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HISTOIRE
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D E
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PORT-ROIAL,
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Les Pieces renvo'iies a la fin de ce trot/ie*
m* Tome nt ft trouyent qu'd la fin du quA- trieme. |
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HISTOIftB
G E N E R A L E
D E
PORT-ROIAL
DEPUIS LA REFORME DE L'ABBAlE
-jufqu'a fon entiere definition.
TOME TROISIEM&
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A AMSTERDAM;
Chez JEAN VANDUREN*
■ M, Dgc, LYI,
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HISTOIRE
GENERALE
D E
PORT-ROIAL.
!
PREMIERE PARTIE.
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LIVRE HUITIEME.
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J
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. _ I e n n'etoir plus floriflant que la 1647.
tnaifon de Port-roialde Paris; mais la j. mere Angelique n'avoir pas perdu le t» mere An- fouvenir du monaftere des Champs |Cre?ourn'"i qu'elle avoir quirre. Elle avoir toujours p- R- des eu beaucoup de peine fur cela , furtoutrAreSeveqiis depuis que M. de S. Cyran lul eiir te-eniCC0.rde!:' moigne quil ne liu auroir pas con- |
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foms ill.
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A
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1 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAI."
feille d'abandonner fi facilement fon
ancien monaftere , & qu'il ne croioit (>as que les raifons de fame qu'elle
ui allegua , fuffent un motif fuffi- fant pour quitter un lieu ©u Dieu l'a- voit placee. » Ne vaut-il pas , lui dit* »» il a cette occafion , autant fervir Dieu »» dans l'infirmerie que dans i'Eglife, m quand il le veut 5 II n'y a point de »> prieres qui lui foient plus agreables » que celles qui fe font dans les fouf- w f ranees «. 11 l'exhorta enfuite a con- ferver cette maifon , lui faifant efpe- rer que Dieu y conduiroit un jour des amis pour U fervir. La mere Angelique conferva toil-
jours depuis, le defir de retourner dans cette chere folitude. C'eft pourquoi elle ne voulut jamais rien vendre de ce qu'elle y avoit lai(fe , quoiqu'on I3 preflat, en differences circonftances tres delicates &c ou elle fe trouvoit dans un grand befoin , de vendre les chaifes du Chceur & autres effets , dont elle eut pu tirer des fommes eonfiderables. C'eft a ce fujet, que M. de S. Gyran etant au bois de Vincennes , a fait dans fes points fur la pauvrete, une efpece de prediction fur ce qui eft arrive de- puis par rapport au retablilTement de P, R, des Champs, r
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T. Partis. Liv. Fill. 5
» Dieu , dit-il, fait avec les mai- ' « fons & les monafteres qu'il aime, « ce qu'il fait avec les perionnes qu'il » affectionne, & qui font dans 1'elec- »» tion. Il les ruine pour prevenir les »> vraies ruines, qai font celles de l'a- sj me , qu'elles cauferoient elles-me- » mes par un dereglement de difci- » pline , fi elles fubfiftoient plus long- » terns. L'efprit de pauvrete qui eft jj en un monaftere qu'on a rransfere « dans une ville, soppofe tant qu'il » peut a la ruine du monaftere qu'on » a laiffe aux champs , avec efperance " que Dieu qui habite encore avec « les Anges dans cette Eglife cham- " petre, y introduira un jour des per- « fonnes religieufes. Conferver le » dortoir a cette intention , en me- » prifant deux 011 trois mille ecus qu'on »j en peut retirer pour fubvenir aux » grandes neceffitcs de la maifon , eft » un grand temoignage que l'efprit de » pauvrete eft dans le cceur de ceux " qui le gouvernent & qui l'habitent. »» Cet elprit fait que Ton foutient » v6lontiers l'ceuvre de Dieu , & " qu'on a toujours deftein de lui refti- » tuer ce que Ton a ote aux champs « d'ou Ton s'eft retire , en donnant » moyen a quelques perfonnes reli- Aij
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4 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAtr
_ » gieufes de fe retirer en ce lieu , 8£
» en le confervant le plus qu'on pourra » en fon entier pour y aturer davan- » tage cec efprit. Dieu qui voit tout, v voit du Ciel cette difpofition du » coeur des religieufes ; & outre « l'exemption de l'amour de l'argent » qui s'y trouve , qui ne peut qu'etre » agreable a Dieu en des perfonnes qui » lux ont voue la pauvrete , il agree m beaucoup davantage le defir qu'elles » lui temoignent en confervant ainfi « fa maifon , qu'elle devienne un mo^ » naftere , pour expier par ce moien la » fame qu'elles croient avoir faite »> de l'avoir vraiment mine en fe retir- " rant a la ville. Il faut que la neceffite »j foit urgente pour donner droit aux jj religieufes de quitter la compagnie « des Anges , avec lefquels elles habi- jj toient & louoient Dieu dans un me- » me monaftere, Comme les Anges ne }y quittent jamais un lieu faint, que p> lorfque le commandement & l'in- » dignation de Dieu les y oblige , il » faut auffi a leur exemple ne le quit- >, ter jamais que par un manifefte » mouyement de Dieu. Les lieux les >» plus miferables , s'ils ne font pas » contagieux ou inhabitables , font v plus convenables a ceux qui fon? |
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I. Partis. Llv. Fill. $
k profeffion de vivre en pauvres. 1\ y » a peu de gens qui aiment mieux s'ex- » pofer a Pincommodite^ de la vie, » qu'au peche. lis ont la crainte de vi- » vre fans biens , & n'ont pas la crainte j) de vivre fans grace. Les ames qui » femblent a. Dieu, ont prefque toutes » une porte de derriere par laquelle 3> elles s'echapent. Outre le defir que la mere Angeli-
que avoit de retourner a P. R. des Champs pour reparer la faute (i) qu'el- le cro'foit avoir faite en quittant trop aifement ce monaftere , le nombre des religieufes etoit fi grand dans la maifon de Paris , qu'elle pouvoit a peine les contenir. C'eft pourquoi il paroiflbic neceftaire d'en transferer quelques- unes dans l'ancien monaftere. Elle tenta plufieurs fois d'en obtenir la permiffion de M. l'Archeveque , mais fes demar- ches furent pendant long-tems inutiles. Enfin le moment arrete par la Provi- dence arriva. La mere Angelique , fans fe lahTer abattre par les obftacles qu'on avoit mis jufqu'alors a fes pieux def- feins, ranimant fa foi , recommanda (') Voyez de quelle AbbelTe deGif, pour la
maniere elle parle de detoutner du deiTein qu'el-
cette faute dans la lettre le avoit de quitter Gif
310 T. 1. p.yoo. aMada- pour s'etablir a Paris,
pie deMornai Yilarceaux, A iij
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€ HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
(,*-]% l'affaire a Dieu , & fit faire des priereS
par la Communaute , fans lui dire autre chofe, finon que c'etoitpour une affaire qui regardoit la gloire de Dieu. Le Seigneur ecouta les gemiffemens de fes epoufes , & roucha tellement le cceur de M. de Gondi , que la mere Angelique lui ai'ant encore demande la permiilion fi long-tems refufee , il la lui accorda avec bonte. Ce fut le 27 de Juillet 1647 , que la mere An- gelique obtinc cette permiilion. Mais lorfqu'elle en fit part a la Communaute, qu'elle aflembla pour ce fujet , toutes les religieufes furent extremement tou- chees de cette nouvelle , jugeantbien qu'elle voudroit faire fa rendence or- dinaire a P. R. des Champs.Toutes fe jetterenc a fes pieds , la piiant avec larmes de les mener avec eile. M. de Paris , en permettant le retabliflTemenc de ce monaftere , mit cette condition , que les religieufes qui y feroient en- voiees ne feroient pas une Commu- naute particuliere , mais feroient tou- jours foumifes a la jurifdi<5tion de 1'Or- dinaire & a l'autorite de la meme AbbefTe que la maifon de Paris. La mere Angelique avoit fait un voi'age a P. R. des Champs en 1646 , avant que d'avoir obtenu la permiffion d'y |
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t. Partie. Liv. Fill. 7
transferer quelques religieufes (1). Elle
y arriva le 1 o Septembre , accompa- gnee de Madame le Maitre fa foeur , ( faeur Catherine de S. Jean) de Ma- dame d'Aumont , qui s'ctoit retiree cette annee a P. R. de Paris, de M. Singlin , & de M. Arnauld le Do&eur. Elle vit route la maifon qu'eU le trouva fort changee , principalement pour les jardins & les dehors.|» Elle y » etoit venue, dit M. le Maitre , ai'ant » concu depuis peu le deffein , felon » la proportion que M. Singlin lui " avoit faite , d'y faire revenir une " partie des religieufes de P. R. , & « caufe qu'elles etoient en tres grand « nombre. Sa refolution fut d'offrir » beaucoup cette affaire a Dieu,croi'ant " que peut-etre il avoit ete dans l'or- " dre de fa providence qu'elle quittat » ce monaftere , 011 elle fouffroit de » grandes incommodites , pour entrer => fous la conduite de M. de S. Cyran » & de M. Singlin , & renouveller » tout fon monaftere par l'efprit de " penitence , d'humilite , & de la pau- » vrete religieufe •, qu'enfuite Dieu , *> pour donner plus de cours ik. de re- »» putation a la conduite de fes deux v ferviteurs , ayoit attire plufieurs •(1) T. i. 1 I'attie, r. R:l. p. jij & fuiv.
A iiij
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8 HtSTOIRE DE PoRT-ROlAE.
iCa-j. " perfonnes dans cette folitude , Ie£
» quelles avoient encore rendu la mai- » fon plus logeable , & moins iujette » aux incommodites que les religieu- » fes y fouffroient auparavant (3). C'eft ainfi que la mere Angelique etu- dioit dans tous les evenemens de la vie , les defteins 8c la conduite admi- rable de Dieu. Si elle fit une faute en quittant P. R. des Champs en 1616 pour s'etablir a Paris , il faut avouer que cette faute eut d'heureufes fuites, par la liaifon qu'elle lui procura avec M. de S. Cyran & M. Singlin. La mere Angelique fit deux aiitres voyages a P. R. des Champs en I'annee 1647 , pour faire travailler aux reparations necef- faires, & mettre tout en etat de loger des religieufes. ------------ Elle y fut extremement edifiee de !a
K548. maniere dont les folitaires y fervoient
ia mere An. Dieu. » Dieu , dit- elle , (4) y eft tou- geiique fort „ jours mieux fervi qu'il ne le fera
ile P. R.. de ' *~» n. Ml J
l'iiis. » parmi nous. C eit une merveille de
« voir le filence , la modeftie & la de-
i) votion, meme des valets qui nous 3> prcparent les lieux avec une auilt w grande affection, que ii nous etions (3} Ces folitaires avoient pour fendre le lieu plus
deffcche lesmarais, don- fain,
ne un ecoulemcnt aux (4) Lettre & la Reine •aux, 8c releye les tetres, de Pglogne , T. I. p. 3 5 u
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I. Par tie. Llv. V1IL <?
fe des Anges qu'ils attendroient.
Malgre toute la diligence qu'on fit ,
les lieux ne purent etre difpofes que l'annee fuivante. Cet intervalle parut long a la mere Angelique , qui foupi- roit apres le moment auquel elle de- voit quitter le fejour de Paris , qui lui etoit devenu infupportable. » Je vous « confefte , Madame , dit-elle dans une lettre a la Reine de Pologne , du 29 O&obre 1647 , (5)^ qu'ilm'ennuie w beaucoup que le terns ne foit venu, » ne pouvant plus fouffrir Paris & le j» monde «. Elle en parle de 1* meme maniere dans plufieurs autres lettres & la meme Princefle. Enfin le moment fi defire arriva. Le jour du depart pour retourner dans une foli- tude d defiree fat fixe au 1 3 de Mai. M. le Cardinal de Retz , Coadjuteur de M. de Paris , vintla veille a lamai- fon de Paris, pour dire adieu a. la mere Angelique. II voulut voir aufli toutes les lilies
qui la devoient fuivre, & il leur donna fa benediction. Le lendemain 13 Mai 1648 , la mere Angelique & celles qui devoient l'accompagner , communie- rent a la premiere MelTe , enfuite elle «lit adieu a toutes les fours, qui fon- ji)T. 1. p>Ht. |
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10 IIlSTOrRE DE PoRT-RoVaE.
TTTjj doient en larmes. *> Pourquoi pleurez^
» vous, mes fceurs, leur dit-eile , ne « fant-il pas faire gaiement la volonte « de Dieu, & de bonne grace 5 II fane u plutot fe rejouir de ce qu'il fera « glorific comme je l'efpere , dans ce » retabliffement «. Elle fortit ainfi, laiflant la Communaute dansles pleurs, accompagnee de fept (6) religieufes de chocur , &: de deux converfes (7), & arriva a P. R. des Champs fur les deux heures apres midi. 1 1T. Ce fuc une joie univerfelle dans tout Anivee de je ajS flircollt pour les pauvres , d'ap-
la mere An- r ' r r r
clique i p. prendre que la mere Angelique reve-
Roiii des no[z a p. r# Jes Champs. La cour du Chimps. Ses n , ' i • \ r
uavauje. monaitere sen trouva remplie a Ion
arrivee. 11 y avoit entre autres de vieil- les femmes qui l'avoient vue autre- fois en ce lieu > & la confideroient comme leur mere & leur nourrice. Elles fe jettoient a fes pies, a fon cou, la ferroient entre leurs bras, ne pouvant afTezlui temoigner leur joie, &louoient («) Sceur Marguerite S. Luc , Midorge ; (cent
Angelique du S. Efprit, Anne de Sainte Gertrude ,. Girouft des Tournelles ; Robert; faur Madeleine fcur Marie de S. Louis, de Sainte Agnes , de Li- Bernard ; fecur Catherine gny. it S. Jean , Arn.ml.1 ; (7) Sceur Catherine de four Angelique de S. 1'Airomption , Gaillard ; 3can , Arnauid s foeur fceur Scholaftique dc Ssc |
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lUiibcth Madeleine de Baibo , Genin,
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T. Partie. Lip. VUl. 11
Dieu de ce qu'il leur rendoit leur bon- ~ ne mere. Lorfque la mere Angelique &c fes
compagnes furent arrives ores de 1'E- glife , elles trouverent les folitaires qui les artendoient devant la porte , un des Ecclefiartiques porrant la croix. Auffi- tot qu'elles furent entrees , ils entre- rent eux-memes clans 1'Eglife du de- hors , ou ils chanterent le Te Deum. Ce jour & les fuivans furent emploi'es a faire achever les ouvrages neceifaires pour la cloture ; &c le dimanche on commenca a chanter l'office a 1'Eglife , 8c a. mettre route chofe dans une exadte regularite. La mere Angelique travailla auffi-
tot a faire entrer fa petite communaute dans l'efprit & les difpofitions ou elle avoit vu autrefois dans le meme lieu un grand nombre de filles fous fa con- duite, & fous celle de la mere Agnes. Elle.prenoitplaifir a parler dela vertu & de la ferveur des premieres religieu- fesreformees : elle rapportoir des exem- ples merveilleux de leur amour pour la tauvrete, de leur mortification , de
eur fimplicite , de leur fi'ence, de leur recueillement. Comme une de fes ma- ximes etoit , qu'il faut prendre dans les commencemens les chofes le plus A vj
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TZ HtSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
hauc qu'il eft poflible , parce qu'on fe
relache toujours trop, routes fes pen- fees & tousfes defirsne tendoient qu'i etablir dans fon monaftere ce qui pou- voitetre de plus parfait touchant la pau- vrete , la fimplicite , la feparation du monde, le fdence, Punion entre les fours. Elle faifoit entendre a fes reli- gieufes , qu'elles devoient avoir de la ioie des petites incommodires qui fe rencontroient dans ce commencement ou Ton manquoit de beaucoup de cho- fes , fur-rout de logement, n'y ai'ant point encore de dortoir. Comroe elle donnoit toujours l'exemple en routes chofes, elle vouloit qu'il y eiir toujours fix ou fepr lirs dans fa chambre pour differenres perfonnes qui fe levoient a diverfes heures de la n.uit. Elle vouloit meme , lorfqu'elle etoit malade, &c qu'elle ne pouvoit aller a Marines , qu'une parrie des fours qui y alloient , fe vinffent chauffer au rerour dans fa chambre , lorfqu'il faifoir froid. Elle n'oublioit rien pour faire entrer fes re- ligieufes dans les memes fentimens ou euVetoit elle-meme ; &c pour leur inf- pirer un grand amour pour la pauvrete. Elle difoir qu'on n'etoir paspauvre pour en avoir fait le vceu, lorfqu'on ne man- quoit de rien •, 5c que fi une religieufe |
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I. Partij. Liv. Fill. ij
h'avoit une preparation de cceur a fouf- I(j o . frir le manquement de routes chafes , quandDieu le permettroit, elle fe mo- quoit de lui, &c n'accomplifloit nulle- ment fon voeu. Elle parloit fur ce fujet avec beaucoup de zele , afin que les re- ligieufes compriffent que fouvenron fe trompe , en s'imaginant qu'on a bien* de l'amour pour la pauvrete , quoi- qu'on ne l'ait que dans l'efprit en fpe- culation. Elle les exhortoit auffi a fe contenter en fante & en maladie des chofes les plus conformes a leur etat y fans fe rendre delicates ni difficiles en quoi que ce flit. Elle avoit d'ailleurs un grand foin des malades , & une fingu- liere attention pour que rien ne leur manquat. Pour donner quelque connoiiTance r vj
des inftru&ions que la mere Angelique |n fouafonj** |
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mere
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donnoit a fes religieufes fur le ulence, de la mi
fur le recueillement, fur la vigilance ,. AnselKiuc il faut rapporter ici un petit ecrit, que la mere Madeleine de fainte Agnes de Ligny nous i conferve. La mere Ange- lique le fit au commencement du reta- bliuement de P. R. des Champs, pour l'inftrucYion d'une four qu'elle avoit amende avec elle, (qui eft fans dome la four Madeleine de Ligny elle-me- jne) 8c qu'elle affe&ionnoit beaucoup. |
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14 HlSTOIRE DF. PoRT-RoYaI.
Cet Ecrit concient en abrege tout cc
que la mere Angelique difoit en gene- ral a fes religieufes. « Lorfqu'on fe fent foible dans la
>y verm , &c qu'on voit qu'on n'agic 5J pas dans les occasions avec la retenue » & la circonfpe&ion que doit em- » ploi'er une perfonne malade , il fe » faut reffbuvenir le plus qu'il eft poffi- » ble de fa foibleffe ; car on ne refTent n les maux de l'arrjf que par le reffou- » venir , & Ton ne fe garantit des chii- » res & des rechutes, que par la retraite » interieure, la feparation des objets- » & des rencontres qui nous afFoiblif- » fent, & par la retenue dans les oc- « cafions» en fe rappellant fa propre w mifere , pour s'humilier & fe reffou- » venir de Dieu, pour l'invoquer Sc « demander fon fecours , &pour avoir » un grand refpe£t en fa pretence , afin » de ne rien faire ni dire, qui foit in- » digne de fa majefte. » Le remede des ames eft de fe te-
» nir le plus qu'il eft poffible , en un » grand abaiffement devant Dieu , & j> fe confiderer comme pauvre & infir- » me, qui ne peut agir que par fa grace « & par la vertu de fon efprit; ccouter » toujours le prochain, & lui defcrer » »> autant qu'il eft poffible ; ne point |
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I. V arti i. Llv. Fill. 1$
» Faire d'avance qu'avec beaucoup de » circonfpedtion & de defiance de foi- » meme ; ne defirer point qu'on fuive » nos penfees. » II faut s'occuper pa"ifiblement aux
» chofes qui nous font commifes de la
» part de Dieu, & adorer en toutes les
»> rencontres les ordres de fa divine
» providence. II faut avoir une conti-
» nuelle attention au filence , ne par-
» ler que quand il eft: neceflaire ou
« utile , & examiner avec fidelite ,.
» avant que de parler, fi la neeeifite
» ou l'utilite nous y porte , &c dans le
» neceifaire ou l'utile ne rien meler de
» fuperflu. Il ne faut pas fe contenter
m d'avoir confident , avant que de par-
M ler , s'il etoit neceffaire , mais exa-
« miner encore apre-s , fi nous ne nous-
*> fommes point trompes , ou fi nous
5j> n'avons point excede , pour nous en
» humilier , & prier Dieu qu'il nous
» pardonne.
» Il ne faut point, fans une occa-
M fion extraordinaire, parler de foi, ni » a fon avantage , ni des avantages de » fes parens, ni de ceux d'autrui, ni de „ fes connoifTances, ni de ce qu'on a » vu au monde, des vanites, des gran- » deurs , des beaux lieux ,. ni de ce s> qu'on apprend du dehors, ni de ce |
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\6 HlSTOIRE DE PoR.T-R.OlAt.
» qui fe pa(Te dans le monaftere, enfin
» de rien d'inutile; puifque , felon la » parole du Fils de Dieu, on rendra » compte de route parole inutile. Et me- » me rout ce que deflus eft pire qu'inn- » tile , parcequ'il s'y rencontre fouvent » du menfonge , de la vanite, de la flat- » terie ou du mepris , de la fnrfifance , „ du jugement temeraire , de la pre- » fomption, & une fource de diftrac- » tions qui privent Tame de l'attenrion „ a Dieu , & de l'ondtion de fa grace. „ II fautetre tardif a parler, & prompt » a ecouter. Pone , Domine, cujlodiam » ori mco. , » Regarder fouvent Jefus-Chrift a
» la droite de fon pere, comme notre » Mediateur & notre Sauveur. Se re- » garder , par efperance & confiance „ en Dieu, comme un clu , & confi- ,, derer ce que Dieu a fait pour nous ,, en cette qualite : Omnia propter n electos. r, Prier Dieu fouvent par le gemiiTe-
„ ment du cceur, n'ayant point d'autre ,y remede pour remedier a tous nos „ maux & a toutes nos fecretes cupidi- » tes, que de les expofer a. la miferi- » corde de Dieu. Meprifer toutes les » chofes temporelles. » Nous avons un grand exemple
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I. Par tie. Liv. VI 11. 17
» dans l'Evangile,de la perte de Notre- "
» Seigneur Jefus-ChriftauTemple, de
» ne vaquer qu'aux chofes que le Pere
» defire de nous, &c ne chercher que*
»■ Jefus-Chrift , fans nous preffer , ni
« troubler de rien. S. Ambroife remar-
» que que la Ste Vierge flit reprife par
» ion Els de ce qu'elle recherchoit en-
» core quelque chofe d'humain en luir,
« au lieu qu'elle devoit adorer & fe
s> foumettre a Dieu dans l'abfence de
*" fon fxls , fans s'en tourmenter. Que
« s'il n'a pas ete permis a la Ste Vierge
» de travailler pour un fi faint fujet, de
« quoi nous fera-t-il permis de nous
» inquieter & de nous empreffer}
La Mere Angelique, en recomman-
dant ainfi la retraire 8c le fdence , ne recommandoit pas moins a fes Reli- gieufes d'etre difpofees a fortir de cette retraite pour fervir leurs fceurs, quand elles en avoient befoin. Elle les exlior- toit a avoir toujours un cceur ouvert , & une plenitude de bonne volonte pour s'affifter les unes les autres. Elle deliroit que chaque fceur eiit grande attention a remplir tous les devoirs de fon obeif- fance , & a ne manquer a rien ; mais en meme-tems elle vouloit qu'elle con- fident toutes les autres obeiffances , comme la fienne propre , quand on y |
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iS HlSTOIRE DE PORT-ROIAI.
avoit befoin de fon fecours , ou de
quelque chofe qui dependent d'elle , parceque la charite nous doit rendre toutes chofes communes. Elle leur di- foit qu'on pouvoit aufh bien fe rendre propnetaire de ce qui fervoit a fon of- fice , que de ce qu'on pouvoit avoir en fon pamculier. Elle ajoutoit qu'elle ne pouvoit fouffrir ces paroles fi eloigners de la vraie charite : Ceci eft a moi : Cela eft a nous j &c qu'elle auroit fouhaite qu'il n'y eut eu ni portes ni ferrures en aucun lieu de la maifon , arm que rien ne rut ferme , & que tout put fer- vir en commun a toutes les fceurs. En- fin elle vouloit qu'on ne refusat rien, a moins qu'il n'y eut une entiere impoffi- bilite de le donner. Elle fouffroit avec peine qu'on eut moins foin de confer- ver les chofes communes qui n'etoient pas de l'obei(Tance dont on etoit char- ge , que celles qui en etoient, ou dont on fe fervoit en fon particulier. Elle di- foit que cette unique negligence etoit une des caufes qui avoient introduit la propriete en beaucoup de maifons reli- gieufes , parceque les Superieures voyant le degat qui fe faifoit des har- des & autres chofes communes , avoient, pour y remedier , permis a leurs religieufes de garder chacunes en. |
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I. Part ie. Liv. FIJI. i9
leur particulier ce dont elles avoient J,(j48,~f befoin; & qu'enfuite on le demandoit aux parens , & qu'il n'y avoit plus de communaute & de pauvrete dans les monafteres. Elle deploroit beaucoup le malheur
de ces religieufes , qui avoient plus d'egard a Finteret qu'a leur vceu de pauvrete. Mais comme c'eft"une gran- de tentation dans les maifons qui font incommodees , elle exhortoit fes lilies pour n'y donneraucune entree,icon- ferver tous les meubles du monaftere avec autant de foin que les pauvres confervent ce qui leur appartient. Elle en donnoit encore une autre raifon, qui etoit que tout ce qui appartient aux maifons religieufes, eft un bien confa- cie a Dieu, & dont nous fommes obli- ges de donner aux pauvres tout ce qui nous refte & que nous poiiYons epar- gner, qu'ainfi on leur retranchoit tout ce qu'on laiflbit perdre ou gater par fa negligence. Tel fut l'efprit que la mere Angeli- v.
que etablit dans fon monaftere. Port-$s*™e™t* Ro'ial des Champs refleurit de nou- eiuc Abbcire veau, par la benediction que Dieu re- £°"e f*£°*" pandit fur les foins & les inftructions de cette AbbefTe , auxquelles les Reli- gieufes repondirentparfaitement.Com' |
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io HfSToiRE f>B Port-ho'iaZ.
'^4S. me ^es deux maifons devoient avoir la meme Superieure , elles concoururent Tune & l'autrea l'ele&ion. Ceftpour- quoi le fecond triennal de la mere An- gelique etant expire , M. de Ste Beuve ai'ant com million du Superieur , alia a P. R. des Champs le 29 Septembre 1648 recevoir les fuffrages des fceurs , & les porta cachetes du fceau de la mai- fon, pour les reprefenter a. l'eledion de la Superieure , qui fe fit au monaf- tere de Paris le Dimanche fuivant qua- tre d'Odtobre. La mere Angelique, qui etoit allee peu auparavant a Paris, fuc elue Abbefle , & continuee par une troifieme election. Pendant le fejour qu'elle fit dans
cette ville , elle eut la joie & la confo- lation d'y recevoir la mere des Anges, qui s'etant demife de fon abbai'e de MaubuiMon , revint le 10 Odobre de cette annee a P. R. de Paris. On a vu plus haut de quelle maniere la mere des Anges fut appellee a la conduite de l'abbai'e de Maubuiilon. U y auroit fujet de fe plaindre de nous, fi nous paffions fous filence les grands travaux & les fruits admirables que produifit le fa- fe gouvernement de cette fainte ab-
efle. (8) (*) On a publie dcpuis peu la yie de la mere dej
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I. Part ie. Llv. Vlll. zt
Lorfque la mere des Anges arriva a. Maubuiflon , elle trouva cette Abba'ie <lans un trifte etat, rant pour le tern- Etat je t4 porel, que pour le fpirituel: elle etoit niaiibn de •*• LI' J v o. J J • Maubuiflon,
accablee de proces & de dettes , quiiorfque a
montoient a 74000 liv. La nouvelle mere des An: Abbeffe mettant fa confiance en Dieu, poffeffion. sa fe propofa de reparer ces ruines par conduite. une entiere reforme : elle eut beau- coup a. fouffrir pour y parvenir , tant au dedans qu'au dehors , de la part ineme de ceux de qui elle devoir atten- dre du fe.cours pour 1'execution de fes louables deffeins. Mais elle etoit du nombre de ces juftes, qui felon Tex- fireflion de l'Ecriture , le jettent dans
e fein de la mifericorde de Dieu , comme dans une tres forte tour , & dont le coeur ne s'epouvante de rien , parcequ'il efpere au Seigneur. Dieu be> nit d'une maniere fi particuliere la fage conduite de la mere des Anges , qu'efie <ragna des la deuxieme annee de fon fejour a Maubuiflon , les 18 ancien- nes , donr plufieurs a peine connoif- foient Dieu. Elle avoit un talent ad- mirable pour la conduite des ames. Son cara&ere doux, gai, ouvert, pre* Anges, ecrite par la ce- elle eft divifee en deu«
lebte Euftoquie de Bregy, patties, dont la premier* £; revue pat M. Nicole ; avoit dejapaiu. |
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11 HlSTOIRF. DE PoRT-RO'lAI.
venanr, lui ouvroit, pour ainli dire ,
la porce de tous les cocurs , meme des plus durs. Elle fe regardoit comme chargee de routes les raures, les foi- blelTes & les langueurs des perfonnes qu'elle conduifoir Comme elle avoic un profond fentiment de la corruption naturelle de Thorn me , elle ne s'eton- noit point des effets qui en paroifToient dans les ames. Elle regardoit les pe- ches, les imperfections , les defauts , comme des maladies de perfonnes qui lui eroient cheres, & qui demandoient qu'elle donnat aux ames toute fa ten- dreflTe & les foins. Convaincue que Dieu feul pouvoit les guerir , elle l'en prioit fans ceflTe. Elle avoit une con- duite fi fimple & 11 droite , confor- mement a l'avis que S. Jean Climaque donne aux fupeneurs dans fa lettre au Pafteur,qu'elle rendoit fimples & fince- res les efpritsles plus artificieux. Sa cha- rite & fa follicitude s'etendoient parti- culierement a deux fortes de perfonnes , a celles qu'elle vo'ioit ctre dans l'abat- tement & la tentation, & a celles dans lefquelles elle retnarquoit que l'efprit de Dieu agiffoit pour les faire avancer dans le chemin de la perfection. A l'e- gard des premieres , la tendrelfe de la charite lui infpiroit une funte follici- |
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I. Part ie. Liv. VIII. 1$
tude , pour s'oppofer au deflein de l'en-
nemi dont elle connoiflbit les artifices : a legard des fecondes , la joie de la verite lui donnoit une fainte ardeur de fe rendre cooperatrice de Dieu. Jamais elle n'avoit cju'un but dans fes actions 8c dans fes paroles , c'etoit de fonder les ames dans la verite & dans la cha- rite. ion moyen etoit toujours droit, comme fon but etoit fimple. C'eft par cette conduite que la mere des Anges maintint la pnix dans une maifon aulli rrjublee que 1'etoit celle de Maubuif- fon , & qu'elle gagna a Dieu des ames qui en parouToient tres eioignees. La mere des Anges avoit obtenu de
Rome , par le credit de Madame de Longueviile, la permiflion de choifir un Vicaire ; & le J>. Pere lui donna de plus un fecond Bref pour fe fouftraire entierement a l'Ordre de Citeaux , 8c fe mettre fous la jurifdiction de l'Eve- que , en cas que cela rut utile pour le bien de la rerorme. La mere des An- ges ne fe fervit pas de la permiflion qui tui etoit accordee par ce fecond bref. Elle ne fit point non plus ufagc du pre- mier , quoiqu'elle l'eut demande , par- ce que M. de Citeaux avoit lui-meme donne M. Pelletier , Abbe de Foucar- monr, Provifeur du college des Ber- |
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*4 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt.
nardins , pour vicaire , avant qu'ort eut rec_u les expeditions de Rome, v 11. Quoique ce vicaire ne fur point re- on^j'ovkLT f°rm^ » ^ temoigna a la mere des An-
fcreformeies ges , qu'il donneroit la main a la refor- otofeffes? me* ^ur ces affurances , elle recut a l'epreuve des filles qu'elle formoit dans un efprit de recueillement, de piete , de fdence > & d'une regularite admi- rable. Mais fes foins pour les novices ne
diminuoient en rien celui qu'elle avoit pour le falur des anciennes. Elle prioit fans celfe pour elles, & tachoit de leur gagner le coeur par fes bons offices; elle les fervoit dans leurs maladies , les ex- hortoit , les inftruifoit, les conjuroit de fe donner a Dieu : fa charite ne fut pas fans fruir. Ces anciennes commen- cerent a penfer a elles , a temoigner plus de douceur, a parler plus modef- tement. La premiere chofe en quoi elle crutles devoir regler , fut dans ce qui regarde le culte de Dieu. Elle leur fie quitter la mauvaife habitude, dans la- quelle elles etoient de parler dans l'E- glife. Elle prit des mefures qui lui reuf- {irent, pour que l'orrlce divin fe fit de- cemment. Mais tout cela n'etoit encore que pour l'exterieur , & elle avoit tou.- jours en vue rejflTentiel, |
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I. Part ie. Uv. Fill. iy
Voiaiit que Dieu benifloit fes foins ,
clle penfa a etablir la communaute en deracinant la propriete. Pendant qu'elle travailloit a les y difpofer, la mort en enleva trois (les meres Brugelonhe > Defchevets & Defmarets) qui etoient fort fages , & avoient plus de difpofi- tion au bien que les autres : elles te- moignerent a la mere des Anges qu'el-* les etoient toutes pretes a faire ce qu'el- le leur ordonneroit pour leur falut. Comme la Prieure avoir du credit fur l'efprit des anciennes, & que d'ailleurs elle etoit prudente , la mere s'apliqua plus a elle qu'aux autres : elle l'inftrui- fk fur les devoirs d'une chretienne &c d'une religieufe,qu'elle ignoroit, quoi- qu'elle fut d'ailleurs de bonnes mceurs: elle lui reprefenta l'obligation pour une religieufed'etredepouilleedetout.Dieu accompagnant ces paroles exterieures , de I'on&ion interieure de fa grace , cette Prieure demeura perfuadee de la verite , & travailla a y faire entrer les autres , pendant que la mere des Anges redoubloit fes prieres. Enfin ces religieufes, apres fvxfemaines de com- bat , d'irrefolution , de deliberation, fe rendent & fe determinent a fuivre la Prieure dans fa bonne refolution , a 1'exception de trois , les meres Balin- Tome III. B |
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^6 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt.
courts, Lefcot, & du Meni , qui ne
pouvant s'y refoudre , demanderent a fortir •, mais les deux premieres fu- rent touchees de Dieu , 5c revinrenc quelque tems apres. Ces rrois religieufes etant forties ,
les autres frappees des inftructions de la mere des Anges , vinrent en pro- ceffion la trouver dans fa chambre , ai'ant a leur tete la Prieure , qui lui parla ainh" : » Madame , nous avons »» confident murement ce que vous »» avez eu la bonte de nous reprefen- « ter fur l'obligation que nous avons f de nous mettre en communaute : " nous voulons nous fauver ; c'eft » pourquoi nous nous y rendons , ef- s' perant que vous aurez toujours de m la charite pour nous. Voila , Mada- » me les cles de ma chambre «. Les autres firent la meme chofe, quel- ques-unes cependant avec vin peu de 1>eine, & en verfant des larmes, priant
a mere d'avoir pitic d'elles , &C de coniiderer leur vieillelle. La mere des Anges, comblee dejoie
du changement de ces religieufes, leur parla avee une bonte & une charite dont elles furent toutes charmees , & des le meme jour elle fut faire la vifite 4?s chambres, d'pii elle retira fargent. |
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I. Par. tie. Liv. Fill. 17
\q Iinge , & toures les autres chofes de
fervice , mais fans toucher a leur cabi- net ; & des le foir elle leur rendit leurs ■cles , avee permiflion de garder ce qu'elle leur laifToit. Cette indulgence les ravit, 6c leur fit voir que la mere ne cherchoit qu'a les fauver, & non a les dominer. Depuis ce jour elles fe rangerent au refedfcoire & aux autres obfervances avec beaucoup de docilite; peu apres elles reformerent leurs coef- fures: elles entrerent dans un efprit de foumiflion, qui les rendit capables d'e- tre inftruites, & de fortir de leur igno- rance -, elles devinrent douces , hum- bles^ petites comme des enfans. Enfin Dieu repandit tant de benedictions fur la conduite de la mere des Anges , que ces anciennes religieufes , qui etoient fans joug & fans connoiflance de la religion , furent veritablement con- verties. La mere des Anges ne pouvoit fe lafler de rendre graces a Dieu de cette faveur, & difoit fouvent que Dieu ne l'avoit envoi'ee a Maubuiflon , que pour cooperer a leur falut eternel. Elle eut la confolation de les voir routes ttes heureufement finir leur carriere , & de les affifter , (a l'exception de trois (9) a ce dernier paflage , avec le if) Ces tfois rcligieufes anciennes etoient lei mere*
Bij
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1.8 HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At;
zele & la tendreflTe d'une vraie mere.
La Prieure fut du nombre de celles qui Partieui'aii- expirerent entre les bras de cette cha- thdc uviesc ricable AbbelTe. Lorfqu'elle fut a l'ago- de la mote de . 1 . • , °.
la Prieure de me, elle pna la mere , qui ne la quit-
Maubuiflbn, tojt p0int Jg \al faire chanter le Credo tc dc quel- r ' ,
quet amres de la Mefle : apres qu on 1 eut chante,
seiigieufes ja mere jes Anges lui demanda li elle ne dehroit plus nen ; cette bonne hue repondit avec une joie extraordinaire, qu'elle defiroit qu'on chantat le Te J)turn ; auffitot la mere ordonna de le commencer; & comme Ton chantoit ces paroles : In te Domine fperavi, non confundar in aternum , elle mou- rut dans une grande confiance en Dieu. Cette Prieure etoit de la maifon de Cleri. C'etoit une fille fage , pru- dente, genereufe , qui avoir toujours conferve l'union dans fa maifon , 8c veille fur les mccurs de fes filles. Du tems de Madame d'Eftree , elle veilloit avec une follicitude continuelle fur les Religieufes , pour empecher la communication avec les gens de la Cour , dont la maifon etoit fans cede remplie , acaufe de Madame Gabrielle foeur de l'Abbelfe. Malgre fa vigilance , du Rochet , Ricanville cette Abbai'e. ElJes y mou-
<k Jolfelin , que la mere turent, comme les autre*,
des Anges lailu a Mau- dans de grands fentimen^
bujtfbfl locfqu'elle qujtta de fieri,
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t. Par tie. Liv. Fill. i$
tin feigneur envoi'e par Henri IV etant
un jour entre apres Complies dans le monaftere, trouva une religieufe , qu'il conduifit par force dans la grande falle ou etoit le Roi. La Prieure informee de cela par la fceur Ambroife , con- verfe afrldee , courur en diligence ac- compagnee de deux rehgieuf es , entra dans la falle ou etoit le Roi fans le fa- luer, & fit enlever fa religieufe qui ne faifoit que d'entrer. Le Roi fur etonne du courage de cette bonne Prieure , qui lui dit d'un ton ferme : » N'etes-vous point honteux , Sire » » de troubler ainii des religieufes , » vous qui devriez donner l'exemple » a la Cour , & empecher les defor- » dres «< ? On peut juger par ce trair, du caraftere de cette fille, qui quoi- qu'elle fat dans une grande ignorance des devoirs de la vie chretienne &c re- ligieufe , avant qu'elle eut re^u les inf- trudtions de la mere des Anges , main- tenoit le bon ordre avec tant de fer- mete. La fceur Ambroife , converfe, qui avoir aide la mere Prieure a con- ferver la maifon , & qui l'avoit imitee dans fa docilitc a entrer dans le bien, mourut peu de terns apres elle, agee de 101 ans. La mere Terrier, qui avoit toujours ete unie a la Prieure , & qui |
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50 HlSTOIRE t>E PoRT-ROlAt.
etoit entree dans la reforme , non paf
ur.e fimple foumiffion, mais par un de- fir iincere de fe fauver , Sc par un dif- cernement qui lui faifoit connoitre &c aimer le bien , fur du nombre de celles qui eurent la confolation d'expirer en- tre les bras de la fainte reformatnce. Pendant la maladie done elle mourut s ia focufCandide lui ai'ant parle de l'a- mour de Dieu , » Oh , ma foeur , re- pondit la mere Terrier, d'un ton qui difoit plus que fes paroles , » qu'il ell » rare! que e'eft une chofe rare que »> d'avoir un amour de Dieu qui loir. w pur ! On necomprendgueresceque " e'eft que d'aimer Dieu , 8c Ton croit « l'aimer , lorfque dans la verite on « n'aime que foi-meme. Que le pur « amour de Dieu eft une chofe rare I « La mort douce & tranquille de certe bonne mere , qui arriva peu de jours apres cet entretien , donne jufte fujet de croire qu'elle etoit embrafee de ce feu divin. rx. La benediction de Dieu fur le gou- ajC-M>Ibie d" vernement de la mere des Anges , fe
u mete la montra d'une maniere extraordinaire Sc"c" dans la conversion d'une ancienne , nominee la mere la Serre , qui avoic
ete la confidente de Madame d'Eftree.. Ce coup miraculeux de la drake du |
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1. PARTIE. Llv. FIJI. $ 1
Tout-PuifTant fut un fujet d'admiration
pour tous ceux qui connoifloient le ca-
radtere violent & hautain de cette fillc
hardie & feroce. Un Jeudi faint, a'iant
fait fortir deux fois du choeur la fceur
Candide qu'elle avoit fouvent maltrai-
tee de paroles , dans le deflein de lui
faire fatisfaction , deux fois elle lui
tourna le dos , & rentra fans lui rien
dire. La mere des Anges , penetree , fe
mit a prier Dieu pour elle avec tant
de ferveur, que la mere de la Serre ,
alors vraiment touchee , fit fortir du
choeur pour la troifieme fois la foeur
qu'elle avoit offenfee , fe jetta a. fes
pies , les embrafla fondant en larmes ,
& lui dit : Je fids une miferable , ma
file , pardonne^-moi. J'ai tant de fois
peche contre vous : je vous ai dejirl la
mort. Me pardonne^-vous , afin que jt
puiffe communkr (i o) > Depuis ce jour ,
jufqu'au dernier foupir, la mere de la.
Serre fut entierement changee. Elle ne
fit plus autre chofe durant les deux
dernieres annees qu'elle vecut encore
apres cet heureux changement , que
d'examiner fa confidence, confefler fes
peches, 6c les pleurer. Son changement
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C'eft ce qu'on ne peut ni
blamer, ni ptopofer pout cxemple. B iv
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(io^ On eft etonne de
▼ oir cette religieufe com- Biuaier fi preinptemenc |
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}Z HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt?
fut fi prodigieux, que la dependance »
la douceur, l'abailfement, fembloient lui etre des chofes naturelles. Elle n'a- voit plus de peine a obeir : elle etoic paifible ; elle ne demandoit & ne de- firoit plus rien : elle n'avoit plus aucun foin de fa fantc. Elle fe laillbit con- duire comme un enfant: elle recevoit fes befoins plus humblement que ne feroit un mandiant. Elle aima autaiu Ja foeur Candide qu'elle l'avoit hai'e; 8c elle prit une fi grande confiance en, elle , qu'elle lui communiquoit lcs cho- fes les plus fecretes de fa confidence. Enfin ce changement etoit fi vifible, que Madame de Longueville etant venue a Maubuifion , elle s'en appercut du premier regard , & dit tout bas : Que la mere de la Serre panic abaijjee ! Il eft vrai, Madame , lui dit la mere des Anges , Dieu lui a fait bien des graces. La Ducheffe s'etant enfuite fait raconter par la fceur Candide comment ce changement s'etoit fait, elle dit: En veriti , voila qui ejl merveilleux f Quoi ! cette hardie , cette infolente s cette fuperbe ! & regardant la mere des Anges , elle lui dit agreablement: Af~ furement, ma mere , vous faites ici de grands miracles ! Si vous continue^ , nous verrons Lien desmerve'Ulss. La mere |
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I. Par tie. Llv. VIII. 33
lui repondit: Madame , ceji Dim qui
fait tout. La mere des Anges ne borna pas fes x.
foins a ce qui regardoit le fpirituel <Sc AngeTpren le temporel de la maifon de Maubuif- connoiflana fon. EUe fe crut encore obligee en conf- villages' d« cience de prendre connoiflance de l'e- pendans de tat des villages , dont, en qualite d'ab- MaubuHFon berte , elle etoit haute jufticiere , & ou par confequent elle devoir mettre de bons officiers , baillifs , prevots , &c. Voulant s'aflurer de la probire & des bonnes moeurs de ceux qui occupoient ces charges, elle les fit venir les uns apres les autres. Elle leurparla avec une douceur 8c une fagefle qui les furprit , &c les remplit tous d'admiration &c de refpect. Elle leur declara qu'elle pre- tendoit a l'avenir prendre connoiflance de tout, pour etre en etat de faire les reglemens neceflaires. Elle s'informa comment l'ofrice divin etoit celebre dans les paroifles ■, ft la juftice etoic bien rendue. Je ne cherch* , ajouta- t-elle , que le bien general des villages, votre falut , & l'acquit de ma cons- cience. Beau modele a fuivre pour les feigneurs & les gros beneficiers ! Elle a travaille pendant j.o ans avec un zele infatigable , & un fucces extraordinai- re , a arraer par de fages reglemens le B v
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54 HlSTOIRE DE PoRT-RO'l'AE.
cours des defordres qui ne font que trop>
communs dans les paroilfes. En deux ans qu'elle s'y appliqua dans la baronie de Pfeaucourt, on vit la face de tout le pai's changer ; le bon ordre fut reta- bli par-tout, & chacun rappelie a fon devoir, plus paramour que par crainte. Le cure averriffoit le prevot de tous les defordres qu'il decouvroit; le prevot venoit fouvent trouver la mere des An- ges , pour lui en faire le rapport, & prendre avec elle les mefures necelfai- res. Par ce moi'en elle faifoir tellement regner le bon ordre, que dans les villa- ges de fa dependance on n'entendoic plus parler, ni d'ivrognes, ni de gens debauches, ni de jeunes gens faineans &: dcregles. S'il s'en trouvoit, elle y remedioit bientot. Depuis qu'elle eut etabli cette police , vingt ans s'ecoule- rent , fans qu'il arrivat ni vol > ni au- cun defordre confiderable. x r. Cette charitable mere entroit dans sa charite rous ]es b .~nns; elleredoubloit fes foins:
«.. & fa tendrelfe envers les pauvres, les. malades & les eftropies. Elle leur don-
noit du ble rous les mois, felon leur indigence & la charge de leur famille ;, quelquefois. meme tous les huit ou\ quinze jours. Les pauvres de la depen- «ance. de. l'Abbale etoientpreferes;. ejU |
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I. P ARTIE. Liv. rill. ff
le ne les foulageoit pas feulement par
elle-meme , elle emploioit encore la faveur de fes amis. Sa charite s'enflam- moit pour les veuves , les pauvres or- phelins & les enfans abandonnes , dont elle prenoit un foin parciculier. Le de- tail des aumones de cette mere des pau- vres feroit immenfe, & il n'eft pas pof- fible d'y entrer. Il fuffit de dire que fa charite s'etendoit a tour; qu'elle n'a- voit pas de plus grand defir , que celui de faire du bien aux indigens *, de plus grande joie que celle de leur donner abondamment. C'eft pour cela qu'elle epargnoit, jufqu'a retrancher ce qui lui etoit neceflaire. La mere des Anges avoit recu de xrr,
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ui);
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I'auteur de tout don parfait, un talent , Elle a.
admirable pour conloler les anhges)& lier pour con- calmer les efprits agites par les plus vio- r^er les affl^ lentes tentations. Une femme de Pon- toife , epoufe d'un nomme Andrieu , fergent de l'Abbai'e , etoit reduite a un tel defefpoir , qu'elle avoit achete de I'arfenic pour s'empoifonner; etant ve- nue a MaubuilTon , ai'ant dans fa poche- ce poifon , dont elle fe propofoit de fe: fervir a. fon retour pour s'oter la vie, elle eut le bonheur de voir la mere des An- ges. A-peinela mere eut-elleparleacerte; caavre miferabLe, que fon efprit s!a> |
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36 HlSTOIRE AE PoRT-ROi'AL,'
doucit •, elle lui ouvre fon coeur , lu!
decouvre le fujet He fa douieur & de fon defefpoir , & la refolution qu'elle avoic prife de s'empoifonner. La mere la con- fole , lui fait promettre d'etre trois jours fans s'occuper de fes peines, 8c lui dit qu'elle ofe efperer qu'elle rece- vra un prompt foulagement. La femme fe retire; la mere fe met en prieres : l'effet fuit immediatement : le mari, qui etoit alle en campagne pour trois jours , recoit une lumiere qui lui fail connoitre qu'il avoit mal fait de ne pas ajouter foi a l'avis que fa femme lui avoit donne. Il quitte fes affaires , re- vient a Pontoife , demande pardon a. fa femme des peines qu'il lui a occafion- nees, & met ordre a ce qu'elle lui avoit reprefente; enforte qu'avant la fin des trois jours du terme que la mere des Anges avoit marque a cette femme , elle fut entierement delivree de tous fes chagrins. La mere des Anges con- foloit ainii tant de perfonnes, qu'il fe repandit un bruit par-tout, que Mc de Maubuillbn confoloit & delivroit mi- raculeufement les afRiges. Une dame nommee le Gros , a aifure qu'aiant eu de 1'eau, dont la mere des Anges s'etoit lave les mains , cette eau avoit fait plu- iieurs miracles, dont elle apporca les |
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I. Partii. llv. Fill. 37
tertificats a la foeur Candide, qui les
tcfufa, fans favoir pourquoi. Un fait arrive a P. R. depuis fon retour n'cffi pas moins furprenant que ce que nous venons de dire. La petite Demoifelle Banatine avoit cte recue a P. R. pour y etre inftruite de la religion catholique. Monfieur fon pere 8c Madame fa mere l'aiant appris a leur retour d'Angleter- re , entrent dans une grande colere ; le Pere vient tout furieux au monaftere , & redemande fa fille. M. Singlin opine |
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u'il faut la rendre , n'etant pas en age
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e difpofer d'elle. Cependant, fi on la
remet entre les mains de ce pere hereti- que , on expofe le falut de cette pauvre enfant : Que faire ? on envoie la mere des Anges au parloir, ou elle trouve le pere encore plus furieux , a caufe du delai qu'on apportoit a lui rendre fa fille : il parle d'abord felon les mouve- mens de fa colere ; la mere des Anges lui repond. Aufii-t6t qu'elle a commen- ce de parler , ce furieux devient calme, ecoute les raifons, & fe retire fans faire aucune inftance pour avoir fa fille. La mere auffi zelee pour l'herefie que fon mari , le voiant de retour fans fa fille * fe fache , & lui parle arec adez demo- tion. « Que vou!iez-vous que je rifle, v repond le mari j on m.'a fait parler |
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28 HrSTOIRE DE PoRT-ROlAE."
» a une Dame , qui m'a tellement cal- » me & facisfait, que bien loin <ie lui » pouvoir orer ma fiile , je la lui clon- al nerois , 11 elle ne l'avoit pas, &c » qu'elle me la demandar. xiii. Ce fut du terns de la mere des An- dcux'l<rdi-deSes ' clue ^enx fameufes religieufes de
gieufes de Monrdidier furent introduites a Mau- S.ibuiiron Par m vifiteur.pouryenfei- gner, difoit il , les fecrets de la plus lublime oraifonTLa mere des Anges & la mere Angelique n'etoient pas aifez interieures au gre de ce vifiteur Sc des autres peres, &c ils leur reprochoienc fbuvent de ne connoitre d'autre per- fection que celle qui s'acquiert par la mortification des lens, & par la prati- que des bonnes oeuvres. La mere des Anges, qui avoir appris a P. R. a fe de- fter de route nouveaute, fit obferver de pres ces deux filles , & il fe trouva que lous un jargon de pur amour , d'anean- tilfement & de parfait depouillement, elles cachoient toutes les illufions 6c toutes les horreurs que l'Eglife a con- damnees dans Molinos. Elles etoient en effet de la fecte de ces illumines de Roye , qn'on nommoit les Guerrinets ,, dont le cardinal de Richelieu fit faire one fi exacte perquifition. La mere des Anges a'iant donni avis du peril o«l |
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I. Partie. Liv. VILI. ;<?
etoit fon monaftere , ces deuxreligieu-
fes furent renfermces tres-etroitement par ordre de la Cour, 8c le vifiteur eut bien de la peine a fe tirer lui-me- me d'afFaire. La mere des Anges avoit trouve dans x i v.
I'abbaie de Maubuiflon Mademoifelle ALnag«"efffc d'Orleans , fille naturelle de M. le due de faite r» de Longueville , qu'elle prit nn foin ^i^. particttlier de bien faire clever. Des tureiie de m. que cette fille eut atteint l'age d'etre t£^£' mife au noviciat & de prendre l'habit, elle le demanda. Ce ne fut qu'avec re- pugnance , 8c apres avoir pris confeil de la mere Angelique & de M. de faint Cyran , qu'elle lui donna l'habif. Le terns de la profellion etant arrive , elle la fit, au "rand regret de la mere des Anges , qui l'auroit empechee , fi elle. 1'eutpu. Si tot qu'elle fut profeiTe, elle commenca a vouloir faire l'abbefle dans fa chambre. La mere des Anges: diflimuloit prudemment tout cela. En- fin Madame de Longueville , plus par I'inftinct de fon mari que par le fien ,. vim a Maubuiflbn pour porter la mere des Anges a faire cette fille fa coad- jiitrice; mais cette duchefle y etanc tombee malade(n),elle fe fit tranfporter (ii) La Ret. de la mere Angelique , dit qu'eUs
Sciuba malade a MaubuilTou, & y muuiui. |
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AfO HlSTOIRE DE PORT-ROlAL.'
a Paris , ou elle mourut le 9 feptembre
1637. Apres fa mort, le due de Lon- gueville vine a Maubuiflbn avec I'eve- que de Lizieux, pour lui faire la meme priere. Mais la mere des Anges s'en excufa fur ce que fa confeience ne le lui permettoit pas , le fujet qu'on lui propofoit n'etant point capable de rem- plir cette dignite ; & elle re/ifta avec fermete au due de Longueville, & aux preflantes follicitations de 1'eveque de Lizieux : de force qu'on retira de Mau- buiflbn Mademoifelle d'Orleans , pour la conduire a Montivilliers,d'ou elle fut tiree pour etre abbefle de l'abbai'e de S. Pierre de Rheims; elle le fut enfuite de Maubuiflbn apres la mort de Ma- dame de la Roche, quifucceda imme- diatement a la mere des Anges, com- me Ton va voir. x v. La mere des Anges a'iant penfe de- la mere des vant D[en p[as ferieufemenr que ja-
Angesfe de- . ,.?,-. , , ,, ' r'
met de fon mais au peril de la charge, a 1 occahon
Aepai'e. jg certaines circonftances 011 elle fe trouvoit; & fe voi'ant reduite a agir fans confeil dans des chofes tres-impor- tantes, elle crut que Dieu agreeroir fa fortie de Maubuiflbn, & fa demillion de l'abbai'e. Ne l'ai'ant acceptee que par efprit d'obciflance & de dependance , elle youIuc fuivre le meme efprit pout |
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I. P A R t i e. Liv. Vlir. 41
s'en demettre, 8c ecrivit fur ce fujet a
la mere Angelique , qui l'exhorta a bien demander a Dieu qu'il lui fit la grace de connoitre fa volonte. Elle lui marquoit que fi elle perfiftoit dans fon delTein , elle avoit dans l'efprit une bonne religieufe fore vertueufe , fur laquelle en furete de confeience elle pourroit fe decharger de fa maifon. C'etoit la mere Suzanne du S. Efprit, Madame la Roche , abbelTe du Lieu- Dieua Beaune , religieufe de P. R. qui en avoit ete prieure, 8c en etoit fortie pour aller a Argenfoles avec 1'AbbelTe pour lui aider a raire fa reforme (u). La mere des Anges re$ut cette bonne nouvelle avec beaucoup de joie ; 8c M- Singlin etant venu au commence- ment de mai 1648 a Maubuilfon pour traiter de fa demiffion , elle fut con- clue. L'AbbelTe modera ii bien la joie ?u'elle en refTentoit, que M. Singlin ut etonne de la voir audi tranquille , que s'il cut traite avec elle d'une chofe indifterente. La mere des Anges dit de- puis a une Dame, que n'aiant accepte l'abbai'e de MaubuiiTon que par obeif- fance , elle avoit cm qu'elle la pouvoit quitter, aufli-tot que l'obeiflance ne (ii) Elle etablit elle- pofer , e'eft qu'elle ctoic
n.eme la reforme A Beau- fort an goiit des religieux,
ne. Ce qui engagea la & ainfi elle elperoit qu'Ut
mere Angelique a la pro- la fouiicndroient.
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Jfl HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl.*
s'y etoit plus oppofee , & que Dieu lui
avoit fait voir que c'etoit fa volonte » par l'agrement des perfonnes de qui elle prenoit avis. Aprcs cette demarche fecrette , 1'af-
faire fut mife, de l'avis de la mere des Anges , entre les mains des Peres de l'Ordre, qui fe porterent a la faire reu- ffir avec d'autant plus de zele , que la mere Suzanne leur etoit fort attachee. La mere donna fa demiilion par un acte authentique le 3 de mai ; les Abbes aiant recu cette demiffion, folliciterent & obtinrent bientot le brevet du Roi , & envoierent en cour de Rome le i j du meme mois. La premiere fignature fut donnee des le commencement de juin ; & le jour que cette date fe don- noit a Rome, la mere des Anges e^ant a 1'eglife en priere , Dieu lui fit con- noitre que fes dcfirs etoient accomplis , & qu'elle n'etoit plus abbefle. Tout ce qu'on a pu flavour de ce fait merveil- leux, c'eft qu'au fortir de la priere, la mere des Anges aiant rencontre la fceur Candide , elle lui dit; notre affaire ell faite a Rome. La fceur Candide eton- nee, l'aiant preffee de lui dire com- ment elle le pouvoit fa voir , le courier etant a peine arrive a Rome , elle lui dit : Dieu me I'a fait connoitre , ma file. Enfin forcee par l'importunite da* |
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I. P ARTIE. LlV. VIII. 4 J
la fceur Candide, elle lui dit « qu'e-
» rant devant le Saint Sacrement, Sc " priant Dieu pour le bon fucces de » l'affaire de Rome , Dieu lui avoit » fait connoitre qu'il l'avoit exaucee > » & qu'elle n'etoit plus abbefle , lui » otant fenfiblement I'efpric de fupe- » riorite. * Ce font fes termes ; elle n'en voulut pas dire davantage. Le me- me jour qu'elle rec.ut cette lumiere fi extraordinaire , elle changea tellement que c'etoit une autre perfonne , en forte que toutes les fceurs s'en appercu- rent & en furent allarmees. Mon pere , dirent-elles au vifiteur, dites-nous done ce qu'il y a ici; nous croions que Ion nous fait quelques affaires; notre mere n'agit plus a fon ordinaire ; tout lui eft fi indifferent, qu'il femble qu'elle n'eft plus abbeire. II y avoit effectivement une affaire bien trifle pour elles , & qui devoir leur faire repandre bien des larmes. Les expeditions de Rome ecant arri- x. v r.
vees , Madame du Lieu-Dieu fe rendit J^XSS au commencement d'oitobre a. Patis , des fiiies dc ou elle vit d'abord fes anus, puis &Z%f£& retira a l'abbaie de P. R. ou on ne la la dtmiifio* trouva pas telle qu'elle etoit , lorf- £, ^ "ew» qu elle en lortit. Le jour que la nou- velle abbeffe devoit arriver a Maubuif- |
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44 Histoirb tot Port-roi'aL.'
ion , la mere des Anges fie affemblef la communaute pour leur parler : auiH- t&r qu'elle eat annonce qu'elle leur donnoit une nouvelle mere, la com- munaute furprife au dernier point ne lui donna pas le terns d'en dire davan- tage •, routes les foeurs generalemenr setant profternees & fondant en lar- mes , crioient de toutes leurs forces : Ma mere , que vous avons-nous fait , pour nous traiter de la forte ? Nous vous demandons tres-humblement pardon , &c. En vain elle voulut leur parler, pour les appaifer ; tout ce qu'elle leur pouvoit dire, ne fervoit qu'a augmen- ter les cris & les pleurs de ces pauvres filles. Les foeurs converfes accourent au bruit , & aprenant de quoi il s'a- git, elles jettent les hauts cris , de- mandant pardon a la mere , & la priant dene les pas abandonner. Mais ce qu'ii y avoir de plus touchant , e'etoit les fept ou huit jeunes profeffes qui pTau- roient fans bruit, mais fi tendrement' qu'elles faifoient compaflion. Que ne nous di/ze^-vous cela avant que nous fffons profefpon , difoient - elles a la mete , qui ne pouvant tenir a un tel fpectacle , fe tira de la prefix?, & alia devant le S. Sacrement, laifTant route cette Communaute affligee dans les |
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t. P ART I E. Liv. Fill. 45
larnies, & l'irrefolution fur ce qu'eile
devoir faire. Une des anciennes , la. mere JoiTelin , agee de 80 ans , voiant le renverfement de la maifon, & en ai'ant appris la caufe , dans une douleur extreme , s'ecrioit: Madame nous va quitter? Elle couroit par la maifon > criarit a pleine tete : Merci dame! Ma- dame nous veut quitter. Apres avoir bien couru , elle vint trouver la mere des Anges , & lui dit: Quoi, Madame , \ous nous voule{ quitter ! vous me don- ne^ la mort. En effet, il lui prit le foir meme un grand friflon , avec une forte pleurene 5 & fon faififfement fat lei , qu'eile demeura trois jours fans parole , & on ne croioit pas qu'eile en revint. Lorfque la parole lui rut re- venue , la fceur Candide ai'ant voulu la confoler , elle ne voulut point ecou- ter fa confolation , & lui dit: Ah ! ma fille, je ne me confolerai jamais , Ma- ji&ne & toi m'ave^ donnl la mort au t'ceur. Les unes fe retiroient dans des greniers pour pleurer a leur aife; d'au- tres dans leurs chambres. Enfin c'etoit des pleurs & des cris fi horribles, qu'on les entendoit meme de la bafTe cour. Sur les quatre lieures apres midi ar- x v 1 r.
rive la nouvelle abbefle. Toutes les re- iaA"ouvci£ ligieufes, ou reofermees dans leurs Abbefle, |
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4^ HlSTOIRE DE PoRT-ROl'Ar,
chambres pour fe livrer a leur douleur„
ou difperfees de cote & d'autre dans la rnaifon, fans fcavoir quel parti pren- dre , refuferent d'aller avecla meredes Anges la recevoir. Eniin la mere prieu- re , a force de prieres & de raifons 5 fe lailfa gagner, & alia lui ouvrir la porte. Pas une des foeurs ne put fe refoudre a 1'aller faluer. Le lendemainla nouvelle abbefle prit pofleflion. Jamais cercmo- nie ne fut plus lugubre : apres la lecture de la bulle, il ne fut pas poflible de faire entonner le Te Deum a. la foeur prepofee pour cela : il fut dit d'une voix bafle , a peu pres comme un De profundis par quelques jeunes novices 8c profefTes, pendant que toutes les re- ligieufes fondoienten larmes. Le refte de la ceremonie fe palfa de meme ; & la nouvelle abbefle , toute confternee d'une pareille reception, fe mit a pleu- rer elle-meme, & s'evanouit; ce qui terminala ceremonie. Jamais il n'y eut rien de fi pitoiable que l'etat de cette maifon dans cette conjon£ture. Tout y etoit dans la confternation & dans une profonde triftefle. Le lendemain la mere des Anges pafla tout le jour a confoler les foeurs , & a les difpofer a aller rendre leurs devoirs a la nouvelle abbefle ; mais elle ne reuflit pas ce pre- |
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I. Par tie. Liv. Fill. 4r
tnier jour ; car elles etoient trop affli-
gees. Plufieurs en tomberent malades. La mere des Anges voi'ant que fon fe- jour a MaubuiiTon ne faifoir qu'aug- menter la douleur des fceurs , qui avoient encore un nouveau fujet d'af- flidtion de la voir meprifee par celle qui lui fuccedoit , penfa a quitter la maifon , & chargea la four Candide jd'ecrire a la mere Angelique , pour la |
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rier de l'envoier querir au plutot. Le
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ruit s'en etant repandu dans le pais ,
clle fut accablee de vifites. Toutes les communautes de Pontoife lui ecrivi- rent pour lui temoigner leur douleur, &c le regret qu'elles avoient de fon de- part. Meflieurs de ville vinrent lui ren- dre leur refpect, mais avec des repro- ches d'amitie de ce qu'elle les quit- toit, & difant francnement que s'ils 1'avoient fii, ils 1'auroient empeche. Mais il n'y eut rien de pareil a l'af- flidion des dames de Pontoife 8c des environs,quiregardoient toutes la mere oinme une fainte , & qui avoient cou- tume de venir fe confoler avec elle dans toutes leurs afflictions. Elles lui difoient avec une grande tendrefTe : „ Que ferons-nous a prefent , Madar r> me ■, vous etiez dans nos afflictions » route nptre afliftance 8c notre con- |
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'■43 HlSTOlRF. DE PoRT-ROlAI..'
w folation •, & des que vous nous avieZ
» parle , nous etions en paix ". En di- fant ces chofes & autres , toutes fon- doienc en larmes. A toutes ces vifites » fucceda un nouveau fpecStable encore plus touchant. Les pauvresqui s'etoient aflfembles en grande quantite le foir du dernier jour , fe jetterent en foule dans le parloir , pour avoir la benediction de la mere- Les uns crioient: Que firaije, aiant perdu ma mere } Q_ue feront mes pauvrts peats en fans, difoient d'autres ? Nous trouvions toujours notre bonne mere dans nos bejbint. Oil irons-nous > Notre bonne men ,pourquoi nous quitte^- vous ? II y a fix long-terns que vous nous nourijje^. Nousfoiumes vos enfans. Les cris des veuves, & les pleurs des or- phelins , furent fi grands , qu'ils pene- trerent le cceur de la mere , & lui fi- rent repandre des larmes ; ce qu'elle n'avoit point encore fait; & elle fortk ainfi du parloir. xviii. Apres tous ces trifles adieux, Ma- .Lj mste.(Jes dame de Chaze arriva fur le foir pour Angesrevient . . . „ i *
a p. r. de prendre la mere des Anges & la con-
Paru. duire a P. R. Sur les neuf heures du matin elle fortit de Maubuiflon , laif-
fant toutes ces pauvres filles dans une fi grande confternation , que quelques- unes s'evanouirent ■, la fievre, cm des vomifTemens
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I. P A r t i e. Liv. nil. 49
*omifTemens prirent a d'autres. Pen-
dant la route,elle fut dans un fi profond recueillement & un fi grand filence , qu'il fembloit qu'elle fur toujours en. oraifon. Ecant arrivee a Paris , elle s'arreta a l'Eglife de S. Jacques du Haut-pas pour faire fa priere fur le tombeau de M. de Saint Cyran , puis remonta en carofTe pour fe rendre a* P. R. ou elle arriva a fix heures du foir. La premiere chofe qu'elle fit, apres avoir fait fa priere a l'Eglife, fut de remettre a la M. Angelique tout ce qu'elle pouvoit avoir de particulier , jufqu'a un reliquaire , des ecrits de- piece , & autres petites chofes de de- votion , dont elle voulut fe defaire avant que de fe coucher , afin d'etre juuvre , & depouillee de tout. C'eft ainfi que la mere des Anges quitta MaubuifTon , ou elle avoit retabli * malgre toutes les traverfes qu'on lut fufcita , le veritable efprit de S. Ber- nard , qu'on y voit regner aujourd'hui par la fage conduite de la digne focur du grand Colbert. Apres avoir gou- verne ce celebre monaftere pendant n ans avec une fageffe dont la memoire s'y confervera eternellement, la mere des Ancres vint prendre a P. R. fon rang de fimple religieufe , &c deman- Tomc III, C |
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50 HlSTOIRE DE PoRf-ROlAt.
doit meme a y recommencer fort no*
viciat; de peur , difoir-elle , quaiant fi long-tems commande, elle n'eut ou- blie a obeir. » Si je la voulois croire , » difoit la mere Angelique parlant » d'elle a la foeur Candide , elle me „ fait des inftances ft preflantes pout » entrer au noviciat, que fi je voulois » lui donner le voile blanc , elle en fe- » roit ravie. Le fond de fon humilite » eft etonnant •, elle nous donne un » grand exemple.... Cela eft etrange » quelle foit revenue de cette grande » Abbai'e, 011 Ton recoit tant d'hon- » neurs, & ou il y a tant de fujets d'e- » levation , apres iz ans -de comman- » dement > fans avoir rien perdu de » cet efprit d'humilite, d'obeiftance , » de dependence & de detachement » d'une vraie novice , ou elle etoit » quand je l'y envoi'ai. Elle eft reve- « nue route telle, fans avoir rien pris *> du fafte de cette grande maifon , 8c »> fans que les grandes richefTes aient »? tant foit peu amoindri ou altereen » elle l'efprit de pauvrete... C'eft un »> miracle. Elle peut bien dire : La » grace de Dieu n'a pas ete vaine en „ moi «. La mere des Anges fut nean- tnoins mife au noviciat, non pour le recommencer, comme elle auroit fou- |
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I. Partie. Lev. VIII. 51
hake, mais pour aider la mere Agnes a
gouverner les novices ; & elle y refta jufqii'a. Pan 1654 qu'elle fut elue Ab- belfe, comme nous le verrons. ________
La mere Angelique , qui avoit de 1648.
nouveau ete elue Abbefle au mois d'Oc- x 1 x. tobre 1648 , ainfi que nous l'avons, Conduitede 1 • \ A « 1 ^1 la mere An-
rapporte , retourna a P. R. des Champs geiique pen-
le 1 i Novembrede la meme annee , & dant.la• «ueJ* re lT. , , , .re civile de
y pnt poliemon avec les ceremonies pans.
accoutumees , au grand contentement des religieufes. Jamais fa grande cha- rite , fa foi, & fa confiance en Dieu » (qui etoit, s'il eft permis de parler ainfi , fa vertu favorite) ne parurent avec plus d'eclat que fous ce troifieme triennal. Le feu de la guerre civile , qui s'alluma a Paris , lui en fournit Pocca- fion. La Cour ai'ant fait arreter Pierre BroulTel, Confeiller de Grand'-Cham- bre , & Rene Potiers de Blancmenil, deux des plus echauffes Frondeurs (13), le peuple fefouleva le 16 Aout 1648 , ce qui occafionna la Journee des barri- cades. Pour appaifer la revoke , la Reine fut obligee de remettre les pri- (ijJC'eft lenomqu'on ni dans cette occafion ,
donnoit aquelquesmem- ni dans aucun autre , le bres du Parlcment oppo- corps refpeaable du Par- ies aux volontis de la lement ne s'eft jamais Cour , ou plutot du mi- ecarte du refpeft & de la niilre. Nous difons quel- fidelite inviolable qui eft ques membres, patceque dueauRoi. C ij
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5Z HlSTOIRE D£ PoRT-Ro'lAt."
* , fonniers en liberte. Mais cetce mode-
ration n'etouffa pas la caufe du mal : il
refta un levain , qui eut encore de fa- cheufes fuites, & un feu cache , qui prit & fe communiqua meme dans les Provinces. Le Roi , la Reine & le Car- dinal Mazarin fortirent de Paris le 6 Janvier 1649 , alors la guerre civile s'alluma. Plufieurs Princes 8c Seigneurs tnecontens qui etoient raffembles a Paris, prirent les armes, &: voulant couvrir leur revoke du voile des inte- cets du Roi , ils declarerent qu'ils n'a- voient que celaen vue, & prirent pour devife dans leurs drapeaux, ces mots : Regem nojlrum qmrimus. Perfonne n'i- gnore les defordres qu'a coutume d'en- trainer la guerre civile. x x. Ce fiit ce qui donna lieu a la mere An- Jdfaueieprit geuclue de hgnaler fa charite. L'amour dans fon mo- du filence & de la retraite venoit de lui perr^nncs"ui ^aire fermer le parloir de fon nouveau viennent y monaftere; &c fa charite va lui en faire chercher un • i 1
•file. puvnr toutes les portes , pour donner
retraite a toutes fortes de perfonnes ,
qui venoient s'y refugier pour trouver un alile contre la violence du foldat. Madame Buloyer, voifme du monaf- tere , &c fort amie de la mere Ange- Uque, la pria de prendre dans fa mai- ibn pendant cette guerre, Madernoi-, |
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I. Pa *.ti*. Liv. Fill. 5 j
felle fa fille , qui y a ete depuis reli- — pieufe (14) & une autre jeune Demoi- felle de fes parentes, qui fe trouva alors chez elle , apprehendant pour ces jeu- nes filles les courfes des gens de guerre. Peu de terns apres , Madame Buloyer vint elle - mcme fe retirer a P. R. , amenant avec elle trois filles de fes fermiers, demandant inftamment qu'on les logeat au dehors du monaftere , afin de les preserver des perils. Elles y fu- rent quelques jours ; mais la mere An- gelique confiderant qu'elles n'y etoient pas aiTez furement, les fit entrer dans le dedans. Madame de Chiverny , Coadjutrice
de PAbbaie de l'Eau , Ordre de Ci- teaux , dans le Diocefe de Chartres , fe refugia dans le meme terns a P. R. avec une de fes religieufes. Quelquec religieufes de Gif, que l'Abbefle avoit laifTees dans un chateau en fe retirant a Chartres avec la plus grande partie de fa Communaute , ne fe croi'ant pas en furete dans ce lieu , ecrivirent a la mere Angelique , pour la prier de vouloir bien les recevoir. Non-feulement elle (14) Soeur Ftan;oife mourutle17Mai1tf79.il
louife de Sainte Claire, le y a eu une autre religieufe
Camus de Buloyer de Ro- de ce nom a P. R., qui y
mainville. Elle fit profef- mourut le 15 Janvier
£on le 1^ Aout i«i!>& i«4«.Henol.
C iij
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V
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C4 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
' 7771 y confenrit, mais elle lent envoi'a Ie
carofTe de M. d'Andilly pour les ame- ner, jugeant bien qu'elles n'auroient pas de commodites pour venir. Il n'en vint que trois , la mere d'Aligre , fille du Chancelier de ce nom , une an- cienne religieufe , qui etoit celeriere , 8c une autre jeune religieufe;elles ame- nerent avec elles une de leurs penflon- naires. La mere Angelique les recut avec toutes fortes de temoignages d'a- mitie. Elles eurent occafion , en eprou- vant la charite de la mere Angelique & de fes religieufes , de fe detromper de toutes les preventions qu'on leur avoit infpirees contre ce monaftere. Car la mere d'Aligre declara qu'on les avoit tellement pre venues contre P. R , qu'elles avoient eu peine a fe refoudre d'y venir, & que c'etoit ce qui en avoit empeche celles qui n'avoient pas voulu les fuivre. XXI. La charite de la mere Angelique n'e- la ^ere^An-toit Pas ktisfaite d'avoir re$u tant de
geiique en- perfonnes , qui s'etoient refugiees dans de"a campa- f°n nionaftere , pour y mettre leur vie sue. & leur honneur a. couvert, elle rendit encore de grands fervices aux gens de
la campagne (15). Ne pouvant les re- . (If) Vo'kz les lettres 404 , 407, 408 , 41) ,.
de la mere Angelique fur 414,416 , 414, w fujer, T. I, p. 401, |
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I. Par tib. Liv. VllT. 55
tirer eux-memes , elle recevoit tous ^ q leurs efFets, leurs vaches, leurs mou- tons, leurs poules , leurs coffres , leur ble, leur pain ; en un mot , tout ce qu'ils vouloient y mettre pour le ga- rantir des mains du foldat: l'Eglife etoit pleine de ces efFets , & les cours l'e- toient de betail : tout cela donnoit un travail exceflif aux religieufes , parce- que ces bonnes gens venoient a toute heure demander fans facon ce dont ils avoient befoin •, mais animee par l'e- xemple & les inftructions de leur digne Abbeile , elles prenoient cette peine avec joie. En vain on reprefenta a. la mere Angelique que c'etoit expofer fon monaftere au pillage , que d'y reeevoir les biens des paifans , parceque les Ca- pitaines de l'armee ne trouvant plus rien dans les villages , s'attaqueroient au monaftere od on les avoir retires •, que quelques Officiers s'en etoient deja expliques •, mais 1' Abbeflfe pleine de foi, s'elevant au-deflus des vues humaines, repondit avec fermete , que li le mo- naftere etoit pille pour avoir fait la charite , elle en auroit de la joie , & qu'ainfi elle ne manqueroit pas a ce qu'elle devoit a ces pauvres gens dans une telle occafion. On peut juger du cas que cette ame charitable faifoit des C iv
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r$6 HlSTOIRE £»E PoRT-RblAI.'
j^ „ biens temporels par la reponfe qu'elle fit a quelques fceurs , qui la preiroient de faire une cache pour mettre a cou- vert ce qu'il y avoit de plus beau a la facriftie : elle rcpondit froidement, qu'elle ne le foufrriroit jamais , parce- que ce feroit un fujet aux foldats de s'arreter davantage dans le monaftere pour y chercher ce qu'ils ne trouve- roient pas d'abord. xxii. Les campagnes etant defolees par la Cliarite de o 1 ••/• • / i
la mete An- guerre , oc les pailans ruines , le nom-
geli^ue re- bre des pauvres etoit prodigieux ; Sc
touipcnfee. / L t r /- tous neanmoins trouvoient des lecours
pour vivre, dans la charite de la mere Angelique , qui, fans inquietude pour le fendemain , leur faifqit diftribuer tout ce qui fe trouvoit dans la maifon , pain , vin , potages , legumes , &c. Elle avoit meme toujours 1'ceil & l'at- temion pour que ce qu'on leurdonnoit fiit bon ; & lorfqu'elle ne le trouvoit pas tel, elle demandoit aux cuifinieres comment elles avoientla confcience de donner aux pauvres ce qu'elles ne vou- droientpas manger elles-memes. Lorf- qu'elle voYoit les pauvres contens, elle difoit: » Dieu nous a fait aujourd'hui « la grace de faire ce qu'il ordonne »» dans fon Ecriture , de rejouir les en- x> trallhs du pauvrt. Les revenus d| |
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I. Par.tii. Liv. Fill. 57
I*. R. n'etoient certainement pas fuffi-"
fans pom- les immenfes charites que fit
cette mere des pauvres, mais Dieu re-
compenfa fa foi dans ce terns de guerre
Sc en plufieurs autres occafions, par des
affiftances qu'elle rec^ut de lui , & qui
pourroient pafTer pour miraculeufes.
On le vit particulierement dans une
rencontre , dont on a la relation ecrite
par la perfonne meme qui en fut temoin
oculaire. » L'annee 1649 , pendant la
» guerre de Paris , j'etois , dit la mere
« Angelique de S. Jean , a P. R. des
« Champs avec la mere Angelique.
» J'y fus temoin avec routes les autres
» de l'extteme charite qu'elle y a exer-
» cee en mille manieres , que je ne
» rapporte pas, parceque d'autres l'ont
» fait, ou le feront mieux que moi.
» Mais je ne puis me difpenfer de rap-
» porter une chofe, que plufieurs per-
» fonnes furent veritablement alors;
» mais je fuis feule qui en puifTe te-
» moigner , comme l'aiant vue , &
•i & qu'elle fe pafla devant moi, &
« que Madame DefTeaux (16) qui y
» etoit auffi , eft prefentement devant
» Dieu. Je n'y veux point donner de
(i«) Anne Paflart , Milon , morte i P. R.
veuve de M. DelTeaux , leij Aoflt iSji. NecreJ. aourgeois de la Fcrte- C Y
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53 HlSTOIRE DE PORT-ROIAE."
» nom. On l'appellera , fi Ton veur*
» effet de la Providence de Dieu , ou » miracle. Je dirai feulement ce qui fe »> pafla. » J'etois une apres-dine avec la mere
»> Angelique dans une petite chambre »> qu'on appelle de Sainte Monique » « aupres du feu : c'etoit le careme, » II je ne me trompe. Madame Def- v feaux, notre Tourriere , qui demeu- » roit pour lors dans la maifon , & m etoit au tour da dedans avec la Cel- » leriere , monta a cette chambre ou « nous etions , pour dire a la mere » qu'il y avoit au tour un pauvre hom- » me charge d'une famille dans une « extreme mifere , qui demandoit " qu'on raffiftat. La mere lui dit: » He bien , mafilh , que luipouvons- » nous fairel Qu'avons nous > Mada- »» me Deffeaux iui dit : Nous riavons « run. Quoi ! lui repliqua la mere, run m du tout 1 Nous avons, repondit Ma- »> dame Defleaux , une feule piece de " vingt-neuffols. Donne^-la , dit la » mere , ce fera quelque chofe pour ce » pauvre homme , & ce n 'eft rien pour » nous , car nous ne vivrons pas de » cela ; nousfommes accoutumees a de- » pendre de la providence de Dieu. Cela fut execute fur le champ fans replique% |
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I. Partii, Liv. V11L 59
« Au bout d'un quart-d'heure , Ma- il dame DefTeaux vint encore trouver »> la mere au meme lieu, d'ou nous « n'avions bouge, pour lui faire quel- » qu'autre menage du tour. Des que » la mere la vit, elle lui dit: He bien , « mafille-, notrc pauvre s'en eji-il alls w bien content > Elle repondit qu'oui , » &c qu'il avoit bien remercieDieude » la charite de la maifon. La mere lui 9> dit: Mais vous, que fere^-vous done > » car vous n'ave^ plus rien. Ma mere, »» repliqua Madame DelTeaux , vous 53 ave{ dit que la providence de Dieu y « pourvoiroit. » Dans ce moment la mere fe reflbu-
» vint qu'elle avoit quelque chofe , a. » quoi elle n'avoit pas penfe , 8c elle « ditti Me. DelTeaux : vraiment^je crois >} que je nefuis pasJl pauvre que je pen- t'jfois , & que je vous rendrai plus que » vous ne vene[ de donner au pauvre 53 homme. Je me fouviens qu'ily a quel- >3 que terns , on m'a donne deux rou- »3 leaux de petites pieces de cinq fols , » dont f'ai emploie I'un , & ilfaut que »3 j'aie encore I'autre quelque part. Elle 53 chercha aufli-tot devant nous dans »» fes poches, & en effet elle trouva ce t> petit rouleau. Bien-aife, elle l'ouvrit p promptement pour compter ce qu'il y C vi
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6C HlSTOIRE BE PoRT-tloi'Al.
» avoir. Aiaisii jamais on a vfx uneper-
» fonne furprife , ce fur elle , quand en >' depliant le papier , elle n'y trouva « que de Tor au lieu d'argenr. Je n'ai »jamais vu un pareil changernent dans » fon vifage. Car conrre fon humeur » qui lui rendoit toujours 1'efprit pre- » fenr a tour, 8c lui fourniflbit a l'inf- « rant des reponfes a routes chofes , » elle demeura dans une inrerdi&ion p> ft grande que , fans dire une parole, » & fans ofer mcme nous regarder, elle » rougit & baifla les yeux un peu de » terns, jufqu'a ce que nous , qui n'c- » tions gueres moins furprifes, la pref- j» fames de nous avouer que Dieu lui » avoit voulu rendre le centuple. Elle » nous dit alors qu'elle n'y comprenoit w rien ; en effet elle etoit fi interdite , - qu'elle ne fcavoir poinr encore com- » ment elle devoit nous rcpondre > «< pour nous oter l'opinion d'un mira- » cle. Nous demeurames d'accord que *» quoi que ce fur, il en falloit remer- » cier Dieu. Er je me fouviens que fon » embarras , & la confufion ou elle « eroir, me firent pi tie ; ce qui fit que »je n'ofai d'abord rrop la preffer de » parler , outre que j'etois meme dans » un certain etonnement, qui m'6ta la « liberte de fairequelque reflexion. Q% |
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t. P A R T I E. L'lV. Fill. 6i
i' compta done cet or , & il s'y trouva Y6a^
y> vingt-neuf demi-louis d'or, au lieu
» de la piece de vingt-neuf fols, &
"encore trois louis d'or par-deflus. .
» Voila dans l'exa&e verite comme la
»j chofe fe palfa. Quand la mere fut re-
m venue de fa furprife, nous la pref-
>» sames fort de parler. Alors elle re-
» prit fon afluranee ordinaire, & nous
53 dit qu'il ne falloir point tant fe met-
» tre en peine d'ou venoit cet or, qu'il
" falloit bien qu'on le lui eut donne ,
« & qu'elle l'eut oublie, puifqu'elle
» l'avoit trouve. Nous lui dimes qu'elle
» n'avoit pas oublie ces pieces de cinq
» fols , & que cela lui feroit bien aufll-
» tot demeure dans la memoire; qu'il
» n'etoit pas un terns , ou elle put tant
» garder d'or, ni qu'elle l'oubliat dan$
» le befoin ou Ton etoit d'argent a touts
» heure. A tout cela elle repondit qu'il
» falloit pourtant bien qu'elle l'eut, &c
» elle voulut meme commencer a. dire
» qu'elle avoit quelque idee qu'on lui
» avoit donne de Tor. Mais elle n'a-
» cheva pas , & on vit bien qu'elle
« craignoit de s'engager infenfiblement
„ a. dire quelque chofe de contraire X
w la verite. Nous lui dimes done qu'il
» falloit retroilver ces pieces de 5 fols »
» d ce ne les, etoit pas, Elle repondit
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t?l HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt."
» q*'il faudroit les chercher , parcel
» qu'elle etoit aflfuree deles avoir eues. » Mais jamais elles ne fe font trou- » vees , quel que foin qu'on ait pris de « les chercher, & jamais auffi on n'a » pu faire dire autre chofe a la mere. j> Son filence meme a ete une preuve, t> qu'elle n'en avoit point de fumfante, « pour nous 6ter l'opinion que Dieu » eut voulu recompenfer fa foi & fa » charite dans cette rencontre; & je » m'y confirme par ce qui m'arriva pen- » dant fa derniere maladie. Un jour » qu'elle etoit dans cet aflbupiflement » qui faifoit peine aux medecins, & u qu'ils vouloient qu'on combattit , » pour la reveiller je me mis a lui par- „ ler du miracle de la farine (17 ) & » de celui-ci. Elle me demanda a qui „ j'en avois de lui parler de cela. Je lui » dis que c'etoit parceque je fcavois „ que cela lui deplaifoit, & qu'a caufe » de cela elle s'en reveilleroit davan- „ tage; que quand je lui contois des » chofes plus agreables , elle s'endor- » moit, & qu'il faudroit bien qu'elle » me repondit , quand je lui deman- » derois ou elle avoit pris cet or. Elle (17) Vote la Xt Rel. farine qui fut changes eH
Ac la 1. Part. §. 3. T. 1. bonne, p. iyj. de la mauYaifc, |
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I. Par tie. Liv. Fill. 6$
* me repondit en fouriant, que j'etois "TiTT/"
« un vrai fatan , que je la laiifafTe en
»» repos. Si elle eutpu me detromper de
» cette erreur , je crois qu'elle l'auroit
» voulu faire , avant que de mourir;
« & ainfi je n'ai plus doute qu'elle n'ait
» cru la chofe veritable.
Telle eft la relation de l'un de ces xxirr.
evenemens extraordinaires , par lef- Soins 9ue Ir-.' i /> L i ptend la me-
quels Dieu a voulu en meme-tems re- te Angeiique
compenfer & ausmenter la foi de lades ,«Hgieu- r A ,- °r , • < , fes de P. R.
mere Angeiique. La chante de cette de Paris,
fainte Abbefle ne fe bornoit pas au monaftere , dans lequel elle fe trouvoit pendant les troubles de la guerre; celui de Paris la touchoit egalement, parce- qu'elle etoit la mere commune de tous les deux. Elle eut d'abord deflfein de faire venir les religieufes de Paris, qui n'etoient pas en furete dans le faux- bourg , & y avoient meme dela peine a vivre , dans la maifon de P. R. des Champs, ou il y avoir moins de dan- gers , & des vivres furfifamment pour les faire fubfifter. En confequence on travailla a tout preparer pour les loger. Mais depuis on jugea qu'il y auroit trop de peril a tranfporter des filles dans un tems ou il y avoit tout a craindre. M. de Bernieres, maitre des Reque- ues , fi connu pour fa charite envers Jesj |
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6\ HiSTOIRE DE PoRT-ROlAtr
pauvres & fon grand attachement potff
P. R. , ai'ant eu la bonte d'offrir une maifon qu'il avoir pres des grands Au- guftins , fur la paroifTe S. Andre , la mere Angelique (18) accepra cer offre , de l'avis de M. Singlin. Ainfi la mere Agnes, qui eroit alors Prieure, Mada- me dAumonr, plus de trente religieu- fes & quelques penfionnaires fortirent de P. R. le iz Janvier, etanr accom- pagnees de MM. le Nain & de Ber- nieres , qui les efcortoienr en robe de Palais , parceque la veille le peuple da fauxbourg ne les avoir pas voulu laiiler forrir. Il eft remarquable que rour cela fe fir dans an fi grand filence , que la pluparr des fceurs ne fcavoienrou elles alloient; il y en avoir qui croioient venir a P. R. des Champs , & elles ne furenr detrompees qu'en voi'ant prendre le chemin de la ville. En ar- tendanr qu'on etit poire quelques meu- bles a la maifon que Monfieur de Bernieres leur avoir pretee , il les me- na chez lui. Elles y pafterent tour le jour , y faifanr rous leurs exercices audi regulieremenr qu'il leur etoir poffible , difanr leur office toutes enfemble , & faifant leurs afliftances les unes apres les autres dans le cabinet de Madame OR) Voi'ez la lettre qu'elle cxrivit a la met*
Ajfflh fur ce twnfpoit, T. i. p. 405. |
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1. Pa rtit. Llv. Fill. <??
<le Bernieres , comme fi elles euftent ^ „
ete devant le S. Sacrement. Le refte du tems elles l'emploierent a faire pour les pauvres des chemifes que Madame de Bernieres leur donna. Sur le foir el- les fe rendirent dans la maifon , dont elles formerent aufTi-tot une efpece de monaftere avec cloture. Le lendemain M. de Bernieres vint
a la maifon , amenant avec lui M. le cure deS. Andre (19). La mere Agnes lui demanda permiffion d'y faire dire la melfe, ce qu'il accorda.Elle fit aufll- tot tapifier une des chambres d'enhaut, &c drefier un antel, ou on dit tous les jours la meue : les fetes & les diman- ches il y en avoit deux. Aupres de Tau- tel on fit un petit retranchement aveo des bancs, ce qui fervoit de chocur aux religieufes pour chanter Foftice, & etre plus feparees des perfonnes feculieres, qui y alfiftoient. M. de Ste Beuve y difoit tous les jours la mefle , & M. Singlin y venoit frequemment la dire. Ce der- nier prechoit auffi fouvent les fetes & dimanches •, & ces jours la, la petite chapejle etoit fipleine, qu'a peine pou- voit-on y trouver place. Plufieurs bon- (19) De Breda , Doc- prirent la defenfe de la
teur de Sorboane , l'un morale chretienne conttt
des Cures de Paris, qui, ceux qui la corrompoient.
quelques amices aptes, |
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G6 Histoire de Por.t-ro'i'ai..
nes religieufes , qui etoient forties de Ieur convent pour le meme fujet que celles de P. R. mais qui demeuroient chez leurs parens, venoient avec plaifir l'entendre (10). Bien loin que la regu- larite s'arFoiblit dans cette fituation, la fceur Agathe de Ste Marthe affure dans line relation, que quelques-unes etoient dans une plus grande mortification & exactitude , lorfqu'elles retournerent dans leur monaftere apres la paix, que lorfqu'elles en etoient forties. Ce fut le fruit des inftructions de la mere Agnes, qui etant au milieu de fes fil- les & les voiant de plus pies , s'appli- quoit avec encore plus de foin a les cor- nger de leurs defauts, & a les fake avancer dans la perfection. Elle leur parloit aux afTemblees & aux chapi- tres , qu'elle ne manquoit pas de tenir tous les jours , avec tant de ferveur & d'ondfcion , qu'elles en etoient toutes penetrees, & qu'elles en fortoient tou- jours avec une nouvelle ardeur pour (xo) Apres la guerre il rant de mener une vie
y en eut plufieurs qui , plus regulierc , la firent
edifices de ce qu'elles prier de les recevoir. Elle
avoient vii 8c cprouv6 en rejut un grand nom-
par elles-memes, ou dont bre de divers monafteres
elles 6toient informees & de divers ordres, qu'el-
par d'aurres de la charice le mit dans les deux rnai-
de la mere Angelique & fons.
lie fes religieufes, & deft- |
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I. Par tie. Llv. VIII. 67
pratiquer ce qu'elle leur enfeignoit. kj49.
Elle les exhortoit fouvent au fupport & a la tolerance qu'elles devoient avoir les unes pour les autres , &c dont elles avoient plus d'occafion en ce lieu, par- cequ'etant prefque toutes couchees dans la meme cnambre , elles ne pouvoient eviter de s'incommoder les unes les au- tres. Les lits etoient fi preflcs , qu'il n'y avoir qu'une petite place pour pafier entre deux ; & cette petite ruelle leur fervoit de cellule , ou elles etoient dans un auffi grand filence , que fi elles eutTenterc dans leur monaftere. Le jour de la fete des cinq plaies de notre-Sei- gneur , en leur expliquant cette antien- ne , his plagatusfum in dorno eorum qui mi diligebant; j'ai rec,u ces plaies dans la maifon de ceux qui m'aimoient; elle leur parla admirablement de la recon- noiflance 8c de la fidelite qu'elles de- voient a J. C. ,leur repreientant vive- ment qu'il etoit beaucoup plus touche des fautes des arnes qu'il a choifies par une mifericorde route particuliere pour etre fes epoufes, que de celles des au- tres , a qui il n'a pas temoigne tant d'amour. La plupart des fceurs anciennes xxrv. ,
. r r t , Mort de 13
etoient demeurees a I'. K. au tauxbourg faa[ Made-
S Jacques, parcequ'on avoir juge qu'qn j^jjj^" |
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6% 'HlSTOIRE DE PoRT-ROi'aiI.
j(j g ne devoir pas lailTer une maifon de
priere , fans qu'il y reftat qnelqu'un f>onr louer Dieu, & pour y continuer
es exercices de religion. On y laifTa done la four Marie des Anges Suireau, qui etoit revenu de Maubuiflon l'annee precedence , & la four Anne Eugenie de l'lncarnation , pour les gouverner. M. Singlin demeura dans cetre mai- fon , done le reglement ne fut alcere en rien , malgre les allannes conrinuelles qu'on leur donnoit. Au contraire , cela les portoic a recourir encore davantage a Dieu, a veiller fur elles-memes > & a perfeverer dans la priere & les peni- tences extraordinaires qu'elles faifoienr, ainfi que les deux autres maifons , pour appaifer la colere de Dieu. La four Madeleine Chriftine Arnauld , la plus jeune des fours de la mere Angelique, fur une de celles qui demeurerenc dans cette maifon. Elle avoit pris 1'habit de religieufe a P. R. des Champs a l'age de 15 ans en 1623 , 8c fait profellion en 1625. (21) Quelque ternsapres Dieu l'affligea d'une infirmite qui la rendoit incapable de fuivre les exercices regu- liers, pour lefquels elle avoit un grand zele, fur-toutpourl'officedivin. Mais (ti) Mem. 3 Part. VI Rel. T. 3. p. 48*. 487.
-*88, |
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1. Par tie. Llv. VlIT. 69
elle y fuppleoit, en emploi'ant la plus J(J' g" '
grande partie de la journee a des prieres particulieres. Elle ne fe lafloit point de faire de bonnes ledures , n'y cherchant autre chofe que de croitre en charite. Morte a tout ce qui ne regardoit pas le bien de fon ame , elle ne trouvoit de l'agrement que dans les chofes fain- tes. Son amour pour la mortification alloit jufqu'a. fe priver de voir Meflieurs fes freres, difant qu'elle les avoit quit- tes pour Dieu , &c qu'elle n'avoit pref-r que plus que cette privation a lui facri- fier. Sa foi lui faifoit regarder fes maux comme de grandes faveurs , & elle di- foit quelquefois a la foeur Madeleine de Ste Agnes de Ligni : Nefuis jtpas bknheureufc , ma foeur , & Dieu ne me fait-il pas beaucoup de graces de ce que je nefuis pas un ftul moment fans fouf- frir dans le corps & dans Vefprit \ Elle mourutdans ces faintes difpolitions le 3 fevrier 1649. Elle n'eut pas la con- solation de voir la mere Angelique , qui etoit alors a. P. R. des Champs. Les folitaires de ce defert rendirent
de grands fervices aux religieufes de P. R. pendant les troubles & les allar- mes que la guerre leur caufa , & ils f'u- rent comme les anges tutelaires de ces yierges chretiennes. Lorfqu'elles y re-? |
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70 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAr,.'
124a. vinrent l'annee precedente , ils avoient:
quitte le monaftere qu'ils habitoientau- paravant, & s'etoient retires aux gran- f;es. Ils en defcendirent alors pour veil-
er a, leur furete , & les mertre a 1'abri de rinililte du foldat. « Nos bons her- » mites ( 22 ), ditlamere Angelique, ecrivant a M. Maquet, apres que les troubles furent appaifes, avoient tous " repris leurs epees pour nous garder, » & ils ont fait de fi bonnes barrica- » des , qu'il etoit difficile de nous » forcer. » fxxv. _ II y avoir quelques-uns de ces foli- tcsL"/p"".'takes qui avoient eu autrefois des veiiiem a la charges dans les armees, ou ils s'etoient naliere "pTn- %nales par leur courage & leur valeur, dam la guer- $c qui pouvoient beaucoup fervir a la defenfe de l'abbai'e, en cas qu'il fut arrive quelque accident. Ils en forti- fierent les endroits par ou on pouvoit avoir plus facilement entree , & la gar- derent avec une vigilance continuelle ; &c pour le faire plus efficacement, & avec plus d'autorite , on deman- da a M. le Prince la permifllon de faire porter la livree de les gardes a. un de ces Meffieurs , qui etoit connu de fon AltefTe; ce qu'il accorda. Cette fage precaution ne fut pas inutile. Ce folir (il) Lettte 2.1*4, T, 1. p. 41.4,
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I. Parti e. Liv. Vlll. yx
take informe un jour qu'une troupe de----~-----'
foldars etoient venus a la ferme, & y 49'
commettoient des violences , y accou-
rut promptement, & arreta le defordre. Comme c'etoit un homme de condi- tion &c genereux , il leur park avec beaucoup d'autorite & dun ton de mat- ure , les menacant de les faire punir de leur infolence. Les foldats l'entendant parler de la forte , & vo'iant la livree du Prince , lui firent de grandes excu- fes , & fe retirerent. Lorfcjue les troubles furent appaifes, xxvt.
& que les religieufes , qui avoient , Le nombre quitte leur maifon du fauxoourg pour £Vtt% fe refugier a la ville , crurent pouvoir y mente- demeurer en furete ; elles y retourne- rent, le 5 de mars. Pour ce qui eft de celles de P. R. des Champs , la guerre etant finie par une amniftie que le Roi accorda , & qui fut veririee au Parle- ment le premier avril, elles recouvre- rent le repos & la tranquillite, etant delivrees de ce grand nombre de per- fonnes qu'elles avoient charitablement revues dans leur maifon, Et les foli- taires n'etant plus obliges de veiller i la garde du monaftere, & vo'iant le calme retabli, remonterent aux gran- ges pour fe remettre dans la retraite , d'ou la charite les avoit fait fortir. |
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71 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAE.
Dieu les recompenfa, en leur donnant
la confolation de voir augmenter tons les jours le nombre de ceux qui de- voient etre fauves , & qui a leur exem- ple quittoient tout pour fe livrer a la penitence. Dominus auurn augebat, qui Jalvi fierent quotidih in idipfutn. Des 1'annee precedente , ils avoient vu M. Bourgeois, dodeur en Theologie > qui avoir approuve le livre de la fre- quente communion, & l'avoit defendu a Rome avec tant de zele & tant de fageflfe , venir dans ce defert fe renou- veller par la penitence : ils avoient vu M. 1'Eveque, chantre & principal de Beauvais , recommandable par les lu- mieres & fa piete , y venir faire un re- nouvellement: ils avoient vuM.de la Petitiere , gentilhomme de Poitou , cclebre par fa valeur, convert! des Tan i<>4i , s'yretirer, apres avoir appris le metier de cordonnier : iLs avoient vu M. de Liancourt, premier gentilhom- me de la chambre, & M. de Chavigny miniftre d'Etat, venir repandre des lar- mes en leur prefence, & leur temoi- gner le defir qu'ils avoient de fe retirer de la cour , pour venir faire penitence avec eux. Ils avoient vu M. Charles y venir pour y pafTer le refte de fes jours. ,<!>) Aft. 4. $. 47,
Ils
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I. P ARTIE. L'lV. VIII. 7 J
lis virent cette annee M. de Bel-air
gentilhomme , M. Thomas Dufofle , 4
M. Akakia, bachelier en Thcologie ,
fils d'un celebre medecin de Pans »
M. Girouft, chanoine de S. Nicolas da
Louvre , M. de Belli, capitaine dans
un regiment, &c. ils virent, dis-je »
toutes ces perfonnes touchees de Dieu ,
venir a P. R. fe joindre a eux, pour;
embrafler la vie penitentej. Rienn'etoit
plus merveilleux que de voir cette
troupe d'hommes violens , felon l'ex-
preffion du Sauveur , qui fe retiroienc
ainfi dans la folitude pour ravir le
ciel.
» Ce que j'admirois en moi-meme xxvn.
» dans ces bons ferviteurs de Dieu, ufuTnt^f- »ditl'und'eux(i4) c'eftquelenombre foiblit Poillc » s'augmentoit tous les jours , & qu'on l^M noaM » ne voi'oit point arriver la neanmoins » le mal que produit d'ordinaire la mul- „ tiplication , qui eft le relachement. « Car on n'a qu'a ouvrir les yeux pour » voir ce qui eft arrive toils les jours &c » de tout tems dans l'Eglife en pene- » ral, & ce qui arrive dans les maifons » particulieres. Des que le nombre y » croit, la vertuy diminue. Cette pro- » pagation , qui etoit comme 1'erTet 8c » la recompenfe de la vertu, a detruit (14) Mem.deFont: T, i.p. 514 8c fuiv.
Tome III D
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74 Histoire de Port-roYal.*
> la vertu meme qui 1'avoit produite.
> On n'en a que trop d'exemples. Le
y bonheur des maifons faintes combat > en quelque forte contre elles-memes.
> La regularite y decroit , quand le
> nombre de ceux qui devroient la fou-
> tenir , s'augmente. La multitude des
» enfans tue fouvent la mere qui lesa » portes. Sa recondite ne fert qu'a l'af- foiblir. Quand on commence d'etre
riche des biens de la terre , on de- vient pauvre de ceux du ciel. Ainfi une maifon qui fleuriilbit en faintete depuis lojig-tems, devient en meme terns & plus grande &c plus petite qu'elle n'etoit; plus grande au de- hors , plus petite au dedans ; plus nombreufe , mais moins fainte. C'eft le defordre ordinaire que caufent les multiplications & les agrandilTemens dans les maifons religieufes, &c c'eft ce qu'on n'a point vu. dans P. R. des Champs. L'amour de la pauvrete a toujours ete comme 1'ame de la vertu qui y regnoit. Chaque nouveau fujet qui y entroit, en reveilloit le defir f>ar fon exemple. On y fliifoit revivre
e bonheur de la primitive eglife. On y vo'ioit refleurir cette fainte genero- iite dans tous ceux qui y embrafToient la penitence, qui fe privoient plus |
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I. Partii. Liv. VIII. 75
» feverementde I'ufaee des biens , que----"-----"
• r r " i r i x i I 6 4.9 •
" ceux qui ie lont engages ioiemnel- ^
» lement a. Ie faire. Nul membre ne u dementoit la beaute de tout le corps. » Quel etoit auffi , mon Dieu , con- xxvm.
" tinue M. Fontaine , leur amour pour aes foiicairei » cette retraite fi enfoncee , ou vous P°?c Ia Ie' » les aviez mis comme dans le port i " Combien en etoient-ils jaloux; Com- » bien craignoient-ils qu'on ne les in- » terrompitt Combien les vifites leur » etoient-elles infupportables > Mais » n'ai-je pas vu cent rois , que lorfqu'il » furvenoit en ce lieu quelques perfon- » nes , ils fui'oient comme s'ils euf- » fent vu un ferpent > Combien au- » roient-ils fouhaite que le monde eut » ete auffi peu occupe d'eux, qu'ils » l'etoient peu du monde, & qu'ils » euffent ete egalement inconnus l'ua j. a l'autre > Auffi avoient-ils la l'exem- » pie de Meffieurs le Maitre , qui » etoient des modeles acheves de tou- » tes les vertus des folitaires. C'etoient ». eux qui animoient tout. C'etoient » eux qui echauffoient tout de ce feu » qui les bruloit. Chacun en etoit fain- »> tementeffraie. Avec de telles perfon- » nes n ferventes, on rougiiTon d'etre » tiede. |
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(i J)Ibid. p. 3l«,
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Dij
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7 6 Histoire df. Pokt-roi'ae.'
» L'on etoit dans un faint tremble-
» ment de la liberie pleine de douceur » 8c de force , avec laquelle ces Peres » des Solitaires , pour ainfi dire , par- si loient a ceux qui venoient s'afTocier » aeux.Ils leurreprefentoienc vivement » le malheur de leur engagement dans » le monde. lis les prefloient d'en for- » tir, & de penfer ferieufement a leur » falut. L'unavoitun benefice , l'autre » un emploi ou une charge , chacun » quelque bien qui le retenoit dans le »> fiecle. Il faut le defaire de cela , di- » foient-ils •, & ils le difoient avec d'au- » tant plus de liberte, qu'ils enavoient » donne l'exemple dans leurs perfon- » nes.....On voi'oit dans M. le Mai- s' tre un liomrae qui faifoit le premier *> ce qu'il difoit, qui avoit prelque ou- « blie qu'il etoit autrefois un homme « de fcience & de litterature, & qui » pouvoit dire comme S. Jerome : Le. *> travail des mains a rouille mon elo- m quence. Tai perdu ce qui me rendoitfi »» celebre. U amour des grandes ckofes *> rna fait echapper les moindres. » Pour les jours de fetes, ces bien-
*» heureux folitaires goutoient dans le « repos de leur chambre, & dans l'afli- m duite a l'Eglife, les delices du Pa- <> radis. Leur joie y etoit toute ipiri* |
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I, Parti e. Liv. Fill. 77
•> tuelle , la chair n'y avoit point de » part. Ainu Dieufaifoit voir en abrege » dans cette maifon , ce qa'il fait dans m tous les fiecles & dans toute fon " eglife •, c'eft-a-dire qu'il fait des faints *• dans toutes fortes de conditions , a » toutes fortes d'ages , de toutes fortes « de nations , & dans toutes fortes « d'emplois...J'admiroisla providence " de Dieu , (c'eft totijours M. Fontaine » qui parle ) & la bonte qu'il avoit » pour cette maifon , de lui donner « Iui-meme des jardiniers , des menui- » fiers , des ferruriers, des vitriers , » des cordonniers , & jufqu'a des por- « tiers &c des charretiers , rempliflTant »• lui-mc-me par fon propre foin les » moindres places , comme il remplit » foit les plus importantes, telles que » celles de medecins 8c de chirurgiens... » On y voi'oit de jeunes enfans affis a » la table du Seigneur dans un aulfi bel « ordre que de jeunes plans d'olivier... » Je voiois la s'accomplir ce que je li- » fois dans S. Jerome , qui ordonne » aux religieux & aux folitaires d'etre » toujours occupes, pour empecher que » le demon ne les tente dans l'oiiivete. « J'aivu desperfonnes qui pratiquoient » a la lettre cet autre avis que S. Jero- f> me donne, & qu'il dit avoir prati- |
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J% HlSTOIRE DE PoRT-ROIAL,
» que Iui-meme, qui eft d'apprendre
» les langues pour matter & dompter o l'efprit parfaitement, adtdomandam » mcntem meam, II femble que S. Je- ,> rome , en fe depeignant & bien lui- » meme, ait voulu faire le portrait de «.M. le Maitre , lorfque dans les com- m mencemens de fa converfion il ap- » prit l'hebreu par le meme efprit que » ce faint, & que fur la fin de fa vie il » s'appliqua a etudier le grec a fond. « Mais comment Con exemple fut-il » fuivi d'un autre folitaire de ce lieu, » d'un gentilhomme , qui quittant les » armes , demanda qu'on le mit garde- » bois ! Marchant dans les boues pen- » dant tout le jour fans manger, il s'ap- w pliqua aux langues , pour joindre le » travail d'efprit a celui du corps. Il » apprit ainfile Grec, le Latin , frie- s' breu, l'ltalien&i'Efpagnol....Quelle » application d'efprit ne falloit-il. pas » pour cela ? Et comment en ctoit-il « capable avecdesjeunes fi longs 8c fi » opiniatres , 8c dans une vie fi rude & " fi apre ? Il fouffroit les plus grands ■» froids avec un jufte-au-corps fort fim- „ pie , fe ceignant feulement d'une w corde qu'il ferroit plus fort, lorfque » le froid augmentoit. Je l'ai vu reve- « oaut des bois fur le foir , tout plein |
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I. Partie. Llv V11I. 79
» de crottes, fe plonger en hiver les 77 ~'~
»> jambes avec les bas &c les fouliers
ndansun fceau plein d'eau , les tour-
» ner long-tems pour en 6ter la boue ,
» & s'aller mettre enfuite a. table , &c
33 puis, apres quelque tems fe coucher,
» de meme tout chaufle & mouillc , Sc
« recommencer le lendemain fur nou-
» veaux frais. Les gens de la campagne
33 les plus durs n'auroient pas fouffert
33 fans peine ce qu'il fouffroit. Ce gen-
3) tilhomme me fit rire , lorfque fe fai-
33 fant arracher a Paris une grofle dent,
33 on l'enleva trois fois de terre , fans
33 qu'il fourcillat •, ce qui furprit fi fort
33 l'operateur , qu'il dit: Vous autres ,
33 gens de la campagne, vous etes lien
3> durs.
Cette multitude de converfions qui xxix.
peuploit le defert de P. R. des Champs J4:, singlin S r , r eft linftrii-
d un n grand nombre de lolitaires , mem <k Dieu
etoit le fruit des predications de M. Sin- j'ou,-r la c,°"* r ii T-v- i r verlion dun
gun, fur lefquelles Dieu repandoit fes grand nom-
benedidions (x6). M. Fontaine fait dbred'»me!- (i«) La mete Angeli- v> mons qui ravifTent l'ef-
que, dans une lettrei*) k ■» ptit de tous ceux qui la Reine de Pologne du j> 1'entendent , 8c les 10 Mats 1648 , lui parle 3> coeurs de plufieurs , qui ainfi du fucces des predi- j> fe donnent veritable- cations de M Singlin : 31 ment a Dieu. Le Sei- » M. Singlin fait des fer- 3> gneur lui a tellement {*) Utlrenf. T.x.f- 3<fi.
D iij
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So HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl.
■ce fujer une reflexion ait/Ii folide qu'e-
difianre > & qui fert a faire connoitre comment l'eiprit de Dieu conduifoit en tout ce qui fe faifoit a P. R. des Champs. « J'admiroisfouvent enmoi- m meme, dit M. Fontaine (17)5 en 1'en- »» tendant precher (M. Singlin) dequel- " le maniere Dieu repand fes dons fur » les homines, fans s'attacher aux qua- » lires naturelles qu'ils peuvent avoir. » Qui de nous voi'ant a P. R. M. Ar- »» nauld, M. de Saci , (le premier y etoit venu en 1 648 , pour etre direc- teur des religieufes) & d'autres per- il fonnes fi eloquentes , n'eut cm qu'on »> devoit les produire pour la predica- »> tion, eux qui avoient des talens ex- « rerieurs pour plaire davantage aux « hommes , Sc laiiler dans le iilence w celui qui comme Moife pOuvoit dire » qu'il n'avoit pas une grande facilite y> de parler , impeditioris & tardiotis 55 aitgmente fes graces »fanscomparaifonmieux -
3> depuis un an , que fes i> qu'il ne fit jamais , &
aj fermons qui out ton- » notre nouvrlle E^Iife
a> jours ete tres folides , » ejfl route pleinc. II le
a? comme Votre Maje/te s> convertittouj ours quel-
o> fait , le font encore » qu'un <c . Les inftruc-
3) davantage , & mcme tions chretiennes de m.
a? Dieu l'a rendu elo- Singlin ont ete imprimees
» quent, pour fatisfaire a pour la quatricme ibis a
s> la rbiblefle du terns. Paris en 17; e.
Dans une autre lettre (**) (17) T. i. p. 510. Vote*
du 18 Juin : » II jireche M. duFofle , p. ?4-
(»*; Leltrt 223. jt>. 37J.
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I Part ie. Llv. VIIT. 81
« lingua fam ? Car tout le monde fait — ^
s> que M. Singlin avoit quelquefois un » peu de peine a s'exprimer. Cepen- " dant Dieu renverfa tous les jugemens » des hommes. Il lailfa ces hommes » eloquens , &c choifit au milieu d'eux » pour annoncer fa parole celui qui y » paroiiToit le moins propre , afin qu'il « parut clairement que ce grand fruit, » que produifoient fes predications , » venoit de Dieu feul, & non pas des » hommes. Ce predicateur apoftoli- » que , avec fa fainre fimplicite , fai- jj foit des converfions admirables. » Dieu a fait voir dans ce ferviteur » vraiment fage & fidele, qu'un pre- » dicateur qu'il envoie , &: en qui il » met fa parole , fait fans comparaifon » plus de fruit , quo'que fans politefTe >j & fans ornement de difcours , que » ceux qui n'aiant point fa million , „ & ne la prenant que deux memes » & de leur propre hardiefTe , ne met- » tent leur confiance que dans leurs ta- j» lens naturels, dans une heureufe me- »» moire , & dans quelque facilite de » pavler. Quelle maifon de religieufes , w ou quelle fociete aujourd'hui, s'ils n avoient eu des hommes comme M. » Arnauld , M. de Saci &c M. le Mai- *»tre > ne lcs auroient pas produits a. La D v
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82 HlSTOIRE DE P0RT-K.OIAI.
1(j 9> » predication , en rifquant le falut de
» ceux qu'ils y facrifieroient ? M. Sin- « glin fait mieux que perfonne fa difK- » culte de parler : il en voit d'autres « qu'il a en main, qui ont la langue " plus eloquente , & il craint de les » mettre en fa place , quelque defir » qu'il en ait , parce qu'il voit que " Dieu ne les y appelle pas. Eux de « leur cote, fans avoir de jaloufie de » M. Singlin , au lieu de croire qu'ils " s'acquitteroient mieux que lui de cet " emploi,mettent au contraireleurjoie « a fe rendre fes difciples , & aiment " mieux qu'on entende fa voix dans » l'Eglife , que d'y faire entendre la " leur. Ou a-t on vii des gens d'un tel » merite plus foumis a la difpofition « de Dieu , & moins mcler 1'efprit « humain dans leur conduite ? Cell " qu'ils etoient perfuades que chacun a « fon don de Dieu , & qu'il eft dange- » reux de le vouloir fervir dans le don « d'un autre. Dieu, dans le corps de » l'Eglife , fait que l'un eft l'ceil, l'au- « tre la langue , l'autre l'oreille. Il en « fait de favans , il en fait de fimples j » & il vaut mieux , felon S. Jerome , » etre humblement fimple , que d'etre » orgueilleufement eloquent. Cepen- <» dant M. Singlin, ayec cette humble , |
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I. V ARTIE. Liv. Fill. 85
'»> mais fage &c favante fimplicite, ne ^
» laiflbic pas de montrer a fes auditeurs
» le danger ou Ton etoit,en vivant dans
»» le monde , de fe conformer aux ma-
j> ximes &c aux manieres du monde ,
» de fe laiffer aller a fuivre la foule, &c
»> entrainer par le torrent de la coutu-
a> me. Il exhortoit continuellement fes
3> auditeurs a veiller fur eux-memes en
» ce point , & a. ne fe pas faire illufion.
» Il avertiflbit qu'il ralloit temoigner
» ce que Ton etoit par fes ceuvres 8c par
» le reglement de fa vie.
Le demon ne put fouffrir plus long- xxx.
terns une voix, qui lui enlevoit tant interdft de
de depouilles , & qui diflipoit fi claire- ' m
ment toutes les tenebres dans lefquelles
il retenoit les ames. M. Singlin precha
le 2.8 aout, jour de S. Auguftin, avec
beaucoup de force , & en meme tems
avec beaucoup de fagefle , & meme
avec encore plus de circonfpection qua.
l'ordinaire , pour ne point donnerd'oc-
cafion a. ceux qui la cherchoient. Plu-
fieurs perfonnes de confideration affif-
terent a. ce difcours , entr'autres cinq
Evcques (iS ), plufieurs Dodteurs , le
P. de Gondi, fcere de M. I'Archeve-
que , M. le Marechal de Schomberg ,
(18) Voiez la lettte 1R1 de la mete Angelique a M,
Jleury,T. i.p. 4^7. D vj
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84 HlSTOIRE DE PORT-ROlAl.
M. le Due de Liancourt, lefquels fa-
rent tous ties contens du fermon , & dirent qu'on ne pouvoit pas parler avec plus de fagelfe 8c de moderation, Ce- !>endant li fouleva contre lui, en par-
ant de !a grace , de la penitence 8c de la vocation aitx charges ecclefiaibques, des perfonnes qui trouvoient dures les verites qu'il annoncoit, & qui fe Hat- tant eux nlemes d'une faurle paix, ne pouvoient fouffrir qu'on la troublat. D'autres qui etoient jaioux de voir le concours de monde, qui venoit aux predications de M, Singlin , entrerent dans la paffion des premiers : les uns &c les autres ecrivirent contre le predica- teur a M. l'Archeveque, quietoitpour lors dans fon abbai'e de S. Aubm a An- gers , 8c envenimerent reliement les paroles du fermon qu'ils deferoient, que ie Prelat ecrivit le iz feprembre a fon promoteurd'interdire M. singlin dela predication. Comme ie prcmo- teur lui communiqua un memoire des plaintes qui avoient ete faites, il pa- roiffoit que le deiTein de M. PArche- veque etoit de donner lieu au Predi- cateur accufede fe juftifier. G'eft pour- quoi M. Singlin , quoiquj d'ailieuxs ties content d'etre interdit, ecrivit la lettre fuivante a Monfieur de Paris ., |
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I. P A R T I E. L'lV. Fill. S 5
par deference pour fes amis, qui Pen ^ '"
prelfoient (* ). .. Monfeigneur , je <*; m. sin- » crois que M. votre Promoreur vous |'in ,icri* .* . , , _ M. de Pan*
w aura mande avec quel reipect cc pour fe juftfe
» quelle foumiffion d'efpnt j'ai recu ""■ » le commandement que vous lui avez » eerie de me faire , de difcontinuer » de precher , a caufe que quelques » perfonnes fe font plamtes a Votre » Grandeur du fermon que j'ai fait " depuis peu , le jour de Saint Augur- s' tin. Si cette defenfe , Monfeigneur , » ne regardoit que ma perfonne , it » elle n'etoit point faite enfuite d'une » action fi publique , fi elle ne tom- » boit pas au deshonneur de toute une " maifon religieufe , qu'il vous a tou.- » jours plu dnonorer d'une affedion 31 particuhere , je ne la recevrois pas » feulement avec une profonde hu- » milue , comme j'ai fait, mais meme » en fllence : car je fais le refped que » je dois a. l'autorite Epifcopale, & » robeilfance que je vous ai vouee » comme a mon Archeveque , lorfque » j'ai eu l'honneur de recevoir de vo- » tre main le caraitere du Sacetdoce j » outre que je n'ai aucun pouvoir d'an- » noiuer la parole de Dieu qua celui w que vous m'avez donne. Mais,paice- |
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86 Histoire de Port-roYal.'
tg .„ « que cette defenfe, qui regarde urt » miniftere publique , telle qu'eft la » predication que je faifois dans cette » maifon , fuivant les ordres que j'en m avois recus de votre Official, caufe » neceffairement an decri & un fcan- " dale , & fait injure a la verite , s'il » fe trouve , Monfeigneur , comme » j'efpere que vous le reconnoitrez , » que je n'ai rien dit dans ce fermon « qui ne foit tres veritable , j'ai cm j) que je manquerois a ce que je dois » a votre fagelfe , a votre juftice , & » queje me rendrois tout a, fait indi- « gne de la bienveillance , dont il a » plu a Votre Grandeur de m'honorer, » quoique je ne l'aie jamais meritee > » & que par un exces de bonte vous » avez voulu temoigner dans votre » lettre a M. votre Promoteur , d je » ne lui rendois compte de ce que » j'ai dit dans ce fermon , avec toute « la fmcerite & l'humilite qu'il m'eft » poflfible. Car pour ne dire ici qu'en » un mot ce que j'ai reprefente plus » au long dans un ecrit que j'envoie m a Von e Grandeur , un grand nom- » bre de perfonnes de condition , » dont j 'avois l'honneur d'etre econte, w ce jour-la, peuvent temoigner que |
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I. Par tie. Llv. VIII. 87
»» j'ai ete (i eloigne d'entrer dans au- 1649. »» cune conteftation touchant la tna- » tiere de la grace & de la penitence, » que j'ai eu un foin tres particulier » d'eviter tout ce qui en pouvoit avoir » quelqu'apparence , felon la protefta- " tion publique que j'en fis d'abord; » ce qui meme a fait dire depuis a une » perlonne de grande condition & de » piete , qu'il n'avoit jamais entendu » de fermon qui fut plus eloigne de » contention & de difpute , & qu'il » n'y en avoit pas feulement la moin- » dre ombre. Aulli , Monfeigneur , » pour ne rien dire de S. Auguftin , » de qui favois a parler , qui ne fut u hors de contention, 8c qui ne dtit » etre favorablement recu de tout le » monde , je m'arretai feulement a. » quelques points hiitoriques de fa »> vie , qu'il a ecrits lui-meme dansfes » confellions & fes lettres <<• La lettre & le memoire de M. Sin- Mx™'arfr
glin firent impreilion fur M. de Paris ; rctabiit m< ll reconnut qu'on l'avoit trompe ; & smglm. ne fe croiant ni infaillible, ni difpenfe en qualite d'Archeveque de Paris de reparer fa faute , il retablit M. Singlin lorfqu'il fut de retour. Bel exemple, mais qui a ete malheureufement pea |
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88 Histoirf. de Port-ro'i'ae..
. imite. Pour le retablir plus autentL-*
quement, il voulut affifter au premier fermon que fir M. Singlin le premier jour de l'annee 1650. M, Fontaine, qui fe trouva a ce fermon , rapporte que M. Singlin park affez long-tems, avant XAve Maria , a M. de Paris, toujours tourne vers lui , & avec un ton de voix plus eleve qu'a 1'ordinaire. Apres lui avoir rendu compte en trois mots de ce qu'il avoir dit dans fen fer- mon de S. Auguftin , pour Ten rendre juge lui meme , il fit paroitre une grande joie de ce qu'il lui raifoit l'hoa- neur d'etre temoin de la maniere dont il nourrifloit fes brebis. M. de Paris {>arut etre fatisfait de M. Singlin, 8c
ui temoigna beancoup d'amitie apres fon fermon , ainfi qu'aux religieufes de P. R. qui avoient ete extremement affligees de l'inrerdit de leur faint Di- recleur Quoique la foi vive de la mere Angelique la rendit fuperieure a tous les evenemens les plus facheux , celui- ci neanmoinslui caufaune douleurdes Flits vives ; & elle en ecrivir a M.
Archeveque de la maniere la plus tou- chante & la p'us humble (}o). Apres (50) Lettre 170. T. 1. Pologne , p. 444. Lett,
p. 451. V't-2 Ir-f-rci-M. 1H1. p. 447. Leu. iSi. p. P 4<7- Lett. 175. p 449. 488, Ictt. 17^ £ la Keiue de
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I. Part ie. Liv. Fill. 89
lui avoir reprefente que dans routes les -----, ' ~L
ri ■ L , ■ r r ■ 1 • r lo JO.
periecutions quon avoit iuicitees jui-
ques-la a. fon monaftere , elle avoit eprouve fa bonte paternelle •, elle le prioit d'ecouter des gens d'honneur, de fcience 8c de probite qui etoient pre- fents au fermon de M. Singlin 8c qu'on pouvoit regarder comme des temoins irreprochabies , plutot que des perfon- nes mal affectionnees qui avoient voulu le furprendre, levoiant eloigne de Pa- ris. D'ailleurs elle ne ceiToit de penfer 8c de dire , que c'etoient fes peches ?ui avoient attire cette affliction , qui
iirpaflbit , difoit-elle , routes les pei- nes qu'on leur avoit faites jufqu'alors. C'eji line punitlon , ajoutoit-elle , pro- portionnie a mes peches & a Vingrati- tilde avec LaqueUe j'aijouiji long-terns d'une Ji grande grace. Dieu exauca des prieres (i humbles •, 5c M. de Paris en rendant la parole a. M. Singlin , rendit la joie a tout P. R. » Prelar heureux , » s'ecrie M. Fontaine(3 i),&digned'e- » rre dans la memoire de ceiix qui vous „ fuivront, & qui apres vous feront „ affis fur votre trone epifcopal! Vous w leur avez donne un bel exemple ; 8c „ le peu de foin qu'ont eu de le fuivre |
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<3>) T. I. p. 33a.
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<>0 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI,.
loco. " ceux qui vous ont deja fuccede , Ie
» rend encore plus admirable.
xxxn. M. Singlin etant retabli dans lapre- criu,'iiuelgln dication, ne perdir rien de fon zele
piichst avcc accoutume. On fut meme furpris de & ie mjme voir cer homme en chaire avec je ne lai ftuit. quoi de plus qu'il n'avoir paru jufqu'a- lors. Ce miniftre intrepide vo'iant que
Dieu lui commandoit de nouveau d'an- noncer fa parole , &c lui ouvroit une feconde fois la bouche , que la malice des homines lui avoir fermee, fit voir que ce n'ecoit point eux qu'il avoit en vue. Il publia plus que jamais avec une vigueur vraiment facerdotale , mais toil jours neanmoins accompagnee de fagefie , les memes verites qui lui avoient attire la difgrace dont on vient de parler. Il exhorta a la penitence ; il fit voir a fond les perils du monde , &c il frappa les cceurs de telle forte, que plufieurs perfonnes venoient tous les jours fe jetter entre fes bras, pour de- mander fon afliftance, & pour appren- dre de lui ce qu'ils devoient faire pour flechir la colere de Dieu. M. Singlin n'avoit que P. R. des Champs , qu'il put orTKr a ces perfonnes pour leur fer- vir d'afde. Mais fa peine etoit qu'il n'y eut fur les lieux aucun homme pour »
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I. P A R. T I E. Liv. Fill. 9 I
conduire ces penitens. M. Manguelen l6-0-
lui avoit manque : il ne voioit plus iideflineM. perfonne , fur qui il put compter , que fj^}"^. M. de Saci ; mais c'etoit une grande takes, ses i*- affaire que d'entreprendre a. le faire lens" condefcendre a ce qu'il defiroit de lui. Il y avoit deja long-tems que M. Sin- glin confideroit M. de Saci comme une lampe ardente , cachee fous le boiifeau : il attendoit que les momens fuiTent venus pour le placer fur le chan- delier. II faut admirer ici la providence de Dieu dans la conduite qu'il tenoit fur ce petit nombre de perfonnes ca- chees dans le defert ae P. R. des Champs. Pendant que les autres etoient occupes a defendre les dehors par de favans ecrits , auxquels on n'oppofoit pour touce reponfe que la force & la violence , feule & ordinaire reflburce de l'erreur, Dieu fe refervoit un hom- me d'un rare merite pour avoir foin du dedans, & pouredinerautant les ames par la charite , que les premiers lesinf- truifoient par la connoiffance de la ve- rite. C'etoit M. de Saci, qui dans le grand nombre de talens qu'il avoit re- qas, faifoit toujours fon capital de la piete.Etant uni de fi pres a un oncle 8c a an frere , qui avoient toujours les ar- mes a la main pour foutenir la doctrine |
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01 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI,.
j(j ■ 0- de 1'Eglife , & pouvant par Felevation
rle fon efprit travailler lui-meme a ces ecrits qui attiroient une ii grande re- putation a leurs auteurs, il n'eut aucun mouvemenc humain pour s'affbeier a cette gloire; mats a 1'imitation tie faint Paulin , qui lailfa S. Auguftin feul re- futer les heretiques , quoiqu'il eut pu audi le faire , il laiila ces ouvrages a ceux que Dieu y deftinoit, 8c il fe contenta d'attirer en fecret fur eux la benediction du ciel par fes prie- res. Ainii il fe renfermoit dans la lecture de FEcriture &c des SS. Peres , pour s'en remplir le coeur, & en faire enfuite une effuiion fur les autres. xxxiii. Quelque feu qu'il eut, il le tempera M.deSad. de telle lorte , que jamais on na vu une perfonne plus moderee. La fagelTe qui avoit para avec eclat en lui dans fon enfance , demeura toujours unifor- me & la tneme. Il eut ete difficile de trouver un homme qui fiit plus ferieux & plus grave , plus recueilli en Dieu , plus penetre des maximes de l'Evan- gile , plus applique a l'unique neceflai- re, qui eft la fan&ification de Fame , plus capable d'entretenir la charite ou elle etoit, & de la faire naitre ou elle n'ctoit pas encore. C'etoitla tellemenc fon unique objet, qu'il s'etoit interdig |
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I. Partii. Llv. VIII. 9j
toute autre application 8c tout autre en- ~~~^T^%
tretien. Il avoit retranche de fes etudes tout ce qui ne regardoit pas la piete. Il fui'oit les matieres de critique, re- nonc,oit aux affaires &c aux nouvelles du monde , 8c prenoit pour devife ces paroles : Ut non loquatur os meum opera hominum. Voila l'homme que Dieu fe formoit, ponr travailler a la conftruc- tion du temple fpirituel, pendant que fes proches travailloient a reparer les murs de J^rufalem , qtje les hommes charnels s'effor^oient de demure. Son etude plus particuliere eroit la lecture de S. Auguftin. Des qu'il eut commen- ce a. lire ce Pere, il ne pouvoit plus gouter autre chofe. Ce qu'il chercha le plus en le lifant, ce fut de concevoir une grande idee de Dieu. Ceux qui ont dit a fa mort de lui , que l'efprit de la crainte du Seigneur l'avoit rempli, ont fait fon veritable portrait. La crainr© crtafte du Seigneur , 8c le refpecT: pro- fond de fa grandeur infinie , dont il avoir le cceur penetre , le tenoient comme dans un continuel tremblement ■en fa prefence; c'eft ce qui lui don- noit cette gravite qu'on admiroit en lui; c'eft ce qui lui faifoit dire fans celfe avec Job , penetre des me- rries fentimens : Semper enim quafi |
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94 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAL.
tumcniis fuper me jluclus timui Dcum > & pondus ejusforre nonpotui (33)- M. Singlin qui connoifToit a fond
M. de Saci, s'etoit extremement appli- que a le cultiver,apres la mort de M. de S. Cyran , chez qui il demeuroit, il le mit entre les mains de M. Barcos fon neveu : il difoit toujours de lui-meme a fon egard : Il'.um oportet crefcere, me autem minui. M. de Barcos , qui etoit un homme d'un rare merite & d'une experience confommee , le recut avec joie , & connut biemot route la valeur de ce precieux depot. Quoique M. de Barcos approuvat l'eloignement qu'a- voit eu M. de Saci de la Sorbonne , il crut neanmoins qu'il ne feroit pas mau- vais de l'exercer en pardculier , & de le rompre fur les matieres les plus con- iiderables de l'Ecole. Pour ce fujet, comme il avoir deja un grand delir d'a- voir aupres de lui M. Guillebert, il penfa qu'etant dodeur de Sorbonne & homme de merire, il pourroit fervir M. de Saci. Mais M. Guillebert etoit cure de Rouville en Normandie, ou il faifoit beaucoup de fruit par fes ex- hortations vives , foutenues de fon exemple & de l'eclat recent du livrede la frequente communion. Neanmoins (}5) Job XXXI. p. zj.
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I. Part ie. Liv. Fill. 95
M, de Barcos crut que l'etat ou etoient T7TI,
les anaires communes de la vcnte &c xxxui. * de la charite , permettoit de tirer, M:de Saci M. Guillebert de fa cure. Il lui ecrivit quciiknJ de en confequence, & M. Guillebert ai'anc !'fco!e .,{oa' rec_u la lettre , n henta pas un moment, ben. &c ne penfa qu'a. trouver un fucceffeur qui put continuer fes travaux. Il jetta pour cela les yeux fur un homme qui l'avoit trompe par un exterieur com- pofe , une apparence de piete , des lu- mieres brillantes dans l'eiprit, une fa- cilite extraordinaire de precher , un vif defir de convertir les ames, un grand defmtereirement , &c un amour extreme de la penitence. Tels etoient les dehors par lefquels le fameux La- badie en impofa a M. Guillebert. Mais M. de Barcos l'aiant vu , connut bien- tot par fon grand difcernement, que ce fujet ne convenoit pas , & le manda a M. Guillebert. Celui-ci, apres avoir encore ecrit en faveur du meme hom- me , qu'il ne connoifToit pas , fe rendit aux raifons folides de M. de Barcos , qui tint ferme , & ne voulut point con- ientir qu'il remit fa cure a un fujet qui etoit dans des principes tres dange- reux. On connut alors * combien il eft » important de fe tenir a. l'Ecriture Sc X (*) Mem. de Font, tome i p. 34S. |
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I
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?<J HlSTOIRE DE PoK.T-R.OlAr..
**/-,.* " la tradition de l'Eelife , 8c de ne
» point former de ioi-meme des pen- » lees de fon propre fens , fous pretexte >' qu'elles font venues dans la priere ; » au lieu que l'ordre de l'humilite chre- » tienne nous renvoie a la doctrine de » 1'Ecriture, des Conciles & des Saints, " que Dieu a donnes a fon Eglife pour » l'inftruire , arm de nous apprendre ce " que nous devons croire , fans nous « donner la liberte de fuivre nos ef- » prits 8c nos lumieres particulieres. » Excellente le^on , 8c digne des lumie- res de P. R , toujours oppofe a 1'er- teur & a toutes les voies qui y condui- fent & qui entrainent malheureufe- ment tant de perfonnes , qui comme le fanatique Labadie , prennent pour re- gie de conduite des fentimens qui font la production d'une imagination dere- glee , 8c plus fouvent encore celle d'un cceur corrompu. 500CTV. M. Guillebert ai'ant trouve un fuccef- m. de saci feur pius capable de remplir fa place ,
MC<"A?nauid que celui fur lequel il avoit jette les dans fa re- yeux, vint joindre M. de Barcos, &C apprit fort tranquillement a. M. de Saci les queftions agitees fi tumultueufement dans TEcole. Lorfque M. Arnauld fut oblige de fe cacher , a caufe de l'orage forme contre lui a l'occafion du Livre de
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i. P A r t i e. Llv. VIII. 97
de la frequente Communion , on jugea
apropos de lui donner M. de Saci pout etre le compagnon de fa retraite & de fes travaux. Ami! M. de Saci, qui avoit craint la Sorbonne , recrouva paifible- m ent & fans difpute dans le feul M. Ar- nauld plus que route la Sorbonne. lis s'aiguiloient l'un l'autre, felon l'expref- fion de l'Ecriture, &c ils faifoient fortir de leur retraite route cachee 8c incon- nue aux hommes , mais toute eclairee des lumieres de Dieu, des ouvrages qui repandoient l'eclat de la verite & le feu de la piete dans toute la France. L'un poufToit les chofes avec toute la force 8c la vivacke de fon efprit : l'autre les temperoit avec fa moderation pleine de gravite. L'un fuivoit par-tout l'impe- tuofite de fon zele ; l'autre tachoit de 1'adoucir par fa referve pleine de cir- confpe£tion. Pour l'ordinaire M. Ar- nauld s'occupoit plus a combattre pour defendre comme les dehors de l'Eglife, 8c M. de Saci travailloit davantage a ce qui pouvoit en edifier le dedans. L'un abattoit par la force de fa plume ce qui s'oppoloit a la verite ; l'autre travailloit a. faire regner la charite ; Sc irnirfant quelquefois leurs travaux, le neveu avoit part aux ccrits que l'oncle produifoit contre ceux qui attaquoient Tome HI. E |
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98 Histoiuf. t>v. Port-ro'i'ae.
-—---------l'Eglife, &c l'oncle participoit aulli aut
1650. ° •' ' 1
' ouvrages de piete que le neveu compo-
foit pour la fanctification des ames.
xxxv. Comme M. de Saci ne fe dementoic .**: pe,Sllci point, &c qu'il etoit toujours laborieux,
' toujours foumis , toujours penitent, M. Singlin crut qu'enfin il etoit terns de l'elever an facerdoce. M. de Saci en fut extremement furpris > & s'en de- fenditen objettant tout ce que la haute idee qu'il avoit du facerdoce , & fon humilitc pouvoient lui fuggerer- Mais M. Singlin tint ferme. Cela aftligea M. de Saci, & il en appella , pour ainil dire, a M. de Barcos, qui, quoique tres fevere fur cet article , ne balan$a pas un intrant, & fut de meme avis que M. Singlin. Ainfi M. de Saci fe rendit, & recut la pretrife aux quatre- tems de decembre del'an 1649. (34). Il fut ordonne pretre pour l'Eglife de P. R. des Champs, ou il dit fa pre- miere meile le 2 5 Janvier 16 5 o. Il vou- lut attendre 40 jours apres fon ordina- tion avant que de la dire , & ce tems fe trouva eclvd le jour de la conver- sion de S. Paul (35). M. Fontaine , f!4) M. Fontaine dit T. (;t) M. Singlin, qui
1. p. j«o. que M. J; Saci etoit accoutume d'animer
fut urdonne l'an 1S4R , toutes le« ceremonies de
rnais il paroic que c'ell cettemaifon par le minif-
«ne meprife, tere de la parole , fit 4
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I. Part ie. Llv. VIII. 99
«k>nfulerant la conduite de M. Singlin a l'egard de M. de Saci, en ce qu'il ne lui propofa de recevoir le facerdoce qu'apres tant de delais & de retarde- ment dans un tems 011 il avoit befoin d'un fujet tel que lui , ( 3 6 ) dit qu'il donnoit par-la un exemple auffi puif- fant que tout ce qu'il difoit dans fes predications , pour reprefenter les abus qui fe commettoient dans ce fiecle touchant la vocation au facerdoce. M. de Saci joignoit une grande inno- cence de mceurs a une grande peni- tence •, il avoit fervi l'Eglife par d'ex- cellens ecrits , & neanmoins on ufe de delais a. l'egard d'une ame fi pure ; quelle lecon 1 Mais quel exemple ne donne pas M. de Saci lui-meme ? Il avoit ete pur & innocent des Ion en- fance. Il avoit cultive fes plus tendres annees par tous les exercices d'une pie- te fmcere : il s'etoit fingulierement ren- du recommandable par la purete de fes mosurs , par la gravite de fa conduite > par fon humilite , par fes lumieres, par fa penitence •, cependant avec quel eelle-ci un difcours des dre a Dicu lorfqu'il donne
plus touchans & des plus de bon< pafteurs . & quel pathxtiques, ou il parla horrible malhcur c'eft, de la reconnoilfance qu'on quand il en donne de tels, doit avoit, & dcj a&ions de n'cn point profiler, de graces qu'on doit ren- (}S) T. i. p. 54*- E ij
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IOO HlSTOlR.'E DE PoR.T-R.OlAE.''
tremblement entre-t-il dans la pretrife I Quel exemple & quelle le^on ne don- nent pas aulli de leur cote M. le Maitre & M. de Sericourt, en s'eloignant du facerdoce ! Ne femble-t-il pas, felon la penfee des homines , que M. le Maitre fe convertiffant a Dieu , devoir faire eclater dans l'Eglife les ralens de l'elo- quence qu'il avoit fait eclater dans le nionde , & qu'apres avoir tonne dans le barreau , il devoit tonner dans la chaire , pour enlever les homines par le torrent de fes paroles 1 Apres une d admirable conversion , & une vie fi fainte , qui ne l'eut juge digne du facer- doce ? Cependant cette voix admirable s'eteint tout d'un coup. Ce grand hom- me , ce faint penitent, juge que l'hu- miliation de la penitence ne peut s'ac- corder avec la pretrife , & il fait voir 3u'il eft bien dcfabufe de l'egarement
e ce fiecle , ou Ton croit qu'il ne faut qu'avoir un peu de fcience , un peu de latin, & quelque facilite a parler, pour fe perfuader qu'on a droit de s'ingerer dans le facerdoce de Jefus-Chrift, M. de Sericourt, tout embrafe du feu de la penitence , tout brulant du deiir d'entrer dans l'ordre des Chartreux, ne trouva qu'une chofe qui l'arreta , qui eft que cet etat le conduiroit a la pre-. |
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t. Part ie. Llv. Fill. 101
trife. " J'avoue , ditM. Fontaine (3 8), 1650.
m que je ne puis a (fez admirer ces grands
=• exemples , que Dieu a donnes a notre
» fiecle par ces trois freres , en ce qui
» regarde la fainte frai'eur pour le fa-
« cerdoce. Pouvoit-il parler plus hau-
» tement aux hommes , pour arreter
» cette hardieffe puniffable > avec la-
» quelle ils fe poulfent aux ordres, 8c
» s'elevent eux-memes au facerdoce de
» Jefus-Chrift , lorfqu'ils n'y font ap-
» pelles que par l'ambition & l'avarice *
» De combien de perfonnes ces trois
w freres feront-ils les juges ? Car on a
« de la peine a comprendre qui des trois
»> donne plus de fra'ieur pour le minif*
,> tere des facres autels , ou les deux ai-
»i nes en s'en eloignant, ou le cadet en
*» s'en approchant.
On peut juger de ce que fut M. de xxxyi.
Saci, apres avoir recju la pretrife , par propofe'"^* ce qu'il etoit avant que de la recevoir, solitaires de II devint encore plus humble , plus pe- m"ie sad nitent, plus detache , plus defiant de Pout Confef- lui-meme & de fes lumieres , plus cir- confpe£t a ne rien faire fans confulter , lui qui etoit fi capable de conduire les autres. M. Singhn a'iant, conduit les chofes jufqu'4 cet etat, il ne penfa plus qu'a fe decharger de la conduite de« (J7) T. i.p. ,jt, __
£ nj
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1,02 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
folitaires de P. R., & a les porter tou»
a s'adrefler pour le tribunal de la pe- nitence aM.de Saci. Il fut fort furpris de voir que quelques uns hefitoient. M. Fontaine nous apprend qu'il fut de ce nombre, & qu'il pria M. Singlin de trouver bon qu'il continuat d'aller a* M. Arnauld , done la bonte &l'ouver- ture de cceur l'accommodoient fort. Mais celm qui eut plus de peine a s'y refoudre fut M. le Maitre. Outre qu'il paroiflbit dur pour un aine , qui etoit un homrne fait, & avoit ete I'admira- tion de tout Paris , de venir fe jetter humblement aux pies d'un frere ca- det , qui a peine paroiflbit dans le mon- de , & dont il avoit prefque toujours regie les etudes & revu les ouvrages ; qu'il y avoit une difference confi- ■dcrabie d humeurs entre les deux fre- res. L'un etoit tout de feu , toujours ac- rif, toujours bouillant, &enflammoit ceux a qui il parloit par le ronnerre de fa. parole : Pautre etoit toujours pofe , toujours froid , & glacoit tout le mon- de par fon abord grave & compofe. lis avoienr beaucoup de feu l'un & 1'autre j mais l'un s'y lai.floit ailer, & 1'autre le retenoit tout entier. Ainu" M. le Maitre ne craignoit rien tant que le froid de M. de Saci. Il l'avoit apprehende les |
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I. PARTtl. Liv. VIII. IOj
premieres annees de fa converfion ou il
s'abandonnoit a la penitence avec ar- deur •, & il a quelquefois dit a M. Fon- taine , que rien ne lui faifoit tant de peine que la froideur de fon frere. Quelque progres qu'il fie dans la voie penible de l'Evangile , il voioit ce nou- veau venu qui lui tenoit tete 5 8c qui, fans faire tant de bruit, le mettoit a bout. Le terns n avoir fait qu'accroirre ces qualites (i contraires en apparence, mais ti unies par la charite, & 11 ne- ceiTaires pour la beaute de la maifon du Seigneur. Ainfi M. le Mairre craignoic de fe voir dans la dependance de M. de Saci, & e'etoit pour ce fujet la meme que M. Singlin ie defiroir. Dieu qui avoir furmonte rant de repugnance dans fon ferviteur, l'eleva encore au- delfus de celle-ci , quoiqu'un peu plus lentement. M. Singlin experimente dans l'arr de conduire les ames , laiila d'abord palTer un terns conflderable j mais voiant que la neceflite devenoit plus preflanre , il en parla a M. le Mai- tre. La converfation fut tendre & pa- thetique •, & M. Singlin ai'ant dit a M. le Maitre , que M. de Saci pourroit beaucoup plus l'aider que lui a 1 avenir, s'il vouloit avoir la meme conhance en lui, qu'avoient Madame fa mere &s HL ii.ii
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104 Hi S TO IRE I>E PoRT-Roi"At.
M. de Sericourt fon frere, M. le Maf-
rre , touche du nom d'une mere fi ren- dre & d'un frere il cher, verfa des larmes , 8c dir a M. Singlin en I'em- braflant, que 5'en etoittrop, & qu'il ie rendoic. M. Singlin eut un extreme plaihr de voir les chofes au point 011 il avoir toujours tache de les conduire. M. Ie Maitre fat furpris lui-meme de voir s'evanouir en un moment tant de repugnances , qu'il avoit cru invinci- bles, 8c mit fa joiea repandre fon coeur dans le fein de fon frere , regrettant Ie tems qu'il s'etoit prive lui-mcme d'un avantage fi confiderable. Cet evene- ment fut pour tout Port-Ro'ial le fujet d'une grande joie. Quelques faintes re- ligieufes , particulierement la mere Angelique de S. Jean , couiine de M. le Maitre , avoient fair a Dieu de longues prierespour cela : auffi M. le Maitre re- garda-t-il fa nouvelle union avec M. de Saci comme extraordinaire 8c comme miraculeufe. C'eftpourquoi tout tranf- porte de joie , il tira des ouvrages de S. Chryfoftome un ecrit qu'il intitula : le Portrait de l'amitie chretienne 8c ipirituelle, qu'il envo'ia a M. de Saci avec ces vers qu'il y joignit. |
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1 Par tie. Liv. VII1. i© 5
la mainde Chryfoftome a tracd ce tableau 16 J 0«
De I'amour le plus faint, le plus grand } lc
plus beau,
Dont l'efprit du TreS-Haut puiffe cmbrafet une ame;
Mais jene puis t'offrir unprefent imparfait: Jetedonne monedtur, oiibrule cetteflamme ; II eiU'original, que Dieu joint au portrait. M. de Saci remercia M. le Maitre
par une lettre, dans laquelle il infera les quatre vers fuivans qui lui vinrent a l'efprit, comme il penfoit a l'obliga- tion qu'ils avoient l'un &c l'autre i Dieu, de les avoir unis de la forte : Dieu, quifais que deux cccurs, qu'avoit joints
la nature,
Unis par ton efprit, brulent d'un plus beau feu,
Rends-toi l'unique objet d'une flamme fi pure, Soit le coeur de leurs coeurs , & le neeud d« leurs noeuds,
M. de Saci, apres avoir lu deux fois
Vecrit de M. le Maitre avec beaucoup de fatisfaftion , l'envoia a la mere Angelique de S. Jean , accompagne d'une lettre, afin qu'elle eut part au fruit d'une amitie » iaquelle elle avoii |
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I0(> HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At.
1650. tant contribue par Ces defirs & fe$*
prieres.
xxxvn. Apres que M. Singlin eut ainfii mis si^giinl m.' M;le Ma!tre dans V6xat °"xl Je fouhai"
de saci fur roit, il pria M. de Saci tie veillerfur le que .jues a- ren-e Jes perfonnes qui etoient clans ce defert, & de tenir la main a ce qu'ort ne fit plus tant de batimens , ni tant d'accommodemens. Il lui parla fur la diffipation que ce!a caufoit aux folirai- res , en les obligeant d'etre fouvent meles avec des macons & autres gens de routes fortes de metiers, des depen- fes, des voi'ages qui en etoient la fiute , &c. Il lui fit remarquer encore quel- ques autres abus , afin qu'il travaillat a les corriger, & lui dit entr'autres , que la crainte d'agir par avarice & de fe defier de la providence, faifoir fou- vent agir en perfonnes riches & libera- les, a qui rien ne doit manquer ; que cela avoit fouvent caufe de la peine a quelques amis fages , qui ne voioient pasalTez l'efprit de pauvrete dans cette conduire; que l'argentn'y coutoir rien , Sc que Ton avoit le cceur, non de pau- vres, mais de rois. M. de Saci recut ces avis avec un refpedt femblable a ce- lui qu'avoit Timothee pour S. Paul , Sc recommanda avec foin aux autres ce cpi'on lui avoit reconimande a lui- |
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I. Par tie. Liv. VIII. 107
tneme de leur dire. L'efFet fuivit de iTToT*
pres les exhortations •, la vue des abus qu'on reprochoit aux folitaires , les rend it plus humbles ; & la crainte du relachement les fit entrer dans un renouvellement de vie. « Je fus le te- w moin de ceci, dit M. Fontaine , j'ai « eu le bonheur d'entretenir ces bien • « heureux folitaires parmi lefquels je » vivois , &c je fuis encore tout edifie » maintenant de leurs faints difcours. w Je ne voi'ois dans eux que des ames » toujours abattues devant Dieu, toil- s' jours tremblantes de crainte , tou- rs jours dans une fainte inquietude de " leur falut. Quoique le lieu qu'ils ha- »> bitoient fut faint, & que la vie qu'ils »» menoient dans ce defert fut fi chre- »tienne-, quoiqu'ilss'effor^affent d'imi- »> ter Jefus Chrift dans fa pauvrete , fa » penitence & fa faintete , Lis n'etoienc *> neanmoins jamais contens d'eux-rne- » mes, & leur confcience humblement a timide trouvcnt toujours quelque cho»- » fe a fe reprocher. Tandis que les folitaires de P. R. xxxvrrr.
s'avancoient ainu dans la perfection M.desen- 1 1 oi ri-in eouTtpenrca
par les exemples & les iohdes inuruc- rehire cb»-
tions de M. de Saci, & qu'ils jouif- treu** foient paifiblement du bonheur d'etre fous la conduite d'unfijfage diredeur. |
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ICS HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
ua trifte evenement caufa un grand
chagrin dans ce dcTert. Ce tut la more de M. de M. de Sericourt, arrivce le 4d'Ocl:obre 1650. Ce bienheureux pe- nitent ne croi'ant pas encore menerune vie afTez auftere dans le defert de Port- Roi'al, avoit forme le deilein de fe fake Chartreux. M. le Maitre, craignant de 6'oppofer aux defleins de Dieu, avoit confenti a fe voir fepare d'un frere qu'il aimoit, 8c dont il etoit fi tendrement aime , & qui etoit depuis tant d'annees le compagnon infeparable de fa peni- tence 8c de fes travaux. M. Singlin, que M. de Sericourt alia confulter a Pa- ris , avoit applaudi a cette refolution, ^ 3 8 ) & lui avoit confeille de voir le Prieur des Chartreux de Bourg-Fon- taine, lequel promit une place au pof- tulanr. Enfin M. de Barcos, l'oracle des folitaires , digne neveu & fuccef- ieur du grand Abbe de S. Cyran, l'a- voit extraordinairement forrifie dans ion deifein , 8c lui avoit meme leve routes fes difficultes, furtout par rap- port aux charges & a la pretrife , qu'il redoutoit;en lui difant (59) que pour les <}S) M. Singlin died /. C. fans y alter f Lettre
M. de Sericourt,cju'il fbu- de M. de Sericourt a M
Eaitoit lui meme d'etre le Maitre, Suppl. au Ne-
Chartreux, 8c ajouta en crol p. i«i.
le quittam : Serai-je ton- (35) Mem. de M. Font, jmrj la lot jm« cmduit 1 T, I. p. xfy & £uirt
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?. P A R T I E. LlV. VITI. I ©J
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•iharges on ne for^oit perfonne, &c que '
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\G$9.
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pour lapretrife, dans les regies memes
de la primitive Eglife, un pecheurs'e- tant jette dans un cloitre , & y ai'ant fait penitence , etoit juge digne du fa- cerdoce •, parceque la vie religieufe etoit regardee comme un fecond ba- teme •, & qu'ainfi il n'y avoit nul fcru- pule a avoir pour lui, en fuivant I'or- dre commun de la maifon : mais lorf- que les chofes etoient dans cet etat, & que M. de Sericourt n'attendoit que le moment de partir, Dieu, dont ce faint homme defiroit avec tant d'ardeur de connoitre la volonte , la declara d'une maniere imprevue , a laquelle on ne s'attendoit point. Le Prieur de Bourg- Fontaine lui fit dire de ne point venir chez lui, qu'il n'eut recu de fes nou- velles •, ( e'eft-a-dire qu'il n'y avoit point de place pour lui,) & cela a caufe du fantome du Janfenifme , qui com- mencoit a devenir a la mode, pour de- crier qui l'on vouloit. XXXIX'n* Monfieur de Sericourt vo'iant que dc seiUouri* fon deffein d'etre Chartreux avoit man- que , revint a Port-Royal , avec de ii ardens fentimens de penitence, qu'il fembloit qu'il ne fit que commencer d'entrer dans eette fainte voie, & que tout ce qu'il avoit fait jufques la ne tut qu'un ellau II s'y livra done de tellt |
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110 HlSTOlR2 ©E PoRT-ROIAI.
forte,qu'au bout d'un an ou de deux, '*
nature y fuccomba(4o)& qu'ilfutreduit a garder le lit. C'eft la qu'il fe preparole aconfommerfonfacrifice, Sc quemou- rant chaque jour par partie, il atten- doit avec joie fon dernier moment , qui arriva le 4 odtobre 1650. II tie rautque lire les difpofitions teftamen- taircs de ce faint penitent, dignesdes fiecles de la primitive Eglife , pour juger de fa piete. « S t D- Je Iaifle Sc donne a
« mon frere aine , Anroine le Mai- » tre , Sc a. mon frere Ifaac le Mai- " tre de Saci , pretre , tout ce qui *» peut m'appartenir. Je les conjure da- s' greer ce don , parceque je fais qu'ils » regardent les biens de la terre , plu- » tot comme une charge pefante que « comme un avantage de fortune. Le » peu que je leur Iaifle ne peut nuire a » la pauvrere evangelique qu'ils ont » emBrarTee , & me fert aaccomplir le " precepte de l'Evangile, de laider *> aux pauvres le peu de bien que l'orr » p jifede. J'efpere qu'ils feront bien- » aifes en acceptant ce prefent, de » contribuer par ce moi'en a mon falut, » comme ils ont fait jufqu'a-prefent » avec tant de charitc Sc de tolerance (40) Font. T. 1. p. (41) Suppl.au N«r.f»
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I. Par tie. Liv. Fill. ut
i> de tous mes defauts , dont je leur
" rends de cres-humbles actions degra- »» ces. Il ne me refte que de les prier de » fe fouvenir de moi dans leurs prieres *' Sc leurs facrifices , afin qu'ils de- « mandent a. Dieu mifericorde pour « moiquifuis un fi grand pecheur, &c w qui ne puis attendre que des effets » de fa colere , fi fa bonte infinie, de » laquelle j'efpere tout , ne daigne *> fe laiffer flechir par les prieres de fes » ferviteurs & de l'Egliie , dans la- »? quelle j'ai eu , par fa grace particu- »> here , le bonheur de vivre , & j'ef- » pere avoir encore celui de mourir. w C'eft li ma derniere volonte que j'of- » fre a. Dieu comme le dernier facri- j> fice de ma vie , &c que je fupplie fa u majefte d'avoir pour agreable. » C'e- toit la gloire & le bonheur de ces-trois freres, de ce qu'en mourant ils ne fe faifoient headers que de leur pau- vrete. Ils auroient pu , s'ils l'euflent voulu , avoir de grandes riche(Tes dans le monde ; M. le Maitre dans le bar- reau , M. de Sericourt dans la profef- fion des armes , M. de Saci dans l'E- glife-, mais Dieu leur avoit fait la grace de renoncer a tout, pour s'attacher at lui feul. Ce fat M. de Sericourt qui cornjoaeit-i
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lit HlSTOIRF.DE PoRT-RoVa!.'
Qt~ qa. le premier a rompre le bienheureujt
ternaire de trois freres admirables , unis par tant de liens & en tant de dif- ferentes manieres. Tous trois avoient marche jufques-la d'un pas egal dans le chemin laborieux de la Penitence. Tous trois avorent eu un meme pere fpiriruel, M. de S. Cyran , puis M. Singlin. lis etoient tous trois enfeve- lis dans la retraite ; tous trois nourris d'un meme pain de larmes, 8c engraif- fes de celui de la Penitence ; tous trois donnant avec la meme humilite tout leur terns & leur repos au bien de l'E- glife. Cette mort fut extremement fen- nble aux deux freres qui reftoient, fur- tout a M. de Saci, a qui M. de Seri- court etoit tres utile ; a. peu pres com- me Saint Gerard l'etoit a Saint Ber- nard. Auffi la confolation de M. de Saci fut-elle alors de lire 6c de relire ce que dit Saint Bernard, dans le Ser- mon 16 fur le Cantique des Canti- ques a 1'occafion de la mort de Saint Gerard fon frere. M. de Sericourt (42) etoit age d'envi-
ron quarante ans , dont il en avoit paf- fe treize dans la retraite & la penitence. II fut enterre au bas du chceur de l'E- (41-) Lettre 531. de la mert Ang£liquea l» tc'mt
4c Pologae ,T. 1. p. $}?. Necr. p. 3^0. |
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I. Par tie. Liv. VUT. n?
glife de Port Royal des champs , au I(j,0#
meme endroit ou Ton devoir inhumer dans la fuite la foeur Catherine de faint Jean fa mere , comme il I avoit fou- haite lui-meme de fon vivant (43). La mort de cette fainte Religieufe xt.
fuivit de pres celle de M. de Sericourt, M^ic de o r 1 r r^ 1 \ i ■» a Madame Ic
oc rut encore plus ienhble a M. le Mai- Maitre.
tre & a. M. de Saci (44). Elle avoit re- nonce au monde des la premiere an- nee de fa feparation d'avec fon mari , Sc avoit embrafTe la vie religieufe , auffi-tot qu'elle en eut la liberte, par la mort funefte de ce mari infidele , qui avoit ete fi long-tems le fujet de fes larmes , de fes peines, & encore plus de fes prieres. Elle fit profemon avecune extreme joie, l'an 1644, le 2.$ Janvier, fes affaires ne lui ai'ant pas pennis de la faire plutot •, car jamais perfonne ne defira cette grace avecplus d'ardeur , ne la recut avec plus de re- connoiffance & d'humilite, & ne la ' (45) M. Hamon a fait (44) Notts avons line
l'Hoge &c 1'epitaphe de Relation.de la -vie & des
1A. de Sericoutt , qui fe vettus de la fcettr Catherine
trouvent dans le Necro- de S. Jean Arnauld U
loge de P. R p. 589 , Maitre , par la foeur An-
590. Vo'i'ez les lemes que gelique de S. Jean la nie-
li mere Angelique lui ce , 8c la mere de Ligny ,
ecrivit pendant fa mala- publiee en 17J4 & ea
die,T. 1. p. 495. Il>. let. 1741. Mem. T. }. J>
309. p. 499. lalettre 311. }iJ-35?>
|«r faraort, p. jot. |
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Ii4 Histoire 0E Port-roVal.
conferva avec plus de ferveur. Avant que de faire profeillon , voiant qu'elle ne pourroit plus difpofer de rien , elle demanda permiflion d'aller voir dans toutes les obeidances ce qui pouvoit y manquer , & elle difoit aux fceurs avec fa gaiete ordinaire : Mes enfans , di- tts-moi bien to us vos pet its be/bins ; car bientot je n'aurai plus rien a donner. Lorfque la Mere Angelique alia reta- blir la maifon de P. R. des champs , elle mena avec elle la fceur Catherine de faint Jean , qui avoit d'abord eu beaucoup de repugnance pour cet eta- bliiTement, a. caufe de la feparation qui en devoir etre la fuite ; mais elle cut depuis du fcrupule d'avoir temoi- gne cette repugnance , 8c demanda avec beaucoup d'humilite, que pour fatisfaire a cette faute, on la choifit une des premieres qui feroient defti- nees a aller retablir cette Maifon ; ce qui lui fat accorde. Elle y fut la joie , la confolation &
l'exemple de toute la communaute par ton bon efprit& faregularite. Elle etoit extremement exacte a toutes les obfer- vances regulieres, & avoit fur tout un grand zele pour le Service divin , ne s'en difpenfant pas mane dans fes ma- ladies. On l'a vu affifter a Vepres avec |
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I. Par tie. Liv. VIU. 115
le friflbn de la fievre quarte , 8c a Ma-
tines meme,etant route malade 8c pre- nant des remedes. Elle avoit une nu- milite , une charite parfaite , une pa- tience extraordinaire dans les douleurs les plus vives. Si elle penfoit a. fes maux , ce n'etoit que pour remarquer toutes les circonftances qui auroient pu les rendre plus douloureux 8c plus incommodes , afin d'en conclure que I>ieu la menaeeoit en ne lui en- voiant qu'une partie de ce que rant d'autres foufTrent. Il n'y eut qu'une chofe qu'elle ne put gagner fur elle de fouftrir avec tant de conftance , c'etoit la feparation des perfonnes qu'elle aimoit, lorfque la morr les en- levoit. Mais d'ailleurs , elle ne man- qua }amais a la foumiflion qu'elle de- voit a. Dieu. Elle fut extremement fen- fible a la mort de M. de Sericourt, qui de tout terns avoit eu la meilleure part a fa tendreiTe. Elle recueillir en cette occafion tout ce qu'elle avoit de force , pour rendre a Dieu ce qu'il lui avoit donne , & pour lui offrir ce fa- crifice douloureux , en fe foumettant a fa volonte. Elle voulut meme deman- der pour lui la mifericorde de l'Ordrej ce qu'elle fit avec tant de pietc 8c d'hu- ijnihte qu'elle Bx verfer des larmes $ |
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H6 Histoirs tt PoRT-Roi'lt.
I(j, I# toute la communaute. Elle eroit deja fort mal des lots d'une fievre quarte» qu'elle portoit depuis prcs d'un an : elle ne laifloir cependanr pas d'agir en- core , d'aller au chceur , de travailler. La veille de Noel, elle fut attaquee d'un mal de cote 8c d'un grand friflon, qui fut le commencement d'une pleu- refie , ce qui ne Pempecha pas de tra- vailler avec la Mere Angelique a faire un habit pour une pauvre femme & d'aflifter aux premieres vepres de la Fete 8c a une partie des marines, ou elle dit un repons. La maladie etant devenue ferieufe , on lui fit recevoir les Sacremens , qu'elle recut avec une grande piete. Elle fe conrella a M. de Saci fon frls , comme elle faifoit de- puis quelque-tems a M. Arnauld fon jeune frere, qui n'etoit que de l'age de fes enfans , & qu'elle avoir tou- jours pris foin de faire elever avec eux, depuis qu'il avoir quirte le monde. L'un 8c l'autre l'affifterent jufqu'a la Lcitre de Pendant fa maladie elle crut devoir
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M.tdame le fj^jj-g ufage de la confiance 8c de I'a-<
au He de U mitie , dont Mademoifelle de Lon- don 4 Ma gueviHe ( enfuite DuchefTe de Ne- de Longue- mours ) 1 avoit toujouts honoree de- T«k. sa gyig qU'ene aypit eC^ aupres d'ellg |
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I.Partii. Llv. VIII. 117
pendant fon enfance , & elle lui ecri-
vit une lettre pleine de figes & de fo- lides inftrudfcions (45). » Madernoifelle , lui dit-elle , me
" trouvant dans le lit de la more, apres " avoir recu les derniers Sacremens 3c *» donne la benediction a. mes enfans , »j je n'ai pu oublier une perfonne ,' « dont la naiffance m'6te la hardielle » de la mettre de ce nombre •, mais » a. qui mon affection fait tenir la sj meme place dans mon cceur , pour *> lui dire les chofes que je n'eipere *> plus lui pouvoir jamais dire , puif- •j que vous avez trouve bon que j'ert « prilfe la liberie. Je fais , Mademoi- » felle, que vous trouverez des perfon- « nes qui vous diront force belles „ chofes , mais qui ne fe foucieront » sueres de votre falut. Il vous doit » etre precieux fur toutes chofes, puif- » que vous vous devez regarder com- ,» me une perfonne que Dieu a donnee " par miracle a une bonne & faints » mere, qui vous a nourrie avec des » foins non pareils , pour vous con- w ferver dans la grace de votre bap- » teme. Il paroit que Dieu veut con- » ferver ce miracle fur vous, puif- « qu'il vous donne la marque de fej, (45) Mem. T. }.p.}f«» |
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X 1 8 HlSTOIRF. DE PoRT-ROlAl.
»» enfans , en vous envoi'ant de /i
» grandes afflictions depuis vorreplus » tendre jeuneffe , & qu'a. l'age ou » vous ctes a cetce heure , qui eft le » plus dangereux de la vie, il vous m a do'me la plus grande , la plus fen- » fible & la plus facheufe affliction , » qui vous pouvoit arriver 8c avec »» des circonftances fi particulieres , » qu'il eft etonnant comment vous w l'avez pu fupporter (46). C'eft une " occafion unique > Mademoifelle , »> & fi vous la laiffez patter fans vous »j convertir entierement a Dieu , elle « vous deviendra tout-a-fait inutile. » Songez , s'il vous plait, que quand w la paix feroit en France , que toutes m chofes y feroient dans la tranquil- » lite 8c dans les rejouiftances ordi- " naires de ce tems-ci, &c que vous »> fuffiez dans la meme affliction, fi » vous aviez feulement une penfee de •> vous trouver dans les divertifle- »> mens, a caufe que le monde fort - injufte en toutes chofes y trouveroit a » redire ,.vousaimeriezmieux mourir » que de le faire. Eh! ce que vous fe- « riez avec tant d'exactitude pour ne (4«)M. deLongueville, Princes, 8c Stoir encore
pere decette Demoifelle , pour Ion rctenu en pri- avoit etc »ire:c avec lei ion. |
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I. Part ie. Liv. VIII. 119
»» pas choquer le monde, ne le feriez- ^
» vous pas pour le falut de votre ame , » pour temoigner que vous etes chre- »> tienne, que vous ne portez pas ce » nom en vain, & que vous confeifez » Jefvs-Chrift devant les hommes , •> arm qu'il vous. confefTe devant fon » pere J Apres lui avoir donne plufieurs avis
fur les devoirs auxquelles la profefllon
de chretienne l'oblige, fur f'adminif-
tration de fes biens , le foin des pau-
vres dans les ParoifTes , la decence des
ornemens de l'Eglife , &c, , elle lui
parle d'une injuftice fake a une Demoi-
felle qu'elle avoir eue aupres d'elle en
qualite de fille de chambre ( 47 ) & i
laquelle on n'avoit rien donne de tout
ce qui lui avoit ete promis. Enfin elle
finit fa lettre par ces paroles 11 tendres
Sc en meme-tems n edifiantes. » Voi-
» la, Mademoifelle, ce que mon af-
» fe&ion fincere pour votre falut, qui
„ durera en moi aurant que la vie &
» au-dela de cetce vie , m'a oblige de
„ vous dire. Je vous fupplie de eon-
» liderer routes ces chofes devant Dieu
,» qui doit etre fervi des grands auffi-
(47) Cette Demoifelle de chccur , fous le notn
ri'aiatu rien , fiit re^ue a il ■ i'ccur Marie de S. Car y. R.. 8c y fat leligieufe briel, -
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120 HlSTOIRE DE PoRT-RoVAt."1
j Jj, j j » bien que des petits , & devant le*
» quel vous comparoitrez un jour, » comme je fuis piece de le faire dans » peu de tems. Donnez-vous a lui , » Mademoifelle , c'eft le feul Maitre » digne de poiTeder tout le coeur des » PrinceflTes comme vous, qui ne font %> grandes a fes yeux, que lorfqu'el- " les font humbles , juftes, chaites& « chretiennes. Demandez-lui cette » grace & n'omettez aucune des cho- " fes qui vous peuvent fervir pour « l'obtenir. Cell ce que je lui ai de- » mande & lui demanderai toujours »» pour vous jufqu'au dernier foupir , 3> ai'ant une afreition toute particuliere " pour votre vrai bien, comme celle « qui a vecu & qui mourra votre, &c, Madame le Maitre furvecut peu a cet- te lettre & mourut le 2 2 Janvier 165 1. M. Arnauld nous a conferve les cir- conftances de cette mort precieufe aux yeux du Seigneur, dans une lettre qu'il ecrivit le lendemain 23 Janvier a la mere Agnes, xtn. »Ma tres chere fceur, je n'ai pas i.«;rede m. n befom Je difcours , pour vous per-
Arnauld a la., i /• • f *
«nere Agne«» iuader que le iujet de notre com-
M^rae "k"" mune affli&ion doit etre aufli celui
Maitre " de notre commune joie, apres ce
*> que je mandai hier a M. Singlin des
faintes
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I. Par. tie. Liv. Fill, ur
>. faintes difpofuions que Dieu avoit
» mifes dans le cccur de notre chere » fceur Catherine de faint Jean, pour » la preparer a la more. Elle y a tou- » jours continue depuis, ai'anc eu l'ef- » prit & la parole libre jufqu'a une «» demie heure pres de fa fin , qu'elle » a perdu l'ufage de Tun &c de l'au- ?j tre; & elle a commence a rendre m les derniers foupirs, a ces paroles de i» la paffion de faint Jean , que je reci- te tois , & inclinato capite tradidit Jpi- » ritum. Jamais mort ne rat plus tran- » quille , 8c il femble que Dieu a vou- „ lu lui faire cefTer, depuis la nuit de *> devant fa fin, toutes fes inquietu- ,y tudes & toutes fes peines , tant du „ corps que de l'efprit, pour lui faire „ gouter des cette vie les premices de „ cette paix inefable qu'il lui prepa- ,,, roit dans leCiel. M. Hamon (48) „ n'en trouve point de caufs dans la ,y nature. Il croit que e'eft une eipece w de miracle , que fouffraht tant aupa- »> ravant, fans que fon ma I fe foit « change ni qu'if lui foit venu aucan (48) M. Hamon fe re- fourm'r. e!le-n'3me aux
tirai PR. & y fur. Me- faintes religieufesde P. R.
decin apres la mort de M. & aux pieux folitaires ,
J>allu arrivee Van \6%o. Icsperlonnes dont les fer-
C'eft ainfi que la Provi- vices leur eioient nccef-
dence ptenoit foin de faires.
Tome 111. F
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112 HlSTOIRE DE PoR.T-R.OlAI.
" " aflbupiflement, toutes fes douleura
•» fe forent paffees. v Comme nous prions Dieu aupres
» d'elle, elle etoit fans cefTe occupee » a ce que l'on difoit, & le temoignoit » de terns en terns par quelques paro- w les. Se retournant vers mon neveu m de Saci , elleluidit: MonJils,ai~ » de%_ voire mere a bien mourir & a la. » mettre duns le del, elle qui ne vous t> a mis que dans cette miferable vie ; 8c » comme il n'etoit pas encore proche »» d'elle, elle m'avoit dit en fe tour- »j nantvers moi: Quai-jefait a Dieu , m pour avoir un tel fils ~> (49) Elle « nous a recommande a tous deux " d'avoir memoire d'elle a la fainte « MeiTe tout le tems de notre vie •, 8c » comme je lui repondis que nous » y etions bien obliges , elle me re- » pliqua que ce n'etoit pas par obli- » gation , mais par affection. Lui « ai'ant demande fi elle n'avoit pas un " grand fentiment de reconnoiffance » envers Dieu de l'avoir faite reli- » gieufe d'une compagnie deftinee £ » nonorer fans cerTe le faint Sacre- (49) Lorfqu'elle prit M. dormer trne %ie miferable,
de Saci pour confelfeur , & il fe fert maintenant
elle lui difoit les larmes dtvoui, pcur m'en proctt-
auxyeux: Mon fils, Dieu rer me h'ienheHnnfc,
ffjl fervi de moi pour vous
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I. Partij, Liv. Fill. ix5
»» ment, elle me dit avec un foupir, I(j. x< " & en elevant fa voix , Hllas , oui. » Elle avoit une telle liberte d'efprit, w que lui aiant dit une des oraifons » de Daniel qui font dans les heures , » & ne penfantpoint a. l'autre, elle me » la dit & me pria de la dire encore. » Elle a toujours voulu avoir le »> cierge benit &c lacroix en main, Sc » les forces lui manquant, on les lui a m tenus jufqu'a la fin. Quoiqu'elle eut »» un horrible dcgout de la nourriture, » elle a toujours pris ce qu'on lui a 53 voulu donner , fans refiftance , juf- » qu'a ce qu'.on s'appercdt qu'elle ne » pouvoit plus avaler. Elle prononca » une fois ou deux ce vers de l'hymne » de la Transfiguration avec grande » devotion. Heureux qui n'elt qu'a toi, qui de toi fe con-
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tentc.
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» Et elle fut bien aife que nous lui
» luffions tout l'hymne. J'oubliai hier n a mander, qu'en parlant de diverfes » perfonnes , elle dit : Je ne parle » point de M. d'Angers (50), parceque .. cela m'attendriroit: quand je ferai (?o) II avoit ete facre de P. R. de Paris ; la
EvScjue d'Angers le 19 mtre Angeli^ue revint Juin 1650 dans 1'Eglife expres de P. R. dcs Fij
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124 HlSTOIRE T>E PoRT-ROl'At
~6.lt „ dans le ciel je prierai Dieu pour lui.'
» Elle avoir recommande qu'auffi-toc » qu'elle feroit morte, on die pour elle „ Ckmentiffime Domini, &c. „ Enfin , ma tres chere fceur ,
>> les fens & la nature ont a foufFrir » dans cecte feparation, mais l'efprit » & la foi ont aurant a fe rejouir » que nous le pouvions fouhairer , » puifque quand Dieu nous auroit » donne a choifir le genre de more n que nous aurions voulu pour elle, ». nous n'aurions pu en choifir un plus » doux &c plus heureux. Dieu a cou- » ronne par une fin fi pieufe les gra- ,> ces qu'il lui avoit faites pendant fa » vie ; & je penfe fur-tout qu'il a eu » egard a cette grande charite qu'elle " a toujours eue pour les pauvres, & » qu'aufii aiant ere Ci degagee de tous » interets temporels pour ies enf'ans, ,> n'aiant jamais defire que leur falut, « elle a merite de mourir entre les *. bras de fes enfans, qui etoient fes » p~res dans l'Eglife, & qu'elle re- » gardoit comme tels avec la fbumifr Champj, psree qu'il l'a- geoitd'un poids (1 redou-
yoit defire: ma*s elle ne table; & elle croj'oit etre
prit d'autte part i cette plus obligee de gi'inir de-
cercmonie , que de fe te- vaut Dieu , pour lui atri-
pit dans une tribune , 3c rer fa miferi orde , qu'4
d'y pricr Di"U pour une prendre pair i ia joie de.
oerfoiine qu'elle aimoit foilejeyatipn,
ffndren>ent, ou'on chap- |
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I. Partie. Liv. VIII. 115
•w fion d'une vraie fille. Car le foin
» qu'elle a eu pour moi des mon entree
« dans le monde 8c qu'elle a toujours
« continue depuis avec une affection
m p'us que de mere , m'oblige de me
« mettre au nombre de fes enfans & de
« me fouvenir toujours d'elle comme
» d'une feconde mere. Adieu, ma ties
» chere fceur, que Dieu nous fafTe la
» grace de profiter de l'exemple de fa
s> vie, 8c d'avoir part a une ii fainte
w mort. Dieu a bien foutenu notre
» mere (51) dans cette affli&ion (1 fen-
» able, I'aiant affiftee a ce dernier paf-
*> fage avec une force 8c une refolution
» merveilleufe. A la mort, elle s'eft
« un peu attendrie , mais neanmoins
» dans une moderation vraiment chre-
»» tienne. Cette lettre fera, s'il vous
» plait, pour mon frere , pour ma fceur
„ Anne 8c mes nieces. Prions Dieu qu$
jj nous puiffions tous dire avec faint
» Paul : Sive vivimus , five, morimur ,
,> Domini fumus. Soit que nous vi-
« vions, foit que nous mourions, nous
j> fommes au Seigneur.
La mere Angelique ecrivant a la.
Reine de Pologne fur la mort de fa bienheureufe fceur, lui parle en ce$ termes: •' Dieu lui a confervc le jus- (fi) La mete Angeli^C'
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12.6 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'l'At.
» gement 8c la parole jufqu a un quart
» d'heure avant fa mort. Elle les a tou- » jours emploies a demancler miferi- » corde a Dieu, 8c a le benir des gra- " ces qu'il lui avoit faites , fur-tout » d'etre religieufe & confacree au faint *> Sacrement.....Enfin elle s'en
» eft allee a Dieu dans Fefperance de
3> fes mifericordes. M. Arnauld l'a tou- " jours ailiftee , & fon fils ( M. de Sa- « ci) qui eft Pretre & auquel elle s'eft » vou!u confeffer avant que de mou- " r|-, beniffant Dieu fans ceffe de lui *> avoir donne un fi bon frere & un fi » bon fils (52). Airtfi mourut cette S. femme (53),
cette femme forte & courageufe. Apres avoir recu d'une admirable mere une education fairrte & chretienne, elle eut le bonheur derendre enfuitea fes enfans ce qu'elle avoit recu de fes peres, & de voir fes foins benis au-dela de fes ef- (Frances. Elle quitta pour un moment
a compagnie de fes fceurs , pour s'en- gager dans le monde & dans le mana- ge. Le monde la ch ifla bientot, afin qu'elle fe rendit a fes foeurs , avec lef quelles elle s'enferma dans une mai- fon fainte, ou elle n'avoit plus de« (fi) Lett. ;ji. T. r. p. j;7-
(J3) Font. T. 1 p. 401 & fuir. |
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I. P a a T r e. Llv. VIII. 117
yeux que pour pleurer, une bouche ""TJTiT"*
que pour prier , un cceur que pour foupirer, en demandant a Dieu le fa- lut de celui qui la faifoic tanr gemir, &c de fes autres enfans qui ne s'etoient pas encore facrifies a fon fervice. Dieu avoit renferme une infinite de graces dans cette vertueufe femme &c fembloit avoir en quelque fac,onrenverfeen fa fa- veur l'ordre de la nature , en lui fai- fant regarder comme fa fceur celle qui l'avoit mife au monde, fes foeurs fe- lon la chair comme fes meres , qui ne fappelloient que leur fille , l'un de fes fils comme fon pere Sc les autres com- me fes freres. La fceur Catherine de faint Jean
etoit agee de 61 ans. Depuis fa fepa- ration jufqu'a la mort de fon mari, elle en avoit palTe 14 dans le monaf- tere de Port-Roi'al, ou elle prit l'ha- bit de religion en 1640 , 6c fit pro- felTion en 1 644. On trouve dans le Necrologe de P. R. (54) un bel eloge de cette religieufe , & fon epitaphe par M. Hamon. On ne peut douter de l'afflidtion jUJjJJjjgju
qu'une telle mortcaufa dans rout P. R- M. de Sacii au dedans & au dehors ; a la mere li,?""" £ Angehque a qui euectoit dun 11 grand mere. ( !4) 11 Janvier , p. 57-4°'
F it
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j28 HrsTontE be Port-roLs£.
fecours •, a route la communaute en ge- neral , dont elle etoit la confolation 8c Pexemple; aux folitaires parmi lef- quelles elle avoit deux fils , qui en etoient les peres. Mais lorfque tout le faint Defert etoit en deuii & dans les Jarmes, on vit avec autant d'etonne- ment que d'admiration M. de Saci n'en jetter aucune, la tendrefle nam- relle cedant en lui a la force de la grace. Apres avoir repandu long-tems fon ame aux pies des autels , pour offrir a. Dieu celle de fa fainte mere , retenant au fond de fon cceur tous fes fentimens de tendrefle fans en rien laitfer paroitre au dehors , il alia les yeux fees , la meitre lui-meme en ter- re , impofant ainfi filence a la nature. Le refpecT: qu'il fa voir qu'il devoic a la foncfion fainte de Pretre , leretint pour ne faire voir qu'un Miniftre du Seigneur en cette occaiion, 8c oublier qu'il etoit fils. Il montra combien il etoit maitre de lui & combien il favoit regler tous (es mouvemens. Il n'y eut performe, en voi'ant cet empire fi abfolu que M. de Saci avoit fur les paffions , qui lui faifoit conferver la liberte d'ef- prit, des yeux & de la voix , lorfque tout le monde , au milieu de cette trifle ceremorue , etoit fans parole , fans |
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I. Part ie. Liv. VIII. 129
icnant, ou ne parloic que par fes lar- ' 7T71 "
mes •, il n'y eut perfonne , dis-je , qui ne concur une nouvelle idee de ion eminente vertu, qui favoit ainii rendre a Dieu ce qu'il lui devoit, aux depens de la nature. Pourrions - nous nous difpenfer de xtiv;
parlericid'une Dame plus recomman- da^e u rfu* dable par fon eminente piete que par fa cheflede Lui- naill'ance , que la mort enleva la meme ™:J™ Um annee que Madame le Maitre , dans le terns qu'elle meditoit de fe retirer a P. R. LouifeSeguier,fille unique de Pierre
Seguier, marquis d'O, coufin du Chan- cel ier de ce nom, ai'ant ete elevee dans la piete par une mere chretienne , au- roit embraffe la vie religieufe parmi les Carmelites, (i Madame fa mere 8c fes dire&eurs n'y avoient mis obftacle(j 5)* Obligee, contre fon inclination, de prendre le parti du manage , elle fai* foit de continuelles & ferventes Pfie>~ res , pour obtenir du ciel un mari felon le coeur de Dieu. Ses voeux furent exau- ces ; & parmi beaucoup de partis qui la recherchoient a caufe de fes grands; biens,de fa vertu, de fon efprit &c de fes. (ff) Vie mamircrire de Boil'eau , Chan> de Saiitf
Madame la DucliefTe de HojlOli. Luiucs y ]>» M. 1'Alike |
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I 30 HlSTOIRE DE PORT-R.o'lAt.'
YsTTT autrss qualites, Madame fa meredonns
la preference au fils du due de Luines , jeune Seigneur tres vertueux. Dans les premiers tems de fon mariage, fapiete recut quelqu'atteinte par le commerce du monde, Aianr oui dire que la con- dirion des grands leur permettoit des chofes qui etoient interclites aux pe- rks , elle fe lailfa entrainer dans des af- femblees profanes, telles que les bals , &c. Mais bientot defabufee par les fa- ges avis d'un confeffeur eclaire , elle fe retira du grand monde, fe fir le plan d'une vie reguliere , dans lequel tous les momens de la journee etoienr rem- plis, &c donr elle ne s'ecarroit jamais. Se levant de" grand matin , elle faifoit Ja priere a fes gens en commun; puis elle faifoit fes prieres particulieres, re- citoit le breviaire , lifoit l'Ecriture- fainte, entendoit la meffe , regloit les affaires de fa maifon, vifitoit les pau- vres malades, rravailloit avecfes filles, ai'ant toujours foin de meler la priere au rravail, & de le fanctifier par une prefence continuelle de Dieu. xiv. Elle eut la confolation d'amener fort /on man*!"a epoux , non-feulement a une vie chre-
tittc. tienne, mais encore au degout du fie- cle , & a l'amour de la retraite & de
la penitence. Le tendre amour qu'elle |
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I. Partie. Llv. VIII. 131
lui portoit , n'avoit pour objet quefon i6<i.~ falut. Lorfqu'elle le voioit s'avancer dans la piece , elle beniiloit Dieu de fon mariage : fi elle s'appercevoit de quelque relachement, elle en etoit pe- netree de douleur jufqu'a verferdes lar- mes , & ne cedent de lui faire des re- montrances. C'eft ainfi que le Due 8c & la Duchefle , conduits par M. de See Beuve, marchoient dans la voie etroite. Attentive a confacrer tout (on tems xtv*;
3. Dieu, elle avoitune adreflTe merveil- ij*s, vert881
leule de f e derober des compagnies , & de.
des perfonnes memes qui lui etoient
les plus cheres, pour fe retirer dans fon
cabinet, afin de vaquer a la priere & a
lale&ure des livres de piete. (56) Tou-
tefois elle ne manquoit point aux bien-
feances que fon etat exigeoit d'elle ;
mais aum elle ne leur donnoit que ce
qu'elle ne pouvoit leur refufer. Elle s'e-
toit prefcrite fur cela des regies tres fa-
ges , que Ton a trouvees apres fa more
ecrites de fa main. « II faut, dit-elle ,
» aimer la folitude pour nous guerir
,7 de nos blelTures , & foufFrir les vifl-
,, tes pour ne pas blefler le prochain. Il
n ne fatut done avoir des vifites 8c
v des Converfations que par neceffite. >»
Rien de plus edifiant 8c de plus chrc-
F.v;
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lyt HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
tien que ce qu'elle die fur la manier*
dont on doit fe conduire dans les vi- jfites& les converfations, ne s'ingerant point a parler des cho fe$de Dieu , par- cequ'on doit s'en croire indigne ; allai- fonnant fan difcours, lorfqu'on fe trou- ve oblige de parler , de quelqaes veri- tes utiles , fans ccpendant faire le preV dicateur ; ne ^'informant point des af- faires d'autrui; fermant la bouche & les oreilles a la medifance •, excufant autant qu'il eft polUble, mais blamant toujours le vice; prenantla defenfe de la verite , lorfqu'elie eft attaquee, mais evitant la contention ; regardant inte- rieurement les louanges qu'on nous donne , comme une tentation du de- rmon ; fe gardant de flatter perfonne , de peur d'etre une occafion de chute a fon prochain ; evitant de parler de foi- meme, fous quelque pretexte que ce fbit, y ai'ant toujours du danger a le faire ; parceque e'ejt une vanite grojjiere de dire du bien dejoi , & une vanite con- vene d'ea dire </«/w<z/.Telles.etoientles regies que Mme. de Luines s'etoit pref- crites dans, les vifites & les entretiens, Celles qu'elle fuivoit dans les autres actions n'etoient pas moins fages, ni maoin^ chretiennes. Parexemple, tou- dmu lias lionneuxs, dik a fon, rang ,. |
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I Partis. Llv. Fill, rjj-r
Wle avoir pour maxime , qu'en fait - * honneurja grande regie eft den prendre U moms qu'onpeut, qu'ilnefaut rece- voir ces honneurs que par contrainte & pourobar a I'ordre de Dieu, qui nous a mis dans un etat auqud ces prominen- ces Jont attachees; mais que nous de- vons avolr le cceur humilii de nous voir dans un hat ft difrent de celui du Fib de JJieu. La profonde humilii dont cette vertueufe Dame a donne des exem- pts d une grande edification , etoit en ellele pnncipe de ce grand detacher menr de toure grandeur , & fe mani- feftou en tout, a l'cgard du Due fon epoux , dont elle ne parloit qu'en IW reliant fon Seigneur , a l'exemple de Sara 5 a 1 egard de M. Singlin fon con. feileur p3Ur lequel elle avoir une ioumiilion d'er.fant. Une feule parole de cet homme fage & eclaire calmoit toutes les pemes & les inquietudes de cette humble Dame , qui auffi docile qu elle etoit eclairee , foumettoit avec fimplicite fon jugement au fien. C'eft par cette docilite que tous les fcrnpules & toutes les perplexites qu'elle eprou- va fur l'ecat de fa confcience , fe diffi- perent. C'eft par li, e'eft-a dire par h- propre experience t qu'elle acquit tant de lurnieres Hir cette inatiere , comas |
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16. 5 r.
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154 HlSTOIRE DE PoR.T-R.oiAt.
" on le voir par ce qu'on a trouve dans
fes papiers. « On ne vient pas a bout» » dit-elle, des fcrupules en raifonnant* » mais en obeifTant. Si nous ne refol- » vons une difficulte qu'a force de rai- •o fonner,il ne manquera pas d'en venir n inceftammentde nouvelles.ObenTons » (implement a ce qu'on nous dit, par- si ceque ceux qui nous parlent ont lu- » miere & autorite. » Quand ils nous difent que nos rai-
» fons ne valent rien , foions perfuades « que leurs raifons font effe&ivement 3j meilleures que les norres. Tanr que n nous obeirons a nos fuperieurs dans » nos craintes 8c nos fcrupules , il ne » fauroit nous arriver de mal, mais » beaucoup de ne leur pas obeir. Ce « deraut de foumiilion , de quelque » couleur qu'on le couvre, eft un eftet « d'orgueil, que Dieu punir queue- s' fois par de veritables chutes. La ten- » tation qui nous paroit, n'eft pas tou- n jours celle qui nous tente ventable- « ment. Notre ennemi fait comme ceux » qui font de faufTes attaques ; ils » feignent d'attaquer par un cote ou » ils n'ont pas deffein de donner, pour » tacher d'emport^r un autre pofte, n dont on ne le defie pas. Ainft le de- •» mon donne des penfees de certain* |
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I. Part xk. Liv. Fill. 135
» peches, dont on doit etre afTure qu'on "777T
•> a le CGeur tres eloigne, & 11 le rait
»» dans le deflein de nous faire tomber
» dans de veritables fautes , comme
»» font l'attache a fon propre fens 8c
» a fa volontc , la defiance de Dieu 8c
" la confiance en foi-meme , comme
" s'il n'y avoit que nos fens & nos pre-
» cautions , qui nous empechaiTent de
m tomber dans le mal, Le demon par
« nos vains fcrupules nous fait meme
» tomber dans une inquietude qui trou-
w ble none union avec Dieu, & nous
y> ote le terns & le calme neceflaire
» pour fonger a rios veritables de-
•> voirs.
» Regardons Dieu comme un bon
h pere , ll ne nous corrigera pas dans » fa fureur. Quoique nous ne foions » pas fi tot gueris de nos fautes , ne » laiflbns pas d'efperer en la miferi- « corde de Jefus-Chrift , pourvu que a» nous aions un defir fincere de nous » corriger. Le Libetateur veut fouvent » nous faire fentir nos foibleiTes par » nos chares. Notre humilite fe neur- al rira d'autant plus; l'orgueil fera d'au- *> tant plus matte , que notre guerifon »> aura ere plus differee •, & la peine » que nous aurons eue a Facquerir , v augmentera la crainte que nous au- |
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1 J 6 HlSTtMRE DE PoRT-RClAX."
JcTTT" rons ^e ^a Perdie. Jl eft de l'ordre
» de Dieu d'operer fon faint avec trem- » blement, &c en meme-tems avec con- w fiance. II n'y faur chercher nl certi- » tude , ni evidence ; la certitude erant »»incompatible avec 1 efperance , & » l'cvidence avec la foi. Le parti qu'on »» doit prendre , c'eft d'agir bonnement » & (implement , fans fe mettre en » peine de difcemer en route occafion » le principe qui nous amine. Dieu ne » regarde nos bonnes ceuvres exterieu- » res que dans la difpofition interieure w de notre cceur; & parceque notre *> volonte eft fouvent comme les arbres » en hiver, pleine de chaleur au dedans » fans produire rien au dehors , Dieu >y regardera les fruits dans la racine •, & » des que fame eft dans une difpofition » fincere de faire & de fouffrir routes » chofes pour fatisfaire a la juftice de w Dieu, Dieu fe tient des lors faris- » fait, & nous devons demeurer dans »» un plein repos , tandisqu'il n'y a que « des empechemens involontaires qui u nous arretent. Ne nous inquietons x> done point, lorfque nos infirmites.,, » ou des empechemens legitimes font *» un obftacle au defir que nous avons » de faire des ceuvres de penitence. II ». j a des perfonnes pour lefquelles la |
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1. Par. tie. Liv. VlIJ. 157
i> penitence eft de n'en faire aucune l6, l'
»> exterieure •, & peuc-etre que cet etat eft » encore meilleur , que fi elles faifoient » beaucoup de mortification. Souvent « on fe raftiire un peu trop fur les bon- » nes aeuvres exterieures, on fe flatte » trop d'avoir fatisfait par-la a la juftice » divine. Ainfi lorfque la divine provi- » dence fait naitre des empechemens » legitimes aux exercices exterieurs de >» la penitence , le meilleur exercice y> que nous puiflions pratiquer , eft de « nous y foumettre. C'eft l'avantage » que la loi nouvelle a par-deffus l'an- » cienne, que celle-ci demandoit rigou- » reufement des actions exterieures; m au lieu que la loi de Jefus-Chrift , i> qui eft efprit & verite , demande en- >' core plus les difpofitions interieures. Le Theologien le plus habile , le plus confomme dans la fcience des voies du falut, & dans la folide fpiritualite , pourroit-il parler avec plus de lumiere , plus de jufteife & plus d'exadtitude ? C'eft cependant le fangage d'une Da- me > qui n'avoit peut-etre pas vingt- quatre ans , lorfqu'elle parloit, ou plu- tot lorfqu'elle ecrivoit de la forte. La vie de cette Dame repondoit a de xrvr-
fi grandes lumieres. Pleinement iou- a la volow£ miffi a la volonte de Dieu, elle rece-de Dieu. |
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V}8 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl.
~~voit avec une patience admirable les
afflictions les plus fenfibles. Ecrivant a fon confeffeur dans le moment que la mort venoit de lui enlever Madame fa mere & fon fils aine : « Dieu, dit-elle, jj m'enleve ceux qui faifoient la con- >• folation de ma vie; mais il me doit » lui-meme tenir lieu de toutes chofes. » C'eft en Dieu que fe trouvent emi- « nemment toutes ces liaifons de pe- s> res, de meres , d'enfans , qui font fi » pleinesd'imperfe&ions dans les crea- >y tures. Ennemie de tout fafte & de toute
vaine parure , elle fe depouilloit de tou- tes les fuperfluites ordinaires aux per- fonnes de fa condition, pour en raire des large (les aux pauvres. Mais fans entrer dans un plus grand detail fur fes verms, fur fa bonte & fa tendrefle {>our fes domefriques , fon zele pour
eur falut , fa fermete pour maintenir le bon ordre dans fes terres , &c. il fuffit de lire ce qu'elle dit fur la vraie idee de la perfection chretienne , pour avoir une vraie idee de celle de cette Dame. <• La perfection de chaque per- « fonne , dit-elle , confide a accom- »> plir exactement la volonte de Dieu » en cette vie , c'eft-a -lire a marcher « par la voie qu'il nous a marquee de |
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ioC I
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I. Part IB. Llv. V11L ijt>
«> toute eternite pour nous faire arriver « a notre fin , qui eft la vie eternelle. » Dieu predeftinant fes elus au falut , » prepare les mo'iens par lefquels ils » doivent y parvenir , ainfi que S. Paul " dir que Dieu prepare les bonnes ceu- » vres, afin que nous y marchions, C'eft « done fortir de l'ordre de Dieu , & »» par confequent du devoir tk de la n perfection de chaque chretien en par- »» ticulier , que de vouloir marcher par « une autre voie. Ainfi toute notre etu- »> de doit etre de decouvrir cette voie » preordonnee & preparee pour nous » enparticulier. Les Saints , qui fe font " fanctifies dans le manage, ont ac-» » compli la perfection deleur vocation » perfonelle , en telle forte que s'ils » fuflent entres dans la voie de la vir- » ginite , quoique plus parfaite en elle- »> meme , fuppofe la neceflite de la vo- » cation de Dieu pour les mo'iens > » aufli-bien que pour la fin , il eft cer- « tain qu'ils fuflent dechus de la per- »> fe&ion chretienne , & ne fuflent ja- „ mais arrives a leur fin eternelle , » puifqu'ils auroient manque des graces „ neceflaires pour foutenirce haut etat, » Dieu n'aiant pas du leur donner ces -» fortes de graces felon notre fuppofi- « rion. Car il ne fait rien dans le terns ^ |
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I40 HlSTOIRE BE PoRT-ROl'^t.
» que ce qu'il a refolu de route eter>
» nite. Dieu veut fauver les homines » dans toutes les conditions , pour for- » mer fa cite & fon roiaume celefte : » ainfi il ctablit une fociete dans fon » roiaume terreftre, qui eft 1'Eglife j » laquelle fociete, ainfi qu'une fainte » republique, confifte en divers etats , » ordres & conditions , qui font con- » duites differemment ici bas par les » diverfes formes de fa grace & de fa » fagetTe , qui divife £es dons, & les » partage a chacun felon fon bon plai- » fir. Mais tous ces etats doivent etre, " pour ainfi dire, reunis &: confommes » par une meme grace de gloire. " Il faut bien diftinguer i'etat de la,
» plus grande perfection ,"de la perfec- » tion meme. Il n'y a pas de doute que " de quitter mari, enfans & toutes " chofes , ne foit une adtion de plus » grande perfection , quand elle fe fait " dans les regies , que de vivre dans le " mariage & dans l'ufage des biens dit » monde. Mais cela n'empeche pas " qu'une perfonne ne puifle fuppleer « par fes difpofitions interieures a l'ex- » cellence de ces actions exterieures , » & meme les furpaller. Mettons-nous " done dans cette difpofition, avec la w- grace de Jefus-Chrift, que (i i'ufags |
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I. Par. tie. Llv. VIII. 141
» tie ces chofes, que nous ne pouvons TJTTT
" pas encore quitter , nous devenoit
» un obftacle a la perfection, &ace
»» que Dieu demande de nous , nous
» foions toujours prets a y renoncer. Il
» faut que dans la preparation du cceur
». nous foions diipofes a quitter volon-
»»tiers ce que nous pofledons le plus le-
" gitimement •, a. nous arracher l'ceil ,
» comme parle l'Evangile, & a. nous
« couper les pies & les mains , fi cela
» paroi c necelfaire pour arriver a notre
«fin. Mais en' attendant, il ne faut
* penfer qu'a bien ufer de fon etat, &c
» a fe fan&ifier de plus en plus, en
« demeurant dans fa voie.
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Telles etoient les lumieres , les
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in moid
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mccurs > les difpofitions de Madame la
Duchefle de Luines. Quelque reguliere & edifiante qu'eut toujours ete la vie > elle meditoit encore quelque chofe de plus parfait par une retraite totale du monde. L'anneequi precedafa mort , elle fe propofoit d'executer ce def- fein (57). Mais elle ctoit a la fin de fa (?7)Rjen n'eft (i edi- ce de faire faintement
fant que ce cjti'elle ccti- cctte retraite , d'etouffer
voir fur ce lujet a Ces en elle ces rcftet de foi-
amis. EUe ne ceffoit de bleffbs & d'oppolitions
conjurer les fervireurs & qu'elle y fentoit quelque-
les letva.rites de Dieu , de fois , de rompre rous Us
Je prier ciu'il lui fit la gra- obftacUs du dedans & da
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14* HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt;
carriere ; elle y marchoit a grands pas »
& elle fit cette annee de fi grands pro- gres dans la vertu, que ceux qui la con- noiflbient etoient iurpris de ne plus voir en elle aucune trace d'imperfec- tion. C'ejl une merveille que fon avance-
menc dans la vertu chretienne, difoit avec admiration la mere Angelique , dans une lettre a la Reine de Polo- gne (58). Cette Dame correfpond digne- ment au renoncement que Votre Majefle a fait au faint bapteme pour elle (59). Votre Majefle a en cette Dame une file fpirituelle , & unefervante qui efl vrai- menta Dieu (60). Il femble que Dieu lui eiit donne un fecret preflentiment de fa fin; car dans le terns qu'elle pref- foic le plus ['execution de fon deflein , il lui vint a l'efprit qu'elle ne jouiroit jamais de cette retraite il deliree. /e ne mirite pas , dit-elle un jour avec foupir, en appercevant de loin le bati- dehors, ami qu'elle com- voient la fortifier dans
me115.1t parfaitement une fon nouvel amour pout
fi grande entreprife : elle lafolitude.
ajoutoit qu'elle favoit que (58) Lett. 334, T. ij
tout ucpendoit des com- p. 547.
mememens , qu'elle crai- (yjj Madame de Lui-
gnoit tcmblement de re- nes ctoit filleule de la
gardcr en arricre I elle Reine de Pologne. t
prioit qu;l (iiefois , qu'on (do) Lett, jjj , n,
lui traduifit les endroits 778.
dec Saints Peres, qui pou-
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I. Partih. Llv. VIII. 145
mem de Vaumurier, quis'elevoit dans "
le vallonde P. R. , d'entrer dans cetie terre promife ; je ne la verrai que de loin, comme ces pauvres Ifraelites qui mouru- rent dans le defert ( 61 ). L'evenement juftifia fon pronoftic.
Elle commenga neanmoins la retraite
quelle meditoit , s'etant retiree dans
une maifon voifine de Paris , oil elle
ne penfoic plus qu'a. l'eternite. Elle
pria M. de Luines de lui traduire les
endroits de S. Auguftin , ou ce faint
Docteur parle de l'eternite. Souvent on
l'entendoit s'ecrier en regardant le ciel:
O lieu bienheureux, quanci vous ver-
rons nous ? Qjiand jortirons-nous de ce
lieu de miferes ? Elle rec^it dans cette
retraite la tradu£tion du livre de la
mortalite de S. Cyprien, qu'un foli-
taire de P. R. avoir faite a fa priere , &
elle la lut jufqu'a trois fois le foir me-
me qu'on la lui apporta. Deux jours
apres la fievre la prit. Au fecond acces
on la ramena a Paris , ou la violence
du mal la fit accoucher avant le terme.
Infenfible aux douleurs du travail, elle
ne penfoit qu'au fruit qu'elle portoit,
craignant qu'il ne put recevoir le bapte-
lifi) Elle parloir ainfi , gnance , lorfque M. de
parcequ'ell, le repro- Luines lui propofa de
choit d'avoir autrefois te- faire batir une maifoa
gioigoi quelque repu- pres dePotc-Roi'al.
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144 HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At.
—------me. Elle defiroit meme que pour le
* * lui procurer , les medecins n'epargnaf-
fent point fa vie. Dieu exauc,a ies vceux , elle accoucha de deux jumeaux qui furent baptifes. Sentant fon mal augmenter , elle demanda & recjit le S. Viatique avec une fi grande con- folation , qu'apres la communion elle demeura pendant une heure dans un repos d'efprit & de corps, qui refTem- bloit a un doux fommeil. Aiant enfuite fait appeller M. le Due, elle le confola avec une fermete admirable. Si nous nous feparons icipourun tans , lui dit- elle , nous ferons bientot rejoints plus faintement & plus heureufement dans le del pour toute I'eternite. La veille de fa mort, quelqu'un lui aiant propofe de voir M. fon mari , il n'y a pas , dit- elle, de nece£ite ; ilfaut que nous faf- jlons un facrifice volontaire , pour nous dijpofer au facrifice neceffaire qui appro- cht. Elle fit venir fes domeftiques, les remercia des fervices qu'ils lui avoienc rendus , 8c leur demanda pardon des fautes qu'elle pouvoit avoir commifes a leur egard. Apres qu'elle eut recoil l'extreme- on&ion avec une piete & une prefence d'efprit admirables , elle ne s'entretint plus que des verfets des pfeaumes les plus convenables d fon etat,
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I. Part ie. Llv. VIII. 145
etat, qu'ellechoififlbitelle-meme. Elle ~~ entremeloit quelques palTages de faint Auguftin , celui-ci en pardculier : O eternellement aimer ! O nejamzis mou- rir ! O toujours vivre! Approchant de fon dernier moment, elle repeta p!u- fieurs fois ce verfet (63)', Rcceve^ moi felon voire parole , afin que je vive ; & ne me confonde^ pas dans mon attente. Les dernieres paroles qu'elle pronon^a un quart d'heure avant de mourir , fu- rent celles-ci •, cree^ en moi un cceur nouveau , 6 mon Dieu. Cette bienheu- reufe mort arriva le 13 feptembre 1651 ((J3). Elle etoitageede 17 ans. M. Singlin ne la quitta point pendant fa maladie, partageant fa charite en- tre l'epoufe mourante, & le mati perce de douleur. Son corps fut porte a P. R. ou elle avoit defire d'etre inhumee , & elle fut mife dans le chceur de 1'EgKfe. Un mois apres, la mort enleva les deux jumeaijx dont elle etoit accouchee , qui furent mis dans la meme foiTe que leur (65) Pf. 118. w. u«. luinti ... Elle a liiffe une^
<«}*) La mere Angeli- t'h grande edification i. que en 'nforrrfanr la R:i tout le mnnde par ft bonne ne de Pnlcgnede la mort vie & fa fainte mort. Vo- te cette vrrtHeufc Dame , trc Majefle fait quelle avoit fait fon eioge en.peu de toujours cramt Dieu de- mon (*); Dieu , dit elle , fun fon enfance. a tire a Ivi Madame de >*)Uttre 557 ,f. 5«}-j8f.
Tome III, G
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_- ' "" '" " —
14^ HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt,'
-j^-1> fainte mere ( 64). M. le Due fon mari
orna leur tombeau de deux epitaphes ,
que l'on a inferees dans le Necrologe
de P. R.
xlviii. La mere Angelique aiant fini fon
j^1""6^1'troifieme triennal fut continuee Ab-
commute Ab-befle par une nouvelle elediondu 29
£fi aE1ia oftobre(<Ts). Quoique tout fe fut bien
maifon des palfe dans toutes les elections prece-
fanvierVajj.5. Rentes, il parut cependant e/z celle-ci
_______ quelque ckofe d? extraordinaire. La mere
2651. Angelique, qui en parle en ees ter-
mes & qui n'en fentoit pas moins la pefanteur du farde auavoue (66) qu'elle n'avoit point encore vu tant de temoi- gnages d'affection & de joie que cette fois , accompagnees de devotion ft d'ac* lions de graces. Cette digne Abbeffe apres avoir refte quelque terns a Paris, par Tavis de M. Singlin , pour ne pas contrifter les faeurs qui etoient bien difpofees, retournale 1 3 Janvier 1652 dans fa chere folitude de P. R. des Champs , pu elle fut recue avec les memes ceremonies & la meme joie («4l Comme Mnnficur les noms aux deux petit*
He Madame de Luines juraeaux (*).
^voienc forme larefolu- (6j) Lettre 570, T. t,
lion d'imirer S. Paulin 8c p. 11,
Tfaaralie fon epoufe , i!s (66)lb. Lertte}74, »,
en ayoient fait donner 11.
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i. PARTIS. Ltv. rill. 147
qu'elle l'avoit ere trois ans auparavant.
Elle pnt alors la refolution de faire re- hauffer l'Egiife & de rebatir les dor- toirs , parce que l'Egiife ecoit fort hu- mide & mal faine, & qu'il y avoit peu de logemens dans la maifon (67). M. le Due de Luines & M. du Gue de Bagnols Maitre des Requetes fe char- gerent de la depenfe & prirent foin du tout , veillant eux-memes fur les ouvriers & dormant les ordres •, ce qui faifoit dire a la mere Angelique dans une lettre a Madame la Marquife d'Au- mont (68): Nous avions ci-devant des Gentilshommes pour cordonniers , a cetie heure nous avons un Due & Pair pour chajjh-avant, & qui fait valoir fori au- toriti couvercedeja ckarite, d'une ma- niere admirable. » Le zele de ce Due >» etoit fi grand qu'il fe feroit eftime » heureux, fi au lieu de prendre le foin » qu'il prenoit de faire fake ces ouvra- » ges, il eut pii etre charpenrier & ma- il con pour les faire defespropres mains. Us refolurent de rehaufier l'Egiife («7) Les deux maifons tant les dehors, il y avoit
de P. R. de Paris & des 300 perfonnes. Lett. 377.
Champs £toient alors tres de la mere Angelique, T.
nombreufes : dans celle x.i;-i«.
deParisil y avoit au de- (68; Lettre 405, T. 1.
dans no religieufes Sc p. 61.
penlionnaires , & plus de <«s>) lb. Lettre 41.1. p.
50 dans l'autre. En comp- 87-8^.
Cii
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I48 HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At."
de huit pies de fable , ce qui fuc fait
des le mois de mars. Pour le dortoir , on delibera fi on abbattroit ce qui en reftoit pour le faire autrement. Un re- ligieux Celeftin qui pallbit pour intel- ligent dans les batimens, & qui l'etoit effedfcivement, confeilla de batir les dortoirs qu'on vouloit faire , fur les anciennes fondations , c'eft-a-dire , au-defTus du premier etage & des voli- tes. Son avis fut fuivi. On commenca ces ouvrages au commencement de cette annee, & ils furent continues pen- dant la guerre des Princes (70). On avoir tant de peine dans la campagne, a caufe des gens de guerre , qu'il falloit avoir force efcortepour charier les bois dont on avoit befoin , & tous les au- tres materiaux. Mais les perfonnes cha- ritables , qui fe meloient de tout cela, trouvoient un double gain dans cette depenfe, parcequ'outre le fer- vice qu'ils rendoient aux Religieufes , ils nourrifToient ainfi un tres grand nombre de pauvres gens qui etoient emploi'es a ces ouvrages , fans quoi dans un terns Ci miferable ils feroient mores de faim. Ces Meflieurs voulurent batir deux
grands dortoirs, quoiqu'alors on n'eiit 179) Mem. Ju FofJc p, 114.8c fuiy, |
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I. PARTtE. L'lV. VIII. I49
point deffein d'etablir une grande njrj,.
Communaute a P. R. des Champs •, M. de Luines meme s'opiniatra, fans fa- Voir pourquoi, a. vouloir qu'il y eut foixante douze cellules. Pour celail fit abbactre, quoiqu'a. regret, des logemens fort commodes que M« d'Andilly & Madame de faint Ange avoient fait ac- commoder pour eux au bout du vieux dortoir , avant que les religieufes y re- vinflTent. La fuite a fait voir que c'ctoit la volonte de Dieu que cela fut ainfi. Car lorfqu'on raflembla a P. R. des Champs les deux Communautes, lors de la perfecution de 1665 , il fe trou- va juftement foixante-douze Religieu- fes de chceur. Peu de terns apres qu'on eut com- XL,X-
, * K , La guerre
mence ces ouvrages, la guerre des des ttinct*
Princes arriva ; & n'y aiant plus de fii- oh}'ie , 1f* , . . ' ' . 1 , rcligieutes AS
rete a la campagne, on jugea a pro-p0n-Roiai
pos de renvoier toutes les religieufes ■}" cha™P* a Paris. Elles y retournerent au nom- Paris. bre de cinquante , dont une partie s'y rendit le 24 avril, & le refte partit le lendemain avec la mere Angelique, qui arriva a Paris fort tranquille, quelque regret qu'elle eut de quitter une foli- tude qui etoit la feule attache qu'elle eut au monde, parcequ'elle n'en avoit a rien , des qu'elle voi'oit 1'ordre ds G iij
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15O HlSTOIRE DE PoRT-ROIA£.
j^.._ Dieu. Lorfqu'elle arriva , une four
lui aiant demande il elle n'etoit pas bien fatiguee d'une telle journee , elle repondit: » Point du tout, je n'ai ja- » mais de peine que quand je ne fuis » pas afluree de la volonte de Dieu , " & qu'il faut que j'agiffe par moi-me- » me -, mais en cette rencontre que M. « Singlin, qui etoit avec nous, a re- » folu tout ce qu'il y avoit a faire, je » n'ai eu qu'a iiiivre Dieu qui parloit » par lui, & cela ne me laffe jamais. l. Si la premierre guerre de Paris don- ^"Tn^lu- na occanon a la mere Angelique de
H>ie pendant fignaler fa charire, elle ne le fit pas la B«eric. moins dans celle-ci. Il feroit difficile d'entrer dans un detail exact de tout ce qu'elle fit pendant cette feconde guerre qui fut alTez longue; nous nous contenterons de rapporter ici les re- marques que la mere Angelique de faint Jean avoit faites alors furcefujet,& qu'elle donna ecrites de fa main a la mere Magdeleine de fainte Agnes de Ligni, qui les a inferees dans fa rela- tion du retablijfement de Port Roialdes Champs en 1648 , & de ce qui s'eft palle les annees fuivantcs (71)- » L'approche des armees du Roi
»» & des Princes mettant en peril tou- (71 ) Mem. 1 part. T. 1, p. 74, XII Retar. |
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I. Par tie. Llv. Fill. 151
to tes les maifons religieufes de filles
" de la campagne autour de Paris , la.
» plupart fortoient de leur couvent
» pour enrrer dans la ville.
" Les filles de Notre-Dame de Lief-
» fe, qui avoient leur maifon tout au
« bout du faubourg de faint Germain
» & fort ecartee, furenr averties qu'el-
« les n'etoient pas en furete. La mere
w Angelique l'aiant appris en fut fort
» en peine , parcequ'elle vouloit bien
» les prendre , mais il falloitune per-
» million' de leur fuperieur qu'il etoit
» tres difficile d'obtenir. Pour ce fu-
» jet ellefitfaire desprieres ceans (72)
» afin qu'il plut a Dieu de les aflifter,
» & les faire fortir du peril oil elles
» etoient. Cependant des amis de la
» maifon , ( MM. de Bagnols, de
» Bernieres , le Nain ) qui avoient
» follicite & obtenu leur obedience ,
» en vinrent dire la nouvelle a notre
» mere , qui route tranfportee de }oie
» fe jetta a genoux pour en remer-
» cier Dieu avec autant de fentiment
» d'amour , que fi elles euffent ete fes
» propres fceurs , quoiqu'elle n'eiu
» jamais vu ces pauvres filles , qu'elle
» ne connoiffoit qu'a caufe de leur
» extreme pauvrete , ne vivant de~
(7t) Voi'ea ks Lewes de la mere Angelique , T.- W
G iv
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151 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
» puis quelques annees que des au-
» mones des amis de la maifon. Au
» fortir du parloir, renconttant Ma-
» dame d'Aumont & quelques foeurs ,
» elle leur dit avec un vifage gai 8c
■» ouvert : Void de bonnes nouvdles ,
w mes enfans. Celles a qui eile parloit
» s'imaginerent que e'etoit au fujet
jj de la paix , & lui demanderent s'll
» y avoit quelqu'accommodement.
» Elle leur repondit que non, mais
» que e'etoit que ces pauvres filles de
» LiefTe viendroient demain z de Mai
" au nombre de huit religieufes, 8c
» qu'il falloit trouver ou les loger,
» nonobftant que la maifon fut aug-
y mentee de toute la communaute
» de P. R. des Champs , de la mere
w Prieure de Gif, & dela mere de
» faint Main-, foeur de Madame d'Au-
w mont, que la mere avoit recue
» dans le meme terns & pour le me-
w me fujet, les guerres les aiant ame-
» nees a Paris. Car etant toutes deux
» malades, & affez mal acommodees
m dans la maifon 011 elles etoient ,
" elles eurent permiflion de venir en
« ce!le-ci; comme audi une autre re-
> ligieufe de Chanteloup , une de
» faint Remi, une de Belhomnier ,
« deforte qu'en moins de dix ou dou-
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I. Part ie. Liv. VIII. 155
W ze jours , la mere Angelique fe "TTTiT" »> chargea de treize religieufes dans »> un terns 011 tout le monde cher- »> choit a. fe decharger. Ces religieufes de LieiTe defirerent 11.
de prendre l'habit de P. R., & elks-J^feS en obtinrent de leur Sup eneur la religieufes is permiffion, con^ue en ces termes : |{^|SLSp »Nous, Placide RoutTel , bumble M, vtitmt &* » Prieur de faint Germain-des-Prcs- £j* ££' » les-Paris , Ordre de faint Benoit , p«s , Pouc » dependant immediatement du faint buds'?. juT" »• Siege , Sc Vicaire general du tres » haut & tres puiflant Prince , Mon- w feigneur Henri de Bourbon , Eveque w de Metz & Abbe cbmmandataire »» dudit faint Germain , a nos tres che- ss res 8c bien aimees filles en Jefus- »> Chrift, la mere Marie Magdeleine j> de faint Auguftin ( Renaudor) a foeur » Catherine de fainte Scolaftique , Ifa- » belle de faint Jofeph , Elifabeth du. » S. Sacrement, Catherine de S, Placi- r> de, Jeanne de la Croix, Anne'de Jefus. » Marie,& Gracienne del'Incarnation, » religieufes profefTes du monaftere de » Notre-Dame de Liefle , Ordre de » faint Benoit, ctabli dans le reflbrt de „ notre Jurifdiction , falut en notre » Seigneur. Comme ainfi foit que fui- „ vant la requete a nous prefentee de 6?
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I 54 HlSTOIRE Dfc PoRT-ROlAX.
» votre part f nous vous avons donne
» permiffion des le t Mai dernier de » vous tranfporter de votre dit cou-- » vent de Lieife en 1'Abbaie de P. R^ » de Paris , ou Madame 1'AbbelTe du- w dit lieu s'etoit ofterte de vous rece- ss voir par*un exces de charite , vous- « entretenir & vous fauver, tant du » danger auquel vosperfonnesfetrou- » voient expofees pendant les troubles, » que de la grande neceffite & pauvre- « te que vous auriez fouffertes •, & que- » depuis par une autre requete, vous- » nous reprefenriez que la grande edi- « fication que vous receviez journel- " lement dans ladite Abbaie, de Pe- s' troite obfervance qui s'y garde de* 3> la regie de Taint Benoi t, laquelle vous- *> auriez profeflee & peu gardee juf- » qu'a. prefent y vous ainduit apres plu- » iieurs prieres faites a Dieu, de reque*- m rir & pourfuivre votre frabilite en' » icelle , jufqu'a vous foumettre de1 v recommencer un noviciar & prendre- » l'habit de ladite Abbaie : ce que la- » dire Dame &c fa communaute con- » fentent de faire gratuitement &c fans- x> aucune dot j fur quoi vous requite* » notxepermiffion ck confentement. A> • ees eaufes , & apres avoir mure- »mont coniidere , del"tant le, touj |
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I. P A R T I E. VlV. V11T. I 5 5
*» contribuer de tout notre pouvoir a
* votre profit & avancement, &c pour- *> voir autantqu'en nous eft,avos necef- » lues, nous vous avonspermis & vous « permettons par ces prefentes de rece- » voir l'habit de ladite Abba'ie de P. R. sj & en terns convenable vous ftabiliter » & faire profeffion, felon les prati- » ques de ladite regie & les conftitu- » tions qui s'y gardent fous la eondui- » te & direction de ladite Dame Ab- - befTe , le 5 juillet 165 2., Jigne Pla- » cide Rondel (75). |
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etoit Prieure de Liefle eft'
1669 , commenc;a a eta'- bUr la rjforme dans fori1 monaftere. En i s8o on y excita de grands troubles;. M. Arifte, qui y dirigeoit,. fut oblige de fe retirer;, & on exigeades religieu- fes la fignature du formu- laire. La plus grande par-' tie de cettc petite commu- naute refufa de figner, tc- fit une tres belle protefta- tion , qu'on pourra voir dans les Nlemoirer defuii la. ptix tie I'EgUfe. Def fept rellgieufes , qui te-" moignerent beaucoup de' fermete , trois a'iant ob" tenu la petmiffion de for- tir de leur monaftere ,. Vinrenl a Port Roi'al des: Champs , ou deux de- meurerent environ io ans,- Mais la mere Marie An- gclique de Saittte Mad**- Q vj
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(75) Ces huit religieu-
fes de Lien's ne firem point profeffion a P. R. mais a^res y avoir denature" trois ans, el!es retourne- ftnt dans leur monaftere , oil elles eurent beaucoup de chagrin a efluTer de la part d'une religieufe etran- gere qui voul'oit en etre fuperieure. Pour la mere RenauJot , elle conferva toujours des liaifonsavec P. R. ou l'onfaifoit grand cas d'elle , comme il pa- *oit par les lettres des me- res Angelique cc Agnes. Enfin elle fut affociee au monaftere de P. R., & elle y mourut le 10 mai t6\7 , felon le Necrolo- ge. La mere Elifabeth de S. Alexis le Cere , qui fut l'une des Superieures qui fuccederent a Mada- &»~ Renaudot , & qui |
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I 5 6 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
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i6)i.
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" Fort pen de jours apres (avoir re-
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lt r. » c,u les religieufes de Lieffe ) elle re-
La mere An- „ cur encore |a {(Em c]q ]yj \e R01 Qia„ gehqu: reSoit ' . , . ties reiigieu » noine de JN otre- Dame , depuis Ab-
fo d= diffe- „ be deHaute-FoncameJaquelle etoit rens monaf- ,. , _ - -f. ' I .
»eres. » rehgieme de "Loilinance, Pneure de
w Fontevraur , & quatre autres de
« Chanteloup avec une novice de la » meme maifon. » Dans le mime rems , (continue
w toujours la mere Angelique de faint » Jean ) la mere Angelique ai'ant ap~ » pris de la mere Pneure de Gif, qui » etoit a. P. R-, que fa niece qui etoit >> une fille de vingt-quatre ans , reli- « gieufe de la meme Abbaie de Gif,. » etoit tombee malade de la petite ve- » role chez Madame de Miramion , m qui l'avoit prife pour compagne de w fa fille , auili religieufe de Gif, qui leine Hcbeit , qui 6toit o&obre r7?o. Apres quoi
juece de M. Arnauld de ce monaftere , qui depuis
Poiiiponne , 8c quiavoit long-term avoir des Prieu-
iti elevee a P. R. , etant res perpetuelles , eft rentrc
devenue Pneure de Lieff- dans fon droit d'election
tn i6>,s , lit revenir ces triennale. On a inferS
deux religieufes. C eft a dans le troilleme volume
elle que la mai'bn eft re- des vies mte'tej]antes &•
devabl'- d- t'ecabliflement idiRantes , Stc. un Me-
entier de !a terorme,qu'el- moise qui conrient err
le a fourenue jufni'a C» abrege 1 hiftoirc du mo-
Biorr, arrivee le 14 mars naftjrede Lieffe , 8c !a fur-
1717. Le bienyaeteen- te des Superieures qui
tretenu par Madame Jnlie l'onr gouverne , p. 491-
Yittoire de Rohan Cha- to,. / . Mem. TV u Rtk
tsi, qui eltjiiorte le 10 XJI.f. fS,
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I. P A R T I E. Llv. Fill. I 57
» etoit avec elle; & fachanc que ladite " Dame ne pouvoit la garder , parce- " qu'eile avoic des enfans chez elle , » qui auroient pu g-igner le mal, ( ce w qui metcoit la bonne Prieure dans »une peine extreme , ne fachant » que faire pour fecourir fa niece , « dont I'Abbefle qui s'en devoic tenir » plus charges qu'eile , ne fe metcoit » nullement en peine : ) la mere An- » gelique ne l'eut pas , dis-je , plutot » appns ciu'elle fupplea a. Tindirrerence » de Tune & a. rim-puiflance de l'autre. » Elle donna ordre dans le moment » qu'on tranfportar cecce religieufedans » une chambre proche le monaftere de » P. R., & donna charge a. une fern- 's me a qui appartenoit la chambre, de » fervir cette malade, aupres de la- » quelle elle mit encore une religieu- » le converfe d'Arras, qui avoit etc " quelque terns dans le monaftere de n P. R. & qu'on retiroit encore au de- « hors chez une bonne femme ou on » l'entretenoit. On faifoit dans le mo- » naftere tous fes bouillons & les re- » medes neceflaires a la malade, pour » laquelle on eut un foin exrraordi- » naiie , fans que Madame de Morant » Abbefle de G if s'en mciat en aucune t> fa$on, iinoa que la malade etant eq, |
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t$% HlSTOlRE DE PoKT-ffOlkt*
' }> grand danger , elle vint avec tin*
» four converfe qu'on lui avoit deman- " dee pour la metrre aupres de la reli- » gieufe. La mere Angelique fit en- » trer la jeune Abbefle dans le deflein » de lui infpirer quelque gout pour le » bien (74); car on craignoit beaucoup » qu'une jeune Abbefle de 1 z ans n'ap- » portat on grand changement au bon » ordre que Madame de Mornay , der- » niere Abbefle & niece des deux pre- » cedenres y avoit etabli. Elle entra » done dans le monaftere de P. R., oii » la mere Angelique lui fit routes les- » carreflfes poflibles, Le meme jour 13 « mai, il etoit deja entre dix-neuf re- » ligieufes de Belle-Chafle , a la priere a de M. de la Haye , qui prenoit foin *■ d'elles & qui fe promettoit que cela- » leur ferviroit. Le lendemain 24 dn » mememois, fix religieufesde Mont- » martre y entrerent, deux Dames » Charpentier , deux Dames Parfaits »•& deux Dames Brion. Les quatre » premieres qui n'avoient jamais vti la, n maifon, ni la mere Angelique , fu- (74) Dieu fe fervit de mere Angelique, T. ly,
a mere Angelique pour lett. 4-8 p. iK;. lett. 189
toucher & convmir cette p. 187. lett. 490 p. 104V
jeune Abbefle. Elle fe de- lett. 49; p. xo8. lett. < 08.
mit & fe retira a P. R. p. 141, lett. «60 J. 5;i?
Votea lw letues de la tio„
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I. Partie. tlv. VIII. r5^
»> tent fi fatisfaites & fi ravies de la " » maniere dont la mere leur avoir parle » & les avoit recues , qu'elles ne pon- s' voient plus la quitter , quand il fal- » lut qu'elles s'en retournaiTent. Jufqu'ici la mere Angehque de faint
Jean, dont nous avons fiuvi les re- marques , avoir compte les religieufes etrangeres, qui venoient a P. R. & y ecoient recues avec bonte •, mais le nombre en devint fi grand qu'elle fe laflfa de le faire. On en peut toutefois juger par plufieurs lettres que la mere Angelique ecrivit fur cefujet(7 5) Sc flirtout par celle du 24 Septembre 1652 a M. de Barcos. " Nous avons bien ete vifitees , dit-
» elle (76), de quatre cens religieufes de- » tout ordre •, il me femble que 9'a ete » une finguliere providence de Dieu. » Cela a donne un peu de travail, mais » non,par fa grace, grande diftraclion ; » au contraire ces vifites nous onrdon- » ne fujet de reconnoitre les grandes- >* obligations que nous avons a Dieu ,, „ & a ceux qu il lai a plu donner pour (75) Lett. 43-5. T. 1. p. mtupfer.
j-.i8.lett. 436 tt 438-, P. (7«)Mem. 2.X11. Rel. 113. Noui lomnus afalji- J-Part- T. I. p. "4- Ex"
mes tie rehgieutt* ;ii en eft trait d'une lettie de la me-
■venu troii ceni'nom voir... re Angcliq'i? : c'eftla475^
Pen en ont profite , mais T. !•£• 184,
frefjue twttJ o«< eli d&- |
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ISO HlSTOTRE t>V. PoRT-ROlAt.
» nous inftruire de nos devoirs ( far--
» tout a M. de Saint Cyran notre bon » pere qui eft avec Dieu, & qui a etc »le pnncipe de notre bonheur ) , » voiant ces pauvres filles fi deftituees » de eonduite que eela fait pitic. » D'ailleurs elles fe font detroiupees » de tout ce qu'on leur avoir dit de « nous; & en jugeant par nos maxi- » mes & l'ordre general de la maifon, » elles nous ont eftimees incompara- » blement plus que nous ne valons j » & plulieurs fe font renouvellees, ou- » tre huit qui nous font demeurees. «< Nous en avons eu pour un jour juf- s> qu'a cinquante, fans que Ton ait ete " incommode pour leur nourriture , » ni qu'elles aient caufe aucun defor- « dre, quoiqu'ily eut dans cette mai- w fon jufqu'au nombre de cent qua- si tre-vingt-deux perfonnes. Jamais il » n'y eut plus de nlence,graces a Dieu , sj ni nous n'eumes moins d'incommo- » dite pour le vivre , encore que tou- » tes chofes aient ete fort cheres, 8c » prefqu'un tiers plus que les annees » palfees. Je vous prie tres humble- »> menr, mon pere, de prier Dieu que *r nous foions vraunent reconnoiflan- » tes de ces graces. Nous avons vu » des religieufes, qui ont iufqu a cin- |
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I. Part ie. Llv. Fill. \6i
» quante mille livres de rente , qui xq, 1w "
» fouffient la neceflite &c s'eftiment
» pauvres ; nous qui n'en avons pas
« dix , nous ne fouffrons rien. Cela
» me fait peur , voi'ant combien nous
» fommes indignes d'une telle protec-
» tion & Ci particuliere bonte que Dieu
w a pour nous.
Ce qui donna occafion a ces entrees LJi*'.
fi frequentes de religieufes etrangeres aes mi'Vd* dans le monafterede P. R., ce fut le la c5,IST"ga' bruit de l'accueil favorable fait aux pespar lame- filles de la Congregation de Notre- "Antique. Dame de la ville d'Etampes, qui etoient venues a Paris comme plufieurs autres communautes de la Campagne qui n'etoient pas en furete dans leiirs rmifons. Ces pauvres filles etant arri- vees au fauxbourg faint Jacques fur les neuf heures du loir , la veille de la Trinite, z 5 de Mai, fe crouverent dans une extreme inquietude , ne fachanc ou elles pourroienr fe retirer pour cette nuit, parce qu'elles devoient aller cha- cune chez leurs parens , & qu'il n'etoit pas poffible d'aller chercher leurs mai- ions a une telle heure (77).Elles s'aban- donment done a leur chagrin & aux p leurs , lorfqu'une d'entr'elles , qui (77) Mem. XTI. Rcl. T. z. p. 85. Voi'eilaletU
4j< dela mete Angelique T. 1. p. 110. |
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I<?2 HlSTOlRE DE PoRT-Ro'lAX,
avoir fervi Madame le Maitre avarit
que d'etre religieufe , fe fouvint en voi'ant le monaftere deP. R., de la cha- nrc qu'elle avoir appris qu'on y exer- $oir: elle dir a. ks foeurs de ne point s'affliger; qu'elles eroient aupres d'une maifbn donr elle avoir aiTez de con- noilTance pour eiperer que fans doute on ne refuleroit pas de les loger,fi elles s'y adreflbienr. La neceflire ou elles fe rrouvoienr, les y fir bienrorrefoudre, quoiqu'elles fuflent forr prcvenues con- rre P. R. La mere Anrelique ai'ant ere avertie qu un couvenr enner de re- ligieufes lui demandoir l'hofpiralire y ne fachanr ou fe refugier & eranr ex- poses a rous les perils d'un rems de guerre, elle en rut aulfi touchee de companion que fi c'eufTent ere fes pro- pres fceurs. Confideranr qu'elle ne pourroir pas les placer au dehors, oii il n'y avoir ni logemens ni meubles pour ranr de filles , elle crut que la charire qui eft au-deffus de roures les loix , la difpenfoir de l'obligation d'a- voir une permiifion pour les faire enrrer dans le monaftere, & elle les y recur au nombre de vingt-cinq, avec une plenitude de cceur, qui ne fe peut ex- primer. Outre les vingc cinq religieu- les qu'on recut au dedans > il y avoic |
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I. Par.tie. Llv. V11T. 16}
encore fepr penfionnaires qu'on ren------------
voioit a leurs parens , & quelques au- '
rres perfonnes qui n'entrerent point, mais dont la mere Angelique reconi- manda qu'on eut grand ioin. M. d'An- dilly , qui etoit au dehors, fe charges lui-meme d'executer cet ordre de la mere Angelique : on pouvoit s'en rap- porter a lui. Le lendemain , jour de la Trinite,
ces bonnes religieufes aflifterent a la MefTe conventuelle & a la ceremonie de la veture de la fceur Euphemie Paf- cal , fceur de l'illuftre M. Pafcal. Plufieurs autres religieufes qui etoienr venues pafler la fete avec celles de P. R., fe trouverent a cette ceremo- nie , apres laquelle les religieufes d'E- tampes s'en allerent. Mais ll y en refta un fi grand nombre d'autres qu'elles remplirent prefque le refe&oire ; de- forte que la plupart des religieufes de la communaute n'eurent place qu'a la feconde table (78). Le peudetemsque les religieufes d'Etampes demeurerent a P. R., fervit a les detromper & a diiTiper , da moins en partie, les pre- ventions qu'on leur avoit infpirees con- tre cette fainte maifon. La mere Angelique ecrivit auffi-tota
(78) Mem. XII. Rel. T. i- p- fy>
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I<?4 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAIr
M. l'Archeveque de Paris (79) , pouf
lui rendre compte de ce qu'elle avoir fair, efperanr qu'il ne defagreeroit pas qu'elle eut ouvert la porte Jumonaftere a ces bonnes religieufes dans une fi grande neceffite , fans fa permiflion. M. l'Archeveque, qui avoit une eftime fiarriculiere pour la mere Angelique ,
ui temoigna qu'il etoir tres farisfair de fa conduire , & lui donna une permif- fion generale de fa ire enrrer roures les religieufes qui fe prefenteroient.Depuis ce jour on ne vit plus que des proceiTions delapliipartdesreligieufesquis'etoient lefugiees a Paris , venir a P. R. Il en venoit de Montmartre, de Chelles , de Gif , de Malnoue , de Monrargis, de Ponr-aux-Dames , de S. Antoine de Poiffi , de la Villerte, du ClialTe midi, de S. Eutrope , & de divers autres mo- nafteres de roure forre d'ordres ( 80). La mere Angelique recevoir avec une cgale charire routes ces religieufes qui amftoienraveccelles de la communaute a l'eglife, au refe&oire , a la confe- rence. Elle leur parloir avec une ouver- ture de cceur & une bonte , qui ga- gnoient d'abord leur affection. Elle ne les enrretenoit que de chofes qui pou- (?9) Lett. 4J7, T. 1. p. lii.
(80; Mem. XII. Rel. p. j». |
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L Par.tie. liv. VIII. 165
voient leur etre utiles , les porter plus
a Dieu, leur dormer plus de mepris du monde & d'amour de leur vocation. Elle leur reprefentoit les devoirs aux- quels elle engage, avec tant d'ardeur &c de force , queues en etoient toutes ra- vies , & ne pouvoient fe lafler de l'en- tendre. Un jour qu'elle s'entretenoit avec quelques religieufes de Chelles fur la reforme , la tolerance , le fupport du prochain , & autres fujets fur lefquels elles lui demandoient des avis; deux de ces bonnes filles fe tournoient fou- venr vers la mere de Ligni, qui etoit froche d'elles, & de fois a autres elles
embrafloient, en lui difant: Ho J que vous etes heurcufes d avoir une ulie mere 1 En general la mere Angelique fervit beaucoup a plufieurs de ces religieu- fes (81) qui prirent une connance particuliere en elle , & fur-tout a quel- ques abbelTes fort bien intentionnees , qui l'entretenoient fouvent en particu- lier , & prenoient fes avis , foit poun le reglement de leur maifon , foit pour leur propre conduite. De ce nombre fu- rent Madame de Chevreufe , abbeffe (81) File en gagna mi- toutes bonne volants' tie fer-
ine quelques-unrs : Mous vir Dieu. C'ejl pour habite* a-vons gagne £ 'a guerre , les ceilules que la grace Hff dit-e!le i M. lc MaStre , /. C.fait batir. Lett. 461.. 4f>u\e Bcne'tfiHmes , qwi eni f- *• P'' i°» |
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T.66 HlSTOIRE DE PoRT-ROIAE.*
de Pont-aux Dames ; Madame de Vau-
celas, coadjutrice , puis abbeife de Reaulien an diocefe de Soiflons ; Ma- dame de la Tremouille , alors abbefle de Jouarre , qu'elle avoit connue au- trefois au Lys , lorfqu elle en etoit coadjutrice , dans le tems que la mere Angelique y fut envoiee pour travailler a la reforme de cecre abbaie. Madame de Beauvilliers, abbeffe de Montmar- tre , qui avoit mis la reforme dans fon abbaie , avant que la mere Angelique l'eut mife a P. R. des Champs, voulut audi voir cette celebre reformatrice , & s'y fit porter en chaife , ne pouvant y aller autrement, a caufe de fon grand age & de fa foiblefle. Ce fut de part & d'autre une grande efrufion de coeur , & des tcmoignages reciproques d'efti- me & d'amitie. Madame de Montmar- tre fit promettre a la mere Angelique qu'elle pafleroit chez elle en s'en re- tournant a P. R. des Champs. Elle en- voi'a Mefdemoifelles de Bethune fes nieces a P. R., & temoigna qu'elle de- firoit fort que la mere Angelique leur parlat, perfuadee que fes avis pour- roient leur erre tres utiles. Depuis ce tems-la ces deux Abbe fifes furent en Jiaifon de lettres (82). La mere Angeli- (Si) Mem. ou Rel. T. 2. p. jj.
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I- Par tie. Liv. VIIL \G1
que en ecrivit vine le 24 o&obre 1652 , ,
a Madame de Beauvilliers , abbeiTe de Montmartre, qui en fut fi charmee, qu'elle ordonnaque cette lettreferoitmife. dans un coffre de velours verd , avec les reliques plusfpeciales. C'eft ce que Ma- dame de Vaucelas , qui etoit pour lors aupres de Madame de Montmartre , manda a Madame la marquife d'Au- mont, qui lui avoit ecrit pour la prier de lui faire favoir comment cette Ab- betfe avoit re^ue la lettre de la mere Angelique, la priant en meme-tems d'en envoi'er une copie •, ce qu'elle fit. (81*) tin. Pendant que la mere Angelique exer- .Eut^fP- R;
goit ainli la charite a Pans, les pieux apres U for- |
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tic des rcl>»
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folitaires l'exer^oient d'une autre rna-"^^
niere dans le defert de Port-Royal des Champs, ai'ant a. leurtete M. le Due de Luines , qui s'y etoit retire pour ne plus penfer qu'a fon falut. Il faifoit fur-tout de grandes charites, foit en affiftant les pauvres gens qui vivoient dans les bois, a caufe de la znUeve dont la campagne etoit affligee par la guerre civile , foit en faifant travailler les pa'i'fans a aug- menter les batimens du monaftere. Il fit auffi fortifier fbn chateau de Vaur jnurier , ou les folitaires s'etoient reti- tft*) C'cftULett. }?j. T, J., p. l°S~
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I 68 HlSTOIRE DP. PoRT-ROlAt.
I(j,2> res , ne fe trouvant en furete, ni anx
granges , ni dans le monaftere. On ob- nnt permiflion d'y tranlporter le S. Sa- crement. Les SS. Hermites, a 1'exem- ple des religieufes , faifoient jour Sc nuic l'affiitance devant le S. Sacrement. C'eft ce que la mere Angelique mar- quoit a fa Reine de PoTogne ( 83). On fortifia de meme le monaftere , & on batit huit tours le long des murs (8^). M. le Maitre avoit tou- jours a propos quelque paflage de l'E- criture, lorfqu'on le rencontroit dans ces travaux : Circumdate Slon , & am- Travaux desphclimini earn , difoit il un jour a M.
fbhuires. foname,narrate in turribus ejus,ponite
cor da in virtute ejus (85). Beaucoup defolitaires prenoientplaifir a manier la truelle , & Ton ne pouvoit en les voiant ne pas fe fouvenir du terns d'Ef- dras, ou le peuple de Dieu batiflant Jerufalem, tenoit la truelle d'une main & Tepee de l'autre. M. de Luines fe livroit lui-meme a ces travaux avec un zele & une joie qui raviftbit tout le anonde. Son humilite lui faifoit croire (8;) Lett. 4ji. T. 1. premiere au faint Sacre-
p. no ut. ment , la feconde a la
(84' Vo!ezlalettre4f 5. fainre Vierge , &c.
T. i.p. 144. dans laquel- (85) Font. T. p. n 8f Jela mere Angelique mar- {in", lb. Rel. XII. T. 1.
que qu'elle dcfire que ces p. y^.
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tours foieut dediees , la
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qu'il
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I. P A R T I E. LlV. VIII. I 6)
qu'il etoit indigne de rendreces fervi- , ,,,
" s , r ■ a 1 , 1051. cos a des perionnes qui tachoient de
fervir Dieu en efprit & en verite. Il
veilloit a tout, & avoit dans ce petit canton la vigilance d'un General d'ar- mee. On avoit leve un bon nombte de fufiliers, auxquels il faifbit faire l'exer- cice : il y en avoit jufqu'a trois cens dans les avenues. M. de Luines veil- loit a la confervation des folitaires , qu'il avoit retires dans fon chaceau , avec une tendreffe & une charite qu'on ne peut exprimer. II faifoit auni de grands convois, pour mener a P. R. de Paris les proviiions dont on y avoit befoin. Pendant ce tems on faifoit fouvent liv.
faire l'exercice. On voioit prefque tous ^tlnl'"^*' les folitaires divifes par brigades. Leur aimes. hermitage etoit metamorphofee en corps de garde , & devenoit prefque une place forte contre des ennemis vi- fibles, apres 1'avoir ete jufques-la con- tre des ennemis invifibles. De pauvres reclus etoient tout d'un coup traveftis en gens de guerre , montoientla garde, fe partageoient en compagnie , & veil- loient le jour & la nuit. Jamais on n'a vli des foldats fi bien difciplines. Mais tout cela fe faifoit fans rien diminuer de leur penitence,taat ils en avoient l'a- Tome III H |
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I70 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt."
"iOii. mourgrave dans le cceur; enforce que
ce qui fembloit devoir etre la caufe d'un relachement par la confufion des armes & le melange de tant de monde qui etoit venu fe joindre a eux , etoit au contraire un nouveau furcroit de penitence & de mortifications. Les ha- tits de penitence etoient changes en ca- Jfaques militaires; mais des habits con- verts d'or 8c d'argent couvroient des haires &c des cilices; 8c tout cet equi- page de guerre etoit pour des foldats qui ne cellbient pas d'etre penitens. On voi'oit de vieux capitaines reprendre leur ton de commandement & un me- tier depuis long-terns enfeveli dans l'oubli.Ces vieux routiers, (dit M. Fon- taine ) M. de Pontis ( S 5) , M. de la Petidere , M. de la Riviere , M. de Beaumont ( 86) , M. de Belli & plu- fieurs autres, faifoient voir qu'ils fa- voient faire autre chofe que de manier une beche, de garder des bois , ou de s'occuper a des ouvrages vils , propor- tionnes a la profeflion de penitens. lis (8() Font. ib. p. 114. portoient les armes, A la
■ II eft dit dans une note tete defquels le met M.
p. 131 du recueil de pie- Fontaine,
ces, que M. Pontis vint (8S) II avoit comman- i P. R. en 1653. S'il n'y de la cavalerie Venitien-
cft venu que cette annee , ne dans l'ifle de Candie,
»1 o'a pu en i«f 1 etre du Mem. du Folic , p. |ij,
Jiombre des (plitaires qui |
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I. Par tie. Llv. Fill. 171
ctoient tout honteux de paroitre dans ^ un etat & dans un emploi, qui leur avoit coute tant de larmes •, mais ils avoient la confolation de favoir qu'ils ne le faifoientque pour la defenfe d'un lieu confacre a Dieu depuis tant de fiecles. Au milieu de ces facheufes neceflites LT-
qui fatfoient gemir M. de Saci , ce Eut de u. faint Pretre , plus tranquille & plus in- Ueu ^ j^s a^ trepide que faint Jerome (qui avouoit verfues, autrefois que le bruit des armes, dont il etoit occupe , quoiqu'il ne le vit que de loin, l'empechoit de continuer fes travaux fur l'Ecriture , ) ce faint pre- tre , dis-je , n'interrompit rien de fes occupations & de fes exercices ordi- naires de piete , & il difoit la melTe a. tous ces foldats avec une paix admira- ble (87). C'etoit un autre General & un autre futveillant, qui fe donnoit plus de garde des ennemis invifibles, que les autres ne faifoient de ceux qui ctoient vifibles. Il exhortoit ces foldats a ne rien omettre de leur autre milice plus fainte, depreter feulement leurs mains au moufquet &: a. l'epee, pnifqu'il le falloit ainfii , mais de donner tout leur coeur aux armes fpirituelles, aux- quelles Dieu les avoit appliques & (87) Font. ih.
H if
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17* HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At?
"~T777 exerces par ce long oubli de leurs an-'
ciennes armes. Ainii Dieu au milieu de ces defordres fe confervoit la un homme pour retenir tout dans l'ordre, par fa prefence, par fes paroles &C par fes prieres. Il detournoit phis lui feul les ennemis de ce lieu par les facrifices qu'il offroit a Dieu dans la chapelle de cette petite fortereffe, & par les lar- mes dont il les accompagnoit, que ne pouvoit faire les autres par tout le bruit des armes. tvi*. Le plus grand mal que M. de Saci Decision de trouvoit Jans ce trifle etat, etoit qu'on
M. de Saci , ^ , ' I .
fur ceite pre- n en hit pas aliez touche. U ne doutoit
medmi"ifaut Pas clue ^ ^es homines entroient dans
tepouffer la un veritable efprir de penitence, Dieu force.Flr Ian'appaisat bientot fa colere ; qu'ainil il falloit penfer a fe convertir de tout fon cceur & prendre garde de ne point contribuer par fes peches particuliers aux calamites publiques ; que tous les chretiens en general devoient faire penitence , a l'exemple des Saints, qui dans de femblables miferes fe redui- foient autrefois au pain & a 1'eau. fl gemifloitcontinuellement, ne pouvant fe reprefenter fans larmes, qu'un lieu ou Ton n'entendoit auparavant que les louanges de Dieu , retentit alors du jbruit des armes <Sc du tambour ; cel?t |
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I; P A r r 11. Llv. VIII. 173
lui paroifToit tenir quelque chofe de
l'abomination de la defolation mar- quee par Daniel. Mais ce qui lui perc.a le coeur fut un cas de confcience qu'on lui propofa alors : favoir fi on ne pou- voit pas tirer tout de bon fur des coil' reurs , qui viendroient fe prefenter aux portes pour les forcer, ou qui approche- roientdes murailles. M. de Saci repon^ dit qu'il n'ignoroit pas ce que les loix humaines permettent dans ces rencon- tres , mais qu'il y avoit un autre droit plus facre , qui defend a ceux qui fe iont conf.icres au fervice de Jefus- Chrift de repandre le fang des hom- ines pour lefquels il eft mort. Cela arreta d'abord les efprits ; mais le dan- ger ai'ant augmente , quelques-uns commencerent a dourer de la folidite de la decifion de M. de Saci, & dirent que quoiqu'elle fut la plus chretienne, elle n'etoit pas la plus fure •, que fi on la fuivoit,on etoit expofe a perir, parce- que ceux qui viendroient attaquer , fachant qu'on ne portoit des armes que pour la forme, feroient tout ce qu'ils voudroient contre des gens qui ne repoufferoient pas la force par la force •, que par cette conduite on con- tribuoit a armer l'infolence des gens de guerre : on s'autorifoit audi de l'e- Hiij
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r74 Histoire de Port-roYai.
(jr2. xemple des Machabees. Neanmoins M. de Saci ai'ant ete confulte de nou- veau, on fe rendit a fa decifion : il leur reprefenta que Jefus - Chrifi: avoit ordonne de remettre l'epee dans le foureau ; que felon les Canons , les ecclefiaftiques & les pe- nitens, bien loin de pouvoir tuer, n'ont pas meme droit de porter les armes •, que les foldats qui avoient tue dans une guerre, meme jufte &c legi- time , etoient foumis a la penitence > que c'etoit la l'efprit de Jeius-Chrift , le fentiment des Peres, & en particu- lier de faint Auguftin, qui inftruits a l'ecole des Apotres , nous enfeignent apres eux que nous devons donner notre vie pour nos freres , & nos de- btmus anlmas ponere pro fratribus. Quant a la loi naturelle , qu'on pre-
tendoit qui permet de repoufler la force par la force , M. de Saci les pria de re- marquer que ce n'etoit-la que la loi naturelle des betes, 8c non pas celle que Dieu imprime dans la raifon &c dans la nature des hommes , & fur- tout dans les cceurs des chretiens : que fi les loix civiles le toleroient , elles ne 1'approuvoient pas, fe contentant de ne pas punir ceux qui le font •, qu'il ne falloit pas alleguer contre cela de« |
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I. P ART IE. Liv. Fill. 175
inconveniens & des avantages humains, 1651,
parceque ce feroit le vrai moien de mi- ner toutes les maximes de la difci- pline & de la ioi de l'Evangile , qui font toujours combattues par la pru- dence de la chair & par des raifons terreftres. Les Solitaires demeurerent perfuades de toutes ces raifons & au- tres que leur apporta M. de Saci, Sc fe conformerent a. fa decifionavec tome la docilite poffible. Qu'on juge par-la de l'efprit qui les animoit. Cependanc il s'eft trouve des gens capables de por- ter la calomnie contre ces pieux foli- taires, jufqu'a les accufer de fe forti- fier en aflez grand nombre, pour pou- voir troubler un jour le Roiaume par les armes & porter par-tout le feu &c le fer. On a vu, & en verite il faut l'avoir vu pour le croire, un Arche- veque (88) accufer fans .aucune crainte de Dieu, dans une requete imprimee ik prefentee a Louis XIV, ces humbles folitaires de former des cabales , d'en- feigner des herefies dangereufes pour l'Eglife & l'Erat, & d'avoir deflein , apres avoir emploi'e tous les argumens de la faufTe eloquence pendanr qu'ils ctoient foibles, de prendre enfin les (18) D'Aubuflbndela Feuillade , Archevequed'Em-
fcrun. H jv
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Ij6 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl.
armes des qu'ils fe fentiroienc afTez
puifTans pour erablir leur fe&e par la force. Mais ne prevenons point l'or- dre des tems; nous aurons occafion de parler de la requete de M. d'Em- bran. Revenons plutot fur nos pas , 8c reprenons une affaire importante qui fe paffa au commencement de cette annce \G52 , au fujet des calomnies avancees par le Pere Brifacier. CeJefuite, l'un des plus emportes
ecrivains de la fociete , qui avoit me- ritc d'etre choiii pour aller folliciter a Rome la condamnation du livre de la frequence communion, en etoit revenu couvert de confuiion (89). Le mauvais fucces de fon voi'age excitant vraifem- blablement fa mauvaife humeur , il f>ublia vers la fin de l'an 16 5 r , un
ivre intitule le Janfemfme confondu , ?[ui fut affiche dans Paris , fe vendant, elon le titte,duns le cloicre des Jejuices. Cet Ouvrage etoit rempli des plus horribles calomnies contre les perfon- nes les plus innocentes, fpecialement contre M. de Callaghan (90) Sc con- (89) Mem. T. i. Rel. fait Pretre , & rc9ut le
XII. p. 100 iSc fui /. bonnet de Dofteur de Sor- (90) M. de Callaghan bonne. Il receurna enfui-
ftoit nn Gentilhominelr- te dans fa pairie , pour landois, qui avoit fait fes fervir fes compattiotes , itudes en fjance, ou il fut & t% fit beaucoup efti- |
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I. Partis. Llv. Fill. 177
kte les religieufes de P. R., dont M. " de Callaghan etoit ami. Le Pere Bri- facier portoit dans ce libelle diffama- toire la-calomnie & la folie , jufqu'a, traiter les religieufes de P. R. de vitr- ges folks , d'impenitentes , d'afacra- mentaires, fans religion Safaris maurs / 8c il ofoit alTurer qu'une des regies de leurs conftitutions portoit qu'il etoit bon de mourir fans facremens, pour imiter le defefpoir de Jefus - Chrift. Des perfonnes ae probite , d'honneur & de diftinction ne purent etre indif- ferentes ni garder le fdence fur de pa- reils exces. Madame d'Aumont en- tr'autres, fe crut obligee d'ecrire a M. l'Archeveque , pour luidemander qu'il fit faire reparation aux perfonnes ou- tragees & dechirees dans ce libelle. Elle reprefentoit a M. de Gondi, que c'etoit elle-meme qui avoit procure a M. de Callaghan la cure de Cour-Chi- verni, pres de Blois, fur la connoif- fance qu'elle avoit de fa piete & de mer. Etant revenu en mont. Son attachement 2
France en 1*47 , il pafla la doctrine de 1'Eglife, Sc
deux ans a P. R. avec a la maifon de P. R. lui
M. Rebours & M. Sin- attirerent la haine des Ji-
glin, 8c quitta cette mai- fuites , & les calomnies
fon pour aller prendre du P. Brifacier. Ce faint
pofleflion de la cure de Pretre mourut l'an i««4,
Cour Chiverni, a laquel- & fouhaita d'etre emeries
le il fut nomme par Ma- i E. R.
to>c la Marquife d'Aa- H Y
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I78 HlSTOIRE DE Poi^T-ROlAL.
j^-2 fori merite , des le terns qu'il demeu-
roit aupres de M. l'Eveque d'Avran- ches fon beau - frere. Elle ajoutoit qu'auffi-tot que M. de Caliaghan avoit cte en polTdlion de fa cure , & qu'il avoit commence par fes inftruclions folides adonner de 1 horreur dupeche, les Jefuites avoient excite contre lui une violente perfecution; qu'ils avoient enfuite charge le Pere Brifacier de le dechirer en pleine chaire comme un heretique & un mechant; ce qui 1'au- roit entierement perdu dans l'efprit du peuple s'il ne s'etoit purge par un ecrit tres rriodere (91); que c'etoit pour cela que le Pere Brifacier avoit fait le li- belle dirfamatoire , dont elle prenoit la liberte de demander juftice a M. l'Archeveque de Paris , dans le Dio- cefe duquel il avoit ere publie & affi- che aux portes meme de la Cathedra- le. Elle finiflbit enconjurant le Prelat de ne pas laifler impuni celui qui mepri- foit fon autorite , en traitant fi injurieu- fement les filles de P. R.,qu'on nepou- voit ainfi accufer fans que cela retom- bat en quelque facon fur lui. c"«de Pendant ce terns la mere Angelique ia mere An & les religieufes de P. R. etoient geli^ue Hans
1 affaire <iu (9.1J Sous le rirre de Fhilofatnr itenxai. Voi'ez f»
*. Brifacier. juihHcauon daas I'mnoctnceir Uve'rite Q[]>rjmi<u
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1. Par tie. Liv. Fill. 179
fort tranquilles , prenant feulement kJcj, occafion de ces calomnies , pour s'ani- mer a fervir leur divin Epoux avec en- core plus de fidelite : c'eft ainfi que s'en expliquoit la mere Angelique. » J'ai lu , difoir-elle, dans une lettre » a M. Arnauld (91), par rencontre » & par la perfuanon de Madame » d'Aumont, le livre du Pere Brifa- » cier, qui m'a etonne & m'a affli- " ge l'efprit plus que je ne le puis » dire , en voiant un religieux & un » pretre publier de fi horribles im- » poftures & de fi etranges calomnies. » Mais enfin tout ce qu'il me femble »> que cela doit produire en nous , eft » un defir que Dieu nous fafTe la grace » de vivre aufli chretiennement 8c » aufli faintement qu'on nous accufe » d'etre mechantes , & de nous ren- » dre par fon fecours aufli irrepre- „ henfibles dans les moindres chofes > » qu'on nous dechire comme crimi- » nelles dans les grandes. Neanmoins la mere Angelique fe
determina par le confeil de quelques amis a ecrire a M. 1' Archeveque, qu'on favoit avoir deja donne le livre du Pere Brifacier a examiner a M. Robert Du- val , pour lui en faire fon rapport. (?i) Lew. }«?.T.z. p. toy.
H vj
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I So HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAI.
i(j,-2 Apres lui avoir reprefente en des ter-
mes tres refpe&ueux par une lettre du 17 Decembre (93), que depuis plu- fieurs annees les religieufes de P. R. fouffroient en patience la perfecution que leurfaifoient les Jefuites , & les ca- lomnies qu'ils repandoient contre elles, fans l'avoir importune par aucunex plaintes , elle ne pouvoit pas s'em- pecher de fe plaindre des exces du Pere Brifacier. Elle lui marquoit qu'en faifant juftice aux religieufes, il fe la feroit a lui-meme , & qu'elles eiperoient qu'en confequence de la bonte , par laquelle il les avoit tou- jours foutenues depuis tant d'annees > il les traiteroit encore en cette rencon- tre avec des fentimens charitables & paternels. tvui. La mere Angelique ne fut pas trom- cenfure le li- pee dans Ion attente :1a vente &1 m-
vredup.Brinocence trouverent de la protection a l'Archeveche, Dieu difpofa tel le- nient le cceur de M. l'Archeveque , qu'il publia le 29 Decembre 1651 la cenlure fuivante contre le livre intitu- le te Janfenif'me confondu, par U Pere Brifacier, &c. (94). « Jean-Francois de Gondy , par la
X?;) Lett. 374. T. %. p.'io , ft.
<^t) Mem. du foITep. 518^ |
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I. Par tie. L'iv VIII. 181
» grace de Dieu & du S. Siege apof- » tolique , Archeveque de Paris, aux » Archipretres de fainte Marie-Made. » leine & de faint Severin, falut. Ce " n'eft pas fans grande raifon qu'un »» des plus illuftres Peres de l'Eglife a » dit,qu'encore que deux yeux fuftifent » a chacun pour fe conduire en parti- » culier , neanmoins l'Eveque , qui eft » le pafteur de tant d'ames, en avoit *> befoin de plus de mille pour apper- » cevoir toutes les necemtes de fon » troupeau , & pourvoir a une infinite » de defordres qui furviennent incef- » fament dans fon Diocefe. Nous ex- « perimentons de plus en plus cette " verite en celui ci , qn'il a plu a no- » tre Seigneur de commettre a notre » conduite. Mais nous fouhaiterions » autant d'yeux que ce faint Pere de- » firoit a chaque Prelat, tant pour de- i> plorer par nos larmes les defordres » & les fcandales qui y furviennent » de jour en jour par l'artifice de l'en- « nemi comtnun du falut des hom- » mes , que pour y pouvoir apporter » les remedes convenables &c necef- » faires. Or entre tous ces triftes eve^- « nemens, un qui eft arrive depuis peu, » nous a tres fenfiblement touches. N'a f> gueres,certain livre a etc mis au jour |
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iXz HlSTOIRB 01 PoRT-Roi'At.
r' » fous ce titre:Lt Janfenifme confondu
» par U P Brifacier, avec ladefenfede
" Jon fermon fait a Blois U 2,0 de Mars » dernier; ou cet Auteur , fous pre- r> texte de defendre la fainte doctrine- » de l'Eglife, a tellement exerce fa » pafllon , que non content d'ufer d'uii » ftyle tres piquant contre ceux qu'il » tient pour adverfaires, il s'eft tant v oublie , que de charger une commu- » naute de religieufes de cette ville > » d'infinite de calomnies & d'oppro- m bres, jufqu'a l'accufer d'hireiie quant » a la doctrine; & quant aux mceurs > » d'impurete ; difant meme en la page » 6 de la deuxieme partie , que: Sui- » vant Us regies prefcrices aux JilUs du » S. Sacrement, ( qu'elles feront te- " nues d'obferver ) fonfira une nou- » velle religion qu'on appelltra Us filles v impenitentes , les defej'perees , Us Afa~ ■» cramentaires , Us incommunicantes , » les phantafliques , &c. Us viergesfol- n Us & tout ce qu'il vous plaira , done » Voriginal en fera au Port Roial, & » autre part la copie. En quoi cet au- » teat inconfidere nous taxe de conni- » vence a ces defordres pretendus , at- » tendu que cela ne pourroit etre ainfi " que nous ne fuifions coupables des, » memes crimes, d'auunt que ce mo- |
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I. Part ie. Liv. Fill. i8?
s> naftere de religieufes eft fous notre » pleine jurifdiclion, vifite & correc- » tion. Mais comme nous fommes fort » enclins a pardonner les injures faites » a notre perfonne , auffi fommes-nous " etroitement obliges de faire reparer » celles qui choquent notre dignite , » & encore plus de proteger l'inno- w cence des vierges confacrees a notre " Seigneur, que faint Cyprien appel- » loit la plus illuftre portion de fon » heritage, & la fleur la plus odori- j> ferante de toutes celles de fon eglife. » C'eft pourquoi nous avons cru de- » voir inceflamment remedier a. un (I » grand fcandale, pour en empecher » les effets & eviter les pernicieufes » confequences. De - la eft, qu'apres » avoir vii & confidere ledit libelle- » & icelui fait voir & examiner par » perfonnes doites & pieufes, nous » i'avons condamne & condamnons " par ces prefentes comme injurieux , » calommeux & qui contient plufieurs »-■ menfonges & impoftures; declare » & declarons lefdites religieufes » du P. R., pures & innocenres des » crimes dont l'auteur a voulu noircir » la candeur de leurs bonnes mceurs ,. m & offenfer leur integrke & religion j: de laquelle nous fommes aflures par |
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I §4 HtSTOIRE DE PoRT-ROlAt.^
i6<:i. " une entiere certitude. Erpourobvier
» aux mauvaifes impreffions que cet » auteur a voulu donner a. fes le&eurs » au contraire, nous avons defendu &c « defendons tres etroitement a toutes » perfonnes de lire , vendre ni debi- » ter ledit livre , fous peine d'excom- » munication. Et a ce que perfonne m n'en ignore , nous ordonnons que ces v prefentes feront lues & publiees aux w prones des eglifes paroiihales de cette " ville & fauxbourg de Paris, & en- » core imprimees &c affichees aux por- » tes de toutes les autres eglifes, nous » refervant de proceder contre l'auteur » pour l'obliger a faire reparation de » ces exces par les voies de droit & de w juftice. Fait a Paris en notre palais >y archiepifcopaljeipdecembre 1651, »» Francois, Archeveque de Paris, nx. Les Jefuites remuerent beaucoup futeT^urPO^ empecher la publication de la
«mpecher la cenfure. lis engagerent M. Hallier i SSfSJte. folliciter M.du Sauffity Official defup- primer au moins le titre du livre da Pere Brifacier , afin de detourner 1'at- tention de defTus eux. M. du Sauflay fe trouva embarrafle a caofe de fa nomi- nation a l'Eveche de Toul , 6c croiant devoir menager tout le monde , il fe preta a. ce temperament. Mais M* |
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I. Parti e. Llv. Fill. 185
I'Archeveque demeura inflexible , & voulut que fa cenfure fut affichee par tout & publiee dans toutes ies paroif- fes de Paris ley Janvier 1652. Quel- ques Cures de Paris , comme M. Abel- ly de S. Joffe, M. Amyot de S. Merry, M. Oilier de S. Sulpice, ai'ant refufe de la publier, recurent ordre de le faire le Dimanche fuivant 14 du mois par une ordonnance particuliere. M. de Paris envoia fa cenfure a M.
Arnauld Eveque d'Angers , accompa- gnee d'unelettre du 10 Janvier, dans faquelle il lui mandoit de fa main , qu il avoir fait ce qu'ilavoit du dans cette fdcheufe & mifirablt rencontre, enfai- fant juflice publique d'un crime Ji hon- teux & infdme par les menfonges & ca- lomnies du Pere Brifacier, quil appelle temiraire & info lent pretre & religieux ; aulieu quil appelle toujours la mere Angelique , fa bonne fille. Ce fut ainfi que les religieufes de P. R. furenr d£- clarees innocentes par la voix de leur pafteur. Mais cela n'arreta pas leurs ennemis, qui s'embarraflant peu d'etre fletris par des cenfures , & convaincus de calomnies , continuerenr toujours a dechirer ces faintes filles, contre lefquelles ils reuflirent enfin a excites une cruelle perfeciiticm. |
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I $6 HlSTOIRE DJ PoRT-ROIAL.
» Tous les gens de bien s'atten-
» doient, dit M. Racine (95)5 que le *> Pere Brifacier feroit defavoue par fa » compagnie, ( les gens de biens de » ce tems-la la connoiflbit done bien n peu ) 8c que pour ne pas adopter » par fon filencede fi horribles calom- " nies , elle lui en feroit faire une re- » tra6tation publique, puis l'enverroit » dans quelque maifon eloignee pour » y faire penitence. Mais bien loin de u prendre ce parti, le Pere Paulin , jj alors confefleur du Roi, a qui on » parla de ce livre , ditqu'il l'avoit lu » & qu'il le trouvoit un livre tres mo- « dere. On voit dans le catalogue » qu'ils one fait imprimer des ouvra- w ges de leurs ecrivains, ce memeli- » vre du Pere Brifacier cite avec eloge. » Pour lui, il fut fait alors Re&eur de » leur college de Rouen , & a quelque " terns de-la , Superieur de leur mai- w fon profeflfe de Paris. Ainfi fans avoir w fait aucune reparation de tant d'im- » poftures fi atroces , il continua le » refte de fa vie a dire pondtuellement » la Melfe tous les jours , confeflant 8c » donnant des abfolutions , 8c ai'ant » fous fa direction les dire&eurs me- » mes de la plus gt. nde partie das (>5) Hift. de P. R. p. J7.
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I. Part ii. Liv. VIII. 1S7
» confciences de Paris & de la Cour. kJji. " » On n'ofe pou{Ter plus loin ces refle- » xions , & on laifle aux RR. PP. Je- » fuites a. les faire ferieufement de- » vant Dieu. » Le mauvais fucces de ces calom- lx.
» nies , continue M. Racine p. 58 , ^"Slt » n'empecha pas d'autres Jefuites de cent comre » les repeter en mille rencontres. II y ^ef- 1C"1^" » en eut un appelle le Pere Meynier, nies que le p. w qui publia un livre avec ce titre : acier" » Le Port Roial dyintelligence avec Ge- » neve contre It S. Sacrement de VAu.- » tel, par le R. P. Meynier de la Com- " pagnie de Jefus. Le livre etoit aulH » impudent que le titre,& encheriffoit «* encore fur les calomnies du P. Bri- » facier. On y renouvelloit l'extrava- » gante hiitoire du pretendu complor » forme en \6ti parM. Arnauld, par » l'Abbe de faint Cyran , & par trois » autres, pour aneantir la religion de » Jefus-Chrift & pour etablir le Deif- » me, quoique M. Arnauld eut deja » invinciblement prouve qu'il n'avoit « que neuf ans l'annee ou Ton difoit » qu'il avoir forme cette horrible con- » juration. Le Pere Meynier faifoit » meme entrer dans ce complot la „ mere Agnes 6c les autres religieufes » de P. R. |
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188 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
jg'ti. " Quelqu'abfurdes que fufTent ces
calomnies, a. force neanmoins de les repeter, & toujours avec la me- me affurance , les Jefuites les per- fnadoient a beaucoup de petits ef- prits , 6c fur-tout a feurs penitens, la plupart perfonnes foibles & qui . ne pouvoient s'imaginer que leurs directeurs fuflent capables d'avancer fans fondement de n effroi'ables im- poftures. lis les firent croire principa- lement dans les couvents qui etoient fous leur conduite; jufques la qu'il s'en trouve encore aujourd'hui dans Paris, ou les religieufes, quoique d'une devotion d'ailleurs tres edi- fiante, foutiennent aux perfonnes qui les vont voir, qu'on ne communie point a P. R., & qu'on n'y invoque (>ointla Viergeniles SS. Non-feti-
ement on trouve des maifons reli- gieufes ,"mais des communautes en- tieres d'ecclefiaftiques,qui'pleines de cette erreur, s'effarouchent encore au nom de P. R., & qui regardent cette maifon comme un feminaire de toutes fortes d'herefies (96). , LXT; „ L'acharnement contre P. R. & con-
tents de M. . . - .. , ArnauU au tre les pieux ioluaires attaches a cette
fujct des ca-
loiaiuet con- (y«) Lorfque M. Racine 'crivoit cecj, P. R. a'.%-
tte P. R. toit pas encore diciuit.
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f. P A R T I E. Liv. V1U. 189
tainte maifon , 8c fpecialement contre
M. Arnauld , a ete fi grand , qu'on a vii ce grand homme oblige de fe jufti- fier contre l'accufation formee contre lui d'etre d'intelligence avec M. Fou- quet, & meme d'etre auteur des pie- ces qui fe faifoient pour fa juftihca- tion. II le fit par une lettre, qui quoi- que pofterieure de dix ans au terns dont nous parlons , peut avoir fa place ici. » II me femble, dit M. Arnauld dans 7, cette lettre ecrite a un ami l'an 1661, » que depuis rant de tems , qu'on em- 5; ploie contre moi routes forres de ca- » lomnies, il n'y en a point dont je » duffe etrefurpris. J'avoue neanmoins » que je l'ai ete du bruit que vous me » mandez qui court, que je fuis au- 3) teur des pieces que Ton publie pour » la defenfe de M. Fouquet. On ne 3. pouvoit inventer une fauffete plus » hors d'apparence, ni m'attaquer par » un cote par ou je fufle plus forr. » On me cherche en vain , ou on ne « me trouvera jamais. Rienaumonde » n'eft plus oppofe a mon efprit que » de me meler d'affaires de cette na- » ture. J'en fuis autant eloigne par „ inclination que par devoir; & fi la »> peine etoit ellentielle au merite , je v n'en aurois gueres a obferver eg |
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*QO HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
» queles Canons recommandent a touJ
» le.s ecclefiaftiques, de ne fe point en- " §ager ^ans 'es anCaires da monde. J'ai » toujourscru que la fenle part qu'un » pretre & un theologien devoient w prendre en ce qui regarde l'etat , w c'etoit de prier Dieu, felon le com- « mandement de l'Apotre, pour les » Rois & pour leurs miniftres, afin « que nous menions une vie paifible » & tranquille dans toute forte d'exer- w cice deplete 8c de vertu. » Mais quand on me foupconne-
» roit d'agir par des principes moins » Chretiens , c eit cela meme qui de- » vroit convaincre davantage , qu'il » n'y a rien de plus mal fonde que l'i- » magination de ceux qui veulent que <> je travaille pour M. Fouquet. Car Jiuelle raifon aurois-je de m'interef-
er dans la caufe d'un homme que » je fais avoir plus contribue que per- » fonne a empecher que le Parlemenc • ne me rendit juftice dans l'aftaire de ij la cenfure ; que je fais avoir prati- « que contre moi des voies , par des; » gratifications qu'il a faites a cette > condition •, & qui eft caufe par la de
» ce qui me doit le plus affliger, qui > eft que tant de favans docteurs font
> a mon occafion es. :lus de Sorbonne ,
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I. Par tie. Liv. Fill. 191
m ou ils pouvoient fervir tres utile-
« ment l'Eslife & l'Etat. Je ne vou- » drois pas neanmoins qu on jugeat par » cela feul de la fauflete de ce qu'on »> m'impute •, car quelqu'injufte qu'ait •> ete cette conduice , il ne m'en refte, » graces a Dieu , aucun relTentiment » dans le cceur ; & comme elle n'em- » peche pas que l'etar oil il fe trouve » maintenant,ne me donne de la com- » paffion pour lui, elle n'empeche- » roit pas non plus que je ne fiile » pour le fervir rourcequeje devrois » felon Dieu 6c felon l'efprit de l'E- » glife, dont la courume a toujours » ete d'interceder pour les miferables , »> non feulement envers Dieu , mais « aufll envers les Priiices. Mais ce der- » nier, d'interceder aupres du Prince , »> etant difproportionne a la condition » d'un particulier , la charite d'un fim- » pletheologieneftrenfermee dansce- ,j lui d'interceder aupres de Dieu, 6c « il n'a que des prieres a lui offrir pour » ceux qu'il veut que nous regardions w comme de trifles exemples de la » viciflitude des chofes humaines. Ce ». font les bornes que je me fuis pref- »j crites en cette rencontre , & tout » homme de bon fens le eroira d'au- » tant plutot, qu'il jugera facilement |
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19 2 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAE.
»> qu'il m'auroit ete impofilble de faire
»j ce qu'on m'attribue , etant retire « comme je fuis, n'aialit aucun com- « merce avec le monde, la Cour m'e- « tant un pais inconnu, & etant tres « igriorant de route cette chicane de >* finance, qui fait le plus grand em- » brouillement du proces dont il s'a- » git. Deforte qu'il eft egalement vrai >y que je n'aurois pas voulu faire ce « qu'on m'impute , quand je l'aurois » pu ; & que je ne l'aurois pii, quand w je l'aurois voulu. »• Ainfi il eft difficile de trouver une
>» calomnie plus mal concertee que cel- » le-ci, fi on en excepte deux qu'on » n'a pas laifle de faire valoir dans leur » tems; Tune que j'avois allifte a une 1 aflemblee de Deiftes pour detruire » la religion chretienne , lorfque par » la fupputation de mon age , il fe j> trouva que je n'avois que dix ans m(97)-, l'autre qu'on n'a pas eu home » de porter jufqu'aux oreilles de la » Reine mere , que j'avois une etroite » intelligence avec Cromwel. J'ai fu- » jet de m'attendre que l'un de ces » jours on publiera que j'en ai avec le » grand Vifir, &c que nous penfons a. » nous retirer en Honv?rie fous la pro- 07) Cell ddire, neufansvevolus, »• tettion
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1. P ART I E. LlV. VIII. 19 J
'.»tection du grand Turc. Car il faut
»»avouer que fi nous avons des enne- » mis aftez peu confcientieux pour avan- » cer contre nous toutes fortes d'impof- » tures, nous avons auffi cer avanta- » ge, qu'ils font tres peu ingenieux » pour les colorer, &c qu'il ne paroit w dans tout ce qu'ils inventent, qu'une » bafle malignite. » Cependant il eft vrai que cela ne
» laifTe pas de produire fon effet. Il fe jj trouve toujours des gens alfez fim- » pies pour ecouter les menfonges, &c » quoiqu'ils fe detruifent d'eux mcmes » les uns par les autres, neanmoins »la j unification n'eft jamais ni ge- » nerale , ni bien nette, parcequ'ils » ont foin a mefure qu'une calomnie » s'evanouit d'en fubftituer une autre en « la place, pour entretenir le monde. » Une annee , l'afTemblee de Bourg- » Fontaine •, i'autre , Cromwel •, une » autre, plufieurs millions diftribues » aux ennemis de l'Etat; prefentement » M. Fouquet •, apres cela on en forgera » quelques ! autres. On nous fera batir » des forts & des citadelles', pour faire » la guerre a tous les Princes de I'Eu- „ rope ; & parcette fuite de chimeres, M il ne manquera jamais d'y avoir quel- » ques fujets qui animent contre les. Tome 111. I |
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TJ4 HlSTOIRE Tit Pon.T-R.OlAE?
» pretendus Janfeniftes. Car on Ietlf » faic cet honneur de les trailer a peu » pres comme on faifoic les premiers » chretiens. Les paiens s'en prenoient » a eux, quand il ne pleuvoit pas , 8c » que leurs vignes etoient gefees. Ce » font aufli maintenant les Janfeniftes » qui font tout le mal du monde. Il » n'y a point d'intrigues, ou on ne les » mele, 8c on ne manque jamais de les » mettre du cote des perfonnes ou mal- m heureufes ou odieufes. Tout ce que » je conclus de la , c'eft qu'il ne faut « gueres fe mettre en peine de la bi- » zarrerie du jugement des hommes , »» & que fans s'arreter a tous ces bruits , » nous ne devons penfer qu'a nous ren- » dre favorable celui devant qui on, » ne nous peut rien impofer, & a qui » auffi nous ne pouvons rien cacher. » C'eft lui qui eft le protedteur des »innocens calomnies ; & il y a fujet » d'efperer, que s'il permet quelque- » fois que des perfonnes tres fages & » tres eclairees fe lailTent prevenir par » ces fuppofitions, il ne fouftiira pas »j qu'elles demeurentlongtemsdanseet- » te furprife, 8c qu'il fera voir au moins » a leur egard la verite de cette pa- " role de S. Cyprien , Quod mendac:& » non diu fallunt, noctem tamdiit cjjk |
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I. Par tie. Liv. VIII. 195
« quamdiu non illucefcat dies, clari- i^ii. » ftcato autem die , luci untbras & ca- » liginem cedire., & qua grajfubantur « />«/■ noclem latrocinia , cejfare. On voir par cette lettre de M. Ar- J£9?*,_
nauld , qu ll penioit la mcme chole de m. Racine que M. Racine, furles calomniesque £ur Ie mam* les ennemis de P. R. inventoient & renouvelloient fans cefle. Mais ce der- nier fair encore a ce fujer une reflexion qui merite d'etre rapportee. » On au- » ra peut-etre, dit-il, de la peine £ » comprendre comment une fociete » aufli fainte dans fon inftitution (v 8) » & aufli pleine de gens de piete que » l'eft celfe des Jefuues , a p& avan-. » cer & foutenir de fi etranges calom- » nies. Eft-ce , dira-t-on , que l'efprit »> de religion s'eft tout-a-fait eteint en » eux > Non fans doute , & c'eft » meme par principe de religion que » la plupart les ont avancees. Voici " comment. La plus grande partie » d'entr'eux eft convaincue que ieur " fociete ne peut etre attaquee que par » des herctiques. Us n'ont lu que les » ecrits de leurs peres ; ceux de leurs (s,8)I.afacultede theo- ciete naiflante .quelle
logic de Paris ne croioic etoit plus propre a de- pas que la Societefut aufli ttuire qu'a edifier , magii fainte Jam fon inftitution , ad deflruSiontm qiuim ai lorfqu'clle dit de cttte So- sedifiiationem. |
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19 6 HlSTOIRF- Tit PoRT-Ro'lAl?
» adverfaires font chez eux des livreS
» defendus. Ainfi pour favoir fi un » fait eft vrai, le Jefuite s'en rapporte » au Jefuite. Dela yient que leurs » ecrivains dans ces occafions ne font » prefqu'autre chofe que fe copier les » uns les autres, & qu'on leur voit » avancer comme certains & incon.- » teftables des faits, dont il y a trente v ans qu'on a demontre la fauffete. u Combien y en a-t-il qui font entres » tout jeunes dans la compagnie , 8c v qui font pafles d'abord du college » au noviciat ? lis ont oui dire a leurs » Regens que P, R. eft un lieu abomi- - nable; ils le difent enfuite a leurs » ecoliers. D'ailleurs c'eft le vice de » la plupart des gens de communaute, » de croire qu'ils ne peuvent faire de » mal en defendant l'honneur de leu? » corps. Cet hanneur eft une efpece w d'iaole, a qui ils fe croient permis » de facrifier tout, juftice, raifon , » verite. On pent dire conftamment » des Jefuites , que ce defaut eft plus » commun parmi eux que dans aucun >» corps , jufques-la que quelques-uns » de leurs cafuiftes ont avance cette » maxime horrible, qu'un religieux » peut en confciencc calomnier & ■> & tuer meme les perfonnes qu'ij |
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t. V A R. T I E. VlV. Vttt. I 9} ______
** croit faire torta facompagnie(99). 1651.
» Ajoutez , continue M. Racine,
»* qu'a toutes ces querelles de religion » il fe joignoit encore entre les Jefui- " tes & les ecrivains de P. R. une pi- s' que de gens de lettres. Les Jefuites » s'etoient vus long-tems en poifellion du premier rang dans les lettres, & on
" ne lifoit prefque d'autres livres de de- m votion que les leurs. Il leur etoit done m tres fenfible de fe voir depoffeder de » ce premier rang & de cette vogue par nouveaux venus, devantleiquelsil « fembloit pour ainfi dire, que tout » leur genie & tout leur favoir fe fut » evanoui. En efTe: il eft afTez furpre- »' nant que depnis le commencement »> de ces difputes il ne foit forti de chez »> eux aucun ouvrage digne de la repu- " tation que leur compagnie s'etoit ac- » quife ; comme fi Dieu , pour me fer- » vir des termes de l'ecriture, leur » avoit tout-a-coup 6t? leurs prophetes-, » leur pere Petau meme, fi celebre » par fon favoir , aiant echoue contre » le livre de la frequence communion , (9») Cctte doctrine a d'Anvers 1^49: Efcobard
iti enfeignee en propre fomme de theologie mo-
termes par une multitude rale, trait. 1. exam. 7.
d'auteurs de la fociete , chap. f. n.46. Elle a eti
tels que le P. Lamy , deTendue par le P. Pisot
cours de theologie, torn, dans l'infame apolojit
|. difput. j«. n. 118. cd. des cafuiftes.
Irij
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ip8 HlSTOIRE DE PoRT-BOlAt.
» &fon Hvre etant demeure chez leaf
» libraire avec leurs autres ouvrages , *> pendant que les ouvrages de P. R. " etoient tout enfemble i'admiration » des favans & la confolation de toutes » les perfonnes de piete. « Les Jefuites au lieu d'attribuer
» cet heureux fucces des livres de " leurs adverfaires a la bonte de m la caufe qu'ils foutenoient , & a « la purete de la doctrine qui y etoit w enfeignee, s'en prenoient a une cer- s» taine politerTe de langage qu'ils leur » ont reproche loigtems commeune » affectation contraire a l'aufterite des « verites chretiennes. lis ont fait de- » puis une etude particuliere de cette » politeffe; mais leurs livres manquant m d'on&ion & de folidite , n'en ont »» pas mieux ete recus du public , pour » etre ecrits avec une jufteffe gramma- « ticale qui va jufqu'a l'affectation. ■ Us eurentmemepeur pendant quel-
w que terns que P. R. ne leur enlevat » l'education de la jeuneiTe , c'eft-a-di- •> re, ne tarit leur credit dans fa fource. » Car quelques perfoi. .es de qualite , » craignant pour leurs enfans la cor- » ruption qui n'eft que trop ordinaire » dans la purpart des colleges, & ap- » prehendant auffi que s'ils faifoient |
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I. Part 11. Llv. Fill. 199
» etudier ces enfansfeuls , lis ne man- 1652.
- quaflent de cette emulation , qui eft » fouvent le principal aigmllon pour » faire avancer les jeunes gens dans » 1'etude, avoient refolu de les mettre » plulieurs enfemble fous la conduite " de gens choifis. lis avoient pris la- " deflus confeil de M. Arnauld & de " quelques ecclefiaftiques de fes amis , »> Be on leur avoir donne des maitres »» tels qu'ils les pouvoient fouhaiter. » Ces maitres n'etoient pas des hom- » mes ordinaires. Il fuffit de dire que « Tun d'entr'eux etoit le celebre M. " Nicole ; un autre etoit M. Lancelot " a qui Ton doit ces nouvelles me- » thodes grecques & latines , fi con- s' nues fous le nom de mcthodes de » P. R. M. Arnauld ne dedaignoit pas « de travailler lui-meme a l'inftruihon » de cette jeuneife par des ouvrages « tres utiles. Et e'eft ce qui a donne »» naiffance aux excellens iivres de la " l°i?ique , de la geometrie , de la » grammaire generate. On peut juger » de l'utilite de ces ecoles par les » hommes de merite qui s'y font for- m mes. De ce nombreont ete Meflieurs w Bignon , Tun Confeiller d'Etar & » l'autre Premier President du grand » Confeil j M. de Harlay &: M. de |
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aoo Hjstoire de Pon.T-ft.oiAt!.
» Bagnols audi Confeillers d'Etat, &C » le celebre M. le Nain de Tillemonc » qui a tant edifie l'Eglife & par la « faintete de fa vie 8c par fon grand »travail fur l'hiftoire ecclefiaftique. » Cette inftru&ion de la jeunelle
» fut, comme j'ai dit ( c'efl: toujours » M. Racine qui parle ) une des prin- " cipales raifons , qui animerent les » Jefuites a la deftruclion de P. R. , » & ils crurent devoir tenter toutes » fortes de moiens pour y parvenir. » Leurs entreprifes contre la frequence v communion ne leur ai'ant pas reuffi, v ils drefTerent contre leurs adverfaires » une autre batterie <>. Cette batterie leur reuflfit, & ils font enfin venus a. bout, non feulement de faire chafler du defert de P. R. tous les pieux fo- litaires qui s'y etoient retires & rous les enfans qu'on y elevoit, mais meme de faire rafer de fond en comble ce celebre monaftere , comme nous le verrons. M. Racine n'a pas vii arri- ver cet evenement, mais il paroit par le jugement folide & fenfe qu'il porte de la conduite des Jefuites, qu'il l'a vu en efprit, & qu'il a connu 1'efFet dans fa caufe. Reprenons la fuite de iiotre hiftoire. Lqs troubles civils erant termine»
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I. Par tie. Liv. YUJ. 201
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par une amniftie que le Roi accorda 1(j.z.'
fur la fin d'octobre , tout rentra dans le lxiii. calme , & la tranquillite fut retablie a ,.^"1 p'r! P. R. des Champs. Mais ce dcfert, en Les maladies paix de ce cote la,fut afflige d'une autre yl"^\yi. maniere : il y eut une grande quantite fions au fujet de maladies; enforte que ce lieu etoit tLn1?'Eforft defole , & commencoit a devenir pe- de paix& inf- niblea ceux qui aimoient un peula vie, ^de^aci! tant on y vo'i'oit l'ombre de la mort de toutes parts. M. Arnauld &M. de Saci etoient continuellement aupres des ma- lades , fans crainte d'expofer des vies fi precieufes , foit pour les fervir, foic f>our les confoler & les encourager par
eurs exhortations. Leur exemple & leurs paroles animoient tons les autres d rendre a. leurs freres malades tons les fervices qu'ils pouvoient attendre d'eux. M. de Saci, lorfqu'il les vifi- toit, les fortifioit toujours le plus qu'il pouvoit contre l'impatience. Il leurcon- feilloit pour cela de ne point penfer a la longueur de leur maladie. Il leur di- foit avec fa douceur naturelle : « Pour » moi, quand je fuis malade, je ne w demande point a. Dieu la grace pour » la journee : je me contente le matin » de la demander pour la matinee •, a. » midi , pour l'apres-dine •, le foir , w pour la nuit. Il ne faut point compter I X
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202 HiSTOIRE DE PoRT-Ro'lAI..
J(j,2> » le pafTe , mais dire : je ne fuis mar
» lade que d'aujourd'bui. « M. Ha~ mon , pour lors medecin de P. R. ,, etoit un homme favant dans fa pro- feilion , ferme &c indexible dans ce qu'd ordonnoit, & d'un cara&ere tout oppofe a celui de M. Pallu fon prede- eeffeur , qui avoit beaucoup de com- plaifance pour les malades , & entroit meme en compoiition avec eux pour les remedes, s'accommodant a leurs petites infirmites, a. leurs repugnances., & meme prefque a. leurs dears. Cela fut caufe que plufieurs folicaires pa- rent confiance en un medecin appelle Duclos, de la connoiffance de M. d'An- dilly , & a M. Jacques, qui etoit au- pres de M. de Luines : le premier par des pillules, le fecond par le moien d'une poudre, pretendoient guerir rou- tes fortes de maladies. Les folitaires s'accommodant mieux des remedes & du cara&ere aife de ces deux empiri- ques , laifloient la M. Hamon , pour la plupart; ce qui caufa une efpece de divi- sion , dont M. de Saci gemiflbit d'abord en fecret; mais voi'ant enfuite que ceJa continuoit & occafio,1 loit du trouble & de la diflipation , il parla avec fa fa- geffe ordinaire , pacifia tout par les ta- lens qu'il avoit recus de.Dieu, & les |
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I. P A R. T I E. LlV. Vtll. 10}
engagea a lahTer les Empiriques pour i£jz.
n'avoir plus recours qu'a Monfieur Ha- mon ( i ). " On peut dire a ce fujet, »» die M. Fontaine (2), que e'etoit la. » le propre de M. de Saci, & ceux qui •> one eu le bonheur de le connoitre, » avoueront qu'il n'y a gueres eu d'hom- w me qui eut plus de graces , ni qui » ait imagine des manieres plus adroi- w tes & plus ingenieitfes pour remettre n les efprits , & pour retablir la paix » par-tout, au moment qu'il arrivoit, m quelque conteftation qui auroit pu » l'alterer. Le Dieu de paix l'avoit eta- s' bli la comme fon miniftre pour etre j» le reconciliateur des hommes entre »» eux , aufli bien qu'avec lui meme. » On fait afTez que dans un lieu ou il
»» y a plufieurs perfonnes enfemble, il » eft difficile qu'il n'y arrive quelque » petit demele...Ce faint pretreduSei- m gneur , (auquel on rapporroit juf- m qu'aux moindres chofes ( 3 ) etoit » au milieu de ces folitaires, en quel- " que forte comme Moife etoit au mi- s' lieu defon peuple •, & par fa doit- x ceur faintement eclairee, il calmoit (1) Nous anrons Jans !a Stent un fujet d'admita*
fuite occafion de parler tion pour M. de Saci,
plus en dftafl de ret horn- (i) T. i. p. 47. • *ne incomparable , <jui (}) Ibid. p. 488c 4x |
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104 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAE.
' j.2 » tout comme un pere , qui fans fe pre*
» venir rendoit juftice a tout le monde. » II ecoutoit tout, il examinoit tout j » & apres que fa lumiere toujours tran- » quille , & jamais obfcurcie d'aucun » nuage de prevention , lui avoit fait » voir ou etoit la verite & la juftice , (i il avoit dans le fond de fa fagefle •» une fource inepuifable d'inventions « toutes faintes * & de reftburces inge- m nieufes pour terminer tout avec la « fatisfadtion mutuelle de ceux qui lui » avoientporre leurs plaintes. Il mena- »» geoit* fi bien les forts & les foibles, « fans avoir d'autres vues que la paix , « les interets de Dieu & le falut des » ames, que comme on s'adreflbit d »lui fans hefiter , pour fe foumettre » au jugement qu'il prononceroit, on •» ne retradtoit point non plus fa fou- »> miffion , lorfquil l'avoit prononce , «> & on fe tenoit ferme a fon juge- « ment, comme Ci Dieu avoit parle » lui-meme. C'eft ce qui faifoit qu'il » vouloit que tout le monde eut la li- » bene de lui parler a quelqu'heure que »> ce fiit. Je n'ai jamais vu perfonne , « (c'eft toujours M. Fontaine qui parle) *» qui fe pretat davarnge a tous ceux w que Dieu lui avoit donnes. Il ne v comptoit pour rien l'amous du repos |
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f. Part ie. Liv. VIII. 205
» 8c du filence qu'il avoit aime & cul-
» tive toute fa vie. Les delices faintes » qu'il goutoit dans les lectures de »1'Ecriture-Sainte & des SS. Peres , «les ouvrages importans auxquels il » s'appliquoit pour le bien de l'Eglife, » l'attrait qu'il avoir pour la priere tou- » jours arrofee de fes larmes, tout cek » ne lui etoit rien, des que le moindre » de eeux qu'il conduifoit, avoit be- « foin ou de fa confolation, ou de fes » avis. Sa porte etoit toujours regulie- *> rement rermee pour toutes les per- » fonnes du dehors , de quelque di- » gnite qu'elles fuflent, raais toujours " ouverte au plus petit des folitaires. » Dans quelque profonde application m qu'il fur, jamais il n'a temoigne etre » un peu touche de ce qu'on Pen de- » tournoit. Des qu'il avoit ete fait pre- » tre , il avoit compris qu'il ne vivoit » plus pour lui-rmeme , qu'il etoit tout " a ceux dont jil etoit cnarge par Por- »• dre de Dieu , &c. »Il ne recomman- doit rien avec rant de force, que d'evi- ter les jugemens temeraires , difant qu'il n'y avoit point de paroles de l'E- criture-Sainte qui fe dut plus entendre a la lettre que celle-ci: Ne Juge^ point. Il regardoit les rapports comme le vice leplus contraire iUafociete, & core- |
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20(J HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
parok un rapporteur a un enfant a la
bavette, qui eft incapable de tout com- merce. , Cet efprit de paix porta toujours
M. de Saci a fuir toutes les difputes dans les fciences , tant faintes que na- turelles : le calme de fon efprit, & ce cara&ere qui l'a fait regarder dans toute la France comme l'homme du monde le plus modere , ne fouffrirent jamais aucune alteration , quoiqu'il fe trouvat environne de toutes parts par des per- fonnes de grand efprit, tres celebres dans les difputes. Dans le terns meme des conteftations les plus echauffees, il demeura toujours paifible , fans jamais fortirde fa gravite , etudiant l'Ecriture & faint Auguftin, & n'y cherchant que ce qui ponvoit nourrir la piete. Quant a M. Hamon , il etoit ravi
qu'on le laifsat en repos dans fa cham- bre, fans autre pratique que celle du dedans du monaftere, ou les partialites n'avoient point d'acces; & celles de la campagne , ou fa charite brulante le faifoit courir a jeun avec un zele infa- tigable , pour le fervice des pauvres qu'il vifiroit a pied, en faifant tousles jours fix ou fept lieues. Car s'il etoit excellent medecin, il etoit encore meil- leur chretien & jneilleur penitent. Il |
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I. Partie. Liv. Fill. 107
ravoitetelong-tems a fe rendre a lavoix ^cj.1'
de Dieu qui l'appelloit; & M. Duha- mel, cure de S. Merri, avoua que pen- dant deux ans il lui avoit coute bien des peines pour l'enfanter a Jefus- Chrift. Mais fi fa converfion fut lente , elle n'en fut que plus fervente, lorfqu'il eut enfin refolu de fe facrifier tout a Dieu & au fervice de fes epoufes. Le Seigneur par un effet de fa providence l'avoit relerve pour etre la confolation des Religieufes de P. R. dans un terns- oil elles n'en pouvoient recevoir que de lui, & vouloit fe fervir de lui en- core plus pour les fecourir contre les foiblefles de fame que contre celles du corps. Le premier jour de l'annee 1653 »
la mort enleva la mere Anne Eugenie \t$J'
de l'lncarnation , quatrieme fille de More de la M. Arnauld. Nous avons vu ailleurs ™ere . Amje 1 • r-v- 1 • 1 Eugenic de
de quelle maniere Dieu la tira du mon- rincamation.
de pour la conduire a P. R., les pro- ^gg gres qu'elle fit dans la vertu, le zele don des ca: avec lequel elle travailla a etablir la fans" reforme , foit dans" l'abbaie du Lys oil elle demeura trois ans, foit dans celle de MaubuifTon ou elle fut quelque terns la cooperatrice de la mere des Anges. Mais il y auroit beaucoup d'au- tres cliofes a ajouter pour dormer uiie |
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108 HlSTOIRE DE Poft.T-R.OlAt.
16 c 2. )ufte ^ee de fon merite. Nous nous
arreterons particulieremen; ici a faire connoitre le talent qu'elle avoit re$u de Dieu pout l'education des enfans, done elle fut chargee a fon retour de l'abbaie du Lys. En voi'ant par quels principes elle fe conduifoit, & quelle methode elle fuivoit dans cette importante fone- tion , on fera moins furpris du fucces avec lequel elle s'en acquitta , & des fruits admirables que produifit une telle education. Nous tirons ce que nous rapportons
ici de la relation qui en a ete faite par une de fes eleves, la fceur Marie Char- lotte de fainte Claire Arnauld d'An- dilly (4). _ Le premier & principal foin de la
mere Anne Eugenie fut toujours d'inf- pirer auxjeunes penfionnaires confiees a fes foins une haute eftime de l'inno- cence baptifmale. Elle les en entrete- noit fouvent, & le faifoit avec force. Elle veilloit continuellement a ecarter tout ce qui pouvoit donner quelque at- teinte a ce precieux trefor. Elle leur re- ptefentoit que la compagnie des gens du monde n'etoit pas moins conta- gieufe pour les ames, que la pefte l'eft (4) Mem. j part. IV Rel. i. j. T. j. p. ij< &
ftit. |
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I. Paktit.. Liv. VIII. 109
pour les corps. Elle leur infpiroit un T^TT, grand refped: pour les mifteres de la reli gion , la grandeur de Dieu, & les verites de l'Evangile. Jamais elle ne leur parloit de ces verites , qu'apres les y avoir preparees, & apres le leur avoir fait meriter. Plufieurs jours auparavant elle leur annoncoit qu'elle avoit une grande verite a leur dire ; & elle la fai- foit attendre & defirer. Elle ne leur enfeignoit ces verites qu'avec poids Sc mefure & avec difcretion, craignant que l'habitude de les entendre ne les y accoutumat, & qu'elles n'en fuffent plus touchees , les aiant fues avant qu'elles euflfent affez de grace & de lu- miere pour les fentir & les comprerr- dre. Penetree de ce que dit PApotre que
celui qui plante & celui qui arrofe ne font rien , & que c'eft Dieu qui donne Paccroiilement, elle joignoit aux foins qu'elle prenoit pour l'inftru&ion & le bien fpirituel de ces enfans, de ferven'- tes prieres , pour que Dieu accompa- gnat fes paroles de l'onction de fa gra- ce. Non feulement elle prioit en parti- culier, mais elle afliftoit regulierement a. toutes les prieres communes des en- fans , fe regardant comme chargee de s;endre a Dieu leculte qu'elles n'etoienr |
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110 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAl.
pas encore capables de lui rendre, 8c de
fuppleer par Ion attention a celle que ces enfans n'avoient pas. Elle etoit touchee de leurs fautes, &
en faifoit penitence, comme des fien- nes propres. Si elle en trouvoit quel- qu'une qui ne fut pas difpofee a recon- noitre fa faute, elle ne lui difoit plus rien, fe contentant de prier en particu- lier pour elle, & la laiffbit avec une bonce & une patience, qui tot ou tard avoir fon erfec. On reconnoit a ces traits une digne eleve du faint Abbe de faint Cyran , qui avoir pour maxime qu'a- vec la jeunefle il faut parler peu, tole- rer beaucoup, &c prier encore davan- tags. Elle avoit mille petites inven- tions pour les inftmire, & leur faire aimer les veritcs qu'elle leur apprenoit jufqne.idans leurs recreations memes , auxquelies elle ne manquoitpas de fe trouver tous les jours. C'etoit un fujet d'etonnement pour les fceurs , qui la connoiffant aufli fpirituelle qu'elle etoit, & n'ignorant pas combien elle avoit naturellement de repugnance pour cet emploi, admiroient comment elle for- coit fon inclination pour fe faire en- fant avec les enfans. Elle avoit telle- ment l'art de s'en faire aimer, que la punition la plus ferulbie dont elle piV |
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I. Par tie. Liv. VIII. 211
ufer a leur egard, lorfqu'elle avoit quel- "
que mecontentement, etoit de ne point fe trouver a leurs recreations. Alors toutce petit peuple fondoit en larmes , &c il falloit que les autres mairreifes al- laffent fupplier la fceur Eugenie de ve- nir les euiuer. C'eft ainfi qu'elle eleva les petites penfionnaires pendant 15 ou 16 ans. S'etonnera-t-on apres cela des prodigesd e vertu qu'on a viis fortir de P. R., & de la bonne odeur qu'ont re- pandue dans le monde rant de perfon- nes , qui avoient eu le bonheur d'etre elevees dans une (1 fainte ecole ? Neanmoins la fosur Flavie PafEm ,
religieufe de Gif, qui avoit ete recue
a P. R. (5 ), lui aiant ete donnee pour
fous-maitrefTe , cette fille haute & am-
bitieufe, devenue fi fameufe depuis ,
pretendit que la fceur Eugenie s'y pre-
noir mal, & que fa douceur etoit caufe
que les enfans ne fe corrigeoient pas :
elle le perfuada mcme a cette fainte
fille , qui aiant dans cette occafion trop
d'humilite & de fimplicite , la laifTa
faire, nepenfant plus qu'a pleurer les
pretendues fames qu'elle avoit faites
dans cet emploi, dont elle demanda a
etre dechargee •, ce qui lui fur accorde ,
i caufe de fes infirmites:. Elle remplu
(5) lb. p. 410. 411.
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ili HlSTOIRE V£ PoRT-ROlAl.
lb si' enfuite (Tan 1640) pendant quelqiie
terns la charge de Sous-prieure.Elle de- vint fort infirme lesdernieres anneesde fa vie; fur-tout depuis une dyflenterie violente-, quilamit dans un tel etat, qu'elle ne fit plus que languir (6). Sur la fin de Tan 1652, une fievre lente qui la minoit, l'obligea de fe mettre au lit , d'ou elle ne releva point. Sa mort pre- cieufe aux yeux du Seigneur arriva le premier Janvier 16 s, 3. On avoit une fi haute idee de la verm
& du mcrite de la mere Anne Euge- nie , qu'apres fa mort, les fceurs, com- me le rapporte M. le Maitre , firent une pate de differentes chofes de cette fainte religieufe , comme defon fang , defes cheveux , defon voile, & en firent des medailles. La mere Angelique en montra une a M. le Maitre dans un en- trerien qu'il eut avec elle en 16 54 (7 ). Les Carmelites qui l'avoient connue , en parriculier la mere Akarie , pu- blioient hautement que c'etoit une fabite. Apres avoir recueilli les derniers (tf) lb. p. 418. foeur, lett. fi441arein«
(7) Mem. 1 part. I. de Pologne , T. i p.
Relat. p. 349 150. Voiez ifo. Letc. ;i; i M. le
les Jettres que [a mere An- Maitre, p. if J.Lett. {17
gelique a ecrites fur la p.iyj.
moic de fa bienhetueufc
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I. Par.tie. Llv. Fill, n j
foupirs de fa digne fceur , la mere An- l6 gelique fe difpofa a executer le deiTein ixv. ' qu'elle avoit de retourner a. P. R. des Les "ligieu- **••_ r\t • 1 . • fes rctcur-
^hamps. bile partit le 15 Janvier ayec ncnt a p. r.
une colonic qu'elle mena avec elle pour des Chwnpi. repeupler cette maifon ( 8 ). On vie bientot ce fainr defert refleurir. Le de- dans & le dehors de l'abbaie fe rem- plirent en peu de tems de perfonnes de _ tout age & de toute condirion , qui y accouroient comme dans un lieu de re- fuge , excitees par la foi & la grande charite de la mere Angelique & de fes religieufes , 8c par la piete de tant de perfonnes feculieres , dont l'odeur fe repandoit de tout cote. On voi'oit arri- ver dans ce lieu, ou Dieu repandoit fi abondamment fes benedictions , des militaires , qui apres avoir vieilli dans le fervice , ne penfoient plus qu'a leur falut. Le fameux M. de Ponds s y fix* cette annee pour le refte de fes jours. Des l'annee precedente la mere Ange- lique ecrivant a la reine de Polo- gne ( 9 ), lui marquoit qu'il y avoit vingt-cinq hermites a P. R., qui fer- yoient Dieu avec grande devotion ; qu'il en etoit deja mott cinq , & qu'on pen- foit a. faire douze hermitages pour y (R) Du Forte p. m,
(^) Lett. }jt dui7M»i,T, { p. iff*
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214 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAL.
T7T, mettre les plus parfaits. Les folitaires,
qui s etoient retires au chateau de V au- murier , a caufe de la guerre civile , etoient revenus dans leur folitude(io). On augmenta cette annee (1653 ) d'une maniere confiderable le logement qui etoit aux granges , par un grand batiment qu'on y fit, & ou Ton rec,ut un aflez grand nombre d'enfans de qua- lite. II paroit que ce ne fut qu'alors qu'on detruifit entierement le petit col- lege qui etoit a Paris (11). M. Via- lart, eveque de Chaalons fur marne , fit le 6 mars de cette annee la bene- diction de P. R. des Champs, Sc la confecration du grand autel. Les dedans de T'une & l'autre mai-
fons de P. R., tant de Paris que des Champs , n'etoientpas moins florifTans que les dehors. Les perfonnes de la plus grande diftindlion s'y retiroient , ou y mettoient leurs enfans. Madame la DuchefTe de Liancourt y mit cette annee mademoifelle fa fille : madame la Marquife de Sable fit batir un corps de logis & P. R. de Paris, txvi. Mais cet eclat de P. R. , l'eftime j^^qu'en faifoient les gens de bien , la
reputation de faintete des religieufes , (10) Du Fofle , ib.
Ill) Suppl. au Necr. |
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I. Part ie. Llv. VIU. nf
leur innocence juftifiee & declaree au- tentiquement par la voix de leur Paf- teur, c'eft-a-dire par la cenfure que M. de Gondi avoit faite du libelle dif- famatoire du P. Brifacier •, tout cela , bien loin d'arreter les ennemis de cette fainte maifon , ne fit que les irriter. Suivant conftamment leurs maximes , ils inventoient chaque jour quelques nouvelles accufations. Sur la fin de l'an 16 5 3 , ce n'etoit que menaces, tantot d'envoier des commiflaires a P. R. pour chafler les folitaires d'un defert, ou ils ne penfoient qu'a. fervir Dieu en efprit & en verite -, tantot de difperfer les religieufes, comme etant deiobeif-^ fantes a. la voix de l'Eglife. Ces bruits augmentant de jour en
jour , M. le Ma'itre crut devoir rompre le filence pour les diffiper -, ce qu'il fit par un memoire date du 9 Janvier 16 5 4. C'eft le troifieme ecrit (11) de ce grand homme fur le meme fujet. M. d'Andilly, qui depuis 9 ans etoit retire a P. R., ecrivit le 10 du meme mois au Cardinal Mazarin une lettre , que l'auteur de Fhiftoire du Janfenif- me a inferee dans fon deuxieme vc*> (11) Cememoire, qui au Necrologe p. J9 , &
eft le troifieme, fut im- dans le recueil de pieces
prime des-Iors , & l'a ete imprime a Utttcht e»
gepuis dans le Supplement 1740, p. 108.
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11 6 HlSTOIRE DE P0R.T-R.01 At.'
x(p«4. ^ume (x 3 )• Quant * la mere Angeli-
que , elle s'attendoit a tout evenement avec un courage vraiment chretien , &C une parfaite foumiflion aux ordres de la providence. Voici de quelle maniere elle s'en expliquoit dans une lettre qu'elle ecrivit le 8 Janvier 1654 a la »> Reine de Pologne (14). « On nous w menace d'une nouvelle perfecution; » & ceux qui fe declarent nos adver- » faires, ne ceftent de folliciter la Cour » pour chaffer tous ceux qui font ceans, » au moins nos hermites......Cela ne
„ nous fait pas peur.....Tout eft entre
» les mains de Dieu ; & rien n'arri-
» vera que par fa permiffion & fes or- » dres, auxquels nous devons etre*«par- n faitement foumifes; & en cela con- » fifte tout notre bien. Il tire fa gloire « de tout ; & cela nous doit fuffire » pour etre en repos , quoi qu'il arrive. » Ceux, dit-elle dans une autre let- « tre (15) a la meme PrincefTe, qui » ne fe peuvent eftimer heureux , que » Port-Roial ne foit detruit , ne cef- » fent d'inventer tous les jours de nou- » velles calomnies pour parvenir a ce v deffein. Dieu voit tout, Sc rien ne (15)p. 185. 4,9.
(M) i-m. 6of , du 8 (ij) lett. fit, ib. p;
Janvier , T. i p. 417. 438-44P. « pourra
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L Par tie. Llv. Vlll. 217
*> pourra nous arriver que par fa per- 6,.
•»> miffion : ce qui nous doit cenir en *> paix avec une enciere foumiifion a " tour ce qui lui plaira. >» On faifoit courir le bruit que la mere
Angelique feroir auffi enlevee ( \G ) , de forte que la fceur d'une religieufe de P. R. lui ecrivit pour lui temoigner la part qu'elle prendroit a. fa douleur , fi elle venoir a perdre fon AbbeiTe. Et •comme la mere Angelique revint de P. R. des Champs a Paris, on publia que des archers etoient venus la pren- dre pour la conduire a la Baftille (17). m Tous ces bruits , dit-elle , fe font » courir pour nous faire eftimer crimi- 3. nelles , heretiques & dignes de tous »» les fupplices. » La mere Angelique en faifant tous ixvrr.
ces details a la reine de Pologne , lui d?'tyl™* en donne une raifon bien edifiante & Angelique i qui marque bien 1 attachement mvio- menaces jc lable de cette digne AbbeiTe & de toute'? peifecu-
ff • 1 i 1* _• 1 j i>i- lion,
a lainte communaute a 1 unite de 1 E-
glife. » II me femble auffi , Madame,
* dit-elle , que je devois prevenir
« votre Majefte , afin que fi les maux
•»> dont on nous menace nous arrivent,
« elle fache que nous efperons que
(IS) Ibid.
(17) Ibid. Tome III. K
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21 8 HlSTOIRE DE PoRT-RO 1*AtJ
» Dieu nous continuant fes faintes
» graces, nous fupporterons de bon » coeur les maux dont on nous menace » pour l'amour de la fainte verite , »» qu'il nous a fait la grace d'aimer » dans l'lHiion de la fainte Eglife , de »» laquelle moiennant fa fainte grace m nous ne nous departirons jamais j » & quand les efforts des malins en « chafferoient nos corps, ils a'en fe- » pareront jamais nos ames ». En une autre occafion, parlant d'elle-meme, elle difoit: » Je ferois trop heureufe » dans un monaftere, ou Ton me trai- » teroitdans l'humiliation dont je fuis «> digne. Ce me feroit un grand fujet « d'efperer que Dieu me feroit mife- « ricorde , en me donnant le tems de « fatisfaire a fa juftice. Peut-etre veut w il que nous foi'ons tant menacees , - afin qu'avec foumiffion nous foi'ons
>» plus foigneufes a implorer fa mife- »» ricorde ; peut-etre aulli pour nous » preparer a bien fouffrir. Sa bonte »» nous fait deja au moins la grace , - que tous les bruits & les terribles
t> medifances que Ton fait de nous,ne » nous troublent point. Nous fommes it innocentes devant les hommes , i, difoit-elle un jolx, nul ne l'etant w devant Dieu j mais par fa grace pn |
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I. Par tie. Liv. Fill. n$
*» ne fauroit nous perfecuter fans in- , « juftice. Nous ferons crop heureufes def etre fi Dieu l'ordonne ainfi ,
»j efperant que fa bonte nous fortifiera *» de fa grace pour la fouffrir patiem- >> menc. » On dit que nous faurons dans pea
" de jours, fi on nous laiffera en paix, « ou fi on nous exterminera (18). " Que la tres fainte volonte de Dieu » foir faite : avec fa fainte grace , rien « ne nous peut nuire. On nous donne « de grandes craintes fur les efforts « horribles que font les adverfaires » pour miner la verite (19). Mais » enfin elle eft A Dieu & eternelle en .» lui. Son apparente ruine , li elle »» arrive, ne fera que pour ceux qui . >» font fi malheureux que de l'atta- » quer , & s'affermira dans ceux A » qui Dieu fait tant de graces, que de »» la connoitre, de l'aimer & de la de- » fendre aux depens de leur vie, qu'ils » feroient trop honores de perdre pour >» elle (io). Ce que nous voions » n'eft point comparable a ce qui eft »» arrive autrefois pour de moindres " verites que celle dj la grace- de » Jefus-Chrift. Combien de Martyrs • (tS) Lett. tft7. T. l. (19) Lett. Si?, p. 461.
p. 457-4*1. (10) Lett. «5 3, p. 4«7> K i)
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210 HlSTOIRE DE P0RT-ROIAL.
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. r c , « Y a-t-il eu pour la veneration due
" aux laintes images 5 M on etoit allez «. heureux pour recevoir une fi grande " grace , peut-etre s'en pourroit-il m bien faire pour cette plus importance i> verite. » II faudroit copier une partie des lettres de la mere Angeli- qtte , pour faire connoitre la foi vive Ik les faintes difpofuions de cette incomparable Abbefte , ati ■fujet de la perfecution dont le mo- naftere de P. R. etoit menace. Il eft a propos de developper le pre~ texte frivole de cette perfecution, pour en faire fentir toute l'injuftice•, mais rapportons auparavant deux eve- nemens eonfiderables qui appartien- nent a cette annee. txvui. Le premier de ces evenemens eft
Madame ^ demarche cdifiante de Madame de Morantabdi- ,,. ff . „.r
que 1'AbbaTe Morant Aboeue de Git, qui quitta
4e cif pour £on Abbaie pour fe retirer dans celle p. &. • de P. R. des Champs. Ecourons la mere Angelique faire elle-meme le recit de cette merveille dans une lettre a la Reine de Pologne (n). » Nous « avons recti depms deux jours , dit- » elle , une religieufe qui n'a que « vingt-fix ans, & pour qai fes pa- « re:is, qui font M. de Leuville Sc ■ 0,1) tett. <fio duyAojk ii^,J. * d.jij,
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I. Parti b. Liv. VIII. it i
a Madame de Senefe, avoient obtenu tt l'Abbai'e de Gif il y a trois ans , *> quoique les religieufes euftent elu » une bonne jfille de leur maifon & » que laReine leur eut promis de l'ac- » cepter. Mais le credit Pemporta » pour cette jeune religieufe que Dieu » a rellement touchee qu'elle a refigne »> a. l'infu de fes parens, a celle qui » avoir etc elue , laquelle en a penfe »» mourir de douleur •, & deux jours »> apres qu'elle a eu pris pofTeflion y « la depofee eft venue avee nous avec » un grand d<5fir d'etre la derniere 8c a d'y commencer le Noviciat. » J'avoue a votre Majefte , conti-
» nue la mere Angelique, que c'a ete » pour moi une grande joie , qu'en ce *> terns , ou l'ambition regne fi horri- »> blement, merae dans les religions... » de voir une fuperieure fi jeune quit- » ter pour l'amour de Dieu , & pour » fuivre notre Seigneur Jefus-Chrift, » qui s'eft fait le dernier des hommes » pour guerir notre orgueil ». Le lec- teur a vu plus haut de quelle maniere la providence conduifit Madame de Morant a P. R. de Paris pour execu- ter fes defleins de mifericorde fur elle.. La mere Angelique fut rinftrument dont Dieu fe fervit pour- toucher cette- K- iij.
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Ill HlSTOrRE DE PoRT-ROlAI.
TrT. jeune Abbefle, qui des cet heureux
1054. 1 t ,. .- , moment rorma une liaiion etroite avec
la mere Angelique, ne fe conduifant
que par fes confeils (21}, 6Y attendant avec impatience le jour auquel elle pourroit quitter fon Abbai'e, pouraller fe mettre fous fa conduite. Ce jour arriva enfin, & Madame de Morant fe rendit le 4 aofit 16 5 4 a P. R des Champs. Ainji Dieu, felon la fage& judicieufe reflexion de la mere Ange- lique , conftrve toujours dans fon egt'ife Fefpr'ud'humiliation dans quelques ames, au milieu de la plus grande corruption. Nous en avons vu dans ce fiecle , tout miferable qu'il eft, un exemple encore plus eclatant de cette conduite de Dieu fur fon egiife, *lans un Prelat frere d'une fainte Abbefle de Gif. ixtx. Quelque mois apres que Madame A^cT'sii-'ae Morant fe fut retiree a P. R., on
reau ed elue fit "election d'une nouvelle Abbefle. Abbefle. j^ mere Angelique a'iant occupe di- gnement cette place pendant l'efpace de douze ans , par quatre elections confecutives, elle ne pouvoit plus etre continuee 11 fallutdonc en clire une autre. La mere Angelique fit enforte que le fort tombat fur la mere Marie (u) Voi'cz le j Tolumc des tetttei de la mere A*-
jelique. |
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I. Par.t'ii. Liv. Fill, nj
cles Anges Suireau, ancienne AbbeiTe "
de MaubuifTon, regardant comme une benedi&ion pour la communaute , qu'elle put avoir unefi fainte fuperieure, dont elle eftimoit infiniment la verm & qu'elle croioit capable d'attirer les graces du ciel fur la maifon. Ses def- ieins reuflitent, la mere des Anges fut clue le 2(Jnovembre 1654. La mere Angelique (23) ecrivant a la four Angelique de fainte Agnes de Marie qui avoir quelque peine fur cetre elec- tion (24), lui en parle ainfi : » Af- " furez-vous qu'autant qu'il fe peut « humainement connoitre , on peut " dire que le faint Efprit a prefide a » l'election.....Ce n'eft pas a
a> nous a faire comparaifon des era-
s' ces des ames •, mais 11 cela etoit « permis , j'oferois dire qu'il n'y a » pas au monde une ame plus pure, » plus charitable, plus humble, & en »» un mot plus parfaite que notre mere. « Cell ce qui me fait efperer que » Dieu fera beaucoup de mifericorde » par fa conduite. L'uniformite de fa « vie toute religieufe depuis 3 9 ans , » fans que nul changement l'ait ja- |
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dans cette eleftion , man
cell n'eut pas lieu. K ir
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(it) Lett. i?75, p. 518.
(14) Le demon avoit
•»oulu brouiller les elpri(( |
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2Z4 HlSTOlRE DE PoRT-ROlAI...
\6tA. " mais ebranlee , eft une chofe bienr
» rare , principalement quand on a » eu les epreuves ou elle a pafle, fans' » que jamais on ait pu dire autre cho- » fe d'elle, finon que c'etoit'une fainte fille ». Cette digne eleve de la mere Angelique , remplie du| merae efprit» gouverna avec beaucoup de prudence & de fagefle, jufqu'a fa mort, pen- dant des terns orageux & auxquels P. R. efliua une grande perfecution. En yoici l'origine. |
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I
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P. Par. tie. Liv. IX. 11$
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1654,
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L1VRE NEUVIEME.
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Es Jesuites animes contre t.
P. R. croibient devoir tenter toutes Les ^fa"'^ _ 1 •- v prennent oc-
lortes de moi'ens pour parvenir a la cation du u-
deftru&iondecettemaifon. Ilsavaient n[|j/e p"^" eflai'e envain d'y reuflir en attaquant le uoavtt livre de la frequente communion •, J^JmS* mais le mauvais fucces de cecte entre- prife v en les chargeant de confufion & en les humiliant, ne les rendit ni humbles ni plus fages , & ne les arreta point dans leur de(Tein. lis pen- ferent a drefler une autte batterie- contre leurs adverfaires , & crurent" trouver, dans les difputes fur la grace,. un pretexte favorable pour les acca- bler. Ces difputes avoient commen-- ce a-peu-pres vers le meme-tems ,- & meme avanc que la frequente com- munion vit le jour. Ge fut au fujet de^ PAuguftin de Janfenius, mort en 1638. Commencons par faire connoitre Patfe- teur , puis nous parlerons de l'ou-- vrage. Janfenius vint'au morr- 'eilioc- xtt
tobre de Tan 1585, fioa dans Le-vifc-;^S?% lage d'Accoi, conime la plupart des- |
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116 HlSTOIRE DE PoRT-ROl'At
ccrivains l'avancent , mais a Leer-
dam (i ), ou Jean Otto fon pere s'e- toit retire a caufe des troubles de reli- gion qui agitoient ce pais. Otto ainfi qu'Elizabeth Zegers fa feirme etoient Tun & f autre ties attaches a la reli- gion catholique. On pent meme dire que c'eft au zele de cette famille qu'on eft redevable de la confervation de lafoia Leerdam. lis donnoient gcne- reufement, au rifque de perdre leurs biens & meme la vie, leur maifon aux catholiques pour s'y alTembler & y faire le Service divin. Le Pere Stock Jefuite , qui y prechoit & y adminif- troit les Sacremens, reflentit les effets de leur charite. Le ledeur peurjuger par-la avec quel fondement les Jelui- tes ont accufe les parens de Janfenius d'avoir ete Calviruftes (t). Le jeune Janfenius fut envoi'e a
Utrecht, pour etudier les belles let- ties & enfuite a Louvain en 1602 , ou il fit fa philofophie au college du Fau- con. Ce fut dans cette ville qu'il prit le nom de Jan fens ou Janfenius , c'eft-a-dire , fits de Jean. Le melange (i) Voi'ez l'excellcnt renci. A Utrecht, 174 <j.
ouvrage de M. le Gros , (1) Morale I'rat. T. 8.
intitule : Dijtnfe He U 3 Part. 4 fa&ura pour les
•vc'rite & He Vinnocence o»- petits neVGUX de Janfe-
trjge'a far M. de Chtt. nim.
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1. Par tie. Llv.tX. nj
ties Hollanders catholiques avec les i <s«4. heretiques les obligeoient de changer ainfi de nom afin de fe deguifer. En 1604 il fut rec,u maitre es Arts & de- clare primarius , qui etoit un titre de distinction & une marque de fon me- rite. Enfuite il etudia en theologie au college d'Adrien VI , fous le pieux & celebre docteur Jacques Janfon , zele difciple de faint Auguftin. Il fit de grands progres fous cet habile mai- tre , qui le cherit comme fon fils a* caufe de fes excellentes qualites. Ai'ant epuife fes forces par l'exces du tra- vail , les medecins n'y trouverent d'au- tre remede que celui de changer d'air. Il vint a Paris en 1607 •, il s'y per- fections dans les langues grecque & hebrai'que & y fit connoifTance avec plufieurs favans, en particulier avec M. du Vergier de Hauranne, depuis abbe de faint Cyran. L'amitie qui unir enfemble ces deux
fenies fut toute chretienne,n'aiant pour
ut qu'un grand defir de fervir Dieu , de s'inftruire de la doctrine del'eglife dans les fources pures de la tradition , &c de confacrer leur vie a fa defen- ce. Dans cette vue ils fe retirerent en 1 (J 11 a Bai'onne, patrie de M. de Hauranne , ou ils pafierent environ Kvj
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228 HlSTOIRS D£ PoRT-ROlA-tr
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1654.
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cinq ans a etudier l'ecriture, les pereS
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& les conciles. lis y emploi'oient re-
gulierement 14 ou 15 heures par jour y ce qui donnoit quelquefois occafion a Madame de Hauranne de due a fori' fils : Vous tusre^ ce bon Flamand a< force de le faire etudier. Bertrand Defchaux, Eveque de Baionne le fie principal du college qu'il v.enoit d'e- tablir dans cette ville. |
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m.
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En 1617, Janfenius retourna a Lou-
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ses diffiren- vam 0{i on ne tarda pas de le faire pre-
ii'efl 6!u Ev4- fident du nouveau college de Hollande sue.saniort. appelle Pulcherie. II recut le bonnet de dodeur, apres avoir foutenu le 24 oclrobre 1619 fa derniere rhefe , fans prefident & avec un grand fucces. De- venu membre d'une des plus celebres facultes de theologie du monde chre- tien, il en fut la gloire., Fornement & le defenfeur. 11 fut envoie deux fois en Eipagne ( en 1622 &en 162.6, )f pour defendre. les droits de la faculte de Louvain contre les Jefuites , qui des-lors ne l'epargnerent pas, le regar- dant comrne un de leurs plus cruels ennemis', acerrimum hojtem funm (3), Le merite & le favoir de ce docieur etoient fi univerfellement reconnus , qu'en 16 3 o , les miniflres d& Bois-le.- (}} JabC lett. <«..
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L Parti e. Llv. IX. 229
Due ai'ant fait un defi aux catholiques " de cette ville , M. l'Archeveque de Ma- lines de concert avec le Nonce, lechoi- fit pour repondre a. ce deri (4). Ce grand theologian furpafla les eiperan- ces qu'on avoit concjues de lui. Il con- fondit les mimftres de vive voix & par des ecrits les plus folides qui euf- fent jufqu'alors paru contre les Nova— teurs des derniers cems. Apres avoir rempli plufieurs places
avec beaucoup de diftin&ion , en par— ticulier celle de profefTeur roial de l'e- criture fainte , il fin nomme par le; Roi d'Efpagne le 23 oftobre 16355a. l'Eveche d'Ypres , malgre le credit de. fes ennemis, qui pour cette fois ne^ purent parer le coup, comme ils avoient. fait par rapport a 1'Eveche de. Bruges,. Sc a ceux d'Anvers &c de Gand , pour lefquels il avoit etepropofe. Janfenius* regarda comme l'efret d'une providence, route particuliere, qu'il eut ete faitEve- que d'un diocefe dont la premiere eglife etoit fous la protection de faint Au- guftin (5) , qu'il avoit choifi entre: tous les peres pour fon maitre dans. (4) Lett, di Janf. 14 pour la cathcdrale , qui"
31iin iSjo. til fous le nom de faint
(S,Lu Pape Paul IV Martin , I'eglife d'un mo-
en erigeant l'Eveche d'Y; nalbre de Chanoines ni» gres en ijj? » defigna guliersdeS, Auguftin,. |
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i$0 HlSTOIRE DE PORT-Ro'/At;
l(,c±, l'etude delafcience ecclefiaftique. Ses
bulles furent expediees gratis en consi- deration des folides ecrits qu'il avoit compofes contre les heretiques ; & il fut {acrele 23 oclrobre 16$6. Les Jefui- tes felon leur politique ordinaire , com- poferent plufieurs pieces a fa louange 6c les firent declamer par leurs ecoliers. Aulfi-tot qu'il fut inftalle, il s'appli- qua a. la reforme de fon diocefe, qui en avoit un grand befoin ; mais avant qu'il put executer les projets qu'il avoit formes, la mort 1 'enleva le 6 mai 16 3 8, a l'age de cinquante-trois ans , apres avoir recu les Sacremens avec beaucoup de piete (6). Plufieurs auteurs ont avance qu'il etoit mort dans l'exercice de la charite envers des perfonnes at- taquees de la maladie contagieufe ; mais la verite eft, que lui feul mourut de la pefte , dont il fut atteint en examinant d'anciens papiers infectes du mauvais air, qu'il vouloit lire pour travailler ferieufementa la reforme de fon diocefe. Il fut enterre dans lefanc- tuaire de fon eglife (7) avec une epi- taphe que fes ennemis ont eu le credit de faire fupprimer. (6) Mem. du Forte , not. p. :i8.
(7) Voi'ei le Necr. de P. R. p. j8«.
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I. Partie. Liv. IX. 231
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Cornelius Janfenius hie fitus eft : J " 5 4*
Satis dixi.
Virtus , eruditio, fama, catera loquentur , &c. Ci gift Corneille Janfenius :
C'eft affez dire. Sa vertu, fa fcience , fa reputation diront lc refte, &c. M. Janfenius etoit, die M. Lance- SoJv*
lot (8) , un homme d'une ancienne tere. son u- probite, d'une foi vive & d'un efprit ™ J-*taU! iblide. Sa fcience etoit comparable a celle des peres de l'Eglife , &c fa verm digne d'un veritable SuccefTeur des Apotres. II etoit infatigable dansle tra- vail 8c dans les exercices de la peni- tence ; il ne fe couchoit prefque point & ne dormoit que quatre ou cinq heu- res, emploiant le refte de la nuit a la lecture & a la priere. Sa vie n'etoit qu'un exercice contiuel de charite , & une etude fans relachede laverite. Un ami lui aiant deniande quel etoit l'ar- tribut de Dieu , qui faifoit plus d'im- f)reilicn fur lui; la virlti, dit il. Aufli
a meditoit-ilcontinuellement. C'etoit pour ainfi parler , fa paffion domi- (8) Mem. T. t. g. 308.
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zyi PfisTomfi de Port-roiai.
nante. On l'entendoit fouvent, lorf- qu'a. des moraens de relache il fe pro- menoit dans fon jardirt, s'ecfier en le- vant les yeux au ciel : Oh verite 1 II veilloit continuellement fur lui-me- me dans les repas &c dans tout le refte, pour ne rien donner de trop a la na- ture , & pour eviter toutes les furpri- fesde la cupidite. On ne ltd a jamais rien reproche Jur les mceurs ( 9). ( C'eft un avev. que les Jefuites mane fous le mafque v.e Frangois Morenas ont fait depuis peu. ) lis avouent encore qu'U etoit fibre , pieux, fans Juperjlition , charitable envers les pauvres (10). Le jour meme que Janfenius mou-
rut, il mit la demiere main au grand ouvrage dont il avoit congu le deilein des l'an 16\9. Il avoit commence des- lors a preparer les materiaux, & ce tra- vail avoit pour ltd tant de charmes , que les jours lui patoifloient trop courts. Il auroit fouhaite vivre du terns de Jo- fue, ou habiter dans les pais ou les jours fontdevingtheures.il lutdix fois faint Auguftin tout entier , & plus de trente foisfes ecrits fur la grace contrfc (s)Mor.T. 9, p.?«i. Premontre de Flandres',
fio) Voire le he! eloge rapporte pat M. Arnauld
H ce Ptclardans fon orai dans la preface de fa prt-
fon funebre , (aire par miere apotogie ponr AI«
Jtan de la Pierre ,favant Janfeniui*.
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I. Part ie. Llv IX. zjj
les Pelagiens. II fe plaifoit tellement a cette lecture , qu'il difoit quelque- fois qu'il auroit palle agreablement fa vie dans une ille deferte avec les ou- vrages de faint Auguftin. En travail- lant a fon ouvrage il etoit quelque- fois arrete , parcequ'il jugeoit que les grands principes de faint Auguftin pref- que totalemsnt oublies , paroitroient n nouveaux & fi extraordinaires aux fcolaftiques entetes de leurs opinions, que s'il ofoit le^ avancer, ils le decrie- roient comme un extravagant 8c un reveur. La fuite fera voir qu'il ne fe trompoit pas. Mais d'un autre cote, confiderant combien Dieu eft {"aloux de la gloire de fa grace, que
e monde ne connoifTbit prefque plus, il fe determina a publier ces verites, fans fe mettre en peine des contra- dictions qu'il auroit a eflrui'er,& a. faire connoitre aux hommes ce qu'ils doi- vent a la mifericorde de Dieu & a la grace de Jefus-Crift. La confiance qu'il avoit dans le fe-
cours du ciel, ne fut pas pour lui un pretexte de negliger celui des hommes. La prudence chretienne, qui n'eft pas prefomptueufe , lui fit fentir qu'il pou- voit fe procurer des approbateurs ca.- |
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i}4 HlSTOIRE DE P0R.T-R.01At.
pables de l'animer & de le foutenirdans
un tel travail. Il en ecrivit a M. de faint Cyran fon ami, qui entrant dans fes vues communiqua a M. de Berulle , inftituteur de la congregation de l'O- raroire en France , le deflein qu'avoit Janfenius d'oppofer aux erreurs des nouveaux demi-pelagiens la pure doc- trine de faint Auguftin. M, de Be- rulle & fes confreres applaudirent a ce deflein. M. de faint Cyran en in- forma fon ami, qui apprit avec joie cetce nouvelle. Au mois de mai i£z$ Janfenius aiant donne rendez-vous a Penonne a M. de faint Cyran , ils s'y entretinrent principalement fur le grand ouvrage qu'il avoit commence. M. de faint Cyran lencourageaapour- fuivre fon entreprife , ce qu'il fit avec un travail infatigable, lifant continuel- lement faint Auguftin , ainfi que les ouvrages des moliniftes pour s'aiTu- rer de leurs fentimens , & pour en demontrer la conformite avec ceux des demi-pelagiens. Dieu voulant faire Toir que le deflfein de Janfenius venoit de lui, par un effet fenfible de fa pro- vidence , conferva fes jours jufqu'a ce qu'il 1'eiit execute, & le retira de ce monde au momer.! meme , comma |
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I. Partii. Liv. IX. 13<
hous l'avons deja dit, qu'il y mit la "T777~ dermere main (i ij. Dans cet ouvrage imprime depuis v.
fa more, cet Eveque , en voulant eta- r Difpuce & blir la doctrine de faint Auguftin fur 1^"^° Jaa- la grace , combattoit fortement Topi- knuw. nion de Molina , Jefuite temeraire & andacieux , qui avoir parle de ce grand docteur de l'Egiife avec beaucoup de mepris. Les Jefuites interefles a foute- nir leur confrere fur une doctrine que route leur ecole s'eit malheureufement fait un point d'honneur de defendre, & piques du parallele qu'on y fait de la doctrine de Molina avec celle des Pretres de Marfeille (12), fe dechai- nerent contre l'ouvrage & contre la perfonnc meme de Janfenius , qu'ils traiterent de Calvinifte & d'heretique , felon la coutume qu'ils ont de traiter ainfl tous lsurs adverfaires. lis etoient neanmoins d'autant plus mal fondes a en agir ainfi a l'egard de Janfenius , que non-feulement fa doctrine eft tres oppofee a celle de Calvin & de Luther, mais que de plus il declare par for* (11) Mnribuncla mami nhiit & uitam. Vir. Janf.
nwijpmai lilt, raj duxit, fli) Ce parallele n'eft <Jr in fine a. ipfa puntlo poinr d. Jaiifcnius , mais
berfecli gperts, ( yes admi tie Fi omond Ton »va\ ,
tundu &■ frovidemijt Dei qu'H avoir charge du foi*
4T£timentum JinguUre) fi- d'irnptimct foulivtc.
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1}6 HlSfOIRE DE PofcT-ROI/ilv
teftament, & dans plufieurs endroirJr de fonlivre (13) , qu'il foumec entie- rement fa dodrine au jugement du Pape. Il dit que fon bur eft d'expli- quer la dodbrine de faint Auguftin ; &c il ajoute meme que ceux qui voudront le critiquer , doivent, pour que leur critique foit jufte, fake Yoir qu'il s'eft trompe en cela , &C que ce qu'il a pris & donne pour la dodrine de faint Au- guftin , ne l'eft pas (14). Ainfi, quand rneme Janfenius auroit avance quelque herefie , on ne feroit point en droit de dire pour cela qu'il fut heretique, puifqu'il s'eft foumis a l'autorite 8c au jugement de l'Eglife, dans le fein de laquelle il declare par fon teftament qu'il a vecu , & qu'il veut mourir : c'eft ce qu'il repere plufieurs fois dans fon ouvrage, & par ou il le finit (15). On pourroit done feulement dire , (13) T. i. lib. proi. c. lus initiaiui ', & ejtif
A5. fide cum la&e matris im-
< 14) Nee enimego , qui it kutm fni , &• crevi , (y
<verum ant Jalfum , quid advlevi, (J* fenui, nee ah
tenendum out non tenen- ea ad latum unguent, quod-
diim in catholic* V.ccleftx fa am , ammo , aut faBo y
dotlrina tradidi, fed quid aut fermone deflexi , ita
Aa%ujlimts tenendum af- porro ad extremum ufque
ftruerit ac dvcuerit. Janf. ffiritum viiere , ac Deo
Epil. p. ult adjuvante mori , divino-
(15) Quemadmodum que judiciofifli ,mibi f«n-
iflius Ecclefia; acfedis (Ro- (lituttm eft.
man*} myfleriis inf/mtur |
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I. Parti t. Liv. IX. 157
«ru'il s'eft tisompe en prenanr pour la a6s ' .doctrine de faint Auguftin , ce qui ne 1'eft point. Voions les fuites de cette grande affaire , dont nous nous con- ■tenterons de rapporter les principales circonftances, n'etant pas polfible d'en- Erer dans un detail exact de tout ce qui s'eft fait, tant a Rome, qu'en Flandre , &c furtout en France a. ce fujet. Les Jefmtes , qui avoient fait tous vi.
leurs efforts pour empecher que YAu- s-im^reime'v& euftinusde Janfenius neparut, fe don- devknt pu- b J U- J- r blic rnalgtc
nerent men d autres mouvemens pour les ello&rst
le faire fletrir , lorfqu'ils en virentdeux desjefkius. editions paroitre fucceffivement, Tune , en 1640 a Louyain > l'autre a. Paris, munies l'une &c l'autre de I'approbit- tion de plufieurs theologiens , egale- ment recommandables par leur fcience &c leur piete. Des le commencement de l'an 1641 , l'lnternonce de Bruxel- les ecriyit a 1'Univerfite de Lou vain , de fupprimer le livre de Janfenius, & d'exccuter le decret de Paul V , con- firme l'annce precedente 1640 par Urbain VIII , { a. l'occafion du li- vre meme de Janfenius , que ce Pape avoir defendu de faire paroitre , ■en declarant neanmoms , que l'in- tention de Sa Saintete n'etoit pas de noter en particulier Janfenius 4 |
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Ij8 HlSTOIRF. DE PoR.T-R.oYa1."
'* l($c4 mais d'empecher l'impreilion de tous
les livres ou ll eft traite des matieres de la grace , imprimes depuis les de- fenfes qui en ont ete faites.) L'Uni- verfite de Louvain s'excufa de faire executer ce bref , fur ce que le livre de Janfenius venoit d'etre imprime a Paris avec l'approbation de fix doc- teurs de la celebre faculte de theologie de cette ville. Ainfi l'Auguftin de Jan- fenius devint public en Flandres &c en France , malgrc les efforts de fes ad- verfaires. VII. On peut jugerfi les Jefuites demeu- Divers krits rerent tranquilles. Leur premier foin
€n Flandres r l • i 1 c - /
pour & con- rilt °e recounr a la force majeure (ce
Stcjanfenius. font la leurs lieux theologiques , ou ils trouvent toutes les preuves & les argumens dont ils ont befoin) & de faire prefenter un memorial au Cardi- nal Infant, par le Pere Vivero , JcTuite Efpagnol, Predicateur ordinaire de la Cour de Bruxelles : il en envoi'a auffi un au Cardinal de la Cueva, pour faire mettre XAuguflinus a l'lnquifition. Le memorial fut fuivi de thefes foutenues a Louvain au College des Jefuites le 2Z mars 1641. Les defenfeurs de Jan- fenius repondirent a ce memorial 8c aux thefes , par un ecrit adrefle au Cardinal Infant, fous le nom de Jac- |
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T. P A R T 1 E. Liv. IX. 1-j 9
ques Zegers , imprimeur de l'Augufti- \6<a.
nus : Querimonia Jacobi Zegers ad Se~ rinijjimum Principem , Cardinakm In- fantcm adverfus Patris Viveri libdlos & thefes PP. Societatis , &c. On avoit joint a. la plainte de Zegers des thefes foutenues en 162.7 Par ^es freres mi-> neurs Irlandois , qui contenoient des fentimens conformes a. ceux de Jan- fenius. Les Jefuites firent des repon- fes a cet ecrit , 8c foutinrent de nou- velles thefes : les defenfeurs de Janfe- nius firent de leur cote divers ouvra- ges pour fa defenfe. M. Synnich (15*) > docteur de Louvain , en publia un, pour montrer la conformite de fenti- mens entre l'Auguftin d'Hippone , & l'Auguftin d'Ypres, fur la volonte de Dieua l'egard du falut de tous les hom- ines , & touchant la mort de J. C. En meme tems il parut un ouvrage moins ferieux fous ce titre : Somnium Hippo- nenfe , & reimprime fous cet autre: Conventus Africanus , dans lequel on feint que le Pape aiant renvoie le ju- (rt*) M. Synnich n£ i«4i i Rome pout le de-
si Korkeen Irian ie , em- fendre. Il a fait granJ dia a Louvain , ou il fut nonibre d'ecriis fur le» fait dofteur. Aiant ap- jnatieres de la grace , pout prouve le livre de Janfe- la defenfe de l'Augufti- nius , il refufa de le con- nus : il eft mort en \6it. damner, 8c fut depute en |
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14° HisTOIRE M PoRT-ROlAL«
gement de la caufe de Janfenius a faint
Auguftin, il s'eft tenu une afTemblee de Cardinaux , d'Eveques , de Pretres , de Religieux, & que faint Auguftin aiant entendu Les parties , avoit pro- nonce en faveur de Janfenius. Cette ficlion ( dont Pierre Stokmans Jurif- confulte (16) etoit auteur ) piqua vi- vement les Jefuites, qui firent de gran- des recherches pour decouvrir de qui elie venoit- L'inquifition de Rome pour arreter
le cours de ces difputes donna le pre- mier d'aout 1642 un decret par le- quel elle fupprimoit 1'Auguftin de Jan- fenius, avec les thefes des Jefuites, 8c tous les autres ecrits faits depuis la de- fenfe de Paut V & d'Urbain VIII fur les matieres de la grace. Ce decret caufa du trouble dans l'univerfite de Lou- vain. Fromond (17) fit paroitre fon traite latin , intitule 1 Anatomic de lh»mme, dedie au Cardinal Francois J3arberin. L'Auguftin de Janfenius fut impri-
(11!) Mort vers 1669. chaire d'interprete de I'E-
(17) Libert ..Fromond, crirure fainte. II fut l'un
ne en H87 , dofteur de des executeurs teftamen-
louvain en i6z8 , habile taires de ce prtlat. 11 fit
dans la theologie , les irrrrimer t'Auguftinuj ,
mathcmatiques,les belles- & 'e defendic avec zele
ieurvs , fucceda i Janfe- juf ju'a l'an 165 j , cjui fut
izius l'an 16:4 dans la celui <k fa mott.
me
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I. P A R T IE. L'lV. IX. 141
me a Rouen en 1641, & enfuite en ,
1643 avec un traite de Florent Con- rius, Cordelier, Archeveque de Toam en Irlande, fur l'etat des enfans qui tneurent fans bapteme , fuivant le fen- timent de faint Auguflin. On fit encore imprimer en latin & en francois un traite du meme Auteur, intitule : Pen- grinus Jerichuminus , hoc eji de natura humana feliciter injiituta , infeliciter lap/a , miferab'diter vuLntrata , mljeri- cordittr nflaurata. Les Jefuites continuant toujours leur vnr.
pointecontreun livre , dans lequel ilIel"emC""" eft demontre que leurs fentimens & ftnius odieux ceux des Pretres de Marfeille font les le °#%£&, memes, c'eft-a-dire que les uns &c les vm contre autres font demi-pelagiens, reuffitent enfin a rendre Janfenius odieux a Ro- me. Le moi'en dont ils fe fervirent fut que ce Prelat s'etant objecte les bul- ks contre Bai'us , qui fembloient con- traires a la doctrine de faint Auguftin , il avoit rcpondu d'abord qu'il etoit embarafle : h&reo , futeor : parole toutefois, qui de l'aveu meme de Tour- nely , auteur non fufped, ne marqupit qu'un profond refpeft (19) pour le faint (19) Vtl Uc ipfum hareo yuoddam trat tevererUU
ttgtinwntum- T. i. p. }}7« Tome III, L
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*42 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI..'
Siege , & la resolution ou il etoit de
ne defobeir, ni aux Papes qui avoient approuve la do&rine de faint Auguf- tin , ni a ceux qui avoient condamne les propositions de Baius. En effet Jan- fenius les concilie le mieux qu'il lul eft poffible , ( ce qui n'eft pas aife, 8c je le crois prefque audi difficile que de trouver les V propositions dans I'Augufilnus. ) Urbain VIII , apres avoir mis le
trouble dans l'Univerfite de Louvain , ou du moins l'avoir augmente par fon decret contre Janfenius , voulut reme- dier au mal, & en fit encore un plus grand en renouvellant & confirmant les conftitutions de Pie V & d? Gre- goire XIII contre les propofitions de Baius, que Ton afluroit etre renou- veliees dans Janfenius. Il chargea AU bizzi, l'liomme de confiance des Jefui- tes, de dreffer une bulle, par laquelle il renouvelle & confirme les conftitutions de Pie V & de Gregoire XIII , Ses dccrets & ceux de Paul V, par lef- quels il etoit defendu de traiter des matieres de la grace, avee le decret de 1'inquifition du premier aout 1641, Pans cette bulle, qui commence pap ces mots : In emimnti, M. Albizzi in- here que I'AuguJiin de Janfenius re^ |
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I. Par tie. Llv. IX. 243
fzrme & foutient , au grand fcandalt ~\<jr.
des catholiques & au grand mepris dc I'autorite du S. Siege, plufleurs pro- portions , du nombre de celles qui avoient ete condamnees par fes predecejjeurs. Elle eft fignee le 6 Mars 1641 ( au lieu de 1642, felon notre maniere de compter ) conformement au ftyle des bulles, dans lefquelles on commence i annee ab incarnatione Domini, c'eft- sudire le 2 5 mars. Elle ne fuc affiche que le 19 juin 1743 , 8c caufa beau- coup de troubles en Flandres. Le feu des difputes excitees en Flan- ix.
dres gagna bientot la France, ou la S'auf„ne| perfonne de Janfenius etoit odieufe a France. caufe de fon livre intitule Mars galli- cus , fait contre la France: ouvrage dans lequel il y a beaucoup de choles dont un bon francois a fujet d'etre mecontent & que M. de faint Cyran blamoit quoiqu'ami de Janfenius. Le premier qui declaim publiquement contre le livre de Janfenius, fut M. Habert Theologal de Paris, qui pre- tendit y trouver quarante heretics , qu'il reduifit enfuite a douze •, ce fut dans trois fermon? preches le premier &c le dernier dimanchedel'Avent 1642, &c le dimanche de la feptuagefime 1645 qu'il fit fes declamations contre ce li- Lij
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144 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt.'
vre. M. le Moyne le feconda par fes
lecons fur la grace dans l'ecole de Sor-
bonne j M. Perreyret dans celle de
Navarre, & M. Morel fit un petit ecrit
fous le titre de veritables Jentimens de
faint Augufiin&de VEglife, L'an 164$
la bulle d'Urbain VIII fut envoiee
en France, & le deux Janvier 1644
elle fut remife a la faculte de theo-
logie de Paris, accompagnee d'une
lettre de cachet, qui enjoignoit de la
recevoir. La faculte nomma des com-
miiTaires, c^^declara le 15 , qu'elle ne
la recevoit point quoiqu'elle defendit
de foutenir ancune des ptopofitions
condamnees. (Tournely,Tome I>page
zS6).
Sur la fin de cette'annee ( 1644 )
M. Arnauld fit paroitre une Apologia de Janfenius Eveque d'Ypres , & dela doctrine expliquee dans Jon livre, contre les fcrmons preches par le dvcleur Ha- ben. M. Habert ai'ant repondu a cet ecrit de M. Arnauld par urn autre , in- titule la defenfe de la foi de I'Eglife cy de I'ancienne doctrine de Sorbonne, toti- chant les principaux points de la grace, prechee dans VEglife de Paris , contre le livre intitule : Apologie de Janftnius ; M. Arnauld publia l'an 1645 une fe- conde apologie pour M. Janftnius Eve- que d'fpres, oii il refuta avec fane de |
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I. Partie. Liv. IX. i45_______
force M. Habert, que ce pauvre Tbeo- 1654.
logal ne s'en releva jamais- Mais de . tous les ecrits , qui furent fairs en grand nombre a. l'occafion du livre de Janfenius fur les matieres de la grace, il n'y en eut poinr de plus im- portant que Vapologie pour les faints Peres de I'Egf.ife , defenfeurs de la grace de Jefus Chri/l, par M. Arnauld contre M. le Moyne , M. Morel Sc le Jefuite Antoine Girard , qui en donnant une traduction de l'ouvrage de la vocation des Gentils,y avoir ajoute des reflexions a fa facon fur la doctrine de cet Au- teur. M. Arnauld abbatit ces trois hommes d'un feul coup dans X Apolo- git des faints Peres , qui eft un excel- lent traite fur la grace , & qui fuffi- roit feul pour derruire tons les vains efforts qu'ontfaits les moliniftes depuis leur naiifance jufqu'a prefent contre la vraie grace de Jeius-Chrift en faveur du fyfteme au moins demi-pelagien de leur confrere Molina. *• En 1649 M. Cornet, qui avoit ete Comct fabri-
Jefuite, & qui en fortant de la focie- «"Lles v Pr°' , , i* 1 i»i 1 • . politions, SC
te n en avoit quitte que 1 habit, s a- ies propofis
vifa d'un moien tout nouveau pour J^gjJJ reuffir a faire condamner Janfenius. min6es, Etant alors Sindic de Sorbonne , il ap- porta a raflemblee cinq propofitions a L iij
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14^ HlSTOIKE DE PoRT-RorAI.
examiner , fans ofer dire qu'elles fut-
fent de Janfenius. Effe&ivement elles etoient de fa compofition , comme le reconnoit le Pere Labbe , qui pour cette raifon lui donne une place dans fa bibliotheque anti-janfenienne (10). A la verite Janfenius fe fert des ter- ines de la premiere propofition. pour exprimer le fentiment qu'il foutient etre celui de faint Auguftin , mais avec diverfes modifications, qui en fixenc le fens & exeluent tous les mauvais qu'on pourroit lui donner. Pour les quatre autres, qui ne font point dans Je livre de Janfenius & qu'on defie de- rmis plus de cent ans les ennemisde ce faint Prelat d'y faire voir , elles etoient embarrafTees de mots fi captieux & fi equivoques , que quoiqu'elles prefen- tent un fens mauvais que les difciples de faint Auguftin n'ont jamais reFufe de condamner , neanmoins elles fem- bloient ne dire fur la grace que ce que difoient les defenfeurs de la doctrine de ce faint Docteur. C'eft pourquoi les theologiens habiles reconnoiflant l'arti- fice du Jefuite metamorphofe en findic de Sorbonne , fe recrierent que e'etoit une chofe fans exemple & contraire aux ufages de lafaculte, d'examiner des propofitions vagues, & de faire un (10) 11 faut avoueicm'illa mhitebics.
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t. Partus. Llv. IX. 247
pretendu precis de la do&rine d'un au- j<jr4< teur , en lui attribuant ainfi des propo- sitions etrangeres, & en les faifant cofl- damner fous fon noni; que d'ailleurs ces propofitions etoient captieufes &c fabriquees expres pour en faire retom- ber la condaranation fur la grace efti- cace. Cependant comme on ne laiifoit pas de nommer des commiifaires, foi- xante dix docfeurs appellerent comme d'abus de tout ce qu'avoit fait le fyn- dic. Le Parlement rec,ut leur appel, & impofa filence aux deux partis. Mais les Jefuites &c leurs partifans
n'en demeurerent pas la. M. Habert devenu Eveque de Vabres, leur preti la main pour vanger fes injures par- ticulieres. Pique contre M. Arnauld qui avoit ecrit contre lui avec tant de force pour la ddTenfe de Janfenius , il ecrivit en 16 5 o a Innocent X , pout demander la condamnation des V pro- pofitions : Voici cette fameufe lettre , qui a ete comme la bafe & l'origine de toute la procedure qu'on a fuivie dans cette affaire qui a fait une fi grande plaie a l'Eglife. » Tres faint Pere, la foi de Pierre, X1
» laquelle ne peut jamais manquer, Umt <?« » demande avec grande raifon , que dJ^fcL?°£ i» fuiyant la coutume re^ue & autori- coadaian*. L iv
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i48 HlSTOlRE DE PoRT-ROlAl.
1^54. " fee dans l'Eglife , Ton rapporce les
tion d.-v pro-" caufes majeures au faint Siege apof- Coant x.4 " toliq«2- pour °beir a une loi fi equi- » table, nous avons eftime qu'il etoic 3) ncceflaire d'ecrire a votre Saintete »> touchant une affaire tres importan- » te qui regarde la religion. Il y a dix " ans que nous voions avec grande »» douleur la France agitee de troubles » tres violens, a caufe du livre pof- » thume de M. Janfenius Eveque d'Y- >• pres & de la do&rine qui y eft conte- » nue. Ces mouvemens devoient etre » appaifes, tant par l'autorite du con- » cile deTrente, que par celle d'Ur- » bain VIII d'heureufe memoire , par » laquelle il a prononce contre les » dogmes de Janfenius, & a confirme » les decrets de Pie V & de Gregoire « XIII contre Bai'us. Votre Saintete a » etabli par un nouveau decret la verite w & la force de cette bulle; mais parce- » que chaque propofition en particulier « n'a pas ete notee d'une cenlure fpecia- . *> le, quelques uns ont cru qu'ilyavoit » encore lieu a leurs chicanes & a leurs »• fuites. Nous efperons que tous » moi'ens leur en feront 6tes , s'il »> plait a votre Saintert, comme nous » l'en prions tres humblement, de de- » fink clairement 8c diftin&emenc |
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1. V A R. T i E. LlV. IX. 249
■» quel fentiment il faut avoir en cette i6i4*
»> matiere. C'eft pourquoi nous la con-
»» jurons de vouloir faire l'examen ,
»» & porter un jugement clair & cer-
*' tain de chacune des propofitions qui
w fuivent, fur leiquelles la difpute eft
•» plus dangereufe & la- conteftation
n plusechauffee.
» La premiere: quelques commande-*
»> mens de Dieu font impofllbles a des> »-> juftes qui defirent & qui tachent de 3> les garder felon les forces qu'ils one *» alors , & ilsn'ont point de grace, par » laquelle ilsleur foient renduspoffibles* » La feconde : dans l'etat de la na-
•» ture corrompue , on ne reflfte ja- «> mais a la grace interieure. » Latroineme: pourmeriter Sc de-
» meriter dans l'etat de la nature cot- s' rompue, on n'a pas befoin d'une li- ft bene exempte de la neceffite d'agir, » mais il fuffit d'avoir une liberte »* exempte de contrainte. » La quatrieme : les femipelagiens
» admettoient la neceffite d'une grace *> interieure prevenante pour chaque t> action en particulier , meme pour » le commencement de la foi; & il* « etoient heretiques en ce qu'ils pre- ss tendoient que eette grace fut de t* telle nature ctue 1* volonte eut k* |
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ZJO HlSTOI&E DE VoRT-ROlAi.'
» pouvoir d'y refifter ou d'y confen*
u tir. » La cinquieme : c'efl: une erreur
»> des demi-pelagiens de dire queJe- j> fus-Chrift foit morr, ou qu'il ait n repandu fon fang pour tous les hom- ,» mes fans exception. » Votre Saintete a depuis peu eprou-
*> ve combien l'autorite du faint Sie- » ge apoftolique a eu de pouvoir pour »> abbattre l'erreur du double chef de s> PEglife. La tempete a ere auili-tot » appaifee ; la mer & les vents ont « obei a la voix & au commandement « de Jefus-Chrift : ce qui fait qua » nous vous fupplions, tres faint Pere , »> de prononcer fur le fens de ces pro- « pomions un jugement clair & de- w cifif, auquel M. Janfenius, proche « de fa mort, a foumis fon ouvrage •, « de diffiper toute obfcurite, de raf- »> furer les efprits chancelans, d'em- » pecher les divifions, & de redon- « ner a l'Eglife fa tranquillite & fon. » eclat. Pendant que nous jouidons v de cette efperance , nous portons » nos fouhaits & nos vceux a Dieu , » afin que ce Roi immortel des fiecles » comble votre Saintete de longues &: » heureufes annees, cV apres un fiecle. i> de vie, d'une heureufe eternite. |
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I. V A R T I E. L'lV. IX. 2 5 t
Cette letcre dictee par I'efprit de ~~^TT
Vengeance, fut fignee par quatre-vingc cinq Eveques , feparement & non af~ fembles. Car quoique ra(femblee ge- nerate du clerge fe tint cette annee a Paris, ils n'oferent pas y parler de cette affaire , de peur que la lettre venant a. etre examinee publiquement & avec un peu d'attention , elle ne revoltat tout ce qu'il y avoit de Prelats jaloux de l'honneur de leur caractere, lef- quels trouveroient etrange , que cette difpute etant nee dans le roi'aume , elle ne fut pas jugee au moins en premiere inftance par les Eveques du roi'aume meme. La chofe fut done conduite plus fecretement, &c cette lettre fut portce feparement par un Jefuite nom- rne Dinet, a un fort grand nombre de Prelats , tant a Paris que dans les pro- vinces. La plupart d'entr'eux out meme avoue depuis ( & ils font croi'ables) qu'ils l'avoient fignee fansfavoir dequoi ii s'agifloit, & par pure deference pour la fignature de leurs confreres. La let- tre ainfi fignee fut envoi'ee a Innocent %. On en eut bientot en France des co- pies , & auffi-tot parurent des confide- radons fur la lettre> dreifees par M. Arnauld. Les defenfeurs de faint Auguftin fe
Lvi
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iji HlSTOIRE DE PoR.T-H.OlAI.
T7~. \ trouverent embarraffes fur ce qu'ils
I654.. - . \ J '
xn. devoient raire par rapport a cette de-
Le cierge marche des Eveques. Les uns vou- it France di- < ■ a ■* • «• / a 1
favoue cette loient qu on ne pnr point d interet dans
leitte. l'affaire , & que fans fe domier aucun rnouvement on laiila condamner a Ro-
me cinq propofitions, condamnables en effet, & qui n'etoient d'aucun au- teur , ni foutenues de perfonne •, l'af- femblee meme du cierge n'y voulut prendre aucune part pour lors ; & M. l'Archeveque d'Embrun, l'un des Prefidens , les Eveques de Chalons, de Valence, d'Agen, de Comminges & d'Orleans, allerent le 12 fevrier 1651, trouver M. le Nonce 8c lui de- ckrerent que cette lettre n'etoit point cnvo'iee au nom du cierge de France > qui n'approuvoit point qu'on eiit re- cours immediateuienti au Pape dans les chofes qui regardent la foi, avanc qu'elles euilent ere examinees par les Eveques, qui font juges de la doctri- ne dans leurs diocefes : enfuite ils re- prefenterent au Nonce de quelle im- portance il etoit de ne point precipi- ter le jugement de cette affaire , & de diftinguer le fens des propofitions1: &c ils le prierentr d'ecrire a Sa Sain- tete ce qu'ils venoient de lui dire, Hoit jours apres ^ M, de Sens > accou*- |
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1. Partib. Llv. IX. 25j
oa^ne d'un autre Eveque alia faire la 777T*
L.P. J' I XT T > l654*
meme declaration au Nonce. L autre
partie des difciples de faint Auguftin, apprehendant que la doctrine de la grace enfeignee par ce faint docleut ne rut enveloppee dans la condamna- tion que les quatre-vingt-cinq Eve- ques demandoient au Pape par leur lettre, furent d'avis d'envoi'er a Rome pour reprefenter a fa Saintete , les ar- tifices & les mauvaifes intentions de leurs adverfaires. Cet avis l'aiant em- porte, M. de Gondrin avec pluiieurs; de fes confreres ecrivirent au Pape la lettre fuivante, digne de Prelats qui favent que le faint Efprit les a etablis pour gouverner l'Eglife de Dieu , qui connoiflent les devoirs de leur etat Sc qui aiment la verite. » Ties faint Pere , nous avons ap- xtii.
r> pris que quelques-uns de Meffieurs^j",^^ » nos confreres ont ecrit a votre Sain- piufieurs Ev©- » tete touchant une affaire tres im- £"ts x»Iniw n portante & tres difficile , & qu'ils » la fupplient par leur lettre de vou- #» loir decider clairement & nettement x> quelques proportions qui exciterent *> l'annee dtrniere un grand trouble » fans aucun fruit, dans la faculte de' » theologie de Paris : ce qui ne pou- » voitrenifir d'une autre forte , pui£- |
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I54 HisTOIRE t>E PoRT-ROlAt*
» qu'aiant ete faites a plaifir, & compel
» fees en des termes ambigus, elles ne w pouvoient produire d'elles - memes , » que des difputes pleines de chaleur » w dans la diverfite des interpretations » qu'on y peut donner, comme il ar- » rive toujours dans les propofitions- » equivoques. Ainfi Meflieurs nos con- » freres nous permettront, s'il leur j> plait, de dire que nous ne faurions « approuver leur deiTein en cette ten- » contre; car outre que les queftions » de la grace & de la predeftination » divine font pleines de difficultes , » & qu'elles ne s'agitent d'ordinaire " qu'avec de violentes conteftations » " il y a encore d'autres raifons tres " conliderables , qui nous donnent fu- » jet de croire que le terns ou nous. » fommes n'eft pas propre pour termi- « ner un differend de cette importan- » ce; fi ce n'eft que votre Saintete veuil- j> le pour en porter un jugement fa- s' lemnel, ( ce qui ne femble pas etre » leur intention ) y proceder felon les » formes pratiquees par nos Peres, re- s' prendre 1'afFaire des fon origine ± » l'examinant toute entiere & de nou- » veau, en appellant & entendantles « parties, comme le firent il n'y a pas »> longtems les Papes Clement VIII &; |
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I. P a r t 11. Liv. IT. 15 i
*> Paul V de fainte memoire. Car fi ' »» votre Saintete n'en ufoit pas de la « forte , ceux qui feroient condamnea »-• fe plaindroient avec juftice de I'avoir »» ete par les calomnies & les artifices « de leurs adverfaires , fans avoir etc « entendus dans leurs raifons. Aquoi « ils ajouteroient peut-etre, que cette t» caufe auroit ete portee a votre Sain- 3> tete avantqued'avoiretejngeepar un » concile d'Eveques ; & pour fortifi.ec s> la juftice de leurs plaintes par des a> exemples de l'ancienne difcipline de ?> L'Eglife, ils alleaueroient le concile w d'Alexandrie contre Anus , celui de o> Conftantinople contre Eutiches, ceux « de Carthage & de Mileve contre Pe- « lage , ceux de Valence & de Langres » tenus en France pour la meme ma- »j tiere dont il s'agit, & d'autres con • n ciles contre d'autres heretiques : 8c » certes , tres faint Pere , s'il etoit a » propos d'examiner & de decider le$ }> propofitions , l'ordre legitime desju- » gemens de l'Eglife univerfelle, joint »> a la coutume obfervee dans l'Eglife » Galhcane , veut que les plus gran- » des & les plus difnciles queftions qui „ naiflent en ce Rowume, foient d'a- » bord examinees par nous ; ce qui p eranc, 1'equitc ngus obligeroit de |
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i6$fy
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itf HlSTOIRE OE PoRT-ROlAl.
» confiderer murement, fi ces propo-
» fitions dont on fe plaint a Votre
» Saintete , ont ete takes a plaifir
» pour rendre odieufes quelques per-
» fonnes , & pour exciter quelque
» trouble ; en quels lieux , par quels
» auteurs , & en quel fens elles ont
» ete avancees & foutenues, d'enten-
» dre de part & d'autreceux qui con-
*> teftent, de voir tous les ouvrages
faits de dec,a touchant ces propoii-
» tions, d'en diftinguer les lens ve-
» ritables d'avec les faux & ambigus,
» de nous informer avec foin de tout
» ce qui s'eft pafTe fur ce fujet depuis
»» que Ton commence d'en difputer y
i> 8c apres cela de faire entendre au
» Saint Siege tout ce que nous aurions
» fait Sc ordonn£ dans cette affaire »
■» ou il s'agit de la foi, afin que tout
" ce que nous aurions prononce avec
« juftice fur cette matiere, fut confir-
i> me par votre autorite apoftolique,
» Mais en s'adreffant direc~tement ,
» comme Ton fait, a votre Saint Siege ,
« fans que nous aions auparavant exa-
n mine- & juge la caufe , par combier*
» d'artifices la verite ne peut-elle point
« etre opprimee > par combien de ca-~
*» lomnies la reputation des Prelats 8c
w des doiteurj ne peiu - elle pas ewe
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T. Partis. Liv. IX. 157
*> noircie 5 & par combien de trompe- —Z----
»> ries Votre Saintete ne peur-elle point '
» etre furprife dans cetre grande affaire, »> qui regarde des points de foi ? Car *» d'un cote on voir ceux,en faveur def- «quels Meffieurs nos confreres one »> ecrit a. votre Saintete , foutenir fer- » mement & opiniatrement que le «plus grand nombre des nouveaux »j Scholaftiques eftde leuropinion, 8c » que leur doevrine eft la plus confor- m me a la bonte de Dieu, & a l'equite « de la raifon naturelle. D'autre part, »> ceux qui s'attachent entierement a « S. Auguftin, declarent, non en fe- »> cret, mais en public, que les quel- » tions dont il s'agit, ne font plus dou- " teufes & problematiques , mais que •j e'eft une affaire finie & terminee il »y a longtems ; que ce font les deci- j> fions conftantes des anciens conciles .» 8c des Papes ; que leurs decrets fur », cette matiere font ties evidens , 8c « principalement ceux du Concile de ,» Trente, qu'ils foutiennent etre pref- » que entierement compofes des paro- »> les 8c des maxim es de faint Auguf- » tin , comme le font ceux du Con- «, cile d'Orange. Ainfi ils temoignent, >» qu'au lieu d'apprehender notre ju- » gement 6c le votre , ils ont plutot |
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i<§ HlSTOIRE DE PoRT-UOlAt."
» raifon de le defirer , ai'ant tout fujet
» de fe promettre de votre Saintete , « qu'etant afliftee de l'infpiration du » Saint Efprit, qui daigne la conduire a lorfqu'elle le prie , elle ne fe dcpar- » tira point en la moindre chofe de ce » qui a ete ordonne par les SS. Peres , => afin qu'il n'arrive pas, ce qu'a Dieu « ne plaife , que la reputation du Saint « Siege apoftolique & de l'Iglife Ror » maine , tombe dans le mepns des » heretiques , qui obfervent de pies 3> les moindres de fes actions & de (es » paroles. Mais nous avons fujet de » croire que cela n'arrivera jamais j *> principalement fi , pour retrancher a « Pavenir route contestation. , il plait « a votre Saintete , marchant par les » memes traces de vos predecefTeurs , » d'examiner a fond cette affaire , &c » d'entendre , felon la contume , les » defenfes & les raifons des parties. » Aiez done agreable, tres faint Pere , » ou de permettre que cette difpute ft » importante , qui dure depuis pin- s' fieurs fiecles , fans que l'unite ca- » tholique en ait ete alteree } conti- » nue encore un peu de tems , ou de » decider routes ces queftions en y » obfervant les formes legitimes des i> jugemens ecclefuftiques j, & que va- |
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I. Partie. Liv. IX. 259
9* tre Saintete emploie, s'il lui* plait, » tous fes foins & tout fon zele , pour w faire que i'interet de l'Eglife , qui a » etc confieea faconduite,ne foitblef- » fe en aucune forte dans cette ren- »» contre. Dieu veuilledurant plufieurs » annees combler votre Saintete de m toute profperite & de tout bonheux. « Nous fommes , &c. Cette lettre vraiment epifcopale ,
£c ecrite par des Eveques qui con- noilfoient leurs droits & les regies de l'Eglife , etoit fignee par Louis H. de Gondrin , Archeveque de Sens , B. d'Elbene Eveque d'Agen , Gilbert de Choifeul Eveque de Comminges , l'Eveque de Valence & de Die , A. d'Elbene Eveque d'Orleans , Bernard Eveque de S. Papoul, J. Henri de Sa- lette Eveque de Lefcar, Felix Eveque de Chalons-fur-Saone , Francois Faur Eveque d'Amiens , Henri Arnauld Eveque d'Angers, Nicolas de Buzen- val Eveque de Beauvais. Charles de Monchal Archeveque de Touloufe, & Antoine Godeau Eveque de Vence , ecrivirent chacun une lettre en par- ticulier a Sa Saintete contenant les memes demandes. Ces lettres furent envoiees a M. de S. Amour , qui etoit ford de Rome par la crainte d'etre mis |
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l60 HrSTOlRE DE PoRT-Ro'lAl."
I(j, a l'inquifition. II y retourna par l'or-«
dre des Eveques , charge de leurs let- tres , & les remit au Pape dans l'au- dience qu'il eut de Sa Saintete le 10 juillet 1651. Ces memes Eveques envoierent auffi M. Brouife, & M. de Lalane Abbe de Valcroiflant, do&eurs en theologie de la faculte de Paris , 8c M« Angran licentie , pour fe joindre a M. de Saint Amour dans la pourfuite de cette affaire. xtv. Avant que de recevoir ces lettres , Le Pape [e pape avoit deja commence d'agir en
Homme des rf- , ', r ",
commifTaires conlequence de la premiere hgnee par
pour 1-affaire Jes 8 , pr^ats & avoit ^tabH Une Con-
«e Janfenius. , '. r, , „ .. gregation compoiee de quatre Cardi-
naux Commiflaires ; favoir , Roma ,
Spada, Ginetti, Cechini, auxquels il
ajouta enfuite les Cardinaux Chiggi &
Pamphile ; Albizzi en fut Secretaire.
On nomma treize rheologiens pour
confulteurs ; Sforce Palavicm JeTuite ;
Marc Antoine Carpineti , Procureur
general des Capucins ; Thomas d'El-
bene , Chanoine regulier ; Auguftin
Marin de Cremone , Servite ; Lucas
Wadding , Francifcain Irlandois de
l'etroite obfervance ; Dominique
Campanella, Carme; Modefte de Fer-
rare , Procureur general desMineurs;
Raphael Averfa , de i'ordre des Clerc*
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I. P A R. T I E. llv. IX. lG\
Mineurs ; VincentdePretis, Domini- l6, "
cain ; Philippe Vifconti, General des Auguftins ; Vincent Candide , Dominicain; Jean Auguftin Tartaglia, Carme dechauiie •, Celeftin Bruno , Auguftin. Les Cardinaux de la Con- gregation s'aflemblerent pour la pre- miere fois le zo avril 1651. Pendant ce tems-la les theologiens
continuoient en France a ecrire , Sc M. Arnauld faifoit face a. tout. Ce fut cette annee, qu'il publia la belle Apolo- gie pour les SS- Peres de I'EgliJe , dont nous avonsparle,divifee en huitparties. L'annee fuivante ( 1651), le Pape xv_
donna le 11 Janvier audience aux dc- u Pape putes des Eveques , qui demandoient d°°" a"tjx ladiftin&ion du fens des propofitions: deputy des & lorfque l'audience finit, M. BroiuTe, L°"s ^["j qui comme l'ancien avoit porte la pa- pttfemem un 1 1 1 r 1 / • r ■ memorial an
role, prelenta le memoire iuivant au Papei
Pape. ■» Ties Saint Pere » les Docteurs de
„ Paris , fouffignes , fupplient tres » humblement votre Saintete, au nom „ de plufieurs Eveques de l'Eglife de „ France , conformement aux lettres „ qu'ils lui ont ecrites, qu'il lui plaife » faire diftinguer les fens des cinq » propofuions equivoques , &c com-r „ pofees pour tromper 8c furprendrc |
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l6l HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
» l'Eglife , qui ont ete prefentees a
» votre Saintete , & faire examiner » chacun de ces fens en particulier , » afin que votre Saincete en prononce >» fon jugement, felon que l'exigera la » verite des uns , ou la fauflete des » autres , apres qu'elle aura entendu » dans une Congregation les parties en » prefence Tune de ['autre, tant de vive »> voix, que par ecrit ■-, & que tous les » ecrits qui feront donnes de part & »j d'autre , auront ete mutuellement communiques, felon que le demandent » la grandeur de cette affaire, la coutu- » me de l'Eglife en femblables occa- " fions,& l'ufage meme du S. Siege , » obfcrve il n'y a pas longtems par les » predeceffeurs deV.S.Clement VIII & » PaulV d'heureufe memoire.Lefd.Sup- s' plians efperent qu'ils recevront cette » grace & cette confolation de la gran- » He bonte , fageffe &c equite de vo- » tre faintete , que Dieu veuille con- » ferver plufieurs annees dans le Sie<*e » Apoftolique , oil il l'aetabli par un » don fingulier de fa grace. Ainii figne » Jaques Brouffe.... Je demande lecon- » tenu au memorial ci-deffiis. Mef- fieurs de la Lane , de Saint Amour , &c Angran avoient figne de meme. Le General des Dominicains, cro'ianx |
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I. P A R t 1 E. L'lV. IX. l6$
trouver une occalion favorable de faire j 6-" T "
decider les queftions agitees ious Cle- xvi. merit V III & fous Paul V , demanda . Dl™»nd« • ' . du General-
au rape qu avant que d examiner les des Domini-
V propofitions, on terminal cette cau-"lns au l>a" fe.C'etoit veritablement ce qu'il y avoit a faire •, & par-la le fyfteme pelagien de Molina etant frappe d'anatheme , la querelle fur le livre de Janfenius tom- boit. Mais tout le contraire arriva , le Pape refufa au General des Domini- cains ce qu'il demandoit avec le Gene- ral des Auguftins. Le coupable qui avoit ete menage , apres 1 arret de condamnationportecontre lui enfuite de 1'examen de fon proces fait dans les Congregations de Auxiliis , fut encore epargne •, &c malheureufement on mit l'innocent a. fa place. Pelage fut ab- fous , ou du moins menage , & Au- guftin fut accufe 5 & jufqu'a. prefent il n'a pu obtenir juftice contre les enne- mis de la grace de Jefus-Chrift. Les Deputes des 8 5 Eveques , MM. xvu.
Hallier , Lagault & Loifel, Do&eurs ifgjjg de Paris , etant arrives a Rome le 24 fees pouc mai 1651, eurent audience du Pape , jjjjgjj &c au mois de juillet fuivant le Cardi- nal Roma leur notifia , ainfi qu'aux De- putes des autres Eveques, qu'il y avoit yne Congregation etablie fur 1'affaire |
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1<?4 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAE.
pour laquelle ils eroienr venus a Rome,
fans leur dire de qui elle etoit compo- fee. Le Cardinal Roma, qui en eroir le Chef, eranr more le 17 feptembre 1652, Spada prit fa place , & les Com- miifaires s'erant aflembles, ils delibe- rerent dans la premiere conference fur la forme qu'on garderoit dans les fui- vantes. II y fur arrece qu'on examine- roir & qu'on cenfureroir les cinq pro- pofitions dans les termes dans lelquels elles croienc con^ues. La premiere pro- pofition fut examinee dans une feconde affemblee renue le premier d'odtobre , 8c dans les cinq fuivanres , dont la derniere fur renue le 13 novembre. On park enfuire dans differenres aifem- blees qui finirent le 19 Janvier 1653, des quatre aurres propofuions , fur lef- quelfes les Confulteurs ne furenr pas forr unanimes , les uns les condamnant dans un fens & les juftifiant dans un aurre ; quelques-uns meme prerendant qu'il y avoir quelques unes de ccs pro- pofirions qui eroienr vraies & qui ne pouvoienr erre cenfurees en aucune fa- ^on ; plufieurs enfin les condamnant puremenr & (implement. La diverfite d'opinions qui fe trouva parmi les Con- fulreurs dans le jugemenr de ces pro- poiltions , auroit biei) dd faire ouvrir les
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I. Partie. Liv. IX. i6$
les yeux , & fentir la neceffite de fixer' le fens qu'on condamne dans une pro- pofition equivoque, lorfqu'on la fletrit. Le Pape ne les ouvric pas : on ne vou- lut pas meme donner aucune audience aux Deputes des bons Eveques , qui demandoient d'etre ecoutes contradic- toirement avec leurs adverfaires, &c qu'on leur communiquat leurs ecrits. Bien plus le General des Dominicains ne put jamais obtenir une audience , qaoiqu'il 1'eut demandee jufqu'a dix- fept fois , pour prefenter quelques ecrits au Pape. Car les Dominicains previrent des lors, que la condamna- tion pure & fimple des proportions douneroit atteinte a la do&rine de leur ecole fur la grace efficace , malgre les aiTurances que M. Hallier&fes colle- gues leur donnoient qu'ils n'en vou- loient point a la do&rine des Thomif- tes. Le Pere Antoine Reginald, Pro- fes de Touloufe, fe trouvant pour lors a Rome , drelTa par ordre de fon Ge- neral I'ecrit fuivant , dans lequel il expliquoit les cinq propofitions au fens des Thorniftes. » i °. La grace efficace , qui premeut xvm.
» 6c predetermine reellement & phyfi- Ecrit du v. „ quement, immuablement & inf^^g^ ,, blement, infurmontabiement & ini- Tome HI, M |
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I _ .-----------------
xGG Histoirk de Port-roYal.
16)4. " vitablement, ell tellement ncceiTaire u a toutes les actions , meme au com- » mencement de la foi, & pour laprie- w re , que fans elle l'homme meme le m plusjufte ne peut accomplir lescom- » mandemens de Dieu , quoiqu'il le « veuille & qu'il cache de le faire par » une affe&ion & un effort imparfait , » parce que la grace pour le pouvoirjui » manque ; favoir cette grace , par la- t quelle les commandemens lui fonc » poffibles, d'une poflibilite qui a fon « efFet, comme faint Auguftin le die t> dans fon livre de la nature & de la. " grace chap.'41. » i°. Dans l'etat de la nature de-
jj chue, on ne refifte jamais a la grace » interieure , e'eft-a-dire efficace , fui- » vant le fens explique dans la premie- « re proposition , dans laquelle il s'a- jj git de la grace efficace , qui eft la n feule que faint Auguftin appelle inte- »> rieure. » 3". Pour meriter & demeriter dans
s, l'etat de la nature dechue , il n'eft pas » neceffaire d'avoir une liberte exemte » de toute neceffite , mais il fufiit d'a^- » voir une liberte exemte de contrain- *? te, e'eft-a-dire de violence & de ne- i> ceffite naturelle. f» ^°, Les Semipelagiens ont admis
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I. Parti b. L'v. IX. iSj
■*> la neceffite de la srace interieure pour TTTT
i a.- » i l654« » toutes les actions , meme pour le
» commencement de la foi, & ils e-
" toient hsretiques en ce qu'ils vou- m loient que cetto grace etoit de telle " nature que la volonte de 1'homme » pouvoit lui refifter ou lui obei'r; c'eft- « a-dire qu'ils etoient heretiques en ce " qu'ils enfeignoient que cette grace " n'etoit pas efficace de la maniere ex- » pliquee dans la premiere propofi- » tion. »5°. C'eft une erreur des Semipe-
» lagiens de dire que Jefus-Chrift eft s> mort, & a repandu fon fang pour " tous ; qu'il eft bien vrai qu'il eft » mort pour tous quant a la fuffifance " du prix , fuffifamment &c non effica- w cement, puifque tous ne participent m pas au fruit de fa mort «• Voila le fens que donnoit le Pere Re-
ginald aux propositions dans lequel il loutenoit qu'elles font tres catholiques; il en concluoit, avec raifon , comme tous les docteurs de fon ordre , 8c tous les gens fenfes , qu'il etoit a. pro- pos d'expliquer les propositions, d'en demander la confirmation & la defini- tion au fens de la grace efficace , &c la condamnation dans les autres fens : c'eft ce que propofale Pere Alvarez re-, Mij
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-1(58 HlSTOIRK DE PoRT-ROlAl.'
;<j54. gent a la Minerve , dans une confe-
rence avec M. Hallier & fes colleguesj rnais ils avoient d'autres vfies. x i x. Le Pape aiant fait avertir les Con- de5AcoTfui-e fldteurs, qu'il vouloit les entendre le
tcurs devant i o de mars i 65 3 , tous s'y rendirent au Jufeiia&Lde jour marque, excepte Cinchini qui etoit s. Auguftin brouille avec lui. Ce fut la premiere dolmen- afTemblee tenue devant le Pape fur cette duscomradic- affaire. Les confulteursdirentleuravis avecTeu'rsad- en fa prefence , en fept congregations , verfaires/ ils depnis le 1 o mars jufqu'au 7 avril. prefententl'e- *-> j '•it-'' 1
cntatroisco- Pendant ces congregations ,Ie General
^ouines. des Dominicains fit de nouvelles ten- tatives pour avoir audience & prcfenter au Pape les ecrits au nombre de onze , que les Dominicains avoient faits au fujet des cinq propofitions, mais il ne put rien obtenir. Le Pere Defmares Pretre de l'Oratoire & M. Menaffier , qui venoient d'arriver a Rome, aiant eu audience du Pape le 4 mai, ne fiir- rent pas plus heureux que leGeneraldes Dominicains dans la demande qu'ils lui firent, & qu'avoient deja faite les premiers deputes , d'une congrega- tion ou les parties fuffent entendues 8c difputaffent en fa prefence. Quelques remontrances qu'ils lui fiflent, jamais ils ne purentl'obtenir. Le Pape leur of- frit feulement de les ecouter, fans leurs parties, 8c de recevoir leurs ecrits. Ce§ |
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I. P A R f t E. L'lV. IX. £<S>
deux deputes aiant raporte a leurs con- 1654.-
freres la reponfe du Pape, ils prirent la refolution de compatoitre, & de par- ler devant la congregation, quoique le bruit couriit dans Rome que la Bulle etoit deja toute dreflee , comme elle l'etoit en effet. Ils comparurent le 19 mai devant le Pape , les Cardinaux &c les confulteurs de la congregation. Le Pape leur aiant dit de parler , l'Abbd de Lalane prit la parole , & fit un long difcours fur l'autorite de faint Auguf> tin, accufant fes adverfaires de vouioir y donner atteinte , en faifant condam- ner cinq propositions , qui avoient ete fabriquees & conchies en des termes ambigus & equivoques , arm d'enve- loper dans la condamnation , la doc- trine de faint Auguftin & le fens de la grace efficace. II lut enfuite l'ccrit a trois colomnes', & fit des reflexions fur chaque article. ( z 1 ) Cet ecrit eft trop important pour ne pas le donner a la fin de ce volume. Les deputes qui prefenterent cet
ecrit au Pape , & qui pendant pres de b5iXj.i, deux ans de fejour a Rome , lui avoient nocent X. demande inutilement d'etre entendus devant leurs parties , demanderent fill) Outre l'ecrit a trois colomnes, les Deputes en
temirent encore quaere autres au Pape. M iij ,
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27° HrSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt,
avec aufll peu de faeces, que les dirre-
rens fens que pouvoient avoir les pco- pofitions , fuiTent diftingues dans la, cenfure qu'on en feroit. Le Pape don- na le 31 mai fa conftitution , dans la- quelle il condamnok les cinq propo- ficions , fans aucune diftin&ion de fens heretique ni catholique : il eft vrai que le Pape declara aux deputes , lorfqu'ils prirent conge de lui , que cette con- damnation ne regardoit, ni la grace efficace par elle-meme , ni la do&rine de faint Auguftin , qui etoit, dit-il, &: quifiroit toujours la doctrine di l'£gli~ ft 3 & cette declaration fupplee en quel- que facon i ce que le Pape avoit refu- fe aux deputes touchant la diftinc- tion des difrerens fens des propofitions, qu'ils avoient demandee avec rant d'inftance. De cette relation , qui ne contient
rien que de tres vrai, if s'enfuit, 1 ?. Que les cinq propofitions n'ont
point d'autre auteur que M. Cornet, ou quelqu'autre partifan de la doctrine de Molina , qui les ont fabriquees eux- memes pour etre expofees a la cenfu- re ; qu'ainfi elles ne font point de Jan- fenins , qui loin de les enfeigner , dit formellement le contraire , mais des propofitions des parties de Molina. 20. Que performs ne les a jamais |
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I. Part ie Llv. IX. lyt
foutenues , mais qu'au contraire des qu'elles ont ete fabriquees par les ad- verfaires de la do&nne de faint Au- guftin , elles ont ete combattues dans les divers fens heretiques qu'elles peu- vent avoir, par plufieurs ecrits publics. 3°. Que les do&eurs deputes a Ro-
me pour defendre la doctrine de faint Auguftin n'y ont point ete deputes pour defendre les cinq propositions ; mais feulement pour empecher que fous le pretexte des erreurs &c des herefies que ces cinq propositions contiennent dans leur ambiguite generate , on ne don- nat quelqu'atteinte au fens tres catho- lique de faint Auguftin , que les Papes ont declare etre celui du Saint Siege &c de route l'Eglife. 4°. Que Ton ne peut pretendre ,
fans faire tort au faint Siege , que le Pape par fa conftitution, ait condamne d'herefies les fens particuliers que ces dodleurs ont expofes dans la colomne du milieu de leur ecrit public prefente au Pape •, puifque ces fens particuliers, qui font en effet des propofitions par- riculieres bien differentes des gcnera- les, font la doctrine meme de faint Au- guftin , dont le faint Siege eft depofi- taire , &ne contiennent que la verite de la grace efricace par elle-meme , a> Miv
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"""UPS?
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lyi HlSTOIRE DF. PoRT-ROlAI.
i6za, laquelie fa Saintete a declare n'avoir
point touche par cette conftitution. 50. Enfin le Pape n'aiant nullement
condamne ces fens ( 011 propofitions ) particuliers , qui lui avoient cte expo- ies par ces do&eurs , apres la declara- tion juridique & folemnelle qu'ils lui avoient faite de les foutenir comme etant la veritable doctrine de faint Au- guftin & de l'Eglife, tant que fa Sain- tete ne les amok point condamnes, il s'enfuit qu'elle a lailTe tous les Theo- logiens dans la liberte toute entiere de foutenir ces memes propofitions parti- culieres , qui font de faint Auguftin , &c ties differentes des propofitions ge- nerales qu'elle a ties juftementcondam- nees. C'eft M. Arnauld qui tire lui- meme cette conclufion d'une Relation abregle fur le fujet des cinq propofi- io ns (22). La Bulle d'Innocent X a fait deux
grands maux •, le premier d'avoir epar- gne l'herefie de Pelage , ou le Moli- nifme qui a tant de partifans , tandis qu'elle condamne des erreurs que per- fonne ne foutient: le fecond mal, eft la claufe incidente,(2 3) par laquelie ces erreurs font attributes a Janfenius , (ix) Lttt. T; 1. pag. (15)'Now rientenclons
0.6C - tjj. fas toutejois , dit laBuikj |
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I. Partie. Liv, IX. i~$
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quoique les confulteurs memes charges if 54,
de l'examen des propositions , ne les euffent examinees qu'en elles-memes , fans aucun raport a l'Auguftinus de Jan- fenius. Voila ce qui a caufe , & ce qui caufe encore aujourd'hui tant de maux dans l'Eglife. Le Pape expedia deut brefs apres xxt.
avoir donne fa bulle, l'un au Roi deblw^Fr^. France, 1'autre aux Prelats du Roi'au- ce. me , pour leur faire favoir qu'il avoir declare tk. defini ce que Ton devoit croire touchant les cinq propofitions , comme ils l'avoient demande. Le Roi ai'ant re^u la bulle des mains du Non- ce , (M. Bagny Archeveque d'Athenes) donna le 4 juillet 1653 >une Declara- tion adreflee a tous les Prelats du Roiaume , pour faire recevoir cette bulle , fans qu'aucune deliberation du Glerge eut precede. En confequence des lettres patemtes ,
par lefquelles le Roi enjoigno'a (24) aux Eveques de recevoir la conftitu- tion , une trentaine , qui faifoient leur- far cctte declaration & de'- Janfeniuf.
finkion faite touchant les (14) Le roi reform* cmij propofitions, approu- dans une nouvelle expe-"
•ver en facon tjuelconque les dition de fa declaration ,
mitres opinions , qui font ce terme qui avoir fait de
ttmtenues dans le livre ci- la peine atlX Eveques.
eejjus nomme de Cornelius |
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My
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174 HlSTOlRE DP. PoRT-RoUt.'
■ residence a Paris, tinrentle n juiliet
i G 5 3 une aflemblee chez !e Cardinal Mazarin, dans laquelleils refolurent de recevoir la bulle , & d'ecrire au Pape Jjour le remercier, auffi-bien qu'a tous,
es Archeveques &£veques pour ies en- gagers recevoir la conftitutionj&afm de leur epargner la peine de faire un man- dement pour cela, on leur en envoioit: tin tout drefle. Ce fut M. de Marcaqui preta fa plume pour ecrire ces lettres datees du i 5 juillet 16 $ 3 envoiees avec le formulaire de mandement aux Pre* lats du Roiaume par les Agens du. Clerge , apres avoir ete lus & approu-- ves par l'aiiemblee. La bulle futrecue par les Eveques , dont plufieurs ne s'af- creignirent cependant pas a fuivre la: formule de mandement qu'on leur avoir envoiee , comme M. deGondrirv Archeveque de Sens , M. d'Eibene- Evcque d'Orleans , M. Arnauld d'An- gers. Le premier donna pour la pur blication de cette Bulle , une lettre datee du 13 feptembre 1653 ,dans lai» quelle il s'etend beaucoup fur les ma- cieres dont il s'agiflbit dans la con- damnation des cinq propofitions. Cette • ljsttre (14), tres curieuie & tres impor- (2.-4) On la peut lire T. r. p. %fo & fuiv. juf-
d»ns l'Hift. Ecclefiart. du qu'a la p. 2.91. «7 Heck. pa*. Mi.Duptaj, Cette. lettre de. Mi d* |
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f. Par tie. Liv. fX. 175
cante , eut de grancles flutes. M. de \G^\.- Choifeul Eveque de Comminge don- na auffi an mandement qui fut expoie a la contradiction. M. Nic. Chouarr de Buzenval en publia un qui lui oc- cafionna une grande affaire avec fon Chapitre (15), dont le Doi'en fe pre- tendant exempt de la jurifdi&ion de PEveque, fitun autre mandement pour la publication de la Bulle. La Confti- tution dlnnocent X fut audi portee en Sorbonne par Henri de la MotteHou- dancourt , alors Eveque de Rennes , depuis Archeveque d'Auch , elle y fut recue a l'affemblee du premier d'aout. Le Cardinal Mazarin voi'oit avec af- xXIV.
fez d'indifference routes ces contefta- de t^e™"i* tions. Il n'etoit pas meme fache queEveques, au» „ „. r y ... fuiet de la
Sens deplut beaucoup au Bref. On propoTa a 1 Ar- bu'1]e j.jnnoi,
Pape , qui regatda com- chev. d'accommoder cette nocem x_ u^
meunatcentat faital'au- affaire: il fe rr.omra dif- 110nlment jw
torite du Saint Siege , ce pole a y entendre , mais Commiflai»
que difnitM. de Se"S de il protelta en hnenie terns ^ r exai.
1 autorite que tes Eveques que 11 on agifloit pat rrliuet ie livr*
ont recue de 3. C. pour d'autres voics , il defen- ^ Jlnfenju!„
connottte des matieres de droit fes droits & fa per- Ecntspour ftf
foi, 8c ce qu'il ajoutoit fonne par tous les moiens comK_
dfc l'intemion du Pape , legiiimes. Ce Prelat fit
qui n'avoit nullement etc differentes demarches, ou
de cenfurer la doftrine il marqua alternative-
de Saint Auguftin par fa ment du courage 8c de la
BUlle. Innocent X nom- foibleffe : & l'affaire ne
maqiielques Eveques pour fut pas portee plus loin.
connoitre en fon nom de (if) Cette affaire dura'
cc prerendu attentat, ic a- jufqu'en ifiSi qu'elle fut
dreila au Nonce cette tcrminee.
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coramiffion en forms de.
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M-vj
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XjG HlSTOIRE DE PoRT-ROlAE.'
les efprits des Francois s'echaufaffenf
fur de pareils fujets , qui les empe- choient de fe meler d'autres affaires qui lui auroient paru plus graves. D'ail- leurs il etoit peu porte a obliger In- nocent X , qui n'avoit jamais temoi- gne de bonne volonte pour lui, & au- quel de ion cote il avoir deja donne plufieurs fujets de mortification. On fait aufii que ce Cardinal avoitplus d'ef- time pour les defenfeurs de Janfenius que pour fes adverfaires. Mais les Je- fuites qui vouloient etablir la creance du fait de Janfenius, profiterent adroi- tement d'une circonftance ou fe trou- voit alors Son Eminence pour la faire entrer dans leurs vues. Le Cardinal Mazarin craignoit que le Pape ne vou- lut prendre connoiilance del'affaire da Cardinal de Rez , & n'en vint a quel- que declaration qui auroit pii lui cau- fer de Tembarras. Le pere Annat nou- vellement arrive de Rome pour etre eonfefTeur du Roi , fit entendre a ce premier Miniftre que le moi'en le plus propre pour gagner le Pape , ctoit de faire enforte que fa conffitution fut re^ue par toute la France fans aucune explication ni diftinition. Le Cardi- nal fe refolut done a fare au S. Pere un plaifir qui lui couteroit fi peu. En |
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I. P A R T I E. Llv. IX. 1/7
Confequence il tint le 9 mars 1654 >
au Louvre, une aflemblee des Prelats, |
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3
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ai fe trouvoient a Paris au nombre
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e trente-huit, & il en fut lui-meme
le prelident. Il y nomma huit commif- faires ; favoir , les Archeveques de Tours , d'Embrun, de Rouen , de Touloufe ; Sc les Eveques d'Autun , de Montauban, de Rennes & de Char- tres. Ces commiiTaires s'alTemblerent le 10 chez I'Archeveque de Tours , avec les Agens du Clerge , & y tinrent fix feances jufqu'au 17, pour concer- ter les moi'ens de concilier les Eveques dans l'acceptation de labulle. Les defen feurs de Janfenius apres erre demeures dans le filence par amour de la paix Sc de l'union, l'avoient enfin rompu en refutant par deux ecrits celui du P. An- nat Jefuite, intitule : Cavilli Janfenia- norum , dans lequel ce pere pretendoit montrer que les V propofitions etoient dans l'ouvrage de Janfenius. Le pre- mier ecrit avoir pour titre : Le dejfein des Jefuites, ou Reponfe au pere An- nat Provincial des Jefuites, touchant les Vpropofitions attributes a M. fEve- que d Ypres,prefentie auxEveques.he fe- cond ecrit etoit intitule: Memoirefur U dejfein qu'ont les Jefuites de /aire torn- her la cenfure des V. Propofitions fuz |
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1'7'8 HlSTOIRE DE PoRT-RoVaC'
j^,, la veritable doctrine de faint Auguflin:. On fit encore un autre ecrit latin qui etoit un recueil de propositions tirces. de l'Auguftin de Janienius , contraires aux propofitions condamnees: Quirt' que Propofitioncs ab Innocentio darnna- t£, & Propojuiones Janfenii Yprenjls Epifcopi damnatis contraria. D'autre part on donna un ecrit contenant des propofitions tirees du livre de Janfe- nius, que l'on foutenoit etre eonror— mes aux V propofitions. Ces memoi- res furem prefentes aux commiflaircs; & aux autres Prelats, qui les exami- nerent avec le livre de Janfenius en, fix jours de tems. Le croira-t-on ja- mais, qu'en fix jours on ait pu exami- ner, & fe mettre en erat de faire le rapport d'un gros volume latin in- folio, dont la fimple lecture deman— deroit bien fix mois ? Si le barreau avoir des commiflaires auili expeditifs pour le rapport des affaires temporelles, allu- rement on n'auroit paslieu de fe plain- dre de la lenteur : mais ne l'auroit-on pas de fe plaindre de leurs jugemens >■ xxni. Voila cependant tout l'examen qui Rapporr des art iamais fa£ fait <}u livre de Janfe-
coraraiuai- ■ ' ri i i ,, Ks- nms , & en coniequence duquel M..
d'Aubuffon Archevtque d'Embrun >t
charge du rapport a h place de M. d«s |
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r. Partii. Liv. IX. zj$
Tours, qui s'etoit retire dans ion dio- ^ *" cefe , die gravement a l'aifernblee , que l'avis des commiffaires etoic , i°. Que route la queftion confiftoit a favoir fi les V proportions que le Pape acondamnees commeheienques, etoient de Janfenius Eveque d'Ypres,. Sc fi elles avoient ete declarc.es hereti- |
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:i
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ues au fens.de cet auteur. ( II eft boa
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e fe rappelier ici que les confulteurs.
de Rome , lorfqu'ils delibererent dans, leur premiere aifemblee fur la maniere clout ils procederoient dans cette affaire,, convinrent qu'ils examineroient les propofitions en elles-memes , &c ne.: parlerent point de Janfenius , dont ils. ne firent aucun examen. ) :<>. Qu'il etoit sur qu'elles font de Janfenius &. aaelles ont ete condamnees comme he- retiques au fens de cet auteur. 3 °. Que ces cinq propofitions s'enfuiven par une consequence neceflairede l'opinioir qui ne reconnoit point d'autre grace: qui donne le pouvoir de faire le bien ,. que celle qui eft efficace par elle-me-- me ; & que c'eft-la. l'opinion de Janfe- nius ;& e'eft, concluoir M. d'Aubuf- fbn, ce que Ton doit prefentement de- cider , arm de le faire favoir au Pape.: & aux Eveques. Ce rapport fut fait agres un feftin magnifique que. le. Cat?- |
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i8o HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAtr
dinal Mazarin donna a toute YanetBf blee. Auffi la relation du clerge , dit- elle que M. d'Embrun fit un difcours dts plus eloquens. L'Eveque d'Autun, fun descommif-
faires, declara qu'il n'etoit point du fentiment de M. d'Embrun, & que fon avis etoit, qu'il s'en falloit tenir aux termes de la bulle , fans y rien ajou- ter. L'Archeveque de Sens fut de me- me avis, ainfi que Louis de Vantadour Archeveque de Bourges 5c Jacques de Lebron Eveque de Valence & de Die. M. de Choileul Eveque de Commin- ges foutint ce qu'il avoir avance dans fon mandement , qu'en publiant la bulle, il falloit declarer qu'elle ne don- noit aucune atteinte a la dodrine de faint Auguftin & de faint Thomas ; que quant a l'attribution des cinq pro- utions condamnees a. Janfenius , il cro'ioit que la chofe devoit etre plus murement examinee. M. de Buzenval dit qu'on n'avoit point donne aux com- miffaircs aucun pouvoir d'examiner le livrt dt Janfenius. ( Qu'il nous foit permis de dire avec le refpecl: que nous devons a ce faint Eveque, que les com- miflaires pouvoient lui dire avec ve- rite qu'ils n'avoient point pafTe leur pouvoir. ) Les autres Prelats furenr. |
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I. Partie. th IX. 181
de V avis da rapporteur. L'afTemblee
remit la conclufion de cette affaire au a 8 du mois , auquel ils fe raffemble- rent. Les commiffaires eurent le cou- rage d'y apporter Janfenius & de le mettre fur la table. M. de Sens fitun long difcours pour foutenir l'Auguf- tin de Janfenius : les Eveques de Beau- vais & de Comminges furent de fon avis. On fit lecture des textes de Jan- fenius allegues par fes defenfeurs, pour montrer que les V propofitions n'e- toient point de cet auteur, & que Ton trouvoit meme dans fon ouvrage des propofitions contradictoires a celles qui etoient condamnees. On kit aufli les paffages de faint Auguftin allegues fur chacune des V propofitions, pour faire voir que Ton ne pouvoit les con- damner purement & {Implement fans donner atteinte a la doctrine de ce faint docteur. Mais tout cela fut inutile ; le grand nombre des Eveques entrai- nes par le Cardinal Mazarin conclurent » Que Ton declareroit par voie de ju- » gement donne fur les pieces Prodi- s' res de part & d'autre, que la confti- « tution avoit condamne les V propo- » fitions comme etant de Janfenius, » & au fens de Janfenius ». M. de Marca Archeveque de Touloufe fur |
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2§Z HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
"j^,, charge d'ecrire au nom de 1'afTem-
blee tine lettre pour informer le Pape
de cette declaration. Le Pape fit re-
ponfe a la lettre des Eveques par un
bref du 2.9 novembre 165 5, qui fut
apporte en France par M. de Lodeve,
XX1V_ & ouvert dans une alTemblee particu*
AHirabl-e Here de 15 Prelats, tenue le 10 mai
h«aunLo!yie *6 J 5 , a laquelle le Cardinal Mazarin
tc 10 mai prefida. Le Roi avoit ordonne que ce
'premier rer. bref feroit execute dans tout fon roiau-
swlaiie, me , par une declaration qui ne fur,
point verifieeau Parlement; parcequ'il
y auroit eu de rindecence, de faire
autorifer par le Parlement un bref ,
qui exhortoit les Eveques a executer un
decret de 1'inquifition, c'eft-a-dired'un
tribunal que le Parlement ne reconnoit
pas.
Les quinze Eveques s'etant a trem-
bles , temoignerent beaucoup de fa- tisfa&ion de ce que le Pape approu- voit dans fon brer la conduite qu'ils avoient tenue dans l'aiTemblee prece- dence ; & ils arreterent dans celle-ci une formule d'acceptation de la bulle concue en ces termes: » Je N. reconnois etre oblige en
» confeience de condamner de cceur » & de bouche la doctrine des V pro- * politions de Cornelius Janfej.1i.u4 |
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I. Part ie. Llv. IX. 2S*
•*> contenue dans fan livre intitule
» Auguflinus , que le Pape & les Eve- »» ques ont condamnee ; laquelie doc- » trine n'eft point ceile de faint Au- " guftin , que Janfenius a mal expli- » quee contre le vrai fens de ce fainc *» dodteur ». Tel fut le premier for- mulaire , auquel on en fubftitua un autre I'annee fuivante ; ( car on en a fait plufieurs a l'exemple des Ariens ,, qui firent autrefois jufqu'a feize for- mules. ) II fut drefle par M. de Mar- ea homme d'efprit a la verite & arfez habile dans le droit canon & dans ce qui s'appelle la police exterieure de l'Eglife , mais du refte fachant tres. peu de theologie , ne s'etant deftine que fort tard a l'etat ecclefiaftique 8c aiant paffe ia moitie de fa vie dans des emplois feculiers, d'abord Prefi- dent au Parlement de Pait, puis In- tendant en Catalogne, d'oii il avoit ere eleve a l'Evecne de Conferans 8c enfuite a l'Archeveche de Touloufe* Les Eveques envoi'erent ce formulaire a tons les Prelats , les exhortant par une lettre a faire recevoir & figner la bulle d'Innocent X &c fon brerdii 29. feptembre de 1'annce precedente , par tous les chapitres tant reguliers que icculiers , exempts & non exempts > |
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184 HfSTOIRE DE PoRT-ROlAl.'
r' iQr a Par tous les Cures & Re&eurs des Uni-
verfites, & par tous ceux dont ils ont la charge , fous peine de proceder contre ceux qui refuferoient de le fai- re, comme contre dis rebelles & des heretiques (16). Le zele dc M. de la Mothe-Houdancourt, Eveque deRen- nes, & de M. Antoine-Denis Cohon Eveque de Dol les avoit porte a deman- der dans l'alTemblce qu on obligeat les fe'culiers memes qui feroient fufpects de Janfenifme, de figner ce formu- laire , fous peine de la confiscation de leurs biens. Mais cette propolicion fut rejettee par tous les autres. -XXV. Quoique le fbrmulaire eut ete en- fo!muiaUiredU vo'^ d ^ }es Evcques de France , il
wigeepar ^ n'y en eutneanmoins qu'un petit nom- cues?Ue$EVe ^re I11* en ex'gerent la fignature de
leur clerge. L Eveque de Meaux , Dominique Seguier, frere du Chan- celier , hit le premier , qui ai'ant af- femble un Synode de fon clerge le fit figner. Celui deJRennes , dont le zele alloit jufqu'a vouloir obliger les fc- culiers a le figner, a'iant obtenu des lettres patentes pour faire enregiftrer (16) C'eft la premiere te 1'Eglife de France
fois qu'il a ete parle de fi- line loi que le Pape n'im-
gnatiire dans cette affaire, pofoit pas lui-meme , 8c
11 eft aflez etrange que dont ni aucun Pape ni au-
quinze Eveques aient cun Concite ne s'etoieiu
jroulu irnpofer a ten:- jamais aviles.
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I. P A R. T I E. L'lV. IX. 2.85
la bulle & le bref du Pape , ce qui fe 161* *
fit le 29 feptembre , publia le 16 du
merae niois un mandement par lequel il ordonnoit a tous ceux de fon dio- cefe de figner un formulake de fa com- pofition. L'Eveque d'Amiens ordonna auili dans fon Synode , que Ton fouf- crivit a la Bulle , au bref du Pape &C a la formule du Louvre. L'aiTemblee generate du clerge qui xxvr.
fe tint a Paris en 16$6, voulant re-d„^f£ commencer lapourfuite de 1'affaire du >«?« recom-. Janfenifme, fit afTembler extraordi-™e""uitg de nairement les Eveques qui etoient a Pa- l'affake du ris, le premier feptembre. M.de Nar- Janfenifinc* bonne y prefidoit a. la tete de quarante Eveques : M. de Marca le heros de toute cette affaire, fit le rapport de tout ce qui s'etoit pafte dans les af- femblees precedentes, c'eft-a-dire de 1653 , KJ54& l <5" 5 5. Le lendemain 2. du mois, on confirma tout ce qui s'etoit fait dans ces trois premieres af- femblees, & on refolut d'ecrire au Pa- pe pour lui donner connoilfance de la deliberation , au Roi, a la Reine Sc aux Eveques du Roi'aume , avec me- nace pour ceux-ci , que les Eveques qui ne'gligeroienc de /aire executer lef- dits ordres, ne feroientpoint regus dans la ajfemblees generates, provindalts ni |
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285 HlSTOIRE DE POR.T-B.OlAt.
. s. , particulieres du Clerse. Les lettres fu-
1654. r , . s . rent ecntes, lelon la reiolution pule
xxvti. par 1'alTemblee. Le Pape Alexandre VII, pe Alexandre iuccelleur d Innocent X, n eut pas plu- •VI1" tor recu celle qui lui etoit adrefice , qu'il fit expedier le 16 odtobre 1656>
une bulle , dans laquelle il rapporte d'abord » celle de Ion predecelleur ,. i> & traite d'enfans d'iniquite, ceux qui w ofent alTurer au grand fcandale de *> tous les fideles Chretiens, que ces » V propofitions ne fe trouvent point « dans le livre de Cornelius Janfenius, » mais qu'elles ont ete feintes & for- « gees a plaifir, ou qu'elles n'ontpas » etc condamnees au fens , auquel » l'auteur les foutient ■»- En confe- quence le Pape declare & dehnit, que ces Vpropofitions ont etc drees du livre. <de Cornelius Janfenius , intitule , Au~ gujlinus ; ( Pourquoi ne pas citer les pages du livre , dont elles font extrai- tes , afin de confondre ces enfans d'i- niquite, qui nient que ces propofitions fe trouvent dans Janfenius', ) & quel- les ont ete condamnees dans le fens, au- quel cet auteur les a expliquees ? Pour- quoi ne pas declarer ce fens, auquel Janfenius a explique ces pretendues propofitions \ Y a-t-il de la charite a cefufer de le ,caire ~>. Les Papes 8c les |
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X. Par tie. Liv. IX. 187
fondles ont-ils jamais refufe cle de-
clarer dc de faire connoitre quel etoit le fens des propofitions qu'ils ont con- damnees ? Y a-t-il jamais eu d'occa- fion, oil ll fut plus neceffaire de le faire que dans celle-ci, les propofirions etant equivoques & renfermant differens fens; Tel dira qu'il recoit la bulle &con- damnera les propofitions en demeurant attache aux dogmes des Pelagiens, pre- tendant que c'eft la grace efficace qui eft condamnee: un autre au contraire pour- ra la recevoir, & etre dans des erreurs oppofees, Pourquoi done ne pas faire connoitre le fens condamne dans ces propofitions, pour eviter de tels in- conveniens 2 N'eft-ce pas au grand fcandals des fideles chr stuns qu'on re- fufe de s'exphquer la-defTus 1 Qui font ceux qui fcandalifent, & qui meri- tent d'etre appelles snfans d'iniquhe , ou de ceux qui demandent humble- ment qu'on les eclaire ,qu'on leur fafTe voir ce qu'ils ne peuvent trouver , mal- gre routes leurs recherches , qu'on leur explique ce qu'ils ne peuvent expliquer malgre tous leurs efforrs ; ou de ceux qui refufent ces inftructions & ces ex- plications, quoiqu'ils foient charges par leur erat de le faire 2 Quand meme f eyx qui les demandent , auroienc |
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2.88 HlSTOlRE DE PoRT-ROlAt.
nioins de fondement qu'ils n'en onr,
des pafteurs charitables , inftruits par S. Paul qu'ils font par leur place re- devables aux fous & aux fages, aux fa- vans & aux ignorans, ne pourroient refufer de les fatisfaire (27). |
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j'aie recours au livre pour
le connoitre ; mais le Pape me fait defenfe de le lire. D'ailleurs , quand j'en obtiendtois la :'per- miffion, fuis-je alTiireque j'aibien reutfi a prendre Janfenius dans le fens que le Pape & les Eveques l'ont entendu i io. Je fuis perfuade que Janfenius n'a enfeigne que la grace efficace enfeignee par S. Auguftin ; & j'en ai des preuves ft convaincantes, que je n'ai aucun fujetdc croire que je roe trompe. 30. Apprenez - moi , s'il vous plait, Monfeigneur, comment je pourrai re- pondre a quelqu'un qui raifonnera ainfi , foit Pe- lagien , foit Molinifte , foit Calvinifte : Le Pape a condamne le fens de Janfenius; or le fens de Janfenius eft celui de la grace efficace : done le Pape a condamne la gra- ce efficace. 4°. Je ne puis figner le Formulaire , qua je ne croie que les propo- fitions fontde Janfenius: or, je l'ai lu Sc relu avec foin , & je ne les y ai point trouvees , il faut done que je lade un men. La
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X%7) 11 eft vrai que ce
n'eft pas une chofe aifce de reponJre aux raifons folides qu'olijede un homme qui a des lumie- res & de fa piete, contre l'acceptation qu'on exige de lui, & contre !a fou- miflion a une bulle , qui condamne des propor- tions fufceptibles d'un bon & d'un mauvais fens, ians expliquer le fens dans lequel elle les condamne. je demande io. a mon Eveque , dita til , quel eft le fens que les Papes Innocent X & Alexandre VII condamnent dans les V propofitions. Eft ce le fensnaturel, qu'ellespre- fcntent » eft- ce le fens dans lequel Janfenius les a enfeignees \ (je veux bien fuppofer qu'elles font daps I'auteut auquel on les' attribue f'aum* ment). S'il me repond que e'eft dans leur fens natu- rel , nous fommes d'ac- cord , je les condamne : mais latnille porte qfl-'el- Ies fontcondamnees dans Ik fens de Janfenius. Je demande done a Monfei- gneur, quel eft ce fens jjfe Janfenius ? II faut que |
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I. Parti e . Llv. IX.
La bulle ^'Alexandre VII |
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* W m.
lop
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aPr« i (J,4.
avoir ete afhchee a Rome aux lieux ac- xxviu. coutumes le 7 novembre 16 <6 fut .Lalni',led'^" ,., ' > lcxanire VII
envoiee en France au commencement eft envoi* ea
de l'annee fuivante ( 1 (J?7 ). Le Non- Frame> & "=." I |. - I 1 \ ?Ue P;,r a
ce la rendu au Roi le 11 de mars, & a fembiee du
l'Archeveque de Narbonne , qui pre- ^S^^ai fidoit a l'aiiemblee du clerge, a laquelle du R.oi. il la prefenta le 14 du meme mois. Elle fut recue dans l'auemblee tenue le 17 fuivant, a laquelle on avoir invite les Prelats qui fe rrouvoient a Paris. L'af- femblee ecrivir. one lettre circulaire a. tous les Eveques abfens, & y joignit un formulaire pour leur fervir de mo- dele , afin qu'il y eut une uniformite dans les foufcriptions. Le Roi donna en metne-rems une declaration adref- |
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ble, Itnon de dire que le
fuccefleur de Zozime a ete trompe comnie lui pat un fuccefleur de Pelage , qu'il faut en convenir de tonne foi , rsvenir au jugement, cortdamner let erreurs reelles des Moli- nifies, & n'en pas for- ger a plailir pour les con- damner. A-t'on jamais vfl perfonne qui ait enfei- gne les V propolitions f* A t'on quelqu'exemple que l'Eglife ait condamne des propolitions que per- fonne n'a enfcignees s |
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fonge & an parjure , en
aflurant & en juranc qu'il y a des propolitions, qui .n'y font pas: vouloit que je croie qu'elles y font , e'eft vouloir que j'abufe contre l'ordre de Dieu du fens qu'il m'a donne pour ■voir , & de la raifbn pour difcerner le vrai d'a- veclefaux. jo. Pourquoi les Eveques ne donnenc- ils pas les textes ou i!s pr£- tendenc que Janfenius a erre. Je ne fais ce qu'oB pourroit repon ire a cela- Pour moi , je n'y vols d'autre reponfe raifonna- Tome III.
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ipO HlSTOIRE DE PoR.T-R.oiAr..
'" j (j 5 j. fee a tous les Parlemens du roi'aume ,
par laqueile il ordonne que la bulle d'Alexandre VII fera publiee , & que tous les ecclefiaftiques feront obliges de figner dans un mois le formulaire. La bulle fut auffi rec,ue le 4 avril, dans une afTemblee de Sorbonne, ou elle avoit ete envoiee la veille avec le pafle- fiort ordinaire, ou la fauvegarde d'une
ettre de cachet, pour la mettre a l'a- bri de route infulte. Le 19 de novem- bre 16 5 7, le Roi alia en perfonne fai- re recevoir & enregiftrer la bulle d'A- Iexandre VII au Parlement: elle y fut publiee &c enregiftree par force , &c enfuite envoiee aux autres Parlemens du roi'aume,. Il n'y euc depuis cette annee jufqu'en 1660 & 1661 , aucune nouvelle decifion fur 1'afFaire deJanr fenius , mais feulement des querelles particulieres & des ecrits, dans le de- tail defquels nous ne pouvons entrer. Celui que nous venons de faire etoit neceflaire pour connoitre le principe & la fource de la cruelle perfecution qu'a efTuie P. R., &c qui a enfin abouti a la deftrudtion de cette fainte maifon. x%xx. C'eft le but que fe propofoient ceux Le but de • J £ • J
peux qui ont qui entreprirent de raire condamner
fii: condam- l'Au<mftin de Janfenius. Us le firent net Janfenius , . ° . , , ,
&?« de pet- bien voir par leur acharnement a vou-
JLpir qu'oncondan^natles cinq propofi-. |
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I. Pahtii. Llv. IX. 191
tions dans le fens d'un auteur , dans le- 777"! quel qn ne trouve pas meme ces propo- dre m. Ar- ntions.Car, puifqne les defenieurs de "aulcl & p* Janfenius fe foumettoient a la condam- nauon des propofitions , quoiqu'equi- voques, & quoiqu'on n'eut eu dans la cenlure aucun egard aux fages remon- trances qu'ils avoient faites pour qu'on diftinguat les differens fens; puifqueM. Arnauld , & tous les autres recevoient avec refped la Bulle; puifque perfon- ne n'enfeignoit d'erreur , de l'aveu meme des Eveques dans leur lettre cir- culaire qui fut ecrite alors par lalTem- blee , ou la Conftitution fut rec^ue; qu'etoit-il necefTaire de troubler la paix & Punion pour line queftion inu- tile 3 Si les Jefuites , ennemis declares de P. R., avoient ete des enfans de paix , & n'euflent cherche que la ve- rite , auroient-ils fait un crime a. de favans Theologiens qui n'enfeignoient aucune erreur , plus recommandables encore par leur eminente piete que par leur profond favoir, de ce qu'ils temoignoient de ladifficulte a croire que Janfenius eut erre , & qu'il eut enfeigne ces cinq propofitions J Qu'im- porte pourl'Eglife que ces cinq propo- sitions foient ou ne foient pas dans le livre d'un Eveque , qui a vecu tres at- N ij
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J5>1 HlSTOIRK DE PoRT-ROlAl?
"15TT tache a. 1'Eglife , & qui eft mort dans
une grande reputation de faintete,' De quoi les hommes ne font-ils pas capa- bles, lorfque la paffion les conduit I On fabrique cinq propofitions equivo- ques ; on les attribue a un faint Eve- que , dans l'ouvrage duquel elles ne fe trouvent pas; on les fait condamner dans le fens qu'on pretend qu'a eu en vue ce faint Prelat ; on veut qu'il ait enfeigne ces erreurs , qu'on ne veuc pas meme expliquer; on force les fide- les, les religieufes memes , d'aiTurer avec ferment qu'elles condamnent ces propofitions dans un fens vague qu'on n'explique point , & qu'on dit ctre celui de l'auteur : on traite ainfi un faint Eyeque mort en odeur de fain- tete dans le fein de 1'Eglife , au juge- ment de laquelle il a foumis fes ecrits 5 tandis que 1'Eglife , cette fage mere, en frapant d'anatheme les dogmes im- pies , les herefies &c les blafphemes des heretiques les plus envenirnes con- tre elle , epargne leur nom. Oui, le Concile de Trente , en condamnant les derniers herefiarques , les Luther , les Calvin , fuprime leur nom dans fes Canons & dans fes Decrets ; & une fociete puiflante , piquee contre un Eveque mort dans le fein de 1'Eglife , yient a bout de fake condamner fes |
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I. P A R f I t. L'lV. iXi l<Ji
buvrages» en lui attribuant des pro- iTTlT"
pofitions qu'il n'a point enfeignees, & de faire inferer fon nom dans une cenfure la plus outrageante qui fut ja- mais , & dont on n'a aucun exemple. On force meme , ce qui ne s'eft jamais vu, non feulement tous les ecclefiafti- ques , rnais encore des filles , a fouf- crire cette cenfure, avec le ferment le plus terrible. Objlupefciu cceli. » lis publierent done (dit M. Racine xxx>
* faifantle detail des calomnies (*8) tipc^™'Kt
» repandues contre P. R.) que la fou- comreP<R. *> miflion de leurs adverfaires etoit » une foumiffion forcee , & qu'ils
w etoient toujours heretiques dans le » cceur. II ne fe contentoient pas de « les traiter comme tels dans leurs " ecrirs & dans leurs fermons •, il n'y » eut forte d'invention , dont ils ne « s'avifaflent , pour le perfuader au » peuple & pour l'accoutumer a. les re- * garder eomme des gens frapes d'a-
* natheme. Ils firent graver uue plan-
* che d'Almanach , ou Ton voi'oit Jan-
» fenius en habit d'Eveque , avec des »» ailes de demon au dos , & le Paps » qui le foudroioit, lui & tous fes fec- » tateurs. Ils firent jouer dans leur a College de Paris une farce, ou ce txX) Racine , p. 74 & fuiw
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2?4 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'rAI.,
~ " meme Janfenius etoit emporte par
» les Diables , 8c dans une proceffion » publique , qu'ils firent faire aux eco- « tiers de leur College de Macon , ils- » le reprefenterent encore charge de » fers 8c traine en triomphe par un de m ces ecoliers qui reprefentoit la » grace fuffifante. Peu s'en falloic que »»faint Auguftin ne fut traite lui-meme » comme cet Eveque. Du moins le » P. Adam & plufieurs autres de leurs 33 auteurs , a l'exemple de Molina , le »3 degradoient de fa qualite de Dofteur >3 dela grace , l'accufant d'etre tombe 33 en plufieurs exces dans fes ecrits 33 contre les P&agiens, & foutenant 33 qu'il eut mieux valu qu'il n'eur ja- » mais ecrit fur ces matieres. » II arriva meme, au fujet de ce
»3 faint, un aflez grand fcandale dans »> un adte de theologie , qui fe foutint 33 chez eux a Caen , 8c ou plufieurs 33 Evequesetoient aflis:carun bachelier 33 dans la difpute , a'iant oppofe a leur »3 repondant l'autorite de ce Pere fur la »3 doctrine de la grace , le repondant « eut l'infolence de dire , tranfeat Au- 33 guftinus , comme fi depuis la Conf- ™ titution l'autorite de faint Auguftin 3> devoit etre comptee pour rien. lis » faifoientpar une horrible impiete des. |
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I. Pah.tie. Llv. IX. 295
*» voeux publics a la Vierge, pour lui sj demander que fi les Janfeniftes con- « tinuoient a nier la grace fuffifante »> accordee a tous les hommes, elle s> obtint par fes prieres qu'ils fuffent »» exclus eux feuls de la redemption que » Jefus-Chrift avoir meritee par fa » mort a tous les hommes. " lis commettoient impunement tous
» ces exces , & en tiroient an grand a- » vantage qui etoit de rendre odieux » tous ceux qu'ils apelloient Janfenif- sj tes, a toutes les perfonnes qui n'e- » toient pas inftruites a fond de ces ma- " tieres.Les mots memes de grace effica- » ce & depredefiination,fai{oient peur & » toutes ces perfonnes. lis regardoient » comme fmpects de l'herefie des w cinq propositions , tous les livres & » tous les fermons , oil ces mots e- » toient emploies ; jufques-la qu'on n raconte d'un Prelat , ami des Jefui- » tes , ( il y en a tant de ce genre , qu'il eft difficile de deviner qui etoit cet Eveque) homme fort peu » eclaire , qu'etant entre dans le re- » fectoire d'une abbai'e de fon Dio- »» cefe , &c y ai'ant entendu lire ces « paroles , qui renfermoient en elles » tous le fens de la grace efficace , }> C'eji Dieu qui optrc en nous U N jv
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u. ____.________________________.....__....._____......______......._.......... _____________
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l^S BlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
» vouloir & h faire , il impofa iilencS
» au le&eur , & fe fit apporter le li- » vre pour l'examiner ; mais il fun » aflez furpris , lorfqu'il trouva que » c'etoit les Epitresde faint Paul. « Les pretendus Janfeniftes avoient
» beau affirm ;r dans leurs ecrits , que » Dieu ne commande point aux hom- » mes des chofes impoffibles; que non " feulemair on peut refifter , mais w qu'on refifte fouvent a la grace , &c. w les Jefuites foutenoient toujours que » e'etoient des gens, qui parloient con- » tre leurs penlees , 8c ils. epuifoient « leurs fubtilites, pour trouver dans » ces'memes ecrits quelques traces des » cinq propositions. » Les Jefuites ne fe bornoient pas
» a decrier leurs adverfaires fur la » feule do&rine de la grace , il n'y. «■ avoir d'herefie , ni forte d'impiete, » dont ils ne s'effbrcafTent de les Ten- s' dre coupables. C'etoit tous les jours » de nouvelles aceufations. On difoit » qu'ils n'admettoient chez eux ni in- » diligences , ni Mefles particulieres ; » qu'ils impofoient aux femmes des » penitences publiques pour les pe- " dies les plus fecrets , meme pour de » tres legeres fautes •, qu'ils infpiroient » le mepris dc la fainte Communion t |
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t. Parti e. Llv. IX, 197
«>• qu'ils ne croioient l'abfolution du ~ » pretre que declaratoire •, qu'ils re- »» jetcoienc le Concile de Trente •, qu'ils » etoient ennemis du Pape 5 qu'ils »> vouloieat faire une nouvelle Eglife ; »»■ qu'ils: nioient jufqu'a la divimte de « J. C.; &• une infinite" d'autres ex- *» travagances routes plus horribles les »» unesque les autres , qui fonr repan^- m dues dans les ecrits des Jefuires, 8c »> qu'on ttouve rarnalTees tout nouvel- »»lement par un de ces Peres, en un »> miferable libelle en forme de Cate- » chifme , qui fe debitoit il y a pres » d'un an dans un Couvenr de Paris, *> dont ils font directeurs (28). Aux » accufations d'lierefies, ils ajoutoient »> encore celles de crime d'etat, vou- »> lant faire palTer trois oil quatre pre- »'Ores', & une douzaine de folitaires, rf qui ne fongeoient qu'a prier Dieu 8c » a fe faire oublier de toutlemonde, » comme un parri de fattieux , qui » fe fbrmoir dans le roi'aume : ils im- » putoient a cabale les a&ions lesrplus » faintes & les plus vertueufes. J'en »> rapporterai ici un exemple, par oil (18) M. Racine veut fur demtndes &■ par re-
apparemment parler d'un ftmfts > qui a paru en; ouvrage jefuitique , qui i«ji , dont il eft parl£ a pour titre : Hiflohe. de T. 8 chap. 14 de la rao- l«n[ftmn> & S. Cjrm, tale pratique. N- V
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298 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAt.
» on pourra juger de tout le refte.
» Feu M. de Bagnols , &c quelques
» autres amis de P. R. aiant contribue » jufqu'a une fomme de pies de qua- » tre cens mille livres , pour fecourir » les pauvres de Champagne & de u Picardie pendant la famine de » \6}x , la chofe ne put fe fake ft » fecretement , qu'il n'en vint quel- » que vent aux oreilles des Jefuites. u Aufli-tot Tun d'eux nomme le Pere « d'^njou , qui prechoit dans la pa- j. roilfe de faint Benoit , avanca en « pleine chaire , qu'il favoit de fcien- n ce certaine que les Janfeniftes, fous: m pretexte d'affifter les pauvres, amaf- » foient de grolTes fommes qu'ils em- s> ploioient a faire des cabales centre » l'Etat. Le Cure de faint Benoit ne^ 3> put fouffrir une calomnie fi atroce »., » & monta le lendemain en chaire ,, « pour en faire voir l'impudence &c » la fauflete. Mais l'affaire. n'en de- » meura pas la, Mademoifelle Vio- m le, fille devote & de qualite, entre *> les mains de laquelle on avoit mis, m cette fomme y, alia trouver le Pere » Vincent fuperieur de la Million ,.&, » 1'obligea.de juftifier parfon regiftrg, » comme quoi tout cet argent avoit » eteporte. chez lui, & comme. quoi. |
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f. P A R. T I E. LlV. IX. 199
» on l'avoit enfuite diftribue aux pau- 7777
" vres des deux provinces que je viens » de dire. Mais une calomnie etoit » a peine detruite , que les Jefuites » en inventoienc une autre. lis ne » parloient que de la puifTante fac- *» tion des Janfeniftes •, ils mettoient " M. Arnauld a la tete de cep ati , j> 8c peu s'en falloit qu'on ne lui don- s' nar deja des foldats & des officiers.- " Tous ces bruits pourtant, quoi- >» que fi abfurdes , ne laiffoient pas « d'etre ecoutes par les gens du mon- « de , & prineipalement a la Cour , »» oil Ton prefume aifement le mal, » fur-tout des perfonnes qui font pro- s' feffion d'une vie reglee & d'une s> morale un peu auftere. Les Jefuites » y gouvernoient alors la plupart des » confciences. Ils n'eurent pas de pei- » ne' a prevenir l'efprir de la Reine « mere, PrincefTe d'une extreme pietey " rnais qui avoit ete fort tourmentee' ** durant fa regence , par des factions « qui s'eleverent , & qu'elle craignoit » toujours de voir renattre. lis pri- » rent fur-tout foin de lui decrier les » religieufes de P. R. y 8c quoiqu'elles « fuflent encore moins inftruites des »» difputes fur !a grace que des autres » dimeles, ils ne laifToienr point de N vf
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300 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
""7777 ~ » lui reprefenter ces faintes filles ,.
» comme aiant part a routes les rac- « tions, & comme entrant dans toutes » les difputes. La perfecution fe preparoit depuis
l'ong-tems par toutes ces calomnies&- ces faux bruits, qu'on repandoit con- tre les difciples de faint Auguftin ,. fur-tout depuis la bulle d'Innocent X. On emploia alors toutes fortes de moiens pour les rendre odieux aux puiffances , en les reprefentant noil feulement comme des ennemis ca- ches de l'Etat, mais aufli comme des Sens, qui fous pretexte de penitence &c e retraite n'etudioient les anciens auteurs ,_qne pour renverfer ladifcir pline de l'Eglife , corrompre fa doctri- xxxr. ue & abolir les Sacremens.. K*mm Qtoique Meffieurs de Port-Ro'i'al jour fe juf- eulTent a la cour des perfonnes. af- l' fez genereufes pour prendre ;hauter ment leur defenfe , ils fe" crurenrce-
pendant obliges d'ecrire pour fe juf-r ufier contre.les bruits calomnieux qu'on repandoit de toutes parts. M. d'An- dilly , qui depuis neuf ans demeuroit a P. R., le fit le 10 janvien 654, par une lettre a M. le Cardinal Ma- zarin. (19) M.le.Maitre.drella dans lei (ttivmi. cmc ii.acT,,i. hlft; da Jtafefcififc?,'
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T. P ART IE. L'lV. IX. JOT _______
meme terns un grand memoire, (30) 1654,.
pour informer de ce qui fe pafloit a P. R. des Champs, qua l'onregardoit comme la cicadelle des defenfeurs de Janfenius, & oil il y avoir, difoir-ori , depuis long-tems , quarante belles plu>- mes , taillees de la main d'un meme maitre. C'eft ainfi qu'en parloit le fameux M'. Habert. xxxn Pour juftifierP. R. de toureslesca- Memo.Wie-
lbmnies qu'on repandoir, M. leMaitreM; i« Maine- , T f, ., - j • contre lesca*
entre dans un detail exact de ce qui lomnies re*
y'etoit patfe dans cette maifon depuis P»'£u« f"*
quinze ans. » Si le menfonge , dir-il ,
» felon la penfee d'un ancien Pere >
» craint avec grande raifon d'etre con-
»> nu, la verite au contraire ne craint
» rien rant que d'etre inconnue. Elle
» n'a qu'a fe rendre vifible pour em-
» pecher qu'on ne la rende fufpe&e, &t
» la feule image fidele de fes actions &t
* de fa conduite eft la juftification de
» fon innocence. C'eft pourquoi Ton
„ efpere qa'elle diffipera par falumie-
» re les nuages dont la calomnie a ta-
,,-che- de l'obfcurcir dans lefprit des
» premiers miniftres de Sa Majefte Sc
„ des plus illuftres officiers de la. juf-
i*-tica , &.qu'ils' reconnoitront , s'ils
t> daignem lire.ee c ecrit>:que cequ'il a
(jo) Ce me'moire eft imprime dans le Sappl.' dn*
Meet. deP. R- p. 3? 8c fuiv,- |
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$02 HlSTOntE DE PORT-ROIAE.'
i6(a, " plu a Dieu de faire en cette maifon
» pour fa feule gloire , fans aucun in- » teret de la part des hommes, eft * plus digne de l'eftime des gens jj d'honneur & de piete , que des dif- » famations de la medifance ,.& de la » cenfure des magiftrats. xxxm. M. le Maitre rapporte enfuire la~ re<- fbl°i"il I" traire des folitaires , qui fe font reti- p.r. res dans le defert de P. R. Il com- mence par la fienne & celle deM.de
Sericourt , & dit qn'ils ont ete feuls Eendant plus de trois ans, fe dero-
anr a la curiofite de quelques per- fonnes de grande confideration , qui defiroient de les voir; ce qui n'etoit pas un moien fort propre pour y atti- rer beaucoup de monde (51). M. de Euzancy , officier dans la citadelle du Havre ,Tils de M. d'Andilly , s'y retira en 1642 le 22 mai, fans aucune fol- licitation de leur part, ne l'ai'ant point vu & ne lui aiant jamais ecrit depuis leur retraite. Son occupation etoit d'a- voir foin du menage ;■& des biens du monaftere (}2). M. d'Eragny s'etoit joint a M.de Luzancy dans cette oc- (M) M. de Bafde vim pour alter au Chenai.
a P. R. au mois de mars (}i> II mouruc 4 Pom* 1*41. Comme M. le pone en 1S84, apres 41
Maitre n'en parle pas , il ans de penitence,
ttoit appatemmeut ford |
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I. P a r. t r e. Liv. IX. 303
cupation (33). M. Pallu docteur en
medecine fe retira a P. R. en KJ43 , & fervit de medecin. II fur accompa- gne dans ce charitable exercice par un chirurgien fort habile, ( M. Mo- reau , qui apres avoir abandonne la folitude , & ctre rentre dans le mon- de, eut le bonheur de mourner a P.R.,. 011 il mourut en 1.6&8.) En 1(345 » M. d'Andilly voulant donner plus par- ticulieremenr fes dernieres annees a Dieu, choifit P.R., ou il s'appliquoit a la traduction de plufieurs excellens ouvrages , & a la culture des arbres. M.des Playes, ou de Plais , honnece homme de laCour, &c ami de M. d'An- dilly , l'avoir accompagne. Ce M. de Plais avoir ece converti en 1640 par la lecture de l'Ecriture fainte. Il etoit parent de M. & Madame Saint-Ange» Apres la retraite qu'il fita-P. R. , il continua de vivre dans la piete juf- qu'a. fa mort arrivee en 1 <? 51. Depuis KJ39, jufqu'en 1645 , il n'y avoit qu'un prerre feul a P. R. , & pas un theologien ; M. Arnauld le dofteur ,, n'y etant venu qu'en 1648. Cepen- dant on debitoit qu'il y avoit une Gommunaute de quarante ecclefiafti- ques. Il en eft de mcme des quaran? (}3) lleftmorti-P. R.en i*«».
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£04 HlSTOIRE DE PoRT-R.OlAl.7
etudians, & des quaranu belles plumci
taillies de la main d'un mime maitrz felon M. Habere. En 1647 , M. Boulli , d'une hon~
nete famille de Paris, quitta un Ca- nonicat d'Abbeville pour fe retirer a P. R, (ouil mourut en 1668).» Un Gentilhomme de Poitou , ( Baudry de Saint Gilles d'Aflbn vint la meme an- nee a P. R., & y mourut auili en 166$ , epuifepar les aufterites & les ceuvres de charire) (34). Voila l'etat ou etoit P. R. jufgu'au commence^ mentde 1^48 , que les religieufes vin- rent l'habiter. Alors elles eurent be- foin de plus d'un pretre ; & M. Ar- nauld le docleur , qui jufques-la n'y avoit point ete ;y vint avec M.de Sacy, qui fut fait pretre l'annee fuivante. 11 y fut fuivi peu de tems apres d'un docteur en theologie de fes amis , ( M. Bourgeois qui avoit ete a Rome ;- il venoit de terns en tems faire des re- craites ). M. Akakia l'aine , appelle Dumont: M. de Bellair, jeune horn- me de condition , (35) M. Girout & M. Girout de BefTyl freres d'une reli- gieufe , fe retirerent cette meme (j4) V. (Jans leS11ppl.dll (55) Il mourut en ttfp>
Necr. p. s8 & fuiv. ieux au chateau de Vaumu-
pieces imporrantes au fu- ri«,.
jet de M. Bawdry,, |
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I. P A R. T I B. L'lV. IX. 3O5
annce a P. R. , ou le premier prit
foin de la facriftie , ( & y mourur en x6-?z ,). L'autre , qui eroit capitai- ne dans un vieux regiment , tint i bonheur de s'emploier a regier le nouveau menage , que les religieufes etoient obligees d'entretenir dans la bafTe -cour de rAbbaie. (II mourut en 165 9 ), M. le Maitre oublie ici M. Charles dci Chemin , qui vint a P. R. cette annee 1649 , & y demeura juf- qu'en 1687 qu'il mourut ( 36). M. Pi- zon de Betoulat de la Petitiere , con- verti en 1642 , n'etoit venu qu'en 1648 a P. R. pour y demeurer , apres avoir appris le metier de cordonnier. Il demeura pour cet erfet chez un mai- tre comme apprentif, fans etre connuv II tenoit en regie les garcons & les en- fans , les menoit aux offices, 8c leur lifoit l'Evangile & la vie des Saints- Quand fon apprentiflfage fut fini, fon Rjaitre qui en etoit tres content & tres edifie , le voulut garder , & lui orfrit de gros gages pour refter ehez lui. II rnourut a Paris en 1679 , & non en 1670, comme le marque le necrologe- p. 15. Environ deux ans apres le retour des
religieufes a P. R. des champs, M. Har- (j«; Voicz let mem. deM.duFofl&, £>.«?«, |
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30<? HlSTOIRE BE PoRT-ROlXX.
mon dodteur en medecine y vine Sc
fucceda a M. Pallu. Un jeune gentil- homme de Normandie ( M. Def- ehamps des Landes, ) qui avoir erudie en medecine, pour l'exercer par cha- rite a la campagne, vinr peu apres , ( en 16 5 o ) fe joindre a M, Hamon, il mourur a P. R. en r<J68. M. Duchene ( qui avoir etc a Rome avec M. Bour- geois ) fe rerira aupres de M. le Due de Luines , donr il avoir ere profefTeur de philofophie , lorfque ce feigneur penfoit a le faire barir une mailbn art- pres de P. R., pour y vivre dans la rerraire ($ 7). Vers le meme rems, une dame veuve ( Madame de S. Ange ) s'eranr fair religieafe a P. R. de Paris fon fecond fils ( M. le Charon d'Epi- noy, ) touche de l'exemple de la piere de fa mere , vinr (en 1651 ) demeu- rer avec M. d'Andilly & fes proches , qu'il avoir connus des fon enrance ; & qui eroient lies d'une arTedtion parri- culiere avec route fa famille. (;7) Louis Charles A!- nom de Laval. Dieu ne
Bert , Due de Luines, fie pas a ce Seigneur la
ai'ant perdu fon epoufe , grace de perfev6rer dam
Tecut pllifieurs annees la retraite; car il retour-
dans une grande picte au na an monde , epoufa une
chateau de Vaumurier, de fes proches parentes3
qu'il avoit fait batirprcs apres la mort de laquelle
de P. R. Cette retraite il fe maria une troifiemc
nous a procure les tra- fois, 8c moutut en i£)o.
iu&ioas donuces fous le |
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I. Part if.. Liv. IX. 307
Outre ces folitaires, il y avoir quel-
ques enfans , que leurs parens , amis de P. R. y avoient mis, dans la per- fuafion qu'ils feroient mieux eleves a la campagne. Parmi ces enfans, il y en avoir un nomme du Fai, fils d'un gentilhomme huguenot de Sedan , qui avoir quitte fon pere pour fuivre fa mere qui etoit catholique depuis pen. Ce fut M. de Paris qui envoi'a lui-me- tne ce jeune gentilhomme a P. R. , erant perfuade, comme il le marquoit dans la letrre a la mere abbefle, qu'il n'y avoir gueres de perfonnes plus dif- pofees a faire charire a cer enfant, &c qui fe portaflTent avec plus de zele a le bien inftruire dans la foi, dans la pie- te & dans les lettres. Apres avoir parle des perfonnes qui
etoient a Port-Roi'al,M. le Maitre rap- porte' comment ils etoient loges. Dans le dehors de la baflfe-cour etoient deux {tretres, avec M. d'Andilly, lefacriftain,
e chirurgien & celui qui avoir foin dn menage de la bafle-cour : le refte au nombre de dix ou douze, fans comp- ter les enfans & leurs maitres , etoient loges en haut a la ferme, dans deux petits batimens aflez eloignes l'un de i'autre , & un aurre encore plus petit couverc de chaume.. Voild ce. que Ton |
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Jo8 HlSTOIIU DE PoRT-Rc/lAf..
reprefentok a la Cour comme une place
forte, &donton faifoit un fantome-, pour lui faire ombrage ' une quinzai- ne de pieux folitaires qui ne penfoient qu'a prier Dieu, & une douzaine d'en- fans ; voila, dis-je , les perfonnes dont on faifoit peur i la Cour , & qu'on vouloit faire paffer pour un peuple re- doutable a l'Etat. M. le Maitre repond enfuite ice que
Fon obje&oit, que tant de perfonnes ne pouvoient demeurer en un meme lieu , fans compofer une aflemblee il- licite, a moins que d'y etre etablies par les puiflances ecclefiaftiques & fecufie- res : il dit que cela eft vrai, pour l'e- tabliflement d'une communaute qui fafle un corps dans l'Eglife & dans l'Etat> qui fok capable des droits &c des privileges canoniques 5c des effers civiles qui ne peuvent etre commu- niques qu'a des compagnies reconnues & autorifees par les puiflances fupe- rieures; » mais, dit M. le Maitre , y que des perfonnes qui demeurent •» enfemble, aient befoin de ces for- »malites neceflaires pour l'etablifle- *> ment des communautes , lorfqu'ils » font ties eloignes d'en faire aucune , *> e'eft ce qu'on n'a ni lu dans les livres* m ni vu pratiquer dans aucun roi'aume* |
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I. Partie. Liv. IX. 309
«> Or il n'y a» dit-il, ici aucune for- ~ n me de communaute: il n'y a ni eglife »> ni chapelle dans la ferme ; on n'y » fait ni vceux ni profeffions , quoi- »» que d'ailleurs on les refpe&e *, il n'y a •> nulle regie que l'Evangile , nul lieu » que celui de la charite catholique & » tiniverfelle", nul interet ni en parti- » culier, ni en commun, que celui de " gagner k c'el- Ce n'eft, ajoute M. >» le Maitre, qu'un lieu de recraite » toute volontaire & toute libre, out »» perfonne ne vient, que l'efprit de « Dieu ne l'y amene , & oil perfonne » ne demeure , que parceque l'efprit i» de Dieu l'y retient. Ce font des amis >» qui vivent enfemble, felon la liberte » ordinaire & generale que le Roi laif- » fe a tous fes iiijets $ mais des amis » chretiens, que le fang de Jefus-Cbrift i> rcpandu pour tous les hommes, &la »> grace de ce fang repandue Sdans leurs » cceurs par le faint Efpritont joints en- » femble d'une union plus etroite, plus w ferme & plus pure, que ne font les *> plus fortes & les plus intimes ami- ,» ties feculieres. » Si c'eft un crime d'etre lies par
» une affection fi fainte , & de n'etre » qu'un cceur & qu'une ame, de ne te- » njr rien plus eloigne d'un chretien fc* |
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JIO HlSTOIRE BE PoRT-ROlAE.
» litaire & retire, que de s'occuper
w 1'efprit de ce qui fe paffe dans le » public & dans la conduite politique » du roi'aume, & de ne s'etudier a rien. « davanrage qu'a oublier le monde, « & a. ne fe mettre point en peine de « fes nouvelles, de fes affaires, nide fes » intrigues : c'eft le crime des pre- » miers fideles. Et fi c'eft une adtion « de juftice d'empecher qu'il ne fe trou- " ve quelques perfonnes qui tachent ?> de vivre en vrais chretiens dans un " meme lieu, au vu & au fu de leur » Eveque qui daigne les honorer de » fa bienveillance & de fon eftime , « c'eft d'une juftice qui n'a ete propre » qu'aux plus injuftes perfecuteurs de » la religion chretienne , & qui fera « fans doute toujours en horreur aux » premiers Magiftrats & aux premiers «. Miniftres d'un roi'aume tres chre- « tien. » Que fi c'etoit faire un corps de
« communaute interdit par les ordon- i, nances , de prier Dieu en particu- » lier cinq ou fix enfemble, felon que » Ton fe rencontre,fans dire autres cbo- ■» fes que les prieres ordinaires de l'e- » glife •, fi c'etoit faire une union ille- » gitime, que de manger dans une me- e> me falle, & rendre fes repas pro- |
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L P a n. t i e. Llv. IX. 511
>» fanes que d'y faire des leftu- I(j54"
» res faintes, au lieu de s'y entretenir
» de vains & inutiles difcours; fi c'etoit
» faire une entreprife de mauvais exem-
» pie &d'uneconfequencepernicieufe,
»» de vivre fobrement & de rendre les
" jeunes de l'Eglife un peu plus longs
» que Ton ne fait d'ordinaire, 8c fui-
» vre en ce point le fentiment du Car-
« dinal Belfarmin , aufli-bien que de
» tous les Peres , fans y obliger nean-
3j moins perfonne, & etant trcs eloigne
» de trouver a redire a ceux qui ne le
» font pas ; il faudroit conclure que ce
» ce que faint Bafile appelle une profef-
„Jion plus pure & plus exacle du chrif-
w tianifme feroit devenue en nos jours
»> une profeffion difcndue j qu'on au-
M roit moins de liberte a pratiquer fo-
« lidement la vertu & la religion, que
m les gens du monde n'en ont a s'aban-
» donner au vice , & qu'un petit nom-
« bre de perfonnes ne pourroit pas im-
m punement fervir Dieu, lorfque tant
» d'autres peuvent fi impunement fer-
»» vir le Demon.
» Mais auffi , graces a Dieu , on
*» n'eft pas reduit a ces termes. On n'a » point encore oui dire qu'il y ait des » loJx dans l'Eglife & dans l'Etat, qui |
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j?
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obligent d'obtenir des lettres patent
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Jit HlSTOIRK DE PoRT-ROlAI.
» tes duRoi & des brefs du Pape, pour
» pratiquer les fimples exercices de la " religion ohretienne fans aucun infti- v tut particulier. Et ainfi Ton efpere » que toutes les perfonnes equitables « qui verront avec quelle fincerue & •> quelle candeur on expofe a leurs yeux »tout ce que le feul efprit de Dieu , « fans aucun deffein forme de la part »> des hommes , fans aucune intrigue, m fans aucune intention 6c fans aucun « interet, a fait depuis quinze ans dans « cette maifon, n'auront fujet que de « benir Dieu , qui fe fait quand il u veut & ou il veut, des ferviteurs qui »' l'adorent en efprit & en verite; & « qu'ils jugeront que pour mener une »» vie de cette forte, qui n'eft que la » fimple obfervation de l'Evangile , il « ne raut point d'autres lettres patentes - que celles de Dieu fcellees par fon s> efprit, ni d'autres brefs que cette » grace apoftolique qui a peuple l'E- « glife des trois premiers fiecles de ?> pareilles retraites de piete & do *» femblables maifons d'amis chre- »> tiens (j 8 ) ,,. C'eft ainfi que M. le Maitre detrui-
f?8) Vokez la lettre elle rapporte de quelle
78* de la mere Angeli- maniere les folitaires de ijue, T. J. p. in , oti P.R. fe font affembles. fit
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IPartie. L'tv. IX. %15
fit tomes les calomnies qu'on repan- .- ' doit contre P. R. Ce memoire etoit date du 9 Janvier 1654 ; & l'annee fuivante on en envoi'a un autre au Car- dinal de Retz, qui etoit a Rome , pour repondre a tous ces difcours fans fon- dement qui couroient jufques-la. Jufqu'icilapersecution n'avoitpoint I(j .
encore eclate : ce f ut en 1655 qu'elle xxxui. commenca, a l'occafion de deux let- Commence* 1 ,*, . , , 1 meiu de Is
tres de M. Arnauld , clont nous par- petfecmion.
Lerons bientot. Ce celebre dodeur condune& , . . -. occupation
avoit toujours garde un prorond hlence de m. At-,
fur tout ce qui s'etoit paffe dans les nauld- afTemblees du Clerge , pratiquant ce que dit l'ecriture : Homo fapiens tacebit ufqut ad tempus, Eccli. 10 f. 7 5 & il fe contentoit de gemir en fecret des plaies que cette malheureufe que- relle faifoit a l'Epifcopat & a l'Eglife. Ce fut vers ce tems-la , que lui & fes neveux commencerent la traduction du nouveauTeftament,imprime depuis aMons ,qui ne futachevee que long- tems apres. lis travailloient audi a de nouvelles vies desSaints, & preparoient des materiaux pour le grand ouvrage de la Perpetulte de la foi. Lesreligieu- fes de P. R. donnerent occafion a ce bel ouvrage , en priant M. Arnauld de faire un recueil des plus confidera- Torne III. O |
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J14 HlSTOIRE DE PoR.T-R.CHAI.
~" X£t j, bles paflagesdesPeres fur1'Euchariftie,
& de partager ces paflages en plufieurs lemons pour les matines de tous les jours de l'anne^e. Ce recueil eft ce que l'on appelle l'oflice du faint Sacrement. M. le Due de Luines, qui depuis fa retraite avoit fort etudie les Peres de l'Eglife, & qui a ,-oit un tres beau ge- nie pour la traduction, s'emploia auili a ce travail. C'eft a quoi il s'appliquoir dans fa folitude & non pas a ces occu- pations bafles & ferviles , que le* courtifans lui attribuoient fauflement pour tourner en ridicule une vie tres noble 8c tres chretienne qu'ils ne fe fentoient pas capables d'imiter. xxxiv. Le filence que M. Arnauld s'etoit m. Arnauld imp0fe fur les matieres de la erace
ecrit au fuiet , * \ i i H r
du refus de dura pres de deux ans; mais il rut
l'abro'.ution enfin oblige de le rompre par une oc-
Ducde Lian- cafion aflez extraordinaire. M. le Due
tourt. jg Liancourt, qui par fagrande piete
a edifie la France jufqu'au dernier fou-
pir , s'erant prefente au tribunal de la
penitence vers le mois de fevrier 1655,
un pretre de la paroifle de faint Sul-
|>ice , ( M. Picote ) aiant entendu fa
confefllon, lui declara qu'il ne lui don-
neroit point l'abfolution, a moins qu'il
ne lui promitde rompre tout commerce
ayee Meflleurs de P. R. , de retirer
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I. Partie. Liv. IX. 3x5
Mademoifelle de la Rocheguion fa pe-
tite fille qui ecoit penfionnaire au mo- naftere des Champs , & qu'il ne con- gedur. de chez lui M. l'Abbe de Bour- zeis^ 9)-,carM. Picote qualifioit M.de Bourzeis de janfenifte & d'heretique, & pretendoit que fa compagnie & les liaifons de M. de Liancourt avec P. R. etoient autant d'occafions prochaines de pecher, dont ll devote ie feparer, pour etre en etat de recevoir Tabfolu- (39) M. de Bourzeis ne zeis compofa fur cette
le isavril 1S06 iVolvic , maiiere plufieurs ouvra-
pres dc Riom en Auver- ges excellens , dans lef-
gn; , fe rendk habile quels il detendit les vcri-
dans les langnes greques tes de la grace , la doc-
& liebrai'qu-s , dans la trine & la perfonne de
philofophie , la theolo- Janfenius. 11 combattic
gie , Its belles lettres, & vivement le P. Pierre de
fur tout dans la contro S. Joreph , Feuillant, le
verfe. Etaut allc a Rome V. Petau , le P. Defchamp
a 1'age d- 17 am , le Pere & auues. O tut contre
Arnould j&uite, fon pa le dernier , qu'il pub'.iale
rent , ofa le produ<re fur bel ecrit intitule : S. Au-
ce grand theatre comme ^ujiin viBorieux de Cal-
un genie extraordinaire, via & de Molina. , &c.
A fon retour en France , M. de Bourzeis n'eut pas
le Due de Liancourc, qui ravantage de perfeverer.
faifoit cas des gens de let- S'Scant n.alheureufemenc
tres , lui offrit un appar- ttop engage .dam la fre-
temenr dans fon hotel. Le quent.tion de la Cour y>
Cardinal de RichJieu le & dans l'amitie duCardi-
choifit pour etre un des nal M .z.irin , il eut nj/
rnembres de l'Academie foiblefle de figner le for-,
Franc,oife , qui! venoit mu'aiie le 4 novembre
d'etaMir , & M.de Col- 1661. Alors MeBieurs de
fcert pour etre de celle des P. R. ccflerem de le voir.
Infcnptions. Lor<que les M. deBourzds ift mort difputes fur la grace s'e- a Patis lez daout 1671.
leverent , M. de Bout- Oij
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3 l6 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
J65 5. tion. On n'auroit peut-etre pas faic
beaucoup d'attention a. 1'entreprife te- meraire de ce coufefTeur, fi M. Oli- ver cure de faint Sulpice n'eut approu- ve la conduite de M. Picote, & pris des mefures pour faire refufer la com- munion a M. le Due de Liancourt, erj cas qu'il fe prefentat dans fon eglife, Ildeclaramemeauneperfonneenvoiee de la part de ce Due , qu'il le prioit de ne s'y point prefenter. Neanmoins M. Olier fe relacha quelque terns apres & lui envoia dire qu'il pe lui re-* fuferoit pas la communion. Comme cette affaire avoit fait beaucoup d'eclat k Paris & a la Cour, M. Arnauld etant confulte fur ce fujet (40), en dit fort fentiment dans une lettre qu'il ecri- vit le 14 fevrier fous ce titre : Lettre dun Docleur de Sorbonne a une perform* de condition , fur ce qui ell anivi de~ puis peu dans une paroiffe de Paris a un Seigneur de la Cour. M. Arnauld fait voir dans cette lettre l'injuftice du procede du confefleur de faint Sulpice, & foutient que l'on n'eft en droit de refufer les Sacremens qu'a des heretic ques connus, convaincus , condam- (40) Voi'ei 1« trois p. 13 f tc fuiv...; Cmtfa
premieres lettres p-ov.... Arnald,... Font. T, ?, p, Qmflion curieufe , ou vie ioj & fuiv, '' ubrcgee... Mem. du Foffi
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I. Partis. Liv. IX. }ij
nes & excommunies par l'Eglife ; que j £, *, les ecclefiaftiques qu'on accufe d'etre heretiques & de foutenir les propofitions condamnees , font bien eloignes de ce fentiment, » puifque d'une part ils m condamnent fincerement les V pro- " pofitions cenfurees par le Pape , en »> quelque livre qu'elles puiflTent fe « trouver, fans exception » ; & que d'ailleurs, bien loin de foutenir aucune opinion nouvelle fur la grace , ils n'en ont point d'autres que celles qu'ils one puifees dans l'Ecriture , dans les Peres & la Tradition ; en un mot qu'ils n'en- feignent & ne croient que ce que croit & enfeigne l'Eglife catholique & ro- maine •, qu'enfin quand bien meme on fuppoferoit que ces ecclefiaftiques fe- roient tombes dans quelqu'erreur, de fimples pretres n'etoient pas en droit de les feparer de la communion , avanr qu'ils euflent etc juges & condamnes par leur fuperieur. Cette lettre ecrite d'une maniere
fort vive & remplie de beaux paflages des Peres , fut aufli-tot attaquee par un grand nombre d'ecrits (41), que M. Arnauld refuta tous dans une feconde lettre, fous ce ritre : Seconde Lettre de M. Arnauld, Do&eur de Sorbonne , (41) II y en cut jufiju'd neuf.
O iij
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31S Histoire de Port-roial.
a un Due & Pair de France (41) >
pour Jervir de reponfe a plufieurs ecrits qui ont ete publics conire fa premiere lettre fur ce qui eft arrive a un Sei- gneur de la Cour dans une paroijfe de Paris. Cette lettre eft dtvifee en deux parties, done la premiere eft emploiee a foutenir ce qu'il avoit avance dans fa premiere lettre \ & dans la feconde partie, il juftifie la foumiftion qu'il rend a la bulle contre les V proposi- tions , & foutient que fes adverfaires doivent fe contenter de cette declara- tion qu'il avoit faite : Je condamnefln- €eren;entles Vpropnfltions condamnees3 en quelque livrequ'on les puiffe trouver, fans exception , & par confequent, ajou- te-t-il, avfji bien dans le livre de Jan- fenius , que dans tout autre ou elles fe trouveront. Il prouve ce principe par plufieurs autorites Sc plufieurs exem- ples : enfuite il accufe fes adverfaires d'attaquer l'autorite de faint Auguftin Sc d'en vouloir a fa doctrine, en eta- bliflant une grace fuftifante donnee a tous les hommes, meme aux idola- tres Sc aux impies. Il s'eleve contre ce dogme , & foutient qu'on n'eft pas oblige de croire que les idolatres Sc les impies , poufles par le demon on (41) Ce Due Sc Pau cuutM. do Luincs,
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I. P A R T I E. L'lV. IX. 519
"par leur cupidite a violer la loi de Dieu
Sc celle de la nature, ont une grace fuflifante , interieure , pour pouvoir vaincre ces tentations ; c'eft-a -dire de bonnes penfees & des mouvemens ac- tuels dans leur entendement & dans leur volonte , pour les detourner du mal & de l'idolatrie : que Ton n'eft point oblige de croire que ceux qui font dans 1'ignorance de ce que Dieu demande d'eux ; ceux qui ne croient rien faire que de legitime, en violant la loi de Dieu •, que les Juifs qui croioient obferver la loi de Dieu en demandant le fang de Jefus-Chrift; que les perfon- nes les plus debordees , qui avalent l'iniquite comme le miel, qui font confifter leur felicite a. fe livrer a tou- tes leurs paffions , ceux que l'Ecri- ture dit avoir ete laifles & abandonnes a leurs voies & auxdefirs de leurs coeurs endurcis & aveugles ; que les athees ou les infideles, &c.; qu'on n'eft pas , dis-je, oblige de croire que tous ceux dont on vient de faire l'enumeration ont toujours une grace interieure ac- tuelle, qui les eclaire & les porte au bien. M. Arnauld foutient encore que Ton n'eft pas oblige de croire , que les tentations de colere, d'orgueil , d'envie, &c. ne font jamais faire de O iv
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JIO HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
fauces aux juftes &c aux gens de bien .
fans qu'ils aient dans la tentation meme la penfee& lemouvementa&ueldene la point faire; que l'on n'eft point oblige de croire que la constitution d'Innocent X ait renverfe la do&rine de faint Au- guftin & de fes difciples; qu'elle ait oblige de croire comme article de foi que la grace interieure, qui eftnecef- laire a la volonte, afin qu'elle puifie vouloir ce que Dieu exige d'elle, ne lui manque jamais dans l'occaiion ou elle peche. Il allegue a ce fujet l'e- xemple de faint Pierre, & cite deux f>a(Tages , Tun de faint Chryfoftome ,
'autre de faint Auguftin, d'ou il tire une conclufion qui a fervi de princi- pal fondement a l'injufte cenfure por- tee contre lui: Voici les paflages & la conclufion. Saint Jean Proposition de S. Auguftin,
Chryfoftome. M. Arnauld. la chute de S. Les Peres Qu'eft-ce que
Pierre ne lui ar- nous mon- l'homme fans la
riva paspour a- un . fte grace de Dieu ,
voirete rrouen- , -' finon ce que tut
vers J. C. , mais enlaperlonne Saint Pierre lorf-
parce que la gra- de S. Pierre , a qu'il renonca J.
ce lui manqua. quiLAGRACE, C ! Et c'eft pout
Elle ne lui arriva SANS LAQUEL. cette raifon que
pas tant par fa le Sauveur aban-
negligence, que 1E ON NE donna S. Pierre
parce que Dieu PEUT RIEN , a pout un peu de
l'avoit abandon- aianqud dans terns , ajin q,m
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I. Pa ri ie. Liv.IX. 3*1
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tit, pout lui ap- une occafion , tous 1" hornmes 16 J J.
prendre i nc: fe d t pullentreconnoi-
pas elever au-def- ,. r .•. tre pat fon exem-
fus de l'infitmite Pfs dir? 1u,11 pie, QU'ils n»
humaine,& pour n'ait point pe- peijvent men
fake reconnoitre cW. SANS LA grace
aux autres Apo- de Dieu. Serin.
tres par fon e- de Temp. 114.
xemplt , que
sans Dieu r'OH
HE PEUT MEN.
Horn. 71. in
Joan. & 31. in Ip. ad Hebr. Il y avoir du tems que les ennemis <?Snr'j
de M. Arnauld arrendoienr avec impa- m. Arnauld tience quelqu'ouvrage avoue de lui,ea Sotbonne. oil ils pufTent , foit avec quelque fon- dement, foit a tort, trouver une raa- tiere de cenfure. Cette lettre vint fort a propos pour eux, & ils prerendirent qu'il y avoir deux proportions erro- nees , l'une de fait, qui confiftoit, felon eux, en ce que M. Arnauld avoir dit que , des perfonnes qui ont lu Jan~ fertius avec foin , & ny ont point trou- vi les proportions qui lui font attributes dans Vexpofi de la conjlitution du Pa- ve , ne peuvent declarer en confcience quelle* s'y trouvent , quoiquen meme. tems ils les condamnent en quelques U- vres quelles fe rencontreni : quaurefle. quand ils ft tromptroient, ce n'ejl quurt foint de fait, dont lesyeux font juges^ O v
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JZi HlSTOIRE T)l PoRT-ROrAI.
tf non point de foi, qui ne peut itre etabli que fur la revelation divine, quain- Ji on ne peut les trailer d'keretiques, de- clarant neanmoins , qu'Us font rifolus dt s'abjlenir de toutu contejlations fur ce fait meme , & de garder unfilence ref~ peclueux, qui efl, dit-il, la plus gran- de foumiffion qu'on donne aux Conciles mime oeiumeniques dans cesfaits par- ticuliers. Voila la premiere propofition, pretendue erronee de la lettre de M. Arnauld : On la qualifia , Quefion de fait. La feconde propofition , qu'on appella la Que/lion de droit, eft celle que nous avons rapportee ci-defFus , Les Peres nous montrent , &c. M. Arnauld, volant qu'on meditoit
de faire cenfurer fa lettre, ecrivit le 16 aoiit 1655 a Alexandre VII, pro- teftant de fon attachement & de Ion obeiflance au faint Siege, au jugement duquel il fe fomnettoit.Ce qui n'empe- cha pas que fa lettre a unDuc &Pair ne fut denoncee le 4 novembre a l'aifem- bleepar M. Guyart docteur de la facul- re. M. de Saint-Amour fit des efforts inutiles pour empecher 1'examen , en difant que M. Arnauld avoit ecrit a A- lexandre VII, & qu'on avoit avis que fa Saintete avoit recu la lettre. En vainM. Mefiiers Doi'en de la faculte, reprefenta |
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T. Parti!. Liv. IX. 3x3
<ju'il ne falloit rien precipiter dans cette affaire; la cabale prevalut : il fut de- cide qu'on procederoit a l'examen, & on nomma^pour commiflaires , des en- nemis declares pour la plupart de M. Arnauld; favoir , Corner, Chapelas , Lemoine, , de Breda, Bail, & le pere Nicolai Dominicain , avec le Doien & le Syndic. Le premier de decembre , M. Chapelas , l'ancien des deputes , fit fon rapport , & le continua le lende- main. II donna l'extrait des princi- paux endroits que les deputes avoient trouves dignes de cenfures , & les re- duifit a deux chefs , l'un qu'ils appel- loient queftion de fait , l'autre queftion de droit. Au lieu de propofer d'abord la queftion de droit a la faculte , on commenca par celle de fair , le 7 de- cembre 5 on continua la deliberation ( 43) le 1 o , le 17 , le 18. M. de Pe- refixe Eveque de Rhodes , depuis Ar- cheveque de Paris , aiant porte des plaintes au Roi fur ce qui fe paflbit dans ces alfemblees , c'eft-a-dire fur ce qu'il pretendoit que les do&eurs (43) Voi'ez les differen- de ce grand homme , foil
tes particularity de ces amour pour la paix , fon
deliberations , dans les humilite.fon refpcct pout
lettres de M. Arnauld , le faint Siege, lett. is,
T. 1 lett. 1; p. no, quel- p. in. Lett. 17 p. )5?»
; *s etoient les difpofitions 8cc. Lett. ;; p. i«s 8tc
O vi
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314 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
j 6 < 6~ ^c°ient longtems a opiner , le Chan-
celier Seguier , tout cade de vieillefle , eut ordre d'yprefider. II y vintldo du mois avec tout fon cortege de ce- remonie , & continua de s'y trouver les 22 , 23 , , 24, 29 ,30 &c 31 jours de decembre 1655 5 & les J > 7 > 8 j 10, 12, 1 3 & 14 de Janvier de l'an- nee fuivante. On peut juger fl le chef de la juftice du ro'iaume , touc devoue aux principaux ennemis de M. Arnauld , dont plufieurs etoient fes penfionnaires, aififta aux aflemblees pour y maintenir la liberte des fuf- frages. xxxvi. Le 14 de Janvier, tous lesdocteurs
Juecment de .. i / 1, • i
JaSoibonnc aiant acheve d opiner , on compta les
iiiffragesj & il s'en trouva 120 , du nombre defquels etoient 40 mendians & fept Eveques , qui furent d'avis de declarer la proportion de M. Ar- nauld ,qui regardoit le fait, temeraire, fcandaleufe , injuritufe au Pape, & aux Eveques , & mime comme dormantfujet de renouveller entierement la doctrine de Janfenius ci-dejjus condamnee. \\ y eut 7 2 do&eurs qui ne furent point d'avis de Iacenfure : 8 ou 10 autres do&eurs prirent des avis, finguliers* La cenfure rut arretee par le Doi'en a la pluralite des Yoix,, & I'aJTefiibiee, fat |
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I. Pamie. Liv. IX. $25
remife au 17 pour deliberer fur la queftion de droit. Le 17 l'aflemblee fe tint, & on y
arreta que le tems d'opiner pour cha- que docteur ne pourroit etre que d'une demie heure. Le but de cette delibe- ration etoit d'empecher les docteurs favorables a M. Arnauld , de parler pour fa j unification aufli longtems qu'ils le vouloient faire. En confe- quence du reglement , on mit fur la table dans les aflemblees fuivantes un clepfydre , ou un fable , qui etoit la mefure de ce tems ; invention non moins odieufe en pareilles occafions , que honteufe dans fon origine, & qui au rapport du Cardinal Palavicin, ai'ant ete propofee au Concile de Tren- te par quelques gens , fut rejettee avec indignation par tout le Concile. M. leChancelier vint enperfonne dans l'aflemblee du 24 Janvier , pour faire obferver, comme il le dit lui-meme*, ce honteux reglement que la com- pagnie avoit fait touchant le tems d'o- piner. On avoit commence a delibe- rer fur la queftion de droit le 18Jan- vier 16 5 6 , Sc on continua les aflem- blees les jours fuivans , 19 , 20 , 21 ,. 22 , 24 , 15, 16 , 27 , 28 , 29. M. je Cbaacdier qui avoit aflifte a lfa£s |
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$l6 HlSTOIRI CB PoRT-Ro'lAt.'
' j(jc(f, femblee du 24 , aiant appris que fot~
Xante amis de M. Arnauld s'etoient retires des le lendemain , ne crut plus fa prefence necefTaire aux afTemblees , pour faire obferver le reglementdu. clepfydre. xxxvn. Le 16 Janvier 1656 ■> M. Arnauld Probation Voiant que fa condemnation etoit ine- nauia. injur- vitable , pafla un a6te pardevant le tjcecieiacen- Carron & Galoys Notaires au Chate- toatre lui. let, par lequel il protefta de nullite contre tout ce qui s'etoit fait & fe fe- roit contre lui- dans les afTemblees de Sorbonne, & fit fignifier cet adte le lendemain. Mais on n'y eut aucun egard •, & le 29 du meme mois , les do&eurs aiant acheve d'opiner fur la queftion de droit , la feconde propo- fition f ut declaree impie , blafphcma- toirt , frappee d'anatheme & hereti- que, par trois Eveques & 127 doc- teurs. Lacenfure futliie & confirmee dans l'airemblee du premier fevrier , & fignee le 18. Il fut de plus arrete , que fi M. Arnauld ne fe foumettoit a la cenfure & n'y foufcrivoit, il fe- roit retranche du corps de la faculte. Et dans FafTemblee du premier de mars , il fut ordonne par ordre du Roi , que tous les bacheliers & doc- teurs feroient cenus des a prefent, 8c |
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I------—------r—,-----.---------------'------------'-----------------------------------' '
I. P a b. t 11. Liv. IX. 317
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A l'avenir de foufcrire a cette cenfure. '
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i<>5<»«
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Celt ainfi que fut traite le plus grand
homme qu'ait jamais eu la Sorbonne , par la cenfure la plus criante & la plus injufte pour le fond & pour la forme : injufte pour le fond , puifque la Sorbonne en condamnant les deux |
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E
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ropofitions de M. Atnauld condamna
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le langage de 1'Ecriture & des Peres j
injufte pour la forme , puifque routes les loix naturelles & humaines , les regies les plus communes de I'equite 3 Sc les ftatuts de la faculte de theologie furent violes par ce jugement. i°. On refufa a M. Arnauld la juftice , qui s'accorde tous les jours dans tous les tribunaux aux plus grands criminels » auxquels on permer de recufer les juges , qui font raifonnablement fuf- pects : on lui donna meme pour com- miflaires fes ennemis les plus declares , fans avoir aucun egard , ni a fes ac- cufations, ni a fes defenfes , ni a fes proteftations , ni aux lettres qu'il ecri- vit a la faculte, ni aux ecrits qu'il lui prefenta pour fa juftification. io. Les docteurs fulpiciens , qui etoient fes parties , & qui auroient du fe recufer eux-memes , comme font les honnetes gens dans les tribunaux, meme laics -y ,eutent l'injuftice & la durete de <ki |
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315 HlSTOmB DE PoRT-ROlAI,
meurer fes juges , malgre fa recusa-
tion. j°. Aulieu de deuxdo&eurs de chacun des quatre ordres meridians , qui ont coutume d'affifter aux affem- blees de la faculte felon fon ufage &c fes loix ordinaires , on en fit venir de toutes les provinces du roi'aume , qui s'y trouverent au nombre de plus de quarante. 40. On 6ta la liberie aux amis de M. Arnauld de parler & de dire rout ce qu'ils avoient preparepour fa defenfe. 5 °. Pour 6ter entierement la liberte des fuffrages , le Chancelier Seguier, malgre fon grand age 8c fes innrmites , cut ordre d'aflifter a ees alTemblees. Les ennemis de M. Arnauld , non
contens d'avoir condamne la verite dans fes deux propofitions, & de l'a- voir exclu de leur corps , obligerent par un nouveau decret tous les doc- teurs &c bacheliers a. foufcrire fa con- damnation , fous peine d'etre exclus. C'eft ainfi que furent traitesen 15 89-, les do&eurs qui ne voulurent pas fouf- crire le decret de la Sorbonne , par lequel elle declaroit que les fujets du Roi Henri Illetoient delies du ferment de fidelite , & pouvoient prendre les armes contr« lui. Voila le premier <exemple d'une pareille excluuon* fig |
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I. Part ie. Liv. IX. $19
qui etoit digne de fervir de mo- dele a ceux qui cenfurerent M. Ar- nauld ; mais il eft bien honreux de prendre des parricides pour regie de conduite. » Si on efface votre nom d'enrre
» celui des do&eurs , difoit la mere « Angelique dans une lettre aM.Ar- » nauld du mois de decembre 1655 > » il n'en fera que mieux ecrit dans le » livre de Dieu. Quoiqu'il vous ar- » rive, Dieu fera avec vous , vous » fervirez mieux fa fainte verite par les " fouffrances que par les ecrits (44), En verm de ce decret contreM.Ar-
nauld, qui fubfifte encore aujourd'hui a la honte de la faculte, plus de 7 2 doc- teurs fe retirerent pour ne poinr pren- dre part a Piniquite\, & la Sorbonne de- vint alors un corps fans ame. Que pou- voit-elle etre autre chofe , apres avoir chaffe de fon fein le grand Arnauld , dont elle n'etoit pas digne; fon propre Archeveque le Cardinal de Retz ; M. Vialart Eveque de Chaalons fur Mar- ne , dont Dieu a manifefte la faintete (44) Lett. 784 p. 108. fes bonnes difpoficiom,
Vo't'ez plufieurs autres let- Lett. 789, T. 5 p. 117.
tres de la mere Angelique Lett. 791 p. 115. Lett.
fut le meme fujct , 014 801 p. 144. Lett. 811 p».
elle encourage M. At- 17;.
j)au!d,;& le foutient daas |
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3$0 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
jjjrjj, par plufieurs miracles , & 71 do&eurS
qui faifoient ion ornement & fa gloi- re. Voila ce qu'il plait au do&eur Tournely d'exprin.er par , alios non.' nuilos , comme s'U n'y en avoir eu que trois ou quatre d'exclus. xxxvni. Du nombre deces 71 do£fceurs etoit M; d;Lau- le celebre M. de Launoy, qui quoiqu'il noy t< rr con-rA , , . J \ l hi \
tre la cfnfureriir dans cles lei'timens ties oppoles a
«u sorbonne. ceux je j^_ Arnauld fur la grace, aima mieux par un pur efprit d'equire , s'ex- clure lui meme de fa taculte , que de foufcrire a une cenfure fi mjufte. Il la combattit meme par des remarques qu'il fit contre ; Notationes in cenjuram duarum Antonii Arna'dipropojitionum, &c. & ecrivant a un de fes amis , qui defiroit favoir les raifons qui l'avoienc empeche de foufcrire a cette cenfure , il en marque jufqu'a neuf ou dix. 1 °. Parceque ai'ant ecrit contre M.Arnauld, il pouvoit & devoit lui etre fufpedt j ainfi fa confcience lui diftoit qu'il ne devoit pas etre juge de fa doctrine : 2'. Parceque la propofition de M. Ar- nauld etant infeparablement jointe a laqueftion de Auxiliis, qui n'avoit pii etre decidee, il ne croi'oit pas pouvoir decider ce qui etoit demsure indecis ■a Rome: 30. Parcequ'en fuppofant me- me que la propofition de M. Arnauld |
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I. P A R T I E. LlV. IX. 3 } I
|mt etre cenfuree , les qualifications
etoient exceffives : 40. Parceque la fa- culte etoit contraire a un arret du Par- lement , qui quoique obtenu par les parties de M. Arnauld , en leur per- mettant de juger de fa doctrine , leur defendoit de juger de fa perfonne. 5 °. Parceque M. Arnauld n'avoit point ete cite , quoiqu'il dut l'etre felon les loixciviles & ecclefiaftiques & la cou- tume de la facuite. 6°. Parceque la facuite n'ai'ant point la jurifdicbion contentieufe necelTaire pour l'exclufion de la perfonne de M. Arnauld , elle devoir appeller 1'Archeveque de Paris y ce qui ne s'etoit point fait. 70. Parce- qu'on n'avoit point obferve la coutu- me de faire jurer les do&eurs qu'ils jugeroient en confeience. 8°. Parce- que la cenfure n'a pas ete faite d'un confentement unanime , concordi om- nium confenfu , nemine reclamante , comme il a toujours ete d'ufage dans les cenfures dodtrinales de la faculre. Qui pourroit s'empecher de rire , dit M. de Launoy , fi on mettoit, ce qui eft vrai, vifum efi magiflris omnibus » feptuaginta duobus exceptis. 9". Par- cequ'il ne pouvoit s'engager a foufcrire a. la cenfure contre M. Arnauld , qu'il jxq s'engageat a foufcrire ceUe , par |
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}}i Histoire de Port-roTal.
J^,g, laquelle la faculte avoir decide en 1589 que les fujets du Roi Henri III etoient abfous du ferment de fidelire & pouvoient prendre les armes con- tre lui , puifqu'il y avoir eu plus d'u- nanimire dans la cenfure conrre Hen- ri III, que dans celle conrre M. Ar- nauld : car au lieu que 7* docteurs refifterenr a 80 , qui nrenr la cenfure conrre M. Aruauld , il n'y eut que fept ou huit dodteurs , qui s'oppofe- renr au decrer qui fur fair par 5 2. con- rre Henri III. xxxtx. M. Arnauld apres avoir fait tout de^M^At11 ce C1U *1 pouvoit faire en confcience nauid en cet- afin de n'avoir rien a fe reprocher , |
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te rencontre.
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*"' pour empecher la faculte de fe porrer
a cer exces conrre lui , demeura tran- quille. Il a fouvenr raconre a fes amis, qu'a l'heure meme que la cenfure fe prononcxiir en Sorbonne, felon l'avis qu'il en avoir regu, il fe promenoit tout feul & en priant Dieu dans une galerie qui eroir rour en haur de la maifon dans la cour de P. R. audi tranquille que fi 1'afFaire ne l'eur point regarde, & que ces paroles de faint Auguftin fe prefenterent a fon efprit: » Puifqu'ils n'ont perfecute en moi » que la verite , fecourez-moi done , »» Seigneur, afin que je combatte post* |
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I. Partis. Liv. IX. 355
m la verite jufqu'a la more; Quia nihil »> perfecuti funt in me niji veritatem , » ideo adjuva me, ut certem pro veri- v tateufque ad mortem. Aug. inPf.i 18. C'eft ainfi que lorfque des hommes charnels croioient l'avoir abattu & defarme , il fe relevoit avec plus de courage , s'ofFrant a. Dieu pour con- tinuer a defendre la verite, fans s'ap- pui'er fur d'autres forces que celles de la grace qu'il defendoit, & fans met- tre d'autres bornes a fes combats que celle de fa vie. Nous fouhaiterions pouvoir nous
crendre davantage , pour faire con- noitre les difpontions admirables de ce grand homme dans une pareille circonftance. Rien n'eit plus beau que ce qu'il en ecrivit (45) a un ami dans une lettre , qui devint publique des- lors , & qui a ete inferee dans le re- cueil de fes lettres(46) Que ne nous eft- il permis de tranferire ici celle qu'il ecrivit aux penfionnaires de P. R., qui etoient fous fa conduite , lorfque 1st tempete l'obligea de s'eloigner. On y voir la veritable difpofuion de fot» cceur plein de charite , & de zele pour le falut des ames, & fon courage in- (4f) Mem. duFoflep. 1418c f»lY.
(4<) T. 1 p. |?j. |
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j54 HrsTorRE de Port-roi'al.
l6,^ vincible dans la defenfe de la veri- " te(47). Le jour que la cenfure contre M.
xl. Arnauld fat iignee parut aux Jefuites
Triomphe un grand jour pour leur compagnie.
des Jefuites 3 . & / T r &
la teniure de Non - leulement its s imaginerent
m. Amauld, triompher par-la de M. Arnauld & de lis font cou iii i / > i r
verts de con- tous les dotteurs attaches a la grace er-
fafioiu ficace ; mais lis croioient triompher de la Sorbonne meme , & s'etre venges de routes les cenfures dont elle avoit fletri les GarafFes, les Santarel , les Baunis & plufieurs autres de leurs Pe- res ; puifqu'ils l'avoient obligee de cenfurer , en cenfurant M. Arnauld , deux Peres de l'Eglife dont la fe- conde proposition etoit tiree, &c de fe faire a elle-meme une plaie incu- rable par la neceffite ou ils la mirent de retrancher de fon corps fes plus il- luftres membres. D'ailleurs ils don- noient auffi par-la une grande idee de leur pouvoir & de leur credit en Cour. Ils confirmoient le Roi & la Reine- mere dans routes les preventions qu'ils leur avoient infpirees contre leurs ad- verfaires. Enfin penfant a tirer des fruits plus
folides de leurs victoires , ils obtin- rent differens ordres de la Cour contre /47) Foil*, ibid. p. 14s. Lett. d'Arn. T. 8 p xn.
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I. Partie. Llv. IX. J35
ceux qu'ils vouloient perdre , & fem- bloient coucher au moment d'executer tous leurs defifeins contre P. R. Mais celui qui fe joue des deileins des hom- ines, & qui a pofe des bornes a la mer , contre lefquelles elle vient brifer fes flots , forrit de fon fecret pour jufti- fier par des merveilles eclatantes , 1'innocence des perfonnes qu'on vou- loit opprimer ; il confondit l'orgueil de ceux , qui perfecutoient fes fervi- teurs & fes fervantes , & les couvrit d'une confufion , qui durera autant & plus que la fociete. Ce fut au com- mencement de l'annee 1656, c'eft-a- dire dans le tems meme du triomphe des Jefuites , que commencerent a pa- roitre ces lettres admirables , qui de« voilent a la face de l'univers les erreurs monftrueufes des perfecuteursde P. R.: ouvrage au defliis de tout eloge, qui en imtnortalifant le nom defon auteur, fera paiTer jufqu'a la pofterite la plus reculee la honte de la fociete. Les Je- fuites n'ont pas trop lieu de fe flatter d'avoir donne occasion a ces lettres , qui leur ont porte un coup , dont ja- mais ils ne fe releveront ; & ils ne font point fans doute a fe repentir , de s'etre fait tant de mal, en voulanc en fake a M, Arnauld. Ils vinrent i |
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J $6 HlSTOIRJE DE PoRT-ROlAi:
1^5<j. bout a la verite de faire cenfurer , par
brigue & par cabale , deux feules pro- pofitions de ce celebre do&eur par une partie de la Sorbonne contre l'avis & la reclamation de la plus faine par- tie : mais il leur en a coute cher & ils fe font attire une infinite de cenfures , tant de la part des univerfites, que des Eveques & des Papes memes , qui ont condamne un nombre prodigieux de proportions extraites fidelement des auteurs de la fociete : cenfures auxquel- les tout le monde ehretien a applaudi, & contre lefquelles perfonne n'a recla- me. Les Jefuites regurent ainfi la jufte recompenfe qu'ils meritoient. L'inf- trument dont Dieu fe fervit, pour les couvrir de tant de confulion devant les hommes , fut le celebre M. Pafcal. La niece de ce grand homme fut le fu- )et qu'il choifit encore pour faire ecla- ter fur elle la puilfance de fon bras , & pour juftifier l'innocence de P. R. par un miracle , dont nous parlerons , apres avoir rapporte les circonftances qui l'ont precede, & qui le rendent en- core plus eclatant, xu. Les ennemis de P. R. avoient reufli fetfeution non-feulement a faire condamner &
exclure de Sorbonne M. Arnauld 5 mais ils avoient encore obtenu des ordres du Roi
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1. Partis. Liv. IX. $ j 7
Roi favorables a. leurs delTeins contre vine maifon dont ils avoient depuis long-tems jure la perte. L'annee 16$6 avoir commence , comme le die 1; mere Magdeleine deLigny (48), avec de nouvelles menaces de chaffer les folicaires, &d'oteraux religieufes leurs confeflenrs & leurs penfionnaires. Les bruits qui fe repandirent qu'on alloit attaquer P. R. engagerent M. d'Andilly a. ecrire au Cardinal Mazarin , qui lui avoit toujours temoigne beaucoup d'ef- time comme on l'apprend de M. d'An- dilly dans fes memoires (49). La lettre lui rut prefenteele 13 fevrier 1656 par M. l'Eveque de Coutance. Le 21 du meme mois, M. de Brienne (50) fe- cretaire d'Etat, ami de P. R. donna avis que le Nonce avoit ordre de de- mander de la part du Pape a la Cour » e'eft-a-dire au Cardinal Mazarin , que routes les perfonnes qui demeuroient au dehors de P. R. fuflent difperfees , & que fon Eminence en ai'ant oui par- ler , avoit dit qu'on ne poiuroit pas re- fufer cela au Pape. Sur cette pa- role , Madame Dupleflis-Guenegaud i4%) 11 Rel. 1 part. T. (jolRemarques de M.
». p. 10s. de Poncliateau fur ce qui
C49) 1 Part. p. ijo & s'eft parte eni«j«.K.ecueil
fuiv. & 147. p. it? &. fuiv.
Tome III. P
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3 3 S HlSTOJRE DE PoR.T-R.OlAI..
fe difpofa pour allerle lendemain avec
M. Singlin retirer fes enfans. Nean- moins on apprit par les informations qu'on fit, que le Nonce avoit feulement die en general a M. de Brienne , que lePape avoit fort a cceur l'aflemblee des ■diverfes perfonne: qui etoient a P. R. des champs, & que M. de Brienne l'a- voit imprudemment rapporte au Car- dinal , lequel avoit fait la reponfe que nous avons rapportee. Tous ces bruits firent qu'au commencement de mars on penfa a faire retirer les folitaires avant qu'on les chaflat; mais tous de- firerent d'attendre jufqu'a l'extremite , parceque tous les momens qu'ils pou- voient pafler dans ce defert leur etoienc fhers. » Les preparatifs de notre dif- « periion, dit la mere Angelique » »> dans une lettre a la Reine de Po- » logne , s'avancent tous les jours. s>t On attend du Tibre l'eau & l'ordre n pour nous fubmerger, .... On n avoit eu la penfee de faire retirer « tous les hermites avant qu'on les w chaflat 5 mais tous ont une telle dou- « leur de quitter ce defert, qu'ils ont » fupplie qu'on les laifsat attendre a f.» 1'extremite , 6c la dure neceilite v qui les obligera de perdre un bien i, qui leur eft fi prgcieux qu'ils efti- |
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I. P A R TI E. L'lV. IX. 3 ? 9
■» iiient cherement les jours qui leur 16 < 6*
" peuvent refter (51)-. Apres les menaces on en vint aux xl;i.
effets. Le 6 de mars on park beau- prifeea0uULou^ coup au Louvre de P. R. Comme l'e- vre de diffi- j * ■ . ■> 1 • r per les enfanS
ducation qu on y donnoit aux enrans qU-on £ievojt
ctoit un des articles qui excitoient le »*.R. &'i« 1 1 . . r , J .. • folitaires.
plus la jalouhe de ceux qui ne voioient La Re;ne.
qu'avec peine les benedictions que mere fait *■. Dieu repandoit iur cette lainte maiion, d'AndUly. ce fut a quoi on s'attacha d'abord. Il fut refolu d'ecarter ces enfans, qu'on elevoit , difoit-on , dans toutes les maximes du Janfenifme, & ce grand npmbre de perfonnes qui etoient reti- rees a. P. R., parmi lefquelles on difoit qu'il y avoir tanr d'eccleftaftiques , quoiqu'il n'y en eixt que trois ou quatre. La Reine mere , qui aimoit M. d'An- dilly, & qui ne vouloit pas qu'il fut fur- pris, ne tarda pas a l'inftruire de tout ce qui fe palTbit, & le 15 du meme mois elle dit a M. de Bartillac , qu'il l'a- vertit de fe rerirer lui & ceux qui de- meuroient avec lui. M. d'Andilly nous apprend, p. 140 de fes memoires, qu'il ccrivir fur cela a la Reine & au Cardi- nal Mazarin , qu'il n'etoit pas befoin de fuire de l'eclat, 8c qu'on fortiroit , quoique les bruits qu'on avoit rcpan- (fi) Letc. 830, T. 5. p. j?i-i?3-
P I)
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34» HlSTQIRE pE PoRT-KOlAC
i<j f £, 4lls contre eux fulfent faux & calom-1'
nieux ; & il ajoute qu'en confequence l'prdre fut revoque ; mais qu'enfuire on lui ecrivit de fe retirer •, ce qu'il fit le 17 pour aller dans fa rnaifon de Pomponne. xxm. Le meme jour la mere Angelique lettredeia ecrivit la lettre fuivante (51) a M. le
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mere
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Angeli- , , a .. • r it A~
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<jue a. m. le Maitre ( qui avoit accompagne M. Ar-
ji'Andilly. ' champs pour ion affaire de Sorbonne : )
» Mon frere d'Andilly qui etoit demeu- » re le dernier, & qui fembloit de- » voir etre exempt d'une obeilfance fi n rude, pare aujourd'hui. Il faut ado- w rer les jugemens de Dieu avec humi- " lite ; il fait ce qu'il fait, & fa fa- m gelfe difpofe tout avec ordre, poids t> & mefure. J^Jous verrons un jour en » l'autre monde , & peut-etre encore » en celui-ci une partie des caufes que » Dieu a eues de laiffer opprimer fes » ferviteurs, & en apparence fa verite ,j meme. Cependant nous avons aftez " dequoi nous eonfoler en cette feule ,> parole : qaau jujle tout lui cooper^ ,3 en b'un, Comme elle eft infaillible , uc'eft le remede a tous nos maux ; »» & le mpien de les changer en bien , » eft de rhercher la juftice. C'eft ce £fi)Utt.fj«, T, sp.zej. |
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f • V A fi. 11 e . Llv. IX. 3 41
V> que nous devons fans ceffe deman- ' » der a Dieu les uns pout les autres. >> J'efpere qu'il affiftera ceux qui font " fortis. lis m'ont extremement edi- » See (53). Leur douleur a ete tou- » te chredenne , fans murtaure, fans » decouragement & fans chagrin. En- s' fin on a vu par leur fortie qu'ils n'a- * voient cherche que Dieu en leur •> entree. Nos fceurs font auffi , graces t> a Dieu , affligees comme il raut , « mais dans le lilence. La plus grande » partie ne l'a fu que quand on a ap- » porte leurs meubles : les petites fil- » les qui avoient des freres aux gran- » ges , ont extremement pleure , crai- » gnantque leur tour ne vieniie. Enfin » Dieu voir tout. Sans la foi tout eft in- v fupporcable; avec la foi tout eft doux. » Toutenotre attention a cette heure a eft de nous bien humilier, de bien » prier & de nous renir en grande fo- »»litude interieure, comme nous fom- » mes en l'exterieure, arm qu'elle rem- » plifte les petits fervices que nous; » rendions aux ftrviteurs de Dieu ». On voit dans la meme lettre , la part (55} Tous nos pauvres edifies en leur forth ,q«,'ilt
hermites , dit la mere An- avvient fait en leur tlcmeu-
izelique dans une autre re. Leu. 8jS. T. 3. g.
IfWX , nous out aMant 104-105.
P iii
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J4* Histoire m PbRT-RorAi.
" ' —que les religieufes de Gif prirenta ccc
* ' evenement. » Nos fceurs voifines, die
» la mere Angelique, nous temoignenc
w plus d'affeclion que jamais. Elles
» envoient fans cefte favoir de nos nou-
» velles, & font des prieres publiques.
» pour M. Arnauld : leur confefleur
»meme> qui a ere contraire , eft tour
" §agn^ » jn%Lx'a pleurer de voir les
» chofes en l'etat qu'elles font.
xuv. Ceux dont la mere Angelique parle
sortie des dans cette lettre & dont elle dir que
\\ a".'"' ela fortie l'avoit edifiee, etoient MM.
de Luzancy, de Pontis, de Beaumont, de Belli, de la Riviere , de la Petkiere, d'Efpinoy, de faint Gilles d'AlIbn 5 des Landes, de Ponchateau ( qui n'y demeuroitpas encore tout-a-fait,) Mo- reau, Fontaine, lesfreres Akakia, tkc, qui etoient fortis quelques jours avant M. d'Andilly, de forte qu'd ne refta a P. R. que ceux qui avoient des em- plois necelfaires, comme M. de Saci qui etoit confeHeur, & fans doute M. Hamon medecin. Les enr ans fortirent audi; des le zo mars on renvoi'a les uns chez leurs parens, les autres au Chenay chez M. de Bernieres : ces jeunes gens n'eroient gueres plus de quinze, parmi lefquels etoient MM. ou FolTe}' de Tillemont, de Villeneu- |
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I. Partie. Liv. IX. 34?
re , de Frefle , d'Albain ($4). ' Ce dernier etoit fils du Marquis de xlv.
la Rochepozai, neveu de I'Eveque de ],.11Nlai(iu;s T> - • l ... . 1 * /• • «Albain , e-
roitiers ami intime de M. de iaint kve deP. R*
Cyran. » Il fut, ditM. du Fofle (55), n^;£vm«J
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neuvc.
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« un de ceux qui firent plus d'honneur a.
v l'ecole de piete & de fcienee, d'ou
« il ecoit forti, c'eft-a-dire , a l'ecole de
» P. R. , oti il fur envoie apres la guer-
« re des Princes, en 165 x. Il y apprit
" non-feulement les fciences profanes,
» mais plus encore la vraie lcience du
« chriftianifme. Se trouvant engage
" par fa naiflance a fuivre la profeffion
» des armes, il fut admire du Mare-
» chal de Turenne : car comme il l'in-
» terrogeoit un jour fur les commen-
« taires de Cefar, qu'il aimoit beau-
» coup lui-meme , il fut etonne de la
»> profondeur de l'intelligenee Sc du
» jugement qu'il remarqua dans fes re-
» ponfes , & ne put s'empecher de di-
» re devant tout le monde, qu'il y avoir
» bien des Officiers , qui apres vingt
» annees de fervice n'en favoienc
« pas tant que ce jeune gentilhomme.
» Il mourut des fa premiere campa-
» gne , & Ton regarda fa mort comme
» un effet fineulier de la mifericorde
(H) Mem.duFoffi,p. (55) Du FolI=> Mem.-
1119, Scfuiy. p. 11 j. P iv
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J44 HlSfOIRE BE PoRT-Ro'fAL.
» de Dieu a fon egard. En partant poutf
» l'armee, il avoir donne une aumone » coniiderable a une pauvre Demoi- » felle, & l'avoit priee en meme-tems » de bien demander a Dieu , qu'il le w fit pluror mourir que de permerrre *> qu'd l'offensat mortellement ». M. de Villeneuve , autre eleve P. R.
fils de M. d'Andilly, avoir ere mis dans cerre fainte ecole des Tan 1641 & y demeura jufqu'a cerre annee 16 5 6 qu'il en fortir par les ordres fuperieurs donr nous venons de parler. » Il avoit beaucoup de difpofirion
w pour les erudes j & fa memoire , w jointe a la penetrarion & a la viva- " cire narurelle de fon efprir le ren- •> doir capable de fourenir avec eclat *> la gloire & la repurarion de tous » ceux de fa famille. Il croir habile en " blafon & en genealogie; il favoit » parfairemenr la geographie & l'hif- » toire. Il avoir trouve de lui-meme » des regies certaines, pour fake en » rres pen de rems toutes les anagra- " mes , qui fe pouvoienr faire fur cha- » que nom des perfonnes. Il dechif- " froit rous les chirTres tres prompte- st ment. Enfin on peur aflfurer que ce •> jeune gentilhomme avoit d'excel- » lentes qualires 5 Sc s'il eut continue |
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I. Partie. Liv. IX. 345
» de s'appliquer aux fciences, comme "
» il avoit commence , il aurtiit ete »> aufli loin en ce genre qu'on peut » aller (56). M. de Villeneuve aiant pris le parti
des armes , il mourut des la premiere campagne, ainfi que le jeune Marquis d'Albain, & Moniieur de Freile. Iletoit Enfeigne-colonel du Regiment du Ma- rechal de Fabert, a qui M. d'Andilly l'avoit recommande. Ce Marechal en tendit un temoignage des plus avanta- geux. M. du FofTe avoue qu'il fut fenfi-
blemerit afflige , de ie voir fepare" de Moniieur de Villeneuve , avec' lequel il avoit lie une etroite ami- tie •, mais s'il fut vivement tduche de la feparation & enfuite de la mort de* ce cner ami, qui des l'an 1643 avoir ete le fidele compagnon de Ton enfancef &c de fes etudes , Dieu lui en fit dans le mcffle terns trouver un autre incom- {>arable dans la perfonne de M. de TiL-
emont, avec lequel ilvecutdepuiscom> me avec un frere. Ces deux amis obli- ges de fortir de P. R. par des ordrei furpris a la religion- de fa Majefte par: les ennemis de cette maifon , auxquels- f tin ion de■ tarn: de peifonnes chretiear {{6J Dufoffi, g. ijo.
Px
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y\G HlSTOIRE 0E PoRT-Ro'l'At
1,6$6. nes faifoit ombrage , allerent fe loger
dans une petite maifon de la rue des f)oftes. M. Singlin leut a(Tocia un excel-
ent ecclefiaitique nornme M. duMont, un de fes freres, & M. Akakia du Lac qui apprit l'hebreua M. du FolTe (57).. II y avoit dans cette maifon une porte de derriere, qui leur donnoit commu- nication & entree par un grand enclos dans la maifon ou logeoit M. de Pontc.hateau, a qui Dieu avoit fait la. grace, apres bien des combats,de triom- pher enfin du monde. xtvi. „ Parmi tous les faints folitaires de dutwu. 1,» P- R'«-j dit judicieufement un mo-
» derne (58) , en qui la force divine » de la^ vocation a triomphe le plus *» glorieufement de la fedu&ion des » fens , on doit donner a jufte titre 3> un rang diftingue aMeflire Sebaf- » tien-Jofeph du Gambout , dit de » Pontchateau; qui entredans le mon- « de par une naiilance illuftre (59), « allure de routes les faveurs les plus «* flatteufes de la fortune, a fait a Dieu » un genereux facrifice de tout ce que » l'homme mondain recherche avec 7> le plus d'ardeur, a cache jufqu'a ion (57) lb. p. 131. (f s) M. de Pontchateau.
(58) Lobin. Vies des fils de Charles du Cam-
S*i«s de Bjcet. 17 Jui» bout.. |
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I. Part ie. Liv. IX. 347
i> nom •, & qui apres avoir quitte fes •> biens & fes etablifTemens , pour n'a- » voir d'autre foin que celui de plaire » a Dieu , n'a voulu avoir que lui *> pour temoin de la vie nouvelle qu'il m lui avoir confacree & de la mortifica- »• tion dans laquelle il a perfevere pen- » danr les 18 dernieres annees de fa » vie ». Apres fa converfion , que Dieu opera par le miniftere de M. Sin- glin , il faifoit de rems en terns des rerraites a. P. R. Il etoir dans ce faint defert lorfque les folitaires regurent ordre d'en fortir , & il revint a fa mai- fon de la rue des poftes. Nous parle- ront ailleurs plus au long de ce grand ferviteur de Dieu. La mere Angelique qui informoit
exadtement la Reine de Pologne de ce 3ui fe palToit a P. R.-, ne manqua pas
e lui raire part de ce trifte evenement. Voici la defcription qu'elle en fait (60) : » Enfin nos Hermites fonr for- » tis d'ici...... Notre vallee a ete'
» vraimentune vallee de larmes, tous
» les Meffieurs & les enfans qui etoient: » quinze, itant fi affliges d'etre obliges > ,>de quitter ce lieu, que celafaifoit pi- « tie. Mais enfin il taut obeir a Diem „ en tout. Auffi font-ils tres foumis a. |
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J4§ HtSrOIRE DE PoRT-Roi'A£.
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i6<6'.,' " ^a fahite volonte. Nous attendon*
» le refte des efFets des menaces pour » nos confefleurs & pour le dedans de « la maifon , dont le principal, me re.- w garde.....La roi nous confola
w de tous maux, & je ne trouve de.
» miferable que ceux qui ne croient pas » en Dieu & qui n'efperent pas en fa » mifcricorde , etant prives de fa cha- » rite, dont la moindre etincelle nous « rend heureux en q.uelqu'ctat que la » monde nous puifle reduire ». xi.vn. Ce furdansces circonftances ,oules ■YiinedeM. ennerais Je p, r, ctoient ores d'exe-
Aubrai, Lieu- i rr ■ »•!
tenant civil cuter les autres deiieins qu lis avoienc
ftR* centre cette fainte maifon , que Dieu s'en declara lui meme le protecteur, ea operant le 14 mars un grand miracle fur une penfionnaire de ce monaftere 5 mais avantque ce miracle eclatat, les perfecuteurs contmuoient leur ceuvre. lis firent donner un ordre a M. Aubrai Lieutenant civil, de fe tranfporter a P. R. pour voir fi tous ceux qui de- meuroient au dehors en ctoient fortis. 11 s'y rendit le jeudi 3 o mars au matin &c alia d'abord aux granges, ou il ne tron?- va que M. Charles qui avoit foin du Iabourage. M. Aubrai l'interrogeapenr dantdeuxhvures &demie, leprenam; bchk un boji pa'i'faa. M. Charles JQija |
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I. P a r t i e. Llv. IX. J 49
fon perfonnage a merveilles. Le ma- s£c<S> giftrat Lui aiant demande ou etoit l'im- primerie, le bonhommepretendu re- pondit qu'il ne connoiftait point de four de ce nom dans la niaifon: M. Aubray lui aiant dit; oil font les priffksl il le mena tout doucement au preiTbir.. Comme il lui demanda entr'autres cho- fes, ce qu'on apprenoit a ces petits. Meffieurs t il repondif, Efl-ce que je fai ga , Monfieur: y dijont quappre- nont Vhumaniti. Les maiires y tour- mententblan lespauvres enfans : yfonr allis pourmentr, y en ont bian befoin.- M. Bouilli qui etoit la en qualite de vi- gneron fit aufli tres bien foil perfonna- ge. Apres rinteirogatoire, le Lieute- Bant civil lui aiant dit : bon homme- metcras tu bien ton nom ? il repondit r Alonjieur, je fomme plus accoutumes- a tenir une beche quunt pltume ; fur quoi le Magiftrax lui dit : fais comme- nt pourras. La vifite ainfi Elite aux eranees, M. xlviit.
Aubray delcendit a 1 Abbare apres re de la mere midi & y dina. Apres quoi il monta Au£eli1u6» au parloir ,. ou il fit appeller la fupe- rieure. La mere Angehque s'y rendit,. apres avoir- fait en filence une petite priere. La mere prieure , Marie Doro- iiie. ds rtogarnatiga le Conte. y ease* |
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yyo Histoire de Port-roYait.-
XJo%i. &:demeura retiree dans un coin pour
entendre ce qui fe diroit avec la mere Magdeleine de Ligny , qui a dreffe une relation de cet interrogaoire. Apres un compliment tel qu'on pent le faire en pareille occafion , M. Aubray commenga par demander par quelle autorite ces Meffieurs etoient aflembles aux granges; a quoi la mere Angelique repondit qu'on n'avoit jamais eu def- fein de faire aucune affemblee , & qu'on n'avoit point cru non plus qu'il flit befoin d'aucune autorite pour per- mettre a ce peu de perfonnes qui s'y etoient retirees, de vivre de la meme maniere que toute perfonne qui veuc fervir Dieu le peut faire dans une re- traite particuliere •, qu'au refte rien ne setoit jamais fait avec moinsde deffein. M. Aubray l'ai'ant ecoutee fans l'inter- rompre , lui demanda fi elle voudroit bien lever la main & promettre de repondre avec verite a ce qu'il lui de- manderoit. La mere Angelique lui ai'ant: dit avec aifurance qu'elle y etoit prete 3 & que Dieu etant verite elle l'lionore- roit en la difant; il lui demanda fon nom, la charge qu'elle avoit dans la maifon , & commenca fon interroga- toire.il lui repetala premiere queftion j /avoir par qud'e autorite ces Meifievirj' |
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T.. Par tie. Liv. IX. 35 r
s'etoient aflfemblees aux granges ; la
mereAngelique reponditqne c'avoitete. fans aucun deiTein & par diverfes ren- contres : elle raconta enfuite comment M. le Maitre s'y etoit d'abord retire , puis M. de Sericourt fon frere, en- fuite M. Lancelot qu'on avoit charge de l'education de trois jeunes enfans.. Elle luiparla de M. d'Andilly , qu'elle dit y etre venu au vii & au fu de tout le monde •, aiant meme pris conge de la Reine & de M. le Cardinal. Le Lieu- tenant civil lui dit qu'il favoit cela ,; qu'il lui avoit fait l'honneur de lui ve- nir dire adieu a lui-meme. Apres que la mere Angelique lui eut.
encore nomme plufieurs auti'es foli- taires, il lui demanda fi ce n'etoit point: en ce terns qu'ils avoient commence a vivre en communaute : la.reponfe de^ la mere Angelique fut, que n'y aiant jamais eu aucune regie particuliere ,. mais feulement celle qui oblige tous les chretiens •, ni fuperieur, ni unifor- mite d'habits , ni rien de ce qui forme, une communaute , on ne pouvoit point dire qu'ils en formaflent une. Le Lieutenant civil lui demanda s'il n'etoit pas vrai neanmoins qu'ils di- foient tous l'office enfemble : elle re- jiondit que non ,.raais feuiement que. |
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55* Histoire vt PotCt-ao'iai*
quelques-uns d'eux , quand ils fe ren-* eontroient dans le logis aux heures qu'il le falloir dire, l'alloient dire en- femble tout bas dans la chambre de M. Arnauld avec luu M. Aubrai dit a la mere Angelique, qu'il falloit bien an moins qu'il y eiit une chapelle » ou ces MelTieurs qui etoient ecclefiaftiques- diiTent la melle ,? & il infifta fur cet ar- ticle ; la mere Angelique l'aflura du contraire, & que les deux feuls pre- tres qui y etoient, quoiqu'on eut anure qu'il y en avoit quarante, defcendoient toujours pour dire la melfe dans Tab- baie •, n'y ai'ant jamais eu que M. de Feauvais qui avoit eu permiflion de la dire en particulier dans fon logis , parcequ'il ne pouvoit defcendre a. caufe de fes incommodites. M. Au- brai , continuant fon inteaogatoire , lui dit quelle ne pouvoit pas nier au moins que ces Meflieurs ne man- geaflent en commun •, ce qu'elle avoua en ajoutant qu'elle ne voioit pas ce qu'on y pouvoit trouver a redire, puif- que cela fe faifoit en plufieurs endroits fens que perfoune le trouvat mauvais : En viriti , Madame , vous dins vrai , tepondic bonnement M. Aubrai, &JI M. Arnauld & les autres MtJJieurs n'a- ■poiene pas tant d'ejprit,, on nepark~ |
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I. Partie. tiv. IX. 353
rmt pas tant d'eux, & on. trou.ve.roit
moins a rtdire a ce quils font (6i). l\ demanda enfuite quelle raifon avoit porte ces Mellleurs a fe retirer; s'ils n'etoient pas alles s'etablir ailleurs-, en quel terns ils etoienc parcis. La mere Angelique reponditquils s'etoient re- tires , parcequ'ils avoient appris que le Roi le defiroit; qu'elle ignoroit le lieu de leur retraite ; que M. Amauld avoit quitte des le mois de novembre (6i), que les aucres s'etoient retires depuis environ deux mois ou fix fe- maines , les uns apre-s les autres, Elle ajouta qu'on s'imaginoit peut-etre fai- re un grand deplaifir aux religieufes- d'avoir oblige ces meffieurs de fe reti- rer , mais qu'on fe trompoit, puifqu'a- peine s'appercevoient-elles qu'ils y fuf- fent & qu'elles ne les voioient jamais: elle dit meme que leur fortie procure- roit au monaftere des commodites dont il avoit befoin, c'eft-a-dire que leur logemens etant vuides , ferviroient A faire des greniers pour ferrer leur pro- vifion de ble, & leurs fruits : (ce que («i) ii Rel. i part. T. mois deFevtier. Peur-etre
1. s'etoit-il retire des le mois
(6i) M. Amauld fe re- deNovembreiS5t,& qu'il
tiraaufli-totapres la cen- y etoit enfuite revenu,
fure de Sotbonue contre puifqu'il s'y trouva lorf-
lui ,. c'cit-i-diie » des le <jue la ceufurefut ponis*
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f5"4 HlSTOIRF. DT. PoRT-ROlAI..
la mere Angelique difoit, pour pre-
venir le denein qu'on craignoit qu'ils n'eurTent de demolir les logemens, pour mertre un obftacle au retour de ces mef- fieurs) M. Aubrzi entra dans ce qu'el- le difoir, & lui dir que celaferoit bien. Apres quoi il la preffa fort de lui dire la verite fur une queftion qu'il vouloit lui faire, favoir s'il n'y avoit point de prefTes, 8c fi Ton n'y avoit jamais im- prime : il fe fervit de fon meme terme de foi de religieu/k , pour l'obliger de repondre a cette queftion, fur laquelle il appiua plus que fur tous les autres articles; mais auffi inutilement, parce- que jamais on n'avoit penfe a impri- mer (63). Enfin apres avoir acheve fon inter-
rogatoire, il lui demanda fi elle ne vouloit pas l'entendre relire & le figner. Elle lui repondit qu'elle en feroit fort aife, puifqu'elle s'attendoit qu'elle le pourroit voir quelques jours impri- me ; il lui demanda pourquoi elle avoit cette penfee; elle repondit qu'elle n'y trouvoit rien d'etrange , puifque Ton avoit imprime celui que M. de Laubardemont avoit eu commiflion de faire dans ce meme lieu, quand MM. (<i)On voit ici com- dent les ennemis des gens
>ien les pieflis iiKommo- de bien 8c de la vetitc. |
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I. P A R T I E. L'lV. IX. J f$
Ifr Maitre s'y furent retires en 1638. TgTcT
M. Aubrai repliqua de bonne grace : Oh ! Madame , pour qui me prene^-vous ici ? Je nefuis pas Laubardemont, ie diable de Loudun. Enfuite on relut & on figna. Apres cela le Lieutenant civil fe le-
vant , dit a la mere Angelique , que mettant a part fa commimon , & Tor- dre du Roi, a quoi il venoit de fatis- faire , il lui reftoit a lui faire en fon propre nom de grands remercimens de la bonne reception & du bon trai- tement qu'il avoit recu chez elle , & qu'il etoit ties fatisfait de tout ce qu'il y avoit vu. Il lui dit encore qu'elle devoit avouer qu'il ne lui avoit pas fait trop de mal, & que Ton a peur d'or- dinaire , lorfqu'on parle d'un Lieute- nant civil , mais que ce n'eft pas a dire qu'il foit toujours aufli mauvais qu'il eft noir. La mere Angelique rcpondit qu'elle n'avoit point eu peur, qu'elle ne. craignoit pas une juftice reglee ; & lui temoigna etre fort fatisfaite de la ma- mere dont il avoit agi. Voila tout le refultat de la vifite fake a. P. .R. des champs. Cela etant fait, M. Aubrai alia a *" ubral,
Vaumurier faluer M. le Due de Luines. fe tranfpotw: Puis M. de Basznols.le conduifu lui- »" Trow at |
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^G HlSTOIfcE DE PoRT-RoVa1.<
meme a fa maifon de faint Jean des
Troux, ou il avoit audi ordre de la Cour d'aller. Il traita fort civilement M. de Bagnols , qui lui fit voir fcs trois fils , avec rrois ou quatre enfans de leur age, qui n'avoient point de bien quoique de bonne farfiille. Ce Magif- trat & les deux commiflaires qui 1'aC- compagnoierit en furent tres edifies anfli-bien que de la maniere dont M. de Bagnols leur dit qu'il avoit cbnnu Port-Roial. Le lendemain a fept heures du ma-
tin le Lieutenant civil partit des Troux pour le Chenai, ou il fut re$u par M. de Bernieres , qui lui parla avec la generofite , le zele & la liberte qui lui ctoient ordinaires. Cette maifon etoit fort en butte aux ennemis , parcequ'il y avoit environ vingt-quatre enfans. L'un des commifiaires dit en voiant de quelle maniere iis ctoient eleves, qu'il aimeroi: niieux donner 400 liv. en ce lieu pour un de fes enfans, que 200 liv. ailleurs. Le Lieutenant civil en dit au- tant. Cette vifite caufa une grande al- larme, & quelques parens rerirerent leurs enfans. ( M. Wallon de Beaupuis tint bon avec le petit troupeau qui lui refta jufqu'au iz mars 1660, que le Lieutenant civil alia une feconde fois |
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I. Partie Liv. IX. 357
au Chenai, & en fit fortir tout le raon- 1656.
de , excepte le maitre de la maifon , a. qui ilfit defenfe de la part duRoi d'em- ploier a l'av.enir fa maifon a pared ufage. ) Au milieu de ces troubles, la mere t.
Angelique mettant toute fa confiance!a 'fourioil en Dieu avoir recours a lui &c difoit : U ferveur Que Dieu nous donne une vraie foi jjjf^u" ereii- 6* une vraie chariee, & avec cela nous gieufes de p. ferons trop forts. Les religieufes en- * tram dans des fenrimens de ferveur a l'occafion de toutes les menaces qu'on faifoit , en devenoient enco- re plus regulieres (64). C'eft le tc- moignage que leur rend la mere An- gelique dans une lettre a M. le Mai- tre (65). » Nons fommes dans un » tems etrange, dit-elle, & les tene- » bres font horribles. La raifon & la *> juftice femblent abandonner la terre, « ce qui nous oblige de n'avoir plus m recours qu'au ciel. J'ai confolatioi* » de voir le zele de nos foeurs tout s» bumble ,\8c penitent. Jamais elles ne « furent 11 folitaires, filentieufes Sc » devotes qu'elles le font par la grace » de Dieu ». La mere de Ligny rend le rneme temoignage a la ferveur df {«4) 11 Mat. 1 Pitt. («?) Lett. 857. T. 5 fy
f, fifty. WW
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3)8 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
" TZTg ces faintes foeurs. » Tout ce qu'on avoir
' . » apres cela a craindre de la part des , » hommes, dit-elle, fit unteleffet dans part. t. i p. » les deux maifons de P. R. que ja- ***• « mais les fosurs ne furent plus foli- « taires, filentieufes, & devotes. Pour
» la mere Angelique , elle etoit dans » de grandes inquietudes par rapport 3> a ces pauvres enfans que nous ta- ■» chions d'elever dans la crainte de » Dieu & l'eloignement du monde. h Elle ne defiroit pas tant quelesmi- » racles fluent cefler la perfecution que u nous fouffrions , que celle que nous » faifions fouffirir a la verite en n'y »> conformant pas nos actions. Elle »> ajoutoit que u nous lui etions vraie- »» ment fideles , Dieu ne feroit pas » oblige de faire fouffrir fa verite pour ?> nous charier. La treve que nous eu- « mes enfuite , lui faifoit dire que c'e- "' toit pour nous preparer a mieux fouf- »» frir quand la tempete arriveroit. Et »> en confiderant ce grand nombre de " miracles, elle difoit: Je fuis dans " le tremblement que nous ne temoi- •»> gnions pas affe^ a Dieu notre recon- *> noifptnce , par lafidel'ul a nous rtn- •t dre attentives a. fes defirs & a la mor- *» tification de nos pajjions. S'ii veut t» que nous fouffrions, difoit-elle, dans |
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I. Par tie. Liv. IX. 359
*' une autre occafion, il fortifie notre " foi par tant de merveilles , que nous » ferions les plus ingrates du monde, » Ji nous ne lui etions parfaitement » foumijes. SilamereAngelique trem- bloit a la vue des miracles , de n'en pas temoigner affez de recon- noiffance , combien devons - nous -craindre davantage en confiderant le nombre prodigieux de ceux qua Dieu a operes de nos jours ? & n'a- vons-nous pas encore plus de raifort de nous appliquer ces paroles , & de dire avec elle que : » Si Dieu veut » que nous fouffrions, il fortifie notre » foi par tant de merveilles, que nous » ferions les plus ingrats du monde u Ji nous ne lui etions parfaitement » founds ? » Mais rien n'eft rl admirable que les
fentimens & les difpofitions particu- lieres & perfonnelles de la mere Ange- lique. >» Enfin , dit-elle (66), la Reine » a commande a l'affemblee du clergc »» de nous poufler a bout, 8c leur a « dit que c'etoit fa propre .affaire, » Je n en ai nul reffentiment contre » fa Majefte ; je fais qu'elle croit faire » une tres bonne osuvre , & qu'on luj « perfuade fans ceffe qu'elle n'en fan-* |
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3<5"0 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAT.."
1 j£,£ » roit faire une meilleure. Notre Sei-
■» gneur a die que ceux qui perfecure- » roient fes ferviteurs, croiroient lui » rendre fervicc. Tout ce que nous » avons a deiirer eft done de fouffrir en ■» cette qualite & non pas pour nos » crimes. Nous avons affez d'imper- » fections 8c de peches qui meritent " plus de peines & d'affliciions qu'on " ne fauroit nous en faire fourrrir ; il » nous doit furKre que par la grace de "Dieu, nous ne fommes point here- » tiques , mais enfans de l'Eglife > " quoique non pas fi innocens que » nous ne mentions les chatimens. " Trop heureux, s'il nous fait la grace » de nous purifier par la patience ». U-. Apres avoir rapporte les circonftan- Miracieope-ces dans lefquelles Dieu fortit defon
te(ur Made- M
»noife]k Per-lecret pour jultiherpar un miracle ecla-
tlcr tant Pinnocence des religieufes de P. R. entrons dans le reck de cette mer-
veille. On a donne au public plufieurs re-
lations de ce miracle, comme leremar- que-M. Racine. Entr'autres,feu M. l'E- veque (<>7)de Tournay (Choifeul) non ;noins illuftre par fa piete &c fa doctri- ■<«7) Relation par M. tcuchitnt I* Religion } p,
de Tournay , cV's Ton 78. sjivre intiiule : Mimeirtf ne
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<I. Par tie. Liv. IX. }6x
tve que par fa naiflance , la raconte fort an long dans un livre qu'il a compofe contre les Athees , & s'en eft fervi comme d'une preuve eclatante de la verite de la religion. » Dieu en » aopere un en nos jours , dit M. de » Tournay , a la vue de tout Paris en » la perfonne d'un enfant, qui a etc » gueri en un moment par l'attou- » chement d'une des epines de la cou- » ronne de notre Seigneur •, & ce mi- » racle fuffit pour nous obliger d'a- » vouer , que tous les miracles ne » font pas faux , & que Dieu parle » quelquefois par eux en Jefus-Chrift » ion fils , felon l'expreffion de faint » Paul. Je vis la petite fille cinq ou » fix jours apres qu'elle fut guerie : » elle n'avoit que dix ou onze ans : » fon mal etoit une fiftule lachrymale, » qui lui avoit carie l'os au-deflTus de » l'oeil,&c qui avoit tenement corrom- » pu cette partie par le pus qui lui » couloit par la bouche, qu'elle etoit » itifupportable a. toutes les compa- » gnes a caufe de la puanteur qui for- » toit de fa plaie. Les plus habiles » Chirurgiens avoient juge fon mal » incurable , fi on n'y appliquoit le » feu , qui etoit meme un remede , » dont le fucces etoit tres perilleux •, Tome III. Q
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$61 HlSTOlRE DE PoRT-ROlAL.'
» & ils craignoient que la violence de
» cette operation ne tit mourir cet en- " fant. Cependant elle fut delivree » de fon mal, fans remedes & en un w inftant, apres avoir ete conduite a » l'adoration de cette fainte epine par » la maitreffe des penfionnaires da » monaftere ou elle etoit elevee. » Si cela etoit arrive loin d'ici,dans
« un tems eloigne du notre , fi on l'a- » voir appris de perfonnes fufpecTres , » on pourroit en dourer raifonnable- » ment : mais Dieu a opere cette » merveille de nos jours, dans Paris , » qu'on pent nommer la capitale du 3> monde. La petite fille m'a raconte » elle-meme fa guerifon. Une reli- » gieufe d'une naiffance, & d'une s> vertu au-deflus du commun , mon » amie particuliere & mon alliee , m'a sj confirme la chofe : les Chirurgiens « en ont fait leur rapport en forme, » Le fieur Dalence , l'un des plus » grands homines de notre fiecle dans p> cette profeflion ,m'en a affure. Ceux » qui l'ont connu peuvent lui rendre p ce temoignage , que fon efprit etoit ?> egalement eloigne de fuperftitioji i> 8c de duplicate. Il avoit ete un des i> principaux confultans , & l'un de ft ceux qui ayoient le plus examine |
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L Par.hl Liv. IX. 363
t> cette fiftule. Il avoit vu la petite ' " fille la veille du jour qu'elle fut » guerie , jugeant toujours fon mal » incurable , a moins d'y appliquer le » feu-,& je lui entendis dire en prefen- " ce d'un grand Prince, que cette gue- » rifon fi prompte ne lui paroifibit pas » un moindre miracle que la refur- s> re&ion d'un mort , parceque les » remedes les plus efficaces du monde » n'auroient pu rien operer en fi peu » de tems , & qu'il etoit hupoflible s> que l'imagination la plus forte pro- »> duiftt cet effet prodigieux , beau- w coup moins celle d'un enfant auffi » fimple qu'etoit cette petite fille. j> Aufli l'innocence de l'enfant , la » fincerite , la fuffifance , & le nom- « bre des temoins , m'afTurent telle- « ment de la verite de ce miracle , » que non-feulement ce feroit en moi » une opiniatrete , mais une extrava- » gance & une efpece de folie d'en « douter 5 & fi je ne puis douter de » celui-la , pourquoi ne croirai je pas »> que Dieu en a fait d'autres, & que » Jefus-Chrift couronne d'epines & jj crucifie pour nous que cet enfant «• & fa maitrelTe adorerent , eft notre » Dieu & notre Liberateur ». M. de Tournay refute enfuite les libertins , Qij
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J<j4 HlSTOI-RE DE PoRT-ROlAtr
les heretiques , & quelques Catholi-
ques (on fait quels Catholiques) qui ont contredit ce miracle. Contenfon celebre theologien de
1'Ordre de faint Dominique > aufll recommandable par fa tendre pietc que par fes lumieres , prouvant la verite de la religion ehretienne dans une differtation qu'il a mife a la tete du traite de la Trinite , par l'autorite des miracles , rapporte celui-ci comme propre a fermer la bouche aux infi- deles les plus obftines. Apres avoir dit que ce miracle a ete attefte par le§ medecins, les chirurgiens , les vicai- res generaux du djocefe , il ajoute que les ennem'is memes de ce monaftere l'ont reconnu , mais que forces de 1'avouer par l'evidence du fait , ils font tombes dans une erreur de droit en pretendant que Dieu permet quel- quefois que les heretiques faifent des miracles ; ce que ce pieux & favanc theologien combat avac beaucoup de force (68). («8) j) Teftati demum « edi. Sed hanc falfita-
» funt ipli monailerii » tern non folum repur
j> amiuli, qui facli veri- » diat pietatis fenfus
» tate coa&i , in erro- » Chrillianis omnibus
i> rem juris inciderunt , » implantams, non fo-
m afleremes miracula ab » Inm reprobat gravio-
» hsrecicit uonnun- » rum tlvcologorum conf.
f> ^uam Deo permiifenre ?, rantifliiria fenceutjjj "
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I. Pa at is. Llv IX. $6$
Ce fage theologien blame avec
beaucoup de raifon les ennemis de P. R. , qui veulent enlever a 1'Eglife catholique & romaine, le privilege des miracles,parcequ'ils he s'accommo- denc pas avec leurs vues particulieres. Mais pour rhoi, dit Contenfon , qui fuis eloigne de l'efprit de parri, & qui he puis rien contre la verire , mais feulement pour elle , je foutiens en depit de l'envie , que les miracles operes dansle monaftere de P. R. par la fainte epine tournent merveilleu- ment a la gloire de 1'Eglife catholi- que. C'eft pourquoi le IJape Benoit XIII n'a pas oublie ce miracle daris la continuarion qu'il a fait faire de fes homelies fur l'Exode , ou il prou- ve que les miracles n'ont point ceffe dans 1'Eglife. M. Racine, apres avoir cite M. de
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n monium hxtdis: alias
» Deus eflet autor men- » dacii. Nam m ait i. 1. q. T78. a. i. ad 3. D'f cendum qv.'ul miracula fempcr [tint teflimonia ejus ad quod indi-Ktintur ; «fl- de a mails qui falfam doc- trinttm enuniiant , num- cuam fiunt tera mir audit a I confirmationan fate doc- trine. Q- iif
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» vete affirmantium gra-
» tiam miraculorum elTe j> fingularem Ecclefia; » catholics dotem,ua!re- 3> ticis non nifi hsrcticc 3» conjimuiicandam; fed » earn ctiam condcmnat » Angelicus nofter pras- 3> cepior , doccns porte » quidcm a malispacra- » ri miracula in confir- 51 mationera vera; doftri- »> a»p fed non in tefti- |
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$66 HrSTOIRE M PoKT-ROIAt.
Tournay , qui s'eft fervi du miracle
opere fur Mademoifelle Perrier , com- me d'une preuve eclatante de la verite de la religion , ajodte : » Mais on » pourroit s'en fervir comme d'une .*> preuve etonnante de l'indirference »> de la plupart des hommes de ce » fiecle fur la religion. ( Ce qui eton- noit M. Racine dans les hommes du dix-feptieme fiecle par rapport a Tin- difference fur les miracles , l'etonne- roit bien davantage dans ceux du dix- huitieme fiecle) « puifqu'une merveil- » le C\ extraordinaire , 6c qui fit alors, « rant d'eclat , eft prefqu'entiere- » ment effacee de leur fouvenir. Celt * ce qui m'oblige, continue M. Ra- ti cine , a en rapporter ici jufqu'aux »» plus petites circonftances, d'aurant » plus qu'elles contribueront a faire- » mieux connoitre tout enfemble, & » la grandeur du miracle , Sc l'efprir » & la faintete du monaftere ou il eft » arrive * .Nous avons aujourd'hui des pieces originates fur cette merveille , dont ce fage hiftorien u'a pas eu con- noiflance , & qui contiennent beau- coup de circonftances des plus impor- tantes & des plus propres a faire con- noitre la grande foi & la piete qui re- gnoient i P. R. Nous en ferons ufage. |
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1, Parti i. Llv. IX. 5^7
Marguerite Perrier fille de M. Per- I(jr<j
tier , Confeiller a. la Cour des Aides lii |
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de Clermont (69 ), & de Gilberte Paf- j
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Relation iter
a maladie de |
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cal ,foeur du celebre M. Blaife Pafcal, MllePeniet.
fut mile a P. R. avec fa fceur ainee en 1 (J 5 3 par Madame fa mere, qui mettoit tous fes foins a donner une education chretienne a fes enfans. Dieu qui vouloit manifefter fes ceuvres 8c lapuilTance dans cette enfant , permit qu'elle fut affligee pendant trois ans 8c demi d'une fiftule lachrymale au coin de l'ceil gauche (70). Cette fiftule , qui ctoit fort grofle au dehors , avoitfait un tres grand ravage au dedans. Elle avoit entierement carie l'os du nez , 8c perce le palais; en telle forte que la matiere , qui en fortoit a tous mo^ mens, lui couloit le long des joues 8c par les narines,& lui tomboit meme dans la gorge. Son ceil s'etoit confi- derablement rapetifle, & toutes les par- ties voifines etoient tellement abreu- vees &c alterees par la fluxion , qu'on ne pouvoit lui toucher ce cote de la («9) M. Perrier ctoit Etienne Pertier , ne eir
coufin H'Etienne Pafcal , i £41; Jaqueline , nee en
qui lui donna en maria- 1644 ; Marguerite , eiv
gc l'an i«4i , fafilleai- 1646 ; Louis, en 1651 ;
use Gitbette , il en eut Blaife, ne en ificj.
plufieurs enfans , done (70) Racine , p. 97 ?S»
$inq.lui furvecurcut. i".. Qiv
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5^8 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAtr
tete fans lui faire beaucoup de dou~
leur. On ne pouvoit la regarder fans une efpece d'horreur •, & la matiere qui forcoit de cet ulcere etoit d'une puanteur fi infupportable, que de l'avis meme des Chirurgiens on avoit ete oblige de la feparer des autres pen- fionnaires , & de la mettre dans une chambre avec une de fes compagnes beaucoup plus agee qu'elle , en qui on trouvoit affez de charite, pour vou- loir bien lui tenir compagnie. On l'avoit faic voir a tout ce qu'il y avoit d'Oculiftes , de Chirurgiens, & meme d'Operateurs plus fameux. Mais les remedes ne faifoient qu'irriter le mal. Comme on craignoit que l'ulcere ne s'etendit en fin fur tout le vifage , trois des plus habiles Chirurgiens de Paris, Creife, Guillard & Dalence , furent d'avis d'y appliquer au plutot le feu, fans toutefois donner beaucoup d'ef- perance de guerifon. En un mot elle ctoit dans un etat fi trifle , que routes les fois qu'on en parloit devant Madame d'Aumont, elk fouhaitoii , ( dit la fceur Euphemie , feconde let- tre a Madame Pettier.) qu'elle mou- rut, pour ne pas tantfouffrir, & quand on parloit de miracles peu affures , elle difoit que Ji ce mal guerijjbit par, |
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T. P A R. T IV.. Liv. IX. 3<j9
t'attouchement de quelquesreliques,ceje- I(j,$
roit vraiment celui la qui J'eroit un miracle. L'avis des Chirurgiens fut en- Voye a M. Perrier , qui le mit aufli- |
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toten chemin pouretre prefent al'o-
peration , & on attendoit de jour a autre qu'il arrivat. C'etoit alors que l'orage etoit pret liii.
a fondre fur P. R. On eut meme une . ?raFe PrSt .1 • 1 /" r -i i a fondte f«-
nouvelle certaine , que le Cornell du p. r...
Roi fe devoit tenir pour conclure la
difperfion des religieufes. Cette nou- velle fut apportee le lundi zo mars de la troiiieme femaine de Careme (71) •, & Ton ajoutoit qu'on avoit vu. la lifte fur la toilette de la Reine. Una telle nouvelle , dont on ne pouvoit douter , ai'antmisrallarme dans P. R., la mere des Anges, qui etoit pour lors Abbeife , en fentit vivement le coup , & fe mit en priere pour rlechir la co- lere deDieu, » Ma fille , dit-elle a » la foeur Candide , il faut tout quit- » ter , & ne s'appliquer plus qu'a. fle- »> chir la colere de Dieu : car fi Dieu » n'a pitie de nous , la maifon » eft perdue : on doit tenir le Confeil » pour conclure notre difperfion, 8c » cela eft afture. Il faut detourner ce j> mal , en implorant jour & nuit la- (71) Relation de lameie des Anges, p. t>j. Qv-
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3 7* HlSTOIRE DE PoRT-RoYaE."
1(j-(j# » mifericorde de Dieu : pour cela je
m m'en vais etre trois jours &c trois j> nuits en prieres continuelles ; je » paiTerai tous ces jours a la tribune jj devant le faint Sacrement. Je vous « en avertis, afin que vous ne foiez » pas en peine, & que vous ne me »> dctourniez pas ". Elle commenca le mardi a fe mettre en oraifon; elle n'en fortoit que pour les repas , Sc s'y remettoit aulli-tot apres , & pafToit ainfi jufqu'a neuf heures du foir , que la fceur Candide la faifoir coucher ; maisa peine etoir-elle dansfon lit,qu'el- le fe relevoit , & paflbit une partie de la nuit en priere. tiVi. Le lendemain Mademoifelle Tar- Bpyaneepf^edieu vint i P. R. , & dit A la foeur
iP.R. Magdeleine des Anges de Druy , m??™ti«. que ,M', de la Poterie.».( ecclefiaftique
de piete & de condition, qui avoir recueilli avec foin beaucoup de faintes reliques ) avoit une fainte epine qu'il avoir fair voir a routes les communautes du fauxbourg, & que li elle vouloit, elle l'apporreroit le lendemain. La fceur Magdeleine aiant rapporte ce que lui avoit die Mlle Tardieu, a la mere des Anges , elle lui dit de la remercier 8c M.. de la Poterie , ajoutant que la jsKiifon, aetoit pas. dans, un terns, da |
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T. Part IE. tlv. tX. 371
le permettre la confolation de voir
tine fi fainte relique, qu'il ne falloit pas fonger a autre chofe qu'a. prier & a gemir devant Dieu. La foeur Mag- deleine des Anges un peu mortifiee ne repliqua point , mais elle fut le dire a la mere Agne s , qui lui repon- dit que , puifque la Mere ne le trou- voit pas a propos , il ne le falloit pas ; qu'il etoit vrai qu'elles n'etoient pas dans un terns a fe diffiper, fur quoi la foeur Magdeleine repliqua , que fi on l'apportoit pour l'expofer le vendredi a. la priere de la Pafllon, cela ne dif- trairoit pas. La mere Agnes ai'ant ap- prouve la propofition , lui dit d'en aller parler a la Mere , qui le trouva bon , &c lui dit feulement qu'il ne falloit la pafler qu'a l'heure de la priere , afin que perfonne ne s'y amu- sat. La foeur Magdeleine ecrivit aufii- tot a M. de la Poterie pour le prier d'envoyer la fainre relique. Elle fut apportee le z'4 mars 1656 , qui etoit cette annee un vendredi de la troifie- me femaine de Careme , jour auquel l'Eglife chante a l'Introit de la Mefie ces paroles du Pfeaume 85 Fac me- cum Jignum inbonum , &c. » Seigneur » faites eclater un prodige en ma fa- »> veur^afin que mes ealiemis le vo'i'ent,, Ql v
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37^ HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl."
» & qu'ils foient confondus ; qu'ifr
» voient, mon Dieu, que vous m'a- » vez fecouru & que vous m'avez con?- " fole. «, II y avoir trois joi.rs que la mere des Anges etoit dans une ef- pece de rerraite , ou elle ne faifoit autre chofe jour & nuit que de lever les mains au ciel, ne lui reliant plus aucune efperance de fecours de la part des hommes. Mais c'etoit le moment ou le fecours du ciel alloit paroitre fur elle & fur fa fainte maifon. Les re- ligieufes ai'ant recu cette precieufe epine , la mirent fur un petit autel dansle chceur , & la communaute fut avertie de fe trouver a une proceffion qu'on devoit faire apres Vcpres en fon honneur. Vepres finies , on chanta les hymnes 8c les prieres convenables a la fainte Couronne d'cpines & au myf- tere douloureux de la PafTion. Apres quoi elles allerenr chacune en leur rang baiferla relique , les religieufes pro- fefTes.les premieres, les novices en- fuite, les penfionnaires apres. Quand ce fur le tour de la petite Perrier, la maitrefle des novices (la faeur Flavie) qui s'etoit tenue debout aupres de la grille., pour voir pafler tour ce petit jenple „ 1'ai'ant appercue , ne put la .Mokdefiguree. comme. elle. etoit P fans.; |
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T. Parti t. Liv. IX. 3 7?
une efpece de friffonnement mele de \6<6\. companion , &c elle lui die : Recom- mande^-vous a Dieu , mafdle , & fai- tes toucher votre ail malads a la-fainte epine •, 8c elle-meme , ( dit la faeur » Euphemie Pafcal) (7i)pritla fainte " relique & l'y appliqua fans reflexion. Chacune s'etant retiree, on la rendit a M. de la Pocerie. Sur le foir, la foeur Flavie qui ne"
penfoir plus a ce qu'elle avoit fait , entendit la perite Perrier qui difoit a une de fes petites fceurs : Mafceur je n'ai plus denial, la fainte epine rn'a guerie. En erFet la faeur Flavie s'etant approchee trouva fon ceil gauclie qui. etoit le malade , aufli fain que l'au- tre &fans aucune difference , quoi- qu'avant l'attouchement de la fainte relique , il fut dans un etat qui faifoit peine a voir. La guerifon fut fi par- Faite que la foeur Euphemie parlant du mal & de la guerifon , dit dans fa let- tre , qu'il faut a prefent fans compa- raifon, plus de foi a ceux qui ne Eont pas vut, pour croire quelle a eu un tel mal, quil n'en faut d ceux qui font vuepour croire quelle n'a pu icre gue- (71) Dans (a lettre a elle fait le detail da rrri-
Madsme Perrier ,. mere racle. Voiez lerecueilde,. dt- la miraeulk , i qui pieces, p» 18} ScfuiYv |
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574 HlSTOlM BE PoRT-ROlAt.'
rie en un moment que par un miracle' aajffi grand & auffi vljible que de rendre la vue dun aveugle. » Elle avoir outre » fon ceil, ajoiite lafceur Euphemie,plu- » fieurs autres incommodites qui en pro- » cedoienr. Elle ne pouvoir prefque plus » dormir. Elle avoit deux endroirs a la « rere , oil on ne la pouvoit prefque pel- s' gner. Il n'y avoir que deux jours que « moi-meme regardant fon mal, il me » fit venir la larme a l'ceil, & je rrouvai » qu'il commencoir a fcntir mauvais. » Prefentement il n'y a rien de tout cela , .. non plus que s'iln'y avoit jamais rien « eu. w Ce miracle fut opere a trois heu- res apres midi, comme le dit la fceur Euphemie , qui eft l'heure a laquelle Jefus-Chrift donna par fa mort, une fi merveilleufe puiuance aux inftru- mens de fa paflion. On peur juger combien dans toute autre maifon que P. R. un evenement fi furprenanr au- roit occalionne de mouvemens , & avec quel foin on auroit averti la cora- munaute. Cependant parcequec'etoir l'heure du filence , & que ce filence s'obfervoit encore plus exactement le Careme que dans les autres terns y que d'ailleurs toute la maifon etoit dans un plus grand recueillement qu'a l'ordinaire > ces deux jeun.es filles fe |
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T. Partie. Liv. IX. 37f
tinrent dans leur chambre, & fe cou- cherent fans dire un feul mot a perfon- ne -, 8c il n'y eut que la fceur Flayie qui le fut par occafion,& qui fe contenta de le dire a la mere Agnes , par la- quelle la fceur Euphemie Pafcal, tante de la miraculee , l'apprir; mais le len- demain feulement. Ce jour-la , une des religieufes emploiee aupres des penfionnaires , vine pour peigner la petite Perrier , &c comme elle appre- hendoit de lui faire du mal, elle evi- toit , comme a fon ordinaire , d'ap- puier fur le cote gauche de la tete; mais la jeune fille lui dit: Ma faur , la Jaime e'pine m'a guerie. Comment ma fceur vous etes guerie ? Regarded & vo'ie^ , lui repondit-elle. En effet, la. religieufe regarda & vit qu'elle etoir entieremenc guerie. Elle alia en don- ner avis a la mere abbeffe qui vint, & qui remercia Dieu de ce merveilleux effet de fa puiflance. Mais elle jugea a propos de ne le point divulguer dans, le dehors , perfuadee que dans la man- vaife difpofition ou etoient les ef- prits a l'egard de la maifon , elles de- voient eviter fur toutes chofes de faire parler le monde. Ce qui eft ex- traordinaire , & ce qui peut etre re- garde comme une autre efpece de mi=~ |
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$7^ HlSTOIRE DE PoR.T-ROi'aE."
i6<6. racle , c'eft la retenue avec laquelle el-
les en liferent'. Elle fut telle que plus de. fix jours apres, il y avoit des firms qui n'en avoient point entenclu parler. La mere Agnes , alors prieure , ecri- vant cinq jours apres a M. de la Po- terie fon coufin , pour le remercier de ce qu'il leur avoit envoie la reli- que , & ne pouvant fe difpenfer de lui faire part de ce miracle , lui temoigna en rneme tems , qu'elle n'avoit nulle derTein'de le faire fa voir a, perfonne. » Voili , Monfieur , ajoutok-elle a la »» fin de fa lettre , une atteftation bien » certaine de votre relique , dont il a » plu a Dieu de nous confoler , & ja » le prens pour un prefage, qu'il veut " guerir nos ames, & les fanttifier » par les epines des perfecutions dont » on nous menace «. La foeur Euphemie Pafcal fait fur
ce miracle dans fa lettre a Me Perrier, une reflexion , qui n'eft pas moins edifiante que celle de la Mere Agnes : » C'eft une double joie , dit - elle , » d'etre favorife de Dieu , lorfqu'on » eft hai' des homines. Priez Dieu »» pour nous , afin qu'il nous empe- s> che de nous elever. en l'un , & de » nous abbattre en l'autre , & qu'il » nous fafle. regarder tous les deux |
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I. Part ie. Liv. IX. 377
» egalement comme un effet de fa mi- 7772 "" » iencorde. La reponfe que M. de la Poterie fit Leu^4e M.
a la letcre de la mere Agnes eft crop <le la Poc=ne |
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edifiante pour n'etre pas rapport.ee ki. jjjfcfijj8
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cr
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" La lecture de la leccre que vous m'a- miracle.
» vez fait la charite de m'ecrire , dit » ce pieux abbe , m'a caufe une fi » grande confolation , que la joie m'a » tire des larmes du cceur 8c des yeux. » Je loue I'humble retenue que vous » avez de ne pas divulguer ce mira- « de , parcequ'il eft arrive en votre » maifon, dont plufieurs par la ma- » lice du terns , ont une telle aver- •• fion qu'ils ne voudroient pas le » croire, mais plutot que vous l'au- " riez mis en avant pour donnerquel- ii que haute eftime de votre maifon , » ou pour d'autres interets que ces per- »> fonnes fe forgeroient en l'efprit , w felon leur humeur &c leur fantaifie. »j Mais pour moi, je crois etre oblige » de le faire connoitre avec difcretion » dans les occalions pour n'aller au con- s' ttaire de ce que nous apprend 1' Ange ». dans Tobie , qu'il eft bon de cacher » le fecret du Hoi, mais qu'il eft ho- » noiable de reveler & de confefler les » oeuvres de Dieu. Et agiffant de la. « forte, peut-etre que ceux qui enten* |
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J7^ HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lA£»
» dront ce miracle fi allure , arrive^
" dans votre maifon , & non fans un » trait particulier de la providence de " Dieu , diminueront de l'averfion » qu'ils y ont, & auront quelque com- » paffion desperfecutions dont vous etes » attaquees fans fujet. Je ne fais au- « cun doute , que Dieu ne veuille » fan&ifier vos ames par ces perfecu- » tions , & je le fupplie de tout mon » coeur , qu'il vous fortifie pour les • m fupporter «. La mere Angelique , qui etoit dans un commerce continuel de lettres avec la Reine de Pologne , quoiqu'elle fut bien convaincue de la part que cette Princefle prenoit a tout ce qui regardoit P. R., ne lui ecrivit fur ce miracle que plus d'un mois apres que Dieu l'eut opere 5 vers la fin du mois d'avril, (73). Malgre la retenue des religieu-
fes, ce miracle ne put demeurer ca- che ; &c Dieu qui Favoit opere pour juftifier l'innocence & la purete de la foi de ces vierges chretiennes qu'on (73) Cette lettre , la pagne & fuivi, les preu-
8} 1 , T. 3 p. lz^Scfuiv. ves , les remoignages des
eft une des plus impor- Cliirurgiens , les faux
ranres pieces concernant bruits que repandirent les
ce miracle : le detail que ennemis de cette fainte
la mere Angelique y fait maifon pour l'obfcur-
des circonftances qui l'a- cir, rendent la lettre tres
Toient precede , accotH' intercffaatc.
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I. Parti e. Llv. IX. 379
decrioit , le rendit bien-tot public. "ZgZ&T
M. Dalence , qui avoir vu la petite
Perrier (74) avec fon mal, etant venu
le 11 mars a P. R., c'eft-a-dire fix on
fept jours apres fa guerifon , on la lui
prefenta fans lui rien dire. Il fe mit a.
la regarder de tous cotes , il lui preffa
l'ceil , il lui fit entrer fa fpatule dans
le nez-, & a tout cela , it etoit bien
etonne de ne rien trouver du tout. On
lui demanda , s'il ne fe fouvenoit pas
du mal qu'il avoit vu , & il repondit
bien naivement, c'efi ce qui jt cherche,
mats je ne It trouvc plus. La fceur Eu-
fbemie Pafcal le pria de regarder dans
a bouche •, il le fit, il y porta fa fpa- tule , &c il y trouva fi peu , qu'il fe mit a rire , & dit, il riy a rien du tout. Sur cela la foeur Flavie lui raconta ce qui s'etoit paffe. Il le lui fitrepeter plus d'u- ne fois , car c'etoit un homme fort fa- ge & prudent •, & apres avoir ecoute paifiblement & demande fi cela s'en etoit alle fur le champ , & l'enfant me- nu a'iant repondu qu'oui, il dit quit donneroit, quand on voudroic, fon at- tention , qu'il etoit impojfible que cela je put /aire fans miracle. M. Dalence donna en effet fon at- Aweftad »
. , . ■ . „ . .1 1 &:s medecins-
f 74) Deimemc Ie'tre dame Perrier. Recueil de & jes chicue.
it la fceur Pafcal a Ma- pieces, j>. 1S7. giens.
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3^3 HlSTOIRE BE PORT-Ilo'lAt.
reflation avec plufieurs medecins Sc
chirurgiens des plus fameux , qui a- voient eu connoiflance de la maladie, (les medecins furent Charles Bouvard premier medecin duRoi, Jean Hamon & Ifaac Eufebe Renaudot; les chirur- giens , Pierre Crefie , Martin d'Alence, Etienne Guillard). Ces Meffieurs di- fentdans leur atceftation du ^avril, qu'ils ont » vu plufieurs & diverfes foisj > leparement 8c enfemble , la demoi-
•> felle Marguerite Perrier, laquelle > ils ont trouvee malade & incommo-
» dee depuis trois ans &c demi d'un » cegilops , ou fiftule lachrymale en »l'ceil gauche , de la groffeur d'une a noifetre , avec intemperie de la peau &inondation , la matiere fanieufe
fortant par l'ceil, le nez & le palais , tellerfient foetide &C puanre , qu'on » etoit contraint de la feparer des au- > tres penfionnaires , encore qu'elle
> eut ete panfee &: traitee pendant
> dix-huit mois fans aucun bon fucces
»» le mal allant toujours en empirant, »jufqu'ace que l'ai'ant de rechefvi- » fitee depuis trois femaines , imme- » diatement apres les fymptomes fuf- n Aits , lorfque fuivant leur refill tat, » Ton etoit pres d'y apporter les der- » niers remedes , ils l'avoient trouvee |
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I. Part-ie. Liv.IX. 5S1
« & feparement 8c enfemble , comme » ils la trouvoient encore a prefent , « entierement guerie, non-feulement » de la fiftule lachrymale , mais auffi w de la cane des os , de la puanteur v qui l'accompagnoit t &c de tous les » autres accidens qui en etoient infe- »parables ; & comme cette gueri- « fon faite ainfi en un inftant d'une » maladie de cette importance , ne « peut etre qu'extraordinaire, de quel- » que fa<jon qu'on la veuille prendre , » ils eftiment qu'elle furpafle les for- m ces ordinaires de la nature , 8c »» qu'elle ne s'eft jpti faire fans mira- u cle , ce qu'ils afliirent etre veritable. » Le pere de l'enfant ( dit M. du * Fofle 5 (7 5) ) qu'on avoit fait venir » d'Auyergne pour etre prefent a l'ope- >» ration que M. Dalence devoit faire « a l'ceil de fa fille, fut celui qui contri- m bua le plus a. faire eclater cette mer- »> veille. Car l'a'iant trouvee guerie , » lorfqu'il arriva a Paris , il en fut fi » tranfporte de joie , qu'apres avoir » fait alfembler les medecins 8c chirur- » giens, & avoir tire d'eux une attefta- ,, tion authentique de ce qu'ils recon- w noiflxnent n'avoirjpu etre que l'effet v de la toute-puiffance de Dieu, il joi- (75) DuFoiR, Mem. p. jjj. . |
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j8i HlSTOIRE BE. PoRT-ROlAL.'
" j^.^ » gnit fa voix a la leur , pour faire
» eclater par-tout cette guerifon mi- » raculeufe , qui fut fue dans tout Pa- » ris , & crue meme de toute la Cour. ivn. La Reine mere fe trouva d'abord fort •4tonnecRei"e embarrafTee au bruit de ce miracle qui miracle, cn-ferepanditjufqu'aCompiegne,ou etoit m"fpHv n«I ^a Cour. Elle avoir peine a croire que rnier cinrur- Lheu eut li particuherement ravorile fe'qucfre^oL-une maifon.qu'on lui depeignoit depuis aoit que c"eft li longrems comme infe6tee d'herefie ; PieiT."6' e & °iue ce miracle, dont on lui faifoic tant de recit, eut meme eteopere en la perfonne d'une des penfionnaires de cet- te maifon , comme ii Dieu eut voulu approuver par-la l'education que Ton y donnoit a la jeunefle. Elle ne s'en fia , ni aux lettres que plufieurs perfonnes de piete lui en ecrivoient, ni au bruit public, ni meme aux atteftations des chirurgiens de Paris. Elle y envoia M. Felix, premier chirurgien du Roi, efti- me generalemenr pour fa grande ha- bilite dans fon art, & pour fa probite finguliere •, & le chargea de lui rendre un compte fidele de ce qui regardoit ce miracle. M. Felix s'acquitta avec une fort grande exactitude de fa commif- iion. 11 interrogea les religieufes & les chirurgiens fe fit raconter la naifTan- £e, le progres & la fin de la maladie ; |
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I. Par tie. Llv. IX. 383
il examina attentivement la penfion- TgTgT
naire , & enfin declara que la nature ni les remedes n'avoient eu aucune part a cette guerifon, & qu'elle ne pou- voitetreque l'ouvrage de Dieu (76). Afin qu'il ne manquat rien a l'authen- tvin.
ticite de ce miracle , Dieu voulut qu'il eft e c*onftatl fut conflate par les grands Vicaires de ?ar le.s in* i'archeveche de Paris. Ces Meifieurs des gramis excites par la voix publique (77) com- vicaires de mencerent a la nn de mai de raire dans les regies les informat ions de ce mira- cle , & elles furent continuees dans le mois de juin fuivant; & au mois d'oc- tobre , le miracle fut verifie par M. Hodencq grand Vicaire &c Official, qui etoit Cure & Archipretre de faint Severin. Voici ce que nous apprenons fur ce fujet important , par une lettre du i4o6fcobre 1656 ecrite par la fceur jEuphemie Pafcal a Madame Perrier : (7<) 1 Rel. 1 p. T. 1 p. voirde Grand Vicaire, 8e
156. on en nomma deux au-
(77) M. du Sauffai eut tres en fa place , favoir,
un orire de la Conr de M. Chevalier & M. l'A-
f»ire une nouvelle vifite , vocar. Par un effet fiagu-
<jui fe devoir rerminer lier de la providence , au
par chaffer les Confef- lieu d'executer l'ordre'de
feurs. Il la commenca laCoiir,ils furent obli-
dans cette intention, mai s ges d'executet celui de
avant qu'il l'eutconclue , Dieu ; 'car ils vcrifierenr
on lvti fignifia de la part le miracle de la Saints
du Cardinal de Retz (alors Epine dans le terns deftji.
Archeveque de Paris) une ne i cette vifite,
jcyoca-jou de fon pou- |
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3 §4 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAI.
" 11 y a , dit-e-lle , huit ou dix jours ,
» que la petite a ete viie juridique- w ment par les chirurgiens d'office (78) » en prefence de M. le grand Vicaire »•> & official ( M. Hodencq); a. caufe •> de quoi on la fit fortir avec fa fosur » en habit feculier , & depuis il a » prononce fa fentence ( 79 ). Je " ne fais fi cela s'appelle d'approbation » ou de verification du miracle. En " confequence nous chanterons ven- » dredi , Dieu aidant , un Te Deum » folemnel, avec une Mefle d'adtion » de graces 5 la petite fera dans l'E- » glife du dehors avec un cierge allu- » me. Nous nous efforcerons ainfi de »> faire paroitre une partie de la re- «» connoiflance que Dieu nous met au » cceur <>. Cette ceremonie fe fit d'u- ne maniere fi edifiante , que nous ne pouvons nous difpenfer de tranfcrire ici le detail qu'en fait la foeur Euphe- mie dans une letrre du 3 o octobre, ccrivte a Me Perrier. (7S) MM. Menard & rifon furnaturelle & mint-
le Large', qui attefterent culeufe.
que la petite Pertier £toit (75) La mere Angeli- entierement guerie , & que envoi'a cette fentence
qu'elle l'etoit meme plus a la Reine de Pologne,
patfaitement que (1 elle joince a une lettre qu'elle
l'avoit etc par les temedes lui Scrivit le 17 O&obre,
ordinaires & artiliciels , jour auquel fe chanta ia
sroiunt, difent - ils , en Mefle folemnelle en ac-
hiir cotifcitnce, cette g«e- tions de graces.
» On
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I. Partie. Liv. IX. 385
" On nous fit commence: la folem- j ^ c <J„~ w nke des la veille ( 16 octobre) & ux. " nous chantames Vepres de la fainte ,Grant*- fo* f~. i-ii c lcrnnite en
» L-ouronne , de laqueile nous rimes anion degra-
« office double le vendredi (27 ) ea^*s£* £e "**
» chantant toutes les heures comme
» aux gtandesfolemnkes. Afin que rien
« n'y manquat, ma petite fceur Mar-
» guerite etoit au chceur avec les no-
» vices , parceque c'etoit fa fete ,
» ( car les petites n'y viennent pas
» d'ordinaire ).
» Lelendemain desle grand matin ,
» il fe trouvaa l'eglife quantitc de mon-
3) de , quoiqu'il plut beaucoup. On
» dreffa dans notre chceur un petit au-
■» tel contre la grille qui demeura ou-
» verte , pare de blanc & couvert d'uti
.-> beau voile de calice, fur lequel 110-
» tre mere pofa le reliquaire de la fain-
3) te Epine , environne de qumtitc de
» cierges. M. le grand Vicaire qui fai-
» foit la ceremonie , le vint prendre
» avec la croix , accompagne de feize
3J diacres, qui tenoient des cierges , &c
» il le porta en ceremonie couvert du
n dais comme a. la proceflion du faint
» Sacrement jufqu a l'autel, deux dia-
» cres l'encenfant continuellement-, 3c
,y il le pofa fur un petit tabernacle bien
,1 prepare, qu'on avoir fait expres. Ce-
Tome III. R
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■$%6 HlSTCIRE EH PoR.T-R.OlAt.
/ » pendant routes les fueurs ai'ant leur
» voile bailie , chanterent a genoux " devant la grille , Phymne Exite fi- » litz Sion , Sortez filles de Sion, &c « l'anrienne O corona. Elles avoienc » des cierges alliunes, auffi-bien que « la petite guerie , qui etoit devant 110- » tre chceur, tout devant la grille, ha- » billee en feculiere fort propremenr, » mais fort modeftement, avec une robe » grife 8c une coerTe , & a genoux fur « deux grands carreaux , arm qu'elle m fut aflez elevee pour etre vue d'une « foule de peuple , qui grimpoit ou il » pouvoit pour la voir. » On ota enfuite le petit autel, &
»> M. le grand Vicaire dir la fainte »» meffe de la fainte Couronne , qui « fut chantee avec beaucoup de folem- *> nite ; pendant la quelle le milieu de f> la grille demeura ouvert, afin qua » le peuple eut la confolation de voir « la petite , qui en etoit proche fur un »> prie-Dieu couvert d'un tapis , & il t> y avoit un cierge allume devant elle, »> &c derriere une chaife pour s'affeoir » quand elle en auroit befoin. Elle de- ?> meura 14 avec autant d'afliirance que fi ?> c/eiit ete fa place ordinaire , fe ler « vant & s'agenouillant quand il le fal- w loit avec autant de modeftie que i\ |
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I, P A R T T E. LlV. IX. j 87
•» elle eut ete bien devote , & d'aufli igV<j,"
» bonne grace que fi on lui eut bien
» fait etudier. A la preface on l'ota
» pour la communion des fceurs , qui
» dura long-tems , parceque tomes cel-
» les a qui leur fame & ieurs occupa-
» tions l'avoient pii permettre , s'e-
» toient refervees pour cette me(Te qui
» fut fort folemnelle , le celebrant y
» etant accompagne de fes diacres (80)
» &c de fix acolythes avec des cierges
w allumes.
La mefle etant achevee , on ouvrit
» la grille entiere , on remit le prie-
*> Dieu, & nous defcendimes routes
» dans les chaifes des novices avec des
» cierges allumes. LeTe Deum fut chan-
« te , pendant quoi le celebrant, apres
» avoir encenfe la fainte Epine, l'adora
» le premier , puis la donna a baifer a
» tous les miniftres de l'autel. Enfuite
» on le fupplia de s'aller repofer , par-
» cequ'il etoit plus de midi, & un
» des pretres la prit pour la faire ado-
» rer au peuple. Pour nous, nous refer-
» mames la grille 8c chantames fexte a.
» caufe dela folemnite, qui dura jufqu'a
» l'apres-dine , oil nous ne fimes que
« memoire des faints Apotres faint Si-
(80) M. Singlin etoit Diacre, 8c M. Bourgeois Sous-
diacre. R ij
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y3% HlSTOIRE DE PoHT-ROlAt,
m mon &c faint Jjade , ai'ant eu ordre
" de faire vepres entieres de la fain te » Couronne. n Voila tout ce que je fais, finon qu'il
v faut ajouter, que le terns etant de^- *> venu plus beau pendant la ceremo- m nie , l'eglife ne defemplit pas le ma- w tin, &qu'on yendit un fi grand notn- w bre de fentences de M. le grand Vi- « entire , qu'on eftime qu'il y en eut v pour cent francs a un fol piece, feu- « lenient dans la cour qui eft devant »» l'eglife.. Je n'ai ni le terns ni le pou- 0 voir de vous dire mes fentimens fur w ce fujet, Je crois que vous en jugerez »> par les votres. Tout ce qui regard? » Dieu eft ineffable Sc s'entend beau- »» coup mieux par l'experience que par » les paroles. Prions Dieu feulement » qu-il nous faffe avoir toujours prefente v au cceur une fi grande merveille, &: " que le terns ne la faffe pas vieillir >.' a nptre egard, puifqu'il ne fera pas v moins admirable dans dix ans d'ici v qu'un fi grand mal ait ete gueri en un » inftant, que dans le moment ou il fe tf fit. Je ne vois plus goute que pour « vous dire, que Madame d'Aumont >> qui a beaucoup de bonte pour nous t» tons vous envoie le portrait de ma ft petite fceur Marguerite en taillc-dpji- |
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1. Part ie. Llv.lX. j§9
fi Ce (81) , ne doutant point que vous » n'ai'ez bien envie de l'avoir ». Tel eft le detail que fait la fceur Euphemie du miracle & de la folemnite , avee laquelle on en rendit a Dieu des ac- tions de grace. La meme fceur fainte Euphemie en temoigna a. Dieu fa recon- noiflance d'une autre facort , & fe rap- pellant fes anciennes idoes de poefie, dont elle avoit fait beaucoup d'ufage dans le monde, elle fit fur ce fujet de fort beaux vers, au nombre d'en- viron deux cens quarante , qui font: imprimes dans le recueil des .pieces publie l'an 1740 (8i). Ce miracle fit une telle impreflion
fur 1'efprit du peuple, que revenanr de fes preventions contre les religieu- fes de P. R. qu'il regafdoit (83) com- me des heretiques par un effet des faux bruits qu'on faifok courir contre ces faintes filles , il leur donnoit rftil- le benedi&ions ; & leur eglife qu'on |
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core le 14 mars en mufi-
qne ; 6c on voit dans cette Eglife une infeription qui conferve la rnemoire du; miracle. (81) P. 1948c f"'^.
(8j) Lettre de la mere
Angclique a la Reine de' Pologne , 85). T. 5 , p. i;; , 154. Lett. 858 ,. p. 141. R lij;
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(81) Elle a etc- auifi
peinte & reprefentee Le- vant la fainte Epine dans un tableau qui fe voit encore a P. R. de Paris. La famille de cette pe-
rite Demoifelle gtierie , fonda dans la fuite d per petuite , dans la Cathe- drale de Clermont, une meile , qui s'y chante en- |
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J«>0 HlSTOTRE DE PoRT-ROlAtV
T^fg, comparoit au temple des huguenots ,,
devint le lieu d'un concours de devo- tion perpetuelle. Les puillances memes parurent adoucies. » Mais , dit la me- » re Angelique , nous avons contre » nous des folliciteurs fi vigilans , ii » violens & fi perfeverans, qu'il n'y a » que la toute-puitfance de Dieu qui » nous puifTe proteger contre eux (84). Lxr Pendant que l'Eglife rendoit a Dieu Efforts des des actions de graces, & fe rejouiflbit
ennemis de , , ° • i I •
p. r. pour au grand avantage que ce miracle lui
daruire « donnoit fur les Athees & fur les he- roiracle, qui , . . . , _ _ , .
eft conftate retiques , les ennemis de P. R. bien
is nouyeau. jom Je participer a cette joie, demeu-
roient triftes & confondus, felon l'ex-
f«-eflicn da pfeaume. Ce miracle par-
oit fi ouvertement pour P. R.., quit etoit impoflible de nelepas voir ; & il etoit fi accablant pour les ennemis de ce monaftere , qu'il les chargeoit de confufion. Heureux, fi cette confufion leur eut ete falutaire, 8c les eut fair rentrer en eux-memes : mais ils ne fu- rent point rougir, erubefcere nefcierunt, 8c plus endurcis que les magiciens de Pharaon , qui reconnurent autrefois le doigt de Dieu, il n'y eut point d'ef- fort qu'ils ne fiflent pour detruire dans le public la creance de ce miracle. Tan- (84J lb.p. 154.
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I. Partie. Liv. IX. $91
tot ils accufoient les religieufes de fourberie , pretendant qu'au lieu de la petite Perrier , elles montroient une four qu'elle avoit &c qui etoit aufli pen- fionnaire dans eette maifon : tantot ils affuroient que ce n'avoif ete qu'une guerifon imparfaite , & que le mal etoit revenu plus violent que jamais* On trouve une feconde atteftation 11- gnee de la main de M. Felix, par la- 3uelle ce celebre Chirurgien certifie
e nouveau, & la verite du miracle & la parfaite fante de la Demoifelle ; ce qui donne lieu de eroire que les faux bruits qu'on avoit fait courir, l'enga- gerent une feconde fois a aller a P. Rr pour s'informer de ce qui en etoit, Non-feulement le miracle fut attaque par de faux bruits , mais meme par des ecrits. Il en parut un, (dont on ne dou- te point que le pere Annat ne fut au- teur ) avec ce titre ridicule : Le rabat- joie des Janfenifles, ou Obfervationsfur le miracle qu'on die itre arrive a P. R. r oompofi par un docleur de I'Eglif'e ca- tholique. L'auteur avoit raifon d'aver- tir qu'il etoit catholique , n'y ai'ant perfonne qui a la feule infpedtion de ce titre, & plus encore a la lec- ture du livre ne Petit pris pour un pro- teilant ttes envenime contre TEglife.- R iv.
»
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JF5U HtSTOIKE DE PoR.T-ROl'At<
jTTT II avoit airez de peine a convenir de fa
verite du miracle ; mais enfin voulant bien lc fuppofer vrai, il en tiroit la ebnfequence du monde la plus etr.mge, favoir que Dieu volant !es religieufes infe&ees de 1'hcreiie des V propor- tions, il avoic opere ce miracle dans leur maifon, pour leur prouver que Jefus-Chrift ecoit mort pour tous les hommes. Il faifoit la-defTus un grand nombre de raifonnemens, tous plus extravagans les uns que les aucres\ par lefquels il6toit a la religion l'une de fes plusgrandespreuvesquieftcelledes mi- racles. Pour conclufion, il exhortoit les fideles a fe bien donner de garde d'aller invoqUerDieu dansTegliie de P. R. de peurqu'en y cherchant la fante du corps-,, llsn'y trouvaftent la perte de leur ame. 1X1 , , Mais il faut entendre M. Pafcal corr- f*h ufag: de rondre ces calommateurs dans une de a miracle fes lettres t ja feizieme : ) » Cruels contre les en- .„ . r, ,'. ., -
nemi» de p. » & laches perlccuteurs , dit-u, taut>
R- «• il done que les cloitres les plus red- s' res ne foient pas des afyles contre
» vos calomnies 5 Pendant que ces » vierges faintes adorent nuit & jour » Jefus-Chrift au faint Sacrernent, fe- .» Ion leur inftitution, vous necelTez de » publier qu'elles ne croient pas qu'il » foit ni dans l'Euchariftie, ni a la |
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t. P A R T I E. Liv. IX. 39 3
»> droite de fon pere ; & vous les re-" 1656,
>> rranchez publiquemenr de l'Eglife ,
« pendant qu'elles prient dans le iecret
» pour vous & pour route l'Eglife. Vous
»> calomniez celles qui n'ont point d'o~
» reilles pour vous ouir , ni de bou-
« ches pour vous repondre. Mais Jefus-
53 Chrilt en qui elles font cachees ,
» pour ne paroitre qu'un jour avec lui,
»vousecoute& repond pour elles. On
« Pentend aujourd'hui cette voix fainte
»» & terrible qui etonne la nature &
j» qui confole l'Eglife. Et je crains ,-
» mes peres , que ceux qui endurcif-
»» fent leurs caeurs & qui refufent avec
3> opiniatrete de l'ouir quand il parle
" en Dieu , ne foient forces de l'ouir'
« avec effroi, quand il leur parlera en
» Juge ».
Ainfi parloit Monfieur Pafcal en'
combattant les ennemis de P. R., & ^£,1 *pafi. faifant ufage de l'argument invincible ticuiiere pout>' que lui fournifToit le miracle opere fur p^clx eflltM"" fa niece. Il fut longtems dans 1'admi- touchc de c*-- ration a l'occalion de cette merveille , miras '*" & il avoit une raifon d'en etre encore: plus touche que les autres. Car il pa-- roifToit que Dieu l'avoit accorde, non: feulement aux prieres & aux befoins • de P. R., mais encore a. fa foi. Quel- ques jours auparavant il avoit eu mv |
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, , JpPWJ !■'■.»------!------------
J94 HlSTOIRE DE PoRT-ROl'Air
j6c£. entretien avec un homme fans religion
qui concluoit de ce qui fe pafioit dans l'Eglife , qu'il n'y avoit point de pro- vidence. » Car , difoit-il, il eft evi- »> dent qu'il n'y a rien de plus injufte « que de perfecuter comme heretiques w des perfonnes qui doutent d'un » fait non revele & indifferent a la re- » ligion tel qu'eft celui de Janfenius. j» Comment done, ajoutoit-il, fi Dieu » fe melede nos■. affaires , fi la reli- » gion eft fon oeuvre par excellence , » fi l'Eglife eft le roi'aume de la verite " comment peut-il arriverque les feuls »». theologiens , qui defendent toute « verite , foient opprimes, excommu- « nies & fans reflource , foit du cote m , des hommes, foit du cote de Dieu s) qui garde un profond filence ?» A ce difcours du libertin , M. Paf-
cal repondit fans hefiter, qu'il croibit
les miracles neceflaires & qu'il ne
doutoit point que.Dieu n'en.fit incef-
famment;.
ijxilli La joie qu'il eut de voir le Seigneur
©ccafi°n<J"s'interefTer pour ainfi dire a la parole
iStal fur. lei qu'il avoit donnee, fut fi grande qu'il
miracles.. s* en etoit penetrc , de forte qu'en etant
Itstrei, Mile »,, »•. .1
<& Romnes tout occupe , » Dieu lui lnlpira, dit
ftuicfcfujet... „ Madame Perrier , une infinite de
ua penfeesfur les miracles,, qui lui. don»
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T. Par.tie. Llv. fJT. 595
»: nant beaucoup de lumieres fur la » religion lui redoublerent l'amour & » le refpect qu'il avoit pour elle ». C'eft ce qui paroit en partie dans une lettre qu'il ecrivit a Mademoifelle de Roannes , en lui envoi'ant la fentence de M. le grand Vicaire de Paris. » II y » a ft" peu de perfonnes, dit M. Paf- » cal, a qui Dieu fe falTe connoitre => par des coups exrraordinaires, qu'on » doit bien profiter de ces occaiions, » puifqu'il ne fort du fecret de la na- » ture , qui le couvre , que pour ex- » citer notre foi a le fervir avec d'au- »» tant plus d'ardeur , que nous le con- » noiftons avec plus de certitude. Si •> Dieu fe decouvroit aux hommes » continuellement, il n'y auroit poinr » de merite a le croire ; & s'il ne fe « decouvroit jamais , il y auroit pea s> de foi •, mais il fe cache ordinaire- » ment & fe decouvre rarement a ceux » qu'il veut engager a fon fervice. Cec » etrange fecret, dans lequel Dieu; w s'eft retire, impenetrable a la vue » des hommes , eft une grande le$on« » pour nous porter a. la folitude : it jj eft demeure cache fous le voile de la: » nature, qui nous le cache jufqu'a a? 1'incarnation 5 & quand il a falltu jj qu'il ait paru, il sleft encore plus> R.vj,
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59 <J HlSTOIR£ DE PoRT-'ItOlAl.
» cache en fe couvrant de l'humahite«;
m II etoir bien plus reconnoiffable lorf- « qu'il etoir inviiible , que non pas- " lorfqu'il s'eft rendu viiible. Enfin » lorfqu'il a voulu accomplir la pro- » mefle qu'il avoii*faite afes Apotres « de demeurer avec les hommes juf- » qu'i fon dernier avenemenc, ll a 33 choiii d'y demeurer dans le. plus- » etrange & le plus obfcur fecrec de »i tous, qui font les efpeces de l'Eu- ».■ chariftie. C'eft ce facrement que S; » Jean appelle dans fon apocalyple une » manne cacke'e ;-8c je crois qu'Ifai'e le >» voioit en cet etat, lorfqu'il die en « efprit de prophetie : ventabhment » tu es unDieu cache. C'eft la le der- » nier feeretou il peutetre* Le voile at de la nature qui couvre Dieu , a etc- » penetre par plufieurs infideles, qui » comme ait faint Paul, out reconniv » un Dieu invifible par la nature vi- >» fible. Les chretiens hcretiques l'onc » connu a travers fon humanite , en »> adorant Jefus-Chrift Dieu & hom- »». me. Mais de le reconnoitre fous les » efpeces dupain:, c'eft le propre des >>■ feuls catholiques. Il n'ya que nous 3j. que Dieu.eclaire jufques-ldv » 0n peut ajouter a ces confidera-
-"Mjons. le. fecret. de.l'efpnc de. Dieu. |
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I. P A R. T I E. LlV. IX. fyj
» cache encore dans les ecritures. Car
» il y a deux fens, le litteral & le myf- » rique. Les Jefuites s'arretant a Fun » ne penfent pas feulemenc qu'il y err » a un autre, & ne fongent pas a le » chercher. Demcme les impies voi'ant « les effets naturels , les attribuent i~ » la nature, fans penfer qu'il y ait un » autre auteur; comme les Juifs voi'ant » un homme parfait en Jefus-Chrift,.. »> n'ont pas penfe a. y chercher une autre >j nature : nous n'avonspas penfe que cz »fiit lui, dit encore Ifai'e. De meme m encore les heretiques voi'ant les appa- » rences parfaites du pain , ne penfentr y> pas ay chercher une autre fubftance »„. » Toutes chofes couvrent quelqnes' » myfteres ; toutes chofes font des voi- »les qui couvrent Dieu : les chrctiens. » doivent le reconnoitre en tout. Les » afflictions temporelles couvrent les » biens eternels , oii elles conduifent; »les joies temporelles couvrent les » maux eternels qu'elles caufent. Prions » Dieu de nous le faire reconnoitre ,. » & que nous le fervions en tout. Ren- » dons lui des graces infiniesde ce que »s'etant cache en toutes chofes pour les, »> autres, ils'eft decouvert en toute cho- »fes & en tant de manieres pour nous «. Ufauc convenir que Dieufe deeou*- |
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5-98 Histoiue de Port-roYai.'.
\6%G. vr^c d'une maniere bien viiible pout lxiv. P. R. dans le miracle opere fur Ma- „^ira£!e (!ur demoifelle Perrier ; & ce qui montre Mile Perrier . ' . T
vifibiement que le 1 out-ruiliant avoit en vue ce
t^M^e la monaftere 3 lorfqu'il fitcette merveille,. p-otciie en-c'elt qu'il n'en fit aucune autre dans vea«Ufa1intetOUt ^ tetllS <¥XQ ^ &inte Epine fat
Epine dans ce en divers lieux , foit aux Carmelites,
mofiancrc. foit aux Urfulines , foit dans la cha- pelle de M. I'Abbe de la Poterie. Ce-
pendant les Carmelites & les Urfuli- nes vivoient tres faintement. M. de la Potherie etoit auifi reconnu pour un ecclefiaftique d'une trcs grande piete j mais ces perfonnes n'avoient pas be- foin , comme qnelques-unes le dirent alors (85) , que Dieu prouvat par un miracle qu'il etoit au milieu d'elles , pour fermer labouche a leursennemis. Il parut encore dans la fuite d'une ma- niere plus fenfible, que c'etoit la Pit- nique defTein de Dieu. Car lorfque. Ja fainte Epine eut ete rendue aM.de la Poterie & remife dans fa chapelle le bruit dela guerifon de Mademofelle Perrier y attira un grand concours de perfonnes, dans l'efperance d'etre gue- ries de diverfes maladies, & cependant Dieu n'y fit aucun miracle. Cell pour- quoi ce faint Abbe , jugeant fagement {$5),Mem. du Fofle ,,ibid..
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•t. Par tie. Liv. IX. 399
^ue puifque Dieu ne faifoit point de miracle, par la fainte Epine ailleurs que dans l'eglife*de.P. R., c etoit fans dou- te dans ce lieu-la qu'il vouloit qu'elle fut expofee a la veneration des peuples:. ill'y renvoia le 17 avril de la meme annee avec une lettre a la mere Agnes fa coufme, 011 il lui parle en ces ter- mes : » Comme les efprits bienheu- » reux inferieurs en gloire n'ont point » de jaloufie de ce que Dieu eft plus » hautement loue & glorifie par ceux » qui font au-deffus d'eux , mais au » contraire en ont une grande joie, je » dois audi a leur imitation me rejouir » davantage de ce que cette fainte » epine foitplus fervemment, plus di- » gnement & par plus deperfonnes ho- »> noree en votre maifon , qu'elle ne » pouvoit l'etre en ma chapelle. Dieu » a vouluque je vous la laiflafle, puif- » que par elle il a fait un fi evident » miracle. J'en fuis etonne en moi- » meme , lorfque je confidere tout cq- » qui s'eft paffe & la conjon&ure em »laquelle il arrive, vu que je pou- » vois vous la faire voir il y a deux »j mois , & vous aufli me la demander » comme ont fait les Carmelites. Mais; « Dieuravoit refervee pour ce tems au- *»quel, vous etiez menacees de plus. |
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400 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt;
i6\6. " grancles perfecutions, pour releveT
» vos efprits , & vous donner unc plus » grande confiance qu'il ne delaiiieni » point fes epoufes. Et ce qui eft enco- » re remarquable ,. c'eft que ce miracle » eft arrive en l'une de vos petitesfil- » les, lorfqu'on faifoit counr le bruit » comme vous favez,qu'on vouloit vous » les oter. Je trouve tant de chofes " extraordinaires & remarquables en » cette faveur que Dieu vous a fake , » que je ne puis pas entrer plus avant » dans ce difconrs. Au refte vous avez » voulu mener une vie cachee & n'ctre » connues que de Dieu , ne l'etant dti » monde finon par les perfecutions » qu'il vous faifoit; mais Dieu a veil- s' lu faire connoitre au monde votre » innocence , &c que dorenavant on » aille en votre fainte maifon pour » recevoir des graces de lui ». L1CV- M. de la Poterie etoit fans doute Nouveaux vei'itablement entre dans les defleins
risip!R°.PC" ^e Dieu, en renvoi'ant a P. R. la fainte epine de la couronue de fon fils; cat elle n'y futpas plutot rapportee, qu'il s'y fit de nouveaux miracles. Une reli- gieufe de la maifon de Dieu de Vernom ( Marguerite Carre de Mercay) atta- 3uee a une efpece de paralyfie fur les
eux jambes, qui s'etoitfait appor-* |
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I. P A R T I E. L'lV. IX. 40 r
ter a Paris, a'i'ant adore la fainte epine
ii P. R. & communie a la melfe , fortic de l'Eglife parfaitement guerie. La femme d'un Procureur norame
Durand , malade depuis deux ans d'un vomiiTement continuel, qui lui faifoir rejetter routes forces de nourriture , s'etant fait porter a P. R. , & y a'fanc adore & baife la fainte epine , elle obtint une guerifon parfaite. Quantite d'autres perfonnes furent gueries de dirferentes maladies (86). Mademoi- felle Portelot , fille d'un Procureur , malade depuis trois ans fans pouvoir fortir du lit, fut guerie au bout d'une neuvaine a la fainte spine, &c alia a P. R. deux jours apres. Une religieufe Urfuline de Noi'ers, etique & paralyti- eue depuis deux ans •, une autre Urfu- line de Pontoife ; une religieufe du Threfor ; une religieufe de la Con- gregation de Notre-Dame de Pro- vins , &c., furent autant de temoins vivans des merveilles que Dieu faifoit eclater par la vertu de la fainte epine en faveur d'une maifon calomniee 8c perfecutee. Deux religieufes de P. R. des champs furent gueries, l'uned'una paralyfie dont elle etoit attaquee depuis (?9) On a drefle daas le tcms des relations d«.
glus de (juaire-viBjts,
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401 HlSTOIRE EE Po RT-ROi'AX.
quaere ans, 1'autre d'une fciatique dont
elle foufFroit depuis plufieurs annees, en appliquant fur elles des linges qui avoient touche a la fainte epine (87). Il eft eft vrai que routes ces guerifons eroienr operees fur des femmes ; mais on n'avoit pas encore alors trouve ces raifonnemens infenfes de certains faux theologiens (8 8), qui accables par le poids des miracles qu'on leur objecle , atrribuent, a l'exemple des libertins, a la nature ce que la raifon eclairee par la lumiere de la foi avoit jufqu'ici cm ne pouvoir etre que l'effet de la route- puiflTance de Dieu. Parmi cegrand nom- bre de miracles, il y en eut un qui fit beaucoup plus d'eclat: ce fut celui que Dieu opera fubitement fur Made- moifelle Baudran. Les medecins & les chirurgiens qui avoient vu le mal etanc venus pourfaireToperation furentdans le dernier etormement, en la voi'ant guerie , & s'ecrierent que e'etoit la le plus grand miracle qui fe fut encore fait par la fainte epine, & qu'ils l'ef- timoient autant que la refurrection (87) Voi'ez la lettre 870 1R1, p. its. Lett. 894.
de la mere Angelique a la Lett. 897. Lett. 898. Lett.
Heine de Pologne, T. 5 , 899. Lett, 904. Lett. 909,
p. 166. Lett. 871 , p.zfii?, 913. 914. 919. jzS.
170. Lett. 875 , p. 171. (88) Auteur des Itlirtti Lett. 875; , p. 17 j. Lett, (ptetendues J tbioicgiijuef*
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F. Part ie. Llv. IX. 403
d'un mort. C'eft certe penfionnaire qui 16 <G,
eft peinte avec Mademoifelle Perrier au-cleiTus de la grille de P. R. de Pa- ris (89). Les religieufes de P. R. loin de fe
prevaloir de ces merveilles que Dieu operoit en leur faveur, gardoient le filence, fe contentant de s'en edifier & d'en remercier Dieu. On eft eton - ne de voir jufqu'ou alloit leur referve a ce fujet. » Pour moi , difoit la mere >» Angelique (90), jevousdirai que je « ne faurois approuver rant de recher- h ches. Dieu fait pourquoi il fait ces » miracles, il en tirera fa gloire en » la maniere qu'il lui plaira , fans qu'il » foit befoin que nous nous en me- »» lions ni que nous faflions autre chofe « que d'adorer fa divine providence , s> & d'admirerfa bonte avec une grande » humilite &c reconnoiflance. Cela doit » plutot fervir a ceux qui viendront » apres nous, pout leur faire reverer *» la conduite de Dieu, qu'a nous en » diftraire. Le monde en fait a (fez de " bruit ». Ce n'etoit point par indiffe- rence que cette fainte abbeile tenoit (89) Ce miracle opere annee , rendue par MM.
fur MademoifeHq Bau- de Contes & Hodencq ,.
dranlei7Mai i6(7> fut glands Vicaires de Paris.,
conila.e par une fentence (90} Leu. y.ij». du %) aoOit de la-, ruims |
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404 HlSTOIRE DE PoRf-ROrAL>
"" 107^7 ce Engage, elle fouhaitoit meme que
Ton fit uii «'/*« £/evz war? de ce qu'on €n apprenoit (91). Mais c'eft qu'elle craignoit le peril, auquel l'eclat de eesmerveillesexpofoit l'humilite defes religieufes,qu'elfes nepriiTentunevair.e complaifance dans les ceuvres de Dieu (92.) , & qu'elles ne fuflentpas aflez re^- eonnoilTantes deces faveurs (93). rxvi. Dieu ne fe conrenta pas de confon- Biui fufdt(rcjre par Iui_mcme les ennemis de P. R.
res en juftifiant par des miracles eclatans aTpCR.tCU" * ^innocence de ces vierges chretiennes miile de m. que l'on perfecutoitinjuftement; il fuf- infince S0I> Clta encore un homrne extraordinaire» 3ui par des lettres pleines d'une force 8c
'un fel inconnu jufqu'alors , devoila a la face de Funivers les erreurs monf- trueufes de ces perfecureurs , 8c les couvritde eonfufion. C'etoit M. Blaife Pafcal que Dieu avoit conduit l'annee precedente dans la folitude de P. R., pour s'y confacrer a la penitence, 8c fervir de compagnon aux defenfeurs de la verite , dans leurs travaux litte- raires. M. Blaife Pafcal defcendoit d'une
ancienne famille d'Auvergne, qui avoit (■91) M. de Pomchateau le Secretaire del* SteEpitie.-
fe charges dc faire- cet (<n) Lett. 910. feat, ce qui le fit apjcllet (93) Lcttt. 8j6. |
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I. P ARTIE. LlV, IX. 405
&t$, annoblie' par Louis XI, en confe-
quence des fervices que lui avoit ren- du? Etieane Pafcal Maitre des Reque- tes. Le pere de Blaife Pafcal fe nom- moit auili Etienne , 8c etoit fils de Martin Pafcal Threforier de France , &c de Marguerite Pafcal de Mons, fille duSenechal de Clermont. M. fori pere l'aiant envoi'e a Paris pour faire fes etu- des de droit, le recommanda a M. Ar- nauld l'Avocat qui etoit auffi d'Auver- gne. Lorfque M. Etienne Pafcal fut revenu a Clermont, il y acheta une charge d'Elu, puis il devint fecond Prefident de laCour des Aides. Il epou- faen 161 8 Antoinette Begon , dont il eut plufieurs enfans : 1 *.. Le premier , ne en 1619 , mourut auffi-t6t apres ion bapteme ; z". Gilberte , nee en 1,620, marieeen 1641 a M. Florin Per* rier Confeiller en la Cour des Aides de Clermont : 3 °. M. Blaife Pafcal ne le 1.9 juin 1613 : 40. une fille, nommee J.aqueline , nee le 4 odobre 1615; elle fat religieufe a P. R, M. Pafcal ai'ant perdu fon epoufe en 1616, vendit fa charge a fon frere, &mit la plus gran- de partie de fes biens fur l'Hotel de ville de Paris, 011 il fe retira, pour s'appliquer a l'education de fes enfans j^irtpHt A ceile de Blaife Pafcal, a qui |
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40^ HlSTOIRE DE Po'RT-ROlAI.
' 1(j,:<j, il ne donna point d'autre maitre que
lui-meme. On fait quel progres fir dans les fciences humaines le jeune Pafcal , furtout dans les mathematiques, qu'il apprit d'une maniere furprenante, com- me on peut le voir dans fa vie. txvii. Jaqmline Pafcal donna aufli des 1'age jaquelme je pjus tenjre £es marques extraordi-
3>afcal. Son r . . 1
•efprit. ses ta- naires d elprit. A huir ou dix ans elie
jeus. compofoit des vers qui etoient admi- res de toucle monde , meme a la Cour.
Elle en fit en 16 3 S* fur la grofleife de la Reine , qui prenoit plaifir a la voir 8c a lui parler. Cette annee M. fon pere fe retira en Auvergne, de crainte d'etre mis a la baftille, parcequ'il etoit foup^onne d'avoir eu part a quelques paroles feditieufes qui rurent dues chez M. le Chancelier a l'occafion des re- tranchemens qu'on avoit faits aux ren- tes de 1'hotel de ville. Au commen- cement de l'annee fuivante (1646) le Cardinal de Richelieu eut la fantaifie de faire jouer une comcdiepar de jeu- nes filles. Il chargea de cette affaire la Ducheffe d'Aiguillon fa niece, qui choifit la jeune Pafcal pour actrice. La <petite apprit fon role & le joua avec rant d'agremenr qu'elle ravit tout le ■monde. Apres la comedie, voi'ant qu'on xiq penfoit point a la prefenter a M. le |
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1. P A R T I E. Liv. IX. 4O7
•Cardinal, comme on en etoit conve-
tiu , elle s'approcha de lui. Le Cardi- nal la prit &c la mit fur fes genoux; elle avoir alors rreize ans , mais elle patoiflbit a peine en avoir huit. Alors elle fe mita pleurer , 8c recira a fon. Eminence les vers qu'elle avoir fairs pour demander la dehvrance de M. fon pere. Le Cardinal l'aiant accordee , la petire ajouta d'elle-meme: Monfligneur j'ai encore une grace a demander a votre Eminence : le Cardinal ravi de fa gen- tilleiTe , lui ai'anr repondu: Demande^ tout ce que vous voudre^ j tu es trop aimable , on ne peut te rien refufer • elle lui dit: » Je fupplie votre Emi- » nence de trouver bon , que rnon » pere ait l'honneur de la remercier « de fa bonte ». A quoi le Cardinal repondit : Non feulement je vous Iac- torde , mais je le Jouhaite ; qu'il me vienne voir, & qu'il mamene touts fa famillc. M. Palcal a. qui on man- da tout cela, partit aufli-tot pour Pa- lis, & fe rendit a Ruel, pour faluer le Cardinal, qui ai'ant aupris qu'il etoit feul, lui fit dire qu'il ne le vouloit fioint voir fans fa famille. Il revint le
endemainavec fes trois enfans, & fut tres bien re^u du Cardinal : il lui dit ,cu'il ptoit ravi de fayoir rendu a une |
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4©S HlSTOIRE DE POK.T-ROI At.
&6c6, famille qui clemandoit toute fori ap-
plication ; &c il ajouca : Je vous recom- mande ces enfans , J'en feral un jour qudque chofe it grand. Toute cette aventure » ne paroillbit avoir lien » que d'agreable felon le monde ( com- me le remarque Mademoifelle Perrier de qui on apprend ces faits ) ,& que » de capable d'en infpirer 1 amour. h Cependanc ce fut par la que Dieu » conduiiit la famille de M. Pafcal » au lieu ou il avoit deftine de lui pro- w curer les mo'iens de le connoitre , » afin quelle fe donnat pleinement a » lui » ; ce qui arriva de la maniere que nous allons le rapporter. txvni. Peu apres, M. Pafcal fut envoi'e en m. Pafc-ii Normandie, ou il y avoit beaucoup »ere e(l rait , , , / . r
imenJ.nu de de troubles, poury ctre Intendant con-
oia[ferof'fflJ°^nt:ement: avcc ^" ^e ^ris> Maitre
& fafiiie ja- des Requetes. Il mena toute fa famille l!ft1ngea=ntS'yavec lui & 7 demeura jufqu'en 1648.
par la vivaci- La Cour fut £ contente de fon admi- j£ Ieur ef"niftration , qu'elle lui donna des let- tres de Confeiller d'Etat. Blaife Pafcal fit voir a Rouen, pendant que M. fon pere y etoit, la viyjeite de fon efprit & de quoi il etoit capable, par les ex- periences qu'il fit, entr'autres fur le vuide. Ce fut dans ce terns, que par #n effort prodigieux d'efprit, ilinven- ta
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•I. Partir L'iv. IX. 409
ta- la machine anthmetique , n'aiant encore que vingt ans , mais il fut piufieurs annees a la perfe&ionner. » Il faifoit, dit M. Fontaine ( 94) , » que de petites roues fans raifon , » ou etoient fur chacune les dix pre- ". miers chifFres , rendoient raifon aux » perfonnes les plus raifonnables ; &c » il faifoit en quelque forte parler » les machines muettes pour refou- w dre en jouant les difficultes des nom - » bres qui arretent les favans ». Mais cela lui couta tant d'application & d'ef- fortd'efprit, qu'ilen fut malade trois ans. II obtint du Roi en i 649 un privi- lege dans lequel on trouve l'idee decette machine. Mademoifelle Jaqueline Pafcal
fe diftingua auffi a Rouen par la beaute de fon efprit •, & dans ce pais qui a donne a. la France fes plus grands poetes , elle emporta a l'age de 14 ans environ , le prix de vers qui s'y don- ne chaque annee, le jour de la Concep- tion. Ses belles qualites la faifoient defirer dans toutes les compagnies, ouelle etoit toujours rec;ue avec le plus grand accueil. On lui prefenta divers partis, mais Dieu permit qu'il y eut tou- jours quelque chofe qui empecha la concluhon d'un rnariage. frt) T„ x p. 54- „ •
Tome III. s
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410 HlSTOIRE ItE PoRT-ROl'At..
./.^ Plus le frere & la fceur avancoienC
en age, plus on remarqnoit en eux
cette innocence de moeurs, qui fait les honnetes gens da monde, mais avec laquelle on eft encore bien eloigne de Dieu, lorfqu'on aime les divertifiemens qui ne peuvent s'accorder avec ion ef- prit. A Fegard du pere , il avoit de la piete, mais elle n ctoit pas eclairee. Il ne connoifToit pas encore les devoirs de la vie chretienne, & il croioit pou- voir allier des vues de fortune avec 1'E- vangile. Mais Dieu qui avoit des vues demifericordefurlui & fur fa famille, permit qu'il lui arrivat un accident qui fut l'occafion de fa converfion & de celle de fes enfans. t.xix. M. Pafcal s'etant calle la jambe dans
oecaflonde }e mols fe janvjer 1£4<j fe mit entre
<Ae m. Pafcal les mains de deux gentilshommes vol-
liecelk d'e fts ^nS ^e ^-0lIen J ^ MOlQIlt beaUCOUp
. t»f*as, de reputation pour ces fortes de maux.
Cesdeuxgentilshommesetoientfreres, de la famille des Bailleuls, & s'appel- loient, l'un M. de la Boutheillene , 1'autre M. Deflandes (95). Des leur jeunefle on avoit remarque en eux beau coup d'adreiTe pour remettre les mem- |
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(9S) M. Deflandes a T. t. p. j 5i. ) & un«
/ta un fijs religieux dc la fi!Js religicufe' a p. R.
frape , & un autre more nominee fecur Jeanne ds
ffffififf 4e h ft- i f 01K' ?W.te Aldegonjic,
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I. Par tie. Liv. IX. 411
l>res rompus & dcmis ; mais* comme \6\6% ils ne vouloient pas courir les rifques de faire quelque fame en fe nam feule- ment a. leur induftrie , ils avoient ap- pris 1'anatomie & la medecme. Dieu leur fit faire de ce talent un ufage bien different de celui qu'ils penfoient, car ils n'en faifoient d'aboid qu'un amufe- ment. Il y avoit pres d'eux un grand ferviteur de Dieu, Monfieur Guille- bert, cure de Rouville , a qui M. de faint Cyran a ecrit une excellente let- tre fur la vocation aux charges eccle- fiaftiques. Il conduifoit parraitement fa paroiffe & faifoit des inftru<Slions admirables. On venoit l'entendre pre- cher de tous les environs •, & il y avoit meme des officiers du Parlement de Rouen , qui louoient des appartemens a Rouville , pour y venir coucher les famedis. Meffieurs de la Boutheillerie & Deflandesetant venus aux fermons de M. Guillebert, en furent fi tou- ches , qu'ils le prierent de vouloir bien les faire entrer dans la voie du falut. Ils s'abandonnerent entierement a fa conduite , & ne s'occuperent plus qu'a leur falut & a exercer la charite envers le prochain. Ils firent batir chacun un petit hopital au bout de leur pare. M. Deflandes mit dix lits dans le fien •, & Sij
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4H HrSTOlRE DE PoR.T-R.OlAL.
16 < 6,~~ ^' ^e ^a ^oatheillerie en mit vingt. Us
recevoient tous les paavres malades qui fe prefentoient, & les traitoient fort charitablement, leur fervanc de mc- decins & de chirurgiens. Voila ceux que Dieu deftinoit dans l'ordre de fa providence , pour faire entrer M. Paf- cal & route fa famine dans la voie du falut. M. Pafeal a'iant prieces Meffieurs de
lui remettre la cuiflfe , ils y travaille- rent,& vinrentpaffer quelque tems chez lui. Leurs difcours &c leurs exemples y opererent bientot un grand change- ment. On vonlut lire les livres de pie- te qu'ils lifoient, afin de s'inftruire de la religion comme ils 1'ecoient. Ce fut ainfi que la famille de M. Pafeal com- menca a prendre connoklance des ou- vrages de Janfenius , (par la lecture du difcours fur la reformation de L'homme inurieur, dont il eft auteur •, de ceux de M. de faint Cyran , de M. Arnauld & d'autres de ee genre, ) dont la lec- ture ne fit qu'augmenter le defir qu'ils lxx avoient de fe donner a Dieu. Biaife pafc»l M. Blaife Pafeal le fils fut le premier ^diT'lle" touche ; il comprit alots que la reli- Pieu, g'on chretienne oblige a ne vivre que tofatZvrh Pour Dieu ' * ne rechercher que lui,.
g!« '4e fop £c a ne vivre que pour lui. Il renoncg, mm * *' *
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I. P A RTII. L'tV. ltf. 41 j
& toutesles recherches curieufes , aux- ~^6~7gT
quelles il s'etoit applique jufqu'alors
& ne fit plus d'autre etude que celle
de la religion. Il tacha d'infpirer les
fnemes fentimens a. fa focur Jaqueline,
& reuffit, qxioique avec beaucoup de
peine , par fes difcours & fes exem-
ples a lui perfuader de ne plus penfer
qu'i Dieu, dont elle lui temoigna tou-
jours une grande reconnoiflance , fe
regardant comme fa fille. Elle fut me-
me plus fidele que celui dont Dieu
s'etoit fervi pour la mettre dans la
bonne voie •, car elle y perfevera , au
lieu que fon frere regarda un peu derrie-
re lui. Elle avoir alors vingt ans, &c
etoitrecherch.ee en manage parunCon-
feiller du Parlement de Rouen. Depuis
ce terns elle renonca a tous les divertif-
femens du monde , &; penfa a fe fairo
religieufe , etat pour lequel elle avoir
eu jufques-la. beauconp d'eloignement^
Le frere Sc la fceur porterent en- LXXi.
fuite M. leur pere a fe donner pleine- Converfion> v t^- r ,-, c r dcM. Pafc.il
ment a Dieu , ce qu il ht avec une ic pere & de
grande joie que Dieu lui .confervaMadame Per- jufqu'a la mort. Tout cect fe paftoit en AWs import 1646. Sur la fin de la meme annee , thnt„ <*e M;' tt o it 1 r» • ' r Guillebe'ft a-
M. & Madame Perner etant venus a Madame p«--
Rouen; touches de la facon de penfer "er- & defe conduire de leur familledls ne S lij,
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414 HrSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
~6 £ crurent pas pouvoir mieux faire que
de l'imiter : ainfi la grace de Dieu fe repandit auffi fur eiix, & ils fe mirent fous la conduite de M. Guillebert. Madame Perrier , qui reuniflbit en
fa perfonne tout ce qui peut plaire au monde , y renonca genereufement a 1'age de 2 5 ans. Elle demeura a Rouen {>endant deux ans , & elle edifia toute
a ville par fa piete folide & fa modef- tie dans les habillemens. Lorfqu'elle fut obligee de retourner a Clermont, M. Guillebert lui donna cet avis im- portant , de prendre garde de ne pas Faire ce que font fouvent les Dames quiqui ttent les panares par picte , & les mettent fur leurs enfans ; ce qui eft plus dangereux pour ces enfans > en ce qu'ils y mettent leurs cceurs , que pour les meres qui en connoiuent le mal. Madame Perrier profita de cet avis, txxir. Cependant l'application que M. Blai- Paa-ai re- ie Palcal avoit donnee aux lciences,
vicnti Paris, \u[ avoit tellement derange la fante , & alfiftc aux . / i • i • j° I
nrmons de que les medecins lui ordonnerent de
m. singiin a- quitter toute etude. Lorfqu'il fe porta vie Mile foT. ., \ r> • >{ i
fccur. mieux , ll revint a Fans avec Made-
moifelle fa freur. Les fermons de M.
Singiin faifoient alors grand bruit. En ai'ant entendu parler , ils y ailerent 5i |
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1. Parti*. Liv. IX. 415*
gouterenr beaucoup fes inftrucHons , j 6 c <j
qui produifoient de grands fruits. lis fe firent un devoir d'y affifter avec afliduite. La maniere dont M. Singlin parloit de la vie chretienne leur pa- rut remplir Pidee qu'ils en avoient concue depuis que Dieu les avoit tou- ches , & ce fut ce qui les attacha cane a le fuivre. Mademoifelle Pafcal aiant fu que Lxxtrr.
M. Singlin conduifoit toute la maiibn Mile>^ar"! Jt> r \ r r ■ f • r Penleafe'ai-
de P. R., penfa a le raire rehgieufe « reiigieufe-
dans ce monaftere. Elle communiqua *£; r^fu(|on fon deflein a M. fon frere, qui la for- fon confeme- tifia dans fa refolution. Mais comme j*{£ p*ff^ ils n'avoient aucune habitude dans le pere, cette maifon , ils s'aviferent d'en par- ler a. M. Guillebert , qui demeuroit alors a Paris , &c qu'ils favoient etre fort lie avec ce monaftere. Ce fut lui qui mena Mademoifelle Pafcal a la mere Angelique. Depuis ce terns-la. elle continua d'aller a P. R. , & elle fe mit fous la conduite de M. Singlin. M. Pafcal le pere erant revenu a Pa- ris aumois de mai 1648 , M. Singlin |
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I
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i avoit remarque dans Mademoi-
lle Pafcal routes les marques d'une |
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veritable vocation a l'etat religieux ,
jugea aproposqu'on en parlata M. fon pere. Quoique ce bon pere fut biem S iv
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4 I6 HfSTOIRE DE PoRT-Roi'lL.
" j(jcg. aife cle voir fes enfans fe donner plei-
nement a Dieu , ceperidant l'affeclion
tendre qu'il avoir pour fa fille 1'empor-
tant en cette occalion , il declara qu'il
ne pouvoit confenrir a ion entree dans
la religion. Maderaoifelle Pafcal ne
diminua rien pour cela de fa ferveur »
&c M.. fon pere lui lailfa une enriere li-
berte de vivre chez iui comme elle
voudroit , la priant feuiement de ne
le poinr quitter. Elle fe conduifoit par
-.. les avis de la mere Agnes , dont elle
recevoit fouvent des lettres , & on lui
envoioit de P. R. les billetsxle chaque
mois. La mere Agnes lui en ai'ant en-
••' b. • . i i
voie un , qui pano.it ae la mort de
Jefus-Chrift , elle medita avee grand
foin ce myftere , & Dieu lui donna
fur ce fuje.t des penfees admirables »
qu'elle ecrivit & qu'elle envoi'a a P. R.
Ai'ant enfuite accompagne M. fon pera
en Auvergne , oil elle demeura dix-
fept mois , vivant dans une granda
retraite & uniquement occupee de la
priere & d'eeuvres de piete, elle eut la
confolation de voir Madame Perrier
fa fceur , aufli-bien que fon epoux per-
feverer dans le genre de vie qu'ils
avoient embrafle , & prendre un foin
tout chretien de leur petite famille.
. Pen de terns apres le vo'iage d'Au-
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T. Fa&t ie. Llv. IX. 417
Tergne, M. Pafcal le pere mbuttit a i6<<£..«|
Pans le 14 feptembre 1651. Il y avoic
rnene , depuis qu'il y demeuroit, une
vie fi exemplaire , que M. Loyfel cure
de faint Jean en greve , dans la pa-
roifTe duquel il etoir, crut devoir faire
fon eioge apres fa more; ce qu'il n'avoit
jamais fair a l'egard d'aucun de fes pa-
toifliens.
Mademoifelle Pafcal n'eur pasplu-
tot figne les partages de la fucceffion,. qu'elle quitca le monde avec une tran- quillite & une joie parfaite , n'etant agee que de 16 ans Elle encraa P. R. le 4 Janvier 1651 , & fir profellion en- 16 5 3 , fous lenom de foeur Jacqueline de fainte Euphemie; M. Blaife Pafcal fon frere ne put txxtv.' .
alors gouter certe retraire , • parcequ 11 Pafcai s-en_- n'etoic plus le meme qu'auparavant. g*ge infenfi-- Gi • • • r / bkment danj"
Offline on lui avoir interdit tout etu- ]e monde. it'
de , il s'etoit engage infenfiblement a s'oppofe £
• 1 ] \ . \ r' 1 • ■ l'entree en re- -
revoir le monde , ajouer , ale divemr. ijgjon de
Au commencement cela etoit modere •, Mlk f»fcmi!;* mais enfinilfelivra tour entier a la va- nite , al'inutilite, au plaifir & a 1'amu- fement, fansfe laiiTer aller cependant a aucun dereglement honteux. La mort de M. fon pere lui donna encore plus de facilite- & de moien pour continues ce-genre-devie; Cechangement de M*- S v<
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4t8 HlSTOIRE DE PORT-ROlAt;.
Pafcal fait voir combien certains re-
in edes , fur-tout la diilrpation, les de- laflemens que Ton conleille fi fouvent aux malades , font dangereux. Sa foeur lui demanda par une lettre des plus ten- dres , fon confentement pour entrer en religion : ce n'eft pas qu'il lui fut ne- cenaire , mais feulement comme elle le dit elle-mcme, pour accomplir avec joie , avec repos d'efprii', avec tranquil* UU ce qu'elle defiroit.. M. Pafcal lui demanda d'attendre deux ans : puis s'etant laifTe gagner par M. d'Andilly , il fe rabattit a fix mois , & enfin il lui dit, qu'il aimoit autant que ce fnt a la- Trinite comme elle le defiroit, que quinze jours apre.s-, il fit encore plus de difficulte pour fa profeftion. Lorf- qu'il fe fut determine a donner une dot, la mere Angelique lui ai'ant fait clire qu'il fondat fon cceur pour ne; point agir par un efprit humain ; qu'elle aimoit mieux qu'il ne donnat rien que de ne le point fairs par l'efprit de Dieu, il en fut extremement furpris : La me- re: Angelique lui dit alors : » Nous i> avonsappris, Monfieur, defeuM. me, de faint Cyran , a ne rien recevoir a*, pour la maifon de Dieu , qui ne j>; vienne. de Dieu.. Tout ce qui eft m, fajtjjarun. autre; motif que. la cha- |
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I. Partte. Liv. fX. 415?'
» rite , n'eft point un fruit de l'efprit ""TiTTT" » de Dieu, &: par confequent nous ■» ne devons point le recevoir «. Dieu qui avoir des vues de mile- nefhSffrft
ricorde fur lui , fe fervit de fa pieufe le a Dieu par four qu'U avoir fait entrer lui-me- £ S^S me dans la voie dufalut , pourle rap- Divers evene- peller a lui dans le terns qu'il etoit SSX&fc le plus pres de prendre des engage- va-fion- mens avec le monde : ce fut vers Tan 16 5 4. ll paroit que le Seigneur le pourfuivoit depuis longtems , comme il l'avoua lui-meme dans la fuite. La providence difpofa divers evenemens, pour le deracher peu a peu , de ce qui etoit l'objet de res paflWis. Un jour de fete , etant alle a la promenade , felon fa courume , dans un caroife a. quatre chevaux, au pont deNeuilly,. les deux premiers prirenr le morsaux: dents a un endroit du pont 011 il n'y avoit point de garde-fou , & fe preci- piterent dans la riviere : comme leurs; traits fe rompirenr , le caroffe demeu- ra fur le bord. Get accident fit pren- dre a. M. Pafcal la refolution de renon- cer a fes promenades & de mener unev vie plus retiree. Mais il etoit necef- faire que Dieu lui ora le vain amour: des fciences , auquel il etoit revenu v> ce qu'il fit par une; virion , dont M^ |
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41Q HlSTOIRE DE PoR.T-R.Oi'AI.
" i6<\6." Pa^al na jamais parle a perfonne , fi
ce n'eft peut-etre a fon confefTeur. Qn n'en a eu connoifTance qu'apres fa mort, par un eerie de fa main qui fut Crouve \$6) fur lui. Voici ce qu'il con-f tient 8c. de quelle maniere if eft figu^» re. 11 faut feuiement remarquer , qu'on a mis en caraclteres aajiqucs cequeM^ Pafcal avoit fpuiigne.. L'an de grace 1^4.
LXXVI- ydiondeM. Lundi 13 Novcmbre , jour de S. Clement PAfca].. Pape & martyr, & autres au martyrologe.
Veille de S. Chryfogone martyr, & autresv
Depuis environ dix heures & dem ie da
foir , jufques environ mumit & demi. (97},
^_---------------------Peu------'-------->-----------
Dieu d'Abraham , Dieu d'lfaac , Dieu de;
Jacob ,
non des philofophes & des favans*
{$6) L'origmal. de" cct qui les trouva , les remit
Sprit eft dans la biblio- a Madame Perrier, qui,
tfaeque de Saint Germain- las fit voir a plufeuts de»
des-pres., fes amis. Apres la mort
(97) Cette vifi6n fe de" Madame Perrier, ar-
ttouva ecrite <h la main rivee en 16^7 , Monlleuc-
de M. Pafcal, fur un pe- fon fiis & Msldemoifel-
tit-parchemiu plie , & fur les 'Perrier comrnuni-
uji-papierecrirde, lame- querent cette piece a unr
nje main. Ces deux pie- Carme DrchaufTe de leurs
ces , d«nt l'une etoit- une amis, & fort eclaire , le-
eppie fidele de l'autre , quellacopia , ,&: fitdefius*
efcient coofiies dans la. un cammenraiie de zo..
v^-ft? de -M. Pafcal , qui pages in fol. qui font d.ins
d?puis 8; ans preiwit la la.bibkotheque des-Pore*,
jwiiw) de ks coudre.&. de? de l'Oratoire dc Ckr-
cpuJrclotfqu il changeok. monu ..
^M&tfr Le... demsitiqiiei |
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T. Parti e. Ziv. /X 42r
, Certitude, certitude, fentimens , vue ,
joie , paix. Dieu de Jefus-Chrift. Deummeum & Deurn vejlrum. Jean X. 17. Ton Dieu fera mon Dieu. Ruth. Oubli du monde & de tout, hormis Dieu. 1'l.nefe trouve que par les voies enfeignees. dans l'Evangile. Grandeur de l'ame humaine. Pcre jufte , le monde ne t'a point coiintts comme je t'ai connu. Jean 17.
Joie , joie , pleurs de jpic.. Je m5en fuis fepare. Dereliquerunt me fontem aqua viva. Mon Dieu me quitterez-vous ? Queje nenfois point fipariiternellement;.
Cette efl la vie eternelle , qu'ils te connoif fent feul vrai Dieu , & celui que.tu as envoli. Xefus-C hrifil J ejus- Chrift. Jefus-Chrifi. Je m'en fuis fepare yje Vaifui , renoneii,
Grucifie, Que je nenfois jamais fepare.
Dieu ne fe conferve que par les voies en*- feignees dans l'Evangile,
Rtnonciation totale & douce. Soumiilion totale a JefuSrChrifl: &: a mon
Direcleur.
Eternellement en joie pour un jour d'e-r xercice fur la terre. (98) : Non oblivifcar fermones tuos.amen, (98) Ces deux lignes ne - bouillees. MailemoiTelle'*
fonc pas dans ^original-en Marguerite Perrier y a.< pavchemia ., n ais dans joint deux pages in-4. de; celui qui eft en papier , commentaires,. . akrUsL font foit bit-. |
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42 2 HrSTOIRE DE PoRT-ROlAT^
"' i6<6. ^a ^c£Ur de Monfienr Pafcal ge-
iXxvir. miflbit fans ceffe de voir celui, qui
™„,NorUve!!e lu* avoit fait connoitre le neant
converfion de , . r . , , , . .
M. Pafcal. des choies du monde , s y plonger lui-
meme de plus.en plus. Elle lui par- loit lorfqu'il venoit lui rend re. vilite , avecautant de douceur que deforce, mais ii la laifloit dire. Enfin Diem commen<~a a le toucher de nouveau vers la fin de feptembre •, & le jour de la Conception, 8 de decembre fui- vant de Tan 1654 , il acheva fon GEuvre. Comme il etoit avec fa fccur, le fermon etant venu a fonner , il la. quitta , &c entra dans l'Eglife au mo- ment que M. Singlin montoit en chaire. Son inftrudion lui parut fi proportionnee aux circonftances dans tefquelles il fe trouvoit , qu'il ne put s'empecher de s'en faire l'application; Le predicateur park en particulier ,, avec beaucoup de feu,fur Tabus qui re- gne dans les engagemensque l'onprend par des vues humaines & fans confiuV ter Dieu , foit en entrant dans des charges , foit en fe mariant. M. Paf- cal en fut vivement touche , & s'en ouvrit auiTi~tot a fa fceur Jacqueline de fainte Euphemie, qui fit ce qu'elle put pour augmenter ce nouveau feu. Elle manda le meme jour cette bonne liouyelle: a-Madame Perrier., |
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I. Par t i e. Liv. IX. 4* $________
Dans une feconde lettre datee du 16^6.
25 Janvier 1655 , elle confirma cette lxxviil agreable nouvelle , & entra dans un S&^£S grand detail fur ce changement fi heu- <fc m„ sin- reux 6c fi deilre. Nous apprenons par fe* pan/deli cette lettre que M. Singlin voulut bien reuanc. fe charger de la conduite de M. Paf- cai a la lollicitation de la fceur de fainte Euphemie , qu'il avoit conftiruee la direclrice du nouveau profelyte , a- vant que de fe determiner a le recevoir, Le fage diredeur , jugeant que la re- traite etoit necefTaire a ce penitent, l'ui confeilla de faire un voi'age a la campagne , pour etre plus a foi qu'ii ne l'etoit a Paris, 011 M. le Due dc Roannes fon intime ami l'occupoie beaucoup. Le nouveau converti per- fuade lui-meme de la neceffite de la fblitude , partit le lendemain des Rois, 7 Janvier 1655, avec M. de Luines , pour aller dans une de fes maifons.. Mais n'y etant pas afTez feul a fon gre, il obtint une charnbre,,ou cellule par- mi les folitaires deP.R., d'ou il ecri- vit a la fceur Euphemie , temoignant une extreme joie de fe voir loge& traite en Prince, mais en Prince , au juge- ment de faint Bernard ,x dans un lieu; folitaire, 011 Yon f'aifoit profemonde, grariquer la pauvrete;. |
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4'1"4 HlSfOlRS DE pQRT-RolA't."
n~"' /,r ' La fceur Euphemie , qui avoit ait-
1656. ,, r . r ., 1 txxix. tent d eipnt que de piere , fit reponie
Etttre de laa M. Pafcal, par une lettre c!u 19 jan- four Euphe- • > y \ i 1 u \
niieiM. Paf-vier i(35 5 , (99) aans laquelie, aprcs
calfon fterc. avoir plaifante fur ce qu'il etoit fi gai (kCi rejoui dans fa retraite, ce qui fern- ble ne pas convenir a un penitent, elfe ajoiite qu'elle s'en rapporte cependanc bien aM.deSaci. EUe le ioue defon im- patience a quitter tout ce qui a quelque apparence de grandeur , &c temoigne de l'etonnement de la grandeur des gra- ces que Dieului a faitesfi promptement apres y avoir apporte tant d'obftacles; Elle lui dita l'occafion de la cuiliier de bois, & de la vaiifelle de terre , dont il avoit parle dans fa lettre , que cefl for & les pierres precieufes du chrijlia* nifme. , qu'il n'y a que les Princes qui in doivent avoir a leur table , qu'il faut itre vraicment pauvre pour meriter cet honneur. Pour acquerir cette princi* paute , c'eft de faire comme ii on l'a- voit deja,afindarriverpar l'appauvrif- fement a la pauvrete , comme on va de Phumiliation a I'humilite. Quant a ce qui regarde le regime de vie que menok M.Paical & qui fembioit contribuer a. fa fame, qnoiqu'il fut contraire a I'ordon- nance des rnedecins, la fceur Euphemie (fy) Recueil de pieces, p. i$8t'.
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. I. Partie. Ltv. IX. 41 f
iui dit agreablement >> J'ai eprouve la » premiere que ia fame depend plus de » Jefus-Chrift que d'Hypocrate , 8c " que le regime de Tame gucrit le- »* corps, 11 ce n'eft que Dieu veuilie » nous eprouver, & nous fortifier par » nos infirmites. Il eft vrai que c'eft » un grand a vantage d'avoir alTez de m fante pour pouvoir faire tout ce 0 qu'on nous confeille , pour gue- » rir notre ame *, mais ce n'en eft » pas un moindre de recevoir une pe- »» nitence de la main de Dieu meme. » Si nous fommes a lui, nous ferons » toujours bten, foit en vivant, foit » en mourant. Il n'eft pas dit : Si quel- » quun veut venir aprh moi , quit » faffe, des ouvrages bien penibles, & }> qui demandititdegrandes forces, mais h quit renonce a foi mime. Un ma- » lade peut le faire peut-etre mieux w qu'un homme fain. La fceur Euphemie inftruifant Ma-
dame Perrier de ce que faifoit a P. R. ee frere , qui etoit h cher a l'une & a l'autre lui marque, » qu'il afiifte a »» tout 1'ofEce , depuis Prime jufquM » Complies , fans quit fente lamoin- » dre incommodite de fe lever a cinq* w heures du matin ; & comme fi Dieu- « vojuloif qu'il joigmt le jeiine a ta |
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4*6 Histoire de Port-roue*
j ^ ^ » veille pour braver routes les regies » de la medecine qui lui ont defen- » du l'un & l'aucre , le fouper com- » mence a lui faire mal a l'eftomach, » de forte que je crois, dit-elle, qu'il » le quittera. II n'a rien perdu a fa » direclrice; car M. Singlin , qui a de- » meure en cette ville pendant tout ce » terns , l'a pourvu. d'un dire&eur v » dontil eftravi ». Ce dire&eur etoit M. deSaci. M. Pafcal ne s'ennuioit point dans
fa retraite de P. R. des Champs, mais
quelques affaires l'aiant oblige de re-
venir a la ville contre fon gre , il de-
manda un logement a P. R. de Paris ,
ou il demeura quelque terns , fans
qu'on fiit chez lui qu'il fut de retour.
txxx. Qui pourroit exprimer la joie que
ff^3 C17m *a converfion & la retraite de M. Paf-
p.fcai caufe cal cauferent a tout P. R. I Quelle re-
lole agpanRC conn°i^ane^ n'y temoigna-t-on pas au
Emrevue de Seigneur , pour avoir rendu humble
^M.epafcaLcet e%ic ** ^ev<^ » ce philofophe ,
' dont la reputation etoit n repandue ? Quelle plus grande marque de la tou- te-puiflance de Dieu I M. Singlin crut , dit M. Fontaine
t. z p. 5 5 , en voi'ant ee grand senie , |
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» qui
» de |
'il feroit biende l'envoier a P, R.
s, Champs, ou M. Arnauld lui |
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I. Part ie. Liv. IX. 417
„ preteroit le collet pour les fciences , 1656*
« &ou M. de Saci lui apprendroit a
» les meprifer. II vint done demeu-
M rer a P. R. ; M. de Saci ne put pas
« fe difpenfer de le voir , fur-tout en
i, a'iant ete prie par M. Singlin : mais
» les lumieres faintes qu'il trouvoit
» dans l'ecriture & dans les Peres > lui
» flrent efperer qu'il ne feroit point
» ebloui de tout le brillant de M. Paf-
» cal, qui charmoit neannaoins & en-
« levoit tout le monde. Il trouvoit en
» erfet tout ce qu'il difoit fort beau.
» Il avouoit avec plaifir la force de fe$
w difcours *, mais il n'y trouvoit rien
w de nouveau. Tout ce que M. Pafcal
» lui difoit de grand, il Tavoit vu a-
u vant lui dans faint Auguftin , 8c
« faifant juftice a tout le monde , il
» difoit: M. Pafcal eft extrememenr
» eftimable , en ce que n'ai'ant point
»» lu. les Peres de 1'Egli^e , il a de lui-
« meme par la penetration de fon ef-
w prit trouve les memes verites qu'ils
» avoient trouvees. Il les trouve fur-
w prenantes , parcequ'il ne les a vues:
» en aucun endroit ; mais pour nous
m nous fommes acroutumes a les voir
» de tous cotes dans nos livres.
La conduite deM.de Saci > ep. con-
ve.rfant, etoit de proportionner fqs* en- 1 |
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41 § HlSTOIRE DI PoRT-ROlAt.
1655. tretiens a ceux a qui il parloit. Avec
M. Champagne qui etoit peintre , il parloit de ,1a peinture ; avec M. Ha- mon medecin , il parloit de la me- decine ; de la chirurgie , avec le chi- rurgien; de la culture des arbres , avec * le Jardinier , &c. tTout lui fervoit pour s'elever a Dieu , & y elever les autres, II crut done devoir mettre M. Pafcal fur fon fort , & lui parler des lectures de philofophie , dont il s'oc- cupoit le plus. Il le mit fur ce fujet aux premiers entretiens qu'ils eurent enfemble. M. Pafcal lui dit que fes deux livres les plus ordinaires avoient ete Epi£tete Sc Montague , & il lui fit de grands eloges de ces deux efprits. M. de Saci qui avoir toujours cru de- voir peu lire ces auteurs , pria M. Paf- cal de lui en parler a fond. Nous avons ete rentes de rapporter ici cet entretieir, mais par la crainte de deplaire a quel- ques-uns de rips lecTeurs , nous nous fommes determines a le renvoi'er a la fin du volume , au recueil des pieces, txxxr ,, Lorfque M. de Saci &c tout P. R. mnveiiicufe11'" des. champs, dit M. Fontaine ( 99) » it m. Ri- „ etoit tout occupe de la joie que cau- ier'J j> foient la converfion 8c la v&e de M. » Pafcal, & qu'on y admiroit la force
(jtjt) Mem. T. i, p,7j 8c fuiw
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I. Parti e* Liv. IX, 429
■«» foute puiffante de la grace , qui par
H.une mifencorde , dont il y a ii peu » d'exemples , avoit fi profondement » abbaiite cet efprit n* eleve de lui- »» merae ■, on le fiit encore bien plus , u vers le meme terns, du changement » prefque miraculeux d'une autre per- » fonne , qui combla de joie tout ce n defert *>. Ce changement, que M. Fontaine joint a celui de M. Pafcal , n'arriva que Tan 16 5 7 & doit etre re- garde comme 1'efFet des prieres des re- ligieufes de P. R. Ces faintes filles pratiquant le precepte de l'Evangile , qui ordonne de benir ceux qui nous maudifTent, & de prier pour ceux qui nous perfecutent, faifoient des neu- vaines pour leurs perfecuteurs , fur les representations d'un ferviteur de £>ieu (1), qui jugea que ce n'etoit pas affez de les combattre par la plume 3 qn'il falloit aufli le faire par la priere, Ce fut pendant le cours d'une neuvai-* ne qu'arriva le changement d'un Avo- cat, norame Richer, qui d'ennemi de P. R. en devint l'ami zele. . Cet Avopat s'imaginant que fes in- (f) Ce ferviteur deDieu fujet. VoYezIa lettre $69
4voit eerie a M. Arnauld de la mere Angelique , T,
pour lui propofer la pen- 3. p. 43 j,
fie qui lyi etoit venue a ce *
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430 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
f77~* terets ne s'accordoient pas avec les pen-
fees de retraite que Monfieur & Ma- dame de Luines meditoient de faire X P. R. conc,ut une telle haine contre ceux avec qui le Due fe retiroit, qu il n'en pouvoit fupporter le nom. Apres les avoir noircis 8c dechire^s par fes difcours calomnieux , il forma le pro- jet d'un libelle diffamatoire, & le rem- plit de tout ce que la pailion eft capa- ble de di&er (i j. Madame Richer qui avoit une vertu fort folide , Sc qui etoit dans des difpofkions tres oppofees & celles de fon mari, gemiflfoit de fes emportemens. Elle emploioit tout ce <jui etoit en fon pouvoir, les prieres » les larmes, les remontrances, mais inu- tilement. Lorfqu'elle vit que fon ma- ri , fe livrant abfolument a. fa pailion, etoit pres de publier fon libelle, tranf- portee d'un mouvement encore plus ,, vif qu'a l'ordinaire , elle vint, fondant
en larmes, lui parler de nouveau : ^elle lui reprefenta avec force &: avec tendreffe les mauvaifes fuites du pro- jet qu'il meditoit, fori injuftice a l'e- gard des gens de bien qu'il allok de- crier , & a l'egard d'elle-meme. M. \i) Cet krit fut con- PP. Faure & Soyer , dont
■certe avec le P. Annat, Tun etoit confefTeur de la $c deux Cctfdeliers , les Reinc. |
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I; Part ie. Liv. IX. 431
Richer fe fentit touche de fes fages re- inonrrances •, mais il rejetta alors , com- >n\Q une foibleiTe, les mouvemens qu'il fentoir malgre lui fe glifTer impercep- tiblement dans ion creur. Ennn Dieu touche des larmes de la femme fidelle, jetta un regard de mifericorde fur le mari infidele •, & pour guerir fon ame, il affligea fon corps d'une grande ma- ladie , qui lui fit ouvrir les yeux & reconnoitre Finnocence de ceux qu'il calomnioit. Ce perfecuteur fut frappe pendant la neuvaine qu'on faifoit a P. R. a la fainte Epine pour fa con- verfion , & dans le moment meme qu'il alloit publier fon libelle diffama- toire , ainfi qu'il avolt ete refolu dans le confeil du pere Annat 3c des Corde- liers. Etant lord un matin pour mettre a execution l'arrete de ce confeil ; a peine fut-il a cent pas de fa maifon qu'il fe fentit attaque d'un grand mai de tete & d'une grofTe fievre •, il revint fur fes pas & fe mit au lit.^Le Seigneur qui le frappoit dans fa mifericorde, pour le guerir , lui faifant fentir toute i'horreurde (on crime, il envo'ia cher- cher les deux copies de fon ecrit, dont 1'une etoit entre les mains du confefleur: de la Reine , & l'autre dans ceiles d'un &yeque de fes amis j puis il donna or* |
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432. HlSTOlRE Dl PoRT-RoVaL.
dre a fa femme de les jetter au feu
avec tous les papiers concernant la meme matiere. Madame Richer pleinedejoiede voir
cev heureux changement , en rendu des a&ions de graces aDieu , 8c le pria d'achever fori ouvrage (3). Apres qu'elle fe fut afluree a loifir de la fer- mete des resolutions de fon mari , foir pendant fa maladie qui fut lon- gue, foit pendant fa convaiefcence , elle alia elle-meme le mener a M. Singlin a P.. R. de Paris. M. Singlin les re^ut tres honnetement l'un & l'autre , 8c leur temoigna fa joie de ce change- ment: mais comme Madame Richer I'avoit pric de fe charger de la conduite de ce penitent, il crut ne devoir rien precipiter, parcequ'il trouvoit de gran- ges difEcultes pour la conduite des per- fonnes engagees dans le monde, 8c dans des empiois fouvent dangereux , qui d'un autre cote paroilfent neceflai- res pour les faire fubfifter. Neanmoins M. Singlin fe rendit dans la fuite aux prefTantes follicitations de Madame Ri- cher. Le grand amour de cette femme chretienne pour fon mari, lui faifant eraindre pour lui le fejour de Paris, 011 il avoit des amis capables de le gater, elle i?) Post. ib.
penfa
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1. Parti i. Llv. IX. 43 j
penfa aux mo'iens de Ten tirer, &c rien
ne lui vint a l'efprit que P. R. des champs. Elle en fit la proportion a M. Richer, qui quelque penitent: qu'il fut ne lahTa pas d'en etre etonne, & lui dit: >» Ma femme , que me dites-vous la > »» Moi alier dans ce defert 1 De quels a yeux m'y regarderoit-on, &: com- »» ment m'y recevroit-on > Je connois » le terrein, dit Madame Richer, je » vous reponds de levenement , fi »> vous y voulez confentir. Ne craignez >• rien, vous ferez temoin meme de u la joie avec laquelle on vous recevra. » Vous n'avez qu'a vous prefenter fans w rien dire , leur bon cceur fera le » refte. Nous trouverons dans le fond » de leur charite plus que nous n'au- » rons efpere. Vous ferez furpris de " voir de tels amis dans ceux que vous » aviez regardes comme ennemis. lis »> vous aimoient, lorlque vous vous •> unifliez fi fort avec^ceux qui les » haiflent, & pour qui neanmoins ils » n'ont que de l'affedion j comment » done ne vous aimeroient-ils pas » »> lorfque vous revenez fi heureufement »» a eux 1 •» M. Richer s'etant rendu a la propo-
rtion de cette femme forte, ils vin- rent enfemble declarer leur refolnaon Tome M. T. |
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4H HlSTOIRE DE PORT-ROIAL
a M. Singlin, Sc le prierent d'agr^er
qu'ils aliairent avec toute leur famille a P. R. des champs chez M. le Due de Luines. Lorfque M. Richer fut arrive a P. R., il eprouva d'abord de la pare des folitaires , qui n'etoienc pas inf- truits des chofes , ce qui arriva a faint Paul lorfqu'il fut a. Jerufalem apres fa converiion. » Il cherchoit a fe joindre »> aux difciples, mais rous le crai- i> gnoient, ne croiant pas qu'il fut » difciple : Omnes timebant turn, non ti credenies quod ejfet difcipulus (4 ) >». Alors M. Singlin fit a. fon egard ce que Barna*be avoit fait a l'egard de faint Paul, non en amenant Al. Richer aux folitaires , mais en ecrivant a M. le Maitre, &c en lui racontant ce que Dieu avoit fait en faveur de cet Avo- cat. Sur cette lettre, 3c fur les affuran- ces d'un tel garant, on regarda M. Ri- cher avec d'autres yeux ; & M. de Sa- ci, malgre fon humeur froide , lui fit le plus d'accueil. On y vit auili avec joie fes enfans que le pere amenoit comme les gages de fa fidelite. M. Ri- cher tomba malade peu apres fa re- traitea P. R. & mourut dans de grands fentiniens deplete (5), entre les mains (4) Aa. ix. i«:.
If) Fom.il>, Les fcv. iiff?.Voi'ezNecrol*
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I. Partie Llv. IX. 455
de M. de Saci qui lui rendoit tous les ZgTg". jours vifiite au rort de l'hiver , a quatre heures du matin , allant de P. R. an chateau de JML le Due de Luines, a travers les neiges &: les glaces avec un zele &c un courage admirable , pendant tout le terns que dura la maladie de *ce penitent. II admiroit fans cetfe ce loup change en agneau, qui s'etoit ve- nu jetter entre les mains de ceux qu'il dechiroit auparavant, & s'eftimoit trop heureux que Dieu daignat fe fervir de lui pour achever par ion miniftere ce qu'il avoir commence lui feul par fa grace tome puiflante. La mort de M. Nicolas Richer eft rapportee dans le Necrologe de P.- R. avec de grands eloges de ce penitent, fur le facrifice qu'il avoit fait en quittant le monde, 'fur fa penitence , fa patience &c fa re- fignation a la volonte de Dieu dans fa derniere maladie. Mais on n'y fait au- cune mention de fon procede injufte contre P. R. Ce feul trait, Je veux di- re ce filence, fait bien connoitre l'ef- prit de cette fainte maifon & de celui qui a dirige & conduit la plume de l'auteur de cet excellent ouvrage, le plus edifiant en fon genre qu'il y ait au monde. Pour revenir a M. Pafcal, il ne tar-
Tij '. |
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4?6 HlSTOIRE DE PORT-ROIAL.
_ j g ,. | J da pas a faire part des difpofitions £
lxxxti. ou le Seigneur l'avoit mis , a deux per- Oonvcffipn fonlles quis'etoient liees avec lui d'une 4e M. le Due . . . 1 . . . .
^Roanncs, amitie tres etroite : ces deux per-
fonnes fe donnerent a Dieu d'une maniere parfaite , a fon exemple, &C furent des amis tres zeles de Port- Roi'al. L'un etoit le Due de Roan- nes ( Anus Gouffier, ) feigneur d'un tres bpn efpi'it, qui commence aiTez jeune a avoir des fentimens de religion. Depuis qu'ii ejlt goute M. Pafcal qui etoit fon voifin , il s'attacha tellemenr a. lui qu'il ne pouvoit plus s'en paflfer, II n'avoit gueres que vingt-quatre ans Jorfque M. Pafcal s'etant donne a, Dieu lui perfuada d'entrer dans les memes fentimens que lui & de fe mettre fous la conduite de M. Singlin. Quelque terns auparavant il penfoit a epoufer Mademoifelle de Menus, la plus riche Keritiere du Roiaume. Mais fa con- verfion penfa coiuer cher a M. Pafcal qui demeuroit alors en fon hotel. Car le Comte d'Harcourt, oncle deM.de Roannes , entra dans une grande cp- lere contre celui qui lui avoit infpire jces fentimens; & la concierge de ce? jeune Seigneur vint un matin a la chain- bre de M. Pafcal avec un poignard pour le tuer. M. de Roannes quitta quel- ^jues annees apres fon gouverneriien* |
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ti Partis. Viv. iX* 43?
&: fe retira a. la maifon de l'inftitucion del'Oratdire. Quoiqu'il futfort afflige de1 voir fa foeur penfer a. fe marier, apres avoir eti un grand amour pour la vie religieufe ( 6 ) : il Confentit cependanc a fon mariage avec Monfleur de la Feuillade , & lui ceda prefqne tout fon bien , mais a condition cjue fon niari feroit tenu d'acliever de paier les det- tes de fon pere. Il lui ceda aufli fon duche que le Roi fit revivre en f£- veur de M. de la "Feuillade. Ce fei- gneur ne paia point les dettes de M* Gouffier, en forte que les creanciers revinrent fur M. de Roannes ; ce qui fut caufe qu'il palTa fa vie fatigue de dettes & d'affaires. Mais il eut toil- pouts beaucoup de religion &: meme tine piete tendre , qui fe faifoit remar- quer dans toittes fes paroles 8c dans routes fes actions. Nous le veirons dans la fuite toujours lie avec P. R. , tou- jours difpofe en toute occafion a fervir ce faint monaftere. (6) Ellc fut arrach£e ravant qu'on fit fortir
de force, en 1667 , de P. Mile, de Roannes , ellc
R. oii elle s'etoit retiree, s'etoit coupe les cheveux.
Voi'ez leslettres de la mere Cell une ame , dit la
Angelique , T. ; , lett. mere Angelique toute ex-
ji'$,f ,p. 406. Lett. 9j<5 , p. traordinairement appellee
408. Lett. 5>?7 > p. 4C9. de Dieu , & je crois qu'il
Lett. P72.. La nuit d'aupa- s'en fervira pour fa gloire.
Tin
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43 S HlSTOIRE DE PoRT-JLO"lAI.
" , <j - <f. L'autre perfonne a qui M. Pafcal fit
lxxxiii. part de fes difpofitions, etoit M. Do- M.Domat. niat (7)3 natif de Clermont en Au-
vergne. Il avoit fait fes etudes aux Je- fuites de Paris, ou le fameux pete Sirmond fon grand oncle l'avoit ame- ne. La vivacite, la beaute & la juftefTe de fon efprit lui donnerent une gran- de facilite pour routes fortes de icien- ces. II fuivit enfuite le barreau pen- dant huit ou dix ans , & ce fut alors que pour remplir- plus dignement la foncl: on d'Avocatqu'il exercoit, il s'ap- pliqua fcrieufement a 1'etude du droit. Comme il fe mit aufli dans le meme terns a etudier la religion , il fe defa- bufa pieinement des faufTes preven- tions qu'on lui avoit infpirees aux Je- fuites. L'amour qu'il avoit pour les ma- thematiques fut'ce qui lui donna occa- sion de fe lierfi etroitement avec M. Pafcal, 8c d'entrer plus que perfonne dans fes fentimens. S'etant trouve a Paris pendant fa derniere maladie , il lui rendit tous les devoirs d'un iincere ami, 8c re^ut fes derniers foupirs. MM. de P. R. eftimoient beaucoup M. Do- mat , 8c ils prenoient mcme quelque- fois (qs avis fur des matieres ae theo- logie. Il avoit de grands fentimens de (7) Heft mort a Paris U24 mars 1696.
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I. Partie. L'v. IX. 459
religion , fur lefquels il fe faifoit un. i&<£/ devoir de legler fa conduice. Il aimoic la verite par deflfus routes chofes , &C gemiflfoit Fans cefTe des maux de i'EglU fe. Lorfque M. Pafcal mourut, il y avoir deja quelques annees qu'il etoit pourvu d'une charge d'Avocar du Roi au Prefidial de Clermont, dont ii rem- plit les devoirs pendant trente ans avec dignite, capacite & integrite. En 1682. il vint s'ecablir a Paris poury travailler felon les ordres du Roi a fon ouvraga fi eftime » qui a pour titre : Les Loix civiles dans leur ordrc naturel. A me- fure qu'il avan^oit fon travail, il le communiquoit a ceux qui etoient les plus capables d'en juger. M. d'Aguefc ifeau, Confeiller d'Etat lui 4k un ion* en lui remettant le cahier 5 011 etoit le Traite de l'Ufure : Jefavois, Mon(leur% que Vufure etoit defendue par PEcri- ture fainte & par les loix , maisje ne la. favois pas comraire au droit naturel: vo- ire icrit rrien a perfuade (8). Dermis que M. Pafcal eut renonce LXXXiv.
aux fciences humaines apres fa con- Deflein de verfion , il ne penfa plus '^u'a la reli- d./crireacc*n. gion & a faire un faint ufage des talens tte.lesAthto,- que Dieu lui avoit donncs. Pour cet effet, il con^ut le plan d'un ouvrage (8) Voi'cz le Supp. au Nccr. de P. R. p. 4J9*
T iv
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44<> HrSTOlRE DE P'ORT-RoYAt.'
i6<6. contre les athees , dont on peut pren-
dre une idee dans fes penfees 3 qui font line partie des materiaux qui y devoient entrer. Mais il ne vecut pas alfez pour leur donner la forme. Ce qui nous en refte fous le titre de Penfees de M. Pafcal, nous donne fnjet de regretter qu'il n'ait pas acheve cer ouvrage. It y met dans un tres beau jour une peu- iee dont Arnobe s'eft fervi ; favoir, que ceux qui croient en Dieu , pen- vent etre heureux eternellement, s'ils ont raifon; & ne perdent rien s'ils fe trompent •, mais un Athee ne gagne rien , s'il a raifon, & fe rend malheu- reux eternellement s'il fe trompe. Ch. 6. (9). lxxxv. Pendant les retraites que M. Pafcal n aflifie aux fic en JifFc'rens terns a P. R., il affifta aux conferences . . »
*ur la oW«c-conferences qui le tenoient a Vaumu-
*im de Mom. riQV c^ez M. \e Duc ^e Luines, au fu- jet de la traduction du nouveau tefta-
ment qu'on appella depuis la traduc- tion de Mons. M. de Saci , qui en eft proprement l'auteur, fit d'abord fa tra- duction d'unftile treseleve cro'iantque ladignite de la parole de Dieu le de- mandoit ainfi. Mais quand on re vie (9) On conferve dans de ces penfees , qui one
la bibliotheque de S. Ger- ete imprimces pluficuij xnain-des-Prez 1'origina.l fois. |
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1. Part ie. Liv. IX, 441
ion ouvrage > on dit que ce ftile ne TcT^T
convenoit point a l'Bvangile , qui de- mandoit de la fimplicite , & que Je- fus-Chrift n'avoit point parle- comme cela. M. de Saci recommenga done fon ouvrage &c s'attacha a un ftile fun- pie. Cette feconde traduction ai'antete examinee par ces Meflieurs , on trouva que le ftile etoit nop has &c qu'il avi- liflfoit la parole de Dieu j de forte qu'il fallut qu'il en refit une troifieme & qu'il trouvat un ftile mitoi'en entre le trop recherche & le trop neglige , qui con- fervat neanmoins la dignite de la pa- role de Dieu. Ce rut cette traduction , qui apres avoir ete bien examinee par les plus habiles gens > fut imprimee fous le nora de la ville de Mons. Lorf- que M. de Saci l'eut faite, M. Pafcal lui confeilla de la garder bien du terns fans la voir & de ne 1'examiner que lorfque les premieres idees dont l'ef- prit etoit prevenu , feroient efFacees. C'eft ce que fit M. de Saci deux ou trois ans apres. On a fu ce fait de Mef- fieurs Perriers, a qui M. Pafcal enavoit parle pluiieurs fois. .^ lxxxvt. Ce fut vers le meme terns qu'il £t , m. Pafca!
1 • 1 /~ j- 1 ecrit les lec-
les petites letttes li connues ious le tres provjn-
nom de Leans provinclales • ( dont ies ^^- c°m- ,. * y. r . mentils y en*
4ix premieres, a ce que penient quel- g3,Ca.
T v
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44* HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
ques-unsjont cte adreflees a M.Perrier
beau-frere de l'auteur.) Voici de qu'el- le maniere M. Pafcal s'engageaa y tra- vailler. Il etoit a P. R. des champs en Janvier 16 5 6 : comme on travailloit alors en Sorbonne a la condamnation de M. Arnauld, ces Meflienrs prefTe- rent fort ce docteur , qui etoit aufli a P. R. de fe defendre, & lis lui di- foient : EJi~ce que vous vous laiffere^ condamner comme un enfant, fans rien dire , & fans inflruire Le public de quoi il efl queflion ? II compofa done un ecrit, dont il fit lui-meme la lecture. Ces Meffieurs n'y donnant aucun ap- plaudiiTement s M. Arnauld qui n'etoit pas jaloux de louanges leur dit : Jc vois bien que vous ne trouve^ pas cet ecrit bon , & je crois que vous ave^ rai- fon. Puis il dit a M. Pafcal : Mais vous qui ites jeune , vous devrie^ faire quel- que chofe. M. Pafcal fe mit a faire une lettre , & l'ai'ant hie a ces Meffieurs, M. Arnauld s'ecria auffi-t6t : Cela efl excellent, cela fera goute , il faut la faire imprimer : tous furent du meme avis. Cette premiere lettre parut dans le mois de Janvier 1^56^, & fut bien- tot fuivie de deux autres (io), dans (10) La premiere eft deuxieme , du 19 5 la troi»
datie da b»j Janvier 5 la fieme , du ? fey., |
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I. Pahtie. Llv, IX. 445
lefquelles il fit voir qu'il ne s'agiifoit point de la foi dans ce grand fracas qu'onfaifoit enSorbonne, &c qu'onn'a- voit pour but que d'opprimer un favant theologien, pour une queftion ridi- cule de fait. Il eft inutile de parler de 1'accueil que le public fit a ces cele- bres lettres, &: aux fuivantes , ecrites par M. Pafc^l, fous le nom de Louis Montalt a un ami de province. L'ap- plaudiiTement fut general. Et i'eftime ?[u'elles s'acquirent des-lors 3 s'eft non
eulement foutenue , mais a encore augmente. On peut dire avec afTuran- ce , que jamais lettres ne furent plus admirees & lues avec plus de fatisfac- tion que les lettres provinciales. C'eft la proprement le manuel des beaux ef- prits , comme les commentaires de Ce- far font cehli des militaires. M. Pafcal, apres avoir entrerenu'
agreablement le public dans fes pre- mieres lettres furies aflemblees de Sor- bonne , fit diverfion dans les fuivan-- tes , & attaqua les veritables auteurs - des troubles , eR combattant de la ma- - niere la plus ingenieufe leur fcanda-- leufe morale. Pour contjpuer cet ad- mirable ouvrage , il alia fe loger dans ; une auberge, rue des Poiriers, a Ten-- tvj;
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444 Histoire de Port-roVal.
$t {"eigne da Roi David, vis - a - vis \z maifon des Jefuites. Dans la quatriems , il attaque les
theologiens , qui pretendent que la grace aduelle , qui donne connoif- lance du mal 6c excite a 1'eviter, eft neceffaire , afin qu'une action foit im- pntee a peche : d'ou il s'enfiiivroitque les pecheurs endurcis , qui ne penfent point a Dieu j que les infideles , que Dieu abandonne a. leur aveuglement ne pechent point; les Juifs memes en crucifiant Jefus-Chrift n'auroient point peche ', ceux qui croient rendre fer- vice a Dieu , en perlecutant l'Eglife 3 ne pecheroient point. M. Pafcal, apres avoir ainfi entam-
me un principe de morale , torn be dans fa cinquieme lettre 8c les fui- vantes fur la morale des cafuiftes } dont il tourne les maximes en ridicu- les , en faifant le recit d'une conference qu'il fnppofe avoir eue avec un Jefui- te verfe dans la do&rine de fa fociete , lequel lesluulecouvre naiVement.Dans la cinquieme lettre, il fait expofer a fon Jexuite la do&rine de la probat>i- lite , felon laquelle on peut foutenir une opinion probable , c'eft-a-dire en- feignee par quelque auteur grave , SC |
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I. Partii. Llv. tX. 445
thoifir meme enrre plufieurs opinions probables , celle qui quoique moins probable , eft plus accornmodante. Le Jefuite dit d'apres le Pere Cellot, que dans lcs queftions de morale , les nou- veaux cafuiftes font pueferables aux anciens Peres, 8c qu'il faut les fuivre i ilennommeun grand nonibre > qui portent des noms bizarres 8c inconnus » ce qui donne occafion a l'auteur de la lettre de fe recrier & de demander a fon Jefuite s'ils font chretiens : Com- ment Chretiens ! replique le Jefuite s cefont les Jeuls par lejquels nous gou- rernons aujourdhui la chretlente. M. Pafcal continue dans la ilxieme
lettre a decouvrir les fuites de laproba-
bilite-, les differens artifices , dont les
Jefuites fe fervent pour eluder l'auto-
ritede l'Evangile , desConciles 8c des
Papes ■, leurs relachemens en faveur
des beneficiers , des pretres , des re-
ligieux , des domeftiques. II raconte
dans cette lettre l'hiftoire de Jean
d'Alba valet des Jefuites an college
de Clermont 3 lequel en 1647 leur
aiant derobe quelque vailfelle d'ctain
pour fe recompenfer, a ce quil difoit 3
de fes gages, fut mis en juftice pan
les Jefuites , 6c fe defendit par un
ecrit d'un de leurs cafuiftes > qui au-
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44<> HlSTOIRE DE PoRT-ROlAL.
torifoit cette pratique ; fur quoil'un
des Confeillers , M. de Mont-rouge , fut d'avis que l'accufe fut fouette de- vant la porte du college par la main du bourreau , qui bruleroit en meme terns les ecrits , dans lefquels la pratique de ce larcin etoit autorife. Le Jefuite fut un peu deconcerte par cette hiftoi- re, & M. Pafcal eut a(Tez de peine a l'appaifer, en lui confeillant de pref- crire aux confefleurs d'obliger les juges a abfoudre les criminels qui fuivent une opinion probable, fous peine d'e- tr e exclus des Sacremens. La feptieme lettre traite de la me-
thode de dinger fon intention , felon les cafuiftes , pour ne point pecher en faifant des actions les plus central- res a la loi de Dieu. Ainfi, dans l'in- tention de conferver fon honneur, fon bien , on peut, fans pecher , accepter unduei , & meme aifaffiner celui qui veut nous faire du tort ou uri affront. Ceft ce qui eft permis par tous les ca- fuiftes , felon le temoignage de Leflius , tx fcnuntia omnium , qui enfeignent unanimement, qu'on peut tuer celui qui veut donner un fouflflet ou un c6*up de baton , lorfqu'on ne peut autrement l'eviter ; qu'il eft permis aux pretres, meme aux religieux de prevenir ceux |
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■F"*^"
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I. Partie. Liy. IX. 447
?[ui les veulent noircir par des medi-
ances, en les tuanr pour les en em- ♦ pecher.Non-feulementCaramuel (i i), apres le pere Lamy , enfeigne qu'ils le peuvent faire , mais meme qu'ils le doivent dans certaines occafions, Edam debet occidere. Sur ce principe, il exa- mine plufieurs queftions , par exem- pie celle-ci: /avoirJl les Jefuites peu- vent tuer les Janfenifles, Sur quoi M, Pafcal s'ecria : Voila mon Pere un point de theologie bien furprenant ! Et je dens les Janfenifles pour morts. „ Vous voila w attrape, dit le Jefuite a M. Pafcal , « Caramuel conclut le contraire des « memes principes.....voici fes
» paroles,n. 1146 & 1147,0. 547
» & 548 : Les Janfeniftes appellent les » Jefuites Pelagiens, pourra-t-on les « tuer pour cela J Non , d'autant que w les Janfeniftes n'obfcurcifTent non » plus Feclat de la fociete , qu'un hi- » bou celui du foleil; au contraire ils » l'ont relevee quoique contre ieur in- m tention : occidi non poj/unt , quia » nocere non potuerunt. Pendant rimpreffion de cette fep-
tieme lettre, ou de la fuivante , uu evenement fingulier , qui merite fa place ici, manc]iia de faire decouvrk {11) Caramuel Theol. p. 543,
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448 HlSTOIRE D?. PoRT-ROlAt.
tout le myftere. M. Perrier arrivant I
Paris dans le memetems que M.Paf- cal etoit dans l'ailberge du roi David, oil il faifoit fes lettres, alia fe loger dans cette meme auberge comme un homme de Province, fans faire connor- tre qu'il etoit beaufrete de M. Pafcal, qui y etoit fous le nom de M. deMons* Le Pete de Fretat Jefuite , parent de M. Perrier , vint lui rendre vifite , 8c lui dire qu'ai'ant l'honneur de lui apparte- nir, il etoit bien aife de l'avertir » qu'on etoit perfuade dans la focie^e , que c'etoit M. Pafcal fon beaufrere , lequel vivoit dans la retraite, qui etoit auteur des petites lettres qui couroienc Paris contre les Jefuites , 8c qu'il de- voit lui dire 8c lui confeiller de ne pas les continuer,pareequ'il pourroit lui en arriverdu chagrin.M.Perrier le remer- cia 3 8c lui dit que cela etoit inutile » 8c que M. Pafcal lui repondroit, qu'il ne pouvoit pas les empecher de Ten foup^onner, parceque quand il leur diroit que ce n'etoit point lui, ils ne le croiroient pas •, 8c qu'ainii s'ils s'i- maginoient que cela etoit, il n'y avoir point de remede. Le Pere de Fretat fe retira la-defTus, difant toujours qu'il etoit bon de l'avertir , 8c qu'il prit garde a lui. M. Perrier fut fort foula.- |
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t. PaAtie. Llv. IX. 449
ge , quand il s'en alia , car il y avoir fur fon lit une vingtaine d'exemplai- res de la feptieme ou de la huitieme lettre, qu'il y avoit mis pour lecher. Il eft vrai que les rideaux etoient un pen tires, & qu'heureufement le Frere, que le Pere Fretat avoit amene avec lui 6c qui s'etoit allls aupres du lit, ne s'apperc.ut de rien. M. Pettier alia aufli tot en divertir M. Pafcal , qui etoit dans la chambre au-deffous de lui, & que les Jefuites ne croioient pas fi ptoche d'euxj quoiqn'ils fentiflent bien fes coups. Dans la buitieme lettte , M. Pafcal
fait parcourird fon Jefuite toutes les conditions , Sc lui fait debiter les ma- ximes corrompues , que les cafuiftes enfeignent: par exemple, ils permet- tent a un juge de recevoir des prefens; Caftro Palao lui permet de juger felon une opinion ptobable > en quittant la plus probable , meme contre fon propre fentiment. Il rapporte enfuite les differens moiens , dont les cafuiftes fe font fervis pour pallier Vufure , en- tre autres le contrat mokatra , qui con- fifte a vendre des marchandifes au prix le plus haut &c a credit , & les racheter fur le champ>argent comptant a plus bas prix, |
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45 Q HlSTOlRE DE PoRT-ROlAI.
La neuvieme lettre commence pair
une raillerie centre le livre du Pere Barry intitule Le Paradis ouvert a Phl- lagie par cent devotions aifees a pratU quer : il tombe enfuite fur les peintu- res morales du Pere Lemoine , puis il rapporte les fentimens des cafuiftes , pour excufer l'ambition des Grands, decharger les riches de l'obligation de faire l'aumone , changer les peches mortels en veniels , laitfer la liberte de fatisfaire fes paffions dans le boire & le manger, autorifer les equivoques & les reftri&ions , le luxe &c les paru- res des femmes, le jeu , dec.; liir la maniere d'entendre la MefTe, &c. Dans la dixieme lettre, ie Jefuite
de M* Paftal Jui parle de$adQUciffa« mens qu'ils ont trouves pour la con- feflion , par le moi'en defquels , les crimes s'expient aujourd'hui avec plus d'allcgreffe & d'ardeur 9 alacrius, qu'ils ne fe commettoient autrefois. C'eft ce que les Jefuijes de Flandres appellent de faintes & pieufes finejfes , un faint artifice de devotion : Piam & religio- fam calliditatem; pietatis folertiam, Ces pieufes fineffes , confident a permettre au penitent d'avoir deux confefTeurs , un ordinaire pour les peches veniels , afin de fe maintenir en bonne repu- |
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I. Partie. Liv. IX. 451
ration aupres de lui; uti bonam fa~ TgTgT mam tucatur apud ordlnarium ; Ef- cobar, Suarez, t. 7 a 4 n. 13 5 •, & un extraordinaire pour les peches mortels, & a laifler au confefleur la Hberte de ne point s'enquerir des circonftances des peches', a lui defendre de refufer ou de differer l'abfolution ; a enfeigner que la contrition & l'amour de Dieu ne font pas une difpofition nccellaire f>our ie Sacrementde penitence, & que -
'attrition concue par le feul motif des peines de l'enfer , meme une attrition naturelle, fuffit avec le Sacrement ; a decharger l'homme de l'obligation pe- nible d'aimer Dieu pourvu qu'il obfer- ve exterieurement lesCommandemens* Jufqu'ici M. Pafcal avoit menage fes termes d'une maniere,qui faitallez con- noitre qu'il n'approuve pas ce que lui dit le Jefuite, lequel n'apperc,oit pas |
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I
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e c'eft une raillerie continuelle de
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a part •, mais pouflfe a bout par cette
deteftable maxime , il fe declare ou- vertement, & fink par-la fes confe- rences . '* II parut aufTi-t6t differens ecrits con- £XXXVII'l
• l . . . , r . Ecrits conrre
tre les provmcjales fous ces litres : les Provin-
Lettres a Philarqm \ La bonne foi f^V^t des Janfenifles) par le Pere Annat) &c. Les Jefuites fe plaignoient fur- aout' |
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45 i HistoiAe de Port-roiaI
" tout dans ces ecrits , que M. Pafcal avoir tourne Us chofes faintes en rall- Ur'us , 8C avoit meme afTez peu de pudeur , pour marquer le contrat Mo- hatra & lrhijloire de Jean d'J/ba : ce qui ouvrit une nouvelle carriere a l'auteur des Provinciates , 8c lui don- na beau champ pour couvrir de confa- fion ces corrupteurs de la morale de FEvangile > 8c ces veritables profana- teurs des chofes faintes. Etanc done oblige d'interrompre fon premier def- fein , it fe juftina par une nouvelle lettre adreflee aux R. P. Jefuites , con- tre le reproche qu'ils lui faifoienc de la raillerie , dont il s'eroir fervi pour decrier les maximes des cafuiftes rela- ches. Il fait voir qu'il eft permis de fourner en ridicule des erreurs qui me- ritent d'etre l'objet de la rifee ', il em- jaloi'e I'autorite de 1'ecriture 8c des Pe- res , pour le prouver. Au jugement der- nier , Dieu joignant la rifee a la fureur 8c a la vengeance , condamnera les pe- cheurs aux fupplices eternels : ininte- rltu veflro ridebo & fubjannabo vos. Les juftes agitfant par le meme efprit, en uferont de meme en voi'ant la puni- tion des medians : vldebunt jujll & ti~ mebunt &fuper eum ridebunt. Au com- mencement du monde, Dieu en pu- |
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J. P A r t i e. JLlv. IX. 4 5 3
fiiffaut Adam de fa dcfobeiflance , joignit a ia peine une raillerie piquan- te : folia Adam devenu comme Vun de nous. La raillerie eft meme une adion de juftice , parceque , comme die Je- remie, les actions de ceux qui errent font dignes de rifce , riju dlgna. Bien loin que ce fok une impiete
d'en rire, e'eft 1'erTet d'une fagefte di- vine , felon cette parole de faint Aii- guftin : Les fages rient des infenfes , parcequ'ils font fages, non pas de leur propre fagejfe t mais de cette fagejfe di- vine , qui rira de la mort des muhans. Les Prophetes one ufe de raillerie , comme on le voir par les exemples .d'Elie & de Daniel. Jefus-Chrift s'ert jeft fervi , felon la remarque de faint Auguftin ? pour humilier l'orgueil de Nicodeme , en lui difant: Tu es ma~ gifler in lfrael, & htcc ignoras ? ce qui ejlle mime que sil lui eu tdit : Prince fupetbe reconnoijfe^ que vous ne fave% rien. Les plus grands do&eurs de I'Hgli- fe , comme S. Jerome , $. Auguftin > out emploYe la raillerie, pour combattre leserreurs des infideles, desheretiquesf Tertullien entre autres fuit non-feule- iiient cette methode en ecrivant con- tre les Valentiniens , mais meme il Pa, juftifie, parcecju'il v a des opinions |
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454 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAL.
<jc&." dont il eftpermis de fe mocquer , de
peur qu'on ne leur donne du poids en les rerutant ferieufement: Sic dlgna revinci , ne gravitate adorentur ; rien n'eft plus du a la vanite que la rifee : vanltati proprie fejllvitas cedit. La charite meme oblige quelquefois
comme l'enfeigne faint Auguftin , a rire des erreurs des hommes : Hue tu mifericorditer irridens eis ridenda acfu- gienda commendes. M. Pafcal fait Tap- plication de ces maximes aux erreurs qu'il a combattues , 3c foutient que dans la raillerie & les reproches qu'il a faits , il n'a point blefte la charite , fuivant les regies que les Peres ont pref- crites. La premiere eft de parler avec verite &c fincerite. La feconde de par- ler avec difcretion. La troifieme de n'emploier les railleries que contre les erreurs. La quatrieme eft d'avoir dans le cgeul- le detir du falut de ceux con- tre lefqueis on ecrit. M. Pafcal repond dans la douzieme
lettre du 9 feptembre, dans la treizie- tne du 30 feptembre , dans la quator- zieme du 1$ odobre , aux reproches qu'on lui avoir faits, de n'avoir pas fi- delernent rapporte les paffages. Il convaincfes ennemiseux-memes d'im- poftures , dc juftifie pleinement tout |
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I. Parti?. Llv. IX. 455
ce qu'il a avance par de nouveaux paf- ic<6,^ fages qu'il ajoute aux premiers. Dans la quinzieme du 15 novembre , il fait voir que fes adverfaires font indignes de route creance dans les accufations qu'ils font contre lui, parceque felon leur theologie , ils penfent pouvoir , fans crime, calomnier ceux par lefquels 'ils fe croient injuftement attaques, & leur imputcr des crimes qu'ils favent etre faux, afin de leur oter totite crean- ce. Il cite fur cela Caramuel, qui af- fure que cette opinion eft foutenue par tantde cafuiftis , que Ji elk ri'etoitpro- bable & fure en confcience , a peiney in auroit-il aucune qui le fut dans tome la theologie. Il rapporte dans la fei- zieme du 4 decembre , plufieurs exem-» I pies de cette pratique •, 8c repond st differentes accufations calomnieufes formees contre Meffieurs de P. R. Dans la dix-feptieme du 23 Janvier 1 6'5 7 , 8c la dix-huitieme du 14 mars , qui font adreflees au Pere Annat, M. Pafcal s'y defend & tdus fes amis de Taccufation d'herefie dqnt on le char- geoit avec les defenfeurs de Janfe- nius. Ces dix-huit lettres de M, Pafcal
ont toujours etc regardees comme un chef- d'ceuvre , c'eft de tous les ou- |
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456 Histoire de Port-roi'al.
^ -£ ~ vrages qui out jamais ete faits contre
les Jefuites , celui qui leur a caufeplus de chagrin , parcequ'il les a mieux fait connoitre &c les a demafques entiere- ment. Avant M.. Pafcal, on avoit com- battu les maximes de ces faux fages , par plulieurs ecrits •, elles avoient nie- meete cenfuree; (12), mais fans beau- coup de fucces. Il falloit un Pafcal, qui traitant la matiere avec cetre vi- vacite merveilleufe , 8c cet heureux enjouement qu'il avoit recu de la na- ture , rendit a jamais les cafuiftes &c Jeurs partifans l'objet de la rifee & du mepris » non-feulement de tous les fens de bien , mais de tout le genre
umain. Tel fut l'erfet des Lettres Provinciales. Les parties intereffees en firent l'aveu elles-memes , en confef- fant publiquement que les exils, les em- prifonnemens , & tous les plus affreux Jupplices n approchoient point de la douleur quils avoient de fe voir moc~ que's & abandonnes de tout le monde( 13). Les Jefuites accables par ces lettres j (11) En 1*41, laFacul- avoir cenfur£ 17 maxi-
te de theologie de Paris, mes des.Cafuiftes relaches.
•cenfura Bauni ; en 1644 M. Boanen Archeveque
clle condamna I* morale de Malines confirma cette
«iu P. Hereau ; en i£r} , cenfureen <6?4, &c
}a faculti dp LguYain (!}) Apol.desCaf.
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ont
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I. Part ie. Liv. IX. 457
ont tache de faire croire que l'auteur 777^7" s'etoit repenti de les avoir ecrites (i4) '■> lxxxviii. mais ecoutons M. Pafcal leur dormer t^paf^^ d'avance le dementi. Void Ce qu 11 repenti d'a- dit fur ce fujet environ un an avant ™k .fa,.l',les la mort, a quelques-uns de ies amis j c'eft de Mademoifelle Perrier fa niece , qui etoit alors agee de feize ans & de- mi j que nous tenons ce fait. 1 °. On *> m'a demande , dit M. Pafcal parlant a fes amis > fi je ne me repens pas d'a- voir fait les provinciales , » je repons » que bien loin de m'en repentir, fi « j'etois ales faire , je les ferois plus * fortes. i°. On m'a demande pour- » quoi j'ai dit les noms des auteurs » 011 j'ai pris routes ces proportions » abominables que j'ai citees; je re- 's pons que fi j'etois dans une ville, r> ou il y eut douze Fontaines, Sc que » je fuiTe certainement qu'il y en eut *» une d'empoifonnee , je ferois oblige » d'avertir tout le monde de n'aller » point puifer de l'eau a cette fontai- » ne : & comme on pourroit croire w que c'eft une pure imagination de (14) Les lettres provin- avec fon Sattvenr. Sut
titles ont etc rc'tratle'cs & quoi M, Arnauld repond :
d'etefiees , dit le P. Hazart Autre [auffete nan mains
jefuite, pdr [on propre an- gr-JJiere , &c. Mor, pxat
tear , lorfqu'il dtoit empe- T. 8. p. 465..
the d'ajufhr fon ccmpta Tome III. Y
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45 8 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
"TiT^T"" ma Part * )e ^QVOls oblige de nom*
» rner celui qui l'auroit empoifonnee, » plutot que d'expofer toute une ville *» a s'empoifonner. $e. On m'a de- *> mande pourquoi j'ai emploi'e un w ftile agreable, railleur 8c divertif- » fant j je repons que fi j'avois ecris »> d'un (Vile dogmatique , il n'y au- « roit eu que les favans qui les au- *» roient lues ; 8c ceux la n'en avoient » pas befoin , enfachantpour le moins »» autant que moi la-deflus. Ainfi j'ai p* cruqu'il falloit ecrire d'une maniere »* propre a faire lire mes lettres pat *» les renames 8c les gens du monde , ?> afin qu'ils connuflent le danger de t> tputes ces maximes & de toutes ces *> propofitions qui fe repandoient a- p> lors , 8c dont on fe laifloit facile- » jBicnt perfuader. 49. On m'a deman- » de fi j'ai lu moi-meme tous les li- ?* vresque j'ai cites ; je repons que » non. Certainement il auroit fallu w que j'euflTe pafle une grande partie ?» de ma vie a lire de tres mauvais li- »» vres •, mais j'ai lu deux fois Efcobat » tout entier , 8c pour les autres je les » ai fait lire par quelques-uns de mes pt amis-, mais je n'en ai pas emploi'e t> un feul palfage fans ¥ avoir lu moi- # rnenie 4ans fe livre we , £c fan§ |
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X. Parti e. Liv. IX. 45 9
m avoir examine la matiere fur laquelle —777"""
9* ll eft avance , &c lans avoir lu ce qui J *j precede &c ce qui fuit , pour ne
» point hafarder de citer une objec- » tion pour une reponfe , ce qui au- » roit ete reprocliable &c injufte. Apres avoir parle des celebres lettres
provinciales & de leur incomparable .auteur,, il eft neceflaire de rapporter en peu de mots les grandes fnites que ces lettres ont eues par un effet vifible de la providence. » Ce que j'ai fait, die. M. Pafial , ( apres Tertuiien) , a- <lre(Tant la parole aux Jefuites , dans fa onzieme lettre , neflqifunjeu avant un veritable combat. Quel jeu pour la fociete 1 & quel combat I En eftet ces lettres furent comme le fignal d'un grand combat entre les partifans de la morale relachee & les defenfeurs des tnaximes de l'Evangile. Ceux-ci ele- verent leurs voix dc demanderent aux premiers pafteurs la condamnation de l'erreur. Les cures du diocefe de Rouen fu- lxxxix.
jrent les premiers qui fignalerent leur curlsTdca" zele pour la defenfe de la morale de Roueu co"- 1'Evangile. Le cure der faint Maclou 5Jfs caOitJes! 1'un des plus confiderables d'entr'eux aiant parle dans un fermon fynodal en V ij
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460 Histoire df. Port-roYac,
m %6s6', Pr^ence de l'Archeveque de Rouen , (}A. de Harlay ) contre les cafuiftes qui corrompent la morale chretienne , ii fut attaque par le pere Brifacier rec- teur du college, qui prefenta eontre lui ime requete aM.l'Archeveque. Mors les autres cures vinrentaufecoursdeleur zeleconfrere, ilss'affemblerent pour exa- miner les points de morale, qui avoient donne occafion a ce differend j.& apres avoir verifie dans les auteurs les pro- portions cjtees dans les lettres pro- vinciales , ils prefenterent une re- xjuete a M. l'Archeveque le 28 aoiit i(?5<5', fignee de vingt-huit cures , par laquelle ils le fupplioient cTemploier fon autoriti & fon %ele epifcopal, pour arraeher utt& maudite ^i^ank du champ de I'Eglife, L'Archeveque ree,ut la re- quete, renvo'ia l'affaire a l'aflemblee generale du clerge , 8c deputa un de les grands Vicaires pour y porter de fa part la requete & les extraits pre- „c fentes par les cures de fon diocefe. LasCur6s4e Les'cures de Paris ne tarderentpas iSJS^Zk fe joindre i ceux de Rouen , pour (jje Rxnien. ;' pourfuivre la condamnation de la mo- falfct^tkit L'a^e ^lachee, 8c nrent un extrait de iwptinjer les trente-huit proportions , dont ils de- cSe«?pwr t-nariderent la condamnation par une requHe pr^fentee a M. liodencq cur$ |
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t. P A ft T I E. LlV. tX. 4<£I
efe faint Severin , grand Vicaire du l^ 6"".''
Cardinal de Retz (14). M. Hodencq tes 0^^ renvoi'a par une Ordonnance du i 8 a,ux nrtaximes* n 1 ^ - 1 a' o 1 des cafuifie*
octobre 16 5 <>, la requete & les par- reikhesw
ties pardevant 1'arTemblee du Clerge comme etant faifie de eette affaire. Les Cures de Paris firent encore un autre extrait de plufieurs autres propofitions qu'ils prelenterent a l^ffemble© du Clerge le 24 novembre * avec une re- montrance par laquelle ils l'exhortoient a condamner ces proportions. L'afiTem- blee nornma I'Archeveque de Touloufe & les Eveques de Montauban, de Cou- tance, de Vannes 8c d'Aire , pour fai- re droit fur la requete des cureV Mais comme elle etoit fur le point de fe feparer, on ne put pas proceder a Te- xamen de ces proportions > 8c 1'afTem- Jblee fe contenta d'ordonner que les (14) Les Cures de Paris Paul a l'accepter , en lui*
avoient alors coutume <le promcttanr de fake corri- s'afTembler tous les mois pofer les ecrits neceffaires pous les affaires de leurs par des perfonnes ties ha- paroifTes : ils prirent dans biles. Il s'adreiTa pdur ces''alTemblees la refolu- cela a M. Arnauld , Mo- tion de dismander la con- Nicole & M. Pafcal, qui' damnation de la morale font auteurs dss Merits qui relacb.ee. Mais perfonne ont paru four le nom des' d'eux ne paroifloit difpof6 Cures de Park.. Le cin- sitfe charger de la commif- quieme dure alifres eftde* fion d'ecrire fur c« fujec. M. Pafcal. Dans la fuite' Alors M. Fortin, ami de il fuc defendu aux Cure** M. Pafcal , engagea M. de Paris dt s'aflenibler.- Wazure Cur£ de Saint |
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V lij;
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4&z HrsTomE de Pokt-rqi^e.
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16$6:
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" inftructions de faint Charles Borromie
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feroient imprimees par l'ordre du Cler-
ge, avec une lertre circulaire a tous les Prelats du roi'aume. M. TAbbe de Cyron charge de faire imprimer ces inftru&ions , les envoi'a l'annee fui- vante 1657 dans les provinces avec une lettxe circulaire , dans laquelle il declare aunom de l'affemblee : que le manque de loifir pour faire cetexamen y { Qu'etoient done devenu les celebres. deputes, qui en dix feances s'etoient trouves en etat de faire leur rapport fur le gros volume de Janfenius ? ) ejl la feule chofe qui empeche les Prelats de prononcer un jugement fokmnel qui cut arrite le cours de eette pejie des confeimces, fr qu'ils I* auroient fait vo- iontiers , fi les fupplians sry fuffent plu- totaddreffes. Quoique les Jefuites n'euf- fent pas lieu de fe plaindre de la fe- verite des Prelats, ils furent neanmoins; tres mortifies de la publication de ce livre, fur lequel ils n'ignoroient pas que route la doctrine du livre de la frequente communion etoit fondee. xcr. Meflieurs les cures de Paris eurent cSfdeCp3e-bientot occaflonde prefenter une nou-
rish dcRoucn velle requete aux Vicaires generaux de To^^M. le Cardinal de Retz. Un infame funics, liyre, intitule ; Apologie pour les Car |
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1. PARTlE. LlV. lX. 46$ _______
fuljies contre les calomnits des Janfe- \6<<$.
nifles , la leur fournit. Ce livre com- pofe par le pere Pirot, Jefuite , pro- felTeurde theologie au college de Cler- mont , aiant paru Pan 1657, excita le zele de ces dignes pafteurs , qui firent tin extrait des erreurs qu'il renfermoit, 8c en demanderent la condanlnation. lis publierent en meme terns un factum contre l'apologie (15). Les cures de Rouen, qui avoient donne l'exemple a ceux de Paris, les fuivirent dans leur demarche contre l'apologie des cafuif- tes , dont ils demanderent la condam- nation dans une requete prefentee a M. l'Archeveque deRouen, Les Jefuites au lieu de defavouer l'apologifte & fes erreurs, defendirentopiniatrementles maximes fcandaleufes de leurs cafuif- tes-,& ne fe rendant ni fur le droit ni fur le fait, ils publierent un ecrit contre le fa&um des cures de Paris, dans lequel ils foutenoient que ce factum n'etoit point l'ouvrage des cures de Paris , & que la lettre circulaire fous le nom de I'Abbe de Cyron etoit une piece' Jubrep- rice , fans aveu, fans ordre & fans au- (rf)Les Jefuites diftri- fe&oire d«ns le college de
Querent les exemplaires de Rouen. Qu'on jug? par-li
1'Apologie des Cafuifhi A en cjuelles mains or. met
teurs amis ; 8c leP. Brifa- les jeunes gens pout lies
cici la fit lire en plein re- eievet.
Viv
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4<?4 Histoike de PoRT-RorAt,
16 $6* torite (16). Les cures de Paris leur don*-
nerent le dementi , en reconnoiirant
par un afte le factum , & en obtenant
de 1'Abbe de Cyron un certificat au fu~
jet de la lettre circulaire.
Sp*% Pendant ce terns,, la facuke de theo-
«ieuhlr& des.gie de Paris, route affoiblie qu'elle
grands vkai etoit par l'excluiion de fes. meilleurs
Hi coatrer* fujets , ne laiffa pas de fe mettre en
If^A des mouvement centre la morale relachee.,
Mife'leVi oc- & dreffa le projet d'une cenfure , dans
mbis 1,6j8. laquelle elle vouloit inferer, que l'a-
fologie des cafuiftes, ai'ant ete fake a
occafion des, lettres provinciales , la faculte ne les approuvoit pas ,. aiant appris qu'elles avoient ete-condamne.es a Rome \Factam ejJlApologiam occafionc epifiotarum provincialis adarnicum (17)>. quas rton probat facultas , utpou quas audivit Roma damnatas. Quelle raifon de condamner les provinciales, par- cequelles ont occafionne L'apologie 4es cafuiftes ? Condamne-t-on dans les (i«)L'animofitedesJe- doc, 8c dc toute 1'EgHfe
fuites ne fe borna pas a la meme , qui en reccvoit
perfonne de l'Abbe de Cy- autant d'uulite que d'edi-
ron, elle s'etendit fur le Sc iication.
etablilTement des filles dc (17) Ilfalloitdire, ami- l'Enfance, dont ii avoit ciad Frovincidlem ,carces
drelle les conftitutions ; lettres. font d'un ami aun
& ils eurent le credit de Provincial , & non d'stn
faire detruire cette con- Provincial k un ami: ap-
gregation, au grand regret paremment les do&eurs n%
de la province de Laiigue- les avoient pas lues*
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T. V A R T I E. L'lV. IX. 46$
trlbunauxfeculiers ceux qui font con-
noitre les malfaiteurs , les voleurs 6c les empoifonneurs? Par quelle regie , & quelle loi condamnera-t-on dans la republique chretienne ceux qui decou- vrentles corrupteurs de la morale de l'Evangile, qui font perir les ames par les mauvaifes maximes qu'ils eniei- grtent ? Quoi Ton condamne un excel- lent ouvrage , parcequ'il a donne oc- casion a un infameecrit i Cette claufe palfa neanmoins a la pluralite ; mais les Gens duRoi plus fages &c plus attentifs aux libertes de l'Eglife Gailicane que ces doc"teurs,leur ordonnerentde fupprimer ces paroles, ut pott quas audivit Ro~ m& damnams , parceque cette fac,on de parler etoit contraire a la pratique du roiaume , &: que Ton ne pouvoit en ufer fans reconnoitre le tribunal de Tin-- quifition. La cenfure fut arretee &c con- clue le 16 juillet i<S"5 8 , fans cette claufe. Mais la publication en fut dif- feree par ordre du Chancelier, jufqu'a ce que le Roi a'iant leve la defenfe 8c accorde le zi o&obre a Gafpard Me- turas le privilege dimprimer cette cen- fure , elle fut publiee des le lende- main. '«" Les Vicaires generaux de PArcheve--
jche- de. Paris; ckefTerent auffi le % p |
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^.66 HrsTomE de Port-koiae."
i (j f (j, aoiit une cenfure de l'apologie des ca- fuiftes, qui fut fignee ie 3 o octobre , & publiee aux prones de toutes les pa~ roifTes de Paris le premier dimanche de l'Avent. Cette cenfure eft la plus detailiee de toutes, & renferme pref- que toutes les propofitions de morale relachee, foutenues dans l'apologie des cafuiftes. xciii. ^e ne ^ut Pas feulemenf dans les res cafuiftes diocefes de Paris 8c de Rouen, que les Sndamn£nt'cures s'eleverent contre la morale rela- par piuiieurs chee-,il y en eutbeaucoup deditferens pjreqlees Pa^ autres diocefes, comme d'Amiens, de aicmc.. Beauvais, de Sens , d'Evreux , &c. qui eh demanderent la condamnation a. leurs Eveques. Les Prelats fe porte- rent d'un confentement unanime a. con- damner cet ouvrage &: les propofitions de la morale relachee •, enforte qu'en peu de terns on vit paroitre une mul- titude d?ordonnances des Eveques dans la plupart des diocefes de France. On peut voir ces pieces, recueillies pour la plus grande par tie par M. l'Eveque d'Auxerre ( Cailus ) a la fin de fa belle inftru&ion paftorale contre la remon- trance des Jefuites, dans laquelleces jjeres marchant fur les traces de leurs ancetres , pretendoient quonpeutde* gofer legerfinnage:tiechritiem. |
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11 ne manquoit plus aux cafuiftes re-
faeries 8c a leur apologifte, que d'etre eondamnes par le Pontife romain. Tout le credit de la fociete ne putparerce coup ; i-1 fallut encore efltrier une cen- fure a Rome. Elle fut rendue en pre- fence d'Alexandre VII, le jeudi 21 aoiit 16 5 9 , par un decret de l'inqui- fition, tribunal a la verite qui n'eft pas reconnu en France, mais que la fo- ciete refpe&e,. 8c dont elle fait va- loir l'autorite. Ce font la en partie les fuites qu'eu--
rent les lettres provinciales •, ce font,, pour remonter plus haut, les fruits du livre de la frequente communion •, car les grandes idees que ce livre 8c phi-- fieurs excellens ouvrages qui le fuivi- rent, avoient donnees de la morale chretienne 8c des difpofitions necef- faires pour recevoir les facremens de- Penitence 8c d'Euchariftie, ouvrirent- les yeux a un grand nombre d'Eve- ques, de Cures Sc de theolpgiens,fur les; egaremens prodigieux des nouveaux ca- fuiftes dans la matiere de la penitence1 &: fur les devoirs 8c les peches des^ chretiens. Comme la plupart de ces> nouveaux auteurs font Jefuites, M.< Arnauld avoir fait vers l'an 1(543 «a! petit abrege de leurs; mauvaifes m#" |
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468 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt*
"" liTTT ximes fous ce titre : Theologie morals
des Jefuius. Des-lors on leur iivraquel- ques attaques, comme nous l'avons remarque , mais ce ne furent que com?- me de legeres efcarmouches qui n'eu- rent pas de grandes fuites. Gette ma- il: - rale corrompue ne fut fortement atta- quee qu'a l'occafion des deux propo- rtions de M.Arnauld, & pendant qu'on les cenfuroit en Sorbonne. Tout occur pe, que ce docteur etoit a fe defendre contre les forces de la fociete & de la Sorbonne unies.enfemble,,. il ne laifTa pas de porter la.guerre jufques chez les jefuites memes & deles obliger a fe mettre fur la. defenfe, .aunt eu part a tout ce qui fe fit de confiderable dans ce tews-la. & dans la fuite contre les cafuiltesrelaches.. La condamnation de la morale des
Jefuites fut done la fuite de Fexclvt- iion de Sorbonne de M. Atnauld , Sc deTinjufte cenfure de fes deux prc»- poiitians.. Quelle.confolation pour ce dpc*.eur de voir naitre des fruits 11 abon- dans de l'mjuftice commife a fori egard !: Quel chagrin pour les Jefuites: de s'etre attire rant de cenfures & tarn d'ecrits accablans, pour avoir voulvt Sire: condamner. un innocent 1. C'eft &n& qu& Diem tire, k bien du JtnaLj, |
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L Part if. Llv. IX. <y$y
■qu'il fait tomber les medians dans les i6\6,7-
pieges qu'ils tendent aux gens de bien»» Sc confond les faux, fages 8c. la faufle fageflfe du monde. Tandis que M. Pafcal & M. Arnauld L^clc^
travailloient a defendre la purete de la don P concrc- morale, comme nous venons de le voir, Pen*ueeft ^ Dieu continuoit de fortir de fon fecret foiitaires re* par les miracles qu'il operoit pour faire viennem*-B»- connoitre. l'innocence des religieufes de P. R. qu'on commen^oit a perfecuter (i 8). « Vraifemblablement, dit M. Ra- » cine, la pietede la Reine fut touchee » dela protection vifible de Dieu fur » ces religieufes. Cette fage Princeffe m commenc,aa jugerplus favorablement » de leur innocence. On ne park plus » de leur 6ter leurs novices , ni leurs u penfionnaires, tk on leur lailTa la li*- » berte d'en recevoir tout autant qu'eb- .». les voudroient».. Ainfices miracles produifirent a peu pres le meme effet que celui que Dieu opera au- trefois a Milan en faveur de faint Am- broife dans la decouvejte des corps de. faint Gervais & de" faint Protais. La perfecution de l'lmperatrice Juftine ri'en fut pas.tout-a-fait eteinte , dit S. v Ambroife ,. mais* elle fut un peu ra*- U$) Hifh. de- P. R* p. *9fr |
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470 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt^
x6<6~ Untie > & elle donna quelque rela-
che. Les folitaires eurent la liberte de re-
venir dans la folitude. Au commence- ment de Mai la Reine fit dire a M. d'Andilly qu'il pouvoit retourner a P. R. des champs, M. le Maitre en ob- tint auffi dans le meme terns la per- miflion. Les autres folitaires voiant les difpoiitions de la Cour > revinrent prefque tous peu a. peu dans leur cher defert. Nous apprenons de M. du Fofle ( p. 15 5 ) que M le Maitre fit deman- der cette permiffion au Cardinal pour lui & pour un de fes amis, par M, Baftet qui lui avoit temoigne autre- fois beau coup d'amitie , lorfqu'il l'a- voit vii a. P. R. Le Cardinal dont l'hu- meur droit affez pacifique,& qui fe met- toit peu en peine de ce qui ne touchoit point fes interets , accorda aifement a M. le Maitre ce qu'il demandoit tant pour lui meme que pour fon ami. Cet ami fut M. du FoiTe, qui devint le compagnon de M. le Maitre dans fa folitude & dans fes travaux. lis fe lo- eerent tous les deux dans un quartier lepare de tons les autres batimens 5 qu'on appelloit le quartier de faint Antoine, dunom du patron de M. le |
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I. PlRTII. LlV. IX. 4JT
Maitre. lis regloient la tout leur terns, uiT^T
de maniere que les religieux les plus exadfcs ne font pas plus fideles a leur regle, qu'ils l'etoient aux exercices qn'ils s'etoient prefcrits. Comme M. Ie Maitre avoit eu une xcv.
erande maladic J i o) dont il lui reftoit , ^P^j0* «> i ta i n • i • deM. leMiu-
encore de racheux reites, qui ne lui per- tre apres forr
mettoientplus de fe lever comme autre- 'J^SL*^" ^* fois de il grand matin, il fixa l'heure de fon lever a quatre heures ou quatre. Ikeures 8c demie. Apres avoir fait leurs prieres & leurs le&ures , & entendu la meiTe , les deux folitaires travailloient enfemble a quelques traductions. M.. Ie Maitre ai'ant refolu de revoir la tra- duction de faint Jean Climaque, qu'il. avoit faite quelque terns auparavant, appritpar fon ami M. d'Herouval, qu'il y avoit dans, la bibliotheque de M. le Chancelier Seguier plufieurs manufcrits de ce pere , avec des commentaires d'Elie de Crete qui pouvoient beau- (!9)LesLibrairesdePa- M, le Maitre eat tant dc
ris puhlierent deux edi- chagrin a cette occasion ,
tions fore defe&ueui'cs des ne^f.icham quel parti
plaidoiers de M. le Mai- prendre , qu'il en eut
tie. Quelques perfonnes une grande & longue
du defert vouloient maladie , dentil etoit at-
que M. le Maitre en don- taque lorfqu'il fuc oblige
nat lui-meme une edition de quitter P. R..
correcte , a quoi il avoit Voiez Ie t Tome de Mi.
une grande repugnance j Fontaine , p. 114.& fuiv».
d!a.iures s'y oppofoienti- |
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r4JZ RlSTOIRE 0E PbRf-ROlAT*
*" i6.<6t coupfervir a 1'intelligence des endroib obfcursy ilenvo'ia a Paris M. du Foffe, pour voir ces manufcrits & en titer-ce qu'il jugeroit propre pour fon deflein.- M. le Maitre deiiroit depuis longtems de travailler a la vie des Saints , & il avoit recueilli par le mo'i'en de M. d'He- rouval, fi connu des favans par fon zele pour lav decouverte des precieufes ri- chefTes de l'antiquite , tout ce qu'il avoit pu decouvrir d'originaux d'a&es des martyrs & des vies edifiantes. Son deflein etoit de compofer une legende qui fut purgee de toutes les fables , que des auteurs peu judicieux y ont in- troduites. Saprincipale intention etant d'edifier les ames , &c de les edifier fch lidement tant par les exemples que par les paroles , il etoit bien-aife que ce qu'il donneroit au public, fut appuie" autant qu'il feroit pollibie fur des au- torites qu'on ne put rejetter. Il nous a donne tin excellent echantillon de ce qu'il auroit pu faire, en compofant la vie de faint Jgnace Eveque d'Antioche-, celle de faint Jean Climaque dz l'hif- toire fi touchante des martyrs de Lyon. Cell ainfi que M. le Maitre continuoit a occuper faintement fon terns dans le defert de P. R. Ildrerfoit auflides rela- tions des evenemens remarquablesqui arrivoient daws, cewe fainte folitude. |
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I. Partie, Liv. IX. 47j
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Nous avons parmi fes relations,celle i <> 5 6.
*& /# manure dont Dieu aitira a lui les xcvi. deux demoifeiles Bernard, ^<?a!£ Paine* feii^B^naTd ^ nligieuje de P. R. , yOtt^ /tf /JOtfZ <& fe re; i rem 4
y&#r Aforie <& y^zi/i/ Zo«/5 (10). Ces de '„"/ '°e!L
deux demoifeiles furent une conquers t.aite -, leur 1 a v c j vercus.
que la' mere Agnes fit en revenant de
1'abbaie du Tard l'an 16 3 5. Etanr arri- ve a Chenoife en Brie, ou Madame de Ligni, fceur de la dame de ee lieu avoir ete la joindre , elle confentit d'y demeurer deux jours , pourvu qu'elie s'y etablit en cloture dans une cham- bre ou mil homme n'entreroit. Les deux petites demoifeiles Bernard, que Madame leur mere avoit envo'iees peu de jours auparavant dans famaifonde campagne de Chenoife, s'ofFrirent de tres bonne grace a la mere Agnes pour lui fervir de tourrieres 8c lui apporter a manger. La mere accepta l'offre, les voiant modeftes, civiles &: de ft bonne volonte. La cadette ,. nominee Cathe- rine , pria la mere Agnes de lui accor- der une place a P. R., l'afTurant qu elle vouloit abfolument fe confaerer aDieu. *> Mais moi, dit l'ainee ( Marie ) qui » ne fens pas a prefent le meme mou- ** vement qu'elie fent, je vous de* (io) Vies edif. T. z. Suppl. au Necr. jo janv»,
XRelat. pages 130-14$. & ii avt^ |
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474 HrsToiRE de Po*T-KoiAt*
* y6\6, " mSLn&e C[UQ vous me gardiez feule*
» ment une place dans votre maifon ; » car j 'efpere que Dieu me fera la grace » de m'y confacrer mi jour > 8c je vous » fupplie de le lui demander pour » moi ». Des fes premieres annees, Cathe-
rine Bernard parut favorifee des gra- ces du Seigneur. Elle aimoit a enten- dre parler de Dieu & tachoit d'obferver ce qu'on lui difoit &c ce qu'elle favoit* Quant elle eui atteint l'age de fept ans, elle alia fe jetter aux genoux de M. fon pere, le fuppliant avec larmes de la mettre au couvent, pour eviter les pe- ches mortels qu'elle pourroit commet- tre dans le monde ; elle demeura du terns fans pouvoir fe confoler d'etre en age de pecher mortellement. Elle etoit ennemie des parures & de tout ce que les perfonnes de fon age & de fon fexe ont coutume de rechercher avec le plus d'emprelTement: elle fe livroit aux travaux les plus vils : elle avoit un foin extreme des domeftiques, les fer- voit dans leurs maladies, meme les plus degoutantes & les plus dangereu- £es, jufqu'a leur rendre les fervices les plus has. Sa charite s'etendoit ega- lementau dehors, furies pauvres 8c les- ctrangers. Elle les nourrilToit, les pan- |
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LP a it tie. Llv IX. 47 j
fok dans leurs infirmites, fe depouil- i^T^T* Ioit pour les couvrir. Son obeifTance egaloit fa charite, etant toujours prete a. tout ce qu'on vouloit d'elle , ne con- trevenant a rien , quelque repugnancy qu'elle y eut. Sa mere, craignant que de telles inclinations ne la portaflent enfin a etre religieufe, lui ota tous fes; livres de devotion , &: ne lui laiffa que des romans j mais jamais elle n'en vou- lut lire aucun, aimant mieux fe paf- Jfer entierement de lecture que d'en faire qui puffenc deplaire a Dieu. Elle le prioit fecretement &c le plus fouvent qu'elle pouvoit, fe retirant dans une chambre haute de la maifon. La chofe- aiant ete decouverte , Madame fa mere apr&s Vavoir grondee, s'emporta juf- qu'a la frapper, ce qu'elle fbufrrit avec patience ,. fans rien repliquer pour fe juftifier. Tous ces obftaeles n'arreterent point
les dedeins de Dieu fur cette ame choi- £e. Elle conceit le defir d'etre religieu- fe *, mais prevoi'ant l'oppofition qu'y feroit Madame fa mere, elle recom- manda cette affaire a. Dieu, fans ert parler a perfonne. Elfe addrelfa fes. prieres a la fainte Vierge , la fuppliant inftamment de faire naitre une occa- fion qui facilitat fon deiTein. Elle fuc |
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4fi6 HlSTOIRE DE PoRT-ltOlAt;
\6\6* exaucee•, car il y a lieu de croire que?
la divine providence conduifit pouu eet effet la mere Agnes a Chenoife* oil elle ne fut pas plutot arrivee que la petite Catherine alia prier Mada- me de Chenoife de lui permettre de fervir les religieufes qui venoient d'arriver $ ce qui lui fut accorde. A la premiere demande qu'on lui fit par ma- liiere de converfation ,. fi elle vouloit etre religieufe » elle priala mere Agnes de lui accorder une place dans fon mo- naftere. La mere la lui promit avee le nom de Catherine de faint Bernard-, ce qui fut alors comme les arrhes de fa reception, Lorfque la mere Agnes fut de retour a Paris, Catherine Bernard, pria Madame fa mere de lui permettre d'en- trer a P. R. Mais elle eprouva de fa part les plus grandes oppofitions. Enfin vo'iant qu'elle ne pouvoit obtenir fon eonfentement, elle crut devoir fuivre le confeil des Peres*, 8c faifant ufage de la liberte chretienne, elle partit fans dire adieu, & alia vers la mi- eareme T6562 P. R., ou elle fut recue. Elle s'y diflingua par fa piete , par la mortification , & furtout par une pro- fonde humilite*, qui lui faifoit avouer toutes fes plus petites fautes, 8c lui infjairoit les plus bas> fentimens d'elle- |
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f. P A r t i e. tlv. IX. 477
:ftiemc. Un jour qu'elle affiftoit a la
meflfe, a. la le£ture de 1'Evangile du Publicain & du Pharifien elle tondoit en larmes •, la maitreiTe des novices , qui le remarqua , ne fachant quelle pouvoit en etre la caufe , iui demanda ee qu'elle avoit ; a quoi elle repondit enredoublant fes larmes, qu'elle ref- fembloit au Pharifien <k n'etoit qu'une Kypocrite. Sa firnplicite , fa fincerite, fa fourniffion aux iuperieures > etoient des preuves bien claires du contraire. Aufii Dieu permettok qu'aianr le coeur fur les levres, la moindre parole de eeux qui la conduifoient, fumfoit pour calmer fon efprit dans les troubles que k confufion qu'elle avoit d'elle-merae, lui caufoit. Par ce moi'en elle vivoic dans une paix prefque continuelle , dans une egalite , une gaiete &: une liberte d'efprit admirables. Elle a fupporte avecun grand courage
de grandes & continuelles maladies accompagnees d'extrernes douleurs , fans fe repofer jamais que par necefllte, rentrant incontinent apres dans le tra- vail &c le fervice des malades. Sa fou- rniffion a 1'ordre & a. la providence de Dieu etoit extraordinaire? Elle demeu- ra pres de cinq ans fans prendre l'ha^ ph p t*uit a caufe de ToppofitiQii d$ |
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478 HlSTOIRE WE PoRT-ROlA*,»
"Z Madame fa mere , que parcequ'on la
deftinoit pour le monaftere du iaint Sa- crement, attendant dans une parfaite tranquillite que Dieu manifeftac fa vo- lonte, &c pratiquant routes les obfer- vances avec autant d'exactitude que Ci elle eut ete profefle. La maitreffe des novices lui demandoit quelquefois,n" el- le ne s'ennuioit pas d'attendre li long- terns j a quoi elle repondoit : Moi ma. mere , d'etre novice ; J4 ne fuis pas en- core convertie, Cette difpofition ne venoit point
d'indifference pour la religion; elle l'aimoit avec ardeur, & le temoignoit encore plus par fes actions que par fes paroles. Cette ardeur etoit meme fi grande qu'elle lui caufa la mort ; car aiant appris que Madame fa mere efperoit de la faire fortir , elle en fuc £\ faifie qu'elle tomba malade d'une eolique dont la violence l'enleva en trois jours , apres avoir rec,u les facre- jnens avec une piete exemplaire & fouf- fert des douleurs exceflives avec une patience admirable. Elle mourutle 30 Janvier 1641. Son confefTeur temoigna apres fa mort qu'elle etoit bienheu- ieufe, aiant conferve l'innocence de ion bapteme^, & que fa mort etoit de- yant Dieu comme celle d'un martyr > |
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I. P A R t i e. Liv. IX. 479
|>arcequ'outre les douleurs exceflives I(5/,
<m'elle avoit fouffertes , elle n'etoit tombee malade que de regret de ce -que le monde avoit encore des preten- tions fur elle. La foeur de cette digne epoufe de
J[efus-Chrift avoit aulli le defir d'etre religieufef, mais la crainte de caufer la mort a Madame fa mere, qui etoit tom- t>ee malade, lorfque fa foeur Catherine Ja quitta , l'empecha d'abord de fuivre fon exemple. Elle propofa fes difficult tes aupere l'Allemant fon confefTeur, fameux alors par la direction des da- mes. Peu fatisfaite de ce Jefuite, 8c Ce defiant avec raifon de fa decifion , .elle eut recours a un pieux ecclefiafti- .que de la paroirTe faint Germain 1'Au- xerrois, nomme du Cofte , qui plus eclaire que le Jefuite , lui donna un confeilplusconforme a. l'Evangile, qui fut d'obeir a Dieu plutot qu'aux hom- mes. Toutefois Madame fa mere la fit confentir a un mariage, dont les articles furent accordes & fignes. Mais celui de la main duquel perfonne ne peut ravir ceux qu'i'l a chdifis, rom- pit les liens de cette alliance par des «venemens finguliers, dans' lefquels on ne peut point meconnoitre fa divine jrpvidence. Apres que ces liens furent |
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480 Histotre de Port-rot At.'
$t rompus, Mademoifelle Bernard eut encore d'autres obftacles a vaincre ; mais enfin animee par les confeils de fon directeur ( M. du Cofte,) prefe- rant la voix dun Dieu qui l'appelloit aux cris d'une mere, elle fuivit l'e- xemple de fa foeur & fe retira a P. R. Madame Bernard fe confola peu a pen de fon ahfence j rnais elle ne vouluc jamais venir a. P. R. pour voir fes deux filles. Cependant la cadette, Cathe»rie de faint Bernard , ai'ant dit a fa fceur pendant fa derniere maladie, que fi. Dieu la tiroit a lui, elle lui deman- deroit qu'il adoucit le cceur de fa mere &: lui donnat des penfees plus chre- tiennes que celles qu'elle avoir cues jufqu'alors; l'evenement fit voir que Dieu avoit exauce fes prieres , 8c don- na une preuve de la faintete de cette vierge chretienne; car trois jours apres fa mort, la mere fe trouva attendrie, alia voir la foeur Marie <le faint Louis , lui avoua qu'elle etoit toute changee , 8c lui temoigna toute la tendrelfe d'une mere. La foeur Marie de faint Louis fut une
des premieres religieufes que la mere Angelique mena avec elle en 1648 a P. R. des champs (zi). Elle fut tou- :^i)*Vics6irf.T.a.X Rel.Sup. du Necr. n av.P.549*
jours
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I. P A R T IE. L'lV, IX. 481
lours occupee al'apothicairerie, qu'elle
entendoit tres bien. C'etoit une fille Franche , douce, d'un grand coeur , qui contentok tout le monde de parole & d'erJet. Elle etoit tellement aimee que fa mort aftligea plus les fceurs que cel- les de toutes les autres qui moururent en ce merae terns. La more apres la- quelle elle jfoupkok fans cefle renleva le it avril 1 657- La fceur Marie de l'Annonciation■,'
Sandoine , religieufe converfe , qui travailloit a l'apothicairerie avec la foeur Marie de faint Louis, fut ii touchee de fa mort, qu'elle ne put iui furvivre: en la voianc frappee a mort, elle dit a la mere Angelique de faint Jean , qu'elle efperoit de sen aller avecelle. EfFe&ivement elle mourut deux jours apres, le 14 d'avriL M. le Maitre parle encore dans la
meme relation, d'une autre foeur con- verfe , nominee Catherine de l'Af- fomption Gailiard, qui etoit, dit-il, une des meiileures lilies de toute la maifon. Elle avoit fait la cuifine pen- dant plus de trente ans , tant a Paris qua P. R. des champs. Lorfqu'on an- noncoit qu'il falloit ajouter une nou- velle portion pour les Meilieurs , eile s'enrejouifToit, difanta fa compagne : Tome III, X |
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+$% HlSTOIRE PE P0BJ>B.O1 At.
**T^7!T Dieua ammiunnouvd hcrmite. Cette
vertueufe fille mourut fort agee le 4 juin 1657/ Depuis le retour des folitaires tout
etoit aflfez tranquille dans cette fainte
folitude. Les menaces de perfecutions
avoient cette, II femble meine que la.
Cour avoit un peu change de difpofition
Scde fentiment a l'egard de P. R. Du
moins une PrincefTe (2. 1) du plus haut
sang ne eraignit point d'aller a P. R«
des champs, rendre vifite aM. d'An-
•■dilly 8c d'entrer dans la maifon, d'ou
elle fortitfort edifiee > apres avoir tout
yu, & tres perfuadee de la fauflete de
tous les bruits defavantageux publies
contre ce monaftere, C'eft ce qu'elle
lemoigna, non feulement a M. d'An-
dilly , mais en toute occafion.
xcvti. » On fongeoit ii peu alors a inquieter
tfJ&mg!lle " lesreligieufes, dit M.Racine , que
5P?£iei!f fak » M, le Cardinal de Retz leur ajant
ft vificfr >n » accorde un autre fuperieuren lapla-
*C ^ lt?' ,, cede M. du SaufTay, qu'il avoit def-
» time de tout emploi dans le dio^-
» cefe de Paris , on ne leur fit aucune
» peine la-deffus, quoique M. Singlin.
« qui etoit ce nouveau fuperieur n$
.*> tut pas fort au gout de la Cour, ou
ln$ Mademoifclle , fiile ujU|tw4e Gafto^ p$$
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I. Partie, Liv. IX. 4S5
** les Jefuites avoient pris un grand
» foin de le decrier ». Les amis de M. le Cardinal de Retz, qui etoitpour lors a. Rome , avoient obtenu de lui des lettres par lefquelles il etablifToit iM. Singlin Ion grand Vicaire dans tout le reflbrt de P. R. , c'eft-a-dire qu'il lui en donnoit tous les pouvoirs, afin qu'on n'eut pas befoin de recourir aux grands Vicaires du diocefe. Quelque terns apres (2.3) , les grands Vicaires de Paris , par ordre de M. le Cardinal de Retz , expedierent publiquement a M. Singlin la commillion de fuperieuf des deux maifons de P, R. Il fit fa vi~ >iite dans Tune & dans i'autre au mois de feptembre, fk elle fut achevee au commencement d'octobre 1657 (24), avec une fageile , une prudence & une charite extraordinaires, dont routes les fours furent ravies &c encouragees a mieuxfaire que jamais.Lamere Ange- lique, qui connoifTbit toutle prix de la faveur que Dieuleur avpit faiteen leur donnant un tel fuperieur, etoitau com- (ij) La mere Angelique lettres 3e la mer? Angeti-
de fainr Jean ne hxe pas que, p. 458 , qu'il com-
ce temsdans fachronolo- menga fa vifite vers Sep-
;gie , 6c ignore fi ce fut en tembre a Paris, & qu'il la
1'an i6<j6 , ou l'ann6e termina a P, R. de*
fuivante. Champs le 31 decerabrc
(14) Nous trouvons X6yj.
dans une noxe , T. }, Jes xi|
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4$ 4 Histoire de Port-roi'ai?
j6, ble de fesfouhaits, &exhortoit les reK-- gieufes a bien profiter de certe grace (25). » Ce fut en effet, dit la mere » Angelique de faint Jean, trois an- » nees d'abondance qui precederent » la famine univerfelle qui nous me- » na^oit 3c qui a dure huit ans ». xcviii. M. le Cardinal de Retz ne pouvoit criSe fauxUn ^tQ un meilleur prefent aux religieu-. pretendusjan-fes de P, R. que de leur donner pour kurftHaifcn vifiteuc une perfonne du merite de M, avec le Car- Singlin, que Dieu avoit rempli de toute SIS la charite Sc de toute la lumiere necef- cation par faires a un fuperieur 6c a un pere des M. Racine, m r r >-i
*■ y ames: u ne pouvoit mieuxmarquer qu ll
avoit herite de toute la bonne volonte de
fon predecelfeurpour ces faintes filles,
Comme c'eft cette bonne volonte ,
dont on a fait le plus grand crime aux
* ]l »'!# pretendus Janfeniftes * , il eft bon de
forte de atlomr £.. ,.,-.. . . , , .
nhs , dent u dire ici julqu a quel point a ete leur
Zip?*™*™ Haifon avec M. le Cardinal de Retz, fhatte k ce M, Racine traite cet article avec tant %et^MdMm ^ Juften"e & de precifion, que nous jh Memoires, ne pouvons rien faire de mieux que de T. 1, p. ?-f4 tranferire ce qu'il dit fur ce fujet. » On
0-fmv. , jl . ,. ., .'n-r 1 » ne pretend point, dit-il, juftiner le
» Cardinal de Retz de tous les defauts
» qu'une violente ambition entraine
« ordinairement avec elle, mais touf
tyf) Vdisz les lettrcs de U mere Angel. T>}? .
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1. Par tie. tlv. IX. 485
"*> le monde convient qu'il avoit de « tres excellences qualiteS, entr'au- *> tres une conflderation ftnguliere pour w les gens de rnerite, & lift fort grand a deflr de les avoir pour4 amis. Il re - » gardoit M. Arnauld comme an des « plus grands theologieiis de fon » fieele, etant lui-meme un theolo- m giert fort habile, dc il lui a confer- '»> ve jufqu'a la mort cette eftime qu'il *> avoit congue pour lui des qu'ils m etoient enfemble fur les bancs; juf- *» ques-la qu'apres fon retour en Fran- » ce, il a mieux aime fe laifTer rai'er » du nombre des dodeurs de la facul- » te que de foufcfire a la cenfure dont »> nous avons parle , & qui lui parut w toujours l'ouvrage d'une cabale ». » La verite eft ppurtant que tandis
« qu'il fut coadjuteur, c'eft-a-dire dans « le terns qu'il etoit a la the de la » fronde , Meflieurs de P. R. eurent » tres peu de commerce avec lui, 8C » qu'il ne s'amufoit gueres alors a leur « communiquer ni les fecrets de fa « confcience , ni les reifbrts de fa po- *s litique. Et comment les leur auroit- » il pu communiquer? il n'ignoroit pas, » & perfonne ne l'ignoroit des-lors , » que c'etoit la doctrine de?P. R. y " qu'un fujet pour quelque raifon que X iij |
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486 Histoire de Port-roYac;
" ce foit, ne peut fe revolter en conf- *» cience contre fon Prince legitime 5 » que quand merne il en-feroit injufte- » ment opprime , il doit fouffrir l'op- » preffion, & n'en demander juftice. » qu'a Dieu, qui feul a droit defaire » rendre compte auxRois de leursac- « tions. C'eftce qui a toujours eti en- » feigne a P. R. , &c'eft ce que M. w-.Arnauld a fortement defendu dans » fes livres , Sz particulieremeut dans » fon Apologie pour les catholiques „ :» 011 il a traite la queftion a fond. « Mais non-feulement Meffieurs de », P. R. ont foutenu cette do&rine ». « ils l'ont pratiquee a la rigueur. Celt *» unechofe connuepar une infinite de » gens, que pendant les guerresdePa- u, ris,iorfque les plus fameux directeurs » de confcience donnoient indirreremr i» ment l'abfolution a tous les gens en- w gages dans les deux; partis $ les eccle- « fiaftiques de P. R. tinrent toujours m ferme a la refufer a ceux qui etoient »» dans le parti contraire a celiii du » Roi. On fait les rudes penitences » qu'ils ont impofees & au Prince de » Conti, & a la DucheflTe de Longue- » ville , pour avoir eu part aux trou- » bles dont nous parlons , 6c les fom- » mes immenfes qu'il en a coute ace. |
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1 pARtlt. LlV. IX. 487
* Prince , pour reparer autant qu'il
» etoit poiTible , les defordres dont * ilj avoir pu etre caufe pendant ces
« malheureux terns. Les Jefuites » ont eu peut-etre plus d'une occafion s> de procurer a l'Eglife de pareils exem- » pies ; mais ou ils n'etoient pas per- *> fuades des memes maximes qu'on » fuivoit la-defTus a P. R, , ouils n'onr » pas eu la meme vigueur pour les faire *> pratiquer. " Quelle apparence done que le Car-
t> dinal de Retz ait pu faire entrer dans »i une faction contre le Roi des gens $ remplis de ces maximes , 8c pfe- » Venus dece grand principe de faint *» Paul & de faint Auguftin , qu'ii- » n'eft pas permis de faire meme un « petit mal pour qu'il en arrive un *> grand bien. On veut pourtant bien » avouer que lorfqu'il fut Archeve- » que , apres la mort de fon oncle, les « religieufes de P. R. le reconnurent » pour leur legitime pafteur ; 8c firent » des prieres pour fa delivrance. Elles » s'adr efferent auffi a liu pour les af- » faires fpirituelles de leur monafte- m re du moment qu'elles furent qu'il « etoit en liberie. On ne nie pas me-- » me qu'a'iant fu l'extreme neceflite ou H il etoit apres qu'il eut difparu de~ X w
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£,-j^ '» Rome, elles &c leurs amis ne lut
» aient prere quelqu'argent pour fub~ » filler , ne s'imaginant pas qu'il fik »» defendu ni a cles eeclefiaftiques , ni » a des religieufes > d'empecher leur » Archeveque de mourir de fairrw » C'eft de la aufli que leurs ennemis p» prirent occafion de les noircir dans » l'efprit du Cardinal Mazarin , en s* perfuadant a ce Miniftre , qu'ils n'a- . »> voit point de plus grands ennemif « que les Janfeniftes j que le Cardi- » nal de Retz n'etoit parti de Rome *» que ponr venir fe jetter entre leurs « bras j qu'il etoit meme cache a P. R. 5 » que c'etoit la que fe faifoient tous » les manifeftes qu'on publioit pour * fa defenfe •, qu'ils lui avoient deja *» fait trouver tout 1'argent neceflaire •»» pour une guerre civile, & qu'il ne » defefperoit pas par leur moien de m fe retablir a. force ouverte dans fon ?> fiege. On a bien vu dans la fuite « ['impertinence de ces calomnies. v Mais pour en faire mieux voir le » ridicule , il eft bon d'expliquer ici *t ce que c'etoit que M.Arnauld,qu'on w faifoit l'auteur & le chef de toute w la cabale. » Tout le monde fait que c'etoit
*» un genie admirable pour les lettres ^ |
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I. Partie. Llv. IX. 489
w 8c fans bornes dans l'etendue defes
n connoifTances. Mais tout le monde m ne fait pas , ee qui eft pourcant tres « veritable , que cet homme il mer- » veilleux etoit audi- 1'homme le plus a fimple , le plus incapable de rinefTe » 8c de diflimulation , 8c le moins » propre, en un mot, a former ni a » conduire un parti ; qu'il n'avoit en »> vue que la verite , 8c qu'il ne gar- » doit fur cela aucune mefure , pret » a contredire fes amis lorfqu'ils a- » voient tort, 6c a. defendre fes enne- » mis s?il lui paroiffbit qu'ils eulTent » raifon ; qu'au refte jamais theolo- » gien n'eut des opinions fi faines 8c it n pures fur la foumiflion qu'on doit » au Roi 8c aux puiilances j que 11011- » feulement il etoit perfuade , comme >» nous l'avons deja dit, qu'un fujet « pour quelque raifon que ce foit ne' » peut point s'elever contre fon Prince, ». mais qu'il ne croi'oit pas meme que » dans la perfecution il put murmurer. » Toute la conduite de fa vie abien' » fait voir qu'il etoit dans ces fenti- p mens. En effet , pendant plus de- » quarante ans qu'on a abufe pour le1 v> perdre, dit nom 8c de l'autorite dm »» Roi, a-t-il manque une oecafionde «> faire eclater &. fon amour pour fai |
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490 HistdiRE ?w PoRT-iioViiiV.
~ »» perfonne , & foil admiration pour. " les grandes qualites qu'il reconnoif- " foit en lui ? Oblige de fe retirer ■** dans les pais etrangers , pour fe **: fouftraire a la haine implacable de M fes ennemis , a peine y fut-il arri- *' ve , qu'il publia fon Apologiepour » Us catholiques •, &. Ton fait qu'une " partie de ce livre eft. emploiee a. M juftifier la conduite du Roi contre les " huguenotsj a juftifier les Jefuites me- " mes.M. le Marquis deGrana aiant »# sli qu'il etoit cache dans Bruxelles, >* - le fit adurer de fa protection -y mais: » ii temoigna en meme terns un fort »* grand defir de voir ce dodeur, dont » la reputation avoir rempli toute » l'Europe. M. Arnauld ne reflifa n point fa protection •, mais il le fit prier .'* de le laififer dans fon obfcurite, dC ». de ne point l'obiiger de voir un gou- « verneur des pais bas Efpagnols, pen- v dant que l'Efpagne etoit en guerre 3>,avec la France , & M. de Grana. 3> fut affez galant homme pour approu- v. ver la delicatelle de fon fcrupule. » Lorfque le Prince d'Orange fe fut >* rendu; maitre de l'Angleterre > les 3* Jefuites qu'on regardoit par - tout »>. comme les principales caufes de $» tgus.les^malheuxs du Roi Jacques ?i |
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I. Parti e. Liv. IX, 491
«* ne furent pas, a ce qu'on pretend 5 1657. 9* les derniers a vouloir fe rendre far m vorable le nouveau Roi. Mais M» ** Arnauld , qui avoit tant d'interet a « ne pas s'attirer fon indignation, ne »• put retenir fon zele. 11 pritia piu- » me & ecrivit avec tant de force pour w defendre les droits du Roi Jacques , & 8c pour exhorter tous les Princes ■■ »> catholiques a imiter la generofite «* avec laquelle le Roi Favoit recueilli » en France, que le Prince d'Orange « exigea de tous fes allies , & fur- »» tout des Efpagnols , de chaffer ce- » docteur de toutes les terres de leur » domination. Ce fut alors qu'il fe » trouva dans la plus grande extre- >r mite ou ii fe fut trouve de fa vie,, »* la France lui etant fermee par les- y> Jefuites , & tous les autres pais par 1 » les ennemis de la France. : » On asu de quelques amis qui ne « le quitterent point dans cette extre- »* mite, qu'un deleurs plus grands em- 's barras etoit d'empecher que dans >» tous les lieux ou il crrerchoit a fe ca- h cher, fon trop grand zele pour le - *» Roi ne le fit decouvrir. Il etoit H *> perfuade que ce Prince ne pouvoic; i> manquer dans la conduite de fes en- w ueprifes, que fur celail entreprenoic*: |
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49i HiSTOIRS DE PdRT-ROlA'C
16$7' " toutle monde ; jufques-la que fur l&
« fin de fes jours etanr fujet a tomber. » dans un afloupiffenient que Ton « cro'i'oit dangereux pour fa vie, ces. w memes amis ne fav.oient point de » meilleurs moiens pour l'en tirer. « que de lui crier, ou que les Fran- »> cois avoient ete battus, ou que le. » Roi avoit leve le fiege de quelque « place, 8c il reprenoit toute la viva- s' cite naturelle , pour difputer contre » eux & leur fourenir que la nouvelle » ne pouvoit pas etre vraie. Il n'y a. v qu'a lire fon teftament, ou il declare »•> a Dieu le fond de fon cceur, on y » verra avec quelle tendrefle, bien loin, »» d'imputer au Roi toutes les traverfes » que lui ou fes amis ont elfuiees , il. » plaide, pour ainll dire, devant Dieu,. » la caufe de ce Prince, & juftifie la. » purete de fes intentions. » Oferai je parler ici des epreuves
» extraordinaires ou Ton a mis fon a- »* mour inebranlable pour la verite I » De grands Cardinaux tres inftruits, »», des intentions de laCour de Rome », » n'ont point cache, qu'il n'a tenu qu'a, 5» lui d'etre revetu de la pourpre.deCar- « dinal, & que pour parvenu: a une di^ s> gnite , qui auroit figlorieufementla-- mfA tousles.reDroches d'herefie que fes, |
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I. Part IE. Llv. IX. 49?
* ennemis ont ofe lui faire , il nelui en " n auroit coute que d'ecrire contre les » proportions du Clerge de France tou- » chant L'autorite duPape. Bien loin »* d'accepter ces offres , il ecrivir me- » me contre un do6fceur Flamand qui » avoit traite ces propoiitions d'here- 5» tiques. Un des Miniftres du Roi , « charme de la force de fes raifonne- » mens, propofa de les faire imprimer » au Louvre •, mais la jalouue des en- 3> nemis de M. Arnauld l'emporta 8c » fur la fidelite clu Miniftre & fur Tin- t> tention du Roi meme. Voila quel «* etoit cet homme qu'on a toujours #» depeint comme fi dangereux pour » l'Etat, &: contre lequel les Jefuites « peu de terns avant fa mort, firent « imprimer un livre avec cet infame « titre : Antoine, Arnauld fugitifpour >} fe dirober a la jufiice du Roi. » Je ne faurois, continue M. Raci-
» ne , mieux finir cette longuedigref- » fion , que par les propres paroles que' » le Cardinal de Ret£ dit a quelques- si uns de fes plus intimes amis , qui, « enlui parlant de (es avantures paf— » fees, lui demandoient (i eneffeten » ces terns-la il avoit recai quelques n fecours de la cabale des Janfeniftes :• ?' /«. W conngis x ieur repondix-il ^em |
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494* Histcvirts: de Port-roVai»-
'x6<j.. '* cahalc , & pour mon malheur , /e- »> rn'en Juis trap mile ; pavois autre- r> fois quelcpthabitu.de avec les gens m dontvous me parley, & jevoulus les' it fonder pour voir fi je les pourrois ^ mettre a quelqu,ufagf)maisi vouspou- » ve{ vous en fier a ma parole ,/e ne vis* » jamais de gens qui par inclination & » par incapacitefujfent plus eloignes de >* tout ce qui s'appelle cabale. Ceme- MMine Cardinal leur avoua auili qu'il • )* avok aupres de lui pendant fa dif- >* grace deux tkeologiens reputes jan- >* feniftes quine purent jamais fouf- 3* frir que - dans l'extreme befoin ou «• il etoit, il prit de 1'argent que les. » Efpagnols lui faifoient offrir ,, & » qu'il fe vit par4a oblige a en em- >r prunter de les amis ». Quelques-^ «ns de ceux a qui il tint ce difcours vi^ voient encore lorfque M. Racine ecri- voitceei, Sc il allure qu'ils font dans line telle reputation de probite , qu'il eft bien siir qu'on ne recufera pas leur temoignage. Il n'y eut jamais d'autre liaifon entre
le Cardinal de Retz & P. R. que celle dont nous venons de parler d'apres M. Racine. Si ce Prelat ravorifa les reli- gieufes il ne fit que fuivre les regies de fequite a leur egard , & jamais ©lies |
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. I. Pa r t i i. Llv. IX. 495
ine s'en ecarterent pour meriter fesfa- i<$e- veurs* Ces faintes filles cornmenc.oient xcix.
done a jouir des douceurs de la paix , *•K*& ai au commencement de l'annee 1657 •, maladies., mais Dieu qui vouloit que leur verm fut toujours exercee, les eprouva d'u- ne autre maniere , e'eft-a-dire par les maladies qui regnerent dans ce defert.. Grand nombre de religieufes en fu- rent attaquees , 8t pludeurs en mou- rurent (16). La fceur Marie de fainte Aldegonde:
des Pommares , mourut le 4 Janvier (17), n'ai'ant ete en religion que trois; ans 8c demi ,, pendant lefquels elle. edifia toutes fes fours par la verm ,? fur-tout par fa charite 8c fa patience; dans i'education des enfans , & fa grande confiance en Dieu. Elle en< donna une grande preuve dans fa der- - niere maladie , par la reponfe qu'elle: Bt a une perfonnequi lui demanda fi; elle ne fouhaitoit pas de terns pouc (16) fVoi'ez la lettre gteufes depuis trois ans 5 .
914, p. 339 •, la lettte qu'il en reftoit encore -
93? j T. 5 , p. 37^. dans 113 , avec dix novices ,.,
lefquelles la mere Angeli & $"poitulantes , & qu'il
que parle des maladies qui s'en preTentoit qui pref--
regnoienta P. R. ; dans foient beaucoup pour cue -
la. 971, p. 437, elle die revues.
*\a Rrine de Po'.ognc , (27) Voi'ez le Necr. 44 «5,w'il icoic more if.,reli-. ja^y.,..
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49<* HrSTOIRE DE PoRT-ROlAX.
faire penitence : Dieu fait mieux que
moi , dit-elle, ce qui m'ejl necejfaire ; puifquil m m'en donnepoint ,/e wen fouhaite pas davantage. Ecoutons la mere Angelique faire
le recit des difpofnions dans lefquelles mourut cette fainte religieufe : Mat » foeur(2 8) Marie Aidegonde mourut » hier a cinq heures 8c demie dans » nne ii bonne &: ii fainte difpofition, » que tout le monde en eft ravi 8c ce- » lui audi qui l'a affiftee. Parcequ'elle » n'a rien defire , elle a eu en abon- « dance de tout 8c vraie fatisfa&ion » 8c reconnoitfanee incroi'able. Elle » communiquoit fa devotion : on n'a » point dit une parole inutile aupres ** d'elle : tout le monde y prioit Dieu. » 11 ne fe peut voir une plus grande »» prefence d'efprit dans de plus gran- s' des douleurs. Elle recevoitee qu'on » luidifoit avec unparfaitacquiefce- « ment, fans repliquer. Ses yeux par- 's loient. Enfin rien ne fe peut ajouter » aux apparences exterieures que je ne » doute nullement qui ne foient pro- 's cedees de i'interieur, par le rejail- » lifTement de l'efprit faint qui etoit en » elle , 8c qui l'a conduite a la religion » 8c xlans la perfection , ou elle doi| (**} Lett. ?ix ,T. 3l> p. J3&-
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L Parti e. Liv. IX. 497
» faire entrer les ames. 'C'eft en ap- ' 16 ou *« parence une grande perte, mais clans *> la verite, c'eft une grande grace pour p> nous , qu'une de nos fceurs foir pre- » fentee a fa divine Majefte (i bierr p* preparee par la grace pour laquelle w on nous perfecute. J'efpere qu'elle •* nous obtiendra de la force pour bien fourFrir.
La mere des Anges , qui etoit ab-
belTe , fut dangereufement malade dans le mois de fevrier. La mere- Agnes fut attaquce d'une apoplexie , qui fit craindre pour fa vie. La more enleva le 5 d'avril la faeur Antoinette 4e fainte Foi , d'abord novice de chceur, puis poftulante converfe (29); cjui , apres avoir donne beaucouf* d'exercice a la charite 8c a la patien- ce de la mere Angelique, lui donna la confab tion de la voir rentrer en elle-meme , &? mourir dans des fen- timens ties chretiens. |
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maw 1 • i-v. 111 iui i.wul lili^ tuiiiui; u.
perte cette annee par la mort de M. de *f• *
Bagnols, qui avoir toiuours eu un 11^,55 far |
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frn-
ver-
ort*
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grand attachement pour cette maifon,
&: lui avoit rendu des Services fi im- porrans dans toutes les occafions. Je » vois un vuide horrible dans le monda |
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t*J|J Vo'to vicsedif. T. 3. p. ipo-ioS.
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f*"1""" " "" m "* " T---------W-----------
4<)$ HlSTOIRE DE PoRT-ROlAi;.
"" j.^ 7 » par cetre more, die la mere Angelic
» que (30) 5 mais enfin^ e'eft Died qui *» Pa fait. » Je ne faurois ,. dit-elle encore ,.
*» dans une autre lettre (31), vous di- ss re 1'etat oil je me trouve a l'#cca- « fion de la mort de M* de Bagnols ; » il me femble qu'il n'y a plus per- w fonne au monde ..... . Toute la w paroirTe & eu une extreme douleur
*> de fa perte : ce n'etoit que larmes » a fon fervice , des Maitresdes Re- »t quetes , & geueralement de toutle » monde , & meme des ennemis.- » Il fe comportoit avec une telle fa- »> gefTe & charite , qu'il ne bleflbk. » perfonne ,. & cependant il ne faifoit » point de tort a la verite ni a fes en- »» nemis ..... Il faut que je me taife *> &c que nous nous abimions en Dieu,
*> aupres de qui eft eelui que nous « pleurons,...... Jamais homme ne e* rut tant regrette, & generalement,
» 3c fi fenfiblement de fes amis (31). M. du Gue Bagnols Maitre des Re-
quetes ne a Lyon, fembloit avoir felon TEvangile, les plus grands obftacles a fbn falut,car outre qu'il etoit tres riche» (.30) Lett. 944, T. 5, 393.
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T. P A R T I E. LlV. IX. 499
II etoit naturellement tres fier. Son"
grand efprit joint a (qs grands biens contribuoit a iui infpirer un certain or- gueil, qui le portoit a s'elever au-def- fus des auttes. Il parouToit extreme- ment eloigne d'abailFer fa tete fous le joujt de i'humilite evangelique. Dieu if iervit premierement de la piete de ion epoufe ( Gabrielle Feydeau ) pour 'lui infpirer les premiers mouvemens d'une crainte faiutaire. Il acheva de le detacher tout-a-fait du monde par les fermons de M. Sinolin. La con- version de M.. de Bagnols ne fe fir pas. a detni. Des qu'il eut connu ce que Dieu demandoit de lui, il s'y donna tout entier.. Jugeant d'abord que le. commerce du mqnde lui etoit trop dangereux , il fongea a rompre tous les liens qui l'y tenoient attache. Ii vendit fa charge de Maitre des Re- quetes qui l'expofoit davantage. Il fit expres un voiage a Lyon pour porter fbn pere a attirer la benediction de Dieu fur fa famiile, en faifant con join- cement avec lui la revue de tous fes biens. Apres cette revifibn , il eut la force de i'engager a fe depouiller de 400000 livres, dont il ne le croioirpas legitime poflTefleur ; il regla enfuite & propre famiile , felon les. regies; |
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i657-
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5 06 HlSTOIRE £>E PoRT-RotAt,
"" Kjf 7, etroites du ehriftianifme. De 6000&
Iivres de rente qu'il avoir , il en def- tina 40000 Iivres pour des oeuvres- de piete & pour des aumones reglees , 8c n'y touchoit non plus qu'a un bien fa- cre, le refle etoit pour I'entretien de fa maifon 8c de fes enfans , &c pour faire encore des aumones journalieres. AVant ecabli cet ordre pour ce qui regardoit fon bien , il fongea a pro^- curer une educarion chretienne a fes enfans. Pour cela il acheta , a fept lieues de Paris , une terre nommee Saint-Jean des Troux ., ou il les mk avec un precepteur choifi. , qui avoic foin de leur apprendre les humanites y 8c qui veilloit encore plus fur leurs mceurs. M. de Bagnols y venoit de tems en terns, pour penfer plus fe- rieufement a l'affairede fon falut dans la retraite. Il joignoit a fes aumones, au foin de l'education de fes enfans 8c a. fa retraite, une priere aflidue , une foumiffion d'enfant pour les avis de M. Singlin fon dire&eur , & une telle penitence qu'il tomboit quelquefois en foibleflfe par un effet de fes jeunes 8c de fes autres aufterites* Rien n'etoic plus doux , plus modefte, plus hum- ble &c plus fqumis que M. de Bagnols^ £n renonc^ant au monde sil renon^aii; |
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I. Partie; Liv. IT. 501
parfaitement a fon propre efprit ," qu'au lit de la mortil eut la confola- tion de pouvoir dire i M. Singiin » fans vanite,mais par la feule reconnoif- fance de la grace de 'Dieu ; in laudem gratUDei, ces paroles;: Vous Jave^ , Monjieur, que depuis que je mejuis mis feus votre conduite, je n'ai jamais fait ma volontc. » Cet homme d'une piete admira-
» ble , dit M. Fontaine (33), 8c dont « la memoire fera toujours en bene-r »» diction dans l'Eglife 9 avoit de tres »> grands biens 8c une charge de Mai- m tre des Requetes , mais etant forte- » ment touche de Dieu , il devinr » plus grand par le mepris qu'il fit s» des richelfes , qu'il n'avoit ete au- » paravant. La profeilion qu'il faifoit »> de la penitence le rendit plus vcne- *> table que les grands emplois qu'il » avoit eus dans le monde. Il com- » menc,a par fe depouiller de fa char- « ge de Maitre des Requetes pour n'a- » voir ni rang ni emploi 8c pour » n'etre plus rien dans le* monde , 8c »» il rerifta a. fes proches qui suppo- rt foient a. ce derTein. Cet homme ra- 9* *e avoit un grand genie , 8c une « elevation d'efprit capable de con* ft 3) Mem.T.«. j>. 14J & ftjiy.
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501 HlSTOIRE DF. PORT-ROlAt,.
"* »* duire les plus grandes affaires avec
»> une fagefle 8c une conduite pleine » de douceur 8c de force. Toutes les » fois que M. de Saci lui parloit; il »* admiroit en lui une certaine elo- »> quence naturelle , &"une grace dans »» fes paroles qui perfuadoit toujours » ce qu'il vouloit. C'eft ce qui l'avoit «m rendu Tame 8c lalangue d'un grand « corps ou il prenoit par-tout le parti » de la juftice. ... . Il faut lui rendre » ce temoignage , qu'il avoit un zele » incroiable pour la juftice , enforte » que par-tout ou il croi'oit qu'elle »». etoit , il fe declaroit auffi-tot pour *> elle contre tous. Quel triomphe la •> grace remporta-t-elle fur cet hau- » teur d'efprit 8c fur cette elevation ■»> d'ame qui lui etoit (i naturelle ? II w ne chercha plus qu'a fe taire 8c a fe *» foumettre •, il fe rendit lui-meme « comnie un enfant-, il chercha par- *> tout & fuivre la voie des autres , 8c *> affe&a TobeilTance iufques daus la » moindre chofe. Il ecrivit a un abbe o> de grand merite , pour fe retirer ?> aupres de lui 8c fe foumettre a fa m>. conduite. Cet abbe ( que M. Fon- »», taine ne nomme point > 8c qui appa- *k remment etoit M. de Barcos abbe m de faint Cyran) en fut extreme- |
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I. Partie. Liv. IX. 505
*> meat furpris, & lui fit la reponfe
** fuivante : M. encore que vous vous » humiliez fi fort , dans la propofi- *> tion que vous me faites , je n'ai pas ** neanmoins ete fort furpris, fachant n que l'ambicion deceux qui fervent »> Dieu, porte au rabaifTement, com- *> me celle du monde en eloigne , & *> que le plus haut degre 011 eliepuifle « aller , eft de rendre un homme le « dernier de tous. Chaeun eft oblige » d'avoir cette ambition pour foi- me- «> me, & de fe laifler conduire a Dieu, 01 qui fait feul a. quoi il nous a defti- » nes , 6c quel rang il veut que nous: H tenions dans fon roi'aume. C'eft *> pourquoi il faut bien confiderer s'il * ciefire que vous foi'ez fi rabaiffe
*> fous moi, 8c moi fous vous , de m peur de nous elever veritablement m en nous rabaiffant en apparence» * parceque l'humilite peut etre autant
» bleflee par un rabaifTement volon- *, taire que nous cherchons nous me- »raes, que par un elevement exte- *, rieur , qui eft un effet de l'humilite „ lorfqu'il ne vient pas^de notre pro- » pre choix; mais de celui d'autrui. *» La feule charite eft capable de nous » conduire en ces rencontres , puif- * <|u'eile feule pent nous empkfrer de
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5©4 HlSTOlRE »E PoRT-RClAt.'
~~ » nous regarder nous memes, &: nous
»» tenir dans la dependance de Dieu « feul , laquelle eft proprement Tame « dc 1'eifence de I'humilite. Je defire « de tout inon caeur de la fuivre en- w vers tous les hommes •, mais parti- « culierement envers vous, etant celle » qui ne me laiifera point egarer. »* Quoique je fafle & vous aufli, &: en « quelqu'etat que je fois a. votre egard » devant les hommes , je ferai tou- , » jours par elle devant Dieu 8>c de- « vant les Anges , votre tres humble » &obei(Tant ferviteur. *> Ce Magiftrat penitent jugeant bien
» par cette reponfe que c'ecoit une *> chofe a .laquelle il ne devoit plus *»■ penfer, pot le parti de fe retirer » dans une maifon fort folitaire qui » lui tenoit lieu d'une agreable pri- » fon, 8c il n'avoit plus rien de fa *> magnificence paffee. Il cliangea tous »> les dehors, des que fon coeur fut v change. Toute fon ambition du fie- p cle paflfa a une ambition plus fainte » & plus elevee. Il ne trouva plus de v joie que dans les exercices laborieux » de la penitence , dc ne penfa plus » qu'a mourir a lui-meme, afin de ne *» vivre que pour Dieu. Il mit a l'a- » venir routes fes delices dans les jeiir- » nes
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I. P A R T I E. LlV. IX. 5 0 5
•« nes 8c fon repos clans les veilles. Il
«> eft vrai qu'il conferva ton jours la » meme grandeur d'ame, mais il ne » la voulut plus emploier que pour U Dieu Sc pour la charitc , devenir w l'afyle 8c le louden des veuves qui w etoient dans 1'opprellion, 8c mettant w tout fon plaifir a etre le vengeur 8c »i le juge des pauvres 8c des foibles , «» dont il commence plus que jamais a 3> devenir le pere , enviant leur pau- » vrete, qu'il leur otoit en quelque w forte par la profulion de (es aumo- ?> nes. .,..-. J'avoue , continue w M. Fontaine, que quand je conlidere »> la grandeur des aumones de M. de « Bagnols , je m'en laifle eblouir , 8c *> que je ne confidere pas aifez cequi » le rendoit plus particulierement " agreable a Dieu, qui eft la profonde a> humilite avec laquelle il les faifoit. « Ses larmes 8c la compondion de fon » ccEiir leur donnoit un nouveau luf- » tre aux yeux de Dieu, qui ne con- » fidere pas tant ce qu'on lui donne " que le mouvement 8c i'affec~tion avec » laquelle on le donne. M. de Bagnols »» faifoit fes aumones, non avec la » hauteur d'une perfonne qui donne , » mais avec fhumilitc d'une perfon- «> ne qui paie ce qu'elle doit, & qui Tome III. Y |
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x<>57-
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506 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
iwp)------- » croi'ant ne pouvoir s'acquitter de tou-
*'* „ tes fes dettes , veut au moins en
w rendre une petite partie. C'etoitcet- » te foi humble , c'etoit cet efprit bas w 8c humilie, eloigne de 1'orgueil d'un » pharifien , qui attiroient les regards #> de Dieu fur les aumones de M. de » Bagnols , parcequ'il etoit convaincu » qu'il etoit redevable d'une .grande « grace a Dieu de cet amour qu'il liu ft donnoit pour l'aumone & de ce qu'il » lui faifoit comprendre que rien n'e- » toit plus affiire dans fes biens que k» ce qu'il faifoit patTer dans les mains f> de Dieu , &: plus utile a lui-meme « & a Memeurs fes enfans ? que ces »» charites qui vivoient toujours dans »> la prefence de Dieu & qui leur at- ** tiroient fes benedictions. » Voila quel etoit l'efprit de ce faint
« penitent. 11 agifloit comrae voulant » plus encore donner a Dieu fa per- « fonne que fes biens. 11 ne croi'oit » pas que fes aumones diuTenc le dif- »> penfer de la penitence , ni que la *> penitence dut le difpenfer de fes au- tf mones. II confacra encore pius fain- » tement fon corps qu'il offroiti Dieu }> comrae une victime de la penitence, ,t Sc foivit ainfi de bien pres fes au- tt ffp1\§$ e[u'il ayoit fait naffer 4yau| |
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I. Part ie, Liv, IX. 507
* lui. M. de Bagnols avoit encore une ^ ■-> raifon particuliere qui le rendoit » humble dans fes aumones , qui ne -» venoit que de la grande delicatefle »> de fa conference, qui lui faifoit tou- » jours craindre qu'il n'y eiit dans les ?j grands j biens que lui avoit lahTe M, w fon pere , quelque chofe qui ne fur *» pas afTez legitime , au lieu que tant » d'autresperfonnes font fort peufcru- , w puleux fur ce point &: eteindroient w meme la lumiere de ceux qui pour- .» roient leur faire voir quelque raifon « de reftitution dans les biens dont ils ?> deviennent heritiers: M. de Bagnols w au contraire confulta tout ce qu'il » put trouver, pour lui r£foudre la » difficulte qu'il avoit fur ce fujet. « Mais routes ces perfonnes qui n'a- » voient garde d'abufer de fa tendreflfe » de conscience fur im point impor- *» tant, lui reprefenterent fortement " qu'il ne devoir avoir aucun fcf upule m fur ce fujet, puifque les affaires 8c « les traites 011 M, fon pere avoit ete *> engage s etoient tres legitimes ; que •jj n'a'iant de preuve poutive de rien » qui fut contre l'ordre , le refpect « qu'il devoit a la memoire de M. fon » pere, il devoit arreter fon efprit & Yij
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5.03 HlSTOIRE DE PORT-ROIAL,
•» & bannir fes inquietudes s les au-*
v mones purifiant tout.
» Peut-on voir un homme qui eut
9} mi refpeel: plus fincere envers (on
» pere? & en a-t-on jamais vu qui
v eut un amour plus fage &pius chre-
9> tien pour fes enfans , ni en qui l'a~
i> varice ait ete plus detruite, & le de-
» fir de les avancer dans le monde plus
>> eteint? Etant dans de fi grands biens
?> Ik pouvant, fans pafler pour avare,
« les faire multiplier, il ne les regar-
» da qu'avec mepris. Il crut que le
v moindre degre de vertu d'un chre-
v tien qui eft riche , etoit de fe con-
•» tenter de conferver ce qu'il avoit,
v fans penfer a 1'aiigmenter, M. de
»> Bagnols prodigua faintement fes
?> biens pour acquerir des trefors eter-
?> nels a fe$ enfans. Sa douleur , en
*> donnant fes revenus aux pauvres ,
?> etoit de ne pouyoir yendre en mem?
?» terns le fond , de peur que fa piete
?* nefutexpofee a la rifee &: que (e^
*> meiileurs amis ne fuffent en outte a
m fes proches qui attendoient de faire
?* de grands vacarmes a fa mort, conv
p me s'il eut diffipe fon patrimoine •,
*» ce qui fe trouva {j. faux que Ton trou-
?» va a fa mort qu'il n'en ayoit pas alie-.-
f> ^gun denier. Cpmbien done ce fage
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I. Parti e. Liv. 1%. $6$ __
& IViagiftrat fut-il eloigne de la folie de t <j r y ^
» ces peres qui travaillent tant,afin que
*> leurs enfans entrent autant dans leurs
i» vices que dans leur patrimoine qti'ils
i» leur lanTeiir, qui les rendent plus
^ her itiers de leurs pafTions que de leurs
» richetfes , & qui font qu'au lien
» que leurs enfans n'encrent dans leurs
« bierts qu'apres leur mort, ils entrent
it au contraire dans leurs defordres
*> pendant leur vie. M. de BagUols ne
* chercha qu'a fake elever fes enfans
» dans la crainte du Seigneur. Sa gran-
w de foi lui faifant regardef Tor coiri-
*> me de la boue, il penfa pour eux a
a d'autres trefors qui ne leur echapaf-
» fenf jamais ,■ & a les rendre eux!-
» memes le trefor de Dieu. . . . . .
» Peut - on alTez plaindre l'aveugle-
*> ment de ces peres, qui aiant dans » leurs richefTes un moien il admira- * ble de s'acquerir une felicite cter- it nelle, ne s'en fervent au contraire? » que pour s'attirer un malheur fans >t fin •, qui veulent encore eh mourant a pofTeder leurs trefors dans ceux i «*>qui ils les laiflfent •, qui fe desheri- n tent en quelque forte en faveur des »> autres; 8c qui pour laiflTer des heri- a tiers riches pendant u'fi peu de terns, *» fe condainnent eux-memes a un<£ Y iij;
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fia HlSTOIRE DE PORT-ROIAL.
» mendicite .eternelle ">. lis craignent:
» fi fort la pauvrete pour eux ou pour » leurs enfans pendant une vie fi cour- » te , qu'ils ne la craignent point pour » Une autre qui ne finira jamais. Ou » eft la grandeur 3c la dignite d'une » ame raifonnable faite a 1'image de « Dieu ? Etre timide pour une vie qui ™ pafife, 8c ne i'etre point pour une j» vie qui ne paffe point 1 » Une des charites auxquelles M. de
* Bagnols s'appliquoit avec plus de »» foin , 6c qui eft un grand exemple » pour les peres qui font riches, etoit » celle qu'il faifoit envers de jeunes t« demoifelles, qui faute de bien ne »» pouvobnt executer le defTein qu'el- »■ les avoient de fe donner a Dieu » dans une religion. Cet homme ad- » mirable qui defiroit ardemment d'at- » tirer la benediction de Dieu fur Ma- » demoifelle fa fille qu'il faifoit ele- » ver a P. R. > ne laiflfoit echapper » aucune de cesoccafions lorfque Dieu. « les lui prefentoit >». M. Fontaine nous a conferve une
lettre de M. de Bagnols , ecrite a une de ces demoifelles, novice aP. R., qui fe regardoit comme fa fille fpirituelle \ 6c qui l'avoit prie de fe charger pour elle de la reconnoiilance quelle devoid |
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!. Part IB. Ltv. lit. $*f
Dieu & a la maifon oil on l'avoit re^ue. » Ma tres chere fblur, die M. de » Bagnols, je ne dotite pas que vous s> ne croiez que e'eft la feule impuiffan- » ce qui m'a empeche de vousecrire plu- « tot &: que j'y trouve trop de douceur «pour nTen priver volontairement. » Je voudrois avoir aftez de pouvoir «pour vous accorder ce que vous » demandez par votre lettre , je vous » aflure que je paierois pour vous avec » joie &a Dieu &a vos bonnes meres, *> a qui vous vous tenez fi obligee. Je » reconnois avec vous que la grace « que Dieu vous a faite eft fort gran- *» de, & il eft vrai que vous ne la w fauriez conferver fans un ref- &> fentiment continuel , qui paroifte w dans routes vos ceuvres &: dans toute » votre vie. Je ne m'etonne point que » vous ne fo'i'ez point contente de ce » que vous faites pour le temoigner, » & que vous vous ttouviez trop tiede »> & trop imparfaite. Sans cela vous ne » feriez pas en bon etat, Sc furtout n dans l'etat d'une bonne novice , a la » ferveur de laquelle rien ne fauroit « paroitre aflfez ardent ni aflez rigou- » reux, principalement en elle-meme. » Mais l'ardeur que vous en avez tien- » dra lieu d'une vertu phas accompile y Y iv
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512; HlSTOlRE DE■■ PoRT>R01A£#
657. » 8c vous acquittera aifenient envers
» Dieu , pourvu qu'elle vous ferve » comme aim aiguillonpour vous ex- m citer Sc pour vous faire avancer tous « les jours quelque peu. Et ainfi vous au *> rez affez tie quoi pater & fatisfaire a * Dieu fans etre obligee d'emprunter
» des autres & fiinout de moi qui fuis " plus pauvre que vous ne penfez , 8c * qui n'ai rien de c ommun avec les
»? vierges fages, que la connohTance de » n'avoir pas affez & pour les autres 8c » pour moi tout enfemble. » Je fuis aifure que fatisfaifant a Dieu
» en cette maniere, vous farisferez par *> le meme moi'en a vos meres qui vous s> aiment 8c qui ne vous fervent que » pour lui , ne demandant pas auili m d'autre paiement 8c d'autre recou- nt noiifatice de leur affection 8c de leur » fervice, que eelle que vous rendez >•> a la bonte fouveraine, qui eft fori- » gine de tout le bien qu'elles font , ,m aulli-bien que de tout celui que vous »> faites. Je fais que vos infirmites cor- » porelles ne leur feront point a charge* »> pourvu qu'elles foient fimplement v corporelles 8c ne paifent point dans » 1'efprit j 8c qu'au contraire elles vous » rendentplus patiente, plus humble »» plus tranquille 8c plus detaches da
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T. Pa r t ie. Liv. IX. 513
<« cette vie & de vous meme •, enfor- "
« te qu'on puiffe dire de vous comme *» de faint Paul, que votre verm s'ac- « complit dans Tinrirmite; ce qui arrive »> a. toutes les perfonnes qui ont tine ver- »> tu folide, lefquelles fe fortifient dans >» leurs indifpofitions corporelles} corn- si me les foibles s'y arfoiblilTent. » Les religions feroient trop heu-
» reufes', fi elles etoient remplies de » cette forte de malades , & ft au lieit »> d'apptendre a bien faire, on y appre- » noit a bien fouffrir •, & a bienmou- »» rir, aulieud'y apprendrea. bien vivrei »* ce que je ne vous dis pas pour vous; « confoler de l'opinion qu'il femble s» que vous aiez d'etre inutile , Sc de a ne fervir que d'objet de companion »■•& de charite. Vous ne fauriez etre: >> plus utile a la rriaifon &c plus agrea- » ble a vos fuperieures qu'en donnant: *} l'exemple de foumiflfioh , de fim- j> plicite, de cOntentement, d'egalite' » d'efprit', qui font de? biens par lef- » quels vous y ferez plus confideree » que fi vous aviez appofete totis ceux 3> que le monde poflfede y 8c vous y fe- 0$ rez par-U des lemons plus fortes Sc »> plus importantes que celles de routes - >» les paroles & de toutes les actions des; i» autres, Apjces cela vous n'autez point- |
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5 1 4 HtSTOIRE DE PoRT-ROl AE^
"7^7^ " « befoin de moi ni de perfonne. Vous,
d trouverez dans vous-meme de quoi » fatisfaire a Dieu & aux hommes, &C- » il ne me reftera rien dequoi con- »> tribuer a. votre bonheur , que la » joie de le connoitre & de le voir » croitre tous les jours. Cela feul me » recompenfera de tout ce que j'ai >» fait & de tout ce que je pourrai fai- « re pour votre fervice , & m'obligera « de vous fervir au-dela de mes forces « par celles qu'il plaira a Dieu de me » donner, parceque je regarde votre »» bien comme le mienpropre, & que ».je ne me fepare point de vous ni pour » le terns ni. pour l'eternite, dans la- « quelle feule vous pourrez connoitre jjcombien je fuis votre, dec. M. de Bagnols a'iant ete lie a P. R.
par la charite la plus tendre, on peut juger de la confternation qu'y caufa la nouvelle de fa maladie. M. Singlin l'ailoit voirfouvent. Le moribond qui avoir toujours eu pour lui un profond EefpecT;-,. fe fentant fecher d'un feu qui lie briiloit 8c aiant befoin de boire , il en demanda la permimon a M. Singlin y ce fut a cette occafion qu'il lui dit, que depuis qnil avoit l'avantage de le con- noitre v, if n' avoit jamaisfait: fa volen- ti »lejna voudrois.,. dit M. .Fontaine*> |
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I. Part ie. Elv. IX. 515-
» jamais perdre le fouvenir d'un fi faint
» homme qui a appris lui-meme la »> mattiere de faire penitence a ceuxqui » depuis long-terns en faifoient profef- » (ion. Il nous montroit par fon exem- w pie raflujetirTementdans lequel nous m devions vivre. Ilaimoitplus la pau- » vrete que ceux qui l'avoient embraf- " fee; &c par les jeunes, les veilles* « 8c les aufterites , il fe facrifia de fl » bon coeur que Dieu l'enleva promp- « tement (le 15 mai 1657 ", a i'age de » quarante-un ans ) le trouvant mur >y pour le ciel. Ses amis affliges de fa » perte > rec,urent apres fa mort fon » corps qu'il leur avoit lairre^comme" » une marque de fon amour ». Ii fut enterre a P. R. , & fut exhume Tan1 171 r , lorfqu'on rafa ce faint monaf- rere (34). Dieu fit connoitre alors la faintete de fon ferviteur par un eVene- ment extraordinaire & qui peut patter aux yeux de la foi pour un miracle. A-P'exhumation des corps le cercueil de M. de Bagnols s'etant un peu deflbudeV f>ar le pie, il en fortit An fang jufqu'a
a quantite d'une pinte , quoique le corps fut inhume depuis plus de' cin- quante ans. Nous avons appris nous-- memes*,: il n'y a que quelques annees3> t?*} Hift.-dela-dern. p.crf. d« ■-& R. T+1?, p. j'jtj. |
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$16 HlSTOIRE DS PoRT-ROrAt.
~r'"i(jcy, du cure de S. Jean des Troux ou il flic
transfere, que cette merveille s'y renou-
vella & qu'il en fortit encore une quaij.-.
tite de fang,dont le banc furlequel on le
placa d'abord,fut teint, Ce.meme cure,.
nomine non fufpecV, nous affura que.
quinze ans apres cette translation, lorf-
qu'on tira encore de terre le corps de
M. de Bagnols pour le placer dans le
caveau que la ramille avoit fait, 8c
oil il repofe aujourd'hui, il repandit da
fang tout de nouveau..
Tonti jbidt u Heureux homme , puis-je m'e-
£.M4? „ crier, de M. de Bagnols, comma
» S. Sulpice de S.Paulin qui avoit me-
» prife de grands biens pour etre pau-
jj vre 1 Heureux homme , qui aVanc
33 etela. joie des Anges en ce monda
33 par fa converfion ,. l'eft maintenant
» plus faintement par la fociete qu'il a
3* avec leurs troupes facrees 1 Heureux
» homme., qui aiant ere le proteclreuE
» des faintes vierges, pendant votre
3> vie, avez etc recu d'elles apres vo-
m tre mort i Celies d'entr'elles qui
»' font deja dans le Ciel & celies qui
si) font encore fur la terre , vous invi-
3*, tent egalement a demeurer a jamais
3). avecelles. Celies duCiel fe rejouiA
»j, fent de potfeder votre ame 5 celies
?#; dej lai tejrre. fe\ rejpuiiTent: de. pone?
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. r. P'ARTI'E. ElV. IX. 517
£> der vos cendres, 6c n'onr pas craint
» de fe faire des affaires aupres des: « PuifTances , en vous otant de votre » premiere fepulture, pour vous met- a tre dansTenceinte de leur chceur. „ Attendez la le bruit de la premiere » trompette, dont la fainte troupe qui » vous environnera alors , contribue- « ra beaucoup a vous diminuer la »> frai'eur »>. Les religieufes de P. R. etoient re-
devables en partie du retablifTemenr de leur monaftere des champs a M. de Bagnols, qui donna pour cela 40000 li- vres. II leur laiffa de plus fix mille^ livres de rente, afin qu'ellespufTent recevoir gratuitement a perpetuite des religieufes qui n'auroient point de bien. Mais elles lui avoient encore fans comparaifon , -comme elles le di- fent,plus d'obligation pour la grande af- fection qiiil leur avoit temoignec, que pour les grands dons qifilleur avoit faits (3 5). Le prodige que nous avons rap-1-
porte , n'eft pas le feul , par lequet Dieu ait fait connoitre la faintete de M. de Bagnols, L'etng-tems aupa-^ ravant, c'eft-a-dire peuapres fa more- la; mere Angelique de faint Jean etant: (jf 1 Nccr. 1 s mai-3 p. tot:.. Mem. dc L&ac. T. i.i>,
&4<??;.' in-11. T. 1. p.i.ji.. |
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518 HisToms deVP'or.t-r:oi'asl..
tombee malade d'une fievre quarte des- ftlus violences, la fceur Suzanne , ( re-
igieufe d'une vertu extraordinaire * fille de M. Robet de Lai ) qui avoir une grande idee de la vertu de M. de Bagnols, refoiut defaireuneneuvaine a ion tombeaupour la mere Angelique de faint Jean. Elle s'aflocia la fceur Pfabelle Agnes, fille fpirituelle de M.. de Bagnols-, elles decouvrirent leurdef- fein a la mere Angelique de faint Jean, qui ne crut pas devoir s'y oppofer & qui ttieme fe joignir a elles. Et a la fin de la neuvaine la fievre manqua tout d'un eoup & ne revint plus (36). Tout P. R. flit done extremement
fenfible & la more de M. de Bagnols, mais fur-tout M. le Maitre , qui etoit lie d'une amitie la plus etroite avec lui (37). On en peut juger par ee feul trait. Perfonne n'ignore l'extreme atta- che qti avoit M. le Maitre pour fa chere folitude ;• dont il ne voulut pas meme fortir pour aflifter a la ceremonie de la prife d'habit de Madame le Maitre fa mere , lorfqu'elle fe fit religieufe. Neanmoins M. de Bagnols qui, quel- que tems avant fa mort, avoit etc" obli- ge d'aller a Lyon pour des affaires, lui <$tfl Font: T. »*, p. iff to Aim
Wi)Pofk. % % , p. 1*0 ,.,&€..
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L Par tie. Liv. IX. 519
stiant ecrit pour l'engager a le venir
crouver , arm de i'aider de fes lumie- res , &c pour fe delafler avec lui de l'embarras & du tumulte du monde y il flit pret a partir pour l'aller trouver, &: il l'auroit fair, fl M. de Bagnols ne l'e&t arretepar une lettre, dans laquel- le il le remercie en ces termes » : Oui m mon tres cher frere , je crois plus »■■ vous devoir des offres charitables » que vous me faites de me venir fe- « courir, que jene feroisa un Roi, » qui me donneroit fa couronne pour » fortir de l'efclavage. Cette compa- ss raifon eft encore au^deflous de ma » penfee , & je ne puis m'empecher » de vous dire , que fi je vous pou- » vois rendre temoin des larmes de s» joie. que me caufent ces precieux « temoignages de votre amine, elles » feroient plus obligeantes que mes » paroles. Encore une fbis , je ne fau- » roifr m'empecher de dire qu'il me *» femble que je les verfe comme je le » dois , & qu'il eft difficile de rien » ajouter a l'ardent defir quej'ai que » votre charite foit reconnue par l'ar- » deur qui vous la caufe , &c »; On: petit dire que M. de Ikgnols & M. le Maitre ne faifoient qu'un meme cceur,, j?ar le meme zele pour la penitence r |
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J'lO HistOlRE DE PORT-IIOIAI.
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KJ57.
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qui avoit forme entr'eux une amitie
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toute particuliere. Cette liaifon de
coeur etant done fi grande entfe ees deux homines fiadmirables , il ne faut pas s'etonner fi M. le Maitre fut fenli- ble a fa mort j mais fa feparation ne fut pas longue , &c Dieu rettnit bien-* tot dans fon fein ces deux amis qui avoient ete fi etroitement lies- fur la terre. ci. M. le Maitre ne furvecut qti'un an
iBieu prepare & qUelque mois a M. Batmols. Dieu,
W. le Maure i1!1 • r 1 ■ 9 i « 1 •
»ia more, dont les voies lont admirablesocpleines
de mifericorde pour les fiens, difpofa infenfiblement ce folitaire penitent a ee dernier pafTage , fans qu'il y eutau-* eune apparence de mort. M.-leMai* tre s'etant trouve un jour dans un en- tretien de quelques perfonnes fpiri- tiielles, elles lui dirent, enluiparlant avec beauconp d'ouverture de coeur , qu'elles fouhaitoient pour lui devant Dieu qu'il ne fut ni demi-mort ni de- mi-vivant, mais qu'il fut tout-a-fait mort a lui-meme&vivant a Dieu pour l'eternite (38). Cette parole dite fans aucun deflein , fut comme une Heche per^ante dont la*divine Providence fe lervit pour penetrer le coeur de M. le Mame.. Depuis ce terns il ne celfoit .,- (j£) Font. 4&..
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I. Part if..- Liv. IX. 51 r
de fe dire a lui-meme , en gemiflant " 8c en repandant des larmes , ces paro-
roles : Ni dcmi-mort ni demi-vivant; 8c pour les avoir plus prefentes a. l'efprit, il voulut les avoir toujours devant les yeux, & les ecrivit en gros caraclreres. AYant enfuite vu par occaiion fa chere coufine , la mere Angelique de faint Jean, comme il etoit accoutume de re- pandre fon ceeur dans le fien, il fuc difficile qu'etant occupe de ces penfees il ne lui en temoignat quelque chofe. Cette fage religieufe exhorta M. le Maitre a ne pas negliger cette voix y mais a y repondre autant qu'il lui fe- roit poflible. Comme il voulut entree avec elle dans le particulier pour fa- voir ce qu'il devoir faire , cette fainte religieufe , qui ecoit fort prudente , fe defiant de fes forces & de fes lumie- res > lui dit de s'ouvrir a la mere An- gelique fa tante , qui tout d'un coup1 lui diroit ce qu'il avoir a faire dans- cette rencontre. M. le Maitre , qui- la redoutoit , parcequ'elle le faifoit trembler comme beaucoup d'autres , temoigna quelque repugnance , ne fe' fentant pas pour elle la meme ouver- ture de cceur que pour'la mere Ange- lique de faint Jean. Neanmoins aiant: furmonte cerce repugnance par le can-*- |
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fli HlSTOIRB Dfi PoRT-ROlAL.
T"* feils de fa coufme 8c par fes prieres , it
la vit & lui park avec grancle efFufion de easur. Cette bonne mere iui con- feilla fort de faire beaucoup d'atten- tion fur eette parole , qui lui avoir fait une irnpremon ii vive , 8c pref- fentant fa difpofition , elle lui dit; qu'elle trouveroit a. propos qu'il fit un renouvellement entre les mains de M. Singlin pour mourir entierement a lui-meme , 6c devenir un vrai enfant par une entiere foumiffion 3c une par- faite obeiffance , parceque tout le chriftianifme confiftoit en cela. Elle lui donna enfuite , par cette charite 8c cette liberte chretienne qui lui etoient fi ordi naires, un petit avis fur quel- que chofe qu'elle avoit remarque en lui, & qui ne lui paronToit pas tout-a- fait bon. M. leMaitre recevant ces avis avec
tine joie 8c une humiiite admirable , la fupplia de repaflfer encore a loifir ce qu'elle avoit pu remarquer de defec- tueux dans fa conduite, 8c lui dit que dans un mois il viendroit la retrou- ver. Au bout de ce terns, qu'il pafTa. dans de grands fentimens 8c de grands exercices de penitence , il vit la mere Angelique, quile fortifia dans Cos bon~ nesrefolutions* Enfin aiant vu M. Sin* |
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L P a'r t i e. Liv. IX. 515
glin pour faire un renouvellement, il
en fortit fi edifie & fi confole , qu'il en ecrivit un mot a la mere Angelique pour lui temoigner fa joie. Qui pent n'etre pas effraie de la grande purete dans laquelle il faut etre pour ie pre- fenter devant Dieu , en voi'ant cet exemple de M. Ie Maitre'Cet hom- me qui dans le montle avoit vecit avec eclat, a. la verite , mais toujpurs en homme de bien , eloigne de tous< dereglemens de mcsurs , le retire dans un defert, ou il mene une vie exem- plaire pendant vingt ans. Cependant * quand Dieu eft fur le point de l'ap- peller a lui , cette purete n'eft pas encore aftez grande pour paroitre devant lui. Il veut qu'il entre dans de nouveaux fentimens de componc- tion. Il eft lui-meme l'eguilion qui Texcite, 6V qui lui faifanr paroitre fa penitence comme imparfaite &c pleine de defauts , l'anime d'un nouveau zele pour fe purifier de plus en plus, & deve- venir digne de lui. U lui femble qu'il n'arien faitqu'ademi , qu'il n'eft que demi-vivant pour Dieu, qu'il n'eft qu'a demi-mort pour lui-meme. Il fe regar- de encore comme un Lazare dans le tombeau , d'ou il a beloin que Dieu le: tappelk.Dieu lui fit. en eftet cette grace,- |
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624 HlSTOIRi DE PORT-ROlAl.
TiftiTr ^e ]our qu'onlifoit dans l'eglife l'Evarr-
gile du Lazare. » Heureux homme * » s'ecrie M. Fontaine , que Dieu n'a » pas epargne fur la fin de fes jours > » &c qu'il a rrouve aflfez vigoureux pour » ne pas epargner fa foiblefte 1 Heu-^ * reux homme, qui fur la ran de fa » vie a renouvelle fa force comme eel- w le de l'aigle , & qui s'elevant tou- " jours de plus en plus au-deffus de *» lui-merrre v s'eft enfin prepare a voir » le foleil de plus pres 1 C'eft la la » vraie maniere de n'etre point fur- *> pris de la more. Quand on l'a pre- » vue fi long-tems &c fi faintement, » qu'on meurt enfuite fans qu'on s'en » apper^oive, on ne peut appeller cela » une furprife. La lurprife qui eft & » craindre, eft de comber malade fans » avoir fait auparavant une ferieufe » penitence. Qu'on foit malade alors » tant qu'on voudra , Sc qu'on voie » la mort s'approcher peu a peu, quoi- » qu'il y ait fujet d'efperer en mena-* » geant cet etat, il eft toujours vrai » de dire que la preparation qui ne *> commence qu'avec la malaaie eft » bien imparfaite , &c fe lent toujours » de la furprife «. Il n'en rut pas ainfi de celle de M. b
Maitte^ Ce bien-heureux falkaire ,-, |
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I. Parth. Llv. IX. 515
ftpres avoir ete fi fouvent chafle du l ^, §~~ port par la tempete, y etoit reve- en. nu & y vivoit tranquillement (39).. ^J" deM* II tomba malade le 27 ocTrobre , qui etoit un dimanche , &c il eut la fievre ies trois jours fuivans ; mais le jour de la TouiTaint il fe trouva mieux, &c dit a M. du FofTe 9 qu'il avoit cm que Dieu le voulok tirer du monde , & lui avoua qu'il l'avoit fouhaite &c demand?. Il ajouta que , puifqu'il fe fentoit mieux , il croi'oit que le Sei- tneur vouloit feulement le purifier
ans Tame &c dans le corps •, ami qu'il put ttavailler plus fainrement a. l'ou- yrage de la vie des faints, auquel il l'avoit engage (40). Mais au moment [u'on s'y attendant le moins, fon re- .oublement 1'aiant pris a midi le jour des Morts, il tomba dans une pro- fonde lethargic,dont M. Hamonle tira par trois faignees qu'il lui fit. Etant re-? (59) Du Fofle , p. ,1*1. 33 de la mort, il dit avec
(40) s> [Il travailioic , 3> grande humilite , que
»i dit la mere Angeliquc*, s> cette oeuvre £toit trop
ji a la vie des Saints avec » fainte pour lui , qu'il
sj tant d'ardeur , qu'appa- « n'appartenoit qu'aux
» remment l'exces lui a 3> faints de bien parler des . .
gp donne la fievre. Il pre- »j faiars, & que Dieu fufr
i> tendoit emploier cinq ^ citeroit quelqu'un qu'il
a> ans en cette grande ecu- » en rendroit dignc. n
si vre. Se voi'ant furpris '* |
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f-fffU ?S« h U Reine tit Pologne, T. § , p. 447.
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yi6 Histoire de Port-roTai.
i6?8, venu a lui , il eut le terns de (e con-
fefler avec beaucoup de prefence d'ef- pric, & de recevoir le faint Viatique. Deux heures apres il retomba dans fon afiToupiirement & mourut le 4 no- vembre 1658, apres une penitence <le vingt ans , ce qui fit dire a M. Sin- glin , qui fe trouva a fa mort : Dim nous fajffe la grace de vivre & de mourif dans la penitence comme il a fait. Voila quelle fur la fin de ce grand
liomme , qui, apres avoir etc l'admi- ration de tout Paris par fon eloquence, fut l'admiration des Anges par fon fi* lenee & fa penitence : M. de Gom- Serville , qui avoit fait ces quatre vers fur lui lorlqu'il fe retira: Je te dirai ce que je penfe ,
O grand excmple de nos jours , J'admirc tes nobles difcours , Mais j'admire plus ton iilence. aiant appris fa mort a dit de lui : Le
grand orateur de la langue frangoife
park maintenant le langage des Anges,
r CHI. Ce fut ainfi que nous perdimes no-
Douieurdetre tr£for fa M. Fontaine, & que
P. R. a la „ ■*,.. r , 1 .
ivort de m. nous vimes eclipler a nos yeux celui
aeDfhrf'' ^e SF* nous Pouvi°ns <iire avec un
*e 1* were Pere : Cujus vita normam exemplum |
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I. Parti e. Liv. IX. 517
ftrtutum habebamus. Il eft vrai que . /■. g tout P. R. fut dans la confirmation; An^i^ue & on vie le defert &c les folitaires qui d5M-de Sa- rhabitoient, plonges dans le deuil. Il "* n'y eut que la mere Angelique qui ne pleura pas a fon enterrement , quoi- qu'elle l'aimat extraordinairement(41). Mais elle confideroit que la mort etoit un gain pour un homme qui depuis vingt ans perfeveroit dans la penitence. •w Je Vai vu enterrer fans larmes ( dit- » elle dans une lettre ecrite fur cette » mort) quoique les autres en repan- i> difTent beaucoup , jufqu'a ma fceur, » qui avoit peine a dire lesPrimes#,par- « ceque Dieu m'occupoit l'efprit de » l'efperance de la refurre&ion, & qu'- w enfin fa bonte accabloit mon efprit » des verites de la foi,qui aneantiflent v. la creature devant fa divine Majef- ?> te, & qui font eftimer pour rien les « efpaces des terns, & tous les interets )> qu'on fe peut imaginer , meme ce » qui femble regarder'-Dieu , qui n'a >j que faire de nulle creature (41). M. de Saci accompagna gravement
le corps , Sc le mit en terre fans ver- ier de larmes; il les retint jufqu'a ce qull fiit retire dans fon cabinet , ou (41) Rel. iiMi, XII Re!. T. i,p. 510,
tyi) Suppl. du Necr.p. 167. |
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52.8 HiSTOMIE DE PoRT-ROlAL.
~ il les laiifa couler avec une entiere Ii-
berte. On le vint voir de beaucoup d'endroits pour le confoler ; mais il confoloit lui meme ceux qui venoienr luirendre ce devoir d'amitie. 11 bcnif- foit Dieu fans celTe des difpoiidons faintes dan& lefqueiles parut etre M.le Maitre , noh-feulement depuis quel- ques mois, mais particulierement deux ou trois jours avant fa more, dans un ^ntretien , dont M. Fontaine fuc le mediateur. Conime M. le Maitre avoit €ntrepris depuis quelque terns de tra- vailler a la vie des Saints, il dit a M. de Saci qu'encore qu'il eut commence xet ouvrage , il avoit neanmoins tou- jours entendu une voix fecrete , au de- dans de lui-meme, qui lui faifoit croi- re que Dieu ne permetroit pas que ce fut lui qui y travaillat ■, qu'il fau- droit etre faint pour travailler a la vie des Saints; que e'etoit peut-etre pour <:ela que Dieu le vouloit retirer de ce >monde,afin d'emploier a ecrirecesvies d'autres perfonnes qui s'en acquitte- Toient plus dignement. Cetefprit, li penetrant dans les verites divines , re- connoidbit que cette entreprife ne de- , jnandoit pas feulement beaucoup d'e- tude &c de fcience , beaucoup de vertu $v de {aintete,mais encore une lumiere fmguliere
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I. Parti*. Lw. IX, 519
fmguUere 8c un difcernement rare ; 1658. ^que chaque Saint faifoit comme un monde a part, ou il falloit remarquer June providence &c une ceconomie de Dieu toute particuliere > fans quoi les explications des vies des Saints ne font point des vies , mais des difcours morts 8c fans vigueur , femblables en quelque forte aux vies de Plutarque , &: capables de produire feulement les effets que produifent celles-la s c'eft-a- dire de nuire plutot aux ames que de les fervir, 8c de les affoiblir en les rem- pliflant de vaines penfees & de vains; mouvemens ; qu'il avouok bien que fachant un peu ecrire en notrelangue il auroit pu contenter &c eblouir le monde dans l'niftoire des vies des Saints, en- forte que peu de gens y autoient trou- ve a redire, n'y en ai'ant prefque point qui difcernent les chofes lorfqu'elles font exprimees agreablement, & beau- coup moins qui difcernent l'efprit 8c la conduite j mais que ceux qui craignent Dieu , ne regardent que la verite 8c ne penfent qu'a lui rendre hommage de- vant les Anges ,&"non a acquerir une fauflfe reputation devant les hommes , en abufant d'elle &c de leur ignorance. Cette ame fi humble partit dans fes
detniers momens plus penetree de ces Tome III. Z
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5 3© HlSTOIRE DE PORT-ROIAL.
*g * fentimens que jamais. Elle femblolt
en quelque force lire dans le ciel, 8c voirdeja la verite prefque fans nua- ge, 8c le neant de tout ce qui fe paf- ioit fur la terre , foupirant apres le moment ou elle feroit degagee^de tou- tes les erreurs de cette vie 8c etablie dans cette lumiere qui ne fait point d'ombre. M. le Maitre difoit qu'en Attendant ce bienheureux jour il etoit refolu de fe tenir dans l'etat d'un hom- me qui ne s'etoit retire que pour faire penitence , & pour vivre dans l'humi- lite & dans le fllence qui eyi eft infe- pai'able ; qu'il s'y etoit meme engage par la lettre qu'il ecrivit a M. le Chan- celier , qui etoit comme un voeu 8c une profeilion publique ', qu'aullibien il avoit remarque que s'il y avoit quel- ques faints dans les fiecles pafTes qui eulfent ecrit les vies de quelques Saints , il n'y en avoit point qui euf- jfent ofe ecrire toutes les vies des faints enfemble 5 que cedeflfein avoit ete en- tierement ineonnu dans tous les terns qui ont porte de plus grands perfon- nages , & ou la do&rine 8c la verm chietienne ont fleuri davantage \ qu'il fembloit qu'ils n'ont pas cru en avoir aflez pour un travail de cette forte , -& qu'ils 1'auroient juge trop vafte. §c crop |
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I. Parti e. Lh. IX. 551
cleve pour un feul homme , & peu T^TsT"
.conforrne aux fentimens que chacun doit avoir de fon intelligence &c de fa force ', que dans ces derniers fiecles feulement, &c fur-tout dans lenotre , des hom mes inferieurs aux anciens s'etoient cms capables d'une fi haute entreprife, &qu'au(li la maniere dont ils l'avoient executee , faifoit voir par quelle lumiere ils avoient forme ce jugement d'eux-memes ; que pour lui il aimoit mieux imiter la conduite des faints, que de difcourir des faints •, il voxoit bien qu'ils avoient ete plus re- tenus 8c plus tirnides , &c qu'ils avoient apprehende d'etre du nombre de ceux dont le Prophete dit qu'ils fe font per- 4us pour avoir voulu faire plus qu'ils ne pouvoient , n'y a'iant gueres de plus grand orgueil , ni moins excu- sable , que de paroitre volontairement en public pour vouloir inftruire les au- tfes de ce qui eft au-delade notre par- tee, quoique peu de gens reconnoinent ce peche & s'en acculerit devant Dieu , le prenant au contraire pour une bon- ne ceuvre & un exercice de charite. CTV# Port-Ro'ial etoit encore dans les lar- pemieie nu- r • 1 1 >'\ ladie de !a
-mes au iujet de la perte qu 11 avoit mere des ah-
faite par la mort de M. le Maitre, lorf- ses- que celle de la mere des An^es plon- Z ii
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542- HlSTOIfl.fi DE PoRT-HOlA!,"
gea tout le faint defert dans im nou>
veau deuil. Cette admirable religieu- fe , dpnt nous avons deja parle ail- leurs , avoit ete continuee abbefTe par une ele&ion faite au commencement du mois de decembre'i 657. Lorfqu'on lui annonca la nouvelle qu'elle etoit continuee dans fa charge , elle la recut felon l'expremon de la four Euphemie ayec une douleur egale a celle tVun cri- minel, a qui on Jignifie. fa fenunce. M. Singlin la confola en particulier , mais non en la meme maniere que la premiere fois •, car bien loin de lui promettre que les meres agiroient en tout, il lui nt voir qu'elle etoit obligee en confcience de le faire elle-meme 8c qu'elle devoit fuivre les lumieres que Dieu lui donnoit pour la conduite de la maifon. La mere des Anges, fui- vant ce confeil, agifToit plus qu'en fon premier triennal dans tout ce qui regardoit le particulier des fours. La mere Angelique qui avoit pour elle une veneration Sc une affection fans pareille, etoit charmee de la voir ainu* lagir, rappeliant fouvent 1'objet de fa complaiiance. Mais Dieu ne donna pas aux religieufes le terns de la voir agir en abbeffe, comme elle avoit fait ^|miraj?|ement pendant yingj>4eux |
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I. PART iE. tiv. IX. $4$
ans a Maubuiflbn. C'etoit un fruit
trop mur pour demeurer plus long- terns furlaterre* Sur la fin delapre-» miere annee de foh fecond triehnal y elle eut un pronoftic de fa mort pro- chaine &c fit un reriouvellement a M* de Singlin, enfuite duquel elle parut n'etre plus une perfonne de ce rhonde tant elle etoit feparee & degagee de tout. On a fujet de croire qu'elle eut connoiffance du tems de fa mort, qui futprecedee d'une maladie qui ne dura que quelques jours •, en quoi Dieu exau- $a fes defirs. Le mardi de la pre- miere femaine de I'Avent, comma on parloit fur le fermon du pre- mier dimanche , qui etoit fuf la pre- paration a la mort , quelques fceurs aiantditqu'ellsfouhaitoient que Dieu leur envoiat quelques longues mala- dies pour fe preparer a mourir, d'au- tres au contraire difant que la longueur des maladies leur feroit penible, la mere des Anges dit que pour elle, fi la chofe eut ere a. fon choix, elle eut mieux aime une maladie courte & violente , parceque ces longues mala- dies accabient aufli-bien l'efprit que le corps, St qu'il y a peu de perfon- nes qui aient alfez de verm pour fup- porter cet etat fans fe relacher. Z lii
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544 HrsTomE de Pokt-roial.
Le jeudi fuivant 5 deceinbre i <j 5 8,
conime elle tenoit un chapitre 5 le frif- fon la prit & dura plus de liuit heures 1 elle euc toute la nuit une fievre des plus violentes, accompagnee de vives dou- leurs dans tous les membres, ce qu'elle fupporta avec beaucoup de patience > fans fe plaindre, fans parler pendant la nuit par refped pour le filence. Durant fa maladie, elle fe laifla conduire com- me un enfant, fbit pour les remedes , foit pour la nourriture, ne demandant rien pofitivement, 8c ne refufant rien, quelque repugnance qu'elle y eut. Le famedi 7 de decembre, la fievre aug- mentant beaucoup , elle demanda a ie confefc & a recevoir le faint Viatique.. Elle voulut s'y preparer en entendant en efprit la premiere meffe qui fonna. Elle demeura pendant ce terns dans une grande attention a Dieu ,8c une fi grande paix qu'il fembloit qu'elle ne fouffroit point. Sur les dix heures du matin elle re-
$ut le faint Viatique avec de grands fentimens de piete: elle demanda hum- blement pardon aux fceurs de routes les .peines qu'elle pretendoit leur avoir caufees par fes impatiences 6c (es promptitudes, 8c pria M. de Rebours de repeter ce qu'elle avoit d^, crai- |
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1. P A A t I e. Liv. IX. $ 3 $
gnant qu'on ne l'eut pas entendue. La
fceur Candide lui aiant demande apres que la communaute fe fut retiree » comment elle fe trouvoit : fort mal, repondit-elle } mais Dieu le veut ainfi, pourvuquilme donne la patience, que fa fainte volonte foit faite ; puis elle baifa plufieurs fois fon crucifix, 8c dit une priere alTez longue. La faeur Candide l'interrompit en difant ; Mais ma mere vous vous trouvei done bien mal; Out ma fille, repondit-elle, fort mal; &c s'attendriflant fur cette fceur qu'elle fa- voit etre fort touchee, elle ajouta : en- fin tout paffe , nous nous trouverons en Dieu d'une autre maniere que nous n'a- vons etc : dans fa lum'ure nous verrons la lumiere. Elle pafla prefque tout ce jour en oraifon & en filence, repondanc iimplement a ce qu'on lui demandoit. Sur les deux heures apres midi une fceur lui aiant demande, fi elle ne craignoit point la mort, elle repondit: Je ne fais ce que je ferai quand fen viendrai la ; mais pour cette heure je n 'en ai point depeur. En verite, touj bien confidere > je trouve que le meilUurpourmoi, e'ef que Dieu. me delivre. Cette fceur lui aiant dit qu'elle croioit bien que e'etoit le meilleur pour elle , mais qu'elle devoit avoir la charite de ne point aban- Z iv
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c?6 HrsTorRE i>e Port-roYal,
donner la maifon ; elle repliqua:/V fuis emre Us mains de Dieu, je ne refufe point le travail 9 fi e'efl fa volenti que je demeure. La-defTus les fours lui di- rent: demandez done ma mere votre {ante- Elle repondit quelle demande- roit bien plutot de mourir , que ce fe- roit bien le meilteur pour elle d'etre delivree de cette vie qui n'eft remplie que de miferes &de peches. Une four l'aiant fuppliee de dire la priere de faint Martin, elle repondit avec un grand fentiment d'humilite, que faint Mar- tin etoit un S. Eveque , tout rempli de charite pour fon peupie ^fur cguoi, une autre lui dit: He quoi, ma chere mere n'etes-vous pas remplie de charite pour nous? Faites-nous done* s'il vous plait cette priere > nous vous en prions tou- tes* Elle repondit: je devrois bien etre comme vous le penfez, 8c je le defire de tout mon cceur 5 mais je fais bien que je ne fuis. necelTaire a perfonne; je mis 11 infirme que ie ne puis plus rien faire 8c ne fuis plus: bonne a rien. Mais comme on la preflbit toujours , elle joignit les mains Sc dit Domini, non recufo labor rem , fiat voluntas ma * Seigneur je ne fefufe point le travail, que votre vo- lonte foit faite j 8c quelque terns apres elle dit fort agreablement : » Vans. |
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I. Partii. Liv. IX. 537
» m'avez fait faire la priere de faint
» Martin , mais faint Martin ne laifla » pasde mourir ». Le dimanche ( huit decembre, qua-
trieme de fa maladie ) vers l'heure de niinuit, la foeur Candide ai'ant vu par fa difficulte de refpirer, qu'elle etoit plus mal, elle s'approcha 6c trouva le danger fort augmente. La mere lui dit: » Je fuis fort mal; enfin tout paife , *> ilfaut finir ma fille ; il y a long-tems » que nous fommes enfemble, il eft » terns de fe feparer: j'efpere que nous » nous retrouverons devant Dieu : ma *> feparation vous fera penible; il ne » fe peut faire autrement; mais aiez »» bon courage , le terns eft court. J'ef- » pere que nous nous reunirons en- » lemble , 8c que nos deux faerifices; *> ne feront qu'un facrifice devant: » Dieu : c'eft mon efperance. Affix- 's rez-vous que lorfqu'il m'aura fait » mifericorde, je ne vous oublierai » pas devant lui •, j'y fuis bien obli- » gee»». Puis elle voulut lui deman- der pardon y difant qu'elle avoir eu? bien des promptitudes •, mais la fceur Candide l'interrompit en s'ecriant :: h Ma mere , c'eft a moi a vous le de- » mander , 8c je le fais rres humble- ay meat. ». Puis elle la fupplia de ne; Z v
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558 HlSTOIIVE DE PoAT-RO'lAt.,
" \6i%. la pasoublier , &: de lui dire cequ'elle
jugeoit quelle dut faire au eas que Dieu l'appellat. La malade repondit:. » 11 faut demeurer dans robeiifance , » fe retirerle plus qu'on petit, mettre m toujours fon fentimenc. au deflous de » celui des autres , vivre en paix avec « tout le monde &: laiffer palter toutes n chofes fans s'y arreter , ne s'attachant: » qu'a Dieu. C'eft un grand fecret »» ma fille , &c le peu de fidelite que »» nous avons a cette pratique eft caufe » du peu d'avanc.ement que nous fai- » fons , parceque Ton ne veut pas fe » mortifier autant qu'il faut pour cela. »i Le tems eft fi court, mais on n'y penfe 33 pas ni a l'eternite •, fi on y penfoit 33 on ne prendroit part a rien , car » tout n'eft rien. Tachez de vous mo- »> derer dans l'affli&ion que vous pren- « drez de notre feparation. Vous vous w pafTerez mieux de.moi que je n'au- « rois fait de vous. Dieu difpofe de » tout pour le mieux ». Apres avoir dit pluneurs autres chofes particulieres &. iecretes a. la fbeur Candide, elle s'informa fi on avoit reeompenfe une pauvre femme , de quelques fervices quelle avoit rendus, & lui parla de quelques demoifelles , auxquelles on raifaiu lai cjiarice j enfuite elle, de? " |
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I. Part ri Civ. /T. 5-39
manda I'Excreme - Qnclion , difant :
» J'ai prie Dieu tout le jour, que H c'e- » toit fa volonte, il iui plut me clon- w ner un peu de foulagement de cette » grande douleur de cote, pour lui of- » frir le facrifice de ma mort avec plus »> plus de repentance d'efprit, mais )e » n'ai rien obtenu ; peut etre me fera- » t-il cette grace par la vertudu facre- » ment ». Eile fe mit auffi-tot en prie- res pour s'y difpofer : vers une heure apres minuit, on fit lever la commu- naute, & M. Singlinlui ai'ant apporte l'Extreme - On&icyi, elle le remercia beaucoupde lacharite qu'il avoir eue- pour elle & de celle qu'il avoir pour route la communaute, qu'elle lui re- commanda avec toute la tendrefle d'une vraie mere. Elle le pria aufll d'avoir de lacharite pour la faeur Candid e 3c de la confoler; car, dit-elle, elle fera bien> affligee, mais il faut agreer la fepara- tionquand Dieu la fait. La mere Agnes l'aiant priee de benir la communaute ; elle j oignit les mains en difant : Qut notre Seigneur fefus-Ckrifl vous benifif 6* vousfaffe la grace d'etre fide les Jans- les petites chofes & dene les pointnegli- ger-y parceque des petites chofes on- tom- be dans les grandes ; puis elle leva les; jnains & fit lejfignedelacroix. On lui*- |
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54° Histoire de PoRT-Roi'Ar.'
o recomimnda le monaftere de P. R. dest champs , a quoi elle fit reponfe qu'elle ne faifoit point de difference entre les deux mailons •, que ce qu'elle faifoit pour Tune elle le faifoit pour l'autre ; Quelle etoit bien fachee de n'avoirpu xendre aux foeurs qui etoient a P. R* des champs le fervice qu'elle' leur de* voit. » Dieu fait, dit-elle , que ce w n'eft pas manque de bonne volonte,, " Sc quil n'y a eu que l'impuitfance de » mon infirmite qui m'en a empechee; m Mais fi mon corps n'a pu y aller mon » coenr 8c monidpiit y ont ete. C'eft m lelieu de maprofelllon ». On la fup- pliade donneraudi fa benediction ace monaftere, ce qu'elle fit joignant les mains ,8c difant* »> Je prie Dieu qu'a » l'exemple de notre Seigneur Jefus- m. Chriflau faint Sacrement, elles foient * bien foumifes, bien filentieufes 8c » bienpauvres;»>. Elle avoit. un crucifix dans fa main^
qu'elle baifoitfouvent•, 8ccommepour eela elleetoitobligee d'avoir lesbrashors dill lit, une foeur lui aiant dit qu'elle craiw gnoie qu'elle n'eut froid, la> malade re- j?ondit: » Si je ne regardois aufli fouvent »*la cxoix,je fen&de.fi extremesdouleurs. » que. j'autoispeur de perdre patience $ »> ujais. quand je kconfidere, 8c quej'y |
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T. Partie. Llv. IX. 541
>»regarde notre Seigneur Jefus-Chrift » attache, eela me fortifie »•. Elle conti- nua ainfi jufqu'au dernier foupir. Le 9, decembre la mere Agnes eranc
revenue atresia meiTe; la>malade lur
park ainh r >* Je vous remeicie de la*
}» charite & du fbinque vous avez pour
» la maifon ; je vousfupplie tres hunr-
» blement de continuer : je vous re-
9) commande toutes nos fceurs en gene-
»» ral &c en partieulier , j'ofe vous pro-
» mettre &c memevoiis ailiirer qu'elles
*» nen feront pas meconnoiflantes »-
Puis s'elevant un peu pour la. baifer ,
elle pronon^a diftinclement ces paroles
«omme prevoiam qu'elle lui fuccede-
roit dans la dignite d'Abbefle : Domi^
nus cujibdiat introitum tuum& exitum
tuum> quod in tt incepit, ipfe perficiat ad
fuam g{oriam:& mam falulem. » Que le;
w Seigneur garde votre entree & votre-
» fortie, qu'il acheve pour fa gloire &
w pour votre falut ce qu'il a commence'
^* en vous »>. Pen apres ellerdit a la mere
Agnes de s'aller repofer, lapriantfeu-
lenient de prier Dieu qnil eut pitie*
d'ehV, difant qu'elle n'avoir plus be-
foin que de celav
Nous fouhaiterions pouvoir recneil-
Hr-tout Ge que cette fainte abbefle die. aLcliacune. de fas rejigieufes, pour lea |
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541 HlSTOIRE DE PoRT-ROIAtY
88 j. $ c s, exciter a la piete, a la foumiilion , a
l'obeiffance & a la pratiqne de leur re- gie : » Quand la providence de Dieu , « dit-elle a une , nous oblige a quelque » chofe par l'obeilfance, il eft hii-ine- » me notre force, c'eft lui qui nous » foutient & qui nous aflifte. Helas I » que ferions-nous fi nousne regardions »» que nous-memes , ce feroit grande » pitie j mais il faut regarder Dieu m &: efperer tout de lui & demander t> foil efprit dans une grande confian- 5, ce ». Elle dit a une autre qui deman- doit pardon du peu d'ufage qu'elle avoit fait de fa ccttduite : » Il faut tous w les jours fe reprendre & tous les jours » commencer de nouveau comme il " c'etoit ce jour-la qu'on commenc^at a, » fervir Dieu •>. Elle parla enfuite de plufieurs perfonnes amies de la maifort avec grande reconnoiflfance &c affeclion. cv. Sur le foir , elle tomba dans l'a- menTdcs An- gonie •, les redoublemens de la fievre
tses. venoient prefque de deux heures en deux heures, enforte que Ton cro'ioit
toujours qu'elle alloit paflTer. On fit plu- fieurs fois les prieres de la recomman- dation de l'ame. Cependant elleetoit toujours attentive a Dieu, difantquel- <juefois des prieres, fe joignant a cel- les cju'on faifoit aupres d'elie 5 baifant |
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r. Par tie. Llv.TX. 545-
£>n crucifix & prononcant certains \6<i& '"
mots, d'adtions de graces & d'admira-
ration des mifericordes du Seigneur..
Elle dit plus d'une fois, levant les yeux
au Ciel: 11 y a dix ans que Dieu mya
delivree, entendant par la fa (ortie de
MaubuiiTon. Lafceur Candidelui aiantr
demande une fois ce qu'elle penfoit,
elle repondit baifant ion crucifix. je
nioffre a Dieu, mafilLe \ 8c fur ce que
la fceur lui demanda fi elle n'avoit point
de peine 8c fi elle etoit en paix, elle
dit d'un ton ferme & avec un figne de
)oie : Out, ma fille, je fuis fort en
paix.
Sqs douleurs alloient toujours en aug-
mentant, enforte qu'on ne pouvoit la regarder fans etre touche de com- panion ; 8c comme on lui difoit quel- quefois que cela ne dureroit gueres v elle repondit: Tant qu'ilplaira a Dieu-) cela ne rnermuie point } mais la pauvrt nature voudroit bien it re delivree. En- fuite elle envo'ia prier la maitrerle des. novices de la recommander aux prieres des foeurs du noviciat, difantque fes douleurs etoientexcelTives. Elle recom- manda beaucoup qu'on eutfoin de la fante de la mere Agnes, 8c qu'il fal- loit la conferver. Elle temoigna qu'elle auroicforLdefire. voir la mere. Angeli^ |
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_______^44 Histoirk de Port--ro'iac-
jd6'5;8. que qui etoit alors> a Port-Roial deS
champs. Ellepafla toute la nuit dans les mo-
nies douleurs en bahTant toujours. Sur les trois heures du matin,, comme on vit que fa fin approchoit, on fit venk la communaute pour recommencer les prieres de la recommandation de Ta- me. Sur les quaere heures, elle entra comme dans un petit fommeil fost paifible, avant lequel on l'avoit en- core vue prier Dieu 5 il W dura un pe- tit q^iart d'heure , & elle expira dans ce fommeil fi doucement qu'on ne s'en appercut point, n'ai'ant perdu la con- nouTance qu'avec la vie , qu'elle chan- gea eni une meilleure »le 1 o dece mbre 16 5 8, un mardi, igee de 5 9 ans. Quel- que long que puilTe-paroitre cerecit, ce n'eft qu'avec peine que nous avons fup- prime piufieurs; circonftances d'une more fn chretienne Sc fi edrfiante , pre- cedee & fuivie de miracles ♦ par le£- quels Dieu fit connoitre la faintete de eette digne. abbefTe pendant fa vie &: apres fa mort. Les Benedi&ins de 1 ab- baie de faint Germain , qui travaillent au Gallia CJiriJliana^ en parlant de cet- ce fainte abbefle , lui rendent ce te- moignage (45),, » Qu'e tam retournee; <43j); T. VII. £. ?}« & jt37i
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I. Partie. Liv. IX. $4$
a P. R. elle y donna pendant dix ans i<>c;8, »» des marques eclatanres de fa fainte- •» te, qu'on aflfure meme , ajoutent-ils r » avoir ere confirmee par des miracles. lnibi adhucper decern annas non obfeura fanciltatis argumenta dtdii, quam etiam miraculis camprobatamaiunt (4 4). Trois- jours apres la more de la mere des An- ges , (13 [decembre } la mere Agnes* flic elue pour rempiir fa place. Le monaftere de P. R. des champs ,
Voulant partaser avec celui de Paris les precieufes depouilles de certe mere commune , on reiblut d'ouvrir fon corps pour en tirer le cceur Si. l'envoie? au monaftere des champs. M- Tolec Chirurgien qui vint pour faire cette ©uverture, aiant fit qu'e*1e etoic morte d'un abfees au cote, or donna cju'on pre- parer du vinaigre & des odeurs, parce- que rien n'egate i'infection d'un corps* mort clans, lequel il y a un abfees. Mais ees preparatifs furent inutils, on nelen- tit riendu tour a 1'ouverture du corps j (44) Voiez les Mem. err a plufieurs oa die fait
eu Rel. in-iz. T. r. t les plus grands eloges de-
Itel. 1. part. p. joo & cette faiiue Abbefle , TV
foiv. Ibv T. 1 , p. f5 , x. p. 90. lb- p.. 187. lb. p.
107, 108, ii ?. Dans le 538. Voiez furtout la let*
Necr. p 470 fon elbge & tre a la Reine de Pologne-
fon epitaplie par Ml Ha- du 5 fevrier , p. 5*1 *
raon. Parmi les lettres dc ytt > ff\,
I* mere Aiiiicliiuic, il y |
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$46 HlSTOrRE DE PORT-KOlAt
" i6 eg. le pus memedeTabfces qui fut mis dans
un baflin , ne rendit aucune mauvaife odeur. Le Chirurgien en crane tout ctonne s'ecria :» En veriteil ejl bon d'e-* » trefidde a Dieu I Voila qui ejtbien ex* » traordinaire ». Apres l'operation il ne voulut pas laver fes mains , 6c dit : » On fe lave les mains quand on a tou- 9 che un corps mart, mais non quand on » a eouche des reliques ». Le cceur fe conferva beau &: ver-
meil pendant pres de deux ans , fans etre embaume &; fans aucunepoudre. II fut porte a P. R. des champs le 17 de decembre par M. Singlin , qui fit en cette occafion un difcours aux religieu- fes > dans lequel it fit l'eloge de cette fainte abbefle % 8c s'etendit particulie- rement fur fon humilite , & fur 1?& galite admirable de fon efprit. gvt. Nous avons dit que Dieu fit con- Srp?tTaTe>oitre la faintet^ de la mere des An-
odes Angcs. ges pendant fa vie , &c apres fa mort |
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I
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ar des miracles. Nous en favons deux
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ien averes de leur terns •, le premier
opere a MaubuifTon , ou la mere] des Anges obtint la guerifon d'une loupe* Apres avoir tente inutilement tous les remedes, qui n'avoient fait qu'irriter &c augmenter le mal , comme cette ab- hefts aYoit un grand defir que la ma~ |
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~TT~
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I. Partie. Liv, IX. 547
lade , novice , niece de M. Denife Marchand a Paris , fut religieufe , par- cequ'elle avoir une vraie vocation , 8c qu'elle craignoit que la loupe donr el- le etoit incommodee n'y mit obftacle y, elle euc recouts a Dieu 8c fut exaucee 1 car avant qu'elle eut aeheve une neu- vaine qu'elle avoit commencee , la loupe difparur 8c la novice fut regue- &: fit profeflion. Un mois apres la mort de la mere des Anges, la foeur Briquet fut guerie d'un femblable mal. Comme on fe preparoit a lui faire l'operation,elle pria inftamment la mai- treiTe des novices de lui appliquer des reliques de la mere des Anges au lieu de remede: cela lui fut accoide •, on lui mit, & la place de cataplafmes , un pe- tit linge trempe dans le fang de cette fainte mere s 8c le lendemain 17 Jan- vier 1659 la malade le trouva entie- rement guerie a fon re veil, fe mit a. genoux, 8c des le fur-lendemain elle s'y tint deux heures entieres en veillant devant le faint Sacrement, quoique depuis plus de deux mois elle ne put |
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I
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demeurer a caufe de la douleur que
i caufoit fa loupe. |
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P. R. fit encore une grande perte wcv*r-
, , °i .. ? More de Ma*
cette annee , par la mort de Madame dame d'A**-
d'Aurnont 5 arrivee neuf jours apres ",ont< Ses ver* |
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$4$ HlSTOlRE DE PORT-ROIAI,
celle de la mere des Anges. Cette
fainte abbeffe lui avoit comme annon- ce fa mart la veille qu'elle mourut el* le meme, Voi'ant Madame d'Aumont aupres du feu avec la mere Agnes, elle die a la fceur Candide de la remercier de fa part de toutes les charites qu'elle avoit faites a la maifon » &c de lui dire qu'elle tacheroit de les reconnoitre-de- vant Dieu, & qu'elle ferodt la premie- re a qui elle penferok y lorfque Dieu lui auroit fait mifericorde. Madame d'Aumont rec,ut ce compliment avec plaifir; mais fans penfer a ce qu'il & §nifiait, & en quelle maniere la mere
es Anges fe ibuviendrodt d'elle. Le Vendredi d'apres elle vit en fonge dans un grand champ cette mere qui l'ap*- pelloit avec un vifage gai dc agreabLe, & lui faifoit (rgne de patfer un grand lac qui les feparok 5 & comme Mada- me d'Aumont refufoit d'aller a elle >• apprehendant ces grandes eaux > la mere des Anges lui montra quantite de belles pierreries & de precieu* jo'iaux , qu'elle promettoit de lui don- ner fi elle les pafloit. Madame d'Aumont fut troublee de
ce fonge le refte de la nuit , & des le matin elle le conta a la fceur Helen© avec une certaine agitation, lui de^ |
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I. Part ie. Llv. IX. 549_______
fciandant ce que cela fignifioit. La 165 S.
fixur lui aiant dit que cela marquoit la mort*, Madame d'Auraont encore plus troublee , Sc voulant neanmoins diflimuler facrainte , lui repondit avec emotion : Oui, c$la Jignific la mort 5 poila un beau conte} cdajignifit que j'aijbnge. Volla ce que cda Jignific. Elle tacha ce jour-la de fe diffiper pour eloigner d'elle la penfee de la morr , qui lui revenoit roujours a l'efprit mal* gre elle ; mais elle ne put y reuilir. Nous ne rapporterions pas ce fair s'il n'etok appuie par d'aufli bons garans » & fi l'hiftoire ne npus fournifloit des exemples de pareils eyenemens ? com- me nous le yoions en particulier par les a&es du martyre de fainte Perpe- cue , dc de fainte Felicite, Mais quot qu'il en foit de cette vifion de Mada- me d'Aumont, des la nuit du famedi au dimanche elle fur frappee d'une ma- ladie , qui , etant d'abord peu de cho- fe, la conduifit neanmoins au tombeaii le jeudi fuivant 19 decembre, 9 jours apres k mort de la mere des Anges, qui lui obtint de Dieu, comme ily a lieu de le croire , la delivrance des craintes qu'elle ayoit de la mort » jsufli-bien que la delivrance des mife-r res & des oeches dont la vie eft renjar |
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5 50 HlSTOIRE DE PoRT-R01*AI.
1658, plie. Ainfi Madame d'Aumont fut la
premiere d laquelle la mere des Anges penfa , lorfque Dieu lui eut fait mi- fericorde ^ comme elle le lui avoir pro- mis. Le nom de famille de cette Dame
chretienne , etoit Anne Hurault de Chiverny. Apres avoir perdu fon ma- ri , Charles d'Aumont , Lieutenant feneral dee armees duRoi(45). Elle
arma, deux ans apres, la resolution de quitter le monde pour pa(Ter le rede de fes jours dans un monaftere. Elle fe retira d'abord dans la maifbn des religieufes de la Vifitation , pres la porte faint Antoine , ou elle porta une grolTe fomme d'argent. Mais (46) frap. pee des calomnies qu'on debitoitcon- tre les defenfeurs de la verite, &c en particulier contre le pere Defmares , (46*) elle aima mieux facrifier 40000 livres qu'elle avoit apportees dans cette tnaifon , que d'y demeurer , & elle la quitta pour fe retirer a P. R. de Paris. Ce fut au commencement de 1 an 1646 qu'elle entra dans ce monaf- tere , auquel elle fitbeaucoup debien (45) JJccr. 19 dec. p. j 97-
487. (46*) Vies edif. T. 11
(4«) Mem. ou Rel. T. p. 485.
V. part. j. Rel. XI. p. |
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L Partis. Liv. IX. 551
par fes grandes liberalites , & ou elle i6$s. n'edifia pas moins par fes vertus. Elle fit batir lechceur de la maifon de Pa- ris avec tous les logemens qui font au- deffus (47) : Elle fit elever les murs de la cloture dn grand jardin , &c conf- cruire le batiment ou elle logeoit: elle contribua egalement auretabliflfement du monaftere de P. R. des champs : fes liberalites s'etendoient auili au dehors fur les pauvres , dont elle «toit la mere. Non contente de faire part aux religieufes de P. R. de fes biens , elle prenoit genereufement la defenfe de cos vierges chreriennes con- tre ceux qui attaquoient leur innocen- ce (48). Elle ne pouvoit fouffrir les perfonnes du dehors qui parloient defavantageufement de ces faintes fil- les. La vie de cette Dame chretienne etoit comparable a celle des religieu- fes les plus parfaites ; elle reciroit l'of- Bce avec autant de fidelite que fi elle y eut etc obligee par un vceu folemnel,ne faifoit que de faintes 8c utiles lectures , s'interdifoit tousles livresquin'etoient pas propres a nourir lapiete : elle fai- foit regulierement l'amftance du faint £>acrement j confeflbit fes fautes dc s?en |
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{47)ReI. Ife,Nccr.Ib.
||f) Rel. T. 1, p. 100 5C fuiy.
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554 HlSTOlRE DE PORT-ROl At'
" immiUoit comme les fce-urs.. Enfin elte
pratiquoit & donnoit l'exemple de tou- xes les vertus religieufes.Penetree de re- connoilTance de la grace que Dieu lui avoir faite en l'appellant a P, R.; avant que de mourir, elle demanda pardon a la communaute de n'avoir pas pro6te jcomme eUe auroit du de cecte faveur s $c la reiijercia.de la lui avoir accordee. Ne pouvant prefque parler pour ex- primer fes fentimens, elle les ecrivit, Sc pria Ton confefleur de les lire en j^refence de toutes les fceurs, avant que de lui adminiftrer le faint Viati- que. Sa piete lui fit demander qu'on 1 enterrat comme une religieufe , 8c qu'on lui donnat dans 1 ora.iion le nom de fceur- U ne taut pas omettre que c'eft a cette refpectaole Dame 5 ainii qua M- le Maitre , que nous fornmes redevables du recueil des lettres de la mere Angelique , fur-tout de celles qui font adretfees a la Reine de Po- logne, a M. de Fleury & a Mademoi- felle JolTe, qui en font la plus confide- table pattie; car elle trouva xnoi'en de faire venirces lettres de Pologne , & 4'en tirer des copies. La mere Ange- lique en a'ianteu cpnnoifTance s'enplai- gnit dans une lettre du 13 juin 1654 ^ M. de Fleury confeflfeur de la Reine de
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165.8-
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I. Parti e. Liv. IX. 555
e Pologne (49): » II faut, Monfieur , " j £5 g„ '
dit-elle, que je vous dife que la Pro- vidence a fait tomber entre mes mains un paquet de vous , adrefle a Madame d'Aumont. Auffi-t6t jeme doutai de ce que c'etoit, ne fachant que trop la vaine curiofite , aufli- bien que la vaine afFe&ion de nos fceurs pour voir tout ce que je fais, ce qui me le fit ouvrir. Je vous a- voue qne j'en ai fenti une telle dou- > leur , & une telle confufion , que fi
> j'ofois , je n'ecrirois de ma vie a qui
> que ce foit cc. On voit par-la que
ladame d'Aumont etoit le canal dont e fervoient les religieufes de P. R. ?our avoir des copies des lettres que la nere Angelique ecrivoit a la Reine de ^oloene. mmM_____ Quelques mois apres la mort de cet- 1^50.
e vertueufe Dame, Dieu retira du -rC.VI11' . nonde un folitaire deP. R. des champs, rour« de Beffi. pe fa grace y avoit conduit dix ans au-Sa moru jaravant (50). Ce folitaire nomme Ju- ien Girouft de Beffi, eleve chretienne- nent par fes parens , avoit toujours 'te tres eloigne de routes fortes de de- eglemens , quoiqu'il fe fur trouve ians des occafions tres dangereufes, U9) T. 1 . p. 504.
<jo) Necr. if avr. p- 1?$,
Tome UL A a
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554 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAt.
aiant ete page , & dans la profefllon
des armes. Mais il ne furmonta pas de meme la tentation de la gloire. Ce fut la fon idole , &c il s'y livra pen- dant quelque terns. Dieu neanmoins refervoit en lui des femences de la mifericorde qu'il lui vouloit fake , en lui confervant une grande difpofitiort a. avoir pitie de la mifere des autres. Il en trouva une occafion eclatante dans la perfonne d'une jeune religieu- fe grande &c bienfaite, qui etant reftee feule dans fon abbai'e ou la compa- gnie que commandoit M. de Beffi etoit entree pour fe loger , Sc ne fachant mi fe refugier , vint fe jetter a fes pies le conjurant avec larmes de la fauver dece peril ; il le lui promit & l'executa a l'heure meme. Dieu ne tarda pas a recOmpenfer cette bonne a&ion par un eftet admirable de fa Providence. Il fe fervit d'un moi'en qui avoit mis M. deBefll dans un*cas perilleuxpour le delivrer de tous perils, Un demele tres vif qu'il eut avec fon Meftre de camp , au fujet d'une injuftice qu'il lui avoit fake, lui fit prendre le parti de venir a Paris(i 5) pour rendre compte a la Cour de ce qui s'etok pafle, Mais la mife> iicorde de Dieu le prevint s il fe fentk ty) l\ £toit $!ot? en Italic.
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I. Parti e. Liv. IX. 5 5 5
*tdlement touche pendant fa route > <ju'oubliant I'injuftice cju'il avoit fouf- ierte de la part d'un homrne , il ne penfa plus qu'a chercher un etat ou il put fatisfaire a toutes celles qu'il avoit commifes contre Dieu. Il fut fi fidele a cette refolution, qu'etant arrive a Paris il ne vit pas un feul de fes amis, 8c alia dire&ement a P. R, , 011 il avoit une fceur religieufe, pour lui declarer fon defTein & lui demander fon avis. L'orgueil n'etant point encore eteint en lui j il fut etonne , lorfqu'on lui die qu'il ne pouvoit fe retirer dans cette abbai'e qu'en paroiiTant y rendre quel- ques fervices necefTaires a la maifon. Mais a peine eut-il palfe quelques jours dans le defert cte Port-Roial , qu'il en comprit plus qu'on ne lui en avoit ofe dire , & qu'il declara que la paix 8c la douceur que l'on fentoit dans cette folitude 5 lui faifoient pre- ferer d'y tenir le rang des derniers valets a celui de commander une ar- mee. Ce fentiment demeura grave dans fon cceur depuis qu'il fe fut fi- xe a P. R, en 164S , jufqu'a famort arrivee le 17 Avril 1659- Des ce mo- ment il fe donna a Die a fans aucune teferve. Son principal emploi fut de recevoir & de fervir les hotes. Le A a i) |
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556 HlSTOIRE DE PoRT-ROlAl,.'
i6$o. changement que la grace avoit opere
en lui fut fi parfait , qu'il ne fe trou- voit jamais plus content que lorfqu'il fe voioit occupe a rendre les derniers fervices a des perfonnes en qui il ne confideroit que Jefus-Cforift. ox. Pourrions-nous ne pas joindre a des innocent Fai morts £ edifiantes celle d'un faint d'une
4omeitique ...... r . ,
4e p. r. sa condition bien mrerieure aux yeux des
m?li' hommes , mais dont la vie fainte 8c h inort furent aulli precieufes aux yeux
de Dieu! (5 2)Dans ce defert les dome£ tiques le difputoient aux maitres pour lapiete & lesrigueursde la penitence. Parmi ceux-la il en eftpeu qui aient me- ne une vie aulli pieule 6c aulli auftere qu'Innocent Fai, natif de Montigni qui iervoit aux Granges en qualite de la- boureur. Il menoit une vie tres retiree, parlant rarement, jamais que de cho-* fes edifiantes, jamais oifir, toujours occupe ou a lire, ou a prier, ou a co- pter quelques endroits qu'il avoit lus afin de les mieux retenir. En labourant la terre & dans fes autres travaux , il recitoit beaucoup de prieres qu'il avoit apprifes par caeur. Pour favorifer fon gout pour la retraite , on lui avoit donne une petite boutique, ou il fe jretiroit les fetes & dimanches, n'en. |
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i. Parties IAv* IJ£. 55/
fortant que pour aller a l'eglife , ou
pour vifiter les pauvres & les maiades
qu'il favoit etre dans la neceilite. Non
content de donner aux pauvres tous fes
gages, il vendoit fes petits fonds pour
les foulager plus abondanHiaent, & fe
depouilloit lui-meme pour les revetir y
leur donnant fes hardes, fes chemifes,
fes fouliers 3 enforte qu'on le voioit
queiquefois les pies nus pour s'etre de-
chaulle en faveur de quelque pauvre.-
Quelques jours avant fa mort, un hom-
me de condition lui aiant voulu faire
la-delTus quelque remontrance , difant
qu'il falloit qu'il fut fou pour ne pas-
penfer a l'avenir, & qu'il pouvoitxoni-
ber malade, Sec. ce bon domeftique lui
fit cette admirable reponfe : Monfieur
quoique vousfoie^plus ricke que moi >je
n'apprehende pas plus que vous de man^
querde bien. Dieupourvoira a l'avenir >
je nem en inquiete point. Peut-etremour-
rai-je bientot & queje ne depenferaipas
beaucoup dans ma derniere maladie ; ce-
la ne me met point en peine. Deux
jours apres il tomba malade , & le
gentilhomme qui lui avoit [parle , fiit
fort furpris de fe rencontrer au bout de
huit jours , comme on alloit lui porter"
le faint Viatique. Il mourut le 16 jan~
Aa iij.
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|j;f HlSTOrRB DE PoRT-ROlAC,
vierage de trente-neuf ans (5 3) , done
il en avoit palTe huit aux Granges. Ii fut enterre dans l'eglife de P. R. 3 hors de la cloture reguliere y&: fon coeur au. dedans. » Nous l'avons fait enterrer »* dans notre eglife, dit la mere Ange- »> lique (5 4), 6c non pas au cimeuere « ou on met les autres domeftiques *, >» &c nous nous eftimons plus honorees, » que fon corps y foit, que celui d'un » grand feigneur ». Onreconnut apres fa morr, par les marques imprimees fur fon corps , jufqu'ou il avoit porte fces rigueurs de la penitence. Il s'etoitr fait lui-meme une efpece de haire du crinde fes chevaux avecde gros noeuds. qui rart>ient tout meurtri, 8c il^ parut fur fa poitrine comme unr trou enronce dans fa chair. Nous tirons tous ces faits edifians du Necrologe de P. R. 8c d'une lettre de la mere Angelique, qui en fait le detail a la Reine de Pologne » >, perfuadee que fa piete lui fera oenir » Dieu de fes mifcricordes, qu'il fait » paroitre en tout terns, Sc fur tous « petits & grands, qui le cherchent en 9* verite (55) ». Nous ne pouvons nous difpenfer de
(f?) Il n avoit que iff (54) fcett. ioil.. T. J,.
Ans , die la mere Angel, p. 474.
lett. 1811. Le Necrologe tjj) Ib.p. 478;.
• lui en donne is. |
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I. Partil Llv. IX. 559
parler encore d'une autre mort pre- —TZ-----
cieufe devant Dieu , arrivee le 30 fep- c^ '
tembre de cette me me annee. C'eft s<rur Mar- celle de la foeur Marguerite de fainte Selphiife St£ Delphine d'Angennes morte poftulante d'Angenno. a P. R. a\ l'age de feize ans. Nous fe- tions. Elfe eft roit-il permis d'appliquer a cette vier- re$ue Poftu- ge chretienne ce que dit lamt Ambroiie de fainte Agathe, qu'elle eft un fujet d'admiration pour les hommes , d'ef- perance pour les jeunes perfonnes , d'etonnement pour celles qui font en- gagers dans le mariage , & d'imitation pour les vierges (56). Nous nouscon- tenterons d'extraire de la relation de fa vie, de fes vertus & de fa mort, ecrite par la mere Angelique de faint Jean (57) a quelques-uns des traits les plus edifians. La foeur Delphine fut elevee route petite par Madame de Fontaine- riant la tante. M. fon pere , cadet de fa maifon la deftina a etre religieufe •, elle y confentit &c delira meme de l'etre dans le monaftere de P. R. Mais M. fon pere prevenu par les faux bruits repandus contre cette fainte maifon , s'y oppofa. Les religieufes de P. R. la re^urent neanmoins en voiant l'extre- (56) Mirtntur viri , non f f 7) Vies £dlf. T. 3 t pv
defyercnt parvuli > ftupeant 10^.
BHpta , imitentur inmpta. A a iv
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560 HlSTOIRE BE PORT-ROlAl?
i6<50t me defir qu'elle en avoit, dans Tempe-
rance que M. fon pere fe rendroir aux follicitations de Madame la Marechale de la Ferte. Elle y entra le 24 Jan- vier 1659: ce fur la premiere poftu- lante que re^ut la mere Angelique de. faint Jean, qui depuis quinze jours avoit ete nominee maitrefle des novi- vices. Elle hti fait l'application de ces paroles de l'Ecriture : La vole. & le fen- tier par lequel Dieu conduit lesjujles, pa- Toiffent d'abord commi la lumiere deTaur rore , qui croft toujours jufqua ce qu *4lU fe change en un jour parfait (58). En attendant 1'erTet des follicitations
de Mme. la Marechale de laFerte,iVWre pauvre enfant ne vivoitpas , ditlamere Angelique (5 9). La reponfe du pere fut terrible \ il marqua expreffement dans fa lettre que » quand il y it6u de tout » fon bien & de fa vie , il ne fouffri- m roit pas fa fille dans un lieu oil il » pretendok que fon falut etoit expo- » fe ». Une telle reponfe affligea beau- coup Mademoifelle d'Angennes, &: lui fit repandre tant de larmes que les religieufes de P. R. e'urent lieu de fe convaincre de la fincere affection qu'elle avoit pour ieur maifon. * Avec |
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(^8) Prov. i. p. 18.
(<jp) Vicsedif. p. up. |
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— w
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& P A R T 1 E. L'lV. IX. 561
"tout cela, elle s'affligea d'une ma- \CGq7-
» mere fi douce 8c fi fage , que. cela etoit encore plus touchant»* Elle pria qu'on lui permit d'aller demander les prieres de la communaute, & elle le fit avec tant d'humilite & de larmes qu'elle attendrit toutes les fceurs. Enfin aiant mande a. M. fon pere que , s'il la faifoit fortir de P. R., elle ne feroit religieufe dans aucune autre mai- fbn, il ne parla plus de la retirer v foit que cette raifon eut fait impreflion fur lui, foit qu'il fur revenu de fes pre- ventions i Lafceur Sainte Delphinerecut l'lia-
Bit de poftulante le premier dimanche; de Careme 1(359. Pour entrer dans Tefprit de TEglife en ce terns de peni- tence, elle defira de. faire un renou- vellement entre les mains deM. Sin- glin. La mere Angelique de faint Jean admiroit comment apres avoir rnene une vie fort innocente dans le monde,, dontl'air eorrompt fi-t6t & fi aifementr les enfans memes -> elle lui temoignoit tantde douleur de fa vie paiTee& tant de defir de fatisfaire aDieu qu'on auroit juge a. l'entendre , qu'elle avoir un be- foul extraordinaire de penitence. Son' renouvellement finit au Jeudi faints qu'elle- communia avec beaucoup de-* Jftsuw
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5^1 HlSTOIRE DE PoRT-Ro'lAL."
' devotion •, » mais un peu fenfible , car
•» dans les commencemens elle alloit a »» Dieu par la , mais dans la fuite elle m ne fut plus attachee qu'a. Jefus- Chrift » &: a fa croix , fans autre confolation »» que celle de fa voir qu'elle faifbit fa » volonte en fouffrant la privation de n tout». On peut juger des lumieres de cette admirable nlle , 8c du progres qu'elle avoit fait dans la vertu, par la belle reponfe qu'elle fit peu avant fa mort a la maitreiTe du noviciar 3 qui s'entretenant avec elle , temoigna etire furprife qu'elle defirat la mort, elle qui craignoit extremement de mourir lorfqu'elle etoit tombee malade* » Je « me fuis , dit-elle, trouvee en des «.difpofitions toutes differentes en dif- « ferens terns. Au commencement que » je fus ici, je ne craignois point de H mourir, parceque je ne me connoif- m fois pas. Depuis , quand j'ai com- 3> mence a me connoitre 8c d'avoir aufli a? plus de connoilTance de Dieu, la » mort m'a fait peur s 6c j'ai apprehen- m de d'aller paroitre devant lui chargee » de peches ; mais depuis; les graces » qu'il m'a fakes dans ma maladie 8c ».que j'ai mieux compris la grandeur k de (a bontetk defa.charite inflriies,, wlaiconiunceafurmontema craihte 8c |
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I. Paktie, liv. TX. $&$
»»j*ai paffc de-la jufqu'au defir de la xGGo, » mart, parceque je la regarde comme » la fin du peche , & j'efpere par elle » entrerdans lajouifTancedufouverain » bien pour le poffeder toujour* fans » craindre de le perdre jamais. La mere Angelique de faint Jean at- cxr.
tribue les grands progres dans la vertu poJ°,1iJm^JI de cette S. poftulante , a fa parfaite do- vail & le ffi- cilite d'efprit. Depuis le renouvelle- ence" ment qu'elle fit au careme, on la vit dit elle , avancer a grands pas dans la piete, & fe livrer avec zele a tous les exercices de la religion &: furtout au travail pour lequel l'education du mon- de lui avoitinfpire quelque repugnance. Elle eut voulu faire elle feule ee que faifoient toutes les autres. Des le com- mencement , fon filence fut tel qu'ii n'y avoit rien a defirer de plus, 8c qu'on eut pii la propofer pour mo- dele aux novices. Jamais la maitrefie des novices ne vit d'accroilfement fi fenfible dans aucune autre. » Sans; » doute, dit-elle, parceque Dieu lui » vouloit faire faire un grand chemire »> en peu de terns ». 11 repandit fa gra- ce dans fon efprit &: dans fon cceur ,, pour lui faire connoitre & pratiquer ce qu'il vouloit qu'elle fit pour lufc ctre vraiment fidelle. Elle renon$a aL A a. vjjj |
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5^4 HlSTOIRE DE PoRT-RoV'AIV
~6^o7 l'arnitie rrop humaine qu'elle avok
pour une coufine nominee Fontaine- riant, qui etoit a P. R., laquelle lui faifoit quelquefois commettre des fau- tes contre la loi du filance. Le 2.3 o&obre 16 5 9,elle fatattaquee
d'une violente toux fuivie d'un grand crachement de fang, a la fuite duquel elle eut une foibleife dont elle fuc ef- fxaiee. Dans cet etat elle temoigna. quelque emprelTement pour avoir aupresd'elle la maitrefle des novices ; mais peii apres elle en eut fcrupu- \q , 8c lui dit : A quoi penfe-t-on ? » Que cda ejl pitoiable 1 Croire alhr » mourir , 6* chercher pour appul une creature , lorfquon ria affaire qu'a Dieu ! Ce crachement de fang lui ret- prit plufieurs fois , de forte que le me- decin dit qu'on ne pouvoit repondre qu'elle n'en fut fufroquee, s'il reve-- noit avee la meme abondance. En con- sequence elle fe confefla <k pria les re- ligieufes de demander a Dieu qu'il fir celfer le crachement de fang arm qu'elle p&t communier : elle fut exaucee, le crachement de fang cefTa pendant que la- communaute s'afTembloit , & elle recur le Viatique a dix heures du foir. Depuis qu'elle l'eut recu, elle perdit Heaucoup de.la crainte qu'elle avoir de. |
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T. Part if. Liv. IX. $6$'
la mort, & demeura dans une grande JJJJI paix & tres foumife a tout ce que Dieu ordonneroit: elle pafTa ineme jufqu'au defir de la mort & a la joie de la voir approcher. Dans la maladie elle gardoit un fllence fi exa& , qu'elle ne le rompoit que pour deeouvrir fes fautes &: fes peines a la maitreife des novices: ellefe nourriflbit continued lement de la parole deDieu,dont elle ne laiflbit rien tomber par terre, & qu'elle refpettoit autant que l'Euchariftie ,, ai'ant foin de s'en nourrir par une me- ditation & une pratique continuelle. Sa docilite ■& fa fimplicite a ne re*
chercher qae Dieu fans aucun retour fur quoi que ce fur, etoit fa grace par- ticuliere. L'hiftorienne de fa vie amire qu'il n'y avoit aucune chofe , ni gran-1- de, ni petite , oit elle eut referve queU qu'attache a. fon propre fens & oil elle ne fut entree parfaitement dans les fen- timens qu'on lui difoit qu'elle devoir avoir, & cela, non par une fimple foumiilion d'efprit, mais par un veri- table fentiment du cceur, qui lui faifoit connoitre & aimer la verite au moment qu'on la lui decouvroit. Son unique etude etoit de devenir humble &c non favante. Jamais elle ne temoigna la. • moindre. envie de.lire aucun livre que: |
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5 66 HrsToiRE ue Port-roYai.^
\~660m ceux qu'on lui donnoit, ni d'avoir plus de tems qu'on ne lui en donnoit pour lire 8c pour prier. Elle avoit un zele ardent pour Dieu, toujours couvert du voile de la modeftie. Aiant ap- pris qu'une perfonne de fa connoifTan- ce avoir commis une faute qui pouvoit caufer du ffandale , elle en eut une fi vive douleur , que la mai trefle des no- vices fut obligee de la confoler ; mais elle lui fit cette belle reponfe : A quoi ferois-je bonne en I'etat ou je fuis, in- capable, de toutes chofes, Ji je n'avois au moins des fentimens de douleur pour Its intents de Dieu & de fon Eglife. Elle eut encore befoin d'etre confolee dans la douleur vraiment chretienne qu'elle eut de voir que Jfa coufine de Fontainetiant en quittant P. R. fe pri- voit des plus grands avantages , & al- ioit fe trouver expofee aux perils du monde (6o). La docilite de fon efprit etoit fl
frande, que quelque defir qu'elle eut
'etre religieufe , non-feulement elle fe rendit aux raifons qu'on lui don- na pour lever fes peines , mais qu'elle fut en etat de donner des le- mons a d'autres fur ce fujet, » Pour » elle , porte la relation de fa vie, elle. (#o) Vies 6dif. T. j , p- if<,.
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L Parti e. Liv. IX. $67
** attendoit le jour de fa mort, com- l 660.
» me le jour de fa profeilion , & elle »> difoit qu'elle en trouveroit la cere- « monie encore plus belle , parcequ'el- » le ne finiroit point. Si fon amour pour Dieu 8c pour la cxir.
verite paroiflbit dans eette grande do- J£ ff*^t cilite d'efprit, il fe manifeftoit encore chain, so* da vantage dans la charite qu'elle avoit hum,lit6» pour le prochain , qui eft la veritable preuve de L'amour qu'on a pour Dieu. Cette difpofition a ete telle en elle ,, que quelqu'exa&e qu'elle fut a rendre compte de fes fautes & de fes peines , jamais elle n'a temoigne avoir le moin- dre refTentiment, meme invotontaire, de quoi que ce foit qu'on lui eiit fait. Elle etoit fi infenuble a tout ce qifon auroitpufaire pour lui caufer du chagrin, qu'on auroit juge qu'elle ne *'en appercevoit pas. Sa charite lui cachoit les defauts du prochain , &c ne* lui faifoit voir que ce qu'il y avoit de. bon. » Je n'ai rien dit en particulier de1
» fon humilite 5 dit la mere Angeli- » que de faint Jean •, parcequelle em avoit trop pour la faire paroitre en ricm qui fi put rendre remarquable , exceptc que cette vertu etoit ripandue dans toute: fit conduite , & paroijfoit tame de. tout* Jksx a&wns* |
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f$8 HlSTOlRE DE PoRT-ROlUl."
h660, L'amour de la penitence eroic (i grand
cxin. en elle , que comme on ne voulut 0S?"iaTni-P0^nt ^m permettre- de fuivre fon in- tence. clinacion en ce point , & qu'on )!a |
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Samort.
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mit meme au regime des malades pen-
dant le careme de 1660 , elle s'adrefTa a Dieu , afin qu'il fut fon juge , le priant qu'elle put done etre malade , puifqu'elle vivoit comme une malade > afin que tant de foulagemens lui de- vinflent neceifaires , & qu'elle put faire penitence en quelque chofe. Soit que Dieu l'eut exaucee , foit que ce fut un effet de la faifon , lecrachement de fang, qui avoit cefTe depuis environ deux mois , la reprit vers la mi-care- me. Depuis ce terns , fon corps s'af- foiblit de jour en jour , mais l'efprit fe fortifioit: Son amour, fon zele pour Dieu , fon detachement de la terre , qu'elle regardoit comme fa prifon , croifloient de plus en plus. Elle fou- piroit fans cefTe apres le moment heu- reux auquel la mort devoit l'afrran- chir du peche &c l'unir a Dieu pour toujours. Lorfque M. Hamon dit , apres avoir examine fon etat, qu'on - feroit bien de lui donner l'Extreme- Qnction •, elle prit un vifage gai, 8c joignant les mains en le regardant.:: Silas. /-Monfieur ,.lui dit-elle 3.la-fofl* |
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I. P A R T I E. LlV IX. 5 6$
ytt nouvelle que vous rnapporte^ au-
jourd'kui ! la fete fera done pour mot (6l). Quo'z tout de bon f Elle repeta plufieurs fois : Tout de bon 9 tout de bon ; la bonne nouvelle / Ce meme jour Mademoifelle de Roannes etantmon- tee a fa ehambre , des que la malade la vit, elle lui dit : Mademoifelle ve- ne^ vous prendre part a ma joie , & ave^ vousappris la bonne nouvelle quon ma dit aujourd'hui i car ceft tout de bon que je m'en iral a Dieu , & U medecin a jugequon devoit me donner EExtreme-Onclion ? On differacependantquelques jours
pendant lefquels elle fe prepara avec beaucoup de piete a recevoir ee Sa- erement,le regardant comme l'accorn- plilTement de fa penitence. La mai- trefTe des novices lui aiant demande ii elle vouloit qu'on fit enrrer (on confefleur, elle repondit avec beau- coup de fimplicite , qu'il n'y avoit que huit jours qu'elle s'etoit confetiee , & qu'elle ne lentoit rien qui lui fit psi- ne , quoiqu'elle eut toujours beaucoup a s'humilier devant Dtcu. Apres l'Ex- rreme-On&ion , elle etoit dans lajoie 8c fe repandit en adfcions de graces , (<Si) C'etoit la f?te de fceUrt devoient prendre
&inte Madeleiae, & deux 1'habic c.c jour la- |
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570 HISTOIR.E DE PoRT-Ro'lAL*
| difant quelle avoit re^u tout ce qu'elle '
pouvoit attendre de Dieu en cette vie , &: qu'elle ne defiroit plus que la con- fommation de fa mifericorde 8c fon entiere delivrance. La mere Angeli- que lui ai'ant die , pour l'eprouver, qu'en reconnoifTance de tanc de graces, il y auroit plus de perfection de fa part a. fe foumettre a. la volonte de Dieu, foit qu'il prolongeat fes fouf- frances , foic qu'il lui rendit la fante : Quoi > repondit-elle en changeant de vifage , faut-il que je regarde encore la vie > » Faut-ilqu'apres que Dieu m'a » fait la grace » non - feulement de s> m'en detacher , mais meme d'avoir »* de la joie de la perdre, je retourne » quand je fuis prete a. en fortir , pour » penfer a vivre iorfque j'attens la * mort » > Elle fe rendit neanmoins » & promit a. Dieu qu'elle ne voudroir plus que ce qu'il voudroit. Mais quand elle fe fentit defaillit* 5 N'eft-Upas vrai% ma jceur, dit-elle a la mere des no- vices > que ce que j'ai promts a Dieu n'empeche pas que je ne me doive re- jouir de ce que mon heure approche ? Dieu l'eprouva dans les dernieres
femaines par des fecherefTes qui lui furent tres penibles , dc qui furent le feul roal done elle fe plaignit. Mais |
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I. P ARTIE. Liv. IX. 57I
fes plaintes ne tomboient que fur elle-
meme &c elle ne sen prenoit qu'a fa negligence &c a fon infenfibilite pour les chafes fpirituelles. Enfin ce jour qu'elle deiiroit depuis
fi longtems , s'approcha; la maitreiTe le lui ai'ant annonce , elle lui deman- da (I c'ecoit tout de bon que cette heu- re bienheureufe yiendroit bien-tct. La rnaitreffe luia'iant repondu que M. Hamon ne lui donnoit plus que quel- ques jours; » EJl-il pojjible , dit-elle I Helas 1 que vous me confole^ J Quoi % je h'ai plus que quelques jours J ma foeur, m*y puis-je aitendre ? fi cela ejl, je ne m'ennuierai plus : car enfirt ce n'eji done plus que quelques jours qui me rejlent : he J quand fera-ce que vous me dire^ quil ne me refle plus que peu d'heures ? S'etant appercue que les larmes couloienc des yeux de la maitrefle, elle lui die 1 » Pourriez « vous bien , ma fceur , avoir regret » de moi > 11 me femble qu'apres fou- nt tes les marques que vous m'avez » donnees d'une veritable affection, n je vous ferois tort de croire que » vous ne voulufliez pas prendre part: », a la plus grande de routes les gra- » ces que je recevrai jamais de Dieu % m. qui iera celle de me delivrer du pe-* t* die «,. |
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5/i Histoire D£ PoRT-Rci'^r;;
En s'entretenant avecune freur qui
la veilloit , fur le bonheur &: la con- folation de la mort; w Je ne fais , di- » foit-elle , comment on peat prenu « dre d'autre fatisfacTrion dans le * monde , que celle de penfer corrf- « bien nous ferons heureufes , quand y» Dieu nous en retirera. Deux ou trois jours avant fa more ,
elle dit a la mairreiTe , pour temoi- gner fa reconnoifiance : N'aure^ vous pas plus de joU a nioffrir a Dieu qu'une autre ? Car je Juis votre pau« yre , & vous rnave^ ngue eomme cela ; jefuis la pauvre de la malfon. Elle fe regardoit eifectivement eomme telle , <5t e'eft dans cet efprit qu'elle recevoit Jes fervices qu'on lui rendoit. Je fais bien , dit-elle un jour a la maitrefTe > que ceji Jefus-Chnfl quevous ferve^i e'eft pourquoi je h'ofc y trauver a rc- dire. Le lofeptembre , la maitrefle d&s
novices alia la voir avec la petite'De- moifelle d'Albert, & lui dit qu'il etok utile aux enfans d'avoir quelqu'irn- preflion dans les fens de ce que e'eft que la mort : fur quoi la moribonde fe tournant vers la Demoifelle la< ire- garda en fouriant, Sc lui dit : Ce que vous vq'U{ , Mademoifdle, eft bien aur- |
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T. Part ie. Liv. IX. 575
tre chofe que V entree de la Relne que ""
tout It monde s'emprejfe de voir (61). La maitreCe apres lui avoir lu dif-
ferens endroits de l'ecriture , aux- quels elle ecoit aulH attentive que fi elle n'avoit point eu de mal, lui de- manda quelle reponfe elle vouloit qu'on fit a la lettre d'une defesfceurs qui etoit novice dans une abbai'e d'Au- vergne: elle repondit : Que je meurs la plus contente du monde , & que /« n& lui fouhaite point d*autre bonheur , que d'etre une parfaite religieufe , parceque je n'en connois point de plus grand. Lorfqu'on la vit tout-a-faic dans
l'agonie, vers les deux heures apres
rnidi, on fit entrer M. Singlin ,&on
appella la communaute. La moribon-
de voiant la mere Angelique , lui dit
ces paroles : Je m'en pais etre jugee :
Oui ma fille , repondit la mere , mais
cefera votre Sauveur qui/era voire juge.
La malade repliqua : Helas je nefpere
quenfa mifericorde I C'etoit cette mi-
iericorde & cette bonte de Dieu, qui
lui donnoit tant de confiance. M.
Singljn dit les prieres de Pagonie 8c
quelques autres , apres quoi on dit le
(*z) Louis XIV 8c la Rtine ayoiem fait depuip
fculeureoueei Pari*, |
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574 HlSTOIRE DE PORT-ROIAI.
a 660. Tt Deum , felon le defir de la mala-
de , qui de fes mains mourantes prit le livre , 8c montra l'endroit on il ctoit. Au bout d'un quart d'heure , fentant qu'elle alloit palfer, elle dit •, Je meurs : & etendant la main du cote de M. Singlin , elle lui fit figne de lui donner fa benedi&ion. Ce fut fa derniere action , n'aiant plus fait depuis que quelques foupirs , fi dou- cement qu'on eut peine a remarquer le dernier. Telle fut la mort bien- heureufe de la fosur fainte Delphine <TAngennes , arrivee fur les trois heu- res &c demie apres midi le 30 fep- tembre 1660. Rien n'a jamais ete plus femblable que la vie & la mort de cette heureufe fille. La mere An- gelique , qui avoir trouve en elle de -quoi fatisfaire l'idee qu'elle avoit de la perfection d'une ame qui cherche yraiment Dieu , dit lorfqu'elle fut morte : Qiiaprhs les articles de foi , tile ne croioit rien de plus certain , Jlnon que cette ame etoit avec Dieu. Ce qui rnerite fur tout notre attention dans cette fainte fille, c'eft cette gran- de fimplicite, fon don particulier, qui l'a fait arriver a une fi haute perfec- tion qu'on ne lui connoiffoit aucun 4efaut. |
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L Par tie. Liv.lX. 575
La mort de cette vicrge chretienne,
ainfi que celles de M. le Maitre, de la mere des Anges, de Madame cl'Au- mont, de la fceur Anne Marie de fainte Eugenie Arnauld d'Andilly (65) , arriverent dans un terns tel qu'on peut dire que Dieu leur epargna bien des douleurs & des dechiremens de cceur, auxquels furent expofes ceux qui ref- toient, par les agitations &c les vio- lentes fecoufles qu'efTuia P. R. Satan avoit demande cette fainte maifon pout la cribler , & Dieu par des ju- gemens qui font impenetrables , per- mit qu'elle le fut, 8c que les perfon- nes qui le fervoient avec tant de fide- lite fufTent opprimees par des gens charnels', que les faints fuflent foules aux pies •, de pieux folitaires difperfes j des vierges chretiennes enlevees de leur fan£hiaire ; de jeunes enfans ar- raches des mains de ceux &c de celles qui leur donnoient l'education la plus (64) La fceur Anne Ma- en i<Sf 8 , & avoir ere" en-
tie de Ste Eugenie avoit voi'ec a P. R. des Champ* l'efprit folide dans fa fim- en i«$9 , d'oti la focur plicite , 8c elle pratiquoit Euphcmie Pafcal ecrivit avec fe»in & ruimilne les fur fa mort une rres-telle exercices du cloitre. Ai'ant letcre a la fceur Arigeli- rempli fa courfe en pen que de S. Jean. Mem. j de tenis, elle niourtu fain- part. T. 3. IX Rel. jv temenj: le 7 o&obre 1 «<so, fjpf, jEllc avoit £»ic profeffion |
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£7<S KlSTOlRE DE PoRT-ROlAX.
i(j£o. chretienne. Avant que d'entrer dans
le detail de ces violences , il faut r£; monter a la fource 6c reprendre ce qtti en fut le pretexts. |
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Fin du troijieme Volume.
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TABLE
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?!
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TABLE
ALPH ABETIQUE
r,£> E S PRINCIPALES M.ATIERES
Contcnues en ce troijleme Tome.
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J\ L b a i n ( Mar- blir P. R. des Champs.
ovus d ) elevc de P. R, clle en obtient permil- Son &oge, famort , fion de l'Archeveque 543- de Paris, i, &c. Eile Angennes ( fceur fort de P. R. de Paris,
Ivlarguerite de faintc 9. Son arrivee a P. R. r>elphined')poftulan- des Champs, fes cra- te a P. R. Ses difpoft- Vaux a former fes re- tions,5y5>,&c.Oppo- ligieufes , 10 , &c. fitionsquelleeprouve Abbrcge" de fes inftruc- <ia la part de M. fon tions i j , &c. Ellc eft pere pour entrer a P. &ue AbbeiTc pour la 3C, J59. Son amour troifieme fois, i9. Sa pour le travail & le conduitc pendant la filence , $63. Ses fen- guerre civile de Paris, timens au lit de la 51. Elle recoit dans mort, fon humility , fon monaftere diffe- fa charite pour le pro- rentes perfonnes qui y chain, fon amour pour viennent chercher un la penitence , famort afilc, 53, ji. Sa cha- chretienne, 561, &c. rite envers les gens de Arnauld ( Angeli- la campagne 54, jj, que ) Abbefle de P. Sa charite" eft recom- R. Elle penfe a reta- peufee, j6, &c. Sua Tom, III. B b |
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MATIERES
ferveiu dc fes teligien* fes a la vue de la persecution , J 57- Ses paroles ediflantes dans les terns de trouble , 3f.8 9 3 59- Sa foi Sg. fa force a la mort de M. le Maitre, 517- Arnauld(Amie Euge-
nie de I'lncarnation ) religienfe de P. R. Ses " talens pour l'educacion des enfans, 108 , &c, fa mort j idee qu'oii avoir de fa vertu, % 11. Arnauld ( Antoine )
DocTreur de Sorbonne': il ^crit a la mere Agn£$ fur la mort d« Madame le Maitre f I io, &c. Sa lettre pour
fe juftifier & tout R. R. contre les calom- nies de fes adverfai- res, 18 8, &c. Son ze- le a foulager & encou- rager les malades zoi. II ecrit l'apologie de
Janfenius, 144. Son apologie pour les faints Peres, 145. Il commence la ttaduc- tion du nouveau tefta- ment appelle de Mons J1 j , &c. Son ouvra- ge de la perpetuite dc la foi, 313* II jkri? |
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?78 TABLE DES
attention pour les re- ligicufes de P. R. de Paris pendant la guer- re civile , 63. Elle ecrit a la Reine de Fo- logne fur la mort de Madame le Maitre fa foeui-j ixj. Elle eft continued Abbefle , elle fait rehaufler TE- glife & rebatir les dor- roitsdePoit-Roial des Champs , 146, 147. Elle eft obligee de re- venir a Paris avec tou- tes fes religieufes pen- dant la guerre des Princts 149. Sa cha- rite* envers toutes for- tes de religieufes qu'el- le recoit dans fa mai- fon pendant eette guer- re, 150, &c Sacon- duite dans 1'afl-aire du Fere Brifacier 3 elle ecrit a ce fujet a M. 1' Archevequc de Paris, 378, 179. Sa foumif- fion aux ordres de la providence , xi6. Sa difpofition a l'occafion des menaces de la per- fecution , 7.17, &.c. Son interrogatoire par JA. Aubrai Lieutenant Civil, j49, &c. Elle /end t^moignage a la |
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tktitt DBS
&u fujctdu.rcfusdel'ab-
folution fait aa Ducde Liancourt , 514, &c. Sa feconde fetcre fur le rneme fujec, 318. II juftifie la foumiffion .qu'il avoit rendue a la tulle contre les cinq proportions , 518 , 319. Son affaire en Sorbonne , 3 z 1 , &c. II <krit a Alexandre VII, an fujet de cet- te affaire, 3x1. II eft juge en Sorbonne, 314 3*5. Il protefte con- tre le juge men t : in- juftice de la Sorboiine neenversM. Arnauld 316, &c. Difpofitions de ce Dodteur en cet- te rencontre ,332. , Arnauld ( Madelei-
ne Chriftine) religieu- fe de P. R. Sa mort, fon &oge , 6% , 69. Aubrai (Monfieur)
Lieutenant civil. II re. £oit ordre de fa ire vi- fiteaP. R.des champs, il interroge M. Char- let & M. Bouilli, 348, 345>. II fait fubir un interrogatoire a la me- re Angeliqne , 34? , &c. II fair vifite aux Troux & au Chcnai f is**
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MATIERES r»
A urn one ( Madame
d' ) Ses vertus & fa motif j47 , &c. B
X3Agnols ( Mon-
fieur de ) Sa conven- tion ,499. Ses foins pour replication de fes enfans , 500. Sa foumiffion pour fon directeur , joo. Ufa-: e qu'il faic de fou ien, 500 ,501. Son, amour pour la juftice, 501. II penfe a la re- traite , 503, 504. Ses differentes vertus, fori e*loge par M- Fontai- ne, 50J, &c. Sa mort; Dieu fait connoitre la fainted de fon fervi- teur, 515, 517. Re- grets que caufc fa mort, 497. Baud ran ( Made-
moifelle) Elle eftguc'- rie fubiccment par la fainteEpine, 401. Bernard (, Demoi-
fclles) Elles fe retirenc a P. R. leurs vertus ., leur mort, 473, Sec. Bourzeis ( Monfieur) note fur fa vie, ? 15". Brifacier ( le pere ) Bb ij
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MATIERES. ,
E
J^j t a m p 1 s ( reli*
gieufes d') Occafiofi &c maniere dont elles furent recues a P. R. , P
J/Ai ( Innocent J
domeftique de P. R. , fa vie fainte & aufte- re, fa mort , jj6 , ^ Felix ( M. ) chirur-
gien du Roi, envoie' deux fois a P. R. par la Reine pour exami- ner le miracle ope're' fur Mademoifelle Per- rier, 381, 35,1. G
G Aillard ( Ca-
therine de l'Aflbmp- tion ) foeur converfe de P. R. Son zele , fa mort , 481. GirouftdeBeflj (M.
Julien ) folitaire de P. R. Occafion de fa retraite, fa mort, 553, Sec. Gondi ( Jean Fran- '
c,ois) Archeveque de Paris, il cenfure kjan-* |
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5 So TABLE DES
Jefuite, fes calomnies contre P. R. , 177. Son livre eft cenfure par M. l'Archeveque de Paris , 180, &c II eft fait Refteura Kouen & Superieur a Paris, i$6. C
V^jAsuistes rela-
ches, ils font mis a decouvert par M. Paf- cal, 444 s Sec. De- nonces par les Cur^s de Rouen , de Paris , 459 , &c. Cenfur^s par la Sorbonne & les grands Vicaires de Pa- ris , 464, 465. Con- damn^s par plu'ieurs Eveques & Ic Pape merae, 46 6 , &c. Cornet ( Monfieur)
Ex jefuite , fabrique cinq propofuions & les propofe en Sor- bonne pour etre exa- minees } 145. D
D Omat (M. )
fes talens, fa piete ,
438, 43?. |
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TABLE DES
fenifrne confondu par le pere Brijacier, 180, &.C.U envoie fa cenfu- te a M. Arnauld Eve- que d'Angers a 185. Gondrtn ( Louis-
Henri ) Archeveque de Sens, il ecrit une belle lettre a Innocent X avec plufieurs de fes confreres au fujet du janfenifme, 2? J., 8tc. Goilbert ( M. ) Cu-
re de Rou ville en Nor- mandie, il eft attire" a Paris par M. de Bar- cos pour enfeigner la theologie fcolaftique a M. de Saci ; il eft d&ournederefignerfa cureaLabadie94, &c. Solidke & onction de fes fermons > 411. Avis important qu'il donne a Madame Per- rier, 414. H
JTXAbert ( Mon-
fieur ) Theologal de Paris , il declame le premier contre V Au~ guftinus de Jan. fen ins, 14 j. II repond al'apo- gie de Janfenius faite par M. Arnauld, 244. Sa Icmca Innocent X |
MATIERES 5 St
pour demanderla con-
damnation des cinq fameufes proportions 147.
J
J ANsENius(M.)Eve-
que d'Ypres.fa naiiTan- ce. fes etudes,21 f,&c. II fe lie d'amitie avec M. de faint Cyran , xx7. Ses differentes dignites , xz8 , iz<?. Sa mort , 250. Son eloge parM. Lancelot, 251. Son livre intitu- le* Auguftinus, 232, Sec. Ce livre devient public malgre les Je- fuites > ij7. On ecrit pour 8c contre^. 138 , 8cc. Bulk d'Urbain VIII centre ce livre , 2.41. Voiez ce qui con- cerne cette difpute , Z43 , jufqu'a 500. Jefuites ( enfans d'l-
gnace de Loyola )leurs efforts pour empecher la publication de la cenfure contre leur confrere Brifacier 184. continuent de calom- nierP. R. 187,convain- cus d'etre calomnia- tears publics, 180, &o lis prenneat occafioa JBb iij |
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MATIERES.
Ses fentimens edifians dans fa derniere mala- die, fa mort, 141, &c* M
IViAiTRE (Mada-
me le ) religieufe dc P. R. Ses vertus en re- ligion , 11J j &c. Sa lettre edifiante ecrke au lit de la mort a Mademoifelledc Lon- guevilie , 116 , &c. Sa mort , circonftan- ces de fa mort, ixo, &c Maitre ( Monfieur
le JAvocat > fa peine a fe foumettre a lacon- duice de M. de Saci , 101. II refute les ca- lomnies avancees con- tre P. R., z 15. Sou memoire pour juftifier P. R. 301. Son occu- pation apres fon re- tour a P. R., 471 ,' &c. 11 fe prepare a la mort d'une manierc particuliere, jio, &c. Sa mort, yzj. Son eloge, jx£. Initrue- tions folides de M. le Maitre pour e'en re fur la religion, 518, &c. Maubuiflbn ( Ab- baic dc ) JEcac de cc |
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S«i TABLE DES
du livre de Janfenius pour detruire P. R. , a 2. j. Rendent Janfe- jiius odieux a Rome , 241. Leur criomphe a Ja cenfure de M, Ar- nauld ; ils font cou- verts de confufion , 534, &c. L
JLwi^unoy ( M. de )
Dofteur de Sorbonne, ecrit contre la cenfure portce contre M. Ar- nauld , 3 30, Sec. Lieffe ( religieufes
de ) Elles font expo- ses pendant la guerre des Princes , recues a P. R., i) 1, if*, Ob- tiennent de prendre 1'habit de P. R.,ij?. Recournent a LierTe ij? , note. • Luine (la Duchene
de ) Son education , fon mariage , 1*9. -Elle gagne fon mari a la piece, 130. Ses ver- tus, 131 , Sec Ses Iu- lnieres fur la fcience du falut, 1 J 4 , &c. Sa foumiffion a la vo- lonte" de Dieu, fon de~ tachement des biens fenfibks , J37 3 &c, |
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TABLE DES
irootiaftere , lorfque la mere des Anges Sui- reau en prit pofleffion ii, &c. Les religieu- fes fe reformcnt^ 2,$. Particularity fur la vie & la more de plufieurs religieufes dc cetteAb- baie, x8 t &c> Eton- nement & affliction des religieufes en ap- prenant la demitlion de la mere des Anges, 43 &f- Miracles operes a
P. R. furMademoifel- le Per tier par la fain- tc Epine, 370 , Sec. Autres miracles par la fainte Epine, 400, &$. Operes par la mere des Anges , j4* , 547. Montdidier ( reli-
gieufes de ) Hiftoire de deux religieufes de Montdidier a Mau- buifTon ,38. Mo rant ( Madame )
Abbelfe de Gif; elle abdique fon Abbaie pour fe retirer a P. R. zxo, in. P
J. Ascal ( M. ) pe-
re de M Blaife Pafcal fa generation,, 40 j, IJ |
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MATIERES ySy
fe retire en Auvergne
par la crainte d'etre mis a la baftille , il va voir Ie Cardinal de Richelieu avec fa fa- mille , 406, &c II eft faic Intendant de Normandie, 408. Oc- cadon de fa convert fion ,410, &c. II re- fufe de confencir a Ten- tree en religion , de fa fille ;famort, 41 jj&c. Pafcal ( M. Blaife ) fait ufage du miracle opeVe furMademoifel- le Perrier , contre les ennemisde P. R. $91.' Raifon partial'iere pour laquelle il fut touche de ce miracle, 39 3- Occafion de fes penGfes fur les mira- cles 3 fa lettre a Ma- demoifelle de Roan- nes, 394, &c. II eft fufcite' de Dieu p6ur confondre les ennemis de P. R. , 404. Son Education, fes progres dans les fciences nn- maines , 404 , &c. Il fe diftingue en Nor- mandie par la vivaci- te de fon efprit, 408, 409. Sa converflon a 412. II s'engage in- feniibkment dans k |
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$4 TABLE DES
monde & s'oppofe a
ce que fa foeur encre en religion, 417, 418. II eft rappelle' a Dieu par le miniftere de fa foeur ; divers evene- mens qui precedent fa converfion; fa vifion, 419, 8cc. II fe mec fous la conduite de M. Singlin & prendle par- ti dela retraite ,41?. Sa converfion caufe une grande jote a P. R. cntrevue de M. Pafcal & de M. Saci, 42.6 , &c. Son defTein d'e- crire contre les athees, 439. II afllfteauxcon- ferences fur la traduc- tion du nonveau tefta- ment de Mons , 440. Jl ^crit les lettres pro- vinciales , comment xl s'y engagea 3 441 j Sec. tl ne sen eft ja- mais repenti, 457 &c. Pafcal (Jacqueline ) religieufedeP. R. Re- flexion edifiante de la fceur Pafcal fur le mi- racle de Mademoifelle Perrier , 576. Sa naif- fance, 40 j. Son efprit fes talens , 406, &c. Elle eft attiree a Dieu par fon frere , 413. Xntre a P. R. & y fait profeffion , 417. Sa |
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MATIERES.
lettre a fon frete retiri
aP. R.,4^4, 4iJ. m
Perrier, (Mademoi-
felle ) penfionnaire a P. R. Miracle opere" fur elle par l'attouche- ment d'une fainte Epi- ne, circonftances de ce miracle,?6o...39i. Perrier ( Madame )
fceur deM. Blaife Paf- cal , occafion de fa converfion, fa vie edi- fiante, 413, 414. Port-Roial ( reli-
gieufes de ) celles da monaftere de Paris font obligees pendant la guerre civile de fe retirer dans une mai- fon pres des grands A uguftins pour fe met- tre en furete ; elles y vivenraufli $c plus re- gulieremenr que dans leur cloitre , 64 , &c. Celles de P. R. des Champs reviennent a Paris pendant la guer- re des Princes, 14^. Elles retournent a P. R. des Champs , ti 3. P. R. eft menace de fa ruinetotale, 114,115. Calomnies rdpandues contre P. R. , 33$. &c La ferveur aug- ments dans les relir gieufes a la vne de la |
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Table des
fcrfecution, 557, &c.
Orage pr£t a fondre fur P. R., 3 69. Mi- cles faits en faveur de PR. , 398 , Sec. La perfecution contre P. R. eft fufpendue, 4^9. II eft afflige par les maladies, 495. Dou- leur deP. R. alamort de M. de Bagnols , 4?8, j 14-, a celle de M. leMaitre, ^16. P. R. ( Solitaires
de ) ils veillent a la confervation de P. R. des Champs pendant la guerre civile , 70 , Leur nombre s'aug- mente, 71 , &c. Leur r^gularite" ne s'affoi- blit point par la mul- titude, 7j. Leur ai- mour pour la retraite, T) , &c- Leurs tra- vaux pendant la guer- re des Princes , 167. lis portent les armes pourdefendrelemonaf tere contre toute in- fulce de la part du fol- dat; ils doutent s'il ne leur eft pas permis de repouffer la force par la force j ils fe foumetrent a la deci- sion de M. de Saci , |
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MATIERES. 5*;
lis font calomnies
par un Archeveque , 175. Petite divifiort entr'eux au fujet de M. Hamon , 201 , Sec. Detail des folitaires , 3 oi,S£c.Ils font forces de quitter P. R., 541. y reviennent , 47o. Pontchaceau ( Sebaf-
tien Jofeph du Cam- bout de ) Sa conver- fion , 346. Potherie (M. de h)
II envoie unc fainte EpineaP.R. 371,Sec. Sa lettre a la mere Agnes touchant le mi- racle opere fur Made- moifelle Perrier, 377. II envoie de nouveaut fa fainte Epine a P. R. Leccre qu'il eccivit ea cette occasion a la me» re Agnes, yj>9- R
M\. E g 1 n a l d (le
pere ) Dominicain , fbn ecrit dans lequel il explique les cinq proportions attributes a Janfenius, au fens des Thomiftes, Z65 9 &c. Retz (Cardinal de)
11 donne M. Singlin |
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*$n table xdes uatiere sv
f»our Superieur aux re- confefTeur , loi, &6i
igieufes de P. R. 481. Sa fermete' a la mort Son cftime pour les de fa mere, 117. Son gens de bien , fa liai- &ac att milieu des ar- fon avec P. R.; on en mes que les folitaires fait un crime aux ha- font obliges de porter bitaffs de ce deTert , pendant la guerre des leur justification par Princes 5 fa decifion Monfieui:Racine,484 fur cette pretendue &c. maxime, qu'il faut re- Richer (Monneur ) poufTer la force par la
Avocat , fa paffion force, 171 * &c. Ef- violente contre P.R.j prit de paix de M. 430 , fa converfion , de Saci > ion talent ad- 4*1. II fe retire a P. mirable pourconcilier R., fa mort , 434 , les efptits, toi j &-C-. 43 f. Son encrevue avec M. Roannes ( Artus Pafcal, 4-1^, &c. Sa
GoufBer Due de ) II fe difpofirion a ra more "donne totalement a de M. le Mairrc fon Dieu a 1'exemple de frere, jot. M. Pafcalfon ami 5 fa Sandoine ( Maria piece ; fon amide pour de l'lncarnation ) re- Port--Roial , 436 y ligieufe converfe de 437. P. R. *, fa mort, 48 r. Sericourt ( M. le
SMaitre de ) penfea fe
A c 1 ( M. le Mai- faire Chartreux , 107. tre de ) Ses talens, fes Son amour pour la pe- qualit^s , 91 , &c. 11 nitence, fa mort, 109-, etudie les queftions de Sec. l'dcote fbus M. Guille- Serre (la ) religieu- bert, (?<,. Acoompagne fe de Maubuilfon, fon M. Arnauld dans fa cara&ere, fa conver- retraite , 96. Sonoc- fion,3o,&c. cupat ion acbielle , 97, Singlin ( Monfieur ) II eft fait pretre, 98 , eft L'inftrument dont &c. Propofe aux foli- Dieu fe lert pour la caires de P. R. pour converfion d'un graod |
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TABLE DES
nomfire dames , y9 , &c. Eft intcrdit, 83, Eerie aM.de Paris pour fejtfftifier,8« , ^ Eftricabli ,87.11 continue a pricier avec le ?meme zele J 90, Propofe aux foli- taires de P. R. M. de Saci pour coofeiteur , »•£. II eft fait (W- rleurdeP. R.jfavifi- te en cette qualite , 482,. Suireau ( La mere
des Anges)Samanie- redegagnerlesefprks a MaubuifTbn, xit &c, Elle y forme un novi- ciat & reforme les an- ciennes profefTes, 14 , &c Elle pxend con- noiiTance de i'erat des villages dependant de 1'AbbaJie de Maubuif- fon , 33. Sa charite pour les pauvres , 34 ^ Son don parciculier pou r confoler les aiHi- g& , 3 5, &c. Elle re- fufe pour fa coadju- wicc une fille natured- |
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MATIERES. jj7
i« de M, le Due dc Longueville, 35*. Se
demet de fon Abbaie, 40, Sec. AfflicTjo.nque canfe fa fortie de Mau- buifTbn , 44, &c.' Elfa revient a P. R. de Pa- ris, fon humilite-j 48, &c. Eft ilxxc Abbeirc de P. R.^ 2iz. Son rccours a Dieu a la vue de Forage pret a, fondre fur P. R,, 369. Sa derniere maladie 9 fes paroles edifiantes, fa morr, 131 &c. Miracles operes par fon interceffion 3 546 T
X Errier (la mer
re) religieufe de Mau- buiffon ..famon^ iy, 30. V
V Illeniuve ( M.)
elevedeP. R.fes bon- nes cfualites , fes ta- lens, fa more, 344 HL- |
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Fin de la Talle des Matures,
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5-S*
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ERRATA.
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J_ Age 94, dans la note , p. metteiz. ir.
Pag. I J 5 > note, col. i , 1. 20, mai, lif. avnU Pag. 160 • 1, 18 , Cechini , lif. Cenchini. Pag. 171 , fig. xi , ions 9 lif. tions. Pag, 179,--lig. ifj s'enfuiven, lif. s'enfuivent, Pag. 199 » Kg- 8 , /? otj , lif. /tar/i. Pag. }i6, lig. 5, Oliver, lif. Oilier. Pag- ?7?» lig« 4» ^ IX mars 3 lif. & ji Pag* J 84, Hg- 14, e'crivte, lif. e'crire.
Pag. 4J7 , not. lig. x , col. 1 , en it:6y, lif. Pag. 461, lig. 14 , ur> lif. fur.
Pag. 488, dern. lig. , ma., lif. /wa/. Pag. 506, lig. xiyfius3 lit plus. Ibid. lig. zS j ojfroit Dieu , lifez cjfroi/ a DzeK.
Pag. 507, detn. lig. il dcvoit, effaccz il. Pag. 5183 lig. 4» Robet, lif. Robert, Pag* JS°» %' iQ4fiee* liC Wfc |
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