace? üniquement et exclusivement par le changement qui s\'est opéré en eux. Leurs divisions prouvent que ce changement n\'est pas complet, qu\'ils sont encore char-nels. lis risquent done de s\'écarter de VEvangile de la sainteté, et toule celte parlie de 1\'épitre a pour bul de les y ramener.

Je ne puis quitter ces quatre chapitres, sans m\'arrêter a la defense de son autorité apostolique a laquelle Paul revient si souvent, et qui commence a se dessiner au chapitre quatre. On a accuse Paul d\'avoir beaucoup trop mis .sa personne en avant, et il est de fait qu\'il y a sous ce rapport des passages trés forts, surlout dans la seconde épitre1). Déja dans l\'épitre aux Galates il parle beaucoup de lui. On remarquera cependant qu\'il n\'en est pas ainsi dans l\'épitre aux Romains; ce qui s\'explique par le fait qu\'il n\'avait pas eu de rapports personnels avec les croyants de la capitale de I\'empire, a condition que Ton admette que ce n\'est pas la vanité qui l\'a porlé a tant parler de lui-même dans d\'autres occasions; car, si cela avait-été le résullat d\'un besoin de sa vanilé, cette subtile passion aurait aisémnnt trouvé des prétextes de se donner satisfaction aux yeux des Uomains aussi. J\'ai lu et relu ces passages personnels, et j\'avoue qu\'il y en a qui choquent mon goüt, mon goüt a moi, formé sous l\'empire de mille influences qui n\'existaient pas a l\'époque de Paul; mais de vanité, je n\'en découvre

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1

Voy. I Cor. IV 16; XI, 1. 2, 34; V. 3—B; II Cor. I, 12—14, 23; II, 14—37; IV, 1 et suiv.; VI, 3 et suiv.; X—XII.

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PAUL.

aucune trace. Je défie que 1\'on signale un seul mot, même des plus vifs, oü le souci de Paul soit un autre que celui de cette «vie en Christ» nécessaire a tout homme, qu\'il craignait de voir périciiler. A tort ou a raison — dans mon opinion, ce n\'est point atort; mais cela ne fait rien la question de vanité -— a tort ou a raison , il voyait dans les motifs qui f-iisaiont dénigi er sa personne des principes dangereux pour l\'Evangile, at il a senti que, dans l\'inlérêt de l\'Evangile il lui I\'allait défendre son prestige. II n\'est même pas dilficile de voir qu\'il a eu de la repugnance a céder a cette nécessité. Je ne puis pas m\'étendre la-dessus et discuter les textes1), mais je crois que tont lecteur attenlif et non prévenu m\'accordera que si, force de défendre son autorité, Paul peut avoir parfois éprouvé quclqiie aigreur — hélas! «charnelle» —, il ne défend jamais sa personne que pour déi\'endre l\'Evangile de la «vie en Christ». En effel, qu\'on me permette encore cette seule remarque, saut\' quand il avoue n\'avoir pas fait de beaux discours pour tacher de gagner les Corinthiens a la foi, parce que ce n\'est pas cela qui converlit les ames 2) (ce qui est aussi une defense de son apostolat fondée sur ce qu\'il a ex-clusivement pour bul de répandre l\'Evangile, de vie), Paul ne se défend que contre une opposition venant de la part des judéo-chrétiens fanatiqurs, qui, en insistant sur la nécessité de certaines observances, détruisaient le besoin de la vraie justice que donne seule la «vie en Christ», mais qu\'aussi elle donne complètement.

Le reste de la première épitre aux Corinthiens est

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1

11 y a assez de matière pour une monographie intéressante.

2

1 Cor. II, 1.

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parfaitement conlbrme è ce que Ton doit attendre de quehju\'un qui prêclie une Ibi qui transforme en enfanls de Dieu ceux dans le coeur desquels elle pénètre, de sorte que leur condnite devienne conforme amp; la sainte volonle de Dieu. II s\'élève contre les vices que ne peut pas lolérer une comnnunanté de croyants1), et contre le manque de charité qui fait, non seulement que les frères ont des différenls enlre eux, mais même qu\'ils ne sont pas en état de les vider a I\'amiable, de sorte qu\'ils les portent devant les tribunaux païens2). Cela provient de l\'égoïsme qui rend injuste, égoïsme qui, de même que loutes les passions charnelies, ne peut plus trouver place dans le coeur des élus:

Ne vous y troinpez point\' Ni les irapudiques, ni les idolatres, ni les adultères, ni ceux qui se livrent a des debauches infames 3), ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les calomniateiirs, ni les avnres, n\'hé-riteront le royaurae de Dieu. Et vous etiez tels, de manière ou d\'autre; mais vous avez etc purifies ^), mais vous avez ele sanctifies 6), mais vous avez etc

1) Ch V. 2) VI, 1—9.

3) Corame on neut s\'y attendre, les vices horribles du paganisme (Rom. 1) n\'avaient point entièrement disparu des moeurs des croyants de Corinthe.

4; Litt. «par ablution» Paul veut-il dire que les/wwrn des croyants sont effacées? Probablement il pense a cela aussi; mais il est evident qu\'il ne pense pas rien qu\'k cela, pas même avant tout ^ cela, mais bien a un changement qui a fait que les volenrs devinssent probes et les impudiques chastes. C\'est en ceci surtout quon a continuellement mal compris Paul, que Ton n\'a pas vu que jamais chez lui la purification inte\'rieure, qui détruit la puibsance du peche, n\'est séparée de la purification, on peut dire extérieure, par la-quelle il n\'est pas tenu compte des pechés accomplis avant la justification (Rom Til, 25). Au contraire, non seulement Paul ne separe jamais les deux choses, mais il se montre justement en ceci fidéle disciple de Jesus, que c\'est la première qui pour lui est l\'essentiel. Quand les chre\'tiens seront pauliniens sous ce rapport, leurs abominables disputes prendront fin. Mais, comrae les Corinthiens, ils sont encore charnels, et ils disent: «Moi je suis de Paul, moi je suis d\'Appollos, moi je suis de Christ», au lieu d\'etre en Christ.

5) On voit que ce que Paul appelle la sanctitication sans être ce que nous, nous nommons ainsi, en est inseparable. Le fait que les Corinthiens ont e\'te

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PAUL.

justifies \') par la communion avec la personne *) du Seigneur Jesus et avec 1\'esprit de notre Dieu (VI, 9—11).

Le comment de ces choses, c\'est la théologie de Paul, donl j\'ai déja dit que je m\'occuperais pour autant que c\'est nécessaire. Mais le fait en est que le croyant ne peut être que saint, et le but de l\'épitre est de défendre la foi qui rend saint. Voila ce que je veux montrer. Aussi le reste du chapitre insiste-t-il sur la nécessité de la chasteté1), de peur que Ton ne se méprenne sur la liberie que l\'apötre avait l\'liabitude de revendiquer pour les croyants 4).

Le chapitre VII est consacré aux questions relatives au rnariage, dans lesquelles l\'apötre n\'entre que parco que pour le croyant tout ce qui compose la vie est sous la domination de la foi, et qu\'il a done è examiner dans chaque cas particulier ce que réclame la sainteté. II . va sans dire que l\'on peut différer d opinion, même avec Paul, sur ces questions d\'application; mais ce qu\'il veut, c\'est la saintelé.

II en faut dire autant des admirables considérations dans lesquelles il entre dans les trois cliapitres suivants, au sujet des questions qu\'on lui avait posées sur l\'usage des viandes provenant des sacrifices païei.s. Ce n\'est que bien a regret que je me prive du plaisir d\'y entrer plus avant.

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1

VI, 12—20. 4) VI, 12.

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

II n\'y a rien dans cette épitre qui ne soit en relation avec la sainteté, pas même les opinions assez étranges de Paul au sujet de la position qui revient k la femme et de la tenue qu\'elle doit observer1); et certainement pas ce qu\'il dit des assemblées des croyants et spéciale-ment de la sainte cène2). «Vous vous assemblez, dit-il, non pour devenir meilleurs, mais pour devenir pires», quoique pour le croyant tout doive servir èi le rendre meilleur. Et c\'est dans le même esprit qu\'il parle de ces «dons spirituels»3) auxquels les Corinthiens atta-chaient tant de valeur, que Paul considérait aussi comme des dons de Dieu, y compris la glossolalie, mais dont il ne veut pas qu\'on se targue; il veut qu\'ifs servent a Tedification *). C\'est a cela que nous devons l\'éloge de la charité4), dans laquelle se resume toute la vie du croyant, au point que, sans elle, ces «dons spirituels» si vantés et si recherchés soient sans aucune valeure).

Je ferai seulement remarquer au sujet du célèbre chapitre XV, sur la résurreclion, que la grande énergie que Paul y déploie vient de ce que, selon lui, s\'il n\'y a pas de résurreclion, la foi des Corinthiens est vaine, et «ils sont encore dans leurs péchés»5). A mes yeux,

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1

XI, 2—1G. II n\'est point impossible, du reste, que ce passage ait été interpolé en tout ou en partie.

2

XI, 17—34. 3) Ch. XII—XIV. 4) XIV, 26. 5) Ch. XIII.

3

6) Même la foi; mais j\'ai dejk fait remarquer qu\'ici le mot de foi estpris

4

sauve, ne peut pas exister sans la charité. Elle «demeure», quand tont le

5

v. 17.

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PAUL.

c\'est un paralogisme, car si la vie nouvelle est née en moi — si je ne suis plus dans mes péchés — ce fail ne peut pas être détruit par un raisonnement. On peut rétorquer è Paul: «Par ton excellente prédication nous avons été «réconciliés avec Dieu»; tu t\'es figure que c\'était paree que tu nous disais que Dieu avait ressus-cité Christ des morts; mais tu vois toi-même que cela n\'y est pour rien; è ta voix la hideur du péché s\'est révélée k nous, nous avons compris que Dieu nous a donné son flls pour nous appeler è lui, qu\'il est un Dieu d\'amour et que nous pouvons Faimer a notre tour; nous avons regu l\'esprit de sanctification, nous sommes, pour employer ton langage, morts et ressuscités, nous ne «sommes plus dans nos péchés», quoique nous n\'ad-mettions pas la résurrection. Ge n\'est pas nous qui sommes en contradiction avec nous-mêmes; c\'est loi qui te trompes sur ce qui fait la force de ta prédication». La preuve donnée par Paul ne prouve rien; mais c\'est une simple faute de logique, et I\'intention de I\'argument reste toujours de défendre la foi par laquelle on ne reste pas dans ses péchés \').

1) Le même paralogisme revient sous une autre forme au v. 32, «si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons». C\'est toujours le même raisonnement par Tabsurde, cette fois comme ceci: «Si les morts ne ressuscitent pas, il ne reste h Thomme que le culte de la sensualité, ce qui est horrible et inacceptable (qicod absurdum)». A qui inac-ceptable? A. Paul, mais aussi k ceux qu\'il refute; il compte qu\'ils seniiront la force de son argument, que done, independamment de la croyance en la resurrection, ils sont conraincus que I\'homme ne doit pas être esclave de ses sens. Cette conviction est done anténeure k celle de la résurrection, elle sub-siste par elle-même, existant par le fait que Ton a rexpdrience de la supériorité de la vie spirituelle sur la vie charnelle, et elle ne peut pas être détruite par le fait qu\'on n\'en tire pas les mêmes consequences que Paul. Sa preuve ne prouve pas. Mais I\'emploi de cette preuve prouve que pour lui le tout de I\'homme est la vie spirituelle, qui domine les passions sensuelles.

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CH. II. ÈPlTRES PAULIN1ENNES.

Le seizième chapitre est plutót un chapitre d\'affaires, la grande collecte, la visite que Paul fera etc. Mais ce sont les affaires qui existent entre personnes que relient ensemble les intéréts de la foi. Paul les traite comme quelqu\'un pour qui les intéréts de la foi sont insépa-rables de l\'esprit de fraternité et de concorde, ce qui est parfaitement d\'accord avec le reste.

On me permettra de m\'arréter peu a la seconde épitre, non pas paree qu\'elle ne renfermerait pas de nombreux détails tout-è-fait dignes d\'être signalés, mais paree qu\'elle est plus une lettre de sentiment que la première, que pour cela on ne peut pas la diviser en péricopes traitant de sujets délerminés et distincts (sauf les chapitres VIII et IX sur la collecte), et qu\'il faut done, ou bien la suivre de détail en détail, ce qui me mènerait trop loin, ou bien la prendre en gros.

C\'est, dis-je, une lettre de sentiment, au moyen de laquelle, inquiet pour la vie spirituelle dans la commu-nauté de Corintbe, Tapólre s\'elforce de rétablir et de renlbrcer la confiance de ses lecteurs k son égard. Tout peut se réduire a deux ou trois idéés principales: C\'est exclusivement voire bien que Je veux ; je ne suis done pas intéressé, ma vie tout entière le prouve; ceux qui vous excitent contre moi ne sont pas vos vrais amis et tout cela me cause de l\'inquiétude a voire sujet; je crains que je ne trouve cbez vous trop de choses con-traires è 1\'Evangile, et je vous écris surtout dans l\'es-pérance de prévenir ce mal. Ainsi, la préoccupation constante, unique de Papótre, c\'est de concourir a nourrir la foi sanctifiante. Qu\'on me permette un petit nombre de citations; il serait t\'acile d\'en donner beaucoup.

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PAUL.

C\'est done (moi-raême ayant éte rëconcilié avec Dieu), e\'est done pour Christ que je fonctionne comrae son delegue, eomrne si Dieu vous prêchait par ma bouehe: e\'est pour Christ que je vous adresse la prière: « Laissez-vous ré-eonciiier avee Dieu»! Celui qui n\'a point eonnu le peehé, il l\'a fait péché pour nous, afin que nous, nous devenions en lui justiee de Dieu 1). (II Cor. V, 20, 21).

Que Ton crilique Paul, si 1\'on veut, de dire plus ou moins que Dieu même parle par sa buuche, langage que nous trouvons blasphématoire de la part des papes; pour moi, je dirais; «II taut comprendre avant de cri-tiquer». Mais passons , pour éviter une longue discussion. Cela n\'empêche pas que le but de toute son activité est d\'inviter ses frères a être reconcilies avec Dieu , que c\'est ce qu\'il a preobe a Gorinlhe, que s\'il écrit c\'est pour poursuivre cette oeuvre, et que c\'est dans l\'intérêt de cetle oeuvre exclusivement qu\'il taut clierclier la raison d\'être des différentes parties de l\'épilre.

Je ferai remarquer en outre qu\'ici et partout aiileurs, Paul parle d\'une réconciliation des hommes avee Dieu, jamais de Dieu avec les hommes 2), de sorte que devenir justice en Christ doit s\'entendre d\'une justice réelle, du pécheur devenant lui-même juste par la grace et la puissance de Dieu; Paul ne parle pas de la justice d\'un tiers, que Dieu accepte a la place de la nótre qui manque. Encore une Ibis, cnez lui, jamais la foi n\'est

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1

C\'est quand on se laisse «réeoncilier avec Dieu» que Ton devient «en Christ justiee de Dieu». La justification inseparable de la conversion qui change le cosur Voy. p. 75, n. 1.

2

II est curieux de constater qu\'un passage cité des milliers et des railliers de fois, surtout dans les livres d\'edification, est celui du v 19, « Dieu récon-ciliait en Christ le monde avec lui-même» (on dit dWdinaire: «Dieu etait en Christ réconeiliant le monde avec lui-même »), et que régulièrement on en fait Tapplication comme s\'il y avait: «Dieu se re\'conciliait lui-même avec le monde». Puissance du dogmatisme!

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séparée de la sanclificalion. Parloul nous retrouvons le Paul qui devait écrire aux Rotnains:

Que conclurons-noQS? Devons-nous persister dans le péohé, afin que la gramp;ce puisse se montrer plus abondante? A Dien ne plaisel Nous qui sommes morts au pêche, comment y vivrions-nous encore? (Rom. VI, 1, 2)

Poui- en revenir è la seconde aux Corinthiens, une seule citalion encore, qui montre bien quel était le souci qui avail porté l\'apAlre a tant parler de lui-même et qui lui avait diclé toute sa lettre;

Vous croyez toujours que je veux faire mon apologie devant vous! C\'est en presence de Dieu, en Christ, que je parle, et tout cela, mes bien-aimés, pour votre edification. Car je crains qu\'a mon arrivée je ne vous trouve pas tels que je voudrais que vous fussiez, et que moi anssi je ne sois trouve par vous tel que vous ne voudrez pas que je sois; je crains qu\'il n\'y ait la des discordes, des jalousies, des emportements, des rivalités, des calomnies, des insinuations, des présoinptions, des désordres; qu\'a mon arrivée mon Dieu ne m\'hurailie encore k votre e\'gard, et que je n\'aie k m\'affliger au sujet d\'un grand nombre qui auront été pëcheurs et qui ne se seroot point repentis de rimpureté, du libertinage, des debauches auxqueües ils se sont livrés (IE Cor. XII, 19—21).

Ce que nous avons Irouvé dans l\'épitre aux Galates, ce que nous avons trouvé dans les deux epitres aux Gorinlhipns, nous le retrouverions dans l\'épitre aux Rotnains. J\'eslime n\'avoir plus a le démontrer, la seule cilalion de Rom. VI, 1, 2 — quand même ce serait tout ce que j\'ai été amené a en signaler jusqu\'ici — suffisant a prouver qu\'ici encore la Ibi que Paul prêclie et qui constitue a ses yeux la vie religieuse, la piélé nécessaire è l\'homme, est une foi par laquelie on meMrf au pe\'rhe. Si toute l\'épitre est essentiellement une dissert al ion sur les rapports entre cette foi et le judaïsme, cela vienl de ce que l\'apótre, n\'importe pour quels motifs, craignait qu\'è Rome on ne fut tenlé de cliercher

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PAUL.

encore la justice la oü elle ne se trouve pas; et I\'in-térêt extrêmement pressant qu\'il prend a cette question vient uniquement de son ardent désir de voir fleurir partout, compléte et puissante, la vraie foi, celle par laquelle, étant réconciliés avec Dieu, nous moui\'ons au pêché.

Nous voilé, ce me semble, bien au clair sur l\'idéal de Paul, Comme Jésus, il ne voit de bonheur pour Thomme qu\'a la condition absolue que celui-ci, par la conversion , apprenne a aimer Dieu, a se confier en lui, non seulement pour ce qui regarde son sort extérieur, mais avant lout pour se laisser guider par lui — c\'est ce qu\'il appelle avoir le saint esprit — ; il le fera s\'il se donne a Dieu, s\'il se considère comme lui apparte-nant, et si par consequent tout ce qui le sépare de Dieu, tout ce qui le prive du sentiment de la communion avec Dieu, lui inspire en même temps de I\'borreur et de la tristesse, une tristesse selon Dieu, qui produit une repentance è saiut, dont on ne se repend pas1]. L\'idéal de Paul, c\'est que les hommes meurent au pécbé pour vivre a Dieu. II sait, hélas! que mourir au péché ce n\'est pas ne plus pécber du tout; en d\'autres termes, qu\'il faut apprendre ü aimer Dieu toujours plus complètement après qu\'on a commencé de l\'aimer; qu\'il y a différents degrés dans eet amour, les uns étant encore enfants, tandis que d\'autres sont parvenus a une grande maturilé, et qu\'ainsi le cceur, quoique tourné vers Dieu, n\'est pas du premier coup purifié de toute disposition cbarnelle. On est mort au péché, puisqu\'on

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6

1

II Cor. VII, 10.

n.

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a reconnu en lui l\'ennemi; mais on ne connait pas encore la nature pécheresse de maint mouvement intérieur, et il arrive qu\'on s\'y laisse aller et par conséquent que Ton commette des péchés. II y a une grande distance entre l\'idéal, la sainteté, êt la réalité, la vocation a la sainteté \'). G\'est pourquoi celui qui a la foi doit grandir, se fortifier dans la foi, et la grande préoccu-pation du croyant, c\'est la sanctification1).

Le croyant n\'est sauvé qu\'en espérance2), et il y aurait lieu pour lui de se désoler de la lutte entre le vieil homme charnel et l\'homme nouveau spirituel, la-quelle continue en lui même après sa conversion3), s\'il n\'avait pas, comme sur fondement de son espérance, l\'expérience du commencement de la vie en Dieu, ou, comme Paul l\'exprime, s\'il n\'avait pas «regu l\'esprit en guise de prémices»4). II ne peut done se contenter de ce qu\'il a et pactiser avec le péché6). Ou il a regu les prémices de l\'esprit, et sa vie est une vie de progrès, de sanctification; ou sa vie n\'a pas ce caraclère, ét et alors il n\'a pas rec-u l\'esprit, il n\'a pas «la foi».

Paul veut done que le croyant se sanclifie de plus en plus, et c\'est a cela qu\'il veut que servent toutes ses relations avec les autres croyants 7). II entend done que les croyants se groupent entre eux et forment des «églises»;

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1

Comment citer des passages isolés, quand tout, dans nos épttres, prêche cela?

2

Rom. VIII, 24. 4) Rom. VII, 14—25.

3

B) Rom. VIII, 23; comp. 11 Cor. I, 22; V, 5 etc.

4

6) Rom. VI, 1, 2; etc. etc. 7) Voy. en particulier I Cor. XII—XIV.

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PAUL.

mais nulle part on ne trouve sous sa plume un mot qui fasse penser è l\'Eglise au sens catholique. II ne connait pas de rites obligatoires; le baptême est pour lui le symbole de ia mort au péché et de la naissance ü la vie en Dieu ; c\'est un\'e profession de foi du converti, sur laquelle il est regu au milieu des frères; mais c\'est la foi du converti qui le sauve, le baptême n\'y est pour rien\'). La sainte cène est un repas fraternel symbolique, qui ne crée pas la fraternité des croyants, puisqu\'elle est fondée sur leur foi commune en celui dont ils com-mémorent la fin sanglante; elle exprime cette fraternité et n\'y est done point essentielle J). Paul parle du baptême et de la sainte cène comme de bons usages existants parmi les croyants, mais point comme de «moyens de grèce», nécessaires. Ge qui est nécessaire, c\'est que tout, baptême, sainte cène, prières, chants, prédication, relations journalières, serve è l\'édification, laquelle est identique a la sanctification des uns par les autres 3).

L\'Eglise, comme corps organisé, je ne la vois nulle part chez Paul; bien des églises, des groupes de fait, qui se sont constitués par la force des choses, puisque l\'on ne pouvait pas croire en Jésus-Ghrist sans rompre avec le paganisme, ou, si l\'on était d\'origine juive, sans cbercher en dehors de la synagogue ce dont on avait besoin pour nourrir une espérance méconnue et méprisée au sein du monde juif. Ainsi s\'est formée l\'an-

1) Rom. VI, 3 et suiv. II est de toute evidence dans ce passage que le vrai baptême, c\'est de mourir et de ressusciter (spirituellement) avec Christ, et que la cérémonie du baptême n\'est que le signe de ce baptême tout intérieur, qui ne depend en aucune fa9on de la cérémonie. Celle-ci a de la valeur, paree qu\'elle engage celui qui, en la demandant, se dit « baptise en la mort de Christ».

2) I Cor. XI, 17—34. 3) Comp. I Cor. XIV, 26.

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CH. II. ÉPlTRES PAULINIENNES.

tithèse entre les croyanls et le monde, qui a plus tard abouli h la notion de l\'Eglise en dehors de laquelle il n\'y a pas de salut. Pour Paul, il n\'y a pas de salut en dehors de la foi; mais il ne peut trouver qu\'excellent que ceux qui sont venus è la foi se recherchent les uns les autres et s\'unis-sent dans la ferme volonté de rompre avec tout ce que Dieu condanme. On congoit cependant que sa pensee puisse em-brasser l\'ensemble des croyants, comma tous attachés a une même cause, et entourés des mêmes dangers et des mêmes ennemis, et qu\'il donne une fois a eet ensemble le nom d\'Eglise de Dieu \'). Gela n\'a rien de commun avec l\'Eglise catholique, puisque le lien qui unit enlre elles les difFérentes parties de l\'Eglise de Dieu d\'après Paul, e\'est le fait que ses membres ont la foi, ce n\'est pas la soumission è- quelque autorité extérieure que ce soit. Personne dans l\'Eglise de Dieu de Paul n\'a qualité pour dominer sur la foi des autres; mais la mission, même des apótres, est pour chacun de travailler a la joie de ses frères ^). L\'Eglise en général, de même que chaque église en particulier, est pour Paul une association fraternelle en vue de l\'édification de tous et de l\'évangélisation du monde.

Son idéal est ainsi que chacun mette son seul bien dans l\'amour de Dieu et travaille a nourrir eet amour en lui et chez les autres, chacun individueilement et tous collectivement.

Comment recommande-t-il eet idéal? Telle est la question a laquelle il reste a répondre, et ce sera dire comment il défend la religion. Aussi peu que Jésus 3),

1) Gal. 1, 13. «Je persecutais a outrance TEgliae de Dieu».

2) II Cor. I, 24. 3) Voy. la page 46.

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PAUL.

Paul comprendrait ce que nous voulons dire par la dé-fense de la religion; il sait qu\'ii est nécessaire que les hommes soient religieux, et il travaille de toutes ses forces è les rendre tels. Voyons maintenant comment il s\'y prend.

J\'ai déja fait remarquer que les écrits de Paul que nous possédons s\'adressent è des frères dans la foi et que nous n\'avons pas de renseignements directs sur la manière dont il s\'y prenait pour propager la foi Ik ou elle n\'existait pas encore. II y a cependant un point évident: partout ou il allait, il prêehait Jésus-Ghrist. II ne le dirait pas, qu\'il serait facile de s\'en assurer; mais il a eu l\'occasion de le dire, et nous lisons dans la première épitre aux Gorinthiens:

Moi aussi, mes frères, en venant chez vous, je ne vins point vous annoncer Tenseignement de Dieu amp; grands frais de réthorique ou de philosophie. Car je me proposais de ne rien savoir chez vous, si ce n\'est Jesus-Christ et Jésus-Christ crucifié (I Cor. II, 1, 2).

Ainsi, aux yeux de Paul lui-même, le fond de I\'en-seignement qui devait conduire les hommes a la reconciliation avec Dieu et h la foi qui sauve, c\'était de faire connaitre Jésus crucifié et Messie; et j\'ai déja constaté, par la nature des choses et par le contenu des épitres, que eet enseignement ne pouvait pas se donner sans que le missionnaire fit appel a l\'Ancien Testament, et done le fit connaitre, si ses auditeurs ne le connaissaient pas encore \').

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Voila qui est clair; mais cela ne nous avance pas beaucoup. 11 faut savoir ce que Paul entendait par prêcher Jésus-Christ, ce qu\'il disait quand il prêehait

1) Voy. la page 52.

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CH. II. ÉPITRES PAULINIENNES.

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Jésus-Christ; or ceci, franchement, n\'est pas clair et je doute fort que ce le devienne jamais, quand même on ajouterait des montagnes de volumes aux millions de pages que Ton a déja écrites h ce sujet.

La difficulté se trouve dans l\'importance attribuée par Paul èi la mort de Jésus. Pourquoi faut-il cette mort pour que par elle nous mourrions au péché? Un grand nombre de théologiens estiment que Paul voyait dans la mort de Jésus un sacrifice sanglant par lequel il a été satisfait k la justice de Dieu au bénéfice des hommes, qui, tous pécheurs, ne peuvent y satisfaire, et ils expli-quent la nature, soit du sacrifice, soit de la satisfaction , en cent manières difFérentes. J\'estime que Paul ne dit point cela, et les innombrables divergences entre ceux qui prétendent qu\'il le dit sonl bien la preuve qu\'en tout cas il est loin de le dire clairement. Mais admettons qu\'il le dise: la difficulté que je signale n\'en subsiste pas moins tout entière. Paul expliquerait la nécessité de la mort de Jésus-Christ pour que Dieu puisse nous pardonner nos péchés et ne pas nous damner, comme nous l\'avons mérité, puisque tous nous avons transgressé sa volonté; mais la remission de la peine du péché n\'est pas l\'affranchissement de son pouvoir, n\'est pas la nouvelle naissance, n\'est pas la sanctification. Comment celle-ci se produit-elle? Paul dit des croyants qu\'ils sont« morts avec Christ»1), et celte mort, nous le savons, est la condition de la vie nouvelle. Mais pourquoi « avec Christ» ? Qu\'il y ait la quelque chose de symbolique, cela se congoit; Adam est le représentant de tous les pécheurs venus après lui, et Christ est celui de tous ceux qui

1

Rom. VI. 8.

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PAUL.

deviennent enfants de Dieu; toutefois ce n\'est pas cette ressemblance qui fait que le pécheur devienne enfant de Dieu; ce n\'est pas la mort physique de Jésus qui que le pécheur meure, spirituellement, au péché.

Mais, dira-t-on, c\'est la foi en la mort de Christ qui produit Taffranchissement de l\'esclavage du péché. Ge sent la des mots, non des réalités. Qu\'est-ce que cette foi en la mort de Christ? La conviction qu\'il est mort, ou bien celle qu\'il est le Christ quoique on 1\'ait cruci-fié, ou encore celle que sa mort expie nos péchés? Oü dans tout cela se trouve la puissance de renouvellement a salut? Ne peut-on pas avoir toutes ces convictions et rester de fait ennemi de Dieu, n\'aimant pas savolonté, ne haïssant pas le péché?

Dira-t-on que le pardon gratuit des péchés en Jesus-Christ est un bienfait si immense qu\'il est impossible de [\'accepter sans que le coeur soit pénétré de gratitude envers l\'auteur de eet inappréciable salut? Certes ilfau-drait être afFreusement ingrat pour croire en ce bienfait, pour l\'accepter, et n\'éprouver aucune reconnaissance envers Dieu. Mais enfrn cette ingratitude, toute noire qu\'elle est, reste possible, trés possible; c\'est une forme bideuse du péché sans doute, mais tant que le péché n\'est pas vaincu, cette forme peut exister, et existe;on peut, et cela arrive, accepter trés sincèrernent le pardon des péchés en Jésus-Christ et n\'avoir aucune reconnaissance assez puissante pour faire haïr le péché. Et pour-tant, d\'après la théorie, la foi au pardon gratuit donne le salut. Si Ton entend par lèi le salut sans transformation, c\'est un blaspbème, dont il est inique d\'accuser Paul, car il en est parfaitement innocent; et si Ton entend un salut inséparable de la sanctification, on ne

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CH. 11. EPlTRES PAÜLINIENNES.

voit pas comment celle-ci découle de la foi telle qu\'elle a été définie.

Ce qui complique les choses, c\'est que la reconciliation avec Dieu, la mort au péché, la nouvelle naissance, se congoivent fort bien en dehors de tout fait historique quelconque (ici la mort de Jésus). Ce qui produit en réalité ce changement indispensable, c\'est, de quelque manière qu\'on y vienne, la découverte de la misère dans laquelle le péché nous fait nous trainer, et celle de l\'amour du Dieu qui nous appelle au bien, qui apparait au pécheur comme un maitre sévère et exigeant \'), mais qui se montre, dans sa sainteté sans tache, Père bien-faisant a celui qui a reconnu l\'ennemi dans le péché. (Je/a «réconcilie avec Dieu», réellement, pratiquement, fructueusement; et c\'est en effet le résultat que Jésus s\'efforgait d\'atteindre par sa prédication, sans qu\'il ait jamais parié d\'un sacrifice expiatoire, ni de la fci en son sang, ni d\'une mort nécessaire amp; la rédemption des pécheurs. Et non seulement Jésus prêche la réconcilia-tion avec Dieu sans la faire dépendre d\'aucun événement extérieur au pécheur, mais en outre il ne met aucune-ment non plus le pardon de Dieu en rapport avec un événement accompli ou a accomplir indépendamment du pécheur; comme on le sait, il assure du pardon tous ceux qui se repentent, et ne connait d\'autre condition a ce pardon que celle que nous pardonnions k notre tour 1).

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Avec Paul, nous sommes dans une impasse. Son idéal religieux est trés facile a saisir; c\'est la réconciliation du pécheur avec Dieu, qui fait que le pécheur convert! appartient a Dieu et entre par la dans une vie nouvelle,

1) Comp. Matth. XXV, 24.

1

II serait superflu de citer dea textes.

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PAUL.

celle de la sainteté. On congoit en outre qu\'il pense a un pardon nécessaire pour les péchés antérieurs, que Ton pourrait craindre de voir se dresser comme une barrière entre le pécheur repentant et son Dieu offense. Mais on ne voit pas et il n\'explique pas pourquoi c\'est «en Christ» que s\'opère la reconciliation; on voit que eet «en Christ» se trouve dans un rapport étroit avec la mort de Jésus; mais la nature de ce rapport échappe; on ne parvient pas è determiner la notion exacte qui recouvre l\'expression , ou plutót les expressions, figurées et trés vagues, qu\'emploie l\'apótre. Bref, les termes dont il use disent clairement qu\'il y a un rapport, et ne disent pas du tout en quoi il consiste 1).

Je suis convaincu que la nature de ce rapport n\'a pas élé claire a Paul lui-même, et qu\'il ne s\'en est pas apergu. II avait lui-même élé réconcilié avec Dieu2), après avoir essayé de devenir juste par Tobservation scrupuleuse de la Loi; son cceur s\'était donné la oü autrefois il n\'avait accordé que son obéissance; au lieu d\'un juge il avait senti la présence d\'uu Père, et cela était devenu en lui une force active pour le bien , qu\'il n\'avait pas connue auparavant dans les efforts qu\'il avait accomplis pour se créer des mérites; cela l\'avait com-plètement rassuré, puisqu\'il savait que Dieu agissait en lui par son esprit, que Dieu done l\'acceptait, et il avait renoncé amp; rechercher la projore justice pour s\'abandonner complètement a la direction du saint esprit, gage de

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1

On est prié de ne pis perdre de vue que Tinterprétation ecclesiastiqne des textes oü l\'on eroit troiiver la doctrine de la satisfaction explique le pardon, mais point la regeneration. Eussé-je entièrement tort de repousser cette interpretation, cela ne changerait absolument rien a cette difficulté.

2

II Cor. V, 18.

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CH. II. ÉPiTRES PAUL1NIENNES.

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son adoption, don de Dieu, justice de Dieu. Or ce changement s\'était opéré en lui par suite d\'une réaction intérieure provoquée par sa haine des sectateurs de Jésus et les persécutions auxquelles il s\'était adonné; c\'était son attachement è la Loi qui causait sa haine pour Ia qualite de Messie que Ton donnait a un crucifié, et sa découverte que par l\'obéissancc a la Loi on ne pouvait pas parvenir èi la justice a coincide avec l\'acceptation de Jésus comme Messie \'). Les deux choses ne se sont plus dès lors séparées dans son esprit, et ce fut pour lui un fait acquis, — qu\'il n\'a plus creusé ou examiné , mais affirmé au nom de son expérience —, qu\'il avait été réconcilié avec Dieu «par la foi en Jésus-Ghrist crucifié», ou aussi «par Jésus-Ghrist», puisque sa mort ayant araené la réconciliation (non seulement de Paul, mais aussi de tous ceux qui croiraient), Paul n\'a pu concevoir cette mort que comme volontaire pour procurer le salut. Ainsi s\'explique trés bien aussi la réconciliation, le salut, la vie «par la mort» ou «par le sang» de Jésus-Ghrist. Evidemment Paul n\'a pas pu être récon-

1) amp; Dieu lui donna intérieurement la connaissance de son Fils» (Gal. I, 16). Comment cela se fit-il? Personne ne le sait. Est-ce la messianité de Jésus reconnue qui lui a fait voir l\'inanité de la justice Je la Loi? Est-ce le dis-cernement de cette inanité qui lui a fait reconnaltre le Messie dans le crucifié ? Les deux choses se sont-elles développées parallèlement, agissant et réagissant Tune sur l\'autrer Cette dernière hypothese me paraït la plus vraisemblable, Paul ne séparant pas la mort de Jésus-Ghrist de sa réconciliation amp; lui avec Dieu, et prêchant Jésus-Ghrist et Jésus-Ghrist crucifié\' pour appeler ses frères amp; la réconciliation. Mais si cette hypothèse a une tres haute vraisemblance, cela ne nous met pas amp; même de suivre le procés intérieur du changement de Paul, que Paul ne raconte pas et que les Actes remplacent par an miracle, ou plutól font ahoutir amp; un miracle, sans le raconter non plus. Comment un miracle pourrait-il convertir, changer le cceur, s\'il n\'y a pas dans le coeur une preparation amp; se laisser toucher par la vériié? (Comp. Luc. XVI, 31).

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PAUL.

cilié par Jésus quand il est mort; mais Jesus-Christ étant mort pour qu\'il put être réconcilié, sa mort est le prix qu\'il a payé pour cela, et Paul parle aisément d\'une reconciliation par sa mort1).

Une fois la, on comprend fort bien que Paul appelle une vie « en Christ » la vie nouvelle dans laquelle on entre par le moyen de ce qui est pour lui la foi en Jésus-Clmst, cette vie nouvelle qui n\'est point le résultat du mérite du croyant, mais le don de Dieu par Jésus Christ. C\'est done «par Jésus-Christ que nous avons accès a cette grace dans laquelle nous demeurons» 2); sans lui nous n\'allons pas a Dieu, nous n\'avons pas la grace, nous n\'avons pas la vie; séparés de lui, nous n\'avons plus rien; nous ne sommes rien que par lui et, pour un mystique comme Paul, en lui.

Enfin tout cela se concentre dans cette unio myslica avec le Seigneur, qui change les symboles en réalités concrètes, de sorte que, sauvés par la mort de Jésus-Christ, c\'est-è-dire morts au péché par cette mort de Jésus-Christ, nous sommes morts avec Christ, et que l\'espérance de la perfection future dans la gloire de Dieu , fondée en réalité sur ce que le saint esprit nous est donné3), soit mise aussi en même temps que la vie nouvelle par la foi en relation étroite avec la résurrec-tion du Christ4).

Voici done oü nous en sommes. Quand Paul prêche

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1

Rom. V, 10. J\'aimerais m\'arrêter au passage entier dont ce verset fait partie (v. 1—li); mais il faadrait une fort longue note, et comme ce n\'est pas absolument indispensable, je crois devoir y renoncer.

2

Eom. V, 2. 3) Kom. V. 5; VIII, 23.

3

4) Kom. IV, 24, 25; VI, 1—U.

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CH. II. ÉPiTRES PAULINIENNES.

Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié nous savons ce qu\'il prêche, et nous ne le savons pas.

Nous savons qu\'il prêche aux pécheurs qu\'ils tombent tous sous le coup de la colère de Dieu et ont besoin du salut; qu\'ils ne peuvent pas obtenir ce salut en s\'efforgant d\'eux-mêmes d\'accomplir la volonté de Dieu, paree que le péché est un esclavage qui rend 1\'obéissance compléte impossible \'), et que le salut s\'opère par la reconciliation avec Dieu, qui brise en nous le pouvoir du péché et fait de nous des enfants de Dieu, sancti-fiés par le saint esprit. Nous savons aussi que, pour prêcher cela, il prêche Jésus-Christ crucifié, paree que, d\'après lui, la réconciliation avec Dieu s\'opère par la foi en Jésus-Christ, ou par la foi en sa mort.

Mais ce que nous ne savons pas, c\'est en quoi con-siste précisément cette foi en la mort de Jésus-Christ, et comment elle produit la réconciliation.

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J\'explique notre ignorance sur ce point par le fait que la vraie cause de la réconciliation est que la predication évangélique ouvre nos coeurs è l\'horreur du péché et a l\'amour de Dieu, que cette prédication vient de Jésus et est parvenue a Paul indissolublement unie avec la croy-ance en la messianité de Jésus qui se trouvait chez les sectateurs du crucifié, que par la il s\'est trouvé que la conversion (religieuse) de Paul a coïncidé avec sa conviction (théologique) nouvelle, qu\'il a pris celle-ci pour la cause de sa conversion, et qu\'il n\'a dès lors jamais prêché la conversion sans la croire dépendante de la qualité de Messie du crucifié; la prédication de la conversion s\'est confondue complètement dans son esprit avec

1) Si bien que la Loi, toute sainte qu\'elle est, aert essentiellemeot amp; manifester le péché (Rom. III, 20).

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PAUL.

celle du Messie crucifié. II a sans s\'en (louter transformé un rapport de coincidence en rapport causalif, et n\'a pas expliqué en quoi ce rapport causalif consiste, n\'ayant pas meme 1\'idée qne cela eüt besoin d\'explication.

Or il se trouve que nous ne comprenons pas, ce rapport n\'étant pas seulement inexpliqué, mais, bien plus, inexplicable; les théologiens de dix-huit siècles s\'y sont usés. II est inexplicable , paree qu\'il n\'existe pas. Ge n\'est pas la mort de Jésus qui nous réconcilie avec Dieu ; c\'est la parole d\'amour de Jésus, le levain qu\'il a mis dans la pate, qui parvient jusqu\'a nous, jusqu\'a nos coeurs.

J\'ai déja fait remarquer que nous ne possédons aucun détail sur ce que Paul disait a ceux a qui il annongait pour la première fois I\'Evangile. Pourtant ceci est certain, qu\'avec l\'annonce du Messie crucifié, il annonpait sous une forme ou sous une autre ramour de Dieu, I\'excellence de la vie en harmonie avec Dieu, bref ce qui ouvre les yeux des hommes sur leurs véritables intéréts. Sans cela il n\'aurait pas recueilli de fruits spiri-tuels. II aurait fondé des sectes de gens convaincus qu\'un certain Juif crucifié était un envoyé divin, et se figurant que pour cela une gloire éclatante leur était réservée; mais non pas des communautés de gens se sentant ap-pelés a la sainteté, et assez désireux de suivre è cette vocation pour que l\'apótre , malgré toutes leurs faiblesses , put les considérer comme gagnés. Et ils l\'étaient, puis-que le trésor de la parole de conversion et de réconci-liation s\'est conserve a travers les siècles, porté dans des vases de terre, trop souvent négligé pour ses indignes euveloppes, mais jamais perdu, jamais inerte, toujours, malgré tout, rapprochant les hommes de Dieu.

Mais si Paul a été un ouvrier d\'élite dans cette oeuvre

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excellente, ce n\'est pas, comme il le croyait, par la foi en un Messie crucifié, mais par la foi en l\'amour du Père céleste annoncé par Jésus.

On a remarqué depuis longtemps avec raison que Paul semble ne s\'occuper aucunement de la vie de Jésus et parle exclusivement de sa mort; et, ce qui rend la chose plus frappante, c\'est qu\'il connaissait, non seulement l\'opinion, déjè formée de son temps, d\'après laquelle Jésus était issu de David1), mais en outre, ce qui est beaucoup plus important, un nombre assez considérable de paroles de Jésus, auxquelles il fait allusion quand il s\'agit de la pratique de la vie du croyant2). II est clair que, sans l\'idéal nouveau de vie en Dieu qui lui avait été révélé par les \'paroles de Jésus venues jusqu\'è lui, la mort de Jésus ne lui aurait rien dit; que c\'est eet idéal qui l\'a converti en le gagnant, et qu\'il a attribué sa conversion a la mort de Jésus. D\'un cóté il y a le fait religieux, de l\'autre cöté la théologie; le fait sub-siste, la théologie passé.

Je ne veux pas dire que cette théologie n\'ait point de valeur. Elle traduit, sans précision, au moyen d\'ima-ges flottantes et peu cohérentes, un fait que ne saurait méconnaitre une conscience chrétienne; c\'est que la vie nouvelle est un don de Dieu, qu\'elle vient a nous, qui n\'aurions pas su de nous-mémes la chercher et la trou-ver, et qu\'elle vient amp; nous par l\'ceuvre de Jésus. En dehors de Jésus il n\'y a pas de salut; il est le cep et nous sommes les sarments. Par lui, il y a dans le monde une parole d\'évangile, de réconciliation , de vrai progrès, qui, renfermant la vérité, ne peut pas être remplacée

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1

Rom. I, 3.

2

Voy. par ex. I Cor. VII, 10, 11, et comp. Matth. V, 32; XIX, 9.

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PAUL.

par une autre, quoique elle puisse être mieux comprise et mieux expliquée que cela n\'a eu lieu encore; c\'est dans celte parole qu\'est le salut, et le salut est done par Jésus le crucifie. Seulement, c\'est Ik qu\'est le nceud, il n\'est pas dans le nom de Jésus, ni dans I\'opinion que Ton a de sa personne; il est dans le fait que, gagne par l\'esprit venant de Jésus, on se tourne vers le Père.

Je puis maintenant apprécier la méthode de Paul. II a prêché Jésus-Ghrist crucifié afin d\'amener les hommes h la réconciliation avec Dieu et a la vie de la sainteté par la foi; puis, auprès de ceux qui croyaient en Jésus comme au Seigneur, il a travaillé a ce que la foi fut inséparahle de la vie.

Ceci était fort nécessaire. II était aisé de se faire illusion, et de prendre pour la foi qui sauve l\'acceptation de la devise des croyants: «Jésus de Nazareth est le Messie, le Seigneur». Les devises qui réunissent les hommes n\'expriment jamais le fond des choses. Elles portent toujours sur quelque chose d\'exférieur, de formel. Telle la devise de la liberté. La liberté n\'est pas le bien , mais seulement une condition du bien, et quand on a réuni des hommes dans un parti dit libéral, tous voulant ia liberté, le principal resle k faire, qui est de les gagner individuellement è vouloir la liberté powrquot;/e èiew. De méme Paul a fort bien vu qu\'il ne suffisait pas de croire au Seigneur Jésus, mais qu\'il fallait que cette «foi» devint une «vie en Christ», et il a énergiquement, courageu-sement et chaleureusement défendu cette nécessité.

II s\'y est pris polémiquement lè oü il s\'est trouvé en face de la propre justice judaïque, et il a défendu alors la «justification par la foi sans les ceuvres de la Loi».

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II s\'y est pris parénétiquement la oü il a constaté des aberrations pratiques, qui prouvaient que la foi et la vie en Christ n\'étaient pas encore identiques.

Sa defense de la justification par la foi est admirable; je ne dis pas par la forme, qui est embarrassée, oü les arguments s\'enchevètrent les uns dans les autres,oüles termes employés manquent de définition précise, oü la profondeur s\'allie trop souvent a la subtilité, el oü les preuves parfois ne prouvent rien; mais j\'appelle admirable cette apologie a cause de sa haute valeur religieuse. Elle est toute fondée sur la suffisance absolue de la foi; bien entendu, de Ia foi par laquelle nous donnons notre coeur a Dieu et savons désormais lui appartenir •, suffi-sance qui vient de ce que cette foi nous rend bons, ce que rien d\'autre ne peut faire, puisque être bon, c\'est avoir des inclinations bonnes, saintes, avoir, je dirais, le goüt du bien, et qne les plus grands efforts que Ton fait pour obamp;r a une loi, parce qu\'elle est la loi et que robéissance est censée être la condition pour être béni, ne peuvent en aucune manière rendre bon; au contraire, iis impliquent que, n\'était la loi, on agirait tout autre-ment; ils supposent l\'absence du goüt du bien, qu\'il faul remplacer par la crainte du chatiment etl\'appasde la recompense. A supposer done une obéissance parfaile — laquelle est impossible — cette obéissance ne serait pas la vraie «justice», la sainteté, le goüt du bien, l\'accord de notre volonté avec ceile de Dieu. En revanche , la foi est le commencement de la justice, réelle, positive, devenant le caractère même du croyant; et si la foi est imparfaite en commengant, si même eile reste imparfaite et doit par conséquent se perfectionner de jour en jour (sanctification) pendant lout le cours de notre

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vie terrestre, si done notre justice n\'est jamais compléte, s\'il reste quelque chose de charnel en nous et si la vie du croyant est une lutte constante entre la sainteté et le péché, il y a bien la un motif d\'humilité, mais non pas de découragement; le croyant n\'a plus aucune crainte , et il est rempli d\'une ferme espérance, sachant que Dieu ne l\'a pas amené sur le chemin de la justice pour l\'aban-donner; le don précieux qu\'il a regu, sa foi, même faible et chancelante, lui est un garant qu\'il est accepté, «adopté», et que les dons de Dieu, bien loin de cesser, iront toujours en augmentant, «de foi en foi»1).

La foi est sujfisante, puisqu\'en faisant aimer la vo-lonté de Dieu, elle la fait pratiquer, tellement qu\'elle ne connait plus de commandements. L\'obéissance suppose que Ton est hostile a ce qui est commande, et que Ton se soumet h cause de la puissance et de la sévérité de celui qui commande; s\'il donnait une dispense, on s\'en prévaudrait avec empressement; celui qui ne fait qu\'obéir, le fit-il parfaitement, est encore «ennemi» de Dieu. La foi en revanche a reconnu que la volonté de Dieu est bonne; le croyant s\'est «réconcilié» avec Dieu; il n\'obéit plus, il ne demande plus ce qui est commande, mais il a hesoin de ce qui vient de Dieu, de ce qui est saint; ce n\'est plus le commandement qu\'il voit, mais la chose même qui a fait I\'objet du commandement; il avait fallu la commander parce que, si elle n\'avait pas été ordonnée, on n\'en aurait pas voulu; mais le croyant la veut et

1) Rom. I, 17. «La justice de Dieu (la vraie justice, qui étant en Dieu, est commuuiquee par lui au croyant) est raanifestee dans I\'Evangile, procuree par la foi et produisant la foi (ka irilt;rrsult;; sIq ttio-tiv) , comme 11 est écrit : Celui qui a la justice procuree par la foi, vivra (de la vie de Tesprit, de la vie de la sainteté; il sera done sanctifié, la foi produira la foi)».

II 7

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Ie com mandement est devenu superflu. Bien loin done que la foi, en affranchissant de la loi, éloigne l\'homme de Taccomplissement de la volonté de Dieu, c\'est la foi seule qui peut la faire accomplir, puisque seule elle met la volonté de l\'homme en harmonie avec celle de Dieu.

Etre réconcilié avec Dieu , voilé le salut. Tout ce qui tend a voiler, soit l\'absolue nécessité, soit l\'absolue suffi-sance de cette réconciliation, est on ne peut plus dan-gereux, et c\'est pour cela que j\'admire tant Paul d\'avoir su ecrire aux Galates: «Si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien». En disant cela, il ne défendait pas une théologie, il ne défendait pas une religion, mais il défendait la religion. La religion, c\'est de donner son cceur a Dieu, ni plus, ni moins, et si Ton essaye d\'y ajouter quelque chose, c\'est autant qu\'on en retranche.

Ainsi la cause que Paul défend dans son ardente polémique est celle du plus haut intérêt de l\'homme; il est sous ce rapport fidéle disciple de celui qui a dit: «Heureux ceux qui sont purs de coeur», et l\'on ne peut que déplorer que jusqu\'a présent il ait si peu gagné sa cause, que jamais ce que l\'on appelle l\'Eglise chrétienne n\'ait eu conscience d\'être en principe une association de gens convaincus que tant que l\'on n\'a pas donné son cceur a Dieu on n\'a rien, et que dès qu\'on a donné son cceur a Dieu on a tout, de sorte qu\'ils s\'unissent pour s\'aider les uns les autres a donner leur coeur è Dieu en détruisant les illusions du péché, et pour manifester Tamour de Dieu a ceux qui ne le connaissent pas encore. Au lieu de cela, le besoin iïêtre juste a fait place chez les chrétiens au désir d\'obtenir, n\'importe par quels moyens, la récompense de la justice, et, sans que l\'on

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PAUL.

s\'en doutat, Ton est relombé en plein judaïsme; dans un judaïsme universaliste sans doute , mais toujours dans le judaïsme, dans le legalisme, demandant ce qui élait commancle comme condition de la recompense, et non pas aspirant a purifier les souillures de Tame qui nous séparent de Dieu. On a eu recours aux surrogats, pratiques dévotes, sacrements, orthodoxie dogmatique, a la place de la seule chose nécessaire, seule aussi efficace, et 1\'Evangile qui donne le salut, parce qu\'il conduit a la communion avec Dieu, a été obscurci jusqu\'a nos jours par ceux qui orient: «Voici ce que Dieu commando de faire, voici ce que Dieu commande de croire; vous ne pouvez pas avoir de part au salut si vous nefaitespas, si vous ne croyez pas comme nous». Lesécouter, comme on ne cesse de les écouter, c\'est löcher la proie pour l\'ombre, ainsi qu\'étaient tentés de le faire ces Galates, qui, pour plus de sécurité, voulaient se faire circoncire. Quiconque se fait circoncire n\'est pas vraiment réconcilié avec Dieu; car celui qui est réconcilié avec Dieu porte en soi le salut et ne le cherche plus ailleurs.

Paul n\'a point été compris, car, sous une forme ou sous une autre, le christianisme ecclésiastique a toujours fait une large place au legalisme et par. conséquent a l\'eudémonisme *). Est-ce la faute de Paul ?

1) Je n\'excepte pas le piëtisme protestant, quoique né d\'une reaction contre «l\'orthodoxie morte» en faveur de la «foi vivante». II a insisté sur le salut gratuit, sur Timpossibilité absolue de tout mérite humain; bien plus, il a insisté sur le sentiment du péché et sur la necessite de la Poartant,

malgré ses louables efforts pour s\'elever k la vie religieuse, il n\'a pas pu s\'affranchir de Teudémonisme, qui la paralyse. C\'est que le salut est resté un bien extérieur a acquérir, au lieu d\'etre le changement même de l\'homme pécheür; la conversion a été une condition punr obtenir le salut, au lieu d\'etre

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CH. 11. EPlTRES PAUL1N1ENNES.

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Moralement, non, puisqu\'il a défendu de son mieux sa noble cause. Intellectuellement, oui, puisque son apologie a, en soi, de graves défauts.

Premièrement, Paul est resté embrouillé dans ce qui concernait la Loi. II la considérait comme donnée par Dieu, comme sainte; d\'oü il résulte que le croyant devrait mieux encore l\'observer que le Juif, non plus sans doute paree que c\'est commandé, mais paree que le croyant, vivant pour la sainteté, se conforme volon-tairement a tout ce qui est saint, lors même que rien n\'en serait present; mais Paul ne I\'entendait pas ainsi. Pour lui, le croyant est afFranchi de la Loi, non pas seulement parce qu\'il en pratique d\'autant mieux le con-tenu que ce contenu a cessé pour lui d\'être une loi et est devenu le bien; mais il est aussi afFranchi de la Loi en ce sens qu\'il n\'en pratique pas du tout de nombreu-ses prescriptions. Et cela ne vient pas de ce que Paul fasse une distinction entre la loi morale et la loi céré-monielle; je veux bien qu\'instinctivement il ait distingué, et que lors qu\'il écrivait: «La Loi est sainte», «la Loi est spirituelle»\'), il eüt dans I\'esprit le «tu ne convoi-teras pas» qu\'il venait de citer2); mais il n\'a pas distingué théoriquement; il ne pouvait pas le faire a 1\'égard d\'une loi de Dieu , historiquement donnée par le ministère de Moïse, et nulla part il ne dit: «Cest la loi cérémonielle dont vous n\'avez plus ci vous occuper; mais

le commencement du salut, et Ton a cherché I\'assurance du salut au lieu de la communion sanctifiante avee Dieu. Cela explique que le piëtisme soit retombé en plein dogmatisme, et que la «foi» qu\'il oppose è. la «propre justice» soit essentiellement une foi intellectuelle, qui n\'a rien de commun avec le changement du coeur, et qui, de fait, est un mérite servant a achetcr le salut. 1) Kom. Vil, 12. 14. 2) V. 7. 8.

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PAUL.

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la loi morale subsiste, non comme loi, mais comme morale ».

Si la Loi est de Dieu, toute la Loi est sainte et lout ce qui n\'est pas conforme a la Loi est péché, non pas sans doute parce que ce n\'est pas conforme a la Loi, mais parce que ce n\'est pas conforme a la sainleté-, la Loi, tant que nous ne nous sommes pas loi a nous-mêmes par l\'esprit de sainteté qui est en nous, servant a monlrer ce qui est péché. Lors même done que nous ne sommes plus sous la Loi, mais sous la grace, tout le contenu de la Loi reste saint pour nous et nous y sommes tenus. Voila un raisonnement extrêmement fort, contre lequel Paul est désarmé. II a dit ft ce sujet des choses trés profondes, par exemple: «La Loi est un pedagogue qui mène a Christ»1), mais il n\'a pas pu ré-pondre a I\'objection, parce que, admis ce que Paul admet, que «la Loi» est «de Dieu», I\'objection est fondée. Ge que Paul ne pouvait pas dire, parce qu\'il ne pouvait pas le voir, e\'est que la Loi est I\'expression, trés humaine et trés faillible, de ce qu\'en divers temps divers hommes pieux avaient cru être la volonté de Dieu , et que par conséquent, non seulement le legalisme est un faux principe religieux, mais encore qu\'en s\'attachant amp; la lettre de la Loi, on confond des comrnandements humains avec la volonté véritablement divine. Loin de moi de prétendre que Paul n\'ait point eu de pressentiment de cette solution , lui qui écrit si exceliemment aux Corinthiens: «La lettre tue, mais l\'esprit vivifie»2); mais il n\'a pas pu la tirer au clair, la débrouiller, a cause de sa preoccupation de l\'origine de la loi juive,

1

Gal. Ill, 24. 2) II Cor. Ill, 6.

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et je ne suis point surpris que les Galates aient eu envie de se faire circoncire. lis ont di\'1, une fois les«intrus» entendus, être hantés par l\'idée de cette «loi de Dieu », que Paul ne leur avait pas dit, et ne leur a ensuite pas écrit, ne pas être la Loi de Dieu.

Paul a employé a leur égard le veritable argument apoiogétique;

Je ne vèux savoir de vous qu\'une seule chose: Est-ce par les oeuvres de la Loi que vous avez re9u Tesprit, ou par renseignement de la foi? (Gal.

Ill, 2).

Le fait de leurs progrès religieux, le fait de la difference immense qui séparait ce qu\'ils étaient de ce qu\'ils avaient été avant d\'entendre Paul, voila une preuve irré-fulable que cette foi sans les oeuvres de la Loi, qu\'ils devaient la prédication de l\'apótre, les avait amenés a leur Père céleste. Aussi ai-je peine a me figiirer qu\'il se soit trouvé un seul Galate pour dire que l\'ceuvre de Paul n\'eüt pas été bonne; mais on a eu peur qu\'elle fut insuffisante, car enfin la loi de Dieu est la loi de Dieu. Toujours l\'objection formidable a laquelle Paul n\'a pu opposer que des subtilités.

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Subtiles au plus haut degré sont les preuves scrip-tuaires qu\'il allègue. Je n\'en analyserai aucune, nesup-posant pas que mes lecteurs soient tentés de prendre l\'allégorisation arbitraire des paroles de l\'Ancien Testament pour le sens réel de ces paroles. Quand la Loi defend de museier le boeuf qui foule le grain \'), elle donne une règle d\'humanité envers les animaux et rien d\'autre. La preuve scriptuaire chez Paul est purement imaginative et ne prouve rien, quoique il soit parfaitement vrai que

1) Deut. XXV, 4; comp I Cor. IX, 9, 10.

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PAUL.

Ie judaïsme a été le berceau du christianisme; mais Paul entend ceci autrement que nous.

Une seconde cause de faiblesse de l\'apologie de Paul et aussi de son enseignement en général, c\'est la confusion qu\'il fait entre la foi qui régénère l\'homme et lui procure la justice de Dieu et la foi en la mort de Christ. Cela est cause qu\'il n\'a jamais pu dire clairement comment Ton est sauvé et qu\'il a donné lui-même lieu a ce que Ton put s\'imaginer que Ton était «croyant», partant sauvé, paree qu\'on croyait que « Christ est morl pour nous», quoique en réalité on ne fut pas « mort au pêché». Gette confusion a été la peste du protestantisme , a enrayé son essort, Ta empéclié de rompre avec l\'idée catholique de l\'Eglise et dans une grande mesure de sanctifier la société. M. de Laveleye et d\'autres ont avec raison démontré la supériorité morale des peuples protestants sur les peuples catholiques; mais, s\'ilestbonde faire voir cela aux catholiques, les protestants ont bien plus besoin encore qu\'on leur fasse sentir leur lamentable impuissance a convertir le monde èi l\'Evangile, impuis-sance qui vient du manque de foi sanctifiante chez les protestants; chez eux règnent les surrogats\\ un de ces surrogats a été et est encore de croire que « Christ est mort pour nous». Je n\'ai pas d\'objection a ce qu\'on le croie, puisque je le crois aussi, a ma manière; mais enfin, qu\'on le croie méme d\'une manière qui ne me semble pas conforme a la réalité; seulement, pour Dieu ! que Ton ne s\'imagine pas pour cela étre disciple de Jésus, ni disciple do Paul. Pour l\'être, il faut «mourir au péché», orthodoxe j lihéral, ou comme qu\'on s\'appelle. Paul l\'a prêché. Hélas! on ne l\'a pas compris, et j\'avoue

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CH. II. ÉPiTRES PAULINIENNES.

qu\'il y a donné lieu. II ne pouvait pas faire autrement, mais c\'est le fait.

II est inutile d\'insister, après ce que j\'ai dit plus haut de cette «foi en Jesus-Christ», dont on ne voit pas le rapport avec la nouvelle naissanee, paree que celle-ci ne peut pas dépendre d\'un fait materiel, historique\').

I! faut en convenir; s\'il est parfaitement naturel que Paul, sorti du pharisaïsme et imbu de sa méthode, ait eu besoin d\'une théorie compliquée pour se réconcilier avec un Evangile qui s\'est présenté a lui sous la forme de la predication d\'un Messie crucifié, cette théologie a nui extrêmement a la limpidité de TEvangile qu\'il a prêché au monde. II a prêché l\'Evangile de Jésus, la bonne nouvelle de l\'amour du Père, l\'invitation adressée aux pécheurs de se réconcilier avec Dieu ; mais il a rendu eet Evangile solidaire d\'un système mystico-spéeulatif, tel qu\'un grand esprit seul a pu le concevoir, mais qui pour une forte part consiste en rêveries de génie, et qui en tout cas, loin d\'êlre la vérité, soulève de toutes parts les objections. Les théologiens orthodoxes acceptent eux-mêtnes rarement tout ce qu\'ils croient que Paul affinne.

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II faut constater le fait; mais cela ne diminue en rien le mérite d\'un des plus éminents serviteurs de Dieu qui aient travaillé a la conversion des hommes; k sa ma-nière, et en usant des ressources è sa portée, il a tenu haut la bannière de la vie en Dieu, de la guerre au péché; oeuvre urgente tant que le monde sera peuplé de gens soi-disant religieux, qui désirent avec ardeur échapper au chatiment du péché, mais tiennent fort peu

1) Voy. les pages 85 et suiv.

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LES NEUF AUTRES EPiTRES PAULINIENNES. 105

a rompre l\'esclavage de leur égoïsme et ^ purifier leur coeur. Paul leur crie avee Joël et mieux que lui:

Dechirez vos coeurs et nou pas vos vêtements! \') (Joël II, 13).

§ 3.

Les neuf autres épitres pauliniermes.

Sans prétendre le moins du monde que les neuf épitres que je vais examiner au point de vue de la religion telle qu\'elle y est défendue se trouvent dans nos bibles dans Fordre chronologique, je ne vois pas dans quel autre ordre je pourrais les prendre ici , puisque leur age relatif ne peut s\'établir qu\'en rapport avec la question d\'authen-ticité, qui sort de mon sujet partout oü la science indé-pendante ne peut pas la considérer comme tranchée 2). Quelque arbitraire que puisse être le rang attribué a cbaque opuscule dans notre recueil ecclésiastique, tout autre cboisi par moi serait tout aussi arbitraire dans l\'état oü je prends la question. Je commence done par l\'épitre aux Ephésiens pour finir par celle h Pbilémon.

Quel que soit leur age, chacune de ces neuf épitres est en place dans ce chapitre, car toutes relèvent de Paul, directement ou indirectement, par le contenu, et

J) Si quelqu\'un s\'etonne de ne trouver dans cette étude sur Paul rien du tout touchant la nature du Christ, la predestination, Tavènement du Christ et autres sujets theologiques, dont je ne nie pas Tiraportance, je rappellerai que mon livre ne traite pas de la théologie, mais de la religion biblique. Sans doute, les deux sujets se cótoient et se touchent même ; mais ils sont loin d\'etre identiques. Sous peine de grossir déraesurément un ouvrage qui n\'est déja que trop étendu, je dois éliminer toutes les questions theologiques qui ne sont pas indispensables a Tintelligence de la question religieuse.

2) Voy. la page 58 et la note de la page 49.

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CH. II. EPlTRES PAÜLINIENNES.

je devais tenir compte de ce fait, quoique il touche de bien plus prés a la théologie qu\'a la religion, puisque, comme on a vu que c\'était déja le cas pour Paul, la première a exercé une grande influence sur la manière donl on s\'y est pris pour défendre la seconde\'. Du reste, pas plus que pour Paul, je n\'ai ici a exposer le système théologique pour lui-même; je traite, non de la théologie, mais de la religion biblique, et maint point, dog-matiquement trés important, passera inapergu, ou ne sera que légèrement effleuró.

a. Epitre aux Ephésiens.

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Est-ce une épitre, ou un traité sous forme d\'épitre? Je n\'oserais décider; mais, si c\'est une épitre, elle m\'étonne fort, et, j\'en conviens, me déroute. Quelqu\'un qui est personnellement en relations avec d\'autres per-sonnes peut fort bien leur écrire uniquement pour entre-tenir ces relations, et la lettre alors n\'accusera aucun autre motif particulier; elle roulera sur les choses qui tiennent le plus a coeur aux correspondants, surtout è celui qui tient la plume, mais sans que Ton voie qu\'il existait une raison déterminante pour en parler justement dans ce moment-la, ni pour insister sur tel point plus que sur tel autre. L\'épïtre aux Ephésiens répond assez a ce signalement; la première partie est toute dogma-tique sans aucune polémique et a pour sujet une con-

1) Faut-il vraiment appeler de la polémique ce qu\'on lit au ch. IV, v. 14, 15: «Afin que nous ne soy ons plus des eufants, nous laissant balloter paries flots et emporter par tous les vents de renseignement trompeur des hommes, par les artifices séduisants de Terreur, mais que, fidèles ^ la verite, nous continuions k croitre ^ tous égards dans Tamour, pour Tatteindre, lui qui est notre chef, Christ» (trad. de Reuss)? Vraiment, c\'est alors de la polémique

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EPiTRE AUX ÉPHESIENS.

ception générale de ce qu\'en langage moderne nous ap-pellerions le chrislianisme; cela suppose des lecteurs déjk «croyants», fort intéressés a connailre ces vues d\'en-semble, sans pourtant que rien indique qu\'il existat chez eux quelque grave erreur a laquelle il fut urgent d\'op-poser la vérité. La seconde partie est parénétique, et roule sur l\'union qui doit régner entre les «croyants» et sur les relations réciproques des époux entre eux, des parents et des enfants, des maitres et des esclaves, sans, de nouveau, que la moindre indication permette de soup-gonner que les destinataires fussent plus désunis que d\'autres «croyants», ni que les trois autres points lais-sassent justement chez eux beaucoup a désirer; il sem-blerait que l\'auteur, voulant donner a ses lecteurs quel-ques exhortations pratiques, comme il convient entre gens qui prennent la piété au sérieux, a eu quelque raison de nature subjective pour porter sa pensee sur les points qu\'il traite, sans que pour cela ils eussent plus que d\'autres un caractère d\'urgence. Tout cela s\'accorde fort bien avec ce que peut être une lettre adressée par un ami reiigieux a des amis religieux, et c\'est justement la que git la difficulté, car l\'auteur ne se présente aucu-nement comme ayant des relations suivies avec ses corres-pondants, ou du moins comme en ayant eu et étant désireux de ne pas les laisser tomber1). Cela fait qu\'il a dü avoir un motif spécial pour écrire; mais ce motif n\'apparait pas, è moins que la forme épistolaire ne soit

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Comp. I, 15. «C\'est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus», etc.

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qu\'une fiction, et que l\'opuscule soit un petit traité au moyen duquel 1\'auteur aurait voulu faire connattre ces idees d\'ensemble sur l\'Evangile qu\'il expose dans la première partie. Qu\'il y joigne des considerations pratiques n\'a rien en soi de surprenant; mais pourquui jus-tement celles-la et pas d\'autres, dans un traité d\'une portée si générale? On s\'y perd.

Gette difficile question n\'est pas sans importance; car non seulement elle touche a celle de l\'authenticité, mais en outre elle est d\'une grande influence sur la manière dont il faudra comprendre les trois premiers chapitres. La vocation des païens y joue un róle proéminent, comme un effet des plans éternels de la grace de Dieu. Si l\'écrit est une vérilable épitre, les lecteurs sont des païens con-vertis, et il faut considérer cette lettre comme une exhortation èi la gratitude pour I\'immense bienfait dont ils ont été les objets par pure grace 1). Mais si l\'écrit est un traité, suppose adressé a des païens convertis, il me semble qu\'on ne peut pas y méconnaitre un but apolo-gétique, relatif justement a la vocation des païens. Le troisième chapitre s\'expliquerait alors trés bien; on insis-terait sur ce que ce myslère, la vocation des gentils, a été révélé a Paul 2), pour expliquer la différence entre lui et les premiers prédicateurs de l\'Evangile, tout en maintenant son caractère d\'envoyé de Dieu, et par conséquent Fexcellence de son oeuvre parmi les gentils, Le verset 5 ^ ne me semble point faire de difïiculté, les

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1

II, 5, 8. Le verset 5, oü cette idee vient avant son heure sous foroe

2

de parenthese «^c\'est par gramp;ce que vous êtes sauvés) », montre combien eile tenait k occur k Tauteur, qui n\'a pas pu attendre pour Ténoncer que ie moment füt venu (v. 8). 2) III, 3.

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ÉPiTRE AUX ÉPHÉSIENS.

apótres et les prophètes dont il est question étant en general les prédicateurs itinerants et ceux qui faisaient partie des communautés auxquelles ils s\'adressaient. On les désigne ici en particulier comme des prophètes, paree qu\'il s\'agit de la revelation d\'un mystère.

Quoi qu\'il en soit, exhortation a la gratitude ou apologie de la vocation des gentils, la religion au nom de laquelle eet écrit a élé compose est la foi en Jésus-Ghrist ^1) , par laquelle ceux qui « étaient morts par leurs transgressions et leurs peches» 2) ont «ete rendus a la vie avec Christ»3). G\'est un effet de la grace deDieu, qui a prédesliné ses élus dès avant la fondation du monde pour être ses enfants par Jésus-Ghrist «en qui nous avons la redemption par son sang, la remission des péches», de sorte que les élus ont cru en la parole de I\'Evangile et ont élé scellés du saint esprit en gage de leur héri-lage1). Heureux done ceux qui sont ainsi appelés et qui arrivent a concevoir quelle immense félicité est réservée aux saints avec le Christ ressuscité , chef de I\'Eglise ! 6). Les païens ont pleinement part a cette grace; car ils ont été rapprochés de Dieu par le sang de Christ, dont la mort a anéanti la loi des ordonnances et par cela même le mur de séparation entre Juifs et païens, pour que tous ensemble devinssent le temple solide et bien uni dans toutes ses parlies que Dieu habite en esprit6). Cette vocation des gentils a été longtemps un mystère; mais il a été révélé a Paul, aux apótres et aux prophètes, et ce mystère est si magniflque que i\'auteur supplie Dieu que ses lecteurs en profitent, de sorte qu\'ils soient puis-samment fortifiés par son esprit quant ^ leur homme

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1

1) II, 8. 2) II. 1. 3) II. 5. 4,) I. 3—14.

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intérieur, que Christ demeure dans leur coour par la foi, et qu\'enracinés et fondés dans l\'amour, ils arrivent è comprendre Tamour inflni de Christ 1).

Tout cela est dit avec enthousiasme, avec chaleur, non peut-être sans un peu d\'emphase , mais, k dire vrai, c\'est hien vague pour la chose principale, la religion dans Vhomme. Elle doit consister dans la foi2). Mais cette foi en quoi consiste-t-elle ? Cela semhle sous-entendu. Le seul mot qui I\'explique quelque peu en apparence ne l\'explique guère en réalité. C\'est au chapilre I;

Voua aussi, après avoir entendu la parole de vérité, TEvangile de votre salut, vous avez cru en lui (I, 13);

mais vraiment il ne serait pas superflu de dire ce que c\'est que croire en Jésus-Ghrist. On voit trés hien que I\'auteur veut que celui qui a la foi soit una nouvelle créature3), marchant dans la sainteté\') , et grandissant en sainteté de fagon a ressembler de plus en plus a Christ4); mais on ne voit pas comment la foi produit ces effets. La mort du Christ est appelée un sacrifice 6), sans que Ton sache dans quelle signification précise;ce sacrifice a aholi la Loi7), sans doute en rapport avec la remission des pechés8); mais on ne voit pas dans quelle position la foi place Ie pécheur a 1\'égard de cette mort, ni, si le sacrifice de Christ procure la «remission des péchés», comment la foi en ce sacrifice, quoi que ce soit qu\'elle puisse être, est en rapport avec la sano-

no

1

ch. in.

2

II, 8. «Car c\'est par sa grace que vous êtes sauvés, au moyen ds la foi; et cela n\'est pas votre fait, mais un don de Dieu». Ainsi, du coté de Dieu, la grace, et du camp;té de Vhomme, la foi, elle-même don de Dien.

3

II, 10, «ayant ete créés en Jesus-Christ ponr de bonnes oeuvres »; 11,5.

4

7) II, IB. 8) I, 7.

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tification. II y a, comme dans les grandes épitres, solution de continuité entre la foi, mise en rapport avec la rnort du Christ, el la foi au sens large et parfaite-ment intelligible qui désigne par ce terme l\'union filiale avec Dieu de Tame réconciliée avec lui. Mais dans I\'ept-tre aux Ephésiens la difficulté devient plus grande encore, le Paul des grandes épitres entendant par la redemption la délivrance de l\'esclavage du péché1), et done voyant dans la mort rédemptrice du Christ une puissance , nous ignorons laquelle , qui brise les fers spirituels du pécheur; tandis que l\'épitre aux Ephésiens explique le mot de redemption par «rémission des péchés» 2), ce qui met la mort de Christ plus grande distance encore de cette régénération qui est I\'essentiel, la seule chose nécessaire.

Que dirons-nous done? L\'auteur prêche la foi véritable, la foi qui voit dans le péché 1\'ennemi, et, dans le Dieu saint qui nous appelle a la sainteté, rami; la foi qui nous réconcilie avec Dieu et fait de nous de nouvelles créatures; la foi en un mot qu\'a prêchée Jésus, et e\'est pour cela qu\'il est aussi positif qu\'on peut le désirer en affirmant que la vie du croyant est une vie de sanctifi-cation non interrompue, se manifestant dans sa conduite, oü l\'amour doit tout dominer. Mais s\'il prêche la foi véritable, il ne sait pas préciser le sens du-mot même de foi; il prêche de fait la foi véritable; mais quand il emploie le mot même de foi, il pense amp; des choses qui peuvent fort bien exister sans que Ton soit réconcilié avec Dieu: a la persuasion que les prédicateurs de I\'Evangile ont

Ill

1

Voyez en particulier ce raagniflque chapitre VI de l\'épitre aux Remains, sur lequel je regrette fort de n\'avoir pas suffisammeut insisle dans l\'étude sur Paul.

2

I, 7.

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intérieur, que Christ demeure dans leur cceur par la foi, et qu\'enracinés et fondés dans Tamour, ils arrivent ci comprendre l\'amour infini de Christ 1).

Tout cela est dit avec enthousiasme, avec chaleur, non peut-être sans un peu d\'emphase , mais, a dire vrai, c\'est hien vague pour la chose principale, la religion dans rhomme. Elle doit consister dans la foi2). Mais cette foi en quoi consiste-t-elle? Cela semhle sous-entendu. Le seul mot qui l\'explique quelque peu en apparence ne l\'explique guère en réalité. C\'est au chapitre I:

Voii3 aussi, après avoir entendu la parole de vérité, TEvangile de votre salut, vous avez cru en lui (I, 13);

mais vraiment il ne serait pas superflu de dire ce que c\'est que croire en Jésus-Christ. On voit tres bien que l\'auteur veut que celui qui a la foi soit une nouvelle creature3), marchant dans la sainteté ^ , et grandissant en sainteté ,de fagon a ressemhler de plus en plus a Christ4); mais on ne voit pas comment la foi produit ces effets. La mort du Christ est appelée un sacrifice 6), sans que Ton sache dans quelle signification precise ;ce sacrifice a aboli la Loi7), sans doute en rapport avec la rémission des péchés8); mais on ne voit pas dans quelle position la foi place le pécheur è l\'égard de cette mort, ni, si le sacrifice de Christ procure la «rémission des péchés», comment la foi en ce sacrifice, quoi que ce soit qu\'elle puisse étre, est en rapport avec la sanc-

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Ch. III.

2

II, 8. «Car c\'est par sa grace que vous êtes sauvés, au moyen de la foi; et cela n\'est pas votre fait, mais un don de Dieu». Ainsi, du cote de Dieu, la grace, et du coté de rhomme, la foi, elle-même don de Dieu.

3

II, 10, «ayant été crée\'s en Jésus-Christ pour de bonnes ceuvrcs »; 11,5.

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7) II, 15. 8) I, 7.

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tification. II y a, comme dans les grandes épttres, solution de continuité entre la foi, mise en rapport avec la mort du Christ, el la foi au sens large et parfaite-ment intelligible qui désigne par ce terme l\'union filiale avec Dieu de l\'ame réconciliée avec lui. Mais dans l\'épi-tre aux Ephésiens la difficulté devient plus grande encore, le Paul des grandes épitres entendant par la redemption la délivrance de l\'esclavage du pêché1), et done voyant dans la mort rédemptrice du Christ una puissance , nous ignorons laquelle , qui brise les fers spirituels du pécheur; tandis que l\'épïtre aux Ephésiens explique le mot de redemption par «remission des péchés» 2), ce qui met la mort de Christ a plus grande distance encore de cetle régénération qui est l\'essentiel, la seule chose nécessaire.

Que dirons-nous done? L\'auteur prêche la foi véritable, la foi qui voit dans le péché 1\'ennemi, et, dans le Dieu saint qui nous appelle a la sainteté, l\'ami; la foi qui nous réconcilie avec Dieu et fait de nous de nou vel les créatures; la foi en un mot qu\'a prêchée Jésus, et c\'est pour cela qu\'il est aussi positif qu\'on peut le désirer en affirmant que la vie du croyant est une vie de sanctifi-cation non interrompue, se manifestant dans sa conduite, ou 1\'amour doit tout dominer. Mais s\'il prêche la foi véritable, il ne sait pas préciser le séns du mot même de foi; il prêche de fait la foi véritable; mais quand il emploie le mot même de foi , il pense ii des choses qui peuvent fort bien exister sans que l\'on. soit réconcilié avec Dieu; a la persuasion que les prédicateurs de l\'Evangile ont

Ill

1

Voyez en particulier ce magnifique chapitre VI de I\'epitre aux Romains, sur lequel je regrette fort de n\'avoir pas auflisamment insisté dans l\'étude sur Paal.

2

I. 7.

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raison, que Jésus est le Messie, que sa mort efface les péchés. Les communautés étaient composées de gens qui tous crdyaient ces choses, sous des formes plus ou moins iden-tiques et plus ou moins développées; elles étaient dans ce sens composées de «croyants», et il est tout naturel que Ton ait appelé couramment «la foi gt;gt; les croyances qu\'ils avaient en commun. Mais tous ces «croyants» avaient-ils la foi qui sauve et qui régenère? Hélas! sans doute non. C\'est ce que sentaient les prédicateurs sérieux, comme le Paul des grandes épitres, comme aussi l\'auteur de l\'épitre aux Ephésiens; mais, habitués a appeler «la foi» les croyances des membres des communautés, attribuant avec raison a cette «foi» une certaine valeur, puisqu\'elle don-nait a la prédication vraiment évangélique de l\'autorité sur ceux qui la professaient, ils ont bien prêché la sain-lelé a ces croyants, la sainteté qui découle nécessaire-ment de la vraie foi, mais sans pouvoir dire, sans savoir eux-mêmes, que cette vraie foi n\'était pas identique è la croyance que Jésus était ie Messie, mort pour les pé-cheurs. Embrouillés eux-mêmes dans une terminologie qui est restée équivoque jusqu\'a nos jours, il ont cru a des rapports qui n\'existent pas, et ont affaibli leur défense de la religion en la surcbargeant de considerations théo-logiques qui peuvent plaire a l\'imagination, mais que la pensée ne parvient pas a préciser. Sous ce rapport, ils sont bien loin du Maitre, serviteur lui-même du Maitre suprème, dont il apportait a ses frères l\'invitation pleine d\'amour. Ses auditeurs a lui comprenaient qu\'il leur vou-lait enseigner a se tourner vers Dieu pour qu\'ils devins-sent enfants de Dieu; ici tout est clair comme le cristal et parle directement a Tame. La «foi en Jésus-Cbrist» est venue tout rendre nuageux , vague, indistinct. Eb!

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EPlTRE AUX ÉPHÉSIENS.

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sans doute, ces mots ont un sens excellent, etjem\'em-presse de le dire pour qu\'on ne se méprenne pas sur ma pensée \'). Jusqu\'è ce qu\'on découvre un évangile supérieur a celui de l\'amour de l)ieu et de l\'amour des enfants de Uieu les uns pour les autres , c\'est l\'évangile de Jésus qui est et restera l\'Evangile de vie, de salut, c\'est par eet évangile que nous avons a nous laisser convertir, et cela n\'est-ce pas croire en Jésus comme il voulait qu\'on crüt en lui, e\'est-a-dire le suivre\')? Nous ne pou-vons avoir la foi en Dieu qui provient de la reconciliation , sans avoir cette foi-la en Jésus, qu\'alors, dans un sens bien plus élevé que les premiers chrétiens, nous nommons avec un profond respect Sésus-Christ; car c\'est lui qui s\'est trouvé être pour nous le chemin , la vérité et la vie3). Ainsi il y a une «foi en Jésus-Christ» qui consiste a se laisser convertir par lui et qui sauve, puisque la conversion est le salut. S\'il était clair dans le langage religieux que c\'est cela que Ton veut dire quand on parle d\'étre sauvé par la foi au Seigneur Jésus-Christ, je n\'aurais pas la moindre objection contre ce langage; mais ce n\'est pas clair du lout; au contraire, è la foi qui sauve on mêle des croyances, vraies ou fausses, peu importe, qui ne sauvent pas du tout et dont Jésus n\'a pas dit un mot. Dès lors la théologie règne en maitresse; on crée l\'autorité episcopale pour que les chrétiens sachent ce qu\'il faut croire, la communion avec l\'évèque prend la place de la communion avec Dieu; vient le protestantisme, qui essaye de réagir, mais qui retombe dans la même ornière et est condamné par la a se débattre jusqu\'a maintenant dans des luttes

1) Voy. da reste la page 93. 2) Matth. XVI, 24. 3) Jean XIV, 6. II. 8

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114 CH. II. EPlTRES PAUL1NIENNES.

dogmatiques stériles; — hélas! pas meme stériles; il laudrait rendre grace a Dieu si elles n\'étaienl que cela; elles sont fecondes pour le mal.

Je conclus qua c\'est la vraio (bi que 1\'auteur de 1\'épitre aux Ephesiens defend, mais qu\'il gate cette defense par une définilion de la foi qui est fausse, et d\'autant plus dangereuse qu\'elle est sous-entendue. Avoir lafoidevient de fait synonyme d\'appartenir a la communaulé, ce qui mène directement au catholicisme : extra ecclesiam nulla salus. Aussi n\'est-il point étonnant de voir poindre dans notre épitre cette notion de l\'Eglise.

Pourtant c\'est la vraie foi que I\'auteur prêche, puisque tout chez le croyant tend d\'après lui a la sainteté. II donne, comme je l\'ai dit, des examples de 1\'application de ce principe. Je ne les analyserai pas; tout le monde peut les lire at cela sufïit pour se convaincre qua ce chrétien , quelque peu infaillible qu\'il fut, savait par experience ce que c\'est que d\'avoir le saint esprit.

b. Epitre aux Philippiens.

Je retrouve ici mon Paul. Si l\'épitre n\'est pas authen-tique, il faut avouer, non seulemant qua l\'auleur a dé-ployé un grand talent d\'impersonnification, qui donne a sa composition un remarquable caractère de vraisemblance1); rnais, ce qui est plus difficile encore, qu\'il s\'est par-

1

Ces hauts et ces bas dans les previsions de Paul sur son propre sort auraient éte soigneusement évites par un auteur vulgaire, qui aurait fait son Paul tout confiance ou tout désespérance; les remerciements en termes de commerce (ÏV, 15—20), si spirituels a force de cordialité, sont parfaitement naturels sous la plume d\'un homme de cceur et d\'esprit qui s\'adresse amp; des intimes, mais bien difficiles i inventer, si Ton doit imaginer ce que l\'homme de coeur et d\'esprit aurait pu dire dans un cas donné; etc.

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ÉPiTRE AUX PHILIPPIENS.

faitemenl assimilé la doctrine de Paul, non pas simple-ment la terminologie, inais le fond reiigieux, vivant.

Peut-être qnelque lecteur s\'étonnera de cette affirmation en pensant au celèbre passage du chapitre II sur la kénósis, l\'abaissement volontaire du Christ, doctrine que l\'on dit n\'être pas paulinienne. II est vrai que cette doctrine n\'est nulle part énoncée dans les quatre épitres fondamen tales; mais il ne s\'y trouve rien non plus qui l\'exclue Toutefois , mettons que sur ce point particulier l\'épitre aux Philippiens soit incompatible avec les lettres que nous savons devoir a Paul, cela prouve I\'inauthen--. ticité de eet écrit, mais cela ne prouve pas que j\'aie tort de dire que I\'auteur est, pour ce qui fait la vie religieuse elle-même, un paulinien pur-sang.

Je n\'insisterai pas sur ce que I\'auteur considère comme le grand intérêt des croyanls d\'arriver a être «purs et irréprocbables pour le jour de Christ»1), et qu\'ainsi la sainlelé est a ses yeux le fruit nécessaire et indispensable de la foi; ni sur ce qu\'il invite, tout-è-fait dans le même esprit, les lecteurs a se «conduire d\'une manière digne de l\'Evangile de Christ»3), ni sur quelques autres passages du même genre et lout aussi clairs. On en trouve des parallèles, si ce n\'est de,mots, du moins de pensée, dans des écrits oü la doctrine paulinienne pro-prement dite ne se trouve déja plus dans son intégrilé2). De fait, tout écrit oü ces pensées ne se trouvent pas

115

1

2) I, 10. 3) I, 27.

2

Par ex. Eph, I, 4; IV,%l. Sur la doctrine paulinienne voy. I, 7 et ci-dessus la page 111.

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CH. II. EPiTRES PAUL1NIENNES.

sous une forme ou sous une aulre cesse d\'être chrétien. En constalant que l\'auteur de 1\'épitre aux Philippiens les exprime, je constale simplement que le levain de l\'Evangile de Jésus manifeste sa presence dans eet écrit.

Mais j\'affirme plus qua cela. Sa doctrine de la justification par la foi (doctrine profondément reiigieuse sous une forme Ihéologique criticable) est précisérnent celle de Paul; la religion de Paul et la sienne sont identiques. C\'est ce que montrent les quatorze premiers versels du chapitre III.

Pourquoi, d\'une manière extrêmement abrupte, l\'auteur s\'en prend tout a coup aux proneurs de la Loi, je l\'ignore; mais c\'est ce qu\'il fait. II débute par avertir contre eux en se servant a leur sujet de termes injurieux, qui ne montrent que trop combien il a raison un peu plus loin de dire: «Ge n\'est pas que j\'aie déja remporté le prix, on que j\'aie déja atteint la perfection». Du reste, il les laisse aussilót, pour ne s\'occuper que de la vraie justice, bien différente de la justice judaïque. II rappelle qu\'au point de vue juif, il (censément Paul) ne le cède a qui que ce soit en ce qui sert a conslituer une justice parfaite\'j; mais se confier en ces cboses, c\'est se confier en la cbair 2) (c\'est-a-dire en des cboses extérieures qui, comme telles, n\'ont aucune puissance pour transformer le pécbeur. Le resle fera voi^ que telle est bien la pensee); aussi Paul a-t-il fini par considérer tous ces avantages comme une perte 3) (puisque donnant Villusion de la justice, ils éloignent de la vraie justice). II poursuit alors:

O ui je regarde tout comme une perte en vue de Timmense valeur de la eonnaiasance de mon Seigneur, le Christ Jésus, a, cause duquel j\'ai renonce\' a

1) III, 4—6. 2) v. 4. 3) v. 7.

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EPÏTRE AUX PHlLlPPIENS.

117

tout, considérant ces choses comme de la bone afin de gagner Christ, et d\'etre trouvé en lui, n\'ayant plus ma justice a moi, celle qui vient de la Loi, mais celle qu\'on obtient par la foi en Christ, la justice (venant) de Dien sur la foi, afin de le connaitre, lui et la puissance de sa re\'surrection, et la communion de ses soufifrances, m\'assimilant a sa mort, dans l\'espoir d\'arriver aussi a la resurrection des morts 1;. (Phil. Ill, 8—12).

1) Je me suis approprié plusieurs traits de la traduction de Reuss,maisne puis pas du tout accepter sa manière de rendre le v. 9, qu\'il interprète en harmonie avec son exegese de Rom. Ill, 21—26, que je considère comme mal fondée. Comme il s\'agit du cardo rerum, on me permettra de m\'y arrêter. Notre v. 9 porte kou evpsSca ev cavrci fzyj e%uv èfzijv èixotocrvviiv rijv ex vófzov oihhoc rijv Six iria-reoos xpia-rov^ rijv ex Seov Bixotorvvyv IttÏ riji ttittbi. Quoi en réalité de plas clair quand on donne aux mots leur valeur? Ce qui Rom. III, ^ 22 s\'appelle dixxioa-vvy Seov, s\'appelle ici $ix. ex Seov, parfaitement bien, si eest, littéralement et simplement, la justice de Dieu% sa perfection morale k lui, par la celle qui seule est vraie, et a laquelle l\'homme ne saurait atteindre par lui-même; mais Üieu la lui donne quand il renonce a sa propre justice et se tourne vers Dieu par ia foi; la justice de Bieu, donnée ainsi au croyant, est alors, littéralement aussi et simplement, pour le croyant \\v. justice venant de Bieu {ex Seov), et Ton comprend aussi fort bien les mots It) ry riereiy toujours dans leur sens naturel, sur la foi; la justice qui émane de Üieu et est donnée a ceux qui ont la foi, vient done reposer sur leur foi. Ce qui empêche de comprendre, c\'est le préjugé d\'après lequel, la justification étant ce qui rend Thomme acceptable aux yeux de Dieu, on s\'imagine que Dieu accepte sa foi au lieu de la justice qu\'il ne possède pas, et ainsi le justifie; mais il n\'y a pas un mot de cela, ni dans Tepitre aux Romains, ni dans celle aux Philippiens. On oublie en effet que, dans ces épitres, la foi que Dieu nous donne nous transforme, nous rend done acceptables. Dieu n\'accepte pas la foi (intellectuelle) au lieu de la justice; mais en nous donnant la foi (ëthique), il fait de nous ses enfants et peut nous declarer justes (justifier). DansTepitre aux Philippiens, l\'expression ex Seov coupe court ^ toute equivoque; elle ne j?eut pas signifier, comme Reuss traduit, la justice reconnue par Bieu. Voici comment il rend le v. 9 en entier: «Et d\'etre trouvé uui a lui (Christ), ne regardant plus comme mienne la justice qui vient de la loi, mais celle qui nait de la foi en Christ, la justice reconnue par Dieu et basée sur la foi», et je remarque, outre ce que j\'ai déj^ dit, qu\'être trouvé uni a Christ dit bien moins que ce qu\'il y a dans le texte, être trouvé en Christ, c. a d. comme Tauteur Texplique aussi tót, en possession de la vie que procure la foi en Christ et la communion avec Christ, en d\'autres termes en possession de la justice de Dieu qu\'il communique aux croyants. Ensuite, «ne regardant plus comme mienne la justice qui vient de la loi», quoique grammaticalement

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CH, II. ÉPlTRES PAULINIENNES.

Par la bienheureuse connaissance du Christ l\'apótre a appris a considérer coinme nuls et non avenus les avanlages si grands dont il avait élé fier autrefois, mais qui en réalité élaient charnels et n\'avaient aucune puissance régénératrice. Ne se croyant plus juste, il a pu oblenir la justice de Dieu, qui fait de lui un autre bomme, lequel, mourant avec Christ, vit aussi avec lui. La foi est ici le moyen de changer réellement le pécheur, qui devient enfant de Dieu. C\'est la religion de Paul, dont l\'essence est le renouvellement intérieur, mysli-quement exprimé par la communion de la mort de Christ, renouvellement qui, consommé, aboutit a faire de nous des enfants de Dieu, ce qui s\'exprime mystiquemenl par êlre en Christ.

Aussi Reuss a-t-il , a ce que je pense, parfaitement raison de juger que les mots du verset 11 «dans 1\'espoir d\'arriver aussi è la résurrection d\'entre les morts» ne visent pas du tout seulement l\'espérance de la vie future, lors de 1\'apparition du Christ, mais en même temps la résurrection mystique de ,1a mort spirituelle du péché, laquelle est commencée, mais non achevée chez le croyant. Aussi l\'auleur complète-t-il sa pensée paries remarquables paroles suivantes, qui prouvent clair comme

possible, ne rend pas le sens. II y a un accent sur mot qui sans cela

serait superflu. La justice qui vient de la loi est une propre justice que Ton acquiert soi-méme, tandis que Ton ne peut que recevoir en don la justice qui vient de Dieu. Ma traduction, qui tient compte de eet accent, est plus grammaticale que celle de Reuss et donne un sens trés net, en parfaite harmonie avec le contexte; Afin d\'etre en Christ, j\'ai renonce ^ me rendre juste moi-même, «n\'ayant plas ma justice a moi (que j\'ai eue auparaTant), celle qui vient de la Loi, mais (ayant a la place) celle qu\'on obtient par la foi, la justice qui vient de Dieu (et qui repose) sur la foi». Enfin on voit pourquoi Reuss traduit in) ry itio-tsi par «basée sur la foi», ce qui serait possible dans quelque autre contexte, mais ce qui est impossible après ex Ssou.

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EPITRE AUX C0L0SS1ENS.

le jour que la justice de Dieu donnee au croyant est la vie nouvelle produisant la sainteté:

Non que j\'aie déjè. atteint le but ou que je sois dié]k parvenu a la perfection\' Mais je le poursuis, dans l\'espoir de le saisir, puisque j\'ai aussi ete saisi par Christ. Non, mes frères, je ne pretends pas Tavoir atteint: seulement, ou-bliant ce que je laisse en arrière, et tendant vers ce qui est devant moi, je cours après le prix de la vocation celeste en Jesus-Christ. (Phil. Ill, 12—14).

Je persisle a regrelter le langage mystique qui a servi a exprimer celle admirable religion ; car les images dont il se sert manquent complèlement de transparence et la chrétienté n\'a ete que trop porlée a prendre ce langage pour l\'essence même de la religion, quoique, Jésus s\'en soit parfaitement passé. Mais tout cela n\'em-pêche pas que la religion professée par l\'auteur de l\'épitre aux Philippiens ne soit la vraie, celle que tous les hommes ont besoin d\'avoir en eux, la religion de la sainteté.

Du reste, il n\'apporte rien de nouveau a la défense de cette religion. Les exhortations qu\'il adresse a ses lecteurs témoignent amplement du profond sérieux avec lequel il considérait la religion, non comme une théorie abstraite, mais comme une vie intérieure qui se manifeste, et dans les aspirations, et dans la conduite deceux qui la possèdent.

c. Epitre aux Colossiens.

119

Cette «épitre» présente de nombreuses analogies avec celle aux Ephésiens, mais elle s\'en distingue aussi trés nettement en ce qu\'elle poursuit un but polémique avoué, ce qui implique la défense, ou [\'apologie, de ce qu\'elle

1) Qu\'est-ce que c\'est que la puissance de la resurrection de Jesus-Christ?

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

considère comme mis en danger par ce qu\'elle combat.

Ce but est exprimé au commencement du chapitre II. L\'auteur se dit en lutte (souci) au sujet des destinataires de l\'écrit el au sujet d\'autres encore, qui ne Ie con-naissent pas personnellement; il désire fort, pour leur bien , qu\'ils soient unis dans 1\'amour et qu\'ils parvien-nent a la pleine connaissance du myslère de Dieu, qui renf\'erme tonte la veritable sagesse \'), et la suite fait voir qu\'il craint en elfet qu\'ils ne se laissent détourner de ce myslère de Dieu. II dit;

Je dis cela pour que personne ne vous égare par des discours séduisants.....

Vivez done dans ce Christ Jesus, selon que vous avez appris amp; le connaitre (II, 4, 6).

Ainsi done le myslère de Dieu e\'est la predication du Christ Jésus que les lecleurs ont entendue et regue1), et ils risquent d\'en êlre détournés par des discours séduisants. Qu\'est-ce qu\'on leur prêcbe de mauvais?

On voit au verset 8 que, d\'après l\'auteur, c\'est une pbilosophie trompeuse, qui s\'appuie sur une autorité purement humaine, qui a pour règle les «rudiments du monde» et qui pour cela n\'est pas conforme a Christ.

Que l\'auteur soit Paul lui-même ou quelqu\'un d\'autre, il est en tout cas paulinien, il connait la doctrine de Paul2), et c\'est lè sans doute qu\'il a pris ce terme de

120

1

Ce mystère n\'est qu\'en apparence plus étendu que celui dont il est question au ch. T, ou c\'est la vocation des païens (I, 25—29; comp. Eph. III). En effet ceux-lè seulement ont pénetre le mystère de la vocation des gentils qui sont parvenus amp; la pleine connaissance du salut en Jesus-Christ.

2

La comprend-il parfaitement ? J\'en doute (et je doute done pour ma part de rauthenticité de Tepitre). De même que l\'auteur de 1\'ëpitre aux Ephésiens, il fait «redemption» synonyme de «remission des péchés» (1,14; comp. Eph. 1, 7), ce qui ne se trouve mille part dans les qaatre grandes épitres, et ce qui pour le moins appauvrit énormément la pensee de Paul.

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EPlTRE AUX COLOSSIENS.

«rudiments du monde», fort enigmatique, si le contexte ne l\'explique pas. II est probable done que la doctrine qu\'il combat recommandait des moyens de salut en outre de la f\'oi en Jésus-Ghrist, de ces moyens que Paul aurail appelés «charnels», et, en effet, il met en garde plus loin contre les exigences de gens qui ont beaucoup d\'analogie avec les Judéo-chrétiens; car il s\'agit du manger et dn boire, et de fêtes, nouvelles lunes et sabbats1), et l\'auteur, en ajoutanl que tout cela «était l\'ombre des choses a venir»2), monlre clairement qu\'il s\'agit d\'une tendance judaïsante. Toute-fois il ne s\'agit pas de judéo-cbristianisme pur et simple; les gens visés se livraient a un culte des anges et af-fectaient d\'en faire une marque d\'humilité (pourquoi ?) ^ ; enfin ils pronaient un ascétisme , dont nous ne connais-sons ni l\'étendue, ni la théorie3).

Tout cela, f\'aute de détails, est fort obscur; cependant il s\'agit de pratiques parlaitement étrangères a la sanc-tificalion intérieure et réelle, et un paulinien ne pouvait que les combattre. Notre auteur a parfaitement raison pour le fond, quoique je le soupgonne d\'avoir été moins parfaitement équilable dans son appréciation morale de ceux qu\'il cornbattait.

Voila quand au but de l\'épitre, qui est done essen-tiellement polémique. Quant anx moyens employés pour combattre ces adversaires , outre les durs qualificatifs que

m

1

II, 16. 2) v. 17.

2

étrange assertion autre chose que le parti-pris d\'un adversaire.

3

v. 22, 23. L\'auteur condamne eet ascétisme comrae ne servant «qu\'è. la satisfaction de la chair»; franchement, il est difficile de voir dans cette

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GH. II. ÉPlTRES PAULINIENNES.

j\'ai relevés, il n\'y en a qu\'un , qui consiste è donner un sommaire de ce que l\'auteur tient pour la vraie doctrine, a iaqueile les croyants doivent se tenir. Sa polemique va ainsi plus loin que de combaltre les ad-versaires signalés comme acluellement dangereux; elie met en garde en même temps contre quiconque prêche-rait quand que ce fut quoi que ce soit en désaccord avec ia saine doctrine. C\'est fort commode, mais peu suffisant; Paul, dans l\'épitre aux Galates et dans celle aux Remains, donne des raisons en faveur de sa doctrine et contre celle qu\'il combat, et il semble que ce n\'est point la prendre une peine superflue.

Ge que j\'en dis n\'est cependant pas pour rien rabattre de rexcellence de la doctrine dont l\'auteur ne veut pas qu\'on s\'écarte; c\'est la doctrine de la nouvelle naissance; c\'est une doctrine prêchant la vraie religion, celle qui, unissant l\'homme a Dieu, produit nécessairement la sainteté de la vie; aussi le chapitre 111, oü l\'auteur parle des fruits pratiques de la vie religieuse intérieure, restera-t-il comme une des pages les plus vraiment édi-fiantes du Nouveau Testament:

Or done, si vous êtes ressuscitcs avec Christ 1), reeherehez ee qui est en haut2), oü Christ est assis a la droite de Dieu; dirigez vos pensees vers ce

qui est en haut, et non vers ce qui est sur la terre......Mortifiez done

vos membres terrestres 3)gt; le libertinage, l\'impureté, la luxure, la mauvaise convoitise et cette cupidité qui est une espèce d\'idolatrie......Maintenant

122

1

Nés amp; la vie nouvelle, ensevelis avec Christ dans le baptême (II, 12; symbole done, et non cause de la conversion), et ressuscités avec lui dans ce même baptême. C\'est ce qu\'un verset plus haut (II, 11) Tauteur a appelé la circoncision qui n\'est pas faite avec la main.

2

Non point du tout seulement: «Faites ce qu\'il faut pour parvenir h. la gloire future», mais surtout: a Kecherchez la possession des biens spirituels pour sanctifier vos vies».

3

Ji) La partie de vous qui est terrestre.

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ÉPlTRE AUX COLOSSIENS.

vous devez vous défaire de tout cela, de toute colère, animosité, méchanceté, raedisance; ótez de votre bouche tout propos déshonnête; ne vous mentez pas les uns aux autres; dépouillez-vous du vieil homme avec ses oeuvres, et re-vetez le nouvel homme, qui se renouvelle d\'après Timage de son créateur, pour arriver k une intelligence *) oü il n\'y a plus ni païen, ni Juif, ni cir-concis, ni incirconcis, ni étranger, ni barbare, ni esclave, ni homme libre, mais oil Christ est tout et en tons. Appliquez-vous done, en votre qualité de saints, élus de Dieu et bien-aimés, h la pitie, a la bonté, a Thumilité, k la mansuétude, k la longanimité, vous supportant les uns les autres et vous pardonnant mutuellement, vous aussi, si quelqu\'un a un reproche a faire amp; son prochain, comme Christ aussi vous a pardonne1): et par dessus tout è. Tamour, qui relie les perfections comme en un faisceau (Col. Ill, 1—14).

Ge qui donne a cette belle page une valeur toute particulière , e\'est que les choses qui y sont recominandees le sonl au lieu des pratiques de devotion. Qandonvoit, en plein monde païen , bien des années après la mort de Jésus, quelqu\'un s\'exprimer ainsi, on ne peut que s\'écrier: «Non Jésus n\'a pas travaillé en vain; la bonne semence a germé et porté des fruits!»

Avec cela, il n\'en faut pas vouloir a ce chrétien, qui a si bien eu conscience de ce que e\'est que la vraie vie religieuse, s\'il a cru cette vie solidaire de conceptions extrêmement obscures sur la personne du Christ et sur son oeuvre. Ces conceptions font l\'objet de l\'ex-posé théorique de notre épitre. Elles ont beaucoup de rapport avec celles des épitres qui sont certainement de Paul, tout en présentant des differences. 11 serait tout-

123

1

Quoique l\'auteur tienne fort k ses conceptions théologiques, il manque un pen d\'exactitude. Ce n\'est pas Christ, mais Dieu qui pardonne. — On remarquera que s\'il insiste plus sur le pardon que le Paul des grandes épitres, ce pardon n\'est pas pour lui le salut; le salut, eest la vie nouvelle.

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CH. II. ÉPITRES PAULINIENNES.

k-fait hors de propos de les analyser ici, ces speculations donnant lieu précisement aux mêmes observations que j\'ai déja présentées au sujet de la théologie de Paul \'). Du reste, que la théologie de l\'épitre aux Colossiens soit honne ou mauvaise, eet écrit défend la religion admirablement bien.

d. Epïtres aux Thessaloniciens.

Au point de vue de la défense de la religion, il n\'y a que peu de chose dire sur la première aux Thessaloniciens; elle se meut dans le même cercle d\'idées générales que celles que j\'ai déja passées en revue. Le Seigneur Jésus est mort pour nous, afin que nous vivions avec lui, dans cette existence et dans l\'aulre 1); nous avons ainsi passé des ténèbres a la lumière2). II est évident, a la manière dont l\'auteur s\'exprime, que cette dogmatique est depuis longtemps acquise, admise, entre lui et les lecteurs. II ne l\'expose point et se contente d\'y faire allusion quand son sujet le demande. Quant a l\'intention religieuse, nous retrouvons ici ce que nous avons eu le plaisir de retrouver parlout ailleurs, la conviction (\'ondamentale que les croyants, ceux qui ont passé des ténèbres a la lumière, sont appelés par cela même è une vie sainte. G\'est è cela que tendent toutes ses exhortations3), comme y doivent tendre toutes les exhortations chrétiennes; il y a naturellement des diffé-

124.

1

I Thess. V, 9, 10.

2

V, 4 et suiv.; comp. Eph. V, 8, etc. et I Thess. I, 9, 10.

3

«Ce que Dieu veut, c\'est votre sanctification» (IV, 3; comp. les versets 1—13; V, 4—11; 12—25).

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ÉPiTRES AÜX THESSAL0N1CIENS.

rences de détail, d\'applicalions da grand principe, enlre cette épitre et les autres, de méme qu\'entre ces der-nières entre elles; mais il ne s\'y trouve rien de vrai-ment nouveau, ni comme fond, ni comma méthode, et je puis me bomer a celte constatation

Dans la seconde épitre aux Thessaloniciens, ie carac-tère particulier au croyant reste qu\'il se distingue des non-croyants par la sainteté de sa vie; il est dit en effet des lecteurs qu\'ils «ont été élus pour le salut, dès le commencement, au moyen de la sanctification par l\'esprit et de la foi en la vérité»1); du reste l\'auteur ne fait qu\'une seule application pratique spéciale de ce grand principe; il veut avec raison que les croyants aient leurs occupations régulières et sérieuses, et il qualifle de choses vaines celles auxquelles les gens af-l\'airés sans but utile précis perdent leur temps tout en étant a charge aax autres 3).

Les deux premiers cbapitres sont dans le fond une exhortation a rester fermes dans la foi et dans la recherche de la sanctification, fondée sur la certitude de l\'avènement du Seigneur, lors duquel les ennemis des croyants senliront teut le poids de la colère divine, tandis que ceux-ci verront leurs afflictions actuelles

125

1

II Thess. II, 13. 3) III, 6—12.

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CH. II. EPITRES PAUUN1ENNES.

changees en félicité. Le second chapitre, en vue duquel peul-être l\'écrit a été compose, avertit que le moment du jugement dernier n\'est pas encore la, et expliqne ce retard par la nécessilé que «Thomme de péché» soit auparavant manifesté. Ou peut dire qu\'il y a la uu élément de defense de la religion, puisque c\'est un encouragement a élre religieux. Autre chose est d\'affirmer que cet encouragement ait grande valeur; non seulement il n\'a de force qu\'anprès de gens qui croient sur parole des affirmations dont rien ne prouve le bien fondé et sur lesqiielles le premier illuminé venu peut renchérir a sa guise, mais encore celui qui ne sent pas le prix inestimable de la piété pour l\'heiire présente, pour la communion avec Dieu qu\'elle lui procure, pour la force contre le mal qu\'elle crée en lui, celui-la n\'est pas pieux de la piété qui sauve.

Je reconnais que dans toutes nos épitres et aussi dans Ie reste du Nouveau Testament, l\'idée de ïa possession de la gloire future est amalgamée avec celle de la délivrance du péché dans la notion renfermée sous le mot de salut, et qu\'ainsi I\'argument qui fait le fond de la seconde épifre aux Thessaloniciens est partout au moins sous-entendu. Get argument a quelqueföis soulevé des objections et a fait alors l\'objet d\'une apologie spéciale. C\'est ce que nous voyons au chapitre XV de la première aux Corinthiens, ou I\'auteur cherche a éiablir la certitude de la «résurrection», puis réfute spécialement une objection tirée de ce que nos corps se détruisent dans le tombeau; Paul répond que nous ressusciterons avec des corps «spirituels»; c\'est-a-dire, comme cela ne peut manquer quand on s\'aventure sur ce terrain , qu\'il affirme des choses dont il ne sait rien et ne peut rien savoir.

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ÉPlTRES AÜX THESSALONICIENS.

G\'est encore le cas ici, et j\'ai réservé exprès pour eet endroit, afin de n\'y pas revenir, ce que j\'avais a dire a ce sujet. Gela se résumé en deux points.

1°. Toute description quelconque du comment , soit de ia fin du monde, soit de ia prolongation de 1\'exis-tence individuelle après la mort terrestre, est nécessaire-ment arbitraire, puisque l\'homme ne possède absolument aucune donnée qui puisse lui servir de point de départ. Tout ce qui s\'est déja affirmé dans ce genre, el ce n\'est pas peu, n\'a d\'autre valeur que celle de choses que l\'on s\'efforce de s\'imaginer. Si quelqu\'un croit savoir ces choses par une revelation, cela n\'y confère pour autrui aucune valeur quelconque, puisqu\'il n\'existe pas, pour celui qui n\'a pas eu la revelation, de moyen de savoir que la prétendue révélation en est une. Un homme de bonne foi peut se tromper et prendre ses propres imaginations pour des révélations. Par conséquent les spéculations au moyens desquelles on essaye d\'appuyer la croyance en une vie future en spécifiant, de quelque mamère que ce soit, ce qui regarde cetle vie lüiure, sont vaines en soi et ne peuvent servir a défendre la religion; e\'est appuyer le certain sur l\'incertain; c\'est faire appel a la crédulité el non è la foi; c\'est biUir sur le sable. Quelques résultats apparents que l\'on ait pu obtenir au début, lót ou tard la réflexion viendra el l\'édifice croulera; il n\'y aura pas pour cela besoin de lempête; un souffle sera suffisant.

2°. L\'espérance elle-même d\'une vie future (prolongation de l\'existence individuelle, partant consciente) ne peut pas servir de défense k la religion, puisque elle-même a besoin de l\'appui de la religion. Gelui qui vil en Dieu, meurt en Dieu, avec une parfaite confiance

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CH. II EPIÏRES PAÜLINIENNES.

en face de i\'inconnu. Soyons pieux, nous aurons l\'es-pérance; l\'espérance ne peut pas servir a fonder la piété.

11 est vrai que la terreur du jugement dernier peut mainlenir, jusqu\'è un certain point, les hommes dans les limites de la morale; mais elle ne rend pas moral, elle ne rend pas pieux, et sa puissance s\'use. On s\'ha-bilue a braver le jugement dernier, même enycroyant; bien plus, comme on n\'y croil que sur l\'autorilé d\'autrui, tout ce qui se fait pour rendre aux hommes le service de les atfranclnr de la foi d\'aulorité a pour résullat infaillible de faire que Ton n\'y croie plus. Mauvaise et dangereuse defense de la religion que celle qui fait appel a la terreur\').

e. Epitres pastorales.

Je n\'ai a mentionner ces écrits presque quo pour niémoire; non qu\'ils n\'aient pas leur grande impor tance, au contraire, mais paree qu\'ils ne rentrent pas dans mon sujet.

La première epilre a Timothée a été écrite dans l\'in-térêt de la religion , comme lout ce qui se trouve dans le Nouveau Testament; mais elle n\'expose pas en quoi consisle la religion 1); elle parle de doctrines dangereuses,

128

1

En fait de doctrine, il y a tout juste trois allusions, saus détails: Le Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs (I, 15); il s\'est donné en ran9on (II, 5); en lui a été revele le «mystère de la piete» (111, 16).

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EPlTRES PASTORALES.

mais non pas pour les combattre elle-même; c\'est seu-lement afin d\'insister auprès des conducteurs spirituels des communautés de croyants peur qu\'ils s\'y opposent1).

Le but de cette épilre est de pousser les communautés è établir dans leur sein une discipline sévère, par la-quelle, d\'un cóté, ceux qui prêchent «d\'autres doctrines» soient rendus inoffensifs, et de l\'autre cóté, les vices soient empêchés et la pratique de toutes les vertus qui composent la vie selon Christ soit développée et en-couragée.

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On doit s\'opposer è ceux qui prêcbent d\'autres doctrines, avons-nous dit. Autres que quoi? Evidemrnent autres que la doctrine du salut par la foi en Jésus-Christ. On voit, par exemple au ch. IV, 1—10, que l\'auteur a en vue ces tendances ascétiques que nous avons déja vu signaler par l\'épitre aux Colossiens; mais il y a autre chose, des «fables et des généalogies» qui peuvent se rattacher au culte des anges 1) et peut-être n\'est-ce pas tout. L\'esprit humain s\'agite, pose des questions et les résout tant bien que mal. Faut-il l\'empêcher? Faut-il traiter de gons de sac et de corde ceux qui ont des idéés méme absurdes?2) L\'auteur voue a Satan Hyménée et Alexandre et a probablement pris ces noms dans la seconde épitre a Timothée (plus ancienne que la première); s\'il y a pris aussi le crime d\'Hyménée, il faut avouer que ce n\'était guère sata-nique, car il prétendait que «la résurrection avait déja eu lieu»!3) Quoi qu\'il en soit, la doctrine da salut par la foi en Jésus-Christ n\'était pas si claire et si a

1

1) I, 3; 18; IV, 6; 11; VI, 3 et suiv. 2) I, 4, etc. 3) Col. II, 18.

2

P. ex. IV, 2; VI, 3—5; I. 10. B) II Tim. II, 17, 18.

3

II. 9

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CH. II. ÉPtTRES PAULINIENNES.

l\'abri des objections qu\'il fallüt être un méchant pour s\'en écarter. Nous assistons aux débuts de l\'orthodoxisme, ici allié èi un sentiment trés vif des consequences pratiques de la foi, au point que 1\'auteur semble avoir raison. Pourtant il a tort. Gertes ia paix doit régner entre chrétiens; mais non pas la paix obtenue en fer-mant la bouche è quiconque parle originalement; la paix doit provenir de ce que tous, même s\'il y a des differences entre eux 1), s\'unissent pour vouloir de toute leur ame cette vie religieuse qui se manifeste dans la pratique, comme la première a Timotbée l\'expose si bien.

Pour parvenir au but, l\'auteur veut que les cominunautés aient è leur tête des conducteurs personnellement irré-prochables 2); ceux-ci doivent prendre è coeur les devoirs que leur impose leur charge excellente, que l\'auteur de 1\'épitre leur recommande, sous le patronage de l\'a-pótre des gentils, dans la personne de Timothée, censé k la tête de la communauté d\'Ephèse.

Tout cela mérite pleinernent d\'être examiné dans les détails, mais non pas au point de vue de la religion prêchée dans la Bible. II s\'agit d\'organisation religieuse et non pas de propagande ou d\'édiflcation. Sans doute, le but final est la dél\'ense de la religion; mais ce n\'est point le but immédiat. Celui-ci est de créer è la religion une forteresse inexpugnable, l\'Eglise, «colonne et base de la vérité» 3).

130

G\'est absolument le cas aussi pour l\'épUre a Tite, qu\'il laut mentionner ici, paree que, quoique beaucoup plus courte que la première a Timothée, elle poursuit,

1

I Cor. Ill, 10—15. 2) III, 1—13. 3) III, 15.

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ÉPlTRES PASTORALES.

cette fois en se servant du personnage de Tite, censé amp; la tête des Eglises de Grète, le même but d\'organi-sation qua 1\'autre, et si complètement par les mêmes moyens, qu\'il est impossible que ces deux épitres ne soient pas, d\'une manière quelconque, dans la dépendance Tune de l\'aulre. Gela ne les empêche pas d\'avoir leurs particularités. L\'épitre a Tite, par exemple, quoique de beaucoup Ia plus courte, est ia plus explicite sous le rapport de la doctrine dont il est mauvais de s\'écarter\'j. Mais cela dit, il n\'y a rien d\'autre k y signaler qui ne lui soit commun avec la première a Timotliée.

Toutes les deux, il faut relever la chose, ne füt-ce qu\'en passant, sont d\'accord avec le Nouveau Testament tout entier, que la vie du chrétien doit témoigner de sa foi; et toutes les deux, quelque disculable que soit l\'idéal ecclésiastique ébauché dans l\'esprit des auteurs, ont une conception trés pure et trés haute de cette vie par laquelle le croyant doit se distinguer du non-croyant. Le veritable Evangile est la présent et vivant.

131

Comme je l\'ai dit, la seconde ^ Timotliée me semble plus ancienne que la première. Elle se distingue de celle-ci et de celle è Tite en ce qu\'elle ne renferme guère d\'éléments organisateurs; pour le reste elle forme, de même qua ces deux autres, une exhortation adressée, sous le nom d\'un disciple de Paul, aux presbytres et

1) La redemption est mentionnée (II. 14) avec son but, qui est de former un peuple pur et pratiquant la yertu, qui appartienne k Christ. En outre la nature spirituelle, intérieure dn salut est rappele\'e (III, 4—6). II est vrai que le salut, qui consiste dans la regeneration, procure la certitude de la gloire e\'ternelle (v. 7); mais on est bien aise de voir que I\'auteur sache pour-tant qn\'être eauvé, o\'est avaut tout être ne de nouveau.

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

épiscopes des communautés, pour qu\'ils aient a cultiver la piété pour eux-mêmes avec le plus grand zèle, et a s\'appliquer de tous leurs soins a la faire régner parmi les croyants, en combattant, et les doctrines dangereuses, et les vices.

d. Epitre a Philémon.

Charmant billet, plein de coeur, et spirituel en même temps, ce qui ne gate rien, quand le cceur y est. S\'il n\'est pas authentique, il ne peut avoir eu pour but que d\'exciter les maitres chrétiens k considérer leurs esclaves chrétiens comme des frères dans la foi, et même a leur donner la liberie, sans toutefois alfirmer que cette émancipalion fut obligatoire. Ce serail done une appli-calion des principes de l\'Evangile, mais il n\'y a pas la de méthode apologétique.

§ 4.

Résumé.

La prédication dont le dogme central était raffirmalion que Jésus était le Messie a eu pour résultat la fondation de communautés dont le signe de ralliement était la croyance en cette messianité.

La religion des membres de ces communautés con-sistait a se considérer, en qualité de croyants, comme les élus de Dieu , destinés a une félicité sans fin, et tenus a vivre ensemble dans la paix, dans la charité et dans la pureté morale, supportant avec patience les

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RÉSUMÉ.

epreuves du temps présent en attendant d\'être mis en possession de la gloire a venir. Gette religion n\'avait pas de culte au vrai sens du mot, aucune cérémonie en l\'honneur de Dieu et nécessaire au salut des hommes. II y avait des reunions d\'édification, oü la sainte cène, profession de foi et repas de fraternité et non pas sa-crement, jouait un róle; en outre Ie baptême était la cérémonie d\'affiliation è la communauté, symbole de la naissance a la vie de la foi, et aussi peu acte de culte que sacrament.

L\'existence de cette religion a donné naissance a une littérature dont les quatre épitres certainement authen-tiques de Paul sont les plus anciens documents que nous possédions, et au sein de laquelle les épitres pauliniennes en général représentant une tendance spéciale, dont le trait distinctif est que le croyant, dans la conviction de ceux qui appartiennent a cette tendance, n\'a aucunement k se préoccuper des usages religieus des Juifs et reste absolument indépendant a l\'égard de la loi écrite de Dieu. Ce cóté négatif de leur conviction se trouve dans un rapport étroit avec rafiirmation, commune è tous les croyants, que les élus de Dieu sont appelés a une vie de sainteté; seulement, chez eux, cette sainteté è laquelle on parvient par la foi prend une importance si grande que toute autre forme de sainteté, non seulement perd sa valeur, mais méme cesse complètement d\'être de la sainteté. Paul a eu le sentiment exlrêmement net de la nouvelle vie, absolument suffisante, dans laquelle on entre par la foi; c\'est pour lui un changement radical qui s\'opère dans la personnalité même du croyant; par la se brise en lui le pouvoir du péché; il apparlient désormais a Dieu,

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CH. II. EPlTRES PAULINIENNES.

dont 1\'esprit habite en lui, et, conduit par eet esprit, il s\'avance dans une sanctification non interrompue.

Cetle religion, qui consiste ainsi amp; ae donner è Dieu dans la vocation a la sainleté, est indissolubiement unie dans l\'esprit de ceux qui la prêchent au dogme de la messianité de Jésus et è la conception qui voit dans sa mort le moyen par lequel s\'opère la réconciliation du pécheur avec Dieu, sans toutefois que la manière dont ce moyen opère soit expliquée. On y raltache, d\'une fagon qui n\'est pas claire non plus, le pardon des pé-chés. L\'image la plus ordinaire qui sert è désigner les efFets bienfaisants de la mort du Christ est celle d\'un rachat, d\'une rédemption, de sorte que cette mort elle-même est appelée une rangon. Quelquefois aussi on la représente sous l\'image d\'un sacrifice Enfin la resurrection du Christ est présenlée comme le garant de tous les biens spirituels, tant présents que futurs, assures au croyant.

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Les épitres pauliniennes sont l\'antique littérature de cette religion unie a cette théologie. Comme elles sont toutes destinées a des «croyants», elles n\'ont pas dans leur ensemble de caractère apologétique marqué, du moins dans ce sens que les auteurs aient è prendre la défense de «la foi», vis-a-vis de lecteurs qui s\'y op-posent. L\'élément apologétique y prend cependant une place assez considérable, en tout premier lieu, paree que parmi les croyants il y en avait un grand nombre pour qui «\\a foi» n\'était pas tellement une vie nouvelle qu\'ils pussent en concevoir la compléte suffisance; il existait done une tendance k recourir, pour se faire

1) Image aussi employee pour la foi, considérée comme rcmpla9ant le culte extérieur (Phil. II, 17).

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RÉSUMÉ.

une sainteté, aux pratiques de devotion , juives ou autres, et cela donnait un grand crédit aux fanatiques de la loi juive. II a fallu combattre cette tendance et défendre la sufflsance de la foi. C\'est ainsi que les épitres aux Galates et aux Remains sent de véritables apologies de la justification par la foi seule, et que ce même élément se retrouve plus ou moins prononcé dans les autres épitres.

En second lieu, bien des gens risquaient de se flgurer qu\'il suffisait de croire au Messie Jésus, sans comprendre, comme il élait nécessaire, que les croyants devaient être changés intérieurement et mener une vie qui té-moignat de leur renouvellement. C\'était encore prendre la délense de la vraie foi contra un foi insufflsante, que d\'insister sur les vertus qui doivent distinguer les croyants de tous les autres hommes. Aucune de nos épitres n\'y a failli. On peut discuter les applications du principe de sainteté qu\'elles indiquent\'); mais toutes maintiennent le principe avec une fermeté admirable; toutes veulent que la religion sanctifie la vie présente et actuelle, sans quoi ce n\'est pas la vraie foi.

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Quant a la critique de l\'apologie de la foi dans nos épitres, j\'ai déja relevé le principal. La méthode est bonne dans le fond, car, tout bien pesé, elle revient en définitive èi un appel a l\'expérience de la puissance sanctifiante de la foi. Malheureusement la pratique de cette excellente méthode est troublée par la notion trop flottante de la foi, qui fait que l\'on confond avec la foi, puissance intérieure qui sanctifie, la foi, conviction

1) Je n\'ai pas h. le faire; ce serait un travail spécial, k intituler: Morale religieuse du Nouveau Testament.

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CH. II. ÉPlTRES PAUL1NIENNES.

intellectuelle relativement a Jésus et èi sa dignité. L\'auteur applique sans s\'en douter la foi intellectuelle ce qui n\'est vrai que de la foi religieuse au sens intiine du mot. II prouve ainsi trop; malgré le proverbe, je ne dirai pas que pour cela il ne prouve rien ; mais il donne lieu a des malentendus déplorables, qui n\'ont fait que trop de tort k la cause excellente qu\'il a défendue.

II faut relever, parmi les moyens dialectiques employés par Paul, l\'argument scriptuaire dont il a fait un si co-pieux usage. II faut le reconnaitre, la manière dont il a manié eet argument lui enlève toute force probante. Pour lire dans l\'Ancien Testament ce qu\'il y lisait, il faut commencer par être croyant è sa fagon, religieuse-ment el théologiquement. L\'Ancien Testament ne con-vertira done que des convertis; aussi ses interpretations ont-elles été abandonnées par les théologiens les plus conservateurs, ou bien elles ont été interprétées è leur tour par eux, ce qui revient au même que de les abandonner.

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CHAPITRE TROISIEME.

APOCALYPSE, ÉPiTRE AUX HÊBREUX, ÉPlTRES CATHOLIQUES.

§ 1.

L\'Apocalypse.

L\'ordre chronologique veut que je place ici 1\'Apoca-lypse, puisque ia date de ce livre est connue, et qu\'il precède tous ceux dont il reste a parler. II précède aussi plusieurs des épitres pauliniennes; mais il conve-nait pourtant de réunir ces dernières k cause de leur parente dogmatique. Quant aux épitres qui suivront ici, quoique toutes doivent être placées après l\'Apocalypse, la date de chacune d\'entre elle est trop incertaine, et les savants les plus compétents trop peu d\'accord entre eux è ce sujet, pour que j\'essaie de les ranger chrono-logiquement. De même que je l\'ai fait pour la seconde série des épitres pauliniennes, je suivrai l\'ordre adopté dans nos bibles 1).

1

Quand j\'ai ecrit ce paragraphe, en 1886, la discussion actuellemeut ouverte sur l\'unité ou le caractère fragmentaire de l\'Apocalypse ne faisait encore que s\'annoncer. i l\'heure qu\'il est, je ne la Juge pas assez avancée

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138 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOUQUES.

L\'Apocalypse est le livre de Daniel des chrétiens. II a élé écrit pour encourager les disciples du Christ ik la persévérance au milieu de temps difflciles, de même que TApocalypse juive devait soutenir la constance des zélateurs de la Loi lors de la persecution cruelle dont ils furent les victimes sous Antiochus Epiphane. Le moyen employé dans les deux écrits est le même; des visions allégoriques affirment comtne certaine et prochaine la défaite compléte des ennemis du peuple de Dieu et l\'entrée des élus dans une ère de bonheur sans fin; dans l\'apocalypse chrétienne, c\'est le Christ, celui qui a élé mort, mals qui est vivant aux siècles des siècles qui, venant du ciel 2), détruira l\'empire de Satan, pour régner a jamais avec Dieu sur les élus dans la nouvelle Jerusalem 3).

Ce que j\'ai dit a propos de Daniel4) et dans d\'autres occasions encore5) sur la valeur apologétique des pré-diclions de bonheur, est applicable h l\'ceuvre du voyant de Patmos et je n\'ai pas a y revenir; j\'ajouterai seule-ment que, si des prédictions de ce genre peuvent cer-tainement encourager pour un temps ceux a qui elles sont destinées, elles ne peuvent en aucune manière rendre les lecleurs religieux. S\'ils le sont déja, c\'est bien; mais s\'ils ne le sont pas, ils ne le deviendront pas par cette lecture.

pour me pronoucer. Je laisse done ce paragraphe telquejel\'ai rédigé, d\'autant plus que le fond de la question que je traite n\'est guère affacte par cette discussion; il s\'agit pour moi avant tout de la nature de la religion representee par 1\'Apocalypse. Cela n\'empêche pas que si décidément ceux qui distinguent dans ce livre des fragments de dates diverses se trouvent avoir raison, il y aura quelqucs détails a modifier dans ce que j\'ai écrit.

1) I, 18. 3) I, 7. 3) XIX, 11—XXII. B.

4) Vol. I. p. 414. 5) Par ex. vol. I, p. 96, note.

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l\'apocalypse.

Ainsi toute ma tache se borne a dire en quoi eon-siste la religion è laquelle I\'auteur veut rendre ses leo teurs fidèies.

Elle est caractérisée d\'un bout a l\'autre du livre comme elant la foi au Messie Jésus, I\'agneau qui a ete immolé pour racheter les éius \'), qui est mort et qui pourtant est vivant aux siècles des siècles2).

Gette foi distingue les élus nettement des Juifs, qui sont appelés «ceux qui ont percé» le Christ3), a cause desquels Jérusalem est appelée Sodome et Egypte4), et qui flniront par se convertir après avoir subi un sévère chatiment5). Elle les distingue, si possible, plus nettement encore des païens, qui représentent l\'empire même du diable, que le Messie doit renverser. Aussi tout ce qui semble a I\'auteur faire tremper les croyants pour si peu que ce soit dans le culte du diable, lui inspire-t-il une horreur parfaite. De la les invectives contre les li-béraux, qui ne se gênent pas pour manger des viandes

l) v. 9. 2) I, IS. 3) I, 7. 4) XI, 8.

5) XI, 13. Je ne fais pas usage dans le texte du passage II, 9, paree que beaucoup d\'interprètes estiment que «ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas» sont les pauliniens (les Nicolaïtes ou Balaaraites, II, 6; 14—16), les seetateurs de «ceux qui se. disent apótres et ne le sont pas» (II, 2). J\'avoue toutefois que cette identification me semble parfaitement arbitraire, la lettre a l\'Bglise de Smyrne ne contenant rien qui la recommande. En effet, les gens de la synagogue de Satan calomnient les croyants, de sorte que leur maitre, le diable, decbainera contre eux une persecution; mais il n\'existe nulle part d\'indication du fait que les judéo-cbrétiens se seraient plaints de ce que les libéraux les déno^assent pour les faire persécuter; c\'étaient bien plutöt les jude\'o-cbrétiens qui se montraient aggressifs. Sans doute l\'Apocalypse repre-sente les croyants comme constituant le veritable Israël; mais il suit de la, non pas que Ton appellera de faux Juifs ceux qui se réclament è. tort du nom de Jésus-Cbrist, mais bien les Juifs eux-mêmes, taut qu\'ils ne croient pas a celui qu\'ils ont percé; et la synagogue de ces Juifs-la est bien la fausse synagogue, celle de Satan, Tadversaire du Messie. Le sens naturel du passage me semble le seul admissible.

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140 CH. UI. APOCALYPSE, EP. AUX HEBU., EP. CATHOUQUES.

provenant des sacrifices païens Notons encore que cette foi, par le moyen de laquelle la Christ a constitué un royaume formé d\'elus, de saints, consacres ^ Dieu est a la portee de tous les hommes sans exception 1), et que les IMOOO martyrs qui règnent pendant mille ans avec le Christ sont en effet sortis de toutes les nations; ils forment les douze tribus selon l\'esprit, non pas d\'après la descendance charnelle; bref. l\'Apocalypse est universaliste.

Mais quel est le contenu religieux de la foi en Jésus-Christ? comment ceux qui ont cette foi sont-ils religieux? Notre écrit contient fort peu de chose pour répondre a cette question. II dit, par example, que les élus ont «lavé leurs vêtements dans le sang de l\'agneau»2), ce qui, sans aucun doute, se rapporte a la conception d\'après laquelle Jésus-Christ «nous a lavés de nos péchés dans son sang»5); mais ce sont la des images qui ont besöin d\'explication, et l\'explication n\'est donnée nulle part. Si Ton peut è peu prés deviner que 1\'image d\'après laquelle le Christ lave les hommes de leurs péchés signifie que, d\'une manière ou d\'une autre, Ie pardon des péchés est en rapport avec la crucifixion , cela ne jette aueune lumière sur ce qui doit se passer dans l\'ame du croyant pour qu\'il soit vrai de dire de lui qu\'il (lui, le croyant) a lavé ses vêtements dans le sang de i\'agneau. L\'Apocalypse est muette sur la nature du sentiment religieux. Les croyants sont évidemment pour l\'auteur tous ceux qui reconnaissent le Christ Jésus pour leur Seigneur et, cessant de suivre, soit le judaïsme,

1

1) II, 2; 14—16; 20—23. 2) I, 6; V, 10. 3) V, 9.

2

VII. 14. 5) 1, 0.

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l\'apocalypse.

soit quelque culte païen que ce soit, se rattachent a quelqu\'une des communautés de «croyants».

Toutefois, si ce livre ne dit rien du tout sur ce qui fait le fond de la piété, il renferme quelques indications sur les fruits qu\'eile doit porter. Les élus «ont le té-moignage de Jesus» (connaissent et conservent sa predication) \'), ce qui fait qu\'ils «gardent les commandements de Dieu»1), et il ne peut y avoir de doute que cela ne doive s\'entendre dans le sens éthique. En effet, il n\'y a pas dans tout le livre de trace d\'exigences rituelles auxquelles les croyants auraient a se conformer, et l\'au-teur énumère les vices qui excluent de la Jérusalem celeste ceux qui s\'en rendent coupahles. Ce sont, une première fois ceux qui «pratiquent rabomination et le mensonge»2), et, une seconde fois, bien plus explicite-ment, «les chiens, les sorciers, les impudiques, les meurtriers, les idolatres et quiconque aime et pratique le mensonge»4); or, au point de vue du premier siècle, la sorcellerie et les autres pratiques païen nes sont des immoralilés et non pas simplement des superstitions. Toute l\'énumération, ex mente auctoris, a une portee exclusivenient éthique.

UI

L\'Apocalypse soutient la religion au moyen de visions qui n\'en manifestent aucunement l\'exceilence; la méthode ne vaut rien. Toutefois ce qu\'elle soutient ainsi, c\'est bien la religion, sans faire sentir, comme Paul, que ce qui en est la racine même, c\'est le renouvellement intérieur qui nous fait mourir au péché pour appartenir a

1

1) XII, 17. 2) Ibid.; comp. XIV, 12; XXII, 14.

2

XXI, 27. 4) XXII, IB.

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142 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOL1QUES.

Dieu; mais bien en prêchant qu\'il faut appartenir a Dieu de telle fagon que cela produise une vie de pureté et de charité qui distingue les croyants des mondains.

L\'Evangile a passé par la; mais il n\'a pas été saisi dans sa profondeur et le mérite des oeuvres subsiste.

C\'est Terreur du judaïsme et du calholicisme. Pour^ tant je crois que Ton a tort de dire que I\'Apocalypse est judéo-chrétienne. Cela prête au malentendu. Les judéo-chrétiens étaient ceux qui, tout en croyant que Jésus était le Messie, voulaient maintenir l\'observalion de la Loi. Or I\'Apocalypse n\'en est pas la du tout. En effet, non seulement l\'Evangile d\'après elle est destiné è tous les hommes sans distinction de race, mais en outre elle n\'exige des croyants ni circoncision, ni quoi que ce soit d\'autre qui constitue une affiliation au judaïsme ; la Loi n\'y joue aucun róle quelconque. Ce qui a fait illusion , c\'est qu\'on s\'est habitué è tout rapporter dans le premier siècle du christianisme è la lutte entreprise par les judéo-chréliens contre Paul et ses adbérents; on s\'est figure qu\'il n\'y avait rien eu d\'autre, et I\'Apocalypse ayant une grande horreur du paulinisme, on l\'a nécessairement dite judéo-chrétienne. C\'est une erreur; c\'est méconnaitre qu\'elle fait opposition au paulinisme, non pas paree que celui-ci s\'est affranchi de la Loi, mais paree que, d\'après elle, il pactise aveo le paganisme. Elle est illibérale , bigote, non pas judéorchrétienne.

Aussi, quoique elle mainlienne le principe de la pureté morale è laquelle les croyants sont appelés 1) — et sans cela elle ne serait pas chrétienne —^ il faut avouer qua,

1

Je n\'ai aucun doute que les «oeuvres» dans les epitres am sept Eglises, ne soient uniquement ethiques.

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EPlTRE AÜX HÉBREUX.

superficielle en ce qui regarde la conversion, eile est nécessairement superficielle aussi dans sa conception de la pureté morale et tombe dans Ie défaut du judaïsme et du catholicisme, qui font rentrer, le premier dans la pureté, le second dans la sainteté, des choses qui n\'ont rien è faire avec la perfection veritable. G\'est ainsi que ses 144000 élus qui règnent mille ans avec le Christ 1) sont redevables de ce privilège, non pas aux vertus que naturellement ils doivent avoir en commun avec tous les chrétiens, raais a ce qui les distingue des autres, c\'est-a-dire a ce qu\'ils sont restés vierges et sont tombés comme martyrs.

§ 2.

Epltre aux Hébreux.

Geci est un traité apologétique on règle. II représente l\'oeuvre du Christ comme ayant consisté a établir une nouvelle alliance entreDieuet les descendants d\'Abraham2), préflgurée par celle dont Moïse avait élé le médiateur et qui était caraclérisée par le sacerdoce d\'Aaron et de ses descendants; il démontre l\'imniense supériorité de la nouvelle alliance sur l\'ancienne, et veut par lè porter les lecteurs amp; y rester fermement attachés, dans la foi aux magnifiques promesses que Dieu a faites h ceux qui y ont part.

143

On ne sait pas qui est I\'auteur, ni qui étaient les lecteurs qu\'il avait en vue. Ce que Ton voit clairement,

1

VI, 9—11; VII; XIV, 1-5; XX, 4, 5. 2) Comp. II, 16.

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iM CH. III. APOCALYPSE, EP. AUX HEBR., EP. CATHOL1QUES.

c\'est qu\'il suppose chez ces lecteurs des dispositions a préférer l\'ancienne alliance a ia nouvelle; mais il est impossible de démêler ce qui lui a donné lieu a les envisager de cette manière et h considérer la chose comme assez grave pour nécessiter la composition d\'un traité du genre du sien.

En tout cas, cette épitre n\'appartient pas è la toute première période de la littérature chrétienne; non seule-ment elle parle des premiers missionnaires comme n\'étant plus en vie1), mais de plus elle trahit en maint endroit la connaissance de plusieurs des écrits dont se compose actuellement le Nouveau Testament. En particulier, elle fourmille d\'expressions empruntées a la terminologie paulinienne, mais dépouillées chez nolre auteur du sens intime et profond qu\'elles ont sous la plume de Paul. II emploie cette terminologie sans la bien comprendre, et n\'en est done aucunement le créateur2).

Pour se rendre compte de la portée et de la valeur de ce traité, il est nécessaire d\'en suivre au moins sommairement la marche.

L\'auteur débute par l\'expression générale de sa thèse

1

XIII, 7.

2

Reuss dit fort bien, parlant du «rapport évident entre la terminologie theologique de l\'épitre aux Hébreux, et celle qui nous est devenue si familière par les épitres de Paul»: «Des deux cotés, en effet, il es*: constamment question de foi, de salut, de l\'effasion du saint esprit, de Tabaissement et de Texaltation du Christ, de sanctification, d\'expiation, d\'épreuves, de vocation, de grace, d\'endurcissement, d\'oeuvres mortes, de l\'imposition des mains, de Tcxemple d\'Abraham, de la distinction a faire entre un enseignement élémentaire et une instruction supérieure.....Et pourtant c\'est précisément sur ce

terrain-la que la critique trouve des arguments de\'eisifs pour distinguer l\'auteur de l\'épitre aux Hébreux de Tapótre Paul». (Reuss, la Bible, N. T., Vepartie, pages 17 et 18).

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ÉPiTRE AÜX HÉBREUX.

relativement a l\'Evangile: celui-ci est une revelation de Dieu, distincte de toutes celles qu\'il avait accordees auparavant aux Israélites en ce qu\'il leur avait pre-mièrenient parlé par des propliètes, de simples hommes, mais que maintenant il a parlé par son Fils, supérieur même aux anges \'j. Gomme ce Fils est un être céleste antérieur au monde 2), le dogme de Tincarnation est ici impliqué.

La fin du premier chapitre contient une démonslration scripturaire de ia supériorité du Fils sur les anges 1); sur quoi l\'auteur se hate de faire remarquer combien,, il serait dangereux de négliger un salut annoncé par un personnage aussi majestueux, puisque déja les Israélites encouraient de graves peines s\'ils transgressaient la parole qui ne leur avait été annoncée que par l\'intermédiaire d\'anges 2). Les lecteurs seraient inexcusables de négliger ce salut, la connaissance leur en étant parvenue par une tradition authentique, confirmée par Dieu au moyen de miracles et des dons du saint esprit3).

Ce Fils toutefois, on ne l\'a encore contemplé que sous une forme simplement humaine, inférieure a la nature des anges, et il a souffert la mort. II faut done expliquer ce fait. il est conforme a l\'Ecriture, qui l\'a annoncé, et il n\'est pas contraire a la majesté du Fils. Premièrement, celui-ci n\'a été abaissé que pour un court espace de temps, et cela convenait pour qu\'il obtint par ses souffrances une gloire d\'autant plus grande. En second lieu, il devait devenir pour un temps participant de la nature des hommes (des enfants d\'Abraham),

145

1

1) I, ]—4. 2) I, 2. 3) I. 5—14.

2

Le legislation da Sinaï, non pas d\'après l\'Exode, mais d\'après la theo-logien jaive. 5) II, 1—5.

3

II. 10

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146 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HEBR., EP. CATHOLIQUES.

puisqne c\'etait eux qu\'il devait secourir, vainquant par sa mort le diable, qui a le pouvoir de la mort, et accomplissant l\'expiation des péchés du peuple, en grand-prêtre capable de sympathiser avec ses infirmites \').

L\'objection tirée de l\'abaissement momentané du Christ ayant éte réfutée, l\'auteur revient a I\'exhortation a la-quelle il veut que son traité aboutisse; c\'esl que les saints, a qui est adressée la vocation céleste, tiennent leurs regards fixés sur Jésus, aient toujours présente a l\'esprit sa haute dignité, pour lui rester fldèles ot entrer quand le moment sera venu dans le repos auquel il veut les conduire1). Un mot au sujet de Moïse lui a fait faire dès les premiers versets une digression pour démontrer la supériorité de Jésus-Christ sur le chef des Israélites au desert, qui, sans doute, a été fidéle, mais qui cependant n\'a été qu\'un serviteur de Dieu dans sa maison, tandis que le Christ est établi sur la maison de Dieu 3). Notons aussi une démonstration scripturaire qui établit que le vrai repos n\'est pas celui des Israélites arrivant en Canaan sous la conduite deJosué,mais le sabbat céleste réservé au vrai peuple de Dieu lors de l\'avènement du Christ ^).

La thèse fondamentale de tout le traité est que Jésus-Christ est le vrai souverain sacrificateur, ouvrant è ses fidèles un libre accès auprès de la majesté divine, de sorte que c\'est a lui exclusivement qu\'il faut s\'attacher. Cette thèse a déja été indiquée dans ce qui précède, et maintenant l\'auteur va la serrer de plus en plus prés. Elle a été rappelée, comme base de toute I\'exhortation,

1

Ch. Ill, IV. 3) III, 3—6. 4) IV, 2—10.

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ÉPlTRE AU.K HÉBREÜX.

a la fin du chapitre IV 1), et le chapitre V commence a l\'établir en indiquant sommairement les points de ressemblance et de difference entre Jésus et Aaron, les premiers prouvant que Jésus est prêtre, les seconds, qu\'il est supérieur a Aaron. Les prêtres sont pris parmi les hammes pour pouvoir sympathiser avec leurs faiblesses, et le Fils a été fait homme; ressemblance. Les prêtres sont pécheurs, et Ton sait déja 2) que Jésus nel\'estpas; difference 3). Les prêtres et Jésus ont également été faits ce qu\'ils sont par Dieu ; ressemblance. Jésus a été fait prêtre selon l\'ordre de Melchisédek ; difference 1).

Tout cela demande explication, car c\'est difficile; ce n\'est plus du lait, mais une nourrilure solide. II taut cependant que les lecteurs y viennent pour prévenir leur abandon de la foi chrétienne, qui serait une chute irré-missible et d\'autant plus déplorable qu\'ils se priveraient par la des promesses magnifiques et absolument certaines de Dieu 2).

L\'auteur explique done ce qui regarde le sacerdoce souverain de Jésus-Ghrist. C\'est une allégorisation du récit de la Genèse touchant Melchisédek; celui-ci, sans père, ni mère, ni généalogie, devenu, de roi de justice, roi de paix, a qui Abraham (et en lui sa postérité, les Lévites aussi) donne la dime de tout, et qui demeure prêtre k perpétuité, u\'est autre que Jésus-Ghrist6). L\'instilution de ce prêtre è perpétuité, suivant l\'ordre de Melchisédek, supérieur a celui d\'Aaron, démontre l\'insuffisance du sacerdoce lévitique7). La loi lévitique est done abolie, remplacée qu\'elle est par une alliance meilleure, introduite sous serment, ce qui n\'était pas

U7

1

1) IV, 14—16. 2) IV, 15. 3) V, 1—3. 4) V, 4-10.

2

V, 11—VI, 20. 6) VII, 1—10. , 7) VII, 11-17.

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148 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

Ie cas de l\'ancienne alliance, sans compter que sous le régime de celle-ci les prêtres étaient mortels et ont dü se succéder en grand nombre, tandis que le pontife de la nouvelle alliance demeure éternellement; et il y a plus encore, les prêtres devaient répéter leurs sacrifices et toujours commencer par en offrir pour leurs propres péchés, mais le prêlre parfait s\'est offert lui-même une fois pour toutes en un sacrifice absolument suffisant \').

«Le point capital après ce qui vient d\'être dit», c\'est que les chrétiens ont un grand prêtre parfait dans h del, qui est le vrai tabernacle et oü dolt se présenter le vrai sacrifice, pour fonder Talliance nouvelle annoncée par Jérémie. Le tabernacle de l\'ancienne alliance n\'était, avec sa distribution et les rites qui s\'y célébraient, qu\'une copie grossière du tabernacle céleste, que Christ a traversé avec son propre sang, et qu\'il a ainsi ouvert aux croyants, chose que ne pouvait pas accomplir l\'ancienne alliance, sous laquelle le grand prêtre seul péné-trait dans le saint des saints2). 1

Ainsi, par sa mort, Christ est le médiateur d\'une nouvelle alliance. Cette mort n\'est pas seulement le sacrifice qui purifie les croyants, mais en outre elle était nécessaire pour mettre ceux-ci en possession des promesses, comme d\'un legs dont le légataire n\'entre en jouissance qu\'après la mort du testateur; de plus il faut du sang pour conclure solemnellement une alliance1).

lei l\'auteur récapitule, avec quelques adjonctions de détail, ce qu\'il a exposé2), afin de revenir au point pratique important de l\'abolition de la loi. Celle-ci n\'est

1

1) VII, 18-28. 2) VIII, 1-IX, 14. 3) IX, 15—22.

2

IX, 23—28.

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ÉPlTRE AÜX HEBREUX.

qu\'une ombre des biens a venir et l\'Ecriture elle-rneme témoigne de son imperfection et de sa nature transitoire1).

Conclusion: «Retenons inébranlablement la profession de notre espérance», car nous encourrions de terribles chatiments si nous «foulions aux pieds le FilsdeDieu». En effet, «c\'est chose terrible que de lombar entre les mains du Dieu vivant». Persévérons done par la foi , car le moment de la gloire est proche2). «Or, la foi est une conviction relative a ce qu\'on espère, une certitude a l\'égard de ce qu\'on ne voit point», comme le montrent les nombreux exemples de foi que rEcriture présente3). En avant done dans la carrière chrétienne, les regards fixes sur Jesus! Sans doute, les fidèles ont des épreuves a endurer; mais elles sont pour leur bien. Que Ton se fortifie done en songeant a ia majesté et la bonté divine, et que Ton pratique fldèlement les vertus chrétiennes 4).

Je dirai franchement mon sentiment au sujet de ce traité. II m\'inspire peu de sympathie.

L\'auteur, c\'ost autre chose. G\'est un homrne respectable, sérieux; chaque ügne de son écrit en témoigne. 11 croit lui-même de tout cceur a l\'excellence de la cause qu\'il defend; il est convaincu de la force de ses arguments et de l\'utilité de les faire valoir; il est animé d\'un zèle ardent et pur. Mais il s\'est lourdement trompé et a donné un exemple dangereux a suivre.

149

Je m\'explique. Au lieu de montrer la grandeur de Jésus dans Texcellence de son Evangile, il démontre la supériorité de ce qu\'il appelle la nouvelle alliance par

1

X, 1—10. 2) X, 19—39. 3) Ch. XI. 4.) Ch. XII, XIII.

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150 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR , ÉP. CATHOLIQIIES.

la dignité de celui qu\'il dit l\'avoir fondée. G\'est mettre la charme devant les boeufs. La théologie doit sortir de la religion; elle doit être le produit de la réflexion de l\'être religieux qui cherche a se rendre compte de ce qui se passé et de ce qui doit se passer en lui. Quant a la religion elle-même, elle doit naitre de la vue de l\'idéal, qui s\'empare de nous et de nos puissances morales, se soumet nos ames. La cerlitude religieuse, c\'est la cerlitude de Texcellence de l\'idéal. G\'est de cetle cerlilude-la que découle la certitude théologique, dont la première thèse pose l\'existence de Dieu, puisque c\'est dans l\'idéal qui s\'empare de nous que Dieu se révèle a nous. Toule apologie saine de la religion procédé par l\'exposé de l\'idéal religieux , pour ensuite en démontrer l\'excellence et enfin de la remonter a Dieu qui s\'y manifeste. Mais on n\'a que trop préféré une autre méthode, qui a fait le plus grand mal. On a voulu démontrer l\'excellence de l\'idéal religieux par le fait qu\'il nous était proposé par Dieu. De la une nécessité inévitable, celle de démontrer l\'existence de Dieu independamment de l\'idéal religieux, puis de démontrer que Dieu nous propose véritablement eet idéal. C\'est du pur intellectualisme et du pur arbitraire, et de cette manière on peut démontrer n\'importe quoi, puisque tout dépend en dernière analyse des affirmations sans preuves de ceux qui se prétendent dépositaires de la vérité divine. Les prêtres juifs démontrent de cette manière qu\'on ne peut pas faire de bonne oeuvre le jour du sabbat, de même que les prétres mexicains démontrent qu\'il est nécessaire d\'offrir a des dieux sanguinaires des milliers de victimes humaines. II en sera toujours ainsi, tant que le com-niandement ne s\'accréditera pas par la valeur intrinsèque

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EPlTRE AUX HÉBREÜX.

de son contenu, mais par la dignité de celui de qui il est censé émaner.

L\'auteur de l\'épitre aux Hébreux tient la tête, dans l\'histoire de l\'apolog\'ie chrétienne, de cette race de respectables, mais plus que malencontreux défenseurs in-tellectualistes de la religion, qui font tout rouler sur des preuves exlernes, — lesquelles ne prouvent rien, parce qu\'en religion las soi-disantes preuves externes ne sont et ne peuvent être que des affirmations de théolo-giens, sans aucune garantie quelconque.

Pour notre auteur, qui n\'a pas donné une apologie do la religion en soi, mais qui a simplement vouluquot;\' démontrer la supériorité de la nouvelle alliance sur l\'ancienne, le point de depart n\'avait pas a être la preuve de I\'existence de Dieu , mais celle de la dignité hors de pair du Christ. Mais la méthode reste identique-ment la même et procédé par affirmations gratuites. Citons-en quelques-unes.

Dieu a un Fils par lequel il a créé le monde. — Comment l\'auteur pouvait-il le savoir, et comment pouvons-nous savoir que c\'est vrai ?

Ce Fils de Dieu s\'est incarné dans la personne de Jésus de Nazareth. — Comment le sait-on?

II faut quelque sacrifice pour effacer les péchés. — D\'ou cette certitude?

La mort de Jésus est le sacrifice absolument suffisant. — Encore une Ibis, comment le sait-on, comment sait-on qu\'il est en même temps prêtre et victime, comment sait-on qu\'il offre a Dieu son sang dans ie ciel?

Remarquez que l\'auteur ne fait aucun effort pour démontrer, ni la nécessité des sacrifices, ni celle de Tintervention du prêtre, ni raffirmation que la mort de

151

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152 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HEBR., ÉP. CATHOL1QUES.

Jésus est un sacrifice. Les seules choses qu\'il essaye de prouver, c\'est que Jésus est prêtre et que son sacrifice est efficace. Mais quelles preuves! Jésus est prêlre, paree que Ie psaume GX démontre que c\'est lui qui est le Melchisédek de la Genèse. Doutez de ce point, et lout l\'édifice s\'écroule. La conviction chrétienne est en équilibre sur une point d\'aiguille, une interprétation scripturaire aussi obscure .et embrouillée qu\'ingénieuse. Et Jésus qui rendait grace è Dieu de ce que la vérité religieuse est révélée aux enfants et non pas aux savants [

Et quant a refficacité du sacrifice, elle estdémontrée par ia dignité supérieure de Jésus et par le fait qu\'il est mort une seule fois, tandis que les prêtres juifs devaient répéter chaque année les cérémonies de l\'ex-piation. De preuves morales, c\'est-üi-dire de preuves probantes, il n\'y a pas trace. On ne montre pas, comme le fait Paul, que ceux qui font expier leurs pécbés par les prêtres juifs restent pécheurs, tandis que la foi en Jésus-Christ fait de nous de nouvelles creatures; ce qui, sans doute, ne démontre point que la mort de Jésus soit véritablement un sacrifice expiatoire, mais ce qui prouve victorieusement que la foi, telle que Paul l\'entend, est supérieure è Tesclavage de la loi. II n\'y a rien, absolument rien de cela dans l\'épitre aux Hébreux. II y a simplement remplacement d\'un sacrifice par un autre, censé plus efficace, simplement en vertu de la dignité unique du prêtre qui l\'offre.

La méthode de l\'auteur, telle qu\'elle s\'étale d\'un bout a l\'autre de son écrit, ne vaut rien en principe. II est force, ou d\'affirmer sans preuves ce que, ni lui, ni personne d\'autre ne peut savoir, ou d\'avoir recours, pour

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ÉPlTRE AÜX HÉBREUX.

fonder quelques-unes de ses affirmalions, k des preuves scripturaires sans aucune valeur réelle. Toutefois, en y regardant bien , on découvrira au milieu de cette apologie pompeuse, mais décevante, des élans vers une apologie plus solide, comme des embryons de cette saine defense du christianisme qui est si admirable chez Paul. Malheu-reusement ces éclairs sont fugitifs et s\'éteignent incontinent, etouffes par le système qui prédomine dans l\'intelligence de l\'écrivain. II aborde de temps en temps le cóté intérieur de la religion; mais eela n\'aboutit jamais complètement.

J\'ai en vue en parlant ainsi, en premier lieu, les deux passages qui appliquent a la nouvelle alliance les paroles de Jérémie XXXI, 31-—\'SA \'j. Ici apparait l\'ex-cellence intrinsèque de ce que 1\'auteur appelle la nouvelle alliance; elle se distingue de l\'ancienne en ce que la loi de Dieu est inscrite dans les cxurs. L\'auteur a done senli jusqu\'a un certain point oü git la supériorité du christianisme sur le judaïsme; mais il a été fort loin de s\'en rendre clairement compte. G\'est ce que montre en particulier le passage du chapitre X.

153

On serait tenté, en le lisant, d\'attribuer a l\'auteur quelque chose de la conception mystique du sacrifice de Christ, en vertu de laquelle le chrétien meurt avec Christ au péché pour revivre a une vie nouvelle 5). En efFet, il dit que, «par une seule olïrande, Jésus-Christ «a pour toujours amené a la perfection ceux qui sont «sanctifiés» (mis a part pour étre le peuple de Dieu)3), et il semble que la perfection dont il parle doit étre la perfection morale , puisque immédiatement après il parle de la loi de Dieu inscrite dans les coeurs. Malheureu-

1) VIII, 8—12; X, H—18. 2) Comp. Rom. VI, 4, 3) X, 15.

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154 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

sement la traduction que je viens de donner, quoique fort littérale, est bien moins juste que celle, plus libre de forme, de Reuss: «II a pour toujours donné la par-«faite pureté a ceux qu\'il sanctifie». Que l\'on veuille bien, en effet, remarquer que, pour déinontrer scriptu-rairement que par son sacrifice Jesus-Christ amène les croyants a la perfection, l\'auteur ne s\'appuie pas sur les paroles de Jérémie oü il est question de la loi de Dieu dans les coeurs, mais bien sur ce que Jérémie ajoute: «Et je ne me souviendrai plus de leurs péchés «et de leurs iniquités». La «perfection» dont il est question n\'est done pas la pureté morale, la loi de Dieu dans les coeurs, mais la purification compléte, en vertu de laquelle Dieu met pour toujours en oubli les péchés commis antérieurement. Le sacrifice qui -purifie est une chose, l\'inscription de la loi de Dieu dans les coeurs en est une autre, et rauteur n\'a indiqué aucune relation entre les deux; probablement, si on l\'avait interrogé è ce sujet, il aurait dit que Dieu fait a ceux qui sont purifiés par le sang de Christ la grace d\'inscrire sa loi dans leur coeur. En tout cas, la purification concerne les péchés, les actes de transgression, et non pas le pe\'che\', la disposition au mal; elle a pour effet d\'obtenir le pardon, la rémission de la peine due aux péchés, sans qu\'il soit question du renouvellement intérieur du pécheur. Enfin, cette purification est parfaite par le sang de Jésus-Christ et ne se répète done pas, tandis que celle du grand jour des expiations n\'est pas parfaite et doit se renouveler M.

Que l\'on me comprenne bien; je n\'affirrne point

1) X, 18; comp. VTI, 11, 18, 19, 25, etc.

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ÉPlTRE AUX HÉBREUX.

que l\'auteur, en parlant de la «perfection», n\'ait aucunement eu dans l\'esprit d\'idée analogue è celle qu\'il avait en parlant de «la sanclificalion sans laquelle nul ne verra le Seigneur»1). Ce que je prétends, c\'est que ce n\'est pas cela qu\'il avait conscience de vouloir dire et que le contexle permet de comprendre. Comme je l\'ai dit, s\'il y a effort, d\'une manière plus ou moins inconsciente, vers [\'expression d\'un chrislianistne intérieur, dans lequel tout roule sur la transformation du pécheur en enfant de Dieu, Teffort n\'aboulit pas. Ainsi, l\'auteur nous dit que les dons et les sacrifices offerts sous l\'an-cienne alliance «etaient incapables de donner la parfaite «purete de la conscience» a celui qui les faisait2), mais que le sang de Christ «purifiera nos consciences «des oeuvres mortes, pour que nous servions le Dieu «vivant»3), et il est fort possible qu\'il y ait la-dessous un élément éthique, mais il ne parvient pas ü se dégager; ce que l\'on voit clairement, c\'est que le sang de Christ ouvre au croyant l\'accès du saint des saints simplement paree que, en soi, indépendaminent du pécheur, c\'est le sang du sacrifice parfait, non point paree que le pécheur est changé. Quelque chrétienne et grandiose que soit la pensée du libre accès de l\'homme auprès deDieu, il ne faut pas oublier que cette pensée perd foute sa valeur du moment que l\'on se figure pouvoir parvenir au Père céleste autrement que par la conversion. Que dis-je? Elle fait bien plus que perdre sa valeur; elle devient un piège.

Quelle religion l\'épitre aux Hóbreu^ défend-elle en définitive?

155

1

XII, 14.

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156 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

G\'est trés difficile a exposer clairement, car l\'auteur est tellement préoccupé de faire sentir Ia force des raisonnements qui établissent la haute dignité du Christ, qu\'il en oublie d\'indiquer cc que c\'est que de croire en lui. 11 dit quelle est la vertu du sacrifice du vrai grand prêtre, mais il ne dit nulle part quels sont ceux qui en recueillenl les fruits, ceux qu\'il «sanctifie» \'); Christ leur donne «une pureté parfaite» et leur ouvre l\'accès du saint des saints, et ce serait de leur part une folie insigne que de «negliger un si grand salut» 2); mais comment est-on de ceux k qui ces graces sont accordées? Notre épitre ne le dit pas.

II est vrai qu\'elle déflnit la foi 3). Mais la foi qu\'elle définit n\'est pas la foi en Christ, n\'est pas celle qui introduit dans les rangs du peuple de Dieu. C\'est une ferme confiance dans les promesses de Dieu, telle que celle d\'Abraham, qui offrit Isaac, bien persuade que même cela n\'empêcherait pas le Dieu tout-puissant de lui donner une postérité1), ou que celle de Rahab, qui crut aux destinées d\'Israël2); è moins que ce ne soit une simple conviction théologique, comme celle que le monde a été créé par la parole de Uieu 6). La foi des chrétiens est done leur ferme confiance dans la promesse de Dieu de les mettre en possession de la vie é\'ternelle quand leur temps d\'épreuve sera écoulé7); elle n\'est pas ce qui fait qu\'on est chrétien, ce qui fait qu\'on est de ceux a qui cette promesse est faite.

L\'auteur dit:

11 est impossible que ceux qui out été une fois éclairés, qui ont gouté le don celeste, qui ont eu part au saint esprit, qui ont gouté la tonne parole

1

1) X, 14. 2) IT, 3. 3) Ch. XI. 4) XI, 17—19.

2

XI, 31. 6) XI, 8. 7) Comp. X, 32-39, etc.

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ÉPlTRE AUX HÉBREÜX.

de Dien et les puissances du monde k venir, et qui sont tombés, crucifiant et outrageant encore une fois pour ce qui les concerne le Fils de Dien, soient encore renouvelés pour la repentance (VI, 4—6),

et ceci semble promettre quelque lumière pour la question capitale qui nous occupe: Qu\'est-ce , d\'après l\'auteur, que devenir chrétien9 Mais cetle lumière, liélas, n\'est qu\'apparente. II n\'existe aucun moyen de déterminer les réalités que l\'auteur a voulu désigner dans cette enumeration.

Ainsi, il dit que les membres du peuple de Dieu ont été éclair és; mais il ne dit pas de quelle lumière et l\'on ne saurait le deviner. Est-ce sur leur état de pêché, sur l\'insufTisance des «ceuvres mortes», sur la messia-nité de Jésus? La lumière qu\'ils ont regue est-elle in-tellectuelle, ou morale, ou les deux ensemble?

Ils ont goüté le don céleste; mais ce don est-il le pardon de leurs péchés ou autre chose?

lis ont eu part au saint esprit, mais on attribue mille choses diverses au saint esprit, les unes de haute valeur, d\'autres sans importance. Qu\'entend l\'auteur? Des dons miraculeux? Je l\'ignore , mais ce n\'est pas improbable

Us ont goüté la bonne parole de Dieu-, mais nous ne savons pas ce que cette parole leur a dit. On a appelé et on appelle tant de choses la bonne parole de Uieu. Du reste, si, comme il est probable, il faut relier la mention de cette parole a celle des puissances du monde d venir, cela semble indiquer que le contenu en est la promesse des biens célestes, et nous n\'en sommes pas plus avancés pour savoir a quelles conditions l\'on peul prendre cette promesse pour soi.

157

Obscurité parlout dans la phrase la plus exp\'.icite de

1) Comp. 11, 4.

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158 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOL1QUES.

toute notre épilre. Si au moins nous savions ce que I\'auteur entend pas tomber, cela jelterait du jour sur ce qui précède; mais il ne le dit pas. ü y a bien une supposition que suggère l\'épitre elle-même; mais j\'ose a peine la formuler, tellement, si eile était exacte, la conception religieuse de notre auteur se montrerait super-flcielle. Son écrit a évidemment été composé pour em-pêcher des membres de communautés chrétiennes de retourner au judaïsme, et cela donnerait lieu de penser que c\'est le retour au judaïsme qu\'il appelle une chule. Or, si la chute consiste a se séparer des communautés chrétiennes, c\'est ie fait que Ton appartient a Tune de ces communautés qui constituerait la marque a Inquelle il faudrait reconnaitre ceux pour qui sont les promesses. S\'en séparer pourrait fort bien alors être appelé «cru-cifler de nouveau ie Seigneur», puisque ce serait nier sa messianité, déciarer — au point de vne de l\'époque — que Jésus avait été un imposteur. Mais alors, il ne reslerait en dernière analyse, pour caractériser Ia conversion , que l\'acceptation de la messianité de Jésus, comme dans le livre des Actes 1).

C\'est, il faut en convenir, religieusement on ne peut plus maigre, et je suis bien convaincu que la conversion avait été, de fait, pour notre auteur bien plus profonde que ce qu\'il en laisse voir; mais il ne s\'en est certaine-ment pas rendu compte. Sa pensée est restée essentielle-ment juive pour tout ce qui regarde sa conception de la religion dans Ihomme. C\'est la conflance dans la promesse d\'un salut futur, extérieurement amené; cette confiance est fondée sur le haut rang, extérieurement

1

XVI. 31.

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ÉPlTRE AÜX HÉBREUX.

démonfré, de celui qui est garant de la promesse, et auquel on s\'attache en vertu de ce rang. L\'ordre de choses nouveau établi en faveur de ceux qui s\'attachent amp; lui l\'a été en dehors d\'eux , sans leur participation, par un sacrifice absolurnent de même nature que les offrandes juives , efficace par la qualité du prêtre-victime, aucunement par ce qui se passé dans l\'atne de ceux en faveur de qui il est consommé. La part de ceux-ci, c\'est de croire k cette efficacité, de se considérer comme pu-rifiés devant Dieu et d\'obéir a ses lois. Les lois de Dieu n\'ont, il est vrai, plus rien de céréraoniel ; mais cela ne vient pas de ce que le ritualisme a été surmonté en principe par l\'auteur, mais de ce qu\'il congoit la mort du Christ comme le rite absolu. Gependant cela a pour consequence d\'élever sa conception de la pratique de la piété au-dessus du judaïsme vulgaire, puisqu\'il ne laisse subsister que le cóté moral de la loi de Dieu. Mais en cela il ne s\'élève pas au-dessus de ce qu\'il y a de meilleur dans l\'Ancien Testament, ni au-dessus de Jean Baptiste. L\'eudémonisme règne chez lui en maitre. Tandis que Paul dit trés justement: «Gelui qui est juste par la foi vivra»1), il dit: « mon juste vivra par la foi»2), et le contexte fait voir clairement que celui qui par sa justice appartient a Dieu, recevra la viè en recompense de sa foi. La justice, c\'est l\'obéissance et la confiance. Le juste de Dieu cherche a gagner le prix de la course en rejelant le pêche\', en ne s\'arrêtant pas aux choses qui font pécher1), encouragé par l\'exemple de Jésus, qui a été récompensé par la plus haute gloire pour avoir accepté la soutTrance et l\'ignominie 2]. En harmonie

159

1

1) Rom. 1, 17. 2) X, 38. 3) XII. 1.

2

XII, 2, 3; comp. II, 10.

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160 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR,, ÉP. CATHOLIQUES.

avec les promesses adressées a l\'obéissance, la désobéis-sance, surtout Tabandon de Jésus-Cbrist sonl l\'objet des plus terribles menaces2).

Notre auteur est tellement juif de conception, sa nouvelle alliance est tellement la religion prophétique con-densée dans la personne d\'un médiateur nouveau et supérieur, que nulle part on ne peut s\'apercevoir qu\'il ait eu quelque idee que c\'est Vhomme que üieu veut sauver. II s\'agit uniquement des enfants d\'Abraham , avec qui Dieu a conclu anciennement une alliance préparatoire de celle , parfaite, qu\'il leur destinait plus tard. On ignore ce que l\'auteur pensait des ethnico-chrétiens. Peut-être les considérait-il comme incorporés a Israël.

Que, malgré tout, son écrit ait un accent religieux qui mérite d\'être remarqué, est un fait.

Cela s\'explique sans difficulté. Quelque supertlciel que soit le système de l\'écrivain, son ame était remplie d\'un profond respect pour üieu uni a un grand sérieux moral. Aussi, tout en dissertant è perte de vue sur une dignité métaphysique du Fils de Üieu qui ne saurait frapper que l\'imagination, a-t-il néanmoins un vif sentiment de la beauté morale de ce Jésus, si patient, si obéissant, dont il invoque a juste tilre l\'exemple. S\'il a pris k l\'Ancien Testament sa notion toute extérieure de l\'alliance, il a aussi emprunté ^ Jérémie celle d\'une loi de üieu a laquelle nous sommes attachés de cceur, qui est écrite au dedans de nous. Quelque extérieure que soit sa notion du peuple de Dieu, qui semble constitué uniquement par la croyance en la messianité de Jésus, et quelque étrangère que lui paraisse la notion du péché comme

1) 111, 14, etc. 2) II, 1—4; etc.

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ÉPlTRE DE JACQUES.

source des péches et de la conversion comma de la prise en haine du péché, il sait fort bien que la vie des membres du peuple de Dieu doit être sanctifiée, non seulement par le sang de Christ, mais aussi par la pratique des vertus1). II n\'esl pas chrétien en théorie; car son Christ n\'est pas celui qui réconcilie le pécheur avec le Père céleste, mais celui qui fait propitiation pour lui et sans lui. Mais il est chrétien de fait; car son ideal de vie religieuse n\'est pas une observance maté-rielle, mais l\'obéissance è la volonté d\'un Dieu morale-ment saint.

§ 3.

Epitre de Jacques.

«L\'amour du monde est inimitié contre Dieu»1), malheur done a I\'homme qui ne parvient pas è se dé-cider2); il ne saurait plaire a Dieu, jusqu\'è ce qu\'il «nettoie ses mains et punfie son coeur»3).

Voila les principes que s\'efforce d\'inculquer cette épitre de Jacques que Luther n\'aimait pas, paree qu\'elle «ne préche pas Christ». Si Luther a raison, I\'auteur s\'est lourdement trompé, se figurant quand il a congu son opuscule que ce serait agir en «serviteur de Dieu et de Jésus-Christ» que de l\'écrire s). N\'est-ce point cepen-

461

1

II 11

2

IV, 8; I, 8. Pas moyen de traduire en frai^ais ce mot si finement choisi

3

de $/\\pvxos. 4) IV, 8.

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462 CH. III. APOCALYPSE, EP. AUX HEBR., EP. CATHOUQUES.

dant le grand réformateur qui s\'est trompé, n\'ayant lu les evangiles qu\'a travers les épitres de Paul, sans quoi il se serait apergu que Jésus n\'a pas cru sauver les hommes en leur inculquant une théorie sur le Messie et son oeuvre, mais en les amenant précisément Ik ou 1\'auteur de l\'épitre de Jacques s\'efforce aussi de les amener, c\'est-a-dire amp; donner leur coeur a Dieu sans partage ?

Mais l\'épitre de Jacques prêche le mérite des oeuvres, dit quelqu\'un. — Je réponds que ce n\'est pas vrai et que Ton ne peut pas citer le plus petit passage qui prêche cela. — Si, reprend-on ; puisqu\'il prêche la justification par les ceuvres ^; or, «si c\'est par les oeuvres, ce n\'est plus une grace»2). — Ce que c\'est que de s\'attacher aux mots, et non pas aux choses! Pauvre Eglise chrétienne, pauvre protestantisme, victimes de cette funeste manie! On ne peut pas obtenir le salut par le «mérite des oeuvres», paree qu\'il n\'y a aucun mérite a faire le hien , puisqu\'il est insensé de faire le mal; paree qu\'ensuite le salut n\'est pas un hien extérieur que Ton puisse acheter, comme l\'auteur de l\'épitre aux Héhreux n\'est que trop prés de se le figurer, mais qu\'au contraire le salut est la communion avec Dieu, qui n\'est possible que si nous-mêmes nous en devenons capables par la purification de nos ames. Quiconque réveille — de quelque manière qu\'il s\'y prenne — le besoin, le désir de la pureté de l\'ame, fait oeuvre de salut. Appelez maintenant , en un langage religieux

qui plonge ses racines dans 1\'hébraïsme, l\'état d\'ame qui, nous faisant aspirer a Dieu, nous fait haïr le mal

1) II, 24. 2) Rom XI, 6.

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ÉPÏTRE DE JACQUES.

el done nous purifie inlerieurement, vous pourrez fort bien appelen justification ce qui nous fait enlrer dans eet élat de justice, et si le mot de foi exprime pour vous essentiellement, malgré les aceeptions flollantes qu\'il prend sous votre plume suivant les eirconstances, l\'ensemble de sentiments et de convictions qui vous font chercher la paix dans la communion avee Uieu, vous pourrez dire avee justesse que c\'est de la foi que sort votre justice-1), ou que vous êtes «justifie par la foi»2).

Le mot de justification peut cependant avoir une autre signification, la justice restant l\'état intérieur de l\'homme tel qu\'il doit être. On peut entendre par justification, non pas ce qui fait que l\'homme soit juste, mais ce qui prouve qu\'il l\'est; et alors il est clair que Ton dira avee pleine raison que rhomme est justifie par ses cray/Ys, puisque ce n\'est pas être juste , aimer le bien, que de l\'aimer de telle fapon qu\'on ne le fasse pas, aussi peu que c\'est être bienfaisant que do trouver trés triste le

sort des indigents et de leur donner.....de bonnes

paroles3). Gelui qui dit ainsi que 1\'liomme est justifié par ses ceuvres ne prêcbe aucunement pour cela le mérite des ceuvres, du moment que c\'est rattachement a Dieu qu\'il prêcbe, la purification du coeur, et qu\'il sait fort bien que la cause des péchés se trouve dans les mauvaises inclinations, qu\'il faut done corriger 4).

La prédication de l\'épitre de Jacques est tout ce qu\'il y a de plus clirétien. Je ne dis pas qu\'il ait analysé ce mot de justification avee rigueur, Paul non plus; un

163

1

cO èUouoq s x Tr/a-rscog (Rom. I, 17).

2

Rom. III, 27. Sans les ceuvres? Non. Mais «sans les ceuvres de la Loi», accomplies pour mériter le salut et impuissantes è. rendre juste.

3

Jac. IT, 15, 16. 4) Jac. T, 14, 15; IV, 1 et suiv.

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164 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

des graves défauts liltéraires des auteurs du Nouveau Testament (et peut-êlre de quelques-uns de notre époque éclairée), c\'cst de raisonner sur des termes mal définis, ce qui fait que leur pensée est rarement tout-a-fait nette; Jacques, par exemple, s\'il s\'était dit clairement a lui-même: «Les oeuvres sent ce qui manifeste la foi», s\'il se l\'élait dit clairement d lui-méme (il le dit è ses lecteurs n\'aurait pas écrit:

Vous voyez que Thomme est justitie par les oeuvres, et non par la foi seu-lement (II, 24).

II y a la une inconsequence, è moins, ce qui est fort possible, qu\'il n\'ait voulu dire: «Et non par la profession de la foi seulement», la profession de la foi (supposée sincere) en étant une manifestation et pouvant done être dite justifier celui qui la professe, montrer qu\'il est juste. Je suis d\'autant plus porlé è accepter celte explication, qu\'elle cadre fort bien avec le fait que Jacques admet la foi comme une réalité, bonne en soi, quoique tout-a-fait insuffisante, si elle n\'est pas de nature a se manifester par des oeuvres. «Tu crois en Dieu, tu fais hien»1). «La foi sans les oeuvres est morte»3); ce qui ne veut pas dire qu\'elle n\'existepas, ou qu\'elle soit mauvaise, mais qu\'elle est insuffisante; d\'oü il résulte, non pas qu\'il faille y ajouterles ceuvres, mais qu\'elle devienne telle qu\'elle se manifeste par les oeuvres.

Et cela ne serait pas chrétien ! G\'est moins philosophique que Paul, et même c\'est moins profondément religieux, en ceci que ce sentiment si intense d\'une vie nouvelle qui s\'empare de nous par notre réconcilialion avec

1

Je te montrerai ma foi par mes oeuvres (II, 18).

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ÉPlTRE DE JACQUES.

Dieu ne parle pas au lecteur de l\'épitre de Jacques avec l\'éloquence penetrante de celles de Paul. Mais qu\'on ne me dise pas que notre épitre prêche une autre religion que Paul, que Jésus; ca n\'esl pas vrai. Elle prêche l\'amour de Dieu, la parfaite confiance en lui, «le Père des lumières de qui vient toute grace excellente et tout don parfait» \'), et pour cela la conversion du coeur.

II est vrai qu\'elle ne mele a cette predication aucune dogmatique et que l\'auteur ne cache pas qu\'il l\'a en aversion. Nous en savons assez, dit-il , il s\'agit de faire. Gertes, nous avions besoin delumière; mais cette lumière est venue; la loi de la liberté1) nous a été prêchée; apprenons a nous juger a sa lumière, et a profiter de ce qu\'elle nous aura appris pour notre amendement2). Done a quoi hon tant raisonner? Celui qui se charge d\'instruire les autres se charge d\'une terrible responsa-bilité 4), sans compter que la vanité et la passion s\'en mêlent vite, et qu\'au lieu de s\'édifier on se querelle;il est beau d\'avoir plus de sagesse que les autres et de leur montrer le chemin; mais qu\'on le fasse en leur

165

1

I, 25. On dit l\'épitre de Jacques judeo-chretieime; curieuxjudéo-cliristia-nisme qui parle de la loi de la liberté (comp. II, 8), evidemment par contraste avec la loi juive, qui asservit rhomme, mais ne lui fait pas aimer son frere. Si toute la pratique de la religion se trouve dans 1\'exercice de la charité et dans le soin de fuir les «souillures du monde» (I, 27), tout ce qui vient des mauvaises passions (comp. IV, 1 et suiv.), il est clair que la loi de la liberté n\'est plus une loi (comp. Kom. VII, 22, 23; VIII, 2) et affranchit Ae la loi. — Au ch. IT, 8—13, la forme da langage est légaüste La morale semble tirer son\' autorité, non d\'un principe, mais seulement de la qualité du législateur. Dien. Mais, quoique l\'auteur ne se soit probablement pas clairement rendu compte des choses, il n\'en est pas moins vrai qu\'il fait tout en réalité rentrer dans Tunique commandement de l\'amour fraternel qui est la loi royale (v. 8), la loi de la liberté (v. 12). Loi vent dire ici saint e volant é de Dieu.

2

I, 22—25. 4) III, 1.

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donnant le bon exemple \'). Ce dont on a besoin, ce n\'est pas de plus de connaissance, mais de se défaire des mauvaises passions, puisqne c\'est d\'elles que procédé tout ce qui est mal2). Done attaclions-nous a Dieu; ne nous laissons pas entrainer par la convoitise des biens et des grandeurs terrestres, qui n\'ont aucune valeur réelle; glorifions-nous, au sein de la pauvrelé matérielle, des richesses spirituelles que Dieu nous accorde, et pra-tiquant l\'amour du prochain, attendons avec patience et confiance le jour du Seigneur, qui est proche et qui remplacera par le bonheur sans fin la période d\'épreuve que nous traversons mainlenant.

Tout cela, quoique certainement il y ait des réserves è faire, me semble excellent d\'intention et d\'esprit. Je ne puis pas m\'arrêter aux détails, mais je crains peu d\'être contredit si j\'avance que souvent ils sont marqués au cnin^ du bon sens en même temps que du sérieux. L\'auteur ne se laisse pas prendre aux apparences; il veut la réalité.

Quant aux réserves, j\'en formulerai deux. J\'estime que l\'auteur a parfaitement raison de dire que la loi de la liberie est tout ce dont on a besoin en fait de doctrine, c\'est-è-dire la prédication de l\'amour pour Dieu, qui est «\\a parole qui a éié plantée en nous et qui peut sauver nos ames»3). Toutefois cette parole produira d\'autant mieux ses effets que l\'on se rendra mieux compte, et de la manière dont elle agit au dedans de nous, et de celle dont elle doit régler les relations d\'ici-bas. Tout n\'est pas dit a ce sujet et ne l\'était pas quand notre épitre a été écrile. Gbercber «lasagesse», non seulement

1) III, 13 et sniv.

2) IV, 1 et suiv.

3) I, 21.

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EPlTRE DE JACQUES.

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la sagesse pratique pour bien agir, raais aussi l\'intelligence pour comprendre , ce n\'est certes pas un mal, et ce n\'en est pas un non plus, quand on croit avoir compris quelque point, de rexpliquer aux autres. L\'auteur insinue cependaut que moins on s\'occupe de ces questions theo-riques, mieux cela vaut. 11 ne dit pas: «Mes frères, que personne ne se mêle d\'enseigner» \'), ce serait trop absurde; mals on voit bien qu\'il aurait assez envie de Ie dire, surtout si l\'enseignement est théorique. J\'estime que cela n\'esl pas bien. Les questions de doctrine mènent aux querelles, c\'esl vrai; et pourlant on ne peut ni ne doit les (^carter. II faut done avertir; non cependant contre la speculation, mais contre Ia confusion entre Ia doctrine et la vie; non contre le désir de comprendre, mais contre la prétention que c\'est la qu\'est le salut. Certes, a force de parler de la foi, on risque de prendre pour Ia foi TalTirmation que c\'est la foi qui justifie, el il est excellent de dire a quiconque tombe dans cette trés dangereuse erreur: « Montre-moi ta foi sans les ceuvres; moi, je montrerai ma foi par mes oeuvres»; mais aurait-on lort pour cela de chercher h s\'expliquer exaclement Ie rapport entre la foi el les oeuvres? L\'auteur au fond I\'explique a sa manière. L\'homme est un être pensant; ii ne peut se passer de théorie, ni done de discussion. Ce n\'est pas cela qui est un mal, mais le dogmatisme, qui fait dégénérer les discussions en disputes et les differences en partis.

Ma seconde réserve porte sur ce que l\'auteur a trop l\'air de trouver que la possession des biens de ce monde est un vice et la pauvrelé une sorle de vertu. (iuelqu\'un

i) in, i.

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168 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

qui prêcherait maintenant sur le même ton que lui serait accuse justement d\'exciter ik la haine des classes entre elles. Ce n\'est certes pas ce que veut notre auteur, et l\'on peut fort bien s\'expliquer ce qu\'il dit; mais il exagère.

La religion défendue par l\'épitre de Jacques est l\'amour de Dieu et l\'amour du prochain , manifestés par une vie de pureté et de charité. Cette epitre est apologétique en ce qn\'elle défend cette religion contre la conception de ceux qui se figurent que «lafoi» suffit. La méthode n\'est autre qu\'un appel au bon sens, qui dit qu\'une foi qui ne produit rien ne vaut rien.

§ 4.

Ie Epitre de Pierre.

M. Taine prétendait qu\'une oeuvre littéraire est le produit du milieu et des antécédents. II ne manque qu\'une petite chose pour rendre sa théorie vraie; c\'est l\'individualité de l\'écrivain , au fond de laquelle se trouve une quantité irréductible, que l\'on ne peut pas négliger, sous peine de donner des explications qui n\'expliquent pas. S\'il est hors de doute que les milieux agissent sur les individualités et concourent k former les caractères, il est non moins indubitable que chaque individualité réagit, et réagit a sa manière.

Etant donnée la secte cbrétienne disséminée en petits groupes au sein de la grande masse de la population païenne, tel individu sentira plus vivement que tel autre la difficulté de sa position. Etant donné ce sentiment,

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IE ÉPlTRE DE PIERRE.

1\'un sera porté a chercher le conseil des sages, l\'autre cherchera lui-même è se rendre compte de la meilleure ligne de conduite h suivre, et parmi ceux qui ont ainsi réfléchi, 1\'un prendra la plurne, l\'autre n\'osera pas, ou ne pourra pas, ou le dédaignera, que sais-je? Et les donneurs d\'avis, se ressembleront-ils ? Tous partiront des idees chrétiennes qui leur sont familières; mais tous accorderont-ils la même importance aux mêmes choses dans le cadre de ces idees?

L\'auteur de la première epitre dite de Pierre s\'est senti appelé a tracer la ligne de conduite que les chré-tiens devaient suivre au milieu de leur entourage païnn, et il a composé un petit traité admirable, paree que lui, mieux que d\'autres ne l\'auraient fait, et comme, par exemple, l\'auteur de l\'épitre aux Hébreux ne l\'aurait pas pu, il a mis le doigt sur ce qui est vraiment central dans les conceptions chrétiennes et qu\'il s\'y est tenu avec une maturité, une santé intellectuelle et morale, une fermeté, qui exercent sur le lecteur une influence salubre et vivifiante. Quelques modifications qu\'aient subies les circonstances, au point que le but direct de eet écrit nous soit devenu étranger, il reste pour nous édifiant au plus haut degré; on ne peut le déposer apiès lecture sans se sentir meilleur.

L\'auteur se mouvait intellectuellement dans les cercles cbrétiens oü la théorie paulinienne sur la personne et l\'oeuvre du Christ avait droit de cité \'j, et il semble supposer que cette doctrine était familière a ses lecteurs,

1) Cette tlie\'orie, plus ou moins complete, nuancée de diverses manières, a été évidemment très répandue; la plus grande partie du Nouveau Testament s\'y rattache, et Ton a même pu, comme l\'auteur de repitre aux Hébreux, s\'en assimiler le vocabulaire sans la comprendre.

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car il y fait de nombreuses allusions com me è une chose qui va sans dire. Quant a lui, il s\'y sent a son aise; elle ne soulève dans son esprit aucune objection; c\'est pour lui ce que pensent les croyants1), et il n\'insiste aucunement pour la défendre ou pour empêcher qu\'on s\'en écarté. Mais s\'il ne doute pas que les croyants admettent ces choses, il n\'est point certain que pour cela ils soient bien pénétrés de ce qui est leur inlérêt capital. De fait, toule cette doctrine n\'est pour lui qu\'un cadre, peut-être nécessaire a ses yeux, mais pourtant un cadre, dont toute la valeur disparait naturellement si Ton fait abstraction de ce qu\'il doit contenir. Or ceci, c\'est la vie chre\'tienne, la vie de gens consacrés a Dieu. Jamais il ne sépare cela de la doctrine; au contraire, toules les allusions qu\'il fait a celle-ci sont ratlacliées, de la manière la plus naturelle, sans que rien trahisse que ce soit le résultat d\'un effort, a la vocation d la sainlete, qui d\'un bout a I\'autre est pour lui Ie caractère distinctif du chrétien. La ligne de conduite qu\'il trace a ses lec-teurs est la fidélité d cette vocation.

Dès la salutation se manifeste ce caractère, qui se soutient jusqu\'èi la fin de l\'épïtre. II appelle les cbrétiens des etrangers puisqu\'ils apparliennent b una autre patrie que celle des intéréts matériels et cbarnels oü se meuvent leurs concitoyens d\'après le monde; il les dit «élus» de toute éternité, pour avoir pari a «l\'aspersion du sang de Christ», mais c\'est en sanctificalionde 1\'esprit3).

Au milieu des épreuves, ils doivent se réjouir, puisque

1

II y a des details qui lui appartiennent en propre, en particulier le Christ allant prêcher aui morts (III, 19 j IV, 6); mais cela ne change rien au fond de la doctrine.

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IE EPlTRE DE PIERRE.

le pélerinage qui leur fait traverser cette période pénible les conduit a l\'héritage incorruptible qui leur est réservé mais toute cette espérance est fondée sur le fait que Dieu les a r ég én ér és 2). Aussi les chrétiens sont-ils décrits comme ayant autrefois été conduits par des convoitises, quils n\'ont plus ■, c\'est la leur marque3).

Que le lecleur continue lui-même cette analyse, qui ne le trompera pas une seule fois. Jamais la théologie n\'est Ik pour elle-même; toujours elle est mise au service de la vocation du chrétien a la saintelé et du principe de la ligne de conduite qui consiste dans la fidélité a cette vocation, et qui le fera, non pas echdpper aux souffrances, mais en triompher pour le salut de son ame et l\'exlension du règne de Dieu. Ge serait trop m\'étendre que d\'analyser ici cette excellente et chaude prédication, et de montrer comment les détails de l\'application du principe dans lesquels l\'auteur entre sont bien appropriés au but particulier qu\'il poursuivait; combien en même temps ses avis sont sages, bien pondérés, toujours rame-nant la morale a des considérations du caraclère 1c plus élevé. Sous ce rapport, c\'est bien supérieur a Jacques; avec un sentiment religieux plus profond. il y a dans les idéés eet ordre qui provient d\'un hut clairement envisagé et fermement poursuivi. Mais le lecteur peut des plus aisément s\'assurer lui-même qu\'il en est ainsi.

171

Le but de Fécrit, c\'est d\'exciter les chrétiens è se défendre contre la malveillance des païens par leur union entre eux, fondée sur leur consécration a Dieu, et productive d\'une vie pure. Cette consécration h Dieu et les fruits par lesquels elle se manifeste, voilé le tout pour

1) I, 3—9. 2) I, 3. 3) I, 14.

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172 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HEBR., ÉP. CATHOLIQUES.

eet éminent chretien, dont les conseils ont ete bien mal suivis. Ecoutez quel est l\'idéal qu\'il defend:

Mettez done de cóté toute mechaneete, toute fausseté, la dissimulation, la jalousie et toute medisanee, et, pareils a des enfants nouveau-nés, aspirez a vous nourrir du lait pur {dans le sens figure), afin de croitre, par ce moyen, pour le salut, si vous avez reellement goüte que le Seigneur est doux 1). Allez k lui, k cette pierre vivante, rejetee par les hommes, mais ehoisie et précieuse au gre de Dieu, et edifiez-vous vous-mêmes, comme des pierres vivantes, pour former une maison spirituelle; soyez une sainte caste de prêtres, pour offrir des sacrifices spirituels 2)gt; agréables a Dieu par Jesus-Christ (II, 1—5).

Et un peu plus loin , avec des reminiscences de I\'Ancien Testament fort bien adaplées, il dit:

Vous êtes une race elue, une caste royale de prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu s\'est acquis pour que vous proclamiez la grandeur de celui qui des ténèbres vous a appelés è. son admirable lumière3): vous, qui autrefois n\'etiez point un peuple, vous êtes maintenant le peuple de Dieu, et, de disgraciés que vous étiez, vous êtes devenus Tobjet de sa misericorde

(II, 9, 10).

S\'unir ensemble pour former de plus en plus par la sanctification le peuple de Dieu, voila ce que recommande la première épitre de Pierre. Si Ton avait pris cela ü» cceur, Toeuvre du règne de Dieu serait plus avancée.

§ 5.

IIe Epitre de Pierre.

(EPiTRE DE JUDE).

L\'auteur a voulu, sous l\'autorité de l\'apótre Pierre4),

1

Appel amp; Texperience, que ne peut faire que celui pour qui la religion est une vie inU\'rieure,

2

Certes, ces bons chrétiens-la n\'e\'taient pas ritualistes.

3

Le dogme? Faut-il raal lire Tépitre pour se le persuader! Cette lumière, e\'est la revélation de la vie sainte.

4

4^ Qui s\'adresse ici a tous les Chretiens (1,1) comme s\'il avait charge d\'ames a leur égard (I, 12—15). C\'est done la primauté de Pierre bien établie.

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1IE ÉPlTRË DE PIERRE.

173

mettre les chrétiens en garde contre certains faux doc-teurs\'), qu\'il représente comme fourbes, intéressés et adonnés a tous Jes vices, qui séduisent les nouveaux convertis par Tappas d\'une fausse liberté, au point qu\'il aurait mieux valu pour eux ne pas quitter le paganisme2). Ensuite 11 réfute, sans que Ton puisse voir si ce sont les mêmes gens, des moqueurs qui doutent de l\'avènement du Seigneur, paree que celui-ei se fait trop attendre 3).

Dénoncer peut se trouver être réfuter, si ce qu\'on dénonce est évidemment mauvais. Mais, franchement, je doute que toute cette caractéristique des gens qui prêchent une fausse liberté soit une vraie dénonciation d\'actes immoraux. Je crains que ce ne soient, au moins pour une bonne part, des injures , l\'auteur étant persuadé que la liberté prêchée par ces gens conduisait è l\'irnmo-ralité et les taxant purement et simplement de cette immoralité, par un procédé bien connu dans les luttes «religieuses». On se souvient, dans la seconde épitre a Timothée, de ces pauvres Hyménée et Pbilète, qui sont accuses d\'avancer toujours plus dans l\'impiété, paree qu\'ils croyaient que la resurrection avait déja eu lieu. Quant aux gens attaqués avec tant de virulence dans la seconde de Pierre, ils font partie des communautés (sans quoi on n\'aurait pas a mettre en garde contre eux, et ils ne pourraient pas gagner les néopbites); ils prétendent done n\'avoir pas «renié le maitre qui les a rachetés»4), de sorte que ce que notre auteur affirme ici n\'est pas une dénonciation, mais une accusation. Tout le reste peut aussi l\'étre , et est en tout cas effroyablement exagéré, car on n\'aurait pas toléré au nombre des frères des gens

1) II, 1. 2) Ch. II 3) III, 1—10. 4) II, i.

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174 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HEBR., ÉP. CATHOL1QÜES.

ressemblant au portrait qui en est fait. Du reste, quel besoin y aurait-il eu d\'une encyciique pour révéler le caractère de ces gens, si leur caractère se manifestait par leurs actes?

Je soupfonne vivement l\'auteur d\'avoir eu en grande abomination certaines idees libérales et ceux qui les professaient. II se peut que ces idees aient eu un cóté dangereux et des consequences immorales; mais nous ne pouvons pas en juger. Injurier n\'est pas réfuter\').

Quant a la parousie, les siècles se sont chargés de réfuter la refutation des «moqueurs» dont se plaint notre épitre 1). La religion n\'avait rien ik gagner a la dialectique de l\'auteur.

Du reste, chez lui, comme partout oü le nom de Jésus a été invoqué, il est acquis qu\'un clirétien doit vivre dans la vertu. Ge cóté essenliel du christianisme a pu être complèternent perdu de vue dans la pratique, a pu être méconnu en maintes manières, a pu aussi être prêché d\'une fagon déplorable, tout revenant amp; la crainte de l\'enfer; il n\'a jamais été nié, et la oü on l\'oubliait il s\'est toujours Irouvé quelqu\'un pour le rap-peler. Même ce fanatisme horrible qui se hate d\'accuser les adversaires dogmatiques d\'immoralité, rend par le fait hommage è ce grand principe.

Notre auteur, malgré son esprit peu chrétien, y rend aussi eet hommage, non seulement par ce fanatique

1

lil, 1—10.

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ÉPlTRES JOHANNIQUES.

175

ES.

chapitre II, mais aussi en exhortant les chrétiens, dans sou entree en matière, è la recherche des vertus en attendant l\'avènement du Christ II y revient encore dans sa péroraison 1).

§ 6.

Epitres joliaimlques.

La première épitre dile de Jean est un discours sur la vie chrétienne , malheureusement assez décousu, non seulement dans la suite des péricopes que l\'on peut y découper, mais mème dans la suite des idees exprimées dans une seule et même période. A cela se joint un style lache, dans lequel les rapports logiques des termes du discours ne sont pas toujours évidents, ce qui cause des obscurités regrettables 2).

Le thème cependant de ce discours n\'est pas difficile h degager; c\'est que la foi chrétienne est inséparable de la vie chrétienne, laquelle se manifeste avant tout par l\'amour des chrétiens les uns pour les autres3).

Ce thème, on le voit, comporte deux termes, la foi

1

3) Un seul exemple: or* cTrépixa: avrov ev avrip fzévei (III, 9). Qui est

2

designe par xlrov, qui par ccvtÜ: ? II y a un sens\', soit que le premier pronom désigne le chrétien et le second, Dieu, soit que ce soit le contraire. Oa peut dire que le principe de la vie du chrétien est en Dieu, et on peut dire que dans le chre\'tien demeure une semence de vie divine. Les traducteurs, obliges de se prononcer, sont divisés entre eux, car il n\'y a pas de motif pour com-prendre d\'une manière plutót que de l\'autre.

3

L\'auteur n-\'emploie pas les termes de chrétien et de vie chrétienne, qui ne servent ici qu\'a exprimer dans notre langage è nous le sens de sa predication.

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176 CH. III. APOCALYPSE, ËP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOL1QCES.

et la vie, lesquels se trouvent dans ce rapport l\'un avec l\'autre, que la oü la vie est absente, la foi n\'est pas veritable. Mais, si la cbose est trés aisée a saisir telle que je l\'énonce ici, elle n\'est pas tout-a-fait aussi claire dans notre épilre, oü la terminologie est assez compliquée. Ainsi, ce que j\'appelle ici la foi et la vie est exprimé dès le début, avec le rapport entre les deux, sous cette forme un peu énigmatique:

Si nous disons que nous sommes en communion avec Dieu, et que nous marchions dans les ténebres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité (1,6).

Voici une autre formule, qui signifie la même chose;

C\'est è. ceci que nous savons que nous l\'avons connu, savoir, si nous gardons ses commandements (II, 3).

Ainsi la communion avec Dieu dans un de ces passages, et, dans l\'autre, la connaissance de Dieu1), répondent a ce que dans ma formule j\'ai appelé la foi-, et pour répondre a la vie, nous avons, dans le premier passage, «marcher dans les ténèbres» et «praliquer la vérité», et dans le second, « garder ses commandements».

II y a d\'autres formules encore, et il arrive que la signification des termes employés empiète plus ou moins d\'une expression sur l\'autre. Je ne puis pas entreprendre d\'exposer cette terminologie, puisque pour cela il faudrait commentarier l\'épitre d\'un bout a l\'autre et en exposer a fond le système théologique, ce qui n\'est pas le but de cette étude. Sans done essayer de rendre compte, avec leurs nuances, des différentes manières dont ce que je vais dire est exprimé, je me bornerai a résurner le système de l\'auteur dans ses rapports avec la reagion, celle-ci toujours entendue par moi au sens subjectif.

1

A moins que l\'auteur n\'entende celle de Jesus-Christ; il n\'y a pas plus moyen de decider que pour III, 9 (voy. ci-dessus).

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EPlTRES JOHANNIQUES.

Le monde ne connait pas Dieu \'), ce qui fait qn\'il est au pouvoir du diabie2) et mauvais; appartenir au monde, c\'est se laisser conduire par la convoilise de la chair, la convoilise des yeux et l\'orgueil de la vie3); mais le monde passé avec sa convoilise 4), ce qui veut dire qu\'apparlenir au monde, c\'est être perdu.

Pour cesser d\'appartenir au monde, il faut connaitre Dieu5), et c\'est Jésus-Ghrist qui l\'a fait connaitre1); c\'est done par Jésus-Glirist que Ton parvient a Dieu, ou, en d\'autres termes, par le Fils que l\'on parvient au Père 2).

C\'est que le Fils est Ia vie éternelle, qui était de tout temps auprès du Père et qui a été manifestée3) par son incarnation en Jésus-Ghrist4).

La foi en Jésus-Ghrist, qui procure la connaissance de Dieu et les biens considerables qui découlent de cette connaissance, semblerait n\'avoir été confue par notre auteur que sous une forme purement intellectuelle, qui surprend péniblement de la part d\'un chrétien qui montre du reste posséder trés vivement le sentiment du caractère de vie intérieure appartenant a la vraie piété. Pourtant il dit:

Celui qui professera que Jésus est le fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu (IV, 15).

et un peu plus loin:

Quiconque oroit que Jésus est le Christ, est ne de Dieu (V, 1).

Get intellectualisme n\'est qu\'apparent; mais on ne peut pas nier que cette apparence ne soit fort regrettable et

177

1

1) III, I. 2) V, 19. 3) II, 16. 4) II, 17.

2

5) II, 13. 14. etc. 0) V, 20. 7) I. 3, etc.

3

I, 2. 9) IV, 2.

4

II. 12

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178 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HEBR., ÉP. CATHOLIQUES.

n\'ait fait beaucoup de nial. Elle a contribue a accréditer celte erreur déplorable, qui a régné jusqu\'a present et dont on na saurait calculer les consequences funestes, que 1\'essentiel, dans ce qui fait qu\'on est chrétien, c\'est de reconnaitre a Jésus les litres auxquels il a droit. Je reviendrai a ce point capital en parlant du Nouveau-Testament considéré dans son ensemble. Ici, je constalerai que, si notre auteur s\'est trés malheureusement exprimé, son épïtre néanmoins est diamétralement opposée a Terreur dont je parle; si on s\'était bian pénétré de ce qu\'il prêcbe, on aurait evite ce dangereux écueil.

Deja la suite immediate du second passage que je viens de citer montre qu\'en parlant de «croire que Jésus est le Christ» l\'auteur entend dire en réalité beaucoup plus que ne le comportent les mots insuffisants dont il se sert. En effet, la phrase compléte est comme suit:

Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dien, et quiconque aime celui qui Fa engendre (Dieu) aime aussi celui que est né de lui {lefrere dans la Joi) (V, 1).

Ceci montre que, dans l\'esprit de l\'auteur, les termes «aimer Dieu» et «croire que Jésus est le Christ» se couvrent. Comment cela est-il possible, même sous la plume d\'un écrivain fort peu préoccupé de I\'exactitude théologique, mais qui cependant poursuivait un but trés clairement voulu, qui n\'est autre que de réagir contra la profession simplement théorique de la foi chrétienne? Cela s\'explique par la signiflcation qu\'entraine pour lui le mot de Christ. Le Christ est le Fils de Dieu, la vie veritable, la vie divine, qui a pris un corps terrestre pour faire le salut des hommes \'j. On ne peut done

1) I, 2; IV, 3, 9, etc.

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EPlTRES JOHANNIQÜES.

«croire» que Jésus est Ie Christ, ce Christ-lè, que si Ton reconnait, si l\'on discerne en lui !a vraie vie, ce qui est un acte moral et non pas intellectuel. Le monde ne connait pas Dieu, paree qu\'il est asservi au diable, c\'est-è-dire au mal; qu\'il n\'estime et ne peut estimer que les choses passagères (il en tire vanité; c\'est l\'or-gueil de la vie); que ces choses passagères le font vivre dans les convoitises, et que la vie supérieure, affranchie des convoitises, lui semble la negation de la vie, partant mauvaise1). Pour reconnaitre comme vie la vie veritable, pour done croire que Jésus est le Christ, il faut rompre avec eet aveuglement2) du monde, reconnaitre le caractère mauvais du pêché.

La foi étant l\'acte moral par lequel on discerne la vie véritahle manifestée en Jésus-Ghrist, les conséquences religieuses et morales de la foi, qui sont mentionnées en plusieurs formes différentes dans tout le cours de notre écrit, coulent, on peut dire, de source.

Dans le passage deja cite, il est clair que celui qui «croit que Jésus est le Christ», aime Dieu, puisque par cette foi il est né de nouveau (Dieu l\'a engendré)3); le principe de sa vie n\'est plus dans le monde, mais en Dieu, ou la vie de Dieu est en lui4); .il a la communion avec Dieu et avec Jésus-Christ, l\'un ne va pas sans l\'autre, puisque c\'est la métne vie5); cela peut

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1

On retrouve done ici Tiniinitié contre Dieu qui caractérise pour Paul Tetat de pêche.

2

II, 11. Ceci explique comment «marcher dans les te\'nèbres» (I, 6) veut dire tout prosaïquement faire le mal, car c\'est se conduire selon le monde aveugle.

3

V, 1.

4

III, 9, suivant comme on traduira ce passage.

5

h) I, 3.

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aussi s\'exprimer en disant qu\'il est en üieu 1); de même encore «la parole de Dieu demeure en lui et il a vaincu le malin»2); il a «regu I\'onction de la part de celui qui est saint et il sait toutes choses» tout ce qu\'il faut pour le salut 3); il connait la vérité \') ; il est sur la terre enfant de Dieu 1); il est passé de la mort a la vie e); Dieu demeure en lui et lui en Dieu \'); il a le témoiguage de Dieu en lui-même (Ie témoignage que Jésus est le Christ)8), mais, ce qui pourrait sembler étonnant, c\'est qu\'il a ce témoignage, paree qu\'il croit au Fils de Dieu. N\'est-ce point la un cercle vicieux ? Non. si croire au Fils de Dieu , c\'est discerner la vie veritable , c\'est accueillir en soi cette vie.

Un dernier passage qui montre clairement le caractère éthique de la foi telle que la congoit I\'auteur:

Qui est-ce qui triomphe du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu? (V, 5).

Telle étant la foi, la pensée fondamentale de l\'épitre, telle que je l\'ai formulée quand je disais quel en est le thème, se présente comme une consequence parfaitement évidente. Celui qui croit au Fils est né de nouveau, a vaincu le diable, est «mort au péché», comme dit Paul, et sa conduite témoigne nécessairement de ce changement intérieur. Si j\'ai cessé intérieurement d\'être du monde, je ne fuis plus vivre d\'après le monde; si mes yeux sont dessillés. si ce que j\'appelais beau je le vois laid, si ce qui me semblait désirable je le trouve repoussant, ma conduite sera le contrepied de ce qu\'elle était avant

1

1) II, 5. 2) II, 14. 3) VI, 20 ; comp. le v. 27.

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EPlTRES J0HANN1QUES.

eet heureux changement; et si cela n\'était pas le cas, ce serait la pfeuve irréfragable que le changement n\'a pas eu lieu et que j\'aime toujours le monde.

On peet dire que 1\'épitre d\'un bout a l\'autre plaide cette thèse. En ouvrant au hasard, on trouve a chaque instant des formules qui la contiennent; par exemple:

Quiconque est né de Dieu ne pêche pas.....il ne peut pas pecher.....

Quiconque ne pratique pas la justice n\'est pas de Dieu (III, 9, 10).

II est inutile de faire d\'autres citations; tout lecteur, même médiocrement altentif, accordera que c\'est la le thème du discours; je n\'ai pas a le démontrer, mais j\'avais a faire voir qu\'il découle directement de la notion de la foi chez notre auteur.

Toutefois, pour apprécier la religion que l\'auteur prêche ainsi, il faut savoir ce qu\'il entend par les péchés (Ie péché , comme principe, c\'est dans son langage l\'amour du monde1). II ne le dit pas. Ouelque part il declare bien qu\'un péché est une transgression de la loi (de Dieu)2); mais oü est-elle, cette loi de Dieu, qui évi-demment n\'est point identique avec la Loi juive? Ge n\'est point dit, et ü n\'y a pas moyen d\'en dire autre chose que ceci: La loi de Dieu c\'est le contraire de ce qu\'aime le monde 3). L\'auteur a-t-il compris que la morale chrétienne n\'a pas de code définitif, le chrétien ayant a marcher de progrès en progrès dans la connaissance du vrai bien ; ou bien a-t-il considéré ce code — non écrit — comme de soi connu de quiconque veut le bien? II est aisé de poser la question; mais les données manquent pour découvrir la réponse.

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Sur un point unique, qui lui tient extrêmement a cceur,

1

II, 15. 2) 111, 4. 3) II, 16.

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1\'auteur entre dans le détail de ce qui constitue la conduite chrétienne. G\'est l\'amour que ceux qui sont nés deDieu doivent avoir les uns pour les autres. Si ceux-la ne sont pas frères, qui le sera jamais? Aussi il insiste tellement la-dessus qu\'on l\'a surnommé l\'apótre de l\'amour.

Ce qui vous a été annoncé, dit-il, et ce que vous avez entendu dèsle commencement (ce qui done, a un \'point de vue, est Vessence de la predication évangélique), e\'est que nous devons nous aimer les uns les autres (III, 11).

Que vaut cette religion ? — Elle est profondément chrétienne; j\'entends, e\'est la religion que Jésus s\'efforgait de cultiver, celle qui nait et grandit dans l\'ame du pécheur iorsque, sous l\'influence de la predication évangélique, ses yeux se dessillent, il apprend è détester le péché et a aimer le Dieu de sainteté qui l\'appelle a la vie de ramour et de la pureté. G\'est la religion qui vient de Vattrait exercé sur nous par la vie spirituelle et obéi par nous. Cette religion sanctifie et unit-, c\'est done la bbnne.

C\'est celle de notre épitre, comme c\'était celle de Paul. Pas plus que Paul cependant notre épitre ne la prêche purement et simplement. Elle la rend solidaire d\'une théosophie purement imaginative , qui a beaucoup plu, je le reconnais, mais qui a contribué a lancer le christianisme dans la fausse voie du doctrinarisme et de l\'intellectualisrne. Pourquoi ne saurait-on reconnaitre avec joie et gratitude l\'excellence de la vie a laquelle Dieu nous appelle en nous appelant a la sainteté, pourquoi ne saurait-on obéir a cette vocation, et se réjouir en se sentant par ia rapproché de Dieu, devenant semblable è Dieu1), sans être adepte de ces systèmes sans bases,

1

III, 2.

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EPlTRES JOHANNIQUES.

qui inventent des êtres divins dont personne ne sait rien ni ne peul rien savoir, qui font incarner ces. êlres, ou l\'un d\'entre eux, nolion insaisissable, qui n\'a rien a faire avec la vie de la conscience? Oerles Jésus me révèie la veritable vie; mais en quoi cela me prouve-t-il qu\'il est un être divin incarné? Pourquoi veut-on abso-lument que je le croie pour aimer la vie qui mène a Dieu? Paree qu\'il y a des chréliens fort respectables qui l\'onl cru? Mais alors je dois croire aussi amp; l\'intercession des saints, qui est dans le même cas. Geile Ibéosophie est un bors-d\'ceuvre dangereux. G\'est elle qui est cause que noire auteur se soit si malheureusement exprimé, par exemple, lorsqu\'il écrivail: «-Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu».

Mais notre épttre contient une autre preuve manifeste du danger de la confusion qui y est faite entre la foi et la théologie. Elle renferme deux passages polémiques, assez obscurs \'), mais oü 1\'on voil que l\'auleur appelle des anléchrists, ce qui équivaul a suppöls du diable, des chréliens qui n\'admetlaient pas le dogme de l\'in-carnalion. L\'auleur sail si bien dire après la première de ces lirades; «Quiconque pratique la justice est né de lui»1), qu\'il est doublement regrettable qu\'il se laisse aller ü ces violences. Vraiment, ce ne sont pas seulemenl ceux qui croient a l\'incamation qui «pratiquent la justice».

Un autre grief que j\'ai reviendra dans mon chapitre sur le Nouveau-Teslament. Je ne fais done ici que le signaler. G\'est que, s\'il est parfailement vrai que la foi

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1

II, 29.

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184 CH. III. APOCALYPSE, ÉP. AUX HÉBR., ÉP. CATHOLIQUES.

chrétienne crée un lien d\'amour tout particulier entre ceux qui ont le bonheur de la posséder, il ne faut pas leur persuader que tout ce qui les entoure ne vaille rien. L\'antithèse absolue entre «le monde» et les chrétiens est l\'ausse et dangereuse.

Un troisième et dernier grief est celui-ci. L\'auteur, tout en disant avec justesse: «Quiconque est né de Dieu ne pêche pas»1), sail Irop bien, par 1\'expérience qu\'il a des nombreuses faiblesses des chrétiens (sans cela son discours serait superflu), que les chrétiens pèchent encore. Que devait-il en conclure? Evidemment que les chrétiens ne le sont pas assez, que leurs yeux ne sont pas encore tout-a-fait ouverts et qu\'il leur reste quelque chose de Taveuglement du monde; que done ils doivent se con-sidérer comme seulement entrés dans la bonne vole et comme ayant encore beaucoup èi apprendre. Rien de tout cela chez notre auteur. Ses lecteurs n\'ont plus rien apprendre2); mais s\'ils pèchent, ils ne doivent rien craindre, car «ils ont un avocat auprès du Père, Jésus-Christ, le juste», qui est une «propitiation» pour les péchés3). Je nomme cela une predication déplorable. Je n\'ignore point que, de même que le mot de Christ prend, a cause du mysticisme de l\'auteur, un sens qui n\'est pas exclusivement intelleclualiste, il a di\'i aussi voir dans cette propitiation autre chose qu\'un moyen mécanique ou magique pour effacer les péchés. Mais cela n\'empêche pas qu\'il a au moins Fair — ce qui est déja beaucoup trop — de dire a ses lecteurs qu\'ils n\'ont plus a redouter les conséquences de leurs péchés en vertu.d\'un fait qui leur est extérieur et auquel ils n\'ont point de part.

1

m, 9. 2) II, 21. 3) II, I, 2.

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EPlTRES J0HANN1QUES.

Geci est diamétralement oppose au grand intérêt de la sanctification.

On voit que si je n\'ai rien dit de la mort expiatoire du Christ en esquissant le système de l\'auteur, ce n\'est pas que j\'aie oublié qu\'il en parle lui-même; c\'est que cette notion est un hors-d\'oeuvre dans le système, qui, sans elle, rests parfaitement arrondi; La vie veritable manifestée en Jésus, reconnue par le croyant et devenant sa vie a lui.

Quant au hors-d\'ceuvre lui-même, je n\'ai pas grand chose ci en dire. Pourquoi la mort de Christ est-elle une propitiation? En quoi consiste cette propitiation? Voila deux questions capitales auxquelles l\'auteur ne donne aucune réponse. Je ne puis pas la donner a sa place; mais je sais bien que la parabole du serviteur impitoyable et celle de l\'enfaot prodigue parient du pardon d\'une tout autre manière. Ge qui est curieux, c\'est que nolre auteur semble, lui aussi, en parler comme Jésus en un endroit oü on pourrait croire qu\'il oublie sa théologie1). J\'avoue craindre que plutót il ne la sous-entende.

La seconde épitre dite de Jean est un billet adressé è une communauté («Dame élue») au sein de laquelle il y avait de ces gens, des antéchrists, qui «ne con-fessaient point que Jésus-Christ est venu en chair»8) et ne «demeuraient pas dans la doctrine de Christ»3). Après avoir fait compliment de leur excellence a ceux qui ne trempaient pas dans cette détestable hérésie4), l\'auteur leur recommande de n\'avoir rien de commun

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2) v. 7.

3) v. 9,

1) I, 9.

4) v. 4—6.

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avec les antéchrists, de ne pas les recevoir dans leurs maisons et de ne pas même les saluer1). Quand lebras séculier se mettra au service de ces excommunications, les hérétiques verronl beau jeu.

La troisième épitre dite de Jean est un billet de circonstance, dont on ne peul rien dire, faute de savoir de quoi il est question entre l\'auteur et son correspondant.

1

v. 10, 11.

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CHAPIÏRE aUATRIÈME. LIVRES HISTORIQUES.

§ i.

Les évangiles synoptiques.

Les trois premiers évangiles présentent, dans trois redactions différentes, le tableau de Tactivité terrestre du Messie Jésus avant son elevation h ia droite de Dieu et son apparition dans la gloire. Le premier de ces deux derniers faits appartient au passé, le second a l\'avenir, dans la perspective historique des auteurs.

Un fait frappe dès Tabord celui qui parcourt ces écrits immédiatement après avoir étudié les épitres et l\'Apoca-lypse; c\'est que, tandis qu\'il ne saurait y avoir l\'ombre d\'un doute que le Jésus dont, par exemple, Paul dit qu\'il a été «livré pour nos transgressions et est ressuscilé pour notre justification», ne soit le même que celui dont parient les évangiles, ce dernier cependant ne ressemble pas a l\'autre. Qu\'on relise les épitres en ayant soin de faire abstraction de tout ce que Ton sait par les synoptiques, il sera difficile, derrière le nom de «Jésus-Christ», de trouver une autre personne qu\'un

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CH. IV. L1VRES HISTORIQUES.

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être celeste, «le Christ», qui tróne au ciel et dont on attend l\'apparation. II est vrai qu\'il est dit de ce Christ qu\'il a eu une existence terrestre sous le nom de Jésus, qu\'il descendait de David selon la chair et qu\'il a été cruciflé; mais cela est fort loin de sufflre pour donner l\'idée d\'une personnalité humaine, individuelie, active, pour donner un contenu au nom propre de Jésus. L\'on met sa mort, d\'une fagon assez obscure, en tont cas non suffisarnment définie, en rapport avec le pardon des péchés; mais cela ne fait rien a l\'affaire, puisque l\'on ne voit pas quel róle sa personnalité, son caractère y joue; bien plus, il semblerait plutót, s\'il est permis d\'affirmer quelque chose sur un point laissé si vague par les auteurs, que c\'est a sa qualité de Christ que serait due la vertu attrihuée a sa mort. Sans doule l\'épitre aux Philippiens présente cette mort comme un acte d\'obéissance de sa pari\'); mais qui est celui qui est ainsi obéissant ? Qu\'a-t-il fait sur la terre jusqu\'au moment oü s\'il s\'est fait crucifier? L\'épitre aux Philippiens ne laisse pas même soupgonner une réponse possible a ces questions. Je ne me rappelle en ce moment que trois passages qui fassent directement allusion a une carrière terrestre de ce Jésus; c\'est 1 Jean II, 6: «Celui qui dit qu\'il demeure en lui doit marcher aussi comme il a niarché lui-mème»; Héhr. II, 17, 18, oü il n\'est guère question de quelque chose de plus qua du dogme de l\'incarnation; V, 7, 8, oii se trouve une allusion a l\'agonie de Gethsémané. Héhr. XII, 2 ne parle que de la mort et de Texaltation du Christ. Outre cela, j\'ai déja relevé ce fait, il se trouve dans les épttres un certain nombre

1) Phil. II, 8.

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LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES.

d\'altusions amp; des paroles de Jésus; rnais, sans les synoptiques, on ne saurait pas même que ce sont des allusions. En lout cas, dans les épttres, le personnage que Ton a constamment devant les yeux, c\'est le Christ; Jésus se montre a peine.

En revanche, c\'est un Jésus avant tout que nous donnent les trois premiers évangiles, un Jésus qui est le Christ, mais un Jésus personnel, vivant, dont on dépeint l\'activité; un Jésus dont tout ce que Ton nous dit n\'est pas parfaitement cohérent et ne peut pas être entièrement historique, dont aussi on ne dit pas assez pour que nous puissions l\'aire son portrait, mais pourtant un Jésus concret dont on aurait pu essayer de faire le portrait, tandis que du Christ on ne saurait s\'efforcer que de donner une notion. La différence entre les évangiles et les épitres peut se résumer ainsi, que ces derrières parient essentiellement d\'un Christ qui a été Jésus, et que les Synoptiques parient d\'un Jésus qui est le Christ.

Cette différence est trés considerable; mais implique-t-elle une contradiction ? Quand on y réfléchit, on est amené a se dire qu\'il serait extrêmement étrange qu\'il y eüt eu incompalihilité entre ce que les auteurs de nos évangiles pensaient au sujet de Jésus et lés conceptions de la plupart des autres auteurs du Nouveau-Testament. En effet, pour que cela fut le cas, il faudrait, ou hien que les évangélistes eussent été intellectuellement tout-a-fait isolés parmi les chrétiens, hypothèse qui se réfute d\'elle-même , quand ce ne serait que par le fait que leurs ceuvres ont eu du succès, et que cependant la christologie des épïtres et devenue celle de l\'Eglise; ou hien qu\'il y ait eu chez les chrétiens du premier siècle deux groupes

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

christologiques bien tranches, du sein de l\'un desquels serail sortie la littérature épistolaire du Nouveau Testament, tandis que les synoptiques appartiendraient a l\'autre. Mais cela n\'est pas acceptable non plus; nos évangiles ne sont pas ébionites, quoique le premier ait été accepté par la secte qui porte ce nom; ils appartiennent évi-demment au grand courant chrétien , dans lequel sans doute il y a eu des nuances, mais qui était unanime a reconnaitre comme le Seigneur le Messie glorifié dans le eiel. Je ne crois pas que le paulinistne et le judéo-christianisme aient jamais formé de partis compactes et nettement distincts l\'un de l\'autre; mais, lors même que j\'aurais tort en ceci, on ne pourra jamais prétendre que le troisième évangile soit sorti du judéo-christianisme; de plus, la lutte enlre les deux partis regardait beaucoup plus la vocation des païens que la manière dont on concevait la personne du Christ.

Mais, de fait, il n\'y a pas de contradiction entre la conception des évangiles et celle des épitres. Gelles-ci impliquent partout qu\'il y a ew un Jésus, qui a vécu avant de mourir et sur le compte duquel on est renseigné. Ceux qui les ont composées, de même que l\'auteur de l\'Apocalypse, ont écrit pour des lecteurs qui admettaient que Jésus de Nazareth était le Messie, et ils n\'avaient done pas a revenir sur les preuves de sa messianité; ils ne pouvaient que supposer ces preuves connues, et si ces preuves consistaient, comme je n\'en doute pas, en récits, on comprend parfaitement les allusions è des paroles de Jésus éparses dans les épitres. II existait en effet tout un fond de récils messianiques renfermant bon nombre de paroles de Jésus, et les missionnaires colpor-taient cette histoire sainte cbrétienne. II me semble que

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LES ÉVANG1LES SYNOPTIQUES.

c\'est faire fausse voie que de dire que les auteurs des épitres ne se préoccupent pas de la vie de Jésus, qui, a les entendre, dit-on, ne serait venu dans le monde que pour mourir. Ce n\'est pas cela; ils onl connu les éléments principaux qui ont fini par être recueillis dans les évangiles et y ont sans doute attaché une grande valeur, non pas, cornme nous, au point de vue de Ia personnalité de Jésus, mais a celui de sa messianité. N\'ayant rien a apprendre a leurs lecteurs a ce sujet, ils n\'en ont guère parlé, afin de s\'occuper de ce qui leur tenait a coeur, des relations des chréliens avec le Christ vivant au ciel.

Si j\'ai bien vu en cela, la naissance de la littérature évangélique s\'explique d\'elle-même. Avec l\'extension tou-jours plus considérable que prenait la secte, et l\'appa-rition glorieuse du Christ se faisant attendre, le moment a bien dü venir oü Ton a éprouvé le besoin d\'empêcher de disparaitre avec la première généralion de croyants la connaissance des faits qui justillaient leur foi a leurs yeux et que Ton considérait comme trés puissants pour la propager. Ceux qui ont pris la plume pour répondre a ce besoin croyaient, comme les lecteurs des épitres, a la résurreclion du Christ, a sa gloire dans le ciel et a sa prochaine venue; le Christ céleste \'existait pour eux comme pour les autres, présent, veillant sur eux, objet de leurs plus chères espérances; mais ils n\'ont pas eu a en parler, leur objet étant de montrer que ce Christ, c\'était Jésus de Nazareth, comme le témoignait son ceuvre messianique. C\'est ainsi qu\'il se trouve que les épitres s\'occupent presque exclusivement du Christ, et les synoptiques de Jésus, et pourtant, unanimément de Jésus-Christ. Les unes parient d\'un Christ qui a été

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

Jésus, les autres d\'un Jésus qui était et est le Christ, pour en revenir è ma formule d\'il y a un moment.

Je prévois une objection. On me dira que les synoptiques nous font faire connaissance avec un Jésus essentiellement humain, que les épitres et l\'Apocalypse placent devant notre imagination un Christ essentiellement surhumain, et que cela conslitue si bien une contradiction que les deux notions qui se présentent ainsi tour è tour a nous sont complètement inconciliahles. — Entendons-nous. Je dis que le Jésus-Ghrist des evangelist es est le méme que celui de la grande masse des croyants au premier siècle de notre ère; mais je ne dis pas qu\'il est identique au Jésus de Nazareth qui a vécu. Eux-mémes, les évangé-listes, peuvent, sous l\'empire des idéés accréditées dans leur secte, avoir vu en Jésus autre chose que ce qui ressort de maint fait qu\'ils racontent; ce qui, par paren-thèse, prouve qu\'ils n\'inventent pas, mais recueillent des traditions. Ges traditions renferment des éléments inconciliahles avec la notion du Christ surhumain qui a promptement prévalu, et il est clair que ces éléments sont les plus hisloriques de tous, puisqu\'ils n\'ont pas pu être le produit de conceptions qui les contredisent. Nous avons ici un phénomène littéraire tout-a-fait analogue a celui que présente l\'histoire sainte d\'Israël: les auteurs écrivent l\'histoire au nom d\'une théorie, qui colore les fails è leurs propres yeux et y donne une signification qu\'ils n\'ont pas par eux-mémes et qu\'il n\'est pas impossible d\'en séparer. De plus, la théorie a exercé une influence sur la malière même de la tradition, qui s\'est développée et plus ou moins transformée dans le sens légendaire.

On voit que je considère les synoptiques comme des

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LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES.

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ouvrages apologétiques, de même que les livres dils hisloriques de 1\'Ancien Testament et que i\'histoire sainte de l\'Hexateuque; ici I\'objet de 1\'apologie est la messianité de Jésus. Je ne suis oerles par le premier a constaler ce caractère de nos trois premiers evangiles; pourtant il y a encore un nombre considerable de personnes qui ne s\'en sont pas apergues, paree qu\'elles lisent ces écrits avec la preoccupation d\'y trouver des biographies de Jésus. Rien ne saurait plus effectivement empêcher de les com-prendre, a quoi il faut ajouler que cela conduit a de graves injustices a l\'égard des écrivains. Si leur intention avait été de conserver le souvenir de la vie de Jésus, il faudrait avouer qu\'ils se sont acquittés de leur tache d\'une manière déplorable; rien sur la familie du héros, sur ses relations dans la maison paternelle, sur ses occupations avant d\'entrer dans la carrière prophétique; rien sur ce qui l\'a poussé vers Jean Baptiste; rien sur ce qui l\'a décidé a son tour a prêcher le règne de Dieu; rien que des généralités sur son activité en Galilée, et sur le hut du choix de ses disciples; rien du tout sur l\'organisatiori de sa vie avec eux ni sur la nature de leurs rapports réciproques; rien sur le but du voyage è Jerusalem, ni sur le contenu de sa prédicalion spontanée aux Jérusalémites1), ni sur ces intimes conversations qu\'il a du nécessairement avoir avec ses disciples sur le chemin de Béthanie a Jérusalem, parcouru sans aucun doute bien des fois avec eux ; et Ia passion ! après l\'agonie de Gethsémané (le seul récit qui ouvre directement un coup-d\'ceil furtif sur son ame) rien absolument qui ait pour but de faire connaitre son état d\'ame. J\'admire

1

On n\'a que les discussions provoquées par les adversaires. II. 13

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CH. IV. LIVRES HISTOEUQUES.

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vraiment le nombre immense de sermons de la passion qui se composent chaque année au moyen de textes qui ne perrneltent pas de savoir exactement comment la sanglante tragédie s\'est déroulee, et qui ne nous apprennent pas du toul ce que pensait et sentait Ia viclime 1). Les prédicateurs semblent posséder la toute science. Le fait est que nous sommes beaucoup mieux renseignés sur les sentiments inlimes de Socrale que sur ceux de Jésus. Mais, si les auteurs des évangiles n\'ont pas pensé du tout ü renseigner leurs lecteurs sur le caraclère personnel, les idéés, les aspirations de Jésus, s\'iis ont voulu faire tout autre cliose, comment leur reprocher de n\'avoir pas composé leurs écrits de fagon ü ce qu\'ils répondissent amp; un but qui n\'existait pas?

Or, comment ces écrivains auraient-ils pu avoir des préoccupations biographiques? Rien absolument ne pouvait leur en suggérer, a eux qui attendaient l\'avènement du Gbrist glorieux , et dont tout 1\'intérét consislait a avoir part au royaume éternel qu\'il devait fonder. Pour cela il fallait «croire en lui» et vivre «loin des souillures du monde», non pas comprendre son histoire. Naturelle-ment ses paroles étaient décisives pour tout ce qui toucbait a l\'organisation de cette vie de pureté dans l\'attenle de sa venue qui devait être celle des cbrétiens; aussi nos évangélistes rapportent-ils un grand nombre de ces paroles; mais il était, au point de vue des cbrétiens, superflu de s\'enquérir des réflexions personnelles

1

II n\'y a qu\'une «parole de la croix», parmi les sept (que Ton ne peut réunir qu\'en les glanant dans les quatre évangiles), il n\'y en a qu\'nne qui dise quelque chose sur Tetat d\'amp;me de Jésus. C\'est « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\'as-tu abandonné»; et meme eelle-lè, ce n\'est pas pour ce qu\'elle donne de cette manière que l\'évangéliste Ta transcrite.

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de Jésus, puisque ses paroles avaient autorité par Ie seul fait que c\'étaient les siennes, que c\'étaient des «paroles du Seigneur». !1 ne fallait done qu\'établir qu\'il était vraiment le Seigneur.

II importe d\'insister lè-dessus, puisque e\'est la condition a laquelle on peut arriver a ne demander aux évangiles synoptiques que ce qu\'ils sont en mesure de donner, c\'est-è-dire des redactions de la matière de la prédication ordinaire des missionnaires, fondée sur les traditions touchant Jésus, et renfermant, avec un élément d\'édifi-cation infiniment précieux, avant tout ce que Ton con-sidérait comme de nature a faire voir le Messie dans la personne de Jésus.

Tout le monde sait que Ie troisième évangile commence par une dédicace qui donne quelques indications sur le but de l\'auteur; or ces lignes préliminaires de l\'écrit confirment mon dire. Arrétons-nous y un instant\').

Beaucoup de personnes ayant entrepris de composer un reeit........

un récit de quoi ? de la vie de Jésus ? non, mais

des faits qui se sont accomplis parmi nous......

et le verset 4 montrera que ces faits sont ceux qui servent a la prédication évangélique, qui servent a gagner a la foi; e\'est que le Messie a été révélé en la personne de Jésus, puissant en paroles et en actions, qu\'il a été reconnu par un petit nombre, rejeté par les Juifs et crucifié, qu\'il est ressuscité le troisième jour et monté au ciel, d\'oü il viendra pour son glorieux avènement;

saivant ce que nous ont transmis ceux qui en avaient été primitivement les témoins oculaires, et qui sont devenus ministres de Ia parole......

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il s\'agit done d\'une tradition remontant a la prédication apostolique;

1) Voy. Luc. 1, 1—4.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQÜES.

moi aussi, trés lionoré \'fhéophile, j\'ai resolu, en suivant le cours de toutea ces choses avec exactitude, des le commencement, de te les (d)écrire dans leur ordre, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as re^ua.

Les enseignements que Théophile a regus ne sont natu-rellement pas de l\'histoire, mais l\'annonce de la foi au Seigneur Jésus-Christ; et ce qui va confirmer eet en-seignement, c\'est la connaissance aussi compléte que possible des faits qui se rapportent a cette foi. — Que veut dire «en suivant tout exactement dès le commencement»? On comprend cela d\'ordinaire de recherches historiques auxquelles l\'évang^liste se serait livré avant d\'écrire son livre, et il rne semble qu\'en effet c\'est la le seul sens raisonnable, pourvu que l\'on ne fasse pas de ces recherches historiques des recherches biographiques. L\'auteur a employé d\'autres sources encore que Marc et Matthieu, et il s\'est empressé de compléter par leur moyen ce que ses devanciers avaient donné; il est remonté «au commencement», car il ne se contente pas même d\'une histoire messianique de la naissance de Jésus, mais la fait précéder d\'une histoire, messianique aussi, de la naissance du Précurseur. II a aussi exercé une certaine critique, puisqu\'il dit qu\'il a mis de l\'ordre dans les matières dont se compose son écrit; et la comparaison avec les autres évangiles montre qu\'en réalité un travail de ce genre a été accompli de propos délibéré par l\'auteur du troisième; — naturellement, ceci ne signifle pas que l\'ordre qu\'il a établi soit nécessairement conforme a la réalité historique.

Je ne prélends pas que tout soit parfaitement transparent dans la préface de Luc; mais je prétends bien que le hut apologélique de l\'ouvrage y est énoncé avec une clarté qui ne permet aucune équivoque. L\'auteur

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LES EVANGILES SYN0PT1QUES.

n\'a pas songé è écrire une biographie, mais bien un récit suivi des faits qui, d\'après lui, confirment la foi chrétienne.

Pour n\'avoir point de dédicace, les deux autres évan-giles synoptiques n\'en ont pas moins été composes ab-solument dans le même but, comme le montre leur contenu. De plus, Marc a un titre ^1), qui n\'aurait pas de sens s\'il s\'agissait d\'une biographie. G\'est

Commencement de l\'évangile de Jesus-Chriat, fils de Dieu.

On remarquera que les mots «évangile de Jésus-Gbrist» ne peuvent pas signifler «evangile prêcbé par Jésus-Gbrist»; car, tout en contenant eet évangile, dent la predication faisait partie de Toeuvre messianique, 1\'écrit qui suit ce tilre contient bien d\'autres choses encore, et ne commence pas par l\'évangile prêcbé par Jésus-Ghrist. Gelui ci est mentionné aux versets 14 et 15, après la prédication de Jean, le baptême de Jésus et la tentation au désert; de plus les versets que je cite ne commencent pas l\'exposé de eet évangile, mais mentionnent eelui-ci en le résumant dans son entier. Dans le titre, «l\'évangile» ne peut pas étre ce qu\'a prêcbé Jésus, mais est ce qu\'ont prêcbé ses missionnaires; non pas l\'évangile du règne de Dieu, mais l\'évangile de la messianité de Jésus. Bref, il faut traduire le titre dans ce sens: «lei commence l\'exposé de ce que prêcbent ceux qui annoncent aux hommes pour leur bonheur Jésus-Ghrist, le fils de Dieu».

11 y aurait encore mainte remarque ^ faire è ce sujet; mais je crois pouvoir les passer sous silence, le point dont il s\'agit étant suffisamment mis en lumière.

197

Pour apprécier a fond l\'apologie de la foi au Ghrist

1

Marc. I, 1.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

498

J^sus renfermée dans les évangiles synoptiques, il faudrait pouvoir comparer cette prédication avec celle des premiers apótres, qui avaient été les disciples personnels de Jésus. II est fort è regretter que ce soit impossible, la prédication chrétienne primitive nous étant inconnue Ge que nous possédons, c\'est le résultat littéraire auquel a abouti la transformation progressive de cette prédication dans la bouche de ceux qui l\'ont répétée chacun a sa manière. Nous avons une des extrémités de la chaine, l\'autre manque.

Une autre difflculté vient de ce qu\'il n\'existe pas de moyens de déterminer ce que les rédacteurs ont ajouté chacun de son propre fonds a ce qui leur était fourni par leurs sources et par les idéés qui régnaient autour d\'eux. On ne peut pas même leur attribuer avec certitude certains trails qui trabissent entre eux des differences

1) Le livre des Acfes donne soi-disant la première predication apoatolique (II, 14—36, 38—40); c\'est le discours de Pierre i la Pentecote. Ce discours revient a ceci: Le don du saint Esprit vient du Christ glorifie; ce Christ est Jésus de Nazareth, auquel Dieu a rendu tétnoignage aux yeux de la nation juive par de nombreux miracles, mais auquel les Juifs n\'ont pourtantpascru, de sorte qu\'ils l\'ont livré aux impies, instruments inconscients des desseins de Dieu, qui avait annoncé les souffrances du Christ. Conformément encore aux écritures, Dieu a ressuscité Jésus, Ta élevé a sa droite et lui a remis le soin de donner le saint Esprit, Que l\'on se repente done et que l\'on se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour recevoir le saint Esprit, destine non seulement aux Juifs croyants, mais aussi 4 «ceux qui sont au loin». — Ce discours nous apprend ce que l\'on jugeait au 2« siècle qu\'avait du être la prédication apostolique, mais il ne nous apprend pas ce qu\'elle a été. II est clair qu\'elle a contenu la thèse que Je\'sus, livré aux impies, était le Messie et que Dieu l\'avait ressuscité. Mais comment cette thèse était elle motivée? Les Actes disent: Par l\'appel aux écritures et par les miracles de Js\'sus. Mais c\'est la évidemment la réponse de l\'époque ou ce livre a été écrit, et l\'on n\'en peut rien tirer du tout sur la réponse que donnaient Pierre ses amis. Les Actes ne nous renseignent pas sur ee que les premiers apótres racon-taient au sujet de leur Maitre.

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LES EVANGILES SYNOPTIQÜES.

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de tendance; par exemple certaines paroles attribuees h Jésus, et rédigées, chez Matthieu , d\'une manière opposée au libéralisme paulinien, chez Luc, de fagon è fournir une critique du judéo-christianisrae. Ces propos peuvent en effet avoir déja pris les formes sous lesquelles les évangiles les reproduisent, dans une tradition au sein de laquelle il s\'est sans doute manifesté des courants variés. Un exemple trés frappant ressort de la comparaison de Matth. VII, ^2, 23 avec Luc XIII, 25—27, passages qui se trouvent dans deux contextes qui ne sont pas parallèles entre eux, mais qui ne sont pas non plus de vrais contextes ; nos deux passages escliatologiques sont chacun soudés trés grossièrement a ce qui les entoure, et ont évidemment existé sens ces cadres artificiels. Ils sont parallèles l\'un a l\'autre, mais de fagon a ce que Tun contredise l\'autre. II s\'agit de mauvais disciples, qui seront exclus du royaume. Dans Matthieu , ils demandent a entrer en se prévalant d\'avoir prophétisé et fait des actes de puissance au nom du Christ; ce sout done ceux qui plaident l\'excellence de leur évangile en invoquant les effets salutaires de leur prédication \'), mais auxquels les judéo-chrétiens reprochent de transgresser la Loi; en effet le Christ leur répond: «Je ne vous ai jamais connus; retirez-vous de moi, violateurs do la Loi!» (litt, «faiseurs ft anomie», de ce qui est contre la Loi). — En revanche, dans Luc les mauvais disciples se vantent d\'avoir mangé et bu en présence du Christ et de ce qu\'il a enseigné dans leurs places publiques, ce qui désigne aussi clairement que possible les judéo-chrétiens, et Ie Christ leur répond; «ie vous dis, je ne sais d\'oü

1) Coinp. Gal. III, 2.

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CH. IV. LIVRES HIST0R1QÜES.

vous êtes; éloignez-vous de moi, vous tous ouvriers d\'iniquite!» [d\'adikie, de ce qui est con tre la/Ms/ice).—• G\'est, comme on voit, un duel a coup de paroles prêtées au Christ. Mais qui a rédigé ces paroles? Luc a sans doute connu une rédaction de i\'ouvrage qui est devenu notre Matthieu ; mais cela prouve-t-il que dans les milieux pauliniens on ne fit pas deja parler le Christ comme on le lit dans son évangile?

II faut done renoncer a determiner la part personnelle des évangélistes èi l\'apologie de la foi au Christ contenue dans leurs écrits. Du reste, l\'inconvénient est moins grave qu\'on ne pourrait se le figurer, car ils ne sont en tout cas pas les inventeurs de cette apologie, ni des trois principaux moyens dont elle use, Ces moyens sent de montrer que les prédications messianiques ont eté accomplies en Jésus1), que Jésus était doué d\'une sagesse prophétique inouïe 2) et que Dieu l\'avait accrédité en lui conférant un don illimité pour accomplir des miracles3). Nos évangélistes ont ahsolument adopté ce cadre apolo-gétique et n\'ont pu y mettre du leur que par amplification , ou en faisant incliner la parole prophétique du Messie, comme on vient de le voir dans un exemple remarquable, non plus vers l\'apologie pure et simple de la foi au Seigneur Jésus, mais vers celle de quelqu\'une des tendances qui existaient parmi les chrétiens4).

Les histoires de la nativité 5) appartiennent aux amplifications, et Ton peut voir qu\'elles ne revienne.it pas

200

1

11 est inutile de citer des passages pour ce point.

2

Voy. p. ex. Marc. I, 22. 3) Citations superflues.

3

4) Je dis apologie, et tout-è-l\'heure je disais polemique; c\'est qu\'ici c\'est

4

tont un. En faisant dire au Christ que les judéo-chrétiens ont tort, Luc lui fait dire que les pauliniens ont raison, et vice-versa chez Matthieu.

5

Matth. I, II; Luc I, II.

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LES ÉVANGILES SYN0PT1QUES.

entièrement aux évangélistes, puisque il faut y distinguer comme qui dirait plusieurs couches superposées. Le Messie devait être fils de David, el on a fabriqué a Jésus des arbros génealogiques, qui prouvaient qu\'il descendait du grand roi messianique; la meme conviction a donné naissance a Tides, vraiment bien enfanline, qu\'il fallait que le Messie eüt vu le jour a Bethlehem. Mais voila que l\'idée de l\'incarnation s\'accrédile et fait disparailre le père naturel de Jésus, pour lui substituer le saint Esprit; les généalogies ne prouvent plus rien et Jésus n\'est pas fils de David, n\'étant pas fils de Joseph. Les évangélistes n\'y regardent pas de si prés et reproduisent les deux conceptions cóte amp; cóte, comme si elles ne s\'excluaient pas, sans compter que nonibre de fbis, fidèles a leurs sources, ils font donner è Jésus le titre de fils de David dans le courant de leurs récits 1),

Gette superposition de couches successives d\'une tradition en voie de continuel développement peut se con-stater dans bien d\'autres examples. Ainsi la désignation divine de Jésus lors de son baptême a encore dans Marc un caractère presque entièrement subjectif; il vit les cieux se fendre et la colombe descendre , et lavoixdit; «■Tu es mon fils»2); dans Matthieu, cela devient un peu plus objectif; c\'est ioujours Jésus qui voit, mais les accents célestes disent; «Gelui-ci est mon fils»3);

201

1

Faut-il me justifier de n\'accorder aucun .crédit historique aux légendes de la nativité, qui se contredisent catégoriquement entre elles, qui se contre-

2

disent en elles-mêmes et qui contredisent les écrits oü elles figurent? J\'ose dire que rien n\'est plus aisé; mais ce n\'est pas ici le lieu d\'entrer dans des discussions oü il faut tout dire ou rien, et oü l\'on ne peut pas tout dire sans remplir des pages sans nombre. 2) Marc I, 10, 11.

3

Matth. III, 16, 17. «Les cieux s\'ouvrirent a lui» est aussi plus objectif que «il vit les cieux se fendre».

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CH. IV. LIVRKS HISTOR1QÖES.

enfin dans Luc tout est objectif et done physique; le ciel s\'ouvre, le saint esprit descend sous une forme corporelle. II est vrai que la voix dit; «Tu es mon fils», mais le contexte fait voir qu\'il faut comprendre cela d\'une véritable voix, entendue aussi par les personnes présentes1). — On pourrait comparer entre eux avec des résultats analogues les récils de la tentation, ceux de la resurrection et d\'autres encore.

II y a done eu progression, surtout dans le sens de la materialisation des conceptions, dans la manière dont on représentait ce qui concernait le Messie Jésus et les preuves de sa dignité; mais le cadre est toujours resté identique è lui-même aussi haut que nous puissions re-monter le courant de cette prédication 2). On a renchéri sur les données primitives; au fond voila tout. Ainsi, le second évangile démontre qu\'il y a eu un temps oü Ton commengait par le précurseur sans légende de la nativité;\' mais les récits de Matthieu et de Luc, tout en fourmillant de contradictions matérielles, entrent com-plètement, comme esprit et comme intention, dans l\'épopée a laquelie on les a ajoutés. J\'ai dit quel est le fond de cette épopee: Jésus le Messie 1° d\'après les Ecritures, 2° par sa sagesse prophélique, 3° en vertu des miracles qu\'il accomplit et dont il est robjet.

Maintenant je ne crois pas qu\'il soit nécessaire d\'ana-lyser la série de tableaux qui forme la trame des récits

202

1

Luc III, 21, 22.

2

Je rappelle que ce n\'est pas jusqu\'ao débat. Je regrette fort pour ma part de ne pas savoir si les disciples personnels de Jésus lui out dëji attribué des miracles et lesquels, ou bien s\'ils se sont contentés, pour la preuve par les miracles, de celui de la resurrection. En tout cas, ce dernier suffisait kleur fournir Télément miraculeux, qui ainsi n\'a pas fait défaut aux tout premiers commencements de la prédication évangéliqiie.

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LES ÉVANGILES SYNOPTlQUIiS.

des synoptiques. II snffit, me semble-t-il, de les avoir caractérisés. Chacun peut aisément vérifier si vraiment tous ces récits ont pour bul, non pas de faire comprendre Jésus et Ie drame de sa carrière, mais de faire croire en lui comtne au Messie; bien entendu, en tenant compte du fait que le point de depart de cette predication s\'est irouvé dans les souvenirs parfaitement authentiques des amis de Jésus, de sorte que tout ne soit pas en réalité histoire du Messie, quoique tout ait élé rédigé comme tel 1). Je passe done a l\'examen de la valeur religieuse de cette apologie.

11 peut sembler paradoxal d\'affirmer que l\'apologie de la foi au Christ contenue dans nos trois premiers évangiles est tout ce que le Nouveau Testament nous offre de

203

1

Le Messie demandant le baptême de Jean est un non-sens, et le taptême de Jésus est consequemment de l\'histoire On était de trop bonne foi pour raême songer k supprimer ce trait; mais bientót Timagination anonyme qui crée les légendes a rendu ce baptême messianique au moyen de la vision celeste. La difliculte n\'était pas vraiment surmontée pour cela, mais on en a avalé bien d\'autres — Ceci n\'est qu\'un exemple entre plusieurs. Quant k eet exemple, il ne faut pas ice deraander pourquoi le fait a éié primitivement raconté par les disciples, puisque nous n\'avons pas leur predication; on peut seulement deviner avec un certain degré de probabilité qu\'eux aussi ont conside\'ré Jean Baptiste comme envoyé pour frayer la voie au Messie.

Voici, du reste, les titres des neuf grands groupes \'dans lesquels Reuss réparlit tous les récits des trois premiers évangiles, qu\'il traite parallèlement ensemble sous le titre d\'Histoire évangélique. Quoique ce savant ne se soit point mis au point de vue que j\'ai défendu ici, ses groupes y sont tout-^-fait conformes; il s\'agit essentiellement de discour? et de miracles. Ce sont: 1, naissance de J. C.; II, inauguration da ministère de J. C.; ill, l1\' groupe de discours et de miracles; IV, 2e groupe de disconrs et de miracles; V, 3e groupe de discours; VI, 4e groupe de discours; VII, la dernière semaine; VIII, la passion; IX, la resurrection.

II serait fastidieux de donner les titres seuls des 124 numéros dont se composent ces neuf groupes, et les discuter nous mènerait beaucoup plus loin que ne le comporte eet ouvrage.

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CH. IV. L1VRES HISTORIQUES.

plus précieux, et que pourtant cetle apologie est manquée. G\'est cependant mon opinion , et je crois pouvoir la juslifier.

Je commence par la partie negative de ma thèse.

1° La preuve scripluaire est l\'arbitraire même. Tous les textes sans exception que Ton a cités comme réalisés en la personne de Jésus n\'ont pu lui être appliques qu\'en leur donnant un sens qu\'ils n\'ont pas dans I\'Ancien Testament. On n\'a pas reconnu le Messie en Jésus paree qu\'il ressemblait a un portrait que l\'on en avait trouvé tracé a l\'avance dans les Ecritures; mais, au rebours, ayant cru reconnaïtre le Messie en Jésus, on en a con cl u que son portrait devait se retrouver dans I\'Ancien Testament, et Ton a interprété ce dernier en consequence. II n\'est pas vrai, par exemple, que I\'Ecriture dise qu\'il fallait que le Messie souffrit, et l\'histoire des disciples d\'Emmaiis\') montre clairement que personne, avant la mort de Jésus, ne l\'y avait lu. II faut que le Christ ressuscité le leur explique pour qu\'ils le comprennent1). En d\'autres termes, la croyance en la messianité de Jésus a interprété I\'Ancien Testament; il faut avoir cette croyance pour lire dans I\'Ancien Testament ce qu\'elle y a fait trouver; I\'Ancien Testament ne peut done prouver que Jésus est le Messie que pour ceux qui le croient déja; il ne le prouve en aucune fagon.

204

Je ne veux pas dire que l\'appel è I\'Ancien Testament n\'ait pas convaincu un grand nombre de personnes. Au contraire, les imaginations ont été aisément séduites par I\'affirmation que tout ce qui était arrivé k Jésus avait été prédit de longs siècles a l\'avance; on a trouvé cela trés beau, et Ton n\'a pas marchandé les interprétations.

J) Luc XXIV. 13—35.

1

Comp, Actes VIII, 26—40.

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LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES. 205

Mais que des millions de personnes se laissent prendre a une preuve qui ne prouve rien, cela ne peut pas faire que la preuve soit bonne; cela démontre seulement la faiblesse de l\'esprit humain

II faut remarquer que plus d\'une fois Tinterprétation messianique donnée a tel passage de l\'Ancien Testament a contribué a la formation de légendes au sujet de Jésus; non seulement on cherchait dans l\'Ecriture la prediction de ce qui était arrivé k Jésus ou de ce que Ton croyait lui être arrivé; mais, aussi, il sufFisait que Ton crüt que quelque chose avait été prédit du Messie pour que Ton racontat que c\'était arrivé a Jésus. Ainsi je viens de relever que le rédacteur du premier évangile fait monter Jésus sur deux anes. Ainsi encore Esaïe VII, ié mes-sianiquement interprété, et de plus mal traduit par les Septante, a contribué (avec d\'autres facteurs) a la formation de la légende de la naissance de Jésus d\'une vierge. D\'une manière semblable, Esaïe XXXV, 5, 6, pris mal a propos k la lettre 1), et Esaïe LUI, é, mal interprété au moyen de la mauvaise interprétation de passages analogues a Esaïe XXXV, 5,6, ont aidé è la

1

Comp. Es. XXIX, 18, 19.

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CH. IV. LIVRES HISTOR1QUES.

transformation légendaire du Jésus médecin des ames en un Jésus thaumaturge, non toutefois sans qu\'il soit reslé des traces sufïisantes de la signification des récits primilifs pour que nous puissions nous rendre comple du procédé de matérialisation de faits spirituels qui a eu lieu

2° La preuve pai\' la sagesse prophétique de Jésus ne vaut rien non plus. Je n\'ai rien è rabattre de ce qu\'en dit par exemple Mare: «II enseignait cornme ayant autorité, et non pas comme les Scribes»1). Je ne me sens pas digne de faire l\'éloge de l\'enseignement de Jésus. C\'est L\'enseignement que nous avons è suivre, L\'Evangile. Mais en quoi cela prouve-t-il que Jésus soit le Messie dans le sens de nos évangiles, fils de David, né sur-naturellement, devenu après sa mort le dispensateur des graces divines? Je demande que Ton me montre la connexion en Ire cela et le fait qu\'il a prêché la vraie piété, celle qui est indispensable a l\'homme. Je ne la vois pas du tout.

206

3° J\'ai déja dit 2) que tout l\'appareil miraculeux des récits des évangiles apparlient k mes yeux au cólé légendaire de ces tableaux. J\'ai aussi fait remarquer au même endroit que, d\'après nos témoins eux-mêmes, Jésus n\'a jamais prétendu s\'accréditer au moyen de miracles et que les actes de ce genre qu\'on lui attribue auraient eu leur but en lui-même, hut de bienfaisance. Déja au sujet de l\'Ancien Testament je m\'étais expliqué sur la valeur, nulle h mes yeux, des arguments tirés des miracles en faveur de la religion4). Au fond je n\'ai rien a ajouter ici. G\'est toujours la même cbose. Le miracle ne prouve

2) Marc I, 22.

1

1) Voy. Marc II, 3—12, et les pages 43 et suiv.

2

Page 47, note. 4) Voy. vol. I, page 421.

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LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES.

que le pouvoir surnaturel, mais pas l\'excellence sur-nalurelle; le miracle lui-même a grand besoin d\'etre prouvé, et ee ne sont pas des ouvrages anonymes, remplis d\'inexactitudes palpables, composes h une époque oü le merveilleux jouait partout un róle des plus con-sidérables, ce ne sont pas ces ouvrages dont la seule autorité pourrait les faire admettre, quelle que soit la bonne foi indiscutable des auteurs, surtout quand il est possible, je dirais méme facile, de s\'expliquer qu\'on les ait racontés quoique ils n\'aient pas eu lieu. II en est des miracles comme de la preuve scriptuaire; ils n\'ont de force probante que pour ceux qui croient déjè.

Mais, meltons que j\'aie tort en tout ceci. Jésus est né d\'une vierge, il a par sa parole apaisé la tempête, il a nourri des milliers de personnes avec quelques pains et quelques poissons, il est ressuscité, et tout cela prouve qu\'il est le Messie. Me voila convaincu. Qu\'ai-je gagné religieusement? Suis-je plus enfant de Dieu pour cela? Suis-je réconcilié avec Dieu, mort au péché? Pourquoi done les chrétiens sont-ils si peu et si mal cliréliens depuis dix-huit siècles que presque tous ils croient que les miracles de Jésus prouvent sa messianité?

L\'apologie de la foi au Christ Jésus qui a fini par prendre la forme des récits que nous donnent les évan-giles synoptiques a eu un trés grand succès, de même que parmi les Israélites leur histoire sainte. Mais, de même aussi que les récits de l\'Ancien Testament ne prouvent en aucune manière que Dieu ait élu un peuple de préférence a tous les autres, et prouvent seulement que e\'est ainsi que les grands prophètes ont compris les choses, l\'bistoire sainte du Nouveau Testament ne prouve

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CH. IV. LIVRES HISTORIQÜES.

pas que Jósus a été le Messie, mais seulement que ses amis l\'ont tenu pour tel.

La messianilé est indémontrable; l\'Ancien Testament n\'annonce point de Messie défini, et s\'il en annonce un , c\'est en tout cas un chef du peuple juif, que Jésus n\'a pas été. La notion du Messie est une notion particulariste si jamais il en fut. Le Christ, certes, est tout-a-fait universaliste; il représente done une notion, greffée sur celle du Messie, mais qui n\'est plus la même. On arrive ainsi a la préexistence, a l\'incarnation, è la souverainelé universelle du Christ, loutes conceptions abstraites, qui ne sont susceptibles d\'aucune preuve quelconque, et qui n\'ont été acceptées que paree qu\'elles ont plu a I\'ima-gination. Spéculations creuses que tout cela, qui bien loin d\'être favorables aux progrès de la religion, lui ont cause un grand tort, en faisant passer Tacceptation d\'un dogme avant la conversion du coeur, la croyance en la dignité surhumaine de Jésus, avant le don de l\'ème a Dieu, que préchait Jésus.

On en a eu le sentiment. On a mis dans la bouche de Jésus ces mots, qu\'il n\'a pas pu prononcer tels que nous les avons, puisqu\'il ne savait pas qu\'il deviendrait «le Seigneur» *):

Ce ne sont pas tous ceax qui me disent: Seigneur, Seigneur! qui entreront au rovaumc des cieux, mais c\'est celui qui fait la volonté de mon père celeste (Matth. VII, 21),

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et on est heureux de lire cette parole , car elle démontre, ce que du reste nous avons vu par les autres livres du Nouveau Testament que j\'ai examinés ici, que Ton n\'a jamais ignoré que la foi au Seigneur Jésus devait s\'unir

1) Comp. la page 51.

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LES ËVANGILES SYNOPTIQUES.

ti Tamour de Dieu. Mais c\'est en vertu d\'une erreur funpste que dès Ie début on a erigé la croyance a la messianité de Jésus en signe distinclif des croyants. De lè est né le dogmatisme, le cathoiicisme et toutes les aberrations qu\'il a entrainees a sa suite. De la aussi la fausse route oü de teute nécessité 1\'apologie chrétienne s\'est engagée. Faisant dépendre la religion de la croyance en la messianité, il fallait commencer par démontrer celle-ci, et la religion a fini par patir, comme on le voit dans notre IQ6 siècle, de la parfaite faiblesse des preuves alléguées. Ges preuves fussent-elles en réalité plus fortes, que toujours c\'est batir sur le sable que d\'appuyer la religion sur la certitude de faits qui ne peuvent s\'établir qu\'au moyen d\'études hisloriques trés difficiles, point infaillibles du tout, et en tout cas hors de la portee de Timmense majorité des hommes.

Je dis que l\'apologie des évangiles est manquée, paree qu\'elle ne prouve pas ce qu\'elle veut prouver, et que, pour autant qu\'elle veut le prouver, elle ne sert pas la religion, mais une théologie d\'imagination, qui n\'a jamais servi a rien de bon.

En disant cela, je critique la manière dont les premiers chrétiens se sont intellectuellement rendu compte de leur foi religieuse; je ne critique pas pour cela cette foi elle-même. Elle était réelle. Toute cette fantasmagorie christologique si nuageuse, si stérile, est née du fait que les amis de Jésus, et ensuite ceux qu\'ils ont gagnés è leur cause, sont entrés par la puissance de l\'évangile de Jésus dans de nouveaux rapports avec Dieu; ils ont appris a cormaitre le sentiment filial è l\'égard du Père céleste, qui entraine un nouvel idéal de vie humaine, n- 14

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CH. IV. LIVRES HIST0R1QUES.

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fondé sur Ie besoin de la saintelé personnelle et réelle. lis se senlaient appelés a une vie meilleure que celle de l\'égoïsme et du culte des sens, k une vie meilleure que celle du paganisme, supérieure aussi a ce que la synagogue leur offrait, et enfin ils ont su que tous les hommes pouvaient y être appelés comme eux et que c\'était leur devoir d\'y convier leurs frères. Tout cela, ils ont cru le posséder paree qu\'ils croyaient que Jésus était le Messie, et ils se sont figuré que c\'était done cette croyance qu\'il fallait propager. Erreur manifeste, mais erreur intellectuelle plus que morale, et même erreur recouvrant une vérilé; car en disant que Jésus était le Messie, ils entendaient, ce qui était profondément vrai, qu\'il leur avait apporté des paroles de vie éternelle1). Ils voulaient qu\'en croyant au Seigneur Jésus on obéit è son évangile, et ils nous ont conservé eet évangile. Voilé pourquoi il se trouve que leur apologie nianquée de la foi en la messianité nous apporte la predication de la foi en Üieu qui est sortie de l\'ame de Jésus, et est pour cela la partie è juste tilre la plus populaire, paree que c\'est réellement la plus précieuse, du Nouveau Testament.

Des trois synoptiques, il y en a un plus populaire que les deux aulres; chose curieuse, c\'est celui qui a eu le rédacteur le moins intelligent, le premier, qui porte le nom de Matthieu. Ge n\'est que justice; car ce rédacteur mérite qu\'on lui pardonne ses deux anes1) et plus d\'une autre ineptie de cette force, pour avoir réuni au cadre apologétique premier, dont notre évangile selon saint Marc est un remaniement, de grands fragments

1) Comp. Jean VI, 68.

1

Voy. la page 205, note 1.

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LES ACTES DES APÓTRES.

d\'un recueil de propos de Jésus, par exemple le groupe de paroles diverses connu sous le nom de sermon sur la montagne II a plus que tout autre conserve au monde, non sans mélange sans doute, mais fecond, puissant, béni, l\'évangile de Jésus. Les deux autres ont droit k une part de la reconnaissance que nous lui devons, car eux aussi ont contribué è nous conserver eet évangile.

J\'ai exposé dans mon premier chapitre quel est cet évangile , et je me permets done d\'y renvoyer. Je conclus done par ceci: Les évangiles synoptiques préchent la religion vraie, celle de l\'amour de Dieu; mais ils le font dans un cadre apologétique qui obscurcit cette pré-dication au lieu de la servir.

§ 2.

Les Actes des Apótres.

2H

Pas plus que les auteurs des évangiles, celui du livre des Actes n\'a poursuivi un but essentiellement historique; ce qu\'il a écrit est aussi de l\'histoire sainte, de 1\'histoire mise au service de la religion. II y a cependant une dilférence; chez les synoptiques , l\'histoire est apologétique, elle doit servir è justifier la foi des chrétiens, et l\'on peut même admettre avec vraisemblance qu\'elle a été rédigée pour aider a propager cette foi. Ge n\'est pas tout-è-fait la même chose dans les Actes, dont les lecteurs sont censés être des croyants; ici l\'histoire doit servir è rédificalion, l\'auteur veut que ses récits préchent. Voyons ce qu\'il a è coeur de recommander.

1) Matth. v—VII.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

212

Le premier tableau qui se déroule devant nous dépeint les débuts de la familie des croyants. Elle a pour noyau les Onze avec quelques fommes et « les frères de Jésus »l), autour desquels sont dcjè groupés un certain nombre de croyants8). Les Onze sont distingués de tous lesautres; ils sont appelés «les apAtres que Jésus avait choisis»3); ils regoivent les dernières instruolions du Maitre pendant quaranle jours que ce dernier passe encore sur la terre après sa résurrection et pendant lesquels il se présente souvent è eux 1); c\'est a eux lout particulièrement que le saint esprit est promis et qu\'est confiée la tache d\'annoncer l\'Evangile jusqu\'aux confins de la terre2); enfin ils ont le privilège de voir de leurs yeux le Seigneur enlevé au eiel6).

On remarquera que ces quaranle jours sont parfaitement inconciliables avec le récit du troisième évangile 7) que l\'auleur prétend résumer (voy. le mot car au commencement du v. 3). J\'ignore nalurellement si ces quaranle jours sont de son invention a lui; mais je sais bien qu\'ils étaient tout-a-fait de nature a rehausser rélrospeclivement le prestige des «apólres», el que ceci devail lui tenir trés fort ^ coeur, puisque il n\'a pas hésité a se meltre en contradiction flagrante avec un récit dont il voulait cependant qu\'on le crül l\'auleur. Gela prouve combien peu exigeant il était en fait d\'exactitude historique et justifie complètement l\'esprit de précaution peu confiante dans lequel beaucoup de savants abordent ses récils. Ce que j\'en dis est pour la justification de ma propre in-crédulité, qui se manifestera plus d\'une fois dans les

1

1) I, 14. 2) r, 15. 21. 3) I, 2. 4) I, 3—8.

2

1, 8. 6) I, 9—11. 7) Luc XXIV. 13, 30, 33, 36, 60.

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LES ACTES DES APÓTRES.

pages qui suivent, sans que la nature de ce travail me permette de discuter chaque cas particulier.

Arrêtons-nous un instant ici et conslatons que lorsque le livre des Actes a élé écrit, les traditions chrétiennes parlaient depuis longternps d\'apparitions du Christ ressus-eité dont un grand nomlire d\'autres personnes que les Onze auraient élé gratiCiées \'), et que si le but de notre auteur avait été d\'appuyer sur la certitude de la résur-rection , il n\'aurait pas manqué de faire usage d\'aussi précieuses traditions. Mais il n\'en avait aucun besoin; quatre-vingts ou cent ans après la mort de Jésus, il n\'existait parmi les «croyants» pas l\'onibre d\'un donie au sujet de la résurreclion du Christ, qnoique l\'on eüt commencé a douler de son avènement final Le hut de l\'auleur est nécessairement autre que de réluter des doutes qui n\'existaient pas parmi les gens auxquels il destinait son écrit, et ce hut ne peut avoir élé que de faire ressorlir la dignité excoptionnelle des Onze, en qualité de témoins de la résurreclion et d\'apótres spécialement élus. On a vu par Eph. Ill, 5 que Ie norn d\'apótres se donnait en général aux missionnaires. Notre auteur ne s\'y oppose pas; mais il ne veut pas non plus que Ton confonde ces apotres plus récents avec les apolres propre-ment dits, avec les apótres. II accordera, il est vrai, a Paul une place d\'honneur è cóté de ces derniers, mais aussi il aura eu une apparition du Christ 2).

La suite montrera comhien en.réalité il tenait a cette dignilé exceptionnelle de ceux qu\'il appelle les apótres.

213

Après le récit de l\'ascension, les Onze sont désignés

1) Comp. I Cor. XV, 5—8. 2) Ch. IX.

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CH. IV. LIVRES H1ST0RIQÜES.

nominativement comme formant le centre du pelit groupe de croyants qui altendent, en se livrant aux exercices de la piété, le don du saint esprit qui a été annoncé Y Leur chef incontesté, ici et plus loin, est Pierre2), et c\'est sur son initiative que Ton met profit la période d\'attente que Ton traverse, en faisant élire par Dieu un remplagant de Juda Iscariote3).

Pourquoi faut-il un remplagant? II y a plusieurs per-sonnes qualifiées1); toutes ces personnes ne peuvent,ne doivent-elles pas servir de témoins Jésus-Christ? On en présente deux; Dieu, par le sort, choisit Matthias; Barsabbas devient-il par la moins capable de témoigner que son condisciple, a-t-il moins vu et entendu ce qu\'il a vu et entendu, son zèle est-il devenu moindre? Rien de tout cela ; il faut qu\'il y ait juste douze «témoins», et I\'auteur veut que Ton cnnsidère comme trés importante une chose qui, en elle-même, nous semble de la der-nière puéfilité. Mais I\'auteur a son idéé; en soi il est probable que le nombre de douze lui aurait été assez indifférent2); mais il lui faut un nombre fixe de témoins primitifs, distincts des autres par election, et voilé pourquoi Pierre, après avoir demandé que l\'élu soit un de ceux qui ont accompagné Jésus dès le commencement, ne dit pas qu\'il aura è être témoin de ce qu\'il a vu avec plusieurs autres, mais «témoin de la résurrection» de Jésus3). Qu\'on ne m\'objecte pas qu\'il ne se trouve pas avec les Onze lors des apparitions pendant les quarante jours; c\'est è I\'auteur qu\'il faut l\'objecter. Les textes

214

1

1) I, 12. 2) I, 15, etc. 3) I, 15—26. 4) v. 21. 22.

2

II n\'est aucunement question ici de la signification symbolique de ce nombre (Voy. le v. 22).

3

v. 22.

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LES ACTES DES APÖTRES.

sont formels. 11 veut un collége fermé de «-lémoins de la resurrection»; il ne pouvait pas se départir du nombre traditionnel de douze, et il a ainsi été oblige de faire motiver par Pierre la qualification de Matthias d\'une manière qui en réalité ne Ie qualifie pas. On touche ioi du doigt le caractère fictif de tout ce récit, et par conséquent le sens spécial, exceptionnel, exclusif, dans lequel 1\'auteur veut que l\'on prenne la qualité de témoin de la résurrection. Barsabbas, qui a autant vu que Matthias, n\'est pas «témoin de la résurrection», et Matthias ne l\'était pas avant son élection \').

Être témoin de la résurrection, ou apótre, c\'est être revêtu d\'une fonction spéciale, k laquelle aucun autre des frères ne peut prélendre.

Ge collége étant au complet, le saint esprit est mira-culeusement donné aux apötres lors de la Pentecóte, et Pierre explique ce qui s\'est passé avec tant d\'éloquence que trois mille personnes se joignent aux disciples1).

Voilh fondée dénnilivement la première communauté, et sa conduite est exemplaire; les membres sont assidus a l\'enseignement des apötres 2) et dans la communion des repas et des prières; leurs chefs , toujours les apótres, font une multitude de miracles qui frappent les Juifs d\'étonnement; leur piété (dévotion) et leur fraternité ne laissent rien a désirer3).

215

1

3) Oomp. VI, 2—4. N\'y avait-il personne que les apó/res capablcs d\'enseigner,

2

par exemple Barsabbas? Mais on verra Etienne, nomme pour «servir aux tables» afin que les apötres pussent enseigner (VI, 5), ne paa servir aux tables, et se mettre k prêcher, de mêrae que Philippe. I/auteur fabrique les fonctions de ses apótres. II lui fuut ses apötres.

3

II, 42—47.

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CH. IV. L1VRES HISTORIQÜBS.

Ges miracles que font les apótres il en faut dormer quelques exemples marquants, ainsi que des heureuses consequences qu\'ils entrainent: Pierre el Jean1) guéris-•sent un boiteux de naissance par la puissance du nom de Jésus-Christ, ce qui amène la seconde prédicalion de Pierre 2), una première arrestation de lui el de son col-lègue el leur courageux térnoignage devant le Sanliédrin *).

II faut remarquer que dans les discours de Pierre tout roule sur la résurrection de Jésus, donl les apólres sont les témoins3) et sur sa puissance manifeslée par la guérison du boiteux4). Les (idèles réunis pour rendre graces a Dieu lui demandent de donner aux apótres beaucoup de courage pour prêcher le Messie, et de faire de nombreux miracles par leurs mains5).

Après cel épisode, l\'auteur revienl avec plus de détails sur la parfaite cbarité des membres de la communaulé les uns pour les aulres8), ce qui amène l\'bistoire d\'Ananias el de Saphyra, ces insensés qui n\'ont pas compris que mentir aux apótres, c\'esl mentir au saint esprit9).

La glorification des apótres continue; ils ne lont pour ainsi dire que des miracles, el même sans le vouloir,0); Ie grand prêtre el ses suppóls se facbent tont de bon et les font mettre en prison11); un ange les délivre; ils comparaissent pourtant et témoignent courageusemenl par la boucbe de Pierre, sont baltus de verges el n\'en

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1

Jean ne fait rien dans ce recit, mais il maintient le pluriel, les apótres.

2

Ch. III. 4) IV. 1—31. B) III, 15; IV, 10.

3

9) V. 1—11. 10) V, 12—16.

4

11) Tous les douze? L\'auteur n\'y a pas même songé II n\'a dans l\'esprit

5

qu\'une abstraction, qu\'il nomme «les apótres» (V, 12, 18, 26, 29).

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LES ACTES DES APÓTRES.

continuent pas moins è annoncer Jesus-Ghrist et le nombre des fidèles ne fait qu\'augmenter.

Certes l\'auteur n\'a pas Tintention de raconter unique-men t les miracles et la fermeté des témoins de la résur-rection de Jésus-Ghrist, mais on conviendra qu\'il y met une rare insistance, et cela est trés frappant, puisque, si l\'on excepte la donnée générale que les amis de Jésus ont été les premiers prédicateurs de l\'Evangile et se sont montrés fort zélés dans 1\'accomplissement de cette tache, tout est fictif dans ce que l\'auteur en dit. Leur influence, naturellement prépondérante a Jérusalem , était si peu une fonclion que Jacques en a bientót eu sa part, et qu\'ci Antioche le chef des Douze, Pierre, apparait bien comme un personnage de poids, mais aucunement comme quel-qu\'un revctu d\'autorité 1). Sans doute, l\'auteur n\'attribue pas aux Douze une autorité despotique; dans deux occasions importanles il leur fait présider une assemblee générale de la communauté, et c\'est au nom de l\'assemblée que la décision se prend2J; et il ne peut pas faire autrement, puisqu\'il se serait mis en contradiction avec tout le cbristianisme primitif, s\'il avait prétendu que le saint esprit n\'est pas donné a tons les croyants. Mais aurait-il appelé mensonge au saint esprit la tentative de tromper un simple fidéle? On peut dire qu\'il n\'a pas une théorie bien définie sur 1\'autorité des Douze; mais il tient trés fort, trés expressément, a ce qu\'ils aient une autorité sans partake et amp; ce que Dieu la leur ait confirmée par d\'innombrables et trés merveilleux miracles?

Pourquoi? II y avait longtemps que les «apótres»

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1

Gal. II, 11—14, cotnp. Actes IV, 35; V, 2, 3, 8.

2

XI, 1—18; XV, 1—34.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

étaient morts quand il a écrit. Sa fiction doit nécessaire-ment avoir eu un but pratique, et nécessairement il a cru atteindre ce but en relevant aussi haut que possible rétrospectivement le prestige du collége des Uouze. II n\'y a qu\'une bypolhèse possible qui explique réellement les cinq premiers chapitres du livre des Actes et de nombreux détails qui se trouvent dans les autres chapitres, et cetle hypotbèse est suggérée par un mot significatif\' sorti de la plume même de notre auteur. G\'est la première fois qu\'il dépeint l\'état on peut dirè ideal dans lequel se trouvait la communauté de Jérusalem; il dit alors:

Cependant ils étaient assidus a Tenseignement des apótres et dans la communion des repas et des prières (II, 42).

De 1\'abondance du cceur la bouche parle et la plume écrit. Personne ne me contredira si je dis que l\'auteur a trés a coeur, non pas tant que Ton sache comment se conduisaient les membres de la communauté de Jérusalem, mais surtout que Ton fasse comme eux. La peinture est ici une prédication, qui a pour but d\'engager les com-munautés existantes a faire tous leurs efforts pour res-sembler au parfait modéle qui est placé sous leurs yeux. Le nom de ce modéle, c\'est la fraternité, l\'union, la cbarité, la paix , et le moyen d\'y ressembler n\'est-il pas indiqué? N\'est-ce pas en étant assidus a Venseignement des apólres que les fidèles de Jérusalem ont conserve la paix? N\'est-ce pas lè le premier trait que la plume trace de l\'abondance du coeur de l\'auteur? N\'est-ce pas plus loin paree que le service des tables ne laisse plus aux apótres le loisir de vaquer suffisamment au ministère de la parole que Ton voit se manifester d\'inquiétants symptómes de désunion1) ? G\'est clair. La fidélité k

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1

VI, 1—6.

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LES ACTES DES APÓTRES.

l\'enseignement apostolique est la garantie de l\'union des chréliens entre eux. Mais les apótres étant morts quand le livre des Actes a été ecrit, l\'hypothèse qui s\'impose est celle qu\'a cette époque le besoin de paix, provoqué par des divergences de vues qui avaient amené des discussions passionnées avait donné naissance è Ia pensée qua la saine doctrine avait été prêchée, compléte, parfaite, dès le début, de fagon qu\'il n\'y eüt plus k y revenir pour y rien changer1), et, avec cette pensée, a celle que dans chaque communauté il devait avant tout y avoir quelque autorité chargée, non pas de decider les questions de doctrine, mais de maintenir la vraie doctrine2). En d\'autres termes, il faut supposer que le livre des Actes a été écrit lorsque la pensée fondamentale du calholicisme commengait a se manifester et que, dans rintérêt de l\'unité de la doctrine et en vue de la paix, on voyait dans les épiscopes des fonctionnaires chargés de veiller contre tous les écarts, partant élus par Dieu comme héritiers de l\'autorité apostolique. Alors on com-prend parfaitement le début du livre des Actes. Jeté a cette époque-la au milieu des aspirations vers la paix et le repos que réveillaient chez le plus grand nombre les luttes stériies et fatiganles des dogmaticiens, eet écrit, en entourant d\'une éblouissante auréole le front des Douze, rehaussait du coup incomparablement le prestige de ceux que Ton commengait a considérer comme leurs succes-seurs et l\'auteur pouvait espérer par lè asseoir la paix fraternelle sur une base inébranlable. C\'était une illusion, comme l\'hisloire du christianisme jusqu\'è nos jours le

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1

1) Comp. I Cor., Jacques, etc. etc. 2) Comp. Jac. I, 31—25, etc.

2

Comp. I Tim. IV, 6.

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GH. IV. LIVRES HlSTOEUliUES.

prouve surabondamment; mais cette illusion, on l\'a eue et on l\'a encore. Tout le livre des Actes est bati dessus. C\'est en tout premier lieu une predication adressée èt tous les chrétiens pour qu\'ils cessent de discuter, qu\'ils s\'en tiennent a la doctrine apostolique dont leurs conducteurs sont les gardiens, et que, pour eux-mêmes, ils s\'occupent è entretenir leur piété par la prière en commun, les agapes et la pratique d\'une charité sans bornes les uns a 1\'égard des au tres.

S\'il en est ainsi, l\'auteur devait se sentir tenté de dire quelle était cette doctrine apostolique definitive, è laquelle les épiscopes devaient veiller en coupant court aux discussions. Tentation dangereuse, puisque en y cédant on risque précisément de rouvrir les discussions. L\'auteur y a cédé néanmoins, mais en ayant soin de s\'armer de prudence. II s\'est bien gardé d\'exposer en son propre. nom quelle avait été la doctrine des apötres; il a fait prêcher Pierre lui-même et ne lui a rien fait dire du lout qui put choquer aucune des tendances rivales. La morale se tirait toute seule: «Qu\'on s\'en tienne a ce qu\'a dit le prince des apótres; on ne se querellera pas».

Je fais allusion aux discours qui se trouvent au cha-pitre II, versets 14—40, au chapitre III, versets 12—26, au chapitre IV, versets 8—12, et au chapitre V, versets 29—32. Naturellement, c\'est ie premier qui est le plus important; les autres ne font que le confirmer. La première predication n\'a-t-elle pas du contenir le résumé de l\'Evangile?

Pierre done, prenant pour texte le miracle de la Pentecóte, dit que le christianisme est l\'inauguration de l\'ère nouvelle annoncée par les prophèles, fondée par

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LES ACTES DES APÓTRES. 221

Jésus-Christ, que Dieu a accrédité par un grand nombre de miracles, que les Juil\'s ont neanmoins crucifié — obéis-sant par leur péché même aux desseins élernels de la Providence —, mais que Dieu a ressuscité , comme David l\'avait prédit, et qu\'il a fait asseoir a sa droite pour être le dispensateur de ses graces. Les apótres sont les témoins de sa résurrection. On doit done se repentir, se faire baptiser au nom de Jésus-Christ \') pour le pardon des péchés et 1\'on recevra le don du saint esprit, qui est accessible aux hommes de toutes les parties de la terre.

Les autres discours ne font guère que confirmer celui-lè ; seulement celui du chapitre III mentionne encore l\'avène-ment de Jésus-Christ comme le but de 1\'attente de ceux qui se sont convertis en son nom.

On le voit, ce que Pierre prêche, e\'est ce que l\'on peut appeler la dogmatique neutre des premiers chrétiens. II y a bien un point délicat; mais a-t-on jamais réussi a formuler une doctrine destinée a satisfaire tout le monde sans au moins fróler les écueils? lei, la pierre d\'achoppe-ment est la vocation des gentils. II faut nous y arrêter, car tout le reste du livre se rapporte a cette question, que l\'auteur s\'efforce de vider une fois pour toutes, sous l\'autorité des apótres, de Jésus-Christ et de Dieu lui-même.

La vocation des gentils ne pouvait plus en elle-méme être un point litigieux; quand le livre des Actes a été ëcrit, la majorité des chrétiens étajt sans aucun doute d\'origine païenne. Cependant le Nouveau Testament ren-ferme des traces non equivoques de la peine que maint

1) On rendrait bien mieux le sens de la formule grecque en traduisant: «sur la confession da nom de J.-C.».

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

222

chrétien d\'origine juive a eue è se faire amp; l\'idée que la gloire du royaume du Messie fut destinée dès hommes de toutes races, sans distinction. Pourquoi, pour ne rappeler qu\'un seul exemple, i\'auteur de l\'épitre aux Ephésiens, qui n\'appartient plus è la première, ni même peut-être a la seconde generation de chreliens, tient-il tellement a faire dire a Paul que la vocation des gentils est un grand mystère qui lui a été révélé \'), si ce n\'est que cette vocation avail été contestée? II arrive pourtant un moment ou la force des choses flnit par prévaloir de fait contre les préjugés. C\'était certainement Ie cas pour la vocation des gentils lorsque le livre des Actes a été composé; il ne pouvait plus y avoir que des résistances isolées, sans influence, que Ton pouvait hardiment mettre dans leur tort, même quand on était aussi irénique que notre auteur.

11 n\'y avait done pas la de difficulté, tant qu\'on s\'en tenait, a l\'idée générale que tous les hommes étaient appelés au salut par Jésus-Ghrist. Gependant Ie sujet était délicat a cause des consequences pratiques de l\'assi-milation des païens d\'origine aux Juifsd\'origine. L\'épitre aux Golossiens et d\'autres encore nous ont prouvé qu\'on a beaucoup judaïsé au sein des communautés chrétiennes et que l\'on s\'est disputé ^ ce sujet, et j\'ai montré k propos de Paul qu\'il était en réalité bien difficile de ne pas se figurer qu\'il était dangereux de ne pas observer au moins les prescriptions les plus générales de la loi de Moïse a des gens è qui Paul lui-même avait appris que cette loi était celle de Dieu. On est done resté long-temps tiraillé dans deux sens; d\'un cóté par le respect

1) Eph. III, 4 et suiv.

2) Voy. les pages 100 et suiv.

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LES AGTES DES APÓTRES.

de ce que Ton continuait d\'appeler la loi de Dieu, de 1 autre cóté par 1\'impossibilité matérielle de pratiquer sérieusement cette loi, et par un instinct qui en faisait soupgonner 1\'inutilité et qui était nourri par la doctrine paulinienne, mal comprise du reste, de la suffisance de la foi. Ainsi la conscience générale ne représentait point de principe net et arrêté. On ne pouvait et ne voulait pas se soumettre a la Loi, on n\'osait pas s\'en déclarer franchement libre, et les fanatiques libéraux et conser-vateurs avaient beau jeu pour agiter les esprits indécis.

L\'auteur du livre des Actes a jugé que le seul moyen de faire cesser eet état de choses était de faire admettre, comme décision autlientique et définitive, décrélée dès longtemps par l\'autorité compétente , une solution pratique raisonnable. II comprenait fort bien qu\'il aurait beau placer sa solution sous l\'égide de la plus respectable des autorités, la force des choses empécherait qu\'on ne lacceptat, si elle ne se recommandait pas par son fond même a la grande masse, désireuse d\'en finir et pourtant impossible k gagner pour une solution radicale. II fallait done quelque chose d\'essentiellement modéré, qui allat avec les moeurs plutót que de prétendre les contraindre, de sorte que ceux qui n\'en voudraient pas se décriassent par cela même et se fissent considérer comme des brouil-lons , de ^auvaises têt§s, des faux frères, que l\'on n\'écou-terait plus.

Notre auteur trouva la solution qui réunissait les carac-tères voulus, et il est tombé si juste, quant au but qu\'il poursuivait, qu\'il a réussi, et que c\'est sa solution qui a prévalu dans 1 Eglise chrétienne. C\'est un compromis, pratique, mais contradictoire, comme tous les compromis. II prit carrément parti centre ceux qui voulaient encore

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GH. IV. L1VRES HISTORIQÜES.

imposer aux chrétiens l\'observation réelle de la Loi, en ayant soin toutefois de les ménager. II insinue que les Juifs de naissance peuvent fort bien, en dehors et en sus de la foi chrétienne, rester observateurs de la Loi. C\'est la ce qui motive la dernière phrase qu\'il met dans la bouche de Jacques, lorsque celui-ci fait la proposition qui aboutit a la decision apostolique 1). II a proposé de laisser les païens convertis libres sous certaines réserves, et termine en disant: «Car, quant è Moïse, il a, depuis un temps inimémorial, ses prédicateurs dans chaque vilie, étant lu chaque sabbat dans les synagogues»; done il est inutile de prêcher Moïse dans les assemblées chré-tiennes, les seals chrétiens qui y ont intérêt, ceux qui sont Juifs, pouvant fréquenter les synagogues outre les assemblées.

L\'auteur done donna tort a ceux qui auraient encore voulu rendre toute la Loi obligatoire pour chacun; mais il n\'admit point du tout pour cela que la Loi fut purement et simplement abolie, ce qui aurait effarouché un grand nombre de personnes ; done, afin d\'écarter la solution trop radicale qui faisait peur, il admit que les chrétiens devaient observer ce que Ton a, fort mal, appelé les commandements noachiques, c\'est-è-dire «s\'abstenir des sonillures des idoles, de l\'impudicité, des animaux étouffés et du sang»2);

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1

XV, 13—22.

2

XV, 20, 29. Quand je dis que la solution du livre des Actes a prévalu dans TEglise, j\'entends parler de ce qui en fait Tessence: raffranohisseraeut d\'une loi amp; laquelle on continue de reconnaitre une certaine autorité mal définie. II est clair que la solution reste en principe la même, quoique les points particuliers que Ton soumet è Vautorite de la Loi varient. Les sabbatistes qui mangent des pigeons auxquels on a tordu le cou se trouvent absolument sur le terrain des Actes, quoique ils mangent des viandes étouffees et en revanche rendent obligatoire le quatrième commandement, ignore par le décrit apostolique.

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LES ACTES DES APÓTRES.

moyennant cela, ceux d\'entre eux qui n\'étaient pas Juifs de naissance devaient être libres. II s\'arrêta ainsi a la solution libérale, impérativement exigée par les circon-stances, mais en la mitigeant autant que possible, en sauvegardant soigneusement le respect théorique de la Loi, enfin en facilitant de tout son pouvoir l\'adliésion des conservateurs.

Mais il ne se contenta pas d\'avoir trouvé une solution qui lui semblait acceptable pour quiconque n\'était pas un obstiné intraitable, il déploya lout ce qu\'il avait de talent, et ce n\'était pas peu, a la proposer de telle fagon qu\'on l\'acceptat en effet. La peine qu\'il s\'est donnée pour cela témoigne de la force des resistances qu\'il redoutait.

Le plan qu\'il congut consistait en tout premier lieu è faire remonter a Dieu mêrne la responsabilité de l\'évan-gélisation des paiens et des conséquences inévitables de cetle évangélisation , de sorte a en écarter tout soupgon d\'arbitraire humain.

Parcourons rapidement l\'ouvrage a ce point de vue.

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Le Christ annonce aux apótres qu\'ils seront ses témoins jusqu\'aux exlrémités de la terre1), et Pierre sait que le salut est desliné au monde entier8). Cependant, ni lui, ni ses collègues ne commencent l\'évangélisation des païens. Us ne s\'adressent provisoirement qu\'aux Juifs, et l\'on ne peut pas les accuser de précipitation3). Mais les évènements — done la Providence — font ce qu\'ils n auraient pas osé prendre sur eux. Etienne tombe martyr d\'une conception libérale tendant a relaclier les liens du

1

I. 8. 2) II, 39; III, 25, 26. 3) Comp. 111, 25.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

legalisme, mais approuvée de Dieu, puisqu\'en mourant il lui est donné de contempler Ie Christ a la droite de la divinilé \'); c\'est le signal d\'une persecution semblable èi un vent de tempête qui, ravageant les plantations, porte au loin de fécondes semences, car elle fait parvenir 1\'Evangile dans la Judée et la Samarie 1); des Samaritains en grand nombre se convertissent a la vue des miracles du «diacre» Philippe2) et a l\'ouïe de sa predication et se font baptiser 3). De quel droit les apótres auraienl-ils relusé de reconnaitre une oeuvre aussi manifeste de Dieu? Pierre et Jean se rendent en Samarie et imposent les mains aux nouveaux convertis, qui «regoivent le saint esprit»4). Ce n\'est pas assez encore; Dieu est si décidé a faire évangéliser les païens qu\'il transporte miracu-leusement Philippe sur le chemin de l\'eunuque de Candace pour lui expliquer le livre d\'Esaïe et le baptiser6), puis manifeste enfin directement aux apótres eux-mêmes le myslère de la purification des incirconcis , en éclairant Pierre en personne au moyen d\'une vision , et en l\'envoyant chez le centenier Corneille7); après quoi Pierre rend compte de sa conduite devant une assemblee des frères, de telle fagon que le lecteur soit forcé de lui donner complètement raison quand il montre que ce n\'est pas de son propre mouvement, mais par la volonté de Dieu, qu\'il a agi comme il l\'a fait\'). En effet, Pierre peut-il parler autrement que de dire:

Si Dieu leur a accordé le raême don qu\'è nous, pour avoir era au Seigneur Jesus-Christ, qui etais-je done, moi, pour oser m\'opposer amp; Dieu? (XI, 17).

226

1

3) S\'il fait des miracles, e\'est que Dieu est avec lui, qu\'il n\'agit done pas

2

arbitrairement.

3

VIII, 5—13. 5) VIII, 14—17. 6) VIII. 26—40.

4

7) Ch. X. 8) XI, 1—18.

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LES ACTES DES APÓTRES.

C\'est etonnant comme l\'auteur accumule les précautions pour établir sur une base inébranlable la volonté de üieu d\'égaler les païens aux Juifs, et pour inspirer k ceux qui auraient encore des velleites d\'opposition une sainte terreur de «faire la guerre a Dieu» l). Pourtanl nous n\'en sommes encore qu\'aux préparatifs. La grande mission ethnique est personnifiée par Paul, dont justement le nom est suspect aux opposants timorés qu\'il s\'agit de gagner. II faut a tout prix faire tomber leurs scrupules et arriver même a glorifier en Paul la conquête du monde païen. L\'auteur n\'a pas perdu un seul moment eet ohjet de vue ; il a déja dressé ses batteries et est certain de faire dire de Paul, comme de Pierre: «II ne pouvait pas agir autrement».

Personnellement Paul est Saul, ardent judaïsant1) et ce n\'est pas lui qui pouvait s\'affranchir de

la Loi. C\'est par une intervention divine directe qu\'il est terrasse2), et le Seigneur a bien soin de révéler è un chrétien des plus respectables que cette conversion a pour but de faire de l\'ancien persécuteur un grand con-verlisseur, tout particulièrement des gentils4). Paul a done été recommandé par Dieu même aux Judéo-chrétiens. Toutefois il n\'entrera dans sa véritable carrière que lors-qu\'il y sera appelé; rien ne doit se faire par le libre arbitre des hommes, et Saul est pour le moment mis en réserve a Tarse5). Avant que Dieu l\'emploie, ne faut-il pas que les apótres soient d\'avance réconciliés avec sa mission? C\'est a cela qua sert l\'épisode du centenier Gorneille. II faut même que la grande oeuvre commence tout de bon encore sans Saul, et cela sous les auspices

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1

1) Comp. V, 39. 2) VII. 58; VIII, 1—3; IX, 1.

2

IX, 1—10. 4) v. 10—16. B) IX, 19—30.

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CH. IV. LIVRliS HISTORIQUES.

des apótres; c\'est pourquoi nous apprenons que ceux-ci «envoienl» Barnabas è Antioche, puis que Barnabas va chercher Paul a Tarse et se Tail aider par lui pendant tout un an 1).

Maintenant le lecteur est mür pour l\'épopée paulinienne, qui commence au chapitre XHI pour se poursuivre jusqu\'a la fin du livre 2). II est inutile de la suivre dans tous ses détails. II suffit de remarquer que Paul et Barnabas sont envoyés dans leur première mission 3) par la com-munauté d\'Antioche, sur un ordre du saint esprit4); que, dans la seconde mission 5), c\'est a la suite d\'une vision que Paul se decide a passer en Europe 6), et qu\'en général ces récits mettent Paul, continuellement en butte a la méchanceté des hommes, sous une protection non moins persévérante de la part de Dieu, que de pius Ie missionnaire est accrédité par de nombreux miracles, que sa mission malgré tous les obstacles a le plus grand succès el gagne a Christ un nombre immense de personnes. En faut-il davantage pour faire admirer au lecteur le mystère de la vocation des gentils et vénérer la mémoire de Paul?

II était nécessaire de produire cette grande impression, car el!e devait servir a relever Paul autant que possible sans entamer l\'autorité apostolique. II fallait relever Paul, car il était trés important de lui concilier les lecteurs, è lui, bien entendu , è sa personne, non pas a sa doctrine,

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1

XI, 19—26,

2

On voit que je passe par dessus le Ch. XII, mort de Jacques et délivrance miraculeuse de Pierre, le seul hors-d\'oeuvre veritable dans ce livre ou tout se tient. II est remarquable que le v. 25 du Ch. XII fasse iinmédiatement suite au v. 30 du Ch. XI. Le Ch, XII serait-il une interpolation?

3

Ch. XIII, XIV. 4) XIII, 1—3. 5) XV, 36—XVIII, 22.

4

6 XVI, 9, 10.

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qui devait paraitre singulièrement hasardee a l\'auteur, et sur laquelle il a bien garde d\'insister. Mais il n\'en importait que plus de rendre son nom vénérable en sa qualité de convertisseur des païens. Ceci, sans compter que l\'auteur avail pour la seconde partie de son livre des sources beaucoup plus abondantes que pour la première, explique les grands développements qu\'il a donnés a 1\'épopée paulinienne. L\'usage qu\'il a fait du «document nous», qu\'il affecte de copier texluellement, tandis qu\'en réalité il le modifie pour les besoins de sa cause, prouve quel grand inlérêt il avait a faire produire par son Paul un effet irresistible sur 1\'ame des lecteurs.

On ne saurait nier que son écrit ne mérite dans une certaine mesure d\'être appelé une compilation; sans citer d\'autres preuves, il suffit de rappeler que le style n\'est pas partout le sien. Toutefois cela ne détruit pas le fait que le livre tout entier, si l\'on excepte le seul chapitre XII, forme une unité compacte; l\'auteur a fait de ses matériaux un usage fort libre, les adaptant continuellement au but qu\'il poursuivait. Cela ressort, me semble-t-il, de ce que j\'ai exposé ci-dessus; ce que j\'ai encore a dire ne fera que confirmer le fait.

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L\'auteur des Actes a justifié d\'une manière éclatante dans la personne de Paul la mission cbez les païens. II eut pu se contenter a rnoins. Pourtant il n\'est pas satisfait encore. Un second point du plan qu\'il a congu veut que Paul ait été hautement acceplé par les apötres, premièrement comme frère dans la foi1), puis comme missionnaire2). II faut aussi, c\'est un troisième point, que Paul ait été calomnié par ceux qui l\'accusaient

1

IX. 26-28. 2) XV. 25, 26; XVIIf, 22; XXI, 17—20.

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d\'hostilité a la Loi et en particulier d\'avoir poussé les Juifs devenus clirétiens a s\'affranchir des prescriptions de Moïse. On a done soin d\'insister sur la règle toujours suivie par lui de s\'adresser partout sans exceplion pre-mièrement aux Juifs; puis, dans aucun des discours qu\'on lui fait prononcer on ne lui fait dire un seul mot malsonnant pour des oreilles de clirétiens conservateurs, et a Jerusalem on le fait s\'acquitter avec ostentation de rites juifs\').

Quatrièmement, il résulte de tout cela que, s\'il a pu y avoir quelque malentendu au sujet de Paul, cela a toujours été passager, que les vrais frères ne lui ont jamais été hostiles, et que s\'il a élé persecute e\'est positivement pour l\'Evangile, comme cela luiétaitdestiné1). Aussi la haine dont il est l\'objet vient-elle parfois des païens1), mais surtout des Juifs2), ce qui est trés habile, puisque e\'est donner clairement a entendre a tous ceux qui ne tiennent pas la mémoire de Paul en honneur qu\'ils font cause commune avec ceux qui ont crucifié le Seigneur Jésus.

Toule la trame du livre a ainsi été congue pour célébrer la vocation des païens comme une oeuvre merveilleuse de Dieu, è laquelle Paul a eu I\'honneur d\'avoir une trés large part, mais non point seul, non point le premier, et dans un parfait accord avec les apötres, dont l\'autorité le couvre complètement, sans compter qu\'eux-mémes n\'ont jamais agi qu\'avec la dernière circonspection et sur les indications directes de Dieu.

Bien hardi maintenant qui oserait regimber conlre la

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1

]) XXI. 17—27. 2) Cotnp. IX, 16. 3) Par ex. XIX, 23—40.

2

XIII, 6—12, 44, 45, 49, 50; XIV, 2; 19, 20; XVII. 5, 13; XVIII, 6, 12; XX, 3; XXI, 27—XXVI.

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décision prise par les apólres, avec le consentement de toute la communauté de Jerusalem , au sujet de la position des païens convertis è l\'égard de la Loi. Que Ton relise le chapitre XV des Acles, et que Ton veie par soi-même, — je ne peux pas entrer dans les détails — si tout n\'est pas admirablernent calculé pour forcer l\'acceptation de la solution proposée par Jacques, dont la nécessité a eté démontrée par Pierre, que les circonstances, non les hommes ont provoquée, a laqueile Paul s\'est soumis, et qui a eté si complètement approuvée par Dieu que c\'est surtout après que cette décision eut été prise, et naturellemcnt mise en pratique par Paul, que les grands succès du niissionnaire se sont déroulés.

Voila le livre des Actes. II a été composé exclusivement pour prêcher la paix et la concorde aux chrétiens. Gette prédication porte sur deux points. L\'un, général, concerne les spéculations dogmatiques; on doit s\'en abstenir et ne s\'écarter en rien de la simple doctrine apostolique, se livrant dans l\'union fraternelle aux exercices de devotion et a la pratique de la cliarité.

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Le second point concerne la question spéciale de la liberté des chrétiens a l\'égard de la loi mosaïque. Elle est traitée de fagon amp; faire de l\'écrit tout entier une apologie de cette liberté. Gette apologie est extrémement prudente; elle se garde de trancher radicalement la question , dont elle n\'effleure pas méme le cóté principiel; elle mitige antant que possible la liberté dont elle prend la défense; elle la met a couvert sous Tautorité des apótres et de Dieu même \'), et elle donne a entendre

1) Que Ton remarque le mot, outrecuidant s\'il était historique: «llaparu ton au saint esprit et a noas» (XV, 28).

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que la mission chez les païens, par laquelle ont été gagnés les membres les plus nombreux de l\'Eglise, a été conduite, avec l\'aide de Dieu, sous l\'empire de ce\'tle liberlé et d\'aucune autre.

11 n\'y a rien d\'autre dans le livre des Acles, car il va bien sans dire que, malgré les nombreux discours qu\'il met dans la boucbe de Paul, l\'auteur ne lui fait absolument rien prêcher de plus que cette doctrine des apotres a laqueile il voulait qu\'on s\'en tint, et qu\'il fail prêcher par Pierre.

Que vaut maintenant ce livre dans l\'intérêtde la religion?

11 est chrélien, car il veut que ceux qui attendent l\'avènement du Christ se repentent de leurs péchés et done y renoncent; et c\'est un sentiment trés chrétien qui lui fait désirer avec tant de passion que la paix règne entre les frères. Mais cela dit, j\'ai dit tout ce que je puis de favorable. II ne me plait pas d\'analyser la manière superficielle, grossière, dont il envisage la conversion, ie baptême, ie saint esprit et ses effets\'). Je suppose que la religion personnelle de notre auteur était un peu plus riche que celle qu\'il dépeint chez lous ses convertis soi disant historiques, chez lesquels elle consiste è croire que Jésus est le Seigneur 1). Sauf la pureté des moeurs et la charité qui ne sont point corn-plètement absentes de ce livre, on peut dire qu\'il tend a prêcher une religion de pure forme, et que sous ce rapport, il vaudrait mieux dans l\'inlérêt de la veritable

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1

Voy. encore, par ex., la conversion de l\'eunuque de Candace.

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LES ACTES DES APÓTRES.

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edification, dans 1\'inlérêt de la religion, qu\'il n\'eüt pas été écrit.

En disant cela, je n\'oublie pas Ie discours que Paul prononce a Athènes devant l\'aréopage1). Je partage l\'opinion de ceux qui trouvent de grandes beautés dans cette composition; mais, quar;d même elle aurait, religieuse-ment, une richesse bien plus grande encore que ce n\'est réeilement le cas, je ne vois pas comment cela com-penserait la pauvreté religieuse qui est un des caractères frappants du livre des Actes. On serait simplement alors forcé d\'admettre que l\'auteur de ce livre a trouvé le discours de Paul lont rédigé dans Tune de ses sources. Geci est fort possible; mais le contenu du discours ne contraint pas de le supposer. Les beautés que Ton y découvre ne proviennent pas d\'une conception de la vie religieuse bien sensiblement supérieure a celle qui a inspiré le reste du livre. La vie religieuse, dis-je. Mais c\'est amp; peine si elle y joue un róle ; tout ce qui s\'y rapporte, c\'est qu\'on voit dans ce discours quel profond sentiment les chrétiens avaient de la supériorité de leur monotbéisme sur le polytbéisme païen, sentiment qui recouvre une véné-ration de la divinilé bien plus profonde que dans le paganisme; «c\'est en lui que nous avons la vie , le mouvement et l\'être»8) veut sans aucun doute dire plus dans le livre des Actes que sous une plume païenne. Le discours toutefois ne dépasse pas cette généralité, de fait assez vague. Je n\'accuserai point celui qui l\'a compose d\'avoir ignoré que le trait distinclif de la piété vraiment cbrétienne est son caraclère sanctifiant; mais c\'est un fait qu\'il n\'en touche pas un mot. Le verset 18 explique parfailement

1

XVII, 22—31. 2) V. 28.

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ce silence. L\'auteur pense exclusivement h l\'unité de Dieu, et a la messianité et a la résurrection de Jésus; aussi le motif pour lequel les Alliéniens se détournent de Paul n\'est-il point qu\'ils veulent continuer une vie de pêche1), car Paul n\'a rien dit qui s\'adresse a leur conscience] non, ils résistent paree qu\'ils trouvent ridicule la mention de la resurrection2). On m\'excusera de ne pas m\'étendre davantage IJi-dessus, quoique je n\'aie pu qu\'effleurer la question. II me faut cependant encore relever d\'un mot le discours de Paul devant Agrippa et Festus3), oü se trouvent ces mots: «J\'ai prêché aux païens la repentance et la conversion a Dieu, avec la pratique d\'oeuvres dignes de la repentance» \'). Geci prouve, ce que nous savions de reste, que l\'auteur rendait la religion et la morale solidaires Tune de l\'autre.

Quant a la manière dont il a voulu travailler a la paix, c\'est le cas de redire, tout en rendant hommage è la bonne intention: Non tali auxilio. Etouffer les questions n\'est pas les résoudre. Le chrétien doit anprendre è aimer son frère tout en n\'élant pas d\'accord avec lui. II doit grandir, se développer par la lutte, et dans la lutte apprendre la charité. Le chrétien doit grandir en connaissance, se rendre de mieux en mieux compte a lui-même de la nature de sa vie religieuse, tatonner, anonner, se tromper, s\'éclairer, tout cela en commun avec ses frères, devenant humble a mesure qu\'il découvre combien peu il est infaillible. C\'est pour lui le moyen d\'être un chrétien intelligent, ce qui est trés nécessaire; car si le royaume des cieux est aux pauvres selon l\'esprit, il n\'est pas aux pauvres d\'esprit; s\'il est a ceux qui

1

Comp. Jean III, 19. 2) v. 32. 3) XXVI, 1—24. 4) v. 20.

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ressemblent aux petits enfants , il n\'est pas aux imbéciles. Etre chrétien , c\'est appartenir a Dieu, le sachant et le voulant. El 1\'unilé chrétienne, c\'est 1\'union dans la sympathie de ce vouloir commun, c\'est l\'union de la charité dans la liberté; ce n\'est pas l\'uniformité, abdication de l\'individualité et du pouvoir de se donnar soi-même; ce n\'est pas l\'identité de conceptions, cbimère mortelle, qui, pour mieux régler la vie, la tue, et que Ton n\'a jamais cru posséder que par un mensonge, car en dog-matique les hommes n\'ont jamais réussi a se mettre d\'accord que sur les mots et non pas sur les choses; chimère immorale, puisque sa poursuite conduit a sacrifier la vérité è la règle. Voyez ces solennels procés de doctrine tant protestants que catholiques, oü des hommes , souvent victimes eux-mêmes de cette chimère satanique, mettent sur la sellette un frère plein d\'amour de Dieu, d\'amour du bien, d\'amour du vrai, l\'écrasent de leur infaillibilité, et ne lui permettent j\'amais d\'exposer le pourquoi des vues qu\'il professe. 11 s\'agit bien de cela; il s\'agit bien d\'examiner s\'il a des motifs plausibles, louables peut-être ; il s\'agit bien de vérité! II s\'agit uniquement de constater si eet homme est dans la regie. Voyez comment Luther est admis amp; se défendre a Worms, et mesurez done enfin la puissance malfaisante de la chimère a laquelle vous vous cramponnez depuis dix-sept siècles.

Le livre des Actes, bien intentionné, doux, moëlleux , sans angles ni aspérités visibles, a été dicté par un esprit de moderation fallacieuse et, en réalité, féroce; car il est impitoyable et inflexible a l\'égard de toute indépen-dance d\'esprit, il hait d\'une haine parfaile tout ce qui bouge, tout ce qui agit, tout ce qui vraimeut est. D\'ordinaire le parti qui se dit modéré et qui préche la

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moderation — au lieu de prêcher la charilé s\'il s\'agit de religion, et le patriolisme s\'il s\'agit de politique — en général ce parti est le plus intolérant de tous. Cette modération, c\'est le catholicisme, c\'est l\'Eglise qui est tout sucre et tout miel pour ses enfants soumis, mais qui «a l\'horreur du sang» a 1\'intention des esprits indociles. Yoyez comme le livre des Actes est dür pour les Juifs, et, avec toute son apparente douceur, comment il con-damne effectivement le vrai paulinisme, celui qui dit: «Etre circoncis n\'est rien; être incirconcis n\'est rien; tout est d\'etre une nouvelle créature». Ge que ce livre ne veut pas, c\'est que l\'on aille au fond des choses k ses risques et périls. Ge livre est catholique dans le mauvais sens du mot.

Voila pourquoi la fiction joue un trés a:rand rule dans le livre des Actes. Une autorité doctrinale immuable, définitive., n\'est jamais qu\'une fiction , et ne peut jamais se défendre qu\'au moyen des fictions historiques. On ne les batit pas de toutes pieces de propos délibéré; on prend ses matériaux dans l\'liistoire; on ne fait de saint Pierre pape qu\'avec un apótre Pierre qui a vécu et a été le plus marquant parmi les disciples intimes de Jésus, et l\'auteur des Actes a pris ses matériaux dans l\'liistoire. II n\'avait pas besoin de fiction pour représenter l\'apostolat de Paul comme consacré ci une oeuvre grandiose et bénie , qui se justifie par ses fruits. Mais l\'autorité aposlclique est une fiction et toute la Irame du livre des Actes, intimément reliée ü cette fiction, est elle-même fictive. Quant aux détails, il est parfaitement inutile que j\'essaie de faire le départ entre le vrai et le faux. II y a beaucoup de vrai dans ce livre; mais le livre comme tel est faux.

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l\'evangjle pneumatiqüe.

Peu importe aussi l\'auteur et la mesure dans laquelle il a été dupe lui-même de sa chimère catholique; je ne juge pas rhomme, mais l\'oeuvre. Or pour ceile-ci, mon jugement se résumé en ceci que, la religion étanl la vie, la marche en avant, un livre écrit afin d\'empêcher de marcher, sous prétexle que l\'on pourrait broncher, n\'est pas un livre vraiment religieux, quoique il s\'y trouve des aspirations religieuses1).

J\'ai du reste d\'autant moins è juger l\'auteur lui-même qu\'il n\'a évidemment fait que donner une expression k l\'esprit qui animait la majorité des chrétiens de son temps. Les germes de son catholicisme autoritaire se trouvent déjè en maint endroit dans le Nouveau Testament, par exemple dans la première a Timothée; son oeuvre a lui a consisté a systémaliser ce qui était dans Fair. Le christianisme faisait l\'ausse route; il se cristallisait, croyant sauvegarder son existence en rendant immuables sa doctrine et ses rites; il créait ainsi une nouvelle loi et devenait un judaïsme universalisé. De la aux Saxons baptisés de Ibrce par Charlemagne et ainsi rendus «chrétiens» la route va en ligne droite.

§ 3.

L\'évangile pneumatique.

Vrai et vrai sont deux. Ce qui tombe sous les sens, ce qui est extérieurement visible, aux yeux de la chair,

237

1

Je nTattends è, ce que plus d\'une personne juge calholiquement de ce que je dis ici, et qu\'au lieu d\'examiner si ce que j\'avance est sérieusement motive, on le condamne paree que ce n\'est pas d\'accord avec ce queToncroit soi-même. Espérons que si l\'on condamne l\'ouvrage, on ne danmera pas Tauteur.

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peut être véridiquement rapporté; c\'est alors la vérité, mais dans un sens seulement; ce n\'est pas la vérilé vraie, laquelle ne peut se percevoir que par le regard de l\'esprit. Voilé ce que prétendent les illumines. Ont-ils tort? C\'est pourtant un fait, par exemple, que connaitre les traits de quelqu\'un, sa taille, sa tournure, la couleur de ses cheveux et de ses yeux, sa démarche, ses gestes, la manière dont il s\'habille, ce n\'est pas du tout le connaitre véritablement. Tout ce que je viens de nommer se trouve en rapport, plus ou moins directement, avec sa personnalité, avec ce qu\'il est, trahit et traduit dans une mesure son être réel, y donne una forme tangible, qui en reste le symbole et l\'expression è-nos yeux, si nous le connaissons, ou croyons le connaitre; mais lui-même, nous ne nous figurons le connaitre que si nous croyons avoir vu en lui ce que les yeux ne peuvent pas voir, et ce que chacun ne sait pas apercevoir avec la même clarté et la même précision, même a égalitë de vue physique: son caractère, sa valeur intellecluelle et morale, ses dispositions, ses goüts. Aucun biographe digne de ce nom n\'ignore cela, et ce qu\'il s\'efforce invariablement de faire, c\'est de montrer, dans le cadre des choses visibles, l\'histoire, invisible aux yeux de la chair, de son héros.

L\'auteur du quatrième évangile est absolument da vis que la vérité vraie est celle qui ne se per^oit qu\'au moyen des yeux de l\'esprit, et cette thèse il l\'a appliquée a Jésus.

238

II était mal satislait des récits touchant Jésus qui forment la matière des évangiles synoptiques II ne

1) Je ne sais s\'il a connii les trois premiers évangiles sous une forme rap-prochée de celle sous laquelle nous les possédons; cela me semble probable; mais en tout cas il a connu la plupart des récits qui y sont contenus.

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l\'évangile pneumatique.

les croyait pas faux dans le sens de mensongers; mais ces récits, destinés a faire connaitre le Messie , ne faisaient connaitre que 1\'enveloppe grossière dans laquelle le Messie s\'était manifesté, et ne Ie faisaient done point connaitre lui-même. Ainsi, ils racontaient des miracles; par exemple, la multiplication des pains, la marclie sur les eaux; et ces faits étaient arrivés sans aucun doute, les disciples les avaient vus et véridiquement racontés; mais qu\'avaient-ils vu et raconté? Uniquement le miracle malériel, que les plus incrédules, les plus aveugles spirituellement auraient pu constater aussi bien qu\'eux. G\'était sans doute quelque chose d\'étonnant, de merveilleux; mais cela ne faisait pas connaitre le Messie, le Christ, qui est un étre spirituel, accomplissant des oeuvres spirituelles. Le miracle materiel peut être accompli par quiconque en regoit de Dieu la puissance; mais l\'oeuvre du Christ ne peut étre accomplie que par le Christ seul, et si Jésus, en qui le Christ s\'est manifesté sur la terre, a fait des miracles matériels, on n\'aurait pas dü s\'y arréter comme aux vraies marques de sa dignité, mais regarder aux miracles spirituels, dont les autres sont tout au plus des images, des symboles \'). Les miracles racontés dans les synoptiques sont des actes de l\'homme Jésus, en qui le Christ a habité comme dans ,une tente1); on a commis une grave erreur en les racontant comme si c\'élaient des oeuvres du Messie.

L\'auteur du quatrième évangile a voulu réparer cette

239

1

III, 2; IV, 54; VI, 2, 14, 26, 30; Vil, 31; IX, 16; X, 41; XI, 47; XII, 18, 37; XX, 30). II n\'emploie qu\'une seule fois le mot de miracles joint k signes (vmithx. xa,) répocTocy IV, 48), et c\'est justement dans un endroit oüle Christ s\'eiève contre une foi qui a besoin de la vue matérielle de miracles pour exister. 2) I, 14.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQÜES.

faute; il a vou!u mieux faire connaitre le Chrisl, afin que l\'on crüt en lui1), et c\'est lè ce qui lui a mis la plume k la main.

Qui était done eet auteur? Bien des gens esliment que lui et l\'auteur de la première épitre de Jean ne sont qu\'un. Je ne sais ce qu\'il en est; mais il est bien certain que si ces deux écrivains ont peul-êlre été matériellement différents 1\'un de l\'autre, per l\'esprit ils étaient frères jurneaux, et que l\'auteur de Tévangile, aussi bien que celui de 1\'épilre, aurait pu dire de lui-même:

Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie — ce que nous avons vu et entendu, nous vous rannon9ons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous (1 Jean I, 1, 3).

Comme je l\'ai déja fait remarquer, il y a deux sortes de voir, et il n\'y a pas l\'ombre de doute que le voir, l\'entendre, le toucher de ses mains avec une pleine certitude, dont parient les lignes que je viens de transcrire, ne soient un voir et un entendre plus vrais que ce que les hommes matériels appellent de ces noms. En effet, dans ce que celui qui se présente ainsi è ses lecteurs leur annonce, il n\'y a pas une syllable relative a quelque chose que l\'on puisse voir et entendre matériellement. II s\'agit ici d\'une vue spiriluelle, loul-a-fait de la même nature que celle dont il est question dans le quatrième évar.gile, quand, parlant de la gloire du Christ, invisible a ceux qui sont piongés dans la nuit du péché, l\'auteur dit:

240

Le Verbe est devenu chair, et il a habité parmi nous, et nous avons con-

1

XX, 30, 31.

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l\'evangile pneümatique.

temple ss gloire, une gloire comme celle da Fils unique vena de la part du Père, plein de grace et de verite (Jean I, 14).

C\'est encore de la même vue qu\'il est question, lorsque, après avoir raconté qu\'il sortil du sang et de l\'eau du cóte percé du crucifié, l\'auteur ajoute:

Et celui qui Ta va 1\'a attesté; et son témoignage est véridique, et lui sait qu\'il dit la vérite, afin que tous aussi rous croyiez (Jean XIX, 35).

Cette eau, ce sang qui sont sortis du cótë de Jésus sont une eau et un sang spiriluels, la puissance purifiante qui est exercée par la rnorl du Christ1), et les évangiles synoptiques, qui ne racontent que ce qui a pu se voir des yeux de ia chair, n\'en ont rien pu dire, non plus que, par exemple, du miracle de Gana ou de la résur-rection de Lazare, oeuvres spirituelles du Christ, qui ont été vues par l\'auteur de l\'évangile.

Comment prêcher le Christ sans le connaitre ? Et comment Ie connaitre si on ne l\'a pas vu, bien entendu si on n\'a pas vu le Christ. Voir Jésus ne suffit pas. «Philippe! celui qui m\'a vu a vu le Père!» 2); il est évident que ce n\'est pas Jésus qui dit cela, mais le Christ en Jésus. Voir est ici connaitre3), voila pourquoi voir le Fils, c\'est voir le Père, quoique l\'auteur ait lui-même écrit: «Personne n\'a jamais vu Dieu»4).

Pour comprendre le quatrième évangile, il faut se faire è sa phraséologie, qui suppose des lecteurs «spiri-tuels», comprenant d\'eux-mêmes quand les mots sont pris dans le sens des hommes charnels et quand ils servent k désigner les choses célesles. Ainsi «-voir» est pris dans le sens charnel quand le Christ dit a Thomas;

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1

Comp. I Jean I, 7; 11, 2; III. 5 et Ev. I, 29. 2) XIV, 9.

2

3) «II y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m\'as pas connu»

3

(ibidem). 4) I, 18.

4

II. 16

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CH. IV. L1VRES HISTORIQUES.

Paree que ta m\'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n\'ont pas va et qui ont cru (XX, 29).

Notre auteur est de ceux qui ont cru sans voir, c\'est-è-dire qui ont vu véritablement et qui peuvent rendre témoignage a ce qu\'ils ont vu. Ge sont les vrais disciples, bien supérieurs a ceux dont Thomas et Nalhanaël sont des types. Geux-ci sans doute ont du bon; ils sont disciples; ils se sont apergus qu\'une force divine repose en Jésus; ils croient; mais ce n\'est pas encore la foi veritable, par laquelle on contemple la gloire du Verbe, on est intimément lié è lui, comme un ami avec son ami, de sorte qu\'entre les deux il n\'existe plus de secrets. Le vrai disciple est l\'ami de Jésus (du Gbrist), il est couché dans son sein1), c\'est a lui que le Ghrist confie la téche d\'entretenir la vie de l\'Israël spirituel, de l\'Eglise 2), et c\'est lui qui arrive au sépulcre vide avant Simon Pierre 3).

242\'

Gertes la foi naissante des disciples qui ont connu Jésus selon la cbair, et de tant d\'autres qui ont cru sur leur témoignage que Jésus était ressuscité, a sa grande valeur; l\'auteur ne veul point dire que les pneumatiques seuls soient de vrais disciples. Au contraire, Pbilippe, Pierre, Thomas, tous ces disciples è divers degrés que l\'Eglise a comptés et qu\'elle compte, le Ghrist leur dit a tous qu\'ils doivent devenir ses amis*], quoique il leur manque encore bien des choses et qu\'ils soient incapables de le comprendre complètement1); mais ie saint esprit les instruira 8). Le disciple pneumatique, lui, est beaucoup plus avancé que tous ces autres; aussi peut-il donner

1

xvr, 12. 6) XVI, 13; XIV, 16—19.

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l\'évangile pneumatique.

un témoignage bien supérieur au leur; il peut écrire l\'évangile spirituel.

On sait que l\'auteur de l\'appendice du quatrième évangile dit que c\'est le «disciple que Jésus aimait» qui a écrit ce livre1). Je me demande s\'il a su qui était ce disciple, s\'il a su que c\'est le disciple idéal, existant sans doute en celui qui a compose ce livre remarquable, mais existant aussi en quiconque sait dis-cerner en Jésus le Verbe divin , le Ghemin, la Vérité et la Vie 2). 11 se peut aussi qu\'il n\'ait pas compris et qu\'il ait identifié purement et simplement le disciple que Jésus aimait avec un chrétien individuel, par example avec Jean fils de Zébédée.

243

Ce qui me met ce doute dans l\'esprit, c\'est le célèbre passage oü Jésus dit a Pierre au sujet de ce disciple mystérieux: «Si je veux qu\'il reste jusqu\'a ce que je vienne, que t\'importe?» 3). Si l\'auteur de l\'appendice a réellement compris l\'ouvrage qu\'il a apostillé, ce passage pourrait avoir un sens plus aisé b découvrir qu\'on ne le pense généralement. Par la prediction a l\'adresse de Pierre, le Christ avertirait les chrétiens des soufFrances terrestres qu\'ils auraient è endurer individuellement pour la vérité, et par le mot concernant l\'autre disciple, il aurait dit que, si les méchants tuaient des disciples, ils ne pourraient pourtant pas détruire l\'oeuvre; par conséquent on ne devait pas s\'inquiéter des persécutions. Que chacun se laisse mener 1) quant è son sort terrestre Ik oü le conduit son amour pour le Christ 2), et ne se préoccupe pas du reste, qui est en bonnes mains: «Que

1

1) XXI, 24. 2) XIV, 6. 3) XXI. 22, 23. 4) v. 18.

2

v. 15—17.

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CH. IV. L1VRES HISTORIQUES.

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t\'importe?» — Je ne donne cetle explication qu\'avec toute l\'hésitation que les savants peuvent souhaiter de ma part; a eux, s\'il en vaut la peine, de voir si elle ren ferme quel que vérité.

Quoi qu\'il en soit de l\'appendice, un point sur lequel je ne saurais hésiter, c\'est la signification que 1\'auteur même du quatrième évangile a entendu donner au disciple que Jésus aimait. Je l\'ai dejü dit, c\'est le vrai disciple, le disciple idéal, né d\'en haul1), qui s\'incarne pour ainsi dire dans tout croyant, mais qui n\'est pas l\'individu charnel, né d\'un père et d\'une mère terrestres, mais dans eet individu charnel, Thomme enfant de Dieu, né de l\'Esprit2). Ge disciple est anonyme, les noms propres appartenant aux apparences matérielles nées de la chair; sans compter que, pour le rendre anonyme, il existait une raison péremptoire tenant a 1\'ordonnance du livre tout entier. Le Christ s\'étant incarné dans la personne historique de Jésus, l\'histoire de son ceuvre spirituelle ne pouvait se raconter que sous le nom de Jésus, et tous les types représentant les catégories dans lesquelles il faut ranger les hommes d\'après leur position èi l\'égard du Verhe divin, devaient forcément former l\'entourage de ce Jésus (Christ); le type du vrai disciple naturellement aussi. Mais ici surgissait une grande diffi-culté; on ne pouvait pas le placer plus loin de Jésus que les Douze, cela est évident; mais on ne pouvait pas non plus en faire un des Douze , purement et simple-ment, paree que l\'auteur trouvait trop charnelle l\'histoire de Jésus provenant de la tradition apostolique, et que par conséquent il devait faire des Douze, même de Pierre,

1

III, 3. 2) III, 6.

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l\'evangile pneumatique.

quoique supérieur aux autres, le type du disciple im-parfait, k qui il faut encore laver les pieds\'). II n\'y avail qu\'un moyen de sortir de ce dilemme, c\'est celui que I\'auteur a choisi; mettre le vrai disciple parmi les plus fidèles de I\'entourage de Jésus, mais lui faire une place k part, mystérieuse, telle qu\'on ne le voie pas quand il est question des disciples avec leurs bons et leurs mauvais cótes, et qu\'il n\'apparaisse que rarement, chaque fois comme distinct des autres disciples, comme sui generis. Cette combinaison avait en outre un double avantage; elle relevait les disciples tout en les critiquant; ensuite elle permettait a I\'auteur d\'écrire en qualité de «disciple que Jésus aimait», paree qu\'il avait conscience d\'avoir vu le Christ et son oeuvre et d\'y rendre un té-moignage véritable2), et pourtant de ne pas s\'attribuer par la a lui-même un rang unique parmi les chrétiens.

On peut done demander quand le quatrième évangile a été écrit, et j\'estime que ce n\'est pas avant que les idéés qui ont donné naissance au catholicisme n\'eussent commencé h se faire valoir. En revanche, il ne faut pas demander quand le disciple que Jésus aimait a vécu. Ce disciple reste jusqu\'a la consommation des siècles; «c\'est vous-mêmes, nous dirait I\'auteur du quatrième évangile, si vous êtes nés d\'en haut. si vous étes en Christ, et Christ en vous»3).

Le quatrième évangile raconte ce que le Christ dit et fait, comme le vrai disciple l\'entend et le voit. Pour entendre et voir ainsi, il n\'est nul besoin d\'avoir assisté charnellement aux évènements qui se sont accomplis au

245

1) xiii, 2—11.

2) xix. 35.

3) xv, 5.

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CH. IV. LIVRES HISTORIQUES.

commencement de notre ère en Palestine et qui se sont dénoués sur le Golgotha; car le Christ en disparaissant aux yeux du monde n\'a pas laissé les siens orphelins ^1); ceux qui sont nés de l\'Esprit continuent a le voir \'j, et ils peuvent lui rendre témoignage, pour que d\'autres encore croient en lui1). II est vrai que même ceux qui I\'aiment peuvent momentanément être aveuglés, ne pas le reconnaitre, avoir peur au sein des agitations trou-falantes du monde; mals sa voix leur pariera, cette voix bien connue k leur coeur; ils le reconnaitront aussitót, ils recouvreront le calme, la joie, ils se trouveront sans savoir comment dans un port assuré2).

Quel est ce Christ, présent aux siècles des siècles, auquel le disciple que Jésus aimait rend témoignage?3).

G\'est le même que celui de la première épitre dite de Jean, seulement avec de plus amples développements. Qu\'il me soit permis de passer rapidement sur cette théologie, ou théosophie, comme qu\'on veuille l\'appeler. L\'auteur a été adepte de la doctrine alexandrine du Z,o^os ou Verbe divin ; d\'autre part son contact avec les chré-tiens, quelle qu\'en ait été Toccasion et la forme, lui a révélé que le but suprème de l\'existence c\'est de parvenir a

246

1

1) XIV, 18. 2) y. 19. 3) XIX, 35; XX, 31.

2

XIX, 11—16; VI. 17—21.

3

II est bien clair qu\'il ne saurait rien du Christ et ne pourrait pas lui rendre témoignage, si celui-ci ne s\'était pas manifesté historiquement dans la personne de Jésus de Nazareth, et que tout ce qu\'il sait de cette manifestation lui vient des récits dont se composent les synoptiques. C\'est ce qu\'il reconnait en disant que le Verhe s\'est incarné. Son témoignage revient done amp; dire: «Voici l\'histoire spirituelle que j\'ai lue dans l\'histoire eharnelle de Jésus de Nazaretb». Mais, comme le Verbe, qui est avant qu\'Abraham fiU (VIII, 58), est encore maintenant, il n\'y a pas besoin d\'etre contemporain de rincarnation, il suffit d\'en avoir connaissance, pour pouvoir dire avec vérité: all a habite parmi nous, et nous avons contemplé sa gloirequot; (I, 14).

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L\'ÉVANGILE PNEUMA.TIQÜE.

être enfant de Dieu1), de devenir tel que Ton se sente avec Dieu dans une communion parfaite 2), rempli d\'une vie supérieure, qui nous place hors de i\'atteinte des vicissitudes terrestres , même de la mort du corps3). II a compris que ce qui empêche les hommes de connailre cette vie supérieure et d\'y entrer, c\'est le péché4), l\'asservissement a la matière5), qu\'être enfant de Dieu, c\'est done cesser «d\'être du monde»6), cesser d\'aimer ce que «le monde aime», et que pour y parvenir, il faut qu\'un nouveau principe entre en nous, lequel nous vient de Dieu 1), qui dans son amour veut nous sauver2). Enfin il a compris qu\'aimer Dieu, mettre son cceur èi chercher sa volonté, soumettre son esprit èi soi a l\'esprit de Dieu, c\'est le vrai culte 3), qui, unissant véritablement l\'homme è Dieu, effectue ce que les cultes extérieurs ne peuvent aucunement faire, et est, en nous, de même qu\'un vin généreux, une force et une vie\'quot;l.

II a réuni dans son esprit ces deux choses, la théorie du Logos et son initiation personnelle è la vie supérieure par son acceptation de la prédication qui annonpait Jésus, le Christ. Cela lui a fait appliquer la théorie théosophique a la personne de Jésus, qui est devenu pour lui le Yerbe incarné, le révélateur de ce Dieu d\'amour, en qui l\'homme peut et doit vivre, mais que l\'homnfie ne peut pas comprendre dans son insondable essence11). Le Christ et le Verbe divin sont devenus pour lui identiques, de sorte que la foi chrétienne consiste d\'après lui a recon-nattre en Jésus le Verbe invisible et puissant. Comme cela est impossible a ceux qui continuent a aimer «le

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1

1) I, 12. 2) XVII, 24. 3) XI, 25, 26. 4) III, 19.

2

5) III, 6. 6) XV, 19. 7) III, 3. 8) III, 16.

3

IV, 23, 24. 10; II, 1—10. 11) I. 18.

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CH. IV. LIVRES HIST0R1QUES.

monde», cette foi a une base essentiellement éthique, de même que pour l\'auteur de l\'épitre. Je me permeltrai même de renvoyer a ce que j\'ai dit sur cette dernière je ne pourrais que le répéter ici. Tout le quatrième évangile veut dire: «Dans 1\'apparition temporaire de Jésus ici-bas, apprenez amp; discerner la manifestation de la vie divine, éternellement active, qui triomphe de la matière, du temps, de la mort et du péché, et altachez-vous-y de fagon a ce qu\'elie devienne votre vie a vous, la «vie éternelle» 1)». La religion qu\'il prêche est toute résumée dans ce qu\'on lit au commencement du chapitre XV; le Christ est le cep , les croyants sont les sarments qui restent vivants et portod /rwinant qu\'ilsdemeurent attachés a lui2).

II y a ü faire au sujet de cette religion beaucoup de questions auxquelles notre évangile ne donne pas de ré-ponse. Comment nait-on d\'en haut, de l\'esprit? Est-ce l\'ceuvre du Christ? Oui, puisqu\'il est la source de la vie et de la lumière, qu\'il guérit les paralytiques et les aveugles spirituels, qu\'il ressuscite même, dans la per-sonne des croyants, le cadavre judaïque, Lazare. Non, puisque pour pouvoir aller è lui, se laisser éclairer par lui, nourrir par lui, il faut posséder le germe de la vie spirituelle, ennemie du monde, de sorte que le Christ, qui dit: «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie»4), dit aussi: «Nul ne vient h moi si le Père ne l\'attire»5). C\'est au point qu\'il est impossible de savoir si ceux qui ne vont pas au Christ ne le peuvent pas, paree qu\'ils ne le veulent pas, ou bien ne le veulent pas, paree qu\'ils ne le peuvent pas.

248

1

1) Voy. les pages 175 et suiv. 2) III 16; IV, 14 etc.

2

XV, 1—5. 4) XIV. 6. 5) VI, 44.

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l\'evangile pneumatiqüb.

Autre question; Quel est Ie contenu de cette vie éternelle que possède le croyant? Comment organise-t-elle son existence ici-bas, ses relations avec une monde il n\'est plus ■\'j, mais dans lequel il continue k se trouver2) ? En un mot, quels sont ces fruits que portent les sarments attachés au cep ? Nous apprenons bien que, sous la garde de Dieu, ils ne pactisent pas avec le mal, puisque le Christ, priant pour eux, s\'écrie: «Je ne te prie pas de les óter du monde, mais de les préserver du mal»; mais nous n\'apprenons pas quel est ce mal, quelles sont ces «oeuvres mauvaises» de ceux qui se détournent de la lumière 3); nous n\'apprenons pas non plus quel est le bien auquel nous serons attachés quand nous aurons rompu avec le mnl. Le Christ dit dans sa prière; «Sanctifie-les par ta vérité; ta parole est la vérité» 1); mais c\'est indiquer la source de la sanctification, non pas sa nature; et même pour la source c\'est bien vague; quelle est cette parole de Dieu qui sanctifie? C\'est tout ce qui vient de Dieu. Fort bien; mais comment sait-on que quelque chose vient de Dieu? Paree que cela sanctifie. Fort bien encore; mais qu\'est-ce que c\'est que d\'être sanctifié? Point de réponse.

Je sais bien qu\'il est question de l\'amour; «c\'est a ceci que chacun reconnaitra que vous êtes mes disciples, si vous avez de l\'amour les uns pour les autres»2). Mais l\'amour spécial qui unit entre eux les vrais chré-tiens en leur qualité de disciples, amour que nous avons déja rencontré dans l\'épitre, n\'est pas la sanctification, la nouvelle nature qui remplace I\'ancienne nature péche-resse, et qui est notre et produit ses fruits dans nos

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1

1) xv. 19. 2) xvii, ib. 3) iii, 19. 4) xvii, 17.

2

xiii, 35.

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CH. IV. UVRES HISTORIQUES.

250

rapports avec les non-chréliens aussi biea que dans nos rapports avec les chrétiens.

II y a quelque chose de fort étrange dans ie quatrième évangile. II a un ton intime, penetrant, qui saisit; c\'est comme une mélodie céleste qui vous enveloppe, vous dématérialise, vous sépare de ce qui est grossier et vulgaire; et pourtant vous ne savez pas au juste ce que cela vous donne. Quand vous venez au fait et au prendre, vous ne trouvez d\'un bout a l\'autre qu\'une thèse abstraite; «La connaissance de Dieu est la vie, et en Christ seul se trouve la connaissance de Dieu», ou, si 1\'on veut tourner cela en exhortation: «Allez a Christ». G\'est tout le contenu du témoignage que le disciple queJésus aimait entend rendre au Christ par son précurseur; celui-ci dira bien: «II est l\'agneau de Dieu, qui porte, ou qui emporte, ou qui enlève le péché du monde»1), mais rien ne jette ie moindre jour sur ce que cela veut dire. L\'image de l\'agneau semble emprunlée a l\'agneau pascal, puisque, d\'après notre livre, c\'est le crucifié qui est le veritable agneau pascal2); mais cela n\'expiique en rien ce que c\'est qu\'enlever le péché du monde, ni comment cela a lieu. Le précurseur ne dit rien d\'autre de positif que: «Allez è Christ», et le Christ lui-même non plus, dans ces nombreux discours qu\'il tient, dans ces discussions avec des interlocuteurs de tout genre, dans celte allégorie du bon berger et de la porte, dans ces miracles enfin, qui prêchent que c\'est lui et. nul autre qui donne la vraie vie et la vraie santé, mais qui ne nous font pas avancer d\'un pas plus loin que cette thèse, toujours la même sous toutes les images dont

1

I, 29. 2) XIX, 32.

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l\'evangile pneumatique.

elle se revêt. G\'est au point que je me crois dispensé d\'expliquer le sens «spirituel» de chaque péricope. Prenez la conversation avec Nicodème, celle avec la femme samaritaine, le long discours après la multiplication des pains, ou celui qui précède la prière dominicale, c\'est tout un. Une seule remarque encore: On nous tait jus-tement ce que nous voudrions savoir, c\'est-a-dire, quand Jésus a quelque auditeur qu\'il gagne a lui, ce qu\'il lui dit pour le gagner; ainsi on nous raconte que deux disciples ont passé la journée avec Jésus1), mais on ne nous rapporte point les conversations de cette journée; ainsi encore, Jésus dit è la Samaritaine que c\'est lui qui donne l\'eau vive, mais non pas quelle est cette eau, que le culte de Dieu est spirituel, mais non pas comment il se pratique; enfin viennent les Samari-tains, qui l\'emmènent pour deux jours chez eux, et qui croient en lui, beaucoup plus a cause de la parole qu\'il leur a fait entendre qu\'è cause de ce que leur a raconté leur combourgeoise ; «nous l\'avons entendu nous-mêmes , disent-ils, et nous savons qu\'il est vraiment le Sauveur du monde»1); que ne donnerions-nous pas pour connaitre le contenu de la prédication de ces deux jours; mais, hélas! on ne nous en dit pas un mot. Toutes les fois qu\'il semble que Ton va enfin apprendre quel est le contenu de 1\'Evangile du Christ, notre livre se tait. Et cela est cause que, malgré I\'impression religieuse qu\'il produit, bien des gens ie trouvent religieusement trés pauvre.

D\'oü cela peut-il venir?

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Je crois que pour apprécier la portee religieuse du

1) I, 40.

1

IV. 42.

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CH. IV, LIVRES HlSTORIOfES.

quatrième évangile il faut y voir, non pas un exposé de la religion chrétienne, mais la défense d\'un des carac-tères essentials de la religion, que l\'auteur croyait mé-connu par un grand nombre des chrétiens de son temps, de sorte que son ouvrage serait en même temps apolo-gétique et polémique.

Ce qu\'il veut défendre, c\'est la spiritualité de la religion, qui fait de la piété quelque chose d\'absolument intérieur, par conséquent individuel, établissant une relation directe entre le croyant et Dieu, sans aucun intermédiaire humain. Si, comme je le crois, les Actes des Apótres et le quatrième évangile sont è peu prés contemporains, le premier de ces ouvrages permet de se rendre compte du courant d\'idées contre lequel l\'auteur du second a tenté de réagir. On a vu comment dans les Actes Tautorité apostolique est la colonne sur laquelle on veut asseoir la foi et la concorde des chrétiens, et comment l\'auteur du quatrième évangile oppose aux Douze, pour le mettre bien au-dessus d\'eux , ce disciple que Jésus aimait, qui, étant anonyme, ne peut pasêtre transformé en autorité extérieure, mais devient le type du vrai disciple, de vous, de moi, si, directement, nous-mêmes, nous savons contempler le Christ, lequel sans doute s\'est manifesté sous le nom de Jésus de Nazareth, mais qui n\'est point lié è cette apparence ter-restre, et vit au contraire, modèle de l\'homme spirituel, de l\'enfant de Dieu , de l\'homme intérieur, qui doit devenir notre vrai nous-rnémes. Si nous contemplons en esprit ce Christ, si nous apprenons a l\'aimer, il nous conduira pour faire de nous des enfants de Dieu, il habitera en nous par l\'esprit de vérité et de sainteté, et nous n\'aurons pas besoin d\'un autre conducteur. Cette doctrine, on le voit.

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l\'évangile pneumatique.

est en opposition directe avec le catholicisnie naissant, et elle pénètre si bien tout le livre, que j\'aurais été embarrassé de choisir des citations.

II y a maint trait dans eet évangüe qui s\'éclaire d\'un jour trés vif dès que l\'on s\'est apergu de l\'intention polémique de l\'auteur contre le courant naissant du ca-tholicisme. Je ne puis pas songer a me livrer ici è une étude compléte sur eet intéressant sujet, et je dols me borner a citer deux exemples.

Pourquoi cette scène du legs de sa mére que le cru-cifié l\'ait au disciple que Jésus aimait?1) Dans ce livre, tout sans exception a un but; ceci nécessairement aussi. Mais le catholicisme naissant nous indique ici trés claire-ment ce but. On pensait de plus en plus que pendant l\'absence du Christ, en attendant son avénement, le maintien de la tradition apostolique était la garantie de la vie de la communauté cbrétienne, de I\'Eglise; mais le quatriéme évangile vient dire; «Non; cette garantie se trouve dans ce que le Christ ne soit pas absent, et qu\'au contraire il revive dans ses vrais disciples. Ceux-la, par le fait qu\'ils sont de vrais disciples, sont les vrais soutiens de l\'Eglise». Et le texte ajoute trés perti-nemment; «Dès ce moment le disciple la prit chez lui». L\'Eglise existe la oü le Christ habite dans les ames, non pas la ou Ton est en communion avec l\'évéque.

253

Mon second exemple est tiré du baptême. La tendance è le transformer en un sacrement qui procure la grace de Dieu ne pouvait que déplaire a notre auteur. D\'autre part, cette cérémonie est un symbole si éloquent de la nouvelle naissance et de la pureté è laquelle est consacré

1

xix, 25-27.

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CH. IV. L1VRES HISTORIQUES.

quiconque appartient a Dieu qu\'il ne pouvait pas la con-damner en elle-même. Aussi le Christ, parlant de la naissance d\'en haut dans l\'entretien avec Nicodème, unit-il dans une même phrase le symbole et la chose symbolisee, en disant: «Si un homme ne nait d\'eau et d\'esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu»1). Mais on remarquera que ceite phrase, si elle ne con-damne pas le baptême, réserve expressément 1\'absolue nécessité du baptême spirituel et combat done l\'idée que eeux qui sont baptises d\'eau sont chrétiens. Mais il y a plus. Toujours dans son style énigmatique, transparent cependant pour qui en a pris I\'habitude, I\'auteur a soin d\'avertir ses lecteurs de distinguer entre le baptême spirituel, invisible, qui est le vrai baptême, et le baptême d\'eau, qui n\'en est que la figure2). G\'est pour cela qu\'il a introduit la contradiction et voulue

que Ton peut constater entre le verset 22 du chapitre III et le verset 2 du chapitre IV. Dans le premier passage, ou il est dit que Jésus baptisait, il s\'agit du vrai baptême , que Jean ne pouvait pas conférer, du baptême spirituel; et le second passage, qui dit que ce n\'était pas Jésus qui baptisait, mais ses disciples, a été écrit pour empêcber qu\'on se méprit sur le sens de l\'autre. Le baptême d\'eau, ce n\'est pas le Christ qui le confère. A y bien regarder, la polémique, pour cachée qu\'elle est, n\'en est pas moins trés vive.

II y aurait bien d\'autres exemples a citer. Le livre tout entier s\'explique parfaitement si on le considére comme consacré a la défense de ia spiritualité et de la

254

1

III, 5.

2

De même que voir, par ex., est employe par lui dans les deux seas (Voy. les pages 240 et suiv.).

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l\'ëvangile pneumatique.

personnalité de la religion a une époque oü se manifes-taient des tendances autoritaires et ritualistes. En particulier on comprend fort bien l\'anti-judaïsine si accentué de ce livre , qui néanmoins reconnait Tautorité de l\'Ecriture.

Si done ce qu\'on peut appeler la partie pratique , les détails touchant ce que e\'est que d\'appartenir a Dieu et non pas au monde, fait défaut, ce n\'est point du tout que l\'auteur se soit contenté pour ce qui fait que l\'on est disciple de la conviction que Jésus était le Messie. G\'est le contraire qui est vrai. Gette conviction n\'était point une garantie a ses yeux il voulait que par une transformation ëthique, qu\'il appelle la naissance d\'en haut et par laquelle on se détourne du mal, on apprit è voir le Christ en Jésus, c\'est-a-dire a ne pas seulement lui reconnaitre un droit au titre de Messie, mais k discerner aussi en lui l\'homme divin. Mais il ne s\'est point étendu sur le cóté pratique de l\'évangile qu\'il défendait, paree que son but était autre, ainsi que je l\'ai montré.

Je n\'ai pas grand chose a dire en fait d\'appréciation. La cause défendue par eet étonnant écrit est la cause de la vraie religion. Le quatrième évangile a l\'honneur d\'avoir formulé la definition du vrai culte,,le culte spirituel.

255

Toutefois la théosophie a gaté cette belle défense. Le quatrième évangile n\'a pas empêché le catholicisme de naitre. Celui-ci l\'a canonisé pour lui prendre la théosophie et laisser la vie.

1) Comp. ii, 23, 24.

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CÏÏAPITRE CINQUIÈME. LE NOUVEAU TESTAMENT.

La littérature religieuse d\'Israël qui nous a été con-servée dans le recueil de l\'Ancien Testament est née des efforts que les porteurs d\'un ideal religieux supérieur ont entrepris pour le faire pénétrer au sein d\'une société déterminée, la nation Israelite.

Les écrits qui composent le Nouveau Testament ont été composés dans des conditions fort différentes. II ne s\'agit plus d\'une minorité réformatrice, active au sein du groupe humain dont elle fait partie et qu\'elle s\'efforce d\'élever jusqu\'a elle. Aucun des écrivains du Nouveau Testament n\'est un réformateur, pas méme l\'auteur de l\'épitre aux Hébreux, è supposer que son traité ait été composé par lui a l\'inlention des Juifs; car, méme dans cette supposition, eet auteur n\'est pas un Juif, resté en communion religieuse avec les Juifs, mais croyant a la nécessité d\'un progrès dans le judaïsme et tachant de l\'obtenir; non, c\'est un missionnaire, qui a rompu avec la pratique du judaïsme, et qui maintenant s\'efforce de convaincre ses anciens coreligionnaires qu\'ils feront bien de passer dans un nouveau camp. 1)

1

Je ne croia pas contredire ici I\'appreciation que j\'ai donnee è la page

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LE NOUVEAU TESTAMENT.

Gertes, Ia litlérature du Nouveau Testament est en rapport intime avec un nouvel ideal religieux; mais quand les auteurs ont pris la plume, eet idéal s\'était deja créé sa société, son groupe humain a lui; et c\'est du sein de ce groupe que sont sortis nos écrivains, non pour le réformer en vertu de l\'idéal nouveau dont ils étaient les porteurs, mais pour l\'édifier au nom de l\'idéal même dont le groupe tout entier était dépositaire 1).

Naturellement eet idéal a été saisi et formulé sous des formes différentes dans les communautés qu\'il a servi è grouper et sous la plume des écrivains qui en sont sortis. Toutefois il doit nécessairement y avoir eu une unité fondamentale, et en réaiité il n\'est pas trés difficile de la dégager.

Deux idéés, l\'une théologique, l\'autre religieuse, ré-sument l\'accord entre les écrivains du Nouveau Testament. L\'idée théologique affirme que Dieu, dans son amour pour les hommes, leur a envoyé le Messie Jésus, afin de faire son peuple de tous ceux qui croient en lui et de les mettre en possession de la félicité éternelle lorsque le monde présent fera place au monde a venir. L\'idée religieuse est que les croyants doivent passer le temps d\'attente qu\'ils traversent en adorant le Dieu qui les a appelés a lui et en pratiquant, dans l\'union et l\'amour fraternel, sa sainte volonté.

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1

Paul le sentait bien quand il écrivait: « Fersonne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ» (I Cor. 111, 11. Voy. la page 71, note 1).

n. 17

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CH. V. LE NOUVEAU TESTAMENT.

Le contenu de cette volonté de Dieu est généralement supposé connu; c\'est la vertu, a laquelle les croyants doivent s\'encourager les uns les autres de paroles et d\'exemple, entretenant par leurs assemblees et par la prière les sentiments de piété qui la soutiennent et ia nourrissent. II n\'est pas question de culte, mais de réunions d\'édificalion fraternelle; seule, ici et la, il semblerait que la prière est quelque peu considérée comme un acte de devotion, une sorte de devoir1), ce qui rouvre la porte au culte extérieur. Le catholicisme nous montre combien large l\'ouverture est devenue et quel torrent de formalisme elle a laissé entrer.

Cette thèse: le vrai croyant manifeste sa piété en pratiquant la vertu, est défendue de propos délibéré par l\'épitre de Jacques, ce qui montre qu\'il y a eu déja de bonne heure des tendances intellectualistes dangereuses, mais ce qui confirme, bien loin de la détruire, mon affirmation de l\'accord des écrivains du Nouveau Testament sur ce point; et l\'on peut dire que l\'épitre de Jacques témoigne de 1\'assentiment général des anciens cbrétiens è la thèse fondamentale dont il est question; car si l\'auteur combat un intellectualisme théorique, qui lui semble a bon droit daogereux, on ne voit nulle part qu\'il combatte des gens qui, sous prétexte qu\'ils avaient la foi, auraient prétendu que la manière dont ils se conduisaient était indifférente. II compte manifeste-ment sur l\'assentiment de la conscience générale quand il dit que Ia foi qui n\'exerce pas sur la vie une influence visible est une foi morte 2).

258

Ge que c\'est que la vertu, la saintelé manifestée dans

1

Par ex. Act I, 14; VI, 4; I Tim. V, 5. 2) Jac. II, 26.

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LK NOUVEAU TESTAMENT.

la vie et les dispositions du coeur qui la constitue, est supposé connu; jamais on n\'essaye de l\'exposer systéma-tiquement; il y a quelques énumerations a litre d\'exemples, dont aucune n\'a la pretention d\'être compléte; parfois il s\'agit des vices qua le croyant doit fuir \'), d\'autres fois des vertus positives qui doivent le distinguer 1). En outre, et c\'est une des parties les plus riches de la partie épistolaire du Nouveau Testament, les auteurs font, en general suivant les besoins spéciaux des lecteurs qu\'ils ont en vue, de nombreuses applications de détail du grand principe de la sainteté üi laquelle le croyant est consacré. Mais les énumérations et les applications spécifiées témoignent que le principe même est admis, si trop souvent il est mal mis en pratique.

II faut remarquer qu\'il existe de grandes différences dans le Nouveau Testament dans la maniére dont chez les divers auteurs se manifeste le principe que le croyant est consacré h la sainteté. Un des écrits les plus pauvres sous ce rapport est celui qu\'on a intitulé les Actes des Apótres. Les plus vivants sont ceux oü la vie religieuse est congue comme un renouvellement intérieur par lequel meurt en nous la puissance du péché et se crée entre nous et le Dieu saint un rapport filial, et oü celte sainteté, la vraie, la seule vraie, est re\'présentée comme devant remplacer toutes les autres choses auxquelles on donne ce nom. Voila ce que tous les croyants ne com-prenaient et ne sentaient pas, ce qu\'il a done fallu défendre, et c\'est k cela que nous sommes redevables de la partie apologélique la plus importante du Nouveau

\'259

1

Par ex. Gal. V, 32; vertus essentiellement passives; Phil. IV, 8, e\'nu-meration heaucoup plus comprehensive.

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260 CH. V. LE NOUVEAU TESTAMENT.

Testament, rimmortelle défense de la justification par la foi dans les épitres aux Galates et aux Romains. Le langage manque de clarté, les termes employés sont mal définis, ainsi que les rapports entre eux des objets qu\'ils désignent, et de la naissent des confusions inextricables; enfin la mort du Christ joue un róle dans la régénération du croyant sans qu\'il soit possible de déterminer quel est ce róle; mais tout cela n\'empêche pas que Paul ne prêche sous le nom de foi la recherche d\'un état ideal qui fait de nous des enfants de Dieu par le renouvelle-ment inlérieur, ce qui est la vraie religion. De tous les écrivains du Nouveau Testament c\'est lui qui a le mieux prêché ce que Jesus avait voulu. Le quatrième évangile est tout aussi spiritualiste et ne connait d\'autre sainteté que celle du renouvellement intérieur, qu\'il appelle la naissance d\'en haat. Malheureusement il identifie trop cette régénération avec l\'initiation aux spéculations théo-sophiques dont la croyance au Verbe éternel de Dieu est un des traits caractéristiques, de sorte qu\'il confond les conséquences éthiques de la conversion — conséquences du reste qu\'il est trés loin de méconnaitre — avec une sorte de double vue qui fait distinguer en Jésus le Verbe incarné et sans laquelle il n\'admet pas de salut.

Naturellement, lè oü le caractère spirituel de la sainteté est plus ou moins méconnu, l\'eudémonisme fait sa rentrée, et l\'on s\'éloigne davantage de l\'idéal proposé par Jésus; et avec l\'eudémonisme reparaissent dans ce qui constitue la sainteté des éléments sans portée éthique, ce qui ramène au judaïsme; c\'est le cas par exemple de cette défense de manger la chair d\'animaux étouffés, au moyen de laquelle l\'auteur des Actes veut aider k faire pardonner le libéralisme que les circonstances ont

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LE NOUVEAU TESTAMENT.

rendu inévitable \'). 11 y a de forts restes d\'eudemonisme dans le Nouveau Testament, ce qui n\'a pas donné peu d\'importance è l\'attente de l\'avènement du Christ. Re-connaissons que cette attente en elle-même n\'est point nécessairement unie a une morale appuyée sur Tappas d\'une recompense; on peut compter sur la gloire a venir paree que l\'on se sent enfant de Dieu, aussi bien que l\'on peut s\'efforcer d\'obéir è Dieu pour avoir part a ia félicité. Mais il faut bien avouer que la pente est glis-sante de l\'un a l\'autre, et l\'épUre aux Hébreux par exemple est lè pour le démontrer.

Partout dans le Nouveau Testament se manifeste a différents degrés Taction de Tidéal nouveau proposé par Jésus a ses frères; mais nulle part, sauf dans ce que Ton nous y a conservé de ce qui vient de Jésus lui-même , eet idéal n\'est présenté dans sa pureté. Le Nouveau Testament dans son ensemble prêche et défend une religion inséparable de la vocation è la sainteté morale, religion par cela même incomparablement supérieure, soit au judaïsme avec son légalisme formaliste et avec son particularisme, soit au paganisme, tolérant et même fauteur des plus épouvantables corruptions; mais la ma-nière dont le Nouveau Testament prêche cette religion n\'est pas parfaite. Je ne reviendrai pas sur les critiques relatives a tel ou tel auteur spécial; je les ai consignées dans le courant de cette étude. Ici, je ne m\'arrêterai qu\'a celles qui portent sur Tensemble du recueil.

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La foi qui sauve consiste è donné son coeur a Dieu; voila ce que Jésus a prêché et qui est vrai. Jésus, quoi

1) Act. XV, 29.

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que ce soit qu\'il ait pensé de la messianité, n\'a jamais prêché que, pour avoir la foi qui sauve, il fallait croire que lui, Jésus, était le Messie; il n\'a réclamé cette croyance de personne; il a dit a l\'homme riche qui avail observé loute la loi qu\'il lui manquait encore une chose, mais ce n\'était pas de reconnaitre en lui Ie Messie, c\'était de se consacrer entièrement a l\'oeuvre de Dieu. Or le Nouveau Testament ne reconnatt comme croyants que ceux qui admettent que Jésus est le Messie. C\'est un grave défaut.

Esl-il nécessaire de dire que la chose s\'explique aisé-raent? Que Ton ait donné ce titre a Jésus est la chose du monde la plus naturelle sous l\'empire de l\'Ancien Testament; c\'est en lui que Ton a vu réalisées les promesses de Dieu; et cela avait un fort bon cóté; cela a forcé a spiritualiser l\'idée que Pon se faisait des béné-dictions et du royaume de Uieu et a passer du particularisme. a l\'universalisme. 11 est fort naturel aussi, puisque c\'est en Jésus que l\'on croyait reconnaitre le Messie promis, qu\'on ait prêché la chose et que ceux que l\'on a gagnés l\'Evangile aient tous aussi admis cette croyance. De la a se llgurer que le caractère du vrai croyant se trouvait dans cette conviction il n\'y avait qu\'un pas. Ce pas a été franchi, et cela a troublé jusqu\'a nos jours la prédication évangélique. L\'accent a été déplacé; on a dit: Croire au Christ, c\'est êlre enfant de Dieu, tandis que l\'on aurait du dire; Jésus est l\'oint de Dieu, paree qu\'il nous apprend a étre ses enfants.

Ce renversement des choses a eu pour effet que l\'on a donné a la religion une base intellectuelle; il fallait commencer par prouver que Jésus était le Messie ; prouver par des miracles, qui n\'ont eux-mémes d\'autre preuve

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LE NOUVEAU TESTAMENT.

qu\'une tradition anonyme, et par des prophéties, dont aucune ne s\'applique réeilement aux fails que Ton pretend en être la réalisation. On n\'en est pas venu la d\'un bond , et les epitres de Paul démontrent que croire en Christ a pu être synonyme de devenir une nouvelle créature, croire en Dieu et lui donner son coeur, quoique I\'expression de croire en Christ rende confuse la predication même de Paul. Mais la compléte pauvreté reli-gieuse de la prédication que le livre des Acles met dans la bouche de Pierre 1) fait voir combien était dangereuse la conception que je critique. Pourquoi ces luttes dog-matiques qui ont absorbé, avant même que l\'ère des persécutions fut close, l\'intérêt et Taetivilé de ceux qui auraient dü travailler avant tout a faire vivre les principes de l\'Evangile ? pourquoi ces interrninables questions, naissant chacune de la solution que Ton croit avoir trouvée de la question précédente, au prix de 1\'union, de la charité, des progrès dans la sanctiflcation; cette homo-ousie, ce monophysitisme , ce monolhélétisme , que sais-je? C\'est que Ton a cru que le tilre du Messie sauvait, et qu\'alors il a bien fallu savoir ce que comporte ce titre. Du moment que Ton a affirmé que les hommes sont sauvés par un nom 2), le catholicisme devait nécessaire-ment naüre, et avec lui les excommunications, l\'inqui-sition, l\'obscurantisme, et les palliatifs moraux. Tout cela se trouve en germe dans le Nouveau Testament. La première épitre de Jean n\'appelle-t-elle pas des anté-christs ceux qui ne croient pas a Fincarnation ?

Que Ton appelle Jésus le Messie, c\'est fort bien. Mais la foi qui sauve, ce n\'est pas la croyance en la

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1

Act II, 14—36. 2) Act. IV, 12.

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messianité de Jésus, c\'est la foi en Dieu, prêchée par Jésus. Rendre cette foi solidaire d\'une conception Iheo-logique quelconque, c\'est una laute capitale et dangereuse. II est grand temps, dans l\'intérêt de la piété et du règne de Dieu, que l\'on reconnaisse que cette faute est carac-téristique des débuts du christianisme, quelle a son écho d\'un bout a l\'autre du Nouveau Testament, et que, tout explicable qu\'elle est, c\'est une faule.

A cela se rattache cette conception, partout si vague, sans lien organique avec la vie religieuse, qui voit dans la mort de Jésus, plus ou moins réellement, plus ou moins symboliquement, un sacrifice procurant le pardon des péchés. Cette conception aussi n\'est pas bien difficile è expliquer \'); mais cela n\'empêche pas qu\'elle ne soit absolument étrangère, et même contraire è l\'Evan-gile, d\'après lequel ce qui réconcilie avec Dieu, c\'est la conversion de l\'homme. Mais du moment que ce n\'est pas dans l\'Evangile que git la puissance qui sauve, et qu\'il faut cbercber celle-ci dans une vertu spéciale éma-nant du Messie, le salut dépend de circonstances exté-rieures au crojant et l\'on retombe dans les expiations et autres inventions de l\'imagination terrifiée.

264

J\'ai fait remarquer dans le courant de cette étude que la morale religieuse du Nouveau Testament est un sujet du plus baut intérét, mais qu\'il faut traiter è part. Je ne puis pas songer ^ rapprofondir, ni même k 1\'esquisser; cependant il me faut relever un point qui s\'y rapporle et qui a son importance pour l\'appréciation de la valeur

1) Je n\'entre pas dans Texplication, inutile ici.

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religieuse du Nouveau Testament. G\'est que, si les applications du principe religieux a la pratique de la vie sent généralement excellentes, foncièrement chrétiennes — sauf, naturellement, les réserves nécessaires — elles sont trés inférieures ^ ce qui nous vient de Jésus, en ce que celui-ci s\'adresse a Thomme au milieu de ses semblables et lui prêche ce qu\'il doit être et faire en cette qualilé, que sa morale est une morale généralement humaine, quoique adressée k des Juifs, toujours et partout praticable envers chacun; tandis que, sans pré-tendre que cette morale de Jésus ne se trouve pas au fond de celle que prêchent nos auteurs, il faut cepen-dant bien reconnaitre que les applications qu\'ils en font regardent essentiellement les relations de chrétiens a chrétiens. II y a dans les écrits chrétiens un esprit de secte fort marqué, un manque de largeur humaine, qui se manifeste, outre ce que je viens de dire, dans cette antithése beaucoup trop absolue qui oppose a la secte tout ce qui se trouve en dehors d\'elle, et qu\'on appelle le monde, dans le sens de ce qui est mauvais et de ce qui se perd. Gela aussi sans doute s\'explique. Par la force des choses — on me permettra de ne pas entrer dans les détails — les chrétiens ont formé une société a part au milieu du monde païen; cela était une nécessité ineluctable. II leur était done bien dilficile de ne pas se faire des illusions sur leur propre excellence et de ne pas se dire sans atténuation: «Nous sommes sauvés, eux perdus». Us ont done reconnu le devoir d\'arracher è la perdition autant de païens que possible en les gagnant pour la secte; mais ils ne se sont guère reconnu d\'autres devoirs a l\'égard du «monde». Ils n\'en étaient plus, et ceux qui ne rompaient pas avec lui n\'étaient

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pas des f\'rères. On sail comment un père de l\'Eglise en est venu a appeler les vertus des païens des vices re-couverts d\'un vernis brillant, sp/enrfida Le Nouveau Testament n\'en est pas lè, et Ton est bien aise, surlout si elle n\'est pas de Jésus, d\'y lire la parabole du bon Samaritain. Toujours est-ii que sa morale est boiteuse, paree qu\'elle n\'est pas assez humaine1), et e\'est pour cela que, si les vertus actives n\'y sont pas méconnues, ce sont surtout les vertus passives, rhumilité, la patience, le support et ce qui y rentre, qui sont le plus pronées. Cela non plus n\'a pas été sans effet sur le catholicisme, sur le monachisme et sur le piëtisme protestant. L\'Ancien Testament y est aussi pour quelque chose, même pour beaucoup.

Que vaut le Nouveau Testament dans l\'intérêt de la religion ?

266

En lui-même, si on le sépare de la notion d\'Ecriture sainte infaillible qu\'on y a appliquée, c\'est le document religieux ie plus précieux qui existe. 11 nous prêche l\'Evangile. II nous le prêche mêlé k autre chose, puisque nous n\'avons pas même complètement authentique la parole de Jésus, el puisque les meilleurs des membres de la secte que cette parole a fondée sont fort inférieurs a ce qu\'elle-même nous donue. Mais l\'Evangile de vie n\'est pas une nouvelle loi, couverte par l\'autorité du législaleur, obéie a cause de lui, de sorte que legrand inléi\'êt est de connaitro la loi dans son intégrité. L\'Evangile est un appel, qui nous invite a nous donner a Dieu , librement, volontairement, en vertu de notre conscience

1

Chose ik quoi les cspérances eschatologiqaes ont aussi contribué.

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gagnée el de notre raison satisfaite. Acceptons eet appel de quelque manière qu\'il nous parvienne. Mais si nous l\'acceptons, il nous est infiniment precieux , puisque c\'est Jésus qui i\'a le plus purement et le plus clairement fait entendre, de remonter jusqu\'a lui grace au Nouveau Testament, de recueillir queiques-unes de ces paroles qui sont une fois sorties vivantes de ses lèvres et qui, dans leur sublime simplicité, restent supérieures a tous les échos qu\'elles ont réveillés jusqu\'ci maintenant; de nous retremper a cetle source et d\'y trouver un guide pour distinguer ce qui est permanent de ce qui est destine a disparaitre, ce qui sanclifie de ce qui ne fait que satisfaire l\'imagination. Dans ces récits mêmes qui nous donnent ce que nous avons de Jésus, nous faisons la part de ce qui est local, national, la part aussi de la couleur répandue sur le tout par une tradition éprise du merveilleux; el nous nous arrêtons a ce qui parle è nos ames, a ce qui gagne nos consciences et satisfait notre raison, ainsi que je disais tout-a-l\'heure. Et les évangiles synoptiques, heureusement les plus populaires des livres du Nouveau Testament, sont si riches et si éloquents sous ce rapport qu\'on ne calculera jamais tout le bien qu\'ils ont fait, malgré la manière détestable dont, d\'ordinaire, on les a lus.

Le reste du Nouveau Testament a essentiellement un intérêt historique, intérêt trés grand, puisqu\'il montre a l\'ceuvre le levain de l\'Evangile. Pensez a ce qu\'étaient le judaïsme d\'un cóté . le paganisme de l\'autre, lorsque se sont formées ces communautés dont le Nouveau Testament traduit en partie la vie, et admirez alors la religion spirituelle, sanctiflante, féconde, malgré loutes les misères de ceux qu\'elle animait, qui avait séparé

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du reste du monde la secte des chrétiens. Le catholicisme qui en est sorti prouve de la manière la plus irréfutable que ceux qui étaient animés de cette religion ne ren-daient pas encore complètement a Dieu le culte en esprit et en vérité; mais les immenses bienfaits que, malgré tant d\'aberrations, le christianisme a répandus dans le monde, prouvent avec non moins d\'évidence que ce qui lui a donné naissance élait bon, pur, vrai, nécessaire. Le Nouveau Testament, lu avec piété et indépendance, nous fournit le seul moyen direct et posilif de retrouver le principe vivant du christianisme. Mais il faut le lire avec indépendance d\'esprit, car tout dans ce recueil n\'est pas, tant s\'en faut, tiré du principe dont je parle.

La valeur religieuse du Nouveau Testament a été, non pas anéantie, c\'était impossible, mais neutralisée dans une mesure on ne peut plus regrettable par cette notion d\'Ecriture sainte, empruntée aux rabbins juit\'s, qu\'on y a appliquée. On a de cette manière tout recou-vert de la même autorité divine, la forme et le fond; les puérilités comme l\'histoire du stater ou l\'ombre miraculeuse de l\'apótre Pierre, et les paroles lumineuses comme «beureux ceux qui sont purs de coeur»; une théologie vague, incohérente, partant de prémisses arbi-traires1), que la science la plus patiente et la plus

1

Je pense, par exemple, amp; la théorie du Verbe incarné. Que Ton ne me blamp;me pas de ne pas l\'avoir réfatée; on ne refute pas ce qui n\'est appuyé d\'aucun essai de preuve. II y a de braves gens qui se sont figure savoir qu\'il existait un certain être divin qu\'lls ont appelé le Logosy mais je n\'ai que leur affirmation pour m\'aider a en savoir aussi long qu\'eux; tout ce que je puis dire en fait de réfutation, c\'est que leur affirmation ne me suffit pas (dans un traité de philosophic on expliquera ce qui a conduit a cette affirmation; mais cela ne fera pas que ceux de qui elle vient aient su ce qu\'ils ont pré-

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consciencieuse a Ia plus grande peine a débrouiller, nourri-ture indigeste poui* les simples, et la religion qui s\'adresse è l\'ame, è la conscience. Comme le Nouveau Testament ne peut pas être Ecriture sainte sans l\'Ancien , on brouille ensemble les notions les plus disparates de Dieu, non seulement le Père céleste de Jésus et le Dieu, qui lui est inférieur, de plus d\'un écrivain du Nouveau Testament même, mais même un Yawèh, en partie sublime sans doute, mais aussi en partie, si je puis dire ainsi, a l\'élat sauvage. Voyez quel christianisme est ne delk; dans la conscience de la grande majorité l\'attrait de la communion avec Dieu a fait place a la crainte dujuge-

ment dernier. On en est revenu a Jean Baptiste.....

Je retiens rna plume, car ce sujet est si tristement ricbe que je ne sais oü je m\'arrêterai si j\'ajoute un mot de plus. — Eh bien! ce mal , c\'est la Bible, c\'est le Nouveau Testament qui Ta fait; mais ce n\'est pas lui qui est le coupable; par lui-même il ferait le contraire; ce qui a fait le mal, c\'est la doctrine fausse et pernicieuse qui a assimilé è la parole de Dieu le témoignage de respectables chrétiens, qui commengaient k adorer Dieu en esprit et en vérité, mais qui n\'étaient ni infaillibles ni impeccables.

Faut-il parler des autres conséquen\'ces de cette dan-gereuse doctrine? Montrer la plus detestable des fausses sciences naissant k sa suite, I\'liarmonistique, I\'art de

tendu savoir). Encore moins me suffit-il de raflirmation même du plus respectable de mes semblables pour savoir que ce Zoffos s\'est incarné en Jésus de Nazareth. — En écrivant la phrase du texto, je pensais aussi £k ce pardon des pechés k cause da sang du Christ, hors-d\'oeuvre, même dans les systèmes de ceux qni 1\'aiïirment, conception contraire aux enseignements de Jésus, et affirmation dont on ne peut que demander, comme pour la théorie du Logos: «Comment le aait-on?»

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tordre les textes du livre que Ton pretend respeoler par dessus tout, Tart qui par excellence sert a fausser, non seulement les intelligences, mais aussi les consciences, Satan déguisé en ange de lumière? Le Nouveau Testament, la Bible en sont bien innocents, ainsi que de bien d\'autres choses que je pourrais ajouter. Mais il est temps de poser la plume.

Ge qu\'il faut a 1\'homme, c\'est d\'apprendre de mieux en mieux è discerner, a comprendre el k aimer la jwaro/e de Dieu, «une lampe a ses pieds et une lumière ^ ses sentiers», qui sort de tout ce qui existe, du bien et du mal, de nos faiblesses et de nos grandeurs, de nos luttes contre la nature, avec nous-mêmes, avec les relations sociales, et qui partout nous dit; « Votre vocation, c\'est la saintelé dans la cbarité». Ecouter cette parole, se laisser convertir, humilier, transformer par elle, c\'est être religieux de ia seule bonne manière, et si nous sommes religieux ainsi, nous savons que nous sommes entrés dans la bonne voie, car nous avons la communion avec Dieu, nous avons l\'esprit qui crie: «Abba,Père!»

Les hommes peuvent et doivent s\'aider les uns les autres a écouter et a suivre la parole de Dieu. Or la Bible est le plus beau témoignage humain rendu è cette parole è travers les siècles. Par elle nous parvient l\'écho qu\'elle a réveille dans les coeurs les mieux prepares, plus clair, plus vrai d\'époque en époque. Par le Nouveau Testament nous parvient de tous ces écbos de la parole de Dieu le plus pur et ie plus éloquent, celui que Jésus a fait entendre, et par ce même recueil nous pouvons voir quelle grande lumière a commencé de iuire quand Jésus eut paru. Qui peut lire ia Bible sans èi son tour entendre la parole de Dieu? Et si, hélas! ii y a trop

270

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LE NOUVEAU TESTAMENT.

de nos frères qui sont de fait «sans Dieu et sans espé-rance dans le monde», nous, lecteurs de la Bible, dont les ames ont temoigne avec ces antiques témoins, ne reconnaitrons-nous pas avec une profonde gratitude que Dieu nous a parle et nous paile encore?

Non, tu n\'es pas muet. Si le monde t\'ignore,

Nous, oui nous, des longtemps nous avons pu t\'ouïr;

Nos yeux ont contemple la radieuse aurore

Du matin qui se dore,

271

Et presage, et garant du jour qui va venir.

FIN.

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LISTE DES PASSAGES CITES DANS GET OUVRAGE.

N.B. Qaand 1\'indication de la page eat precedee du chiffre remain I ou II, celui-ei désigne le volume; sauf ces exceptions, tons les passages de l\'A. T. se trouvent dans le premier volume, et tous ceux da N. T. dans le second.

Crenèse.

I—II, 4.......... 281, 354, 367

II, 4—III................ 287

II, 17.................... 305

III, 5.................... 306

III, 8, 22................ 286

I V...................... 287

IV, 14, 16............... 286

V...................... 281

VI—VIII................ 282

VI, 1—8 ............. 286, 287

VI, 9—IX............... 287

VIII, 20 ................. 302

IX, 8—17................ 195

IX, 1—17; 28, 29 ..... 281, 354

IX, 20—27 ............... 304

X ....................... 282

X, 8—12................. 288

XI, 1—9 ............. 286, 288

XI, 5, 6................. 286

XII, 1—3................ 288

XII, 44, 5 ............... 282

XII, 6—9; 10—20..... 288, 305

XII I.................... 288

XIII, 6, 74, 114, 12....... 282

XIV .................... 289

XV ................. 286, 289

XV, 6........................................304

XV, 16....................................288

XVI, XVIII, XIX ..............289

XVI, 3, 15, 16......................282

XVII................ 282, 354

XVIII, 20, 21 ........................286

XVIII, 17 suiv......................9

XVIII, 32..............................154

XIX, 29 ..................................282

XIX, 30—38 ..........................289

XX, 1—13..............................305

XXI................................289

XXI, 14, 5............................282

XXII, 1—19 ......... 290, 306

XXII I............... 282, 354

XXIII, 19..............................290

XXI V......................................290

XXV, 1—4..............................290

XXV, 7—llö..........................282

XXV, 19, 20; 264..................282

XXV, 26..................................42

XXVI, 7—11..........................305

XXVI, 34, 35 ........................282

XXVII, 46 ..............................282

XXVII, 46—XXVIII, 9 . .. 354

XXVIII, 1—7; 8, 9..............282


II.

18

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LISTE DES PASSAGES CUÉS DANS CET OUVBAGE.

274

XXVIII, 10—22.......... 42

XXVIII, 20, 21 ......... 305

XXXI, 17, 18............. 282

XXXI, 33—35 .......... 36, 66

XXXII, 24—32 ......... 42, 286

XXXV, 9—15; 23—26; 27—39 282

XXXVI, 1—14; m....... 282

XXXVII, 1.............. 282

XXXIX, 9 ............... 404

XLV, 5, 8............... 291

XLVI, 8—27 ............ 282

XLVII, 7—11............ 282

XLVIII, 3—7............ 283

XLIX, 29—33 ........ 283, 354

L, 12, 13................. 283

L, 20 .................... 292

Exode.

I, 7; 13. 14.............. 283

II, 23—25................ 283

III, 6.................. II, 19

IV, 22................. II, 12

IV, 24—26............... 286

V, 3..................... 302

VI, 3—12................ 283

VII—XI................. 283

VII, 1—7................ 283

VII, 9, 10, 12, 19....... 355

VIII, 1, 12............... 355

XI, 2, 3................. 306

XII..................... 355

XII—XIV............... 283

XII, 35, 36............... 306

XIII, 1—16 279,280, 309, 310, 318

XIII, 3.................. 359

XV, 254.................. 307

XVI..................... 283

XVIII................... 307

XIX, 1................... 284

XIX-XXIV, XXXII-XXXIV 296

XX, 2—17........ 278, 809, 311

XX, 5, 6 ............. 109, 326

XX, 22—26 ...... 279, 309, 319

XX, 22—XXIII, 19....... 297

XXI—XXIII, 19 88, 279, 309, 319

XXIII, 13—19........ 322, 359

XXIII, 15................ 310

XXIII, 18................ 325

XXIV, 1, 2; 9—11........ 297

XXIV, 9—11............. 286

XXIV, 15—18............ 284

XXV-XXXI, 17, XXXV-XL 284,

355

XXVIII, 36.............. 77

XXXII, 25—29 ........... 303

XXXIV, 65, 7, 14......... 326

XXXIV, 10—27 ,. 279, 309, 324 XXXIV, 18.............. 310

LévitiQixe.

page 284

X. 1—7.................. 355

X\'VII—XXVI .... 280, 350, 356 XXVII, 3—9............. 351

XVIII, XIX, XX, XXIV .. 357

XIX, 14, 17, 32........... 357

XIX, 5-8; 19; 23-25; 26-28; 31 357

XIX, 20—23.............. 357

XX, 1-8; 25—27......... 357

XXV.................... 354

XXVII, 28, 29 ........... 252

Nombres.

I—X, 28................. 284

X, 35, 36 ................ 287

XII, 6—8................ 341

XIII—XVI.............. 284

XV, 32—36 .......286, 299, 355

XVI, XVII......................355

XVII—XIX............................284

XX............................................284

XXV, 2—5..............................304

XXV, 6—XXXVI..................284

XXXII, XXXIII ..................284

Dentéronome.

IV, 45—XXVI, XXVIII .. 278 IY 45—V, I............. 331

V, 2—5 ................ 332

V, 6—21 ............. 278, 333

V, 15................... 176

V, 38 suiv............... 296

VI—XI.................. 333

IX, 7 suiv................ 334

X, 6—9.................. 340

X, 12—19................ 335

X, 17—20 ................ 339

XI, 18—21............... 336


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LISIE DES PASSAGES CITÉS DANS GET OUVRAGE.

275

XII..................... 336

XII, 4, 5; 8 9............ 337

XII 15, 16; 20—25 . .. 338, 351 XII—XXVI, XXVIII..... 333

XII I.................... 338

XIV, 1, 2; 3—21......... 338

XIV, 22—27; 28, 29 ...... 339

XV, 1—18; 19—23 ....... 339

XVI .................... 339

XVII, 1................. 339

XVII, 2—20 ............. 340

XVII, 14—20 ............ 249

XVII, 14, 15............. 344

XVIII................... 340

XXV, 4 ...............II. 102

XXVI, 16—19............\' 341

XXVII, XXVIII......... 341

XXVII, XXIX-XXXI, 8; XXXIV

280

XXXII, 6...............II, 12

•Josué.

VII..................... 154

XXIII, 6................ 294

XXIV, 1—15........ 293, 295

XXIV, 19, 20 ............ 294

XXIV, 25 ............... 308

XXIV, 26 ............... 295

Juges.

I, 8; 19 21 ..............................208

II, 1—5 ............. 208, 215

II, 3..........................................209

II, 6..........................................208

II, 22, 23 ................................209

II, 6—9, 10, 11, 12, 14, 16,17 18, 19, 20—23 ................212

III, 1—6;. 7—11; 12—30; 31 213

IV, V......................................214

IV, 1, 2, 3; 6........................214

VI—VIII, 32........................214

VI, 1; 11 suiv........................214

YI, 7........................................214

Vlj 7—ib\';ïl—32;\'5 ■ 25—32 215

VI, VII....................................216

VIII, IX................................216

VIII, 33—35 ..........................217

X, 1—5; 6, 7; 10; 16..........214

X, 6—XII, 7..........................214

XI, 29......................................217

XII, 8—15..............................214

XIII—XVI............................214

XIII, 25..................................217

XVI, 21..................................217

XVII—XXI.......... 218, 244

XVII, 3—5............................218

XVII, 17; 30..........................219

XVIII, 1 ................................219

XIX, 1....................................219

XIX—XXI............................270

XX, 18, 23, 26, 27..............270

XXI, 2, 3............................270

XXI, 13, 16; 25....................219

ü XI til.

pages 407—409

I Samuel.

I—XII.............. 220, suiv.

I................................................221

11, 1—10..................................221

II, 27, 28, 30..........................222

II I............................................222

III, 19—IV, 1........................223

IV—VI....................................223

I V............................................237

VI, 19—21..............................223

VII, 10, 11 ............................221

VII, 13; 15............................220

VIII—XII..............................223

VIII, 1—5..............................225

VIII, 5....................................220

VIII, 10—18......... 326, 249

VIII, 22a................................226

VIII, X, 17—27, XII. 224, suiv.

IX, 16; IX, 1—X, 16..........227

X, 1, 6, 7 ........... 227, 236

X, 17........................................226

X, 17—24................................227

XI :..........................................228

XI, 6........................................236

XI I..........................................227

XII, 3 :....................................271

XII, 7—9; 10—22 ................226

XII, 17, sniv............................224

XIII—XXXI ........ 228—232

XIII, 8—15 ..........................229

XIII, 8—15............................230


-ocr page 290-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS GET OUVBAGE.

276

XIII, 19—22 ..........................220

XV, 17—20; 22 ....................230

XVI, 1—13; 14—23..............231

XVI, 12..................................372

XVII, XVIII........... • 231

XIX, 18—24...........................232

XX, 14—16............................232

XXIII, 9 suiv........................237

XXIII, 16—18......................232

XXIV......................................237

XXIV, 21, 22 ........................232

XXVI......................................237

XXVIII..................................232

XXVIII, 6..............................237

XXX, 6 suiv............................237

I.........

I I........

II—V, 3 . .

III, 33, 34

IV, 9, 10 .

V, VI

II Samuel.

......................237

......................237

......................237

......................237

......................237

vt, 6,7.......223

YII ....................................238

VIII, IX: X—XII................239

XIII—XX..............................240

XX I........................................3 54

XXI, 1—14; 15—22..............240

XXI I........................................240

XXII, 21—24 ........................241

XXII I......................................241

XXI V............... 154, 241

1 I£ois.

I, II, III...........

III, 2—4............

IV—VIII...........

VIII, 14—21; 22—53 VIII, 23—25 ........

VIII, 28—30 ........

IX, 3—9...........

IX, 10—X, 29 ......

X, 9

.. 247

. . 247

. . 248

.. 248

.. 249

.. 250

... 251

. . 252 252

Xï, 1—8............. 246, 253

XI, 9—13................................253

XI, 14—22; 23—25; 26—40 254

XI, 29—39..............................242

XI, 35, 36; 38, 39 ................255

XII, 15....................................253

XII, 21—24 ............................254

XII, 25—XIV, 20 ................255

XII, 26—33 ..........................255

XIII........................................255

XIV, 22, 23, 24 ....................256

XIV, 25—28 ..........................375

XV, 3—5; 25—31 ................256

XV, 33—XVI, 7....................257

XYI, 8—14; 15—20; 21—28 257

XVI, 30—33 ..........................358

XVII, 1..................................258

XVIII, 10, 17, 18 ................258

XVIII, 20—40 ......................260

XX, XXI................................358

XXI, 25, 26; 27—29 ............259

XXII, 1—40; 41—51............261

XXII, 5, 8; 27 ......................258

11 Kois.

III, 2, 3; 9—20 .......... 261

VIII, 16—29 ............. 262

IX, X, XI, XII.......... 263

X, 28, 29 ................ 361

X, 28—30................ 262

XIV, 6.................. 274

XV, 34 .................. 328

XVI, 1—4............... 328

XVI, 10—16......•..... 48, 328

XVII, 1—7; 8—23........ 264

XYII, 13; 14; 19; 20, 21; 23;

24,—41 .;.......... 265

XVII, 7; 8; 9; 10; 16; 17. 373 XVIII—XX ............. 365

XVIII, 3, 4............................267

X VIII, 5—7..........................266

XVIII, 13—XIX, 37 ... . 266

XVIII, 22, 26 ........................190

XVIII, 33—35 ......................188

XX, 5; 12—19........... 266

XXI, 1—18.............. 267

XXI, 10—13............. 368

XXII, 1—XXIII, 35 ..........242

XXII, 1—XXIII, 30 ..........268

XXII, 8—10..........................331

XXII, 11, 12..........................334

XXII, 16—20 ............ 242

XXIII, 1—3 ............. 312

XXIII, 4................. 329

XXIII, 25 ........... 242, 267


-ocr page 291-

IiISTE DES PASSAGES CITÉS DANS CET OUVRAGE.

377

XXIII, 26, 27 ........ 242, 268

XXIV, 19, 30 ........................268

XXV........................................269

XXV, 27—30 ........................242

I C\'lii\'oiiitjiics.

V, 27—VI, 66........................376

IX, 10—34 ..............................376

XV, XVI; XXIII—XXVI. 376

II Cliroiiiques.

III, 1 ......................................290

V—VII....................................376

XII, 1—12..............................375

XIII, 1—20 ............................375

XIII, 4—12............................378

XIV, 8—14............................375

XV ........................................375

XX, 1—30 ..............................376

XXIV, 2................................263

XXIV, 23, 24 ......................376

XXV; XXIX—XXXI..........376

XXIX, 5—11..........................379

XXXI; XXXII; XXXIV;

XXXV....................................376

Ssdras.

II; III......................................376

IV, 3........................................356

V, 1, 2....................................103

VI............................................376

VII, 14....................................361

IX, 6—15................................380

IX, X......................................407

X..............................................376

Néhémie.

VII; VIII............................376

VIII, 9—12............................362

X—XII....................................376

XII............................................376

XIII, 15, 16............................314

Esther.

page X

Job.

page 109

I, 6, 11, 21 ..........

II, 5, 9, 10..........

IV, 7, 8 .............

V, 17................

IX, 2, 3.............

XIII, 26............

XIII, 28—XIV, 4 .. . .

XVI, 12—17.........

XXI ................

XXI, 7—13..........

XXI, 17—21.........

XXI, 22.............

XXI, 23—26; 34......

XXII, 4, 5...........

XXXI, 13—15........

XXXII—XXXVII....

XXXVIII, XXXIX...

XXXIX, 34, 35.......

XXXIX, 37, 38.......

XL, XLI ............

XL1I, 2—6 ..........

XLII, 5, 6...........

XL1I, 12—17.........

IPsanmes,

page XIII

I................... 382, 383

I, 4..................... 399

X, 4.................... 383

XI V............. 187, 882, 383

XV ................. 382, 388

XVII, 14, 15............. 385

XIX, 2—7............... 383

XIX, 8—15 \'.......... 382, 384

XXII, 9................. 385

XXIV, 3, 4.............. 388

XXIV, 1—6.............. 382

XXXII.................. 382

XXXIV.................. 382

XXXIV, 12, 13........... 388

XXXIV, 20—23 .......... 385

XXXV I.................. 385

XXXVI I..... 109, 187, 382, 385

XXXVIII, 5............. 387

XL, 7 ................... 385

XLIX............... 382, 385

L.................... 382, 384

... 404

... 404

. . . 153

... 405

... 396

... 396

.. . 396

... 396

... 186

... 398

... 399

... 401

... 399

... 397

... 406

... 406

... 401

... 402

394, 402

... 403

... 394

... 403

... 405


-ocr page 292-

278

LI ............

387

LI 18 ........

383

LUI.............

LVIII 11 ......

187,

382,

383 3S6

LXVI 13 15 .

385

LXIX 23—39 ...

386

LXIX 31, 32____

383

LXX1I1 109, LX X III 16......

185,

CQ

GO CC

383 398

LXXVIII .......

382,

383

XCI XCII

383

XCII 8—16 .....

385

XCIV

385

Cl .........

382

CIII, 13.........

TT

12

CIV .........

383

CV CVI.........

382

383

CIX ........

386

cx ........

TT

152

CXII ......

382

CXIV, CXIX ____

389.

383

cxxxv

383

CXXXVI

384

CXXXVII 86 ..

386

CXXX1X .....

382

CXL 10 12

386

CXL, 13, ,14......

385

I\'roverbes.

I—IX ...................

1,7.................. 389,

I, 8, 9...................

II, G, 7, 9; 16 suiv........

V.......................

V, 15—19................

VI, 1—5; 6-11; 12—15 . . VI, 16—19; 20—35; 39—35 VII; VIII, 22—31........

IX, 10...................

X, 1—XXII, 16..........

X, 3, 27, 29 .............

XI, 1. 20 ................

XIV, 2...................

XIV, 21 .................

XV, 3, 8, 16.............

XXII, J7—XXIV, 23.....

XXII, 19 ................

XXIV, 33—34............

XXV—XXIX........ 390,

XXX....................

391 391 393 393 393 393 391 393 393 389 389 389 389

389

390 390 390 390

390

391 390

XXX, 5.................. 390

XXX, 7—9 .............. 391

XXXI, 1—9; 10—31...... 390

Bcclésiaste.

p. 388

Cantique des Cantiques.

p. 380

ICsaïe.

I—XII, XIV, 34—37,XVII—XX, XX, 11-XXIII, XXVIII-XXXI, [XXXII, XXXIII], XXXVII,

31—35 ...............p- 43 60

I, 3..................... 59

I, 5, 6................... 46

I, 10—17.............. 46, 47

I, 10—20 ................ 330

I, 12; 13i................ 47

I, 156.................... 48

I, 17..................... 49

I, 21.................... 59

I, 29................... 54, 57

I, 31..................... 49

II—I.V................... 54

II,2— 4.................. 58

II, 3..................... 60

II, 6—8................ 54, 57

II, 7..................... 49

II, 8, 20................. 55

II, 11.................... 55

II, 11—16................ 50

II, 17-30.............. 55, 57

II, 33.................... 51

III, 16 suiv............... 50

V, 1, 2, 4................ 59

V, 1, 3................ 45, 86

V 7..................... 45

V^ 9..................... 50

V, 11, 12; 21, 23......... 51

V, 24................... 54

VI, 5.................... 49

VI, 5—7................. 196

VI, 8................. • • ■ 43

VI, 8 suiv................ 28

VI, 9—13................ 103

VII..................... 53

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS GET OUVBAGE.


-ocr page 293-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS GET OTJVEAGE.

279

VII, 94.................. 51

VII, 13 .............. 53, 230

VII, 14...............II, 205

VIII, 1, 2............. 48, 64

VIII, 19................. 57

X, 10, 11.............. 55, 57

X, 16, 17................ 44

X, 20.................... 51

X, 26.................... 59

XI, 12................ 58, 129

XI, 16................... 59

XIII, 1—XIV, 27....... 124

XV, XVI............. 10, 97

XVII, 7; 10............. 57

XI X.................... 48

XIX, 1.................. 55

XIX, 1, 3................ 57

XIX, 19................. 48

XIX, 19—21, 23; 24, 25. . . 58 XIX, 23, 24 ............ 170

XXI, 1—10.............. 124

XXII, 11................ 51

XXIV—XXVII ...... 123, 124

XXIV, 1. 2; 34........... 123

XXIV, 6; 21—23......... 124

XXV, 1, 2; 9; 10—12 .... 123

XXV, 6, 7.............. 124

XXVI, 5, 6.............. 123

XX VI, 1,2; 11,12; 15,16; 14,19 124

XXVI, 19................ 155

XXVII, 2, 3; 9 .......... 124

XXVIII, 9, 10 ........ 53, 230

XXVIII, 16.............. 60

XXVIII, 21.............. 59 :

XXIX, 13, 14a.......... 7, 49

XXIX, 15............. 52, 230

XXIX, 18, 19.......... II, 205

XXX.................... 51

XXX, 2, 9, 10 ...... 51, 52, 230

XXX, 15................. 59

XXX, 22................. 57

XXX, 27, 28. 30 .......... 44

XXXI, 1................. 51

XXXI, 7............... 55, 57

XXXIII, 14.............. 44

XXXIII, 22.............. 57

XXXIV, XXXV .. 124, 125, ]30

XXXV, 5, 6............II, 205

XXXVI, 18—20 ....... 56, 188

XXXIX, 3............... 230

XL.................. 133—139

XL, 1, 2............. 128, 133

XLI............. 140, 141, 148

XLI, 8, 96............... 148

XLI, 14.................. 147

XLI, 18, 19.............. 129

XLII................ 141, 142

XL1I, 1—4........... 148, 149

XLII, 16—20......... 129, 130

XLIII................... 142

XLIII, 22—88 ............ 177

XLIV—XL VII........... 143

XLV, 11................II, 12

XL VIII........ 143—146, 155

XLIX—LIV ......... 146—155

XLIX, 14, 15 ............ 147

XLIX, 22................ 129

L, 4—6.................. 151

Lil, 13—LUI........ 148—155

LUI, 4................II, 205

LIV—LXVI......... 155—161

LIV, LV, LX, LXI....... 156

IjVI, 1, 2, 6A............. 157

LVI, 2, 4, 6............ 176

LVI, 7................... 158

LV1I, 13................. 158

IA\' III. 1............... 158

LVIII................... 178

LIX, 1 .................. 150

LIX, 8 .................. 142

LXII.................... 156

LXIII, 1—6.............. 157

LXIII, 7—LXVI, 24...159—16!

LXIII. 8; 16............II, 12

LXIV, 7................II, 12

Jérémie.

I, 4—7.................. 80

II, 5, 11, 20, 21.......... 89

II, 21.................... 86

III...................... 104

III, 4; 19...............II, 12

V, 1; 84, 9; 26—28 ....... 90

VI, 7.................... 90

VII................17-19, 90

VII, 1—11............... 230

VII, 5, 6, 11, 22, 23 ...... 90

VIII, 10................ 90

VIII, 11................ 82

IX, 2—6................. 90

IX, 23, 24 .............. 88, 89


-ocr page 294-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS CET OUVEAGE.

280

XI, 2—7.............

XVII, 19—27.......

XX, 7—18 ............ 80\' 1nn

XXI, 12............

XX.II, 2, 3..........

XXII, 13—17........

XXIII, 1—5.........

XXV, 3—7 .........

XXV, 8—11a........

XXVI, 9............

XXVI I............

XXVII I............

XXIX, 9................. »quot;f

XXX, 9.................. 84

XXX, 31—34...........II\'

XXXI. . .................82-85

XXXI, 9; 20...........II, 12

XXXI, 33................ 86

XLIV .............

LTLI.;;............. 125, 126

Lamentations.

380

.. . 105 101, 102 . . 99 . . . 113 99

VIII VIII, 1.......

XI, 24, 25.....

XII, 2, 3, 9, 25

XIII..........

XIV, 1.......

XIV, I—11 ... XIV, 12-20 . . XIV, 23......

XVI, 3; 6 ....

XVII, 12

page

Ezéchiel.

I................

II, III ............

II, 3; 5—8........

II, 5..............

III, 9, 26, 27......

HI, 23 ....................................{O5

a-2-3..................................Ill

... 99

... 99

... 99

..........82

... 99

... 108 . 106, 108

..........109

..... 113

99

XVIII............... 106—108

XVIII, 5—19 ............

................

XX,\'9,\' 14,quot; 22; 34—38; 44

XX, 38.................

XXII, 1—12; 25-29 .....

86, 87 . 89

90 90 95 95

94

95 , 222 . 97 80, 81

XXIII...................

XXIII, 5-10; 11—15..... 110

XXIV, 3................. 99

XXIV, 23 ............... Ijl

XXV—XXXII............ iio

XXXIII • • • • 103gt; 104 XXXIII—XL VIII 109, 115-119 XXXIII, 10—20 ...... 106, 109

XXXIII, 31—33.......... 113

XXXIV, 1-10........... iio

XXXVI, 204........... . ■ quot;O

XXXVI, 21—32....... m» iig

XXXVI, 31, 32........, . • 113

XX XVII, 1—14...... Hl, 117

XXXVII, 18.............. 99

XLIII, 3 ................ 105

TT,TV 4 ......... iUÖ

XL—XLVIIl\'.:. ■ • 118,119, 121

I.....................

II, 44, 45............

11, 46, 47 ................ 412

Daniel.

411

413

III

411

III, 22, 28, 29........................412

IV; V; VI..............................412

VII, 13, 14..............................413

IX, 4—19................................414

38

39

38 42

40

39

120 99 110 104 120

Osée.

i-in................. 30\' i*}

T Q .............. öi

I 10 . . ................II, 12

H 1 ............... 31, 34

11,1-3.................. II

S;\'quot;:25::;::;;;::;:::::: 11

II\' 9, 10............... 34, 35

II, 13; 14................ ™

II, 16-25.............. 32, 33

III,4. :................ 35,38

in, ....................... ; ;

IV, li, 2............... 37, 39

IV, 11—14..............

V, 6....................

VI, 6...................

VIII, 1.................

VIII, 4—6..............

VIII, 11—13fl...........


-ocr page 295-

LISTE DES PASSAGES CITES DANS CET OU Vil AGE.

281

VIII, 13................. 42

IX, 3—5............... 38, 42

X, 1«.................... 86

X, 1, 2................... 36

X, 2, 3.................. 38

X, 8..................... 38

XI, 1................42, II, 12

XI, 8, 9............... 41, 42

XI, 10, 11................ 42

XII, 2................... 41

XII, 4, 5 ................ 42

XIII, 4, 5............. 42

XIV..................... 41

XIV, 2.................. 39

«Toël.

v, 14.................. 15, 28

V, 21—23.............. 16, 23

V, 24.................. 15, 23

V, 25.................. is, 23

V, 26.................. 14, is

VI, 4—6; m, 13......... 14

VI, 66................... 15

VII, 2................... 13

VII, 10—17............

y II, 14, 15 ............

VIII, 2...........

VIII, 4—6..........

vm, ii, i2..........;

IX, lé—4; 5, 6 ........

IX, 76.................

IX, 86—15.............

24 20 15 14 27

27 26

28


I, 5; 1,0 ......

I, 13, 14 . .

II, 1......

II, 12.....

II, 12, 13a II, 136 ... II, 14; 17 .

II, 28—32.

6 7

0, 7 6

7

5, 6

8 7 9

10

III, 17. . . .

11

-A-bdias.

page 121 Jonas.

pages 171, 409

409 409

I, 3.. IV, 1, 2; 11


.A_inos.

I, II..................... 25

I, 2..................... 21

II, 4, 5................ 15, 28

II, 6i, 8................. 14

II, 7................ 14, 15, 21

II, 8..................... 21

H, 9—11................. 25

II, 11.................... 27

II, 12.................. 14, 20

III, 1, 2; 6............. 25

III, 9—15.............. 14 25

III, 11 .................. 15

IV, 1................... 14

IV, 4, 5 ............... 16, 22

IV, 6—11.............. 25, 26

IV, 13................... \'26

V, 4—6a ........... 13, 22, 23

V, 4..................... \'l8

V, 6................... 12, 28

V, 7, 10, 11«, m ........ 14

V, 8..................... 26

II.

Michée.

I, 36; 6, 7 ...........

II, 1, 2; 7; 12............

III, 1—3; 5—7; 9—11; 12

III, 7, 8.................

IV, V.........

IV, 5..........

VI, VII.............

VI, 3—5.................

VI, 6-8 ... •..............

VI, ]0—12; 13, 14........

61 61

61 64 61 62 61 63 62 61 61 63

71

72

75 75

VII, 2; 3; 11, 12; 18—20 . VII, 7—20...............

JV Jihuiti.

I, 1—8 III, 1.

I lllbllüllC,

I, 6—11.............

II, 4; 16; 18, 19; 20

19


-ocr page 296-

LISTE DES PASSAGES CUÉS DANS CET OTIVBAGE.

282

Sopbonie.

I, 4; 5; 6, 9............. 73

I, 8................... 73, 178

I, 12.................. 73, 187

III, 1; 2; 3; 4; 9—13 .... 73

III, 9; 10; 15............ 72

IV, 4.................... 78

Aggée.

pages 71, 72

I, 94..................... 162

I I....................... 163

II, 11—19................ 178

Zacharie.

I—VIII.............. 163—165

I, 2—6............... 163, 259

II I...................... 356

III, IV.................. 163

VII, VIII........... 164, 165

VII, 5, 6................ 178

VIII, 9.................. 163

VIII, 23 ............. 165, 409

IX—XI.................. 43

IX, 9..................II, 205

XII, XIV.............. 76—78

XII, 10.................. 78

XIII, 2—6............... 76

XIV, 9, 10............... 76

XIV, 20, 21.............. 47

Malacliie.

page 109

I, 2—5................... 165

I, 2i, 3a................. 166

I, 6....................II, 12

I, 6—II, 9........... 166, 167

1,11..................... 166

II, 10—16............ 166, 167

II, 10..................H, 12

II, 17.................... 167

III, 1—6................. 167

III, 7—12............ 167, 108

III, 10................... 178

III, 13—IV, 6............ 168

III, 14, 15............... 383

Matthieu.

I, II..................... 200

III, 1—10................ 6

III, 7—10................ 7

III, 10................... 9

III, 16, 17............... 201

III, 17................... I5

V—VII.................. 211

V, 3—12............... 12, 31

V, 8.............I, 316; II, IS

V, 13—16................ 31

V, 17—48................ 32

V, 20.................... 17

V, 23, 24 ................ 33

V, 32.................... 94

V, 43—45 ................ 29

V, 45................... 11

V, 48...................I, 199

VI, 1—6............... 32, 33

VI, 7—15................ 33

VI, 7................... 11

VI, 8.................. 11, 39

VI, 14, 15 ............... 32

VI, 16—18............. 32,33

VI, 19—21; 24........... 31

VI, 19, 20............... 39

VI, 21................... 40

VI, 30 .............. 30, 41, 42

VI, 32................... 11

VI, 33.................. 31

VII, 1—5; 12............ 32

VII. 21.................. 208

VII, 22, 23 .............. 199

VIII, 10................. 42

VIII, 12............ 14, 21, 34

VIII, 13................. 42

VIII, 23................. 12

VIII, 26................. 41

IX, 2—8..................................43

IX, 2......................................42

IX, 12......................................14

IX, 15......................................33

IX, 22; 29..............................42

IX, 37, 38 ............... 16

X, 18.................... 30

XI, 11................... 6

XI, 14................... 28

XI, 21................... 14

XI, 25................... 47

XII, 38—42 ............. 46


-ocr page 297-

LISTE DBS PASSAGES CITÉS DANS CET OUVKAGE.

283

XIII, 24—30 ..........................35

XIII, 44—46 ..........................12

XIII, 44..................................16

XIII, 53 suiv..........................13

XIV, 31..................................41

XV, 11....................................33

XV, 28....................................42

XVI, 8....................................42

XVI, 13—23..........................24

XVI, 24.............. 12, 113

XVII, 20................................41

XVIII, 6................................42

XVIII, 14..............................11

XVIII, 15—17 ......................20

XVIII, 19..............................37

XVIII, 23—35 ......................32

XVIII, 27 ..............................11

XIX, 9....................................94

XIX, 31..................................12

XX, 1—16..............................31

XXI, 1—7..............................205

XXI, 21..................................4]

XXI, 23....................................42

XXI, 23—26 ..........................46

XXI, 25 ............... 37, 42

XXI, 32..................................42

XXII, 2—14..........................10

XXII, 23—32 ........................19

XXII, 35—40 ........................28

XXII, 37—40 ...........I, 316

XXIII, 23..............................43

XXIII, 37, 38 ........................14

XXV, 24..................................88

XXVI, 36-39........................37

XXVII, 46..............................194

XXVIII, 19............................35

Mare.

1,1............................................197

I, 4....-....................................7

I, 8............................................9

1, 10, I]..................................301

I, 14, 15.............. 15, 197

I, 33................. 300, 206

II, 3—13.............. 43, 306

II, 18, 19...............I, 164

VI, 1 suiv................................13

VII, 15....................................33

VIII, 37—33 ..........................34

VIII, 31..................................37

IX, 42....................................42

X, 31 ..................I, 316

X, 38........................................37

XI, 1—7..................................305

XI, 27—33 ............................26

XIV, 22—35 ..........................37

XV, 34....................................194

XVI, 15..................................37

Luc.

I, II..........................................300

I, 1—4............... 195, 196

III, 7—14................................7

III, 21, 22 ..............................203

IV, 14 suiv..............................13

V, 17—36................................43

VII, 34; 48............................45

IX, 18—22..............................24

XII, 17—20; 50....................37

XIII, 35—37 ..........................199

XIV, 16—24..........................10

XIV, 32, 23............................11

XVI, 1—9..............................31

XVI, 31..................................90

XIX, 3....................................44

XIX, 28—35 ..........................205

XXI, 1—4..............................36

XXIV, 13—35........................204

XXIV, 13, 30, 33, 36, 50. . 212

Jean.

I, 12..........................................247

I, 14............. 239, 241, 246

I, 18................ 241, 247

I, 29................. 241, 350

I, 40....................................351

I, 40..........................................351

II, 1—10..................................347

II, 11; 18; 33 ........................239

II, 23, 24 ................................255

III, 2 ......................................239

III, 2 ............... 344, 247

III, 5 ......................................254

III, 6 ............... 244, 247

III, 16 .............. 247, 248

III, 19 .......... 234, 347, 249

IV, 14......................................248

IV, 23, 24 ..............................247

IV, 24............. I, p. XVII


-ocr page 298-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS CET OUVBAGE.

284

IV, 42................... 231

IV, 48; 54 ............... 239

VI, 2; 14; 26; 30 ........ 239

VI, 17—21............... 246

VI, 44................... 248

VI, 68................... 210

VII, 31.................. 239

VIII, 58 ................. 246

IX, 16................... 239

X, 41.................... 239

XI, 25, 26 .............. 247

XI, 47 ................... 239

XII, 18—37 .............. 239

XIII, 2—11.............. 245

XIII, 23 ................ 242

XIII, 35 ................. 249

XIV, 6 .......... 113, 243, 248

XIV, 9.................. 241

XIV, 16—19............. 242

XIV, 18, 19.............. 246

XV, 1—5................ 248

XV, 5................... 245

XV, 14, 15 .............. 242

XV, 19 .............. 247, 249

XVI, 12, 13.............. 242

XVII, 15; 17 ............ 249

XVII, 24 ................ 247

XIX, 11—16............. 246

XIX, 25—27 ......... 242, 253

XIX, 32 ................ 250

XIX, 35 ......... 241, 245, 246

XX, 4; 29 .............. 242

XX, 30 .............. 239, 240

XX, 31 .............. 240, 246

XXI, 15—17; 18; 22; 23; 24 243

IV, 8—12............... 220

IV, 12................... 263

IV, 35................... 217

V, 1—11; 12—16......... 216

V, 2; 3; 8............... 217

V, 12; 18; 25; 29......... 216

V, 17—42................ 217

V, 29—32 ............... 220

V, 39 .................... 227

VI, VII................. 226

VI, 1—6................. 218

VI, 4.................... 258

VI, 2—4; 5.............. 215

VII, 58 .................. 227

VIII, 1—3............... 227

VIII, 1; 5—13; 14—17 ... 226

VIII, 26—40 ......... 204, 226

I X....................... 213

IX, 1—16; 19—30 ........ 227

IX, 16................... 230

IX, 26—28 ............... 229

X ................... 226

XI, 1—18............... 226

XI, 1—8................. 317

XI, 17................... 326

XI, 19—26 ............... 327

XII; XIII, XIV.......... 328

XIII, 5; 14 suiv.; 46, 47 . . 59

XIII, 6—12; 44; 45; 49, 50 230

XIV, 1-3............... 328

XIV, 2; 19 20...\'......... 230

XV, 1—32............... 217

XV, 13—22; 20; 29....... 224

XV, 25, 26 ............... 329

XV, 28 .................. 331

XV, 29 .................. 261

XV, 36—XVIII, 22 ....... 238

XVI, 9, 10............... 328

XVI, 25—34 ............. 233

XVI, 31................. 158

XVII, 5; 13.............. 330

XVII, 22—31 ............ 333

XVII, 32 ................ 234

XVIII, 6; 12............. 230

XVIII, 22 ............... 329

XIX, 23—40 ............. 230

XXI, 17—20.............. 229

XXI, 17—27.............. 330

XXI, 27—XXVI.......... 330

XXVI, 1—24; 29 ......... 334

^ctes.

I, 2; 3—8; 9—11; 14; 15

21

212

I, 8...................

225

I, 12; 15—26..........

214

I, 14 .................

258

I 22 ...........

214,

9,15

II, 1—41; 42—47......

215

II, 14—36; 38—40 198;

220;

263

II, 39.................

223

II, 43 ..............

916

III ................

9,16

III, 12—26............

220

III, 25, 26 ............

225

IV, 1 31; 32........

216


-ocr page 299-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DANS CET OUVKAGE.

285

Kotnains,

I—III......................................59

I................................................74

I, 3..........................................94

I, 4..........................................82

I, 7.................... 53, 54

I, 8............................................49

I, 12..........................................50

I, 16..........................................59

I, 17.......... 61, 97, 159, 163

I, 18..........................................59

III, 20......................................92

III, 21—26..............................117

III, 25 ..................................74

III, 27 ....................................163

IV, 19, 20 ..............................65

IV, 24, 25 ............................91

V, 1..........................................61

V, 2; 5....................................91

V, 10.................. 66, 91

VI............................................UI

VI, 1—11..............................91

VI, 1, 2............ 62, 80, 82

VI. 3, 4............... 63, 83

VI, 4........................................153

VI, 8........................................86

VI, 17—23............................75

VI, 19; 22..............................82

VII, 7, 8; 12; 13................100

VII, 22, 23 ............................165

VIII, 2..................................165

VIII, 3....................................115

VIII, 15, 16..........................65

VIII, 23..................................91

VIII, 24................................82

VIII, 28................I, 406

VIII, 32................................115

IX, 22—29 ..............................60

X, 9..........................................65

XI, 6 . . ...................................162

XII, 3......................................64

XIV, 1....................................64

XV, 16....................................82

I Oor int Mens.

I, 2 ................ 53, 54, 82

I, 8............................................70

I, 10—IV................................70

I, 13; 23 ................................71

I, 24..................... 72

I. 30................... 71, 82

II, 1...................... 73

II, 1, 2................... 85

II, 2; 11 ................. 71

III, 1..................... 64

III, 3.................. 54, 63

III, 10—15............ 70, 130

III, 11................... 257

III, 16, 17............... 62

IV, 16................... 72

V..................... 64, 74

V, 3—5.................. 72

VI, 1—9................. 74

VI, 9—11; 12—20........ 75

VI, 11................... 82

VI, 19................... 62

VII—X.................. 75

VII, 10, 11.............. 94

VII, 14.................. 82

IX. 10, 11 ............... 102

XI, 1, 2; 31.............. 72

XI, 2—16................ 76

XI, 17—34 ............. 76, 83

XI, 23—26 .............. 37

XII—XIV............. 76, 82

XII, 9................... 65

XIII, 2.................. 65

XIII, 13................. 76

XIV, 26 ............... 76, 83

XV................ 64, 76, 126

XV, 5—8................ 213

XV, 32.................. 77

II Corinthiens.

1,1 ..................... 53

I, 12—14; -23............. 72

I, 12 .................. 69, 82

I, 22 ................... 82

I, 24.................... 84

II, 14—17 ............... 72

III, 6.................. 101

III, 14..................I, 420

IV, 1 suiv................ 72

V, 17.................... 71

V, 18.................... 89

V, 19; 20, 21............. 79

VI, 3 suiv................ 72

VI, 16................... 62

VII, 1................... 82


-ocr page 300-

LISTE DES PASSAGES CITÉS DAKS CET OÜVEAGE.

286

VII, 10....................................81

X—XII....................................72

XI, 24—27..............................58

XII, 19-21............................80

I, 13.....

I, 16.....

II, 2—14.

II, 9.....

II, 11—14. II, 14

Galates.

........... 84

.......... 59, 90

............ 217

.......... 35, 58

............ 57

............ 55

II, 20................... 8, 65

III, 2............. 61, 102, 199

III, 3; 5................. 67

III, 24................... 101

IV, 4.................... 115

IV, 6.................... 65

IV, 5, 6................. 68

IV, 21—V, 2............. 68

V, 2.................. 54, 67

V, 6..................... 67

V, 13—25................ 68

V, 22 .................... 259

VI, 15................... 01

£2pliésiens.

I, 8—14; 15—23 ......... 109

I, 4..................... US

I, 7......... 110, 111, 115, 120

I, 15 .................... 107

I I....................... 109

II, 3..................... 108

II, 5; 8.......... 108, 109, 110

II, 10; 15................ HO

II I.................. HO, 120

III, 4 suiv............... 222

IV, 1................ 110, 115

IV, 13................... HO

IV, 14, 15 ............... 106

V, 2..................... HO

V, 8..................... 124

IPhllippiens.

I, 10; 27................. 115

II, 8..................... 188

II, 17.................... 134

III, 4—6; 7.............. 116

III, 8—12................................117

III, 12—14............................119

IV, 8........................................259

IV, 15—20..............................114

Colossiens.

I, 14; 25—29..........................120

II, 1—3; 4; 6........................120

II, 11; 12................................122

II, 16, 17; 22; 23................121

II, 18................ 121, 129

III, 1—14................................123

III, 5........................................259

I Tliessaloniciens.

I, 9, 10....................................124

IV, 1—12................................124

IV, 13—V, 11........................125

V, 4—11; 12—25..................124

II Thessaloniciens.

II..............................................126

II, 13........................................125

III, 6—12................................125

I Timotliée.

1,3; 4; 10; 18.............129

I, 15..........................................128

II, 5..........................128

III, 1-13; 15........................130

III, 16......................................128

IV, 1—10; 11......................129

IV, 2........................................129

IV, 6................ 129, 219

IV, 8...................I, 187

V, 5..........................................258

VI, 3 suiv................................129

II Timotliée.

129

II, 17, 18 . .

III, 14—17.

Tite.

II, 14.................... 131

III, 4—6, 7.............. 131


-ocr page 301-

LISIE DES PASSAGES CITÉS DANS CEI OUVB.AGE.

287

JPliilémon.

page 132

Hébreux.

I, 1—é; 5—14........................145

II, 1—5.............. 145, 160

II, 3........................................156

II, 4..........................................157

II, 6—18..................................146

II, 10........................................159

II, 16........................................143

II, 17, 18................................188

III, IV....................................146

III, 3—6..................................146

III, 14......................................160

IV, 3—10................................146

IV, 14—16..............................147

IV, 15............... 146, 147

V..............................................147

V, 1—3; 4—10......................147

V, 7, 8 ....................................188

V, 11—VI, 20........................147

VI, 4—6................................157

VII, 1—10; 11—17............147

VII, 18—28............................148

VII, 11, 18, 19, 25 ..............154

VIII, 1—IX, 14....................148

till, 8—12............................153

IX, 9; 14................................154

IX, 15—22; 23—28 ..............148

X, 1—10; 19—39..................149

X, 11—18................................153

X, 14........................................156

X, 15........................................153

X, 18........................................154

X, 32—39 ................................156

X, 38........................................159

XI.................. 149, 156

XI, 3; 17—19; 31................156

XII, XIII............................149

XII, 1......................................159

XII, 2............... 159, 188

XII, 3......................................159

XII, 14 ................................154

XIII, 7................................144

Jaccxies.

I, 1; 8 ..................................161 i I, 14, 15..................................163

i I, 17; 25; 27..........................165

I, 21..................................166

I, 21—25 ............ 165, 219

II, 8—13..................................165

II, 14—26................................6L

II, 15, 16................................163

11,18,19,26..........................164

II, 23......................................I, 9

II, 24........................................162

II, 26........................................258

III, 1................ 165, 167

III, 13 suiv............................166

IV, 1 suiv........ 163, 165, 166

IV, 4; 8..................................161

I i\'lerro.

I, 1; 2 ....................................170

I, 3—9; 14..............................171

II, 1—5; 9, 10......................172

III, 19 ....................................170

IV, 6........................................170

II Pierre.

I, 1 ..........................................172

I, 3—9....................................175

I, 12—15................................172

II..............................................173

III, 1—10............ 173, 174

III, 11—14............................175

I,

I,

i I, l\'

1,

II, II, II, II, II, II, II,

i II, II, II, I II,

I Jean.

1, 3................... 240

2................... 177,178

3.................. 177, 179

6.................. 176, 179

185 184

176 180 188 179

177

9.

1, 2...............

3..................

5..................

6..................

11.................

1 3.................

1 4................ 177, 180

1 5.................... 181

16, 17............ 177, 181

18—27................ 183

21.............. 180, 184


-ocr page 302-

hste des passages cités dans cet oüvrage.

11, 29................ls

III 1 ............ 183

nJ; l.............. • quot; 180, 182

ni, u..................

ni, i4...................

rv, i-6....... .........

TV o .....* • •

Rr\' Q................ 177\' quot;8

IV* ir,................... quot;a

ly\' -in............... 177, 180

vV .................... 253

V\' i............. 177, 178, 179

vj:::...........lcn

V, 10.....\'............

V, 20 .... ............

180 177 180 177 180

VI, 30; 27.......

185

186

II Jean.

4—65 7; 10, 11 ..

HI Jean.

page 186 Jude. page 17é -A.pocalypse.

II, 2 II, 9

V, 9

I, 6.

140

I 7. i o ............

TT 9 fi quot;iV ■ V»...... 138, 139

quot; 9\' ^ 1^-16..... 139

140 148 143

140 139

y\' 20................ quot;l^O

vi, 9-n\':

VII

VII, 14 \\

8\'quot; I3..................139

XII, 17................ ^

XIV, 1-5..... ........

XIV, 12.........................jff

i?411rXXI1\'6................138

4, 5 ......

XXI, 27........ ................Jl3

XXII, i4; 15....:;;;:;;;; JS


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-ocr page 304-

IISTE DES PASSAGES CITÉS DANS CET OTJVRAGE.

288

II, 29.................... 183

III, 1.................... 177

III, 2................ 180, 182

UI, 4....................\' 181

III, 9....... 175, 176, 179, 18é

III, 9. 10................ 181

UI, 11................... 182

UI, 14................... 180

IV, 1—6................. 183

IV, 3................ 177, 178

IV, 9.................... 178

IV, 15............... 177, 180

IV, 19..................I, 253

V, 1 ............. 177, 178, 179

V, 5..............■...... 180

V, 9..................... 177

V, 10.................... 180

V, 20.................... 177

VI, 20; 27............... 180

II Jean.

4-6; 7; 9 ............... 185

10, 11................... 186

III Jean.

page 186

«Tude.

page 174 -A-pocalypse.

I, 6...................... 140

I, 7; 18 ............. 138, 139

II, 2; 6; 14—16..... 139, 140

II, 9..................... 139

V, 9................. 139, 140

V, 10..................... 140

VI, 9—11................ 143

VII..................... 143

VII, 14.................. 140

XI, 8; 13............... 139

XII, 17.................. 141

XIV, 1—5............... 143

XIV, 13................. 141

XIX, 11—XXII, 6........ 138

XX, 4, 5 ................ 143

XXI, 27................. 141

XXII, 14; 15............. 141


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